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Presented
dby
John
Bigelow
to the
Century
Association
DM
Mercure
Presented by
John
Bigelow
tothe
Century
Association
DM
Mercure
LE
NOUVEAU
MERCURE
JANVIER 1721 .
e prix eft de vingt - cinq fols,
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image $ . Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rag
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege as Roy
THE NEW YORKİ
PUBLIC LIBRARY
335121
ABTOR,
AVIS.
ATN prie ceux qui adreſferont
des Paquets
ou
TILDEN FOUNDATION S
15
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebut
.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci - deſſus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718 , 1719 , &
1720 , de même que l'Abregé
de la Vie du CZAR .
De Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
MERCURE.
MERCURE
REVEILLE
PAR APOLLON.
Esjours paffés, pour charmerfa difgrace,
Phoebus cherchant un vers qui le fuïoit ,
Sur le chemin qui conduit au Parnaſſe ,
Trouva , dit-on , Mercure qui ronfloit ,
Un Livre en main . Le tirant par l'oreille ,
Avec ces mots , doucement il l'éveille.
Ah! pour le coup , frere , te voilà pris ;
Un Dieu ronfler ! cela n'eft point honnête ;
Tu dois rougir dufommeil qui t'arrêté.
Ami, pardon , dit Mercure furpris ,
Ou bien plutôt , plains mon malheur extrême ;
Car je m'endors en me lifant moi- même .
Pour reformer cet écrit de mon nom
A ij
LE MERCURE
J'ai beau fuer , & quoique Dieu fripen ,
Félis en vain un mortel honnête-homme ,
Digne d'ailleurs de travailler fous moi.
Tu le connois , fans qu'ici je le nomme :
Avec regret il exerce l'emploi.
Il a voulu de mauffade écriture
Purifier mon Journal pollué ,
Et me voiant indignement hüé ,
Du fier Lecteur appaifer le murmure.
Profe galante , agréable entretien ,
Vers enjouez alloient prendre leur place ;
Mais alte- là, reprimés votre audace ,
MMoonnsfiieeuurrll''AAuutthheeuurr,, l'Ecrit n'eft pas Chrêtien :
Il a beau dire , Eh j'ennuirai ! de grace!
Ennuiez ,foit , maints autres le font bien.
on veut qu'enfin de la litterature
Honteufement je ramaffe l'ordure ,
Et pour jamais profanant mon métier,
De ton Parnaffe on me fait chifonier.
DE JANVIER, 5
+53 +53 +53 +3 +3 રા
LETTRE
du R. P. CASTEL , de la Compagnie
de JESUS .
A Monfieur de
MONSIEUR,
Vous êtes fcandalifé , de ce que dans
ma derniere Lettre , je femble traiter de
phenomene peu difficile , ce qu'on appelle
chés Copernic le parallelifme de la terre ,
ou plutôt l'inclinaifon conftante , & toujours
la même de l'axe de la terre fur le
plan de l'écliptique : & vous vous plaignés
ferieufement que j'ôte à la Religion le fecours
qu'elle pourroit tirer de ce phenomene
tout miraculeux , felon vous, pour établir
l'exiſtence de Dieu ; car il n'y a , ditesvous
, qu'un Dieu , qui puiſſe ainſi roidir
conftament l'axe de la terre contre le courant
qui l'entraîne elle-même toute entiere
dans le plan de l'écliptique. J'avouë ,
MONSIEUR,que je ne m'attendois pas à une
objection auffi ferieufe fur une pareille
matiere , ni à voir la Religion s'allarmer
A iij
Z LE MERCURE
•
de la facilité qu'on pourroit trouver à expliquer
le parallelifme de la terre : je fçai
bien , ou du moins je crois l'avoir lu quelque
part , qu'un Philofophe Anglois avoit
porté fon admiration pour ce parallelifme ,
ou pour cette inclinaifon de l'axe , jufqu'à
l'ériger en miracle relevé au deffus de toute
intelligence humaine , & en argument fpecial
de la Divinité : je louë fort fon intention
; mais de bonne foy , MONSIEUR
voudriez- vous bien recourir à un pouvoir
furnaturel pour un phenomene qui eſt tout
du reffort de la Nature ? Qu'eft- ce à dire ?
& en eft-il moins du reffort de Dieu , pour
être tout du reffort de la Nature? car voila
ce qui trompe certaines gens ; on diroit
qu'ils font de la Nature une Divinité à
part , ou qu'ils la regardent comme quelque
chofe d'indépendant de Dieu : fans
ceffe ils affectent de la decrier , de la borner
, de l'aneantir , pour enrichir Dieu en
quelque forte de fes dépouilles , comme
fi c'étoit glorifier l'ouvrier que d'avilir
fon ouvrage. La Nature c'eft l'ouvrage de
Dieu , l'action de Dieu fur la matiere ,
c'eft felon la belle expreffion de Platon
l'art de Dieu ; plus elle eft parfaite , plus
elle eft digne de fon Auteur , & propre
à le faire connoître . N'eft - ce que par les
miracles que la Divinité fe revele à nous ?
Eft - il de phenomene naturel auquel elle
>
DE JANVIER ,
:
n'ait confié le foin de publier fa gloire ?
Et un phenomene perd-il de fa force à
cet égard , parce qu'on l'entend & qu'on
l'explique ? Laiffons le Peuple admirer ce
qu'il n'entend pas il y a de vrais miracles
, je le fçai , & je ferai toujours gloire
d'être peuple en ce point , fi c'est être
peuple que d'en reconnoître ; mais fouffrés
que je vous dife ma penſée ; les miracles
font proprement le fimbole de la
toutepuiffance de Dieu la Nature je la
regarde comme la propre expreffion de la
Sageffe , le Peuple ne connoît gueres de
Dieu que fa puiffance , qui l'étonne par
des coups bruiants & inefperés, c'est pour
lui fur tout que font les miracles , je dis
pour lui peuple , fans exclure ces préten
dus efprits forts , qui fermant les yeux ,
& les oreilles aux fpectacles , & à la voix
de la Nature , fidele interprete de la Di
vinité , ont besoin pour la reconnoître de
quelque coup éclatant de fa puiffance , &
rentrent par-là honteuſement dans la foule,
-de qui ils pretendent vainement fe diftinguer.
Mais le Sage , mais le vray Philofophe
plein de reſpect pour cette puiffance ,
plein de foumiffion & de docilité pour ces
miracles , fait difcerner dans la Nature
une fageffe toute divine , qui s'y dépeint
jufques dans les moindres traits , & adorer
une Verité qui l'éclaire ; Dieu eſt ef-
A iiij
LE MERCURE
›
prit , & ce n'eft que par des efprits qu'il
eft adoré avec verité . Quelle bizarerie
mais quelle foibleffe de ne vouloir , ou
de ne pouvoir reconnoître l'Auteur de la
Nature que dans l'infraction de fes
Loix , & de ne flechir le genoüil que
lorfqu'il tonne !
Un Horloger habile a fait une horloge,
( c'eft ici un apologue ) les poids jouent ,
les roues vont leur train , le reffort fe débande
, la détente faute , & l'heure fonne :
c'eft que l'Horloger eft là , dit le peuple ,
c'eft la main qui leve le marteau , & qui
frape les cloches ; c'eft , dit le Philofophe
connoiffeur & intelligent , c'eft le concert
des rouës , l'action des poids , le balancement
des contrepoids , c'eft en un mot
l'adreffe & le génie de l'Ouvrier , qui amenent
la fonnerie au point précis , fans
qu'il y foit befoin de fa main , ou de fa
prefence quelle machine que celle qui
auroit fans ceffe befoin de la main du
Machiniſte quelle nature que celle qui
n'auroit point de cauſe pour la production
d'un phenomene auffi ordinaire que le
parallelifme de la terre Dieu ne perd
rien à tout cela , dit- on , il a toujours la
gloire de ce parallelifme mais outre qu'il
ne l'a pas moins lorfqu'il en charge la
Nature , il a celle d'avoir fait une Nature,
c'eſt-à- dire , une machine , un concert de
DE JANVIER.
cauſes , une harmonie de loix capable d'un
effet auffi merveilleux ; ce n'eft rien que
de fonner les heures , mais c'est beaucoup
que de faire une machine capable de les
fonner : aprés cela ne prenons point
le change , Dieu ne perd rien à rout cela ,
dit- on , mais je croi que la vanité en peut
faire fon profit aufſi : n'eſt- ce point elle
en effet , qui nous porte ici à confacrer
notre ignorance à la Religion ? Un phenomene
de la Nature étonne notre rai
fon , le parti le plus convenable feroit
alors d'avoüer bonnement notre ignorance
; non , nous ne voulons pas en avoir
le démenti , voici le comble de l'artifice,
& notre raiſonnement fecret ; fi ce phenomene
eft naturel , difons- nous nous
ne le comprenons donc pas , & notre
amour propre eft bien humilié , érigeons-
⚫ le donc en miracle , dés- là nous en voyons
la caufe precife , c'eft la main de Dieu
qui l'a enfanté, c'est l'horloger qui a fonné
Pheure ; & nous voilà intelligens à notre
gré , même bien Religieux en un point,
où quelqu'un plus fimple que nous n'eût
été qu'ignorant : c'eft l'entendre : raillerie
à part , MMoonnffiieeuurr ,, à quoy bon tant rafiner
pour démontrer une verité qui fe
rend affez fenfible aux efprits les plus
groffiers.
›
Aprés cela il pourroit être dangereux
10 LE MERCURE
>
d'ufer de pareilles armes contre un Athée,
qui feroit un peu Phificien : quoi donc ! ne
tiendroit-il qu'à montrer que le parallelifme
de la terre eft un effet tout. naturel
, pour ſe croire bien fondé à s'obftiner
dans l'Atheïfme ! ufons bien , Monfieur ,
ufons bien des armes que la Religion
que la Nature elle-même nous fournit
contre les ennemis de fon divin Auteur :
toutes ces demonſtrations fubtiles & recherchées
font bien plus fouvent le fruit
fec & décharné d'une Metaphifique outrée
, que les traits vifs , fenfibles & naïfs
aufquels la Divinité a voulu qu'on la reconnût
: venons maintenant à ce qui regarde
la Phifique dans la queftion prefente.
Vous preténdez qu'on n'a jamais expliqué
, & qu'on n'expliquera jamais ce
phenomene merveilleux , & vous ofés défier
tous les fiecles à venir , & tous les
fiftêmes nouveaux , ce n'eft pas un fiftême
nouveau , ni même un fiftême particulier
que j'ai deffein de vous propofer , car
mon idée eft que la Nature n'eſt déja
que trop furchargée des fiftêmes que la
Phifique lui prête , & que pour expliquer
la plupart des phenomenes il y a bien
plus à retrancher qu'à ajoûter : vous conviendrez
peut-être que c'en eft ici un bel -
exemple .
DE JANVIER. II
Suppofons que A
vous marchés de
A, vers B. n'eft-il
pas vrai que dans
cette marche vou
tournés naturelle-
E
Votre
ment & fans effort votre corps ,
vilage vers B. & qu'il vous en coûteroit
même de le tourner autrement ? Or fuppofons
encore , que pendant ce tems-là
le plan fur lequel vous marchés eft tranfporté
de AB, en CD. comme il arrive ſouvent
, par exemple , lorfqu'on marche dans
un Vaiffeau en route ; n'eft - il pas vrai
encore , que votre vifage fera toujours
tourné vers B. ou BD. toujours parallelement
à lui-même , & à la même ligne AC.
ou BD. Supofons maintenant qu'il y a
quelque part dans la Lune , par exemple,
ou dans les airs quelque Aftronome , ou
Philofophe occupé à vous contempler au
bout d'une lunette , & fur tout à travers
une imagination un peu portée au merveilleux
: quel phenomene , mais quel miracle
pour lui de vous voir toujours de
la forte parallele à vous-même ; & cependant
toujours incliné , & incliné de la même
maniere , fous le même angle à la ligne
de votre mouvement ; car j'avois oublié
de vous en avertir , c'eft dans la ligne AD.
que vous marchés , ou qu'il vous voit
12 LE MERCURE
marcher en effet : eft- ce la peine de faire
l'aplication?
Chez tous les Aftronomes , même fouvent
chez les Philofophes , c'est - à- dire ,
chez tous ceux qui parlent bonnement des
chofes telles qu'elles font , & fans s'embaraffer
de fiftêmes , la terre paffe pour
avoir deux mouvemens , l'un en longitude
dans l'équateur EQ. l'autre en latitude
d'un tropique A. à l'autre B. Que faut- il
de plus , & à quoi bon feindre des caufes
, & forger des fiftêmes ? La Nature
n'a befoin de rien de plus pour produire
le parallelifme ; peut - on même appeller
cela une production : la Nature , ou plutôt
fon fage Auteur a fes raifons pour tranfporter
la Terre autour du Soleil , & pour
la tranfporter d'unTropique à l'autre, elle a
donc fes caufes apropriées pour cela ,
quelles qu'elles foient ; or de-là & fans autre
caufe , fans nouveau fiftême , il en refulte
un parallelifme dans la terre , & il
nous plaît de nous recrier comme à une
merveille étonnante , comme à un miracle
inintelligible , & voilà la Nature
ne s'en mêle prefque pas , elle en a pourtant
toute la gloire , & n'en eft que plus
admirable de déconcerter à fi peu de frais
notre raiſon.
que
Car enfin imaginés la Terre placée immobile
dans le plan de l'équateur en E. comme
1
DE JANVIER. 13
cet axe ,
>
> "
}
c'eftun globe , elle aura de quelque maniere
qu'on la place un diametre perpendiculaire
à cet équateur, & parallele à l'axe
du monde. Ce globe venant enſuite à être
tranfporté tout d'une piece dans le plan
de l'équateur , autour de cet axe du monde,
ce diametre conferve fon paralleliſme à
& à lui-même , fans autre raifon
, ni caufe , ni fiftême , fi ce n'eft que
rien ne l'incline : à ce mouvement de revolution
la Nature en ajoûte un autre ,
qui tranfporte la Terre , encore tout d'une
piece , & dans la direction du diametre
fufdit ; pourquoi feindre des caufes furnumeraires
des directions forcées des
magnetiſmes arbitraires , qui redreffent ce
diametre que rien n'incline ? la Nature ne
fait rien de fuperflu : or ce diametre ainſi
parallele , c'eft ce qu'on appelle l'axe de
la terre , lequel n'a d'autre vertu , ni d'autre
privilege que celui de s'être trouvé
dés le commencement perpendiculaire à
l'équateur , tout autre diamettre eût fort
bien porté ce nom , & en eût rempli les
fonctions , car comme l'a fort bien remarqué
Mr Newton , la Terre eft indifferente
à tous les axes , c'eft- à- dire , à avoir pour
axe tel ou tel diametre : chofe admirable !
la Terre eft en proye à divers mouvemens
car outre les deux dont je viens
deparler, elle fe meut journellement au14
LE MERCURE
tour de fon axe , lequel eft le feul immobile
dans ce mouvement elle ſe meut
en hauteur du perihelie à l'aphelie , de
l'aphelie au perihelie, mais c'eft perpendiculairement
à fon axe : on cherche des caufes
qui redreffent l'axe de la Terre , & la
Nature met tous les Philofophes à même
d'en trouver qui l'inclinent.
Toute la difficulté peut venir ici de ce
qu'on s'obſtine toujours à regarder la Terre
comme entraînée d'un mouvement fimple
dans le plan de l'écliptique , & dans la direction
de ce plan , & j'avouë qu'on doit
alors la regarder comme fort gênée dans
fon allure naturelle , mais ce n'eft pas parlà
qu'il faut enviſager la queftion , c'en
eft le côté difficile , on s'eft pourtant obftiné
à la regarder par ce côté ; le fimple,
le facile , le naturel étant toujours notre
dernier point de vue , & l'objet d'un dernier
coup d'oeil : le côté facile , le vrai
côté c'étoit l'inclinaiſon non pas de l'axe
de la Terre fur l'écliptique , mais de l'écliptique
fur l'axe de la Terre , ce qui eft
fort different car c'eft proprement l'écliptique
que la Nature , c'est- à-dire , le
concert des caufes mecaniques , la compli
cation des mouvemens incline poſitivement
fur l'axe de la Terre , cet axe étant dans
le fein de ces mouvemens parfaitement
inmuable en lui-même.
›
DE JANVIER. 15
,
On me dira que je ſuppoſe ici gratuitement
cette complication de mouvemens :
mais 1º. On ne sçauroit la regarder
comme une fiction de mon efprit , puifque
je ne parle en cela que le langage
des Aftronomes , même des Philofophes
tant anciens que modernes , qui n'ont en
ce point qu'un même langage , je dis lorfqu'ils
parlent en Aftronomes , en Mathematiciens
, c'est - à - dire Sen gens qui aiment
& qui difent la verité. 2 °. C'eſt à
pofteriori , comme on dit , que je démontre
cettte complication ; fi la Terre cft
emportée d'un mouvement fimple dans
l'écliptique difent "" les Philofophes , il
faut un miracle , ou enfin des caufes tout
à fait inintelligibles pour la rendre ainfi parallele
, & moi je dis fimplement , la Terre
n'est donc pas emportée d'un mouvement
fimple dans l'écliptique : car enfin il n'y a
pas de miracle dans un phenomene journalier
, & il n'y a pas d'aparence de renoncer
à ce que l'on entend pour recoutir
à ce que l'on n'entend pas ; un Vaiſfeau
qui dérive , un homme qui marche
dans un vaiffeau , une boule , tout corps
qui a deux mouvemens garde fon parallelifme
, tout cela fe comprend .
Jufqu'icy je n'ai parlé que de la Terre
& felon le fiftême de Copernic , mais il
eft bon d'étendre fes idées , & je ne crains
pas , en multipliant les parallelifmes , de
16 LE MERCURE
•
multiplier les parties ; mais bien plutôt
j'efpere de multiplier les preuves. Lorfque
Copernic propofa au monde fçavant le
parallelifme de la Terre , on eût dit que
tous les efprits étoient concertés , Aftronomes
, Philofophes , tous fe recrierent à
la merveille , au miracle , les Philofophes
fur tout le mirent à la torture pour atteindre
au fiftême difficile qu'ils prétoient
à la Nature , & tel ne fut point Copernicien
, ou même tel Copernicien renonça,
au nom de Philofophe en recourant à des
miracles fans raifon , pour cette raiſon
feule qu'il ne concevoit pas ce parallelelifme
: mais il n'y a pas à fuir ,la Nature
ne relâche point de fes droits ; on peut bien
renoncer au nom de Philofophe , la Nature
en quitte quiconque , mais elle ne quitte
du paralleliſme ni Philofophe ni Aſtronome
: fi Tychon élude le paralleliſme
de la Terre , comment éludera- t'il celui
du Soleil ? C'eft bien ici que l'on peut
dire incidit in Scyllam , &c. Il y a plus
car le parallelifme eft un phenommene fort
univerfel , Jupiter , Saturne , Mars , &
fans doute toutes les Planettes en ont un,
car les balancemens de la Lune , ( fupofé
qu'ils foient bien réels , ) n'y font pas plus
d'exception que celui que Copernic attribue
à la Terre : que fi on me demande la
cauſe de tous ces parallelifmes , je réponds
fans
DE JANVIER. 17.
fans balancer que toutes les Planettes ont
un mouvement en latitude comme la Terre
, ou comme le Soleil : la Nature eft
infiniment fimple dans fes principes , mais
elle eft infiniment riche dans les effets
& c'eſt par-là , bien plus que par fon impuiffance
prétendue à produire le parallelifme
, qu'elle devient un grand argument
de fon divin Auteur , qui de rien a fait tou→
tes chofes . J'ay l'honneur d'être votre
trés-humble , &c.
Lettre à M. ***
CASTEL , Jefuite.
fur la maniere dont
on croit que l'Amerique a pú
eftre habitée.
'Eus l'honneur de vous dire , MON
SIEUR , dans notre derniere converfation
, que j'avois eu occafion dans
les Pais étrangers de faire quelques
reflexions fur la maniere dont on croit
que l'Amerique a pû être habitée ; vous
m'engageâtes même à les communiquer à
quelques amis , qui m'ont fourni depuis
les leurs , & qui n'ont pas peu contribué
à éclaircir cette matiere : j'attens celles
que vous aurez la bonté de faire fur ce
petit Ecrit ; vous voudrez bien m'aider
de votre fçavoir & de votre fincerité fut
B
18 LE MERCURE
les chofes que vous ne trouverez pas affez
éclaircies , ou que mon infuffifance n'aura
pû examiner affez exactement .
Je crois , MONSIEUR , qu'il faut convenir
d'abord que lorfque les Efpagnols
firent la découverte de l'Amerique
1º. On ne trouva aucun veftige du Ju-
榆
daifme , du Chriftianiſme , ni du Mahometifme
dans tout le pais : il eft pien
vrai cependant que la Circoncifion étoit
en ufage parmi les Peuples du Jucatan
mais plufieurs autres Nations , qui ne defcendoient
pas d'Abraham , & qui ne faifoient
pas profeffion de la Religion des
Juifs , ont eu le même ufage ; tels étoient
les habitans de la Colchide , les Egyptiens,.
les Abyffins , les Troglodites , les Arabes ,
les Phoniciens , & les Anziquains qui demeuroient
à l'Occident du Nil , au delà
de la Nubie. L'on trouve aufli quelques
Autheurs, qui rapportent que ces mêmes.
Habitans du Jucatan mettoient des croix
de letton & de bois fur leurs tombeaux ,
ce qui paroît peu probable , puifque Her
rera foutient qu'on ne trouve point de
letton dans le Jucatan , ni même dans
toute l'Amerique , quoique l'on en ait pui
découvrir depuis que les Européens y font
entrez . Il y en a d'autres auffi qui prétem
dent que ces mêmes Peuples fe fervoient
du Batême en quantité de Places le long
DE JANVIER. 19
de la Côte , long- tems avant JESUSCHRIST
, mais tous les Ecrivains Efs
pagnols modernes , qui ont fait des recherches
très exactes de ce qui ſe pouvoit
trouver chez les Ameriquains , par
rapport à ce fujet , nient abfolument que
l'on ait jamais découvert parmi ces Peuples
aucune chofe qui eût même rapport
à quelques Rites Chretiens.
2°. Que les Ameriquains n'avoient pas
l'ufage des Lettres .
3 °. Quils ignoroient entierement Pufage
du fer.
4. Que les facrifices humains & l'ufage
de manger de la chair humaine étoient
univerfellement reçûs dans toute l'Amerique.
5 °. Que l'on ne trouva point de Negres
dans toute l'Amerique , finon quelque
petit nombre dans un pais appellé
Quarequa , aux environs de la Riviere de
Sainte Marthe dans le Brefil , que l'on
croit y avoir été jettez de la Guinée ou
du Congo , par quelque tempête.
6. Que les Ameriquains ont generalement
les cheveux longs & noirs , avec
peu ou point de barbe.
7°. Que ces Peuples n'avoient point de
blé d'Europe , ni chevaux , ni vaches .
Si l'on confidere bien tout ceci , il eft
uès probable que l'Amerique n'a point été
Bij
20 LE MERCURE
peuplée par les dix Tribus d'Ifraël , que
Salmanaffar emmena captives , ainsi que
quelques- uns le veulent ; ni par les Phoniciens
, peuple éclairé , inftruit dans les
beaux Arts , & qui paffe pour l'inventeur
des Lettres y fera- t'on paffer les Habitans
de la côte Occidentale de l'Afrique ?
Mais ne fçait- on pas que ces derniers Peu
ples font tout noirs ; la même raifon fuffic
pour la Guinée : fera- ce par la Norvége ,
à la faveur de l'Ifande? mais les Norvégiens
font blonds , & d'ailleurs ils ne
peuplerent l'lflande que dans le neuviéme
fiecle . Enfin aura -t'on recours à quelque
Colonie de l'Europe , de la Chine , ou
des Indes Orientales , la chofe eft auffi
peu vrai-femblable , puifque les Ameriquains
n'avoient aucune teinture des Arts
& des Métiers qui y font en ufage.
Certainement fi ce grand Païs avoit été
peuplé par les Européens , on y eût vậ
du blé , des chevaux & des vaches ; &
fi c'eût été par les Chinois ou les Indiens ,
on y eut trouvé du ris .
Ce qui reste de plus probable à croire ,
c'eft que l'Amerique a été peuplée par
les parties du Nord-Eft de l'Afie , que
Pon appelloit autrefois la Scythie , & qui
porte aujourd'hui le nom de Tartarie : fi
ces Parties ne font pas contigues à celles
du Nord- Ouest de l'Amerique , elles n'en
DE JANVIER.
21
font apparemment feparées que par quel
ques canaux étroits de l'Ocean. C'eft le
fentiment de Brerevvood , dans fes Recher--
ches curieuſes ; je vais donner un extrait
de fes conjectures , auxquelles j'en ajouterai
quelques autres , qui font appuyées
par les Hiftoires Mexiquaines ; fuivant
Gemelli on trouve quelques traditions qui
nous font connoître que les ancêtres de
ces Peuples ont fçû qu'il y avoit eu un de-
Juge , & en même- tems qu'ils tiroient leur
origine du même endroit que nous autres
; ce qui fait voir le ridicule du fentiment
de la Pereire , touchant les Pré-
Adamites. Quant aux conjectures , voici
ce qu'il faut obſerver .
1°. Que les parties de l'Amerique du
côté de l'Afie étoient les plus peuplées ,
lorfque les Espagnols en firent la décou
verte .
2º. Que ces Parties abondoient en Lions,
Tigres , Loups , Ours , & autres animaux
fauvages , dont plufieurs efpeces ne fe
rencontroient nullement dans les Parties
Meridionales vers la Terre Magellanique ;
outre que l'on n'apperçut dans les Illes
de Cuba , de Saint Domingue , &c. aucun
de ces animaux , ni de ces oiſeaux qui ne
peuvent pas voler loin , ce qui fait voir
que ces creatures font venues en Amerique
par un trajet plus court que celui
22
LE MERCURE
qu'il y a de l'Amerique à ces Ifles , n'étant
pas fort naturel que des hommes
tranfportaffent pår mer des animaux qui
leur auroient été fi préjudiciables ; & fi
l'on fait attention à cela , on verra qu'ils
n'avoient pas de plus court paffage que
celui de la Tartarie.
L'on peut ajouter à ceci ce que les
Millionnaires de Pekin , Macao & Quanton
ont rapporté à Gemelli , à qui ils ont
dit que lors que le Pere Martin Martinez
étoit Miffionnaire à Pekin , on lui
amena une Efclave Mexiquaine Chretienne
, qui étant allée fe confeffer à lui , &
étant interrogée touchant fon efclavage ,
lui dit , qu'elle avoit été faite efclave très
jeune au Mexique , & que de là on la
conduifit par terre dans la grande Tartarie
, & enfin dans la Chine. De plus ,
que dans ce long voyage elle avoit été
quelquefois en batteau , mais feulement.
pour paffer quelque canal ou quelque détroit
de deux jours au plus de traverſe .
30. Le Maix, qui eft l'unique grain
que les Efpagnols découvrirent en Amerique
, eft la principale production de ces
Parties du Nord- Eft de l'Afie , & l'unique
endroit connu , où il en croiffoit avant'
la découverte de l'Amerique.
4. Il y a une grande reffemblance entre
les Scythes ou Tartares , & les Ame
DE JANVIER . 23
riquains ; ces deux Peuples ayant generalement
peu ou point de barbe , la
couleur brune , le nez plat , le vifage large
, les levies épaiffes , & des cheveux
longs & noirs ; étant ignorans des Lettres ;
mangeants & facrifiants des hommes ; admettants
la polygamie ; peignants leurs
corps , &c. Herodote dit que les Scythes
avoient coutume de porter fur eux un
morceau de la peau de leurs ennemis , ce
que faifoient les Hurons & les Habitans
de la Floride en Amérique. Les Maffagetes
, Peuple Scythe , avoient coutume de
tuer ceux dont la maladie étoit incurable ,
ce que faifoient auffi les Ameriquains du
Canada. Les Parthes expofoient les perfonnes
mourantes aux bêtes fauvages pour
en être devorées , coutume qu'avoient les
Habitans de Terre Ferme en Amerique.
Les Maffagetes & les Derbices mangeoient
leurs parens , lorfqu'ils étoient morts , en
quoi les Carihuanes & ceux de Venezuela
en Amerique les imitoient. Les Scythes &
les Ameriquains pofoient des vivres , des
armes & de l'argent auprès des tombeaux
de leurs morts. Les Scythes avoient cou
tume de fe tirer un peu de fang , lorfqu'ils
faifoient des alliances , & quand ils vouloient
recevoir en pompe leurs amis , en
quoy fe conformoient auifi ceux de Jucazan
& de la Nouvelle Albion. Les Scythes
24 LE MERCURE
des environs du Thibet faifoient déflorer
leurs nouvelles époufes par d'autres perfonnes
, coutume qui étoit ep ufage parmi
les Habitans de Nicaragua. Les Princes
du Perou avoient des diadêmes ou turbans
formez d'une toile de plufieurs couleurs
, faifant plufieurs circuits autour de
la tête ; ils fe faifoient voir rarement à
leurs Sujets , les obligeoient de fe profterner
devant eux , en quoi ils fuivoient entierement
les coutumes des Scythes . Lorfque
quelque Prince du Mexique , du Perou
, de la Floride , du Canada , de Darien
, &c. mouroit , on tuoit les Efclaves ,
fes Domestiques , fes Prifonniers & autres
pour l'accompagner dans l'autre monde ;
Goutume des Tartares : on n'y brûloit pas
non plus les corps , mais on les enterroit ;
coutume qu'obfervent les Ameriquains.
Ils s'accordent fort auffi fur Pufage de porter
des plumes , & de s'en parer. Ceux
du Brefil obfervoient trois fortes de coutumes
des anciens Tartares ; la premiere ,
de fe razer le haut de la tête ; la feconde ,
de tuer leurs Prifonniers folemnellement
en prefence des voifins , & de donner à
chacun en morceau de la chair de ces victimes
; la troifiéme, qu'auffi -tôt que la femme
étoit accouchée , elle alloit à les affaires,
& le mary alors , fous prétexte d'être foi->
ble, de fentir des douleurs , fe mettoit aur
lit ,
DE JANVIER. 25
Lit , & recouvroit fes forces par degrez :
Herodote attribue cette coutume aux anciens
Turcs , Tartares , Garamantes & Lyciens.
Par rapport à la connoiffance que les
Ameriquains ont euë du deluge , Ferdinand
Colomb dit que ceux du Perou croyent
qu'il y en a eu un qui a fait périr la plus
grande partie des Habitans de leur pays ,
excepté ceux qui s'étoient retirez dans des
grotres au fommet des plus hautes montagnes
, dont les enfans ont fervi dans la
fuite à repeupler la terre . Quant à de pareilles
grottes , les Habitans de l'Ifle Hifpaniole,
autrement de Saint Domingue , conviennent
du même fait ; mais les Hiftoires
Mexiquaines rapportent qu'il y a eu un
deluge qui a fait périr tous les hommes &
les animaux , excepté un homme & une
femme qui fe fauvèrent dans une barque.
Que ce Couple engendra beaucoup d'en
fans qui vinrent tous au monde muets
& qu'après avoir beaucoup multiplié , il
parut une colombe qui leur donna la libetté
de parler ; mais que l'un n'entendant
pas l'autre , cela fut caufe qu'ils fe difperferent.
Gemelli ajoute que ces premiers
Habitans de la Nouvelle Efpagne ont été
des Sauvages qui demeuroient dans les
montagnes les plus rudes , vivans comme
des bétes : on trouve encore aujourd'hui
C
26 LE MERCURE
dans le Parral & le Nouveau Mexique ,
de cette race d'hommes , que les Espagnols
ne peuvent fubjuguer , ce qui contribue
à faire croire que ces Peuples font venus
des Parties du Nord - Oueft de l'Amerique
dans les Terres Meridionales .
Quoi qu'il foit probable , comme on
vient de le voir , que l'Amerique ait été *
peuplée par la Tartarie , il eft cependant
vrai-femblable que ce Continent n'a pas
été entierement inconnu aux Anciens , fur
tout aux Phaniciens , qui certainement
ont peuplé les Illes Canaries. Strabon dit
qu'ils bâtirent des Villes à l'entrée de
POcean Atlantique , au fortir du Détroit
d'Hercule , & qu'ils avoient quantité de
grands Vaiffeaux dans notre Ocean , &
dans celui qui eft le plus éloigné . Suivant
Eraflothene , Strabon & Diodore , les Phoniciens
étant infectez de guerres chez eux ,
chercherent de nouveaux établiffemens
dans l'ocean Atlantique . Elien rapporte
que Silene dit à Midas qu'outre l'Europe ,
FAfie & l'Afrique , il y avoit un autre
Continent infiniment grand , où l'on trouvoit
de grandes Villes & des Peuples qui
avoient des Loix & des Coutumes differentes
des nôties ; qu'il abondoit en or
& en argent , qui y étoit auffi peu eftimé
que le fer parmi nous . Ammian-Marcellin
affure qu'il y avoit dans l'Ocean Atlan-
2
DE JANVIER. 27
•
tique une Ifle plus grande que l'Europe ,
dont Platon fait mention dans fon Timée
& Critias , fous le nom de l'Ile Atlantide
, difant en même tems que ce qu'il
écrit, n'eft pas une Fable , mais une Hiftoire
veritable. Proclus cite un certain Marcellus
Hiftorien Ethiopien , qui eft conforme à
ce fentiment qu'il regarde comme une verité.
C'eft auffi celui de Crantor , le premier
Interprete de Platon. On lit dans
Diodore de Sicile , que les Phoniciens naviguoient
autrefois le long de la Côte
d'Afrique : qu'alors forcés par des tempetes
& des orages , ils étoient emportez
dans les Parties de l'Ocean les plus éloignées
, & qu'après plufieurs jours de navigation
ils arrivoient à une Iſle très
grande , qui étoit diftante de plufieurs
journées de la Lybie , & fort éloignée vers
P'Occident. Que cet endroit avoit un terroir
fertile , des Rivieres navigables , &
des Bâtimens magnifiques , & que de cette
maniere les Carthaginois vinrent à la connoiffance
de ces nouvelles terres . Dans un
aatre endroit il dit , que les Carthaginois
trouvant qu'ils étoient fouvent incommodez
par
les guerres que leur faifoient ceux
de Tyr & de la Mauritanie , ils s'embarquerent
pafferent à Cadix , & firent
voile vers ce nouveau païs dans l'Ocean
Atlantique , y planterent une Colonie ,
Cij
28
LE MERCURE
mais qu'ils tintent long- tems cette décou
verte fecrete , afin qu'en cas qu'ils fuffent
encore chaffez de leur pais natal , ils puffent
avoir un lieu pour fe retirer,
Powel dans fon Hiftoire du païs de
Galles , dit qu'en l'année 1170 les enfans
d'Owen Guinneth s'étant brouillez enfemble
après la mort de leur pere , un d'eux
nommé Madoc , chercha de nouveaux
païs dans l'Ocean Occidental , en laiſſant
l'Eſpagne derriere lui , & découvrit ainſi
un nouveau monde . Lorfqu'il fut de retour
, il vanta beaucoup ce pais aux gens
de fon quartier , mais il leur declara qu'il
n'étoit point du tout habité . Il y retourną
une feconde fois avec une Colonie , & y en
tran porta une troifiéme avec dix Vaiffeaux,
ainfi que le rapporte Hackluit. Pour confirmer
ceci , on trouve dans Pierre Martyr.
que ceux de la Virginie & de Guatimala
celebroient la memoire d'un Madoc,
Voilà , à peu près , ce que l'on peut
dire fur ce fujet , car de vous parler de
l'année composée de 365 jours , des Hieroglyphes
, & des Pyramides fepulchrales
que les Ameriquains avoient de commun
avec les anciens Egyptiens , ce n'est que
de vous que j'attends ces lumieres ; il paroit
bien par ce que dit Platon de fon Ïfle
Atlantide , que les Egyptiens y'ont pû
porter ces connoiffances , ce qui s'accorde
DE JANVIER,
2
avec les traditions des Mexiquains , qui
portent qu'une nouvelle Colonie eft venue
de l'Orient habiter les Côtes Occidentales
de leur Continent. Je fuis , MONSIEUR
Votre & c.
RELATION SUCCINTE
Touchant les accidens de la Pefte deMarfeille,
fonprognoftic &fa curation.
OUR fatisfaire au jufte empreffement
de plufieurs perfonnes
, tant du Royaume que
des Pays Etrangers , qui craignant
les funeftes effets de la Contagion ,
nous font l'honneur de nous demander des
éclairciffemens fur la nature du mal qui a
defolé Marfcille , & le fuccés des remedes
que nous avons employez pour le combattre
, nous avons jugé à propos de dreffer
cette Relation , qui contient en abregé ce
que cette matiere referme de plus effentiel
, & qui peut fuffire aux perfonnes éclaírées
de la Profeffion, pour fe déterminer
fur la conduite qu'elles doivent garder ,
ou fur ce qu'il faut prédire en pareil cas,
en attendant que nous avons les moyens &
le loifir convenables pour donner au Public
un détail plus exact de tout ce que
nous avons obfervé fur le même fujer.
C iij
30
LE MERCURE
Tous les malades que nous avons vûs ou
traités de ce terrible mal , qu'on nomme
communément Pefte , peuvent fe réduire à
cinq Claffes principales , qui renferment
generalement tous les cas que nous avons
obfervés , fi l'on en excepte quelques Partiliers
qui ne fauroient fervir de regle .
Premiere Claffe.
La premiere Claffe obfervée fur tout
dans le premier periode , & dans la plus
grande fougue du mal , renferme ceux qui
étoient atteints des fymptomes que nous
allons rapporter , fuivis conftamment d'une
mort prompte .
Ces fymptomes étoient pour l'ordinaire,
des friffons irreguliers , un petit pouls ,
mol , lent , frequent , inégal , concentré ,
une pefanteur de tête fi confiderable , que
le malade avoit beaucoup de peine à la
foutenir , paroiffant faifi d'un étourdiffement
, & d'un trouble femblable à celui
d'une perfonne yvre , la vûë fixe , ternie ,
égarée , marquant l'épouvante & le deſefpoir
, la voix tardive , entrecoupée , plaintive
, la langue prefque toujours blanche ,
fur la fin feche , rougeâtre , noire , raboteuſe
, la face pâle , plombée , éteinte
cadavereufe ; des maux de coeur trés - frequens
, des inquietudes mortelles , un
abattement & un affaiffement general' , des
abfences d'efprit , des affoupiffemens , des
envies de vomir , des vomiffemens , & c.
Ces perfonnes ainfi attaquées , perif
DE JANVIER. 3r
folent ordinairement dans l'efpace de quelques
heures, d'une nuit, d'un jour , ou tout
au plus de deux ou trois , comme par
épuiſement ou extinction quelquefois
mais rarement dans les mouvemens convulfifs
, & des efpeces de tremblemens ,
fans qu'il parût au dehors aucune éruption
, tumeur , ou tache.
›
Il eft aifé de juger par ces accidens ,
que ces fortes de malades n'étoient pas en
état de foutenir la faignée , ceux même
qu'on a tenté de faigner , font morts peu
de tems aprés.
1
Les Emetiques & les Purgatifs leur
étoient également inutiles , & fouvent nuifibles
, en les épuifant par des fuperpurgations
funeftes.
Les Cordiaux & Sudorifiques étoient
les feuls Remedes aufquels on avoit recours
, mais qui pourtant ne fervoient de
ou tout au plus qu'à éloigner de
quelques heures les derniers momens. "
Seconde Claffe.
La feconde Claffe des Malades que nous
avons traités pendant tout le cours de ce
funefte mal , renferme ceux qui d'abord
avoient des friffons comme les precedens,
& la même efpecé d'étourdiffemens , &
la douleur de tête gravative , mais les
friffons étoient fuivis d'un pouls vif, ouvert
, animé , qui neanmoins fe perdoit
C iiij
32 LE MERCURE
pour peu qu'on preffât l'artere. Ces ma
lades fentoient interieurement une ardeur
brûlante , tandis qu'au dehors la chaleur
étoit mediocre & temperée : la foif étoit
ardente , & pour ainfi dire inextinguible ;
la langue blanche , ou d'un rouge obfcur,
la parole precipitée , begayante , impetueufe
, les yeux rougeâtres , fixes , étincelans
, la couleur de la face d'un rouge
affez vif , & quelquefois tirant fur le li
vide , des maux de coeur affez frequens
quoique beaucoup moins que dans ceux de
la Claffe precedente : la refpiration frequente
, laborieufe , ou grande & rare ,
fans toux ni douleur ; des nautées , des
vomiffemens bilieux , verdâtres , noirâtres,
fanglans , des cours de ventre de la même
efpece , fans neanmoins aucune tenfion
ni douleur au bas ventre , des réveries
ou delires phrenetiques , des urines.
affez fouvent naturelles , quelquefois trou- .
bles , noirâtres , blanchâtres , ou fanglan- ,
tes ; des fueurs ou moiteurs qui rarement
fentoient mauvais & qui bien loin de
foulager le malade , ne faifoient que Paffoiblir
Dans certains cas des Hemorragies
, qui quoique mediocres , ont toujours
été funeftes , un grand abatement des forces
, & fur tout une aprehenfion fi forte
de perir , que ces pauvres malades ne pouvoient
être raffurez , & fe regardoient dès
le premier inftant de l'attaque, comme defDE
JANVIER . 33
tinez à une mort certaine. Mais ce qui
merite bien d'être remarqué , & qui a toujours
paru caracteriſer & diftinguer ce
mal de tout autre , eft que prefque tous
avoient dès le commencement ou dans le
progrez , des bubons tres - douloureux , fituez
communément au- deffous de l'aine
quelquefois dans l'aîne ou aux aiffeles ,
ou aux glandes parotides , maxillaires ,
jugulaires , comine aufli des charbons ,
fur tout aux bras aux jambes ou aux
cuiffes , des petites puftules blanches , livides
, noires , charboneufes , répandues.
par toute l'habitude du corps .
>
Il étoit trés- rare de voir échaper les
malades de cette feconde Claffe , quoiqu'ils
fe foutinffent un peu plus que les prece
dens ; ils ont peri prefque tous avec les
marques d'une inflammation gangreneufe,
fur tout au cerveau & à la poitrine ; & ce
qui paroîtra fingulier, eft que plus ils étoient
robuftes , gras , pleins & vigoureux, moins
il y avoit à efperer.
Quant aux Remedes , ils ne fuppor
toient gueres mieux les faignées que ceux
de la premiere Claffe , à moins qu'on ne
les faignât dés les premiers inftans de la
maladie elles leur étoient évidemment
nuifibles , ils pâliffoient & tomboient
même dans le tems d'une premiere
faignée , ou bien- tôt aprés , dans des défaillances
qui ne pouvoient dans la plupart
34 LE MERCURE
être imputées à aucune crainte , fepu
gnance , ou méfiance , puifqu'ils demandoient
avec empreffement qu'on leur ouvrît
la veine.
Tous les Emetiques , fi l'on en excepte
l'Ipecacuanha , leur étoient trés - fouvent
plus nuifibles qu'utiles , caufant des irritations
& fuperpurgations funeftes , qu'on
ne pouvoit calmer ni arrêter.
Les purgatifs un peu forts & actifs
entraînoient aprés foi les mêmes maux .
Ceux que nous avons prefcrits fous la
forme de Tifane laxative , aufli-bien que
les boiffons copieufes , délaïantes , nitreu
fes , rafraichiffantes & legerement alexiteres
, donnoient quelque foulagement, mais
n'empêchoient pas le retour des accidens.
Tous les Cordiaux & Sudorifiques , s'ils
n'étoient doux , legers , benins , ne faifoient
qu'accelerer le progrez des inflammations
interieures.
Enfin s'il en échapoit quelqu'un , ce
qui étoit trés -rare , ils ne paroiffoient être
redevables de leur guerifon , qu'aux éruptions
exterieures , lorfqu'elles s'élevoient
notablement , ou par les feules forces de
la nature , ou à la faveur des Remedes ,.
tant interieurs qu'exterieurs , qui déterminoient
le fang à fe décharger fur l'habi
tude du corps du mauvais levain dont il
étoit infecté..
DE JANVIER. 35
Troifiéme Claffe.
La troifiéme Claffe renferme les deux
precedentes , puifque nous avons traité
pendant tout le cours de ce terrible mal ,
un grand nombre de perfonnes qui ont
été attaquées fucceffivement des differens
fymptomes raportez dans les deux premieres
Claffes , de maniere que la plupart
des fignes énoncez dans la feconde, étoient
ordinairement les avant- coureurs de ceux
dont nous avons fait mention dans la pre--
miere , & que ces derniers furvenans annonçoient
une mort prochaine.
Dans ces fortes de cas notre methode
à varié fuivant la diverfité des indications ,
ou des fymptomes les plus preffans ; en:
forte qu'on peut fans que nous foyons
obligez d'entrer dans un plus grand détail,
juger des évenemens de la maladie , & du
fuccez des Remedes , par tout ce qui vient
d'être obfervé au fujet des malades des
deux Claffes precedentes.
Avant que de paffer à la quatriéme
Claffe , nous croyons qu'il eft à propos
de faire obferver qu'un trés- grand nombre
des differentes efpeces des malades renfermez
dans les precedentes , n'avoient que
des accidens trés - mediocres , dont la force.
& la malignité paroiffoient beaucoup moindres
, que ne le font celles des mêmes
36 LE MERCURE
fymptomes qu'on remarque journellement
dans les fievres inflammatoires , ou putrides
les plus communes , ou dans celles
qu'on nomme communément malignes ,
fi l'on en excepte les fignes de la crainte
ou du defefpoir qui étoient extremes , ou
dans le plus haut degrés en forte que
de ce grand nombre de malades qui ont
peri , il en eft trés - peur qui dès le premier
inftant de l'attaque , ne fe foient
crûs perdus fans reffource , quoi que nous
puflions faire pour les raffurer ,
les raffurer , & que
plufieurs d'entr'eux nous euffent paru avant.
le premier accés du mal , être d'un caractere
d'efprit ferme , courageux & déterminé
à tout évenement ; cependant à
peine en reffentoient -ils les premieres atteintes
, qu'il étoit aifé de connoître par
leurs regards , & leurs difcours , qu'ils
étoient convaincus que le mal étoit irremediable
& mortel , dans le tems même
que ni le pouls , ni la langue , ni le mal
de tête , ni la couleur de la face , ni l'affiere
de l'efprit , ni enfin la léfion de toutes les
autres fonctions ci devant rapportées, n'indiquoient
rien de funefte , ou dont il
eût lieu de s'allarmer ?
Quatriéme Claffe.
y
La quatriéme Claffe renferme les ma
lades attaquez des mêmes accidens que
DE JANVIER. 37
ceux de la feconde , mais ces fortes d'accidens
diminuoient ou difparoifloient le
fecond ou le troifiéme jour d'eux- mêmes,
ou en confequence des effets des Remedes
interieurs , & en même tems à raison de
l'éruption notable des Bubons & des Charbons
dans lefquels le mauvais lèvain qui
s'étoit répandu dans toute la maffe , fembloit
pour ainfi dire fe cantonner ; de forte
que ces tumeurs s'élevant de jour en jour,
étant enfuite ouvertes , & venant à fupurer,
les malades échapoient du danger dont ils
avoient été menacez , pour peu qu'ils fuffent
fecourus.
Ces heureux évenemens nous ont dé
terminés à redoubler nos attentions pendant
tout le cours de cette maladie , pour
accelerer, autant que l'état du malade pouvoit
le permettre , l'éruption , l'élevation ,
l'ouverture & fupuration des bubons &
charbons , dans l'intention de débaraffer
au plutôt par cette voye la maffe du fang ,
du funefte levajn qui la corrompoit , aidant
la Nature par un bon regime , &
par des Remedes purgat fs , cordiaux &
fudorifiques , convenables à l'état preſent
du temperament des malades.
Cinquiéme & derniere Claffe .
Cette cinquiéme & derniere Claffe renferme
tous les malades qui, fans fentir au38
LE
MERCURE
cune émotion , & fans qu'il parût aucun
trouble ni lefion dans les fonctions , avoient
des bubons & des charbons qui s'élevoient
peu à peu , & tournoient aifément en fupuration
, devenant quelquefois fkirreux,
ou ce qui étoit plus rare , fe diffipant infenfiblement
fans aiffer aucune fuite facheufe
; de maniere que fans aucun abatement
des forces , & fans changer de
façon de vivre , ces malades alloient &
venoient dans les rues & places publiques ,
fe penfant eux mêmes avec un fimple emplâtre
, ou demandant aux Medecins &
Chirurgiens les Remedes dont ils avoient
befoin pour ces fortes de tumeurs fupurées
ou fkirreufes .
Le nombre des malades renfermez dans .
ces deux dernieres Claffes a été fi confiderable
, qu'on croit pouvoir avancer fans
aucune exageration que plus de quinze à
vingt mille perfonnes fe font trouvées dans
ces fortes de cas , & que fi le mal n'eût
pris trés- fouvent cette tournure , il ne refteroit
pas dans cette Ville la quatrième
partie de fes Habitans.
Nous pourrions bien encore admettre
une fixiéme Claffe de ceux que nous avons
vûs perir fans prefque aucun avant - coureur
, ou autre léfien manifefte , qu'un
fimple abbattement des forces , & qui interrogez
fur leur état , répondoient qu'ils
ne fentoient aucun mal , ce qui marquoit
DE JANVIER. 39
pour l'ordinaire un cas defefperé , & une
mort trés-prochaine , mais le nombre de
ceux- ci eft trés- petit en comparaifon de
ceux qui forment les Claffes precedentes.
Outre toutes ces obfervations generales,
il nous est arrivé de voir parmi un fi grand
nombre de malades , bien des cas particuliers
, dans lefquels contre notre attente &
toute apparence de raiſon , les malades pe
riloient ou fe relevoient ; mais nous avons
crû qu'il étoit inutile de les rapporter pour
ne pas entrer dans un long & penible détail
, perfuadez d'ailleurs que ces fortes,
d'évenemens finguliers ne fçauroient fervir.
de regle fure pour le prognoftic & le traitement
d'un pareil mal. Il eft donc plus
à propos de s'en tenir aux obfervations
rapportées, d'autant mieux qu'elles fe trouvent
conformes à celles de nos Collegues
qui ont travaillé de concert avec nous dans
une fi penible & fi dangereufe carriere , &
qui ont toujours fait profeffion de dire ce
qu'ils ont vû & obfervé par eux mêmes , fans
fe laiffer prevenir par tous les rapports
qu'une vaine crédulité , que la fuperftition
populaire, que la jactance des Empiriques
& l'envie de profiter du malheur public ,
ont fait répandre dans cette Ville.
Enfin , les remedes que nous avons employez
, font ceux dont l'efficace & la maniere
d'agir , font generalement reconnues
par une longue experience , propres
LE MERCURE
à fatisfaire à toutes les indications raportées
cy-deffus , n'ayant pas d'ailleurs negligé
certains prétendus fpecifiques , tels
que font la poudre Solaire , le Kermes mineral
, les Elixirs & autres preparations
alexiteres qui nous ont été communiquées
par des perfonnes charitables & attentives
au bien public ; mais la même experience
nous a convaincus que tous ces remedes ,
particuliers , n'étoient tout au plus utiles
qu'à remedier à certains accidens , tandis
qu'ils étoient fouvent contraires à beaucoup
d'autres , & par confequent incapables
de guerir un mal caractarifé par nombre
de divers fymptomes effentiels .
ABREGE DES DIFFERENTES
Methodes qui ont été employées pour
traiter les Malades , renfermez dans les
cing Claffes rapportées cy - devant.
Yant achevé de mettre au net la
A Relation precedente le dix du mois
de Novembre , & nous étant enfuite adreffez
à Meffieurs les Echevins pour avoir
des Ecrivains propres à en tirer le nombre
des copies neceffaires , pour fatisfaire
à l'empreffement de toutes les perfonnes
qui nous faifoient l'honneur de nous confulter
fur cette matiere , ces Meffieurs
nous
DE JANVIER. 41
>
nous répondirent que manquant de Copiftes
, ils fe chargeroient volontiers du
foin de la faire imprimer ; de forte que
nous avons accepté leur offre perfuadés
que c'étoit l'expedient le plus court & le
plus commode pour répondre à toutes les
confultations que nous recevions de tous
côtez fur le même fujet ; mais ayant fait reflexion
que cette même Relation ne pouvoit
ête de quelque utilité qu'aux perfonnes
de la Profeffion qui font éclairées & experimentées
dans la connoiffance & la cute
des Maladies , nous avons jugé qu'il étoit
propos d'y ajoûter un abregé des differentes
methodes dont nous avons uſé pour
traiter les divers genres des Malades , ren
fermez dans les cinq Claffes rapportées
cy- deffus , préfumant qu'elles pourroient
fervir aux jeunes Medecins & Chirur
giens qui font actuellement engagez à trai-·
ter les Peftiferez en divers lieux de cette
Province ; Et nous nous fommes determi
nez d'autant plus volontiers à donner au
Public cette petite Inftruction , que Monfreur
LEBRET , premier Prefident du
Parlement & Intendant de cette Province,
trés-zélé pour fa: confervation , & trésattentif
à la fecourir dans ce tems de calamité
, nous a fait l'honneur de nous demander
plufieurs fois un Memoire un peu
exact fur le traitement de cette Maladie.
*
-D
42
LE MERCURE f
Methode employée pour traiter les Malades
de la premiere Claffe.
Pnature des accidens raportez dans cette
peu qu'on faffe attention à la
premiere Claffe , c'eft- à- dire , au pouls pe
tit , inégal , concentré , aux friffons & au
froid univerfel , fur tout des extremitez ,
& aux maux de coeur prefque continuels,
à ces faces plombées , éteintes , cadaye-.
reufes , & à l'abattement general de toutes
les forces , il fera trés- ailé de juger que.
nous n'avions pas d'autre parti à prendre
que celui d'employer les Cordiaux les plus
actifs & les plus fpiritueux , tels que font.
la Theriaque , le Diafcordium , P'extrait
de Geniévre , le Lilium , les confections
d'Hyacinte , d'Alkermes , les élixirs tirez
des mixtes qui abondent le plus en fel volatif,
les eaux Theriacales , de, Geniévre ,
des Carmes , les fels volatifs de Vipere ,.
d'Armoniac , de corne de cerf , les Baumes.
les plus fpiritueux , en un mot , tout ce
qui eft capable d'animer d'exciter , der
fortifier , augmentant , doublant & triplant)
même leur dofe ordinaire fuivant que le
cas étoit plus ou moins preffant..
Tous ces remedes & autres de même
nature , étoient fans doute très- propres à
ranimer & reffufciter , pour ainfi dire , les
forces prefqu'éteintes de ces pauvres Ma
DE JANVIER. 43
lades ; cependant nous avons eu la douleur
de les voir perir prefque tous affés fubitement,
ce qui nous confirmoit d'abord dans
le fentiment generalement reçû , que la malignité
du levain peftilentiel eft d'une force
fuperieure à celle de tous les remedes ;
mais comme nous les avons aufli vû réuffic
dans quelques cas particuliers , il y a lieu
de prefumer , & on n'eft que trop convaincu
par une fatale experience, que la
defertion & l'inaction de la plupart des
perfonnes qui pouvoient donner du fecours
, que le défaut, de nourriture y des
remedes & du fervice , que le funefte prejugé
d'être atteint d'un mal incurable, que
le defefpoir de fe voir abandonné fans aucune
reffource , on eft , dis - je , trés- convaincu
que toutes ces caufes n'ont pas
moins contribué que la violence du mal.
à faire perir fi fubitement un fi grand
nombre de Malades , non-feulement de la
premiere Claffe , mais encore des fuivantes
, puifqu'à mesure que cette mortelle
crainte de la Contagion a diminué , &
qu'on s'eft mutuellement fecouru , que la
confiance & le courage font revenus ,
qu'en un mot , le bon ordre s'eft rétabli
dans cette Ville par l'autorité , la fermeté
& la vigilance de Monfieur le Chevalier
de LANGERON, par les grandes attentions
de Monfieur le Gouverneur &
:
par
2
Dij
44 LE MERCURE
les foins affidus & infatigables de Meffieurs
les Echevins ; . on a auffi vû diminuer infenfiblement
le progrès & la violence de
ce terrible Fleau , & nous avons été plus.
heureux dans le traitement. des malades
qui en étoient frapés.
Revenant donc à la methode propofée
pour traiter les maladfes de cette premiere.
Claffe , fuppofé que par les Remedes énoncez
, nous puiffions ranimer leurs forces
mourantes , & les dégager du trifle état
décrit ci- deffus , il ne s'agiffoit plus que:
d'examiner avec attention les nouveaux .
changemens & accidens qui furvenoient ,.
lefquels fuivant nos obfervations , fe réduifoient
à quelqu'un de ceux qui ont été
rapportez dans les Claffes fuivantes &.
devoient par confequent être traitez par
quelqu'une des methodes que nous allons
expoler.
Methode employée pour traiter les Maladess
de la feconde Claſſe.
LE
nous a
E traitement des malades de cette fe--
conde Claffe nous a beaucoup plus oc..
cupés que les precedens , par rapport à la
multiplicité & varieté des accidens , qui
offroient en même tems plufieurs indica
tions à remplir..
Toutes ces indications pouvoient pourDE
JANVIER.
?
tant fe reduire à deux principales , qui
demandoient d'autant plus d'attention. &
de prudence , qu'elles étoient oppofées
puifque nous obfervions dans le même
malade un mélange prodigieux de tenfion
& de relâchement, de friffons & de chaleur,
d'agitation & d'affaiffement : De forte que
nous étions obligés d'être fans ceffe attentifs
à chaffer les mauvais levains renfermez
dans les premieres voyes , ou répandus
dans toute la maffe du fang , fans
pourtant les effaroucher , ou à les corri
ger & en émouffer l'action fans affoiblir..
Il falloit , par exemple , faire vomir ou
purger , fans irriter ni épuifer , procurer:
une libre tranſpiration , ou la fueur , fans
trop animer ni enflammer , fortifier fans
augmenter la chaleur contre nature , dé .
layer enfin & temperer fans furcharger ,
ni relâcher , & c'eft ce que nous avons
tâché d'executer par la methode fuivante.
Suppofé que nous fuffions appellez dés :
le commencement , & que le malade ne .
nous parut pas épuifé , nous donnions d'abord
un remede propre à débaraffer l'eftomach
, c'est- à-dire , un leger vomitif , tel
qu'est l'Ipecacuanha , ayant égard pour.
la dofe , à l'âge & au temperament ,
faitant prendre dans un peu de bouillon
ou d'eau commune , rarement nous avons
ufé du Tartre ou du vin Emetique pour.
le.
46. LE MERCURE
呷
éviter de trop grandes irritations, excepté
que nous n'euflions à faire à des corps
robuftes & pletoriques , ou que quelque
aceident particulier parût le demander
nous foutenions enfuite l'action du Remede
par quantité d'eau tiede , de thé ou de
décoction de chardon beni.
L'effet de ce premier remede étant or
dinairement fuivi d'un plus grand abbatement
des forces , nous tâchions de fortifier
par quelque leger cordial , fur tout
par la Theriaque , & le Diafcordium ,
parce qu'ils font propres à prévenir ou
arrêter les fuperpurgations .
A ces deux remedes fuccedoient les
purgatifs mediocres & delayans pour
nettoyer fans irritation , les boyaux des
groffes matieres qui pouvoient s'oppofer
à l'action des autres remedes , ou à leur
libre paffage dans les vaiffeaux ; ces purgatifs
étoient des tifannes laxatives, faitesavec
le Sené & le Cryftal mineral , ordonnées
par verrées , les décoctions des
Tamarins , ou lés infufions des vulneraires
dans lesquelles on diffolvoit la Manne &
le Sel prunelle , les Diluta- caffic , les Sy
rops de chicorée avec la Rhubarbe , aufquels
fuccedoient encore les cordiaux , &
doux alexiteres par les raifons alleguées
cy- deffus , c'est- à- dire , pour fortifier & arrêter
les fuperpurgations qui auroient inDE
JANVIER. 47
failliblement caulé quelque funefte abbattement
, & fuppofé que la Theriaque &
le Diafcordium fuffent infuffifans pour
remplir cette derniere indication >
nous
ajoutions la terre figillée , les Coraux
le Bol d'Armenie , que nous rendions encore
plus efficaces en cas de neceffité ,
par le mélange de quelques goutes de
Baume tranquille ou de Laudanum liqui
de , ce qui nous a réuffi dans plufieurs cas ,
non feulement pour arrêter les évacuations
immoderées ; mais encore pour les infomnies
, pour les délires phrenetiques , pour
les hemorragies & autres fymptômes de
cette efpece.
j
La poudre Solaire d'Hambourg , le
Kermes Mineral & autres remedes qui
nous avoient été communiquez & fort
recommandez , ont été auffi employez en
qualité d'Emetique & de purgatifs , & ont ,
rempli quelquefois avec fuccez ces deux
indications , obfervant même que dans
certains cas ils ont fait fuer & tranfpirer ;
mais , comme nous l'avons déja remarqué,
ils nous ont toujours paru infuffifans pour
operer la guerifon radicale d'un mal caracterifé
par divers fymptômes effentiels .
Pour ce qui concerne les Sudorifiques,
dés que nous appercevions la moindre
difpofition pour une tranfpiration libre
ou pour la fucur , en quelque tems de la
48 LE MERCURE
1
S
maladie que ce pût être , nous avions
beaucoup d'attention pour les mettre en
ufage , d'autant mieux que quelques malades
ont échappé par cette voye , & que
nous n'ignorions pas que cette elpece de
crife eft recommandée comme trés- falutaire
par tous les Auteurs qui traitent de
la pefte ; nous avions donc recours à quelqu'un
des cordiaux rapportez cy- deffus ,
fur tout à la Theriaque & au Diafcordium ,.
aufquels on ajoûtoit là poudre de Vipere ,.
l'Antimoine diaphoretique le Safran
Oriental , le Camfre , & c. foutenant l'effet
de ces reinedes par la boiffon réitetée.
du Thé , les infufions des vulneraires de
Suiffe , les eaux de Scabieufe , de Chardon
beni , de Geniévre , de Scordium , de
Rhue , d'Angelique & autres recom
mandez pour pouffer du centre à la circonference
, c'est- à- dire , pour dépurer la
maffe des humeurs , par la voye de l'in
fenfible tranſpiration fans trop émouvoir ,
obfervant toujours que les malades ne
fuffent pas d'un temperamment trop fec :
& ardent , ou qu'en pouffant trop cette
efpece de crife , ils ne tombaffent dans
quelque épuifement funeftè..
-
On remedioit aux grandes chaleurs , à.
l'alteration ou foif ardente , par la boiffon
abondante , & réiterée d'eau panée , de
tifanne d'Orge , d'eau de Ris , d'eau dė
Poulet ,
DE JANVIER. 4
Poulet , dans lesquelles on faifoit diffou
dre le fel Prunelle ou le Nître purifié , y
mêlant par intervale quelques gouttes
d'efprit de Souffre ou de Nitre dulcifié ,
ou de Vitriol , comme auffi les confections
d'Hyacinthe , d'Alkermes , les firops:
de Limon , d'Oeillet , ou quelqu'autre
leger cordial , pour éviter la furcharge &
le relâchement.
Tous ces remedes employés à propos ,
& menagés avec la prudence requife ,
fuffifoient pour fatisfaire aux diverfes indications
de cette feconde Claffe , pourvu
que le terrible préjugé d'incurabilité , la
confternation & le defefpoir , n'en fufpen
diffent pas l'action , & nous pourrions ,
fi le tems nous le permettoit , citer plufieurs
exemples de ceux qui foutenus par
beaucoup de confiance , de courage & de
fermeté , en ont reffenti les bons & falutaires
effets ; de maniere que la nature
étant par leur fecours fortifiée , foulagée
& débarraffée en partie des mauvais Le- ›
vains qui l'opprimoient , & fur tout délvrée
du dinger des inflammations interieures
par la voïe des éruptions externes ,
je veux dire des Charbons , des Bubons ,
des Parotides , &c. il ne s'agiffoit plus que
de traiter méthodiquement ces fortes de
tumeurs ,, ce à quoi nous nous attachions
depuis le commencement du mal juſqu'à ,
E
LE MERCURE
la fin , avec d'autant plus d'application ,
que , comme nous l'avons déja remarqué
la deftinée des Malades dépendoit prefque
toujours du fuccès de ces fortes d'éruptions
dont nous donnerons le traitement un peu
plus bas , fuivant leur varieté.
Methode employée pour traiter les Malades
de la troifiéme Claffe.
11/
feroit fans doute inutile d'entrer dans
le détail de la methode dont nous avons
ufé pour traiter les Malades de cette troifiéme
claffe , parce que les accidens dont
ils étoient atteints , étant les mêmes
que
ceux dont il eft fait mention dans les deux
précedentes , de maniere qu'ils fe fuccedoient
mutuellement , & que les Symptomes
rapportez dans la feconde Claffe, étoient
les avant- coureurs de ceux qui font énoncez
dans la Premiere , il eft aifé de juger
qu'il n'y avoit d'autre parti à prendre que
d'employer fucceffivement les Remedes
mentionnez cy-devant. L'obfervation que
nous avons crû devoir inferer entre la
troifiéme & la quatriéme Claffe , & dans
laquelle il eft expofé que plufieurs malades
périffoient en très peu de tems , avec
des accidens fort mediocres , ou beaucoup
moindres que ceux qu'on remarque dans -
DE JANVIER.
tes fievres malignes ou putrides ordinaires ;
cette obfervation , dis-je , doit faire juger
que cette cfpece de malades dans lefquels
il ne paroiffoit affez fouvent qu'un peu
d'abattement & beaucoup de confternation ,
demandoit une auffi grande attention que
ceux dont les accidens étoient fort confiderables
, & qu'à la moindre apparence
du mal , il falloit employer au plutôt, outre
les Remedes generaux , tout ce qui
étoit propre à foûtenir les forces & à les
encourager.
Méthode employée pour le traitement des
Malades de la quatriéme Claffe.
I
L n'y a qu'à jetter les yeux fur ce que
nous avons dit cy-devant , touchant les
accidens qui caracterifoient , & terminoient
la Pefte , pour juger que cette méthode
doit rouler principalement fur la
maniere de traiter les bubons & les charbons
: il eft vrai que les fymptomes qui
fe manifeftoient dès le commencement dans
les malades de cette quatriéme Claffe ,
étoient à peu près les mêmes que ceux
des malades de la Seconde , auffi avonsnous
d'abord employé les Remedes propres
à les combattre , tels que font les doux
Emetiques , les Purgatifs delayans & les
E ij
+5,2 LE MERCURE
fudorifiques de même efpece , fuivant les
Indications qui fe prefentoient , faifant
d'ailleurs obferver un regime fort exact ;
mais la deftinée du malade dépendant
principalement , comme il a été déja remarqué
, de l'éruption notable & de la
louable fuppuration des bubons & des
charbons , ces fortes de tumeurs ont toujours
été l'objet de nos foins & de notre
grande attention ; de maniere que ces tumeurs
ayant paru conftamment aux malades
de cette quatriéme Claffe , & à ceux
des precedentes , la Methode que nous
allons propofer pour leur traitement, doit
être confiderée comme commune à toutes
les Claffes,
Méthode employée pour le traitement des
Bubons.
C
Es tumeurs étoient ordinairement fituées
aux aînes , & fouvent au deffous
, faifant fur tout gonfler les glandes
lymphatiques qui font placées à l'endroit
de la gaine des Vaiffeaux Cruraux ; il en
a paru auffi affez frequemment aux aiffelles
, fur tout fous le mufcle pectoral ,
comme encore aux glandes du derriere &
du deffous des oreilles , aux jugulaires , &
fous le menton,
DE JANVIER.
ر ب خ
Les Bubons dont les malades des premieres
Claffes étoient attaquez , ſe manifeftoient
fouvent dès l'entrée du mal , fur
tout aux aînes , & aux aiffelles , petits
dans le commencement , profonds & très:
douloureux à peine pouvoit-on les toucher
& manier fans caufer des fenfations
très vives , ne caufant d'ailleurs dans la
plupart aucun changement à la peau ,
qu'ils faifoient enfuite enfler à meſure
qu'ils groffiffoient , devenant fur la fin
indolents .
En quelque temps de la maladie que
ces fortes de tumeurs ayent paru , nous
les attaquions fans aucun delay , excepté
qu'il n'y eût lieu de préfumer par les autres
accidens que les malades étoient fur
le point de périr.
Si la tumeur étoit petite , profonde ,
douloureufe , & qu'on eût le temps de
travailler à la ramolir , on commençoit
par l'application des Cataplafmes emolliens
& anodins ; & comme la mifere & la
deſertion ne permettoient pas d'avoir recours
à des drogues choifies , on faifoit.
préparer & appliquer fur le champ &
chaudement une efpece de bouillie avec
la mie de pain , l'eau commune , l'huile
d'olive , & quelques jaunes d'oeufs ou un
gros oignon cuit fous la cendre , qu'on:
avoit auparavant creufé , & rempli de
E iij
54
LE MERCURE
Theriaque , de Savon & d'huile de Scorpion
ou d'olive , employant d'ailleurs pour
les perfonnes commodes , les Cataplafmes
faits avec le lait , là mie de pain , les jaunes
d'oeufs, ou avec les pulpes des herbes
& racines émollientes.
Mais comme les malades des premieres
Claffes périffoient affez fouvent fubitement
dans le temps même qu'on y penfoit le
moins , nous ne nous avifions gueres en
pareil cas de preferire ces fortes d'applications
; il falloit inceffamment pour les garantir
du dernier danger , travailler à l'ouverture
de la tumeur , & pour cet effet
nous faifions appliquer, fans differer , une
trainée de pierres à cautere dans toute fon
étenduë , les y laiffant pendant quelques
heures plus ou moins , fuivant la profondeur
, la fituation , le volume des parties,
& la conftitution graffe ou maigre des malades
l'efcarre faite , on l'incifoit & ouvroit
fans aucun délai , pour fe donner
tout le jour convenable à l'examen des
glandes tumefiées , qu'il falloit mettre en
fonte par les digeftifs , après les avoir un
peu tailladées , ou bien même les extirper
helles étoient mobiles , & qu'on pût les
détacher fans attirer des hemoragies , qui
fuivant nos obfervations, ont toujours été
funeftes , quoique mediocres ; & par cette
même raifon nous avons crû devoir reDE
JANVIER.
jetter la méthode d'extirper ces tumeurs
qui étoit en ufage avant que nous entralfons
dans cette Ville : celle de les ouvrir
fur le champ par la lancette , quoi que
plus prompte que celle des cauteres , nous
a paru dans bien des cas infuffifante , &
moins fûre , comme donnant tres peu de
jour , & laiffant affez ſouvent après foi des
abfcès , des fiftules ou des tumeurs Skitreuſes.
Quant aux ventouſes & veficatoires,
leur effet nous a paru tardif , inutile &
quelquefois celui de ces derniers dange
reux , dans certains fujets leur application
étant fuivie d'inflammations interieures, fur
tout de la Vellie.
Revenant donc aux pierres à Cautere ,
Peſcarre étant formée , & les incifions faites
avec la précaution de bien découvrir,
les glandes tumefiées , dans toute leur
étenduë , pour ne pas laiffer des mauvais
reliquats , il n'étoit plus queftion que de
mettre en fonte ces mêmes glandes , par
le moyen des bons digeftifs qu'on faifoit
avec parties égales de Baune d'Arcæus ,
d'onguent d'Althæa , de Bafilicum , y ajou
tant la Terebenthine & l'huile d'Hypericum
qu'on mêloit exactement ; & fuppofé
qu'il y eût une corruption notable dans la
partie , on joignoit à la Terebenthine & à
l'huile d'Hypericum , les teintures de Myrthe
, d'Aloes , l'eau- de- vie camfrée & le
E iiij
36 LE MERCURE
fel Armoniac , détergeant enfuite & nettoyant
le pus & la fanie , lorfqu'il étoit
épais & trop corrofif, avec des lavages
faits avec l'eau d'orge , le miel rofat , le
camfre , ou avec des décoctions vulneraires,
de fcordium , d'abfinthe , de petit chêne
de petite centaurée & d'ariftoloche : dès
que l'ulcere étoit bien detergé , & les glandes
tumefiées entierement confommées.
par la fuppuration , il ne s'agiffoit plus
que d'appliquer une fimple emplâtre
pour conduire la playe à parfaite cicatrice.
Voici prefentement , en peu de mots ,
la methode dont nous avons ufé pour la
guerifon des charbons , qui en plufieurs
circonftances a beaucoup de rapport avec
la precedente.
Méthode employée pour traiter les Charbons .
N
Ous avons obfervé ces fortes de tumeurs
pendant tout le cours du mal ,
dans un très-grand nombre de malades de
toutes les claffes , quoique moins frequemment
que les Bubons , remarquant trèsfouvent
dans les mêmes fujets ces deux
fortes d'éruptions .
Ces Charbons fe prefentoient en differents
endroits de l'habitude du corps , fur
DE JANVIER. ST
tout aux cuiffes , aux jambes , aux bras ,
à la poitrine , au dos , plus rarement à la
face , au col , au bas ventre.
Ils paroiffoient d'abord fous la forme
d'une puftule ou tumeur blanchâtre , jaunâtre
, ou rougeâtre , pâle dans fon milieu
ou tirant fur le rouge obfcur , qui devenoit
infenfiblement noirâtre , crustacée ,
& fur tout vers les bords , d'ailleurs bigarrée
fouvent de diverfes couleurs , de
maniere que felon celle qui prédominoit ,
& l'excès ou le defaut de fenfibilité &
d'élevation , on pouvoit lui donner le nom
ou de Charbon phlegmoneux , ou de Charbon
éryfipelateux ou de gangreneux-
Nous attaquions d'abord toutes ces ef→
peces de Charbons par des fcarifications ,
faifant des taillades à droit & à gauche ,.
dans le milieu , & fur les bords , jufqu'au
vif , & fuppofé que l'eſcarre fut épaiſſe &
calleufe , on la cernoit , emportant toute
P'épaiffeur & callofité , autant que la fitua
tion des parties pouvoit le permettre.
Nous n'avons pas trouvé àà propos d'ufer
dans ce traitement des cauteres actuels ou
potentiels , que nous mettons en ufage.
dans notre Province pour les Charbons
ordinaires , parce que les ayant employez.
dans le commencement
, nous avons obfervé
qu'ils attiroient des inflammations
fi
confiderables
, que la gangrene s'y mettoit
58 LE MERCURE
:
bien-tôt après , & que les bords fe racorniffoient
la pierre à cautere ne réuffiffoit
gueres que pour les petits Charbons qui
gueriffoient prefque fans aucun fecours.
Après avoir fcarifié ces tumeurs , on
appliquoit par deffus des plumaceaux chargez
d'un bon digeftif , comme pour les
Bubons , avec cette difference , que nous
en 'faifions retrancher les pourriffans , employant
feulement la theriaque , la terebenthine
, le baume d'Arcæus & l'huile de
terebenthine ; & fuppofé qu'il y eût beaucoup
de corruption , on ajoûtoit les teintures
d'aloës , de myrrhe , de Camfre , & c.
On mettoit par deffus les plumaceaux ,
ces cataplafmes émolliens & anodins , ou
fpiritueux & refolutifs , comme fur les Bubons
fuivant la diverfité des indications ;
dans la fuite des panfemens , les lavages
& injections étoient auffi employez de même
que pour les Bubons , fuivant l'exi-.
gence des cas ; & fi dans le cours de la
fuppuration , les nouvelles chairs étoient
d'une fi grande fenfibilité, que les digeftifs
appliquez caufaffent une douleur très- vive,
comme nous l'avons vû fouvent arriver
on fubftituoit les plumaceaux chargez de
nutritum , avec tout le fuccès poffible..
DE JANVIER. 19
Méthode concernant les Malades de la
cinquiéme Claſſe.
NO
'Ous croyons qu'il eft inutile d'entrer
dans le détail de cette methode ,
qui a été employée & qu'on employe encore
actuellement pour la guerifon des
malades de la cinquiéme Claffe , dont les
Hôpitaux font remplis , parce que n'étant
atteints d'aucun autre accident , que des
Bubons & des Charbons mal panfez ou
negligez , & par confequent n'étant plus
question que des abfcès , des ulceres , des
fiftules , des fkires & des callofitez , que
cette negligence & ces mauvais panfemens
ont laiffés après foy , il ne s'agit plus auffi
que de mettre en ufage la methode expofée
cy-deffus , ou de fe fervir des moyens
ufitez en pareil cas , fuivant les regles de
l'Art..
Nous remarquerons , en finiffant , que
toutes les methodes propolées ne font pas
fi generales & fi conftantes , qu'elles ne
puiffent fouffrir des exceptions par rapport
à certains cas particuliets que nous avons
obfervés pendant le cours de ce terrible
mal , & qui ferviront de matiere pour un
Memoire plus exact , mais elles pourront
toujours fuffire pour l'inftruction des jeuLE
MERCURE
>
nes Medecins & Chirurgiens engagez à
traiter les Peftiferez ; & en même tems
Rour que le Public fçache ce qu'il faut
penfer de toutes ces methodes fingulieres ,
& de ces prétendus Specifiques fi vantez
par le Peuple & par les Empiriques .
COMPLIMENT FAIT AU ROY
le premier jour de l'année , par
Mr de la Motte de l'Academie
Françoiſe.
Tandis que fur l'aile du Tems
La jeuneffe fe hâte & t'enleve à l'enfance,
Mieux inftruit par le cours des ans
La vertu dans ton coeurfe joint à l'innocence
Et la ferme raiſon aux plus heureux penchans.
A chaque instant en Toi le Roife dévelope ;
Déja notre deftin fourit à tes progrés ,
Déja fe preparant à celebrer tes faits ,
J'entens au Mont Sacré préluder Calliope :
Fais, Prince, ce n'eft point pour chanter des combats
Des Heros égarés fanguinaires ébats , 1
Que la Mufe a monté fa lire :
Elle attend un fujet plus doux ,
Plus digne d'un bon Roi , plus precieux pour nous,
C'est le bonheur de ton Empire.
DE 61 JANVIER."
Efface , s'il fe peut , les plus celebres noms ;
Que ton Regnefoit tel que tes Maîtres l'avoients.
Que longtems ta Bonté , ta Juſtice les louent ,
Et fai de tes Vertus le prix de leurs leçons .
Cher Prince , fi dans mes hommages ,
Je ne fais que des veux repetés millefois ,
Pardonne-moi c'est que les Sages
N'ont qu'un fouhait à faire aux Rois.
ACTE D'APPEL
De toutes les momeries du premier
jour de l'An.
Dvv jour de l'an les embraffades ,
Les courbettes , les bonnetades,
Etant pures pantalonades ,
Abregeons , mes chers Camarades,
Ces Bons jours à longues tirades ,
› Ces complimens communs fades ,
Qui valent moins que des gambades,
Sur tout faifons des baricades ,
Pour prevenir les embuscades
Des facheux donneurs d'accolades ;
Laiffons-les courir par brigades ,
Prefenter Sonnets & Ballades ,
Et par tout donnant des Aubades ,
62 MERCURE LE
S'agiter comme des Menades ,
Loin de nous ces fanfaronades.
Or quant à nous , chers Camarades ,
Fêtons ce jour par des grillades .
Qu'arroferont les bigarades ,
Avec grand renfort de falades ,
Et perennité de razades.
Puis coulera l'eau des Barbades ,
D'où s'enfuivront maintes bravades ,
A qui fera plus d'escapades
Et de nocturnes efcalades.
Or s'il avient que nos bourades
Choquent certains cerveaux malades,
Nous les envoiront aux Orcades
Manger loups marins ou dorades ;
Sur ce , bon foir , chers Camarades.
❁ : ❁ལྕིད❁ ད : %/ 0
LE TRIOMPHE DE DAMON
dans l'Empire de la Parreſſe .
Fais un peu tréve au ſommeil qui´te preſſe ,
Reveille-toi , mon confrere en pareffe ,
Et lis ces Vers du haut de ton chevet.
Pas n'eft befoin de quitter le duvet.
Pour aujourd'hui ma Mufe te fait grace ,
DE JANVIER.
Et comme au lit fon unique Parnaſſe
De ce Poëme elle vient d'accoucher ;
Tu peux auſſi dans ce tems de froidure
Entre deux draps en faire la lecture
Tu vas , ami , frotter tes yeux , cracher
Bailer fur tout , cet écrit m'en affure.
Quoiqu'il en foit , mon Apollon t'écrit ,
Ce qu'en un fonge a cru voir mon efprit.
?
D'un doux fommeil je gautois les premices .
Et comme toi je faifois mes delices
De repofer jufqu'au milieu du jour,
Quand tout à coup j'apperçois la Pareffe
Qui raffembloit nonchalamment sa Cour.
Là fe rendoit auprès de la Déeſſe
Plus d'une Iris , n'ayant pour tout atour
Qu'une cornette , où fe nichoit l'Amour.
De Dignités , Charges , & Benefices
Loin de priver ce ſexe plein d'appas ,
Pareffe vent qu'il tienne en fes Etats
Le premier rang , & preſide aux Offices.
Belles partant avoient l'honneur du pas.
Fentens par-là Marquifes & Princeſſes ,
Nonains en foule & fur tout des Abbeßes.
A leurs côtés s'avançoient les Prélats ,
Moines , Abbés , puis venoient les Alteffes ,
Frinces & Rois fuivis des Magiftrats.
Pour la canaille au travail condamnée ,
Vils Roturiers livrés à l'intérêt ,
$4 MERCURE
LEتیب
Veillant la nuit , travaillant la journée ,
Loin de fa Cour Pareffe par Arrêt
Bannit jadis leur race infortunée.
Mais revenons à la fête ordonnée ,
Si te dirai qu'entre les Sectateurs
De la Pareffe , on voyoit les Auteurs
Faire florés. Leur troupe eſt deſtinée
A bien dormir. Rien faire eft leur emploi.
Mais quel de nous le remplit mieux que toi
Non , il n'eft point de Cardinal à Rome
Qui pour ce point ne te cedât la pomme .
Auffi j'ai vû , fans en être jaloux , ☛
J'ai vu ta gloire , éclatant parmi nous ,
Sur un beau lit où voltigeoit le fomme
Tu paroiffois de pavots couronné ,
Et par des boeufs negligemment traîné ,
Et cependant mille voix languiſſantes
Chantoient d'Atis ces paroles charmantes :
Dormons tous , dormons tous
Ah ! que le fommeil eft doux.
Lors devant toi , d'une main nonchalante ,
Je répandois mainte rofe naiffante ,
Quand un Heraut crioit à haute voix,
Sainte Pareffe , honore ainsi le géle
De ceux qui font attachés à fes Loix .
De fes enfans voicy le plus fidelle.
Que tout l'imite & l'exalte aujourd'hui ,
Jamais mortel ne dormit comme lui.
>
A
DE JANVIER.
A Mademoiſelle de V ....
Sur une converfation que l'Auteur
eut avec elle .
Ơvï , vous triompheriés du plus opiniâtre
Ovi
Et l'on croit tout , Philis , fi - tôt que vous parlés,
on eft Chrétien ou Turc , ainſi que vous voulés,
Que dirai-je ! pour vous on feroit idolâtre,
Enchanté des difcours que vous nous étalés .
Ah ! qu'une bouche aimable
Sur les efprits a de charmes puiſſans !
Que l'éloquence eft redoutable
Quand elle emprunte fes accens.
L'incroyable par vous eft rendu vraisemblable ,
Je vous le jure deformais...
Je vais croire aux efprits larves & farfadets,
Comme je crois au Diable..
Je dirai qu'aux Heros un démon favorable
Les fuit par tout jufques dans les combats,
Et qu'un des plus lutins accompagne vos pas.
Ah ! fans doute en mourant la Nimphe Vaubanie
Avec tous fes appas.
Vous laiffa fon génie..
vous entendre , ô Dieux , que ne croiroit- on pas 3
"
De la raifon trop charmante ennemie
Hous pouvez abolir fon culte à votre grés
E
66 LE MERCURE
L'amour en tous lieux adoré ,
L'Amour est le Dieu feul que nefçauroit détruire
Cette bouche fi propre à chanter votre Empire..
Elle voudroit l'effayer vainement
Vos yeux qui fant naîtrefes flames
La démentiroient au moment
Qu'elle voudroit nier ce Maître de nos ames.
KAKE ME
VERS PRESENTEZ A MADAME ,
Qui ont pour titre.
ORDONNANCE DE LA REINE
Favorite de Son Alteffe Royale:
MADAME.
Aux Efopes François , qui font & qui feront
Salut. Comme à tous ceux qui ces rimes verront.
D Ans l'Italie & dans la Grece
L'on dépeignit chaque Déeffe ,
Avec un attribut , un fimbole affecté ,
La Colombe ou le Cygne au plumage argenté,
D'un vol prompt & leger fur un tendre nuage ,
Conduifoit de Venus le galant équipage.
L'Aurore , qui du jour annonce la clarté,
* Epagneule que Madams aime, beaucoup.
DE JANVIER.
67
Partageant les honneurs de la Divinité ,
Avoit de deux Courfiers un brillant attelage.
On voyoit de Thetis fur l'humide élement ,
Le Char , par des dauphins , tiré pompeuſement ,
Que de Tritons flotans une troupe environne.
Le Paon , jadis Argus & fidele espion ,
Accompagnoit toujours la jaloufe Junon.
Cerès , qui pour fa fille , enfaisant la dragonne ,
Courut tout l'Univers&par faults &par bonds.
Eut en partage des Dragons.
Folle du jeune Arys , pire qu'une Lionne ,
Cybele , dont le coeur à l'amour s'abandonne ,
Pour fimbole avoit des Lions.
Et Pallas Déeffe guerriere ,
De Méduse en couroux là tête meurtriert.
Mais la chafte Diane eut pour fon attribut
Le Cerf au pied leger , ou l'agile Levrette ,
Et la docte Minerve adopta la Choüette.
Et tout confideré , voicy quel est mon but..
De mon efpece je juis Reine ,.
Et je veux fur l'antiquité‹
Etablir mon autorité:
Fordonne comme Souveraine
Que tout Peintre , que tout Sculpteur ,
Fondeur , Deffinateur, Emailleur & Graveur ,
Qui voudra de fon Art employer la fineffe ,
Afigurer par tout , pour acquerir honneur ,
image on le Portrait de ma grande Princeffe ,,
Rij;
68 LE MERCURE
Soit tenu deformais , par ferment folemnel
De me reprefenter avec ma gentilleffe ,
Toujours à fes côtez , & tout au naturel.
Fait au Palais Royal , où refide ma Cour.
Signé par moy , LA REINE , Et plus bas ::
De Mautour..
LAMANT ,
qui croit fe justifier en expofant les
motifs qui l'ont determiné à
avecfa Maitreße.
rompre
VANT que d'expliquer les
veritables motifs de la rupture
en queftion , il eft à propos
d'examiner quelles peuvent être
les raifons les plus ordinaires qui determinent
à de pareilles feparations.
Elles confiftent le plus fouvent en des
difproportions trop confiderables entre les
parties intereffées , foit par rapport à leurs
inclinations , à leurs biens , à leur figure ,
à leur âge , à leur efprit , à leur reputation
, à leur naiffance , à leur famille.
foit enfin par raport à leur caractere.
Il eft rare que la rupture d'un mas
riage ne foit fondée fur quelqu'une de
DE JANVIER.
69
toutes ces confiderations ; c'eft auffi fur
une des principales , & même fur la plus
intereffante , que le mariage dont il s'agit ,
a été
rompu entre Leandre & Celimene.
Lorfque ces deux Amans fe font connus
, il a paru effectivement affez de convenance
entre eux fur les premieres confiderations
dont on vient de parler , &
l'on eft même perfuadé qu'ils pourroient
encore les concilier, fi le fuccès de leur
mariage en dépendoit uniquement ; mais
malheureufement , la derniere & la plus .
importae , qui concerne le caractere
paroît fi difficile à accorder entre les parties
intereffées , que la difference & la
contrarieté qui s'y trouvent , deviennent
plus que fuffifantes pour rebuter celui des
deux Amants qui s'en apperçoit le mieux .
Pour en être convaincu , il faut convenir
, que Celimene eft naturellement défiante
, ambitieufe , fiere , entiere dans fes
volontés , violente dans fes vivacités
aigre dans les reproches , inexorable fur
les excufes ; & fur - tout hautaine & imperieufe
, jufqu'au point de ne pouvoir fouf
frir qu'on la contrarie.
Mais on ne peut difconvenir en même
temps , que fi on découvre en la jeune
Celimene les caracteres dont on vient de
parler elle les gouverne avec tant de prudence
& d'efprit , qu'elle donne lieu de
79 LE MERCURE
douter fi ces mêmes caracteres , qui paffe
roient certainement pour des défauts dans
une autre , ne font point en elle des vertus
de courage & de fermeté , dont elle
ne fait qu'un ufage & une aplication convenable
aux circonftances & aux perfonnes.
qui le meritent. D'ailleurs elle poffede tant
d'autres bonnes qualités qui lui attirent
l'eftime de ceux qui la connoiffent , qu'elles
pourroient raffurer tout autre qu'un
Amant bien delicat.
On n'entreprend point icy le détail de
Les appas le nombre & l'état malheu
reux de leurs victimes aprend qu'ils font
capables de faire perdre la raifon que
Fon choifit pour guide dans les reflexions.
qui produifent ce petit Ouvrage ; mais
on veut lui rendre juftice dans la derniere
rigueur fur la veritable idée qu'on doit s'en
faire ; & ce témoignage doit être d'autant
moins fufpect , qu'il eft fincere & detaché
de la complaifance & de la flaterie .
>
Après avoir traité la partie la plus delieate
du caractere de Celimene on ne
peut fans injuftice lui refufer l'aveu des
perfections qu'on lui connoît .
La jeune Celimene eft fage , vertueuſe ,
prudente , vraye , genereufe , fenfible
aux bonnes manieres , prévenante , adroite,
amulante , & toute charmante dans les
converfations , fine & fubtile , juſqu'au
DE JANVIER. 71
point de deviner la penfée des perfonnes
les plus diffimulées .
Elle a le talent d'étudier avec fuccès
le foible de chaque perfonne , elle eft infi-,
nuante , & flatte fi finement chacun dans .
fon opinion , que l'on croit toujours trouver
en elle la conformité de fes fentimens.
- Tant d'aimables qualités jointes à la
force de fes charmes , lui donnent l'avantage
de prevenir facilement ceux qui laz
voyent en la faveur.
H n'eft pas furprenant que Leandre
n'ait pu refifter à tant d'attraits : c'eft ce
qui lui infpira un defir fi violent de plaireà
fa chere Celimene , & c'eft auffi ce qui
l'a engagé dans des chaînes qu'il cheriffoit
autant que fa vie.
Mais dans le cours des tendres voeux
qu'il adreffoit chaque jour à un fi bel
objet , il a eu la douleur d'apercevoir ce
caractere de difconvenance qui fait aujourd'hui
fon malheur. Cer Amant convaincu
par lui- même que la confiance & la douceur
font infeparables d'un veritable amour,
a reconnu par la défiance & la fierté de
Celimene qu'il fe flatoit mal - à-propos du
doux efpoir de la toucher. Il a commencé
dèslors à fentir que fa maniere de
penfer ne pouvoit s'accorder avec fa Maîtreffe.
Il a fouhaité , il a cherché , mais :
72 LE MERCURE.
en vain , une fimpatiqué conformité dans
les fentimens & dans les humeurs. Il a
é rouvé des hauteurs & des duretés, quand
il a voulu declarer fa penfée. Leandre de
fan côté a reconnu en lui une malheureuſe
i- docilité , & une fecrette refiftance qui
detruifoient à tout moment les effais de
complaifance que fa tendreffe lui infpiroit
fur cette oppofition d'humeurs. Quelquefois
le coeur amoureux de cet Amant
s'efforce de détruire en lui les confeils de
fa raifon. Dans une fi cruelle agitation ,
dont Leandre fe fent combatu , il eſt incertain
, inquiet , rêveur , il efpere , il
craint , il ſoupire enfin il fuccombe fous
le poids d'un dernier defefpoir , & l'idée
qu'il fe forme d'une femme imperieufe.
l'emporte fur le doux penchant qui l'ens.
traînoit vers une Maîtreffe adorable.
Des contrarietés & des differences fr
effentielles dans le caractere de deux perfonnes
que l'on vouloit unir , font les veritables
motifs d'une rupture aifonnable ,
qui fait connoître aux parties intereffées
qu'elles ne feroient jamais heureuſes enfemble
& c'eft le veritable fujet de las
retraite de Leandre..
:
- Mais l'inclination de cet Amant n'étoit
donc gueres , dira - t'on , -violen-:
te , puifqu'il a pû fe refoudre fi fubitement
à la detruire. Il eft difficile , quand:
on
}
T
DE JANVIER. 73
on aime , d'accorder une raifon bien faine
avec un amour bien tendre.
Il faut prendre garde de confondre- ici
Je veritable amour avec la paffion aveugle ;
P'inclination fondée fur l'eftime avec la
fimple galanterie ; l'Amour effrené avec
l'Amant delicat. Il faut diftinguer celui
qui aime uniquement pour fon plaifir , &
celui qui joint à fon inclination des vûës
plus ferieufes & plus raifonnables. En un
mot , il faut faire une grande difference
entre un homme paffionné qui ne cultive
une Maîtreffe que pour en faire fa Maîtreffe
, & un tendre Amant qui eſtime affez
la fienne pour partager avec elle fon
nom , fon état , & fa fortune.
L'Amant prévenu par une paffion aveugle
, a cela de commun avec le Galant
voluptueux , que la violence de leurs feux
ôte tout leur difcernement , & les empêche
de diftinguer les defauts & les
perfections de l'objet qui les occupe.
Enyvrés fans ceffe de leur paffion , ils ne
fongent qu'aux moyens de la fatisfaire ;
& pour y parvenir ils employent_fans
fe rebuter les foins les plus preffans , &
fe livrent fans delicateffe à la fureur qui
les agite pour une Maîtreffe , en laquelle
ils ne connoiffent le plus fouvent d'autre
merite que celui de leur plaire & de les
Leduire. C'est ce qui fait qu'un homme
G
74
LE MERCURE
en cet état ne voit ni n'entend rien que
ce qui peut le conduire à fon but. Les
mépris , les caprices , les contretems , les
difficultés , les difproportions , les contrarietés
, les mauvaifes humeurs , rien ne
le rebute. Toujours efclave de fes defirs ,
il fe flate de les accomplir à quelque
prix que ce foit ; il revient à tout moment
à la charge : mais enfin s'il réuffic
après bien des peines & des tourmens
en eft- il plus heureux ? Non : Cet amour
>
violent qui n'eft point foutenu d'une
eftime fuffifante pour l'entretenir , s'éteint
peu à peu par le fuccès , & ne lui laiffe
qu'un dégoût infuportable qui lui fait connoître
qu'il aimoit veritablement fon plaifir
plutôt que fa Maîtreffe .
Une perfonne un peu fenfée doit- elle
être fatisfaite ? peut- elle fe glorifier d'avoir
infpiré un pareil amour dont elle doit
rout à fes charmes , & rien à fon merite ?
Non certainement & il faut convenir
qu'elle doit preferer l'Amant delicat qui
cherche du merite en fa Maîtreffe , pour
joindre à l'inclination qu'il fent pour elle
une rendre eftime qui l'entretienne toujours
, & qui en feit continuellement
l'objet & le fondement. Ce caractere d'amour
eft encore bien plus defirable dans
la perfonne d'un Amant , que des vûës
legitimes & raisonnables affujettiffent à
DE JANVIER. 75
des démarches differentes de celles qu'un
Amant coquet hazarde fans confequencepour
parvenir à ſa conquête .
C'est dans cette fituation que Leandre
a recherché la jeune Celimene ; il s'eft
fait une felicité charmante de lui plaire ,
& ce feroit faire tort au merite de cette
Belle, que de penfer que Leandre n'ait eu
pour elle qu'une paffion aveugle : il l'a
aimée avec difcernement & delicateffe ;
le merite de Celimene l'a prevenų , l'a
touché , fes beaux yeux l'ont engagé.
Comme Leandre ne prefentoit des voeux
à fa Maîtreffe que pour obtenir fa main ,
il fe formoit, en la voyant, l'idée d'une chere
époufe , dont il étudioit l'efprit , pour
y trouver de la convenance avec le fien
dans la feule vûe de vivre enſemble dans
une union tranquille & dans une heureuſe
intelligence: & il ne craint point d'avouer
qu'après avoir confulté mille fois fon
coeur , il a pour cet effet confulté quelquefois
fa raifon ; il a cru que de pa
reilles reflexions qui paroîtroient hors
d'oeuvre dans un Conteur de fleurettes ,
pourroient être excufables dans une perfonne
qui touche au moment d'une alliance
& de fon établiſſement. -
Il eft certain que fi Leandre avoit regardé
Celimene comme une Maîtreffe
uniquement de plaifir , il n'auroit jamais
G ij
76 LE MERCURE
pû refifter au penchant naturel de fon coeurs
il l'auroit fuivi fans rien examiner , & il
feroit tombé dans le caractere de l'Amant
enyvré d'une paffion aveugle , dont on a
vu le portrait. C'eft en ce cas que fon
ardeur le feroit repentir d'avoir confulté
fa raifon. Mais par raport à Celimene , il
l'eftime & la refpecté trop , pour n'avoir
pas pour elle des vues plus honorables
& plus avantageufes ; la violence qu'il
s'eft faite pour le refoudre à la retraite ,
les cruels combats qu'il a effuyés à cette
occafion , la playe encore toute recente
dont fon coeur ne guerit point , font autant
de preuves bien certaines de fon eftime
& de fon amour , qui eft encore ſi vif ,
que , s'il ne fentoit pas jufqu'où va l'oppofition
qui fe trouve entre le caractere
de Celimene & le fien , il mettroit tout
en ufage pour parvenir à un himen fi
defirable .
On voit qu'il n'y a pas lieu de croire
que la retraite de Leandre foit l'effet du
caprice , ou de l'inconftance , mais bien
de la feule raifon , & même de la confi-"
deration qu'il a pour Celimene qu'il ne
veut point expofer à être malheureufe
elle qui merite le fort le plus doux & le
plus avantageux : il gémit, il eft à plaindre
veritablement ; & il a certainement
befoin en cette occafion de la refolution
DE JANVIER. 77
la plus ferme ,. pour pouvoir refifter aux
fecrets reproches & au penchanr de fon
coeur.
Il eft vray que le parti qu'il a pris , eft
eſt
fubit & violent ; mais il eft convenable
dans cette occafion . On fçait que dans
de pareilles circonftances qui intereffent
même des familles , il ne conviendroit
point de s'embaraffer l'efprit dans des incertitudes
& des irrefolutions qui ne caufent
fouvent que de fauffes démarches ; &
on ne doit point regarder comme un defaut
d'inclination , une retraite dont l'objet
eft d'éviter de rendre malheureux ce qu'on
aime..
1
ARRESTS , EDITS
Declarations.
DIT du Roy donné à Paris au mois
de Novembre 1720 , Regiſtré en la
Cour des Aydes le 31 Decembre 1720 ,
par lequel S. M. éteint & fupprime la
Charge d'Empefeur du corps de Monfieur
le Duc d'Orleans , dont eft à prefent pourvû
le sieur du Bournal de Selle ; & par ces mêmes
prefentes , crée, érige & établit , la Charge d'Ayde-
Major de fes Gardes du Corps François , pour
en être par lui pourvû qui bon lui femblera , &
G iij.
78
LE
MERCURE
jouir par celui qu'il en aura gratifié , des honneurs
, autoritez , prérogatives ; privileges , franchifes
, libertez , gages & droits qui lui ferontattribuez
, fuivant les Etats de Monfieur le Duc
d'Orleans , defquels en confequence voulons que
ladite Charge d'Empefeur foit rayée , & que
celle d'Ayde-Major des Gardes y foit employée.
ARREST du Confeil du 30 Novembre 1720 ,.
par lequel S. M. ordonne qu'à commencer du
premier Octobre dernier , jufqu'au premier Octobre
1721 , les Droits qui fe perçoivent tant fur
les Beures & Fromages venant des Pays Etrangers
, que fur les Beurres & Fromages venant du
crû du Royaume , qui fe tranfportent d'une Province
dans une autre , feront & demeureront
reduits au tiers feulement , à l'exception des
Peages ordinaires qui continueront d'être levezen
la maniere accoûtumée .
ARREST du Confeil du 26 Decembre 1720,
par lequel S. M. ordonne que les Droits d'Entrée
du Royaume , reglez par le Tarif du 18 Avril
1667. à fept livres le cent pefant , fur le Savon de
toutes fortes venant des Pays Etrangers , fera
reduit & moderé , à compter du jour de la pu
blication du prefent Arrêt , jufqu'au premier Juin
de l'année 1721. à Trois livres dix fols le
Quintal , fuivant le Tarifdu 18 Septembre 1664 .
Fait défenfes à Armand Pillavoine , Adjudicataire
General des Fermes - Unies de Sa Majefté , fes
Procureurs & Commis , de lever de plus grands .
Droits fur lefdits Savons pendant ledit temps .
ARREST du Confeil du a6 Decembre 1720 ,
par iequel S. M. ordonne que toutes les Diminutions
indiquées par les Arrêts des 24 Octobre &
24 Novembre derniers fur les Efpeces courantes ,.
DE JANVIER. 79
zisfi que fur les anciennes Efpeces & Matieres
d'or & d'argent , n'auront point de lieu au premier
Janvier prochain , mais feulement du jour
de la publication de l'Arrêt qu'il plaira à S. M.
de faire rendre dans peu pour ce fujer. Vent S. M.
qu'à commencer du premier jour de Février de
l'année prochaine 172r , les anciennes Efpeces
ceffent d'avoir cours dans le Commerce , même
d'être prifes en Payement des Droits & Impofitions
de S. M. Et qu'elles foient fujettes aux
confifcations ordonnées par l'Edit du mois de
Septembre dernier , dans tous les cas y men
tionnez.
ARREST du Confeil du 29 Decembre 1720 ,
par lequel S. Majefté permet aux Porteurs des
Billets de Banque de Cent , de Cinquante & de
Dix livres , de les placer pendant le courant dut
mois de Janvier prochain inclufivement , En
acquifition de Rentes fur les Tailles & autres
Impofitions , tant des Pays d'Elections que des
Pays d'Etats, créées par ledit Edit du mois d'Août
dernier , Prorogeant à cet effet S. M. pour l'acquifition
defdites, Rentes , pendant ledit temps
& fans efperance d'autre , le delay porte par
'Arrêt du 24 Novembre dernier.
ARREST du Confeil du 29 Decembre 1720^,
par lequel S. M. proroge le delay accordé aux
Actionnaires de la Compagnie des Indes par
l'Arrêt du 15 du prefent mois de Decembre ,
pour payer les Cent cinquante livres par Action ,
à eux demandées par celui du 27 Novembre
dernier , jufqu'au 31 du mois de Janvier prochain
inclufivement : Permettant aux Directeurs
de ladite Compagnie , de recevoir pendant ledit
temps des Actionnaires , pour raifon de cet Em-
G iiij
80 LE MERCURE
prunt , les Louis d'argent & les Louis d'or de la
nouvelle fabrication , fur le pied porté par ledit
Arrêt du 1s du prefent mois.
ARREST du Confeil du 29 Decembre 1720 ,
par lequel S. M. proroge pendant le mois de
Janvier prochain inclufivement , le delay porté
par l'Arreft du Confeil du 3 du preſent mois de
Decembre , pour la Converfion de tous les Billets
de Banque de Mille livres & de Dix mille
livres , en Actions ou Dixiémes d'Actions Réntieres
de la Compagnie des Indes ; après l'expiration
duquel delay , fans qu'il puiffè en être
accordé aucun autre , S. M. ordonne que lefdits
Billets de Mille livres & de Dix mille livres ,
dont la Converfion n'aura pas été faite , feront &
demeureront nuls & de nulle valeur : N'entendant
neanmoins S. M. rien innover à l'exception
portée par l'Arrêt du Confeil du 8 de Novembre
dernier , en faveur de ceux defdits Billets qui
ont été dépofez par autorité de Juſtice .
ARREST du Confeil du 30 Decembre 1720 ,
par lequel S , M. ordonne que l'Arrêt dudit jour
10 Octobre dernier fera executé ſelon ſa forme
& teneur ; Et en confequence que toutes les
Parties de Gages , & autres de quelque nature
qu'elles foient , qui restent dûes de l'année 1720,
feront acquitées en Efpeces d'or ou d'argent
par les Treforiers & Payeurs , fuivant les Etats.
qui en ont été ou feront arrêtez au Confeil , Et
que les fommes qui reftent dûës pour les années
anterieures à ladite année 1720 , front payées
& acquittées en Billets de Banque de Cent livres ,.
Cinquante livres & Dix livres , conformément
au même Arêt . Fait S. M. défenfes à tous.Trefor
ers & Payeurs d'acquitter les Gages & autres.
Parties dues pour ladite année 1720 , que les
DE JANVIER.
81
Carticuliers affignez & Parties prenantes , ne rapportent
des Certificats qu'elles auront reçû les
fommes employées fous leurs noms dans les
Etats des années anterieures , lefquelles fommes
elles feront tenues de recevoir dans le premier
Avril prochain , pour les Parties employées dans
les Etats qui font actuellement arrêtez ; Et dans
le premier Juillet auffi prochain à l'égard des
Parties à employer dans les Etats qui ne font
pas encore arrêtez ; Et faute par les Particuliers
affignez , de recevoir dans lefdits delays le Payement
defdites fommes anterieures à ladite année
1720. Veut S. M. que les fonds en foient portez
par les Treforiers & Payeurs au Trefor Royal
& qu'il en fait expedié des Quittances à leur
décharge , dans lefquelles lefdites Parties feront
fingulierement libellées & détaillées , leſquelles
Quittances feront paffées dans les Etats & Comptes
defdits Treforiers & Payeurs fans difficulté :
Et le fonds defdites Parties demeurera en Billets
de Banque , par forme de dépôt , entre les mains
du Garde du Trefor Royal , pour en être le
Payement fait dans les mêmes Billets de Banque
aux Parties prenantes lorfqu'elles les reclameront
; à l'effet de quoy le Garde du Trefor Royal
fera tenu de fe charger en recette desdits fonds .
qui lui auront été remis par chacun desdits
Treforiers & Payeurs , conformément aux Quittances
qu'il en aura expediées à leur décharge ;
Et employera en dépenfe les Payemens qui en
auront été par lui faits aux Affignez & Parties
prenantes , lefquels lui feront auffi paffez &
allouez dans la dépenfe de fes Etats & Comptes
fur leurs fimples Quittances , fans difficulté.
82 LE MERCURE
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 31 Decembre 1720..
EROY s'étant fait reprefenter en fon
OConfeil les trois Mandemens uniformes
donnez par le Sieur Evêque de Senez le 18
Octobre de la prefente année ; par le Sieur Evêque
de Montpellier le 26 ; & par le Sieur Evêque
de Boulogne le 30 du même mois , aufquels
Mandemens font joints trois Actes pareillement
uniformes du 10 Septembre dernier , portant
Renouvellement par les mêmes Prelats , & par
le feu Sieur Evêque de Mirepoix , de l'Appel
par eux cy- devant interjetté au futur Concile
General de la Conftitution de N. S P. le Pape
qui commence par ces mots , Unigenitus Dei
Filius , Sa Majefté auroit reconnu par l'examen
qu'Elle a fait faire defdits Mandemens & Actes
de renouvellement d'Appel , que ceux qui en
font les Auteurs , y ont entrepris de s'élever
hautement contre ladite Conftitution , & contre
les voyes de conciliation qui ont été prifes
pour appaifer les troubles qui s'étoient élevez à
T'occafion de cette Bulle ; Que c'eft dans cet
efprit , que bien loin d'entrer dans des vues fi
convenables à leur caractere ils attaquent ouvertement
des Explications qui font devenuës le
lien de la paix , & qui ont été approuvées par
plus de cent Evêques de France , même par un
des quatre Prelats , dont le nom paroît à la tête
du nouvel Acte d'appel , joint à ce Mandement ;
Qu'on n'y refpecte pas plus l'authorité Koyale
que les fuffrages unanimes & le concert parfait
de prefque tous les Evêques de l'Eglife Gallicane
; Qu'au lieu des actions de graces qui font
dues au Roy & à Mr le Regent , pour avoir pre-
,
DE JANVIER.
8'z
venu un Schifme funefte , & affermi l'union des
Evêques , la Difcipline & la fubordination Canonique
, par une Declaration pacifique , qui , en
confervant les regles de l'Eglife , & les maximes
de l'Etat , empêche que des efprits inquiers &
indociles n'en abufent pour rallumer le feu des
divifions paffées ; on ne trouve dans ces Mandemens
que de nouvelles femences de difcorde ,.
& des prètextes recherchez avec foin pour éluder
l'execution d'une Loy fi neceffaire , en s'efforçant
de perfuader aux Fideles
, contre l'authe
rité des exemples anciens & recens , de ce qui
s'eft paffé dans l'Eglife en de femblables occa
fions , que les difputes qui fe font élevées au fu- '
jet de la Bulle vnigenitus , ne pouvoient fe terminer
que par la Décifion d'un Concile General ş
Que par une fuite d'un principe fi dangereux , il:
femble que les Auteurs de ces Mandemens veuillent
inviter toute forte de perfonnes à rompre
le filence & à renouveller leurs Appels , au préjudice
des difpofitions d'une Declaration qui
n'a été rendue que pour proteger l'unanimité des
Evêques , & dont on prouve la neceffité par les
efforts mêmes que l'on fait pour l'attaquer ;
Qu'enfin ces Ecrits font remplis d'expreflions
capables d'infpirer aux peuples des fentimens injurieux
au fouverain Pontife , de les foulever
contre leurs Evêques , de troubler au moins , &i
d'allarmer les confciences timides & les efprits
peu éclairez en leur faifant entendre
que
verité eft attaquée , que la foy eft en peril , &
que par des nouveautez fufpectes on affoiblt les
maximes faintes de la venerable antiquité , pendant
que les Evêques agiffant dans un elpric
d'union avec leur Chef , ne travaillent qu'à re--
jetter toutes les expreffions capables de favorifer
l'erreur , ou d'obſcurcir la verité. En forte que fi
l'on fuivoit l'impreffion qui refulte de ces Man
>
la
84 LE MERCURE
en
demens , il fembleroit que l'Eglife für reduite à
un état fi déplorable , qu'il ne refteroit plus que
trois Evêques qui euffent confervé le dépôt de
la faine Doctrine dans toute fon integrité : Etcomme
le premier devoir des Souverains ,
qualité de Protecteur de l'Eglife , eft de préve
nir avec foin tout ce qui peut en troubler la
tranquillité , S. M. fe porte d'autant plus volontiers
à interpofer for authorité en cette occafion
, qu'Elle montrera par là combien l'union
des Evêques avec leur Chef , & la paix de l'Eglife
Gallicane luy font précieufes , & avec
quelle fermeté Elle eft refolue de foutenir la
Declaration qui a mis le Sceau à une paix fi
defirable : A quoy étant neceflaire de pourvoir ,
felon la qualité & l'importance de la matiere le
demande. Sa Majeſté étant en fon Confeil , de'
l'avis de M. le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne , que lesdits trois Mandemens & Actes
qui y font joints , feront & demeureront fupprimez
, comme injurieux à N. S. P. le Pape , &
aux Evêques de France , & comme contraires à
la paix de l'Eglife , & à l'authorité Royale :
Voulant S. M. que conformément à ladite Declaration
du 4. Août dernier lefdits Actes de
renouvellement d'Appel , joints aufdits Mandemens
, foient regardez comme nuls & abufifs .
Fait S. M. très expreffes inhibitions & défenſes
à tous Imprimeurs , Libraires , Colpolteurs , &
autres d'imprimer , vendre , debiter ou autrement
diftribuer leflits Mandemens & Actes , à peine
de trois mille livres d'amende , & de privation
de leur maîtrife ou vacation , même de punitioncorporelle
s'il y échet..
'DE JANVIER. $$
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 5 Janvier 1721.
> Lde fosYialace , Futilité de la Compa
E ROY ayant jugé qu'il convient à l'ordre
gnie des Indes , de refilier les Traitez des Monnoyes
faits en faveur de ladite Compagnie ; Et le
Bail des Fermes Generales & autres Fermes , à
l'exception de celle du Tabac , de décharger la
même Compagnie de la Regie & Adminiftration
des Recettes Generales des Finances ; Et dé luy
laiffer les autres artributions dont elle jouit ; En
forte qu'étant particulierement occupée aux operations
de fon Commerce , elle puiffe au moyen
des Privileges que S. M. luy a accordez , & de
ceux qu'Elle pourra luy accorder dans la fuite ,
travailler efficacement pour le bien de l'Etat, &
l'avantage de fes Actionnaires : Et S. M. voulant
y pourvoir : Ouy le Rapport du fieur le Pelletier
de la Houffaye , Confeiller d'Etat ordinaire
& au Confeil de Regence pour les Finances
Controlleur General des Finances . Sa Majesté
étant en fon Confeil , de l'avis de M. le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne ce qui
enfuit.
"
Art. I. Sa Majesté a refilié & annullé , à commencer
du 30 Septembre dernier , le Traité fait
avec la Compagnie des Indes , pour raifon des
profits & benefices fur la fabrication des Monnoyes
, fuivant l'Arrêt du 25 Juillet 1719.
Sa Majefté a déchargé & décharge ladite
Compagnie des offres par elle faites par l'Arrêt
du 24 Octobre 1720 , du don gratuit de la
fomme de vingt Millions , por être confirmée
dans la jouiffance du benefice de la reformation
& fabrication des Monnoyes , ordonnée par l'Edit
du mois de Septembre 1720 , lefquelles offres
demeureront nulles & de nul effet ; Et en con86
LE MER CURE
fequence ladite Compagnie fera remboursée par
S. M. de ce qu'elle juſtifiera avoir payé ſur leſdits
vingt Millions , au moyen de quoy le benefice
provenant de ladite reformation & fabrication
ordonnées par ledit Edit , appartiendra en entier
à Sa Majesté.
III. Sa Majesté a pareillement refilié & annullé
les Baux de fes Fermes , faits à ladite Compagnie
, fous le nom d'Armand Pillavoine , Sçavoir
, à compter du premier Octobre dernier ,
pour les grandes & petites Gabelles , Gabelles de
Franche-Comté, & Trois Evêchez , Cinq Groffes
Fermes , Aydes & Droits y joints & Formules ; Et
à compter du premier du prefent mois pour les
Domaines de France , Domaine d'Alface , & Domaine
d'Occident , Controlle des Actes ,petits Scels
& Infinuations Laïques, Greffes , Amortiffemens,
Franes-Fiefs , & nouveaux Acquêts , & generalement
ceux de toutes les Fermes réunies à ladite
Compagnie , à l'exception de la Ferme du
Tabac feulement.
IV. Ordonne S. M. qu'à commencer du premier
du prefent mois , ladite Compagnie ceffera
d'avoir l'Adminiſtration & Regie des Recouvremens
dépendans des Recettes Generales de fes
Finances.
V. Veut neanmoins S. M. que les Receveurs ,
Commis & Prépofez au Recouvrement defdits
Droits & Deniers , continuent d'en faire la perception
, & d'en tenir des Regiftres Journaux .
ainfi qu'il a été cy- devant ordonné , pour en remettre
les fonds , & en compter du jour de la
refiliation des Baux , à qui & ainfi qu'il leur fera
enjoint par S. M.
VI . Ordonne S. M. que les Directeurs de ladite
Compagnie des Indes compteront , pour & au
nom de ladite Compagnie , par bref Etat devant
les Commiffaires du Confeil , qui feront nommez
DE JANVIER.
87
à cet effet , du prix du Traité fait avec ladite
Compagnie , par Arrêt du 25 Juillet 1719 , par
proportion au temps dont elle a joui ou dû jouir,
au moyen de quoy les benefices des Monnoyes
appartiendront à ladite Compagnie pendant ladite
portion de temps , pour le montant defquels
benefices , il fera expedié au profit de ladite
Compagnie des Ordonnances de comptant , fuivant
les Etats qui en feront certifiez par le Directeur
General des Monnoyes, au moyen de quoi
il en fera compté à S. M. en la maniere accou
tumée .
VII. Compteront auffi lefdits Directeurs de la
Compagnie des Indes , audit nom par bref Etat ,
du prix des Baux des Fermes Unies , du montant
des Impofitions des Recettes Generales , & des
Dépenfes faites fur icelles , fauf à employer en
reprifes les reftes qui fe trouveront dûs defdites
Impofitions , lefquelles reprifes feront allouées ,
fuivant les Etats certifiez par les Receveurs des
Tailles ; Et ce jufqu'au temps porté par le prefent
Arrêt , pour être enfuite compté par lefdits Directeurs
, en ladite qualité , en la forme & maniere
qui fera prefcrite par les Arrêts ou Declarations
qui feront rendus à cet effet , fans que pour
raifon du Recouvrement des deniers des Recettes
generales , lefdits Directeurs audit nom , puiffent
être tenus de compter ailleurs que devant lefdits
Sieurs Commiſſaires du Confeil.
,
VIII. Veut S. M. qu'à commencer dudit jour
premier du prefent mois , les Recouvremens des
profits & benefices des Monnoyes , la Regie &
P'Exploitation des Fermes Generales & autres
Fermes particulieres , à l'exception de celle du
Tabac ; Et l'Adminiſtration & les Recouvremens
des deniers provenans & dépendans des Recettes
Generales des Finances , foient faits par, des Officiers,
Fermiers , Regifleurs , Receveurs ou Com**
LE MERCURE
mis , ainfi qu'il fera jugé le plus convenable
pour le bien du férvice de S. M. dont ils comteront
en la maniere accoûtumée , dérogeant
S. M. à tous Arrêts & Reglemens rendus , en ce
qu'ils peuvent être contraires au prefent Arrêt ,
pour l'execution duquel toutes Lettres neceffaires
feront expediées.
ARREST du Confeil du 8 Janvier 1721 , par
lequel S. M. ordonne qu'à compter du jour de
la publication du prefent Arrêt , les Billets qui
feront délivrez pour l'Emprunt deCent cinquante
livres par Action , ordonné par l'Arrêt du 27
Novembre dernier , feront fignez de deux Directeurs
feulement ; Et que lesdits Billets auront le
même effet que ceux précedemment dèlivrez ,
fignez de trois defdits Directeurs .
ARREST du Confeil du 8 Janvier 1721 , par
lequel S. M. ordonne ce qui fuit.
Art. I. Qu'à commencer du jour & datte du
prefent mois , les Pourvûs des Offices de Receveurs
Generaux des Finances ; tant des Vingt
Generalitez des Pays d'Elections , que des Provinces
d'Alface , Metz , Franche- Comté , Flandres
, Haynaut & Rouffillon , rentreront en poffellion
& jouiffance des fonctions de leurs Charges
, pour en faire & continuer à l'avenir l'Exercice
, à commencer par celuy de la prefente
année 1721 , aux mêmes Gages , Droits , Remifes
& Taxations , attribuées auparavant à leurs
Offices , & en rendre compte au Confeil & aux
Chambres des Comptes , ainfi qu'ils avoient accoûtumé
de faire avant lefdits Arrêts des 12 &
26 Octobre 1719 , & 10 Septembre 1720 , fuivant
& conformément aux Etats de S. M. qui
feront arrêtez à l'ordinaire pour chaque Gene
ralité.
II.
DE JANVIER. 89
II. Ordonne S. M. que les Receveurs des
Tailles remettront aux Receveurs Generaux tous
les deniers qui proviendront du Recouvrement
des Tailles , Capitation , & autres Impofitions ,
ainfi & de la maniere qu'ils étoient tenus de faire
avant les fufdits Arrêts ; Et rendront compte ཧྥ་
F'ordinaire fur les Quittances Comptables defdits
Receveurs Generaux , conformément aux Etats dè
Sa Majefté.
III. Quant aux fommes qui restent dûes fur
les Impofitions des années 1719 & 1720 , Veur
S. M. que le Recouvrement en foit fait par les
Receveurs des Tailles ; Et les denie s également
par eux remis aux Receveurs Generaux , chacun
dans leur Exercice , fauf à en compter entr'eux
& la Compagnie des Indes , ainfi qu'il fera ordonné
par S. M. Et pour l'execution du prefent
Arrêt feront toutes Lettres neceflaires expediées .
ARREST du Confeil du 9 Janvier 1721 .
par lequel S. M. ordonne que les differens &
conteftations mûs & à mouvoir fur l'execution
de l'Arreft du 26 Decembre dernier , portant
fuppreffion des Compres en Banque & Viremens
de Parties , feront décidées & jugées en premiere
inftance par les Jages . Confuls , établis tant à
París que dans les autres Villes du Royaume
& en cas qu'il y ait des appellations interjet
tées des Sentences & Jugemens , qui ont été
ou pourront eftre rendus à ce fujet par lefdits
Juges Confuls , Sa Majesté a renvoyé & renvoye
Tefdites appellations , même les Requêtes qui
pourroient eftre prefentées au Confeil au fujet
dudit Arreft du 26 Decembre dernier , pardevant
les fieurs Amelot , le Palletier Desforts ,
de Saint Conteft , Ferrand & de Machault Con .
felers d'Etat ; Roujault , de Landivifeau , de
Baudry , de Beauflan , Bidé de la Grandville
H
2
90% LE MERCURE
!
Angrand & Le Pelletier de Signy Maîtres des
Requeftes , pour eftre par eux jugées & decidées
en dernier Reffort , au nombre de cinq au.
moins , Sa Majesté leur attribuant à cet effet
toute Cour Jurifdiction & connoiffance , &
icelles interdifant à toutes fes Cours & autres
Jages . Ordonne Sa Majesté que toutes les demandes
& inftances d'appel en cette matiere ſeront
inftruites fommairement par Requeſtes ,
qui feront communiquées aux Parties par Ordonnance
de l'un desdits fieurs Commiffaires ,.
avec une fimple fommation de fournir de réponfe
dans la huitaine , après laquelle il fera
procedé au Jugement defdites inftances d'appel !
& demandes par Requeftes , fans autre ſommation
ni interpellation ..
ARREST du Confeil du Janvier 1721..
par lequel S. M. ordonne ce qui fuir.
ART. I. Il ne fera plus reçû par la Compa
gnie des Indes , à compter du jour de la publication
du prefent Arreft , aucun Billet de Banque
dans le payement de l'emprunt par Action,
ordonné par l'Arreſt du 27 Novembre dernier ,
& au lieu de Cent cinquante livres , ledit Emprunt
ne fera plus fait qu'à raifon de Ceut cinq
livres en Efpeces par chaque Action .
11. Lefdites Efpeces ne feront reçûcs en
Payement dudit Emprunt , fçavoir , les Louis .
d'or de la nouvelle fabrication fur le pied de.
Cinquante quatre livres , & les Louis d'argent
fur le pied de Trois livres piece , que jufqu'au
15 du prefent mois inclufivement ; & ledit tems
pallé , le payement fera fait fur le pied du cours
qu'auront alors lefdites Efpeces.
III. Les Actions de la Compagnie qui ont
été timbrées da troifiéme Sceau , feront rapportées
dans quinzaine du jour de la publication
DE JANVIER. 91
du prefent Arrelt , à peine de nullité defdites
Adions . & au lieu & place d'icelles il en fera
fur le champ delivré aux Porteurs , qui auront
été vifées par les ficurs Poftel , Guyard & Duport
, & Contrôlées par les heurs Defroches ,
Sigonneau & Couterot , nommez par la Compagnie
& Commis à cet effet par Sa Majesté ;
du Numero defquelles Actions fera tenu un Regiltre
par chacun des Controleurs pour les parties
qu'ils contrôleront.
IV. Il fera pareillement delivré fur le champ ,
à commencer du jour de la publication du prefent
Arreft , des Actions vifées & contrôlées de
la même maniere , au lieu & place de celles
pour lesquelles le preft ordonné par l'Arreft du
17 Novembre dernier n'a pas encore été fait ,
en fournillant par les Porteurs ladite fomme
de Cent cinq livres , ordonnée par le prefent
Arreft.
V. Il fera fait & delivré pour ladite fomme
de Cent cinq livres par Action , un Billet de
trente fix Louis & demi d'argent , payable an
Porteur , ainfi & dans le même tems que ceuxfaits
en confequeuce dudit Arreft du 27 Novembre
dernier , Et feront lefdits Billets fignez
de deux Directeurs feulement , conformément
à l'Arreft du Confeil du & du prefent mois .
EXTRAIT DES REGISTRES
du Confeil d'Etat.
Du 11. Janvier 1721 .
LEROY ayant par Arreft de fon Confeil du du prefent mois , Refilié les Baux de
fes Fermes , faits à la Compagnie des Indes ,
fous le nom d'Armand Pillavoine , à compter du
premier Octobre dernier , à l'égard des Gabelles,
Cinq Groffes Fermes . Aydes , Papiers & Par-
Hij
22 LE MERCURE
''
>
chemins timbrez ; & du premier du prefent
mois de Janvier pour les Domaines , Contrôle
des Actes des Notaires , Greffes , Amortiffemens
& Droits y joints , & generalement ceux de
toutes les Fermes réunies à ladite Compagnie ,
à l'exception de la Ferme du Tabac feulement :
Et par Refultat de fon Confeil du 10 du prefent
mois , Sa Majefté ayant jugé qu'il convenoit
au bien de fes Fe mes de les faire regir
& chargé Maistre Charles Cordier Bourgeois
de Paris , de la Regie , Recette & Perception
des Droits , dépendans de fefdites Fermes Generales
Unies , en emble des Quatre fols pour
livre defdits Droits pendant l'année commencée
au premier Octobre mil fept cent vingt
pour les Grandes & Petites Gabelles , lés Gabelles
de Franche Comté , & des trois Evêchez ';
les Cinq Groffes Fermes , Aydes , Papiers &
Parchemins timbrez , & . Droits y joints ; Et
au premier du prefent mois de Janvier pour les
Domaines de France , Domaines d'Alface & Domaines
d'Occident , Contrôle des Actes des Notaires
, Petits . Scels , Infinuations Laïques , Cen.
tiéme Denier , Greffe , Amortifflemens , Francs-
Fiefs & Nouveaux Acquefts , & generalement
pour toutes les Fermes qui avoient été réunies
a la Compagnie des Indes , à l'exception de
ladite Ferme du Tabac . Et Sa Majesté defirant
que ledit Refultat foit executé , & qu'il foit inceffamment
pourvû à la Regie defiites Fermes ..
Ouy le Rapport du Sieur le Pelletier de la
Houffaye Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil
de Regence pour les Finances , Contrôleur
General des Finances SA MAJESTE EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur, le Duc d'Orleans
Regent , a Ordonné & Ordonne que la
Regie des Droits defdites Fermes , enfemble des .
Quatre fols pour livre. d'iceuxfera faite par Mair
à
DE JANVIER. 93
tre Charles Cordier Bourgeois de Paris , pen--
dant une Année commencée au premier O&obre
1720 pour les Gabelles , Cinq Groffes Fermes
, Aydes , Papiers & Parchemins timbrez ; >
Et au premier du prefent mois de Janvier pour
les Domaines de France , Domaines d'Alface &
d'Occident , Contrôle des Actes des Notaires ,
& Droits y joints , pour les faire percevoir par
ledit Cordier , ainfi qu'ils ont été levez & perçus
par Armand Pillavoine , & autres precedens Fermiers
defdites Fermes , par les mêmes Employez
ou autres qui feront à cet effet comm's par ledit
Cordier , fans que ceux des Commis qui font
actuellement employez à la levée & perception :
deflits Droits , foient tenus de prendre de nouvelles
Commiffions , à la charge par ledit Cordier
de compter par bref Etat au Confeil de
ladite Regie , conformément au lit Refultat.
Ordonne Sa Majefté que l'Enregistrement dudit
Refultat , & du prefent Arreft fera fait fansfrais
, au moyen de l'Enregistrement qui avoit
été fait du Bail d'Aymard Lambert , pour fix
années , qui ont commencé au premier Octobre
1718 & premier Janvier 1719.
Fair Sa Majefté très expreffes inhibitions &
deffenfes aux Procureurs , Commis & Préposez
par ledit Pillavoine , d'abandonner la Regie des
Droits deflites Fermes , qu'après que ledit Cordier
, fes Commis & Prépofez en auront pris
poffeffion , à peine de payer lefdits Droits pour
le tems qu'ils les auront abandonnez , à raiſon
du plus haut Quartier de l'Annce precedente. I
Veut Sa Majefté que les Commis deflites
Fermes puiffent continuer l'exercice & fonctions
de leurs Emplois , en confequence des Commiffons
dudit Pillavoine & autres precedens Fermiers
, fans cltre obligez de prefter nouveau
Serment.
947 LE MERCURE
Seront tenus ledit Pillavoine , fes Commis &
Prépofez , de remettre audit Cordier , fes Pro .
cureurs & Commis , tous les Timbres fervans
à Timbrer lefdits Papiers & Parchemins , enfemble
tous les Papiers & Parchemins , tant
Blancs que timbrez eftant dans les Magafins &
Bureaux de diftribution , dont il fera fait Inventaire
par les Subdeleguez , Officiers des Elec
tions ou autres Juges , pour eftre la valeur
defdits Papiers & Parchemins , enfemble de ceux
qui ont été diftribuez depuis ledit jour premier
Octobre 1720 , payée audit Pillavoine par ledit
Gordier , fur le pied du prix du Marchand ,
comme Papiers & Parchemins blancs feulement ;
à la reduction neanmoins de ceux qui fe trouveront
de rebut & mal conditionnez .
Permet Sa Majefté audit Cordier de continuer
de fe fervir des Timbres d'Aymard Lambert
& de fes Sous Fermiers , non - feulement
jufqu'au premier Avril 1721 , qu'il avoit été
permis audit Pillavoine de fe fervir defdits Tim '
bres par l'Arreft du Confeil du 17 Septembre
1720 , mais encore juſqu'au dernier Septembreprochain.
Ordonne Sa Majefté que ledit Pillavoine , fes
Receveurs , Commis & Prépofez , feront tenus
de rendre Compte , chacun à leur égard , de
toutes les fommes provenantes du produit des
Droits defdites Fermes , à compter dudit jour »
premier Octobre 1720 pour les Gabelles , Cinq
Groffes Fermes , Aydes , Papiers & Parchemins
Timbrez , & du premier du prefent mois de
Janvier 1721 pour les Domaines , Contrôle des
Actes des Notaires , Greffes , Amortiffemens &
Droits y joints , & d'en remettre les fonds en
deniers , ou décharges valables audit Cordier ,
fes Procureurs & Commis , à leur premiere requifition
à peine d'y eftre contraints comme
pour les propres deniers & affaires de Sa Majefté.
•
DE JANVIER. 95
DEPARTEMENT
POUR LE SERVICE DE LA REGIE
des Fermes Generales Unies , Jous
le nom de Charles Cordier , àcommencer
du premier octobre mil fept
cent vingt.›
I:
PARIS..
La Remife des De- E foin defairefaire
niers des Caiffes de Paris
des Provinces à la
RecetteGenerale à Paris ,
d'examiner les Borde
reaux de la Recette
Dépenfe actuelle du Receveur
General de Paris,
des Receveurs Generaux
des Provinces , de
fuivre les payemens qui
doivent estre faits ,
l'acquittement des charges
des Etats du Roy ;
de verifier les Etats de
produit , envoyez tous les
mois par les Directeurs
le Contrôle de la Dé.
penfe generale des Caiffes .
der Dépenfes extraor
ainaires.
MESSIEURS
De la Porte ,
Lallemant de Betz ,
LaLive deBellegarde
Delvieux ,
De Roifly ,
De la Haye ,
Bonnevie ,,
Malo ,
Savalete , 1
Bergeret ,
Mazade ,
La Reyniere,
26
.
LE
MERCURE
LI.
La
Garde des
Papiers
de la Ferme
, les Regiftres
pour les Cautionnemens
,
autres
Actes
déposez
aux
Armoires
de la
Compagnie
, & le dépoft
des Safies
.
" III.
L'affistance au Confeil
de la Ferme & follicitations
des affaires de
Procedures.
IV :
Le foin defaire dreffer
les Etats au vray des
Comptes de Chambres ,
& ceux d'Appuremens
Correction.
V.
L'examen des Comptes »
generaux particuliers
des Gabelles de France.
MESSIEURS,
avancel ,
De July ,
-Savalete.
De la Haye ..
De Salins ,
Teffier ,
Bonnevie ,
July ,
Malo ,
Caze ,
Toinard ,
Hocquart
.
De la Porte ,
Lallemant ,
Bonnevie ,
De Roifly
Dauguy ,
Micault.
De la Porte ,
Lallemant de Betz ,
De Saint- Valery ,
De Beaufort ,
Defvieux ,
De Roifly ,
Lantage.
VI
DE
JANVIER.
97.
VI.
L'examen des Comptes
generaux & particuliers
des Cing Groffes Fermes,
la Verification des
Etats des Paff ports
Marchandifes , Entrées
Sorties en franchise.
VII.
L'examen des Comptes
generaux & particuliers
des Gabelles de Lyonnois
, Provence , Dau .
phiné , Languedoc
Rouffillon , & le foin de
faire rendre les Comptes
aux Chambres de Gre-
, noble d'Aix
Montpellier.
MESSIEURS ,
Lallemant ,
Lalive ,
Duché ,
De Salins ,
Malo ,
Daumay
Duvaucel
Heron ,
Thiroux de Laily.
De la Porte ,
De Roifly ,
Lantage
Defvieux ,
Bergeret,
Grimod du Fort,
Lallemant .
de Le Riche,
Vir .
Les Fourniffemens des
Gabelles , les Achats de
Sels , Voitures , Emplacemens
Comptes des
Entrepreneurs.
De la Porte ,
Lallemant ,
Bonnevie ,
Dejean >
Lalive ,
De Salins ,
Salavete ,
Olivier de Monta
luçon ,
De Roiffy ,
Bergeret ,
Villemur.
I
28
LE
MERCURE
IX.
La Regie des Grandes
Gabelles & Cing Groffes
Fermes , des Gabelles de
Lyonnois , Provence ,
Dauphiné , Languedoc
Rouffillon , celles de
Franche Comté , Trois
Evechez Domaine
d'Alface , & l'examen
des Comptes.
X.
La Regie des Aydes ,
Papiers Parchemins
Timbrez, Marque d'Or ,
d'Argent des Fers ,
Domaines , Contrôle des
Actes des Notaires
Greffes , Amortißemens
Droits y joints , &
Vexamen des Comptes
XI.
La Regie du Domaine
d'Occident & l'examen
des Comptes .
MESSIEURS ,
De la Porte ,
Lallemant de Betz ,
Lalive ,
Deſvieux ,
De Roifly ,
Heron ,
Daugny ,
Le Riche ,
Bergeet ,
De Beaufort
Malo ,
Du Vaucel ,
De Salins ,
Le Mofnier ,
Caze.
Adine ,
De la Hayes
Savalete ,
Villemur
Perrinet ,
July ,
>
Bonnevie ,
Maffon ,
Teffier ,
Toinard ,
Le Mercier ,
De la Moifiere,
Bonnevie ,
Lalive ,
De Salins ,
Daumay
Duché
Bergeret,
2
7
DE JANVIER.
SERVICE DES PROVINCES.
DEPARTEMENS.
Paris ,
Rožen ,
Caên ,
Alençon,
Amiens
Saint-Quentin
Lille ,
Soiffons
Pour partir.
Toifnard .
{
Mazade,
Hocquart,
Châlons ,
Langres ,
Charleville
Dijon,
Lyon ,
Alface,
Valence
Grenoble ,
Marſeille ,
Franche-Comté ,
Trois-Evêchez,
Montpellier,
Narbonne
Saint - Valery
Grimod de la Rey
niere.
{
Marneau
Marneau
< 221227
Micault,
Duché des Tou
nelles,
こ
I ij
885121
200
LE MERCURE
CORRESPONDANCES.
GABELLES
Fermes.
De Salins
3
3
Caze ,
Daugny,
Des Vieux ,
Heron
Malo
Lalive ,
Le Mofnier
Heron ,
Bergeret,
De la Porte ,
De Salins ,
De Beaufort ?
Daugny ,
Lallemant ,
Bergeret
.2..
$ De Roiffy ,
Du Vaucel,
Aydes , Domaines ;
Contrôle,
Perrinet ,
De la Haye,
Bonnevie >
Le Mercyer,
Adine ,
Savalere ,
Tellier ,
SAdine
De la Haye
Villemur ,
De la Haye:
Teffier ?
De Villemur,
July ,
La Moifiere,
July,
,
{
Maffon
July ,
Maffon ,
Le
Mercyer ,
Caze ,
Bonnevie ,
Perrinet ,
La Moifiers
DE JANVIER.
10%
SERVICE DES PROVINCES.
DEPARTEMENS. Pour partir.
Toulouſe ,
Montauban , Grimod du Fortי ,
Haute-Auvergne &
Bordeaux ,
Dax "
Auch ,
La Rochelle,
Daumay.
Poitiers " Lantage de Selicourt
Limoges,
'Angers ,
Nantes
Rennes ,
Thiroux de Lailly.
Tours ,
Le Mans,
Laval ,
Dejeans
Orleans ,
Bourges ,
Moulins ›
Olivier de Montluçon.
I iij
102 LE MERCURE
CORRESPONDANCES.
Aydes , Domaines ,
Contrôle.
GABELLES
Fermes.
De Roiffy ,
Du Vaucel ,
De Villemur
Perriner.
Lallemant
Caze,
La Live ,
Le Moinier,
July,
Bonnevie.
Savalete ,
Villemur
Le Mercyen
Adine ,
Savalete ,
July ,
De Salins,
Malo ,:
Du Vaucel ,
Le Riche ,
Savalete ..
Tellier.
De Beaufort ,
Le Riche ,
Villemur ,.
Perrinet ,
Maffon.
Fait & arrefté à Paris le quatorze Janvier mil
fipt cent vingt- un.
Signé , LE PELLETIER DE LA HOUSSAYE
DE JANVIER. ΤΟΣ
ARREST du Confeil du 15 Janvier 1721 , par
lequel S. M. a pro ogé jufqu'au premier Fevrier
prochain exclufivement , la liberté accordée à la
Compagnie des Indes par l'Arrêt du 9 du piefent
mois , de recevoir de fes Actionnaires jufqu'au
1s feulement le Prêt de Cent cinq livres
par Action , en efpeces de la nouvelle fabrication
;fur le pied de cinquante - quatre livres le
Louis d'or , & de trois livres le Louis d'argent :
Ordonne au furplus S. M. que l'Arrêt du Confeil
du 27 Novembre dernier concernant ledit Prêt,
fera executé felon fa forme & teneur.
ARREST du Confeil du 15 Janvier 1721 , par
lequel S: M. proroge jufqu'au premier Juillet
1721 , la furfeance accordée par lefdits Arrêts du
Confeil aux Vaffaux de S. M. pour raifon des
nouvelles Foy & Hommage qu'ils font tenus de
luy rendre , à caufe de fon heureux Avenement
à la Couronne : En confequence fait S. M. mainlevée
des faifies féodales qui pourroient avoir
été faites pour raifon de ce , contre aucuns defdits
Vaffaux , fans neanmoins que fous prétexte
du prefent Arrêt , les Vaffaux de S. M qui doivent
la Foy & Hommage pour mutation de leur
Chef, indépendamment de l'heureux Avenement
de S M. à la Couronne , puiflent fe difpenfer de
fatisfaire à cedevoir dans les delais ordinaires.
ARREST du Confeil du 10 Janvier 1721 ,par
lequel S. M. ordonne qu'il fera inceffamment
arrêté des Rolles de reformation & moderation
des fommes payées en entier ou à compte de la
Finance des Offices , Droits , Gages , Augmentations
de Gages , Taxations & Rentes , de quelque '
nature qu'elles foient , fupprimez par les Edits &
Arrêts rendus à ce fejet , fur lefquels il fera
expedié des Quittances de Finance au nom des
I iij
104
LE MERCURE
Acquereurs , pour par eux jouir en attendant leur
remboursement, de l'interêt au denier cinquante,
des Finances principales par eux payées , pour
lefquelles il a été originairement attribué des
droits , gages , augmentations de gages , taxations
ou rentes , defquels interêts fera fait fondsannuellement
dans les mêmes Erats où ils devoient
être employez avant leur fuppreffion ;:
& à l'égard des Offices dont les droits n'étoient
employez dans aucuns Etats des Finances : Ordonne
S. M. que le fonds en fera fait dans les
Etats des Pays d'Elections ou Pays d'Etats , au
choix de ceux au nom defquels les Quitances .
de Finances feront expediées , dérogeant à , cer
effet à tout ce qui peut être contraire au pre
fent Arrêt , fur lequel toutes Lettres neceffaires.
feront expédiées.
ARREST du Confeil du 21 Janvier 1721 ,
par lequel S. M. ordonne que les Efpeces à reformer
continueront pendant le mois de Février
prochain , d'être prifes en payement des Droits.
du Roy feulement , fur le même pied' qu'elles
fe recevront dans les Hôtels des Monnoyes ;
Qu'à l'égard des anciennes Efpeces à convertir ,.
elles ne feront plus reçues par les Receveurs
defdits Droits que jufqu'à la diminution prochaine
en attendant laquelle elles feront encore
prifes par lefdits Receveurs fur le pied
qu'elles le font actuellement , fur l'Arrêt du 18-
Novembre 1720. Veur S. M. qu'à commencer au
premier jour dudit mois de Février prochain
les anciennes . Efpeces , tant à reformer qu'à convertir
, foient décriées de tout cours & mife
dans le public , & n'y puiffent être expofécs en
aucun payement , à peine de confiſcation & de
trois mille livres d'amende , tant contre ceux qui
auront reçu lesdites Efpeces , que contre ceux
༨- ,
>
1
' DE JANVIER . IOS
qui les auront exposées. Entend S. M. qu'à
commencer audit jour premier Février 1721 ,
les
Articles VIII. IX , X. & XI. de l'Edit du mois
de Septembre dernier , concernant la confifcation
des anciennes efpeces trouvées parmi les effets
des parties faifies , ou des perfonnes décedées
foient executez felon leur forme & teneur.
y
*
DECLARATION du Roy , donnée à Paris le
21 Janvier 1721. Regiftrée en Parlement le 25
du même mois : par laquelle S. M. ordonne qu'en
tous commerces & negociations que pourront
faire fes Sujets pour prêt d'argent , ventes de marchandifes,
ou autrement , ils puiffent & qu'il leur
foit loifible d'en ftipuler par Lettres ou Billers
le payement au Porteur fans dénomination de
perfonnes certaines ; à l'effet de quoy 3. M. a
rétabli l'ufage des Lettres ou Billets de Change,
ou autres Billets payables au Porteur revo
quant à cet égard les défenfes portées par fon
Edit du mois de May 1716. Veut que l'Article
premier du Titre VII. de l'Ordonnance du mois
de Mars 1673 , enſemble la Declaration du 26.
Février 1692 , foient executez fuivant leur forme
& teneur ; ce faifant , que tous Négocians &
Marchand's comme auffi tous ceux qui font
chargez du maniement ou recouvrement de fes
deniers , & qui auront figné des Billets payables
au Porteur , pour valeur reçûë comptant , ou
en marchandifes , puiflent être contraints par
corps au payement defdits Billets & que les.
demandes & conteftations qui pourront être formées
à cet égard , ne puiffent être portées que
pardevant les Juges & Confuls des Marchands ,
aufquels S. M. attribuë à cet effet toute Cour ,
Jurifdiction & connoiffance , fauf l'appel en fes
Cours de Parlemeus,
,
106 LE MERCURE
ARREST du Confeil du 23 Janvier 1721
par lequel S. M. ordonne que dans le dernier
Fevrier prochain , les Recepiflés des Directeurs
des Monnoyes fairs avant la publication de
Edit du mois de Septembre dernier , même
ceux delivrez pour Billers de Banque , ou di
xièmes de Compte en Banque , feront convertis
avant le premier jour de Mars prochain
en acquifition de Rentes perpetuelles fur →
les Aydes & Gabelles créées par Edit du mois
de Juin dernier ; paffé lequel tems lefdits Recepiffez
feront & demeureront nuls & de nulle
valeur. Veut Sa Majesté que lesdits Directeurs
des Monnoyes fallent Recette dans les Comptes
qu'ils rendront pour leur Regie de l'année 1720
du montant defdits Recepillez au profit du Roy,
lefquelles Recettes feront admifes fur un fimple
Etat de dits Billets , certifié defdits Directeurs-
& de leurs Contrôleurs , par tout où befoin
fera en vertu du prefent Arreft , fur lequel tou
tes Lettres neceffaires feront expediées.
ARREST du Confeil du 23 Janvier 1721,
par lequel S. M. ordonne ce qui fuit.
ART. I. Les Comptes en Banque & Viremens
de Parties demeureront fupprimez & n'auront
plus de cours ainsi ? qu'eft porté par ledic
Arreft , du jour de fa publication , Et ne pour
ront plus eftre donnez en payement , même de
gré à gré , encore qu'il fuft question d'acquitter
des Lettres de Change , Billets de Commerce
, & vente de Marchandifes en gros -entre?
Marchands & Negocians , fi lefdits Comptes en
Banque n'ont été avant ladite publication valablement
offerts en Juftice; Sur quoi en cas de conteftation
i fera fait droit ainfi qu'il appartiendra ,
par les Jages aufquels la connoiffance en a été
attribuée par les Arrefts des 13 Juillet , 16 Decembre
1720 & 9 du prefent mois deJanvier 1721 .
DE JANVIER. 107
IT. Si les offres de Payement en Compte en
Banque & Viremens des Parties font jugées va-
Tables , & que les Creanciers refuſent de recevoir.
leur Payement en Compte en Banque ,
il fera:
permis aux Debiteurs de configner des Certificats
des Directeurs des Comptes en Banque , pour
le compte & au rifque des Creanciers , au moyen
duquel dépoft lefdites Lettres & Billets feront
cenfez bien & duement acquittez , Et demeu--
reront nuls & de nulle valeur .
,
III Veut & ordonne Sa Majefté que les Let
tres de Change qui ont été tirées , Ec que les
Billets de Commerce , & les ventes de Marchandifes
en gros qui ont été faits & paffez entre
Marchands & Negocians pour la fomme de
Cinq cens livres & au deffus , payables en Ecritures
en Banque , anciennes ou nouvelles &
dont les termes de Payemens font échûs , avant,
ou depuis ladite publication , ou qui écheront
à l'avenir , foient payez en Efpeces d'or & d'argent
, fur le pied feulement de la valeur effective
qui aura été fournie pour avoir lefdites Lettres
de Change & Billets de Commerce , & pour le
prix defdites Marchandifes .
IV. Pour parvenir plus facilement à l'execution
du precedent Article , & établir , autant
qu'il eft poffible , une jufte égalité entre le Debiteur
& le Creancier ; Ordonne Sa Majesté.
qu'en cas de difficulté pour reconnoître la valeur
effective fur le pied de laquelle feulement
lefdites Lettres de Change , Billets de Commerce
& ventes de Marchandifes en gros devront
eftre payées & acquittées fuivant l'Article
precedent , il en fera fait évaluation cût
égard à ce que perdoient les Comptes en Banque
dans le tems que lefdites Lettres de Changeont
été tirées , & lefdits Billets de Commerce
ventes de Marchandiſes en gros faits & paflez,,
208 LE MERCURE
S
& ce par rapport aux Efpeces d'or & d'argent
du cours d'alors , à l'effet de quoy il fera nommé.
deux Negocians Banquiers ou Agens de Change,
l'un de la part du Debiteur , l'autre de la part
du Creancier , ou faute par l'un d'eux d'en nommer
, il en fera par le Juge nommé d'office
lefquels conviendront entre eux de ladite évaluation
, ou s'ils ne peuvent convenir il fera
noinmé un tiers par le Juge , & le Debiteur fera
tenu de payer au Creancier en Efpeces d'or ou
d'argent ayant cours , la fomme à laquelle la va-
Feur defdits Comptes en Banque reduite en atgent
, aura été fixée par ladite évaluation .
V. Les Emplois indiquez aux Porteurs & Proprietaires
des Comptes en Banque par l'Article
IV. de l'Arreft du 26 Decembre dernier , feront
faits & reçûs en la mapiere portée par ledit Article
, en acquifition de Rentes Viageres fur
les Aydes & Gabelles , de Rentes fur les Tailles
& autres impofitions , tant des Pays d'Elections
que des Pays d'Etats , créées par Edit du mois
d'Aouft dernier , ou d'Actions Réntieres fur la
Compagnie des Indes , dont Sa Majesté fera &
demeurera garante. Seront au furplus les Artieles
III. IV. & V. dudit Arreft du 26 Decem .
bre dernier executez felon leur forme & teneur .
Et fera le prefent Arreft lu , publié & affiché
par tout où befoin fera & fur iceluy toutes
Lettres neceffaires expediées.
›
Extrait des Regiftres du Conseil d'Etat.
Du 18 Janvier 1721.
EROY s'étant fait reprefenter en fou Con
feil l'Arrêt rendu en iceluy le 21 Avril
1720 , par lequel S. M. auroit commis Maître
Louis -Denys Longuet , cy-devant Payeur de la
DE JANVIER. 109
trente-deuxiéme Partie des Rentes de l'Hôtel de
Ville de Paris , pour faire le payement des Rentes
, dont les arrerages n'avoient point encore.
été reçus par les Rentiers , & ce jufqu au premier
Juillet fuivant : Et ordonné par le même Arrêtque
les trois Payeurs aufquels les rentes viageres
, dites Tontines , les Kentes purement viageres
, & les Rentes perpetuelles affignées fur les
Tailles & Recettes generales des Finances étoient
diftribuées , en continueroient le payement juf
qu'au dernier Juin de ladite année : Autre Arrêt
du Confeil du premier Juillet de ladite année ,
1720 , par lequel S. M. a prorogé jufqu'au
dernier Decembre , fuivant le delay porté par
l'Arrêt dudit jour 21 Avril précedent , pour re
cevoir le payement des arrerages qui reftoient
das de toutes les Rentes dudit Hôtel de
tant pour l'année 1719 , que pour les années
anterieures , en la forme & maniere prefcripte
par l'Arrêt dudit jour 21 Avril 1720 , ainfi qu'il
eft plus au long porté par lefdits Arrèts ; Et Sa
Majefté étant informée qu'il refte encore à payer
une partie confiderable defdites Rentes , fait par
rapport aux faifies , & autres empêchemens qui
fe font trouvez fur quelques unes d'icelles , foit
parce qu'aucuns des Rentiers qui demeurent
dans des Provinces éloignées , ou même hors du
Royaume , n'ont pas été inftruits à temps des
difpofitions de ces Arrêts : A quoy S, M..voulant
pourvoir & accorder encore un nouveau &
dernier delay , fuffifant aufdits Rentiers pour recevoir
les afrerages qui leur reftent dûs , tant
pour l'année 1719 que pour les années anterieures
, dont tous les fonds ont été faits. Ouy
le Rapport du Sieur le Pellelier de la Houffaye,
Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil de
Regence pour les Finances , Controlleur Gene- ,
ral des Finances , Sa Majeſté étant en lon Cons
"
ΠΙΟ LE MERCURE
>
feil , de l'avis de M. le Duc d'Orleans Regent , a
prorogé & proroge encore jufqu'au premier
jour de Juillet prochain les delays portez par les
précedens Arrêts , pour recevoir le payement,
des arrerages qui reftent dûs de toutes les rentes
fur l'Hôtel de Ville Tailles & Recettes
Generales des Finances , tant pour l'année 1719
que pour les années anterieures en la forme
& maniere prefcrite par l'Arrêt du Confeil dudit
jour 21 Avril 1720 , qui fera au furplus executé,
felon fa forme & teneur : Veut & entend S. M.
qu'après ledit jour premier Juillet prochain ,
ceux des Rentiers qui auront negligé de recevoir
, foient & demeurent dèchûs du payement
defdits arrerages.
>
ARREST du Confeil du 23 Janvier 1721 ,
par lequel S. M. ordonne que les Proprietaires,
des Offices & Droits fupprimez ; & les Crean
ciers des Communautez cy- devant établies fur
fur les Ports , Quays , Halles & Marchez de la
Ville de Paris , qui restent à rembourfer , feront
tenus de faire leurs diligences , pour obtenir
dans le premier Mars prochain , les Quitances de,
Finance du montant de leurs rembourſemens OL
moyennant quoy ils jouiront ; fçavoir , les Pro-.
prietaires defdits Offices & Droits fupprimez , des
interêts defdites Quittances de Finance fur le pied
du denier Cinquante , à compter du premier,
Janvier 1720. Et les Creanciers defdites Communautez
de Paris , des arrerages des rentes qui
leur feront conftituées fur le pied du denier
Quarante , à compter du premier, Juillet de la
dite année 1720 , le tout fuivant & conformément
audit Atrêt du 12 Octobre dernier ; pallé
lequel jour premier Mars prochain , & jufqu'au
premier Avril fuivant , les Proprietaires defdits
Offices & Droits , & Creanciers des Commu
DE JANVIER, 111
autez de Paris , dont les Quittances de Finance
fe trouveront expediées dans le courant dudit
mois de Mars inclufivement , feront feulement
payez defdits interêts & arterages , à comptr
du premier Janvier de la prefente année ; &
après lefdits delays expirez , Veut & ordonne
S. M. que lesdits Proprietaires d'Offices & Droits
fupprimez ; & Creanciers defdites Communautez
ne jouiffent defdits interêts ou arrerages que du
jour des Quittances de Finance qui leur feront
expetiées ; Et fera le prefent Arrêt lû , publié
& affiché par tout où beſoin ſera , à ce que perfonne
n'en ignore.
MORTS DE PARIS.
MU
Effire Efprit Juvenel de Harville des
Urfins , Marquis de Traifnel , Lieurenant
General des Armées du Roy , mou
rut le 9 Novembre 1720 , laiffant pour
fils Efprit Juvenel de Harville des Urfins ,
Marquis de Traifnel , Enfeigne des Gendarmes
de la Garde du Roy , qui à épousé
en May 1717 Louife - Magdelaine le Blanc,
fille unique de Meflire Claude le Blanc
Miniftre & Secretaire d'Etat , & c. & de
Dame Magdelaine Petit de Paffy.
Dame Magdelaine Pauline Gaudemer ,
Epoufe de Meffire Philippe de Voluire ,
Comte de Ruffec , mourut en couches le
25 Decembre , âgée de 19 ans .
Mr. Buiffon , Colonel d'un Regiment
Suiffe , l'un des plus anciens Brigadiers deş
$ 12 LE MERCURE
Armées du Roy , & d'une des premieres &
des plus confiderables familles de la Republique
de Geneve , eft mort d'apoplexie
à fon Regiment à Avefnes le premier de
ce mois ; il eft generalement regretté à
caufe de fon merite , ayant donné en plufieurs
occafions des marques de fa valeur
& de fon experience dans la Guerre ; s'étant
acquitté avec beaucoup d'honneur &
de diftinction des differens commandémens
importans dont il avoit été chargé.
Dame Therefe Fontaine , Epoufe de
Meffire Felix Aubery , Marquis de Vatan ,
Maître des Requêtes , mourut en couches.
le 2 Janvier 1721. âgée de 19 ans.
Meffire Laurent Claude Huet , Seigneur
d'Arlon , Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , ancien Capitaine de Cavalerie , &
Maître des Comptes de Normandie , mourut
le 2 Janvier.
Melfire Jean Hervieu - Bazan de Flammenville
, Evêque de Perpignan , y mou-.
fut les de ce mois .
Dame, Louife Leontine Jacqueline de
Bourbon , Princeffe de Neuchaſtel & de
Vallengin en Suiffe , Comteffe de Dunois ,
de Chaumont & de Noyers , Baronne de
Lucheux , de Bonnétable & de Baugé ,
Dame de Coulomiers , Bonneüil , Beauquefne
, Ayraines , &c . Epoufe de Melfire
Charles Philippe d'Albret , Duc de Luynes
&
DE JANVIER. 113
& de Chevreule , Pair de France , Comte
de Monfort & de Tours , Baron de là
Rochecourbon , Samblancey , Saint Miehel
, & c. mourut le 11 Janvier , âgée de
24 ans , laiſſant pofterité. Elle étoit fille
unique de Louis Henry de Bourbon
connu fous le nom du Chevalier de Soif
fons , & d'Angelique Cunegonde de Mont
morency-Luxembourg.
Meffire Pierre Bouchart , Ecuyer Sieur
de Contremoulins , Bloffeville , & autres
lieux , eft mort à Rouen le 12 Janvier
1721 , âgé de 77'ans , avec de grands fentimens
de pieté qui ont édifié toutes les
perfonnes qui l'ont vu dans fa maladie. Il
eft mort garçon , & avoir paffé la plus
grande partie de fa vie au ſervice du Roy
dans le Regiment de Normandie : Il y
avoit déja du tems qu'il y étoit Capitaine t
des Grenadiers , lorfque fes infirmités l'óbligerent
de s'en retirer . C'étoit une des
perſonnes du monde la plus exacte fur les
loix de l'honneur & de la juftice , qui n'a
jamais fouffert que fes Soldats ni fes Do
meftiques fiffent le moindre rort aux Ha
bitans des lieux par où ils paffoient . Com
me il avoit toujours aimé l'étude , & qu'il
étoit doüé d'une prodigieufe meinoire , il
avoit fait de fi grands progrès dans les
Sciences , qu'il a donné des avis fört utiles
aux plus fçavans Ecrivains de notre
K
114 LE MERCURE
fiecle , qui lui en ont marqué leur recon--
noiffance par leurs Lettres.
Mellire Jean François Paul Péan, Seigneur
de Rouvre , Treforier de France à Paris ,
mourut le 22 Janvier.
Meffice Pierre- Daniel Huet, ancien Evêque
d'Avranches, fous Precepteur de Monfeigneur
le Dauphin , & Doyen de l'Academie
Françoife , mourut le 25 Janvier
1721 , dans la Maiſon Profeffe des Jefuites
de Paris , âgé de 87 ans..
Madelaine - Armande du Cambout &
Coiflin , Veuve de Maximilien- Pierre-
François-Nicolas de Bethune Duc de Sully,
Pair de France , Prince d'Enrichemont ,.
mourut le 30 Janvier , âgée de 47 ans.
MORTS ETRANGERES..
MA
Agdelaine Julienne , fille de Jean-
Charles de Baviere , Prince de Birkenfeld
, née le 21 Fevrier 1686 , qui
avoit épousé le 26 Novembre 1704 Joachim
Frederic Prince de Holftein Plaen .
mourut le 5 Novembre 1720 , âgée de
34 ans , laiffant pofterité.
My
94
Michel Pons & Mendoza , Lieutenant :
General des Armées du Roy d'Espagne ,
mourut le Decembre..
Marcel Sacheti , Commandeur de Monaffiafcone
, & Ambaffadeur de la Religion
DEJANVIER. 115
de Malthe à Rome , y mourut le 8 Decembre
, âgé de 78 ans.
Dominique Comte d'Arco , mourut à
Vienne le 10 Decembre , âgé de 60 ans.
Comte de Volckra , Evêque de Velprin
dans la Baffe Hongrie , mourut le...
Decembre
Dom André de Medrano , Comte de
Torrubia , du Confeil & Chambre de
Caftille , mourut à Madrid le Decembre ,
âgé de 66 ans.
NAISSANCE..
La Princeffe époufe du Duc Erneſt Au--
gufte Duc de Saxe Weymar , accoucha les
5 Decembre d'une Princeffe.
MARIAGES.
Charles de Fairfax , fils unique du Vi
comte de ce nom , époufa le 5 Novembrela
Vicomteffe doüairiere de Dumbar , fille
aînée du Lord Clifford.
Maximilien Prince de Heffe - Caffel ,
époufa le 30 Novembre N. Princeffe de-
Hefle d'Armftad.
CHARGES ET DIGNITEZ..
Le Decembre le Roy d'Efpagne nomma
Lieutenant General de les Armées
Kij
116 LE MERCURE
7
Dom Dominique Luquefi , Marêchal de
Camp.
Dom Juan de Carvajal - Lancaſtre , Ço--
lonel , fut nommé Brigadier..
Sa Majeſté donna le Regiment d'Infan--
terie de Milan à . Dom Godefroy. Caëtan ,
Lieutenant Colonel.
La Licutenance- Colonelle du Regiment
de Cavalerie d'Alcantara , à Dom Jofeph
de Bay de Boufecourt , Lieutenant - Colonel..
Celui de Cavalerie de. Bravante , au
Capitaine . Dom Diego de Alcega.
Celui d'Infanterie des Afturies , à Doms
Michel-Auguftin Carreno , Lieutenant-
Colonel..
La Lieutenance de Roy de Cartagene à
Dom Jofeph Louis de Guzman , Major de
la même Place..
Et le degré de Lieutenant - Colonel de-
Dragons , au Capitaine François Vizconde :
de Erenaus ..
Sa Majefté nomma auffi à l'Evêché de
Cadix Dom Philippe de los Tueros.
Et à celui de Ciudad - Rodrigo , le Pere
Gregoire Tellez , Religieux de l'Ordre do
Saint François.
Le Decembre
le Pape donna là Commanderie
de Montefalcone
, à Dom
Alexandre
Albani , fon neveu.
Nomma Auditeur dé Rote , à la place
du feu Sieur Aufaldi , le Sieur Crifpoldo
Clerc de Chambre..
DE JANVIER.
117
Et nomma Clerc de Chambre le Sieur
Hierôme Viendetto ..
Le Decembre l'Empereur nomma Con
feiller d'Etat N. Comte de Collonitz Evêque
& Prince de Vienne , qui en prêta
ferment le 17 du même mois .
Donna à Frederic Comte de Lantieri
Sergent General qui fervoit depuis 34-
ans en Hongrie , dans l'Empire , & en
Sicile , le Regiment de Cuiraffiers , vacant
par la mort de N. Stella , Comte de Sainte-
Croix.
Et à N. Comte d'Aversberg le Gouvernement
de Manfredonia , place du Royaus
me de Naples , avec le titre de General
de Bataille..
Le Decembre le Roy de Dannemarck .
lonna au contre- Amiral Schindel , la Charge
de Vice- Amiral , vacante par la mort
du Sieur Tordenschild.
Le Decembre le Roy de Pologne don
na la Charge de Châtelain de Polnanie au .
Sieur Roninski , Echanfon..
Et celle d'Echanfon, au Sieur Koyanicki .
NOMINATION AUX EVECHEZ.
Le 8 Janvier 172r le Roy nomma à
l'Archevêché de Vienne, vacant par la mort
de M. François de Begron de Crillon , M..
Henry Olwald de la Tour d'Auvergne ,
*18* LE MERCURE
Abbé de Conches , de Redon , & de Clu
ny, qui avoit été nommé à l'Archevêché
de Tours en Novembre 1719 .
Sa Majefté donna fur cet Archevêché
une penfion de 1200 livres à
M. Louis Cherubin le Bel , Evêque de
: Bethleem .
Et une de 600 à l'Abbé de Maupertuis.
A l'Archevêché de Tours , vacant par la
promotion de M. de la Tour d'Auvergne
à l'Archevêché de Vienne , M. François-
Bloüet de Camilly , Evêque de Toul depuis
1704 , Abbé de Valricher & de Saint :
Pierre fur Dive.-
A l'Evêché de Châlons fur Marne , va
cant par la mort de M. Jean - Baptifte.
Louis Gafton de Noailles , Meffire Nicolas
Charles de Saulx de Tavannes , Abbé de
Montbenoift , & Grand Vicaire de Pontoile.
A l'Evêché de Grenoble , vacant par la
mort de M. Ennemond Alleman de Monte
martin , M. Paul de Chaulnes , Evêque
de Sarlat depuis 1701 , & Abbé de Peſſân . -
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 3000 livres au Chevalier de
Kermoifan..
&
Et une de 2000 ? au Chevalier de
Marcieux .
A l'Evêché de Verdun , vacant par li
mort de M. Hippolyte de Bethune , M.
DE JANVIER.
Charles -François de Hallencourt de Dromefni
, Evêque d'Autun depuis 1710 ,
Abbé de la Charité & de Homblieres.
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 4000 livres au Chevalier de
Lorraine
Une de 3000 au Chevalier de Conflans ..
Une de 3000 au Sieur Gendron.
Une de 1500 à l'Abbé de la Grand- -
coure.
Une de rooo à l'Abbé de Machault.
Une de 600 à l'Abbé Soulet.
Et une de 400 à N. de l'Epine ..
A l'Evêché de Coutances , vacant par la
mort de M. Charles - François de Lomenic
de Brienne , M. Leonor de Matignon.
A l'Evêché de Perigueux , vacant par las
mort de M. Pierre Clement , M. Michel
Pierre d'Argouges , Abbé de Jouy.
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 3000 livres au Chevalier de
Lauzieres.
Et une de 1000 à l'Abbé d'Epinay.
A l'Evêché de Laitoure , vacant par la
mort de M. Louis d'Illiers d'Entragues ,
Meffite Paul Robert Hertault de Beaufort.
"
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 1200 livres à l'Abbé Bauhin..
Une de 1200 à l'Abbé Gallet.
Une de 1000 à M. André de Leftang, »
3
IZO LE MERCURE
Docteur de Sorbonne.
Une de 600 au P. Lardy , Religieux.
de la Mercy.
Et une de 1000 au P. Miramont ,
Feuillant
A l'Evêché de Mirepoix , vacant par la
mort de M. Pierre de la Broue , M.
de Maniban , Abbé de Cendras , & grand
Vicaire de. Tolafé.
A l'Evêché du Puy , vacant par la morta
de M. Claude de la Roche- Aymon , M.
de Conflans ..
A l'Evêché de Saint Brieu , vacant par
la mort de M. Louis de Fretat de Boiffieu,
M. Pierre Guillaume de la Vieuxville ',
Grand Vicaire de Nantes ..
A l'Evêché d'Autun , vacant par la
promotion de M. Charles de Hallencourt
de Drolmeul à l'Evêché de Verdun
M. de Moncley , Grand Vicaire de Be--
fançon..
A l'Evêché de Sarlat , vacant par la promotion
de M. Paul de Chaulnes à l'Evêché
de Grenoble , M. Jofeph Alfonfe de
Valebelle , Aumonier du Roy.
A l'Evêché de Toul , vacant par la pro
motion de M. François Blouet de Camilly,
à l'Archevêché de Tours , M. Scipion Jerôme
Begon , Abbé de Saint Germer de
Flaix , & Grand Vicaire de Beauvais
A l'Evêché d'Alaix , vacant par la promotion
DE JANVIER . 121
motion de M. Louis François Gabriel de
Henin- Lietard à l'Archevêché d'Ambrun
M. Charles de Bannes d'Avejan.
Et à l'Evêché de Glandeves , vacant par
la mort de M. Cefar de Sabran , M. Dominique
Laurens de Berton de Crillon.
ABBATES DONNE'E S.
Le Roy donna l'Abbaye de Hautvilliers,
Ordre de Saint Benoift , Dioceſe de Reims,
vacante par la mort de M. de Noailles ,
Evêque de Châlons , à M. Jean- Philippe
d'Orleans , Grand Prieur de France , &
General des Galeres.
Celle de Saint Evroult , Ordre de Saint
Benoist , Diocefe de Lizieux , vacante par
la mort de M. d'Afpremont , Comte de
Reckem , Chanoine de Strasbourg , à M.
N. de Saint Albin , Abbé de S. Ouën de
Rouen , & Coadjuteur du Prieuré de Saint
Martin des Champs.
Sa Majefté donna fur cette Abbaye
une penfion de 1200 livres à M. de
Buat , Confeiller au Parlement de Metz.
Et une de 1500 à M. N. de la Broize ,
Docteur de Sorbonne.
Celle de Savigny , Ordre de Cîteaux ,
Dioceſe d'Avranches , vacante par la mort
de M. Gaultier , à M. Jean- Baptifte Maffillon
, Evêque de Clermont.
L
122 LE MERCURE
Celle de Montmorel , Ordre de S. Au--
guftin , Diocele d'Avranches , vacante par
la mort de M. N. de Beauvais , Doyen des
Confeillers - Clercs du Parlement de Rouen,
à M. Henry Xavier de Belfunce , Evêque.
de Marfeille .
Celle de Belleperche , Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Montauban , vacante par la
mort de M. David Nicolas Berthier , Evêque
de Blois , à M. Charles- Gafpard Guillaume
de Vintimille du Luc , Archevêque
d'Aix .
Celle de S. Gilles , Ordre de S. Benoist,
Diocefe de Nifmes , vacante par la mort de
M. le Goulx de la Berchere , Archevêque
de Narbonne , à M. Jacques- Antoine Phelypeaux
, Evêque de Lodeve.
Sa Majesté donna fur cette Abbaye
une penfion de 1000 livres à M. N. le
Clerc.
Et une de 800 à M. N. Piquelée.
Celle de Noaillé , Ordre de S. Benoift ,
Diocefe de Poitiers , vacante par la démiſfion
de M. le Cardinal de Biffy , Evêque
de Meaux , à M. Poncet de la Riviere ,
Evêque d'Angers.
Sa Majefté donna fur cette Abbaye
une perfion de 2000 livres à M. N. de
Thyard , Comte de Biffy.
Celie de Saint Pierre de Châlons fur
Saone , Ordre de Saint Benoift , vacante
DE JANVIER. 123
par la mort de M. Charles Andrault de
Maulevrier de Langeron , à M. Charles
Alexandre Filleul de la Chapelle , Evêque ..
de Vabres.
Celle du Mont Saint Michel , Ordre de
S. Benoist , Dioceſe d'Avranches , vacante
par la mort de M. N. Karg , Chancelier
de P'Electeur de Cologne , à M. N. de
Broglio , Agent du Clergé , Abbé des
Vaux de Cernay & de Baulme.
Sa Majesté donna fur cette Abbaye
une penfion de 1500 livres à M. Ñ.
Huvet.
Et une de 6000 à M. N. de Rottembourg
, Envoyé de Sa Majefté près le
Roy de Pruffe.
› Celle de Saint Florent de Saumur , Ordre
de Saint Benoit , Diocefe d'Angers , va
cante par la mort de M. Berton de Crillon
, Archevêque de Vienne , à M. N.
de Thyard de Biffy , frere du Cardinal .
Sa Majefté donna fur cette Abbaye
une penfion de 2000 livres à M. Ň.
Chevalier de Biffy, neveu de ce Cardi,
nal.
1
Et une de pareille fomme de 2000 à
M. N. Babin, Chanoine de l'Eglife d'Angers.
Celle de S. Crefpin le Grand , Ordre de
Saint Benoit , Diocefe de Soiffons , vacante
par la mort de M. Joteph Brunet ,"
I ij
124
LE MERCURE
·
Docteur de Sorbonne , à M. N. Comte.
de Poitiers , Prevoft de l'Eglife de Liege.
Celle de Barbeaux , Ordre de Citeaux ,
Diocefe de Sens , vacante par la mort de
M. N. d'Afpremont , Comte de Rekem ,
Chanoine de Strasbourg & Abbé de Saint
Evroult , à M. N. de Canillac , Comte de
Lyon.
Celle de Bonnevaux . Ordre de Cîteaux,
Diocefe de Vienne , vacante par la mort
de M. N. Carpinel , à M. N. de Montmorin
de Saint Herem.
Celle d'Oliver , Ordre de Cîteaux , Dio .
cefe de Bourges , vacante par la mort de
M. N. Gaultier , qui étoit auffi Abbé de
Savigny , à M. N. de Fiennes.
Celle de Saint Maur fur Loire , Ordre
de Saint Benoift , Dioceſe d'Angers , vacante
par la mort de M. N. Martineau
à M. Charles-Louis de Froullay , Comte
de Lyon , Aumônier du Roy,
?
Celle de Beaupré , Ordre de Cîteaux ,
Dioceſe de Beauvais , vacante par la mort
de M. de Bethune , Evêque de Verdun ,
à M. N. Courtaruel de Pezé .
Celle de Lagny . Ordre de Saint Benoist,
Diocefe de Paris , vacante par la mort de
M. le Cardinal de la Tremoille , à M.
Jacques Alain de Gontaut , Doyen de
L'Eglife de Paris , & Abbé de Saint Ambroile
de Bourges,
DE JANVIER. 125
Celle de Ham , Ordre de Saint Auguftin,
Diocefe de Noyon , vacante par la mort
de M. Humbert Ancelin , ancien Evêque
de Tulles , au Commandeur de Chasteauthiers.
Celle de Bolbonne , Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Mirepoix , vacante par la
M. le Chevalier de Langeron .
" Celle de Manlieu Ordre S. Benoiſt
Diocéfe de Clermont , vacante par la mort
de Mellire N. de Beauverger de Montgon,
Comte de Brioude & Abbé d'Iffoire , à
M. le Chevalier de Laval.
Celle de S. Germain d'Auxerre , Ordre
S. Benoist , vacante par la mort de M. de
Lomenie de Brienne Evêque de Coutances
, à M. N. Charpin des Halles
Abbé de la Seauve- majeur
,
Celle de Marfillac , Ordre S. Benoift ,
Diocefe de Cahors , vacante par la mort
de M.N. d'Eſcorbiac, à M. N. de Simiane.
Celle de la Reau , Ordre S. Auguftin ,
Dioceſe de Poitiers , vacante par la mort
de M. N. le Bourg de Montmorel , à M. N.
de Saveufe.
Le Roy donna fur cette Abbaye une
penfion de 1000 liv. à M. N. le Bourg
de Montmorel
Celle de Veermand, Ordre de Premontré,
Diocefe de Noyon , vacante par la mort
Liij
1161
LE MERCURE
de M. N. de Lignieres , à M. de Segur.
Celle de Mortemer, Ordre de Citeaux ,
Dioceſe de Rouen , vacante par la demiffion
de M. Bouthillier de Chavigny Archevêque
de Sens , à M. de lá Fare ..
Celle de l'Abfit, Ordre S. Benoift , Diocefe
de la Rochelle , vacante par la mort de
M. N. Moreau , à M. Charles Emanuel
de la Vieuville , Aumônier du Roy.
Sa Majesté donna fur cette Abbaye
une penfion de 800 liv . à M. N. Mouf
fard.
Et une penfion de 700 liv. à M. N.
Corel du Clos , Chanoine de S. Merry.
Celle de Blanche , Ordre de Citeaux ,
Diocefe de Luçon , & le Prieuré de Saint
Philbert de Noirmoutier , vacaps par
Ja
mort du Cardinal de la Tremoille , à M.
N. Lanti.
Celle de Chatrices, Ordre S. Auguftin,
Dioceſe de Chaalons fur -Marne , vacante
par la mort de M. N. du Rofel , à M. N.
de Caulet , Aumônier du Roy , fils de M.
N. de Caulet Preſident à Mortier au Parlement
de Toulouſe.
S. M. donna fur cette Abbaye une
penfion de 1500 liv . à M. N. de Saint-
Gery.
la
Celle de Montfort , Ordre S. Benoist ,
Diocefe de Saint- Malo , vacante par
mort de M. d'Obeilh Evêque d'Orange
M. N. de Marbeuf..
DE JANVIER. 127
C
Celle de S. Liguaire , Ordre S. Benoift,
Diocefe de Saintes , vacante par la mort
de M. N. de Berton de Crillon Archevêque
de Vienne , à M. N. de la Fare Lopis .
S. M. donna fur cette Abbaye une
penfion de zooo liv. au Chevalier de
Fourbin.
Čelie de Soreze
و ن
Ordre S. Benoist
Diocele de Lavaur ; vacante par la mort
du Cardinal de la Tremoille , à M. N.
de Ceilles de Rocozel.
و -Celle Duvieil , Ordre de Premontré
Diocle d'Acqs , vacante par la mort de
M. N. d'Efquille , à M. N. de Navailles.
Celle de S. Wilmer , Ordre de S. Auguftin
, Diocefe de Bologne , vacante par
la mort de M. N. Geneft , à M. N. de
Chaftener.
Celle de Tourtoirac, Ordre S. Auguftin ,
Dioceſe de Périgueux , vacante par la mort
de M. N. Vincenot , à M. N de Brufac.
Celle de S. Cyprien de Poitiers , Ordre
S. Benoist , vacante par la mort de M. det
Lomenie de Brienne , Evêque de Coutances
, à M. N. de Garembourg .
Celle de S. Vincent du Bourg , Ordre
S. Auguftin , Diocefe de Bordeaux , vacante
par la mort de M. N. Efliffagaray ,
à M. N. Boulanger.
Celle de Blafimont , Ordre S. Benoist ,
Diocefe de Bazas , vacante par la mort de
Liiij
128 LE MERCURE
M. Jean Binet , Docteur de Sorbonne , à
M. N. de Villefroy.
Celle de la Clarté Dieu , Ordre de
Citeaux , Dioceſe de Tours , vacante pat
la mort de M. N. Ayınar du Parron
M. N. de la Harteloire .
›
Celle de S. Cyran , Ordre S. Benoist,
Dioceſe de Bourges , vacante par la mort
de M. de Bargede , Evêque de Nevers , à
M. N. Perrot , Instituteur du Roy , &
Prieur du Mont-aux- Malades de Rouen..
Celle de Saramond , Ordre S. Benoit ,
Dioceſe d'Auch , vacante par la mort de
M. N. du Val , à M. N. Boivin de Vaurouy.
Celle de la Victoire, Ordré S. Auguftin ,
Dioceſe de Senlis , vacante par la mort
de M. d'Aubigny , Archevêque de Rouen ,
à M. Jean-Baptifte du Moutier , Pricur
d'Huriel , Aumônier de M. le Duc de
Bourbon , & cy-devant fon Instituteur
qui remit l'Abbaye de S. Sauveur de Blaye..
S. M. donna fur cette Abbaye une
penfion de 3000 liv. au Chevalier de
Dampierre.
Celle de Bellefontaine , Ordre S. Benoift
, Dioceſe de la Rochelle , vacante.
par la mort de M. d'Illiers d'Entragues ,
Evêque de Clermont , à. M. N. Maréchal,
Confeiller au Parlement.
Celle de S. Sauveur de Blaye , Ordre
DE JANVIER. 129
>
va-
S. Auguftin , Diocefe de Bordeaux
la démiffion. dudit fieur du Mou
cante par
ier , à M. N. de Tilly.
Celle de Charon , Ordre Citeaux , Diocefe
de la Rochelle , vacante par la mort
de M. N. Ferries , à M. N. Raguet.
9
Celle de Mafdion , Ordre S. Benoift
Dioceſe de Saintes , vacante par la mort
de M. Bernard Belot d'Arche , à M. N.
Bridel.
Celle de Fontmorigny , Ordre Citeaux,
Diocele de Bourges , vacante par la mort
de M. Gilbert Flaman, à M. N. de Viantais .
Celle de Morigny , Ordre S. Benoiſt ,
Dioceſe de Sens , vacante par la mort de
M. Philippe Malet , à M. N. le Befgue de
Majainville , Chanoine de Chartres..
Celle de la Nouë , Ordre de Citeaux ,
Dioceſe d'Evreux , vacante par la mort de
M.l'Abbé Antoine, à M. N. Deſnotz.
Celle de Lannoy , Ordre de C. Dioceſe
de Beauvais , vacante par la mort de M.
Charles le Bourg de Montmarel , à M. N.-
de Favancourt..
Celle de Bonlieu , Ordre de C. Dioceſe de:
Bordeaux , vacante par la mort de M. Bernard
Belot d'Arche , à M. Gilles Goüault ,
ancien Chapelain du Roy.
Celle de Valence , Ordre de C. Diocefe:
de Poitiers , vacante par la mort de M. N.-
le Sage , à M. N. Nerot
110 LE MERCURE
t
Et celle de Mouftier Saint- Jean , Ordre
S. Benoit , Diocefe de Langres , vacante
par
la mort de M. l'Abbé de Langeron ,
à M. Louis de Thefu , Abbé de S. Pere
en Vallée , & de S. Martin de Pontoife ,
Secretaire des Commandemens de S. A. R.
Monteigneur le Duc d'Orleans.
Quelques jours aprés le Roy donna
P'Abbaye d'Iffoire , Ordre de S. Benoit ,
Dio ete de Clermont , vacante par la mort
de M. N. de Beauverger de Montgon , à
M. N. de Lair , Doyen & Grand Vicaire
de Clermont.
Celle de la Nouvelle Notre - Dame de
Gourdon , Ordre de C. Diocefe de Cahors,
vacante par la mort de M. N. Henault ,
à M. N. Baillot , Curé de S. Michel de
Limoges.
Celle de S. Georges des Bois , Ordre
S. Auguftin , Diocefe du Mans , vacante
par la mort de M. N. le Boffu de Charenton
, à M. Dominique- François Hamon
des Roches.
Celle de Sauve , Ordre S. Benoift, Diocefe
de Nifmes , vacante par la mort de
M. N. de Merez , à M. N. de Vallory.
Et celle de Fontenay , Ordre S. Benoiſt,,
Dioceſe de Bayeux , vacante par la démiffion
de M. Huet Ancien Evêque d'Avranches
, à M. N... fon neveu.
• DE JANVIER .
13F
LE Lundy vingt- nenviéme Decembre la
Mufique du Roy jointe à l'Academie
Royale de Musique & les Comediens du Roy
reprefenterent pour la premiere fois fur le
grand Theatre des Tuilleries , là Comedie
intitulée Cardenio , ornée d'un Prologue &
de trois Interme des de Danfes & de Mufique.
Le Samedy quatrième Janvier la feconde
repreſentation de la même Comedie & du
Ballet fut executée , ainsi que le Mercredy
buitiéme , & le Samedy onzième , le Lundy
treiziéme les Comediens François joue ent
la Comedie de Dom Japhet d'Armenie de
Scaron, le precedent Ballet que l'on avoit
ajusté dans les Intermedes de cette Piece ,
y fut danjé , ce qui fut continue le Samedy
dix huitiéme ; & le Lundy vingtiéme les
Comediens Italiens repreſenterent pour la
premiere fois une Piece nouvelle , intitulée
Endimion , on l'Amour vangé , dans laquelle
on avoit incorporé les Entrées du Ballet,
& le Lundy fuivant vingt-fept on en fit
une feconde reprefentation . Le Roy a danſé
dans toutes ces Repreſentations , & a fait
l'admiration & l'empressement de toute la
Cour & de la Ville , la grande Salle ayant
toujours été remplie de tout ce qu'il y a de
perfonnes diftinguées , & tout s'y étant paffé
aves beaucoup d'ordre & de magnificence :
151 LE MERCURE
·
L'on continuëra encore tout le reste du Cat
naval à ajuster ce Ballet à differentes Pieces,
tant Françoifes qu'Italiennes. Comme Endimion
est une Paftorale Italienne , on nous
- Sçaura peut - être gré de donner l'Argument
des Scenes de cette Piece en faveur de ceux
qui n'entendent pas l'Italien.
ARGUMENT
DES SCENES
DE LA PIECE.
ACTE PREMIER.
Lé Theatre reprefente un Bois.
L
'AMOUR picqué des mépris que"
Diane a pour lui , témoigne fon
reffentiment , & dit qu'il vient exprès
dans ce lieu pour fe vanger de la
Déeffe , & la voyant venir , il fe retire à
l'écart pour entendre fes difcours. Diane
accompagnée de la Nymphe Aurille , de
Violette , d'Arlequin & de fa fuite , prefcrit
une loi rigoureufe contre l'Amour , &
impofe pour punition , la perte de la vie
à ceux ou celles qui donneront un afle à
DE JANVIER. 133
A
ce Dieu. Tous promettent authentiquement
d'executer les ordres de la Décffe ;
Arlequin fur tout paroît ferme dans fa
refolurion , infulte l'Amour par des brocards
injurieux , & promet à Diane d'être
toujours loumis à les loix. Après cette
Scene , Diane fe retire avec fa fuite . -- Arlequin
refte feul avec Violette qu'il a aimée
, & lui dit avec fermeté qu'il faut
oublier le paffé , & obéir prefentement aux
ordres de Diane , qui eft l'ennemie declarée
de l'Amour. Violette qui ne peut foufcrire
à cet arrêt , fait les efforts pour
attendrir Arlequin , qui la rebute comiquement
: Violette ajoûte qu'ils peuvent
s'aimer en fecret & tromper la Déeffe.
Arlequin à cette propofition paroît épouvanté
, & fait plufieurs jeux de Theâtre
pour marquer fa frayeur. Violette rentre ,
après lui avoir reproché fa cruauté. -- Arlequin
refte , menace l'Amour qui s'approche
de lui , & qui fans être vû répond à
fes injures. Arlequin ne l'écoute plus , &
dit qu'il meurt de faim , & qu'il eft
au defefpoir de n'avoir pas de quoi manger.
L'amour lui répond que bien- tôt il
aura de quoi manger , mais qu'il ne lui
fera pas permis de contenter fon appétit ,
& qu'il lera battu . Arlequin dit qu'il ne
craint point un fi mauvais fort . Sur ces
entrefaites arrive -- un Valet tenant un
•
)
134 LE MERCURE'
pâté & une bouteille ; il prie Arlequin
de lui enfeigner la maifon de Monfieur
le Docteur Lanternoni Medecin du Païs ,
auquel il porte ce prefent de la part de
fon Maître Arlequin pour avoir le pâté
& la bouteille , dit qu'il eft le Docteur ;
à quoi le Valet répond qu'il n'en croit
rien , & qu'il fçait fort bien que le Docteur
eft habillé de noir , l'ayant entendu
dire à fon Maître. Vous avez raiſon , repart
Arlequin , j'ai voulu me divertir , & 1
il entre pour faire venir le Locteur. Le
Valet pendant ce tems- là boit un verre de
vin : Arlequin revient avec la robe & le
chapeau du Docteur ; & dans le tems qu'il
veut lui donner le pâté & la bouteille ,
88
Scaramouche afrive , & demande au
Valet s'il connoît le Docteur : le Valet
répond , le voici , en montrant Arlequin.
Scaramouche le prenant pour le Docteur
le maltraite , pour avoir , à ce qu'il dit ,
donné un remede à fa Maîtreffe , qui ne
l'aime plus depuis qu'elle l'a pris. Arlequin
embarraffé , ne tçait s'il doit fe découvrir
la crainte qu'il a de perdre le
pâté , l'engage à foûtenir la fourberie :
Scaramouche lui donne des coups de bâton
, & s'en va . Arlequin paroit tout
joyeux d'avoir été battu , & s'applaudit
des coups de bâton qu'il a reçus , en faifant
reflexion qu'ils lui valent un pâté :
DE JANVIER. 135
--
2
le Valet le lui donne , & s'en va . Arlequin
met le pâté fur une table, comptant
de faire bonne chere : lorfqu'ilveut boire ,
il ne trouve que de l'eau ; quand il veut
manger , il ne peut ce qui l'oblige à fe
defelperer , & à jetter la table & tout ce
qui eft deffus , & s'en va. -- Endimion avec
fon chien , tenant un dard rompu , fait un
monologue ; & fe trouvant fatigué de la
chaffe , s'abandonne au fomineil , & commet
à fon chien le foin de le garder . A
peine le Berger eft - il endormi , que fon
chien profite de la liberté qu'il lui a laiſſée,
& qu'il quitte fon Maître. -- Diane apperçoit
ce Berger endormi . L'Amour :
caché lance un trait , & bleffe la Déeffe
qui devient tout à coup amoureufe d'Endimion
: elle voit fon dard rompu , fubftitue
le fien à la place de l'autre qu'elle
emporte . -- Arlequin furvient ; & voyant
Endimion endormi , il lui prend envie de
vifiter la pannetiere du Berger : ce qu'il
execute auffi - tôt , & vole tout ce qu'il y
trouve. Après un grand jeu de Theatre
de la part d'Arlequin , qui s'empare auffi
du dard que Diane a laiffé , -- Aurille
paroît , qui charmée de la beauté du dard .
qu'Arlequin tient entre fes mains , l'oblige
de lui en faire un prefent. Arlequin preffé
par la Nymphe lui donne le dard , & la
fait enfuite jurer par le nom de Diane ,
136 LE MERCURE
qu'elle ne dira jamais l'avoir reçu de luig
afin , à ce qu'il ajoûte , qu'on ne puiffe
l'accufer d'avoir fait ce larcin : la Nymphé
jure par le nom de Diane , qu'elle gardera
de fecret : Arlequin fe retire tout
joyeux. -- Aurille refte , & appercevant
P'Amour , elle le reconnoît : l'Amour lui
dir d'un air d'affurance , que puifqu'elle
s'eft vantée de combattre contre lui , il
eft temps d'accomplir fa promeffe : il fe
cache derriere Endimion endormi , bleffe
la Nymphe , & le retire tout glorieux de
fa nouvelle conquête. Aurille épriſe d'Endimion
, déplore la perte de fa précieufe
liberté. Endimion le réveille ; & après
avoir inutilement cherché fon chien & fon
dard , il apperçoit la Nymphe qui lui
donne celui qu'elle a reçu d'Arlequin , &
qui rentre en laiffant échaper un foupir.
- .
Arlequin vient dire à Endimion que
Diane a fait avertir toutes les Nymphes
& les Bergers des Campagnes voifines de
fe raffembler dans fon Palais , où elle
doit recevoir les homages de diverſes Nations
qui viennent pour obéir à fes Loix
& promettre authentiquement de fe foumettre
à fes ordres . Endimion & Arlequin
partent pour le rendre au lieu
afligné.
J
ཡིག་ཏུ།
La
4 137
DE JANVIER.
La Scene repreſente le Palais de DIANE.
DIANE , AURILLE , NYMPHES ,
BERGERS enfuite arrivent ENDIMION
& ARLEQUIN . Diane fe fied
& ordonne que l'on ouvre , & qu'on
laiffe entrer les Nations Etrangeres les
QUADRILLES entrent , & faluent Diane.
On dare , & le premier Acte finit.
ACTE SECOND.
ATYRE outré de la refiftance
Sd'Aurille , qu'il aime fans efpoir , jute
de la punir de fa cruauté , & de ſe vanger
des mépris rigoureux de cette Nymphe
, qui s'eft plufieurs fois échappée de
fes mains. --Aurille , fans appercevoir cet
Amant outragé , s'entretient de fa nou?
velle paffion : Satyre s'approche , il lat
faifit auffi - tôt par la treffe de fes cheveux ,
& veut la forcer à le fuivre. Aurille aprèsl'avoir
inutilement prié de ne point ufer
de violence , fait éclater contre luy fes
tranfports furieux. Satyre , que les injures
de la Nymphe animent davantage ,
veut à toute force l'emmener : elle fe
défend. Satyre perfeverant toûjours dans
fa refolution , tire de toute fa force les
M.
138
LE MERCURE
cheveux de la Nymphe qui trouve le
moyen de fe dérober à fa pourſuite , &
de fuir. Satyre tombe , & la coëffure
d'Aurille luy refte entre les mains . Satyre ,.
que cette chûte a prefque eftropié , appelle
les Bergers à fon fecours , pour l'aider
à fe relever . --Arlequin accourt au
bruit ; & voyant le Satyre qui fe plaint
il le releve , & le laiffe tomber de temps.
en temps ce qui fait un jeu de Theâtre
fort divertiffant ; aprés quoy Arlequin
l'emporte. --Diane & Endimion arrivent
fur la Scene. La Déeffe qui reconnoît fon
dard , demande à Endimion par quelle
avanture un fi beau dard fe trouve entre
Les mains à
; Endimion répond:
qu'une Nymphe charmante luy en a fait
prefent. Diane pour fe flater , fe perfuade
qu'Endimion ne dormoit point dans le
temps qu'elle l'a laiffé , & que ce Berger
' eft fans doute apperçu du changement ::
elle lui demande encore s'il aime la perfonne
à qui ce dard appartenoit : Endi
mion répond qu'elle lui eft fort indiffe
rente & en parle même avec mépris..
Diane irritée reprend le dard d'Endimion
lui fait des reproches , & lui ordonne de
s'éloigner : enfuite elle le rappelle , & dit
qu'elle veut abfolument fçavoir le nom
de la Nymphe qui luy a donné ce dard ..
Endimion lui avoue qu'il l'a reçu d'Au-
>
quoy
DE JANVIER. 139
zille , & fe retire fans ofer pourfuivre davantage
, dans la crainte que lui infpire la
fureur de la Déelle. Aurille paroît , &
· Diane lui demande comment elle a eu le
dard qu'elle a donné à Endimion . Aurillet
la conjure de lui permettre de luy en faire
un myftere , ayant ( à ce qu'elle dit ) juré
par fon nom de ne point reveler ce fecret.
--Arlequin furvient : Aurille dit à Diane
que fi elle veut abfolument en être éclaircie
, Arlequin peut aifément l'en inftruire.
Diane interroge Arlequin , qui craignant
d'être puni comme un voleur , reproche à
Aurille de l'avoir trahi malgré fon ferment.
Enfin après plufieurs plaitanteries d'Arlequin
, il fe jette aux pieds de la Déeffe
lui demande pardon , & avoue ingenument
qu'il a volé ce dard à Endimion , dans le
temps qu'il dormoit . Diane raffurée fur les
foupçons jaloux , & contente de l'aveu fincere
d'Arlequin , lui pardonne fon larcin ,
& rentre. Arlequin reproche à Aurille
fon indifcretion , & fe repent de fa trop
grande facilité , qui l'a engagé à confier
un fecret important à une femme qui ne
peut s'empêcher de parler , loifqu'on las
prie de fe taire : il s'en va . -- Aurille route
occupée de fa nouvelle paffion , fe livre à
fes penfées amoureufes ; & après avoir
parlé du trifte état où elle le voit reduite
depuis qu'elle aime. Endimion
و
M ij.
140 C LE MERCURE
>
elle va fe repofer fur un gazon , & cher
che par les douceurs du fommeil de calmer
pour quelque inftant l'excès de fes peines..
--L'Amour pour fe divertir aux dépens de
la Nymphe , & pour interrompre fon repos
, contrefait la voix du Coucou &
imite enfuite le chant du Roffignol : L'Amour
s'offre à fes yeux ; Aurille en proye:
aux tourmens qui l'agitent , s'approche de
l'Amour , & le conjure de terminer par
une prompte mort tous les maux qu'elle
fouffre. L'Amour faifit le dard de la Nymphe
: elle le prend par une de fes aîles ; -ils
font une efpece de lutte ; l'Amour fe plaint ;
& lui propofe de faire la paix ; Aurille y
confent , & l'Amour promet de la rendre
heureufe après cette Scene , l'Amour
& la Nymphe rentrent enſemble.
--Arlequin vient avec Violettte & les
Chaffeurs ; ils veulent tendre des filets.
pour prendre des Oiſeaux : auffi- tôt il
s'éleve une tempête. Arlequin en eft:
épouvanté , & fait un jeu de Theâtre
pour fe cacher , & pour prendre la fuite ;
enfuite il veut fe couvrir avec les filets ,
auffi - bien que Violette , qui eft toute
tremblante , pour fe mettre , difent- ils , à
l'abri de la pluye ; enfin la tempête ceffe ,,
le tems devient ferein , Violette s'en va ..
Arlequin refte avec les Chaffeurs : ils tendent
les filets .. Arlequin veut être le pres
8
1
DE JANVIER.
142
mier à les tirer , & à prendre des oiſeaux .
--L'Amour arrive, & s'embarraffe lui- même
dans les filets , qu'il n'apperçoit point.
Arlequin le couvre ; & croyant avoir pris
un Oifeau , il appelle les Chaffeurs , auf
quels il fait voir la prife qu'il a faite
L'Amour rit de la fimplicité d'Arlequin
qui paroît tout étonné de l'entendre parlers
il le prend pour un perroquet , & dit qu'il
veut qu'il chante. L'Amour pour le divertir
chante une Chanfon , dans laquelle
il traite Arlequin de gourmand & de poltron.
Arlequin s'emporte contre cet im
pertinent Oifeau , & ordonne à fes Camarades
de l'emporter , & de le mettre dans
une Cage. Arlequin refte , s'applaudit de
fa victoire , & dit aux Bergers de . former
des Danfes , pour fe réjouir de la prife
qu'il vient de faire. Les Bergers & les
Nymphes danfent , & le fecond Acte finit.
A CTE TROISI E' M. E..
D
LANE preffe Aurille de lui dire fi
elle aime Endimion ; Aurille laiffe.
