→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1720, 11-12
Taille
16.60 Mo
Format
Nombre de pages
403
Source
Année de téléchargement
Texte
LE
NOUVEAU
MERCURE.
NOVEMBRE 1720 .
Le prix eft de vingt - cinq fols .
THEQUE
BIBLIO
DE
LYON
} སྤྱི 18934
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur -de Lys d'Or.
M DCC. X X.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
L!
AVIS.
O
N prie ceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercud'en
affranchir le port ,
re ,
fans quoy ils refteront au rebut
.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois .
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci- deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718 & 1719 , de
même que l'Abregé de la Vie
du CZAR.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
DE
LA
THEQUE
LYON
BIBLIO
1893
MERCURE
Réponse de M. l'Abbé de Camps ,
à la Lettre du R. P. Daniel , de la
Compagnie de Jefus .
' Ay vû , M. R. P. dans le nouveau
Mercure du mois d'Aouft un Ecrit
intitulé , Lettre du P. Daniel à M.
l'Abbé de Camps , au fujet de fa
Replique fur le Titre de Roy Tres Chretien.
J'efperois y trouver une ample réponſe
à celle que je vous ai écrite le 18 May
dernier, imprimée dans le Mercure du mois.
de Juin , qui contient quatre Articles .
Dans le premier & dans le troifiéine je
répondois aux reproches , injurieux que
vous m'avez faits contre le. propre témoignage
de votre confcience , en refutant
VULLE
A ij
4 LE MERCURE
ma Differtation fur le titre de Roy Tres
Chretien , fous le faux pretexte que je
vous ai refufé la communication de quelques-
uns de mes Manufcrits . }
Quant à vos reproches , j'ay rapporté
deux de vos Lettres , qui en prouvent l'injuftice
, & que ce ne font que des fuppofitions
que vous avez hazardées . Vous
n'avez pas ofé les contredire. Il me fuffit
que votre filence fur cela acheve d'en
convaincre le Public.
Nous verrons dans peu fi la réponſe que
vous faites aux deuxième & quatriéme Articles
de la mêmeLettre le fatisfera davantage,
mais avant cela examinons votre Exorde .
Vous le commencez par me témoigner
que vous êtes très fâché de m'avoir pour
adverfaire. Vos louanges & vos complimens
font très équivoques . Vous pouviez
vous difpenfer de me faire celui - ci , puiſque
vous n'ignorez pas que je fuis moins
votre adverfaire qu'un grand nombre de
Sçavans qui fe font élevez contre vous,
auffi - tôt que votre Hiftoire a paru. Je fuis
très fâché que vous m'ayez obligé de parler
le premier , en répondant à votre Refutation.
Mais ne vous vantez-vous pas de trop ,
lors que vous dites que vous n'avez jamais
été agreffeur , & que vous vous êtes
contenté de refter fur la deffenfive ? Je
DE NOVEMBRE.
veux bien le croire fur votre parole ; car
je n'aime pas à faire des jugemens teme
raires peut-être que le Public ne fera pas
fi facile que moy à fe perfuader que vous
n'avez jamais attaqué perfonne ; & que
vous n'êtes pas le dénonciateur de plufieurs
ouvrages.
Au refte vous n'aurez pas moins de peine
à faire croire aux Sçavans que votre Refutation
, qui eft dans le Mercure d'Avril ,
ne foit pas contre moy une attaque des plus
vives ; qu'elle n'a pas été fuffisamment détruite
par la réponse que j'y ai faite dans
ma Lettre du 18 May dernier , & qu'il
me reste encore à vous fatisfaire fur des
chofes de fait , qui étoient , à ce que vous
dites , le fond de votre Refutation : car
de la maniere que l'on en parle , l'on
trouve que les preuves que j'ay rapportées
demeurent dans toute leur force , & que
dans la Lettre à laquelle je répons maintenant
, vous ne faites que battre la campagne
, fans répondre précisément à aucun
des quatre Artic.es qui compoſent la
mienne du 18 May ; vous croyez peutêtre
qu'il vous fuffit de dire pour toute
réponſe que j'invective contre vous d'une
maniere atroce , & que c'est le terme dont
fe fervent ceux qui ont lû ma Replique .
Je voudrois bien que vous articulaſſicz
quelles font les invectives atroces que l'on
A iij
LE MERCURE
trouve dans ma Replique ? quels font les
termes donr je me fuis fervi qui ne foient
pas des expreffions neceffaires pour faire
fentir vos erreurs , & quelles font les perfonnes
qui vous en ont parlé de la forte ?
car peut- être vous prouverois- je que ces
mêmes perfonnes qui ont vû votre Refutation
& ma Lettre du 18 May dernier, m'ont
reproché que je vous traitois trop doucement
, & que je devois me fervir de paroles
encore plus vives & plus expreffives
Je pourrois même vous faire voir aufli des
Lettres que j'ay reçûës de plufieurs endroits
du Royaume & des Pays étrangers , qui difent
que l'on ne peut affez élever la voix ,
fa
& que je n'ay pas affez élevé la mienne
contre un Auteur qui a donné au Public &
dedié à Louis le Grand , une Hiftoire de Fran
ce qui établit un nouveau fiſtême , qui n'a
été écrite que pour féduire ceux qui aiment
la nouveauté , que pour donner un
démenti aux Hiftotiens contemporains ,
que pour deshonorer l'Hiftoire de la patrie,
que pour donner atteinte aux Libertez de
F'Eglife Gallicane fa mere , à la haute antiquité
de l'origine & à l'autorité de nos ,
Rois.
*
Pour me ramener au fait , vous dites
page 5 que vous vous êtes plaint premierement
de ce que j'ay changé & alteré le
Lettre de M. le Marquis de Gravézon . -
DE NOVEMBRE. 7
texte de votre Hiftoire , & que fi vous .
aviez moins de moderation , vous auriez
pû dire que je l'ay falfifiée .
Pour fecond fait , fur lequel vous dites
que vous ne croyez pas devoir vous étendre
plus que fur le precedent , parce que
vous pretendez qu'il n'eft pas fort impor-
> tant , vous avancez que vous vous êtes
plaint de ce que je vous ai attaqué par l'autorité
du P. Mabillon , & que vous m'avez
fait voir clair comme le jour que vous
avez penfé & parlé comme lui, en copiant
prefque fes propres termes : Que c'étoit
le fecond fait que j'avois à refuter.
Enfin pour troifiéme fait vous dites au
bas de la page 5 de votre Lettre , que
vous avez examiné les raifons fur lesquelles
j'appuye , que le Titre de Tres- Chretien
a été tellement attaché par une diftinction
particuliere à Clovis & à la Maifon Royale,
qu'il n'y a eu que les Rois qui ont fuccedé
à ce grand Monarque , auxquels il ait
été donné à l'exclufion de tout autre
Prince de la Chretienté , vous continuez
de traiter cette propofition de paradoxe ,
& vous ajoutez qu'il ne s'agit précisément
que de ces trois points entre vous & moy;
Que le refte eft tout -à- fait hors d'oeuvre ,
& qu'il faut voir comment j'ay réuſſi fur
tout cela dans ma Réponse à votre Refutation.
A iiij
LE MERCURE
Quant à votre premier point , permet.
tez- moy de vous dire , M. R. P. que
tout autre que vous s'abſtiendroit d'avancer
i affirmativement que j'ay changé le
texte de votre Hiftoire , en fubftituant
le nom du Pape Pie II . à celui du Pape
Paul II. & que ce changement n'étoit pas
indifferent dans la matiere dont il eft
queftion. Vous pretendez que c'eſt une
fallification , & que même elle me jette
dans un Anacronifme groffier.
Pouvez vous rapeller encore ce fait ?
ne m'en fuis je pas pleinement juftifié au
commencement du fecond Article de ma
Lettre du 18 May dernier ,. dans laquelle
j'ai dit que ce n'étoit que par une pure
méprife ou du Copiſte ou de l'Imprimeur ,
que l'on y trouvoit le nom du Pape Pic
II. au lieu de celui de Paul II ; & que
puifque je citois la colonne 22 de votre
Hiftoire , où vous ne nommez que le Pape
Paul II, il en refultoit clairement que je
n'avois pas eu deffein d'alterer votre texte,
& encore moins de le falfifier ? Vous auriez
dû vous contenter de cette réponſe. ·
Ceux qui en ont pris la lecture, en ont été
fatifaits ; mais pour mettre encore dans
une plus grande évidence , que ce n'eſt
qu'une pure méprife , voici l'Article tel
qu'il eft dans la Minute de ma Differtation
.
DE NOVEMBRE.
9
On doit être furpris qu'un homme auffi
habile , qu'eſt le Pere Daniel , ait dit dans
P'Hiftoire de France qu'il a donnée au
Public en 1713 , tom . 1 .
col . 22 , que
le Pape Paul II . avoit accordé au Roy
Louis XI & à fes fucceffeurs Rois de
France le Titre de Tres- Chretien , puifque
le P. Mabillon avoit déja refuté le
fentiment de ceux qui attribuent la même
conceffion au Pape Pie II ; fentiment qui
ne peut eftre foutenu d'aucune apparence
de verité , d'autant que le Pape Pie II .
prouve lui-même le contraire par une de
les Lettres au Roy Charles VII pere de
Louis XI , dans laquelle il reconnoît que
les Rois de France tenoient hereditairement
le Titre de Tres Chretien , qu'ils
l'avoient acquis en deffendant le nom
Chretien , & que cet aveu de Pie II . détruit
parfaitement la conceffion que le P.
Daniel attribue à Paul II .
·
Cette mépriſe du Copiſte ou de l'Imprimeur
a fauté aux yeux de ceux qui
ont lûma Lettre du 18 May dernier , &
pas un n'a cru avec vous qu'en citant ,
comme j'ai fait , la col . 22 de votre
Hiftoire , où vous ne nommez que le
Pape Paul II , je puffe avoir eu la maligne
intention de nommer le Pape Pie II .
pour
alterer vorre texte & le falfifier , &
qu'il y ait en cela aucun Anacroniſme ,
J
10 LE MERCURE
puis qu'en même- temps j'ay rapporté la
Lettre de Pie II . à Charles VII . pere de
Louis XI. dans laquelle il reconnoît que
les Rois de France portoient hereditairement
& par une prerogative fpeciale le
Titre de Tres - Chretien , & tous ont été
furpris que d'une telle méprife vous ayez
eu la vanité de vous en faire un fujet de
triomphe , & affez peu de fcrupule pour
m'accufer d'avoir alteré & falfifié votre
texte ; mais vous étiez en colere , & femblable
à ce General Romain , qui cher .
chant à convaincre de trois crimes à la
fois un Officier Subalterne qui n'en avoit ,
commis aucun , ne laiffa pas de l'en accufer
& de l'en punir ; vous voulez abſolument
que j'aye alteré votre texte , &
que c'eft une falfification que j'ay faite :
Excogitabat quemadmodum tria crimina
faceret , ubi nullum invenerat.
Vous , M. R. P. qui n'avoit fait aucune
difficulté d'alterer & de corrompre le texte
de la plupart des Hiftoriens contempo
rains des Monarques dont vous avez
écrit l'Hiftoire , qui les avez infidellement
traduits, qui leur faites même dire ſouvent
ce à quoi ils n'ont jamais penfé , pour
donner quelque poids à vos paradoxes &
à vos erreurs , pour établir votre nouveau
fiftême ; qui avez même corrompu le
texte de ma derniere Lettre , ainfi que je
DE NOVEMBRE. II
"
le ferai voir cy- après : Vous convenoit il
de m'attaquer fur cela ? vous êtes homme
d'un genie fuperieur , vous avez eu fouvent
l'Hiftorien Tacite entre les mains
vous l'avez lu & relû mainte fois , vous
ne devez pas avoir oublié qu'il dit qu'il
n'y a que les ames vulgaires qui imputent
aux autres les fautes qu'elles ont commifes
elles-mêmes , more vulgi fuum quifque
flagitium aliis objectantes .
Les Lecteurs de cette Lettre me permettront
de les mettre en état de juger
quelle eft la difference de votre moderation
& de la mienne ; j'ay trouvé une
faute de Chronologie tres groffiere & repetée
plus d'une fois dans votre Refutation
imprimée dans le Mercure d'Avril.
Je pouvois la relever dans ma Lettre du
18 May , & dans mes obfervations fur
votre Carte Geographique , pour prouver
encore plus abondamment que c'est avec
raifon que j'ay avancé que , lors que vous
avez donné votre premier volume imprimé
en 1696 , les deux yeux de l'Hiftoire vous
manquoient , la Geographie & la Chronologie
; cependant je ne l'ay pas relevée ,
j'ay mieux aimé croire que ce n'étoit
qu'une faute de votre Copifte , ou de
Imprimeur , mais comme vous repetez
encore cette même faute dans votre Lettre
imprimée dans le Mercure d'Août dernier,
12 LE MERCURE
à laquelle je répons maintenant , vous me
contraignez , quelque charité que j'aye
pour vous , de la relever dans celle - cy ,
& de faire voir que depuis 1696 juſqu'à
prefent , vous ne vous êtes pas rendu plus
habile dans l'une & dans l'autre . Voici
de quoi il s'agit.
Page 12 de votre Refutation , parlant
du titre de Roy Tres- Chrétien , vous faites
dire au P. Mabillon que Louis XI fut le
premier à qui cette qualité fut affectée par
une prérogative fpeciale l'an 1459 , par
Paul II . & que cela eft conftant par les
Actes de la Legation envoiée à ce même
Pape dans la Caufe de l'Evêque de Verdun
; vous repetez la même chofe page 15,
& c'est ce que j'avois charitablement regardé
comme une méprile de votre Copifte
ou de l'Imprimeur ; mais ce qui me
perfuade maintenant que ce n'eft pas la
faute ni de l'un , ni de l'autre , c'eſt que
dans votre Lettre , qui eft au Mercure du
mois d'Aouft dernier , je la trouve encore
page 9 .
Premierement , vous alterez le texte du
P. Mabillon , en plaçant cette Legation
fous l'an 1459 ; & c'eſt un reproche que
je vous en fais au nom du Public , qui a
une veneration particuliere pour la mémoire
de ce fçavant Religieux . Il place cette
Legation envoyée par Louis XI . à Paul II.
DE NOVEMBRE.
13
fous l'an 1469 ; & vous , M. R. P. il vous
plaît pour corriger un Auteur infiniment
plus favant que vous dans la Chronologie ,
& dans notre Hiftoire , de la mettre fous
l'an 1459 , fans vous apercevoir que vous
faites en cela une triple faute , puifqu'il eft
conftant que Louis XI n'étoit pas encore
Roy , & que Pie Il vivant encore en 1459,
Louis XI ne pouvoit par confequent envoyer
une Legation au Pape Paul II en
1459 ; ce Monarque n'étant monté fur le
trône que le Juillet 1461 , & Paul II
n'ayant été élu Pape qu'en 1464 , la Legation
que Louis XI lui a envoyée n'eft que
de l'année 1469. C'eft ce que le Pere Mabillon
a trés exactement obfervé.
Attachez- vous donc plus que vous n'avez
fait jufqu'à prefent à l'étude de la
Chronologie & de noftre Histoire ; vous
aurez bientôt beſoin de l'une & de l'autre :
fur tout ne vous laiffez plus emporter à aucun
mouvement de colere ; & afin ; que vous
puiffiez vous en corriger , je vous confeillè
de lire ferieufement le Traité que Seneque
a fait de cette paffion ; ce Philofophe vous
apprendra qu'il n'y a que ceux qui manquent
de force & de raifon , qui tombent
dans cette foibleffe , Nemo irafcendo fit
fortior , nifi is qui fine irâ fortis non effet.
Dans le fecond Article , que vous dites
n'être pas fort important, & qui l'eft nean14
LE MERCURE
moins plus que vous ne le penfez , vous
dites que vous vous êtes plaint que je
vous ai attaqué par l'autorité du P. Mabillon
, que vous ne croiriez pas faire un
crime de vous éloigner de fon fentiment ,
& que vous m'avez fait voir clair comme
le jour , que vous avez parlé & penfé comme
lui , en copiant prefque fes propres termes
; que c'étoit le fecond fait que j'avois
à refuter.
Prenez la peine de relire d'une maniere
defintereffée & fans entêtement la Lettre
que je vous ai écrite le 18 May dernier pag.
19 , 20 & 21 , vous verrez vous- même
clair comme le jour que ce fecond ' fait n'eft
pas moins important que les autres , & que
j'ai parfaitement prouvé que vous n'avez
pas pris la pentée du P. Mabillon , ni parlé
comme lui , & que j'ai ajouté que fi ce fçavant
Religieux avoit parlé & penſé comme
vous , il fe feroit trompé ; ce qui lui eſt arrivé
quelquefois , quoique d'ailleurs treshabile.
Mais loin que le P. Mabillon ait avancé
comme vous , que Louis XI n'a porté le
titre de Roy Tres- Chrétien que de concert
avec le Pape Paul II . il dit au contraire
qu'il n'y a que les envieux de la gloire de
l'augufte Maiſon de France , qui attribuent
au Pape Pie II la conceflion faite à Louis
XI du titre de Roy Trés- Chrétien ; & pour
DE NOVEMBRE.
prouver que ce titre eft une prérogative
fpeciale , dont les prédeceffeurs du Roy
Louis XI ont joui hereditairement ; il rapporte
non ſeulement la Lettre du Pape Pie
II au Roy Charles VII pere de Louis XI ,
dans laquelle ce faint Pontife reconnoît ,
comme je l'ai obfervé ci -deffus , que les
Rois de France fes prédeceffeurs le poffedoient
hereditairement , & il en donne
plufieurs exemples de regne en regne en remontant
jufqu'à celui de Pepin le Bref ,
aufquels j'en ai ajouté un affez grand nombre
, même pour la premiere Race de nos
Rois , pour prouver que le titre de Roy
Trés -Chrétien leur étoit hereditaire & fpecial
, & leur a été donné depuis le baptême
du grand Clovis . Comment donc ofez vous
dire que vous êtes non feulement entré dans
la penſée de ce fçavant Religieux , mais même
que vous avez parlé comme lui , vous
qui avez dit dans votre Hiſtoire de Clovis ,
imprimnée en 1696 , qu'il n'eft pas vrai que
nos Rois ayent toujours porté le Titre de
Trés Chrétien comme un nom propre &
comme un titre attaché à leur Couronne ;
vous qui, pour rendre nos Rois redevables
aux Papes de cette prérogative , avez dit en
termes formels , col . 22 de votre Hiſtoire
imprimée en 1713. que ce fut Louis XI qui
rendit ce titre propre à la perfonne de nos
Rois , de concert avec le Pape Paul II. &
16 LE MERCURE
que
dans votre fecond tome de la même.
Hiftoire , col . 1459 , après être convenu
de la poffeffion de ce titre par les predeceffeurs
de Louis XI , vous ne laiffez pas
d'ajouter que le furnom de Roy Trés-
Chrétien fut affecté de fon temps d'une maniere
fpeciale à fa perfonne & à celle de fes
fucceffeurs par le Pape Paul II.
Ainfi , felon vous , ce n'eft pas un titre
que nosRois ayent poffedé hereditairement,
& qui foit une prérogative attachée à leur
Sang avant le Regne de Louis XI ; mais
vous prétendez que ce n'eft qu'un furnom ,
& que ce furnom n'a été affecté du temps
de ce Monarque d'une maniere fpeciale à ſa
perfonne & à celle de fes fucceffeurs , que
par le Pape Paul II , & de concert avec
lui. Vous êtes le feul de nos Hiftoriens qui
en ait parlé de la forte : pas un ne s'eft
avifé de dire comme vous , que pour afſurer
à nos Monarques la poffeffion du titre
de Roy Trés Chrétien , ils ont eu beſoin
du concours de l'autorité du Pape , que ce
ce n'a été que de concert avec Paul II ,
que Louis XI a porté le furnom de Roy
Trés -Chrétien , & que ce ne fut que par
le même Pape qu'il fut affecté de fon temps
d'une maniere fpeciale à fa perfonne & à
celle de fes fucceffeurs. Voila , ce me femble
, une conceffion bien formelle ; mais
permettez-moi de vous demander où vous
l'avez
DE NOVEMBRE. 17
Pavez trouvée ; il faut que vous en rapportiez
le Titre , ou vous ne defabuſerez
pas le Public que vous n'ayez voulu lui en
impofer , & le perfuader que nos Rois ont
eu befoin de la conceffion , ou au moins
du confentement du Pape , pour fe maintenir
dans la poffeffion de ce qu'ils ne doivent
qu'à leur Sang , titre le plus noble de
tous les titres.
J'ai dit page 19 de ma Lettre du 18 May,
qui eft au Mercure de Juin , que le Pere
· Mabillon parle du titre de Roy Trés - Chrétien
en quatre endroits de fa Diplomatique.
J'ajoute qu'il obferve dans le dernier
que le Sacré College étoit tellement prevenu
que cette prérogative appartenoit aux
feuls Rois de France , que , lorfque le Pape
Alexandre VI , Eſpagnol de nation , troifiéme
fucceffeur de Paul II , le voulut accorder
à Ferdinand Roy d'Efpagne , dont il
étoit le fujet , s'y oppofa formellement ; ce
qui obligea ce faint Pontife à le gratifier
feulement du titre de Catholique .
J'ai déja obfervé dans ma Lettre du 18
May dernier , que vous avez répandu de
femblables paradoxes en plufieurs endroits
de votre Hiftoire. Pepin le Bref , felon
vous , tenoit fon Sceptre & fa Couronne
de la main du Pape . Vous n'avez pas dit
tout à fait la même chofe de Hugues Capet,
mais vous vous êtes efforcé d'infmuer que
B
18 LE MERCURE
ce Monarque a eu de grands menagemens
pour le Pape Jean XV , de crainte qu'il
n'apportât quelque obftacle à fon élevation.
fur le Trône des François .
Le P. Godefroy Henſchenius avoit porté
fes vifions plus loin. Il a avancé dans fa
Diatriba de tribus Dagobertis , que les conquêtes
que les Rois de France avoient
faites dans les Gaules avant le grand Dagobert,
leur ont été confirmées par l'autorité
du Pape avec l'approbation de l'Empereur
d'Orient & le confentement des peuples
.
Poftquam affenfione populorum , Pontificis
Romani autoritate , Imperatorumque Orientis
approbatione , Francis erat regnum Gallia
pridem confirmatum.
* Le fçavant P. Le Cointe de l'Oratoire a
refuté cette fable , & a fait voir qu'on ne
trouve dans aucune Hiftoire , quelque ancienne
qu'elle foit , aucun veftige de cetteprétendue
confirmation des Gaules en faveur
des François par l'autorité du Pape..
En effet , s'il étoit vrai que l'autorité du
Pape eût concouru pour affurer aux François
la poffeffion des Gaules , un fait de
cette confequence fe trouveroit marqué
dans quelques actes ou monumens authen
tiques , ou dans les Lettres des faints Pontifes
aux Rois des François , & principale-
* Annal . Eccl. t . 3. p . 663. n. 20. & ſuiv..´
DE NOVEMBRE. 19
ment dans celles que le Pape Anaftafe II
envoya par le Prêtre Eumère à Clovis I.
au fujet de fa converfion , après la fameufe'
bataille de Tolbiac.
-
Dans cette Lettre le Pape Anaſtaſe ſe
rejouit avec ce Monarque de fa converfion .
Il lui marque que l'Eglife , & en particulier
celle de Rome , ne peut s'empêcher de
s'abandonner à la joye en apprenant une fi
heureuſe nouvelle . Il exhorte ce Monarque
à croître en bonnes oeuvres , à remplir tou
tes les efperances qu'on a conçues de lui ,
à confoler l'Eglife fa mere , & à lui fervir
d'appui contre la malice des homines
qui augmente tous les jours ; afin que Dieu
ordonne à fes Anges de le conduire , & de
le rendre victorieux de tous fes ennemis.
Mais dans toute la teneur de cette Lettre
que Dom Luc Dachery Religieux Benedietin
, a tirée des papiers du P. Vignier de
l'Oratoire , il n'y a pas un feul mot qui
ait le moindre raport à cette prétendue confirmation
des François dans la poffeffion des
Gaules par l'autorité du Pape ; & l'on n'en
trouve pas plus de veftige dans toutes les
autres écrites aux Rois des François par les
fucceffeurs du Pape Anaſtaſe II.
Ne vous avifez pas , M. R. P. de vous
recrier que ce que je viens de dire des vifions
du P. Henfchenius eft hors d'oeuvre ?
car je ne le rapporte que pour faire con