échapper un foûpir , & ne peut retenir.fes
larmes . La Déeffe ne doutant plus de fa
paffion pour ce Berger , appelle les Nymphes
:Aurille prend la fuite.-- Les Nym--
phes.courent après elle . --Diane refte feule :
1742
LE
MERCURE
1
en proye à fa jaloufie , & dit que puifque
Arille aime Endimion , il faut qu'elle périffe
; & dans l'incertitude où elle eft , fi
cette Nymphe eft aimée d'Endimion , elle
ne fçait que refoudre. --Arlequin voyant
Diane , lai raconte comiquement qu'il a
trouvé un Pigeon qui baifoit amoureuſement
une Colombe , & qu'il vient lui demander
ce qu'on en doit faire , puiſqu'il as
tranfgreffé fes Loix. Diane , fans faire attention
au recit d'Arlequin , parle de la témerité
de la Nymphe , & dit que puifqu'elle
aime , il faut qu'elle meure ; à quoi
Arlequin répond , qu'il fe doutoit bien
. que fon intention étoit telle , & que déja
il l'a plumé , fait rôtir , & inangé , parlant
toûjours du Pigeon : il ajoûte encore, qu'il
croit que ſon âne eſt amoureux ; car il
s'eft apperçu que pendant le mois de May
il ne fait que foûpirer nuit & jour :, il lui
demande ce qu'il en doit faire , Diane fans
l'écouter parle d Endimion , & dit que s'il
eft amoureux, elle ne prétend point qu'il fu
biffe la peine impofée par la Loy, après quoi
elle fe retire . Arlequin témoigne fa joye,
& dit en fautant que je fus content ;
mon âne n'est point compris dans la Lov , il
ne mourra point. Il appelle les Bergers , &.
leur ordonne de lui apporter fon Oifeau …-
--Les Bergers portent l'Amor dans une:
cage. Arlequin lui dit de chanter : l'A
--
27
DE JANVIER, 543
mour répond que toutes les chansons qu'il
fçait font du même ftile que celles qu'il a
deja chantées ; Arlequin le menace de le
faire mourir de faim , & outré de colere ,
s'approche de la cage où eft l'Amour , &
veut le battre. L'Amour le pique d'un de
fes dards ; Arlequin crie , & dit que l'Oifeau
l'a mordu ; & fe fentant brûler , il
demande à boire pour éteindre le feu qui le
dévore. L'Amour trouve fa précaution fort:
inutile , & dit à Arlequin que le Vin n'eſt
point un antidote contre le poifon qu'il a
gliffé dans fes veines. Arlequin au défefpoir
, croît être empoifonné , & demande :
du fecours à - Diane qui furvient ; il lui
raconte que l'oifeau qu'il a pris , lui a
donné un coup de fon bec , & qu'il fent
déja les effets d'un poifon mortel : il
promet de lui en faire prefent , pourvû
qu'elle le gueriffe. Arlequin lui montre le
prétendu Oifeau : Diane en le voyant ,
s'écrie : Que vois - je , c'est l'Amour ? Arlequin
à ce mot eft encore plus effaye : Je
fuis amoureux , dit- il , & je ne ſçai pas de
qui. Diane fait mettre l'Amour en liberté :
P'Amour fait fa paix avec la Déeffe , & la
difpofe à recevoir Endimion pour fon
époux . Les Nymphes conduifent avec
elles Aurille & Endimion : l'Amour bleffe :
Endimion , le prefente à Diane , guérit
Aurille de l'Amour qu'il lui avoit infpiré
144 LE MERCURE
pour Endimion , & oblige Diane à par
donner genereufement à cette Nymphe
Arlequin fait fes excufes à l'Amour , l'affurant
que s'il avoit eu l'honneur de le
connoître , il l'auroit traité plus humaines
ment. Diane appelle les Nymphes de fa
fuite , revoque la Loy qu'elle leur avoit
preferite ; & l'Amour appelle fes Suivans :
auffi-tôt les Amours , l'Hymen, & la Suite
s'avancent ; l'Amour les invite à celebrer
les Nôces de Diane & d'Endimion : on
chante , on danfe , & la Paſtorale finit.
EXTRAIT DU BALET DU ROT.
E Balet eft compofé d'un Prologue &
Lade trois entrées. Dans le Prologue, lo
Theâtre reprefente le Palais du Roi . Le
Chagrin y entre fous la figure de la Raifon
, & veut y établir fon Empire . Il veut
en exiler le Plaifir & les Jeux. Le Plaifir
lui répond :
.
Je ne fuis pas Raifon severe ,
Ce Plaifir rebelle à vos Loix ,
Dont les tranfports ont tant fois
Caufé votre juste colere ,
Je fuis ce Plaifir innocents ,
Dont le monde naillant:
Goûtoie
•
DE JANVIER.
145
La
Goûteit fi bien les charmes :
Bannifés d'injuftes allarmes ;
Et pour combler mes voeux,
Daigneg regler mes Jeux.
vraye Raifon paroît. Le Plaifir eft
furpris de voir deux Raifons en même
tems . Minerve arrive & démafque le Chagrin.
Le Plaifir & les Jeux le chaffent en
danfant. Cette Déeffe appelle le Roi. Le
fond du Theâtre s'ouvre , & l'on voit le
Roi fur un Trône avec la Cour. Les plaifirs
finiffent le Prologue en danfant avec
Sa Majesté.
La premiere Entrée eft le Bal. ↑ Le
Theâtre reprefente une Salle ornée pour
le Bal, Cette Entrée eft compofée de quatre
Quadrilles , la premiere d'Efpagnols
la feconde de Maures , la troifiéme d'Indiens
, & la quatrième de Chinois : le Bal
finit par une entrée de Combattans . ,
La deuxième Entrée est une fête Paftorale.
Le Theâtre reprefente un Bois ,
dans le fond on voit la Mer & des cabanes
de Bergers. Une troupe de Bergers &
de Bergeres forment differentes danſes.
La toifiéme Entrée est l'union de l'Himen
& de l'Amour. Le Theâtre ne change
point.
Dans la nouvelle fête le Roi danſe en
N
146 LE MERCURE
Amour avec la fuite. Une Bergere chante ;
Ah ! que cet Amour a de charmes ,
Tout doit ceder à fes attraits vainqueurs.
Les Graces & Les Ris font fes plus fortes armes ,
Qu'il regne à jamais fur les coeurs .
Le devoir ne veut pas qu'on fe laiffe charmer ,
Si tous les Amours font de même ,
Helas ! peut-on fe deffendre d'aimer ?
Des Matelots échapés du naufrage vien
ment fe joindre aux Bergers , ce qui finit
le divertiffement.
La Piece intitulée Cardenio eft de M.
Coipel , la Mufique de M. Lalande Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , & le
Balet de M. Balon Maître de Danfe de Sa
Majefté , & Compofit eur des Balets.
ACTEURS DU PROLOGUE.
Minerve Mlle. Antier. La Raifon
Mlle . Bury . Le Chagrin fous la
figure de la Raifon- Le Sr Murer.
Le Plaifir- Le Sr Boutelou.
Divertiſſement du Prologue.
PREMIERE ENTRE' E.
> Plaifirs-Les fieurs Dumoulin Mlle
Prevôt , Laval , Mlle. Guyot. 4
Marcel , Mlle. Menés , Blondi , Mlle,
Dupré.-
DE JANVIER.
147.
Suite du divertiffement du Prologue .
SECONDE ENTRE'E.
Seigneurs Gaulois.
LE ROY , M. le Duc de Chartres ,
M. le Marquis de Villeroy , M. de Coigny,
M. de Mirepoix , M. de Coffé , M. de
Francine , M. de Bezons , M. de Croiffy,
M. de Rénel , M. de Langeron , M. de
Tonnerre , M. Balon fils.
Suite de cette Entrée.
M. le Duc de la Tremoille , M. le Duc
de Bouflers , M. de Cruffol , M. de Ligny,
M. de Brancas , M. le Chevalier de Maulevrier
, M. de Gondrin , M. de S. Florentin
, M. de Rupermonde , M. de Las
fuſe.
LE BAL.
PREMIERE ENTRE E.
Le Théâtre reprefente une Salle ornée pour
un Bal.
Quadrille d'Espagnols.
M. de Coigny , Mlle. Leroy
Mirepoix , Mile. le Maire ,
-
Lapenn M. de
M. de
Villars , Mlle. Duval, -M. de Lorges,
Mile. Mangot.
Quadrille de Maures.
M. le Prince de Turenne , Mlle. De-
M. de Bezons , Mlle . Corail,
life, Nij
148 LE MERCURE
M. de Chambonas , Mlle. Labatte
M. de Maulevrier, Mlle La Ferriere.
Quadrille d'Indiens.
M. le Grand Prieur , Mlle. Guyot,
M. le Marquis de Villeroy, Mlle. Menés , -
M. le Duc de Montmorency , Mlle. Pre-
M. le Marquis d'Alincourt vôt ,
Mile . Dupré.
Quadrille de Chinois .
M. Balon , Les fieurs Blondy &
Marcel , Les fleurs Ferrand , Dupré,
Dumirail & Mion.
La Pagode , Le fieur Dumoulin , 2º
> Petites Pagodes , Paris , Boiſeau la
Motte & Alin.
Combattans , Les fieurs Laval , Malterre,
cadet , Deshayes , Javilliers , Malterre
l'aîné, Duval , Marcel cadet , Pierret .
Perfonnages chantans de la Fefte Paftorale,
SECONDE ENTRE' E.
Trois Bergers .. Les fieurs Boutelou 7
Murer , & Mouret.
Deux Bergeres. Miles Bury & Antier,
Perfonnages danfans ,
Bergers . Les fieurs Dumoulin 4e , Laval,
Marcel l'aîné , Dumirail , Dangeville ,
Pecourt , Dumoulin 2c , Dumoulin 39, 3c
DE JANVIER,
149
Bergeres. Miles Prevêt , Guyot , Menés
Dupré , Delifle , Corail , la Ferriere , Lar
batte.
Perfonnages chantans de l'union de
P'Hymen & de l'Amour.
TROISIEME ENTRE'E
Une Bergere. Mlle. Lifarde
Bergers , Les fieurs Mouret & Murer.
Chanr de Bergers . ·
Deus
L'Hymen , M. Legrand, -L'Amour
le fieur Dangeville , Une Compagnie
de Lucinde , Mlle. Antier.
Perfonnages dansans
Les Bergers & les Bergeres de la feconde
Entrée rentrent fur le Theâtre. L'Hymen
& l'Amour y recitent un Dialogue. Le
ROY avec toute la Cour forme une
nouvelle Fête .
NOUVELLE FÊTE.
Le ROY danfe en Amour.
Amours de la fuite du Roy.
·
M. le Duc de la Tremoille , M. le Duc
de Boufflers , M. de Cruffol , M. de Ligny,
M. de Brancas , M. le Chevalier de Mauleyrier
, M. de Gondrin , M. de S. Fio-
N iij.
LE MERCURE
rentin , M. de Rupermonde , M. de La
fufe.
Monfieur le Duc de Chartres reprefente
l'Hymen.
Suite de l'Hymen .
M. le Grand Prieur , M. de Langeron ,
M. de Lorges , M. de Coigny , M. le
Prince de Turenne , M. de Bezons , M. le
Duc de Montmorency , M. de Mirepoix
M. de Villars , M. d'Alincourt M. le
Marquis de Villeroy , M. de Croiffy.
Entrée des Matelots.
M. de Tonnerre , M. d'Hoftager , M. de
Francine , M. Balon fils , Mles Lemaire
, Leroy , Duval , Mangot ,
M. Balon , Mile Prevôt , Le fieur
Dumoulin 4e , les fieurs Blondi & Dupré.
DE' PIT
CONTRE LE QUADRILLE.
'MAudirfois mille fois le mal- avifé Drille „
Qui par quelque démon fufcité contre moy ,
Pour me faire damner, inventa la Quadrille.
Ah traître jen! fi j'étois Roy
DÉ JANVIER. ift
Pour quelques cinquante ansfeulement , fur ma foy
Je teferois bien - tôt rentrer dans ta coquille.
Ony je t'interdirois par une bonne loy
Sous peine au moins de la Bastille.
Comment ! je n'en fors pas d'effroy.
Ón a trois mille devant foy
Avec trois mille à l'hombre on brillé :
Au Quadrille en trois coups, fans dire qui , ni quoi,
On eft réduit à la mandille.
Tant pour les Matadors & leur longue famille ,
Qui quelquefois bien loin s'étend ;
Et puis pour le fans - prendre , tant :
A la vole Dieu fçait comme l'on vous eftrille !
Et toujours des fiches d'autant ;
Carpour les j ttons ! fy , ce n'est qu'une quenille
En moins de rien votre petit comptant
A droite , à gauche s'éparpille ,
Chacun vous rançonne vous pille,
Sibien que l'on se trouve à fec en un instant.
Quand je dis , on, c'eft moy qui n'enfuis pas content,
Je m'agite , je me tortille,
Je dis , peste dujeu , tout bas en grommelants
F'y fuis fur les charbons ainfi qu'un boudin blan
Que l'on riffole & que l'on grille.
Tout y vient à rebours , tout à contre-faifon.
Vous trouvez vous premier ? rien n'eſt à la maison,
Pas un Roy . pas une Manille.
Le jeu pour unefois vous vient- il à foifon 3.
Nij
IS2 LE VLE MERCURE
Ah!
voyez·comme en trahison
Un beau fans-prendre vous requille ,
Et vous rend fot comme un oison.
je vas jouer : bon ; mais je perds codille ,
Tant pis : il faut payer vire & fans barguigner
Unefiche de plus qu'on ne pouvoit gagner i
Autre nouvelle beatille
Que pour amende il a plú d'affigner .
Je crie à l'injustice ! en vain je m'égofille :
Sans égard à mon plaidoyer.
On rit & l'on me fait payer..
Que chez vous & d'atous de Rois tout fourmille,
N'ayez pas peur d'être appellé,
Mais n'avez- vous qu'un Roy , pauvre , feul , iſolé z
On vous iroit chercher au fon is de la Caftille..
Vous ferez de moitié , mais de perte , s'entend
Et fiches defauter . Confolez- vous pourtant ,
Car en deux ou trois coups , dit -on , tout ſe r'habille.
Pourfurcroît d'agrêment c'eſt un très grand hazard
Lorfque l'Appel ant d'une part
Et l'appellé de l'autre, entre eux n'ont point castille.
On n'en est pas, au moins quitte en payantſa part »
On s'entend reprocher la moindre peccadille :
Ah! s'écrie en grondant l'un des deux tout enfeu
Pourquey redoubler trefle ? étoit- ce là le jeu ?
L'autre lui renvoyant la bille ,
Eb quejouer ?je fuis fans Rois & fans atous ,
Aufli pourquoi m'appellez- vous &
DE JANVIER. 153
Ċest un charme de voir comment onſe houſpille .
le beaujeu ! jamais il n'aura fon égal.
Maispourtant, tel qu'il eft, n'en difons point de mal,
Lefexe s'y plaîtfort ; & la mere & la fille
Et jufques à la mere grand
Chacune à le jouer trouve un plaifir très -grand
Pourquoy ? c'est que l'on y babille.
Il durera , ce jeu , le fexe en eft garant,
L'invention en eft trop belle & trop gentille.
Mais pour moy , fi l'on m'y reprend ,
Que je puiffe jamais ne marcher fans bequille ,
Qu'avant l'âge mon corps en lui- même rentrant
Se courbe comme unefaucille ;
Que fans voir dans mon jeu ni baſte niſpadille , 】
Je forte toujours en perdant ,
Et qu'aufortirje n'aye à mettrefus ia dent
Pas un petit morceau , pas la moindre croustille.
Non je n'en veux jamais tåter ni peu
ni prou ,
Et quandj'aurois à moy tout l'argent du Perou ,
Je n'y rifquerois pas le manche d'une eftrille.
Par la mort! ... il alloit jurer Sire Robin ;
Mais il eut , dans l'instant , peur de jurer en vain
Car malgré le courroux qui dans fes yeux pétille ,
Malgré tout ce qu'il dit dans un dépit ſoudain ,
Et contre le Quadrille & contre le deftin
Scachez que le pauvre homme grille,
Dy rejoner encore demain.
$5.4 LE MERCURE
TALI : 105 : 27
L'AVANTAGE DES ANNE'ES
Fo
Par Mr DE BOISSY.
'Ouvre les yeux, & l'âge qui m'éclaire ,
M'offre à la fin fon fecours falutaire.
De mes écarts je demeure éfrayé.
Dans quel chemin me fus je fourvoyé a
Filles du tems , defirables Années ,
Par qui nous font les Vertus amenées.
Si les mortels connoiffoient votre prix ,
D'amour pour vous ils feroient tous épris,
Guide trompeur , le feu de la jeuneſſe
Comme un Ardent nous égare fans coffe
Fauffe lueur qui brille dans la nuit ,
Et qui toujours dans l'abîme conduit.
C'est une fiévre , aux accès redoutables.
Dont je reffens les effets deplorables.
Son foufle impur infectant nos defirs,
Nous fait chercher de dangereux plaiſirs »
Et dans l'ardeur dont elle nous agite ,
Notre ame avide au mal ſe précipite.
Fleur de mes Ans , quel - que foit ton attrait ,
Fuy, chaque jour je te pers fans regret.
Pour être encore enyoré de tes charmes
Ton fouvenir me coûte trop de larmesa
DE JANVIER .
Ah ! que ne puis-je , au defaut de mes pleurs
De mon fang même effacer mes erreurs ?
Dans mes excès j'ay fait , fans le connoître
Infolemment la leçon à mon Maître , ( a )
Ofant juger par mes foibles clartés ,
Bifant des vers du public respectés ;
Et me livrant à ma fougue indifcrete
J'ai fait affeoir Phoebus fur la felette,
Hardi , fans choix , dégradant les Auteurs ,
J'ay condamné mes propres ( b ) bienfaiteurs
Et n'ay point vû qu'en cette yvreſſe extrême
Je me faifois le procès à moi-même.
Aveugle ardeur de consacrer fon nom
Soifqu'avec peine étanche la Raifon !
Tu m'as perdu. Ma jeuneffe legere
Rougis trop tard de ta folle chimere ,
Et feul Auteur de mes juftes ennuis ,
Tu m'as plongé dans l'abîme où je fuis.
Jeunes efprits qu'un fang boüillant anime
Votre fureur , abufant de la rime ,
Croit qu'il eft beau de s'attirer les cris
Et le couroux d'un peuple d'ennemis .
Détrompés- vous. Que votre ail me contemple
A vos pareils je dois fervir d'exemple :
Et vous que j'ai fans raifon affenfés ,
a Mr de la Mothe.
b Meffieurs de l'Academie des Jeux Floraux
qui avoient couronné l'Auteur en 1718.
TSG
LE MERCURE
Pardonnés - moitous mes crimes paffés.
Dans mon efprit est ma grande malice ,
De fes forfaits mon coeur n'est point complice.
Il est trop bon. Ne l'accusés en rien.
Vous auriés tort. Il vous vange trop bien
Si vous lifiés dans mon ame abbatue ,
Le repentir dont elle eft combatuë ,
Elle fçauroit toucher votre pitié ,
Et j'obtiendrois même votre amitié.
VERS
Sur la Statue Equeftre
De LOUIS LE GRAND
Elevée à la Place Royale de Dijon.
Qvel ſuperbe Courfier ſe preſente à nos yeux !
Fier du Heros qu'il porte , il femble qu'il agiſſe ,
Sous le plus favorable auffice :
Recevés , Habitans , un don fi précieux.
Ce n'eft point l'offrande nuiſible
Qui jadis des Troyens renverfa les remparts ;
C'est l'Art qui dans ce bronse expofe à vos regards
Les traits nobles doux d'un Monarque invincibles
Aux fié les à venir ce Monument apprend
Les foins , la ten treffe & le zéle ,
Que toujours pour Louis LE GRAND
Conferva ce Peuple fidele..
DE JANVIER. 157
Le mot de la premiere Enigme du mois paffé,
étoit la Fiévre ; & celui de la feconde le Cacahotier,
ou l'arbre du Cacaho .
ENIGM E.
Nous sommesdeux foeurs très jumelles ,
Toutes deux ou laides on belles ;
Une parfaite égalité
Pour la laideur ou la beauté ,
Regne entre nous , airfi de vaine jalousie
Jamais notre ame n'est faifie :
Et le malade , & le avant favant
Se fervent de nous fort ſouvent s
Nous hebergeons par fois des hôtes très -aimables
Et quelquesfois auſſi de très - defagreables ;
Car nous fervons tous les Etats
Et les plus hauts & les plus bas ;
Tantôt nous paroiffons gentilles & propettes
Tantôt mauffades & malfaites ;
Très - rarement nous quittons la maison ;
Mais le beau fexe en la belle faifon
Nous trouve d'un usage utile
Dans la maifon ou dans la ville ,
Et nous fuvons fes pas inceffamment
Ainfi que feroit un Anant ;
Nous avons plufieurs noms, &fuivant les contrées»
158 • LE MERCURE
?
Sommes diverſement parées ;
On, ne nous fait point de quartier ,
Nous sommes fans yeux , fans oreille .
Auffi- bien pour notre métier
Nous nous en paffons à merveille ;
Mais pour finir ce portrait & ces Vers
Par un grand trait fincere & veritable ,
Une feule de nous eft dans cet Univers
Pour les humains très refpectable.
AUTRE.
ON me méprife, helas ? fi-rôt que je fuis née .
On m'infulte , on me bat ; mais malgré ces tourmens,
La Coquette voudroit avoir ma destinée .
Plus je fuis vieille , & plus je plais à mes Amans.
CHANSON.
Nefaveur , Lifette ,
M'a prouvé ton amour ;
Au fon de ma mufette ,
Tu danfois l'autre jour ;
Sur celle de Sylvandre
Tu ne danferois pas ;
Mais tu daignes l'en'endre ,
Non , tu ne m'aimes pas.
DE JANVIER. ·159
Pour toi dans la prairie
Je faifois un bouquet
Je l'offrois à Silvie
?
D'un air affés coquet ;
Je feins de rendre hommage
A de nouveaux appas ;
Tu n'en prends point d'ombrage ,
Non
, tu ne m'aimes pas.
Quand te trouvant ſeulette
Je conte ma langueur ,
Tu parois inquieste ;
Ton efprit eft rêveur ;.
L'abfence de Silvandre
Caufe ton embaras ;
Ton coeur fouffre à m'entendre ,
Non ,tu ne m'aimes pas.
Lorfque deffus l'herbette
Mon chien vient tè flater ,
D'un coup de ta boulette
On te voit l'écarter ,
Et quand le fien , cruelle ,
Par hazard fuit tes pas ,
Par fon nom tu l'appelle ,
Non , tu ne m'aimes pas.
L'autre jour dans la danfe
Avec moi fous l'Ormeau ,
160 LE MERCURE
Tu fuivois la cadence
De mon doux chalumeaus
De loin tu vis Silvandre ,
Et tu fis un faux pas ; ·
Je fçus bien le comprendre ,
Non , tu ne m'aimes pas.
Son ame fut ravie ,
Mon pipeau s'en rompit ,
Et la danse finie ,
J'en rougis de dépit , )
Ce Berger d'un air tendre
Te dit un mot tout bas ,
Et tu daignas l'entendre ,
Non , tu ne m'aimes pas.
Avisfur une nouvelle Edition de l'Hiftoire
naturelle de Pline , &c . in folio 2. volumes,
à Paris chez A. URBAIN COUSTELIER ,
Libraire-Imprimeur.
Ly
I- y a près de deux années que l'on travaille
à donner au Public l'ouvrage intitulé
, Plinii Historia naturalis ad uſum Del
phini , cum Notis Joannis Harduini Soc. J.
en deux volumes in folio ; outre les corrections
& les augmentations qui font en
très grand nombre dans cette nouvelle Edition
,
DE JANVIER .
161
tion , elle fera ornée de plus de deux cens
medailles , dont la plus grande partie ne ſe
trouve pas dans les Recueils imprimez : Les
Tables des matieres & des Noms propres
qui font, pour ainsi dire, l'ame d'un ouvrage
tel que celui - ci , y feront plus commodé--
ment difpofées que dans la précedente.
L'on a ouvert depuis un mois des Soufcriptions
pour cette entreprife ; ceux qui
voudront foufcrire , s'adrefferont à Paris
chez Antoine -Urbain Couftelier Libraire--
Imprimeur , fur le Quay des Auguftins . Le
prix des Exemplaires en petit papier , eft de
la fomme de 25. livres comptant , comptant , & 25 li
vres en recevant l'Exemplaire . Quant aux
Exemplaires de grand papier , dont il n'y as
qu'un petit nombre , le prix eft de 50 livres >
Comptant , & so livres en recevant l'Exemplaire
; mais left bon d'avertir que
le peu
qu'il
y avoit
d'exemplaires
en
grand
Pa
pier
, a été
prefque
tout
confommé
en
moins
de quinze
jours
.
l'Abbé de Beaumont , Bachelier de
M Sorbonne , va donner au Public plufieurs
Traitez des Arts & des Sciences , qui ,
fuivant l'approbation de M. Couture
ne peuvent être que d'une grande utilité
aux jeunes Etudians. Le Lecteur pourra en
juger par la Lifte des ouvrages qui y font162
LE MERCURE
›
contenus. On y a joint des Tables pour
plus grand éclairciffement. Cet Ouvrage ,
qui eft dedié au Roy , aura pour titre :
Traité des Arts des Sciences ou
Affemblage curieux & inftructif de plufieurs
fujets propres à perfectionner l'efprit.
Il fera compofé d'un nouveau Rudiment
François... Nouvelle Grammaire Latine....
Moyen pour parvenir à la connoiffance des
Arts & des Sciences , avec un Abregé de
Philofophie... Traité des merveilles du
Monde... Le Sublime de Longin dans un
nouvel ordre avec quelques principes
fur la Rhetorique... Traité de tout ce qu'il
ya de plus curieux , de plus utile & de
plus neceffaire pour la veritable intelligence
de l'Hiftoire... Traité des fept Sages der
la Grece , & de plufieurs autres Grands
Hommes ... Abregé de Chronologie ....
Abbregé de Theologie ... Hiftoire nouvelle ,,
curieufe & methodique de toutes les Divini
tés fabuleuſes, où on expofera toutela Theologie
des Payens ...- Traité fur l'élection dų
Pape , & fur le Sacre des Rois de France...
Nouveau Traité de Sphere, &c..
>
Le R. P. Buffier vient de donner un
nouveau Traité de la Sphere , expofé en
differentes methodes , pour en faciliter la
connoiffance , & l'ufage aux commençans,
avec les réponses aux queftions choiſies.
DE JANVIER. 163
fur l'Hiftoire & la Geographie univerſelle.
On peut affurer que le Lecteur trouvera
ce petit Traité beaucoup plus net & plus
intelligible , que ceux qui ont paru juſqu'à
prefent , dans lefquels les commençans ont
coutume pour l'ordinaire , de n'y rien comprendre.
Ce Livre fe vend à Paris chez
Nicolas Jombert rue S. Jacques au coin
de la rue des Mathurins , Pierre Prault
Quay de Gêvres , & la Veuve de Jofeph
Mongé rue S. Jacques , vis-à-vis le College
des Jefuites.
NOUVELLES ETRANGERES
AStokholmle 12 Janvier 1721 .
• Dahlman , Auditeur Suedois , ac-
Mcompagne le Prince Mizersky pour
fe.rendre enſemble à la Cour du Czar. Ce
Prince remit le 14 du mois paffé à S. M.
Suedoife la réponſe du Czar à la Lettre
dont le Roy avoit chargé le Major General
Romanzoff, lorfqu'il partit d'ici pour
Petersbourg. M. Dahlman a ordre de traiter
avec S. M. Czarienne de l'échange de
quelques Prifonniers ; mais comme il a
été cy- devant employé à Copenhague dans
une affaire femblable , & que fe negotia
O ij
1.64 LE MERCURE
tions ont été fuivies d'une paix avec la
Cour de Dannemarck , on fe flatte que
fon voyage à Petersbourg aura auffi "un
heureux fuccès . On continue cependant
à travailler à la construction d'un grand:
nombre de Galeres , dont on veut renforcer
la Flote de ce Royaume , & l'on fe:
Alatte qu'avec le fecours de l'Efcadre Angloife
, on fera en état de s'oppoſer aux
entreprises des Mofcovites : Outre ces forces
maritimes , on compte de mettre en :
campagne une Armée de 60 mille hommes:
de Troupes nationales , fans compter les ,
4500 hommes que le Land Grave de :
Heffe-Caffel doit faire paffer dans la Pomeranie:
Suedoite . Les gelées ont été fi
fortes dans ce païs , que la navigation en
eft entierement ceffée. Les dommages que
les Mofcovites avoient caufez aux mines .
de cuivre & de fer , font entièrement re
parez ; de forte que l'on eft en état d'y
travailler comme auparavant. On celebra
le 26 du mois paffé un jour folemnek
d'actions de graces pour la conclufion de
la Paix entre cette Couronne , les Roiss
d'Angleterre , de Dannemarck , & de
Pruffe . La plus grande partie de l'Arméequi
bordoit les côtes de la Province qu'on
nomme l'ancienne Suede , a eu ordre de
marcher du côté de Geff, fur la nouvelle
que le Prince Galliszin , General de l'Ag
DE JANVIER. 165
mée Mofcovite , étoit venu joindre l'Armée
du Czar qui eft en Finlande , avec
un gros convoy de munitions de guerre-
& de bouche , ce qui faifoit craindre qu'il
n'eût deffein de former quelque entreprife:
contre ce Païs. On a pris en même tems la
précaution de garnir de Troupes les environs
de cette Ville , pour éviter toute
furprite de la part des Mofcovites. Le
Comte de Freitald , Envoyé extraordinaire
de l'Empereur en certe Cour , a prefenté
au Roy de la part de S. M. L. le Memoire:
circulaire que l'Empereur a fait remettre
à toutes les Puiffances intereffées à la Paix :
du Nord. Ce Memoire contient . que
S. M. I. fera obligée de rappeller les Miniftres
qu'elle a envoyez à Brunſwick ,.
fi ceux qui doivent s'y rendre , n'y font:
pas arrivez avant quatre mois.
A Hambourg, le 25 Janvier 1721 .
Laffadeur du Czarà la Cour du Roy
E Prince Doloroucki, cy-devant Am
de Dannemarck , arriva le 8 en cette Ville,
& il en partit le 15 pour le rendre à Paris.
Le 31 du mois paffé , il s'éleva le long
des côtes une tempête mêlée de tonnerre
& de grêle , encore plus furieufe que celle
qui arriva le jour de Noël 1717. La Maréé
fut fi haute , que l'eau paffa pardeffus
1EG LE MERCURE
les Digues , & fit bréche dans plufieurs
endroits , La Digue de Hartbourg fut
emportée , & les eaux monterent jufqu'au
Château. Une de celles de la Ville de
Stade a été auli percée en fept endroits
differens , & l'Eclufe a été emportée par
le torrent des eaux. Les maifons de Riftbuitel
, à l'embouchure de l'Elbe , furent
fubmergées , de même que celles de la
Ville de Buxetead dans le Pays de Luhe..
Les Bailliages de Offenowender - Finck-
Henowender , Billeoweder , furent entierement
inondés . Cer ouragan a caufé pa
reillement de grands ravages dans le Holftein
ainfi que dans le Territoire de
Kobdinger , dans la Ville d'Embden , Capital
de la Frife Orientale 8 à Ems.
و
On mande de Petersbourg que le Czar
avoit nommé pour fes Plenipotentiaires à
l'Affemblée de Brunswick , le Prince Kourakin
Ambaffadeur de S. M. Cz. auprès
des E. G. & le Comte Golofkin fon Miniftre
à la Cour du Roy de Pruffe. Dans
le Confeil qui a été tenu à Petersbourg.
fur la propofition faite par le Senat de
Suede , de convenis d'une fufpenfion d'armes
pour le courant de l'année 1721 ,
on a confenti d'en accorder une julqu'au
12 du mois de May prochain. pendant
lequel tems on travailleroit aux moyens,
de parvenir à la Paix. Elles ajoûtent qu'il
>-
围
DE JANVIER. 167
y a eu dans ces Quartiers une gelée ſi viòlente
le 10 & le 11 du mois derniér , que
plufieurs perfonnes , qui étoient répandues.
dans la Campagne , avoient eu le nés &
le menton gelés , & que beaucoup étoient
morts de froid fur le chemin de Croonflot .
Les Suedois n'ont pris poffeffion de la
Ville de Stralfund & de l'Ile de Rugen ,
que le 17 de ce mois . Le Roy de Dannemark
a envoyé ordre de fournir tous les
chariots qui feront neceffaires , pour tranf
porter à Frederiſtat en Jutland les familles
Vaudoifes qui font actuellement à Altena…
Le corps du Vice Amiral Tordenfchild.
a été tranſporté à Coppenhague. S. M.
Danoife lui doit faire ériger un fuperbe
Maufolée , en confideration de fes fervices .
On écrit du Holftein que les Officiers du
Duc de ce nom s'étoient déja mis en poffeffion
d'une partie des Terres de ce Duché
, & que les troupes Danoifes continuoient
à en évacuer toutes les Places . On
mande de Wilmard que le fieur Stromfeldt,
Major General Suedois , y étoit arrivé en
qualité de Commandant ; les Etats de Suede
ne voulant plus donner le titre de Gouverneur
à celui qui commandera dans cette
Place.
On apprend par les dernieres lettres de
Drefde , que le Roy de Pologne y étoit
arrivé de Warfovie la nuit du 21 au 22
168
LE MERCURE
du mois paffé. Ces mêmes lettres ajoûtent
que tout étoit dans une parfaite tranqui
lité en Pologne , & que le Major General
Mernick avoit été mis en liberté. Le Roy
a fait expedier des Lettres Circulaires dans
tous les Palatinats , pour y notifier les
' conditions de l'accommodement , qui termine
le differend furvenu par raport au
Commandement des Troupes Etrangeres.
A Vienne le 18 Janvier 1721.
L'Empereur a envoyé les ordres aux-
Infpecteurs Generaux , & aux Con
mandans de fes Troupes , de reduire les
Compagnies de Cavalerie à 40 homines,,
& celles d'Infanterie à 60 , & de laiffer.
les Carabiniers fur le pied qu'ils font actuellement.
L'Empereur , à la follicitation .
du Prince Alexandre de Wirtemberg , a
refolu d'ériger à Belgrade une Chambre des
Finances , dont le Comte de Rozemberg,
fera Prefident. S. M. I. a envoyé les ordres
au Cardinal Scrottembach , Viceroy
de Naples , de regler inceffamment des
affaires Ecclefiaftiques & Seculieres de ce
Royaume , & d'y établir des Loix. , qui en
affurent la tranquillité. Les deux jeunes
Princes Ragotzi , qui ont été élevés dans .
cette Ville , ont eu l'honneur de baifer la :
main de l'Empereur . On a donné des ordres
4
pour
DE JANVIER. 169
pour faire remplir au plutôt les magafins
des Places qui font fur les frontieres de
la Hongrie , où l'Empereur femble avoir
deffein de faire paffer encore de nouvelles
troupes. Ily a apparence que le Cardinal
Cienfuegos , qui devoit aller à Rome, en
qualité d'Ambaffadeur de S. M. I. differera
fon départ jufqu'à l'ouverture de l'Af
femblée de Cambray. Le Comte de Kinski,
que l'Empereur a nommé fon Ambaffadeur
Extraordinaire auprès du Czar , doit
partir dans peu pour Petersbourg. Cependant
S. M. I. Pa nommé Plenipotentiaire
au Congrès de Brunfwik , dont l'ouverture
eft remife au Printems prochain. L'Affemblée
des Deputés de Hongrie , qui
avoit été convoquée à Bude le premier
Novembre dernier , pour deliberer fur les
affaires de ce Royaume , a été transferée
à Pefth , & les ordres ont été envoyés d'y
tenir des logemens prêts le 3 Fevrier prochain
, pour les Commiffaires & Deputés
qui doivent s'y rendre."
S. M. I. après avoir lû la réponſe du
Corps Evangelique au Decret Imperial du
12 Avril dernier , l'a remife au Comte de
Schonborn Vice - Chancelier de l Empereur,
& à fes autres Miniftres , pour l'examiner
& en donner leur avis. L'Empereur a accordé
à la Princeffe Douairière de Bade
600 mille florins , pour le payem en : de
Р
LE MERCURE
fommes qui étoient dues par cette Cour
au feu Prince fon Epoux. Le Pape continue
fes inftances pour engager S, M. I.
à revoquer l'Edit , par lequel les Religieux
font obligés de fe défaire d'une parrie
des biens en fonds qu'ils ont acquis
depuis 1669.
Ala Haye le 31 Janvier 1721 .
LE
E Prince Kourakin , avant que de notifier
aux E. G. que le Czar avoit accepté
la mediation de l'Empereur , & qu'il
l'avoit nommé fon premier Plenipotentiaire
au Congrès de Brunfwick , en
avoit fait auparavant part fecrettement au
Comte de Windifgratz , fuivant l'ordre exprès
de S. M. Cz . Il paroît que le Roy
de Pruffe eft mécontent de ce que les E. G.
font difficulté de nommer à fa recominandation
M. de Sallengre le fils , pour leur
Envoyé à la Cour de Pruffe. On affure
qu'Elle eft dans le deffein de terminer au
plûtôt l'affaire de la fucceffion du feu Roy
Guillaume , & ce qui concerne les Peages
de la Meufe , fur lefquels divers Negocians
ont renouvellé leurs plaintes à l'Etat ,
Les E. G. ont donné des ordres pour lu .
faire payer le cinquiéme terme montant
100000 florins , à deduire fur les douze
cens mille qu'on eft convenu de lui payer .
DE JANVIER. 171
#
pour des arrerages qui lui étoient dus.
M. Hop , Ambaffadeur de cet Etat à la
Cour de France , qui avoit obtenu la permiffion
de revenir dans ce Pays, pour y regler
les affaires particulieres , fe difpofe à
retourner inceffamment à Paris , pour reprendre
fes fonctions ordinaires . On affure
que le Placard des Etats de Hollande, qui
défend toute autre Lotterie que la leur
excitera de grandes conteftations dans l'Affemblée
de L. H. P. Cette affaire pouroit
avoir des fuites fort fâcheufes , fi on n'y
apportoit un promt remede , puifque cela
pouroit donner lieu à une espece de defunion
des Provinces. Il y a beaucoup d'apparence
que les E. G. fe declareront contre
le Confeil d'Etat , au fujet de l'affaire
de Grave. Elle eft furvenue à l'occafion
d'en nouveau Peage que le Confeil d'Etat
vouloit y établir. La Bourgeoifie de cette
Ville étoit d'autant plus animée contre
l'établiſſement de ce Peage , que la Cour
de Justice de Brabant à la Haye , s'y eſt
fortement oppofée , foutenant que la Ville
de Grave & le Pays de Cuyck , doivent en
être exemts. On apprend que l'Electeur
de Mayence , à l'exemple de S. A. Electorale
Palatine , avoit fait declarer à l'Empereur
qu'il étoit dans la refolution de redreffer
les Griefs des Proteftans dans fes
Etats ; il a fait aufli dreffer une Lifte des
Pij
172 LE MERCURE
Griefs des Cath . Rom. contre les Proteftans
, qu'il doit envoyer à la Cour Im
periale.
Toutes les nouvelles d'Allemagne conviennent
que le Congrès deBrunfwick s'ou
vrira enfin vers le mois d'Avril prochain :
ce qui ne laiffe prefque aucun lieu d'en
douter , c'eft que les Puiffances intereffées
à la Paix du Nord , ont confenti d'y en-.
voyer leurs Plenipotentiaires au mois de
Mars,
L
A Londres le 31 Janvier 1721.
E 24 de ce mois , les Seigneurs firent
venir à la Barre de leur Chambre le
Sous- Gouverneur , le Deputé- Gouverneur,
les Directeurs, le Secretaire & le Caiffier
de la Mer du Sud, auxquels ils firent prêter
ferment de dire la verité , & de répondre à
routes les queſtions qui leur feroient faites.
Alors les Seigneurs procederent à l'examen
defdits Directeurs , auxquels on demanda
pourquoi ils n'avoient pas obéi aux ordres
de la Chambre , & n'avoient pas remis
tous les Comptes & les autres Papiers dont
on vouloit prendre communication . Un
des Directeurs répondit que le tems ayant
été trop court , il n'avoit pû fournir que
des Extraits d'une partie de ces Papiers ;
mais qu'il fatisferoit au plutôt à ce qu'on
DE JANVIER. 173
exigeoit d'eux. On interrogea enfuite lé
Secretaire , au fujet de plufieurs ratuses qui
étoient dans fon Regiftre , il répondit qu'il
ne les avoit faites que par ordre des Directeurs.
Ceux - cy ayant nié le fait , le
Secretaire perfifta , & foûtint par de bonnes
raifons ce qu'il venoit d'avancer. La
Chambre ayant examiné cette affaire , declara
que les Directeurs en prêtant aux
Particuliers l'argent de la Compagnie fur
leur capital , & fur des Soufcriptions ,
avoient fait perdre par- là toute la confiance
que l'on avoit mife en eux qu'ils étoient
refponfables de toutes les pertes que l'on
avoit fouffertes , en prétant l'argent de la
Compagnie ; après quoi ils ordonnerent
que les Directeurs feroient reprimendés ,
pour avoir defobéi aux ordres de la Chambre.
Enfuite le Chancelier leur parla avec
beaucoup de févérité. Il étoit près de minuit
quand la Chambre fe leva. Le Roy
a donné ordre que ceux des Directeurs
qui ont des Emplois , s'en démettront inceffamment.
Le 27 , la Chambre des Communes
agrea le raport du Bill, pour empêcher
la fortie du Royaume aux Directeurs.
On a augmenté la paye des Dragons qui
font dans ce Royaume de trois fols courant
par jour , à commencer du S
de ce
mois. La vente des Marchandifes apparte
nantes à la Compagnie des Indes Orien
Piij
174
LE MERCURE
tales , eft finie : elle fe monte à un million
dix mille 900 liv . fterlings . Suivant l'Ex--
trait Bâtiftaire & Mortuaire de l'année
derniere , il a été bâtifé en cette Villedix-
fent mille 497 enfans , & il eft mort
25 mille 454 perfonnes. Le nombre des
morts de cette année , eft de 4893 per
fonnes , moindre que celui de 1719 .
O
A Madrid le 22 Janvier 1721.
Na reçû ici differentes Relations
de Ceuta , des deux fignalées Victoi
res remportées par l'Armée du Roy d'Efpagne
, fous le Commandement de M. le
Marquis de Léde , fur celle du Roy de
Maroc. L'une eft du 9 Decembre dernier , ୨
& l'autre du 21 du même mois . En voici
le precis.
Dans celle du 9 , les Maures ont perdu
la plupart de leurs Officiers avec 5 à 6.000
hommes. Cette action dura depuis 8 heures
du matin jufqu'après de midy.Nous n'avons
eu de notre côté que fort peu de morts &
de bleffés. Entre les perfonnes de diftinc
tion , il n'y a eu que D. Francifco d'Eboli,
qui commandoit le centre , & D. Vincent
de Fonbuena. M. le Marquis de Léde reçut
une bleffure au bras droit , qui l'incommoda
beaucoup pendant l'action ; mais
qui ne l'empêcha pas d'agir avec fa valeur
DE JANVIER 17 $
ordinaire. L'Armée des Maures étoit compofée
de 12000 Chevaux , & de 24000
hommes d'Infanterie.
A l'égard de celle du ar , les, Maures
ont perdu dans cette action au moins 8000
hommes. Leur colonne de Cavalerie s'eft
toujours tenue cachée pendant le combat
dans le fond, derriere l'attaque , avec deffein
qu'à la premiere ouverture que feroit l'Infanterie
, de s'y jetter à corps perdu , &
d'aller droit à Ceuta couper toute retraite .
M. le Marquis de Léde a eu fon cheval
bleffé de deux coups de fufil ; le Lente .
nant General D. Jofeph de Chavés , une
contufion & fon cheval bleffé , le Chevalier
d'Arragon , qui commandoit le pofte
attaqué , a été tué ; M de Pineda Capitaine
des Grenadiers des Gardes Elpagnoles
, qui étoit à la tête de tous les Grenadiers
, a été bleffé dangereufement avec
plufieurs Officiers. M. de Pacheco Portos
Carrero , Colonel du Regiment de Murcie
, a été, bleffé , M. le Comte d'Ytre
Brigadier & Colonel du Regiment de Dragons
de Belgia , a eu deux contufions ,
plufieurs autres Officiers ont reçû de legeres
bleffures. Nous n'avons que 4 à 500
hommes tant morts que blefies. On fait
état que l'Armée Ennemie paffoit 60000
hommes.
Le 3 de ce mois , la plus grande partie
Piiij
176 LE MERCURE
.
de l'Armée des Maures parut à la vûë du
Camp Elpagnol ; après avoir fait divers
mouvemens durant deux heures , qui fembloient
faire croire qu'elle avoit deffein
d'en attaquer les retranchemens ; cependant
ces Barbares prirent le parti de fe
retirer dans leur Camp de Caftillejos .
Comme ils reçoivent frequemment des
fecours confiderables, l'Armée Efpagnole eft
obligée de fe tenir toujours fous les armes,
dans la crainte de quelque furprife . M. le
Marquis de Léde a reçû un renfort de
10 Bataillons .
L
E
A Rome le 12 Janvier 1721.
31 du mois dernier , l'heureufe de
livrance de la Princeffe Clementine
Sobicska , Epoufe du Chevalier de Saint
Georges , fur annoncée fur le foir par plufieurs
décharges de canon du Château S.
Ange . Le Prince dont elle eſt accouchée,
fut bâtité le jour même fur les 10 heures
du foir par l'Evêque de Montefiaſcone ,
& il fut nommé Charles Stuart. Le Pape
avoit deputé pour être prefents aux Couches
de cette Princeffe , les Cardinaux
Paulucci Secretaire d'Etat, Barbarino Chef
de l'Ordre des Cardinaux Prêtres , Sacripanti
Protecteur d'Ecoffe , Gualtieri Protecteur
d'Angleterre , Acquaviva Miniſtre
DE JANVIER. 177
d'Efpagne , Pamphilio Chef de l'Ordre des
Cardinaux Diacres , Imperiali Protecteur
d'Irlande , Orthoboni Vice-Chancelier , &
Albani Camerlingue de la Sainte Eglife.
Le Senat Romain y avoit envoyé de fa
part les Evêques de Segni & de Montefiafcone
, & les Sieurs Falconieri Gouverneur
de Rome , Colligola , & Rufpoli
Protonotaires Apoftoliques. Les Ambaffadeurs
de Boulogne & de Ferrare s'y trou
verent auffi , de même que les Princeffes
des Urfins , de Piombino , de Palestrine,
& de Giuftiniani , & les Ducheffes de
Fiano & de Salviati , avec Me Nithfdale
fille du Duc de Powis ; il s'y trouva auffi
plufieurs Milords Anglois , fçavoir , M.
Nithfdale , M. Lilennthgou , M. Kilfyth
M. Southesk , M. Winton , & M. Abb-
Melfort , fils du Duc de ce nom ainfi
que M. Owart Chanoine de S. Pierre
avec plufieurs autres Officiers Anglois ,
Ecoffois & Irlandois . On compte qu'il y
avoit dans l'appartement de la Princeffe
cent perfonnes qui ont été prefentes à fee
Couches . Me Miffet Irlandoife a été nom.
mée Gouvernante du même Prince , &
Me Gitta , qui a reçû l'Enfant , a eu une
penfion annuelle de çooo écus. Le Pape
a fait un prefent de dix mille écus à la
Princeffe Sobieska , & lui a accordé , ainfi
qu'au Chevalier de S. Georges fon Epoux,
"
178 LE MERCURE
la jouiffance , leur vie durant , du Palais,
Albano.
Le z de ce mois , le Pape tint confiftoire
public , dans lequel S. S. donna le
Chapeau au Cardinal , Barbarigo avec les
ceremonies ordinaires.
JOURNAL DE PARIS.
LB
E premier de ce mois Madame , M. le
Duc d'Orleans , M. le Duc de Chartres
, tous les Princes & Princeffes , &
grands Seigneurs , allerent au Palais des
Tuilleries faluer le Roy . Les Prevôt des
Marchands & Echevins , rendirent leurs
refpects à Sa Majeſté ,
Le foir S. M. accompagnée de M. le
Duc de Bourbon , de M. le Marêchal Duc
de Villeroy , & de M. l'Evêqué de Frejus,
alla entendre le Salut à l'Eglife de la Maifon
Profeffe des Jefuites , & affifta à la
Benediction du Saint Sacrement .
On a dépêché un Exprès à M. l'Archevêque
d'Alby , pour tenir les Etats de Languedoc
en l'abfence de M. de Beauveau
Archevêque de Narbonne.
Le 7 M. le Comte Hoy , Envoyé extraordinaire
du Roy de Pologne , eut autdience
publique du Roy , dans laquelle ili ,
0 179
DE JANVIER
donna part à S. M. de la naiffance d'un
Prince , fils du Prince Electoral de Saxe..
Le Roy a créé pour le fieur de Brémont,
Capitaine au Regiment de Chartres , &
Lieutenant de Roy de Riblemont , la Charge
d'Aide-Major des Gardes du Corps de
S. A. R.
M. de Beaulieu , un des Gentilshommes
ordinaires de M. le Duc d'Orleans , a été
gratifié par S. A. R. d'une penfion d'augmentation
de 2000 livres .
Le R. P. Porrée , de la Compagnie de
Jefus , & un des Regens de Rhetorique
du College de Louis le Grand , prononça
le 13 un difcours Latin , dans lequel il examinoit
ce penchant ou cette inclination naturelle
, qui porte les hommes à l'amour
de la nouveauté . Dans le premier point il
balança le merite des Anciens avec celui
des Modernes , & en porta un jugement
fort defintereffé, Le parallele que cet Orateur
fit de Corneille avec Racine , parur
très fenfé , très équitable & fort ingenieux
Le fecond point roula fur les nouvelles
opinions en fait de Religion. Mrs les Car
dinaux de Rohan , de Biffy , & de Polignac,
& feize Archevêques ou Evêques , furent
fes auditeurs .
Madame la Comteffe de Guife - Harcourt
accoucha le
Janvier d'un fils.
Le 14 M. le Comte de Nevers fut reçû
180 LE MERCURÈ
Duc & Pair de France , & prit féance en
cette qualité au Parlement. Tous les Princes
du Sang & Ducs & Pairs qui fe trouverent
à Paris, affifterent à cette ceremonie.
M. le Comte de Touloufe a envoyé
20000 livres à Rennes , pour fecourir les
pauvres de cette Ville .
M. le Chevalier d'Argouges a été pourvû
d'une Commandérie de 8000 livres de
rentes.
Meffieurs Dureveft , Bourgeois & Frommaget
, ont été élargis de la Baftille.
Les Livres de la Bibliotheque du Roy ,
ont été diftribuez en fept départemens ,
dont la direction a été partagée entre fept
perfonnes choifies par M. l'Abbé Bignon.
M. l'Abbé Raguer , aura la Claffe
des Livres de Theologie : M. Andiy
Medecin , la Phyfique : M. Buret de
P'Academie des Sciences , la Medecine :
M. de Lagny Penfionnaire de la mê
me Academie , les Mathematiques : M.
P'Abbé Alaric , l'Hiftoire : M. Capon , Avocat
, celles du D.oit : Entin M. Danchet .
de l'Academie Françoife , la Claffe des
Belles Lettres . Chacun de ces Meffieurs
aura 1000 livres fixes d'appointemens annuels.
: M. de Grillet de Briffae , Enfeigne , eft
monté à la Lieutenance des Gardes da
Corps , vacante par la mort pe M. ParisDE
JANVIER.
181
Fontaine. L'Enteigne & la Brigade de M.
de Briffac , a été donnée à M. des Murs ,
Exempt des Gardes du Corps . Le Gouvernement
de Morlaix , qui eft de 1200 livres
de rentes, a été donné à M. Paris - Fontaine,
Lieutenant- Colonel du Kegiment Royal
de Lorraine , & frere du défunt , qui en
éroit Gouverneur,
M. Rochais , Huiffier de la Chambre du
Roy , a obtenu l'agrément de vendre la
furvivance de fa Charge à M. Langlois,
Par la mort de M. de Marnay , Lieutenant
des Gardes du Corps , M. de la Billarderie
Aide- Major general , a obtenu fa
Brigade & fa Lieutenance, M, du Planti ,
Aide - Major de Compagnie a été élevé
à l'Aide- Majorité des Gardes du Corps ,
& M. du Bourdet Exempt , a été fait
fous-Aide- Major de Compagnie , à la place
de M. du Planti.
Le 11 M. Martine , Envoyé extraordinaire
du Landgrave d'Heffe- Caffel , eut
audience publique du Roy , dans laquelle
il donna part à Sa Majefté du mariage dų .
Prince Maximilien , fils du Landgraved'Heffe
, avec la Princeffe de Heffe de
Darmftat,
Le Regent a accordé à M. le Curé de
Saint Sulpice une Loterie pour trois ans ,
dont les profits , qui font à quinze pour
cent , feront employez à continuer le Bâ182
LE MERCURE
timent de cette Eglife. Cette Lotterie fe
tirera à la fin de chaque mois. L'ouverture
doit s'en faire au premier Fevrier
1721 .
Dans l'accommodement qui a été fait
au fujet de l'Abbaye de Marmoutiers ,
dont M. l'Abbé de Clermont a obtenu la
Coadjutorie , du confentement de M. l'Abbé
de Lyonne , il a été convenu que l'on
uniroit à cette Abbaye plufieurs Prieurez
poffedez par des Religieux de la même
Maifon , jufqu'à 30000 livres de revenus ,
dont moitié feroit unie à la Manfe Abbatiale,
& l'autre , à la Manfe Monachale :
de forte que M. l'Abbé de Lyonne joüira
dès à prefent , fa vie durant , de 15000.
livres par chaque année , au delà de ce
qu'il en a touché depuis qu'il a été nommé
à cette Abbaye . Le même Abbé continuera
de nommer aux Benefices .
Les Bulles de M. le Duc de Chartres ,
pour la grande Maîtrife de l'Ordre de
Saint Lazare , font conçues en termes très
honorables & très obligeans.
M. l'Abbé d'Auvergne a donné le
Prieuré de Saint Gelais proche Poitiers ,
à M. l'Abbé de Choify ; il rapporte 2000
livres de rentes .
On a rendu aux Feüillans le privilege
d'officier à la Chapelle du Roy.
-M . le Maréchal de Bezons a obtenu la
DE JANVIER.
18
furvivance de fon Gouvernement de Cambray
, pour M. le Marquis de Bezons ſon
fils , ainfi que M. de Chamarante Lieutenant
General , celle du Gouvernement de
Phalzbourg , pour M. de Chalmazel.ſon
neveu.
M. Trudaine , ancien Prevôt des Marchands
, & M. de Pontcarré , Premier Prefident
du Parlement de Rouen , ont acheté
chacun une Chargé de Confeiller au Parlement
pour Meffieurs leurs fils .
M. Hocquart a été fait Intendant de
la Marine.
Des Lettres d'Orleans du 25 , portent
que le Tonn rre étoit tombé dans l'Abbaye
de. Saint Benoit fur Loire , à huit
lieues de cette Ville , dans la Cellule d'un
Religieux : Que le feu s'y étant mis , on
avoit heureufement cu le temps de l'éteindre
, par le prompt fecours qu'on y
avoit apporté.
Le Prieuré de Pomier d'Aigre , Ordte
de Grammont , a été donné à M. de
Beauveau Archevêque de Narbonne. Le
Regent a donné un autre Prieuré de fon
appanage , de 3000 livres de rentes , à
M. de Beaulieu , parent de Madame de
Fretteville , Religieufe de Chelles.
M. le Chevalier de Camilly , Capitaine
de Vaiffeau , & frere de M. de Camilly ,
nommé à l'Archevêché de Tours , doit
184 LE MERCURE
reconduire à Conftantinople Mehemer-
Effendi , Ambaffadeur du Grand Seigneur,
après que cette Excellence aura rempli
les fonctions de fon Ambaffade à Paris.
Lifte des perfonnes qui compofent la fuite
de Mehemet- Efendi.
Son fils , fon Intendant , fon Iman ou
Miniftre , fon Treforier , fon Garde- Sceau, -
fon Maître de Garde- robbe , fon Maître
d'Office , fon Caffetier , celui qui a le
foin de lui remplir & prefenter fa Pipe ,
fon Blanchiffeur , fon Parfumeur , fon
Barbier , celui qui a foin des chandeliers
& de les garnir ; celui qui appelle à la
Priere ; 13 Aga , faifant fonction de Valets
de Chambre ; fon Maître de ceremonies
; fon Maître d'Hôtel , fon Ecuyer,
fon Chef de Cuifine , fon Pourvoyeur ;
fon Medecin avec un Valet ; Soliman Capitan
, Efclave qu'il a racheté à Malte ;
vingt Valets de pied ; fix Aides de Cuiſine ;
quatre Gardes Tentes , un Jaca ou Porteur
d'eau ; deux Palfreniers , deux Peliffiers
, un Tailleur ; cinq Pourvoyeurs de
fa Mailon , avec deux Valets .
Comme M. l'Abbé Paftel n'a point
accepté la Penfion de 1500 livres qui lui
avoit été donnée fur l'Evêché de Verdun
, le Roy en a accordé depuis , 1200
livres
DE JANVIER. 185
livres à M. l'Abbé le Normant , Chanoine
de Saint Honoré , & 300 livres à
M ...
Incendie de Rennes en Bretagne.
LE
E z2 du mois paffé , fur les 9 heures
du foir , un Menuifier ayant mis le
feu dans fa Boutique , au milieu de la ruë
Trichetin , les flâmes eurent bien tôt gagné
toute la maiſon & le comble. La rapidité
& la violence avec laquelle il prit , ne
donnerent pas le tems à la femme de cet
Ouvrier de fe fauver ; de forte qu'elle peric
au milieu de l'embrafement. A l'égard de
fon mari , la Patrouille l'ayant tiré heureufement
, le conduifir en prifon . Sur les
10 heures , les deux côtés de la rue Trichetin
& de la rue Neuve , ne firent bientôt
qu'une arcade de feu. Et comme il y
avoit du vent , & peu de fecours , cet Incendie
devint bien- tôt prefque general.
La conftruction des maifons , qui ne font
bâties que de bois , fut une matiere trèspropre
pour augmenter la violence du feu;
& cet Element continuant fes ravages ,
fans qu'on put en arrêter le progrès , cette
nuit & le jour fuivant , il gagna la charpente
du gros Horloge , qui tomba le 23
à 2 heures après minuit avec un bruit ex186
LE MERCURE
traordinaire , de forte que toute la hautë:
Ville a été reduire en cendres . Il n'eft refté
dans la Paroiffe de S. Sauveur que cinq
maifons ; l'Eglife de ce nom qu'on rebâtiffoit
à neuf , a été entierement confumée
; mais on a remarqué que toutes les
autres Eglifés ont été épargnées par une efpece
de miracle . On jugera beaucoup
mieux du malheur de cette Ville , par la
Lifte que l'on va donner des Rues qui
ont été incendiées..
Lieux incendiés à Rennes..
La Rue de la . Cordonnerie
Trinité ..
La Rue S Michel.
La Rue de la Mitrie .
La Rue de la Ferronnerie .
jufqu'à las
La Rue Trichetin ,où le feu a commencé..
La Rue Dufour du Chapitré , la moitié..
La Rue de la Poiffonnerie..
La Rue Neuve..
La Rue de la haute Baudrairie..
La Rue d'Orleans , plus de la moitié..
La Rue de la Fannerie..
La Rue de la baffe Baudrairie
côté & un peu de l'autre.
La Rue de la vieille Laitteric .
La Rue de la Cigne ..
La Rue de la Charbonnerie..
>
tout un
DE JANVIER. 187
La Rue S. George , jufqu'à la Rue Saint
François.
La Grande Rue S. François , un côté.
La petite Rue Saint François.
La Rue aux Foulons , jufqu'à l'Hôtel de
Cucé , & jufqu'à M. de Robien.
La Rue des Preffes.
La Rue de la Fillandrie
La Rue des Changes.
La Rue de la Boucherie..
La Rue S. Sauveur , jufqu'à M. de Mon
talembert.
La Rue de la Groffe Horloge .
La Rue du Puys du Mefnil .
Le Champ Jaquet , excepté le côté du
Mur de la Ville.
Le grand bout de Cohuë.
Le petit bout de Cohuë.
La Grand- Pompe , excepté le Calvaire..
La Place du Palais , excepté le Palais &
les Cordeliers.
La Cour de Rennes.
Le Prefidial.
La Groffe Orloge..
La Halle.
L'Eglife S. Sauveur.
Total des Maifens ..... 85o.. 8500
Qjj183
LE MERCURE
1
le
Le Parlement en general s'eft comporte
avec beaucoup de zéle & de prudence pendant
& après cet Incendie cependant il
n'y a pas actuellement le tiers du Parlement
logé; le reste campe , pour ainfi dire,
fans qu'aucun des Membres de ce Corps.
fe foit retiré hors la Ville . Dés que
feu a ceffé , on s'eft affemblé comme à l'ordinaire.
Le premier foin a été de procurer
le bon marché des Vivres & des Denrées :
on a enfuite nommé des Commiffaires
dans tous les Quartiers , pour obliger les
perfonnes riches ou pauvres , dont les
Maitons fubfident , de ceder leur logement
aux Incendiés . On a trouvé par ce
moyen celui de leur procurer au moins le
couvert , ainfi qu'aux effets qu'ils ont pû
fauver. Les 34000 livres envoyés par la
Cour , ont été diftribués aux plus miferables
. On travaille actuellement à un plan
& à un Etat exact des Maifons brûlées ,
avec le nom des proprietaires ; on y joindra
auffi les pertes & dominages que cha
cun aura reçûs ; enfin on prend toutes
les precautions imaginables pour remedier
peu à peu aux calamités que cette malheureufe
Ville a effuyées.
DE JANVIER.
189
Rreft du Confeil d'Etat du Roy , du
26 Janvier 1721 , qui ordonne que
tous les Contracts de. Rentes , tant perpetuelles
que viageres ; tous les Recepiffez
des Gardes du Trefor Royal , ou des Receveurs
des Tailles pour Rentes ; toutes
les Actions intereffées de la Compagnie.
des Indes , ou Dixiémes defdites Actions ;
tous les Certificats pour Compte en Banque
; toutes les Actions Rentieres & Dixiémes
defdites Actions ; enfemble tous.
les Billets de Banque , feront reprefentez
dans deux mois pardevant les Commiffaires
du Confeil qui feront pour ce nom→
mez , pour eftre par eux procedé à la verification
defdits effets .
LE
E Sieur Davach de la Riviere , demeurant
ruë Mauconfeil à Paris , Docteur
en Medecine , Medecin ordinaire de
feù S. A. S. M. le Prince de Condé ;
Auteur du Miroir des Urines , du Traité
des Fiévres peftilentielles , malignes , &
autres , & du Trefor de la Medecine ,
dedié à S. A. R. M. le Duc d'Orleans ,
Regent du Royaume ; contenant l'Anatomie
, les maladies de toutes fortes , & les
moyens de les guerir par la vertu des
790 LE MERCURE
fimples , même les fecretes , fans Mercureni
flux de bouche ; a des remedes fpecifiques
pour guerir la Pefte & toutes maladies
contagieufes , en preferver & purifier
l'air , guerir les retentions d'urine ,
fortifier les vaiffeaux & rétablir la virilité
offenfée ; guerir les maladies des yeux ,
fortifier & conferver la vûë : le tout par
des efprits tirez des Plantes , approuvées
& contenues dans les Privileges à lui accordez
par le Roy. Tout peut fe tranf
porter par mer & par terre fans le gâter
ni alterer. Ceux qui ne pourront pas envoyer
d'urine , en marqueront le contenu , ›
la couleur & la fubftance , avec un Mcmoire
du temps & des fimptomes de la
maladie , & l'âge des malades .
ERRATA en la Piece de M. l'Abbé
des Thuilleries.
Page 27 employer , lifez amplifier.
Page 54 ligne 2 ajoutez eu.
Approbation de M. Demontempuys , Avocat ent
Parlement , Cenfeur Royal des Livres .
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
un Manufcrit intitulé , Le Nouveau Mers
cure pour le mois de Janvier 1721 , dont j'ay paraphé
les feuillets. Fait à Paris ce 7 Fevrier
1721. DEMONTEMPUYS,
TABLE..
Ercure reveillé par Apollon ,
MLettres du R. P. Caffel , de la C. de
Jesus, à M. de **
Lettre à M. *** fur la maniere dont on
croit que l'Amerique a pû être habitée
, 17
Relation fuccinte touchant les accidens de la
Pefte de Marseille , fon prognostic & Sa
curation ,
Poëfies,
29
60
L'Amant , qui croit ſe juſtifier , en expoſant
les motifs qui l'ont determiné à rompre
avec fa Maîtreffe ,
Arrêts , Edits & Declarations ,
Morts de Paris ,
Morts Etrangeres ,
68
77
III
114
Nailfance , Mariages & Dignités , 115
Nomination aux Evêchés ,,
Abbayes données ,
117
D2L
Endimion , ou , l'Amour vangé ,
Extrait du Balet du Roy , 144
Poèfies , 150
Enigmes 157
Chanson , 158
Avisfur une nouvelle Edition de l'Histoire
de Pline 160
Nouvelles Etrangeres ,
163
Journal de Paris , 173
Incendie de Rennes en Bretagne . 185
Arreft du Conseil du 26 Janvier.
189
Avis du Sieur Davach . ibid.
Dans la Promotion de Marine du mois paſſé.
Page 184 , lifez le Chevalier de Gouyon ,
Commiflaire General d'Artillerie .
xie.
Ibid. lifez M. de Villars , Capitaine d'Artille
LE
NOUVEAU
MERCURE
FEVRIER 1721 .
Le prix eft de vingt - cinq fols,
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais:
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK AVIS.
PUBLIC LIBRARY
O
ASTOR, ANOX
TILDEN FANDAJALN
1903
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray
3
LE
NOUVEAU
MERCURE .
DIALOGUE.
APOLLON, MМIERCURE
APOLLO N.
H ! bon Dieu , mon frere ,
comme vous voila crotté ?
MERCURE.
Cela n'eft pas furprenant ,
je fuis fur vos terres , &
puis qu'il faut vous parler net , il n'y a
point de Police dans vos Etats. En arrivant,
j'ai trouvé fur mon chemin une troupe .
de jeunes fous qui m'ont infulté , fans
avoir égard à ma qualité de Dieu & de
fils de Jupiter : les uns m'ont vilainement
éclabouffé , les autres ont crié haro fur
moy.
A ij
LE MERCURE
APOLLO N.
Cela ne doit point vous fcandalifer , je ne
fuis pas moi même à l'abri de leurs brocards
, & ils ont fouvent l'infolence de
m'appeller Menêtrier de Village , Racleur
de viele , & de me renvoier aux Guinguettes
. Comme ils font fans confequence ,
je les fouffre , quand ils ont de l'efprit , &
je leur donne permiffion de tout dire ,
leurs faillies me réjouiffent , & ils font les
l'Angelis de ma Cour.
MERCURE.
Ce qui me chagrine le plus , c'eft que
les honnêtes gens me regardent d'un oeil de
mépris ; faut que je fois le premier à
dire du malde moi - même , fije veux être
fouffert dans le monde ; & pour comble
de difgrace , on me mutile tous les jours ;
on me coupe bras & jambes ; j'ay. beau
vouloir me relever de ma chute , on rompt
toutes les mesures que je prens pour me
reconcilier avec le Public : la fiévre même
s'oppofe à mon deffein , & tourmente celui
fur qui je me repofe du foin de remplir
mon Journal on me condamne enfin
à faire un mauvais Livre , comme je m'en
étois plaint le mois paffé dans l'Apologie
qui porte votre nom & le mien ; mais
*
* Mercure réveillé par Apollon. On trouvera
cette Piece à la fin du Dialogue , avec les Vers
rétablis
DE FÉVRIER.
on a fupprimé l'endroit , peut- être , parce
qu'il étoit le meilleur de la Piece .
APOLLON.
J'en parlerai , & l'on vous fera juftice:
MERCURE.
2
Je vous prie en même tems d'exciter
vos Favoris à travailler pour moi , & de
m'aider en bon frere à rétablir ma reputation
, & à me tirer du neant au deffous
duquel on m'a placé.
+
APOLLON.
J'y fongeray , voilà une Elegie que je
vous donne pour ce mois- cy ; les Vers
n'en font pas méchans .
MERCURE
Une Elegie ! il ne me faut plus qu'une
Differtation , & je fuis fûr d'ennuyer à
mon ordinaire ceux qui voudront bien me
lirė.
APOLLON.
Vous devenez trop difficile , Monfieur
mon frere , & vous avez tort de refufer
l'ouvrage , car il eft bon ou mauvais ; s'il
eft bon , il fera honneur à votre Livre ;
s'il eft mauvais , il vous appartient de
droit , & perfonne n'y trouvera à redire.
MERCURE.
Si je donne de mauvaiſes Pieces att
Public , vous n'y contribuez pas peu , &
c'eft fouvent pour vous faire plaifir à vous,
& à Meffieurs vos Eleves : mais ne nous
Aviij
6 LE MERCURE
picquons point , nous avons befoin d'être
unis pour nous foutenir l'un l'autre. Si jen'avois
recours à vous , je manquerois de
matiere , & fi je n'avois foin de les publier
, la plupart de vos Ectits reſteroient
dans l'oubli.
APOLLO N.
Entre nous , votre voïe n'eft pas la plus
fûre pour aller fûrement à l'immortalité ,
& ceux que j'ay favorisés , ont pris tout un
autre chemin.
MERCURE .
Cela eft vrai , mais je ferai fi bien à
l'avenir , qu'on ne fera pas faché de marcher
fous mes aufpices , & je vous jure
que toutes fortes d'ouvrages n'entreront
pas impunément dans ma valite.
APOLLON.
Prétendez vous mettre au rebut tout
Ecrit ferieux , fans examiner s'il vient de
bonne ou de mauvaiſe main , & le condamner
fur la fimple étiquete ?
MERCURE.
Je vous avouerai franchement que j'ay
été fi long- tems la dupe de pareils Ouvra
ges , que j'ay bien de la peine à m'en
charger : le bon , dès qu'il eft ferieux , cft
une marchandife qui a rarement la vogue,
on court plutôt au mediocre , quand il eft
plaifant.
DE FEVRIER.
APOLLON.
Croyez-moi , le bon , de quelque genre
qu'il foit , prend toujours & n'ennuie jamais
; mais je le vois bien , il vous faut
des Enigmes , des Chanfonnettes.
MERCURE.
Ne mépriſez point tant les Chanfonnettes
, elles ont leur merite , & il y en
a telle qui vaut bien une Elegie.
APOLLON.
Je vous entends , l'Elegie eft une Pleureule
qu'on ne fçauroit plus fouffrir.
MERCURE.
A vous dire le vrai , le fiecle eft trop
libertine, & fe plaît trop à rire pour entre
dans le goût Elegiaque . Comme on n'aime
plus d'un veritable amour , la galanterie a
pris le deffus , & tout ce que roule fur la
tendreffe , paroît fade & ridicule.
APOLLON.
C'est justement pour combattre un goût fi
dépravé , qu'a été faite l'Elegie en queftion .
On y regrette la nature , la conſtance &
la fincerité , qui ont difparu ; on y detefte
l'artifice & la coquetterie qui out détruit
le
pur amour ; & on a plutôt fuivi Tibule
qu'Ovide , qui a le premier corrompe &
fophiftiqué la tendreffe , l'ayant voulu reduire
en att , comme le lui a fort bien
reproché un digne Difciple d'Anacréon
*
M. l'Abbé de Chaulieu.
A iiij
LE MERCURE
dans ces Vers , où il prend les intereſts du
coeur , apoftrophant ainfi l'efprit.
19
Les Pigeons les Tourterelles
Sçavent fe plaire & fe charmer :
Vit-on un Ovide pour elles
Qui fit jamais un Art d'aimer ?·
C'est dans ce Livre deteftable.
Que paroît ta corruption ,.
Qui d'une douce paffion.
A fait un Art` abominable ;
Art d'où nous vint en Ja fureur
Ce monftre de coqueterie ,
Et ce métier faux & trompeur
Qu'on appelle Galanterie.
Pour être contre Ovide , ces Vers la
n'en font pas moins beaux , parce qu'ils
parlent pour la nature : quand on s'exprime
avec cette onction & cette chaleur de fentiment
, on ne manque jamais de plaire au.
fiecle , en lui faifant même fon procès.
MERCURE.
Je reviens , & vous me donnez envie
de lire votre Elegie ..
il lit
ELEGI E
Contre les Amours du tems.
L'Amour , le tendre amour , adoré de nos peres
Est à peine connu de nos fimples Bergeres
DE
୭
FEVRIER.
Son Empire est détruit , fes Temples font deferts ,
On méprife fes loix l'on rit de fes fers ;
,
Je ne fçai quels amours , enfans de l'inconftance ,
Ont jufques dans les champs étendu leur puiſſance.
Ces indignes rivaux ufurpant ſes Autels ,
Ont corrompu le coeur des aveugles mortels :.
On fe fait , de feduire , une étude funefte
On conduit fes regards , on compofefon -gefte ;
Onfardefon vifage , onfardefes difcours ,
Chacun de l'artifice emprunte le fecours ..
Que dis-je! l'on rougit de paroître fincere ,
Etfans l'art de tromper on n'a plus l'art de plaire.
On brifefes liens , fi - tôt qu'ils font formez ,
Et l'on éteint fes feux dès qu'ils font allumez.
On voit peu dans ce temps de mai :reffes feveres i
Mais on trouve par tout des Amantes legeres ::
Plus on livre fon ame à l'infidelité,
+
Plus on croit fignaler l'éclat deſa beautés
La conquête d'un coeur genereux & fidelle
N'a plus l'heureux pouvoir de fixer une belle..
Sans celle nos Irisfe piquent follement
D'attacher à leur char quelque nouvel amant
Pareilles au guerrier qui met toute sa gloire.
A voler chaque jour de victoire en victoire.
Que ne tiens-je du Ciel un coeur moins amoureux
Ou que ne fuis -je né dans des tems plus heureux?
Abelard d'un beau feu jadis eut l'ame épriſe ,
Pour aimer, comme lui , que n'ai-je une Heloïfe ?:
ΤΟ MERCURE LE
Elevé dans le fein des profanes citez,
Fay foupiré long tims pour d'ingrates beautez :
Mais las d'être abuſé par leurs feintes promeffes ,
J'ay cherché dans les bois definceres maitreffes;
De la jeune Phi is les modeftes attraits
"M'embrazerent d'abord de millefeux fecrets
Mes yeux, bien tôt mes yeux, oùſe peignoit mon ame,
Au defaut de ma bouche expliquerent ma flame ,
Et devenu Berger pour lui faire ma Cour ,
F'appris fur le hautbois à chanter mon amour.
Mais , belas ! j'éprouvay que pour eftre Bergere
One amante aujourd'hui n'en eſt pas moins legere :
La perfide oublia nos fermens amoureux
Et fix mois de conftance épuiferent fes feux.
On jour que mes tranfports fatiguoient l'infidelle ,
Plen d'un jufte dépit , je rompis avec elle ,
Etj'appris,mais trop tard,en quittant les troupeaux
Que l'air de nos Citez infectoient les Hameaux.
On ignore le prix d'une flame parfa te ,
Et l'on n'a de Berger que la feule boulette.
Amour conftant , amour dont je reffen l'ardeur ,
Neregneras-tu plus que dans mon tendre coeur ?
Et vous objets trompeurs , pour qui couloient mes
larmes ,
A mes yeux indignez n'étalez plus vos charmes ,
En vainpar ces appas vous croyez m'enflammer ,
Pour me paroître aimable il fautfçavoir aimer.
Mercure aprés avoir lu .
J'en fuis affez content , elle n'eft pas
DE FEVRIER. IK
longue , & je la mets dans mon portefeuille
.
APOLLON.
Il faut lire une autre fois
juger.
avant que de
MERCURE.
J'avoue mon tort , je vous dirai cependant
qu'avec de tels fentimens on peut
réuffir au Parnaffe ; mais qu'on ne fait pas
fortune à Cithere . Le tendre amour vicat
d'en eſtre banni , & le péu d'adorateurs qui
lui reftent , a été berné d'importance : on
peut m'en croire , car je l'ay vû de mes
propres yeux .
APOLLO N.
Je ne feray pas fâché d'apprendre comme
la chofe s'eft paffée , auffi bien je fuis
defoeuvré.
MERCURE.
A peine ce matin j'ay mis le pié dans
cette Ifle , que j'ay apperçu une troupe de
jeunes amours des mieux ajuftez & des
mieux nourris , qui en pourfuivoient un
feul qui étoit maigre , negligé , & qui grifonnoit
de vieilleffe ; c'étoit le vrai amour
que tous fes freres cadets ont pris & lié
d'un cordon de foye à un oranger : les
uns l'ont fouetté d'une poignée de mirthe ,
les autres l'ont croquignolé : ceux- ci ont
rompu fon carquois & brifé fes fleches ::
ceux-là ont brûlé fes fourcils & fes ailes.
1/2
LE MERCURE
de fon propre flambeau , & puis ils Pont
éteint. Plufieurs affectoient de foupirer à
fes genoux , & de chanter languiffamment
quelques lambeaux d'Opera , pour fe mocquer
de lui , tandis que d'autres faifoient
un feu de joye de tous les Romans quiont
été compofez à fa gloire , & danfoient
à l'entour. Une demi - douzaine d'Amaris
tranfis font accourus aux cris qu'il a jettez,
& l'ont voulu deffendre , quand les autres
Amours ont été fecourus de leurs nombreux
Favoris , qui ont faifi ces miferables
d'une main vigoureufe , & les ont traitez
comme on traita autrefois le fidelle Ecuyer
de Don Quichote , dans l'Hôtellerie où
fon maître fut armé Chevalier. Après un
bernement de deux grandes heures , on les
a chaffez de l'Ifle avec le pauvre Amour
qui ne voloit plus que d'une aîle . Comme
Fallois quitter Cichere , un de ces Amours "
fripons m'a tiré par le bras , & m'a dit)
qu'il avoit des nouvelles à m'apprendre ,
dont je pourrois orner mon Journal : je
lui ai répondu qu'il me feroit, plaifir , mais -
que je ferois bien aife de fçavoir auparavant
pourquoi ils avoient eu fi peu d'égard
pour leur aîné. C'eft un nigaut , m'a-t'il
repliqué , qui ne rioit jamais , qui ne
faifoit que foupirer & fe plaindre , ou nous
prêcher jene (çai quelle morale ennuieuſe;
un fot qui vouloit fixer nos defirs & nous.
DE FEVRIER. 13
interdire la douceur de changer , & qui
condamnoit mal à propos l'agreable penchant
que nous avons au plaifir ou à la
coquetterie ; je dis au plaifir ou à la coqueterie
, car nous ne fommes pas tous de la
même fecte , quoique nous foyons également
liguez contre lui , nous fommes parta
gez en deux bandes , l'une eft compofée
d'Amours coquets, qu'on appelle papillons;
l'autre d'Amours libertins , qu'on nomme
volontaires ; je fuis de ces derniers. Les
Papillons qui ne fongent qu'à plaire , paroiffent
aimer tout le monde , & ne font
amoureux que d'eux- mêmes. Pour nous
autres volontairés , nous fommes ennemis
des bien-féances , nous aimons à faire des
malices & à nous réjouir aux dépens d'autrui.
Nos partifans facrifient tout au plaifir,
& traitent l'Amour cavalierement. Nous
n'avons jamais été d'accord avec les Papillons
, que quand il a fallu détruire notre
frere, pour changer en Republique l'Empire.
amoureux où regnoit ce tiran des coeurs ,
declarer qu'étant tous égaux , nous ferions
tous maîtres ; qu'il y auroit liberté de fentimens
dans tous nos Etats, & que chacun
aimeroît à fa guife . Dans cette occafion
nous avons été fi bien d'intelligence , &
nous avons fi bien fait , foit par nos façons
aifées , ou nos airs agaçans , foit par nos
faillies ou nos gentilleffes , que nous avons
&
3
14 LE MERCURE
gagné tous les coeurs & tourné notre ennemi
en ridicule , jufqu'au point qu'il n'ofe
plus fe montrer , & qu'il n'a prefentement
que cinq ou fix galans pellez qui lui ſoient
attachez ; mais nous en voilà delivrez , &
nous n'aurons plus les oreilles étourdies de
leur ridicule verbiage , de leurs plaintes
impertinentes , & de leurs foupirs gaulois.
A ce propos je vais vous tenir ce que je
vous ai promis , & vous compter à
quelle occafion & de quelle maniere l'affaire
des bruns avec les blonds a été agitée
& jugée par notre Senat. Comme j'y ai
beaucoup de part , & que c'eſt moi qui ai
porté la parole , je ferai bien aife de vous
en inftruire , & vous ne ferez pas fâché
de m'entendre . Vous avez vû Damon , ce
blondin langoureux qui vient d'être berné,
& qui eft affez connu par quantité de méchans
Vers qu'il a répandus dans le Public
APOLLON.
N'est-ce pas lui dont on a dit ?
Damon ceffant d'écrire, au beau fexe veut plaire,
Mais auffifroid galant qu'il étoit froid Auteur ,
Il ennuie une belle , encor plus qu'un Lecteur ,
Et chalé du Farnaffe on le berne - à Cithere.
MERCURE.
C'eft lui-même ; plein du Dieu dont il
fuit l'étendart , il a pourfuivi notre volonDE
FEVRIER.
15
taire. Damon a voulu pouffer les beaux
fentimens auprès de Dorimene ; mais il s'y
eft caffé le nez . On peut dire à l'avantage
de cette veuve, qu'elle n'eft ni coquette , ni
precieuſe, ni prude , quoi qu'elle foit bientôt
d'âge à l'être ; elle a au contraire toute
la folie , & même l'étourderie d'une
jeune perfonne de dix-huit ans , malgré
Pexperience d'une femme de trente , de fon
propre aveu , & de quarante , felon tour
le monde. Elle ne peut fouffrir le jargon
amoureux; & ce qu'il y a de plus fingulier,
elle veut être grondée. De l'humeur dont
je la dépeins , Damon étoit bien éloigné
de lui plaires je profitai de l'occafion pour
me divertir de ce benêt que j'ai toujours
haï d'inclination , & je lui oppofai un Rival
qui convenoit mieux au caractere de
Dorimene. Erafte , ce brun réjoui que vous
voyez parmi nos fectateurs , & dont je
fuis l'amour tutelaire , fe prefenta le premier
à mes yeux : Je le menai dans une
maifon où étoit notre veuve , & je les mis
aux prifes. La fimpathie fit fon devoir..
Erafte , s'écria Dorimene tranfportée , après
une heure de converfation , vous êtes le
plus aimable fou que j'aye encore vû : Si
je fuis votre fait , vous êtes mon homme.
Madame , répondit Erafte , je n'ay jamais
entendu extravaguer avec tant d'efprit que
vous le faites , & il ne tiendra qu'à vous
--16 MERCURE LE
que nous ne concluïons marché , & que je
ne vous aime à la rage. Touchez- là , repritelle
, votre affaire eft faite , & dès à prefent
commence le bail de notre amitié. Et
Damen , Madame , interrompit Erafte :
Damon , repliqua -t'elle , fi , ne m'en parlez
pas , c'eft un fat qui me déplaît à la mort.;
fes douceurs & les refpects continuels m'affadiffent
le coeur , & depuis que je l'ai vû
foupirer à mes genoux comme un Jocriffe ,
& fuivre fcrupuleufement toutes les fottes
formules qu'on voit dans les Romans , il
m'eft infupportable. Quelle extravagance
de dire à une femme qu'on languit dans
fes chaînes , qu'elle ait pitié des maux
qu'elle fait fouffrir ; que la cruauté égale
fes charmes , & que fon coeur n'a pas moins
de glace que les yeux ont de flamme ! Ce
jargon eft pardonnable dans un Opera ,
mais il eft impertinent dans le monde , &
fur tout dans un tête à tête : vraiment il
eft bien queſtion de cela , j'ay tant d'averfion
pour ce qu'on appelle declarations
tendres , foupirs , petits foins , & autres
fornettes , que j'aimerois cent fois mieux
un amant brutal qui me diroit des injures ,
qu'un amant tranfi qui m'ennuiroit de fon
tendre martire. Erafte a profité de l'avis ,
& inftruit par mes foins , il a fi bien pris
le contrepié de Damon , que la veuve a
plein contentement avec lui ; car il va
regulierement
DE FEVRIER. 17
régulierement lui chanter poüille deux fois
par jour. Par ce moyen il eft parvenu à sen
faire adorer , & il la gouverne defpotiquement
; vous allez en juger par ce trait.
Un jour qu'il la rabrouoit plus qu'à l'ordinaire
, elle en fut choquée , & le traita
d'extravagant. Il la menaça fort impoli
ment de la gourmer . Elle l'en défia , & il
lui repartit d'un petit foufflet d'amitié. Il
eft fort bon fur cc ton là , dit- elle , en fe
radouciffant : fi vous aviez molli , vous
auriez perdu toute mon cftime. Pour lui,
s'il faut l'en croire , il ne s'eft attaché à
elle que par commodité ; elle eſt auffi fol'e
que moi , dit- il , & nous fipathifons
Elle eft d'ailleurs bonne , & elle arrange
mes affaires. J'ai le plaifir d'aller pefter
chez elle quand je veux. Je fuis craint &
aimé tout enſemble , & l'on applaudit à
toutes mes folies . Ne vaut-il pás nrieux
être le maître d'une veuve un peu fanée .
que d'avoir foi- même une maîtreffe quetque
jeune & quelque belle qu'elle pût être ?
l'amour propre n'y trouve- t'il pas mieux
fon compte ? Ce font là fes difcours ordinaires
; mais il fe dément quelquefois , &
je prens plaifir de lui fouffler de tems en
tems un peu de jaloufie pour le punir des
fa varité. Je lui fis cette malice derni
ment qu'il étoit chez Artemife avec Do-
2
B
1.8. LE MERCURE
rimene , & c'eſt là ce qui a fait naître la
difpute qui s'eft élevée fur le merite des
blonds & des bruns : Notre veuve dit in
paffant qu'elle haïffoit furieufement les
blondins : Si cela étoit vrai , interrompit
Erafte , vous ne verriez pas fi fouvent Damon.
Quand je le vois , reprit-elle , c'eſt
pour me mocquer de lui ; & s'il étoit ici ,
je lui dirois à fon nez qu'il n'y a rien de
fi fade qu'un blond , & que je tiens pour
les bruns. Je vous prens au mot , repliqua
t'il , voici Damon qui vient fort à propos ;
(c'étoit moi qui l'avois conduit là malicieufement
fous la figure de mon aîné que j'avois
prife. ) Dorimene fe tourna vers lui ,
& pourfuivit ainfi : Ouy , je le repete , les.
blondins font d'une fadeur infupportable :
la mode en eft paffée. Damon fut fi étourdi
du coup , qu'il ne fçut que répondre ;
lors qu'une blonde de la compagnie prit
la parole , & dit ; que les gens blonds n'étoient
pas fi décriez que Dorimene vouloir
le faire entendre , que c'étoit la couleur
dont on faifoit le plus de cas dans le monde,
& que
rien n'étoit comparable à fon éclat..
Vous avez intereft à prendre leur parti ,
repartit notre veuve , mais moi , qui fuis.
brune , je foutiens que les blondins n'ont
qu'un faux brillant qui n'éblouit que de
loin ; dès qu'on les voit un peu de près ,
ce n'est plus la même chofe , leur beauté
DE FEVRIER. 19
eff inanimée , & leur langueur fait bâiller.
Parlez - moi d'un brun pour remuer les -
paffions , tout le feu de l'amour paroît
dans les yeux , & les graces affaifonnent
tout ce qu'il dit ; il a je ne fçai quoi qui
vous pique jufques au fond de l'ame , tous
les fens trouvent leur compte avec lui ,
plus on le connoît , plus on l'aime , &
pour couper court , il eſt bon à l'ufer. Tout
le cercle applaudit par un éclat de rire ;
Erafte demeura charmé , & Damon ne pu
s'empêcher d'éclater, en difant à Dorimene ::
Cruelle, cet affront ſe peut- il pardonner ?
Au nom de Dieu , répondit- elle , laiffez- là
le ton tragique , & ne me faites plus de
reproches aux dépens de Racine ; vous
m'attendriffez trop , je n'aime point à pleurer.
Adieu , reprit- il en fortant , je vais
mourir de douleur : A ces mots je ne pûs
me contraindre plus long tems , & je lui
ris au nez ; il me reconnut , & je pris
l'effor en criant : oh ! qu'il eft benêt,
Cette fcene fit du bruit à Cithere , & cha
cum prit parti , les uns pour les bruns ,
les autres pour les blonds. Comme je proregeois
les premiers , j'agis fortement pour
eux , & je portai tous mes freres, les
Amours à s'affembler pour terminer ce
different , puis je leur reprefentai qu'il
falloit confulter les Dames fur ce pomt ,
Bij
LE MERCURE
& que le fait étoit de leur competence
Mon avis fut goûté , & l'on recueillit leurs
voix le plus grand nombre fut du côté
des bruns , qui auront deformais l'honneur
du pas. Notre volontaire a fini , en me
donnant une Piece qui eft à leur gloire.
Vous êtes blondin , je ne fçai fi elle vous .
plaira.
APOLLON..
Dites toujours , files Vers en font bons ,
elle fera de mon goût.
Mercure lit..
LE REGNE DES BRUNS..
Fade Ade blondin , votre regne eff paſſe ...
Par piquant brun vous êtes effacé ;
Ce n'est point jeu . Le Senat de Cithere
Ainfi lui-même a decidé l'affaire ;
Retirez - vous , Galants aux blonds cheveux
De tous vos foins le beau fexe vous quitte :
Lâches Amans, vous trahiffez leurs voeux ,
Cedez au brun la place qu'il merite ;
*
Dieu le créa pour l'empire amoureux ,
De notre camp il doit faire l'élite.
Heureux l'amant qui parte , noirs fourcis
Ace coin feul, nous marquons nos amis.
On nous veus, mal & l'envie eft extrême .
S'écrie un blond , le Senat répondit
• DE FEVRIER. 21
Le fait eft für , car belles nous l'ont dit. -
Singes parfaits de Narciffe qui s'aime ,
Paßez le tems à vous lorgner vous- même
Dans vos miroirs ; vous eftes fans credit :
Si votre éclat rend une ame captive ,
Bien-tôt legere , elle brife vos rets ',
Vous n'avez point de folides attraits ,
Vous n'êtes beaux que dans la perfpective ,
Le brun eft fait pour eftre vi de près
Mercure aprés avoir lû.
Eh bien ! Seigneur Apollon , comment
trouvez- vous ces Vers là? .
APOLLO N..
Affez jolis , quoiqu'ils foient contre
moi.
MERCURE...
Je ne m'étonne pas fi la mere des amours
a preferé Mars ; il eft brun , & elle eft .
connoiffeuſe .
APOLLON.
Et vous , Seigneur Mercure , qui jaſez
fibien , vous êtes brun auffi , & vous
´avez affez couru le monde ; cependant
vous n'avez jamais été un Dieu à bonnes
fortunes : mais vous avez affez parlé pour
boire un coup. --
MERCURE.
Vous n'avez que de l'eau à me donner ,
22 LE MERCURE
& l'eau ne fait pas mon affaire. Je vais
paffer par la Champagne , où je me rafraîchirai
du meilleur vin d'Ahi . Avant
que je parte , fouillez un peu vos poches,
& voyez fi vous n'avez pas quelques bribes
de poësie , dont je puiffe faire mon profit.
APOLLO N.
Voilà tout ce que j'ay à prefent de fupportable
: c'eft la fecte des dormeurs .
"
MERCURE .
Je prens la piece fur votre parole , &
je crois fur le titre qu'elle pourra trouver
des Partifans . Adieu.
LA SECTE DES DORMEURS.
O!! Des vivans agreable tombeau ,
Temple où je fais mes plus grands facrifices ,
O ! lit charmant , que j'aime ton rideau!
Et que ta plume a pour moi de delices !`
Que je me plais d'y goûter les faveurs
Qu'épand fur nous le fommeil defirable!`
Qu'on ne me vante point les charmes de la table ,
Plaisirs ufez que chantent les buveurs ;
Tout doit ceder au bien incomparable
Qu'entre deux draps favourent les dormeurs .
Nêtre qu'affis , eft une gêne extrême ,
Eftre couché, c'est l'état de reposs
Qui fait des Dieux tout le bonheur fuprêmes
DE FEVRIER. 2.3
Nargue du pampre , & vivent les pavots.
De bien dormir la douceur infinie ,
Songes legers , doux enfans du duvet ,
Sont de l'Olimpe une heureufe cofie ,
Et gens de bien font amis du chevet.
MERCURE REVEILLE
par Apollon
.
CEsjours paſſez pour charmer fa diſgrace ,,
Phoebus cherchant un Vers qui le fuisit
Sur le chemin qui conduit au Parnaſſe ,
Trouva , dit on , Mercure qui ronfloit
Un livre en main : le tirant par 'l'oreille ,
Lors qu'Apellon doucement le reveille ,
Avec ces mots , Frere , te voilà pris .
Un Dieu ronfler ! cela n'eft point honnête ;:
Fu dois rougir du fommeil qui t'arrête.
Ami , pardon , dit.Mercure furpris ,
Ou bien plutôt plains mon malheur extrêmez ·
Carje m'endors en me lifant moy même.
Pour reformer cet Ecrit de mon nom ,
J'ay beau fuer , & quoi que Dieu fripon ,
F'élis en vain un mortel honnête homme ,
Digne d'ailleurs de travailler fous moy ;.
Tu le connois , fans qu'ici je le nomme.
Avec regret il exerce l'employ :
Il a voula de mauſſade écriture-
Purifier mon Journal pollué ,
Et me voyant indignement hué
241
LE MERCURE
Du fier Lecteur appaiſer le murmure.
Profe galante, agreable entretien ,
Vers enjouez alloient prendre leur place ;
Mais alte là ; reprimez votre audace ,
Monfieur l'Auteur , l'Ecrit n'eft pas Chretien.
Il a beau dire, eh j'ennuiray ! de grace......
Ennuyeż foit , maints autres le font bien :
Ainfi fermant le chemin qu'il doit fuivre ,
On le condamne à faire un mauvais Livre .
Quand au bon gour il veut en appeller ,
On le contraint d'adopter des fornettes ,
D'être le finge & l'écho des Gazettes ,
Et je me vois triflement mutiler.
On veut qu'enfin de la litterature
Honteufement je ramaffe l'ordure ;
Et pour jamais profanant mon métier ,
De ton Parnaffe on me fait Chifonnier.
ጌ
Lettre de M... fur la longueur & la brieveté
de la vie des hommes..
V
' Ous m'avez demandé plufieurs fois ,
Monfieur , fi quelqu'un n'avoit pas ,
fait quelques reflexions fur la longueur &
la brieveté de la vie des hommes ; je vous
dirai que M. Hofley Profeffeur de Geometrie
à Oxford , trés -connu dans le monde
par fes belles découvertes , & la vafte érudition
DE FEVRIER. 25
dition , a travaillé fur ce fujet avec fuccès,
& en a tiré des ufages tres- conſiderables.
Je vous en envoye la traduction , les
Actes de la Societé Royale de Londres fe
trouvant entre les mains de peu de perfonnes
en France , & étant écrits en Anglois :
voici la maniere dont il s'y eft pris , & fur
laquelle il a formé les Tables qui donnent
le mieux une idée de la condition du genre
humain.
Breflaw, Capitale de la Silefie, eft fituée
fur la rive Orientale de l'Oder, fur les frontieres
de l'Allemagne & de la Pologne , &
à peu prés à la même latitude que Londres.
Elle eft fort éloignée de la Mer, & la Place
la plus au milieu des terres que l'on puiffe
fouhaiter : peu d'Etrangers y paffent : la
Manufacture des Toiles employe prinċipalement
le pauvre Peuple de la Ville & des
environs. C'eft pour cela que je croi qu'en
cette Ville les degrez de mortalité ſemblent
être d'autant plus propres à fervir de fondement
, que les naiflances y égalent la
mortalité. La feule chofe qui manque, c'eft
le nombre des Habitans , à quoi j'ai tâché
de fuppléer en quelque façon , en compa- .
rant la mortalité des gens de toutes fortes
d'âges ; ce que je mettrai au jour avec toute
l'exactitude pofible par le moyen des curieufes
Tables des morts & des naiffances
C
26
LE MERCURE
que M. N.wman , qui eft de la Ville, dreffe
tous les mois.
Il paroît donc par ces Tables , qu'en cinq
ans , depuis 1687 , jufqu'à 1691 inclufivement
, il y eft né 6193 perfonnes , & qu'on'
y en a enterré 5869 , c'est- à- dire , par année
, né 1238 , & enterré 1 174. D'où l'on
peut conclure l'augmentation du peuple
par 64 par an , ou environ une vingtiéme
partie ; ce qui peut être balancé avec les
levées pour le fervice de l'Empereur pendant
cette guerre : mais ceci étant contingent
, & les naiffances certaines , je veux
fuppofer l'augmentation du peuple de Breflaw
de 1238 naiffances par année . Il paroît
par les mêmes Tables , que 348 meurent
par an dans la premiere année de leur âge ,
& que 890 feulement arrivent à l'âge d'une
année entiere ; & que 193 meurent dans'
les 5 années entre 1 & 6 ans complets ,
l'un portant l'autre , de forte qu'il n'y a plus
que 692 qui furvivent 6 années entières.
Depuis cet âge les enfans devenant plus
fermes , deviennent moins mortels ; & il
paroît que le peuple de Breflaw meurt annuellement
, comme dans la Table ſuivante,
où la ligne d'en haut montre l'âge , & celle
d'en bas , le nombre des perfonnes de cet
âge qui meurent par année.
DE FEVRIER. 27
77 8 9 14 18
II II 6 2 33 5 16
a.
·
6
• 27
9
28
•
8 7
55 50
35 36 42 .. 45
7
8 9 ± 8 ୨ 7
ง:
49 SA
10 II
.. 6.3 .. r 70 71 7.2 77
9 ΤΟ 9 12 91
14 9 II 95
7
81 .. 84 90 91 98 99 100.
I
.3. 4 2 1. I. I
Aux endroits où il n'y a point de chiffres,
on fous entend ceux qui meurent entre
l'âge precedent & le fuivant.
I
Il est évident par cette Table , que depuis
l'âge de 9 ans jufqu'à 25 , il n'en meurt
pas plus de 6 par année de chaque âge ,
ce qui eft environ 1. de 100, de ceux de
ces âges-là : & comme aux âges de 14 , 15 ,
16 , 17 , il paroît en mourir moins , c'eſtà
dire , 2. 3 , on peut attribuer cela au
hazard, comme les autres irregularitez que
l'on trouve dans la fuite des âges , ce que
P'on rectifieroit fi le nombre des années
étoit plus confiderable comme 20 au lieu
de 5. Nous voyons , par experience , que
dans l'Hôpital de Chriſt à Londres , il ne
meurt qu'environ 1. de 100 par an , des
jeunes garçons des âges dont nous avons
parlé ci-devant.
Cij
28 LE MERCURE
De Pâge de 25 jufqu'à so , les hommes
paroiffent mourir de 7 , 8 & 9 de chaque
age par an , & puis de 50 jufqu'à 70 , ils
deviennent plus cadures: quoique le nombre
en foit bien diminué , que la mortalité augmente
, on trouve qu'il en meurt 1℗ òu 11
de chaque âge par an, De là le nombre des
vivans étant petit , ils declinent graduellement
jufqu'à ce qu'il n'y en ait plus à
mourir.
De tout cecy j'ai formé la Table fui
vante , qui donnera une plus jufte idée de
la condition du genre humain , qu'aucune
chofe qui ait encore paru. Elle fait voir le
nombre du peuple de Breflaw dans tous les
âges , depuis la naiffance jufqu'à la plus
grande vieilleffe , & montre ainfi les hazards
de mortalité à tous les âges , & comment
on peut faire fûrement l'eftimation
de la valeur des rentes viageres , ce que l'on
faifoit auparavant fans confideration ; comme
auffi le hazard , qu'une perfonne d'un
âge donné, vivra jufqu'à un autre âge propolé
, &c... Cette Table fait voir le nombre
des perfonnes qui vivent dans l'âge
Courant qui eft à côté,
• DE FEVRIER. 19
Age Perfonnes. Age Perfonnés. Age Perfontes
courant. courant. courant.
I IOLO 8 680 628
2 3
855
798
9 670 16 622
IO 661 17
616
4 760 II 693
18 6.0
5 732
12 646 604
710 13 640
20 198
692 634 192
22 566 9 139
23 579 30 531
37
19
781
472
24 573 31 523 38 463
25 567 32 SIS 39 454
26 660 33 107 40 445
27 543 34 499 41 436 28 46 35 499 42 427
43 417 O 3.46 7 272
44 407 335 58 262
45 397 52 324 59 252
46
387 53 313 60 242
47 377
302 61
23.2
48 367 55 292 62 222
49 357 56
282 63 212
64 202 7I 131
65 192 72 120
66 182
73 109
67 172 74 98
68 162
75 88
69 152 76 78 70 142 77 68
7700 00 00 00 00
78 58
79
8
23
20
49
80 41
81
34
82 28
83
44
92
Cij
3.0 LE MERCURE
RESULTAT.
Ages... Perfonnes.
7 5547
14 4584
21 ·4270.-
28
3964
35 3504
42 3178
49 2709
56 2194
63
1694
70 1204
77
692
84
253
100 107
34000 .
Il paroît par cette Table que le
peuple
de Breflaw
conſiſte
en 3 4000 ames , qui eft
le total des perfonnes
de tous les âges dans
la Table..
Le premier ufage de cette Table eft pourmontrer
la proportion des hommes capables
de porter armes dans quelque multitude
que ce foit. Ce font ceux d'entre 18
& 56 , plutôt qu'entre 16 & 60 , l'un étant
generalement trop foible pour les fatigues
de la guerre & le poids des armes , & l'autre.
trop caduc & trop infirme , quoique l'on
voye des exemples du contraire.
Par la Table au- deffous de 18 , il y a dans.
la Ville 11997 perfonnes , & 3950 au
DE FEVRIER. 31
deffus de 56 , ce qui fait enſemble 15947 ,
lefquelles tirées de 34000 , laiffént 180537
pour les perfonnes qui font entre ces deux
âges : la moitié au moins de ces perfonnes
font mâles , ce qui fait 9027. De forte que
la Ville peut avoir 9000 , otioud'hommes
portant armes , ou un peu plus que le
des ames , ce qui peut fervir de regle en
quelque façon pour d'autres places .
34
4
Le fecond ufage eft de faire voir les differens
degrez de mortalité dans tous les
âges : car fi l'on divife le nombre des perfonnes
de quelque âge reftant après un an ,
par la difference entre celui cy & le nombre
de l'âge propofé , cela fait voir les differences
qu'il y a qu'une perfonne de cet
âge- là ne mourra pas dans un an. Par exemple
, une perfonné de 25 ans a les avanta -
ges de 560 à 7 , ou 80 contre 1 , qu'il ne
mourra pas dans un an , parce que de 567
vivans de 25 ans d'age , il n'en meurt que
7 par an , en laiffant 560 âgés de 26 ans .
Ainfi de même pour les differences que
quelque perfonne ne mourra pas avant
qu'il ait un certain âge propofé. Prenez le
nombre des perfonnes reftantes de l'âge
propofé , & divifez - le par la difference
entre celui - cy & le nombre de ceux de
l'âge du parti propole , cela montre les differences
qu'il y a entre les chances des parties
vivantes ou mourantes. Comme , par
Ciiij
32
LE
MERCURE
exemple ; quelle eft la gageure qu'un hom--
me de 40 ans , vivra encore 7 ans ? Prenez
le nombre des perfonnes de 47 ans , que
l'on trouve dans la Table être 377 , &
fouftrayez - le du nombre des perfonnes
de 40 ans , qui eft 445 , la difference eft:
68 ans ; ce qui fait voir que les perfonnés
qui meurent pendant ces 7 années , font
le nombre de 68 , & que c'eft 3.77 contre
68 , ou contre , qu'un homme de 46
ans vivra 7 ans davantage , & ainfi de
même pour tout autre nombre d'années.
Le troifiéme uſage , fi l'on demande à
quel nombre d'année la gageure eft au
pair , qu'une perfonne mourra , cette Table
le fait voir. Ĉar file nombre des perfonnes
vivantes de l'âge propofé, eft diminué de
moitié , ce que l'on trouvera par cette Table
, & ce qui fera l'âge auquel la gageure
eft égale , qu'une perfonne d'un âge propofé
, arrivera avant de mourir. Par exemple
, on propole une perfonne de 30 ans ;
le nombre de cet âge eft $ 31 , la moitié
de ce nombre eft 275 , lequel nombre je.
trouve entre 57 & 58 ; de forte qu'un homme
de 30 ans peut raifonablement compter
de vivre encore 27 ou 28 ans.
Le quatriéme ufage. On doit regler le
prix de l'affurance de la vie , par ce qu'on a
dit cy- devant ; & l'on découvre la difference
entre le prix de l'affurance de la vie
DE FEVRIER. 3.5
d'un homme de 20 ans , & d'un de jo , par
exemple , y ayant 100 contre 1. qu'un
homme de 20 ne mourra pas dans l'année ,
& feulement 38 contre 1 , pour un homme
de so ans.
Le se ufage eft pour fçavoir la valeur des
annuitez fur la vie , autrement rentes viageres
; parce qu'il eft clair que l'Acquereur
doit feulement payer telle part de la valeur
de l'annuité , qu'il a de chance qu'il vivra ,
& cela doit être compté par années , &
les fommes de toutes ces valeurs par années
étant jointes enfemble,monteront juſqu'à la
valeur de l'annuité de la perfonne propofée.
Quant à la prefente valeur d'un argent
payable après un terme d'années à certain
interêt fixé , on la peut trouver par des
Tables déja calculées , mais mieux & plus
promtement par celle des Logarithmes ;
car le complement arithmetique de l'unité
& fon interêt annuel ( qui eft de 1.06 à 6-
pour cent, étant 9.974694 ) étant multiplié
par le noinbré des années propofé.
donne la prefente valeur d'une livre payable
après la fin de tant d'années . Alors
par la propofition de cy - devant , ce ſera :
comme le nombre des perfonnes vivantes
après ce terme d'années , eft au nombre
des morts , ainfi font les differences qu'une
perfonne eft vivante ou morte : & par confequent
comme la fomme des deux , ou
34 LE MERCURE
le nombre des perfonnes vivantes de l'âge
premierement propofé , eft au nombre reftant
aprés autant d'années ( tous les deux
.donnez par la Table ) ainfi la prefente valeur
de la fomme annuelle payable après
le terme propofé , eft à la fomme qui doit
être payée pour la chance que la perfonne
a de jouir d'une telle annuité pendant tant
d'années. Ceci étant repeté pour chaque
année de la vie de la perfonne , la fomme
de toutes les prefentés valeurs de ces chances
eft la veritable valeur de l'annité.
Cela paroîtra fans doute d'un cacul fort™
penible ; mais étant un des principaux uſages
de cette fpeculation , & ayant trouvé
quelques abregez pour ce travail , j'ai pris
la peine de calculer cette Table , qui eft un
court refultat d'un nombre non ordinaired'operations
Arithmetiques. Elle fait voir
la valeur des annuitez depuis 5 ans juſqu'à
70.
Age. Acquifition d'un an . Age. Acquisition.
I 10. 28 40 10. 57 S 13. 40 .
45 9. 91
ΙΟ 13. 44 so 9 . 21
IS 13. 33 ss 8 . SI
20 12. 78 60 7. 60
25
12. 27 65 6. 54
30 II. 72 70 5. 32
35
II. 12
DE FEVRIER.
35
Le fixiéme ufage nous apprend comment
on peut par la même regle évaluer
deux vies : car les nombres des chances de
chaque fimple vie , trouvés dans la Table ,
étant multipliés , il en refulte les chances
des deux vies ; & aprés certain nombre
d'années le produit des fommes reftantes
eft la chance , que les deux perfonnes font
vivantes ; le produit des deux differences
érant le nombre des morts des deux âges ,
eft la chance que les deux perfonnes font
mortes ; & les deux produits des fommes
reftantes d'un âge multiplié par les morts
de l'autre , montrent la chance qu'il y a
que chaque parti furvivra à l'autre ; de-là
dérive la regle pour eftimer la valeur du
refte d'une vie aprés l'autre. Et comme ce
produit des deux nombres dans la Table,
pour les deux âges propofez , eft à la difference
entre ce produit , & le produit des
deux nombres des perfonnes mortes dans
quelque espace de tems , ainfi eft la valeur
de la fomme d'argent à payer après tant
de tems à la valeur de cela fous la contin--
gence de mortalité ; & comme le produit
cy-devant dit des deux nombres répondant
aux âges propoſez , eft au produit
des morts d'un âge multiplié par ceux qui
reſtent vivans de l'autre , ainfi la valeur de
la fomme d'argent , qui doit être payée
après le tems propofé , eft à la valeur de
3.6 LE MERCURE
la chance , qu'un parti a de furvivre à
l'autre , duquel nombre de morts vous
vous fervez dans le fecond terme de la
propofition.
Le feptiéme ufage eft , fi l'on propoſe
trois vies , de trouver la valeur d'une an
nuité pendant la continuation de quelqu'
une de ces trois vies . La regle eft comme
le produit de la multiplication continuelle
des trois nombres dans la Table , répondans
aux âges propofez , eft à la difference
de ce produit , & du produit des trois
nombres des morts de ces âges dans quelque
terme d'années donné , ainfi eft la
prefente valeur de la fomme qui doit être
payée certainement après tant d'années
à la prefente valeur de la fomme qui doig
être payée , pour un qu'une des trois perfonnes
vive à l'expiration de ce terme.
Laquelle proportion étant repetée par années
, la femme de toutes ces prefentes
valeurs , fera la valeur d'une annuité accordée
fur trois vies.
On peut
objecter que
la differente falubrité
des Places empêche cette propofition
d'être univerfelle , ce qui ne fe peut pas
nier mais par ce nombre qui meurt , qui
eft de 1174 par an dans 34000. il paroît
que 'c'eft environ une trentiéme partie qui
meurt par an comme le Chevalier Peky
Fa calculé pour Londres : & le nombre de
>
• DDEE FEVRIER. 37
ceux qui meurent en enfance, fait voir que
fon air eft d'une falubrité fort indifferente.
Au reste , on peut encore remarquer par
ces Tables , combien injuftement nous
nous plaignons de la brieveté de nos jours ;
& nous croyons qu'on nous fait grand tort,
quand nous ne parvenons pas à un âge
fort avancé , quand il eft clair que la moitié
de ceux qui viennent au monde, meurt
en 17 ans de tems , 1238 étant en ce
tems-là reduits à 616 , & bien loin de
murmurer contre ce qu'on appelle à contretems
, on doit être fatisfait de le voir
arriver à un periode de vie , où la moitié
du genre humain n'arrive pas.
J'obferverai auffi que Paccroiffement du
genre humain n'eft pas tant borné & arrêté
par quelque chofe dans la nature de
l'efpece , comme par ces difficultez de pre-
Caution que beaucoup de gens forment
pour s'avanturer dans l'état de mariage
à caufe de l'embarras de pourvoir à une
famille. Car par le calcul de la Table , je
trouve qu'il y a près de 15000 perfonnes
au- deffus de 16 & au deffous de
45 .
defquelles
il y en a au moins 7000 femmes capables
d'engendrer. De celles-là pourtant
il n'en naît tous les ans que 1 238 , ce qui
eft un peu plus que la fixième partie. De
forte qu'une femme de 6 donne un enfant ;
& tout étoit marié , il ne feroit pas fort
“ ኦ
38 LE MERCURE
étrange d'en voir 4 de 6 groffes d'enfant
tous les ans. Je tuis , Monfieur , &c .
Memoire pour fervir de Supplément à
la Differtation inferée dans le Mercure
du mois de septembre dernier ,
fur les Dignitez hereditaires attachées
aux Terres titrées : Par Monfieur
D. L. R.
CE
ETTE Differtation a paru curieuſe , &
venir de main de maître à tous les
Connoiffeurs . L'Auteur a voulu fans doute
fe borner , car il auroit pù porter les recherches
plus loin , fur tout au fujet de la
Province de Normandie ; Il dit page 110
du Mercure , qu'un Guillaume du Hommet
, & deux autres Seigneurs qu'il nomme
, ont poffedé fucceffivement la Dignité
de Connêtable de Normandie : quoique
les dattes foient omifes , les faits n'en font
pas moins certains à l'égard des perfonnes
qui ont eu cette Dignité : j'en juge par ce
qui regarde le Seigneur du Hommet , fur
quoi j'ai une preuve qui merite d'être rapportée
, & qui demande auffi quelque reflexion.
Cette preuve eft tirée du Cartulaire de la
Terre & Seigneurie de Grippon , l'une des
DE FEVRIER. 39
plus confiderables de la Baffe - Normandie ,
prèsde la ville d'Avranches . Le Baron du
Hommet , qui étoit auffi Seigneur du Grippon,
en l'année 1440 , eft qualifié de la maniere
qui fuit dans ce Cartulaire : Haut &
Puiffant Seigneur Jehan de Villiers , Chevalier
Seigneur du Grippon & de Subligny ,
Seigneur & Baron du Hommet , de Pacy ,
de la Beraudiere , de Ligny le Bigot , des
Efires en Craaonnois , & de Chatogne ,
Connêtable heredital de Normandie , &
Fondeur de l'Abbaye de la Perrine , & du
Prieuré Conventuel de faint Fermont ', & c.
Voilà donc encore un Seigneur du Hommet
, autre que celui dont il eft parlé dans
la Differtation , auquel on donne le titre
de Connêtable de Normandie. Cependant
je ne voudrois pas garantir que cette Dignité
fût fingulierement attachée à la Seigneurie
de Hommet. L'Auteur nous dit bien
qu'un Guillaume du Hommet l'a poffedée ,
* Ce Cartulaire que j'ay vû dans les Archives
du Grippon , eft d'une tres belle écriture fur le
velin , avec des mignatures & autres ornemens
de ce temps - là : il forme un volume in fol. &
porte le titre fuivant . Chartrier des Rentes , Revenus
, Droictures , Dignitez , Libertez , Franchifes
, Preéminences & Pre ogatives dues & appartenantes
à la Terre Seigneurie du Grippon ,
laquelle Terre eft un Fiefde Haubert, entier franchement
& noblement tenu nuêment &fans moyen
du Roy notre fouverain Seigneur à cause de
Duché de Normandie , &c.
4.0 LE MERCURE
mais il ne marque ni le tems , ni les au
tres Terres que ce Seigneur , qui avoit peuteftre
auffi un autre nom , pouvoit poffeder
en Normandie. Ce qu'il ajoûte que les
Seigneurs d'Eftrepagny & de Beaumont le
Richard, ont poffedé fucceffivement cette
Dignité après Guillaume du Hommet ,
peut , ce me femble , faire prefumer le
contraire prelomption qui eft fortifiée
par le Cartulaire du Grippon , dans lequel
je remarque que le titre de Connêtable
donné à Jean de Villiers , Baron du Hommet
, eft à la fuite de toutes les Terres ,
ne paroît point affecté particulierement à
celle du Hommet. J'ajouterai à cela ce que
des Gens de Lettres du Pays , fçavans dans
l'Hiſtoire des bonnes Maiſons , & des grandes
Terres de la Province , m'ont affuré ;
fçavoir , que la Dignité de Connêtable heredital
de Normandie , a été poffedée par
les Seigneurs du Grippon , avant & après
Jean de Villiers , comme étant attachée à
cette Terre ; ajoutant d'en avoir vû la
preuve dans plufieurs Chartres .
&
En effet cette Terre , comme nous l'avons
déja dit , eft une des plus confiderables
de la Generalité de Caën , & ornée
des plus beaux droits qu'on puiffe voir.
Elle étoit venue à Jean de Villiers par fon
mariage avec Catherine » Teffon , laquelle
Haure & Puiffante Dame , Madame Catherine
DE FEVRIER. 4r
therine Teffon , fuivant les termes du
» Cartulaire , étoit feule fille & heritiere
de Nobles & Puiffantes perfonnes Meffire
Jehan Teffon , Chevalier Seigneur de
ladite Terre du Grippon , & de Madame
Marie Painel fon époufe , Dame de
Hocquiny , & c.
»
*
Jehan Teffon defcendoit én ligne directe
d'Olivier Teffon , Seigneur de la
Roche - Teflon , &c. fon trifayeul , qui
avoit époufé Anfelme de Subligny , fille
& feule heritiere de Hacoulz de Subligny,
& de Dame Denife Davranches , Seigneurs
du Grippon , de Subligny , Davranches ,
de Marcé , & c. Icelle Denife Davranches
fille de Othaire Davranches.
Ce Cartulaire nous apprend encore en
cès termes , que les Seigneurs du Grippon"
& fes predeceffeurs font fondateurs de l'Eglife
Cathedrale Monfieur faint André ď’A--
vranches , &c. & ý eft la Lifte de fes predeceffeurs
en ladite Eglife , y font les Armoiries
defdits Seigneurs en la maîtreſſe vi-
* Les Maifons de Teflon & de Painel étoient
des plus illuftres de la Province : on difoir
comme en Proverbe pour les diftinguer , FFeefſfſoonn
le noble , & Painel le richs. La Maifon d'Avranches
avoit dans fon' Do'naine au dixiéme ficcle
la- Ville d'Avranches , & plufieurs grandes Terres
aux environs ; celle du Grippon étoit de ce
nombre. La Maifon de Subligny étoit une branche
de celle d'Avranches..
D
42 LE MERCURE
"
--tre , &c . Ils font auffi fondateurs de l'Ab--
baye de la Sainte Trinité de la Luyferne,
Ordre de Premontrés , de l'Abbaye de
Montebourg , Ordre de Saint Benoist ,
& de plufieurs Prieurez- Cures , Chapelles ,
&c. fuivant le même Cartulaire , qui nous
apprend au long les privileges , libertez ,
honneurs , &c. qui appartiennent aux Seigneurs
du Grippon , pour raifon de toutes
ces fondations .
J'ay crû devoir rapporter fommairement
ces circonstances , pour faire connoître
que la confideration d'une Terre fi diftinguée
& poffedée par des perfonnes d'une
fi haute naiffance , a bien pû porter les
Ducs de Normandie à lui attacher dès les
premiers temps la Dignité de Connêtable
de cette Province , & que les fucceffeurs .
de ces perfonnes en la même Terre ont pû -
& dû fe faire honneur de cette Dignité.
Il feroit à fouhaiter que dans les Ar-
* Cette Abbaye eft de la fondation d'Aftulphe
de Subligny , Seigneur du Grippon , qui la
fit en l'année 1143 , du vivant même du fondateur
de l'Ordre de Prémontrés . Ce Seigneur du Grippon
avoit un frere nommé Richard , qui fut
Evêque d'Avranches . On voit fa figure en marbre
fur fon tombeau dans l'Eglife de l'Abbaye
de la Luzerne , & celle d'un autre Evêque d'Avranches
, nommé le bienheureux Achar , & le
Chanoine de faint Victor . Cette Abbaye eft au :
voifinige du Château du Grippon .
DE FEVRIER.
-
>
43
chives ou Chartriers de toutes les grandes
Terres , il y eût un Cartulaire femblable à
celui qui donne lieu à ce Memoire , ce
feroient autant de fources où l'on puiferoit.
des Memoires fûrs pour l'Hiftoire , & fur
tout pour le Nobiliaire de chaque Province.
Le nom de l'Auteur de ce Cartulaire merite
de ne pas refter dans l'oubli par la qualité
, le choix & l'arrangement des Titres
dont il a formé fon Recueil , fans parler
de les Notes & de fes Obfervations qui
font curieufes & intereffantes. Nous le ferons
connoître en rapportant feulement
les termes qui font à la fin de la Preface
qu'il a mile au commencement de ce Recueil
: les voici.
Lequel de prefent Chartrier eft composé
par Eftienne de Groucy , Ecuyer , Senéchal,,
Garde & Gouverneur de ladite Seigneurie ,
Selor ce qu'il a pû fçavoir & recouvrer dest
Lettres-Chartriers , aveus , rolles , papiers ;
autres enseignemens de ladite Terre &
Seigneurie du Grippon : Hambuje ou Hambie
, Terre qui appartenoit alors à la Maifon
de Painel , de laquelle étoit Dame Marie
Painel , mere de Catherine Teffon , feule
fille heritiere de jean Teffon , Seigneur
du Grippon , &c. Il y a à Hambie une abbaye
de l'Ordre de faint Benoift de Hambuye
, &' c. & qu'il en a en vraie connoiffance
, duquel lien du Grippon- & autres·
Dij
44 LE MERCURE
circonvoisins fait mention és Commentaires.
de Cefar; lefquels Chartriers , Aveus
autres enfeignemens fignez , fçeļtez & ap..
prouvez , &c.
*
Il paroît que cette compilation fut faite
du temps & par l'ordre de Jehan de Fef
chal , Chevalier Seigneur du Grippon , & c.
vers l'année 1492 , Ce Seigneur » étoit
» fils aîné & heritier de Haut & Puiffant
22 Seigneur Meffire René de Fefchal , Che-
» valier Seigneur de Marbouë , de Poligny,
» de la Marcheferriere ,, de Germe , de la
22 Motte Dairou , &c. Et de Haute &
» Puiffante Damoiſelle Mademoiſelle
Jehanne de Villiers , fa compaigne &
» époufe Icelle Damoifelle fille feconde
» de Hautes & Puiffantes perfonnes Mef-
» fire. * Jehin, de Villiers , en fon vivant
» Chevalier , & c . & de Haute & Puffante
" Dame Madame Catherine Teffon fa.com-
» paigne & époufe , Seigneur à caufe d'elle
""
Jehan de Villiers , le même dont il eft
parlé cy- devant , & qui étoit Connêtable de
Normandie , ne laiffa que quatre filles de fon
mariage avec Catherine Teflon , Dame du Grippon
, & c. dont l'aînées , Marie de Villiers époufa
Haur & Puiffant Seigneur Meffire Gilles Tournemine
, Chevalier Seigneur de la Hunaudaye ,
& c. le Cartulaire parle du mariage des trois autres
, & des Ter es qui échurent en partage à
chacune des quatre . On trouvera peus.d'exem
ples d'une auffi puiffante fucceffion
DE FEVRIER.
4*
F
"
de ladite Terre du Grippon & de Subligny.
Je ne dis rien de la pofterité de Jean
Fefchal , ni de fes fucceffeurs en la Terre
& Seigneurie du Grippon , le dernier defquels
; fçavoir Meffire Jacques du Grippon,
Chevalier &c. deceda en l'année 1647 ,
ne laiffant de ſon mariage avec Dame Suzánne
* de Vaffy , qu'une fille & feule
heritiere , qui fut Dame Elifabeth du Grippon
& de Subligny , Dame auffi à caufe
de fa mere de la Baronie de la Lande d'Airou
, de Montmartin , Hienville , & c..
Cette Dame époufa en l'année 1.677 Meffire
fils d'Hippolyte de Bethune , Comte
de Selles , &c. Chevalier des Ordres du
Suzanne de Vaffy , fille de Jacques de Vaffy,
Marquis de Brefley , de Pirou , & de la Foreft ;
& de Dame Louife de Mongommery. Elle étoit
veuve en époufant Jacques du Grippon , de Jacques
de Grimonville , Baron de la Lande Dairou ,
& arriere petit-fils du fameux Pierre de Grimonville
, baron de Larchan , de Saint Quentin , de
la-Lande Dairou , &c.qui fut favory & Capitaine
des Gardes du Corps du Roy Henry,III. & le
premier des Seigneurs à qui ce Prioce donna le
colier de l'Ordre du Saint Efprit , le jour de fon
inftitution. On voit fon maùfolée aux grands
Anguftins de Paris , fur lequel eft fi ftatue en
marbre , & celle de Diane de Vivonne la Châtaigneraye
fon époufe ; avec une Epitaphe en Latin
d'un ftile fingulier , de la compofition du
Roy, Henry II. qui fe piquoit de cette forte
d'ouvrage..
46 LE MERCURE
Roy , & d'honneur de la Reine , & de
Dame Marie- Anne de Beauvilliers Saint
Aignan , Louis de Bethune , Marquis de
Chabris , &c . Gouverneur d'Ardres & de
la Comté de Guines ; mariage qui a donné
naiffance à Hippolyte Marquis de Bethune,
&c. leur fils unique & heritier de tous les ·
biens & droits de la Dame du Grippon
fa mere , qui deceda au mois de Decembre
1704 étant la derniere perfonne de fa
Maiſon .
En finiffant ce Memoire j'ajouterai aux
curieufes recherches de l'Auteur de la
Differtation, que ce n'eft pas feulement en
Normandie & en Bretagne qu'il y a eu
des Grands Chambellans & des Amiraux
hereditaires & perpetuels ; la Provence
a eu auffi fes Chambellans & fes Amiraux
hereditaires , & ces deux Dignitez ont été 5
quelquefois dans une même Maifon , quelquefois-
même réunies en une feule perfonne.
Jean de Villages étoit vers le milieu
du xv. ficcle Grand Chambellan & Amiral
de Provence ; entre autres Titres qui le
*
La Maifon de Villages eft une des plus anciennes
& des plus illuftres de Provence . Elle ai
encore fourni dans le fiecle paflé de grands hommes
de mer , & plufieurs Bailifs & Comman
deurs de l'Ordre de Malte. Jean Baptifte de Villages
, Seigneur de la Sale , &c. âgé de 95 ans ,
eft aujourd'hui à Marseille le Chef de cette
Maifon , divifée en plusieurs branches.
4
DE FEVRIER.
prouvent , j'ay vû une Lettre écrite à ce
Seigneur de Villages par Chriftophle Mauro
, Doge de Venite , le 19 Mars 1463 ,
par laquelle il eft prié en qualité de Capitaine
General de la Mer , de donner fon →
attache aux Galeres & aux Vaiffeaux de
la Republique qui venoient charger des
marchandifes dans les Ports de Provence .
& de Languedoc . ≫
LETT RE
D'ALCIBIADE A PERICLES..
C₁E
'EST par vous , grand Pericles , que
je fus mis dès mon enfance entre les
mains de Socrate , & c'eft à vous que je
fuis redevable des inftructions que j'en ai
reçûës , & de tous les foins qu'il a pris
pour me former à la vertu. Je vous parle
fouvent de cet homme incomparable, parce
que tous les momens que je paffe avec lui.
font autant de nouvelles occafions qui me
font appercevoir de vos bontés , & de la .
reconnoiffance que je vous dois.
Je ne fçai point ce que les Dieux me
preparent ; mais je fçai bien que depuis le
moment de ma naiffance jufqu'à ce jour ,
je n'ai que des graces à leur rendre des fa48
LE
MERCURE
veurs particulieres qu'ils m'ont accordées ,
en me donnant un tel oncle
un tel Maitre que Socrate.
que vous , &
Dès mes premieres années , la mort me
priva de mon pere Clinias ; mais j'étois
trop jeune encore , pour comprendre la
grandeur de cette perte , & je trouvai que
vos foins pour moi Favoient déja réparée,
quand je fus capable de la reffentir.
Auffi , comme l'Etre eft le bienfait que
j'ai reçû de Clinias , le fecond , & peutêtre
le plus confiderable que je lui doive ,
eſt celui de vous avoir prié en mourant , de
préſider à ma jeuneffe.
Si les Morts pouvoient repaffer le Cocythe
, je ne doute point que fon Ombre
retonnoiffante ne revînt en ces lieux , &
qu'elle ne rompit le filence qu'elle garde
aux Champs Elifées pour vous rendre
mille graces d'avoir fi dignement répondu
à fon attente. Si j'étois affez malheureux
pour n'avoir pas des inclinations dignes de
vous & de lui , ce ne feroit ni vôtre faute
ni celle du fage Socrate.
Vous m'inftruilés également l'un &
l'autre je trouve dans fes préceptes ce
que je dois apprendre ; & dans vos exemples
, ce que je dois faire. Soit que je vous
confidere à la tête des affaires , ou à la tête
des Troupes de la Republique , je vois
que je n'ai qu'à vous imiter , pour mettre
DE FEVRIER. 49
en ufage ce qu'il m'enfeigne. Auffi , vos
grandes actions font une fi forte impreſ
fon fur fon efprit , qu'il ne prend point
d'autres exemples que dans ma famille ,
pour me donner de l'émulation , & pour
me rendreun jour recommandable , en me
faifant marcher fur vos traces.
C'eſt à vous , grand Periclés , à qui je
dois rendre témoignage de fon application;
il n'oublie rien pour m'exciter à la veritable
gloire & pour me rendre capable
de fervir utilement ma Patrie , il fe fair .
une étude finguliere de mes inclinations &
de mes moeurs , afin de retrancher ce qu'il
ya de mauvais , & de perfectionner ce que
la nature y a mis d'avantageux.
→
Loin de me donner du dégoût pour la
vertu , en m'y affujettiffant avec rudeffe
il tâche au contraire de me l'infpirer avec
douceur , & me force infenfiblement à l'ais
mer , avant que de m'engager à la ſuivre.
La Raifon & la Sageffe l'éclairent toû
jours dans les inftructions qu'il me donne ;
il eft fi fcrupuleufement attaché à l'une &
à l'autre , que jamais l'humeur ni le caprice
n'ont pû l'en feparer , ni dans ce qu'il m'a
défendu , ni dans ce qu'il m'a ordonné..
Il m'a toûjours traité en ami , au lieu de
me corriger en Maître , les careffes ont été
les feules armes dont il s'eft fervi pour
combattre mes défauts ; & tous les loins
E
50 LE MERCURE
1
que je lui dois , ont été fi doux , que pour
ine retirer de mes foibleffes , il ne m'a jamais
donné que des confeils , au lieu de me
donner des leçons.
La plupart des jeunes gens attendent avec
impatience la fin de leur éducation , pour
fe voir délivrés de leurs Maîtres : j'envifage
avec trouble la fin de la mienne , parce
qu'elle me doit feparer d'un ami : fes entretiens
font fi fages , fi fublimes , & fi dégagés
de la matière , qu'il me ſemble toutes
les fois que je m'éloigne de lui , que je viens
de quitter une Intelligence. Auffi n'a- t'il
rien d'humain que le corps , & je ne doute
point qu'il ne faffe un effai fur la terre , de
la maniere dont il doit vivre un jour dans
la demeure des Divinités. Je fuis fi rempli
de fon idée , qu'elle m'accompagne pat
tout ; & vous verrez , grand Periclés , par
le fonge que je vous envoye , qu'elle m'eft
prefente jufques dans le fommeil même,
Songe d'Alcibiade.
Le premier jour des Hecatombes . après
avoir affifté aux Sacrifices du grand Jupiter
, je fortis feul de la Ville , pour jouir
d'un des plus beaux jours qu'Apollon eût
jamais donné aux Mortels . A peine avoisje
quitté les portes d'un jet de pierre , que
je me vis inveſti d'une troupe de Declama
DE FEVRIER
teurs. Quoy ! m'écriai -je en moi-même !
Par tout des Rheteurs : ce genre furieux
fera- t'il toûjours obſtiné à me fuivre ? Ne
lui fuffit- t'il pas de troubler tout le monde
dans les Theâtres , les Places publiques , &
les Portiques d'Athenes , fans étendre encore
fa tyrannie fur les grands chemins ?
J'allois retourner fur mes pas , quand Lyfandre
vint au devant de moy. Que vous
arrrivez à propos , me dit- il , cher Alcibia
de ! Voyez-vous fur vôtre droite cette affemblée
de jeunes gens ? C'eft pour la dé
clamation que Paufanias doit faire aujour
d'huy ; c'eft pour entendre l'Oraifon qu'il
a composée en l'honneur de nôtre Themiftocle
, & de la victoire qu'il a remportée
fur l'audacieux Xerxés : Venez, venez, vous
verrez en . lui , & la déclamation perſuaſive
d'Hercules de Gaule, & l'éloquence tonante
de vôtre Periclés. Je le fuivis, malgré moi,
fous des platanes touffus qui formoient naturellement
une efpece de Portique
milieu duquel fur une petite élevation
rut Paufanias. Après avoir rejetté fon manteau
derriere fes épaules , & impofé filence
à tout le monde, il commença fon Oraiſon .
Son Exorde & fes grands mots me rebutterent
d'abord , & je profitai heureufement
de l'attention que lui donnoit Lyfandre ,
pour gagner un petit fentier écarté qui me
conduifit au bord du Cephize.
>
au
pa-
E ij
52 LE MERCURE
C
Une herbe tendre , une verte mouffe , un
ruiſſeau murmurant , des arbres épais ,m'obligerent
de m'afféoir à l'ombre . Je repaffois
en moi- même , tout ce que Socrate
m'avoit dit le jour précedent , fur la vertu
& fur la volupté , quand le fon flateur des
zephirs qui paffoient au travers des feuilles
, leur fraîcheur , les tendres regrets de
Philomele , & le doux bouillonnement de
l'onde , me jetterent dans un profond fommeil.
Je me trouvai tranſporté dans un lieu
vafte , qui avoit la figure d'un Theâtre , où
je vis une fi prodigieuſe quantité de toutes
fortes de gens , qu'il me parut que tous les
habitans de la terre s'y étoient affemblés.
Lorfque je confiderois ce fpectacle avec
furprife , & que j'étois incertain de ce que
je devois faire , un homme âgé s'offrit à
moi ; il avoit les yeux gros & hors de la
tête , le nez petit & mal- fait , le vifage maigre
, le corps velu & femblable en tout à
Şilene ; fon manteau étoit propre & modefte
, & fa contenance avoit celle d'un
Mortel qui ne defire & ne craint rien. Onl'eût
pris pour Socrate , & c'étoit lui . Dés
qu'il m'eut apperçû, il vint à moi, & m'embraffant
tendrement ; qu'heureufement je
vous trouve ici , me dit-il ! Je veux vous y
faire voir une partie des choſes dont jevous
ai fi fouvent entretenu.
-
• DE FEVRIER. 31
Je l'interrompis , pour lui demander en
quel lieu de la terre j'étois : je voyois errer
devant moy des Grecs en manteau , des
Romains en longue robe , des Afiatiques
vêtus avec moleffe , des Arabes couverts de
parfums , en un mot , autant de differentes
lortes d'habits que de Nations .... Ceffez
de vous étonner , me dit Socrate en riant
c'eft le Monde. Ce Theâtre eft le lieu où
la Nature , nôtre Mere, expofe les hommes,
pour y jouer chacun leur Rolle , l'un tragique
, l'autre comique. Le Spectateur de
vient Acteur à fon tour , & fucceffivement
rit & fait rire , pleure & fait pleurer. Ceux
que vous voyez élevés fur ce balcon, fur qui
brille l'or , la pourpre & les pierreries , qui
font fuivis d'une groffe Cour , font nommés
par Dignité , Rois , & font auffi Acteurs
comme les autres avec cette difference
feule , qu'ils jouent les premiers Rol
les dans les Pieces , & que les Pieces por
tent ordinairement leurs noms.
>
J'écoutois ce difcours avec une extréme
avidité , quand j'apperçus une femme attachée
à mes côtés ; elle avoit le vifage trifte
& férieux , fa robe étoit relevée , elle pa-
Foiffoit agile & prête à la courfe. Je luy
demandai ce qu'elle me vouloit , elle me
répondit que les Deftins me l'envoyoient
pour la Compagne de mes voyages, Ce
fera pour toute vôtre vie , ajoûta Socrate;
E iij
54 LE MERCURE
elle s'appelle le Soin. Chaque Mortel en
naiffant , reçoit une pareille Compagne , ent
même temps que fon Genie lui eft donné
pour le conduire & pour le garder ; &
cette femme ne vous quittera que lorſque
ce qu'il y a d'immortel en vous , s'en ſeparera
; c'eft une loy attachée à la mortalité
, que d'être tourmenté de foins &
d'inquiétudes ; la Sageffe feule peut adou
cir leur tyrannie.
N'est- ce pas cette derniere , dont vous
me parlez fi fouvent , lui demandai-je , &
qui parle toûjours par vôtre bouche ? Oui ,
me dit-il. Je l'embraſſai , & le priai de
m'enſeigner quelle étoit fa demeure dans.
ce Theatre ? Je lui témoignai fi vivement
le defir que j'avois de la connoître , qu'ik
me promit de m'y conduire ; mais il m'avertit
que le chemin étoit long & difficiles.
qu'il ne falloit pas me rebuter , & que je
n'avois qu'à le fuivre.
Il y avoit vis-à-vis de nous un chemin ;
la foule qui le rempliffoit , nous donna
des difficultés terribles , enfin nous arrivâmes
au bour , & je remarquai qu'il fe
feparoit en deux. Après avoir un peu refpiré
, il me femble , dis- je à Socrate , voit
dans la difpofition de ces deux voyes , la
Lettre que Palamede nous a inventée , &
dont le vol figuré des Gruës lui avoit don
né l'idée. Cela eft vray , me répondit- il ,
.DE FEVRIER .
55
mais Pythagore Samien nous en a donné
un bien meilleur ufage Pourquoy ,
m'écriai-je , voyons- nous tant de perfonnes
prendre le chemin de la gauche , & fi peu,
celui de la droite ? Helas ! me dit Socrate ,
en foupirant , c'est l'effet de l'aveuglement
des hommes ! Ce beau chemin fi frequenté
eft celui de la volupté qui conduit à
des précipices inévitables .... L'autre que
des Rochers fufpendus menacent qui eft
efcarpé , couvert de ronces & d'épines aigues
, & fi peu frequenté , méne au Temple
de l'éternelle Vertu .... Par celui - cy
ont paffé Thales Milezien, Pfittacus de Mitilene
, nôtre Solon , Clinias , & quelques- autres
; mais peu le fuivent maintenant, hors
nôtre Periclés : il y eſt déja fort avancé , &
c'eſt fur ces traces que vous devez marcher.
Cependant , mêlons-nous à cette foule
qui fe jette dans le chemin de la gauche.
Je veux que vous foyez témoin de l'aveu
glement des hommes , pour vous défendre
de leurs foibleffes.
K
A peine avions-nous fait quelque pas ,'
que nous découvrîmes une porte magnifique
au bout d'une avenue qui perçoit
un bois de myrthes & de jafinins . Nous y
vîmes en paffant mille petits Amours qui
folâtroient & d'autres qui nous precedoient
avec des corbeilles pleines de fleurs
qu'ils femoient fur notre paffage : ces pe
,
E iiij
3
LE MERCURE
C
tits Amours étoient fervis par une infinité
de jeunes zéphirs qui voloient legerement
à côté d'eux , & qui rempliffoient leurs
corbeilles à mesure qu'elles fe vuidoient...
Nous arrivâmes enfuite à cette fuperbe
porte : elle étoit ouverte ; fon frontispice
& fes côtés étoient ornés de toutes les
figures fous lefquelles les Dieux avoient aimé.
A droite. on voyoit Jupiter fous la
forme d'un Taureau prêt à enlever Europe :
au-deffous il careffoit Léda fous celle d'un
Cigne à gauche il étoit transformé en
flamme pour tromper Egine. Plus bas il
tomboit en pluye d'or dans la Tour d'airain
, où le malheureux Acrife avoit renfermé
Danaé. Au deffus de tout étoit reprefentée
l'avanture de Mars & de Venus,
furpris par le Soleil & par Vulcain , &
envelopés des filets que ce dernier avoir
forgés de fa propre main dans. l'Ile de
Lemnos. L'on y voyoit Venus pleurant,
Adonis , Cybelle , Athis , Cinthia , Endimion
; & au frontail de l'édifice on lifoit
ces . Vers gravés en lettres d'or fur une
pierre de granite.
La Volupté prefide en cet azile beureux ,
Les Dieux fuiventfa Cour & lui rendent hommages
Mortel, ne rougis point de fervir avec eux;
La Liberté vaut moins qu'un pareil efolavage ..
A porterfes liens la Nature t'engage:
DE FEVRIER.
Paifible joye enchante ſes ſujets ,
Et qui boit dans fa coupe, eft tranquile à jamais.
Enyvré dans le fein d'une aimable indolence
Qu'interrompt feulement le doux foin des plaifirs
De biens toujours nouveaux il a la joiſſance ,
Et ne pouffe jamais que de tendres foupirs.
Je n'eus pas plutôt achevé de lire cesVers,
qu'attiré par les douceurs qu'ils promet
toient , & ne voulant pas perdre un inftant,
je me jettois dans la porte quand Socrate
me retira brufquement ... Où vous pre
cipitez- vous , me dit - il , imprudent que
Vous êtes ? Avez - vous le rameau d'Enée
pour revenir de ce lieu dangereux , comme
il revint des Enfers?& fans le fil de Theſée,
croyez vous pouvoir retrouver tous les détours
de ce labirinthe fatal ? Où voulezvous
vous engager ? La pente d'un torrent:
eft aiſée à fuivre ; mais qui le peut remon→
ter ?
Tous ces difcours ne m'ôtoient point le
defir d'entrer... Que faifons - nous ici feuls,
lui difois-je , pendant que tout le monde
s'empreffe de paffer ? Comment peut - on
s'arrêter foy-même par la défiance de goûter
trop de plaifirs ? Si la volupté étoit fr
fatale aux hommes , croyez-vous que les
Dieux auroient permis qu'elle fe fit introduite
dans le monde , & que l'on courût
avec tant de foin à ſa perte ? ..... Ah !!
58 LE MERCURE
me répondit Socrate , c'eft l'illufion commune
de tous les hommes de croire qu'on
ne peut s'égarer en fuivant la multitude !
Si la fouveraine Intelligence qui gouverne
le monde ,a permis à la Volupté d'y entrer,
ce n'a été que pour faire briller davantage .
la Sageffe , & pour relever le nierite de
ceux qui s'attachent à elle , par la moleffe
de ceux qui languiffent dans les bras de la
Volupté. Il a été neceffaire que l'une &
F'autre regnaffent fur la terre , afin d'exciter
les hommes à la Vertu , & par les recompenfes
qui la fuivent , & par les malheurs
qui font inévitables à ceux qui s'attachent
aux vices.
Vous ne fçavés pas que ces plaifirs qui
enflamment la jeuneffe , font des Sitenes
qui paroiffent aimables jufqu'au bord des
gouffres où elles veulent vous conduire :
elles ne vous y attirent que pour vous y
perdre. Uliffe a entendu le charme de leur
voix fans en être touché , & fon falut fut
l'ouvrage de la protection de Minerve ,
c'eft à-dire , de la Sageffe qui l'accompagnoit
c'est avec elle que de deffus le rocher
affûré , vous pouvés voir le naufrage
des autres .
Rien ne pouvoit me détourner de mon
deffein ; j'écoutois impatiemment les raifons
que Socrate m'alleguoit pour me ras
mener j'allois lui reprocher fa duzeté ,
DE FEVRIER
59
quand j'apperçus avec furprife , à l'entrée
de la porte , une femme d'une merveilleufe
beauté ; elle tenoit un vafe d'une pierre
precieuſe : il étoit rempli de , je ne fçai ,
quelle liqueur qu'elle prefentoit à tous ceux
qui entroient... Ah ! Socrate , que j'ay
foif, m'écriai-je ! ... Non , non , me rê
pondit- il , ce n'eft pas la foif, c'eft la fiévre
qui vous tourmente vous ne devés pas
attendre plus de foulagement de cette boif.
fon , qu'un hydropique en reçoit de l'eau
qu'il prend avidement ... Que je moüille
feulement mes levres , repris-je , dans cette
coupe que cette belle femme prefente de
fi bonne grace .. Que les Dieux vous
en prefervent , repartit Socrate ! Tel étoit
le poifon que Circé prefenta à Uliffe , &
qui changea fes foldats en bêtes. Gardés
vous de courir un tel danger , juſqu'à ce
que vous ayés reçû des immortels cette
fleur dorée qui preferva ce grand Capitaine ,
ce Moli , qu'il avoit merité par fa vertu ,
& qui n'eft autre chofe que la droite raifon ..
Ah ! cher Alcibiade , quelle eft votre illufion
! la beauté qui vous charme dans
cette femme , n'eft qu'un fard dont elle s'eft
munie contre la pudeur ; & le rouge dont
fon vifage eft couvert , n'eft que pour fe
courir fon effronterie. Levés , levés fon
malque , vous reconnoîtrés la Volupté qui
ne prefente aurre chofe à ces alterés que
бо LE MERCURE
P'erreur même : elle mêle fon poiſon avec
du miel , & ce n'eft que pour en cachers
la couleur mortelle , que la perfide le prefente
dans une coupe de pierre precieufe
L'effet de ce breuvage eft mille fois plus
promt que tous les philtres du monde ;
& la fureur dont l'hippomanes agite ceuxqui
le dévorent , cede à celle que cette
boiffon infpire. Tout l'ellebore des Anticyres
n'eft pas fuffifant pour guerir leur
frenefie ceux que vous verrés avec de fø
violens accès , font ceux qui en boivent
le plus.
J'écoutois Socrate avec une telle aplication
, que j'étois comme immobile ; mais
tous fes difcours ne me perfuadoient point.
Les raifons qu'il me donnoit , pour m'exciter
à regarder avec compaffion la folie
de tant de malheureux , étoient combatuës
par un penchant naturel qui me portoit à
envier le bonheur de ceux qui entroient ,
& il me paroiffoit permis d'être fou avec
une fi douce recompenfe.
Quelcharmant fpectacle on leur prefentoit
la coupe en entrant. Après mille
tendres baifers , on les confioit à de jeunes
filles qui les conduifoient au centre de ce
lieu de plaifirs.. Une partie de ces filles
accompagnoit en filence les nouveaux hôtes
: l'autre avoit des aîles , & les preces
doit d'un vol fi rapide , qu'on les perdoin
• DE FEVRIER. бе
a
bien tôt de vue , & revenoit enfuite autour
d'eux , comme pour en attendre des
ordres. Leur beauté étoit fi parfaite , que
je ne pû m'empêcher de demander à Socrate
fi elles étoient les filles ou les foeurs
de la Volupté ... Ce font fes filles , me
dit il ... Mais les voyés-vous moins dangereufes
que leur mere ... Non , non , les
vices , comme la beauté , font hereditaires
dans les races. La Volupté eft également
pleine d'inquiétudes & de dégoûts , de fatietés
& de repentirs. Connoiffez - donc ces
filles ; leur mere n'a pas plûtôt fait boire
P'erreur , que ceux qui ont été affez incon
fiderés pour l'avaller , font tourmentés des
plus affreux fupplices .... Avec de tels
Bourreaux , eft - il une peine qui ne plaiſe ,
dis-je à Socrate ? .. O ! malheureuſe innocence
, s'écria- t'il n'avez-vous jamais oui
dans les Ecoles , les vives déclamations ti
rées des Fables des Poëtes ? Ignorez-vous
le Portrait qu'ils nous ont fait des tourmens
que fouffre Titius , dont les Vautours devorent
le foye ? & l'hiftoire de Promethée ,
enchaîné au fommet du Mont - Caucale
pour y fervir éternellement de pâture à un
Aigle qui lui ronge les entrailles , vous eſtelle
inconnuë ?
Quand vous fçaurez quels font les fupplices
que ces filles font fouffrir aux Mortels
, vous ajoûterez ailément foy à toutes
62 LE MERCURE '
:
ces Fables. Leur nom feul les fait connoître:
on les nomme Cupidités . Rien n'eft capable
de remplir leurs defirs ; & ce qu'elles font
pour les fatisfaire , ne fert qu'à les irriter.
Le premier effet inévitable à ceux qui pretendent
fe defalterer dans la coupe de leur
mere , c'eft d'avoir toujours foif. Ces autres
filles , qui vous paroiffent occupées
de penfées profondes , font du nombre
des Cupidités qui nuifent le plus au genre
humain elles marchent les yeux attachés
à terre , & la téte baiffée ; mais , gardésvous
de prendre leur contenance pour un
effet de leur modeftie. L'une medite le
crime qui la conduira fûrement aux honneurs
dont la Vertu lui forme le chemin :
l'autre fonge au poifon qu'elle doit preparer
à celui qui poffede le tréfor qu'elle
veut avoir la troifiéme rêve à l'injustice
qui lui reste encore à faire , pour conferver
le bien qu'elle a acquis aux dépens de
fon innocence. Celle-là forme le deffein de
fe proftituer , pour contenter fon ambition
& la vanité ; & celle- cy compofe déja dans
fon efprit le breuvage qu'elle veut donner
à celui dont elle a refolu de fe faire aimer
; enfin , elles s'abandonnent toutes à
des defirs horribles , & leur coeur eft fans
ceffe agité par l'envie , par la crainte &
par l'ambition.
Celles que vous voyés voler fi legereDE
FEVRIER. 63
ment , & qui ne fe fixent jamais au même
lieu , font les Cupiditez qui nous reprefentent
l'incertitude , l'inconftance & lesinquietudes
des hommes ; que rien ne
fçauroit rendre heureux , qui haïffent ce
qu'ils ont aimé ; qui aiment ce qu'ils ont
haï , qui veulent & qui ne veulent pas ;
qui s'applaudiffent & qui fe repentent
elles font femblables aux tempêtes , qui
s'étant calmées un inftant , furprennent
ceux qui le croyoient en furêté : tout d'un
coup elles ceffent d'agiter les mortels , &
s'emparent enfuite de leur coeur , de même
que l'accès de fievre qui les vient faifir
, lorfqu'ils fe flatoient d'être gueris.
Après cela , eftimerés- vous heureux
ceux que l'on confié à la garde de ces
charmantes filles , & ferés-vous jaloux de
leur fort , Alcibiade ? .. Pourquoi donc ,
répondis- je , offrons- nous des facrifices aux
Dieux ? Pourquoi , teignons - nous leurs autels
du fang des plus graffes victimes ?
Pourquoi leurs cornes dorées & couronnées
de fleurs , tombent-elles pendant les
Hécatombes fous les couteaux des Sacrificateurs
? Et pourquoi les genoux des Dieux
font- ils couverts de nos tablettes votives ?
A quoi fervent les oraifons que nous leur
ádreffons? Les voeux font inutiles , Socrate , '
fi l'homme ne doit point avoir de defirs .
Vous errés , mon cher enfant , reprit- il ,
6.4 LE MERCURE..
& je vais vous dévoiler les yeux . C'eft une
des miferes attachées à la condition de
l'homme , que le bien & le mal lui foient
cachés fous differentes figures. Le malheur
nous apparoît fouvent fous le mafque du
bonheur , & la profperité fous l'image de
l'infortune. Ainfi , nous devons être per-
Luadés de la foibleffe de notre difcernement
pour le choix des chofes qui nous font utiles
, & laiffer aux Dieux , fans les impor
tuner , la liberté de nous envoyer les graces
dont nous avons befoin. Notre naif-
Lance eft l'ouvrage de leur puiffance , &
notre confervation celui de leurs foins . Je
ne prétends point par- là fuprimer les voeux
ni les oblations ; il faut faire des prieres ;
il faut former des defirs , mais tous doivent
être renfermés dans celui - là feul
d'une bonne confcience , qui nous rende
agreables aux Dieux , & qui nous approche
de leur nature en nous immolant à
La juftice & à l'équité , à notre gloire &
à celle de la Republique. C'eft par - là
que la Grece a élevé au rang des immortels
la plupart des Dieux qui font adorés
par le Peuple , qui n'eft pas capable par
lui-même de s'élever à la connoiffance du
premier Etre ... Je ne prétois qu'une mediocre
attention au difcours de Socrate . Les
regards tendres & languiffans , les manieres
aimables , & le doux fou-rire de la Volupté
DE FEVRIER. 65
pté qui me promettoit mille plaifirs , m'in
vitoient à la fuivre : Elle occupoit plus mon
efprit que tout ce que j'entendois. Je fuppliai
Socrate de me permettre de l'aborder;
mes prieres furent inútiles , mes larmes ne
purent le fléchir ; il les effuyoit avec dureté
; enfin , ne ſçachant comment le vainere
,j'employai les careffes , & me jettant à
fon col , ô mon cher Pere , lui dis- je , en
Pembraffant ! vous n'aimés donc plus vôtre
Alcibiade ; fes pleurs ne vous touchent
point..... Ah ! mon fils , me repliquat'il
que vous ai-je fait , pour vous donner
lieu d'en douter ? Vous en devez être af
füré , par l'obſtacle que je mets aux defirs
aveugles qui vous agitent. Je veux
bien pourtant me rendre à vos empreffemens
; vous entrerez dans le fejour de la
Volupté , mais à condition que vos lévres
n'approcheront jamais de la Coupe em÷
poifonnée de fa femme. Je n'avois garde
de lui refufer , je lui jurai fur la tendreffe
que j'avois pour lui , une obéiffance aveugle
, & nous entrâmes enſemble.
La Volupté foûrit de plaifir en nous
voyant approcher. Une toile legere de
Pifle de Cos voloit autour de toutes les
beautés , plûtôt comme une ombre , que
comme un vêtement. C'étoit un tiffu de
vents , une neige filée , & non l'ouvrage
d'un Mortel , qui fembloit voiler . une
६
E
66 LE MERCURE C
taille divine , plûtôt pour l'ornement que:
pour la pudeur . Par- deffus , étoit une robe
de pourpre de Tyr , glacée d'or , & femée.
de mille fleurs au naturel , brodées en Phrigie.
Une groffe boucle de pierreries Pat¬
tachoit fur l'épaule gauche : l'ordonnance:
de fes plis étoit fi naturelle , qu'on ne l'eût
jamais prife pour une negligence artificielle.
Que d'habillemens entiers dans fa queuë k
Que de graces dans fa coëffure ! Une par
tie de fes cheveux parfemés de goutes d'Arabie
, étoit abandonnée aux zephirs qui fe
jouoient de leurs boucles naturelles , & qui
ne les dérangeoient que pour en former de
nouvelles: l'autre étoit relevée fur fon front,
& nouée par des treffes à plufieurs étages.
Avec une adfeffe infinie , les ris & les gra
ces badinoient mollement fur fes lévies , la.
rendreffe partoit de fes yeux ; enfin , hors
Socrate , tout ce que je voyois , me portoie
à elle. Elle m'aborda d'un air adorable, &
avec un agrément qui la mettoit au deffus
d'une Morrelle ; elle me tint ce langage...)
Ce n'eft point ma coûtume , Alcibiade , de
contraindre les hommes ; mes charmes les touchent
les attirent , un doux penchant me
Les foûmet. Cette foule qui groffit icy ma Cour,
vous doit prouver quel est mon merite, & le
Parti que vous avez à prendre. Vous voyez
d'ici quel, affreux filence regne dars l'Empirede
mon Ennemie , & quels deferts entou
"
DE FEVRIER. 6.7
rentfa demeure : Ces Rochers qui ſemblentfe
détacher de leurs racines pour tomber ſur les
Paffans ; ces montagnes arides , ces épines
ces précipices , en font les triftes ornemens.
Ceux que vous voyezrampans ſur cette montagne
, font nés dans le malheur , & conduits
par de mauvais Genies. La plûpart
periſſent par leurs chûtes , avant que d'arriver
au fommet ; & ceux qui font tant que
d'y parvenir , y paſſent leur vie dans un
morne filence , accablés de triftes reflexionss
foupirant toûjours aprés les plaifirs qu'ils
ent quittés , & offrant à mon Ennemie un
encens dont l'odeur les rebute , & que leur
coeur defavonc à mesure que leur main le
prefente.
Les hommes ne naiffent - ils pas pour vi❤
vre ? & eft-ce vivre , cher Alcibiade , que
de blanchir dans les veilles à la trifte lueur
d'une lampe , de fe laiffer confumer par
la pâleur , & d'extravaguer jour & nuit à
force de condamner un penchant que l'on
aime à fuivre, & des inclinations qui font
toûjours cheres à ceux qui s'efforcent de
les combattre ? Mon Ennemie fe fiant'
peu
fur les fonges & fur les vifions qu'elle
donne pour unique recompenfe à fes Secta +
teurs , crut , pour fe les attacher davantage
, devoir inventer quelque fiction qui
les arrêtât fous une apparence fpecieuſe de
gloire elle leur propofa le parti des ar-
Fij
68 LE MERCURE
mes , dans lequel ils pourroient l'acquerir
C'est pour cette gloire qu'ils perdent les
agrémens de la vie prefente , par Peſpoir
de celle qui leur eft promife après leur
mort , qui n'eft qu'une fable vaine & une
pure erreur elle inventa des hautbois ,
des fifres , des tambours & des trompettes,
pour exciter le courage de fes fujets , &
pour leur faire méprifer la mort , en les
expofant aux plus grands dangers. Elle
publie de ceux qui y periffent , qu'ils ont
été couverts de bleffures honorables & immortelles
, pour abufer encore ceux qu'elle
veut faire perir dans la fuite.
3. Que ceux - là feuls fuivent le fort des
armes , qui étant d'une naiffance obfcure ,
ne peuvent briller que par une vie penible,
& par une mort extraordinaire ! Que
ceux au contraire fur qui la fortune a
répandu fes faveurs à pleines mains , à qui
elle a donné des richeffes , de la nobleffe ,
une figure aimable , un air plein de charmes
, & qu'elle a traités comme vous , Al
cibiade que ceux-là , dis-je , fe fervent de
fes dons , & qu'ils lui en marquent leur
reconnoiffance , en s'attachant à moi. C'est
pour moi qu'elle les fait naître : ce font
ceux-là que je cherche & que j'arrête , que
j'enchaîne par les plaifirs , que je confie
aux foins des Jeux & des Ris , & c'eſt- là
ma fervitude.
DE FEVRIER. 69
Cette vive jeuneſſe qui éclate dans vos
yeux & fur votre front , cette Aeur qui
brille fur vos jouës , cette taille adorable
que la gloire & l'amour ont formée , cer
air noble & gracieux qui trouble & qui
entraîne tous les coeurs ; tout cela ne vous
a été donné que pour la Déeffe Venus &
pour moi.
Dans mon Empire , les rofes cueillies par
les Amours , formeront votre lit ; vous ne
vous endormirez qu'aux fons tendres &
flateurs d'une harmonie qui vous fera pre--
parée par les Plaifirs. Les Songes legers
voltigeront autour de vous , fous des ima--
ges toûjours riantes & toûjours nouvelles.
Vous ne ferez éveillé que par l'objet que
vous aimerez ; il ne vous refiftera que pour
vous embraffer , & pour vous combler d'au
tant de plaifirs , qu'une rigueur adroitement
menagée vous aura infpiré de vivacité
La nature & l'art travailleront à l'envi
, pour charmer vos yeux & vos oreilles;
lá jeuneffe & la beauté précederont partout
vos pas ; les zephirs répandront devant
vous l'odeur des prairies ; les ruiffeaux
ne couleront que pour vous ; ils fe feront
un foin - nouveau d'étudier vôtre humeur
pour y conformer leur murmure : les oifeaux
oubliant leurs plus tendres interêts
en vôtre faveur , ne formeront des ramages
que pour exprimer les differentes fitua
70 LE MERCURE
tions de vos amours & de vos plaifirs: Enfin,
le bruit affreux des armes fera banni de vôtre
délicieufe demeure. Ce ne fera qu'avec
Famour que vous livrerez des combats, où
vous ferez toujours vainqueur & toûjours:
vaincu , par les plaifirs que vous donnerez,
par ceux que vous recevrez à vôtre tour,,
Si vous cherchez des Philofophes dans
la foule de ceux qui me fervent , je vous
donnerai Ariftipe , le Difciple de vôtre
Socrate ; vous verrezpar la vie qu'il mène,
le profit qu'il a tiré de fes leçons. Je vous
donnerai Talés , Solon , & mille autres , dont
les plaifirs , pour être cachés fous le voile
d'une fageffe apparente , n'en ont été ni
moins voluptueux ni moins delicats . Mais,
pourquoi vous citer des hommes , quand
je puis vous donner des Dieux pour exem
ples ? Quelle joye , grands Dieux , ne répandez
-vous pas dans vos feftins ! Quelle:
magnificence dans vos Fêtes ! Et qui peut
imiter la délicateffe &; la varieté dont vous
relevez vos plaifirs ?
Que mon Ennemie vante fon Hercule
qu'elle s'attribue fans raifon ; n'eft - ce pas
de moi qu'il tient le jour , & ne fçait on
pas que ce Heros n'a paffé fous fes Loix ,
que lorfque j'ai dedaigné de le retenir fous
les miennes . Il est vrai qu'elle en a fait un
demi- Dieu Mais a- t'elle oublié, ceux qui
me doivent l'immortalité ? C'eſt à la vo
DE FEVRIER. 7B
lupté que tous les Aftres qui brillent la
nuit , font redevables de leur éclat. Les .
Athlantides , qui font pâlir les Mariniers,
L'Ourſe, Caftor & Pollux , qui en font les
Guides , ne me doivent-ils pas leur nailfance
? Bacchus feroit-il au nombre des.
Dieux , fi Jupiter n'avoit aimé ? Et la Cousonne
d'Ariadne feroit- elle la marque de
la Victoire de Bacchus ? Ne fuis - je pas
victorieuse de toutes ces Divinités ? Sur qui
donc de fi grandes récompenfes ne doivent-
elles pas faire impreffion Er quis ?
pourra refufer de faire de douces fautes
avec de fi grands exemples Quor , Alcibiade
auroit honte d'imiter les Dieux , ces
mêmes Dieux qu'il adore !
Ne differez - donc pas de vous rendre',
dans l'âge où les plaifirs ne font faits que
pour vous ; le moment où je vous parle
eft déja perdu fans reffource. L'Empire de
la mort engloutit le paffé ; l'avenir nous.
eft caché fous d'épaiffes tenebres ; le prefent
feul eft à nous ; ce n'eft pas vivre au
jourd'hui , que de vouloir vivre demain..
Tenez , me dit - elle , en approchant la
Coupe, bûvez , & commencez à vivre dans
Ge moment.
Socrate me retint & me tirant à l'écart :
O Immortel ! s'écria- t'il ; avec quelle témerité
elle fe vante d'avoir fait des Dieux !
Comme fi l'on ignoroit que ceux dont elle
72 LE MERCURE
.
nous parle , ne font qu'un effet des auda
cieuſes fictions des Poëtes , qui n'ont attribué
des adulteres aux Divinitez , que pour
complaire aux hommes , & pour adoucir
l'horreur qu'ils en devoient avoir parmi
eux. Ils ont voulu que les vols & les autres
crimes fuffent permis aux Dieux , pour
perfuader aux Mortels que non feulement
leurs forfaits feroient impunis , mais qu'ils
en recevroient des louanges ; & ils ont
pouffé leur audace jufqu'à vouloir nous
reduire à être honteux de nôtre innocence,
en voyant facrifier au Crime même .
En portant jufqu'aux Aftres les crimes.
des Dieux, fous le nom de tant de Conftellations
differentes , ils ont fait du Ciel ,
comme un parc rempli de bêtes , immondes
; & dans leurs indignes veilles , ils ont
rellement ravallé les Dieux , que ceux qui
ne jugeroient de leur nature que par leurs
fictions , refüferoient de le devenir.
Voilà cependant les chofes qu'elle vous
vante , pourfuivit Socrate . Que vos defirs
fe calment fur la felicité qu'elle vous a
promife : Entrez , nous verrons enfemble
toutes les merveilles dont elle vous é
blouit , & vous déciderez ou du choix o
du refus
CEREMONIE
DE FEVRIER. 73
® :
CEREMONIES ET COUTUMES
de tous les Peuples du Monde ,
reprefentées par des Figures deffinées
de la main de Bernard Picart ; &c.
avec une explication hiftorique , &
les Differtations deplufieurs Sçavans
qui étoient devenuës rares .
Lou
' Ouvrage dont on donne le . Titre , &
pour lequel les curieux font invitez
de foufcrire , fera de huit volumes in 4°.
Le Libraire s'engage à prendre pour cette.
Impreffion une Lettre toute neuve , un peu
plus groffe que celle- ci , & le plus beau
Papier qui le puiffe trouver ; principalement
pour les Figures , dont on aura
tout le foin poffible.
Ce Livre , dont le plan eft nouveau ,
contiendra environ quatre cens feuilles
d'Impreffion , & fix cens figures au moins ,
fans compter les vignettes , qui feront
placées à la tête des Differtations , & auties
pareils ornemens . Les fujets qui en
font la compofition , feront éclaircis par des
I ifcours d'une étendue raisonnable , où
l'Auteur a foin de ne rien avancer qu'il
ne puiffe garantir par des citations exactes
G
74. LE MERCURE
des Sçavans qui ont écrit fur ces matieres ,
& des Relations le plus eftimées. On y
inferera même plufieurs Differtations entieres
; mais on ne s'attachera qu'à celles
qui ne feront pas trop longues , & qui
feront intereffantes ; afin de ne pas exceder
le plan que l'on fe propofe. C'eft ainfi
que l'on fera ufage de quelques Ouvrages
Curieux , devenus rares depuis long- teins.
Le Libraire s'engage auffi de fon côté
à ne donner au Public rien qui ne puiffe
lui eftre utile , & à ne faire graver que
des Figures inftructives & neceffaires ,
dont le deffein foit beau & correct car
on fe propofe d'expliquer , & de donner
une idée claire des fujets qu'on traite ,
autant pour le moins que de fatisfaire la
vûë , qui ne laiffera pas d'y trouver fon
compte , puifque les figures feront deffinées
de la main du Sieur BERNARD PICART ,
& autres habiles Maîtres dans le deffein.
Les trois premiers Volumes de cet Ouvrage
traiteront des Ceremonies des Religions
qu'il y a maintenant dans le monde ;
des pratiques & des ufages introduits à
l'occafion de la Religion ; des Talismans ,
Gamahés , Idoles , Statues , Figures Symboliques
, Hieroglyphes , Emblemes en
un mot de tout ce qui fait l'objet de quelque
fuperftition , & c.
On decrira dans le quatriéme les CereDE
FEVRIER.
75
monies Nuptiales , de Nativité & Funebres
de tous les Peuples du monde ; fans oublier
divers Monumens de la vanité des
hommes en cette occafion.
On´traitera dans le cinquiéme & dans
le fixiéme Volume des Ceremonies qui fe
pratiquent au Couronnement des Souverains
de l'Univers ; des Ceremonies Ecclefiaftiques
; des Jeux & autres Exercices
des Entrées publiques , des Tournois , Ballets
, Carroufels , Inftallations de Chevaliers
, Mafcarades , &c. des peines & des
fuplices , & de ce qui concerne divers uſages
des hommes dans la vie civile , & c.
Dans le feptiéme on donnera les divers
habillemens de toutes les Nations du mon
de , des Femmes , des Enfans , des Prêtres,'
des Magiftrats , des Officiers publics , &c.
Enfin le huitiéme traitera des Ceremo
nies anciennes des peuples de l'Europe reputez
autrefois Barbares chez les Grecs &
chez les Romains.
Comme la lecture de cet Ouvrage fers
auffi agreable qu'inftructive ; l'Auteur le
flate que le Public voudra bien le recevoir
favorablement. Des chofes , dont très fou
vent on n'a que des idées confuſes , y feront
expliquées avec clarté. L'Ecriture & la
Peinture fe prêtent en cette occafion des
fecours mutuels & abfolument neceffaires.
Le Libraire étant refolu de fatisfaire le
76 LE MERCURE
plus promtement qu'il foit poffible à l'im
patience des foufcrivans , promet de faire
une telle diligence , que tout l'Ouvrage
puiffe être livré complet dans le terme de
trois années , c'est - à- dire , à la fin de l'année
# 723 . Il donnera la moitié de l'Ouvrage
au mois de Juin 1722. & l'autre moitié au
mois de Decembre 1723.
Le prix de l'Ouvrage complet fera en
argent d'Hollande,
Z
Exemplaires foufcrits petit Papier, fsa
Grand Papier , dont on tirera un très
petit nombre.
Exemplaires non foufcrits , petit Papier,
Grand Papier.
fos
f65
f80
Les Soufcrivans payeront en trois termes
de la maniere fuivante . En foufcrivant ,
pour le petit Papier .
Et pour le grand Papier,
En leur délivrant les quatre PremiersVof
20
f 25
lumes , pour le petit Papier,
fis
Pour le grand Papier.
f 20
En leur délivrant les quatre derniers Volumes
, petit Papier,
-
f
15
-
Grand Papier.
f 20
Les Soufcrivans jouiront des plus belles
épreuves des Figures & Tailles douces , &c,,
que l'on feratirer eexxpp¨:ès pour
fatisfaire aux
foufcriptions , fur tout pour le grand Papicr
; & fi malheureulement il fe gliffoit
DE FEVRIER. 77
quelque feuille ou figure peu correcte ou
negligée , le Libraire s'engage de la changer
, pourvû que l'on ait foin de lui repréfenter
l'autre.
Les mefures étant prifes pour remplir
d'abord un nombre affez confiderable de
foufcriptions ; on commencera fans aucun
delay l'Impreffion du fufdit Ouvrage , &
l'on recevra des foufcriptions jufqu'au 15
Mars 1721. Mais après ce tems- là perfonne
ne fera plus admis à foufcrire. Et
pour favorifer en toutes manieres les Soufcrivans
, le Libraire s'engage de ne rabattre
quoi que ce foit du prix du Livre ; fçavoir ,
de f 65 pour le petit Papier , f 80 pour le
grand Papier , à quelque perfonne que ce
puiffe eftre , après que les foufcriptions auront
ceffé.
Les foufcriptions commenceront dès le
1 Novembre courant de cette année 17 20.
chez Jean Frederic Bernard , Libraire dans
le Calveftraat à Amfterdam. On pourra
foufcrire auffi dans les Païs Etrangers chez
les principaux Libraires , & pour cet effet
en leur envoyera les prefentes conditions .
Giij
78 LE MERCURE
甸道
ARRESTS , EDITS
& Declarations.
DIT du Roy , donné à Paris au mois
de Janvier 1721 , Regiftré en Parlement
les Fevrier 1721 , par lequel
Sa Majefté ordonne ce qui fuit.
Art. I. Nous avons créé & érigé
en titre d'Offices formez & hereditaires , trente
nos Confeillers - Treforicrs , Receveurs generaux
& Payeurs des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris
, Receveurs des Coafignations , Depofitaires
des Debers de Quittances , Commiffaires aux
Rentes faifies réellement , Greffiers des Feuilles
& Immatricules , & principaux Commis y joints ,
& trente nos Confeillers - Controlleurs generaux
defdits Payeurs , lefquels feront conjointement
avec les quatorze autres Payeurs & les quatorze
autres Controlleurs cy - devant créez , la Recctie ,
le Payement & le Controlle de toutes les Rentes
conftituées fur ledit Hôtel de Ville , à commencer
pour ladite année 1720 , à l'effet de quoy
Nous avons établi par notre prefent Edit trente
nouvelles Parties de Rentes , pour faire avec les
quatorze autres le nombre de quarante quatre
Parties , dans lesquelles toutes les Rentes confti-.
tuées fur ledit Hôtel de Ville , tant perpetuelles
que viageres , feront partagées ; fçavoir , les Rentes
perpetuelles en trente- quatre Parties , & lest
Rentes viageres , tant celles dites Tontines , que
les autres anciennes & nouvelles , en dix autres :
Parties .
II. Attribuons à chacun des Payeurs créez
DE FEVBIER . 79
trois mille fept cens cinquante livres de gages
effectifs , & pareille fomme de trois mille fept
cens cinquante livres par forme de taxations ,
frais & droits d'Exercice , enfemble pour les
façons , vacations & frais de reddition de compte ;"
& à chacun des Controlleurs douze cens cinquante
livres de gages effectifs , & fept cens
cinquante livres de droits d'Exercice ; defquels.
gages ,taxations & droits d'Exercice l'employ ferat
fait dans les Etats de diftribution defdites Rentes.
Entendons que l'acquifition des gages defdits"
Offices de Payeurs & de Controlleurs foit faite
à raifon du Denier quarante de la finance , &-
que les Acquereurs jouiffent defdites taxations
& droits d'Exercice , fans payer aucune finance.
III. Lefdits Payeurs & lefdits Controleurs
créez par notre prefent Edit , jouiront du droit
de Commitimus en nos grande & petite Chancelleries
, & de tous les autres droits , fonctions ,
exemptions , privileges & prérogatives dont
jouiffent les Payeurs & les Controlleurs defdites:
quatorze premieres Parties.
IV. Ceux qui acquerront les Offices créez
par notre prefent Edit , avant le premier Mars
prochain , auront la joüiffance de leurs gages ,
à compter du premier jour du prefent mois de
Janvier , encore que leurs quittances de finance
fe trouvent dattées & expediées poftericurement ;
& ceux qui ne les acquerront qu'après ledit
jour premier Mars prochain , ne jouiront deſdits /
gages que du jour de la datte de leurs quittances
de finance ; & attendu que lefdits nouveaux
Payeurs & lesdits nouveaux Controlleurs feront
le payement & le controlle defdites Rentes pour
l'année 1720. Voulons qu'ils joüiffent pour la
dite année des taxations & droits d'Exercice
attribuez à leurs Offices , & que la dépenfe en
foit paffée & allouée fans difficulté dans les
G iiij.
80 MERCURE LE
comptes qu'ils rendront en notre Chambre des
Comptes de Paris .
V. Voulons au furplus que ceux qui prêteront
leurs deniers pour l'acquifition des Offices
de Payeurs & de Controlleurs créez par notre
prefent Edit , ayent un privilege special & preferable
fur lefdits Offices , fuivant les Declara
tions qui en feront inferées dans les quittances
de Finance.
ARKEST DU CONSEIL D'ESTAT
DU ROY ,
Qui ordonne que la Compagnie des Indesfera tenaë.
de rendre compte de la Banque qui lui a été
unie par Arreft da 23 Février 1720 .
Du 26 Janvier 1721 .
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
SUF Slon Coquil , par Directeurs
Ur ce qui a été reprefenté. au Roy étant en
fon Confeil , par les Directeurs generaux de
la Compagnie des Indes , pour & au nom de ladite
Compagnie , qu'ils fe fout mis en état par
les Bordereaux & brefs Etats qu'ils ont dreflez de
Recette & Dépenfe des fommes qui ont été remifes
au fieur Deshayes leur Caiffier par le fieur
Bourgeois , Treforier de la Banque , pour eftre
employées aux differentes operations ordonnées
par Sa Majesté , de faire connoître la fituation
de la Compagnie avec la Banque ; mais que.
pour prévenir les difficultez qui pourroient leur
eftre faites fur le pretexte de l'Arreft du 23 Fevrier
1720 , par lequel sa Majefté a chargé ladite
Compagnie de la Regie & adminiftration
de la Banque , au moyen de quoi il femble: qit
que la Compagnie dût rendre compte de cette
DE FEVRIER.
pretendue Regie , ils ont intereft de fupplier Sa
Majefté de vouloir expliquer fur cela particulierement
fes intentions ; Que Sa Majefté eft
inftruite que cet Arreft n'a eu aucune exccution ;
Que fuivant l'Article III des propofitions faites
à la Compagnie , au nom de Sa Majeſté , pár
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , dans l'Affemblée
generale du 22 Fevrier 1720 , & la difpofition
de l'Article III . de l'Arreft du 13 du
même mois , le Treforier de la Banque nomnié
& Commis par Sa Majefté devoit rendre compte
par Bordereaux & bref Etat à la Compagnie en
la perfonne de fes Directeurs , dans le courant
du mois de Mars fuivant , de la fituation & de
l'état de la Banque , dans lequel Compte il ne
devoit être paffé & alloué autre pature de fonds
que les Billets de Banque, l'argent en Caiffe & les
Actions depofées pour feureté des prefts que le
Treforier aura faits ; enforte que ce n'eft qu'au
premier Avril 1720 , que la Compagnie devoit
prendre poffeffion de la Banque , après le compte
qui lui en auroit été rendu par le Treforier
dans le courant du mois precedent ; mais que
Sa Majefté n'ayant pas jugé à propos de faire rendre
ce compte par le Treforier de fa Banque ,
la Compagnie n'a pu s'en mettre en poffeffion
ni executer de fa part cette partie des propofitions
& de l'Arreft du mois de Fevrier ; Qu'en
effet Sa Majeftê a fi peu voulu que Cette poffeffion
de la Banque paffât entre les mains de
la Compagnie , que par l'Arreft rendu de fon
propre mouvement le Mars 1720 , Elle a
ordonné qu'au 20 du même mois il feroit ouvert
un Bureau à la Banque pour convertir fur
le pied de neuf mille livres à la volonté des
Porteurs , les Actions de la Compagnie en Billets
de Banque , & les Billets de Banque en
Actions , ce qui n'auroit pû fe faire pour le
compre de la Compagnie , que dans le tems où
82 LE MERCURE
elle auroit été en poffeffion de la Banque , c'eftà
-dire au premier Avril , après que le Treforier
auroit rendu fon compte ; & il auroit même
fallu que certe conversion eût été deliberée &
agréée dans une Aflemblée generale de la Compagnie
, fur tout ayant été arrefté dans celle du
22 Fevrier que le Bureau d'achat & de vente
des Actions feroit fermés Que s'il pouvoit refter
quelque difficulté dans l'établiffement du fait de
l'inexecution des propofitions & de l'Arreſt du
mois de Fevrier , dans le chef de la Rege &-
de l'adminiftration de la Banque , elle celleroit
à la vûë d'une multitude de circonftances qui
en forment une demonftration : Que par l'Article
II . des propofitions & par le même Article
de l'Arreft , il a été arrefté qu'il ne pourroit
eftre fait des augmentations de Billers de Bauque
qu'en vertu d'Arrefts du Confeil , qui fe
roient rendus fur les Deliberations prifes en
l'Affemblée generale de la Compagnie , & que.
cependant il en a été fait depuis en vertu de
differents Arrefts readus duspropre mouvement
de Sa Majefté pour dix fept cens cinquante - fix
millions quatre cens mille livres , compris les
deux cens foixante millions de Billets de . Divifion
: Que par l'Article IV des propofitions ,
& par le même Article de l'Arreft il ne devoit plus
eftre delivré de Billets de Banque de dix livres ,
& que cette difpofition n'a pas eu plus d'effet
que les precedentes , puifque non feulement le
cours des Billets de dix livres a été continué ,
mais que le nombre en a été augmenté d'une
femme de dix fept millions par l'Arteft rendu
du propre mouvement de Sa Majefté le 19 Avril
1720 : Qu'enfin Sa Majefté ayant jugé à propos
au mois de May dernier de s'inftruire plus particulieremeur
de l'Etat de fa Banque , Elle auroit
nommé des Commiffaires pour en faire la
verification , à quoi il a été procedé fans que
DE FEVRIER. 83
les Directeurs de la Compagnie y ayent été prefens
ni appellez : Que tous ces faits particulie
rement connus de Sa Ma (efté , établiffent une
preuve évidente que la Compagnie des Indes n'a
jamais eu la Regie & l'adminiftration de la Banque,
& que les propofitions qui lui avoient été
faites à ce fujet , & qu'elle avoit acceptées ,
font demeurées fans effet par le fait & la volonté
de Sa Majeftés Qu'ainfi ladite Compagnie ne
peut eftre tenue d'aucun compte pour raifon de
cette Regie , mais feulement de l'employ des
fommes qui ont été remiſes à fon Caiffier par
le Treforier de la Banque , pour les operations
ordonnées par Sa Majefté : Et Sa Majefté voulant
fur ce expliquer plus particulierement fes intentions
& affurer l'Etat de ladite Compagnie ; Vû
ladire Requefte & les Arrefts qui y font men-
`tionnez , au pied de laquelle Requefte eft un
projet d'Arreft pour qu'il fût ordonné que les
Directeurs de la Compagnie des Indes , pour &
au nom de ladite Compahnie , remettront inceffamment
pardevant les Commiffaires nommez
à cet effet , un Etat certifié defdits Directeurs
audit nom , contenant les fommes reçûës du
Sieur Bourgeois Treforier de la Banque , par le
fieur Deshayes , Caiflier de ladite Compagnie ,
pour les operations ordonnées par Sa Majefté ,
& l'employ qui en a été fait , fuivant les pieces
juftificatives qui en feront reprefentées aufdits.
fieurs Commiflaires , dont fera par eux drefle
Procès verbal , pour le tout vû & rapporté au
Confeil avec leur avis , eftre par Sa Majefté
pourvû à ladite Compagnie & aux décharges qui
feront neceffaires audit fieur Bourgeois , pour
compter , tant au Confeil qu'en la Chambre des-
Comptes , des Recettes & Dépenfes de ladite
Banque Royale , en qualité de Treforier d'icelle,,
en la forme & maniere prefcrites par la Decla
34 LE MERCURE
ration du 4 Decembre 1718 , fans que lefdies
Directeurs , aufdits noms , puiflent eftre recherchez
ni inquietez eu quelque forte & maniere
que ce foit , ou puifle eftre , pour raifon de
Facceptation des offres faites à ladite Compagnie
au nom de Sa Majesté dans l'Aflemblée
generale du 22 Fevrier 1720 , & contenues en
l'Arreit du Confeil du 23 du même mois , lefquelles
au moyen de leur inexecution demcurent
nulles & de nul effet , impofant fur ce
filence à fes Procureurs generaux & à tous autres
, & pour l'execution du prefent Arreſt , faront
toutes Le tres neceffaires expedices . Ony
le Rapport du Sieur le Pelletier de la Houffaye ,
Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil de
Regence pour les Finances , Controleur general
des Finances , SA MAJESTE' EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc d'Or
leans Regent , a ordonné & ordonne ce qui fuit .
Art. I. L'Arreft du Confeil du 223 Fevrier
1720 , portant réunion de la Banque à la Compagnie
des Indes , même avec un effet retroactif
pour la joüiffance de tous les benefices faits
depuis fon établiffement , fera executé felon fa
forme & teneur , & en confequence les Directeurs
au nom de la Compagnie , feront tenus de
fe charger en Recette dans le compte qu'ils
prefenteront & affirmeront veritable devant les
fieurs Commiffaires du Confeil à ce deputez par
Arreft du 18 Janvier de la prefente année
des Billets de la Banque qui ont été faits .
II. Ordonne Sa Majefté que toutes les
ciations qui ont été faites par la Compagnie'
des Indes depuis les Mars 1720 , feront &
demeureront pour le compte de ladite Compagnie
& à fes rifques , de même que les autres
negociations qui ont été faites precedemment
depuis l'établiffement de la Banque..
nego .
DE FEVRIER.
III. Sa Majesté ne voulant caufer aucune interruption
dans le cours du Commerce de ladite
Compagnie , & fe propofant au contraire de le
faire fleurir de plus en plus , autant qu'il fera
poffible , & par les voyes qui feront trouvées
les plus convenables , Ordonne aux Directeurs
de la Compagnie de s'affembler inceffamment
pour dreffer un projet de Reglement general
pour la Regie & adminiftration de ladite Compagnie
, auquel projet ils joindront des Etats
fignez d'eux & certifiez veritables , de tous les
effets qui appartiennent à ladite Compagnie ,
de quelque nature & à quelque titre que ce
foit ,,
pour eftre far lefdits Projet & Etats pourvu
par Sa Majesté ainfi qu'il appartiendra . Fait
au Confeil d'Etat du Roy ; Sa Majesté y étant ,
tenu à Paris le vingt- fixiéme jour de Janvier
mil fept cens vingt-un. Signé , PHELYPEAUX.
ARREST de Confeil du 17 Janvier 1721.-
qui permet à Charles Cordier , chargé de la
regie des Fermes generales unies , de refilier
les Baux , fous - Baux , Traitez , fous Traitez
Marchez , abonnemens & compofitions faits par
Armand Pillavoine , ou de les entretenir s'il le
juge à propos.
+
,
LETTRES patentes fur Arreft du Confeil du
18 Janvier 1721 , par lefquelles Sa Majesté ordonne
que la perception des quatre fols pour
livre des droits de fes Fermes , ainsi qu'elle eft
prefentement établie par les Declarations , Ar-
Felts & Lettres patentes , fera continuée pour
trois années , à compter du vingtiéme Mars prochain.
Regifirées , ouy ce requerant le Procureur General
du Roy , pour eftre executées felon leur fo me
teneur , & copies collationnées envoyées aux
186 LE MERCURE
Bailliages & Senechauffées du Reffort , poury ofre
lues , publiées & registrées : Enjoint aux Subftituts
du Procureur General du Roy d'y tenir la main .
d'en certifier la Cour dans un mois , fuivant
l'Arreft de ce jour. A Paris en Parlement le cinq
Fevrier 1721. Signé , GILBERT.
ARREST du Confeil du 23 Janvier 172 1 ,
par lequel Sa Majefté ordonne qu'à commencer
du jour de la publication du prefent Arreſt , le
Caftor de quelque qualité qu'il foit ne pourra
entrer dans le Royaume que par les Ports de
Calais , Dieppe , le Havre , Rouen , Honfleur ,
Saint Malo , Morlaix , Breft , Nantes , la Rochelle
, Bordeaux , Bayonne , Cette & Marſeille :
Fait Sa Majesté défenfes de le faire entrer par
d'autres Ports que ceux cy-deffus defignez , à
peine de confifcation tant du Caftor que des
Vaiffeaux , Barques , Voitures & Equipages fur
lefquels il fe trouvera chargé , & de trois mille
livres d'amende : Sera au furplus ledit Arreft du
Confeil du 16 May 1720 , executé felon fa
forme & teneur .
ARREST du Confeil du 28 Janvier 1721 ,
qui ordonne que les Rentiers & autres Affignez
fur les Impofitions de la Province de Languedoc
pour les années anterieures à 1720 , feront
payez en Billets de Banque de 100 livres , de
fo livres , & de 10 livres ; & que faute par eux
de les retirer dans un mois , les Billets de Banque
feront portez à la Caifle des Rentes Provinciales
, pour en eftré expedié des quittances
de finances à leur nom.
Que les fommes dûes à differens Particuliers
fur l'année 1720 , dont les Mandemens foot
affignez fur le premier & fecond terme des Impofitions
,feront aulli payez en Billets de Banque
DE FEVRIER. 87
-Et que les autres fommes qui doivent eftre
payées au premier Janvier 1721 , lè feront en
Efpeces.
ARREST du Confeil du 31 Janvier 1721 ,
par lequel Sa Majeſté évoque à foy & à fon
Confeil tous les procès & differens mûs & à;
mouvoir contre ledit Armand Pillavoine en quelques
Cours & Jurifdictions qu'elles foient portées
, à l'occafion des offres judiciaires par lui.
faites avant le premier, Novembre dernier aux
Proprietaires des Maifons fervant de Bureaux
aux Entrées de la Ville & Fauxbourgs de Paris,
pour le payement des loyers à eux dus par ledit
Pillavoine , enfemble les Inftances qui ont été ou
feront contre lui intentées en reftitution de
droits qui ont été confignez ou payez en Billers
de Banque.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 31
Janvier 1721 , qui maintient l'Univerfité de
Poitiers dans le droit & la poffetſion d'avoir
la Prefidence , la direction & la moderation de
toutes les Thefes foutenues publiquement dans
la même Ville ; avec défenfes aux Religieux
Minimes d'en faire foutenir dans leur Eglife ou
autre lieu , qu'elles n'ayent été approuvées , &
que le jour & l'heure de l'Acte n'ait été indiqué
par le Recteur de l'Univerfité qui y aura
la Prefidence la direction & la moderation.
ARREST du Confeil du 9 Fevrier 1721 , par
lequel Sa Majesté a remis & remet aux Actionnaires
de la Compagnie des Indes , qui n'ont
pas fourni l'emprunt par Action , ordonné par.
lés Arreits des 7 Novembre & 9 Janvier derniers,
la peine de nullité de leurs Actions , portée par
lefdits Arrefts . Permet Sa Majefté à ladite Com88
LE MERCURE
pagnie de continuer ledit Emprunt , ainfi & de
la maniere qu'elle jugera la plus convenable , &
fous peine feulement de la privation d'une ou
plufieurs années des Dividendes des Actions , de
ceux defdits Actionnaires par lefquels ledit Emprunt
n'aura pas été fourni dans le delay qui
aura été fixé par ladite Compagnie.
ARREST du Confeil du 11 Fevrier 1721 ,
par lequel Sa Majefté a declaré & declare le
Gommerce des Provinces de Languedoc , Lyonnois
& Dauphiné libre ; & en confequence
permet Sa Majesté aux Marchands & fabriquans ,
tant de la Ville de Tours , que des autres Villes
du Royaume , de faire venir defdites Provinces
les Soyes & autres matieres & Marchandifes
neceffaires à leur Commerce , en rapportant
des Lettres de Voiture en bonne forme , vifées
des Officiers Municipaux des lieux de l'enlevement
, & certifiées par les Intendans defdites ,
Provinces , leurs Subdeleguez ou autres qu'ils
commettront à cet effet . Fait Sa Majefté défenſes
à toutes perfonnes de leur apporter aucun empêchement.
ARREST du Confeil du 13 Fevrier 1721 ,
par lequel Sa Majefté ordonne qu'il fera delivré
à chaque Compagnie de Traitans generaux
d'affaires extraordinaires , en avance envers Sa
Majefté , une Ordonnance de remboursement
des fommes portées par les Etats finaux de leurs
comptes , dont le payement fera fait par le
Garde du Trefor Royal en exercice , fur la
fimple quittance du Traitant fous le nom duquel
le Refultat a été arrefté au Confeil® „viſée de
deux cautions du Traité nommez à cet effet
par déliberation exprelle de la Compagnie ,
fçavoir en leurs Billets folidaires retirez par le
Garde
DE FEVRIER.
89
Garde du Trefor Royal , & le furplus en une
Quittance de finance au nom dudit Traitant ,
portant intereft au Denier cinquante , dont le
fonds fera fait annuellement dans les Etats des
finances de Sa Majefté , de laquelle quittance
de finance ledit Traitant fera tenu de faire fa
declaration au profit de chacun des Cautions du
Traité , à proportion de fon intereft , fuivant
la repartition qui en fera faite eutr'eux en la
maniere accoutumée ; defquels payemens mention
fera faite par les Secretaires du Confeil ,
& autres depofitaires deflits comptes , fur les
minutes & doubles d'iceux ; & en rapportant
par le Garde du Trefor Royal les quittances
defdits Traitans , les Etats finaux de leurs
comptes , coppie collationnée de la mention
qui fera faite defdits payemens , il en demenrera
bien & valablement quitte & déchargé ; &
en cas qu'il furvienne quelque conteftation au
fujet du prefent Arreft , circonftances & dépen-'
dances , entre lefdits, Traitans generaux & autres
, Sa Majefté en a attribué la connoiffance
aufdits fieurs Commiffaires generaux nomméz,
par l'Arreft du 2 Novembre 1717 , & icelle ing
terdite à toutes les autres Cours & Juges.
ARREST du Confeil du 14 Fevrier 1721 ,
par lequel Sa Majefté ordonne ce qui fuit.
) .
Art. I. Il fera delivré avant le premier Avril
prochain , pour toute prefixion & delay aux
Particuliers qui étoient Proprietaires d'écritures.
en comptes en Banque , lors de la publication
dudit Arreft du 16 Decembre , un Certificat
figné par deux Directeurs des Comptes en Banque
, vifé par le Controlleur , & certifié pir
le Prevoft des Marchands , ou par un des Echevins
dans les Villes de Paris & de Lyon ; &
dans les autres Villes lefdits Certificats feront
HC
༡༠ LE MERCURE
fignez par les Directeurs defdits comptes en
Banque , & vifez par les Intendaus & Commiffaires
départis dans les Provinces.
II. Lefdits Certificats feront pour nouvelles
écritures , faifant le quart des anciennes écri
rures , pour lesquelles neanmoins lefdits Certificats
vaudront & feront reçûs fans aucune reduction
; ils feront redigez dans la forme étant
au pied du prefent Arreft , & contiendront la
totalité du credit en compte en Banque , appartenant
à chaque Particulier , qui pourra neanmoins
la faire partager pour differens Emplois
ou Contracts , auquel cas chacun desdits Certificats
fera au moins de la fomme de mille li--
vres d'anciennes écritures , ( à moins que le
credit ne fût de moindre fomme , ou que les
Certificats ne concernaflent que des appoints . )
Et il y fera fait mention expreffe que la fomme
partagée fait partie de ladite totalité , qui y fera
exprimée à peine de, nullité.
III . Défend Sa Majefté aufdits Directeurs de
délivrer aucuns Certificats qui ne foient pour &
au nom des Particuliers à qui ledit credit apparrenoit
au jour de la publication dudit Arreft du
26 Decembre , même jusqu'au 16 Janvier fuivant,
& d'en faire aucun Virement , fi ce n'ef
en confequence de Sentence ou Jugement , don
ils feront mention dans lefdits Certificats
peine d'en eftre refponfables en leurs propres
& privez noms.
IV . Ordonne Sa Majesté conformément à
l'Article IV. dudit Arreft du 26 Decembre
que lefdits Certificats , comme auffi ceux qui
auront pû cltre precedemment delivrez pour
anciennes écritures , en confequence de l'Arre
du 18 Septembre dernier , ou pour nouvelles
écritures , nême ceux de credit qui ont été
cy devant donnez pour les fommes de trois ceas
• DE 91. FEVRIER.
livres & de trois mille livres , feront reçus pour
les emplois indiquez par ledit Arreſt , & par celui
du 23 Janvier dernier , fans aucune reduction ,
pour la valeur portée par lefdits Arreſts , nonobitant
ledit Arreft du 15 Septembre , auquel Sa
Majeſté a dérogé & déroge pour cet égard.
Modele du Certificat.
Nó
SUPPRESSION DES COMPTES EN BANQUE
Pour la fomme de
Nouvelles Ecritures.
OUS cy devant Directeurs des Comptes
' en Banque & Viremens des Parties , eftablis
à Paris , Certifions que M
Not
en confequence des Arrests du Confel des 26.
Decembre dernier , 23 Janvier dernier , &
a retiré de la Caiffe defdits Comptes la fommes
de
Nouvelles Ecritures , valant la fomme des
en Anciennes Ecritures
Faifant partie de la Somme totale:
faifant la totalité
qu'il avoit de credit
de
du credit qu'il avoit fur le Livre Fo
pour en difpofer ainfi que bon lui femblera , à
F'effet de quoy nous lui avons delivré Certificat,
pour luy fervir aux termes defdits Arrefts, Fait
ja Paris le jour de
Controllé ,&c.
·Certifié , dec.
Hij
92 LE MERCURE
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 16 Février 1721 .
Ldu 26 Janvierdernier , pour les caufes &
E ROY ayant par l'Arreft de fon Confeil
confiderations y contenues , Ordonné la Reprefentation
devant les Sieurs Commiffaires de fon
Confeil , & les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis pour l'execution de fes ordres dans les
Provinces & Generalitez du Royaume , ou leurs
Subdeleguez , de tous les Contrats de Rentes ,
tant Perpetuelles que Viageres , conftituées fur
'Hoftel de Ville de Paris ; Enfemble des Quittances
des Rentes Provinciales , même des Recepiffez
qui ont efté delivrez , tant par les Gardes.
du Trefor Royal , que par les Receveurs des
Tailles , pour toutes les Rentes dont les Conrrats
ou Quittances de Finance ne font pas encore
expediées ; de toutes les Actions & dixiémes
d'Actions intereffées de la Compagnie des .
Indes , même des Etats ou Reconno ffances de
celles defdites Actions , qui ont efté dépofées ou
retenues à ladite Compagnie de tous les Ceptificats
pour les Comptes en Banque qui font
infcrits fur les Livres de toutes les Actions
Rentieres , & dixiémes defdites Actions ; Contrats
de Rentes Viageres affignées fur la mêne
Compagnie ; Enfemble de tous les Billets de la
Banque Royale Et Sa Majefté défirant indiquer
au Public la forme en laquelle Elle entend qu'il
foit procedé à l'Examen & Verification de tous
ces differens Effets par les Sieurs . Commiffaires
de fon Confeil , qn'Elle a deputez à cet effet
par l'Arreft du 30 du même mois de Janvier ;
Et par les Sieurs Intendans & Commiflaires dopartis
dans les Provinces & Generalitez du
Royaume , ou leurs Subdeleguez : Qüy le RapDE
FEVRIER. 93
port du Sieur le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil de Regence
pour les Finances , Controlleur General des Finances
Sa Majefté eftaut en fon Confeil , de
T'avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a
ordonné & ordonne .
ART. I. Qu'il fera inceffamment formé à Paris
plufieurs Bureaux qui feront compofez chacun
de trois des Confeillers d'Etat ou Maiftres des
Requeftes Commis par ledit Arreft du 30 Janvier
dernier , ou qui le feront cy - après , lefqueis.
s'aflembleront tous les jours dans le lieu qui
lear fera indiqué , pour proceder à l'Enregistrement,
Verification & Examen de tous les Papiers
& Effets dont la reprefentation eft ordonnée.
II Chacun de ces Bureaux aura un Bureau
d'Expeditions qui lui fera fubordonné , lequel
fera compofé d'un Chef & d'un Commis principal
, de trois Commis aux Livres Journaux fervans
à l'Enregistrement , & de trois autres Commis
pour les Verifications ; & ces Bureaux feront
diftribuez de maniere que l'on puiffe exped
er continuellement tous ceux qui fe prefenteront
fans retardement ni confufion.
111. Chaque Proprietaire ou Porteur d'Effersfulets
à Verification , fera tenu de les reprefenter
tous en même temps & par un feul & même
Bordereau , ainfi qu'il fera cy après expliqué.
IV. Les Proprietaires ou Porteurs de ces effets
les remettront à tel des Notaires qu'ils voudront
choifir , après avoir mis au dos de chacan
d'iceux leur Certificat figné d'eux , que
l'Effet leur appartient : Ils y joindront en même
temps un Etat on Bordereau qui les contiendra
tous en detail' , & un Memoire ou Declaration
relative à ce Bordereau , par lequel rappellant
fommairement la quantité & le mon
941 LE MERCURE e
tant de tous ces Effets , ils expliqueront à quel
titre ils les poffedent , quelle valeur ils en ont
fournie & d'où provenoient les deniers ou
Billets qu'ils ont employez à leur acquifition ,
defquels deniers ou Billets , ils declareront n'avoir
fait aucun autre employ ou ufage , ſoit
Pour acquerir des Terres , Maifons , ou autres
Effets , foit pour le payement de leurs dettes ,
& ils figneront & certifieront veritables , tant
ledit Memoire ou Declaration , que ledit Erat
ou Bordereau , aux peines portées par l'Arreſt du :
Confeil du 26 Janvier dernier .
:
V. En cas que les Porteurs des Effets ne fçachent
pas figner , il en fera fait mention par les
Notaires qu'ils auront choifis , tant fur le dos
defdits Effets , qu'au pied defdits Bordereaux
& Memoires ; Et lefdites mentions feront fignées
defdits Notaires ; lefquels feront en outre tenus
de mettre leur nom à la marge de tous les
Bordereaux & Memoires qui feront par eux
reprefentez , encore qu'ils ayent efté fignezpar
les Porteurs , fans neanmoins que , fous le
pretexte defdites fignacures , les Notaires fo ent
garants ou refponfables en aucune manière de
la verité des Effets reprefentez , ou de ceile des
Declarations faites par ceux à qui les Effets ·
appartiendront.
VI. Les Notaires après avoir examiné fi chacun
des Effets eft certifié , les porteront ou feront
porter , attachez avec le Bordereau & le
Memoire , au Chef ou principal Commis de l'un
des Bureaux d'Expeditions , lequel les numero
tera , & les infcrira d'abord fur un Livre de-
Numero.
VII. Les Effets reprefentez feront à l'inftant
remis par le Chef où Commis principal à l'un
des Commis chargez de la Verification , lequel
apiés avoir compté lefdits Effets , & examiné
s'ils font conformes au Bordereau , & dûëment
DE FEVRTER. 95
Certifiez , en detachera le Bordereau & le Memoire
; en la place duquel Bordereau il fubftituera
une Note imprimée , fuivant le Modelle
attaché à la Minute du prefent Arrêt ; & après
avoir rempli les blancs de cette Note , conformément
au Bordereau , il remettra ladite Note
au Chef ou Commis principal qui la paraphera.
VIII . Le Chef du Bureau d'Expeditions , accompagné
du Notaire , portera enfuite les Pieces
aux Sieurs Commiffaires de ce Bureau , dont l'un >
vifera les Contrats , l'autre fera couper l'angledroit
inferieur des Papiers , pour tenir lieu de
Vifa , & vifera le Bordereau , le Memoire & la
Note imprimée ; Et le troifiéme enregistrera
für un Regiftre à colomnes , qui fera tenu à cet
effet , le Numero du Borderau & le Nom du
Proprietaire ; Après quoi il remettra au Notaire
les effets , avec la Note imprimée feulement ,
& rendra au Chef ou Commis principal le
Bordereau & le Memoire , pour les faire enregiftrer
par l'un des Commis chargez des Journaux
d'Enregistrement.
IX. Pourront lefdits fieurs Commiffaires.mander
& faire venir devant eux les Proprietaires
defdits Effets , lorfqu'ils le jugeront à propos ,,
"pour en recevoir les éclairciffemens neceffaires,
même dreſſer des Procès Verbaux de leurs Dires
& Declarations , fi le cas y échet.
X. Lefdits Sieurs Commiffaires mettront fur le
Memoire joint au Bordereau , les Notes & Ob-
·fervations qu'ils jugeront neceflaires pour fervir
à la diftinction des Effets qui feront fuffifamment
juftifiez , de ceux qui ne le feront
pas , ou fur lefquels il reftera du doute ; Et fe
ront lefdites Notes paraphées au moins par '
deux des Sieurs Confeillers d'Etat commis par
·lédit Arreft du 30 Janvier dernier , & par celui
des Sieurs Maiftres des Requeftes commis par le
96. LE MERCURE
même Arreft , qui en aura fait le Rapport : Le
tout felon les Inftructions que Sa Majesté leur
fera donner.
XI. Les Effets , enfemble le Bordereau deflits
Effets , & le Memoire inftructif , ou Declaration
qui y doit eftre jointe , feront reprefentez dans
les Provinces aux Sieurs Intendans & Commiſfaires
departis , ou Jears Subdeleguez , dans la
forme cy- deffus preferite , & fuivant les Inftru-
Aions , Memoires & Modelles qui leur ferout
adrellez à cet effet ; & après ladite Reprefentation
faite aufdits Sieurs Intendans & Commif
faires departis ou leurs Subdeleguez , les Effers
qui leur auront efté reprefentez , feront par eux
rendus aux Porteurs , & les Bordereaux &
'Memoires , avec les Regiftres qu'ils auront fait
tenir , par eux envoyez au Sieur le Pelletier de
la Houffaye , Controlleur General des Finances ,
qui les remettra aux Sieurs Commiffaires nommez
par l'Arreft du 30 Janvier dernier , pour y
faire leurs Notes & Obfervations en la même
forme & maniere qu'ils les auront faites pour
les Effets à eux reprefentez.
XII . Ordonne Sa Majefté que tous les feuillets
des Regiftres qu ferviront à ladite. Verification
, feront paraphez par l'un desdits Sieurs
Commiffaires , aprés avoir efté numerotez par
premier & dernier feuillet. Enjoint aufdits Sieurs
Commiffaires nommez par l'Arreft du 30 Janvier
dernier , & aux Sieurs Intendans & Commilaires
departis pour l'execution de fes ordres
dans les Provinces & Generalitez du Royaume, -
de tenir la main chacun pour ce qui les concerne
, à ce que le prefent Arreft foit executé ,
nonobftant toutes oppofitions & autres empêchemens
, dont fi aucuns interviennent , Sa Majefté
s'en eft refervé la connoiffance & à fon
Confeil , & icelle interdit à toutes les autres
Cours
DE FEVRIER. 97
Cours & Juges. Fait au Confeil d'Etat du Roy',
Sa Majesté y étant , tenu My à Paris le feizième jour
de Février mil fept cens vingt un , Signé
Phelypeaux.
N° 4 . Art . MODELLE de la Note
imprimée à remettre au Notaire
Le Sr
Porteur.
Marchand , demeurant
à Paris , ruë
reprefenter par Me
a fair
Notaire
, les
Effers fuivans.
170 Billets de Banque, montant à 17500 liv.
I Contrat fur la Ville au Principal
... de ..
10000 liv.
1.Certificat
pourEcritures enBanque, 1800 liv,
19500 V
Actions intereffées de la Compagnie des Indes,
Du premier Timbre ...
Dufecond Timbre .
Du troifiéme Timbre .
16 Dixièmes d'Actions ,
Actions Rentieres .
1
7
Lefquels Effets ont efté
Février 1721 , fous le No
rendus audit Me
enregistrez le
& à l'inftant
Notaire.
- I
LE MERCURE
ARREST du Confeil du 18 Février 1721
qui ordonne que la conceffion des Recepiflés
pour Rentes , foit Perpetuelles ou Viageres , on
pour Rentes Provinciales , en Quittances de Finances
, fera continuée par les Garde du Trefor
Royal à l'effet de quoy S. M. leve la furféance
portée par l'Arreft du 26 Janvier dernier.
Extrait des Regiftres du Conseil d'Etate
L
Du 23 Février 1721. my
EROY ayant par l'Arreft de fon Confeil
du 30 Janvier dernier Commis les Sieurs
Trudaine , de la Rochepot , Fagon , de Courfon ,
le Guerchois , Ferrand & de Machault , Confeilders
d'Etat & les Sieues d'Auneüil , d'Herbigny,
de Gourgues d'Aunay , de Morangis , de Maupeou
, Hebert , de Beauffan , de Berulle , Orry ,
Angran Poncher , Rouillé , de la Vigerie ,
Bertin , Vaftan , Roffignol , le Ferron , de Villayer
, le Pelletier de Signy , Pajot , Bignon de
Blanzy , d'Argenfon , de Fontanieu , de Talhoüet,
Aubert de Tourny , & Piñon d'Avaur , Maiftres
des Requeftes , pour la Verification des Effets
qui doivent eftre reprefentez en execution de
l'Arreft du 26 dudit mois de Janvier ; Et Sa
Majefté defirant commettre au lieu & place
dudit Sieur d'Argenfon , qui ne peut plus vacquer
à cette Verification attendu que S. M. l'a
nommé à l'Intendance de la Generalité de
Tours ; & même augmenter le nombre defdits
Sieurs Commiffaires , pour accelerer d'autant plus
ladite Verification: Quy le Rapport , & c . S. M.
commet les Sieurs de Richebourg , Regnault , le
Gras du Luart , Moreau de Sechelles , Herault ,
Lallenrand de Levignan , & Dupuy,Maiftres des
DE FEVRIER. 99
Requeftes , pour conjointement avec les autres
Commillaires nommez par l'Arreft du 30 Janvier
dernier , proceder à la Verification des Effets
qui doivent eftre reprefentez pardevant
lefdits Sieurs Commiflaires en execution de
l'Arreft du 26 dudit mois de Janvier.
ARREST du Confeil du 28 Février 1721
par lequel S. M. ordonne que les Bordereaux
qui doivent eftre fournis fuivant l'Article III.
de l'Arrelt du Confeil du 26 Janvier dernier
par les Porteurs & Proprietaires des Effers qui
feront reprefentez , tant à Paris devant les Sieurs
Commiffaires de fon Confeil , que dans les Provinces
devant les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis , & leurs Subdeleguez ; Enſemble
les Memoires qu'il eft enjoint par l'Article IV.
du même Arreft aufdits Porteurs & Proprietaires
d'Effets d'y joindre , pour declarer ou indiquer
à quel titre ils poffedent lefdits Effets , quelle
valeur ils en ont fournie , & d'où provenoient
les deniers qu'ils ont employez à leur acquifition
, feront fur du papier fimple & non timbré :
Permet S. M. aux Notaires de certifier au pied
defdits Bordereaux & Memoires , & d'y faire les
mentions qui feront neceffaires pour ceux des
Proprietaires & Porteurs d'Effets qui auront declare
ne fçavoir écrire ni figner , dérogeant Sa
Majesté pour cet effet feulement à tous Edits
Declarations & Reglemens concernant la Formule
, lefquels Elle veut eftre au furplus executez
felon leur forine & teneur , & fans tirer
à confequence.
ARREST du Confeil du 8 Janvier 1721
qui fait défenfes à tous Officiers de Sa Majefté
& des Maifons Royales , de traiter d'aucunes
Charges avec referve du fervice actuel en dépendant
; comme à toutes perfonnes de les acquerir
fous cette condition, à peine de nullité , & c
I jj
330122
100
LE MERCURE
FD XXXXXX XX XX
SPECTACLE.
.
LE 12 de ce mois les Comediens
LFrançois
François ont reprefenté pour la premiere
fois le mariage fait & rompu de la
façon de M. du Frêni. C'eft une piece dont
on peut dire du bien fans faire tort à fa
confcience , où l'on reconnoît l'Auteur de
l'efprit de contradiction , & qui meritoit
un tems plus favorable. Mais il y a de
Pétoile pour tout. Un bon ouvrage a fou
vent le fort d'un honnête homme , On a
beau le louer , il lui vient des contretems
qui l'empêchent de faire fortune , On vajt
dans le mariage fait & rompu de cette
bonne plaifanterie qui réjouit tout le monde
, de ces traits heureufement originaux
qui diftinguent en bien un Auteur de tout
autre , & qui font dire , c'eft un tel , il
n'y a que lui qui écrive ainfi. On y trouve
enfin des caracteres neufs & finguliers qui
ne forcent point la nature, Tels font les
caracteres du Prefident , de la Prefidente fa
femme & de M. de Glaffignac .
Le Prefident eft un Magiftrat fottement
empelé , qui parle toujours comme s'il
pro o cot , qui veut decider par tout où
la femme n'eft pas , & qui affecte une reDE
FEVRIER. 101
gularité impertinente & une gravité d'autant
plus ridicule qu'elle eft accompagnée
d'une timidité puerile & d'une ignorance
profonde. La Prefidente eft une Pecque
Provinciale , qui eft prude jufqu'à la pedanterie.
Cependant elle a l'adreffe fous un
faux dehors de Vertu de gouverner fon
mari , en lui donnant modeftement des
confeils , qu'il tourne èn deciſions.
C'est par foumiffion qu elle fe rend maîtreffe.
Par exemple , dans le 2. Acte , la Prefidente
lui confeille de la laiffer agir feule ,
pour tâcher de démafquer le faux Damis ,
il lui répond d'un ton de Prefident ,
Oui , mafemme , agiffez feule, je vous l'ordonne.
M. de Glaffignac eft , je crois , le premier
Galcon phlegmatique qu'on ait mis fur le
Theâtre , & ce phlegme Provençal n'a pas
moins plû que la vivacité & les faillies des
Gafcons ordinaires . On peut en juger pat
ces traits , il vient annoncer d'un grand
fang froid au Prefident & à la Prefidente
que Damis eft reffufcité , & qu'il l'a vu fur
le Port de Marfeille. Puis il ajoûte ,
J'aidit c'est le Coufis , il vit , je le veux bien .
Et comme on lui reproche fa froideur
indifferente il répond ,
Et pourquoi voulez- vous que je me paffionne ,
Sçais - je fi la nouvelle eft ou mauvaiſe ou
bonne "
Et donc tempature eft icy de faifon.
1
I iij
102 LE MERCURE
En
Peut-être que cette Comedie eût eu plus ,
de fuccès , fi l'expofition en étoit plus nette,
& le fujet un peu moins cmbaraffé.
voicy un extrait , tel qu'on a pû le donner
fur la fimple reprefentation. Ce qui doit
fervir d'excufe auprès du Public & de l'Auteur
, fi quelques endroits de la Piece fe
trouvent un peu alterés , & fi le fil n'en eft
pas exactement fuivi ..
EXTRAIT
DU MARIAGE FAIT ET ROMPU...
Comedie nouvelle en trois Actes ,.
Par Mr Du FRENL..
La Scene eft à Marseille dans une Hôtellerie
" Eft un jeune homime nommé Valere ,
C'qui ouvre le premier Acte . Il arrive
dans cette Hôtellerie , & aprend de la Maîtreffe
du logis qu'une Veuve de dix - huitans
qu'il aime , & dont il n'eft pas haï , eft
remariée à un autre , à ji peu que rien prés.."
Le Contrat eft figné & les nôces doivent
fe faire au plutôt. Ce nouveau mari eft un
benêt Provincial , frere d'une Prefidente
d'Aix , qui porte le Prefident fon mari ài
faire fon mariage . La jeune Veuve eft foumife
aux volontés d'une Tante qui lui donne
fon bien , & cette Tante eft foeur du
DE FEVRIER 1031
Prefident , qui n'a pas moins d'afcendant
fur elle que fa femme en a fur lui , & qui
lui ordonne de remarier fa niéce . Elle a
la foibleffe d'y foufcrire. Cette fâcheufe
nouvelle met Valere au defefpoir. L'Hô-,
teffe pour le confoler lui fait entendre
qu'elle eft dans la confidence de la jeune,
Veuve , & que la connoiffant bonne & lis
berale , elle entre dans fes interêts , &
qu'elle travaille fous main à rompre un
mariage qui doit les rendre malheureux-
Fun & l'autre. Valere tranfporté de joye'
veut fçavoir le moyen qu'elle a pour cela .
Elle répond qu'elle a refolu de ne mettre
qu'elle de fon fecret , & qu'elle l'a caché
à la Veuve & à fa Tante , parce que
dit- elle ,
A deux femmes difcreties,
On ne doit confier que des affaires faites .
Le Prefident & la Prefidente entrent enfuite
fur la Scene . Et felon la louable
coutume des Provinciaux ne s'appellent
que par les noms de Prefidente & de Prefident
. Le Notaire vient fe plaindre qu'un
certain M. de Glaffignac , Coufin de feu
Damis le premier mari de la Veuve a
l'audace de le chicaner fur le Contrat qu'il
a dreffé. M. de Glaffignac arrive à pas
comptés , & répond froidement que c'est
une betille fur les qualités , qu'on y qualifie
de Veuve une femme dont le mari n'est pas
>
L-iiij
104 LE MERCURE .
mort. On le récrie là- deffus , il continue
fans s'étonner , & dit que Damis eft vivant
en perfonne , qu'il eft fur le Port , & qu'il
vient d'embraffer le Confts . Chacun tombe
des nues. Sur tout la Prefidente qui a eu
autrefois une Galanterie avec Damis , en
eft confternée. M. de Glaffignac dit au
nouveau mari.
Ilfaut bien lui ceder le pas , c'est votre ancien.
L'autre le prie de ne pas dire à Damis
qu'il ait époulé fa femme : Glaffignac lui
replique ,
Il ne le fçaura point , le Public est difcret.
La Prefidente finit le premier Acte « en
difant qu'elle ne craint que ce Damis qu'on
reffufcite , qu'elle a toujours eu foin de
changer de nom. Ainfi pourfuit-elle ,
Mon hiftoire ne peut avoir étéfuivie.
Heureux qui peut cacher la moitié defa vie ,
Et se face par l'autre un renom de vertu , -
C'est avoir en tout tems très-fagement vêcu.
Valere ouvre encore le 2. Acte. L'Hôteffe
qui le fuit lui dit en riant que Damis
revient de l'autre monde , & qu'il a deux
maris contre lui , mais qu'un amant de fon
merite viendroit à bout de trente. Aprés
avoir badiné là- deffus quelque tems , elle
Lui avoue que c'eft un tour de fa façon ,"
fçachés , continuë - t'elle , que
LE MERCURE
105
C'est un mari poftiche,
L'image du deffunt qu'en public , moi , j'affiche.
Enfuite elle lui apprend que Damis reffufcité
eft un frere qu'elle a qui reffemble
au deffunt , & qu'elle fait paffer pour lui.
Le faux Damis paroît accompagné d'une
troupe de Matelors , dont il fe débaraffe à
force d'argent , fa foeur lui dit , en lui montrant
Valere ,
Voilà l'Amant de votrefemme
De votre main, Monfieur, prefentez- le à Madame,
C'est la regle à prefent ....
Aprés tout ce badinage Valere lui fair
prefent de fa bourfe pour l'engager à continuer
fon rôle , comme il l'a commencé."
Le faux Damis touché de reconnoiffance
lui promet de faire merveilles , & dit qu'il
a déja ébloui tout le monde à la faveur de
l'argent qu'il a répandu . C'eft le moyen ,
pourfut-il , de le faire des Partifans .
C
Et pour peu que l'on soit liberal & flateur
Du credule Public onfçair gagner le coeur.
Il ajoûte qu'il a entre fes mains dequoi en .
impofer aux plus fins . Qu'il a fuivi Damis
fur Mer, & qu'en mourant il lui a laiffé tous
fes papiers ; Valere fort , M. de Glaffignac
entre , & voyant le faux Damis dit qu'il a le
portrait du deffunt calqué fur fon vifage ,
puis s'adreffant à lui , & le faluant
106! LE MERCURE
•
•
J'avois certain Coufis , qui trépaſſant je penſe ,
Vous a parTeßament legué'] a reffemblance.
L'autre lui foutient qu'il eft le vrai Damis
; notre Gafcon lui répond toujours que
non. J'allois , j'étois , dit le faux Damis
Cela n'eft pas bien dit , replique M. de
Glaffignac .
Damis à votre égard eft la tierce perſonne.
Vous ne devés pas dire j'allois , j'étois ,
mais il alloit , il étoit.
Je ne pardonne point les fautes deGrammairs;
Damis , ajoûte- t -il , étoit de mes amis
quoique parent, & je lui pretai de l'argent
pour fon voyage .
Devine's maintenant combienje luipretai.
Le faux Damis paroît embaraffé. Cinquante
louis , reprend M. de Glaffignac ; :
l'autre les lui donne aufli- tôt .
L'Hôteffe entre avec Valere , & courant
vers le faux Damis , fans faire attention à
Glaffignac , l'appelle fon frere. Damis luifait
figne. Glalignac qui les voit tous les
trois interdits , rit ainfi de la mépriſe ..
Je vous fixe tous trois & je vous ferifie.
La foeur du faux Damis s'excufe en répondant
que c'eft fon frere de lait . M. des
Glaffignac leur fait entendre qu'on ne trom-'
pe point un homme tel que lui ; puis il fe
tourne du côté de Valere , & lui dit,, !
DE FEVRIER 107
Je vous protegerai contre la Prefidente ,
Depetrifiez- vous ,jeune Amant , touchés là.
Valere & Glaffignac s'en vont , & la
Veuve qui paroît , eft effrayée de la figuredu
faux Damis , qu'elle prend pour le vrai,
abufée par la reffemblance. Le faux Damis.
fe fait connoître , & l'affure >
Qu'en cette occafion?
Ilnefera mari qu'avec difcretion .
Valere revient avec le Prefident . Le faux
Damis prend alors le ton de mari , & que-*
relle ainfi la Veuve
Commej'arrive ici , le vaudeville crie ,
Sois le bien revenu , ta femme ſe mario.
Ah ventreblis .....
Mefaire cet affront , & pardevant Notaires
La Veuve fort , & le Prefident reproche:
au faux Damis tout bas qu'on a voulu autrefois
le feparer d'avec ſa femme , non (ans»,
raiſon. Voilà , répond l'autre , de mes Mas
gift rats ,
Ils fçavent , profitant de ce qui nous aflige,
Mettre, ainsi que nos biens , nosfemmes en litige.
Ab ventrebleu ....
Alors il fait femblant de le vouloir mal-,
traiter , comme l'auteur d'un mariage qui ,
le deshonore . Le timide Preſident met tou→ ;
jours. Valere devant lui , & confent à la fin ,
108 LE MERCURE
de remettre la dot entre les mains de fa foeur,
& de rendre le Contrat pour être laceré.
Le faux Damis fait femblant de s'appailer.
Allons , dit- il en fortant ,
Regagnons ma chaloupe
Heureux quifuitla femme avec le vent enpoupe
La Prefidente vient & dit à fon mari
qu'elle a dans l'idée que le pretendu Damis
eft
un impofteur , & qu'elle va travailler à
le découvrir. Le Prefident lui enjoint de le
faire , & finit le 2. Acte en dilant ,
F'admire mon talent pour les grandes afficives.
Le faux Damis ouvre le dernier Acte ,
& marque la crainte où il eft d'être décou
vert. La Prefidente arrive , il veut l'éviter ,
Elle le pourfuit , en l'affurant qu'elle ne
veut qu'un mot de lui . Dites - moi qui je
fuis , reprend- elle. Parbleu , repart l'autre ,
vous devez vous connoître encore un coup,
pourfuit la Prefidente.
Dites- moi quijefuis , je fçaarai qui vous ites.
Le faux Damis trouve la queſtion cmbaraffante
, & le tire d'affaire comme il
peut. Quand la Prefidente eft partie , Damis
apprend à fa four & à Glaflignac qu'il
eft fur le point d'être dédamifé , & prie
ce dernier de vouloir bien l'appuyer . Je
ne fçai , replique Glaffignac , le cas eft
épineux. Quant à moi je ne rifque rien , je
DE FEVRIER. 109
penfe. Si l'on me preffe , je répondrai que
je croyois que vous étiés Damis,
Mais vous ne pourrés pas dire , je croyois l'être .
Dans cette extremité le faux Damis a
recours à fa foeur , qui lui dit que la Prefidente
avoit aimé Damis , & qu'étant tous
deux à la Campagne, l'un avoit pris le nom
de Damon , & Pautre celui de Silyie. Elle
ajoûte que parmi les papiers du deffunt"
dont il a herité , on trouveroit peut- être
quelques billets doux qui ferviroient de
preuve , & que ſi cela étoir , on fermeroit
fi
la bouche à la Prefidente, તે Il la croit , & -
donne à Glaffignac plufieurs Lettres à lire ;
notre Gafcon dit qu'on ne le trouble point,
& qu'il veut voir à fon aife . Glaffignac
aprés avoir tout lû , lui montre quatre ou
cinq billets où il y a , dit- il , du Damon.
Le Prefident & fa femme paroiffent , &
Glaffignac fe retire. Le faux Damis fe cache
dans un coin, La Prefidente apprend
à fon mari que celui qu'on fait paffer pour
Damis eft un fcelerat , an impofteur. Ace
doux propos le faux Damis s'avance & lui
dit , que comme il la connoît pour femme
de vertu & d'experience en même tems ,
il vient la confulter fur une affaire de coeur ,
qu'il avoit eue autrefois , lui Berger Damon,
avec certaine Bergere qui s'appelloir Silyie .
La Prefidente le trouble & rougit. L'autre
LE MERCURE
pourfuit , nous filions notre paffion à le
Campagne.
Rien que de Paftoral dans notre affection,
Et nous traitions l'églogue en conversation
Tendregalimathias , jargon de Bergerie,
Sentimens delicats tirant fur la fadeur.
Il ajoûte qu'il en a pour garants certains
Billets , & qu'il ne fçait s'il doit les faire
imprimer avec l'hiftoire de fa Vie . En
même tems il en fait voir un à la confuſe
Prefidente , qui le dechire après l'avoir lû.
Le faux Damis lui dit tout bas qu'il en a
d'autres. Le Prefident la blâme d'avoir dechiré
ce Billet , & l'accufe d'être trop
Le faux Damis réprend ,
zélée.
C'est dommage , Monfieur , vous l'cuſfiés admiré.
Elle s'excufe en répondant que ce font
dès chofes dont la vertu eft offenfée , &
qu'il faut ménager la reputation des perfonnes.
Le faux Damis lui demande fi elle
le reconnoît à prefent. Elle repart qu'oùi ,
mais que fes traits font fi fort changés ,
qu'elle l'avoit d'abord méconnu. Après cet
aveu le Prefident va chercher le Contrat
pour
le remettre entre les mains du faux
Damis L'autre pendant ce tems - là montre
à la Prefidente quatre ou cinq autres billets
écrits de fa main. Elle fait fon poffible pour
' les avoir , mais il protefte qu'il ne les rendra
qu'à bonnes enfeignes. Le Prefident
DE FEVRIER. 1d1
revient le Contrat à la main. ' La Prefidente
s'en failit , & fait quelque difficulté
de le rendre , avant que d'être nantie des
billets. Le faux Damis lui répond , en donnant
, donnant. Cela fe paffe fans que le
Prefident s'en apperçoive , ce qui fait un
jeu de Theatre affez plaifant. A la fin l'un
lâche adoroitement les billets , & l'autre
donne le Contrat . Le Prefident fe retire
avec la femme , & la jeune Veuve épouſe
Valere du confentement de fa Tante.
L'HEUREUSE ESCLAVE.
ANDIS que l'efprit de politique
nous occupe tout entiers , Pamour
ſemble porter ailleurs fes
charmes , & veut que nous ap
prenions qu'il peut quand il lui plaît adoucir
les moeurs les plus barbares , & le faite
dans tous les climats des fujets tendres &
genéreux ; l'hiftoire fuivante eft un exemple
récent capable de convertir les plus incredules.
Après la derniere Bataille que les Epagnols
ont remportée fur les Maures , il
s'eft trouvé deux Prifonniers qui ont attiré
l'attention de toute l'Armée victorieufe i
LE MERCURE
la maniere même dont ils ont été pris porte
avec elle un caractere fingulier , qui merite
qu'on en faffe recit.
Un Officier François qui fervoit dans
les Troupes d'Espagne , pouffé par cette
ardeur fi naturelle à fa Nation , s'étoit
avancé jufques dans le milieu d'un Eſcadron
des Troupes de Maroc , où quelques
Volontaires Pavoient fuivi : il ne leur fut
pas auffi facile de fe retirer qu'ils fe l'étoient
imagine , ils trouverent plus de valeur
& de refiftance qu'ils n'avoient crû ;
la Corbeliere , c'eft le nom de l'Officier
François , rencontra toute l'adreffe & le
courage imaginable dans un jeune Cavalier
qui vint fondre fur lui d'abord avec
la lance qu'il manioit avec une dexterité
admirable , enfuite avec le fabre , la Corbeliere
ne fe fauva de tes premiers coups
qu'en battant en retraite ; le Cavalier Maure
le pourfuivit avec chaleur , jufqu'à ce
qu'ayant gagné tous deux la plaine , ils s'y
battirent quelque tems avec un égal avan
tage ; la victoire chanceloit encore , lorfque
la Corbeliere porta un coup au jeune
Maure, qui quoique leger , lui fit fauter
le fabre de la main , & le mit à la difcretion
de fon ennemi.
Dans cet état il ne chercha point à prolonger
fa vie par une foible demande ,
prêt à iubir la loy du vainqueur , il ne
daignoir
DE FEVRIER.
rig
daignoit employer aucun moyen pour folliciter
fa generofité , lorfque l'Officier
François lui tendit la main , le releva , & '
voulut même l'aider à panfer fa playe
pour lui prouver qu'il n'avoit pas moins
de grandeur d'ame que de valeur.
Pendant que la Corbeliere étoit fi genereufement
occupé auprès de fon prifonmier
, il apperçut un autre Cavalier ennemi
qui fondoit fur lur à toute bride ; de
forte qu'il n'eut que le temps de monter
à cheval pour le recevoir fans defavantage ;
mais quelle fut fa furprife Jorfque ce nouvel
ennemi s'étant approché du bleffé ,
celui- ci l'arrêta & le defarma , fans qu'il
fit la moindre refiftance , & venant enfuite
à la Corbeliete , il lui dit , Genereux vain-`
queur vous avez remporté une double
victoire en triomphant de moi , Ofman
ne peut eftre libre quand je fuis chargé
de fers , il fera auffi notre prifonnier .
La Corbelière furpris avoit peine à concevoir
ce qu'il voyoit , il ne pouvoit attribuer
à lâcheté la conduite de ces deux
Cavaliers , puifqu'il venoit d'éprouver la
bravoure de l'un , & que l'autre étoit accou
ru vers lui d'un air à lui prouver la fienne
il ne fçavoit donc d'où leur venoir cette
prompte facilité à fe rendre , dans une
circonftance ou naturellement il couroit
plus de rifque qu'eux Pendant que cela
K
1.14 LE MERCURE
s'étoit paffé les deux Armées s'étoient déją
retirées , la Corbeliere tout penfif conduifit
dans fa tente les deux Captifs , il less
examinoit avec une fcrupuleufe attention,
& remarquoit dans leurs manieres je ne
fçai quoi de noble & de poli qui ne lui
annonçoit rien moins que de Barbare.
Ofman paroiffoit fort touché de la bleffure
d'Ameli , c'eſt le nom du. Cavalier.
bleffé , & fembloit lui exprimer en fon
langage toute la douleur & fon inquietude ::
la Corbeliere qui ne pouvoit entendre:
leurs paroles , conçut à peu près leurs fentimens
, car enfin la nature efſt de tout
pays , & chaque paffion porte avec foy
des fignes infaillibles qui nous la font bientôt
connoître , fur tout dans des lieux &
dans des circonftances où l'on ne met point,
en ufage le dangereux art de les cacher.
La Corbeliere , comprit aifément qu'il y
avoit une forte amitié entre ces deux
Captifs un interêt fecret qu'il fentit
naître pour eux dans fon coeur , le difpofa
à les traiter avec bonté, & la curiofité
".
naturelle lui infpica le defir de l'inftruire
de leur avanture : il s'adreffa au jeune
Amely , comme à celuy qui l'intereffoit
le plus , fans en bien connoitre la raison..
Genereux Ennemi , dit cet aimable Ca
psif , il ne m'eft pas poffible de vous rien
refufer , c'est le droir naturel que s'ac
DE FEVRIER
115
1
querent les belles Ames , & la jufte récompenfe
de leur Vertu je vous dois la
vie , & votre action nous a fauvé tous
trois car i vous aviez ulé cruellement
de l'avantage que la Victoire vous a donné
fur moy , mon cher Ofman m'auroit bientôt
vengé . Encouragé par le defefpoir de
ma mort , la partie n'eut pas été égale ,
vous étiez fatigué du premier combat , &
j'ai tout lieu de croire que vous euffiez
fuccombé.Après ce facrifice, Ofman n'eut
pas voulu me furvivre , & je puis me Alater
que fans le fecouts de fes armes , fa
douleur l'auroit précipité au tombeau. Je
eroirois donc être ingrat , fi je ne me rendois
pas à vos defits : quoique les choles
que je vais vous dire exigent un fecret inviolable
, je ne commencerai point par
vous le demander , vous concevrez affez la
confequence de ce que je vais vous revelèr
, & cela fuffit à un aufli galant homme
que vous.
4
•
Je ne fuis pas ce que je vous parois ,
continua Amely , & cet habit vous déguife
mon fexe ; je fuis d'une illuftre famille
de Sicile , mes parens qui ont toujours
vêcu fous la domination de l'Espagne ,
w'ont pas cru devoir regler leurs fentimens
fur les interefts de l'Europe , qui varient
fi fouvent. Lors que la Sicile a été donnée
au Duc de Savoye , mon pere & ma mere
Kij
116 LE MERCURE
formerenele deffein de fe retirer , ils m'embarquerent
avec eux , & le Bâtiment où
nous étions fut pris par un Corfaire Saltin ;
mon pere fut tué dans le combat , ce
malheur me coûta bien des larmes , & je
féntis que je payois bien cher cette fidelité
exacte qu'on doit à fon Roy. Ma mere étoit
inconfolable , & dans une fi triſte conjoncture
je tâchois à vaincre ma douleur
pour moderer la fienne; ma contrainte étoit
inutile.
ila
Nos cruels vainqueurs donnoient peu
d'attention à notre déplorable état
coeurs- là ne connoiffent guere la pitié ,
uniquement occupés de leurs intereſts ,
ne ſongeoient qu'à tirer parti de leur capture
; après m'avoir tout pris , je fus vendue
dans la place publique de Zafarine ,
à un vieux Juif.
Je puis bien avouer que ce qui me tou
cha le moins alors fut la perte de ma li
berté ; je ne fus fenfible qu'à la feparation
de ma mere : je ne fçavois quel fort ces
Barbares lui deftinoient ; ma douleur fut
fi exceffive , mes larmes fi abondantes ,
que je tombai fans force & prête à expirer
le Juif qui ne m'avoit achetée que
pour fatisfaire fon avarice , jugea à
pos de l'acheter auffi ; il crut que
lence m'étoit neceffaire pour me calmer ,
& pour conferver ce peu
d'attraits que
fa
proprela
DE FEVRIER. IFT
mature m'a donnez , & dont ces infames
ont coutume de faire commerce : il eut
pour un prix affez mediocre ce que j'aurois
acheté de ma vie & de tous les trefors du
monde : Pardonnez , genereux ennemi , fi
les pleurs coulent de mes yeux , cet endroit
de mes infortunes eft un de ceux qui
m'a touché le plus vivement. On me rejoignit
donc à ma mere par les motifs que
je viens de vous expliquer , je ne les examinois
point alors , & je ne fus occupé
que du plaifir de la revoir , tant j'avois
lieu de me flatter que je vivrois avec elle ,
je me fentois capable de foutenir tous
les maux.
Le Juif qui étoit devenu notre Maître
avoit foin de me faire entendre qu'il ne
nous fepareroit jamais , rien ne nous manquoit
du côté des alimens , la fatisfaction
de voir & d'embraffer ma mere me tenoit
lieu de tous les plaiſirs ; ce fut cette joye
fi legitime qui me trahit fans y penfer .
Pour peu que l'efprit jouiffe de quelque
repos après de grandes allarmes il y paroît
bien-tôt au-dehors ; mon vifage reprit
quelque couleur. Comme je ne cherchoisqu'à
diftraite ma mere de les mortels ennuis
, je ceffai de répandre des larmes ; le
Juif qui m'examinoit chaque jour s'étant
apperçu de ce changement , crur l'occafion
favorable à fon deffein , il nous tranſporta
718 LE MERCURE
à Miquenés , il m'y para des plus fuperbes
habits pour attirer davantage Pattention
fur mes foibles appas , fur lefquels il com
proit gagner beaucoup. Quelle affreufe de-
Ainée !
Mon arrivée à Miquenés ne laiffa pas
de faire quelque bruit ; Mulla Ifinaël , co
redoutable Empereur , en fut informé. Ik
envoya ordre au Juif de me conduire au
Palais ; il obéit promtement ; cela s'ac+-
cordoit à merveille avec fes intentions ;
pour moy je me regardai dans ce moment
comme la plus malheureuſe de toutes les
femmes ; il eft impoffiple de décrire tout
ce qui fe paffe alors dans le coeur d'une
fille qui fe fent du courage & de la vertu ,
je me croyois déja la victime d'une paffionbrutale
& fuperbe que rien ne peut fléchir,
on m'arracha des bras de ma mere pour
me mener à un lieu que je ne diftinguois
pas de celui de mon fupplice , on m'or
donna cependant de me contraindre ,- &-
de me prefenter de l'air le plus capable de
fedure Mulla Ilmaël , fous peine d'être
fort mal traitée fi je n'avois pas le bon
heur de lui plaire.
Enfin je fus prefentée à l'Empereur , ik
me regarda avec quelque forte d'attention,
enfuite il me questionna fur mon Pays ,
ma naiffance , & la maniere dont j'avois
évé prife, je lui en fis un récit pathetique,
DE FEVRIER. 179
je crus même m'appercevoir qu'il n'y étoit
infenfible..
pas
Olma fils de Mulla Ifmael & d'une Ef
clave Angloiſe que cet Empereur avoit aimée
, étoit pour lors aux pieds de fon pere ,
il fut fi vivement touché de mes malheurs,
que dans l'inftant il forma le voeu de reparer
les injuftices de mon fort , il me de
manda à l'Empereur , für de in'obtenir ;
car jamais ce Prince ne lui avoit rien refufé
, tant il l'aimoit. Je fus done accordée
aux empreffemens d'Olman ; il fatisfit le
Juif , qui s'en retourna bien content , il luis
vendit encore ma mere , en lui perfuadant
que fans elle je ne vivrois pas long- tems
mais helas qu'il fe trompa ! j'eus le mak
heur de la voir mourir , & de lui furvivre .
.
La Fortune jufques- là m'avoit porté de
rudes coups , mon pere tué à mes yeux ,
ma mere mon unique confolation morte
entre mes bras , c'en étoit , ce me femble,
affez pour appaifer mon cruel deftin . Ce
pendant je ne puis le celer , duffé- je tras ,
hir la nature , j'éprouvai des fentimens
encore plus douloureux que ceux-là. Ofman
mon nouveau Maître,me parut un monftre
affreux auquel on m'alloit expofer. Je ne
voyois qu'un long , efclavage , un combat
continuel contre mon inclination & ma
vertu , enfin je voyois mon malheur tout
entier..
LE MERCURE
Je m'entretenois de ces triftes penfees ,
lorfque deux Efclaves me vinrent prendre
à la maifon où le Juif nous avoit logées .
Olman ayant appris la maladie de ma mere,
avoit eu la bonté de me laiffer auprès d'elle ,
mais après la mort , qui tarda peu , fa
donna ordre qu'on me menât à fon Palais,
qui étoit hors de la Ville .
il·
Ofman ne vint point de tout le jour
ni la nuit fuivante ; il jugea fans doute ma
douleur trop vive pour s'expofer à me
parler d'autre chofe , il refta à la Ville pour
acheter quelques Efclaves Italiennes qu'il
vouloit mettre auprés de moy ; il me les
amena en effet , & auffi- tôt qu'il fut arri
vé il donna les ordres pour former ma
maifon , & me vint rendre vifite. Son
abord m'infpira une horreur fecrette ; je
le regardois comme un Tyran odieux qui
m'alloit facrifier à fa paffion ; il s'apperçut
à mon air que fa prefence m'intimidoit .
Comme il avoit refolu de m'infpirer d'autres
fentimens que ceux de la crainte , il fe
retira , en me difant qu'il s'apercevoit avec
peine que je jugeois mal de fes defirs , puifqu'il
n'en avoit point d'autre que d'adoucir
les rigueurs de mon fort , que j'étois Maî
treffe dans fon Palais , tandis que je m'en'
croyois l'Efclave , & que lui- même étoit
foumis à mes ordres ; il fe retira après ce
difcours
Tant
DE FEVRIER.. [ 21
Tant de politeffe , & tant de retenuë me
furprirent dans un Pays où je croyois tout
le monde barbare ; je commençay à me
Aater que mon efclavage ne feroit pas fi
rude , puifqu'on ne cherchoit point à contraindre
mon coeur. La maniere dont Ofman
en ufa me le prouva encore mieux ;
il fut prés d'un mois fans ofer fe preſenter
devant moy , quoique chaque jour il m'en'
fit demander la permiflion.
Les femmes qu'il avoit mifes auprés de
moy n'étoient attentives qu'à diffiper ma
trifteffe , & à me faire oublier , s'il étoit
poffible , que j'étois en la puiffance d'Ofman'
, & au milieu des Barbares . Une
Efclave Italienne fur-tout qui avoit l'Intendance
fur celles qui étoient auprés de
moy , mit tout en oeuvre pour im'inſpirer
d'autres fentimens que je n'en avois du
coeur & des manieres d'Ofman. Que vous
êtes heureuſe ! me difoit- elle , au milieu
de vos malheurs d'avoir trouvé dans un
fejour comme celui - cy des fentimens fi
nobles & des moeurs fi polies, que l'Amant
qui les poffede fe feroit diftinguer dans
la Cour la plus galante de l'Europe. Oui,
ajoûtoit elle , Ofman pente avec tant de
delicateffe , qu'on ne peut fans injuftice
n'en être pas touchée ; concevés , Madame
tour ce qu'il fait pour vous pla re , il mé
prife les Loix & les Coutumes du Pays .'
L
122 LE MERCURE
il abandonne le droit qu'on a fur les ELclaves
comme des moyens indignes de fon
grand coeur . Il fait plus , il s'oppofe continuellement
à fon propre bonheur en fe
privant de votre prefence, crainte de vous
allarmer , où trouveriez - vous des fentimens
plus vifs & plus nobles ? Je fentois la verité
de ce que me difoit cette Esclave
j'avouerai même que j'y trouvois une forte
de plaifir , je commençois à m'accufer
de trop de feverité , lorfqu'on vint de la
part d'Ofman me demander fi je lui permettois
de me venir voir. Je n'eus pas le
courage de le refufer cette fois ; mais enfin
je le trouvay i fi paffionné & fi retenu en
même tems , en un mot fi femblable au
portrait que m'en venoit de faire l'Eſclave
Italienne , que je ne me repentis point de
la liberté que je lui avois donnée. Depuis
ce jour je le vis fous d'autres traits que je
me l'étois figuré ; mes chaînes devinrent
plus legeres , & je trouvay dans celui que
je craignois comme un Maître feroce
l'Amant du monde le plus tendre & le
plus aimable ; fes foins lui gagnerent enfin
mon coeur , & j'eus encore le plaifir de
voir que la certitude qu'il en avoit ne diminua
nullement fon ardeur,
.
>
Enfin les charmes de l'Amour m'avoient
prefque fait oublier mes ennuis paffés ,
lorfque ma malheureuſe deſtinée recom
• DE FEVRIER. 123
+
mença mes troubles & mes allarmes.
L'Empereur Mulla Ifmaël mourut âgé de
foixante- dix fept ans , il y en avoit qua
rante huit qu'il regnoit . C'étoit là le plus
terrible malheur qui pouvoit arriver à Ofman
; plus fon pere l'avoit aimé , plus il
fe trouvoit expofé à l'inhumanité du fucceffeur
, dont la coutume eft d'ôter la vie
à tous les freres pour s'affurer la paifible
poffeffion du Trône. En effet , à peine la
mort de l'Empereur fut certaine , que le
Sultan aîné envoya les Executeurs de fes
ordres cruels au Palais d'Ofman ; mais il
avoit cu la precaution de prendre fes plus
precieux bijoux , & nous nous rendîmes
à l'Armée devant Ceuta ; j'avois pris un
habit d'homme , & nous nous mîmes Volontaires
à la fuite d'un Regiment , dont
le Colonel étoit fon intime ami ; nous y
fommes reftés inconnus jufqu'à la nouvelle
du débarquement des troupes d'Eſpagne.
Ce fut alors que je voulus éprouver fi
Ofman m'aimoit avec autant de conſtance
& de fermeté qu'il me l'avoit juré tant de
fois , j'exigeai donc de lui que rien au
monde ne feroit capable de nous feparer ,
il me le promit ; dés ce moment je cherchai
le moyen de le tirer d'une Armée où il
couroit rifque d'être tous les jours découvert
; mais je craignois de meriter fa
haine fi j'en employois quelqu'un que fon
Lij
124 LE MERCURE
>
coeur eûtepû defaprouver. Vous m'avez
fourni l'occafion que je cherchois , vaillant
Guerrier , je ne vous ai aflailly avec tant
d'ardeur que pour vous engager à vous
retirer , afin d'avoir un pretexte honnête
de vous fuivre perfuadée d'attirer
Ofman après moy ; mais comme je ne
le voyois point paroître , je prolongeai le
combat contre vous dans la Campagne autant
qu'il me fut poffible , ou pour lui
donner le tems de s'apercevoir de mon
abfence , & de me fuivre , ou pour mourir
par vos coups , fi - tôt que je ferois certaine
de fa perfidie ; c'est pourquoi je dédaignai
fi long tems de vous demander quartier,
Enfin fan parut , & je dois à votre
generofité & la vie & la mienne , ainfi
que je vous l'ai déja dit , yous 1çavez mon
Hiftoire , c'est à vous d'y donner une heu,
reufe fin , en donnant la liberté au fidelle
Ofman & à la tendre Amely d'aller finis
leurs jours dans des climats plus fortunés,
DE FEVRIER 123
MORTS
ME
DE PARIS.
Elfire Philippe Anquetil , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & Centeur des Livres , mourut le
26 Janvier 1721.
&
Meffire Guillaume Bouret , Docteur de
la Maiton & Societé de Sorbonne
Curé de faint Paul , mourut le 2 Février .
Dame Charlotte - Marie- Anne de Saint
Martin , veuve de Metfire René Merault ,
Seigneur de Villeron , Confciller au Parle
ment , mourut , le 4 Février
Mellite François Macé, Prêtre , Docteur
en Theologie , Chanoine , Chefcier , &
Curé de Sainte Oportune , mourut le f
Février en la 78 année.
Me lire Henty - Gafton Pajor des Mar
ches , Confeiller Secretaire du Roy Mailon
Couronne de France & de les Finances ,
mourut le 6 Février.
Melire Nicolas-Jofeph Foucault , Cont
feiller d'Etat , Chef du Confeil de S. A. R.
Madame , & l'un des Honoraires de l'Académie
Royalle des Infcriptions & bel · es
Lettres , mourut le 8 Février.
Meffire Jacques de Mons , ancien Sc
cretaire du Roy , & Greffier du Confeil
mourut le 10 Février.
Dame Elifabeth de Verthamont , veuve
de Metlire Henry - Albert de Coffé , Duc de
Liij.
#26 LE MERCURE
Briffac , Pair de France , mourut fans pofte
rité le 13. Février.
M. le Duc de Briffac avoit époufé en
premieres nôces , le 17 Avril 166 , Dame:
Gabrielle Louife de Saint - Simon , fille de
Meffire Claude Duc de Saint: Simon , Pairde
France , Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Blaye , & d'Henriette de
Budos , fa premiere femme , laquelle étant
morte le 28 Février 1684 fans pofterité à
l'âge de 38 ans , il prit une feconde alliance
le 20 Juillet de la même année avec
Elifabeth de Verthamont , dont je vous
apprends la mort. Elle étoit færur de M. de
Verthamont , Premier Prélident au Grand-
Confeil , Commandeur des Ordres du Roy,
&c. & fille de Melfire Michel de Verthamont
, Marquis de Breau , & c. Maître des
Requêtes , & de Dame Marie d'Aligre ,
laquelle prit une feconde alliance avec M.
le Maréchal d'Eftrade , & eft aujourd'huy
vivante .
Après la mort de M. le Duc de Briffac
arrivée le 29 Decembre 1698 , ce Duché
paffa à Meffire Artus Timoleon Comte de-
Coffé , Grand - Pannetier de France , fon:
coufin , dont eft iffu M. le Duc de Briffac .
M. le Marquis de Geoffreville , Lieute
nant General des Armées du Roy, & Gouverneur
de Bapaume , mourut le 17 Février.
Le Roy a donné le Gouvernement de
DE FEVRIER. 127
Bapaume à M. le Comte de Rouffy , avec
un Supplement de penfion .
M. le Marquis du Pons du Château ,
frere de M. le Marquis de Canillac , Capitaine
Lieutenant des Moufquetaires
Noirs , mourut le Fevrier.
Meffire Chriſtophle François de Bragefongne
, Seigneur d'Enjenville , Confeiller
de la Grand- Chambre du Parlement, mousut
le 19 Février , âgé de 75 ans.
›
Meffire François- Touffaint de Kerhoent,
Marquis de Coëtenfao , Comte de Pen
hoet-Gié , & c. Lieutenant General des
Armées du Roy , & Chevalier d'Honneur
de feu Madame Ducheffe de Berry , mourut
le 25 Février à trois heures après midi,
dans le Palais du Luxembourg..
Michel Caffagnet de Tilladet , Evêque de
Mâcon , mourut le , ... Février , dans fon
Evêché.
M. le Chevalier de Lée , frere du Marquis
de Lée , Lieutenant General , mourut
le Fevr. Son Regiment a été donné au
fils du Lieutenant General.
M. le Marquis de Chambonas , Colonel
d'un Regiment de Cavalerie de ce nom , cidevant
Saint- Pouanges , du prix de 75000
livres , mourut le .... à Aurillac . S. M. a
donné le Regiment de Chambonas à M.
Bongard , Lieutenant Colonel du même:
Regiment.
Liiij
128 LE MER CURE
M. le Marquis d'Ambres , Lieutenant
General de la Province de Guyenne , &
de M. le Comte de Lautreck , mourut
le premier Mars 1721 .
pere
MARIAGES.
Le cinq de ce mois M. le Marquis de
Saint- Pierre ( Bon Hervé de Caftel ) Capitaine
des Gens - d'Armes d'Anjou , époufa
Mademoiſelle de Canteleu.
:
Le huit M. le Comte de Houdetot
Colonel du Regiment d'Artois , Lieutenant
de Roy au Gouvernement de Picardie
, fils de M. le Marquis de Houdetos
mort Mestre de Camp du Regiment de
Cavalerie de feu Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , Brigadier des Armées de S..M..
& Inspecteur General de la Cavalerie &
des Dragons , époufa Mademoiſelle de
Villemur. M. le Comte de Houdetot eft
iffu de l'une des plus confiderables & des
plus anciennes Maifons de Normandie.
Le 21 Février , le Roy figna le Contrat
de Mariage de M. le Marquis de Saillansd'Estaing
, Brigadier d'Infanterie , & Colonel
d'un Regiment de fon nom ,
Mademoiſelle du Belley..
avec
La Maiſon d'Estaing eft une des plus
illaftres du Royaume : il y a plus de cinq
cens ans que Guy d'Estaing fauva la vie à
DE FEVRIER. 129
Philippe - Auguste à la Bataille de Bovines,
Ce Prince pour récompenfe , lui donna la
permiffion de porter fes Armes , fans
Lambel ni Brifure , comme les Deſcendans
les ont portées , & les portent encore aujourd'huy.
Saint Amant , premier Evêque
de Rodez , qui vivoit en 1333 , étoit de
cette Maiſon , ainfi que le Bienheureux
François d'Estaing , auffi Evêque de Rodez
, qui fit bâtir le Clocher de cette Ca→
thedrale , où l'on voit par tout les Armes
de France fculptées , qui font les mêmes
que celles que portent la Maifon d'Eftaing.
Le Cardinal d'Estaing rendit de grands
fervices à l'Eglife . La Maifon d'Estaing
eft alliée à celles de Bouillon , d'Uzés ,
de Canillac , d'Alegre , & à pluffeurs au- .
tres . La grand'- mere de M. le Marquis de
Saillans étoit de la Maifon du Chevalier
Bayard.
La famille du Belley n'eft pas moins
diftinguée la bravoure , la pieté & la
fcience , y ont toujours été hereditaires ..
Martin du Belley étoit premier Gentilhomme
de la Chambre de François I
Gouverneur de Normandie , Roy d'Yvetot..
Depuis ce temps - là cette famille porte une
Couronne antique.. Guillaume du Belley
commandoit en Piedmont . Le Cardinal du
Belley , Evêque de Paris , eft affez connu .
Mademoiſelle du Belley , nouvelle mariée,
170 LE MERCURE
,
cft fille de M. le Comte du Belley , mort
dans une de fes Terres en Touraine , avec
des fentimens d'une grande pieté , & de
Dame N. de Villaroult fille du feu
Marquis de Villaroult. La Maiſon du
Belley eft alliée à celles de Richelieu ,
Mortemar , Laval , Fenelon , Beauveau , &
à plufieurs autres des plus confiderables
du Royaume. M. l'Evêque de S. Flour
oncle du Marié , eft le treiziéme Evêque
de fa Maiſon , & a été le trente- deuxième.
Comte de S. Jean de Lyon.
AU ROY,
SUR LE JOUR DE SA NAISSANCE.
Compliment envoyé par M. le Duc de
la Tremoille , Premier Gentil- homme
de la Chambre , Penfionnaire du College
de Lours LE GRAND .
SIRE, les meilleures coûtumes ,
Qui n'y tiendroit la main reſolument ,
Se perdent infenfiblement ";
Tant que l'an passé nous en fumes
On peu la dupe , & vous diray comment..
Les deux precedentes années
DE FEVRIER. 138
•
Nous avions par des jeux , SIRE , & de trèsgrand
coeur
Celebré l'heureux jour qui fit nötre bonheur
En commençant vos destinées .
Nous crûmes notre droit pour toujours établi ,
Et que de Fevrier arrivant le quinziéme ,
Fourpar votre naiffance à jamais annobli ,
On ne nous parleroit de Leçon ni de Thême ,
Cela ne devoir pasfelon nous faire un pli.
Mais ne voila til pas , qu'à notre grandſcandale»-
L'an paffé , dans le tems qu'on s'en doutoit le moins ,
Ateljour on entend , j'en ay debons temoins
La trifte cloche qui brimbale,
Et nous appelle parses fons:
Anos Themes & nos Leçons:
Pour beaucoupj'aurois voulu , SIRE ,,
Que vous euffiez pû voir dans ce cruel moment
Natre zele pour vous : car je fuis vous le dire
Jamais il ne s'eft vi pareil étonnement ,
C Ni défolation pareille.
Nousfumes en Claffe, cüi, mais en baiffant l'oreilles
On entendoit chacun tout haut fe récrier :
Et qu'eft donc devenu notre ancien privilege 1:
Eft-ce là le refpect que doit notre College
Au quinq éme de Fevrier ?
Eft - il, cet heureux jour , fait pour étudier ?
Auffi , quoique Regens & Maîtres puſſentfaire
Comptez que ce jour- là l'onn'étudia quere..
132 LE MERCURE
Ici quelqueCenfeur misanthrope chagrin ,..
Croyant fans doute être bienfin ,
Va dire qu'il paroît affez à ce prélude
Que nousformes des gens qui n'aimens´pas l'étude
Mais , SIRE , ne le croyez point.
Ce qu'on in pourroit dire eft pure médiſance,
Et commeonfçait combien vous priſez la ſcience
On veut nous décrier près de vous fur ce point .
Quand l'étude d'ailleurs n'auroit rien d'agreable ,
Votre exemplefuffit pour nous la rendre aimable
On nous le cite à tout propos :
Vous êtes fur cela notre premier Heros :
Vous leferez unjour , SIRE , en mainte autre chofe
"
Heureux qui pourra lors vousfuivre un per: de loin !
Mais de vous imiter dans l'étude avecfain,
C'est ce qu'uniquement en Vers ainsi qu'en Profe
Chacun de nous aujourd'hui ſe propofc .
Qui, depuis que l'étude à des charmes pour vous ,
Etudier eft un plaifir pour nous :
Mais ilfaut que le toutfefusse avec détence ,
Avec choix des tems & des-lieux ,
Et lejour de votre naiſſance
Eft unjourfelon nous', où , de votre licence ,
Onpourroit hazarder quelque chose de mieux.
Cemieux fefait aſſez entendre,
2
Pour le jour de demain c'est le mieux à tourprendre,
Un petit mot , SIRE , à vôtre loifir ,
Dites que , pour demain, tel est votre plaisirs.
DE FEVRIER.
Sur ce point, commesur tout autre,
SIRE , votre plaifirfera toujours le notre,
Le paquet où étoit ce compliment pour Sa
Majefté fut addreffé à M. le Maréchal de Villeroy
par M. le Duc de la Tremoille , avec les Vers
fuivans pour M. le Maréchal.
Je joins ici chofe importante
Pour maintes jeunes gens très-touchante
C'est un Placet fondé fur la raifon ;
Faites tant que LOVIS à nos defirs propice
Au bas dudit Placet , par grace ou par justice
Defa main blanche mette , Bon .
A MADEMOISSELLE DE G ***
Sur ce qu'elle dormoit beaucoup.
Ode feconde par M. L. C. D. P. O. D. D.
LEsommeil en dreſſe un trophée ;
Fay beau gronder , vousfommeillez
Ce n'est que pour benir Morphée ,
Queparfois vous vous reveillez.
Sortez d'une erreur dangereufe ,
Pleurez les dons qu'il vous afaits :
Non , il ne peut vous rendre heureuſe ,
Qu'en vous refufantfes bienfaits.
134
LE MERCURE ..
les
D'un coeur que le chagrin accable,
Quefes dons préven ant voeux
Empêche d'être miserable,
Celui qui ne peut être heureux.
Mais , qu'il refpecte la jeuneſſe ,
Lesjeux , les ris & la beauté.
Et ne fuive que la vieilleffe ,
La laideur & l'infirmité.
Ah ! s'il bannit de votre vie
Les foins , les craintes , les defirs
En même tems , chere Silvie ,
Il en bannit tous les plaifirs .
Vous ne venez dans nullefête
Nous enflammer , nous attendrir;
Vous nefaites nulle conquête ,
Et vouspouriez tout conquerir.
Tout auplus un heureux mensonge
Met Adonis à vos genoux :
Pensez bien que ce n'est qu'unfonge ,
Que les laides ont comme vous.
Qu'en cachant aux Mortels vos charmes
Morphée a bien fervi Venu : !
Afa beauté tout rend les armes
Nul coeur ne lui refifte plus.
DE FEVRIER. 135
Je gagerois que la Déeffe
L'affifte auffi dans fes travaux ,
Et qu'ellefait l'aiderfans ceffe
A cueillirpour vous des Pavots.
Mais non , jefçay que pour fuffire ,
Anous enfournir tous les jours ,
Ce Dieu , grace à mon long martyre ,
N'apas besoin defonfecours.
Trop tendre Amant , jamais je n'uſe
Des faveurs qu'il nous offre à tous 3
Et les Pavots queje refuſe ,
Il court les répandrefur vous.
Si votre coeur eft donc fenfible
Aux dons qu'il vousfait chaque jour ,
Souvenez- vous , belle inflexible ,
Qu'ilenfaudra payer l'Amour.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit les Mules ; & celui de la feconde
, la Medaille .
ENIGM E.
C'est à vous , belle Iris , que je dois má naiſſance
Jamais fans vos appas , je n'aurois vû lejour ;
Jusqu'icij'avois fçû me cacher ſous l'Amour;
Maisfonbandeau levé m'interdit le filence.
1.3.6
LE MERCURE
Je viens donc pour vous voir, comme un fils
inconnu ,
Ou plutôt je viens voir l'Amante de mon père ;
Carfans ceffe il fe plaint que jamais il n'a pû
Meriter vos faveurs , ni même ſçû vous plaire.
Je fuis pourtant fon fils , & vous êtes ma mere ;
Je fuis né de l'Amour que monpere eut pour vous:
Sans vous il m'eut laiſſé dans l'être imaginaire ,
Cet aveu n'a-t-il point émû votre courroux .
Je crains d'avoir bleffé par-là votre pudeur ,
Ou de paffer chez vous pour un fils.temeraire ;
Mais afin, belle Iris , d'éviter ce malheur ,
Je m'en vais en deux mots éclaircir ce miftere.
Je fuis deffous vosyeux : monpere plein de vous ,
M'a chargé de venir vous marquer fa tendreffe:"
Je fuis d'un naturel poli , gracieux , 'doux;
Bien desfilles voudroient un fils de mon espece.
AUTRE.
Nousfemmes deux , ensemble nous tenant ,
Vivant voyageant enſemble :
L'une de nous marche fi lentement ,
Qu'à la tortue elle reſſemble :
L'autre , d'un pas plus diligent ,
S'avance douzefois plus vite ,
Etnous arrivons cependant
En
DE 137 FEVRIER .
-même tems , chacune à notre gîtë ,
Que nous paffons incontinent ,
Sans nous arrêter un moment.
CHANSON.
FE vous nomme fans que j'y pense ';
Zotre entretien me charme , & je crains voire
abfence :
J'aime à caufer tous vos defirs,
Et votre rencontre imprevûë:
Me caufe de certains pla firs ,
Que je ne fens qu'à votrẻ vûë.
Je fonge à vous , malgré moi-même ::
Je crois vous voir la nuit , je vous cherche la jour
Si ce n'eft pas- là comme on aimè ,
Apprenez- moi enfin ce que c'est que l'Amour.
Nous ne donnons la Paftorale fuivante.
qu'en faveur de la nouveauté des paroles ,
& nous n'avons pas jugé à propos de la
faire graver , cet air ayant affez couru .
Paris.
Sur l'Air , Petit à petit l'Oifeau fait fon nid.-
UN coeis couronnépar l'amour
Ce n'est pas l'ouvrage d'unjour 3-
M
138 LE MERCURE
Mais chaque instant avance:
Le prix defa conftance ;
Petit à petit
L'Oyfeaufait fon nid s
Quand àfa belle an tendre amant
A fait l'aven defon tourments ,
L'amourfans qu'ily penfe
Haftefa recompenfe ; &c..
Tantot l'objet de fes defirs
Devient l'écho de fes foupirs ,
Qu par un regard tendre
Son coeurfe fait entendre ; &c.
Tantôt à l'ombre d'un ormeau
L'on écoutefon chalumeau ,.
Et l'on redis feulette-
Sa douce chanfannette ; &c.
Defa belle il flatte le chien ,
Elle careffe auffi le fien ,
Er-leurs Troupeaux vont paître
Ensemblefans leur maître , &c.
D'un bouquet s'ilparefon fein
La belle fouffre fon deffein ,
Erla main qui la pare
Seldétourne & s'égare , &c.
Aujourd'huy c'est un douxfois 3;
DE
FEVRIER. 139
Baifer plus donné que furpris ,
Adoucit le martire
Du Berger qui foupire , &c.
Mais quefait-il le lendemain?
De fa Belle il baiſe la main ,
Demain c'eft autre chofe ,
Il est heureux s'il ofe , &c.
REFRAIN.
Sur une Lampe.
A MADAME DE **
Sur l'Air , Reveillez vous.-
Voir cette Lampe nouvelle
Qui vous guide dans ceféjour ,
Comme en vos mains elle étincelle
On diroit duflambeau d'amour ::
Dè vos yeux la vive lumiera |
Belipfe cet éclatf beau
Pourfe guider dans fa cariere , ›
Diane prend- elle un flambeau ??
Cette Lampe est misterieuse
M'eft- ce pas celle dont Pfiché
Mij
140 LE MERCURE
Alloit cherchant trop curieuſe
Quel étoit fon amant caché :
Sans doute c'est un heritage.
De l'Amante de Cupidon ,
Ayantfa beauté pour partage
Elle vous fit auffi ce don :
Cherchez vous un Amantfidele
Et dont le feufoit éprouvé,
Ne cherchez pasfi loin là belle:
Vous en avez untout trouvé :
Sanslefecours de cette Lampe-
Vous trouverezl'Amour vainqueur,.
Auprèsde vous toujours il campe ,.
11ferepofe dans mon coeur .
Il n'oferoit vousfaire entendre
Quelle eft pour vous fa vive ardeur¸.
Ses feuxfont cachez fous la cendre
Affoupis par votre froideur :
Imitez donc cette imprudente ,
Ne le laissez point fommeiller
Parune goutte d'huile ardente
aftez-vous de le reveiller ;;
>
DE FEVRIER . 1:41
JOURNAL
DE PARIS .
Copie d'une Lettre de la Cathedrale de
Vienne pour demander à M. le Regent
M. l'Abbé d'Auvergne pour Ar
chevêque de Vienne.
MONSEIGNEUR ,
Nous avons appris que M. l'Abbé
d'Auvergne a demandé à V. A. R. l'Arche--
vêché de Vienne. Nous aurions prevenu fa
demande auprés de V. A. R. fi nous avions>
ofé nous flater que M. l'Abbé d'Auvergne.
voulut preferer l'Archevêché de Vienne à
celui de Tours . Cette préférence ne peut
venir que de la connoiffance qu'il a de la
difpofition de tous les Etats du Dioceſe à
fon égard,depuis qu'il le gouvernoit en qua
lité de Grand-Vicaire il y a plus de vingt
ans. Nous avons vu , Monfeigneur , fou--
lager les pauvres , proteger le Clergé , animer
la Nobleffe à faire le bien , & travailler
avec autant de patience que de facilité,à pacifier
conjointement avec feu M. de Montmorin
les differens les plus difficiles : ce qui
lui avoit attiré. Peftime , le refpect & lai
142 LE MERCURE
confiance de tous les Etats. Aprés la mort
de M. de Montmorin nous primes la liberté
de demander au feu Roy M. l'Abbé d'Aurvergne
, on ne laiffa pas aller nos voeux jufqu'au
Trône de cè Monarque ; nous eſperons
plus de bonheur , Monfeigneur , auprés
de V. A. R. & nous la fupplions tres- humblement
de fe faire un plaifir de nous rendre
heureux. Nous fommes avec toute forte de
foumiffion & un tres profond refpects ,
MONSEIGNEUR ,
de V. A. R.
Les tres - humbles & tres - obeiffans
Serviteurs , les Dignitez & Chanoines
de l'Eglife de Vienne ,
Loras Précenfeur , de Corbeau
Chantre , Chaboud Capiftol V.
Gn. Peroufe , l'Abbé Peliffon
Colomb, Boiron , Pellerin , Argoud
, Bruifet Theologal , Didier
V. G. Rionder, B. Tholon.
Au Chapitre de l'Eglife
do Vienne le 31 Dec. 17201.
.
Les Collegiales , les Curez de la Ville,
plufieurs Communautez Ecclefiaftiques du
Diocefe , la Nobleffe & le tiers État de:
Vienne ont ainfi écric en leurs noms à M. le
Regent ; & ont marqué par des feux & des
illuminations une joie universelle de ce qu'il
le leur a accordé.
DE FEVRIER. 1143
On écrit de Quimpercorentin en baffe
Bretagne , que le 4 Janvier 1721 , Madame
la Marquife debelle & fort riche ,,
veuve & âgée d'environ 27 à 28 ans , s'étant
rendue chez M ** où l'on joue publiquement
, elle avoit eu quelques paroles
vives avec M. du ** Capitaine du Regi--
ment de ** . La Marquife fage & prudente ,
quoique jeune , fe contenta dans cette occafion
de laiffer parler l'Officier tant qu'il
voulut , & continua de jouer tranquille
ment ,fe refervant à lui donner des marques.
fenfibles de fon jufte reffentiment . En effet ,
le lendemain matin du même mois , cette
Heroine fit affigner à l'Officier le lieu d'un
rendez-vous pour fe battre en duel , avec
menace de lui couper le vifage en pleine
rue , s'il manquoit à s'y trouver. La Dame
ne prit ce dernier parti , que parce qu'elle
jugea plus à propos de vuider ce different
dans un tête à tête , que de fcandalifer la
Ville en le rendant public. Officier reçut
d'abord avec affez de fermeté, ou plûtôt.
d'une maniere affez méprifante cette affignation
; mais comme fes amis l'avertirent
que l'affairedevenoir ferieule , il n'éur pas
le courage de fe rendre feur au rendez - vous.
Dans cette agitation de coeur , il prit les
précautions les plus propres & les plus com
venables. Il s'aboucha avec quelques Offer
+
+44 LE MERCURE
ciers de fon Regiment , & les pria de fe rendre
à quelques pas du rendez-vous , pour le
fecourir, s'il étoit neceffaire. Enfin il le rendit
au lieu affigné par la Marquife . Comme
P'Officier n'avoit pû jouer tout ce ftratageme
, fans que la Marquife n'en eût eu quelques
indications , outrée d'ailleurs de la lâ
cheté de ce Capitaine , elle affembla un
plus grand nombre d'autres Officiers de
les amis , ne jugeant pas à propos d'aller
feule au combat. Ces derniers inftruits de
la manoeuvre qu'ils devoient obferver ,
furprirent le petit nombre des partifans de
M. du**, pendant que la Marquife alloit
droit à fon ennemi pour le combattre.
L'Officier deconcerté perdit alors toute envie
de fe battre contre la Marquife , qui l'at
tendoit toujours de pied ferme , & le contenta
feulement en abordant la Marquife ,.
de lui reprocher d'un ton de Gafcon, qu'elle
n'étoit qu'une femme , fans vouloir pouffer
la chofe plus loin .
Extrait d'une Lettre écrite par M. le Curé
d'Allanville à M. de Fourcy Abbé de
S. Vandrille le 7 Janvier 1721 ..
E mercredi 4 Decen bre 1720 , le nom-
Le Marcon habitant de la Paroiffe
d'Allouville à deux lienes de Caudebec , &
Marneur
DE FEVRIER.
143
Marneur de profeffion , fut employé par le
nommé Roger laboureur ,de la même Paroiffe
à tirer de la marne dans une vieille
Marniere abandonnée depuis longtems
parce qu'elle ménaçoit ruine. Après quelque
temps de travail le Laboureur fut curieux
de defcendre auffi dans cette Marnie
re , qui étoit profonde de 18 toifes , pour
voir en quel état elle étoit ; il prit avec lui
un pot de cidre pour faire boire fon homme
de journée , mais à peine y fut- il defcendu ,
que la terre du trou éboula , & boucha entierement
le paffage qui conduifoit à la
chambre de la Marniere. Dans un pareil
malheur , toute la reffource de ces deux
hommes , fut d'implorer la divine Providence
à leur fecours. Le fils du Marneur ,
qui étoit reſté au haut du trou , s'étant
aperçu de l'accident , courut vite au fecours ;
mais les Marneurs qu'il alla chercher, ayant
refufé de travailler dans le même trou , de
crainte d'un pareil fort , il fallut en percer
un nouveau ce qui dura jufqu'au Dimanche
15 du même mois , pendant lequel tems
la faim & la foif tourmenterent furieufement
les deux malheureux prifonniers ; le
pot de cidre leur avoit fervi les deux premiers
jours , mais ils furent obligez les
jours fuivans de reboire plufieurs fois ce
qu'ils avoient déja bu ; ce qui prolongea
leur vie jufqu'à l'inftant heureux qu'on
N
146 LE MERCURE
leur donna du jour. Avant que de les
tirer de cer antre , on prit toutes les précautions
neceffaires pour ne les expofer au
grand air que lorfqu'ils feroient en état de
le fuporter ; & ce ne fut que le 17 qu'on
les tranfporta dans leur maison ; on les
nourrit avec du bouillon , du vin & du fucre
pendant trois jours , & au bout de dix jours
ils le trouverent en affez bonne fanté : il ne
leur eft resté qu'une douleur fourde à la
plante des pieds , fur lesquels ils ont de la
peine à fe foutenir ; ce qui eft un effet de
La marne , qui deffeche ordinairement les
corps au point que la plupart de ceux qui
gagnent leur vie à la tirer de la terre , perdent
fouvent l'ufage de leurs membres qui
en deviennent paralitiques .
A Saint-Jean d'Angely le 11 Fevrier 172 1 .
Arie
M Gelé ,veuve de Maitre Jean Coffin Avocat en Parlement , âgée
de 88 ans , ayant refté près de 22 ans dans
une profonde lethargie , a recouvré depuis
peu l'ufage de la parole. La connoiffance
& la parole lui étant furvenues en même
temps , elle a voulu fe confeffer , enfuite
de quoi elle a reçu le Sacrement d'Euchariftie
avec la même pieté qui l'animoit avant
fa maladie. Elle a prefentement l'efprit fain,
& n'a rien oublié du paffé , demande des
DE FEVRIER. 147
nouvelles de ce qu'elle n'a pû favoirni ap
prendre pendant fa lethargie, & parle avec
un jugement auffi folide qu'on le peut defirer
d'une perfonne de fon âge. On fit voir
la Dame Marie Gelé fur la fin de l'année
1790 , aux Medecins de Meffeigneurs les
les Ducs de Bourgogne & de Berry , lorfqu'ils
pafferent par cette ville à leur retour
d'Efpagne. Ces Medecins jugerent alors le
mal incurable , & dirent que peutêtre la
nature pourroit faire un dernier effort fur
la fin des jours de la malade. C'eft en quoi
ils ont pronostiqué jufte.
BENEFICES DONNEZ.
U1 Janvier 1721. le Roy a donné
l'Abbaye du Paraclet dans la ville d'Amiens,
qui a vaqué par le decés de Madame
de Saint - Souplet , à Madame Jeanne de
Grouches de Chepy , Religieufe à l'Abbaye
de Willençourt.
Du 29 Janvier , l'Abbaye Commendataire
de Sauve Ordre de S. Benoît , Diocele
d'Alais , vaquante par le decès de M. de
Merés , à M. l'Abbé de Valory.
Du 7 Fevrier, l'Abbaye de Sainte Claire
des Urbaniſtes de la ville de Millau , Diocefe
de Rodez , à Madame de Rupé Religieufe
de Rabafteins , en confequence de
P'election de fa perfonne par la Communau-
Nij
148 LE MERCURE
•
té des Religieufes , fur la demiffion de la
Dame de Saint- André de Mefplets .
Du 14 Fevrier , la Coadjutorerie de
l'Abbaye Reguliere de la Grace- Dieu , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de Befançon , à
Don Ponce Jeunet Prieur de Clairvaux .
Du 28 Fevrier , l'Archidiaconé de l'Eglife
Metropolitaine de Toulouſe , vacant
en Regale par le decés de M. Donaḍieu ,
à M. de Peireffaubes , Prêtre du Dioceſe
de Touloufe.
La Dignité d'Abbé Seculier de S. Vozy
en l'Eglife Cathedrale du Puy , vacante
en Regale par la démiffion de M. Antoine
Arcis , à M. François Arcis , Sacriftain de
S. Nizier de Lyon.
Le 29 du mois de Decembre 1720 , M.
l'Abbé de Raftignac , Docteur de la Maifon
& Societé de Sorbonne , fut nommé
à l'Evêché de Tulles par la démiffion pure
& fimple que M. l'Abbé de Saint - Aulaire,
ancien Evêque de Tulies , en avoit faite
entre les mains du Roy. M. l'Abbé de
Raftignac , cy devant Prieur de la Maiſon
de. Sorbonne , a été nommé à l'Evêché cydeffus
, étant encore Grand- Vicaire de M.
l'Evêque de Luçon.
M. l'Abbé de Foudras , Comte de Saint
Jean de Lyon , a été nommé Coadjuteur
de Meffire Jean- Claude de la Poype de
Vertrieu , Evêque de Poitiers.
DE FEVRIER." 149
La Ville de Nantes a obtenu de la Cour
Ja permiffion de faire un fonds de Lotterie
de 400000 livres , dont le profit fera employé
à faire des Pompes publiques contre
les incendies .
>
Le premier Fevrier , M. Coffin Recteur
de l'Univerfité , accompagné des Doyens
des Facultés , des Procureurs des Nations ,
& des autres Officiers , prefenta au Roy
un Cierge , felon l'ancienne coutume &
il fit un difcours à S. M. Il alla enſuite
accompagné de même au Palais Royal ,
où il en prefenta un à Monfieur , le Duc
d'Orleans Regent du Royaume , qu'il
complimenta pareillement .
Le 3. M. le Duc de Coaflin , Evêque
de Metz , feul heritier de feuë Madame la
Ducheffe de Sully , fe trouva au lever du
Roy dans fon grand Cabinet , avec M.le
Chevalier de Sully & fes autres parens ,
pour faire part à S. M. de la nouvelle de
la mort de Madame fa foeur.
M. Paris & M. Graffin ont été nommés
pour faire le premier examen des Comptes
& des Livres de la Banque , fur lefquels
'Meffieurs Trudaine , de Machault & Ferrand
Confeillers d'Etat , doivent faire une
feconde revifion .
Le Gouvernement d'Alais a été augmenté
jufqu'à 12000 livres en faveur de M.
le Marquis de la Farre , qui en a obtenu
la furvivance . Niij
750
LE MERCURE
Le 6, M. le Duc de Briffae fut reçu Duc
& Pair de France , & prit feance en cette
qualité au Parlement. Tous les Princes du
Sang , & Ducs & Pairs qui fe trouverent
à Paris , affifterent à cette ceremonie.
On mande de Montpellier du 7 de ce
mois , que le 2. on avoit fait tous les preparatifs
neceffaires pour l'ouverture dè
Affemblée des Etats de Languedoc , &
que les Etats ayant accordé au Roy , felon
leur coutume , les trois millions de Don
gratuit , ils avoient dépêché un Courier
à S. A. R. pour lui en donner avis. Ce
Courier qui arriva ici le 15 , a rapporté
qu'une partie de ce Don gratuit fera payée
en Billets de Banque , conformément à
P'Arrêt du Confeil donné en confequence
avant la tenue des Etats , qui ont mis en
deliberation d'emprunter deux millions
Soooo livres , à un interêt qui n'excede
pas le Denier 20 , pour payer le furplus
de ce Don en argent.
Le Roy a exclus par une Lettre de Cachet
, de la Faculté de Sorbonne , cinq
Docteurs oppofés à l'accommodement ,
fçavoir , Meffieurs le Tonnelier de Breteuil,
le Brun Religieux de S. Victor , & Metfieurs
Touvenot , la Chaffaigne & Bourcier
, Docteurs de la Maifon & Societé
de Sorbonne.
DE FEVRIER.
151
Le 12 Sa Majesté a nommé Confeillers
d'Etat M. de Meliand Intendant de Lille
en Flandres , M. de Harlay , & M. d'Or
meffon.
Le 12 on celebra dans la Chapelle de
Sa Majesté l'anniverfaire de feue Madame
la Dauphine mere du Roy , & le 17 celui
de M. le Dauphin fon pere.
Le 13 le Roy entendit une Meffe Grecque
& Latine qui fut chantée devant Sa
Majefté.
Le 13 M. de Saint Conteſt Plenipotentiaire
de France au Congrès de Cambray ,
partit pour Saint Meffan , d'où il fe rendra
à Cambray. M. le Comte de Morville partit
le 17 pour s'y rendre .
Le 15 M. l'Abbé Tambonneau gagną
le Procès qu'il avoit au Parlement au fujer
du Prieuré de Sainte Honorine de Con ,
flans , vacant par la mort de M. l'Abbé de
la Rochefoucault , & qui lui avoit été conferé
par M. le Cardinal de Noailles.
M. l'Abbé d'Auvergne , nommé à l'Archevêché
de Vienne , a obtenu de M. le
Regent pour M. l'Abbé de Maugiron , PAgence
generale du Clergé pour l'année où
Vienne fera en tour d'y nommer.
M. Dumont , Gouverneur de Meudon ,
& M. de Francine , qui étoient cy- devant
chargez de la direction de l'Opera , ont
éte nommez par la Cour pour remplacer
N iiij
152
LE MERCURE
M. de Landivifiau qui en étoit chargé , &
les deux premiers continueront d'en avoir
l'infpection.
Le 1s de ce mois , le Roy qui entroit
dans fa douzième année , reçur les complimens
des Princes du Sang , des Miniftres
Etrangers , & des Seigneurs de fa
Cour.
L'Empereur a levé l'interdit du commerce
avec la France , qu'il avoit ordonné,
& dorefnavant les marchandifes de ce
Royaume feront reçues dans les Villes
de Flandres , moyennant de bons Certificats
que ces marchandifes ne viennent
point de Provence .
Le Roy a fait grace à Meffieurs de Lifcoët
& Kerfofin , Gentils- hommes Bretons ,
qui avoient été exceptez de l'Amniſtie accordée
par le Roy aux Gentils - hommes
impliquez dans l'affaire de Bretagne .
On grave par foufcription les Tableaux de
l'Hiftoire de Don Guichotte , qui ont été
peints il y a deux ans par M. Coypel le
fils. M. Crozat le jeune fait aufli graver
par foufcription les Tableaux du Roy , du
Regent , & ceux des autres excellens Maîtres
qui font difperfez dans les fameux
Cabinets de Paris . Meffieurs Watot , Natier
, & un autre , font chargez de les
deffiner .
Le 18 Madame la Comteffe d'Armagnac
DE FEVRIER.
153
fille de M. le Duc de Noailles , fe retira
dans le Couvent de la Vifitation .
M. le Duc de la Feuillade ayant fait
faire un fuperbe carroffe qu'il deftinoit
pour fon Ambaffade de Rome , en a fait
prefent au Roy. Ce carroffe avoit coûté
à ce Duc 25000 écus , & Sa Majesté lui
a laiffé la proprieté des Tapïfferies de la
Couronne , qu'on lui avoit prêtées pour
fon Ambaffade.
M. le Marquis de Brion , Guidon des
Gendarmes d'Anjou , a été fait Enfeigne
des Gendarmes Dauphins , par la démiffion
de M. le Marquis de Nereftan , à preſent
Duc de Gadagne , & M. le Chevalier
Dagueffeau , troifiéme fils de M. le Chancelier
, a été fait Guidon à la place de
M. Brion.
On a appris par un Courier extraordinaire
dépêchè de la Cour de Rome , que
le Saint Pere avoit nommé pour fon Nonce
'extraordinaire à la Cour de France M. de
Maffei , qui étoit ici fans qualité . S. S.
a ajoûté à cette dignité celle de Grand
Maître de fa Chambre. M. de Maffei doit
eftre inceffamment facré à Meaux Archevêque
d'Athenes par M. le Cardinal de
Biffy. L'internonce du Pape qui eft à Paris,
doit s'y trouver .
Le 21 toutes les Chambres étant affemblées
, M. de Pontcarré , fils de M. le
354 LE MERCURE.
Premier Prefident du Parlement de Rouen,
fut reçu Confeiller au Parlement de Paris ,
ainfi que le fils de M. de Feriol , Receveur
General des finances.
M. l'Abbé Gueret , Docteur de Sorbonne
, cy - devant Curé de Brie , a été
nommé Curé de Saint Paul .
M. l'Abbé Perot a remis au Roy l'Abbayẹ
que Sa Majesté lui avoit donnée dans la
derniere nomination.
Le Roy a donné à M. Chamu le Prieuré
de N. Dame des Prez proche Curfon , Diocefe
de Luçon , dépendant de l'Abbaye de
Saint Michel en l'Herm , uni au College
des quatte Nations.
Le 22 le Roy vit la reprefentation de
la Comedie Françoife , intitulée l'Efprit
follet , ou la Dame invisible , qui fut jouée
par les Comediens ordinaires de S. M. fur
Le petit Theâtre qui avoit été dreffé dans
l'anti-chambre du Roy.
pat
Les 22 Docteurs qui avoient été exclus de
la Maiſon & Societé de Sorbonne , y font
rentrez depuis peu par Lettres de cachet .
Le Lieutenant de Roy de Valenciennes
étant mort , M. d'Orbeffan Lieutenant-
Colonel du Regiment du Roy , a été choisi
pour remplir la place , & M. des Clavelles,
Major du Régiment du Roy , a été fair
Lieutenant-Colonel de ce dernier Regiment.
DE FEVRIER.
15$
M. l'Evêque de Frejus , Precapteur du
Roy , a obtenu pour M. fon neveu l'Abbaye
d'Aulnay , avec la permiffion d'y
attacher 600 livres de penfion pour les
deux Aumôniers.
Le Prince Doloroucki , Ambaffadeur
extraordinaire du Czar , arriva ici le
de ce mois : il vient relever M. de Schlenick
, qui faifoit la fonction de Miniſtre
de Sa Majesté Czarienne à la Cour de
France. Le 22 ce Prince eut l'honneur de
faluer le Roy en cette qualité.
M. le Gendre Intendant de Tours , ayant
demandé fon rappel , la Cour a nommé
M. d'Argenfon fils puifné pour le remplacer.
M. le Chevalier de Goyon , Capitaine
de Vaiffeau , a été fait Commiffaire general
d'Artillerie de la Marine.
Le 23 M. le Duc de Chartres , precedé
du Regent, & accompagné de M. Bofc Procureur
general de la Cour des Aydes ,
Chancelier de l'Ordre de Saint Lazare , &
de M. Bontems Prevôt & Maître des Ceremonies
du même Ordre , avec fon bârón
de ceremonic en main , & des autres grands.
Officiers & Chevaliers de cet Ordre
prêta ferment entre les mains du Roy pour
la Charge de Grand Maître des Ordres de
Saint Lazare & N. D. du Mont-Carmel ::
156
LE MERCURE
après le ferment M. Bofc en qualité de
Chancelier , donna à M. le Duc de Chartres
le cordon de l'Ordre.
M. le Duc de Chartres , en qualité
de Grand Maître des Ordres de Saint
Lazare & N. Dame du Mont - Carmel , a
ordonné que tous les Chevaliers de ces
Ordres renonceroient à la Couleur de pourpre
qui avoit été imaginée par le dernier
Grand -Maître , & que, dorefnavant les
Chevaliers feroient tous habillez d'un fatin
noir où la broderie de l'Ordre de Saint
Lazare feroit imprimée fur le manteau &
fur le jufte au-corps.
Le 23 le Roy alla fe promener à la Porte
Saint Antoine , & de là Sa Majeſté ſe rendit
aux Jefuites pour y entendre le Salut.
Le 24 les Comediens François reprefenterent
devant Sa Majefté les Comedies du
Grondeur , & de Crifpin Medecin. L'on
continuëra pendant le Carême à reprefenter
devant le Roy diverfes Comedies Françoifes
& Italiennes fur le petit Theâtre.
On affure que la Bibliotheque que M.
Law avoit achetée l'année derniere de M.
l'Abbé Bignon , fera réunie à la Bibliotheque
du Roy.
Le M. Boivin le cadet fut élû pour
remplir la place vacante dans l'Academie
Françoife , par le decès de M. Huet , ancien
Evêque d'Avranches. !
1
DE FEVRIER. 157
Le 24 M. le Cardinal de Ronan prit
congé du Roy , du Regent , de tous les
Princes & Princeffes du Sang. Le 26 fon
Eminence partit pour Savernes , où elle
paffera quelques jours , pour fe rendre enfuite
à Rome. M. le Duc de Tallard , fils
de M. le Maréchal Duc de Tallard , qui
y doir prendre le caractere d'Ambaffadeur,
accompagne M. le Cardinal de Rohan. >
L'on fait de grands prepararifs dans le
Palais des Tuilleries , pour l'audience que
Sa Majesté donnera à Celebi- Mehemet-
Effendi , Ambaffadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur. On a eu avis de Poitiers ,
qu'il y étoit paffé le 23 , & qu'il devoit
arriver ici le 10 ou le 12 de Mars prochain.
Il ira loger à la maifon dite du Diable ,
dans la rue de Charenton , où il restera
jufqu'au jour de fon Entrée , pour laquelle
on a commandé un détachement des differentes
Compagnies qui compofent la Maifon
du Roy. Plufieurs autres Troupes de
Cavalerie & d'Infanterie doivent honorer
l'Entrée de cette Excellence . Après fon
Entrée il ira loger à l'Hôtel des Ambaffadeurs
extraordinaires , & le lendemain le
rendez -vous du Cortege qui le doit conduire
à fa premiere audience du Roy , fera
au haut de l'Etoile , d'où il deſcendra par
l'avenue des Tuilleries , & entrera dans
le Château par le Jardin. L'audience fera
158 LE MERCURE
dans la Gallerie , attenant l'appattement
du Roy , qui a été jufqu'à prefent occupée
par les Bureaux & logemens des perfonnes
employées auprès de M. le Marechal
de Villeroy , & par une Salle ou
Corps- de-garde des Gardes du Corps ,
qui a été tranſporté dans l'appartement au
deffous , qu'occupoit feue Madame la Ducheffe.
On placera le Trône du Roy
au bout de la Gallerie , & l'Ambaſſadeur
verra ce Trône dès le Peron de l'ELcalier.
La Gallerie fera ornée des Tapifferies
de la vie de Louis XIV .
Les Gouverneurs & autres Officiers des
Châteaux de Verfailles , Meudon , & autrès
Maiſons Royales , ont ordre d'avoir
des habits bleux uniformes, galonnez d'or,
pour paroître devant l'Ambaffadeur du
Grand Seigneur , lors qu'il ira vifiter ces
Maifons Royales.
M. le Marquis Defalleurs , cy- devant
Ambaffadeur de France à la Porte , s'eft
retiré aux Camaldules.
Du 27 Fevrier 1721 .
N l'Affemblée generale de la Compagnie
des Indes , tenue en l'Hôtel
de la Banque , en prefence de S. A. S. M.
le Duc de Bourbon , il a été arrêté unanimement
.
DE FEVRIER. 159
1 °. Que la Compagnie fera es trèshumbles
Remontrances au Roy pour être
reçue oppofante à l'Arrêt de fon Confeil
du 26 Janvier dernier , qui a été rendu
fans que la Compagnie ait été entenduë
en fes deffenfes.
20. Que la Compagnie reprefentera au
fond que l'union de la Banque avec elle ,
ne peut avoir lieu.
10. Parce que le Compte du Trefoforier
de la Banque n'a jamais été rendu
aux Directeurs de la Compagnie comme
il avoit été ordonné par l'Arrêt du 23
Fevrier 1720 , qui a fait ladite union
faute de quoi les Directeurs n'ont jainais
pris poffeffion de la Banque.
2
2º . Que depuis ladite pretenduë union
il a été fait pour plus de 1700 millions
de Billets de Banque en vertu d'Arrêts
du Confeil , rendus du propre mouvement
de Sa Majefté , au prejudice de la
Deliberation de la Compagnie du 22.
Fevrier 1720 , & de l'Arrét d'union .
3. Qu'au cas qu'il ne plaiſe pas à S. M.
de faire droit au fond à la Compagnie fur
fa Requeſte , Elle fera fuppliée en la recevant
oppofante à l'Arreft du Confeil du
26 Janvier dernier , de nommer des Commiflaires
qui entendront les Parties, pour
fur leur Rapport être ordonné par S. M.
ce que de raifon.
160. LE MERCURE
4° . Que S. A. R. M. le Duc d'Orleans
fera fuppliée de continuer à la Compagnie
l'honneur de fa protection , qu'il a bien.
voulu agréer , & dont elle a plus befoin
que jamais dans cette occafion , où il ne
s'agit pas moins que de fa fubverſion .
éuës
5 ° . Que S. A. S. M. le Duc, fera fupplié
de continuer à la Compagnie les mêmesbontés
qu'il a cues pour elle jufqu'à prefent..
6. Que la Compagnie defavoue la prétendue
Requefte , fur le fondement de laquelle
a été rendu l'Arrêt du 26 Janvier ;
defavoue pareillement les Directeurs en
tout ce qu'ils pourroient avoir fait ou faire
de contraire à la Deliberation du 22 Fevrier
1720..
>
7°. Que pour l'execution プ de ce que deffus
, elle nomme Meffieurs Amon , de
Bulli , Schelton , de Chatte , Cornuau
Deftouches , Cartigni , de Brancas , & de
Rochepierre pour Sindics ; aufquels elle
donne pouvoir de figner les Requeſtes &
Procedures , & deffendre les droits de la
Compagnie , fans pouvoir neanmoins acquiefcer
à aucune chofe , fans une Deliberation
de la Compagnie.
8°. Que S. M. fera fuppliée de fufpendre
à l'égard des Actions intereffées , &
Dixiémes , le Viſa ordonné par un Arrêt
du 26 Janvier dernier , attendu que les
Actions font reputées Marchandifes, & non
des
• DE 161 FEVRIER.
des Effets Royaux , & ont été declarées
libres par l'Edit de Creation de la Compagnie.
RECAPITULATION
Des Bâtêmes , Mariages , Morts & Enfans
Trouvés , pendant l'Année 1720 .
Brommute & dix - neuf.
Atêmes .... Dix - fept mille fix cens
.... Mariages . ... Six mille cent cinq.
Morts .... Vingt mille trois cens foixante
& onze .
Enfans - Trouvés .... Mille quatre cens:
quarante & un.
Il y a eu en l'année 1720 , 2692 morts,
plus que d'enfans nés.
NOUVELLES ETRANGERES.
A Stokholm le 12 Février 17219
O
Na été fort furpris du retour
imprévu de M. Hopken , Refi
dent du Roy auprès de l'Em
pereur , qui arriva ici le fix du
mois dernier , fans avoir reçû l'ordre de
Sa Majesté. Les Senateurs s'affemblerent
leg en prefence du Roy , & ce Miniftre
162 LE MERCURE
auroit été mis en prifon , fi M. fon frere
qui eft Secretaire d'Etat , ne fe fût rendu
fa Caution pour le reprefenter , & en fa
confideration on fe contenta de lui donner
les arrêts dans fa maifon. Il s'eft chargé
d'apporter ici un Memoire des Propofitions
que le Duc de Holftein fait à la
Nation. L'on prétend qu'elles ont pour
objet d'obtenir l'approbation des liaifons
qu'il fe propoferoit de prendre avec le
Czar , à condition que ce Prince lui remettroit
la Livonie , l'Efthonie , & la Finlande
, fi les Etats vouloient lui affeurer la
fucceffion à la Couronne , après la mort
du Roy & de la Reine , avec declaration
qu'en cas que ces Propofitions foient rejettées
, on ne doit pas trouver mauvais.
qu'il prenne avec le Czar les mefures qui
•
feront convenables à fes interéts . Ces Propofitions
& ces menaces ont revolté les
efprits , & diminué le credit des Partifans
de ce Prince. On ne fçait point encore ce
que le Senat décidera fur cette affaire , qui
intereffe les Droits de la Nation ; mais.
comme les préparatifs du Czar pour fa
Campagne prochaine , donnent avec raifon
de la défiance à la Cour furr fes deffeins ,
on a donné des ordres pour faire confruire
avec diligence un grand nombre
de Galeres & de bâtimens plats , fur lefquels
on doit mettre un nombre confide
DE FEVRIER. 163
1
rable de canons & de mortiers , afin de
les placer dans les paffages des Ifles qui
nous environnent & en rendre par ce
moyen l'approche plus difficile aux vaiffeaux
des Ennemis. Quant aux Troupes
de terre , le Roy a fait depuis peu la revûë
de celles qui font en quartiers dans
les environs de cette Ville ; elles montent
à trente- quatre mille hommes effectifs , en
comptant les autres Regimens qui font :
employez à la garde de nos Côtes . Sa
Majefté a donné de nouveaux ordres pour
lever encore fix mille hommes ; ce qui
fera un nombre de Troupes fuffifant pour
couvrir le Royaume..
A l'égard de la Pomeranie Suedoife
outre les Troupes qui y font déja , on y
attend encore quatre mille cinq cens hommes
de Troupes Auxiliaires , que le Land--
grave de Heffe Caffel y doit envoyer : on
croit cependant que s'il eft poffible de
lever dans cette Province un pareil nombre
de Soldats Nationaux , on prendra le
parti de s'en fervir dans les Garnifons , &
on éviteroit par ce moyen de donner entrée
à des Troupes étrangeres dans cette
Province. On a reçû des nouvelles de
Petersbourg , qui portent que M. Dahlman,,
Auditeur Suedois , qui y étoit allé pour
traiter d'un Cartel &. d'une Amnistie , w
avoit executé: la Commiffion , & qu'il fa
Qij
164 LE MERCURE
>
preparoit à partir pour revenir icy.
A Coppenhague le 20 Février 1721 .
L
A Reine , qui étoit retombée malade,
a été pendant quelques jours en danger
; mais elle fe porte beaucoup mieux ,
& fa fanté n'attend plus que le beau temps
pour le retablir entierement. On ne laiffe
plus fortir du Royaume les Soldats caffez
dans la derniere réforme , & on les doit
incorporer de nouveau dans les Regimens .
Suivant les ordres du Roy , les Officiers de
PAmirauté font armer dix Vaiffeaux de
guerre , qui doivent être prêts à fortir de
nos Ports pour le Printemps prochain ; &
plufieurs de nos Regimens ont ordre de fe
tenir prêts à marcher au premier ordre :
la raifon de ces préparatifs n'eft pas encore
bien connue , on croit cependant que la
Cour a deffein de donner du fecours à la
Suede , en cas que le Czar faffe quelque
irruption ou quelque defcente.
Les Commiflaires du Roy qui étoient à
Hambourg , ont achevé d'y recevoir les
fix cens mille florins que le Roy de Suede
devoit payer à Sa Majefté , enfuite de l'évacuation
de Stralfend , en execution d'un
Article particulier du dernier Traité, figné
entre ces deux Couronnes . On viſite avec
ane grande exactitude toutes les marchan-
ป
DE FEVRIER. 164
difes qui fortent du Royaume , & toutes
les perfonnes qui paffent dans les Pays.
étrangers ; parce que le Roy, a été averti
qu'il y avoit icy plufieurs Marchands de
Hambourg qui achetoient tout ce qu'ils
pouvoient trouver d'anciennes Monnoyes
d'or de ce Royaume pour les tranſporter.
1
A Hambourg le 24 Février 1721 .
La paffé icy une recruë d'Irlandois d'une
>
d'Angleterre fait prefent au Roy de Pruffe
pour les incorporer dans fa belle Compagnie
de Grenadiers , qui eft compoſée des
hommes les plus hauts de l'Europe . Le
fieur Taube , Vice- Amiral Suedois , doit
arriver icy dans quelques jours pour lever
dans cette Ville & dans celle de Lubec un
nombre confiderable de Matelots , dont le
Roy de Suede a befoin pour le ſervice de
fa flotte pendant la Campagne prochaine.
L'évacuation des Places du Duché de
Holſtein , eft entierement faite , & les
Officiers du Duc de ce nom s'en font mis
en poffeffion. Des fix cens mille florins que
le Treforier du Roy de Dannemarc a reçû
icy des remifes du Roy de Suede , S. M.
Danoife en fait employer une bonne partie
à la reparation des Digues que 1 orage du
trente & un Decembre dernier a rompues
166 LE MERCURE
en plufieurs endroits du Duché de Holſtein .
Les Lettres de Manhein portent que la
Princeffe Palatine de Sultzbach , fille unique
de l'Electeur Palatin , y étoit accouchée
le 17 du mois dernier d'une Princeffe
, qui fut nommée au Baptême Marie-
Elifabeth- Augufte- Loüife- Innocente- Caroline-
Eulalie, & que l'Imperatrice regnante,
Electrice Palatine Douairiere , & la Margrave
de Bade, en avoient été les Maraines .
Celles de Drefde nous apprennent la facheufe
nouvelle de la perte du jeune Prince,
fils du Prince Electoral de Saxe , qui mou
rut le 22 du mois dernier à une heure du
matin , âgé de deux mois & quatre jours :.
elles ajoûtent qu'on avoit mis le corps de
de ce jeune Prince en dépôt dans l'Eglife
des Catholiques Romains , en attendant
qu'on lui ait choifi une fepulture convenable.
On écrit de Petersbourg que le
Czar avoit differé jufqu'au quinze Mars
prochain fon départ pour la Curlande ;
mais qu'on travailloit avec empreffement
à équipper les Vaiffeaux & les Galeres.
dont fa flotte doit être compofée l'Eté.
prochain ; & quoique Sa Majefté . Czarienne
femble fe porter સે un accommo→
dement avec la Suede , par la nomina
tion qu'elle a faite de deux Ambaffadeurs-
Plenipotentiaires au Congrès de Brunf
wick , les preparatifs de la Campagne fe
DE FEVRIER.. 167"
1
font avec autant de diligence qu'auparavant.
On ajoûte que le dix- huit du mois.
dernier on avoit fait à Petersbourg la publication
du Traité de Paix conclu le 16
Novembre dernier entre le Czar & le-
Grand- Seigneur , & qu'à l'occafion de cette
Paix , on avoit chanté le Te Deum , & fait
de grandes réjouiffances. Quelques avis de
Duffeldorp portent que les Cercles du Bas
Rhin & de Weftphalie avoient refolu d'entretenir
d'orefnavant un corps de cinq
mille hommes fur pied , & qu'on travailloit
à obtenir pour l'Evêque de Munter-
& de Paderborn , la Coadjutorerie de tous ,
les Evêchez & autres Benefices , dont l'Electeur
de Cologne fon oncle eft en poffeflion..
L
A Vienne le 16 Fevrier 1721
E Comte Jofeph de Wadftein Grand
Maréchal de Boheme , partit le 18 du
mois dernier pour Prague où il doit affifter
en qualité de premier: Commiffaire de
l'Empereur à l'affemblée des Etats de Bo--
heme : le Comte François de Thierahcim
& le Comte de Wels , partirent auſſi le
même jour , le premier pour. Presbourg ,
où il doit regler les Quartiers d'hyver
deftinez aux Troupes Imperiales , & affifter
enfuite à l'affemblée des Etats de Hongrie
F68 LE MERCURE •
qui doit fe tenir à Bude , & le fecond pour
Ulm , où il refidera en qualité de Miniftre
Plenipotentiaire de l'Empereur à la Diete
des Etats de Souabe , à fin d'y terminer
les differends du Duc de Wirtemberg avec
l'Evêque de Conftance , dont Sa Majesté
Imperiale s'eft renduë mediatrice . L'Empereur
a refufé jufqu'à prefent de donner
audience au Sieur Bannequart , Envoyé
du Duc de Meckelbourg , & il n'a point
voulu lui permettre de jouir des Privileges
attachez à fon caractere de Miniftre
Etranger , quoique le Duc fon maître ait
écrit à l'Empereur dans des termes fort
refpectueux ; on lui a fait dire que le Duc
de Meckelbourg devoit le foumettre au
Jugement de l'Empereur , & s'accommoder
au plutôt avec la Nobleffe de fes Etats ,
fans attendre le terme fixé pour l'execution
de ce Decret. Le Comte de Kinski ,
nommé Ambaffadeur à la Cour du Czar
dès le mois de Novembre dernier , ne partira
que vers le commencement du mois
prochain. Un Courrier extraordinaire dépêché
par M. Dillinger , Secretaire de
I'Empereur à Conftantinople , apporta icy
le fix de ce mois des dépêches importantes,
fur lefquelles on a tenu plufieurs Confeils
confecutifs , & on l'a renvoyé trois jours
après avec de nouvelles Inftructions : On
a appris par ce Courier la confirmation
de
• DE FEVRIER. 189
de la nouvelle du Traité de Paix conclu
entre le Czar & le Grand Seigneur , dont
les Articles font tenus fort fecrets ; mais on
fçait que les principaux regardent l'Ukraine.
Le Comte de Bielke , Envoyé
Extraordinaire du Roy de Suede , a porté
fes plaintes au Prince Eugene , de ce que
deux de fes Domeftiques qui ont été arrêtez
, ne luy ont été rendus qu'après cinq
jours de prifon ; il a même dépêché un
Courier au Roy fon Maître , pour luy
donner avis de cet incident ; cette affaire
ne laiffe pas d'être de quelque importance
,
pui qu'elle intereffe tous les Miniftres
étrangers qui font icy , & qui fe font affemblez
fur ce fu et ; , mais on ne fçait
pas encore de quelle maniere l'Empereur
fatisfera ce Ministre.
L
A Londres le 28 Janvier 1721 .
E 23 du mois dernier , les Directeurs
de la Mer du Sud comparurent à la
Barre de la Chambre des Seigneurs , ainfi
que le Soû- Gouverneur , le Député - Gouverneur
, & les autres Officiers de cette
Compagnie , & ils furent interrogez féparément
, & à diverfes repriſes. Sur leurs
réponfes , & fur l'examen des Livres de
la
Compagnie , on les declara coupables
de malverfation , & incapables
d'être davantage Directeurs de cette Com-
P
170 LE MERCURE
pagnie , ti d'aucune des Compagnies du
Royaume, & quelques - uns d'entr'eux futent
mis à la garde d'un Sergent d'Armes.
On apprit le trois de ce mois que le fieur
Knight , Caillier general de la Compagnie
de la Mer du Sud , s'étoit abfenté , & le
Roy fut fupplié de faire publier une Proclamation
pour le faire arrêter , avec promeffe
de récompenfe , & cette Proclamation
fut publiée le quatre. L'on prétend
que les Directeurs de la Compagnie de la
Mer du Sud ne font pas feuls coupables du
difcredit & de la ruine des Particuliers :
On en accufe auffi quelques- uns des Membres
du Parlement , qui ayant eu des Actions
pour des fommes confiderables , dès
le temps que l'Acte qui augmente le fond
de cette Compagnie , étoit encore devant
le Parlement , les ont vendues à un prix .
fort haut , à des Particuliers qui fe trouvent
ruinez maintenant par la baiffe de ces
effets . On a fait défentes aux Officiers &
aux Directeurs de la Compagnie de la Mer
du Sud de fortir du Royaume , à peine
d'être condamnés comme coupables du
crime de Felonie , & ils ne peuvent vendre
ou tranfporter aucune partie de leurs
biens meubles ou immeubles fous la même
peine. Le Bil pour la taxe de trois Schefings
par livre fur les Terres , Rentes , Penfions
, & autres revenus , a été approuvé
DE FEVRIER.
prepar
la Chambre des Seigneurs. Le Comte
de Stanhope , Miniftre & Secretaire d'Etat ,
& nommé pour remplir l'employ de
mier Ambaffadeur Plenipotentiaire au
Congrez de Cambray , mourut le 16 de
ce mois ; il n'a été malade que vingtquatre
heures , pour s'être échauffé par
un Difcours trop vehement , qu'il fit le 15
à la Chambre des Seigneurs. Le Roy a
donné fa place de Secretaire d'Etat , au
Vicomte de ToWnfend. M. Craggs , Secretaire
d'Etat , a la petite verolle . Le
Comte de Cadogan eft auffi incommodé ,
& la Ducheffe de Mancheſter eft morte la
femaine derniere. On travaille à équiper
la Flotte que le Roy doit envoyer cette
année dans la mer Baltique au fecours de la
Suede ; elle fera compofée de vingt- cinq
Vaiffeaux de guerre , & on affeure qu'elle
fera commandée par l'Amiral Norris, comme
l'année derniere.
L
A Lisbonne le 30 Janvier 1721-
E Roy par fon Edit du 8 Decembre
dernier , a inftitué dans cette Ville
une Académie , compofée des plus habiles
Hiftoriens de fes Etats , dont il s'eft declaré
le Protecteur. Sa Majesté leur a
donné pour leurs Affemblées , une magnifique
Maifon , qui eft dans la Place de
Pij
172 LE MERCURE
Bragance, & ils s'y affemblerent pour la
premiere fois le jour de la Conception de
la Vierge , en prefence du Roy. Sa Majefté
nomma cinq Directeurs , qui doivent préfider
l'un aprés l'autre ; & qui font le Pere
Dom Manuel Caetano de Souza , Clerc
Regulier , le Marquis de Fronteira , le
Marquis d'Abrantes , le Comte d'Alegrette
, & le Comte d'Ericeyra . Cette
nouvelle Académie eft chargée de travailder
à un nouveau Corps d'Hiftoire de ce
Royaume , & à celle de nos Conquêtes
dans les Indes Orientales & Occidentales .
On lui a donné pour Devife la Verité avec
fes Attributs , & cette Infcription ,
Reftituet omnia. Cenouvel établiffement a
été celebré par plufieurs Pieces de Vers
Portugais & Latins , que les Académiciens
ont faits pour louer le Roy de fon attention
pour les Sciences , & de la protection
qu'il leur accorde ,
A Madrid le 21 Février 1721 .
Es. efcarmouches continuelles des
Maures fatiguoient à un tel point
Armée des Espagnols , que le Marquis
de Lede après avoit fait augmenter les
fortifications de Ceuta d'une Paliffaded'un
Chemin couvert , & d'une Efplanade
, a pris la refolution de faire rentrer
DE FEVRIER. 173
toute fon Armée dans cette Ville ; ce
qu'il a executé la nuit du 4 au 5 de ce
mois , fans aucune oppofition de la part des
Maures le fix cependant comme ils s'étoient
approchez de trop près des Redoutes
, on leur détacha quelques Brigades
pour les faire retirer , & dans ce peri
combat on leur tua fix hommes , & les
Efpagnols perdirent un Dragon & deux
chevaux. Trois Compagnies des Gardes
Vailones font déja arrivées en Andaloufie :
on y en attend trois autres des Gardeş
Efpagnoles , qui feront fuivies du refte de
P'Armée , que l'on doit embarquer inceffamment.
LA
A Rome le r Février 1721.
A Princeffe Clementine Sobieska , &
le Prince fon fils , font en parfaite
fanté cette Princeffe fe leva le 9 de ce
;
mois pour la premiere fois depuis les couches
; elle dina en publicavec le Chevalier
de faint Georges fon Epoux , & avec la
Princeffe des Urfins ; & elle fut complimentée
le foir par le Cardinal Tanara au
nom du Sacré College . Le Pape tint un
Confiftoire le trois de ce mois , dans lequel
il propota divers Evêchez , & entr'autres
l'Archevêché d'Athenes pour M. Maffei ,
que Sa Sainteté a auffi nommé fon Nonce
Extraordinaire à la Cour de France .
Piij.
17.4 LE MERCURE
Reflexion für la maniere de Précher.
I tous les Ecoliers qu'on envoye au
S Ecole
College n'étoient pas au bout de quelques
années , plus inftruits ni mieux dif--
ciplinés qu'au premier jour , n'y auroit- il
pas lieu de conclure que le Maître auquel
on les a envoyés , n'a pas la methode
d'enſeigner.
Il y a un tems infini qu'on prêche , les
Chaires font pleines de Predicateurs qui
font fuivis avec affluence , & cependant
vous ne yoyés pas les hommes plus inftruits
, ni plus faints qu'ils l'étoient dans
leur bas âge , & peut- être le font- ils moinspour
la plupart , qu'ils ne l'étoient.aufortir
de leur Catechifme...
Que conclure ?
Dira-t'on que c'eft la faute des Auditeurs
? Comme les hommes étoient .
moins dociles que les enfans ; au contraire
, ils ont plus de difpofition , puifqu'ils
vont eux - mêmes dans l'intention
de fe faire inftruire au lieu que les enfans
y vont fans aucune difpofition , feulement
parce qu'ils y font menés , & fouvent
malgré eux ; avec cela on ne laiffe
pas que d'inftruire les enfans ; d'où vient.
n'inftruira -t'on pas les hommes ?
DE FEVRIER . 173
Dira- t'on qu'il n'y a plus rien apprendre
aux gens du monde aprés le Cates
chifme ? C'elt comme fi on difoit qu'il
n'y a plus rien à apprendre à celui qui
fçait l'Alphabet ; le Catechiſme contient
les principes de la Religion , mais ce n'eft
pas affez , il y a la liailon des principes ,
qui forme , pour ainfi dire , le corps de
la Religion , & c'eft cette liaiſon des principes
qu'il faut apprendre aux hommes
c'eft là leur Catechifme ..
Dira- t'on que c'eft la faute des Predi
cateurs , qui ne font ni affez habiles , ni
affez zélés ? Il faut rendre cette jufticè
qu'on voit des Predicateurs d'une vie exem
plaire , & d'un génie fuperieur , & qui
cependant ne font pas plus de progrès que
les autres fur l'efprit des Auditeurs .
Voyons donc fi ce peu de progrès në
vient pas du defaut de la methode .
Qu'est- ce qu'un Sermon ? C'eſt un grand
difcours que fait un Predicateur fur un
texte , qui pour le commun des hommes
ne dit rien , ou peu de chofe , & qu'il tâs
che à rendre fertile par la fecondité de
fon imagination ; Quel prodige ! c'eſt un
grain dont il entreprend de faire une moif
1on entière.
Ce difcours eft communément d'une
heure , für quelque fujet que ce foit ,
bref
ou long , il faut remplir neceffairement cet
P. iiij.
176 LE MERCURE
elpace qui eft preſcrit , fans fortir , s'il fe
peut , de fon texte.
Le Sermon doit avoir deux parties , &
n'en peut avoir plus de trois ; le Predicateur
eft aftreint à cette mefure , il faut
qu'il prenne deux ou trois repos , & n'en
peut pas donner davantage à fon Auditeur.
A l'égard du ftile , il ne doit pas être .
commun , le difcours doit être élevé
fleuri , varié , fans écart & fans repetition ,
uu Predicateur qui a acquis ce grand talent
d'éloquence croit avoir tout fait .
Après cela doit-on s'étonner files Predicateurs
font fi peu de fruit ? la raiſon
en est bien naturelle ..
1. Cette maniere de prêcher n'eft point
proportionnée à la portée de l'Auditeur ;
d'un mot ou d'un texte tirer tout un Sermon
, c'eft promener l'Auditeur dans les
efpaces imaginaires , il ne fçait où il eft ,
il n'a plus de prife ; le prêcher pendanɛ
une heure entiere avec fi peu de repos ,
c'est l'étourdir & non l'inftruire ; compo
fer un Sermon pour le debiter de memoire
, c'eft fe donner en fpectacle , c'eft
vouloir prouver qu'on a de grands talens ,
c'eft aufli tout le fruit qu'on en doit attendre.
Que faut il donc faire ?
2. Il faut fe mettre à la portée des .
Auditeurs , & ne leur pas croire plus d'ef
DE FEVRIER . 177
prit qu'ils n'en ont , ne fe point donner la
torture pour en avoir plus qu'eux , ne traiter
que des fujets fenfibles & d'une maniere
aifée , les verités même les plus ab
ftraites deviendront familieres , fi on les
appuye folidement , fi on en dévelope bien
les principes , fi on en fait voir la neceflité
, la fageffe & l'utilité ; le ftile leplus
naturel & le moins étudié , fera plus
d'impreflion fur tous les efprits , qu'un riche
amas de paroles & de belles penfécs .
3. Comment inftruit on les hommes
en quelque genre que ce foit ? ce n'eft point
par un long difcours debité avec emphafe ,
c'eft par des propofitions fimples , claires
& intelligibles , repetées autant de fos
qu'il eft neceffaire pour les faire com
prendre.
2
4. La repetition qu'on évite , comnie
une marque de fteriliré de la part de celuiqui
parle , et neceffaire pour forcer les
barrieres de l'efprit de celui qui écoute
la conception de l'Auditcur ne marche pas
comme la voix du Predicateur ; à mofure
que le Prédicateur debite , fa memoire fe
foulage à mesure que l'Auditeur écoute,
fon attention fatigue ; écouter , c'eft penfer,
& plus que penfer ; car c'eft penfer
non felon fon génie , mais felon le génie
de celui qui parle.
5. Si un Predicateur prêchoit à un
178 LE MERCURE
homme feul , il fe donneroit bien de garde
de prêcher comme il fait , ne parlant que
pour être entendu , il donneroit le tems
à celui qui l'écoute de le concevoir ; ik
recommenceroit deux fois , trois fois cet
qu'il n'auroit pas entendu la premiere , lo
nombre des Auditeurs ne les rend pas plus
intelligens , au contraire , le nombre dé
tourne l'attention ; un Predicateur eft moins
entendu quand il prêche à plufieurs , que
s'il parloit à une feule perfonne , & coina
me fouvent il ne pourroit pas être entendu
de fon feul Auditeur d'une intelligence
ordinaire s'il ne recommençoit plus d'une
fois la même chofe , il doit conclure qu'il
fort fouvent de Chaire fans avoir été entendu
de perfonae ; fon difcours eft un
torrent quia paffé en prefence d'une grande
Affemblée , qui n'en a , pour ainsi dire ,
rien retenu .
A
"
6. Loin de tirer vanité d'un Sermon
compofé avec beaucoup d'art , un Predi
cateur feroit bien humilié s'il penfoit fe
rieufement que toute la peine qu'il s'eft
donnée , n'a fervi qu'à endormir les uns ;
& ennuyer les autres , & qu'il n'a été
peut- être entendu de perfonne.
Conclufion.
7. Les enfans profitent au Catechifme;
& les hommes ne profitent point au Ser
c'est donc que la methode - du Camon
;
DE FEVRIER . 179
techifme eft plus propre pour inftruire que
celle du Sermon ; il feroit donc à propos
de remettre les hommes au Catechifine ,
je ne dis pas pour leur apprendre la même
chofe qu'aux enfans , mais pour leur ap
prendre par la même methode les chofes
les plus élevées .
MORTS ETRANGERES..
OM Alfonfo Botheo de Soufo, Doyen
du Confeil Royal de Portugal , Chancelier
des trois Ordres Militaires , & Che--
valier de l'Ordre de Chrift , mourut le .
Decembre 1720 , âgé de 83 ans .
Anne Marie-Therefe de Meyftetten ,
épouſe d'Antoine Erneſt Barchard , Baron
de Birckenſtein , Seigneur de Bestuvin &
de Kuchel , Confeiller Aulique de l'Empe
reur , & premier Ingenieur au Royaume
de Boheme , mourut à Vienne le 24 Decembre
, âgée de 49 ans.
Helene Frederique Baronné de Berg &
Herndorf, époufe de Silvio Frederic Comte
de Dyhem , Baron de Schenau , mourut
à Vienne le 26 Decembre , âgée de 18 ans .
Jean Georges Comte de Sonniock , Baron
de Budeti , Chambellan de l'Empereur,
mourut le 4 Janvier 1721 , âgé de 64 ans .
N. de Wederkopf, Confeiller au Confif
180 LE MERCURE
Privé de Duc de Holftein mourut
Hambourg le 16 Janvier en fa 81 année .
› Le Chevalier Charles Cooke , l'un des.
Commiffaires du Commerce , & Alderman
de Londres , mourut le 13 Janvier.
François- Georges d'Engel , Comte de
Wagrain , Confeiller d'Etat & Chambellan
de l'Empereur , mourut le 15 Janvier , âgé
de Gians.
Dom Jofeph de Ozcariz , Conſeiller au
Confeil Suprême du Roy d'Efpagne , General
de l'Inquifition , Chevalier de l'Ordre
de Saint Jacques , & grand Collegial de
Saint Barthelemy de Salamanque , mourut
à Madrid le Janvier , âgé de 53 ans.
Le P. Barthelemy de Eleazar , Jefuite ,
connu par plufieurs Ouvrages qu'il a donnés
au Public , mourut à Madrid le Janvier
en fa 73 année.
Fulvio Aftalli , Romain , qui avoit été
nommé Cardinal en 1686 par le Pape Innocent
XI, mourut Doyen du facré College
le 14 Janvier , en fa foixante- fixiéme année
, & en la trente quatrième de fon
Cardinalat.
Le Lord Oliphant , Seigneur Ecoffois
mourut le Fevrier : par fa mort cette
famille fut éteinte..
DE FEVRIER .. 181
Le Sieur Fatti , Mellinois , Secretaire
du Gouvernement , mourut à Rome le
16 Janvier.
Le jeune Prince dont l'Archiducheffe
d'Autriche , époufe du Prince Electoral
de Saxe , étoit accouchée depuis peu ,
mourut le 22 Janvier , âgé de deux mois
quatre jours.
MARIAGE.
Ferdinand Leopold Comte de Herberftein
, époufa le 15 Janvier Marie - Anne
Baronne de Ulm , Dame de l'Imperatrice
regnante,
NAISSANCES,
La nuit du premier au deux Janvier la
Princeffe époule du Duc Erneft Ferdinand
de Brunfwick - Beyeren , accoucha d'un
Prince.
Le 17 Janvier la Princeffe Palatine de
Sultzbach , fille unique de l'Electeur Palatin
, accoucha de la Princeffe Marie Elizabeth
Augufte Louiſe Innocente Caroline
Eulalie.
Le 8 Janvier la Connêtable Colonne
accoucha à Rome de la Princeffe Marie
Victoire.
"
182 LE MERCURE
CHARGES ET DIGNITEZ.
Le Decembre 1720 , le Roy de Portugal
nomma à l'Archevêché de Goa ,
Primatie des Indes Orientales , le Pere
Ignace de Sainte Therefe , Chanoine Regulier
de Saint Auguftin , & Docteur de
P'Univerfité de Coimbre.
A l'Evêché des Iflès du Cap Verd , le
P. Jofeph de Sainte Marie , & cy devant
Gardien du Seminaire de Varatrio.
Et à l'Evêché de Cochim dans la Province
de Malabao , le P. François de Valconcellos
de la Compagnie de Jefus.
Sa Majefté donna à Don Jofeph d'Acunha
Brochado , cy- devant fon Envoyé
extraordinaire en Angleterre , la Charge
de Chancelier des Ordres Militaires.
Et à Don Louis de Lima , Clerc Regulier
de la Providence , la Charge de
Secretaire des Langues dans le Secretariat
d'Etat.
Le Decembre 1720 l'Empereur donna
à Cefar Comte Barbiani , Marquis de Belgioiofo
, Colonel du Regiment de Dragons
de Walmerode , la Charge de Sergent
general.
DE FEVRIER. 183
"
Au Prince Trivulce , celle de Colonel.
Et à N. Koning , ancien Capitaine de
Grenadiers , celle de Major de la Fortereffe
de Bude .
En Janvier 1721 Sa Majesté Imperiale
nomma à l'Evêché de Neuftadt N. Comte
de Rovere .
En Janvier le Roy d'Efpagne s'étant
fait remettre entre les mains tout ce qui
concernoit l'adminiſtration des Finances ,
dont le Marquis del Campo Florido avoit
la direction , Sa Majefte ordonna à Don
Nicolas Hinoiofa Treforier general , de
rendre fes comptes , & donna fa Charge à
Don Fernando Verdes de Montenegro.
Sa Majesté nomma Brigadiers de fes
Armées , Don Jofeph de Cordoue d'Alagon
, & le Chevalier de Gomicourt.
Donna le Regiment d'Infanterie de
Valdemazara , à Don Antonio Garafalo,
La Lieutenance-Colonnelle du Regiment
de Cavalerie d'Andaloufie à Don Pedro
Ignatio Patino , Capitaine .
Celle du Regiment de Cavalerie de Salamanque
, à Don Pedro Ponce de Leon.
Et celle du Regiment de Caftille Infanterie
, à Don Lorenzo Narvaez , Commandant
du fecond Bataillon .
Quelques jours aprés Sa M. Catholi
que donna à Michel Duran , Marquis de
Tolofa , Secretaire des Dépéches de la
184 LE MERCURE .
Marine & de la Guerre , la Charge de
Confeiller au Confeil Suprême des Indes.
Les Charges de Secretaires des Dépêches
de la Marine & de la Guerre à Dom
André de Pés, & à N. Marquis de Caſtelar.
A Don Gratian de Peralta , & à Don
Manuel de Buftamente , celles d'Auditeurs
daus la Chancellerie de Valladolid .
Nomma Maréchal de Camp Dom Emanuel
Navarra , Brigadier.
Donna la Charge de Soû- Lieutenant
des Gardes du Corps de la Compagnie
Italienne , à Dom Nicolas Sangro , qui
en étoit Brigadier.
Celle de Guidon de la même Compagnie
, à Dom Michel de Cavanillas.
La Lieutenance Colonelle du Regiment
de Dragons de Belgia , à Dom Guilelmo
Amoir , Capitaine .
Celle des Dragons de Sarragoffe , à Dom
Francifco Moret , aufli Capitaine.
Le
Janvier , le Pape accorda au Cardinal
Aquaviva , pour le Chevalier Sachetti
, la Commanderie de Lodi dans le
Milanez vacante par la mort du Com- >
mandeur Sachetti.
Et au Comte de Bonarelli , la Charge
de Cornette des Cuirafliers , vacante par
la mort du Chevalier Eustache Molca .
Le 14 Janvier , le Comte de Sutherland
& l'Amiral Bing pretérent ferment en qualité
DE
185
FEVRIER.
lité de Confeillers au Confeil Poivé d'Angleterre
, & y prirent feance .
Le 3 Fevrier , le fieur Aiflabie , Chancelier
de l'Echiquier , fe démit de cette
Charge .
Et Sa M. Britannique donna le Gouver
nement du Château de Darmouth , à N.
Treby , Colonel du Regiment des Gardes.
Le Janvier , le Roy de Suede donna:
la Charge de Grand Maréchal , au General
Axel Spar,
Celle de Grand Chambellan , au Baron
de Toraflycht , Colonel du Regiment des
Gardes .
Celle de Prefident du Confeil des Mines
, que poffedoir le fieur Spens Senateur,
au fieur Bonde Intendant d'Oftrogothio .
L'Intendance d'Oftrogothie , au fieur
Cruys.
Celle de Calmar , vacante par la mort
du Comte de la Gardie , au Major Gene-
-ral Fletuvood.
Et le Baron de Falftrow fut nommé
Prefident du Tribunal de Wilmar.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat
EROY s'étant fait reprefenter en
fon Confeil l'Arreft rendu en icelui le
21 Janvierdernier , par lequel Sa Majellé
186 LE MERCURE
auroit ordonné que les anciennes Efpeces
à reformer ne continueroient d'être reçûës
dans les Bureaux des Recettes du Roy que
pendant le mois de Fevrier auffi dernier ;
& Sa Majesté étant informée qu'il eft neceffaire
pour le foulagement des Contribuables
les plus éloignez , de faire rece
voir dans lefdits Bureaux les Efpeces à
reformer fur le même pied qu'aux Hôtels
des Monnoyes : A quoy voulant pourvoir,
Ouy le Rapport du Sieur le Pelletier de la
Houffaye , Confeiller d'Etat ordinaire &
au Confeil de Regence pour les Finances ,
Controlleur General des Finances : SA
MAJESTE ESTANT EN SON CONSEIL....
de l'Avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , a ordonné & ordonne , que les
Efpeces à reformer feront reçûës en payement
des Droits du Roy dans tous les Bareaux
des Recettes de Sa Majefté jufqu'au
jour de la publication du premier Arreſt
de diminution , fur le même pied qu'aux
Hôtels des Monnoyes. Veut au furplus Sa
Majefté que l'Arreft de fon Confeil du
21 Janvier dernier foit executé felon ſa
forme & teneur , ce faifant , que les anciennes
Efpeces à convertir continuent d'être
prifes à la Piece dans lefdits Bureaux
"jufqu'à la prochaine diminution fur le pied:
fixé par l'Arreft du Confeil du 18 Novembre
1720 , & que toutes lefdites Ef
·
DE FEVRIER. 187
peces tant à reformer qu'à convertir , ne
puiffent plus eftre expofées dans le Public ,
ni gardées par les Particuliers & Communautez
fous les peines portées par ledit
Arreft & autres Reglemens. Enjoint Sa
Majefté aux Officiers des Cours des Monnoyes
, & aux Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces & Ge
neralitez du Royaume , de tenir la main à
l'execution du prefent Arreſt qui fera lû
publié , regiftré & affiché par tout où befoin
fera , & fur lequel toutes Lettres neceffaires
feront expediées . Fait au Confeil
d'Etat du Roy , Sa Majesté y étant , tenú
à Paris le quarriémé jour de Mars mil fept
cent vingt un. Signé , PHELYPEAUX.
L
ERRATA.
'Abbaye de Morigny , dont on a parlé
dans la Lifte des Benefices du mois dernier
, vaquoit par la mort de M. le Sage ,
Aumônier de feuë S. A. R. Madame ,
Douairiere de Guife , & non pas par M.
Philippe Malet , qui a laiffé vacante par fa
mort l'Abbaye de Valence , Dioceſe de
Poitiers.
L'Abbaye de la Nouvelle de N. D.
Gourdon , Diocefe de Cahors , qui vaquoft
Qij
You' LE MERCURE
par la déreiffion de M. N. d'Eñaut en 1717 ,
a été donnée à M. Bailli .
P. 120 , penfion de 600 livres à M.
Lardy , Chanoine de Sainte Croix de la
Bretonnerie .
>
Dans la Piece de M. Moreau de Montour
imprimée le mois dernier , au:
15 Vers , life , Jadis Artus ce fidelle Efpion.
Au 28 , life , Or tout confideré.
La maladie de l'Auteur eft caufe qu'il
s'eft gliffé deux fautes confiderables dans
le Mercure de Janvier. L'une , que M. le
Maréchal d'Eftrées avoit eu de la Cour ,
à fon retour des Etats de Bretagne , une
penfion de 40000 écus , ce qui eft abſo-
Jument faux ; la feconde faute roule fur
M. Andri Medecin , puifqu'il n'est point
vrai qu'il ait été nommé à un des fix Departemens
de la Biblioteque du Roy..
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Fevrier 1721
& j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreflion
. A Paris ce 4
Mars 1721.
HARDION
.
D
TABLE.
ن م
' alogue d'Apollon & Mercure.:
Lettre de M... fur la longueur
la brieveté de la vie des hommes. 24
Memoire pour fervir de Supplément à la
Diſſertation inferée dans le Mercure du
mois de Septembre dernier , fur les Dignitez
hereditaires attachées aux Terres titrées
Par Monfieur D. L. R.
2
3.8.
47
Lettre d'Alcibiade à Periclés.
Ceremonies & Coutumes de tous les Peuples
du Monde , reprefentées par des Figures
deffinées de la main de Bernard Picart ;
avec une explication historique , & les;
; Differtations de plufieurs Sçavans , qui
étoient devenues rares.
Arrefts , Edits & Declarations.
73
78
Extrait du mariage fait & rompu , Comedie
en trois Actes, par M. du Frêni .
L'heureuse Esclave..
102
ILI
Morts de Paris.
Mariages,
124
128
Au Roy , fur le jour de fa naissance . 130 '
A Mademoiselle de G *** fur ce qu'elle
dormoit beaucoup. ·
Enigmes.
Chanson.
1333
135
137
Refrain fur une Lampe , à Madame de ***
139
Journal de Paris. 141
Extrait d'une Lettre écrite par M. le Curé
d'Allonville à M. de Fourcy Abbé de Saint
Vandrille , le 7 Janvier 1721. 144 .
A Saint Jean d'Angely , le 11 Fevrier
1721. 146
Benefices donnez.· 147
Refultas de la Banque du 27 Fevrier
1721.
Nouvelles
Etrangeres.-
Reflexion fur la maniere de Précher.
Morts Etrangeres .
Arreft des Monnoyes
158
161
174
179
185
LE
NOUVEAU
MERCURE.
MARS 1721.
Le prix eft de vingt - cinq fols,
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.'
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rug
S. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THEN . W YORI
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LEXA
TILDEN FODATIO
1995
AVIS.
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
ils resteront au refans
quoy
but.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bú CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On trouve chez A. D. Rogiffart , Librai
e à la Haye , tous les Mercures de
Paris. On prie les perfonnes qui voudront
lui addreffer des Paquets de France à la
Haye , de les envoyer auparavant ,
chis de ports , à M. Buchet Auteur du
Mercure qui les fera tenir au Sieur Rogiffart
.
affran-
De l'imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
MERCURE .
SUITE DU
SONGE
d'Alcibiade.
N doux
penchant , un
parterre
émaillé de mille fleurs , me
conduifirent
dans un lieu fi
rempli de
merveilles , que je
me crus tranfporté
par
enchantement
dans
le fejour des
Divinitez ; mes yeux ne me
fuffifoient
pas pour tant de beautez , &
je devorois
avec
rapidité
tous les objets
qui fe prefentoient
, fans me donner le
tems de les
démêler. J'arrivai au milieu
de quatre
allées ; une foule
prodigieufe
de
peuple
accouroit de toutes parts : Le fpetacle
devint
tragique , après m'avoir
d'abord
agreable. Les uns paffoient
fur le
pary
ventre des autres pour y arriver les pre-
. A ij
4 LE MERCURE
miers ; je voyois des morts & des mourans
à droite & à gauche , qui avoient le vifage-
Fourné de notre côté , comme pour témoigner
le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir pu y arriver. Je demandai
à Socrate la raifon d'une fcene fi terrible
; ce font , dit- il , des furieux , dès
foux , des ambitieux , qui facrifient indifferemment
leurs amis & leurs ennemis à leur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée , aveugle
qui a un pied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail auprès
d'une roue , & de fa gauche une
corne d'abondance , eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous me demandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
l'appellent la Fortune ; ils veulent qu'elle regiffe
le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée fur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
-monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MAR S.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exercent
les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des voeux & offrent fans ceffe
des facrifices . Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eſt naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez , que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeffes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité ,
ils envient encore jufqu'à l'air que les autres
refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pour recompenfe que le defefpoir de s'être
attachez à elle ; ils fe frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appellons
Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'efpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochaine
: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
comme s'ils joüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne , dorée ; mais qu'ils attendent
encore , ils verront leur efperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanouir au même moment : ce n'eſt
A j
4 LE MERCURE
miers ; je voyois des morts & des mourans
à droite & à gauche , qui avoient le vifage
tourné de notre côté, comme pour témoigner
le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir pu y arriver. Je demandai
à Socrate la raifon d'une fcene fi terrible
; ce font , dit- il , des furieux , dès
foux , des ambitieux , qui facrifient indifferemment
leurs amis & leurs ennemis à leur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée , aveugle ,
qui a un pied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail auprès
d'une roue , & de la gauche une
corne d'abondance , eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous me demandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
Pappellent la Fortune ; ils veulent qu'elle regiffe
le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée ſur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent .
DE MAR S.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exercent
les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des voeux & offrent fans ceffe
des facrifices . Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eft naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez , que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeſſes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité ,
ils envient encore jufqu'à l'air que les autres
refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pour recompenfe que le defefpoir de s'être
attachez à elle ; ils le frappent la poitrine ,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appellons
Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'eſpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochaine
: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
comme s'ils joüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne , dorée , mais qu'ils attendent
encore , ils verront leur eſperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanoüir au même moment : ce n'eſt
A ij
LE MERCURE
qu'un verre fragile ou une mer calme ,
fur laquelle les Navires fe joient , & qui,
l'inſtant après , ouvre des gouffres affreux
pour les engloutir.
Cette femme feroit moins dangereufe
à fuivre , fi elle n'étoit à craindre que par
fa legereté ; car ce n'eft pas la faute fi les
hommes lui donnent trop de confiance.
Ce qu'on voit de plus condamnable en
elle , c'eft le peu de choix avec lequel
elle difpenfe fes faveurs , c'eft parce qu'elle
eft aveugle. Ainfi , vous voyez les méchans
comblez de biens , qui ne font dûs qu'aux
Bons , & acquerir par des crimes les honneurs
qu'elle refuſe à la vertu.
On méprife , on abhorre le vice , & on
le couronne. On loue , on eftime la vertu ,
& on la laiffe dans l'indigence. C'eft ce
qui a donné lieu à quelques-uns de dire ,
que les Dieux ne fe mettent point en
peine des chofes d'ici bas , puifque les
bons étoient prefque toujours neceffiteux ,
pendant que les méchans fe voyoient comblez
de profperitez mais ces impies ne
fçavent pas que ces mêmes profperitez
font les boureaux des méchans ; ils ignorent
que les Ethiopiens , faute de fer ,
accablent de chaînes d'or leurs criminels :
en font-ils plus heureux ces captifs , qui
ne deviennent plus riches qu'à meſure
qu'ils deviennent plus coupables ? & la
liberté eft - elle moins à regretter fous le
DE MARS. A
poids de l'or que fous celui du fer ? Il en
eft de même de ceux que la fortune pre
fere aux gens de bien : Nous nous imaginons
que c'eft une grace , & ce n'eft qu'un
artifice cruel , pour les rendre plus miferables
; car la poffeffion des richeffes jette
les hommes dans l'immoderation , & les
defirs qui viennent de l'immoderation , les
agitent bien plus que ceux qui naiffent des
fimples befoins.
Les appas que cette Déeffe prefente , cou
vrent un hameçon dont la bleffure eft
mortelle ; c'eft avec cet hameçon qu'elle
furprend ceux qui ne font pas fur leurs
gardes fes faveurs font encore plus dangereufes
que le Thirle de Bachus , dont
les feuilles vertes cachent la pointe cruelle.
Le poifon ne fe prefente pas dans l'argile,
il n'eft à craindre que dans les vales precieux
, & quand il eft mêlé avec le vin
de Thaze.
Mais pourquoi , lui demandai-je , tous
ceux qui viennent de quitter la fortune,
ne s'en retournent- ils pas par le même
chemin?Qu'importe , me répondit Socra
te , ils courent également à leur perte ,
c'eft -à-dire à la volupté , & c'eft leur
mauvais genie qui les y conduit par diver-
Les voyes.
Le penchant au mal embraffe plufieurs
fentimens , & ces fentimens font expri
A iiij
3. LE MERCURE
mez par les differens fentiers que prennent
ceux que la fortune a comblez de fes faveurs.
Chaque route que ce penchant fait
fuivre , aboutit à un précipice : Ceux qui y
marchent , y tombent inévitablement. Il
n'en eſt pas ainſi du bien ; un feul vice
nous conduit à notre perte ; une feule vertu
ne nous mene point à notre felicité . Il
n'eft pas neceffaire , pour eftre condamné
par les Juges qui pefent aux enfers les
vertus & les vices des mortels , d'être coupable
de tous les crimes ; mais on ne peut
parvenir au fouverain bien , qu'en pratiquant
toutes les vertus. Un feul vice fuffit
pour nous perdre , il porte avec lui , en
quelque forte , le poifon de tous ceux dont
nous fommes innocens. Une feule vertu
que nous n'avons pas , nous éloigne de
notre bonheur , & nous ôte le merite de
toutes celles que nous avons. Il faut donc ,
Alcibiade , eftre exemt de defauts pour
eftre uni au fouverain bien , qui eft le
centre de notre ame ; car comme le fouverain
bien eſt un eftre pur & l'exclufion
abfoluë de toute imperfection , nous ne
fçaurions y atteindre & le poffeder , fi nous
ne devenons purs comme lui par l'habitude
de toutes les vertus & par la feparation
abfoluë de tous les vices . Toute union
fuppofe des rapports & des proportions
neceffaires , & il ne peut y avoir de rapDE
MAR S.
port ni de proportion entre cet Etre parfait
& nous , tant qu'il y aura dans une
ame un affemblage de bien & de mal , un
cahos & une confufion monftrueuſe de
vertu & de corruption.
Ne doutez point que tous ceux que vous
voyez s'écarter en tant de differens ent
droits , ne courent à leur . perte certaine :
Suivons- les , vous ferez témoins de l'ulage
qu'ils vont faire de leur nouvelle profperité
, & vous verrez que le premier fruit
qu'ils en retirent , c'eft d'être méchans impunément
, & de jouir à force d'argent des
avantages de la vertu , en perfiftant toujours
dans le vice.
•
L'allée dans laquelle nous étions , aboutiffoit
à un édifice magnifique ; on l'auroit
cru élevé par les Dieux ; on n'y voyoit
partout que des chefs - d'oeuvre de l'art.
Quel fuperbe portique fur la gauche , &
quel ample theatre s'offroit fur la droite !
Tout le marbre de sparte & du mont Hymete
, fembloit y avoir été tranfporté : Le
frontifpice étoit fi haut , que les figures
qui l'ornoient , fe perdoient prefque dans
les nuës , comme pour approcher du fejour
des Divinitez le maître de ce Palais , ou
pour l'y faire adorer avec plus de magnificence
que ne le font les Dieux mêmes
dans leurs Temples.
- Ciel , ô Ciel , s'écria Socrate ! quelle
RO LE MERCURE
folie , quel ridicule foin des hommes ! les
uns bâtiffent , comme s'ils étoient furs de
Pimmortalité ; les autres font des amas
pour leurs feftins , comme s'ils devoient
manger aux Enfers. C'eft l'ambition feule.
& non le mépris des richeffes qui leur fait
fouler aux pieds l'or & les pierreries :
Leurs plafonds dorez , leurs murs incruftez
de marbre , leurs pavez de pierres rapporrées
, & de tant de couleurs afforties , ne
edent point aux tableaux des plus excellens
Peintres.
Après avoir parcouru toutes les merveil
les de cet édifice , nous paffames dans une
gallerie que foutenoient des colonnes de
marbre d'une hauteur & d'une beauté extraordinaire
; des ftatues y étoient placées
d'efpace en efpace ; les noms des celebres
Sculpteurs , Phidias & Praxiteles , qui
étoient gravez fur les bazes , montroient
l'excellence de l'ouvrage . Dès que Socrate
les apperçut , fes yeux & fon vifage changerent
fi promtement , qu'on l'auroit cru
agité du méme efprit que la Sibylle Delphique.
Enfin , dit il , enfin ! voilà le vice dans
fon dernier excès , & la pofterité n'y pourra
plus rien ajouter : c'étoit peu pour les fujets
de la volupté que leurs honteux débordemens
, il falloit encore que leurs aneêtres
, ces grands perfonnages , en fuffenc
DE MAR'S. !
les témoins , & en paruffent les approbas
teurs. Leurs neveux dans les fiecles à venir
n'auront-ils pas lieu de croire que tous les
crimes leur feront permis , & que ces grands
hommes étoient complices de ceux de leur
famille , quand ils verront leurs ftatues
placées dans le même ordre que celles qui
reprefentent les débauches de leurs enfans?
Quelle difference , cher Alcibiade , entre
celui qui né obfcurément , brille par le feut
éclat de fes actions , & celui qui forti de
la pourpre , ne fe pare que de la nobleffe
de fes Ayeux ! A quoi fert d'épuifer vos
foins pour chercher fi vos ancêtres vous.
font defcendre d'Hercules , & fi vous pou
yez monter fans interruption jufqu'à Jupiter
même ? A quoi cette folle curiolité
vous mene-t'elle , qu'à fignaler votre va
nité , & qu'à montrer que vous eftes digne
de mépris , fi vous ne leur reffemblez pas ,
& fi de tout ce qu'ils ont été , il ne vous
refte que leur nom que vous deshonnorez,
& que le peuple vous donne à regret ? La
gloire de vos Ancêtres fait l'éclat de votre
naiffance ; mais la gloire de vos actions.
doit faire l'éclat de votre vie . L'admiration
& Pimmortalité qu'ils le font acquifes ,
ne ferviront qu'à vous rabaiffer , fi vous
ne marchez fur leurs traces , & leur reputation
vous accablera de honte , fi loin de
nous donner occafion de comparer votre
12 LE MERCURE'
gloire avec la leur , vous nous obligez au
contraire de comparer vos vices avec leurs
vertus. Vous vivez dans la plus floriffante
partie de l'Univers , la nobleffe & la gloire
de vos ayeux ne vous y laiffent rien à
defirer , & la route que vous devez ſuivre,
eft toute frayée.
Dans le tems que Socrate me parloit ,
une troupe de domeftiques plioit fous le
poids des baffins qu'ils portoient. Un
Trompette qui avertiffoit de l'heure du
repas , marchoit à leur tête . Le bruit avoit
interrompu Socrate , c'eft pour ne pas perdre
un inftant de chaque journée , reprit- il ,
que cet homme avertit de chaque plaifir.
Entrons dans ce falon avant que les conviez
arrivent.
Des lits de pourpre étoient rangez autour
d'une table de cedre , admirable par
le bizarte mêlange des couleurs & des veines
differentes dont elle étoit fouettée :
elle étoit foutenue par des dents d'Elephant
, où l'on voyoit en bas relief le feſtin
des Dieux après la defaite des Geans , &
les nôces de Thetis & de Pelée ; cet ouvrage
étoit le chef- d'oeuvre de l'Afrique .
A droite , s'élevoit un Buffet fuperbe ,
Mentor en avoit gravé tous les verres ,
& Mios s'étoit furpaffé dans les bas reliefs
qui paroiffoient fur les coupes de criſtal .
L'on voyoit fur ce Buffet peu de vales
DE MAR S.
13
d'or la porcelaine & le criftal en faifoient
tout l'ornement , & leur fragilité ,
tout leur prix . C'est là , me dit Socrate ,
le veritable luxe , que de le faire conſiſter
en des chofes que l'on puiffe perdre tout
d'un coup & fans reffource. Ne diroit- on
pas à voir cette profufion de vafes , que
le nectar n'eft delicieux que dans l'émeraude
, & qu'il perd fon prix dans l'argile ?
Mes yeux étoient occupez à ce fpectacle,
& mes oreilles au difcours de Socrate ,
quand un bruit confus me fit comprendre
que les conviez arrivoient. Deux femmes
venoient les premieres , l'une étoit d'un
embonpoint extrême ; elle avoit la peau
blanche , le vifage gay , le teint frais &
vermeil ; l'autre avoit les cheveux épars ,
elle fembloit plutôt traîner que porter fa
robe qu'elle n'avoit qu'à moitié mife : Son
air étoit lent , fa démarche negligente
; le fommeil étoit encore répandu fur
fon vifage. A peine fes yeux pouvoient
fupporter l'éclat du jour ; fa tête étoit
chancelante fur fes épaules ; elle avoit
pourtant de la beauté. Connoiffez - vous
ces deux femmes , demandai-je à Socrate ?
Quy , dit - il , leur figure m'apprend ce
qu'elles font celle que vous voyez la premiere
, fe nomme l'Intemperance ; elle vient
de faire un repas en fecret , qu'elle n'a
quitté que pour le mettre à cette table.
14 LE MERCURE
.
L'autre qui fe frotte les yeux , qu'elle
n'ouvre qu'à peine , eft nommée par les
femmes qui s'aiment , le Repos ; mais fon
veritable nom eft la Pareffe . Elle fort de
fon lit , & va le recoucher fur celui que
Nous voyez , la tête encore remplie des
vapeurs du fouper du jour precedent.
Après ces Dames , on vit paroître le
refte des convięz . On leur prefenta de
l'eau de neige pour fe laver les mains ,
puis dans des vales d'Onix , des parfums
pour les cheveux qu'ils ceignirent enfuite
de couronnes de fieurs de differentes eſpe
ces , & tous fe coucherent . Que j'approuve
leur précaution ! dit Socrate , ils embaument
le cadavre , de peur qu'il ne fente
mauvais mais qu'ils y font peu de reflexion
, & quelle difference ils feroient des
foins qu'ils doivent à leur ame , d'avec
ceux qu'ils donnent à leurs corps , fi l'idée
de fon immortalité leur étoit prefente , &
fi la brieveté des fleurs dont ils ornent
leurs têtes , les pouvoir faire fouvenir de
la brieveté de leurs jours !
Quelle quantité de mets accable les valers
, & quel poids il faut que cette table
foutienne elle tremble fous les piramides
de viandes que l'on fert , moins pour le
goût que pour le luxe & la profufion.
Les oifeaux de Colchos n'y paroiffent excellens
que par les difficultez qu'il faut
furmonter pour les avoir. Les poiflons ne
-DE MARS. T AS
font exquis qu'à proportion que les mers
où l'on les pêche , font éloignées ou orageufes
. Tout ce qui n'eft pas d'un autre
climat , eft rejetté. Que leur luxe eft ingenieux
! il leur fait trouver des ragoûts
dont un feul coûte leur patrimoine , &
fouvent celui qui les donne , s'acheteroit à
plus bas prix. Mais ce n'eft pas tout , leur
vanité ne feroit pas fatisfaite , fi vous ignoriez
les lieux d'où viennent leurs vins . Les
cruches bouchées de poix & de maſtic ont
chacune leur écriteau , où l'âge & le pais du
vin eft marqué. Quelques Lettres reftées
fur ces vieux flacons , montrent qu'ils font
pleins de vin de Lesbos & de Leucade. D'autres
écriteaux leur annoncent les vins de
Thaze & de Coos ; rien n'eft oublié ni pour
la delicateffe ni pour le luxe de la table.
C
La falle du feftin retentiffoit des chants
& des ris des conviez , lorfque tout à
coup nous vîmes entrer une troupe de
Morions : l'un d'eux vêtu de pourpre , te
nant une lyre à la main, s'approcha de la
table , & mêlant l'harmonie de fon inftru
ment à la beauté de fa voix , impoſa ſilence
à toute l'affemblée. Je fus fi charmé
de tout ce que j'entendois , que tout ce
qu'on m'avoit dit d'Arion & d'Orphée ,
me parut vrai-femblable.
Après avoir été applaudi de tout le mon->
de , on lui fit recommencer l'air qu'il avoit
chanté , dont voici les paroles.
LE MERCURE
A rendre la vie agreable
sans seffe occupons noftre esprit ,
Fuyons l'ufage méprisable
Que le groffier vulgaire fuit :
Amis , paffons la nuit à table ,
Et confumons le jour au lit.
Dès qu'il eut achevé , il parut un Pantomime
, qui frapant un tambour de cuivre,
imitoit la danſe des Corybantes ; une femme
le fuivoit ; ils danferent enſemble avec .
mille poſtures lafcives , l'adultere de Mars
& de Venus.
- Quels affaifonnemens pour un repas ,
s'écria Socrate ! N'eft- ce pas là plûtôt ranimer
les paffions mourantes que fecourir
la fain ? Quelle difference de ces moeurs
à celles des Sages , qui n'allongent leurs
repas , que pour s'entretenir de l'immortalité
de l'ame , & pour s'inftruire entr'eux
des chofes les plus cachées de la Nature !
Mais ces Emportés que vous voyés , font
indignes de goûter de pareilles douceurs.
En voulant fatisfaire à toutes leurs paffions
à la fois , ils n'en contentent aucune.
Les odeurs exquifes leur deviennent fades ,
les mets les plus delicieux leur paroiffent
infipides ; leurs yeux ne font plus furprisi
des fpectacles les plus merveilleux , & leurs
oreilles s'endurciffent aux fons les plus touchans
;
DE MAR S. 17
;
chans ; l'excès des plaifirs, Alcibiade , en ête
tout le prix.
Qu'ils feroient heureux , Alcibiade , s'ils
en pouvoient demeurer- là ! Mais vous les
allés voir paffer fans interruption , du luxẹ
à l'excès , de la table & de l'excès de la
table , au jeu ; ils font aufli avares du tems,
qu'ils le devroient être , s'ils confacroient
à la Vertu les momens qu'ils donnent à
leurs plaifirs .
Je me tournai , & je vis des valets aprocher
des tables preparées pour toute forte
de jeux de hazard ; les autres ne les touchent
point , parce qu'on n'y perd pas
affez , ni affez tôt. Il étoit aifé de juger
par l'émotion des uns & par la pâleur des
autres , qu'un coup de Dez decidoit de
leur defefpoir ou de leur bonheur. Remarquez
vous , me dit Socrate , la frayeur
qu'ils ont d'amener le Chien , & les voeux
qu'ils font pour amener Venus : il ne manquoit
à leurs moeurs que de mettre le
bonheur fous le fimbole d'une femme auffi
perdue que celle- là.
Palamede auroit- il jamais crû que ce
qu'il avoit inventé pendant le Siége de
Troye , pour Ramufement & l'inftruction
des gens de Guerre , deviendroit le fujet
de la ruine des familles , & des diffenfions
domeftiques ? Mais c'est un effet du dereglement
des hommes de tourner à mal ce
B
18 LE MERCURE
C
qui ne feur a été donné que pour leur
ufage & pour leur utilité.
¿ Que faifons- nous ici , continua Socrate ?
ces infenfés vont paffer là toute la nuit ,
& l'Aurore les trouvera les. yeux attachés
fur cette table : c'eft leur coutume de renverfer
l'ordre de la Nature , & d'employer
à fatisfaire leurs paffions le tems qu'elle
a donné aux hommes pour le repos . Pendant
que le jour nous éclaire , portons
notre curiofité par tout , & voyons fi les.
plaifirs que donne la volupté , font d'un
fi grand prix , que l'on doive tout quitter
pour elle.
-
Voici l'heure que le fpectacle va commencer.
Dans ce Theâtre où vous voyez
que cette foule s'empreffe d'entrer
les
Acteurs font payés par ceux qui les vont
entendre , pour les entretenir de la douceur
des plaifirs , & pour amolir leurs coeurs'
par des fons lafcifs , & par des maximes:
voluptueufes. Nous étions à peine hors du
falon , que le bruit des inftrumens qui preludoit
, frapa nos oreilles : nous arrivâmes
à la porte du Theatre ; il y avoit un homme
qui exigeoit de l'argent de tous ceux
qui fe prefentoient. C'eft donc ici , comme
aux Enfers , me dir Socrate , il faut payer
pour aller aux fuplices. Serions nous affez
foux d'acheter un repentir , & de donner
notre argent pour une extravagance ? Nous
ર
DE MAR S. 19
retournions fur nos pas , quand le Portier
s'écria : Entrés , entrés ; les Etrangers ni
les Philofophes ne payent point ici ; cette
loy n'eft faite que pour ceux qui n'eftimeroient
pas les plaifirs , ils ne coûtoientcher
à obtenir. Nous entrâmes , & nous
primes les places les moins recherchées .
En un moment la foule y fut fi prodi- ·
gicule , que l'on auroit crû que toute une
grande Ville s'étoit épuifée pour formercette
affemblée. Les Dames & les jeunes
filles de qualiré brilloient dans des Loges
fuperbes les unes portoient leurs regards
avides fur les Balcons & dans l'Amphiteâtre,
pour y chercher leurs Amans : les autres
s'entretenoient d'amour avec les jeunes
hommes qui étoient avec elles . Quelquesunes
avoient leur vue attachée fur les coins .
du Theâtre , pour s'annoncer à des Acteurs
qui devoient ce jour- là porter les faveurs
qu'ils avoient reçûes d'elles. Quelques- autres
s'empreffoient pour de jeunesEtrangers.
dont la figure les avoit frapées, & qu'elles fe
difputoient déja avant que de les connoître .
C'est ici , me dit Socrate , que les vices
s'infinuent dans l'ame , à la faveur d'une
morale pernicieufe. A peine croyons - nous
être frapés , que nous fommes vaincus ;
la Volupté attaque ici la jeuneffe par tous
Les endroits par le fpectacle qui charme
les fens , par le langage qui féduit l'efprit,,
Bij .
20 LE MERCURE
& par les fentimens qui flatent le coeur.
Qui peut être affez en garde contre les
mouvemens qui portent au vice , pour refifter
à leurs pointes au milieu de tant de
dangers ? & fi l'on élude ce charme , qui
peut refifter à une foule d'exemples ? I
n'y a point de milieu , Alcibiade ; il faut
éviter les gens vicieux , ou le devenir avec
eux : l'exemple eft plus fort que le mal
même ; il acheve presque toujours ce que
la Volupté n'a fait qu'ébaucher.
Qu'eft-il befoin de fpectacles pour fe
rendre plus mauvais ? Ne l'eft on pas affez
par la Nature , fans emprunter le fecours
de l'art ? Dans ce monde les uns fervent
de fpectacle aux autres , & chacun à foimême
; mais ces fpectacles font d'un grand
ufage à qui veut les mettre à profit.
Le fpectacle que nous offrent les gens.
vicieux , nous doit donner de l'horreur
pour leur conduite , & nous faire aimer de
plus en plus la vertu. Celui que leur donnent
à leur tour les gens de bien , doit leur,
faire envier les jours fereins & les nuits
tranquilles que l'on paffe , quand on eſt
fous les Loix de la Sageffe , qui ne trompe
jamais ceux qui s'attachent à elle : & celui
que l'on fe doit à foi- même , eft un affem-.
blage d'actions vertueules , dont la vûedoit
nous exciter à en faire de nouvelles..
Mais pour celui- ci, on doit le regarder comrue
l'aprenuffage des vices . Aufli vous
DE MAR S. 21
voyés que les meres y menent leurs filles ,
comme fi les exemples domestiques qu'elles
leur donnent , ne fuffifoient pas , fans le
fecours des exemples publics , pour les rendre
femblables à elles .
On fit l'ouverture , & la toile ſe leva .
Caramallus & Phabaton danferent ; l'un ,
Leda ; l'autre , Semele ; mais avec different
fuccès. Caramallus fut applaudi, & Phabaton
fifflé . Quelle hardieffe , s'écria Socrate,
d'expofer fur le Theatre les fautes des
Dieux , & d'aplaudir par des poftures lafcives
, à des crimes que l'on ne peut avoir
trop en horreur ! Je ne pretends point defaprouver
la danfe. Les Lacedemoniens , qui
font , aprés les Atheniens , les plus fages de
la Grece , ont fait tant de cas de cet Art,
qu'ils tenoient de Caftor & de Pollux , qu'ils
avoient toujours accoutumé d'aller au combat
en danfant. Pyrrhus même étant devant
Troye , inventa une forte de danfe ,
que l'on nomma Pyrrique de fon nom , &
dans laquelle il exerçoit la Jeuneffe pour
la rendre plus agile à la Guerre. Mais ceux
qui renouvellent les crimes des Dieux dans
leurs Danfes , meritent d'être punis publiquement
, tant pour l'exemple qu'ils donnent
aux hommes , que pour leur audace
envers les Dieux . La Danfe finit , & la
Piece commença ; c'étoit Atys & Galatée.
Elle fut mal reprefentée : on auroit pris
2,2 LE MERCUREle
premier Acteur qui parut , plutôt pour
un des Ilotes de Sparte , que l'on expofe
dans les Places publiques , après les avoir
enyvrés , pour détourner la Jeuneffe de
l'excès du vin , que pour l'Amant de la
Nymphe Galathée ...... Remarqués , dir
Socrate , comme l'on rit de l'yvreffe de cet
Acteur ; rien ne vous doit prouver davantage
la corruption de ce lieu , que de voir
que l'on s'y fait un plaifir des choſes mêmes
que l'on doit abhorrer.
Confiderez les mouvemens voluptueux
de toutes ces femmes qui danfent ; c'eſt
dans ces mouvemens que l'on fait confifter
Ta perfection de cet Art. Celles à qui vous.
voyez que l'on aplaudit , font celles qui les
fçavent nieux exprimer ; ce font ces mêmes
femmes que l'on paye pour corrompre
la Jeuneffe.
Je demandai à Socrate quel étoit un
nouveau Spectacle , où tout le monde fe
preffoit d'aller .... Il nous faudroit bien
du temps , me dit - il , pour parcourir toutes
les chofes par lefquelles la volupté , fous
Lapparence du bonheur , arrête ici ceux
qui fe font livrés à elle : elle a plus de peine
que vous ne pensez , à affermir ſon Empire.
Comme il n'a rien de folide en lui - même,
elle tâche de le rendre agréable par la varjeté
c'eft pourquoi elle établit des prix
pour ceux qui inventent de nouveaux plaiDE
MAR S.
firs : il faut qu'ils fe fuccedent inceffamment
, afin qu'on n'ait pas le temps de refléchir
fur leur peu de folidité ; c'eſt d'où
dépend la grandeur de fon Empire. Si elle
les fufpend quelquefois , c'eft pour irriter
adroitement les defirs de ceux qui pourroient
s'en dégoûter par un trop frequent
ufage. C'eſt ainfi qu'en les laiffant libres
en apparence , elle refferre leurs chaînes.
On donnera la fin du même Songe le mois
prochain.
LE SOMMEIL INDISCRET.
les
LORIS & Lucile étoient liées
d'une amitié fincere , & l'on
peut dire qu'elles s'aimoient
comme deux honnêtes gens.
,
Auffi avoient- elles un excellent caractere.-
Cloris pour eftre vertueufe , n'étoit pas
moins fociable ; fi elle étoit fevere pour
elle - même elle étoit indulgente pour
autres ; & ce qui donnoit un nouveau.
prix à tant de fageffe , elle avoit tout ce
qui peut attirer des Seducteurs . C'eſt dommage
qu'un mois de foibleffe ait fait tort à
trente ans de vertu , & qu'elle ait donné fi
tard dans le piege que l'amour lui avoit
tant de fois dreffé inutilement..
24 LE MERCURE
Lucile Etoit d'un naturel fort heureux ,
mais qui fe fentoit un peu plus de l'humanité.
Si elle n'avoit point toutes les qualités
qu'il faut pour faire une femme de bien,
elle poffedoit celles qui forment un parfaitement
honnête homme. Elle avoit l'eſprit
bien fait , le coeur droit , & les manieres
aifées en un mot , fon plus grand défaut
( fi c'en eſt un aujourd'hui ) étoit d'être un
peu trop fenfible , & de n'être pas affez contanie.
:
Je ne m'amuferai point ici à détailler
leurs charmes particuliers . On a dépeint
tant de beautés differentes , que je ne fçaurois
plus faire que des portraits ulés . Je me
contenterai de dire qu'elles étoient toutes
deux d'une grande beauté , fans être d'une
extréme jeuneffe ; & ce qui eft préferable ,
elles avoient les graces de leur côté : Lucile
avoit plus de vivacité & d'enjoûment;
Cloris avoit plus de douceur , & fa modeftie
impofoit aux plus hardis . Elles éto ent
mariées l'une & Pautre. La premiere avoit
pour Epoux un vieux gouteur: qu'elle
haïffoit à la mort , non pas tant parce qu'il
étoit fon mari , qu'à' caufe qu'il étoit infiniment
haïffable. Celui de Cloris étoit plus
jeune ; elle l'avoit pris fans inclination
mais fans repugnance. Comme il avoit des
adorations pour elle , elle y répondoit par
beaucoup de bonnes manieres , & elle le
>
regardoit
DE MARS. 2.5
regardoit comme fon meilleur Ami. Le
mari qui connoiffoit fon infenfibilité naturelle
, & qui étoit für de n'avoir point de
Rival , fe contentoit d'une fi froide amitié
L'une vivoit dans l'indifference que lui
prefcrivoit la vertu , & l'autre fuivant le
doux penchant qui la conduifoit , étoit à fa'
troiliéme paffion . Cloris ne put voir l'in-'
conftance de Lucile , fans lui en faire poliment
la guerre.
Vous êtes une grande Fripenne , lui ditelle
, un jour qu'elles étoient feules , vous
avez un Mari , & vous avez déja fait trois
Amants à fa barbe : c'eft fe mocquer de fa
goute , & encore plus de votre devoir. Je
voudrois , répondit Lucile, vous voir à ma
place , je gage que vous feriez comme moi,
& que toute votre fageffe ne tiendroit pas
contre la figure de mon vilain gouteux.
Vous avez un Mari jeune & plein de fanté,
il vous eft bien plus aifé dè lui être fidelle.
Je ferois fidelle au plus laid des homines
fi j'étois la femme , interrompit Cloris ;
mais pour vous , ma chere , vous êtes une
volage , qui ne gardez pas mieux votre foi
à vos Amans qu'à votre Mari. Avez -vous
fi tôt oublié , répartit Lucile , que j'ai aimé
Damon , trois ans de fuite , Lyfandre de
même , & qu'il n'y a que fix mois qu'Oronte
leur a fuccedé , que j'ai fait avec lui
le même Bail , & que je le tiendrai , ou que
C
26.
LE MERCURE
j'y mourrai. C'eft une Epoque pour ma
tendreffe , & j'en veux demeurer là . N'eſtce
rien qu'un amour de trois ans , dans le
fiecle où nous fommes ? Cela ne meritet'il
pas le nom de Conftance. Vous fçavez
d'ailleurs avec quelle generofité je congedie
ceux qui n'ont aimée . Je les avertis ,
quand il eft tems de fe pourvoir ailleurs , &
je leur avoue franchement que mon coeur
s'ufe pour eux , & que les foupirs pourroient
bien-tôt degenerer en bâillements :
fait j'ajoûte qu'on n'eft point
pour s'aimer
toute la vie , & qu'il vaut mieux fe quitter
de bonne grace je fais fi bien enfin que
je les perfuade ; & ce qu'on n'a jamais vu,
mes défunts Amants deviennent mes Amis.
Vous avez beau dire , reprit Cloris , il y a
in peu de coquetterie dans votre fait , &
le monde vous gâte . Voilà de mes femmes
fortes , répliqua Lucile. Leur grand coeur
fouffre des foibleffes des autres ; & du
haut de leur indifference , elles regardent
l'Amour comme un Tyran qu'elles méprifent
, & ceux qui lui font foumis , comme
des Forçats dignes de compaffion ; mais ne
foyez pas fi fiere ; votre infenfibilité fait
toute votre vertu , ou plûtôt vous avez le
goût difficile , les hommes d'aprefent ne
font pas affez parfaits pour vous plaire , il
vous faut des coeurs plus purs , & des airs
plus fages ; mais patience , vous aurez yoDE
MAR S. 27
tre tour , je dénicherai quelque Celadon ,
qui me vengera , & qui vous mettra à la
railon. Prenez garde à vous. Je ne crains
rien , répartit Cloris , j'ai paflé l'âge dangereux
des paffions , & j'ai vû d'un oeil
indifferent tout ce que la Ville a de plus
feducteur. Puifque vous m'en défiez , pourfuivit
Lucile , je vous attends à la Campagne.
C'eft- là que l'Amour attaque la
Vertu avec plus d'avantage , & c'eſt- là .
qu'il vous punira de votre vanité. L'âge ni
la raifon ne vous garantiront pas, Tremblez
, ajoûta t'elle en badinant , c'est luimême
qui m'infpire & qui vous parle par
ma bouche. L'indifferente Cloris ne fit que
rire de la prédiction , qui ſe trouva_veritable.
Lucile mit Oronte de la confpiration
, & lui demanda s'il ne connoîtroit
pas quelqu'un qui pût humaniſer l'auſtere
vertu de fon Amie.
Madame , répondit- il , vous ne pouviez
mieux vous adreffer qu'à moi. Vous avez
entendu parler de Dorante , & je le connois.
Il est beau , bienfait , il a un dehors
de fageffe qui prévient , & il fe pique
d'infenfibilité comme elle ; il declame
éternellement contre la coquetterie du ſiecle
, & regrette la fimplicité de nos peres .
C'est l'Amant qu'il faut à une Matrone
& je ferai bien trompé , ou il fera de fon
goût. Le Printemps favorife notre deffein
Cij
28
د
LE MERCURE
& votre maifon de campagne eft le lieu
Je plus propre à filer une paflion . Amenez
y Cloris , & j'engagerai Dorante à vous y
aller voir avec moi . Je veux être haï de
yous , s'ils ne font tous deux le plus joli
Roman qu'on ait encore vû , & dans peu
on n'aura rien à vous reprocher.
Lucile propofa la partie à Cloris , qui
P'accepta ; elles partirent , & deux jours
après Oronte les fuivit , accompagné de
Dorante. Elles fe promenoient dans un
jardin que l'art & la nature avoit rendu le
plus charmant du monde , & Cloris ne
pouvoit fe laffer d'y admirer Pun & Pautre
, quand ils arriverent. Sa beauté frappa
Dorante , & fa modeftie acheva de le charmer.
La Dame de fon côté trouva le Cavalier
à fon gré , & fon air de fageffe lui
donna de l'eftime pour lui . Plus ils fe connurent
, plus ils fe goûterent , & tout fembla
confpirer à enflamer des Amans de ce
caractere la liberté de fe voir tous les
jours , & de fe parler à toute heure ; la folitude
& la tranquillité de la campagne ,
le Printemps qui étoit dans fa force , &
la beauté du lieu où ils étoient . Els eurent
beau refifter , l'Amour fe rendit le Maître
& fe declara fi fort dans trois jours , qu'ils
avoient de la peine à le cacher. Des foùpirs
leur échapoient malgré eux & ils ne
pouvoient le regarder lans rougir. Oronte
DE MAR S 29
.
& Lucile qui les obfervoient , s'en apperçu
rent,un foir qu'ils étoient à la promenade , &
fe dirent à l'oreille ; ils en tiennent ; les voilà
qui rougiffent. Pour s'éclairer de leur doute,
its s'éloignerent adroitement & les lailerent
,feuls , fans pourtant les perdre de vûë.
Cloris friffonna de fe voir tête à tête
avec un homme qu'elle craignoit d'aimer
& le timide Dorante parut lui -même emé
baraffé ; mais à la fin il rompit le filence ,
& jettant fur la Dame un regard tendre
& refpectueux , lui parla dans ces termes!
J'ai toujours fair gloire de mon indiffe- «
rence , & j'ai , pour ainfi dire , infulté aute
beau fexe ; mais pardonnez à mon or
gueil , Madame , je ne vous avois point a
vûë , & vous m'en puniffez trop bien. « i
A ce difcours elle fe fentit plus émuë ,
& craignant l'effet de fon émotion , elle
prit le parti de la fuite. Voilà un tour que
Lucile m'a joué, répondit- elle en le quit
tant , je vais lui en faire des reproches.
Dorante fut fi étourdie de cette réponte' ,
qu'il demeura immobile. Cloris rejoignit
Lucile , & la tirant à part , lui dit : C'eſt
donc ainfi que vous apoftez des gens cont
tre moi. Ma chere , répliqua Lucile , dequoi
vous plaignez -vous ? Vous m'en aviez
défiée ; je ne fuis pas noire , & je vous en
ai avertie. Pendant ce temps- là , Dorante
étoit reſté dans la même pofture où Cloris
C iij .
30 LE MERCURE
'
l'avoit laffé , & je crois qu'il y feroit encore
, fi Oronte n'avoit été le défenchanter
, en le tirant par la main. Qu'est- ce
mon Ami , lui dit- il d'un air gaufleur ,vous
voilà petrifié ? L'autre revint comme d'un
profond fommeil , & avoüa qu'il étoit pris
au piege.
Nos Amants furent raillez à fouper. Clo
ris en fut fi déconcertée , qu'elle feignit un
grand mal de tête , & quitta la table pour
s'aller mettre au lit. Quand Lucile , qui
couchoit avec elle , entra dans fa chambre ,
elle la trouva endormie , & l'entendit qui
fe plaignoit tout haut , & qui appelloit Dorante
. L'Amour , qui ne veut rien perdre ,
& qui avoit fouffert de la violence qu'on
lui avoit faite pendant le jour , profita de la
nuit pour éclater , & le fommeil de concert
avec lui , trahit la vertu de Cloris . Dès qu'elle
fut reveillée , fon Amie lui dit ce qu'elle
venoit d'entendre left vrai , répondit elle
en pleurant, j'aime malgré moi ,& vous êtes.
vangée ; mais je mourrai plûtôt que de fuccomber
à ma paflion . Lucile , qui avoit le
coeur bon , en fut attendrie , & l'aflura que
fi elle avoit crû que la chofe dut devenir
auffi férieufe , elle n'auroit eu garde d'y
fonger. Le lendemain Dorante revint à la
charge , & fe jettant aux pieds de Cloris ,
la pria de ne pas defefperer un Amant
qui n'étoit pas tout- à - fait indigne d'elle . Je
DE MAR S. 3r
vous offre , dit- il , un coeur tout neuf, qui
m'a jamais rien aimé que vous , & dont les
fentimens font auffi purs que vôtre vertu
même. Ne le refulez point , je vous en
conjure. Elle l'obligea de fe relever , & lui
répondit que des noeuds facrez la lioient à
un autre , qu'il ne pouvoit brûler pour elle
d'un feu legitime , & que s'il lui parloit
une feconde fois de fon amour , elle lui
quitteroit la place , & reprendroit le chemin
de la Ville .
Notre Amant fut épouvanté d'une memace
fi terrible , il n'ofoit plus lui parler ; à
peine avoit- il le courage de la regarder. La
trifteffe s'empara de fon ame , & bien- tôt
il ne fut plus reconnoiffable ; le plus paref
feux des hommes devint le plus matinal ;
lui qui paffoit auparavant les trois quarts
de la vie au lit , devançoit tous les jours
l'Aurore. Oronte l'en railla , & lui dit ces
Vers de Quinaut.
Vous vous éveillés frmatin ,
Que vous ferez croire à la fin
Que c'est l'Amour qui vous éveille.
Un matin qu'il le trouva dans un bois
écarté , un Livre à la main , il lui demanda
ce qu'il lifoit : C'eft Abelard , répondit- il,
j'admire ſes amours , & j'envie fon bonheur.
Je vous confeille d'en excepter la cataſtro
C iiij
32. LE MERCURE
phe , répliqua Oronte en riant ; mais à
parler féricufement , vous n'êtes pas fort
éloigné de fon bonheur : vous aimez , .& s'il
faut en juger par les apparences, vous n'êtes
point hai. Eh ! s'il étoit vrai , interrompit
Dorante , m'auroit- on impofé filence , &
m'auroit-on défendu d'efperer? Croyez-moy,,
reprit Oronte , ne vous découragez point ,.
pourfuivez votre pointe , & vous verrez
bien- tôt que la fevere Cloris ne vous a
fermé la bouche , que parce qu'elle craint
de vous entendre & de vous aimer ; clle
s'attendrira lorfque vous y penferez le
moins , & votre amour prendra le deffus..
Venus, ainfi Bellone ,
Aime les audacieux.
que
Je fçai même de Lucile qu'elle fouffte .
la nuit des efforts qu'elle fe fait le jour..
Si elle refufe de vous parler , éveillée , elle
Vous entretient en dormant , elle foupire
& vous nomme tout haut. Elle eft indif. ·
pofée depuis hier au foir , & je fuis fûr
fon mal ne vient que d'une retention » d'a¬
mour ; allés la voir , fon indifpofition vous
fervira d'excuſe & de pretexte. Dorante fe
laiffa perfuader , & s'achemina d'un pas
mal affuré vers la chambre de fon Amante ;
il entra & ouvrit les rideaux. de, fon lit
d'une main tremblante : elle dormoit dans
ce moment , & pleine d'un fonge qui la .
DE MAR S. 33
feduifoit , elle lui fit entendre ces douces
-paroles ,
Ouy , Dorante , je vous aime ; lemot eft
prononcé , il faut que je vous quitte , mon
devoir me l'ordonne , & ma vertu ne tiendroit
pas long- tems contre votre merite.
Dans cet embraffement recevés mon dernier
adieu..
En même tems elle fort du lit deux bras
charmans qu'il mouroit d'envie de baiter ,
& fe jette à fon col. Dorante , comme on
peut penfer , n'eut garde de reculer. Quelle
agreable urpriſe pour un Amant qui fe
croyoir difgracié / O bienheureux fommeil,
difoit-il en lui-même , endors fi bien ma
Cloris , qu'elle ne s'éveille de long- tems.
Mais par malheur Lucile qui furvint , fr
du bruit & la réveilla comme elle le tenoit
encore embraffé. Elle fut fi honteufe de fe
voir prefque nue entre les bras d'un homme
fur- tout en prefence de fon amic ,
que repouffant Dorante , d'un air effrayé,
elle s'enfonça dans fon lit , & s'envelopa
la tête de la couverture, en s'écriant qu'elleétoit
indigne de voir le jour. Dorante
confus foupira d'un fi trifte réveil , d'un
excès de plaifir il retomba dans la crainte
& dans l'abbatement , & fortit comme il
étoit entré..
".
Lucile eut rit de bon coeur d'une fi plaifante
avanture , mais Cloris étoit ſi defolée :
34 LE MERCURE
qu'elle eft eut pitié , & qu'elle tâcha de la
conføler en lui reprefentant qu'on n'étoit
point reſponſable des folies qu'on pouvoit
faire en dormant , & que de pareils mouvemens
étoient involontaires .
Non , interrompit (loris en pleurs , je
ne dormirai plus qu'en tremblant , & le
repos va me devenir odieux. Que l'Amour
eft cruel ! Il ne m'a épargnée jufqu'ici-que
pour montrer mieux fon pouvoir , & pour
rendre ma défaite plus honteufe . J'ai toujours
vêcu fage à la Ville , & je deviens
folle à la Campagne , il faut l'abandonner,
l'air y eft contagieux pour moi. Ma chere,
repartit Lucile , que vous êtes rigoureuſe
à vous-même après tout eft- ce unfi grand
mal que d'aimer ? Oui , pour moi qui fuis
liée , pourfuivit Cloris , la fuite eft ma
feule reffource , & je pars aujourd'hui.
Aujourd'hui ! s'écria Lucile furprife , voilà
un départ bien precipité. Aujourd'hui même,
reprit-elle , ou demain au plus tard .
Lucile jugea qu'elle n'en feroit rien ' ,
puifqu'elle remettoit au lendemain , & Lucile
jugea bien. Durante , à qui on dit cette
nouvelle, prit fon tems fi à propos , & s'èxcufa
fi pathetiquement , qu'elle n'eut pas le
courage de partir. Depuis ce moment il
redoubla fes foins , & couvrir toujours fa
paffion du voile du refpect . Le tigre s'aprivoila
. Cloris confentit d'écouter fon.
DE MARS.
35
antour , pourvû qu'il lui donnâs le nom
d'eftime.
Enfin il n'étoit plus question que du
mot , quand le mari s'ennuya de l'abſence
de fa femme , & la vint voir. Il n'étoit
pas attendu , & encore moins fouhaité.
Elle le reçûr d'un air fi froid & fi contraint,
qu'il fe fut bien apperçû qu'il étoit
là de trop, s'il avoit pû la foupçonner d'une
foibleffe. Dorante fut confterné du contretems,
& ne put s'empêcher de le témoigner
à Cloris , & de lui dire tout bas ,
Quelle arrivée ! Madame , & quelle nuit
s'apprête pour moi ! Que je fuis jaloux du
fort de votre mari , & que mon amour eſt
à plaindre !
Elle n'étoit pas dans un état plus tranquile.
La railon lui reprochoit fon égarement
, & lui faifoit fentir des reinords qui
la dechiroient. Elle ne pouvoit regarder
fon mari fans rougir , & elle voyoit finie
le jour à regret ; elle craignoit que le fommeil
ne lui revelât les fottifes de fon coeur .
Elle ne fe trompa point .
A peine fut- elle endormie , qu'un fonge
malin la trahit à fon ordinaire ; & offrit
Dorante à fon imagination égarée. Dans
les douces vapeurs d'un rêve fi gracieux ,
elle rencontra la main de fon mari , qu'elle
prit pour celle de fon Amant , & la preffant
avec tendreffe , elle dit en foûpirant ,
36.
LE
MERCURE
Ah ! won cher Doraute , à quel excès
d'amour vous m'avés amenée , & qu'ai - je
fait de toute ma fageffe ! Vous avés beau
me faire valoir la pureté de vos feux , je
n'en fuis pas moins coupable : c'est toujours
un crime que de les fouffrir , & c'eſt y répondre
que de les écouter . Que diroit monmari
, s'il venoit à lire dans mon coeur
l'amour que vous y avés fait naître ? Cette
feule penfée me tue , & je crois déja err
tendre fes juftes reproches.
Qui fut étonné ? ce fut ce mari qui ne
dormoit pas. Quel difcours pour un homme
qui adoroit fa femme , & qui avoit
juſqu'alors admiré fa vertu ! Elle avoit parlé
avec tant d'action qu'elle s'éveilla , &
étoit fr troublé qu'il garda long - tems le
filence, enfuite il le rompit avec ces mots : ´)
Je ne fçai , Madame , ce que vous avés
dans l'efprit , mais il travaille furieufement
quand vous dormés . H'n'y a qu'un moment
que vous parliés tout haut , vous ·
avés même nommé Dorante , & s'il en faut
croire votre fonge , vous ne le haïffés pas.
Une Coquette auroit badiné là - deffus , &
fe feroit tirée d'affaire , en repliquant que
tous les fonges font des menteurs , & que
le bon fens ne veut pas qu'on y ajoûte
foy ;mais Cloris étoit trop vertueuse pour
fe jouer ainfi de la verité qui la preffoit..
Elle ne répondit que par un torrent de
DE MARS.
37
farmes , & voulut le lever en difant qu'elle
n'étoit plus digne de l'amitié de fon mari ;
il fut touché de fes pleurs , & la retint ..
Après quelques reproches , il fe laiffa perfuader
qu'il n'y avoit que fon coeur qui
fut coupable , & lui pardonna ; mais il exigea
d'elle qu'elle quitteroit la Campagne
inceffamment, & ne verroit plus Dorante
Elle jura de lui obéir , & fit honneur à
fon ferment. Dès qu'il fut jour , elle prit
congé de fon amie , & la chargea d'un
Billet pour donner à Dorapte , qu'elle ne
voulut point voir . Puis elle partit avec
fon époux.
Dorante n'eut pas reçû le Billet de Cloris
, qu'il Fouvrit avec precipitation , & y
lut ces mots : » Ma railon & mon devoir
» l'emportent à la fin , je pars , & vous ne
» me verrés plus. » Al penfa mourir de douleur.
Non , s'écria- t'il , je ne vous croirai
» point , trop fevere Cloris , & je vous reverrai,
quand ce ne feroit que pour expirer
à votre vie. Auffi - tôt fe livrant au tranfport
qui l'entraînoit , il fuivit les pas de
Cloris , & laiffa Lucile avec Oronte à la
Campagne goûter la douceur d'un amour
plus tranquille & moins traverfé. Mais
toutes les démarches furent inutiles ; Cloris
fut inflexible , & ne voulut plus le voir,
ni l'écouter. Voici des Vers qu'on a fair
fur cette avanture.
1
38 LE MERCURE
LE DANGER DE LA CAMPAGNE
Aux Beautés du tems qui fe piquent
de Vertu.
○ vous , dont le nombre efſt ſi rare ,
Beautés , que la Vertu conduit ;
Quels quefoient les attraits dont la Ville fe pare ,
Son faux éclat rarement vousféduit.
Elle aime le tumulte , & vous craignés le bruit.
Elle n'offre à vos yeux que des amours volages
Que fuivent de folâtres ris.
Leurs regards éfrontés & leurs difcours peufages,
Au lieu de vos faveurs , attirent vos mépris.
Pour vous plaire , en un mot , la Ville eſt trop coquette.
Mais gardés- vous auxChamps de vous trouver(exlette.
Jardins fleuris , tendres oifeaux ,
Bois fombres , clairs ruiffeaux ,
Lieux tant chantés qu'on n'ufe plus décrire ,
Et le repos qu'on y refpire ,
Tout porte doucement aux plaifirs amoureux.
Sous un dehors repectueux
Le tendre Amourfçait s'y produire ,
Et dans un efprit vertueux
Il trouve l'art de s'introduire.
Pour les coeurs innocens les Bois font dangereux.
L'hiftoire de Cloris doit affés vous inftruire.
DE MAR S.
3.9
++ ++ ++ ++ +23+
ESSAI SUR L'ETAT PRESENT
de la Geographie , c'est- à- dire , fur
les Cartes , fur les Livres qui traitent
de cette Science , & ceux de
Voyages ; où l'on parle des précautions
, des moyens, & des inftructions
neceffaires à ceux qui dans la fuite
entreprendront de faire des Cartes ,
des Livres de Geographie , & des
Voyages
L
'AUTEUR Anglois qui a donné
cet Effai par voye de Supplément
à un Livre , qui a pour titre , La
Construction des Cartes Geogra
phiques & des Globes , dont on donnera la
Traduction inceffamment , ſe trouve en
quelque façon le premier qui s'éleve pour
arrêter le cours de ces Cartes & de ces
Livres pleins de fautes , que d'ignorans
Geographes publient tous les jours , & qui
ne fervent qu'à enfevelir la Geographie
dans l'erreur & le mépris.
Il auroit pû augmenter cet Ouvrage, en
donnant une plus grande Lifte des erreurs
& des bevûes qu'il a obfervées dans les Car.40
LE MERCURE
tes & dans les Livres de Geographie. Car
il dit dans fa Préface , qu'il auroit pû donner,
par rapport à ceux qui font des Cartes,
des exemples de l'inconvenient qu'il y a de
fe fervir de plufieurs Meridiens differens ,
en faifant voir les erreurs qui en proviennent
; il auroit pû dire la fource de celles
que l'on trouve dans les Cartes particulie-
Fes ; mais c'eût été un Ouvrage inutile &
fans fin , puifque l'on ne trouve aucune
Carte fans quelqu'un de ces defauts , excepté
celles de M. de l'ifle , & de ceux
qui l'ont copié ; fes Copiftes même en
negligeant de le fuivre par tour , tombent
fouvent dans l'erreur , comme il eft arrivé
dans une derniere copie de fa Carte d'Afie:
Bir, fur l'Euphrate , y eft placé plus au
Sud qu'Alep , quoique felon le Journal
que Thevenot a donné de la route , en obfervant
les aires de vent d'un lieu à l'autre ,
& fuivant l'obfervation de Maundrell , la
latitude de Bir eft de 37 degrez 10 minuttes ;
celle d'Alep étant de 36 degrez 30
minutes , cette Place doit eltre fituée
plus au Nord. Dans les dernieres Cartes
on a mis Van fur la rive meridionale du
Lac, lors qu'elle doit être placée au Nord
ou au Nord- Eft . Il dit par rapport aux
Geographes modernes , qu'il auroit pu
faire voir dans quelles erreurs groffieres
ils font tombez , faute d'avoir confulté les
Voyageurs.
DE MAR S. 41
."
voyageurs. C'est ainsi que les Auteurs de
la Geographie de Moll fuppofent qu' Afanchif&
Diarbekir ne font que le même lieu,
parce qu'ils ont vu la defcription de la
derniere dans Sanfon , dont cependant les
voyageurs modernes n'ont point fait mention.
Mais on trouve dans la collection de
Ramufio , vol . II . pag. 78 , un ancien Autgur
anonyme , qui voyagea dans ces quartiers
en 1507 , & qui donne une detcription
de ces deux Places & de la route
que l'on tient pour aller de l'une à l'autre.
Outre cela le Chevalier Ricant , Part . III.
Chap. 3. met Amed ( Diarbek`r ) & Chafengif
Afanchif ) parmi les Sangiacks de
Diarbekir ; de forte qu'il n'eft pas probable
qu'elle foit détruite , comme quelques
autres le fuppofent. Il ajoute , par rapport
aux Voyageurs , qu'il auroit pu donner un
plus grand nombre de preuves de leurs
bévûës , & des differences qui fe trouvent
entre eux tous , qui ne viennent que de
leur peu de capacité ou de foin pour faire
le's obfervations neceffaires dans les endroits
où ils paffent , ce qui fait voir au
moins le befoin qu'ils ont de fçavoir la
Geographie. Baldens dans fa Relation des
Indes , dit dès le commencement que
Cambait eft fituée für l'inde. Le Rabbi
Benjamin , dans fon Itineraire , fait tomber
la Riviere Arnon dans le jourdain , à i
1
D
42 LE MERCURE
trois milles de fa fource. Ricant page 55
dit , que Bofra ( Baffora ) eft une Ville dé
pendante du Royaume de Perfe , dans le
Golfe de ce nom , proche de Biblis en
Phanicie. Il avoit avancé à la page 52 ,
que Sangiar étoit la même chofe que
Diarbekir , & cependant à la page 176 ,
il fait d'Amid & de Sangiar deux Villes
differentes : je crois qu'il ignoroit qu ' Amid
& Diarbekir étoient la même chofe , &
que ne trouvant point qu'il fut fait mention
de cette derniere parmi les Sangiacks ,
il a pris sengiar pour cet endroit , quoique
cette Ville n'en foit pas proche , mais bien
Moful. L'Auteur auroit pû donner encore:
des inftructions pour ajufter les diſtances.
données par les Voyageurs ; l'on voit dans
les anciennes Cartes de Tarrarie , dans
quelles erreurs le Journal de Goes a jetté
les Geographes precedens , en paroiffant
augmenter les diftances. Il n'y a point
effectivement de maniere plus incertaine
de compter que par journées de chemin
ou par relais , fi l'on n'eft très exact dans
la maniere de voyager ; car tel fait en une
journée ce qu'un autre ne fait qu'en deux
ou trois , même quatre ou cinq , comme
on le voit dans le Journal dont on vient
de parler , & en quantité d'endroits chez
les Voyageurs. La difference irreconciliable
qui le trouve entre Cartwright & M¢nDE
MAR S.
43
denhal ( quoique camarades de voyage
dans la diftance qu'ils donnent de Van à
Zulpha ; le premier la faifant de trois journées
de chemin , & le dernier de fept
nous met dans l'impoffibilité d'ajufter leur
fituation faute d'une troifiéme relation.
Les Voyageurs different fouvent fur la
fituation des endroits. Thevenot , Della
Valle , Sanderfen , & c. placent Cana en
Galilée à une heure de chemin à l'Oueſt
de Nazareth : Brocard & d'autres la mettent
à trois lieues au Nord , ou Nord.Oueſt
de Siporis , & à trois lieuës de Nazarethg
Phocas entre Siporis & Mazareth . Quelquesuns
placent la fource de l'Araxe dans les
Caucafe & les Monts Gordiens ; Chardin
dans le Mont Ararath ; Gemelli dans le
Mont Mingal à 160 milles au moins à
P'Occident du dernier , & Tavernier dans
les montagnes qui fe trouvent entre les
deux. Della Valle met Babel auprès de
Hella ; Balbi , Eldred , Fitch , & c. la pofent
proche de Bagdad ; Ranvvolf & Mac Gregory
proche de Felugia. Gemelli s'accorde:
affez bien avec Della Valle , Tavernier ,.
Chardin & autres jufqu'à Tauris ; mais de
cet endroit à Ifpahan il en fait la diſtance
le double des autres ; & quoique Lar , fi
on doit compter fur Thevenot & Della
Valle , qui en ont obfervé la latitude ,
doive eftre confiderablement plus proche
Dij
44 LE 1
3
MERCURE
de Bander-Congo , que de Bender Abaffi,
deux ports fur le Golfe Perfique ; cependant
, felon Gemelli , cette place paroît en
eftre à une bien plus grande diftance. La
defcription de la Tour de Babel , & des
antiquitez des environs , que Mac Gregory ·
a donnée , fait bien voir que nos premiers
Voyageurs n'étoient pas fort curieux de
rechercher les antiquitez. Nous n'avons
point de relation affez particuliere des ruines
de Cachir- chirin , fur un des chemins
de Bagdad à Ifpahan ; & nous n'avions
aucuns plans ou deffeins.confiderables de
ruines de Perfepolis avant la derniere Relation
du Chevalier Chardin. Iln'y a pointde
Voyageur qui ait vifité les ruines de
Rey proche de Sava en Perfe : Gemelli
·blâme ceux qui ont été dans les Indes.
Orientales ayant lui , de n'avoir pas eu la
curiofité d'aller voir les ruines de la Pagode
de Salzeste près de Goa , & fut tout
Della Valle...
A
L'Auteur auroit pû donner de plus des .
exemples de l'inexactitude des Tables Perfanes
d'Abulpheda , d'Olug Begh , de Tavernier
& autres , en faifant voir, ainfi que
M. Reland a fait de celles de Ptolemée ,
qu'en traçant des Cartes far de telles Tables
, les lieux fe trouveroient dans une
confufion horrible ; tels en Armenie & en
Turquie , qui appartiennent à la Perfo ;
1
1
DE MAR S.. 4.5
d'autres dans les mers voifines , qui doivent
eftre dans les terres , & ainfi du contraire ..
Mais de peur de trop groffir le volume , il
s'eft contenté de faire ce peu d'obfervations
comme en paffant ; & voici en quoi confifte
fon ouvrage
.
1. L'eftime que l'on fait de la Geographie
, & fes progrès.
2. Quelques obfervations fur nos Cartes
modernes , & fur ceux qui les font.
!
39. Ayis aux Geographes , avec des :
inftructions pour faire des Cartes correctes..
4. Remarques fur nos -Livres modernes
qui traitent de la Geographie , dans lefquelles
on fait voir en quoi ils errent principalement.
5. Avis aux Geographes , avec les inftructions
neceffaires pour rectifier leurs
fiftêmes & leurs Dictionnaires Geographi--
ques .
60. Quelques Remarques fur les Voyageurs
, où l'on fait voir leur negligence &
leurs defauts dans les Relations qu'ils nous
donnent ; avec un Catalogue des meilleurs
qui traitent des parties de l'Afie , de l'Afrique
& de l'Amerique .
7. Inftructions neceffaires aux Voyageurs
pour faire leurs obfervations ; avec
une adreffe aux Marchands & aux Miſſion--
naires qui fe trouvent dans les païs étran
gers , & peuvent rendre des fervices confiderables
à la Geographie..
46
LE
MERCURE®
80. Ifait voir les defauts de nos grandes
collections de voyages , & donne des règles
pour en faire une complette de tous
les voyages qui exittent en quelque langue
que ce foit , & qui ne comprendra que
peu de volumes .
§. I. L'estime que l'on fait de la Geographie
& fes progrés.
Si l'antiquité d'une fcience , & la prorection
des grands hommes eft une preuve
de l'eftime que l'on en fait , il n'y en a
point qui merite plus celle des curieux que
la Geographie. Les traces que l'on en
trouve dans les écrits facrez fuffifent pour
confirmer fon antiquité , fans faire mention
de ce que les Auteurs difent de plusfur
ce fujet. On fçait que les Princes fe
font generalement attachez à cette fcience :
plus qu'à aucune autre.
Perfonne n'ignore que Pharaon Necos Roi
d'Egypte, ordonna aux Phæniciens, les plusfameux
Navigateurs de ce tems-là , de découvrir
les limites de l'Afrique , & qu'ils.
y employerent trois années. Darins Roi de
Perfe , les envoya aux découvertes dans
l'Ocean Ethiopique , & vers l'embouchure
du Gange : Environ cent ans après la naiffance
de JESUS -CHRIST le Senat Romain
envoya des Geographes & des Ingenieurs
DE MAR S. ·47
dans toutes les parties connues de la Terre,
avec ordre de les mefurer ; mais ce grand
deffein ne fut pas accompli
Alexandre , dans fon expedition d'Aſie,
prit avec lui deux Ingenieurs , Diognete &
Beton : d'autres rapportent qu'il amena Cal
Lifthene avec lui à Babylone , pour faire la
Carte Geographique de fes Conquêtes : &
on doit remarquer que les Romains n'ont
jamais été à la conquête de nouveaux Païs ,
fans en porter avec eux pour le même def
fein. C'eft ainfi que les guerres qui font
fatales à la plupart des autres Sciences &
des Arts , ont fervi à perfectionner la Geographie.
•
Mais pour confirmer davantage l'eftime
que l'on en fait , on trouve parmi les Geographes
Abulfeda Prince de Hamah
Ulagg Begh Prince Perfan , fans parler de
Haithon frere d'un Roy d'Armenie : Je
pourrois même ajoûter que l'on n'ignore
pas que l'Itineraire d'Antonin eft attribué
par beaucoup d'Auteurs à cet Empereur.
L'eftime que l'on fait de cette Science eft
certainement plus qu'ordinaire , puifque
des Princes n'ont pas dédaigné d'être mis
au nombre de fes Profeffeurs. Mais ce qu'il
ya de fâcheux aujourd'hui , eft que nos
Profeffeurs Modernes l'ont renduë auth
méprifable , que ces grands hommes l'avoient
rendue illuftre.
-48% LE MERCURE
འ
La Geographie Aoriffoit fans doute longe
tems avant Ptolemmée, fans parler de Straton,
Pline , Mela & autres qui l'avoient pre
cedé , car ces Carres qui paroiffent tous
fon nom , aavvooiieenntt ééttéé ttiirrééccss , felon fon
propre aveu , de celles de Marinus & au
tres , & il n'avoit fait que les perfectionner.
Aprés lui font venus ceux qu'on appelleles
petits Geographes ; mais depuis ce tems
-là la Geographie eft demeurée comme enfevelie
jufques vers le quatorzióne fiéclé ,.
que Colomb, par fon exemple , excita dans
tout le monde l'envie de voyager , & fit
revivre en toutes fortes de perlonnes une
paffion pour l'étude de la Gographie.