Bij
20
LE MERCURE
noître que vos fentimens & les fiens font.
à peu prés femblables . Selon le P. Henfchenius
nos Monarques ne fe font maintenus
dans la plus floriffante Monarchie de l'Europe
, conquife par les ancêtres de Clovis ,
& par lui-même , que parce que le Pape
leur en a confirmé la poffeffion : & felon
vous, Pepin le Bref étoit redevable au Pape
de fon Sceptre & de fa Couronne , Hugues
Capet de la fienne , par les grands menagemens
qu'il avoit eus pour le Pape; & le titre
de Roy Trés Chrétien que Louis XI avoit
herité de fes ancêtres , ne lui a été affecté
& à fes fucceffeurs que par le Pape Pie II ,
& de concert avec ce faint Pontife .
Je reviens à la relation de l'Ambaffade
envoyée par Louis XI au Pape Paul II l'an
1469 , rapportée par le P. Mabillon au 6e
livre de la Diplomatique : ce que l'on y
trouve de plus clair & de plus certain , eft
que ceMonarque s'étoit apperçu que le Pape
Paul II hefitoit de lui donner conftamment
le titre de Roy Trés - Chrétien ; ce qui l'obligea
de lui en faire faire des reproches par
Guillaume de Montreuil fon Ambaffadeur ;
puifque l'on voit par cette relation que
Paul II s'en excufe , & que pour s'en excufer
il dit que c'eft avec raiſon que les Rois
de France portent le nom & la gloire de
Rois & de Princes Trés- Chrétiens avant
tous les autres , & que fi quelques uns de
DE NOVEMBRE. 21
fes prédeceffeurs avoient negligé de leur
donner ce titre , il lui fembloit que fi de
parole ou par écrit il ne le donnoit luimême
à Sa Majefté , il ne feroit pas fon
devoir , & que pour cette raifon il avoit
déja commencé de le lui donner , & qu'il
étoit difpofé à le lui continuer.
C'eft ce que le P. Mabillon a voulu faire
entendre , lorfqu'il a dit que le titre de Trés-
Chrétien a été affeuré par le Pape Paul II
au Roy Louis XI & à fes fucceffeurs : Singulari
prærogativâ Paulus 1 afferuit .
Vous ne deviez pas traduire autrement
ce paffage du P. Mabillon ; le verbe aſſerere
fignifie affurer quelque chofe ; & non pas
affecter, ainfi que vous le traduifez , felon
la coutume que vous avez d'alterer le fens
de la plupart des Paffages que vous avez
employés dans vos Ecrits , dans le temps
méme que vous affurez les avoir traduits
fidelement ; mais d'un titre acquis à tous
nos Rois depuis le baptême de Clovis , aux
Princes iffus du même fang par mâles ; que
Louis XI poffedoit à titre d'heredité , qui
eft le plus noble de tous les titres , vous
avez voulu faire entendre que ce Monarque
ne l'a poffedé que de concert avec le Pape
Paul II , & qu'il ne fut affecté de fon temps
d'une maniere fpeciale à fa perfonne & à
celle de fes fucceffeurs, que par ce faint Pon.
tife.
22 LE MERCURE
Ne foutenez donc plus un tel paradoxe ;
convenez de votre erreur & de votre partialité
fur ce fait , fi vous ne voulez pas,
que l'on penfe de vous ce que le P. Mabillon
a dit de ceux qui attribuoient au Pape
Pie II la conceffion du titre de Roy Très-
Chrétien à Louis XI . Non ergo id Ludovico
Xl tribut Pius Secundus , ut volunt quidam
gloria Francica ofores . Imitez le grand
exemple d'humilité & de bonne foi que ce
faint Religieux vous a donné ; il fe trouve
immediatement après le fragment des Annales
de fon Ordre.
On avoit critiqué un fragment de la
Carte qu'il a fait graver pag. 377. de fa
Diplomatique , & imprimée à la page fuivante
, qui regarde l'hiſtoire de l'Eglife de
Rouen. Il eft fi peu complet, qu'il eft impoffible
de le comprendre ; & ce fçavant
Religieux ne le donnoit que pour faire
connoître les caracteres d'ufage de ces temstà
. Il Pavoit attribué par conjecture feulement
à Clovis II . Ses Critiques ont attaqué
cette piece , comme fi en effet il
avoit foutenu pofitivement qu'elle étoit
veritablement de ce Monarque ; & fi cela
eût été , leur critique fe feroit trouvée fondée
fur de bonnes raifons , le P. Mabillon
leur a impofé filence reconnoiffant de
bonne foy dans le Supplement à fa Diplomatique
, qu'il s'étoit trompé dans fa
DE NOVEMBRE . 23
1
conjecture , & que cette Carte n'étoit pas
de Clovis II . Il rapporte lui- même pour
preuve décifive , qu'il y eft fait mention.
d'Erchinoald Maire du Palais, comme étant
décédé ; & qu'il eft vray neanmoins que
ce Maire a furvécu le Roi Clovis I I.
Je pourrois rapporter plufieurs autres
exemples de fon humilité & de fa bonne
foy. J'ay relevé dans mes obfervations quelques
fautes qui fe trouvent contre la verité
de l'hiftoire dans fes notes fur fa Diplomatique
, & dans fon Supplement , &
entre autres fur l'origine Saxone qu'il donne
à Robert le Fort . Je les ai fait voir
à ce Saint Religieux qui m'en a remercié ,
& de bouche & par écrit , & promis de
les corriger dans une nouvelle Edition ;
mais tout humble qu'il étoit , & quoique
fufceptible de quelques fautes , il auroit
pû vous dire , M R. P , vous qui ne
croiriez pas de faire un grand crime de vouséloigner
de fon fentiment , ce qui eft forti
de la plume d'un ancien Philofophe : O vos:
ufu maximè felices cùm primùm vobis imitari
vitia noftra contigerit.
Quant au troifiéme Point qui demande,
dites vous, pag. 9 un peu plus de difcuffion,
parce qu'il regarde le fond de la queſtion ,
voyons s'il eft vray que vous l'ayez traité
avec une methode , qui mettra les perfonnes
les moins éclairées en état de juger de
24 LE MERCURE
notre different , ainfi que vous le
tez .
promet-
Vous vous flattez étrangement , M.R.
P , bien loin que la methode avec laquelle
vous avez traité ce dernier Point , foit fenfible
aux perfonnes les moins éclairées , je
doute que les plus habiles & les plus équitables
en puiffent tirer aucune confequence
qui vous foit favorable , fi elles ne font pas
unies d'intereft & de fentiment avec vous.
Je conviens que j'ay dit dans ma premiere
differtation qui eft au Mercure de
Janvier de cette année , & je le foutiens
encore , que le Grand Clovis a acquis pour
lui & fa pofterité par le merite & la grace
de fon Baptême , le titre de trés - Chrétien ,
& que depuis ce temps - là , ce titre a été
tellement attaché par une diftinction particuliere
à la Maifon Royale , qu'il n'y a
eu que les Rois qui ont fuccedé à ce
Grand Monarque , & les Princes iffus de
fon Sang par mâles , auxquels il ait été
donné à l'exclufion de tous autres Princes
de la Chrétienté , & j'ai ajouté même de
ceux qui ont eu pour Mere des Filles de la
Maifon de France. Derniere circonstance
que vous avez jugé à propos de retrancher
de mon texte , & fur laquelle je pretens
neanmoins vous faire expliquer , parce
qu'elle eft concluante pour moy.
Vous dites qu'il n'y a point de difpute
entre
DE NOVEMBRE.
25
entre vous & moi fur la premiere partie
de ma Propofition , mais vous voulez que
l'on retranche ces mots , ( & les Princes
iffus du Sang de France par mâles ) , par ce
que , dites- vous p. II , cette idée du droit
des Princes du Sang au titre de trés -Chrétien
, eft une pure chimere , qui ne merite
pas d'eftre refutée , que c'est un paradoxe
qui ne fera jamais fortune , & que
les Princes du Sang ne fçauront jamais gré
de cette nouvelle découverte.
Examinons d'abord ce prétendu paradoxe
, aprés quoi je répondrai aux deux
queftions que vous me faites dans la même
page.
C'eft affûrément une plaifante maniere
de vous tirer d'affaire. J'ay dit que les
Papes Grégoire III. & Zacharie n'ont
donné le titre de trés-Chrétien à la poſterité
de Saint Arnoul , que parce que ces
Saints Pontifes le reconnoiffoient pour
Prince iffu du Sang de France par mâles ;
c'est mon ſentiment. Je ne pretens pas obliger
perfonne à l'adopter , mais étant foutenu
de tant d'autres preuves , & plus que
vrayſemblables , & fi conformes à la haute
origine de l'Augufte Maifon de France ,
& des Princes de fon Sang , les hommes
de bon fens & fans partialité jugeront avec
moi qu'il n'y a ni fageffe ni prudence à le
contefter, Cependant vous ne laiffez
C
pas
26- MERCURE LE ".
de traiter cette propofition de chimere &
de paradoxe , parce qu'elle fape les fondemens
de votre fabuleux fyfteme contre
la fucceffion legitime de Pepin le Bref , &
de Hugues Capet à la Couronne ; & moi.
pour demontrer la verité de ma propofition
, j'ai encore rapporté dans ma lettre
du 18 May dernier , depuis la page 25 ,
juſques & compris la page 37 , un grand
nombre de paffages & d'autorités d'Hiſtoriens
contemporains & d'Auteurs les plus
graves jufques au quinziéme fiecle , qui
ont reconnu Saint Arnoul & fa pofterité
pour Prince iffu du Sang de France par
mâles: vous n'avez ofé en refuter, aucun ;
& croyez- vous que le Public fera bien content
de vous , en repetant , comme vous
faites , pour toute réponſe , (que cette propofition
eft une idée chimerique & un.
paradoxe qui ne fera jamais fortune. ) De
quel poids , de quel credit , & quelle autorité
croyez-vous' donc être parmi les Sçavans
dans notre Hiftoire ( je parle de ceux
qui n'ont aucune laifon de fentiment avec
vous ) pour vous , flatter qu'une telle réponſe
les contentera , & que loin de les
fatisfaire , ils ne vous regarderont que
comme un envieux de la gloire de l'Au-.
gufte Sang de France , de l'obférvation
inviolable des Loix fondamentales de l'Etat,
& de l'honneur de la Nation ?
DE NOVEMBRE. 27
C'eft eftre bien fterile dans les défenſes .
Que n'alleguez- vous , pour foutenir votre
opinion contre l'extraction Royale de Saint
Arnoul & de fa pofterité , que tous les Auteurs
, que j'ai cités , n'ont dit Saint Arnoul
iffu du même Sang que Clovis , que fur
le fondement de la fable du mariaged'Ausbert
avec Blitilde ? mais en ce cas
je ne laifferois pas de vous demander fi
Dieu vous l'a ainfi revelé ; & fi ce n'eft
pas une revelation , je vous obligerois au
moins de dire quels font les Auteurs
contemporains qui fe font fervis de ce fauxfuyant
, & qui ont dit que le grand nom →
bre de ceux que j'ay rapportés , n'ont reconnu
Saint Arnoul pour Prince iffu du
Sang de France par mâles , que parce que
qu'ils ont cru que cette fable étoit une
verité conftante , ou que parce qu'ils vou
loient flatter les Monarques qui regnoient
de leur temps.
Contentez-vous , M. R. P. de travailler
fur la Theologie & les plus hautes
Sciences , vous en étes capable ; auffi n'eft-'
ce pas le Pere Daniel , Philofophe & Theologien
, que je reprens . Votre Hiſtoire du
Monde de Descartes vous a fait honneur
dans le Public , mais quant à la notre , il
paroît que vous n'en avez pas affés dépouillé
les monumens , pour recevoir vos
décifions comme des oracles qu'il n'eft pas
·
Cij
28. LE MERCURE
permis de contredire , ou que fi vous les
ayez fuffifamment examincz , vous n'avez
pas voulu enfeigner à vos Lecteurs les veritez
qui en refultent . C'est le jugement le
plus favorable que l'on puiffe faire de vous.
Ne vous abuſez donc pas , aucun bon
François , fans partialité pour vous, ne vous
choifira pour arbitre des Droits & des
Prerogatives des Princes de l'Augufte Maifon
de France , & ne penfera comme vous,
que ce que j'ay avancé fur cela foit une
chimere & un paradoxe qui ne merite pas
d'être refuté. De trés-fçavans hommes ont
approuvé mon fentiment.
Croyez vous donc que nos Princes vous
fachent beaucoup de gré de parler ainfi ,
& que les Sçavans dans notre Hiſtoire ,
zelez pour la gloire de leur Augufte Sang,
ne conçoivent pas pour vous de l'indignation
, en vous voyant parler de la forte ,
& avec autant d'opiniâtreté? c'eſt en verité
une plaifante maniere de foutenir ce
que l'on a avancé , lors que l'on en eft
convaincu Que ne convenez - vous de
bonne foy que vous étiez dans l'erreur ,
& que c'eft une matière que vous n'avez
pas affez approfondie ? un tel aveu vous
auroit fait honneur.
Au refte je ne demande rien , & je ne
prétens rien de Cour, & je me fuis
moins propof de me faire quelque meDE
NOVEMBRE 20
tite auprès de nos Princes , qu'auprès des
bons François jaloux de la gloire de l'Augufte
Maifon de France , & qu'auprès des
plus Sçavans dans notre Hiſtoire , lors que
j'ay rapporté les Lettres des Papes Gregoire
III. & Zacharie , qui donnent le
titre de Tres-Chretien à Charles Martel
Carloman , & à Pepin Arriere- petit - Fils
de Saint Arnoul , pour prouver qu'ils les
reconnoiffoient pour Princes iffus du Sang
de France par mâles , & que j'ay appuyé
cette propofition .
1. Par un grand nombre d'Auteurs ,
foit Nationaux , foit Ultramontains.
2. Dans les derniers fiecles par le témoignage
de la fçavante Univerfité de
Paris , qui reprefenta en 1381 à quelquesuns
de nos Princes , qu'il ne convenoit
pas au Tres- Chretien Sang de France de
folliciter , comme ils faifoient , en faveur
de Hugues Aubriot , prévenu d'impieté.
3°, Par celui de Nicolas de Clemengis,
celebre Theologien , qui dit en termes
formels , que le Titre de Tres - Chretien
eft une qualité effentielle & hereditaire
aux Rois & à la Race Royale de France.
4º . Par l'autorité du Pape Clement VII .
parlant à Louis d'Anjou , auquel il dit
qu'il lui étoit tres glorieux d'être iffu d'une
Race Tres-Chretienne.
5. Par la demande que le Duc de
C iij
30 LE MERCURE
Bourgogne fit aux Conciles de Conftance
& de Bafle , en qualité de Prince Tres-
Chretien de France , que fes Ambaffadeurs
euffent le premier rang & féance avant
- ceux des Electeurs de l'Empire , & immediatement
après ceux des Rois ; ce qui
lui fut accordé , ainfi qu'il paroît par les
Actes de ces deux Conciles.
t
J'ajoute maintenant , pour fortifier les
preuves de cet ufage obfervé de toute
ancienneté , de donner le Titre de Tres-
Chretien aux Princes iffus du Sang Royal
que l'on trouve dans les plus anciens Meffels
manufcrits des Eglifes des Royaumes.
de Sicile & de Navarre , & des Provinces
de France qui ont été poffedez par des
Princes du même Sang , une Oraifon de
l'Office du Vendredy Saint , dans laquelle
on lit , & pro Chriftianiffimo noftio Rege ,
pro Chriftianiffimo noftro Duce , & pro
Chriftianiffimo noftro Comite.
ن م
.
Lors que j'ay fait la vifite du Dioceſe
de Glandeve en 1684 , on me fit voir un
ancien Meffel manufcrit du temps que les
Princes de la Maifon de France poffe-
.doient le Comté de Provence en mêmetemps
que les Royaumes de Naples & de
Sicile , dans lequel il y a une femblable
Oraifon de l'Office du Vendredy Saint ,
où on leur donne le Titre de Tres - Chretien
: On en voit encore un pareil dans
DE NOVEMBRE.. 31
l'Eglife Metropolitaine de la Ville d'Aix .
Si je croyois qu'avec un plus grand
nombre d'exemples on pût vous obliger
de confeffer que le Titre de Tres - Chretien
eft dû , & qu'il a été donné aux Princes
iffus du Sang de France par mailes ,
qu'ils l'ont pris eux -mêmes dans des Actes
publics , & que fi vous n'êtes pas envieux
de leur gloire , vous avez été du moins
jufques ici dans l'erreur fur ce fait , je
pourrois vous en rapporter encore quelques
autres , mais c'est ce que l'on ne doit
pas efperer de vous , parce que cet avcu
dérangeroit l'économie de votre fiftême
& ce feroit vous faire convenir que les
Papes Gregoire II . & Zacharie n'ont
donné le Titre de Tres - Chretien à la
pofterité de Saint Arnoul , que parce qu'ils
le reconnoiffoient pour Prince iffu du
Sang de France par mafles ; & confcquemment
que Pepin le Bref & Hugues
Capet ne font montez fur le Thrône
par le droit du Sang .
"
que
Je reçois de plufieurs endroits des jugemens
que de Sçavans hommes ont faits
de la conteftation qui eft entre vous &
moi fur cela , je les comprendrois tous
dans cette Lettre , fi je ne craignois de la
rendre trop longue , je me contente d'en
rapporter un feul , qui , à ce que j'efpere
ne déplaira pas à ceux qui en prendront
Ciiij
32 LE MERCURE
la lecture , il eft de Monfieur Thomaflin
de Mazaugues de la Ville d'Aix , un des
plus Sçavans hommes que nous ayons
pour l'Hiftoire de notre Monarchie , & qui
travaille actuellement fur celle de Provence.
"
J'AY differé , Monfieur, de vous remercier
de votre belle & fçavante Differtation
, jufques à ce que j'euffe le tems de
l'examiner avec foin , pour vous en donner
mon avis avec connoiffance de caufe ; inon
approbation n'ajoute pas grand'chofe à
celle que tous les Sçavans & Amateurs du
Nom François lui ont donnée ; j'ay cependant
voulu que vous ne puiffiez pas la
regarder comme une approbation de politeffe
& de compliment ; j'ay inftruit le
procès dans les formes ; j'ay verifié les
autoritez fur les originaux ; j'ay examiné
vos raifons non en ami & avec prévention
; mais avec la ſeverité d'un Critique
& j'ay trouvé que vous aviez raiſon , &
dans le fonds & dans la forme..
Votre fentiment eft tres honorable à la
Nation & à la Maiſon Royale ; d'ordinaire
pareils fentimens qui vont à la gloire
d'un Païs , d'une Ville ou d'une Famille ,
ont befoin de beaucoup d'indulgence pour
les admettre , la faveur les foutient , la
bonne critique s'y oppofe ; pour le reſte
il est appuyé autant que pareilles matieres.
DE NOVEMBRE.
33
peuvent l'être . Vous en avez fait une
chaîne de tradition fuivie de fiecle en fiecle
, & vous avez prefque approché d'une
démonftration geometrique. Je ne fçay ce
que pourra repliquer le P. Daniel , mais
il ne perfuadera jamais les perfonnes inftruites
dans notre Hiftoire , que votre zele
n'eft pas felon la ſcience .
J'ai trouvé une preuve domeſtique pour
fortifier votre fiftême , que vous ferez
peut-être bien aife de fçavoir ; dans un
ancien manufcrit à l'ufage de notre Cathe
drale , tranfcrit fur un plus
plus ancien en
1423 , on y trouve à l'Office du Vendredy
de la femaine Sainte une Oraifon où l'on
prie pour notre Souverain , qu'on qualifie
de Roy Tres - Chretien , pro Chriſtia
niffimo Rege , parce qu'il étoit iffu de la
Maiſon de France .
Mes collections fur l'Hiftoire vont leur
leur train , & c.....
Notre conteftation fur ce point étant
ainfi decidée , & les plus fçavans dans
notre Hiftoire trouvant que j'ay fuffifamment
répondu à votre Refutation , &
renverfé tout fon fiftême , il ne me refte
qu'à répondre aux deux queſtions que
vous me faites vers la fin de la page XI.
La premiere , fi le Titre de Tres-Chretien
a été attaché depuis Clovis à fes Succeffeurs
par une diftinction particuliere
34 LE MERCURE
& s'il leur a été donné à l'exclufion de
-tous les autres Princes de la Chretienté .
Vous me demandez ce que j'entens par
cette diſtinction particuliere , & par ces
paroles , à l'exclufion de tous les autres
Princes de la Chretienté ; & vous ajou
rez que quand on interroge un Auteur
fur quelques- unes de fes expreffions , il
doit être en état d'en expliquer le veritable
fens.
Quoique je m'en fois fuffifamment expliqué
dans ma Differtation & dans ma
Réponse à votre Refutation , il faut donc
y répondre une feconde fois ; j'entens par
ces expreffions que le Titre de Tres-
Chretien depuis le batême de Clovis. , a
été tellement inherent & attaché au Sang
de France , qu'il n'y a eu que les Rois
qui ont fuccedé à ce grand Monarque ,
& les Princes iffus du même Sang par
mafles , auxquels il ait été donné par une
diftinction particuliere & à l'exclufion de
tous les autres Princes de la Chretienté .
même de ceux qui ont eu pour meres des
filles de la Maifon de France ; & je fou
tiens encore qu'il n'y a pas d'exemple que
ceux à qui les Papes peuvent l'avoir donné
pour exciter leur Religion ou leur cou
rage , leur ayent declaré en même tems
que ce Titre leur étoit hereditaire & à
Jeur pofterité , comme j'ay dit que les
DE NOVEMBRE.
35
Saints Pontifes & les Conciles même
l'ont declaré en faveur de nos Monarques
& des Princes de leur Sang. Voyons fi
vous en rapportez quelqu'un qui prouve
le contraire.
Tout ce que vous dites au fujet du
ceremonial n'eft qu'un leure & un fauxfuyant
, & ne merite point de réponſe ;
mais je m'arrête à la queftion que vous
me faites imprudemment au bas de la
page 13 , où vous dites que fi c'étoit là
un droit attaché à la perfonne de Clovis
& à celle de fes Succeffeurs , à l'exclufion
de tous autres Princes de la Chretienté ;
d'où vient que ce Prince & tous ceux qui
lui fuccederent dans toute la premiere
Race , ont été fi peu jaloux d'un fi beau
droit , qu'ils n'ont jamais pris ce glorieux
Titre ?
Je vous ai reproché dans ma Lettre du
18 May dernier , page 22 , que par un
mauvais paralogifme & pour détourner
l'état de la queftion , vous me demandiez
quelques monumens & quelques Chartes
de nos anciens Rois , où ils ſe donnent
eux- mêmes le Titre de Tres- Chretien .
Je vous ai répondu que je n'ay pas dit
dans ma Differtation que nos Rois ont
pris eux mêmes le Titre de Tres - Chretien
depuis le batême du grand Clovis ; mais
qu'il leur a été donné par les Papes & par
36 LE MERCURE
d'autres qui leur ont écrit , ou qui leur
ont parlé , & qui ne regardoient ce même
Tire, que comme une prérogative inherente
& attachée à leur Sang ; je pourrois
vous répondre encore la même chofe ,
mais vos erreurs fur cela me font une fi
grande pitié, que je veux bien vous prouver
que le grand Clovis a pris lui- même
ce glorieux Titre , & pour cela je n'ay
befoin que de la même Charte que vous
citez de ce Monarque , donnée en faveur
de l'Abbaye de Réomans , dite Moutier
Saint Jean. La prudence n'accompagne pas
toujours ce que vous avancez ; mais en
ne rapportant pas vous - même toute la
teneur de cette Charte , vous avez crû
que cette citation perfuaderoit vos Lecteurs.
J'ay employé tant d'années à la recherche
des monumens de notre Hiftoire , que
je ferois honteux que cette Charte qui eft
dans le Recueil de Perard , m'eût échapé ,
puis qu'elle me fert à vous prouver qu'elle
eft la premiere dans laquelle Clovis a pris
Jui- même le Titre de Chretien. Le Roy
Clovis y declare que la premiere année
de fa Chretienté , il a pris la protection
de l'Abbé Jean & de l'Abbaye de Réomans,
primo noftro fufcepta Chriftianitatis anno.
La date en eft conçue en ces termes .
Datum fub die quarto Calend. Januarias
DE
NOVEMBRE .
37
Indictione s . actum Remis civitate in Dei
nominefeliciter. Ego Anachalus obtuli anno
Magni Clodovei decimo fexto.
Vous avez encore cité cette Charte dans
votre Differtation préliminaire à l'Hiftoire
de France , pour prouver par un mauvais
équivoque , que Clovis eft le premier Roy
des François qui a établi la Monarchie dans
les Gaules , & pour donner auffi une fauffe
Epoque à la bataille de Tolbiac, a
Cette Charte
prouve donc que Clovis
a pris lui-même le Titre de Chretienté.
Voilà l'origine & le fondement de ce Titre
bien établi par un monument autentique
de notre Hiftoire , que vous citez
vous-même imprudemment .
Dans le Teftament de Saint Remy , on
trouve qu'il donne à ce Monarque le Titre
de Roy Tres - Chretien ; ainfi avant
que les Papes fe foient avifez de le donner
à nos Rois fucceffeurs de ce grand Monarque
, l'Eglife de France a reconnu qu'il
étoit attaché à leur Sang , & qu'il étoit
hereditaire aux Princes qui en font iffus .
J'ay obfervé dans ma Differtation qui
eft au Mercure du mois de Janvier dernier
, qu'avant que Gregoire III & le
Pape Zacharie euffent donné le Titre de
Tres- Chretien à la pofterité de Saint Ar-
■ Daniel , Edit. 1696 , p . 493 & 404,
Edit. 1713 , col. 7 & 8 .
38 LE MERCURE
noul , Romain , General des Armées Ro- `
maines , écrivant à Childebert Roy d'Auftrafie
, l'avoit traité de Chretienté, Qu'on
trouve la même expreffion & le même
Titre de Chretienté dans les Lettres adreffées
à ce même Monarque par l'Empereur
Maurice , & dans celles de Saint
Gregoire , adreffées aux Rois Thiery &
Theodebert , fils de Childebert II. Que
la Reine Ultrogothe eft qualifiée femme
du Roy Tres - Chretien Childebert , dans la
vie de Sainte Baudour. N'êtes vous pas
content de ces exemples fous la premiere
Race ?
Le Pape Adrien I. a fouvent donné le
Titre de Chretienté à Charlemagne , dans
le même fens que nous nous fervons aujourd'huy
de celui de Majefté. Vous faut.
il un plus grand nombre d'exemples fous
la premiere & le commencement de la
feconde Race , pour prouver que le Titre
de Chretienté & de Tres- Chretien étoit
une prerogative attachée dès ce tems - là
à la perfonne de Clovis , & à celle de
Les Succeffeurs ? J'ay une fi grande envie
de vous plaire , que je tâcheray de vous
contenter, mais je laiffe à toutes les perfonnes
de bon fens à juger s-il n'y en a
fuffifamment pas vous convaincre .
pour
Ayant ainfi répondu aux trois points
dont il s'agiffoit uniquement entre nous ,
DE NOVEMBRE. 39
& aufquels , dites vous page 16. je n'avois
olé entreprendre de fatisfaire , voions maintenant
quels font les écarts dans lesquels ,
à ce que vous dites , vous eftes obligé de me
fuivre.
Vous vous plaignez page 16. que je vous
ai fait une apoftrophe des plus vives , que
vous qualifiez de Philippique . Vous la rap- :
portez toute entiere , & il femble que vous
n'en faites le recit , que pour vous en faire
une nouvelle gloire.
Il eft vrai que pour faire connoître au
Public qu'il ne vous convenoit pas d'être
fi fenfible à la liberté que j'ai priſe de refuter
votre fentiment fur le titre de Roy
Trés-Chrétien , j'ai raporté , comme vous
dites , que vous n'avez épargné perfon- !
ne dans votre Hiftoire ; & que pour le
prouver j'ai couché l'une après l'autre les
mêmes propofitions que vous avez tranſcrites
dans votre Lettre pag. 17 , 18 , 19 &
20.
Mais en rapportant toutes ces propofitions
dans ma Lettre du 18 May dernier ,
j'ai eu foin d'indiquer les pages & les colonnes
de votre Hiftoire d'où je les ai tirées
, afin qu'on ne pût en douter . Vous
n'en difconvenez pas auffi . Il femble donc ,
ainfi que je viens de le dire , que vous ne
les raportiez de nouveau , que pour vous
en faire honneur : mais au lieu de les tou40
LE MERCURE
tenir par de bonnes preuves , ou de les retracter
, vous croiez qu'il vous fuffit de
dire qu'il faudroit un volume entier pour
y répondre ; & qu'après y avoir reflechi
vous avez pris le parti de répondre ſeulement
en general , & de dire page 21. que
ma Differtation eft pleine de fauffetez , de
malignitez , de tours odieux que je donne
à ce qu'il y a de plus innocent , & à ce que
vous avez écrit avec le plus de circonfpe-
&ion ; ce font vos propres paroles.
Souvenez vous , M. R. P. que vous m'avez
dit pag. 12 de votre Lettre , que quand
un Auteur eft interrogé fur quelques - unes
de fes expreffions , il doit y répondre.
Je vous demande donc quelles font les
fauffetez que j'ai avancées , quels font les
malignitez & les tours odieux que vous
dites que je donne à ce qu'il y a de plus
innocent , & à ce que vous avez écrit avec
le plus de circonfpećtion dans votre Hiftoire.
Cela ne tombe pas affurément fur les
propofitions contenues dans l'apoftrophe
que je vous ai faite , & que vous avez`raportée
vous même page 17 , 18 , 19 & 20
de votre Lettre du mois d'Aoult dernier ;
puifque, comme je viens de le dire , j'ai cité
les pages & les colonnes de votre Hiftoire
d'où je les ai tirées . Je vous interpelle donc
d'articuler ces fauffetez , ces malignitez ,
ces routs odicux ; & fi vous ne les rapor
tez
DE NOVEMBRE .
41
tez pas , il en refultera que vous êtes un
calomniateur ; & que fi les files reproches que
je vous ai faits , meritent d'être regardez
comme une Philippique , elle eft au moins
fans art & fans malignité , mais fondée
fur des veritez que vous n'avez ni pû ni
ofé contefter.
Mais examinons amiablement , je vous
prie , ce qu'il y a dans ces propofitions qui
marque l'innocence & la circonfpection
avec lesquelles vous dites les avoir écrites.
Eft-ce par innocence ou par circonfpection
que vous avez donné l'anteriorité à d'au
tres Monarchies fur celle de France , en ne
fixant fon établiſſement dans les Gaules que
fous l'an 486. quoique des Auteurs étran
gers , même les plus déchaînez contre la
gloire de nos Monarques , ont reconnu que:
les ancêtres de Pharamond en occupoient
déja une partie , qu'il l'a occupée lui- même,
& qu'il eft mort dans la Ville de Reims ?
Est- ce par innocence ou par circonfpeation
que vous vous êtes efforcé de renver
fer la haute idée qu'on a eue juſqu'à preſent
des premiers Rois des François , ancêtres de
Clovis , en ne les traitant de Roitelets ,
que de petits Rois , & foutenant , comme:
vous avez fait , qu'ils n'étoient pas de la
même famille , ni même parens ?
que
Eft- ce par innocence ou par circonfpe
ction , que pour infinuer que la Race des
D
42 LE MERCURE
Merovingiens , de même que celle des Ca
petiens , n'a commencé que par un Ufur
pateur , vous avez avancé par une calomnie
des plus noires & injurieufes à la poſte,
rité de Merovée , qu'il n'étoit pas fils de
Clodion , & qu'il a ufurpé la Couronne des
François , quoiqu'aucun des Auteurs qui
ont vecu pendant les neuf premiers , fiecles
qui ont fuivi la mort de ce Monarque
n'ait dit un feul mot de cette prétendue
ufurpation , & que par le témoignage des
Auteurs contemporains il foit demontré que
Merovée étoit fils de Roy , que les ancêtres.
étoient Rois , & Rois des François ?
Eft-ce par innocence ou par circonfpection
pour l'honneur de vos Compatriotes , que.
vous avez fait injure aux anciens François ,
leurs ancêtres & les vôtres , de les caracte
riſer du nom de Barbares , bien que les Aureurs
Grecs & Latins de ce tems- là ayent:
écrit que la Nation Françoife avoit fes loix ,.
& n'étoit pas moins policée que les Romains?
Eft- ce par innocence ou par circonfpection
pour la gloire du grand Clovis , que
vous l'avez honoré du nom de Roy barbare
& de Roy Tyran , que vous avez obfcurci
Féclat de fes plus grandes vertus par l'oppofition
de quelques vices, mais toujours ima
ginaires ?
Est-ce par innocence ou par circonfpe
DE NOVEMBRE. 43.
A
tion , que par une épithete qu'on ne peut
excufer , vous avez donné celle de conjoncture
fatale au moment que Dieu s'étoit
refervé pour rendre Clovis victorieux
de fes ennemis , & pour operer fa converfion
; & que pour répandre le doute & même
l'incredulité fur ce grand évenement ,
que des Saints & des Auteurs fort graves ,
& même toute l'Europe Chrétienne n'ont
regardé que comme un vrai miracle , vous
ne l'attribuez par des alternatives , tan ôt
qu'à l'adreffe & à l'artifice des hommes ,
tantôt qu'à des prodiges ?
Eft-ce par innocence ou par circonfpection
, que par un déchaînement continuel
contre la gloire de ce même Monarque ,,
& pour en impofer au public , vous avez
avancé que Gregoire de Tours au quatriéme
Chapitre de fon Hiftoire , n'en donne que
Paffrenfe idée d'un Ufurpateur & d'un
Tyran , en parlant de la mort de Sigebert
Roy de Cologne , & de Clodoric fon fils
quoiqu'au même endroit cet Auteur ne le
repréfente que comme un autre David ,
en difant à ce fujet , que Dieu ne renverſoit
chaque jour les ennemis de Clovis , & ne
les lui foumettoit pour augmenter fon
Royaume , que parce qu'il marchoit le
droit chemin devant lui , & qu'il faifoit ce
qui lui étoit agréable ?
Eft- ce par innocence ou par circonfpe
Diji
44 LE MERCURE
tion pour la gloire de nos Monarques ,,
que vous avez fouillé la Majeſté de leur
Trône , en fuppofant qu'il a été occupé par
des Bâtards ? que vous avez eu la temerité.
de parler fans aucun reſpect de leur Perfonne
& des Princes de leur Sang ?
(
Eft- ce enfin par innocence ou par circon
fpection , que vous avez agité dans le
troifiéme Article de votre Préface Hiftorique
, fi la Couronne eft elective ou here--
ditaire , & que vous avez decidé contre
la difpofition de la Loy fondamentale ,
qu'elle eft devenue elective fous la feconde
& troifiéme Race , d'hereditaire qu'elle:
étoit fous la premiere ?
Seroit-ce pour vous faire des complices.
de vos erreurs , que vous dites page 2.1 .
que fi les excès que je vous reproche ,,
avoient quelque fondement , il y auroit
déja longtems que le Public fe feroit recrié
contre vous , & que la Cour , les Magiftrats
& les Evêques auroient puni votre
temerité , fans attendre le nouveau Tocfin
que je fonne contre vous, mais que depuis.
fept ou huit ans que votre Hiftoire paroît ,
vous n'avez reçu de ces illuftres perfondes
honêtetez & des conjouiffances,
dont vous avez eu fouvent de la confufion ?
J'avoue qu'à tout autre elles en auroient
donné ; parce que vous favez mieux que
perfonne combien d'erreurs vous ayezz
nes que
DE NOVEMBRE. 43
fourées dans votre Hiftoire , dans quelle
vûe , & à quelle fin vous les y avez miles .
Si tant de perfonnes que vous nommez.
en general fans en indiquer aucune , vous
ont fait des honêtetez & des conjouiffances.
fur votre Hiftoire , il eft à préfumer qu'elles.
ne l'avoient pas encore lue , & que fielles
l'avoient examinée de près & avec le flambeau
de la Critique à la main , loin de vous.
en faire les honêtetez & les conjouiffances
que vous dites en avoir reçues , elles auroient
fait plus de bruit que moi , elles .
auroient applaudi aux apoftrophes que
je vous ai faites , & que vous decorez du
titre de Philippique ; fi c'eſt en effet une
Philippique ; elle porte mon nom , car je
n'en fais pas d'anonymes contre perfonne ,.
ni encore moins contre le Gouvernement..
Au refte de quoi vous aviſez- vous de
me folliciter à faire paroître mon Hiſtoire
de France ? Je ne crois pas que perſonne
* m'ait oui dire que j'en vouluffe donner une.
Si j'en ai une en état , j'en ferai prefent au
Public , lorfque je ferai plus vieux , fenectuti
fepofui. Je me fuis occupé à lire celles des.
autres , d'en examiner les faits les plus im--
porcans , & de les conferer avec les contemporains
le flambeau de la Critique de
vant les yeux , pour en decouvrir le vice ;
& comme la votre m'a paru remplie d'un
plus grand nombre d'erreurs & de fautes
46 LE MERCURE
jen ai fait une Critique exacte & fcrupuleufe
, & après l'avoir faite , j'en ai founis
le jugement à des hommes encore plus éclairez
que moi , qui m'en ont fait remarquer
beaucoup d'autres dont je ne m'étois pas
aperçu . Cette Critique eft en état d'être
mife fous la Preffe , avec celles que j'ai faites
de quelques Ouvrages de plufieurs autres
Auteurs qui ont écrit fur la même matiere :
ainfi vous ne marcherez pas feul , je vous
ai mis en bonne compagnie.
La partie de cette Critique qui vous concerne
, auroit déja paru , fi je n'avois pas
fça que l'on faifoit en Hollande une feconde
Edition de votre Hiftoire . Je vou
lois en être plus éclairci , parce que j'ay`
cru qu'il étoit bon de la voir pour obferver
les corrections que vous pouvez y
avoir faites ; car il n'est pas juſte de vous.
reprendre des fautes que vous pouvez avoir
corrigées. Il n'a tenu qu'à vous de les corriger
toutes : car on vous en a envoyé par la
Pofte les premieres feuilles à mesure qu'elles
fortoient de deffous la Preffe , ainſi votre
éloignement n'eft pas une bonne excufe,
Mais à propos de cette feconde Edition
permettez moi de vous demander fi vous
yous flattez , que , prévenu comme on l'eft:
contre votre Hiftoire , l'on permette en
France que l'Edition d'Hollande y foit dé--
bitée , avant qu'elle ait été examinée de
DE NOVEMBRE. 47
nouveau par d'habiles Cenfeurs . Paffons à
une autre queſtion .
Il eft vray M. R. P. que je vous ay demandé
dans ma Lettre du 18 May dernier
page 24 , fi vous pouriez me rapporter
quelques exemples , qu'avant la fin du 1 se
fiecle le Titre de Très - Chrétien ait été
donné à d'autres Princes qu'à nos Rois &
aux Princes de leur Sang , & que ceux.
qui ont donné ce Titre à d'autres Princes
pour les flatter feulement & exciter leur
Religion ou leur courage , leur ayent déclaré
en même temps qu'il leur étoit hereditaire
& à leur pofterité. Il eft vray auffi
que j'ai ajouté que je n'en ai veu aucun ,
& que vous me feriez plaifir de m'en inftruire
, que je vous ai même défié d'en
trouver qui parlent , comme ceux que j'ai
cités , pour prouver que ce glorieux Titre
étoit hereditaire à nos Rois , & aux Princes
de leur Sang par mâles , plufieurs fiecles
avant le regne de Louis XI. & non
pas avant celui de Clovis , ainfi que vous.
le rapportez dans votre Lettre du mois.
d'Aouft page 25..
Vous étes tellement accoutumé à corrompre
& à alterer les paffages que vous
rapportez , que quelques reproches que je
vous en aye déja faits dans ma Lettre du.
18 May dernier , vous n'avez pû vous ab
ftenir de faire cette nouvelle corruption
48 LE MERCURE
Avez vous crû me donner un ridicule dans
le Public en me faifant dire que le Titre
de Trés Chrétien a été donné à nos Monarques
, & aux Princes de leur Sang plufieurs
fecles avant Clovis ?
Ce ridicule retombera , s'il vous plaît ,
fur vous-même.
Mais pour en revenir à la demande que
je vous ai faite dans cet endroit , voyons
de quelle maniere vous y répondez .... " Je
ne defefpere pas qu'en examinant votre Réponſe
, on ne trouve que
vous tombez vous .
même dans un autre ridicule encore plus
parfait , & qu'en voulant m'endoctriner ,
vous ne faffiez connoître que vous avez
befoin d'être endoctriné vous- même...
Le premier Enfeignement que vous me
donnez , page 25 de votre Lettre , eft que
je devrois ceffer de rebattre , que le Titre
de Trés Chrêtien eft hereditaire aux Princes
de l'Augufte Sang de France , & que
cette propofition eft fi étrange , qu'il eft
furprenant que je m'obftine à la foutenir.
Ce premier Enfeignement n'eft pas felon
la fcience de l'Hiftoire , mais felon les fentimens
d'un envieux de la gloire des Prin
ces du Sang. J'ay prouvé en tant d'èndroits
de ma Lettre du 18 May dernier
& je viens de le prouver encore dans celle-
cy , que le Titre de Trés - Chrétien leur
eft deu qu'il leur a été donné par les Papes
DE NOVEMBRE. 49
pes , par Nicolas de Clemengis , par la
fçavante Univerfité de Paris ; qu'il leur a
été reconnu par les Conciles de Bafle &
de Conftance , en la perfonne du Duc de
Bourgogne ; & que dans les anciens Meſfels
manufcrits des Eglifes des Royaumes de
Sicile & de Navarre , & des Provinces qui
ont été poffedées par des Princes du Sang
de France , on leur a donné le Titre de
Trés- Chrétien .
Votre ſecond Enſeignement eft la Réponſe
, dites vous , page 25 , que vous
allez faire à ma question , fçavoir , fi avant
le quinziéme ficle le Titre de Trés- Chrétien
a été donné à d'autres Princes qu'à
nos Rois ; vous tronquez encore ma propofition
, il faut y ajouter , s'il vous plait ,
pour la rendre complette , ( & que ceux
qui ont donné ce Titre à d'autres Princes
qu'aux Rois de France pour les flatter
feulement , & pour exciter leur Religion,
leur ayent déclaré en même temps qu'il
leur étoit hereditaire , & à leur Pofterité. )
C'est donc cette derniere circonstance
que vous devez éclaircir dans votre fe
cond Enfeignement , & en rapporter de
bonnes preuves , puifque vous vous vantez
d'en avoir une infinité dont vous pouvez
m'accabler.
J'ay un trés ancien Manuſcrit de la Coutume
de Normandie , dont le premier ar
E
Jos
LE MERCURE
ticle commence ainfi , Promettre & tenir
font deux chofes differentes. Ne prétendriez-
vous pas jouir de ce privilege ?
En effet il me paroît que vos Recueils
font bien dépourvus . Si vous aviez un plus
grand nombre de preuves , ainfi que vous le
dites , vous ne feriez pas reduit à deux feulement
que vous tirez des Lettres des Papes
Vigile & Jean VIII . à l'Empereur Juftinien
, & à Alphonfe Roy de Leon .
Je conviens qu'ils font l'un & l'autre
avant le quinziéme fiecle ; mais ces Lettres
contiennent - elles que ces deux Saints
Pontifes ont reconnu que Juftinien & Alphonfe
avoient herité de leurs Ancêtres le
Titre de Trés- Chrétien , & qu'il devoit paffer
à leur Pofterité ; que leur Cour étoit
la Cour du Roy Trés- Chrétien qu'ils
defcendoient d'une Race & d'un Sang trés-
Chrétien ; que leurs Collateraux étoient
d'une Race & d'un Sang trés - Chrétien ,
comme je l'ay prouvé, & ainfi qu'on l'a dit,
& qu'on l'a reconnu des Rois & des -Princes
du Sang de France avant le quinziéme
frecle , dans les paffages que j'ay rapportez
cy devant.
De bonne foy , n'eft - ce pas , M. R. P.
tourner en dérifion une queftion auffi fericufe
que celle dont il s'agit entre nous ,
que d'y répondre de cette maniere ? Si
vous vouliez rendre cette dérifion plus comDE
NOVEMBRE.
plette & faire rire vos Lecteurs , que n'ajoutiez
vous pour fortifier votre fecond
Enfeignement , que les Soldats qui compofoient
les Armées des Croisades font
appellez par Matthieu Paris Milites Christianifimi.
Et que l'Univerfité de Prague a
donné à l'Herefiarque Jean Hus fon Patriarche
, le même Titre de Trés - Chrétien
dans la Lettre qu'elle a écrite pour
lui à l'Empereur , lors de la tenue du Ĉoncile
de Conftance , Chriftianiffimum Doctorem.
Pour troifiéme Enſeignement vous m'exhortez
page 27 de rendre mes raiſonnemens
un peu plus juftes.
Je conviens qu'un plus habile homme
que moy auroit donné plus de force aux
confequences que j'ai tirées d'un fi grand
nombre de preuves que j'ay rapportées
pour vous faire connoître vos erreurs .
Je neglige les minuties frivoles que vous
relevez enfuite page 28 & 29 de votre 3e
Enſeignement , pour m'arrêter fur la circonftance
qui concerne Monfeigneur le
Regent , & le Grand Prince de Condé..
Je vous ai fait un défi , c'eſt à vous à
le fuivre , fi vous ofez , & fi vous croyez
avoir de bonnes raifons pour vous défendre.
S. A. R. n'eft déja que trop inftruite
de notre conteftation & de vos fentimens .
Elle en penfe ce qu'elle doit , mais cela
E ij
LE MERCURE
n'empêche pas que la matiere n'en dût être
confiderée par nos Magiftrats , comme une
cauſe majeure , fi tous les bons François
& les plus fçavans dans notre Hiſtoire ,
foit Nationnaux , foit Etrangers , ne l'avoient
déjà décidée à votre confufion .
Je fuis en état de donner au Public de
quoi faire un affés gros Volume des Lettres
que j'ay reçûes & que je reçois journellement
des differentes Villes de France,
d'Allemagne , d'Italie , d'Angleterre &,
d'Hollande , qui condamnent votre fiftême
fur notre Hiftoire ; & en particulier
votre opiniatreté à foutenir que le Titre de
Roi Trés- Chrétien, que nos Monarques ont
porté hereditairement , & par une prérogative
particuliere fur tous les autres ,
pas paffé jufqu'aux Princes de leur Sang.
n'a
Au refte , vous ne fçauriez vous abſtenir
d'alterer le texte de ma Lettre. Je n'ai
pas dit dans celle que je vous ai écrite le 18
May dernier , ainſi que vous le rapportez
dans la votre , page 29 , que le Grand
Prince de Condé fut arbitre entre le fieur
Chantereau le Febvre , & le Genealogifte
du Bouchet , mais j'ai dit p . 38 que le feu
Roy nomma le Baron d'Auteuil , les fieurs
Blondel & de Valois , trés- fçavans dans
notre Hiftoire , & le Pere Labbe Jefuite,
pour examiner les raifons de part & d'autre
, & que le Grand Prince de Condé crut
DE NOVEMBRE.
53
que la gloire du Sang de France y étoit
affez intereffée , pour affifter à toutes les
conferences.
C'étoit un Prince trop judicieux pour
fe rendre le Juge & l'arbitre d'une conteftation
qui l'intereffoir perfonnellement
avec les autres Princes du même Sang..
Ce que vous faites dire enfuite par ce
Grand Prince à M. le Duc d'Epernon , &
au P.Jourdan Jefuite , eft une pure fable de
votre invention . Je fuis affez vieux pour
me fouvenir que la conteftation qui étoit
entre eux , n'étoit pas la même , que celle
de du Boucher avec Chantereau le Febvre .
J'ole même ajouter , Pars magna fui. J'ai
entendu parler l'un & l'autre fur cette
conteftation : & comme j'ay égaré peu de
chofe de ce qui m'a paffé par les mains
concernant notre Hiftoire , je puis vous
faire voir deux Lettres qui font connoître,
combien ce que vous dites eft éloigné de
la verité. Le Grand Prince de Condé étoit
trop inftruit de fon Augufte origine , &
fçavoit trop bien qu'elle remontoit au moins
jufqu'au troifiéme fiecle , & qu'il defcendoit
de nos premiers Rois par Saint Arnoul
, pour avoir dit au Duc d'Epernon
& au P. Jourdan , ainfi que vous l'affûrez
, qu'il le contentoit de huit fiecles bien
averez . Vos Anecdotes font fouvent trésincertaines.
1
E iij
34
LE MERCURE
C'est une confolation que vous avez cru
devoir donner aux Princes du Sang de France
dans l'Hiftoire de Hugues Capet , aprés
l'avoir traité d'Ufurpateur de la Couronne ,
en fixant leur origine à la même époque ,
dont vous dites , que le Grand Prince de
Condé fe contentoit , & vous n'avez pas
hefité d'en parler ainfi , quoi que les Sainte
Marthe , l'Auteur du Traité des Grandeurs
de la Maifon de France , Blondel , & les
plus fçavans Genealogiftes, même les Etrangers
, & en dernier lieu le fçavant Imhoff
Payent fait remonter jufqu'à Saint Arnoul ,
avant que votre Hiſtoire ait paru. C'étoit
de tels Auteurs que vous deviez confulter
, mais vous aviez des veues bien oppofées.
Vous pouviez vous confulter vous - même.
N'avez- vous pas dit dans le premier Tome
de votre Hitoire Col. 754 , en parlant
de la mort de Robert le Fort , qu'il étoit
du Sang Royal de France , ainfi qu'on le
conjecture par certaines circonstances de
l'Hiftoire ? & aprés un tel aveu , comment
avez - vous pû dire fi pofitivement Col. 99 1
que fans le merite perfonnel de Hugues
Capet fon arrierre - petit Fils , il n'auroit pu
s'emparer d'un Trône , où la naiſſance ne
lui donnoit aucun droit ?
Le P. Mabillon a obfervé dans fa Diplomatique
page 465 & 503 , que fous
DE NOVEMBRE .
33.
la premiere & la feconde Race , l'on défignoit
les Princes de la Maifon de France
par le Titre de très- Noble , ou de plus
Noble , & que celui de Nobiliffime lui
étoit uniquement confacré , & ce fentiment
a été adopté par de trés - fçavans hommes
qui vivent encore au'ourd'huy.
Adrevald parlant de Saint Arnoul, dit ,
qu'il étoit d'une Nobleffe trés grande, Arnulfus
vir eximia Nobilitatis . ( a)
Hugues l'Abbé fils de Conrard Comte
d'Auxerre & Prince du Sang de France
n'eft qualifié dans deux Lettres de l'Abbé
de Ferrieres que d'homme d'une Nobleffe
illuftre .
Le Pape Jean VIII . écrivant à ce même
Abbé le qualifie fimplement de Noble
d'une naiffance trés-illuftre. Ce n'est pas
neanmoins qu'il ne fceut qu'il étoit du Sang
Royal , puifque dans une autre Lettre il
le reconnoît pour être iffu de la Noble
Race des François . ( b)
Si felon ces Auteurs le Titre de plus
Noble , de trés Noble & de Nobiliffime
n'étoit pour lors affecté qu'à la feule Maifon
de France & aux Princes qui en font
iffus , Saint Arnoul qui eft qualifié du même
Titre de Noble & de trés- Noble , étoit
a L. I. c . 12 .
Chen. Tom. 3. p . 893 .
Chen . Tom. 3. p . 913 .
E iiij
36 LE MERCURE
2
reconnu pour Prince iffu du Sang de France
; fi felon vous Robert le Fort fon arriere
- petit fils étoit Prince du Sang de
France , il s'enfuit que Hugues Capet , dont
il étoit le Bifayeul , n'a monté furle Trône
qu'en qualité de Prince du Sang.
Après cela , comment pouvez- vous dire
page 29 , que vous ne vous étes pas déclaré
contre la filiation de la Troifiéme
Race , & de fon union avec la Premiere
par Saint Arnoul ?
Il fuffit de lire ce que vous rapportez
dans votre Hiftoire fur l'avenement de Pe+
pin le Bref, & de Hugues Capet à lá Cous
rone , & les fines leçons que vous y avez
gliffées. Il n'y a qu'à voir la refutation
que vous avez fait inferer dans le Mercure
du mois d'Avril , de ma Differtation
fur le Titre de Trés-Chrétien , dans la→
quelle vous traitez mon fiftême de paradoxe
, de nouveauté , & d'idée chimerique,
pour juger fi vous ne vous étes pas trop
ouvertement déclaré contre la filiation de
de la Troifiéme Race , & contre fon union
à la Premiere par Saint Arnoul . Si les
Sainte Marthe , ainfi que vous le dites , &
ce qui n'eft pas , l'avoient fait defcendred'Ausbert
& de Blitilde dans la feconde
Edition de leur ouvrage , imprimé en
1647 , ils n'auroient qu'adopté l'erreur de
du Bouchet , qui l'avoit débitée dans fon.
DE NOVEMBRE.
$7
Hiftoire de la veritable origine de la Maifon
de France , imprimée en 1646 ; mais
du Bouchet étant convenu que Les preuves
ne valoient rien , & que cet ouvrage
étoit fon premier Livre , les Sainte Mar
the fe feroient purgez eux - mêmes de cette
erreur , s'ils avoient eu le loifir de donner
une troifiéme Edition : mais loin de
rejetter mon fentiment , comme vous dites
qu'ils ont fait , ils ont enrichi le Public
d'un grand nombre de preuves qui le mettent
en évidence. J'en ai rapporté quelques-
unes dans ma Lettre du 18 May
dernier.
Pour refuter ce que j'ai dit fur le me
rite & le caractere de votre Hiftoire dans
la derniere page de la même Lettre , vous
me demandez page 31 , comment le Public
fçavoit ce qu'elle contenoit avant que
vous l'euffiez fait paroître en 1713. Il faut
vous l'expliquer. Voici de quelle maniere
il en étoit informé. ·
1º. N'avez- vous pas fait imprimer un
premier Volume en 1696 ? Ne vous ai-je
pas dit que les PP . la Meche & Palu vos.
Confreres m'ayant demandé ce que j'en
penfois , je leur dis ingenument qu'aprés
l'avoir lû , il me paroiffoit que les deux
yeux de l'Hiftoire vous manquoient , la
Geographie & la Chronologie , & que fans
ces deux flambeaux , qui doivent guider
$ 8 MERCURE LE
les pas d'un Hiftorien , il n'étoit pas furprenant
que vous vous fuffiez autant égaré
que vous avez fait .
2 °. Croyez - vous que le grand nombre
de Sçavans qu'il y a dans le Royaume &
dans l'Europe ne s'en foient pas encore
mieux apperçus que moy ? Ce premier Vo-
Jume ne contient il pas votre nouveau
fiftême fur l'Hiftoire de France , & les
mauvaiſes propofitions que j'ay fommairement
rapportées page 6 , 7 , 8 , & 9 dè
ma Lettre du 18 May dernier , & que
vous m'avez obligé de repeter encore dans
celle- cy , n'etoient - elles pas plus que fuffifantes
pour informer d'avance le Public de
ce que ces trois Volumes , que vous avez
mis en vente en 1713 , devoient contenir ?
3 °. Quant à ces trois derniers Volumes,
vous en aviez porté les manufcrits de Maifons
de Campagne en Maifons de Campagne
, & en plufieurs de cette Ville , où
Vous avez fait vous-même lecture des endroits
que vous avez cru qui feroient plus
du goût & du genie de vos auditeurs ; les
plus éclairez fe font apperçus de ce qu'il
y avoit de captieux , de feduifant , de contraire
aux Loix du Royaume , à l'honneur
de la Nation , aux Libertez de l'Eglife Gallicane
, & à la grandeur de la Monarchie
dans les endroits que vous leur avez lûs ;
& les autres peu inftruits de notre Hiftoire,
DE NOVEMBRE.
19
qui font plus de cas d'une belle periode ,
que de la verité , lors qu'elle ne leur eft
prefentée que toute nuë & fans ornement ,
le font feulement recriez fur l'élégance
de votre ftile & le choix de vos paroles .
Je conviens que j'ay avancé dans le
même endroit que depuis que votre Hiftoire
eut paru , le debit en fut arrêté
pendant quelque temps , cela eft vrai , &
vous me faites l'honneur de me dire que
ce fait eft tres faux , que la paffion m'emporte
, & que ce n'eft pas l'unique fauffeté
qui m'ait échappé en fi peu de lignes.
C'est pourtant une verité & des plus
notoires. Vous avez été obligé de comparoître
devant les Magiftrats , qui vous ont
forcé d'en changer quelques endroits , &
d'y mettre des cartons. Ils font encore ,
graces à Dieu , pleins de vie , & votre
Imprimeur qui en a eu toute la fatigue ,
en peut rendre témoignage.
Vous me demandez encore d'où je fçai
les judicieufes précautions que vous avez
prifes depuis 1713 jufqu'en 1715 , pour
faire enforte qu'on n'imprimât rien contre
vous.
Je répons que pour en être éclairci ,
on n'a qu'à confulter les anciens Sindics
des Imprimeurs , que vos protecteurs ont
envoyé chercher pour leur faire cette défenfe
fous de rigoureufes peines. Ils en
60 LE MERCURE
certifieront la verité , & c'est d'eux- mêmes
qu'on le fçait.
Vous citez M. le Chancelier de Pontchartrain
fur l'évenement de la dénonciation
que l'on fit de votre Hiftoire , &
vous l'ornez d'un joli conte ; mais que
n'ajoutez vous une circonftance qui inſtrui
toit le Public que cette dénonciation l'avoit
rendue fi fufpecte , qu'il crut eftre
obligé d'en rendre compte au Roy , &
qu'ayant demandé vous - même qu'elle fût
imprimée au Louvre , cet illuftre Magiftrat
fut obligé de lui repreſenter que cette
Hiftoire étant accufée d'être remplie de
maximes contraires à celles du Royaume ,
& que lui étant dediée , elle pafferoit dans
les temps
à venir pour le Livre de Sa Majefté
, fi elle permettoit qu'elle fut imprimée
de l'Impreffion Royale.
On vous refufa donc cet honneur , &
vous fûtes obligé de recourir aux Imprimeurs
ordinaires ; c'eft ainfi M. R. P.
que vous fûtes rendu blanc comme neige .
Vous êtes un homme bien devot , un
mouvement de Religion , & un excès
d'amour & de charité pour votre prochain ,
vous portent à prier Dieu pour le dénonciateur
de votre Hiftoire , & oubliant
tout à coup ce mouvement , vous l'accablez
d'injures , & l'accufez de fauffetez ,
lors qu'ils n'avance contre vous que des
DE NOVEMBRE. 61
veritez qui font connues de tout le monde.
Je fçay que M. le Cardinal d'Eſtrées
étoit bon conno ffeur & bon François ,
comme vous le dires page 34. Je içay
même que vous lui avez fait voir quelques
feuilles de votre Hiſtoire , à meture
qu'on l'imprimoir ; mais permettez- moi
de vous dire qu'il n'eft pas vrai qu'il l'avoit
lûe d'un bout à l'autre , lors que vous
fuppofez qu'il vous a dit que vous n'aviez
rien à craindre de la part de la France ,
mais qu'il ne vous répondoit pas des Romains.
Lors que cette Eminence vous a donné
quelques louanges , & qu'il a parlé avantageulement
de votre Hiftoire à quelques
perfonnes , il n'en avoit encore lû que la
Differtation préliminaire & le commencement
de votre Preface hiftoriqué ; mais
après qu'il eut jetté les yeux & fait quelques
reflexions fur le troifiéme article de
cette Preface , il ne put s'empêcher de
s'écrier qu'il étoit étonné que vos Supe
rieurs vous euffent permis d'imprimer un
tel ouvrage , & je fuis un de ceux à qui
il en a parlé de la forte en preſence d'autres
perfonnes qui peuvent en rendre témoignage
avec moi.
C'eft dans ce troifiéme article de votre
Preface hiftorique , où vous examinez fi
le Royaume de France depuis l'établiffe62
LE MERCURE
ment de la Monarchie dans les Gaules , a
été un Etat hereditaire ou un Etat électif,
& où vous decidez en maître , que d'hereditaire
qu'il a été fous la premiere Race ,
il eft devenu électif fous la feconde & la
traifiéme.
,
En effet , M. R. P. un homme de votre
caractere & membre d'une fi celebre
Compagnie devoit - il propofer dans ce fiecle
unc. telle queftion , qui ne pouvoit
flatter que des efprits brouillons qui aiment
à remuer rerum novarum cupidine
& odio præfentium ? elle n'auroit pû au
plus qu'être du goût des Ligueurs , qui
par un attentat énorme cherchoient tous
les moyens poffibles d'exclure Henri IV
de la Couronne à laquelle fa naiffance
l'appelloit conformément à toutes les Loix
de la Monarchie , ou qu'être applaudie
par ces Ecclefiaftiques feditieux , qui en
l'année 1131 tâcherent d'introduire l'election
des Rois que les cenfures de Gregoire
VII , les intrigues de la Cour de
Rome , & les revoltes qu'elles avoient ſulcitées
en Allemagne y avoient introduites
au commencement de l'onziéme fiecle .
Seroit- il pollible que vous ignoraffiez
que Louis VI, dit le Gros , au préjudice
des enfans duquel ces Ecclefiaftiques
feditieux propofoient d'introduire cette
élection , témoigna , dit Orderic Vital
DE NOVEMBRE. 63
>
Auteur contemporain , tant de chagrin &
de colere , de ce que ces fortes d'efprits
vouloient établir dans le Royaume de nouveaux
Ufages & des Coutumes étrangeres
qu'il refolut de s'en venger , juravit quod
manus extenderet in feditiofos ; ce qui porta,
dit le même Auteur , quelques perfonnes
à affaffiner le Doyen d'Orleans , qui venoit
d'être élu Evêque de la même Eglife , &
Thomas Chanoine & Prieur de Saint Victor
, fur le feul foupçon que l'on avoit ,
qu'ils étoient du nombre de ces féditieux ,
qui propofoient d'introduire l'élection .
Ce feul témoignage d'Orderic Vital
ne détruit- il pas ce que vous avancez pour
prouver que l'élection à la Couronne avoit
eu lieu en France avant ces temps -là ; &
M. le Cardinal d'Eftrées n'avoit il pas raifon
de s'étonner de même qu'une infinité
d'autres Sçavans Nationaux & Etrangers ,
que l'on vous eût permis l'impreffion d'un
tel ouvrage ; & pouvez - vous vous flatter
après cela , que l'on croira , comme vous
le dites page 35 , que vous vous êtes propofé
la verité pour guide , & que dans
les points les plus delicats vous avez parlé
avec beaucoup de circonfpection ; enforte
que vous avez trouvé le fecret de n'offenfer
aucun de ceux dont les intereſts étoient
les plus oppofez ; & n'est- ce pas donner
envie de rire au Public , en ajoutant ,
64
LE
MERCURE
comme
vous
faites ,
que
plufieurs
perfonnes
d'efprit
foit
de
la
Cour ,
foit
de la
Robe ,
foit
du
nombre
des
Prelats
les
plus
diftinguez ,
vous
ayant
fait
l'éloge de
votre
Hiftoire ,
vous
avez
eu
peine
de
vous
empêcher
d'en
être
agreablement
Aatté ?
Vous
avez
nommé
M. le
Cardinal
d'Eftrées ;
on
fouhaiteroit
que
vous
vou
Juffiez
nommer
les
autres
perfonnes
d'efprit
,
les
Magiftrats
&
les
Prelats
les
plus
diftinguez ,
qui
ont
fait ,
comme
vous le
dites ,
l'éloge
de
votre
Hiftoire ,
en
parlant
à
vousmême
.
Peutêtre
les
feroit-on
convenir
qu'ils
ne
vous
ont
fait
compliment
que
fur
l'impreffion
d'un
fi
gros
ouvrage ,
avant
de
fçavoir
ce
qu'il
contenoit
;
mais
que
maintenant
qu'ils
ont
eu
le
loifir
d'en
faire
la
lecture
&
d'en
obferver
les
erreurs
&
les
mauvaifes
maximes
que
vous y
avez
répanduës ,
je
vous
foutiens
qu'il
ne
s'en
trouvera
aucun
qui
en
faffe
l'éloge.
Vous
avez
tant
d'amour
pour
tout
ce
qui
fort
de
votre
plume ,
&
tant
de
foin
d'en
faire
l'éloge
vousmême
,
que
vous
voulez
le
faire
regarder
comme
autant
de
pierres
precieuſes.
Il
court
dans
le
Public la
copie
d'une
Lettre
que
vous
avez
écrite à
un
Chanoine
Regulier
de la
Province
de
Lyon ,
qui
eft
de
DE NOVEMBRE. 65
·
de vos amis , à la fin de laquelle vous
lui recommandez de ne la perdre pas ,
d'autant , ajoutez-vous , qu'on recherche
avec empreffement toutes vos Lettres pour
les faire imprimer. Cela n'eft- il pas
fort
humble & fort modeſte ?
Au furplus , M. R. P , je fuis perfuadé
que vous n'avez eu aucune inquietude
fur le fort que pourroit avoir votre Hiſtoire
à la Cour de Rome ; mais en difant ,
comme vous faites page 35 , qu'elle y a
été fi bien reçûë , que le Pape l'avoit fait
mettre dans fon anti- chambre pour occuper
ceux qui attendoient l'audience ; vous
nous prouvez que l'accueil n'en a pas été
bien honorable ; fi vous aviez dit que le
Pape en a fait la lecture ; qu'il l'a trouvée
fi bonne , fi conforme à la verité , fi bien
écrite , que Sa Sainteté l'a fait mettre
dans fon cabinet , rien ne marqueroit
mieux l'estime qu'elle en a faite ; mais dé
convenir qu'elle l'a fait paffer dans fon
anti-chambre pour occuper les Officiers
de fa Garde , & ceux qui attendoient
l'audience , qui font des Italiens qui n'entendent
pas le François ; rien , ce me femble
, ne marque mieux le peu de cas que
Sa Sainteté en a fait.
A ce propos voici la teneur d'une Letere
que j'ay reçûë d'un des plus Sçavans
homines d'Italie , qui demeure à Rome.
Ε
66
LE
MERCURE
>>>
J'AY
bien
des
graces à
vous
rendre,
Monfieur ,
de
la
Lettre
dont
vous
m'avez
honoré
le
15
de
ce
mois , &
de la
fçavante
Differtation
que
vous y
avez
jointe.
Elle
m'a
confirmé
dans
la
mauvaiſe
opinion
que
j'ay
conçue
de
l'Hiftoire
du
P.
Daniel,
&
dont
quelques
amis
m'avoient
fait
un
rapport
conforme
à
ce
que
vous
en
dites.
Il
y
a
lieu
d'être
furpris
qu'une
pareille
Hiftoire
ne
foit
pas
fupprimée.
L'Etat
vous
eft
bien
redevable
de
vos
fçavantes
obiervations
,
&
la
part
que
je
prens
à
tout
ce
qui
l'intereffe
,
m'en
fait
prendre
auth
à
l'obligation
qu'il
vous
a ,
& c
...
Souhaittezvous
,
M.
R. P ,
de
voir
en- 、
core
ce
qu'un
fçavant
Efpagnol ,
qui
poffede
affez
bien
notre
Langue ,
m'a
écrit
d'Efpagne
fur
le
même
fujet ,
le
30
Septembre
dernier.
"
JE
vous
remercie ,
Monfieur ,
de
l'honneur
que
vous
m'avez
fait
de
m'envoyer
la
réponſe
que
vous
avez
faite
au
P.
Daniel ,
que
j'ay
lûe
avec
un
extrême
plaifir ;
car
je
fouhaittois
fort
qu'on
refutat
fon
filtême fi
oppofé à
ce
que
les
plus
fçavans
Hiftoriens
anciens
&
modernes
nous
ont
laiffé
par
écrit
touchant
l'antiquité
de
l'établiffement
des
François
dans
Fes
Gaules ,
&
les
prérogatives
&
titres
d'honneur
de
vos
Monarques
qu'il
s'efforce
de
contredire ;
&
je
vous
affure
qu'ayant
DE NOVEMBRE. 67
commencé à lire fon Hiftoire , je fus furpris
qu'un François d'un Ordre Religieux
que le feu Roy Louis le Grand avoit tant
gratifié , s'engageât par un vain motif de
paroître fingulier dans fes découvertes , &
dénué de paffion dans fes fentimens jufqu'à
vouloir dépouiller fa Nation des Memoires
honorifiques que les plus jaloux
de la gloire n'ofoient pas lui contefter :
Que pour ne perdre pas le temps inutilement
je ne voulus pas en achever la lecture ;
car par exemple pour ce qui regarde la
domination de Pharamond dans la Gaule
Belgique , le P. Daniel auroit pû lire dans
Jean- Jacques Chifflet , qui pour rehauffer
la Maiſon d'Autriche au prejudice de celle
de France , fut un des plus oppofez à fa
grandeur ; il auroit pû , dis -je , lire dans
cet Auteur , qu'après avoir rapporté ce que
l'Ecrivain de la Genealogie des anciens
Monarques François , tirée de la Biblioteque
Royale de Bruxelles , affure de la
mort de Pharamond , arrivée à Reims ,
ajoute , Hand vero alienum non existimo-,
Belgicam fecundam , Vandalorum incurfu
labefa&tam à Pharamundo occupatam ad
mortem ufque : Et ainfi je ferois trés- aife
que vous priffiez la peine de relever fes:
fautes , pour defabufer ceux qui liront fon
Hiftoire. Je vous prie d'être fortement
perfuadé , &c.an
"
i Fij
68 LE MERCURE
1
Quant à la dénonciation dont vous parlez
, M. R. P , vous auriez tort de me
l'imputer , votre Hiftoire en trois volumes.
in folio a paru au mois de Fevrier 1713 ,.
je ne l'ay vûe qu'au mois de Juin de la
même année , que vous m'en avez donné
un Exemplaire ; ainfi cette époque eſt bien.
pofterieure à cette dénonciation ; mais
fuppofé , comme vous le voulez , que j'en
fois l'Auteur , vous dites chretiennement
page 25 & 26 que vous priez Dien qu'il
me le pardonne , comme vous me le pardonnez
de tout votre coeur , mais que vous
ne fçavez pas fi les honnêtes gens me le
pardonneront , non plus que le fiel & les.
autres excès de ma Replique ; je puis vous.
affurer que fi j'en avois été le dénonciateur
, je ne le defaprouverois pas , & je
croirois avoir fait une action meritoire
envers Dieu & envers tous les bons François
;
ainfi je n'aurois pas befoin du pardon
que vous n'offrez. Je vous en remercie
donc , mais à mon tour je vous exhorte › .
chretiennement vous- même à demander
pardon à Dieu , aux . Princes du Sang de
France , & à tout le Royaume , de vos propres
excès , & de ce que vous avez dir ..
contre l'honneur de la Nation , des atten
tats que vous fuppofez qu'elle a commis
contre les loix fondamentales de l'Etat ,.
de votre affectation à fixer l'établiffement
DE NOVEMBRE. 69
des François dans les Gaules fous le regne
du grand Clovis , pour ôter à la Monarchie
l'anteriorité fur d'autres qui ne l'ont
jamais prétendu fur celle de France , des
injures que vous avez faites à la memoire
de nos anciens Monarques , en leur fuppofant
des crimes qu'ils n'ont pas commis
& des vices qu'ils n'ont pas eus ; d'avoir
fuppofé , comme vous avez fait , que leur
Trône a été occupé par des Ufurpateurs &
par des Bâtards ; de ce que vous avez dit
contre les Libertez de l'Eglife Gallicane ,
contre nos Ufages les plus refpectables ,
contre l'integrité des Magiftrats du premier
Parlement du Royaume. Enfin je
vous exhorte de retracter inceffamment
ces paradoxes , fi vous ne voulez pas qu'on
vous regarde comme un enfant dénaturé ,
comme un mauvais François , comme un
envieux de la gloire de nos Monarques
des prerogatives des Princes de leur Sang,
& de la haute antiquité de leur extraction.
Vous me conjurez page 23 de votre
Lettre de ne plus m'amufer à carabiner
par mes Differtations que je donne les
unes après les autres ; & moi je vous conjure
de ne pas vous en inquieter fi tôt ,
votre inquietude feroit trop longue ; car
j'en ai encore au moins cinquante à donner
pour l'intelligence de quelques faits des
70
plus
effentiels
de
notre
Hiftoire
que
vous
LE
MERCURE
ayez
negligé
de
traiter
dans
la
vôtre.
Hiltoire
de
la
Milice,
que
vous
n'en
avez
Pay
plus
d'impatience
de
voir
votre
de
lire
mes
Obfervations
Critiques
fur
votre
Hiftoire
de
Frances
Le
mot
de
carabiner
dont
vous
vous
fervez
,
me
fait
préfuqu'elle
n'eft
mer
pas
fort
avancée,
&
que
Vous
n'en
êtes
encore
qu'au
temps
que
Pufage
de
la
carabine
a
été
introduit
dans
les
armées
.
Je
vous
ay
indiqué
plufieurs
endroits
,
d'où
vous
moires
qui
vous
étoient
neceffaires
pour
la
mettre
dans
fa
perfection
.
Je
veux
bien
charitablement
vous
en
pouviez
tirer
les
Meencore
un
autre.
Monfieur
de
Clerembauta
plufieurs
volumes
de
pieces
tres
curieuſes ,
concer
nant
cette
matiere
,
qui
vous
feront
d'un
grand
fecours.
C'eft
un
parfaitement
honnête
homme,
tres
communicatif
,
&
qui
indiquer
'
aime
à
faire
plaifir,
que
ne
lui
en
demandezvous
la
communication
?
Au
refte,
M.
R.
P.
fi
vous
ne
faites
pas
de
Réponse
à
cette
Lettre
,
&
fi
vous
m'honorez,
comme
vous
le
dires
page
24
',
d'un
profond
filence,
je
n'en
croirois
pas
autre
chofe,
qu'ayant
d'autres
occupations,
vous
me
lâcherez
quelque
aventurier
qui
y
répondra
pour
vous-
Lecteurs
de
cette
Lettre,
je
ne
répons
Pour
n'abufer
pas
de
la
patience
des
DE NOVEMBRE . 71
pas prefentement à vos frivoles défenfes
contre mes obfervations fur votre Carte
Geographique ; ce fera pour le mois prochain
que j'irai vous chercher dans vos
retranchemens à Effonne , cependant je vais
vous fournir des preuves pour fortifier votre
fentiment , que Robert le Fort étoit
Prince du Sang de France , & pour faire
connoître plus amplement que vous avez
eu tort de vous en départir en foutenant
que le Roi Hugues Capet n'avoit aucun
droit de fucceder à la Couronne . Je fuis.
& c.
A Paris le premier Ottobre 1710.
Fautes à corriger dans la Differtation Sur
la Nobleffe de la Race Royale des François ,
qui eft dans le Mercure du mois de Juillet
1720.
Page 4 , ligne 13 , lifez le Patriarche Ruben
étant déchû de fon droit d'aîneffe pour avoir
fouillé la couche de fon pere , & Simeon &
Levi pour leur violence , & c.
Même page , ligne 17 , au lieu de fon frere ,
mettez leur frere.
Même page , ligne 22 , lifez aînez . & puifnez.
72 LE MERCURE
གུ སྲིད
Que Robert le Fort n'étoit point Saxon
d'origine , mais Prince du Sang
des François .
Dplement à la Diplomatique le P. Ma-
ANS le Chapitre 10. N° 4. du Su
billon avance que Robert le Fort , tige de
la troifiéme Race de nos Rois , étoit de
Race Saxone , comme le dit Aimoin ; Saxonici
generis vir , tefte Amoino. ( a)
Cette propofition odieuſe ne devoit pas
trouver la place dans cet Ouvrage , il femble
que le P. Mabillon ne la devoit avan→
cer fur l'autorité d'Aimoin , qu'aprés avoir
refuté ce que les Sainte- Marthe ( b) , l'Auteur
du Traité des Grandeurs de la Maifon de
France ( c) , & Blondel ( d) ont allegué pour
détruire cette prétendue & cette fauffe ori
gine Saxone.
Blondel a prouvé d'une maniere fi decia
Le P. Mabillon cite le livre 1. des Miracles
de S. Benoit , ce n'eft cependant que le livre 2..
mais cette faute eft de l'imprimeur , qui en a fait.
beaucoup d'aurres dans ce livre.
b Hiftoire de la Maifon de France , 1. XI.
Chen. t. 1. p . 400. edit . 1648 .
e Chap. 6. p. 61 .
Blondel , Geneal . Franc. plenior affertio , à
pag 153. ad pag. 165.
five
DE NOVEMBRE. 73
five que Robert le Fort n'étoit point Saxon
d'origine , qu'Aimoin s'étoit trompé
& avoit trompé les autres . Ainfi le Pere
Mabillon ne devoit , ce me femble , remet.
tre fur le tapis cette origine prétendue ,
qu'après avoir démontré que Blondel s'étoit
trompé lui- même , & que fes raiſons
& fes preuves étoient fans folidité.
Joint à cela que cette origine étant
odieuſe , il ne falloit point en parler , ou il
falloit faire voir qu'elle étoit conftante . Les
bons François ont fait leurs efforts pour
détruire cette origine fabuleufe. Les ennemis
de la Nation Françoife & les envieux
de la gloire de la Maifon de France , ont
emploié le faux & le forcé pour foutenir
cette fable , & n'ont pas réuffi. Il falloit
donc laiffer à ces étrangers & aux Frondeurs
le foin de la remettre au jour.
Secondement , Aimoin eſt- il auffi croia
ble qu'Abbon Moine de Saint - Germain
des Prez , qui écrivoit du tems des fils de
Robert le Fort , qui avoit l'honneur de les
connoître , & qui affure qu'Eudes , fils du
même Robert le Fort , étoit Neuftrien ?
Francia lætatur , quamvis fit Neuftricus ille
Abbon vivoit en 866. du temps de Roe
Abb. de obfid. Parif. 1. 2. Chen . t . 2. p. 2 50.
C...
*
Preuv. de l'Orig. de la Maiſon de France , par
du Bouchet , P. 301 .
G
74 LE MERCURE
bert le Fort ; Aimoin n'a vécu que cent ,
quinze ou vingt ans après. Par confequent
Abbon eft beaucoup plus croiable qu'Aimoin
. D'ailleurs il paroît qu'Abbon écrivoit
pour Eudes , fils aîné de Robert le
Fort cela étant , peut- on préfuppofer
qu'il ait voulu le faire d'une autre Nation
qu'il n'étoit ? Peut - on croire qu'il ait affez
peu connu ce Prince , fon Roy , Regent du
Royaume , & aux portes du Palais duquel
il demeuroit , pour ignorer s'il étoit de la
Neuftric ou de la Saxe ?
Le P. Mabillon pouvoit fe fouvenir que
les Sçavans du dernier Siecle & du précedent
, qui ne fe font point piquez d'être
Frondeurs , ni de faire les efprits forts , ont
avancé & ont prouvé auffi clairement qu'on
le peut, pour des tems fi éloignez , que Robert
le Fort étoit iffu de Childebrand frere
de Charles Martel , fils de Pepin le Gros .
-
Il fe trouve même des Auteurs tres anciens
, & que le même P. Mabillon a fait
imprimer , qui affurent que Robert le Fort
étoit Prince du Sang de France , & de la
Race de nos Rois.
La Vie de S. Jacques l'Hermite le dit en
termes formels N. 21. & pag. 151. du ſecond
Volume des Actes des Saints de l'Ordre
de S. Benoit , qui ont vécu dans le quatriéme
Siecle de cet Ordre , qui étoit le neuviéme
du Chriftianifme.
DE NOVEMBRE.
75
L'Hiftoire de la Tranflation des Reliques
de S. Genoulf nous affure (f) que Robert le
Fort étoit le premier du Palais de Pepin,
Roy d'Aquitaine , & le frere de la femme
de ce même Roy.
La femme de Pepin Roy d'Aquitaine , &
Robert fon frere , étoient enfans de Theodebert
Comte de Madrie, fils de Nebelong,
& petitfils de Childebrand frere de Charles
Martel.
Cette origine eft tres- Françoife , & le
P. Mabillon l'auroit fans doute reconnuë ,
s'il avoit pris garde que Robert mari d'Agane
, dont parlent les Auteurs de la Vie
de S. Jacques l'Hermite , & de la Tranflation
des Reliques de S. Genoulf, eft le même
Prince que Robert le Fort , qui avoit
épousé en fecondes noces Adelaïs veuve de
Conrard Comte d'Auxerre , & Prince du
Sang de nos Rois . Le P. Jourdan Jefuite , a
taché de le prouver (g); & on a depuis fortifié
fon fentiment par des preuves tirées de
la poffeffion des biens apportez en dot
Agane à Robert le Fort fon mari , & qui
étoient paffez depuis aux filles qu'il en avoit
euës .
fe
par
L'extraction Françoife de Robert le Fort
prouve encore par une Charte de Charf
Sec. Bened. IV. t. 2. p. 226 & 227.
g Dans fa Critique de la Maifon de France
P. 261 & fuiv.
Gij
76 LE MERCURE
les le Simple,que Doublet ( b) a fait imprimer
; elle eft de l'an 917.Charles le Simple y
traite de parent Robert Comte de Paris, fils
de Robert le Fort. On ne trouveroit point
cette parenté , à moins que de la prendre
du côté paternel. Charles le Simple & Ro- .
bert ayant la même origine par les mafles
& ayant l'un & l'autre pour Ayeul éloigné,
Pepin le Gros , petit-fils de S. Arnoul .
Ce que prouve d'une maniere decifive la
Vie de S. Adalard , Abbé de Corbie , compofée
par S. Pafcafe Ratbert fon Religieux,
& l'un des plus habiles hommes de fon Siecle.
Pafcafe dit qu'Adalard étoit iſſu des
premiers Rois de France .
Adalardus puer bona indolis cujus quidem
Genealogiam non filet Antiquitas , &
ideò quanta Nobilitatis fuerit celare non potest
Pofteritas , fecundùm enim totius generofitatis
genealogiam ab ingenuis Francorum
Regibus deducens nativitatis lineam , B 、rnardum
fratrem Magni Pipini Regis habuit
Patrem. ( a )
Il paroît par ce paffage de la vie d'Adalard
imprimée par les foins du P. Mabillon
qu'Adalard étoit fils de Bernard , frere
h Doublet Hift . de Saint Denis p . 814.
Ita tamen ut quamdiu advixerimus pro ftabilitate
falutis noftra & confanguinei noftri Roberti
Abbatis Septem pfalmorum &c.
a Vita S. Adalard . Abb. Corbienf. N. I. Sæc .
Bened. IV. part. I. P. 346.
DE NOVEMBRE. 77
du Roy Pepin , & comme lui , fils de
Charles Martel. Or , Adalard étant reconnu
iffu des Rois des François , & étant
inconteftable que Pepin frere de Bernard
a été le premier des defcendans de Saint
Arnoul , qui a été Roi des François , comme
l'affûrent auffi Hincmar (b) Archevêque de
Reims , Heriger Abbé de Lobbe, ( c ) Pierre
le Bibliotequaire , ( d ) & Aimar de Chabanois
, ( e )
Si Pafcafe Ratbert nous apprend dans
la vie d'Adalard que les Rois de la Seconde
Racé étoient iffus des Rois de la
Premiere , l'ancien Aureur des Miracles du
même Saint Adalard nous fait aufli connoître
que les Rois de la Troifiéme Race
étoient iffus du même Sang que ceux de
la Seconde.
Cet Auteur nous dit , que les Moines
de Corbie ayant porté en Flandres les Reliques
de Saint Adalard leur Abbé , Adelle
fille de Robert de France , & femme de
Baudouin , dit le Pieux , Comte de Flandres
, voulut retenir ces Refiques , parce
que certe Princeffe difoit qu'elle étoit parente
de ce Saint , & de la même Race.
b Capit. Carol . Calvi tit . 41. C. 4. t . 2 . P. 220
Vita S. Vifmar. ab Herigero , Sæc . Bened .
III. part. 2. p. 611.
d Petr . Bibl. Chron, ad ann . 751 .. Chen . t . 3 .
P. 541.
e Chron. Ademar. Bibl . t. 11. p. 156.
G iij
78
lant
aux
Moines
de
Corbie
,
San
&
tum
Ada-
Sciatis
,
Domini
mei
,
dit
-
elle
,
en
par-
LE
MERCURE
Fardum
commanis
generis
confanguinitate
mihi
effe
proximum
.
(
f)
Com-
Adalard
étant
de
la
Race
Royale
,
&
iffu
des
premiers
Rois
des
François
,
me
Pafcafe
Ratbert
Auteur
contemporain
de
Charlemagne
&
de
Louis
le
Debonhaire,
nous
en
aflure
,
il
faut
convenir
que
les
Rois
de
la
Troifiéme
Race
font
iffus
de
la
méme
Race
Royale
,
&
des
mêmes
Rois
des
François
de
la
Premiere
Race
,
la
Princeffe
Adelle
,
Comteffe
de
Flandres
,
fille
de
Robert
Roy
de
France
,
le
difant
en
termes
formels
:
ainfi
joign
ant
cette
preuve
à
celles
qu'on
tire
des
vies
de
Saint
Jacques
l'Hermite
&
de
Saint
Genoulf
,
que
je
viens
de
rapporter
,
&
à
diverfes
autres
que
je
pourrois
encore
alleguer
de
choquer
la
verité
,
que
Robert
le
Fort
n'étoit
point
Saxon
d'origine
,
comme
le
on
peut
avancer
fans
craindre
de
la
Race
Royale
&
du
Sang
des
Rois
dit
l'Interpolateur
d'Aimoin
;
mais
il
étoit
de
France
,
comme
iffu
du
même
Sang
que
le
Grand
Clovis
par
Saint
Arnoul
.
del
,
les
Sainte
-
Marthe
,
&
l'Auteur
du
Je
n'alleguerai
point
ici
tout
ce
que
Blon-
Traité
des
Grandeurs
de
la
Maifon
de
f
Mirac
.
S.
Adalard
.
1.
2.
c.
4.
n
.
6.
Sæc
,
Ben
.
V.
part.
1.
p.
368 .
DE NOVEMBRE. 79
France , ont rapporté pour faire voir que
quand Aimoin a dit , que Robert le Fort
étoit Saxon d'origine , il a feulement voulu
dire , que Robert étoit de la Saxe Françoife
, qui eft fituée dans la Neuftrie , partie
de la Monarchie Françoife ; où les
Ancêtres & les Defcendans de Robert le
Fort , ont eu leurs établiffemens les plus
confiderables .
Le Pere Daniel Col. 197. du premier
Tome de l'Hiftoire de France , a trés bien
remarqué , aprés Gregoire de Tours , l'origine
des Saxons François ou de Bayeux ,
& qu'ils étoient connus fous ce nom dés
le Regne des Petits - Fils de Clovis.
Leurs raifons paroiffent fortes , fur- tout,
celles de Blondel ; mais fans m'y arrêter,
je doute fort que le Saxonici generis vir ,
qui fe trouve dans Aimoin , ne foit une
note miſe à la marge aprés coup, qui a paffé.
enfuite dans le texte du corps de cette
Hiftoire , lors qu'on en a fait de nouvelles
copies , ou qu'on l'a imprimé , ou un mot
abregé , mal lû , ainfi que Belleforest l'a
obfervé fur le Manufcrit même , note A.
Liv. 3 chap. 1. Hiftoire de Hugues Capet .
Une raifon qui me le fait croire , eft ,
qu'Aimoin diſant que Robert le Fort ,
Comte d'Anjou , Seigneur d'origine Saxone
, à qui le Roy avoit donné le Gouvernement
de ces Pays , avoit vigoureuſe-
G iiij
180 LE MERCURE
ment foutenu les efforts des Normans ,
affifté des plus Grands Princes de la Neuftrie
; fçavoir de Ranulphe & de Lambert ,
ajoute , comme le dit Adrevald Auteur
trés- éloquent dans le Livre premier. ( g) Obftitit
primò eorum fævis conatibus Robertus
Andegavenfis Comes Saxonici generis vir ,
cui per id locorum à Rege fumma delegata
fuerat , adnitentibus fibi præeminentiffimis
Neuftria viris , Ranulpho atque Lamberto,
uti eloquentiffimus Autor priori refert
Libro. Or Adrevald ne parle nullement de
la prétendue origine Saxone de Robert le
Fort , il fe contente de dire :
» Les efforts des Normans furent fouvent
» repouffés & rendus inutiles par les Ducs
» qui fe fuccederent les uns aux autres
» dans ce Pays ; fçavoir par Lambert , Ro-
» bert , & Ranulphe ; mais ces Ducs ayant
» peri de diverfes manieres , toute la Neu-
» ftrie fut exposée au pillage de ces Peuples.
( b ) Præterea Norman .... fuerunt
eorum peffimi conatus , fuerunt à Ducibus illarum
Regionum fibimet fuccedentiumfruſtrati
, Lamberto fcilicet atque Roberto , nec non
Rainulfo , fed illis variâ pereuntibus forte ,
&.c.
Aimoin avouant qu'il a pris dans Adrevald,
ce qu'il dit des courfes des Normans
( g ) Aim . de Mirac . S. Bened . L. 2. c. I.
( h ) Adrevald de Mirac. S. Bened. L. 1. c . 33 .
DE NOVEMBRE.
& des efforts que firent Lambert , Robert le
Fort , & Ranulfe pour les repouffer ; &
Adrevald ne parlant point de la prétendue
origine Saxonne de Robert le Fort , il eft
für qu'Aimoin n'en a point parlé non plus,
& que ce qui s'en trouve dans fes ouvrages
, eft une Interpolation & une Glofe
ancienne que des Copiftes ignorans ou malicieux
, ont fait paffer dans le corps du
difcours. Adrevald vivoit , comme je viens
de dire , du temps de Robert le Fort &
de fes fils , & Aimoin n'a vécu que plus
de cent quinze ou vingt ans après..
On ne peut pas croire qu'Aimoin foit
fans Interpolation. Le Pere Mabillon nous
affure lui-même qu'un Moine de l'Abbaye
de Saint Germain des Prez , avoit ajouté
à l'ouvrage d'Aimoin ce qui s'y trouve qui
regarde l'Hiſtoire de cette Abbaye . ( i ) Čer
Aimoin interpolé , a été donné au Public
par du Breuil.
Le Manufcrit d'Aimoin n'eft pas le feul
qui ait été interpolé. Plufieurs autres l'ont
été aufli , comme l'Auteur de la Diplomatique
le remarque lui - même . ( 1 ).
Quand il ne feroit pas vray que cet en
droit d'Aimoin fût interpolé , comme il
l'eft , je ne vois pas qu'on y dût ajouter
(i) Suplem. Deredipl. c . 6. n. 3. P. 25.
1 ) Notæ ad Lib. 2.- Mirac . S. Bened . fxc.
Bened. 4. part. 2. p . 357.
82 LE MERCURE
beancoup de foi , puifqu'il fe trouve plein
de fautes. La premiere eft la prétenduë
origine Saxonne de Robert le Fort. La
feconde confifte en ce que Ranulfe & Lambert
y font qualifiés les Premiers de la Neuftrie
,
Adnitentibus fibi præeminentiffimis Neuftriæ
viris Ranulfo atque Lamberto.
Il eft fur que Ranulfe & Lambert n'avoient
point leurs établiffemens dans la
Neuftrie. Ranulfe étoit & mourut Duc d'Aquitaine
, comme nous l'apprenons des Annales
de S. Bertin & de Mets , compofées
par des Auteurs contemporains . ( a )
Ranulphe étoit auparavant Comte de
Poitiers. On peut voir là- deffus Befly dans
fon Hiftoire des Comtes de Poitou . (b) Or
il n'y a perfonne qui ne fache que les Pays
de delà la Loire, étoient du Royaume d'Aquitaine
. On fçait auffi que ni.ce Royaume
d'Aquitaine en general , ni aucun des pays
qui le compofoient en particulier , n'ont été
connus fous le nom de Neuftrie , & n'ont
point fait partie du Royaume ni du Pays de
Neuftrie fous toute la feconde ni fous la
troifiéme Race de nos Rois.
Si Ranulfe Duc d'Aquitaine , ne fut point
a Annal. Bert . ad ann. 866. Annal. Metenf.
ad ann . 867 .
b Belly Hift. des Comtes de Poitou , chap. s.
page 13. & fuiv.
DE NOVEMBRE. 83
un des grands Seigneurs de Neuftrie ; s'il
fut au contraire un des Grands d'Aquitaine ,
on doit dire le même de Lambert , qui
étoit Comte de Nantes. ( a )
Joignons une troifiéme faute aux deux
précedentes, fçavoir qu'Aimoin place Lambert
aprés Robert le Fort & Ranulfe Comte
de Poitiers , quoique Lambert foit plus
ancien qu'eux : ce qu'Adalard avoit évité ,
plaçant Lambert avant Robert le Fort , &
celui- ci devant Ranulfe . Ces fautes , qui
font groffieres , font voir combien on doit
peu compter fur l'autorité d'Aimoin, quand
il parle d'un fait qui n'eft pas de fon tems ;
combien peu , dis je l'on doit faire fond
fur un Auteur qui ne ſe donne pas même
la peine de diftinguer les pays aux frontie
res defquels il demeuroit.
Cela étant , comment affurer fur fon témoignage
feul , que Robert le Fort étoit
Saxon d'origine ; car Aimoin eft le premier
qui l'a dit , en cas que ces trois mots
Saxonici generis vir foient de lui ; ce que
je ne crois pas fur les raiſons que j'ai alleguées
: & comment l'affurer , lorfque des
Auteurs plus anciens , contemporains de
Robert le Fort , difent le contraire ?
a Preuv. de l'Hift . des Comtes de Poitou par
Befly , p 179.
Annal. S. Bert. & Metenf, ad ann. 843. & ſuiv .
84
LE MERCURE
L
E Cantique fuivant eft de M. de Court,
Abbé de Saint Serge , & frere de M.
de Court , fi connu par ſon eſprit & Son
érudition , cy-devant Gouverneur de Mon-
Seigneur le Duc du Maine ; i eft auffifrere
de M. de Court , fous - Gouverneur de
Monfeigneur le Duc de Chartres . Cet Abbé
eft Membre de l'Academie d'Angers , diftingué
par la politeffe , fon bon goût , ſafacilité
, & fon talent pour la Poësie .
Traduction en vers du Cantique
de Moïfe, Audite, cæli, qua loquor.
Oife prononça ce Cantique en prefence
du Peuple : & par un efprit de prophetie
il y prédit , avant que de mourir , tous les
malheurs qui devoient arriver aux Ifraëlites .
Ciel , écoute ce que je chante !
Terre.... filence ! entend ma voix !
N'êtes-vous pas l'oeuvre
des doigts :
Et de la main toute puiſſante
,
Du Dieu feul l'arbitre des Rois ?
De même qu'au matin une douce rofés
Tombe & diftile fur la fleur ;
Qu'ainfi , de mes difcours l'énergique douceur
DE NOVEMBRE.
85
S'infinuant dans la pensée ,
Penetre jufqu'au fond du coeur ;
Et que l'ame à mes chants faintement disposée ;
De cette celefte liqueur
Se trouve fans ceffe arrofée.
Peuple , invoque avec moy, lefaint nom du Tres-
Haut ,
Dont tout annonce la prefence ,
La grandeur , la magnificence ;
Ecoute , & tu sauras bien- tôt ,
Que les effets de fa puissance
Sont exempts du moindre defaut.
Le vrai Dieu feul eft fort & juste v
Le centre de la verité ;
Non , non , jamais l'iniquité
N'aprocha de fon thrône augufte.
Cependant, peuple ingrat , fans honte &fans retour,
Tes infidelitez combattent fon amour :
Eft - ce ainfi donc que ton caprice ,
Ta folie & ton injustice ,
Te font oublier fes bienfaits ?
Comment peux tu perfide, ignorer à jamais,
*
Que par certaine preference
Il fçût t'aracher au neant ?
Que tu dois tout à fa clemence ,
Qu'il eft pere , & toy son enfant ,
Et que fon bras feul triomphant
Fût tonazile & ta défenſe ?
86 LE MERCURE
N'eft ce donc pas affez ?"
Regarde lesfiecles paffez :
Non , ce n'eft pas à tort , qu'on vous prend pour
des traîtres ;
Enfans , confultez vos ancêtres !
De votre ingratitude ils feront les témoins :
Par quels prodiges ! par quels foins !
Ce Dien par fa bonté ſuprême ,
D'Ifrael ayant fait le choix ,
N'enfut- il pas le protecteur luy-même
Et le vangeur tout à la fois ?
Ce Dieu punit autant qu'il aime ,
Tout mortel qui mépriſe ou rejette fes loix :
Ifrael , tes ayeux encore
Te redirònt qu'aux Nations ,
Partageant fes poffeffions ,
Que voit le Couchant , ou l'Aurore ;
Qu'enfeparant tant de climats ;
Il faut en fixer les limites ,
Et qu'aux enfans d'Adam prefcrites,
Ses dons firent autant d'ingrats :
Mais , Jacob feul fut fou partage ;
Et Dieu ne voulut pour le fien ,
Et pourfon plus cher heritage ,
Que fon peuple avec luy s'unit d'un doux lien :
Dans une vafte folitude
Où regnoit l'horreur & l'effroy ,
Que Dieu ne fit-il pas pour toy ?
! DE NOVEMBRE. 87
Il calma ton inquietude ,
Il t'environna dans ces lieux
Il t'inftruifit de fa doctrine ;
Et plus cher pour luy que ses yeux ,
Sur toy veilloit fa main divine.
C'étoit peu , fur fon dos facré ,
-Ayant égard à ta foibleſſe ,
Celuy même qui t'a créé ,
A la foutenir s'intereffe.
Tel que l'aigle autour des aiglons ,
D'une aile inquiete voltige ,
Et tâche à les rendre plus prompts ;
Ainfi , Dieu jamais ne neglige
D'exciter fes enfans par fes foins & fes dons,
Il en fut l'azile le guide ,
Les mit à l'abry du danger
De prefenter l'encens perfide ,
Aux Dieux qu'adore l'Etranger ;
Il rendit Ifrael le maître ,
Des terres fertiles en fruits ,
Que la Providence yfait naître.
Le vin , le laict , y font produits ,
L'huile , le miel , prodige étrange ,
Pour luy font tirez du rocher.
Le Tres Haut veut il le toucher?
D'abord pour Ifrael , tout s'enrichit, tout change ;
La fleur des bleds , les chevres , les agneaux ,
88 LE MERCURE
Tout , à l'envi , fait sa richeffe >
La terre ainfi que les troupeaux ,
Tour à tour le nourrit , l'engraiffe :
Cependant , l'oubly des bienfaits
Regne dans ton coeur indocile ;
Ce que Dieu fait , eft inutile ;
Ifrael des plaifirs ne fent que les attraits.
De tant de bontez , tant de graces ,
Refte-t-il chez luy quelques traces ?
Non; ce n'est que des Dieux muets ,foibles &fourds,
Qu'il attend l'unique fecours.
Il prodigue aux faux Dieux un encens adultere i
Dieu le voit , toutfon coeur eft ému de colere :
Que ce peuple , dit il , éprouve ma fureur ;
Je veux que pour punir cette Race maudite ,
Dont le culte profane infpire de l'horreur,
Ma prefence luy foit à jamais interdite :
Oui, fur tant d'infidelitez ,
Fettons des regards irritez ;
Il a caufé ma jalousie,
Son idolatre frenefie
Arme mon bras pour me vangers
Puniffons - le de fa folie!
Adoptons un peuple étranger !
Oui , par ma fureur allumée ,
Que la terre foit confumée !
Que les monts jufqu'aux fondemens,
Sentent de prompts écroulemens !
Et
DE NOVEMBRE. 89.
Et que la nature allarmée ,
A l'afpect des embrasemens ,
Craigne mes juftes châtimens !
Qu'à les punir mon bras s'apprête !
Raffemblons fur luy tous les maux ,
Que les plus terribles fleaux
Frappent fa criminelle tête !
Epuifons fur luy tous mes traits !
Ceux que mon ire & ma vengeance ,
Viennent d'aiguiſer tout exprès :
Pour abbattre fon infolence ,
Cherchons des fupplices nouveaux !
Qu'une horrible faim les devore !
Et fi ce n'eft affez encore ,
Que par tout privés de tombeaux ,
Ils fervent de pâture aux ferpens , aux corbeaux
Dans le coeur de ces enfans d'Eve ,
Faifons entrer le noir remords ;
Et qu'au dedans & au dehors
Triomphent la crainte & le glaive !
Que la fille & lefils , & l'épouse , & l'époux ,
Ee jeune , le vieillard , l'enfant à la mamelle ;
Que cette Nation infensée & rebelle ,
Sente jufqu'où va mon couroux !
Que le ferfe prêtant à ma haine immortelle ;
Puiffe les exterminer tous !
Où font, dirayje alors, ces gens fiers deleur gloire ? .
Queleur nom foit rayé du nombre des vivans !
H
90 LE MERCURE
Qu'il r'entre dans l'oubli des ans >
Et qu'à jamais périffe leur memoire &
Mais , non , fufpendons leur trepas .
De crainte que s'en orgueilliffe
Leur Ennemi , qui par caprice
"Croiroit ne devoir qu'à fon bras ,
Ce qui n'eft dû qu'à ma juſtice.
Qu'il n'ofe jamais fe flater
Que c'eft fa force , &non la mienne s
Que cet infenfe fefouvienne
Qu'il ne doit rien me diſputer :
Leur projet étoit inutile i
Pouvoit il donc s'imaginer
Qu'unfeul homme en fit fuir deux mille ?
Quoi !feroit- ce depuis qu'un Dieufoible & d'argiler
A voulu les abandonner !
N'étoit-ce pas pour eux un miracle vifible ?
Oui , le Dieu d'Ifrael veille en tous leurs befoins i
Comme un Idole il n'est point infenfible ;
Ses ennemis font les témoins
'
Qu'à faforce tout eft poffible.
A
quoi nefont - ils pas réduits ?
Leur forfait les rend ma victime.
Penfent- ils porter quelques fruits ?
Ce ne font que les fruits du crimes
Ils reffemblent à ces raifins ઢે
Produits fous Sodome & Gomore
Et leurs coeurs font antant de grains
DE NOVEMBRE. 91
Infectez d'un fel que j'abhore.
Tout n'eft il donc pas renfermé
Dans les trefors de ma fcience ?
Oui , mon bras feul doit être armé ,
Et s'eft refervé la vengeance.
Tremblez , ingrats , & craignezsafureur &
Redoutez le poids defa haine ;
Devant lui marche la terreur ,
Votre perte ferable certaine .
Je vous dirai pour lors : Oùfont ces Dieux mortels ?
Ces Dieux à qui vos mains ont dreffé des autels ?
Pourront- ils extendre vos plaintes ,
Et raffurer vos justes craintes ?
Vains préjugez! funefte aveuglement !
Reconnoiffez dans ce moment
Quej'ai toujours esté votre Dieu , votre pere ,
Que je bleffe & gueris ; & qu'arbitre du fort ,
Je tiens entre mes mains & la vie & la mort ;
Tout doit redouter ma colere.
De même que l'éclair , mon glaive percera ,
Quand fur més ennemis ma main le conduira z
Sur eux jeferai mille breches;
L'on verra fortir de leur flanc
Des flots de ce coupable fang s
Et j'en veux enivrer mes fleches.
Oui , que leur fang me foit rendu,
Pour celui qu'ils ont répandu.
Vengeons & l'infulte l'outrage
Hij
92 LE MERCURE
De mon peuple dans l'esclavage.
N'ai-je donc pas trop attendu ?.
Louez , Nations de la terre ,
Ifraël , du vrai Dieu le feul adorateur.
Dès qu'il devient ſon protecteur ,
En vain lui faites - vous la guerre .
Ne faura-t-il pas le venger
De l'Incirconcis étranger ?
Tandis qu'à fon peuple propice ,
One longue fertilité
Le vengera de l'injustice
De ceux qui le tenoient dans la captivité.
PARAPHRASE
Du Cantique de la Vierge . S. Luc , chap. I.
O D E.
Par Monfieur D. L. R.
Ains attraits de la Creature ,
Fuiez de mes yeux pour jamais :
C'est le Maître de la Nature
Qui peut m'occuper deformais :
Livrée à l'efprit qui m'entraîne ,
Je fens en moi croître la haine ,
Que je porte à vos dures loix :
Et. L'unique objet de ma flame
+
DE NOVEMBRE
. 95-
Eft de livrer toute mon ame
A la gloire du Roy des Rois.
Ouy dans les tranfports de la joye
Où je m'abandonne aujourd'huy ;
Je sens que mon coeur fe déploye
Pour ne plus s'attacher qu'à lui z
Seul Auteur de mon allegreſſe ,.
Je veux que toute ma tendreſſe
Chante le nom de mon Sauveur ;
Et que les accens qu'il m'inſpire,
Faffent voir que je ne reſpire
Que pour mon Maître & mon Seigneur..
Ainfi d'un regard favorable.
Affurant ma felicité ,
L'Eternel toujours fecourable-
A beni mon humilité :
Source de mon bonheur extrême ,
Quy , le Dieu d'Ifraël luy- même:
Prend en pitié les malheureux ::
Mais , ô bonheur ! o destinée !.
Puiffe à jamais la Renommée
Le dire à nos derniers neveux.
Apprennez , Peuples de la Terre ,
Dira t'elle aux Mortels furpris
Qu'enfienle Maitre du Tonnerre
foudroyé fes ennemiš ;
94 LE MERCURE
Heureux terme de fes Oracles !
Sa main fi feconde en miracles
A manifefté fon pouvoir ;
Et par là fon nom & fa gloire
·Graveront dans votre memoire
Que fa Loi fait votre devoir.
Publiez-le de Race en Race &
Et dites à tout l'Univers ,
Que l'immense don de fa grace
Vous foumit cent Peuples divers :
Qu'auſſi vos ayeux , fans contrainte ,
Par une filiale crainte
Firent benir tous leurs fouhaits s
Et que cette crainte fondée
Sur l'amour , qui l'avoit guidée ,
Leur merita tant de bienfaits.
Il a dévoilé le mystere ,
Ce Dieu , dont vous chantez le nom,
Redoutable dans fa colere ,
Enfin il a vangé Sion :
En vain l'orgueil & l'infolence
S'opposeroient à fa puiſſance ,
Il ouvre aujourd'huy fes trefors =
Et fon bras ariné de la fondre
En un inftant reduit en poudre
Le coupable & fes vains efforts.
DE NOVEMBRE.
95
Maitre de la Machine ronde .
Souverain de tous les Etats ,
Il peut égaler dans le Monde
Les Sujets les Potentats :
Ainfi tel est né fur le Trône ,
Qui perd la plus riche Couronne ,
Pour prendre un habit de Forçat
Et tel commence fa carriere
Dans l'abîme de la pouffiere
Pour la fournir avec éclat.
Malgré nos projets temeraires
Dieu nous fait fentir ſå grandeur ;
Mais par des routes bien contraires
Tout cede aux Loix du Createur ;
Arbitre des biens qu'il difpenfe ,
Tantôt il répand l'abondance
Dans les lieux les plus méprif z 3:
Et bien-tôt par un faint mélange .
Il fait réplonger dans la fange
Ceux qu'il en avoit retirez.
Scachez donc que toujours fincere
Et toujour également bon ,
Votre Dieu finit la mifere
Et l'aveuglement de Sion ;
Que délivrant par la fageſſe
Des coupables que fa tendreffe
N'avoit pas encore oubliez
36 MERCURE LE
La promeffe qu'il execute
Vous a relevé de la chute ,
Où vos ayeux s'étoient livrez.
Tels étoient de fa Providence
Les ineffaçables décrets :
Tels , Ifraël dans fa naiẞance
En avoit appris les fecrets :
Sur cette promeffe efficace
Abraham pour toute fa Race
Quitta fes parens & fon lieu :
Mais , ô ! Peuple , inſtruit par ſon zele ,
Souviens- toi de refter fidele
Et de fervir toûjours ton Dieu.
PLA C.ET
A S. A. R. Monfeigneur le Duc
D'ORLEANS , Regent
du Royaume.
Pour lui demander la confervation du
Tabac de Clairac.
'D'Ans ces lieux tout remplis du bruit de res bienfaits
,
Rarmi les cris flateurs d'allegreffe & de zele,
Ma voix tremblante ofera t'elle
Faire entendre quelques regrets ?
Mais
DE NOVEMBRE.
27
Mais je fens qu'à ce brait ma craintefe diffippe ,
La douceur de Titus accompagne Philippe
,
Il me femble la voir m'appeller prés de lui ,
• Me dire
> en me montrant un Peuple qui l'adore ,
Que ces mêmes malheurs , qu'à fes pieds je déplore ,
Me tiendront lieu d'appui.
C'eft -là tout mon efpoir . digne fang des Rois,
Excuſe mon amour pour ma triſte patrie :
Produire une plante cherie .
Etoit le plus beau de fes droits :
>
Pour foulager l'ennui des mortels miferables ,
Le Ciel nous accorda ces feuilles fecourables
La Terre avec plaifir les reçut dans fonfein :
Clairac, aux bords du Lot , en cueillit les premices.
Et fon heureux terroir les rendit les délices
De tout le Genre humain.
On nous ôte ce bien : on l'ôte au monde entier.
L'affligé Laboureur perdra la recompenſe ,
Et le charme plein d'innocence ·
Des fatigues de fon mêtier.
Il gemit. De chardons fe heriffe la plaine ,
Ses inutiles boeufs femblent fentir fa peine ,
Sa femme fes enfans languiffent dans fes brast
Ah Peuple infortuné ! " Si Philippe lui - même
Pouvoit être témoin de ta douleur extrême ,
Tu ne perirois pas.
Quoi, dans le même tems qu'au bout de l'Univers,
I
98. LE
MER
CURE
On change enlieux charmans des campagnes defertes,
Nos plaines d'habitans couvertes
Vont devenir d'affreux deferts !
Qu'on prive donc auſſi deux celebres Provinces
De ces vins deſtinez à la table des Princes ,
Que des champs d'Arabie on arrache l'encens ;
Afin que la nature à fon tour indignée
De voir par des ingrats fa puiffance bornée , .....
Nous redonne les glands.
Nos pertes font , dit-on , utiles à l'Etat.
Ainfi plaignant par tout fes fortunes diverfes ,
Comme autrefois à fes traverses ,
On nous immole fon éclat .
Mais, dans de fi beaux jours ,nos maux& nos miferes
Au falut de l'Etatfont ils fi neceffaires ?
Ne lui fuffit- il pas de tes feules vertus ?
Non, non ; écoute nous , malgré ces vains obftacles,
Que faut- il après tout , dans ce temps de miracles ,
Qu'un miracle de plus ?
LABAT , de Clairac.
DE NOVEMBRE.
ELEQUE
7819
* EXTRAIT DU SECOND TOME
de la vie & avantures de
ROBINSON CRUSOE.
Ous donnâtes Monfieur
dans le Mercure d'Aouft dernier
, un extrait de la Relation
de Robinson Crafoe ; les éve-
LYON
*
7893
nemens en font fi finguliers , que le Traducteur
crut devoir proteſter dans fa Preface
qu'ils n'en étoient pas moins vrais
en voici une fuite , qui , aux genies près ,
reffemble fi fort aux avantures de Sinbad
le Marin (a ) , qu'au defaut de la verité
l'efprit en fera du moins frappé de furprife.
Il paroît que la Providence auroit
mis cet Anglois au monde , comme un
être moyen entre la nature & les miracles ;
propre d'un côté à confondre les incredu
les, & de l'autre à foutenir les préjugez
d'une bonne éducation , & dont par confequent
la vie devoit être tres variée ,
juſqu'au point même de faire dire au Leoteur
que
Le vrai pent quelquefois n'eftre pas vraifemblable.
(b)
a Voiez les Mille & une Nuit.
b Defpreaux,
DE
L
37714
5
1
Iij
LE MERCURE.
C'eſt dequoi le Public va juger par cet
extrait.
A fon retour en Angleterre , Robinſon
qui fe voyoit puiffamment riche , prit le
parti de mettre fin à fes courfes , & pour
cet effet il fe maria , & acheta plufieurs
Terres ; mais les reflexions que cet établiffement
devoit lui fournir ne purent
l'emporter fur fon temperament qui l'entraînoit
à la vie errante : fa femme com-
-batit fa tentation , mais malheureſement
pour lui elle mourut avant que d'avoir
bien déraciné de fon coeur la paffion qu'il
avoit pour les voyages , & en même-temps
un de les neveux , Capitaine d'un Vaiffeau
Marchand , le vint prendre par fon foible ,
en lui annonçant qu'il alloit partir pour
la Chine , & qu'il avoit ordre de toucher
au Brefil ; ainsi , mon Oncle , pourſuivit- il ,
fi vous voulez venir avec moy , je me fais
fort de vous faire revoir vôtre Ifle . L'attaque
étoit forte , auffi notre Auteur n'y reſiſta
que foiblement , & il fut déterminé par
le defir de revoir les petits Etats où il avoit
regné autrefois avec plus de felicité que
n'en goûtent dans les leurs fes freres les
autres Monarques.
Plein de cette envie & penetré de la
maxime qu'un Prince ne doit avoir d'autre
but que le bonheur de fes Sujers , il
Le prepara à paroître devant eux d'une
"
DE NOVEMBRE. 101
façon à faire benir fa vifite . Avant que de
paffer plus avant je dois r'appeller au Lecteur
de la premiere partie , que Robinſon
en partant avoit laiffé dans les Etats cinq
Matelots du Vaiffeau Anglois qui le tranfporta
en Europe , & que de plus il avoit
envoyé le Capitaine Efpagnol avec le pere
de Vendredy en ambaffade vers feize Portugais
ou Efpagnols, qui vrai femblablement
auroient accompagné les deux députez ,
& feroient venus s'y établir : Sur cette
fuppofition qui fe trouva vraye , il engagea
pour l'augmentation & les commoditez de
fa Colonie deux Charpentiers , un Serru
rier , un Tonnelier , & un Tailleur ; de
plus il acheta une affez grande quantité
de toiles & d'étoffes legeres pour leur fervir
au moins pendant fept ans ; il y joignit à
proportion chapeaux , bas , fouliers , lits,
batterie de cuifine ; & enfin la plupart des
chofes dont la privation l'avoit fi fort incommodé.
Il n'oublia pas non plus les
provifions de guerre dont la quantité auroit
fuff pour plus de cent hommes. Robinſon
ayant fait mettre à bord toutes ces
munitions , partit le 18 Janvier 1695 ,
accompagné de fon fidele Vendredy : Le
20 Fevrier le Bâtiment fur lequel il étoit
entendit quelques coups de canon pendant
la nuit , qui furent fuivis d'une grande
flâme , d'où l'équipage conclut que ce de-
I iij
102 LE MERCURE
voit être un Vaiffeau où le feu avoit pris .
Sur ce principe on fit des fignaux au Navire
en peine , & on mit à la cape jufques
au jour : Avant qu'il fût venu , le Navire
fauta en l'air , & peu de temps après la
Alâme difparut , fans doute parce que le
refte avoit coulé à fonds enfin fur les
huit heures du matin on découvrit deux
chaloupes pleines de monde qui faifoient
. force de rames , quoi qu'avec vent contraire
, du côté qu'elles avoient apperçu
les fignaux du Bâtiment de Robinſon.
Quand on les eut jointes , le Capitaine
du Vaiffeau les reçut tous dans fon bord ,
au nombre de foixante perfonnes , tant
hommes que femmes & petits enfans ; leur
Bâtiment du port de 300 tonneaux étoit
party de Quebek pour venir en France ;
le feu y avoit pris par la faute du Timo
nier , & s'étoit declaré avec tant de violence
, que ne pouvant être éteint , ces
malheureux furent obligez de fe jetter dans
deux Chaloupes affez grandes , qu'ils
avoient par bonheur , fans autre confolation
que de fe dérober au feu , & d'ailleurs
fort embaraffez , puifqu'ils étoient
à plus de cinq cens lieues de terre , avec
fort peu de provifions : Heureufement le
Navire Anglois les tira de peine ; leur joye
d'être fauvez étoit fi vive , qu'ils l'exprimoient
les uns par leurs larmes & par des
DE NOVEM BRE. 10 %
cris , les autres fautoient , danfolent , &
faifoient des éclats de rire , il y en cur
qui s'évanouirent ,. & enfin de tout ce nom--
bre il n'y eut qu'un jeune Preftre qui fe
poffedât parfaitement , & qui en entrant
dans le Vaiffeau fe jetta à genoux pour
remercier Dieu de l'avoir tiré d'un fi grand
péril. Les vents ayant pouffé le vaiffeau
du côté de Terre- Neuve , on y laiffa tout
ce monde , à l'exception du Prêtre qui
defira faire le voyage des Indes .
Le 19 Mars 1695 le Navire fe trouvant
par les 27 degrez 5 minuttes de latitude
Septentrionale , découvrit un grand
Vaiffeau qui tira d'abord un grand coup
de canon pour avertir qu'il étoit en détreffe
: on l'aborda en peu de temps , &
on apprit qu'il étoit de Bristol , & qu'il
revenoit des Barbades , d'où un ouragan
l'avoit jetté hors de fa route , dans le temps
que le Capitaine & le premier Contre-
Maître étoient à terre , ce qui les avoit
privés des gens capables de les conduire .
Comme ce Vaiffeau n'étoit pas avitaillé ,
l'équipage avoit éprouvé toutes les horreurs
de la faim , plufieurs en étoient morts,
& quand on commença à leur donner
des vivres , ils fe jetterent deffus avec tant
d'activité , que dans la crainte que ce fecours
ne leur fût pernicieux , on fut obli
gé de prendre les armes contre eux , &
I iiij
204 LE MERCURE
de les menacer de les abandonner , s'ils ne
mangeoient avec prudence. Quand ce premier
danger fut paffé , on leur fournit
abondamment de quoy continuer leur
route .
Notre voyageur ne voulant point charger
fa Relation du détail ennuyeux de la
route , nous apprend que le dix Avril fuivant
il découvrit fon Ifle , après avoir
croifé pendant quelque temps à l'embouchure
du fleuve Orenoque . Dès qu'il y eut
abordé , il fe fit mettre à terre avec Vendredy
& le jeune Prêtre François , & eſcorté
de feize Moufquetaires bien armez ,
de peur de rencontrer dans fes Etats quelques
Sauvages qui n'en voudroient pas
reconnoître le Seigneur.
Robinſon ne s'étoit point trompé , en
fuppofant qu'il devoit y trouver les Efpagnols
vers lefquels il avoit envoyé des
Ambaffadeurs : ils avoient effectivement
fuivi leur Capitaine & le pere de Vendredy,
& des cinq Anglois qu'ils trouverent à
leur arrivée , il y en eut trois qui attenterent
fi fouvent fur eux , qu'ils en meritoient
la mort ; mais les nouveaux venus
ſe contenterent de les defarmer & de les
mettre hors d'état de leur nuire. Cependant
comme ils témoignerent leur repentir
par les fuites ; que d'ailleurs les Sauvages
DE NOVEMBRE. 105
venoient de temps à autre fur l'Ile pour
y faire leurs horribles feftins , le péril
commun fit qu'on les leur rendit , & l'on
fit bien ; car de trois Sauvages qu'ils firent
prifonniers , un ayant trouvé le moyen
de fe fauver , fut avertir fes Compatriotes
qu'ils trouveroient dans l'Ile de la chair
fraîche , & blanche qui plus eft ; ce qui
détermina ces Ogres à venir au nombre
de 250 les Habitans n'étoient en tout
que 29 contre un fi grand nombre ; fçavoir
, dix fept Efpagnols , cinq Anglois ,
le pere de Vendredy , trois efclaves que
l'on avoit faits , & trois autres dont les
Sauvages du Continent firent prefent aux
Anglois qui y furent en courfe, auffi bien
que de cinq femmes que ces cinq Anglois
épouferent , dont deux voulurent abfolument
combattre à côté de leurs maris.
Pour armes ils avoient 24 tant moufquetons
que fufils & piſtolers , outre deux
fabres & trois vieilles halebardes , des
bâtons à deux bouts , & des haches ; les
femmes s'armerent d'arcs & de fleches.
Le Capitaine Efpagnol étoir le Generaliffime
de l'armée , & Guillaume Atkins ,
l'un de ces trois Anglois qui avoient donné
tant de peine au refte de la Colonie , homme
plein de valeur & de fang froid, com
mandoit fous lui Je laiffe le détail du
combat pour dire feulement qu'en deux
106 LE MERCURE
fois qu'il fe renouvella , il en coûta plus
de 180 hommes aux ennemis ; les vainqueurs
de leur côté y perdirent trois des
leurs , un Anglois , un Efpagnol , & un
Sauvage allié ; Atkins y fut bleffé ; il
reftoit encore une centaine de ces Barba
res , tres effrayez à la verité , & qui ne.
fongeoient qu'à regagner leurs Barques ;
il propofa de les brûler , de peur qu'ils
ne fuffent chercher de nouveaux compagnons
L'avis fut fuivi , & ces malheureux
s'étant difperfez dans les bois , plufieurs
y moururent de faim , les autres auroient
eu le même fort , fi la pitié n'eut ſaiſi
les Naturels de l'Ifle , ( j'appelle ainfi les
fucceffeurs de Robinſon . ) Ils prirent uni
de ces Sauvages & le renvoyerent aux
autres , avec le pere de Vendredy , qui
leur offrir la paix & des vivres , à con--
dition de demeurer dans un canton de
Pile qui leur fut affigné , fans pouvoir.
venir aux habitations, des vainqueurs ; les
conditions furent acceptées avec joye , &
le Traité s'executa de bonne foy de part
& d'autre , & depuis ce tems- là tout le
monde vêcut en bonne intelligence , &
moralement bien , à la Religion près ,
dont des Matelots groffiers ne s'embarraffoient
guere , encore étoit- ce fans reflexion
.
Tel eft l'état où notre Voyageur trouva
DE NOVEMBRE. 107
les chofes en arrivant dans fon Empire ,
il laiffa à fes Sujets toutes les commodités,
qu'il leur avoit apportées , & auflì attentif
au fpirituel qu'au temporel , il avoit
refolu , à l'inſtigation du Prêtre François ,
dont nous avons parlé cy - deffus , de le laiffer
pour la converfion des Sauvages qui
habitoient de l'autre côté de l'Ifle , il devoit
être fecondé dans fa Miffion par
Atkins , fur qui la grace avoit operé merveilleufement
; on étoit convenu même
( comme de ces deux Miffionnaires l'un,
étoit Catholique , & l'autre Proteftant )
que l'on ne feroit nulle mention des points
controverfez , & que l'on le contenteroit
de faire de ces Sauvages des Chrétiens en
gros , n'en ofant rifquer le détail , de peur
de quelque difpute fcandaleufe ; mais Atkins
, au jugement même du François,
fut trouvé fi penetré des maximes de la
Religion , & préchant fi pathetiquement ,
que fon affocié lui cedant la gloire de travailler
feul dans la vigne du Seigneur
refolut de continuer fon voyage aux grandes
Indes.
Aprés que Robinfon eut refté 2 5 jours à la
-rade de l'ifle , tout le monde fe rembarqua,
pour le Brefil , & Robinſon en partant promit
à fes Sujets de leur faire tenir de nouvelles
provifions d'abord qu'il feroit arrivé au
Brefil ; il fe fouvint de fa parole & leur en108
LE MERCURE