Mercator a été le premier de remarque , &
Ortelius après lui , qui ait entrepris de faire
une nouvelle collection de Cartes , avec les
nouvelles divifions des Païs , & les noms
des lieux , celles de Ptolemée ne pouvant
prefque phus être d'aucun- ufage. Le che
min étant ouvert , quantité d'alpirans fui
virent fon exemple , & publierent des
Cartes , dont la plus grande partie n'étoit
que des copies des fiennes . Vers le milieu
du fiecle paffé Blaen en Hollande , &
Sanfon en France donnerent au Public de
nouvelles collections de Cartes , avec beau
coup: d'amendemens tirés des Voyageurs
de ces tems là : & quoiqu'on les ait cru
fi parfaites , qu'il ne reftoit plus rien à corriger
DE MAR S. 49
*
en
riger , elles ont toujours été copiées depuis
par les Faifeurs de Cartes en France
Angleterre & en Hollande , avec très - peu
de changement pour le mieux , & fort fou
vent pour le pire . La Geographie alloit
retomber dans la premiere obfcurité , &
l'erreur d'où Mercator l'avoit retirée, quand
M. de Lifle , Geographe François , entreprit
de defabufer le monde , & d'arrêter
le cours de ces faux Plans , dont on accabloit
le Public , en faiſant une nouvelle
collection de Cartes de Geographie ancienne
& moderne , corrigées & ameliorées
fur les Plans que plufieurs Nations de l'Europe
ont levez de leurs Païs , fur les obfervations
des Voyageurs des plus exacts ™
que l'on trouve en toutes fortes de Langues
, & fur celles des Academies Royales
de Paris & de Londres : c'eſt par une telle
execution que l'Auteur a obligé les Curieux
de la maniere la plus extraordinaire , à
gagner l'applaudiffement de chacun , & à
fe faire honneur à lui - même & à fa
Patrie .
Malgré cela cependant, les Faifeurs de
Cartes continuent toujours d'en impoſer
au Public par des copies des anciennes ,
autant au deshonneur qu'au préjudice de
la Geographie. Le deffein donc de ce qui
fuit , eft d'avertir nos Faifeurs de Cartes
de ces abus , & d'établir une reformation
E
fo LE MERCURE
dans la Geographie , en excitant les Voyageurs
à faire des obfervations Geographiques
avec foin & exactitude , & les Geographes
à les recueillir de même.
On donnera le mois prochain la fuite de
cet Effai.
A Tragedie des Machabées , dont nous
Ldonnons ici un fimple Extrait , eſt une
?
de ces Pieces qui n'a nullement beſoin
d'eloges. L'accueil unanime que le Public
lui a fait , toutes les fois qu'elle a été reprefentée
, en affûre un fuccés qui ne pent
que faire honneur à notre fiecle . Comme ce
Poëme brille par la beauté de la verſification
, & que l'on n'a pû juſqu'à preſent en
découvrir le veritable Auteur plufieurs
Connoiffeurs se font imaginés que les trois
premiers Altes ne pouvoient être fortis de
la plume d'aucun de nos Poetes vivans.
Qu'ont ils penfe fur cela ? Ils se font avijés
de les attribuer à F. M. R. Nous n'avons
garde d'adopter ce fentiment , ne paroiſſant
tout au plus que vrai -femblable. Mais
plutôt , pourquoi ne fommes-nous pas affez
amateurs de la gloire de notre patrie , pour
croire qu'il peut se trouver encore en
France, un génie qui ait le tour , la delicateffe
, & toutes les connoiffances neceffaires
pour relever notre Tragedie ?
DE MAR S.
ST
Voici un Extrait des Machabées bien
fimple, mais en récompenfe bien exact.
NTIOCHUS ouvre la Scene en
donnant ordre d'aller avertir
Antigone , & de faire conduire
les Hebreux à l'échafaut.
Scene II. Il demeure enfuite avec la
mere des Mechabées , en lui declarant qu'il
ne donnera pas de relâche aux Juifs , &
qu'ils périront tous , s'ils n'adorent les
Dieux Elle répond
•
Eh bien ! nous périrons , & Dieu nous`vengera.
Antiochus s'étonne qu'elle ofe encore
efperer dans l'état où les Juifs font réduits .
Il a établi l'Idole de Jupiter dans le Temple
; il a fait brûler les livres des Juifs , &
il croit leur Dieu détruit . La mere lui dit
qu'il n'a executé que ce que Dieu a permis,
& qu'il pouvoit exercer contre lui la ven
geance qu'il exerça contre Heliodor ; mais
qu'il punit l'infidelité de fon peuple , en
l'abandonnant à fa cruauté ; que ce châtiment
même leur a été annoncé par les Prophetes
, & qu'en croyant combattre contre
Dieu , il n'eft que l'inftrument de ſes ven
geances : Elle ajoûte :
E ij
82
MERCURE LE
Ne crois pas cependant qu'à jamais condamné ,
Ce peuple à ton couroux foit tout abandonné ;
Si tu vois fuccomber au poids de nos miferes
De lâches deferteurs de la loi de nos peres ;
Ces Juifs n'étoient point Juifs , & l'Ange de Sion
Entre les noms élûs ne comptoit plus leur nom ;
Leurs prieres n'étoient que de vaines paroles
Qui prophanoient leTemple autant que res Idoles
Et malgré tes fuccés ta fureur aujourd'huy
Ne lui prend que des coeurs qui n'étoient plus à lui.
Sur ce qu'elle fe promet enfuite que Dieu
refervera des Vengeurs à fon peuple , Antiochus
mépriſe fes menaces : Tremblez du
moins , dit- il , pour vos enfans qui vont
périr , s'ils n'adorent Jupiter. Elle lui ré
pond , qu'il doit connoître les vrais Hebreux
par l'exemple d'Eleazar , qui a mieux
aimé mourir que de feindre : que fes enfans
ne degenereront pas d'un fi grand exemple
; qu'elle lui abandonne leur fang qui
hâtera la vengeance Divine. Antiochus
fort en fureur pour ordonner leur fupplice,
& il ordonne à fes Gardes de retenir la
mere qui veut le fuivre.
Scene III. Elle demeure feule avec fa
Confidente : elle éprouve alors tout l'attendriffement
d'une mere ; elle fe fait une
image affreufe de la mort de fes enfans ;
elle doute qu'Abraham même ait ſouffert
DE MAR S. 53
les
autant qu'elle , dans le facrifice qu'il fit à
Dieu de fon fils Ifaac ; elle accepte fon
martyre avec la refignation la plus entiere,
quoi que la plus douloureufe ; bien - tôt
elle s'affermit , & elle envifage la mort de
fes enfans comme leur bonheur ; elle
compre fur leur foy , & elle ne tremble
que pour celle de Mifaël . Voici comme
elle expofe les raifons de fa crainte . Quand
Apollonius , dit- elle , vint executer dans
Jerufalem les ordres cruels d'Antiochus ,
Mifaël vit fouvent Antigone fille d'Apollonius
. Il vouloit l'engager à proteger
Juifs auprès de fon pere ; mais il éprouva
bien tôt l'effet de fes vertus & de fa beauté :
il l'aima ; il m'avoua ingenument fon
amour ; & fur mes remontrances il ceffa
de voir Antigone ; mais il court encore
ici le même péril qu'il couroit à Jerufalem.
Antigone eft aimée d'Antiochus ; elle eft
la dépofitaire de fes fecrets , & après lui
la maîtreffe de l'Empire : Mifaël l'a revûë ,
mais que je crains que fous pretexte
nos interefts , il n'ait agi en effet que pour
fon amour.
*
Queje crains cet amour dont le confeil perfide
Au plus doux de nos Rois infpira l'bomicide ,
Et quiplus loin encore étendant fon pofon ,
Au fein de la fageffe égara Salomon :
* David .
de
E iij
54 LE MERCURE
L'on peut remarquer qué dans cette
Scene la mere établit fon propre caractere
par les fentimens : c'eft la plus tendre des
meres , & la plus genereufe des femmes ;
elle ne dit , elle ne fait rien dans la fuite
de la piece qui ne prouve également fa
fenfibilité & fon courage . On y voit encore
le caractere de Milaël fidele à fa religion
, malgré l'amour le plus violent.
Scene IV. Dans le tems que la mere
tremble ainfi pour fon fils , Mifael vient
lui apprendre que les freres font morts :
Elle s'écrie ,
Ilsfont morts !pourquoi donc vous revois -je ,monfils?
Mifael la raffure ; il lui dit qu'il n'a pû
Mui- même obtenir la mort , que la fureur
du Tyran s'eſt laffée , & qu'il vient pleurer
fes freres avec elle. La mere , loin de s'abandonner
aux larmes , regarde leur mort
comme un triomphe , & elle en demande
le recit à Mifael pour fa confolation . Il
lui raconte comme l'action s'eft paffée . On
avoit fait dreffer aux portes du Palais un
échafaut & un autel confacré aux Dieux
des Gentils , les freres & lui étoient dans
la place entre l'échafaut & l'autel . Antiochus
accompagné d'Antigone , eft venu
leur donner le choix d'offrir l'encens aux
Dieux , ou de perir dans les tourmens . Ils
n'ont pas balancé à choifir l'échafaut , &
DE MA RS .
ils s'empreffoient à l'envi d'y monter.
Arrêtez... laiffez moi , dit l'aîné de mesfreres ,
M'immoler le premier pour le Dieu de nos peres ;
Cet honneur m'appartient ; & c'est l'uniquefois
Que fur vous mon aineſſe a reclaméſes droits.
Le reste eft une peinture des fuplices
que les freres ont foufferts , de leur courage
, de la fureur d'Antiochus , & de la
pitié d'Antigone. Mifael dit en parlant
d'Antiochus & de fes freres ,
Et le Tyran confus même en donnant fes Loix
Paroiffoit un Esclave , & mes freres des Rois .
Scene V. On vient alors chercher Mifael
de la part du Roy , qui veut lui parler ;'
& on ne permet pas à fa mere de le fuivre ;
elle dit à fon fils en le quittant,
Va : mais en lui parlant , fonge au Dien que tu
-fers .
ACTE I I.
Antigone dit à fa Confidente que c'eſt
elle qui par
fes larmes a fufpendu la vengeance
du Roy , & qui a empêché que
Mifael ne perit après les freres . La Confidente
dit ,
Qu'efperez- vous pour lui de ce retardement ?
E iiij
56 LE MERCURE
Antigose répond ,
vit , & je connois tout le prix d'un moment.
Elle fe promet de bien ufer du temps
qu'on lui laiffe ; & fur ce que la Confidente
s'étonne de ce grand interêt qu'elle prend
à la vie de Mifael , Antigone lui découvre
tout l'état de fon coeur . Tu n'étois point ,
dit- elle , à Jerufalem , quand Apollonius y
vint executer les ordres du Roy. Milael
vist fouvent implorer ma protection pour
eux; j'entrai dans fes fentimens ; nous nous
abandonnions tous deux à nôtre pitié.
>
Et de cette pitié , Cephife , chaque jour
Naiffoit enfe voilant , le plus ardent amour.
Enfin Mifael m'avoua cet amour ; mais
en fremiffant de fes fentimens & de fon
aveu comme d'un facrilege ; il ne me reyit
plus , & mon amour s'accrut de ma douleur
même, & de l'inquiétude que me caufa
fon abfence. Je voulus voir dans mon depit
quelle pouvoit , être cette Loy qui lui
faifoit un crime de m'aimer. Je lus les Annales
des Juifs , où je vis avec étonnement
la naiffance , la gloire & l'abaiffement de ce
Peuple.
Antigone rapelle ici les miracles que Dieu
avoit faits pour le proteger , & les châtimens
qu'il exerça contre lui , felon qu'il
meritoit fon amour ou fa vengeance . Elle
laiffe voir ici de grandes difpofitions à
DE MAR S. 37
quitter les Dieux pour celui des Juifs ,
elle ajoute que depuis la mort de fon pere ,
elle eft attachée à la Cour du Roy , dont la
tendreffe redouble tous les jours pour elle ,
elle n'ufe du pouvoir qu'elle a fur lui que
pour le fléchir en faveur des Hebreux.
Mifael , dit-elle , m'a revûe ici , il m'a follicitée
pour eux.
Il ne m'a point parlé de fes feux ; mais belas !
J'ai vu ce qu'il fouffroit à ne m'en parler pas.
Il m'aime encor , Cephife , il est toujours le même s
Et je viens de t'apprendre , à quèl excès je l'aime,
Conçois-tu mon état ? Et de quelle douleur
Les apprêts de fa mort ont dû percer mon coeur !
J'ai cru le voir mourir dans chacun de fes freres.
Il alloit fuivre enfin des Victimes fi cheres :
Je ne fçais point quel Dieu m'a foutenuë alors :
Mais un reste d'eſpoir redoublant mes efforts ,
Du fier Antiochus l'ame s'eft attendrie ,
Et Mifael & moi nous obtenons la vie.
Et fur ce que la Confidente s'étonne
qu'elle ait pû fléchir Antiochus , Antigone
lui en découvre le veritable caractere. Ce
n'eſt point un homme qui fe faffe un plaifir
de repandre le fang , il eft même naturellement
fenfible à la pitié , & il en a donné
des preuves ; mais fon orgueil s'irrite de la
moindre reſiſtance , & le fang ne l'étonne
38 LE MERCURE
plus dès qu'il s'agit de fe faire obeïr.
Antigone ajoûte qu'Antiochus veut effaier
les bienfaits fur Mifael ; mais que quoiqu'il
en arrive , elle tentera tout .... Elle
eft interrompue par l'arrivée du Roy , accompagné
de Mifael.
Scene 11. Antiochus retient Antigone ;
& il veut qu'elle foit témoin de ce qu'il
fait pour Mifael . Vous pouvez tout fur moi,
lui dit- il ; vous m'avez demandé ſa vie , je
vous l'accorde ; il la doit à mon amour
pour
vous ; mais il en eft auffi redevable
à la vertu ; & là - deffus il preffe Mifael , en
le louant de fon courage , de meriter par
une prompte obéiffance les faveurs qu'il .
lui deftine. Mifael s'étonne que le Roy fe
flate de lui faire oublier la cruauté qu'il
vient d'exercer contre fes freres. Je veux
bien l'oublier cependant, pourfuit-il ; pourquoi
fongerois-je à venger une mort que
j'envie ? Si je dois vous haïr , ce n'eſt que
par vôtre impieté , & la guerre facrilege
que vous declarez au Seigneur. Antiochus
le conjure de ne pas s'obftiner à l'outrager ;
il lui promet tous les bienfaits & toute fa
faveur ; il s'abaiffe même jufqu'à lui deinander
fon amitié. Mifael en avouant
que fon amitié n'eft rien , declare genereufement
à Antiochus à quel prix il eft
encore obligé de la mettre. Délivrez Jerufalem
, lui dit - il , des profanations dont vous
DE MAR S.
59
la fouillez accordez- nous la protection
que nous accorda Cyrus , ou laiffez- nous la
paix que nous laiffa Alexandre : à ce prix
je vous réponds de la fidelité des Juifs ,
où je vous vengerai moi même de leur revolte.
Antiochus offenfé de la hauteur de
Mifael , revient aux menaces. Mifael les
dedaigne , en lui reprefentant que les Rois
ne font que les Miniftres du Dieu Souveles
Hebreux adorent .
rain
que
Sur ces pretendus Rois qu'adore l'Univers ,
Dieu verfe enfe joüant la gloire & les revers ,
Et quand vous l'outragez , ſa main apefantie ,
L'un par l'autre àſon gré vous frape & vous chârie.
Vous - mêmes regardés quel Sceptre eft dans vos
K
mains.
Formidable à l'Egipte & foumis aux Romains ,
Tandis que déployant vos nombreuses armées ,
Vous courés impofer des Loix aux Ptolemées ,
Un écueil imprevû briſe votre grandeur ;
Rome arrête vos pas par fon Ambaſſadeur ;
Et vous n'ofésfortir du cercle qu'il vous trace ,
Sans avoir en Efclave appa :fé fa menace.
Antiochus eft prêt de s'abandonner à fa
fureur , mais fur quelques inftances d'Antigone
, il fe retient , & il écoute encore
quelqué refte de pitié , Achevés , dit- il ,
votre ouvrage ; fecourés de vos confeils
60 LE MERCURE
un infenfé qui veut perir , & empêchés - le
de fe perdre , ou ne vous plaignés plus
de la mort.
Scene 111. Antigone veut engager Mifaël
à conferver fa vie par l'interêt qu'elle
y prend mais il femble ne vouloir ni la
regarder ni l'écouter. Sur le reproche qu'-
elle lui en fait , il lui avoue que c'eft le
feul danger qu'il ait à craindre ; qu'elle
eſt par fa vertu & par fa beauté fon tiran
le plus redoutable ; & parlant du témoignage
genereux que Dieu exige d'un Iraëlite
, il regarde la mort comme un fecours
qui va le delivrer de tant d'agitations
: Il ne renouvelle , dit- il , l'aveu de
fon amour que dans l'efperance d'irriter
Antigone. Loin de s'en offenfer , elle ne
peut plus lui cacher qu'elle l'aime ellemême.
Mifaël en fremit comme du plus
grand de fes malheurs ; & enfin reſiſtant
toujours avec un courage heroïque à l'amour
le plus tendre & le plus paffionné ,
il veut fortir pour aller braver Antiochus.
Antigone lui dit :
Arrête ...je refpecte un refus magnanime.
Je ne demandeplus ce que tu crois un crime.
De tes propres remords mon coeur eft combatu ,
Mifaël: ma foibleffe adopte ta vertn.
Mais du moins fi je puis te fauver fans
DE MARS , 61
bleffer ton devoir , promets-moi de ne plus
refufer mes fecours. Milaël fe rend à ces
conditions ; & Antigone lui promet d'avoir
foin de fa gloire autant que de la vie.
ACTE III.
Antigone dit à Antiochus qu'elle ſe
promet de reduire Mifaël ; elle n'auroit eu
à craindre que fa mere ; mais comme Antiochus
fait garder Mifaël dans fon Palais ,
& qu'il n'eft pas permis à fa mere de le
voir , Antigone répond au Roy du fuccès
de fon entreprife. Antiochus lui rend graces
du fervice qu'elle lui rend , rien ne l'intereffe
tant que de foumettre Mifaël . Defefperé
qu'il étoit d'avoir vainement employé
fur lui les menaces & les prieres , il regarde
P'honneur de le foumettre comme la plus
grande conquête . Il avoue fon orgueil . La
refiftance d'un feul de fes Sujets le trouble
plus que l'obéiffance de tous ne le flate :
inais en avoiant ce defaut, il s'en dédomage
en doutant fi c'eft en lui un fentiment de
grandeur ou une foibleffe . Il fe flate que fi
Milaël fe rend , les Hebreux fuivront fon
exemple , & qu'il n'aura plus, de fang à
répandre. Antigone faifit cette occafion de
l'exhorter à la douceur ; elle lui repreſente
que le fond de fon coeur eft fenfible &
genereux , & qu'il feroit humain s'il pou62
LE MERCURE
voit vaincre fon orgueil ; mais elle ne l'avertit
de ce defaut, qu'après qu'Antiochus
l'a avoué lui -même , & en y joignant l'adreffe
& le ménagement de le flater d'ailleurs
. Antiochus eft touché de ces avis ;
& charmé de la douceur d'Antigone , il
lui declare un deffein qu'il medite depuis
long- tems, qu'elle a dû prevoir , dit- il , par
la paffion qu'il lui a toujours témoignée ,
il fe flate qu'en regnant avec lui , elle va
l'aider à regagner le coeur de fes Sujets .
Scene II. La mere allarmée du bruit qui
fe répand qu'on efpere feduire fon fils ,
vient prier le Roi de le lui laiffer voir.
Antiochus lui declare qu'il laiffe fon fils
au pouvoir d'Antigone , qui eft deformais
fon époufe, & qu'elle doit regarder comme
fa Souveraine ; que c'eft là qu'elle doit
adreffer fa priere : il ſe retire , & laiſſe la
mere avec Antigone.
Scene III. La mere afligée que ce foit
Antigone qui cherche à feduire fon fils ,
lui avoue qu'elle n'eft que trop inftruite
du pouvoir qu'elle a fur lui : elle la conjure
de ne s'en pas fervir pour le perdre ;
& fur ce qu'Antigone lui dit qu'elle travaille
à le fauver , la mere lui répond que
nourrie dans l'erreur dès fon enfance , elle
ne connoît ni les vrais biens , ni les vrais
maux ; que les maximes des Ifraëlites font
bien differentes de celles des Gentils. ReDE
MAR S. 63
gnés , dit - elle , foyez heureufe ; mais laiffés
nous les liens & la mort ; nous ne vous
demandons rien davantage : elle fe jette
aux pieds d'Antigone , & lui demande en
grace de lui laiffer voir fon fils. Antigone
auffi penetrée de douleur que la mere , lui
refute pourtant cette grace , qui expoferoit,
dit- elle , les jours de Mifaël . La mere indignée
d'avoir perdu fes pleurs , fe retire ,
en fe reprochant d'avoir cherché un autre
appui que celui du Seigneur.
Scene IV. Antigone plaint cette mere
afligée , qu'elle auroit pù confoler en lui
laifiant voir le fonds de fon ame : elle ne
veut ni rien rifquer , ni perdre de tems ;
& elle appelle Barfés , à la garde de qui
Mifaël eft commis. ( scene V. ) Elle lui dit
de preparer tout pour fortir d'Antioche
pendant la nuit, & de lui envoyer Mifaël.
Scene VI. Mifaël demande en arrivant
fi le fupplice eft prêt ; Antigone lui répond
qu'au contraire elle va mettre fes
jours en fureté ; qu'elle a laiffé concevoir
au Roi l'efperance de le reduire. Mifaël
irrité de ce qu'on a commis fa gloire ,
veut aller defavoüier Antigone. Elle l'arrête
en lui difant de reveler tout auRoi,
de lui declarer qu'elle l'aime , & qu'elle eft
Ifraëlite . Mifaël a peine à comprendre ce
qu'il entend ; mais Antigone lui declare
que la verité la preffe depuis long- tems ,
64 LE MERCURE
qu'elle étoit plus retenue dans l'erreur
que par la mauvaiſe honte du changement ;
mais ta vertu , dit- elle , m'a enfin determinée
; j'ai compris par ta force même la
puiffance du Dieu que tu adores ; & les
Laintes allarmes de ta mere ont encore confirmé
ma foy ; je ne lui ai rien dit de mon
deffein ; il lui auroit été fufpect , & fon
zéle auroit pû le traverfer ; mais pour toi,
Mifaël , je me flate que tu me croiras fincere.
Oui , je fuis Ifraëlite , & je refuſe le
Trône d'Antiochus pour fuir avec toi.
Celui même que par mon avis le Roy a
commis à ta garde, doit nous conduire hors
de ces murs. Nous n'avons point de momens
à perdre. Sur ce que Mifaël a peine
à goûter le parti de la fuite , Antigone lui
reprefente que c'eft pour lui une occafion
de triomphe ; que des lieux où ils fe retireront
, il peut faire avertir en fecret les
Juifs difperfés , fe mettre à la, tête d'une
Armée , & delivrer Ifraël du joug de fes
Perfecuteurs. Les projets & les efperances
d'Antigone enflament Mifaël ; il les regarde
prefque comme une Prophetie. Oui, dit -il,
>
Oui , je crois voir en vous cet Ange imperieux ,
Qui jadis , pour brifer les fers de nos ayeux ,
Et du Ciel aportant la divine promeffe ,
De l'humble Gedeon vint armer lafoibleffe.
J'ai beau me dire ici que Mifaël n'eft rien ;
Jo
DE MAR S. ·
637
Je sais que je puis tout avec un telfoutien ;
Et que devant le Chef qu'àfon peuple Dieu nomm.
Les Camps les plus nombreux fuiront commè unfent
homme.
Comme Mifaël ne peut fe refoudre à
partir fans fa mere , Antigone lui dit qu'elle
a tout prévû , & que fes ordres font donnés
pour l'enlever & l'emmener fur leurs
pas. Mifaël eft prêt à partir , mais Antigone
l'arrête. Sa gloire ne veut pas qu'elle
fuie avec lui fans être fon époufe ; & elle
veut qu'il lui engage fa foy au nom du
Dieu qu'ils adorent tous deux . Mifaël
nonce ce ferment :
pro-
Dieu Puiffant , qui jadis donnas ta Loy fuprême
Aux deuxpremiers Epoux qu'uniffoit ta main meme,
Qui , beniẞant un feu par toi - même inſpiré,
‘D'un amour naturel fis un lien ſacré ,
Nous n'avons plus de Temple
tres
defuperbes Mai-
Font languir dans les fers nos Pontifes , nos Prêtresi
C'est à toifeul , Seigneur , dénous en tenir lieu :
Sois ici le Témoin , le Miniftre , le Dieu :
Prefide à mes fermens , & fois pour Antigone
Le garand de la foy que Mifaël lui donne :
Grave aufonds de mon coeur l'irrevocable loy
De vivre & de mourir & pour elle & pour tøy.
F
66. LE MERCURE
Mifae & Antigone fe donnent la main ,
ils partent enſemble , & Antigone dit en
s'en allant :
Rachel fuivra Jacob , fans emporter fes Dieux.
ACTE IV..
Arface dit à Antiochus qu'étant allé
chercher l'Ifraëlite par fon ordre , il ne l'a
´trouvé ni lui ni Barfés , ni la garde ; & que
revenant l'en avertir , il a rencontré un ami
de Barfés , qui s'eft troublé à fa prefence ;
il l'a foupçonné fur fón trouble d'avoir
part à l'entrepriſe , il l'a forcé de la lui
avouer , & de plus , que lui- même alloit
enlever la mere de Mifaël pour la conduire
fur leurs pas . Voilà ce qu'Arface aprend au
Roy , à qui il avoit déja dit les chemins
que Barlés avoit pris. Ils n'échaperont pas ,
dit le Roy , j'ai fait partir ma Garde contre
eux ; & commençant à foupçonner Antigone
, par l'avis de qui il avoit commis
Mifaël à la garde de Barfés , il ordonne
qu'on la faffe venir , & qu'on lui envoye
auffi la mere de Mifaël.
Scene II. Il s'étonne de l'audace d'Antigone
, qui fe fiant trop à fa beauté , abuſe
deja de la Puiffance qu'il veut bien partager
avec elle ; il fe propofe de l'humilier
par les reproches , quand Arface revient lui
dire qu'on ne la trouve pas
DE MAR S. 67
Scene III. Antiochus fremit d'aprendre
qu'Antigone fuit avec Mifaël , & de voir
que c'est un Rival qu'il a fauvé en lui
& il s'abandonne à des projets de fureur.
Scene IV. Il demande à la mere, qu'on
lui amene , le fecret de cette fuite : S'aimeroient-
ils , lui dit-il , en la menaçant . La
mere brave fes menaces ; mais elle demeure
accablée de la nouvelle qu'elle aprend : Si
mon fils , dit- elle , fuit avec l'Infidelle ,
Tu perds une Maitreffe , & moi je perds un Fils.
Antiochus impatient d'être éclairci , fort
pour interroger les femmes d'Antigone..
Scene V. La mere déplore avec fa Confidente
la perte du feul fils qui lui reftoit.
Il n'a point trahi fon devoir , lui dit la
Confidente.
Il n'a point adoré les Dieux du Syrien.
La mere répond ,
Il adore les Dieux , puifqu'il trahit le fien :
Il ne fuit que pour fuivre Antigone qu'il aimes
Amant de l'Idolatre , il le devient lui- même :
Quand Dieu n'eft pas pour lui l'interêt le plus chers
Qu'importe d' Antigone, ou bien de Jupiter.
La Confidente foutient toûjours que la
fuite eft permife; à tout autre qu'à mon fils ,
répond la mere , & le regardant toûjours
comme deshonoré & comme infidele , elle
s'offre elle-même à Dieu , le conjure d'en
Fij
68 LE MERCURE
flamer la colere du Tyran contre elle , &
de la réunir par le martyre à fes vrais enfans.
Scène vI. Antiochus rentre défefperé de
n'avoir pu rien apprendre ; il ordonne à la
mere de fe retirer.
Scene VII . Il s'étonne de ce qu'on ne lui
ramene pas encore les fugitifs .
Scene VIII. Hidafpe enfin vient lui apprendre
le fuccès du combat qu'il a fallu
livrer pour reprendre Antigone . Barlés ,
Mifaël & Antigone étoient environnez d'un
corps de Soldats ; ils fe font faifis d'un
pofte avantageux ; ils fe font battus en
défefperez. Antigone promettoit de leur
partager les trefors , & Mifael les animoit
par une valeur furprenante. Barfés enfin a
été tué ; mais Mifael s'eft encore défendu
long temps après la mort de Barfés , jufqu'à
ce qu'ayant perdu prefque tous fes Soldats,
& voyant enlever Antigone , il a jetté lon
épée , & s'eft livré lui-même , pour partale
fort de celle ger qu'il n'avoit pû défendre.
Scene IX. On les amene l'un & l'autre.
Aux reproches fanglans qu'Antiochus fait
d'abord à Antigone , elle oppofe fa juftification
; elle avoue l'amour qui depuis
long-temps l'attachoit malgré elle à Mifael
: quand après la mort d'Apollonius
-elle a été appellée à la Cour du Roy , &
DE MAR S. 69
comblée de fes bienfaits , elle n'avoit plus
d'amour à lui rendre ; & cependant elle a
eu pour les bontez toute la reconnoiffance
dont elle étoit encore maîtreffe ; elle n'a
cherché que fa gloire ; elle a employé
long-tems les confeils & les larmes pour
prévenir fes cruautez & fléchir fon orgueil.
Rien n'a réuffi ; elle s'eft enfin laffée de
fes rigueurs , & la patience des Juifs l'a
convertie elle- même au Dieu qu'ils adorent
; elle lui declare enfin qu'elle eft Ifraëlite
, & de plus l'époufe de Mifael . Ce
Roy fremiffant à cette nouvelle eft preft
à percer Mifael. Arrêtez , lui dit Antigone
,
N'allezpas vous couvrir d'un opprobre nouveau,
Etfoyez fon Tiran & non pas fon boureau.
Antiochus s'abandonne contre elle à la fureur.
Mifael , qui a été fi ferme jufques là,
fe jette aux pieds d'Antiochus , qui connoiffant
mieux l'amour de fon rival par
Fabaiffement où le reduit l'intereft d'Antigone
n'en devient encore que plus furieux.
Mifael effaye d'attendrir Antiochus fur un
peuple malheureux ; il le conjure de lui
rendre fa premiere liberté , ou s'il lui faut
encore une victime , il s'offre lui - même
pour le falut . de tous. J'ay trop appris ,
fui dit Antiochus , que ta mort ne t'effraye
70 LE MERCURE
pas , mas je n'en fuis pas moins fûr de
ma vengeance .
Grace au Ciel ma fureur ne peut plus ſe tromper ,
Jefçais pour te punir où ma main doit frapper.
Après quelques attendriffemens d'Antigone
& de Mifael , le Roy revenant d'un
trouble qui l'empêchoit de les entendre ,
les fait emmener tous d'eux , & dit à Mifael
de fe preparer à lui obéir ou de s'attendre
à tout ce que la fureur peut inventer
contre Antigone . Mifael fans lui répondre
s'adreffe à elle en fortant ,
Adieu chere Antigone :
Et Antigone répond , Adieu cher Miſael.
Le Roy rentre furieux de ne pouvoir
prefque plus efperer de les reduire.
ACTE V.
Mifael paroît dans un trouble violent ;
il fremit de ce qu'Antiochus vient encore
de lui propofer. Il confent de les laiffer
vivre lui & Antigone , s'il veut facrifier
aux Dieux ; mais s'il s'obftine à choisir la
mort , Antigone va périr à fes yeux le
bucher eft tout preft , & dès qu'il paroîtra
elle doit eftre livrée aux flâmes .
•
Antiochus lui laiffe ainfi l'horreur d'ê
tre le Juge & le boureau de fon épouse,
Scene II. Dans ces momens de trouble
DE MA R S. 71
il apperçoit fa mere à qui Antiochus vient
de permettre de le voir , pour la punir
elle même. Elle lui demande fur fa fuite
l'éclairciffement qu'elle n'a pû obtenir du
Roy. Mifael lui apprend qu'en fuyant avec
Antigone , il a fuivi une Ifraëlite & une
époule. Sa mere s'étonne que le tyran leur
laiffe encore la vie . Mifael lui apprend en
fremiffant le fupplice que le tyran lui deſtine
, & comme il n'ofe braver la mort en
y condamnant Antigone . Laifferas- tu foupçonner
ta foy , lui dit la mere ? Irai -je
condamner mon époufe , lui répond Mifael
, en s'abandonnant à un trouble qui
allarme de plus en plus la mere ? Elle
eft effraïée pour fon fils des fuites d'une
paffion qui croît à chaque moment , & le
conjure de courir au martyre par toutes
les raifons qui doivent l'y exciter. Si Antigone
eft fincere , elle imitera la fainte
fermeté d'un époux. Les Juifs attentifs à
l'exemple qu'il va leur donner , imiteront
fa foibleffe ou fon zele. Enfin par tout ce
qu'il y a de plus facré pour un Ifraëlite ,
au nom même de fes freres & par la tendreffe
maternelle elle le preffe de ne
differer fon fupplice.
dit
plus
Sacrifice. Mifael en l'embraffant ne lui
que ce mot >
Recevez mes adieux ; & j'y cours
72
JE
MERCURE
Scene III. La mere percée de douleur ,
prie le Seigneur de la foutenir.
Scéne IV. Antiochus entre en fureur :
Mifael vient de le braver dans la place ,
en criant
Honneur & facrifice au feul Dieu d'Ifraël.
Il la abandonné fans retour au fupplice
auffi-bien qu'Antigone , & il ne rentre
que pour n'être plus expofé à la pitié.
La mere le prie de la joindre à fon fils ;
mais Antiochus lui dit qu'elle peut le braver
impunément , & que fon fexe la met
en fureté.
Scene V. Arface vient raconter la mort
de Mifael & d'Antigone Il peint la
confternation & la douleur du peuple , de
voir celle qu'ils attendoient pour Souveraine
abandonnée au dernier fupplice , la
fermeté d'Antigone , qui après avoir fait
les plus tendres adieux à fon époux , s'eft
élancée dans les feux ; & la vive douleur
de Mifael , qui détournant les yeux du
bucher , & les fixant vers le Ciel , a prié
pour fon époule , jufqu'à ce qu'il ait pû
fe jetter lui-même dans le bucher . Antiochus
, loin de fe croire vengé , le confeffe
vaincu, & la mere par un efprit de prophetie
lui declare qu'en effet l'humiliation
des Juifs eft finie , que le fang de fes enfans
vient de defarmer le Seigneur, qu'il s'éleve
de nouveaux Machabées dont les
triomphes
DE MAR S. 75
triomphes vont rétablir fon people. Tu
vas voir, pourfuit- elle , périr tes plus
nombreuſes armées , tu vas toi- même eftre
frappé de Dieu , & ton faux repentir n'en
obtiendra pas de grace. Si ton couroux
ne me punit pas des malheurs que je t'annonce
,
Je mourrai malgré toi de l'excès de ma joie.
Antiochus finit par ces deux vers :
• Ciel ! qu'ai-je entendu ! quel effroy m'a troublés
Je doutefi c'est elle , ou Dieu qui m'a parlé.
REFUTATION DES REFLEXIONS
J
fur la maniere de Précher.
E me fuis borné dans ce petit Ecrit à
fuivre pas à pas l'Auteur des Reflexions,
afin de le refuter avec plus d'ordre . Je
vais donc examiner fes premieres propofitions
. C'eſt ainfi qu'il commence.
Si tous les Ecoliers qu'on envoye au College
n'étoient pas au bout de quelques an
nées , plus inftruits ni mieux difciplinés
qu'au premier jour , n'y auroit- il pas lien
de conclure que le Maître auquel on les a
envoyés , n'a pas la methode d'enſeigner ?
Il est vrai que le prejugé feroit contre un
tel Maître , car entre un grand nombre
d'Ecoliers qui prendroient fes leçons , il
G
74
LE MERCURE
i
feroit exaordinaire qu'il ne s'en trouvât
plufieurs qui euffent affez d'ouverture pour
en profiter , autrement s'ils avoient tous
l'efprit bouché jufqu'au point de ne pouvoir
apprendre, ( ce qui ne repugne pas )
la faute retomberoit fur les Ecoliers , &
non fur le Maître .
Il y a un tems infini qu'on prêche , les
Chaires font pleines de Predicateurs qui
font fuivis avec afluence , & cependant vous
ne voyés pas les hommes plus inftruits , ni
plus faints qu'ils l'étoient dans leur bas
âge , & peut être le font- ils moins pour la
plupart , qu'ils ne l'étoient au fortir de leur
Catechifme. Cette propofition eft vraye , fi
on l'entend du plus grand nombre ; mais
quelle confequence en doit-on tirer ?
Ce n'eft pas celle que notre Auteur
aprehende que l'on en tire ; fçavoir , qu'il
n'y a plus rien à apprendre aux gens du
monde après le Catechifme ; je crois que
perfonne ne s'en feroit avifé , non plus que
de dire qu'il n'y a plus rien à apprendre à
celui qui fçait l'Alphaber. On convient
donc avec lui , que quoique le Catechifme
contienne les principes de la Religion , ce
n'eft point encore affez ; que c'eft la liaiſon
des principes qui forme , pour ainfi dire ,
le corps de la Religion ; que c'eft cette
Haifon des principes qu'il faut apprendre
aux hommes ; que c'est là leur Catechifine.
DE MARS.
75
Notre Auteur n'a garde de fere retomber
la faute fur les Predicateurs. Il leur
rend cette juftice qu'on en voit parmi eux
d'une vie exemplaire & d'un génie fuperieur
, quoiqu'ils ne faſſent pas plus de progrés
que les autres fur l'efprit des Auditeurs,
Certes ces grands hommes lui font bien
redevables de cet éloge qu'il leur donne ,
du moins par raport à la pieté & au merite
; ils couroient rifque fans cela de perdre
une reputation qu'ils fe font acquiſe
avec tant de peine.
Mais quoi qu'en penfe l'Auteur des Reflexions
; pourquoi ne dirons - nous pas que
la faute vient des Auditeurs, premierement
s'ils ne font pas plus inftruits ? Car quoiqu'on
puiffe dire qu'ils ayent plus de difpofition
que les enfans , c'eft- à -dire plus
d'ouverture ; qui ne fçait qu'il y en a tréspeu
qui aillent au Sermon dans l'intention
de fe faire inftruire ? Il feroit inutile de
rapporter icy quels peuvent être les motifs
de la plupart de ceux qui y vont , on n'ignore
pas que la coutume , la bienféance,
& d'autres vûës plus criminelles encore
les y conduifent fouvent. Il ne faut donc
point aller chercher ailleurs la raifon du
peu de profit qu'ils y font. Secondement,
la faute vient des Auditeurs s'ils ne font
pas plus faints , puifque le progrès que
l'on peut faire dans le bien par les difcours
Gij
76 LE MERCURE
de pieté qu'on entend , doit moins être
attribué au fon exterieur qui frape l'oreille,
qu'à la grace qui touche & remue le coeur.
Ĉe font donc les obftacles que les hommes
mettent à cette grace par leurs paffions ,
qui font que les difcours les plus affectueux
& les plus touchans ne font aucune impreffion
fur eux.
Mais les enfans fouvent n'ont aucune difpofition
; ils vont quelquefois au Catechif
me malgré eux , & parce qu'on les y mene,
avec cela on ne laiffe pas de les inſtruire .
NotreAuteur auroit pû ajoûter même , avec
cela ils font plus fints que dans un âge
plus avancé. Cela eft vrai . Faut- il conclure
pour cela que la methode du Catechifme
eft meilleure pour inftruire les enfans , que
celle des Sermons pour inftruire les hommes
? Non fans doute . Il faut en conclure
que les enfans font moins corrompus que
les hommes , que s'ils vont au Catechifme
malgré eux , ils pechent en cela plutôt par
ignorance ou par legereté que par malice ;
que leurs paflions étant moins vives &
moins agiffantes que dans l'âge viril , ils
font plus en état de mettre à profit la femence
precieufe qu'on répand dans leur
coeur , & par confequent font plus faints
que les hommes. Cela feroit plus que fuffifant
pour convaincre l'Auteur des Reflexions
; nous allons neanmoins parcourir
DE MAR S. 77
encore celle qu'il fait pour prouver que le
peu de progrès que les hommes font au
Sermon , vient du deffaut de la methode.
Qu'est- ce qu'un Sermon ? C'est un grand
difcours quefait un Predicateur fur un texte,
qui pour le commun des hommes ne dit rien,
ou peu de chofe , & qu'il tâche à rendre
fertile par la fecondité de fon imagination.
Pour parler plus jufte , il faudroit dire :
C'est un difcours que fait un Predicateur
fur un Myftere , ou fur un point de Morale
, &c. annoncé par un paffage tiré de
l'Ecriture , & qui par confequent doit dire
quelque chofe pour le commun des hommes
qui ne doivent pas l'ignorer , & qu'on
peut rendre fertile en fuivant bien ſon ſujet
, fans donner la torture à fon imagination
. Mais il falloit crier au miracle &
au prodige en difant , que ce texte eft un
grain dont le Predicateur entreprend de
faire une moiffon entiere , comme ſi on ne
fçavoit pas que le texte & l'exorde qui le
fuit , font enſemble comme un pepin , qui
contient en foy un arbre capable de porter
beaucoup de fruit il ne s'agit donc que
de bien déveloper le point de Morale , ou
le Dogme de Foy qui font annoncés par le
texte , fi le Predicateur l'a fait avec fuccès ,
il a réuffi , & on doit lui fçavoir bon gré
de fon travail.
:
•
Ce difcours eft communément d'une heure;
G iij
78
LE MERCURE
>
fur quelque fujet que ce foit , brefon long
il faut remplir neceſſairement cet eſpace qui
eft preferit , fans fortir , s'il fe peut , defon
sexte. Je crois qu'on ne feroit pas le procès
à un Predicateur qui auroit mis moins
d'une heure à prononcer fon, difcours
pourvû qu'il ne fortît pas de fon texte ,
c'eft- à- dire , qu'il ne s'écartât pas de fon
fujet , & qu'il prouvât bien ce qu'il aurọit
avancé.
A l'égard du ftile , fans trop s'arrêter
à ce que dit notre Auteur , qu'il ne doit
pas être commun , que le difcours doit être
varié , fans écart & fans repetition. On
peut dire qu'il doit être ménagé felon que
le fujet le demande ; de forte que pour un
Prône , il doit être fimple , neanmoins fans
baffeffe , là c'eſt un Pere qui parle & qui
inftruit fa famille ; il a moins de meſures
à garder , on reçoit toujours bien ce
qu'il dit , pourvû qu'il parle de coeur
& avec onction. S'il s'agit de traiter un
point de Morale , il ne faut pas tant d'élevation
, que lorsqu'il eft queftion de traiter
un Myftere , ou de faire l'éloge d'un Saint.
En un mot , c'est au Predicateur à employer
le ftile qui convient à ſon ſujet : lorfqu'il
aura acquis ce talent , s'il n'a pas tout fait,
il a du moins fait une partie de ce qu'il
devoit faire . Il n'eft donc pas vrai de dire
que la maniere de prêcher ( fur tout celle
DE MAR S. 79
qui eft pratiquée par les grand Predicateurs
, car c'eft de celle- là dont on doit
parler ) n'est pas proportionnée à la portée
de l'Auditeur ; que de tirer tout un Sermon
d'un mot ou d'un texte c'eft promener l'Auditeur
dans les efpaces imaginaires ; qu'il ne
fçait où il eft , qu'il n'a plus de prife ; que
de prêcher pendant une heure entiere avec
fi pen de repos , c'est l'étourdir , & non
Pinftruire ; car tout cela tombe , lorsqu'il
s'agit d'un Sermon où il y a de l'ordre
d'un Sermon dont les fousdivifions bien
juftes & bien prifes , font des points fixes,
où la memoire peut fe repofer , pour paffer
plus aifément d'un endroit dans un autre :
ce n'eft point encore une fois étourdir fon
Auditeur , c'eft l'inftruire & le convaincre ;
c'est l'obliger de fe rendre , en ne lui laiffant
plus aucun pretexte pour douter de la verité
qu'on lui prêche , ni aucun retranchement
, à l'abri duquel il puiffe encore de-,
meurer dans fon crime . Ainfi compoſer un
Sermon pour le debiter de memoire , ce
n'est pas fe donner en ſpectacle , ni vouloir
prouver qu'on a de grands talens, c'eſt vouloir
ne point parler au hazard , & ne point
s'expofer en battant la campagne & en fatigant
fon Auditeur par des redites infupportables
, à lui faire defirer le moment
où il puiffe voir terre.
On peut donc fans , fe donner la torture,
& iiij
80 LE MERCURE
ni voule paroître avoir plus d'efprit que
fon Auditeur , lui en fuppofer affez pour
croire qu'il peut entendre les verités de la
Religion , même les plus abftraites , fi on les
-appuye folidement , fi on en dévelope bien
les principes , fi on en fait voir la neceffité ,
la fageffe , l'utilité , & cela peut fe pratiquer
dans un difcours appris par memoire ,
pourvû qu'il foit bien medité , bien conçû ,
bien digeré , plutôt que dans le galimatias
' inintelligible d'un homme qui rifque à parler
fur le champ.
On peut donc inftruire les hommes en
quelque genre que ce foit par un difcours
debité , non avec emphaſe , mais avec dignité.
On y peut employer des propofitions
fimples & intelligibles ; & fi on ne les repete
pas autant de fois qu'il feroit neceffaire
, pour les faire comprendre à un chacun
des Auditeurs ; c'eft que d'un côté il
pourroit arriver que celui qui ne les auroit
pas entendues la premiere & la feconde
fois , ne feroit pas plus intelligent pour la
troifiéme ; & que de l'autre , on courroit
rifque d'ennuyer le refte des Auditeurs , ou
de les faire dormir.
Donc la comparaifon que notre Auteur
fait d'un Predicateur qui prêcheroit à un
feul homme , & de celui qui prêche à
plufieurs , tombe entierement ; puifque
celui qui inftruiroit un feul homme ne
DE MAR S.
craindroit point de le rebuter en lui repetant
la même verité , autant de fois qu'il
feroit neceffaire pour fe faire entendre ;
& que celui qui parle devant une grande
Affemblée auroit fujet de l'aprehender ,
ne fçachant pas même combien de fois
precifément il devroit repeter ce qu'il auroit
avancé , pour le faire entendre de tout
le monde ; donc la repetition qui eft quelquefois
dans celui qui parle une marque
de fterilité , quoique neceffaire en certains
cas pour forcer les barrieres de l'efprit qui
écoute , n'eft pas toujours pratiquable . Il
eft vray que la conception de l'Auditeur ne
marche pas toujours comme la voix du Predicateur
; auffi lorfqu'un Predicateur eſt
habile , il a foin de prefenter fous plufieurs
faces la même verité lorfqu'elle eft difficile,
afin de la mieux inculquer à fes Auditeurs.
Il est vrai qu'à mesure que le Predicateur
debite , fa memoire fe foulage ; qu'à mesure
que l'Auditeur écoute , fon attention fatigue ;
mais après tout , il eft jufte que l'Auditeur
travaille à fon tour , pour profiter des
veilles du Predicateur ; fur tout , fi on ne
peut leur épargner cette peine à l'un nià
l'autre.
Conclufion .
Les enfans profitent au Catechifme , &
les hommes ne profitent point au Sermon .
Ce n'eft donc pas que la methode du Ca-
82 ΣΕ
MERCURE
techifme foit plus propre pour inftruite
que celle du Sermon ; mais cela vient de
ce que les hommes font plus paffionnés ,
& par conſequent moins propres à recevoir
les Instructions & à en profiter que
les enfans .
OBSERVATION
d'un Parhelie.
LE
E 27 Fevrier 1721 il parut fur les
trois heures après midy un Phenomene
qui attira les regards de tout le monde
par fa fingularité ; il dura près d'une heure
dans tout fon éclat , & s'affoiblit enfuite
infenfiblement. Le foleil paroiffoit au milieu
d'une couronne , fur les bords de laquelle
on voyoit de chaque côté l'image
de cet aftre avec une queue lumineufe ;
& au deffus , la même image avec deux
efpeces de cornes ou d'arcs de cercle colorez
comme l'Iris. Cette couronne étoit
enveloppée d'un grand cercle concentrique,
coloré de même. A la partie fuperieure
de ce cercle on voyoit un grand arc adoffé
qui reprefentoit les couleurs de l'arc- enciel
d'un aurre fens & comme par reflets.
Ces deux cercles s'entrecoupoient & formoient
par leur interfection une efpece
DE MAR S.
83
de noeud ou de petit cercle lumineux.
Les Philofophes appellent ce Phenomene
un Parhelie ; cette repetition des
images du ſoleil eft formée , felon quelquesuns
, par les differentes faces d'un nuage
condenfé & épaiffi en forme de glace , à
travers lequel on voit le foleil , comme fi
on le regardoit avec un de ces verres taillés
à facettes , qui multiplient les objets , &
les font paroître avec les couleurs de
l'Iris , parce qu'ils caufent les mêmes refractions
que le Priſme.
M. Deſcartes au chap. 1 des Meteores,
explique ce Phenomene par le moyen d'un
nuage glacé & condenfé en forme de
globe par deux vents contraires. Dans
cette hypothefe il démontre que le foleil
doit paroître au milieu d'un ou de plufieurs
cercles , puifque le nuage étant condenfé
en rond doit prefenter une furface
circulaire aux fpectateurs. Et comme cette
glace n'eft pas continue , & qu'il y en
peut avoir plufieurs couches differentes ,
elles doivent former auffi plufieurs cercles
& d'autres inégalitez felon leur fituation.
On peut voir jufqu'à fix foleils felon le
même Philofophe ; fçavoir , un en ligne
droite qui eft le veritable , deux par refractions
, & qui pour cela tiennent un peu
de l'Iris ; & enfin trois par reflexions , qui
doivent eftre fort pâles. Les couleurs de
84 ALE MERCURE
l'Iris font l'effet des refractions caufées
par le nuage glacé comme par l'épaiffeur
d'un Priíme. Ce Philofophe rapporte deux
cas où l'on pourroit voir un feptiéme ſoleil
, l'un beaucoup au deffus , & Pautre
beaucoup au deffous des fix autres : celuilà
étant plus lumineux effaceroit l'ombre
que les autres pourroient produire fur les
cadrans au foleil ; & pour lors il arrive
neceffairement que l'ombre du ftile doit
ou retrograder ou avancer , enforte qu'elle
ne marque point la veritable heure.
On voit rarement dans les Parhelies plus
de trois foleils , parce que le nuage n'eſt
pas ordinairement affez étendu pour en
reprefenter davantage : cependant en 1625
le Roy de Pologne en obferva fix , & en
1629 le 20 Mars il en fut obfervé cinę
à Rome. Cette obfervation eft rapportée
par M. Defcartes , qui l'explique felon fes
principes. M. Hughens dans fes ouvrages
pofthumes , fait mention d'un Parhelie de
fept foleils , & en donne une très-belle
explication.
Par un effet affez femblable il fe peut
faire qu'un autre objet que le foleil fe
peigne dans ces fortes de nuages condenfez
. Quelques-uns ont rapporté qu'autrefois
en vit en quelque endroit de la Suiffe
une image de Saint Michel qui paroiffoit
dans les nuës ; cela furprit étrangement
DE
85
MARS.
ceux qui s'en apperçurent les pemiers ,
mais on ceffa de s'étonner quand on eut
remarqué que cette image étoit toute femblable
à une ftatuë de Saint Michel placée
fur un certain clocher. Comme elle étoit
très bien éclairée par les rayons du ſoleil ,
elle étoit reflechie ou par un nuage ou par
quelque couche de neige glacée aux yeux
de ceux qui ne pouvoient voir la ftatuë.
Plufieurs Auteurs ont rapporté des obfervations
de ces fortes de Phenomenes.
On nomme, entre autres Hevelius dans
fes Tables Aftronomiques , Conrard Lycofthene
Auteur Allemand , dans fon
Livre qui a pour titre , Prodigiorum ac
ostentorum chronicon , &c. imprimé à Bafle
en 1557 ; on y trouve la figure d'un
Parhelie obfervé à Venife en 1532 , affez
conforme à ce qui a paru le 27 Fevrier
dernier.
Un autre Auteur Allemand , Chanoine
de l'Ordre des Premontrez , nommé Zahn,
dans un Livre intitulé , Oeconomia mundi
mirabilis , imprimé à Nuremberg en 1696 ,
fait la defcription d'un Parhelie qu'on
avoit vû en 1688 .
On a eu avis par des Lettres de Nimegue
, que le premier Mars il avoit paru
une lumiere extraordinaire pareille à celle
qu'on a obfervée ici il y a environ deux
ans , qui empêcha les Obfervateurs de
36 LE MERCURE
rien relarquer qu'une foible lueur à l'ho
rilon.
L
INT
se. Mars à Saint Malo.
parut ici Samedy premier de ce mois
à dix heures du foir , un Phenomene
encore plus extraordinaire
que celui de
l'année paffée , le croiffant qui n'avoit
que deux jours étoit trois fois plus grand
qu'il ne devoit l'être , rouge comme du
fang & dans une agitation furprenante ;
il fortoit du milieu de fes deux cornes une
barre blanche très lumineule & large deux
fois comme le paroît ordinairement
l'arcen-
ciel ; cette barre alloit fe perdre dans la
partie de l'Eft , elle étoit traverfée fans difcontinuité,
& de diſtance en diſtance, d'une
infinité de feux bleus , verts & rouges , qui
montoient & defcendoient
continuellement
.
Cette premiere repreſentation
á duré jufqu'à
près d'onze heures , que le croiffant
eft allé comme le précipiter dans la partic
de l'Ouest enfuite a paru dans le Sud-
Eft une étoile d'une grandeur & d'un brillant
extraordinaire
, laquelle s'eft placée
au côté de la barre blanche qui fubfiftor
encore , & a fait difparoître par la fuperio
rité de fa lumiere les feux qui environnoient
la barre : cette étoile a demeuré pendant une
DE MAR S. 87
heure dans toute la beauté , & is s'eft
éteinte peu à peu en prenant la couleur &
la forme d'un charbon , alors tous les feux
ont reparu fur la, barre blanche dans un
mouvement plus grand qu'auparavant, & fe
font étendus de tous côtez ; il faifoit affez
clair pour lire dans la plus petite écriture ;
le Ciel étoit étoilé , l'air temperé , & il
n'y avoit d'agitation que dans les feux voifins
de la barre qui paroiffoient fe fecoüer
d'une étrange maniere. Ce beau fpectacle
a duré jufqu'à une heure & demie après
minuit , alors tout a difparu jufqu'aux
étoiles , & la nuit la plus noire a fuccedé
tout d'un coup, comme un rideau qui feroit
tombé entre le Ciel & nous . Ce Phenomene
a commencé & fini à Rennes une
heure plutôt qu'ici. On l'a vû le même
jour à Bourges , à la Fleche , à Nimegue
& à Varfovie , & on l'auroit pû voir à
Paris fans un grand brouillard qui empêcha
les obfervateurs de rien remarquer qu'une
foible lueur à l'horiſon.
8:8 LE MERCURE
LETTRE ECRITE A M DE V ....
par M. Gravelot , frere de M.
Bourguignon d'Anville , Geographe
du Roy.
On vous trouve trop à dire icy , Monfieur ,
pour qu'on y ait oublié ce qu'on vous y
a promis
MAis n'allez pas au moins croire que cette
Lettre
Soit pour vous prouverfeulement ,
Que fi par fois je fçai promettre ,
Je m'enfouviens exactement :
Sans doute il eft vrai d'une chose ,
Tenir fa parole a fon prix s
Mais ma foi quand je vous écris ,
Leplaifir que j'y trouve en eft l'unique cauſe.
J'ai trop bonne opinion de ce qui vous
divertit prefentement, pour croire que vous
regrettiez nos amuſemens ; c'eſt dans cette
prévention que je ne crains point de vous
dire ,
Que j'ai depuis vôtre départ ,
Souvent été Collin maillart ;
Que le Jardin à l'ordinairey
Des
DE 89 MAR S.
1
Des Graces & des Ris eft le brillant fejour :
Que nos petits Jeux tour à tour
Joüez dans leur vrai caractere ,
Ne font que des propos d'Amour ,
Dont aisément onpourroit faire
Un gentil fupplement au Code de Cythere.
C'eft fans doute ici le lieu de vous dire
qu'on vous fait bien des complimens , &
qu'on vous fouhaite beaucoup de gaïeté
dans l'humeur.
Et pour vous expliquer mon on
Scachez que par lui je veux dire
Certaine Belle à l'oeil fripon ,
>
Aux cheveux bruns , au doux fourire s
Et de quifans doute le nom
Sur le Journal de Cupidon ,
Au rang des Graces fe doit lire :
F'entends l'aimable P ....
Ayant au même Livre une Coufine inferite ,
Qui par mille beautez également merite
Et le nom de Venus , & le fort de Pfiché.
Je me devois à moi-même une digreffion
en faveur de la charmante Coufine de
Mademoiſelle P ..... déja même penfezvous
qu'elle en auroit executé une plus
longue mais , Monfieur , c'est ici la place
de mes fentimens , & il eft temps de vous
H
90 LE MERCURE .
exprimer combien je fouhaite que vous
foyez redevable à vôtre voyage.
Pour fuivre loin de nous fon Zephire volage ,
Flore abandonne nos Climats ,
Et Septembre déja rapellant les frimats ,
Du plaifir des tifons nous raproche l'uſage.
Ainfi donc ufez bien du refte des beaux jours ,
Et des derniers plaisirs que promet la Campagne ;
Et fi vous ne voulez que l'ennui l'accompagne ,
De Bacchus , de Morphée , des petits amours ,
Employez fouvent le secours.
Je fuis Monfieur , & c. ce 17 Septembre
1720.
LETTRE DU MEME
à M. de l'Annai
O vous , chez qui tous les momens
Sont des momens de jouißance ,
Chez qui l'on voit d'intelligence
La gaieté des Buveurs , la langueur des Amans….
Je me faifois fort , Monfieur , de vous
écrire une belle Lettre fur ce ton- là ; mais
j'ai fongé depuis qu'il valloit mieux vous
faire des reproches de la part de nôtre
amitié : Quelle honte ! il me femble qu'il
ya un fiecle que je n'ai eu de vos nouDE
MAR S. 9.1
velles
ne fçaurez- vous jaman combien
elles me font cheres ?
Seriez vous par bazard le Renaud de nos jours ,
Du fommet d'une Roche aride
A-t- on formé pour vous le plus beau des fejours ?
<
On bien fans le fecours perfide
De quelque Palais enchanté ,
Au profit d'une jeune Armide ,
Par les charmes d'Amour feriez- vous arrêté ?
En effet , vos amis n'entendent non plus
parler de vous que fi vous n'étiez qu'amoureux
: Expliquez - nous , s'il vous plaît ,
l'enigme de vôtre filence . Si c'eſt l'efprit
de retraite qui vous tient , je ne fais pas.
mal de vous envoyer de quoy lire , &
peut être de quoy entretenir vos reflexions::
J'ai jugé le tendre Catule digne de cela ;
vous fentirez en le lifant combien les
Vers coutent peu à un Amant qui chante
fes plaifirs.
Quandfur la Lire des Amours
Catule chantoit fa Lesbie,
Je pense que c'étoit tous les jours defa vie ,
Au Dieu des Vers pourtant il n'eut jamais recours ::
J'aime comme il aimoit , mais j'aime une incredulo»»
Ettout ce que jefais fefent de mon ennui ;
Afi je fuis jamais heureux comme Catule,
Je ferai des Vers comme luy.
Hij
92 LE MERCURE
Au moins , Monfieur , faites - moi fa
juftice de croire que je fuis homme à aller
vous reprocher votre negligence pour vos
Amis , jufque dans votre folitude ; & fi je
ne l'ai pas encore fait , c'eſt que mes occupations
m'en ont empêché?
Quand te devrai -je , ô Repos précieux ,
Les plus chers inftans de ma vie !
Je laiffe be Nectar aux Dieux
C'eft leur loifir feulement que j'envie.
'
Si quelque jour ils exaucent mes prieres,
je fais voeu de donner la moitié de ma
vie aux douceurs de l'amitié ; elle feule a
des plaifirs dont on ne fe repent point .
Oui , le vrai bonheur , ce me femble ,
C'est lorsque l'amitié raſſemble
Trois ou quatre de fes Devots ,
Sous l'aufpice du Dieu des Pots :
Là l'efprit & le coeur font dire
Ce que l'un penfe , &ce que l'autre inspire ;
Là plus de fâcheux fouvenirs ,
Ni reflexions , ni defirs ;
Au prefent qui plaît on fe livre ,
Et bien plus que de vin de plaifir on s'enyore.
Avoüez , Monfieur , que je connois bien
les charmes de l'amitié c'eft une obligation
que je vous ai , dont je ne prétends
:
DE . MARS. 93
jamais m'acquitter . Je fuis & ferai toute
ma vie , Monfieur , Vôtre , &c.
TEC
ELEGI E.
Qvoi ! Delphire, à ce point me mepriſe, m'offenſe ?
C'en est fait , cet affront a laſſé ma conftance ;
Quand de fa trahison j'aime encore à douter ,
Que démeniant mes yeux , je veux bien l'écouter,,
Queje cherche moi- même à me laiffer ſurprendre,
C'est elle qui m'accufe , au tren de fe défendre.
Elle aigrit mes foupçons , loin de me raſſurer :
A de nouveaux affronts il faut me preparer.
Je m'entends de chez elle interdire l'entrée ,
Eft- ce là cette ardeur fi tendrement jurée ,
Dont la mort devoit feule interrompre le cours
Et fur qui je fondois le bonheur de mes jours ?
Je nepuisfans rougir fonger à ma foibleffe.
Avec quelsfoins jaloux j'inftrufois fa jeuneſſe ?
Reduit par l'injustice à pleurer mes malheurs ,
Jepuifois dans fes yeux l'oubli de mes douleurs.
Oui , tandis que fon coeur m'eft demeuré fidelle ,
Quand tout metrahiffoit , je trouvois tout en elle
Credule , fur le point de me voir fon Epoux
Helas ! que cet espoir à mes voeux étoit doux
Je pafferai les nuits auprès de ma Delphire ,
Je la verrai le jour doucement me Lourirez
.....
94 LE MERCURE
Me difois je, & le Ciel laffé de me punir,
Par des noeuds éternels va bien tot nous unir.
La campagne fera deformais nôtre azile
Contre tous les chagrins qui regnent dans la ville.
Là goutant des plaifirs fans ceffe renaifans ,
Nous nous occuperons de cent jeux innocens .
C'est ainsi qu'accablez fous le poids des années
Nous remplirons tous deux nos douces deftinées .
Inutiles projets ! vains defirs de mon coeur !
Que l'on doit peu compterfur ce fexe trompeur !
L'ingrate , après m'avoir effacé defon ame ,
S'arme de mes leçons , pour combattre ma flâme.
Importun à mon tour , je reffens tous les maux
Que du tems de mon regne éprouvoient mes R
vaux .
Par de tendres Chanſons la nuit fous ſa fenêtre ,
Vainementje m'efforce à me faire connoître.
Il faut frapper comme eux , & d'un bras mutiné
Vaincre par mille coups fon filence obftiné.
Sans doute de trop près j'obfervois fa conduite ;
Blle veut affurer fes defirs par ma fuits.
Je ne fuis plus furpris fi toûjours par fes foins
Je me voyois près d'elle affiegé de Témoins .
A travers des raisons fi vaines , fi forcées ,
J'ai dû voir mille fois fes ardeurs infenfées ;
Mes yeux sefont ouverts , puiſque tu l'as voulu :
Eh bien , à t'obeïr me voilà refolu.
Ne crains pas qu'oubliant cette nouvelle injure
DE MAR S. 95
Jamais en ta maifon je mette un pied pajure.
Je te rends aujourd'hui tes fermens & ta foy :
Porte ailleurs desfoupirs qui n'étoient dûs qu'à moi..
Tvre de mon Rival , vante lui fa victoire ;
Peins lui tous mes tranſports , pour augmenter fa
gloire.
De tes indignes fers , prêt à me dégager ,
Tous mes voeux font remplis , fi je puis me venger.
Doris , cette Beauté que même on te prefère ,
Et dont je rabaifois les attraits pour te plaire .
Doris m'aime, tu ſçais juſqu'où vafon amour.
J'irai , pour te braver , j'irai greffir (a Cour.
Mais pourquoi m'abufer ? je fens couler mes larmes ;:
Delphire ; que je crains ma foibleffe & tes charmest
APOLOGIE DU QUADRILLE.
1Pp ends - nous·
Cenfeur ,
> cher Damon , trop fevere
D'où te vient cette fombre humeur.
Pourquoi dans tes rimes en Ille ,
Dont par tout ton depit fourmille,
Te dechaîner avec aigreur
Contre notre innocent Quadrille ?
D'où peut venir la maligne vapeur 3 »
Qui dans ta Satire petille ?
Peut-être qu'à ce jen ton Rival appalle",)
96
MERCURE LE
Bien plus fouvent que toi te rends fi defolé; -
Il t'en a couté quelque mille ,
Dis- tu , voilà ce qui caufe ta bile :
Mais doit-on regretter cinq ou fix mille , auprès
De tout ce que ce jeu nous procure d'attraits ,
Tu n'en connois donc pas les charmans privileges,
Les petits jargons , les maneges :
Ce joli jen très -feurement
Fut inventé par un Amant ;
•
Quel doux plaifir quand une Belle
Pourpartager fon gain , oufa perte avec elle
Appelle à fon fecours , choifit votre Roy
Pour fon fecond , pour impofer la Loy ;
Que finement on vous regarde ,
Que pour vous mettre au fait votre aimable moitié
Daigne vous marcher fur le pied ;
Que fa bouche vous dit d'une façon mignarde ,
Mon bon ami prendra cela ,
Mon ami bien fort appuira ,
Frappant de fon poing fu la table ,
Gano mon ami me fera ,
S'il le trouve pour agreable ,
Ou fera tout ce qu'il voudra' ;
Et quand il s'agit de la vole ,
Pour l'appeller c'eſt un nouveau ragoût ;
On vous adreffe une douce parole ,
Mon bon ami, mon cher a - t'il du goût ?
Oui , fans doute j'en ai , Madame ,
( dis alors l'ami tout de famme )
DE MAR S. 07
Je n'en manquai jamais , & tout exprès pour vous
L'on feroit peindre des atous ,
Et puis lorfque la vole eft faite ,
Ab! que nôtre ame eft fatisfaite
De r'affembler • les matadors ,
Rangez en ordre de bataille ;
D'en fupputer les droits avec la pertintaille ,
Et d'en partager les tresors
Avec votre belle Appellante
Dont vous avez rempli l'attente.
Reforme donc, Cenfeur , ton nouveau Plaidoyer ,
Si tu ne veux le beau ſexe ennuyer ;
Quoi done ! aimerois - tu mieux l'Hombre;
Ce jeu devenu trifte &fombre ,
Où bienfouvent les tiers nefont jamais d'accort
Toûjours quelqu'un eft dans fon tort
Les repriſes n'yfont qu'une longue querelle ,
•
Quijufqu'au dernier tour s'aigrit, fe renouvelles
Auffi dit- on qu'à tous les jeux ,
Les tiers font toûjours ennuyeux :
Al'Hombre encore autre diſgrace,
Dire fans ceffe , paſſe , paſſe ;
Mais àQuadrille on en ufe autrement"
L'on est toujours en mouvement :
Qui , dans notre charmant Quadrille
Toujours nouvel évenement ,
A chaque comp on rit, on brille ,
Ebaque coup a fon agréments
I
LE MERCURE
le charmant amusement !
Toûjours alliance nouvelle ,
Vous appellez , on vous appelle :
Tantôt c'eft vôtre Ami , tantôt c'eft vô're Belles
Auffi c'est par lui même, & non par interêt ,
¿Que cejeu fi charmant nous attiṛe &nous plaît,
Pourvu que la Blande ou la Brune ,
Partagent notre gain comme notre infortune ;
Soyez l'appellé , l'appellant ,
› Perdez ,gagnez l'on eft content :
• Et chacun fçait que les parties
Qui passent pour bien afforties :
Ce ne font que celles qu'onfait
De ce nombre égal &parfait,
Et qu'on voit fur tout les Quarrées,
Eire aux autres très- preferées :
Que l'Inventeur de cet aimable jeu
N'y gagne jamais pour un peu ,
Que chaque jour a plus d'une reprises
wn fort heureux le favoriſe ,
Et qu'il y brille à tous les coups
Qu'iln'aitpoint de bête remife,
Quefon jeu fois le rendez- vous
Des matadors & des atous s
Qu'il neperde poins de ſans -prendres
Qu'il n'ait jamais le malheureux Lyfandre;
Etfalle toujours un bon choix ,
Quand il appellera fes Rois ;
1
DE MAR S.. 99
Oui , que la conftantefortune
Aujourd'hui leprotege , & le comble demains
Que les deux As à couleur brune ,
P
Ne fortent jamais defa mains
Que toujours d'un bonheur extrême ,
Ilfoit fans ceffe confolé ,
Qu'ilfoit toûjours de la beauté qu'il aime,
Ou l'appellant ou l'appellé ,´.
Et que l'ennemi de Quadrille
Pour le punir de la prévention ,
Ne reçoive jamais de confolation ;
Qu'au lieu de baste & d'espadille ,
Toujours il voye arriver en fon jen
Les deux As en couleur de fen ,
Et ferde fans ceffe Codille.
DIALOGUE
en Vers Monofyllabiques.
SILVANDRE.
Ar ce feu vif doux qui fort de tes beaux
yeux ,
Tu peux bien plus fur moi que les Rois ni les Dieux ,
Leurs Loix ne me ſont rien près d'un mot de ta
bouche;
Je fais mes biens , mes maux de tout ce qui te
touche:
?
I ij
335123
100 LE MERCURE
Je meples dans tes fers , je ne fuis que tes pass
Ma vie eft de te voir , je meurs où tu n'es pas
Non , mon coeur fans ce bien ne peut ni ne vest
vivre :
Loin de toi , nuit &jour à mes pleurs je me livre ›
Etfi je n'ai ta for pour le prix de mon coeur ,
Tous les traits de la mort ne me fant point de peur ·
CLIMENE.
C'en eft fait, je me rends , & mon choix fuit le
votre 3
Je sens que nos deux coeurs font trop faits l'us
pour l'autre ;
Si vos voeux font pour moi , tous les miens font
pour vous:
Je- vous aime & vous plaîs , eſt- il un fort plus
doux ?
Que ce jour , s'il fe peut , le plus faint noeud nous
lie ,
Et ce jour est pour moi , le plus beau de ma vie,
1
DE MAR S. ΓΟΥ
L
Lettre de Mr. Egbert Guenellon ,
à Mr. de l'Ifle , Geographe de
l'Academie Royale des Sciences.
A Amfterdam le 19 Decembre 1720.
MOONNSSIIEEUR,
Quelques reflexions que j'ay faites fur
la fituation des Etats du Czar , me procurent
aujourd'huy l'honneur de vous entrerenir
: j'efpere que vous voudrez bien éclaircir
mes doutes ; j'ofe même me flatter que
vous ne trouverez pas mauvais fi je fuis
quelquefois d'un fentiment oppofé au vôtre
: Vous avez porté la Geographie à un
point de perfection où vous feul avez pû
atteindre , quoique depuis près de trois
mille ans on travaille à défricher cette
fcience ; mais enfin perfonne n'eft infailli- .
ble : quelque exactitude que vous ayez en
travaillant , il faut de neceffité vous ent
rapporter aux Relations des gens qui ont
voyagé dans les païs lointains : l'envie de
fçavoir n'y conduit perfonne , l'intereft
feul fait entreprendre de pareilles courfes ;
& quelle foy doit-on ajouter au Journal
I iij
102 LE MERCURE
d'un Machand fatigué , qui par maniere
d'acquit , met fur fes tablettes ce que des
Guides ignorans & menteurs lui racontent
uniquement pour dire qu'il a fait un Journal
; ainfi mal à- propos mettroit - on fur
le compte du Geographie ce qui ne peut
eftre imputé qu'au Relateur infidelle .
Mr de Wilve mon coufin , Refident des
Etats Generaux auprès de Sa Majesté Czarienne
, vient de m'écrire une Lettre de
Petersbourg , dont il m'envoye la defcription
, & en même tems il releve quetques
fautes geographiques au fujet de la
fituation de cette Ville ; je vous envoye un
extrait de fa Lettre , afin que vous jugiez ,
Monfieur , fi fa relation contient quelque
chofe de nouveau : Voici ce qu'il me marque.
Toutes les Cartes errent au fujet de la
fituation de Petersbourg , plufieurs même
ne marquent point cette Ville : J'auray
l'honneur de vous apprendre que la Riviere
de Neva ou la Nie , a de longucur
douze lieues communes d'une heure de
chemin , ou foixante & douze werftes de-.
puis l'Ile de Ritzard , [ fur laquelle Grors-
Loot eft fitué , qui eft pris abufivement
pour Petersbourg même dans les Cartes
de Monfieur de l'Ile , ] jufques à Oreſcha
ou Notebourg, [ à prefent Sleutelbourg , I
c'est à - dire depuis le Golfe de Finlande
DE MAR S: 10
fufques au Lac Ladoga , & que Petersbourg
eft fitué à cinq lieuës de Cronfloot , & à
fept de Sleutelbourg. Cette Riviere eft fi
large proche de Cronor , qué d'un bord
on peut à peine découvrir à la vûë le rivage
oppofé ; mais elle fe rétrecit peu
après en avançant vers Pétersbourg , jufques
à n'avoir qu'environ 170 toifes , &
elle conferve cette même largeur jufques ,
au Ladoga... Schanfter- Nye eft fitué environ
une lieuë plus hant que Petersbourg ; mais
Petersbourg s'étend jufques là , cette Ville
formant un très grand circuit . On peut
divifer la Ville en deux parties , dont la
principale eft en terre ferme , du côté de
F'Ingermanie , & l'autre eft compofée de
cinq Ifles affez grandes. L'Amirauté eft
fur une Ifle qui n'étant feparée de la Ville
que par un Canal afféz étroit , y communique
par plufieurs ponts , entre leíquels
it y en a un très beau qui répond au chemin
de Moscou , dont je vous parleray'
plus bas, Sa Majesté Czarienne a aufli fes
deux Palais , fçavoir celur d'etté & celuï¨
d'hyver du côté de l'Ingrie ou Ingermanie ; ;
mais fur l'Ifle qui regarde le rivage oppofé
, au pied de laquelle paffe le grand'
courant de la Riviere , on a placé la Citadelle
, le Confeil , la Chancellerie , les Magafins
& la Bourſe , ce qui eft affez incommode
, parce qu'on ne peut y aborder qu'en '
chaloupe.
I iiij
104 LE MERCURE
On bâtit auffi fortement fur l'Ifle de
Bazile u Wafili Ooftrof. Le Prince Menzicowy
a fon Palais proche de la grande
Riviere tous les Knez ou Boyars font
obligez d'y faire élever chacun un Hôtel
bâti de pierre ; on y conftruit auffi un
grand édifice où les Marchands auront
leurs boutiques.
On compte déja plus de quarante mille
maifons dans cette Ville , mais dont la
plûpait n'ont qu'un étage , outre que plu
heurs font de bois , & celles qui font de
pierre, font maçonnées affez negligemment
de briques qu'on enduit de mortier en
dedans & en dehors , quoy que d'ailleurs
on n'y épargne pas les frais : l'Architecture
qui eft moitié Françoife & moitié Italienne,
Les fait paroître belles ; mais quand elles
ont été quelque tems fur pied , le mortier
tombe par gros morceaux , à caufe du
froid & des autres injures du tems , ce
qui les défigure entierement . Les rucs de
Petersbourg font belles , larges & bien
alignées il y en a entre autres une fort
grande qui commence à la maifon de l'Amirauté,
droite & longue de plus d'une
demi- lieuë , large & plantée d'un double
rang d'arbres de chaque côté. On a même
pouffé cette rue [ ou le chemin qui en eft
une fuite jufques à cinquante lieuës de
distance de Petersbourg , au travers des.
:
DE MAR S.
109
bois & forêts par lefquels on set frayé
le paffage , & le Czar prétend continuer
cette route jufques à Mofcon .
On n'a point encore dreffé un plan exact
de cette Ville , mais on a gravé une perfpective
de la grande Riviere & de la Ville
vûe de ce côté- là.
Voilà , Monfieur , ce que M. de Wilde
me marque au fujet de Petersbourg ; vous'
en ferez l'ufage qu'il vous plaira. Apprenez-
moy , je vous prie , les nouvelles découvertes
que vous avez faites depuis mon
départ de Paris , entr'autres fr vous avez
donné la grande Carte de Perfe à laquelle
vous étiez occupé alors mandez - moy
encore fi vous avez fait quelque nouvelle
Carte de la Mer Cafpienne & des Pays
qui l'environnent , fur les defcriptions &
les Plans que le Czar vous a fait tenir.
9
Je ne fçay fi vous avez vû un Livre in
8. imprimé en 1717 , qui a pour titre
Etat prefent de lagrande Ruffie , écrit par
un Ingenieur Anglois , nommé Pérry ,
qui a été au fervice du Czar , & qui a
été employé tant au Canal de communication
de Camafcinka pour joindre le
Wolga au Don , qu'à plufieurs autres ouvrages.
Il y a dans ce Livre diverfes particularitez
des Etats du Czar , de leur fituation
, & de leurs veritables bornes que les.
Cartes n'ont marquées jufqu'à prefent
1.06. LE MERCURE
qu'affez confufément , fur tout vers l'O
rient & la grande Tartarie , faute de bonnes
& exactes Relations .
Sur ce fujet donc , il affure que les
Etats du Czar ne s'étendent pas au delà de
l'embouchure de l'oby & du Lena , le long
des côtes de la Mer de Tartarie , vers la
plaine de Bargu & vers l'Orient , & il påroît
par fa defcription qu'on doit les borner
au Nord- Eft à l'embouchure de l'Oby,
ou au moins à celle du Jeniſcea , & marquer
les limites de ce côté là le long de.
ces Rivieres depuis leurs embouchures , en
les remontant jufqu'au foixante - cinquiéme
ou bien foixante deuxième degré de latitude
, & puis mener la ligne vers l'Orient.
jufqu'au Lena vets Jaktskoy , enfuite vers .
le Sud Eft & Sud , jufqu'à Nertfinskoy &
l'embouchure de la Riviere d'Argun , qui.
fe jette dans l'Aur , & que tout le reite
qui eft vers l'Orient & le Nord - Est , doit
eftre compris fous la Tartarie Chinoife ,
ou bien habité par des peuples indépen
dans. Voici fes paroles fur cet article.
Les Peuples qu'on trouve au delà de.
la grande Riviere Oby , au Nord Eft de
la siberie , tout le long de la côte de la.
» Mer de Tartarie jufqu'à la chine ; ou,
plutôt Tartarie Chinoife , que notre Au
» teur femble comprendre ici fous le nom .
general de Chine ) n'ont point encore.
25.
DE MAR S. 107
» voulu reconnoître la domination du
» Czar : en cas de befoin ils ont recours
» à leurs armes , qui font des épées , des
picques , des arcs & des fleches . Ils re-
» fufent l'entrée de leur païs à tous ceux
» qu'on envoye de Tobolsky , pour reconnoître,
la fituation de leur pays , & des
» côtes de la Mer , ce qui fait que les
» Mofcovites n'ont aucune connoiffance;
» de la Mer de Tartarie , & c .
Après cela il marque que la Siberie a
élé cy- devant un Royaume dont les Mofcovites
fe font rendus maîtres en deux ans,
de tems ; que le Roy fut tué dans un combat
, & fes fils menez prifonniers à
Mofcow : Qu'il y a encore aujourd'huy
dans cette Capitale des Etats du Czar , un
Prince defcendant de cette famille qu'on
nomme Sibersky- Czarowics , qui eft eftimé
du Czar & de toute la Cour : Que la
Province de Siberie , avec les Provinces.
qui en dépendent , fait la huitième partie
des Etats du Czar , fuivant la divifion qui
en fut faite il y a quelques années . Il dic
auffi que le Czar a dreffé quelques Regimens
d'Infanterie & de Dragons , des peuples
qui l'habitent , & que les Regimens
d'Infanterie de Sibersky - Tobollsky , font
auffi eftimez qu'aucunes autres Troupes .
* M. Witfen raconte auffi l'hiftoire de la con
quête de la Siberie , dans fon Livre,
/
108 LE MERCURE
du Czar , excepté les Gardes , qui font des
gens choifis de tous les Regimens. Enfin ,
il marque dans d'autres endroits que le
Czar a deffein , auffi-tôt que fes affaires
le permettront , de reconnoître la Mer de
Tartarie , au delà de l'Oby , & de faire
même bâtir un pont à l'Eft de cette Riviere
, s'il eft poffible , pour envoyer de
à des Vaiffeaux pour penetrer dans ces
Mers inconnuës ; mais il dit par tout que
jufqu'à prefent tout ce qui eft de ce côtélà
, eft entierement feparé de la domination
du Czar.
J'ai toujours été d'opinion que M. Witzen
avoit trop étendu les limites de l'Empire
Mofcovite vers les Pays inconnus ;
car , quoique par le Traité de Niptchow
les limites des Etats du Czar , & de l'Empereur
de la Chine , ayent été fixées à 55.
degrés de latitude , cela ne donne pas pour
cela aux Mofcovites la domination de tous
les pays qui font au Septentrion de cette
élevation jufqu'à l'Ocean Oriental ; cette
feparation n'ayant été faite qu'à l'égard de
la Daurie , fur le fujet de laquelle les Mofcovites
avoient quelque démêlé avec les
Chinois , ou plutot avec des peuples Tartares
dépendans de l'Empereur de la Chine,
felon notre Auteur Anglois : & quoique
les Ruffes ayent quelquefois defcendu fort
avant la Riviere d'Amur , & remonté quel
DE MAR S.
4
>
ques Rivieres qui s'y déchargent , comme
le remarquent le Pere Verbieft ch quelques-
unes de fes Lettres , M. Witzen &
quelques autres Relations , ce n'eft que
de petits partis qui ont fait des courfes ,
& n'ont pas pour cela reduit fous la domination
du Czar les Pays par où ils paffoient.
Les Espagnols , par exemple , n'ontils
pas defcendu la grande Riviere des
Amazones jufqu'à fon embouchure fous la
conduite d'Orelhane & d'autres , & cela
avec plus de forces que les Mofcovites
n'ont jamais defcendu l'Amur : cependant
on n'a jamais dit qu'ils ayent conquis &
reduit fous la domination du Roy d'Ef
pagne les Nations qui habitent les bords
de ce grand Fleuve , non plus que les pe
tits Tartares , les Calmouques , & plufieurs
autres Peuples de notre Continent & de
L'Amerique , qui font continuellement des
courfes fur les Peuples voifins , ne fubju
guent pas pour cela leur Pays ; & c'eſt
ainfi que les Tartares de Cuban* , qui ha
bitent à l'occident du Wolga , & vers le
Palus Meotide , font fouvent des courſes
au travers de prefque toute la largeur de la
Mofcovie , paffant jufques bien avant vers
le Septentrion , fans que pour cela on puiffe
* Le fieur Perry dit, qu'un des ufages qu'on
efperoit tirer du Canal de Camafcinka , étoit de
faire une barriere contre ces Peuples.-
PIO LE MERCURE
dire que ces Peuples font la conquête
d'une grande partie de la Mofcovie.
Enfin , par tout ce que M. Perry dit ,
en faifant la defcription des Etats du Czar,
il est très-clair que les Mofcovites n'ont
prefque aucune connoiffance des Pays qui
font au Nord-Eft , & beaucoup à l'Orient
de l'Oby vers l'Oceant Oriental qui borne
la Tartarie de ce côté - là , bien loin d'y
avoir établi leur domination : ainfi il faut
conclure qu'ils ne font pas feulement
établis dans la plaine de Bargs , mais qu'ils
en ignorent même la fituation , que je crois
d'ailleurs ne pouvoir pas être determinée
fort au jufte & tout ce qui me paroît
d'affuré là deffus , c'eft qu'on la doit chercher
vers l'Ocean Oriental , qui borne la
Tartarie de ce côté-là . Il feroit pourtant
à fouhaiter qu'on en eût une connoiffance
plus precife ; car elle aideroit à éclaircir
les expeditions de Genghiskhan , & les terres
du fameux Ung ou Avenk Khan , connu
fous le nom de Prefteh Gehan , ou Prefte
Jean , dont la pofition eft encore fort indecife.
Je me fuis un peu étendu fur cette matiere
, fur-tout à caufe que je crois que
ceux qui , après M. Witzen , ont trop
étendu vers l'Orient les Terres du Czar ,
ont fait grand tort à la Geographie , en
rempliffant les Pays à l'Orient de l'Oby &
DE MARS. TIT
du Jenifcea de Peuples peut-être chimeriques
, à fçavoir , de Lamuti , Jacuti
Sakagir , Zaktari , Lenskogo , Sabaltzi , &
d'autres , de l'exiftence defquels on n'a
aucune certitude , puifqu'il paroît que les
Mofcovites n'ont qu'une connoiffance fort
imparfaite de tous ces Pays , & en ôtant
par- là la place aux Nations fameufes , que
es Hiftoriens nous affurent avoir occupé
P'extremité Septentrionale & Orientale de
1'Afie.
Vous avés déja commencé , Monfieur ,
à reformer les Cartes qui ont paru de ces
Pays après celle de M. Witzen , en affignant
la plaine de Bargu pour la terre la
plus avancée vers l'Orient que les Mofcovites
occupent , & en faifant defcendre
ia côte de Tartarie vers le Sud , & le
Sud- Eft à l'Orient de l'embouchure du Jemifcea
& du Lena , au lieu que M. Witzen
la faifoit remonter vers le Nord-Eft audelà
de ces fleuves : mais ce que je viens
d'avoir l'honneur de vous écrire ,fait voir
à ce que je croi , que la correction doit
être encore plus forte , & qu'on doit retrancher
de l'Empire des Mofcovites tout
ce qui eft à l'Orient du Jenifcea & du
Lena & de ce côté - là les Tungufi
font les Peuples les plus avancés qui dépendent
de la Siberie ; & que de- là , comme
j'ai pris la liberté de le remarquer cy-
› que
112 LE MERCURE
deffus , il faut tirer une ligne vers le Sud
jufqu'à l'Amur au- deffous de Nerfinskoy
ou jufqu'à la Ville d'Argun , fituée fur la
Riviere du même nom , qui eft la derniere
Ville de la dépendance du Czar de la Grande
Ruffie
Vous voyés par- là le peu de connoiffance
que nous avons des Pays fitués au - delà de
ces bornes , dont aucunes Cartes ne nous
ont donné la fituation exacte. Celles du
fiecle paffé l'ont rempli de deferts , & dẹ
noms de differentes Nations ; mais tout
ce qu'elles en ont defigné , eſt fi peu affuré
& fi confus , que cela eft plus capable de
feduire que d'inftruire ; & M. witzen
pour vouloir
trop corriger , a prefque entierement
fait difparoître les veftiges de
ces Peuples celebres qui ont tant fait de
bruit dans l'Hiftoire.
En confiderant les Hiftoires des Mogols
& Tartares , il me femble qu'il paroît
affez clairement que ces Peuples ont occupé
tout le pays qu'il y a depuis l'Occident
de la grande Muraille , en tirant >
vers le Septentrion & l'Orient jufqu'à la
plaine de Bargu , & l'Ocean Oriental au
56 ou 60e degré de latitude , étendant au
long & au large de deux côtés de l'Amur,
& en côtoyant la grande Muraille depuis
le Lexotung jufqu'à l'Occident , en comprenant
le Pays habité à prefent par les
Mongales
DE MAR S. 113
Mongales & ces Hordes qui font fous la
protection de l'Empereur de la Chine , ou
qui de ce côté-là vivent dans l'indépen--
dance , lefquels Tartares font fans doute.
defcendus de ces anciens Mogols . Il y a
plufieurs chofes qui confirment ce fentiment
, que la brieveté dutėms ne permet
pas de rapporter à prefent ; & la fituation
que je donne aux Mogols , n'ôte point la
place aux Tartares Orientaux , puifque
F'Afie s'étend beaucoup à l'Orient de la.
Corée , & qu'il femble que ces côtes de
l'Ocean Septentrional , après avoir recourbé
vers le Midy jufqu'à l'embouchure de
PAmur , s'avancent enfuite derechef vers:
l'Orient , comme entr'autres on peut l'in--
ferer de ce que raporte le Pere Jartoux .
Enfin il y a apparence que nous pourrons
un jour avoir plus de certitude de ces
Pays , puifqu'on dit que le Czar a deffein
de faire faire une Carte exacte de fon Empire
, & fi j'apprends que quelque chofe :
de particulier vienne au jour fur ce fujet.
je ne manqueray pas de vous en informer ,
defirant extrémnement vous témoigner la
parfaite eftime avec laquelle j'ay l'honneur
d'être , Monfieur , vôtre , & c..
Dans fa defcription du Pays on croit le
Ginfeng , & c.
*
9"
K
114 LE MERCURE
REMARQUES SUR LA NAISSANCE
&fur la mort des Enfans en
Angleterre.
De cent Enfans qui naiſſent en même remsmorts.
au bout de 6 ans il n'en refte que 64 36 ·
De 16 ans que ,
24 40
15. 25.
9 16
6.10
De 26 ans
que
De 36 ans que
De 46 ans que
De 6 ans que
4 6
De 66 ans
que 3: 1 3.
que De 76 ans
De 30
ans il ne reste plus perfonne ..
Il est mort à Londres fuivant l'eftat mortuaire
, depuis le 24 Decembre 1715 ; all
22 Decembre 1716 , 24436 perfonnes. ,
Ileft né dans la même Ville 17421
Ainfi c'eft plus de morts que de naif- .
fances , 7015
Morts à Londres depuis le 27 Decembɛɛ ,
1718 jufqu'au 26 Decembre 1712 ,
Naiffances ,
28347 perfonnes .
18413.0
Plus de morts que de naiffances , 9934 .
En 1720 , il eft mort à Londres ,
Naiffances ,
25454 perfonnes .
17497-
Plus de morts que de naiffances, 7957 .
DE MAR S.
1154
1715 - au Du premier Janvier 1715 au dernier
Decembre audit an , il y a eu à Paris.
Baptêmes' ,
Morts ,
17631-
15478
Plus de naiffances que de morts , 2153
Et 1715 Enfans trouvez pendant ladite
année , au nombre defquels il y en a plùheurs
qui ont reçû Baptême avant que d'être
expofez.
En 1716 à Paris, Baptêmes, 17719
Morts , 17440
Plus de naiffances que de morts , 3997
Et 1780 Enfans trouvez.
A Vienne en Autriche .. :
En 1715 il est mort 47 10 perfonnes
Néz ,
4965 %
Plus de morts que de naiffances . 645-
Ces Remarques nous font voir qu'à
Londres & à Vienne il meurt plus de perfonnes
qu'il n'en vient au monde ; nais qu'à
Paris , c'eft tout le contraire.
On dit que trois Belettes vivent l'âge
d'un Chien.
Trois Chiens l'âge d'un Cheval.-
Trois Chevaux l'àge d'un Homme.
Trois Hommes l'age d'un Cerf.
Trois Cerfs l'âge d'un Corbeau.
Et trois Corbeaux deux mille ans,
K
116 MERCURE LE
D'où cet Article eft- il tiré ?
Le Corbeau vit 666 ans , ce qui n'eſt
nullement vray-femblable.
Le Cerf 222 , peu vray- femblable.
L'Homme 74.
Le Cheval 25.
Le Chien 8 bon
La Belette 3 ans , peut être bon.
Bon .
Bon.
OBSERVATIONS
fur le Memoire précedent...
A 80 ans il ne reste plus perfonne..
2.0
Is
3
R. Il y a des calculs mieux circonftanciés
, comme d'une maniere
qui paroît d'abord bizarre ; c'eſt
de mettre qu'il un , & c..
1/2 pour l'âge de So ,
81,82 , & c . 90 , & c . 100 ans ; ce
qui revient à dire que fur 200 , fur
300 , fur 600 , &c de perſonnes , il
n'en refte communément qu'une
qui vive 80,81 , ou 82 ans , & que
fur 1000 perfonnes à peine y en
DE MAR S.. 117
a- t-il une qui aille à 90 , & fur un
million , une qui aille à 100 ans .
2. Il meurt plus de monde à
-Londres , qu'il n'en naît. Cela n'a
rien de furprenant. Le concours
d'un très-grand nombre de perfonnes
des trois Royaumes , & même
des Etrangers, François, Allemands,,
& c.dont plufieurs meurent pendant
leur féjour dans cette grande Ville;,
au lieu qu'il n'y a prefque point
d'enfans qui y naillent , dont les
peres & meres ne foient habitans de
Londres , eft la caufe de cette dif
ference..
30. Mais pourquoi la même chofe
n'arrive-t'elle pas à Paris comme à
Londres?Et pourquoi le nombre des
naillances y furpaffe- t'il celui des
morts? Le nombre des Etrangers eft.
peut-être beaucoup moins grand à
Paris. L'air y eft plus fain qu'à Londres.
Les Etrangers & les Habitans
quitent Paris dans la faifon la plus .
dangereufe , qui eft l'Automne. Ils
vont mourir chez eux & à la Camgne.
Cette defertion n'arrive pas fi
118 LE MERCURE
communément à Londres , &c..
4º. En comparant le nombre de
ceux qui naiflent & de ceux qui
meurent dans ces deux Villes ; il,
s'enfuivroit que le nombre des Habitans
de Paris feroit à celuy des
Habitans de Londres , feulement .
comme deux à trois : ce qui n'eft pas
vray-femblable.
M
MORTS.
Athias Millau de Fourbin, Marquis
de la Roque , Baron de Gontar-
Cornillon , & c. Premier Grand Senechal
de Provence , mourut le 27 Fevrier..
Dame N. de Lutzelbourg , Epoufe de :
Melfire Pierre Puchot Marquis des Alleurs,.
Grand- Croix de l'Ordre de Saint Louis
Gouverneur de la Ville & Château de Laval
, Maréchal des Camps & Armées du
Roy , cy- devant Envoyé Extraordinaire
vers les Electeurs de Cologne & de Bran- -
debourg , & Ambaffadeur près le Grand >
Seigneur , mourut le premier Mars..
Meffire François Comte de Gelas
Marquis de Leberon , d'Ambres & de:
DE MARS L.J9
Vignoles , Vicomte de Lautrec , &c. cydevant
Lieutenant General pour le Roy en
la Province de Guienne , mourut le 2 Mars
en fa 81 année .
Melfire Philippe Michel Huerne, Seigneur
des Coudreaux , le Graix , &c.
Maître des Comptes , mourut le 4 Mars..
"<<
Meffire Jean-Baptifte Marquis du Perry,
Lieutenant General des Armées du Roy ,..
mourut le 4 Mars.
Dame Lou fe Claude de Launay , épouſe. ·
de Melfire Philippe Patu , Confeiller Ho-.
noraire de la Cour des Aydes , mourut le
12 Mars.
Frere Pierre Languet , Religieux Conventuel
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, & Commandeur de Saint- Amant du
Grand Prieuré de Champagne , mourut !
le... Mars .
Don Hierôme de Sainte - Marie , cydevant
Affiftant & Vifiteur General des.
Feüillans , connu par fes rares talens
pour
la Predication , mourut le. 17 Mars en fa
82 année.
Le R. P. Dom Charles de l'Hoftallerie ,
cy devant Superieur General de la Congregation
de S. Maur, mourut en l'Abbaye de
S. Germain des Prez le 18 Mars .
Meffire Hyacinthe-Hierôme du Port
Maitre des Comptes , mourut le 2.1 Mars,
91
12:0 LE MERCURE
MORT'S ETRANGERES.
H
Elene de Mendoza & Caſtro , dite
de la Croix, Religieufe au Monaftere
de l'Esperance de Lisbonne , y mourat le
28 Janvier , âgée de 92 ans huit mois 2.5
jours , ayant porté l'Habit de Religion pendant
80 ans. Elle étoit foeur de Marie-
Anne Therefe de Mendoza & Caftro , qui
avoit époufé Henry de Soufa Tavarés ,
premier Marquis d'Aronchés.
Dom Manuel de Attaïde- de- Azevedo
& Barbo , Commandeur de l'Ordre de
Chrift , Confeiller au Confeil de Guerre
du Roy de Portugal , Meftre de Camp
General de fes Armées , & Gouverneur de
la Province d'entre Douro & Minho ,
mourut le 3 Fevrier âgé de plus de 70 ans.-
N. Bonaventura Aumônier du Parc
mourut le Fevrier.
N. Graggs , Secretaire d'Etat du Roy
d'Angleterre , mourut de la petite verole
le 26 Fevrier.
Marie- Cecile Comteffe de Thanhauſen ,
Epoufe de Louis-Thomas Raimond, Comte
de Harrach , Chevalier de la Toifon d'Or,
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
Provincial de la Baffe Autriche , mourut à
Vienne le 17 Fevrier , âgée de 46 ans.
Jean-David de Palm , Confeiller de la
Chambre
DE MAR S. IZR
Chambre Aulique de l'Empereur , & Di
recteur de la Chancellerie du Commiffariat
General de la Guerre , mourut le 28
Fevrier , âgé de 64 ans.
Dom Manuel de la Croix Ahedo , de
l'Ordre de S. Jacques , Auditeur du Confeil
Suprême des Indes , mourut à Madrid
le Fevrier.
- Anne Creſcence Comteffe de Wildenftein
, époufe de Sigifmond - François
Comte de Reigenfperg , Confeiller d'Etat
de l'Empereur , Chambellan & Grand
Maréchal Provincial Hereditaire de Carinthie
, mourut à Vienne le 26 Fevrier, âgée
de 75 ans .
N. Manneres Duc de Rutland, Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere , mourut à
Londres le Fevrier , en fa 45 année ,
laiffant trois fils & quatre filles de fa premiere,
& huit autres enfans de fa feconde
femme qu'il laiffa groffe.
G
MARIAGES ETRANGERS .
Io Baptifta Filomarini , Prince de la
Rocca , épousa à Naples le 27 Janvier
Vittoria Caraccioli.
François - Antoine Prince de Lamberg ,
Chambellan de l'Empereur , époufa le 13
Fevr. Marie Louiſe Comteffe de Harrach,
Dame de la Cour de l'Imperatrice Re-
L
122 LE MERCURE
gnante , & fille du Comte de Harrach Maréchal
& Colonel General de la Baffe Autriche.
Guillaume Pauulet, fils du Lord Pauulet,
& neveu du Duc de Bolton , épousa à
Londres le Fevrier Arabelle Bennet ,
fille du Comte de Tankerville.
CHARGES ET DIGNITEZ.
N Fevrier le Roy d'Efpagne donna
à Dom Hierome Pardo , Confeiller au
Confeil de Guerre , & à Dom Jean Blafco
de Orozes , Prefident de la Chancellerie de
Valladolid , les deux places qui vaquoient
dans le Confeil de Caftille.
A Dom Nicolas Manrique de Loza
la place de Confeiller au Confeil de Guerre.
La Commanderie de Villa - Efcufa de
Haro de l'Ordre de S. Jacques , à Doin
Pedro de Monte- Mayor , Chef d'Eſcadre
des Galeres .
Le Gouvernement d'Oftalric à Dom
Georges de Bay , Capitaine des Gardes
Valonnes.
Celui de Berga , au Colonel Dom Hierome
de Berme d'Acuna , Commandant
du Château d'Alicante.
Et la Lieutenance Colonelle du Regiment
de Cavalerie de Sicile , au Capitaine
Dom Francifco Faudoas.
7
DE MAR S. 123
Quelques jours après Sa M. Catholique
donna la Charge de Prefident de la Chancellerie
de Valladolid , à Dom Juan Valcarcel-
Dato , Fifcal du Confeil des Indes.
Nomma Lieutenans Generaux de fes Armées
Navalles Dom Carlos Grillo , Dom
Fernand Chacon , & Don Baltazard de
Guevarra , qui étoient Chefs d'Eſcadre.
Donna la place de Fifcal Civil de l'Audiance
de Catalogne à Dom Bernard Santos
Calderon de la Barca , Profeffeur en l'Univerfité
de Salamanque.
Celle d'Alcade de la Chancellerie de
Valladolid , à Dom Jofeph de Mier , auffi™
Profeffeur en l'Univerfité de Salamanque .
Nomma Senechal de Segovie , Dom
Pedro de Quintana Alvaredo.
Et nomma en Mars à l'Evêché de Xaca,
le Pere Michel Stela , General de l'Ordre
des Minimes..
Le Janvier le Roy de Portugal donna
la Commanderie de S. Pedro de Sul ,
de l'Ordre de Chrift , à Dom Jofeph Dacuna-
Brochado , cy devant Envoyé Extra.
ordinaire à la Cour d'Angleterre , qui la
fit paffer auffi tôt à Dom Antonio Dacuna-
Brochado fon neveu.
Et au Comte d'Arcos Brigadier de fes
Armées , le Regiment de Cavalerie de la
Garniſon de Madrid , vacant par la moit
du Colonel Hiacinthe Borgés- Pereyra- de
Caftro.
Lij
224
LE MERCURE
Et en Fevrier Sa M. donna le Regiment
d'Artillerie de la Province d'Alentejo
vacant par la mort de Dom Triftan Couceiro-
Mafcarenhas , à Dom Jean - André
Gazzo Lieutenant Colonel.
En Fevrier l'Empereur nomma Prince
de l'Empire le Comte Colloredo , Gouverneur
du Milanez , & lui continua ce Gouvernement
pour trois ans.
Le 3 Fevrier le fieur Maffei qui étoit
à la Cour de France , fut declaré Nonce
Extraordinaire en cette Cour , & Maître
de Chambre du Pape , qui dans le Confiftoire
du même jour , le propofa pour
l'Archevêché d'Athenes.
,
Dans ce Confiftoire le fieur Collicola
Clerc de Chambre qui exerçoit par
Commiffion la Charge de Maître de
Chambre , fut nommé Treforier General
de la Chambre Apoftolique .
Le fieur Sacripanti Chanoine de Saint
Pierre , & l'un des Votans de Juftice ,
fut nommé Clerc de Chambre .
Et le fieur Simonetti fut nommé l'un
des Votans de la Signature de Juftice.
DE MARS. 125
RELATION
1
de ce qui s'eft passé depuis l'arrivée de
Celeby-Mehemet- Effendy , Ambaſſadeur
Extraordinaire de l'Empereur
des Turcs auprès de Louis XV ,
Empereur des François.
ELEBY MEHEMET- EFFENDY,
Ambaffadeur de la Porte à la
Cour de France , arriva le 7
de ce mois à Corbeil , où il
coucha ; le lendemain il en partit de grand
matin pour le rendre en cette Ville : il
monta à cheval au Pont de Charenton ;
il avoit à fa gauche Monfieur de la Baume,
Gentilhomme ordinaire du Roy , qui l'a
accompagné depuis qu'il eft en France.
Le fils de fon Excellence marchoit enfuite
, accompagné des principaux Officiers
de ſa Maiſon , & à quelque diſtance ſuivoient
environ 20 Turcs à cheval.
;
Deux Brigadiers de la Cornette Blanche
precedoient l'escorte de l'Ambaſſadeur
ils étoient fuivis d'environ 30 Cavaliers du
grand Prevoft , 20 Maîtres de la Cornette
Blanche marchoient enfuite aux côtez de
l'Ambaffadeur & de fa Maiſon ; un Déta-
Liij
126 MERCURE LE
chement du même Regiment terminoit la
la marche.
Son Excellence arriva en cet ordre à
deux heures après midy en la rue de Charenton
Fauxbourg faint Antoine , & defcendit
à la maifon dite du Diable , qu'on
luy avoit preparée pour y refter jufques
à fon entrée publique ; il y trouva fous
les armes une Compagnie du Regiment
du Roy Infanterie .
Auffi -tôt qu'il fut arrivé M. le Prince
de Lambefc & M. le Maréchal d'Etrées le
complimenterent de la part du Roy , il
le fut pareillement par les Ecuyers de tous
les Princes du Sang & des Seigneurs de
la Cour.
Le 16 jour marqué pour l'Entrée de
l'Ambaffadeur , le Roi fe rendit incognito
chez Madame la Maréchale de Boufflers
pour voir l'Ordonnance de cette Entrée . M.
le Duc d'Orleans étoit arrivé quelque tems
auparavant chez Madame la grand' Ducheffe
pour le même fpectacle.
ORDRE DE LA MARCHE
qu'à tenne Celeby- Mehemet - Effendy , Ambaffadeur
Extraordinaire du Grand Segneur
, le jour de fon Entrée , Dimanche
16 Mars 1721 , à une heure aprés midy.
Les Infpecteurs de Police à cheval , au
DE MAR S. 127
nombre de 30 à 40 , ayant à leur tête un
Timballier & deux Trompettes , précedoient
la marche... Le caroffe de M. Rémond
Introducteur des Ambaffadeurs ,
fuivi de fa maifon & de fes équipages ...
Deux caroffes à fix chevaux chacun , de
M. le Maréchal d'Etrées , précedez & fuivis
de toute fa maifon... Trois Efcadrons
du Regiment d'Orleans Dragons , le fufil
haut , la bayonnette au bout , & le bonnet
en tête... La grande & petite Ecurie
du Roy... Quarante Turcs à cheval ,
habillez de differentes couleurs , dont feize
portoient des piques avec des queues de
cheval au bout , & les autres le moufquet
fur l'épaule. Une vingtaine d'autres Turcs
à cheval fuivoit , portant tous differentes
chofes , l'un un turban , l'autre un vaſe
un autre une pipe , &c. Autant de Turcs à
pied. Le fils de l'Ambaffadeur, l'Intendant,
l'Aumônier, l'Interprete, tous quatre à cheval
, l'Ambaffadeur à cheval , portant une
robe de drap vert toute fimple , avec une
fourure de même couleur. M. le Maréchal
d'Etréesà fa droite , & l'Introducteur des
Ambaffadeurs à la gauche. Un Lieutenant ,
un Maréchal des Logis , & 20 Maîtres
du Colonel General fur la droite & la gauche
de l'Ambaffadeur & de fa Maifon ...
Les Grenadiers à cheval , le fabre à la main
& le bonnet en tête à la Houfarde...
•
L iiij
128
LE
MERCURE
Quatre Eſcadrons du Colonel General ,
ayant auffi le fabre à la main ; tous habillez
de neuf, ainfi que les autres Troupes
cy-deffus mentionnées... Le caroffe du
Roy en argent doré , precedé de deux autres
caroffes du Corps ... Le caroffe de.
M. le Regent en argent... Le caroffe de
Madame Douairiere ; celui de Madame la
Ducheffe d'Orleans . La Compagnie du
Prevôt de la Connêtablie , à droite & à
gauche defdits carofles . Quatre caroffes de
la Maifon de Condé , trois de celle de
Conti , un de M. le Duc du Maine , un
autre de M. le Comte de Touloufe. Celui
de M. l'Abbé du Bois , Archevêque de
Cambray , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires Etrangeres , faifoit la clôture
de la Marche... Le Regiment du
Roy Infanterie , étoit en haye depuis la
maifon de l'Ambaffadeur jufqu'à la Porte
Saint Antoine... Sur le Rempart de la
Baftille , la Compagnie de la Baftille...
A la Porte Saint Antoine , la Compagnie
des Fufiliers du Roy... Dans la rue Saint
Antoine , un Détachement du Guer à pied,
aux ordres des Commiffaires... Rue Royale
de même... Les Archers de l'Hotel
de Ville , entre les Barreaux de la Place
Royale... Dans la rue de l'Echarpe , une
Elcoüade du Guer à pied... Place Baudoyer
, so hommes du Guer à pied...
DE MAR S. 129
Cimetiere Saint Jean , Efcolade du Guet
à pied... Rue de la Monnoye , la Compagnie
du Prevôt de la Monnoye . , . Pont
Neuf, cent hommes de Gardes Françoiles...
Dans la Place , vis - à- vis le cheval de bronze
, le Guet à cheval ... Ruë Dauphine į
la Compagnie de Robe - courte... Rue
de Condé , Efcoüade du Guet à pied ...
Rue de Vaugirard, devant le Luxembourg ,
la Compagnie du Prevôt de l'Ifle ... Ruë
de Tournon , à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires , toutes les Troupes qui
accompagnoient l'Ambaffadeur , fe mirent
en haye en arrivant dans la rue de Tournon.
Enfuire M. le Maréchal d'Etrées
renvoya toutes ces Troupes chacune dans
leur Quartier. Un Aide- Major de chaque
Corps le tenoit à portée de M. le Maréchal
d'Etrées pendant la marche , pour
faire executer les ordres.
ORDRE DE LA MARCHE
qu'a tenue Celeby - Mehemet - Effendy ,
Ambassadeur Extraordinaire du Grand
Seigneur , pour le jour de fon Audience
auprès de Louis XV. Empereur des François
, le 21 Mars 1721 , à neuf heures
du matin.
Les Infpecteurs de Police precedoient la
Marche , comme le jour de l'Entrée : en130
LE MERCURE
fuite le caroffe de l'Introducteur des Ambaffadeurs
, celui du Prince de Lambeſc
avec tous les équipages... Les Dragons
d'Orleans , comme le jour de l'Entrée ,
avec cette difference , qu'ils n'avoient point
la bayonnette au bout du fufil , & qu'ils
portoient le chapeau ... La grande & petite
Ecurie du Roy... Les Turcs en même
nombre que le jour de l'Entrée , mais
fans fufils ni lances... Le fils de l'Ambaffadeur
à cheval , portant en fes mains ,
les bras levez , dans un baſſin de vermeil ,
les Lettres du Sultan & du grand Viſr…….
L'Ambaffadeur à cheval , ayant à fa droite
M. le Prince de Lambefc , & M. l'Introducteur
à la gauche... Le même Détachement
du Colonel General Cavalerie
qu'à l'Entrée... Les Grenadiers à cheval
le fabre à la main ... Le Regiment der
Colonel General Cavalerie , le fufil haut...
Le caroffe du Roy... La Compagnie du
Prevôt de la Connêtablie.
DE MAR S. 131
RELATION
de l Audience donnée par le Roy Louis
XV, à Celeby- Mehemet - Effendy ,
AmbaffadeurExtraordinaire de l'Empereur
des Turcs , dans le Palais des
Tuilleries, le Vendredy vingt unieme
Mars 1721
DE's lesfix heures du matin les Huiffiers
de la Chambre du Roy s'emparerent
des Portes des Appartemens. Les
Gardes du Corps, les Cent Suiffes , les Gardes
de la Porte à leurs poftes ordinaires, ces
derniers faiſant une haye dans le veſtibule
du côté de la porte ou grille du Jardin
des Thuilleries , les deux Regimens des
Gardes Françoifes & Suiffes entrerent par
le Pont tournant dans le Jardin , leurs
Officiers à leur tête , Drapeaux déployés.
Ces Troupes qui étoient toutes habillées
de neuf , fe rangerent depuis leurs fentinelles
qui font au Pont tournant , juſques
aux dernieres marches de la terraffe du
Jardin , fçavoir , les Gardes Françoiſes à
cinq hommes de hauteur , & les Suiffes
à trois , des deux côtés de la grande Allée
132
LE MERCURE
& Parterre des Thuilleries , les Gardes
Françoiles à la droite , & les Gardes Suiffes
à la gauche. Quelque tems après on vit
arriver dans l'Eſplanade , qui eft depuis le
Pont tournant jufques aux allées du Cours,
les Compagnies des Gendarmes , Chevaux
Legers & Moufquetaires Gris &
Noirs , precedés d'un détachement de cent
Gardes du Corps . Ce détachement avoit
des Brigadiers , Soû - Brigadiers , Exempts,
& Chefs de Brigades à leurs têtes. Ces
Troupes fe rangerent en Efcadrons dans
l'ordre fuivant , fçavoir , à la droite du
Pont tournant le détachement des Gardes
du Corps , enfuite les deux Compagnies
des Moufquetaires ; à la gauche les Gen
darmes & Chevaux Legers enface du Pont
tournant le Regiment du Roy Infanterie
Occupoit l'efpace qui eft entre la Porte
S. Honoré & la barriere où commençoient
les Moufquetaires , & dans le fond de
P'Esplanade contre le foffé qui eft aux avenues
du Cours il y avoit un détachement
des Compagnies des Invalides , qui s'éten
doient fur la gauche du côté de la Riviere ,
les Brigades du Guer à cheval & les Ef
coüades du Guet à pied occupoient , comme
le jour de l'entrée , de diftance en diſtance,
divers Poftes dans les Carrefours & avenuës
des Rues de Paris depuis l'Hôtel des
Ambaffadeurs Extraordinaires jufqu'à la
Porte S. Honoré.
DE MARS.
133
,
Sur les onze heures , M. le Duc d'Or
leans étant venu aux Thuilleries par la
Porte S. Honoré,trouva toutes les Troupes
rangées dans le même ordre qu'on le vient
de dire , & ayant mis pied à terre au Pónt
tournant il traverfa le Jardin au milieu
de la file des deux Regimens , & vint en
rendre compte au Roy. Pendant ce tems
les Officiers de la Chambre , fous les ordres
de M. le Duc de Mortemar , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exer→
cice , firent placer dans la gallerie fur des
gradins à trois rangs , couverts de velours
cramoify les Dames les plus qualifiées de
la Cour , au nombre de prés de trois cens ,
à la tête defquelles étoient Mefdemoiſelles
de Charolois , de Clermont , & de la Roche
fur-Yon en habit de Ville ; elles étoient
parées d'un nombre infini de Pierreries.
Cette gallerie , au fond de laquelle étoit le
Thrône du Roy , fur une eftrade de huit
marches , étoit tapiffée de la belle Tenture
des Gobelins , reprefentant les principales
actions de la vie du feu Roy Louis XIV.
Le Thrône étoit feparé du refte de la gallerie
par une baluftrade. Le haut du Dais
étoit en gros reliefs de broderie d'or en
boffe , orné de cartouches de foye à perfonnages
naturels au petit point , d'un ouvrage
magnifique. Le Thrône étoit d'un
bois doré , fculpté à jour , fur-hauffé de
134
LE MERCURE
deux Génies tenans une Couronne ; le doffier
étoit d'une étoffe à fond d'or , fur laquelle
brilloit un grand Soleil à rayons ,
enrichi d'une quantité prodigieufe de pierreries
& de perles d'une richeffe infinie.
Le focle du Thrône doré étoit fur un beau
tapis de Perfe , qui deſcendoit juſqu'au bas
de l'eftrade ; & tout le long de la gallerie
il y avoit des tapis de pied , de la Manufacture
des Gobelins , d'une grande beauté ;
aux deux côtés du Thrône on voyoit de
grandes pieces de brocard d'or fur un fond
de tapifferie de velours cramoify ; ces pieces
de brocard dans leur deffein , formoient
des colomnes torfes .
Sur les dix heures , l'Ambaffadeur partit
de fon Hôtel à cheval avec le même cortege
que l'on vient de décrire , à la referve
feulement que fes Officiers ne portoient
point d'armes. Le Grand Maitre
des Ceremonies , & le Lieutenant des Gardes
de la Porte avoient été la veille à l'Hôtel
des Ambaffadeurs , pour convenir avec
Son Excellence Turque de ce point de Ceremonial
, afin d'éviter l'inconvenient de
faire quitter les armes à fes Officiers à la
Porte du Louvre , ainſi qu'il a toujours été
pratiqué , les Gardes de la Porte obfervant
exactement cette formalité ; l'Ambaffadeur
y acquiefça fans nulle repugnance , & ordonna
à fes Officiers de ne porter aucunes
DE MAR S.
135
armes le jour de fon Audiance chés le Roy.
-L'Ambaffadeur étant arrivé à la Porte
S. Honoré , les tambours du Regiment
du Roy battant au champ , il fut falué par
les Officiers de ce Regiment , Drapeaux
déployés , enfuite il le fut avec l'épée
par les Officiers - Commandans les Gendarmes
, Chevaux Legers , Moufquetaires
& Gardes du Corps . M. le Prince de
Rohan , en qualité de Commandant des
Gendarmes , qui eft le premier des Corps
qui fe trouvoient alors en bataille , vint
fe mettre à la tête d'un détachement de
toutes ces Troupes , & s'avança pour faluer
P'Ambaffadeur avec l'épée ; l'Ambaſſadeur
répondit à tous ces faluts, en mettant la main
fur fa poitrine , & s'inclinant proportionnément
à la dignité de chacun des Officiers
qu'il faluoit . Le Regiment d'Orleans
Dragons qui precedoit la Marche défila
fans s'arrêter , & vint fe ranger fur le Quay
de la Conference , de même que les Grenadiers
à Cheval , avec le Regiment de
Cavalerie de la Colonelle Generale , qui
formoit l'arriere- garde de la Marche ; il ne
refta à la porte du Pont tournant en dehors
, que les vingt Cavaliers de ce Regiment
, qui lui fervent par tout de Gardes
& d'Eſcorte , qui l'attendirent jufqu'à ſa
fortie de chés le Roy. En entrant dans le
Jardin à cheval, il fut precedé feulement
836 LE MERCURE
de cinquante Officiers Turès , auffi à che
val , qui marchoient deux à deux , quelques
Pallefreniers de diſtance en diſtance ,
menant les chevaux de main ; le fils de
l'Ambaffadeur le precedoit de quelques pas,
portant entre fes mains la Lettre du Sultan
dans un plat de vermeil , couvert d'un voile
d'étoffe brodée. L'Ambaffadeur avoit à fa
droite M. le Prince de Lambesc , qui étoit
chargé par le Roy de la reception & conduite
de Son Excellence , & à fa gauche
M. Remond Introducteur des Ambaffadeurs
de Semestre. Il étoit precede par le
Secretaire à la Conduite des Ambaffadeurs ;
quelques Valets de Pied de M. le Prince
de Lambefc formoient une haye , & mar.
choient devant. Quatre Trompettes des
Plaiſirs precedoient de quelques pas l'Ambaffadeur
: tout étant ainfi difpofé , il trouva
les deux Regimens des Gardes , tambours
appellans , les Officiers à la tête , l'Efponton
en main , ſans faluer , attendu que lorſ.
que les tambours ne battent pas au champ ,
les Officiers ne faluent pas ; ce qui ſe pratiquoit
même à l'égard de feu Monfeigneur .
Les Officiers Turcs aiant mis pied à terre
à la dernierre marche de la terraffe , quatre
d'entre eux donnerent la main à l'Ambaffadeur
, pour l'aider à defcendre de cheval
: il trouva les Archers de la Prevôté en
haye fur cette terraffe : enfuite étant entré
dans
DE
137
MARS.
dans le veftibule , les Gardes dela Porte
en haye fous les armes , leur Lieutenant à
leur tête , puis les Gardes du Corps & les
Cent - Suiffes en haye auffi fous les armes ,
juſqu'à la porte de l'appartement de M. le
Duc , où l'Ambaffadeur entra pour ſe delaffer.
Il y prit du chocolat , & changea de
turban pour aller à l'audiance : huit des
principaux Officiers de l'Ambaffadeur ayant
barbe , fortirent précedés des autres Officiers
devant l'Ambaffadeur , M. le Prince
de Lambefc , le Grand Maître des Ceremonies
& l'Introducteur à les côtés . Dans cet
ordre il monta le grand efcalier garny
de
Cent- Suiffes : M. le Duc de Noailles , Capitaine
des Gardes du Corps , vint le pren
dre au haut de l'efcallier , & luy fit traverfer
la Salle des Cent- Suiffes en haye , leurs
hallebardes en main , & celle des Gardes
du Corps , la carabine fur l'epaule , leurs
Officiers à leur tête ; puis l'Antichambre,
le Sallon , le grand Cabinet étant remply
d'une grande foule de monde , les Huiffiers
à leurs portes,
Le Roy averty que l'Ambaffadeur appre
choit vint fuivi des Princes , fe placer fur
fon throne avec un habit de velours cou
leur de feu , enrichi d'agréemens en boutonnieres
des plus beaux diamans de la Cou
ronne , autour defquels regnoit une broderie
d'or pour réhauffer les diamans. Cer
M
138 LE MERCURE
habit chargé de plus de 25 - millions de pierreries
, brilloit encore moins , que la
majefté & les graces du Souverain qui le
portoit. Le Roy avoit à ſon chapeau une
agraffe de gros diamans , patmy lefquels
brilloit celuy qu'on nomme le Cancy . Sur
Pepaule dont le noeud étoit tout de perles
& de diamans , brilloit le gros diamant
acheté depuis peu d'un nommé Pith , Anglois
, deux millions cinq cens mille livres,
lequel n'avoit point été encore monté.
M. le Duc d'Orleans avoit un Juftaucorps
de velours bleu brodé en or , M. le Duc
de Chartres un enrichi de perles & de diamans
, ainfi que M. le Duc , M. le Comte
de Charolois , M. le Prince de Conti ,
M. l'Abbé de Clermont en Manteau &
Soutanne longue , & M. le Comte de
Toulouſe ; les Grands Officiers de la Couronne
, & ceux qui ont droit d'être fur
le haut Dais y parurent vêtus tous magħifiquement.
M. l'Archevêque de Cambray
& M. de Frejus , Preceptear du Roy , en
Soutannes & Manteaux violets étoient fur
PEſtrade.
Alors on ouvrit un des batans de la
porte de la Gallerie , & non les deux , qui
ne s'ouvrent que pour le Roy feul . Les
Turcs commencerent à s'approcher deux à
deux du Thrône , & fe rangerent en dehors
de la baluftrade ; " les huit Notables
DE MAR S.
139
portant
barbe
, entrerent
en dedans
, & refterent
au pied de la derniere
marche .
L'Ambaffadeur
commença
avec eux fa premiere
reverence
, mettant
la main droite Tur fa poitrine
& faifant une profonde
in- clination
; enfuite
étant monté
feul fur l'Eftrade
il fit fa feconde
reverence
pareille
à la premiere
, & s'étant approché
du Roy jufqu'à
la derniere
marche
près du Thrône
,
il fit fa troifiéme
reverence
en portant
la main fur fon Turban
, & détournant
la tête de côté , ce qui eft la marque
du
plus profond
refpect
chés les Turcs. Alors il commença
fon Difcours
en Langue
Tur- que , qui fut court , & fur le champ in- terpreté
par M. le Noir Interprete
du Roy , vêtu en Armenien
, dont voici la traduction
:
» VOICI la Lettre de Très - Magnifique
» & Très- Puiffant Empereur des Otto-
» mans , Sultan Ackmet , Fils du Sultan
» Meckmet , accompagnée de celle du
» Grand - Vifir fon Gendre , Ibrahim
» Pacha.
-92
"
Le Grand -Seigneur m'envoye en Am-
» baffade auprès du Très - Puiffant & Très-
» Magnanime Empereur de France , pour
» témoigner l'eftime qu'il a pour vôtre
»fublime Majefté , & pour donner des
marques publiques de la fincere & com
"
Mij
140 LE MERCURE
"
» ftante amitié qui regne depuis fi long-
» temps entre les deux Empires .
"
» Quelle gloire n'eft ce pas pour moy
» d'avoir été revêtu d'une Dignité qui me
»procure l'honneur de voir la face d'un fi
grand Empereur , & d'un Soleil fibrillant
» & ſi majeſtueux dès fon lever ! Je souhaite
» qu'il daigné répandre fur moy les rayons
» les plus doux , & que ma Perfonne luy
puiffe être agréable .
ל כ
Le Roy qui avoit décidé avec M. le
Regent , que les mêmes Ceremonies qui
s'obfervent à l'Audience des Ambaſſadeurs
de France à la Porte , le pratiqueroient à
celle-ci , reſta affis & couvert fur ſon Thrône,
& les Princes du Sang découverts ; M.
le Maréchal de Villeroy , qui , en qualité
de Doyen des Maréchaux de France , reprefente
le Connêtable , dont la Dignité
eft la même que celle de Grand - Vifir à la
Porte , lequel aux Audiences parle au nom
du Sultan , prit la parole & dit :
L'Empereur mon Maître eft fatisfait
de la marque d'amitié que lui doune l'Enpereur
des Ottomans , & du choix qu'il
fait de l'Ambaſſadeur qui vient l'en af
jeuner.
Après quoy l'Ambaffadeur ayant pris la
DE MAR S. 140
Lettre du Sultan des mains de fon Fils , la
baifa , & la remit à M. l'Abbé du Bois
Miniftre & Secretaire d'Etat pour les affaires
Errangeres , ainfi que celle du Grand
Vifir , afin de les rendre au Roy , qui les
prit , & les mit fur une petite table placée
à fa droite. L'Ambaffadeur ayant fait en ſe
retirant les mêmes Saluts qu'à fon arrivée
, s'en retourna avec les Officiers dans
le même ordre qu'il étoit venu , fe repola
chez M. le Duc , & fortit par la même
grille du Jardin , trouvant les mêmes Of
ficiers & Gardes en haye , à qui il rendit
le Salut. Etant monté à cheval , il reprit
avec fa fuite le chemin du Pont-Tournant
où il trouva pareillement les Troupes d'Infanterie
& de Cavalerie de la Garde du
Roy , faluant toûjours les Officiers . La
Marche commença par le Quay de la
Conference , & par le Pont- Royal , d'où
Ambaffadeur retourna avec le même Cortege
à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraor
dinaires , à la referve de M. le Prince de
Lambefc , qui ne le reconduifit point.
L'Ambaffadeur à fon retour ,fut fi content
de la reception que le Roy luy avoit faite à
fon Audience , qu'il y eur Simphonie chez
fon Excellence.
Le 23 l'Ambaffadeur du Grand Seigneur
eut la premiere Audience publique de Son
Alteffe Royale Monfeigneur le Duc d'Ose
142 LE MERCURE
leans , Regent du Royaume. Son Excellence
partit de l'Hôtel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires à onze heures , précedé de
tout le Guet à cheval , des Pages à cheval ,
& des Palfreniers de Son Alteffe Royale ,
au nombre de quarante , menant chacun
un cheval de main, couvert d'un caparaffon
brodé , enfuite les Officiers de l'Ambaffadeur
à cheval . L'Ambaffadeur venoit monté
fur un cheval richement harnaché à la
Turque. Il étoit fuivi des Caroffes de
Son Alteffe Royale , & du Regiment des
Dragons d'Orleans. Etant arrivé au Palais
Royal , il defcendit de cheval au bas du
grand Efcalier , les Cent- Suiffes de Son
Alteffe Royale étant fous les armes le long
de l'Escalier , les Tambours appellant. Fl
fut reçu par M. le Marquis d'Etampes à
l'entrée de la Salle des Gardes du Corps ,
qui étoient fous les armes . L'Ambaſſadeur
traverfa les Appartemens , qui
étoient fuperbement meublés , & arriva
dans la belle Gallerie de Son Alteffe
Royale , qui étoit affife fur un fauteuil ,
ayant un habit bleu brodé d'or , avec une
groffe agrafe de diamans fur fon chapeau ,
le Saint-Esprit & la Toifon d'or étant pareillement
de diamans. L'Ambaffadeur
étant entré dans le grand Cabinet , S. A. R.
fe leva , & fon Excellence falua le Regent
à la maniere des Turcs. S. A. R. ôra
DE MARS. 143-
fon chapeau pendant la harangue que lui
fit l'Ambaffadeur , dont nous donnons la
traduction .
VOICI la Lettre qu'Ibrahim Pacha,
» Grand Vifir , gendre du Grand Seigneur ,
» a l'honneur d'écrire à V. A. R. Regent
» du Royaume de France.
» Le Très Puiffant Empereur des Otto-
» mans mon Maître , a choifi le tems de
» la Regence de V. A. R. pour donner
» des marques publiques à tout l'Univers
» du cas qu'il fait de la fincere & conftante:
39
amitié qui regne depuis un tems imme-
» morial entre les deux Empires . Elle ne
» peut que s'affermir fous la Regence d'un
» Prince auffi grand , auffi magnanime &
» auffi éclairé que l'eft V. A. R. Quelle
gloire ne fera- ce pas pour mon Ambaffa-
» de , fi je puis meriter l'honneur de fa
> bienveillance !
Le Regent répondit à ce diſcours , & dit
qu'il étoit charmé du choix que le G. S. avoit
fait de fa perfonne. L'Ambaffadeur repliqua
quil tacheroit pendant le ſejour qu'il
feroit à la Cour de France , de conferver la
bonne opinion que S. A. R. avoit conçuë de
lný. Après quoy l'Ambaffadeur rendit à S.
A. R.la Lettre du Grand Vizir , & fur le
champ le Regent la remit à M. l'Abbé de
Thefu fon Secretaire des Commandemens
144 LE MERCURE
( Cette Lettre étoit enveloppée dans un
fac de fatin cramoify. ) L'Ambaffadeur ,
après les mêmes faluts qu'ils avoient faits
à fon arrivée , fut reconduit avec les mêmes
ceremonies par M. de Marpré , Introducteur
des Ambaffadeurs de M. le
Duc d'Orleans. L'Ambaffadeur ayant defcendu
l'Efcalier , monta dans le caroffe
de S. A. R. ayant à fa gauche M. de
Marpré , & fur le devant l'Interprete.
L'Ambaffadeur fut précedé & fuivi par
M. le Chevalier d'Orleans & M. l'Abbé
de Saint Albin , en arrivant au Palais
Royal , comme lors qu'il en fortit, M. le
Pelletier de la Houffaye , Chancelier de M.
le Duc d'Orleans , & Controlleur general
des Finances du Roy , étoit à côté du
Regent , ainsi que tous les Officiers de la
Maifon d'Orleans , le jour de l'Audience,
La Gallerie & les Appartemens étoient
remplis des plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour.
JOURNAL
DE MAR S.
145
JOURNAL DE PARIS.
BENEFICES DONNEZ.
D
U22 Mars, la Coadjutorerie de l'Ab
baye de S.Pierre des Chafes, Ordre de
Cluny , Diocefe de Saint - Flour , a été donnée
à Madame Elifabeth Henriette de Beauvergier-
Montgon , Religieufe Profeffe du
même Ordre dans ladite Abbaye.
3
L'Archidiaconé de la Tour dans l'Eglife
de Vienne , fur la demiffion de M. Lherbet
dernier Titulaire , à M. Degere Preftre .
Le premier Mars , les Deputez du Parlement
, M. de Mefmes , premier Prefident
portant la parole , eurent audience du Roy.
Les Lettres de Tarafcon du de ce mois,
portent qu'il n'eft mort dans cette Ville que
deux perfonnes depuis un mois ; que la
Ville d'Aix eft prefque entierement delivrée
de la contagion ; qu'on avoit r'ouvert
les Portes d'Avignon , & qu'on efperoit
que le vent du Nord qui regne dans ces
Quartiers , acheveroit de purifier l'air.
Le Roy a donné à M.le Marquis de Bran -
cas l'Appartement qu'occupoit au Luxembourg
feu M. le Marquis de Coëtenfao.
Le 3, M. le Marquis de Nangis , cidevant
Colonel du Regiment du Roy , fut
N
346
LE MERCURE
nommépar S. M. Infpecteur General de
P'Infanterie à la place de M. le Marquis de
Biron. Le même jour M. le Marquis de
Nangis vint faluer le Koy en cette qualité.
Le 6 , M. le Duc de Richelieu fut reçu
Duc & Pair de France , & prit feance en
cette qualité au Parlement avec les ceremonies
ordinaires. Ce Seigneur donna en◄
fuite un repas fomptueux tant aux Princes ,
aux Ducs, qu'au Parlement .
M. le Comte de Medavy , Commandant,
dans le Dauphiné , s'étant rendu à Carpen
tras par ordre de la Cour , & le Vice-
Legat d'Avignon s'y étant pareillement,
trouvé avec les Confuls de cette Ville , il a
été reglé que l'on feroit ôter toutes les
Barrieres du Dauphiné , & que deformais
le Commerce feroit libre entre cette Province
& le Comtat d'Avignon.
Le Roy a donné à M. le Marquis de Pezeux
la furvivance du Gouvernement de
Langres , dont étoit pourvû M. le Comte
de Pezeux fon pere.
Sur la Requeſte d'oppofition de la Compagnie
des Indes à l'Arreft du Confeil du
26 Janvier dernier , le Roy nomma le 6 ,
quatre Commiffaires pour examiner les
Memoires que leur fourniront les neuf Sindics
nommez dans la derniere Affemblée
generale. Ces Commiffaires font Meffieurs
d'Armenonville , Bignon de Blanzy , de
DE MAR S. 747
Vaubourg & de la Bourdonnaye.
Le ro , Meffieurs les Gens du Roy ayant
apporté la Declaration de S. M. qui renvoye
& donne au Parlement la connoiffance
de l'affaire de M. le Duc de la Force ,
M. le Procureur General donna fes Conclufions
fur l'enregistrement de cette Decla
ration : en voici la teneur.
>>
» Sans que dudit enregiftrement on puiffe
inferer la neceffité d'aucunes Lettres pour
" les Procez criminels des Ducs & Pairs
>> ni que le contenu en la prefente Decla
ration puiffe nuire ni préjudicier directe-
» ment ou indirectement , en quelqu'autre
>> maniere que ce foit , aux Droits & Privileges
des Princes du Sang & des Pairs ""
ou autres ayant feance en la Cour , & fera
» le Procès continué fuivant les derniers er-
» remens , en execution des Arreſts des 15
» & 21 Fevrier dernier. ""
à
En confequence de l'Arreſt rendu avart
la Declaration du Roy , M. le Duc de la
Force fe rendit le même jour 10 , quatre
heures aprés midi au Parlement , où il fuc
interrogé par Meffieurs Paris & Ferrand
Confeillers Commiffaires de fon affaire.
Sur l'avis que M. le Marquis de Lede a
eu qu'un Juif negociant à Ceuta , avoit
trouvé le moyen de faire paffer des bombes
dans le Camp des Maures , il l'a fait arrêter
, & après lui avoir fait fubir l'interro-
Nij
148 LE MERCURE
gatoire, ce Juif a été condamné à eſtre
enterré vif.
La Signora Rola Alba , dont on a admiré
les Portraits en pastel qu'elle a faits
pendant fon fejour en France , partit le
is pour Rome avec le fieur Peregrini
fon beaufrere , qui a peint la grande Gallerie
de la Banque. Cette Demoiſelle ,
avant fon départ , a été reçue à l'Academie
de Peinture , à qui elle doit envoyer
fon chef- d'oeuvre de reception , lorfqu'elle
fera arrivée en Italie.
La Colonie des Moines de la Trappe ,
que l'on avoit envoyée en Italie dans l'Abbaye
de Cazamari , revient en France ,
n'ayant pû s'établir en ce pays- là .
Madame de Tourville , peu de tems après
fon mariage avec feu M. le Comte de
Tourville , fils aîné du Maréchal de ce
nom , s'étant volontairement feparée de
fon mari , accoucha à Dieppe en .... d'un
fils, qui fut baptifé fecretement fous le nom
de Michel du Defert.Quelques années aprés,
Madame de Tourville étant revenue dans
la maifon de fon mari , y accoucha d'un
fecond fils, qui fut regardé par M. le Comte
de Tourville pere , comme fon fils aîné.
Madame de Tourville ayant fait revenir
fous differens pretextes Michel du Deſert ,
il fur élevé dans fa mafon comme incon
nu , avec le its ainé prétendu , mangeant
DE MAR S 149
a la table. Mais Madame la Comteffe de
Tourville étant morte , Michel du Defert
en fut exclus , & ne fut plus regardé dans
la maifon que comme un honnête domeftique.
Aprés la mort du Comte de Tourville
pere , le Comte de Tourville fils fe
eroyant l'aîné , fe mit en poffeffion de tous
les biens & Terres de la Maiſon ; mais
Michel du Defert inftruit de la naiffance
fur le refus que fon frere faifoit de lui
donner une penfion alimentaire , prit le
parti de jouir de fes droits , & le fit affi
gner au Parlentent de Rouen. Il furvint .
Arreft , qui fur enquestes le declara l'aîné
de la famille. Le Comte de Tourville
pres
fenta au Confeil d'enhaut une Requeſte
en caffation de l'Arreft du Parlement de
Rouen. Le 15 de ce mois cette affaire fur
jugée au Confcil , la Requeſte de M. le
Comte de Tourville mife au neant , &
l'Arreft du Parlement de Rouen confirmě
à la pluralité de 27 voix contre 26. La Loi ,
Pater eft quem nuptiæ demonftrant , étant
favorable à Michel du Defert , Marquis de
Cotantin depuis l'Arreft du Parlement de
Rouen , il le trouve en poffeffion de trente
cinq mille livres de rentes en fonds de
Terres.
Le 16 on publia un Monitoire pour engager
à revelation tous ceux qui ont connoiffance
de marchandiſes enmagazinées.
Niij
aso
LE
MERCURE
>
M. de Beauveau , Archevêque de Tou
louze a obtenu du Pape le gratis de la
moitié des Bulles de fon Archevêché de
Narbonne auquel il a été nommé ; ainfi
que M. l'Abbé Lanti pour celles de fon
Abbaye de Noirmoûtiers..
M. le Cardinal de Rohan qui avoit été
declaré Chef du Confeil de confcience ,
étant party pour Romé , M. le Cardinal
de Gelvres a été nommé pour le remplacer,
& M. l'Evêque de Nantes doit occuper
dans le méme Confeil la place de M. l'Evêque
de Clermont .
Les Créanciers de M. Lavy ont obtenu
la permiffion de faire faifir tant fes biensmeubles
qu'immeubles , pour sûreté des
fommes qu'il doit à chacun d'eux en par-
#iculier.
Un Suiffe des environs de Geneve vint
le 18 à l'Hôtel de Hambourg rue des Boucheries
Fauxbourg S. Germain , pour y
chercher un Baron Allemand à qui il avoit
de l'argent à remettre : s'étant trompé de
porte fur l'efcallier de cet Hôtel gainy ,
un Anglois qui parloit bien Allemand , &
qui demeuroit à la porte attenant de celle
du Baron , fe donna pour luy , & reçut du
Meffager les foixante Louis qu'il avoit pour
le Baron. Il le retint à fouper & le fit boire
jufqu'à l'yvreffe : il feut du Suiffe dans la
converfation , qu'il avoit encore 74, Louis .
DE MARS.
deux montres dont il y en avoit une d'or.
Le Suiffe enyvré fe jetta fur un lit , & ne
fut pas longtems à s'endormir , Pendant
fon fommeil l'Anglois qui ne dormoit pas ,
cut toute la commodité de le voler & de
fe retirer de la maifon , fans qu'on l'aper
çut . Le Suiffe & le veritable Baron firent
grand bruit le lendemain matin ; & fur
leurs plaintes le Lieutenant criminel a envoyè
un Exempt & des Archers après cet
Anglois,
On appris par les lettres de Montpellier
du 22 que les Eftats de Languedoc avoient
deliberé d'emprunter deux millions cinq,
eens mille livres au denier 20 , & de donner
en outre à ceux qui prêteront leur
argent , la faculté de faire revivre leurs an
ciens contracts qui font reduits à 3 pour
roo , fur le pied de s pour pareille fomme
; c'est - à - dire qu'un particulier qui
prêtera 10000 livres , & qui aura un contract
fur la Province d'une même fomme ,
reduit à 3 pour 100 , aurà le denier 20 ,
tant de l'argent qu'il prêtera , que de fon
ancien contract . Le Créancier trouve en
cela un avantage très confiderable , parce
que c'eft icy moins le revenu du nouveau
Contract qui doit toucher , que le rétabliffement
des anciens revenus qu'on re
mettra fur le même pied où ils étoient originairement.
Niiij.
252 LE MERCURE
Les Grenadiers à cheval ont refufé la
viande qu'on leur a offerte , ainſi qu'aux
autres Troupes qu'on avoit fait venir icy
pour l'entrée & l'audience de l'Ambaffadeur
Turc. Ils n'ont voulu accepter que des
ufs ; & ces Cavaliers qui ont tant de reputation
& de bravoure , paffent le Carême
avec plus de regularité , que beaucoup de
perfonnes qui , par leur caractere , font obligées
de donner l'exemple. M. le Marquis
de Villemur Lieutenant- General des Armées
du Roy, leur Commandant , âgé de 82 ans,
a refufé 200000 liv. en efpeces de fa Compagnie
.
Extrait d'une Lettre de Londres
du 29 Février 1721 .
Vous aurez , Monsieur , je vous le
promets , de temps à autre un détail
exact de ce qui fera imprimé de bon icy.
On n'a rien vû de nouveau , digne de
vôtre attention , finon ,.
1. La Concordance entre le Vieux &
le Nouveau Teftament , deux vol . in fol;
compofée par M. le Docteur Prideaux ,
Ouvrage dans lequel l'Auteur a fait voir
fon bon goût dans l'Ecriture- Sainte , dans
P'Hiftoire , & dans la Philologic .
20. L'Hiftoire Phenicienne de Sancho.
niathon , avec des Remarque: Hiftoriques
DE MAR S.
255
& Chronologiques , par feu leoDocteur
Cumberland , Evêque de Peterboroug
in ottavo.
&
3. La vûë de Londres , faite par Stow 2
avec des Additions confiderables , par M.
Strype.
On travaille à divers autres Ouvrages.
1. La Vie du feu Docteur Barwick ,
Doyen de faint Paul à Londres . Comme il
a fervi fort utilement au rétabliffement du
Roy Charles II . & à celui de l'Eglife
Anglicane , & du Gouvernement Civil ,
on y trouvera plufieurs Anecdotes touchant
l'un & l'autre de ces deux points , qui n'ont
pas encore paru au jour.
20.Une nouvelle édition du Nouveau Tes
ftament Grec , fur l'autorité des Manufcrits
les plus anciens & les plus authentiques ,
par le Docteur Bentley.
3. Le Livre de M. Cowper , touchant:
les muſcles du corps humain , avec figures,
très - curieufes & trés- exactes..
40. M. Humfreyer , Membre du College
de la Trinité , dans l'Univerfité de Cam .
bridge , va publier en Anglois les Antiqui
tez du Pere Montfaucon.
5. On a recemment découvert divers
Deffeins du fieur Inigo Jonar , un des plus
grands & des plus parfaits Architectes de
fon temps ; ils feront gravez aux dépens de
Milord Burlington..
754
LE MERCURE
A VIS
AVillede Lyon ayant fait élever une
Statue Equeftre à la memoire de
Louis XIV. invite , fous le bon plaifir de
Monfeigneur le Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , ceux qui ont du talent pour
faire des Infcriptions , de lui en envoyer ,
afin qu'elle en puiffe choifir qui foient dignes
de ce grand Prince , & de ce fuperbe
Monument.
Il eft élevé dans la Place de Belle-Cour ,
à peu prés au même endroit où étoit fitué
le Temple d'Augufte , dont Juvenal parle
en ces termes.
Aut Lugdunenfem Rhetor di&turus ad aram,
Temple que cette Ville fit conftruire à
l'honneur de cer Empereur , én reconnoiffance
des bienfaits qu'elle en avoit reçus.
Comme cette Place eft entre le Rhône &
la Saône , qui la bornent des deux côtez ,
en a reprefenté ces Fleuves fous l'Equeftre
en attitude , l'un d'étonnement , & l'autre
d'admiration. Deux Trophées l'un de
Mars , & l'autre de Minerve , Symboles
de la Guerre & de la Paix , occupent les
deux autres faces..
DE MARS.
155
f
L'efpace que ces deux ornemens laiffent,
étant trés-petit , à fçavoir de feize pouces
de haut , fur fept pieds de long au deffus
des Fleuves , & de quatre pieds environ fur
cinq au deffus des Trophées ; il faut que
ces Infcriptions foient extrémement courtes.
Ce que l'on fouhaite le plus , c'eft
qu'elles foient tournées de maniere, qu'elles
ne puiffent convenir qu'au lieu où l'on doit
les placer.
NOUVELLES EAUX MINERALES
de Pally prés Paris.
Trois fources differentes .
N fit en 1719 une découverte trésutile
au Public dans le Village de
Baffy , près Paris , de trois fources d'Eaux
minerales , tres- differentes en proprietez ;
P'une ferrugineufe , l'autre vitriolique , lac
troifiéme fulfureufe & balfamique , lefquelles
ont été examinées avec attention
par le Corps de la Faculté de Medecine.
de Paris , & par un grand nombre de fçavans
Curieux , tant François qu'Etrangers,
qui en ont fait plufieurs fois les épreuves
& les analyfes , enfuite de quoi elles ont
été autorifées par M.le Premier Medecin
du Roy.
856 LE MERCURE
On a reconnu par les effets qu'elles ont
produits fur les malades qui en ont fait
ulage pendant l'année 1720 , qu'elles font
un remede prefque univerfel , parce que
leur vertu principale étant de lever les
obftructions tant des vifcéres que de la
veffie , il s'enfuit que par -là elles ôtent la
caufe la plus ordinaire de prefque toutes
tes maladies.
Les Chymiftes & les Pharmaciens , par
la voye de la diftilation & de l'évapora
tion , tirent de ces trois fources trois fortes
de fels purgatifs , tous differens en coaleur
& en qualité , lefquels infufés dans
de l'eau commune , produifent les mêmes
effets que les eaux mêmes..
M. Reneaume Academicien , l'un des
Commiffaires nommés la Faculté pour
par
fa vifite & l'examen de ces Fontaines ,
en a fait un difcours public à l'ouverture
de l'Academie des Sciences au mois de
Novembre dernier , par où rendant compre
de fon travail fur ces Eaux , il les élève
au- deffus de beaucoup d'autres caux froides
de cette nature.
Il fe rencontre trois chofes certainement
fingulieres dans cette découverte . La pre
miere , c'est que ces trois fources , quoique
peu éloignées l'une de l'autre , fortent de
trois mines differentes : la premiere fource
fort effectivement d'une vraie mine de fex,
DE MARS.
157
Elle en a la couleur & le poids , la pierre
d'aiman agit deffus , & on en a extrait
du fer par le feu. L'autre vient d'une terre
toute remplie de marcaffites lourdes , qui,
dès qu'elles font exposées à l'air , jettent
continuellement la fleur de vitriol. La
troifiéme paffe au travers d'une terre
feuillée , qui , lorfqu'on la brûle , a l'odeur
& la flamme du fouffre , dont fes eaux
portent comme la mouffe & l'écume fur
la furface. Ces deux dernieres fources font
environnées & envelopées de la mine de
fer qui s'étend par tout , ce qui démontre
que de vitriol & ce fouffre viennent uniquement
du fer.
La feconde fingularité , c'eft que ces
Eaux , qui ne tariffent jamais , fortent de
leurs baffins , également claires & medecinales
en toutes faifons , fans aucune augmentation
ni diminution en quelque tems
que ce foit , d'Hyver ou d'Eté , de pluye
ou de fechereffe , & par- deffus cela , nonfeulement
ces nouvelles caux ne fe gâtent,
ni ne s'affoibliffent point par le tranſport,
ce qui n'eft pas ordinaire aux autres eaux
minerales , mais au contraire augmentent
de force quand on les garde plufieurs mois,
& foutiennent alors plus promtement les
épreuves & les analyfes accoutumées , même
aprés qu'on les a fait bouillir ; c'eſt
un fait furprenant dont les plus habiles
158
LE
MERCURE
Phyficiens n'ont pû marquer encore
vraye cauſe.
Enfin la troifiéme fingularité, eft que cette
Pifcine falutaire , (on peut bien la nommer
ainfi ) fe trouve dans le plus bel emplacement
des environs de Paris, où il y a des ou
vrages magnifiques , trés dignes d'être vûs,
& un arrangement fi bien entendu , qu'on
diroit que le tout a été originairement fait
pour le fervice du Public , & pour faciliter
la diftribution de ces Eaux.
M. l'Abbé le Ragois neanmoins , ayant
deffein , en qualité de proprietaire du lieu
où font ces nouvelles Eaux , de mettre les
chofes dans leur derniere perfection , a fait
jufqu'icy une dépenfe trés- confiderable ,
qu'il ne ceffe pas de continuer , tant pour
la plus grande décoration du lieu , que
pour approfondir de jour en jour la recherche
des vertus fingulieres de ces Eaux.
La Ville de Paris s'y doit extrémement
intereffer , par le fecours qu'en tireront
fes Habitans , à qui le voifinage de ces
eaux épargnera deformais bien des voyages,
& de la dépenfe , procurant fur-tout un
promt & commode foulagement aux Pauà
qui le Commis du Bureau a ordre
vres ,
de les donner gratuitement.
Elles fe debitent au bas du Village de
Paffy , fur la chauffée de Verſailles , à une
grande porte de Jardin fermée d'une haute
DE MAR S. 159
& large grille de fer , fur laquelle il y a
un Tableau qui annonce ces nouvelles
Eaux, appellées expreflément NOUVELLES ,
pour les diftinguer des ANCIENNES , qui
étoient à Paffy , lefquelles M. Duclos Academicien
, dans le Livre qu'il en a publié,
a dit être gypfenfes , vice dont les Eaux
nouvelles ne font nullement atteintes , étant
verifié par les analyfes qui en ont été
faites , qu'on n'y trouve dans la refidence,
qu'un gros de beau fel par pinte .
Le Medecin doit être confulté fur la
fource dont le malade doit ufer , fur les
remedes qui doivent preceder , & fur le
regime de vie qu'il faut obferver.
Les malades & autres qui feront confeillez
par leurs Medecins d'ufer defdites.
Eaux fur les lieux , y trouveront un beau
& grand jardin pour la promenade , un
bois de haute futaye pour prendre le frais ,
des terraffes , de longues galeries pour le
couvert , & toutes les commoditez poffibles
pour un tel uſage.
4
Les Pauvres , à qui l'on offre generale
ment de donner ces Eaux gratis , les viendront
boire fur les lieux , à moins qu'ils
n'ayent une atteftation de leur état donnée
par le Curé , & certifiée par le Medecin
de la Paroiffe auquel cas on leur en
Laiffera emporter .
16.0 LE MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES.
A Petersbourg le 8 Mars 1721 .
E Czar n'ira faire la revûë des Troupes
LEqui font aux environs de Riga , que
vers la fin de ce mois . Quoique Sa Majesté
Czarienne dit nommé des Plenipotentiaires
pour le Congrès de Brunfwick , & les Sieurs
Ofternam & Bruce pour negocier en la
même qualité la Sufpenfion d'armes avec
le Roy de Suede , Elle continuë de faire
des preparatifs confiderables pour la campagne
prochaine. On lança à l'eau il y a
quinze jours , en prefence de leurs Majeftez
Czariennes , un Vaiffeau de guerre
de quatre- vingts pieces de canon , & ily
en a encore deux en état d'être mis en mer
dans peu , dont l'un eft de quatre- vingt - dix ,
& l'autre de foixante-douze. Le Czar alla
il y a quelque tens à Petershoff, pour y
voir faire l'épreuve d'une machine avec
laquelle on prétend mettre le feu dans un
Vaiffeau à une lieuë de diftance ; mais elle
aanqua , & le Conite de Bulauw qui en
eft l'Auteur , s'excufa fur la gelée. On se
fçait fi elle réuffira dans l'épreuve qu'on
en doit faire une feconde fois , lors que le
temps
A
161 DE MARS
temps fera radouci : Sa Majefté donne auffi
fon attention au progrès des differentes
Manufactures . On a établi ici une Blanchifferie
de toiles , qui a parfaitement réuffi
& par le moyen de laquelle on pourra fe
paffer dorénavant de l'Etranger pour l'entiere
perfection des toiles de ce païs . On ef
pere auffi que l'abondance des denrées en
diminuera le prix aufli - tôt que le Canal da
Lac de Ladoga fera fini , & on a fait paffer
dix mille Dragons & dix mille Calmucques
qui y doivent travailler pendant cette anirée,
afin d'accelerer le tranfport des denrées de
la Ruffie , qui n'ont pu venir jufqu'à prefent
que par chartois..
A Stokholm le 12 Mars 1721.
Louchant fucceffion à la Couronne
Es propofitions du Duc de Holftein ,
de Suede , continuent de donner de l'om
brage. On doit affembler inceffamment les
Etats du Royaume : on communiquera
dans cette Affeniblée le befoin extrême où
Fon eft de trouver les fonds neceffaites
pour l'entretien des Troupes pendant la
campagne prochaine. Les Galeres ou Batinens
plats qu'on a fait conftruire ici pour
la deffenfe des Ifles qui nous enviroment
font prefque tous en état d'être mis en mes..
Un party de Colaques tributaires de la
162 LE MERCURE
•
Moſcovie , s'avança il y a quinze jours .
près d'Uma ; mais il fut repouffé par les
Polonois affectionnez à la Couronne , &
il n'y eut point de perte confiderable de
part ni d'autre dans cette eſcarmouche .
[4 Coppenhagne le 20 Mars 1721 ..
L
A Reine a été pendant quelque tems
dans une convalescence qui faifoit efperer
l'entier rétabliffement de fa fanté ;
mais elle eft retombée dangereuſement
malade. Le Roy a donné des ordres depuis
dix jours pour équiper plufieurs Vaiffeaux.
de guerre , & quelques Fregates : Plufieurs
Regimens ont auffi ordre de fe tenir
prêts à marcher au premier commandement
; mais on ne fçait point encore quel
eft le deffein de Sa Majefté . Deux Vaiffeaux
Mofcovites ont été pris par les glaces aux.
environs de l'Ifle d'Amack , & par ordre.
de Sa Majesté, ils ont reçu tous les fecours
neceffaires pour les tirer du danger où ils
étoient , & il y a efperance qu'ils pourront
continuer leur route après le degel : Deux
autres Navires François qui ont paflé par
ici , & qui faifoient leur route vers l'Eft ,
n'ont pas été fi heureux ; on leur a refulé.
les provifions qu'ils demandoient , & on
n'a pas voulu permettre qu'ils miffent un
feul homme à terre , parce qu'on appreDE
MAR S 1636
hendoit qu'ils ne vinffent de quequo endroit
foupçonné de contagion ; de forte qu'ils ont
été obligez de paffer outre fans rafraîchiffemens.
Le Sieur Leers Chambellan du Roy,
qui avoit été mis aux arrêts , a eu depuis
quelques jours la permiffion de paroître à
la Cour. On travaille à de nouveaux Reglemens
pour l'adminiſtration de la Juftice,
& on va corriger inceffamment les abus de
la procedure . Le Roy a fait porter à la Monnoye
les fix cens mille Rifdales que le Roy
de Suede lui avoit fait payer à Hambourg,
& on doit employer une partie de cette
fomme à reparer pendant le Printemps prochain
les Digues qui ont été rompues dans
le Duché d'Holſtein , par l'orage & le dé
bordement des eaux du 31 Decembre der
nier.
A Varfovie le 8 Mars 17-21-
E Roy eft attendu ici vers leis de ce
mois : le Comte de Flemming eft allé le
joindre à Dreſde , pour le prévenir fur les
Conferencesquece General a eues àplufieurs
repriſes avec l'Ambaffadeur de l'Empereur
&le Miniftre du Roy de Pruffé. On ſuppo
fe que plufieurs Senateurs de ce Royaume
entretiennent avec le Czar une correfpondance
très étroite dont on n'a point encore
pû penetrer le deffein. Les Miniftres qui
font ici , n'attendent que le retour du Roy
O ij
164 LE MERCURE
pour eftfe expediez , & pour retourner dans
feurs Cours. La fucceffion du feu Starofte
de Sandomir caufe de nouveaux embarras
aux Miniftres de Sa Majefté ; le Roy par
leurs confeils avoit envoyé le Palatin de
Lublin & le General Poniatowski pour
prendre poffeffion de la Fortereffè de Dubno
en Lithuanie , qui devoit revenir à la Cou
ronne après la mort de ce Starofte ; mais
Jes Commiffaires , trouverent en arrivant
que le Prince Zangusko , Epoux de la Princeffe
Lubomirski , heritiere de ce Starofte,
s'en étoit mis en poffeffion , & qu'il étoit
dans la refolution de s'y deffendre jufqu'à
la derniere extremité. Les peuples des environs
étant difpofez en fa faveur, les Com
tariffaires du Roy font revenus fans rien entreprendre.
D'un autre côté on a reçu des
avis certains que les Turcs avoient achevé.
les Fortifications de la Fortereffe de Choc-.
zin , & qu'ils formojent dans cette Place
un Magaan de routes fortes de munitions
affez confiderables pour entretenir pendant
fix mois une Armée de foixante & dix à qua
tre-vingts mille hommes. La petite Diete
de Vilna , Capitale du Palatinat de ce nom,
qui s'étoit aflèmblée pour élire des Dépu
rez: pour la prochaine Diete generale , s'est
feparée fans avoir rien decidé . On a appris
de Caminick que la pefte avoit recommencé
à Hordensko, & que plufieurs perfoanes.
DE 1659
MAR S.
en étoient mortes à Jaroslaw : d'autres avis
portent que cette maladie le faifoit reffentic
dans plufieurs Bourgs éloignez de la Ville
de Cracovie de dix lieues ; mais que cette
Ville & fes environs n'en étoient point en
core attaquez..
A Vienne le 16 Mars 17215
Malgré les affurances , que le Grand
Seigneur a fait donner au Secres
taire Refident de l'Empereur à Conſtan
tinople., que les préparatifs de la Porte ne
regardoient point Sa Majesté Imperiale , &
ne luy devoient point donner d'ombrage,.
la Cour a donné les ordres neceffaires. pour
faire mettre les Frontieres de Servie & de
Hongrie en estat de deffenfes , en cas que
les Turcs vouluffent faire quelques tentati
ves de ce côté - là , & l'Empereur a envoyé
un Exprès à Conftantinople avec ordre à
fon Refident , de demander au Grand Seigneur
les raifons qui pouvoient l'engager à
faire des préparatifs de guerre fi extraordi+
naires dans un tems de paix. On travaille
à un projet d'accommodement pour les di
ferends de Religion dans l'Empire. L'Em;
pereur a envoyé des ordres aux Directeurs
du Cercle du Haut Rhin d'affembler leurs
Troupes , pour obliger par la force des ar
mes le Land Grave de Heffe- Catfel à faite
766 LE MERCURE
retirer les Troupes des environs de la For
tereffe de Rhinfels qu'il tient inveftie ; on
efpere cependant que ce Prince fera ceffer
ées hoftilités fans attendre la marche des
Troupes du Cercle . L'Electeur de Mayence
, l'Electeur Palatin & l'Evêque de Spire,
ont fait affurer l'Empereur qu'ils avoient
commencé d'executer le decret Imperial
du 12 Avril 1720 , & que dans peu leurs
fajers Proteftants n'auroient plus aucun (ujet
de fe plaindre.
A Londres le 3 Mars 1721.
E Roy donna le 22 du mois dernier
fon confentement à l'Acte du Parlement
qui ordonne la levée de trois ſche
lings par livre fur le revenu des Terres , &
quelques jours après, on ouvrit les livres de
P'Echiquier en vertu d'un ordre de la Treforerie
pour faire fur cette taxe un emprunt
de cinq cent mille livres fterlings à fix pour
cent d'intereft par an. Sur les inftances de
la Compagnie de la mer du Sud , le Roy a
envoyé un Meffage à la Chambredes Communes
, en faveur du quel la Chambre a
donné à cette Compagnie un delay d'une
année pour le payement qu'elle eftoit obligée
de faire au Gouvernement d'une fomme
de fept millions cent foixante quatre
millelivres sterlings , en execution de l'acte
DE MAR S. 167
dé la derniere ceffion du Parlement. La
plufpart des anciens Directeurs de la Com--
pagnie de la mer du Sud , qui avoient été
mis à la garde du Sergent d'armes de la
Chambre des Communes , aiant donné les
cautions requifes , ont été mis en liberté ;
mais ils font declarés refponfables fur leurs
biens & effets de toutes les fommes quis
manquent dans la caiffe de la Compagnie.
fur les reçus de la troifiéme & quatriéme
foufcription, parce qu'ils les avoient declaré
remplies dans une affemblée generale de
la Compagnie du 19 Septembre dernier.
Le Roy a fait faire des funerailles magni--
fiques à fon Miniftre le Comte de Stanho--
pe , pour marque de l'eftime particuliere.
qu'il avoit eue pour luy & Sa Majeſté a
donné à la veuve de ceMiniftre une penfion
de quatre mille livres sterlings fur le revenu
de la Porte . L'Amiral Noris s'eft rendu
à Chattam , pour y preffèr l'Equipement de
PEfcadre que le Roy a deffein d'envoyer
cette année dans la mer Baltique , & tous
les Capitaines qui doivent la monter , ont
ordre de fe rendre inceffamment à leurs
bords.
I
A Madrid le 20 Mars 1721.
Es Maures ayant commencé une ligne.
de Contrevallation , dans le deffein de
recommencer . le fiege de Ceuta , le Mar
岔
་
IGY LE MERCURE
ག་
quis de Leide fit fur eux une fortie la suit
du 13 du mois dernier , dans laquelle il
leur tua beaucoup de monde , & fit combler
leurs tranchées .Ce General, après avoir
donné de bons ordres dans la Place , & y
avoir laiffé dix Bataillons de Troupes chois
fies , a fait embarquer le refte de fon
Armée , & s'embarqua lui-même : on a ELL
des nouvelles qu'il étoit heureufement arrivé
à Cadix , & qu'il y a fait la revûë dɔ
fes Troupes , qui doivent reter en quar.
tiers dans les environs de cette Ville. L'Infant
Don Ferdinand , étant entré dans la
huitiéme année de fon âge , au 23 Septem
bre dernier , le Roy lui a fait la Maiſon ,
marqué fon Appartement , & nominé les
principaux Officiers qui doivent préfider à
fon éducation..
A Rome le 14 Mars 17.21.
LA Congregation
établie
par
le Pape:
pour juger fur les prétentions du-
Cardinal Orfini & du Cardinal Tanara
au Decanat vacant , a décidé en faveur de.
ce dernier , le Cardinal Del Giudice , troi
fiéme Concurrent , ayant declaré quelques
jours auparavant , qu'il n'y prétendoit plus.
On a envoyé ici par la Pofte à tous les
Miniftres , Cardinaux & Prélats de cette
Cour, un Memoire imprimé en fix feuilles .
•
dans
DE MAR'S. 169
dans lequel l'Auteur qui écrit en faveur da
Cardinal Alberoni , prétend prouver par
plufieurs raifons tirées dés Loix , de l'Hiftoire
& de l'Ufage , que cette Eminence
n'eft point tenue de comparoître en perfonne
, pour fe juftifier fur ce qu'on lui
impute , & qu'il lui fuffit de répondre par
Procureur . Quelques Lettres particulieres
portent que le Pape avoit donné ordre à la
Congregation du Saint-Office de furféoit
les Procedures & les Informations qu'elle
faifoit contre ce Cardinal.
On vient d'apprendre que le Pape Clement
XI eft mort à Rome le 19 de ce mois.
Saite du Journal de Paris.
Le 16 , jour d'audience , M. l'Archevêque
de Cambray , Miniftre & Secretaire
d'Etat , envoya fix Caroffes de fa livrée
avec fon Ecuier , pour prendre à l'Hôtel
des Ambaffadeurs Extraordinaires , l'Ambaffadeur
de la Porte. Son Excellence mons
ta dans le fond du premier Caroffe , l'Interprete
du Roy , & l'Ecuyer du Miniftre
étant fur le devant : la fuite de l'Ambaffadeur
fe plaça dans les autres Caroffes. Son
Excellence s'étant miſe en marche , ſe rendit
fur les onze heures chès M. l'Archevêque
de Cambray. Elle trouva tous les appartemens
remplis d'une infinité de gens d
diftinction , & d'une file de 40 Domefti
P
$70 LE MERCURE
ques dela livrée de M. l'Archevêque de
Cambray. Elle fe repofa un moment dans
la premiere piéce : enfuite l'Ambaſſadeur
fut introduit par l'Ecuyer du Miniftre dans
la Chambre d'audience . M. l'Archevêque
de Cambray le fit affeoir fur un fauteuil ,
& luy , fur un autre , une table entre eux
deux. La converfation dura quelque tems,
après quoy on preſenta à Son Excellence
une grande quantité de rafraichiffemens &
de confitures feches. Après quelques com .
plimens on fe fepara , & l'Ambaffadeur retourna
à fon Hôtel avec le même cortege
qu'il étoit venu.
Le 27 l'Ambaffadeur de la Porte vit la
repréſentation de l'Opera de Thefée : les
premieres loges furent louées 100 livres &
les places du parterre cinq livres .
•
Il a paru dans le golfe de l'Amerique
Meridionale nommé Bonaventure , le 18
Août 1720 , un Monftre marin , qui avoit
la tête d'un Barbet, la gueule d'une moyenne
grandeur ; & les den's fort larges , les
yeux étincelans comme ceux d'un homme
en colere , des cheveux plats , le nés gros
& épaté , les mains , les bras , les épaules ,
& tous les mouvemens tels que nous les
avons , la peau bife , le fein d'une Nourrice
, & ce qui diftingue les deux fexes , pareil
à celui d'un cheval ; il avoit huit pieds
de hauteur , autant qu'on a pû en juger à
l'oeil .
DE MAR S. 77%
Il a paru depuis dix heures du matin juſqu'à
midy , fi près du bord d'un vaiffeau
François , qu'on auroit pû le prendre à la
main , s'il avoit été d'humeur à fe laiffer
faifir. Le Capitaine du Vaiffeau , pour
parler mer , voulut le faire harponner ;
mais il efquiva deux fois le coup , en faiſant
le plongeon : Quelque temps après il revint
fur l'eau , pris la ligne d'un de ceux qui le
regardoient , la lui arracha des mains , &
s'éloigna , en nageant comme un homme
qui fe baigne ; puis il ſe rapprocha du bord,
& s'éleva hors de l'eau jufqu'à la hauteur
des genoux , fit fans refpect pour Meffieurs
les Marins , ce qu'on ne fçauroit poliment
exprimer , & difparut enfin pour la derniere
fois,
C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes
adieux.
On croit que c'eſt un Monſtre ſemblable
à celui qui fut tué par un nommé
M. Caron fur les Bancs de Boulogne l'an
1717.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé , étoit un Poulet ou Billet doux ; &
celui de la feconde , les deux Eguilles du
Cadran.
Pij
#71 LE + MERCURE
ENIGM E.
DE la neige & des lys p'imite la candeur,
Jeune , vieille , je fuis agreable à la vúë :
Chacun peut me toucher , & me voir toute nuë ,
Sans craindre de bleffer les loix de la pudeur :
Quoique Vierge innocente , on me condamne aux
flames ,
Mesfreres & mes feurs n'ont pas un meilleur fort,
Quand Hecate paroît , Vulcainfaifit nos ames ;
Mais Zephirefouvent differe notre mort.
AUTRE.
Sans avoir rien appris , j'inftruis les plus çavans,
Ainsi que j'inftruirois tous les plus ignorans :
Je dois me promener dès que je viens au monde ;
Mon pas eft bien reglé , ma promenade eft ronde,
Je fuis toujours mon pere , il ne m'ajamais vi,
Je
mourrois auffi-tôt qu'il m'aureit apperçu ;
Il est pourtant toujours prefent à ma naiſſance,
Sans qu'il puiffe me voir dès ma plus tendre enfance.
S'il vient àfe coucher , alors je difparois ,
Et pérts , fans ceffer d'eftre ce que j'étois.
Lin mere de concert s'opposant à mon pere ,
Dès qu'il me met au jour , m'enleve à la lumiere:
Nefoyez pas furpris d'un fi bizarre fort v
Car je viens à la vie , ainsi qu'un autre enfort.
DE MAR S
173
RE: DIO
CHANSON.
L'air eft de Monfieur Mourette ,
A Rendre la vie agreable ,
Sans ceffe occupons notre esprits
Fuyons l'ufage méprifable
Que le groffier vulgaire fuit:
Amis , paffons la nuit à table ,
Et confumons le jour au lit.
On s'eft ravisé au sujet de la Piece dont
nous avons donné le commencement *fous le
Titre , Effai fur l'Etat prefent de la Geographie
, & c. Il fera facile au Lecteur d'unir
les deux morceaux , quoique feparez. On
continuera le mois fuivant à poursuivre ce
deffein , qui ne peut que plaire aux ama→
teurs de la Geographie .
Page 39 du Mercure de Mars 1721
Piij.
174 LE MERCURE
§. 2. Quelques obſervations fur nos Cartes
modernes , & fur ceux qui les font .
DE
Epuis quelques années le monde eft
plein de Cartes Geographiques , & ces
Cartes font pleines de fautes. Je ne , dirai
pas que celles de l'Europe en foient exemtes
, mais pour celles des trois autres Parties
du Monde , elles font generalement fi
fautives, que l'on ne peut pas plus compter
fur elles , que fur les Voyages de le Blark,
Mendez Pinto ou Lithgovv , d'où il femble
qu'on les ait tirées ; s'en trouvant tres- peu
fur lefquelles on puiffe tracer quelque route
tirée de Thevenot , Della Valle , ou autre
Auteur digne de foi . L'on ne doit pas effe-
&tivement s'attendre à autre chofe , lorfque
ceux qui publient de telles Cartes , nous
paroiffent entendre mieux leur interêt , que
la Geographie , & prendre plus de peine
pour augmenter leur avantage particulier ,
que celui du Public ; ce qui ett la caufe que
cette fcience perd en un jour par une telle
Carte tous les avantages qui lui avoient été
procurez pendant plufieurs tiecles.
Je ne blâme pas nos Geographes de ce
qu'ils publient des Cartes fautives , parce
que nous ne devons jamais efperer d'en voir
une de quelque Pays que ce foit parfaite
DE MAR S. 175
ment exacte , mais de ce qu'ils ne font pas
moins inexacts que les Cartes ; car quoique
l'on ne doive pas s'attendre de trouver une
Carte plus exacte que les Découvertes du '
temps le peuvent permettre , on peut cependant
compter de pouvoir en jouir d'une
autant parfaite que ces Découvertes le permettront.
C'est pourquoi je blâme les Geographes
qui laiffent les fautes anciennes ,
qu'ils auroient pû corriger avec tres - peu
de peine , ce qui eft caufe que ceux qui
lifent des livres de Voyages découvrent aifément
ces fautes , & qu'ils ruinent par
cet endroit la Geographie également comme
les Auteurs mêmes , ou plûtôt ces Graveurs
de Cartes .
Ce n'eft pas une excufe de dire qu'on copie
telle chofe d'aprés une Carte , parce
qu'on ne doit rien copier qu'on ne l'ait
premierement examiné , & qu'il ne foit
d'accord avec les meilleures Découvertes . Il
eft bien vray que ceux qui favent copier ou
graver une Carte , prennent d'abord le titre
de Geographes, croient qu'après cela la proprieté
leur en appartient , & qu'ainfi ils font
en droit de s'en dire vraiment les Auteurs. '
Il me paroit qu'un Copiſte peut par la même
raifon fe donner également le titre
d'Auteur. Pour moi , j'ai été furpris plufieurs
fois d'en voir s'expofer pour Geogra
phes dans certaines Cartes , lorfqu'il eft
Piiij
176 LE MERCURE
clair que s'ils avoient entendu ce dont ils
faifoient profeffion , ils ne les auroient jamais
publiées. Mais on ne doit pas atten
dre autre chofe de perfonnes qui ne s'atta
chent point à leur profeffion , ou la fort
remplir par d'autres qui n'en entendent
que tres- peu , ou l'ignorent tout- à- fait.
Une Carte ne paroît pas plûtôt , dans un
autre Pays , que nos faileurs de Cartes la
reimpriment , quoiqu'elle foit contraire à
ce qu'eux ou les autres ont publié fur le
même fujet , & qu'elle contienne des fautes.
groffes : une Carte nouvelle parmi ces .
gens là , eft recommandable par fa nouveauté
, & a la vogue , juſqu'à ce qu'une
autre entierement differente & pas moins
abfurde , paroiffe au jour , qu'ils ne manquent
pas d'époufer & de copier : ce qui
eft caule que l'on trouve rarement deux
Cartes du même endroit femblables , quoique
faites par la même aain . Ils changent la
tuation & la figure des endroits aufli fouvent
qu'ils en font de nouvelles , & commettent
des erreurs , où il n'y en avoit pas
auparavant , de forte que la plus nouvelle
eft communément la plus mauvaife.
Mais il y a des Cartes qui ne font pas des
copies exactes des autres , & ne font que
des morceaux d'une Carte & d'une autre
qui font ajufés enfemble fans foin ni jugement
; car le faifeur de Cartes ie crust
DE MARS. 177
fouvent obligé d'être different des autres ,
afin qu'il paroiffe quelque chofe de nouveau
dans ce qu'il publie : ce qui fait qu'il
change la fituation des lieux , qu'il donne
un cours different aux rivieres , qu'il étend
ou refferre d'une maniere étrange les liini
tes des païs , des provinces & des côtes.
Ceci fautera aux yeux de ceux qui compareront
avec les Voyageurs les Cartes qui
ont été publiées avant celles de M. de Pifle,..
& plufieurs autres depuis . Il femble que
les places y ont été plûrot jettées au ha--
zard , & pour semplir les vuides , que pour
en exprimer les fituations . Il eſt à propos
que les noms ne changent pas tous les
jours , cè feroit autrement en vain que.
Pon chercheroit la même place dans une
bonne Carte nouvelle & dans une du mê
me païs faite il y a 100 ans, ou go , même
depuis deux ou trois ans , tant la difference
de la nouvelle fituation embrouilleroit le
fpectateur. Mais fi celuy qui public une
Carte étoit obligé de citer fon auteur fur
chaque changement qu'il feroit , il y auroit
moins de ces fauffes productions &
les Cartes feroient plus correctes.
On doit remarquer que les cores maritimes
dans deux Cartes differentes des mê
mes endroits , non feulement different extraordinairement
les unes des autres , mais
aufli qu'elles s'accordent très rarement:
178 LE MERCURE
avec les Cartes marines : ce qui vient de
leur negligence à confulter les gens de mer,
fe fouciant fort peu d'être exacts , & s'imaginant
peut être qu'une Carte terreftre
doit être deffignée autrement qu'une Carte
marine.
·
J'obferve que nos faifeurs de Cartes
gardent un profond filence fur les chemins
dans leurs Cartes , & qu'en copiant inême
celles qui en font enrichies , ils les omettent.
Ils n'ont certainement aucune connoiffance
de leur ufage dans les Cartes ,
ils ne les priveroient pas fans cela d'une
partie fi effentielle, & ne les laifferoient pas
à moitié imparfaites . Que peut apprendre
une perfonne d'te multitude de lieux repandus
confufément ? C'eft comme un
voyageur qui fe trouve dans un bois fans
fentiers , & ne fait de quel côté le guider.
Ne feroit - ce pas une chofe ridicule de voir
fans rues un plan de Londres , fi l'on pouvoit
lui donner ce nom ? On en tireroit
une egale inftruction , car il eft auſſi impoffible
de juger exactement de la fituation
des lieux dans la Carte d'un païs , que de
celle des Eglifes , des Palais , & autres
Bâtimens publics , dans le plan d'une ville,
où les rues ne feroient pas marquées.
Les Geographes les plus judicieux ont
toujours pris foin que leurs Cartes ne fuffent
jamais fans cet avantage neceffaire , y
DE MAR S. 179
·
ajoûtant fouvent les diftances que l'on y
compte , en lieues ou milles entre les Places
, felon la meſure des Pays où elles font
fituées , & fans cela une Carte eft toûjours
imparfaite. Car quoiqu'en traçant les routes
, on faffe voir la communication d'une
place à l'autre , cependant fans ce nombre
marqué dans les intervalles , on ne peut
pas juger quelles font les diftances que
l'on y compte , tout le monde fçachant bien
qu'elles font differentes des Geographiques,
ou bien fi elles s'accordent ; en cas qu'elles
ne s'accordent pas , comme il arrive fou
vent dans des Pays trop étendus ou trop
refferrez ; je dis que , faute de ces nombres
dans les intervalles, on ne peut pas les recti
fier. Mais laiffant ceci à part , il faut toû
jours exprimer les diftances , quand ce ne
feroit que parce qu'une perfonne ne porte
pas toujours un compas fur elle ; & que
quand elle le feroit , c'eft autant de peine
épargnée par un tel moyen.
Tandis que nos faifeurs de Cartes fe font
fervis de ces mauvaifes methodes dont on
vient de parler , il n'eft pas étonnant que
l'on ait negligé les nouvelles découvertes ,
& les Obfervations des Voyageurs , & que
par confequent on ait trouvé leurs Cartes
pleines de fautes groffieres . On a trouvé
dans les Cartes la latitude de Conftantinople
, obfervée il y a 60 ans par M. Greaves s
180 LE MERCURE
placée deux degrez plus au Nord qu'elle ne
doit être cette Obfervation a été confirmée
deux fois depuis par M. smyth , & par le
Chevalier Vvbeleer , il y a quarante ans ;
les faifeurs de Cartes ont toujours fuivi
Fancienne erreur , & n'en ont pris connoiffance
que depuis peu , & l'ont corrigée ,
quoiqu'il s'en trouve encore quelquesuns
qui restent dans l'erreur. On place
encore dans plufieurs Cartes modernes Ca
ramid , Amid & Diarbekir , comme trois
places diftinctes , à 80. milles de diſtance
Bune de l'autre , quoiqu'il y ait 50 ans que
Thevenot ait découvert cette erreur dansles
Cartes de Sanfon , & qu'il ait trouvé
que ces trois Villes n'étoient qu'une feule
& même Ville. Le même Voyageur trouve
que Sanfon a tort de placer Orfa fur une
grande riviere , & d'en faire tomber une
autre dedans venant de Caram d ; . il nous
affure de plus qu'il n'y a point de tele
grande riviere appellée Tiritiri , comme il
Fa fait paffer par Kengavir , par Sufa en
Perfe , & tomber enfuite dans te golfe de
ce nom ; mais les faifeurs de Cartes ont eu
tant d'indulgence pour Sanfon aux dépens
de leur réputation , qu'ils n'ont pas fait attention
à Thevenbr. C'a été prefque au'li
inutilement que d'autres Voyageurs avant
& après , & que les Académies de France
d Angleterre, d'une maniere plus émiDE
MAR S.
mente , ont pris les peines de communiquer
leurs Obfervations pour le fecours de ces
-faileurs de Cartes , qui ne jettoient pas feulement
les yeux deffus .
2
Je pourrois outre cela faire une énumeration
de quantité de fautes répandues dans
nos Cartes les plus nouvelles. Par exemple,
c'eft une chofe fort commune de trouver
des Villes hors de leur veritable fituation ;
quelques- unes étant mifes à plufieurs lieuës
loin des rivieres fur lefquelles elles doivent
être placées ; comme Bir , Moful , & autres,
dans la Mefopotamie , Zulfa en Armenie ,
Schiras en Perfe , Agra & Holobas , dans
P'Empire du Mogol. Quelques autres fur le
côté oppofé des rivieres où elles doivent
être comme Diarbeck en Armenie , Tiflis
en Georgie , Holobas ou Praya , & Brampour
, dans le Mogol. D'autres encore au
deffous du confluent , ou de la divifion des
rivieres , lorfqu'elles doivent être au deffus ;
comme le Caire fur le Nil , fleuve que l'on
repreſente encore avec les fept embouchûres.
Il y a certains lieux feparez du Continent
par de larges mers , & qui ne font
qu'à deux ou trois lieuës l'un de l'autre
comme Corée & Chufan , fur la côte de la
Chine. L'on voit des ifles qui ne font qu'à
une petite diftance de la terre , & que l'on
en place à plufieurs lieues loin ; comme
Ormn , & les Illes adjacentes, dans le golfe
95
182 LE MERCURE
de Perfe , Bombay ,fur la côte de Decan, dans
les Indes Orientales. On s'eft auffi fervi
quelquefois des mers pour feparer du Continent
, des Terres qui n'étoient que des
Prefqu'ifles ; comme la Californie en Amerique
, la Nouvelle Zemle en Mofcovie , &
la Corée , proche de la Chine. L'on voit des
Détroits qui paroiffent avoir des degrez
entiers de largeur , quoiqu'ils n'ayent pas
plus de dix milles ; comme ceux de Bab- el-
Mandel , d'Ormuz , de Rhodes : on fait ordinairement
dans les Cartes les Détroits de
Conftantinople de 20 , 40 , & so milles de
large , quoiqu'ils ne le foient que de trois
quarts d'un mille : on donne à la Mer Caf
pienne une figure oblongue , de l'Eft à
P'Qüeft , d'autre du Nord au Sud , & une
troifiéme forte la fait toute quarrée . Dans
quelques Cartes la Tartarie s'étend preſque
jufqu'au 80 parallele ; dans d'autres
elle ne paffe pas le 70 ; dans les unes fa
figure eft quarrée , dans d'autres ronde , &
quelquefois irreguliere ; fouvent fa côte
Orientale & Septentrionale n'y eft pas
marquée. Il y a plufieurs Cartes où l'on infere
quantité d'ifles fuppofées , & d'autres
où l'on omet plufieurs lieux remarquables.
Enfin pour finir , j'ai vu une Carte de Perfe,
où l'on ne trouvoit point Ifpahan.
On pouvoit efperer , lorfque les Cartes
de M. de life ont paru , que les Geogra
DE MAR S. 183
phes ayant un fi bon exemple , ne donneroient
pas lieu dans la fuite à de tels reproches
, & que l'on ne trouveroit plus
dans leurs Cartes de ces anciennes erreurs
fi decriées mais bien loin de cela , il y
en a qui n'en ont pris aucune connoiffance ,
& les ont embraffées comme auparavant.
Il y a une Carte de l'Empire des Rußes ,
que l'on a mife au- devant du Voyage de
PAmbaffadeur Moſcovite à la Chine , imprimé
en 1706 , qui contient toutes les
efpeces d'erreurs , dont nous avons parlé ,
& peut être beaucoup davantage . Je ne
parlerai pas de la figure & des dimenſions
de la Tartarie , qui font trés-differentes de
celles des autres Cartes. La Chine y eſt
extraordinairement changée. Pekin y eft
placé à 8 degrez avant dedans les terres ,
lorfqu'il n'y est pas plus d'un. L'Iſle de
Chuſan qui n'eſt éloignée que de trois lieuës
du Continent , en eft mile à 60 , & marquée
huit fois plus grande qu'elle ne doit
être. On y voit la Corée à 30 lieues du
Continent. L'Empire du Mogol & l'Inde
y font autant extraordinairement retręcis
de l'Orient à l'Occident , qu'ils y font extravaganument
étendus du Midi au Septentrion.
Caboul y eft placé deux fois à 7
degrez l'un de l'autre , allant du Nord- Eſt
au Sud Oüeft. Brampour à 4 degrez plus
proche du Gange qu'il ne faut , & 3 degrez
184 LE MERCURE
au-deffus de la latitude , fur une grande
Riviere que l'on ne trouve point dans les
autres Cartes , ni dans les Voyageurs. Les
Côtes Maritimes y font entierement fauffes
, & ce feroit un trop grand travail de
dénombrer la confufion & le changement
de fituation des Places dans la Georgie, l'Armenie
& Pays voifins. Mais pour faire voir
davantage l'inexactitude de cette Carte , je
vais la comparer avec celle de la Perle par
Olearins , publiée dans fes Voyages il y a
plus de foixante ans , par rapport aux lieux
qui fe trouvent fur la route entre Ardebil
& Ifpakan , dont cet Auteur exact a trésbien
obfervé les latitudes.
La Table fuivante fait voir la latitude
de chaque lieu , avec la diftance & l'aire
de vent de l'un à l'autre.
Lat. Dift . Aire.
Selon Glearius .
Ardebil 3.8 s
Miana 37 867 ESE
Sangan 36 4865 ESE
Sultanie 36 3015 SE
Casbin 36 1552 SEES
Cashan 33 51167SSE
Ifpahan 32 2690 ESE
Lat. Dift. Aire.
Selon Ides .
36151
3612160 E
3617 85 E
37 4 ONE
37 5 88 E
11
160
37 6 E
3427285 SO
Ifpahan et éloigné d'Ardebil dans la
Carte d'Olearins de 420 milles , & dans
celle d'Isbrand de 320.
Je
DE MARS.
185
Je ne me ferois pas arrêté fur l'inexactitude
de cette Carte , étant perfuadé que
l'Auteur n'a jamais eu le deffein de don
:
er aux Curieux les Pays voisins de a
Tartarie , fi je ne voyois pas que nos Faifeurs
de Cartes en copient les plus grandes
abfurditez & dans leurs Cartes & fur leurs
Globes & il eft étonnant comment ils
tombent dans ces erreurs , lorfque la route
de Tauris &.d'Ardebil eft fi connuë , qu'on
la trouve paffablement bien marquée dans:
les moindres Cartes : mais je veux bien
croire qu'ils ne le font. pas de propos deliberé.
*
?
Je ne peux pas m'empêcher de parler
d'une collection de Cartes anciennes &
modernes , faites depuis peu , que l'on
vante beaucoup , & dont les plus groffes
fautes ne font pas celles du Graveur. J'en
pourrois faire voir les groffes erreurs ,
comme l'inclination hors de neceffité des
degrez de longitude fur--tout dans les
Cartes d'Europe & de France. La diffé--
rence qui fe trouve entre les deux Cartes
d'Afie , le vuide qui fe voit dans toutes
les deux en general , & particulierement
dans l'Afrique , ou bien fi cette precaution
venoit de l'incertitude de l'exacte fituation
des lieux , on pouvoit omettre la Carte
entierement , auffi- bien que plufieurs auaxes
, fans que ceux qui les parceurent y
e.
હૈ
"*
186 LE MERCURE
euffent beaucoup perdu . Si les Cartes d'Afie
font fi fautives , que ne doit- on pas attendre
de celles de l'Afrique & de l'Amerique
, qui font bien moins connuës ? Les
dernieres obfervations de la longitude &
latitude de quelques Villes principales de
l'Europe , jointes aux plans que des Nations
particulieres ont faites de leurs Pays,
ont fait voir un nombre infini de fautes
dans les Cartes de cette partie du Monde .
M. de l'Ifle a entrepris à propos la correction
des Cartes , quoiqu'il y ait dans
les fiennes certaines chofes à reformer. Il
y a des perfonnes qui trouvent à redire à
fes Projections , fur tout celle de l'Afie ,
parce qu'étant faite par la Methode Polaire,
felon laquelle l'Equateur , qui doit être
une ligne droite , devient ligne circulaire ,
les degrez de longitude dans tous les Paralleles
au Midi de l'Equateur , font plus.
grands que ceux de deffus l'Equateur.
D'autres objectent que dans des Cartes
differentes , les mêmes endroits ont des
figures & des fituations differentes . Quelques
-uns l'accufent de mettre dans fes
Cartes beaucoup de chofes , fans autre
fondement qu'un oui-dire , fur- tout les
Nouvelles Philippines , qu'ils concluent
être imaginaires , parce que Dampier ne
les a point trouvées dans fon Voyage au
tour du Monde. Que cette accufation foir
DE MAR S. 187
vraye ou fauffe , cela fait voir la neceffité
où un Auteur le trouve de donner une
autorité pour chaque nouvelle chofe qu'il
infere .
Il y a auffi quelques parties de la Perfe
& de la Tartarie , que je fuppofe avoir été.
tirées des Tables Perfannes de longitude.
& de latitude , qui pouvoient être corrigées
fur le Geographe de Nubie & autres
& je croi qu'il devoit fuivre Isbrand Ides
dans la Tartarie , auffi loin qu'il a été lui❤
même , puifqu'il nous dit dans le dernier
Chapitre de les Voyages , qu'il a pris la
latitude de tous les principaux endroits où
il a paffé. Mais quand il y a tant d'erreurs
à corriger , tant de Volumes à confulter ,
il est bien difficile que l'on ne paffe pardeffus
quelques - unes ; confiderant enfin
les difficultez qu'il a euës à furmonter , on
doit être affez fatisfait de la perfection que
Pon remarque dans fes Cartes. J'avouë que
les Faifeurs de Cartes n'ont pas fujet d'être
contens de cet Auteur , parce que ce
qu'il a executé a fait tomber toutes les
Cartes precedentes , excepté deux ou trois
de l'Europe .
On peut demander , fi les Cartes de M.
de l'ifle font une amelioration dans la Geographie
, d'où vient s'en trouve t'il plufieurs
qui ne font pas fi remplies de Places,
comine celles qui ont paru avant les fien-
Qij
188 LE MERCURE
•
nes ? La raiſon en eft fans doute , qu'il a eu
foin de ne point mettre celles dont la fituation
étoit incertaine ; & je croi qu'il
feroit fort difficile aux Faifeurs de Cartes
de donner des autoritez pour la pofition
d'un abondance de lieux que l'on trouve
dans leurs Cartes.
APPROBAT 10 N.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Mars 1721 .
& j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion
. A Paris ce 31 Mars 1721.
HARDION.
TABLE.
vite du fonge d'Alcibiade,
Le femmeil indifcret.
3
23
Effai fur l'état prefent de la Geographie , c'està-
dire fur les Cartes , fur les Livres qui traiten
de cette vienco, ceux des Voyages , &c. 39
Extrait des Machalées.
Sh
Refutation des reflexions fur la maniere de
Prêcher.
Obfervation d'un Paxhelie.
Aute Parhelie.
Pofies.
7.3
82
86
88
Lettre de M. Egbert Guenellon , à M. de l'ifte.
Geographe de l'Academie Royale des Scien
107
DE MAR S. 189
Remarque fur la mort & fur la naiffance der
Enfans en Angleterre .
Morts de Paris.
Morts Etrangeres.
Mariages Etrangers .
114
118
120
121
1227
Charges Dignitez
Relation de ce qui s'eft paßé depuis l'arrivée de
Celeby - Mehemet Effendy , Ambassadeur Extraordinaire
de l'Empereur des Turcs auprès de
Louis XV , Empereur des François.
Journal de Paris.
Nouvelles Etrangeres..
Enigmes.
Chanfon.
125
145
160
172
173
Suite de l'Effai fur l'état prefent de la Geographie.
174
Ous regardons à prefent comme une chofe
impoffible , de pouvoir éviter certaiues fautes
grofheres qui fe gliffent de tems en tems dans
le Mercure. Telle eft la mort de M. l'Evêque
de Mâcon , que nous avons annoncée page 127
du Mercure, de , Fevrier 1721 , & cela par l'imprudence
d'un Particulier qui nous avoit écrit
de Mâcon .
Le Public éclairé reconnoît aujourd'huy que,
jamais feu M. R. n'a travaillé fur la Tragedie
des Machabées ; c'eſt un fair conftant....
190 LE
MERCURE
BEZ ZİYADIL:T
ARRESTS , EDITS
ម Declarations .
A
RREST de la Cour des Aides du s
Fevrier 1721 , qui ordonne conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat General
, la confifcation de neuf Cuillieres & Fourchettes
d'Argent , faifies faute d'avoir efté marquées
du Poinçon de Charge du Fermier de la
Marque d'Or & d'Argent , avant que d'avoir été
ébarbées , & reçu aucune forte de travail ; condampe
l'Orfevre trouvé en contravention en o
livres d'amende , & en tous les dépens tant dès
caufes principales que d'Appel .
ARREST du Confeil d'Etat , du 11 Fevrier
1721 , qui fubroge au lieu & place de M. de
Machault , M. Tafchereau de Baudry Maistre des
Requeftes , & Lieutenant General de Police , &
commet Melfieurs le Pelletier de Signy & Lallemand
, avec Meffieurs le Gendre de Saint- Aubin ,
de Berulle , de la Grandville , la Fond de Courchamp
, de la Vigerie , & Qlier de Tonquin
Maiftres des Requeſtes , &c. pour la liquidation
des Communautez d'Arts & Métiers de Paris , à
l'examen & revifion de leurs Comptes depuis
1689.
ARREST du Confeil , du 21 Fevrier 1721,
par lequel S. M. ordonne que tous ceux qui font
encore porteurs de coupons des Actions des
Fermes generales unies,pour l'année du Bail d'Aymard
Lambert , feront tenus de recevoir dudit
Lambert en Billets de la Banque dans le dernier
Mars prochain pour tout delay , le payement du
Dividende provifionnel defdites Actions , fur le
pied de fept pour cent , ordonné par ledit Arreit ,
DE V
MAR S.
•
finon & à faute de ce , ordonne Sa Majesté que
ce qui fe trouvera refter de fonds dans la Caifle
dudit Lambert audit jour dernier Mars prochain
des fix millions cinq ceas dix fept mille fept cens
foixante dix livres , à quoy monte la totalité dudit
Dividende provifionnel ; fera par lui porté &
remis és mains du Garde du Trefor Royal en
exercice la prefente année , qui lui en fournira
fa quitrance pour lui fervir de décharge dans la
dépenfe du Bilan ou Compte general du profic
deldires Fermes de l'année de fa jouiflance ; quoy
faifant , ledit Lambert ea fera bien & valablement
déchargé envers les porteurs defdits coupons
defdites Actions non rapportez , & tous autres
; lefquels coupons demeureront nuls & de
nul effet , fans que les Porteurs d'iceux en puiffent
rien demander ni pretendre , fous quelque
prétexte que ceferoit ou puiffe eftre .
ARREST du Confeil du 22 Fevrier 172 1 , par
lequel S. M. ordonne que les Articles VIII &
XXV des Reglemens generaux de 1669 , enfemble
les Arrefts de 1698 & 1717 pour la fabrique des
Serges d'Aumalle , Grandvilliers & Feuquieres &
autres lieux , feront executez , ce faifant conformément
à la Sentence du 11 Aouft 1719 , 2
fait & fait inhibitions & défenfes aux Sergers de
Feuquieres de faire aucunes Serges d'une aune de
large , & de les vendre ou debiter , ou comme
Serges de Saint- Lo , ou comme façon de Saint-
Lo , le tout à peine de trois cens cens livres.
d'amende pour chacune contravention : Ordonne
en confequence S. M. qu'à la diligence tant de
l'Infpecteur des Manufactures de Picardie , que
des Sergers de Saint- Lo , ou ceux qui feront par
eux commis de l'autorité du Juge des lieux , les
Rots de tous les Mêtiers montez pour lefdites."
Etoffes , feront reduits à la largeur ordinaire
portée par ledit Article XXV des Reglemens.
generaux
192 LEERCURE
ARREST du Cofen du 11 Mars 1711 , pal
lequel S. M. ordonne que les Arrefts des Oobre
1715 , premier Aouft & 26 Septembre 17 : 6 ,
2 Janvier , 15 Mars , 19. Juin , & 4 De move
1717 , 20 Octobre & 24 Decembre 1718 & 19
May 1719 feront executez felon leur forme &
teneurs en confequence , que toutes les conteftations
formées ou à former à l'occafion desfour -
nitures des Habits , Culotes , Bas , Chapeaux ,
Souliers , Bottes , Selles & Chevaux , & tous autres
Traitez generalement quelconques ayant rapport
aux Troupes de Sa Majesté , exprimez ou
non exprimez dans les fufdits A refis entre les
Entrepreneurs , fous - Entrepreneurs , Affociez ,
Croupiers , Participes , Commis ou Employet
dans lefdires fournitures & affaires , 'circon tances
& dépendances, feront portées devant les fleurs
Bignon , Ferrand , Confeillers d'Etat , & autres
Commiffaires hommez pour les aifaires des Vivres
, Fourrages & Etapes , pour eſtre par euz
reglées & decidées definitivement & en dernier
reffort , Sa Majefté leur en attribuant à ces effet
toure Cour, Jurifdi &tion & connoiflance , & icelle
inter difant à toutes fes Cours & autres Juges :
Veut Sa Majesté qu'en cas d'abfence d'aucuns
dedits fie rs Comir fires , ils puilicat ju
Eer au nombre de cinq .
ARREST de la Cour du Parlement , du 21
Mars 1721 , qui ordonne la fuppreflion de trois
Ecrit , l'un intitulé , Une des Lifles de ceux qui
ont figné le Renouvellement d'Appel , & dont is
Actes ont été envoyez à Noffeigneurs les Evignes
Appellans. Le ſecond intitulé , Memoire où l'on
établit le devoir de parler en faveur de la verité,
par rapport à ceux qui ne reçoivent nila Conftitution
Unigenitus , ni l'Accommodement. Es le
troifiéme intitulé ; Lettre à Monseigneur l'Evêque
de Soiffons fur la fauffe apparence de pain dama
l'Eglife . de France..
dby
John
Bigelow
to the
Century
Association
DM
Mercure
Presented by
John
Bigelow
tothe
Century
Association
DM
Mercure
LE
NOUVEAU
MERCURE
JANVIER 1721 .
e prix eft de vingt - cinq fols,
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image $ . Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rag
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege as Roy
THE NEW YORKİ
PUBLIC LIBRARY
335121
ABTOR,
AVIS.
ATN prie ceux qui adreſferont
des Paquets
ou
TILDEN FOUNDATION S
15
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebut
.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci - deſſus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718 , 1719 , &
1720 , de même que l'Abregé
de la Vie du CZAR .
De Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
MERCURE.
MERCURE
REVEILLE
PAR APOLLON.
Esjours paffés, pour charmerfa difgrace,
Phoebus cherchant un vers qui le fuïoit ,
Sur le chemin qui conduit au Parnaſſe ,
Trouva , dit-on , Mercure qui ronfloit ,
Un Livre en main . Le tirant par l'oreille ,
Avec ces mots , doucement il l'éveille.
Ah! pour le coup , frere , te voilà pris ;
Un Dieu ronfler ! cela n'eft point honnête ;
Tu dois rougir dufommeil qui t'arrêté.
Ami, pardon , dit Mercure furpris ,
Ou bien plutôt , plains mon malheur extrême ;
Car je m'endors en me lifant moi- même .
Pour reformer cet écrit de mon nom
A ij
LE MERCURE
J'ai beau fuer , & quoique Dieu fripen ,
Félis en vain un mortel honnête-homme ,
Digne d'ailleurs de travailler fous moi.
Tu le connois , fans qu'ici je le nomme :
Avec regret il exerce l'emploi.
Il a voulu de mauffade écriture
Purifier mon Journal pollué ,
Et me voiant indignement hüé ,
Du fier Lecteur appaifer le murmure.
Profe galante , agréable entretien ,
Vers enjouez alloient prendre leur place ;
Mais alte- là, reprimés votre audace ,
MMoonnsfiieeuurrll''AAuutthheeuurr,, l'Ecrit n'eft pas Chrêtien :
Il a beau dire , Eh j'ennuirai ! de grace!
Ennuiez ,foit , maints autres le font bien.
on veut qu'enfin de la litterature
Honteufement je ramaffe l'ordure ,
Et pour jamais profanant mon métier,
De ton Parnaffe on me fait chifonier.
DE JANVIER, 5
+53 +53 +53 +3 +3 રા
LETTRE
du R. P. CASTEL , de la Compagnie
de JESUS .
A Monfieur de
MONSIEUR,
Vous êtes fcandalifé , de ce que dans
ma derniere Lettre , je femble traiter de
phenomene peu difficile , ce qu'on appelle
chés Copernic le parallelifme de la terre ,
ou plutôt l'inclinaifon conftante , & toujours
la même de l'axe de la terre fur le
plan de l'écliptique : & vous vous plaignés
ferieufement que j'ôte à la Religion le fecours
qu'elle pourroit tirer de ce phenomene
tout miraculeux , felon vous, pour établir
l'exiſtence de Dieu ; car il n'y a , ditesvous
, qu'un Dieu , qui puiſſe ainſi roidir
conftament l'axe de la terre contre le courant
qui l'entraîne elle-même toute entiere
dans le plan de l'écliptique. J'avouë ,
MONSIEUR,que je ne m'attendois pas à une
objection auffi ferieufe fur une pareille
matiere , ni à voir la Religion s'allarmer
A iij
Z LE MERCURE
•
de la facilité qu'on pourroit trouver à expliquer
le parallelifme de la terre : je fçai
bien , ou du moins je crois l'avoir lu quelque
part , qu'un Philofophe Anglois avoit
porté fon admiration pour ce parallelifme ,
ou pour cette inclinaifon de l'axe , jufqu'à
l'ériger en miracle relevé au deffus de toute
intelligence humaine , & en argument fpecial
de la Divinité : je louë fort fon intention
; mais de bonne foy , MONSIEUR
voudriez- vous bien recourir à un pouvoir
furnaturel pour un phenomene qui eſt tout
du reffort de la Nature ? Qu'eft- ce à dire ?
& en eft-il moins du reffort de Dieu , pour
être tout du reffort de la Nature? car voila
ce qui trompe certaines gens ; on diroit
qu'ils font de la Nature une Divinité à
part , ou qu'ils la regardent comme quelque
chofe d'indépendant de Dieu : fans
ceffe ils affectent de la decrier , de la borner
, de l'aneantir , pour enrichir Dieu en
quelque forte de fes dépouilles , comme
fi c'étoit glorifier l'ouvrier que d'avilir
fon ouvrage. La Nature c'eft l'ouvrage de
Dieu , l'action de Dieu fur la matiere ,
c'eft felon la belle expreffion de Platon
l'art de Dieu ; plus elle eft parfaite , plus
elle eft digne de fon Auteur , & propre
à le faire connoître . N'eft - ce que par les
miracles que la Divinité fe revele à nous ?
Eft - il de phenomene naturel auquel elle
>
DE JANVIER ,
:
n'ait confié le foin de publier fa gloire ?
Et un phenomene perd-il de fa force à
cet égard , parce qu'on l'entend & qu'on
l'explique ? Laiffons le Peuple admirer ce
qu'il n'entend pas il y a de vrais miracles
, je le fçai , & je ferai toujours gloire
d'être peuple en ce point , fi c'est être
peuple que d'en reconnoître ; mais fouffrés
que je vous dife ma penſée ; les miracles
font proprement le fimbole de la
toutepuiffance de Dieu la Nature je la
regarde comme la propre expreffion de la
Sageffe , le Peuple ne connoît gueres de
Dieu que fa puiffance , qui l'étonne par
des coups bruiants & inefperés, c'est pour
lui fur tout que font les miracles , je dis
pour lui peuple , fans exclure ces préten
dus efprits forts , qui fermant les yeux ,
& les oreilles aux fpectacles , & à la voix
de la Nature , fidele interprete de la Di
vinité , ont besoin pour la reconnoître de
quelque coup éclatant de fa puiffance , &
rentrent par-là honteuſement dans la foule,
-de qui ils pretendent vainement fe diftinguer.
Mais le Sage , mais le vray Philofophe
plein de reſpect pour cette puiffance ,
plein de foumiffion & de docilité pour ces
miracles , fait difcerner dans la Nature
une fageffe toute divine , qui s'y dépeint
jufques dans les moindres traits , & adorer
une Verité qui l'éclaire ; Dieu eſt ef-
A iiij
LE MERCURE
›
prit , & ce n'eft que par des efprits qu'il
eft adoré avec verité . Quelle bizarerie
mais quelle foibleffe de ne vouloir , ou
de ne pouvoir reconnoître l'Auteur de la
Nature que dans l'infraction de fes
Loix , & de ne flechir le genoüil que
lorfqu'il tonne !
Un Horloger habile a fait une horloge,
( c'eft ici un apologue ) les poids jouent ,
les roues vont leur train , le reffort fe débande
, la détente faute , & l'heure fonne :
c'eft que l'Horloger eft là , dit le peuple ,
c'eft la main qui leve le marteau , & qui
frape les cloches ; c'eft , dit le Philofophe
connoiffeur & intelligent , c'eft le concert
des rouës , l'action des poids , le balancement
des contrepoids , c'eft en un mot
l'adreffe & le génie de l'Ouvrier , qui amenent
la fonnerie au point précis , fans
qu'il y foit befoin de fa main , ou de fa
prefence quelle machine que celle qui
auroit fans ceffe befoin de la main du
Machiniſte quelle nature que celle qui
n'auroit point de cauſe pour la production
d'un phenomene auffi ordinaire que le
parallelifme de la terre Dieu ne perd
rien à tout cela , dit- on , il a toujours la
gloire de ce parallelifme mais outre qu'il
ne l'a pas moins lorfqu'il en charge la
Nature , il a celle d'avoir fait une Nature,
c'eſt-à- dire , une machine , un concert de
DE JANVIER.
cauſes , une harmonie de loix capable d'un
effet auffi merveilleux ; ce n'eft rien que
de fonner les heures , mais c'est beaucoup
que de faire une machine capable de les
fonner : aprés cela ne prenons point
le change , Dieu ne perd rien à rout cela ,
dit- on , mais je croi que la vanité en peut
faire fon profit aufſi : n'eſt- ce point elle
en effet , qui nous porte ici à confacrer
notre ignorance à la Religion ? Un phenomene
de la Nature étonne notre rai
fon , le parti le plus convenable feroit
alors d'avoüer bonnement notre ignorance
; non , nous ne voulons pas en avoir
le démenti , voici le comble de l'artifice,
& notre raiſonnement fecret ; fi ce phenomene
eft naturel , difons- nous nous
ne le comprenons donc pas , & notre
amour propre eft bien humilié , érigeons-
⚫ le donc en miracle , dés- là nous en voyons
la caufe precife , c'eft la main de Dieu
qui l'a enfanté, c'est l'horloger qui a fonné
Pheure ; & nous voilà intelligens à notre
gré , même bien Religieux en un point,
où quelqu'un plus fimple que nous n'eût
été qu'ignorant : c'eft l'entendre : raillerie
à part , MMoonnffiieeuurr ,, à quoy bon tant rafiner
pour démontrer une verité qui fe
rend affez fenfible aux efprits les plus
groffiers.
›
Aprés cela il pourroit être dangereux
10 LE MERCURE
>
d'ufer de pareilles armes contre un Athée,
qui feroit un peu Phificien : quoi donc ! ne
tiendroit-il qu'à montrer que le parallelifme
de la terre eft un effet tout. naturel
, pour ſe croire bien fondé à s'obftiner
dans l'Atheïfme ! ufons bien , Monfieur ,
ufons bien des armes que la Religion
que la Nature elle-même nous fournit
contre les ennemis de fon divin Auteur :
toutes ces demonſtrations fubtiles & recherchées
font bien plus fouvent le fruit
fec & décharné d'une Metaphifique outrée
, que les traits vifs , fenfibles & naïfs
aufquels la Divinité a voulu qu'on la reconnût
: venons maintenant à ce qui regarde
la Phifique dans la queftion prefente.
Vous preténdez qu'on n'a jamais expliqué
, & qu'on n'expliquera jamais ce
phenomene merveilleux , & vous ofés défier
tous les fiecles à venir , & tous les
fiftêmes nouveaux , ce n'eft pas un fiftême
nouveau , ni même un fiftême particulier
que j'ai deffein de vous propofer , car
mon idée eft que la Nature n'eſt déja
que trop furchargée des fiftêmes que la
Phifique lui prête , & que pour expliquer
la plupart des phenomenes il y a bien
plus à retrancher qu'à ajoûter : vous conviendrez
peut-être que c'en eft ici un bel -
exemple .
DE JANVIER. II
Suppofons que A
vous marchés de
A, vers B. n'eft-il
pas vrai que dans
cette marche vou
tournés naturelle-
E
Votre
ment & fans effort votre corps ,
vilage vers B. & qu'il vous en coûteroit
même de le tourner autrement ? Or fuppofons
encore , que pendant ce tems-là
le plan fur lequel vous marchés eft tranfporté
de AB, en CD. comme il arrive ſouvent
, par exemple , lorfqu'on marche dans
un Vaiffeau en route ; n'eft - il pas vrai
encore , que votre vifage fera toujours
tourné vers B. ou BD. toujours parallelement
à lui-même , & à la même ligne AC.
ou BD. Supofons maintenant qu'il y a
quelque part dans la Lune , par exemple,
ou dans les airs quelque Aftronome , ou
Philofophe occupé à vous contempler au
bout d'une lunette , & fur tout à travers
une imagination un peu portée au merveilleux
: quel phenomene , mais quel miracle
pour lui de vous voir toujours de
la forte parallele à vous-même ; & cependant
toujours incliné , & incliné de la même
maniere , fous le même angle à la ligne
de votre mouvement ; car j'avois oublié
de vous en avertir , c'eft dans la ligne AD.
que vous marchés , ou qu'il vous voit
12 LE MERCURE
marcher en effet : eft- ce la peine de faire
l'aplication?
Chez tous les Aftronomes , même fouvent
chez les Philofophes , c'est - à- dire ,
chez tous ceux qui parlent bonnement des
chofes telles qu'elles font , & fans s'embaraffer
de fiftêmes , la terre paffe pour
avoir deux mouvemens , l'un en longitude
dans l'équateur EQ. l'autre en latitude
d'un tropique A. à l'autre B. Que faut- il
de plus , & à quoi bon feindre des caufes
, & forger des fiftêmes ? La Nature
n'a befoin de rien de plus pour produire
le parallelifme ; peut - on même appeller
cela une production : la Nature , ou plutôt
fon fage Auteur a fes raifons pour tranfporter
la Terre autour du Soleil , & pour
la tranfporter d'unTropique à l'autre, elle a
donc fes caufes apropriées pour cela ,
quelles qu'elles foient ; or de-là & fans autre
caufe , fans nouveau fiftême , il en refulte
un parallelifme dans la terre , & il
nous plaît de nous recrier comme à une
merveille étonnante , comme à un miracle
inintelligible , & voilà la Nature
ne s'en mêle prefque pas , elle en a pourtant
toute la gloire , & n'en eft que plus
admirable de déconcerter à fi peu de frais
notre raiſon.
que
Car enfin imaginés la Terre placée immobile
dans le plan de l'équateur en E. comme
1
DE JANVIER. 13
cet axe ,
>
> "
}
c'eftun globe , elle aura de quelque maniere
qu'on la place un diametre perpendiculaire
à cet équateur, & parallele à l'axe
du monde. Ce globe venant enſuite à être
tranfporté tout d'une piece dans le plan
de l'équateur , autour de cet axe du monde,
ce diametre conferve fon paralleliſme à
& à lui-même , fans autre raifon
, ni caufe , ni fiftême , fi ce n'eft que
rien ne l'incline : à ce mouvement de revolution
la Nature en ajoûte un autre ,
qui tranfporte la Terre , encore tout d'une
piece , & dans la direction du diametre
fufdit ; pourquoi feindre des caufes furnumeraires
des directions forcées des
magnetiſmes arbitraires , qui redreffent ce
diametre que rien n'incline ? la Nature ne
fait rien de fuperflu : or ce diametre ainſi
parallele , c'eft ce qu'on appelle l'axe de
la terre , lequel n'a d'autre vertu , ni d'autre
privilege que celui de s'être trouvé
dés le commencement perpendiculaire à
l'équateur , tout autre diamettre eût fort
bien porté ce nom , & en eût rempli les
fonctions , car comme l'a fort bien remarqué
Mr Newton , la Terre eft indifferente
à tous les axes , c'eft- à- dire , à avoir pour
axe tel ou tel diametre : chofe admirable !
la Terre eft en proye à divers mouvemens
car outre les deux dont je viens
deparler, elle fe meut journellement au14
LE MERCURE
tour de fon axe , lequel eft le feul immobile
dans ce mouvement elle ſe meut
en hauteur du perihelie à l'aphelie , de
l'aphelie au perihelie, mais c'eft perpendiculairement
à fon axe : on cherche des caufes
qui redreffent l'axe de la Terre , & la
Nature met tous les Philofophes à même
d'en trouver qui l'inclinent.
Toute la difficulté peut venir ici de ce
qu'on s'obſtine toujours à regarder la Terre
comme entraînée d'un mouvement fimple
dans le plan de l'écliptique , & dans la direction
de ce plan , & j'avouë qu'on doit
alors la regarder comme fort gênée dans
fon allure naturelle , mais ce n'eft pas parlà
qu'il faut enviſager la queftion , c'en
eft le côté difficile , on s'eft pourtant obftiné
à la regarder par ce côté ; le fimple,
le facile , le naturel étant toujours notre
dernier point de vue , & l'objet d'un dernier
coup d'oeil : le côté facile , le vrai
côté c'étoit l'inclinaiſon non pas de l'axe
de la Terre fur l'écliptique , mais de l'écliptique
fur l'axe de la Terre , ce qui eft
fort different car c'eft proprement l'écliptique
que la Nature , c'est- à-dire , le
concert des caufes mecaniques , la compli
cation des mouvemens incline poſitivement
fur l'axe de la Terre , cet axe étant dans
le fein de ces mouvemens parfaitement
inmuable en lui-même.
›
DE JANVIER. 15
,
On me dira que je ſuppoſe ici gratuitement
cette complication de mouvemens :
mais 1º. On ne sçauroit la regarder
comme une fiction de mon efprit , puifque
je ne parle en cela que le langage
des Aftronomes , même des Philofophes
tant anciens que modernes , qui n'ont en
ce point qu'un même langage , je dis lorfqu'ils
parlent en Aftronomes , en Mathematiciens
, c'est - à - dire Sen gens qui aiment
& qui difent la verité. 2 °. C'eſt à
pofteriori , comme on dit , que je démontre
cettte complication ; fi la Terre cft
emportée d'un mouvement fimple dans
l'écliptique difent "" les Philofophes , il
faut un miracle , ou enfin des caufes tout
à fait inintelligibles pour la rendre ainfi parallele
, & moi je dis fimplement , la Terre
n'est donc pas emportée d'un mouvement
fimple dans l'écliptique : car enfin il n'y a
pas de miracle dans un phenomene journalier
, & il n'y a pas d'aparence de renoncer
à ce que l'on entend pour recoutir
à ce que l'on n'entend pas ; un Vaiſfeau
qui dérive , un homme qui marche
dans un vaiffeau , une boule , tout corps
qui a deux mouvemens garde fon parallelifme
, tout cela fe comprend .
Jufqu'icy je n'ai parlé que de la Terre
& felon le fiftême de Copernic , mais il
eft bon d'étendre fes idées , & je ne crains
pas , en multipliant les parallelifmes , de
16 LE MERCURE
•
multiplier les parties ; mais bien plutôt
j'efpere de multiplier les preuves. Lorfque
Copernic propofa au monde fçavant le
parallelifme de la Terre , on eût dit que
tous les efprits étoient concertés , Aftronomes
, Philofophes , tous fe recrierent à
la merveille , au miracle , les Philofophes
fur tout le mirent à la torture pour atteindre
au fiftême difficile qu'ils prétoient
à la Nature , & tel ne fut point Copernicien
, ou même tel Copernicien renonça,
au nom de Philofophe en recourant à des
miracles fans raifon , pour cette raiſon
feule qu'il ne concevoit pas ce parallelelifme
: mais il n'y a pas à fuir ,la Nature
ne relâche point de fes droits ; on peut bien
renoncer au nom de Philofophe , la Nature
en quitte quiconque , mais elle ne quitte
du paralleliſme ni Philofophe ni Aſtronome
: fi Tychon élude le paralleliſme
de la Terre , comment éludera- t'il celui
du Soleil ? C'eft bien ici que l'on peut
dire incidit in Scyllam , &c. Il y a plus
car le parallelifme eft un phenommene fort
univerfel , Jupiter , Saturne , Mars , &
fans doute toutes les Planettes en ont un,
car les balancemens de la Lune , ( fupofé
qu'ils foient bien réels , ) n'y font pas plus
d'exception que celui que Copernic attribue
à la Terre : que fi on me demande la
cauſe de tous ces parallelifmes , je réponds
fans
DE JANVIER. 17.
fans balancer que toutes les Planettes ont
un mouvement en latitude comme la Terre
, ou comme le Soleil : la Nature eft
infiniment fimple dans fes principes , mais
elle eft infiniment riche dans les effets
& c'eſt par-là , bien plus que par fon impuiffance
prétendue à produire le parallelifme
, qu'elle devient un grand argument
de fon divin Auteur , qui de rien a fait tou→
tes chofes . J'ay l'honneur d'être votre
trés-humble , &c.
Lettre à M. ***
CASTEL , Jefuite.
fur la maniere dont
on croit que l'Amerique a pú
eftre habitée.
'Eus l'honneur de vous dire , MON
SIEUR , dans notre derniere converfation
, que j'avois eu occafion dans
les Pais étrangers de faire quelques
reflexions fur la maniere dont on croit
que l'Amerique a pû être habitée ; vous
m'engageâtes même à les communiquer à
quelques amis , qui m'ont fourni depuis
les leurs , & qui n'ont pas peu contribué
à éclaircir cette matiere : j'attens celles
que vous aurez la bonté de faire fur ce
petit Ecrit ; vous voudrez bien m'aider
de votre fçavoir & de votre fincerité fut
B
18 LE MERCURE
les chofes que vous ne trouverez pas affez
éclaircies , ou que mon infuffifance n'aura
pû examiner affez exactement .
Je crois , MONSIEUR , qu'il faut convenir
d'abord que lorfque les Efpagnols
firent la découverte de l'Amerique
1º. On ne trouva aucun veftige du Ju-
榆
daifme , du Chriftianiſme , ni du Mahometifme
dans tout le pais : il eft pien
vrai cependant que la Circoncifion étoit
en ufage parmi les Peuples du Jucatan
mais plufieurs autres Nations , qui ne defcendoient
pas d'Abraham , & qui ne faifoient
pas profeffion de la Religion des
Juifs , ont eu le même ufage ; tels étoient
les habitans de la Colchide , les Egyptiens,.
les Abyffins , les Troglodites , les Arabes ,
les Phoniciens , & les Anziquains qui demeuroient
à l'Occident du Nil , au delà
de la Nubie. L'on trouve aufli quelques
Autheurs, qui rapportent que ces mêmes.
Habitans du Jucatan mettoient des croix
de letton & de bois fur leurs tombeaux ,
ce qui paroît peu probable , puifque Her
rera foutient qu'on ne trouve point de
letton dans le Jucatan , ni même dans
toute l'Amerique , quoique l'on en ait pui
découvrir depuis que les Européens y font
entrez . Il y en a d'autres auffi qui prétem
dent que ces mêmes Peuples fe fervoient
du Batême en quantité de Places le long
DE JANVIER. 19
de la Côte , long- tems avant JESUSCHRIST
, mais tous les Ecrivains Efs
pagnols modernes , qui ont fait des recherches
très exactes de ce qui ſe pouvoit
trouver chez les Ameriquains , par
rapport à ce fujet , nient abfolument que
l'on ait jamais découvert parmi ces Peuples
aucune chofe qui eût même rapport
à quelques Rites Chretiens.
2°. Que les Ameriquains n'avoient pas
l'ufage des Lettres .
3 °. Quils ignoroient entierement Pufage
du fer.
4. Que les facrifices humains & l'ufage
de manger de la chair humaine étoient
univerfellement reçûs dans toute l'Amerique.
5 °. Que l'on ne trouva point de Negres
dans toute l'Amerique , finon quelque
petit nombre dans un pais appellé
Quarequa , aux environs de la Riviere de
Sainte Marthe dans le Brefil , que l'on
croit y avoir été jettez de la Guinée ou
du Congo , par quelque tempête.
6. Que les Ameriquains ont generalement
les cheveux longs & noirs , avec
peu ou point de barbe.
7°. Que ces Peuples n'avoient point de
blé d'Europe , ni chevaux , ni vaches .
Si l'on confidere bien tout ceci , il eft
uès probable que l'Amerique n'a point été
Bij
20 LE MERCURE
peuplée par les dix Tribus d'Ifraël , que
Salmanaffar emmena captives , ainsi que
quelques- uns le veulent ; ni par les Phoniciens
, peuple éclairé , inftruit dans les
beaux Arts , & qui paffe pour l'inventeur
des Lettres y fera- t'on paffer les Habitans
de la côte Occidentale de l'Afrique ?
Mais ne fçait- on pas que ces derniers Peu
ples font tout noirs ; la même raifon fuffic
pour la Guinée : fera- ce par la Norvége ,
à la faveur de l'Ifande? mais les Norvégiens
font blonds , & d'ailleurs ils ne
peuplerent l'lflande que dans le neuviéme
fiecle . Enfin aura -t'on recours à quelque
Colonie de l'Europe , de la Chine , ou
des Indes Orientales , la chofe eft auffi
peu vrai-femblable , puifque les Ameriquains
n'avoient aucune teinture des Arts
& des Métiers qui y font en ufage.
Certainement fi ce grand Païs avoit été
peuplé par les Européens , on y eût vậ
du blé , des chevaux & des vaches ; &
fi c'eût été par les Chinois ou les Indiens ,
on y eut trouvé du ris .
Ce qui reste de plus probable à croire ,
c'eft que l'Amerique a été peuplée par
les parties du Nord-Eft de l'Afie , que
Pon appelloit autrefois la Scythie , & qui
porte aujourd'hui le nom de Tartarie : fi
ces Parties ne font pas contigues à celles
du Nord- Ouest de l'Amerique , elles n'en
DE JANVIER.
21
font apparemment feparées que par quel
ques canaux étroits de l'Ocean. C'eft le
fentiment de Brerevvood , dans fes Recher--
ches curieuſes ; je vais donner un extrait
de fes conjectures , auxquelles j'en ajouterai
quelques autres , qui font appuyées
par les Hiftoires Mexiquaines ; fuivant
Gemelli on trouve quelques traditions qui
nous font connoître que les ancêtres de
ces Peuples ont fçû qu'il y avoit eu un de-
Juge , & en même- tems qu'ils tiroient leur
origine du même endroit que nous autres
; ce qui fait voir le ridicule du fentiment
de la Pereire , touchant les Pré-
Adamites. Quant aux conjectures , voici
ce qu'il faut obſerver .
1°. Que les parties de l'Amerique du
côté de l'Afie étoient les plus peuplées ,
lorfque les Espagnols en firent la décou
verte .
2º. Que ces Parties abondoient en Lions,
Tigres , Loups , Ours , & autres animaux
fauvages , dont plufieurs efpeces ne fe
rencontroient nullement dans les Parties
Meridionales vers la Terre Magellanique ;
outre que l'on n'apperçut dans les Illes
de Cuba , de Saint Domingue , &c. aucun
de ces animaux , ni de ces oiſeaux qui ne
peuvent pas voler loin , ce qui fait voir
que ces creatures font venues en Amerique
par un trajet plus court que celui
22
LE MERCURE
qu'il y a de l'Amerique à ces Ifles , n'étant
pas fort naturel que des hommes
tranfportaffent pår mer des animaux qui
leur auroient été fi préjudiciables ; & fi
l'on fait attention à cela , on verra qu'ils
n'avoient pas de plus court paffage que
celui de la Tartarie.
L'on peut ajouter à ceci ce que les
Millionnaires de Pekin , Macao & Quanton
ont rapporté à Gemelli , à qui ils ont
dit que lors que le Pere Martin Martinez
étoit Miffionnaire à Pekin , on lui
amena une Efclave Mexiquaine Chretienne
, qui étant allée fe confeffer à lui , &
étant interrogée touchant fon efclavage ,
lui dit , qu'elle avoit été faite efclave très
jeune au Mexique , & que de là on la
conduifit par terre dans la grande Tartarie
, & enfin dans la Chine. De plus ,
que dans ce long voyage elle avoit été
quelquefois en batteau , mais feulement.
pour paffer quelque canal ou quelque détroit
de deux jours au plus de traverſe .
30. Le Maix, qui eft l'unique grain
que les Efpagnols découvrirent en Amerique
, eft la principale production de ces
Parties du Nord- Eft de l'Afie , & l'unique
endroit connu , où il en croiffoit avant'
la découverte de l'Amerique.
4. Il y a une grande reffemblance entre
les Scythes ou Tartares , & les Ame
DE JANVIER . 23
riquains ; ces deux Peuples ayant generalement
peu ou point de barbe , la
couleur brune , le nez plat , le vifage large
, les levies épaiffes , & des cheveux
longs & noirs ; étant ignorans des Lettres ;
mangeants & facrifiants des hommes ; admettants
la polygamie ; peignants leurs
corps , &c. Herodote dit que les Scythes
avoient coutume de porter fur eux un
morceau de la peau de leurs ennemis , ce
que faifoient les Hurons & les Habitans
de la Floride en Amérique. Les Maffagetes
, Peuple Scythe , avoient coutume de
tuer ceux dont la maladie étoit incurable ,
ce que faifoient auffi les Ameriquains du
Canada. Les Parthes expofoient les perfonnes
mourantes aux bêtes fauvages pour
en être devorées , coutume qu'avoient les
Habitans de Terre Ferme en Amerique.
Les Maffagetes & les Derbices mangeoient
leurs parens , lorfqu'ils étoient morts , en
quoi les Carihuanes & ceux de Venezuela
en Amerique les imitoient. Les Scythes &
les Ameriquains pofoient des vivres , des
armes & de l'argent auprès des tombeaux
de leurs morts. Les Scythes avoient cou
tume de fe tirer un peu de fang , lorfqu'ils
faifoient des alliances , & quand ils vouloient
recevoir en pompe leurs amis , en
quoy fe conformoient auifi ceux de Jucazan
& de la Nouvelle Albion. Les Scythes
24 LE MERCURE
des environs du Thibet faifoient déflorer
leurs nouvelles époufes par d'autres perfonnes
, coutume qui étoit ep ufage parmi
les Habitans de Nicaragua. Les Princes
du Perou avoient des diadêmes ou turbans
formez d'une toile de plufieurs couleurs
, faifant plufieurs circuits autour de
la tête ; ils fe faifoient voir rarement à
leurs Sujets , les obligeoient de fe profterner
devant eux , en quoi ils fuivoient entierement
les coutumes des Scythes . Lorfque
quelque Prince du Mexique , du Perou
, de la Floride , du Canada , de Darien
, &c. mouroit , on tuoit les Efclaves ,
fes Domestiques , fes Prifonniers & autres
pour l'accompagner dans l'autre monde ;
Goutume des Tartares : on n'y brûloit pas
non plus les corps , mais on les enterroit ;
coutume qu'obfervent les Ameriquains.
Ils s'accordent fort auffi fur Pufage de porter
des plumes , & de s'en parer. Ceux
du Brefil obfervoient trois fortes de coutumes
des anciens Tartares ; la premiere ,
de fe razer le haut de la tête ; la feconde ,
de tuer leurs Prifonniers folemnellement
en prefence des voifins , & de donner à
chacun en morceau de la chair de ces victimes
; la troifiéme, qu'auffi -tôt que la femme
étoit accouchée , elle alloit à les affaires,
& le mary alors , fous prétexte d'être foi->
ble, de fentir des douleurs , fe mettoit aur
lit ,
DE JANVIER. 25
Lit , & recouvroit fes forces par degrez :
Herodote attribue cette coutume aux anciens
Turcs , Tartares , Garamantes & Lyciens.
Par rapport à la connoiffance que les
Ameriquains ont euë du deluge , Ferdinand
Colomb dit que ceux du Perou croyent
qu'il y en a eu un qui a fait périr la plus
grande partie des Habitans de leur pays ,
excepté ceux qui s'étoient retirez dans des
grotres au fommet des plus hautes montagnes
, dont les enfans ont fervi dans la
fuite à repeupler la terre . Quant à de pareilles
grottes , les Habitans de l'Ifle Hifpaniole,
autrement de Saint Domingue , conviennent
du même fait ; mais les Hiftoires
Mexiquaines rapportent qu'il y a eu un
deluge qui a fait périr tous les hommes &
les animaux , excepté un homme & une
femme qui fe fauvèrent dans une barque.
Que ce Couple engendra beaucoup d'en
fans qui vinrent tous au monde muets
& qu'après avoir beaucoup multiplié , il
parut une colombe qui leur donna la libetté
de parler ; mais que l'un n'entendant
pas l'autre , cela fut caufe qu'ils fe difperferent.
Gemelli ajoute que ces premiers
Habitans de la Nouvelle Efpagne ont été
des Sauvages qui demeuroient dans les
montagnes les plus rudes , vivans comme
des bétes : on trouve encore aujourd'hui
C
26 LE MERCURE
dans le Parral & le Nouveau Mexique ,
de cette race d'hommes , que les Espagnols
ne peuvent fubjuguer , ce qui contribue
à faire croire que ces Peuples font venus
des Parties du Nord - Oueft de l'Amerique
dans les Terres Meridionales .
Quoi qu'il foit probable , comme on
vient de le voir , que l'Amerique ait été *
peuplée par la Tartarie , il eft cependant
vrai-femblable que ce Continent n'a pas
été entierement inconnu aux Anciens , fur
tout aux Phaniciens , qui certainement
ont peuplé les Illes Canaries. Strabon dit
qu'ils bâtirent des Villes à l'entrée de
POcean Atlantique , au fortir du Détroit
d'Hercule , & qu'ils avoient quantité de
grands Vaiffeaux dans notre Ocean , &
dans celui qui eft le plus éloigné . Suivant
Eraflothene , Strabon & Diodore , les Phoniciens
étant infectez de guerres chez eux ,
chercherent de nouveaux établiffemens
dans l'ocean Atlantique . Elien rapporte
que Silene dit à Midas qu'outre l'Europe ,
FAfie & l'Afrique , il y avoit un autre
Continent infiniment grand , où l'on trouvoit
de grandes Villes & des Peuples qui
avoient des Loix & des Coutumes differentes
des nôties ; qu'il abondoit en or
& en argent , qui y étoit auffi peu eftimé
que le fer parmi nous . Ammian-Marcellin
affure qu'il y avoit dans l'Ocean Atlan-
2
DE JANVIER. 27
•
tique une Ifle plus grande que l'Europe ,
dont Platon fait mention dans fon Timée
& Critias , fous le nom de l'Ile Atlantide
, difant en même tems que ce qu'il
écrit, n'eft pas une Fable , mais une Hiftoire
veritable. Proclus cite un certain Marcellus
Hiftorien Ethiopien , qui eft conforme à
ce fentiment qu'il regarde comme une verité.
C'eft auffi celui de Crantor , le premier
Interprete de Platon. On lit dans
Diodore de Sicile , que les Phoniciens naviguoient
autrefois le long de la Côte
d'Afrique : qu'alors forcés par des tempetes
& des orages , ils étoient emportez
dans les Parties de l'Ocean les plus éloignées
, & qu'après plufieurs jours de navigation
ils arrivoient à une Iſle très
grande , qui étoit diftante de plufieurs
journées de la Lybie , & fort éloignée vers
P'Occident. Que cet endroit avoit un terroir
fertile , des Rivieres navigables , &
des Bâtimens magnifiques , & que de cette
maniere les Carthaginois vinrent à la connoiffance
de ces nouvelles terres . Dans un
aatre endroit il dit , que les Carthaginois
trouvant qu'ils étoient fouvent incommodez
par
les guerres que leur faifoient ceux
de Tyr & de la Mauritanie , ils s'embarquerent
pafferent à Cadix , & firent
voile vers ce nouveau païs dans l'Ocean
Atlantique , y planterent une Colonie ,
Cij
28
LE MERCURE
mais qu'ils tintent long- tems cette décou
verte fecrete , afin qu'en cas qu'ils fuffent
encore chaffez de leur pais natal , ils puffent
avoir un lieu pour fe retirer,
Powel dans fon Hiftoire du païs de
Galles , dit qu'en l'année 1170 les enfans
d'Owen Guinneth s'étant brouillez enfemble
après la mort de leur pere , un d'eux
nommé Madoc , chercha de nouveaux
païs dans l'Ocean Occidental , en laiſſant
l'Eſpagne derriere lui , & découvrit ainſi
un nouveau monde . Lorfqu'il fut de retour
, il vanta beaucoup ce pais aux gens
de fon quartier , mais il leur declara qu'il
n'étoit point du tout habité . Il y retourną
une feconde fois avec une Colonie , & y en
tran porta une troifiéme avec dix Vaiffeaux,
ainfi que le rapporte Hackluit. Pour confirmer
ceci , on trouve dans Pierre Martyr.
que ceux de la Virginie & de Guatimala
celebroient la memoire d'un Madoc,
Voilà , à peu près , ce que l'on peut
dire fur ce fujet , car de vous parler de
l'année composée de 365 jours , des Hieroglyphes
, & des Pyramides fepulchrales
que les Ameriquains avoient de commun
avec les anciens Egyptiens , ce n'est que
de vous que j'attends ces lumieres ; il paroit
bien par ce que dit Platon de fon Ïfle
Atlantide , que les Egyptiens y'ont pû
porter ces connoiffances , ce qui s'accorde
DE JANVIER,
2
avec les traditions des Mexiquains , qui
portent qu'une nouvelle Colonie eft venue
de l'Orient habiter les Côtes Occidentales
de leur Continent. Je fuis , MONSIEUR
Votre & c.
RELATION SUCCINTE
Touchant les accidens de la Pefte deMarfeille,
fonprognoftic &fa curation.
OUR fatisfaire au jufte empreffement
de plufieurs perfonnes
, tant du Royaume que
des Pays Etrangers , qui craignant
les funeftes effets de la Contagion ,
nous font l'honneur de nous demander des
éclairciffemens fur la nature du mal qui a
defolé Marfcille , & le fuccés des remedes
que nous avons employez pour le combattre
, nous avons jugé à propos de dreffer
cette Relation , qui contient en abregé ce
que cette matiere referme de plus effentiel
, & qui peut fuffire aux perfonnes éclaírées
de la Profeffion, pour fe déterminer
fur la conduite qu'elles doivent garder ,
ou fur ce qu'il faut prédire en pareil cas,
en attendant que nous avons les moyens &
le loifir convenables pour donner au Public
un détail plus exact de tout ce que
nous avons obfervé fur le même fujer.
C iij
30
LE MERCURE
Tous les malades que nous avons vûs ou
traités de ce terrible mal , qu'on nomme
communément Pefte , peuvent fe réduire à
cinq Claffes principales , qui renferment
generalement tous les cas que nous avons
obfervés , fi l'on en excepte quelques Partiliers
qui ne fauroient fervir de regle .
Premiere Claffe.
La premiere Claffe obfervée fur tout
dans le premier periode , & dans la plus
grande fougue du mal , renferme ceux qui
étoient atteints des fymptomes que nous
allons rapporter , fuivis conftamment d'une
mort prompte .
Ces fymptomes étoient pour l'ordinaire,
des friffons irreguliers , un petit pouls ,
mol , lent , frequent , inégal , concentré ,
une pefanteur de tête fi confiderable , que
le malade avoit beaucoup de peine à la
foutenir , paroiffant faifi d'un étourdiffement
, & d'un trouble femblable à celui
d'une perfonne yvre , la vûë fixe , ternie ,
égarée , marquant l'épouvante & le deſefpoir
, la voix tardive , entrecoupée , plaintive
, la langue prefque toujours blanche ,
fur la fin feche , rougeâtre , noire , raboteuſe
, la face pâle , plombée , éteinte
cadavereufe ; des maux de coeur trés - frequens
, des inquietudes mortelles , un
abattement & un affaiffement general' , des
abfences d'efprit , des affoupiffemens , des
envies de vomir , des vomiffemens , & c.
Ces perfonnes ainfi attaquées , perif
DE JANVIER. 3r
folent ordinairement dans l'efpace de quelques
heures, d'une nuit, d'un jour , ou tout
au plus de deux ou trois , comme par
épuiſement ou extinction quelquefois
mais rarement dans les mouvemens convulfifs
, & des efpeces de tremblemens ,
fans qu'il parût au dehors aucune éruption
, tumeur , ou tache.
›
Il eft aifé de juger par ces accidens ,
que ces fortes de malades n'étoient pas en
état de foutenir la faignée , ceux même
qu'on a tenté de faigner , font morts peu
de tems aprés.
1
Les Emetiques & les Purgatifs leur
étoient également inutiles , & fouvent nuifibles
, en les épuifant par des fuperpurgations
funeftes.
Les Cordiaux & Sudorifiques étoient
les feuls Remedes aufquels on avoit recours
, mais qui pourtant ne fervoient de
ou tout au plus qu'à éloigner de
quelques heures les derniers momens. "
Seconde Claffe.
La feconde Claffe des Malades que nous
avons traités pendant tout le cours de ce
funefte mal , renferme ceux qui d'abord
avoient des friffons comme les precedens,
& la même efpecé d'étourdiffemens , &
la douleur de tête gravative , mais les
friffons étoient fuivis d'un pouls vif, ouvert
, animé , qui neanmoins fe perdoit
C iiij
32 LE MERCURE
pour peu qu'on preffât l'artere. Ces ma
lades fentoient interieurement une ardeur
brûlante , tandis qu'au dehors la chaleur
étoit mediocre & temperée : la foif étoit
ardente , & pour ainfi dire inextinguible ;
la langue blanche , ou d'un rouge obfcur,
la parole precipitée , begayante , impetueufe
, les yeux rougeâtres , fixes , étincelans
, la couleur de la face d'un rouge
affez vif , & quelquefois tirant fur le li
vide , des maux de coeur affez frequens
quoique beaucoup moins que dans ceux de
la Claffe precedente : la refpiration frequente
, laborieufe , ou grande & rare ,
fans toux ni douleur ; des nautées , des
vomiffemens bilieux , verdâtres , noirâtres,
fanglans , des cours de ventre de la même
efpece , fans neanmoins aucune tenfion
ni douleur au bas ventre , des réveries
ou delires phrenetiques , des urines.
affez fouvent naturelles , quelquefois trou- .
bles , noirâtres , blanchâtres , ou fanglan- ,
tes ; des fueurs ou moiteurs qui rarement
fentoient mauvais & qui bien loin de
foulager le malade , ne faifoient que Paffoiblir
Dans certains cas des Hemorragies
, qui quoique mediocres , ont toujours
été funeftes , un grand abatement des forces
, & fur tout une aprehenfion fi forte
de perir , que ces pauvres malades ne pouvoient
être raffurez , & fe regardoient dès
le premier inftant de l'attaque, comme defDE
JANVIER . 33
tinez à une mort certaine. Mais ce qui
merite bien d'être remarqué , & qui a toujours
paru caracteriſer & diftinguer ce
mal de tout autre , eft que prefque tous
avoient dès le commencement ou dans le
progrez , des bubons tres - douloureux , fituez
communément au- deffous de l'aine
quelquefois dans l'aîne ou aux aiffeles ,
ou aux glandes parotides , maxillaires ,
jugulaires , comine aufli des charbons ,
fur tout aux bras aux jambes ou aux
cuiffes , des petites puftules blanches , livides
, noires , charboneufes , répandues.
par toute l'habitude du corps .
>
Il étoit trés- rare de voir échaper les
malades de cette feconde Claffe , quoiqu'ils
fe foutinffent un peu plus que les prece
dens ; ils ont peri prefque tous avec les
marques d'une inflammation gangreneufe,
fur tout au cerveau & à la poitrine ; & ce
qui paroîtra fingulier, eft que plus ils étoient
robuftes , gras , pleins & vigoureux, moins
il y avoit à efperer.
Quant aux Remedes , ils ne fuppor
toient gueres mieux les faignées que ceux
de la premiere Claffe , à moins qu'on ne
les faignât dés les premiers inftans de la
maladie elles leur étoient évidemment
nuifibles , ils pâliffoient & tomboient
même dans le tems d'une premiere
faignée , ou bien- tôt aprés , dans des défaillances
qui ne pouvoient dans la plupart
34 LE MERCURE
être imputées à aucune crainte , fepu
gnance , ou méfiance , puifqu'ils demandoient
avec empreffement qu'on leur ouvrît
la veine.
Tous les Emetiques , fi l'on en excepte
l'Ipecacuanha , leur étoient trés - fouvent
plus nuifibles qu'utiles , caufant des irritations
& fuperpurgations funeftes , qu'on
ne pouvoit calmer ni arrêter.
Les purgatifs un peu forts & actifs
entraînoient aprés foi les mêmes maux .
Ceux que nous avons prefcrits fous la
forme de Tifane laxative , aufli-bien que
les boiffons copieufes , délaïantes , nitreu
fes , rafraichiffantes & legerement alexiteres
, donnoient quelque foulagement, mais
n'empêchoient pas le retour des accidens.
Tous les Cordiaux & Sudorifiques , s'ils
n'étoient doux , legers , benins , ne faifoient
qu'accelerer le progrez des inflammations
interieures.
Enfin s'il en échapoit quelqu'un , ce
qui étoit trés -rare , ils ne paroiffoient être
redevables de leur guerifon , qu'aux éruptions
exterieures , lorfqu'elles s'élevoient
notablement , ou par les feules forces de
la nature , ou à la faveur des Remedes ,.
tant interieurs qu'exterieurs , qui déterminoient
le fang à fe décharger fur l'habi
tude du corps du mauvais levain dont il
étoit infecté..
DE JANVIER. 35
Troifiéme Claffe.
La troifiéme Claffe renferme les deux
precedentes , puifque nous avons traité
pendant tout le cours de ce terrible mal ,
un grand nombre de perfonnes qui ont
été attaquées fucceffivement des differens
fymptomes raportez dans les deux premieres
Claffes , de maniere que la plupart
des fignes énoncez dans la feconde, étoient
ordinairement les avant- coureurs de ceux
dont nous avons fait mention dans la pre--
miere , & que ces derniers furvenans annonçoient
une mort prochaine.
Dans ces fortes de cas notre methode
à varié fuivant la diverfité des indications ,
ou des fymptomes les plus preffans ; en:
forte qu'on peut fans que nous foyons
obligez d'entrer dans un plus grand détail,
juger des évenemens de la maladie , & du
fuccez des Remedes , par tout ce qui vient
d'être obfervé au fujet des malades des
deux Claffes precedentes.
Avant que de paffer à la quatriéme
Claffe , nous croyons qu'il eft à propos
de faire obferver qu'un trés- grand nombre
des differentes efpeces des malades renfermez
dans les precedentes , n'avoient que
des accidens trés - mediocres , dont la force.
& la malignité paroiffoient beaucoup moindres
, que ne le font celles des mêmes
36 LE MERCURE
fymptomes qu'on remarque journellement
dans les fievres inflammatoires , ou putrides
les plus communes , ou dans celles
qu'on nomme communément malignes ,
fi l'on en excepte les fignes de la crainte
ou du defefpoir qui étoient extremes , ou
dans le plus haut degrés en forte que
de ce grand nombre de malades qui ont
peri , il en eft trés - peur qui dès le premier
inftant de l'attaque , ne fe foient
crûs perdus fans reffource , quoi que nous
puflions faire pour les raffurer ,
les raffurer , & que
plufieurs d'entr'eux nous euffent paru avant.
le premier accés du mal , être d'un caractere
d'efprit ferme , courageux & déterminé
à tout évenement ; cependant à
peine en reffentoient -ils les premieres atteintes
, qu'il étoit aifé de connoître par
leurs regards , & leurs difcours , qu'ils
étoient convaincus que le mal étoit irremediable
& mortel , dans le tems même
que ni le pouls , ni la langue , ni le mal
de tête , ni la couleur de la face , ni l'affiere
de l'efprit , ni enfin la léfion de toutes les
autres fonctions ci devant rapportées, n'indiquoient
rien de funefte , ou dont il
eût lieu de s'allarmer ?
Quatriéme Claffe.
y
La quatriéme Claffe renferme les ma
lades attaquez des mêmes accidens que
DE JANVIER. 37
ceux de la feconde , mais ces fortes d'accidens
diminuoient ou difparoifloient le
fecond ou le troifiéme jour d'eux- mêmes,
ou en confequence des effets des Remedes
interieurs , & en même tems à raison de
l'éruption notable des Bubons & des Charbons
dans lefquels le mauvais lèvain qui
s'étoit répandu dans toute la maffe , fembloit
pour ainfi dire fe cantonner ; de forte
que ces tumeurs s'élevant de jour en jour,
étant enfuite ouvertes , & venant à fupurer,
les malades échapoient du danger dont ils
avoient été menacez , pour peu qu'ils fuffent
fecourus.
Ces heureux évenemens nous ont dé
terminés à redoubler nos attentions pendant
tout le cours de cette maladie , pour
accelerer, autant que l'état du malade pouvoit
le permettre , l'éruption , l'élevation ,
l'ouverture & fupuration des bubons &
charbons , dans l'intention de débaraffer
au plutôt par cette voye la maffe du fang ,
du funefte levajn qui la corrompoit , aidant
la Nature par un bon regime , &
par des Remedes purgat fs , cordiaux &
fudorifiques , convenables à l'état preſent
du temperament des malades.
Cinquiéme & derniere Claffe .
Cette cinquiéme & derniere Claffe renferme
tous les malades qui, fans fentir au38
LE
MERCURE
cune émotion , & fans qu'il parût aucun
trouble ni lefion dans les fonctions , avoient
des bubons & des charbons qui s'élevoient
peu à peu , & tournoient aifément en fupuration
, devenant quelquefois fkirreux,
ou ce qui étoit plus rare , fe diffipant infenfiblement
fans aiffer aucune fuite facheufe
; de maniere que fans aucun abatement
des forces , & fans changer de
façon de vivre , ces malades alloient &
venoient dans les rues & places publiques ,
fe penfant eux mêmes avec un fimple emplâtre
, ou demandant aux Medecins &
Chirurgiens les Remedes dont ils avoient
befoin pour ces fortes de tumeurs fupurées
ou fkirreufes .
Le nombre des malades renfermez dans .
ces deux dernieres Claffes a été fi confiderable
, qu'on croit pouvoir avancer fans
aucune exageration que plus de quinze à
vingt mille perfonnes fe font trouvées dans
ces fortes de cas , & que fi le mal n'eût
pris trés- fouvent cette tournure , il ne refteroit
pas dans cette Ville la quatrième
partie de fes Habitans.
Nous pourrions bien encore admettre
une fixiéme Claffe de ceux que nous avons
vûs perir fans prefque aucun avant - coureur
, ou autre léfien manifefte , qu'un
fimple abbattement des forces , & qui interrogez
fur leur état , répondoient qu'ils
ne fentoient aucun mal , ce qui marquoit
DE JANVIER. 39
pour l'ordinaire un cas defefperé , & une
mort trés-prochaine , mais le nombre de
ceux- ci eft trés- petit en comparaifon de
ceux qui forment les Claffes precedentes.
Outre toutes ces obfervations generales,
il nous est arrivé de voir parmi un fi grand
nombre de malades , bien des cas particuliers
, dans lefquels contre notre attente &
toute apparence de raiſon , les malades pe
riloient ou fe relevoient ; mais nous avons
crû qu'il étoit inutile de les rapporter pour
ne pas entrer dans un long & penible détail
, perfuadez d'ailleurs que ces fortes,
d'évenemens finguliers ne fçauroient fervir.
de regle fure pour le prognoftic & le traitement
d'un pareil mal. Il eft donc plus
à propos de s'en tenir aux obfervations
rapportées, d'autant mieux qu'elles fe trouvent
conformes à celles de nos Collegues
qui ont travaillé de concert avec nous dans
une fi penible & fi dangereufe carriere , &
qui ont toujours fait profeffion de dire ce
qu'ils ont vû & obfervé par eux mêmes , fans
fe laiffer prevenir par tous les rapports
qu'une vaine crédulité , que la fuperftition
populaire, que la jactance des Empiriques
& l'envie de profiter du malheur public ,
ont fait répandre dans cette Ville.
Enfin , les remedes que nous avons employez
, font ceux dont l'efficace & la maniere
d'agir , font generalement reconnues
par une longue experience , propres
LE MERCURE
à fatisfaire à toutes les indications raportées
cy-deffus , n'ayant pas d'ailleurs negligé
certains prétendus fpecifiques , tels
que font la poudre Solaire , le Kermes mineral
, les Elixirs & autres preparations
alexiteres qui nous ont été communiquées
par des perfonnes charitables & attentives
au bien public ; mais la même experience
nous a convaincus que tous ces remedes ,
particuliers , n'étoient tout au plus utiles
qu'à remedier à certains accidens , tandis
qu'ils étoient fouvent contraires à beaucoup
d'autres , & par confequent incapables
de guerir un mal caractarifé par nombre
de divers fymptomes effentiels .
ABREGE DES DIFFERENTES
Methodes qui ont été employées pour
traiter les Malades , renfermez dans les
cing Claffes rapportées cy - devant.
Yant achevé de mettre au net la
A Relation precedente le dix du mois
de Novembre , & nous étant enfuite adreffez
à Meffieurs les Echevins pour avoir
des Ecrivains propres à en tirer le nombre
des copies neceffaires , pour fatisfaire
à l'empreffement de toutes les perfonnes
qui nous faifoient l'honneur de nous confulter
fur cette matiere , ces Meffieurs
nous
DE JANVIER. 41
>
nous répondirent que manquant de Copiftes
, ils fe chargeroient volontiers du
foin de la faire imprimer ; de forte que
nous avons accepté leur offre perfuadés
que c'étoit l'expedient le plus court & le
plus commode pour répondre à toutes les
confultations que nous recevions de tous
côtez fur le même fujet ; mais ayant fait reflexion
que cette même Relation ne pouvoit
ête de quelque utilité qu'aux perfonnes
de la Profeffion qui font éclairées & experimentées
dans la connoiffance & la cute
des Maladies , nous avons jugé qu'il étoit
propos d'y ajoûter un abregé des differentes
methodes dont nous avons uſé pour
traiter les divers genres des Malades , ren
fermez dans les cinq Claffes rapportées
cy- deffus , préfumant qu'elles pourroient
fervir aux jeunes Medecins & Chirur
giens qui font actuellement engagez à trai-·
ter les Peftiferez en divers lieux de cette
Province ; Et nous nous fommes determi
nez d'autant plus volontiers à donner au
Public cette petite Inftruction , que Monfreur
LEBRET , premier Prefident du
Parlement & Intendant de cette Province,
trés-zélé pour fa: confervation , & trésattentif
à la fecourir dans ce tems de calamité
, nous a fait l'honneur de nous demander
plufieurs fois un Memoire un peu
exact fur le traitement de cette Maladie.
*
-D
42
LE MERCURE f
Methode employée pour traiter les Malades
de la premiere Claffe.
Pnature des accidens raportez dans cette
peu qu'on faffe attention à la
premiere Claffe , c'eft- à- dire , au pouls pe
tit , inégal , concentré , aux friffons & au
froid univerfel , fur tout des extremitez ,
& aux maux de coeur prefque continuels,
à ces faces plombées , éteintes , cadaye-.
reufes , & à l'abattement general de toutes
les forces , il fera trés- ailé de juger que.
nous n'avions pas d'autre parti à prendre
que celui d'employer les Cordiaux les plus
actifs & les plus fpiritueux , tels que font.
la Theriaque , le Diafcordium , P'extrait
de Geniévre , le Lilium , les confections
d'Hyacinte , d'Alkermes , les élixirs tirez
des mixtes qui abondent le plus en fel volatif,
les eaux Theriacales , de, Geniévre ,
des Carmes , les fels volatifs de Vipere ,.
d'Armoniac , de corne de cerf , les Baumes.
les plus fpiritueux , en un mot , tout ce
qui eft capable d'animer d'exciter , der
fortifier , augmentant , doublant & triplant)
même leur dofe ordinaire fuivant que le
cas étoit plus ou moins preffant..
Tous ces remedes & autres de même
nature , étoient fans doute très- propres à
ranimer & reffufciter , pour ainfi dire , les
forces prefqu'éteintes de ces pauvres Ma
DE JANVIER. 43
lades ; cependant nous avons eu la douleur
de les voir perir prefque tous affés fubitement,
ce qui nous confirmoit d'abord dans
le fentiment generalement reçû , que la malignité
du levain peftilentiel eft d'une force
fuperieure à celle de tous les remedes ;
mais comme nous les avons aufli vû réuffic
dans quelques cas particuliers , il y a lieu
de prefumer , & on n'eft que trop convaincu
par une fatale experience, que la
defertion & l'inaction de la plupart des
perfonnes qui pouvoient donner du fecours
, que le défaut, de nourriture y des
remedes & du fervice , que le funefte prejugé
d'être atteint d'un mal incurable, que
le defefpoir de fe voir abandonné fans aucune
reffource , on eft , dis - je , trés- convaincu
que toutes ces caufes n'ont pas
moins contribué que la violence du mal.
à faire perir fi fubitement un fi grand
nombre de Malades , non-feulement de la
premiere Claffe , mais encore des fuivantes
, puifqu'à mesure que cette mortelle
crainte de la Contagion a diminué , &
qu'on s'eft mutuellement fecouru , que la
confiance & le courage font revenus ,
qu'en un mot , le bon ordre s'eft rétabli
dans cette Ville par l'autorité , la fermeté
& la vigilance de Monfieur le Chevalier
de LANGERON, par les grandes attentions
de Monfieur le Gouverneur &
:
par
2
Dij
44 LE MERCURE
les foins affidus & infatigables de Meffieurs
les Echevins ; . on a auffi vû diminuer infenfiblement
le progrès & la violence de
ce terrible Fleau , & nous avons été plus.
heureux dans le traitement. des malades
qui en étoient frapés.
Revenant donc à la methode propofée
pour traiter les maladfes de cette premiere.
Claffe , fuppofé que par les Remedes énoncez
, nous puiffions ranimer leurs forces
mourantes , & les dégager du trifle état
décrit ci- deffus , il ne s'agiffoit plus que:
d'examiner avec attention les nouveaux .
changemens & accidens qui furvenoient ,.
lefquels fuivant nos obfervations , fe réduifoient
à quelqu'un de ceux qui ont été
rapportez dans les Claffes fuivantes &.
devoient par confequent être traitez par
quelqu'une des methodes que nous allons
expoler.
Methode employée pour traiter les Maladess
de la feconde Claſſe.
LE
nous a
E traitement des malades de cette fe--
conde Claffe nous a beaucoup plus oc..
cupés que les precedens , par rapport à la
multiplicité & varieté des accidens , qui
offroient en même tems plufieurs indica
tions à remplir..
Toutes ces indications pouvoient pourDE
JANVIER.
?
tant fe reduire à deux principales , qui
demandoient d'autant plus d'attention. &
de prudence , qu'elles étoient oppofées
puifque nous obfervions dans le même
malade un mélange prodigieux de tenfion
& de relâchement, de friffons & de chaleur,
d'agitation & d'affaiffement : De forte que
nous étions obligés d'être fans ceffe attentifs
à chaffer les mauvais levains renfermez
dans les premieres voyes , ou répandus
dans toute la maffe du fang , fans
pourtant les effaroucher , ou à les corri
ger & en émouffer l'action fans affoiblir..
Il falloit , par exemple , faire vomir ou
purger , fans irriter ni épuifer , procurer:
une libre tranſpiration , ou la fueur , fans
trop animer ni enflammer , fortifier fans
augmenter la chaleur contre nature , dé .
layer enfin & temperer fans furcharger ,
ni relâcher , & c'eft ce que nous avons
tâché d'executer par la methode fuivante.
Suppofé que nous fuffions appellez dés :
le commencement , & que le malade ne .
nous parut pas épuifé , nous donnions d'abord
un remede propre à débaraffer l'eftomach
, c'est- à-dire , un leger vomitif , tel
qu'est l'Ipecacuanha , ayant égard pour.
la dofe , à l'âge & au temperament ,
faitant prendre dans un peu de bouillon
ou d'eau commune , rarement nous avons
ufé du Tartre ou du vin Emetique pour.
le.
46. LE MERCURE
呷
éviter de trop grandes irritations, excepté
que nous n'euflions à faire à des corps
robuftes & pletoriques , ou que quelque
aceident particulier parût le demander
nous foutenions enfuite l'action du Remede
par quantité d'eau tiede , de thé ou de
décoction de chardon beni.
L'effet de ce premier remede étant or
dinairement fuivi d'un plus grand abbatement
des forces , nous tâchions de fortifier
par quelque leger cordial , fur tout
par la Theriaque , & le Diafcordium ,
parce qu'ils font propres à prévenir ou
arrêter les fuperpurgations .
A ces deux remedes fuccedoient les
purgatifs mediocres & delayans pour
nettoyer fans irritation , les boyaux des
groffes matieres qui pouvoient s'oppofer
à l'action des autres remedes , ou à leur
libre paffage dans les vaiffeaux ; ces purgatifs
étoient des tifannes laxatives, faitesavec
le Sené & le Cryftal mineral , ordonnées
par verrées , les décoctions des
Tamarins , ou lés infufions des vulneraires
dans lesquelles on diffolvoit la Manne &
le Sel prunelle , les Diluta- caffic , les Sy
rops de chicorée avec la Rhubarbe , aufquels
fuccedoient encore les cordiaux , &
doux alexiteres par les raifons alleguées
cy- deffus , c'est- à- dire , pour fortifier & arrêter
les fuperpurgations qui auroient inDE
JANVIER. 47
failliblement caulé quelque funefte abbattement
, & fuppofé que la Theriaque &
le Diafcordium fuffent infuffifans pour
remplir cette derniere indication >
nous
ajoutions la terre figillée , les Coraux
le Bol d'Armenie , que nous rendions encore
plus efficaces en cas de neceffité ,
par le mélange de quelques goutes de
Baume tranquille ou de Laudanum liqui
de , ce qui nous a réuffi dans plufieurs cas ,
non feulement pour arrêter les évacuations
immoderées ; mais encore pour les infomnies
, pour les délires phrenetiques , pour
les hemorragies & autres fymptômes de
cette efpece.
j
La poudre Solaire d'Hambourg , le
Kermes Mineral & autres remedes qui
nous avoient été communiquez & fort
recommandez , ont été auffi employez en
qualité d'Emetique & de purgatifs , & ont ,
rempli quelquefois avec fuccez ces deux
indications , obfervant même que dans
certains cas ils ont fait fuer & tranfpirer ;
mais , comme nous l'avons déja remarqué,
ils nous ont toujours paru infuffifans pour
operer la guerifon radicale d'un mal caracterifé
par divers fymptômes effentiels .
Pour ce qui concerne les Sudorifiques,
dés que nous appercevions la moindre
difpofition pour une tranfpiration libre
ou pour la fucur , en quelque tems de la
48 LE MERCURE
1
S
maladie que ce pût être , nous avions
beaucoup d'attention pour les mettre en
ufage , d'autant mieux que quelques malades
ont échappé par cette voye , & que
nous n'ignorions pas que cette elpece de
crife eft recommandée comme trés- falutaire
par tous les Auteurs qui traitent de
la pefte ; nous avions donc recours à quelqu'un
des cordiaux rapportez cy- deffus ,
fur tout à la Theriaque & au Diafcordium ,.
aufquels on ajoûtoit là poudre de Vipere ,.
l'Antimoine diaphoretique le Safran
Oriental , le Camfre , & c. foutenant l'effet
de ces reinedes par la boiffon réitetée.
du Thé , les infufions des vulneraires de
Suiffe , les eaux de Scabieufe , de Chardon
beni , de Geniévre , de Scordium , de
Rhue , d'Angelique & autres recom
mandez pour pouffer du centre à la circonference
, c'est- à- dire , pour dépurer la
maffe des humeurs , par la voye de l'in
fenfible tranſpiration fans trop émouvoir ,
obfervant toujours que les malades ne
fuffent pas d'un temperamment trop fec :
& ardent , ou qu'en pouffant trop cette
efpece de crife , ils ne tombaffent dans
quelque épuifement funeftè..
-
On remedioit aux grandes chaleurs , à.
l'alteration ou foif ardente , par la boiffon
abondante , & réiterée d'eau panée , de
tifanne d'Orge , d'eau de Ris , d'eau dė
Poulet ,
DE JANVIER. 4
Poulet , dans lesquelles on faifoit diffou
dre le fel Prunelle ou le Nître purifié , y
mêlant par intervale quelques gouttes
d'efprit de Souffre ou de Nitre dulcifié ,
ou de Vitriol , comme auffi les confections
d'Hyacinthe , d'Alkermes , les firops:
de Limon , d'Oeillet , ou quelqu'autre
leger cordial , pour éviter la furcharge &
le relâchement.
Tous ces remedes employés à propos ,
& menagés avec la prudence requife ,
fuffifoient pour fatisfaire aux diverfes indications
de cette feconde Claffe , pourvu
que le terrible préjugé d'incurabilité , la
confternation & le defefpoir , n'en fufpen
diffent pas l'action , & nous pourrions ,
fi le tems nous le permettoit , citer plufieurs
exemples de ceux qui foutenus par
beaucoup de confiance , de courage & de
fermeté , en ont reffenti les bons & falutaires
effets ; de maniere que la nature
étant par leur fecours fortifiée , foulagée
& débarraffée en partie des mauvais Le- ›
vains qui l'opprimoient , & fur tout délvrée
du dinger des inflammations interieures
par la voïe des éruptions externes ,
je veux dire des Charbons , des Bubons ,
des Parotides , &c. il ne s'agiffoit plus que
de traiter méthodiquement ces fortes de
tumeurs ,, ce à quoi nous nous attachions
depuis le commencement du mal juſqu'à ,
E
LE MERCURE
la fin , avec d'autant plus d'application ,
que , comme nous l'avons déja remarqué
la deftinée des Malades dépendoit prefque
toujours du fuccès de ces fortes d'éruptions
dont nous donnerons le traitement un peu
plus bas , fuivant leur varieté.
Methode employée pour traiter les Malades
de la troifiéme Claffe.
11/
feroit fans doute inutile d'entrer dans
le détail de la methode dont nous avons
ufé pour traiter les Malades de cette troifiéme
claffe , parce que les accidens dont
ils étoient atteints , étant les mêmes
que
ceux dont il eft fait mention dans les deux
précedentes , de maniere qu'ils fe fuccedoient
mutuellement , & que les Symptomes
rapportez dans la feconde Claffe, étoient
les avant- coureurs de ceux qui font énoncez
dans la Premiere , il eft aifé de juger
qu'il n'y avoit d'autre parti à prendre que
d'employer fucceffivement les Remedes
mentionnez cy-devant. L'obfervation que
nous avons crû devoir inferer entre la
troifiéme & la quatriéme Claffe , & dans
laquelle il eft expofé que plufieurs malades
périffoient en très peu de tems , avec
des accidens fort mediocres , ou beaucoup
moindres que ceux qu'on remarque dans -
DE JANVIER.
tes fievres malignes ou putrides ordinaires ;
cette obfervation , dis-je , doit faire juger
que cette cfpece de malades dans lefquels
il ne paroiffoit affez fouvent qu'un peu
d'abattement & beaucoup de confternation ,
demandoit une auffi grande attention que
ceux dont les accidens étoient fort confiderables
, & qu'à la moindre apparence
du mal , il falloit employer au plutôt, outre
les Remedes generaux , tout ce qui
étoit propre à foûtenir les forces & à les
encourager.
Méthode employée pour le traitement des
Malades de la quatriéme Claffe.
I
L n'y a qu'à jetter les yeux fur ce que
nous avons dit cy-devant , touchant les
accidens qui caracterifoient , & terminoient
la Pefte , pour juger que cette méthode
doit rouler principalement fur la
maniere de traiter les bubons & les charbons
: il eft vrai que les fymptomes qui
fe manifeftoient dès le commencement dans
les malades de cette quatriéme Claffe ,
étoient à peu près les mêmes que ceux
des malades de la Seconde , auffi avonsnous
d'abord employé les Remedes propres
à les combattre , tels que font les doux
Emetiques , les Purgatifs delayans & les
E ij
+5,2 LE MERCURE
fudorifiques de même efpece , fuivant les
Indications qui fe prefentoient , faifant
d'ailleurs obferver un regime fort exact ;
mais la deftinée du malade dépendant
principalement , comme il a été déja remarqué
, de l'éruption notable & de la
louable fuppuration des bubons & des
charbons , ces fortes de tumeurs ont toujours
été l'objet de nos foins & de notre
grande attention ; de maniere que ces tumeurs
ayant paru conftamment aux malades
de cette quatriéme Claffe , & à ceux
des precedentes , la Methode que nous
allons propofer pour leur traitement, doit
être confiderée comme commune à toutes
les Claffes,
Méthode employée pour le traitement des
Bubons.
C
Es tumeurs étoient ordinairement fituées
aux aînes , & fouvent au deffous
, faifant fur tout gonfler les glandes
lymphatiques qui font placées à l'endroit
de la gaine des Vaiffeaux Cruraux ; il en
a paru auffi affez frequemment aux aiffelles
, fur tout fous le mufcle pectoral ,
comme encore aux glandes du derriere &
du deffous des oreilles , aux jugulaires , &
fous le menton,
DE JANVIER.
ر ب خ
Les Bubons dont les malades des premieres
Claffes étoient attaquez , ſe manifeftoient
fouvent dès l'entrée du mal , fur
tout aux aînes , & aux aiffelles , petits
dans le commencement , profonds & très:
douloureux à peine pouvoit-on les toucher
& manier fans caufer des fenfations
très vives , ne caufant d'ailleurs dans la
plupart aucun changement à la peau ,
qu'ils faifoient enfuite enfler à meſure
qu'ils groffiffoient , devenant fur la fin
indolents .
En quelque temps de la maladie que
ces fortes de tumeurs ayent paru , nous
les attaquions fans aucun delay , excepté
qu'il n'y eût lieu de préfumer par les autres
accidens que les malades étoient fur
le point de périr.
Si la tumeur étoit petite , profonde ,
douloureufe , & qu'on eût le temps de
travailler à la ramolir , on commençoit
par l'application des Cataplafmes emolliens
& anodins ; & comme la mifere & la
deſertion ne permettoient pas d'avoir recours
à des drogues choifies , on faifoit.
préparer & appliquer fur le champ &
chaudement une efpece de bouillie avec
la mie de pain , l'eau commune , l'huile
d'olive , & quelques jaunes d'oeufs ou un
gros oignon cuit fous la cendre , qu'on:
avoit auparavant creufé , & rempli de
E iij
54
LE MERCURE
Theriaque , de Savon & d'huile de Scorpion
ou d'olive , employant d'ailleurs pour
les perfonnes commodes , les Cataplafmes
faits avec le lait , là mie de pain , les jaunes
d'oeufs, ou avec les pulpes des herbes
& racines émollientes.
Mais comme les malades des premieres
Claffes périffoient affez fouvent fubitement
dans le temps même qu'on y penfoit le
moins , nous ne nous avifions gueres en
pareil cas de preferire ces fortes d'applications
; il falloit inceffamment pour les garantir
du dernier danger , travailler à l'ouverture
de la tumeur , & pour cet effet
nous faifions appliquer, fans differer , une
trainée de pierres à cautere dans toute fon
étenduë , les y laiffant pendant quelques
heures plus ou moins , fuivant la profondeur
, la fituation , le volume des parties,
& la conftitution graffe ou maigre des malades
l'efcarre faite , on l'incifoit & ouvroit
fans aucun délai , pour fe donner
tout le jour convenable à l'examen des
glandes tumefiées , qu'il falloit mettre en
fonte par les digeftifs , après les avoir un
peu tailladées , ou bien même les extirper
helles étoient mobiles , & qu'on pût les
détacher fans attirer des hemoragies , qui
fuivant nos obfervations, ont toujours été
funeftes , quoique mediocres ; & par cette
même raifon nous avons crû devoir reDE
JANVIER.
jetter la méthode d'extirper ces tumeurs
qui étoit en ufage avant que nous entralfons
dans cette Ville : celle de les ouvrir
fur le champ par la lancette , quoi que
plus prompte que celle des cauteres , nous
a paru dans bien des cas infuffifante , &
moins fûre , comme donnant tres peu de
jour , & laiffant affez ſouvent après foi des
abfcès , des fiftules ou des tumeurs Skitreuſes.
Quant aux ventouſes & veficatoires,
leur effet nous a paru tardif , inutile &
quelquefois celui de ces derniers dange
reux , dans certains fujets leur application
étant fuivie d'inflammations interieures, fur
tout de la Vellie.
Revenant donc aux pierres à Cautere ,
Peſcarre étant formée , & les incifions faites
avec la précaution de bien découvrir,
les glandes tumefiées , dans toute leur
étenduë , pour ne pas laiffer des mauvais
reliquats , il n'étoit plus queftion que de
mettre en fonte ces mêmes glandes , par
le moyen des bons digeftifs qu'on faifoit
avec parties égales de Baune d'Arcæus ,
d'onguent d'Althæa , de Bafilicum , y ajou
tant la Terebenthine & l'huile d'Hypericum
qu'on mêloit exactement ; & fuppofé
qu'il y eût une corruption notable dans la
partie , on joignoit à la Terebenthine & à
l'huile d'Hypericum , les teintures de Myrthe
, d'Aloes , l'eau- de- vie camfrée & le
E iiij
36 LE MERCURE
fel Armoniac , détergeant enfuite & nettoyant
le pus & la fanie , lorfqu'il étoit
épais & trop corrofif, avec des lavages
faits avec l'eau d'orge , le miel rofat , le
camfre , ou avec des décoctions vulneraires,
de fcordium , d'abfinthe , de petit chêne
de petite centaurée & d'ariftoloche : dès
que l'ulcere étoit bien detergé , & les glandes
tumefiées entierement confommées.
par la fuppuration , il ne s'agiffoit plus
que d'appliquer une fimple emplâtre
pour conduire la playe à parfaite cicatrice.
Voici prefentement , en peu de mots ,
la methode dont nous avons ufé pour la
guerifon des charbons , qui en plufieurs
circonftances a beaucoup de rapport avec
la precedente.
Méthode employée pour traiter les Charbons .
N
Ous avons obfervé ces fortes de tumeurs
pendant tout le cours du mal ,
dans un très-grand nombre de malades de
toutes les claffes , quoique moins frequemment
que les Bubons , remarquant trèsfouvent
dans les mêmes fujets ces deux
fortes d'éruptions .
Ces Charbons fe prefentoient en differents
endroits de l'habitude du corps , fur
DE JANVIER. ST
tout aux cuiffes , aux jambes , aux bras ,
à la poitrine , au dos , plus rarement à la
face , au col , au bas ventre.
Ils paroiffoient d'abord fous la forme
d'une puftule ou tumeur blanchâtre , jaunâtre
, ou rougeâtre , pâle dans fon milieu
ou tirant fur le rouge obfcur , qui devenoit
infenfiblement noirâtre , crustacée ,
& fur tout vers les bords , d'ailleurs bigarrée
fouvent de diverfes couleurs , de
maniere que felon celle qui prédominoit ,
& l'excès ou le defaut de fenfibilité &
d'élevation , on pouvoit lui donner le nom
ou de Charbon phlegmoneux , ou de Charbon
éryfipelateux ou de gangreneux-
Nous attaquions d'abord toutes ces ef→
peces de Charbons par des fcarifications ,
faifant des taillades à droit & à gauche ,.
dans le milieu , & fur les bords , jufqu'au
vif , & fuppofé que l'eſcarre fut épaiſſe &
calleufe , on la cernoit , emportant toute
P'épaiffeur & callofité , autant que la fitua
tion des parties pouvoit le permettre.
Nous n'avons pas trouvé àà propos d'ufer
dans ce traitement des cauteres actuels ou
potentiels , que nous mettons en ufage.
dans notre Province pour les Charbons
ordinaires , parce que les ayant employez.
dans le commencement
, nous avons obfervé
qu'ils attiroient des inflammations
fi
confiderables
, que la gangrene s'y mettoit
58 LE MERCURE
:
bien-tôt après , & que les bords fe racorniffoient
la pierre à cautere ne réuffiffoit
gueres que pour les petits Charbons qui
gueriffoient prefque fans aucun fecours.
Après avoir fcarifié ces tumeurs , on
appliquoit par deffus des plumaceaux chargez
d'un bon digeftif , comme pour les
Bubons , avec cette difference , que nous
en 'faifions retrancher les pourriffans , employant
feulement la theriaque , la terebenthine
, le baume d'Arcæus & l'huile de
terebenthine ; & fuppofé qu'il y eût beaucoup
de corruption , on ajoûtoit les teintures
d'aloës , de myrrhe , de Camfre , & c.
On mettoit par deffus les plumaceaux ,
ces cataplafmes émolliens & anodins , ou
fpiritueux & refolutifs , comme fur les Bubons
fuivant la diverfité des indications ;
dans la fuite des panfemens , les lavages
& injections étoient auffi employez de même
que pour les Bubons , fuivant l'exi-.
gence des cas ; & fi dans le cours de la
fuppuration , les nouvelles chairs étoient
d'une fi grande fenfibilité, que les digeftifs
appliquez caufaffent une douleur très- vive,
comme nous l'avons vû fouvent arriver
on fubftituoit les plumaceaux chargez de
nutritum , avec tout le fuccès poffible..
DE JANVIER. 19
Méthode concernant les Malades de la
cinquiéme Claſſe.
NO
'Ous croyons qu'il eft inutile d'entrer
dans le détail de cette methode ,
qui a été employée & qu'on employe encore
actuellement pour la guerifon des
malades de la cinquiéme Claffe , dont les
Hôpitaux font remplis , parce que n'étant
atteints d'aucun autre accident , que des
Bubons & des Charbons mal panfez ou
negligez , & par confequent n'étant plus
question que des abfcès , des ulceres , des
fiftules , des fkires & des callofitez , que
cette negligence & ces mauvais panfemens
ont laiffés après foy , il ne s'agit plus auffi
que de mettre en ufage la methode expofée
cy-deffus , ou de fe fervir des moyens
ufitez en pareil cas , fuivant les regles de
l'Art..
Nous remarquerons , en finiffant , que
toutes les methodes propolées ne font pas
fi generales & fi conftantes , qu'elles ne
puiffent fouffrir des exceptions par rapport
à certains cas particuliets que nous avons
obfervés pendant le cours de ce terrible
mal , & qui ferviront de matiere pour un
Memoire plus exact , mais elles pourront
toujours fuffire pour l'inftruction des jeuLE
MERCURE
>
nes Medecins & Chirurgiens engagez à
traiter les Peftiferez ; & en même tems
Rour que le Public fçache ce qu'il faut
penfer de toutes ces methodes fingulieres ,
& de ces prétendus Specifiques fi vantez
par le Peuple & par les Empiriques .
COMPLIMENT FAIT AU ROY
le premier jour de l'année , par
Mr de la Motte de l'Academie
Françoiſe.
Tandis que fur l'aile du Tems
La jeuneffe fe hâte & t'enleve à l'enfance,
Mieux inftruit par le cours des ans
La vertu dans ton coeurfe joint à l'innocence
Et la ferme raiſon aux plus heureux penchans.
A chaque instant en Toi le Roife dévelope ;
Déja notre deftin fourit à tes progrés ,
Déja fe preparant à celebrer tes faits ,
J'entens au Mont Sacré préluder Calliope :
Fais, Prince, ce n'eft point pour chanter des combats
Des Heros égarés fanguinaires ébats , 1
Que la Mufe a monté fa lire :
Elle attend un fujet plus doux ,
Plus digne d'un bon Roi , plus precieux pour nous,
C'est le bonheur de ton Empire.
DE 61 JANVIER."
Efface , s'il fe peut , les plus celebres noms ;
Que ton Regnefoit tel que tes Maîtres l'avoients.
Que longtems ta Bonté , ta Juſtice les louent ,
Et fai de tes Vertus le prix de leurs leçons .
Cher Prince , fi dans mes hommages ,
Je ne fais que des veux repetés millefois ,
Pardonne-moi c'est que les Sages
N'ont qu'un fouhait à faire aux Rois.
ACTE D'APPEL
De toutes les momeries du premier
jour de l'An.
Dvv jour de l'an les embraffades ,
Les courbettes , les bonnetades,
Etant pures pantalonades ,
Abregeons , mes chers Camarades,
Ces Bons jours à longues tirades ,
› Ces complimens communs fades ,
Qui valent moins que des gambades,
Sur tout faifons des baricades ,
Pour prevenir les embuscades
Des facheux donneurs d'accolades ;
Laiffons-les courir par brigades ,
Prefenter Sonnets & Ballades ,
Et par tout donnant des Aubades ,
62 MERCURE LE
S'agiter comme des Menades ,
Loin de nous ces fanfaronades.
Or quant à nous , chers Camarades ,
Fêtons ce jour par des grillades .
Qu'arroferont les bigarades ,
Avec grand renfort de falades ,
Et perennité de razades.
Puis coulera l'eau des Barbades ,
D'où s'enfuivront maintes bravades ,
A qui fera plus d'escapades
Et de nocturnes efcalades.
Or s'il avient que nos bourades
Choquent certains cerveaux malades,
Nous les envoiront aux Orcades
Manger loups marins ou dorades ;
Sur ce , bon foir , chers Camarades.
❁ : ❁ལྕིད❁ ད : %/ 0
LE TRIOMPHE DE DAMON
dans l'Empire de la Parreſſe .
Fais un peu tréve au ſommeil qui´te preſſe ,
Reveille-toi , mon confrere en pareffe ,
Et lis ces Vers du haut de ton chevet.
Pas n'eft befoin de quitter le duvet.
Pour aujourd'hui ma Mufe te fait grace ,
DE JANVIER.
Et comme au lit fon unique Parnaſſe
De ce Poëme elle vient d'accoucher ;
Tu peux auſſi dans ce tems de froidure
Entre deux draps en faire la lecture
Tu vas , ami , frotter tes yeux , cracher
Bailer fur tout , cet écrit m'en affure.
Quoiqu'il en foit , mon Apollon t'écrit ,
Ce qu'en un fonge a cru voir mon efprit.
?
D'un doux fommeil je gautois les premices .
Et comme toi je faifois mes delices
De repofer jufqu'au milieu du jour,
Quand tout à coup j'apperçois la Pareffe
Qui raffembloit nonchalamment sa Cour.
Là fe rendoit auprès de la Déeſſe
Plus d'une Iris , n'ayant pour tout atour
Qu'une cornette , où fe nichoit l'Amour.
De Dignités , Charges , & Benefices
Loin de priver ce ſexe plein d'appas ,
Pareffe vent qu'il tienne en fes Etats
Le premier rang , & preſide aux Offices.
Belles partant avoient l'honneur du pas.
Fentens par-là Marquifes & Princeſſes ,
Nonains en foule & fur tout des Abbeßes.
A leurs côtés s'avançoient les Prélats ,
Moines , Abbés , puis venoient les Alteffes ,
Frinces & Rois fuivis des Magiftrats.
Pour la canaille au travail condamnée ,
Vils Roturiers livrés à l'intérêt ,
$4 MERCURE
LEتیب
Veillant la nuit , travaillant la journée ,
Loin de fa Cour Pareffe par Arrêt
Bannit jadis leur race infortunée.
Mais revenons à la fête ordonnée ,
Si te dirai qu'entre les Sectateurs
De la Pareffe , on voyoit les Auteurs
Faire florés. Leur troupe eſt deſtinée
A bien dormir. Rien faire eft leur emploi.
Mais quel de nous le remplit mieux que toi
Non , il n'eft point de Cardinal à Rome
Qui pour ce point ne te cedât la pomme .
Auffi j'ai vû , fans en être jaloux , ☛
J'ai vu ta gloire , éclatant parmi nous ,
Sur un beau lit où voltigeoit le fomme
Tu paroiffois de pavots couronné ,
Et par des boeufs negligemment traîné ,
Et cependant mille voix languiſſantes
Chantoient d'Atis ces paroles charmantes :
Dormons tous , dormons tous
Ah ! que le fommeil eft doux.
Lors devant toi , d'une main nonchalante ,
Je répandois mainte rofe naiffante ,
Quand un Heraut crioit à haute voix,
Sainte Pareffe , honore ainsi le géle
De ceux qui font attachés à fes Loix .
De fes enfans voicy le plus fidelle.
Que tout l'imite & l'exalte aujourd'hui ,
Jamais mortel ne dormit comme lui.
>
A
DE JANVIER.
A Mademoiſelle de V ....
Sur une converfation que l'Auteur
eut avec elle .
Ơvï , vous triompheriés du plus opiniâtre
Ovi
Et l'on croit tout , Philis , fi - tôt que vous parlés,
on eft Chrétien ou Turc , ainſi que vous voulés,
Que dirai-je ! pour vous on feroit idolâtre,
Enchanté des difcours que vous nous étalés .
Ah ! qu'une bouche aimable
Sur les efprits a de charmes puiſſans !
Que l'éloquence eft redoutable
Quand elle emprunte fes accens.
L'incroyable par vous eft rendu vraisemblable ,
Je vous le jure deformais...
Je vais croire aux efprits larves & farfadets,
Comme je crois au Diable..
Je dirai qu'aux Heros un démon favorable
Les fuit par tout jufques dans les combats,
Et qu'un des plus lutins accompagne vos pas.
Ah ! fans doute en mourant la Nimphe Vaubanie
Avec tous fes appas.
Vous laiffa fon génie..
vous entendre , ô Dieux , que ne croiroit- on pas 3
"
De la raifon trop charmante ennemie
Hous pouvez abolir fon culte à votre grés
E
66 LE MERCURE
L'amour en tous lieux adoré ,
L'Amour est le Dieu feul que nefçauroit détruire
Cette bouche fi propre à chanter votre Empire..
Elle voudroit l'effayer vainement
Vos yeux qui fant naîtrefes flames
La démentiroient au moment
Qu'elle voudroit nier ce Maître de nos ames.
KAKE ME
VERS PRESENTEZ A MADAME ,
Qui ont pour titre.
ORDONNANCE DE LA REINE
Favorite de Son Alteffe Royale:
MADAME.
Aux Efopes François , qui font & qui feront
Salut. Comme à tous ceux qui ces rimes verront.
D Ans l'Italie & dans la Grece
L'on dépeignit chaque Déeffe ,
Avec un attribut , un fimbole affecté ,
La Colombe ou le Cygne au plumage argenté,
D'un vol prompt & leger fur un tendre nuage ,
Conduifoit de Venus le galant équipage.
L'Aurore , qui du jour annonce la clarté,
* Epagneule que Madams aime, beaucoup.
DE JANVIER.
67
Partageant les honneurs de la Divinité ,
Avoit de deux Courfiers un brillant attelage.
On voyoit de Thetis fur l'humide élement ,
Le Char , par des dauphins , tiré pompeuſement ,
Que de Tritons flotans une troupe environne.
Le Paon , jadis Argus & fidele espion ,
Accompagnoit toujours la jaloufe Junon.
Cerès , qui pour fa fille , enfaisant la dragonne ,
Courut tout l'Univers&par faults &par bonds.
Eut en partage des Dragons.
Folle du jeune Arys , pire qu'une Lionne ,
Cybele , dont le coeur à l'amour s'abandonne ,
Pour fimbole avoit des Lions.
Et Pallas Déeffe guerriere ,
De Méduse en couroux là tête meurtriert.
Mais la chafte Diane eut pour fon attribut
Le Cerf au pied leger , ou l'agile Levrette ,
Et la docte Minerve adopta la Choüette.
Et tout confideré , voicy quel est mon but..
De mon efpece je juis Reine ,.
Et je veux fur l'antiquité‹
Etablir mon autorité:
Fordonne comme Souveraine
Que tout Peintre , que tout Sculpteur ,
Fondeur , Deffinateur, Emailleur & Graveur ,
Qui voudra de fon Art employer la fineffe ,
Afigurer par tout , pour acquerir honneur ,
image on le Portrait de ma grande Princeffe ,,
Rij;
68 LE MERCURE
Soit tenu deformais , par ferment folemnel
De me reprefenter avec ma gentilleffe ,
Toujours à fes côtez , & tout au naturel.
Fait au Palais Royal , où refide ma Cour.
Signé par moy , LA REINE , Et plus bas ::
De Mautour..
LAMANT ,
qui croit fe justifier en expofant les
motifs qui l'ont determiné à
avecfa Maitreße.
rompre
VANT que d'expliquer les
veritables motifs de la rupture
en queftion , il eft à propos
d'examiner quelles peuvent être
les raifons les plus ordinaires qui determinent
à de pareilles feparations.
Elles confiftent le plus fouvent en des
difproportions trop confiderables entre les
parties intereffées , foit par rapport à leurs
inclinations , à leurs biens , à leur figure ,
à leur âge , à leur efprit , à leur reputation
, à leur naiffance , à leur famille.
foit enfin par raport à leur caractere.
Il eft rare que la rupture d'un mas
riage ne foit fondée fur quelqu'une de
DE JANVIER.
69
toutes ces confiderations ; c'eft auffi fur
une des principales , & même fur la plus
intereffante , que le mariage dont il s'agit ,
a été
rompu entre Leandre & Celimene.
Lorfque ces deux Amans fe font connus
, il a paru effectivement affez de convenance
entre eux fur les premieres confiderations
dont on vient de parler , &
l'on eft même perfuadé qu'ils pourroient
encore les concilier, fi le fuccès de leur
mariage en dépendoit uniquement ; mais
malheureufement , la derniere & la plus .
importae , qui concerne le caractere
paroît fi difficile à accorder entre les parties
intereffées , que la difference & la
contrarieté qui s'y trouvent , deviennent
plus que fuffifantes pour rebuter celui des
deux Amants qui s'en apperçoit le mieux .
Pour en être convaincu , il faut convenir
, que Celimene eft naturellement défiante
, ambitieufe , fiere , entiere dans fes
volontés , violente dans fes vivacités
aigre dans les reproches , inexorable fur
les excufes ; & fur - tout hautaine & imperieufe
, jufqu'au point de ne pouvoir fouf
frir qu'on la contrarie.
Mais on ne peut difconvenir en même
temps , que fi on découvre en la jeune
Celimene les caracteres dont on vient de
parler elle les gouverne avec tant de prudence
& d'efprit , qu'elle donne lieu de
79 LE MERCURE
douter fi ces mêmes caracteres , qui paffe
roient certainement pour des défauts dans
une autre , ne font point en elle des vertus
de courage & de fermeté , dont elle
ne fait qu'un ufage & une aplication convenable
aux circonftances & aux perfonnes.
qui le meritent. D'ailleurs elle poffede tant
d'autres bonnes qualités qui lui attirent
l'eftime de ceux qui la connoiffent , qu'elles
pourroient raffurer tout autre qu'un
Amant bien delicat.
On n'entreprend point icy le détail de
Les appas le nombre & l'état malheu
reux de leurs victimes aprend qu'ils font
capables de faire perdre la raifon que
Fon choifit pour guide dans les reflexions.
qui produifent ce petit Ouvrage ; mais
on veut lui rendre juftice dans la derniere
rigueur fur la veritable idée qu'on doit s'en
faire ; & ce témoignage doit être d'autant
moins fufpect , qu'il eft fincere & detaché
de la complaifance & de la flaterie .
>
Après avoir traité la partie la plus delieate
du caractere de Celimene on ne
peut fans injuftice lui refufer l'aveu des
perfections qu'on lui connoît .
La jeune Celimene eft fage , vertueuſe ,
prudente , vraye , genereufe , fenfible
aux bonnes manieres , prévenante , adroite,
amulante , & toute charmante dans les
converfations , fine & fubtile , juſqu'au
DE JANVIER. 71
point de deviner la penfée des perfonnes
les plus diffimulées .
Elle a le talent d'étudier avec fuccès
le foible de chaque perfonne , elle eft infi-,
nuante , & flatte fi finement chacun dans .
fon opinion , que l'on croit toujours trouver
en elle la conformité de fes fentimens.
- Tant d'aimables qualités jointes à la
force de fes charmes , lui donnent l'avantage
de prevenir facilement ceux qui laz
voyent en la faveur.
H n'eft pas furprenant que Leandre
n'ait pu refifter à tant d'attraits : c'eft ce
qui lui infpira un defir fi violent de plaireà
fa chere Celimene , & c'eft auffi ce qui
l'a engagé dans des chaînes qu'il cheriffoit
autant que fa vie.
Mais dans le cours des tendres voeux
qu'il adreffoit chaque jour à un fi bel
objet , il a eu la douleur d'apercevoir ce
caractere de difconvenance qui fait aujourd'hui
fon malheur. Cer Amant convaincu
par lui- même que la confiance & la douceur
font infeparables d'un veritable amour,
a reconnu par la défiance & la fierté de
Celimene qu'il fe flatoit mal - à-propos du
doux efpoir de la toucher. Il a commencé
dèslors à fentir que fa maniere de
penfer ne pouvoit s'accorder avec fa Maîtreffe.
Il a fouhaité , il a cherché , mais :
72 LE MERCURE.
en vain , une fimpatiqué conformité dans
les fentimens & dans les humeurs. Il a
é rouvé des hauteurs & des duretés, quand
il a voulu declarer fa penfée. Leandre de
fan côté a reconnu en lui une malheureuſe
i- docilité , & une fecrette refiftance qui
detruifoient à tout moment les effais de
complaifance que fa tendreffe lui infpiroit
fur cette oppofition d'humeurs. Quelquefois
le coeur amoureux de cet Amant
s'efforce de détruire en lui les confeils de
fa raifon. Dans une fi cruelle agitation ,
dont Leandre fe fent combatu , il eſt incertain
, inquiet , rêveur , il efpere , il
craint , il ſoupire enfin il fuccombe fous
le poids d'un dernier defefpoir , & l'idée
qu'il fe forme d'une femme imperieufe.
l'emporte fur le doux penchant qui l'ens.
traînoit vers une Maîtreffe adorable.
Des contrarietés & des differences fr
effentielles dans le caractere de deux perfonnes
que l'on vouloit unir , font les veritables
motifs d'une rupture aifonnable ,
qui fait connoître aux parties intereffées
qu'elles ne feroient jamais heureuſes enfemble
& c'eft le veritable fujet de las
retraite de Leandre..
:
- Mais l'inclination de cet Amant n'étoit
donc gueres , dira - t'on , -violen-:
te , puifqu'il a pû fe refoudre fi fubitement
à la detruire. Il eft difficile , quand:
on
}
T
DE JANVIER. 73
on aime , d'accorder une raifon bien faine
avec un amour bien tendre.
Il faut prendre garde de confondre- ici
Je veritable amour avec la paffion aveugle ;
P'inclination fondée fur l'eftime avec la
fimple galanterie ; l'Amour effrené avec
l'Amant delicat. Il faut diftinguer celui
qui aime uniquement pour fon plaifir , &
celui qui joint à fon inclination des vûës
plus ferieufes & plus raifonnables. En un
mot , il faut faire une grande difference
entre un homme paffionné qui ne cultive
une Maîtreffe que pour en faire fa Maîtreffe
, & un tendre Amant qui eſtime affez
la fienne pour partager avec elle fon
nom , fon état , & fa fortune.
L'Amant prévenu par une paffion aveugle
, a cela de commun avec le Galant
voluptueux , que la violence de leurs feux
ôte tout leur difcernement , & les empêche
de diftinguer les defauts & les
perfections de l'objet qui les occupe.
Enyvrés fans ceffe de leur paffion , ils ne
fongent qu'aux moyens de la fatisfaire ;
& pour y parvenir ils employent_fans
fe rebuter les foins les plus preffans , &
fe livrent fans delicateffe à la fureur qui
les agite pour une Maîtreffe , en laquelle
ils ne connoiffent le plus fouvent d'autre
merite que celui de leur plaire & de les
Leduire. C'est ce qui fait qu'un homme
G
74
LE MERCURE
en cet état ne voit ni n'entend rien que
ce qui peut le conduire à fon but. Les
mépris , les caprices , les contretems , les
difficultés , les difproportions , les contrarietés
, les mauvaifes humeurs , rien ne
le rebute. Toujours efclave de fes defirs ,
il fe flate de les accomplir à quelque
prix que ce foit ; il revient à tout moment
à la charge : mais enfin s'il réuffic
après bien des peines & des tourmens
en eft- il plus heureux ? Non : Cet amour
>
violent qui n'eft point foutenu d'une
eftime fuffifante pour l'entretenir , s'éteint
peu à peu par le fuccès , & ne lui laiffe
qu'un dégoût infuportable qui lui fait connoître
qu'il aimoit veritablement fon plaifir
plutôt que fa Maîtreffe .
Une perfonne un peu fenfée doit- elle
être fatisfaite ? peut- elle fe glorifier d'avoir
infpiré un pareil amour dont elle doit
rout à fes charmes , & rien à fon merite ?
Non certainement & il faut convenir
qu'elle doit preferer l'Amant delicat qui
cherche du merite en fa Maîtreffe , pour
joindre à l'inclination qu'il fent pour elle
une rendre eftime qui l'entretienne toujours
, & qui en feit continuellement
l'objet & le fondement. Ce caractere d'amour
eft encore bien plus defirable dans
la perfonne d'un Amant , que des vûës
legitimes & raisonnables affujettiffent à
DE JANVIER. 75
des démarches differentes de celles qu'un
Amant coquet hazarde fans confequencepour
parvenir à ſa conquête .
C'est dans cette fituation que Leandre
a recherché la jeune Celimene ; il s'eft
fait une felicité charmante de lui plaire ,
& ce feroit faire tort au merite de cette
Belle, que de penfer que Leandre n'ait eu
pour elle qu'une paffion aveugle : il l'a
aimée avec difcernement & delicateffe ;
le merite de Celimene l'a prevenų , l'a
touché , fes beaux yeux l'ont engagé.
Comme Leandre ne prefentoit des voeux
à fa Maîtreffe que pour obtenir fa main ,
il fe formoit, en la voyant, l'idée d'une chere
époufe , dont il étudioit l'efprit , pour
y trouver de la convenance avec le fien
dans la feule vûe de vivre enſemble dans
une union tranquille & dans une heureuſe
intelligence: & il ne craint point d'avouer
qu'après avoir confulté mille fois fon
coeur , il a pour cet effet confulté quelquefois
fa raifon ; il a cru que de pa
reilles reflexions qui paroîtroient hors
d'oeuvre dans un Conteur de fleurettes ,
pourroient être excufables dans une perfonne
qui touche au moment d'une alliance
& de fon établiſſement. -
Il eft certain que fi Leandre avoit regardé
Celimene comme une Maîtreffe
uniquement de plaifir , il n'auroit jamais
G ij
76 LE MERCURE
pû refifter au penchant naturel de fon coeurs
il l'auroit fuivi fans rien examiner , & il
feroit tombé dans le caractere de l'Amant
enyvré d'une paffion aveugle , dont on a
vu le portrait. C'eft en ce cas que fon
ardeur le feroit repentir d'avoir confulté
fa raifon. Mais par raport à Celimene , il
l'eftime & la refpecté trop , pour n'avoir
pas pour elle des vues plus honorables
& plus avantageufes ; la violence qu'il
s'eft faite pour le refoudre à la retraite ,
les cruels combats qu'il a effuyés à cette
occafion , la playe encore toute recente
dont fon coeur ne guerit point , font autant
de preuves bien certaines de fon eftime
& de fon amour , qui eft encore ſi vif ,
que , s'il ne fentoit pas jufqu'où va l'oppofition
qui fe trouve entre le caractere
de Celimene & le fien , il mettroit tout
en ufage pour parvenir à un himen fi
defirable .
On voit qu'il n'y a pas lieu de croire
que la retraite de Leandre foit l'effet du
caprice , ou de l'inconftance , mais bien
de la feule raifon , & même de la confi-"
deration qu'il a pour Celimene qu'il ne
veut point expofer à être malheureufe
elle qui merite le fort le plus doux & le
plus avantageux : il gémit, il eft à plaindre
veritablement ; & il a certainement
befoin en cette occafion de la refolution
DE JANVIER. 77
la plus ferme ,. pour pouvoir refifter aux
fecrets reproches & au penchanr de fon
coeur.
Il eft vray que le parti qu'il a pris , eft
eſt
fubit & violent ; mais il eft convenable
dans cette occafion . On fçait que dans
de pareilles circonftances qui intereffent
même des familles , il ne conviendroit
point de s'embaraffer l'efprit dans des incertitudes
& des irrefolutions qui ne caufent
fouvent que de fauffes démarches ; &
on ne doit point regarder comme un defaut
d'inclination , une retraite dont l'objet
eft d'éviter de rendre malheureux ce qu'on
aime..
1
ARRESTS , EDITS
Declarations.
DIT du Roy donné à Paris au mois
de Novembre 1720 , Regiſtré en la
Cour des Aydes le 31 Decembre 1720 ,
par lequel S. M. éteint & fupprime la
Charge d'Empefeur du corps de Monfieur
le Duc d'Orleans , dont eft à prefent pourvû
le sieur du Bournal de Selle ; & par ces mêmes
prefentes , crée, érige & établit , la Charge d'Ayde-
Major de fes Gardes du Corps François , pour
en être par lui pourvû qui bon lui femblera , &
G iij.
78
LE
MERCURE
jouir par celui qu'il en aura gratifié , des honneurs
, autoritez , prérogatives ; privileges , franchifes
, libertez , gages & droits qui lui ferontattribuez
, fuivant les Etats de Monfieur le Duc
d'Orleans , defquels en confequence voulons que
ladite Charge d'Empefeur foit rayée , & que
celle d'Ayde-Major des Gardes y foit employée.
ARREST du Confeil du 30 Novembre 1720 ,.
par lequel S. M. ordonne qu'à commencer du
premier Octobre dernier , jufqu'au premier Octobre
1721 , les Droits qui fe perçoivent tant fur
les Beures & Fromages venant des Pays Etrangers
, que fur les Beurres & Fromages venant du
crû du Royaume , qui fe tranfportent d'une Province
dans une autre , feront & demeureront
reduits au tiers feulement , à l'exception des
Peages ordinaires qui continueront d'être levezen
la maniere accoûtumée .
ARREST du Confeil du 26 Decembre 1720,
par lequel S. M. ordonne que les Droits d'Entrée
du Royaume , reglez par le Tarif du 18 Avril
1667. à fept livres le cent pefant , fur le Savon de
toutes fortes venant des Pays Etrangers , fera
reduit & moderé , à compter du jour de la pu
blication du prefent Arrêt , jufqu'au premier Juin
de l'année 1721. à Trois livres dix fols le
Quintal , fuivant le Tarifdu 18 Septembre 1664 .
Fait défenfes à Armand Pillavoine , Adjudicataire
General des Fermes - Unies de Sa Majefté , fes
Procureurs & Commis , de lever de plus grands .
Droits fur lefdits Savons pendant ledit temps .
ARREST du Confeil du a6 Decembre 1720 ,
par iequel S. M. ordonne que toutes les Diminutions
indiquées par les Arrêts des 24 Octobre &
24 Novembre derniers fur les Efpeces courantes ,.
DE JANVIER. 79
zisfi que fur les anciennes Efpeces & Matieres
d'or & d'argent , n'auront point de lieu au premier
Janvier prochain , mais feulement du jour
de la publication de l'Arrêt qu'il plaira à S. M.
de faire rendre dans peu pour ce fujer. Vent S. M.
qu'à commencer du premier jour de Février de
l'année prochaine 172r , les anciennes Efpeces
ceffent d'avoir cours dans le Commerce , même
d'être prifes en Payement des Droits & Impofitions
de S. M. Et qu'elles foient fujettes aux
confifcations ordonnées par l'Edit du mois de
Septembre dernier , dans tous les cas y men
tionnez.
ARREST du Confeil du 29 Decembre 1720 ,
par lequel S. Majefté permet aux Porteurs des
Billets de Banque de Cent , de Cinquante & de
Dix livres , de les placer pendant le courant dut
mois de Janvier prochain inclufivement , En
acquifition de Rentes fur les Tailles & autres
Impofitions , tant des Pays d'Elections que des
Pays d'Etats, créées par ledit Edit du mois d'Août
dernier , Prorogeant à cet effet S. M. pour l'acquifition
defdites, Rentes , pendant ledit temps
& fans efperance d'autre , le delay porte par
'Arrêt du 24 Novembre dernier.
ARREST du Confeil du 29 Decembre 1720^,
par lequel S. M. proroge le delay accordé aux
Actionnaires de la Compagnie des Indes par
l'Arrêt du 15 du prefent mois de Decembre ,
pour payer les Cent cinquante livres par Action ,
à eux demandées par celui du 27 Novembre
dernier , jufqu'au 31 du mois de Janvier prochain
inclufivement : Permettant aux Directeurs
de ladite Compagnie , de recevoir pendant ledit
temps des Actionnaires , pour raifon de cet Em-
G iiij
80 LE MERCURE
prunt , les Louis d'argent & les Louis d'or de la
nouvelle fabrication , fur le pied porté par ledit
Arrêt du 1s du prefent mois.
ARREST du Confeil du 29 Decembre 1720 ,
par lequel S. M. proroge pendant le mois de
Janvier prochain inclufivement , le delay porté
par l'Arreft du Confeil du 3 du preſent mois de
Decembre , pour la Converfion de tous les Billets
de Banque de Mille livres & de Dix mille
livres , en Actions ou Dixiémes d'Actions Réntieres
de la Compagnie des Indes ; après l'expiration
duquel delay , fans qu'il puiffè en être
accordé aucun autre , S. M. ordonne que lefdits
Billets de Mille livres & de Dix mille livres ,
dont la Converfion n'aura pas été faite , feront &
demeureront nuls & de nulle valeur : N'entendant
neanmoins S. M. rien innover à l'exception
portée par l'Arrêt du Confeil du 8 de Novembre
dernier , en faveur de ceux defdits Billets qui
ont été dépofez par autorité de Juſtice .
ARREST du Confeil du 30 Decembre 1720 ,
par lequel S , M. ordonne que l'Arrêt dudit jour
10 Octobre dernier fera executé ſelon ſa forme
& teneur ; Et en confequence que toutes les
Parties de Gages , & autres de quelque nature
qu'elles foient , qui restent dûes de l'année 1720,
feront acquitées en Efpeces d'or ou d'argent
par les Treforiers & Payeurs , fuivant les Etats.
qui en ont été ou feront arrêtez au Confeil , Et
que les fommes qui reftent dûës pour les années
anterieures à ladite année 1720 , front payées
& acquittées en Billets de Banque de Cent livres ,.
Cinquante livres & Dix livres , conformément
au même Arêt . Fait S. M. défenfes à tous.Trefor
ers & Payeurs d'acquitter les Gages & autres.
Parties dues pour ladite année 1720 , que les
DE JANVIER.
81
Carticuliers affignez & Parties prenantes , ne rapportent
des Certificats qu'elles auront reçû les
fommes employées fous leurs noms dans les
Etats des années anterieures , lefquelles fommes
elles feront tenues de recevoir dans le premier
Avril prochain , pour les Parties employées dans
les Etats qui font actuellement arrêtez ; Et dans
le premier Juillet auffi prochain à l'égard des
Parties à employer dans les Etats qui ne font
pas encore arrêtez ; Et faute par les Particuliers
affignez , de recevoir dans lefdits delays le Payement
defdites fommes anterieures à ladite année
1720. Veut S. M. que les fonds en foient portez
par les Treforiers & Payeurs au Trefor Royal
& qu'il en fait expedié des Quittances à leur
décharge , dans lefquelles lefdites Parties feront
fingulierement libellées & détaillées , leſquelles
Quittances feront paffées dans les Etats & Comptes
defdits Treforiers & Payeurs fans difficulté :
Et le fonds defdites Parties demeurera en Billets
de Banque , par forme de dépôt , entre les mains
du Garde du Trefor Royal , pour en être le
Payement fait dans les mêmes Billets de Banque
aux Parties prenantes lorfqu'elles les reclameront
; à l'effet de quoy le Garde du Trefor Royal
fera tenu de fe charger en recette desdits fonds .
qui lui auront été remis par chacun desdits
Treforiers & Payeurs , conformément aux Quittances
qu'il en aura expediées à leur décharge ;
Et employera en dépenfe les Payemens qui en
auront été par lui faits aux Affignez & Parties
prenantes , lefquels lui feront auffi paffez &
allouez dans la dépenfe de fes Etats & Comptes
fur leurs fimples Quittances , fans difficulté.
82 LE MERCURE
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 31 Decembre 1720..
EROY s'étant fait reprefenter en fon
OConfeil les trois Mandemens uniformes
donnez par le Sieur Evêque de Senez le 18
Octobre de la prefente année ; par le Sieur Evêque
de Montpellier le 26 ; & par le Sieur Evêque
de Boulogne le 30 du même mois , aufquels
Mandemens font joints trois Actes pareillement
uniformes du 10 Septembre dernier , portant
Renouvellement par les mêmes Prelats , & par
le feu Sieur Evêque de Mirepoix , de l'Appel
par eux cy- devant interjetté au futur Concile
General de la Conftitution de N. S P. le Pape
qui commence par ces mots , Unigenitus Dei
Filius , Sa Majefté auroit reconnu par l'examen
qu'Elle a fait faire defdits Mandemens & Actes
de renouvellement d'Appel , que ceux qui en
font les Auteurs , y ont entrepris de s'élever
hautement contre ladite Conftitution , & contre
les voyes de conciliation qui ont été prifes
pour appaifer les troubles qui s'étoient élevez à
T'occafion de cette Bulle ; Que c'eft dans cet
efprit , que bien loin d'entrer dans des vues fi
convenables à leur caractere ils attaquent ouvertement
des Explications qui font devenuës le
lien de la paix , & qui ont été approuvées par
plus de cent Evêques de France , même par un
des quatre Prelats , dont le nom paroît à la tête
du nouvel Acte d'appel , joint à ce Mandement ;
Qu'on n'y refpecte pas plus l'authorité Koyale
que les fuffrages unanimes & le concert parfait
de prefque tous les Evêques de l'Eglife Gallicane
; Qu'au lieu des actions de graces qui font
dues au Roy & à Mr le Regent , pour avoir pre-
,
DE JANVIER.
8'z
venu un Schifme funefte , & affermi l'union des
Evêques , la Difcipline & la fubordination Canonique
, par une Declaration pacifique , qui , en
confervant les regles de l'Eglife , & les maximes
de l'Etat , empêche que des efprits inquiers &
indociles n'en abufent pour rallumer le feu des
divifions paffées ; on ne trouve dans ces Mandemens
que de nouvelles femences de difcorde ,.
& des prètextes recherchez avec foin pour éluder
l'execution d'une Loy fi neceffaire , en s'efforçant
de perfuader aux Fideles
, contre l'authe
rité des exemples anciens & recens , de ce qui
s'eft paffé dans l'Eglife en de femblables occa
fions , que les difputes qui fe font élevées au fu- '
jet de la Bulle vnigenitus , ne pouvoient fe terminer
que par la Décifion d'un Concile General ş
Que par une fuite d'un principe fi dangereux , il:
femble que les Auteurs de ces Mandemens veuillent
inviter toute forte de perfonnes à rompre
le filence & à renouveller leurs Appels , au préjudice
des difpofitions d'une Declaration qui
n'a été rendue que pour proteger l'unanimité des
Evêques , & dont on prouve la neceffité par les
efforts mêmes que l'on fait pour l'attaquer ;
Qu'enfin ces Ecrits font remplis d'expreflions
capables d'infpirer aux peuples des fentimens injurieux
au fouverain Pontife , de les foulever
contre leurs Evêques , de troubler au moins , &i
d'allarmer les confciences timides & les efprits
peu éclairez en leur faifant entendre
que
verité eft attaquée , que la foy eft en peril , &
que par des nouveautez fufpectes on affoiblt les
maximes faintes de la venerable antiquité , pendant
que les Evêques agiffant dans un elpric
d'union avec leur Chef , ne travaillent qu'à re--
jetter toutes les expreffions capables de favorifer
l'erreur , ou d'obſcurcir la verité. En forte que fi
l'on fuivoit l'impreffion qui refulte de ces Man
>
la
84 LE MERCURE
en
demens , il fembleroit que l'Eglife für reduite à
un état fi déplorable , qu'il ne refteroit plus que
trois Evêques qui euffent confervé le dépôt de
la faine Doctrine dans toute fon integrité : Etcomme
le premier devoir des Souverains ,
qualité de Protecteur de l'Eglife , eft de préve
nir avec foin tout ce qui peut en troubler la
tranquillité , S. M. fe porte d'autant plus volontiers
à interpofer for authorité en cette occafion
, qu'Elle montrera par là combien l'union
des Evêques avec leur Chef , & la paix de l'Eglife
Gallicane luy font précieufes , & avec
quelle fermeté Elle eft refolue de foutenir la
Declaration qui a mis le Sceau à une paix fi
defirable : A quoy étant neceflaire de pourvoir ,
felon la qualité & l'importance de la matiere le
demande. Sa Majeſté étant en fon Confeil , de'
l'avis de M. le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne , que lesdits trois Mandemens & Actes
qui y font joints , feront & demeureront fupprimez
, comme injurieux à N. S. P. le Pape , &
aux Evêques de France , & comme contraires à
la paix de l'Eglife , & à l'authorité Royale :
Voulant S. M. que conformément à ladite Declaration
du 4. Août dernier lefdits Actes de
renouvellement d'Appel , joints aufdits Mandemens
, foient regardez comme nuls & abufifs .
Fait S. M. très expreffes inhibitions & défenſes
à tous Imprimeurs , Libraires , Colpolteurs , &
autres d'imprimer , vendre , debiter ou autrement
diftribuer leflits Mandemens & Actes , à peine
de trois mille livres d'amende , & de privation
de leur maîtrife ou vacation , même de punitioncorporelle
s'il y échet..
'DE JANVIER. $$
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 5 Janvier 1721.
> Lde fosYialace , Futilité de la Compa
E ROY ayant jugé qu'il convient à l'ordre
gnie des Indes , de refilier les Traitez des Monnoyes
faits en faveur de ladite Compagnie ; Et le
Bail des Fermes Generales & autres Fermes , à
l'exception de celle du Tabac , de décharger la
même Compagnie de la Regie & Adminiftration
des Recettes Generales des Finances ; Et dé luy
laiffer les autres artributions dont elle jouit ; En
forte qu'étant particulierement occupée aux operations
de fon Commerce , elle puiffe au moyen
des Privileges que S. M. luy a accordez , & de
ceux qu'Elle pourra luy accorder dans la fuite ,
travailler efficacement pour le bien de l'Etat, &
l'avantage de fes Actionnaires : Et S. M. voulant
y pourvoir : Ouy le Rapport du fieur le Pelletier
de la Houffaye , Confeiller d'Etat ordinaire
& au Confeil de Regence pour les Finances
Controlleur General des Finances . Sa Majesté
étant en fon Confeil , de l'avis de M. le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne ce qui
enfuit.
"
Art. I. Sa Majesté a refilié & annullé , à commencer
du 30 Septembre dernier , le Traité fait
avec la Compagnie des Indes , pour raifon des
profits & benefices fur la fabrication des Monnoyes
, fuivant l'Arrêt du 25 Juillet 1719.
Sa Majefté a déchargé & décharge ladite
Compagnie des offres par elle faites par l'Arrêt
du 24 Octobre 1720 , du don gratuit de la
fomme de vingt Millions , por être confirmée
dans la jouiffance du benefice de la reformation
& fabrication des Monnoyes , ordonnée par l'Edit
du mois de Septembre 1720 , lefquelles offres
demeureront nulles & de nul effet ; Et en con86
LE MER CURE
fequence ladite Compagnie fera remboursée par
S. M. de ce qu'elle juſtifiera avoir payé ſur leſdits
vingt Millions , au moyen de quoy le benefice
provenant de ladite reformation & fabrication
ordonnées par ledit Edit , appartiendra en entier
à Sa Majesté.
III. Sa Majesté a pareillement refilié & annullé
les Baux de fes Fermes , faits à ladite Compagnie
, fous le nom d'Armand Pillavoine , Sçavoir
, à compter du premier Octobre dernier ,
pour les grandes & petites Gabelles , Gabelles de
Franche-Comté, & Trois Evêchez , Cinq Groffes
Fermes , Aydes & Droits y joints & Formules ; Et
à compter du premier du prefent mois pour les
Domaines de France , Domaine d'Alface , & Domaine
d'Occident , Controlle des Actes ,petits Scels
& Infinuations Laïques, Greffes , Amortiffemens,
Franes-Fiefs , & nouveaux Acquêts , & generalement
ceux de toutes les Fermes réunies à ladite
Compagnie , à l'exception de la Ferme du
Tabac feulement.
IV. Ordonne S. M. qu'à commencer du premier
du prefent mois , ladite Compagnie ceffera
d'avoir l'Adminiſtration & Regie des Recouvremens
dépendans des Recettes Generales de fes
Finances.
V. Veut neanmoins S. M. que les Receveurs ,
Commis & Prépofez au Recouvrement defdits
Droits & Deniers , continuent d'en faire la perception
, & d'en tenir des Regiftres Journaux .
ainfi qu'il a été cy- devant ordonné , pour en remettre
les fonds , & en compter du jour de la
refiliation des Baux , à qui & ainfi qu'il leur fera
enjoint par S. M.
VI . Ordonne S. M. que les Directeurs de ladite
Compagnie des Indes compteront , pour & au
nom de ladite Compagnie , par bref Etat devant
les Commiffaires du Confeil , qui feront nommez
DE JANVIER.
87
à cet effet , du prix du Traité fait avec ladite
Compagnie , par Arrêt du 25 Juillet 1719 , par
proportion au temps dont elle a joui ou dû jouir,
au moyen de quoy les benefices des Monnoyes
appartiendront à ladite Compagnie pendant ladite
portion de temps , pour le montant defquels
benefices , il fera expedié au profit de ladite
Compagnie des Ordonnances de comptant , fuivant
les Etats qui en feront certifiez par le Directeur
General des Monnoyes, au moyen de quoi
il en fera compté à S. M. en la maniere accou
tumée .
VII. Compteront auffi lefdits Directeurs de la
Compagnie des Indes , audit nom par bref Etat ,
du prix des Baux des Fermes Unies , du montant
des Impofitions des Recettes Generales , & des
Dépenfes faites fur icelles , fauf à employer en
reprifes les reftes qui fe trouveront dûs defdites
Impofitions , lefquelles reprifes feront allouées ,
fuivant les Etats certifiez par les Receveurs des
Tailles ; Et ce jufqu'au temps porté par le prefent
Arrêt , pour être enfuite compté par lefdits Directeurs
, en ladite qualité , en la forme & maniere
qui fera prefcrite par les Arrêts ou Declarations
qui feront rendus à cet effet , fans que pour
raifon du Recouvrement des deniers des Recettes
generales , lefdits Directeurs audit nom , puiffent
être tenus de compter ailleurs que devant lefdits
Sieurs Commiſſaires du Confeil.
,
VIII. Veut S. M. qu'à commencer dudit jour
premier du prefent mois , les Recouvremens des
profits & benefices des Monnoyes , la Regie &
P'Exploitation des Fermes Generales & autres
Fermes particulieres , à l'exception de celle du
Tabac ; Et l'Adminiſtration & les Recouvremens
des deniers provenans & dépendans des Recettes
Generales des Finances , foient faits par, des Officiers,
Fermiers , Regifleurs , Receveurs ou Com**
LE MERCURE
mis , ainfi qu'il fera jugé le plus convenable
pour le bien du férvice de S. M. dont ils comteront
en la maniere accoûtumée , dérogeant
S. M. à tous Arrêts & Reglemens rendus , en ce
qu'ils peuvent être contraires au prefent Arrêt ,
pour l'execution duquel toutes Lettres neceffaires
feront expediées.
ARREST du Confeil du 8 Janvier 1721 , par
lequel S. M. ordonne qu'à compter du jour de
la publication du prefent Arrêt , les Billets qui
feront délivrez pour l'Emprunt deCent cinquante
livres par Action , ordonné par l'Arrêt du 27
Novembre dernier , feront fignez de deux Directeurs
feulement ; Et que lesdits Billets auront le
même effet que ceux précedemment dèlivrez ,
fignez de trois defdits Directeurs .
ARREST du Confeil du 8 Janvier 1721 , par
lequel S. M. ordonne ce qui fuit.
Art. I. Qu'à commencer du jour & datte du
prefent mois , les Pourvûs des Offices de Receveurs
Generaux des Finances ; tant des Vingt
Generalitez des Pays d'Elections , que des Provinces
d'Alface , Metz , Franche- Comté , Flandres
, Haynaut & Rouffillon , rentreront en poffellion
& jouiffance des fonctions de leurs Charges
, pour en faire & continuer à l'avenir l'Exercice
, à commencer par celuy de la prefente
année 1721 , aux mêmes Gages , Droits , Remifes
& Taxations , attribuées auparavant à leurs
Offices , & en rendre compte au Confeil & aux
Chambres des Comptes , ainfi qu'ils avoient accoûtumé
de faire avant lefdits Arrêts des 12 &
26 Octobre 1719 , & 10 Septembre 1720 , fuivant
& conformément aux Etats de S. M. qui
feront arrêtez à l'ordinaire pour chaque Gene
ralité.
II.
DE JANVIER. 89
II. Ordonne S. M. que les Receveurs des
Tailles remettront aux Receveurs Generaux tous
les deniers qui proviendront du Recouvrement
des Tailles , Capitation , & autres Impofitions ,
ainfi & de la maniere qu'ils étoient tenus de faire
avant les fufdits Arrêts ; Et rendront compte ཧྥ་
F'ordinaire fur les Quittances Comptables defdits
Receveurs Generaux , conformément aux Etats dè
Sa Majefté.
III. Quant aux fommes qui restent dûes fur
les Impofitions des années 1719 & 1720 , Veur
S. M. que le Recouvrement en foit fait par les
Receveurs des Tailles ; Et les denie s également
par eux remis aux Receveurs Generaux , chacun
dans leur Exercice , fauf à en compter entr'eux
& la Compagnie des Indes , ainfi qu'il fera ordonné
par S. M. Et pour l'execution du prefent
Arrêt feront toutes Lettres neceflaires expediées .
ARREST du Confeil du 9 Janvier 1721 .
par lequel S. M. ordonne que les differens &
conteftations mûs & à mouvoir fur l'execution
de l'Arreft du 26 Decembre dernier , portant
fuppreffion des Compres en Banque & Viremens
de Parties , feront décidées & jugées en premiere
inftance par les Jages . Confuls , établis tant à
París que dans les autres Villes du Royaume
& en cas qu'il y ait des appellations interjet
tées des Sentences & Jugemens , qui ont été
ou pourront eftre rendus à ce fujet par lefdits
Juges Confuls , Sa Majesté a renvoyé & renvoye
Tefdites appellations , même les Requêtes qui
pourroient eftre prefentées au Confeil au fujet
dudit Arreft du 26 Decembre dernier , pardevant
les fieurs Amelot , le Palletier Desforts ,
de Saint Conteft , Ferrand & de Machault Con .
felers d'Etat ; Roujault , de Landivifeau , de
Baudry , de Beauflan , Bidé de la Grandville
H
2
90% LE MERCURE
!
Angrand & Le Pelletier de Signy Maîtres des
Requeftes , pour eftre par eux jugées & decidées
en dernier Reffort , au nombre de cinq au.
moins , Sa Majesté leur attribuant à cet effet
toute Cour Jurifdiction & connoiffance , &
icelles interdifant à toutes fes Cours & autres
Jages . Ordonne Sa Majesté que toutes les demandes
& inftances d'appel en cette matiere ſeront
inftruites fommairement par Requeſtes ,
qui feront communiquées aux Parties par Ordonnance
de l'un desdits fieurs Commiffaires ,.
avec une fimple fommation de fournir de réponfe
dans la huitaine , après laquelle il fera
procedé au Jugement defdites inftances d'appel !
& demandes par Requeftes , fans autre ſommation
ni interpellation ..
ARREST du Confeil du Janvier 1721..
par lequel S. M. ordonne ce qui fuir.
ART. I. Il ne fera plus reçû par la Compa
gnie des Indes , à compter du jour de la publication
du prefent Arreft , aucun Billet de Banque
dans le payement de l'emprunt par Action,
ordonné par l'Arreſt du 27 Novembre dernier ,
& au lieu de Cent cinquante livres , ledit Emprunt
ne fera plus fait qu'à raifon de Ceut cinq
livres en Efpeces par chaque Action .
11. Lefdites Efpeces ne feront reçûcs en
Payement dudit Emprunt , fçavoir , les Louis .
d'or de la nouvelle fabrication fur le pied de.
Cinquante quatre livres , & les Louis d'argent
fur le pied de Trois livres piece , que jufqu'au
15 du prefent mois inclufivement ; & ledit tems
pallé , le payement fera fait fur le pied du cours
qu'auront alors lefdites Efpeces.
III. Les Actions de la Compagnie qui ont
été timbrées da troifiéme Sceau , feront rapportées
dans quinzaine du jour de la publication
DE JANVIER. 91
du prefent Arrelt , à peine de nullité defdites
Adions . & au lieu & place d'icelles il en fera
fur le champ delivré aux Porteurs , qui auront
été vifées par les ficurs Poftel , Guyard & Duport
, & Contrôlées par les heurs Defroches ,
Sigonneau & Couterot , nommez par la Compagnie
& Commis à cet effet par Sa Majesté ;
du Numero defquelles Actions fera tenu un Regiltre
par chacun des Controleurs pour les parties
qu'ils contrôleront.
IV. Il fera pareillement delivré fur le champ ,
à commencer du jour de la publication du prefent
Arreft , des Actions vifées & contrôlées de
la même maniere , au lieu & place de celles
pour lesquelles le preft ordonné par l'Arreft du
17 Novembre dernier n'a pas encore été fait ,
en fournillant par les Porteurs ladite fomme
de Cent cinq livres , ordonnée par le prefent
Arreft.
V. Il fera fait & delivré pour ladite fomme
de Cent cinq livres par Action , un Billet de
trente fix Louis & demi d'argent , payable an
Porteur , ainfi & dans le même tems que ceuxfaits
en confequeuce dudit Arreft du 27 Novembre
dernier , Et feront lefdits Billets fignez
de deux Directeurs feulement , conformément
à l'Arreft du Confeil du & du prefent mois .
EXTRAIT DES REGISTRES
du Confeil d'Etat.
Du 11. Janvier 1721 .
LEROY ayant par Arreft de fon Confeil du du prefent mois , Refilié les Baux de
fes Fermes , faits à la Compagnie des Indes ,
fous le nom d'Armand Pillavoine , à compter du
premier Octobre dernier , à l'égard des Gabelles,
Cinq Groffes Fermes . Aydes , Papiers & Par-
Hij
22 LE MERCURE
''
>
chemins timbrez ; & du premier du prefent
mois de Janvier pour les Domaines , Contrôle
des Actes des Notaires , Greffes , Amortiffemens
& Droits y joints , & generalement ceux de
toutes les Fermes réunies à ladite Compagnie ,
à l'exception de la Ferme du Tabac feulement :
Et par Refultat de fon Confeil du 10 du prefent
mois , Sa Majefté ayant jugé qu'il convenoit
au bien de fes Fe mes de les faire regir
& chargé Maistre Charles Cordier Bourgeois
de Paris , de la Regie , Recette & Perception
des Droits , dépendans de fefdites Fermes Generales
Unies , en emble des Quatre fols pour
livre defdits Droits pendant l'année commencée
au premier Octobre mil fept cent vingt
pour les Grandes & Petites Gabelles , lés Gabelles
de Franche Comté , & des trois Evêchez ';
les Cinq Groffes Fermes , Aydes , Papiers &
Parchemins timbrez , & . Droits y joints ; Et
au premier du prefent mois de Janvier pour les
Domaines de France , Domaines d'Alface & Domaines
d'Occident , Contrôle des Actes des Notaires
, Petits . Scels , Infinuations Laïques , Cen.
tiéme Denier , Greffe , Amortifflemens , Francs-
Fiefs & Nouveaux Acquefts , & generalement
pour toutes les Fermes qui avoient été réunies
a la Compagnie des Indes , à l'exception de
ladite Ferme du Tabac . Et Sa Majesté defirant
que ledit Refultat foit executé , & qu'il foit inceffamment
pourvû à la Regie defiites Fermes ..
Ouy le Rapport du Sieur le Pelletier de la
Houffaye Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil
de Regence pour les Finances , Contrôleur
General des Finances SA MAJESTE EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur, le Duc d'Orleans
Regent , a Ordonné & Ordonne que la
Regie des Droits defdites Fermes , enfemble des .
Quatre fols pour livre. d'iceuxfera faite par Mair
à
DE JANVIER. 93
tre Charles Cordier Bourgeois de Paris , pen--
dant une Année commencée au premier O&obre
1720 pour les Gabelles , Cinq Groffes Fermes
, Aydes , Papiers & Parchemins timbrez ; >
Et au premier du prefent mois de Janvier pour
les Domaines de France , Domaines d'Alface &
d'Occident , Contrôle des Actes des Notaires ,
& Droits y joints , pour les faire percevoir par
ledit Cordier , ainfi qu'ils ont été levez & perçus
par Armand Pillavoine , & autres precedens Fermiers
defdites Fermes , par les mêmes Employez
ou autres qui feront à cet effet comm's par ledit
Cordier , fans que ceux des Commis qui font
actuellement employez à la levée & perception :
deflits Droits , foient tenus de prendre de nouvelles
Commiffions , à la charge par ledit Cordier
de compter par bref Etat au Confeil de
ladite Regie , conformément au lit Refultat.
Ordonne Sa Majefté que l'Enregistrement dudit
Refultat , & du prefent Arreft fera fait fansfrais
, au moyen de l'Enregistrement qui avoit
été fait du Bail d'Aymard Lambert , pour fix
années , qui ont commencé au premier Octobre
1718 & premier Janvier 1719.
Fair Sa Majefté très expreffes inhibitions &
deffenfes aux Procureurs , Commis & Préposez
par ledit Pillavoine , d'abandonner la Regie des
Droits deflites Fermes , qu'après que ledit Cordier
, fes Commis & Prépofez en auront pris
poffeffion , à peine de payer lefdits Droits pour
le tems qu'ils les auront abandonnez , à raiſon
du plus haut Quartier de l'Annce precedente. I
Veut Sa Majefté que les Commis deflites
Fermes puiffent continuer l'exercice & fonctions
de leurs Emplois , en confequence des Commiffons
dudit Pillavoine & autres precedens Fermiers
, fans cltre obligez de prefter nouveau
Serment.
947 LE MERCURE
Seront tenus ledit Pillavoine , fes Commis &
Prépofez , de remettre audit Cordier , fes Pro .
cureurs & Commis , tous les Timbres fervans
à Timbrer lefdits Papiers & Parchemins , enfemble
tous les Papiers & Parchemins , tant
Blancs que timbrez eftant dans les Magafins &
Bureaux de diftribution , dont il fera fait Inventaire
par les Subdeleguez , Officiers des Elec
tions ou autres Juges , pour eftre la valeur
defdits Papiers & Parchemins , enfemble de ceux
qui ont été diftribuez depuis ledit jour premier
Octobre 1720 , payée audit Pillavoine par ledit
Gordier , fur le pied du prix du Marchand ,
comme Papiers & Parchemins blancs feulement ;
à la reduction neanmoins de ceux qui fe trouveront
de rebut & mal conditionnez .
Permet Sa Majefté audit Cordier de continuer
de fe fervir des Timbres d'Aymard Lambert
& de fes Sous Fermiers , non - feulement
jufqu'au premier Avril 1721 , qu'il avoit été
permis audit Pillavoine de fe fervir defdits Tim '
bres par l'Arreft du Confeil du 17 Septembre
1720 , mais encore juſqu'au dernier Septembreprochain.
Ordonne Sa Majefté que ledit Pillavoine , fes
Receveurs , Commis & Prépofez , feront tenus
de rendre Compte , chacun à leur égard , de
toutes les fommes provenantes du produit des
Droits defdites Fermes , à compter dudit jour »
premier Octobre 1720 pour les Gabelles , Cinq
Groffes Fermes , Aydes , Papiers & Parchemins
Timbrez , & du premier du prefent mois de
Janvier 1721 pour les Domaines , Contrôle des
Actes des Notaires , Greffes , Amortiffemens &
Droits y joints , & d'en remettre les fonds en
deniers , ou décharges valables audit Cordier ,
fes Procureurs & Commis , à leur premiere requifition
à peine d'y eftre contraints comme
pour les propres deniers & affaires de Sa Majefté.
•
DE JANVIER. 95
DEPARTEMENT
POUR LE SERVICE DE LA REGIE
des Fermes Generales Unies , Jous
le nom de Charles Cordier , àcommencer
du premier octobre mil fept
cent vingt.›
I:
PARIS..
La Remife des De- E foin defairefaire
niers des Caiffes de Paris
des Provinces à la
RecetteGenerale à Paris ,
d'examiner les Borde
reaux de la Recette
Dépenfe actuelle du Receveur
General de Paris,
des Receveurs Generaux
des Provinces , de
fuivre les payemens qui
doivent estre faits ,
l'acquittement des charges
des Etats du Roy ;
de verifier les Etats de
produit , envoyez tous les
mois par les Directeurs
le Contrôle de la Dé.
penfe generale des Caiffes .
der Dépenfes extraor
ainaires.
MESSIEURS
De la Porte ,
Lallemant de Betz ,
LaLive deBellegarde
Delvieux ,
De Roifly ,
De la Haye ,
Bonnevie ,,
Malo ,
Savalete , 1
Bergeret ,
Mazade ,
La Reyniere,
26
.
LE
MERCURE
LI.
La
Garde des
Papiers
de la Ferme
, les Regiftres
pour les Cautionnemens
,
autres
Actes
déposez
aux
Armoires
de la
Compagnie
, & le dépoft
des Safies
.
" III.
L'affistance au Confeil
de la Ferme & follicitations
des affaires de
Procedures.
IV :
Le foin defaire dreffer
les Etats au vray des
Comptes de Chambres ,
& ceux d'Appuremens
Correction.
V.
L'examen des Comptes »
generaux particuliers
des Gabelles de France.
MESSIEURS,
avancel ,
De July ,
-Savalete.
De la Haye ..
De Salins ,
Teffier ,
Bonnevie ,
July ,
Malo ,
Caze ,
Toinard ,
Hocquart
.
De la Porte ,
Lallemant ,
Bonnevie ,
De Roifly
Dauguy ,
Micault.
De la Porte ,
Lallemant de Betz ,
De Saint- Valery ,
De Beaufort ,
Defvieux ,
De Roifly ,
Lantage.
VI
DE
JANVIER.
97.
VI.
L'examen des Comptes
generaux & particuliers
des Cing Groffes Fermes,
la Verification des
Etats des Paff ports
Marchandifes , Entrées
Sorties en franchise.
VII.
L'examen des Comptes
generaux & particuliers
des Gabelles de Lyonnois
, Provence , Dau .
phiné , Languedoc
Rouffillon , & le foin de
faire rendre les Comptes
aux Chambres de Gre-
, noble d'Aix
Montpellier.
MESSIEURS ,
Lallemant ,
Lalive ,
Duché ,
De Salins ,
Malo ,
Daumay
Duvaucel
Heron ,
Thiroux de Laily.
De la Porte ,
De Roifly ,
Lantage
Defvieux ,
Bergeret,
Grimod du Fort,
Lallemant .
de Le Riche,
Vir .
Les Fourniffemens des
Gabelles , les Achats de
Sels , Voitures , Emplacemens
Comptes des
Entrepreneurs.
De la Porte ,
Lallemant ,
Bonnevie ,
Dejean >
Lalive ,
De Salins ,
Salavete ,
Olivier de Monta
luçon ,
De Roiffy ,
Bergeret ,
Villemur.
I
28
LE
MERCURE
IX.
La Regie des Grandes
Gabelles & Cing Groffes
Fermes , des Gabelles de
Lyonnois , Provence ,
Dauphiné , Languedoc
Rouffillon , celles de
Franche Comté , Trois
Evechez Domaine
d'Alface , & l'examen
des Comptes.
X.
La Regie des Aydes ,
Papiers Parchemins
Timbrez, Marque d'Or ,
d'Argent des Fers ,
Domaines , Contrôle des
Actes des Notaires
Greffes , Amortißemens
Droits y joints , &
Vexamen des Comptes
XI.
La Regie du Domaine
d'Occident & l'examen
des Comptes .
MESSIEURS ,
De la Porte ,
Lallemant de Betz ,
Lalive ,
Deſvieux ,
De Roifly ,
Heron ,
Daugny ,
Le Riche ,
Bergeet ,
De Beaufort
Malo ,
Du Vaucel ,
De Salins ,
Le Mofnier ,
Caze.
Adine ,
De la Hayes
Savalete ,
Villemur
Perrinet ,
July ,
>
Bonnevie ,
Maffon ,
Teffier ,
Toinard ,
Le Mercier ,
De la Moifiere,
Bonnevie ,
Lalive ,
De Salins ,
Daumay
Duché
Bergeret,
2
7
DE JANVIER.
SERVICE DES PROVINCES.
DEPARTEMENS.
Paris ,
Rožen ,
Caên ,
Alençon,
Amiens
Saint-Quentin
Lille ,
Soiffons
Pour partir.
Toifnard .
{
Mazade,
Hocquart,
Châlons ,
Langres ,
Charleville
Dijon,
Lyon ,
Alface,
Valence
Grenoble ,
Marſeille ,
Franche-Comté ,
Trois-Evêchez,
Montpellier,
Narbonne
Saint - Valery
Grimod de la Rey
niere.
{
Marneau
Marneau
< 221227
Micault,
Duché des Tou
nelles,
こ
I ij
885121
200
LE MERCURE
CORRESPONDANCES.
GABELLES
Fermes.
De Salins
3
3
Caze ,
Daugny,
Des Vieux ,
Heron
Malo
Lalive ,
Le Mofnier
Heron ,
Bergeret,
De la Porte ,
De Salins ,
De Beaufort ?
Daugny ,
Lallemant ,
Bergeret
.2..
$ De Roiffy ,
Du Vaucel,
Aydes , Domaines ;
Contrôle,
Perrinet ,
De la Haye,
Bonnevie >
Le Mercyer,
Adine ,
Savalere ,
Tellier ,
SAdine
De la Haye
Villemur ,
De la Haye:
Teffier ?
De Villemur,
July ,
La Moifiere,
July,
,
{
Maffon
July ,
Maffon ,
Le
Mercyer ,
Caze ,
Bonnevie ,
Perrinet ,
La Moifiers
DE JANVIER.
10%
SERVICE DES PROVINCES.
DEPARTEMENS. Pour partir.
Toulouſe ,
Montauban , Grimod du Fortי ,
Haute-Auvergne &
Bordeaux ,
Dax "
Auch ,
La Rochelle,
Daumay.
Poitiers " Lantage de Selicourt
Limoges,
'Angers ,
Nantes
Rennes ,
Thiroux de Lailly.
Tours ,
Le Mans,
Laval ,
Dejeans
Orleans ,
Bourges ,
Moulins ›
Olivier de Montluçon.
I iij
102 LE MERCURE
CORRESPONDANCES.
Aydes , Domaines ,
Contrôle.
GABELLES
Fermes.
De Roiffy ,
Du Vaucel ,
De Villemur
Perriner.
Lallemant
Caze,
La Live ,
Le Moinier,
July,
Bonnevie.
Savalete ,
Villemur
Le Mercyen
Adine ,
Savalete ,
July ,
De Salins,
Malo ,:
Du Vaucel ,
Le Riche ,
Savalete ..
Tellier.
De Beaufort ,
Le Riche ,
Villemur ,.
Perrinet ,
Maffon.
Fait & arrefté à Paris le quatorze Janvier mil
fipt cent vingt- un.
Signé , LE PELLETIER DE LA HOUSSAYE
DE JANVIER. ΤΟΣ
ARREST du Confeil du 15 Janvier 1721 , par
lequel S. M. a pro ogé jufqu'au premier Fevrier
prochain exclufivement , la liberté accordée à la
Compagnie des Indes par l'Arrêt du 9 du piefent
mois , de recevoir de fes Actionnaires jufqu'au
1s feulement le Prêt de Cent cinq livres
par Action , en efpeces de la nouvelle fabrication
;fur le pied de cinquante - quatre livres le
Louis d'or , & de trois livres le Louis d'argent :
Ordonne au furplus S. M. que l'Arrêt du Confeil
du 27 Novembre dernier concernant ledit Prêt,
fera executé felon fa forme & teneur.
ARREST du Confeil du 15 Janvier 1721 , par
lequel S: M. proroge jufqu'au premier Juillet
1721 , la furfeance accordée par lefdits Arrêts du
Confeil aux Vaffaux de S. M. pour raifon des
nouvelles Foy & Hommage qu'ils font tenus de
luy rendre , à caufe de fon heureux Avenement
à la Couronne : En confequence fait S. M. mainlevée
des faifies féodales qui pourroient avoir
été faites pour raifon de ce , contre aucuns defdits
Vaffaux , fans neanmoins que fous prétexte
du prefent Arrêt , les Vaffaux de S. M qui doivent
la Foy & Hommage pour mutation de leur
Chef, indépendamment de l'heureux Avenement
de S M. à la Couronne , puiflent fe difpenfer de
fatisfaire à cedevoir dans les delais ordinaires.
ARREST du Confeil du 10 Janvier 1721 ,par
lequel S. M. ordonne qu'il fera inceffamment
arrêté des Rolles de reformation & moderation
des fommes payées en entier ou à compte de la
Finance des Offices , Droits , Gages , Augmentations
de Gages , Taxations & Rentes , de quelque '
nature qu'elles foient , fupprimez par les Edits &
Arrêts rendus à ce fejet , fur lefquels il fera
expedié des Quittances de Finance au nom des
I iij
104
LE MERCURE
Acquereurs , pour par eux jouir en attendant leur
remboursement, de l'interêt au denier cinquante,
des Finances principales par eux payées , pour
lefquelles il a été originairement attribué des
droits , gages , augmentations de gages , taxations
ou rentes , defquels interêts fera fait fondsannuellement
dans les mêmes Erats où ils devoient
être employez avant leur fuppreffion ;:
& à l'égard des Offices dont les droits n'étoient
employez dans aucuns Etats des Finances : Ordonne
S. M. que le fonds en fera fait dans les
Etats des Pays d'Elections ou Pays d'Etats , au
choix de ceux au nom defquels les Quitances .
de Finances feront expediées , dérogeant à , cer
effet à tout ce qui peut être contraire au pre
fent Arrêt , fur lequel toutes Lettres neceffaires.
feront expédiées.
ARREST du Confeil du 21 Janvier 1721 ,
par lequel S. M. ordonne que les Efpeces à reformer
continueront pendant le mois de Février
prochain , d'être prifes en payement des Droits.
du Roy feulement , fur le même pied' qu'elles
fe recevront dans les Hôtels des Monnoyes ;
Qu'à l'égard des anciennes Efpeces à convertir ,.
elles ne feront plus reçues par les Receveurs
defdits Droits que jufqu'à la diminution prochaine
en attendant laquelle elles feront encore
prifes par lefdits Receveurs fur le pied
qu'elles le font actuellement , fur l'Arrêt du 18-
Novembre 1720. Veur S. M. qu'à commencer au
premier jour dudit mois de Février prochain
les anciennes . Efpeces , tant à reformer qu'à convertir
, foient décriées de tout cours & mife
dans le public , & n'y puiffent être expofécs en
aucun payement , à peine de confiſcation & de
trois mille livres d'amende , tant contre ceux qui
auront reçu lesdites Efpeces , que contre ceux
༨- ,
>
1
' DE JANVIER . IOS
qui les auront exposées. Entend S. M. qu'à
commencer audit jour premier Février 1721 ,
les
Articles VIII. IX , X. & XI. de l'Edit du mois
de Septembre dernier , concernant la confifcation
des anciennes efpeces trouvées parmi les effets
des parties faifies , ou des perfonnes décedées
foient executez felon leur forme & teneur.
y
*
DECLARATION du Roy , donnée à Paris le
21 Janvier 1721. Regiftrée en Parlement le 25
du même mois : par laquelle S. M. ordonne qu'en
tous commerces & negociations que pourront
faire fes Sujets pour prêt d'argent , ventes de marchandifes,
ou autrement , ils puiffent & qu'il leur
foit loifible d'en ftipuler par Lettres ou Billers
le payement au Porteur fans dénomination de
perfonnes certaines ; à l'effet de quoy 3. M. a
rétabli l'ufage des Lettres ou Billets de Change,
ou autres Billets payables au Porteur revo
quant à cet égard les défenfes portées par fon
Edit du mois de May 1716. Veut que l'Article
premier du Titre VII. de l'Ordonnance du mois
de Mars 1673 , enſemble la Declaration du 26.
Février 1692 , foient executez fuivant leur forme
& teneur ; ce faifant , que tous Négocians &
Marchand's comme auffi tous ceux qui font
chargez du maniement ou recouvrement de fes
deniers , & qui auront figné des Billets payables
au Porteur , pour valeur reçûë comptant , ou
en marchandifes , puiflent être contraints par
corps au payement defdits Billets & que les.
demandes & conteftations qui pourront être formées
à cet égard , ne puiffent être portées que
pardevant les Juges & Confuls des Marchands ,
aufquels S. M. attribuë à cet effet toute Cour ,
Jurifdiction & connoiffance , fauf l'appel en fes
Cours de Parlemeus,
,
106 LE MERCURE
ARREST du Confeil du 23 Janvier 1721
par lequel S. M. ordonne que dans le dernier
Fevrier prochain , les Recepiflés des Directeurs
des Monnoyes fairs avant la publication de
Edit du mois de Septembre dernier , même
ceux delivrez pour Billers de Banque , ou di
xièmes de Compte en Banque , feront convertis
avant le premier jour de Mars prochain
en acquifition de Rentes perpetuelles fur →
les Aydes & Gabelles créées par Edit du mois
de Juin dernier ; paffé lequel tems lefdits Recepiffez
feront & demeureront nuls & de nulle
valeur. Veut Sa Majesté que lesdits Directeurs
des Monnoyes fallent Recette dans les Comptes
qu'ils rendront pour leur Regie de l'année 1720
du montant defdits Recepillez au profit du Roy,
lefquelles Recettes feront admifes fur un fimple
Etat de dits Billets , certifié defdits Directeurs-
& de leurs Contrôleurs , par tout où befoin
fera en vertu du prefent Arreft , fur lequel tou
tes Lettres neceffaires feront expediées.
ARREST du Confeil du 23 Janvier 1721,
par lequel S. M. ordonne ce qui fuit.
ART. I. Les Comptes en Banque & Viremens
de Parties demeureront fupprimez & n'auront
plus de cours ainsi ? qu'eft porté par ledic
Arreft , du jour de fa publication , Et ne pour
ront plus eftre donnez en payement , même de
gré à gré , encore qu'il fuft question d'acquitter
des Lettres de Change , Billets de Commerce
, & vente de Marchandifes en gros -entre?
Marchands & Negocians , fi lefdits Comptes en
Banque n'ont été avant ladite publication valablement
offerts en Juftice; Sur quoi en cas de conteftation
i fera fait droit ainfi qu'il appartiendra ,
par les Jages aufquels la connoiffance en a été
attribuée par les Arrefts des 13 Juillet , 16 Decembre
1720 & 9 du prefent mois deJanvier 1721 .
DE JANVIER. 107
IT. Si les offres de Payement en Compte en
Banque & Viremens des Parties font jugées va-
Tables , & que les Creanciers refuſent de recevoir.
leur Payement en Compte en Banque ,
il fera:
permis aux Debiteurs de configner des Certificats
des Directeurs des Comptes en Banque , pour
le compte & au rifque des Creanciers , au moyen
duquel dépoft lefdites Lettres & Billets feront
cenfez bien & duement acquittez , Et demeu--
reront nuls & de nulle valeur .
,
III Veut & ordonne Sa Majefté que les Let
tres de Change qui ont été tirées , Ec que les
Billets de Commerce , & les ventes de Marchandifes
en gros qui ont été faits & paffez entre
Marchands & Negocians pour la fomme de
Cinq cens livres & au deffus , payables en Ecritures
en Banque , anciennes ou nouvelles &
dont les termes de Payemens font échûs , avant,
ou depuis ladite publication , ou qui écheront
à l'avenir , foient payez en Efpeces d'or & d'argent
, fur le pied feulement de la valeur effective
qui aura été fournie pour avoir lefdites Lettres
de Change & Billets de Commerce , & pour le
prix defdites Marchandifes .
IV. Pour parvenir plus facilement à l'execution
du precedent Article , & établir , autant
qu'il eft poffible , une jufte égalité entre le Debiteur
& le Creancier ; Ordonne Sa Majesté.
qu'en cas de difficulté pour reconnoître la valeur
effective fur le pied de laquelle feulement
lefdites Lettres de Change , Billets de Commerce
& ventes de Marchandifes en gros devront
eftre payées & acquittées fuivant l'Article
precedent , il en fera fait évaluation cût
égard à ce que perdoient les Comptes en Banque
dans le tems que lefdites Lettres de Changeont
été tirées , & lefdits Billets de Commerce
ventes de Marchandiſes en gros faits & paflez,,
208 LE MERCURE
S
& ce par rapport aux Efpeces d'or & d'argent
du cours d'alors , à l'effet de quoy il fera nommé.
deux Negocians Banquiers ou Agens de Change,
l'un de la part du Debiteur , l'autre de la part
du Creancier , ou faute par l'un d'eux d'en nommer
, il en fera par le Juge nommé d'office
lefquels conviendront entre eux de ladite évaluation
, ou s'ils ne peuvent convenir il fera
noinmé un tiers par le Juge , & le Debiteur fera
tenu de payer au Creancier en Efpeces d'or ou
d'argent ayant cours , la fomme à laquelle la va-
Feur defdits Comptes en Banque reduite en atgent
, aura été fixée par ladite évaluation .
V. Les Emplois indiquez aux Porteurs & Proprietaires
des Comptes en Banque par l'Article
IV. de l'Arreft du 26 Decembre dernier , feront
faits & reçûs en la mapiere portée par ledit Article
, en acquifition de Rentes Viageres fur
les Aydes & Gabelles , de Rentes fur les Tailles
& autres impofitions , tant des Pays d'Elections
que des Pays d'Etats , créées par Edit du mois
d'Aouft dernier , ou d'Actions Réntieres fur la
Compagnie des Indes , dont Sa Majesté fera &
demeurera garante. Seront au furplus les Artieles
III. IV. & V. dudit Arreft du 26 Decem .
bre dernier executez felon leur forme & teneur .
Et fera le prefent Arreft lu , publié & affiché
par tout où befoin fera & fur iceluy toutes
Lettres neceffaires expediées.
›
Extrait des Regiftres du Conseil d'Etat.
Du 18 Janvier 1721.
EROY s'étant fait reprefenter en fou Con
feil l'Arrêt rendu en iceluy le 21 Avril
1720 , par lequel S. M. auroit commis Maître
Louis -Denys Longuet , cy-devant Payeur de la
DE JANVIER. 109
trente-deuxiéme Partie des Rentes de l'Hôtel de
Ville de Paris , pour faire le payement des Rentes
, dont les arrerages n'avoient point encore.
été reçus par les Rentiers , & ce jufqu au premier
Juillet fuivant : Et ordonné par le même Arrêtque
les trois Payeurs aufquels les rentes viageres
, dites Tontines , les Kentes purement viageres
, & les Rentes perpetuelles affignées fur les
Tailles & Recettes generales des Finances étoient
diftribuées , en continueroient le payement juf
qu'au dernier Juin de ladite année : Autre Arrêt
du Confeil du premier Juillet de ladite année ,
1720 , par lequel S. M. a prorogé jufqu'au
dernier Decembre , fuivant le delay porté par
l'Arrêt dudit jour 21 Avril précedent , pour re
cevoir le payement des arrerages qui reftoient
das de toutes les Rentes dudit Hôtel de
tant pour l'année 1719 , que pour les années
anterieures , en la forme & maniere prefcripte
par l'Arrêt dudit jour 21 Avril 1720 , ainfi qu'il
eft plus au long porté par lefdits Arrèts ; Et Sa
Majefté étant informée qu'il refte encore à payer
une partie confiderable defdites Rentes , fait par
rapport aux faifies , & autres empêchemens qui
fe font trouvez fur quelques unes d'icelles , foit
parce qu'aucuns des Rentiers qui demeurent
dans des Provinces éloignées , ou même hors du
Royaume , n'ont pas été inftruits à temps des
difpofitions de ces Arrêts : A quoy S, M..voulant
pourvoir & accorder encore un nouveau &
dernier delay , fuffifant aufdits Rentiers pour recevoir
les afrerages qui leur reftent dûs , tant
pour l'année 1719 que pour les années anterieures
, dont tous les fonds ont été faits. Ouy
le Rapport du Sieur le Pellelier de la Houffaye,
Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil de
Regence pour les Finances , Controlleur Gene- ,
ral des Finances , Sa Majeſté étant en lon Cons
"
ΠΙΟ LE MERCURE
>
feil , de l'avis de M. le Duc d'Orleans Regent , a
prorogé & proroge encore jufqu'au premier
jour de Juillet prochain les delays portez par les
précedens Arrêts , pour recevoir le payement,
des arrerages qui reftent dûs de toutes les rentes
fur l'Hôtel de Ville Tailles & Recettes
Generales des Finances , tant pour l'année 1719
que pour les années anterieures en la forme
& maniere prefcrite par l'Arrêt du Confeil dudit
jour 21 Avril 1720 , qui fera au furplus executé,
felon fa forme & teneur : Veut & entend S. M.
qu'après ledit jour premier Juillet prochain ,
ceux des Rentiers qui auront negligé de recevoir
, foient & demeurent dèchûs du payement
defdits arrerages.
>
ARREST du Confeil du 23 Janvier 1721 ,
par lequel S. M. ordonne que les Proprietaires,
des Offices & Droits fupprimez ; & les Crean
ciers des Communautez cy- devant établies fur
fur les Ports , Quays , Halles & Marchez de la
Ville de Paris , qui restent à rembourfer , feront
tenus de faire leurs diligences , pour obtenir
dans le premier Mars prochain , les Quitances de,
Finance du montant de leurs rembourſemens OL
moyennant quoy ils jouiront ; fçavoir , les Pro-.
prietaires defdits Offices & Droits fupprimez , des
interêts defdites Quittances de Finance fur le pied
du denier Cinquante , à compter du premier,
Janvier 1720. Et les Creanciers defdites Communautez
de Paris , des arrerages des rentes qui
leur feront conftituées fur le pied du denier
Quarante , à compter du premier, Juillet de la
dite année 1720 , le tout fuivant & conformément
audit Atrêt du 12 Octobre dernier ; pallé
lequel jour premier Mars prochain , & jufqu'au
premier Avril fuivant , les Proprietaires defdits
Offices & Droits , & Creanciers des Commu
DE JANVIER, 111
autez de Paris , dont les Quittances de Finance
fe trouveront expediées dans le courant dudit
mois de Mars inclufivement , feront feulement
payez defdits interêts & arterages , à comptr
du premier Janvier de la prefente année ; &
après lefdits delays expirez , Veut & ordonne
S. M. que lesdits Proprietaires d'Offices & Droits
fupprimez ; & Creanciers defdites Communautez
ne jouiffent defdits interêts ou arrerages que du
jour des Quittances de Finance qui leur feront
expetiées ; Et fera le prefent Arrêt lû , publié
& affiché par tout où beſoin ſera , à ce que perfonne
n'en ignore.
MORTS DE PARIS.
MU
Effire Efprit Juvenel de Harville des
Urfins , Marquis de Traifnel , Lieurenant
General des Armées du Roy , mou
rut le 9 Novembre 1720 , laiffant pour
fils Efprit Juvenel de Harville des Urfins ,
Marquis de Traifnel , Enfeigne des Gendarmes
de la Garde du Roy , qui à épousé
en May 1717 Louife - Magdelaine le Blanc,
fille unique de Meflire Claude le Blanc
Miniftre & Secretaire d'Etat , & c. & de
Dame Magdelaine Petit de Paffy.
Dame Magdelaine Pauline Gaudemer ,
Epoufe de Meffire Philippe de Voluire ,
Comte de Ruffec , mourut en couches le
25 Decembre , âgée de 19 ans .
Mr. Buiffon , Colonel d'un Regiment
Suiffe , l'un des plus anciens Brigadiers deş
$ 12 LE MERCURE
Armées du Roy , & d'une des premieres &
des plus confiderables familles de la Republique
de Geneve , eft mort d'apoplexie
à fon Regiment à Avefnes le premier de
ce mois ; il eft generalement regretté à
caufe de fon merite , ayant donné en plufieurs
occafions des marques de fa valeur
& de fon experience dans la Guerre ; s'étant
acquitté avec beaucoup d'honneur &
de diftinction des differens commandémens
importans dont il avoit été chargé.
Dame Therefe Fontaine , Epoufe de
Meffire Felix Aubery , Marquis de Vatan ,
Maître des Requêtes , mourut en couches.
le 2 Janvier 1721. âgée de 19 ans.
Meffire Laurent Claude Huet , Seigneur
d'Arlon , Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , ancien Capitaine de Cavalerie , &
Maître des Comptes de Normandie , mourut
le 2 Janvier.
Melfire Jean Hervieu - Bazan de Flammenville
, Evêque de Perpignan , y mou-.
fut les de ce mois .
Dame, Louife Leontine Jacqueline de
Bourbon , Princeffe de Neuchaſtel & de
Vallengin en Suiffe , Comteffe de Dunois ,
de Chaumont & de Noyers , Baronne de
Lucheux , de Bonnétable & de Baugé ,
Dame de Coulomiers , Bonneüil , Beauquefne
, Ayraines , &c . Epoufe de Melfire
Charles Philippe d'Albret , Duc de Luynes
&
DE JANVIER. 113
& de Chevreule , Pair de France , Comte
de Monfort & de Tours , Baron de là
Rochecourbon , Samblancey , Saint Miehel
, & c. mourut le 11 Janvier , âgée de
24 ans , laiſſant pofterité. Elle étoit fille
unique de Louis Henry de Bourbon
connu fous le nom du Chevalier de Soif
fons , & d'Angelique Cunegonde de Mont
morency-Luxembourg.
Meffire Pierre Bouchart , Ecuyer Sieur
de Contremoulins , Bloffeville , & autres
lieux , eft mort à Rouen le 12 Janvier
1721 , âgé de 77'ans , avec de grands fentimens
de pieté qui ont édifié toutes les
perfonnes qui l'ont vu dans fa maladie. Il
eft mort garçon , & avoir paffé la plus
grande partie de fa vie au ſervice du Roy
dans le Regiment de Normandie : Il y
avoit déja du tems qu'il y étoit Capitaine t
des Grenadiers , lorfque fes infirmités l'óbligerent
de s'en retirer . C'étoit une des
perſonnes du monde la plus exacte fur les
loix de l'honneur & de la juftice , qui n'a
jamais fouffert que fes Soldats ni fes Do
meftiques fiffent le moindre rort aux Ha
bitans des lieux par où ils paffoient . Com
me il avoit toujours aimé l'étude , & qu'il
étoit doüé d'une prodigieufe meinoire , il
avoit fait de fi grands progrès dans les
Sciences , qu'il a donné des avis fört utiles
aux plus fçavans Ecrivains de notre
K
114 LE MERCURE
fiecle , qui lui en ont marqué leur recon--
noiffance par leurs Lettres.
Mellire Jean François Paul Péan, Seigneur
de Rouvre , Treforier de France à Paris ,
mourut le 22 Janvier.
Meffice Pierre- Daniel Huet, ancien Evêque
d'Avranches, fous Precepteur de Monfeigneur
le Dauphin , & Doyen de l'Academie
Françoife , mourut le 25 Janvier
1721 , dans la Maiſon Profeffe des Jefuites
de Paris , âgé de 87 ans..
Madelaine - Armande du Cambout &
Coiflin , Veuve de Maximilien- Pierre-
François-Nicolas de Bethune Duc de Sully,
Pair de France , Prince d'Enrichemont ,.
mourut le 30 Janvier , âgée de 47 ans.
MORTS ETRANGERES..
MA
Agdelaine Julienne , fille de Jean-
Charles de Baviere , Prince de Birkenfeld
, née le 21 Fevrier 1686 , qui
avoit épousé le 26 Novembre 1704 Joachim
Frederic Prince de Holftein Plaen .
mourut le 5 Novembre 1720 , âgée de
34 ans , laiffant pofterité.
My
94
Michel Pons & Mendoza , Lieutenant :
General des Armées du Roy d'Espagne ,
mourut le Decembre..
Marcel Sacheti , Commandeur de Monaffiafcone
, & Ambaffadeur de la Religion
DEJANVIER. 115
de Malthe à Rome , y mourut le 8 Decembre
, âgé de 78 ans.
Dominique Comte d'Arco , mourut à
Vienne le 10 Decembre , âgé de 60 ans.
Comte de Volckra , Evêque de Velprin
dans la Baffe Hongrie , mourut le...
Decembre
Dom André de Medrano , Comte de
Torrubia , du Confeil & Chambre de
Caftille , mourut à Madrid le Decembre ,
âgé de 66 ans.
NAISSANCE..
La Princeffe époufe du Duc Erneſt Au--
gufte Duc de Saxe Weymar , accoucha les
5 Decembre d'une Princeffe.
MARIAGES.
Charles de Fairfax , fils unique du Vi
comte de ce nom , époufa le 5 Novembrela
Vicomteffe doüairiere de Dumbar , fille
aînée du Lord Clifford.
Maximilien Prince de Heffe - Caffel ,
époufa le 30 Novembre N. Princeffe de-
Hefle d'Armftad.
CHARGES ET DIGNITEZ..
Le Decembre le Roy d'Efpagne nomma
Lieutenant General de les Armées
Kij
116 LE MERCURE
7
Dom Dominique Luquefi , Marêchal de
Camp.
Dom Juan de Carvajal - Lancaſtre , Ço--
lonel , fut nommé Brigadier..
Sa Majeſté donna le Regiment d'Infan--
terie de Milan à . Dom Godefroy. Caëtan ,
Lieutenant Colonel.
La Licutenance- Colonelle du Regiment
de Cavalerie d'Alcantara , à Dom Jofeph
de Bay de Boufecourt , Lieutenant - Colonel..
Celui de Cavalerie de. Bravante , au
Capitaine . Dom Diego de Alcega.
Celui d'Infanterie des Afturies , à Doms
Michel-Auguftin Carreno , Lieutenant-
Colonel..
La Lieutenance de Roy de Cartagene à
Dom Jofeph Louis de Guzman , Major de
la même Place..
Et le degré de Lieutenant - Colonel de-
Dragons , au Capitaine François Vizconde :
de Erenaus ..
Sa Majefté nomma auffi à l'Evêché de
Cadix Dom Philippe de los Tueros.
Et à celui de Ciudad - Rodrigo , le Pere
Gregoire Tellez , Religieux de l'Ordre do
Saint François.
Le Decembre
le Pape donna là Commanderie
de Montefalcone
, à Dom
Alexandre
Albani , fon neveu.
Nomma Auditeur dé Rote , à la place
du feu Sieur Aufaldi , le Sieur Crifpoldo
Clerc de Chambre..
DE JANVIER.
117
Et nomma Clerc de Chambre le Sieur
Hierôme Viendetto ..
Le Decembre l'Empereur nomma Con
feiller d'Etat N. Comte de Collonitz Evêque
& Prince de Vienne , qui en prêta
ferment le 17 du même mois .
Donna à Frederic Comte de Lantieri
Sergent General qui fervoit depuis 34-
ans en Hongrie , dans l'Empire , & en
Sicile , le Regiment de Cuiraffiers , vacant
par la mort de N. Stella , Comte de Sainte-
Croix.
Et à N. Comte d'Aversberg le Gouvernement
de Manfredonia , place du Royaus
me de Naples , avec le titre de General
de Bataille..
Le Decembre le Roy de Dannemarck .
lonna au contre- Amiral Schindel , la Charge
de Vice- Amiral , vacante par la mort
du Sieur Tordenschild.
Le Decembre le Roy de Pologne don
na la Charge de Châtelain de Polnanie au .
Sieur Roninski , Echanfon..
Et celle d'Echanfon, au Sieur Koyanicki .
NOMINATION AUX EVECHEZ.
Le 8 Janvier 172r le Roy nomma à
l'Archevêché de Vienne, vacant par la mort
de M. François de Begron de Crillon , M..
Henry Olwald de la Tour d'Auvergne ,
*18* LE MERCURE
Abbé de Conches , de Redon , & de Clu
ny, qui avoit été nommé à l'Archevêché
de Tours en Novembre 1719 .
Sa Majefté donna fur cet Archevêché
une penfion de 1200 livres à
M. Louis Cherubin le Bel , Evêque de
: Bethleem .
Et une de 600 à l'Abbé de Maupertuis.
A l'Archevêché de Tours , vacant par la
promotion de M. de la Tour d'Auvergne
à l'Archevêché de Vienne , M. François-
Bloüet de Camilly , Evêque de Toul depuis
1704 , Abbé de Valricher & de Saint :
Pierre fur Dive.-
A l'Evêché de Châlons fur Marne , va
cant par la mort de M. Jean - Baptifte.
Louis Gafton de Noailles , Meffire Nicolas
Charles de Saulx de Tavannes , Abbé de
Montbenoift , & Grand Vicaire de Pontoile.
A l'Evêché de Grenoble , vacant par la
mort de M. Ennemond Alleman de Monte
martin , M. Paul de Chaulnes , Evêque
de Sarlat depuis 1701 , & Abbé de Peſſân . -
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 3000 livres au Chevalier de
Kermoifan..
&
Et une de 2000 ? au Chevalier de
Marcieux .
A l'Evêché de Verdun , vacant par li
mort de M. Hippolyte de Bethune , M.
DE JANVIER.
Charles -François de Hallencourt de Dromefni
, Evêque d'Autun depuis 1710 ,
Abbé de la Charité & de Homblieres.
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 4000 livres au Chevalier de
Lorraine
Une de 3000 au Chevalier de Conflans ..
Une de 3000 au Sieur Gendron.
Une de 1500 à l'Abbé de la Grand- -
coure.
Une de rooo à l'Abbé de Machault.
Une de 600 à l'Abbé Soulet.
Et une de 400 à N. de l'Epine ..
A l'Evêché de Coutances , vacant par la
mort de M. Charles - François de Lomenic
de Brienne , M. Leonor de Matignon.
A l'Evêché de Perigueux , vacant par las
mort de M. Pierre Clement , M. Michel
Pierre d'Argouges , Abbé de Jouy.
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 3000 livres au Chevalier de
Lauzieres.
Et une de 1000 à l'Abbé d'Epinay.
A l'Evêché de Laitoure , vacant par la
mort de M. Louis d'Illiers d'Entragues ,
Meffite Paul Robert Hertault de Beaufort.
"
Sa Majesté donna fur cet Evêché une
penfion de 1200 livres à l'Abbé Bauhin..
Une de 1200 à l'Abbé Gallet.
Une de 1000 à M. André de Leftang, »
3
IZO LE MERCURE
Docteur de Sorbonne.
Une de 600 au P. Lardy , Religieux.
de la Mercy.
Et une de 1000 au P. Miramont ,
Feuillant
A l'Evêché de Mirepoix , vacant par la
mort de M. Pierre de la Broue , M.
de Maniban , Abbé de Cendras , & grand
Vicaire de. Tolafé.
A l'Evêché du Puy , vacant par la morta
de M. Claude de la Roche- Aymon , M.
de Conflans ..
A l'Evêché de Saint Brieu , vacant par
la mort de M. Louis de Fretat de Boiffieu,
M. Pierre Guillaume de la Vieuxville ',
Grand Vicaire de Nantes ..
A l'Evêché d'Autun , vacant par la
promotion de M. Charles de Hallencourt
de Drolmeul à l'Evêché de Verdun
M. de Moncley , Grand Vicaire de Be--
fançon..
A l'Evêché de Sarlat , vacant par la promotion
de M. Paul de Chaulnes à l'Evêché
de Grenoble , M. Jofeph Alfonfe de
Valebelle , Aumonier du Roy.
A l'Evêché de Toul , vacant par la pro
motion de M. François Blouet de Camilly,
à l'Archevêché de Tours , M. Scipion Jerôme
Begon , Abbé de Saint Germer de
Flaix , & Grand Vicaire de Beauvais
A l'Evêché d'Alaix , vacant par la promotion
DE JANVIER . 121
motion de M. Louis François Gabriel de
Henin- Lietard à l'Archevêché d'Ambrun
M. Charles de Bannes d'Avejan.
Et à l'Evêché de Glandeves , vacant par
la mort de M. Cefar de Sabran , M. Dominique
Laurens de Berton de Crillon.
ABBATES DONNE'E S.
Le Roy donna l'Abbaye de Hautvilliers,
Ordre de Saint Benoift , Dioceſe de Reims,
vacante par la mort de M. de Noailles ,
Evêque de Châlons , à M. Jean- Philippe
d'Orleans , Grand Prieur de France , &
General des Galeres.
Celle de Saint Evroult , Ordre de Saint
Benoist , Diocefe de Lizieux , vacante par
la mort de M. d'Afpremont , Comte de
Reckem , Chanoine de Strasbourg , à M.
N. de Saint Albin , Abbé de S. Ouën de
Rouen , & Coadjuteur du Prieuré de Saint
Martin des Champs.
Sa Majefté donna fur cette Abbaye
une penfion de 1200 livres à M. de
Buat , Confeiller au Parlement de Metz.
Et une de 1500 à M. N. de la Broize ,
Docteur de Sorbonne.
Celle de Savigny , Ordre de Cîteaux ,
Dioceſe d'Avranches , vacante par la mort
de M. Gaultier , à M. Jean- Baptifte Maffillon
, Evêque de Clermont.
L
122 LE MERCURE
Celle de Montmorel , Ordre de S. Au--
guftin , Diocele d'Avranches , vacante par
la mort de M. N. de Beauvais , Doyen des
Confeillers - Clercs du Parlement de Rouen,
à M. Henry Xavier de Belfunce , Evêque.
de Marfeille .
Celle de Belleperche , Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Montauban , vacante par la
mort de M. David Nicolas Berthier , Evêque
de Blois , à M. Charles- Gafpard Guillaume
de Vintimille du Luc , Archevêque
d'Aix .
Celle de S. Gilles , Ordre de S. Benoist,
Diocefe de Nifmes , vacante par la mort de
M. le Goulx de la Berchere , Archevêque
de Narbonne , à M. Jacques- Antoine Phelypeaux
, Evêque de Lodeve.
Sa Majesté donna fur cette Abbaye
une penfion de 1000 livres à M. N. le
Clerc.
Et une de 800 à M. N. Piquelée.
Celle de Noaillé , Ordre de S. Benoift ,
Diocefe de Poitiers , vacante par la démiſfion
de M. le Cardinal de Biffy , Evêque
de Meaux , à M. Poncet de la Riviere ,
Evêque d'Angers.
Sa Majefté donna fur cette Abbaye
une perfion de 2000 livres à M. N. de
Thyard , Comte de Biffy.
Celie de Saint Pierre de Châlons fur
Saone , Ordre de Saint Benoift , vacante
DE JANVIER. 123
par la mort de M. Charles Andrault de
Maulevrier de Langeron , à M. Charles
Alexandre Filleul de la Chapelle , Evêque ..
de Vabres.
Celle du Mont Saint Michel , Ordre de
S. Benoist , Dioceſe d'Avranches , vacante
par la mort de M. N. Karg , Chancelier
de P'Electeur de Cologne , à M. N. de
Broglio , Agent du Clergé , Abbé des
Vaux de Cernay & de Baulme.
Sa Majesté donna fur cette Abbaye
une penfion de 1500 livres à M. Ñ.
Huvet.
Et une de 6000 à M. N. de Rottembourg
, Envoyé de Sa Majefté près le
Roy de Pruffe.
› Celle de Saint Florent de Saumur , Ordre
de Saint Benoit , Diocefe d'Angers , va
cante par la mort de M. Berton de Crillon
, Archevêque de Vienne , à M. N.
de Thyard de Biffy , frere du Cardinal .
Sa Majefté donna fur cette Abbaye
une penfion de 2000 livres à M. Ň.
Chevalier de Biffy, neveu de ce Cardi,
nal.
1
Et une de pareille fomme de 2000 à
M. N. Babin, Chanoine de l'Eglife d'Angers.
Celle de S. Crefpin le Grand , Ordre de
Saint Benoit , Diocefe de Soiffons , vacante
par la mort de M. Joteph Brunet ,"
I ij
124
LE MERCURE
·
Docteur de Sorbonne , à M. N. Comte.
de Poitiers , Prevoft de l'Eglife de Liege.
Celle de Barbeaux , Ordre de Citeaux ,
Diocefe de Sens , vacante par la mort de
M. N. d'Afpremont , Comte de Rekem ,
Chanoine de Strasbourg & Abbé de Saint
Evroult , à M. N. de Canillac , Comte de
Lyon.
Celle de Bonnevaux . Ordre de Cîteaux,
Diocefe de Vienne , vacante par la mort
de M. N. Carpinel , à M. N. de Montmorin
de Saint Herem.
Celle d'Oliver , Ordre de Cîteaux , Dio .
cefe de Bourges , vacante par la mort de
M. N. Gaultier , qui étoit auffi Abbé de
Savigny , à M. N. de Fiennes.
Celle de Saint Maur fur Loire , Ordre
de Saint Benoift , Dioceſe d'Angers , vacante
par la mort de M. N. Martineau
à M. Charles-Louis de Froullay , Comte
de Lyon , Aumônier du Roy,
?
Celle de Beaupré , Ordre de Cîteaux ,
Dioceſe de Beauvais , vacante par la mort
de M. de Bethune , Evêque de Verdun ,
à M. N. Courtaruel de Pezé .
Celle de Lagny . Ordre de Saint Benoist,
Diocefe de Paris , vacante par la mort de
M. le Cardinal de la Tremoille , à M.
Jacques Alain de Gontaut , Doyen de
L'Eglife de Paris , & Abbé de Saint Ambroile
de Bourges,
DE JANVIER. 125
Celle de Ham , Ordre de Saint Auguftin,
Diocefe de Noyon , vacante par la mort
de M. Humbert Ancelin , ancien Evêque
de Tulles , au Commandeur de Chasteauthiers.
Celle de Bolbonne , Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Mirepoix , vacante par la
M. le Chevalier de Langeron .
" Celle de Manlieu Ordre S. Benoiſt
Diocéfe de Clermont , vacante par la mort
de Mellire N. de Beauverger de Montgon,
Comte de Brioude & Abbé d'Iffoire , à
M. le Chevalier de Laval.
Celle de S. Germain d'Auxerre , Ordre
S. Benoist , vacante par la mort de M. de
Lomenie de Brienne Evêque de Coutances
, à M. N. Charpin des Halles
Abbé de la Seauve- majeur
,
Celle de Marfillac , Ordre S. Benoift ,
Diocefe de Cahors , vacante par la mort
de M.N. d'Eſcorbiac, à M. N. de Simiane.
Celle de la Reau , Ordre S. Auguftin ,
Dioceſe de Poitiers , vacante par la mort
de M. N. le Bourg de Montmorel , à M. N.
de Saveufe.
Le Roy donna fur cette Abbaye une
penfion de 1000 liv. à M. N. le Bourg
de Montmorel
Celle de Veermand, Ordre de Premontré,
Diocefe de Noyon , vacante par la mort
Liij
1161
LE MERCURE
de M. N. de Lignieres , à M. de Segur.
Celle de Mortemer, Ordre de Citeaux ,
Dioceſe de Rouen , vacante par la demiffion
de M. Bouthillier de Chavigny Archevêque
de Sens , à M. de lá Fare ..
Celle de l'Abfit, Ordre S. Benoift , Diocefe
de la Rochelle , vacante par la mort de
M. N. Moreau , à M. Charles Emanuel
de la Vieuville , Aumônier du Roy.
Sa Majesté donna fur cette Abbaye
une penfion de 800 liv . à M. N. Mouf
fard.
Et une penfion de 700 liv. à M. N.
Corel du Clos , Chanoine de S. Merry.
Celle de Blanche , Ordre de Citeaux ,
Diocefe de Luçon , & le Prieuré de Saint
Philbert de Noirmoutier , vacaps par
Ja
mort du Cardinal de la Tremoille , à M.
N. Lanti.
Celle de Chatrices, Ordre S. Auguftin,
Dioceſe de Chaalons fur -Marne , vacante
par la mort de M. N. du Rofel , à M. N.
de Caulet , Aumônier du Roy , fils de M.
N. de Caulet Preſident à Mortier au Parlement
de Toulouſe.
S. M. donna fur cette Abbaye une
penfion de 1500 liv . à M. N. de Saint-
Gery.
la
Celle de Montfort , Ordre S. Benoist ,
Diocefe de Saint- Malo , vacante par
mort de M. d'Obeilh Evêque d'Orange
M. N. de Marbeuf..
DE JANVIER. 127
C
Celle de S. Liguaire , Ordre S. Benoift,
Diocefe de Saintes , vacante par la mort
de M. N. de Berton de Crillon Archevêque
de Vienne , à M. N. de la Fare Lopis .
S. M. donna fur cette Abbaye une
penfion de zooo liv. au Chevalier de
Fourbin.
Čelie de Soreze
و ن
Ordre S. Benoist
Diocele de Lavaur ; vacante par la mort
du Cardinal de la Tremoille , à M. N.
de Ceilles de Rocozel.
و -Celle Duvieil , Ordre de Premontré
Diocle d'Acqs , vacante par la mort de
M. N. d'Efquille , à M. N. de Navailles.
Celle de S. Wilmer , Ordre de S. Auguftin
, Diocefe de Bologne , vacante par
la mort de M. N. Geneft , à M. N. de
Chaftener.
Celle de Tourtoirac, Ordre S. Auguftin ,
Dioceſe de Périgueux , vacante par la mort
de M. N. Vincenot , à M. N de Brufac.
Celle de S. Cyprien de Poitiers , Ordre
S. Benoist , vacante par la mort de M. det
Lomenie de Brienne , Evêque de Coutances
, à M. N. de Garembourg .
Celle de S. Vincent du Bourg , Ordre
S. Auguftin , Diocefe de Bordeaux , vacante
par la mort de M. N. Efliffagaray ,
à M. N. Boulanger.
Celle de Blafimont , Ordre S. Benoist ,
Diocefe de Bazas , vacante par la mort de
Liiij
128 LE MERCURE
M. Jean Binet , Docteur de Sorbonne , à
M. N. de Villefroy.
Celle de la Clarté Dieu , Ordre de
Citeaux , Dioceſe de Tours , vacante pat
la mort de M. N. Ayınar du Parron
M. N. de la Harteloire .
›
Celle de S. Cyran , Ordre S. Benoist,
Dioceſe de Bourges , vacante par la mort
de M. de Bargede , Evêque de Nevers , à
M. N. Perrot , Instituteur du Roy , &
Prieur du Mont-aux- Malades de Rouen..
Celle de Saramond , Ordre S. Benoit ,
Dioceſe d'Auch , vacante par la mort de
M. N. du Val , à M. N. Boivin de Vaurouy.
Celle de la Victoire, Ordré S. Auguftin ,
Dioceſe de Senlis , vacante par la mort
de M. d'Aubigny , Archevêque de Rouen ,
à M. Jean-Baptifte du Moutier , Pricur
d'Huriel , Aumônier de M. le Duc de
Bourbon , & cy-devant fon Instituteur
qui remit l'Abbaye de S. Sauveur de Blaye..
S. M. donna fur cette Abbaye une
penfion de 3000 liv. au Chevalier de
Dampierre.
Celle de Bellefontaine , Ordre S. Benoift
, Dioceſe de la Rochelle , vacante.
par la mort de M. d'Illiers d'Entragues ,
Evêque de Clermont , à. M. N. Maréchal,
Confeiller au Parlement.
Celle de S. Sauveur de Blaye , Ordre
DE JANVIER. 129
>
va-
S. Auguftin , Diocefe de Bordeaux
la démiffion. dudit fieur du Mou
cante par
ier , à M. N. de Tilly.
Celle de Charon , Ordre Citeaux , Diocefe
de la Rochelle , vacante par la mort
de M. N. Ferries , à M. N. Raguet.
9
Celle de Mafdion , Ordre S. Benoift
Dioceſe de Saintes , vacante par la mort
de M. Bernard Belot d'Arche , à M. N.
Bridel.
Celle de Fontmorigny , Ordre Citeaux,
Diocele de Bourges , vacante par la mort
de M. Gilbert Flaman, à M. N. de Viantais .
Celle de Morigny , Ordre S. Benoiſt ,
Dioceſe de Sens , vacante par la mort de
M. Philippe Malet , à M. N. le Befgue de
Majainville , Chanoine de Chartres..
Celle de la Nouë , Ordre de Citeaux ,
Dioceſe d'Evreux , vacante par la mort de
M.l'Abbé Antoine, à M. N. Deſnotz.
Celle de Lannoy , Ordre de C. Dioceſe
de Beauvais , vacante par la mort de M.
Charles le Bourg de Montmarel , à M. N.-
de Favancourt..
Celle de Bonlieu , Ordre de C. Dioceſe de:
Bordeaux , vacante par la mort de M. Bernard
Belot d'Arche , à M. Gilles Goüault ,
ancien Chapelain du Roy.
Celle de Valence , Ordre de C. Diocefe:
de Poitiers , vacante par la mort de M. N.-
le Sage , à M. N. Nerot
110 LE MERCURE
t
Et celle de Mouftier Saint- Jean , Ordre
S. Benoit , Diocefe de Langres , vacante
par
la mort de M. l'Abbé de Langeron ,
à M. Louis de Thefu , Abbé de S. Pere
en Vallée , & de S. Martin de Pontoife ,
Secretaire des Commandemens de S. A. R.
Monteigneur le Duc d'Orleans.
Quelques jours aprés le Roy donna
P'Abbaye d'Iffoire , Ordre de S. Benoit ,
Dio ete de Clermont , vacante par la mort
de M. N. de Beauverger de Montgon , à
M. N. de Lair , Doyen & Grand Vicaire
de Clermont.
Celle de la Nouvelle Notre - Dame de
Gourdon , Ordre de C. Diocefe de Cahors,
vacante par la mort de M. N. Henault ,
à M. N. Baillot , Curé de S. Michel de
Limoges.
Celle de S. Georges des Bois , Ordre
S. Auguftin , Diocefe du Mans , vacante
par la mort de M. N. le Boffu de Charenton
, à M. Dominique- François Hamon
des Roches.
Celle de Sauve , Ordre S. Benoift, Diocefe
de Nifmes , vacante par la mort de
M. N. de Merez , à M. N. de Vallory.
Et celle de Fontenay , Ordre S. Benoiſt,,
Dioceſe de Bayeux , vacante par la démiffion
de M. Huet Ancien Evêque d'Avranches
, à M. N... fon neveu.
• DE JANVIER .
13F
LE Lundy vingt- nenviéme Decembre la
Mufique du Roy jointe à l'Academie
Royale de Musique & les Comediens du Roy
reprefenterent pour la premiere fois fur le
grand Theatre des Tuilleries , là Comedie
intitulée Cardenio , ornée d'un Prologue &
de trois Interme des de Danfes & de Mufique.
Le Samedy quatrième Janvier la feconde
repreſentation de la même Comedie & du
Ballet fut executée , ainsi que le Mercredy
buitiéme , & le Samedy onzième , le Lundy
treiziéme les Comediens François joue ent
la Comedie de Dom Japhet d'Armenie de
Scaron, le precedent Ballet que l'on avoit
ajusté dans les Intermedes de cette Piece ,
y fut danjé , ce qui fut continue le Samedy
dix huitiéme ; & le Lundy vingtiéme les
Comediens Italiens repreſenterent pour la
premiere fois une Piece nouvelle , intitulée
Endimion , on l'Amour vangé , dans laquelle
on avoit incorporé les Entrées du Ballet,
& le Lundy fuivant vingt-fept on en fit
une feconde reprefentation . Le Roy a danſé
dans toutes ces Repreſentations , & a fait
l'admiration & l'empressement de toute la
Cour & de la Ville , la grande Salle ayant
toujours été remplie de tout ce qu'il y a de
perfonnes diftinguées , & tout s'y étant paffé
aves beaucoup d'ordre & de magnificence :
151 LE MERCURE
·
L'on continuëra encore tout le reste du Cat
naval à ajuster ce Ballet à differentes Pieces,
tant Françoifes qu'Italiennes. Comme Endimion
est une Paftorale Italienne , on nous
- Sçaura peut - être gré de donner l'Argument
des Scenes de cette Piece en faveur de ceux
qui n'entendent pas l'Italien.
ARGUMENT
DES SCENES
DE LA PIECE.
ACTE PREMIER.
Lé Theatre reprefente un Bois.
L
'AMOUR picqué des mépris que"
Diane a pour lui , témoigne fon
reffentiment , & dit qu'il vient exprès
dans ce lieu pour fe vanger de la
Déeffe , & la voyant venir , il fe retire à
l'écart pour entendre fes difcours. Diane
accompagnée de la Nymphe Aurille , de
Violette , d'Arlequin & de fa fuite , prefcrit
une loi rigoureufe contre l'Amour , &
impofe pour punition , la perte de la vie
à ceux ou celles qui donneront un afle à
DE JANVIER. 133
A
ce Dieu. Tous promettent authentiquement
d'executer les ordres de la Décffe ;
Arlequin fur tout paroît ferme dans fa
refolurion , infulte l'Amour par des brocards
injurieux , & promet à Diane d'être
toujours loumis à les loix. Après cette
Scene , Diane fe retire avec fa fuite . -- Arlequin
refte feul avec Violette qu'il a aimée
, & lui dit avec fermeté qu'il faut
oublier le paffé , & obéir prefentement aux
ordres de Diane , qui eft l'ennemie declarée
de l'Amour. Violette qui ne peut foufcrire
à cet arrêt , fait les efforts pour
attendrir Arlequin , qui la rebute comiquement
: Violette ajoûte qu'ils peuvent
s'aimer en fecret & tromper la Déeffe.
Arlequin à cette propofition paroît épouvanté
, & fait plufieurs jeux de Theâtre
pour marquer fa frayeur. Violette rentre ,
après lui avoir reproché fa cruauté. -- Arlequin
refte , menace l'Amour qui s'approche
de lui , & qui fans être vû répond à
fes injures. Arlequin ne l'écoute plus , &
dit qu'il meurt de faim , & qu'il eft
au defefpoir de n'avoir pas de quoi manger.
L'amour lui répond que bien- tôt il
aura de quoi manger , mais qu'il ne lui
fera pas permis de contenter fon appétit ,
& qu'il lera battu . Arlequin dit qu'il ne
craint point un fi mauvais fort . Sur ces
entrefaites arrive -- un Valet tenant un
•
)
134 LE MERCURE'
pâté & une bouteille ; il prie Arlequin
de lui enfeigner la maifon de Monfieur
le Docteur Lanternoni Medecin du Païs ,
auquel il porte ce prefent de la part de
fon Maître Arlequin pour avoir le pâté
& la bouteille , dit qu'il eft le Docteur ;
à quoi le Valet répond qu'il n'en croit
rien , & qu'il fçait fort bien que le Docteur
eft habillé de noir , l'ayant entendu
dire à fon Maître. Vous avez raiſon , repart
Arlequin , j'ai voulu me divertir , & 1
il entre pour faire venir le Locteur. Le
Valet pendant ce tems- là boit un verre de
vin : Arlequin revient avec la robe & le
chapeau du Docteur ; & dans le tems qu'il
veut lui donner le pâté & la bouteille ,
88
Scaramouche afrive , & demande au
Valet s'il connoît le Docteur : le Valet
répond , le voici , en montrant Arlequin.
Scaramouche le prenant pour le Docteur
le maltraite , pour avoir , à ce qu'il dit ,
donné un remede à fa Maîtreffe , qui ne
l'aime plus depuis qu'elle l'a pris. Arlequin
embarraffé , ne tçait s'il doit fe découvrir
la crainte qu'il a de perdre le
pâté , l'engage à foûtenir la fourberie :
Scaramouche lui donne des coups de bâton
, & s'en va . Arlequin paroit tout
joyeux d'avoir été battu , & s'applaudit
des coups de bâton qu'il a reçus , en faifant
reflexion qu'ils lui valent un pâté :
DE JANVIER. 135
--
2
le Valet le lui donne , & s'en va . Arlequin
met le pâté fur une table, comptant
de faire bonne chere : lorfqu'ilveut boire ,
il ne trouve que de l'eau ; quand il veut
manger , il ne peut ce qui l'oblige à fe
defelperer , & à jetter la table & tout ce
qui eft deffus , & s'en va. -- Endimion avec
fon chien , tenant un dard rompu , fait un
monologue ; & fe trouvant fatigué de la
chaffe , s'abandonne au fomineil , & commet
à fon chien le foin de le garder . A
peine le Berger eft - il endormi , que fon
chien profite de la liberté qu'il lui a laiſſée,
& qu'il quitte fon Maître. -- Diane apperçoit
ce Berger endormi . L'Amour :
caché lance un trait , & bleffe la Déeffe
qui devient tout à coup amoureufe d'Endimion
: elle voit fon dard rompu , fubftitue
le fien à la place de l'autre qu'elle
emporte . -- Arlequin furvient ; & voyant
Endimion endormi , il lui prend envie de
vifiter la pannetiere du Berger : ce qu'il
execute auffi - tôt , & vole tout ce qu'il y
trouve. Après un grand jeu de Theatre
de la part d'Arlequin , qui s'empare auffi
du dard que Diane a laiffé , -- Aurille
paroît , qui charmée de la beauté du dard .
qu'Arlequin tient entre fes mains , l'oblige
de lui en faire un prefent. Arlequin preffé
par la Nymphe lui donne le dard , & la
fait enfuite jurer par le nom de Diane ,
136 LE MERCURE
qu'elle ne dira jamais l'avoir reçu de luig
afin , à ce qu'il ajoûte , qu'on ne puiffe
l'accufer d'avoir fait ce larcin : la Nymphé
jure par le nom de Diane , qu'elle gardera
de fecret : Arlequin fe retire tout
joyeux. -- Aurille refte , & appercevant
P'Amour , elle le reconnoît : l'Amour lui
dir d'un air d'affurance , que puifqu'elle
s'eft vantée de combattre contre lui , il
eft temps d'accomplir fa promeffe : il fe
cache derriere Endimion endormi , bleffe
la Nymphe , & le retire tout glorieux de
fa nouvelle conquête. Aurille épriſe d'Endimion
, déplore la perte de fa précieufe
liberté. Endimion le réveille ; & après
avoir inutilement cherché fon chien & fon
dard , il apperçoit la Nymphe qui lui
donne celui qu'elle a reçu d'Arlequin , &
qui rentre en laiffant échaper un foupir.
- .
Arlequin vient dire à Endimion que
Diane a fait avertir toutes les Nymphes
& les Bergers des Campagnes voifines de
fe raffembler dans fon Palais , où elle
doit recevoir les homages de diverſes Nations
qui viennent pour obéir à fes Loix
& promettre authentiquement de fe foumettre
à fes ordres . Endimion & Arlequin
partent pour le rendre au lieu
afligné.
J
ཡིག་ཏུ།
La
4 137
DE JANVIER.
La Scene repreſente le Palais de DIANE.
DIANE , AURILLE , NYMPHES ,
BERGERS enfuite arrivent ENDIMION
& ARLEQUIN . Diane fe fied
& ordonne que l'on ouvre , & qu'on
laiffe entrer les Nations Etrangeres les
QUADRILLES entrent , & faluent Diane.
On dare , & le premier Acte finit.
ACTE SECOND.
ATYRE outré de la refiftance
Sd'Aurille , qu'il aime fans efpoir , jute
de la punir de fa cruauté , & de ſe vanger
des mépris rigoureux de cette Nymphe
, qui s'eft plufieurs fois échappée de
fes mains. --Aurille , fans appercevoir cet
Amant outragé , s'entretient de fa nou?
velle paffion : Satyre s'approche , il lat
faifit auffi - tôt par la treffe de fes cheveux ,
& veut la forcer à le fuivre. Aurille aprèsl'avoir
inutilement prié de ne point ufer
de violence , fait éclater contre luy fes
tranfports furieux. Satyre , que les injures
de la Nymphe animent davantage ,
veut à toute force l'emmener : elle fe
défend. Satyre perfeverant toûjours dans
fa refolution , tire de toute fa force les
M.
138
LE MERCURE
cheveux de la Nymphe qui trouve le
moyen de fe dérober à fa pourſuite , &
de fuir. Satyre tombe , & la coëffure
d'Aurille luy refte entre les mains . Satyre ,.
que cette chûte a prefque eftropié , appelle
les Bergers à fon fecours , pour l'aider
à fe relever . --Arlequin accourt au
bruit ; & voyant le Satyre qui fe plaint
il le releve , & le laiffe tomber de temps.
en temps ce qui fait un jeu de Theâtre
fort divertiffant ; aprés quoy Arlequin
l'emporte. --Diane & Endimion arrivent
fur la Scene. La Déeffe qui reconnoît fon
dard , demande à Endimion par quelle
avanture un fi beau dard fe trouve entre
Les mains à
; Endimion répond:
qu'une Nymphe charmante luy en a fait
prefent. Diane pour fe flater , fe perfuade
qu'Endimion ne dormoit point dans le
temps qu'elle l'a laiffé , & que ce Berger
' eft fans doute apperçu du changement ::
elle lui demande encore s'il aime la perfonne
à qui ce dard appartenoit : Endi
mion répond qu'elle lui eft fort indiffe
rente & en parle même avec mépris..
Diane irritée reprend le dard d'Endimion
lui fait des reproches , & lui ordonne de
s'éloigner : enfuite elle le rappelle , & dit
qu'elle veut abfolument fçavoir le nom
de la Nymphe qui luy a donné ce dard ..
Endimion lui avoue qu'il l'a reçu d'Au-
>
quoy
DE JANVIER. 139
zille , & fe retire fans ofer pourfuivre davantage
, dans la crainte que lui infpire la
fureur de la Déelle. Aurille paroît , &
· Diane lui demande comment elle a eu le
dard qu'elle a donné à Endimion . Aurillet
la conjure de lui permettre de luy en faire
un myftere , ayant ( à ce qu'elle dit ) juré
par fon nom de ne point reveler ce fecret.
--Arlequin furvient : Aurille dit à Diane
que fi elle veut abfolument en être éclaircie
, Arlequin peut aifément l'en inftruire.
Diane interroge Arlequin , qui craignant
d'être puni comme un voleur , reproche à
Aurille de l'avoir trahi malgré fon ferment.
Enfin après plufieurs plaitanteries d'Arlequin
, il fe jette aux pieds de la Déeffe
lui demande pardon , & avoue ingenument
qu'il a volé ce dard à Endimion , dans le
temps qu'il dormoit . Diane raffurée fur les
foupçons jaloux , & contente de l'aveu fincere
d'Arlequin , lui pardonne fon larcin ,
& rentre. Arlequin reproche à Aurille
fon indifcretion , & fe repent de fa trop
grande facilité , qui l'a engagé à confier
un fecret important à une femme qui ne
peut s'empêcher de parler , loifqu'on las
prie de fe taire : il s'en va . -- Aurille route
occupée de fa nouvelle paffion , fe livre à
fes penfées amoureufes ; & après avoir
parlé du trifte état où elle le voit reduite
depuis qu'elle aime. Endimion
و
M ij.
140 C LE MERCURE
>
elle va fe repofer fur un gazon , & cher
che par les douceurs du fommeil de calmer
pour quelque inftant l'excès de fes peines..
--L'Amour pour fe divertir aux dépens de
la Nymphe , & pour interrompre fon repos
, contrefait la voix du Coucou &
imite enfuite le chant du Roffignol : L'Amour
s'offre à fes yeux ; Aurille en proye:
aux tourmens qui l'agitent , s'approche de
l'Amour , & le conjure de terminer par
une prompte mort tous les maux qu'elle
fouffre. L'Amour faifit le dard de la Nymphe
: elle le prend par une de fes aîles ; -ils
font une efpece de lutte ; l'Amour fe plaint ;
& lui propofe de faire la paix ; Aurille y
confent , & l'Amour promet de la rendre
heureufe après cette Scene , l'Amour
& la Nymphe rentrent enſemble.
--Arlequin vient avec Violettte & les
Chaffeurs ; ils veulent tendre des filets.
pour prendre des Oiſeaux : auffi- tôt il
s'éleve une tempête. Arlequin en eft:
épouvanté , & fait un jeu de Theâtre
pour fe cacher , & pour prendre la fuite ;
enfuite il veut fe couvrir avec les filets ,
auffi - bien que Violette , qui eft toute
tremblante , pour fe mettre , difent- ils , à
l'abri de la pluye ; enfin la tempête ceffe ,,
le tems devient ferein , Violette s'en va ..
Arlequin refte avec les Chaffeurs : ils tendent
les filets .. Arlequin veut être le pres
8
1
DE JANVIER.
142
mier à les tirer , & à prendre des oiſeaux .
--L'Amour arrive, & s'embarraffe lui- même
dans les filets , qu'il n'apperçoit point.
Arlequin le couvre ; & croyant avoir pris
un Oifeau , il appelle les Chaffeurs , auf
quels il fait voir la prife qu'il a faite
L'Amour rit de la fimplicité d'Arlequin
qui paroît tout étonné de l'entendre parlers
il le prend pour un perroquet , & dit qu'il
veut qu'il chante. L'Amour pour le divertir
chante une Chanfon , dans laquelle
il traite Arlequin de gourmand & de poltron.
Arlequin s'emporte contre cet im
pertinent Oifeau , & ordonne à fes Camarades
de l'emporter , & de le mettre dans
une Cage. Arlequin refte , s'applaudit de
fa victoire , & dit aux Bergers de . former
des Danfes , pour fe réjouir de la prife
qu'il vient de faire. Les Bergers & les
Nymphes danfent , & le fecond Acte finit.
A CTE TROISI E' M. E..
D
LANE preffe Aurille de lui dire fi
elle aime Endimion ; Aurille laiffe.