voya trois vaches à lait , cinq veaux , vingtdeux
porcs , trois truyes pleines , deux cavalles
, & un cheval entier ; depuis ce tems
là il n'en apprit qu'une feule fois des nouvelles
par fon Correfpondant du Brefil ,
qui lui manda que les progrès de la Cofonie
étoient trés minces , fes gens étant
las de refter en cet endroit ; qu'Atkins
étoit mort , que cinq Efpagnols s'en étoient
allez , & que les autres rebutez d'avoir
toujours à combatre contre les Sauvages
qui faifoient des defcentes dans l'Ifle , le
fuplioient de leur fournir les moyens d'aller
mourir dans leur patrie.
>
Trois jours aprés que le Vaiffeau eut
mis à la voile , il furvint un calme pendant
lequel on fut trés-furpris de fe voir
inveftir par une flotte de 126 canots de
Sauvages , qui déchargerent toutes leurs
Aleches fur le Bâtiment. Robinſon voulut
leur faire parler par Vendredy , mais
une feconde décharge qu'ils firent
renverfa mort ce fidele Compagnon de ſes -
voyages ; la douleur & la colere s'emparerent
de notre Auteur, qui en même teins
fit tirer cinq canons chargez à cartouche ,
& quatre à boulet feul , l'artillerie fit un
ravage terrible parmi ces Barbares , dont
un grand nombre perit , & les autres épouvantez
le fauverent à force de rames ; on
fit enfuite les obfeques de Vendredy que
i
DE NOVEMBRE. 109
*
l'on mit dans un cercueil , & en le jettant
à la mer , on prit congé de lui par
onze coups de canon .
Au bout de 22 jours de navigation le
Vaiffeau relâcha dans la Baye de Tous les
Saints , d'où Robinfor s'acquitta de la parole
qu'il avoit donnée à fes Infulaires ;
enfuite ils continuerent leur route jufques
au Cap de Bonne Efperance , & de là à
Madagaſcar , où les gens du Vaiffeau fe
rafraichirent , & furent reçûs avec beaucoup
d'accueil par les Habitans de l'Ife ';
mais ces marques ne durerent pas long-tems,
un Matelot qui étoit à terre avec huit ou
dix de fes Compagnons , trouva une Negreffe
fi forr à fon gré , qu'il voulut fe ménager
un tête à tête avec elle . La Negreffe
cria , les Matelots accoururent au
fecours de leur Compatriote , & chargeant
les Anglois , ils en jetterent un fur le carreau
, les autres bien blefiez le fauverent
comme ils purent dans leurs Chaloupes ,
cependant comme on vouloit fçavoir ce
qu'eftoit devenu le Galant , auteur de ce
tumulte , & s'il ne fe feroit point fauvé
dans les bois , on le chercha pendant deux
jours , le tout inutilement. Enfin l'envie
de trouver Jeffery , c'étoit le nom de leur
Camarade , mais plus encore l'efpoir d'un
riche, butin , les détermina au nombre de
vingt d'attaquer l'habitation des Indiens ,
110 LE MERCURE
compofée de deux cens Cabanes , ils s'y
glifferent pendant la nuit , & ayant reconnu
le cadavre de Jeffery pendu par le bras
à un arbre , aprés avoir eu la gorge coupée
, cela les remplit d'une telle fureur ,
qu'ils jurerent de faire aucun quartier.
Dans cette belle difpofition ils commencerent
par mettre le feu aux maiſons des
Indiens , & comine elles n'étoient couvertes
que de paille, le Lecteur peut juger que
bien tôt ils virent clair dans leur entrepriſe.
A mesure que les Habitans vouloient fe
fauver , les Anglois les affomoient d'abord
à coups de croffe de fufil & de haches
d'armes , pour ne point interrompre le
fommeil des autres. Mais ayant enſuite
employé la moufqueterie , le refte de l'équipage
qui entendit le bruit , vint au fecours
de fes Camarades . Pour finir cet affreux
recit en peu de mots , je diray qu'ils
vangerent pleinement les manes du trop
amoureux Jeffery , & qu'ils lui offrirent
des cruelles hecatombes. Robinſon que
cette fanglante punition avoit rempli d'horreur,
la reprocha fi fouvent aux Matelots,
que ceux cy laffez de fa mercuriale , étant
arrivés à Bengale déclarerent naturellement
à fon neveu le Capitaine de choiſir , de
laiffer notre Voyageur à terre , ou de leur
voir abandonner le Vaiffeau , & comme ils
ne voulurent point démordre de cette alter-

1
DE NOVEMBRE.
native , il fallut il fallut que l'oncle & le neveu fe
Léparaffent.
Robinſon fentit vivement tout le défagrément
de fa fituation , mais il prit enfin
fon parti , & faifant de neceffité vertu ,
il s'affocia avec un de fes Compatriotes ,
ils louerent un Vaiffeau dont notre Voya.
geur étoit le Capitaine , car ( j'obſerveray
ici que fon Ifle lui avoit laiffé des idées
de commandement , dont il ne put jamais
fe feparer ; ) & d'un voyage qu'ils firent
dans l'Ile de Sumatra & à Siam , ils raporterent
à Bengale des Marchandiſes fur
lefquelles ils firent un profit confiderable .
Un fecond voyage où ils gagnerent encore
plus , mit fi bien notre Auteur en goût de
commercer , qu'un Vaiffeau Hollandois dé
deux cens tonneaux ayant relâché à Bengale
, fur ce qu'on lui dit que le Capitaine
le vouloir vendre ; fon Affocié & lui refolurent
de l'achetter & ils conclurent bientôt
un marché qu'ils crurent excellent ,
cependant on les avoit trompés. Le prétendu
Capita ne , avec qui ils avoient traité
n'étoit qu'un Canonier du Bâtiment , qui
avec onze e es Camarades avoit comploté
de s'en céf ire ainfi , le veritable Commandant
ayant été tué à terre , avec trois
Matelots , par des Indiens qui l'avoient
attaqué. Ce fut dans la r viere de Cambodia
qu'un Matelot Anglois lui apprit ces
I 1.2 LE MERCURE
1
particularitez , & que comme fur la relation
des vendeurs , il ne paffoit que pour
un Pirate , qui avoit déja enlevé plufieurs
Bâtimens Européens , cinq Chaloupes Angloifes
& Hollandoifes alloient l'attaquer,
s'il ne gagnoit promptement la pleine
Mer. Ce charitable confeiller l'avertit de
plus que les attaquans débuteroient par les
faire pendre lui & fon équipage , fauf
enfuite à inftruire le procés. Cet avis
lui parut fi précis qu'il en précis qu'il en profita. Quelque
tems après qu'il eut mis à la voile ,
le Vaiffeau découvrit les cinq Chaloupes
en queſtion , & bien remplies de Juges ;
on voulut arraiſonner les deux plus avancées
avec une Trompette parlante , mais
comme elles refuferent la conference , on
fut obligé de faire jouer l'artillerie qui
tua beaucoup de monde & mit les deux
Chaloupes en état de couler à fond , ſi
elles n'euffent promptement été fecouruës
par leurs Confreres. Cela ôta l'envie aux
autres de pourfuivre plus long - tems le
Vaiffeau , qui auffi , bien fe trouvoit pour
lors en haute Mer avec un vent favorable.
Aprés être fortis de ce peril , Robinſon
& fon affocié tinrent confeil , dont le refultat
fut , qu'ils iroient dans quelque Port
écarté de la Chine vendre leur Bâtiment ,
& leurs marchandifes ; cependant comme
il avoit une voye d'eau , il fallut relâcher
* fur
DE NOVEMBRE.
113
fur les côtes de la Cochinchine pour radouber
le Vaiffeau & faire des vivres . Pour
cet effet on le mit fur le côté , & les
Habitans qui crurent que c'étoit un naufrage
, vinrent dans dix ou douze Barques
pour piller & enlever l équipage ; comme
ces aggreffeurs étoient prefque nuds , on
fe débaraffa d'eux en leur verfant liberalement
fur le corps deux chaudrons de poix
bouillante , qui les grilla jufques aux entrailles
, & leur ôta l'envie de revenir où
ils n'avoient que faire ; & comme le lendemain
le Vaiffeau fut en bon état , il
remit à la voile , & continua fon voyage:
à la Chine , où fous la conduite d'un vieux .
Pilote Portugais , il , relâcha dans le Petit
Port de Quinchang , quarante- deux lieues
au Sud de Nanquin. Le Relateur y vendit
fon Vaiffeau & fes marchandiſes , à
des Negocians Japonnois. Son Affſocié &
lui refolurent enfuite d'aller à Pekin & de
revenir en Europe par la Mofcovie.
Rien n'eft plus magnifique que toutes
les Relations que nous avons de la Chine ..
Les Voyageurs le font épuiſez à l'envi l'un
de l'autre , en éloges pour ces Peuples . Ce
font eux , difent - ils tous unanimement
qui font les inventeurs des arts & ' des
fciences. Leurs Bâtimens font fuperbes ; il
n'eſt point de termes affez pompeux pour
exprimer l'excellence de leur police & de
K
9
114 LE MERCURE
,
*,
leur morale. Leurs Villes ne font peuplées
que par des millions d'hommes. Ifaac
Voffius en particulier fit un Livre en 1685 , *
où il pouffa l'hyperbole fur ce fujet plus
loin qu'on ne peut dire , quoi qu'il ne
vit que par les yeux de la foy , & qu'il
écrivit fur les Relations d'autruy. En un
mot le préjugé eft fi fort en faveur des
Chinois , que c'est une espece d'herefie de
revenir contre , on n'y a pas fongé , &
chacun a foufcrit aux premiers jugemens ;
mais cependant , comme de tems à autres
il fe trouve des gens qui ont l'ambition
de conteſter des faits établis par l'autorité
de plufieurs fiecles , Robinſon a cru devoir
fe fingularifer de cette façon , & ne
raportant les chofes que comme il les a
veuës , il a le courage de vouloir nous
détromper , & s'il faut croire ce qu'il en
raporte avec un grand air de fincerité ,
nous ferons obligez de renverfer toutes nos
idées. Il prétend que leurs plus belles maifons
ne font que colifichets en comparaifon
de nos Palais . Un feul Vaiffeau de
guerre du premier rang Anglois , Hollandois
, ou François eft capable de faire tête
à toutes leurs forces de Mer , & même
de les abimer ; il ne demande pour battre
leurs Armées , quand même elles fe
roient compofées de deux millions de Sol-
* Kariarum obfervationum Liber..
DE NOVEMBRE. 115
dats, que trente mille Fantaffins Anglois ou
Allemans , & dix mile Cavaliers François ;
ces fameux Chinois ne font que d'ignorans
& vils eſclaves fujets à un Gouvernement.
Defpotique proportionné à leur genie &
à leurs inclinations . Enfin ajoute t'il , il
n'y a que l'idée que nous avons de la barbarie
des peuples de ces Pays , qui nous reprefente
d'une maniere avantageuse tout ce que
nous rencontrons de plus remarquable dans
la Chine ; tout nous y paroift furprenant ,
Parce que nous ne nous attendions à rien qui
fut capable de donner de la furprise.
C'est donner une idée bien méprifable de
leurs Armées & de leur courage. L'Auteur
ne pense pas plus avantageufement
de leurs progrés dans les fciences , dont ,
felon lui , les Chinois n'ont qu'une connoiffance
très- groffiere .
Je viens de citer cy - deffus le livre de
Volfius , on fçait affez quelle figure ce
Sçavant a fait dans la Republique des Lettres
, & je ne croiray pas ennuyer mon Lecteur
en lui donnant un échantillon de fes
idées fur l'Empire de la Chine . 11 eft perfuadé
que ce Pays eft fix fois plus peuplé
que toute l'Europe , même en y joignant
les vaftes Etats de Mofcovie , puifqu'il
ne donne pas à cette partie du mon
de 30 millions d'Habitans & qu'il en met
170 millions dans la Chine . La feule Ville
Kij
116
LE MERCURE
de Quinzay qu'il foutient devoir être nommée
Hoanchen renfermoit autrefois plus .
de vingt millions d'ames fans compter les
Fauxbourgs , & en les y comprenant , plus
que toute l'Europe enſemble n'en pourroit
fournir. Je me fouviens d'avoir lû dans
Gemelli que Nanquin en contient 32 millions
à ce qu'on lui a dir , mais fans fe rendre
garant de la chofe. Pour l'efprit , les
Chinois, felon Vollius, l'emportent fur tous
les autres Peuples de la Terre. C'est d'eux
que nous viennent toutes les inventions
modernes , & ils ont beaucoup de connoiffance
que nous n'avons pû leur voler
encore. La Medecine fur tout eft chez eux
au plus haut point de la perfection ; & on
y traiteroit d'ignorant un Medecin , qui
aprés avoir tâté le bras d'un malade en
divers endroits , fans lui faire aucune
queſtion , ne devineroit pas de quelle partie
du corps vient le mal , & quelle en eft la
nature. Je finis cette digreffion en difant
que puifqu'un homme de beaucoup d'efprit
eft capable de pouffer la credulité à
un fi haut point , il ne faut pas être étonné
que des Peuples ayent adopté les opinions
les plus monftrueufes , & les plus
diametrallement oppofées aux lumieres du
bon fens. Revenons à notre Voyageur.
. Robinfon & fon Affocié cedant aux infances
d'un Miffionnaire de beaucoup
DE NOVEMBRE. 117
d'efprit , nommé le Pere Simon , fe déterminerent
à aller à Pekin ; ils furent en
route vingt- cinq jours , & traverferent un
pays extremement peuplé , mais tres
mal cultivé , & dont les Habitans tresgueux
, vivent d'une façon tout à fait miferable.
Notre Auteur étant arrivé à Pekin ,
dont il oublie de donner la defcription ,
en partit au bout de quatre mois avec
une Caravanne qui alloit en Mofcovie ;.
fon camarade & lui avoient acheté pour
3500 livres fterlin de marchandiſes , dont
ils chargerent dix-huit chameaux , à ce
qu'il dir. J'avoue ici que jufques à prefent
je n'avois point lû qu'il fe trouvât.
des chameaux à la Chine , & fur tout dans
les parties Septentrionales de ce Royaume ;
mais enfin il fe trouve tous les jours des
circonftances extraordinaires dans les voya
geurs. La Caravane étoit compofée d'environ
120 hommes parfaitement bien armez
, & prêts à foutenir les attaques dès:
Tartares. Quand elle fut arrivée à la fameufe
muraille qui fepare la Tartarie &
la Chine , les Guides Chinois voulurent
extrêmement faire valoir cet ouvrage à
Robinſon ; mais comme il étoit fort peu
prévenu en leur faveur , toute fa réponſe
fut qu'un pareil rempart n'étoit bon que
contre des Tartares , & il qualifia la gran
118
LE MERCURE
de muraille du nom de magnifique rien :
Quand la Caravane fut entrée dans les
plaines de Tartarie , les Naturels du pays
vinrent lui rendre vifite ; & voltigerent
fur les aîles ; il y eut même des efcarmouches
, dans quelques- unes defquelles
notre Avanturier fe trouva ; les Tartares ,
quoy qu'en grand nombre , y furent battus
, & le péril fut fi mince , qu'il s'étonne
comment de pareils faquins ont pû conquerir
un fi vafte Empire que celui de la
Chine .
>
Comme la route que fit certe Caravane
eft la même que celle décrite dans la
Relation de l'Ambaffade d'Everd Isbrand
qui eft entre les mains de tout le monde ,
je ne fuivrai point Robinſon pas à pas ,
pour éviter les repetitions , je me contenteray
de dire qu'étant arrivé à Nortzinskoy ,
il fe trouva fi choqué des adorations que
les Tartares rendoient à une Idole de boisqu'ils
nommoient Cham - chi -Taungu , qu'un
zele mal entendu le détermina avec quatre
ou cinq de fes compagnons de voyage
à y aller mettre le feu pendant la nuit ;
l'entreprile réuffit , mais les Tartares irritez
d'un tel facrilege , pourfuivirent la
Caravanne au nombre de dix mille hom
mes au moins , & l'ayant jointe , ils demanderent
qu'on leur livrât les incendiai-
Ees , finon qu'ils confondroient les inno
DE NOVEMBRE. 119
cens avec les coupables : Par bonheur que
les entrepreneurs avoient tenu la chofe
tres fecrete ; ainfi n'étant point connus
on répondit aux députez Tartares que ce
n'étoit perfonne de la Caravanne qui eût
fait le coup ; & un Colaque de la com .
pagnie fe détachant en même temps , &
prenant un grand détour , vint dire aux
Ennemis que les deftructeurs de leur Idole
avoient pris d'un autre côté , & leur indiqua
un chemin qui les éloignoit de la
Caravanne de plus de cinq journées : La
troupe délivrée de ce péril continua fon
chemin avec beaucoup de fatigues jufques
à Tobolski capitale de Siberie , où Robinfon
quitta la Caravanne, pour paffer l'hyver
dans ce pays avec fa compagnie , compofée
de fon Affocié , du vieux Pilote Por
tugais qu'il avoit amené de la Chine , &
de deux Valets .
Notre voyageur lia commerce dans cet
affreux climat avec plufieurs perfonnes de
confideration que le Czar y avoit exilées ;
entre autres il eut une grande relation
avec le Prince *** auquel même il propofa
de s'évader ; mais le Prince rejetta
la propofition , & le pria de conſerver
Gette bonne volonté pour fon fils unique,
ce que Robinfon accepta , & après huit:
mois de fejour en Siberie , il en partit au
commencement de Juin avec lejeune Sei
120 LE MERCURE
"
gneur Mofcovite , qui paffoit pour
fon
Maîrre d'Hôtel , & un bon nombre de
Domeftiques. Par rapport à ce Prince lá
petite Caravanne évitoit les Villes où les
Garnifons Ruffiennes examinent les voyageurs
avec beaucoup d'attention , & ne
marchoit que dans les deferts par des routes
détournées ; il penfa en coûter cher
aux voyageurs , qui n'étoient que feize ;
car fe trouvant proche de la fource de la
riviere Wriftska , ils furent attaquez par
un party de Calmonks , qui les affiegerent
à l'entrée d'un bois où la Troupe fe retrancha
; elle paffa deux jours dans ce defagreable
pofte , & la feconde nuit elle échapaen
allumant de grands feux dans le Camp,
& décampant en grand filence pendant
l'obfcurité , elle déroba fa marche à ces
Barbares. Enfin nos voyageurs arriverent
le 3 Juillet à Lavurenskoy , où ils s'embarquerent
fur la Duvina, & ils fe ren--
dirent à Arcangel en onze jours .
Le 20 Août ils partirent d'Arcangel pour
Hambourg , fur un Vaiffeau de cette Ville ;
ils y arriverent heureusement le 13 Sep
tembre , & Robinfon & fon Affocié y
ayant vendu leurs marchandifes , ils en
partagerent les profits , qui montoient pour
la part de notre Avanturier à 3475 livres
* fterlin 17 fchillings & 3 fols. Le jeune
Prince Mofcovite le quitta à Hambourg ,
&c
DE NOVEMBRE. 121
& prit la route de Vienne , après avoir
témoigné fa reconnoiffance à l'Auteur de
la maniere la plus forte. Ce dernier prit
la route de Hollande , d'où il s'embarqua
pour l'Angleterre , & il arriva à Londres
le 10 Janvier 1705 , dix ans & neuf mois
après avoir quitté fon pays , & dans la
foixante-douziéme année de ſa vie.
ARRESTS , EDITS
Declarations .
RREST de la Cour de Parlement , rendu
en faveur des Enfans mineurs , qui les reçoit
à rentrer dans leurs biens qu'ils ont vendus conventionellement
, nonobftant la qualité de Marchands
par eux prife dans les Contrats de vente ,
avec reftitution des fruits contre les acquereurs
de bonne foy , qui n'avoient point de connoiffance
de leur minorité , & qui juge que leurs
femmes qui s'étoient obligées pour eux en majorité
, à la garantie des biens vendus , & qui
avoient pris la qualité de femmes feparées de
bien , en doivent être déchargées , fans qu'elles
ayent befoin de Lettres de Récifion .
Cet Arreft juge huit questions.
La premiere , que la preuve faite par témoins
de la minorité d'un mineur eft fuffifante.
La feconde , qu'un mineur marié depuis longtems
doit rentrer dans fes biens immeubles ,
qu'il a vendus en minorité pendant fon mariage
L
122
LE MERCURE
par des Contrats volontaires , où il a pris la
qualité de Marchand , qui lui a été donnée dans
des procedures faites par les Creanciers , avant
& depuis les mêmes Contrats de vente.
La troifiéme , que l'acquereur doit eftre condamné
à la reftitution de tous les fruits qu'il a
perçus , quoiqu'il ait lieu de croire que le mineur
étoit majeur dans le tems des Contrats de .
vente qu'il lui a faits , y ayant longtems qu'il
étoit marié , lorfqu'ils ont été faits .
La quatrième , que l'acquereur eft tenu de juftifier
l'employ du prix qu'il prétend avoir payés
au mineur , & de faire voir qu'il a tourné au profit
du mineur , pour lui eu demander la reftitution
, ou en prétendre la deduction fur les fruits..
La cinquième , que les reconnoiffances faites
par le mineur & par fa femme majeure dans les
Contrats de vente & dans des quittances pofterieures
, que partie du prix a été payée à leur
acquit , ne fuffifent pas , ponr en pretendre la
deduction fur les fruits perçus par l'acquereur.
La fixieme , que les fommes payées par l'acquereur
en l'acquit du mineur à plufieurs parens
au profit defquels il avoit fait en minorité &
pendant fon mariage des promefles & des obligations
, ne doivent point pareillement être deduites
à l'acquereur fur les fruits perçûs , ni le mineur
marié tenu de les reftituer à l'acquereur ,
& que les quittances qui en contiennent le payement
ne font pas des quittances d'emploi valables
, quand l'acquereur ne juftifie pas les fommes
payées par lui aux encheres du mineur , dont
les creances ont été faites en minorité , ayant
tourné à ſon profit , quoiqu'elles faffent payables .
par corps par le mineur qui avoit commis un
tellionat envers les Creanciers rembou.fez par
l'acquereur.
La feptiéme , que les fommes payées par le derDE
NOVEMBRE.
128
nier acquereur , en confequence d'une Tranfa
ction faite par le mineur , en minorité , avec plufieurs
autres acquereurs precedens fur des Lettres
de reftitution qu'il avoit obtenues contre eux ,
pour retirer les heritages qu'il leur avoit vendus,
de peur que le dernier acquereur à qui il les
avoit vendus depuis , ( ne le pourſuivit comme
ftellioonata re , ne devoient point pareillement
être vendus à ce dernier acquereur par le mineur,
ni deduites fur les fruits perçus .
La huitième , que la reftitution du mari mineur
contre les Contrats de vente de fes immeubles
faits en minorité, & contre l'autorisation qu'il y a,
& de fa femme majeure , qui s'eft dire feparée de
biens d'avec lui , & s'eft obligée folidairement
avec lui à la garantie , doit profiter à la femme ,
& la faire décharger de la garantie envers l'acquereur
, fans qu'il foit neceffaire qu'elle obtien
ne perfonnellement des Lettres de Recifion pour
fe faire relever de fon obligation.
ARREST du Confeil du 11 Octobre 1720 ,
qui ordonne qu'à la nomination & fur les commiffions
des fieurs Prevoft des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris , les Officiers Forts
du Port S. Paul de ladite Viie de Paris , fupprimez
par Edit de Septembre 1719 , feront rétablis
& prépofez dans l'exercice de leurs Offices .
ARREST du Confeil du 16 Octobre 1720 ,
par lequel S. M. ordonne que la feconde Au
diance les caufes fommaires , ordonnée pac
pour
l'Arreft du 28 May 1720 , fe tiendra le Mercre
dy de relevée , au lieu du Samedy ; ordonne au
furplus Sa Majefté que les Arrefts des 28 Fevrier
1682 , & 28 May 1720 , & Lettres Patentes expediées
fur iceux le 29 Juin fuivant , feront exccutez
felon leur forme & rencur , & que pour
Lij
124
LE MERCURE
T'execution du . prefent Arreft toutes Lettres Patentes
neceffaires feront expediées .
ORDONNANCE de Police du 16 Octobre
1720 , qui défend à tous Valets , * Serviteurs &
Domeftiques de fortir de leurs conditions fans.
un Certificat des Maiftres ou Maiftreffes chez
qui ils auront fervi .
ARREST du Confeil du 26 Octobre 1720 , par
lequel s . M. fait tres - exprefles inhibitions & défenfes
à tous fes Sujets, de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de faire fortir & d'envoier
hors de l'étendue du Royaume , Pays & Terres
de fon obéiffance , les Graines de Colzat , de Navette
& autres fervant à faire de l'Huile , & les
Huiles qui s'en font , jufqu'au premier Janvier
1722 , à peine de confiſcation , & trois mille liv.
d'amende .
ceux
ORDONNANCE du Roy , du 29 Octobre
1720. Sa Majefté ayant ordonné par Arreft de fon
Confeil d'Etat du 24 du prefent mois , que
des Actionnaires de la Compagnie des Indes compris
dans les Rolles arreftez au Confeil , feront tenus
dans quinzaine du jour de la fignification qui
leur fera faite defdits Rolles, de rapporter enCompte
à ladite Compagnie le nombre d'Actions
pour lequel ils y feront emploicz ; & Sa Majesté
prévoyant que quelques - uns defdits Actionnaires
dans la vue de fe fouftraire à une Loi dont le
motif n'eft pas moins jufte qu'important au bien
du Royaume , pourroient fe retirer avec leurs
Effets dans les Pays étrangers ; A quoi étant neceffaire
de pourvoir , Sa Majefté , de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a défendu
& défend fous peine de la vie à tous fes Sujets ,
de quelque qualité & condition qu'ils foient , de
DE NOVEMBRE 125
fortir du Royaume fans une permiffion expreffe de
Sa Majefté , fignée d'Elle , & contrefignée par
l'un des Secretaires d'Etat , pour ceux qui demeurent
à Paris ; & à l'égard de ceux qui refident
dans les Provinces , fans une permiffion fignée
du Gouverneur , Commandant ou Intendant
defdites Provinces ; & ce jufqu'au premier Janvier
prochain . Veut Sa Majefté que tous ceux
qui fe préfenteront fur les Frontieres du Royaume
pour paffer en Pays érrangers , fans être
porteurs defdits Palleports ou Permiffions , foient
arreftez & conftituez prifonniers ès prifons les
plus prochaines des lieux où ils feront arreftez ,
& qu'il foit informé de leur évation par les Prevolts
, leurs Lieutenans ou autres Juges defdits
lieux , pour le procés leur être fait en dernier
reffort par les Intendans & Commiffaires départis
dans le Provinces , fuivant les Arrefts d'attribution
qui leur feront adreffez . Mande & ordonne
Sa Majesté aux Gouverneurs & Lieutenans Generaux
en fes Provinces & Armées , Gouverneurs
particuliers de fes Villes & Places , Comman
dans ea icelles , Intendans & Commiſſaires départis
dans lefdites Provinces , aux Officiers des
Maréchauffées & autres Juges qu'il appartiendra,
comme auffi aux Commis & Gardes de fes Fer-
& à ceux établis fur les Ponts , Ports
Peages & Paffages , de tenir la main & s'emploier
chacun en ce qui le concernera à l'execution de
la prefente , laquelle S. M. veut eftre lûe , publiée
& affichée par tout où il fera neceffaire , &c.
*
mes
DECLARATION du Roy du 30 Octobre
1720 , par laquelle S. M. ordonne que les Prevolts
Generaux créez par Edit du mois de Mars
dernier , ayent rang , feance & voix deliberative
dans la Chambre du Confeil aprés celui qui
préfidera , & leurs Lieutenans après le Doyen des
L iij
126 LE MERCURE
Confeillers , foit qu'il prefide ou non . Ordonne
que
lefdits Prevofts & Lieutenans auront voix,
deliberative dans les procés dont la connoiffance
leur eft attribuée , quand même ils ne feroient
pas graduez ; fans neanmoins que les Lieutenans
puiffent avoir voix deliberative lorfque les Prevofts
Generaux affifteront au jugement defdits .
procez , dérogeant à cet effet à tous Edits & Declarations
à ce contraires .
ARREST du Confeil du premier Novembre
1720 , par lequel S. M. a prorogé & proroge
jufqu'au 10 exclufivement du prefent mois de
Novembre pour Paris , & jufqu'au 20 dudit
mois auffi exclufivement pour les Provinces , le
delai accordé par l'Arreft du 24 Octobre dernier
, pour porter en dépoft les Actions remplies
de la Compagnie des Indes : Veut Sa Majefté
que pendant ledit delai , tous porteurs ou dépofitaires
de dites Actions remplies , fans aucune
exception , foient tenus de les porter en dépoft ,
fauf aux dépofitaires à declarer en les dépofantle
nom de crux à qui elles appartiennent : Et
pour faciliter le dépoft defdites Actions aux Porteurs
ou Dépofitaires domiciliez dans les Provinces
du Royanme , Sa Majefté leur permet de
les remettre aux Directeurs des Comptes courans
en Banque , établis dans lefdites Provinces
, qui les feront enregistrer , & les remettront,
ainfi que le Sicur Delanauze , au premier Decembre
prochain , à ceux qui les auront dépo
fées , aprés qu'elles auront efté timbrées d'un
fecond Sceau de la Compagnie : Ordonne Sa
Majefté que lesdites Actions qui n'auront pas
efté dépofées dans les delais ci - deffus marquez ,
feront & demeureront nulles , & comme telles :
rayées & biffées fur les Regiftres de ladite Compagnie
; fait défenſes Sa Majesté au Caiffier des
DE NOVEMBRE
. 1.27
ladite Compagnie d'en payer aucun Dividende .
ARREST du Confeil du premier Novembre
1720 , par lequel Sa Majefté ordonne que dans
le 15 du prefent mois de Novembre pour tout
delai , les Soufcriptions ordonnées par les Arrefts
de 31 Juillet & 14 Aouft derniers , feront
rapportées pour eftre converties en Dixiémes
d'Actions fur le pied porté par l'Article IX de
l'Arreft de fon Confeil du 15 Septembre dernier :
Veut Sa Majefté qu'aprés ledit delai lefdites Souferiptions
qui refteront dans le public foient &
demeurent nulles .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 5 Novembre
1720 , qui commet le Sieur Fuzier
pour faire arrefter au Confeil des Etats des Augmentations
& Diminutions ordonnées par l'Edit
du mois de May 1718 , & depuis , fur les Efpeces
qui fe font trouvées aux jours qu'elles ont eu
lieu , entre les mains des Receveurs Generaux des
Finances , Receveurs des Tailles & autres Comptables
, Caffiers , Receveurs & Commis à la
perception des Droits de Sa Majefté ; Et pour
faire payer à fa pourfuite & diligence au Trefor
Royal les fommes qui doivent provenir deſdites
Augmentations d'Efpeces.
EROY ayant
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
ordonné l'Article VIII.
Lde l'Arreft de fon Cennet par l'article Ver.
nier , que les Billets de Banque de mille livres
& de dix mille livres , qui n'auront pas efté emploiez
dans les debouchemens indiquez par le
même Arreft , feront reputez Actions Rentieres
de la Compagnie des Indes , lefquelles Actions
produiront au profit des rentiers deux pour
Liiij
128 * LE MERCURE
.
cent d'intereft , dont Sa Majefté fera garante ,
ainsi que des autres Actions créées fur ladite
Compagnie par Arreft du 24 Fevrier dernier ; Et
Sa Majefté voulant fixer un delai pour la converfion
defdirs Billets en Actions ou Dixièmes d'Ations
Rentieres , & faciliter ladite converfion
dans ledit delay , après lequel lefdits Billets de
Banque non convertis foient & demeurent nuls
& de nul effet & valeur ; Ouy le Rapport . SA
MAJESTE' étant en fon Confeil , de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne que dans le courant du prefent mois
de Novembre pour toute préfixion & delay, tous
porteurs , proprietaires ou dépofitaires des Billetsde
Banque de dix mille livres & de mille livres ,
à l'exception de ceux dépofez par autorité de
Juftice , feront tenus de les rapporter , pour être
convertis en Actions & Dixiémes d'Actions Rentieres
de la Compagnie des Indes Declare Sa
Majefté que conformémentà Article VIII . dudit
Arreft du 15 Aouft dernier , elle fera & demeurera
garante-defdites Actions Rentieres, tant pour
le principal que pour les interefts : Veut Sa Majefté
pour faciliter ladite converfion , qu'elle puiffe
être faite pendant ledit temps par les Porteurs
ou Dépofitaires domiciliez dans les Provinces du
Royaume , aux Bureaux de la Direction des
Comptes courans en Banque établis dans lefdites
Provinces à l'effet de quoi lefdits Billets de
Banque feront rapportez aux Directeurs defdits
Comptes en Banque , lefquels delivreront aux
Porteurs leurs Recepiffez du montant defdits
Billets , portant promeffe d'en fournir la valeur
en Actions ou Dixièmes d'Actions Rentieres : Ordonne
Sa Majefté que lesdits Billets de Banque
qui n'auront pas été rapportez dans ledit delay ,
feront & demeureront nuls & de nulle valeur.
Fait au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majeſté y
DE NOVEMBRE. 129
étant , tenu à Paris le huitième jour de Novembre
mil fept cent vingt. Signé PHELY PEAUX.
ORDONNANCE de Police du 8 Novembre
1720. qui enjoint aux Voituriers d'avoir des Lanternes
ou Chandeliers à plaque dans leurs Ecuries,
depeur du feu..
Extrait des Regiftres du Conſeil d'Etat.
EROY s'étant fait repréfenter en fon Con-
L'eill'Edit du mois de Septembre dernier ,
portant Fabrication de nouvelles Efpeces & Reformation
de partie des anciennes , enſemble
l'Arreft du 24 Octobre fuivant , qui fixe le prix
des anciennes Efpeces , tant dans le Commerce
qu'aux Hôtels des Monnoies ; & Sa Majefté voulant
accelerer le travail de ladite nouvelle Fabrication
& Reformation , en favorisant en même
temps les Redevables des deniers Royaux , Elle
a jugé à propos de faire recevoir la partie defdites
anciennes Efpeces qui doivent être reformées
, dans tous les Bureaux de fes Recettes , &
par les Collecteurs des Tailles , fur le même pied
qu'elles le font aux Monnoyes , fuivant ledit
Arreſt du 24 Octobre dernier ; Oui le Rapport
LE ROY ESTANT EN SON CONSEIL , de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne qu'à compter du jour de la publication
du prefent Arreft jufqu'au premier Decembre
prochain , les anciennes Efpeces à reformer
feront reçues par tous les Receveurs des Fermes ,
Collecteurs , Receveurs des Tailles & tous autres
Receveurs des Deniers Royaux , fur le pied
de 46 livres 16 fols les Louis à reformer de vingtcinq
au Marc , les demis à proportion ; & de
fept livres feize fols les Ecus de dix au Marc ,
les demis , tiers , quarts , fixiémes & douzièmes
>
130 LE MERCURE
à proportion ; Qu'audit jour premier Decembre
lefdites Efpeces à reformer ne feront plus reçues
par lefdits Receveurs & Collecteurs que fur e
pied de 37 livres 16 fols le Louis de vingt cinq
an Marc , & de fix livres fix fols l'Ecu de dix au
Marc , les diminutions defdites Efpeces à proportion
, & ce jufqu'au premier Janvier de l'andée
prochaine 1721. Paflé lequel temps lefdits
Receveurs & Collecteurs ne pourront plus recevoir
lefdites Efpeces que fur le pied qu'elles auront
cours dans le Commerce , ainfi qu'il eft fixé
par l'Article III . dudit Arreft du 24 Octobre
dernier. Ordonne Sa Majesté que fuivant &
conformément aux Arrefts du Confeil des 23
Avril 1693 , 28 Decembre 1709 , & à l'Edit du
mois de Juin 1716 , & autres rendus en confequence
, les Receveurs & Commis à la Recette -
des deniers de Sa Majefté , feront tenus de faire
mention fur leurs Regiftres & dans leurs quittances
de la qualité des Efpeces qui entreront
dans leurs Recettes , & d'en rapporter des Bordereaux
lors de la prefentation de leurs Com.
ptes , à peine de cinq cens livres d'amende pour
chaque contravention : Veut Sa Majesté que
lefdits Receveurs & Commis particuliers remettent
les mêmes Efpeces aux Receveurs Generaux ,
& que ceux ci les fallent porter aux Hôtels des
Monnaies les plus proches de leur réfidence
pour y être reformées en nouvelles Efpeces , fans
que lefdits Commis , Receveurs Generaux , Particuliers
ou autres puiffent les remettre dans le
Commerce , à peine pour la premiere fois de
confifcation , & d'amende , qui ne pourra être
moindre du quadruple de la valeur defdites Ef
peces , & de punition corporelle en cas de reci -
dive. Enjoint Sa Majesté aux Officiers des Coursdes
Monnoies , & aux Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces , de tenir la
DE NOVEMBRE. 131
main à l'execution du prefent Arreft , qui fera
lû publié & regiſtré par tout où befoin fera ,
& pour l'execution duquel toutes Lettres neceffaires
feront expediées . Fait au Confei ! d'Etat
du Roy , Sa Majesté y étant , tenu à Paris le huitiéme
jour de Novembre mil fept cent vingt .
Signé PHELYPEAUX .
Extrait des Regiftres du Conſeil d'Etat.
Ur ce qui a été repréfenté au Roy , étant en fon
S Confeil ,par les Directeurs de la Compagnie
des Indes au nom de ladite Compagnie , que par
l'Arreft de fon Confeil du 9 Decembre 1719 ,
portant fuppreffion des Offices d'Affincurs de
Paris & de Lyon , & réunion des droits & émo-
Jurens des affinages à ladite Compagnie , il lui
eft permis de fondre & affiner toutes fortes d'Efpeccs
& matieres d'or & d'argent , nonobftant les
Ordonnances contraires , aufquelles Sa Majefté
a derogé par ledit Arrest , Que par l'Article XIIIZ
de la Declaration du Roy du 25 Octobre 1689,
portant Reglement pour les affinages , il eft permis
de vendre les matieres d'or & d'argent provenant
des affinages , & marquées du Poinçon
des Affineurs , au prix du Commerce ; Cependant:
l'Article XV de l'Edit du mois de Septemque
par
bre dernier , qui ordonne une fabrication de nouvelles
Efpeces d'or & d'argent , & reformationde
partie des anciennes , il eft défendu à tous
Orfevres , Jouailliers & autres Ouvriers travail-
Jans en or & en argent , de difformer aucunes
Efpeces pour les employer à leurs ouvrages , à
peine de Galeres à perpetuité ; comme auffi
d'acheter ou vendre les matieres d'or & d'argent.
à plus haut prix que celui qui en doit être payé
aux l'Hôtels des Monnoyes , àpeine de confifca--
tion & d'amende arbitraire. Et comme la Com
132 LE MERCURE
·
pagnie des Indes n'ayant point été exceptée dans
les deux difpofitions de l'Article XV dudit Edit
cet Article pourroit paroître déroger à ce qui
eft ordonné en fa faveur par l'Arreft du 9 Decembre
1719 , en ce qui concerne la fonte des Efpeces
& l'ufage de vendre des Lingots affinez au
prix du Commerce , conformément à l'Article
XIII de la Declaration du Roy du 25 Octobre
1689. Ils fupplioient Sa Majefté de vouloir bien
interpreter ledit Article XV de fon Edit du mois
de Septembre dernier ; & Sa Majesté ayant égard
à lademande des Directeurs de la Compagnie des
Indes , & voulant faire connoiftre fes intentions ,
Oui le Rapport. SA MAJESTE étant en fon
Conféil , de l'avis de Monſieur le Duc d'Orleans
Regent , a ordonné & ordonne que l'Arreft dag
Decembre 1719 , enſemble l'Article XIII de la .
Declaration du 25 Octobre 1689 , feront execurez
felon leur forme & teneur ; Et en confequen
ce que la Compagnie des Indes pourra faire fondre
& affiner dans les Hôtels des Monnoyes toutes
fortes d'Efpeces & matieres d'or & d'argent ,
en conformité dudit Arreſt du 9 Decembre dernier
: Permet Sa Majesté à ladite Compagnie, fuivant
l'Article XIII de ladite Declaration , de
vendre les matieres d'or & d'argent affinées , au
prix du Commerce . , & aqx Tireurs d'or des
Villes de Paris & de Lyon , de remettre à la
Compagnie des Indes des Barres , Pigues, Reaux,
Vaiffelles d'Espagne & argent brûlé , pour affiner
par poids & titre ; laquelle Compagnie leur
rendra en échange des Lingots affinez , fin pour
fin , moyennant vingt fois par chacun Marc
d'argent , conformément à l'Article premier de
l'Arreft du Confeil du 3 Avril dernier , auquel
effet Elle proroge le terme de trois mois porté
par ledit Article , jufqu'à ce que par Elle en ait
efté autrement ordonné. Fait au Confeil le huit
Novembre 1720 .
DE NOVEMBRE.
£33
ARREST du Confeil , du 9 Novembre 1720 ,
par lequel Sa Majesté proroge jufqu'au 2 3 du prefent
mois inclufivement , pour Paris feulement ,
le delay pour porter en dépoft les Actions remplies
de la Compagnie des Indes , fans efperance
d'aucun autre delay : Veut Sa Majefté que lefdites
Actions qui n'auront pas été dépofées dans
le fufdit delay pour Paris , & dans celui prefcric
par l'Arreft du premier du prefent mois pour les
Provinces , foient & demeurent nulles de nul
effet.
ARREST du Confeil , du 10 Novembre 1720 ,
par lequel S. M. ordonne qu'à compter du jour
de la publication du prefent Arreft , il ne pourra
eftre donné ni fait aucune negociation d'Elpeces
ou matieres d'or & d'argent au marc ailleurs que
dans les Bureaux des Monnoyes ou des Changeurs
, à peine de confifcation desdites Efpeces
& Matieres , & de trois mille livres d'amende
applicable au profit du Denonciateur .
ARREST du Confeil , du 12 Novembre 1720 ,
par lequel S. M. ordonne qu'il ne pourra être délivré
par les Directeurs , tant de la Monnoye de
Paris , que des Provinces , aucune fomme provenante
, foit du produit du Benefice des Monnoyes
, foit des fonds en Efpeces qui y ont eſté
ou feront ci après portez des Bureaux des Recettes
& Fermes de Sa Majefté , que fur les
Refcriptions du Caiffier de la Compagnie des
Indes , lefquelles feront vifées par l'un des Directeurs
de ladite Compagnie , qui les feront
enfuite convertir en Quittances du Garde du
Trefor Royal , à la décharge du Treforier General
des Monnoyes : Veut Sa Majesté que toutes
les fommes qui pourroient ci- après eftre délivrées
pour quelque caufe & fous quelque pre234
LE MERCURE
texte que ce foit , autrement que fur les Ref
criptions du Caifler de ladite Compagnie , ne
pullent eftre allouées , & foient rayées dans les
Comptes defdits Directeurs des Monnoyes : Veut
au furplus Sa Majefté que fur les fommes qui
lui doivent être payées par la Compagnie des
Indes , il foit tenu compte à ladite Compagnie
de celles qui auront efté délivrées aufdits Hôtels
des Monnoyes pour le Service de Sa Majesté
depuis l'Arreft du 24 Octobre dernier.
DELIBERATION
DE LA COMPAGNIE DES INDES .
L&
Du 13 Novembre 1720.
ES Directeurs de la Compagnie des Indes
voulant affurer les deniers des recouvremens
dont elle eft chargée , ont exigé de
tous les Receveurs & autres Commis comptables
, un Cautionnement pardevant Notaire ,
ainfi qu'il s'étoit toujours pratiqué ; mais la
plupart des Receveurs n'ayant point encore four.
ni ce Cautionnement , par la difficulté qu'ils ont
eue à trouver des perfonnes connues à la Compagnie
, qui ayent voulu s'engager pour eux ,
quelqu'uns ont offert de remettre entre les mains
de la Compagnie une fomme proportionnée à
leur maniment pour fûreté de leur adminiftration
, & cette forme de Cautionnement ayant
paru la plus convenable pour la facilité des
Comptables , & la plus fure pour la Compagnie
, qui par-là , ne fe trouvera plus expofée
a difcuter les Cautions ; Elle a déliberé , qu'à
l'avenir tous les Directeurs , Receveurs & autres
Commis comptables , qui manient les deniers
de la Compagnie , feront tenus de dépoDE
NOVEMBRE. -135
une fomfer
, par forme de Cautionnement
me proportionnée à leur maniment fuivant l'état
qu'elle en a arrêté ; lefquelles fommes feront
remifes : fçavoir , par les Receveurs , tant Generaux
, que Particuliers , & autres Commis
comptables des Fermes Unies , entre les mains
de. M. Gautier , Receveur General defdites Fermes
; par les Receveurs des Tailles & les Commis
aux Recettes generales des Finances , entre
les mains de M. Marandon ; & par les Directeurs
des Monnoyes & autres entre les mains
de M. Deshayes , Caifier General de la Compagnie
des Indes , qui en délivreront aufdits.
Commis comptables des Reconnoiffances
vifées
d'un des Directeurs de ladite Compagnie ; lefdits
comptables jouiront de l'intereft des fommes
qu'ils auront ainfi déposées , à raison de
quatre pour cent par an , qu'ils pourront retenir
par leurs mains , & en faire dépenses dans
leurs comptes , & en cas de dépoffeffion lefdites
fommes leur feront rendues après qu'ils auront
apuré lefdits comptes. Signé , Rigby , Depleix,
Fromaget , de la Porte , Mouchard , Caftanier,
Perinet , Laugeois , de la Haye , de Villemur ,
Savalette , Remy de Jully , Nouveau , Dartarguette
, Dron ..
LISTE
Des Noms & Demeures des Confeillers du
Roy Agens de Change , Banque , Commerce
Finances à Paris.
MESSIEURS.
Ichel le Gras , Secretaire du Roy , rue de
la Juffienne,
Nicolas Ferlet , Treforier des Ceat Suiffes
136
LE
MERCURE
rue Michel le Comte.
Jean Baptifte de Lavau , rue Montorgueil ..
Denis Guillaume Prevoft , rue Aubriboucher.
Jean Guinois rue Bertin Poirée. >
-
Pierre Joffe Dallée , Secretaire du Roy , prés4
Saint Opportune.
Jacques Frecot , rue Quinquempoix.
Jean Faure Secretaire du Roy , rue Bertin-
Poirée.
>
François Adam Holbach , rue de Richelieu ,
près la Fontaine .
Jacques Charles Gaftebois rue Grenier Saint-
Lazare .