échapper un foûpir , & ne peut retenir.fes
larmes . La Déeffe ne doutant plus de fa
paffion pour ce Berger , appelle les Nymphes
:Aurille prend la fuite.-- Les Nym--
phes.courent après elle . --Diane refte feule :
1742
LE
MERCURE
1
en proye à fa jaloufie , & dit que puifque
Arille aime Endimion , il faut qu'elle périffe
; & dans l'incertitude où elle eft , fi
cette Nymphe eft aimée d'Endimion , elle
ne fçait que refoudre. --Arlequin voyant
Diane , lai raconte comiquement qu'il a
trouvé un Pigeon qui baifoit amoureuſement
une Colombe , & qu'il vient lui demander
ce qu'on en doit faire , puiſqu'il as
tranfgreffé fes Loix. Diane , fans faire attention
au recit d'Arlequin , parle de la témerité
de la Nymphe , & dit que puifqu'elle
aime , il faut qu'elle meure ; à quoi
Arlequin répond , qu'il fe doutoit bien
. que fon intention étoit telle , & que déja
il l'a plumé , fait rôtir , & inangé , parlant
toûjours du Pigeon : il ajoûte encore, qu'il
croit que ſon âne eſt amoureux ; car il
s'eft apperçu que pendant le mois de May
il ne fait que foûpirer nuit & jour :, il lui
demande ce qu'il en doit faire , Diane fans
l'écouter parle d Endimion , & dit que s'il
eft amoureux, elle ne prétend point qu'il fu
biffe la peine impofée par la Loy, après quoi
elle fe retire . Arlequin témoigne fa joye,
& dit en fautant que je fus content ;
mon âne n'est point compris dans la Lov , il
ne mourra point. Il appelle les Bergers , &.
leur ordonne de lui apporter fon Oifeau …-
--Les Bergers portent l'Amor dans une:
cage. Arlequin lui dit de chanter : l'A
--
27
DE JANVIER, 543
mour répond que toutes les chansons qu'il
fçait font du même ftile que celles qu'il a
deja chantées ; Arlequin le menace de le
faire mourir de faim , & outré de colere ,
s'approche de la cage où eft l'Amour , &
veut le battre. L'Amour le pique d'un de
fes dards ; Arlequin crie , & dit que l'Oifeau
l'a mordu ; & fe fentant brûler , il
demande à boire pour éteindre le feu qui le
dévore. L'Amour trouve fa précaution fort:
inutile , & dit à Arlequin que le Vin n'eſt
point un antidote contre le poifon qu'il a
gliffé dans fes veines. Arlequin au défefpoir
, croît être empoifonné , & demande :
du fecours à - Diane qui furvient ; il lui
raconte que l'oifeau qu'il a pris , lui a
donné un coup de fon bec , & qu'il fent
déja les effets d'un poifon mortel : il
promet de lui en faire prefent , pourvû
qu'elle le gueriffe. Arlequin lui montre le
prétendu Oifeau : Diane en le voyant ,
s'écrie : Que vois - je , c'est l'Amour ? Arlequin
à ce mot eft encore plus effaye : Je
fuis amoureux , dit- il , & je ne ſçai pas de
qui. Diane fait mettre l'Amour en liberté :
P'Amour fait fa paix avec la Déeffe , & la
difpofe à recevoir Endimion pour fon
époux . Les Nymphes conduifent avec
elles Aurille & Endimion : l'Amour bleffe :
Endimion , le prefente à Diane , guérit
Aurille de l'Amour qu'il lui avoit infpiré
144 LE MERCURE
pour Endimion , & oblige Diane à par
donner genereufement à cette Nymphe
Arlequin fait fes excufes à l'Amour , l'affurant
que s'il avoit eu l'honneur de le
connoître , il l'auroit traité plus humaines
ment. Diane appelle les Nymphes de fa
fuite , revoque la Loy qu'elle leur avoit
preferite ; & l'Amour appelle fes Suivans :
auffi-tôt les Amours , l'Hymen, & la Suite
s'avancent ; l'Amour les invite à celebrer
les Nôces de Diane & d'Endimion : on
chante , on danfe , & la Paſtorale finit.
EXTRAIT DU BALET DU ROT.
E Balet eft compofé d'un Prologue &
Lade trois entrées. Dans le Prologue, lo
Theâtre reprefente le Palais du Roi . Le
Chagrin y entre fous la figure de la Raifon
, & veut y établir fon Empire . Il veut
en exiler le Plaifir & les Jeux. Le Plaifir
lui répond :
.
Je ne fuis pas Raifon severe ,
Ce Plaifir rebelle à vos Loix ,
Dont les tranfports ont tant fois
Caufé votre juste colere ,
Je fuis ce Plaifir innocents ,
Dont le monde naillant:
Goûtoie
•
DE JANVIER.
145
La
Goûteit fi bien les charmes :
Bannifés d'injuftes allarmes ;
Et pour combler mes voeux,
Daigneg regler mes Jeux.
vraye Raifon paroît. Le Plaifir eft
furpris de voir deux Raifons en même
tems . Minerve arrive & démafque le Chagrin.
Le Plaifir & les Jeux le chaffent en
danfant. Cette Déeffe appelle le Roi. Le
fond du Theâtre s'ouvre , & l'on voit le
Roi fur un Trône avec la Cour. Les plaifirs
finiffent le Prologue en danfant avec
Sa Majesté.
La premiere Entrée eft le Bal. ↑ Le
Theâtre reprefente une Salle ornée pour
le Bal, Cette Entrée eft compofée de quatre
Quadrilles , la premiere d'Efpagnols
la feconde de Maures , la troifiéme d'Indiens
, & la quatrième de Chinois : le Bal
finit par une entrée de Combattans . ,
La deuxième Entrée est une fête Paftorale.
Le Theâtre reprefente un Bois ,
dans le fond on voit la Mer & des cabanes
de Bergers. Une troupe de Bergers &
de Bergeres forment differentes danſes.
La toifiéme Entrée est l'union de l'Himen
& de l'Amour. Le Theâtre ne change
point.
Dans la nouvelle fête le Roi danſe en
N
146 LE MERCURE
Amour avec la fuite. Une Bergere chante ;
Ah ! que cet Amour a de charmes ,
Tout doit ceder à fes attraits vainqueurs.
Les Graces & Les Ris font fes plus fortes armes ,
Qu'il regne à jamais fur les coeurs .
Le devoir ne veut pas qu'on fe laiffe charmer ,
Si tous les Amours font de même ,
Helas ! peut-on fe deffendre d'aimer ?
Des Matelots échapés du naufrage vien
ment fe joindre aux Bergers , ce qui finit
le divertiffement.
La Piece intitulée Cardenio eft de M.
Coipel , la Mufique de M. Lalande Sur-
Intendant de la Mufique du Roy , & le
Balet de M. Balon Maître de Danfe de Sa
Majefté , & Compofit eur des Balets.
ACTEURS DU PROLOGUE.
Minerve Mlle. Antier. La Raifon
Mlle . Bury . Le Chagrin fous la
figure de la Raifon- Le Sr Murer.
Le Plaifir- Le Sr Boutelou.
Divertiſſement du Prologue.
PREMIERE ENTRE' E.
> Plaifirs-Les fieurs Dumoulin Mlle
Prevôt , Laval , Mlle. Guyot. 4
Marcel , Mlle. Menés , Blondi , Mlle,
Dupré.-
DE JANVIER.
147.
Suite du divertiffement du Prologue .
SECONDE ENTRE'E.
Seigneurs Gaulois.
LE ROY , M. le Duc de Chartres ,
M. le Marquis de Villeroy , M. de Coigny,
M. de Mirepoix , M. de Coffé , M. de
Francine , M. de Bezons , M. de Croiffy,
M. de Rénel , M. de Langeron , M. de
Tonnerre , M. Balon fils.
Suite de cette Entrée.
M. le Duc de la Tremoille , M. le Duc
de Bouflers , M. de Cruffol , M. de Ligny,
M. de Brancas , M. le Chevalier de Maulevrier
, M. de Gondrin , M. de S. Florentin
, M. de Rupermonde , M. de Las
fuſe.
LE BAL.
PREMIERE ENTRE E.
Le Théâtre reprefente une Salle ornée pour
un Bal.
Quadrille d'Espagnols.
M. de Coigny , Mlle. Leroy
Mirepoix , Mile. le Maire ,
-
Lapenn M. de
M. de
Villars , Mlle. Duval, -M. de Lorges,
Mile. Mangot.
Quadrille de Maures.
M. le Prince de Turenne , Mlle. De-
M. de Bezons , Mlle . Corail,
life, Nij
148 LE MERCURE
M. de Chambonas , Mlle. Labatte
M. de Maulevrier, Mlle La Ferriere.
Quadrille d'Indiens.
M. le Grand Prieur , Mlle. Guyot,
M. le Marquis de Villeroy, Mlle. Menés , -
M. le Duc de Montmorency , Mlle. Pre-
M. le Marquis d'Alincourt vôt ,
Mile . Dupré.
Quadrille de Chinois .
M. Balon , Les fieurs Blondy &
Marcel , Les fleurs Ferrand , Dupré,
Dumirail & Mion.
La Pagode , Le fieur Dumoulin , 2º
> Petites Pagodes , Paris , Boiſeau la
Motte & Alin.
Combattans , Les fieurs Laval , Malterre,
cadet , Deshayes , Javilliers , Malterre
l'aîné, Duval , Marcel cadet , Pierret .
Perfonnages chantans de la Fefte Paftorale,
SECONDE ENTRE' E.
Trois Bergers .. Les fieurs Boutelou 7
Murer , & Mouret.
Deux Bergeres. Miles Bury & Antier,
Perfonnages danfans ,
Bergers . Les fieurs Dumoulin 4e , Laval,
Marcel l'aîné , Dumirail , Dangeville ,
Pecourt , Dumoulin 2c , Dumoulin 39, 3c
DE JANVIER,
149
Bergeres. Miles Prevêt , Guyot , Menés
Dupré , Delifle , Corail , la Ferriere , Lar
batte.
Perfonnages chantans de l'union de
P'Hymen & de l'Amour.
TROISIEME ENTRE'E
Une Bergere. Mlle. Lifarde
Bergers , Les fieurs Mouret & Murer.
Chanr de Bergers . ·
Deus
L'Hymen , M. Legrand, -L'Amour
le fieur Dangeville , Une Compagnie
de Lucinde , Mlle. Antier.
Perfonnages dansans
Les Bergers & les Bergeres de la feconde
Entrée rentrent fur le Theâtre. L'Hymen
& l'Amour y recitent un Dialogue. Le
ROY avec toute la Cour forme une
nouvelle Fête .
NOUVELLE FÊTE.
Le ROY danfe en Amour.
Amours de la fuite du Roy.
·
M. le Duc de la Tremoille , M. le Duc
de Boufflers , M. de Cruffol , M. de Ligny,
M. de Brancas , M. le Chevalier de Mauleyrier
, M. de Gondrin , M. de S. Fio-
N iij.
LE MERCURE
rentin , M. de Rupermonde , M. de La
fufe.
Monfieur le Duc de Chartres reprefente
l'Hymen.
Suite de l'Hymen .
M. le Grand Prieur , M. de Langeron ,
M. de Lorges , M. de Coigny , M. le
Prince de Turenne , M. de Bezons , M. le
Duc de Montmorency , M. de Mirepoix
M. de Villars , M. d'Alincourt M. le
Marquis de Villeroy , M. de Croiffy.
Entrée des Matelots.
M. de Tonnerre , M. d'Hoftager , M. de
Francine , M. Balon fils , Mles Lemaire
, Leroy , Duval , Mangot ,
M. Balon , Mile Prevôt , Le fieur
Dumoulin 4e , les fieurs Blondi & Dupré.
DE' PIT
CONTRE LE QUADRILLE.
'MAudirfois mille fois le mal- avifé Drille „
Qui par quelque démon fufcité contre moy ,
Pour me faire damner, inventa la Quadrille.
Ah traître jen! fi j'étois Roy
DÉ JANVIER. ift
Pour quelques cinquante ansfeulement , fur ma foy
Je teferois bien - tôt rentrer dans ta coquille.
Ony je t'interdirois par une bonne loy
Sous peine au moins de la Bastille.
Comment ! je n'en fors pas d'effroy.
Ón a trois mille devant foy
Avec trois mille à l'hombre on brillé :
Au Quadrille en trois coups, fans dire qui , ni quoi,
On eft réduit à la mandille.
Tant pour les Matadors & leur longue famille ,
Qui quelquefois bien loin s'étend ;
Et puis pour le fans - prendre , tant :
A la vole Dieu fçait comme l'on vous eftrille !
Et toujours des fiches d'autant ;
Carpour les j ttons ! fy , ce n'est qu'une quenille
En moins de rien votre petit comptant
A droite , à gauche s'éparpille ,
Chacun vous rançonne vous pille,
Sibien que l'on se trouve à fec en un instant.
Quand je dis , on, c'eft moy qui n'enfuis pas content,
Je m'agite , je me tortille,
Je dis , peste dujeu , tout bas en grommelants
F'y fuis fur les charbons ainfi qu'un boudin blan
Que l'on riffole & que l'on grille.
Tout y vient à rebours , tout à contre-faifon.
Vous trouvez vous premier ? rien n'eſt à la maison,
Pas un Roy . pas une Manille.
Le jeu pour unefois vous vient- il à foifon 3.
Nij
IS2 LE VLE MERCURE
Ah!
voyez·comme en trahison
Un beau fans-prendre vous requille ,
Et vous rend fot comme un oison.
je vas jouer : bon ; mais je perds codille ,
Tant pis : il faut payer vire & fans barguigner
Unefiche de plus qu'on ne pouvoit gagner i
Autre nouvelle beatille
Que pour amende il a plú d'affigner .
Je crie à l'injustice ! en vain je m'égofille :
Sans égard à mon plaidoyer.
On rit & l'on me fait payer..
Que chez vous & d'atous de Rois tout fourmille,
N'ayez pas peur d'être appellé,
Mais n'avez- vous qu'un Roy , pauvre , feul , iſolé z
On vous iroit chercher au fon is de la Caftille..
Vous ferez de moitié , mais de perte , s'entend
Et fiches defauter . Confolez- vous pourtant ,
Car en deux ou trois coups , dit -on , tout ſe r'habille.
Pourfurcroît d'agrêment c'eſt un très grand hazard
Lorfque l'Appel ant d'une part
Et l'appellé de l'autre, entre eux n'ont point castille.
On n'en est pas, au moins quitte en payantſa part »
On s'entend reprocher la moindre peccadille :
Ah! s'écrie en grondant l'un des deux tout enfeu
Pourquey redoubler trefle ? étoit- ce là le jeu ?
L'autre lui renvoyant la bille ,
Eb quejouer ?je fuis fans Rois & fans atous ,
Aufli pourquoi m'appellez- vous &
DE JANVIER. 153
Ċest un charme de voir comment onſe houſpille .
le beaujeu ! jamais il n'aura fon égal.
Maispourtant, tel qu'il eft, n'en difons point de mal,
Lefexe s'y plaîtfort ; & la mere & la fille
Et jufques à la mere grand
Chacune à le jouer trouve un plaifir très -grand
Pourquoy ? c'est que l'on y babille.
Il durera , ce jeu , le fexe en eft garant,
L'invention en eft trop belle & trop gentille.
Mais pour moy , fi l'on m'y reprend ,
Que je puiffe jamais ne marcher fans bequille ,
Qu'avant l'âge mon corps en lui- même rentrant
Se courbe comme unefaucille ;
Que fans voir dans mon jeu ni baſte niſpadille , 】
Je forte toujours en perdant ,
Et qu'aufortirje n'aye à mettrefus ia dent
Pas un petit morceau , pas la moindre croustille.
Non je n'en veux jamais tåter ni peu
ni prou ,
Et quandj'aurois à moy tout l'argent du Perou ,
Je n'y rifquerois pas le manche d'une eftrille.
Par la mort! ... il alloit jurer Sire Robin ;
Mais il eut , dans l'instant , peur de jurer en vain
Car malgré le courroux qui dans fes yeux pétille ,
Malgré tout ce qu'il dit dans un dépit ſoudain ,
Et contre le Quadrille & contre le deftin
Scachez que le pauvre homme grille,
Dy rejoner encore demain.
$5.4 LE MERCURE
TALI : 105 : 27
L'AVANTAGE DES ANNE'ES
Fo
Par Mr DE BOISSY.
'Ouvre les yeux, & l'âge qui m'éclaire ,
M'offre à la fin fon fecours falutaire.
De mes écarts je demeure éfrayé.
Dans quel chemin me fus je fourvoyé a
Filles du tems , defirables Années ,
Par qui nous font les Vertus amenées.
Si les mortels connoiffoient votre prix ,
D'amour pour vous ils feroient tous épris,
Guide trompeur , le feu de la jeuneſſe
Comme un Ardent nous égare fans coffe
Fauffe lueur qui brille dans la nuit ,
Et qui toujours dans l'abîme conduit.
C'est une fiévre , aux accès redoutables.
Dont je reffens les effets deplorables.
Son foufle impur infectant nos defirs,
Nous fait chercher de dangereux plaiſirs »
Et dans l'ardeur dont elle nous agite ,
Notre ame avide au mal ſe précipite.
Fleur de mes Ans , quel - que foit ton attrait ,
Fuy, chaque jour je te pers fans regret.
Pour être encore enyoré de tes charmes
Ton fouvenir me coûte trop de larmesa
DE JANVIER .
Ah ! que ne puis-je , au defaut de mes pleurs
De mon fang même effacer mes erreurs ?
Dans mes excès j'ay fait , fans le connoître
Infolemment la leçon à mon Maître , ( a )
Ofant juger par mes foibles clartés ,
Bifant des vers du public respectés ;
Et me livrant à ma fougue indifcrete
J'ai fait affeoir Phoebus fur la felette,
Hardi , fans choix , dégradant les Auteurs ,
J'ay condamné mes propres ( b ) bienfaiteurs
Et n'ay point vû qu'en cette yvreſſe extrême
Je me faifois le procès à moi-même.
Aveugle ardeur de consacrer fon nom
Soifqu'avec peine étanche la Raifon !
Tu m'as perdu. Ma jeuneffe legere
Rougis trop tard de ta folle chimere ,
Et feul Auteur de mes juftes ennuis ,
Tu m'as plongé dans l'abîme où je fuis.
Jeunes efprits qu'un fang boüillant anime
Votre fureur , abufant de la rime ,
Croit qu'il eft beau de s'attirer les cris
Et le couroux d'un peuple d'ennemis .
Détrompés- vous. Que votre ail me contemple
A vos pareils je dois fervir d'exemple :
Et vous que j'ai fans raifon affenfés ,
a Mr de la Mothe.
b Meffieurs de l'Academie des Jeux Floraux
qui avoient couronné l'Auteur en 1718.
TSG
LE MERCURE
Pardonnés - moitous mes crimes paffés.
Dans mon efprit est ma grande malice ,
De fes forfaits mon coeur n'est point complice.
Il est trop bon. Ne l'accusés en rien.
Vous auriés tort. Il vous vange trop bien
Si vous lifiés dans mon ame abbatue ,
Le repentir dont elle eft combatuë ,
Elle fçauroit toucher votre pitié ,
Et j'obtiendrois même votre amitié.
VERS
Sur la Statue Equeftre
De LOUIS LE GRAND
Elevée à la Place Royale de Dijon.
Qvel ſuperbe Courfier ſe preſente à nos yeux !
Fier du Heros qu'il porte , il femble qu'il agiſſe ,
Sous le plus favorable auffice :
Recevés , Habitans , un don fi précieux.
Ce n'eft point l'offrande nuiſible
Qui jadis des Troyens renverfa les remparts ;
C'est l'Art qui dans ce bronse expofe à vos regards
Les traits nobles doux d'un Monarque invincibles
Aux fié les à venir ce Monument apprend
Les foins , la ten treffe & le zéle ,
Que toujours pour Louis LE GRAND
Conferva ce Peuple fidele..
DE JANVIER. 157
Le mot de la premiere Enigme du mois paffé,
étoit la Fiévre ; & celui de la feconde le Cacahotier,
ou l'arbre du Cacaho .
ENIGM E.
Nous sommesdeux foeurs très jumelles ,
Toutes deux ou laides on belles ;
Une parfaite égalité
Pour la laideur ou la beauté ,
Regne entre nous , airfi de vaine jalousie
Jamais notre ame n'est faifie :
Et le malade , & le avant favant
Se fervent de nous fort ſouvent s
Nous hebergeons par fois des hôtes très -aimables
Et quelquesfois auſſi de très - defagreables ;
Car nous fervons tous les Etats
Et les plus hauts & les plus bas ;
Tantôt nous paroiffons gentilles & propettes
Tantôt mauffades & malfaites ;
Très - rarement nous quittons la maison ;
Mais le beau fexe en la belle faifon
Nous trouve d'un usage utile
Dans la maifon ou dans la ville ,
Et nous fuvons fes pas inceffamment
Ainfi que feroit un Anant ;
Nous avons plufieurs noms, &fuivant les contrées»
158 • LE MERCURE
?
Sommes diverſement parées ;
On, ne nous fait point de quartier ,
Nous sommes fans yeux , fans oreille .
Auffi- bien pour notre métier
Nous nous en paffons à merveille ;
Mais pour finir ce portrait & ces Vers
Par un grand trait fincere & veritable ,
Une feule de nous eft dans cet Univers
Pour les humains très refpectable.
AUTRE.
ON me méprife, helas ? fi-rôt que je fuis née .
On m'infulte , on me bat ; mais malgré ces tourmens,
La Coquette voudroit avoir ma destinée .
Plus je fuis vieille , & plus je plais à mes Amans.
CHANSON.
Nefaveur , Lifette ,
M'a prouvé ton amour ;
Au fon de ma mufette ,
Tu danfois l'autre jour ;
Sur celle de Sylvandre
Tu ne danferois pas ;
Mais tu daignes l'en'endre ,
Non , tu ne m'aimes pas.
DE JANVIER. ·159
Pour toi dans la prairie
Je faifois un bouquet
Je l'offrois à Silvie
?
D'un air affés coquet ;
Je feins de rendre hommage
A de nouveaux appas ;
Tu n'en prends point d'ombrage ,
Non
, tu ne m'aimes pas.
Quand te trouvant ſeulette
Je conte ma langueur ,
Tu parois inquieste ;
Ton efprit eft rêveur ;.
L'abfence de Silvandre
Caufe ton embaras ;
Ton coeur fouffre à m'entendre ,
Non ,tu ne m'aimes pas.
Lorfque deffus l'herbette
Mon chien vient tè flater ,
D'un coup de ta boulette
On te voit l'écarter ,
Et quand le fien , cruelle ,
Par hazard fuit tes pas ,
Par fon nom tu l'appelle ,
Non , tu ne m'aimes pas.
L'autre jour dans la danfe
Avec moi fous l'Ormeau ,
160 LE MERCURE
Tu fuivois la cadence
De mon doux chalumeaus
De loin tu vis Silvandre ,
Et tu fis un faux pas ; ·
Je fçus bien le comprendre ,
Non , tu ne m'aimes pas.
Son ame fut ravie ,
Mon pipeau s'en rompit ,
Et la danse finie ,
J'en rougis de dépit , )
Ce Berger d'un air tendre
Te dit un mot tout bas ,
Et tu daignas l'entendre ,
Non , tu ne m'aimes pas.
Avisfur une nouvelle Edition de l'Hiftoire
naturelle de Pline , &c . in folio 2. volumes,
à Paris chez A. URBAIN COUSTELIER ,
Libraire-Imprimeur.
Ly
I- y a près de deux années que l'on travaille
à donner au Public l'ouvrage intitulé
, Plinii Historia naturalis ad uſum Del
phini , cum Notis Joannis Harduini Soc. J.
en deux volumes in folio ; outre les corrections
& les augmentations qui font en
très grand nombre dans cette nouvelle Edition
,
DE JANVIER .
161
tion , elle fera ornée de plus de deux cens
medailles , dont la plus grande partie ne ſe
trouve pas dans les Recueils imprimez : Les
Tables des matieres & des Noms propres
qui font, pour ainsi dire, l'ame d'un ouvrage
tel que celui - ci , y feront plus commodé--
ment difpofées que dans la précedente.
L'on a ouvert depuis un mois des Soufcriptions
pour cette entreprife ; ceux qui
voudront foufcrire , s'adrefferont à Paris
chez Antoine -Urbain Couftelier Libraire--
Imprimeur , fur le Quay des Auguftins . Le
prix des Exemplaires en petit papier , eft de
la fomme de 25. livres comptant , comptant , & 25 li
vres en recevant l'Exemplaire . Quant aux
Exemplaires de grand papier , dont il n'y as
qu'un petit nombre , le prix eft de 50 livres >
Comptant , & so livres en recevant l'Exemplaire
; mais left bon d'avertir que
le peu
qu'il
y avoit
d'exemplaires
en
grand
Pa
pier
, a été
prefque
tout
confommé
en
moins
de quinze
jours
.
l'Abbé de Beaumont , Bachelier de
M Sorbonne , va donner au Public plufieurs
Traitez des Arts & des Sciences , qui ,
fuivant l'approbation de M. Couture
ne peuvent être que d'une grande utilité
aux jeunes Etudians. Le Lecteur pourra en
juger par la Lifte des ouvrages qui y font162
LE MERCURE
›
contenus. On y a joint des Tables pour
plus grand éclairciffement. Cet Ouvrage ,
qui eft dedié au Roy , aura pour titre :
Traité des Arts des Sciences ou
Affemblage curieux & inftructif de plufieurs
fujets propres à perfectionner l'efprit.
Il fera compofé d'un nouveau Rudiment
François... Nouvelle Grammaire Latine....
Moyen pour parvenir à la connoiffance des
Arts & des Sciences , avec un Abregé de
Philofophie... Traité des merveilles du
Monde... Le Sublime de Longin dans un
nouvel ordre avec quelques principes
fur la Rhetorique... Traité de tout ce qu'il
ya de plus curieux , de plus utile & de
plus neceffaire pour la veritable intelligence
de l'Hiftoire... Traité des fept Sages der
la Grece , & de plufieurs autres Grands
Hommes ... Abregé de Chronologie ....
Abbregé de Theologie ... Hiftoire nouvelle ,,
curieufe & methodique de toutes les Divini
tés fabuleuſes, où on expofera toutela Theologie
des Payens ...- Traité fur l'élection dų
Pape , & fur le Sacre des Rois de France...
Nouveau Traité de Sphere, &c..
>
Le R. P. Buffier vient de donner un
nouveau Traité de la Sphere , expofé en
differentes methodes , pour en faciliter la
connoiffance , & l'ufage aux commençans,
avec les réponses aux queftions choiſies.
DE JANVIER. 163
fur l'Hiftoire & la Geographie univerſelle.
On peut affurer que le Lecteur trouvera
ce petit Traité beaucoup plus net & plus
intelligible , que ceux qui ont paru juſqu'à
prefent , dans lefquels les commençans ont
coutume pour l'ordinaire , de n'y rien comprendre.
Ce Livre fe vend à Paris chez
Nicolas Jombert rue S. Jacques au coin
de la rue des Mathurins , Pierre Prault
Quay de Gêvres , & la Veuve de Jofeph
Mongé rue S. Jacques , vis-à-vis le College
des Jefuites.
NOUVELLES ETRANGERES
AStokholmle 12 Janvier 1721 .
• Dahlman , Auditeur Suedois , ac-
Mcompagne le Prince Mizersky pour
fe.rendre enſemble à la Cour du Czar. Ce
Prince remit le 14 du mois paffé à S. M.
Suedoife la réponſe du Czar à la Lettre
dont le Roy avoit chargé le Major General
Romanzoff, lorfqu'il partit d'ici pour
Petersbourg. M. Dahlman a ordre de traiter
avec S. M. Czarienne de l'échange de
quelques Prifonniers ; mais comme il a
été cy- devant employé à Copenhague dans
une affaire femblable , & que fe negotia
O ij
1.64 LE MERCURE
tions ont été fuivies d'une paix avec la
Cour de Dannemarck , on fe flatte que
fon voyage à Petersbourg aura auffi "un
heureux fuccès . On continue cependant
à travailler à la construction d'un grand:
nombre de Galeres , dont on veut renforcer
la Flote de ce Royaume , & l'on fe:
Alatte qu'avec le fecours de l'Efcadre Angloife
, on fera en état de s'oppoſer aux
entreprises des Mofcovites : Outre ces forces
maritimes , on compte de mettre en :
campagne une Armée de 60 mille hommes:
de Troupes nationales , fans compter les ,
4500 hommes que le Land Grave de :
Heffe-Caffel doit faire paffer dans la Pomeranie:
Suedoite . Les gelées ont été fi
fortes dans ce païs , que la navigation en
eft entierement ceffée. Les dommages que
les Mofcovites avoient caufez aux mines .
de cuivre & de fer , font entièrement re
parez ; de forte que l'on eft en état d'y
travailler comme auparavant. On celebra
le 26 du mois paffé un jour folemnek
d'actions de graces pour la conclufion de
la Paix entre cette Couronne , les Roiss
d'Angleterre , de Dannemarck , & de
Pruffe . La plus grande partie de l'Arméequi
bordoit les côtes de la Province qu'on
nomme l'ancienne Suede , a eu ordre de
marcher du côté de Geff, fur la nouvelle
que le Prince Galliszin , General de l'Ag
DE JANVIER. 165
mée Mofcovite , étoit venu joindre l'Armée
du Czar qui eft en Finlande , avec
un gros convoy de munitions de guerre-
& de bouche , ce qui faifoit craindre qu'il
n'eût deffein de former quelque entreprife:
contre ce Païs. On a pris en même tems la
précaution de garnir de Troupes les environs
de cette Ville , pour éviter toute
furprite de la part des Mofcovites. Le
Comte de Freitald , Envoyé extraordinaire
de l'Empereur en certe Cour , a prefenté
au Roy de la part de S. M. L. le Memoire:
circulaire que l'Empereur a fait remettre
à toutes les Puiffances intereffées à la Paix :
du Nord. Ce Memoire contient . que
S. M. I. fera obligée de rappeller les Miniftres
qu'elle a envoyez à Brunſwick ,.
fi ceux qui doivent s'y rendre , n'y font:
pas arrivez avant quatre mois.
A Hambourg, le 25 Janvier 1721 .
Laffadeur du Czarà la Cour du Roy
E Prince Doloroucki, cy-devant Am
de Dannemarck , arriva le 8 en cette Ville,
& il en partit le 15 pour le rendre à Paris.
Le 31 du mois paffé , il s'éleva le long
des côtes une tempête mêlée de tonnerre
& de grêle , encore plus furieufe que celle
qui arriva le jour de Noël 1717. La Maréé
fut fi haute , que l'eau paffa pardeffus
1EG LE MERCURE
les Digues , & fit bréche dans plufieurs
endroits , La Digue de Hartbourg fut
emportée , & les eaux monterent jufqu'au
Château. Une de celles de la Ville de
Stade a été auli percée en fept endroits
differens , & l'Eclufe a été emportée par
le torrent des eaux. Les maifons de Riftbuitel
, à l'embouchure de l'Elbe , furent
fubmergées , de même que celles de la
Ville de Buxetead dans le Pays de Luhe..
Les Bailliages de Offenowender - Finck-
Henowender , Billeoweder , furent entierement
inondés . Cer ouragan a caufé pa
reillement de grands ravages dans le Holftein
ainfi que dans le Territoire de
Kobdinger , dans la Ville d'Embden , Capital
de la Frife Orientale 8 à Ems.
و
On mande de Petersbourg que le Czar
avoit nommé pour fes Plenipotentiaires à
l'Affemblée de Brunswick , le Prince Kourakin
Ambaffadeur de S. M. Cz. auprès
des E. G. & le Comte Golofkin fon Miniftre
à la Cour du Roy de Pruffe. Dans
le Confeil qui a été tenu à Petersbourg.
fur la propofition faite par le Senat de
Suede , de convenis d'une fufpenfion d'armes
pour le courant de l'année 1721 ,
on a confenti d'en accorder une julqu'au
12 du mois de May prochain. pendant
lequel tems on travailleroit aux moyens,
de parvenir à la Paix. Elles ajoûtent qu'il
>-
围
DE JANVIER. 167
y a eu dans ces Quartiers une gelée ſi viòlente
le 10 & le 11 du mois derniér , que
plufieurs perfonnes , qui étoient répandues.
dans la Campagne , avoient eu le nés &
le menton gelés , & que beaucoup étoient
morts de froid fur le chemin de Croonflot .
Les Suedois n'ont pris poffeffion de la
Ville de Stralfund & de l'Ile de Rugen ,
que le 17 de ce mois . Le Roy de Dannemark
a envoyé ordre de fournir tous les
chariots qui feront neceffaires , pour tranf
porter à Frederiſtat en Jutland les familles
Vaudoifes qui font actuellement à Altena…
Le corps du Vice Amiral Tordenfchild.
a été tranſporté à Coppenhague. S. M.
Danoife lui doit faire ériger un fuperbe
Maufolée , en confideration de fes fervices .
On écrit du Holftein que les Officiers du
Duc de ce nom s'étoient déja mis en poffeffion
d'une partie des Terres de ce Duché
, & que les troupes Danoifes continuoient
à en évacuer toutes les Places . On
mande de Wilmard que le fieur Stromfeldt,
Major General Suedois , y étoit arrivé en
qualité de Commandant ; les Etats de Suede
ne voulant plus donner le titre de Gouverneur
à celui qui commandera dans cette
Place.
On apprend par les dernieres lettres de
Drefde , que le Roy de Pologne y étoit
arrivé de Warfovie la nuit du 21 au 22
168
LE MERCURE
du mois paffé. Ces mêmes lettres ajoûtent
que tout étoit dans une parfaite tranqui
lité en Pologne , & que le Major General
Mernick avoit été mis en liberté. Le Roy
a fait expedier des Lettres Circulaires dans
tous les Palatinats , pour y notifier les
' conditions de l'accommodement , qui termine
le differend furvenu par raport au
Commandement des Troupes Etrangeres.
A Vienne le 18 Janvier 1721.
L'Empereur a envoyé les ordres aux-
Infpecteurs Generaux , & aux Con
mandans de fes Troupes , de reduire les
Compagnies de Cavalerie à 40 homines,,
& celles d'Infanterie à 60 , & de laiffer.
les Carabiniers fur le pied qu'ils font actuellement.
L'Empereur , à la follicitation .
du Prince Alexandre de Wirtemberg , a
refolu d'ériger à Belgrade une Chambre des
Finances , dont le Comte de Rozemberg,
fera Prefident. S. M. I. a envoyé les ordres
au Cardinal Scrottembach , Viceroy
de Naples , de regler inceffamment des
affaires Ecclefiaftiques & Seculieres de ce
Royaume , & d'y établir des Loix. , qui en
affurent la tranquillité. Les deux jeunes
Princes Ragotzi , qui ont été élevés dans .
cette Ville , ont eu l'honneur de baifer la :
main de l'Empereur . On a donné des ordres
4
pour
DE JANVIER. 169
pour faire remplir au plutôt les magafins
des Places qui font fur les frontieres de
la Hongrie , où l'Empereur femble avoir
deffein de faire paffer encore de nouvelles
troupes. Ily a apparence que le Cardinal
Cienfuegos , qui devoit aller à Rome, en
qualité d'Ambaffadeur de S. M. I. differera
fon départ jufqu'à l'ouverture de l'Af
femblée de Cambray. Le Comte de Kinski,
que l'Empereur a nommé fon Ambaffadeur
Extraordinaire auprès du Czar , doit
partir dans peu pour Petersbourg. Cependant
S. M. I. Pa nommé Plenipotentiaire
au Congrès de Brunfwik , dont l'ouverture
eft remife au Printems prochain. L'Affemblée
des Deputés de Hongrie , qui
avoit été convoquée à Bude le premier
Novembre dernier , pour deliberer fur les
affaires de ce Royaume , a été transferée
à Pefth , & les ordres ont été envoyés d'y
tenir des logemens prêts le 3 Fevrier prochain
, pour les Commiffaires & Deputés
qui doivent s'y rendre."
S. M. I. après avoir lû la réponſe du
Corps Evangelique au Decret Imperial du
12 Avril dernier , l'a remife au Comte de
Schonborn Vice - Chancelier de l Empereur,
& à fes autres Miniftres , pour l'examiner
& en donner leur avis. L'Empereur a accordé
à la Princeffe Douairière de Bade
600 mille florins , pour le payem en : de
Р
LE MERCURE
fommes qui étoient dues par cette Cour
au feu Prince fon Epoux. Le Pape continue
fes inftances pour engager S, M. I.
à revoquer l'Edit , par lequel les Religieux
font obligés de fe défaire d'une parrie
des biens en fonds qu'ils ont acquis
depuis 1669.
Ala Haye le 31 Janvier 1721 .
LE
E Prince Kourakin , avant que de notifier
aux E. G. que le Czar avoit accepté
la mediation de l'Empereur , & qu'il
l'avoit nommé fon premier Plenipotentiaire
au Congrès de Brunfwick , en
avoit fait auparavant part fecrettement au
Comte de Windifgratz , fuivant l'ordre exprès
de S. M. Cz . Il paroît que le Roy
de Pruffe eft mécontent de ce que les E. G.
font difficulté de nommer à fa recominandation
M. de Sallengre le fils , pour leur
Envoyé à la Cour de Pruffe. On affure
qu'Elle eft dans le deffein de terminer au
plûtôt l'affaire de la fucceffion du feu Roy
Guillaume , & ce qui concerne les Peages
de la Meufe , fur lefquels divers Negocians
ont renouvellé leurs plaintes à l'Etat ,
Les E. G. ont donné des ordres pour lu .
faire payer le cinquiéme terme montant
100000 florins , à deduire fur les douze
cens mille qu'on eft convenu de lui payer .
DE JANVIER. 171
#
pour des arrerages qui lui étoient dus.
M. Hop , Ambaffadeur de cet Etat à la
Cour de France , qui avoit obtenu la permiffion
de revenir dans ce Pays, pour y regler
les affaires particulieres , fe difpofe à
retourner inceffamment à Paris , pour reprendre
fes fonctions ordinaires . On affure
que le Placard des Etats de Hollande, qui
défend toute autre Lotterie que la leur
excitera de grandes conteftations dans l'Affemblée
de L. H. P. Cette affaire pouroit
avoir des fuites fort fâcheufes , fi on n'y
apportoit un promt remede , puifque cela
pouroit donner lieu à une espece de defunion
des Provinces. Il y a beaucoup d'apparence
que les E. G. fe declareront contre
le Confeil d'Etat , au fujet de l'affaire
de Grave. Elle eft furvenue à l'occafion
d'en nouveau Peage que le Confeil d'Etat
vouloit y établir. La Bourgeoifie de cette
Ville étoit d'autant plus animée contre
l'établiſſement de ce Peage , que la Cour
de Justice de Brabant à la Haye , s'y eſt
fortement oppofée , foutenant que la Ville
de Grave & le Pays de Cuyck , doivent en
être exemts. On apprend que l'Electeur
de Mayence , à l'exemple de S. A. Electorale
Palatine , avoit fait declarer à l'Empereur
qu'il étoit dans la refolution de redreffer
les Griefs des Proteftans dans fes
Etats ; il a fait aufli dreffer une Lifte des
Pij
172 LE MERCURE
Griefs des Cath . Rom. contre les Proteftans
, qu'il doit envoyer à la Cour Im
periale.
Toutes les nouvelles d'Allemagne conviennent
que le Congrès deBrunfwick s'ou
vrira enfin vers le mois d'Avril prochain :
ce qui ne laiffe prefque aucun lieu d'en
douter , c'eft que les Puiffances intereffées
à la Paix du Nord , ont confenti d'y en-.
voyer leurs Plenipotentiaires au mois de
Mars,
L
A Londres le 31 Janvier 1721.
E 24 de ce mois , les Seigneurs firent
venir à la Barre de leur Chambre le
Sous- Gouverneur , le Deputé- Gouverneur,
les Directeurs, le Secretaire & le Caiffier
de la Mer du Sud, auxquels ils firent prêter
ferment de dire la verité , & de répondre à
routes les queſtions qui leur feroient faites.
Alors les Seigneurs procederent à l'examen
defdits Directeurs , auxquels on demanda
pourquoi ils n'avoient pas obéi aux ordres
de la Chambre , & n'avoient pas remis
tous les Comptes & les autres Papiers dont
on vouloit prendre communication . Un
des Directeurs répondit que le tems ayant
été trop court , il n'avoit pû fournir que
des Extraits d'une partie de ces Papiers ;
mais qu'il fatisferoit au plutôt à ce qu'on
DE JANVIER. 173
exigeoit d'eux. On interrogea enfuite lé
Secretaire , au fujet de plufieurs ratuses qui
étoient dans fon Regiftre , il répondit qu'il
ne les avoit faites que par ordre des Directeurs.
Ceux - cy ayant nié le fait , le
Secretaire perfifta , & foûtint par de bonnes
raifons ce qu'il venoit d'avancer. La
Chambre ayant examiné cette affaire , declara
que les Directeurs en prêtant aux
Particuliers l'argent de la Compagnie fur
leur capital , & fur des Soufcriptions ,
avoient fait perdre par- là toute la confiance
que l'on avoit mife en eux qu'ils étoient
refponfables de toutes les pertes que l'on
avoit fouffertes , en prétant l'argent de la
Compagnie ; après quoi ils ordonnerent
que les Directeurs feroient reprimendés ,
pour avoir defobéi aux ordres de la Chambre.
Enfuite le Chancelier leur parla avec
beaucoup de févérité. Il étoit près de minuit
quand la Chambre fe leva. Le Roy
a donné ordre que ceux des Directeurs
qui ont des Emplois , s'en démettront inceffamment.
Le 27 , la Chambre des Communes
agrea le raport du Bill, pour empêcher
la fortie du Royaume aux Directeurs.
On a augmenté la paye des Dragons qui
font dans ce Royaume de trois fols courant
par jour , à commencer du S
de ce
mois. La vente des Marchandifes apparte
nantes à la Compagnie des Indes Orien
Piij
174
LE MERCURE
tales , eft finie : elle fe monte à un million
dix mille 900 liv . fterlings . Suivant l'Ex--
trait Bâtiftaire & Mortuaire de l'année
derniere , il a été bâtifé en cette Villedix-
fent mille 497 enfans , & il eft mort
25 mille 454 perfonnes. Le nombre des
morts de cette année , eft de 4893 per
fonnes , moindre que celui de 1719 .
O
A Madrid le 22 Janvier 1721.
Na reçû ici differentes Relations
de Ceuta , des deux fignalées Victoi
res remportées par l'Armée du Roy d'Efpagne
, fous le Commandement de M. le
Marquis de Léde , fur celle du Roy de
Maroc. L'une eft du 9 Decembre dernier , ୨
& l'autre du 21 du même mois . En voici
le precis.
Dans celle du 9 , les Maures ont perdu
la plupart de leurs Officiers avec 5 à 6.000
hommes. Cette action dura depuis 8 heures
du matin jufqu'après de midy.Nous n'avons
eu de notre côté que fort peu de morts &
de bleffés. Entre les perfonnes de diftinc
tion , il n'y a eu que D. Francifco d'Eboli,
qui commandoit le centre , & D. Vincent
de Fonbuena. M. le Marquis de Léde reçut
une bleffure au bras droit , qui l'incommoda
beaucoup pendant l'action ; mais
qui ne l'empêcha pas d'agir avec fa valeur
DE JANVIER 17 $
ordinaire. L'Armée des Maures étoit compofée
de 12000 Chevaux , & de 24000
hommes d'Infanterie.
A l'égard de celle du ar , les, Maures
ont perdu dans cette action au moins 8000
hommes. Leur colonne de Cavalerie s'eft
toujours tenue cachée pendant le combat
dans le fond, derriere l'attaque , avec deffein
qu'à la premiere ouverture que feroit l'Infanterie
, de s'y jetter à corps perdu , &
d'aller droit à Ceuta couper toute retraite .
M. le Marquis de Léde a eu fon cheval
bleffé de deux coups de fufil ; le Lente .
nant General D. Jofeph de Chavés , une
contufion & fon cheval bleffé , le Chevalier
d'Arragon , qui commandoit le pofte
attaqué , a été tué ; M de Pineda Capitaine
des Grenadiers des Gardes Elpagnoles
, qui étoit à la tête de tous les Grenadiers
, a été bleffé dangereufement avec
plufieurs Officiers. M. de Pacheco Portos
Carrero , Colonel du Regiment de Murcie
, a été, bleffé , M. le Comte d'Ytre
Brigadier & Colonel du Regiment de Dragons
de Belgia , a eu deux contufions ,
plufieurs autres Officiers ont reçû de legeres
bleffures. Nous n'avons que 4 à 500
hommes tant morts que blefies. On fait
état que l'Armée Ennemie paffoit 60000
hommes.
Le 3 de ce mois , la plus grande partie
Piiij
176 LE MERCURE
.
de l'Armée des Maures parut à la vûë du
Camp Elpagnol ; après avoir fait divers
mouvemens durant deux heures , qui fembloient
faire croire qu'elle avoit deffein
d'en attaquer les retranchemens ; cependant
ces Barbares prirent le parti de fe
retirer dans leur Camp de Caftillejos .
Comme ils reçoivent frequemment des
fecours confiderables, l'Armée Efpagnole eft
obligée de fe tenir toujours fous les armes,
dans la crainte de quelque furprife . M. le
Marquis de Léde a reçû un renfort de
10 Bataillons .
L
E
A Rome le 12 Janvier 1721.
31 du mois dernier , l'heureufe de
livrance de la Princeffe Clementine
Sobicska , Epoufe du Chevalier de Saint
Georges , fur annoncée fur le foir par plufieurs
décharges de canon du Château S.
Ange . Le Prince dont elle eſt accouchée,
fut bâtité le jour même fur les 10 heures
du foir par l'Evêque de Montefiaſcone ,
& il fut nommé Charles Stuart. Le Pape
avoit deputé pour être prefents aux Couches
de cette Princeffe , les Cardinaux
Paulucci Secretaire d'Etat, Barbarino Chef
de l'Ordre des Cardinaux Prêtres , Sacripanti
Protecteur d'Ecoffe , Gualtieri Protecteur
d'Angleterre , Acquaviva Miniſtre
DE JANVIER. 177
d'Efpagne , Pamphilio Chef de l'Ordre des
Cardinaux Diacres , Imperiali Protecteur
d'Irlande , Orthoboni Vice-Chancelier , &
Albani Camerlingue de la Sainte Eglife.
Le Senat Romain y avoit envoyé de fa
part les Evêques de Segni & de Montefiafcone
, & les Sieurs Falconieri Gouverneur
de Rome , Colligola , & Rufpoli
Protonotaires Apoftoliques. Les Ambaffadeurs
de Boulogne & de Ferrare s'y trou
verent auffi , de même que les Princeffes
des Urfins , de Piombino , de Palestrine,
& de Giuftiniani , & les Ducheffes de
Fiano & de Salviati , avec Me Nithfdale
fille du Duc de Powis ; il s'y trouva auffi
plufieurs Milords Anglois , fçavoir , M.
Nithfdale , M. Lilennthgou , M. Kilfyth
M. Southesk , M. Winton , & M. Abb-
Melfort , fils du Duc de ce nom ainfi
que M. Owart Chanoine de S. Pierre
avec plufieurs autres Officiers Anglois ,
Ecoffois & Irlandois . On compte qu'il y
avoit dans l'appartement de la Princeffe
cent perfonnes qui ont été prefentes à fee
Couches . Me Miffet Irlandoife a été nom.
mée Gouvernante du même Prince , &
Me Gitta , qui a reçû l'Enfant , a eu une
penfion annuelle de çooo écus. Le Pape
a fait un prefent de dix mille écus à la
Princeffe Sobieska , & lui a accordé , ainfi
qu'au Chevalier de S. Georges fon Epoux,
"
178 LE MERCURE
la jouiffance , leur vie durant , du Palais,
Albano.
Le z de ce mois , le Pape tint confiftoire
public , dans lequel S. S. donna le
Chapeau au Cardinal , Barbarigo avec les
ceremonies ordinaires.
JOURNAL DE PARIS.
LB
E premier de ce mois Madame , M. le
Duc d'Orleans , M. le Duc de Chartres
, tous les Princes & Princeffes , &
grands Seigneurs , allerent au Palais des
Tuilleries faluer le Roy . Les Prevôt des
Marchands & Echevins , rendirent leurs
refpects à Sa Majeſté ,
Le foir S. M. accompagnée de M. le
Duc de Bourbon , de M. le Marêchal Duc
de Villeroy , & de M. l'Evêqué de Frejus,
alla entendre le Salut à l'Eglife de la Maifon
Profeffe des Jefuites , & affifta à la
Benediction du Saint Sacrement .
On a dépêché un Exprès à M. l'Archevêque
d'Alby , pour tenir les Etats de Languedoc
en l'abfence de M. de Beauveau
Archevêque de Narbonne.
Le 7 M. le Comte Hoy , Envoyé extraordinaire
du Roy de Pologne , eut autdience
publique du Roy , dans laquelle ili ,
0 179
DE JANVIER
donna part à S. M. de la naiffance d'un
Prince , fils du Prince Electoral de Saxe..
Le Roy a créé pour le fieur de Brémont,
Capitaine au Regiment de Chartres , &
Lieutenant de Roy de Riblemont , la Charge
d'Aide-Major des Gardes du Corps de
S. A. R.
M. de Beaulieu , un des Gentilshommes
ordinaires de M. le Duc d'Orleans , a été
gratifié par S. A. R. d'une penfion d'augmentation
de 2000 livres .
Le R. P. Porrée , de la Compagnie de
Jefus , & un des Regens de Rhetorique
du College de Louis le Grand , prononça
le 13 un difcours Latin , dans lequel il examinoit
ce penchant ou cette inclination naturelle
, qui porte les hommes à l'amour
de la nouveauté . Dans le premier point il
balança le merite des Anciens avec celui
des Modernes , & en porta un jugement
fort defintereffé, Le parallele que cet Orateur
fit de Corneille avec Racine , parur
très fenfé , très équitable & fort ingenieux
Le fecond point roula fur les nouvelles
opinions en fait de Religion. Mrs les Car
dinaux de Rohan , de Biffy , & de Polignac,
& feize Archevêques ou Evêques , furent
fes auditeurs .
Madame la Comteffe de Guife - Harcourt
accoucha le
Janvier d'un fils.
Le 14 M. le Comte de Nevers fut reçû
180 LE MERCURÈ
Duc & Pair de France , & prit féance en
cette qualité au Parlement. Tous les Princes
du Sang & Ducs & Pairs qui fe trouverent
à Paris, affifterent à cette ceremonie.
M. le Comte de Touloufe a envoyé
20000 livres à Rennes , pour fecourir les
pauvres de cette Ville .
M. le Chevalier d'Argouges a été pourvû
d'une Commandérie de 8000 livres de
rentes.
Meffieurs Dureveft , Bourgeois & Frommaget
, ont été élargis de la Baftille.
Les Livres de la Bibliotheque du Roy ,
ont été diftribuez en fept départemens ,
dont la direction a été partagée entre fept
perfonnes choifies par M. l'Abbé Bignon.
M. l'Abbé Raguer , aura la Claffe
des Livres de Theologie : M. Andiy
Medecin , la Phyfique : M. Buret de
P'Academie des Sciences , la Medecine :
M. de Lagny Penfionnaire de la mê
me Academie , les Mathematiques : M.
P'Abbé Alaric , l'Hiftoire : M. Capon , Avocat
, celles du D.oit : Entin M. Danchet .
de l'Academie Françoife , la Claffe des
Belles Lettres . Chacun de ces Meffieurs
aura 1000 livres fixes d'appointemens annuels.
: M. de Grillet de Briffae , Enfeigne , eft
monté à la Lieutenance des Gardes da
Corps , vacante par la mort pe M. ParisDE
JANVIER.
181
Fontaine. L'Enteigne & la Brigade de M.
de Briffac , a été donnée à M. des Murs ,
Exempt des Gardes du Corps . Le Gouvernement
de Morlaix , qui eft de 1200 livres
de rentes, a été donné à M. Paris - Fontaine,
Lieutenant- Colonel du Kegiment Royal
de Lorraine , & frere du défunt , qui en
éroit Gouverneur,
M. Rochais , Huiffier de la Chambre du
Roy , a obtenu l'agrément de vendre la
furvivance de fa Charge à M. Langlois,
Par la mort de M. de Marnay , Lieutenant
des Gardes du Corps , M. de la Billarderie
Aide- Major general , a obtenu fa
Brigade & fa Lieutenance, M, du Planti ,
Aide - Major de Compagnie a été élevé
à l'Aide- Majorité des Gardes du Corps ,
& M. du Bourdet Exempt , a été fait
fous-Aide- Major de Compagnie , à la place
de M. du Planti.
Le 11 M. Martine , Envoyé extraordinaire
du Landgrave d'Heffe- Caffel , eut
audience publique du Roy , dans laquelle
il donna part à Sa Majefté du mariage dų .
Prince Maximilien , fils du Landgraved'Heffe
, avec la Princeffe de Heffe de
Darmftat,
Le Regent a accordé à M. le Curé de
Saint Sulpice une Loterie pour trois ans ,
dont les profits , qui font à quinze pour
cent , feront employez à continuer le Bâ182
LE MERCURE
timent de cette Eglife. Cette Lotterie fe
tirera à la fin de chaque mois. L'ouverture
doit s'en faire au premier Fevrier
1721 .
Dans l'accommodement qui a été fait
au fujet de l'Abbaye de Marmoutiers ,
dont M. l'Abbé de Clermont a obtenu la
Coadjutorie , du confentement de M. l'Abbé
de Lyonne , il a été convenu que l'on
uniroit à cette Abbaye plufieurs Prieurez
poffedez par des Religieux de la même
Maifon , jufqu'à 30000 livres de revenus ,
dont moitié feroit unie à la Manfe Abbatiale,
& l'autre , à la Manfe Monachale :
de forte que M. l'Abbé de Lyonne joüira
dès à prefent , fa vie durant , de 15000.
livres par chaque année , au delà de ce
qu'il en a touché depuis qu'il a été nommé
à cette Abbaye . Le même Abbé continuera
de nommer aux Benefices .
Les Bulles de M. le Duc de Chartres ,
pour la grande Maîtrife de l'Ordre de
Saint Lazare , font conçues en termes très
honorables & très obligeans.
M. l'Abbé d'Auvergne a donné le
Prieuré de Saint Gelais proche Poitiers ,
à M. l'Abbé de Choify ; il rapporte 2000
livres de rentes .
On a rendu aux Feüillans le privilege
d'officier à la Chapelle du Roy.
-M . le Maréchal de Bezons a obtenu la
DE JANVIER.
18
furvivance de fon Gouvernement de Cambray
, pour M. le Marquis de Bezons ſon
fils , ainfi que M. de Chamarante Lieutenant
General , celle du Gouvernement de
Phalzbourg , pour M. de Chalmazel.ſon
neveu.
M. Trudaine , ancien Prevôt des Marchands
, & M. de Pontcarré , Premier Prefident
du Parlement de Rouen , ont acheté
chacun une Chargé de Confeiller au Parlement
pour Meffieurs leurs fils .
M. Hocquart a été fait Intendant de
la Marine.
Des Lettres d'Orleans du 25 , portent
que le Tonn rre étoit tombé dans l'Abbaye
de. Saint Benoit fur Loire , à huit
lieues de cette Ville , dans la Cellule d'un
Religieux : Que le feu s'y étant mis , on
avoit heureufement cu le temps de l'éteindre
, par le prompt fecours qu'on y
avoit apporté.
Le Prieuré de Pomier d'Aigre , Ordte
de Grammont , a été donné à M. de
Beauveau Archevêque de Narbonne. Le
Regent a donné un autre Prieuré de fon
appanage , de 3000 livres de rentes , à
M. de Beaulieu , parent de Madame de
Fretteville , Religieufe de Chelles.
M. le Chevalier de Camilly , Capitaine
de Vaiffeau , & frere de M. de Camilly ,
nommé à l'Archevêché de Tours , doit
184 LE MERCURE
reconduire à Conftantinople Mehemer-
Effendi , Ambaffadeur du Grand Seigneur,
après que cette Excellence aura rempli
les fonctions de fon Ambaffade à Paris.
Lifte des perfonnes qui compofent la fuite
de Mehemet- Efendi.
Son fils , fon Intendant , fon Iman ou
Miniftre , fon Treforier , fon Garde- Sceau, -
fon Maître de Garde- robbe , fon Maître
d'Office , fon Caffetier , celui qui a le
foin de lui remplir & prefenter fa Pipe ,
fon Blanchiffeur , fon Parfumeur , fon
Barbier , celui qui a foin des chandeliers
& de les garnir ; celui qui appelle à la
Priere ; 13 Aga , faifant fonction de Valets
de Chambre ; fon Maître de ceremonies
; fon Maître d'Hôtel , fon Ecuyer,
fon Chef de Cuifine , fon Pourvoyeur ;
fon Medecin avec un Valet ; Soliman Capitan
, Efclave qu'il a racheté à Malte ;
vingt Valets de pied ; fix Aides de Cuiſine ;
quatre Gardes Tentes , un Jaca ou Porteur
d'eau ; deux Palfreniers , deux Peliffiers
, un Tailleur ; cinq Pourvoyeurs de
fa Mailon , avec deux Valets .
Comme M. l'Abbé Paftel n'a point
accepté la Penfion de 1500 livres qui lui
avoit été donnée fur l'Evêché de Verdun
, le Roy en a accordé depuis , 1200
livres
DE JANVIER. 185
livres à M. l'Abbé le Normant , Chanoine
de Saint Honoré , & 300 livres à
M ...
Incendie de Rennes en Bretagne.
LE
E z2 du mois paffé , fur les 9 heures
du foir , un Menuifier ayant mis le
feu dans fa Boutique , au milieu de la ruë
Trichetin , les flâmes eurent bien tôt gagné
toute la maiſon & le comble. La rapidité
& la violence avec laquelle il prit , ne
donnerent pas le tems à la femme de cet
Ouvrier de fe fauver ; de forte qu'elle peric
au milieu de l'embrafement. A l'égard de
fon mari , la Patrouille l'ayant tiré heureufement
, le conduifir en prifon . Sur les
10 heures , les deux côtés de la rue Trichetin
& de la rue Neuve , ne firent bientôt
qu'une arcade de feu. Et comme il y
avoit du vent , & peu de fecours , cet Incendie
devint bien- tôt prefque general.
La conftruction des maifons , qui ne font
bâties que de bois , fut une matiere trèspropre
pour augmenter la violence du feu;
& cet Element continuant fes ravages ,
fans qu'on put en arrêter le progrès , cette
nuit & le jour fuivant , il gagna la charpente
du gros Horloge , qui tomba le 23
à 2 heures après minuit avec un bruit ex186
LE MERCURE
traordinaire , de forte que toute la hautë:
Ville a été reduire en cendres . Il n'eft refté
dans la Paroiffe de S. Sauveur que cinq
maifons ; l'Eglife de ce nom qu'on rebâtiffoit
à neuf , a été entierement confumée
; mais on a remarqué que toutes les
autres Eglifés ont été épargnées par une efpece
de miracle . On jugera beaucoup
mieux du malheur de cette Ville , par la
Lifte que l'on va donner des Rues qui
ont été incendiées..
Lieux incendiés à Rennes..
La Rue de la . Cordonnerie
Trinité ..
La Rue S Michel.
La Rue de la Mitrie .
La Rue de la Ferronnerie .
jufqu'à las
La Rue Trichetin ,où le feu a commencé..
La Rue Dufour du Chapitré , la moitié..
La Rue de la Poiffonnerie..
La Rue Neuve..
La Rue de la haute Baudrairie..
La Rue d'Orleans , plus de la moitié..
La Rue de la Fannerie..
La Rue de la baffe Baudrairie
côté & un peu de l'autre.
La Rue de la vieille Laitteric .
La Rue de la Cigne ..
La Rue de la Charbonnerie..
>
tout un
DE JANVIER. 187
La Rue S. George , jufqu'à la Rue Saint
François.
La Grande Rue S. François , un côté.
La petite Rue Saint François.
La Rue aux Foulons , jufqu'à l'Hôtel de
Cucé , & jufqu'à M. de Robien.
La Rue des Preffes.
La Rue de la Fillandrie
La Rue des Changes.
La Rue de la Boucherie..
La Rue S. Sauveur , jufqu'à M. de Mon
talembert.
La Rue de la Groffe Horloge .
La Rue du Puys du Mefnil .
Le Champ Jaquet , excepté le côté du
Mur de la Ville.
Le grand bout de Cohuë.
Le petit bout de Cohuë.
La Grand- Pompe , excepté le Calvaire..
La Place du Palais , excepté le Palais &
les Cordeliers.
La Cour de Rennes.
Le Prefidial.
La Groffe Orloge..
La Halle.
L'Eglife S. Sauveur.
Total des Maifens ..... 85o.. 8500
Qjj183
LE MERCURE
1
le
Le Parlement en general s'eft comporte
avec beaucoup de zéle & de prudence pendant
& après cet Incendie cependant il
n'y a pas actuellement le tiers du Parlement
logé; le reste campe , pour ainfi dire,
fans qu'aucun des Membres de ce Corps.
fe foit retiré hors la Ville . Dés que
feu a ceffé , on s'eft affemblé comme à l'ordinaire.
Le premier foin a été de procurer
le bon marché des Vivres & des Denrées :
on a enfuite nommé des Commiffaires
dans tous les Quartiers , pour obliger les
perfonnes riches ou pauvres , dont les
Maitons fubfident , de ceder leur logement
aux Incendiés . On a trouvé par ce
moyen celui de leur procurer au moins le
couvert , ainfi qu'aux effets qu'ils ont pû
fauver. Les 34000 livres envoyés par la
Cour , ont été diftribués aux plus miferables
. On travaille actuellement à un plan
& à un Etat exact des Maifons brûlées ,
avec le nom des proprietaires ; on y joindra
auffi les pertes & dominages que cha
cun aura reçûs ; enfin on prend toutes
les precautions imaginables pour remedier
peu à peu aux calamités que cette malheureufe
Ville a effuyées.
DE JANVIER.
189
Rreft du Confeil d'Etat du Roy , du
26 Janvier 1721 , qui ordonne que
tous les Contracts de. Rentes , tant perpetuelles
que viageres ; tous les Recepiffez
des Gardes du Trefor Royal , ou des Receveurs
des Tailles pour Rentes ; toutes
les Actions intereffées de la Compagnie.
des Indes , ou Dixiémes defdites Actions ;
tous les Certificats pour Compte en Banque
; toutes les Actions Rentieres & Dixiémes
defdites Actions ; enfemble tous.
les Billets de Banque , feront reprefentez
dans deux mois pardevant les Commiffaires
du Confeil qui feront pour ce nom→
mez , pour eftre par eux procedé à la verification
defdits effets .
LE
E Sieur Davach de la Riviere , demeurant
ruë Mauconfeil à Paris , Docteur
en Medecine , Medecin ordinaire de
feù S. A. S. M. le Prince de Condé ;
Auteur du Miroir des Urines , du Traité
des Fiévres peftilentielles , malignes , &
autres , & du Trefor de la Medecine ,
dedié à S. A. R. M. le Duc d'Orleans ,
Regent du Royaume ; contenant l'Anatomie
, les maladies de toutes fortes , & les
moyens de les guerir par la vertu des
790 LE MERCURE
fimples , même les fecretes , fans Mercureni
flux de bouche ; a des remedes fpecifiques
pour guerir la Pefte & toutes maladies
contagieufes , en preferver & purifier
l'air , guerir les retentions d'urine ,
fortifier les vaiffeaux & rétablir la virilité
offenfée ; guerir les maladies des yeux ,
fortifier & conferver la vûë : le tout par
des efprits tirez des Plantes , approuvées
& contenues dans les Privileges à lui accordez
par le Roy. Tout peut fe tranf
porter par mer & par terre fans le gâter
ni alterer. Ceux qui ne pourront pas envoyer
d'urine , en marqueront le contenu , ›
la couleur & la fubftance , avec un Mcmoire
du temps & des fimptomes de la
maladie , & l'âge des malades .
ERRATA en la Piece de M. l'Abbé
des Thuilleries.
Page 27 employer , lifez amplifier.
Page 54 ligne 2 ajoutez eu.
Approbation de M. Demontempuys , Avocat ent
Parlement , Cenfeur Royal des Livres .
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
un Manufcrit intitulé , Le Nouveau Mers
cure pour le mois de Janvier 1721 , dont j'ay paraphé
les feuillets. Fait à Paris ce 7 Fevrier
1721. DEMONTEMPUYS,
TABLE..
Ercure reveillé par Apollon ,
MLettres du R. P. Caffel , de la C. de
Jesus, à M. de **
Lettre à M. *** fur la maniere dont on
croit que l'Amerique a pû être habitée
, 17
Relation fuccinte touchant les accidens de la
Pefte de Marseille , fon prognostic & Sa
curation ,
Poëfies,
29
60
L'Amant , qui croit ſe juſtifier , en expoſant
les motifs qui l'ont determiné à rompre
avec fa Maîtreffe ,
Arrêts , Edits & Declarations ,
Morts de Paris ,
Morts Etrangeres ,
68
77
III
114
Nailfance , Mariages & Dignités , 115
Nomination aux Evêchés ,,
Abbayes données ,
117
D2L
Endimion , ou , l'Amour vangé ,
Extrait du Balet du Roy , 144
Poèfies , 150
Enigmes 157
Chanson , 158
Avisfur une nouvelle Edition de l'Histoire
de Pline 160
Nouvelles Etrangeres ,
163
Journal de Paris , 173
Incendie de Rennes en Bretagne . 185
Arreft du Conseil du 26 Janvier.
189
Avis du Sieur Davach . ibid.
Dans la Promotion de Marine du mois paſſé.
Page 184 , lifez le Chevalier de Gouyon ,
Commiflaire General d'Artillerie .
xie.
Ibid. lifez M. de Villars , Capitaine d'Artille
LE
NOUVEAU
MERCURE
FEVRIER 1721 .
Le prix eft de vingt - cinq fols,
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais:
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK AVIS.
PUBLIC LIBRARY
O
ASTOR, ANOX
TILDEN FANDAJALN
1903
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray
3
LE
NOUVEAU
MERCURE .
DIALOGUE.
APOLLON, MМIERCURE
APOLLO N.
H ! bon Dieu , mon frere ,
comme vous voila crotté ?
MERCURE.
Cela n'eft pas furprenant ,
je fuis fur vos terres , &
puis qu'il faut vous parler net , il n'y a
point de Police dans vos Etats. En arrivant,
j'ai trouvé fur mon chemin une troupe .
de jeunes fous qui m'ont infulté , fans
avoir égard à ma qualité de Dieu & de
fils de Jupiter : les uns m'ont vilainement
éclabouffé , les autres ont crié haro fur
moy.
A ij
LE MERCURE
APOLLO N.
Cela ne doit point vous fcandalifer , je ne
fuis pas moi même à l'abri de leurs brocards
, & ils ont fouvent l'infolence de
m'appeller Menêtrier de Village , Racleur
de viele , & de me renvoier aux Guinguettes
. Comme ils font fans confequence ,
je les fouffre , quand ils ont de l'efprit , &
je leur donne permiffion de tout dire ,
leurs faillies me réjouiffent , & ils font les
l'Angelis de ma Cour.
MERCURE.
Ce qui me chagrine le plus , c'eft que
les honnêtes gens me regardent d'un oeil de
mépris ; faut que je fois le premier à
dire du malde moi - même , fije veux être
fouffert dans le monde ; & pour comble
de difgrace , on me mutile tous les jours ;
on me coupe bras & jambes ; j'ay. beau
vouloir me relever de ma chute , on rompt
toutes les mesures que je prens pour me
reconcilier avec le Public : la fiévre même
s'oppofe à mon deffein , & tourmente celui
fur qui je me repofe du foin de remplir
mon Journal on me condamne enfin
à faire un mauvais Livre , comme je m'en
étois plaint le mois paffé dans l'Apologie
qui porte votre nom & le mien ; mais
*
* Mercure réveillé par Apollon. On trouvera
cette Piece à la fin du Dialogue , avec les Vers
rétablis
DE FÉVRIER.
on a fupprimé l'endroit , peut- être , parce
qu'il étoit le meilleur de la Piece .
APOLLON.
J'en parlerai , & l'on vous fera juftice:
MERCURE.
2
Je vous prie en même tems d'exciter
vos Favoris à travailler pour moi , & de
m'aider en bon frere à rétablir ma reputation
, & à me tirer du neant au deffous
duquel on m'a placé.
+
APOLLON.
J'y fongeray , voilà une Elegie que je
vous donne pour ce mois- cy ; les Vers
n'en font pas méchans .
MERCURE
Une Elegie ! il ne me faut plus qu'une
Differtation , & je fuis fûr d'ennuyer à
mon ordinaire ceux qui voudront bien me
lirė.
APOLLON.
Vous devenez trop difficile , Monfieur
mon frere , & vous avez tort de refufer
l'ouvrage , car il eft bon ou mauvais ; s'il
eft bon , il fera honneur à votre Livre ;
s'il eft mauvais , il vous appartient de
droit , & perfonne n'y trouvera à redire.
MERCURE.
Si je donne de mauvaiſes Pieces att
Public , vous n'y contribuez pas peu , &
c'eft fouvent pour vous faire plaifir à vous,
& à Meffieurs vos Eleves : mais ne nous
Aviij
6 LE MERCURE
picquons point , nous avons befoin d'être
unis pour nous foutenir l'un l'autre. Si jen'avois
recours à vous , je manquerois de
matiere , & fi je n'avois foin de les publier
, la plupart de vos Ectits reſteroient
dans l'oubli.
APOLLO N.
Entre nous , votre voïe n'eft pas la plus
fûre pour aller fûrement à l'immortalité ,
& ceux que j'ay favorisés , ont pris tout un
autre chemin.
MERCURE .
Cela eft vrai , mais je ferai fi bien à
l'avenir , qu'on ne fera pas faché de marcher
fous mes aufpices , & je vous jure
que toutes fortes d'ouvrages n'entreront
pas impunément dans ma valite.
APOLLON.
Prétendez vous mettre au rebut tout
Ecrit ferieux , fans examiner s'il vient de
bonne ou de mauvaiſe main , & le condamner
fur la fimple étiquete ?
MERCURE.
Je vous avouerai franchement que j'ay
été fi long- tems la dupe de pareils Ouvra
ges , que j'ay bien de la peine à m'en
charger : le bon , dès qu'il eft ferieux , cft
une marchandife qui a rarement la vogue,
on court plutôt au mediocre , quand il eft
plaifant.
DE FEVRIER.
APOLLON.
Croyez-moi , le bon , de quelque genre
qu'il foit , prend toujours & n'ennuie jamais
; mais je le vois bien , il vous faut
des Enigmes , des Chanfonnettes.
MERCURE.
Ne mépriſez point tant les Chanfonnettes
, elles ont leur merite , & il y en
a telle qui vaut bien une Elegie.
APOLLON.
Je vous entends , l'Elegie eft une Pleureule
qu'on ne fçauroit plus fouffrir.
MERCURE.
A vous dire le vrai , le fiecle eft trop
libertine, & fe plaît trop à rire pour entre
dans le goût Elegiaque . Comme on n'aime
plus d'un veritable amour , la galanterie a
pris le deffus , & tout ce que roule fur la
tendreffe , paroît fade & ridicule.
APOLLON.
C'est justement pour combattre un goût fi
dépravé , qu'a été faite l'Elegie en queftion .
On y regrette la nature , la conſtance &
la fincerité , qui ont difparu ; on y detefte
l'artifice & la coquetterie qui out détruit
le
pur amour ; & on a plutôt fuivi Tibule
qu'Ovide , qui a le premier corrompe &
fophiftiqué la tendreffe , l'ayant voulu reduire
en att , comme le lui a fort bien
reproché un digne Difciple d'Anacréon
*
M. l'Abbé de Chaulieu.
A iiij
LE MERCURE
dans ces Vers , où il prend les intereſts du
coeur , apoftrophant ainfi l'efprit.
19
Les Pigeons les Tourterelles
Sçavent fe plaire & fe charmer :
Vit-on un Ovide pour elles
Qui fit jamais un Art d'aimer ?·
C'est dans ce Livre deteftable.
Que paroît ta corruption ,.
Qui d'une douce paffion.
A fait un Art` abominable ;
Art d'où nous vint en Ja fureur
Ce monftre de coqueterie ,
Et ce métier faux & trompeur
Qu'on appelle Galanterie.
Pour être contre Ovide , ces Vers la
n'en font pas moins beaux , parce qu'ils
parlent pour la nature : quand on s'exprime
avec cette onction & cette chaleur de fentiment
, on ne manque jamais de plaire au.
fiecle , en lui faifant même fon procès.
MERCURE.
Je reviens , & vous me donnez envie
de lire votre Elegie ..
il lit
ELEGI E
Contre les Amours du tems.
L'Amour , le tendre amour , adoré de nos peres
Est à peine connu de nos fimples Bergeres
DE
୭
FEVRIER.
Son Empire est détruit , fes Temples font deferts ,
On méprife fes loix l'on rit de fes fers ;
,
Je ne fçai quels amours , enfans de l'inconftance ,
Ont jufques dans les champs étendu leur puiſſance.
Ces indignes rivaux ufurpant ſes Autels ,
Ont corrompu le coeur des aveugles mortels :.
On fe fait , de feduire , une étude funefte
On conduit fes regards , on compofefon -gefte ;
Onfardefon vifage , onfardefes difcours ,
Chacun de l'artifice emprunte le fecours ..
Que dis-je! l'on rougit de paroître fincere ,
Etfans l'art de tromper on n'a plus l'art de plaire.
On brifefes liens , fi - tôt qu'ils font formez ,
Et l'on éteint fes feux dès qu'ils font allumez.
On voit peu dans ce temps de mai :reffes feveres i
Mais on trouve par tout des Amantes legeres ::
Plus on livre fon ame à l'infidelité,
+
Plus on croit fignaler l'éclat deſa beautés
La conquête d'un coeur genereux & fidelle
N'a plus l'heureux pouvoir de fixer une belle..
Sans celle nos Irisfe piquent follement
D'attacher à leur char quelque nouvel amant
Pareilles au guerrier qui met toute sa gloire.
A voler chaque jour de victoire en victoire.
Que ne tiens-je du Ciel un coeur moins amoureux
Ou que ne fuis -je né dans des tems plus heureux?
Abelard d'un beau feu jadis eut l'ame épriſe ,
Pour aimer, comme lui , que n'ai-je une Heloïfe ?:
ΤΟ MERCURE LE
Elevé dans le fein des profanes citez,
Fay foupiré long tims pour d'ingrates beautez :
Mais las d'être abuſé par leurs feintes promeffes ,
J'ay cherché dans les bois definceres maitreffes;
De la jeune Phi is les modeftes attraits
"M'embrazerent d'abord de millefeux fecrets
Mes yeux, bien tôt mes yeux, oùſe peignoit mon ame,
Au defaut de ma bouche expliquerent ma flame ,
Et devenu Berger pour lui faire ma Cour ,
F'appris fur le hautbois à chanter mon amour.
Mais , belas ! j'éprouvay que pour eftre Bergere
One amante aujourd'hui n'en eſt pas moins legere :
La perfide oublia nos fermens amoureux
Et fix mois de conftance épuiferent fes feux.
On jour que mes tranfports fatiguoient l'infidelle ,
Plen d'un jufte dépit , je rompis avec elle ,
Etj'appris,mais trop tard,en quittant les troupeaux
Que l'air de nos Citez infectoient les Hameaux.
On ignore le prix d'une flame parfa te ,
Et l'on n'a de Berger que la feule boulette.
Amour conftant , amour dont je reffen l'ardeur ,
Neregneras-tu plus que dans mon tendre coeur ?
Et vous objets trompeurs , pour qui couloient mes
larmes ,
A mes yeux indignez n'étalez plus vos charmes ,
En vainpar ces appas vous croyez m'enflammer ,
Pour me paroître aimable il fautfçavoir aimer.
Mercure aprés avoir lu .
J'en fuis affez content , elle n'eft pas
DE FEVRIER. IK
longue , & je la mets dans mon portefeuille
.
APOLLON.
Il faut lire une autre fois
juger.
avant que de
MERCURE.
J'avoue mon tort , je vous dirai cependant
qu'avec de tels fentimens on peut
réuffir au Parnaffe ; mais qu'on ne fait pas
fortune à Cithere . Le tendre amour vicat
d'en eſtre banni , & le péu d'adorateurs qui
lui reftent , a été berné d'importance : on
peut m'en croire , car je l'ay vû de mes
propres yeux .
APOLLO N.
Je ne feray pas fâché d'apprendre comme
la chofe s'eft paffée , auffi bien je fuis
defoeuvré.
MERCURE.
A peine ce matin j'ay mis le pié dans
cette Ifle , que j'ay apperçu une troupe de
jeunes amours des mieux ajuftez & des
mieux nourris , qui en pourfuivoient un
feul qui étoit maigre , negligé , & qui grifonnoit
de vieilleffe ; c'étoit le vrai amour
que tous fes freres cadets ont pris & lié
d'un cordon de foye à un oranger : les
uns l'ont fouetté d'une poignée de mirthe ,
les autres l'ont croquignolé : ceux- ci ont
rompu fon carquois & brifé fes fleches ::
ceux-là ont brûlé fes fourcils & fes ailes.
1/2
LE MERCURE
de fon propre flambeau , & puis ils Pont
éteint. Plufieurs affectoient de foupirer à
fes genoux , & de chanter languiffamment
quelques lambeaux d'Opera , pour fe mocquer
de lui , tandis que d'autres faifoient
un feu de joye de tous les Romans quiont
été compofez à fa gloire , & danfoient
à l'entour. Une demi - douzaine d'Amaris
tranfis font accourus aux cris qu'il a jettez,
& l'ont voulu deffendre , quand les autres
Amours ont été fecourus de leurs nombreux
Favoris , qui ont faifi ces miferables
d'une main vigoureufe , & les ont traitez
comme on traita autrefois le fidelle Ecuyer
de Don Quichote , dans l'Hôtellerie où
fon maître fut armé Chevalier. Après un
bernement de deux grandes heures , on les
a chaffez de l'Ifle avec le pauvre Amour
qui ne voloit plus que d'une aîle . Comme
Fallois quitter Cichere , un de ces Amours "
fripons m'a tiré par le bras , & m'a dit)
qu'il avoit des nouvelles à m'apprendre ,
dont je pourrois orner mon Journal : je
lui ai répondu qu'il me feroit, plaifir , mais -
que je ferois bien aife de fçavoir auparavant
pourquoi ils avoient eu fi peu d'égard
pour leur aîné. C'eft un nigaut , m'a-t'il
repliqué , qui ne rioit jamais , qui ne
faifoit que foupirer & fe plaindre , ou nous
prêcher jene (çai quelle morale ennuieuſe;
un fot qui vouloit fixer nos defirs & nous.
DE FEVRIER. 13
interdire la douceur de changer , & qui
condamnoit mal à propos l'agreable penchant
que nous avons au plaifir ou à la
coquetterie ; je dis au plaifir ou à la coqueterie
, car nous ne fommes pas tous de la
même fecte , quoique nous foyons également
liguez contre lui , nous fommes parta
gez en deux bandes , l'une eft compofée
d'Amours coquets, qu'on appelle papillons;
l'autre d'Amours libertins , qu'on nomme
volontaires ; je fuis de ces derniers. Les
Papillons qui ne fongent qu'à plaire , paroiffent
aimer tout le monde , & ne font
amoureux que d'eux- mêmes. Pour nous
autres volontairés , nous fommes ennemis
des bien-féances , nous aimons à faire des
malices & à nous réjouir aux dépens d'autrui.
Nos partifans facrifient tout au plaifir,
& traitent l'Amour cavalierement. Nous
n'avons jamais été d'accord avec les Papillons
, que quand il a fallu détruire notre
frere, pour changer en Republique l'Empire.
amoureux où regnoit ce tiran des coeurs ,
declarer qu'étant tous égaux , nous ferions
tous maîtres ; qu'il y auroit liberté de fentimens
dans tous nos Etats, & que chacun
aimeroît à fa guife . Dans cette occafion
nous avons été fi bien d'intelligence , &
nous avons fi bien fait , foit par nos façons
aifées , ou nos airs agaçans , foit par nos
faillies ou nos gentilleffes , que nous avons
&
3
14 LE MERCURE
gagné tous les coeurs & tourné notre ennemi
en ridicule , jufqu'au point qu'il n'ofe
plus fe montrer , & qu'il n'a prefentement
que cinq ou fix galans pellez qui lui ſoient
attachez ; mais nous en voilà delivrez , &
nous n'aurons plus les oreilles étourdies de
leur ridicule verbiage , de leurs plaintes
impertinentes , & de leurs foupirs gaulois.
A ce propos je vais vous tenir ce que je
vous ai promis , & vous compter à
quelle occafion & de quelle maniere l'affaire
des bruns avec les blonds a été agitée
& jugée par notre Senat. Comme j'y ai
beaucoup de part , & que c'eſt moi qui ai
porté la parole , je ferai bien aife de vous
en inftruire , & vous ne ferez pas fâché
de m'entendre . Vous avez vû Damon , ce
blondin langoureux qui vient d'être berné,
& qui eft affez connu par quantité de méchans
Vers qu'il a répandus dans le Public
APOLLON.
N'est-ce pas lui dont on a dit ?
Damon ceffant d'écrire, au beau fexe veut plaire,
Mais auffifroid galant qu'il étoit froid Auteur ,
Il ennuie une belle , encor plus qu'un Lecteur ,
Et chalé du Farnaffe on le berne - à Cithere.
MERCURE.
C'eft lui-même ; plein du Dieu dont il
fuit l'étendart , il a pourfuivi notre volonDE
FEVRIER.
15
taire. Damon a voulu pouffer les beaux
fentimens auprès de Dorimene ; mais il s'y
eft caffé le nez . On peut dire à l'avantage
de cette veuve, qu'elle n'eft ni coquette , ni
precieuſe, ni prude , quoi qu'elle foit bientôt
d'âge à l'être ; elle a au contraire toute
la folie , & même l'étourderie d'une
jeune perfonne de dix-huit ans , malgré
Pexperience d'une femme de trente , de fon
propre aveu , & de quarante , felon tour
le monde. Elle ne peut fouffrir le jargon
amoureux; & ce qu'il y a de plus fingulier,
elle veut être grondée. De l'humeur dont
je la dépeins , Damon étoit bien éloigné
de lui plaires je profitai de l'occafion pour
me divertir de ce benêt que j'ai toujours
haï d'inclination , & je lui oppofai un Rival
qui convenoit mieux au caractere de
Dorimene. Erafte , ce brun réjoui que vous
voyez parmi nos fectateurs , & dont je
fuis l'amour tutelaire , fe prefenta le premier
à mes yeux : Je le menai dans une
maifon où étoit notre veuve , & je les mis
aux prifes. La fimpathie fit fon devoir..
Erafte , s'écria Dorimene tranfportée , après
une heure de converfation , vous êtes le
plus aimable fou que j'aye encore vû : Si
je fuis votre fait , vous êtes mon homme.
Madame , répondit Erafte , je n'ay jamais
entendu extravaguer avec tant d'efprit que
vous le faites , & il ne tiendra qu'à vous
--16 MERCURE LE
que nous ne concluïons marché , & que je
ne vous aime à la rage. Touchez- là , repritelle
, votre affaire eft faite , & dès à prefent
commence le bail de notre amitié. Et
Damen , Madame , interrompit Erafte :
Damon , repliqua -t'elle , fi , ne m'en parlez
pas , c'eft un fat qui me déplaît à la mort.;
fes douceurs & les refpects continuels m'affadiffent
le coeur , & depuis que je l'ai vû
foupirer à mes genoux comme un Jocriffe ,
& fuivre fcrupuleufement toutes les fottes
formules qu'on voit dans les Romans , il
m'eft infupportable. Quelle extravagance
de dire à une femme qu'on languit dans
fes chaînes , qu'elle ait pitié des maux
qu'elle fait fouffrir ; que la cruauté égale
fes charmes , & que fon coeur n'a pas moins
de glace que les yeux ont de flamme ! Ce
jargon eft pardonnable dans un Opera ,
mais il eft impertinent dans le monde , &
fur tout dans un tête à tête : vraiment il
eft bien queſtion de cela , j'ay tant d'averfion
pour ce qu'on appelle declarations
tendres , foupirs , petits foins , & autres
fornettes , que j'aimerois cent fois mieux
un amant brutal qui me diroit des injures ,
qu'un amant tranfi qui m'ennuiroit de fon
tendre martire. Erafte a profité de l'avis ,
& inftruit par mes foins , il a fi bien pris
le contrepié de Damon , que la veuve a
plein contentement avec lui ; car il va
regulierement
DE FEVRIER. 17
régulierement lui chanter poüille deux fois
par jour. Par ce moyen il eft parvenu à sen
faire adorer , & il la gouverne defpotiquement
; vous allez en juger par ce trait.
Un jour qu'il la rabrouoit plus qu'à l'ordinaire
, elle en fut choquée , & le traita
d'extravagant. Il la menaça fort impoli
ment de la gourmer . Elle l'en défia , & il
lui repartit d'un petit foufflet d'amitié. Il
eft fort bon fur cc ton là , dit- elle , en fe
radouciffant : fi vous aviez molli , vous
auriez perdu toute mon cftime. Pour lui,
s'il faut l'en croire , il ne s'eft attaché à
elle que par commodité ; elle eſt auffi fol'e
que moi , dit- il , & nous fipathifons
Elle eft d'ailleurs bonne , & elle arrange
mes affaires. J'ai le plaifir d'aller pefter
chez elle quand je veux. Je fuis craint &
aimé tout enſemble , & l'on applaudit à
toutes mes folies . Ne vaut-il pás nrieux
être le maître d'une veuve un peu fanée .
que d'avoir foi- même une maîtreffe quetque
jeune & quelque belle qu'elle pût être ?
l'amour propre n'y trouve- t'il pas mieux
fon compte ? Ce font là fes difcours ordinaires
; mais il fe dément quelquefois , &
je prens plaifir de lui fouffler de tems en
tems un peu de jaloufie pour le punir des
fa varité. Je lui fis cette malice derni
ment qu'il étoit chez Artemife avec Do-
2
B
1.8. LE MERCURE
rimene , & c'eſt là ce qui a fait naître la
difpute qui s'eft élevée fur le merite des
blonds & des bruns : Notre veuve dit in
paffant qu'elle haïffoit furieufement les
blondins : Si cela étoit vrai , interrompit
Erafte , vous ne verriez pas fi fouvent Damon.
Quand je le vois , reprit-elle , c'eſt
pour me mocquer de lui ; & s'il étoit ici ,
je lui dirois à fon nez qu'il n'y a rien de
fi fade qu'un blond , & que je tiens pour
les bruns. Je vous prens au mot , repliqua
t'il , voici Damon qui vient fort à propos ;
(c'étoit moi qui l'avois conduit là malicieufement
fous la figure de mon aîné que j'avois
prife. ) Dorimene fe tourna vers lui ,
& pourfuivit ainfi : Ouy , je le repete , les.
blondins font d'une fadeur infupportable :
la mode en eft paffée. Damon fut fi étourdi
du coup , qu'il ne fçut que répondre ;
lors qu'une blonde de la compagnie prit
la parole , & dit ; que les gens blonds n'étoient
pas fi décriez que Dorimene vouloir
le faire entendre , que c'étoit la couleur
dont on faifoit le plus de cas dans le monde,
& que
rien n'étoit comparable à fon éclat..
Vous avez intereft à prendre leur parti ,
repartit notre veuve , mais moi , qui fuis.
brune , je foutiens que les blondins n'ont
qu'un faux brillant qui n'éblouit que de
loin ; dès qu'on les voit un peu de près ,
ce n'est plus la même chofe , leur beauté
DE FEVRIER. 19
eff inanimée , & leur langueur fait bâiller.
Parlez - moi d'un brun pour remuer les -
paffions , tout le feu de l'amour paroît
dans les yeux , & les graces affaifonnent
tout ce qu'il dit ; il a je ne fçai quoi qui
vous pique jufques au fond de l'ame , tous
les fens trouvent leur compte avec lui ,
plus on le connoît , plus on l'aime , &
pour couper court , il eſt bon à l'ufer. Tout
le cercle applaudit par un éclat de rire ;
Erafte demeura charmé , & Damon ne pu
s'empêcher d'éclater, en difant à Dorimene ::
Cruelle, cet affront ſe peut- il pardonner ?
Au nom de Dieu , répondit- elle , laiffez- là
le ton tragique , & ne me faites plus de
reproches aux dépens de Racine ; vous
m'attendriffez trop , je n'aime point à pleurer.
Adieu , reprit- il en fortant , je vais
mourir de douleur : A ces mots je ne pûs
me contraindre plus long tems , & je lui
ris au nez ; il me reconnut , & je pris
l'effor en criant : oh ! qu'il eft benêt,
Cette fcene fit du bruit à Cithere , & cha
cum prit parti , les uns pour les bruns ,
les autres pour les blonds. Comme je proregeois
les premiers , j'agis fortement pour
eux , & je portai tous mes freres, les
Amours à s'affembler pour terminer ce
different , puis je leur reprefentai qu'il
falloit confulter les Dames fur ce pomt ,
Bij
LE MERCURE
& que le fait étoit de leur competence
Mon avis fut goûté , & l'on recueillit leurs
voix le plus grand nombre fut du côté
des bruns , qui auront deformais l'honneur
du pas. Notre volontaire a fini , en me
donnant une Piece qui eft à leur gloire.
Vous êtes blondin , je ne fçai fi elle vous .
plaira.
APOLLON..
Dites toujours , files Vers en font bons ,
elle fera de mon goût.
Mercure lit..
LE REGNE DES BRUNS..
Fade Ade blondin , votre regne eff paſſe ...
Par piquant brun vous êtes effacé ;
Ce n'est point jeu . Le Senat de Cithere
Ainfi lui-même a decidé l'affaire ;
Retirez - vous , Galants aux blonds cheveux
De tous vos foins le beau fexe vous quitte :
Lâches Amans, vous trahiffez leurs voeux ,
Cedez au brun la place qu'il merite ;
*
Dieu le créa pour l'empire amoureux ,
De notre camp il doit faire l'élite.
Heureux l'amant qui parte , noirs fourcis
Ace coin feul, nous marquons nos amis.
On nous veus, mal & l'envie eft extrême .
S'écrie un blond , le Senat répondit
• DE FEVRIER. 21
Le fait eft für , car belles nous l'ont dit. -
Singes parfaits de Narciffe qui s'aime ,
Paßez le tems à vous lorgner vous- même
Dans vos miroirs ; vous eftes fans credit :
Si votre éclat rend une ame captive ,
Bien-tôt legere , elle brife vos rets ',
Vous n'avez point de folides attraits ,
Vous n'êtes beaux que dans la perfpective ,
Le brun eft fait pour eftre vi de près
Mercure aprés avoir lû.
Eh bien ! Seigneur Apollon , comment
trouvez- vous ces Vers là? .
APOLLO N..
Affez jolis , quoiqu'ils foient contre
moi.
MERCURE...
Je ne m'étonne pas fi la mere des amours
a preferé Mars ; il eft brun , & elle eft .
connoiffeuſe .
APOLLON.
Et vous , Seigneur Mercure , qui jaſez
fibien , vous êtes brun auffi , & vous
´avez affez couru le monde ; cependant
vous n'avez jamais été un Dieu à bonnes
fortunes : mais vous avez affez parlé pour
boire un coup. --
MERCURE.
Vous n'avez que de l'eau à me donner ,
22 LE MERCURE
& l'eau ne fait pas mon affaire. Je vais
paffer par la Champagne , où je me rafraîchirai
du meilleur vin d'Ahi . Avant
que je parte , fouillez un peu vos poches,
& voyez fi vous n'avez pas quelques bribes
de poësie , dont je puiffe faire mon profit.
APOLLO N.
Voilà tout ce que j'ay à prefent de fupportable
: c'eft la fecte des dormeurs .
"
MERCURE .
Je prens la piece fur votre parole , &
je crois fur le titre qu'elle pourra trouver
des Partifans . Adieu.
LA SECTE DES DORMEURS.
O!! Des vivans agreable tombeau ,
Temple où je fais mes plus grands facrifices ,
O ! lit charmant , que j'aime ton rideau!
Et que ta plume a pour moi de delices !`
Que je me plais d'y goûter les faveurs
Qu'épand fur nous le fommeil defirable!`
Qu'on ne me vante point les charmes de la table ,
Plaisirs ufez que chantent les buveurs ;
Tout doit ceder au bien incomparable
Qu'entre deux draps favourent les dormeurs .
Nêtre qu'affis , eft une gêne extrême ,
Eftre couché, c'est l'état de reposs
Qui fait des Dieux tout le bonheur fuprêmes
DE FEVRIER. 2.3
Nargue du pampre , & vivent les pavots.
De bien dormir la douceur infinie ,
Songes legers , doux enfans du duvet ,
Sont de l'Olimpe une heureufe cofie ,
Et gens de bien font amis du chevet.
MERCURE REVEILLE
par Apollon
.
CEsjours paſſez pour charmer fa diſgrace ,,
Phoebus cherchant un Vers qui le fuisit
Sur le chemin qui conduit au Parnaſſe ,
Trouva , dit on , Mercure qui ronfloit
Un livre en main : le tirant par 'l'oreille ,
Lors qu'Apellon doucement le reveille ,
Avec ces mots , Frere , te voilà pris .
Un Dieu ronfler ! cela n'eft point honnête ;:
Fu dois rougir du fommeil qui t'arrête.
Ami , pardon , dit.Mercure furpris ,
Ou bien plutôt plains mon malheur extrêmez ·
Carje m'endors en me lifant moy même.
Pour reformer cet Ecrit de mon nom ,
J'ay beau fuer , & quoi que Dieu fripon ,
F'élis en vain un mortel honnête homme ,
Digne d'ailleurs de travailler fous moy ;.
Tu le connois , fans qu'ici je le nomme.
Avec regret il exerce l'employ :
Il a voula de mauſſade écriture-
Purifier mon Journal pollué ,
Et me voyant indignement hué
241
LE MERCURE
Du fier Lecteur appaiſer le murmure.
Profe galante, agreable entretien ,
Vers enjouez alloient prendre leur place ;
Mais alte là ; reprimez votre audace ,
Monfieur l'Auteur , l'Ecrit n'eft pas Chretien.
Il a beau dire, eh j'ennuiray ! de grace......
Ennuyeż foit , maints autres le font bien :
Ainfi fermant le chemin qu'il doit fuivre ,
On le condamne à faire un mauvais Livre .
Quand au bon gour il veut en appeller ,
On le contraint d'adopter des fornettes ,
D'être le finge & l'écho des Gazettes ,
Et je me vois triflement mutiler.
On veut qu'enfin de la litterature
Honteufement je ramaffe l'ordure ;
Et pour jamais profanant mon métier ,
De ton Parnaffe on me fait Chifonnier.
ጌ
Lettre de M... fur la longueur & la brieveté
de la vie des hommes..
V
' Ous m'avez demandé plufieurs fois ,
Monfieur , fi quelqu'un n'avoit pas ,
fait quelques reflexions fur la longueur &
la brieveté de la vie des hommes ; je vous
dirai que M. Hofley Profeffeur de Geometrie
à Oxford , trés -connu dans le monde
par fes belles découvertes , & la vafte érudition
DE FEVRIER. 25
dition , a travaillé fur ce fujet avec fuccès,
& en a tiré des ufages tres- conſiderables.
Je vous en envoye la traduction , les
Actes de la Societé Royale de Londres fe
trouvant entre les mains de peu de perfonnes
en France , & étant écrits en Anglois :
voici la maniere dont il s'y eft pris , & fur
laquelle il a formé les Tables qui donnent
le mieux une idée de la condition du genre
humain.
Breflaw, Capitale de la Silefie, eft fituée
fur la rive Orientale de l'Oder, fur les frontieres
de l'Allemagne & de la Pologne , &
à peu prés à la même latitude que Londres.
Elle eft fort éloignée de la Mer, & la Place
la plus au milieu des terres que l'on puiffe
fouhaiter : peu d'Etrangers y paffent : la
Manufacture des Toiles employe prinċipalement
le pauvre Peuple de la Ville & des
environs. C'eft pour cela que je croi qu'en
cette Ville les degrez de mortalité ſemblent
être d'autant plus propres à fervir de fondement
, que les naiflances y égalent la
mortalité. La feule chofe qui manque, c'eft
le nombre des Habitans , à quoi j'ai tâché
de fuppléer en quelque façon , en compa- .
rant la mortalité des gens de toutes fortes
d'âges ; ce que je mettrai au jour avec toute
l'exactitude pofible par le moyen des curieufes
Tables des morts & des naiffances
C
26
LE MERCURE
que M. N.wman , qui eft de la Ville, dreffe
tous les mois.
Il paroît donc par ces Tables , qu'en cinq
ans , depuis 1687 , jufqu'à 1691 inclufivement
, il y eft né 6193 perfonnes , & qu'on'
y en a enterré 5869 , c'est- à- dire , par année
, né 1238 , & enterré 1 174. D'où l'on
peut conclure l'augmentation du peuple
par 64 par an , ou environ une vingtiéme
partie ; ce qui peut être balancé avec les
levées pour le fervice de l'Empereur pendant
cette guerre : mais ceci étant contingent
, & les naiffances certaines , je veux
fuppofer l'augmentation du peuple de Breflaw
de 1238 naiffances par année . Il paroît
par les mêmes Tables , que 348 meurent
par an dans la premiere année de leur âge ,
& que 890 feulement arrivent à l'âge d'une
année entiere ; & que 193 meurent dans'
les 5 années entre 1 & 6 ans complets ,
l'un portant l'autre , de forte qu'il n'y a plus
que 692 qui furvivent 6 années entières.
Depuis cet âge les enfans devenant plus
fermes , deviennent moins mortels ; & il
paroît que le peuple de Breflaw meurt annuellement
, comme dans la Table ſuivante,
où la ligne d'en haut montre l'âge , & celle
d'en bas , le nombre des perfonnes de cet
âge qui meurent par année.
DE FEVRIER. 27
77 8 9 14 18
II II 6 2 33 5 16
a.
·
6
• 27
9
28
•
8 7
55 50
35 36 42 .. 45
7
8 9 ± 8 ୨ 7
ง:
49 SA
10 II
.. 6.3 .. r 70 71 7.2 77
9 ΤΟ 9 12 91
14 9 II 95
7
81 .. 84 90 91 98 99 100.
I
.3. 4 2 1. I. I
Aux endroits où il n'y a point de chiffres,
on fous entend ceux qui meurent entre
l'âge precedent & le fuivant.
I
Il est évident par cette Table , que depuis
l'âge de 9 ans jufqu'à 25 , il n'en meurt
pas plus de 6 par année de chaque âge ,
ce qui eft environ 1. de 100, de ceux de
ces âges-là : & comme aux âges de 14 , 15 ,
16 , 17 , il paroît en mourir moins , c'eſtà
dire , 2. 3 , on peut attribuer cela au
hazard, comme les autres irregularitez que
l'on trouve dans la fuite des âges , ce que
P'on rectifieroit fi le nombre des années
étoit plus confiderable comme 20 au lieu
de 5. Nous voyons , par experience , que
dans l'Hôpital de Chriſt à Londres , il ne
meurt qu'environ 1. de 100 par an , des
jeunes garçons des âges dont nous avons
parlé ci-devant.
Cij
28 LE MERCURE
De Pâge de 25 jufqu'à so , les hommes
paroiffent mourir de 7 , 8 & 9 de chaque
age par an , & puis de 50 jufqu'à 70 , ils
deviennent plus cadures: quoique le nombre
en foit bien diminué , que la mortalité augmente
, on trouve qu'il en meurt 1℗ òu 11
de chaque âge par an, De là le nombre des
vivans étant petit , ils declinent graduellement
jufqu'à ce qu'il n'y en ait plus à
mourir.
De tout cecy j'ai formé la Table fui
vante , qui donnera une plus jufte idée de
la condition du genre humain , qu'aucune
chofe qui ait encore paru. Elle fait voir le
nombre du peuple de Breflaw dans tous les
âges , depuis la naiffance jufqu'à la plus
grande vieilleffe , & montre ainfi les hazards
de mortalité à tous les âges , & comment
on peut faire fûrement l'eftimation
de la valeur des rentes viageres , ce que l'on
faifoit auparavant fans confideration ; comme
auffi le hazard , qu'une perfonne d'un
âge donné, vivra jufqu'à un autre âge propolé
, &c... Cette Table fait voir le nombre
des perfonnes qui vivent dans l'âge
Courant qui eft à côté,
• DE FEVRIER. 19
Age Perfonnes. Age Perfonnés. Age Perfontes
courant. courant. courant.
I IOLO 8 680 628
2 3
855
798
9 670 16 622
IO 661 17
616
4 760 II 693
18 6.0
5 732
12 646 604
710 13 640
20 198
692 634 192
22 566 9 139
23 579 30 531
37
19
781
472
24 573 31 523 38 463
25 567 32 SIS 39 454
26 660 33 107 40 445
27 543 34 499 41 436 28 46 35 499 42 427
43 417 O 3.46 7 272
44 407 335 58 262
45 397 52 324 59 252
46
387 53 313 60 242
47 377
302 61
23.2
48 367 55 292 62 222
49 357 56
282 63 212
64 202 7I 131
65 192 72 120
66 182
73 109
67 172 74 98
68 162
75 88
69 152 76 78 70 142 77 68
7700 00 00 00 00
78 58
79
8
23
20
49
80 41
81
34
82 28
83
44
92
Cij
3.0 LE MERCURE
RESULTAT.
Ages... Perfonnes.
7 5547
14 4584
21 ·4270.-
28
3964
35 3504
42 3178
49 2709
56 2194
63
1694
70 1204
77
692
84
253
100 107
34000 .
Il paroît par cette Table que le
peuple
de Breflaw
conſiſte
en 3 4000 ames , qui eft
le total des perfonnes
de tous les âges dans
la Table..
Le premier ufage de cette Table eft pourmontrer
la proportion des hommes capables
de porter armes dans quelque multitude
que ce foit. Ce font ceux d'entre 18
& 56 , plutôt qu'entre 16 & 60 , l'un étant
generalement trop foible pour les fatigues
de la guerre & le poids des armes , & l'autre.
trop caduc & trop infirme , quoique l'on
voye des exemples du contraire.
Par la Table au- deffous de 18 , il y a dans.
la Ville 11997 perfonnes , & 3950 au
DE FEVRIER. 31
deffus de 56 , ce qui fait enſemble 15947 ,
lefquelles tirées de 34000 , laiffént 180537
pour les perfonnes qui font entre ces deux
âges : la moitié au moins de ces perfonnes
font mâles , ce qui fait 9027. De forte que
la Ville peut avoir 9000 , otioud'hommes
portant armes , ou un peu plus que le
des ames , ce qui peut fervir de regle en
quelque façon pour d'autres places .
34
4
Le fecond ufage eft de faire voir les differens
degrez de mortalité dans tous les
âges : car fi l'on divife le nombre des perfonnes
de quelque âge reftant après un an ,
par la difference entre celui cy & le nombre
de l'âge propofé , cela fait voir les differences
qu'il y a qu'une perfonne de cet
âge- là ne mourra pas dans un an. Par exemple
, une perfonné de 25 ans a les avanta -
ges de 560 à 7 , ou 80 contre 1 , qu'il ne
mourra pas dans un an , parce que de 567
vivans de 25 ans d'age , il n'en meurt que
7 par an , en laiffant 560 âgés de 26 ans .
Ainfi de même pour les differences que
quelque perfonne ne mourra pas avant
qu'il ait un certain âge propofé. Prenez le
nombre des perfonnes reftantes de l'âge
propofé , & divifez - le par la difference
entre celui - cy & le nombre de ceux de
l'âge du parti propole , cela montre les differences
qu'il y a entre les chances des parties
vivantes ou mourantes. Comme , par
Ciiij
32
LE
MERCURE
exemple ; quelle eft la gageure qu'un hom--
me de 40 ans , vivra encore 7 ans ? Prenez
le nombre des perfonnes de 47 ans , que
l'on trouve dans la Table être 377 , &
fouftrayez - le du nombre des perfonnes
de 40 ans , qui eft 445 , la difference eft:
68 ans ; ce qui fait voir que les perfonnés
qui meurent pendant ces 7 années , font
le nombre de 68 , & que c'eft 3.77 contre
68 , ou contre , qu'un homme de 46
ans vivra 7 ans davantage , & ainfi de
même pour tout autre nombre d'années.
Le troifiéme uſage , fi l'on demande à
quel nombre d'année la gageure eft au
pair , qu'une perfonne mourra , cette Table
le fait voir. Ĉar file nombre des perfonnes
vivantes de l'âge propofé, eft diminué de
moitié , ce que l'on trouvera par cette Table
, & ce qui fera l'âge auquel la gageure
eft égale , qu'une perfonne d'un âge propofé
, arrivera avant de mourir. Par exemple
, on propole une perfonne de 30 ans ;
le nombre de cet âge eft $ 31 , la moitié
de ce nombre eft 275 , lequel nombre je.
trouve entre 57 & 58 ; de forte qu'un homme
de 30 ans peut raifonablement compter
de vivre encore 27 ou 28 ans.
Le quatriéme ufage. On doit regler le
prix de l'affurance de la vie , par ce qu'on a
dit cy- devant ; & l'on découvre la difference
entre le prix de l'affurance de la vie
DE FEVRIER. 3.5
d'un homme de 20 ans , & d'un de jo , par
exemple , y ayant 100 contre 1. qu'un
homme de 20 ne mourra pas dans l'année ,
& feulement 38 contre 1 , pour un homme
de so ans.
Le se ufage eft pour fçavoir la valeur des
annuitez fur la vie , autrement rentes viageres
; parce qu'il eft clair que l'Acquereur
doit feulement payer telle part de la valeur
de l'annuité , qu'il a de chance qu'il vivra ,
& cela doit être compté par années , &
les fommes de toutes ces valeurs par années
étant jointes enfemble,monteront juſqu'à la
valeur de l'annuité de la perfonne propofée.
Quant à la prefente valeur d'un argent
payable après un terme d'années à certain
interêt fixé , on la peut trouver par des
Tables déja calculées , mais mieux & plus
promtement par celle des Logarithmes ;
car le complement arithmetique de l'unité
& fon interêt annuel ( qui eft de 1.06 à 6-
pour cent, étant 9.974694 ) étant multiplié
par le noinbré des années propofé.
donne la prefente valeur d'une livre payable
après la fin de tant d'années . Alors
par la propofition de cy - devant , ce ſera :
comme le nombre des perfonnes vivantes
après ce terme d'années , eft au nombre
des morts , ainfi font les differences qu'une
perfonne eft vivante ou morte : & par confequent
comme la fomme des deux , ou
34 LE MERCURE
le nombre des perfonnes vivantes de l'âge
premierement propofé , eft au nombre reftant
aprés autant d'années ( tous les deux
.donnez par la Table ) ainfi la prefente valeur
de la fomme annuelle payable après
le terme propofé , eft à la fomme qui doit
être payée pour la chance que la perfonne
a de jouir d'une telle annuité pendant tant
d'années. Ceci étant repeté pour chaque
année de la vie de la perfonne , la fomme
de toutes les prefentés valeurs de ces chances
eft la veritable valeur de l'annité.
Cela paroîtra fans doute d'un cacul fort™
penible ; mais étant un des principaux uſages
de cette fpeculation , & ayant trouvé
quelques abregez pour ce travail , j'ai pris
la peine de calculer cette Table , qui eft un
court refultat d'un nombre non ordinaired'operations
Arithmetiques. Elle fait voir
la valeur des annuitez depuis 5 ans juſqu'à
70.
Age. Acquifition d'un an . Age. Acquisition.
I 10. 28 40 10. 57 S 13. 40 .
45 9. 91
ΙΟ 13. 44 so 9 . 21
IS 13. 33 ss 8 . SI
20 12. 78 60 7. 60
25
12. 27 65 6. 54
30 II. 72 70 5. 32
35
II. 12
DE FEVRIER.
35
Le fixiéme ufage nous apprend comment
on peut par la même regle évaluer
deux vies : car les nombres des chances de
chaque fimple vie , trouvés dans la Table ,
étant multipliés , il en refulte les chances
des deux vies ; & aprés certain nombre
d'années le produit des fommes reftantes
eft la chance , que les deux perfonnes font
vivantes ; le produit des deux differences
érant le nombre des morts des deux âges ,
eft la chance que les deux perfonnes font
mortes ; & les deux produits des fommes
reftantes d'un âge multiplié par les morts
de l'autre , montrent la chance qu'il y a
que chaque parti furvivra à l'autre ; de-là
dérive la regle pour eftimer la valeur du
refte d'une vie aprés l'autre. Et comme ce
produit des deux nombres dans la Table,
pour les deux âges propofez , eft à la difference
entre ce produit , & le produit des
deux nombres des perfonnes mortes dans
quelque espace de tems , ainfi eft la valeur
de la fomme d'argent à payer après tant
de tems à la valeur de cela fous la contin--
gence de mortalité ; & comme le produit
cy-devant dit des deux nombres répondant
aux âges propoſez , eft au produit
des morts d'un âge multiplié par ceux qui
reſtent vivans de l'autre , ainfi la valeur de
la fomme d'argent , qui doit être payée
après le tems propofé , eft à la valeur de
3.6 LE MERCURE
la chance , qu'un parti a de furvivre à
l'autre , duquel nombre de morts vous
vous fervez dans le fecond terme de la
propofition.
Le feptiéme ufage eft , fi l'on propoſe
trois vies , de trouver la valeur d'une an
nuité pendant la continuation de quelqu'
une de ces trois vies . La regle eft comme
le produit de la multiplication continuelle
des trois nombres dans la Table , répondans
aux âges propofez , eft à la difference
de ce produit , & du produit des trois
nombres des morts de ces âges dans quelque
terme d'années donné , ainfi eft la
prefente valeur de la fomme qui doit être
payée certainement après tant d'années
à la prefente valeur de la fomme qui doig
être payée , pour un qu'une des trois perfonnes
vive à l'expiration de ce terme.
Laquelle proportion étant repetée par années
, la femme de toutes ces prefentes
valeurs , fera la valeur d'une annuité accordée
fur trois vies.
On peut
objecter que
la differente falubrité
des Places empêche cette propofition
d'être univerfelle , ce qui ne fe peut pas
nier mais par ce nombre qui meurt , qui
eft de 1174 par an dans 34000. il paroît
que 'c'eft environ une trentiéme partie qui
meurt par an comme le Chevalier Peky
Fa calculé pour Londres : & le nombre de
>
• DDEE FEVRIER. 37
ceux qui meurent en enfance, fait voir que
fon air eft d'une falubrité fort indifferente.
Au reste , on peut encore remarquer par
ces Tables , combien injuftement nous
nous plaignons de la brieveté de nos jours ;
& nous croyons qu'on nous fait grand tort,
quand nous ne parvenons pas à un âge
fort avancé , quand il eft clair que la moitié
de ceux qui viennent au monde, meurt
en 17 ans de tems , 1238 étant en ce
tems-là reduits à 616 , & bien loin de
murmurer contre ce qu'on appelle à contretems
, on doit être fatisfait de le voir
arriver à un periode de vie , où la moitié
du genre humain n'arrive pas.
J'obferverai auffi que Paccroiffement du
genre humain n'eft pas tant borné & arrêté
par quelque chofe dans la nature de
l'efpece , comme par ces difficultez de pre-
Caution que beaucoup de gens forment
pour s'avanturer dans l'état de mariage
à caufe de l'embarras de pourvoir à une
famille. Car par le calcul de la Table , je
trouve qu'il y a près de 15000 perfonnes
au- deffus de 16 & au deffous de
45 .
defquelles
il y en a au moins 7000 femmes capables
d'engendrer. De celles-là pourtant
il n'en naît tous les ans que 1 238 , ce qui
eft un peu plus que la fixième partie. De
forte qu'une femme de 6 donne un enfant ;
& tout étoit marié , il ne feroit pas fort
“ ኦ
38 LE MERCURE
étrange d'en voir 4 de 6 groffes d'enfant
tous les ans. Je tuis , Monfieur , &c .
Memoire pour fervir de Supplément à
la Differtation inferée dans le Mercure
du mois de septembre dernier ,
fur les Dignitez hereditaires attachées
aux Terres titrées : Par Monfieur
D. L. R.
CE
ETTE Differtation a paru curieuſe , &
venir de main de maître à tous les
Connoiffeurs . L'Auteur a voulu fans doute
fe borner , car il auroit pù porter les recherches
plus loin , fur tout au fujet de la
Province de Normandie ; Il dit page 110
du Mercure , qu'un Guillaume du Hommet
, & deux autres Seigneurs qu'il nomme
, ont poffedé fucceffivement la Dignité
de Connêtable de Normandie : quoique
les dattes foient omifes , les faits n'en font
pas moins certains à l'égard des perfonnes
qui ont eu cette Dignité : j'en juge par ce
qui regarde le Seigneur du Hommet , fur
quoi j'ai une preuve qui merite d'être rapportée
, & qui demande auffi quelque reflexion.
Cette preuve eft tirée du Cartulaire de la
Terre & Seigneurie de Grippon , l'une des
DE FEVRIER. 39
plus confiderables de la Baffe - Normandie ,
prèsde la ville d'Avranches . Le Baron du
Hommet , qui étoit auffi Seigneur du Grippon,
en l'année 1440 , eft qualifié de la maniere
qui fuit dans ce Cartulaire : Haut &
Puiffant Seigneur Jehan de Villiers , Chevalier
Seigneur du Grippon & de Subligny ,
Seigneur & Baron du Hommet , de Pacy ,
de la Beraudiere , de Ligny le Bigot , des
Efires en Craaonnois , & de Chatogne ,
Connêtable heredital de Normandie , &
Fondeur de l'Abbaye de la Perrine , & du
Prieuré Conventuel de faint Fermont ', & c.
Voilà donc encore un Seigneur du Hommet
, autre que celui dont il eft parlé dans
la Differtation , auquel on donne le titre
de Connêtable de Normandie. Cependant
je ne voudrois pas garantir que cette Dignité
fût fingulierement attachée à la Seigneurie
de Hommet. L'Auteur nous dit bien
qu'un Guillaume du Hommet l'a poffedée ,
* Ce Cartulaire que j'ay vû dans les Archives
du Grippon , eft d'une tres belle écriture fur le
velin , avec des mignatures & autres ornemens
de ce temps - là : il forme un volume in fol. &
porte le titre fuivant . Chartrier des Rentes , Revenus
, Droictures , Dignitez , Libertez , Franchifes
, Preéminences & Pre ogatives dues & appartenantes
à la Terre Seigneurie du Grippon ,
laquelle Terre eft un Fiefde Haubert, entier franchement
& noblement tenu nuêment &fans moyen
du Roy notre fouverain Seigneur à cause de
Duché de Normandie , &c.
4.0 LE MERCURE
mais il ne marque ni le tems , ni les au
tres Terres que ce Seigneur , qui avoit peuteftre
auffi un autre nom , pouvoit poffeder
en Normandie. Ce qu'il ajoûte que les
Seigneurs d'Eftrepagny & de Beaumont le
Richard, ont poffedé fucceffivement cette
Dignité après Guillaume du Hommet ,
peut , ce me femble , faire prefumer le
contraire prelomption qui eft fortifiée
par le Cartulaire du Grippon , dans lequel
je remarque que le titre de Connêtable
donné à Jean de Villiers , Baron du Hommet
, eft à la fuite de toutes les Terres ,
ne paroît point affecté particulierement à
celle du Hommet. J'ajouterai à cela ce que
des Gens de Lettres du Pays , fçavans dans
l'Hiſtoire des bonnes Maiſons , & des grandes
Terres de la Province , m'ont affuré ;
fçavoir , que la Dignité de Connêtable heredital
de Normandie , a été poffedée par
les Seigneurs du Grippon , avant & après
Jean de Villiers , comme étant attachée à
cette Terre ; ajoutant d'en avoir vû la
preuve dans plufieurs Chartres .
&
En effet cette Terre , comme nous l'avons
déja dit , eft une des plus confiderables
de la Generalité de Caën , & ornée
des plus beaux droits qu'on puiffe voir.
Elle étoit venue à Jean de Villiers par fon
mariage avec Catherine » Teffon , laquelle
Haure & Puiffante Dame , Madame Catherine
DE FEVRIER. 4r
therine Teffon , fuivant les termes du
» Cartulaire , étoit feule fille & heritiere
de Nobles & Puiffantes perfonnes Meffire
Jehan Teffon , Chevalier Seigneur de
ladite Terre du Grippon , & de Madame
Marie Painel fon époufe , Dame de
Hocquiny , & c.
»
*
Jehan Teffon defcendoit én ligne directe
d'Olivier Teffon , Seigneur de la
Roche - Teflon , &c. fon trifayeul , qui
avoit époufé Anfelme de Subligny , fille
& feule heritiere de Hacoulz de Subligny,
& de Dame Denife Davranches , Seigneurs
du Grippon , de Subligny , Davranches ,
de Marcé , & c. Icelle Denife Davranches
fille de Othaire Davranches.
Ce Cartulaire nous apprend encore en
cès termes , que les Seigneurs du Grippon"
& fes predeceffeurs font fondateurs de l'Eglife
Cathedrale Monfieur faint André ď’A--
vranches , &c. & ý eft la Lifte de fes predeceffeurs
en ladite Eglife , y font les Armoiries
defdits Seigneurs en la maîtreſſe vi-
* Les Maifons de Teflon & de Painel étoient
des plus illuftres de la Province : on difoir
comme en Proverbe pour les diftinguer , FFeefſfſoonn
le noble , & Painel le richs. La Maifon d'Avranches
avoit dans fon' Do'naine au dixiéme ficcle
la- Ville d'Avranches , & plufieurs grandes Terres
aux environs ; celle du Grippon étoit de ce
nombre. La Maifon de Subligny étoit une branche
de celle d'Avranches..
D
42 LE MERCURE
"
--tre , &c . Ils font auffi fondateurs de l'Ab--
baye de la Sainte Trinité de la Luyferne,
Ordre de Premontrés , de l'Abbaye de
Montebourg , Ordre de Saint Benoist ,
& de plufieurs Prieurez- Cures , Chapelles ,
&c. fuivant le même Cartulaire , qui nous
apprend au long les privileges , libertez ,
honneurs , &c. qui appartiennent aux Seigneurs
du Grippon , pour raifon de toutes
ces fondations .
J'ay crû devoir rapporter fommairement
ces circonstances , pour faire connoître
que la confideration d'une Terre fi diftinguée
& poffedée par des perfonnes d'une
fi haute naiffance , a bien pû porter les
Ducs de Normandie à lui attacher dès les
premiers temps la Dignité de Connêtable
de cette Province , & que les fucceffeurs .
de ces perfonnes en la même Terre ont pû -
& dû fe faire honneur de cette Dignité.
Il feroit à fouhaiter que dans les Ar-
* Cette Abbaye eft de la fondation d'Aftulphe
de Subligny , Seigneur du Grippon , qui la
fit en l'année 1143 , du vivant même du fondateur
de l'Ordre de Prémontrés . Ce Seigneur du Grippon
avoit un frere nommé Richard , qui fut
Evêque d'Avranches . On voit fa figure en marbre
fur fon tombeau dans l'Eglife de l'Abbaye
de la Luzerne , & celle d'un autre Evêque d'Avranches
, nommé le bienheureux Achar , & le
Chanoine de faint Victor . Cette Abbaye eft au :
voifinige du Château du Grippon .
DE FEVRIER.
-
>
43
chives ou Chartriers de toutes les grandes
Terres , il y eût un Cartulaire femblable à
celui qui donne lieu à ce Memoire , ce
feroient autant de fources où l'on puiferoit.
des Memoires fûrs pour l'Hiftoire , & fur
tout pour le Nobiliaire de chaque Province.
Le nom de l'Auteur de ce Cartulaire merite
de ne pas refter dans l'oubli par la qualité
, le choix & l'arrangement des Titres
dont il a formé fon Recueil , fans parler
de les Notes & de fes Obfervations qui
font curieufes & intereffantes. Nous le ferons
connoître en rapportant feulement
les termes qui font à la fin de la Preface
qu'il a mile au commencement de ce Recueil
: les voici.
Lequel de prefent Chartrier eft composé
par Eftienne de Groucy , Ecuyer , Senéchal,,
Garde & Gouverneur de ladite Seigneurie ,
Selor ce qu'il a pû fçavoir & recouvrer dest
Lettres-Chartriers , aveus , rolles , papiers ;
autres enseignemens de ladite Terre &
Seigneurie du Grippon : Hambuje ou Hambie
, Terre qui appartenoit alors à la Maifon
de Painel , de laquelle étoit Dame Marie
Painel , mere de Catherine Teffon , feule
fille heritiere de jean Teffon , Seigneur
du Grippon , &c. Il y a à Hambie une abbaye
de l'Ordre de faint Benoift de Hambuye
, &' c. & qu'il en a en vraie connoiffance
, duquel lien du Grippon- & autres·
Dij
44 LE MERCURE
circonvoisins fait mention és Commentaires.
de Cefar; lefquels Chartriers , Aveus
autres enfeignemens fignez , fçeļtez & ap..
prouvez , &c.
*
Il paroît que cette compilation fut faite
du temps & par l'ordre de Jehan de Fef
chal , Chevalier Seigneur du Grippon , & c.
vers l'année 1492 , Ce Seigneur » étoit
» fils aîné & heritier de Haut & Puiffant
22 Seigneur Meffire René de Fefchal , Che-
» valier Seigneur de Marbouë , de Poligny,
» de la Marcheferriere ,, de Germe , de la
22 Motte Dairou , &c. Et de Haute &
» Puiffante Damoiſelle Mademoiſelle
Jehanne de Villiers , fa compaigne &
» époufe Icelle Damoifelle fille feconde
» de Hautes & Puiffantes perfonnes Mef-
» fire. * Jehin, de Villiers , en fon vivant
» Chevalier , & c . & de Haute & Puffante
" Dame Madame Catherine Teffon fa.com-
» paigne & époufe , Seigneur à caufe d'elle
""
Jehan de Villiers , le même dont il eft
parlé cy- devant , & qui étoit Connêtable de
Normandie , ne laiffa que quatre filles de fon
mariage avec Catherine Teflon , Dame du Grippon
, & c. dont l'aînées , Marie de Villiers époufa
Haur & Puiffant Seigneur Meffire Gilles Tournemine
, Chevalier Seigneur de la Hunaudaye ,
& c. le Cartulaire parle du mariage des trois autres
, & des Ter es qui échurent en partage à
chacune des quatre . On trouvera peus.d'exem
ples d'une auffi puiffante fucceffion
DE FEVRIER.
4*
F
"
de ladite Terre du Grippon & de Subligny.
Je ne dis rien de la pofterité de Jean
Fefchal , ni de fes fucceffeurs en la Terre
& Seigneurie du Grippon , le dernier defquels
; fçavoir Meffire Jacques du Grippon,
Chevalier &c. deceda en l'année 1647 ,
ne laiffant de ſon mariage avec Dame Suzánne
* de Vaffy , qu'une fille & feule
heritiere , qui fut Dame Elifabeth du Grippon
& de Subligny , Dame auffi à caufe
de fa mere de la Baronie de la Lande d'Airou
, de Montmartin , Hienville , & c..
Cette Dame époufa en l'année 1.677 Meffire
fils d'Hippolyte de Bethune , Comte
de Selles , &c. Chevalier des Ordres du
Suzanne de Vaffy , fille de Jacques de Vaffy,
Marquis de Brefley , de Pirou , & de la Foreft ;
& de Dame Louife de Mongommery. Elle étoit
veuve en époufant Jacques du Grippon , de Jacques
de Grimonville , Baron de la Lande Dairou ,
& arriere petit-fils du fameux Pierre de Grimonville
, baron de Larchan , de Saint Quentin , de
la-Lande Dairou , &c.qui fut favory & Capitaine
des Gardes du Corps du Roy Henry,III. & le
premier des Seigneurs à qui ce Prioce donna le
colier de l'Ordre du Saint Efprit , le jour de fon
inftitution. On voit fon maùfolée aux grands
Anguftins de Paris , fur lequel eft fi ftatue en
marbre , & celle de Diane de Vivonne la Châtaigneraye
fon époufe ; avec une Epitaphe en Latin
d'un ftile fingulier , de la compofition du
Roy, Henry II. qui fe piquoit de cette forte
d'ouvrage..
46 LE MERCURE
Roy , & d'honneur de la Reine , & de
Dame Marie- Anne de Beauvilliers Saint
Aignan , Louis de Bethune , Marquis de
Chabris , &c . Gouverneur d'Ardres & de
la Comté de Guines ; mariage qui a donné
naiffance à Hippolyte Marquis de Bethune,
&c. leur fils unique & heritier de tous les ·
biens & droits de la Dame du Grippon
fa mere , qui deceda au mois de Decembre
1704 étant la derniere perfonne de fa
Maiſon .
En finiffant ce Memoire j'ajouterai aux
curieufes recherches de l'Auteur de la
Differtation, que ce n'eft pas feulement en
Normandie & en Bretagne qu'il y a eu
des Grands Chambellans & des Amiraux
hereditaires & perpetuels ; la Provence
a eu auffi fes Chambellans & fes Amiraux
hereditaires , & ces deux Dignitez ont été 5
quelquefois dans une même Maifon , quelquefois-
même réunies en une feule perfonne.
Jean de Villages étoit vers le milieu
du xv. ficcle Grand Chambellan & Amiral
de Provence ; entre autres Titres qui le
*
La Maifon de Villages eft une des plus anciennes
& des plus illuftres de Provence . Elle ai
encore fourni dans le fiecle paflé de grands hommes
de mer , & plufieurs Bailifs & Comman
deurs de l'Ordre de Malte. Jean Baptifte de Villages
, Seigneur de la Sale , &c. âgé de 95 ans ,
eft aujourd'hui à Marseille le Chef de cette
Maifon , divifée en plusieurs branches.
4
DE FEVRIER.
prouvent , j'ay vû une Lettre écrite à ce
Seigneur de Villages par Chriftophle Mauro
, Doge de Venite , le 19 Mars 1463 ,
par laquelle il eft prié en qualité de Capitaine
General de la Mer , de donner fon →
attache aux Galeres & aux Vaiffeaux de
la Republique qui venoient charger des
marchandifes dans les Ports de Provence .
& de Languedoc . ≫
LETT RE
D'ALCIBIADE A PERICLES..
C₁E
'EST par vous , grand Pericles , que
je fus mis dès mon enfance entre les
mains de Socrate , & c'eft à vous que je
fuis redevable des inftructions que j'en ai
reçûës , & de tous les foins qu'il a pris
pour me former à la vertu. Je vous parle
fouvent de cet homme incomparable, parce
que tous les momens que je paffe avec lui.
font autant de nouvelles occafions qui me
font appercevoir de vos bontés , & de la .
reconnoiffance que je vous dois.
Je ne fçai point ce que les Dieux me
preparent ; mais je fçai bien que depuis le
moment de ma naiffance jufqu'à ce jour ,
je n'ai que des graces à leur rendre des fa48
LE
MERCURE
veurs particulieres qu'ils m'ont accordées ,
en me donnant un tel oncle
un tel Maitre que Socrate.
que vous , &
Dès mes premieres années , la mort me
priva de mon pere Clinias ; mais j'étois
trop jeune encore , pour comprendre la
grandeur de cette perte , & je trouvai que
vos foins pour moi Favoient déja réparée,
quand je fus capable de la reffentir.
Auffi , comme l'Etre eft le bienfait que
j'ai reçû de Clinias , le fecond , & peutêtre
le plus confiderable que je lui doive ,
eſt celui de vous avoir prié en mourant , de
préſider à ma jeuneffe.
Si les Morts pouvoient repaffer le Cocythe
, je ne doute point que fon Ombre
retonnoiffante ne revînt en ces lieux , &
qu'elle ne rompit le filence qu'elle garde
aux Champs Elifées pour vous rendre
mille graces d'avoir fi dignement répondu
à fon attente. Si j'étois affez malheureux
pour n'avoir pas des inclinations dignes de
vous & de lui , ce ne feroit ni vôtre faute
ni celle du fage Socrate.
Vous m'inftruilés également l'un &
l'autre je trouve dans fes préceptes ce
que je dois apprendre ; & dans vos exemples
, ce que je dois faire. Soit que je vous
confidere à la tête des affaires , ou à la tête
des Troupes de la Republique , je vois
que je n'ai qu'à vous imiter , pour mettre
DE FEVRIER. 49
en ufage ce qu'il m'enfeigne. Auffi , vos
grandes actions font une fi forte impreſ
fon fur fon efprit , qu'il ne prend point
d'autres exemples que dans ma famille ,
pour me donner de l'émulation , & pour
me rendreun jour recommandable , en me
faifant marcher fur vos traces.
C'eſt à vous , grand Periclés , à qui je
dois rendre témoignage de fon application;
il n'oublie rien pour m'exciter à la veritable
gloire & pour me rendre capable
de fervir utilement ma Patrie , il fe fair .
une étude finguliere de mes inclinations &
de mes moeurs , afin de retrancher ce qu'il
ya de mauvais , & de perfectionner ce que
la nature y a mis d'avantageux.
→
Loin de me donner du dégoût pour la
vertu , en m'y affujettiffant avec rudeffe
il tâche au contraire de me l'infpirer avec
douceur , & me force infenfiblement à l'ais
mer , avant que de m'engager à la ſuivre.
La Raifon & la Sageffe l'éclairent toû
jours dans les inftructions qu'il me donne ;
il eft fi fcrupuleufement attaché à l'une &
à l'autre , que jamais l'humeur ni le caprice
n'ont pû l'en feparer , ni dans ce qu'il m'a
défendu , ni dans ce qu'il m'a ordonné..
Il m'a toûjours traité en ami , au lieu de
me corriger en Maître , les careffes ont été
les feules armes dont il s'eft fervi pour
combattre mes défauts ; & tous les loins
E
50 LE MERCURE
1
que je lui dois , ont été fi doux , que pour
ine retirer de mes foibleffes , il ne m'a jamais
donné que des confeils , au lieu de me
donner des leçons.
La plupart des jeunes gens attendent avec
impatience la fin de leur éducation , pour
fe voir délivrés de leurs Maîtres : j'envifage
avec trouble la fin de la mienne , parce
qu'elle me doit feparer d'un ami : fes entretiens
font fi fages , fi fublimes , & fi dégagés
de la matière , qu'il me ſemble toutes
les fois que je m'éloigne de lui , que je viens
de quitter une Intelligence. Auffi n'a- t'il
rien d'humain que le corps , & je ne doute
point qu'il ne faffe un effai fur la terre , de
la maniere dont il doit vivre un jour dans
la demeure des Divinités. Je fuis fi rempli
de fon idée , qu'elle m'accompagne pat
tout ; & vous verrez , grand Periclés , par
le fonge que je vous envoye , qu'elle m'eft
prefente jufques dans le fommeil même,
Songe d'Alcibiade.
Le premier jour des Hecatombes . après
avoir affifté aux Sacrifices du grand Jupiter
, je fortis feul de la Ville , pour jouir
d'un des plus beaux jours qu'Apollon eût
jamais donné aux Mortels . A peine avoisje
quitté les portes d'un jet de pierre , que
je me vis inveſti d'une troupe de Declama
DE FEVRIER
teurs. Quoy ! m'écriai -je en moi-même !
Par tout des Rheteurs : ce genre furieux
fera- t'il toûjours obſtiné à me fuivre ? Ne
lui fuffit- t'il pas de troubler tout le monde
dans les Theâtres , les Places publiques , &
les Portiques d'Athenes , fans étendre encore
fa tyrannie fur les grands chemins ?
J'allois retourner fur mes pas , quand Lyfandre
vint au devant de moy. Que vous
arrrivez à propos , me dit- il , cher Alcibia
de ! Voyez-vous fur vôtre droite cette affemblée
de jeunes gens ? C'eft pour la dé
clamation que Paufanias doit faire aujour
d'huy ; c'eft pour entendre l'Oraifon qu'il
a composée en l'honneur de nôtre Themiftocle
, & de la victoire qu'il a remportée
fur l'audacieux Xerxés : Venez, venez, vous
verrez en . lui , & la déclamation perſuaſive
d'Hercules de Gaule, & l'éloquence tonante
de vôtre Periclés. Je le fuivis, malgré moi,
fous des platanes touffus qui formoient naturellement
une efpece de Portique
milieu duquel fur une petite élevation
rut Paufanias. Après avoir rejetté fon manteau
derriere fes épaules , & impofé filence
à tout le monde, il commença fon Oraiſon .
Son Exorde & fes grands mots me rebutterent
d'abord , & je profitai heureufement
de l'attention que lui donnoit Lyfandre ,
pour gagner un petit fentier écarté qui me
conduifit au bord du Cephize.
>
au
pa-
E ij
52 LE MERCURE
C
Une herbe tendre , une verte mouffe , un
ruiſſeau murmurant , des arbres épais ,m'obligerent
de m'afféoir à l'ombre . Je repaffois
en moi- même , tout ce que Socrate
m'avoit dit le jour précedent , fur la vertu
& fur la volupté , quand le fon flateur des
zephirs qui paffoient au travers des feuilles
, leur fraîcheur , les tendres regrets de
Philomele , & le doux bouillonnement de
l'onde , me jetterent dans un profond fommeil.
Je me trouvai tranſporté dans un lieu
vafte , qui avoit la figure d'un Theâtre , où
je vis une fi prodigieuſe quantité de toutes
fortes de gens , qu'il me parut que tous les
habitans de la terre s'y étoient affemblés.
Lorfque je confiderois ce fpectacle avec
furprife , & que j'étois incertain de ce que
je devois faire , un homme âgé s'offrit à
moi ; il avoit les yeux gros & hors de la
tête , le nez petit & mal- fait , le vifage maigre
, le corps velu & femblable en tout à
Şilene ; fon manteau étoit propre & modefte
, & fa contenance avoit celle d'un
Mortel qui ne defire & ne craint rien. Onl'eût
pris pour Socrate , & c'étoit lui . Dés
qu'il m'eut apperçû, il vint à moi, & m'embraffant
tendrement ; qu'heureufement je
vous trouve ici , me dit-il ! Je veux vous y
faire voir une partie des choſes dont jevous
ai fi fouvent entretenu.
-
• DE FEVRIER. 31
Je l'interrompis , pour lui demander en
quel lieu de la terre j'étois : je voyois errer
devant moy des Grecs en manteau , des
Romains en longue robe , des Afiatiques
vêtus avec moleffe , des Arabes couverts de
parfums , en un mot , autant de differentes
lortes d'habits que de Nations .... Ceffez
de vous étonner , me dit Socrate en riant
c'eft le Monde. Ce Theâtre eft le lieu où
la Nature , nôtre Mere, expofe les hommes,
pour y jouer chacun leur Rolle , l'un tragique
, l'autre comique. Le Spectateur de
vient Acteur à fon tour , & fucceffivement
rit & fait rire , pleure & fait pleurer. Ceux
que vous voyez élevés fur ce balcon, fur qui
brille l'or , la pourpre & les pierreries , qui
font fuivis d'une groffe Cour , font nommés
par Dignité , Rois , & font auffi Acteurs
comme les autres avec cette difference
feule , qu'ils jouent les premiers Rol
les dans les Pieces , & que les Pieces por
tent ordinairement leurs noms.
>
J'écoutois ce difcours avec une extréme
avidité , quand j'apperçus une femme attachée
à mes côtés ; elle avoit le vifage trifte
& férieux , fa robe étoit relevée , elle pa-
Foiffoit agile & prête à la courfe. Je luy
demandai ce qu'elle me vouloit , elle me
répondit que les Deftins me l'envoyoient
pour la Compagne de mes voyages, Ce
fera pour toute vôtre vie , ajoûta Socrate;
E iij
54 LE MERCURE
elle s'appelle le Soin. Chaque Mortel en
naiffant , reçoit une pareille Compagne , ent
même temps que fon Genie lui eft donné
pour le conduire & pour le garder ; &
cette femme ne vous quittera que lorſque
ce qu'il y a d'immortel en vous , s'en ſeparera
; c'eft une loy attachée à la mortalité
, que d'être tourmenté de foins &
d'inquiétudes ; la Sageffe feule peut adou
cir leur tyrannie.
N'est- ce pas cette derniere , dont vous
me parlez fi fouvent , lui demandai-je , &
qui parle toûjours par vôtre bouche ? Oui ,
me dit-il. Je l'embraſſai , & le priai de
m'enſeigner quelle étoit fa demeure dans.
ce Theatre ? Je lui témoignai fi vivement
le defir que j'avois de la connoître , qu'ik
me promit de m'y conduire ; mais il m'avertit
que le chemin étoit long & difficiles.
qu'il ne falloit pas me rebuter , & que je
n'avois qu'à le fuivre.
Il y avoit vis-à-vis de nous un chemin ;
la foule qui le rempliffoit , nous donna
des difficultés terribles , enfin nous arrivâmes
au bour , & je remarquai qu'il fe
feparoit en deux. Après avoir un peu refpiré
, il me femble , dis- je à Socrate , voit
dans la difpofition de ces deux voyes , la
Lettre que Palamede nous a inventée , &
dont le vol figuré des Gruës lui avoit don
né l'idée. Cela eft vray , me répondit- il ,
.DE FEVRIER .
55
mais Pythagore Samien nous en a donné
un bien meilleur ufage Pourquoy ,
m'écriai-je , voyons- nous tant de perfonnes
prendre le chemin de la gauche , & fi peu,
celui de la droite ? Helas ! me dit Socrate ,
en foupirant , c'est l'effet de l'aveuglement
des hommes ! Ce beau chemin fi frequenté
eft celui de la volupté qui conduit à
des précipices inévitables .... L'autre que
des Rochers fufpendus menacent qui eft
efcarpé , couvert de ronces & d'épines aigues
, & fi peu frequenté , méne au Temple
de l'éternelle Vertu .... Par celui - cy
ont paffé Thales Milezien, Pfittacus de Mitilene
, nôtre Solon , Clinias , & quelques- autres
; mais peu le fuivent maintenant, hors
nôtre Periclés : il y eſt déja fort avancé , &
c'eſt fur ces traces que vous devez marcher.
Cependant , mêlons-nous à cette foule
qui fe jette dans le chemin de la gauche.
Je veux que vous foyez témoin de l'aveu
glement des hommes , pour vous défendre
de leurs foibleffes.
K
A peine avions-nous fait quelque pas ,'
que nous découvrîmes une porte magnifique
au bout d'une avenue qui perçoit
un bois de myrthes & de jafinins . Nous y
vîmes en paffant mille petits Amours qui
folâtroient & d'autres qui nous precedoient
avec des corbeilles pleines de fleurs
qu'ils femoient fur notre paffage : ces pe
,
E iiij
3
LE MERCURE
C
tits Amours étoient fervis par une infinité
de jeunes zéphirs qui voloient legerement
à côté d'eux , & qui rempliffoient leurs
corbeilles à mesure qu'elles fe vuidoient...
Nous arrivâmes enfuite à cette fuperbe
porte : elle étoit ouverte ; fon frontispice
& fes côtés étoient ornés de toutes les
figures fous lefquelles les Dieux avoient aimé.
A droite. on voyoit Jupiter fous la
forme d'un Taureau prêt à enlever Europe :
au-deffous il careffoit Léda fous celle d'un
Cigne à gauche il étoit transformé en
flamme pour tromper Egine. Plus bas il
tomboit en pluye d'or dans la Tour d'airain
, où le malheureux Acrife avoit renfermé
Danaé. Au deffus de tout étoit reprefentée
l'avanture de Mars & de Venus,
furpris par le Soleil & par Vulcain , &
envelopés des filets que ce dernier avoir
forgés de fa propre main dans. l'Ile de
Lemnos. L'on y voyoit Venus pleurant,
Adonis , Cybelle , Athis , Cinthia , Endimion
; & au frontail de l'édifice on lifoit
ces . Vers gravés en lettres d'or fur une
pierre de granite.
La Volupté prefide en cet azile beureux ,
Les Dieux fuiventfa Cour & lui rendent hommages
Mortel, ne rougis point de fervir avec eux;
La Liberté vaut moins qu'un pareil efolavage ..
A porterfes liens la Nature t'engage:
DE FEVRIER.
Paifible joye enchante ſes ſujets ,
Et qui boit dans fa coupe, eft tranquile à jamais.
Enyvré dans le fein d'une aimable indolence
Qu'interrompt feulement le doux foin des plaifirs
De biens toujours nouveaux il a la joiſſance ,
Et ne pouffe jamais que de tendres foupirs.
Je n'eus pas plutôt achevé de lire cesVers,
qu'attiré par les douceurs qu'ils promet
toient , & ne voulant pas perdre un inftant,
je me jettois dans la porte quand Socrate
me retira brufquement ... Où vous pre
cipitez- vous , me dit - il , imprudent que
Vous êtes ? Avez - vous le rameau d'Enée
pour revenir de ce lieu dangereux , comme
il revint des Enfers?& fans le fil de Theſée,
croyez vous pouvoir retrouver tous les détours
de ce labirinthe fatal ? Où voulezvous
vous engager ? La pente d'un torrent:
eft aiſée à fuivre ; mais qui le peut remon→
ter ?
Tous ces difcours ne m'ôtoient point le
defir d'entrer... Que faifons - nous ici feuls,
lui difois-je , pendant que tout le monde
s'empreffe de paffer ? Comment peut - on
s'arrêter foy-même par la défiance de goûter
trop de plaifirs ? Si la volupté étoit fr
fatale aux hommes , croyez-vous que les
Dieux auroient permis qu'elle fe fit introduite
dans le monde , & que l'on courût
avec tant de foin à ſa perte ? ..... Ah !!
58 LE MERCURE
me répondit Socrate , c'eft l'illufion commune
de tous les hommes de croire qu'on
ne peut s'égarer en fuivant la multitude !
Si la fouveraine Intelligence qui gouverne
le monde ,a permis à la Volupté d'y entrer,
ce n'a été que pour faire briller davantage .
la Sageffe , & pour relever le nierite de
ceux qui s'attachent à elle , par la moleffe
de ceux qui languiffent dans les bras de la
Volupté. Il a été neceffaire que l'une &
F'autre regnaffent fur la terre , afin d'exciter
les hommes à la Vertu , & par les recompenfes
qui la fuivent , & par les malheurs
qui font inévitables à ceux qui s'attachent
aux vices.
Vous ne fçavés pas que ces plaifirs qui
enflamment la jeuneffe , font des Sitenes
qui paroiffent aimables jufqu'au bord des
gouffres où elles veulent vous conduire :
elles ne vous y attirent que pour vous y
perdre. Uliffe a entendu le charme de leur
voix fans en être touché , & fon falut fut
l'ouvrage de la protection de Minerve ,
c'eft à-dire , de la Sageffe qui l'accompagnoit
c'est avec elle que de deffus le rocher
affûré , vous pouvés voir le naufrage
des autres .
Rien ne pouvoit me détourner de mon
deffein ; j'écoutois impatiemment les raifons
que Socrate m'alleguoit pour me ras
mener j'allois lui reprocher fa duzeté ,
DE FEVRIER
59
quand j'apperçus avec furprife , à l'entrée
de la porte , une femme d'une merveilleufe
beauté ; elle tenoit un vafe d'une pierre
precieuſe : il étoit rempli de , je ne fçai ,
quelle liqueur qu'elle prefentoit à tous ceux
qui entroient... Ah ! Socrate , que j'ay
foif, m'écriai-je ! ... Non , non , me rê
pondit- il , ce n'eft pas la foif, c'eft la fiévre
qui vous tourmente vous ne devés pas
attendre plus de foulagement de cette boif.
fon , qu'un hydropique en reçoit de l'eau
qu'il prend avidement ... Que je moüille
feulement mes levres , repris-je , dans cette
coupe que cette belle femme prefente de
fi bonne grace .. Que les Dieux vous
en prefervent , repartit Socrate ! Tel étoit
le poifon que Circé prefenta à Uliffe , &
qui changea fes foldats en bêtes. Gardés
vous de courir un tel danger , juſqu'à ce
que vous ayés reçû des immortels cette
fleur dorée qui preferva ce grand Capitaine ,
ce Moli , qu'il avoit merité par fa vertu ,
& qui n'eft autre chofe que la droite raifon ..
Ah ! cher Alcibiade , quelle eft votre illufion
! la beauté qui vous charme dans
cette femme , n'eft qu'un fard dont elle s'eft
munie contre la pudeur ; & le rouge dont
fon vifage eft couvert , n'eft que pour fe
courir fon effronterie. Levés , levés fon
malque , vous reconnoîtrés la Volupté qui
ne prefente aurre chofe à ces alterés que
бо LE MERCURE
P'erreur même : elle mêle fon poiſon avec
du miel , & ce n'eft que pour en cachers
la couleur mortelle , que la perfide le prefente
dans une coupe de pierre precieufe
L'effet de ce breuvage eft mille fois plus
promt que tous les philtres du monde ;
& la fureur dont l'hippomanes agite ceuxqui
le dévorent , cede à celle que cette
boiffon infpire. Tout l'ellebore des Anticyres
n'eft pas fuffifant pour guerir leur
frenefie ceux que vous verrés avec de fø
violens accès , font ceux qui en boivent
le plus.
J'écoutois Socrate avec une telle aplication
, que j'étois comme immobile ; mais
tous fes difcours ne me perfuadoient point.
Les raifons qu'il me donnoit , pour m'exciter
à regarder avec compaffion la folie
de tant de malheureux , étoient combatuës
par un penchant naturel qui me portoit à
envier le bonheur de ceux qui entroient ,
& il me paroiffoit permis d'être fou avec
une fi douce recompenfe.
Quelcharmant fpectacle on leur prefentoit
la coupe en entrant. Après mille
tendres baifers , on les confioit à de jeunes
filles qui les conduifoient au centre de ce
lieu de plaifirs.. Une partie de ces filles
accompagnoit en filence les nouveaux hôtes
: l'autre avoit des aîles , & les preces
doit d'un vol fi rapide , qu'on les perdoin
• DE FEVRIER. бе
a
bien tôt de vue , & revenoit enfuite autour
d'eux , comme pour en attendre des
ordres. Leur beauté étoit fi parfaite , que
je ne pû m'empêcher de demander à Socrate
fi elles étoient les filles ou les foeurs
de la Volupté ... Ce font fes filles , me
dit il ... Mais les voyés-vous moins dangereufes
que leur mere ... Non , non , les
vices , comme la beauté , font hereditaires
dans les races. La Volupté eft également
pleine d'inquiétudes & de dégoûts , de fatietés
& de repentirs. Connoiffez - donc ces
filles ; leur mere n'a pas plûtôt fait boire
P'erreur , que ceux qui ont été affez incon
fiderés pour l'avaller , font tourmentés des
plus affreux fupplices .... Avec de tels
Bourreaux , eft - il une peine qui ne plaiſe ,
dis-je à Socrate ? .. O ! malheureuſe innocence
, s'écria- t'il n'avez-vous jamais oui
dans les Ecoles , les vives déclamations ti
rées des Fables des Poëtes ? Ignorez-vous
le Portrait qu'ils nous ont fait des tourmens
que fouffre Titius , dont les Vautours devorent
le foye ? & l'hiftoire de Promethée ,
enchaîné au fommet du Mont - Caucale
pour y fervir éternellement de pâture à un
Aigle qui lui ronge les entrailles , vous eſtelle
inconnuë ?
Quand vous fçaurez quels font les fupplices
que ces filles font fouffrir aux Mortels
, vous ajoûterez ailément foy à toutes
62 LE MERCURE '
:
ces Fables. Leur nom feul les fait connoître:
on les nomme Cupidités . Rien n'eft capable
de remplir leurs defirs ; & ce qu'elles font
pour les fatisfaire , ne fert qu'à les irriter.
Le premier effet inévitable à ceux qui pretendent
fe defalterer dans la coupe de leur
mere , c'eft d'avoir toujours foif. Ces autres
filles , qui vous paroiffent occupées
de penfées profondes , font du nombre
des Cupidités qui nuifent le plus au genre
humain elles marchent les yeux attachés
à terre , & la téte baiffée ; mais , gardésvous
de prendre leur contenance pour un
effet de leur modeftie. L'une medite le
crime qui la conduira fûrement aux honneurs
dont la Vertu lui forme le chemin :
l'autre fonge au poifon qu'elle doit preparer
à celui qui poffede le tréfor qu'elle
veut avoir la troifiéme rêve à l'injustice
qui lui reste encore à faire , pour conferver
le bien qu'elle a acquis aux dépens de
fon innocence. Celle-là forme le deffein de
fe proftituer , pour contenter fon ambition
& la vanité ; & celle- cy compofe déja dans
fon efprit le breuvage qu'elle veut donner
à celui dont elle a refolu de fe faire aimer
; enfin , elles s'abandonnent toutes à
des defirs horribles , & leur coeur eft fans
ceffe agité par l'envie , par la crainte &
par l'ambition.
Celles que vous voyés voler fi legereDE
FEVRIER. 63
ment , & qui ne fe fixent jamais au même
lieu , font les Cupiditez qui nous reprefentent
l'incertitude , l'inconftance & lesinquietudes
des hommes ; que rien ne
fçauroit rendre heureux , qui haïffent ce
qu'ils ont aimé ; qui aiment ce qu'ils ont
haï , qui veulent & qui ne veulent pas ;
qui s'applaudiffent & qui fe repentent
elles font femblables aux tempêtes , qui
s'étant calmées un inftant , furprennent
ceux qui le croyoient en furêté : tout d'un
coup elles ceffent d'agiter les mortels , &
s'emparent enfuite de leur coeur , de même
que l'accès de fievre qui les vient faifir
, lorfqu'ils fe flatoient d'être gueris.
Après cela , eftimerés- vous heureux
ceux que l'on confié à la garde de ces
charmantes filles , & ferés-vous jaloux de
leur fort , Alcibiade ? .. Pourquoi donc ,
répondis- je , offrons- nous des facrifices aux
Dieux ? Pourquoi , teignons - nous leurs autels
du fang des plus graffes victimes ?
Pourquoi leurs cornes dorées & couronnées
de fleurs , tombent-elles pendant les
Hécatombes fous les couteaux des Sacrificateurs
? Et pourquoi les genoux des Dieux
font- ils couverts de nos tablettes votives ?
A quoi fervent les oraifons que nous leur
ádreffons? Les voeux font inutiles , Socrate , '
fi l'homme ne doit point avoir de defirs .
Vous errés , mon cher enfant , reprit- il ,
6.4 LE MERCURE..
& je vais vous dévoiler les yeux . C'eft une
des miferes attachées à la condition de
l'homme , que le bien & le mal lui foient
cachés fous differentes figures. Le malheur
nous apparoît fouvent fous le mafque du
bonheur , & la profperité fous l'image de
l'infortune. Ainfi , nous devons être per-
Luadés de la foibleffe de notre difcernement
pour le choix des chofes qui nous font utiles
, & laiffer aux Dieux , fans les impor
tuner , la liberté de nous envoyer les graces
dont nous avons befoin. Notre naif-
Lance eft l'ouvrage de leur puiffance , &
notre confervation celui de leurs foins . Je
ne prétends point par- là fuprimer les voeux
ni les oblations ; il faut faire des prieres ;
il faut former des defirs , mais tous doivent
être renfermés dans celui - là feul
d'une bonne confcience , qui nous rende
agreables aux Dieux , & qui nous approche
de leur nature en nous immolant à
La juftice & à l'équité , à notre gloire &
à celle de la Republique. C'eft par - là
que la Grece a élevé au rang des immortels
la plupart des Dieux qui font adorés
par le Peuple , qui n'eft pas capable par
lui-même de s'élever à la connoiffance du
premier Etre ... Je ne prétois qu'une mediocre
attention au difcours de Socrate . Les
regards tendres & languiffans , les manieres
aimables , & le doux fou-rire de la Volupté
DE FEVRIER. 65
pté qui me promettoit mille plaifirs , m'in
vitoient à la fuivre : Elle occupoit plus mon
efprit que tout ce que j'entendois. Je fuppliai
Socrate de me permettre de l'aborder;
mes prieres furent inútiles , mes larmes ne
purent le fléchir ; il les effuyoit avec dureté
; enfin , ne ſçachant comment le vainere
,j'employai les careffes , & me jettant à
fon col , ô mon cher Pere , lui dis- je , en
Pembraffant ! vous n'aimés donc plus vôtre
Alcibiade ; fes pleurs ne vous touchent
point..... Ah ! mon fils , me repliquat'il
que vous ai-je fait , pour vous donner
lieu d'en douter ? Vous en devez être af
füré , par l'obſtacle que je mets aux defirs
aveugles qui vous agitent. Je veux
bien pourtant me rendre à vos empreffemens
; vous entrerez dans le fejour de la
Volupté , mais à condition que vos lévres
n'approcheront jamais de la Coupe em÷
poifonnée de fa femme. Je n'avois garde
de lui refufer , je lui jurai fur la tendreffe
que j'avois pour lui , une obéiffance aveugle
, & nous entrâmes enſemble.
La Volupté foûrit de plaifir en nous
voyant approcher. Une toile legere de
Pifle de Cos voloit autour de toutes les
beautés , plûtôt comme une ombre , que
comme un vêtement. C'étoit un tiffu de
vents , une neige filée , & non l'ouvrage
d'un Mortel , qui fembloit voiler . une
६
E
66 LE MERCURE C
taille divine , plûtôt pour l'ornement que:
pour la pudeur . Par- deffus , étoit une robe
de pourpre de Tyr , glacée d'or , & femée.
de mille fleurs au naturel , brodées en Phrigie.
Une groffe boucle de pierreries Pat¬
tachoit fur l'épaule gauche : l'ordonnance:
de fes plis étoit fi naturelle , qu'on ne l'eût
jamais prife pour une negligence artificielle.
Que d'habillemens entiers dans fa queuë k
Que de graces dans fa coëffure ! Une par
tie de fes cheveux parfemés de goutes d'Arabie
, étoit abandonnée aux zephirs qui fe
jouoient de leurs boucles naturelles , & qui
ne les dérangeoient que pour en former de
nouvelles: l'autre étoit relevée fur fon front,
& nouée par des treffes à plufieurs étages.
Avec une adfeffe infinie , les ris & les gra
ces badinoient mollement fur fes lévies , la.
rendreffe partoit de fes yeux ; enfin , hors
Socrate , tout ce que je voyois , me portoie
à elle. Elle m'aborda d'un air adorable, &
avec un agrément qui la mettoit au deffus
d'une Morrelle ; elle me tint ce langage...)
Ce n'eft point ma coûtume , Alcibiade , de
contraindre les hommes ; mes charmes les touchent
les attirent , un doux penchant me
Les foûmet. Cette foule qui groffit icy ma Cour,
vous doit prouver quel est mon merite, & le
Parti que vous avez à prendre. Vous voyez
d'ici quel, affreux filence regne dars l'Empirede
mon Ennemie , & quels deferts entou
"
DE FEVRIER. 6.7
rentfa demeure : Ces Rochers qui ſemblentfe
détacher de leurs racines pour tomber ſur les
Paffans ; ces montagnes arides , ces épines
ces précipices , en font les triftes ornemens.
Ceux que vous voyezrampans ſur cette montagne
, font nés dans le malheur , & conduits
par de mauvais Genies. La plûpart
periſſent par leurs chûtes , avant que d'arriver
au fommet ; & ceux qui font tant que
d'y parvenir , y paſſent leur vie dans un
morne filence , accablés de triftes reflexionss
foupirant toûjours aprés les plaifirs qu'ils
ent quittés , & offrant à mon Ennemie un
encens dont l'odeur les rebute , & que leur
coeur defavonc à mesure que leur main le
prefente.
Les hommes ne naiffent - ils pas pour vi❤
vre ? & eft-ce vivre , cher Alcibiade , que
de blanchir dans les veilles à la trifte lueur
d'une lampe , de fe laiffer confumer par
la pâleur , & d'extravaguer jour & nuit à
force de condamner un penchant que l'on
aime à fuivre, & des inclinations qui font
toûjours cheres à ceux qui s'efforcent de
les combattre ? Mon Ennemie fe fiant'
peu
fur les fonges & fur les vifions qu'elle
donne pour unique recompenfe à fes Secta +
teurs , crut , pour fe les attacher davantage
, devoir inventer quelque fiction qui
les arrêtât fous une apparence fpecieuſe de
gloire elle leur propofa le parti des ar-
Fij
68 LE MERCURE
mes , dans lequel ils pourroient l'acquerir
C'est pour cette gloire qu'ils perdent les
agrémens de la vie prefente , par Peſpoir
de celle qui leur eft promife après leur
mort , qui n'eft qu'une fable vaine & une
pure erreur elle inventa des hautbois ,
des fifres , des tambours & des trompettes,
pour exciter le courage de fes fujets , &
pour leur faire méprifer la mort , en les
expofant aux plus grands dangers. Elle
publie de ceux qui y periffent , qu'ils ont
été couverts de bleffures honorables & immortelles
, pour abufer encore ceux qu'elle
veut faire perir dans la fuite.
3. Que ceux - là feuls fuivent le fort des
armes , qui étant d'une naiffance obfcure ,
ne peuvent briller que par une vie penible,
& par une mort extraordinaire ! Que
ceux au contraire fur qui la fortune a
répandu fes faveurs à pleines mains , à qui
elle a donné des richeffes , de la nobleffe ,
une figure aimable , un air plein de charmes
, & qu'elle a traités comme vous , Al
cibiade que ceux-là , dis-je , fe fervent de
fes dons , & qu'ils lui en marquent leur
reconnoiffance , en s'attachant à moi. C'est
pour moi qu'elle les fait naître : ce font
ceux-là que je cherche & que j'arrête , que
j'enchaîne par les plaifirs , que je confie
aux foins des Jeux & des Ris , & c'eſt- là
ma fervitude.
DE FEVRIER. 69
Cette vive jeuneſſe qui éclate dans vos
yeux & fur votre front , cette Aeur qui
brille fur vos jouës , cette taille adorable
que la gloire & l'amour ont formée , cer
air noble & gracieux qui trouble & qui
entraîne tous les coeurs ; tout cela ne vous
a été donné que pour la Déeffe Venus &
pour moi.
Dans mon Empire , les rofes cueillies par
les Amours , formeront votre lit ; vous ne
vous endormirez qu'aux fons tendres &
flateurs d'une harmonie qui vous fera pre--
parée par les Plaifirs. Les Songes legers
voltigeront autour de vous , fous des ima--
ges toûjours riantes & toûjours nouvelles.
Vous ne ferez éveillé que par l'objet que
vous aimerez ; il ne vous refiftera que pour
vous embraffer , & pour vous combler d'au
tant de plaifirs , qu'une rigueur adroitement
menagée vous aura infpiré de vivacité
La nature & l'art travailleront à l'envi
, pour charmer vos yeux & vos oreilles;
lá jeuneffe & la beauté précederont partout
vos pas ; les zephirs répandront devant
vous l'odeur des prairies ; les ruiffeaux
ne couleront que pour vous ; ils fe feront
un foin - nouveau d'étudier vôtre humeur
pour y conformer leur murmure : les oifeaux
oubliant leurs plus tendres interêts
en vôtre faveur , ne formeront des ramages
que pour exprimer les differentes fitua
70 LE MERCURE
tions de vos amours & de vos plaifirs: Enfin,
le bruit affreux des armes fera banni de vôtre
délicieufe demeure. Ce ne fera qu'avec
Famour que vous livrerez des combats, où
vous ferez toujours vainqueur & toûjours:
vaincu , par les plaifirs que vous donnerez,
par ceux que vous recevrez à vôtre tour,,
Si vous cherchez des Philofophes dans
la foule de ceux qui me fervent , je vous
donnerai Ariftipe , le Difciple de vôtre
Socrate ; vous verrezpar la vie qu'il mène,
le profit qu'il a tiré de fes leçons. Je vous
donnerai Talés , Solon , & mille autres , dont
les plaifirs , pour être cachés fous le voile
d'une fageffe apparente , n'en ont été ni
moins voluptueux ni moins delicats . Mais,
pourquoi vous citer des hommes , quand
je puis vous donner des Dieux pour exem
ples ? Quelle joye , grands Dieux , ne répandez
-vous pas dans vos feftins ! Quelle:
magnificence dans vos Fêtes ! Et qui peut
imiter la délicateffe &; la varieté dont vous
relevez vos plaifirs ?
Que mon Ennemie vante fon Hercule
qu'elle s'attribue fans raifon ; n'eft - ce pas
de moi qu'il tient le jour , & ne fçait on
pas que ce Heros n'a paffé fous fes Loix ,
que lorfque j'ai dedaigné de le retenir fous
les miennes . Il est vrai qu'elle en a fait un
demi- Dieu Mais a- t'elle oublié, ceux qui
me doivent l'immortalité ? C'eſt à la vo
DE FEVRIER. 7B
lupté que tous les Aftres qui brillent la
nuit , font redevables de leur éclat. Les .
Athlantides , qui font pâlir les Mariniers,
L'Ourſe, Caftor & Pollux , qui en font les
Guides , ne me doivent-ils pas leur nailfance
? Bacchus feroit-il au nombre des.
Dieux , fi Jupiter n'avoit aimé ? Et la Cousonne
d'Ariadne feroit- elle la marque de
la Victoire de Bacchus ? Ne fuis - je pas
victorieuse de toutes ces Divinités ? Sur qui
donc de fi grandes récompenfes ne doivent-
elles pas faire impreffion Er quis ?
pourra refufer de faire de douces fautes
avec de fi grands exemples Quor , Alcibiade
auroit honte d'imiter les Dieux , ces
mêmes Dieux qu'il adore !
Ne differez - donc pas de vous rendre',
dans l'âge où les plaifirs ne font faits que
pour vous ; le moment où je vous parle
eft déja perdu fans reffource. L'Empire de
la mort engloutit le paffé ; l'avenir nous.
eft caché fous d'épaiffes tenebres ; le prefent
feul eft à nous ; ce n'eft pas vivre au
jourd'hui , que de vouloir vivre demain..
Tenez , me dit - elle , en approchant la
Coupe, bûvez , & commencez à vivre dans
Ge moment.
Socrate me retint & me tirant à l'écart :
O Immortel ! s'écria- t'il ; avec quelle témerité
elle fe vante d'avoir fait des Dieux !
Comme fi l'on ignoroit que ceux dont elle
72 LE MERCURE
.
nous parle , ne font qu'un effet des auda
cieuſes fictions des Poëtes , qui n'ont attribué
des adulteres aux Divinitez , que pour
complaire aux hommes , & pour adoucir
l'horreur qu'ils en devoient avoir parmi
eux. Ils ont voulu que les vols & les autres
crimes fuffent permis aux Dieux , pour
perfuader aux Mortels que non feulement
leurs forfaits feroient impunis , mais qu'ils
en recevroient des louanges ; & ils ont
pouffé leur audace jufqu'à vouloir nous
reduire à être honteux de nôtre innocence,
en voyant facrifier au Crime même .
En portant jufqu'aux Aftres les crimes.
des Dieux, fous le nom de tant de Conftellations
differentes , ils ont fait du Ciel ,
comme un parc rempli de bêtes , immondes
; & dans leurs indignes veilles , ils ont
rellement ravallé les Dieux , que ceux qui
ne jugeroient de leur nature que par leurs
fictions , refüferoient de le devenir.
Voilà cependant les chofes qu'elle vous
vante , pourfuivit Socrate . Que vos defirs
fe calment fur la felicité qu'elle vous a
promife : Entrez , nous verrons enfemble
toutes les merveilles dont elle vous é
blouit , & vous déciderez ou du choix o
du refus
CEREMONIE
DE FEVRIER. 73
® :
CEREMONIES ET COUTUMES
de tous les Peuples du Monde ,
reprefentées par des Figures deffinées
de la main de Bernard Picart ; &c.
avec une explication hiftorique , &
les Differtations deplufieurs Sçavans
qui étoient devenuës rares .
Lou
' Ouvrage dont on donne le . Titre , &
pour lequel les curieux font invitez
de foufcrire , fera de huit volumes in 4°.
Le Libraire s'engage à prendre pour cette.
Impreffion une Lettre toute neuve , un peu
plus groffe que celle- ci , & le plus beau
Papier qui le puiffe trouver ; principalement
pour les Figures , dont on aura
tout le foin poffible.
Ce Livre , dont le plan eft nouveau ,
contiendra environ quatre cens feuilles
d'Impreffion , & fix cens figures au moins ,
fans compter les vignettes , qui feront
placées à la tête des Differtations , & auties
pareils ornemens . Les fujets qui en
font la compofition , feront éclaircis par des
I ifcours d'une étendue raisonnable , où
l'Auteur a foin de ne rien avancer qu'il
ne puiffe garantir par des citations exactes
G
74. LE MERCURE
des Sçavans qui ont écrit fur ces matieres ,
& des Relations le plus eftimées. On y
inferera même plufieurs Differtations entieres
; mais on ne s'attachera qu'à celles
qui ne feront pas trop longues , & qui
feront intereffantes ; afin de ne pas exceder
le plan que l'on fe propofe. C'eft ainfi
que l'on fera ufage de quelques Ouvrages
Curieux , devenus rares depuis long- teins.
Le Libraire s'engage auffi de fon côté
à ne donner au Public rien qui ne puiffe
lui eftre utile , & à ne faire graver que
des Figures inftructives & neceffaires ,
dont le deffein foit beau & correct car
on fe propofe d'expliquer , & de donner
une idée claire des fujets qu'on traite ,
autant pour le moins que de fatisfaire la
vûë , qui ne laiffera pas d'y trouver fon
compte , puifque les figures feront deffinées
de la main du Sieur BERNARD PICART ,
& autres habiles Maîtres dans le deffein.
Les trois premiers Volumes de cet Ouvrage
traiteront des Ceremonies des Religions
qu'il y a maintenant dans le monde ;
des pratiques & des ufages introduits à
l'occafion de la Religion ; des Talismans ,
Gamahés , Idoles , Statues , Figures Symboliques
, Hieroglyphes , Emblemes en
un mot de tout ce qui fait l'objet de quelque
fuperftition , & c.
On decrira dans le quatriéme les CereDE
FEVRIER.
75
monies Nuptiales , de Nativité & Funebres
de tous les Peuples du monde ; fans oublier
divers Monumens de la vanité des
hommes en cette occafion.
On´traitera dans le cinquiéme & dans
le fixiéme Volume des Ceremonies qui fe
pratiquent au Couronnement des Souverains
de l'Univers ; des Ceremonies Ecclefiaftiques
; des Jeux & autres Exercices
des Entrées publiques , des Tournois , Ballets
, Carroufels , Inftallations de Chevaliers
, Mafcarades , &c. des peines & des
fuplices , & de ce qui concerne divers uſages
des hommes dans la vie civile , & c.
Dans le feptiéme on donnera les divers
habillemens de toutes les Nations du mon
de , des Femmes , des Enfans , des Prêtres,'
des Magiftrats , des Officiers publics , &c.
Enfin le huitiéme traitera des Ceremo
nies anciennes des peuples de l'Europe reputez
autrefois Barbares chez les Grecs &
chez les Romains.
Comme la lecture de cet Ouvrage fers
auffi agreable qu'inftructive ; l'Auteur le
flate que le Public voudra bien le recevoir
favorablement. Des chofes , dont très fou
vent on n'a que des idées confuſes , y feront
expliquées avec clarté. L'Ecriture & la
Peinture fe prêtent en cette occafion des
fecours mutuels & abfolument neceffaires.
Le Libraire étant refolu de fatisfaire le
76 LE MERCURE
plus promtement qu'il foit poffible à l'im
patience des foufcrivans , promet de faire
une telle diligence , que tout l'Ouvrage
puiffe être livré complet dans le terme de
trois années , c'est - à- dire , à la fin de l'année
# 723 . Il donnera la moitié de l'Ouvrage
au mois de Juin 1722. & l'autre moitié au
mois de Decembre 1723.
Le prix de l'Ouvrage complet fera en
argent d'Hollande,
Z
Exemplaires foufcrits petit Papier, fsa
Grand Papier , dont on tirera un très
petit nombre.
Exemplaires non foufcrits , petit Papier,
Grand Papier.
fos
f65
f80
Les Soufcrivans payeront en trois termes
de la maniere fuivante . En foufcrivant ,
pour le petit Papier .
Et pour le grand Papier,
En leur délivrant les quatre PremiersVof
20
f 25
lumes , pour le petit Papier,
fis
Pour le grand Papier.
f 20
En leur délivrant les quatre derniers Volumes
, petit Papier,
-
f
15
-
Grand Papier.
f 20
Les Soufcrivans jouiront des plus belles
épreuves des Figures & Tailles douces , &c,,
que l'on feratirer eexxpp¨:ès pour
fatisfaire aux
foufcriptions , fur tout pour le grand Papicr
; & fi malheureulement il fe gliffoit
DE FEVRIER. 77
quelque feuille ou figure peu correcte ou
negligée , le Libraire s'engage de la changer
, pourvû que l'on ait foin de lui repréfenter
l'autre.
Les mefures étant prifes pour remplir
d'abord un nombre affez confiderable de
foufcriptions ; on commencera fans aucun
delay l'Impreffion du fufdit Ouvrage , &
l'on recevra des foufcriptions jufqu'au 15
Mars 1721. Mais après ce tems- là perfonne
ne fera plus admis à foufcrire. Et
pour favorifer en toutes manieres les Soufcrivans
, le Libraire s'engage de ne rabattre
quoi que ce foit du prix du Livre ; fçavoir ,
de f 65 pour le petit Papier , f 80 pour le
grand Papier , à quelque perfonne que ce
puiffe eftre , après que les foufcriptions auront
ceffé.
Les foufcriptions commenceront dès le
1 Novembre courant de cette année 17 20.
chez Jean Frederic Bernard , Libraire dans
le Calveftraat à Amfterdam. On pourra
foufcrire auffi dans les Païs Etrangers chez
les principaux Libraires , & pour cet effet
en leur envoyera les prefentes conditions .
Giij
78 LE MERCURE
甸道
ARRESTS , EDITS
& Declarations.
DIT du Roy , donné à Paris au mois
de Janvier 1721 , Regiftré en Parlement
les Fevrier 1721 , par lequel
Sa Majefté ordonne ce qui fuit.
Art. I. Nous avons créé & érigé
en titre d'Offices formez & hereditaires , trente
nos Confeillers - Treforicrs , Receveurs generaux
& Payeurs des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris
, Receveurs des Coafignations , Depofitaires
des Debers de Quittances , Commiffaires aux
Rentes faifies réellement , Greffiers des Feuilles
& Immatricules , & principaux Commis y joints ,
& trente nos Confeillers - Controlleurs generaux
defdits Payeurs , lefquels feront conjointement
avec les quatorze autres Payeurs & les quatorze
autres Controlleurs cy - devant créez , la Recctie ,
le Payement & le Controlle de toutes les Rentes
conftituées fur ledit Hôtel de Ville , à commencer
pour ladite année 1720 , à l'effet de quoy
Nous avons établi par notre prefent Edit trente
nouvelles Parties de Rentes , pour faire avec les
quatorze autres le nombre de quarante quatre
Parties , dans lesquelles toutes les Rentes confti-.
tuées fur ledit Hôtel de Ville , tant perpetuelles
que viageres , feront partagées ; fçavoir , les Rentes
perpetuelles en trente- quatre Parties , & lest
Rentes viageres , tant celles dites Tontines , que
les autres anciennes & nouvelles , en dix autres :
Parties .
II. Attribuons à chacun des Payeurs créez
DE FEVBIER . 79
trois mille fept cens cinquante livres de gages
effectifs , & pareille fomme de trois mille fept
cens cinquante livres par forme de taxations ,
frais & droits d'Exercice , enfemble pour les
façons , vacations & frais de reddition de compte ;"
& à chacun des Controlleurs douze cens cinquante
livres de gages effectifs , & fept cens
cinquante livres de droits d'Exercice ; defquels.
gages ,taxations & droits d'Exercice l'employ ferat
fait dans les Etats de diftribution defdites Rentes.
Entendons que l'acquifition des gages defdits"
Offices de Payeurs & de Controlleurs foit faite
à raifon du Denier quarante de la finance , &-
que les Acquereurs jouiffent defdites taxations
& droits d'Exercice , fans payer aucune finance.
III. Lefdits Payeurs & lefdits Controleurs
créez par notre prefent Edit , jouiront du droit
de Commitimus en nos grande & petite Chancelleries
, & de tous les autres droits , fonctions ,
exemptions , privileges & prérogatives dont
jouiffent les Payeurs & les Controlleurs defdites:
quatorze premieres Parties.
IV. Ceux qui acquerront les Offices créez
par notre prefent Edit , avant le premier Mars
prochain , auront la joüiffance de leurs gages ,
à compter du premier jour du prefent mois de
Janvier , encore que leurs quittances de finance
fe trouvent dattées & expediées poftericurement ;
& ceux qui ne les acquerront qu'après ledit
jour premier Mars prochain , ne jouiront deſdits /
gages que du jour de la datte de leurs quittances
de finance ; & attendu que lefdits nouveaux
Payeurs & lesdits nouveaux Controlleurs feront
le payement & le controlle defdites Rentes pour
l'année 1720. Voulons qu'ils joüiffent pour la
dite année des taxations & droits d'Exercice
attribuez à leurs Offices , & que la dépenfe en
foit paffée & allouée fans difficulté dans les
G iiij.
80 MERCURE LE
comptes qu'ils rendront en notre Chambre des
Comptes de Paris .
V. Voulons au furplus que ceux qui prêteront
leurs deniers pour l'acquifition des Offices
de Payeurs & de Controlleurs créez par notre
prefent Edit , ayent un privilege special & preferable
fur lefdits Offices , fuivant les Declara
tions qui en feront inferées dans les quittances
de Finance.
ARKEST DU CONSEIL D'ESTAT
DU ROY ,
Qui ordonne que la Compagnie des Indesfera tenaë.
de rendre compte de la Banque qui lui a été
unie par Arreft da 23 Février 1720 .
Du 26 Janvier 1721 .
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
SUF Slon Coquil , par Directeurs
Ur ce qui a été reprefenté. au Roy étant en
fon Confeil , par les Directeurs generaux de
la Compagnie des Indes , pour & au nom de ladite
Compagnie , qu'ils fe fout mis en état par
les Bordereaux & brefs Etats qu'ils ont dreflez de
Recette & Dépenfe des fommes qui ont été remifes
au fieur Deshayes leur Caiffier par le fieur
Bourgeois , Treforier de la Banque , pour eftre
employées aux differentes operations ordonnées
par Sa Majesté , de faire connoître la fituation
de la Compagnie avec la Banque ; mais que.
pour prévenir les difficultez qui pourroient leur
eftre faites fur le pretexte de l'Arreft du 23 Fevrier
1720 , par lequel sa Majefté a chargé ladite
Compagnie de la Regie & adminiftration
de la Banque , au moyen de quoi il femble: qit
que la Compagnie dût rendre compte de cette
DE FEVRIER.
pretendue Regie , ils ont intereft de fupplier Sa
Majefté de vouloir expliquer fur cela particulierement
fes intentions ; Que Sa Majefté eft
inftruite que cet Arreft n'a eu aucune exccution ;
Que fuivant l'Article III des propofitions faites
à la Compagnie , au nom de Sa Majeſté , pár
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , dans l'Affemblée
generale du 22 Fevrier 1720 , & la difpofition
de l'Article III . de l'Arreft du 13 du
même mois , le Treforier de la Banque nomnié
& Commis par Sa Majefté devoit rendre compte
par Bordereaux & bref Etat à la Compagnie en
la perfonne de fes Directeurs , dans le courant
du mois de Mars fuivant , de la fituation & de
l'état de la Banque , dans lequel Compte il ne
devoit être paffé & alloué autre pature de fonds
que les Billets de Banque, l'argent en Caiffe & les
Actions depofées pour feureté des prefts que le
Treforier aura faits ; enforte que ce n'eft qu'au
premier Avril 1720 , que la Compagnie devoit
prendre poffeffion de la Banque , après le compte
qui lui en auroit été rendu par le Treforier
dans le courant du mois precedent ; mais que
Sa Majefté n'ayant pas jugé à propos de faire rendre
ce compte par le Treforier de fa Banque ,
la Compagnie n'a pu s'en mettre en poffeffion
ni executer de fa part cette partie des propofitions
& de l'Arreft du mois de Fevrier ; Qu'en
effet Sa Majeftê a fi peu voulu que Cette poffeffion
de la Banque paffât entre les mains de
la Compagnie , que par l'Arreft rendu de fon
propre mouvement le Mars 1720 , Elle a
ordonné qu'au 20 du même mois il feroit ouvert
un Bureau à la Banque pour convertir fur
le pied de neuf mille livres à la volonté des
Porteurs , les Actions de la Compagnie en Billets
de Banque , & les Billets de Banque en
Actions , ce qui n'auroit pû fe faire pour le
compre de la Compagnie , que dans le tems où
82 LE MERCURE
elle auroit été en poffeffion de la Banque , c'eftà
-dire au premier Avril , après que le Treforier
auroit rendu fon compte ; & il auroit même
fallu que certe conversion eût été deliberée &
agréée dans une Aflemblée generale de la Compagnie
, fur tout ayant été arrefté dans celle du
22 Fevrier que le Bureau d'achat & de vente
des Actions feroit fermés Que s'il pouvoit refter
quelque difficulté dans l'établiffement du fait de
l'inexecution des propofitions & de l'Arreſt du
mois de Fevrier , dans le chef de la Rege &-
de l'adminiftration de la Banque , elle celleroit
à la vûë d'une multitude de circonftances qui
en forment une demonftration : Que par l'Article
II . des propofitions & par le même Article
de l'Arreft , il a été arrefté qu'il ne pourroit
eftre fait des augmentations de Billers de Bauque
qu'en vertu d'Arrefts du Confeil , qui fe
roient rendus fur les Deliberations prifes en
l'Affemblée generale de la Compagnie , & que.
cependant il en a été fait depuis en vertu de
differents Arrefts readus duspropre mouvement
de Sa Majefté pour dix fept cens cinquante - fix
millions quatre cens mille livres , compris les
deux cens foixante millions de Billets de . Divifion
: Que par l'Article IV des propofitions ,
& par le même Article de l'Arreft il ne devoit plus
eftre delivré de Billets de Banque de dix livres ,
& que cette difpofition n'a pas eu plus d'effet
que les precedentes , puifque non feulement le
cours des Billets de dix livres a été continué ,
mais que le nombre en a été augmenté d'une
femme de dix fept millions par l'Arteft rendu
du propre mouvement de Sa Majefté le 19 Avril
1720 : Qu'enfin Sa Majefté ayant jugé à propos
au mois de May dernier de s'inftruire plus particulieremeur
de l'Etat de fa Banque , Elle auroit
nommé des Commiffaires pour en faire la
verification , à quoi il a été procedé fans que
DE FEVRIER. 83
les Directeurs de la Compagnie y ayent été prefens
ni appellez : Que tous ces faits particulie
rement connus de Sa Ma (efté , établiffent une
preuve évidente que la Compagnie des Indes n'a
jamais eu la Regie & l'adminiftration de la Banque,
& que les propofitions qui lui avoient été
faites à ce fujet , & qu'elle avoit acceptées ,
font demeurées fans effet par le fait & la volonté
de Sa Majeftés Qu'ainfi ladite Compagnie ne
peut eftre tenue d'aucun compte pour raifon de
cette Regie , mais feulement de l'employ des
fommes qui ont été remiſes à fon Caiffier par
le Treforier de la Banque , pour les operations
ordonnées par Sa Majefté : Et Sa Majefté voulant
fur ce expliquer plus particulierement fes intentions
& affurer l'Etat de ladite Compagnie ; Vû
ladire Requefte & les Arrefts qui y font men-
`tionnez , au pied de laquelle Requefte eft un
projet d'Arreft pour qu'il fût ordonné que les
Directeurs de la Compagnie des Indes , pour &
au nom de ladite Compahnie , remettront inceffamment
pardevant les Commiffaires nommez
à cet effet , un Etat certifié defdits Directeurs
audit nom , contenant les fommes reçûës du
Sieur Bourgeois Treforier de la Banque , par le
fieur Deshayes , Caiflier de ladite Compagnie ,
pour les operations ordonnées par Sa Majefté ,
& l'employ qui en a été fait , fuivant les pieces
juftificatives qui en feront reprefentées aufdits.
fieurs Commiflaires , dont fera par eux drefle
Procès verbal , pour le tout vû & rapporté au
Confeil avec leur avis , eftre par Sa Majefté
pourvû à ladite Compagnie & aux décharges qui
feront neceffaires audit fieur Bourgeois , pour
compter , tant au Confeil qu'en la Chambre des-
Comptes , des Recettes & Dépenfes de ladite
Banque Royale , en qualité de Treforier d'icelle,,
en la forme & maniere prefcrites par la Decla
34 LE MERCURE
ration du 4 Decembre 1718 , fans que lefdies
Directeurs , aufdits noms , puiflent eftre recherchez
ni inquietez eu quelque forte & maniere
que ce foit , ou puifle eftre , pour raifon de
Facceptation des offres faites à ladite Compagnie
au nom de Sa Majesté dans l'Aflemblée
generale du 22 Fevrier 1720 , & contenues en
l'Arreit du Confeil du 23 du même mois , lefquelles
au moyen de leur inexecution demcurent
nulles & de nul effet , impofant fur ce
filence à fes Procureurs generaux & à tous autres
, & pour l'execution du prefent Arreſt , faront
toutes Le tres neceffaires expedices . Ony
le Rapport du Sieur le Pelletier de la Houffaye ,
Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil de
Regence pour les Finances , Controleur general
des Finances , SA MAJESTE' EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc d'Or
leans Regent , a ordonné & ordonne ce qui fuit .
Art. I. L'Arreft du Confeil du 223 Fevrier
1720 , portant réunion de la Banque à la Compagnie
des Indes , même avec un effet retroactif
pour la joüiffance de tous les benefices faits
depuis fon établiffement , fera executé felon fa
forme & teneur , & en confequence les Directeurs
au nom de la Compagnie , feront tenus de
fe charger en Recette dans le compte qu'ils
prefenteront & affirmeront veritable devant les
fieurs Commiffaires du Confeil à ce deputez par
Arreft du 18 Janvier de la prefente année
des Billets de la Banque qui ont été faits .
II. Ordonne Sa Majefté que toutes les
ciations qui ont été faites par la Compagnie'
des Indes depuis les Mars 1720 , feront &
demeureront pour le compte de ladite Compagnie
& à fes rifques , de même que les autres
negociations qui ont été faites precedemment
depuis l'établiffement de la Banque..
nego .
DE FEVRIER.
III. Sa Majesté ne voulant caufer aucune interruption
dans le cours du Commerce de ladite
Compagnie , & fe propofant au contraire de le
faire fleurir de plus en plus , autant qu'il fera
poffible , & par les voyes qui feront trouvées
les plus convenables , Ordonne aux Directeurs
de la Compagnie de s'affembler inceffamment
pour dreffer un projet de Reglement general
pour la Regie & adminiftration de ladite Compagnie
, auquel projet ils joindront des Etats
fignez d'eux & certifiez veritables , de tous les
effets qui appartiennent à ladite Compagnie ,
de quelque nature & à quelque titre que ce
foit ,,
pour eftre far lefdits Projet & Etats pourvu
par Sa Majesté ainfi qu'il appartiendra . Fait
au Confeil d'Etat du Roy ; Sa Majesté y étant ,
tenu à Paris le vingt- fixiéme jour de Janvier
mil fept cens vingt-un. Signé , PHELYPEAUX.
ARREST de Confeil du 17 Janvier 1721.-
qui permet à Charles Cordier , chargé de la
regie des Fermes generales unies , de refilier
les Baux , fous - Baux , Traitez , fous Traitez
Marchez , abonnemens & compofitions faits par
Armand Pillavoine , ou de les entretenir s'il le
juge à propos.
+
,
LETTRES patentes fur Arreft du Confeil du
18 Janvier 1721 , par lefquelles Sa Majesté ordonne
que la perception des quatre fols pour
livre des droits de fes Fermes , ainsi qu'elle eft
prefentement établie par les Declarations , Ar-
Felts & Lettres patentes , fera continuée pour
trois années , à compter du vingtiéme Mars prochain.
Regifirées , ouy ce requerant le Procureur General
du Roy , pour eftre executées felon leur fo me
teneur , & copies collationnées envoyées aux
186 LE MERCURE
Bailliages & Senechauffées du Reffort , poury ofre
lues , publiées & registrées : Enjoint aux Subftituts
du Procureur General du Roy d'y tenir la main .
d'en certifier la Cour dans un mois , fuivant
l'Arreft de ce jour. A Paris en Parlement le cinq
Fevrier 1721. Signé , GILBERT.
ARREST du Confeil du 23 Janvier 172 1 ,
par lequel Sa Majefté ordonne qu'à commencer
du jour de la publication du prefent Arreſt , le
Caftor de quelque qualité qu'il foit ne pourra
entrer dans le Royaume que par les Ports de
Calais , Dieppe , le Havre , Rouen , Honfleur ,
Saint Malo , Morlaix , Breft , Nantes , la Rochelle
, Bordeaux , Bayonne , Cette & Marſeille :
Fait Sa Majesté défenfes de le faire entrer par
d'autres Ports que ceux cy-deffus defignez , à
peine de confifcation tant du Caftor que des
Vaiffeaux , Barques , Voitures & Equipages fur
lefquels il fe trouvera chargé , & de trois mille
livres d'amende : Sera au furplus ledit Arreft du
Confeil du 16 May 1720 , executé felon fa
forme & teneur .
ARREST du Confeil du 28 Janvier 1721 ,
qui ordonne que les Rentiers & autres Affignez
fur les Impofitions de la Province de Languedoc
pour les années anterieures à 1720 , feront
payez en Billets de Banque de 100 livres , de
fo livres , & de 10 livres ; & que faute par eux
de les retirer dans un mois , les Billets de Banque
feront portez à la Caifle des Rentes Provinciales
, pour en eftré expedié des quittances
de finances à leur nom.
Que les fommes dûes à differens Particuliers
fur l'année 1720 , dont les Mandemens foot
affignez fur le premier & fecond terme des Impofitions
,feront aulli payez en Billets de Banque
DE FEVRIER. 87
-Et que les autres fommes qui doivent eftre
payées au premier Janvier 1721 , lè feront en
Efpeces.
ARREST du Confeil du 31 Janvier 1721 ,
par lequel Sa Majeſté évoque à foy & à fon
Confeil tous les procès & differens mûs & à;
mouvoir contre ledit Armand Pillavoine en quelques
Cours & Jurifdictions qu'elles foient portées
, à l'occafion des offres judiciaires par lui.
faites avant le premier, Novembre dernier aux
Proprietaires des Maifons fervant de Bureaux
aux Entrées de la Ville & Fauxbourgs de Paris,
pour le payement des loyers à eux dus par ledit
Pillavoine , enfemble les Inftances qui ont été ou
feront contre lui intentées en reftitution de
droits qui ont été confignez ou payez en Billers
de Banque.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 31
Janvier 1721 , qui maintient l'Univerfité de
Poitiers dans le droit & la poffetſion d'avoir
la Prefidence , la direction & la moderation de
toutes les Thefes foutenues publiquement dans
la même Ville ; avec défenfes aux Religieux
Minimes d'en faire foutenir dans leur Eglife ou
autre lieu , qu'elles n'ayent été approuvées , &
que le jour & l'heure de l'Acte n'ait été indiqué
par le Recteur de l'Univerfité qui y aura
la Prefidence la direction & la moderation.
ARREST du Confeil du 9 Fevrier 1721 , par
lequel Sa Majesté a remis & remet aux Actionnaires
de la Compagnie des Indes , qui n'ont
pas fourni l'emprunt par Action , ordonné par.
lés Arreits des 7 Novembre & 9 Janvier derniers,
la peine de nullité de leurs Actions , portée par
lefdits Arrefts . Permet Sa Majefté à ladite Com88
LE MERCURE
pagnie de continuer ledit Emprunt , ainfi & de
la maniere qu'elle jugera la plus convenable , &
fous peine feulement de la privation d'une ou
plufieurs années des Dividendes des Actions , de
ceux defdits Actionnaires par lefquels ledit Emprunt
n'aura pas été fourni dans le delay qui
aura été fixé par ladite Compagnie.
ARREST du Confeil du 11 Fevrier 1721 ,
par lequel Sa Majefté a declaré & declare le
Gommerce des Provinces de Languedoc , Lyonnois
& Dauphiné libre ; & en confequence
permet Sa Majesté aux Marchands & fabriquans ,
tant de la Ville de Tours , que des autres Villes
du Royaume , de faire venir defdites Provinces
les Soyes & autres matieres & Marchandifes
neceffaires à leur Commerce , en rapportant
des Lettres de Voiture en bonne forme , vifées
des Officiers Municipaux des lieux de l'enlevement
, & certifiées par les Intendans defdites ,
Provinces , leurs Subdeleguez ou autres qu'ils
commettront à cet effet . Fait Sa Majefté défenſes
à toutes perfonnes de leur apporter aucun empêchement.
ARREST du Confeil du 13 Fevrier 1721 ,
par lequel Sa Majefté ordonne qu'il fera delivré
à chaque Compagnie de Traitans generaux
d'affaires extraordinaires , en avance envers Sa
Majefté , une Ordonnance de remboursement
des fommes portées par les Etats finaux de leurs
comptes , dont le payement fera fait par le
Garde du Trefor Royal en exercice , fur la
fimple quittance du Traitant fous le nom duquel
le Refultat a été arrefté au Confeil® „viſée de
deux cautions du Traité nommez à cet effet
par déliberation exprelle de la Compagnie ,
fçavoir en leurs Billets folidaires retirez par le
Garde
DE FEVRIER.
89
Garde du Trefor Royal , & le furplus en une
Quittance de finance au nom dudit Traitant ,
portant intereft au Denier cinquante , dont le
fonds fera fait annuellement dans les Etats des
finances de Sa Majefté , de laquelle quittance
de finance ledit Traitant fera tenu de faire fa
declaration au profit de chacun des Cautions du
Traité , à proportion de fon intereft , fuivant
la repartition qui en fera faite eutr'eux en la
maniere accoutumée ; defquels payemens mention
fera faite par les Secretaires du Confeil ,
& autres depofitaires deflits comptes , fur les
minutes & doubles d'iceux ; & en rapportant
par le Garde du Trefor Royal les quittances
defdits Traitans , les Etats finaux de leurs
comptes , coppie collationnée de la mention
qui fera faite defdits payemens , il en demenrera
bien & valablement quitte & déchargé ; &
en cas qu'il furvienne quelque conteftation au
fujet du prefent Arreft , circonftances & dépen-'
dances , entre lefdits, Traitans generaux & autres
, Sa Majefté en a attribué la connoiffance
aufdits fieurs Commiffaires generaux nomméz,
par l'Arreft du 2 Novembre 1717 , & icelle ing
terdite à toutes les autres Cours & Juges.
ARREST du Confeil du 14 Fevrier 1721 ,
par lequel Sa Majefté ordonne ce qui fuit.
) .
Art. I. Il fera delivré avant le premier Avril
prochain , pour toute prefixion & delay aux
Particuliers qui étoient Proprietaires d'écritures.
en comptes en Banque , lors de la publication
dudit Arreft du 16 Decembre , un Certificat
figné par deux Directeurs des Comptes en Banque
, vifé par le Controlleur , & certifié pir
le Prevoft des Marchands , ou par un des Echevins
dans les Villes de Paris & de Lyon ; &
dans les autres Villes lefdits Certificats feront
HC
༡༠ LE MERCURE
fignez par les Directeurs defdits comptes en
Banque , & vifez par les Intendaus & Commiffaires
départis dans les Provinces.
II. Lefdits Certificats feront pour nouvelles
écritures , faifant le quart des anciennes écri
rures , pour lesquelles neanmoins lefdits Certificats
vaudront & feront reçûs fans aucune reduction
; ils feront redigez dans la forme étant
au pied du prefent Arreft , & contiendront la
totalité du credit en compte en Banque , appartenant
à chaque Particulier , qui pourra neanmoins
la faire partager pour differens Emplois
ou Contracts , auquel cas chacun desdits Certificats
fera au moins de la fomme de mille li--
vres d'anciennes écritures , ( à moins que le
credit ne fût de moindre fomme , ou que les
Certificats ne concernaflent que des appoints . )
Et il y fera fait mention expreffe que la fomme
partagée fait partie de ladite totalité , qui y fera
exprimée à peine de, nullité.
III . Défend Sa Majefté aufdits Directeurs de
délivrer aucuns Certificats qui ne foient pour &
au nom des Particuliers à qui ledit credit apparrenoit
au jour de la publication dudit Arreft du
26 Decembre , même jusqu'au 16 Janvier fuivant,
& d'en faire aucun Virement , fi ce n'ef
en confequence de Sentence ou Jugement , don
ils feront mention dans lefdits Certificats
peine d'en eftre refponfables en leurs propres
& privez noms.
IV . Ordonne Sa Majesté conformément à
l'Article IV. dudit Arreft du 26 Decembre
que lefdits Certificats , comme auffi ceux qui
auront pû cltre precedemment delivrez pour
anciennes écritures , en confequence de l'Arre
du 18 Septembre dernier , ou pour nouvelles
écritures , nême ceux de credit qui ont été
cy devant donnez pour les fommes de trois ceas
• DE 91. FEVRIER.
livres & de trois mille livres , feront reçus pour
les emplois indiquez par ledit Arreſt , & par celui
du 23 Janvier dernier , fans aucune reduction ,
pour la valeur portée par lefdits Arreſts , nonobitant
ledit Arreft du 15 Septembre , auquel Sa
Majeſté a dérogé & déroge pour cet égard.
Modele du Certificat.
Nó
SUPPRESSION DES COMPTES EN BANQUE
Pour la fomme de
Nouvelles Ecritures.
OUS cy devant Directeurs des Comptes
' en Banque & Viremens des Parties , eftablis
à Paris , Certifions que M
Not
en confequence des Arrests du Confel des 26.
Decembre dernier , 23 Janvier dernier , &
a retiré de la Caiffe defdits Comptes la fommes
de
Nouvelles Ecritures , valant la fomme des
en Anciennes Ecritures
Faifant partie de la Somme totale:
faifant la totalité
qu'il avoit de credit
de
du credit qu'il avoit fur le Livre Fo
pour en difpofer ainfi que bon lui femblera , à
F'effet de quoy nous lui avons delivré Certificat,
pour luy fervir aux termes defdits Arrefts, Fait
ja Paris le jour de
Controllé ,&c.
·Certifié , dec.
Hij
92 LE MERCURE
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 16 Février 1721 .
Ldu 26 Janvierdernier , pour les caufes &
E ROY ayant par l'Arreft de fon Confeil
confiderations y contenues , Ordonné la Reprefentation
devant les Sieurs Commiffaires de fon
Confeil , & les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis pour l'execution de fes ordres dans les
Provinces & Generalitez du Royaume , ou leurs
Subdeleguez , de tous les Contrats de Rentes ,
tant Perpetuelles que Viageres , conftituées fur
'Hoftel de Ville de Paris ; Enfemble des Quittances
des Rentes Provinciales , même des Recepiffez
qui ont efté delivrez , tant par les Gardes.
du Trefor Royal , que par les Receveurs des
Tailles , pour toutes les Rentes dont les Conrrats
ou Quittances de Finance ne font pas encore
expediées ; de toutes les Actions & dixiémes
d'Actions intereffées de la Compagnie des .
Indes , même des Etats ou Reconno ffances de
celles defdites Actions , qui ont efté dépofées ou
retenues à ladite Compagnie de tous les Ceptificats
pour les Comptes en Banque qui font
infcrits fur les Livres de toutes les Actions
Rentieres , & dixiémes defdites Actions ; Contrats
de Rentes Viageres affignées fur la mêne
Compagnie ; Enfemble de tous les Billets de la
Banque Royale Et Sa Majefté défirant indiquer
au Public la forme en laquelle Elle entend qu'il
foit procedé à l'Examen & Verification de tous
ces differens Effets par les Sieurs . Commiffaires
de fon Confeil , qn'Elle a deputez à cet effet
par l'Arreft du 30 du même mois de Janvier ;
Et par les Sieurs Intendans & Commiflaires dopartis
dans les Provinces & Generalitez du
Royaume , ou leurs Subdeleguez : Qüy le RapDE
FEVRIER. 93
port du Sieur le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil de Regence
pour les Finances , Controlleur General des Finances
Sa Majefté eftaut en fon Confeil , de
T'avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a
ordonné & ordonne .
ART. I. Qu'il fera inceffamment formé à Paris
plufieurs Bureaux qui feront compofez chacun
de trois des Confeillers d'Etat ou Maiftres des
Requeftes Commis par ledit Arreft du 30 Janvier
dernier , ou qui le feront cy - après , lefqueis.
s'aflembleront tous les jours dans le lieu qui
lear fera indiqué , pour proceder à l'Enregistrement,
Verification & Examen de tous les Papiers
& Effets dont la reprefentation eft ordonnée.
II Chacun de ces Bureaux aura un Bureau
d'Expeditions qui lui fera fubordonné , lequel
fera compofé d'un Chef & d'un Commis principal
, de trois Commis aux Livres Journaux fervans
à l'Enregistrement , & de trois autres Commis
pour les Verifications ; & ces Bureaux feront
diftribuez de maniere que l'on puiffe exped
er continuellement tous ceux qui fe prefenteront
fans retardement ni confufion.
111. Chaque Proprietaire ou Porteur d'Effersfulets
à Verification , fera tenu de les reprefenter
tous en même temps & par un feul & même
Bordereau , ainfi qu'il fera cy après expliqué.
IV. Les Proprietaires ou Porteurs de ces effets
les remettront à tel des Notaires qu'ils voudront
choifir , après avoir mis au dos de chacan
d'iceux leur Certificat figné d'eux , que
l'Effet leur appartient : Ils y joindront en même
temps un Etat on Bordereau qui les contiendra
tous en detail' , & un Memoire ou Declaration
relative à ce Bordereau , par lequel rappellant
fommairement la quantité & le mon
941 LE MERCURE e
tant de tous ces Effets , ils expliqueront à quel
titre ils les poffedent , quelle valeur ils en ont
fournie & d'où provenoient les deniers ou
Billets qu'ils ont employez à leur acquifition ,
defquels deniers ou Billets , ils declareront n'avoir
fait aucun autre employ ou ufage , ſoit
Pour acquerir des Terres , Maifons , ou autres
Effets , foit pour le payement de leurs dettes ,
& ils figneront & certifieront veritables , tant
ledit Memoire ou Declaration , que ledit Erat
ou Bordereau , aux peines portées par l'Arreſt du :
Confeil du 26 Janvier dernier .
:
V. En cas que les Porteurs des Effets ne fçachent
pas figner , il en fera fait mention par les
Notaires qu'ils auront choifis , tant fur le dos
defdits Effets , qu'au pied defdits Bordereaux
& Memoires ; Et lefdites mentions feront fignées
defdits Notaires ; lefquels feront en outre tenus
de mettre leur nom à la marge de tous les
Bordereaux & Memoires qui feront par eux
reprefentez , encore qu'ils ayent efté fignezpar
les Porteurs , fans neanmoins que , fous le
pretexte defdites fignacures , les Notaires fo ent
garants ou refponfables en aucune manière de
la verité des Effets reprefentez , ou de ceile des
Declarations faites par ceux à qui les Effets ·
appartiendront.
VI. Les Notaires après avoir examiné fi chacun
des Effets eft certifié , les porteront ou feront
porter , attachez avec le Bordereau & le
Memoire , au Chef ou principal Commis de l'un
des Bureaux d'Expeditions , lequel les numero
tera , & les infcrira d'abord fur un Livre de-
Numero.
VII. Les Effets reprefentez feront à l'inftant
remis par le Chef où Commis principal à l'un
des Commis chargez de la Verification , lequel
apiés avoir compté lefdits Effets , & examiné
s'ils font conformes au Bordereau , & dûëment
DE FEVRTER. 95
Certifiez , en detachera le Bordereau & le Memoire
; en la place duquel Bordereau il fubftituera
une Note imprimée , fuivant le Modelle
attaché à la Minute du prefent Arrêt ; & après
avoir rempli les blancs de cette Note , conformément
au Bordereau , il remettra ladite Note
au Chef ou Commis principal qui la paraphera.
VIII . Le Chef du Bureau d'Expeditions , accompagné
du Notaire , portera enfuite les Pieces
aux Sieurs Commiffaires de ce Bureau , dont l'un >
vifera les Contrats , l'autre fera couper l'angledroit
inferieur des Papiers , pour tenir lieu de
Vifa , & vifera le Bordereau , le Memoire & la
Note imprimée ; Et le troifiéme enregistrera
für un Regiftre à colomnes , qui fera tenu à cet
effet , le Numero du Borderau & le Nom du
Proprietaire ; Après quoi il remettra au Notaire
les effets , avec la Note imprimée feulement ,
& rendra au Chef ou Commis principal le
Bordereau & le Memoire , pour les faire enregiftrer
par l'un des Commis chargez des Journaux
d'Enregistrement.
IX. Pourront lefdits fieurs Commiffaires.mander
& faire venir devant eux les Proprietaires
defdits Effets , lorfqu'ils le jugeront à propos ,,
"pour en recevoir les éclairciffemens neceffaires,
même dreſſer des Procès Verbaux de leurs Dires
& Declarations , fi le cas y échet.
X. Lefdits Sieurs Commiffaires mettront fur le
Memoire joint au Bordereau , les Notes & Ob-
·fervations qu'ils jugeront neceflaires pour fervir
à la diftinction des Effets qui feront fuffifamment
juftifiez , de ceux qui ne le feront
pas , ou fur lefquels il reftera du doute ; Et fe
ront lefdites Notes paraphées au moins par '
deux des Sieurs Confeillers d'Etat commis par
·lédit Arreft du 30 Janvier dernier , & par celui
des Sieurs Maiftres des Requeftes commis par le
96. LE MERCURE
même Arreft , qui en aura fait le Rapport : Le
tout felon les Inftructions que Sa Majesté leur
fera donner.
XI. Les Effets , enfemble le Bordereau deflits
Effets , & le Memoire inftructif , ou Declaration
qui y doit eftre jointe , feront reprefentez dans
les Provinces aux Sieurs Intendans & Commiſfaires
departis , ou Jears Subdeleguez , dans la
forme cy- deffus preferite , & fuivant les Inftru-
Aions , Memoires & Modelles qui leur ferout
adrellez à cet effet ; & après ladite Reprefentation
faite aufdits Sieurs Intendans & Commif
faires departis ou leurs Subdeleguez , les Effers
qui leur auront efté reprefentez , feront par eux
rendus aux Porteurs , & les Bordereaux &
'Memoires , avec les Regiftres qu'ils auront fait
tenir , par eux envoyez au Sieur le Pelletier de
la Houffaye , Controlleur General des Finances ,
qui les remettra aux Sieurs Commiffaires nommez
par l'Arreft du 30 Janvier dernier , pour y
faire leurs Notes & Obfervations en la même
forme & maniere qu'ils les auront faites pour
les Effets à eux reprefentez.
XII . Ordonne Sa Majefté que tous les feuillets
des Regiftres qu ferviront à ladite. Verification
, feront paraphez par l'un desdits Sieurs
Commiffaires , aprés avoir efté numerotez par
premier & dernier feuillet. Enjoint aufdits Sieurs
Commiffaires nommez par l'Arreft du 30 Janvier
dernier , & aux Sieurs Intendans & Commilaires
departis pour l'execution de fes ordres
dans les Provinces & Generalitez du Royaume, -
de tenir la main chacun pour ce qui les concerne
, à ce que le prefent Arreft foit executé ,
nonobftant toutes oppofitions & autres empêchemens
, dont fi aucuns interviennent , Sa Majefté
s'en eft refervé la connoiffance & à fon
Confeil , & icelle interdit à toutes les autres
Cours
DE FEVRIER. 97
Cours & Juges. Fait au Confeil d'Etat du Roy',
Sa Majesté y étant , tenu My à Paris le feizième jour
de Février mil fept cens vingt un , Signé
Phelypeaux.
N° 4 . Art . MODELLE de la Note
imprimée à remettre au Notaire
Le Sr
Porteur.
Marchand , demeurant
à Paris , ruë
reprefenter par Me
a fair
Notaire
, les
Effers fuivans.
170 Billets de Banque, montant à 17500 liv.
I Contrat fur la Ville au Principal
... de ..
10000 liv.
1.Certificat
pourEcritures enBanque, 1800 liv,
19500 V
Actions intereffées de la Compagnie des Indes,
Du premier Timbre ...
Dufecond Timbre .
Du troifiéme Timbre .
16 Dixièmes d'Actions ,
Actions Rentieres .
1
7
Lefquels Effets ont efté
Février 1721 , fous le No
rendus audit Me
enregistrez le
& à l'inftant
Notaire.
- I
LE MERCURE
ARREST du Confeil du 18 Février 1721
qui ordonne que la conceffion des Recepiflés
pour Rentes , foit Perpetuelles ou Viageres , on
pour Rentes Provinciales , en Quittances de Finances
, fera continuée par les Garde du Trefor
Royal à l'effet de quoy S. M. leve la furféance
portée par l'Arreft du 26 Janvier dernier.
Extrait des Regiftres du Conseil d'Etate
L
Du 23 Février 1721. my
EROY ayant par l'Arreft de fon Confeil
du 30 Janvier dernier Commis les Sieurs
Trudaine , de la Rochepot , Fagon , de Courfon ,
le Guerchois , Ferrand & de Machault , Confeilders
d'Etat & les Sieues d'Auneüil , d'Herbigny,
de Gourgues d'Aunay , de Morangis , de Maupeou
, Hebert , de Beauffan , de Berulle , Orry ,
Angran Poncher , Rouillé , de la Vigerie ,
Bertin , Vaftan , Roffignol , le Ferron , de Villayer
, le Pelletier de Signy , Pajot , Bignon de
Blanzy , d'Argenfon , de Fontanieu , de Talhoüet,
Aubert de Tourny , & Piñon d'Avaur , Maiftres
des Requeftes , pour la Verification des Effets
qui doivent eftre reprefentez en execution de
l'Arreft du 26 dudit mois de Janvier ; Et Sa
Majefté defirant commettre au lieu & place
dudit Sieur d'Argenfon , qui ne peut plus vacquer
à cette Verification attendu que S. M. l'a
nommé à l'Intendance de la Generalité de
Tours ; & même augmenter le nombre defdits
Sieurs Commiffaires , pour accelerer d'autant plus
ladite Verification: Quy le Rapport , & c . S. M.
commet les Sieurs de Richebourg , Regnault , le
Gras du Luart , Moreau de Sechelles , Herault ,
Lallenrand de Levignan , & Dupuy,Maiftres des
DE FEVRIER. 99
Requeftes , pour conjointement avec les autres
Commillaires nommez par l'Arreft du 30 Janvier
dernier , proceder à la Verification des Effets
qui doivent eftre reprefentez pardevant
lefdits Sieurs Commiflaires en execution de
l'Arreft du 26 dudit mois de Janvier.
ARREST du Confeil du 28 Février 1721
par lequel S. M. ordonne que les Bordereaux
qui doivent eftre fournis fuivant l'Article III.
de l'Arrelt du Confeil du 26 Janvier dernier
par les Porteurs & Proprietaires des Effers qui
feront reprefentez , tant à Paris devant les Sieurs
Commiffaires de fon Confeil , que dans les Provinces
devant les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis , & leurs Subdeleguez ; Enſemble
les Memoires qu'il eft enjoint par l'Article IV.
du même Arreft aufdits Porteurs & Proprietaires
d'Effets d'y joindre , pour declarer ou indiquer
à quel titre ils poffedent lefdits Effets , quelle
valeur ils en ont fournie , & d'où provenoient
les deniers qu'ils ont employez à leur acquifition
, feront fur du papier fimple & non timbré :
Permet S. M. aux Notaires de certifier au pied
defdits Bordereaux & Memoires , & d'y faire les
mentions qui feront neceffaires pour ceux des
Proprietaires & Porteurs d'Effets qui auront declare
ne fçavoir écrire ni figner , dérogeant Sa
Majesté pour cet effet feulement à tous Edits
Declarations & Reglemens concernant la Formule
, lefquels Elle veut eftre au furplus executez
felon leur forine & teneur , & fans tirer
à confequence.
ARREST du Confeil du 8 Janvier 1721
qui fait défenfes à tous Officiers de Sa Majefté
& des Maifons Royales , de traiter d'aucunes
Charges avec referve du fervice actuel en dépendant
; comme à toutes perfonnes de les acquerir
fous cette condition, à peine de nullité , & c
I jj
330122
100
LE MERCURE
FD XXXXXX XX XX
SPECTACLE.
.
LE 12 de ce mois les Comediens
LFrançois
François ont reprefenté pour la premiere
fois le mariage fait & rompu de la
façon de M. du Frêni. C'eft une piece dont
on peut dire du bien fans faire tort à fa
confcience , où l'on reconnoît l'Auteur de
l'efprit de contradiction , & qui meritoit
un tems plus favorable. Mais il y a de
Pétoile pour tout. Un bon ouvrage a fou
vent le fort d'un honnête homme , On a
beau le louer , il lui vient des contretems
qui l'empêchent de faire fortune , On vajt
dans le mariage fait & rompu de cette
bonne plaifanterie qui réjouit tout le monde
, de ces traits heureufement originaux
qui diftinguent en bien un Auteur de tout
autre , & qui font dire , c'eft un tel , il
n'y a que lui qui écrive ainfi. On y trouve
enfin des caracteres neufs & finguliers qui
ne forcent point la nature, Tels font les
caracteres du Prefident , de la Prefidente fa
femme & de M. de Glaffignac .
Le Prefident eft un Magiftrat fottement
empelé , qui parle toujours comme s'il
pro o cot , qui veut decider par tout où
la femme n'eft pas , & qui affecte une reDE
FEVRIER. 101
gularité impertinente & une gravité d'autant
plus ridicule qu'elle eft accompagnée
d'une timidité puerile & d'une ignorance
profonde. La Prefidente eft une Pecque
Provinciale , qui eft prude jufqu'à la pedanterie.
Cependant elle a l'adreffe fous un
faux dehors de Vertu de gouverner fon
mari , en lui donnant modeftement des
confeils , qu'il tourne èn deciſions.
C'est par foumiffion qu elle fe rend maîtreffe.
Par exemple , dans le 2. Acte , la Prefidente
lui confeille de la laiffer agir feule ,
pour tâcher de démafquer le faux Damis ,
il lui répond d'un ton de Prefident ,
Oui , mafemme , agiffez feule, je vous l'ordonne.
M. de Glaffignac eft , je crois , le premier
Galcon phlegmatique qu'on ait mis fur le
Theâtre , & ce phlegme Provençal n'a pas
moins plû que la vivacité & les faillies des
Gafcons ordinaires . On peut en juger pat
ces traits , il vient annoncer d'un grand
fang froid au Prefident & à la Prefidente
que Damis eft reffufcité , & qu'il l'a vu fur
le Port de Marfeille. Puis il ajoûte ,
J'aidit c'est le Coufis , il vit , je le veux bien .
Et comme on lui reproche fa froideur
indifferente il répond ,
Et pourquoi voulez- vous que je me paffionne ,
Sçais - je fi la nouvelle eft ou mauvaiſe ou
bonne "
Et donc tempature eft icy de faifon.
1
I iij
102 LE MERCURE
En
Peut-être que cette Comedie eût eu plus ,
de fuccès , fi l'expofition en étoit plus nette,
& le fujet un peu moins cmbaraffé.
voicy un extrait , tel qu'on a pû le donner
fur la fimple reprefentation. Ce qui doit
fervir d'excufe auprès du Public & de l'Auteur
, fi quelques endroits de la Piece fe
trouvent un peu alterés , & fi le fil n'en eft
pas exactement fuivi ..
EXTRAIT
DU MARIAGE FAIT ET ROMPU...
Comedie nouvelle en trois Actes ,.
Par Mr Du FRENL..
La Scene eft à Marseille dans une Hôtellerie
" Eft un jeune homime nommé Valere ,
C'qui ouvre le premier Acte . Il arrive
dans cette Hôtellerie , & aprend de la Maîtreffe
du logis qu'une Veuve de dix - huitans
qu'il aime , & dont il n'eft pas haï , eft
remariée à un autre , à ji peu que rien prés.."
Le Contrat eft figné & les nôces doivent
fe faire au plutôt. Ce nouveau mari eft un
benêt Provincial , frere d'une Prefidente
d'Aix , qui porte le Prefident fon mari ài
faire fon mariage . La jeune Veuve eft foumife
aux volontés d'une Tante qui lui donne
fon bien , & cette Tante eft foeur du
DE FEVRIER 1031
Prefident , qui n'a pas moins d'afcendant
fur elle que fa femme en a fur lui , & qui
lui ordonne de remarier fa niéce . Elle a
la foibleffe d'y foufcrire. Cette fâcheufe
nouvelle met Valere au defefpoir. L'Hô-,
teffe pour le confoler lui fait entendre
qu'elle eft dans la confidence de la jeune,
Veuve , & que la connoiffant bonne & lis
berale , elle entre dans fes interêts , &
qu'elle travaille fous main à rompre un
mariage qui doit les rendre malheureux-
Fun & l'autre. Valere tranfporté de joye'
veut fçavoir le moyen qu'elle a pour cela .
Elle répond qu'elle a refolu de ne mettre
qu'elle de fon fecret , & qu'elle l'a caché
à la Veuve & à fa Tante , parce que
dit- elle ,
A deux femmes difcreties,
On ne doit confier que des affaires faites .
Le Prefident & la Prefidente entrent enfuite
fur la Scene . Et felon la louable
coutume des Provinciaux ne s'appellent
que par les noms de Prefidente & de Prefident
. Le Notaire vient fe plaindre qu'un
certain M. de Glaffignac , Coufin de feu
Damis le premier mari de la Veuve a
l'audace de le chicaner fur le Contrat qu'il
a dreffé. M. de Glaffignac arrive à pas
comptés , & répond froidement que c'est
une betille fur les qualités , qu'on y qualifie
de Veuve une femme dont le mari n'est pas
>
L-iiij
104 LE MERCURE .
mort. On le récrie là- deffus , il continue
fans s'étonner , & dit que Damis eft vivant
en perfonne , qu'il eft fur le Port , & qu'il
vient d'embraffer le Confts . Chacun tombe
des nues. Sur tout la Prefidente qui a eu
autrefois une Galanterie avec Damis , en
eft confternée. M. de Glaffignac dit au
nouveau mari.
Ilfaut bien lui ceder le pas , c'est votre ancien.
L'autre le prie de ne pas dire à Damis
qu'il ait époulé fa femme : Glaffignac lui
replique ,
Il ne le fçaura point , le Public est difcret.
La Prefidente finit le premier Acte « en
difant qu'elle ne craint que ce Damis qu'on
reffufcite , qu'elle a toujours eu foin de
changer de nom. Ainfi pourfuit-elle ,
Mon hiftoire ne peut avoir étéfuivie.
Heureux qui peut cacher la moitié defa vie ,
Et se face par l'autre un renom de vertu , -
C'est avoir en tout tems très-fagement vêcu.
Valere ouvre encore le 2. Acte. L'Hôteffe
qui le fuit lui dit en riant que Damis
revient de l'autre monde , & qu'il a deux
maris contre lui , mais qu'un amant de fon
merite viendroit à bout de trente. Aprés
avoir badiné là- deffus quelque tems , elle
Lui avoue que c'eft un tour de fa façon ,"
fçachés , continuë - t'elle , que
LE MERCURE
105
C'est un mari poftiche,
L'image du deffunt qu'en public , moi , j'affiche.
Enfuite elle lui apprend que Damis reffufcité
eft un frere qu'elle a qui reffemble
au deffunt , & qu'elle fait paffer pour lui.
Le faux Damis paroît accompagné d'une
troupe de Matelors , dont il fe débaraffe à
force d'argent , fa foeur lui dit , en lui montrant
Valere ,
Voilà l'Amant de votrefemme
De votre main, Monfieur, prefentez- le à Madame,
C'est la regle à prefent ....
Aprés tout ce badinage Valere lui fair
prefent de fa bourfe pour l'engager à continuer
fon rôle , comme il l'a commencé."
Le faux Damis touché de reconnoiffance
lui promet de faire merveilles , & dit qu'il
a déja ébloui tout le monde à la faveur de
l'argent qu'il a répandu . C'eft le moyen ,
pourfut-il , de le faire des Partifans .
C
Et pour peu que l'on soit liberal & flateur
Du credule Public onfçair gagner le coeur.
Il ajoûte qu'il a entre fes mains dequoi en .
impofer aux plus fins . Qu'il a fuivi Damis
fur Mer, & qu'en mourant il lui a laiffé tous
fes papiers ; Valere fort , M. de Glaffignac
entre , & voyant le faux Damis dit qu'il a le
portrait du deffunt calqué fur fon vifage ,
puis s'adreffant à lui , & le faluant
106! LE MERCURE
•
•
J'avois certain Coufis , qui trépaſſant je penſe ,
Vous a parTeßament legué'] a reffemblance.
L'autre lui foutient qu'il eft le vrai Damis
; notre Gafcon lui répond toujours que
non. J'allois , j'étois , dit le faux Damis
Cela n'eft pas bien dit , replique M. de
Glaffignac .
Damis à votre égard eft la tierce perſonne.
Vous ne devés pas dire j'allois , j'étois ,
mais il alloit , il étoit.
Je ne pardonne point les fautes deGrammairs;
Damis , ajoûte- t -il , étoit de mes amis
quoique parent, & je lui pretai de l'argent
pour fon voyage .
Devine's maintenant combienje luipretai.
Le faux Damis paroît embaraffé. Cinquante
louis , reprend M. de Glaffignac ; :
l'autre les lui donne aufli- tôt .
L'Hôteffe entre avec Valere , & courant
vers le faux Damis , fans faire attention à
Glaffignac , l'appelle fon frere. Damis luifait
figne. Glalignac qui les voit tous les
trois interdits , rit ainfi de la mépriſe ..
Je vous fixe tous trois & je vous ferifie.
La foeur du faux Damis s'excufe en répondant
que c'eft fon frere de lait . M. des
Glaffignac leur fait entendre qu'on ne trom-'
pe point un homme tel que lui ; puis il fe
tourne du côté de Valere , & lui dit,, !
DE FEVRIER 107
Je vous protegerai contre la Prefidente ,
Depetrifiez- vous ,jeune Amant , touchés là.
Valere & Glaffignac s'en vont , & la
Veuve qui paroît , eft effrayée de la figuredu
faux Damis , qu'elle prend pour le vrai,
abufée par la reffemblance. Le faux Damis.
fe fait connoître , & l'affure >
Qu'en cette occafion?
Ilnefera mari qu'avec difcretion .
Valere revient avec le Prefident . Le faux
Damis prend alors le ton de mari , & que-*
relle ainfi la Veuve
Commej'arrive ici , le vaudeville crie ,
Sois le bien revenu , ta femme ſe mario.
Ah ventreblis .....
Mefaire cet affront , & pardevant Notaires
La Veuve fort , & le Prefident reproche:
au faux Damis tout bas qu'on a voulu autrefois
le feparer d'avec ſa femme , non (ans»,
raiſon. Voilà , répond l'autre , de mes Mas
gift rats ,
Ils fçavent , profitant de ce qui nous aflige,
Mettre, ainsi que nos biens , nosfemmes en litige.
Ab ventrebleu ....
Alors il fait femblant de le vouloir mal-,
traiter , comme l'auteur d'un mariage qui ,
le deshonore . Le timide Preſident met tou→ ;
jours. Valere devant lui , & confent à la fin ,
108 LE MERCURE
de remettre la dot entre les mains de fa foeur,
& de rendre le Contrat pour être laceré.
Le faux Damis fait femblant de s'appailer.
Allons , dit- il en fortant ,
Regagnons ma chaloupe
Heureux quifuitla femme avec le vent enpoupe
La Prefidente vient & dit à fon mari
qu'elle a dans l'idée que le pretendu Damis
eft
un impofteur , & qu'elle va travailler à
le découvrir. Le Prefident lui enjoint de le
faire , & finit le 2. Acte en dilant ,
F'admire mon talent pour les grandes afficives.
Le faux Damis ouvre le dernier Acte ,
& marque la crainte où il eft d'être décou
vert. La Prefidente arrive , il veut l'éviter ,
Elle le pourfuit , en l'affurant qu'elle ne
veut qu'un mot de lui . Dites - moi qui je
fuis , reprend- elle. Parbleu , repart l'autre ,
vous devez vous connoître encore un coup,
pourfuit la Prefidente.
Dites- moi quijefuis , je fçaarai qui vous ites.
Le faux Damis trouve la queſtion cmbaraffante
, & le tire d'affaire comme il
peut. Quand la Prefidente eft partie , Damis
apprend à fa four & à Glaflignac qu'il
eft fur le point d'être dédamifé , & prie
ce dernier de vouloir bien l'appuyer . Je
ne fçai , replique Glaffignac , le cas eft
épineux. Quant à moi je ne rifque rien , je
DE FEVRIER. 109
penfe. Si l'on me preffe , je répondrai que
je croyois que vous étiés Damis,
Mais vous ne pourrés pas dire , je croyois l'être .
Dans cette extremité le faux Damis a
recours à fa foeur , qui lui dit que la Prefidente
avoit aimé Damis , & qu'étant tous
deux à la Campagne, l'un avoit pris le nom
de Damon , & Pautre celui de Silyie. Elle
ajoûte que parmi les papiers du deffunt"
dont il a herité , on trouveroit peut- être
quelques billets doux qui ferviroient de
preuve , & que ſi cela étoir , on fermeroit
fi
la bouche à la Prefidente, તે Il la croit , & -
donne à Glaffignac plufieurs Lettres à lire ;
notre Gafcon dit qu'on ne le trouble point,
& qu'il veut voir à fon aife . Glaffignac
aprés avoir tout lû , lui montre quatre ou
cinq billets où il y a , dit- il , du Damon.
Le Prefident & fa femme paroiffent , &
Glaffignac fe retire. Le faux Damis fe cache
dans un coin, La Prefidente apprend
à fon mari que celui qu'on fait paffer pour
Damis eft un fcelerat , an impofteur. Ace
doux propos le faux Damis s'avance & lui
dit , que comme il la connoît pour femme
de vertu & d'experience en même tems ,
il vient la confulter fur une affaire de coeur ,
qu'il avoit eue autrefois , lui Berger Damon,
avec certaine Bergere qui s'appelloir Silyie .
La Prefidente le trouble & rougit. L'autre
LE MERCURE
pourfuit , nous filions notre paffion à le
Campagne.
Rien que de Paftoral dans notre affection,
Et nous traitions l'églogue en conversation
Tendregalimathias , jargon de Bergerie,
Sentimens delicats tirant fur la fadeur.
Il ajoûte qu'il en a pour garants certains
Billets , & qu'il ne fçait s'il doit les faire
imprimer avec l'hiftoire de fa Vie . En
même tems il en fait voir un à la confuſe
Prefidente , qui le dechire après l'avoir lû.
Le faux Damis lui dit tout bas qu'il en a
d'autres. Le Prefident la blâme d'avoir dechiré
ce Billet , & l'accufe d'être trop
Le faux Damis réprend ,
zélée.
C'est dommage , Monfieur , vous l'cuſfiés admiré.
Elle s'excufe en répondant que ce font
dès chofes dont la vertu eft offenfée , &
qu'il faut ménager la reputation des perfonnes.
Le faux Damis lui demande fi elle
le reconnoît à prefent. Elle repart qu'oùi ,
mais que fes traits font fi fort changés ,
qu'elle l'avoit d'abord méconnu. Après cet
aveu le Prefident va chercher le Contrat
pour
le remettre entre les mains du faux
Damis L'autre pendant ce tems - là montre
à la Prefidente quatre ou cinq autres billets
écrits de fa main. Elle fait fon poffible pour
' les avoir , mais il protefte qu'il ne les rendra
qu'à bonnes enfeignes. Le Prefident
DE FEVRIER. 1d1
revient le Contrat à la main. ' La Prefidente
s'en failit , & fait quelque difficulté
de le rendre , avant que d'être nantie des
billets. Le faux Damis lui répond , en donnant
, donnant. Cela fe paffe fans que le
Prefident s'en apperçoive , ce qui fait un
jeu de Theatre affez plaifant. A la fin l'un
lâche adoroitement les billets , & l'autre
donne le Contrat . Le Prefident fe retire
avec la femme , & la jeune Veuve épouſe
Valere du confentement de fa Tante.
L'HEUREUSE ESCLAVE.
ANDIS que l'efprit de politique
nous occupe tout entiers , Pamour
ſemble porter ailleurs fes
charmes , & veut que nous ap
prenions qu'il peut quand il lui plaît adoucir
les moeurs les plus barbares , & le faite
dans tous les climats des fujets tendres &
genéreux ; l'hiftoire fuivante eft un exemple
récent capable de convertir les plus incredules.
Après la derniere Bataille que les Epagnols
ont remportée fur les Maures , il
s'eft trouvé deux Prifonniers qui ont attiré
l'attention de toute l'Armée victorieufe i
LE MERCURE
la maniere même dont ils ont été pris porte
avec elle un caractere fingulier , qui merite
qu'on en faffe recit.
Un Officier François qui fervoit dans
les Troupes d'Espagne , pouffé par cette
ardeur fi naturelle à fa Nation , s'étoit
avancé jufques dans le milieu d'un Eſcadron
des Troupes de Maroc , où quelques
Volontaires Pavoient fuivi : il ne leur fut
pas auffi facile de fe retirer qu'ils fe l'étoient
imagine , ils trouverent plus de valeur
& de refiftance qu'ils n'avoient crû ;
la Corbeliere , c'eft le nom de l'Officier
François , rencontra toute l'adreffe & le
courage imaginable dans un jeune Cavalier
qui vint fondre fur lui d'abord avec
la lance qu'il manioit avec une dexterité
admirable , enfuite avec le fabre , la Corbeliere
ne fe fauva de tes premiers coups
qu'en battant en retraite ; le Cavalier Maure
le pourfuivit avec chaleur , jufqu'à ce
qu'ayant gagné tous deux la plaine , ils s'y
battirent quelque tems avec un égal avan
tage ; la victoire chanceloit encore , lorfque
la Corbeliere porta un coup au jeune
Maure, qui quoique leger , lui fit fauter
le fabre de la main , & le mit à la difcretion
de fon ennemi.
Dans cet état il ne chercha point à prolonger
fa vie par une foible demande ,
prêt à iubir la loy du vainqueur , il ne
daignoir
DE FEVRIER.
rig
daignoit employer aucun moyen pour folliciter
fa generofité , lorfque l'Officier
François lui tendit la main , le releva , & '
voulut même l'aider à panfer fa playe
pour lui prouver qu'il n'avoit pas moins
de grandeur d'ame que de valeur.
Pendant que la Corbeliere étoit fi genereufement
occupé auprès de fon prifonmier
, il apperçut un autre Cavalier ennemi
qui fondoit fur lur à toute bride ; de
forte qu'il n'eut que le temps de monter
à cheval pour le recevoir fans defavantage ;
mais quelle fut fa furprife Jorfque ce nouvel
ennemi s'étant approché du bleffé ,
celui- ci l'arrêta & le defarma , fans qu'il
fit la moindre refiftance , & venant enfuite
à la Corbeliete , il lui dit , Genereux vain-`
queur vous avez remporté une double
victoire en triomphant de moi , Ofman
ne peut eftre libre quand je fuis chargé
de fers , il fera auffi notre prifonnier .
La Corbelière furpris avoit peine à concevoir
ce qu'il voyoit , il ne pouvoit attribuer
à lâcheté la conduite de ces deux
Cavaliers , puifqu'il venoit d'éprouver la
bravoure de l'un , & que l'autre étoit accou
ru vers lui d'un air à lui prouver la fienne
il ne fçavoit donc d'où leur venoir cette
prompte facilité à fe rendre , dans une
circonftance ou naturellement il couroit
plus de rifque qu'eux Pendant que cela
K
1.14 LE MERCURE
s'étoit paffé les deux Armées s'étoient déją
retirées , la Corbeliere tout penfif conduifit
dans fa tente les deux Captifs , il less
examinoit avec une fcrupuleufe attention,
& remarquoit dans leurs manieres je ne
fçai quoi de noble & de poli qui ne lui
annonçoit rien moins que de Barbare.
Ofman paroiffoit fort touché de la bleffure
d'Ameli , c'eſt le nom du. Cavalier.
bleffé , & fembloit lui exprimer en fon
langage toute la douleur & fon inquietude ::
la Corbeliere qui ne pouvoit entendre:
leurs paroles , conçut à peu près leurs fentimens
, car enfin la nature efſt de tout
pays , & chaque paffion porte avec foy
des fignes infaillibles qui nous la font bientôt
connoître , fur tout dans des lieux &
dans des circonftances où l'on ne met point,
en ufage le dangereux art de les cacher.
La Corbeliere , comprit aifément qu'il y
avoit une forte amitié entre ces deux
Captifs un interêt fecret qu'il fentit
naître pour eux dans fon coeur , le difpofa
à les traiter avec bonté, & la curiofité
".
naturelle lui infpica le defir de l'inftruire
de leur avanture : il s'adreffa au jeune
Amely , comme à celuy qui l'intereffoit
le plus , fans en bien connoitre la raison..
Genereux Ennemi , dit cet aimable Ca
psif , il ne m'eft pas poffible de vous rien
refufer , c'est le droir naturel que s'ac
DE FEVRIER
115
1
querent les belles Ames , & la jufte récompenfe
de leur Vertu je vous dois la
vie , & votre action nous a fauvé tous
trois car i vous aviez ulé cruellement
de l'avantage que la Victoire vous a donné
fur moy , mon cher Ofman m'auroit bientôt
vengé . Encouragé par le defefpoir de
ma mort , la partie n'eut pas été égale ,
vous étiez fatigué du premier combat , &
j'ai tout lieu de croire que vous euffiez
fuccombé.Après ce facrifice, Ofman n'eut
pas voulu me furvivre , & je puis me Alater
que fans le fecouts de fes armes , fa
douleur l'auroit précipité au tombeau. Je
eroirois donc être ingrat , fi je ne me rendois
pas à vos defits : quoique les choles
que je vais vous dire exigent un fecret inviolable
, je ne commencerai point par
vous le demander , vous concevrez affez la
confequence de ce que je vais vous revelèr
, & cela fuffit à un aufli galant homme
que vous.
4
•
Je ne fuis pas ce que je vous parois ,
continua Amely , & cet habit vous déguife
mon fexe ; je fuis d'une illuftre famille
de Sicile , mes parens qui ont toujours
vêcu fous la domination de l'Espagne ,
w'ont pas cru devoir regler leurs fentimens
fur les interefts de l'Europe , qui varient
fi fouvent. Lors que la Sicile a été donnée
au Duc de Savoye , mon pere & ma mere
Kij
116 LE MERCURE
formerenele deffein de fe retirer , ils m'embarquerent
avec eux , & le Bâtiment où
nous étions fut pris par un Corfaire Saltin ;
mon pere fut tué dans le combat , ce
malheur me coûta bien des larmes , & je
féntis que je payois bien cher cette fidelité
exacte qu'on doit à fon Roy. Ma mere étoit
inconfolable , & dans une fi triſte conjoncture
je tâchois à vaincre ma douleur
pour moderer la fienne; ma contrainte étoit
inutile.
ila
Nos cruels vainqueurs donnoient peu
d'attention à notre déplorable état
coeurs- là ne connoiffent guere la pitié ,
uniquement occupés de leurs intereſts ,
ne ſongeoient qu'à tirer parti de leur capture
; après m'avoir tout pris , je fus vendue
dans la place publique de Zafarine ,
à un vieux Juif.
Je puis bien avouer que ce qui me tou
cha le moins alors fut la perte de ma li
berté ; je ne fus fenfible qu'à la feparation
de ma mere : je ne fçavois quel fort ces
Barbares lui deftinoient ; ma douleur fut
fi exceffive , mes larmes fi abondantes ,
que je tombai fans force & prête à expirer
le Juif qui ne m'avoit achetée que
pour fatisfaire fon avarice , jugea à
pos de l'acheter auffi ; il crut que
lence m'étoit neceffaire pour me calmer ,
& pour conferver ce peu
d'attraits que
fa
proprela
DE FEVRIER. IFT
mature m'a donnez , & dont ces infames
ont coutume de faire commerce : il eut
pour un prix affez mediocre ce que j'aurois
acheté de ma vie & de tous les trefors du
monde : Pardonnez , genereux ennemi , fi
les pleurs coulent de mes yeux , cet endroit
de mes infortunes eft un de ceux qui
m'a touché le plus vivement. On me rejoignit
donc à ma mere par les motifs que
je viens de vous expliquer , je ne les examinois
point alors , & je ne fus occupé
que du plaifir de la revoir , tant j'avois
lieu de me flatter que je vivrois avec elle ,
je me fentois capable de foutenir tous
les maux.
Le Juif qui étoit devenu notre Maître
avoit foin de me faire entendre qu'il ne
nous fepareroit jamais , rien ne nous manquoit
du côté des alimens , la fatisfaction
de voir & d'embraffer ma mere me tenoit
lieu de tous les plaiſirs ; ce fut cette joye
fi legitime qui me trahit fans y penfer .
Pour peu que l'efprit jouiffe de quelque
repos après de grandes allarmes il y paroît
bien-tôt au-dehors ; mon vifage reprit
quelque couleur. Comme je ne cherchoisqu'à
diftraite ma mere de les mortels ennuis
, je ceffai de répandre des larmes ; le
Juif qui m'examinoit chaque jour s'étant
apperçu de ce changement , crur l'occafion
favorable à fon deffein , il nous tranſporta
718 LE MERCURE
à Miquenés , il m'y para des plus fuperbes
habits pour attirer davantage Pattention
fur mes foibles appas , fur lefquels il com
proit gagner beaucoup. Quelle affreufe de-
Ainée !
Mon arrivée à Miquenés ne laiffa pas
de faire quelque bruit ; Mulla Ifinaël , co
redoutable Empereur , en fut informé. Ik
envoya ordre au Juif de me conduire au
Palais ; il obéit promtement ; cela s'ac+-
cordoit à merveille avec fes intentions ;
pour moy je me regardai dans ce moment
comme la plus malheureuſe de toutes les
femmes ; il eft impoffiple de décrire tout
ce qui fe paffe alors dans le coeur d'une
fille qui fe fent du courage & de la vertu ,
je me croyois déja la victime d'une paffionbrutale
& fuperbe que rien ne peut fléchir,
on m'arracha des bras de ma mere pour
me mener à un lieu que je ne diftinguois
pas de celui de mon fupplice , on m'or
donna cependant de me contraindre ,- &-
de me prefenter de l'air le plus capable de
fedure Mulla Ilmaël , fous peine d'être
fort mal traitée fi je n'avois pas le bon
heur de lui plaire.
Enfin je fus prefentée à l'Empereur , ik
me regarda avec quelque forte d'attention,
enfuite il me questionna fur mon Pays ,
ma naiffance , & la maniere dont j'avois
évé prife, je lui en fis un récit pathetique,
DE FEVRIER. 179
je crus même m'appercevoir qu'il n'y étoit
infenfible..
pas
Olma fils de Mulla Ifmael & d'une Ef
clave Angloiſe que cet Empereur avoit aimée
, étoit pour lors aux pieds de fon pere ,
il fut fi vivement touché de mes malheurs,
que dans l'inftant il forma le voeu de reparer
les injuftices de mon fort , il me de
manda à l'Empereur , für de in'obtenir ;
car jamais ce Prince ne lui avoit rien refufé
, tant il l'aimoit. Je fus done accordée
aux empreffemens d'Olman ; il fatisfit le
Juif , qui s'en retourna bien content , il luis
vendit encore ma mere , en lui perfuadant
que fans elle je ne vivrois pas long- tems
mais helas qu'il fe trompa ! j'eus le mak
heur de la voir mourir , & de lui furvivre .
.
La Fortune jufques- là m'avoit porté de
rudes coups , mon pere tué à mes yeux ,
ma mere mon unique confolation morte
entre mes bras , c'en étoit , ce me femble,
affez pour appaifer mon cruel deftin . Ce
pendant je ne puis le celer , duffé- je tras ,
hir la nature , j'éprouvai des fentimens
encore plus douloureux que ceux-là. Ofman
mon nouveau Maître,me parut un monftre
affreux auquel on m'alloit expofer. Je ne
voyois qu'un long , efclavage , un combat
continuel contre mon inclination & ma
vertu , enfin je voyois mon malheur tout
entier..
LE MERCURE
Je m'entretenois de ces triftes penfees ,
lorfque deux Efclaves me vinrent prendre
à la maifon où le Juif nous avoit logées .
Olman ayant appris la maladie de ma mere,
avoit eu la bonté de me laiffer auprès d'elle ,
mais après la mort , qui tarda peu , fa
donna ordre qu'on me menât à fon Palais,
qui étoit hors de la Ville .
il·
Ofman ne vint point de tout le jour
ni la nuit fuivante ; il jugea fans doute ma
douleur trop vive pour s'expofer à me
parler d'autre chofe , il refta à la Ville pour
acheter quelques Efclaves Italiennes qu'il
vouloit mettre auprés de moy ; il me les
amena en effet , & auffi- tôt qu'il fut arri
vé il donna les ordres pour former ma
maifon , & me vint rendre vifite. Son
abord m'infpira une horreur fecrette ; je
le regardois comme un Tyran odieux qui
m'alloit facrifier à fa paffion ; il s'apperçut
à mon air que fa prefence m'intimidoit .
Comme il avoit refolu de m'infpirer d'autres
fentimens que ceux de la crainte , il fe
retira , en me difant qu'il s'apercevoit avec
peine que je jugeois mal de fes defirs , puifqu'il
n'en avoit point d'autre que d'adoucir
les rigueurs de mon fort , que j'étois Maî
treffe dans fon Palais , tandis que je m'en'
croyois l'Efclave , & que lui- même étoit
foumis à mes ordres ; il fe retira après ce
difcours
Tant
DE FEVRIER.. [ 21
Tant de politeffe , & tant de retenuë me
furprirent dans un Pays où je croyois tout
le monde barbare ; je commençay à me
Aater que mon efclavage ne feroit pas fi
rude , puifqu'on ne cherchoit point à contraindre
mon coeur. La maniere dont Ofman
en ufa me le prouva encore mieux ;
il fut prés d'un mois fans ofer fe preſenter
devant moy , quoique chaque jour il m'en'
fit demander la permiflion.
Les femmes qu'il avoit mifes auprés de
moy n'étoient attentives qu'à diffiper ma
trifteffe , & à me faire oublier , s'il étoit
poffible , que j'étois en la puiffance d'Ofman'
, & au milieu des Barbares . Une
Efclave Italienne fur-tout qui avoit l'Intendance
fur celles qui étoient auprés de
moy , mit tout en oeuvre pour im'inſpirer
d'autres fentimens que je n'en avois du
coeur & des manieres d'Ofman. Que vous
êtes heureuſe ! me difoit- elle , au milieu
de vos malheurs d'avoir trouvé dans un
fejour comme celui - cy des fentimens fi
nobles & des moeurs fi polies, que l'Amant
qui les poffede fe feroit diftinguer dans
la Cour la plus galante de l'Europe. Oui,
ajoûtoit elle , Ofman pente avec tant de
delicateffe , qu'on ne peut fans injuftice
n'en être pas touchée ; concevés , Madame
tour ce qu'il fait pour vous pla re , il mé
prife les Loix & les Coutumes du Pays .'
L
122 LE MERCURE
il abandonne le droit qu'on a fur les ELclaves
comme des moyens indignes de fon
grand coeur . Il fait plus , il s'oppofe continuellement
à fon propre bonheur en fe
privant de votre prefence, crainte de vous
allarmer , où trouveriez - vous des fentimens
plus vifs & plus nobles ? Je fentois la verité
de ce que me difoit cette Esclave
j'avouerai même que j'y trouvois une forte
de plaifir , je commençois à m'accufer
de trop de feverité , lorfqu'on vint de la
part d'Ofman me demander fi je lui permettois
de me venir voir. Je n'eus pas le
courage de le refufer cette fois ; mais enfin
je le trouvay i fi paffionné & fi retenu en
même tems , en un mot fi femblable au
portrait que m'en venoit de faire l'Eſclave
Italienne , que je ne me repentis point de
la liberté que je lui avois donnée. Depuis
ce jour je le vis fous d'autres traits que je
me l'étois figuré ; mes chaînes devinrent
plus legeres , & je trouvay dans celui que
je craignois comme un Maître feroce
l'Amant du monde le plus tendre & le
plus aimable ; fes foins lui gagnerent enfin
mon coeur , & j'eus encore le plaifir de
voir que la certitude qu'il en avoit ne diminua
nullement fon ardeur,
.
>
Enfin les charmes de l'Amour m'avoient
prefque fait oublier mes ennuis paffés ,
lorfque ma malheureuſe deſtinée recom
• DE FEVRIER. 123
+
mença mes troubles & mes allarmes.
L'Empereur Mulla Ifmaël mourut âgé de
foixante- dix fept ans , il y en avoit qua
rante huit qu'il regnoit . C'étoit là le plus
terrible malheur qui pouvoit arriver à Ofman
; plus fon pere l'avoit aimé , plus il
fe trouvoit expofé à l'inhumanité du fucceffeur
, dont la coutume eft d'ôter la vie
à tous les freres pour s'affurer la paifible
poffeffion du Trône. En effet , à peine la
mort de l'Empereur fut certaine , que le
Sultan aîné envoya les Executeurs de fes
ordres cruels au Palais d'Ofman ; mais il
avoit cu la precaution de prendre fes plus
precieux bijoux , & nous nous rendîmes
à l'Armée devant Ceuta ; j'avois pris un
habit d'homme , & nous nous mîmes Volontaires
à la fuite d'un Regiment , dont
le Colonel étoit fon intime ami ; nous y
fommes reftés inconnus jufqu'à la nouvelle
du débarquement des troupes d'Eſpagne.
Ce fut alors que je voulus éprouver fi
Ofman m'aimoit avec autant de conſtance
& de fermeté qu'il me l'avoit juré tant de
fois , j'exigeai donc de lui que rien au
monde ne feroit capable de nous feparer ,
il me le promit ; dés ce moment je cherchai
le moyen de le tirer d'une Armée où il
couroit rifque d'être tous les jours découvert
; mais je craignois de meriter fa
haine fi j'en employois quelqu'un que fon
Lij
124 LE MERCURE
>
coeur eûtepû defaprouver. Vous m'avez
fourni l'occafion que je cherchois , vaillant
Guerrier , je ne vous ai aflailly avec tant
d'ardeur que pour vous engager à vous
retirer , afin d'avoir un pretexte honnête
de vous fuivre perfuadée d'attirer
Ofman après moy ; mais comme je ne
le voyois point paroître , je prolongeai le
combat contre vous dans la Campagne autant
qu'il me fut poffible , ou pour lui
donner le tems de s'apercevoir de mon
abfence , & de me fuivre , ou pour mourir
par vos coups , fi - tôt que je ferois certaine
de fa perfidie ; c'est pourquoi je dédaignai
fi long tems de vous demander quartier,
Enfin fan parut , & je dois à votre
generofité & la vie & la mienne , ainfi
que je vous l'ai déja dit , yous 1çavez mon
Hiftoire , c'est à vous d'y donner une heu,
reufe fin , en donnant la liberté au fidelle
Ofman & à la tendre Amely d'aller finis
leurs jours dans des climats plus fortunés,
DE FEVRIER 123
MORTS
ME
DE PARIS.
Elfire Philippe Anquetil , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & Centeur des Livres , mourut le
26 Janvier 1721.
&
Meffire Guillaume Bouret , Docteur de
la Maiton & Societé de Sorbonne
Curé de faint Paul , mourut le 2 Février .
Dame Charlotte - Marie- Anne de Saint
Martin , veuve de Metfire René Merault ,
Seigneur de Villeron , Confciller au Parle
ment , mourut , le 4 Février
Mellite François Macé, Prêtre , Docteur
en Theologie , Chanoine , Chefcier , &
Curé de Sainte Oportune , mourut le f
Février en la 78 année.
Me lire Henty - Gafton Pajor des Mar
ches , Confeiller Secretaire du Roy Mailon
Couronne de France & de les Finances ,
mourut le 6 Février.
Melire Nicolas-Jofeph Foucault , Cont
feiller d'Etat , Chef du Confeil de S. A. R.
Madame , & l'un des Honoraires de l'Académie
Royalle des Infcriptions & bel · es
Lettres , mourut le 8 Février.
Meffire Jacques de Mons , ancien Sc
cretaire du Roy , & Greffier du Confeil
mourut le 10 Février.
Dame Elifabeth de Verthamont , veuve
de Metlire Henry - Albert de Coffé , Duc de
Liij.
#26 LE MERCURE
Briffac , Pair de France , mourut fans pofte
rité le 13. Février.
M. le Duc de Briffac avoit époufé en
premieres nôces , le 17 Avril 166 , Dame:
Gabrielle Louife de Saint - Simon , fille de
Meffire Claude Duc de Saint: Simon , Pairde
France , Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Blaye , & d'Henriette de
Budos , fa premiere femme , laquelle étant
morte le 28 Février 1684 fans pofterité à
l'âge de 38 ans , il prit une feconde alliance
le 20 Juillet de la même année avec
Elifabeth de Verthamont , dont je vous
apprends la mort. Elle étoit færur de M. de
Verthamont , Premier Prélident au Grand-
Confeil , Commandeur des Ordres du Roy,
&c. & fille de Melfire Michel de Verthamont
, Marquis de Breau , & c. Maître des
Requêtes , & de Dame Marie d'Aligre ,
laquelle prit une feconde alliance avec M.
le Maréchal d'Eftrade , & eft aujourd'huy
vivante .
Après la mort de M. le Duc de Briffac
arrivée le 29 Decembre 1698 , ce Duché
paffa à Meffire Artus Timoleon Comte de-
Coffé , Grand - Pannetier de France , fon:
coufin , dont eft iffu M. le Duc de Briffac .
M. le Marquis de Geoffreville , Lieute
nant General des Armées du Roy, & Gouverneur
de Bapaume , mourut le 17 Février.
Le Roy a donné le Gouvernement de
DE FEVRIER. 127
Bapaume à M. le Comte de Rouffy , avec
un Supplement de penfion .
M. le Marquis du Pons du Château ,
frere de M. le Marquis de Canillac , Capitaine
Lieutenant des Moufquetaires
Noirs , mourut le Fevrier.
Meffire Chriſtophle François de Bragefongne
, Seigneur d'Enjenville , Confeiller
de la Grand- Chambre du Parlement, mousut
le 19 Février , âgé de 75 ans.
›
Meffire François- Touffaint de Kerhoent,
Marquis de Coëtenfao , Comte de Pen
hoet-Gié , & c. Lieutenant General des
Armées du Roy , & Chevalier d'Honneur
de feu Madame Ducheffe de Berry , mourut
le 25 Février à trois heures après midi,
dans le Palais du Luxembourg..
Michel Caffagnet de Tilladet , Evêque de
Mâcon , mourut le , ... Février , dans fon
Evêché.
M. le Chevalier de Lée , frere du Marquis
de Lée , Lieutenant General , mourut
le Fevr. Son Regiment a été donné au
fils du Lieutenant General.
M. le Marquis de Chambonas , Colonel
d'un Regiment de Cavalerie de ce nom , cidevant
Saint- Pouanges , du prix de 75000
livres , mourut le .... à Aurillac . S. M. a
donné le Regiment de Chambonas à M.
Bongard , Lieutenant Colonel du même:
Regiment.
Liiij
128 LE MER CURE
M. le Marquis d'Ambres , Lieutenant
General de la Province de Guyenne , &
de M. le Comte de Lautreck , mourut
le premier Mars 1721 .
pere
MARIAGES.
Le cinq de ce mois M. le Marquis de
Saint- Pierre ( Bon Hervé de Caftel ) Capitaine
des Gens - d'Armes d'Anjou , époufa
Mademoiſelle de Canteleu.
:
Le huit M. le Comte de Houdetot
Colonel du Regiment d'Artois , Lieutenant
de Roy au Gouvernement de Picardie
, fils de M. le Marquis de Houdetos
mort Mestre de Camp du Regiment de
Cavalerie de feu Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , Brigadier des Armées de S..M..
& Inspecteur General de la Cavalerie &
des Dragons , époufa Mademoiſelle de
Villemur. M. le Comte de Houdetot eft
iffu de l'une des plus confiderables & des
plus anciennes Maifons de Normandie.
Le 21 Février , le Roy figna le Contrat
de Mariage de M. le Marquis de Saillansd'Estaing
, Brigadier d'Infanterie , & Colonel
d'un Regiment de fon nom ,
Mademoiſelle du Belley..
avec
La Maiſon d'Estaing eft une des plus
illaftres du Royaume : il y a plus de cinq
cens ans que Guy d'Estaing fauva la vie à
DE FEVRIER. 129
Philippe - Auguste à la Bataille de Bovines,
Ce Prince pour récompenfe , lui donna la
permiffion de porter fes Armes , fans
Lambel ni Brifure , comme les Deſcendans
les ont portées , & les portent encore aujourd'huy.
Saint Amant , premier Evêque
de Rodez , qui vivoit en 1333 , étoit de
cette Maiſon , ainfi que le Bienheureux
François d'Estaing , auffi Evêque de Rodez
, qui fit bâtir le Clocher de cette Ca→
thedrale , où l'on voit par tout les Armes
de France fculptées , qui font les mêmes
que celles que portent la Maifon d'Eftaing.
Le Cardinal d'Estaing rendit de grands
fervices à l'Eglife . La Maifon d'Estaing
eft alliée à celles de Bouillon , d'Uzés ,
de Canillac , d'Alegre , & à pluffeurs au- .
tres . La grand'- mere de M. le Marquis de
Saillans étoit de la Maifon du Chevalier
Bayard.
La famille du Belley n'eft pas moins
diftinguée la bravoure , la pieté & la
fcience , y ont toujours été hereditaires ..
Martin du Belley étoit premier Gentilhomme
de la Chambre de François I
Gouverneur de Normandie , Roy d'Yvetot..
Depuis ce temps - là cette famille porte une
Couronne antique.. Guillaume du Belley
commandoit en Piedmont . Le Cardinal du
Belley , Evêque de Paris , eft affez connu .
Mademoiſelle du Belley , nouvelle mariée,
170 LE MERCURE
,
cft fille de M. le Comte du Belley , mort
dans une de fes Terres en Touraine , avec
des fentimens d'une grande pieté , & de
Dame N. de Villaroult fille du feu
Marquis de Villaroult. La Maiſon du
Belley eft alliée à celles de Richelieu ,
Mortemar , Laval , Fenelon , Beauveau , &
à plufieurs autres des plus confiderables
du Royaume. M. l'Evêque de S. Flour
oncle du Marié , eft le treiziéme Evêque
de fa Maiſon , & a été le trente- deuxième.
Comte de S. Jean de Lyon.
AU ROY,
SUR LE JOUR DE SA NAISSANCE.
Compliment envoyé par M. le Duc de
la Tremoille , Premier Gentil- homme
de la Chambre , Penfionnaire du College
de Lours LE GRAND .
SIRE, les meilleures coûtumes ,
Qui n'y tiendroit la main reſolument ,
Se perdent infenfiblement ";
Tant que l'an passé nous en fumes
On peu la dupe , & vous diray comment..
Les deux precedentes années
DE FEVRIER. 138
•
Nous avions par des jeux , SIRE , & de trèsgrand
coeur
Celebré l'heureux jour qui fit nötre bonheur
En commençant vos destinées .
Nous crûmes notre droit pour toujours établi ,
Et que de Fevrier arrivant le quinziéme ,
Fourpar votre naiffance à jamais annobli ,
On ne nous parleroit de Leçon ni de Thême ,
Cela ne devoir pasfelon nous faire un pli.
Mais ne voila til pas , qu'à notre grandſcandale»-
L'an paffé , dans le tems qu'on s'en doutoit le moins ,
Ateljour on entend , j'en ay debons temoins
La trifte cloche qui brimbale,
Et nous appelle parses fons:
Anos Themes & nos Leçons:
Pour beaucoupj'aurois voulu , SIRE ,,
Que vous euffiez pû voir dans ce cruel moment
Natre zele pour vous : car je fuis vous le dire
Jamais il ne s'eft vi pareil étonnement ,
C Ni défolation pareille.
Nousfumes en Claffe, cüi, mais en baiffant l'oreilles
On entendoit chacun tout haut fe récrier :
Et qu'eft donc devenu notre ancien privilege 1:
Eft-ce là le refpect que doit notre College
Au quinq éme de Fevrier ?
Eft - il, cet heureux jour , fait pour étudier ?
Auffi , quoique Regens & Maîtres puſſentfaire
Comptez que ce jour- là l'onn'étudia quere..
132 LE MERCURE
Ici quelqueCenfeur misanthrope chagrin ,..
Croyant fans doute être bienfin ,
Va dire qu'il paroît affez à ce prélude
Que nousformes des gens qui n'aimens´pas l'étude
Mais , SIRE , ne le croyez point.
Ce qu'on in pourroit dire eft pure médiſance,
Et commeonfçait combien vous priſez la ſcience
On veut nous décrier près de vous fur ce point .
Quand l'étude d'ailleurs n'auroit rien d'agreable ,
Votre exemplefuffit pour nous la rendre aimable
On nous le cite à tout propos :
Vous êtes fur cela notre premier Heros :
Vous leferez unjour , SIRE , en mainte autre chofe
"
Heureux qui pourra lors vousfuivre un per: de loin !
Mais de vous imiter dans l'étude avecfain,
C'est ce qu'uniquement en Vers ainsi qu'en Profe
Chacun de nous aujourd'hui ſe propofc .
Qui, depuis que l'étude à des charmes pour vous ,
Etudier eft un plaifir pour nous :
Mais ilfaut que le toutfefusse avec détence ,
Avec choix des tems & des-lieux ,
Et lejour de votre naiſſance
Eft unjourfelon nous', où , de votre licence ,
Onpourroit hazarder quelque chose de mieux.
Cemieux fefait aſſez entendre,
2
Pour le jour de demain c'est le mieux à tourprendre,
Un petit mot , SIRE , à vôtre loifir ,
Dites que , pour demain, tel est votre plaisirs.
DE FEVRIER.
Sur ce point, commesur tout autre,
SIRE , votre plaifirfera toujours le notre,
Le paquet où étoit ce compliment pour Sa
Majefté fut addreffé à M. le Maréchal de Villeroy
par M. le Duc de la Tremoille , avec les Vers
fuivans pour M. le Maréchal.
Je joins ici chofe importante
Pour maintes jeunes gens très-touchante
C'est un Placet fondé fur la raifon ;
Faites tant que LOVIS à nos defirs propice
Au bas dudit Placet , par grace ou par justice
Defa main blanche mette , Bon .
A MADEMOISSELLE DE G ***
Sur ce qu'elle dormoit beaucoup.
Ode feconde par M. L. C. D. P. O. D. D.
LEsommeil en dreſſe un trophée ;
Fay beau gronder , vousfommeillez
Ce n'est que pour benir Morphée ,
Queparfois vous vous reveillez.
Sortez d'une erreur dangereufe ,
Pleurez les dons qu'il vous afaits :
Non , il ne peut vous rendre heureuſe ,
Qu'en vous refufantfes bienfaits.
134
LE MERCURE ..
les
D'un coeur que le chagrin accable,
Quefes dons préven ant voeux
Empêche d'être miserable,
Celui qui ne peut être heureux.
Mais , qu'il refpecte la jeuneſſe ,
Lesjeux , les ris & la beauté.
Et ne fuive que la vieilleffe ,
La laideur & l'infirmité.
Ah ! s'il bannit de votre vie
Les foins , les craintes , les defirs
En même tems , chere Silvie ,
Il en bannit tous les plaifirs .
Vous ne venez dans nullefête
Nous enflammer , nous attendrir;
Vous nefaites nulle conquête ,
Et vouspouriez tout conquerir.
Tout auplus un heureux mensonge
Met Adonis à vos genoux :
Pensez bien que ce n'est qu'unfonge ,
Que les laides ont comme vous.
Qu'en cachant aux Mortels vos charmes
Morphée a bien fervi Venu : !
Afa beauté tout rend les armes
Nul coeur ne lui refifte plus.
DE FEVRIER. 135
Je gagerois que la Déeffe
L'affifte auffi dans fes travaux ,
Et qu'ellefait l'aiderfans ceffe
A cueillirpour vous des Pavots.
Mais non , jefçay que pour fuffire ,
Anous enfournir tous les jours ,
Ce Dieu , grace à mon long martyre ,
N'apas besoin defonfecours.
Trop tendre Amant , jamais je n'uſe
Des faveurs qu'il nous offre à tous 3
Et les Pavots queje refuſe ,
Il court les répandrefur vous.
Si votre coeur eft donc fenfible
Aux dons qu'il vousfait chaque jour ,
Souvenez- vous , belle inflexible ,
Qu'ilenfaudra payer l'Amour.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit les Mules ; & celui de la feconde
, la Medaille .
ENIGM E.
C'est à vous , belle Iris , que je dois má naiſſance
Jamais fans vos appas , je n'aurois vû lejour ;
Jusqu'icij'avois fçû me cacher ſous l'Amour;
Maisfonbandeau levé m'interdit le filence.
1.3.6
LE MERCURE
Je viens donc pour vous voir, comme un fils
inconnu ,
Ou plutôt je viens voir l'Amante de mon père ;
Carfans ceffe il fe plaint que jamais il n'a pû
Meriter vos faveurs , ni même ſçû vous plaire.
Je fuis pourtant fon fils , & vous êtes ma mere ;
Je fuis né de l'Amour que monpere eut pour vous:
Sans vous il m'eut laiſſé dans l'être imaginaire ,
Cet aveu n'a-t-il point émû votre courroux .
Je crains d'avoir bleffé par-là votre pudeur ,
Ou de paffer chez vous pour un fils.temeraire ;
Mais afin, belle Iris , d'éviter ce malheur ,
Je m'en vais en deux mots éclaircir ce miftere.
Je fuis deffous vosyeux : monpere plein de vous ,
M'a chargé de venir vous marquer fa tendreffe:"
Je fuis d'un naturel poli , gracieux , 'doux;
Bien desfilles voudroient un fils de mon espece.
AUTRE.
Nousfemmes deux , ensemble nous tenant ,
Vivant voyageant enſemble :
L'une de nous marche fi lentement ,
Qu'à la tortue elle reſſemble :
L'autre , d'un pas plus diligent ,
S'avance douzefois plus vite ,
Etnous arrivons cependant
En
DE 137 FEVRIER .
-même tems , chacune à notre gîtë ,
Que nous paffons incontinent ,
Sans nous arrêter un moment.
CHANSON.
FE vous nomme fans que j'y pense ';
Zotre entretien me charme , & je crains voire
abfence :
J'aime à caufer tous vos defirs,
Et votre rencontre imprevûë:
Me caufe de certains pla firs ,
Que je ne fens qu'à votrẻ vûë.
Je fonge à vous , malgré moi-même ::
Je crois vous voir la nuit , je vous cherche la jour
Si ce n'eft pas- là comme on aimè ,
Apprenez- moi enfin ce que c'est que l'Amour.
Nous ne donnons la Paftorale fuivante.
qu'en faveur de la nouveauté des paroles ,
& nous n'avons pas jugé à propos de la
faire graver , cet air ayant affez couru .
Paris.
Sur l'Air , Petit à petit l'Oifeau fait fon nid.-
UN coeis couronnépar l'amour
Ce n'est pas l'ouvrage d'unjour 3-
M
138 LE MERCURE
Mais chaque instant avance:
Le prix defa conftance ;
Petit à petit
L'Oyfeaufait fon nid s
Quand àfa belle an tendre amant
A fait l'aven defon tourments ,
L'amourfans qu'ily penfe
Haftefa recompenfe ; &c..
Tantot l'objet de fes defirs
Devient l'écho de fes foupirs ,
Qu par un regard tendre
Son coeurfe fait entendre ; &c.
Tantôt à l'ombre d'un ormeau
L'on écoutefon chalumeau ,.
Et l'on redis feulette-
Sa douce chanfannette ; &c.
Defa belle il flatte le chien ,
Elle careffe auffi le fien ,
Er-leurs Troupeaux vont paître
Ensemblefans leur maître , &c.
D'un bouquet s'ilparefon fein
La belle fouffre fon deffein ,
Erla main qui la pare
Seldétourne & s'égare , &c.
Aujourd'huy c'est un douxfois 3;
DE
FEVRIER. 139
Baifer plus donné que furpris ,
Adoucit le martire
Du Berger qui foupire , &c.
Mais quefait-il le lendemain?
De fa Belle il baiſe la main ,
Demain c'eft autre chofe ,
Il est heureux s'il ofe , &c.
REFRAIN.
Sur une Lampe.
A MADAME DE **
Sur l'Air , Reveillez vous.-
Voir cette Lampe nouvelle
Qui vous guide dans ceféjour ,
Comme en vos mains elle étincelle
On diroit duflambeau d'amour ::
Dè vos yeux la vive lumiera |
Belipfe cet éclatf beau
Pourfe guider dans fa cariere , ›
Diane prend- elle un flambeau ??
Cette Lampe est misterieuse
M'eft- ce pas celle dont Pfiché
Mij
140 LE MERCURE
Alloit cherchant trop curieuſe
Quel étoit fon amant caché :
Sans doute c'est un heritage.
De l'Amante de Cupidon ,
Ayantfa beauté pour partage
Elle vous fit auffi ce don :
Cherchez vous un Amantfidele
Et dont le feufoit éprouvé,
Ne cherchez pasfi loin là belle:
Vous en avez untout trouvé :
Sanslefecours de cette Lampe-
Vous trouverezl'Amour vainqueur,.
Auprèsde vous toujours il campe ,.
11ferepofe dans mon coeur .
Il n'oferoit vousfaire entendre
Quelle eft pour vous fa vive ardeur¸.
Ses feuxfont cachez fous la cendre
Affoupis par votre froideur :
Imitez donc cette imprudente ,
Ne le laissez point fommeiller
Parune goutte d'huile ardente
aftez-vous de le reveiller ;;
>
DE FEVRIER . 1:41
JOURNAL
DE PARIS .
Copie d'une Lettre de la Cathedrale de
Vienne pour demander à M. le Regent
M. l'Abbé d'Auvergne pour Ar
chevêque de Vienne.
MONSEIGNEUR ,
Nous avons appris que M. l'Abbé
d'Auvergne a demandé à V. A. R. l'Arche--
vêché de Vienne. Nous aurions prevenu fa
demande auprés de V. A. R. fi nous avions>
ofé nous flater que M. l'Abbé d'Auvergne.
voulut preferer l'Archevêché de Vienne à
celui de Tours . Cette préférence ne peut
venir que de la connoiffance qu'il a de la
difpofition de tous les Etats du Dioceſe à
fon égard,depuis qu'il le gouvernoit en qua
lité de Grand-Vicaire il y a plus de vingt
ans. Nous avons vu , Monfeigneur , fou--
lager les pauvres , proteger le Clergé , animer
la Nobleffe à faire le bien , & travailler
avec autant de patience que de facilité,à pacifier
conjointement avec feu M. de Montmorin
les differens les plus difficiles : ce qui
lui avoit attiré. Peftime , le refpect & lai
142 LE MERCURE
confiance de tous les Etats. Aprés la mort
de M. de Montmorin nous primes la liberté
de demander au feu Roy M. l'Abbé d'Aurvergne
, on ne laiffa pas aller nos voeux jufqu'au
Trône de cè Monarque ; nous eſperons
plus de bonheur , Monfeigneur , auprés
de V. A. R. & nous la fupplions tres- humblement
de fe faire un plaifir de nous rendre
heureux. Nous fommes avec toute forte de
foumiffion & un tres profond refpects ,
MONSEIGNEUR ,
de V. A. R.
Les tres - humbles & tres - obeiffans
Serviteurs , les Dignitez & Chanoines
de l'Eglife de Vienne ,
Loras Précenfeur , de Corbeau
Chantre , Chaboud Capiftol V.
Gn. Peroufe , l'Abbé Peliffon
Colomb, Boiron , Pellerin , Argoud
, Bruifet Theologal , Didier
V. G. Rionder, B. Tholon.
Au Chapitre de l'Eglife
do Vienne le 31 Dec. 17201.
.
Les Collegiales , les Curez de la Ville,
plufieurs Communautez Ecclefiaftiques du
Diocefe , la Nobleffe & le tiers État de:
Vienne ont ainfi écric en leurs noms à M. le
Regent ; & ont marqué par des feux & des
illuminations une joie universelle de ce qu'il
le leur a accordé.
DE FEVRIER. 1143
On écrit de Quimpercorentin en baffe
Bretagne , que le 4 Janvier 1721 , Madame
la Marquife debelle & fort riche ,,
veuve & âgée d'environ 27 à 28 ans , s'étant
rendue chez M ** où l'on joue publiquement
, elle avoit eu quelques paroles
vives avec M. du ** Capitaine du Regi--
ment de ** . La Marquife fage & prudente ,
quoique jeune , fe contenta dans cette occafion
de laiffer parler l'Officier tant qu'il
voulut , & continua de jouer tranquille
ment ,fe refervant à lui donner des marques.
fenfibles de fon jufte reffentiment . En effet ,
le lendemain matin du même mois , cette
Heroine fit affigner à l'Officier le lieu d'un
rendez-vous pour fe battre en duel , avec
menace de lui couper le vifage en pleine
rue , s'il manquoit à s'y trouver. La Dame
ne prit ce dernier parti , que parce qu'elle
jugea plus à propos de vuider ce different
dans un tête à tête , que de fcandalifer la
Ville en le rendant public. Officier reçut
d'abord avec affez de fermeté, ou plûtôt.
d'une maniere affez méprifante cette affignation
; mais comme fes amis l'avertirent
que l'affairedevenoir ferieule , il n'éur pas
le courage de fe rendre feur au rendez - vous.
Dans cette agitation de coeur , il prit les
précautions les plus propres & les plus com
venables. Il s'aboucha avec quelques Offer
+
+44 LE MERCURE
ciers de fon Regiment , & les pria de fe rendre
à quelques pas du rendez-vous , pour le
fecourir, s'il étoit neceffaire. Enfin il le rendit
au lieu affigné par la Marquife . Comme
P'Officier n'avoit pû jouer tout ce ftratageme
, fans que la Marquife n'en eût eu quelques
indications , outrée d'ailleurs de la lâ
cheté de ce Capitaine , elle affembla un
plus grand nombre d'autres Officiers de
les amis , ne jugeant pas à propos d'aller
feule au combat. Ces derniers inftruits de
la manoeuvre qu'ils devoient obferver ,
furprirent le petit nombre des partifans de
M. du**, pendant que la Marquife alloit
droit à fon ennemi pour le combattre.
L'Officier deconcerté perdit alors toute envie
de fe battre contre la Marquife , qui l'at
tendoit toujours de pied ferme , & le contenta
feulement en abordant la Marquife ,.
de lui reprocher d'un ton de Gafcon, qu'elle
n'étoit qu'une femme , fans vouloir pouffer
la chofe plus loin .
Extrait d'une Lettre écrite par M. le Curé
d'Allanville à M. de Fourcy Abbé de
S. Vandrille le 7 Janvier 1721 ..
E mercredi 4 Decen bre 1720 , le nom-
Le Marcon habitant de la Paroiffe
d'Allouville à deux lienes de Caudebec , &
Marneur
DE FEVRIER.
143
Marneur de profeffion , fut employé par le
nommé Roger laboureur ,de la même Paroiffe
à tirer de la marne dans une vieille
Marniere abandonnée depuis longtems
parce qu'elle ménaçoit ruine. Après quelque
temps de travail le Laboureur fut curieux
de defcendre auffi dans cette Marnie
re , qui étoit profonde de 18 toifes , pour
voir en quel état elle étoit ; il prit avec lui
un pot de cidre pour faire boire fon homme
de journée , mais à peine y fut- il defcendu ,
que la terre du trou éboula , & boucha entierement
le paffage qui conduifoit à la
chambre de la Marniere. Dans un pareil
malheur , toute la reffource de ces deux
hommes , fut d'implorer la divine Providence
à leur fecours. Le fils du Marneur ,
qui étoit reſté au haut du trou , s'étant
aperçu de l'accident , courut vite au fecours ;
mais les Marneurs qu'il alla chercher, ayant
refufé de travailler dans le même trou , de
crainte d'un pareil fort , il fallut en percer
un nouveau ce qui dura jufqu'au Dimanche
15 du même mois , pendant lequel tems
la faim & la foif tourmenterent furieufement
les deux malheureux prifonniers ; le
pot de cidre leur avoit fervi les deux premiers
jours , mais ils furent obligez les
jours fuivans de reboire plufieurs fois ce
qu'ils avoient déja bu ; ce qui prolongea
leur vie jufqu'à l'inftant heureux qu'on
N
146 LE MERCURE
leur donna du jour. Avant que de les
tirer de cer antre , on prit toutes les précautions
neceffaires pour ne les expofer au
grand air que lorfqu'ils feroient en état de
le fuporter ; & ce ne fut que le 17 qu'on
les tranfporta dans leur maison ; on les
nourrit avec du bouillon , du vin & du fucre
pendant trois jours , & au bout de dix jours
ils le trouverent en affez bonne fanté : il ne
leur eft resté qu'une douleur fourde à la
plante des pieds , fur lesquels ils ont de la
peine à fe foutenir ; ce qui eft un effet de
La marne , qui deffeche ordinairement les
corps au point que la plupart de ceux qui
gagnent leur vie à la tirer de la terre , perdent
fouvent l'ufage de leurs membres qui
en deviennent paralitiques .
A Saint-Jean d'Angely le 11 Fevrier 172 1 .
Arie
M Gelé ,veuve de Maitre Jean Coffin Avocat en Parlement , âgée
de 88 ans , ayant refté près de 22 ans dans
une profonde lethargie , a recouvré depuis
peu l'ufage de la parole. La connoiffance
& la parole lui étant furvenues en même
temps , elle a voulu fe confeffer , enfuite
de quoi elle a reçu le Sacrement d'Euchariftie
avec la même pieté qui l'animoit avant
fa maladie. Elle a prefentement l'efprit fain,
& n'a rien oublié du paffé , demande des
DE FEVRIER. 147
nouvelles de ce qu'elle n'a pû favoirni ap
prendre pendant fa lethargie, & parle avec
un jugement auffi folide qu'on le peut defirer
d'une perfonne de fon âge. On fit voir
la Dame Marie Gelé fur la fin de l'année
1790 , aux Medecins de Meffeigneurs les
les Ducs de Bourgogne & de Berry , lorfqu'ils
pafferent par cette ville à leur retour
d'Efpagne. Ces Medecins jugerent alors le
mal incurable , & dirent que peutêtre la
nature pourroit faire un dernier effort fur
la fin des jours de la malade. C'eft en quoi
ils ont pronostiqué jufte.
BENEFICES DONNEZ.
U1 Janvier 1721. le Roy a donné
l'Abbaye du Paraclet dans la ville d'Amiens,
qui a vaqué par le decés de Madame
de Saint - Souplet , à Madame Jeanne de
Grouches de Chepy , Religieufe à l'Abbaye
de Willençourt.
Du 29 Janvier , l'Abbaye Commendataire
de Sauve Ordre de S. Benoît , Diocele
d'Alais , vaquante par le decès de M. de
Merés , à M. l'Abbé de Valory.
Du 7 Fevrier, l'Abbaye de Sainte Claire
des Urbaniſtes de la ville de Millau , Diocefe
de Rodez , à Madame de Rupé Religieufe
de Rabafteins , en confequence de
P'election de fa perfonne par la Communau-
Nij
148 LE MERCURE
•
té des Religieufes , fur la demiffion de la
Dame de Saint- André de Mefplets .
Du 14 Fevrier , la Coadjutorerie de
l'Abbaye Reguliere de la Grace- Dieu , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de Befançon , à
Don Ponce Jeunet Prieur de Clairvaux .
Du 28 Fevrier , l'Archidiaconé de l'Eglife
Metropolitaine de Toulouſe , vacant
en Regale par le decés de M. Donaḍieu ,
à M. de Peireffaubes , Prêtre du Dioceſe
de Touloufe.
La Dignité d'Abbé Seculier de S. Vozy
en l'Eglife Cathedrale du Puy , vacante
en Regale par la démiffion de M. Antoine
Arcis , à M. François Arcis , Sacriftain de
S. Nizier de Lyon.
Le 29 du mois de Decembre 1720 , M.
l'Abbé de Raftignac , Docteur de la Maifon
& Societé de Sorbonne , fut nommé
à l'Evêché de Tulles par la démiffion pure
& fimple que M. l'Abbé de Saint - Aulaire,
ancien Evêque de Tulies , en avoit faite
entre les mains du Roy. M. l'Abbé de
Raftignac , cy devant Prieur de la Maiſon
de. Sorbonne , a été nommé à l'Evêché cydeffus
, étant encore Grand- Vicaire de M.
l'Evêque de Luçon.
M. l'Abbé de Foudras , Comte de Saint
Jean de Lyon , a été nommé Coadjuteur
de Meffire Jean- Claude de la Poype de
Vertrieu , Evêque de Poitiers.
DE FEVRIER." 149
La Ville de Nantes a obtenu de la Cour
Ja permiffion de faire un fonds de Lotterie
de 400000 livres , dont le profit fera employé
à faire des Pompes publiques contre
les incendies .
>
Le premier Fevrier , M. Coffin Recteur
de l'Univerfité , accompagné des Doyens
des Facultés , des Procureurs des Nations ,
& des autres Officiers , prefenta au Roy
un Cierge , felon l'ancienne coutume &
il fit un difcours à S. M. Il alla enſuite
accompagné de même au Palais Royal ,
où il en prefenta un à Monfieur , le Duc
d'Orleans Regent du Royaume , qu'il
complimenta pareillement .
Le 3. M. le Duc de Coaflin , Evêque
de Metz , feul heritier de feuë Madame la
Ducheffe de Sully , fe trouva au lever du
Roy dans fon grand Cabinet , avec M.le
Chevalier de Sully & fes autres parens ,
pour faire part à S. M. de la nouvelle de
la mort de Madame fa foeur.
M. Paris & M. Graffin ont été nommés
pour faire le premier examen des Comptes
& des Livres de la Banque , fur lefquels
'Meffieurs Trudaine , de Machault & Ferrand
Confeillers d'Etat , doivent faire une
feconde revifion .
Le Gouvernement d'Alais a été augmenté
jufqu'à 12000 livres en faveur de M.
le Marquis de la Farre , qui en a obtenu
la furvivance . Niij
750
LE MERCURE
Le 6, M. le Duc de Briffae fut reçu Duc
& Pair de France , & prit feance en cette
qualité au Parlement. Tous les Princes du
Sang , & Ducs & Pairs qui fe trouverent
à Paris , affifterent à cette ceremonie.
On mande de Montpellier du 7 de ce
mois , que le 2. on avoit fait tous les preparatifs
neceffaires pour l'ouverture dè
Affemblée des Etats de Languedoc , &
que les Etats ayant accordé au Roy , felon
leur coutume , les trois millions de Don
gratuit , ils avoient dépêché un Courier
à S. A. R. pour lui en donner avis. Ce
Courier qui arriva ici le 15 , a rapporté
qu'une partie de ce Don gratuit fera payée
en Billets de Banque , conformément à
P'Arrêt du Confeil donné en confequence
avant la tenue des Etats , qui ont mis en
deliberation d'emprunter deux millions
Soooo livres , à un interêt qui n'excede
pas le Denier 20 , pour payer le furplus
de ce Don en argent.
Le Roy a exclus par une Lettre de Cachet
, de la Faculté de Sorbonne , cinq
Docteurs oppofés à l'accommodement ,
fçavoir , Meffieurs le Tonnelier de Breteuil,
le Brun Religieux de S. Victor , & Metfieurs
Touvenot , la Chaffaigne & Bourcier
, Docteurs de la Maifon & Societé
de Sorbonne.
DE FEVRIER.
151
Le 12 Sa Majesté a nommé Confeillers
d'Etat M. de Meliand Intendant de Lille
en Flandres , M. de Harlay , & M. d'Or
meffon.
Le 12 on celebra dans la Chapelle de
Sa Majesté l'anniverfaire de feue Madame
la Dauphine mere du Roy , & le 17 celui
de M. le Dauphin fon pere.
Le 13 le Roy entendit une Meffe Grecque
& Latine qui fut chantée devant Sa
Majefté.
Le 13 M. de Saint Conteſt Plenipotentiaire
de France au Congrès de Cambray ,
partit pour Saint Meffan , d'où il fe rendra
à Cambray. M. le Comte de Morville partit
le 17 pour s'y rendre .
Le 15 M. l'Abbé Tambonneau gagną
le Procès qu'il avoit au Parlement au fujer
du Prieuré de Sainte Honorine de Con ,
flans , vacant par la mort de M. l'Abbé de
la Rochefoucault , & qui lui avoit été conferé
par M. le Cardinal de Noailles.
M. l'Abbé d'Auvergne , nommé à l'Archevêché
de Vienne , a obtenu de M. le
Regent pour M. l'Abbé de Maugiron , PAgence
generale du Clergé pour l'année où
Vienne fera en tour d'y nommer.
M. Dumont , Gouverneur de Meudon ,
& M. de Francine , qui étoient cy- devant
chargez de la direction de l'Opera , ont
éte nommez par la Cour pour remplacer
N iiij
152
LE MERCURE
M. de Landivifiau qui en étoit chargé , &
les deux premiers continueront d'en avoir
l'infpection.
Le 1s de ce mois , le Roy qui entroit
dans fa douzième année , reçur les complimens
des Princes du Sang , des Miniftres
Etrangers , & des Seigneurs de fa
Cour.
L'Empereur a levé l'interdit du commerce
avec la France , qu'il avoit ordonné,
& dorefnavant les marchandifes de ce
Royaume feront reçues dans les Villes
de Flandres , moyennant de bons Certificats
que ces marchandifes ne viennent
point de Provence .
Le Roy a fait grace à Meffieurs de Lifcoët
& Kerfofin , Gentils- hommes Bretons ,
qui avoient été exceptez de l'Amniſtie accordée
par le Roy aux Gentils - hommes
impliquez dans l'affaire de Bretagne .
On grave par foufcription les Tableaux de
l'Hiftoire de Don Guichotte , qui ont été
peints il y a deux ans par M. Coypel le
fils. M. Crozat le jeune fait aufli graver
par foufcription les Tableaux du Roy , du
Regent , & ceux des autres excellens Maîtres
qui font difperfez dans les fameux
Cabinets de Paris . Meffieurs Watot , Natier
, & un autre , font chargez de les
deffiner .
Le 18 Madame la Comteffe d'Armagnac
DE FEVRIER.
153
fille de M. le Duc de Noailles , fe retira
dans le Couvent de la Vifitation .
M. le Duc de la Feuillade ayant fait
faire un fuperbe carroffe qu'il deftinoit
pour fon Ambaffade de Rome , en a fait
prefent au Roy. Ce carroffe avoit coûté
à ce Duc 25000 écus , & Sa Majesté lui
a laiffé la proprieté des Tapïfferies de la
Couronne , qu'on lui avoit prêtées pour
fon Ambaffade.
M. le Marquis de Brion , Guidon des
Gendarmes d'Anjou , a été fait Enfeigne
des Gendarmes Dauphins , par la démiffion
de M. le Marquis de Nereftan , à preſent
Duc de Gadagne , & M. le Chevalier
Dagueffeau , troifiéme fils de M. le Chancelier
, a été fait Guidon à la place de
M. Brion.
On a appris par un Courier extraordinaire
dépêchè de la Cour de Rome , que
le Saint Pere avoit nommé pour fon Nonce
'extraordinaire à la Cour de France M. de
Maffei , qui étoit ici fans qualité . S. S.
a ajoûté à cette dignité celle de Grand
Maître de fa Chambre. M. de Maffei doit
eftre inceffamment facré à Meaux Archevêque
d'Athenes par M. le Cardinal de
Biffy. L'internonce du Pape qui eft à Paris,
doit s'y trouver .
Le 21 toutes les Chambres étant affemblées
, M. de Pontcarré , fils de M. le
354 LE MERCURE.
Premier Prefident du Parlement de Rouen,
fut reçu Confeiller au Parlement de Paris ,
ainfi que le fils de M. de Feriol , Receveur
General des finances.
M. l'Abbé Gueret , Docteur de Sorbonne
, cy - devant Curé de Brie , a été
nommé Curé de Saint Paul .
M. l'Abbé Perot a remis au Roy l'Abbayẹ
que Sa Majesté lui avoit donnée dans la
derniere nomination.
Le Roy a donné à M. Chamu le Prieuré
de N. Dame des Prez proche Curfon , Diocefe
de Luçon , dépendant de l'Abbaye de
Saint Michel en l'Herm , uni au College
des quatte Nations.
Le 22 le Roy vit la reprefentation de
la Comedie Françoife , intitulée l'Efprit
follet , ou la Dame invisible , qui fut jouée
par les Comediens ordinaires de S. M. fur
Le petit Theâtre qui avoit été dreffé dans
l'anti-chambre du Roy.
pat
Les 22 Docteurs qui avoient été exclus de
la Maiſon & Societé de Sorbonne , y font
rentrez depuis peu par Lettres de cachet .
Le Lieutenant de Roy de Valenciennes
étant mort , M. d'Orbeffan Lieutenant-
Colonel du Regiment du Roy , a été choisi
pour remplir la place , & M. des Clavelles,
Major du Régiment du Roy , a été fair
Lieutenant-Colonel de ce dernier Regiment.
DE FEVRIER.
15$
M. l'Evêque de Frejus , Precapteur du
Roy , a obtenu pour M. fon neveu l'Abbaye
d'Aulnay , avec la permiffion d'y
attacher 600 livres de penfion pour les
deux Aumôniers.
Le Prince Doloroucki , Ambaffadeur
extraordinaire du Czar , arriva ici le
de ce mois : il vient relever M. de Schlenick
, qui faifoit la fonction de Miniſtre
de Sa Majesté Czarienne à la Cour de
France. Le 22 ce Prince eut l'honneur de
faluer le Roy en cette qualité.
M. le Gendre Intendant de Tours , ayant
demandé fon rappel , la Cour a nommé
M. d'Argenfon fils puifné pour le remplacer.
M. le Chevalier de Goyon , Capitaine
de Vaiffeau , a été fait Commiffaire general
d'Artillerie de la Marine.
Le 23 M. le Duc de Chartres , precedé
du Regent, & accompagné de M. Bofc Procureur
general de la Cour des Aydes ,
Chancelier de l'Ordre de Saint Lazare , &
de M. Bontems Prevôt & Maître des Ceremonies
du même Ordre , avec fon bârón
de ceremonic en main , & des autres grands.
Officiers & Chevaliers de cet Ordre
prêta ferment entre les mains du Roy pour
la Charge de Grand Maître des Ordres de
Saint Lazare & N. D. du Mont-Carmel ::
156
LE MERCURE
après le ferment M. Bofc en qualité de
Chancelier , donna à M. le Duc de Chartres
le cordon de l'Ordre.
M. le Duc de Chartres , en qualité
de Grand Maître des Ordres de Saint
Lazare & N. Dame du Mont - Carmel , a
ordonné que tous les Chevaliers de ces
Ordres renonceroient à la Couleur de pourpre
qui avoit été imaginée par le dernier
Grand -Maître , & que, dorefnavant les
Chevaliers feroient tous habillez d'un fatin
noir où la broderie de l'Ordre de Saint
Lazare feroit imprimée fur le manteau &
fur le jufte au-corps.
Le 23 le Roy alla fe promener à la Porte
Saint Antoine , & de là Sa Majeſté ſe rendit
aux Jefuites pour y entendre le Salut.
Le 24 les Comediens François reprefenterent
devant Sa Majefté les Comedies du
Grondeur , & de Crifpin Medecin. L'on
continuëra pendant le Carême à reprefenter
devant le Roy diverfes Comedies Françoifes
& Italiennes fur le petit Theâtre.
On affure que la Bibliotheque que M.
Law avoit achetée l'année derniere de M.
l'Abbé Bignon , fera réunie à la Bibliotheque
du Roy.
Le M. Boivin le cadet fut élû pour
remplir la place vacante dans l'Academie
Françoife , par le decès de M. Huet , ancien
Evêque d'Avranches. !
1
DE FEVRIER. 157
Le 24 M. le Cardinal de Ronan prit
congé du Roy , du Regent , de tous les
Princes & Princeffes du Sang. Le 26 fon
Eminence partit pour Savernes , où elle
paffera quelques jours , pour fe rendre enfuite
à Rome. M. le Duc de Tallard , fils
de M. le Maréchal Duc de Tallard , qui
y doir prendre le caractere d'Ambaffadeur,
accompagne M. le Cardinal de Rohan. >
L'on fait de grands prepararifs dans le
Palais des Tuilleries , pour l'audience que
Sa Majesté donnera à Celebi- Mehemet-
Effendi , Ambaffadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur. On a eu avis de Poitiers ,
qu'il y étoit paffé le 23 , & qu'il devoit
arriver ici le 10 ou le 12 de Mars prochain.
Il ira loger à la maifon dite du Diable ,
dans la rue de Charenton , où il restera
jufqu'au jour de fon Entrée , pour laquelle
on a commandé un détachement des differentes
Compagnies qui compofent la Maifon
du Roy. Plufieurs autres Troupes de
Cavalerie & d'Infanterie doivent honorer
l'Entrée de cette Excellence . Après fon
Entrée il ira loger à l'Hôtel des Ambaffadeurs
extraordinaires , & le lendemain le
rendez -vous du Cortege qui le doit conduire
à fa premiere audience du Roy , fera
au haut de l'Etoile , d'où il deſcendra par
l'avenue des Tuilleries , & entrera dans
le Château par le Jardin. L'audience fera
158 LE MERCURE
dans la Gallerie , attenant l'appattement
du Roy , qui a été jufqu'à prefent occupée
par les Bureaux & logemens des perfonnes
employées auprès de M. le Marechal
de Villeroy , & par une Salle ou
Corps- de-garde des Gardes du Corps ,
qui a été tranſporté dans l'appartement au
deffous , qu'occupoit feue Madame la Ducheffe.
On placera le Trône du Roy
au bout de la Gallerie , & l'Ambaſſadeur
verra ce Trône dès le Peron de l'ELcalier.
La Gallerie fera ornée des Tapifferies
de la vie de Louis XIV .
Les Gouverneurs & autres Officiers des
Châteaux de Verfailles , Meudon , & autrès
Maiſons Royales , ont ordre d'avoir
des habits bleux uniformes, galonnez d'or,
pour paroître devant l'Ambaffadeur du
Grand Seigneur , lors qu'il ira vifiter ces
Maifons Royales.
M. le Marquis Defalleurs , cy- devant
Ambaffadeur de France à la Porte , s'eft
retiré aux Camaldules.
Du 27 Fevrier 1721 .
N l'Affemblée generale de la Compagnie
des Indes , tenue en l'Hôtel
de la Banque , en prefence de S. A. S. M.
le Duc de Bourbon , il a été arrêté unanimement
.
DE FEVRIER. 159
1 °. Que la Compagnie fera es trèshumbles
Remontrances au Roy pour être
reçue oppofante à l'Arrêt de fon Confeil
du 26 Janvier dernier , qui a été rendu
fans que la Compagnie ait été entenduë
en fes deffenfes.
20. Que la Compagnie reprefentera au
fond que l'union de la Banque avec elle ,
ne peut avoir lieu.
10. Parce que le Compte du Trefoforier
de la Banque n'a jamais été rendu
aux Directeurs de la Compagnie comme
il avoit été ordonné par l'Arrêt du 23
Fevrier 1720 , qui a fait ladite union
faute de quoi les Directeurs n'ont jainais
pris poffeffion de la Banque.
2
2º . Que depuis ladite pretenduë union
il a été fait pour plus de 1700 millions
de Billets de Banque en vertu d'Arrêts
du Confeil , rendus du propre mouvement
de Sa Majefté , au prejudice de la
Deliberation de la Compagnie du 22.
Fevrier 1720 , & de l'Arrét d'union .
3. Qu'au cas qu'il ne plaiſe pas à S. M.
de faire droit au fond à la Compagnie fur
fa Requeſte , Elle fera fuppliée en la recevant
oppofante à l'Arreft du Confeil du
26 Janvier dernier , de nommer des Commiflaires
qui entendront les Parties, pour
fur leur Rapport être ordonné par S. M.
ce que de raifon.
160. LE MERCURE
4° . Que S. A. R. M. le Duc d'Orleans
fera fuppliée de continuer à la Compagnie
l'honneur de fa protection , qu'il a bien.
voulu agréer , & dont elle a plus befoin
que jamais dans cette occafion , où il ne
s'agit pas moins que de fa fubverſion .
éuës
5 ° . Que S. A. S. M. le Duc, fera fupplié
de continuer à la Compagnie les mêmesbontés
qu'il a cues pour elle jufqu'à prefent..
6. Que la Compagnie defavoue la prétendue
Requefte , fur le fondement de laquelle
a été rendu l'Arrêt du 26 Janvier ;
defavoue pareillement les Directeurs en
tout ce qu'ils pourroient avoir fait ou faire
de contraire à la Deliberation du 22 Fevrier
1720..
>
7°. Que pour l'execution プ de ce que deffus
, elle nomme Meffieurs Amon , de
Bulli , Schelton , de Chatte , Cornuau
Deftouches , Cartigni , de Brancas , & de
Rochepierre pour Sindics ; aufquels elle
donne pouvoir de figner les Requeſtes &
Procedures , & deffendre les droits de la
Compagnie , fans pouvoir neanmoins acquiefcer
à aucune chofe , fans une Deliberation
de la Compagnie.
8°. Que S. M. fera fuppliée de fufpendre
à l'égard des Actions intereffées , &
Dixiémes , le Viſa ordonné par un Arrêt
du 26 Janvier dernier , attendu que les
Actions font reputées Marchandifes, & non
des
• DE 161 FEVRIER.
des Effets Royaux , & ont été declarées
libres par l'Edit de Creation de la Compagnie.
RECAPITULATION
Des Bâtêmes , Mariages , Morts & Enfans
Trouvés , pendant l'Année 1720 .
Brommute & dix - neuf.
Atêmes .... Dix - fept mille fix cens
.... Mariages . ... Six mille cent cinq.
Morts .... Vingt mille trois cens foixante
& onze .
Enfans - Trouvés .... Mille quatre cens:
quarante & un.
Il y a eu en l'année 1720 , 2692 morts,
plus que d'enfans nés.
NOUVELLES ETRANGERES.
A Stokholm le 12 Février 17219
O
Na été fort furpris du retour
imprévu de M. Hopken , Refi
dent du Roy auprès de l'Em
pereur , qui arriva ici le fix du
mois dernier , fans avoir reçû l'ordre de
Sa Majesté. Les Senateurs s'affemblerent
leg en prefence du Roy , & ce Miniftre
162 LE MERCURE
auroit été mis en prifon , fi M. fon frere
qui eft Secretaire d'Etat , ne fe fût rendu
fa Caution pour le reprefenter , & en fa
confideration on fe contenta de lui donner
les arrêts dans fa maifon. Il s'eft chargé
d'apporter ici un Memoire des Propofitions
que le Duc de Holftein fait à la
Nation. L'on prétend qu'elles ont pour
objet d'obtenir l'approbation des liaifons
qu'il fe propoferoit de prendre avec le
Czar , à condition que ce Prince lui remettroit
la Livonie , l'Efthonie , & la Finlande
, fi les Etats vouloient lui affeurer la
fucceffion à la Couronne , après la mort
du Roy & de la Reine , avec declaration
qu'en cas que ces Propofitions foient rejettées
, on ne doit pas trouver mauvais.
qu'il prenne avec le Czar les mefures qui
•
feront convenables à fes interéts . Ces Propofitions
& ces menaces ont revolté les
efprits , & diminué le credit des Partifans
de ce Prince. On ne fçait point encore ce
que le Senat décidera fur cette affaire , qui
intereffe les Droits de la Nation ; mais.
comme les préparatifs du Czar pour fa
Campagne prochaine , donnent avec raifon
de la défiance à la Cour furr fes deffeins ,
on a donné des ordres pour faire confruire
avec diligence un grand nombre
de Galeres & de bâtimens plats , fur lefquels
on doit mettre un nombre confide
DE FEVRIER. 163
1
rable de canons & de mortiers , afin de
les placer dans les paffages des Ifles qui
nous environnent & en rendre par ce
moyen l'approche plus difficile aux vaiffeaux
des Ennemis. Quant aux Troupes
de terre , le Roy a fait depuis peu la revûë
de celles qui font en quartiers dans
les environs de cette Ville ; elles montent
à trente- quatre mille hommes effectifs , en
comptant les autres Regimens qui font :
employez à la garde de nos Côtes . Sa
Majefté a donné de nouveaux ordres pour
lever encore fix mille hommes ; ce qui
fera un nombre de Troupes fuffifant pour
couvrir le Royaume..
A l'égard de la Pomeranie Suedoife
outre les Troupes qui y font déja , on y
attend encore quatre mille cinq cens hommes
de Troupes Auxiliaires , que le Land--
grave de Heffe Caffel y doit envoyer : on
croit cependant que s'il eft poffible de
lever dans cette Province un pareil nombre
de Soldats Nationaux , on prendra le
parti de s'en fervir dans les Garnifons , &
on éviteroit par ce moyen de donner entrée
à des Troupes étrangeres dans cette
Province. On a reçû des nouvelles de
Petersbourg , qui portent que M. Dahlman,,
Auditeur Suedois , qui y étoit allé pour
traiter d'un Cartel &. d'une Amnistie , w
avoit executé: la Commiffion , & qu'il fa
Qij
164 LE MERCURE
>
preparoit à partir pour revenir icy.
A Coppenhague le 20 Février 1721 .
L
A Reine , qui étoit retombée malade,
a été pendant quelques jours en danger
; mais elle fe porte beaucoup mieux ,
& fa fanté n'attend plus que le beau temps
pour le retablir entierement. On ne laiffe
plus fortir du Royaume les Soldats caffez
dans la derniere réforme , & on les doit
incorporer de nouveau dans les Regimens .
Suivant les ordres du Roy , les Officiers de
PAmirauté font armer dix Vaiffeaux de
guerre , qui doivent être prêts à fortir de
nos Ports pour le Printemps prochain ; &
plufieurs de nos Regimens ont ordre de fe
tenir prêts à marcher au premier ordre :
la raifon de ces préparatifs n'eft pas encore
bien connue , on croit cependant que la
Cour a deffein de donner du fecours à la
Suede , en cas que le Czar faffe quelque
irruption ou quelque defcente.
Les Commiflaires du Roy qui étoient à
Hambourg , ont achevé d'y recevoir les
fix cens mille florins que le Roy de Suede
devoit payer à Sa Majefté , enfuite de l'évacuation
de Stralfend , en execution d'un
Article particulier du dernier Traité, figné
entre ces deux Couronnes . On viſite avec
ane grande exactitude toutes les marchan-
ป
DE FEVRIER. 164
difes qui fortent du Royaume , & toutes
les perfonnes qui paffent dans les Pays.
étrangers ; parce que le Roy, a été averti
qu'il y avoit icy plufieurs Marchands de
Hambourg qui achetoient tout ce qu'ils
pouvoient trouver d'anciennes Monnoyes
d'or de ce Royaume pour les tranſporter.
1
A Hambourg le 24 Février 1721 .
La paffé icy une recruë d'Irlandois d'une
>
d'Angleterre fait prefent au Roy de Pruffe
pour les incorporer dans fa belle Compagnie
de Grenadiers , qui eft compoſée des
hommes les plus hauts de l'Europe . Le
fieur Taube , Vice- Amiral Suedois , doit
arriver icy dans quelques jours pour lever
dans cette Ville & dans celle de Lubec un
nombre confiderable de Matelots , dont le
Roy de Suede a befoin pour le ſervice de
fa flotte pendant la Campagne prochaine.
L'évacuation des Places du Duché de
Holſtein , eft entierement faite , & les
Officiers du Duc de ce nom s'en font mis
en poffeffion. Des fix cens mille florins que
le Treforier du Roy de Dannemarc a reçû
icy des remifes du Roy de Suede , S. M.
Danoife en fait employer une bonne partie
à la reparation des Digues que 1 orage du
trente & un Decembre dernier a rompues
166 LE MERCURE
en plufieurs endroits du Duché de Holſtein .
Les Lettres de Manhein portent que la
Princeffe Palatine de Sultzbach , fille unique
de l'Electeur Palatin , y étoit accouchée
le 17 du mois dernier d'une Princeffe
, qui fut nommée au Baptême Marie-
Elifabeth- Augufte- Loüife- Innocente- Caroline-
Eulalie, & que l'Imperatrice regnante,
Electrice Palatine Douairiere , & la Margrave
de Bade, en avoient été les Maraines .
Celles de Drefde nous apprennent la facheufe
nouvelle de la perte du jeune Prince,
fils du Prince Electoral de Saxe , qui mou
rut le 22 du mois dernier à une heure du
matin , âgé de deux mois & quatre jours :.
elles ajoûtent qu'on avoit mis le corps de
de ce jeune Prince en dépôt dans l'Eglife
des Catholiques Romains , en attendant
qu'on lui ait choifi une fepulture convenable.
On écrit de Petersbourg que le
Czar avoit differé jufqu'au quinze Mars
prochain fon départ pour la Curlande ;
mais qu'on travailloit avec empreffement
à équipper les Vaiffeaux & les Galeres.
dont fa flotte doit être compofée l'Eté.
prochain ; & quoique Sa Majefté . Czarienne
femble fe porter સે un accommo→
dement avec la Suede , par la nomina
tion qu'elle a faite de deux Ambaffadeurs-
Plenipotentiaires au Congrès de Brunf
wick , les preparatifs de la Campagne fe
DE FEVRIER.. 167"
1
font avec autant de diligence qu'auparavant.
On ajoûte que le dix- huit du mois.
dernier on avoit fait à Petersbourg la publication
du Traité de Paix conclu le 16
Novembre dernier entre le Czar & le-
Grand- Seigneur , & qu'à l'occafion de cette
Paix , on avoit chanté le Te Deum , & fait
de grandes réjouiffances. Quelques avis de
Duffeldorp portent que les Cercles du Bas
Rhin & de Weftphalie avoient refolu d'entretenir
d'orefnavant un corps de cinq
mille hommes fur pied , & qu'on travailloit
à obtenir pour l'Evêque de Munter-
& de Paderborn , la Coadjutorerie de tous ,
les Evêchez & autres Benefices , dont l'Electeur
de Cologne fon oncle eft en poffeflion..
L
A Vienne le 16 Fevrier 1721
E Comte Jofeph de Wadftein Grand
Maréchal de Boheme , partit le 18 du
mois dernier pour Prague où il doit affifter
en qualité de premier: Commiffaire de
l'Empereur à l'affemblée des Etats de Bo--
heme : le Comte François de Thierahcim
& le Comte de Wels , partirent auſſi le
même jour , le premier pour. Presbourg ,
où il doit regler les Quartiers d'hyver
deftinez aux Troupes Imperiales , & affifter
enfuite à l'affemblée des Etats de Hongrie
F68 LE MERCURE •
qui doit fe tenir à Bude , & le fecond pour
Ulm , où il refidera en qualité de Miniftre
Plenipotentiaire de l'Empereur à la Diete
des Etats de Souabe , à fin d'y terminer
les differends du Duc de Wirtemberg avec
l'Evêque de Conftance , dont Sa Majesté
Imperiale s'eft renduë mediatrice . L'Empereur
a refufé jufqu'à prefent de donner
audience au Sieur Bannequart , Envoyé
du Duc de Meckelbourg , & il n'a point
voulu lui permettre de jouir des Privileges
attachez à fon caractere de Miniftre
Etranger , quoique le Duc fon maître ait
écrit à l'Empereur dans des termes fort
refpectueux ; on lui a fait dire que le Duc
de Meckelbourg devoit le foumettre au
Jugement de l'Empereur , & s'accommoder
au plutôt avec la Nobleffe de fes Etats ,
fans attendre le terme fixé pour l'execution
de ce Decret. Le Comte de Kinski ,
nommé Ambaffadeur à la Cour du Czar
dès le mois de Novembre dernier , ne partira
que vers le commencement du mois
prochain. Un Courrier extraordinaire dépêché
par M. Dillinger , Secretaire de
I'Empereur à Conftantinople , apporta icy
le fix de ce mois des dépêches importantes,
fur lefquelles on a tenu plufieurs Confeils
confecutifs , & on l'a renvoyé trois jours
après avec de nouvelles Inftructions : On
a appris par ce Courier la confirmation
de
• DE FEVRIER. 189
de la nouvelle du Traité de Paix conclu
entre le Czar & le Grand Seigneur , dont
les Articles font tenus fort fecrets ; mais on
fçait que les principaux regardent l'Ukraine.
Le Comte de Bielke , Envoyé
Extraordinaire du Roy de Suede , a porté
fes plaintes au Prince Eugene , de ce que
deux de fes Domeftiques qui ont été arrêtez
, ne luy ont été rendus qu'après cinq
jours de prifon ; il a même dépêché un
Courier au Roy fon Maître , pour luy
donner avis de cet incident ; cette affaire
ne laiffe pas d'être de quelque importance
,
pui qu'elle intereffe tous les Miniftres
étrangers qui font icy , & qui fe font affemblez
fur ce fu et ; , mais on ne fçait
pas encore de quelle maniere l'Empereur
fatisfera ce Ministre.
L
A Londres le 28 Janvier 1721 .
E 23 du mois dernier , les Directeurs
de la Mer du Sud comparurent à la
Barre de la Chambre des Seigneurs , ainfi
que le Soû- Gouverneur , le Député - Gouverneur
, & les autres Officiers de cette
Compagnie , & ils furent interrogez féparément
, & à diverfes repriſes. Sur leurs
réponfes , & fur l'examen des Livres de
la
Compagnie , on les declara coupables
de malverfation , & incapables
d'être davantage Directeurs de cette Com-
P
170 LE MERCURE
pagnie , ti d'aucune des Compagnies du
Royaume, & quelques - uns d'entr'eux futent
mis à la garde d'un Sergent d'Armes.
On apprit le trois de ce mois que le fieur
Knight , Caillier general de la Compagnie
de la Mer du Sud , s'étoit abfenté , & le
Roy fut fupplié de faire publier une Proclamation
pour le faire arrêter , avec promeffe
de récompenfe , & cette Proclamation
fut publiée le quatre. L'on prétend
que les Directeurs de la Compagnie de la
Mer du Sud ne font pas feuls coupables du
difcredit & de la ruine des Particuliers :
On en accufe auffi quelques- uns des Membres
du Parlement , qui ayant eu des Actions
pour des fommes confiderables , dès
le temps que l'Acte qui augmente le fond
de cette Compagnie , étoit encore devant
le Parlement , les ont vendues à un prix .
fort haut , à des Particuliers qui fe trouvent
ruinez maintenant par la baiffe de ces
effets . On a fait défentes aux Officiers &
aux Directeurs de la Compagnie de la Mer
du Sud de fortir du Royaume , à peine
d'être condamnés comme coupables du
crime de Felonie , & ils ne peuvent vendre
ou tranfporter aucune partie de leurs
biens meubles ou immeubles fous la même
peine. Le Bil pour la taxe de trois Schefings
par livre fur les Terres , Rentes , Penfions
, & autres revenus , a été approuvé
DE FEVRIER.
prepar
la Chambre des Seigneurs. Le Comte
de Stanhope , Miniftre & Secretaire d'Etat ,
& nommé pour remplir l'employ de
mier Ambaffadeur Plenipotentiaire au
Congrez de Cambray , mourut le 16 de
ce mois ; il n'a été malade que vingtquatre
heures , pour s'être échauffé par
un Difcours trop vehement , qu'il fit le 15
à la Chambre des Seigneurs. Le Roy a
donné fa place de Secretaire d'Etat , au
Vicomte de ToWnfend. M. Craggs , Secretaire
d'Etat , a la petite verolle . Le
Comte de Cadogan eft auffi incommodé ,
& la Ducheffe de Mancheſter eft morte la
femaine derniere. On travaille à équiper
la Flotte que le Roy doit envoyer cette
année dans la mer Baltique au fecours de la
Suede ; elle fera compofée de vingt- cinq
Vaiffeaux de guerre , & on affeure qu'elle
fera commandée par l'Amiral Norris, comme
l'année derniere.
L
A Lisbonne le 30 Janvier 1721-
E Roy par fon Edit du 8 Decembre
dernier , a inftitué dans cette Ville
une Académie , compofée des plus habiles
Hiftoriens de fes Etats , dont il s'eft declaré
le Protecteur. Sa Majesté leur a
donné pour leurs Affemblées , une magnifique
Maifon , qui eft dans la Place de
Pij
172 LE MERCURE
Bragance, & ils s'y affemblerent pour la
premiere fois le jour de la Conception de
la Vierge , en prefence du Roy. Sa Majefté
nomma cinq Directeurs , qui doivent préfider
l'un aprés l'autre ; & qui font le Pere
Dom Manuel Caetano de Souza , Clerc
Regulier , le Marquis de Fronteira , le
Marquis d'Abrantes , le Comte d'Alegrette
, & le Comte d'Ericeyra . Cette
nouvelle Académie eft chargée de travailder
à un nouveau Corps d'Hiftoire de ce
Royaume , & à celle de nos Conquêtes
dans les Indes Orientales & Occidentales .
On lui a donné pour Devife la Verité avec
fes Attributs , & cette Infcription ,
Reftituet omnia. Cenouvel établiffement a
été celebré par plufieurs Pieces de Vers
Portugais & Latins , que les Académiciens
ont faits pour louer le Roy de fon attention
pour les Sciences , & de la protection
qu'il leur accorde ,
A Madrid le 21 Février 1721 .
Es. efcarmouches continuelles des
Maures fatiguoient à un tel point
Armée des Espagnols , que le Marquis
de Lede après avoit fait augmenter les
fortifications de Ceuta d'une Paliffaded'un
Chemin couvert , & d'une Efplanade
, a pris la refolution de faire rentrer
DE FEVRIER. 173
toute fon Armée dans cette Ville ; ce
qu'il a executé la nuit du 4 au 5 de ce
mois , fans aucune oppofition de la part des
Maures le fix cependant comme ils s'étoient
approchez de trop près des Redoutes
, on leur détacha quelques Brigades
pour les faire retirer , & dans ce peri
combat on leur tua fix hommes , & les
Efpagnols perdirent un Dragon & deux
chevaux. Trois Compagnies des Gardes
Vailones font déja arrivées en Andaloufie :
on y en attend trois autres des Gardeş
Efpagnoles , qui feront fuivies du refte de
P'Armée , que l'on doit embarquer inceffamment.
LA
A Rome le r Février 1721.
A Princeffe Clementine Sobieska , &
le Prince fon fils , font en parfaite
fanté cette Princeffe fe leva le 9 de ce
;
mois pour la premiere fois depuis les couches
; elle dina en publicavec le Chevalier
de faint Georges fon Epoux , & avec la
Princeffe des Urfins ; & elle fut complimentée
le foir par le Cardinal Tanara au
nom du Sacré College . Le Pape tint un
Confiftoire le trois de ce mois , dans lequel
il propota divers Evêchez , & entr'autres
l'Archevêché d'Athenes pour M. Maffei ,
que Sa Sainteté a auffi nommé fon Nonce
Extraordinaire à la Cour de France .
Piij.
17.4 LE MERCURE
Reflexion für la maniere de Précher.
I tous les Ecoliers qu'on envoye au
S Ecole
College n'étoient pas au bout de quelques
années , plus inftruits ni mieux dif--
ciplinés qu'au premier jour , n'y auroit- il
pas lieu de conclure que le Maître auquel
on les a envoyés , n'a pas la methode
d'enſeigner.
Il y a un tems infini qu'on prêche , les
Chaires font pleines de Predicateurs qui
font fuivis avec affluence , & cependant
vous ne yoyés pas les hommes plus inftruits
, ni plus faints qu'ils l'étoient dans
leur bas âge , & peut- être le font- ils moinspour
la plupart , qu'ils ne l'étoient.aufortir
de leur Catechifme...
Que conclure ?
Dira-t'on que c'eft la faute des Auditeurs
? Comme les hommes étoient .
moins dociles que les enfans ; au contraire
, ils ont plus de difpofition , puifqu'ils
vont eux - mêmes dans l'intention
de fe faire inftruire au lieu que les enfans
y vont fans aucune difpofition , feulement
parce qu'ils y font menés , & fouvent
malgré eux ; avec cela on ne laiffe
pas que d'inftruire les enfans ; d'où vient.
n'inftruira -t'on pas les hommes ?
DE FEVRIER . 173
Dira- t'on qu'il n'y a plus rien apprendre
aux gens du monde aprés le Cates
chifme ? C'elt comme fi on difoit qu'il
n'y a plus rien à apprendre à celui qui
fçait l'Alphabet ; le Catechiſme contient
les principes de la Religion , mais ce n'eft
pas affez , il y a la liailon des principes ,
qui forme , pour ainfi dire , le corps de
la Religion , & c'eft cette liaiſon des principes
qu'il faut apprendre aux hommes
c'eft là leur Catechifme ..
Dira- t'on que c'eft la faute des Predi
cateurs , qui ne font ni affez habiles , ni
affez zélés ? Il faut rendre cette jufticè
qu'on voit des Predicateurs d'une vie exem
plaire , & d'un génie fuperieur , & qui
cependant ne font pas plus de progrès que
les autres fur l'efprit des Auditeurs .
Voyons donc fi ce peu de progrès në
vient pas du defaut de la methode .
Qu'est- ce qu'un Sermon ? C'eſt un grand
difcours que fait un Predicateur fur un
texte , qui pour le commun des hommes
ne dit rien , ou peu de chofe , & qu'il tâs
che à rendre fertile par la fecondité de
fon imagination ; Quel prodige ! c'eſt un
grain dont il entreprend de faire une moif
1on entière.
Ce difcours eft communément d'une
heure , für quelque fujet que ce foit ,
bref
ou long , il faut remplir neceffairement cet
P. iiij.
176 LE MERCURE
elpace qui eft preſcrit , fans fortir , s'il fe
peut , de fon texte.
Le Sermon doit avoir deux parties , &
n'en peut avoir plus de trois ; le Predicateur
eft aftreint à cette mefure , il faut
qu'il prenne deux ou trois repos , & n'en
peut pas donner davantage à fon Auditeur.
A l'égard du ftile , il ne doit pas être .
commun , le difcours doit être élevé
fleuri , varié , fans écart & fans repetition ,
uu Predicateur qui a acquis ce grand talent
d'éloquence croit avoir tout fait .
Après cela doit-on s'étonner files Predicateurs
font fi peu de fruit ? la raiſon
en est bien naturelle ..
1. Cette maniere de prêcher n'eft point
proportionnée à la portée de l'Auditeur ;
d'un mot ou d'un texte tirer tout un Sermon
, c'eft promener l'Auditeur dans les
efpaces imaginaires , il ne fçait où il eft ,
il n'a plus de prife ; le prêcher pendanɛ
une heure entiere avec fi peu de repos ,
c'est l'étourdir & non l'inftruire ; compo
fer un Sermon pour le debiter de memoire
, c'eft fe donner en fpectacle , c'eft
vouloir prouver qu'on a de grands talens ,
c'eft aufli tout le fruit qu'on en doit attendre.
Que faut il donc faire ?
2. Il faut fe mettre à la portée des .
Auditeurs , & ne leur pas croire plus d'ef
DE FEVRIER . 177
prit qu'ils n'en ont , ne fe point donner la
torture pour en avoir plus qu'eux , ne traiter
que des fujets fenfibles & d'une maniere
aifée , les verités même les plus ab
ftraites deviendront familieres , fi on les
appuye folidement , fi on en dévelope bien
les principes , fi on en fait voir la neceflité
, la fageffe & l'utilité ; le ftile leplus
naturel & le moins étudié , fera plus
d'impreflion fur tous les efprits , qu'un riche
amas de paroles & de belles penfécs .
3. Comment inftruit on les hommes
en quelque genre que ce foit ? ce n'eft point
par un long difcours debité avec emphafe ,
c'eft par des propofitions fimples , claires
& intelligibles , repetées autant de fos
qu'il eft neceffaire pour les faire com
prendre.
2
4. La repetition qu'on évite , comnie
une marque de fteriliré de la part de celuiqui
parle , et neceffaire pour forcer les
barrieres de l'efprit de celui qui écoute
la conception de l'Auditcur ne marche pas
comme la voix du Predicateur ; à mofure
que le Prédicateur debite , fa memoire fe
foulage à mesure que l'Auditeur écoute,
fon attention fatigue ; écouter , c'eft penfer,
& plus que penfer ; car c'eft penfer
non felon fon génie , mais felon le génie
de celui qui parle.
5. Si un Predicateur prêchoit à un
178 LE MERCURE
homme feul , il fe donneroit bien de garde
de prêcher comme il fait , ne parlant que
pour être entendu , il donneroit le tems
à celui qui l'écoute de le concevoir ; ik
recommenceroit deux fois , trois fois cet
qu'il n'auroit pas entendu la premiere , lo
nombre des Auditeurs ne les rend pas plus
intelligens , au contraire , le nombre dé
tourne l'attention ; un Predicateur eft moins
entendu quand il prêche à plufieurs , que
s'il parloit à une feule perfonne , & coina
me fouvent il ne pourroit pas être entendu
de fon feul Auditeur d'une intelligence
ordinaire s'il ne recommençoit plus d'une
fois la même chofe , il doit conclure qu'il
fort fouvent de Chaire fans avoir été entendu
de perfonae ; fon difcours eft un
torrent quia paffé en prefence d'une grande
Affemblée , qui n'en a , pour ainsi dire ,
rien retenu .
A
"
6. Loin de tirer vanité d'un Sermon
compofé avec beaucoup d'art , un Predi
cateur feroit bien humilié s'il penfoit fe
rieufement que toute la peine qu'il s'eft
donnée , n'a fervi qu'à endormir les uns ;
& ennuyer les autres , & qu'il n'a été
peut- être entendu de perfonne.
Conclufion.
7. Les enfans profitent au Catechifme;
& les hommes ne profitent point au Ser
c'est donc que la methode - du Camon
;
DE FEVRIER . 179
techifme eft plus propre pour inftruire que
celle du Sermon ; il feroit donc à propos
de remettre les hommes au Catechifine ,
je ne dis pas pour leur apprendre la même
chofe qu'aux enfans , mais pour leur ap
prendre par la même methode les chofes
les plus élevées .
MORTS ETRANGERES..
OM Alfonfo Botheo de Soufo, Doyen
du Confeil Royal de Portugal , Chancelier
des trois Ordres Militaires , & Che--
valier de l'Ordre de Chrift , mourut le .
Decembre 1720 , âgé de 83 ans .
Anne Marie-Therefe de Meyftetten ,
épouſe d'Antoine Erneſt Barchard , Baron
de Birckenſtein , Seigneur de Bestuvin &
de Kuchel , Confeiller Aulique de l'Empe
reur , & premier Ingenieur au Royaume
de Boheme , mourut à Vienne le 24 Decembre
, âgée de 49 ans.
Helene Frederique Baronné de Berg &
Herndorf, époufe de Silvio Frederic Comte
de Dyhem , Baron de Schenau , mourut
à Vienne le 26 Decembre , âgée de 18 ans .
Jean Georges Comte de Sonniock , Baron
de Budeti , Chambellan de l'Empereur,
mourut le 4 Janvier 1721 , âgé de 64 ans .
N. de Wederkopf, Confeiller au Confif
180 LE MERCURE
Privé de Duc de Holftein mourut
Hambourg le 16 Janvier en fa 81 année .
› Le Chevalier Charles Cooke , l'un des.
Commiffaires du Commerce , & Alderman
de Londres , mourut le 13 Janvier.
François- Georges d'Engel , Comte de
Wagrain , Confeiller d'Etat & Chambellan
de l'Empereur , mourut le 15 Janvier , âgé
de Gians.
Dom Jofeph de Ozcariz , Conſeiller au
Confeil Suprême du Roy d'Efpagne , General
de l'Inquifition , Chevalier de l'Ordre
de Saint Jacques , & grand Collegial de
Saint Barthelemy de Salamanque , mourut
à Madrid le Janvier , âgé de 53 ans.
Le P. Barthelemy de Eleazar , Jefuite ,
connu par plufieurs Ouvrages qu'il a donnés
au Public , mourut à Madrid le Janvier
en fa 73 année.
Fulvio Aftalli , Romain , qui avoit été
nommé Cardinal en 1686 par le Pape Innocent
XI, mourut Doyen du facré College
le 14 Janvier , en fa foixante- fixiéme année
, & en la trente quatrième de fon
Cardinalat.
Le Lord Oliphant , Seigneur Ecoffois
mourut le Fevrier : par fa mort cette
famille fut éteinte..
DE FEVRIER .. 181
Le Sieur Fatti , Mellinois , Secretaire
du Gouvernement , mourut à Rome le
16 Janvier.
Le jeune Prince dont l'Archiducheffe
d'Autriche , époufe du Prince Electoral
de Saxe , étoit accouchée depuis peu ,
mourut le 22 Janvier , âgé de deux mois
quatre jours.
MARIAGE.
Ferdinand Leopold Comte de Herberftein
, époufa le 15 Janvier Marie - Anne
Baronne de Ulm , Dame de l'Imperatrice
regnante,
NAISSANCES,
La nuit du premier au deux Janvier la
Princeffe époule du Duc Erneft Ferdinand
de Brunfwick - Beyeren , accoucha d'un
Prince.
Le 17 Janvier la Princeffe Palatine de
Sultzbach , fille unique de l'Electeur Palatin
, accoucha de la Princeffe Marie Elizabeth
Augufte Louiſe Innocente Caroline
Eulalie.
Le 8 Janvier la Connêtable Colonne
accoucha à Rome de la Princeffe Marie
Victoire.
"
182 LE MERCURE
CHARGES ET DIGNITEZ.
Le Decembre 1720 , le Roy de Portugal
nomma à l'Archevêché de Goa ,
Primatie des Indes Orientales , le Pere
Ignace de Sainte Therefe , Chanoine Regulier
de Saint Auguftin , & Docteur de
P'Univerfité de Coimbre.
A l'Evêché des Iflès du Cap Verd , le
P. Jofeph de Sainte Marie , & cy devant
Gardien du Seminaire de Varatrio.
Et à l'Evêché de Cochim dans la Province
de Malabao , le P. François de Valconcellos
de la Compagnie de Jefus.
Sa Majefté donna à Don Jofeph d'Acunha
Brochado , cy- devant fon Envoyé
extraordinaire en Angleterre , la Charge
de Chancelier des Ordres Militaires.
Et à Don Louis de Lima , Clerc Regulier
de la Providence , la Charge de
Secretaire des Langues dans le Secretariat
d'Etat.
Le Decembre 1720 l'Empereur donna
à Cefar Comte Barbiani , Marquis de Belgioiofo
, Colonel du Regiment de Dragons
de Walmerode , la Charge de Sergent
general.
DE FEVRIER. 183
"
Au Prince Trivulce , celle de Colonel.
Et à N. Koning , ancien Capitaine de
Grenadiers , celle de Major de la Fortereffe
de Bude .
En Janvier 1721 Sa Majesté Imperiale
nomma à l'Evêché de Neuftadt N. Comte
de Rovere .
En Janvier le Roy d'Efpagne s'étant
fait remettre entre les mains tout ce qui
concernoit l'adminiſtration des Finances ,
dont le Marquis del Campo Florido avoit
la direction , Sa Majefte ordonna à Don
Nicolas Hinoiofa Treforier general , de
rendre fes comptes , & donna fa Charge à
Don Fernando Verdes de Montenegro.
Sa Majesté nomma Brigadiers de fes
Armées , Don Jofeph de Cordoue d'Alagon
, & le Chevalier de Gomicourt.
Donna le Regiment d'Infanterie de
Valdemazara , à Don Antonio Garafalo,
La Lieutenance-Colonnelle du Regiment
de Cavalerie d'Andaloufie à Don Pedro
Ignatio Patino , Capitaine .
Celle du Regiment de Cavalerie de Salamanque
, à Don Pedro Ponce de Leon.
Et celle du Regiment de Caftille Infanterie
, à Don Lorenzo Narvaez , Commandant
du fecond Bataillon .
Quelques jours aprés Sa M. Catholi
que donna à Michel Duran , Marquis de
Tolofa , Secretaire des Dépéches de la
184 LE MERCURE .
Marine & de la Guerre , la Charge de
Confeiller au Confeil Suprême des Indes.
Les Charges de Secretaires des Dépêches
de la Marine & de la Guerre à Dom
André de Pés, & à N. Marquis de Caſtelar.
A Don Gratian de Peralta , & à Don
Manuel de Buftamente , celles d'Auditeurs
daus la Chancellerie de Valladolid .
Nomma Maréchal de Camp Dom Emanuel
Navarra , Brigadier.
Donna la Charge de Soû- Lieutenant
des Gardes du Corps de la Compagnie
Italienne , à Dom Nicolas Sangro , qui
en étoit Brigadier.
Celle de Guidon de la même Compagnie
, à Dom Michel de Cavanillas.
La Lieutenance Colonelle du Regiment
de Dragons de Belgia , à Dom Guilelmo
Amoir , Capitaine .
Celle des Dragons de Sarragoffe , à Dom
Francifco Moret , aufli Capitaine.
Le
Janvier , le Pape accorda au Cardinal
Aquaviva , pour le Chevalier Sachetti
, la Commanderie de Lodi dans le
Milanez vacante par la mort du Com- >
mandeur Sachetti.
Et au Comte de Bonarelli , la Charge
de Cornette des Cuirafliers , vacante par
la mort du Chevalier Eustache Molca .
Le 14 Janvier , le Comte de Sutherland
& l'Amiral Bing pretérent ferment en qualité
DE
185
FEVRIER.
lité de Confeillers au Confeil Poivé d'Angleterre
, & y prirent feance .
Le 3 Fevrier , le fieur Aiflabie , Chancelier
de l'Echiquier , fe démit de cette
Charge .
Et Sa M. Britannique donna le Gouver
nement du Château de Darmouth , à N.
Treby , Colonel du Regiment des Gardes.
Le Janvier , le Roy de Suede donna:
la Charge de Grand Maréchal , au General
Axel Spar,
Celle de Grand Chambellan , au Baron
de Toraflycht , Colonel du Regiment des
Gardes .
Celle de Prefident du Confeil des Mines
, que poffedoir le fieur Spens Senateur,
au fieur Bonde Intendant d'Oftrogothio .
L'Intendance d'Oftrogothie , au fieur
Cruys.
Celle de Calmar , vacante par la mort
du Comte de la Gardie , au Major Gene-
-ral Fletuvood.
Et le Baron de Falftrow fut nommé
Prefident du Tribunal de Wilmar.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat
EROY s'étant fait reprefenter en
fon Confeil l'Arreft rendu en icelui le
21 Janvierdernier , par lequel Sa Majellé
186 LE MERCURE
auroit ordonné que les anciennes Efpeces
à reformer ne continueroient d'être reçûës
dans les Bureaux des Recettes du Roy que
pendant le mois de Fevrier auffi dernier ;
& Sa Majesté étant informée qu'il eft neceffaire
pour le foulagement des Contribuables
les plus éloignez , de faire rece
voir dans lefdits Bureaux les Efpeces à
reformer fur le même pied qu'aux Hôtels
des Monnoyes : A quoy voulant pourvoir,
Ouy le Rapport du Sieur le Pelletier de la
Houffaye , Confeiller d'Etat ordinaire &
au Confeil de Regence pour les Finances ,
Controlleur General des Finances : SA
MAJESTE ESTANT EN SON CONSEIL....
de l'Avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , a ordonné & ordonne , que les
Efpeces à reformer feront reçûës en payement
des Droits du Roy dans tous les Bareaux
des Recettes de Sa Majefté jufqu'au
jour de la publication du premier Arreſt
de diminution , fur le même pied qu'aux
Hôtels des Monnoyes. Veut au furplus Sa
Majefté que l'Arreft de fon Confeil du
21 Janvier dernier foit executé felon ſa
forme & teneur , ce faifant , que les anciennes
Efpeces à convertir continuent d'être
prifes à la Piece dans lefdits Bureaux
"jufqu'à la prochaine diminution fur le pied:
fixé par l'Arreft du Confeil du 18 Novembre
1720 , & que toutes lefdites Ef
·
DE FEVRIER. 187
peces tant à reformer qu'à convertir , ne
puiffent plus eftre expofées dans le Public ,
ni gardées par les Particuliers & Communautez
fous les peines portées par ledit
Arreft & autres Reglemens. Enjoint Sa
Majefté aux Officiers des Cours des Monnoyes
, & aux Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces & Ge
neralitez du Royaume , de tenir la main à
l'execution du prefent Arreſt qui fera lû
publié , regiftré & affiché par tout où befoin
fera , & fur lequel toutes Lettres neceffaires
feront expediées . Fait au Confeil
d'Etat du Roy , Sa Majesté y étant , tenú
à Paris le quarriémé jour de Mars mil fept
cent vingt un. Signé , PHELYPEAUX.
L
ERRATA.
'Abbaye de Morigny , dont on a parlé
dans la Lifte des Benefices du mois dernier
, vaquoit par la mort de M. le Sage ,
Aumônier de feuë S. A. R. Madame ,
Douairiere de Guife , & non pas par M.
Philippe Malet , qui a laiffé vacante par fa
mort l'Abbaye de Valence , Dioceſe de
Poitiers.
L'Abbaye de la Nouvelle de N. D.
Gourdon , Diocefe de Cahors , qui vaquoft
Qij
You' LE MERCURE
par la déreiffion de M. N. d'Eñaut en 1717 ,
a été donnée à M. Bailli .
P. 120 , penfion de 600 livres à M.
Lardy , Chanoine de Sainte Croix de la
Bretonnerie .
>
Dans la Piece de M. Moreau de Montour
imprimée le mois dernier , au:
15 Vers , life , Jadis Artus ce fidelle Efpion.
Au 28 , life , Or tout confideré.
La maladie de l'Auteur eft caufe qu'il
s'eft gliffé deux fautes confiderables dans
le Mercure de Janvier. L'une , que M. le
Maréchal d'Eftrées avoit eu de la Cour ,
à fon retour des Etats de Bretagne , une
penfion de 40000 écus , ce qui eft abſo-
Jument faux ; la feconde faute roule fur
M. Andri Medecin , puifqu'il n'est point
vrai qu'il ait été nommé à un des fix Departemens
de la Biblioteque du Roy..
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Fevrier 1721
& j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreflion
. A Paris ce 4
Mars 1721.
HARDION
.
D
TABLE.
ن م
' alogue d'Apollon & Mercure.:
Lettre de M... fur la longueur
la brieveté de la vie des hommes. 24
Memoire pour fervir de Supplément à la
Diſſertation inferée dans le Mercure du
mois de Septembre dernier , fur les Dignitez
hereditaires attachées aux Terres titrées
Par Monfieur D. L. R.
2
3.8.
47
Lettre d'Alcibiade à Periclés.
Ceremonies & Coutumes de tous les Peuples
du Monde , reprefentées par des Figures
deffinées de la main de Bernard Picart ;
avec une explication historique , & les;
; Differtations de plufieurs Sçavans , qui
étoient devenues rares.
Arrefts , Edits & Declarations.
73
78
Extrait du mariage fait & rompu , Comedie
en trois Actes, par M. du Frêni .
L'heureuse Esclave..
102
ILI
Morts de Paris.
Mariages,
124
128
Au Roy , fur le jour de fa naissance . 130 '
A Mademoiselle de G *** fur ce qu'elle
dormoit beaucoup. ·
Enigmes.
Chanson.
1333
135
137
Refrain fur une Lampe , à Madame de ***
139
Journal de Paris. 141
Extrait d'une Lettre écrite par M. le Curé
d'Allonville à M. de Fourcy Abbé de Saint
Vandrille , le 7 Janvier 1721. 144 .
A Saint Jean d'Angely , le 11 Fevrier
1721. 146
Benefices donnez.· 147
Refultas de la Banque du 27 Fevrier
1721.
Nouvelles
Etrangeres.-
Reflexion fur la maniere de Précher.
Morts Etrangeres .
Arreft des Monnoyes
158
161
174
179
185
LE
NOUVEAU
MERCURE.
MARS 1721.
Le prix eft de vingt - cinq fols,
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.'
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rug
S. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THEN . W YORI
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LEXA
TILDEN FODATIO
1995
AVIS.
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
ils resteront au refans
quoy
but.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bú CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On trouve chez A. D. Rogiffart , Librai
e à la Haye , tous les Mercures de
Paris. On prie les perfonnes qui voudront
lui addreffer des Paquets de France à la
Haye , de les envoyer auparavant ,
chis de ports , à M. Buchet Auteur du
Mercure qui les fera tenir au Sieur Rogiffart
.
affran-
De l'imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
MERCURE .
SUITE DU
SONGE
d'Alcibiade.
N doux
penchant , un
parterre
émaillé de mille fleurs , me
conduifirent
dans un lieu fi
rempli de
merveilles , que je
me crus tranfporté
par
enchantement
dans
le fejour des
Divinitez ; mes yeux ne me
fuffifoient
pas pour tant de beautez , &
je devorois
avec
rapidité
tous les objets
qui fe prefentoient
, fans me donner le
tems de les
démêler. J'arrivai au milieu
de quatre
allées ; une foule
prodigieufe
de
peuple
accouroit de toutes parts : Le fpetacle
devint
tragique , après m'avoir
d'abord
agreable. Les uns paffoient
fur le
pary
ventre des autres pour y arriver les pre-
. A ij
4 LE MERCURE
miers ; je voyois des morts & des mourans
à droite & à gauche , qui avoient le vifage-
Fourné de notre côté , comme pour témoigner
le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir pu y arriver. Je demandai
à Socrate la raifon d'une fcene fi terrible
; ce font , dit- il , des furieux , dès
foux , des ambitieux , qui facrifient indifferemment
leurs amis & leurs ennemis à leur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée , aveugle
qui a un pied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail auprès
d'une roue , & de fa gauche une
corne d'abondance , eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous me demandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
l'appellent la Fortune ; ils veulent qu'elle regiffe
le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée fur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
-monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MAR S.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exercent
les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des voeux & offrent fans ceffe
des facrifices . Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eſt naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez , que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeffes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité ,
ils envient encore jufqu'à l'air que les autres
refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pour recompenfe que le defefpoir de s'être
attachez à elle ; ils fe frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appellons
Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'efpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochaine
: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
comme s'ils joüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne , dorée ; mais qu'ils attendent
encore , ils verront leur efperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanouir au même moment : ce n'eſt
A j
4 LE MERCURE
miers ; je voyois des morts & des mourans
à droite & à gauche , qui avoient le vifage
tourné de notre côté, comme pour témoigner
le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir pu y arriver. Je demandai
à Socrate la raifon d'une fcene fi terrible
; ce font , dit- il , des furieux , dès
foux , des ambitieux , qui facrifient indifferemment
leurs amis & leurs ennemis à leur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée , aveugle ,
qui a un pied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail auprès
d'une roue , & de la gauche une
corne d'abondance , eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous me demandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
Pappellent la Fortune ; ils veulent qu'elle regiffe
le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée ſur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent .
DE MAR S.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exercent
les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des voeux & offrent fans ceffe
des facrifices . Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eft naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez , que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeſſes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité ,
ils envient encore jufqu'à l'air que les autres
refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pour recompenfe que le defefpoir de s'être
attachez à elle ; ils le frappent la poitrine ,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appellons
Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'eſpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochaine
: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
comme s'ils joüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne , dorée , mais qu'ils attendent
encore , ils verront leur eſperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanoüir au même moment : ce n'eſt
A ij
LE MERCURE
qu'un verre fragile ou une mer calme ,
fur laquelle les Navires fe joient , & qui,
l'inſtant après , ouvre des gouffres affreux
pour les engloutir.
Cette femme feroit moins dangereufe
à fuivre , fi elle n'étoit à craindre que par
fa legereté ; car ce n'eft pas la faute fi les
hommes lui donnent trop de confiance.
Ce qu'on voit de plus condamnable en
elle , c'eft le peu de choix avec lequel
elle difpenfe fes faveurs , c'eft parce qu'elle
eft aveugle. Ainfi , vous voyez les méchans
comblez de biens , qui ne font dûs qu'aux
Bons , & acquerir par des crimes les honneurs
qu'elle refuſe à la vertu.
On méprife , on abhorre le vice , & on
le couronne. On loue , on eftime la vertu ,
& on la laiffe dans l'indigence. C'eft ce
qui a donné lieu à quelques-uns de dire ,
que les Dieux ne fe mettent point en
peine des chofes d'ici bas , puifque les
bons étoient prefque toujours neceffiteux ,
pendant que les méchans fe voyoient comblez
de profperitez mais ces impies ne
fçavent pas que ces mêmes profperitez
font les boureaux des méchans ; ils ignorent
que les Ethiopiens , faute de fer ,
accablent de chaînes d'or leurs criminels :
en font-ils plus heureux ces captifs , qui
ne deviennent plus riches qu'à meſure
qu'ils deviennent plus coupables ? & la
liberté eft - elle moins à regretter fous le
DE MARS. A
poids de l'or que fous celui du fer ? Il en
eft de même de ceux que la fortune pre
fere aux gens de bien : Nous nous imaginons
que c'eft une grace , & ce n'eft qu'un
artifice cruel , pour les rendre plus miferables
; car la poffeffion des richeffes jette
les hommes dans l'immoderation , & les
defirs qui viennent de l'immoderation , les
agitent bien plus que ceux qui naiffent des
fimples befoins.
Les appas que cette Déeffe prefente , cou
vrent un hameçon dont la bleffure eft
mortelle ; c'eft avec cet hameçon qu'elle
furprend ceux qui ne font pas fur leurs
gardes fes faveurs font encore plus dangereufes
que le Thirle de Bachus , dont
les feuilles vertes cachent la pointe cruelle.
Le poifon ne fe prefente pas dans l'argile,
il n'eft à craindre que dans les vales precieux
, & quand il eft mêlé avec le vin
de Thaze.
Mais pourquoi , lui demandai-je , tous
ceux qui viennent de quitter la fortune,
ne s'en retournent- ils pas par le même
chemin?Qu'importe , me répondit Socra
te , ils courent également à leur perte ,
c'eft -à-dire à la volupté , & c'eft leur
mauvais genie qui les y conduit par diver-
Les voyes.
Le penchant au mal embraffe plufieurs
fentimens , & ces fentimens font expri
A iiij
3. LE MERCURE
mez par les differens fentiers que prennent
ceux que la fortune a comblez de fes faveurs.
Chaque route que ce penchant fait
fuivre , aboutit à un précipice : Ceux qui y
marchent , y tombent inévitablement. Il
n'en eſt pas ainſi du bien ; un feul vice
nous conduit à notre perte ; une feule vertu
ne nous mene point à notre felicité . Il
n'eft pas neceffaire , pour eftre condamné
par les Juges qui pefent aux enfers les
vertus & les vices des mortels , d'être coupable
de tous les crimes ; mais on ne peut
parvenir au fouverain bien , qu'en pratiquant
toutes les vertus. Un feul vice fuffit
pour nous perdre , il porte avec lui , en
quelque forte , le poifon de tous ceux dont
nous fommes innocens. Une feule vertu
que nous n'avons pas , nous éloigne de
notre bonheur , & nous ôte le merite de
toutes celles que nous avons. Il faut donc ,
Alcibiade , eftre exemt de defauts pour
eftre uni au fouverain bien , qui eft le
centre de notre ame ; car comme le fouverain
bien eſt un eftre pur & l'exclufion
abfoluë de toute imperfection , nous ne
fçaurions y atteindre & le poffeder , fi nous
ne devenons purs comme lui par l'habitude
de toutes les vertus & par la feparation
abfoluë de tous les vices . Toute union
fuppofe des rapports & des proportions
neceffaires , & il ne peut y avoir de rapDE
MAR S.
port ni de proportion entre cet Etre parfait
& nous , tant qu'il y aura dans une
ame un affemblage de bien & de mal , un
cahos & une confufion monftrueuſe de
vertu & de corruption.
Ne doutez point que tous ceux que vous
voyez s'écarter en tant de differens ent
droits , ne courent à leur . perte certaine :
Suivons- les , vous ferez témoins de l'ulage
qu'ils vont faire de leur nouvelle profperité
, & vous verrez que le premier fruit
qu'ils en retirent , c'eft d'être méchans impunément
, & de jouir à force d'argent des
avantages de la vertu , en perfiftant toujours
dans le vice.
•
L'allée dans laquelle nous étions , aboutiffoit
à un édifice magnifique ; on l'auroit
cru élevé par les Dieux ; on n'y voyoit
partout que des chefs - d'oeuvre de l'art.
Quel fuperbe portique fur la gauche , &
quel ample theatre s'offroit fur la droite !
Tout le marbre de sparte & du mont Hymete
, fembloit y avoir été tranfporté : Le
frontifpice étoit fi haut , que les figures
qui l'ornoient , fe perdoient prefque dans
les nuës , comme pour approcher du fejour
des Divinitez le maître de ce Palais , ou
pour l'y faire adorer avec plus de magnificence
que ne le font les Dieux mêmes
dans leurs Temples.
- Ciel , ô Ciel , s'écria Socrate ! quelle
RO LE MERCURE
folie , quel ridicule foin des hommes ! les
uns bâtiffent , comme s'ils étoient furs de
Pimmortalité ; les autres font des amas
pour leurs feftins , comme s'ils devoient
manger aux Enfers. C'eft l'ambition feule.
& non le mépris des richeffes qui leur fait
fouler aux pieds l'or & les pierreries :
Leurs plafonds dorez , leurs murs incruftez
de marbre , leurs pavez de pierres rapporrées
, & de tant de couleurs afforties , ne
edent point aux tableaux des plus excellens
Peintres.
Après avoir parcouru toutes les merveil
les de cet édifice , nous paffames dans une
gallerie que foutenoient des colonnes de
marbre d'une hauteur & d'une beauté extraordinaire
; des ftatues y étoient placées
d'efpace en efpace ; les noms des celebres
Sculpteurs , Phidias & Praxiteles , qui
étoient gravez fur les bazes , montroient
l'excellence de l'ouvrage . Dès que Socrate
les apperçut , fes yeux & fon vifage changerent
fi promtement , qu'on l'auroit cru
agité du méme efprit que la Sibylle Delphique.
Enfin , dit il , enfin ! voilà le vice dans
fon dernier excès , & la pofterité n'y pourra
plus rien ajouter : c'étoit peu pour les fujets
de la volupté que leurs honteux débordemens
, il falloit encore que leurs aneêtres
, ces grands perfonnages , en fuffenc
DE MAR'S. !
les témoins , & en paruffent les approbas
teurs. Leurs neveux dans les fiecles à venir
n'auront-ils pas lieu de croire que tous les
crimes leur feront permis , & que ces grands
hommes étoient complices de ceux de leur
famille , quand ils verront leurs ftatues
placées dans le même ordre que celles qui
reprefentent les débauches de leurs enfans?
Quelle difference , cher Alcibiade , entre
celui qui né obfcurément , brille par le feut
éclat de fes actions , & celui qui forti de
la pourpre , ne fe pare que de la nobleffe
de fes Ayeux ! A quoi fert d'épuifer vos
foins pour chercher fi vos ancêtres vous.
font defcendre d'Hercules , & fi vous pou
yez monter fans interruption jufqu'à Jupiter
même ? A quoi cette folle curiolité
vous mene-t'elle , qu'à fignaler votre va
nité , & qu'à montrer que vous eftes digne
de mépris , fi vous ne leur reffemblez pas ,
& fi de tout ce qu'ils ont été , il ne vous
refte que leur nom que vous deshonnorez,
& que le peuple vous donne à regret ? La
gloire de vos Ancêtres fait l'éclat de votre
naiffance ; mais la gloire de vos actions.
doit faire l'éclat de votre vie . L'admiration
& Pimmortalité qu'ils le font acquifes ,
ne ferviront qu'à vous rabaiffer , fi vous
ne marchez fur leurs traces , & leur reputation
vous accablera de honte , fi loin de
nous donner occafion de comparer votre
12 LE MERCURE'
gloire avec la leur , vous nous obligez au
contraire de comparer vos vices avec leurs
vertus. Vous vivez dans la plus floriffante
partie de l'Univers , la nobleffe & la gloire
de vos ayeux ne vous y laiffent rien à
defirer , & la route que vous devez ſuivre,
eft toute frayée.
Dans le tems que Socrate me parloit ,
une troupe de domeftiques plioit fous le
poids des baffins qu'ils portoient. Un
Trompette qui avertiffoit de l'heure du
repas , marchoit à leur tête . Le bruit avoit
interrompu Socrate , c'eft pour ne pas perdre
un inftant de chaque journée , reprit- il ,
que cet homme avertit de chaque plaifir.
Entrons dans ce falon avant que les conviez
arrivent.
Des lits de pourpre étoient rangez autour
d'une table de cedre , admirable par
le bizarte mêlange des couleurs & des veines
differentes dont elle étoit fouettée :
elle étoit foutenue par des dents d'Elephant
, où l'on voyoit en bas relief le feſtin
des Dieux après la defaite des Geans , &
les nôces de Thetis & de Pelée ; cet ouvrage
étoit le chef- d'oeuvre de l'Afrique .
A droite , s'élevoit un Buffet fuperbe ,
Mentor en avoit gravé tous les verres ,
& Mios s'étoit furpaffé dans les bas reliefs
qui paroiffoient fur les coupes de criſtal .
L'on voyoit fur ce Buffet peu de vales
DE MAR S.
13
d'or la porcelaine & le criftal en faifoient
tout l'ornement , & leur fragilité ,
tout leur prix . C'est là , me dit Socrate ,
le veritable luxe , que de le faire conſiſter
en des chofes que l'on puiffe perdre tout
d'un coup & fans reffource. Ne diroit- on
pas à voir cette profufion de vafes , que
le nectar n'eft delicieux que dans l'émeraude
, & qu'il perd fon prix dans l'argile ?
Mes yeux étoient occupez à ce fpectacle,
& mes oreilles au difcours de Socrate ,
quand un bruit confus me fit comprendre
que les conviez arrivoient. Deux femmes
venoient les premieres , l'une étoit d'un
embonpoint extrême ; elle avoit la peau
blanche , le vifage gay , le teint frais &
vermeil ; l'autre avoit les cheveux épars ,
elle fembloit plutôt traîner que porter fa
robe qu'elle n'avoit qu'à moitié mife : Son
air étoit lent , fa démarche negligente
; le fommeil étoit encore répandu fur
fon vifage. A peine fes yeux pouvoient
fupporter l'éclat du jour ; fa tête étoit
chancelante fur fes épaules ; elle avoit
pourtant de la beauté. Connoiffez - vous
ces deux femmes , demandai-je à Socrate ?
Quy , dit - il , leur figure m'apprend ce
qu'elles font celle que vous voyez la premiere
, fe nomme l'Intemperance ; elle vient
de faire un repas en fecret , qu'elle n'a
quitté que pour le mettre à cette table.
14 LE MERCURE
.
L'autre qui fe frotte les yeux , qu'elle
n'ouvre qu'à peine , eft nommée par les
femmes qui s'aiment , le Repos ; mais fon
veritable nom eft la Pareffe . Elle fort de
fon lit , & va le recoucher fur celui que
Nous voyez , la tête encore remplie des
vapeurs du fouper du jour precedent.
Après ces Dames , on vit paroître le
refte des convięz . On leur prefenta de
l'eau de neige pour fe laver les mains ,
puis dans des vales d'Onix , des parfums
pour les cheveux qu'ils ceignirent enfuite
de couronnes de fieurs de differentes eſpe
ces , & tous fe coucherent . Que j'approuve
leur précaution ! dit Socrate , ils embaument
le cadavre , de peur qu'il ne fente
mauvais mais qu'ils y font peu de reflexion
, & quelle difference ils feroient des
foins qu'ils doivent à leur ame , d'avec
ceux qu'ils donnent à leurs corps , fi l'idée
de fon immortalité leur étoit prefente , &
fi la brieveté des fleurs dont ils ornent
leurs têtes , les pouvoir faire fouvenir de
la brieveté de leurs jours !
Quelle quantité de mets accable les valers
, & quel poids il faut que cette table
foutienne elle tremble fous les piramides
de viandes que l'on fert , moins pour le
goût que pour le luxe & la profufion.
Les oifeaux de Colchos n'y paroiffent excellens
que par les difficultez qu'il faut
furmonter pour les avoir. Les poiflons ne
-DE MARS. T AS
font exquis qu'à proportion que les mers
où l'on les pêche , font éloignées ou orageufes
. Tout ce qui n'eft pas d'un autre
climat , eft rejetté. Que leur luxe eft ingenieux
! il leur fait trouver des ragoûts
dont un feul coûte leur patrimoine , &
fouvent celui qui les donne , s'acheteroit à
plus bas prix. Mais ce n'eft pas tout , leur
vanité ne feroit pas fatisfaite , fi vous ignoriez
les lieux d'où viennent leurs vins . Les
cruches bouchées de poix & de maſtic ont
chacune leur écriteau , où l'âge & le pais du
vin eft marqué. Quelques Lettres reftées
fur ces vieux flacons , montrent qu'ils font
pleins de vin de Lesbos & de Leucade. D'autres
écriteaux leur annoncent les vins de
Thaze & de Coos ; rien n'eft oublié ni pour
la delicateffe ni pour le luxe de la table.
C
La falle du feftin retentiffoit des chants
& des ris des conviez , lorfque tout à
coup nous vîmes entrer une troupe de
Morions : l'un d'eux vêtu de pourpre , te
nant une lyre à la main, s'approcha de la
table , & mêlant l'harmonie de fon inftru
ment à la beauté de fa voix , impoſa ſilence
à toute l'affemblée. Je fus fi charmé
de tout ce que j'entendois , que tout ce
qu'on m'avoit dit d'Arion & d'Orphée ,
me parut vrai-femblable.
Après avoir été applaudi de tout le mon->
de , on lui fit recommencer l'air qu'il avoit
chanté , dont voici les paroles.
LE MERCURE
A rendre la vie agreable
sans seffe occupons noftre esprit ,
Fuyons l'ufage méprisable
Que le groffier vulgaire fuit :
Amis , paffons la nuit à table ,
Et confumons le jour au lit.
Dès qu'il eut achevé , il parut un Pantomime
, qui frapant un tambour de cuivre,
imitoit la danſe des Corybantes ; une femme
le fuivoit ; ils danferent enſemble avec .
mille poſtures lafcives , l'adultere de Mars
& de Venus.
- Quels affaifonnemens pour un repas ,
s'écria Socrate ! N'eft- ce pas là plûtôt ranimer
les paffions mourantes que fecourir
la fain ? Quelle difference de ces moeurs
à celles des Sages , qui n'allongent leurs
repas , que pour s'entretenir de l'immortalité
de l'ame , & pour s'inftruire entr'eux
des chofes les plus cachées de la Nature !
Mais ces Emportés que vous voyés , font
indignes de goûter de pareilles douceurs.
En voulant fatisfaire à toutes leurs paffions
à la fois , ils n'en contentent aucune.
Les odeurs exquifes leur deviennent fades ,
les mets les plus delicieux leur paroiffent
infipides ; leurs yeux ne font plus furprisi
des fpectacles les plus merveilleux , & leurs
oreilles s'endurciffent aux fons les plus touchans
;
DE MAR S. 17
;
chans ; l'excès des plaifirs, Alcibiade , en ête
tout le prix.
Qu'ils feroient heureux , Alcibiade , s'ils
en pouvoient demeurer- là ! Mais vous les
allés voir paffer fans interruption , du luxẹ
à l'excès , de la table & de l'excès de la
table , au jeu ; ils font aufli avares du tems,
qu'ils le devroient être , s'ils confacroient
à la Vertu les momens qu'ils donnent à
leurs plaifirs .
Je me tournai , & je vis des valets aprocher
des tables preparées pour toute forte
de jeux de hazard ; les autres ne les touchent
point , parce qu'on n'y perd pas
affez , ni affez tôt. Il étoit aifé de juger
par l'émotion des uns & par la pâleur des
autres , qu'un coup de Dez decidoit de
leur defefpoir ou de leur bonheur. Remarquez
vous , me dit Socrate , la frayeur
qu'ils ont d'amener le Chien , & les voeux
qu'ils font pour amener Venus : il ne manquoit
à leurs moeurs que de mettre le
bonheur fous le fimbole d'une femme auffi
perdue que celle- là.
Palamede auroit- il jamais crû que ce
qu'il avoit inventé pendant le Siége de
Troye , pour Ramufement & l'inftruction
des gens de Guerre , deviendroit le fujet
de la ruine des familles , & des diffenfions
domeftiques ? Mais c'est un effet du dereglement
des hommes de tourner à mal ce
B
18 LE MERCURE
C
qui ne feur a été donné que pour leur
ufage & pour leur utilité.
¿ Que faifons- nous ici , continua Socrate ?
ces infenfés vont paffer là toute la nuit ,
& l'Aurore les trouvera les. yeux attachés
fur cette table : c'eft leur coutume de renverfer
l'ordre de la Nature , & d'employer
à fatisfaire leurs paffions le tems qu'elle
a donné aux hommes pour le repos . Pendant
que le jour nous éclaire , portons
notre curiofité par tout , & voyons fi les.
plaifirs que donne la volupté , font d'un
fi grand prix , que l'on doive tout quitter
pour elle.
-
Voici l'heure que le fpectacle va commencer.
Dans ce Theâtre où vous voyez
que cette foule s'empreffe d'entrer
les
Acteurs font payés par ceux qui les vont
entendre , pour les entretenir de la douceur
des plaifirs , & pour amolir leurs coeurs'
par des fons lafcifs , & par des maximes:
voluptueufes. Nous étions à peine hors du
falon , que le bruit des inftrumens qui preludoit
, frapa nos oreilles : nous arrivâmes
à la porte du Theatre ; il y avoit un homme
qui exigeoit de l'argent de tous ceux
qui fe prefentoient. C'eft donc ici , comme
aux Enfers , me dir Socrate , il faut payer
pour aller aux fuplices. Serions nous affez
foux d'acheter un repentir , & de donner
notre argent pour une extravagance ? Nous
ર
DE MAR S. 19
retournions fur nos pas , quand le Portier
s'écria : Entrés , entrés ; les Etrangers ni
les Philofophes ne payent point ici ; cette
loy n'eft faite que pour ceux qui n'eftimeroient
pas les plaifirs , ils ne coûtoientcher
à obtenir. Nous entrâmes , & nous
primes les places les moins recherchées .
En un moment la foule y fut fi prodi- ·
gicule , que l'on auroit crû que toute une
grande Ville s'étoit épuifée pour formercette
affemblée. Les Dames & les jeunes
filles de qualiré brilloient dans des Loges
fuperbes les unes portoient leurs regards
avides fur les Balcons & dans l'Amphiteâtre,
pour y chercher leurs Amans : les autres
s'entretenoient d'amour avec les jeunes
hommes qui étoient avec elles . Quelquesunes
avoient leur vue attachée fur les coins .
du Theâtre , pour s'annoncer à des Acteurs
qui devoient ce jour- là porter les faveurs
qu'ils avoient reçûes d'elles. Quelques- autres
s'empreffoient pour de jeunesEtrangers.
dont la figure les avoit frapées, & qu'elles fe
difputoient déja avant que de les connoître .
C'est ici , me dit Socrate , que les vices
s'infinuent dans l'ame , à la faveur d'une
morale pernicieufe. A peine croyons - nous
être frapés , que nous fommes vaincus ;
la Volupté attaque ici la jeuneffe par tous
Les endroits par le fpectacle qui charme
les fens , par le langage qui féduit l'efprit,,
Bij .
20 LE MERCURE
& par les fentimens qui flatent le coeur.
Qui peut être affez en garde contre les
mouvemens qui portent au vice , pour refifter
à leurs pointes au milieu de tant de
dangers ? & fi l'on élude ce charme , qui
peut refifter à une foule d'exemples ? I
n'y a point de milieu , Alcibiade ; il faut
éviter les gens vicieux , ou le devenir avec
eux : l'exemple eft plus fort que le mal
même ; il acheve presque toujours ce que
la Volupté n'a fait qu'ébaucher.
Qu'eft-il befoin de fpectacles pour fe
rendre plus mauvais ? Ne l'eft on pas affez
par la Nature , fans emprunter le fecours
de l'art ? Dans ce monde les uns fervent
de fpectacle aux autres , & chacun à foimême
; mais ces fpectacles font d'un grand
ufage à qui veut les mettre à profit.
Le fpectacle que nous offrent les gens.
vicieux , nous doit donner de l'horreur
pour leur conduite , & nous faire aimer de
plus en plus la vertu. Celui que leur donnent
à leur tour les gens de bien , doit leur,
faire envier les jours fereins & les nuits
tranquilles que l'on paffe , quand on eſt
fous les Loix de la Sageffe , qui ne trompe
jamais ceux qui s'attachent à elle : & celui
que l'on fe doit à foi- même , eft un affem-.
blage d'actions vertueules , dont la vûedoit
nous exciter à en faire de nouvelles..
Mais pour celui- ci, on doit le regarder comrue
l'aprenuffage des vices . Aufli vous
DE MAR S. 21
voyés que les meres y menent leurs filles ,
comme fi les exemples domestiques qu'elles
leur donnent , ne fuffifoient pas , fans le
fecours des exemples publics , pour les rendre
femblables à elles .
On fit l'ouverture , & la toile ſe leva .
Caramallus & Phabaton danferent ; l'un ,
Leda ; l'autre , Semele ; mais avec different
fuccès. Caramallus fut applaudi, & Phabaton
fifflé . Quelle hardieffe , s'écria Socrate,
d'expofer fur le Theatre les fautes des
Dieux , & d'aplaudir par des poftures lafcives
, à des crimes que l'on ne peut avoir
trop en horreur ! Je ne pretends point defaprouver
la danfe. Les Lacedemoniens , qui
font , aprés les Atheniens , les plus fages de
la Grece , ont fait tant de cas de cet Art,
qu'ils tenoient de Caftor & de Pollux , qu'ils
avoient toujours accoutumé d'aller au combat
en danfant. Pyrrhus même étant devant
Troye , inventa une forte de danfe ,
que l'on nomma Pyrrique de fon nom , &
dans laquelle il exerçoit la Jeuneffe pour
la rendre plus agile à la Guerre. Mais ceux
qui renouvellent les crimes des Dieux dans
leurs Danfes , meritent d'être punis publiquement
, tant pour l'exemple qu'ils donnent
aux hommes , que pour leur audace
envers les Dieux . La Danfe finit , & la
Piece commença ; c'étoit Atys & Galatée.
Elle fut mal reprefentée : on auroit pris
2,2 LE MERCUREle
premier Acteur qui parut , plutôt pour
un des Ilotes de Sparte , que l'on expofe
dans les Places publiques , après les avoir
enyvrés , pour détourner la Jeuneffe de
l'excès du vin , que pour l'Amant de la
Nymphe Galathée ...... Remarqués , dir
Socrate , comme l'on rit de l'yvreffe de cet
Acteur ; rien ne vous doit prouver davantage
la corruption de ce lieu , que de voir
que l'on s'y fait un plaifir des choſes mêmes
que l'on doit abhorrer.
Confiderez les mouvemens voluptueux
de toutes ces femmes qui danfent ; c'eſt
dans ces mouvemens que l'on fait confifter
Ta perfection de cet Art. Celles à qui vous.
voyez que l'on aplaudit , font celles qui les
fçavent nieux exprimer ; ce font ces mêmes
femmes que l'on paye pour corrompre
la Jeuneffe.
Je demandai à Socrate quel étoit un
nouveau Spectacle , où tout le monde fe
preffoit d'aller .... Il nous faudroit bien
du temps , me dit - il , pour parcourir toutes
les chofes par lefquelles la volupté , fous
Lapparence du bonheur , arrête ici ceux
qui fe font livrés à elle : elle a plus de peine
que vous ne pensez , à affermir ſon Empire.
Comme il n'a rien de folide en lui - même,
elle tâche de le rendre agréable par la varjeté
c'eft pourquoi elle établit des prix
pour ceux qui inventent de nouveaux plaiDE
MAR S.
firs : il faut qu'ils fe fuccedent inceffamment
, afin qu'on n'ait pas le temps de refléchir
fur leur peu de folidité ; c'eſt d'où
dépend la grandeur de fon Empire. Si elle
les fufpend quelquefois , c'eft pour irriter
adroitement les defirs de ceux qui pourroient
s'en dégoûter par un trop frequent
ufage. C'eſt ainfi qu'en les laiffant libres
en apparence , elle refferre leurs chaînes.
On donnera la fin du même Songe le mois
prochain.
LE SOMMEIL INDISCRET.
les
LORIS & Lucile étoient liées
d'une amitié fincere , & l'on
peut dire qu'elles s'aimoient
comme deux honnêtes gens.
,
Auffi avoient- elles un excellent caractere.-
Cloris pour eftre vertueufe , n'étoit pas
moins fociable ; fi elle étoit fevere pour
elle - même elle étoit indulgente pour
autres ; & ce qui donnoit un nouveau.
prix à tant de fageffe , elle avoit tout ce
qui peut attirer des Seducteurs . C'eſt dommage
qu'un mois de foibleffe ait fait tort à
trente ans de vertu , & qu'elle ait donné fi
tard dans le piege que l'amour lui avoit
tant de fois dreffé inutilement..
24 LE MERCURE
Lucile Etoit d'un naturel fort heureux ,
mais qui fe fentoit un peu plus de l'humanité.
Si elle n'avoit point toutes les qualités
qu'il faut pour faire une femme de bien,
elle poffedoit celles qui forment un parfaitement
honnête homme. Elle avoit l'eſprit
bien fait , le coeur droit , & les manieres
aifées en un mot , fon plus grand défaut
( fi c'en eſt un aujourd'hui ) étoit d'être un
peu trop fenfible , & de n'être pas affez contanie.
:
Je ne m'amuferai point ici à détailler
leurs charmes particuliers . On a dépeint
tant de beautés differentes , que je ne fçaurois
plus faire que des portraits ulés . Je me
contenterai de dire qu'elles étoient toutes
deux d'une grande beauté , fans être d'une
extréme jeuneffe ; & ce qui eft préferable ,
elles avoient les graces de leur côté : Lucile
avoit plus de vivacité & d'enjoûment;
Cloris avoit plus de douceur , & fa modeftie
impofoit aux plus hardis . Elles éto ent
mariées l'une & Pautre. La premiere avoit
pour Epoux un vieux gouteur: qu'elle
haïffoit à la mort , non pas tant parce qu'il
étoit fon mari , qu'à' caufe qu'il étoit infiniment
haïffable. Celui de Cloris étoit plus
jeune ; elle l'avoit pris fans inclination
mais fans repugnance. Comme il avoit des
adorations pour elle , elle y répondoit par
beaucoup de bonnes manieres , & elle le
>
regardoit
DE MARS. 2.5
regardoit comme fon meilleur Ami. Le
mari qui connoiffoit fon infenfibilité naturelle
, & qui étoit für de n'avoir point de
Rival , fe contentoit d'une fi froide amitié
L'une vivoit dans l'indifference que lui
prefcrivoit la vertu , & l'autre fuivant le
doux penchant qui la conduifoit , étoit à fa'
troiliéme paffion . Cloris ne put voir l'in-'
conftance de Lucile , fans lui en faire poliment
la guerre.
Vous êtes une grande Fripenne , lui ditelle
, un jour qu'elles étoient feules , vous
avez un Mari , & vous avez déja fait trois
Amants à fa barbe : c'eft fe mocquer de fa
goute , & encore plus de votre devoir. Je
voudrois , répondit Lucile, vous voir à ma
place , je gage que vous feriez comme moi,
& que toute votre fageffe ne tiendroit pas
contre la figure de mon vilain gouteux.
Vous avez un Mari jeune & plein de fanté,
il vous eft bien plus aifé dè lui être fidelle.
Je ferois fidelle au plus laid des homines
fi j'étois la femme , interrompit Cloris ;
mais pour vous , ma chere , vous êtes une
volage , qui ne gardez pas mieux votre foi
à vos Amans qu'à votre Mari. Avez -vous
fi tôt oublié , répartit Lucile , que j'ai aimé
Damon , trois ans de fuite , Lyfandre de
même , & qu'il n'y a que fix mois qu'Oronte
leur a fuccedé , que j'ai fait avec lui
le même Bail , & que je le tiendrai , ou que
C
26.
LE MERCURE
j'y mourrai. C'eft une Epoque pour ma
tendreffe , & j'en veux demeurer là . N'eſtce
rien qu'un amour de trois ans , dans le
fiecle où nous fommes ? Cela ne meritet'il
pas le nom de Conftance. Vous fçavez
d'ailleurs avec quelle generofité je congedie
ceux qui n'ont aimée . Je les avertis ,
quand il eft tems de fe pourvoir ailleurs , &
je leur avoue franchement que mon coeur
s'ufe pour eux , & que les foupirs pourroient
bien-tôt degenerer en bâillements :
fait j'ajoûte qu'on n'eft point
pour s'aimer
toute la vie , & qu'il vaut mieux fe quitter
de bonne grace je fais fi bien enfin que
je les perfuade ; & ce qu'on n'a jamais vu,
mes défunts Amants deviennent mes Amis.
Vous avez beau dire , reprit Cloris , il y a
in peu de coquetterie dans votre fait , &
le monde vous gâte . Voilà de mes femmes
fortes , répliqua Lucile. Leur grand coeur
fouffre des foibleffes des autres ; & du
haut de leur indifference , elles regardent
l'Amour comme un Tyran qu'elles méprifent
, & ceux qui lui font foumis , comme
des Forçats dignes de compaffion ; mais ne
foyez pas fi fiere ; votre infenfibilité fait
toute votre vertu , ou plûtôt vous avez le
goût difficile , les hommes d'aprefent ne
font pas affez parfaits pour vous plaire , il
vous faut des coeurs plus purs , & des airs
plus fages ; mais patience , vous aurez yoDE
MAR S. 27
tre tour , je dénicherai quelque Celadon ,
qui me vengera , & qui vous mettra à la
railon. Prenez garde à vous. Je ne crains
rien , répartit Cloris , j'ai paflé l'âge dangereux
des paffions , & j'ai vû d'un oeil
indifferent tout ce que la Ville a de plus
feducteur. Puifque vous m'en défiez , pourfuivit
Lucile , je vous attends à la Campagne.
C'eft- là que l'Amour attaque la
Vertu avec plus d'avantage , & c'eſt- là .
qu'il vous punira de votre vanité. L'âge ni
la raifon ne vous garantiront pas, Tremblez
, ajoûta t'elle en badinant , c'est luimême
qui m'infpire & qui vous parle par
ma bouche. L'indifferente Cloris ne fit que
rire de la prédiction , qui ſe trouva_veritable.
Lucile mit Oronte de la confpiration
, & lui demanda s'il ne connoîtroit
pas quelqu'un qui pût humaniſer l'auſtere
vertu de fon Amie.
Madame , répondit- il , vous ne pouviez
mieux vous adreffer qu'à moi. Vous avez
entendu parler de Dorante , & je le connois.
Il est beau , bienfait , il a un dehors
de fageffe qui prévient , & il fe pique
d'infenfibilité comme elle ; il declame
éternellement contre la coquetterie du ſiecle
, & regrette la fimplicité de nos peres .
C'est l'Amant qu'il faut à une Matrone
& je ferai bien trompé , ou il fera de fon
goût. Le Printemps favorife notre deffein
Cij
28
د
LE MERCURE
& votre maifon de campagne eft le lieu
Je plus propre à filer une paflion . Amenez
y Cloris , & j'engagerai Dorante à vous y
aller voir avec moi . Je veux être haï de
yous , s'ils ne font tous deux le plus joli
Roman qu'on ait encore vû , & dans peu
on n'aura rien à vous reprocher.
Lucile propofa la partie à Cloris , qui
P'accepta ; elles partirent , & deux jours
après Oronte les fuivit , accompagné de
Dorante. Elles fe promenoient dans un
jardin que l'art & la nature avoit rendu le
plus charmant du monde , & Cloris ne
pouvoit fe laffer d'y admirer Pun & Pautre
, quand ils arriverent. Sa beauté frappa
Dorante , & fa modeftie acheva de le charmer.
La Dame de fon côté trouva le Cavalier
à fon gré , & fon air de fageffe lui
donna de l'eftime pour lui . Plus ils fe connurent
, plus ils fe goûterent , & tout fembla
confpirer à enflamer des Amans de ce
caractere la liberté de fe voir tous les
jours , & de fe parler à toute heure ; la folitude
& la tranquillité de la campagne ,
le Printemps qui étoit dans fa force , &
la beauté du lieu où ils étoient . Els eurent
beau refifter , l'Amour fe rendit le Maître
& fe declara fi fort dans trois jours , qu'ils
avoient de la peine à le cacher. Des foùpirs
leur échapoient malgré eux & ils ne
pouvoient le regarder lans rougir. Oronte
DE MAR S 29
.
& Lucile qui les obfervoient , s'en apperçu
rent,un foir qu'ils étoient à la promenade , &
fe dirent à l'oreille ; ils en tiennent ; les voilà
qui rougiffent. Pour s'éclairer de leur doute,
its s'éloignerent adroitement & les lailerent
,feuls , fans pourtant les perdre de vûë.
Cloris friffonna de fe voir tête à tête
avec un homme qu'elle craignoit d'aimer
& le timide Dorante parut lui -même emé
baraffé ; mais à la fin il rompit le filence ,
& jettant fur la Dame un regard tendre
& refpectueux , lui parla dans ces termes!
J'ai toujours fair gloire de mon indiffe- «
rence , & j'ai , pour ainfi dire , infulté aute
beau fexe ; mais pardonnez à mon or
gueil , Madame , je ne vous avois point a
vûë , & vous m'en puniffez trop bien. « i
A ce difcours elle fe fentit plus émuë ,
& craignant l'effet de fon émotion , elle
prit le parti de la fuite. Voilà un tour que
Lucile m'a joué, répondit- elle en le quit
tant , je vais lui en faire des reproches.
Dorante fut fi étourdie de cette réponte' ,
qu'il demeura immobile. Cloris rejoignit
Lucile , & la tirant à part , lui dit : C'eſt
donc ainfi que vous apoftez des gens cont
tre moi. Ma chere , répliqua Lucile , dequoi
vous plaignez -vous ? Vous m'en aviez
défiée ; je ne fuis pas noire , & je vous en
ai avertie. Pendant ce temps- là , Dorante
étoit reſté dans la même pofture où Cloris
C iij .
30 LE MERCURE
'
l'avoit laffé , & je crois qu'il y feroit encore
, fi Oronte n'avoit été le défenchanter
, en le tirant par la main. Qu'est- ce
mon Ami , lui dit- il d'un air gaufleur ,vous
voilà petrifié ? L'autre revint comme d'un
profond fommeil , & avoüa qu'il étoit pris
au piege.
Nos Amants furent raillez à fouper. Clo
ris en fut fi déconcertée , qu'elle feignit un
grand mal de tête , & quitta la table pour
s'aller mettre au lit. Quand Lucile , qui
couchoit avec elle , entra dans fa chambre ,
elle la trouva endormie , & l'entendit qui
fe plaignoit tout haut , & qui appelloit Dorante
. L'Amour , qui ne veut rien perdre ,
& qui avoit fouffert de la violence qu'on
lui avoit faite pendant le jour , profita de la
nuit pour éclater , & le fommeil de concert
avec lui , trahit la vertu de Cloris . Dès qu'elle
fut reveillée , fon Amie lui dit ce qu'elle
venoit d'entendre left vrai , répondit elle
en pleurant, j'aime malgré moi ,& vous êtes.
vangée ; mais je mourrai plûtôt que de fuccomber
à ma paflion . Lucile , qui avoit le
coeur bon , en fut attendrie , & l'aflura que
fi elle avoit crû que la chofe dut devenir
auffi férieufe , elle n'auroit eu garde d'y
fonger. Le lendemain Dorante revint à la
charge , & fe jettant aux pieds de Cloris ,
la pria de ne pas defefperer un Amant
qui n'étoit pas tout- à - fait indigne d'elle . Je
DE MAR S. 3r
vous offre , dit- il , un coeur tout neuf, qui
m'a jamais rien aimé que vous , & dont les
fentimens font auffi purs que vôtre vertu
même. Ne le refulez point , je vous en
conjure. Elle l'obligea de fe relever , & lui
répondit que des noeuds facrez la lioient à
un autre , qu'il ne pouvoit brûler pour elle
d'un feu legitime , & que s'il lui parloit
une feconde fois de fon amour , elle lui
quitteroit la place , & reprendroit le chemin
de la Ville .
Notre Amant fut épouvanté d'une memace
fi terrible , il n'ofoit plus lui parler ; à
peine avoit- il le courage de la regarder. La
trifteffe s'empara de fon ame , & bien- tôt
il ne fut plus reconnoiffable ; le plus paref
feux des hommes devint le plus matinal ;
lui qui paffoit auparavant les trois quarts
de la vie au lit , devançoit tous les jours
l'Aurore. Oronte l'en railla , & lui dit ces
Vers de Quinaut.
Vous vous éveillés frmatin ,
Que vous ferez croire à la fin
Que c'est l'Amour qui vous éveille.
Un matin qu'il le trouva dans un bois
écarté , un Livre à la main , il lui demanda
ce qu'il lifoit : C'eft Abelard , répondit- il,
j'admire ſes amours , & j'envie fon bonheur.
Je vous confeille d'en excepter la cataſtro
C iiij
32. LE MERCURE
phe , répliqua Oronte en riant ; mais à
parler féricufement , vous n'êtes pas fort
éloigné de fon bonheur : vous aimez , .& s'il
faut en juger par les apparences, vous n'êtes
point hai. Eh ! s'il étoit vrai , interrompit
Dorante , m'auroit- on impofé filence , &
m'auroit-on défendu d'efperer? Croyez-moy,,
reprit Oronte , ne vous découragez point ,.
pourfuivez votre pointe , & vous verrez
bien- tôt que la fevere Cloris ne vous a
fermé la bouche , que parce qu'elle craint
de vous entendre & de vous aimer ; clle
s'attendrira lorfque vous y penferez le
moins , & votre amour prendra le deffus..
Venus, ainfi Bellone ,
Aime les audacieux.
que
Je fçai même de Lucile qu'elle fouffte .
la nuit des efforts qu'elle fe fait le jour..
Si elle refufe de vous parler , éveillée , elle
Vous entretient en dormant , elle foupire
& vous nomme tout haut. Elle eft indif. ·
pofée depuis hier au foir , & je fuis fûr
fon mal ne vient que d'une retention » d'a¬
mour ; allés la voir , fon indifpofition vous
fervira d'excuſe & de pretexte. Dorante fe
laiffa perfuader , & s'achemina d'un pas
mal affuré vers la chambre de fon Amante ;
il entra & ouvrit les rideaux. de, fon lit
d'une main tremblante : elle dormoit dans
ce moment , & pleine d'un fonge qui la .
DE MAR S. 33
feduifoit , elle lui fit entendre ces douces
-paroles ,
Ouy , Dorante , je vous aime ; lemot eft
prononcé , il faut que je vous quitte , mon
devoir me l'ordonne , & ma vertu ne tiendroit
pas long- tems contre votre merite.
Dans cet embraffement recevés mon dernier
adieu..
En même tems elle fort du lit deux bras
charmans qu'il mouroit d'envie de baiter ,
& fe jette à fon col. Dorante , comme on
peut penfer , n'eut garde de reculer. Quelle
agreable urpriſe pour un Amant qui fe
croyoir difgracié / O bienheureux fommeil,
difoit-il en lui-même , endors fi bien ma
Cloris , qu'elle ne s'éveille de long- tems.
Mais par malheur Lucile qui furvint , fr
du bruit & la réveilla comme elle le tenoit
encore embraffé. Elle fut fi honteufe de fe
voir prefque nue entre les bras d'un homme
fur- tout en prefence de fon amic ,
que repouffant Dorante , d'un air effrayé,
elle s'enfonça dans fon lit , & s'envelopa
la tête de la couverture, en s'écriant qu'elleétoit
indigne de voir le jour. Dorante
confus foupira d'un fi trifte réveil , d'un
excès de plaifir il retomba dans la crainte
& dans l'abbatement , & fortit comme il
étoit entré..
".
Lucile eut rit de bon coeur d'une fi plaifante
avanture , mais Cloris étoit ſi defolée :
34 LE MERCURE
qu'elle eft eut pitié , & qu'elle tâcha de la
conføler en lui reprefentant qu'on n'étoit
point reſponſable des folies qu'on pouvoit
faire en dormant , & que de pareils mouvemens
étoient involontaires .
Non , interrompit (loris en pleurs , je
ne dormirai plus qu'en tremblant , & le
repos va me devenir odieux. Que l'Amour
eft cruel ! Il ne m'a épargnée jufqu'ici-que
pour montrer mieux fon pouvoir , & pour
rendre ma défaite plus honteufe . J'ai toujours
vêcu fage à la Ville , & je deviens
folle à la Campagne , il faut l'abandonner,
l'air y eft contagieux pour moi. Ma chere,
repartit Lucile , que vous êtes rigoureuſe
à vous-même après tout eft- ce unfi grand
mal que d'aimer ? Oui , pour moi qui fuis
liée , pourfuivit Cloris , la fuite eft ma
feule reffource , & je pars aujourd'hui.
Aujourd'hui ! s'écria Lucile furprife , voilà
un départ bien precipité. Aujourd'hui même,
reprit-elle , ou demain au plus tard .
Lucile jugea qu'elle n'en feroit rien ' ,
puifqu'elle remettoit au lendemain , & Lucile
jugea bien. Durante , à qui on dit cette
nouvelle, prit fon tems fi à propos , & s'èxcufa
fi pathetiquement , qu'elle n'eut pas le
courage de partir. Depuis ce moment il
redoubla fes foins , & couvrir toujours fa
paffion du voile du refpect . Le tigre s'aprivoila
. Cloris confentit d'écouter fon.
DE MARS.
35
antour , pourvû qu'il lui donnâs le nom
d'eftime.
Enfin il n'étoit plus question que du
mot , quand le mari s'ennuya de l'abſence
de fa femme , & la vint voir. Il n'étoit
pas attendu , & encore moins fouhaité.
Elle le reçûr d'un air fi froid & fi contraint,
qu'il fe fut bien apperçû qu'il étoit
là de trop, s'il avoit pû la foupçonner d'une
foibleffe. Dorante fut confterné du contretems,
& ne put s'empêcher de le témoigner
à Cloris , & de lui dire tout bas ,
Quelle arrivée ! Madame , & quelle nuit
s'apprête pour moi ! Que je fuis jaloux du
fort de votre mari , & que mon amour eſt
à plaindre !
Elle n'étoit pas dans un état plus tranquile.
La railon lui reprochoit fon égarement
, & lui faifoit fentir des reinords qui
la dechiroient. Elle ne pouvoit regarder
fon mari fans rougir , & elle voyoit finie
le jour à regret ; elle craignoit que le fommeil
ne lui revelât les fottifes de fon coeur .
Elle ne fe trompa point .
A peine fut- elle endormie , qu'un fonge
malin la trahit à fon ordinaire ; & offrit
Dorante à fon imagination égarée. Dans
les douces vapeurs d'un rêve fi gracieux ,
elle rencontra la main de fon mari , qu'elle
prit pour celle de fon Amant , & la preffant
avec tendreffe , elle dit en foûpirant ,
36.
LE
MERCURE
Ah ! won cher Doraute , à quel excès
d'amour vous m'avés amenée , & qu'ai - je
fait de toute ma fageffe ! Vous avés beau
me faire valoir la pureté de vos feux , je
n'en fuis pas moins coupable : c'est toujours
un crime que de les fouffrir , & c'eſt y répondre
que de les écouter . Que diroit monmari
, s'il venoit à lire dans mon coeur
l'amour que vous y avés fait naître ? Cette
feule penfée me tue , & je crois déja err
tendre fes juftes reproches.
Qui fut étonné ? ce fut ce mari qui ne
dormoit pas. Quel difcours pour un homme
qui adoroit fa femme , & qui avoit
juſqu'alors admiré fa vertu ! Elle avoit parlé
avec tant d'action qu'elle s'éveilla , &
étoit fr troublé qu'il garda long - tems le
filence, enfuite il le rompit avec ces mots : ´)
Je ne fçai , Madame , ce que vous avés
dans l'efprit , mais il travaille furieufement
quand vous dormés . H'n'y a qu'un moment
que vous parliés tout haut , vous ·
avés même nommé Dorante , & s'il en faut
croire votre fonge , vous ne le haïffés pas.
Une Coquette auroit badiné là - deffus , &
fe feroit tirée d'affaire , en repliquant que
tous les fonges font des menteurs , & que
le bon fens ne veut pas qu'on y ajoûte
foy ;mais Cloris étoit trop vertueuse pour
fe jouer ainfi de la verité qui la preffoit..
Elle ne répondit que par un torrent de
DE MARS.
37
farmes , & voulut le lever en difant qu'elle
n'étoit plus digne de l'amitié de fon mari ;
il fut touché de fes pleurs , & la retint ..
Après quelques reproches , il fe laiffa perfuader
qu'il n'y avoit que fon coeur qui
fut coupable , & lui pardonna ; mais il exigea
d'elle qu'elle quitteroit la Campagne
inceffamment, & ne verroit plus Dorante
Elle jura de lui obéir , & fit honneur à
fon ferment. Dès qu'il fut jour , elle prit
congé de fon amie , & la chargea d'un
Billet pour donner à Dorapte , qu'elle ne
voulut point voir . Puis elle partit avec
fon époux.
Dorante n'eut pas reçû le Billet de Cloris
, qu'il Fouvrit avec precipitation , & y
lut ces mots : » Ma railon & mon devoir
» l'emportent à la fin , je pars , & vous ne
» me verrés plus. » Al penfa mourir de douleur.
Non , s'écria- t'il , je ne vous croirai
» point , trop fevere Cloris , & je vous reverrai,
quand ce ne feroit que pour expirer
à votre vie. Auffi - tôt fe livrant au tranfport
qui l'entraînoit , il fuivit les pas de
Cloris , & laiffa Lucile avec Oronte à la
Campagne goûter la douceur d'un amour
plus tranquille & moins traverfé. Mais
toutes les démarches furent inutiles ; Cloris
fut inflexible , & ne voulut plus le voir,
ni l'écouter. Voici des Vers qu'on a fair
fur cette avanture.
1
38 LE MERCURE
LE DANGER DE LA CAMPAGNE
Aux Beautés du tems qui fe piquent
de Vertu.
○ vous , dont le nombre efſt ſi rare ,
Beautés , que la Vertu conduit ;
Quels quefoient les attraits dont la Ville fe pare ,
Son faux éclat rarement vousféduit.
Elle aime le tumulte , & vous craignés le bruit.
Elle n'offre à vos yeux que des amours volages
Que fuivent de folâtres ris.
Leurs regards éfrontés & leurs difcours peufages,
Au lieu de vos faveurs , attirent vos mépris.
Pour vous plaire , en un mot , la Ville eſt trop coquette.
Mais gardés- vous auxChamps de vous trouver(exlette.
Jardins fleuris , tendres oifeaux ,
Bois fombres , clairs ruiffeaux ,
Lieux tant chantés qu'on n'ufe plus décrire ,
Et le repos qu'on y refpire ,
Tout porte doucement aux plaifirs amoureux.
Sous un dehors repectueux
Le tendre Amourfçait s'y produire ,
Et dans un efprit vertueux
Il trouve l'art de s'introduire.
Pour les coeurs innocens les Bois font dangereux.
L'hiftoire de Cloris doit affés vous inftruire.
DE MAR S.
3.9
++ ++ ++ ++ +23+
ESSAI SUR L'ETAT PRESENT
de la Geographie , c'est- à- dire , fur
les Cartes , fur les Livres qui traitent
de cette Science , & ceux de
Voyages ; où l'on parle des précautions
, des moyens, & des inftructions
neceffaires à ceux qui dans la fuite
entreprendront de faire des Cartes ,
des Livres de Geographie , & des
Voyages
L
'AUTEUR Anglois qui a donné
cet Effai par voye de Supplément
à un Livre , qui a pour titre , La
Construction des Cartes Geogra
phiques & des Globes , dont on donnera la
Traduction inceffamment , ſe trouve en
quelque façon le premier qui s'éleve pour
arrêter le cours de ces Cartes & de ces
Livres pleins de fautes , que d'ignorans
Geographes publient tous les jours , & qui
ne fervent qu'à enfevelir la Geographie
dans l'erreur & le mépris.
Il auroit pû augmenter cet Ouvrage, en
donnant une plus grande Lifte des erreurs
& des bevûes qu'il a obfervées dans les Car.40
LE MERCURE
tes & dans les Livres de Geographie. Car
il dit dans fa Préface , qu'il auroit pû donner,
par rapport à ceux qui font des Cartes,
des exemples de l'inconvenient qu'il y a de
fe fervir de plufieurs Meridiens differens ,
en faifant voir les erreurs qui en proviennent
; il auroit pû dire la fource de celles
que l'on trouve dans les Cartes particulie-
Fes ; mais c'eût été un Ouvrage inutile &
fans fin , puifque l'on ne trouve aucune
Carte fans quelqu'un de ces defauts , excepté
celles de M. de l'ifle , & de ceux
qui l'ont copié ; fes Copiftes même en
negligeant de le fuivre par tour , tombent
fouvent dans l'erreur , comme il eft arrivé
dans une derniere copie de fa Carte d'Afie:
Bir, fur l'Euphrate , y eft placé plus au
Sud qu'Alep , quoique felon le Journal
que Thevenot a donné de la route , en obfervant
les aires de vent d'un lieu à l'autre ,
& fuivant l'obfervation de Maundrell , la
latitude de Bir eft de 37 degrez 10 minuttes ;
celle d'Alep étant de 36 degrez 30
minutes , cette Place doit eltre fituée
plus au Nord. Dans les dernieres Cartes
on a mis Van fur la rive meridionale du
Lac, lors qu'elle doit être placée au Nord
ou au Nord- Eft . Il dit par rapport aux
Geographes modernes , qu'il auroit pu
faire voir dans quelles erreurs groffieres
ils font tombez , faute d'avoir confulté les
Voyageurs.
DE MAR S. 41
."
voyageurs. C'est ainsi que les Auteurs de
la Geographie de Moll fuppofent qu' Afanchif&
Diarbekir ne font que le même lieu,
parce qu'ils ont vu la defcription de la
derniere dans Sanfon , dont cependant les
voyageurs modernes n'ont point fait mention.
Mais on trouve dans la collection de
Ramufio , vol . II . pag. 78 , un ancien Autgur
anonyme , qui voyagea dans ces quartiers
en 1507 , & qui donne une detcription
de ces deux Places & de la route
que l'on tient pour aller de l'une à l'autre.
Outre cela le Chevalier Ricant , Part . III.
Chap. 3. met Amed ( Diarbek`r ) & Chafengif
Afanchif ) parmi les Sangiacks de
Diarbekir ; de forte qu'il n'eft pas probable
qu'elle foit détruite , comme quelques
autres le fuppofent. Il ajoute , par rapport
aux Voyageurs , qu'il auroit pu donner un
plus grand nombre de preuves de leurs
bévûës , & des differences qui fe trouvent
entre eux tous , qui ne viennent que de
leur peu de capacité ou de foin pour faire
le's obfervations neceffaires dans les endroits
où ils paffent , ce qui fait voir au
moins le befoin qu'ils ont de fçavoir la
Geographie. Baldens dans fa Relation des
Indes , dit dès le commencement que
Cambait eft fituée für l'inde. Le Rabbi
Benjamin , dans fon Itineraire , fait tomber
la Riviere Arnon dans le jourdain , à i
1
D
42 LE MERCURE
trois milles de fa fource. Ricant page 55
dit , que Bofra ( Baffora ) eft une Ville dé
pendante du Royaume de Perfe , dans le
Golfe de ce nom , proche de Biblis en
Phanicie. Il avoit avancé à la page 52 ,
que Sangiar étoit la même chofe que
Diarbekir , & cependant à la page 176 ,
il fait d'Amid & de Sangiar deux Villes
differentes : je crois qu'il ignoroit qu ' Amid
& Diarbekir étoient la même chofe , &
que ne trouvant point qu'il fut fait mention
de cette derniere parmi les Sangiacks ,
il a pris sengiar pour cet endroit , quoique
cette Ville n'en foit pas proche , mais bien
Moful. L'Auteur auroit pû donner encore:
des inftructions pour ajufter les diſtances.
données par les Voyageurs ; l'on voit dans
les anciennes Cartes de Tarrarie , dans
quelles erreurs le Journal de Goes a jetté
les Geographes precedens , en paroiffant
augmenter les diftances. Il n'y a point
effectivement de maniere plus incertaine
de compter que par journées de chemin
ou par relais , fi l'on n'eft très exact dans
la maniere de voyager ; car tel fait en une
journée ce qu'un autre ne fait qu'en deux
ou trois , même quatre ou cinq , comme
on le voit dans le Journal dont on vient
de parler , & en quantité d'endroits chez
les Voyageurs. La difference irreconciliable
qui le trouve entre Cartwright & M¢nDE
MAR S.
43
denhal ( quoique camarades de voyage
dans la diftance qu'ils donnent de Van à
Zulpha ; le premier la faifant de trois journées
de chemin , & le dernier de fept
nous met dans l'impoffibilité d'ajufter leur
fituation faute d'une troifiéme relation.
Les Voyageurs different fouvent fur la
fituation des endroits. Thevenot , Della
Valle , Sanderfen , & c. placent Cana en
Galilée à une heure de chemin à l'Oueſt
de Nazareth : Brocard & d'autres la mettent
à trois lieues au Nord , ou Nord.Oueſt
de Siporis , & à trois lieuës de Nazarethg
Phocas entre Siporis & Mazareth . Quelquesuns
placent la fource de l'Araxe dans les
Caucafe & les Monts Gordiens ; Chardin
dans le Mont Ararath ; Gemelli dans le
Mont Mingal à 160 milles au moins à
P'Occident du dernier , & Tavernier dans
les montagnes qui fe trouvent entre les
deux. Della Valle met Babel auprès de
Hella ; Balbi , Eldred , Fitch , & c. la pofent
proche de Bagdad ; Ranvvolf & Mac Gregory
proche de Felugia. Gemelli s'accorde:
affez bien avec Della Valle , Tavernier ,.
Chardin & autres jufqu'à Tauris ; mais de
cet endroit à Ifpahan il en fait la diſtance
le double des autres ; & quoique Lar , fi
on doit compter fur Thevenot & Della
Valle , qui en ont obfervé la latitude ,
doive eftre confiderablement plus proche
Dij
44 LE 1
3
MERCURE
de Bander-Congo , que de Bender Abaffi,
deux ports fur le Golfe Perfique ; cependant
, felon Gemelli , cette place paroît en
eftre à une bien plus grande diftance. La
defcription de la Tour de Babel , & des
antiquitez des environs , que Mac Gregory ·
a donnée , fait bien voir que nos premiers
Voyageurs n'étoient pas fort curieux de
rechercher les antiquitez. Nous n'avons
point de relation affez particuliere des ruines
de Cachir- chirin , fur un des chemins
de Bagdad à Ifpahan ; & nous n'avions
aucuns plans ou deffeins.confiderables de
ruines de Perfepolis avant la derniere Relation
du Chevalier Chardin. Iln'y a pointde
Voyageur qui ait vifité les ruines de
Rey proche de Sava en Perfe : Gemelli
·blâme ceux qui ont été dans les Indes.
Orientales ayant lui , de n'avoir pas eu la
curiofité d'aller voir les ruines de la Pagode
de Salzeste près de Goa , & fut tout
Della Valle...
A
L'Auteur auroit pû donner de plus des .
exemples de l'inexactitude des Tables Perfanes
d'Abulpheda , d'Olug Begh , de Tavernier
& autres , en faifant voir, ainfi que
M. Reland a fait de celles de Ptolemée ,
qu'en traçant des Cartes far de telles Tables
, les lieux fe trouveroient dans une
confufion horrible ; tels en Armenie & en
Turquie , qui appartiennent à la Perfo ;
1
1
DE MAR S.. 4.5
d'autres dans les mers voifines , qui doivent
eftre dans les terres , & ainfi du contraire ..
Mais de peur de trop groffir le volume , il
s'eft contenté de faire ce peu d'obfervations
comme en paffant ; & voici en quoi confifte
fon ouvrage
.
1. L'eftime que l'on fait de la Geographie
, & fes progrès.
2. Quelques obfervations fur nos Cartes
modernes , & fur ceux qui les font.
!
39. Ayis aux Geographes , avec des :
inftructions pour faire des Cartes correctes..
4. Remarques fur nos -Livres modernes
qui traitent de la Geographie , dans lefquelles
on fait voir en quoi ils errent principalement.
5. Avis aux Geographes , avec les inftructions
neceffaires pour rectifier leurs
fiftêmes & leurs Dictionnaires Geographi--
ques .
60. Quelques Remarques fur les Voyageurs
, où l'on fait voir leur negligence &
leurs defauts dans les Relations qu'ils nous
donnent ; avec un Catalogue des meilleurs
qui traitent des parties de l'Afie , de l'Afrique
& de l'Amerique .
7. Inftructions neceffaires aux Voyageurs
pour faire leurs obfervations ; avec
une adreffe aux Marchands & aux Miſſion--
naires qui fe trouvent dans les païs étran
gers , & peuvent rendre des fervices confiderables
à la Geographie..
46
LE
MERCURE®
80. Ifait voir les defauts de nos grandes
collections de voyages , & donne des règles
pour en faire une complette de tous
les voyages qui exittent en quelque langue
que ce foit , & qui ne comprendra que
peu de volumes .
§. I. L'estime que l'on fait de la Geographie
& fes progrés.
Si l'antiquité d'une fcience , & la prorection
des grands hommes eft une preuve
de l'eftime que l'on en fait , il n'y en a
point qui merite plus celle des curieux que
la Geographie. Les traces que l'on en
trouve dans les écrits facrez fuffifent pour
confirmer fon antiquité , fans faire mention
de ce que les Auteurs difent de plusfur
ce fujet. On fçait que les Princes fe
font generalement attachez à cette fcience :
plus qu'à aucune autre.
Perfonne n'ignore que Pharaon Necos Roi
d'Egypte, ordonna aux Phæniciens, les plusfameux
Navigateurs de ce tems-là , de découvrir
les limites de l'Afrique , & qu'ils.
y employerent trois années. Darins Roi de
Perfe , les envoya aux découvertes dans
l'Ocean Ethiopique , & vers l'embouchure
du Gange : Environ cent ans après la naiffance
de JESUS -CHRIST le Senat Romain
envoya des Geographes & des Ingenieurs
DE MAR S. ·47
dans toutes les parties connues de la Terre,
avec ordre de les mefurer ; mais ce grand
deffein ne fut pas accompli
Alexandre , dans fon expedition d'Aſie,
prit avec lui deux Ingenieurs , Diognete &
Beton : d'autres rapportent qu'il amena Cal
Lifthene avec lui à Babylone , pour faire la
Carte Geographique de fes Conquêtes : &
on doit remarquer que les Romains n'ont
jamais été à la conquête de nouveaux Païs ,
fans en porter avec eux pour le même def
fein. C'eft ainfi que les guerres qui font
fatales à la plupart des autres Sciences &
des Arts , ont fervi à perfectionner la Geographie.
•
Mais pour confirmer davantage l'eftime
que l'on en fait , on trouve parmi les Geographes
Abulfeda Prince de Hamah
Ulagg Begh Prince Perfan , fans parler de
Haithon frere d'un Roy d'Armenie : Je
pourrois même ajoûter que l'on n'ignore
pas que l'Itineraire d'Antonin eft attribué
par beaucoup d'Auteurs à cet Empereur.
L'eftime que l'on fait de cette Science eft
certainement plus qu'ordinaire , puifque
des Princes n'ont pas dédaigné d'être mis
au nombre de fes Profeffeurs. Mais ce qu'il
ya de fâcheux aujourd'hui , eft que nos
Profeffeurs Modernes l'ont renduë auth
méprifable , que ces grands hommes l'avoient
rendue illuftre.
-48% LE MERCURE
འ
La Geographie Aoriffoit fans doute longe
tems avant Ptolemmée, fans parler de Straton,
Pline , Mela & autres qui l'avoient pre
cedé , car ces Carres qui paroiffent tous
fon nom , aavvooiieenntt ééttéé ttiirrééccss , felon fon
propre aveu , de celles de Marinus & au
tres , & il n'avoit fait que les perfectionner.
Aprés lui font venus ceux qu'on appelleles
petits Geographes ; mais depuis ce tems
-là la Geographie eft demeurée comme enfevelie
jufques vers le quatorzióne fiéclé ,.
que Colomb, par fon exemple , excita dans
tout le monde l'envie de voyager , & fit
revivre en toutes fortes de perlonnes une
paffion pour l'étude de la Gographie.