Pierre Navarre , rue Grenier Saint Lazare .
Rulault de Chefneron . rue Saint Martin , près
la rue des Vieilles Eftuves.
Jofeph Brillon , rue Neuve Saint Medericq .
Jean Baptifte Savoye , rue Quinquempoix.
Jean Baptifte Alexandre Gibert , rue de la'
Vieille Monnoye.
Charles Regnouf , rue de la Lingerie.
Nicolas Jofeph de la Garde , rue Bourlabé.
Pierre Pouget , rue Quinquempoix.
David Payerfaube , rue aux Ours.
Claude François Robert Prevoft Defpreaux , rue
des Vieux Auguftins.
Claude Antoine Dallée , près Saint Opportune.
Jofeph Olivier , rue du Mail .
Pierre Louis Demarine , rue Quinquempoix.
Henry Jofeph Rabuffeau , rue des Deux Boulles.
Pifcatory,
Jacques Mei ,
Ifaac de la Cou ,
rue des Bourdonnois.
Pierre Carret , rue Quinquempoix .
Pierre Caumont , rue Quinquempoix , attenant
l'Hotel de Beaufort.
Jean Barbier, de Saint Mars , rue Saint Bon .
Charles Amiot du Mefnil , rue Sainte Anne.
du
DE NOVEMBRE. 137
du côté de la rue Saint Honoré.
Charles André Collin le Maitre , rue du Roulle,
Georges Jofeph Duchefne , rue Saint Avoye ,
près la rue des Blancs Manteaux .
Jacques Daudement , Ancien Payeur des Rentes
, rue Villedot du cofté de la rue Sainte
Anne.
Jean Duffol , rue Saint Denis , près la Croix
de Fer.
1
Eftienne le Jay , Pont Notre-Dame .
Roch de la Croix , rue du Temple , près la
rue du Roi de Sicile.
Jean Jacques Herinx , rue Saint Honoré , prés
la rue des Bons Enfans .
Bernard Dufaux , rue de Richelieu , prés la
rue Neuve des Petits Champs.
François Baubec de Vallerey , Ancien Controlleur
des Rentes , rue du Plaftre Sainte Avoye
Pierre Louis Guyot , rue du Cocq Saint Jean.
Gabriel Perié , rue Thevenot , près la rue Saint
Denis .
Henry François Walon , rue Chanverrerie.
Dominique Fremyot , rue des Deux Boulles ,
près la rue des Lavandieres.
Antoine Prevoft , rue Montorgueil.
Jean- Baptifte Genefteft , rue de la Tableterie.
Alexandre Ducoin , rue du Four , prés la rue
Saint Honoré . !
Antoine Sandelyon , rue Grenier Saint Lazare.
De Farcy , rue Ventadour , Butte Saint Roch..
Jean- Baptifte Jacquemin Demonflys , rue Montmartre
, prés la rue du Jour.
Jean Matthieu Moret , rue Sainte Croix de la
Bretonnerie.
Jacques Lefcalier , rue de la Chanverrerie .
Jean Baptifte Chabert , rue Saint Denis , vis- àvis
la Trinité .
Jofeph Baudouyn , suc de la Vieille Mounoye
M
138 LE MERCURE
3 $
François Ragon , rue des Gravilliers .
Jacques Mogé , rue d'Orleans , à la Botte-
Royale.
Claude François Poirfin , rue Thereſe , chez M.
Deneufoflé.
Hubert Boulay , rue Vivienne , près les Filles ,
Saint Thomas.
Edine Pignard , rue Truanderie.
Pierre Louis Duchefue , rue Saint Nicaife .
ARREST du Confeil 22 Novembre 17203
par lequel S. M. ordonne que par les fieurs de
Landivifiau & Orry de Vignory Maîtres des Requeftes
,, que Sa Majefté a commis & commet
à cet effet , il fera inceffamment dreffé procès .
verbal de tout ce qui refte à brûler defdites
ancienes Actions , foit d'Occident & des Indes ;
enfemble de toutes les Promeffes , Primes &
Soufcriptions retirées par ladite Compagnie , &
pour être enfuite brûlées dans l'Hôtel de Ville .
de Paris en la maniere accoutumée en prefence
, tant defdits fieurs Commiffaires , que defdits
fieurs Prevoft des Marchands & Echevins
de ladite Ville , qui en drefieront pareillement
procés , verbal .
ARREST du Confeil du 22 Novembre
1720. Le Roy ayant été informé que le fieur Studer
Banquier à Paris , a negocié au fieur Begon
le 12 du prefent mois de Novembre une Lettre
de Change tirée par Lambert & fils de Londres
fur la Veuve Stuart d'Amfterdam , de Quinze
cens livres sterlins , faifant Quinze mille qua
tre cens douze florins , contre cinquante fept :
mille fept cens quatre - vingts feize livres dixfept
fols fix deniers d'Efpeces , ce qui étant une
contravention formelle aux difpofitions des Arrefts
des 13 Juillet & 15 Septembre derniers
DE NOVEMBRE. 139
portant Reglement pour la maniere dont les
Billets de Commerce & Lettres de Change doivent
être acquittez ou negociez dans le Royaume:
Vû les pieces juftificatives de ladite Negocia
tion , enfemble les Reconnoiffances defdits fieurs
Studer & Begon ; Quy le Rapport . Le Roy
étant en fon Confeil , de l'avis de Monfieur le
Duc d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne
que lefdits Arrefts des 13 Juillet & 15 Sep
tembre derniers feront executez felon leur forme
& teneur , & en confequence condamne Sa
Majefté lefdits Studer & Begon , chacun en cinq
cens livres d'amende au profit de la Compagnie
des Indes , conformément à l'Article VI dudit :
Arreft du Confeil du 13 Juilet dernier. Fait au
Confeil le 22 Novembre 1720.6
SUR ce qui a été reprefenté au Roy , étant
en fon Confeil , par les Juges Confuls , & Negocians
des principales Villes du Royaume
qu'au prejudice des Reglemens faits par Sa
Majefte , quelques Banquiers , Marchands , &
autres continuent de tirer ou negocier des Lettres
de Change & Billets de Commerce en ar
gent , ce qui caufe un prejudice confiderable :
au Commerce ; à quoy Sa Majesté voulant pourvoir
, ouy le Rapport . Le Roy étant en fon
Confeil , de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , a ordonné & ordonne que ·les
Arrefts de fon Confeil des 13 Juillet , is Septembre
& 22 Octobre derniers , feront executez
felon leur forme & teneur : Fait Sa Majefté
défenfes à tous Juges Confuls & autres
de prononcer aucun Jugement fur les procès &
differens qui pourroient naitre à l'occafion des
Lettres de Change & Billets de Commerce , s'il
n'eft auparavant prouvé par l'Ezttrait des Regiftres
des Comptes en Banque , certifié des s
1
Mij
140 LE MERCURE
Directeurs defdits Comptes , que la valeur en
ait été payée en Ecritures en Banque , à peine
de nullité de leurs Jugemens ; Et fur le prefent
Arrest toutes Lettres à ce neceffaires feront
expediées . Fait au Confeil d'Etat du Roy le
22 Novembre 1720.
ARREST du Confeil du 24 Novembre
1720 , par lequel Sa Majelté ordonne qu'à commencer
du jour de la publication du prefent
Arreft , les Liards ne feront plus expofez dans
tout le Royaume que pour cinq deniers piece ,
au lieu de fix deniers qu'ils valent actuellement ;
les Pieces dites de fix deniers , pour d'x deniers
au lieu de douze ; les fols de cuivre pour
vingt deniers au lieu de vingt- quatre , les demis
& quarts de fols à proportion ; les fols
ou douzains de Billon pour vingt - fept deniers au
lieu de trente - deux ; les Pieces dites de trente
deniers pour trois fols au lieu de trois fols neuf
deniers , & que les Phenias qui ont cours en
Alface pour neuf deniers , y feront reduits à fix
deniers , les demis à proportion ; fur lequel pied:
toutes lesdites Efpeces auront cours jufqu'au
premier Janvier prochain , auquel jour lefdites
Efpeces , à la referve des Phenins , feront encore
diminuées & n'auront plus cours que fur
le pied ; fçavoir , les liards pour quatre denierss
les Efpeces dites de fix deniers pour huic
deniers ; les fols de cuivre pour feize deniers ,
les demis & quarts de fols à proportion ; les
fols de Billon pour vingt un deniers & les
Pieces dites de trente deniers pour deux fols
fix deniers.
,
ARREST du Confeil du 24 Novembre
1720 , par lequel Sa Majefté permet aux Por
teurs defdits Billets de Banque de Cent , de
DE NOVEMBRE . 141
Cinquante & de Dix livres de les placer pendant
le courant du mois de Decembre prochain
en Acquifition de Rentes fur les Tailles & autres
Impofitions , tant des Pays d'Election que
des Pays d'Etats , créées par ledit Edit du mois
d'Aouft dernier ; prorogeant à cet effet Sa Majefté
pour l'acquifition defdites Rentes pendant
ledit temps , & fans efperance d'autre , le delay
porté par l'Arreft du 10 Octobre dernier ; & fera
fe prefent Arreft lû , publié & affiché par tout
où befoin fera..
Extrait des Regiffres du Confeil d'Eftat.
UR ce qui a efté reprefenté au Roy , étant
en

aus
pagnie des Indes , que les differentes parties de
Commerce dont ils font chargez , & les enga
gemens que la Compagnie a contractez envers
Sa Majefté demanderoient un fecours de vingtdeux
millions cinq cens mille livres ; qu'il leur
a paru que le moyen le plus convenable d'y
pourvoir , feroit d'emprunter cette fomme des
Actionnaires de ladite Compagnie , lefquels
devant participer aux produits de fes établiflemens
doivent auffi contribuer aux dépenses.
neceffaires pour les foutenir ; que dans cet
efprit ils ont arreſté par leur Deliberation de
ce jour , de faire l'Emprunt de cette fomme
à raifon de cent cinquante livres par Action ,
deux tiers en Louis d'argent du poids & titre
de ce jour , & un tiers en Billets de Banque ',
avec interefts à quatre pour cent , qui feroient
compris dans les Billets d'Emprunts , lefquels
feroient payables dans un an , & fignez de trois
Directeurs fur quoi ils fupplioient Sa Majefté
leur pourvoir. Ouy le Rapport , LE ROY
ESTANT EN SON CONSEIL , de
1 LE MERCURE 142
l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a
permis & permet aux Directeurs de la Compagnie
des Indes , conformément à leur Deuiberation
de ce jour , d'emprunter des Actionnaires
de ladite Compagnie la fomme de vingt - deux .
Millions cinq cens mille livres , à raison de cent
cinquante livres par Action , les deux tiers en
Louis d'argent du poids & titre de ce jour , &
un tiers en Billets de Banque , avec intereſts à
quatre pour cent du total , qui feront compris
dans les Billets d'Emprunts , lefquels feront
figuez par trois Directeurs , pour être payez
dans unan , & le fonds employé aux dépenfes du
Commerce de la Compagnie , & aux engagemens
pris avec Sa Majefté : Veut & ordonne Sa
Majefté que les Actions de ceux qui n'auront
pas porte lefdites cent cinquante livres par
Action dans le 20 Decembre prochain inclufive.
ment , foient & demeurent nulles ; & qu'il foit
mis un troifiéme Sceau aux Actions de ceux
qui auront fatisfait au prefent Arreft dans ledit
delay , pour leur être rendues fur le champ ;
dérogeant Sa Majesté à toutes difpofitions à ce
contraires . Fait au Confeil le 27 Novembre :
1720 .
ARREST du Confeil du 25 Octobre 1720
qui accorde à la Communauté des ficiers Gardes
-Batteaux & Metteurs à Port la fomme de
48776 livres 10 fols 3 deniers , par forme d'indemnité.
ARREST du Confeil , du 25 Octobre 1720,
qui ordonne le Remboursement des Creanciersde
la Communauté des Officiers Gardes- Batteaux
& Metteurs à Port.
I
DE NOVEMBRE . 143
LETRES PATENTES
Portant confirmation du Droit de Committimus
en faveur des deux Compagnies.
des Moufquetaires à cheval de la Garde
du Roy.
LOUIS par la grace de Dieu ,&c.Sur
ce qui Nous a été repreſenté par les Moufquetaires
à cheval des deux Compagnies de notre
Garde , qu'ayant l'honneur d'être du nom
bre des Officiers Commenfeaux de notre Maifon
, & de faire partie des troupes aufquelles
les Rois nos predeceffeurs ont bien voulu confier
la garde de leurs Perfonnes facrées , ils ont
été maintenus par Lettres en forme d'Edit
données au mois de Decembre 1643 , par feu
notre- tès honoré Seigneur & Bifayeul , regiſtrées
en notre Cour des Aydes à Paris le 4 Juin
1644 dans les mêmes privileges , franchiſes &
exemptions , dont avoient droit de jouir nofdits
Officiers Commenfeaux ; quoiqu'un titre fis
autentique parut leur devoir procurer la jouif .
fance du droit de Committimus au grand Sceau
qui appartient à nofdits Commenfeaux & à leurs.
Veuves , aux termes des articles XIII & XVI
de notre Ordonnance du mois d'Aouſt 1669 ,
on a fait neanmoins difficulté de les laiffer jouir
de ce droit , fous prétexte que depuis noftre
dite Ordonnance de 1669 , ils ont negligé d'obtenir
fur ce point une Déclaration expreffe de
la volonté du feu Roy & de Nous ; & comme
le fervice continuel auquel ils font tenus
auprés de notre Perfonne , les rend encore plus
favorables par rapport au droit de Committimus
144 LE MERCURE
ces.
que les autres Officiers de notre Maifon qui
ne fervent que par quartier , Nous avons juge
à propos d'expliquer plus expreffément nos in-.
tentions fur ce fujet , & de donner par là aufdites
Compagnies des Moufqueraires , & à ceux
qui les commandent , de nouvelles marques de
la fatisfaction que Nous avons de leurs fervi-
A ces caufes , &c. Nous avons maintenu
& gardé , maintenons & gardons les deux cens
Moufquetaires à cheval de chacune des deux
Compagnies , prefentement établies pour notre
garde ; enſemble leurs Commandans & Officiers
& leurs Succeffeurs ; même leurs Veuves , tant
qu'elles demeureront en viduité , dans tous les
droits , privileges , exemptions , franchiſes &
libertez , que Nous avons accordez & que Nous
pourrions accorder dans la fuite à nos Officiers
Commenfeaux en confequence , voulons &
Nous plaift qu'ils jouent du droit de Committimus
au grand Sceau . Ordonnons qu'à cer
effet , conformément aufdites Lettres du mois
de Decembre 1643 , à l'Ordonnance du mois
d'Aouft 1669 , chacun d'eux foit employé
dans des états fignez de Nous , & contre fignez
par le Secretaire d'Etat & de nos Commandemens
, ayant le département de notre Maiſon ,
pour être enfuite portez en notre Cour des
Aydes ; l'extrait defquels états délivré par le
Greffier de notredite Cour ; enfemble le Certificat
du Commandant de chacune deſdites Compagnies
fous nos ordres , feront rapportez.
lors.
de l'obtention des Lettres de Committimus , &
attachez fous le contre - fcel de notre Chancellerie
, le tout ainfi qu'il fe pratique à l'égard
de nos autres Officiers Commenſeaux.
ARREST du Confeil du 19 Octobre 1720,-
par lequel Sa Majefté ordonne que les Déclara
tions
DE NOVEMBRE. 145
& en
>
tions de Sa Majefté , des 21 Mars 1671 , &
21 Janvier 1685 , & les Arrefts du Confeil des
22 Novembre 1689 & 12 Janvier 1694 , feront
exécutez felon leur forme teneur
confequence fait Sa Majefté défenfes à toutes
fes Cous & Juges , même aux Juges Confuls,
Juges Confervateurs des Privileges des Foires ,
Officiers de Police , Prevôts , Châtelains , &
tous autres Officiers des Juftices Royales ordinaires
& extraordinaires , de faire application
d'aucunes amendes civiles & criminelles qui ont
été & qui feront par eux prononcées & adjugées
à quelques fommes qu'elles puiffent monter
foit pour Reparations , Pain des Prifonniers , neceffité
du Palais , ou fous quelqu'autre pretexte
que ce foit , même en condamnant les accufez
en des amendes envers Sa Majeſté , de prononcer
contre eux aucunes condamnations d'aumônes
pour employer en oeuvres pies , fi ce n'eft
dans le cas où il aura été commis facrilege , &
où la condamnation d'aumônes pour oeuvres
pies fera partie de la reparation , conformément
aufdites Déclarations , à peine de défobéiſſance
Ordonne en outre Sa Majefté que toutes lefdites
amendes appartiendront en entier audit Pillavoine
Fermier General des Domaines pendant le
cours de fon Bail , à commencer du premier
Javier 1720 , même celles qui fe trouveront
adjugées auparavant ; & pour raifon deſquelles
les Fermiers & Soû-Fermiers précedens n'auront
point fait de pourfuites , ou n'auront fait paffer
à leur profit aucunes promeffes ou obligations
paffées pardevant Notaires dans le cours de
trois années du jour de l'expiration de leurs
Baux , ou pendant le cours de la prefente année
1720 , conformément aux Arrefts du Confeil
des 29 Septembre 1699 & 17 May dernier
qui feront executez , à l'exception toutes fois
de ce qui en peut revenir aux Dénonciateurs,
N
146 LE MERCURE
·
>
Officiers de de Police , Hôpitaux & autres , aufquels
lefdites amendes ou partie d'icelles ont
été appliquées par des Edits , Déclarations ou
Arrefts ; & pour faciliter le recouvrement des
amendes , tant d'Apel , Infcriptions de faux , Requeftes
civiles , que generallement toutes autres
amendes de condamnations civiles & criminelles
qui ont été ou feront adjugées au profit du Roy ;
$.M. a ordonné & ordonne auxGreffiers qui auront
reçû les Arrefts , Sentences & Jugemens portant
condamnation defdites amendes , de faire
& délivrer audit Pillavoine , fes Procureurs &
Commis prepofez à la recette defdites amendes ,
des Extraits de tous lefdits Arrefts , Sentences
& Jugemens ; Sçavoir , les Greffiers des Cours
Superieures tous les Lundis de chaque Semaine ;
& ceux des Prefidiaux & autres juftices inferieures
, le premiers jour de chacun mõis , ou
un Certificat comme il n'y aura aucune amende
adjugée, lefdits Extraits contenant les noms , qualitez
, & domiciles des Parties , & les noms de
leurs Procureurs , pour fur iceux Extraits être
les redevables defdites amendes contrains comme
pour les deniers & affaires de Sa Majeſté ,
en vertu des Contraintes qui feront à cet effet
délivrées par ledit Pillavoine , fes Procurenrs ou
Commis prepofez à la recette desdites amendes ,
ayant ferment en Juftice , pour chacun defquels
Extraits il fera payé aufdits Greffiers qui les
délivreront , deux fols fix deniers feulement avec
le coût du papier timbré conformément aufdits
Arrefts du Confeil des 22 Novembre 1689 , &
12 Janvier 1694. Fait Sa Majesté défenfes aufdits
Greffiers d'exiger dudit Pillavoine autres &
plus grands droits , à peine de concuffion &
de cinq cens livres d'amende .

DE NOVEMBRE 347
NOUVELLES ETRANGERES
A Varfovie le 12 Novembre 1720. ]

Outes les féances de la Diete depuis
qu'elle s'eft affemblée , fe font paffées
en conteftations fur l'élection d'un nouveau
Marêchal . Plufieurs des Nonces
continuent de s'y oppofer fortement , fuivant
leurs inftructions ; demandant avec plus
d'inftance que jamais , que les Grands Generaux
de la Couronne , & du grand Duché
de Lithuanie , foient rétablis dans leurs
Charges avec toute leur autorité , & que
le Comte de Flemming renonce au Commandement
des Troupes Etrangeres . Tous
ces debats ne laiffent prefque aucun lieu
de douter que la Diete fe feparera infructueufement.
Le Roy a bien voulu interpofer fon autorité
pour accommoder l'affaire du Prince
Viefnowiski avec le Prince Czartoriski.
Le fujer de leur animofité provenoit de
ce que le premier étoit entré le fabre à la
main dans la maifon du fecond , & en
avoit donné plufieurs coups à fon Secretaire
. Le Prince Czartoriski en porta fur
le champ fes plaintes à la Diete , & des
Nij
48
LE MERCURE
manda fatisfaction de cet attentat . S. M.
pour en empêcher les fuites , manda à ces
deux Princes de fe rendre au Palais le 21 :
Le Roy leur parla en prefence des Senateurs
, de plufieurs Officiers de la Couronne
, & des Miniftres , & leur expliqua
les conditions fuivant leſquelles leurs amis
communs vouloient faire ceffer pour.jamais
l'animofité qui regnoit entre leurs
Maifons . Ces deux Princes répondirent au
Roy en termes très- refpectueux , & après
l'avoir remercié de cette marque qu'ils
recevoient de fa bonté , ils fe jetterent à
fes pieds. Les deux Princes s'embrafferenţ
enfuite , & les Gentilshommes attachez à
leurs Maifons imiterent cet exemple.
On a redoublé les précautions qui
avoient déja été prifes pour empêcher que
le mal contagieux , qui commence à s'étendre
, ne fe communiquât plus avant. Il
paroît que les Peuples de Lithuanie fe mettent
fous la protection du Czar ; mais les
Miniftres de quelques Puiffances Etrangeres,
qui font ici , font chargez d'inftructions
pour promettre , au nom de leurs Maîtres,
toute forte de fecours pour mettre à la
raifon ceux qui voudroient troubler le repos
public. On a reçu avis de Lithuanie
que le Prince de Menzikoff étoit décampé
de Koëkenhaufen. Il fe trouve actuelle--
ment à la tête d'une Armée de quarante
DE NOVEMBRE. 149
fans
qu'on
à cinquante mille hommes ,
fçache encore la deftination de ces Troupes.
Ce que l'on apprehendoit depuis l'ouverture
de la Diete eft effectivement arrivé.
Les Nonces ayant perfifté jufqu'au 5 de
ce mois dans leur refus de proceder à
l'élection d'un nouveau Marêchal , avant
que le Comte de Flemming fe fût démis
du Commandement des Troupes Etrangeres
; le Maréchal fut obligé ce jour- là de.
congedier l'Affemblée , quelque raifon
qu'il employât pour en diffuader les Nonces
. On craint des fuites tres- fâcheufes de
cette feparation , & l'on parle même d'une
nouvelle conféderation pour maintenir les
Generaux de la Couronne dans leur ancienne
autorité ; cependant le Senat doit
s'affembler cette femaine pour déliberer
fur les moyens de prévenir les nouveaux
malheurs dont ce Royaume eft menacé.
L'Evêque de Neutra Ambaffadeur de Sa
Majefté Imperiale , eut le 10 audience ' publique
du Roy.
A Stokholm le 15 Novembre 1720.
Late
A flote de l'Amiral Norris , compofée
de 25 Vaiffeaux , mit à la voile
le 2 de ce mois , des Daelers de cette Capitale
, & arriva le 10 dans la rade de
Copenhague , d'où elle a continué fa route
Niij
150
LE
MERCURE
vers l'Angleterre. Cet Amiral , à qui le
Roy a fait prefent d'une épée d'or , a laiffé
ici cinq Fregates , pour s'oppoſer aux entreprifes
que les Mofcovites pourroient
encore former fur nos côtes.
La ratification du Traité de Paix , entre
cette Couronne & celle de Dannemarck
, ayant été apportée de Copenhague
ici par le Comte de Teffin le 28 du mois
paffé , fut publiée deux jours après , avec
les ceremonies & les réjouiffances ordinaires.
On s'étoit flatté jufqu'à prefent que
le General Romanſof, qui étoit venu complimenter
de la part du Czar , le Royfur
fon avenement à la Couronne auroit
apporté quelque propofition particuliere
pour la Paix ; fon fejour en cette Ville
augmentoit cette efperance ; mais fon retour
auprès de Sa Majefté Czarienne , fans
en avoir fait aucune ouverture , l'a fait
évanouir . Il a feulement fait entendre que
le Czar fon Maître ne s'éloigneroit peutêtre
pas d'une fufpenfion d'armes pendant
l'hyver. On s'eft contenté de lui répondre
qu'avant que d'en venir là , il étoit à propos
de convenir de quelques Préliminaires .
Depuis le départ de ce Major , le Roy a
fait entrer en quartier d'hyverdes Troupes
qui étoient campées à Gelfe , & la
Flote a reçu en même tems ordre de rentrer
dans les Ports ; la rigueur de la faiſon
.
DE NOVEMBRE. ISI
fufpendant juſqu'à la campagne prochaine
les entreprifes qu'on pourroit former de
part & d'autre.Les Troupes de S. M. ont dû
prendre poffeffion le 10 de la Fortereffe de
Maeftrand, & le 12 de celle de Stralfund, &
de l'ifle de Rugen ; les Garnifons Danoifes
ayant reçu ordre de les évacuer . M. le
Comte de Meyerfeld fe difpofe à fe rendre
à Stralfund , où il va reñider en qualité
de Gouverneur de la Pomeranie . On ne
fçait point encore la difpofition qui fera
faite de Wifmar.
On publia les de ce mois dans toutes
les Eglifes , une Ordonnance qui fait défenfes
à tous les Sujets de ce Royaume
fous peine de cent Riſdales d'amende , de
porter à l'avenir aucuns habits galonez ou
brodez , étoffes ou rubans dans lefquels
il entre de l'or & de l'argent. L'ufage
des franges de foye & de dentelles a été
interdit par la même Ordonnance , à la
referve de celles qui n'auront qu'un pouce
de large.
>
A Hambourg le 21 Novembre 1720 .
LE
}
Es Magiftrats de cette Ville ayant refolu
de faire obſerver la quarantaine à
tous les Vaiffeaux venants de France , M.
Pouffin, Envoyé de la même Cour, leur a fait
fur cela des reprefentations pour les enga
N iiij
152 LE MERCURE
ger à faire quelque diftinétion à cet égard.
Le Lord Carteret , cy-devant Ambaffadeur
de S. M. Britannique à la Cour de
Suede , partit le 14 pour retourner en
Angleterre. Il a notifié avant ſon départ au
Miniftre du Duc de Holftein que le Roy de
Dannema.ck reftitueroit à ce Prince le
Duché de Holſtein , dès que la Pomeranie
feroit évacuée. On prétend d'un autre côté
que Sa Majesté Czarienne continuë de s'intereffer
beaucoup en faveur de ce Duc ,
pour lui faire rendre le Duché de Slefwik.
On apprend de Copenhague que le Prince
Dolhorouki avoit declaré au Roy de Dannemarck
que le Czar fon Maître ne formeroit
aucune entreprife contre les Etats de
Sa Majesté Danoife , à condition qu'elle
reſteroit dans une parfaite neutralité.
La Paix entre les deux Couronnes de
Dannemarck & de Suede , fut publiée le
13 à Copenhague. Sa Majefté Danoiſe a
touché les 600 mille Ecus que le Roy de
Suede s'étoit engagé de lui payer en confequence
de ce Traité. On a brûlé par fon*
ordre ces jours paffez pour 300 mille Rifdales
de Billets de Monnoye à Copenhague .
Les Digues dans le Duché de Bremen ,
dont la reparation a coûté près d'un million
, ont été percées de nouveau , ainſi
que celles de Dilmar ; cette inondation a
furpris tout à coup beaucoup de gens réDE
NOVEMBRE.
753
pandus dans la campagne , qui ont été enfevelis
fous les eaux.
On écrit de Petersbourg qu'on avoit
lancé à l'eau en prefence du Czar deux
Vaiffeaux qu'il a fait conftruire depuis peu,
dont le premier eft de 80 pieces de canon,
& le fecond de 70. Sa Majesté Czarienne
continue à donner les ordres pour les preparatifs
de la campagne prochaine.
Le Comte de Welling , l'un des Plenipotentiaires
du Roy de Suede à l'aſſemblée
qui doit fe tenir à Brunswick , a reçû ordre
de retourner à Bremen ; ce qui fait
juger que cette Affemblée eft encore differée
pour quelque temps.
Le 10 de ce mois l'Amiral Tordenfchild
Danois , & le Colonel S'hal Suedois ,
ayant eu quelque difpute à Hanovre , chez
le Baron de Gorrz , qui leur donnoit à
dîner , mirent l'épée à la main au ſortir de
chez ce Baron, mais on les fepara dans le
moment. Le lendemain 11 s'étant rencontrez
à deux lieuës de cette Ville , ils recommencerent
leur combat , dans lequel l'Amiral
Tordenfchil a eu le malheur de perdre
la vie. On dépêcha fur le champ un
Exprès à Copenhague pour y porter la
nouvelle de cet accident. Le Colonel Sthal
s'étant retiré ici , a jugé à propos d'en partir
fecretement.
Le Roy de Pruffe à donné à entendre
154 LE MERCURE

aux Magiftrats de Hambourg , qu'étant
convenu avec le Roy de la Grande Bretagne
de ne tolerer aucuns Joueurs de profeflion
dans leurs Etats , il feroit fort agreable
à ces deux Monarques , fi ces Magiftrats
vouloient y , ordonner une pareille
défenſe . On a beaucoup parlé d'une confpiration
tramée contre Sa Majefté Britan-.
nique. On eft perfuadé que ce qui y a
• donné occafion , n'eft fondé que fur le deffein
que l'on prétend que quelques Officiers
au fervice du Czar , avoient formé
d'enlever par ordre de ce Prince le frere
du fieur Verelousky . Ces Officiers ont été
arrêtez. L'Empereur exigeant toujours de
cette Ville qu'on lui députe un Bourguemaiftre
pour lui faire une fatisfaction proportionnée
à l'offenfe que fon Envoyé a
reçûë ; il a été refolu d'en nommer un
inceffamment pour aller à Vienne ſe ſoumettre
aux ordres de S. M. I.
Les dernieres Lettres de Petersbourg
préparent à quelque entrepriſe que le Czar
pourroit former contre les Suedois , malgré
la rigueur de la faifon ; on a même
eu avis de Dantzic , que le Prince Galiczin
étoit arrivé fur les côtes de Finlande avec
un grand nombre de Galeres & de Batimens
de tranſport.
DE NOVEM BRE. 155
4
A Vienne le 17 Novembre 1720.
"Monette
Onfieur Albani , Miniftre du Pape
en cette Cour , fe donne de grands
mouvemens pour faire revoquer l'Edit de
l'Empereur , qui ordonne aux Ecclefiaftiques
de fe demettre des biens qu'ils ont
acquis depuis un certain tems . M. le Comte
de Neffelroth , Commiffaire
general des
troupes Imperiales en Italie a fait rapport
de l'état des troupes qui y font. L'adminiftration
des Colleges des Finances en
ce Pays là , eft caufe qu'elles coûtent
beaucoup plus à S. M. I. que celles qui font
en Allemagne ou en Hongrie ; c'eft ce qui a
engagé cette Cour à délivrer des ordres
pour remedier à ces inconveniens . On affure
que la Cour obligera les habitans de Hongrie
à declarer fous ferment la valeur de
leurs biens , afin qu'on puiffe les taxer à
proportion de leurs revenus. Les Etats de
Hongrie & ceux de Boheme fe font affemblez
pour regler la fucceffion de ces Royaumes
, au cas que l'Empereur vint à deceder
fans heritiers mâles. On ne doute pas
qu'ils ne le conforment en cela à la refolution
des Etats de la Baffe Autriche.
Il paroit que les Miniftres Proteftans
font contens de la Negociation du Comte
de Caunitz dans les Cours Palatine & de
156 LE MERCURE
Mayence. S. M. I. a paru fort fatisfaite
du rapport que ce Comte lui a fait de fa
Commiffion . Le bruit le fortifie que le Cardinal
Cinfuegos fe rendra à Rome pour
remplacer le Cardinal d'Althan , qui paffera
à Naples en qualité de Viceroi . On deftine
toujours au Comte de Mercy le Gouverne
ment de Transilvanie vacant par la mort
de M. le Comte de Steinville. On a commencé
à reformer trois Compagnies par
chaque Regiment. S'il en faut croire les
Lettres de Conftantinople , le Ministre du
Czar à la Porte a renouvellé le Traité de
paix avec le Grand Seigneur pour 2 5 ans ;
il a obtenu que l'on retrancheroit l'Article
du Traité précedent , par lequel il étoit ſtipulé
que les Ruffiens ne pourroient entrer
ni prendre des quartiers d'hiver en
Pologne .
Le Comte de Freytad , Envoyé de l'Empereur
, eft parti pour le rendre à Stokholm
. S. M. I. a difpofé des Regimens
vacans de Wetzel & de Leffenholtz , en faveur
des Colonels d'Ogilvi & Bettendorf.
Le Duc de Mekelbourgh continue de ſejourner
en cette Ville , & d'avoir quelques
Audiences particulieres de l'Empereur. Le
mariage du Margrave de Bade avec la fille
unique du Prince de Swartzenberg eſt arrefté.
M. le Comte d'Almenare , Ambaffadeur
Extraordinaire de Malte, fit ici le 9 fon
DE NOVEMBRE.
157
entrée publique. On paroit fort content de
la conduite que le Comte de Cadogan a tenue
en cette Cour par rapport aux affaires
de la Religion . Ce Miniftre , après fon Audience
de congé , reçut le prefent ordinaire
, qui confifte en un portrait de Sa
Majefté Imperiale , enrichi de diamans . Le
Prince de Croy a été élû Doyen de la
Cathedrale de Cologne.

On a ôté la Direction des Poftes au
Comte de Paar ; la Cour pour le dédommager
a accordé à ce Comte & à fes enfans
foixante quatre mille florins par chaque
année , outre la fomme d'un million
dont on l'a gratifié. Il y a apparence que
l'on fera quelques changemens dans la
Banque établie en cette Ville . Ceux qui y
ont placé leur argent feront , dit- on , obligez
de l'y laiffer pour fix ans , & quinze
ans pour les autres qui voudront y en apporter
dans la fuite.
On a envoyé de groffes remifes d'argent
au Prince Alexandre de Wirtemberg , pour
être employées aux fortifications de Belgrade
& de Temefwar. Suivant quelques
avis de Conftantinople , l'Ambaffadeur
Extraordinaire de la Porte , qui a paru- ici
en cette qualité , a été arreſté à la follicitation
des Janiffaires. On croit que l'Empereur
accordera inceffamment l'inveftiture
de Bremen & de Verdhen au Roy de la
Grande Bretagne, comme Electeur de Brun158
LE MERCURE
fwick-Lunebourg , & celle de Stettin au
Roy de Pruffe. Le Comte de Daun arriva
le 26 du mois paffé à Bude , dont il avoit
obtenu le Gouvernement . Les Lettres de
Ratisbonne portent que les Miniftres de
l'Empereur avoient eu plufieurs conferences
avec le Cardinal de Saxe - Zeitz fur la
Réponse du Corps Evangelique à la derniere
réſolution de l'Empereur au fujet des
affaires de la Religion ; il eft difpolé à s'y
conformer entierement : mais ce Corps
forme quelques nouvelles demandes fur le
terme accordé faire ceffer toutes reprefailles
, & fur le tems auquel ce terme
doit commencer . Le Cardinal de Saxe- ,
Zeitz a depêché fur cela un Courrier à
Vienne , dont il attend la réponſe. Comme
l'Electeur Palatin paroît être dans la reſolution
de rendre aux Proteftans tout ce
qu'il leur a ôté depuis le Traité de Weftphalie
, on regarde cette affaire comme
terminée.
pour
Le Pere General des Theatins ayant
pris congé de L. M. I. eft parti pour l'Italie
, avec les Peres de fa fuite.

Le Comte Etienne Kinsky , frere du
Chancelier de Boheme , a été nommé Envoyé
Extraordinaire de S. M. I. pour fe
rendre en cette qualité auprès du Czar.
DE NOVEMBRE.
159
It
A Londres le 26 Novembre 1720.
L s'eft répandu depuis quelques jours un
bruit que l'on avoit découvert une confpiration
contre le Roy , dont on fait
monter le nombre des Complices à plus
de cinquante. On ajoute qu'on en a déja
arrefté 17 , & que l'on eft à la pourfuite
des autres. On ne manquera pas d'être
´mieux éclairci de ce fait à l'arrivée du Roy.
Les Directeurs de la Compagnie du Sud ont
complimenté le Comte de Sunderland fur
fon retour en ce Pays , & ont eu une
longue conference avec ce Seigneur fur la
fituation des affaires de cette Compagnie,
Tous les Intereffez dans les dernieres Soufcriptions
, attendent l'affemblée du Parle-
-ment avec beaucoup d'impatience , & ils
efperent toujours qu'il leur fera rendre juftice.
Il y a un tres- grand nombre de Memoires
qui doivent être prefentez fur cette
affaire , & particulierement contre les Directeurs
, qui efperent de leur côté fe juftifier
de ce qui leur eft imputé fur le difcredit
des Actions , dont le prix eft encore
*diminué depuis les nouvelles que l'on a reçues
des Banqueroutes confiderables qui ſe
font en Hollande. Il eft parti fous l'eſcorte
de deux Vaiffeaux de guerre , fix Bâtimens
& fix grandes Chaloupes , que la Compa160
LE MERCURE
gnie d'Afrique envoye vers les Côtes de
Guinée. Ils ont à bord un grand nombre
d'ouvriers de foute forte de profeffions .
Cette Compagnie envoye une Couronne
magnifique , pour en faire prefent à un
Prince Negre. Il doit partir encore deux
autres Vaiffeaux pour la même Compagnie,
qui doivent inceffamment mettre à la voile .
Elle eft dans le deffein de faite elever deux
nouveaux Forts fur la Côte , & de rebâtir
celui qui eft à l'entrée de la Riviere de
Gambie , détruit par les François dans la
derniere Guerre. Les Vaiffeaux de Guerre
qui efcortent ces Bâtimens , ont ordre de
donner la chaffe aux Pirates , & de les
détruire entierement .
On écrit de Falmouth , qu'il y étoit arrivé
un Vaiffeau de la Jamaïque , pour
prendre fur fon bord trente ou quarante
Ouvriers qui travaillent aux Mines de Cornouailles
. On a deffein de les tranfporter à
la Jamaïque , où l'on prétend avoir découvert
de riches Mines d'or & d'argent. Le
Royal Anne , Vaiffeau de Guerre , a detruit
deux gros Forbans dans fon Paffage de
la Jamaïque.
Il paroit ici une Declaration du Prétendant
, datée à Rome le dix du mois
d'Octobre dernier , par laquelle il promet
de retablir cette Nation dans toutes fes Libertez
, fi elle le rapelle , & le remet fur le
Trône de fes Ancêtres. On
DE NOVEMBRE. 161
V
On a eu avis que le Sauvage , venant
d'Archangel , & le Vaiffeau le Moccha
venant de Peterbourg , avoient fait naufrage
, l'un fur la Côte de Lapland , & l'autre
dans la Mer Baltique ; l'Equipage de ces
deux Vaiffeaux s'eft heureufement fauvé.
..Le Regiment d'Infanterie du Colonel
Harriffon mort depuis peu , a été donné
au Colonel Newton.
On a intenté plufieurs procez au fujet
des Actions de la Mer du Sud ; il paroît
que les Juges ne decideront rien , juſqu'à
ce que le Parlement ait pris des mesures
qui leur fervent de regles. "
Le Docteur Knight , Recteur du Saint
Sepulcre , prêcha le 19 dans Saint Paul lepremier
Sermon qui a été fondé pour la
défenſe de la Divinité de N. S. J. C. ce
que l'on continuera de faire de mois en
mois.
Le 20. Don Hyacinthe Borges Pereira à
Caftro , Envoyé Extraordinaire du Roy de
Portugal , fut inhumé dans l'Abbaye de
Weſtminſter. On avoit fait auparavant dans
la Chapelle de cet Envoyé les ceremonies
funebres fuivant l'ufage de l'Eglife Romaine.
Milord Sunderland a eu plufieurs conferences
depuis fon retour avec les Seigneurs
Regens & Miniftres d'Etat , afin
de preparer les voyes pour l'ouverture du
162. LE MERCURE
Parlement. On a publié plufieurs brochu
res pour rétablir les affaires de la Compagnie
du Sud & le credit public . L'une
propofe de faire tranfporter toute l'argenterie
à la Monnoye , pour y eftre convertie.
Par une autre on projette de donner
à la Compagnie les Forêts Royales
dont la Couronne ne tire aucun avantage.
Il paroit un nouveau calcul d'un fameux
Algebrifte , qui prétend démontrer que
tout le fond de la Compagnie du Sud ,
foit en capital , foit en celui qu'il a donné
aux Proprietaires des dettes publiques ,
ou à ceux qui ont fouferit en argent , fe
monte à près de trente- trois millions ; que
tout l'argent que la Compagnie a déja dans
fes Caiffes , ou pourra retirer des diverfes
Soufcriptions , ou de ce qui lui fera payé
par le Gouvernement , monte à la fomme
de près de 74 millions , dont il faut déduire
la Prime que la Compagnie doit
payer à l'Etat ; fçavoir , fept millions
197681 livres fterlin ; ainſi il reſte à partager
, entre les Proprietaires du fond
capital ou additionel, la fomme de foixantefix
millions $ 62874 livres fterlin ; de
forte que la valeur réelle de chaque Action
eft de 203 livres fterlin , en fuppofant
que la Compagnie reçoive toutes les fommes
marquées cy- deffus. On parle encore
d'un autre. projet , qui fans qu'il foit à

DE NOVEMBRE. 163
charge à la Nation , pourra faite hauffer
les Actions du Sud & des autres fonds
publics ; il ne s'agit pour cela que de reduire
l'intereft de l'argent prêté de Particu ……
liers à Particuliers de cinq à trois pour cent
par an car comme la Compagnie du Sud
peut faire un Dividende d'environ ſeize
pour cent par chaque année , il eft apparent
que dans un tel cas les Actions vaudront
400 , auquel prix on les a données à ceux
qui ont foufcrit leurs annuitez. Ce qu'il
y a de plus fâcheux , c'eft que les Directeurs
ayant prêté fur les Actions environ
douze millions de livres sterlin que
la Compagnie avoit gagnez par les Soufcriptions
, les Particuliers auront beaucoup
de peine à rembourfer les 400 livres fterlin
qu'ils ont empruntez fur chaque Action,
à moins que les Actions ne reprennent
une grande faveur,
Le Chevalier Jean Fryer , Lord Maire
de Londres , élu pour cette année , fe rendit
le dans la Salle de Weftminster , où
il prêta ferment avec les ceremonies accoutumées.
Le même jour on publia une
proclamation des Seigneurs Regens , pour
faire obferver la quarantaine avec la derniere
exactitude aux Vaiffeaux qui viendront
de la Mediteranée , de Bordeaux ,
& autres Ports de la Baye de Bifcaye , ou
des Ifles de Jerſey , Guernesey , Alderney,
Sark & Man.
O ij
164 LE MERCURE
Le Conful d'Efpagne en cette Ville , a
reçu une Lettre du Marquis de Grimaldo
Secretaire d'Etat , par laquelle ce Miniftre
affure que l'armement qui fe fait à Cadix
ne regarde que l'Afrique , & le Conful
a fait part de cette Lettre aux Lords Juſticiers
, par l'ordre defquels elle a été rendue
publique.
Il n'y a prefque point de jours qu'on
ne declare à la Douane pour des fommes
confiderables d'or & d'argent que l'on
tranfporte en France & en Hollande ; d'où
il est arrivé deux cens dix milles guinées
dont 150 mille ont été portées à la Banque.
Le refte de cette fomme étant pour
le compte des Marchands qui ont pris
cette voye pour faire venir leur argent de
ce païs- là , depuis les Banqueroutes frequentes
qui ont été faites à Amfterdam.
Les Presbyteriens de cette Ville ont obfervé
un jour de jeûne & de prieres , tant
pour demander à Dieu de garantir ce
Royaume de la contagion , que par rapport
aux infortunes arrivées à plufieurs de
leur Communion , par la chute des Actions
du Sud. La mifere du temps n'a pas empêché
la Compagnie des Indes de vendre
fes Marchandifes affez avantageufement ;
elle a eu des Indiennes quatre pour cent
de moins que l'année precedente , & du
Caffé à 27 livres sterlin par quintal
DE NOVEMBRE. 168
On a eu avis de Bafton que les Indiensavoient
fait une irruption vers l'Eft de la
nouvelle Angleterre , avoient pillé les
Plantations , & obligé les Habitans de ſe
refugier dans la Ville d'York , Province
de Main .
M. Withwort , Envoyé Plenipotentiaire
de S. M. à la Cour de Pruffe , a été créé
Baron du Royaume d'Irlande . Le fieur
Nathanael Harley , frere du Comte d'Oxford
, eft mort à Conftantinople , il étoit
un des plus riches Negocians Anglois qu'il
y.eut dans cette Ville.
M. Beſtuchef , Refident de Mofcovie ,
a prefenté en cette Cour un Memoire que
l'on trouve beaucoup plus vif que celui
que fon Predeceffeur prefenta l'année
paffée , il s'éleve fort contre la conduite
des Miniftres , ce qui feroit croire que le
Czar ne feroit pas difpofé à faire la Paix
avec la Suede , par la mediation du Roy
de la Grande Bretagne.
Le Gentilhomme François qui avoit été
arrêté au commencement de ce mois , &
mis fous la garde d'un Meffager d'Etat ,
n'ayant pas été trouvé coupable d'aucun
complot , a été remis en liberté..
Le Chevalier Jufte Beck - Baronnet ,
Banquier qui a manqué , a genereuſement
- remis tout ce qu'il poffedoit à fes Creanciers
; ceux-cy perſuadez de ſa bonne foy
166 LE MERCURE
lui ont laiffé 500 livres fterlin de rente ,
pour fon entretien & celui de fa famille ,
compofée de cinq enfans .
Le Chevalier George Bing a été fait
contre-Amiral de la Grande Bretagne , &
le Lord Shannon , Commandant en chef
des forces de S. M. en Irlande , à la place
du Lord Tirawley. M. Marcly a été nommé
Solliciteur general , ayant remplacé
le ficur Jean Bagerſon , qui a été fait Procureur
General de ce Royaume. Le Chevalier
Jean Jennings a été créé Gouverneur
de l'Hôpital de Greenwick.
Le Roy arriva le 22 au Palais de Saint
James au bruit du canon de la Tour &
du Parc , accompagné de grandes acclamations
du Peuple. Il y a eu par toute la
Ville des feux de joye , & des illuminations.
Ala Haye le 30 Novembre 1720.
M
>
Onfieur le Comte de Cadogan a reçu
des complimens des Députés de
P'Etat , fur fes Negociations à la Cour de
Vienne & fur fon retour en ce Pays. Il a
affuré L. H. P. que la Cour Britannique
payeroit à l'Erat tout ce qui lui eft dû , auffitôt
que les affaires feront redreffées en An- fot
gleterre. Le Marquis de Poffo- Bueno , En
voyé Extraordinaire d'Efpagne à la Cour
DE NOVEMBRE. 167
Britannique , a eu plufieurs conferences
avec ce Miniftre , & le Comte de Windifgratz
, touchant la tenue du Congrés
de Cambray. Ce dernier a reçût des Ordres
de la Cour Imperiale , pour le rendre
à Bruxelles . On croit qu'il y reftera
jufqu'à ce que les Miniftres des autres Puiffances
foyent arrivés au Congrés. Cependant
le jour du départ de ce Miniftre , ni
celui du Marquis Beretti - Landi , ne font
pas encore fixés. Le Comte de Tarouca ,
Ambaffadeur de Portugal , eut le 23 une
conference avec les Députez de l'Etat , aufquels
il déclara qu'il étoit fur fon départ
pour Cambray. Il leur fit en même tems
de nouvelles inftances pour le payement
de ce que cette Republique doit encore
au Roi fon Maître depuis la derniere guerre .
Meffieurs les Députez ont promis à cette
Excellence d'en faire raport à L. H. P.
La nouvelle qui étoit répanduë d'une con
fpiration contre la vie du Roy de la Grande
Bretagne , eft entierement defavouée par
les Miniftres de ce Prince , ce bruit n'ayant
d'autre fondement que fur ce que l'on
avoir arrefté à Hanover diverfes perfon+
nes pour d'autres raifons. Milord Stan →
hope a eu quelques conferences avec M.
de Hoornbeck fur la fituation preſente
des affaires de l'Europe , par rapport aux
interefts communs de la Grande Bretagne
& de cette Republique.
768 LE MERCURE
M. le Marquis de Poffo-Bueno a remis à
cer Etat la lettre du Marquis de Grimaldo
au fujet de l'armement de l'Efpagne , qui,
fuivant cette lettre , ne regarde que la
guerre contre les Maures . Ce Marquis a
donné de grandes affurances de l'amitié
conftante du Roy fon Maître pour cette
Republique.
Les Directeurs de la Compagnie des
Indes Occidentales de ce Pays , font depuis
quelques jours à la Haye poury folliciter
une prolongation de leurs octrois,
& pour prendre quelques arrangemens au
fujet des deux dernieres Soufcriptions , qui
font tombées beaucoup au- deffous du pair.
A l'égard du premier point , il paroît qu'ils
ne l'obtiendront que trés- difficillement , à
moins que la Compagnie , pour l'obtenir ,
ne paye une certaine fomme à l'Etat : c'eft
à quoi elle aura de la peine à fatisfaire .
Cependant , Meffieurs les Directeurs promettent
que fi les affaires de cette Compagnie
fe rétabliffent , elle fera alors un
dernier effort pour le bien de l'Etat . En
attendant , les Magiftrats de la Ville d'Amfterdam
, ont annullé tous les Contrats qui
ont été faits fur ces Soufcriptions ce qui
prévient la ruine d'une infinité de perſonnes.
Les autres petites Compagnies de ce
Pays font prefque toutes tombées dans le
méant , à la reſerve de celle de Roterdam,
Delft ,
DE NOVEMBRE. 169
1
Delft , & Gouda qui fe fontiennent un peu.
Les Etats fe font feparés fans avoir entierement
donné leur approbation au Placard
. qui a été publié au fujet de la pefte , fur
lequel la Ville d'Amfterdam forme quelques
difficultés.
On apprend d'Oftende , qu'on a relevé
deux Vaiffeaux Anglois qui avoient échoué
devant ce Port , dont un a déja mis à la
voile pour l'Angleterre. Un Vaiffeau du
même Port , portant Pavillon Imperial ,
eft parti pour les Indes:
On a eu avis que l'Electeur Palatin ,
dont le départ pour Manheim avoit eté
differé par une legere indifpofition , y étoit
arrivé avec toute fa Cour le 19 de ce
mois.
A Madrid le 18 Novembre 1720.
A Reine étant parfaitement guerie de
Lfon indifpofition, L. M. & le Prince des
Afturies partirent le S de ce mois pour
Balfain , & arriverent le foir à l'Efcurial ,
où elles font en bonne fanté. M. le Marquis
de Maulevrier Langeron y a fuivi
la Cour , pour prefenter au jeune Infant
D. Philippe le Cordon du Saint Efprit ,
dont la Ceremonie fe fit le 6. M. Aldobrandini
, qui a été nommé Nonce en cette
Cour , arriva icy le 7 , & fe rendit le 9
P.
120
LE MERCURE
à l'Efcurial. M. l'Abbé de Mornay nommé
à l'Archevêché de Befançon , & cydevant
Ambaffadeur de France à la Cour
de Portugal , a été attaqué d'une fluxion
fr violente fur les yeux , que l'on craint
fort que le mal ne foit fans remede ; les
Etrangers font fort fujets à cet accident,
ce que l'on attribue à l'air fubtil du Pays,
auquel ils ne font pas accoutumés .
S. M. pour procurer plus d'avantages
& de commodités aux jeunes gens qui font
leurs études dans l'Univerfité de Salamanque
, & en augmenter le nombre qui étoit
beaucoup diminué depuis le paffage continuel
des Troupes , a ordonné qu'à l'avenir
aucun Regiment ne pafferoit ni ne feroit
logé dans la Ville , tant en paix .
qu'en guerre ; & il a été refolu en même
tems que le Gouverneur General de cette
Province n'y feroit plus fa refidence , de
même que les Officiers particuliers de la
Province.
Le Cardinal Belluga continue fon fejour
en cette Cour. Le Miniftre de Portugal
arrivé ici pour remplacer Don Louis d'Achuna
, qui eft parti pour fe rendre à l'Affemblée
de Cambray , n'a point encore pris
de caractere .
Les lettres de Lisbonne portent que la
Flote du Ryo-Janeiro , qui en étoit partie
le to Aoult , étoit arrivée le 29 du
DE NOVEMBRE.. 170
mois dernier avec une cargaiſon trés-confiderable.
Suivant les dernieres Lettres de Cadix
les Vaiffeaux chargez de Troupes deſtinées
à Pexecution du projet formé en cette
Cour , fe montent à 44 tant Nationaux
qu'Etrangers. M. le Marquis de Lede, qui
commande cette expedition , s'embarqua le
23 du mois paffé, & mit à la voile avec environ
30 Tartanes ou Saïques , fous l'eſcorte
de trois Vaiffeaux de guerre ; mais il fe vit
obligé par les vents contraires de rentrer le
lendemain dans ce Port ; on remit en mer le
26 , & on fut de nouveau forcé deux jours
après de revenir. Comme cette Flotte ne paroît
pas fuffisamment fournie de proviſions
de bouche, par rapport au nombre de Troupes
qui font deffus , on croit qu'on pourroit
bien profiter du vent contraire pour en
augmenter la quantité. Les Gardes Efpagnoles
& Valones qui fe font embarquées
fur cette Flotte , feront remplacées ici par
´un Bataillon qui a fervi en Sicile , & qui
eft prefentement en Garnifon à Tortofe.
Les differentes Eglifes & Communautez
de cette Ville continuent les Proceffions
& les Prieres publiques pour la profperité
des armes de S. M. & pour demander à
Dieu que ce Royaume foit prefervé du mal
contagieux qui regne en Provence.
On mande d'Almeira que les deux
Pij
172 LE MERCURE
.
Vaiffeaux de guerre François , commandez
par M. Caffart , dont on ignoroit la dettination
, alloient , dit - on , faire une deſcente
à Tanger.
LE
A Rome le 12 Novembre 1720.
E Pape fe trouva le 4 attaqué d'une
indifpofition qui fut fuivie de la fièvre ;
mais après une confultation de fes Medecins
, & un remede qu'on lui fit prendre
à propos ,
il fe trouva en état de donner
audience à un Affeffeur du Saint Office ;
mais trois jours aprés la fiévre eft revenuë
avec plus de violence qu'auparavant . Le
Cardinal Albani fon neveu , qui étoit à
-Soriano , a pris la pofte pour fe rendre
-auprès de S. S. afin de lui donner tous les
fecours neceffaires . Cet accident caufe
beaucoup d'inquietude au Palais & dans
cette Ville,
Le Chevalier de Saint Georges a donné
part au Senat Romain que la Princeffe
fon épouſe approchant de fon terme , il
le prioit d'envoyer des Députez pour af
fifter à fes couches . La Princeffe des Urfins
, qui depuis fon retour à Rome , a,
pris le nom de la Marquife Della- Torré ,
prefidera aux couches de la Princeffe.
L'Abbé Landi eft parti pour aller porter
la Barette au Cardinal Borgia, Sa Sainteté
DE NOVEMBRE.
173