Mercator a été le premier de remarque , &
Ortelius après lui , qui ait entrepris de faire
une nouvelle collection de Cartes , avec les
nouvelles divifions des Païs , & les noms
des lieux , celles de Ptolemée ne pouvant
prefque phus être d'aucun- ufage. Le che
min étant ouvert , quantité d'alpirans fui
virent fon exemple , & publierent des
Cartes , dont la plus grande partie n'étoit
que des copies des fiennes . Vers le milieu
du fiecle paffé Blaen en Hollande , &
Sanfon en France donnerent au Public de
nouvelles collections de Cartes , avec beau
coup: d'amendemens tirés des Voyageurs
de ces tems là : & quoiqu'on les ait cru
fi parfaites , qu'il ne reftoit plus rien à corriger
DE MAR S. 49
*
en
riger , elles ont toujours été copiées depuis
par les Faifeurs de Cartes en France
Angleterre & en Hollande , avec très - peu
de changement pour le mieux , & fort fou
vent pour le pire . La Geographie alloit
retomber dans la premiere obfcurité , &
l'erreur d'où Mercator l'avoit retirée, quand
M. de Lifle , Geographe François , entreprit
de defabufer le monde , & d'arrêter
le cours de ces faux Plans , dont on accabloit
le Public , en faiſant une nouvelle
collection de Cartes de Geographie ancienne
& moderne , corrigées & ameliorées
fur les Plans que plufieurs Nations de l'Europe
ont levez de leurs Païs , fur les obfervations
des Voyageurs des plus exacts ™
que l'on trouve en toutes fortes de Langues
, & fur celles des Academies Royales
de Paris & de Londres : c'eſt par une telle
execution que l'Auteur a obligé les Curieux
de la maniere la plus extraordinaire , à
gagner l'applaudiffement de chacun , & à
fe faire honneur à lui - même & à fa
Patrie .
Malgré cela cependant, les Faifeurs de
Cartes continuent toujours d'en impoſer
au Public par des copies des anciennes ,
autant au deshonneur qu'au préjudice de
la Geographie. Le deffein donc de ce qui
fuit , eft d'avertir nos Faifeurs de Cartes
de ces abus , & d'établir une reformation
E
fo LE MERCURE
dans la Geographie , en excitant les Voyageurs
à faire des obfervations Geographiques
avec foin & exactitude , & les Geographes
à les recueillir de même.
On donnera le mois prochain la fuite de
cet Effai.
A Tragedie des Machabées , dont nous
Ldonnons ici un fimple Extrait , eſt une
?
de ces Pieces qui n'a nullement beſoin
d'eloges. L'accueil unanime que le Public
lui a fait , toutes les fois qu'elle a été reprefentée
, en affûre un fuccés qui ne pent
que faire honneur à notre fiecle . Comme ce
Poëme brille par la beauté de la verſification
, & que l'on n'a pû juſqu'à preſent en
découvrir le veritable Auteur plufieurs
Connoiffeurs se font imaginés que les trois
premiers Altes ne pouvoient être fortis de
la plume d'aucun de nos Poetes vivans.
Qu'ont ils penfe fur cela ? Ils se font avijés
de les attribuer à F. M. R. Nous n'avons
garde d'adopter ce fentiment , ne paroiſſant
tout au plus que vrai -femblable. Mais
plutôt , pourquoi ne fommes-nous pas affez
amateurs de la gloire de notre patrie , pour
croire qu'il peut se trouver encore en
France, un génie qui ait le tour , la delicateffe
, & toutes les connoiffances neceffaires
pour relever notre Tragedie ?
DE MAR S.
ST
Voici un Extrait des Machabées bien
fimple, mais en récompenfe bien exact.
NTIOCHUS ouvre la Scene en
donnant ordre d'aller avertir
Antigone , & de faire conduire
les Hebreux à l'échafaut.
Scene II. Il demeure enfuite avec la
mere des Mechabées , en lui declarant qu'il
ne donnera pas de relâche aux Juifs , &
qu'ils périront tous , s'ils n'adorent les
Dieux Elle répond
•
Eh bien ! nous périrons , & Dieu nous`vengera.
Antiochus s'étonne qu'elle ofe encore
efperer dans l'état où les Juifs font réduits .
Il a établi l'Idole de Jupiter dans le Temple
; il a fait brûler les livres des Juifs , &
il croit leur Dieu détruit . La mere lui dit
qu'il n'a executé que ce que Dieu a permis,
& qu'il pouvoit exercer contre lui la ven
geance qu'il exerça contre Heliodor ; mais
qu'il punit l'infidelité de fon peuple , en
l'abandonnant à fa cruauté ; que ce châtiment
même leur a été annoncé par les Prophetes
, & qu'en croyant combattre contre
Dieu , il n'eft que l'inftrument de ſes ven
geances : Elle ajoûte :
E ij
82
MERCURE LE
Ne crois pas cependant qu'à jamais condamné ,
Ce peuple à ton couroux foit tout abandonné ;
Si tu vois fuccomber au poids de nos miferes
De lâches deferteurs de la loi de nos peres ;
Ces Juifs n'étoient point Juifs , & l'Ange de Sion
Entre les noms élûs ne comptoit plus leur nom ;
Leurs prieres n'étoient que de vaines paroles
Qui prophanoient leTemple autant que res Idoles
Et malgré tes fuccés ta fureur aujourd'huy
Ne lui prend que des coeurs qui n'étoient plus à lui.
Sur ce qu'elle fe promet enfuite que Dieu
refervera des Vengeurs à fon peuple , Antiochus
mépriſe fes menaces : Tremblez du
moins , dit- il , pour vos enfans qui vont
périr , s'ils n'adorent Jupiter. Elle lui ré
pond , qu'il doit connoître les vrais Hebreux
par l'exemple d'Eleazar , qui a mieux
aimé mourir que de feindre : que fes enfans
ne degenereront pas d'un fi grand exemple
; qu'elle lui abandonne leur fang qui
hâtera la vengeance Divine. Antiochus
fort en fureur pour ordonner leur fupplice,
& il ordonne à fes Gardes de retenir la
mere qui veut le fuivre.
Scene III. Elle demeure feule avec fa
Confidente : elle éprouve alors tout l'attendriffement
d'une mere ; elle fe fait une
image affreufe de la mort de fes enfans ;
elle doute qu'Abraham même ait ſouffert
DE MAR S. 53
les
autant qu'elle , dans le facrifice qu'il fit à
Dieu de fon fils Ifaac ; elle accepte fon
martyre avec la refignation la plus entiere,
quoi que la plus douloureufe ; bien - tôt
elle s'affermit , & elle envifage la mort de
fes enfans comme leur bonheur ; elle
compre fur leur foy , & elle ne tremble
que pour celle de Mifaël . Voici comme
elle expofe les raifons de fa crainte . Quand
Apollonius , dit- elle , vint executer dans
Jerufalem les ordres cruels d'Antiochus ,
Mifaël vit fouvent Antigone fille d'Apollonius
. Il vouloit l'engager à proteger
Juifs auprès de fon pere ; mais il éprouva
bien tôt l'effet de fes vertus & de fa beauté :
il l'aima ; il m'avoua ingenument fon
amour ; & fur mes remontrances il ceffa
de voir Antigone ; mais il court encore
ici le même péril qu'il couroit à Jerufalem.
Antigone eft aimée d'Antiochus ; elle eft
la dépofitaire de fes fecrets , & après lui
la maîtreffe de l'Empire : Mifaël l'a revûë ,
mais que je crains que fous pretexte
nos interefts , il n'ait agi en effet que pour
fon amour.
*
Queje crains cet amour dont le confeil perfide
Au plus doux de nos Rois infpira l'bomicide ,
Et quiplus loin encore étendant fon pofon ,
Au fein de la fageffe égara Salomon :
* David .
de
E iij
54 LE MERCURE
L'on peut remarquer qué dans cette
Scene la mere établit fon propre caractere
par les fentimens : c'eft la plus tendre des
meres , & la plus genereufe des femmes ;
elle ne dit , elle ne fait rien dans la fuite
de la piece qui ne prouve également fa
fenfibilité & fon courage . On y voit encore
le caractere de Milaël fidele à fa religion
, malgré l'amour le plus violent.
Scene IV. Dans le tems que la mere
tremble ainfi pour fon fils , Mifael vient
lui apprendre que les freres font morts :
Elle s'écrie ,
Ilsfont morts !pourquoi donc vous revois -je ,monfils?
Mifael la raffure ; il lui dit qu'il n'a pû
Mui- même obtenir la mort , que la fureur
du Tyran s'eſt laffée , & qu'il vient pleurer
fes freres avec elle. La mere , loin de s'abandonner
aux larmes , regarde leur mort
comme un triomphe , & elle en demande
le recit à Mifael pour fa confolation . Il
lui raconte comme l'action s'eft paffée . On
avoit fait dreffer aux portes du Palais un
échafaut & un autel confacré aux Dieux
des Gentils , les freres & lui étoient dans
la place entre l'échafaut & l'autel . Antiochus
accompagné d'Antigone , eft venu
leur donner le choix d'offrir l'encens aux
Dieux , ou de perir dans les tourmens . Ils
n'ont pas balancé à choifir l'échafaut , &
DE MA RS .
ils s'empreffoient à l'envi d'y monter.
Arrêtez... laiffez moi , dit l'aîné de mesfreres ,
M'immoler le premier pour le Dieu de nos peres ;
Cet honneur m'appartient ; & c'est l'uniquefois
Que fur vous mon aineſſe a reclaméſes droits.
Le reste eft une peinture des fuplices
que les freres ont foufferts , de leur courage
, de la fureur d'Antiochus , & de la
pitié d'Antigone. Mifael dit en parlant
d'Antiochus & de fes freres ,
Et le Tyran confus même en donnant fes Loix
Paroiffoit un Esclave , & mes freres des Rois .
Scene V. On vient alors chercher Mifael
de la part du Roy , qui veut lui parler ;'
& on ne permet pas à fa mere de le fuivre ;
elle dit à fon fils en le quittant,
Va : mais en lui parlant , fonge au Dien que tu
-fers .
ACTE I I.
Antigone dit à fa Confidente que c'eſt
elle qui par
fes larmes a fufpendu la vengeance
du Roy , & qui a empêché que
Mifael ne perit après les freres . La Confidente
dit ,
Qu'efperez- vous pour lui de ce retardement ?
E iiij
56 LE MERCURE
Antigose répond ,
vit , & je connois tout le prix d'un moment.
Elle fe promet de bien ufer du temps
qu'on lui laiffe ; & fur ce que la Confidente
s'étonne de ce grand interêt qu'elle prend
à la vie de Mifael , Antigone lui découvre
tout l'état de fon coeur . Tu n'étois point ,
dit- elle , à Jerufalem , quand Apollonius y
vint executer les ordres du Roy. Milael
vist fouvent implorer ma protection pour
eux; j'entrai dans fes fentimens ; nous nous
abandonnions tous deux à nôtre pitié.
>
Et de cette pitié , Cephife , chaque jour
Naiffoit enfe voilant , le plus ardent amour.
Enfin Mifael m'avoua cet amour ; mais
en fremiffant de fes fentimens & de fon
aveu comme d'un facrilege ; il ne me reyit
plus , & mon amour s'accrut de ma douleur
même, & de l'inquiétude que me caufa
fon abfence. Je voulus voir dans mon depit
quelle pouvoit , être cette Loy qui lui
faifoit un crime de m'aimer. Je lus les Annales
des Juifs , où je vis avec étonnement
la naiffance , la gloire & l'abaiffement de ce
Peuple.
Antigone rapelle ici les miracles que Dieu
avoit faits pour le proteger , & les châtimens
qu'il exerça contre lui , felon qu'il
meritoit fon amour ou fa vengeance . Elle
laiffe voir ici de grandes difpofitions à
DE MAR S. 37
quitter les Dieux pour celui des Juifs ,
elle ajoute que depuis la mort de fon pere ,
elle eft attachée à la Cour du Roy , dont la
tendreffe redouble tous les jours pour elle ,
elle n'ufe du pouvoir qu'elle a fur lui que
pour le fléchir en faveur des Hebreux.
Mifael , dit-elle , m'a revûe ici , il m'a follicitée
pour eux.
Il ne m'a point parlé de fes feux ; mais belas !
J'ai vu ce qu'il fouffroit à ne m'en parler pas.
Il m'aime encor , Cephife , il est toujours le même s
Et je viens de t'apprendre , à quèl excès je l'aime,
Conçois-tu mon état ? Et de quelle douleur
Les apprêts de fa mort ont dû percer mon coeur !
J'ai cru le voir mourir dans chacun de fes freres.
Il alloit fuivre enfin des Victimes fi cheres :
Je ne fçais point quel Dieu m'a foutenuë alors :
Mais un reste d'eſpoir redoublant mes efforts ,
Du fier Antiochus l'ame s'eft attendrie ,
Et Mifael & moi nous obtenons la vie.
Et fur ce que la Confidente s'étonne
qu'elle ait pû fléchir Antiochus , Antigone
lui en découvre le veritable caractere. Ce
n'eſt point un homme qui fe faffe un plaifir
de repandre le fang , il eft même naturellement
fenfible à la pitié , & il en a donné
des preuves ; mais fon orgueil s'irrite de la
moindre reſiſtance , & le fang ne l'étonne
38 LE MERCURE
plus dès qu'il s'agit de fe faire obeïr.
Antigone ajoûte qu'Antiochus veut effaier
les bienfaits fur Mifael ; mais que quoiqu'il
en arrive , elle tentera tout .... Elle
eft interrompue par l'arrivée du Roy , accompagné
de Mifael.
Scene 11. Antiochus retient Antigone ;
& il veut qu'elle foit témoin de ce qu'il
fait pour Mifael . Vous pouvez tout fur moi,
lui dit- il ; vous m'avez demandé ſa vie , je
vous l'accorde ; il la doit à mon amour
pour
vous ; mais il en eft auffi redevable
à la vertu ; & là - deffus il preffe Mifael , en
le louant de fon courage , de meriter par
une prompte obéiffance les faveurs qu'il .
lui deftine. Mifael s'étonne que le Roy fe
flate de lui faire oublier la cruauté qu'il
vient d'exercer contre fes freres. Je veux
bien l'oublier cependant, pourfuit-il ; pourquoi
fongerois-je à venger une mort que
j'envie ? Si je dois vous haïr , ce n'eſt que
par vôtre impieté , & la guerre facrilege
que vous declarez au Seigneur. Antiochus
le conjure de ne pas s'obftiner à l'outrager ;
il lui promet tous les bienfaits & toute fa
faveur ; il s'abaiffe même jufqu'à lui deinander
fon amitié. Mifael en avouant
que fon amitié n'eft rien , declare genereufement
à Antiochus à quel prix il eft
encore obligé de la mettre. Délivrez Jerufalem
, lui dit - il , des profanations dont vous
DE MAR S.
59
la fouillez accordez- nous la protection
que nous accorda Cyrus , ou laiffez- nous la
paix que nous laiffa Alexandre : à ce prix
je vous réponds de la fidelité des Juifs ,
où je vous vengerai moi même de leur revolte.
Antiochus offenfé de la hauteur de
Mifael , revient aux menaces. Mifael les
dedaigne , en lui reprefentant que les Rois
ne font que les Miniftres du Dieu Souveles
Hebreux adorent .
rain
que
Sur ces pretendus Rois qu'adore l'Univers ,
Dieu verfe enfe joüant la gloire & les revers ,
Et quand vous l'outragez , ſa main apefantie ,
L'un par l'autre àſon gré vous frape & vous chârie.
Vous - mêmes regardés quel Sceptre eft dans vos
K
mains.
Formidable à l'Egipte & foumis aux Romains ,
Tandis que déployant vos nombreuses armées ,
Vous courés impofer des Loix aux Ptolemées ,
Un écueil imprevû briſe votre grandeur ;
Rome arrête vos pas par fon Ambaſſadeur ;
Et vous n'ofésfortir du cercle qu'il vous trace ,
Sans avoir en Efclave appa :fé fa menace.
Antiochus eft prêt de s'abandonner à fa
fureur , mais fur quelques inftances d'Antigone
, il fe retient , & il écoute encore
quelqué refte de pitié , Achevés , dit- il ,
votre ouvrage ; fecourés de vos confeils
60 LE MERCURE
un infenfé qui veut perir , & empêchés - le
de fe perdre , ou ne vous plaignés plus
de la mort.
Scene 111. Antigone veut engager Mifaël
à conferver fa vie par l'interêt qu'elle
y prend mais il femble ne vouloir ni la
regarder ni l'écouter. Sur le reproche qu'-
elle lui en fait , il lui avoue que c'eft le
feul danger qu'il ait à craindre ; qu'elle
eſt par fa vertu & par fa beauté fon tiran
le plus redoutable ; & parlant du témoignage
genereux que Dieu exige d'un Iraëlite
, il regarde la mort comme un fecours
qui va le delivrer de tant d'agitations
: Il ne renouvelle , dit- il , l'aveu de
fon amour que dans l'efperance d'irriter
Antigone. Loin de s'en offenfer , elle ne
peut plus lui cacher qu'elle l'aime ellemême.
Mifaël en fremit comme du plus
grand de fes malheurs ; & enfin reſiſtant
toujours avec un courage heroïque à l'amour
le plus tendre & le plus paffionné ,
il veut fortir pour aller braver Antiochus.
Antigone lui dit :
Arrête ...je refpecte un refus magnanime.
Je ne demandeplus ce que tu crois un crime.
De tes propres remords mon coeur eft combatu ,
Mifaël: ma foibleffe adopte ta vertn.
Mais du moins fi je puis te fauver fans
DE MARS , 61
bleffer ton devoir , promets-moi de ne plus
refufer mes fecours. Milaël fe rend à ces
conditions ; & Antigone lui promet d'avoir
foin de fa gloire autant que de la vie.
ACTE III.
Antigone dit à Antiochus qu'elle ſe
promet de reduire Mifaël ; elle n'auroit eu
à craindre que fa mere ; mais comme Antiochus
fait garder Mifaël dans fon Palais ,
& qu'il n'eft pas permis à fa mere de le
voir , Antigone répond au Roy du fuccès
de fon entreprife. Antiochus lui rend graces
du fervice qu'elle lui rend , rien ne l'intereffe
tant que de foumettre Mifaël . Defefperé
qu'il étoit d'avoir vainement employé
fur lui les menaces & les prieres , il regarde
P'honneur de le foumettre comme la plus
grande conquête . Il avoue fon orgueil . La
refiftance d'un feul de fes Sujets le trouble
plus que l'obéiffance de tous ne le flate :
inais en avoiant ce defaut, il s'en dédomage
en doutant fi c'eft en lui un fentiment de
grandeur ou une foibleffe . Il fe flate que fi
Milaël fe rend , les Hebreux fuivront fon
exemple , & qu'il n'aura plus, de fang à
répandre. Antigone faifit cette occafion de
l'exhorter à la douceur ; elle lui repreſente
que le fond de fon coeur eft fenfible &
genereux , & qu'il feroit humain s'il pou62
LE MERCURE
voit vaincre fon orgueil ; mais elle ne l'avertit
de ce defaut, qu'après qu'Antiochus
l'a avoué lui -même , & en y joignant l'adreffe
& le ménagement de le flater d'ailleurs
. Antiochus eft touché de ces avis ;
& charmé de la douceur d'Antigone , il
lui declare un deffein qu'il medite depuis
long- tems, qu'elle a dû prevoir , dit- il , par
la paffion qu'il lui a toujours témoignée ,
il fe flate qu'en regnant avec lui , elle va
l'aider à regagner le coeur de fes Sujets .
Scene II. La mere allarmée du bruit qui
fe répand qu'on efpere feduire fon fils ,
vient prier le Roi de le lui laiffer voir.
Antiochus lui declare qu'il laiffe fon fils
au pouvoir d'Antigone , qui eft deformais
fon époufe, & qu'elle doit regarder comme
fa Souveraine ; que c'eft là qu'elle doit
adreffer fa priere : il ſe retire , & laiſſe la
mere avec Antigone.
Scene III. La mere afligée que ce foit
Antigone qui cherche à feduire fon fils ,
lui avoue qu'elle n'eft que trop inftruite
du pouvoir qu'elle a fur lui : elle la conjure
de ne s'en pas fervir pour le perdre ;
& fur ce qu'Antigone lui dit qu'elle travaille
à le fauver , la mere lui répond que
nourrie dans l'erreur dès fon enfance , elle
ne connoît ni les vrais biens , ni les vrais
maux ; que les maximes des Ifraëlites font
bien differentes de celles des Gentils. ReDE
MAR S. 63
gnés , dit - elle , foyez heureufe ; mais laiffés
nous les liens & la mort ; nous ne vous
demandons rien davantage : elle fe jette
aux pieds d'Antigone , & lui demande en
grace de lui laiffer voir fon fils. Antigone
auffi penetrée de douleur que la mere , lui
refute pourtant cette grace , qui expoferoit,
dit- elle , les jours de Mifaël . La mere indignée
d'avoir perdu fes pleurs , fe retire ,
en fe reprochant d'avoir cherché un autre
appui que celui du Seigneur.
Scene IV. Antigone plaint cette mere
afligée , qu'elle auroit pù confoler en lui
laifiant voir le fonds de fon ame : elle ne
veut ni rien rifquer , ni perdre de tems ;
& elle appelle Barfés , à la garde de qui
Mifaël eft commis. ( scene V. ) Elle lui dit
de preparer tout pour fortir d'Antioche
pendant la nuit, & de lui envoyer Mifaël.
Scene VI. Mifaël demande en arrivant
fi le fupplice eft prêt ; Antigone lui répond
qu'au contraire elle va mettre fes
jours en fureté ; qu'elle a laiffé concevoir
au Roi l'efperance de le reduire. Mifaël
irrité de ce qu'on a commis fa gloire ,
veut aller defavoüier Antigone. Elle l'arrête
en lui difant de reveler tout auRoi,
de lui declarer qu'elle l'aime , & qu'elle eft
Ifraëlite . Mifaël a peine à comprendre ce
qu'il entend ; mais Antigone lui declare
que la verité la preffe depuis long- tems ,
64 LE MERCURE
qu'elle étoit plus retenue dans l'erreur
que par la mauvaiſe honte du changement ;
mais ta vertu , dit- elle , m'a enfin determinée
; j'ai compris par ta force même la
puiffance du Dieu que tu adores ; & les
Laintes allarmes de ta mere ont encore confirmé
ma foy ; je ne lui ai rien dit de mon
deffein ; il lui auroit été fufpect , & fon
zéle auroit pû le traverfer ; mais pour toi,
Mifaël , je me flate que tu me croiras fincere.
Oui , je fuis Ifraëlite , & je refuſe le
Trône d'Antiochus pour fuir avec toi.
Celui même que par mon avis le Roy a
commis à ta garde, doit nous conduire hors
de ces murs. Nous n'avons point de momens
à perdre. Sur ce que Mifaël a peine
à goûter le parti de la fuite , Antigone lui
reprefente que c'eft pour lui une occafion
de triomphe ; que des lieux où ils fe retireront
, il peut faire avertir en fecret les
Juifs difperfés , fe mettre à la, tête d'une
Armée , & delivrer Ifraël du joug de fes
Perfecuteurs. Les projets & les efperances
d'Antigone enflament Mifaël ; il les regarde
prefque comme une Prophetie. Oui, dit -il,
>
Oui , je crois voir en vous cet Ange imperieux ,
Qui jadis , pour brifer les fers de nos ayeux ,
Et du Ciel aportant la divine promeffe ,
De l'humble Gedeon vint armer lafoibleffe.
J'ai beau me dire ici que Mifaël n'eft rien ;
Jo
DE MAR S. ·
637
Je sais que je puis tout avec un telfoutien ;
Et que devant le Chef qu'àfon peuple Dieu nomm.
Les Camps les plus nombreux fuiront commè unfent
homme.
Comme Mifaël ne peut fe refoudre à
partir fans fa mere , Antigone lui dit qu'elle
a tout prévû , & que fes ordres font donnés
pour l'enlever & l'emmener fur leurs
pas. Mifaël eft prêt à partir , mais Antigone
l'arrête. Sa gloire ne veut pas qu'elle
fuie avec lui fans être fon époufe ; & elle
veut qu'il lui engage fa foy au nom du
Dieu qu'ils adorent tous deux . Mifaël
nonce ce ferment :
pro-
Dieu Puiffant , qui jadis donnas ta Loy fuprême
Aux deuxpremiers Epoux qu'uniffoit ta main meme,
Qui , beniẞant un feu par toi - même inſpiré,
‘D'un amour naturel fis un lien ſacré ,
Nous n'avons plus de Temple
tres
defuperbes Mai-
Font languir dans les fers nos Pontifes , nos Prêtresi
C'est à toifeul , Seigneur , dénous en tenir lieu :
Sois ici le Témoin , le Miniftre , le Dieu :
Prefide à mes fermens , & fois pour Antigone
Le garand de la foy que Mifaël lui donne :
Grave aufonds de mon coeur l'irrevocable loy
De vivre & de mourir & pour elle & pour tøy.
F
66. LE MERCURE
Mifae & Antigone fe donnent la main ,
ils partent enſemble , & Antigone dit en
s'en allant :
Rachel fuivra Jacob , fans emporter fes Dieux.
ACTE IV..
Arface dit à Antiochus qu'étant allé
chercher l'Ifraëlite par fon ordre , il ne l'a
´trouvé ni lui ni Barfés , ni la garde ; & que
revenant l'en avertir , il a rencontré un ami
de Barfés , qui s'eft troublé à fa prefence ;
il l'a foupçonné fur fón trouble d'avoir
part à l'entrepriſe , il l'a forcé de la lui
avouer , & de plus , que lui- même alloit
enlever la mere de Mifaël pour la conduire
fur leurs pas . Voilà ce qu'Arface aprend au
Roy , à qui il avoit déja dit les chemins
que Barlés avoit pris. Ils n'échaperont pas ,
dit le Roy , j'ai fait partir ma Garde contre
eux ; & commençant à foupçonner Antigone
, par l'avis de qui il avoit commis
Mifaël à la garde de Barfés , il ordonne
qu'on la faffe venir , & qu'on lui envoye
auffi la mere de Mifaël.
Scene II. Il s'étonne de l'audace d'Antigone
, qui fe fiant trop à fa beauté , abuſe
deja de la Puiffance qu'il veut bien partager
avec elle ; il fe propofe de l'humilier
par les reproches , quand Arface revient lui
dire qu'on ne la trouve pas
DE MAR S. 67
Scene III. Antiochus fremit d'aprendre
qu'Antigone fuit avec Mifaël , & de voir
que c'est un Rival qu'il a fauvé en lui
& il s'abandonne à des projets de fureur.
Scene IV. Il demande à la mere, qu'on
lui amene , le fecret de cette fuite : S'aimeroient-
ils , lui dit-il , en la menaçant . La
mere brave fes menaces ; mais elle demeure
accablée de la nouvelle qu'elle aprend : Si
mon fils , dit- elle , fuit avec l'Infidelle ,
Tu perds une Maitreffe , & moi je perds un Fils.
Antiochus impatient d'être éclairci , fort
pour interroger les femmes d'Antigone..
Scene V. La mere déplore avec fa Confidente
la perte du feul fils qui lui reftoit.
Il n'a point trahi fon devoir , lui dit la
Confidente.
Il n'a point adoré les Dieux du Syrien.
La mere répond ,
Il adore les Dieux , puifqu'il trahit le fien :
Il ne fuit que pour fuivre Antigone qu'il aimes
Amant de l'Idolatre , il le devient lui- même :
Quand Dieu n'eft pas pour lui l'interêt le plus chers
Qu'importe d' Antigone, ou bien de Jupiter.
La Confidente foutient toûjours que la
fuite eft permife; à tout autre qu'à mon fils ,
répond la mere , & le regardant toûjours
comme deshonoré & comme infidele , elle
s'offre elle-même à Dieu , le conjure d'en
Fij
68 LE MERCURE
flamer la colere du Tyran contre elle , &
de la réunir par le martyre à fes vrais enfans.
Scène vI. Antiochus rentre défefperé de
n'avoir pu rien apprendre ; il ordonne à la
mere de fe retirer.
Scene VII . Il s'étonne de ce qu'on ne lui
ramene pas encore les fugitifs .
Scene VIII. Hidafpe enfin vient lui apprendre
le fuccès du combat qu'il a fallu
livrer pour reprendre Antigone . Barlés ,
Mifaël & Antigone étoient environnez d'un
corps de Soldats ; ils fe font faifis d'un
pofte avantageux ; ils fe font battus en
défefperez. Antigone promettoit de leur
partager les trefors , & Mifael les animoit
par une valeur furprenante. Barfés enfin a
été tué ; mais Mifael s'eft encore défendu
long temps après la mort de Barfés , jufqu'à
ce qu'ayant perdu prefque tous fes Soldats,
& voyant enlever Antigone , il a jetté lon
épée , & s'eft livré lui-même , pour partale
fort de celle ger qu'il n'avoit pû défendre.
Scene IX. On les amene l'un & l'autre.
Aux reproches fanglans qu'Antiochus fait
d'abord à Antigone , elle oppofe fa juftification
; elle avoue l'amour qui depuis
long-temps l'attachoit malgré elle à Mifael
: quand après la mort d'Apollonius
-elle a été appellée à la Cour du Roy , &
DE MAR S. 69
comblée de fes bienfaits , elle n'avoit plus
d'amour à lui rendre ; & cependant elle a
eu pour les bontez toute la reconnoiffance
dont elle étoit encore maîtreffe ; elle n'a
cherché que fa gloire ; elle a employé
long-tems les confeils & les larmes pour
prévenir fes cruautez & fléchir fon orgueil.
Rien n'a réuffi ; elle s'eft enfin laffée de
fes rigueurs , & la patience des Juifs l'a
convertie elle- même au Dieu qu'ils adorent
; elle lui declare enfin qu'elle eft Ifraëlite
, & de plus l'époufe de Mifael . Ce
Roy fremiffant à cette nouvelle eft preft
à percer Mifael. Arrêtez , lui dit Antigone
,
N'allezpas vous couvrir d'un opprobre nouveau,
Etfoyez fon Tiran & non pas fon boureau.
Antiochus s'abandonne contre elle à la fureur.
Mifael , qui a été fi ferme jufques là,
fe jette aux pieds d'Antiochus , qui connoiffant
mieux l'amour de fon rival par
Fabaiffement où le reduit l'intereft d'Antigone
n'en devient encore que plus furieux.
Mifael effaye d'attendrir Antiochus fur un
peuple malheureux ; il le conjure de lui
rendre fa premiere liberté , ou s'il lui faut
encore une victime , il s'offre lui - même
pour le falut . de tous. J'ay trop appris ,
fui dit Antiochus , que ta mort ne t'effraye
70 LE MERCURE
pas , mas je n'en fuis pas moins fûr de
ma vengeance .
Grace au Ciel ma fureur ne peut plus ſe tromper ,
Jefçais pour te punir où ma main doit frapper.
Après quelques attendriffemens d'Antigone
& de Mifael , le Roy revenant d'un
trouble qui l'empêchoit de les entendre ,
les fait emmener tous d'eux , & dit à Mifael
de fe preparer à lui obéir ou de s'attendre
à tout ce que la fureur peut inventer
contre Antigone . Mifael fans lui répondre
s'adreffe à elle en fortant ,
Adieu chere Antigone :
Et Antigone répond , Adieu cher Miſael.
Le Roy rentre furieux de ne pouvoir
prefque plus efperer de les reduire.
ACTE V.
Mifael paroît dans un trouble violent ;
il fremit de ce qu'Antiochus vient encore
de lui propofer. Il confent de les laiffer
vivre lui & Antigone , s'il veut facrifier
aux Dieux ; mais s'il s'obftine à choisir la
mort , Antigone va périr à fes yeux le
bucher eft tout preft , & dès qu'il paroîtra
elle doit eftre livrée aux flâmes .
•
Antiochus lui laiffe ainfi l'horreur d'ê
tre le Juge & le boureau de fon épouse,
Scene II. Dans ces momens de trouble
DE MA R S. 71
il apperçoit fa mere à qui Antiochus vient
de permettre de le voir , pour la punir
elle même. Elle lui demande fur fa fuite
l'éclairciffement qu'elle n'a pû obtenir du
Roy. Mifael lui apprend qu'en fuyant avec
Antigone , il a fuivi une Ifraëlite & une
époule. Sa mere s'étonne que le tyran leur
laiffe encore la vie . Mifael lui apprend en
fremiffant le fupplice que le tyran lui deſtine
, & comme il n'ofe braver la mort en
y condamnant Antigone . Laifferas- tu foupçonner
ta foy , lui dit la mere ? Irai -je
condamner mon époufe , lui répond Mifael
, en s'abandonnant à un trouble qui
allarme de plus en plus la mere ? Elle
eft effraïée pour fon fils des fuites d'une
paffion qui croît à chaque moment , & le
conjure de courir au martyre par toutes
les raifons qui doivent l'y exciter. Si Antigone
eft fincere , elle imitera la fainte
fermeté d'un époux. Les Juifs attentifs à
l'exemple qu'il va leur donner , imiteront
fa foibleffe ou fon zele. Enfin par tout ce
qu'il y a de plus facré pour un Ifraëlite ,
au nom même de fes freres & par la tendreffe
maternelle elle le preffe de ne
differer fon fupplice.
dit
plus
Sacrifice. Mifael en l'embraffant ne lui
que ce mot >
Recevez mes adieux ; & j'y cours
72
JE
MERCURE
Scene III. La mere percée de douleur ,
prie le Seigneur de la foutenir.
Scéne IV. Antiochus entre en fureur :
Mifael vient de le braver dans la place ,
en criant
Honneur & facrifice au feul Dieu d'Ifraël.
Il la abandonné fans retour au fupplice
auffi-bien qu'Antigone , & il ne rentre
que pour n'être plus expofé à la pitié.
La mere le prie de la joindre à fon fils ;
mais Antiochus lui dit qu'elle peut le braver
impunément , & que fon fexe la met
en fureté.
Scene V. Arface vient raconter la mort
de Mifael & d'Antigone Il peint la
confternation & la douleur du peuple , de
voir celle qu'ils attendoient pour Souveraine
abandonnée au dernier fupplice , la
fermeté d'Antigone , qui après avoir fait
les plus tendres adieux à fon époux , s'eft
élancée dans les feux ; & la vive douleur
de Mifael , qui détournant les yeux du
bucher , & les fixant vers le Ciel , a prié
pour fon époule , jufqu'à ce qu'il ait pû
fe jetter lui-même dans le bucher . Antiochus
, loin de fe croire vengé , le confeffe
vaincu, & la mere par un efprit de prophetie
lui declare qu'en effet l'humiliation
des Juifs eft finie , que le fang de fes enfans
vient de defarmer le Seigneur, qu'il s'éleve
de nouveaux Machabées dont les
triomphes
DE MAR S. 75
triomphes vont rétablir fon people. Tu
vas voir, pourfuit- elle , périr tes plus
nombreuſes armées , tu vas toi- même eftre
frappé de Dieu , & ton faux repentir n'en
obtiendra pas de grace. Si ton couroux
ne me punit pas des malheurs que je t'annonce
,
Je mourrai malgré toi de l'excès de ma joie.
Antiochus finit par ces deux vers :
• Ciel ! qu'ai-je entendu ! quel effroy m'a troublés
Je doutefi c'est elle , ou Dieu qui m'a parlé.
REFUTATION DES REFLEXIONS
J
fur la maniere de Précher.
E me fuis borné dans ce petit Ecrit à
fuivre pas à pas l'Auteur des Reflexions,
afin de le refuter avec plus d'ordre . Je
vais donc examiner fes premieres propofitions
. C'eſt ainfi qu'il commence.
Si tous les Ecoliers qu'on envoye au College
n'étoient pas au bout de quelques an
nées , plus inftruits ni mieux difciplinés
qu'au premier jour , n'y auroit- il pas lien
de conclure que le Maître auquel on les a
envoyés , n'a pas la methode d'enſeigner ?
Il est vrai que le prejugé feroit contre un
tel Maître , car entre un grand nombre
d'Ecoliers qui prendroient fes leçons , il
G
74
LE MERCURE
i
feroit exaordinaire qu'il ne s'en trouvât
plufieurs qui euffent affez d'ouverture pour
en profiter , autrement s'ils avoient tous
l'efprit bouché jufqu'au point de ne pouvoir
apprendre, ( ce qui ne repugne pas )
la faute retomberoit fur les Ecoliers , &
non fur le Maître .
Il y a un tems infini qu'on prêche , les
Chaires font pleines de Predicateurs qui
font fuivis avec afluence , & cependant vous
ne voyés pas les hommes plus inftruits , ni
plus faints qu'ils l'étoient dans leur bas
âge , & peut être le font- ils moins pour la
plupart , qu'ils ne l'étoient au fortir de leur
Catechifme. Cette propofition eft vraye , fi
on l'entend du plus grand nombre ; mais
quelle confequence en doit-on tirer ?
Ce n'eft pas celle que notre Auteur
aprehende que l'on en tire ; fçavoir , qu'il
n'y a plus rien à apprendre aux gens du
monde après le Catechifme ; je crois que
perfonne ne s'en feroit avifé , non plus que
de dire qu'il n'y a plus rien à apprendre à
celui qui fçait l'Alphaber. On convient
donc avec lui , que quoique le Catechifme
contienne les principes de la Religion , ce
n'eft point encore affez ; que c'eft la liaiſon
des principes qui forme , pour ainfi dire ,
le corps de la Religion ; que c'eft cette
Haifon des principes qu'il faut apprendre
aux hommes ; que c'est là leur Catechifine.
DE MARS.
75
Notre Auteur n'a garde de fere retomber
la faute fur les Predicateurs. Il leur
rend cette juftice qu'on en voit parmi eux
d'une vie exemplaire & d'un génie fuperieur
, quoiqu'ils ne faſſent pas plus de progrés
que les autres fur l'efprit des Auditeurs,
Certes ces grands hommes lui font bien
redevables de cet éloge qu'il leur donne ,
du moins par raport à la pieté & au merite
; ils couroient rifque fans cela de perdre
une reputation qu'ils fe font acquiſe
avec tant de peine.
Mais quoi qu'en penfe l'Auteur des Reflexions
; pourquoi ne dirons - nous pas que
la faute vient des Auditeurs, premierement
s'ils ne font pas plus inftruits ? Car quoiqu'on
puiffe dire qu'ils ayent plus de difpofition
que les enfans , c'eft- à -dire plus
d'ouverture ; qui ne fçait qu'il y en a tréspeu
qui aillent au Sermon dans l'intention
de fe faire inftruire ? Il feroit inutile de
rapporter icy quels peuvent être les motifs
de la plupart de ceux qui y vont , on n'ignore
pas que la coutume , la bienféance,
& d'autres vûës plus criminelles encore
les y conduifent fouvent. Il ne faut donc
point aller chercher ailleurs la raifon du
peu de profit qu'ils y font. Secondement,
la faute vient des Auditeurs s'ils ne font
pas plus faints , puifque le progrès que
l'on peut faire dans le bien par les difcours
Gij
76 LE MERCURE
de pieté qu'on entend , doit moins être
attribué au fon exterieur qui frape l'oreille,
qu'à la grace qui touche & remue le coeur.
Ĉe font donc les obftacles que les hommes
mettent à cette grace par leurs paffions ,
qui font que les difcours les plus affectueux
& les plus touchans ne font aucune impreffion
fur eux.
Mais les enfans fouvent n'ont aucune difpofition
; ils vont quelquefois au Catechif
me malgré eux , & parce qu'on les y mene,
avec cela on ne laiffe pas de les inſtruire .
NotreAuteur auroit pû ajoûter même , avec
cela ils font plus fints que dans un âge
plus avancé. Cela eft vrai . Faut- il conclure
pour cela que la methode du Catechifme
eft meilleure pour inftruire les enfans , que
celle des Sermons pour inftruire les hommes
? Non fans doute . Il faut en conclure
que les enfans font moins corrompus que
les hommes , que s'ils vont au Catechifme
malgré eux , ils pechent en cela plutôt par
ignorance ou par legereté que par malice ;
que leurs paflions étant moins vives &
moins agiffantes que dans l'âge viril , ils
font plus en état de mettre à profit la femence
precieufe qu'on répand dans leur
coeur , & par confequent font plus faints
que les hommes. Cela feroit plus que fuffifant
pour convaincre l'Auteur des Reflexions
; nous allons neanmoins parcourir
DE MAR S. 77
encore celle qu'il fait pour prouver que le
peu de progrès que les hommes font au
Sermon , vient du deffaut de la methode.
Qu'est- ce qu'un Sermon ? C'est un grand
difcours quefait un Predicateur fur un texte,
qui pour le commun des hommes ne dit rien,
ou peu de chofe , & qu'il tâche à rendre
fertile par la fecondité de fon imagination.
Pour parler plus jufte , il faudroit dire :
C'est un difcours que fait un Predicateur
fur un Myftere , ou fur un point de Morale
, &c. annoncé par un paffage tiré de
l'Ecriture , & qui par confequent doit dire
quelque chofe pour le commun des hommes
qui ne doivent pas l'ignorer , & qu'on
peut rendre fertile en fuivant bien ſon ſujet
, fans donner la torture à fon imagination
. Mais il falloit crier au miracle &
au prodige en difant , que ce texte eft un
grain dont le Predicateur entreprend de
faire une moiffon entiere , comme ſi on ne
fçavoit pas que le texte & l'exorde qui le
fuit , font enſemble comme un pepin , qui
contient en foy un arbre capable de porter
beaucoup de fruit il ne s'agit donc que
de bien déveloper le point de Morale , ou
le Dogme de Foy qui font annoncés par le
texte , fi le Predicateur l'a fait avec fuccès ,
il a réuffi , & on doit lui fçavoir bon gré
de fon travail.
:
•
Ce difcours eft communément d'une heure;
G iij
78
LE MERCURE
>
fur quelque fujet que ce foit , brefon long
il faut remplir neceſſairement cet eſpace qui
eft preferit , fans fortir , s'il fe peut , defon
sexte. Je crois qu'on ne feroit pas le procès
à un Predicateur qui auroit mis moins
d'une heure à prononcer fon, difcours
pourvû qu'il ne fortît pas de fon texte ,
c'eft- à- dire , qu'il ne s'écartât pas de fon
fujet , & qu'il prouvât bien ce qu'il aurọit
avancé.
A l'égard du ftile , fans trop s'arrêter
à ce que dit notre Auteur , qu'il ne doit
pas être commun , que le difcours doit être
varié , fans écart & fans repetition. On
peut dire qu'il doit être ménagé felon que
le fujet le demande ; de forte que pour un
Prône , il doit être fimple , neanmoins fans
baffeffe , là c'eſt un Pere qui parle & qui
inftruit fa famille ; il a moins de meſures
à garder , on reçoit toujours bien ce
qu'il dit , pourvû qu'il parle de coeur
& avec onction. S'il s'agit de traiter un
point de Morale , il ne faut pas tant d'élevation
, que lorsqu'il eft queftion de traiter
un Myftere , ou de faire l'éloge d'un Saint.
En un mot , c'est au Predicateur à employer
le ftile qui convient à ſon ſujet : lorfqu'il
aura acquis ce talent , s'il n'a pas tout fait,
il a du moins fait une partie de ce qu'il
devoit faire . Il n'eft donc pas vrai de dire
que la maniere de prêcher ( fur tout celle
DE MAR S. 79
qui eft pratiquée par les grand Predicateurs
, car c'eft de celle- là dont on doit
parler ) n'est pas proportionnée à la portée
de l'Auditeur ; que de tirer tout un Sermon
d'un mot ou d'un texte c'eft promener l'Auditeur
dans les efpaces imaginaires ; qu'il ne
fçait où il eft , qu'il n'a plus de prife ; que
de prêcher pendant une heure entiere avec
fi pen de repos , c'est l'étourdir , & non
Pinftruire ; car tout cela tombe , lorsqu'il
s'agit d'un Sermon où il y a de l'ordre
d'un Sermon dont les fousdivifions bien
juftes & bien prifes , font des points fixes,
où la memoire peut fe repofer , pour paffer
plus aifément d'un endroit dans un autre :
ce n'eft point encore une fois étourdir fon
Auditeur , c'eft l'inftruire & le convaincre ;
c'est l'obliger de fe rendre , en ne lui laiffant
plus aucun pretexte pour douter de la verité
qu'on lui prêche , ni aucun retranchement
, à l'abri duquel il puiffe encore de-,
meurer dans fon crime . Ainfi compoſer un
Sermon pour le debiter de memoire , ce
n'est pas fe donner en ſpectacle , ni vouloir
prouver qu'on a de grands talens, c'eſt vouloir
ne point parler au hazard , & ne point
s'expofer en battant la campagne & en fatigant
fon Auditeur par des redites infupportables
, à lui faire defirer le moment
où il puiffe voir terre.
On peut donc fans , fe donner la torture,
& iiij
80 LE MERCURE
ni voule paroître avoir plus d'efprit que
fon Auditeur , lui en fuppofer affez pour
croire qu'il peut entendre les verités de la
Religion , même les plus abftraites , fi on les
-appuye folidement , fi on en dévelope bien
les principes , fi on en fait voir la neceffité ,
la fageffe , l'utilité , & cela peut fe pratiquer
dans un difcours appris par memoire ,
pourvû qu'il foit bien medité , bien conçû ,
bien digeré , plutôt que dans le galimatias
' inintelligible d'un homme qui rifque à parler
fur le champ.
On peut donc inftruire les hommes en
quelque genre que ce foit par un difcours
debité , non avec emphaſe , mais avec dignité.
On y peut employer des propofitions
fimples & intelligibles ; & fi on ne les repete
pas autant de fois qu'il feroit neceffaire
, pour les faire comprendre à un chacun
des Auditeurs ; c'eft que d'un côté il
pourroit arriver que celui qui ne les auroit
pas entendues la premiere & la feconde
fois , ne feroit pas plus intelligent pour la
troifiéme ; & que de l'autre , on courroit
rifque d'ennuyer le refte des Auditeurs , ou
de les faire dormir.
Donc la comparaifon que notre Auteur
fait d'un Predicateur qui prêcheroit à un
feul homme , & de celui qui prêche à
plufieurs , tombe entierement ; puifque
celui qui inftruiroit un feul homme ne
DE MAR S.
craindroit point de le rebuter en lui repetant
la même verité , autant de fois qu'il
feroit neceffaire pour fe faire entendre ;
& que celui qui parle devant une grande
Affemblée auroit fujet de l'aprehender ,
ne fçachant pas même combien de fois
precifément il devroit repeter ce qu'il auroit
avancé , pour le faire entendre de tout
le monde ; donc la repetition qui eft quelquefois
dans celui qui parle une marque
de fterilité , quoique neceffaire en certains
cas pour forcer les barrieres de l'efprit qui
écoute , n'eft pas toujours pratiquable . Il
eft vray que la conception de l'Auditeur ne
marche pas toujours comme la voix du Predicateur
; auffi lorfqu'un Predicateur eſt
habile , il a foin de prefenter fous plufieurs
faces la même verité lorfqu'elle eft difficile,
afin de la mieux inculquer à fes Auditeurs.
Il est vrai qu'à mesure que le Predicateur
debite , fa memoire fe foulage ; qu'à mesure
que l'Auditeur écoute , fon attention fatigue ;
mais après tout , il eft jufte que l'Auditeur
travaille à fon tour , pour profiter des
veilles du Predicateur ; fur tout , fi on ne
peut leur épargner cette peine à l'un nià
l'autre.
Conclufion .
Les enfans profitent au Catechifme , &
les hommes ne profitent point au Sermon .
Ce n'eft donc pas que la methode du Ca-
82 ΣΕ
MERCURE
techifme foit plus propre pour inftruite
que celle du Sermon ; mais cela vient de
ce que les hommes font plus paffionnés ,
& par conſequent moins propres à recevoir
les Instructions & à en profiter que
les enfans .
OBSERVATION
d'un Parhelie.
LE
E 27 Fevrier 1721 il parut fur les
trois heures après midy un Phenomene
qui attira les regards de tout le monde
par fa fingularité ; il dura près d'une heure
dans tout fon éclat , & s'affoiblit enfuite
infenfiblement. Le foleil paroiffoit au milieu
d'une couronne , fur les bords de laquelle
on voyoit de chaque côté l'image
de cet aftre avec une queue lumineufe ;
& au deffus , la même image avec deux
efpeces de cornes ou d'arcs de cercle colorez
comme l'Iris. Cette couronne étoit
enveloppée d'un grand cercle concentrique,
coloré de même. A la partie fuperieure
de ce cercle on voyoit un grand arc adoffé
qui reprefentoit les couleurs de l'arc- enciel
d'un aurre fens & comme par reflets.
Ces deux cercles s'entrecoupoient & formoient
par leur interfection une efpece
DE MAR S.
83
de noeud ou de petit cercle lumineux.
Les Philofophes appellent ce Phenomene
un Parhelie ; cette repetition des
images du ſoleil eft formée , felon quelquesuns
, par les differentes faces d'un nuage
condenfé & épaiffi en forme de glace , à
travers lequel on voit le foleil , comme fi
on le regardoit avec un de ces verres taillés
à facettes , qui multiplient les objets , &
les font paroître avec les couleurs de
l'Iris , parce qu'ils caufent les mêmes refractions
que le Priſme.
M. Deſcartes au chap. 1 des Meteores,
explique ce Phenomene par le moyen d'un
nuage glacé & condenfé en forme de
globe par deux vents contraires. Dans
cette hypothefe il démontre que le foleil
doit paroître au milieu d'un ou de plufieurs
cercles , puifque le nuage étant condenfé
en rond doit prefenter une furface
circulaire aux fpectateurs. Et comme cette
glace n'eft pas continue , & qu'il y en
peut avoir plufieurs couches differentes ,
elles doivent former auffi plufieurs cercles
& d'autres inégalitez felon leur fituation.
On peut voir jufqu'à fix foleils felon le
même Philofophe ; fçavoir , un en ligne
droite qui eft le veritable , deux par refractions
, & qui pour cela tiennent un peu
de l'Iris ; & enfin trois par reflexions , qui
doivent eftre fort pâles. Les couleurs de
84 ALE MERCURE
l'Iris font l'effet des refractions caufées
par le nuage glacé comme par l'épaiffeur
d'un Priíme. Ce Philofophe rapporte deux
cas où l'on pourroit voir un feptiéme ſoleil
, l'un beaucoup au deffus , & Pautre
beaucoup au deffous des fix autres : celuilà
étant plus lumineux effaceroit l'ombre
que les autres pourroient produire fur les
cadrans au foleil ; & pour lors il arrive
neceffairement que l'ombre du ftile doit
ou retrograder ou avancer , enforte qu'elle
ne marque point la veritable heure.
On voit rarement dans les Parhelies plus
de trois foleils , parce que le nuage n'eſt
pas ordinairement affez étendu pour en
reprefenter davantage : cependant en 1625
le Roy de Pologne en obferva fix , & en
1629 le 20 Mars il en fut obfervé cinę
à Rome. Cette obfervation eft rapportée
par M. Defcartes , qui l'explique felon fes
principes. M. Hughens dans fes ouvrages
pofthumes , fait mention d'un Parhelie de
fept foleils , & en donne une très-belle
explication.
Par un effet affez femblable il fe peut
faire qu'un autre objet que le foleil fe
peigne dans ces fortes de nuages condenfez
. Quelques-uns ont rapporté qu'autrefois
en vit en quelque endroit de la Suiffe
une image de Saint Michel qui paroiffoit
dans les nuës ; cela furprit étrangement
DE
85
MARS.
ceux qui s'en apperçurent les pemiers ,
mais on ceffa de s'étonner quand on eut
remarqué que cette image étoit toute femblable
à une ftatuë de Saint Michel placée
fur un certain clocher. Comme elle étoit
très bien éclairée par les rayons du ſoleil ,
elle étoit reflechie ou par un nuage ou par
quelque couche de neige glacée aux yeux
de ceux qui ne pouvoient voir la ftatuë.
Plufieurs Auteurs ont rapporté des obfervations
de ces fortes de Phenomenes.
On nomme, entre autres Hevelius dans
fes Tables Aftronomiques , Conrard Lycofthene
Auteur Allemand , dans fon
Livre qui a pour titre , Prodigiorum ac
ostentorum chronicon , &c. imprimé à Bafle
en 1557 ; on y trouve la figure d'un
Parhelie obfervé à Venife en 1532 , affez
conforme à ce qui a paru le 27 Fevrier
dernier.
Un autre Auteur Allemand , Chanoine
de l'Ordre des Premontrez , nommé Zahn,
dans un Livre intitulé , Oeconomia mundi
mirabilis , imprimé à Nuremberg en 1696 ,
fait la defcription d'un Parhelie qu'on
avoit vû en 1688 .
On a eu avis par des Lettres de Nimegue
, que le premier Mars il avoit paru
une lumiere extraordinaire pareille à celle
qu'on a obfervée ici il y a environ deux
ans , qui empêcha les Obfervateurs de
36 LE MERCURE
rien relarquer qu'une foible lueur à l'ho
rilon.
L
INT
se. Mars à Saint Malo.
parut ici Samedy premier de ce mois
à dix heures du foir , un Phenomene
encore plus extraordinaire
que celui de
l'année paffée , le croiffant qui n'avoit
que deux jours étoit trois fois plus grand
qu'il ne devoit l'être , rouge comme du
fang & dans une agitation furprenante ;
il fortoit du milieu de fes deux cornes une
barre blanche très lumineule & large deux
fois comme le paroît ordinairement
l'arcen-
ciel ; cette barre alloit fe perdre dans la
partie de l'Eft , elle étoit traverfée fans difcontinuité,
& de diſtance en diſtance, d'une
infinité de feux bleus , verts & rouges , qui
montoient & defcendoient
continuellement
.
Cette premiere repreſentation
á duré jufqu'à
près d'onze heures , que le croiffant
eft allé comme le précipiter dans la partic
de l'Ouest enfuite a paru dans le Sud-
Eft une étoile d'une grandeur & d'un brillant
extraordinaire
, laquelle s'eft placée
au côté de la barre blanche qui fubfiftor
encore , & a fait difparoître par la fuperio
rité de fa lumiere les feux qui environnoient
la barre : cette étoile a demeuré pendant une
DE MAR S. 87
heure dans toute la beauté , & is s'eft
éteinte peu à peu en prenant la couleur &
la forme d'un charbon , alors tous les feux
ont reparu fur la, barre blanche dans un
mouvement plus grand qu'auparavant, & fe
font étendus de tous côtez ; il faifoit affez
clair pour lire dans la plus petite écriture ;
le Ciel étoit étoilé , l'air temperé , & il
n'y avoit d'agitation que dans les feux voifins
de la barre qui paroiffoient fe fecoüer
d'une étrange maniere. Ce beau fpectacle
a duré jufqu'à une heure & demie après
minuit , alors tout a difparu jufqu'aux
étoiles , & la nuit la plus noire a fuccedé
tout d'un coup, comme un rideau qui feroit
tombé entre le Ciel & nous . Ce Phenomene
a commencé & fini à Rennes une
heure plutôt qu'ici. On l'a vû le même
jour à Bourges , à la Fleche , à Nimegue
& à Varfovie , & on l'auroit pû voir à
Paris fans un grand brouillard qui empêcha
les obfervateurs de rien remarquer qu'une
foible lueur à l'horiſon.
8:8 LE MERCURE
LETTRE ECRITE A M DE V ....
par M. Gravelot , frere de M.
Bourguignon d'Anville , Geographe
du Roy.
On vous trouve trop à dire icy , Monfieur ,
pour qu'on y ait oublié ce qu'on vous y
a promis
MAis n'allez pas au moins croire que cette
Lettre
Soit pour vous prouverfeulement ,
Que fi par fois je fçai promettre ,
Je m'enfouviens exactement :
Sans doute il eft vrai d'une chose ,
Tenir fa parole a fon prix s
Mais ma foi quand je vous écris ,
Leplaifir que j'y trouve en eft l'unique cauſe.
J'ai trop bonne opinion de ce qui vous
divertit prefentement, pour croire que vous
regrettiez nos amuſemens ; c'eſt dans cette
prévention que je ne crains point de vous
dire ,
Que j'ai depuis vôtre départ ,
Souvent été Collin maillart ;
Que le Jardin à l'ordinairey
Des
DE 89 MAR S.
1
Des Graces & des Ris eft le brillant fejour :
Que nos petits Jeux tour à tour
Joüez dans leur vrai caractere ,
Ne font que des propos d'Amour ,
Dont aisément onpourroit faire
Un gentil fupplement au Code de Cythere.
C'eft fans doute ici le lieu de vous dire
qu'on vous fait bien des complimens , &
qu'on vous fouhaite beaucoup de gaïeté
dans l'humeur.
Et pour vous expliquer mon on
Scachez que par lui je veux dire
Certaine Belle à l'oeil fripon ,
>
Aux cheveux bruns , au doux fourire s
Et de quifans doute le nom
Sur le Journal de Cupidon ,
Au rang des Graces fe doit lire :
F'entends l'aimable P ....
Ayant au même Livre une Coufine inferite ,
Qui par mille beautez également merite
Et le nom de Venus , & le fort de Pfiché.
Je me devois à moi-même une digreffion
en faveur de la charmante Coufine de
Mademoiſelle P ..... déja même penfezvous
qu'elle en auroit executé une plus
longue mais , Monfieur , c'est ici la place
de mes fentimens , & il eft temps de vous
H
90 LE MERCURE .
exprimer combien je fouhaite que vous
foyez redevable à vôtre voyage.
Pour fuivre loin de nous fon Zephire volage ,
Flore abandonne nos Climats ,
Et Septembre déja rapellant les frimats ,
Du plaifir des tifons nous raproche l'uſage.
Ainfi donc ufez bien du refte des beaux jours ,
Et des derniers plaisirs que promet la Campagne ;
Et fi vous ne voulez que l'ennui l'accompagne ,
De Bacchus , de Morphée , des petits amours ,
Employez fouvent le secours.
Je fuis Monfieur , & c. ce 17 Septembre
1720.
LETTRE DU MEME
à M. de l'Annai
O vous , chez qui tous les momens
Sont des momens de jouißance ,
Chez qui l'on voit d'intelligence
La gaieté des Buveurs , la langueur des Amans….
Je me faifois fort , Monfieur , de vous
écrire une belle Lettre fur ce ton- là ; mais
j'ai fongé depuis qu'il valloit mieux vous
faire des reproches de la part de nôtre
amitié : Quelle honte ! il me femble qu'il
ya un fiecle que je n'ai eu de vos nouDE
MAR S. 9.1
velles
ne fçaurez- vous jaman combien
elles me font cheres ?
Seriez vous par bazard le Renaud de nos jours ,
Du fommet d'une Roche aride
A-t- on formé pour vous le plus beau des fejours ?
<
On bien fans le fecours perfide
De quelque Palais enchanté ,
Au profit d'une jeune Armide ,
Par les charmes d'Amour feriez- vous arrêté ?
En effet , vos amis n'entendent non plus
parler de vous que fi vous n'étiez qu'amoureux
: Expliquez - nous , s'il vous plaît ,
l'enigme de vôtre filence . Si c'eſt l'efprit
de retraite qui vous tient , je ne fais pas.
mal de vous envoyer de quoy lire , &
peut être de quoy entretenir vos reflexions::
J'ai jugé le tendre Catule digne de cela ;
vous fentirez en le lifant combien les
Vers coutent peu à un Amant qui chante
fes plaifirs.
Quandfur la Lire des Amours
Catule chantoit fa Lesbie,
Je pense que c'étoit tous les jours defa vie ,
Au Dieu des Vers pourtant il n'eut jamais recours ::
J'aime comme il aimoit , mais j'aime une incredulo»»
Ettout ce que jefais fefent de mon ennui ;
Afi je fuis jamais heureux comme Catule,
Je ferai des Vers comme luy.
Hij
92 LE MERCURE
Au moins , Monfieur , faites - moi fa
juftice de croire que je fuis homme à aller
vous reprocher votre negligence pour vos
Amis , jufque dans votre folitude ; & fi je
ne l'ai pas encore fait , c'eſt que mes occupations
m'en ont empêché?
Quand te devrai -je , ô Repos précieux ,
Les plus chers inftans de ma vie !
Je laiffe be Nectar aux Dieux
C'eft leur loifir feulement que j'envie.
'
Si quelque jour ils exaucent mes prieres,
je fais voeu de donner la moitié de ma
vie aux douceurs de l'amitié ; elle feule a
des plaifirs dont on ne fe repent point .
Oui , le vrai bonheur , ce me femble ,
C'est lorsque l'amitié raſſemble
Trois ou quatre de fes Devots ,
Sous l'aufpice du Dieu des Pots :
Là l'efprit & le coeur font dire
Ce que l'un penfe , &ce que l'autre inspire ;
Là plus de fâcheux fouvenirs ,
Ni reflexions , ni defirs ;
Au prefent qui plaît on fe livre ,
Et bien plus que de vin de plaifir on s'enyore.
Avoüez , Monfieur , que je connois bien
les charmes de l'amitié c'eft une obligation
que je vous ai , dont je ne prétends
:
DE . MARS. 93
jamais m'acquitter . Je fuis & ferai toute
ma vie , Monfieur , Vôtre , &c.
TEC
ELEGI E.
Qvoi ! Delphire, à ce point me mepriſe, m'offenſe ?
C'en est fait , cet affront a laſſé ma conftance ;
Quand de fa trahison j'aime encore à douter ,
Que démeniant mes yeux , je veux bien l'écouter,,
Queje cherche moi- même à me laiffer ſurprendre,
C'est elle qui m'accufe , au tren de fe défendre.
Elle aigrit mes foupçons , loin de me raſſurer :
A de nouveaux affronts il faut me preparer.
Je m'entends de chez elle interdire l'entrée ,
Eft- ce là cette ardeur fi tendrement jurée ,
Dont la mort devoit feule interrompre le cours
Et fur qui je fondois le bonheur de mes jours ?
Je nepuisfans rougir fonger à ma foibleffe.
Avec quelsfoins jaloux j'inftrufois fa jeuneſſe ?
Reduit par l'injustice à pleurer mes malheurs ,
Jepuifois dans fes yeux l'oubli de mes douleurs.
Oui , tandis que fon coeur m'eft demeuré fidelle ,
Quand tout metrahiffoit , je trouvois tout en elle
Credule , fur le point de me voir fon Epoux
Helas ! que cet espoir à mes voeux étoit doux
Je pafferai les nuits auprès de ma Delphire ,
Je la verrai le jour doucement me Lourirez
.....
94 LE MERCURE
Me difois je, & le Ciel laffé de me punir,
Par des noeuds éternels va bien tot nous unir.
La campagne fera deformais nôtre azile
Contre tous les chagrins qui regnent dans la ville.
Là goutant des plaifirs fans ceffe renaifans ,
Nous nous occuperons de cent jeux innocens .
C'est ainsi qu'accablez fous le poids des années
Nous remplirons tous deux nos douces deftinées .
Inutiles projets ! vains defirs de mon coeur !
Que l'on doit peu compterfur ce fexe trompeur !
L'ingrate , après m'avoir effacé defon ame ,
S'arme de mes leçons , pour combattre ma flâme.
Importun à mon tour , je reffens tous les maux
Que du tems de mon regne éprouvoient mes R
vaux .
Par de tendres Chanſons la nuit fous ſa fenêtre ,
Vainementje m'efforce à me faire connoître.
Il faut frapper comme eux , & d'un bras mutiné
Vaincre par mille coups fon filence obftiné.
Sans doute de trop près j'obfervois fa conduite ;
Blle veut affurer fes defirs par ma fuits.
Je ne fuis plus furpris fi toûjours par fes foins
Je me voyois près d'elle affiegé de Témoins .
A travers des raisons fi vaines , fi forcées ,
J'ai dû voir mille fois fes ardeurs infenfées ;
Mes yeux sefont ouverts , puiſque tu l'as voulu :
Eh bien , à t'obeïr me voilà refolu.
Ne crains pas qu'oubliant cette nouvelle injure
DE MAR S. 95
Jamais en ta maifon je mette un pied pajure.
Je te rends aujourd'hui tes fermens & ta foy :
Porte ailleurs desfoupirs qui n'étoient dûs qu'à moi..
Tvre de mon Rival , vante lui fa victoire ;
Peins lui tous mes tranſports , pour augmenter fa
gloire.
De tes indignes fers , prêt à me dégager ,
Tous mes voeux font remplis , fi je puis me venger.
Doris , cette Beauté que même on te prefère ,
Et dont je rabaifois les attraits pour te plaire .
Doris m'aime, tu ſçais juſqu'où vafon amour.
J'irai , pour te braver , j'irai greffir (a Cour.
Mais pourquoi m'abufer ? je fens couler mes larmes ;:
Delphire ; que je crains ma foibleffe & tes charmest
APOLOGIE DU QUADRILLE.
1Pp ends - nous·
Cenfeur ,
> cher Damon , trop fevere
D'où te vient cette fombre humeur.
Pourquoi dans tes rimes en Ille ,
Dont par tout ton depit fourmille,
Te dechaîner avec aigreur
Contre notre innocent Quadrille ?
D'où peut venir la maligne vapeur 3 »
Qui dans ta Satire petille ?
Peut-être qu'à ce jen ton Rival appalle",)
96
MERCURE LE
Bien plus fouvent que toi te rends fi defolé; -
Il t'en a couté quelque mille ,
Dis- tu , voilà ce qui caufe ta bile :
Mais doit-on regretter cinq ou fix mille , auprès
De tout ce que ce jeu nous procure d'attraits ,
Tu n'en connois donc pas les charmans privileges,
Les petits jargons , les maneges :
Ce joli jen très -feurement
Fut inventé par un Amant ;
•
Quel doux plaifir quand une Belle
Pourpartager fon gain , oufa perte avec elle
Appelle à fon fecours , choifit votre Roy
Pour fon fecond , pour impofer la Loy ;
Que finement on vous regarde ,
Que pour vous mettre au fait votre aimable moitié
Daigne vous marcher fur le pied ;
Que fa bouche vous dit d'une façon mignarde ,
Mon bon ami prendra cela ,
Mon ami bien fort appuira ,
Frappant de fon poing fu la table ,
Gano mon ami me fera ,
S'il le trouve pour agreable ,
Ou fera tout ce qu'il voudra' ;
Et quand il s'agit de la vole ,
Pour l'appeller c'eſt un nouveau ragoût ;
On vous adreffe une douce parole ,
Mon bon ami, mon cher a - t'il du goût ?
Oui , fans doute j'en ai , Madame ,
( dis alors l'ami tout de famme )
DE MAR S. 07
Je n'en manquai jamais , & tout exprès pour vous
L'on feroit peindre des atous ,
Et puis lorfque la vole eft faite ,
Ab! que nôtre ame eft fatisfaite
De r'affembler • les matadors ,
Rangez en ordre de bataille ;
D'en fupputer les droits avec la pertintaille ,
Et d'en partager les tresors
Avec votre belle Appellante
Dont vous avez rempli l'attente.
Reforme donc, Cenfeur , ton nouveau Plaidoyer ,
Si tu ne veux le beau ſexe ennuyer ;
Quoi done ! aimerois - tu mieux l'Hombre;
Ce jeu devenu trifte &fombre ,
Où bienfouvent les tiers nefont jamais d'accort
Toûjours quelqu'un eft dans fon tort
Les repriſes n'yfont qu'une longue querelle ,
•
Quijufqu'au dernier tour s'aigrit, fe renouvelles
Auffi dit- on qu'à tous les jeux ,
Les tiers font toûjours ennuyeux :
Al'Hombre encore autre diſgrace,
Dire fans ceffe , paſſe , paſſe ;
Mais àQuadrille on en ufe autrement"
L'on est toujours en mouvement :
Qui , dans notre charmant Quadrille
Toujours nouvel évenement ,
A chaque comp on rit, on brille ,
Ebaque coup a fon agréments
I
LE MERCURE
le charmant amusement !
Toûjours alliance nouvelle ,
Vous appellez , on vous appelle :
Tantôt c'eft vôtre Ami , tantôt c'eft vô're Belles
Auffi c'est par lui même, & non par interêt ,
¿Que cejeu fi charmant nous attiṛe &nous plaît,
Pourvu que la Blande ou la Brune ,
Partagent notre gain comme notre infortune ;
Soyez l'appellé , l'appellant ,
› Perdez ,gagnez l'on eft content :
• Et chacun fçait que les parties
Qui passent pour bien afforties :
Ce ne font que celles qu'onfait
De ce nombre égal &parfait,
Et qu'on voit fur tout les Quarrées,
Eire aux autres très- preferées :
Que l'Inventeur de cet aimable jeu
N'y gagne jamais pour un peu ,
Que chaque jour a plus d'une reprises
wn fort heureux le favoriſe ,
Et qu'il y brille à tous les coups
Qu'iln'aitpoint de bête remife,
Quefon jeu fois le rendez- vous
Des matadors & des atous s
Qu'il neperde poins de ſans -prendres
Qu'il n'ait jamais le malheureux Lyfandre;
Etfalle toujours un bon choix ,
Quand il appellera fes Rois ;
1
DE MAR S.. 99
Oui , que la conftantefortune
Aujourd'hui leprotege , & le comble demains
Que les deux As à couleur brune ,
P
Ne fortent jamais defa mains
Que toujours d'un bonheur extrême ,
Ilfoit fans ceffe confolé ,
Qu'ilfoit toûjours de la beauté qu'il aime,
Ou l'appellant ou l'appellé ,´.
Et que l'ennemi de Quadrille
Pour le punir de la prévention ,
Ne reçoive jamais de confolation ;
Qu'au lieu de baste & d'espadille ,
Toujours il voye arriver en fon jen
Les deux As en couleur de fen ,
Et ferde fans ceffe Codille.
DIALOGUE
en Vers Monofyllabiques.
SILVANDRE.
Ar ce feu vif doux qui fort de tes beaux
yeux ,
Tu peux bien plus fur moi que les Rois ni les Dieux ,
Leurs Loix ne me ſont rien près d'un mot de ta
bouche;
Je fais mes biens , mes maux de tout ce qui te
touche:
?
I ij
335123
100 LE MERCURE
Je meples dans tes fers , je ne fuis que tes pass
Ma vie eft de te voir , je meurs où tu n'es pas
Non , mon coeur fans ce bien ne peut ni ne vest
vivre :
Loin de toi , nuit &jour à mes pleurs je me livre ›
Etfi je n'ai ta for pour le prix de mon coeur ,
Tous les traits de la mort ne me fant point de peur ·
CLIMENE.
C'en eft fait, je me rends , & mon choix fuit le
votre 3
Je sens que nos deux coeurs font trop faits l'us
pour l'autre ;
Si vos voeux font pour moi , tous les miens font
pour vous:
Je- vous aime & vous plaîs , eſt- il un fort plus
doux ?
Que ce jour , s'il fe peut , le plus faint noeud nous
lie ,
Et ce jour est pour moi , le plus beau de ma vie,
1
DE MAR S. ΓΟΥ
L
Lettre de Mr. Egbert Guenellon ,
à Mr. de l'Ifle , Geographe de
l'Academie Royale des Sciences.
A Amfterdam le 19 Decembre 1720.
MOONNSSIIEEUR,
Quelques reflexions que j'ay faites fur
la fituation des Etats du Czar , me procurent
aujourd'huy l'honneur de vous entrerenir
: j'efpere que vous voudrez bien éclaircir
mes doutes ; j'ofe même me flatter que
vous ne trouverez pas mauvais fi je fuis
quelquefois d'un fentiment oppofé au vôtre
: Vous avez porté la Geographie à un
point de perfection où vous feul avez pû
atteindre , quoique depuis près de trois
mille ans on travaille à défricher cette
fcience ; mais enfin perfonne n'eft infailli- .
ble : quelque exactitude que vous ayez en
travaillant , il faut de neceffité vous ent
rapporter aux Relations des gens qui ont
voyagé dans les païs lointains : l'envie de
fçavoir n'y conduit perfonne , l'intereft
feul fait entreprendre de pareilles courfes ;
& quelle foy doit-on ajouter au Journal
I iij
102 LE MERCURE
d'un Machand fatigué , qui par maniere
d'acquit , met fur fes tablettes ce que des
Guides ignorans & menteurs lui racontent
uniquement pour dire qu'il a fait un Journal
; ainfi mal à- propos mettroit - on fur
le compte du Geographie ce qui ne peut
eftre imputé qu'au Relateur infidelle .
Mr de Wilve mon coufin , Refident des
Etats Generaux auprès de Sa Majesté Czarienne
, vient de m'écrire une Lettre de
Petersbourg , dont il m'envoye la defcription
, & en même tems il releve quetques
fautes geographiques au fujet de la
fituation de cette Ville ; je vous envoye un
extrait de fa Lettre , afin que vous jugiez ,
Monfieur , fi fa relation contient quelque
chofe de nouveau : Voici ce qu'il me marque.
Toutes les Cartes errent au fujet de la
fituation de Petersbourg , plufieurs même
ne marquent point cette Ville : J'auray
l'honneur de vous apprendre que la Riviere
de Neva ou la Nie , a de longucur
douze lieues communes d'une heure de
chemin , ou foixante & douze werftes de-.
puis l'Ile de Ritzard , [ fur laquelle Grors-
Loot eft fitué , qui eft pris abufivement
pour Petersbourg même dans les Cartes
de Monfieur de l'Ile , ] jufques à Oreſcha
ou Notebourg, [ à prefent Sleutelbourg , I
c'est à - dire depuis le Golfe de Finlande
DE MAR S: 10
fufques au Lac Ladoga , & que Petersbourg
eft fitué à cinq lieuës de Cronfloot , & à
fept de Sleutelbourg. Cette Riviere eft fi
large proche de Cronor , qué d'un bord
on peut à peine découvrir à la vûë le rivage
oppofé ; mais elle fe rétrecit peu
après en avançant vers Pétersbourg , jufques
à n'avoir qu'environ 170 toifes , &
elle conferve cette même largeur jufques ,
au Ladoga... Schanfter- Nye eft fitué environ
une lieuë plus hant que Petersbourg ; mais
Petersbourg s'étend jufques là , cette Ville
formant un très grand circuit . On peut
divifer la Ville en deux parties , dont la
principale eft en terre ferme , du côté de
F'Ingermanie , & l'autre eft compofée de
cinq Ifles affez grandes. L'Amirauté eft
fur une Ifle qui n'étant feparée de la Ville
que par un Canal afféz étroit , y communique
par plufieurs ponts , entre leíquels
it y en a un très beau qui répond au chemin
de Moscou , dont je vous parleray'
plus bas, Sa Majesté Czarienne a aufli fes
deux Palais , fçavoir celur d'etté & celuï¨
d'hyver du côté de l'Ingrie ou Ingermanie ; ;
mais fur l'Ifle qui regarde le rivage oppofé
, au pied de laquelle paffe le grand'
courant de la Riviere , on a placé la Citadelle
, le Confeil , la Chancellerie , les Magafins
& la Bourſe , ce qui eft affez incommode
, parce qu'on ne peut y aborder qu'en '
chaloupe.
I iiij
104 LE MERCURE
On bâtit auffi fortement fur l'Ifle de
Bazile u Wafili Ooftrof. Le Prince Menzicowy
a fon Palais proche de la grande
Riviere tous les Knez ou Boyars font
obligez d'y faire élever chacun un Hôtel
bâti de pierre ; on y conftruit auffi un
grand édifice où les Marchands auront
leurs boutiques.
On compte déja plus de quarante mille
maifons dans cette Ville , mais dont la
plûpait n'ont qu'un étage , outre que plu
heurs font de bois , & celles qui font de
pierre, font maçonnées affez negligemment
de briques qu'on enduit de mortier en
dedans & en dehors , quoy que d'ailleurs
on n'y épargne pas les frais : l'Architecture
qui eft moitié Françoife & moitié Italienne,
Les fait paroître belles ; mais quand elles
ont été quelque tems fur pied , le mortier
tombe par gros morceaux , à caufe du
froid & des autres injures du tems , ce
qui les défigure entierement . Les rucs de
Petersbourg font belles , larges & bien
alignées il y en a entre autres une fort
grande qui commence à la maifon de l'Amirauté,
droite & longue de plus d'une
demi- lieuë , large & plantée d'un double
rang d'arbres de chaque côté. On a même
pouffé cette rue [ ou le chemin qui en eft
une fuite jufques à cinquante lieuës de
distance de Petersbourg , au travers des.
:
DE MAR S.
109
bois & forêts par lefquels on set frayé
le paffage , & le Czar prétend continuer
cette route jufques à Mofcon .
On n'a point encore dreffé un plan exact
de cette Ville , mais on a gravé une perfpective
de la grande Riviere & de la Ville
vûe de ce côté- là.
Voilà , Monfieur , ce que M. de Wilde
me marque au fujet de Petersbourg ; vous'
en ferez l'ufage qu'il vous plaira. Apprenez-
moy , je vous prie , les nouvelles découvertes
que vous avez faites depuis mon
départ de Paris , entr'autres fr vous avez
donné la grande Carte de Perfe à laquelle
vous étiez occupé alors mandez - moy
encore fi vous avez fait quelque nouvelle
Carte de la Mer Cafpienne & des Pays
qui l'environnent , fur les defcriptions &
les Plans que le Czar vous a fait tenir.
9
Je ne fçay fi vous avez vû un Livre in
8. imprimé en 1717 , qui a pour titre
Etat prefent de lagrande Ruffie , écrit par
un Ingenieur Anglois , nommé Pérry ,
qui a été au fervice du Czar , & qui a
été employé tant au Canal de communication
de Camafcinka pour joindre le
Wolga au Don , qu'à plufieurs autres ouvrages.
Il y a dans ce Livre diverfes particularitez
des Etats du Czar , de leur fituation
, & de leurs veritables bornes que les.
Cartes n'ont marquées jufqu'à prefent
1.06. LE MERCURE
qu'affez confufément , fur tout vers l'O
rient & la grande Tartarie , faute de bonnes
& exactes Relations .
Sur ce fujet donc , il affure que les
Etats du Czar ne s'étendent pas au delà de
l'embouchure de l'oby & du Lena , le long
des côtes de la Mer de Tartarie , vers la
plaine de Bargu & vers l'Orient , & il påroît
par fa defcription qu'on doit les borner
au Nord- Eft à l'embouchure de l'Oby,
ou au moins à celle du Jeniſcea , & marquer
les limites de ce côté là le long de.
ces Rivieres depuis leurs embouchures , en
les remontant jufqu'au foixante - cinquiéme
ou bien foixante deuxième degré de latitude
, & puis mener la ligne vers l'Orient.
jufqu'au Lena vets Jaktskoy , enfuite vers .
le Sud Eft & Sud , jufqu'à Nertfinskoy &
l'embouchure de la Riviere d'Argun , qui.
fe jette dans l'Aur , & que tout le reite
qui eft vers l'Orient & le Nord - Est , doit
eftre compris fous la Tartarie Chinoife ,
ou bien habité par des peuples indépen
dans. Voici fes paroles fur cet article.
Les Peuples qu'on trouve au delà de.
la grande Riviere Oby , au Nord Eft de
la siberie , tout le long de la côte de la.
» Mer de Tartarie jufqu'à la chine ; ou,
plutôt Tartarie Chinoife , que notre Au
» teur femble comprendre ici fous le nom .
general de Chine ) n'ont point encore.
25.
DE MAR S. 107
» voulu reconnoître la domination du
» Czar : en cas de befoin ils ont recours
» à leurs armes , qui font des épées , des
picques , des arcs & des fleches . Ils re-
» fufent l'entrée de leur païs à tous ceux
» qu'on envoye de Tobolsky , pour reconnoître,
la fituation de leur pays , & des
» côtes de la Mer , ce qui fait que les
» Mofcovites n'ont aucune connoiffance;
» de la Mer de Tartarie , & c .
Après cela il marque que la Siberie a
élé cy- devant un Royaume dont les Mofcovites
fe font rendus maîtres en deux ans,
de tems ; que le Roy fut tué dans un combat
, & fes fils menez prifonniers à
Mofcow : Qu'il y a encore aujourd'huy
dans cette Capitale des Etats du Czar , un
Prince defcendant de cette famille qu'on
nomme Sibersky- Czarowics , qui eft eftimé
du Czar & de toute la Cour : Que la
Province de Siberie , avec les Provinces.
qui en dépendent , fait la huitième partie
des Etats du Czar , fuivant la divifion qui
en fut faite il y a quelques années . Il dic
auffi que le Czar a dreffé quelques Regimens
d'Infanterie & de Dragons , des peuples
qui l'habitent , & que les Regimens
d'Infanterie de Sibersky - Tobollsky , font
auffi eftimez qu'aucunes autres Troupes .
* M. Witfen raconte auffi l'hiftoire de la con
quête de la Siberie , dans fon Livre,
/
108 LE MERCURE
du Czar , excepté les Gardes , qui font des
gens choifis de tous les Regimens. Enfin ,
il marque dans d'autres endroits que le
Czar a deffein , auffi-tôt que fes affaires
le permettront , de reconnoître la Mer de
Tartarie , au delà de l'Oby , & de faire
même bâtir un pont à l'Eft de cette Riviere
, s'il eft poffible , pour envoyer de
à des Vaiffeaux pour penetrer dans ces
Mers inconnuës ; mais il dit par tout que
jufqu'à prefent tout ce qui eft de ce côtélà
, eft entierement feparé de la domination
du Czar.
J'ai toujours été d'opinion que M. Witzen
avoit trop étendu les limites de l'Empire
Mofcovite vers les Pays inconnus ;
car , quoique par le Traité de Niptchow
les limites des Etats du Czar , & de l'Empereur
de la Chine , ayent été fixées à 55.
degrés de latitude , cela ne donne pas pour
cela aux Mofcovites la domination de tous
les pays qui font au Septentrion de cette
élevation jufqu'à l'Ocean Oriental ; cette
feparation n'ayant été faite qu'à l'égard de
la Daurie , fur le fujet de laquelle les Mofcovites
avoient quelque démêlé avec les
Chinois , ou plutot avec des peuples Tartares
dépendans de l'Empereur de la Chine,
felon notre Auteur Anglois : & quoique
les Ruffes ayent quelquefois defcendu fort
avant la Riviere d'Amur , & remonté quel
DE MAR S.
4
>
ques Rivieres qui s'y déchargent , comme
le remarquent le Pere Verbieft ch quelques-
unes de fes Lettres , M. Witzen &
quelques autres Relations , ce n'eft que
de petits partis qui ont fait des courfes ,
& n'ont pas pour cela reduit fous la domination
du Czar les Pays par où ils paffoient.
Les Espagnols , par exemple , n'ontils
pas defcendu la grande Riviere des
Amazones jufqu'à fon embouchure fous la
conduite d'Orelhane & d'autres , & cela
avec plus de forces que les Mofcovites
n'ont jamais defcendu l'Amur : cependant
on n'a jamais dit qu'ils ayent conquis &
reduit fous la domination du Roy d'Ef
pagne les Nations qui habitent les bords
de ce grand Fleuve , non plus que les pe
tits Tartares , les Calmouques , & plufieurs
autres Peuples de notre Continent & de
L'Amerique , qui font continuellement des
courfes fur les Peuples voifins , ne fubju
guent pas pour cela leur Pays ; & c'eſt
ainfi que les Tartares de Cuban* , qui ha
bitent à l'occident du Wolga , & vers le
Palus Meotide , font fouvent des courſes
au travers de prefque toute la largeur de la
Mofcovie , paffant jufques bien avant vers
le Septentrion , fans que pour cela on puiffe
* Le fieur Perry dit, qu'un des ufages qu'on
efperoit tirer du Canal de Camafcinka , étoit de
faire une barriere contre ces Peuples.-
PIO LE MERCURE
dire que ces Peuples font la conquête
d'une grande partie de la Mofcovie.
Enfin , par tout ce que M. Perry dit ,
en faifant la defcription des Etats du Czar,
il est très-clair que les Mofcovites n'ont
prefque aucune connoiffance des Pays qui
font au Nord-Eft , & beaucoup à l'Orient
de l'Oby vers l'Oceant Oriental qui borne
la Tartarie de ce côté - là , bien loin d'y
avoir établi leur domination : ainfi il faut
conclure qu'ils ne font pas feulement
établis dans la plaine de Bargs , mais qu'ils
en ignorent même la fituation , que je crois
d'ailleurs ne pouvoir pas être determinée
fort au jufte & tout ce qui me paroît
d'affuré là deffus , c'eft qu'on la doit chercher
vers l'Ocean Oriental , qui borne la
Tartarie de ce côté-là . Il feroit pourtant
à fouhaiter qu'on en eût une connoiffance
plus precife ; car elle aideroit à éclaircir
les expeditions de Genghiskhan , & les terres
du fameux Ung ou Avenk Khan , connu
fous le nom de Prefteh Gehan , ou Prefte
Jean , dont la pofition eft encore fort indecife.
Je me fuis un peu étendu fur cette matiere
, fur-tout à caufe que je crois que
ceux qui , après M. Witzen , ont trop
étendu vers l'Orient les Terres du Czar ,
ont fait grand tort à la Geographie , en
rempliffant les Pays à l'Orient de l'Oby &
DE MARS. TIT
du Jenifcea de Peuples peut-être chimeriques
, à fçavoir , de Lamuti , Jacuti
Sakagir , Zaktari , Lenskogo , Sabaltzi , &
d'autres , de l'exiftence defquels on n'a
aucune certitude , puifqu'il paroît que les
Mofcovites n'ont qu'une connoiffance fort
imparfaite de tous ces Pays , & en ôtant
par- là la place aux Nations fameufes , que
es Hiftoriens nous affurent avoir occupé
P'extremité Septentrionale & Orientale de
1'Afie.
Vous avés déja commencé , Monfieur ,
à reformer les Cartes qui ont paru de ces
Pays après celle de M. Witzen , en affignant
la plaine de Bargu pour la terre la
plus avancée vers l'Orient que les Mofcovites
occupent , & en faifant defcendre
ia côte de Tartarie vers le Sud , & le
Sud- Eft à l'Orient de l'embouchure du Jemifcea
& du Lena , au lieu que M. Witzen
la faifoit remonter vers le Nord-Eft audelà
de ces fleuves : mais ce que je viens
d'avoir l'honneur de vous écrire ,fait voir
à ce que je croi , que la correction doit
être encore plus forte , & qu'on doit retrancher
de l'Empire des Mofcovites tout
ce qui eft à l'Orient du Jenifcea & du
Lena & de ce côté - là les Tungufi
font les Peuples les plus avancés qui dépendent
de la Siberie ; & que de- là , comme
j'ai pris la liberté de le remarquer cy-
› que
112 LE MERCURE
deffus , il faut tirer une ligne vers le Sud
jufqu'à l'Amur au- deffous de Nerfinskoy
ou jufqu'à la Ville d'Argun , fituée fur la
Riviere du même nom , qui eft la derniere
Ville de la dépendance du Czar de la Grande
Ruffie
Vous voyés par- là le peu de connoiffance
que nous avons des Pays fitués au - delà de
ces bornes , dont aucunes Cartes ne nous
ont donné la fituation exacte. Celles du
fiecle paffé l'ont rempli de deferts , & dẹ
noms de differentes Nations ; mais tout
ce qu'elles en ont defigné , eſt fi peu affuré
& fi confus , que cela eft plus capable de
feduire que d'inftruire ; & M. witzen
pour vouloir
trop corriger , a prefque entierement
fait difparoître les veftiges de
ces Peuples celebres qui ont tant fait de
bruit dans l'Hiftoire.
En confiderant les Hiftoires des Mogols
& Tartares , il me femble qu'il paroît
affez clairement que ces Peuples ont occupé
tout le pays qu'il y a depuis l'Occident
de la grande Muraille , en tirant >
vers le Septentrion & l'Orient jufqu'à la
plaine de Bargu , & l'Ocean Oriental au
56 ou 60e degré de latitude , étendant au
long & au large de deux côtés de l'Amur,
& en côtoyant la grande Muraille depuis
le Lexotung jufqu'à l'Occident , en comprenant
le Pays habité à prefent par les
Mongales
DE MAR S. 113
Mongales & ces Hordes qui font fous la
protection de l'Empereur de la Chine , ou
qui de ce côté-là vivent dans l'indépen--
dance , lefquels Tartares font fans doute.
defcendus de ces anciens Mogols . Il y a
plufieurs chofes qui confirment ce fentiment
, que la brieveté dutėms ne permet
pas de rapporter à prefent ; & la fituation
que je donne aux Mogols , n'ôte point la
place aux Tartares Orientaux , puifque
F'Afie s'étend beaucoup à l'Orient de la.
Corée , & qu'il femble que ces côtes de
l'Ocean Septentrional , après avoir recourbé
vers le Midy jufqu'à l'embouchure de
PAmur , s'avancent enfuite derechef vers:
l'Orient , comme entr'autres on peut l'in--
ferer de ce que raporte le Pere Jartoux .
Enfin il y a apparence que nous pourrons
un jour avoir plus de certitude de ces
Pays , puifqu'on dit que le Czar a deffein
de faire faire une Carte exacte de fon Empire
, & fi j'apprends que quelque chofe :
de particulier vienne au jour fur ce fujet.
je ne manqueray pas de vous en informer ,
defirant extrémnement vous témoigner la
parfaite eftime avec laquelle j'ay l'honneur
d'être , Monfieur , vôtre , & c..
Dans fa defcription du Pays on croit le
Ginfeng , & c.
*
9"
K
114 LE MERCURE
REMARQUES SUR LA NAISSANCE
&fur la mort des Enfans en
Angleterre.
De cent Enfans qui naiſſent en même remsmorts.
au bout de 6 ans il n'en refte que 64 36 ·
De 16 ans que ,
24 40
15. 25.
9 16
6.10
De 26 ans
que
De 36 ans que
De 46 ans que
De 6 ans que
4 6
De 66 ans
que 3: 1 3.
que De 76 ans
De 30
ans il ne reste plus perfonne ..
Il est mort à Londres fuivant l'eftat mortuaire
, depuis le 24 Decembre 1715 ; all
22 Decembre 1716 , 24436 perfonnes. ,
Ileft né dans la même Ville 17421
Ainfi c'eft plus de morts que de naif- .
fances , 7015
Morts à Londres depuis le 27 Decembɛɛ ,
1718 jufqu'au 26 Decembre 1712 ,
Naiffances ,
28347 perfonnes .
18413.0
Plus de morts que de naiffances , 9934 .
En 1720 , il eft mort à Londres ,
Naiffances ,
25454 perfonnes .
17497-
Plus de morts que de naiffances, 7957 .
DE MAR S.
1154
1715 - au Du premier Janvier 1715 au dernier
Decembre audit an , il y a eu à Paris.
Baptêmes' ,
Morts ,
17631-
15478
Plus de naiffances que de morts , 2153
Et 1715 Enfans trouvez pendant ladite
année , au nombre defquels il y en a plùheurs
qui ont reçû Baptême avant que d'être
expofez.
En 1716 à Paris, Baptêmes, 17719
Morts , 17440
Plus de naiffances que de morts , 3997
Et 1780 Enfans trouvez.
A Vienne en Autriche .. :
En 1715 il est mort 47 10 perfonnes
Néz ,
4965 %
Plus de morts que de naiffances . 645-
Ces Remarques nous font voir qu'à
Londres & à Vienne il meurt plus de perfonnes
qu'il n'en vient au monde ; nais qu'à
Paris , c'eft tout le contraire.
On dit que trois Belettes vivent l'âge
d'un Chien.
Trois Chiens l'âge d'un Cheval.-
Trois Chevaux l'àge d'un Homme.
Trois Hommes l'age d'un Cerf.
Trois Cerfs l'âge d'un Corbeau.
Et trois Corbeaux deux mille ans,
K
116 MERCURE LE
D'où cet Article eft- il tiré ?
Le Corbeau vit 666 ans , ce qui n'eſt
nullement vray-femblable.
Le Cerf 222 , peu vray- femblable.
L'Homme 74.
Le Cheval 25.
Le Chien 8 bon
La Belette 3 ans , peut être bon.
Bon .
Bon.
OBSERVATIONS
fur le Memoire précedent...
A 80 ans il ne reste plus perfonne..
2.0
Is
3
R. Il y a des calculs mieux circonftanciés
, comme d'une maniere
qui paroît d'abord bizarre ; c'eſt
de mettre qu'il un , & c..
1/2 pour l'âge de So ,
81,82 , & c . 90 , & c . 100 ans ; ce
qui revient à dire que fur 200 , fur
300 , fur 600 , &c de perſonnes , il
n'en refte communément qu'une
qui vive 80,81 , ou 82 ans , & que
fur 1000 perfonnes à peine y en
DE MAR S.. 117
a- t-il une qui aille à 90 , & fur un
million , une qui aille à 100 ans .
2. Il meurt plus de monde à
-Londres , qu'il n'en naît. Cela n'a
rien de furprenant. Le concours
d'un très-grand nombre de perfonnes
des trois Royaumes , & même
des Etrangers, François, Allemands,,
& c.dont plufieurs meurent pendant
leur féjour dans cette grande Ville;,
au lieu qu'il n'y a prefque point
d'enfans qui y naillent , dont les
peres & meres ne foient habitans de
Londres , eft la caufe de cette dif
ference..
30. Mais pourquoi la même chofe
n'arrive-t'elle pas à Paris comme à
Londres?Et pourquoi le nombre des
naillances y furpaffe- t'il celui des
morts? Le nombre des Etrangers eft.
peut-être beaucoup moins grand à
Paris. L'air y eft plus fain qu'à Londres.
Les Etrangers & les Habitans
quitent Paris dans la faifon la plus .
dangereufe , qui eft l'Automne. Ils
vont mourir chez eux & à la Camgne.
Cette defertion n'arrive pas fi
118 LE MERCURE
communément à Londres , &c..
4º. En comparant le nombre de
ceux qui naiflent & de ceux qui
meurent dans ces deux Villes ; il,
s'enfuivroit que le nombre des Habitans
de Paris feroit à celuy des
Habitans de Londres , feulement .
comme deux à trois : ce qui n'eft pas
vray-femblable.
M
MORTS.
Athias Millau de Fourbin, Marquis
de la Roque , Baron de Gontar-
Cornillon , & c. Premier Grand Senechal
de Provence , mourut le 27 Fevrier..
Dame N. de Lutzelbourg , Epoufe de :
Melfire Pierre Puchot Marquis des Alleurs,.
Grand- Croix de l'Ordre de Saint Louis
Gouverneur de la Ville & Château de Laval
, Maréchal des Camps & Armées du
Roy , cy- devant Envoyé Extraordinaire
vers les Electeurs de Cologne & de Bran- -
debourg , & Ambaffadeur près le Grand >
Seigneur , mourut le premier Mars..
Meffire François Comte de Gelas
Marquis de Leberon , d'Ambres & de:
DE MARS L.J9
Vignoles , Vicomte de Lautrec , &c. cydevant
Lieutenant General pour le Roy en
la Province de Guienne , mourut le 2 Mars
en fa 81 année .
Melfire Philippe Michel Huerne, Seigneur
des Coudreaux , le Graix , &c.
Maître des Comptes , mourut le 4 Mars..
"<<
Meffire Jean-Baptifte Marquis du Perry,
Lieutenant General des Armées du Roy ,..
mourut le 4 Mars.
Dame Lou fe Claude de Launay , épouſe. ·
de Melfire Philippe Patu , Confeiller Ho-.
noraire de la Cour des Aydes , mourut le
12 Mars.
Frere Pierre Languet , Religieux Conventuel
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, & Commandeur de Saint- Amant du
Grand Prieuré de Champagne , mourut !
le... Mars .
Don Hierôme de Sainte - Marie , cydevant
Affiftant & Vifiteur General des.
Feüillans , connu par fes rares talens
pour
la Predication , mourut le. 17 Mars en fa
82 année.
Le R. P. Dom Charles de l'Hoftallerie ,
cy devant Superieur General de la Congregation
de S. Maur, mourut en l'Abbaye de
S. Germain des Prez le 18 Mars .
Meffire Hyacinthe-Hierôme du Port
Maitre des Comptes , mourut le 2.1 Mars,
91
12:0 LE MERCURE
MORT'S ETRANGERES.
H
Elene de Mendoza & Caſtro , dite
de la Croix, Religieufe au Monaftere
de l'Esperance de Lisbonne , y mourat le
28 Janvier , âgée de 92 ans huit mois 2.5
jours , ayant porté l'Habit de Religion pendant
80 ans. Elle étoit foeur de Marie-
Anne Therefe de Mendoza & Caftro , qui
avoit époufé Henry de Soufa Tavarés ,
premier Marquis d'Aronchés.
Dom Manuel de Attaïde- de- Azevedo
& Barbo , Commandeur de l'Ordre de
Chrift , Confeiller au Confeil de Guerre
du Roy de Portugal , Meftre de Camp
General de fes Armées , & Gouverneur de
la Province d'entre Douro & Minho ,
mourut le 3 Fevrier âgé de plus de 70 ans.-
N. Bonaventura Aumônier du Parc
mourut le Fevrier.
N. Graggs , Secretaire d'Etat du Roy
d'Angleterre , mourut de la petite verole
le 26 Fevrier.
Marie- Cecile Comteffe de Thanhauſen ,
Epoufe de Louis-Thomas Raimond, Comte
de Harrach , Chevalier de la Toifon d'Or,
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
Provincial de la Baffe Autriche , mourut à
Vienne le 17 Fevrier , âgée de 46 ans.
Jean-David de Palm , Confeiller de la
Chambre
DE MAR S. IZR
Chambre Aulique de l'Empereur , & Di
recteur de la Chancellerie du Commiffariat
General de la Guerre , mourut le 28
Fevrier , âgé de 64 ans.
Dom Manuel de la Croix Ahedo , de
l'Ordre de S. Jacques , Auditeur du Confeil
Suprême des Indes , mourut à Madrid
le Fevrier.
- Anne Creſcence Comteffe de Wildenftein
, époufe de Sigifmond - François
Comte de Reigenfperg , Confeiller d'Etat
de l'Empereur , Chambellan & Grand
Maréchal Provincial Hereditaire de Carinthie
, mourut à Vienne le 26 Fevrier, âgée
de 75 ans .
N. Manneres Duc de Rutland, Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere , mourut à
Londres le Fevrier , en fa 45 année ,
laiffant trois fils & quatre filles de fa premiere,
& huit autres enfans de fa feconde
femme qu'il laiffa groffe.
G
MARIAGES ETRANGERS .
Io Baptifta Filomarini , Prince de la
Rocca , épousa à Naples le 27 Janvier
Vittoria Caraccioli.
François - Antoine Prince de Lamberg ,
Chambellan de l'Empereur , époufa le 13
Fevr. Marie Louiſe Comteffe de Harrach,
Dame de la Cour de l'Imperatrice Re-
L
122 LE MERCURE
gnante , & fille du Comte de Harrach Maréchal
& Colonel General de la Baffe Autriche.
Guillaume Pauulet, fils du Lord Pauulet,
& neveu du Duc de Bolton , épousa à
Londres le Fevrier Arabelle Bennet ,
fille du Comte de Tankerville.
CHARGES ET DIGNITEZ.
N Fevrier le Roy d'Efpagne donna
à Dom Hierome Pardo , Confeiller au
Confeil de Guerre , & à Dom Jean Blafco
de Orozes , Prefident de la Chancellerie de
Valladolid , les deux places qui vaquoient
dans le Confeil de Caftille.
A Dom Nicolas Manrique de Loza
la place de Confeiller au Confeil de Guerre.
La Commanderie de Villa - Efcufa de
Haro de l'Ordre de S. Jacques , à Doin
Pedro de Monte- Mayor , Chef d'Eſcadre
des Galeres .
Le Gouvernement d'Oftalric à Dom
Georges de Bay , Capitaine des Gardes
Valonnes.
Celui de Berga , au Colonel Dom Hierome
de Berme d'Acuna , Commandant
du Château d'Alicante.
Et la Lieutenance Colonelle du Regiment
de Cavalerie de Sicile , au Capitaine
Dom Francifco Faudoas.
7
DE MAR S. 123
Quelques jours après Sa M. Catholique
donna la Charge de Prefident de la Chancellerie
de Valladolid , à Dom Juan Valcarcel-
Dato , Fifcal du Confeil des Indes.
Nomma Lieutenans Generaux de fes Armées
Navalles Dom Carlos Grillo , Dom
Fernand Chacon , & Don Baltazard de
Guevarra , qui étoient Chefs d'Eſcadre.
Donna la place de Fifcal Civil de l'Audiance
de Catalogne à Dom Bernard Santos
Calderon de la Barca , Profeffeur en l'Univerfité
de Salamanque.
Celle d'Alcade de la Chancellerie de
Valladolid , à Dom Jofeph de Mier , auffi™
Profeffeur en l'Univerfité de Salamanque .
Nomma Senechal de Segovie , Dom
Pedro de Quintana Alvaredo.
Et nomma en Mars à l'Evêché de Xaca,
le Pere Michel Stela , General de l'Ordre
des Minimes..
Le Janvier le Roy de Portugal donna
la Commanderie de S. Pedro de Sul ,
de l'Ordre de Chrift , à Dom Jofeph Dacuna-
Brochado , cy devant Envoyé Extra.
ordinaire à la Cour d'Angleterre , qui la
fit paffer auffi tôt à Dom Antonio Dacuna-
Brochado fon neveu.
Et au Comte d'Arcos Brigadier de fes
Armées , le Regiment de Cavalerie de la
Garniſon de Madrid , vacant par la moit
du Colonel Hiacinthe Borgés- Pereyra- de
Caftro.
Lij
224
LE MERCURE
Et en Fevrier Sa M. donna le Regiment
d'Artillerie de la Province d'Alentejo
vacant par la mort de Dom Triftan Couceiro-
Mafcarenhas , à Dom Jean - André
Gazzo Lieutenant Colonel.
En Fevrier l'Empereur nomma Prince
de l'Empire le Comte Colloredo , Gouverneur
du Milanez , & lui continua ce Gouvernement
pour trois ans.
Le 3 Fevrier le fieur Maffei qui étoit
à la Cour de France , fut declaré Nonce
Extraordinaire en cette Cour , & Maître
de Chambre du Pape , qui dans le Confiftoire
du même jour , le propofa pour
l'Archevêché d'Athenes.
,
Dans ce Confiftoire le fieur Collicola
Clerc de Chambre qui exerçoit par
Commiffion la Charge de Maître de
Chambre , fut nommé Treforier General
de la Chambre Apoftolique .
Le fieur Sacripanti Chanoine de Saint
Pierre , & l'un des Votans de Juftice ,
fut nommé Clerc de Chambre .
Et le fieur Simonetti fut nommé l'un
des Votans de la Signature de Juftice.
DE MARS. 125
RELATION
1
de ce qui s'eft passé depuis l'arrivée de
Celeby-Mehemet- Effendy , Ambaſſadeur
Extraordinaire de l'Empereur
des Turcs auprès de Louis XV ,
Empereur des François.
ELEBY MEHEMET- EFFENDY,
Ambaffadeur de la Porte à la
Cour de France , arriva le 7
de ce mois à Corbeil , où il
coucha ; le lendemain il en partit de grand
matin pour le rendre en cette Ville : il
monta à cheval au Pont de Charenton ;
il avoit à fa gauche Monfieur de la Baume,
Gentilhomme ordinaire du Roy , qui l'a
accompagné depuis qu'il eft en France.
Le fils de fon Excellence marchoit enfuite
, accompagné des principaux Officiers
de ſa Maiſon , & à quelque diſtance ſuivoient
environ 20 Turcs à cheval.
;
Deux Brigadiers de la Cornette Blanche
precedoient l'escorte de l'Ambaſſadeur
ils étoient fuivis d'environ 30 Cavaliers du
grand Prevoft , 20 Maîtres de la Cornette
Blanche marchoient enfuite aux côtez de
l'Ambaffadeur & de fa Maiſon ; un Déta-
Liij
126 MERCURE LE
chement du même Regiment terminoit la
la marche.
Son Excellence arriva en cet ordre à
deux heures après midy en la rue de Charenton
Fauxbourg faint Antoine , & defcendit
à la maifon dite du Diable , qu'on
luy avoit preparée pour y refter jufques
à fon entrée publique ; il y trouva fous
les armes une Compagnie du Regiment
du Roy Infanterie .
Auffi -tôt qu'il fut arrivé M. le Prince
de Lambefc & M. le Maréchal d'Etrées le
complimenterent de la part du Roy , il
le fut pareillement par les Ecuyers de tous
les Princes du Sang & des Seigneurs de
la Cour.
Le 16 jour marqué pour l'Entrée de
l'Ambaffadeur , le Roi fe rendit incognito
chez Madame la Maréchale de Boufflers
pour voir l'Ordonnance de cette Entrée . M.
le Duc d'Orleans étoit arrivé quelque tems
auparavant chez Madame la grand' Ducheffe
pour le même fpectacle.
ORDRE DE LA MARCHE
qu'à tenne Celeby- Mehemet - Effendy , Ambaffadeur
Extraordinaire du Grand Segneur
, le jour de fon Entrée , Dimanche
16 Mars 1721 , à une heure aprés midy.
Les Infpecteurs de Police à cheval , au
DE MAR S. 127
nombre de 30 à 40 , ayant à leur tête un
Timballier & deux Trompettes , précedoient
la marche... Le caroffe de M. Rémond
Introducteur des Ambaffadeurs ,
fuivi de fa maifon & de fes équipages ...
Deux caroffes à fix chevaux chacun , de
M. le Maréchal d'Etrées , précedez & fuivis
de toute fa maifon... Trois Efcadrons
du Regiment d'Orleans Dragons , le fufil
haut , la bayonnette au bout , & le bonnet
en tête... La grande & petite Ecurie
du Roy... Quarante Turcs à cheval ,
habillez de differentes couleurs , dont feize
portoient des piques avec des queues de
cheval au bout , & les autres le moufquet
fur l'épaule. Une vingtaine d'autres Turcs
à cheval fuivoit , portant tous differentes
chofes , l'un un turban , l'autre un vaſe
un autre une pipe , &c. Autant de Turcs à
pied. Le fils de l'Ambaffadeur, l'Intendant,
l'Aumônier, l'Interprete, tous quatre à cheval
, l'Ambaffadeur à cheval , portant une
robe de drap vert toute fimple , avec une
fourure de même couleur. M. le Maréchal
d'Etréesà fa droite , & l'Introducteur des
Ambaffadeurs à la gauche. Un Lieutenant ,
un Maréchal des Logis , & 20 Maîtres
du Colonel General fur la droite & la gauche
de l'Ambaffadeur & de fa Maifon ...
Les Grenadiers à cheval , le fabre à la main
& le bonnet en tête à la Houfarde...
•
L iiij
128
LE
MERCURE
Quatre Eſcadrons du Colonel General ,
ayant auffi le fabre à la main ; tous habillez
de neuf, ainfi que les autres Troupes
cy-deffus mentionnées... Le caroffe du
Roy en argent doré , precedé de deux autres
caroffes du Corps ... Le caroffe de.
M. le Regent en argent... Le caroffe de
Madame Douairiere ; celui de Madame la
Ducheffe d'Orleans . La Compagnie du
Prevôt de la Connêtablie , à droite & à
gauche defdits carofles . Quatre caroffes de
la Maifon de Condé , trois de celle de
Conti , un de M. le Duc du Maine , un
autre de M. le Comte de Touloufe. Celui
de M. l'Abbé du Bois , Archevêque de
Cambray , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires Etrangeres , faifoit la clôture
de la Marche... Le Regiment du
Roy Infanterie , étoit en haye depuis la
maifon de l'Ambaffadeur jufqu'à la Porte
Saint Antoine... Sur le Rempart de la
Baftille , la Compagnie de la Baftille...
A la Porte Saint Antoine , la Compagnie
des Fufiliers du Roy... Dans la rue Saint
Antoine , un Détachement du Guer à pied,
aux ordres des Commiffaires... Rue Royale
de même... Les Archers de l'Hotel
de Ville , entre les Barreaux de la Place
Royale... Dans la rue de l'Echarpe , une
Elcoüade du Guer à pied... Place Baudoyer
, so hommes du Guer à pied...
DE MAR S. 129
Cimetiere Saint Jean , Efcolade du Guet
à pied... Rue de la Monnoye , la Compagnie
du Prevôt de la Monnoye . , . Pont
Neuf, cent hommes de Gardes Françoiles...
Dans la Place , vis - à- vis le cheval de bronze
, le Guet à cheval ... Ruë Dauphine į
la Compagnie de Robe - courte... Rue
de Condé , Efcoüade du Guet à pied ...
Rue de Vaugirard, devant le Luxembourg ,
la Compagnie du Prevôt de l'Ifle ... Ruë
de Tournon , à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires , toutes les Troupes qui
accompagnoient l'Ambaffadeur , fe mirent
en haye en arrivant dans la rue de Tournon.
Enfuire M. le Maréchal d'Etrées
renvoya toutes ces Troupes chacune dans
leur Quartier. Un Aide- Major de chaque
Corps le tenoit à portée de M. le Maréchal
d'Etrées pendant la marche , pour
faire executer les ordres.
ORDRE DE LA MARCHE
qu'a tenue Celeby - Mehemet - Effendy ,
Ambassadeur Extraordinaire du Grand
Seigneur , pour le jour de fon Audience
auprès de Louis XV. Empereur des François
, le 21 Mars 1721 , à neuf heures
du matin.
Les Infpecteurs de Police precedoient la
Marche , comme le jour de l'Entrée : en130
LE MERCURE
fuite le caroffe de l'Introducteur des Ambaffadeurs
, celui du Prince de Lambeſc
avec tous les équipages... Les Dragons
d'Orleans , comme le jour de l'Entrée ,
avec cette difference , qu'ils n'avoient point
la bayonnette au bout du fufil , & qu'ils
portoient le chapeau ... La grande & petite
Ecurie du Roy... Les Turcs en même
nombre que le jour de l'Entrée , mais
fans fufils ni lances... Le fils de l'Ambaffadeur
à cheval , portant en fes mains ,
les bras levez , dans un baſſin de vermeil ,
les Lettres du Sultan & du grand Viſr…….
L'Ambaffadeur à cheval , ayant à fa droite
M. le Prince de Lambefc , & M. l'Introducteur
à la gauche... Le même Détachement
du Colonel General Cavalerie
qu'à l'Entrée... Les Grenadiers à cheval
le fabre à la main ... Le Regiment der
Colonel General Cavalerie , le fufil haut...
Le caroffe du Roy... La Compagnie du
Prevôt de la Connêtablie.
DE MAR S. 131
RELATION
de l Audience donnée par le Roy Louis
XV, à Celeby- Mehemet - Effendy ,
AmbaffadeurExtraordinaire de l'Empereur
des Turcs , dans le Palais des
Tuilleries, le Vendredy vingt unieme
Mars 1721
DE's lesfix heures du matin les Huiffiers
de la Chambre du Roy s'emparerent
des Portes des Appartemens. Les
Gardes du Corps, les Cent Suiffes , les Gardes
de la Porte à leurs poftes ordinaires, ces
derniers faiſant une haye dans le veſtibule
du côté de la porte ou grille du Jardin
des Thuilleries , les deux Regimens des
Gardes Françoifes & Suiffes entrerent par
le Pont tournant dans le Jardin , leurs
Officiers à leur tête , Drapeaux déployés.
Ces Troupes qui étoient toutes habillées
de neuf , fe rangerent depuis leurs fentinelles
qui font au Pont tournant , juſques
aux dernieres marches de la terraffe du
Jardin , fçavoir , les Gardes Françoiſes à
cinq hommes de hauteur , & les Suiffes
à trois , des deux côtés de la grande Allée
132
LE MERCURE
& Parterre des Thuilleries , les Gardes
Françoiles à la droite , & les Gardes Suiffes
à la gauche. Quelque tems après on vit
arriver dans l'Eſplanade , qui eft depuis le
Pont tournant jufques aux allées du Cours,
les Compagnies des Gendarmes , Chevaux
Legers & Moufquetaires Gris &
Noirs , precedés d'un détachement de cent
Gardes du Corps . Ce détachement avoit
des Brigadiers , Soû - Brigadiers , Exempts,
& Chefs de Brigades à leurs têtes. Ces
Troupes fe rangerent en Efcadrons dans
l'ordre fuivant , fçavoir , à la droite du
Pont tournant le détachement des Gardes
du Corps , enfuite les deux Compagnies
des Moufquetaires ; à la gauche les Gen
darmes & Chevaux Legers enface du Pont
tournant le Regiment du Roy Infanterie
Occupoit l'efpace qui eft entre la Porte
S. Honoré & la barriere où commençoient
les Moufquetaires , & dans le fond de
P'Esplanade contre le foffé qui eft aux avenues
du Cours il y avoit un détachement
des Compagnies des Invalides , qui s'éten
doient fur la gauche du côté de la Riviere ,
les Brigades du Guer à cheval & les Ef
coüades du Guet à pied occupoient , comme
le jour de l'entrée , de diftance en diſtance,
divers Poftes dans les Carrefours & avenuës
des Rues de Paris depuis l'Hôtel des
Ambaffadeurs Extraordinaires jufqu'à la
Porte S. Honoré.
DE MARS.
133
,
Sur les onze heures , M. le Duc d'Or
leans étant venu aux Thuilleries par la
Porte S. Honoré,trouva toutes les Troupes
rangées dans le même ordre qu'on le vient
de dire , & ayant mis pied à terre au Pónt
tournant il traverfa le Jardin au milieu
de la file des deux Regimens , & vint en
rendre compte au Roy. Pendant ce tems
les Officiers de la Chambre , fous les ordres
de M. le Duc de Mortemar , Premier
Gentilhomme de la Chambre en exer→
cice , firent placer dans la gallerie fur des
gradins à trois rangs , couverts de velours
cramoify les Dames les plus qualifiées de
la Cour , au nombre de prés de trois cens ,
à la tête defquelles étoient Mefdemoiſelles
de Charolois , de Clermont , & de la Roche
fur-Yon en habit de Ville ; elles étoient
parées d'un nombre infini de Pierreries.
Cette gallerie , au fond de laquelle étoit le
Thrône du Roy , fur une eftrade de huit
marches , étoit tapiffée de la belle Tenture
des Gobelins , reprefentant les principales
actions de la vie du feu Roy Louis XIV.
Le Thrône étoit feparé du refte de la gallerie
par une baluftrade. Le haut du Dais
étoit en gros reliefs de broderie d'or en
boffe , orné de cartouches de foye à perfonnages
naturels au petit point , d'un ouvrage
magnifique. Le Thrône étoit d'un
bois doré , fculpté à jour , fur-hauffé de
134
LE MERCURE
deux Génies tenans une Couronne ; le doffier
étoit d'une étoffe à fond d'or , fur laquelle
brilloit un grand Soleil à rayons ,
enrichi d'une quantité prodigieufe de pierreries
& de perles d'une richeffe infinie.
Le focle du Thrône doré étoit fur un beau
tapis de Perfe , qui deſcendoit juſqu'au bas
de l'eftrade ; & tout le long de la gallerie
il y avoit des tapis de pied , de la Manufacture
des Gobelins , d'une grande beauté ;
aux deux côtés du Thrône on voyoit de
grandes pieces de brocard d'or fur un fond
de tapifferie de velours cramoify ; ces pieces
de brocard dans leur deffein , formoient
des colomnes torfes .
Sur les dix heures , l'Ambaffadeur partit
de fon Hôtel à cheval avec le même cortege
que l'on vient de décrire , à la referve
feulement que fes Officiers ne portoient
point d'armes. Le Grand Maitre
des Ceremonies , & le Lieutenant des Gardes
de la Porte avoient été la veille à l'Hôtel
des Ambaffadeurs , pour convenir avec
Son Excellence Turque de ce point de Ceremonial
, afin d'éviter l'inconvenient de
faire quitter les armes à fes Officiers à la
Porte du Louvre , ainſi qu'il a toujours été
pratiqué , les Gardes de la Porte obfervant
exactement cette formalité ; l'Ambaffadeur
y acquiefça fans nulle repugnance , & ordonna
à fes Officiers de ne porter aucunes
DE MAR S.
135
armes le jour de fon Audiance chés le Roy.
-L'Ambaffadeur étant arrivé à la Porte
S. Honoré , les tambours du Regiment
du Roy battant au champ , il fut falué par
les Officiers de ce Regiment , Drapeaux
déployés , enfuite il le fut avec l'épée
par les Officiers - Commandans les Gendarmes
, Chevaux Legers , Moufquetaires
& Gardes du Corps . M. le Prince de
Rohan , en qualité de Commandant des
Gendarmes , qui eft le premier des Corps
qui fe trouvoient alors en bataille , vint
fe mettre à la tête d'un détachement de
toutes ces Troupes , & s'avança pour faluer
P'Ambaffadeur avec l'épée ; l'Ambaſſadeur
répondit à tous ces faluts, en mettant la main
fur fa poitrine , & s'inclinant proportionnément
à la dignité de chacun des Officiers
qu'il faluoit . Le Regiment d'Orleans
Dragons qui precedoit la Marche défila
fans s'arrêter , & vint fe ranger fur le Quay
de la Conference , de même que les Grenadiers
à Cheval , avec le Regiment de
Cavalerie de la Colonelle Generale , qui
formoit l'arriere- garde de la Marche ; il ne
refta à la porte du Pont tournant en dehors
, que les vingt Cavaliers de ce Regiment
, qui lui fervent par tout de Gardes
& d'Eſcorte , qui l'attendirent jufqu'à ſa
fortie de chés le Roy. En entrant dans le
Jardin à cheval, il fut precedé feulement
836 LE MERCURE
de cinquante Officiers Turès , auffi à che
val , qui marchoient deux à deux , quelques
Pallefreniers de diſtance en diſtance ,
menant les chevaux de main ; le fils de
l'Ambaffadeur le precedoit de quelques pas,
portant entre fes mains la Lettre du Sultan
dans un plat de vermeil , couvert d'un voile
d'étoffe brodée. L'Ambaffadeur avoit à fa
droite M. le Prince de Lambesc , qui étoit
chargé par le Roy de la reception & conduite
de Son Excellence , & à fa gauche
M. Remond Introducteur des Ambaffadeurs
de Semestre. Il étoit precede par le
Secretaire à la Conduite des Ambaffadeurs ;
quelques Valets de Pied de M. le Prince
de Lambefc formoient une haye , & mar.
choient devant. Quatre Trompettes des
Plaiſirs precedoient de quelques pas l'Ambaffadeur
: tout étant ainfi difpofé , il trouva
les deux Regimens des Gardes , tambours
appellans , les Officiers à la tête , l'Efponton
en main , ſans faluer , attendu que lorſ.
que les tambours ne battent pas au champ ,
les Officiers ne faluent pas ; ce qui ſe pratiquoit
même à l'égard de feu Monfeigneur .
Les Officiers Turcs aiant mis pied à terre
à la dernierre marche de la terraffe , quatre
d'entre eux donnerent la main à l'Ambaffadeur
, pour l'aider à defcendre de cheval
: il trouva les Archers de la Prevôté en
haye fur cette terraffe : enfuite étant entré
dans
DE
137
MARS.
dans le veftibule , les Gardes dela Porte
en haye fous les armes , leur Lieutenant à
leur tête , puis les Gardes du Corps & les
Cent - Suiffes en haye auffi fous les armes ,
juſqu'à la porte de l'appartement de M. le
Duc , où l'Ambaffadeur entra pour ſe delaffer.
Il y prit du chocolat , & changea de
turban pour aller à l'audiance : huit des
principaux Officiers de l'Ambaffadeur ayant
barbe , fortirent précedés des autres Officiers
devant l'Ambaffadeur , M. le Prince
de Lambefc , le Grand Maître des Ceremonies
& l'Introducteur à les côtés . Dans cet
ordre il monta le grand efcalier garny
de
Cent- Suiffes : M. le Duc de Noailles , Capitaine
des Gardes du Corps , vint le pren
dre au haut de l'efcallier , & luy fit traverfer
la Salle des Cent- Suiffes en haye , leurs
hallebardes en main , & celle des Gardes
du Corps , la carabine fur l'epaule , leurs
Officiers à leur tête ; puis l'Antichambre,
le Sallon , le grand Cabinet étant remply
d'une grande foule de monde , les Huiffiers
à leurs portes,
Le Roy averty que l'Ambaffadeur appre
choit vint fuivi des Princes , fe placer fur
fon throne avec un habit de velours cou
leur de feu , enrichi d'agréemens en boutonnieres
des plus beaux diamans de la Cou
ronne , autour defquels regnoit une broderie
d'or pour réhauffer les diamans. Cer
M
138 LE MERCURE
habit chargé de plus de 25 - millions de pierreries
, brilloit encore moins , que la
majefté & les graces du Souverain qui le
portoit. Le Roy avoit à ſon chapeau une
agraffe de gros diamans , patmy lefquels
brilloit celuy qu'on nomme le Cancy . Sur
Pepaule dont le noeud étoit tout de perles
& de diamans , brilloit le gros diamant
acheté depuis peu d'un nommé Pith , Anglois
, deux millions cinq cens mille livres,
lequel n'avoit point été encore monté.
M. le Duc d'Orleans avoit un Juftaucorps
de velours bleu brodé en or , M. le Duc
de Chartres un enrichi de perles & de diamans
, ainfi que M. le Duc , M. le Comte
de Charolois , M. le Prince de Conti ,
M. l'Abbé de Clermont en Manteau &
Soutanne longue , & M. le Comte de
Toulouſe ; les Grands Officiers de la Couronne
, & ceux qui ont droit d'être fur
le haut Dais y parurent vêtus tous magħifiquement.
M. l'Archevêque de Cambray
& M. de Frejus , Preceptear du Roy , en
Soutannes & Manteaux violets étoient fur
PEſtrade.
Alors on ouvrit un des batans de la
porte de la Gallerie , & non les deux , qui
ne s'ouvrent que pour le Roy feul . Les
Turcs commencerent à s'approcher deux à
deux du Thrône , & fe rangerent en dehors
de la baluftrade ; " les huit Notables
DE MAR S.
139
portant
barbe
, entrerent
en dedans
, & refterent
au pied de la derniere
marche .
L'Ambaffadeur
commença
avec eux fa premiere
reverence
, mettant
la main droite Tur fa poitrine
& faifant une profonde
in- clination
; enfuite
étant monté
feul fur l'Eftrade
il fit fa feconde
reverence
pareille
à la premiere
, & s'étant approché
du Roy jufqu'à
la derniere
marche
près du Thrône
,
il fit fa troifiéme
reverence
en portant
la main fur fon Turban
, & détournant
la tête de côté , ce qui eft la marque
du
plus profond
refpect
chés les Turcs. Alors il commença
fon Difcours
en Langue
Tur- que , qui fut court , & fur le champ in- terpreté
par M. le Noir Interprete
du Roy , vêtu en Armenien
, dont voici la traduction
:
» VOICI la Lettre de Très - Magnifique
» & Très- Puiffant Empereur des Otto-
» mans , Sultan Ackmet , Fils du Sultan
» Meckmet , accompagnée de celle du
» Grand - Vifir fon Gendre , Ibrahim
» Pacha.
-92
"
Le Grand -Seigneur m'envoye en Am-
» baffade auprès du Très - Puiffant & Très-
» Magnanime Empereur de France , pour
» témoigner l'eftime qu'il a pour vôtre
»fublime Majefté , & pour donner des
marques publiques de la fincere & com
"
Mij
140 LE MERCURE
"
» ftante amitié qui regne depuis fi long-
» temps entre les deux Empires .
"
» Quelle gloire n'eft ce pas pour moy
» d'avoir été revêtu d'une Dignité qui me
»procure l'honneur de voir la face d'un fi
grand Empereur , & d'un Soleil fibrillant
» & ſi majeſtueux dès fon lever ! Je souhaite
» qu'il daigné répandre fur moy les rayons
» les plus doux , & que ma Perfonne luy
puiffe être agréable .
ל כ
Le Roy qui avoit décidé avec M. le
Regent , que les mêmes Ceremonies qui
s'obfervent à l'Audience des Ambaſſadeurs
de France à la Porte , le pratiqueroient à
celle-ci , reſta affis & couvert fur ſon Thrône,
& les Princes du Sang découverts ; M.
le Maréchal de Villeroy , qui , en qualité
de Doyen des Maréchaux de France , reprefente
le Connêtable , dont la Dignité
eft la même que celle de Grand - Vifir à la
Porte , lequel aux Audiences parle au nom
du Sultan , prit la parole & dit :
L'Empereur mon Maître eft fatisfait
de la marque d'amitié que lui doune l'Enpereur
des Ottomans , & du choix qu'il
fait de l'Ambaſſadeur qui vient l'en af
jeuner.
Après quoy l'Ambaffadeur ayant pris la
DE MAR S. 140
Lettre du Sultan des mains de fon Fils , la
baifa , & la remit à M. l'Abbé du Bois
Miniftre & Secretaire d'Etat pour les affaires
Errangeres , ainfi que celle du Grand
Vifir , afin de les rendre au Roy , qui les
prit , & les mit fur une petite table placée
à fa droite. L'Ambaffadeur ayant fait en ſe
retirant les mêmes Saluts qu'à fon arrivée
, s'en retourna avec les Officiers dans
le même ordre qu'il étoit venu , fe repola
chez M. le Duc , & fortit par la même
grille du Jardin , trouvant les mêmes Of
ficiers & Gardes en haye , à qui il rendit
le Salut. Etant monté à cheval , il reprit
avec fa fuite le chemin du Pont-Tournant
où il trouva pareillement les Troupes d'Infanterie
& de Cavalerie de la Garde du
Roy , faluant toûjours les Officiers . La
Marche commença par le Quay de la
Conference , & par le Pont- Royal , d'où
Ambaffadeur retourna avec le même Cortege
à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraor
dinaires , à la referve de M. le Prince de
Lambefc , qui ne le reconduifit point.
L'Ambaffadeur à fon retour ,fut fi content
de la reception que le Roy luy avoit faite à
fon Audience , qu'il y eur Simphonie chez
fon Excellence.
Le 23 l'Ambaffadeur du Grand Seigneur
eut la premiere Audience publique de Son
Alteffe Royale Monfeigneur le Duc d'Ose
142 LE MERCURE
leans , Regent du Royaume. Son Excellence
partit de l'Hôtel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires à onze heures , précedé de
tout le Guet à cheval , des Pages à cheval ,
& des Palfreniers de Son Alteffe Royale ,
au nombre de quarante , menant chacun
un cheval de main, couvert d'un caparaffon
brodé , enfuite les Officiers de l'Ambaffadeur
à cheval . L'Ambaffadeur venoit monté
fur un cheval richement harnaché à la
Turque. Il étoit fuivi des Caroffes de
Son Alteffe Royale , & du Regiment des
Dragons d'Orleans. Etant arrivé au Palais
Royal , il defcendit de cheval au bas du
grand Efcalier , les Cent- Suiffes de Son
Alteffe Royale étant fous les armes le long
de l'Escalier , les Tambours appellant. Fl
fut reçu par M. le Marquis d'Etampes à
l'entrée de la Salle des Gardes du Corps ,
qui étoient fous les armes . L'Ambaſſadeur
traverfa les Appartemens , qui
étoient fuperbement meublés , & arriva
dans la belle Gallerie de Son Alteffe
Royale , qui étoit affife fur un fauteuil ,
ayant un habit bleu brodé d'or , avec une
groffe agrafe de diamans fur fon chapeau ,
le Saint-Esprit & la Toifon d'or étant pareillement
de diamans. L'Ambaffadeur
étant entré dans le grand Cabinet , S. A. R.
fe leva , & fon Excellence falua le Regent
à la maniere des Turcs. S. A. R. ôra
DE MARS. 143-
fon chapeau pendant la harangue que lui
fit l'Ambaffadeur , dont nous donnons la
traduction .
VOICI la Lettre qu'Ibrahim Pacha,
» Grand Vifir , gendre du Grand Seigneur ,
» a l'honneur d'écrire à V. A. R. Regent
» du Royaume de France.
» Le Très Puiffant Empereur des Otto-
» mans mon Maître , a choifi le tems de
» la Regence de V. A. R. pour donner
» des marques publiques à tout l'Univers
» du cas qu'il fait de la fincere & conftante:
39
amitié qui regne depuis un tems imme-
» morial entre les deux Empires . Elle ne
» peut que s'affermir fous la Regence d'un
» Prince auffi grand , auffi magnanime &
» auffi éclairé que l'eft V. A. R. Quelle
gloire ne fera- ce pas pour mon Ambaffa-
» de , fi je puis meriter l'honneur de fa
> bienveillance !
Le Regent répondit à ce diſcours , & dit
qu'il étoit charmé du choix que le G. S. avoit
fait de fa perfonne. L'Ambaffadeur repliqua
quil tacheroit pendant le ſejour qu'il
feroit à la Cour de France , de conferver la
bonne opinion que S. A. R. avoit conçuë de
lný. Après quoy l'Ambaffadeur rendit à S.
A. R.la Lettre du Grand Vizir , & fur le
champ le Regent la remit à M. l'Abbé de
Thefu fon Secretaire des Commandemens
144 LE MERCURE
( Cette Lettre étoit enveloppée dans un
fac de fatin cramoify. ) L'Ambaffadeur ,
après les mêmes faluts qu'ils avoient faits
à fon arrivée , fut reconduit avec les mêmes
ceremonies par M. de Marpré , Introducteur
des Ambaffadeurs de M. le
Duc d'Orleans. L'Ambaffadeur ayant defcendu
l'Efcalier , monta dans le caroffe
de S. A. R. ayant à fa gauche M. de
Marpré , & fur le devant l'Interprete.
L'Ambaffadeur fut précedé & fuivi par
M. le Chevalier d'Orleans & M. l'Abbé
de Saint Albin , en arrivant au Palais
Royal , comme lors qu'il en fortit, M. le
Pelletier de la Houffaye , Chancelier de M.
le Duc d'Orleans , & Controlleur general
des Finances du Roy , étoit à côté du
Regent , ainsi que tous les Officiers de la
Maifon d'Orleans , le jour de l'Audience,
La Gallerie & les Appartemens étoient
remplis des plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour.
JOURNAL
DE MAR S.
145
JOURNAL DE PARIS.
BENEFICES DONNEZ.
D
U22 Mars, la Coadjutorerie de l'Ab
baye de S.Pierre des Chafes, Ordre de
Cluny , Diocefe de Saint - Flour , a été donnée
à Madame Elifabeth Henriette de Beauvergier-
Montgon , Religieufe Profeffe du
même Ordre dans ladite Abbaye.
3
L'Archidiaconé de la Tour dans l'Eglife
de Vienne , fur la demiffion de M. Lherbet
dernier Titulaire , à M. Degere Preftre .
Le premier Mars , les Deputez du Parlement
, M. de Mefmes , premier Prefident
portant la parole , eurent audience du Roy.
Les Lettres de Tarafcon du de ce mois,
portent qu'il n'eft mort dans cette Ville que
deux perfonnes depuis un mois ; que la
Ville d'Aix eft prefque entierement delivrée
de la contagion ; qu'on avoit r'ouvert
les Portes d'Avignon , & qu'on efperoit
que le vent du Nord qui regne dans ces
Quartiers , acheveroit de purifier l'air.
Le Roy a donné à M.le Marquis de Bran -
cas l'Appartement qu'occupoit au Luxembourg
feu M. le Marquis de Coëtenfao.
Le 3, M. le Marquis de Nangis , cidevant
Colonel du Regiment du Roy , fut
N
346
LE MERCURE
nommépar S. M. Infpecteur General de
P'Infanterie à la place de M. le Marquis de
Biron. Le même jour M. le Marquis de
Nangis vint faluer le Koy en cette qualité.
Le 6 , M. le Duc de Richelieu fut reçu
Duc & Pair de France , & prit feance en
cette qualité au Parlement avec les ceremonies
ordinaires. Ce Seigneur donna en◄
fuite un repas fomptueux tant aux Princes ,
aux Ducs, qu'au Parlement .
M. le Comte de Medavy , Commandant,
dans le Dauphiné , s'étant rendu à Carpen
tras par ordre de la Cour , & le Vice-
Legat d'Avignon s'y étant pareillement,
trouvé avec les Confuls de cette Ville , il a
été reglé que l'on feroit ôter toutes les
Barrieres du Dauphiné , & que deformais
le Commerce feroit libre entre cette Province
& le Comtat d'Avignon.
Le Roy a donné à M. le Marquis de Pezeux
la furvivance du Gouvernement de
Langres , dont étoit pourvû M. le Comte
de Pezeux fon pere.
Sur la Requeſte d'oppofition de la Compagnie
des Indes à l'Arreft du Confeil du
26 Janvier dernier , le Roy nomma le 6 ,
quatre Commiffaires pour examiner les
Memoires que leur fourniront les neuf Sindics
nommez dans la derniere Affemblée
generale. Ces Commiffaires font Meffieurs
d'Armenonville , Bignon de Blanzy , de
DE MAR S. 747
Vaubourg & de la Bourdonnaye.
Le ro , Meffieurs les Gens du Roy ayant
apporté la Declaration de S. M. qui renvoye
& donne au Parlement la connoiffance
de l'affaire de M. le Duc de la Force ,
M. le Procureur General donna fes Conclufions
fur l'enregistrement de cette Decla
ration : en voici la teneur.
>>
» Sans que dudit enregiftrement on puiffe
inferer la neceffité d'aucunes Lettres pour
" les Procez criminels des Ducs & Pairs
>> ni que le contenu en la prefente Decla
ration puiffe nuire ni préjudicier directe-
» ment ou indirectement , en quelqu'autre
>> maniere que ce foit , aux Droits & Privileges
des Princes du Sang & des Pairs ""
ou autres ayant feance en la Cour , & fera
» le Procès continué fuivant les derniers er-
» remens , en execution des Arreſts des 15
» & 21 Fevrier dernier. ""
à
En confequence de l'Arreſt rendu avart
la Declaration du Roy , M. le Duc de la
Force fe rendit le même jour 10 , quatre
heures aprés midi au Parlement , où il fuc
interrogé par Meffieurs Paris & Ferrand
Confeillers Commiffaires de fon affaire.
Sur l'avis que M. le Marquis de Lede a
eu qu'un Juif negociant à Ceuta , avoit
trouvé le moyen de faire paffer des bombes
dans le Camp des Maures , il l'a fait arrêter
, & après lui avoir fait fubir l'interro-
Nij
148 LE MERCURE
gatoire, ce Juif a été condamné à eſtre
enterré vif.
La Signora Rola Alba , dont on a admiré
les Portraits en pastel qu'elle a faits
pendant fon fejour en France , partit le
is pour Rome avec le fieur Peregrini
fon beaufrere , qui a peint la grande Gallerie
de la Banque. Cette Demoiſelle ,
avant fon départ , a été reçue à l'Academie
de Peinture , à qui elle doit envoyer
fon chef- d'oeuvre de reception , lorfqu'elle
fera arrivée en Italie.
La Colonie des Moines de la Trappe ,
que l'on avoit envoyée en Italie dans l'Abbaye
de Cazamari , revient en France ,
n'ayant pû s'établir en ce pays- là .
Madame de Tourville , peu de tems après
fon mariage avec feu M. le Comte de
Tourville , fils aîné du Maréchal de ce
nom , s'étant volontairement feparée de
fon mari , accoucha à Dieppe en .... d'un
fils, qui fut baptifé fecretement fous le nom
de Michel du Defert.Quelques années aprés,
Madame de Tourville étant revenue dans
la maifon de fon mari , y accoucha d'un
fecond fils, qui fut regardé par M. le Comte
de Tourville pere , comme fon fils aîné.
Madame de Tourville ayant fait revenir
fous differens pretextes Michel du Deſert ,
il fur élevé dans fa mafon comme incon
nu , avec le its ainé prétendu , mangeant
DE MAR S 149
a la table. Mais Madame la Comteffe de
Tourville étant morte , Michel du Defert
en fut exclus , & ne fut plus regardé dans
la maifon que comme un honnête domeftique.
Aprés la mort du Comte de Tourville
pere , le Comte de Tourville fils fe
eroyant l'aîné , fe mit en poffeffion de tous
les biens & Terres de la Maiſon ; mais
Michel du Defert inftruit de la naiffance
fur le refus que fon frere faifoit de lui
donner une penfion alimentaire , prit le
parti de jouir de fes droits , & le fit affi
gner au Parlentent de Rouen. Il furvint .
Arreft , qui fur enquestes le declara l'aîné
de la famille. Le Comte de Tourville
pres
fenta au Confeil d'enhaut une Requeſte
en caffation de l'Arreft du Parlement de
Rouen. Le 15 de ce mois cette affaire fur
jugée au Confcil , la Requeſte de M. le
Comte de Tourville mife au neant , &
l'Arreft du Parlement de Rouen confirmě
à la pluralité de 27 voix contre 26. La Loi ,
Pater eft quem nuptiæ demonftrant , étant
favorable à Michel du Defert , Marquis de
Cotantin depuis l'Arreft du Parlement de
Rouen , il le trouve en poffeffion de trente
cinq mille livres de rentes en fonds de
Terres.
Le 16 on publia un Monitoire pour engager
à revelation tous ceux qui ont connoiffance
de marchandiſes enmagazinées.
Niij
aso
LE
MERCURE
>
M. de Beauveau , Archevêque de Tou
louze a obtenu du Pape le gratis de la
moitié des Bulles de fon Archevêché de
Narbonne auquel il a été nommé ; ainfi
que M. l'Abbé Lanti pour celles de fon
Abbaye de Noirmoûtiers..
M. le Cardinal de Rohan qui avoit été
declaré Chef du Confeil de confcience ,
étant party pour Romé , M. le Cardinal
de Gelvres a été nommé pour le remplacer,
& M. l'Evêque de Nantes doit occuper
dans le méme Confeil la place de M. l'Evêque
de Clermont .
Les Créanciers de M. Lavy ont obtenu
la permiffion de faire faifir tant fes biensmeubles
qu'immeubles , pour sûreté des
fommes qu'il doit à chacun d'eux en par-
#iculier.
Un Suiffe des environs de Geneve vint
le 18 à l'Hôtel de Hambourg rue des Boucheries
Fauxbourg S. Germain , pour y
chercher un Baron Allemand à qui il avoit
de l'argent à remettre : s'étant trompé de
porte fur l'efcallier de cet Hôtel gainy ,
un Anglois qui parloit bien Allemand , &
qui demeuroit à la porte attenant de celle
du Baron , fe donna pour luy , & reçut du
Meffager les foixante Louis qu'il avoit pour
le Baron. Il le retint à fouper & le fit boire
jufqu'à l'yvreffe : il feut du Suiffe dans la
converfation , qu'il avoit encore 74, Louis .
DE MARS.
deux montres dont il y en avoit une d'or.
Le Suiffe enyvré fe jetta fur un lit , & ne
fut pas longtems à s'endormir , Pendant
fon fommeil l'Anglois qui ne dormoit pas ,
cut toute la commodité de le voler & de
fe retirer de la maifon , fans qu'on l'aper
çut . Le Suiffe & le veritable Baron firent
grand bruit le lendemain matin ; & fur
leurs plaintes le Lieutenant criminel a envoyè
un Exempt & des Archers après cet
Anglois,
On appris par les lettres de Montpellier
du 22 que les Eftats de Languedoc avoient
deliberé d'emprunter deux millions cinq,
eens mille livres au denier 20 , & de donner
en outre à ceux qui prêteront leur
argent , la faculté de faire revivre leurs an
ciens contracts qui font reduits à 3 pour
roo , fur le pied de s pour pareille fomme
; c'est - à - dire qu'un particulier qui
prêtera 10000 livres , & qui aura un contract
fur la Province d'une même fomme ,
reduit à 3 pour 100 , aurà le denier 20 ,
tant de l'argent qu'il prêtera , que de fon
ancien contract . Le Créancier trouve en
cela un avantage très confiderable , parce
que c'eft icy moins le revenu du nouveau
Contract qui doit toucher , que le rétabliffement
des anciens revenus qu'on re
mettra fur le même pied où ils étoient originairement.
Niiij.
252 LE MERCURE
Les Grenadiers à cheval ont refufé la
viande qu'on leur a offerte , ainſi qu'aux
autres Troupes qu'on avoit fait venir icy
pour l'entrée & l'audience de l'Ambaffadeur
Turc. Ils n'ont voulu accepter que des
ufs ; & ces Cavaliers qui ont tant de reputation
& de bravoure , paffent le Carême
avec plus de regularité , que beaucoup de
perfonnes qui , par leur caractere , font obligées
de donner l'exemple. M. le Marquis
de Villemur Lieutenant- General des Armées
du Roy, leur Commandant , âgé de 82 ans,
a refufé 200000 liv. en efpeces de fa Compagnie
.
Extrait d'une Lettre de Londres
du 29 Février 1721 .
Vous aurez , Monsieur , je vous le
promets , de temps à autre un détail
exact de ce qui fera imprimé de bon icy.
On n'a rien vû de nouveau , digne de
vôtre attention , finon ,.
1. La Concordance entre le Vieux &
le Nouveau Teftament , deux vol . in fol;
compofée par M. le Docteur Prideaux ,
Ouvrage dans lequel l'Auteur a fait voir
fon bon goût dans l'Ecriture- Sainte , dans
P'Hiftoire , & dans la Philologic .
20. L'Hiftoire Phenicienne de Sancho.
niathon , avec des Remarque: Hiftoriques
DE MAR S.
255
& Chronologiques , par feu leoDocteur
Cumberland , Evêque de Peterboroug
in ottavo.
&
3. La vûë de Londres , faite par Stow 2
avec des Additions confiderables , par M.
Strype.
On travaille à divers autres Ouvrages.
1. La Vie du feu Docteur Barwick ,
Doyen de faint Paul à Londres . Comme il
a fervi fort utilement au rétabliffement du
Roy Charles II . & à celui de l'Eglife
Anglicane , & du Gouvernement Civil ,
on y trouvera plufieurs Anecdotes touchant
l'un & l'autre de ces deux points , qui n'ont
pas encore paru au jour.
20.Une nouvelle édition du Nouveau Tes
ftament Grec , fur l'autorité des Manufcrits
les plus anciens & les plus authentiques ,
par le Docteur Bentley.
3. Le Livre de M. Cowper , touchant:
les muſcles du corps humain , avec figures,
très - curieufes & trés- exactes..
40. M. Humfreyer , Membre du College
de la Trinité , dans l'Univerfité de Cam .
bridge , va publier en Anglois les Antiqui
tez du Pere Montfaucon.
5. On a recemment découvert divers
Deffeins du fieur Inigo Jonar , un des plus
grands & des plus parfaits Architectes de
fon temps ; ils feront gravez aux dépens de
Milord Burlington..
754
LE MERCURE
A VIS
AVillede Lyon ayant fait élever une
Statue Equeftre à la memoire de
Louis XIV. invite , fous le bon plaifir de
Monfeigneur le Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , ceux qui ont du talent pour
faire des Infcriptions , de lui en envoyer ,
afin qu'elle en puiffe choifir qui foient dignes
de ce grand Prince , & de ce fuperbe
Monument.
Il eft élevé dans la Place de Belle-Cour ,
à peu prés au même endroit où étoit fitué
le Temple d'Augufte , dont Juvenal parle
en ces termes.
Aut Lugdunenfem Rhetor di&turus ad aram,
Temple que cette Ville fit conftruire à
l'honneur de cer Empereur , én reconnoiffance
des bienfaits qu'elle en avoit reçus.
Comme cette Place eft entre le Rhône &
la Saône , qui la bornent des deux côtez ,
en a reprefenté ces Fleuves fous l'Equeftre
en attitude , l'un d'étonnement , & l'autre
d'admiration. Deux Trophées l'un de
Mars , & l'autre de Minerve , Symboles
de la Guerre & de la Paix , occupent les
deux autres faces..
DE MARS.
155
f
L'efpace que ces deux ornemens laiffent,
étant trés-petit , à fçavoir de feize pouces
de haut , fur fept pieds de long au deffus
des Fleuves , & de quatre pieds environ fur
cinq au deffus des Trophées ; il faut que
ces Infcriptions foient extrémement courtes.
Ce que l'on fouhaite le plus , c'eft
qu'elles foient tournées de maniere, qu'elles
ne puiffent convenir qu'au lieu où l'on doit
les placer.
NOUVELLES EAUX MINERALES
de Pally prés Paris.
Trois fources differentes .
N fit en 1719 une découverte trésutile
au Public dans le Village de
Baffy , près Paris , de trois fources d'Eaux
minerales , tres- differentes en proprietez ;
P'une ferrugineufe , l'autre vitriolique , lac
troifiéme fulfureufe & balfamique , lefquelles
ont été examinées avec attention
par le Corps de la Faculté de Medecine.
de Paris , & par un grand nombre de fçavans
Curieux , tant François qu'Etrangers,
qui en ont fait plufieurs fois les épreuves
& les analyfes , enfuite de quoi elles ont
été autorifées par M.le Premier Medecin
du Roy.
856 LE MERCURE
On a reconnu par les effets qu'elles ont
produits fur les malades qui en ont fait
ulage pendant l'année 1720 , qu'elles font
un remede prefque univerfel , parce que
leur vertu principale étant de lever les
obftructions tant des vifcéres que de la
veffie , il s'enfuit que par -là elles ôtent la
caufe la plus ordinaire de prefque toutes
tes maladies.
Les Chymiftes & les Pharmaciens , par
la voye de la diftilation & de l'évapora
tion , tirent de ces trois fources trois fortes
de fels purgatifs , tous differens en coaleur
& en qualité , lefquels infufés dans
de l'eau commune , produifent les mêmes
effets que les eaux mêmes..
M. Reneaume Academicien , l'un des
Commiffaires nommés la Faculté pour
par
fa vifite & l'examen de ces Fontaines ,
en a fait un difcours public à l'ouverture
de l'Academie des Sciences au mois de
Novembre dernier , par où rendant compre
de fon travail fur ces Eaux , il les élève
au- deffus de beaucoup d'autres caux froides
de cette nature.
Il fe rencontre trois chofes certainement
fingulieres dans cette découverte . La pre
miere , c'est que ces trois fources , quoique
peu éloignées l'une de l'autre , fortent de
trois mines differentes : la premiere fource
fort effectivement d'une vraie mine de fex,
DE MARS.
157
Elle en a la couleur & le poids , la pierre
d'aiman agit deffus , & on en a extrait
du fer par le feu. L'autre vient d'une terre
toute remplie de marcaffites lourdes , qui,
dès qu'elles font exposées à l'air , jettent
continuellement la fleur de vitriol. La
troifiéme paffe au travers d'une terre
feuillée , qui , lorfqu'on la brûle , a l'odeur
& la flamme du fouffre , dont fes eaux
portent comme la mouffe & l'écume fur
la furface. Ces deux dernieres fources font
environnées & envelopées de la mine de
fer qui s'étend par tout , ce qui démontre
que de vitriol & ce fouffre viennent uniquement
du fer.
La feconde fingularité , c'eft que ces
Eaux , qui ne tariffent jamais , fortent de
leurs baffins , également claires & medecinales
en toutes faifons , fans aucune augmentation
ni diminution en quelque tems
que ce foit , d'Hyver ou d'Eté , de pluye
ou de fechereffe , & par- deffus cela , nonfeulement
ces nouvelles caux ne fe gâtent,
ni ne s'affoibliffent point par le tranſport,
ce qui n'eft pas ordinaire aux autres eaux
minerales , mais au contraire augmentent
de force quand on les garde plufieurs mois,
& foutiennent alors plus promtement les
épreuves & les analyfes accoutumées , même
aprés qu'on les a fait bouillir ; c'eſt
un fait furprenant dont les plus habiles
158
LE
MERCURE
Phyficiens n'ont pû marquer encore
vraye cauſe.
Enfin la troifiéme fingularité, eft que cette
Pifcine falutaire , (on peut bien la nommer
ainfi ) fe trouve dans le plus bel emplacement
des environs de Paris, où il y a des ou
vrages magnifiques , trés dignes d'être vûs,
& un arrangement fi bien entendu , qu'on
diroit que le tout a été originairement fait
pour le fervice du Public , & pour faciliter
la diftribution de ces Eaux.
M. l'Abbé le Ragois neanmoins , ayant
deffein , en qualité de proprietaire du lieu
où font ces nouvelles Eaux , de mettre les
chofes dans leur derniere perfection , a fait
jufqu'icy une dépenfe trés- confiderable ,
qu'il ne ceffe pas de continuer , tant pour
la plus grande décoration du lieu , que
pour approfondir de jour en jour la recherche
des vertus fingulieres de ces Eaux.
La Ville de Paris s'y doit extrémement
intereffer , par le fecours qu'en tireront
fes Habitans , à qui le voifinage de ces
eaux épargnera deformais bien des voyages,
& de la dépenfe , procurant fur-tout un
promt & commode foulagement aux Pauà
qui le Commis du Bureau a ordre
vres ,
de les donner gratuitement.
Elles fe debitent au bas du Village de
Paffy , fur la chauffée de Verſailles , à une
grande porte de Jardin fermée d'une haute
DE MAR S. 159
& large grille de fer , fur laquelle il y a
un Tableau qui annonce ces nouvelles
Eaux, appellées expreflément NOUVELLES ,
pour les diftinguer des ANCIENNES , qui
étoient à Paffy , lefquelles M. Duclos Academicien
, dans le Livre qu'il en a publié,
a dit être gypfenfes , vice dont les Eaux
nouvelles ne font nullement atteintes , étant
verifié par les analyfes qui en ont été
faites , qu'on n'y trouve dans la refidence,
qu'un gros de beau fel par pinte .
Le Medecin doit être confulté fur la
fource dont le malade doit ufer , fur les
remedes qui doivent preceder , & fur le
regime de vie qu'il faut obferver.
Les malades & autres qui feront confeillez
par leurs Medecins d'ufer defdites.
Eaux fur les lieux , y trouveront un beau
& grand jardin pour la promenade , un
bois de haute futaye pour prendre le frais ,
des terraffes , de longues galeries pour le
couvert , & toutes les commoditez poffibles
pour un tel uſage.
4
Les Pauvres , à qui l'on offre generale
ment de donner ces Eaux gratis , les viendront
boire fur les lieux , à moins qu'ils
n'ayent une atteftation de leur état donnée
par le Curé , & certifiée par le Medecin
de la Paroiffe auquel cas on leur en
Laiffera emporter .
16.0 LE MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES.
A Petersbourg le 8 Mars 1721 .
E Czar n'ira faire la revûë des Troupes
LEqui font aux environs de Riga , que
vers la fin de ce mois . Quoique Sa Majesté
Czarienne dit nommé des Plenipotentiaires
pour le Congrès de Brunfwick , & les Sieurs
Ofternam & Bruce pour negocier en la
même qualité la Sufpenfion d'armes avec
le Roy de Suede , Elle continuë de faire
des preparatifs confiderables pour la campagne
prochaine. On lança à l'eau il y a
quinze jours , en prefence de leurs Majeftez
Czariennes , un Vaiffeau de guerre
de quatre- vingts pieces de canon , & ily
en a encore deux en état d'être mis en mer
dans peu , dont l'un eft de quatre- vingt - dix ,
& l'autre de foixante-douze. Le Czar alla
il y a quelque tens à Petershoff, pour y
voir faire l'épreuve d'une machine avec
laquelle on prétend mettre le feu dans un
Vaiffeau à une lieuë de diftance ; mais elle
aanqua , & le Conite de Bulauw qui en
eft l'Auteur , s'excufa fur la gelée. On se
fçait fi elle réuffira dans l'épreuve qu'on
en doit faire une feconde fois , lors que le
temps
A
161 DE MARS
temps fera radouci : Sa Majefté donne auffi
fon attention au progrès des differentes
Manufactures . On a établi ici une Blanchifferie
de toiles , qui a parfaitement réuffi
& par le moyen de laquelle on pourra fe
paffer dorénavant de l'Etranger pour l'entiere
perfection des toiles de ce païs . On ef
pere auffi que l'abondance des denrées en
diminuera le prix aufli - tôt que le Canal da
Lac de Ladoga fera fini , & on a fait paffer
dix mille Dragons & dix mille Calmucques
qui y doivent travailler pendant cette anirée,
afin d'accelerer le tranfport des denrées de
la Ruffie , qui n'ont pu venir jufqu'à prefent
que par chartois..
A Stokholm le 12 Mars 1721.
Louchant fucceffion à la Couronne
Es propofitions du Duc de Holftein ,
de Suede , continuent de donner de l'om
brage. On doit affembler inceffamment les
Etats du Royaume : on communiquera
dans cette Affeniblée le befoin extrême où
Fon eft de trouver les fonds neceffaites
pour l'entretien des Troupes pendant la
campagne prochaine. Les Galeres ou Batinens
plats qu'on a fait conftruire ici pour
la deffenfe des Ifles qui nous enviroment
font prefque tous en état d'être mis en mes..
Un party de Colaques tributaires de la
162 LE MERCURE
•
Moſcovie , s'avança il y a quinze jours .
près d'Uma ; mais il fut repouffé par les
Polonois affectionnez à la Couronne , &
il n'y eut point de perte confiderable de
part ni d'autre dans cette eſcarmouche .
[4 Coppenhagne le 20 Mars 1721 ..
L
A Reine a été pendant quelque tems
dans une convalescence qui faifoit efperer
l'entier rétabliffement de fa fanté ;
mais elle eft retombée dangereuſement
malade. Le Roy a donné des ordres depuis
dix jours pour équiper plufieurs Vaiffeaux.
de guerre , & quelques Fregates : Plufieurs
Regimens ont auffi ordre de fe tenir
prêts à marcher au premier commandement
; mais on ne fçait point encore quel
eft le deffein de Sa Majefté . Deux Vaiffeaux
Mofcovites ont été pris par les glaces aux.
environs de l'Ifle d'Amack , & par ordre.
de Sa Majesté, ils ont reçu tous les fecours
neceffaires pour les tirer du danger où ils
étoient , & il y a efperance qu'ils pourront
continuer leur route après le degel : Deux
autres Navires François qui ont paflé par
ici , & qui faifoient leur route vers l'Eft ,
n'ont pas été fi heureux ; on leur a refulé.
les provifions qu'ils demandoient , & on
n'a pas voulu permettre qu'ils miffent un
feul homme à terre , parce qu'on appreDE
MAR S 1636
hendoit qu'ils ne vinffent de quequo endroit
foupçonné de contagion ; de forte qu'ils ont
été obligez de paffer outre fans rafraîchiffemens.
Le Sieur Leers Chambellan du Roy,
qui avoit été mis aux arrêts , a eu depuis
quelques jours la permiffion de paroître à
la Cour. On travaille à de nouveaux Reglemens
pour l'adminiſtration de la Juftice,
& on va corriger inceffamment les abus de
la procedure . Le Roy a fait porter à la Monnoye
les fix cens mille Rifdales que le Roy
de Suede lui avoit fait payer à Hambourg,
& on doit employer une partie de cette
fomme à reparer pendant le Printemps prochain
les Digues qui ont été rompues dans
le Duché d'Holſtein , par l'orage & le dé
bordement des eaux du 31 Decembre der
nier.
A Varfovie le 8 Mars 17-21-
E Roy eft attendu ici vers leis de ce
mois : le Comte de Flemming eft allé le
joindre à Dreſde , pour le prévenir fur les
Conferencesquece General a eues àplufieurs
repriſes avec l'Ambaffadeur de l'Empereur
&le Miniftre du Roy de Pruffé. On ſuppo
fe que plufieurs Senateurs de ce Royaume
entretiennent avec le Czar une correfpondance
très étroite dont on n'a point encore
pû penetrer le deffein. Les Miniftres qui
font ici , n'attendent que le retour du Roy
O ij
164 LE MERCURE
pour eftfe expediez , & pour retourner dans
feurs Cours. La fucceffion du feu Starofte
de Sandomir caufe de nouveaux embarras
aux Miniftres de Sa Majefté ; le Roy par
leurs confeils avoit envoyé le Palatin de
Lublin & le General Poniatowski pour
prendre poffeffion de la Fortereffè de Dubno
en Lithuanie , qui devoit revenir à la Cou
ronne après la mort de ce Starofte ; mais
Jes Commiffaires , trouverent en arrivant
que le Prince Zangusko , Epoux de la Princeffe
Lubomirski , heritiere de ce Starofte,
s'en étoit mis en poffeffion , & qu'il étoit
dans la refolution de s'y deffendre jufqu'à
la derniere extremité. Les peuples des environs
étant difpofez en fa faveur, les Com
tariffaires du Roy font revenus fans rien entreprendre.
D'un autre côté on a reçu des
avis certains que les Turcs avoient achevé.
les Fortifications de la Fortereffe de Choc-.
zin , & qu'ils formojent dans cette Place
un Magaan de routes fortes de munitions
affez confiderables pour entretenir pendant
fix mois une Armée de foixante & dix à qua
tre-vingts mille hommes. La petite Diete
de Vilna , Capitale du Palatinat de ce nom,
qui s'étoit aflèmblée pour élire des Dépu
rez: pour la prochaine Diete generale , s'est
feparée fans avoir rien decidé . On a appris
de Caminick que la pefte avoit recommencé
à Hordensko, & que plufieurs perfoanes.
DE 1659
MAR S.
en étoient mortes à Jaroslaw : d'autres avis
portent que cette maladie le faifoit reffentic
dans plufieurs Bourgs éloignez de la Ville
de Cracovie de dix lieues ; mais que cette
Ville & fes environs n'en étoient point en
core attaquez..
A Vienne le 16 Mars 17215
Malgré les affurances , que le Grand
Seigneur a fait donner au Secres
taire Refident de l'Empereur à Conſtan
tinople., que les préparatifs de la Porte ne
regardoient point Sa Majesté Imperiale , &
ne luy devoient point donner d'ombrage,.
la Cour a donné les ordres neceffaires. pour
faire mettre les Frontieres de Servie & de
Hongrie en estat de deffenfes , en cas que
les Turcs vouluffent faire quelques tentati
ves de ce côté - là , & l'Empereur a envoyé
un Exprès à Conftantinople avec ordre à
fon Refident , de demander au Grand Seigneur
les raifons qui pouvoient l'engager à
faire des préparatifs de guerre fi extraordi+
naires dans un tems de paix. On travaille
à un projet d'accommodement pour les di
ferends de Religion dans l'Empire. L'Em;
pereur a envoyé des ordres aux Directeurs
du Cercle du Haut Rhin d'affembler leurs
Troupes , pour obliger par la force des ar
mes le Land Grave de Heffe- Catfel à faite
766 LE MERCURE
retirer les Troupes des environs de la For
tereffe de Rhinfels qu'il tient inveftie ; on
efpere cependant que ce Prince fera ceffer
ées hoftilités fans attendre la marche des
Troupes du Cercle . L'Electeur de Mayence
, l'Electeur Palatin & l'Evêque de Spire,
ont fait affurer l'Empereur qu'ils avoient
commencé d'executer le decret Imperial
du 12 Avril 1720 , & que dans peu leurs
fajers Proteftants n'auroient plus aucun (ujet
de fe plaindre.
A Londres le 3 Mars 1721.
E Roy donna le 22 du mois dernier
fon confentement à l'Acte du Parlement
qui ordonne la levée de trois ſche
lings par livre fur le revenu des Terres , &
quelques jours après, on ouvrit les livres de
P'Echiquier en vertu d'un ordre de la Treforerie
pour faire fur cette taxe un emprunt
de cinq cent mille livres fterlings à fix pour
cent d'intereft par an. Sur les inftances de
la Compagnie de la mer du Sud , le Roy a
envoyé un Meffage à la Chambredes Communes
, en faveur du quel la Chambre a
donné à cette Compagnie un delay d'une
année pour le payement qu'elle eftoit obligée
de faire au Gouvernement d'une fomme
de fept millions cent foixante quatre
millelivres sterlings , en execution de l'acte
DE MAR S. 167
dé la derniere ceffion du Parlement. La
plufpart des anciens Directeurs de la Com--
pagnie de la mer du Sud , qui avoient été
mis à la garde du Sergent d'armes de la
Chambre des Communes , aiant donné les
cautions requifes , ont été mis en liberté ;
mais ils font declarés refponfables fur leurs
biens & effets de toutes les fommes quis
manquent dans la caiffe de la Compagnie.
fur les reçus de la troifiéme & quatriéme
foufcription, parce qu'ils les avoient declaré
remplies dans une affemblée generale de
la Compagnie du 19 Septembre dernier.
Le Roy a fait faire des funerailles magni--
fiques à fon Miniftre le Comte de Stanho--
pe , pour marque de l'eftime particuliere.
qu'il avoit eue pour luy & Sa Majeſté a
donné à la veuve de ceMiniftre une penfion
de quatre mille livres sterlings fur le revenu
de la Porte . L'Amiral Noris s'eft rendu
à Chattam , pour y preffèr l'Equipement de
PEfcadre que le Roy a deffein d'envoyer
cette année dans la mer Baltique , & tous
les Capitaines qui doivent la monter , ont
ordre de fe rendre inceffamment à leurs
bords.
I
A Madrid le 20 Mars 1721.
Es Maures ayant commencé une ligne.
de Contrevallation , dans le deffein de
recommencer . le fiege de Ceuta , le Mar
岔
་
IGY LE MERCURE
ག་
quis de Leide fit fur eux une fortie la suit
du 13 du mois dernier , dans laquelle il
leur tua beaucoup de monde , & fit combler
leurs tranchées .Ce General, après avoir
donné de bons ordres dans la Place , & y
avoir laiffé dix Bataillons de Troupes chois
fies , a fait embarquer le refte de fon
Armée , & s'embarqua lui-même : on a ELL
des nouvelles qu'il étoit heureufement arrivé
à Cadix , & qu'il y a fait la revûë dɔ
fes Troupes , qui doivent reter en quar.
tiers dans les environs de cette Ville. L'Infant
Don Ferdinand , étant entré dans la
huitiéme année de fon âge , au 23 Septem
bre dernier , le Roy lui a fait la Maiſon ,
marqué fon Appartement , & nominé les
principaux Officiers qui doivent préfider à
fon éducation..
A Rome le 14 Mars 17.21.
LA Congregation
établie
par
le Pape:
pour juger fur les prétentions du-
Cardinal Orfini & du Cardinal Tanara
au Decanat vacant , a décidé en faveur de.
ce dernier , le Cardinal Del Giudice , troi
fiéme Concurrent , ayant declaré quelques
jours auparavant , qu'il n'y prétendoit plus.
On a envoyé ici par la Pofte à tous les
Miniftres , Cardinaux & Prélats de cette
Cour, un Memoire imprimé en fix feuilles .
•
dans
DE MAR'S. 169
dans lequel l'Auteur qui écrit en faveur da
Cardinal Alberoni , prétend prouver par
plufieurs raifons tirées dés Loix , de l'Hiftoire
& de l'Ufage , que cette Eminence
n'eft point tenue de comparoître en perfonne
, pour fe juftifier fur ce qu'on lui
impute , & qu'il lui fuffit de répondre par
Procureur . Quelques Lettres particulieres
portent que le Pape avoit donné ordre à la
Congregation du Saint-Office de furféoit
les Procedures & les Informations qu'elle
faifoit contre ce Cardinal.
On vient d'apprendre que le Pape Clement
XI eft mort à Rome le 19 de ce mois.
Saite du Journal de Paris.
Le 16 , jour d'audience , M. l'Archevêque
de Cambray , Miniftre & Secretaire
d'Etat , envoya fix Caroffes de fa livrée
avec fon Ecuier , pour prendre à l'Hôtel
des Ambaffadeurs Extraordinaires , l'Ambaffadeur
de la Porte. Son Excellence mons
ta dans le fond du premier Caroffe , l'Interprete
du Roy , & l'Ecuyer du Miniftre
étant fur le devant : la fuite de l'Ambaffadeur
fe plaça dans les autres Caroffes. Son
Excellence s'étant miſe en marche , ſe rendit
fur les onze heures chès M. l'Archevêque
de Cambray. Elle trouva tous les appartemens
remplis d'une infinité de gens d
diftinction , & d'une file de 40 Domefti
P
$70 LE MERCURE
ques dela livrée de M. l'Archevêque de
Cambray. Elle fe repofa un moment dans
la premiere piéce : enfuite l'Ambaſſadeur
fut introduit par l'Ecuyer du Miniftre dans
la Chambre d'audience . M. l'Archevêque
de Cambray le fit affeoir fur un fauteuil ,
& luy , fur un autre , une table entre eux
deux. La converfation dura quelque tems,
après quoy on preſenta à Son Excellence
une grande quantité de rafraichiffemens &
de confitures feches. Après quelques com .
plimens on fe fepara , & l'Ambaffadeur retourna
à fon Hôtel avec le même cortege
qu'il étoit venu.
Le 27 l'Ambaffadeur de la Porte vit la
repréſentation de l'Opera de Thefée : les
premieres loges furent louées 100 livres &
les places du parterre cinq livres .
•
Il a paru dans le golfe de l'Amerique
Meridionale nommé Bonaventure , le 18
Août 1720 , un Monftre marin , qui avoit
la tête d'un Barbet, la gueule d'une moyenne
grandeur ; & les den's fort larges , les
yeux étincelans comme ceux d'un homme
en colere , des cheveux plats , le nés gros
& épaté , les mains , les bras , les épaules ,
& tous les mouvemens tels que nous les
avons , la peau bife , le fein d'une Nourrice
, & ce qui diftingue les deux fexes , pareil
à celui d'un cheval ; il avoit huit pieds
de hauteur , autant qu'on a pû en juger à
l'oeil .
DE MAR S. 77%
Il a paru depuis dix heures du matin juſqu'à
midy , fi près du bord d'un vaiffeau
François , qu'on auroit pû le prendre à la
main , s'il avoit été d'humeur à fe laiffer
faifir. Le Capitaine du Vaiffeau , pour
parler mer , voulut le faire harponner ;
mais il efquiva deux fois le coup , en faiſant
le plongeon : Quelque temps après il revint
fur l'eau , pris la ligne d'un de ceux qui le
regardoient , la lui arracha des mains , &
s'éloigna , en nageant comme un homme
qui fe baigne ; puis il ſe rapprocha du bord,
& s'éleva hors de l'eau jufqu'à la hauteur
des genoux , fit fans refpect pour Meffieurs
les Marins , ce qu'on ne fçauroit poliment
exprimer , & difparut enfin pour la derniere
fois,
C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes
adieux.
On croit que c'eſt un Monſtre ſemblable
à celui qui fut tué par un nommé
M. Caron fur les Bancs de Boulogne l'an
1717.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé , étoit un Poulet ou Billet doux ; &
celui de la feconde , les deux Eguilles du
Cadran.
Pij
#71 LE + MERCURE
ENIGM E.
DE la neige & des lys p'imite la candeur,
Jeune , vieille , je fuis agreable à la vúë :
Chacun peut me toucher , & me voir toute nuë ,
Sans craindre de bleffer les loix de la pudeur :
Quoique Vierge innocente , on me condamne aux
flames ,
Mesfreres & mes feurs n'ont pas un meilleur fort,
Quand Hecate paroît , Vulcainfaifit nos ames ;
Mais Zephirefouvent differe notre mort.
AUTRE.
Sans avoir rien appris , j'inftruis les plus çavans,
Ainsi que j'inftruirois tous les plus ignorans :
Je dois me promener dès que je viens au monde ;
Mon pas eft bien reglé , ma promenade eft ronde,
Je fuis toujours mon pere , il ne m'ajamais vi,
Je
mourrois auffi-tôt qu'il m'aureit apperçu ;
Il est pourtant toujours prefent à ma naiſſance,
Sans qu'il puiffe me voir dès ma plus tendre enfance.
S'il vient àfe coucher , alors je difparois ,
Et pérts , fans ceffer d'eftre ce que j'étois.
Lin mere de concert s'opposant à mon pere ,
Dès qu'il me met au jour , m'enleve à la lumiere:
Nefoyez pas furpris d'un fi bizarre fort v
Car je viens à la vie , ainsi qu'un autre enfort.
DE MAR S
173
RE: DIO
CHANSON.
L'air eft de Monfieur Mourette ,
A Rendre la vie agreable ,
Sans ceffe occupons notre esprits
Fuyons l'ufage méprifable
Que le groffier vulgaire fuit:
Amis , paffons la nuit à table ,
Et confumons le jour au lit.
On s'eft ravisé au sujet de la Piece dont
nous avons donné le commencement *fous le
Titre , Effai fur l'Etat prefent de la Geographie
, & c. Il fera facile au Lecteur d'unir
les deux morceaux , quoique feparez. On
continuera le mois fuivant à poursuivre ce
deffein , qui ne peut que plaire aux ama→
teurs de la Geographie .
Page 39 du Mercure de Mars 1721
Piij.
174 LE MERCURE
§. 2. Quelques obſervations fur nos Cartes
modernes , & fur ceux qui les font .
DE
Epuis quelques années le monde eft
plein de Cartes Geographiques , & ces
Cartes font pleines de fautes. Je ne , dirai
pas que celles de l'Europe en foient exemtes
, mais pour celles des trois autres Parties
du Monde , elles font generalement fi
fautives, que l'on ne peut pas plus compter
fur elles , que fur les Voyages de le Blark,
Mendez Pinto ou Lithgovv , d'où il femble
qu'on les ait tirées ; s'en trouvant tres- peu
fur lefquelles on puiffe tracer quelque route
tirée de Thevenot , Della Valle , ou autre
Auteur digne de foi . L'on ne doit pas effe-
&tivement s'attendre à autre chofe , lorfque
ceux qui publient de telles Cartes , nous
paroiffent entendre mieux leur interêt , que
la Geographie , & prendre plus de peine
pour augmenter leur avantage particulier ,
que celui du Public ; ce qui ett la caufe que
cette fcience perd en un jour par une telle
Carte tous les avantages qui lui avoient été
procurez pendant plufieurs tiecles.
Je ne blâme pas nos Geographes de ce
qu'ils publient des Cartes fautives , parce
que nous ne devons jamais efperer d'en voir
une de quelque Pays que ce foit parfaite
DE MAR S. 175
ment exacte , mais de ce qu'ils ne font pas
moins inexacts que les Cartes ; car quoique
l'on ne doive pas s'attendre de trouver une
Carte plus exacte que les Découvertes du '
temps le peuvent permettre , on peut cependant
compter de pouvoir en jouir d'une
autant parfaite que ces Découvertes le permettront.
C'est pourquoi je blâme les Geographes
qui laiffent les fautes anciennes ,
qu'ils auroient pû corriger avec tres - peu
de peine , ce qui eft caufe que ceux qui
lifent des livres de Voyages découvrent aifément
ces fautes , & qu'ils ruinent par
cet endroit la Geographie également comme
les Auteurs mêmes , ou plûtôt ces Graveurs
de Cartes .
Ce n'eft pas une excufe de dire qu'on copie
telle chofe d'aprés une Carte , parce
qu'on ne doit rien copier qu'on ne l'ait
premierement examiné , & qu'il ne foit
d'accord avec les meilleures Découvertes . Il
eft bien vray que ceux qui favent copier ou
graver une Carte , prennent d'abord le titre
de Geographes, croient qu'après cela la proprieté
leur en appartient , & qu'ainfi ils font
en droit de s'en dire vraiment les Auteurs. '
Il me paroit qu'un Copiſte peut par la même
raifon fe donner également le titre
d'Auteur. Pour moi , j'ai été furpris plufieurs
fois d'en voir s'expofer pour Geogra
phes dans certaines Cartes , lorfqu'il eft
Piiij
176 LE MERCURE
clair que s'ils avoient entendu ce dont ils
faifoient profeffion , ils ne les auroient jamais
publiées. Mais on ne doit pas atten
dre autre chofe de perfonnes qui ne s'atta
chent point à leur profeffion , ou la fort
remplir par d'autres qui n'en entendent
que tres- peu , ou l'ignorent tout- à- fait.
Une Carte ne paroît pas plûtôt , dans un
autre Pays , que nos faileurs de Cartes la
reimpriment , quoiqu'elle foit contraire à
ce qu'eux ou les autres ont publié fur le
même fujet , & qu'elle contienne des fautes.
groffes : une Carte nouvelle parmi ces .
gens là , eft recommandable par fa nouveauté
, & a la vogue , juſqu'à ce qu'une
autre entierement differente & pas moins
abfurde , paroiffe au jour , qu'ils ne manquent
pas d'époufer & de copier : ce qui
eft caule que l'on trouve rarement deux
Cartes du même endroit femblables , quoique
faites par la même aain . Ils changent la
tuation & la figure des endroits aufli fouvent
qu'ils en font de nouvelles , & commettent
des erreurs , où il n'y en avoit pas
auparavant , de forte que la plus nouvelle
eft communément la plus mauvaife.
Mais il y a des Cartes qui ne font pas des
copies exactes des autres , & ne font que
des morceaux d'une Carte & d'une autre
qui font ajufés enfemble fans foin ni jugement
; car le faifeur de Cartes ie crust
DE MARS. 177
fouvent obligé d'être different des autres ,
afin qu'il paroiffe quelque chofe de nouveau
dans ce qu'il publie : ce qui fait qu'il
change la fituation des lieux , qu'il donne
un cours different aux rivieres , qu'il étend
ou refferre d'une maniere étrange les liini
tes des païs , des provinces & des côtes.
Ceci fautera aux yeux de ceux qui compareront
avec les Voyageurs les Cartes qui
ont été publiées avant celles de M. de Pifle,..
& plufieurs autres depuis . Il femble que
les places y ont été plûrot jettées au ha--
zard , & pour semplir les vuides , que pour
en exprimer les fituations . Il eſt à propos
que les noms ne changent pas tous les
jours , cè feroit autrement en vain que.
Pon chercheroit la même place dans une
bonne Carte nouvelle & dans une du mê
me païs faite il y a 100 ans, ou go , même
depuis deux ou trois ans , tant la difference
de la nouvelle fituation embrouilleroit le
fpectateur. Mais fi celuy qui public une
Carte étoit obligé de citer fon auteur fur
chaque changement qu'il feroit , il y auroit
moins de ces fauffes productions &
les Cartes feroient plus correctes.
On doit remarquer que les cores maritimes
dans deux Cartes differentes des mê
mes endroits , non feulement different extraordinairement
les unes des autres , mais
aufli qu'elles s'accordent très rarement:
178 LE MERCURE
avec les Cartes marines : ce qui vient de
leur negligence à confulter les gens de mer,
fe fouciant fort peu d'être exacts , & s'imaginant
peut être qu'une Carte terreftre
doit être deffignée autrement qu'une Carte
marine.
·
J'obferve que nos faifeurs de Cartes
gardent un profond filence fur les chemins
dans leurs Cartes , & qu'en copiant inême
celles qui en font enrichies , ils les omettent.
Ils n'ont certainement aucune connoiffance
de leur ufage dans les Cartes ,
ils ne les priveroient pas fans cela d'une
partie fi effentielle, & ne les laifferoient pas
à moitié imparfaites . Que peut apprendre
une perfonne d'te multitude de lieux repandus
confufément ? C'eft comme un
voyageur qui fe trouve dans un bois fans
fentiers , & ne fait de quel côté le guider.
Ne feroit - ce pas une chofe ridicule de voir
fans rues un plan de Londres , fi l'on pouvoit
lui donner ce nom ? On en tireroit
une egale inftruction , car il eft auſſi impoffible
de juger exactement de la fituation
des lieux dans la Carte d'un païs , que de
celle des Eglifes , des Palais , & autres
Bâtimens publics , dans le plan d'une ville,
où les rues ne feroient pas marquées.
Les Geographes les plus judicieux ont
toujours pris foin que leurs Cartes ne fuffent
jamais fans cet avantage neceffaire , y
DE MAR S. 179
·
ajoûtant fouvent les diftances que l'on y
compte , en lieues ou milles entre les Places
, felon la meſure des Pays où elles font
fituées , & fans cela une Carte eft toûjours
imparfaite. Car quoiqu'en traçant les routes
, on faffe voir la communication d'une
place à l'autre , cependant fans ce nombre
marqué dans les intervalles , on ne peut
pas juger quelles font les diftances que
l'on y compte , tout le monde fçachant bien
qu'elles font differentes des Geographiques,
ou bien fi elles s'accordent ; en cas qu'elles
ne s'accordent pas , comme il arrive fou
vent dans des Pays trop étendus ou trop
refferrez ; je dis que , faute de ces nombres
dans les intervalles, on ne peut pas les recti
fier. Mais laiffant ceci à part , il faut toû
jours exprimer les diftances , quand ce ne
feroit que parce qu'une perfonne ne porte
pas toujours un compas fur elle ; & que
quand elle le feroit , c'eft autant de peine
épargnée par un tel moyen.
Tandis que nos faifeurs de Cartes fe font
fervis de ces mauvaifes methodes dont on
vient de parler , il n'eft pas étonnant que
l'on ait negligé les nouvelles découvertes ,
& les Obfervations des Voyageurs , & que
par confequent on ait trouvé leurs Cartes
pleines de fautes groffieres . On a trouvé
dans les Cartes la latitude de Conftantinople
, obfervée il y a 60 ans par M. Greaves s
180 LE MERCURE
placée deux degrez plus au Nord qu'elle ne
doit être cette Obfervation a été confirmée
deux fois depuis par M. smyth , & par le
Chevalier Vvbeleer , il y a quarante ans ;
les faifeurs de Cartes ont toujours fuivi
Fancienne erreur , & n'en ont pris connoiffance
que depuis peu , & l'ont corrigée ,
quoiqu'il s'en trouve encore quelquesuns
qui restent dans l'erreur. On place
encore dans plufieurs Cartes modernes Ca
ramid , Amid & Diarbekir , comme trois
places diftinctes , à 80. milles de diſtance
Bune de l'autre , quoiqu'il y ait 50 ans que
Thevenot ait découvert cette erreur dansles
Cartes de Sanfon , & qu'il ait trouvé
que ces trois Villes n'étoient qu'une feule
& même Ville. Le même Voyageur trouve
que Sanfon a tort de placer Orfa fur une
grande riviere , & d'en faire tomber une
autre dedans venant de Caram d ; . il nous
affure de plus qu'il n'y a point de tele
grande riviere appellée Tiritiri , comme il
Fa fait paffer par Kengavir , par Sufa en
Perfe , & tomber enfuite dans te golfe de
ce nom ; mais les faifeurs de Cartes ont eu
tant d'indulgence pour Sanfon aux dépens
de leur réputation , qu'ils n'ont pas fait attention
à Thevenbr. C'a été prefque au'li
inutilement que d'autres Voyageurs avant
& après , & que les Académies de France
d Angleterre, d'une maniere plus émiDE
MAR S.
mente , ont pris les peines de communiquer
leurs Obfervations pour le fecours de ces
-faileurs de Cartes , qui ne jettoient pas feulement
les yeux deffus .
2
Je pourrois outre cela faire une énumeration
de quantité de fautes répandues dans
nos Cartes les plus nouvelles. Par exemple,
c'eft une chofe fort commune de trouver
des Villes hors de leur veritable fituation ;
quelques- unes étant mifes à plufieurs lieuës
loin des rivieres fur lefquelles elles doivent
être placées ; comme Bir , Moful , & autres,
dans la Mefopotamie , Zulfa en Armenie ,
Schiras en Perfe , Agra & Holobas , dans
P'Empire du Mogol. Quelques autres fur le
côté oppofé des rivieres où elles doivent
être comme Diarbeck en Armenie , Tiflis
en Georgie , Holobas ou Praya , & Brampour
, dans le Mogol. D'autres encore au
deffous du confluent , ou de la divifion des
rivieres , lorfqu'elles doivent être au deffus ;
comme le Caire fur le Nil , fleuve que l'on
repreſente encore avec les fept embouchûres.
Il y a certains lieux feparez du Continent
par de larges mers , & qui ne font
qu'à deux ou trois lieuës l'un de l'autre
comme Corée & Chufan , fur la côte de la
Chine. L'on voit des ifles qui ne font qu'à
une petite diftance de la terre , & que l'on
en place à plufieurs lieues loin ; comme
Ormn , & les Illes adjacentes, dans le golfe
95
182 LE MERCURE
de Perfe , Bombay ,fur la côte de Decan, dans
les Indes Orientales. On s'eft auffi fervi
quelquefois des mers pour feparer du Continent
, des Terres qui n'étoient que des
Prefqu'ifles ; comme la Californie en Amerique
, la Nouvelle Zemle en Mofcovie , &
la Corée , proche de la Chine. L'on voit des
Détroits qui paroiffent avoir des degrez
entiers de largeur , quoiqu'ils n'ayent pas
plus de dix milles ; comme ceux de Bab- el-
Mandel , d'Ormuz , de Rhodes : on fait ordinairement
dans les Cartes les Détroits de
Conftantinople de 20 , 40 , & so milles de
large , quoiqu'ils ne le foient que de trois
quarts d'un mille : on donne à la Mer Caf
pienne une figure oblongue , de l'Eft à
P'Qüeft , d'autre du Nord au Sud , & une
troifiéme forte la fait toute quarrée . Dans
quelques Cartes la Tartarie s'étend preſque
jufqu'au 80 parallele ; dans d'autres
elle ne paffe pas le 70 ; dans les unes fa
figure eft quarrée , dans d'autres ronde , &
quelquefois irreguliere ; fouvent fa côte
Orientale & Septentrionale n'y eft pas
marquée. Il y a plufieurs Cartes où l'on infere
quantité d'ifles fuppofées , & d'autres
où l'on omet plufieurs lieux remarquables.
Enfin pour finir , j'ai vu une Carte de Perfe,
où l'on ne trouvoit point Ifpahan.
On pouvoit efperer , lorfque les Cartes
de M. de life ont paru , que les Geogra
DE MAR S. 183
phes ayant un fi bon exemple , ne donneroient
pas lieu dans la fuite à de tels reproches
, & que l'on ne trouveroit plus
dans leurs Cartes de ces anciennes erreurs
fi decriées mais bien loin de cela , il y
en a qui n'en ont pris aucune connoiffance ,
& les ont embraffées comme auparavant.
Il y a une Carte de l'Empire des Rußes ,
que l'on a mife au- devant du Voyage de
PAmbaffadeur Moſcovite à la Chine , imprimé
en 1706 , qui contient toutes les
efpeces d'erreurs , dont nous avons parlé ,
& peut être beaucoup davantage . Je ne
parlerai pas de la figure & des dimenſions
de la Tartarie , qui font trés-differentes de
celles des autres Cartes. La Chine y eſt
extraordinairement changée. Pekin y eft
placé à 8 degrez avant dedans les terres ,
lorfqu'il n'y est pas plus d'un. L'Iſle de
Chuſan qui n'eſt éloignée que de trois lieuës
du Continent , en eft mile à 60 , & marquée
huit fois plus grande qu'elle ne doit
être. On y voit la Corée à 30 lieues du
Continent. L'Empire du Mogol & l'Inde
y font autant extraordinairement retręcis
de l'Orient à l'Occident , qu'ils y font extravaganument
étendus du Midi au Septentrion.
Caboul y eft placé deux fois à 7
degrez l'un de l'autre , allant du Nord- Eſt
au Sud Oüeft. Brampour à 4 degrez plus
proche du Gange qu'il ne faut , & 3 degrez
184 LE MERCURE
au-deffus de la latitude , fur une grande
Riviere que l'on ne trouve point dans les
autres Cartes , ni dans les Voyageurs. Les
Côtes Maritimes y font entierement fauffes
, & ce feroit un trop grand travail de
dénombrer la confufion & le changement
de fituation des Places dans la Georgie, l'Armenie
& Pays voifins. Mais pour faire voir
davantage l'inexactitude de cette Carte , je
vais la comparer avec celle de la Perle par
Olearins , publiée dans fes Voyages il y a
plus de foixante ans , par rapport aux lieux
qui fe trouvent fur la route entre Ardebil
& Ifpakan , dont cet Auteur exact a trésbien
obfervé les latitudes.
La Table fuivante fait voir la latitude
de chaque lieu , avec la diftance & l'aire
de vent de l'un à l'autre.
Lat. Dift . Aire.
Selon Glearius .
Ardebil 3.8 s
Miana 37 867 ESE
Sangan 36 4865 ESE
Sultanie 36 3015 SE
Casbin 36 1552 SEES
Cashan 33 51167SSE
Ifpahan 32 2690 ESE
Lat. Dift. Aire.
Selon Ides .
36151
3612160 E
3617 85 E
37 4 ONE
37 5 88 E
11
160
37 6 E
3427285 SO
Ifpahan et éloigné d'Ardebil dans la
Carte d'Olearins de 420 milles , & dans
celle d'Isbrand de 320.
Je
DE MARS.
185
Je ne me ferois pas arrêté fur l'inexactitude
de cette Carte , étant perfuadé que
l'Auteur n'a jamais eu le deffein de don
:
er aux Curieux les Pays voisins de a
Tartarie , fi je ne voyois pas que nos Faifeurs
de Cartes en copient les plus grandes
abfurditez & dans leurs Cartes & fur leurs
Globes & il eft étonnant comment ils
tombent dans ces erreurs , lorfque la route
de Tauris &.d'Ardebil eft fi connuë , qu'on
la trouve paffablement bien marquée dans:
les moindres Cartes : mais je veux bien
croire qu'ils ne le font. pas de propos deliberé.
*
?
Je ne peux pas m'empêcher de parler
d'une collection de Cartes anciennes &
modernes , faites depuis peu , que l'on
vante beaucoup , & dont les plus groffes
fautes ne font pas celles du Graveur. J'en
pourrois faire voir les groffes erreurs ,
comme l'inclination hors de neceffité des
degrez de longitude fur--tout dans les
Cartes d'Europe & de France. La diffé--
rence qui fe trouve entre les deux Cartes
d'Afie , le vuide qui fe voit dans toutes
les deux en general , & particulierement
dans l'Afrique , ou bien fi cette precaution
venoit de l'incertitude de l'exacte fituation
des lieux , on pouvoit omettre la Carte
entierement , auffi- bien que plufieurs auaxes
, fans que ceux qui les parceurent y
e.
હૈ
"*
186 LE MERCURE
euffent beaucoup perdu . Si les Cartes d'Afie
font fi fautives , que ne doit- on pas attendre
de celles de l'Afrique & de l'Amerique
, qui font bien moins connuës ? Les
dernieres obfervations de la longitude &
latitude de quelques Villes principales de
l'Europe , jointes aux plans que des Nations
particulieres ont faites de leurs Pays,
ont fait voir un nombre infini de fautes
dans les Cartes de cette partie du Monde .
M. de l'Ifle a entrepris à propos la correction
des Cartes , quoiqu'il y ait dans
les fiennes certaines chofes à reformer. Il
y a des perfonnes qui trouvent à redire à
fes Projections , fur tout celle de l'Afie ,
parce qu'étant faite par la Methode Polaire,
felon laquelle l'Equateur , qui doit être
une ligne droite , devient ligne circulaire ,
les degrez de longitude dans tous les Paralleles
au Midi de l'Equateur , font plus.
grands que ceux de deffus l'Equateur.
D'autres objectent que dans des Cartes
differentes , les mêmes endroits ont des
figures & des fituations differentes . Quelques
-uns l'accufent de mettre dans fes
Cartes beaucoup de chofes , fans autre
fondement qu'un oui-dire , fur- tout les
Nouvelles Philippines , qu'ils concluent
être imaginaires , parce que Dampier ne
les a point trouvées dans fon Voyage au
tour du Monde. Que cette accufation foir
DE MAR S. 187
vraye ou fauffe , cela fait voir la neceffité
où un Auteur le trouve de donner une
autorité pour chaque nouvelle chofe qu'il
infere .
Il y a auffi quelques parties de la Perfe
& de la Tartarie , que je fuppofe avoir été.
tirées des Tables Perfannes de longitude.
& de latitude , qui pouvoient être corrigées
fur le Geographe de Nubie & autres
& je croi qu'il devoit fuivre Isbrand Ides
dans la Tartarie , auffi loin qu'il a été lui❤
même , puifqu'il nous dit dans le dernier
Chapitre de les Voyages , qu'il a pris la
latitude de tous les principaux endroits où
il a paffé. Mais quand il y a tant d'erreurs
à corriger , tant de Volumes à confulter ,
il est bien difficile que l'on ne paffe pardeffus
quelques - unes ; confiderant enfin
les difficultez qu'il a euës à furmonter , on
doit être affez fatisfait de la perfection que
Pon remarque dans fes Cartes. J'avouë que
les Faifeurs de Cartes n'ont pas fujet d'être
contens de cet Auteur , parce que ce
qu'il a executé a fait tomber toutes les
Cartes precedentes , excepté deux ou trois
de l'Europe .
On peut demander , fi les Cartes de M.
de l'ifle font une amelioration dans la Geographie
, d'où vient s'en trouve t'il plufieurs
qui ne font pas fi remplies de Places,
comine celles qui ont paru avant les fien-
Qij
188 LE MERCURE
•
nes ? La raiſon en eft fans doute , qu'il a eu
foin de ne point mettre celles dont la fituation
étoit incertaine ; & je croi qu'il
feroit fort difficile aux Faifeurs de Cartes
de donner des autoritez pour la pofition
d'un abondance de lieux que l'on trouve
dans leurs Cartes.
APPROBAT 10 N.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Mars 1721 .
& j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion
. A Paris ce 31 Mars 1721.
HARDION.
TABLE.
vite du fonge d'Alcibiade,
Le femmeil indifcret.
3
23
Effai fur l'état prefent de la Geographie , c'està-
dire fur les Cartes , fur les Livres qui traiten
de cette vienco, ceux des Voyages , &c. 39
Extrait des Machalées.
Sh
Refutation des reflexions fur la maniere de
Prêcher.
Obfervation d'un Paxhelie.
Aute Parhelie.
Pofies.
7.3
82
86
88
Lettre de M. Egbert Guenellon , à M. de l'ifte.
Geographe de l'Academie Royale des Scien
107
DE MAR S. 189
Remarque fur la mort & fur la naiffance der
Enfans en Angleterre .
Morts de Paris.
Morts Etrangeres.
Mariages Etrangers .
114
118
120
121
1227
Charges Dignitez
Relation de ce qui s'eft paßé depuis l'arrivée de
Celeby - Mehemet Effendy , Ambassadeur Extraordinaire
de l'Empereur des Turcs auprès de
Louis XV , Empereur des François.
Journal de Paris.
Nouvelles Etrangeres..
Enigmes.
Chanfon.
125
145
160
172
173
Suite de l'Effai fur l'état prefent de la Geographie.
174
Ous regardons à prefent comme une chofe
impoffible , de pouvoir éviter certaiues fautes
grofheres qui fe gliffent de tems en tems dans
le Mercure. Telle eft la mort de M. l'Evêque
de Mâcon , que nous avons annoncée page 127
du Mercure, de , Fevrier 1721 , & cela par l'imprudence
d'un Particulier qui nous avoit écrit
de Mâcon .
Le Public éclairé reconnoît aujourd'huy que,
jamais feu M. R. n'a travaillé fur la Tragedie
des Machabées ; c'eſt un fair conftant....
190 LE
MERCURE
BEZ ZİYADIL:T
ARRESTS , EDITS
ម Declarations .
A
RREST de la Cour des Aides du s
Fevrier 1721 , qui ordonne conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat General
, la confifcation de neuf Cuillieres & Fourchettes
d'Argent , faifies faute d'avoir efté marquées
du Poinçon de Charge du Fermier de la
Marque d'Or & d'Argent , avant que d'avoir été
ébarbées , & reçu aucune forte de travail ; condampe
l'Orfevre trouvé en contravention en o
livres d'amende , & en tous les dépens tant dès
caufes principales que d'Appel .
ARREST du Confeil d'Etat , du 11 Fevrier
1721 , qui fubroge au lieu & place de M. de
Machault , M. Tafchereau de Baudry Maistre des
Requeftes , & Lieutenant General de Police , &
commet Melfieurs le Pelletier de Signy & Lallemand
, avec Meffieurs le Gendre de Saint- Aubin ,
de Berulle , de la Grandville , la Fond de Courchamp
, de la Vigerie , & Qlier de Tonquin
Maiftres des Requeſtes , &c. pour la liquidation
des Communautez d'Arts & Métiers de Paris , à
l'examen & revifion de leurs Comptes depuis
1689.
ARREST du Confeil , du 21 Fevrier 1721,
par lequel S. M. ordonne que tous ceux qui font
encore porteurs de coupons des Actions des
Fermes generales unies,pour l'année du Bail d'Aymard
Lambert , feront tenus de recevoir dudit
Lambert en Billets de la Banque dans le dernier
Mars prochain pour tout delay , le payement du
Dividende provifionnel defdites Actions , fur le
pied de fept pour cent , ordonné par ledit Arreit ,
DE V
MAR S.
•
finon & à faute de ce , ordonne Sa Majesté que
ce qui fe trouvera refter de fonds dans la Caifle
dudit Lambert audit jour dernier Mars prochain
des fix millions cinq ceas dix fept mille fept cens
foixante dix livres , à quoy monte la totalité dudit
Dividende provifionnel ; fera par lui porté &
remis és mains du Garde du Trefor Royal en
exercice la prefente année , qui lui en fournira
fa quitrance pour lui fervir de décharge dans la
dépenfe du Bilan ou Compte general du profic
deldires Fermes de l'année de fa jouiflance ; quoy
faifant , ledit Lambert ea fera bien & valablement
déchargé envers les porteurs defdits coupons
defdites Actions non rapportez , & tous autres
; lefquels coupons demeureront nuls & de
nul effet , fans que les Porteurs d'iceux en puiffent
rien demander ni pretendre , fous quelque
prétexte que ceferoit ou puiffe eftre .
ARREST du Confeil du 22 Fevrier 172 1 , par
lequel S. M. ordonne que les Articles VIII &
XXV des Reglemens generaux de 1669 , enfemble
les Arrefts de 1698 & 1717 pour la fabrique des
Serges d'Aumalle , Grandvilliers & Feuquieres &
autres lieux , feront executez , ce faifant conformément
à la Sentence du 11 Aouft 1719 , 2
fait & fait inhibitions & défenfes aux Sergers de
Feuquieres de faire aucunes Serges d'une aune de
large , & de les vendre ou debiter , ou comme
Serges de Saint- Lo , ou comme façon de Saint-
Lo , le tout à peine de trois cens cens livres.
d'amende pour chacune contravention : Ordonne
en confequence S. M. qu'à la diligence tant de
l'Infpecteur des Manufactures de Picardie , que
des Sergers de Saint- Lo , ou ceux qui feront par
eux commis de l'autorité du Juge des lieux , les
Rots de tous les Mêtiers montez pour lefdites."
Etoffes , feront reduits à la largeur ordinaire
portée par ledit Article XXV des Reglemens.
generaux
192 LEERCURE
ARREST du Cofen du 11 Mars 1711 , pal
lequel S. M. ordonne que les Arrefts des Oobre
1715 , premier Aouft & 26 Septembre 17 : 6 ,
2 Janvier , 15 Mars , 19. Juin , & 4 De move
1717 , 20 Octobre & 24 Decembre 1718 & 19
May 1719 feront executez felon leur forme &
teneurs en confequence , que toutes les conteftations
formées ou à former à l'occafion desfour -
nitures des Habits , Culotes , Bas , Chapeaux ,
Souliers , Bottes , Selles & Chevaux , & tous autres
Traitez generalement quelconques ayant rapport
aux Troupes de Sa Majesté , exprimez ou
non exprimez dans les fufdits A refis entre les
Entrepreneurs , fous - Entrepreneurs , Affociez ,
Croupiers , Participes , Commis ou Employet
dans lefdires fournitures & affaires , 'circon tances
& dépendances, feront portées devant les fleurs
Bignon , Ferrand , Confeillers d'Etat , & autres
Commiffaires hommez pour les aifaires des Vivres
, Fourrages & Etapes , pour eſtre par euz
reglées & decidées definitivement & en dernier
reffort , Sa Majefté leur en attribuant à ces effet
toure Cour, Jurifdi &tion & connoiflance , & icelle
inter difant à toutes fes Cours & autres Juges :
Veut Sa Majesté qu'en cas d'abfence d'aucuns
dedits fie rs Comir fires , ils puilicat ju
Eer au nombre de cinq .
ARREST de la Cour du Parlement , du 21
Mars 1721 , qui ordonne la fuppreflion de trois
Ecrit , l'un intitulé , Une des Lifles de ceux qui
ont figné le Renouvellement d'Appel , & dont is
Actes ont été envoyez à Noffeigneurs les Evignes
Appellans. Le ſecond intitulé , Memoire où l'on
établit le devoir de parler en faveur de la verité,
par rapport à ceux qui ne reçoivent nila Conftitution
Unigenitus , ni l'Accommodement. Es le
troifiéme intitulé ; Lettre à Monseigneur l'Evêque
de Soiffons fur la fauffe apparence de pain dama
l'Eglife . de France..
Qualité de la reconnaissance optique de caractères