a envoyé les ordres à Civita-vechia , pour
tranſporter à Marſeille dix mille charges
de grain. Le Saint Pere a nommé l'Abbé :
Codatti , Auditeur de la Nonciature de
Venife , fur les inftances de M. Stampa ,
nouveau Nonce auprès de la Republique..
Il est arrivé ici depuis quelques jours de
Naples 40 Tableaux des plus excellens
Maîtres d'Italie , parmi lefquels il s'en
trouve, fix du fameux Solymena . Ces Ta-i
bleaux font deſtinez pour le Prince Eugene
de Savoye . M. Cornaro , Ambaffadeur
de Venile en cette Cour , eft toujours dans
la refolution de faire fon entrée publique,
quoique le Pape lui ait offert de l'en difpenfer
, dans la crainte que le mal contagieux
ne fe gliffât dans Rome , étant difficile
aux Magiftrats de la Santé , de donner
les ordres neceffaires pour examiner
tous ceux qui font à la fuite pendant une
telle ceremonie .
A Naples le 12 Novembre 1720.
ON
N reçut le 4 la Patente de l'Empereur
, qui declare le Prince Della-
Rocella , fon Confeiller d'Etat intime
avec toutes les prérogatives attachées à
cette dignité dont ce Prince reçoit actuellement
les complimens. Les Regimens
Imperiaux continuent d'arriver de la Sicile
Piij
'374 LE MERCURE
en cette Ville . Une colonne du Regi
ment du Comte de Guido a pris fa marche
par l'Etat Ecclefiaftique pour paffer
dans le Milanois . Les deux Regimens de
Zumzunghen & Hanfpach , font en marche
par Mantoüe. Quelques autres Troupes
Allemandes , qui font la quarantaine
dans le Port de Baye , ont ordre de prendre
la route de Genes.
On a eu la confirmation que anun
Coggia , cy-devant Capitaine Baffa de l'armée
navale Turque , s'étoit emparé de
Bema & de Bigance , dans le Royaume de
Tripoli ; que tous les Peuples s'étoient
foulevez en fa faveur , & que comme il
prétendoit fucceder au Bey , il s'étoit mis
en marche avec une nombreuſe armée 2
pour aller affieger la ville de Tripoli par
par terre , ayant fait avancer pour
cet effet une grande quantité de Bâtimer
&
mens.
Le fieur Gio-Vincentini , nouveau Refident
de la Republique de Venife , eft
venu relever fon frere , qui a des ordres.
de la Republique de fe rendre à Paris ,
pour paffer enfuite à Cambray.
DE NOVEMBRE
. 175
APELLE
ET PROTOGENE
.
HISTORIETTE
.
A Monſeigneur
le Marquis DE LA VRILLIERE
,
Secretaire d'Etat .
E penfez pas , Seigneur , que fur les grands
Ν
NE fuccez
La gloire uniquement fe trouve répandue ;
Souvent par de legers effais
Duplus vafte génie on connoît l'étendue.
Marquis , que le plus grand des Rois ,
Par un difcernement fuprême ,
Honora des premiers emplois ,
Dans un âge où tout autre à peine auroit des Loix
Obtenu le pouvoir de fe regir soi- même ;
Si pour vous délaffer de l'application
Où le bien de l'Etat rend votre ame fujette ,
Aux doux amuſemens d'une Muſe diſcrette
Vous ne refuſez pas un peu d'attention ;
Voyez dans cette Historiette
Comment je vais prouver ma propofition.
Apelle , ainfi que Pline afoin de nous l'apprendre
Vivoit avec éclat dans la Cour d'Alexandre.
Touché des grandes qualitez
Dont ce Peintre fameux éblouiffoit la Grece .
Pinij
376 LE MERCURE
t
Vainqueur des Perfans lui marquoit (a tendresses.
Et répandoit fur lui fes liberalitez ,
1 Jusqu'à lui ceder fa Maîtreſſe.
Vous connoiffez, Marquis , l'efprit du Courtisan ;
Chacun , de fes vertus devenu partiſan ,
Etoit de fes amis , ou fe piquoit d'en être ,
Et diftinguoit en lui , fur l'exemple du Maître ,
L'honnête homme de l'artiſan.
Comblé d'honneurs & de richesse ,
Qui ne croiroit , Seigneur , qu'Apelle fût content ?
Rien moins. Protogene fans ceffe
Par l'émulation l'alloit inquietant.
Protogene avoit le mérite
D'un Peintre de diftinction ;
Il joignoit le grand goût à la correction ;
Et pour fa réputation
Rhodes qu'il habitoit , devenoit trop fetite.
Apelle eft forcé d'en gémir ;
Il croit que d'un Rival la gloire le dégrade ,
Semblable à Themistocle , empêché de dormir
Par les exploits de Miltiade.
Mais quoi ! dira quelqu'un , fe laiffer maîtriser
par un transport jaloux ! Un ami d'Alexandre !
Et pourquoi non ? Je panche à l'excuser.
Un Peintre , un Courtisan , pouvoit - il s'en défendre?
Quoi qu'il enfait , notre homme tourmenté
Du nom que Protogene acquiert par la Peinture ,
DE NOVEMBRE. 177
Veut lui même aller voirfi c'eft portrait flatté ,
Ou fi la Rénommée a peint d'après nature.
Gens d'efprit ont bientôt affemblé leur confeil :
Il monte un Bâtiment fretté pour le Negoce ;.
Il arrive au Port du Soleil ,
Entre les jambes du Coloffe.
Il n'eut pas peine à rencontrer
La demeure de Protogene.
Fiers d'un tel Citoien , tous la veulent montrer
Une troupe d'enfans en tumulte l'y mene :
Autre coup d'aiguillon. Il monte l'escalier
Plein d'un empreffement pour le coup inutile ;
Il ne trouve dans l'Atelier
Qu'une vieille Concierge , & le Maître eft en Ville.
Une toile en ce lieu se montroit par bazard
Sur un Chevalet élevée ,
Pour quelque chef d'oeuvre de l'are
Vi fa grander , fans doute refervée :
Apelle , d'un pinceau rencontré fous fes pas ,
D'un trait fi délicat , fi jufte la partage ,
Qu'on n'eut pu faire davantage
Avec la Regle & le Compas ,
Et dit en fouriant : Aimable favorite
Cet anachroniſme n'eſt point fait par ignorance
; on fçait que le Coloffe de Rhodes ne fut
fondu que fous Demetrius , mais de tout tems
il a été permis aux Poëtes de raprocher les événemens.
178 LE MERCURE
Du fameux Protogene , alors qu'il reviendra ,
Par cette marque il apprendra
Quel est celui qui le vifite.
Protogene au legis vers la nuit retourné,
D'un fi noble cartel ne fut point étonné ;
Mais d'un autre couleur , par une adreffe infignes,
En deux de fon émule il divife la ligne.
A cette toile , Eglé , garde- toi de toucher;
Et fi dans quelque tems notre kôte
Retourne ici , comme il fera fans faute ,
Pendant qu'en ce réduit je courrai me cacher
Indique lui du doigt la ligne parallele
Qui partageant la fienne , en fait une jumelle ;
Et dis : Voilà celui que vous venez chercher.
"
Au grand Peintre de Cos * cette épreuve eſt montrés,
Elle lui femble faite exprès pour le flétrir;
Dans l'oeil dans la main fon ame concéntrée ,
S'indigne que fur elle on ait cru rencherir ; 1
D'une troifiéme ligne it coupe la feconde ;
Rien de fidélié n'a paru dans le monde ,
Ni les cheveux luiſans de la brune Phriné ,
Ni ceux par où Laïs , cette charmante blonde ,
Conduifoit en triomphe un Amant enchainé ,
Ni les filets trompeurs où fut emprisonné
Mars avec la Fille de l'Onde ,
Patrie d'Apelle.
DE NOVEMBRE.
179
Ni ceux du tiffu d'Arachné.
Je n'ajouterai point qu'à cet effort fublime
Protogene flechit , ne rifpofta point ;
Combien pour fon rival chacun d'eux eut d'eſtime ,
Ni par quelle amitié l'un à l'autre fut joint
Je dirai feulement qu'à cette experience
La docte Antiquité donna la preference
Sur les ouvrages les plus beaux ,
Et qu'elle entroit en concurrence
Avec l'élite des Tableaux :
On ne fe laffoit point de paffer en revûe
Ces traits , dont la jufteffe & la fubtilité ,
En fe derobant à la vâe
Défioient la Pofterité.
Peutêtre encor long - tems les Critiques habiles
En auroient admiré l'inimitable jeu ,
}
si les Vitelliens dans les Guerres civiles
Au Palais des Cefars n'avoient pas mis le few.
Mais pourquoi , direz- vous , cette vieille rubriquer
A quel propos ce Conte est-il cité ?
Votre demande eft fufte ; il faut que je m'expliquez
Et fi la Fable a fa moralité ,
C'est avec plus de poids qu'à l'Hiftoire on l'applique.
Je nefuis qu'une ligne , un point Mathématique ,
Encor moins ; cependant vous m'avez démêlé
Au travers des foucis dont l'esprit eft comblé:
Par l'épineuse politique ,
180 MERCURE LE
Et plaignant mes malheurs , vous en avez parlé
Au plus cher des amis de ce pauvre Exilé.
7
Par l'émail de votre mémoire
- Réhauffer mon obfcurité ,
C'est un excès de bonté ,
Qui mérite autant de gloire ;
Autant de part dans l'Hiftoire ,
Qu'aucune autre qualité.
A des chofes fans limites
Inceffamment occupé ,
Songer encore aux petites ',
Est un trait qui m'a frappé.
Faffe ma reconnoiffance
Que des ombres dufilencé
Votre Nom foit prefervés
Par la Mémoire fidelle
Auffi long-tems confervé ,
Que la fameuse querelle
De Protogene d'Apelle.
Le mot de la premiere Enigme du mois paffé
étoit une Chatte , & celui de la feconde
une Coëffe.
ENIGM E.
Dans un Canton de la vaſte Amerique ,
Mififfity nommé vulgairement ,
DE NOVEMBRE
181
S'eft introduit certaine Arithmetique ,
Qui pour Barême eft du haut Allemand;
★ Quatorze & buit que l'on fuppute enſemble ,
Ny font que douze ; onze ajoutez à trois
Produifent neuf. Lecteurs que vous en femble ?
Trouvez-vous pas ce calcul Iroquois ?
チョ
AUTRE
E fuis d'une étrange figure,
Je marche tout à l'avanture ,
Et recule en marchant , quand il faut avancer ;
Car jamais l'on ne m'a fait apprendre à danser ,
Pas même la moindre cadence ;
Mais belas ! belle confequence ,
Quand mes Parens l'auroient voulu
Pauvre fotte ! l'aurois -je pû ?
>
Quoi qu'il en fuit , beau Paon avec votreplumage
Serin avec votre ramage ,
Et vous , Margot la Pie avec un leger pied ,
Qui femblez en fautant danfer le Paffepied ,
Si je ne flatte point l'oreille ni la vue ,
Etant de vos dons dépourvûe ,
Ne vous moquez point tant de moi ,
Je puis à peu de frais flatter le goût d'un Roy.
182
LE MERCURE
5 : 2
CHANSON.
QueVe Tircis charmé de Lifette ,
Aux Echos apprenne fon nom ;
Je veux consacrer ma Mufette
A chanter celui de Manon .
Tendres feux , ofez paraître
Pour celle dont j'ai fait choix.
Chants que je vais faire naître ,
Soyez dignes de fa voix i
Voix touchante ,
Qui m'enchante ,
Prête à mes accens
Tes charmes puiſſans.
Que mes airs tendres , languiffuns .
Expriment l'ardeur que je fens .
Et Toi , qui fais que mon coeur fonfire .
Dieu d'Amour , anime mes fons .
Puiffent lesfeux que Manon m'infpire ,
Faffer jufque dans mes Chansons.
C'est ainsi qu'autrefois Ovide
De Corinne obtint le coeur :
Tu voulus bien lui fervir de guide.
Par fes vers il s'en rendit vainqueur.
Seconde aufli mes transports ;
nom,
Je veux con =
I
BEL
LYON

.DE NOVEMBRE .
Que Manon cede à mes accords :
Amour , fois juge de ma tendreffe ;
Merité-je un fort moins heureux ?
Jevante avec moins d'art ma Maîtreffe ,
Mais mon coeur eft plus amoureux.
k@ 0❁U དགུ
JOURNAL DE PARIS .
O
N écrit de Port- Louis du premier
Novembre , que les 900
familles du Palatinat , faifant
près de 40 00 têtes , avoient enfin
été embarquées pour paffer au Mifilfipi.
Le Cordon Rouge de feu M. de Champigny,
a été donné avec la penfion qui y eft
attachée , à M. de Champmeflin Capitaine
de Vaiffeau , qui avoit été chargé de l'expedition
de Panfa - Cola.
Tout fe prepare pour l'ouverture du
Congrés de Cambray , où les Miniftres
Plenipotentiaires de la France & ceux des
Puiffances Etrangeres , doivent fe rendre .
Lè 3 le Roy étant allé voir le Couvent
des Chartreux , fut reçû à la porte de
l'Eglife par D. Vicaire , qui lui preſenta
l'Eau benite , & le complimenta à la tête
de la Communauté. Sa Majesté entra en184
LE MERCURE
fuite dans le Choeur , où Elle fit fa priere,
pendant que les Religieux chantoient le
Pleaume Exaudiat , aprés lequel le Roy
vit les belles Peintures de le Sueur , qui
font dans le Petit Cloître . Le Roy vifita
enfuite le Pere D. Armand qui rejouit fort
S. M. par les petits jets d'eau & les cafcades
que ce Religieux a pratiqués dans
fon jardin. Madame la Ducheffe de Ventadour
, & plufieurs autres Dames de diftinction
, profitant de cette occafion unique
, entrerent dans l'interieur de cette
Maifon , admirerent l'arrangement & la
propreté des Celulles , & s'en retournerent
fort fatisfaites .
M. de Creil cy- devant Intendant de la
Rochelle , & nommé à l'Intendance de
Metz , a été nommé avec M. de la Tour
Intendant de la Rochelle , & M. de Vauguyon
Lieutenant General de la même Province
, pour renouveller les Baux de la
Taille tarifée établie dans l'Election de
Niort , il y a plus de deux ans , par feu M.
Renaut Lieutenant Général , par M. le
Comte de Chateautiers & par M. de Vauguyon
: ils acheveront leur ouvrage avant
la fin du mois.
L'Election de S. Maixent , & celle de Fontenay-
le-Comte , qui font de la Generalité
de Poitiers , demandent auffi inftamment
le même établiffement , & l'on croit qu'el-
Ies l'obtiendront.
La
DE NOVEMBRE. 185
La Sale des Machines des Tuilleries eft
prefque tout-à fait reparée. On y doit reprefenter
dans peu plufieurs Pieces avec
des Intermedes , dans lefquelles le Roy
danfera avec les jeunes Seigneurs de fa
Cour. On en fera l'ouverture par les Folies
de Cordenio , tirées de D. Quichottte,
Comedie en trois Actes .
:
Le 12 fe fit la rentrée de l'Academie
des Infcriptions & Belles Lettres . M. de
Boze , Secretaire Perpetuel de cette Academie
, ouvrit la féance par l'éloge de feu
M. Henrion un des Affociez veterans . D. ·
Bernard de Montfaucon Benedictin , un.
des honoraires , lut enfuite une differtation
fur les Phares des Anciens. Il s'éten
dit fort fur celui de Boulogne qui fubfiftoit
encore en 1648 la féance finit par un
morceau trés - curieux & trés - bien écrit fur:
la Mufique des Anciens. La premiere Partie
traitoit des preceptes qu'ils nous en ont,
laiffés , & la feconde de l'execution . Juf
qu'à preſent on avoit été hors d'état de
porter jugement certain fur cette derniere
Partie ; mais trois hymnes Grecques, qui fe
font trouvées heureufement notées dans un
ancien manufcrit de la Biblioteque du Koy,
nous en ont donné une idée moins vague,
Un fort bon Muficien l'executa avec l'aplaudiffement
de l'Affemblée. Il faut ce--
pendant convenir que ce n'eft proprement
186 LE MERCURE
qu'une espece de plain chant , qui n'eſt
point lié , comme le notre , par des notes
quarrées ou égales. Cette differtation
eft de M. Burette un des Penfionnaires
& Medecin de la Faculté de Paris .
Le 13 l'Academie des Sciences fe raffembla.
M. de Fontenelles y fit l'éloge de
feu M. le Chevalier Renaut un des Honoraires
de la même Academie. M. de Reneaume
, qui eft un des Penfionnaires pour
la Botanique , fit enfuite la lecture d'un
Traité fur la découverte & la vertu des
Eaux Mineralles de Paffy , aufquelles il
donna la préference fur toutes les autres.
Eaux Froides de cette nature . M. de Caffi-
Ai ferma la Séance par des obfervations .
Phyfiques fur la difference des Marées du
Port-Louis , & de celles du Havre . M..
l'Abbé Bignon , comme Prefident , répon-'
dit à chacun de Meffieurs des deux Academies
, aprés la lecture de chaque Piece..
Le 14 Meffieurs de l'Academie Françoiſe
élurent M. le Duc de Richelieu , &*
M. l'Abbé de Roquette ; le premier à la
place de feu M. le Marquis de Dangeau ;.
& le fecond , à celle de feu M. l'Abbé
Renaudot.
M. le Cardinal de Noailles donna le
13 deux Canonicats de N. D. le premier
vacant par la mort de M. Bombes , à M.:
Demontempuys , ancien Recteur de l'UniDE
NOVEMBRE. 187
4
verfité , Profeffeur de Philofophie au College
du Pleffis . Le fecond vacant par la
mort de M. l'Abbé Paffart de Saint Aubin
, à M. l'Abbé de Harcour , fils du feu
Maréchal de ce nom . Peu de jours aprés
M. le Cardinal de Noailles l'a nommé
fon Grand Vicaire.
M. le Duc d'Albret , comme Engagiſte
de Pontoiſe , a prefenté au Roy pour
Prieure perpetuelle de Saint Nicolas Madame
Benedicte Filfroy , Religieufe des
Benedictines Angloifes de la même Ville .
Madame Filfroy eft fille naturelle de Charles
II Roy d'Angletterre.
L'Abbaye de Saint Georges aux Bois ,
Dioceſe du Mans , vaque par la mort de
M. le Boffu .
L'Abbaye du Lys prés de Melun , Ordre
de Citeaux , a été donnée à Madamed'Afpremont
Religieufe de Montmartre..
Le 25 Novembre le Roy donna l'Abbaye
de Saint Etienne de Caën , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe de Bayeux , à
M. le Cardinal de Mailly .
Le Prieuré de Saint Philbert de Pontiherault
a été donné à M. le Curé de Montrouge-
lés - Paris .
Le Roy donna le 25 Octobre der
nier à M. le Duc de Louvigny , la furvivance
de M. le Duc de Guiche fon Pere .
les Charges de Gouverneur - Lieutenant
9"
188 LE MERCURE
general du Royaume de Navarre , & Païs
de Bearn , de Gouverneur de Saint Jean
Pie-de- Port , de Capitaine & Gouverneur
des Château & Tour de Pau , de la Lieutenance
generale de Bayonne , Païs &
Bailliage de Labour , Baronnie de Gauffe ,
Seignant , Marempuë , Cap Breton , Païs
de Bomande , Sordes , Huftingues , Gunchin
le Bardos , Vicomté d'Horte , & autres
lieux de la Frontiere de ladite Ville
de Bayonne , Païs adjacens , & entrées de
la grande Mer ; enfin la Charge de Gouverneur
des Ville , Château & Citadelle
de Bayonne.
Sa Majesté donna le 21 Novembre la
Lieutenance de Roy des Ville & Château
du Pont de Larche , à M. Bouchard des
Plaffons , Capitaine dans le Regiment
Dauphin Dragons , & Chevalier de Saint.
Louis , en furvivance de M. Bouchard des .
Plaffons fon oncle.
Le Roy a gratifié M. le Maréchal d'Eftrées
de 40000 livres , pour l'indemnifer
des frais qu'il a faits pendant la tenuë des
Etats de Bretagne.
Le Roy a donné à M. le Marquis de:
Parabaire une Brigade de Carabiniers.
Le 25 fe fit la rentrée du Parlement féant
à Pontoife ; la Meffe fut celebrée en Mufique
dans l'Eglife des Cordeliers de la
même Ville , avec les ceremonies ordinaiDE
NOVEMBRE.
18.9
res. M. le Premier Prefident , & Meffieurs
les Prefidens à Mortier donnerent enfuite
chacun un grand dîner à Meffieurs du
Parlement.
M. Vincentini , cy -devant Envoyé de
la Republique de Venife à Naples , eft
arrivé ici pour quelques negociations importantes.
M. le Comte de San-Severinoeft
auffi arrivé en cette Ville , pour affiſter ,
de la part du Duc de Parme , au Congrès
de Cambray..
M. de Machault , qui avoit la premiere
Expectative de Confeiller d'Etat ,
a paffé à cette Charge par la mort de
M. de Caumartin , qui étoit fous - Doyen
des Confeillers d'Etat .
M. le Marquis de Caraccioli a eu l'honneur
de prefenter fes refpects au Regent ,
qui l'a reçu avec bonté. Ce Marquis a
donné à S. A. R. tous les éclairciffemens
neceffaires pour prouver la naiffance , ce
qui détruit les foupçons des gens malintentionnez
contre lui & contre la Damoiſelle
Duparc , que M. de Caraccioli
a époufée ; elle eft fille du fieur Duparc ,
Prefident à l'Election du Mans.
Approbation de M. Demontempuys , Avocat en
Parlement , Cenfeur Royal des Livres.
lier un Manufcrit intitulé , Le Nouveau Mercure
pour le mois de Novembre 1720 , dont j'ay paraphé
les feuillets . Fait à Paris ce 7 Decembre
1720. DEMONTEMPUYS.
lû de le Chance-
TABL E.
Reponse deM. l'Abbé de Camps , à la
Lettre du R. P. Daniel de la Compagnie
de Jesus. 3.
Que Robert le Fort n'étoit point Saxon
d'origine , mais Prince du Sang des François.
72
84
Poëfies.
Extrait dufecond Tome de la vie & avantures
de Robinson Cruſoë.
A
99
Arrefts , Edits & Declarations.
?
123
Nouvelles Etrangeres.-
147
Vers.- 375
Enigmes
180
Chanfon.
Journal de Paris.
182
183
FAUTES A CORRIGER
Dans la premiere Differtation de M. l'Abbé
de Camps .
PAge 20 ligne 14. au lieu de PieII. lifex Paul II.
Page 36 lignes 12 & 28. au lieu de l'Abbaye
de Reomans , lifez l'Abbaye de Reomaus .
Page 56. 27. au lieu d'Ausbert lifez Ansbert...
Page 57 ligne 24. au premier mot ajoutez il
LE
E fieur Jofeph Levi , Juifde la Synagogue
de Metz , d'une des plus confiderables
familles de fa Natión , fut baptifé
le premier de ce mois dans la Chapelle du
Château des Tuileries . Le Roy lui a fait
l'honneur d'être fon Parain. Madame la.
Ducheffe de Vantadour , Gouvernante du
Roy , a été fa Maraine, M. le Cardinal
de Rohan a fait les ceremonies du Batême.
La converfion de ce Juif a été d'abord
preparée par M. de Valanges , Au
teur des Plans & Methodes. M. de Fre
jus Precepteur du Roy , remit enfuite ce
Profelyte entre les mains. de M. le Curé
de Saint Nicolas du Chardonnet , qui a
achevé de l'inftruire & de le diſpoſer à
recevoir le Batême.
Le Parlement affemblé à Pontoiſe a enregiftré
les de ce mois la Declaration
touchant la Conſtitution , avec des modifications
M. le Comte de Ribeira qui étoit Ambaffadeur
de Portugal à la Cour de France
, eft parti pour s'en retourner à Lisbone.
Ce Seigneur, qui s'eft fi fort diftingué pendant
tout le temps de fon Ambaffade , a
emporté avec lui l'eftime generale de la
Cour & de la Ville . Le Roy fon Maître
l'a rappellé pour prefider à une Compagnie
formée fur celles de France & d'Angleterre.
Madame la Comteffe de Ribeira
fon Epoufe , qui eft reſtée à Paris le fuivra
, après qu'elle aura fait fes couches.
Dom Louis d'Acunha premier Ambaſſadeur
Plenipotentiaire de Portugal , eft arrivé
depuis quelques jours ici , pour ſe rendre
au Congrés de Cambray.
L'Ambaffadeur Turc acheve fa quarantaine
à Maguelone qui eft une petite Ifle
placée au milieu d'un grand Etang proche
le Port de Cete.
On remet au mois prochain l'Article des :
Morts & les Mariages du mois de Nowembre.
FIN.
DEL
TILLE
SUPPLEMENT.
Ar un Courier dépêché de Madrid
BIBLIO
P qui arriva le 5. au foir , l'on a appris
la nouvelle de la défaite des Maures devant
Ceuta , par les troupes du Roy d'Efpagne
. En voici les circonstances.
LYON
1803 #
M. de Lede fit déboucher l'Armée Efpagnole
du chemin couvert de cette Ville
le 15 de Novembre , fur quatre colonnes
d'Infanterie & une de Cavalerie ; il fit attaquer
d'abord les ouvrages avancés des
Infideles , qui pliérent & fe retirerent dans
leur Ville , ou Camp retranché , où étoit
le gros de leurs troupes. Ce Camp étant
tres- avantageufement fitué , ces Barbares
le défendirent pied à pied pendant un
combat de quatre heures ; mais l'Infanterie
Eſpagnole les attaqua fi vivement de tous
côtez , qu'à la fin ils s'enfuirent fur les
hauteurs yoifines , abandonnant leur Artillerie
, munitions & vivres. La Cavalerie
Efpagnole n'a pû agir , ni les couper , à
caufe que le terrain étoit trop raboteux &
impraticable ; mais l'Infanterie , aprés avoir
forcé le Camp , les pourfuivit de hauteur
en hauteur jufqu'à une lieuë de -là , fur le
chemin de Tetuan . Les Maures ont eu
>
4000. hommes de tués fur le Champ de
Bataille , & ont perdu 21. pieces de canons
de bronze , un mortier , 300. quintaux
de poudre, 3000. balles d'artillerie de
differens calibres 200. bombes , une
grande quantité d'outils , & des magaſins .
confiderables de farine & d'orge. La nuit
après le combat , M. de Léde fit attaquer
un Camp de Cavalerie qu'ils avoient à
une lieue de - là fur le chemin de Tanger ,.
où l'Armée du Roy d'Efpagne campa ,.
aprés les en avoir chaffés , & pris 4 de
leurs Etendarts.
La perte des Espagnols a été peu confi-.
derable , car il n'y a eu que 108. morts,.
& 168. bleffés ; le Chevalier de Léde
Lieutenant General , & Don Carlos de
Avizaga Maréchal de Camp , font du
nombre des derniers..
LE
NOUVEAU
MERCURE
DECEMBRE 1720.
Le prix eft de vingt - cinq fols.
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruč
S. Jacques , à la Fleur-de - Lys d'Or.
7
M DCC. X X.
Avec Approbation & Privilege da Roy
AVIS.
OF
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebat.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci- deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718 & 1719 , de
même que l'Abregé de la Vie
du CZAR.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray
LE
NOUVEAU
MERCURE.
REMARQUES
Jur le Systemede M. BAbbé de Camps
touchant l'origine de la Maifon de
France , & fes Prérogatives.
M
MONSIEUR PAbbé de Camps ,
qui ramaffe depuis trés - longtemps
les actes de l'Hiftoire de
France , & qui a beaucoup travaillé
fur ce fujer , a donné dans les Mereures
des mois de Janvier , Juin , Juillet ,
Aouft & Novembre de cette année , des
Differtations & des Lettres, où il fait connoître
fon Syfteme für l'origine de la Maifon
Royale , & fur fes prérogatives. Il ne
pouvoit jamais le publier dans une conjoncture
plus favorable , qu'eft celle où le jeune
Louis XV, qui fait prefentement nos
A ij
LE MERCURE
delices , & qui felon nos voeux fera auffi
bientôt notre bonheur , étudie l'Hiftoire
des Rois fes Ancêtres , afin de pouvoirimiter
leurs vertus , & fe garentir de leurs
defauts ; & il eft même en quelque forte
du devoir de ceux qui la poffedent comme
ce celebre Abbé , de concourir à l'en inftruire.
Je lui fçais en particulier bon gré
de renouveller à cette occafion la question
de l'origine de ces Monarques , qui a déja
tant exercé les meilleurs Genealogiftes ; car
qui d'entre eux ne s'applaudiroit pas , file
defir de l'apprendre à un Souverain fi aimable'
, la leur avoit enfin fait découvrir ?
Je ne me flatre pourtant pas qu'ils puiffent
la trouver avec une entiere certitude dans
les titres qu'on a deterrez jufques ici mais
du moins en attendant qu'on foit plus heureux
, ils pourront toujours faire voir la
quelle des opinions , dont ils difputent ,
et la plus probable , afin qu'on s'y arrête.
J'efperois que le R. P. Daniel , provoqué
comme il a été fur ce point par M.
l'Abbé de Camps , entreroit volontiers en
lice avec lui : mais il a declaré dans le
Mercure d'Aouft qu'il ne prendra point de
part dans cette conteftation , & qu'il fe
borne à ce qui eft indubitable ſur ce fujet,
ainfi que faifoit le grand Prince de Condé,
c'eſt -à- dire , qu'il ne veut point paffer
Robert le Fort bifayeul de Hugues Capet.
DE DECEMBRE.
"
Il n'en fera pas apparemment de même du
R. P. Tournemine , qui a adopté l'opinion
de Befly , lequel donnoit pour Chef aux
Rois de cette troifiéme Race l'Abbé Hu
gues fils naturel de Charlemagne. C'étoit
en refutant celle de Belleforeft , que j'ai
foutenue après le fçavant P. Mabillon ,
felon laquelle ils defcendent de Welfe pere
de l'Imperatrice Judith. Comme j'ai eu
P'honneur de lui répondre , il a témoigné
par deux fois dans les Memoires de Trevoux
, qu'il a affez de preuves pour établir
fon fentiment ; il les a même promiſes
au Public : & quel tems plus propre attendroit-
il pour degager fa parole ? J'avoue
pour moi que je n'ai plus rien à produire
pour l'opinion que j'ai fuivie ; mais pendant
que je demeurerai convaincu de fa
folidité ; j'efpere quon ne trouvera point
mauvais que j'ofe toujours pour fa déſenſe
découvrir le foible que j'appercevrai dans
les preuves des autres opinions qu'on lui
voudra preferer. C'eft donc dans cette vûe
que je vais examiner le Syfteme de M.
l'Abbé de Camps. Il prétend.
1 Que tous les Rois des François qui
ont regné avant l'établiffement de la Nation
dans les Gaules , étoient de la même Race
que les Princes Merovingiens .
2. Que Saint Arnoul Evêque de Metz ,
Chef des Rois Carlovingiens , étoit auffi de
ette Race. A iij
1
LE MERCURE
3. Que ce Saint eft pareillement Chef
des Rois Capetiens ; de forte que les trois
Races de ces Monarques n'en font propre→
proprement qu'une .
4. Que les aînez des familles en font na→
turellement les Chefs ; ce qui a donné en
fin naiffance aux premieres Monarchies :
mais qu'on peut renoncer volontairement à
ce droit d'aîneffe , comme fit Efaü qui vendit
le fien à fon frere Jacob ; ou le perdre
par crime , comme Ruben , qui en fut privé
en punition de fa violence & de fa mauvaiſe
foi à l'égard des Sichimites , ce qui porta
Dieu à transferer fon droit à Judas fon
frere.
5. Que c'eft feulement de ces deux manieres
que la Couronne de France a paffé
d'une Race à l'autre . Que Childeric III .
dernier Roy de la premiere Race l'ayant
abdiquée de fa bonne volonté , Pepin le
Bref qui fe trouvoit le plus proche Prince
du Sang , la recueillit ; & que lorfque
Charles Duc de Baffe Loraine , dernier
Prince de la feconde Race eut été declaré
par les Etats Generaux indigne de regner ,
pour s'être uni à l'Empereur Othon III.
contre le Roi Lotaire fon frere , ce fut aufli
à Hugues - Capet à lui fucceder comme
plus proche heritier.
6. Que la Monarchie Françoife demeurant
toujours unie felon la Loy fondamen
J
DE DECEMBRE. “
.
tale , quelque partage qu'il s'en fit fous les
deux premieres Races , il s'enfuit que les
Rois de la troifiéme Race , qui la poffedent
à titre d'heredité , ont fuccedé à tous les
droits des deux Races precedentes fur cette
ancienne Monarchie. C'eft là neanmoins ce
que l'Auteur n'a pas encore avancé , & ce
qui lui eft feulement attribué par les amis
comme une confequence naturelle de fon
Systême , qu'ils tiennent de lui.
7. Que le titre de Tres - Chrétien a toujours
été attaché aux Rois de France & aux
Princes de leur Sang depuis le Baptême dé
Clovis , de maniere que fi les Papes Honoré
III.( l'Auteur a voulu dire Gregoire III . )
& Zacharie l'ont donné à Charles - Martel,
Carloman & Pepin , avant que ce dernier
eut obtenu la Couronne , c'étoit feulement
parce qu'ils étoient Princes du Sang Royal,
& il prie le P. Daniel de fouffrir avec patience
qu'il lui dife que ce n'étoit non plus
qu'en la même qualité que tous trois furent
Maires du Palais , Ducs en Auftrafie , &
revétus des plus grandes Dignitez de la Mo
narchie.
8. Qu'enfin la Couronne de France a
toujours été Imperiale auffi - bien que Roya
le , depuis que l'Empereur Anaftafe confera
la Dignité Imperiale au même Clovis , &
que les Rois adminiftrateurs du Royaume ,
comme Eudes & Rodolfe , prenoient auffi la
qualité d'Empereur . A iiij
LE MERCURE
Teleft le Syfteme de M. l'Abbé de Camps
fur l'origine de nos Rois de la troifiéme
Race , & fur les droits de leur Couronne.
ARTICLE PREMIER.
J'avoue fur le premier Article , que j'ai
toujours préfumé comme ce favant Abbé
que les Rois des François , dont il eft fait
mention , avant qu'ils euffent paffé dans les
Gaules , étoient de la même famille que
ceux qui regnerent enfuite dans ces Provinces
, & qui ont formé la premiere Race,
puifque dans tous les temps ils ont eu une
attache infinie pour le Sang mafculin de
leurs Monarques , que nul Ecrivain n'a dit
qu'ils en aient eu d'une autre Race , & que
tous ceux que Clovis fit mourir , étoient
effectivement de la famille.
Objectera - t- on que les Romains obligeoient
quelquefois la Nation d'accepter
des Rois de leur main , pour l'empêcher de
troubler l'Empire par fes courfes felon fa
coutume ; comme le dit Claudien à la gloire
de Stilicon ?
Provincia miffos
Expellet citiùs fafces , quàm Francia Reges
Quos dederis.
Mais ces Maîtres de la terre ne prenoientils
pas toujours dans les Maifons regnantes
DE DECEMBRE..
>
les Rois qu'ils donnoient aux peuples qu'ils
avoient vaincus ? n'en a- t-on pas des preuves
pour les Parthes , les Armeniens
les Juifs ? Et auroit - il été prudent d'en
ufer autrement avec les François fi jaloux
de demeurer fous le joug de leurs Prin
ces ? Tout ce que pouvoient donc faire les
Romains , étoit de choisir ceux qu'ils con
noiffoient affectionnez à leur Empire, &
qui rechercheroient leur protection pour
Le
maintenir.
Dira- t- on auffi que Gregoire de Tours
doutoit fi les François n'avoient pas ceffé
d'avoir des Rois , de forte qu'ils n'en auroient
repris que fur la fin du quatriéme Siecle
, & que fon Abbreviateur l'affure même
pofitivement. J'en conviens : mais ce dernier
n'ajoute-t- il pas que lorfqu'ils voularent
de nouveau avoir des Rois , ils eurent
grand foin de les tirer de la Race des
anciens ? Ce qui confirmeroit toujours
l'opinion dont il s'agit. Franci , ce font fes
paroles , electum à fe Regem , ficut priùs
fuerat , crinitum , inquirentes ex genere
Priami , Frigi Francionis fuper fe creant
nomine Thendemerem.
Cependant je ne fuis pas pour cela moins
perfuadé que cette ceffation pour les François
d'avoir des Rois , afin d'être feulement
commandez par des Ducs , eft purement
imaginaire , & qu'elle pouroit bien n'être
10 LE MERCURE
fondée que fur ce que quelques- uns de ces
Rois auroient été fimplement apellés Ducs
ou Generaux d'Armées par des Hiftoriens .
Ainfi Sulpice Alexandre cité par Gregoire
de Tours , Liv . 2. c. 9. ne donne que ce
titre à trois , fous la conduite defquels ils
avoient fait une irruption dans la Germanie
, Genebaude , Marcomere Sunnone
Ducibus Franci n Germaniam prorupere:
Mais il les nomine enfuite Regales & subregulos
, & Claudien fait affez connoître
que les deux derniers étoient de veritables
Rois , quand il releve la justice de
Stilicon dans fa Prefecture , fur ce qu'il ne
pardonnoit pas même aux peſonnes de
cette dignité.
Sabjudice noftro
Regia Romanus difquirit crimina carcer ‡
Marcomeres Sunnoquc docent.
Et d'ailleurs en quel tems cette ceffation
auroit- elle commencé ? Car on voit par le
Recueil de M. Bulteau , imprimé à la tête
des Oeuvres de S. Gregoire de Tours , où
l'on trouve tous les témoignages des anciens
touchant les François , qu'ils avoient des
Rois en 288. 306. 336.374 378. 393 .
& 415. qui eft le tems auquel ils entre
prirent de conquerir les Gaules.
ART. II.
Je ne ferois pas de moins bon accord
DE DECEMBRE.
fur l'extraction de S. Arnoul qui fait le
fecond article , fi on ne la connoiffoit que
par les paffages que M. l'Abbé de Camps,
rapporte après M. le Duc d'Epernon &
quelques autres Modernes , qui doivent ,
ce femble , cette opinion à Richard de
Waffebourg. En effet , qui ne croiroit pas
que Paul Diacre mort en 799. a entendu
parler de la premiere Maifon de France ,
en difant que ce Saint étoit , ex nobiliffimo
fortiffimoque Francorum ftemmate ortus :
quand on voit enfuite Hincmar Archevêque
de Reims affurer au Sacre de Charles
le Chauve pour le Royaume de Lorraine
en 869 , que ce Prince iffu de S. Arnoul
étoit de la Race de Clovis . Pater fuus
D. Hludovvicus Pius Imperator Auguſtus
ex progenie Hludovvici Regis Francorum inditi
per B. Remigii .... pradicationem ....
converfi &.... baptifati , & cælitus fumpto
chrifmate , unde adhuc habemus , perunīti
&inRegem facrati exortus per B. Arnulfum.
Mais auffi toute la force de cette preuve
s'évanouit lorfqu'on s'apperçoit que Hincmar
ne parloit de la forte qu'aprés la pu
blication de la fable du mariage de Blitilde
petite fille imaginaire de Clovis avec
le Senateut Ansbert ayeul imaginaire de
S. Arnoul , que les meilleurs efprits reçurent
pour veritable , quoique tout nouvellement
inventé . M. l'Abbé de Camps
12 LE MERCURE
n'entreprend pas de foutenir que ce Saint
defcendît de Clovis en ligne maſculine
parce qu'on connoît affez la pofterité de
ce Monarqué , pour être certain qu'il ne
venoit d'aucun de ces quatre fils , & il
eft obligé de le fuppofer iffu de Rois plus
anciens.
ans ,
>
8
Le paffage de Paul Diacre ceffe auffi de
donner aucune idée de Royauté, dès qu'on
le rapproche de l'endroit de l'ancienne vie
du même Saint , où il eft feulement dit
qu'il étoit d'une famille Françoiſe fort
Noble & très - opulente. Genitus è profapia
Francorum latis altus ac nobilis parentibus at
que opulentiffimus. L'Auteur de cette Vie l'a
dediée à Clodulfe fils même de S. Arnoul,
Paul lui étoit pofterieur de plus de cent
& fuppofera t'on qu'il connoiffoit
mieux que lui les Ancêtres de leur Heros
commun ? Au contraire on le voit reduit
à ne parler d'eux non plus qu'en general ,
parce que l'anonyme ne s'en étoit expliqué
que de cette maniere , & s'il s'eft exprimé.
entermes bien plus forts , c'eft manifefte-.
ment parce qu'il écrivoit dans un tems ,
où on ne les pouvoit trop relever en confideration
de leurs arriere-petits - Fils , qui
étoient devenus les plus grands Rois de
la terre. C'étoit fous Charlemagne & fes
enfans , outre qu'il étoit particulierement
cheri de ce Conquerant. Ainfi on doit
DE DECEMBRE.
donc être perfuadé que fon ex nobiliffimo
fortiffimoque Francorum ftemmate crtus , ne
vaut precifément que le genitus è profapia
Francorumfatis altus ac nobilis parentibus ,
de l'anonyme . Ce qui ne fignifiera jamais
dans la bouche d'un François un Prince
du Sang de fes Rois .
Cependant M. l'Abbé de Camps demande
qu'on lui indique des Hiftoriens
qui fe foient fervis des mots è ftirpe , è
fremmate , è fanguine , è profapia Francorum
, en parlant de Princes qui ne feroient
iffus de la Famille Royale que par les
femmes ; mais quoiqu'on ne foit pas obligé
d'avoir toujouts des exemples pour confirmer
ce qu'on avance , je lui accorde plus
qu'il ne ſouhaite en le renvoyant à la page
216. de la Chronique de Fontenelle , où
il trouvera qu'un Ragenfroy Archevêque
de Rouen , qui felon toutes les apparences
ne defcendoit pas même des Rois par
les femmes , eft dit de nobili Francorum profapia
; & s'il vouloit conclure de-là qu'il
étoit un Prince du Sang , je l'en ferois
alors defavouer par l'Auteur des Actes
des Archevêques de Rouen , qui font dans
le fecond Tome des Annales du P. Mabillon
, où il s'eft contenté de l'appeller
homme noble & fçavant. Vir nobili progenie
ortus & litterarum ftudiis imbutus.
On le trompe donc beaucoup de s'ima
14
LE MERCURE
giner que femma ou profapia Francorum
s'entende toujours de la Maifonde France ,
fans pouvoir jamais fignifier fimplement,
une Maifon Françoiſe . Or c'est dans ce
dernier fens qu'il le faut prendre dans la
Vie de S., Arnoul , & cela eft fi vray qu'on
n'avoit pas encore une plus haute idée de
fon extraction au tems de Louis le Debonnaire
, felon la même Chronique de
Fontenelle , qui a été faite fous fon
Regne. On y remarque que S. Vandrille
étoit d'une des plus Nobles & des plus riches
Familles de France , & on le croyoit fils de
l'oncle paternel de Pepin Heriftel petitfils
de S. Arnoul , quoique pourtant il étoit
plutôt fils du grand oncle de Pepin , c'eſtà
dire , fils du frere du même Saint. Car
c'est ce qu'il eft neceffaire de fuppofer ,
pour accorder les tems , les anciens Auteurs
étant d'ordinaire affez peu exacts à
marquer les degrez precis de parenté de
ceux dont ils parlent. Wandregifilus , dit
celui- là , ex nobiliffimis Francorum ac ditiffimis
natalibus oriundus .... Hujus genitor
Walchifus... ut vera didicimus traditione
Seniorum , Patruus gloriofiffimi Pipini Ducis
Francorum filii Auchifi extitit , p. 188.
>
Si M. l'Abbé de Camps avoit fait at
tention à toutes ces autorités , il fe feroit
» apparemment difpenfé , d'avertir le P.
»Daniel de ne pas imiter quelques avor
DE DECEMBRE.
"
» tons d'Hiſtoriens & de mauvais François,
» ( qui toujours prêts d'argumenter contre
, la haute extraction de nos Monarques
»pour en diminuer la gloire ) difent que
>>fi S. Arnoul étoit iffu du Sang de Clovis
, ce n'étoit que par Blitilde fa mere ,
» ( il falloit dire fa grand'mere , ) pretendue
fille de Clotaire . Affurément c'eſt
être mauvais François de chercher à diminuer
la haute extraction des Rois de la
feconde Race ; mais qu'on foit mauvais
François pour être feulement toujours dilpofé
à combattre ceux qui les font defcendre
de Rois de la premiere Race , fur
des preuves qui ne font rien moins que
concluantes M. l'Abbé de Camps n'en
conviendroit jamais lui- même. Il fçait trésbien
que le P. Mabillon , qu'il reconnoît
pour un de fes Maîtres dans l'Hiftoire de
France , n'approuvoit cette extraction ni
pour la feconde ni pour la troifiéme Race ,
& qu'il étoit pourtant fort bon François.
N'eft- il pas certain que ce fut pour flatter
Charles le Chauve qu'on inventa le
mariage de cette Blitilde & du Senateur
Ansbert , dont on fit un ayeul de S. Arnoul
M. le Duc d'Efpernon accuſe ce
Monarque dans fon Hiftoire de l'Origine
de la Maifon de France , Part. 2. pag. 2 .
de l'avoir lui- même fait fabriquer. Et du
moins , ce fut par fon ordre que le Poëte
16 LE MERCURE
Colomban employà auffitôt fa Mufe à
chanter cette Genealogie à fa gloire , ce
qu'il , declare au commencement de fon
Poëme ,
Incipe, Cafareas verfemus ab ordine cunas ,
Ille jubet parere , decet te fiftula noſtra.
On l'infera en plufieurs Ouvrages Hiftoriques
, & un certain Umnon fe crut en droit
pour faire fa Cour au même Prince , de
la joindre en forme de fupplément à l'ancienne
Vie de S. Arnoul , comme le P.
Mabillon l'a remarqué dans fon fecond
fiécle Benedictin p . 49. où eft cette Vie ,
& dans le premier Tome de fes Annales ,
Libellum , dit-il , de Vita Arnulfi...
P. 375.
Umno quidam interpolavit Caroli Calvi
principatu , cujus genus ex S. Arnulfo per
Ansbertum & Blitildem , ut Regi gratum fe
præberet, deduxit. Or s'il avoit été conftant
en ce tems-là que les Rois de la feconde
Race fuffent fortis de ceux de la premiere
Race en ligne mafculine , eft- ce qu'on auroit
jamais fongé à les en tirer feulement
par une femme , qu'on auroit exprès créée
pour cela ? C'eft là ce qui devroit abfolument
détromper les plus prévenus pour
cette origine .
D'autre côté , le P. Labbe , qui étoit un
des Partifans du mariage imaginaire d'Anfbert
, demandoit darts fon difcours à M. le
Prince
DE DECEMBRE. 17
Prince de Condé , qui avoit prefidé à la
feconde Conference des Sçavans , tenue en
1647 , pour l'examiner , où en auroit été
le cui bono , quel grand avantage it y
auroit eu pour Charles le Chauve , & les
autres Rois de la feconde Race , d'avancer
leur Genealogie de deux degrés au- delà de
S. Arnoul ? Je ne fçai pas ce que ceux qui
étoient oppofés à fon fentiment lui répondirent
; mais pour moy je crois appercevoir
deux vûes de l'Auteur dans fa fiction ;
Pune , de rendre la même Race plus agreable
aux François , en la faifant par fa Blitilde
venir des Rois de la premiere Race,
dont elle avoit obtenu la Couronne ; l'aude
la faire pareillement plus aimer des
Romains , dont elle poffedoit auffi l'Empire
en lui attribuant une origine Ro-.
maine par fon Senateur Ansbert ; & c'eſt
là ce femble , ce que Colomban * donne
affez à connoître par les Vers fuivans , où
il affure que Dieu avoit lui-même procuré
ce mariage , afin d'en tirer dans la fuite
pourila gloire & la felicité des deux Nations,
des Souverains qui fuffent dignes d'elles ,
Cependant M. l'Abbé de Camps a fortifié
Ansbertus generis portans infignia clari
Nobilius fed corde jubar, fpecimenque rependens
Dives opum, larguſque manu fulgebat in auros
B
18 MERCURE LE
Bellipotens tunc dura tui Chlotharius arma
Sceptraque virici retinebat forte valenter.
¿Francia nomen habens proprio de nomine Franci.
Hujus erat plenis jam filia nubilis annis
Roma tibi claros que poffet ferre nepotes.
Copulat thalamo vir dives & inclytus ille.
Nomen erat Blithild , multorum linea Regum..
Sic igitur fic Roma tuos adcreffe triumphos ;
Junge quod æterno maneat fub foedere pignus.
Viderat hoc certe Domini fententiam longè ,
Connubio tali proles quod furgeret alta.
Quæ Romam ditione fua præfcriberet amplam ,
Francorumque fimul duras agitaret habenas . *
>
tifié encore fon fentiment de plufieurs autres
autorités , aufquelles il eft jufte auffi
de répondre. S'il étoit vrai , comme il
Paffure , que le Pape Jean VIII. auroit
pareillement reconnu Charles le Gros pour
être iffu de Clovis , c'est ce que je ne
croirois non plus fondé que fur le mariage
de Blitilde , auquel tout le monde ajoûtoit
alors foy. Mais dans la Lettre de Jean qu'il
indique , ce Pontife dit feulement que
Charles étoit d'une Maison Royale trésrenommée
, ce qui fera toujours fort bien
appliqué à l'arriere - petit- fils de pepin par
Charlemagne Louis le Debonnaire &
Louis le Germanique , quand la Race de
V. Du Bouchet, prev. de l'Hift, de la Maif, de
Fr. P. 33. 34.
DE DECEMBRE. rg
ces Monarques ne fe réuniroit point avec
celle des Rois Merovingiens . Cum generofitatem
tuam tanta claritas profapie Regalis
extollat. Si c'eft là le paffage fur lequel
notre docte Abbé s'appuye , il faut affurément
le lire avec les yeux pour y apper→
cevoir Clovis.
Celui de la Chronique de Pierre le Bibliotequaire
eft en revanche trés- formel ,
car cet Auteur y dit bien clairement que
Pepin étoit de la Race Merovingienne ex
antiqua Merovingorum ftirpe. Mais en
quel tems vivoit-il , pour qu'on fut obligé
de recevoir fon témoignage fur un pareil.
fait , fans de bonnes preuves ? Il eft vray→
femblablement le Pierre Bibliotequaire
qui , felon les Annales du P. Mabillon
fuivit Leon IX. en France , & qui mourut
à Langres l'an 1050 , quoique ce que l'on a
de fa Chronique n'aille que jufqu'à la fin
du neuvième ſiècle , outre qu'il ne feroit
pas plus digne de foy , quand il auroit été
de ce même frecle , étant oppofé aux plus
anciens que je citerai cy- après fur le cinquiéme
article , lefquels difent le contraires
car on n'étoit nullement capable: alors ·
d'aprofondir une genealogie jufqu'à ce
point. Je l'ay déja dit , on connoît affez
la premiere Race depuis Clovis , pour être
affuré que Saint Arnoul n'étoit pas defcen
du de ce Roy : ainfi il auroit fallu qu'on
Bij
20 LE MERCURE.
eût prouvé par titres à la fin du neuviéine
fiecle , qu'il avoit pour ancêtres quelquesuns
de ceux de ce Monarque. Mais à qui
des Sçavans le perfuadera t'on ? car qui
d'eux ignore combien on étoit dénué d'actes
pour les anciens François , dès le temps
auquel Gregoire de Tours compofa leur
Hiltoire ? & quand on 'en auroit eu , on
n'étoit point alors , comme je le viens
d'obferver , affez critique pour y pouvoir
démêler des genealogies de cette étendue ,.
quoique ce fiecle fut beaucoup plus éclairé,
que les deux precedens & que le fuivant.
Sans ce defaut auroit - il admis la Fable
de Blitilde dont l'anachroniſme eft mon--
ftrueux , pour ne point parler des fauffes
Decretales des Papes , dont il fut auffi la
dupe ; car on l'y fait fille de Clotaire II .
qui n'étoit que de l'âge de Saint Arnoul ,
ainfi le Févre Chantereau le prouve
dans fon Difcours Hiftorique fur le mariage
de cette Blitilde , page 9.
que
Le témoignage de Flodoard que M.
l'Abbé de Camps produit enfuite , peut
fort bien être entendu fans qu'on recoure
à des Rois qui auroient precedé Clovis ;
il dit que Carloman , fils du Roy de France
, méprifant fa naiffance Royale , avoit
confacré & fa perfonne & une partie de
Tes biens au fervice de Saint Pierre ;
Francorum Regis regali ftemmate' temptond
Addicit genitus fefe fua munera Peiro
DE DECEMBRE. 2 萬
& cela nous apprend feulement que cet .
Auteur étoit de ceux qui mettoient Charles
Martel au nombre des Rois de France,
parce qu'il avoit gouverné le Royaume
fouverainement durant un affez long interregne,
ce qui fit que Gregoire III . lui donna
le titre de Subregulus dans fes Lettres . On
le qualifia même Roy dans l'infcription
de fon tombeau , Carolus Martellus Rex :
& peut- être a-ce été auffi fur cette fuppofition
qu'on a appellé de fon nom Carlovingiens
ou Carliens les Rois de la feconde
Race , puifqu'on n'a diftingué les Rois des
deux autres Races les Merovingiens & les
Capetiens , que par les noms de veritables
Rois.
M. l'Abbé de Camps appuye encore l'extraction
royale de Saint Arnoul fur l'autorité
d'Heriger Abbé de Lobes en Flandres
, mort l'an 1007 , qui affure auffi
dans fes vers que le fang royal des ancêtres
de ce Saint couloit dans les veines
d'Anfegife fon fils .
Anfegifus habet Arnulfi filius almi ,
Regius ex atavis quem compfit germinefanguis.
Mais la Fable du mariage de Blitilde
fuffira toujours pour avoir donné droit de
parler de la forte . D'ailleurs les mots Rex ,
Regius , Regalis , fe prennent quelquefois
dans un fens plus étendu , principalement
2.2.
LE MERCURE
dans les Poëtes , & par cette raifon il y a
des Commentateurs d'Horace qui ne fe
croyent point obligez de reconnoître Mecenas
pour un petit-fils des anciens Rois
d'Etrurie , fur ce vers de fon Panegirifte ,
Macenas atavis edite Regibus , d'autant plus
que dans un autre endroit où il vante exprès
la nobleffe de ce Favori d'Augufte ,
il dit feulement qu'il n'y avoit dans fon
pays aucune maifon au deffus de la fienne
& que les deux ayeux le paternel & le
maternel avoient été Officiers generaux
dans les armées , Romaines .
Non quia, Macenas, Lydorum quicquid Etrufcos
Incoluit fines , nemo generofior eft te :
Nec quod avus tibi maternus fuit atquepaternus,
Olim qui magnis Legionibus imperitâfint .
J'ay obfervé de mon côté en répondant
aux Auteurs des Memoires de Trevoux ,
page 42 & 43 contre Befly , qui a fait de
Abbé Hugues , fils de Conrad , un Prince
du Sang de la feconde Race , à caufe que
le Pape Jean VIII , difoit qu'il étoit de
Race Royale , Regali profapia edito : J'ay
obfervé , dis -je , que la Chronique de Saint
Riquier faifoit le même honneur à Welfe:
Abbé de ce Monaftere , Welfo vir regali
genere procreatus , & qu'elle appelloit Ro
dolfe oncle de l'un & de l'autre , homme
Imperial , vir Imperialis , ce qui n'étoit vi
DE DECEMBRE. 23
fiblement fondé que fur l'alliance de Judith
, foeur de ce dernier , avec Louis le
Debonnaire , par laquelle Rodolfe fe trouvoit
beaufrere d'un Empereur , & fes deux
neveux coufins germains d'un Roy.
و ا
Enfin le dernier garand de la Royauté
des ancêtres de Saint Arnoul pour M.
l'Abbé de Camps , eft Aimar de Chabanois
, mort après l'an 1028 ; il attefte que
Pepin étoit du fang royal de France , & ques
Le Pape Zacharie commanda qu'il fût fait
Roy , afin que l'ordre royal ne fut point troublé.
Je veux que cet Auteur ait effectivement
crû , comme il eft vrai-femblable
que Pepin étoit defcendu des Rois de la
premiere Race en ligne mafculine , & non
point feulement par Blitilde , ainfi qu'on
Le fuppofoit auparavant , qu'en pourra- t'on
conclure ? finon qu'il fe fera donc trompé ,
tout comme il s'eft trompé quand il a
affuré que le Roy Eudes , certainement
fils de Robert le Fort , étoit fils de Raimond
Comte de Limoges , ainfi que jer
Pay remarqué dans ma Differtation fur
Porigine dont il s'agit , page 2.3.4 , quoique:
M. Baluze lui ait là - deffus ajouté foy en
trois endroits de fon hiftoire de Tulle ,
pages 9 , 10 & 18 pour la gloire du Limofin
, dont étoit ce fçavant homme . Eft- ce›
qu'Aimar paffe pour un Auteur fort exacte
dans ce qui n'eft point de fon temps ? Je 2
24 LE MERCURE
J
lifois dernierement dans l'hiftoire du fameux
Tancrede , page 136 , que le P. Martene
a donnée dans le troifiéme volume
de fon Nouveau Trefor de pieces anecdotes
, que Baudouin Roy de Jerufalem
après Godefroy de Bouillon fon frere ,
étoit iffu de Charlemagne , & qu'un petitfils
de cet Empereur rempliffoit le trône
de David Balduinus.
utque liquidius
claret , à Magno illo Rege Carolo genus
trahens fuper folium David feffurus divinitus
trahebatur. ... cujus illuftrabant Carolus
ortum David occafum . Sur une ſemblable
autorité mettra t'on auffi les anciens Comtes
de Boulogne , ancêtres de Baudouin , au
nombre des Princes du Sang de la feconde
Race ? quoi qu'ils n'en puiffent venir que
par l'arriere-petite- fille d'une fille du Roy
Charles le Chauve , comme M. le Févre
Chantereau l'a prouvé dans fes Confiderations
Hiftoriques fur la Lorraine.
Chaque Ecrivain commente felon fes
préjugez ce qu'il emprunte des anciens.
L'Annaliſte de S. Bertin avoit dit fur l'an
750 que le Pape Zacharie ayant entendu
la confultation que Pepin lui fit faire , s'it
étoit bon que la puiffance Royale fut fe
parée de la Royauté , avoit répondu qu'il
étoit mieux que celui qui avoit celle- là , eut
auffi celle- ci , afin que l'ordre (du Gouverne →→
ment qu'une telle feparation renverfoir
no
DE DECEMBRE.
ne fût point troublé : Zacharias mandavit
Pipino , ut melius effet illum Regem vocari
qui poteftatem haberet , quàm illum qui
fine egali poteftate manebat , ut non conturbaretur
ordo, Reginon pofterieur à
l'Annalite , a expliqué cet ordre de celui
de la Chretienté , ou autrement de la Religion
: Et ne perturbaretur Chriftianitatis
ordo ; per auctoritatem & c. & il plaît au
contraire à Aimar de Chabanois , Auteur
bien plus récent , d'entendre l'ordre dont
il s'agit , de l'ordre Royal , c'est-à - dire apparemment
de l'ordre de la fucceffion à la
Couronne , & par cette raifon de declarer
Pepin Prince du Sang Royal , afin qu'il ne
fût pas un ufurpateur. Et ut non conturba
retur ordo regalis, juffit Pipinumfieri Regem ,
qui erat de fanguine regali Francorum.
ARTICLE III.
M. l'Abbé de Camps fuit dans le troiféme
Article le fentiment de tant de fçavans
hommes , & fi verfez dans noftre
Hiftoire , qui tirent comme lui la troifiéme
Race de la feconde ; qu'il n'a pas crû
devoir s'arrêter à l'appuyer auffi de beaucoup
de preuves ; car il n'en a rapporté
que deux , l'une eft une Lettre non encore
imprimée , d'un grand Seigneur nommé
Nizard , à Hugues Capet , à qui il dit que
le Tout Puiffant l'avoit fait naître du fang
de Clovis. Pietas ac prudentia Ludovici Re-
C
26 LE MERCURE
gis cujus lineam ad te perduxit Omnipotens ,
& j'avoue que cette citation m'a fait plaifir
, la Lettre de Nizard m'étant auparavant
inconnue : j'ay eu la curiofité d'aller à la
Bibliotheque du Roy pour la lire entiere
dans le Manufcrit où l'Auteur dit qu'elle
eft ; mais malheureufement fon Copiſte ou
PImprimeur fe font mépris dans le Numero ;
il marque celui de 9807 , fol. 89 , & le
manufcrit de ce numero eft fur une matiere
toute differente. Quoiqu'il en foit , le
mariage d'Ansbert & de Blitilde expliquera
encore fort bien toute defcente de Clovis ,
dont on aura auffi honoré la 3 Race , puifqu'on
ne la tire de ce Monarque que par la
2 Race , en faveur de laquelle la fiction de
de mariage s'eft faite, & qu'il eft indubitable
qu'au temps de Hugues Capet on ne croyoit
point que ce Prince fût iffu de la feconde
Race en ligne mafculine. Aimoin qui vivoit
alors , & qui en fait d'Hiftoire , eft
tout d'un autre poids que Nizard , qu'on
ne connoît point , dit que Robert le Fort ,
Bifaycul de Hugues , étoit d'origine Saxone
; & même cent ans auparavant Foulques
Archevêque de Reims affure qu'Eudes
fils de Robert étoit étranger à la Maifon
Royale , ce qui le porta à fecouer fon
joug. Auffi beaucoup d'Auteurs ont- ils
depuis encore reconnu cette origine Saxone
; ce qui ne feroit jamais arrivé , s'il
DE DECEMBRE.
27.
avoit au contraire paffé pour conftant que
la troifiéme Race n'étoit qu'une branche
de la feconde , ainſi que je l'ay obſervé
dans ma Réponſe aux Auteurs des Memoires
de Trevoux , pages 15 & 16.
L'autre preuve de l'union de ces deux
Races , eft une Lettre du Pape Gregoire
VII. au Roy Philippes I. dont M. l'Abbé
de Camps ne cite ni les paroles ni le numero.
Mais peut- être eft- ce la 75 ° du premier
livre , où Gregoire remet devant les yeux à
Philippes en quelle eftime & amitié les
Rois fes predeceffeurs avoient été auprès
du Siege Apoftolique , & quelle gloire ils
avoient acquife prefque par toute la terre ,
en employant leur puiffance & leurs richeffes
à proteger les Eglifes , & à les
employer. Attendere enim te nobifcum &
diligenter confiderare volumus in quanta
dilectione Sedis Apoftolica , quantaquegloria
V
laudibus ferè per orbem anteceffores tui
Reges clariffimi & famofiffimi babiti funt ,
dum illorum Regia Majeftas in amplificandis
defendendis Ecclefiis pia ac devota
conftitit. Il y a pourtant encore une autre
Lettre du même Pape au même Monarque,
qui eft la vingtiéme du huitiéme Livre ,
que notre Auteur pourroit auffi avoir eu en
vûë , où Gregoire l'exhortoit à le montrer
devant Dieu & devant les hommes un
digne heritier des Princes à qui il avoit
Cij
28 LE MERCURE
feul fuccedé dans un Royaume de nobleffe
de gloire , à imiter avec ardeur leurs
vertus , & àemployer toutes les forces pour
faire rendre la Juſtice, ainfi qu'il convient à
un Roy Chrétien . Ut igitur eorum quorum
es fucceffor in regno nobilitatis & gloriæ ,
apud Deum & homines fingularis & individuus
heres exiftas , virtutem illorum fummopere
te imitari , & juftitiam Dei totis viribus
exequendo ficut Chriftianum Regem decet.
Mais ces deux paffages ne fuffifent nullement
pour faire voir que Gregoire crût que
la troifiéme Race vint de la feconde : le
mot anteceffores du premier ne fignifie point
feulement les Rois ayeux de Philippe
mais generalement tous les Rois de France
des trois Races , fes prédeceffeurs , qui
s'étoient montrez affectionnez au S. Siege,
& qui avoient protegé les autres Eglifes ,
foit qu'il en defcendît ou n'en defcendît pas.
Cet éloge du Souverain Pontife (e raportoit
même principalement aux premiers
-Rois de la feconde Race , à Pepin , Charlemagne,
Louis le Debonnaire , & Charles le
Chauve ; qui étoient ceux qui avoient rendu
de plus grands fervices à l'Eglife Romaine,
& dont la gloire étoit encore tres éclatante.
Pour le fecond paffage de Gregoire , il
eft manifefte qu'il n'a prétendu propoſer
pour modeles de vertu à Philippe que fes
propres Ancêtres , depuis qu'ils regnoient ,
DE DECEMBRE 29
Hugues Capet fon bifayeul , Robert fon
ayeul , & Henri fon pere , aux Etats defquels
il avoit feul fuccedé individuus heres
car il s'en falloit bien qu'il poffedât toute
la Monarchie de Charlemagne . Robert entr'autres
a été beaucoup loué par les Ecrivains
de fon tems pour fon amour de la
paix & de la juftice , & pour fa pieté ,
qui le porta à faire le voiage de Rome . Le
Pape pouvoit- il vouloir que Philippe marchât
auffi fur les traces des predeceffeurs
immediats de Huges Capet , c'est- à-dire de
Charles le Simple , Louis d'Outremer , Lothaire
& Louis V. dont les regnes foibles &
pleins de defordres donnerent lieu à des
revoltes continuelles , & aux Normands de
piller & de ruiner la France entiere ? Je fuis
pour moi tres - perfuadé qu'il n'avoit en vûe
que les vertus de Hugues & des autres Rois
fortis de lui ; & je tire même avantage de
fa louange , pour montrer ou que Henri
pere de Philippe ne fut point tel que le
Cardinal Humbert le reprefente dans fon
livre de la Simonie , ou qu'il falloit au moins
qu'il eut bien changé depuis ; car jamais
Gregoire, qui avoit été Legat enFrance fous
fon regne , n'auroit parlé comme il a fait ,
fila memoire de ce Monarque y avoit été
conforme .
Enfin , comme je l'ai fair voir dans la
Réponse aux Auteurs des Memoires de
C iij
LE MERCURE
Trevoux pag. 13 , 14 & 20 , nos vieux Hiftoriens
avoient obfervé non fans quelques
meprifes , que Huges Capet étoit iffu de la
Race Carlovingienne par une fille d'une
petite fille d'Arnoul ; ce qui avoit porté le
Pape
Innocent à dire que Louis VI étoit
defcendu de Charlemagne , & fans quoi ce
Pape fe feroit trompé : que cet Empereur
avoit recommencé à regner dans LouisVIII .
dont la mere étoit arriere- petite- fille du Duc
Charles , à qui Hugues Capet avoit enlevé
la Couronne , & que fi le même Hugues
quoique d'origine Saxone , ne pouvoit paffer
pour ufurpateur , c'étoit à caufe qu'il
avoit été élû par les Grands de France , ( &
non point parce qu'il étoit préfomptif he
ritier du Royaume. ) C'eft ce qui prouve
invinciblement que lorfque d'autres Ecrivains
font venir les Rois Capetiens de cette
feconde Race , ils n'entendent jamais parler
que du côté des femmes , à moins qu'ils ne
difent formellement le contraire. Les François
ont toujours tant eftimé Charlemagne ,
qu'on ne doit point être furpris fi pour relever
davantage la gloire des Rois de la derniere
Race , ils ont remarqué fi fouvent
qu'ils en defcendoient , quoique ce ne fut
pas en ligne maſculine. C'étoit entr'autres
par cet endroit qu'ils élevoient S. Louis de
fon vivant audeffus de tous les autres Monarques
de la terre : Dominus Rex FrancoDE
DECEMBRE. 37
rum , difoient-ils , Regum terrenorum altiffi
mus ac digniffimus ac cælefti chrifmate delibutus
fuccefforque Caroli invi&tiffimi . Mat.
Par. ann. 1252. Et l'on voit encore un
exemple affez fingulier de leur veneration
pour la memoire dans la Harangue que Philippe
de Coetquis Archevêque de Tours &
Ambaffadeur de Charles VII. au Concile
de Bafle , où il ne manqua pas de faire faire
attention aux Peres de ce Concile que fon
Prince étoit du Sang de ce grand Empereur,
& heritier de fon nom somme de fon Roiaume.
Magnus Carolus Romanorum inviðiſſimus
Imperator , Francorumque Rex illuftriffimus
, à quo Regnum , genus & nomen ad no¬
frum Chriftianiffimum Carolum derivantur.
Vide Thefaur. Anecdot. t. 4. p. 368. De
plus il eft bon d'obferver que Louis VIII .
qui fortoit de lui incontestablement par fa
mere , ainfi que je le viens de dire , fit entrer
fon nom dans la troifiéme Race où on
ne l'avoit point encore vû , & le donna à
un de fes fils , qui fut Charles Roy de Sicile ;
& il a été porté depuis par fix Rois de France
& beaucoup de Princes du Sang , donɛ
étoit feu M. le Duc de Berri , ce qui montre
combien il est toujours aimé dans la Maiion
Royale .
ARTICLE IV .
Mais je viens au quatriéme Article , qui
C iiij
32
LE MERCURE
nous arrêtera bien moins. Perfonne ne niera
à M. l'Abbé de Camps que la Royauté n'ait
pris naiffance du droit d'aîneffe. Un pere
eft le gouverneur naturel de fes enfans , &
après la mort n'eſt- ce pas à l'aîné de ceuxci
à prendre ſa place pendant qu'ils demeurent
enſemble ? Et ainfi à mesure que les
familles fe font augmentées , & qu'elles ont
voulu conferver leur focieté , c'a été une
efpece de neceffité que leur chef devînt leur
Roy. Cependant de favoir fi le premier
Roy des François étoit l'aîné de fa nation ,
c'eft ce qu'on ignorera toujours ; tant d'autres
cauſes pouvant avoir concouru à lui
faire élire un Roy d'une famille cadette ,
fans même qu'elle y fût contrainte par la
force. Benjamin n'étoit- il pas le dernier des
enfans de Jacob ? & neanmoins ce fut dans
fa Tribu qu'Ifraël choifit fon premier Monarque.
De plus , puifqu'un ainé comme
Efau pouvoit ceder la primauté , c'eft encore
une autre raison de douter. Il eft vrai que
Ruben fils aîné de Jacob avoit merité de
perdre la fienne ; mais c'étoit pour avoir
fouillé la couche de fon pere , & nullement
à caufe du meurtre dès Sichimites , comme
le dit M. l'Abbé de Camps ; car cette horrible
& perfide cruauté fut commife par Simeon
& Levi , & il fe trompe encore , en
fuppofant que Judas étoit le plus âgé après
Ruben, n'étant que le quatriéme des douze
1
DE DECEMBRE.
33
freres ; ainfi fon droit à la Royauté en vertu
de celui de l'aîneffe pourra paroître affez
équivoque , d'autant plus que fa Tribu fut
fix cens ans fans y parvenir , depuis qu'elle
lui avoit été promife par Jacob en faveur
du Meffie , qui devoit fortir d'elle . D'ail
leurs fans ce Meffie , dont la gloire la met
hors de toute comparaiſon , je douterois fort
fi elle auroit eu plus d'avantage que celle de
Levi. En effet la Tribu de Juda ne regna
que 468 ans , perdit la domination fur dix
Tribus entieres dès après la mort de Salomon
; & ne conferya plus aucune diſtinction
après fon retour de la Captivité de
Babylone : au lieu que la Tribu de Levi fut
toujours en poffeffion de la fouveraine Sacrificature
& du fervice du Tabernacle, puis
du Temple jufqu'après la mort du Sauveur ;
honneur qui lui affujetiffoit en quelque forte
les Rois mêmes , obligez , qu'ils étoient
comme les moindres du peuple de lui payer
la dixme de leurs revenus , & de lui obéir
dans ce qui dépendoit de la Religion. Elle
y joignit auffi à la fin la Royauté par la
valeur de fes Princes Afmonéens ; & ce qui
eft audeffus de tout cela , elle avoit produit
le grand Legiſlateur d'Ifraël , celui qui
l'avoit délivré de la fervitude d'Egypte par
des prodiges inouis , & qui fut nommé le
Dieu de Pharaon.
34
LE MERCURE
ARTICLE V.
Le cinquième Article fouffre auffi fes
difficultez . M. l'Abbé de Camps fe plaint
que le P. Daniel n'ait pas fuivi fon fentiment
fur l'abdication volontaire de Childeric
III , auquel Pepin fucceda , après lui
avoir témoigné en le remerciant de lui
avoir communiqué une Differtation qu'il a
faite fur ce fujet , que cette opinion auroit
fes partifans. Mais pendant qu'il ne rendrą
pas fa piece publique , afin qu'on puiffe juger
de les raifons , on ne blâmera jamais
le nouvel hiftorien de n'avoir pas voulu
abandonner les plus anciens Ecrivains , qui
ont dit que Childeric avoit été dépofé. Je
fçai que le R. P. Lelong marque dans la
Biblioteque Hiftorique de France n° 7956..
que M. l'Abbé de Camps a dans fon Cabinet
l'original d'une Traduction d'un Abregé
de l'Hiftoire de France compofé fous Philippe
Augufte , & qu'à la page 70 , le Chroniqueur
remarque que Childeric 111. dernier
Roy des Merovingiens renonça volontairement
à la Couronne , & qu'il ſe fit Maine,
Mais s'il n'avoit qu'un pareil garant d'un
tel fait , il n'en auroit point , & ce qu'on
diroit feulement eft que l'affection naturelle
qu'on a pour faire valoir ce qu'on poffede
feul , & l'honneur qu'il y auroit à juſtifier
Pepin à l'égard de ce malheureux Prince ,
DE DECEMBRE.
35
qu'il paffe pour avoir opprimé , feroit ce
qui l'auroit porté à embraffer cette opinion
qui n'a nulle vraisemblance . Une Chronique
de Duchefne qui finit en 815 , n'affuret'elle
pas que Childeric étoit le dernier des
Rois de fa Race , & que Pepin lui ôta le
Royaume ? Childericum verò , qui folus Rex
de ftirpe fuperiorum Pegum remanferat , regno
privatum Clericum effecit. t . 1. p. 718. Hildricus
Rex ( dit auffi l'Annaliſte de Fulde fur
l'an 752.)qui ultimus Merovingarum Francis
imperavit , depofitus & in Monafterium
miffus eft. Eginhard Secretaire de Charle
magne parle encore de même ; depofitus ac
detrufu . Childericus ; comme auffi l'Annalifte
de S. Bertin fur l'an 750. Hildericus
verò , qui falsò Rex vocabatur , tonforatus ,
& in Sithin Monafterium miffus eft. Et
Adrevalde au 1. livre des Miracles de Saint
Benoît c. 15. Pipinus Hildricum inertiſſimum
Regem depofitum ac detonfum in Monafterio
deinde trufum privatè vivere compulit. Je
pourois encore oppofer beaucoup d'autres
témoignages contre cette abdication volontaire
de Childeric , & la fucceffion legitime.
de Pepin à la Couronne comme plus proche
heritier .
Il n'eft pas plus vrai auffi que Hugues
Capet eut fuccedé à ce même titre à Louis
V. après le Jugement des Etats Generaux ,
qui exclut de la Couronne le Duc Charles
36 LE MERCURE
à qui elle appartenoit, puifqu'on croit pareillement
que Louis étoit le dernier de fa Race ,
Ludovicam hujus profapiæ Regem ultimum .
Thefaur. Anecd. t . 1. p . 328. & qu'on regardoit
Hugues comme Saxon d'origine , ainſi
que je l'ai marqué plus haut. Tunc Hugone
Caputio Comite Parifienfi & Duce, Francorum
regnum invadente , tranflatum eft de genealogia
Carolorum in progenie n Comitum Parifienfium
qui de genere Saxonum procefferunt.
Duchel. t . 5. p . 584. D'ailleurs cominent
M. l'Abbé de Camps a - t - il pû le réfoudre de
faire valoir ce Jugement des Etats contrè
Charles , fur tout étant donné pour lui préferer
un Prince , qui , felon fon propre ſentiment
, n'auroit eu droit à la Couronne
que par des Rois plus anciens que Clovis ;
car fans cela les defcendans de Childebrand ,
Oncle de Pepin premier Roy de la feconde
Race, n'y pouvoient prétendre à droit fucceffif,
parce que quand les François l'accordent
à quelque Prince , ils n'entendent
nullement qu'elle paffe auffi de droit à fes
Collateraux , s'il manque d'enfans mâles.
Je n'ay garde de vouloir excufer Charles
de s'être uni contre le Roy Lotaire fon
frere avec l'Empereur Othon ; mais il
étoit pourtant alors fi ordinaire de voir
les grands Vaffaux en guerre avec leur
Souverain pour foutenir leurs prétentions ,
fans qu'ils fuffent panis en aucune façon ,
DE DECEMBRE. 37
que je ne crains pas de dire qu'on ne l'auroit
jamais privé du Royaume pour ce fujet
, fi Hugues n'avoit pas formé un puiffant
parti contre lui . La Nation auroitelle
cru , par exemple , qu'elle eût pû juftement
rejetter auffi Charles Duc de Berry,
fi Louis XI. fon frere , à qui il faifoit
la guerre avec plufieurs autres fous le fpecieux
pretexte du bien public , étoit venu
alors à mourir & mettre aprés lui par
preference fur le Trône quelques-uns des
Princes les plus éloignez qui n'auroient
point eu de part à cette guerre ? Cela
n'eft ni felon la coutume , ni felon fon in- .
clination.
Auffi Sigebert remarque- t'il qu'aprés la
mort de Louis V. les François ſouhaiterent
d'abord d'avoir Charles fon oncle pour
Roy , mais que Huges s'empara du Royaume
, pendant que ce Prince qui étoit abfent
mettoit la chofe en deliberation. Ludovico
Francorum Rege mortuo Francis
Regnum transferre volentibus ad Carolum
Ducem fratrem Lotharii Regis , dum ille rem
ad confilium defert , Regnum Francorum
ufurpat Hugo . Et même malgré cette ulurpation
il eft clair que Charles feroit enfin
auffi monté fur le Trône de fes Peres ,
comme il étoit déja arrivé à Charles le
Simple fon ayeul , fi Adalberon Evêque
de Laon ne l'avoit pas livré à Hugues,,
38 LE MERCURE
tant la Nation a de penchant pour revenir
fous le joug de fes Princes felon l'ordre
de leur naiffance . On voit par deux
Chartres que M. Balufe a rapportées dans
fon Hiftoire de Tulle , pag. 384. combien
on foupiroit toujours pour la domination
du côté de la Guienne , quoique ce fut cinq
ans aprés l'élection de Hugues. L'une eft
dattée en ces termes , Menfe Januario anno
v. Sperante Karolo Rege , & l'autre en ceuxcy
, Menfe Septembri regnante Ugone Rege
Karolo fperante. C'eft ce qu'on conclura
encore d'une troifiéme Chartre de l'Abbaye
de Cluni , citée par le P. Mabillon dans fes
Annales , Tom. 4 p. 41. laquelle eſt ainſi
dattée , Anno v. Hugonis Regis Karolo trufe
in carcere. Il en marque deux autres pag.
43. avec la date Deo regnante , & Rege
Sperante. Et il en indique une fixiéme de
l'Abbaye d'Uferche en Limofin , qui montre
qu'aprés fa mort on confervoit encore
dans ce pays-là la même affection pour
fes deux fils , dont on joignoit le Regne
avec celui de Robert fils de Hugues en
cette forte , Anno M. ix. regnante Roberto
& Ludovico & Karlonio , ce qui prouve
en même tems que Louis étoit l'aîné , &
non pas Charles , comme les Genealogiftes
le fuppofent. Ce fçavant Benedictin obferve
auffi que Gerbert , qui fut depuis
Pape , reprocha avec vigueur à l'Evêque
Adalberon fon infidelité à l'égard de ce
DE DECEMBRE.
39
>
Duc Charles , laquelle ternit même toutes
les vertus de ce Prelat , felon l'Abbé Guibert
Liv. 3. & j'ay de mon côté remarqué
dans la Réponſe aux Auteurs des
Memoires de Trevoux, page 12. qu'on fut
affez long- tems vers l'Anjou , qu'on ne ſe
foumettoit qu'avec repugnance aux defcendants
de Hugues , qui y étoient traités
de faux Rois. Ainfi ce fera toujours mal
defendre le droit de la troifiéme Race
à la Couronne de le fonder fur l'exclufion
de la feconde Race , qui ne fçauroit jamais
paffer que pour forcé, elle ne pouvoit en
aucune façon être alleguée pendant que
cette Race a duré , mais s'étant éteinte
dés le Regne de Robert , c'eft là ce qui
établit la nouvelle Racé en toute juſtice
fur le Trêne François.
ART. VI.
J'ay déja averti que je ne tiens le fixiéme
Article que des amis de M. l'Abbé de
Camps , qui n'a pas encore informé le
Public de ce qu'il penfe fur ce point ; mais
qu'il fuit même naturellement de ces principes.
Car c'eft par tout , & non point feulement
en France que les Princes qui fuccedent
hereditairement à une Couronne,
entrent dans tous les droits que leurs Predeceffeurs
y ont attachés.
ART. VII.
A
Le titre de Trés - Chrétien , diftinctif
40 LE
MERCURE
pour les Rois de France , qui fait le feptiéme
Article , eft ce qui a donné lieu à M.
l'Abbé de Camps d'attaquer l'Hiftoire du
P. Daniel , fur quoy ils fe font enfuite
écrit de part & d'autre des Lettres affez
vives , qui font dans les Mercures. L'Hi-
» torien avoit dit , que quoique Clovis &
»fes fucceffeurs fe foient toujours fait & fe
» faffent encore tant d'honneur du nom
» Trés- Chrétien , il n'eſt pas vray cepen-
» dant qu'ils l'ayent porté déslers , comme
» ils le portent aujourd'huy ; c'eſt -à- dire ,
» comme un titre fpecial attaché à leur
» Couronne , & que ce fut Louis XI. qui
» le rendit propre à leur Perfonat , de
» concert avec le Pape Paul II. M. l'Abbé
de Camps qui eft au contraire perſuadé
que ce nom a toujours été affecté à nos
Monarques & aux Princes de leur Sang depuis
Clovis , critiquant cet endroit , mit le
nom de Pie.II pour celui de Paul II.L'autre
fe plaignit de ce changement comme fait à
deffein. Son Centeur piqué de ce reproche
lui en fit d'autres bien plus importans , &
marqua que la méprile ne pouvoit être
imputée qu'au Copiſte ou à l'Imprimeur.
L'Hiftorien foutint qu'elle tomboit neceffairement
fur lui, & c'eft effectivement ce qui
paroît affez vray. D'autres méprifes femblables
que j'ay obfervées fur le quatriéme
Article au fujet de Ruben & de Judas ,
entrant
DE DECEMBRE. 41
montrant bien que M. l'Abbé de Camps
n'a pas toujours les Livres devant les yeux
quand il les cite : il a même encore employé
jufqu'à cinq fois le nom d'Honoré
III. au lieu de celui de Gregoire III . en
parlant de ce titre de Trés- Chrétien , dont
il s'agit prefentement. C'eft là à quoy on
fera toujours fujet pendant qu'on fe fiera
à fa memoire ; & le P. Daniel n'est pas
lui-même à couvert d'une telle faute , il
dit que Mellieurs de Sainte Marthe ne fe
font point crû obligez , comme M. l'Abbé
de Camps , de faire defcendre de S. Arnoul
les Rois de la troifiéme Race , & cependant
je lis actuellement le contraire dans
le premier Tome de leur Hiftoire , p . 409.
de la derniere édition , qui eft la feule qu'il
a dû confulter pour fçavoir à laquelle des
opinions ils fe font arrétez. Mais je viens
au point de queſtion.
Je crains que le P. Daniel ne fe foit
trop avancé , en affurant que Clovis fe
faitoit beaucoup d'honneur du nom de
Trés- Chrétien , quoiqu'il n'y ait pas à dou
ter qu'il ne tint à grande gloire d'être devenu
Chrétien. Car je ne vois aucun titre
certain où on le lui a t donné. On l'en
honore bien dans le Teftament attribué à
S. Remi. Mais c'eft une piece qui a l'air
de n'avoir été faite que fous la feconde
Race , quoiqu'elle foit citée dans une Let-
D
42 LE MERCURE
tre de Gerbert , & du moins elle aura été
fi interpollée , qu'on ne pourra diftinguer
ce qui y fera de la premiere main , fi elle
eſt veritable , il y eft parlé du Sacre de
ce Monarque &. de ces fils , & cette ceremonie
n'a été établie que long - tems.
aprés. On y fait des Voeux afin que fa
Race produife des Rois & des Empereurs
fi elle perfevere dans le bien , & c'eſt ce
qui fent beaucoup le fiécle où l'on inventa
la Fable du mariage de Blitilde , pour
faire defcendre de Clovis par elle les Rois
& les Empereurs Carliens.
Au furplus , je fuis perfuadé , comme ce
fçavant Jefuite , que le titre de Trés - Chrétien
n'a été donné long- tems à nos Monarques
qu'afin de reconnoître leur Religion
, ou pour l'exciter davantage en faveur
de l'Eglife' , qui auroit eu befoin de
leur protection puifqu'on en honoroit
également les Empereeurs d'Orient , les:
Rois Gots d'Efpagne , & autres ; & il leur
eft , ce me femble , bien plus glorieux de
ne fe l'être rendu propre que par l'uſage
que leurs fervices continuels & leur magnificence
pour l'Eglife produifoient , & qu'on
fe foit accoutumé peu à peu à les appeller
Les Rois Trés-Chrétiens par excellence , que
non pas que le feul Batême de Clovis les
eût tout d'un coup mis en poffeffion de:
de titre. Ce beau nom n'auroit plus par- lài
DE DECEMBRE .
43
la même fignification pour eux ; Mais
étant devenus les Rois Trés Chrétiens par
diftinction d'avec tous les autres Potentats
, feulement à caufe qu'ils fe font montrés
tels durant tant de fiecles , c'eft là un
gage comme certain qu'ils continueront à
foutenir toujours auffi dignement dans
l'Eglife un nom fi glorieux , que s'ils avoient
encore à le meriter .

Si les Papes l'ont fouvent employé dans
leurs Lettres à Charles Martel , Carloman
Pepin , & aux autres premiers Rois de fa
Race , il n'en faut point chercher d'autre
raifon , que leur zéle extraordinaire à défendre
l'Eglife Romaine contre les ennemis
, & ce n'étoit pas plus alors un des
titres de leur Couronne , que les noms de
Catholique , d'Orthodoxe , & autres , dont
ils les honoroient auffi . Je ne fçais fi les
premiers Rois de la Race prefente ont pareillement
été nommez Trés - Chrétiens de
leur vivant. Car je vois que Hugues Ca
pet & Robert fon fils font feulement ap
pellés Trés- Pieux , celui-là dans une Chartre
des Tableaux Genealogiques du P ...
Labbe p. 562. & celui - cy dans la 97. Lettre
de Fulbert Evêque de Chartres , & M.
Abbé de Camps qui dit que Robert a
été nommé Trés- Chrétien, ne marque point:
par qui ; mais neanmoins le nom de Trés
Chrétien commença à devenir bien en ufa
Dij
44 LE MERCURE
ge pour Louis le Jeune , Philippe Augufte
& S. Louis , qui avoient entrepris
des Croisades contre les Infideles , car ces.
guerres faifoient alors la gloire de la Religion
; & on honoroit du même nom les
Armées qui s'y confacroient , Milites Chriftianiffimi
, ou Milites ftrenui Chriftianiffimique
ac Devoti , leur difoit -on en les harangant
: Voyez Mathieu Paris fur les années
1240. & 1251. lequel de plus appelle
auffi fur l'an 1237. le Roy de Catille
Trés - Chrétien › parce qu'il faifoit
bonne guerre aux Maures d'Eſpagne , à qui
il enleva alors la Ville de Cordoue .

".
De fçavoir enfuite quand ce nom de
Trés - Chrétien eft enfin devenu un titre
particulier aux Monarques François , c'eſt
apparemment ce qu'on ne pourra point
découvrir parce qu'ainfi que je l'ai obfervé
, c'eft feulement l'ufage qui l'a attaché
à leur Couronne , & on ne connoît
jamais le point précis auquel un ufage devient
fixe. On voit bien par la Lettre de
Gregoire VII . à Philippes 1. que j'ay citée
fur le troifiéme Article , qu'il ne l'étoit
pas alors , car il exhorte fimplement
ce Prince à fuivre la Vertu & la Juftice ;
ainfi qu il convient à un Roy Chrétien ; &
il n'auroit point manqué de dire comme il
convient à un Roy Trés - Chrétien , fi ce titre
avoit déja appartenu à la Couronne de Fran
DE DECEMBRE.
45
ce. Il n'en étoit pas même encore une dépendance
au tems de S. Louis , que Mathieu
Paris appelle tantôt Pieux & Trés-
Pieux , & tantôt Trés - Chrétien , & qui
lui égale affez fouvent de la maniere la
plus forte Henry II . Roy d'Angleterre
fon Souverain pour ce dernier nom. Ne
dit- il pas fur l'an 145. Hæc cum ad Chri-
Stianiffimos Francorum & Anglorum Reges
nunciata perveniffent. Puis fur l'an 1247.
Dominus autem Rex ( Henricus ) utpote
Princeps Chriftianiffimus. Et encore fur l'an
1249. Domine Rex Kegum Chriftianiffime ;
& s'exprimeroit- on dans des termes plus
énergiques fi on parloit d'un Roi de
France ?
Tout ce qu'on peut donc feulement
affurer , eft que l'ufage en queftion étoit
fixé bien avant Louis XI . comme M. l'Abbé
de Camps le prouve invinciblement par
la Lettre du Concile de Bafle à Charles
VII. où le Concile reconnoît que les
Rois de France font appellez Tres - Chretiens
par l'excellence de leurs merites envers
l'Eglife , ce qui en paffant montre
qu'on ne croyoit pas alors qu'ils duffent ce
nom au baptême de Clovis : Neque enim
ambigimus.. quin egregium & præclarum nomen
quo Francie. Rege, (Chriftianiffimi enim
appellantur ) hactenus fuis in Ecclefia meripis
claruerunt. Pie II. l'avoue auffi très46
LE MERCURE
précisément en écrivant au même Roy en
ces termes : Habitus es , cariffime Fili, devotiffimus
Princeps fidei & Religionis noftræ
·præcipuus : nec immerito ob Chriftianum nomen
à progenitoribus tuis defenfum nomen
Chriftianiffimi ab illis hæreditarium habes.
Mais l'Archevêque de Tours déja cité fur
le troifiéme Article , qui a échappé à M.
PAbbé de Camps , s'il lui a été connu ,
femble attefter le fait avec encore plus d'exa-
&titude , en remarquant que ce Prince ,
comme Roy de France , étoit le feul entre
tous les Rois de la terre qui eût merité
d'être honoré de ce nom de Tres Chretien,
qu'il le foûtenoit comme les auguftes ancêtres
par fa catholicité & fes moeurs , & que
le même droit qui l'avoit fait fucceder au
Royaume des François, l'avoit auffi fait fucceder
à ce titre : Hinc Rex nofter Chriftianiffi
mus apprehenfordiſciplina , fapientiæ David
Nobiliffimum Ecclefiæ membrum , adeò ut
inter cunctos fæculi Reges Chriftianiffimi
nomine meruit infigniri , imitando catholicos
mores orthodoxorum & invi& iſſimorum proge
nitorum fuæ Majeftatis illuftriffima ... gratias
agit Deo per quem Regnum & nomen
Chriftianiffimi accepit Regis . Ce Prelat dit
de plus qu'il a été envoyé au Concile de
Bafle de la part de fa Majefté Tres- Chretienne
, & il eft appellé l'Ambaffadeur du
Roy Tres- Chretien , ce qui ne laiffe aucun
Lieu de douter que les Rois predeceffeurs
DE DECEMBRE. 47
de Charles ne fuflent en paisible poffeffion
du nom dont il s'agit , par preference aux
autres Rois , & que par confequent Louis
XI. fon fils ni les fucceffeurs n'en font
point redevables au Pape Paul II ; il eft
vrai qu'il eft le premier des Souverains Pontifes
qui fe foit obligé de fe fervir de ce
nom en parlant d'eux , ou en leur écrivant ;
mais en cela il ne leur faifoit que juſtice , &
c'eft pourquoi il ajoutoitqu'il luifembloit que
s'il y manquoit il ne feroit point fon devoir ,
ainfi que nous l'apprend la relation de la
declaration que ce Pape fit aux Ambaſſadeurs
de Louis XI. qui eft rapportée dans
la Diplomatique du P. Mabillon. On ne
nie pas que ce Monarque n'avoit point droit
de forcer ni les Papes ni aucune Puiffance
étrangere de s'affujettir à l'ufage qui avoit
diftingué fi glorieufement les Rois de France
entre les Souverains de l'Europe ; mais
cet ufage n'en étoit pas moins certain , &
il l'étoit auffi tellement que le facré College
fut le premier à s'oppofer en faveur de ces-
Monarques , quand enfuite Alexandre VI..
voulut accorder le même titre à Ferdinand:
Roy d'Espagne , dont il étoit né fujet : de
forte qu'il fut contraint de le gratifier feulement
de celui de Catholique , comme le
P. Mabillon l'a auffi obfervé .
Pour le droit que M. l'Abbé de Camps
attribuë pareillement aux Princes du Sang
4 & LE MERCURE
de France fur ce nom de Tres- Chretien ;
je croirois volontiers que ce n'a été que
pour la perfection de fon fyftême , tant
les preuves qu'il rapporte montrent peu
qu'il leur foit auffi hereditaire . Je conviens
que les Rois ne l'ont pas merité fans eux
ni fans la Nation , qu'ils en partagent
comme eux la gloire avec eux , & que la
France par cette raifon eft quelquefois appellée
auli un Royaume Tres- Chretien ;
mais de même qd'on ne peut pas dire que
l'ufage foit d'entendre le Royaume dë
France par le feul nom de Royaume Tres-
Chretien , puifque l'Empereur Frederic appelloit
pareillement l'Angleterre en 1240,
felon Marthieu Paris , un païs tres Chretien
, Chriftianiffima terra , ce n'eft pas
davantage aulli l'ufage d'entendre les Pun
ces du Sang de France par celui de Prin
ces Tres- Chretiens , qu'il fera toujours libré
de donner à d'autres Princes qui le meriront.
En effet qui avant M. l'Abbé de
Camps connoiffoit ce droit ? les Princes du
Sang le connoiffoient- ils eux-mêines , &
comment auroit- il été poffible qu'il leur
eût appartenu , fans qu'ils l'euffent fçu &
qu'ils euffent cherché à en joüir ? Du refte
au paffage , où le Concile de Bafle a appellé
la France un Royaume Tres Chretien
que cet Abbé a cité , je fuis bien aiſe de
joindre encore celui- ci , tiré d'une Lettre
de
DE DECEMBRE.
de Gregoire X. qui eſt bien plus ancien ,
& où la raifon de ce nom eft marquée :
in Chriftianiffimo tamen Regno Francorum,
in quo præcipuè fides catholica vigere dignofcitur.
Thefaur . anecdot. t. 5. p . 1817.

J'oubliois prefque l'induction que M.
l'Abbé de Camps tire aufli dans cet Article
, de ce que Charles - Martel , Carloman
& Pepin fes fils étoient Maires du Palais ,
Ducs en Auftrafie , & poffedoient les plus
grandes Charges de la Monarchie . Il prie
le P. Daniel de fouffrir avec patience qu'il
lui dife que c'étoit en qualité de Princes.
du Sang ; & moi je fupplie ce Pere de
mon côté de fouffrir avec la même patience
que je concluë de ces grandes Charges ,
dont ils étoient revêtus , qu'ils n'étoient
donc pas des Princes du Sang. C'eſt que
j'ay obfervé dans l'Eclairciffement fur lélection
des anciens Rois de France , p . 14
que les fils de ces Rois ou regnoient après
cux , ou étoient faits Clercs , ce qui étoit
auffi en ufage pour leurs fils naturels ,
qui ne manquoient pas de demander leur
part du Royaume comme les legitimes ,
quand ils reftoient dans le monde ; témoin
le fameux Gondebaud prétendu fils de Clotaire
I. dont Gregoire de Tours a rapporté
toute l'Hiftoire. Si l'on avoit ainfi donné
la dignité de Maire du Palais & les grands
Duchez aux Princes du Sang , quand on
E
ܘܕ܂
LE MERCURE
I
ne vouloit pas qu'ils regnaffent ; ç'eût
juſtement été vouloir les mettre en état de
détrôner ceux qui auroient regné , pour
prendre leur place , & je me fuis là- deffus
expliqué avec affez d'étendue dans des
Lettres manufcrites où je réponds à des
difficultez qu'on m'avoit objectées fur mes
Differtations , lefquelles Lettres font indiquées
dans la Bibliotheque hiftorique de
France , numero 11813 *
HUITIEME ET DERNIER ARTICLE.
Il ne me reste plus ainſi qu'à examiner
le huitiéme & dernier Article du ſyſtéme
de M. l'Abbé de Camps , où il veut que
la Couronne de France foit Imperiale auffi
bien que Royale. C'est ce que du Tillet ,
les Sainte Marthe & autres ont auffi foutenu
& appuyé de quelques preuves. Le
P. Mabillon en a ajouté de nouvelles dans
la Diplomatique ; mais perfonne n'en avoit
encore tant produit que cet Abbé. Il tire
l'origine de cette prérogative des Lettres
de Confulat que l'Empereur Anaftaſe envoya
à Clovis , qui depuis fut appellé comme
Conful on Augufte felon Gregoire de
Tours , l . 1. c. 38. Codicillos de Confulatu
accepit, .. & ab ea die tanquam Conful
aut Auguftus eft vocitatus. A regarder la
shofe en elle-même la dignité Royale n'étant
pas moins Souveraine que l'Imperiale,
DE DECEMBRE.
ST
A n'y a point de veritable difference entre
les Empereurs & les Rois pour leurs
dignitez , ce n'eft que par l'antiquité l'étendue
& la puiffance de leurs Monarchies,
qu'on les eftime ; & un Roy de France ne
voudroit pas changer fon Royaume pour
P'Empire , quand il feroit hereditaire. Si
l'Empereur a le pas fur lui , c'est parce que
l'Empire Romain eft plus ancien que la
Monarchie Françoife , & auffi à caufe
qu'il fut le partage du fils aîné de Louis
le Debonnaire , la France ayant alors feulement
été celui du Cadet ; car il faut bien
fe donner de garde de s'imaginer que cela
vienne de ce que Charles le Simple pour
conjurer la tempête que les Grands formoient
contre lui , fe foumit lui & fon
Royaume à Henry Loyfeleur Roy d'Alle
magne, au rapport de Sigebert , fur l'an
922 , qui eft le feul Auteur qui faffe men
tion de ce fait ; car c'eft ce qui n'eut aucune
fuite , & ce dont même par- là on
pourroit tres-bien douter. On appelloir ce
dernier partage la France Occidentale , &
l'autre la France Orientale , & comme le
berceau des François ſe trouvoit dans celleci
, peut- être étoit- ce ce qui leur avoit
donné de la prédilection pour cette pottion
; car fous la premiere Race , l'Anftra
fie compriſe dans cette France Orientale
fut auffi ordinairement le partage des aînez,
E ij
52 LE MERCURE
étant échûë à Thierry fils aîné du grand
Clovis , & à Sigebert fils aîné de Dagobert.
A l'égard des preuves que M. l'Abbé de
Camps rapporte de l'union de la dignité
Imperiale à la Couronne Royale de France
: Je doute que la plupart fatisfaffent des
Critiques difficiles. Gregoire de Tours
donne une idée fi confule de la dignité
conferée à Clouis par Anaftafe , qu'on
voit bien qu'il ne la connoiffoit non plus
que confulément . Le Concile d'Orleans
que ce Prince affembla depuis , ne lui
donna que le titre de Roy . Il eft , dit- on ,
appellé Empereur dans la vie de Saint
Frodillin , mais cette vie n'eft que du dixiéme
fiecle , felon la remarque du P. Mabillon
; & de plus qui ne fçait pas que les
Legendaires aimoient à agrandir les objets.
Les medailles de Theodebert fon petit- fils,
que l'on cite enfuite , prouvent bien que
ce dernier Prince prit ce titre , & c'est ce
que prouve encore mieux celle dont le fçayant
P. Hardouin a donné l'infcription
dans fes Oeuvres choifies , page 424 , où
il eft dit expreffément Empereur & Augufte ,
ce qui n'eſt pas dans les autres ; mais les
fucceffeurs ne l'ayant pas imité , & n'en
ayant uſé lui- même ainfi , que lors qu'il
étoit en guerre avec l'Empereur Juftinien ,
qui avoit eu la vanité de mettre entre les
οι
DE DECEMBRE.
$3
fitres celui de Francique , comme s'il avoir
fubjugué les François ; j'aime mieux penfer
avec nos plus habiles Hiftoriens qu'il
s'étoit de fon côté qualifié Empereur
pour mieux morguer fon ennemi , que
non pas de fuppofer qu'il fe fondoit pour
cela fur la conceſſion d'Anaſtaſe.
Comme nous n'avons point les originaux
des Actes que M. l'Abbé de Camps ,
cite pour Clotaire II . Clovis II. & Chilperic
II. & qu'il eft d'autant plus à craindre
qu'ils ne foient alterez , & quelquesuns
même faux ; que le titre d'Empereur
n'eft pas donné à ces Rois dans d'autres
Chartres , ni dans les Hiftoriens contemporains
; j'avoue que je ne fçaurois m'en
contenter. Le moyen de fe perfuader que
les Officiers de la Chancellerie de ces Princes
euffent varié de la forte , & qu'ils les
euffent qualifiez fans neceffité , tantôt Empereurs
& Auguftes , & tantôt feulement
Rois. Il eft au contraire très aifé de croire
que les revifeurs des anciens Actes qui
ont laiffé perdre fouvent les originaux pour
ne faire paffer jufqu'à nous que des copies
n'auront pas toujours été fi fcrupuleux en
les tranfcrivant , & qu'ils en auront quel
quefois changé le ftile , afin qu'ils paruffent
plus refpectables. Il faudroit neceffairement
fe rendre fur le fceau de Pepin ,
qui eft à Saint Maximin de Treves , out
E iij
54 LE MERCURE
il eft nommé Empereur , que M. l'Abbé
de Camps a dit avoir entre les mains , fi
l'on étoit affuré qu'il fût veritable , mais
a fait de faux fceaux ; j'en ay même eu auffi
entre les mains , & cette qualité d'Empereur
doit ce femble fuffire pour ſe défier
de celui- là. J'aimerois encore mieux croire
que ce ne feroit que par des méprifes de
Copiftes que Charlemagne feroit juſqu'à
* deux fois appellé Empereur dans des Lettres
du Pape Adrien , que de m'imaginer
qu'Adrien lui auroit donné luy-même cetitre
, car l'erreur aura été facile à celui
qui ne connoiffoit ce Prince que fous la
qualité d'Empereur qu'il eut enfuite ; &
ce n'eft pas au contraire la coutume
des Papes de confondre de la forte ces
dignitez.
Mais enfin quand les actes fur lefquels
on fonde la dignité Imperiale de nos Monarques
feroient à couvert de tout foupçon
d'interpolation & d'autres defauts , je n'en
conclurois pas encore qu'elle feroit unie
à la Royale dans leurs perfonnes : je croirois
feulement qu'on étoit autrefois perfuadé
& avec raifon , ainfi que je l'ay déja
obſervé , que le nom d'Empereur ne fignifie
rien de plus que celui de Roy , fur tout
à l'égard des grands Rois qui ne peuvent
paffer pour eftre d'un rang inferieur aux
Empereurs. C'eft ce qui étoit bien fenfible
*
DE DECEMBRE. SS
après les partages faits pour les trois fils
de Louis le Debonnaire ; car eft- ce que
Louis le Germanique & Charles le Chauve
n'etoient pas égaux à Lothaire leur aîné , '
qui avoit eu l'Empire dans fon partage ;
& y avoit- il entre eux d'autre difference
que celle de la primauté ? Si chacun de
ces Princes ne fut pas Empereur , comme
il fe pratiquoit , lorfqu'on divifoit l'ancien
Empire , c'eft que le nouvel Empire
faifoit feulement partie de la Monarchie
des François , qui à titre de Conquerans
lui en faifoient fuivre la Loi au lieu
que fi ç'eut été les Romains qui euſſent
conquis la Monarchie Françoiſe , elle auroit
elle -même fubi la Loi de leur Empire
, qu'elle auroit auffi feulement augmenté.
Ainfi , de même que ceux qui
partageoient l'ancien Empire , étoient tous
appellez Empereurs , parce que l'Empire
fubfiftoit également , nonobftant qu'il fut
divifé entre eux ; ceux qui partageoient
la Monarchie Françoife , étoienr auffi
tous nommez Rois des François , fans égard
à ces partages , parce que ce n'étoit toujours
qu'une Monarchie. C'est ce dont
les Chartres de ces Princes font foi , &
entre autres celles de Clotaire III & de
Childeric II fils de Clovis le Jeune ;
comme auffi celles de Charles & de Carloman
fils de Pepin , qui font dans la Diplomatique.
E iiij
3.6. LE
MERCURE
2
Charlemagne avant que d'être Empereur
fe difoit Roy des François & des
Lombards , & Patrie des Romains , &
depuis il fe qualifia Empereur couronné
de Dieu , & par la mifericorde Divine-
Roy des François & des Lombards , Karolus
Sereniffimus Auguftus à Deo coronatus
, Magnus , Pacificus , Imperator Romanum
gubernans Imperium , qui & per mifericordiam
Dei Rex Francorum & Lan.
gobardorum . Ce nouveau titre , quelque
magnifique qu'il foit , ne fait - il pas voir
clairement , comparé avec le precedent ,
que l'Empire ne tenoit que la place du
Patriciat de Rome dans la Monarchie
Françoile ? Auffi le Févre Chantereau remarque-
t- il dans fes Confiderations hiftoriques
fur la Lorraine pag. 110 , que les
Grands de France trouverent même fort
mauvais que ce Prince eut mis à la tête
des Capitulaires , qu'il leur envoyoit ſa
qualité d'Empereur & d'Augufte avant
celle de Roi des François. Ainfi , puifque
l'Empire n'étoit qu'un membre de
cette Monarchie , il devoit donc appartenir
tout entier à celui des Princes François
, qui l'avoit dans fon partage , &
tous au contraire devoient fe dire Rois
des François , parce que chacun avoit
également part à la Royauté de la Monarchie
Françoife . Mais c'est ce que les
DE DECEMBRE. $7
·
Succeffeurs de Charlemagne negligerent
dans la fuite : Louis le Debonnaire ne
prit que le titre d'Empereur , ce que firent
auffi ceux qui fuccederent à l'Empire
, & les autres fe dirent fimplement
Rois , fans ajoûter des François , du moins
dans l'ordinaire , fur quoi on peut confulter
la Diplomatique.
Ce qui arriva aprés la mort de Charles
le Gras , prouve trés-bien encore que
la Monarchie Françoife , n'étoit point
Imperiale ; car Arnoul fon neveu , qui
eut les Royaumes de Lorraine & de Germanie
, n'eut que le titre de Roi , quoique
fes Etats fuffent d'une trés - grande
étendue ; & Gui Duc de Spolete , qui
s'étoit feulement faifi d'une petite partie
de l'Italie , puis de Rome , prit celui
d'Empereur , après qu'il eut été Couronpar
le Pape Formote . né
Cette diftinction de l'Empire d'avec
les autres parties de la Monarchie Françoiſe
, eft encore fenfible dans plufieurs
Actes citez dans la Diplomatique pag.
81 , où Charlemagne eft feulement appellé
Roi , lorfqu'il étoit Empereur , ce
qui venoit de ce que ces Actes regardoient
des Païs qui n'étoient point de
P'Empire. Le Concile d'Arles de l'an 813
ordonnoit de prier pour nôtre Seigneur le
Roi Charles , & l'on voit deux Chartres.
58 LE MERCURE
1
dattées , l'une de la quarante-deuxième
année du regne du Seigneur Charles Roi
des François ; & l'autre , qui eft pour
PAbbaye de S. Gal , de la quarante- troifiéme
année du regne de Charles trésglorieux
Roi des François. Le fçavant P.
Mabillon infere de ces exemples , qu'il
falloit qu'on nommat ce grand Prince
Roi our Empereur affez indiffereminent ;
mais cependant cela ne devoit être indifferent
que dans les Provinces dont il
étoit fimplement Roi , telles que la -Provence
& la Suiffe , où les Actes ci - deffus
furent paffez ; car à l'égard de Rome
où il étoit Empereur , on n'admettroit
pas aifément une Chartre pour cette
Ville , dans laquelle on ne lui donneroit
que le nom de Roi. Nous diſons affez
fouvent à Paris , en parlant de M. le
Cardinal de Noailles , M. l'Archevêque ;
mais à Rome on le défigneroit toujours
par fa Dignité de Cardinal.
M. l'Abbé de Camps prouve la dignité
Imperiale de nos Rois pour la troifiéme
Race des Hugues Capet , par une Chartre
de l'Hôpital de Poiffy , où ce Monarque eft
appellé fereniffimus Auguftus . Mais le titre
d'Augufte joint à celui de Roy peut- il fignifier
autre chole qu'un Roy ? Il lui eft
donné dans l'Acte de l'élection du fameux
Gerbert pour Archevêque de Reims , où
DE DECEMBRE. 59
Robert fon fils , qui regnoit déja avec lui
eft nomméRoy:Favore &'conniventia utriufque
Principis noftri Ugonis Augufti & Excel-
Tentiffimi Regis Roberti. vid. Metrop. Rem.
Marlot. t. 2. p. 48. & il avoit été appellé.
Seigneur & fon fils auffi Roy dans la date
du Concile où Arnoul predeceffeur de Gerbert
fut dépofé , Anno regni v. Domini Hugonis
& excellentiffimi Regis Roberti. ibid.
P. 45. Or comme le nom de Seigneur n'eft
manifeftement emploié pour lui dans ce
dernier Acte que par élegance , afin de ne
pas mettre deux fois fi près celui de Roy ,
qui eft appliqué à fon fils , & qu'il ne
porte nullement à penser que Hugues fut
plus que Roy ; n'eft- il pas
évident que
nom d'Augufte n'eft emploié dans le premier
Acte que par cette raifon , & qu'il
ne doit pas non plus obliger à croire que
ce Prince fut un Empereur ?
+
le
En vain notre Auteur fe prévaut encore
de ce que quelques Chartres fe trouvent
dattées des années de l'Empire des Rois de
France , puifqu'il y en a auffi qui font
dattées des années du regne des Empereurs
, comme il eft remarqué dans la Diplomatique
p. 81. car cela eft bon feule -
ment à prouver que ces deux mots feroient
fynonymes. Mais d'ailleurs les Ecrivains
de ces tems là n'aimoient- ils pas , auffi bien.
que les Legendaires , les expreffions les plus
LE MERCURE
fortes pour groffir davantage les objets ? Et
ne faut il pas prefque toujours pour les bien
entendre , les expliquer par celles qui font
fimples, quand il y en a de jointes ? Suppoleroit
on, par exemple , que Dudon Doyen de
Saint Quentin croioit que la Normandie &-
la Bretagne qui en relevoit , formaffent un
Royaume , à caufe qu'il les honore de ce
beau titre Cum autem , dit- il p. 136. Richardus
Marchio .... folidum ab inimicis
teneret regnum Normannica Britton cæque
regionis. Il ne faut affurément que cette
qualité de Marquis qu'il donne au Souverain
de ce Royaume , pour ne lui pas attribuer
une telle imagination ; & pourquoi
ne fuivroit-on pas auffi cette regle du bon
fens à l'égard des Actes ci deffus ?
Mais je reviens à la prétention de M.

PAbbé de Camps. Quand les Rois de
France fe feroient quelquefois eux-mêmes
appellez Empereurs , cela n'auroit
pas élevé leur Couronne au deffus des
autres Couronnes voifines , puifque des
kois- d'Angleterre d'Espagne le font
aufft attribué la même Dignité , & que
ces derniers fe difoient même Empereurs
d'Espagne en tous Actes. Le P. Mabil
lon rapporte des exemples des uns & des
autres dans fa Diplomatique pages 80 ,.
432 & 434, & l'on peut voir dans
PHiftoire d'Elpagne de Mariana Livre 9
C. S., & Livre 10 c. 16 , de quelle maDE
DECEMBRE.
niere cet ufage s'établit à l'égard des Rois
de Caftille , qui font ceux qui fe dirent
Empereurs. Cet habile Hiſtorien remarque
que l'Empereur Henri III . ayant
porté fes plaintes au Concile de Tours
de l'an 1055 , de ce qu'au mépris de ſa
Dignité Ferdinand Roi de Caftille & de
Leon ofoit ufurper le titre d'Empereur ,
quoique l'Espagne relevat de l'Empire.
Ce Concile & le Pape Victor II entrerent
dans fon reflentiment , & envoyerent
des Ambaffadeurs à Ferdinand pour
lui demander raifon d'une fémblable entrepriſe.
Que Ferdinand affembla les
Grands du Royaume pour déliberer fur
cette affaire : Que le Cid l'un d'eux , aujourd'hui
fi connu fur le theatre , dit
qu'ils ne s'étoient pas delivrez du joug
des Maures aux dépens de leur fang , pour
devenir enfuite les Vaffaux des Allemans ,
& que leur épée les garentiroit égale
ment de la nouvelle fervitude à laquelle
on les vouloit affujettir. Que cet avis
regla la réponſe que Ferdinand fit aux
Ambaffadeurs. Qu'il pria neanmoins lẹ
Pape d'agréer que le droit des Parties fût
examiné à fond , qu'il ſe tint pour ce fujer
une Conference à Touloufe , & qu'on y reconnut
que l'Eſpagne ne dependoit en aucune
maniere de l'Empire . Mariana ajoûte
que quelques autres Rois de Caftille
continuerent de fe dire Empereurs . Que
:
62 LE MERCURE
dans une Junte tenuë l'an 1135 dans la
Ville de Leon , ou Garcias Roi de Na.
varre fe trouva ; il fut arrêté , qu'Alfonſe
VIII & les Succeffeurs prendroient
le titre d'Empereur d'Efpagne , à cauſe
qu'ils avoient pour Vaffaux ou Feudataires
les Rois d'Arragon & de Navarre
les Comtes de Catalogne & les Gaſcons ;
& que Pierre le Venerable Abbé de Cluni
fe conforma auffitôt à ce Reglement ,
comme on le voit par une de fes Lettres
au Pape Innocent II , où il appelle Ferdinand
Empereur d'Efpagne. Si l'on avoit
des preuves que les nouveaux Empereurs
euffent pareillement entrepris de rendre
la Couronne de France feudataire de
l'Empire ; il ne feroit pas furprenant que
nos Monarques fe fuffent auffi érigés en
Empereurs pour leur mieux montrer qu'ils
étoient leurs égaux , ainfi que Theodebert
avoit déja fait à l'égard de Juftinien.
Mais fans cela le nom de Roi des
François , qui eft le plus excellent des Rois,
pour parler comme Mathieu Paris , leur
a toûjours dû paroître fi beau , qu'il n'eſt
point à croire , qu'ils, ayent auffi ambitionné
celui d'Empereur , qui ne peut
être qu'une fiction , dès qu'il ne s'entend
pas de l'Empire des Romains.
Je pourrois encore refuter ce que M.
l'Abbé de Camps dit des Rois Eudes &
DE
DECEMBRE.
63
Rodolfe , qui ont auffi été appellez Empereurs
en quelques Chartres , quoiqu'ils
ne fuffent , dit-il , que des Rois Adminiftrateurs
, celui - là à caufe de la minorité
de Charles le Simple , & celui - ci à
caufe de fa prifon ; car jamais la France
m'a eu de tels Rois , qui feroient des monftres
dans notre Monarchie. Il est vrai
que la Chronique de S. Benigne de Dijon
fuivie en cela de quelques autres ,
laquelle eft du onzième fiécle , marque.
qu'Eudes fut d'abord Tuteur de Charles,
& Gouverneur du Royaume , puis élû
Roi malgré qu'il en cut , qu'il rendit genereufement
le Royaume à Charles dès
qu'il le lui redemanda , & que Charles
par retour lui en laiffa une partie ; mais
tout cela eft imaginaire. Jamais Eudes
ne fut Tuteur de Charles , que fa mere
éleva en Angleterre pour le fouftraire à
fes ennemis , d'où il ne revint que pour
regner ; il fut élû pour remplacer l'Empereur
Charles le Gras , & il fit une rude
guerre à Charles dès que Foulques Archevêque
de Reims , qui l'avoit rappellé
d'Angleterre , l'eut facré & remis fur le
Trône de fes peres , guerre qui dura juſqu'à
la fin de l'an 895 , auquel le même
Foulques menagea une paix entre les deux
Princes. Ils partagerent enfuite la Couronne
, & Eudes étant mort. en 898 ,
64
LE MERCURE
Arnoul fon fils , qui ne lui furvêcut que
trés-peu , fut reconnu Roi d'Aquitaine ,
ce qui n'eſt nullement propre à le faire
paffer pour un fimple Roi Adminiftrateur.
Il est encore plus clairement faux
Rodolfe ou Raoul en ait auffi été un que
pour gouverner l'Etat durant la priſon du
même Charles , que Herbert Comte de
Vermandois
tenoit enfermé à Château-
Thieri fur Marne . Puifqu'il fut élû pour
continuer la revolte du Roi Robert , qui
avoit été tué en combatant contre Charles
, & que Charles ne fut arrêté par
Herbert qu'aprés le couronnement
de l'autre
outre qu'il eft admirable qu'on ſuppofe
que la Nation Françoife auroit élu
& facré un Roi , feulement pour gouverner
le Royaume , pendant que fon Roi
Titulaire demeureroit
dans les liens d'un
Vaffal de la Couronne , comme fi elle
avoit été alors dans une entiere impuiffance
de l'en tirer , fi elle en avoit eu
la volonté. Auffi quoique Charles fut enfin
mort dans cette prifon l'an 929 ,
Raoul n'en demeura pas moins fur le
Trône , jufqu'à fon décès arrivé en 936 ,
& fi on y mit enfuite fans difficulté Louis
d'Outre-Mer fils de Charles , qui s'étoit
femblablement
refugié en Angleterre ,
comme fon nom le marque affez , c'eſt
que Raoul ne laiffa point de poſterité.
Je
DE DECEMBRE.
65
Je ne poufferai donc pas plus loin mes
Remarques fur le Syfteme de M. l'Abbé
de Camps touchant la Maiſon de France ,
& elles fuffiront fans doute pour y démêler
ce qu'il contient de folide. La troifiéme
Race n'a pas befoin , non plus que
les deux precedentes , d'être flattée , elle
fera toujours la plus Augufte qui foit au
monde , quelle qu'en foit l'origine , &
c'est ce que la Maifon d'Autriche , qui
eft fa feule Rivale , a même reconnu par
la bouche de Charles V fon plus grand
Heros , ainfi que les Sainte Marthe & tant
d'autres l'ont obfervé . Il y a plus de fept
cens ans qu'elle eft fur le Trône du plus
ancien & du plus floriffant Royaume de
la Chretienté , & auparavant elle y avoit
déja monté deux fois en la perfonne de
Robert ayeul de Hugues Capet , & d'Eudes
fon grand oncle , auquel les François
n'avoient point trouvé d'égal , felon
Abbon. Nam nullum fimilem fibimet genitum
reperiere. Adon dit auffi que Robert
le Fort Duc de Neuftrie leur pere , le
Maccabée de fon fiécle , & Ranulfe Comte
de Poitiers que les Normands tuerent,
en 866 dans un combat où ils les furprirent
, étoient les premiers entre les
premiers Seigneurs de leur temps , viri
mira potentia armifque ftreni inter
primos ipfi priores. Et tout cela eft cer
Fr
66 LE MERCURE
tain. Or , quelle autre Maiſon Souveraine
de l'Europe peur juftifier par des
Auteurs Contemporains , jufqu'au milieu
du neuvième ſiècle , une Genealogie aufſi
fuivie & auffi éclatante ?
Cependant je n'irai pas jufqu'à dire auffi
avec M. l'Abbé de Camps , qu'autrefois nos
Rois s'eftimoient plus honorez de leur
naiffance que de leur Couronne : car je
crois au contraire que les Rois de chaque
Race ont toujours été bien convaincus ,
conformément à la verité , que c'étoit cette
Couronne qui rendoit leur naiffance augufte
, & qu'elle la rendoit toujours d'autant.
plus augufte , qu'elle augmentoir elle- même
davantage , & qu'ils defcendoient d'une
plus longue fuite de Monarques . En effet ,
c'eft cette conftante fucceffion deSouverains
d'où venoient les Rois de la premiere Race ,
qui leur donnoit une fi orgueilleuſe idée
de leur naiffance , qu'ils ne pouvoient foufftir
que quiconque , qui en fût forti , laiffâr
de pofterité , quand ils ne pouvoient pas
lui procurer auffi un trône , & qui les portoit
à faire même toujours traiter en Rois
& en Reines ceux & celles qu'ils enfermoient
dans des Cloîtres , comme on le
voit par Gregoire de Tours . M. l'Abbé de
Camps fe fonde fur ce qué Clovis tua
quelques Rois fes parens , qui s'étoient
laiffez prendre prifonniers . en leur reproDE
DECEMBRE. 67
chant qu'ils avoient par là deshonoré leur
Sang. Mais c'eft ce qui montre encore
l'estime que la premiere Race faifoit de fa
Couronne , en croyant que des Rois demeurez
prifonniers dans une Bataille , n'étoient
plus dignes de commander à des
François ; & ce qui nous apprend en même
temps que les anciens François , auſſi bien
que les anciens Lacedemoniens , mettoient
leur gloire ou à vaincre , ou à mourir les
armes à la main.
La Nobleffe fans la puiffance ne peut que
s'obfcurcir & à la fin le faire meconnoître.
Car ce n'eft pas affez de pouvoir prouver
par des parchemins qu'on defcend de Prinees
ou même de Rois ; il faut de plus conferver
toujours des marques fenfibles d'une
fi illuftre origine , fans quoi on perd fes
droits. Les Seigneurs de Morainville étoient
aînez des Ducs de Bretagne , & le defaut.
de biens les avoit tellement fait tomber ,
qu'ils furent contraints comme les moindress
Gentilshommes , de prouver leur Nobleſſe
devant les Elus de Lifieux dans cet état
auroient -ils été jugez dignes des mêmes
alliances que leurs cadets ? On n'eft eftimé
que felon ce qu'on eft foi- même , & non
point felon ce que ceux dont on vient ont
été autrement tous les hommes , qui ont
Noé pour pere , feroient égaux .
C'eft fur cette raiſon que j'ai foutenu !
Fij,
C3 LE MERCURE
9
dans ma Differtation fur l'origine de nos
Rois d'aujourd'hui , qu'il n'y auroit rien
à perdre pout eux , s'il étoit vrai que Robert
le Fort , qui eft le Chef de leur Race,
eût pour pere le Comte Conrad frere de
l'Imperatrice Judith , & pour ayeul Welfe ,
iffu des anciens Rois ou Ducs de Baviere
dont la femme étoit une Princeffe de la
Maifon de Saxe , parce qu'on ne voit pas
que les defcendans de Childebrand , dont on
le veut faire fortir , euffent autant d'autorité
& de puiffance dans le Royaume que
ceux-là , qui poffedoient les plus grandes:
Charges de la Monarchie , & dont un des
petits fils fe fit Roy de la Bourgogne d'Outre
Jon , malgré toutes les forces du Roy Arnoul.
Je ne dirai pas comme M. l'Abbé le
Gendre a fait dans fon Hiftoire de France
p. 142. que fi le pere de S. Arnoul premier
ancêtre connu de Childebrand , avoit
été quelque homme illuftre & elevé au-,
deffus des autres , l'Hiftoire ou la tradition
n'auroient pas oublié fon nom , puifque le
premier Auteur de fa Vie écrite pour un de
fes fils , dit que fes parens étoient fort nobles
& tres riches ; fatis altus ac nobilis parentibus,
atque opulentiffimus ; outre qu'Anfegife
fon fecond fils époufa Begge fille de
Pepin le vieux Maire du Palais d'Auftrafie ,
alliance qui fait bien voir qu'il n'étoit pas
un homme nouveau : mais neanmoins les
expreffions de cet Auteur n'obligent nulle
:
DE DECEMBRE. 69
ment à croire que
noul fuffent plus confiderables que ceux de
Welfe , qui felon Thegan , étoit de la tresnoble
race des Princes de Baviere , de nobiliffimâ
ftirpe Bavarcrum.
les ancêtres de S. Ar-
+
Au refte comme c'eft cette origine Ba
varoife qui arrête dans mon fentiment , à
caufe que les Anciens ont dit que Robert le
Fort étoit d'origine Saxone , & qu'il n'y
avoit que la femme de Welfe qui fut du
Sang Saxon , je fuis bien aife avant que
de finir , de confirmer ici par un nouvel
exemple ce que j'ai dit aprés beaucoup de
Genealogiftes , que c'étoit alors affez l'ifage
d'appeller Saxons les peuples d'audela
du Rhein , qu'on nomme aujourd'hui Allemans
; il est tiré d'un Ecrivain du commencement
du XII. Siecle , qui dit que Rodolfe
Duc de Suabè , que le Pape Gregoire
VII oppofoit à l'Empereur Henri IV , étoit
de Race Saxone , quoiqu'il fut de la Maifon
de Sueve , Gregorius quemdam Rodulfum
genere Saxonem pro eo (Henrico ) regnare
conftituit. Duchef. t. 4. p. 89 .
Nous sommes obligez , par la quantité:
de matieres qui nous reftent , à remettre
au mois prochain la fuite de la Réponſe
aux deux Pieces de M. l'Abbé de Camps
inferées dans le Mercure du mois de Novembre
dernier..
2
70 LE MERCURE
QUI A TEMPS , A VIE .
CONTE.
A Monfieur DE SALORNAY ,
Secretaire du Roy.
Par Mr DE SENECE'.
LE Temps , desplus vaftes promeffes
Delivre les plus engagés :
Le terme vaut l'argent : délais bien menagés
Chez le credule espoir tiennent lieu de largeffes .
O Grands !grands prometteurs , d'allonger les mo
mens
Confervés l'heureufe habitude ;
Le Temps vous abfoudra de vos engagements ;
S'il ne peut les remplir , du moins , il les élude.
Un Esclave Génois , homme de qualité ,
Et d'un génie au- deffus du vulgaire ,
Chez le vizir Achmet , Musulman fanguinaire ,
Par l'industrie & la fidelité }
Sans ceffe attentifà lui plaire ,
Adouciffoit l'aigreur de la captivité.
Un verre qu'il caſſa , de ſafelicité
Finit les moments peu durables ,
Car vous n'ignorés pas que chez lesGrands Seigneurs
Et même chez les Turcs plus volontiers qu'ailleurs,
Verres caffés ,font cas pendables .
DE DECEMBRE.
71
Quoy done ? dans fon premier tranſport
S'écris le farouche Maître ,
Mongrand verre est brifé, qui venoit deFrancfort ;
Pour boire man forbet qui convenoitfifort ;
Si bien gravé , fi rare ? Il en mourra , le traître s
Qu'on l'empale. A ces mots Frégofe eft accroché
Par quatre impitoyablesferres ,
Et fe voit fur lepoint d'être vifembroché ,
Exempleformidable à tous caffeurs de verres
Alors fans s'émouvoir du trépas qui l'attend ,
A quelqu'homme de confiance
L'intrépide Captif, d'un visage conftant
Demande à révéler un fecret d'importance.
Orcam vers le poteau fur l'heure eft amené;
Orcam , du Grand Vizir Confeiller Ordinaire ,
Vient recevoir du condamné
Le Testament patibulaire.
Seigneur, lui dit Fregofe avec tranquillité ,
L'état oùje me vois n'a rien qui m'embaraſſe ,
Et l'Arrêt de ma mort , est un Arrêt degrace ,
Quime va mettre en liberté.
Mais le Vizir en moy perdra plus qu'il ne penſe,
Et jefaifois pour lui certaine experience
Dont le fuccès Peût contenté.
F'allois la fupprimer par eſprit de vengeance ,
Quand prêt à rendre compte , un remors le défend
Que m'infpire la confcience.
72 MERCURE LE
J'apprenois à parler à ſon gros Elephant."
Il begayoit déja quelques lettres Arabes ;·
Dansfix mois , il auroit épellé des ſyllabes ,
Et dans dix ans.... Quel conte àfaire à des enfants**
Interrompit Orcam : c'est bien moy qu'on abuſe!
Pour garantir tes jours n'as - tu pas d'autre rúſe ?
Quijamais entendit parler des Elephants ?
Non , repritfroidement Fregofe ;
Ne penfés pas que j'en impofe
Dans les derniers moments ? il n'en est pas faifon.
A tous les animaux leur Auteur ; de raifon
Aquiplus , à qui moins départit une dofe :
L'Elephant les fupaffe tous ;
De la Religion il a quelque teinture ,
Au lever du Soleil il ſe jette à genoux ,
Et revere en cette poſture
Dans l'Aftre lumineux le Dieu de la nature :"
Il connoit des vertus l'usage précieux ,
1l eft reconnoiffant , chafte , difciplinable ,
De gloire , de boüange il eft ambitieux ,
Adroit , actif, laborieux ,
Il cherit l' nnocent , il punit le coupable ;
Es le plusjeune affifte , & respecte le vieuxr-
Pour garans de ce que j'avance
Jay Pline , Heliodore ; Ariftote , Alien ,
Berofe , Porphyre , Oppien ,
Et Lipfe leur Echo : Gens , à vôtre excellence
Pets
DE DECEMBRE.
Peu connus , comme je le penſe ,
Mais dans le Tribunal Chrétien
Tenus pourfort hommes de bien ,
Et pour témoins de confequence.
J'ay reflechi d'ailleurs , & c'eſt choſe à péſer ,
Qu'animaux Indiens font enclins à jafer:
Si la Nature àvare , à fa plus noble Bête
Avoir interdit le caquet ,
Elle eût mis moins de fens dans fon énorme tête ,
Que dans celle d'un Perroquet.
Sur des raifons fi concluantes
Qu'un peu defens commun pritfoin de m'indiquer ,
Dans la plus douce des attentes
Je pouffois un projet qui ne pouvoit manquer.
Mais puifque la terreur qu'inſpire le fupplice
Fait foupçonner ma bonnefoy ,
Que monfecret s'enfeveliffe
Dans le même tombeau que moy.
Orcam prête au Captif des oreilles avides ,
Car malgré le bonheur qui le mit fur les rangs ,
C'étoit un homme épais , un Scythe des plusfrancs
Qui fut jamais forti des Palus Méotides.
La nouveauté du fait l'effaroucha d'abord ,
Le babil du Génois l'emboife ; il fe raviſe
Et l'execution par fon ordre eft furfife ,
Jusqu'à tant qu'au Vizir il aitfaitfon rapport .
Or Vizirs , comme onfçait , font gens , qui de chiméres
G
74
LE MERCURE
Se repaiffent avidement ;
Gens , qui bouffis d'orgueil, fur des preuves legeres
Se mettent en tête aisément
Que la Nature efclave adore leur fortune ,
Et doit à leur grandeur marquer à tout moment
Par quelque rare accouchement
Sa deference peu commune .
L'un veut que d'un creufet le Perouſoit tiré ,
d'un alembic , pour lui , jeuneffe forte,
Ou que
Et l'autre encor plus fou , court en desesperé
Arracher l'Efcarboucle au Dragon qui la porte.
On pourroit fans enchantement
Perfuader leur vaine gloire ,
Que l'eau du Rhône , ou de la Loire
Ayant dans fon paſſage abreuvé l'Allemand ,
Ira groffir tes flots , orageufe Mer Noire ,
Pour fignaler les jours de leur gouvernement.
Comme le moindre des Novices
Achmet donne à travers. Il croit que le Deftin
Voulut àfon honneur referver les premices
De ce langage Elephantin ,
Et qu'aux Annales de l'Empire'
Avec étonnement l'avenir pourra lire ,
Par la faveur d'Alla ,
En tel temps de l'Hégyre
Chez le Vizir Achmet unElephant parla.
Adouci par cette esperance ,
DE DECEMBRE.
75
Pour la premiere fois il ufe de clemence.
Quant à Fregofe , il dit qu'il veut mourir 3
Que de s'y difpofer il afait la dépense ,
Et que defa façon dans l'ingrate Byzance
On n'entendra jamais d'Elephant difcourir.
Ala fin , par bontéfouffrant qu'on le delivre ,
Pourplaire àfon cher Maitre il ſe refout à vivre.
Pourtant il capitule , & l'adroit hiftrion ,
Fait convenir fes gens , que dans binstruction
D'un Gradué de fi groffe importance ,
Le moindre temps requis pour le mettre en Licence ,
C'est un double Quinquennium . *
Le Matois , du trépas delivré de laforte ,
Chery , confideré , prend des airs triomphants ,
Etfait en lettres d'or afficher fur la porte ,
Petite Ecole d'Elephants .
Conftantinople y vole ; on s'étouffe au spectacle's
Le nouveau Profeffeur entreprendfansfaçon
Entouré de Badauts , criant tous au miracle ,
Avant que de la toile on ait levé l'obstacle )
De donner en public fa bizarre leçon.
Un jour qu'on en fortoit , certain ami fidelle ,
Demeuré le dernier , lui dit confidemment :
Fregofe, la frayeur t'ôta le jugement ,
Deux fois cinq ans.
G ij
36 • LE MERCURE
Mais s'il ten reste encore une ombre , une étincelle ,
Ne dois-tu pas prévoir de ton engagement
La confequence naturelle ,
Et du Vizir dupté le fier reſſentiment ?
Ne te fouvient- il plus de ce Bouc trop credule,
Defcendu dans un puits pourfe defalterer ,
Qui fut par le Renard traité de ridicule ,
Pour n'avoir pas prevû l'endroit à s'en tirer 3
Va , va , j'ay tout prevû , lui répondit Fregofe ,
Dix ans , à ton avis , font ils fi peu de chofe ?
Pendant ce chimerique employ ,
Par le délay qu'on donne à mon experience ,
La mort viendra prendre furfoy
Lefoin de dégager mafoy ,
Et reduira fous fa puissance
L'Elephant , le Vizir , ou moy.
Je n'ay pas fçû de ſa promeſſe
Comment Fregofe s'aquitta :
Il prolongea du moins fes jours par fon adreffe :
E chị bà tempo , bà vịtr
*
Cher Salornay , c'eſt ainſi que mejouë
Dame Fortune , au coeur diſſimulé ,
Qui d'affez haut , m'a d'un tour defa rouë
Precipité dans lefond de la bouë
Où je croupis , languiffant , exilé ,
Sans qu'avec moy la perfide renouë.
* Et qui a temps , a vie..
A
DE DECEMBRE.
Je me fuis vu quelquefois confolé
Par doux espoir ; de flateuſe promeffe
Miniftres , Ducs , Prelats m'ont regalé ;
Froide lenteur me replonge en trifteffe ,
Et mes beaux jours dans l'attente ont coulé,
Tant qu'au collet m'ait empoigné vieilleſſe
Pegafe ronfle , à voir l'enchantereffe,
Veut faire unfaut , &demeure épaulé.
Pour nourriffons des Filles volontaires
Soeurs d'Apollon , Prêtreffes defa Loy,
Valet de Chambre eft un mauvais employ,
Premier ou non , cela n'importe gueres ,
Fut- ce de Reine , ou ,fi l'on veut de Roy ,
Clement Marot lefut ainsi que moy ,
Ainfi que moy , mal y fit fes affaires :
Sufpect fut- ilfur certains points de foy ,
Sufpect ne fuis , & pourtantje me y
Dreit heritier de fes longues miferes..
A vous m'en prens , avec raifon , je croy ,
Porte-malheurs , Nimphes Apollinaires ,
Charmes pipeurs d'efprits de franc aloy ,
Qui vousfervant, n'obtiennent pour octroy
Que Laurier-fauße, auxfeuilles trop améres
Dont le débit eft dans un grand r'aval ,
Et pour boiffon , belle fource d'eaux claires ,
* L'Auteur étoit Premier Valet de Chambre de
la feuë Reine.
Giij
78 LE MERCURE
Plus convenable à votre vieux Cheval.
C'eftgrand honneur, que d'avoir des entrées
Dont Bleus -Cordons fe tiendroient glorieux,
Et d'approcher les Perfonnes facrées
Dans des moments libres , & pretieux :
Gens bienfenfés , pendant la crife utile
S'il vaque un Don vous l'emblent franc
& net ,
Tandis qu'un fat le cerveau fe distile
Dans l'alembic d'un petit cabinet
A butinerfur Homere & Virgile ,
Parodier quelque vieux Vaude-ville ,
Ou réformer la pointe d'un Sonnet.

Que la Courfronde, au moment que la Ville
Pour l'approuver opine du bonnet,
Partant vous dis , Filles de Mnémofyne
Dont les attraits font fi douce rapine
Desjeunescoeurs qu'il vous plaît affervir,
Que quand un homme avec vous s'accoquine
,
Trop malpeut- il à Fortunefervir.
Qui s'avifa d'enfaire une Déeſſe
Surfon Autel devoit être empalé :
Quand m'en plaindrois , grand feché ne
feroit ce.
Un Elephant auroit plutôt parlé
Qu'en mafaveur dit un mot la traîtreſſe
Qui fur un pied pirouette fans ceße ,
Et d'un bandeau couvre son oeilfêlé ,
DE DECEMBRE .
79
Ainfi qu'Amour, comme elle, écervellé.
Pour ramener la volage Maîtreffe
Je me fuis viparfois en beau début ,
Mais la Guenon , dont je fuis le rebut,
Empêcher veut qu'aucun bien je n'obtienne
Par quelque mort. O , fi c'est là fon but,
Faffe le Ciel que ce ne foit la mienne ,
Et que long- temps je chante cette Antienne.
Dernier hocquet où nous réduit la mort ,
La plus terrible eft de nos catastrophes s
Stoïciens qui la braventfi fort™
Sont Fanfarons mafqués en Philofophes:
Plus n'entendrons le chant du Roffignol ,
Quand defon croc nous grippera l'harpye i
Et je m'en tiens au Proverbe Espagnol ,
Vive la Poule , encor qu'ait la pipie. *
Viva la Gallina y con fu pépita.
2
L'attesadi cell piece l'a feroit loupçonné
'Auteur de cette Piece l'ayant fait voir à un
de Plage , & que parmi les Contes de la Fontaine,
il y en avoit un , intitulé le Charlatan , dont
la conclufion étoit la même que celle du fien.
C'est ce qui oblige le Sieur de Senecé d'avertir
le Public , que le bon mot de ce Conte , par lequel
l'Efclave dit à fon amy de ne rien craindre
pour lui , parce que dans les dix ans de terme
qu'on lui accorde , fon Maître , ou l'Eléphant ,
ou lui même mourront , & que l'une de ces
G iiij
80 LE MERGURE
trois chofes qui arrive , il fera dégagé de fa promeffe
: Ce mot , dis- je , n'eft ni de la Fontaine
ni du Sieur de Senecé , il eft tiré des Opufcules
de Plutarque , qui le fait dire à un Efclave Grec :
Chacun de ces deux Auteurs l'a habillé à fa maniere
, & fi le Lecteur équitable a la bonté de
les comparer , il verra que les ornemens de l'un
n'ont aucune conformité avec ceux de l'autre.
Le Sieur de Senecé protefte qu'il n'avoit jamais
vû ce Conte de la Fontaine ; mais quand on ne
lui feroit pas l'honneur de le croire , & que l'on
fuppoferoit qu'il l'eût vû , eft- il défendu à deux
differens Genies de s'exercer fur le même fujet ?
Après Sophocle, Seneque , & l'aîné des Corneilles,
Monfieur de Voltaire n'a pas fait difficulté de
ramener fur la fcene le fujet d'Oedipe , qui a
cu le fuccès qu'il meritoit , & qui eft connu de
toute la France : foit dit fans pretendre entrer en
comparaifon , les petits Sujets ne peuvent en faire
avec les Grands.
RACOMMODEMENT
DE L'AMOUR
ET D'APOLLON.
Ivi
vi ne fçait pas la fameuse querelle
Qu'avec l'Amour eut jadis Apollon ?
Qui n'auroit crû cette guerre immortelle ?
On l'a vu naître à la mort de Python ,
Lors qu'enivré de fa nouvelle gloire
DE DECEMBRE .
Phabus chantant lui même fa victoire .
Ofa d'Amour méprifer les exploits ,
Et crut fans rifque infulter fon carquois ,
Depuis ce temps maintes Daphné cruelles
Du Dieu des vers ont bravé les appas ,
Et quelquefois il a perdu fes pas,
Et fes foupirs en courant après elles :
Il a manqué des coeurs tout blond qu'il eft ;
Car à coup für toujours beauté ne plaît :
Ainfi le veut le jufte Dieu d'Erice
Pour des Blondins humilier l'orgueil
Et les fauver du ridicule écueil
Qui fit périr leur confrere Narciffe.
Siz
Or donc Phoebus que la mort d'un ferpent
Rendit fi vain , aujourd'huy fe repent
De fa fierté; las d'une longue guerre »
Il reconnoît que l'enfant de Paphos
A du credit aux forges de Lemnos
Plus qu'aucun Dieu. Le Maître du tonnerre
Très fouvent même attend pour être armé
Qu 'Amour le foit : loüable preference !
Par Jupiter le monde est allarmé ,
On craint les coups que fa colere lance
Par ceux d'Amour l'Univers eft charmé ,
Gardons nous bien d'éviter fa vengeance ,
Lorsqu'il punit , cela vaut récompenſe .
Ce Dieu fi bon , quoique toujours vainqueur ,
Au Dieu du Pinde une Tréve propofe
81 LE MERCURE
Tout le premier on ignore la cause
De la pitié qui defarme fon coeur :
Mais Apollon qui d'Amour fe défie ,
{ Crainte qu'en lui le paßé juſtifië )
Croit deja voir la promte infraction
De cette Paix qu'il prend pour artifice ;
Elle lui femble une transaction
De Bas Normand mal avec la Justice ,
Contrat enfin fujet à caution .
Eh bien , lui dit Amour , connois mon ame ɔ
Veux- tu Pfiché pour gage de ma foi ?
Bon , dit Phabus tu te moques de moi ,
Me propofer pour ôtage ta femme !
Tu t'en voudrois défaire , je le voi :
Tiens Cupidon , fi c'est fans raillerie
Que tu prétens affoupir nos débats ,
Propofe-moi tel gage , je te prie ,
Qu'en le perdant tu n'en plaifantes pas : ·
Oui , livre moi , puiſqu'il faut te le dire
Quelque foûtien de ton puiffant empire ,
Quelqu'ornement de ta brillante Cour..
Soit , tu verras , interrompit l'Amour,
Que cette Paix n'est point un badinage ;
Ne doute plus de ma fincerité ,
En te donnant RICHELIEU pour ôtage ,
Te puis je mieux garantir le Traité ?
Non , répondit Phoebus comblé de joïe ,
Tu ne peux mieux diffiper mes soupçons .
DE DECEMBRE. 3
Signons la paix , ¿ qu'à l'inftant je voïe
Ton favori parmi mes Nourriffons.
Quand RICHELIEU viendra fur le Parnaſſe,
Comme à Paphos il tiendra bien fa place ,
De fon efprit je connois l'agrément ,
Si dès ce jour avec nous il babite
Sur l'Hélicon , les Graces fûrement
Qu'Auteurs nouveaux y menent rarement ,
Aux doctes Soeurs rendront demain viſite.
A ce difcours s'envole Cupidon ,
Vers Amatonte termine l'affaire
Très brusquement , fans confulter ſa mere ;
On en devine aisément la raison.
Jà RICHELIEU des rives de Citere
Eft tranfporté dans la Cour d'Apollon ;
En arrivant dans le facré Vallon▪
Il n'avoit point la figure étrangere :
Autour de lui le Sénat d'Hélicon
Se recrioit , Tel Recipiendaire
Nous convient fort ! il porte un digne Nom ,
Un nom fameux qu'au Parnaſſe on révere ,
Et fûrement ce Nom fi respecté
Ny fera pas par lui décredité.
Reception de Monfieur le Duc de Richelieu
à l'Academic Françoife.
84.
LE MERCURE
LES OTSE AUX
qui élifent un Roy.
F A BL E.
Pour conférer le pouvoir Deſporique ,
Et donner Reglemens nouveaux`,
A jour précis Noffeigneurs les Oiseaux
Tinrent un Confeil Politique.
Ils s'y trouverent tous juſques aux Etourneaux ,
Tous fe croyoient dignes du diademe ,
Tant il eft vrai qu'on s'ignore foy- même ;)
Sans les raifons du blond Phoebus
On dit que les Hiboux mêmes feroient venus.
Là chacun mit en étalage
*
Les plus rares prefens qu'il eût reçû des cieux
Le Cygne fit ouir des fons melodieux 3
L'Aigle montra fa force & le Pânfon plumage ,
Dont les vives couleurs ébloüirent les yeux.
Les perles que Thétis jette fur fon rivage ,
Les rubis , les Saphers avoient un moindre éclat :
On fe perfuada qu'un fi beau perſonnage
Etoit digne en effet de gouverner l'Etat :
Etfur la tête encore il portoit une aigrette
Qu'ilfembloit que nature eût faite
Pour marque qu'à regner il étoit deftiné ,
DE DECEMBRE.
Pour ce haut grade il étoit né,
Sur cette frivole apparence
La plupart , mais fur tout la troupe des difons ,
Qui rarement pefe bien les raisons ,
A l'oifeau de Junon tout bouffi d'arrogance
Donna d'abord la préférence.
Comment s'opposer à leur voix ?
L'on devoit compter lesfuffrages ,
Non les pefer : refufer fes hommages
Etoit contrevenir aux loix . )
Un Merlefeul indigné d'un tel choix ,
Vieux Docteur plein d'experience ,
Juge né des hôtes des bois ,
D'expofer fes raisons demanda la licence :
Il fait fi bien enfin qu'on lui donne audience.
Meffieurs , leur dit il brusquement ,
( Car il étoit fans politeffe ,
"
Et le bon fens faifoit fon unique ornement )
Je fuis furpris de la foibleſſe ,
Ou plutôt de l'aveuglement
J
Que vous montrez dans le Gouvernement.
Quand vous voulez qu'unfeul obtienne la couronne ,
C'eftfi je l'ay compris pour dompter les tyrans ,
Pour venger les petits des infultes des grands ,
J'en trouve la raifon fort bonne :
1
Mais le Pân est - il propre à remplir cet employ ?
La beauté ne fait pas le merite d'un Roy !
C'eft -là fon dernier apanage. ;
86
LE MERCURE
Il doit avoir l'efprit & laforce en partage,
Pour prévenir, & punir les forfaits:
Examinez celui dont la grandeur nouvelle
Va nous gouverner deformais.
Il est beau , j'en conviens , mais il eft fans cervelle,
Sans courage en un mot ; il fera méprisé,
Sa foiblefle rendra le crime autorisé.
Croyez- moy , s'il nous faut un Maître ,
Il enfaut choisir un qui foit digne de l'être :
Dont la valeur appuyant le pouvoir
Ne foit point foumise au caprice ;
Et qui fçache en tout temps fidele à fon devoir
Affranchir la vertu des attentats du vice.
Au difcours véhément de ce vieil Orateur
Le Senat emplumé reconnut ſon erreur.
Le Pân fut rejetté , non fans ignominie ,
Et dans l'inftant la Compagnie
Fettant les yeux fur l'Aigle, en fit fon Souverain ?
De l'abfolu pouvoir on lui donna les marques ;
Et depuis le moment ils tinrent pour certain
Que la feule vertuforme les vrais Monarques ,
DE DECEMBRE.
MANDEMENT
DE SON EMINENCE
MONSEIGNEUR LE CARDINAL
DE NOAILLES
ARCHEVESQUE DE PARIS.
Pour la publication & acceptation de la
Conftitution UNIGENITUS , faivant
les Explications approuvées par un trésgrand
nombre d'Evêques de France.
L
OUIS ANTOINE DE NOAILLES
par la permiffion divine , Cardinal ,
Prêtre de la Sainte Eglife Romaine du Titre
de Sainte Marie fur la Minerve , Archevêque
de Paris , Duc de S. Cloud ,
Pair de France , Commandeur des Ordres
du Roy , Provifeur de Sorbonne , & Superieur
de la Maifon de Navarre : au Clergé
Seculier & Regulier de notre Dioceſe ,
SALUT ET BENEDICTION .
Nous vous avons toujours expoſé , avec
une entiere fimplicité , mes très - chers
Freres , toutes les démarches que nous
avons faites dans l'importante affaire de la
LE MERCURE
Conftitution Unigenitus , & notre plus
grande confolation a été de vous y avoir
pour témoins de notre conduite , & pour
dépofitaires de nos fentimens..
pas
Mais ce n'eft feulement
à vous que
nous en devons un compte fidele , nous
le devons encore à l'Eglife Gallicane , nous
le devons même à l'Eglife Univerfelle ,
qui depuis long- tems femble avoir les yeux
ouverts fur nous ; & nous avons cette confiance
dans le Seigneur , que ceux qui voudront
bien juger de notre conduite fans
prévention , y trouveront au moins une
entiere uniformité depuis le commencement
des troubles qui affligent l'Eglife ,
un defir conftant , & une difpofition perfeverante
, pour des voyes d'accommodement
qui puffent concilier ce que nous
avons crû neceffaire pour la défenſe de la
verité , avec l'amour de la
paix , qui ont
toujours été l'objet de nos voeux.
A Dieu ne plaife que nous voulions nous
glorifier icy d'avoir mieux jugé des befoins
de l'Eglife , que plufieurs de nos Confreres
, dont nous honorons les lumieres , &
dont nous refpectons la vertu ; mais il n'eſt
pas nouveau dans les affaires Ecclefiaftiques
que fur une matiere auffi importante que
celle qui nous occupe depuis plufieurs années
, les efprits les plus éclairés , & les
ames les plus droites , fe partagent dans
le
DE DECEMBRE.
le choix des moyens , quoiqu'ils foient
unis dans le principe , & que par des routes
differentes ils tendent tous à la même
fin .
Vous le fçavez, M.C. F. nous ne fommes
point les feuls , qui ayons été allarmez de
Fabus que l'on voulut faire de la Conftitution
Unigenitus , auffi - tôt qu'elle parut ,
foit en ofant fe fervir du nom venerable
de N. S. P. le Pape pour foutenir des opinions
fauffes & dangereufes , foit en fe
jettant dans une extrêmité contraire , & en
foutenant que S. S. avoit attaqué la doctrine
de l'Eglife .
Nous avons été témoins de l'impreffion
que ces deux extrémités , également injurieufes
aux intentions & à la dignité de
N. S. P. le Pape , firent d'abord fur les
Evêques de l'Affemblée de 1713 & 1714,
à laquelle nous avions l'honneur de préfider
; Nous fçavons que leur principal
objet fut de conferver la Verité Catholique
toujours également éloignée de tout
excés , & d'affurer en même tems une paix,
fans laquelle la Verité même eft ſouvent
en peril .
Ce fut dans cette vûë qu'avant de ſe ſéparer
ils drefferent l'Inftruction Paftorale ,
qui fut envoyée avec la Conftitution aux
Evêques abfens ; & ce fut encore dans la
même vûë que la plupart des Evêques
H
୨୯
) LE
MERCURE
joignirent cette Inftruction aux Mande
mens , par lefquels ils reçûrent la Conftitution
, la regardant tous , pour nous fervir
de l'expreffion de l'Affemblée même ,
comme une espece de rempart & de digne
opposée aux interpretations contraires an
veritable fens de la Bulle.
Defirant comme ces Prelats de conferver
la verité & la paix , nous ne crûmes
pas que ces précautions fuffent encore affez
fortes pour appaifer les troubles excitez
principalement dans le grand Dioceſe que
la Providence a confié à nos foins , & ne
voulant rien prendre fur nous dans une
matiere fi importante , nous refolumes de
nous adreffer à S S. de dépofer nos peines
dans fon fein paternel , & de la prier
de donner elle-même les Eclairciffemens
dont nous avions befoin , par des Explications
qui euffent d'autant plus de poids
& qui fiffent une impreffion d'autant plus
forte fur les efprits , qu'elles feroient émanées
de la même autorité que la Conftitution.
Cette diverfité de conduité n'avoit rien
qui dût allarmer l'Eglife ; tout ce qu'on
en pouvoit conclure , étoit que les Evêques
de France convenant entr'eux de joindre
des Explications à la Bulle , étoient partagez
, en ce que les uns croyoient pouvoir
les donner d'eux-mêmes ; au lieu que les
DE DECEMBRE.
autres defiroient des Explications plus
étenduës , & jugeoient qu'il étoit plus fûr
pour la verité , plus avantageux pour l'Eglife
, & plus refpectueux pour le faint
Siege, de commencer par propofer au Pape
leurs peines & leurs difficultez , de fupplier
S. S. de vouloir bien les lever elle- même ..
Cependant pour rendre témoignage à la
verité , pour effacer les foupçons que l'on
tâchoit d'infpirer fur la foy des premiers
Pafteurs , pour prévenir l'émotion des efprits
, le fcandale des foibles , & le triomphe
des ennemis de l'Eglife , & pour ouvrir
toujours plus d'une voye , qui pût
ramener tous les efprits à une parfaite unanimité
, Nous crûmes devoir declarer qu'il
n'y avoit point de divifion entre les Prélats
fur ce qui appartient à la fubftance de
la Foy ; & que des Explications plus capables
d'arrêter les abus que l'on pouvoit
taire de la Conftitution , plus proportionnées
aux befoins de notre Diocefe , & autorifées
par un faint concert de l'Eglife
Gallicane , pourroient au défaut d'Explications
données par le Pape , devenir un
moyen fuffifant pour appailer les confciences
troublées , & rétablir une veritable
paix.
Des declarations fi pacifiques n'eurent
pas tout le fuccès que nous en pouvions
attendre, quelques efprits ennemis de la
Hij
LE MERCURE
paix , crurent même en pouvoir prendre
avantage contre nous. Nous méprisâmes
ces reproches , & nous crûmes devoir fervir
l'Eglife fans être touchez , felon l'expreffion
de faint Paul * , des jugemens favorables
ou defavantageux , que l'on porteroit
de notre conduite , perfuadez que le
veritable caractere d'un Evêque étoit de fe
renfermer toujours dans les bornes de
Pexacte verité , qu'au lieu d'exagerer
les maux de l'Eglife , & peut- être de les
aigrir par des expreffions trop fortes , il
devoit au contraire les diminuer & les adoucir
par la moderation de fes paroles , &
plût à Dieu qu'il nous eut même été poffible
de les couvrir entierement.
>
Par une fuite du même principe nous.
fommes entrez avec joye , du vivant du feu
Roy , dans toutes les propofitions qui ont
été faites pour parvenir à une conciliation
que nous avons toujours fincerement defirée.
Le foulevement de plufieurs efprits.
contre toutes les voyes d'accommodement,
qui a encore plus éclaté depuis la mort de
ce grand Roy , ne nous a point fait changer
de fenrimens . Nous ofons attefter ici
la connoiffance de l'Augufte Prince , qui
eft à prefent le dépofitaire de l'autorité
Royale ; il fçait quels ont toujours été
non feulement nos voeux , mais nos difpo-
* Per infamiam & bonam famam, 2. Cor. 6. 8.
4
'DE DECEMBRE.
93

fitions pour la paix ,, & fa joie n'a pas été
moins grande que la nôtre , lorfque dans
ces Conferences pacifiques qu'il a honorées
de fa prefence , pour être le premier témoin
de la concorde des Evêques , il a eu
la fatisfaction de reconnoître que jamais
il n'y avoit eu de diverfité d'avis entr'eux
fur le fonds du dogme & fur la fubftance
de la foy.
Nous efperions alors qu'une union parfaite
alloit eftre le fruit d'une fi grande
conformité de fentimens ; mais les momens
marquez par là Providence pour
l'accompliffement de nos defirs n'étoient
pas encore arrivez , l'Eglife devoir eftre
manacée d'une plus grande agitation , fans.
doute pour nous engager tous à demander .
au Ciel avec plus d'ardeur , & pour nous.
faire goûter avec plus de reconnoiffance
le bonheur de la paix.
Mais au milieu d'un trouble fi dangereux
, & dans le fort même de la tempête ,
nous n'avons pas laiffé de declarer qu'entre
les voyes que l'on pouvoit prendre pour
remedier aux maux de l'Eglife , nous reconnoiffions
toujours que des Explications:
concertées entre les Prelats de ce Royaume
pourroient appaifer l'orage , & y faire
fucceder une heureufe tranquillité
Ce que nous avons donc defiré dans tous
les temps , & qui paroiffoit à prefent plus
94 LE MERCURE
éloigné que jamais , Dieu qui nous commaude
dans fes Ecritures d'efperer contre
l'efperance même , vient enfin de l'accorder
à nos defirs .
Des Prelats reſpectables par leurs lumieres
, & encore plus par leur amour
pour la paix , ont travaillé dans un efprit
de concorde & de charité à diftinguer fi
exactement l'erreur de la verité , & le
dogme de l'opinion dans les matières , qui
ont été l'objet de la Conftitution , que le
fens dans lequel les Propofitions font condamnées
étant clairement expliqué , & ce
fens étant auffi different qu'il l'eft de la
faine Doctrine , perfonne ne doit craindre
que l'on confonde le bon grain avec l'i--
vraïe , & que, l'on s'expofe à déraciner l'un
en ne penfant qu'à arracher l'autre .
Quel fujet de difpute peut- il refter après
ces précautions entre des Theologiens fages
, & veritablement amis de la paix ,
lorfque les premiers Pafteurs , expliquant
le fens qu'ils condamnent , marquent en
même-tems toutes les veritez Catholiques ,
& toutes les opinions permifes , auxquelles
lá Cenfure ne donne aucune atteinte , &
éloignent toutes les difficultez qui pourroient
entretenir le trouble & la divifion
dans l'Eglife ?
Les Explications qu'ils ont dreffées
dans cet efprit , ont été approuvées par un
DE DECEMBRE. 95
#
fi grand nombre d'Evêques , qu'on les peut
regarder comme un monument authentique
des fentimens de l'Eglife Gallicane
capable de fermer la bouche non feulement
aux ennemis de l'Eglife qui infultoient déja
à notre douleur , mais à ceux qui dans
l'Eglife même entreprendroient de donner
à la Conftitution Unigenitus des interpretations
contraires , pour foutenir leurs opinions
, dont il n'eft que trop ordinaire à
chaque parti de vouloir faire un dogme de
foy.
Ainfi nous avons la confolation de festir
que nous conformons notre jugement aux
plus grandes lumieres de l'Eglife de France,
& nous ne craignons point d'être defavoüez
de S. S. fur la Doctrine contenue dans les
Explications que nous vous préfentons ,
puifqu'elle n'eft autre que la Tradition
même de l'Eglife Romaine.
Recevez donc avec confiance des Explications
formées dans cet Eſprit. Reſpectezles
comme l'ouvrage de l'Eglife Gallicane ,
c'est- à-dire , de cette portion illuftre du
Troupeau de JESUS - CHRIST , qui
s'eft toujours rendu également celebre par
la pureté de fa doctrine , & par la fermeté
de fon attachement inviolable pour ler
S. Siege.
96 LE MERCURE
DO
DECLARATION
DU ROY ,
Touchant la conciliation des Evêques du
Royaume , à l'occafion de la Conftitution
UNIGENITUS.
L
Donnée à Paris le 4 Aouſt 1720.
OUIS par la grace de Dieu , Roy de
France & Navarre. A tous ceux qui ces
prefentes Lettres verront , Salut . Dés le tems de
notre avenement à la Couronne , Nous avons
crû que notre principal devoir étoit de confacrer
à la Religion le premier ufage de notre puiflan - ´ .
ce , & de meriter le titre glorieux de Fils Aîné de
l'Eglife , qui Nous diftingue entre les Rois ,
en faifant fervir notre autorité à appaifer les
troubles qui s'étoient élevez dans notre Royaume
, au fujet de la Bulle donnée par N. S. P. le
Pape contre le Livre intitulé , Reflexions morales
fur le Nouveau Teftament : None tres cher &
tres amé Oncle le Duc d'Orleans Regent de notre
Royaume , a fecondé la fincerité de nos
voeux , par l'étendue de fes lumieres , au milieu
des foins qu'exigeoient de lui des conjonctures
difficiles ; il a toujours regardé une paix fi defirable
, comme l'objet le plus digne de fon attention
; & c'eft à la perfeverance de fes travaux
que Nous devons la fatisfaction de pouvoir
annoncer aujourd'hui à tous nosSujets la fin d'une
divifion , dont les fuites dangereufes allarmoient
également ceux qui aiment veritablement l'Eglife,
&
DE DECEMBRE.
97
& ceux qui font fincerement attachez aux interefts
de l'Etat ; des explications dreffées dans
un efprit de concorde & de charité , pour
empêcher que l'on n'abufe de la Bulle par des
interpretations fauffes & contraires à fon veritable
fens , ont efté unanimement approuvées par
tous les Cardinaux , tous les Archevêques &
prefque tous les Evêques de notre Royaume ;
ceux qui avoient déja accepté la Conſtitution ,
ont attefté autentiquement dans la Lettre qu'ils
ont écrite à notre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , que ces explications étoient
conformes à la doctrine de l'Eglife , à celle de
la Bulle & à l'Inftruction Paftorale publiée en
1714, & la plupart des Prelats , qui juſqu'ici
avoient fufpendu leur acceptation , ont adopté
ces mêmes explications , pour les preſenter à
leur peuple en acceptant la Bulle , comme renfermant
fon veritable fens . Ainfi Nous avons
la confolation de voir les troubles qui affligeoient
l'Eglife de France calmez , les doutes
éclaircis , les conteftations fur l'acceptation de
la Bulle finies , la paix fi ardemment defirée
le feu Roy notre Bifayeul , enfin rendue aux Egli .
fes , & la Conftitution UNIGENITUS accompagnée
d'explications fi autentiques , que
ceux qui avoient eu jufqu'ici des peines & des
difficultez , ne pourront plus hefiter à s'y fou
mettre & à fe conformer à la voix & à l'exemple
de leurs Paſteurs. Dans ces circonſtances , notre
zęle pour la Religion , & pour le bien de l'Eglife
, le refpect filial dont Nous sommes remplis
à l'exemple de nos Predeceffeurs , pour N.
S. P. le Pape , la confiance que Nous avons dans
les lumieres des Evêques du Royaume , le foin
que Nous devons avoir de rétablir l'ordre &
la tranquillité dans nos Etats , ne fouffrent pas
que Nous differions de mettre le Sceau de notre
I
par
LE MERCURE
autorité à une paix fi precieuſe , & de prendre en
même tems toutes les précautions convenables
pour étouffer les anciennes femences de difcorde
, empêcher que l'inquietude , le faux zele &
F'efprit de parti n'en faffent naiftre de nouvelles
& maintenir dans l'Eglife une fubordination auffi
là jufte que neceffaire. Nous entrerons par
dans les fentimens du feu Roy notre tres -honoré
Seigneur & Bifayeul , lorſqu'il a donné ſes Lettres
patentes du 14 Fevrier 1714 , & Nous efperons
que tous les Prelats de l'Eglife de France
fe féuniffant dans le même efprit , la fageffe & la
charité de leur conduite acheveront & confirmeront
pour toujours l'ouvrage de leur zele pour la
verité , & de leur amour pour la paix . A ess cau-
SES , après Nous être fait reprefenter les Lettres
patentes du 14 Fevrier 1714 , les Arrefts d'enregiftrement
defdites Lettres en notre Cour de
Parlement à Paris , & autres Parlemens & Cours
denotre Royaume , l'Inftruction publée en 1714,
les Explications fur la Bulle UNIGENITUS , la
Lettre approbative defdites Explications , fignée
par tous les Cardinaux , tous les Archevêques &
prefque tous les Evêques de l'Eglife de France ;
enfemble tous les Mandemens ou Actes d'acceptation
defdits Evêques ; de l'avis de notre trescher
& tres amé Oncle le Duc d'Orleans petit-
Fils de France, Regent , de notre tres cher & tresamé
Oncle le Duc de Chartres premier Prince
de notre Sang , de notre tres - cher & tres - amé
Coufin le Duc de Bourbon , de notre tres cher
& tres- amé Coufin le Comte de Charollois , de
notre tres cher & tres -amé Coufin le Prince de
Conty, Princes de notre Sang ; de notre tres cher
& tres ané Oncle le Comte de Toulouſe Prince
legitimé ; & autres Pairs de France , Grands &
Notables Perfonnages de notre Royaume , Nous
avons par notre preſente Declaration dit, & ftatué
Ta
BELA VILLE
DE DECEMBRE.
& ordonné ; difons , ftatuons & ordonnons
tYON
lons & Nous plaît ce qui enfuit.

ART. I. Confirmant en tant que befoin feo193
par ces Prefentes fignées de notre main , les Let
tres patentes du 14 Fevrier 1714 , enſemble les
Arrefts d'enregistrement defdites Lettres , tant de
notre Cour de Parlement à Paris du 15 Fevrier
audit an , que des autres Parlemens & Cours de
notre Royaume : Ordonnons que lesdites Lettres
patentes & lefdits Arrefts d'enregiſtrement foient
executez felon leur forme & teneur ; ce faifant ,
que la Conftitution UNIGENITUS reçue par les
Evêques de notre Royaume , foit obfervée dans
tous les Etats , Pays , Terres & Seigneuries de
notre obiffance ; & en confequence défendons à
tous nos Sujets , de quelque état , qualité & condition
qu'ils foient , à tous Corps , Communautez
& Perfonnes feculieres ou regulieres ,
.exemptes ou non exemptes , de quelque Ordre,
Congregation ou Societé qu'elles forent , même
aux Univerfitez de notre Royaume , & notamment
aux Facultez de Theologie , de rien dire ,
écrire , foutenir , enfeigner , debiter & diftribuer
directement ou indirectement , foit contre la
Conftitution , foit contre l'Inftruction Paftorale
publiée dans l'Affemblée de 1714 , & adoptée par
plus de cent Evêques de France , & contre les
Explications fur la Bulle UNIGENITUS approuvées
par lefdits Cardinaux , Archevêques & Evêde
notre Royaume , comme conformes à la
doctrine de l'Eglife & au veritable fens de la
Bulle.
ques
ART. II. Defirant proteger l'unanimité des
Evêques , & affurer dans leurs Diocefes une paix
fi neceffaire au rétabliſſement du bon ordre & de
la difcipline Canonique , faifons pareillement
tres expreffes inhibitions & défenfes de faire directement
ou indirectement aucun acte contre la
I j
100 LE MERCURE
Constitution , & d'en interjetter appel au futur
Concile fous quelque pretexte que ce puifle être ;
voulons pour affermir à l'avenir ladite union
que les Actes precedemment faits , & les Appels.
ci devant interjetez , foient regardez comme de
nul effet ; Défendons à tous nos Sujets de s'en
fervir en quelque maniere que ce puifle être , &
à nos Juges d'y avoir aucun égard ; moyennant
quoy il ne pourra être permis d'agir en quelque
maniere que ce foit , ni de faire ou continuer
aucunes pourfuites ou procedures pour raifon
defdits Actes & Appels , & de tout ce qui
s'eft paffé à ce fujet ; exhortons & neanmoins
enjoignons aux Archevêques & Evêques de notre
Royaume , de tenir la main à l'execution des .
prefentes difpofitions dans l'efprit de paix & de
charité , dont ils nous ont donné tant de preuves
en cette occafion ; Enjoignons à nos Cours
de Parlement d'obſerver & faire obſerver inviolablement
tout le contenu en cet Article , nommément
en ce qui regarde les Appels , & de declarer
nul & abufif tout ce qui pourroit être
fait au préjudice des Prefentes . N'entendons par
le prefent Article donner atteinte aux Regles
de l'Eglife , & aux maximes du Royaume fur le
droit d'appeller au futur Concile.
ART. III. Voulant arrefter la licence avec laquelle
on a répandu divers Ecrits contraires à
l'autorité & à la doctrine de l'Eglife , & aux
maximes inviolablement obfervées dans notre
Royaume , & réprimer la temerité des efprits.
turbulents , indociles & fans regle , qui fe font
fervis des dernieres difputes , foit pour renouveller
les erreurs de Janfenius , foit pour attaquer
l'autorité de l'Eglife , foit pour autorifer des maximes
contraires à celles du Royaume , aux droits
de l'Epifcopat , & aux Libertez de l'Eglife Gallicane
ou des principes d'une morale relâchée
Nous voulons que les Ordonnances des Rois nos
DE DECEMBRE. 101
.
predeceffeurs & les nôtres , concernant la Police ,
la Difcipline Ecclefiaftique , & l'execution des
Jugemens de l'Eglife en matiere de Doctrine ,
foient executées felon leur forme & teneur , notamment
les Lettres patentes fur les Bulles des
Papes Innocent X. & Alexandre VII . contre le
Janfenifme , l'Edit du mois d'Avril 1665 , far la
fignature du Formulaire , les Lettres patentes
du 31 Aouft 1705. fur la Bulle de N. S. P. le Pape,
qui commence par ces mots , Vineam Domini
Sabaoth. N'entendons neanmoins qu'il puiffe
être exigé directement ni indirectement aucunes
nouvelles Formules de foufcriptions , à l'occafion
des Bulles des Papes qui ont été reçues dans
notre Royaume , n'étant pas permis d'en introduire
fans deliberation des Evêques revêtuë de
notre autorité.
ART. IV. Les Ordonnances , Edits & Declarations
donnés par les Rois nos predeceffeurs fur la Jurifdiction
Ecclefiaftique , & fpecialement l'Article
XXX . de l'Edit du mois d'Avril 1695. feront
executez felon leur forme & teneur , & en confequence
, la connoiffance & le jugement de la
Doctrine concernant la Religion,appartiendra aux
Archevêques & Evêques , & leurs jugemens à cet
égard feront executez contre toutes Communautez
& perfonnes feculieres ou regulieres ,
exemptes ou non exemptes , fans que tout ce qui
pourroit avoir été fait ou entrepris au contraire
pendant le cours des dernieres difputes , puifle
nuire ni préjudicier à la Jurifdiction des Evêques
, nirien innover à cet egard. Enjoignons à
nos Cours de Parlement , & tous nos autres
Juges , conformément audit Article XXX . de
l'Edit du mois d'Avril 1695. de renvoier
aux Evêques la connoiflance & le jugement
de la doctrine , de leur donner l'aide dont ils
auront befoin pour l'execution des cenfures
Liij
102 LE MERCURE
qu'ils en pourront faire , & de proceder à la
punition des coupables , fans préjudice à nofdites
Cours & Juges , fuivant ledit Article XXX. De
pourvoir par les autres voies qu'ils eftimeront
convenables , à la reparation du fcandale & trouble
de l'ordre & tranquillité publique , & con-
#ravention aux Ordonnances , que la publicaion
de ladite Doctrine auroit pu caufer.
ART. V. Voulons que les Arrefts du 23 Octobre
1668 , & 5 Mars 1703 , foient executez felon
leur forme & teneur ; & en confequence , défendons
tres expreffement à tous nos Sujets de
quelque état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ni provoquer les uns les autres par des
Fermes injurieux de Novateurs , Janfeniftes ,
Schifmatiques , Heretiques & autres noms de
parti , le tout à peine contre ceux qui contreviendront
à notre prefente Declaration , d'eftretraitez
comme rebelles , defobéiffans à nos ordres
, feditieux & perturbateurs du repos public.
Exhortons & neanmoins enjoignons à tous
les Archevêques & Evêques de notre Royaume ,
de veiller chacun dans leur Diocefe , à ce que
la paix & le filence que Nous prefcrivons par
ees prefentes , foient charitablement & inviolablement
obfe vez : Enjoignons aufi à nos
Cours de Parlement & à tous nos Juges & Offeiers
chacun en droit foi , de tenir la main à
l'execution des Lettres patentes du 14 Fevrier
1714 , & de notre prefente Declara ion , & notamment
au fujet des Livres & Libelles ; Faiſons
tres expreffes inhibitions & défenfes d'en compofer
, vendre , debiter , ou autrement diſtribuer ,
fur tout de ceux qui feroient contraires au refpect
qui eft dû à N. S. P. le Pape & aux Evêques
de notre Royaume , ou aux Libertez de
l'Eglife Gallicane , ou qui attaqueroient directement
ou indirectement ladite Conftitution , l'InDE
DECEMBRE. 103
ftruction de 1714. & lefdites Explications , ou
qui feroient faites en faveur du Livre des Reflexions
Morales, & des Propofitions condamnées,
& generalement tous ceux qui regarderoient les
conteftations qui viennent d'être terminées , fur
lefquelles Nous impofons un filence general :
Voulons qu'à la requefte de nos Procureurs
Generaux & de leurs Subftituts , il foit informé
contre ceux qui auroient compofé , vendu , debité
ou autrement diftribué des Livres , Libelles
& Ecrits contraires aux Prefentes , lefquels
feront punis felon la rigueur des Ordonnances ,
& lefdits Livres , Libelles ou Ecrits fupprimez
même lacerez ou brulez , s'il y échet. Si donnons
en mandement à nos amez & feaux Confeillers
les Gens tenans notre Cour de Parlement ¸
féant à Pontoife , que ces Prefentes ils ayent à
faire lire , publier & enregistrer , & le contenu
en icelles garder & obferver felon leur forme
& teneur , fans y contrevenir , ni fouffrir !qu'il

foit contrevenu en quelque forte & maniere
que ce puifle ètre : Cartel eft notre plaifir ; en
témoin de quoi , Nous avons fait mettre notre
Scel à cefdites Prefentes. Donné à Paris le quatriéme
jour d'Aouft , l'an de grace mil fept cent
vingt , & de notre regne le cinquiéme . Signé
LOUIS. & plus bas , Par le Roy , Due
d'Orleans Regent prefent. PHELYFEAUX . Et feellée
du grand Sceau de cire jaune .
Registrées , ouy , ce requerant le Procureur General
du Roy , pour eftre executées aux mêmes
charges , claufes & conditions portées par l'enregiftrement
des Lettres patentes du quatorziéme.
jour de Fevrier 1714. & conformément aux regles
de l'Eglife & aux maximes du Royaume fur
l'autorité de l'Eglife , fur le pouvoir & la jurif
diction des Evêques , fur l'acceptation des Bulles
I iiij
104
LE MERCURE
des Papes , & fur les Appels au futur Concile ;
lefquelles regles & maximes demeureront dans leur
force & vertu , pour eftre la ceffation de toutes
poursuites & procedures portée par la prefente
Declaration , pour raifon des Appels interjettez ,
inviolablement obfervée , & Copies collationnées
envoyées aux Bailliages & Senéchauffées du Reffort,
pour y eftre lues , publiées & enregistrées . Enjoint
aux Subftituts du Procureur General du Roy d'y
tenir la main , d'en certifier la Cour dans un
mois , fuivant l'Arreft de ce jour. En Parlement
féant à Pontoife , le 4 Decembre 1720 .
Signé , GILBERT.
LETRES PATENTES
Portant évocation & attribution au Parlement
de Paris , féant à Pontoife , de
toutes les conteftations nées & à naiftre an
fujet de la Conftitution UNIGENITus .
LOUIS par la grace de Dieu Roi de Franfeillers
les Gens tenans noftre Cour de Parlement
de Paris , féant à Pontoife , Salut . De certaines
confiderations Nous auroient engagez à dreffer
à noftre Grand - Confeil , la Declaration que
Nous avons donnée le 4 du mois d'Aouft dernier
, touchant la conciliation des Evêques de
noftre Royaume , fur les conteftations qui
s'étoient élevées à l'occafion de la Conftitution
UNIGENITUs de N. S. P. le Pape , &
Nous auroient portez à attribuer à noftredic
DE DECEMBRE 105
4
Grand- Confeil , la connoiffance des conteftations
& differends furvenus , ou qui pourroient
furvenir par rapport à ladite Conftitution dans
l'étendue de vostre reffort , & eftimant à propos
que vous preniez dorefaavant connoiffance
de toutes lefdites conteftations & differends.
A CES CAUSES , de l'avis de noftre
tres cher & tres amé Oncle le Duc d'Orleans
Petit Fils de France Regent ; de noftre tres
cher & tres amé Oncle le Duc de Chartres
premier Prince de noftre Sang ; de noftre tres
cher & tres amé Coufin le Duc de Bourbon ;
de noftre tres cher & tres amé Coufin le Comte
de Charollois ; de noftre tres cher & tres
amé Coufin le Prince de Conty , Princes
de noftre Sang ; de noftre tres cher & tres
amé Oncle le Comte de Touloufe Prince
Legitimé , & autres Pairs de France , Grands
& Notables Perfonnages de noftre Royaume ,
Nous avons évoqué , & par ces Prefentes fi
gnées de noftre main , évoquons à Nous & à.
noftre Confeil , toutes les conteftations nées
& à naiſtre dans l'étendue de voftre reffort ,
au fajet de l'acceptation & obfervation de ladite
Conftitution & Lettres patentes données
en confequence , les oppofitions faites & à faire
lesappels comme d'abus interjettez & à interjetter
& generalement tous les procés civils & criminels
mûs & à mouvoir à l'occafion de ladite Conftitution
, & iceux avec leurs circonftances & dépendances
, avons renvoyez & renvoyons pardevant
vous , vous en attribuant , en tant que
befoin eft ou feroit toute Cour, & Jurifdition
dans l'étenduë de voſtre reffort , & icelle
interdifant à noftredit Grand Confeil & .à
tous autres Juges ; révoquons à cet effet par
cefdites Prefentes nos Lettres patentes du
Septembre , par lefquelles Nous avons attribué
>
IS
106 LE MERCURE
>
>
à noftredit Grand - Confeil , la connoiffance defdites
conteftations & differends : Voulons que
les parties ne puiffent fe pourvoir ailleurs que
pardevant vous contre les Arrêts & Jugemens
intervenus ou qui pourroient intervenir à l'occafion
de ladite Conftitution ; défendons à tous
Juges d'en connoître , à peine de nullité des
procedures , caffation des jugemens , & de trois
mille livres d'amende & de tous dépens
dommages & interêts . Si vous mandons que
ces Prefentes vous ayez à faire lire , publier
& regiſtrer , & le contenu en icelles garder
& obferver felon leur forme & teneur : Car
tel eft notre plaifir . Donné à Paris le vingtcinquième
jour de Novembre , l'an de grace
mil fept cent vingt , & de noftre Regne le
fixéme . Signé, LOUIS , Et plus bas , par le Roy,
LE Duc D'ORLEANS Regent , prefent . PHEPEAUX
. Et fcellées du grand Sceau de cire
jaune.
Registrées , ouy , ce requerant le Procureur General
du Roy , pour eftre executées felon leur forme
teneur , & copies collationnées_envoyées
anx Bailliages ener auffées du reffort , pour
yeftre lues , publiées & regiſtrées ; Enjoint aux
Subftituts du Procureur General du Roy d'y tenir
la main , & d'en certifier la Cour dans un
mois , fuivant l'Arefi de ce jour . Fait en Parlement
, féant à Pontoife , le quatre Decembre mil
feps cens vingt. Signé , GILBERT.
DE DECEMBRE. 107
HISTOIRE
DE MADEMOISELLE *
'ETOIS , Madame , dans mon premier
éclat de jeuneffe , c'est - à- dire, -
j'avois environ feize ans , lorfque·
*
mon pere mourut. Ma mere qui
l'aimoit tendrement , en fut fort touchée
& fe reduifit à quelques amis qu'elle
voyoit regulierement , & dont elle ne vouloit
point augmenter le nombre ; ainfi je
fus réduite à une petite compagnie , mais
je ne me fouciois pas d'en avoir davantage
. Ma mere qui m'aimoit , me laiffoit
affez de liberté pour que je ne fouhaitaffe
pas d'en jouir.
Mes jours couloient ainsi dans la tranquillité
, lorique ma mere me mena à une
fort belle terre qu'elle avoit en Picardie.
Vous fçavez la coutume , Madame . A la
Campagne comme à la Ville , ceux quifont
nouvellement établis , vont s'annoncer &
rendre des vifites aux perfonnes du voiſinage.
Quoique ma mere n'aimât pas le
monde , il y a de certains ufages , bons ou
mauvais , aufquels fouvent , en dépit de la
raiſon , on eft obligé de s'affujettir . Ma
108 LE MERCURE
mere alla donc quelques jours après fon
arrivée chez Madame de Vambure , qui a
un fort beau Château de ce côté-là : on
nous y reçut avec toute la politeffe imaginable.
Madame de Vambure eft une
femme de qualité qui a un efprit naturel ,
& poli par un long ufage du monde : Elle
avoit ce jour là groffe compagnie chez
elle , & je me fouviens qu'il y fut fort
parlé de ma beauté. Mes chagrins m'ont
fort changée , que j'en puis parler avec
modeftie .
Comme on n'a pas toujours à la campagne
autant de compagnie qu'on voudroit
, vous jugez bien que Madame de
Vambure ne tarda pas à nous rendre notre
vifite. Il lui étoit arrivé deux jours auparavant
, un frere qu'elle aimoit fort , &
qu'elle nous prefenta ; c'eft le perfide que
j'ay aimé comme une folle , & qui a fait
tous mes malheurs. Vous l'avez vû , Madame
, ainfi je puis ofer vous dire qu'il
n'eft rien dans le monde de plus aimable ;
mais les yeux qui font encore extremement
beaux , ont perdu un peu de leur
vivacité. Tout ce que les paffions ont d'agreable
, alloit , quand je l'ay connu , fe
peindre dans fes regards. Ils avoient de la
vivacité , de la langueur , de la tendreffe
en un mot tout ce qui touche ; & quand
le Chevalier vouloit dire une chofe , on
,
DE DECEMBRE. 109
*
la lifoit dans les yeux. Malgré cela , Madame
, la premiere fofs que je vis Me de
Vambure , il ne me toucha que comme un
aimable homme: je ne fus point frapée
d'un coup de foudre comme nos heroïnes
de Roman ; & ma liberté fut fi foiblement
attaquée , que je ne foupçonnai point fa
défaite.
J'ay déja eu l'honneur de vous dire que
Madame de Vambure étoit fort aimable :
Elle me fit ce jour - là toutes les amitiez
du monde , & me dit fort poliment qu'il
ne feroit point dit qu'elle auroit une voifine
auffi aimable que moy , & qu'il ne
lui en reviendroit rien ; qu'il y alloit trop
de fon plaifir à me voir pour en manquer
l'occafion , & que puifque la campagne
favorifoit le goût qu'elle avoit pour moy ,
j'étois menacée de la voir fouvent.
Je répondis à toutes ces honnêtetés en
fille bien élevée , & je crois que je ne parus
point fotte. On prit jour pour le voir,
& nous allâmes peu de tems après chez
Madame de Vambure. Elle s'étoit entiercment
défaite de ces airs de contrainte
qu'on a, en dépit de foy, dans les commencemens
qu'on fe connoît , & nous fumes
reçuëschez elle avec une liberté que j'adore .
A vous dire vrai , je trouvai le Chevalier
de Vambure encore plus aimable que
fa
four ; il eut ce jour- là de cet efprit que
110 LE MERCURE
j'aime , il nous dit les plus jolies chofes
du monde avec un naturel qui me charmoit
; & ce qui faifoit que je lui tenois
compte de fon efprit , c'eft qu'à peine
paroiffoit- il le fentir lui-même. Comme
j'étois jolie , il fçut fort bien me le dire ;
je ne fçay même s'il ne me dit point qu'il
m'aimoit , mais ce fut en badinant & d'une
maniere à ne point m'effrayer. Enfin , Madame
, cette journée- là fut bien agréable
pour moy , je n'y fentois point encore le
trouble d'une paffion naiffante : Je trouvois
Madame de Vambure aimable : le
Chevalier qui eft fort plaifant , me divertiffoit
, & j'avois l'imagination pleine d'une
certaine joye douce, qui, quoique peu vive,
plaît infiniment , parce que rien ne la trouble.
Nous paffames ainfi un mois le plus,
agréablement du monde , après quoi nous
changeâmes de ton fans nous en appercevoir
& nous en vînmes à nous aimer.
Ce qu'il y a de fingulier , c'eft que nous
n'en avions peur ni l'un ni l'autre , &
que l'amour nous furprit tous deux preſque
en même- tems. Nous ne ceffâmes point d'a
bord de badiner ; mais les badineries qui
nous échaperent, prirent un air plus raiſonnable.
Je ne devinai point la cauſe de ce
changement : on fe laffe de tout , & je ne
pouvois me laffer de badiner ; mais ce
n'étoit pas là le vrai motif de mon chan-
,
DE DECEMBRE.. Mi
gement ; j'aimois déja , & il me fembloit
que pour mieux aimer , je ne voulois
pas
m'en appercevoir . Le Chevalier de fon côté
n'oublioit pas un de ces petits foins qu'on
prend avec tant de plaifir quand on aime ;
j'avois à mon tour le plaifir d'apprendre
de fes yeux qu'il avoit dans fon coeur tout
ce que je fentois dans le mien ; je fuïois
cependant un aveu plus détaillé de fa tendreffe
, mais je fuïois mal , & le moyen de
fuir , Madame , ce qui fait tant de plaifir !
Il faifoit un foir le plus beau clair de
Lune du monde , Madame de Vambure &
fa compagnie trouverent à propos d'en
profiter : Je fçus mal fuir le Chevalier ce
jour- là ; car pendant qu'on fe promenoit
dans une allée fort étroite , il prit fi bien
fes mefures , que je lui échus en partage ,
& qu'il me donna le bras. Vous m'évitez ,
dit- il , parce que je vous aime : Dans le
tems que je ne vous craignois pas , vous ne
m'évitiés pas de même. Vous riez , Chevalier
, lui dis- je , & vous ne m'aimez
point ; vous voulez voir fi je ferai affez
credule pour vous croire. Non , vous êtes
trop fage pour m'aimer , & je ne vous ay
jamais crû capable d'une pareille foibleffe .
Après tout je n'en ferois pas fâchée ; vous
m'avés dit tant de fois & d'une maniere
fi folle que vous m'aimiés , que j'avois unè
forte de plaifir à vous voir m'aimer tout
112 LE MERCURE
de bon. Je fuis vindicative , & il me ſemble
que je fuis affez bien faite pour qu'on
me dife ferieuſement qu'on m'aine. Que
je fuis malheureux , me dit- il , de vous
voir badiner , comme vous faites , & que
votre coeur eft different du mien ! Je fens .
pour vous tout ce que l'amour peut infpirer
de plus tendre , je ne fuis occupé que
de vous , & quand je viens plein de douleur
& de crainte , vous expliquer mes
maux , vous ne daignés pas les plaindre ,
& vous avés la cruauté d'én rire . Allez ,
Chevalier , lui répondis- je , vous êtes plus
fage que vous ne penfés , & fi vous étiés
auffi malheureux que vous le dites , je
ferois affez bonne pour vous plaindre. Je
ne pus pas , Madame , lui refufer ce pauvre
petit mot. Je l'aimois trop pour le
voir tant fouffrir. Cependant , il n'ofa pas
interpreter ma réponſe auffi favorablement
qu'il ledevoit , & j'eus le plaifir de le voir
encore trifte , malgré ce que je lui avois dit.
Je m'avançai vers la compagnie , qui
n'étoit qu'à quatre pas de nous , & la converfation
devint generale . Il faifoit une
nuit delicieuſe , & nous la trouvâmes fi
belle , que nous en dérobâmes une partie
au fommeil , après quoi chacun prit le
parti de fe coucher : je fis de même , mais
j'avois trop de plaifir pour dormir : j'eus
le Chevalier toute la nuit dans l'efprit .
11
DE DECEMBRE. 113
Il faut l'avouer , Madame , c'eſt une jolie
chofe que l'amour , & quand je fonge à la
douceur des plaifirs qu'il nous donne , je
lui pardonne quelquefois les peines qu'il
nous fait fouffrir.
Je fus trois jours fans voir le Chevalier ;
& pendant ces trois jours- là je ne fus point
à plaindre , j'aimai le Chevalier. Le quatriéme
, nous retournâmes chez Madame de
Vambure , où je trouvai un certain Marquis
qui m'étoit inconnu : Je vous avoüerai,
Madame , que quand je le vis , je commençay
par fouhaiter qu'il s'en allât . H
eft pourtant beau & bien fait ; il porte
les plus beaux cheveux du monde , & rit
comme s'il avoit de l'efprit. Dès qu'il
m'apperçut , il me fit une feverence en
avant affez negligée , & me dit , en tournant
fur moi les yeux tendrement , que la
campagne avoit des divinités dont s'accommoderoient
parfaitement les Villes . Les
poftures de cet homme penferent me faire
étouffer de rire ; & c'eft ainfi que je penfai
répondre à fon compliment , auquel je
jugeai à propos de ne rien repliquer..
Pour achever de me defefperer , le Chevalier
de Vambure n'ofoit prefque approcher:
de moy , depuis qu'il m'aimoit : il éroit:
devenu comme tous les amans qui s'ima
ginent que le moindre gefte qui leur échape,
va découvrir les fentimens qu'ils ont
K
114 LE MERCURE
1
dans le coeur ; ainfi je fus livrée malheu
reufement au Marquis de Rinville , c'eſt
le nom de notre fat ; il me dit ce jour - là
un million de ces impertinences que dit
un homme qui eft content de lui , & qui
ne doute point que les autres ne le foient.
Je viens de vous faire remarquer que pour
comble de malheur , le Chevalier de Vambure
n'approchoit point de moy. Heft vrai
que je voyois dans fes yeux de l'amour
& du refpect qui me confoloient , mais
j'aurois voulu qu'il m'eût parlé , & je
trouvois fort mauvais qu'il me livrât au
Marquis de Rinville.
Enfin il approcha de moy , il me vient ,
Mademoiſelle , me dit-il , un Rival , & il ne
manquoit à mes malheurs que celui d'êtrejaloux
; je le fuis fans avoir le droit de l'être ;
& quoi qu'en m'ôtant votre coeur , on ne
m'ôte rien qui m'appartienne , pourrezvous
empêcher ma tendreffe d'en -murmu
rer ? ouy , je ne puis en douter , ce Rival
que j'abhorre , vous aime , il porte à vos
genoux le facrifice de mille coeurs , &
pour prix de fes hommages vous demande
le vôtre, Ah ! Mademoitelle , au milieu
des facrifices que vous fait Monfieur de
Rinville , vous (ouviendrés- vous d'un
Amant qui ne fçauroit offrir à votre va
nité qu'un coeur tendre & fidele ? Apremés
, Chevalier , lui répondis- je , que ce
DE DECEMBRE.
n'eft point pour le Marquis de Rinville
ni fes pareils , que j'ay à me défier de mon
coeur celui qui l'occupe le merite ; mais
il me femble qu'il le merite mal dés qu'il
m'accuſe.
Je fus piquée du reproche qu'il me
faifoit je crus qu'il devoit m'estimer
affez , pour ne point craindre le Marquis
de Rinville ; je lui fçus mauvais gré de
n'avoir point encore vû que je l'aimois :
Enfin ma colere exprima mon amour , &.
c'eft en grondant que je lui ai dit la premiere
fois que je l'aimois. Je crois qu'il
me pardonna ma petite colere ; & quoi- .
qu'il n'eût pas le tems de me répondre ,
parce qu'on vint nous troubler , je vis
fur fon vifage une joye delicieuſe que
je ne fas point fâchée d'y avoir mis ;
car , Madame , il y avoit déja affez long .
tems que je l'aimois " pour le lui dire &
ce fecret qu'il avoit tant d'envie d'apprendre
, commençoit à me.
garder. Depuis ce jour je laiffai faire mon
coeur prefque comme il voulut , & j'eus
pour le Chevalier ces manieres prevenantes
, qui , parce qu'elles ne coutent
rien , & qu'elles n'expriment pas la moitié
de ce qu'on fent , ne font pas cruës ,
tirer à confequence. Le Marquis de fon
côté me tenoit de ces fades propos , qui
fort quelquefois tourner la tête aux femcouter
Kij
r16 LE MERCURE
mes , & qui ont le talent de m'ennuyer
mortellement. L'envie eft un des fentimens
qui chez moi fe declare le mieux &
le plus vite. Le Marquis fut bien étonné
quand il vit que je ne l'aimois point. Il
n'avoit point encore trouvé de femmequi
eur ofé s'ennuyer avec lui , & il ne
me pardonna point mon audace. Cepen
dant mon indifference le piqua : toutes
les femmes qu'il avoit vûës , étoient devenuës
tout d'un coup folles de lui , & il
n'avoit jamais eu le tems d'aimer ; pour
moi je lui laiffai ce tems-là , & je fus
étonnée de voir changer fes difcours. 11
perdit cet air fier & préfomptueux , qui
ne le quittoit jamais , fon langage devint
modefte & fage : Enfin l'amour en fit
un galant homme , & il m'a l'obligation
de l'avoir rendu raiſonnable . Ce changement
me furprit & me fàcha ; le ridi
cule de M. le Marquis étoit moins à
craindre pour moi que fon amour ; & je:
me fçus bien mauvais gré de cette con--
verfion. Je parlai au Chevalier de l'amour
du Marquis . Il s'en étoit apperçu auffibien
que moi , & il en prévit des cónfequences
fâcheufes. Nous convînmes
d'être attentifs à ne nous point deceler ,.
& aprés nous être promis de nous aimer
toujours , nous nous exhortâmes à n'en
rien faire paroître.. Tout le paffa affez
DE DECEMBRE. 117
2
bien cette journée. Mes amans s'en retournérent
avec Madame de Vambure , &
moi je paffai la nuit à aimer & à craindre.
Nous entreprenions une chofe bien difficile,
mais il falloit pourtant nous aimer avec
difcretion. Le Chevalier , quoique homme
de qualité , ne l'étoit point affez pour
moi. Et avant que de laiffer appercevoir
que nous nous aimions , il falloit prendre
des mesures pour faire confentir -ma
mere à nôtre mariage. D'un autre côté
le Marquis de Rinville étoit fort riche
& j'avois tout à craindre de fes biens
qui auroient mis mes parens dans les interêts
de fon amour. Ce qui augmentoit
mon apprehenfion , c'eft que je remarquois
für fon viſage tous les progrès de
fon amour d'imprudent qu'il étoit , il
étoit devenu interdit & embaraffé , & je
conclus delà qu'il m'aimoit fort : je ne
me trompai point , il me joignit , peu de
tems après la petite converfation derobée
que j'avois eue avec le Chevalier. J'avois
befoin de vous pour aimer , Mademoiſelle,
s'écria- t'il ? Affez de femmes , malgré mon
peu de merite , m'ont offert des coeurs dont:
je ne voulois pas , & dont je n'ai jamais
reçu l'offre que par complaifance. Toujours
maître du mien , j'ai fait des con
quêtes que je n'ambitionnois point ; &
quand je viens à aimer , mon malheur me
118 LE MERCURE
-
fait aimer une infenfible .
Je mourrois de peur qu'il ne me parlât
du Chevalier , mais je me raffurai
quand je vis qu'il ne faifoit que fe plaindre.
Je lui répondis froidement qu'une
conquête auffi petite que la mienne , ne
feroit rien perdre à fa gloire. Ah ! Mademoiſelle
s'écrfa-t'il , il eft bien queftion
de gloire ? La vanité que j'ai feule
connuë jufques icy , n'a point de part à..
mes fentimens. J'ai maintenant de l'a--
mour , & je fens tout ce qu'il a de plus
vif. Vous feule étiez capable de m'en
donner.... Sa declaration me fit trembler
, elle exprimoit des fentimens bien:
vifs ; & des fentimens vifs de la part du
Marquis , étoient ce que je craignois le
plus. Je cherchai à rendre compte au Chevalier
de la converfation que j'avois eue
avec le Marquis de Rinville. Il me dit
qu'il s'y étoit bien attendu , & me pria
de l'aimer toujours. Helas ! qu'avoit il
beſoin de m'en prier ? je n'étois occupée
que de lui.
Voilà ma fituation , Madame ; je vivois
avec deux amans , j'aimois l'un , &
je craignois & haiffois l'autre. Il me falloit
être éternellement en garde contre
mon coeur , qui étouffoit & qui vouloit
éclater à tous momens . Le Chevalier
avoit la même fatigue que moi , & il
DE DECEMBRE. 119
.
étoit , comme moi , dans l'obligation de ſe
contraindre. Malgré tous nos foins , nous
fimes mal les indifferens , & le Marquis
nous découvrit. Quantité de petites obfervations
que les fots ont l'efprit de faire
quand ils aiment , ne laifferent point
douter au Marquis que nous ne nous ai
maffions le Chevalier & moi. La converſation
ayant roulé fur le Chapitre des
femmes , il arriva au Marquis de laiffer
échaper quelques fottifes contre nôtre
fexe. Vous devinez bien , Madame , que
le Chevalier prit nôtre parti ; il fit plus,
en nous défendant , il railla un peu nôtre
adverfaire. Lé Marquis qui n'entendoit
pas raillerie , ne fçut que lui dire
quelques injures groffieres. Le Chevalier :
fit ce qu'il devoit ; il eut pour moi le
ménagement de remettte fa vengeance ,..
& il pria en particulier Monfieur le Marquis
de fe trouver le lendemain à fix .
heures du matin à une lieuë du Château
de Madame de Vambure. Le lendemain
à fix heures du matin le Chevalier fortit
, comme voulant aller à la chaffe , & `
i fe trouva au rendez vous à fix heures
& demie c'étoit l'heure donnée. Le
Marquis n'arriva qu'à ſept , & aborda le
Chevalier avec l'air le plus gracieux du
monde. Vous voyez , lui dit - il , que je
fuis homme de parole , mais après tout ,
18
120 LE MERCURE
pourquoi expofer deux fi belles vies que
les nôtres ? croyez moi , Chevalier , reftons
amis & en verité l'anour vaut-il
h peine que deux honêtes gens , comme
nous , fe brouillent . Le Chevalier étoit
trop brave pour profiter de la foibleffe du
Marquis . Il remonta à Cheval , & vint nous
retrouver. Il n'eut garde de parler à Madame
de Vambure de fon avanture , mais il
me la conta. Elle me fùrprit , & comme
elle intereffoit ma réputation , elle
me chagrina ; mais le Chevalier m'affura
que je ne devois point craindre qu'elle
éclatât jamais , que le Marquis n'avoit
garde de s'en vanter , & que pour lui ,
il croyoit que je l'eftimois affez pour ne
rien craindre de fon indiferetion.
Je fus un peu moins fâchée , & même
je me préparai un fecret plaifir devoir
la mine du Marquis quand il arriveroit
, mais il n'ofa jamais revenir chez
Madame de Vambure . Il aima mieux
prendre le parti d'écrire , que comme fa
prefence étoit neceffaire dans une de fes
terres , ce n'étoit qu'avec beaucoup de
peine qu'il fe voyoit obligé de fe priver
d'une compagnie fr aimable. Nous reçumes
fa lettre une heure après que le Che--
valier fut arrivé , & toute la compagnie
crut M. le Marquis fur la foy de la lettec.
Comme nous étions là toutes fem--
mes
I
DE DECEMBRE. 121
mes d'affez bon fens , nous ne fûmes pas
fâchés de l'avoir perdu. Et moi en mon
particulier je fus bien aife de me voir delivrée
d'un pareil importun. Je me livrai
alors au plaifir d'aimer paifiblement mon
cher Chevalier que ce tems étoit agréable
, Madame ! nous n'avions d'obſtacles
en nous aimant , que ce qu'il falloit à nos
coeurs pour les tenir en vivacité . A la
verité nous avions fouvent de ces petites
inquietudes que caufe trop de delicateffe ,
& qu'il femble que l'on fe donne exprès
pour le mieux aimer . Nous nous donnions
fouvent le plaifir de nous écrire ce que
nous avions tant de joie à nous dire. Le
Chevalier m'écrivoit les plus jolies chofes
du monde , & je lui faifois de ces réponſes
que le coeur fait fi bien , & qu'il a fi peu
de peine à faire. Nous paffâmes ainfi le reſte
du tems à la campagne ; mais la faifon
s'avançant , ma mere voulut retourner à
la Ville. Cette nouvelle m'affligea infiniment
, j'allois quitter le Chevalier , & je
ne devois pas compter de le voir aufi ſouvent
que je l'avois vû à la campagne . Pour
nous confoler nous convînmes de nous
écrire fouvent , & je lui promis de lui faire
Içavoir toutes les fois que j'irois aux fpectacles.
Je lui dis qu'il pouvoit auffi venir
me voir quelquefois . Ma mere n'étoit
point déraisonnable , mais des vifites trop
L
LE MERCURE
affidues l'auroient allarmée . Le Chevalier
n'avoit point encore paru me voir fur le
pied de mariage , parce que pour être plus
en état de m'obtenir , il attendoit la mort
d'un oncle dont il devoit heriter. Nous
hous feparâmes , Madame , avec autant de
trifteffe que nous avions eu de plaifir à
nous voir , & je vous avoue que ce mo
ment me parut bien rude. Je pleurai . Le
Chevalier laiffa auffi couler des larmes , &
ces larmes me conſolerent un peu. J'y vis
affez d'amour pour juftifier & pour fou-
Hager mon amour , & je partis avec le
regret de quitter ce que j'aimois , & le
plaifir de fentir combien j'en étois aimée.
' arrivai à Paris , le Chevalier y vint rendre
vifite à ma mère , & j'eus l'agrément
de voir qu'elle le recevoit fort bien. Cette
année-là fut la premiere que j'entrai dans
le monde , & l'on m'y vit avec plaifir ;
j'eus le contentement d'y faire bien des
infideles , & les femmes eurent bien de la
peine à me pardonner mes charmes naif-
Tans. Les petits torts que je leur faifois fervoient
à ma vanité , mais ils fervoient à
mon amour. J'étois charmée pour l'honneur
du Chevalier d'être trouvée aimable ,
& l'éclat de mes conquêtes m'étoit bien
cher , quand je fongeois qu'elles augmentoient
le prix de la fienne. Le Chevalier de
fon côté dérangea bien des cervelles de
DE DECEMBRE. 123
femmes , & la fidelité fut bien attaquées
mais nous tinmes bon tous les deux , &
l'on ne nous trouva aimables que pour
nous faire mieux aimer . Nous goûtions
ainfi les plaifirs les plus doux , lorfque la
-D... de... me donna des allarmes ; c'eft
une femme des mieux faites de la Cour:
avec de la beauté , elle a dans le vifage ces
graces féduifantes qui n'accompagnent pas
toujours les traits les plus exacts. L'enjouëment
de fon caractere donne à fon imagi-
-nation un air brillant , & le goût qu'elle a
pour le plaifir , jette fur tout ce qu'elle dit
un air de volupté qui enchante. En voilà,
Madame , bien plus qu'il n'en faut pour
plaire aux hommes. Ainfi je dûs être bien
allarmée. J'appris dans le monde qu'elle
agaçoit le Chevalier , & je la vis un jour à
la Comedie dans une loge qui lui parloit
vivement ; j'avois éprouvé tous les mouvemens
de l'amour . Celui de la jalouſie ne
m'étoit pas bien connu . La D... de ...
m'apprit à le connoître . Je m'en plaignis
au Chevalier , il m'avoia que la Ducheffe
avoit envie de faire quelque chofe de lui ;
il fe mit à mes genoux , & me baifant les
mains , Non ma chere Lucilie , me dit -il ,
rien ne pourra diminuer la paffion que j'ay
pour vous. Je fuis inceffaminent occupé de
vous , rien ne me touche que ce qui vous
regarde , laiffez la D ... de... étaler fes
Lij
124
LE MERCURE
charmes & fon amour ; que craignez - vous
de fa tendreffe ? je n'ay qu'un coeur , & ce
coeur eft tout employé à vous aimer. Je me
raffurai , fans pourtant ceffer de craindre ;
car , Madame , je commençois déja à connoître
les hommes , & ce n'étoit pas fans
raifon ; le Chevalier malgré toutes les
proteftations avoit continué à recevoir les
avances de la D... de ... car c'étoit elle
qui les faifoit , & il les reçut fi bien qu'il
étoit entré en commerce reglé avec elle .
Je fus quelque tems fans m'en appercevoir
; je ne fçus même fon commerte qu'a
près tout le monde. Je lui en parlai , & il
convint de tout. Il me dit que la D...
de... l'avoit fi fort prévenu , qu'il avoit
été obligé de répondre aux avances qu'elle
lui avoit faites ; mais qu'il ne l'avoit jamais
a mée , & qu'il étoit las de fe contraindre.
Pourquoi donc , lui dis-je , lui faire accroire
que vous l'aimez , il y a dans ce procedé
une fourberie infigne ? Point du tout , me
répondit- il , il n'y a que de la complaifance .
La D... de... a voulu abfolument que
je l'aimaffe , & moy je lui ai dit par honnêteté
que je l'aimois. Le difcours du Chevalier
ne m'offeñía point , il avoit un air
de verité qui me raffura , & je crus voir
qu'il avoit donné à la vanité une petite
fatisfaction à laquelle fon coeur n'avoit
point eu de part. Je m'appaifai ; il faut
DE DECEMBRE.
1255
bien , Madame , paffer quelque chofe aux
hommes. Depuis que j'eus parlé au Chevalier
, il ne voulut point voir la D ...
de ... qui étoit enragée , & bien m'en prit
qu'elle ne fçut point fur qui exercer fa vengeance
; mais nos amours étoient conduits
fi fagement que perfonne n'en étoit inſtruit ;
ainfi je joüis fans danger de la colere de la
Ducheffe , & fa fureur me vengea bien du
tour qu'elle n'avoit joué . Je n'eus que ce
petit fujet- là de me plaindre du Chevalier,
& je goûtai le plaifir de le voir toujours.
digne de l'amour que j'avois pour lui .
L'Automne approchant , ma mere fongea
à retourner à la Terre , & cette nouvelle
donna bien de la joye à mon coeur . Le Che->
valier que j'avertis de notre départ , engagea
Madame de Vanbure fa foeur à partir
én même-tems que nous ; & pour la mieux
engager , il lui fit confidence qu'il m'aimoit.
Madame de Vambure étoit femme
fire & mon amie . Vous fçaurez auſſi que
Madame de Vambure avoit fait amitié avec
1
une jeune veuve fort aimable , qu'elle
engagea de venir avec elle. Je fus charmée
de ce furcroît de bonne compagnie. La
Veuve eft bien une des plus amufantes perfonnes
que j'aye vûës ; elle a l'efprit vif ,
quoique delicat , les faillies de fon imagination
ont le feu des chofes qui échapent;
& la tournure de celles qu'on médite ; elle
L iij
126.. LE MERCURE
penſe finement , mais pour avoir le langage
plus naturel , elle craint ordinairement de
s'exprimer avec autant de fineffe qu'elle
imagine. Elle a auffi le talent de penfer
profondément quand l'on veut ; mais comme
elle a le caractere tourné à la gayeté ,
elle traite legerement les chofes même
raifonnées. Je dois dire encore qu'avec la
facilité qu'elle a dans l'efprit , elle a une
docilité dans le caractere qui qui fair prendre
les manieres qui conviennent aux gens
avec lefquels elle vit . Enfin fon efprit fe
monte naturellement fur le ton des gens
qu'elle voit , & fans le vouloir même , elle
devient aimable. J'aimai infiniment Ma
dame Danzire , dès que je la vis , c'eſt le
nom de la veuve . Nous étions la plus jolie
compagnie du monde , & j'étois la plus.
heureufe de toutes les femmes. Point de
fâcheux , beaucoup de liberté , chere delicate
, un amant dont j'étois contente , &
dont mon coeur étoit rempli , pendant que
mon imagination étoit égayée par les faillies
de Madame Danzire . Le Chevalier
m'imitoit , il employoit avec Madame Danzire
les momens qu'il ne pouvoit pas me
donner ; fa converfarion l'amufoit , & je
lui pardonnois un plaifir que je goûtois.
moy-même. Mais fa converfation fir fur
lui un effet que j'avois eu l'imprudence de
me pas craindre ; il prit du goût pour MaDE
DECEMBRE. 147
dame Danzire. Voilà , Madame , comme
font faits tous ces hommes , font-ils fûrs
du coeur d'une femme , c'eft une affaire
faite , il faut qu'ils fongent à une autre,
Je fus long- temps à m'appercevoir du goût
du Chevalier , & je crois qu'il fut auffi
quelque tems à s'en affurer lui-même.
L'intereft que j'avois à croire le Chevalier
fidele , l'amitié que j'avois pour Madame
Danzire , tout m'aveugloit , & je contribuois
même à tous les inftans à mon malheur.
Il ne fortoit pas un bon mot de la
bouche de Madame Danzire , que je ne
relevaffe : Je la loüois fur fa beauté , &
j'ai dit cent fois à mon ingrat que fi j'avois
été homme , il n'y auroit point de femme
pour laquelle j'euffe eu plus de goût que
pour elle. Helas ! Madame , il n'a que trop
crû le bien que je lui difois d'elle. Après
cela , je ne connoiffois pas affez bien les
femmes pour me douter du tour qu'elle
me joüa. Comme elle eft femme d'efprit ,
& que nous ne nous gênions point trop le
Chevalier & moy , elle s'étoit apperçûë du
goût que nous avions l'un pour l'autre.
Que fit la traitreffe ? elle fe mit dans la
tête de fe faire aimer de lui , & s'y prit
comme une femme qui n'aimoit point ,
c'est-à-dire le mieux du monde. La perfide
connoiffoit bien les hommes , car elle me
loüa tant & me fervit fi bien , que le Che-
L iiij
128 MERCURE LE

valier fut picqué du defintereffement avec
lequel elle lui confeilloit de m'aimer. Le
coeur du Chevalier auroit bien voulu m'aimer
toujours , mais fa vanité vouloit que
Madame Danzire le trouvât mauvais. Madame
Danzire de fon côté trouvoit fort à
redire que le Chevalier eût du goût pour
moy , & entreprenoit tout de bon fa conquête.
Ce n'eft pas qu'elle l'agaçât ; elle
lui difoit au contraire qu'elle ne ſe croyoit
pas capable de tendreffe ; qu'amufée de
tout , comme elle étoit , elle ne fe figuroit
pas qu'on pût l'amufer ferieuſement . Tout
cela , Madame , n'étoit que pour picquer la
vanité du Chevalier ; & fçavez-vous ce que
faifoit encore Me Danzire. Dans le tems
qu'elle difoit qu'elle n'aimoit rien , elle
mettoit dans fes yeux & dans fes manieres
1 s prefages d'un goût naiffant. Vous voyez,
Me qu'on s'y prenoit bien,& que je ne pouvois
gueres échaper à la malice.de Madame
Danzire. J'aimois le Chevalier comme une
folle , il étoit fûr de moy ; Madame Danzire
étoit aimable , & n'avoit pas comme
moy le defaut de trop aimer. Je fus deux
mois fans me douter de rien , & je croy ,
tant j'étois fote , que j'aimois Madame
Danzire prefque autant que le Chevalier
l'aimoit. Je n'étois point inquiete de les
voir enſemble , & je croyois que le Chevalier
parloit de moy , comme je parlojs
DE DECEMBRE. 129
de lui quand j'étois avec elle. Enfin j'apperçus
quelque changement dans les manieres
du Chevalier ; il me difoit qu'il
m'aimoit auffi fouvent qu'auparavant ,
mais il me le difoit moins bien. Dans les
empreffemens qu'il avoit pour moy , il s'y
mêloit quelque chofe de tardifque l'amour
ne fouffre point , & que je n'avois point
encore apperçu en lui. Je fentis tout cela
pour mon malheur , & je refolus de m'en
plaindre. Qui vous rend fi rêveur , Chevalier
, lui dis- je un jour ? Vous êtes inquiet
, & vous ne m'en dites point le fujet.
Depuis quand croyez vous que je ne vous
aime pas affez pour partager vos peines ?
En même tems je détournai le vifage pour
cacher des pleurs qui vouloient m'échaper.
Hé quoi ma chere Lucilie , reprit- il , ne
fçavez-vous pas que je vous aime , & que
je n'aimerai jamais que vous ? Non , lui
dis- je , en verfant des larmes que je ne
pus plus retenir , je ne fuis point fûre que
vous m'aimiez , je me vois forcée à me
plaindre de vous ; vous ne me cherchez
plus avec le même empreffement , vous
n'avez plus tant de choſes à me dire ; vous
me dites bien encore quelquefois que vous •
aimez , mais c'est peut être pour me
cacher que vous ne m'aimez plus . Que vous
êtes injufte , ma chere Lucilie , me dit le
Chevalier en m'interrompant , pouvez- vous
-
130 LE MERCURE
coire que je ceffe de vous aimer ? tout ce
que j'ay d'amour dans le coeur , vos charmes
qui l'ont fait naître , tout cela ne vous
affure- t-il pas
moy ? retenez des pleurs
qui ne doivent point couler pour un amant
qui a pour vous la paffion la plus delicate
qu'un coeur puiffe éprouver.
de
La converfation du Chevalier me calma
un peu , il , m'aimoit encore , les imprefhions
que Madame Danzire avoit faites fur
fon coeur , ne s'étoient pas declarées , & il
l'aimoit fans s'en appercevoir Je n'avois
encore foupçonné de rien Madame Danzire
, mais quand je reconnus que le Chevalier
m'aimoit moins , le plaifir qu'il
avoit à lui parler me donna de la défiance ;
je les examinai attentivement , je crus ap
percevoir bien de l'art de la part de Madame
Danzire , & je vis avec regret que
cet art la faifoit fon effet . Vous ne fçauriez
croire , Madame , le changement qui
fe fit dans mon coeur , la jaloufie s'en em
para , & à l'amitié que j'avois euë pour
Madame Danzire , fucceda la haine la plus
vive qu'on ait jamais fentie. Je cachai mes
fentimens , ils étoient bien vifs pour être
cachez, & je crois qu'ils parurent malgré
moy. Oui , Madame , tous les mouvemens
dont un coeur eft capable fe pafferent en
ce tems-là dans le mien , je fus jaloufe
injufte , bizare , & dans tous ces momens là

1
DE DECEMBRE. 131
j'aimai à la fureur , il me fut impoffible
de tenir ma rage , il fallut abfolument
que je me plaigniffe au Chevalier . C'en
eft donc fait , lui dis- je , vous ne m'aimez
plus, vous me quittez , ingrat , & c'est pour
Madame Danzire ? Son coeur vous paroîtil
d'un fi grand prix ? & parce que le mien
ne vous a rien coûté , que je l'ay toujours
cru fait pour vous , faut il que vous en
fafliez fi peu de cas ? Allez , perfide , la coquette
que vous aimez me vangera peutêtre.
Oui je ſouhaite que vous fentiez pour
elle tout ce que je fens pour vous , que
vous l'aimiez autant que je vous aime , &
qu'elle ne vous aime point ; mais non ,
Chevalier , lui dis-je , aimez moy encore ,
s'il fe peut , je ne fçaurois confentir à perdre
votre coeur , fongez que Madame Danzire
eft une coquette , & que quand elle
vous aimeroit , elle ne fçauroit vous aimer
plus tendrement que moy. Voilà , Madame,
ce que le defeſpoir me fit dire , & ce qu'il
eft bien honteux à notre fexe de pronon
cer. Le Chevalier n'eut pas la force de
parler ; il eft honnête homme , il m'eſtimoit
, & n'aimoit pas tant Madame Danzire
, qu'il ne m'aimât un peu. Quand il
eut la force de me parler . il fe jetta à
mes genoux ; Accablez , dit- il , de reproches
un malheureux , ma chere Lucilie ,
mais pourtant plaignez moy. J'aime , il
132 LE MERCURE
eft vrai , la perfide Madame Danzire , je
vous aime affez , & je vous cftime trop
pour vous le cacher. Je vous Pavoüe , les
larmes aux yeux , j'aime une coquette, une
femme qui ne m'aime point , qui ne m'aimera
jamais , & qui plus eft que je méprife ;
je fuis coupable de tous ces crimes , ma
chere Lucilie , dans le tems que je poffede
un coeur qui devroit faire le bonheur de
ma vie. Je fuis un traître , un ingrat , je
fuis le plus perfide des hommes , mais je
ne le ferois pas , fi je n'étois forcé de
- l'être , ma raiſon s'oppoſe inceffamment au
caprice de mon coeur , je me dis fans ceffe
que vous meritez tout mon amour , que
Madame Danzire ne merite que mon indifference
, qu'elle merite ma haine. Je
me fuis dit mille fois que nous étions deux
victimes qu'elle immoloit à fa vanité ,
qu'elle mettoit fa gloire à me détacher de
vous , & qu'elle l'a vouloit relever en
m'infpirant une tendreffe qui me fera ſouffrir
; que de raifons pour la haïr, & cependant
malheureux que je fuis , je l'aime ? Le
Chevalier en finiffant ces paroles fe mit à
pleurer , mais Madame ce n'étoit point à
l'amour que je devois fes larines , fes remords
me les donnoient . Nous nous feparâmes
ainfi tous les deux les larmes aux
yeux ; je tombai dans un chagrin qui fit
croire à ma mere que j'étois malade ; je vis
7
DE DECEMBRE. 133
en peu de tems évanouir ma beauté , & je
perdois chaque jour la reffource qui me
reftoit pour faire revenir mon amant. La
perfide Madame Danzire joüiffoit de ma
peine , dont elle ne faifoit point femblant
de connoître la caufe , & la cruelle m'infultoit
quelquefois en me plaignant. J'eus
affez de vanité & de force fur moy-même
pour ne lui point reprocher fa perfidie , &
je ne voulus pas lui donner encore ce
fujet de triomphe. Cependant au milieu
de l'infidelité du Chevalier , je n'avois pas
abfolument à me plaindre de lui , il
faifoit pour moy plus que je ne devois
attendre d'un infidele , il m'épargnoit la
peine que j'aurois eue à lui voir exprimer
fon amour : fon chagrin feul & fon filence
marquoient à la perfide l'empire qu'elle
avoit fur lui , & dans mon malheur j'avois
le plaifir de le voir fouffrir prefque autant
que moy. Quoique j'euffe de la peine à
concevoir qu'on pût fe deffendre d'aimer
le Chevalier , je m'apperçus pourtant bien
que Madame Danzite ne l'aimoit point.
Cette idée me confola un peu , & ma ri- .
vale qui m'avoit enlevé le coeur du Chevalier
me vangea bien de lui par fon indifference
. Je fus charmée de voir qu'il feroit
oblige de me regtetter
. En effet , Madame
,
fes manieres pour moy étoient les mêmes ,
mais Madame Danzire avoit fon coeur , &
27
234
MERCURE LE
1
fans fon coeur qu'avois- je affaire de fes
égards ?
Il y avoit quinze jours que na fortune
étoit changée , & que j'étois devenuë la
plus malheureuſe de toutes les femmes ,
fors qu'on annonça chez Madame de Vambure
le Marquis de Rinville. Je ne fus jamais
fi étonnée que quand je le vis ; il
n'avoit pas ofé me parler depuis la vilaine
affaire qu'il avoit eue avec le Chevalier :
il est bien vrai que je l'avois vû me chercher
avec foin aux fpectacles & aux promenades
, & avoir même envie de m'aborder
, mais il n'en avoit jamais eu la
force ; il fit fon compliment à Madame
de Vambure & à la compagnie de la
meilleure grace du monde , & d'un air qui
n'étoit point déconcerté ; il n'y eut qu'à
moy à qui il s'adreffa d'un air plus timide,
& de là je m'affuray qu'il m'aimoit encore.
Il faifoit fort beau , on ſe promena dans
le Parc quand on eut dîné , & Madame
Danzire à qui ma trifteffe & celle du Chevalier
laiffoit ordinairement l'honneur de
· la converfation , l'égaya un peu ce jour - là.
O Ce fut fans doute en faveur du Marquis de
Rinville , & je crois qu'elle voulut auffi
me l'enlever , mais les amans dont nous
ne nous foucions pas , font toujours ceux
qui nous reftent . Le foleil fe coucha , &
nous rentrâmes dans le falon de Madame
DE DECEMBRE.
735
de Vambure . Le Chevalier & le Marquis
entrerent les derniers , & le Marquis apoftrophant
à voix baffe le Chevalier ; C'eſt
pour vous , lui dit- il , que je viens ici ,
je viens reparer l'affront d'une affaire où
vous avez eu à vous plaindre de moy , &
où j'ay eu à m'en plaindre auffi . Trouvezvous
demain matin à notre premier rendez-
vous ; oui Chevalier , il faut que vous
me rendiez demain mon honneur & ma
Maîtreffe , ou que vous m'ôtiez la vie. Le
Chevalier lui répondit froidement qu'il ne
manqueroit pas de s'y trouver , & qu'il
étoit charmé de lui voir le procedé d'un
homme de condition . Ces Meffieurs rentrerent
, & la foirée le paffa à jouer . Le
lendemain le Chevalier & le. Marquis fe
tinrent parole . Le Marquis fe battit cette
fois-là en galant homine , & attaqua le
Chevalier qu'il bleffa à la poitrine ; mais
comme il s'étoit abandonné, le Chevalier
dans même inftant lui porta avec violence
un coup d'épée qui le fit tomber mort ſut
la place .
Nous n'avions eu aucun preffentiment , &
nous n'avions garde de prévoir une fi tragique
avanture. Heureufement je m'éveillai
de meilleure heure qu'à l'ordinaire ; Me
Dañzire me remit une Lettre que le Cheva-
Hier lui avoit donnée avant que de monter à
cheval , & qu'il l'avoit priće de me`ren136
LE
MERCURE
+
dre , quand je ferois levée . Dès que je
l'eus lûe , je courus avertir Madame de
Vambure de ce qui fe paffoit ; je me
dourai que le combat devoit s'être livré
au même Bois où s'étoit donné le premier.
Je fis au plus vite feller des chevaux , &
en atteler d'autres au Caroffe de Madame
de Vambure ; je ne me trompai point ;
quand nous eumes avancé environ cent
pas dans le Bois , nous trouvâmes le Marquis
de Rinville étendu & fans vie fur le
fable . Le Chevalier de Vambure étoit à
quatre pas de lui , noyé dans fon fang
Quelle vûe pour une Amante ! J'oubliai
que le Chevalier étoit un infidele ; je fremis
, & mon fremiffement me fit tomber
en foibleffe. Je ne revins de mon evanouiffement
qu'avec peine , & j'en revins avec
regret , je ne fouhaitois que la mort ,
n'efperant plus de voir le Chevalier de
Vambure . Je l'aimois affez , pour le regretter
jufqu'au plaifir de le voir infidele.
Enfin , Madame , j'envifageois comme le
plus grand des maux celui de ne le voir
plus. Dès que nous fûmes de retour , nous
commençames par repandre que M. de Rinville
venoit de tomber en apoplexie ; incontinent
après nous publiâures fa mort
après quoi nous le fimes enterrer folennellement
. Pendant ce tems - là on avoit
été chercher au plus vite un Chirurgien ,

qui
DE . DECEMBRE. 137
qui mit le premier appareil à la plaie du
Chevalier , & qui nous affura qu'elle n'étoit
point mortelle. Ma douleur ſe calma ;
mais il me furvint bien de pouvelles allarmes
; il prit au Chevalier une fievre continue
qui le mit dans un danger évident .
Nous ne le quittâmes point Me de Vam
bure & moy, nous le veillâmes tour à tour
fix nuits de fuite . Que j'eus de fois le coeur
percé, Madame ! Dans l'ardeur de fa fievre,
qui étoit ordinairement accompagnée de
tranfport, il prononçoit fouvent mon nom ;
fouvent il prononçoit auffi celui de Madame
Danzire. Cruelle , difoit- il , je vous
donne un coeur qu'une autre merite mieux
que vous ; vous le refufez , ingrate ! eſt - ce
parce que je fuis infidele ? ah ! je rougis de
l'être , & j'en fuis affez puni . Enfin la fievre
diminua ; fa plaie s'en trouva mieux,
& j'eus la confolation de le voir hors de
danger. Quelque tems après , fa fanté fe
remit entierement . & il me remercia des
bontez que j'avois eues pour lui. Quelle pitié
, cruelle , me dit-il , ma chere Lucilie ,
vous a fait prendre foin des jours d'un
malheureux la mort auroit expié & fini
mon crime , & je n'aurois pas la douleur
de vivre , & de m'en fentir indigne. J'aime
encore l'ingrate Madame Danzire : la vie
que mon malheur m'a laiffée mefait encore
LETLOUVEL GET Amour que je detefte . Ah ! fi
M
738 LE MERCURE
vous m'aviez aimé , Lucilie , vous m'auriez
laiffé mourir. Que ferez- vous d'un objet
qui doit vous être odieux , d'un ingrat qui
ne peut vous aimer , & qui en aime une
autre à vos yeux ? Ses larmes l'empêche
rent d'en dire davantage ; je me mis à pleu
rer comme lui ; fes remords , l'èftime qu'il
me marquoit , tout cela me confola un peu
de l'injuſtice de fon coeur. Au milieu de mon
defefpoir j'étois un peu flatée de fes regrets ;
il me donnoit tout ce qui dépendoit de lui ,
& Madame Danzire n'avoit que ce que le
caprice de fon coeur arrachoit de lui. Cependant
je ne pouvois m'empêcher d'envier
le partage de Madame Danzire , & il
me falloit pour être heureufe , qu'elle me
rendit le coeur du Chevalier , qu'elle m'avoit
pris. Elle en étoit bien éloignée ; elle
continuoit , pour conferver fa conquête ,
le manege dont elle avoit ufé pour la faire.
Elle donnoir au Chevalier des efperances.
qu'elle détruifoit l'inftant d'après ; & ce
mouvement continuel qu'elle donnoit à
fon coeur le tenoit toujours dans cet état
de vivacité qui charmoit fi fort l'orgueil
de Madame Danzire. J'ai l'obligation à la
Coquette de m'avoir appris le fin de fon
art , & je ne me fuis point étonnée depuis ,
queles femmes menaffent fi bien les hom
mes ; il eft fi facile de les mener , quand
onne les aime point. Au refte , ces com
DE DECEMBRE 139
noiffances que j'acquerois ne me fervoient
de rien ; j'aimois trop , pour me les rendre
utiles; je n'avois pour mon Amant que mon
amour & mes larmes , & c'étoit juſtement
ce qu'il falloit pour le conferver à Madame
Danzite. Je paffai quinze jours à voir faire
le manege à ma perfide , & j'avois le deplaifir
de voir le Chevalier l'aimer à chaque
inftant davantage.
L'hiver approcha , & ma mere voulut
s'en retourner à Paris : Madame de Vambure
fongea à s'en aller avec elle . Le Chevalier
avant mon depart vint prendre congé
de moi. Dès que je le vis , les larmes me
vinrent aux yeux . Je vais vous quitter ,
me dit- il , je vous aime encore affez pour
en avoir le regret que je dois en avoir ; la
cruelle Madame Danzire ne triomphera pas
entierement de moi , je vous retrouve encore
au fond de mon coeur , & jamais la
perfide ne vous en deplacera. Permettezmo
d'aller quelquefois chez vous prendre.
des armes pour combattre mon ennemie
& la vôtre. L'amour que je trouverai dans
vos yeux me fera rougir de celui que je
lui demande ; & votre merite oppoſé à tous
fes defauts éteindra peutêtre un amour qui
fait mon crime & mes malheurs. Helas !
Chevalier , lui répondis - je , que dois-je
attendre de vous ? je n'ai pour moi que
votre raifon , que peut- elle contre la bifare
Mij
140 LE MERCURE
rie de votre coeur ? Vous aimerez toujours
Madame Danzire ; vous me regretterez
peutêtre quelquefois , mais enferai - je moins
malheureuſe ; & vous , Chevalier , en ferezvous
moins ingrat ? Nous nous quittâmes ,
& je partis avec ma mere.
Dès que je fus arrivée , le Chevalier v
vint me voir , il me pria de l'aimer encore ..
Le cruel avoit bonne grace je l'aimois
trop , pour mon malheur , & perfide comme
il étoit , il lui féoit bien de vouloir être
aimé. Il me vint voir affez fouvent , mais
je fçus qu'il alloit auffi chez Madame Danzire
. Ce qui me confoloit , c'eft qu'il paioit .
bien les vifites qu'il lui rendoit ; il trouvoit .
toujours quelque homme chez elle , pour
qui l'on avoit ces manieres feduifantes que
Pon avoit eues pour lui. Le coeur de Madame
Danzire n'appartenoit à perfonne , mais
fes manieres étoient pour tout le monde .
Le Chevalier devint furieux ; fa jaloufie ,
qui n'avoit pourtant pas d'objet fixe , rendit
fon amour mille fois plus violent , & je
me vis bien plus éloignée que je n'étois de
regagner fon coeur .Il commença à me venirvoir
plus rarement , fon air devint encore.
plus inquiet qu'auparavant , & le regret
qu'il eut de m'aimer moins , le rendit embaraffé
prefqu'au point de le rendre ftupide.
Que nous étions malheureux , Madame ,
nous aimions qui ne nous pouvoit aimer!
DE DECEMBRE. 141
...
J'avois la paffion la plus vive & la plus
delicate du monde pour un ingrat. Lui de
fon côté m'eftimoit affez pour rougir d'être
infidele , & avec le regret de ne me plus aimer
, il avoit le defefpoir d'aimer la plus coquette
de toutes les femmes. Il Paimoit
plus qu'on n'a jamais aimé , lorfque le Prince
de . que vous connoiffez , me vit à
une promenade : comme il connoifſoit ma
mere, il vint nous aborder. Malgré la
mauvaile humeur qui ne me quittoit point,
j'eus ce jour- là affez d'efprit , du moins je
remarquai que le Prince m'en trouvoit ;
ma beauté , quoique diminuée depuis mon
amour , foutenue de la jeuneffe & du caprice
, me mettoit encore en état de plaire ,
& je crois que je plûs au Prince de ....
Il vint rendre vifite peu de jours après à
ma mere , & il me dit dans la converfation
mille chofes obligeantes , qui dites d'un
certain ton vouloient dire qu'il m'aimoit.
-Je l'entendis , mais je n'avois pas le tems
d'être fenfible à fes complimens , & je ne
fus point frappée de l'éclat de ma conquête
. Il revint encore plufieurs fois chez
moi; & après m'avoir fait entendre en
plufieurs façons qu'il m'aimoit , il en fit
confidence à ma inere , qui m'en parla
L'amour du Prince , qui avoit des idées
ferieufes , m'allarma: je ne fus point fenfible
àla vanité d'être aimée & de devenir.
142 LE MERCURE
Princeffe. Je n'imaginois que de l'embarras
pour moi dans la paffion du Prince . Ce
n'eft pas qu'il ne fut beau , bien-fait , riche,
& que ce ne fût pour moi le parti le plus
avantageux que je pûs prétendre : mais mon
Chevalier , tout ingrat qu'il étoit , ne me
laiffoit fonger à perfonne , & je voulois
vivre & mourir en l'aimant. Il ne fut pas
longtems fans fçavoir les deffeins que ce
Prince avoit fur moi. Il vint me voir pour
s'en mieux inftruire . Admirez , Madame
comme les hommes font faits ; l'amour du
Prince de... rendit au Chevalier tout celui
qu'il avoit eu pour moi , & je le vis arriver
chez moi plein d'amour & de tendreffe.
Vous m'allez donc oublier , me dit- il fondant
en larmes , & je vous vais voir tomber
entre les bras d'un autre ? Ah ! Lucilie ,
faites grace à un malheureux qui vient vous
demander pardon de tous les crimes ; j'ai
rampu les chaînes cruelles qui m'attachoient
à Madame Danzire , & je vous rapporte
un coeur qui n'aimera janrais que
vous Non Chevalier , lui dis je , vous
n'êtes pas bien gueri , & je voudrois vous
croire: mais qui m'affurera que vous ne
l'aimez plus ? Peutêtre les coqueteries de
Madame Danzire vous font voir combien
peu elle merite votre tendreffe ; peutêtre
même vous voulez la hair : mais eft ce ne
la plus aimer? Croiez-moi , votre amour
DE DECEMBRE. 143
s'abuſe lui- même , votre coeur rougit defa
faute , & ne s'en corrige point . Au refte ,
que la tendreffe du Prince ne vous allarmet
point ; quoique beaucoup plus digne de
mon coeur que vous , il ne l'aura jamais.
Je vous aime , Chevalier , tout ingrat que
vous êtes , que feroit- ce , helas ! fije vous
voiois tendre ! Le Chevalier ſe jetta à mes
genoux ; je lui vis avec bien du plaifir un
amour vif que je ne lui avois point vû
depuis longtems : il m'affura qu'il n'aimoit
plus Madame Danzire , & il me l'affura de
maniere à me le perfuader.
1
Le Prince continua toujours à me rendre
des vifites ; il fe Alatoit fans doute que je
me laifferois furprendre à l'éclat de fon
rang , & qu'enfin la vanité feroit fur moi ,
comme elle fait fur la plupart des femmes ,
l'effet de la tendreffe ; il le trompa je lui
declarai fincerement que je ne pouvois
répondre à l'honneur qu'il me faifoit ; &
quelques jours après il fe maria de dépit
à Mademoiſelle .... Le Chevalier qui ffçcuurtdes
premiers le facrifice que je venois de
lui faire , vint auffitôt me remercier ; &
il le fit , Madame , avec une tendreffe qui
e charma. Que je le trouvai ce jour là ai
mable, & que j'eus de plaifir! Je ne me ſouvins
plus de tous les maux qu'il m'avoit
faits ; je pardonnai à l'amour tous les male
heurs qu'il m'avoit cauſez , & jamais bon
144 LE MERCURE
heur n'a été comparable au mien. Le Che→
valier n'aimoit plus Madame Danzire , it
n'alloit plus chez elle , il m'en parloit fans
être piqué , il me difoit froidement qu'elle
étoit une coquette. Enfin j'étois la plus
heureufe de toutes les femmes , & l'amour
épuifoit fur mon coeur tout ce qu'il avoit
de délicieux. Le Chevalier venoit me voir
affidûment , il avoit avec moi cette vivacité
que l'amour lui avoit renduë. Mais ,
Madame , je n'étois pas née pour être heureufe
; & voici la lettre qu'il m'écrivit
après avoir été deux jours fans venir me
voir.
>
Je pars , ma chere Lucilie , pour aller
finir loin de vous une vie que je de efte
Je pars le crime dans le caur & plein
encore de la perfide Madame Danzire . Je
vous trompois , je me trompois moi - même,
quand je vous difois que je ne l'aimois plus .
Cependant plaignez- moi quelquefois , je le
merite un peu , tout ingrat que je fuis. Adieu,
ma chere Lucilie , ne me haïffer pas .
Quand j'appris , Madame , que je ne
verrois plus mon cher Chevalier , je penfai
mourir de douleur. Je le regrettai comme
s'il m'eût été fidele , & je lui pardonnai
tout, excepté fon abfence. Je l'aimois affez
pour me paffer de fon amour : ma pallion
quofque malheureufe , m'étoit chere ; je le
voyois ingrat , mais enfin je le voyois. Il
m'arriva
DE DECEMBRE.
145

.
m'arriva dans ce tems-là un furcroît de
douleur , ma mere mourut , mes larmes
redoublerent ; j'en eus â verfer pour les
deux perfonnes qui m'étoient les plus cheres.
Encore fi j'avois eu mon Amant pour
me confolert de la perte de ma mere : mais
je ne fçavois où il étoit allé , & cette idéelà
me defefperoit. Enfin il y avoit trois
ans que l'ingrat ne m'avoit donné de fes
nouvelles , lorsque vous le vîtes entrer
tout d'un coup dans mon Cabinet.
Quel trouble ne parut pas dans mes yeux ,
& comment aurois- je pû vous le cacher ?
Je vous l'avouerai , Madame , de tous les
mouvemens qui m'avoient faifie à l'arivée
du Chevalier , il ne me refta , quand vous
fûtes partie , que la joie de le revoir ; &
de combien cette joie ne fut- elle point augmentée
, quand il m'apprit qu'il étoit
fidele. Il l'eft , Madame , je n'en puis douter,
Ouy , mon cher Chevalier m'aime ,
je n'ai plus de Madame Danzire à craindre,
& la perfide eft oubliée ; il m'offre , pour
m'en affurer, fa main & fa fortune ; & il
eft bon que je vous dife qu'elle eft devenue
par la mort de fon Oncle une des
plus brillantes du Royaume : mais de tous
ces biens- là je n'en veux qu'à fon coeur.
Qu'il ne me parle plus de fa main , elle eſt
faite pour m'oter fa tendreffe , & je haïs
tout ce qui peut me la faire perdre. Il est
N
146 LE MERCURE
vrai que je mourrois , fi je le voiois paffer
entre les bras d'une autre ; mais quoi ! on
ne fauroit s'aimer toujours , & ne s'époufer
jamais.
ARRESTS , EDITS
A
Declarations .
RREST du Confeil du 29 Novembre 1720,
par lequel S. M. ordonne que tous les Engagiftes
de fes Domaines , dont Elle a ordonné la
réunion par l'Arreft de fon Confeil du 21 Novembre
1719, lefquels n'ont point encore rapporté
leurs Titres pardevant les Sieurs Commiflaires y
denommez , feront tenus d'y fatisfaire au plûtard
& pour dernier delai avant le premier Avril prochain
, paffé lequel tems lefdits Domaines feront
& demeureront réunis en vertu du prefent Arreft,
& conformément à celui du 18 Fevrier dernier.
ARREST du Confeil du 30 Novembre 1720,
par lequel S. M. a caffé & annullé l'Arreft rendu
au Parlement de Bretagne le 21 Aouft de la pre .
fente année , en ce qu'il fait défenſes à tous
Etrangers qui n'ont pas leur domicile en Bretagne ,
d'acheter ni enlever de ladite Province du Beurdu
Suif & de la Cire , & aux Habitans de
ladite Province de leur en vendre à peine d'être
procedé, même extraordinairement , s'ily echet ,
contre les uns & contre les autres : Ordonne Sa
Majefté que fans avoir égard aux défenſes portées.
par ledit Arreft , fes Sujets des autres Provinces
re , :
DE DECEMBRE. 147
du Royaume , pourront à l'avenir faire emplette
defdites denrées , & les Habitans de Bretagne
leur en vendre tout de même & ainfi qu'il ſe
pratiquoit avant ledit Arreft.
ARREST du Confeil du 30 Novembre 1720 '
qui ordonne le remboursement des Creancicis de
la Communauté des anciens Jurez Vendeurs &
Controlleurs de vin de la Ville & Fauxbourgs
de Paris.
ARREST du Confeil du 2 Decembre 1720 ,
par lequel Sa Majesté ordonne que fuivant &
conformément aux Arrefts des 24 Octobre 1 , & 9
Novembre derniers , les Actions qui n'
n'auront
point été timbrées d'un fecond Sceau de la Com .
pagnie des Indes , feront & demeureront nulles .
x de nulle valeur. Fait Sa Majesté défenſe de les
expofer dans le Commerce & de les negocier , à
peine de trois mille livres d'amende tant contre
le vendeur que contre l'acheteur , applicable
moitié au Denonciateur , & moitié à l Hôpital
General de Paris.
la
ARREST du Confeil du 3 Decembre 1720 ,
par lequel Sa Majelté proroge jufqu'au premier
Janvier prochain exclufivement le delai porté
par l'Arrelt du 8 Novembre dernier ,
pour
converfion de tous les Billets de Banque de mille
livres & de dix mille livres en Actions ou dixiémes
d'Actions rentieres de la Compagnie des Indes
: Ordonne Sa Majefté que dans le cours du
prefent mois de Decembre tous Proprietaires ,
Porteurs ou Depofitaires defdits Billets , feront
tenus d'en faire ladite converfion en la forme
& maniere portée par ledit Arreft ; quoi faifant
& rapportant lefdites Actions , ou Dixièmes d'Ations
Rentieres , lefdits Depofitaires ferent &
Nij
148 LELE MERCURE
demeureront bien & valablement quittes & déchargez.
Veut Sa Majefte que par le Commis
prépofé pour ladite Convertion , il en foit delivré
aufdits Dépofitaires tels Certificats qui lui
feront demandez ; Et après l'expiration du delai .
ci-deffus fixé , fans qu'il puiffe en être accordé
aucun autre , Sa Maj fté ordonne que lefaits Bil- ,
lets de mille livres & de dix mille livres , dont la
converfion n'aura pas été faite , feront & demeu .
reront nuls & de nulle valeur , & dès à prefent ,
declare lefdits Billets de Banque de dix mille
livres & de mille livres hors de tout cours dans
le Commerce , faiſant défenſes de les donner ni
recevoir dans aucunes Negociations , à commencer
du jour de la públication du prefent Arreft
, à peine de confifcation , tant defdits Billets ,
des effets pour
que
la valeur defquels ils auront
été donnez ou reçus , & de trois mille livres d'amende
, tant contre le vendeur que contre l'acheteur
, applicable moitié au Denonciateur , &
moitié à l'Hôpital General de Paris. N'entend
neanmoins Sa Majefté ne rien innover à l'exception
portée par ledit Arreft du 8 Novembre
dernier , en faveur defdits Billets dépofez par
autorité de Justice.
ARREST du Confeil du 10 Decembre 1720 ,
par lequel S. M. ordonne que dans quinzaine ,
pour toute préfixion & delai , les Porteurs des
Recepiffez donnez par le fieur Miotte , fes Procureurs
, Commis & Prépofez , en execution de
l'Edit du mois de Mars 1693 , & Arreſt du 15
Juin 1708 , feront tenus de les reprefenter pardevant
le fieur d'Ombreval Avocat General de
la Cour des Aydes , que Sa Majefté a commis à
cet effet , pour eftre par lui vifez , & enfuite
eftre pourvû à leur rembourfement , des fonds
qui feront à cet effet deſtinez par Sa Majeſté ,
DE DECEMBRE . 149
fuivant la liquidation qui en fera faite par ledit
fieur Commiffaires Et ledit de'ai de quinzaine paffé,
Sa Majesté les a declarez & declare nuls & de
nul effet : Enjoint aux Fermiers & Receveurs des
Domaines de faire le recouvrement des fommes
qui pourroient eftre dûes par les Porteurs defdits
Recepiffez non reprefentez , à quoi faire contraints
les voies aufquelles ils par
font obligez
: Ordonne que le prefent Arteft fera executé
nonobftant toutes oppofitions ou empêchemens
quelconques, dont fi aucuns interviennent ,
Sa
Majefté s'eft refervé la connoiffance , & icelle
interdit à toutes fes autres Cours & Juges.
Y
ARREST du Confeil du 15 Decembre 1720 ,
par lequel s . M. proroge le terme accordé aux
Actionnaires pour payer les cent cinquante liv.
par Action , à eux demandées par l'Arreft dudit
jour 27 Novembre dernier , jufqu'au 31 du
prefent mois inclufivement : permettant aux Directeurs
de recevoir pendant ledit tems des
Actionnaires les Louis d'argent fur le pied de
trois livres & les Louis d'or de la nouvelle
fabrication fur le pied de cinquante quatre livres
piece.
,
DECLARATION
DU ROY,
Portant retablissement du Parlement en la
Ville de Paris.
L&
OUIS par la de Dieu , Roi de France
grace
& de Navarre : à tous ceux qui ces prefentes
Lettres verront , Salut. De certaines confiderations
Nous auroient porté à rendre une Declaration
Niij
150 LE MERCURE
le 21 Juillet dernier , par laquelle Nous aurions
transferé norre Cour de Parlement de Paris en
notre Ville de Pontoife ; mais ces raifons ayant
ceffé ; confiderant d'ailleurs que nos Sujets de
fon Reffort trouveront un grand avantage dans
fon rétabliſſement en notre bonne Ville de Paris
par la promptitude & la facilité de l'expedition ,
& eftant perfuadez que tous les Officiers qui
compofent notredite Cour , s'emprefferont à
Nous donner de nouvelles marques de leur zele
& de leur attachement à notre fervice , & de
leur foumiflion à nos intentions. A ces caufes ,
de l'avis de notre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Oricans Petit Fils de France , Regent ;
de notre tres cher & tres amé Oncle le Duc
de Chartres ' , premier Prince de notre Sang ; de
#otre tres-cher & tres amé Coufin le Duc de
Bourbon ; de notre tres - cher & tres amé Coulin
le Comte de Charollois ; de notre tres cher &
tres-amé Coufin le Prince de Conty , Princes de
notre Sang ; de notre tres- cher & tres- ané Onelé
le Comte de Teuloufe Prince legitimé , &
autres Pairs de France , Grands & Notables
Perfonna es de notre Royaume ; & de notre
certaine fcience , pleine puiffance & autorité
Royale , Nous avons transferé & rétabli , & par
ces Prefentes fignées de notre main , transfe
rons & rétabliffons notrçdite Cour de Parlement ›
féant de prefent à Pontoife , en notre bonne
Ville de Pa.is , en laquelle Nous entendons
qu'Elle exerce fes functions ordinaires comme
Elle faifoit avant notredite Declaration du 21
Juillet ; Voulons neanmoins que tour ce que
notredite Cour de Parlement transferée à Pontoife
, y a arrefté & ordonné , forte fon plein
& entier effet . Si donnons en mandement à nos
amicz & feaux Confeillers les Gens tenans notredite
Cour de Parlement , que ces Prefentes ils
DE DECEMBRE. 151
yent à faire lire , publier & enregistrer , & à
res faire garder & obferver felon leur forme &
teneur ; Car tel eft notre plaifir ; en témoin de
quoi Nous y avons fait mettre notre Scel.
Donnée à Paris le feizième jour de Decembre
l'an de grace mil fept cent vingt , & de notre
Regue le fixième . Signé LOUIS , & plus bas
Par le Roy , le Duc d'Orleans Regent , prefent.
PHELYPEAUX. Et fcellée du grand Sceau de cire
jaune.
Registrées , ouy , ce requerant le Procureur General
du Roy , pour eftre executées felon leurforme
& teneur , Copies collarionnées envoyées aux
Bailliages Senéchauffées du Reffort , poury être
lites , publiées & registrées ; Enjoint aux Subftituts
du Procureur General du Roy d'y tenir la
main , & d'en certifier la Cour dans un mois
fuivant l'Arreft de ce jour. En Parlement féant
à Pontoife , le dix-feft Decembre mil fett cent
vingt. Signé GILBERT.
ARREST du Confeil du 24 Décembre 1720 ,
qui proroge jufqu'au premier Mars prochain la
remife des deux tiers des droits des Fermes fur
Beftiaux entrans dans la Ville & Fanxbourgs de
Paris , & dans les autres Villes fujettes aux mêmes
Droits .
ARREST du Confeil du 26 Decembre 1720 ,
par lequel S. M. ordonne ,
ART. I. Les Comptes en Banque & Viremers
de Parties n'auront plus cours , à compter du
jour de la publication du prefent Arreft , & ne
pourront plus eftre donnez en payement , même
entre Marchands & Negocians , & pour Letues
de Change , Billets de Commerce & ventes de
Marchandiſes en gros , s'ils n'ont été avant lajite
N iiij
152
LE MERCURE
publication valablement confignez ou offerts en
Juftice , fur quoi il fera fait droit ainsi qu'il
appartiendra par les Juges aufquels la connoiffance
en a été attribuée par lefdits Arreſts des 13
Juillet & 16 de ce mois.
II . Veut & ordonne neanmoins Sa Majefté que
les Lettres de Change qui ont été tirées , & que
les Billets de Commerce , & les Ventes de Marchandifes
en gros , qui ont été faits & paffez
pour la fomme de cinq cens livres & audeffus ,
avant ladite publication , foient payez fur le pied
de la valeur effective qui aura été fournie pour
avoir lefdites Lettres de Change & Billets de
Commerce , ou pour le prix defaites Marchandifes.
III. Permet Sa Majefté de faire pour toute
forte de Trafic & Commerce les ftipulations en
Efpeces d'or & d'argent , même entre Marchands
& Negocians , à quelques fommes que lesdites
ftipulations puiffent fe monter.
IV. Les Porteurs & Proprietaires defdits Comptes
en Banque feront tenus de les emploier à
leur choix avant le premier jour du mois de Mars
prochain , en acquifition de Rentes viageres fur
les Aydes & Gabelles , ou de Rentes fur les Tailles
&autres Impofitions , tant des Pays d'Elections , que
des Pays d'Etats , créées par Edits du mois d'Aout
dernier , ou d'Actions & Dixiémes d'Actions fur
la Compagnie des Indes , en obfervant la formeprefcrite
par l'Arreft du 18 Septembre dernier ;
& feront lefdits Comptes en Banque reçûs pour
lefdits emplois fans aucune reduction & pour
toute feur valeur , nonobftant l'Arreft du 15
Septembre dernier , auquel Sa Majeſté a dérogé
& déroge pour cet égard. Ordonne Sa Majefté
qu'après ledit temps paflé , pour toute préfixion
& delay , lefdits Comptes en Banque feront &
demeureront convertis en Actions Rentieres fur
DE DECEMBRE. 153
la Compagnie des Indes , à raifon de deux pour
"cent d'intereft par an ; defquelles Actions & interefts
d'icelles Sa Majefté demeurera garante.
V. Ordonne en confequence Sa Majesté que .
les Droits d'Entrée & de Sortie du Royaume ne
feront plus , à compter du jour de la publication
du prefent Arreft ,, acquittez en Ecritures en
Banque , & ne pourront eftre payez qu'en Efpeces
d'or & d'argent , fuivant la valeur qu'elles
auront lors defdits Payemens .

EPIGRAMME S.
SUR CIBELLE.
Par Mr DUBUIS SO N.
Erremal avec la fortune
Et cependant au cours
Surpaffer blonde & brune
Par de brillans atours ,
Cela dit quelque chofe , Expliquons -nous , la belle.
Qui cherchez- vous ? un amant ? un mary ?
Demandois-je hier à Cibelle :
Ce qu'on voudra , répondit-elle ;
Mais prendre un maître est un méchant party.
F'entens un époux feroit chiche ,
Et la magnificence a pour vous des appas ,
Je ne m'y connois pas ,
Ou vous cherchez un amant riche.
154
LE MERCURE
SUR UN VOYAGEUR.
Pour contenter fon efprit curieux,
Blaife à grands frais courut de Ville en Ville ,
Il fe ruina. Fut ce trait captieux ?
Fut-ce trait. d'homme habile ?
Blaife revint ignard , cefut trait d'imbécile ,
Moins depenfer eût valu micax.
A NINON ,
Sur la mort d'une Epoufe aimable .
Lifimon va par vous être complimenté ,
Cette visite eft excuſable.
L'ufage , pour vous favorable ,
En fait aux gens polis une neceffité';
Mais fi ce n'étoit bien qu'une civilité ,
Embelliriez vous par l'extrême parure ,
Les attraits qu'en naiffant vous donna la nature ?
Un autre foin vous met en atours éclatans ;
Lifimon eft bel homme , &fa fortune est haute ,
Convenez - en , Ninon , s'il reste veuf long- tems ,
Ce ne fera pas votre faute.
DE DECEMBRE.
195
2012:4 : 12ZUTE
EPIGRAMMES DE OWEN.
GAlien à nos maladies
Doit le trefor de ſa ſanté ¿
Justinien à nos folies ,
Sa fageffe & fon équité :
Portons nous bien & foyons fages ,
Nous verrons fur ces Personnages
Retomber noftre infirmité.
A U TRE.
Anaxagore , grave Auteur ,
soutenoit autrefois que la nége étoit noire ,
Au credule Corbeau le Renard feducteur
Difoit que les Corbeaux faifoient honte à l'yvoire :
Anaxagores & Renard's
Naiffent encor de toutes parts.
quan-
La premiere Enigme du mois paffé ne roule
que fur un Equivoque ; il ne s'agit pour le
lever, que de compter le nombre ou la
tité de lettres qui compofent les mots de quatorze
& buit , qui pris litteralement ne
font que 12 ; ainfi onze ajoutez à trois ,
n'en produisent que neuf.
Le mot de la feconde Enigme , eft
Ecreviffe.
156 LE MERCURE
TH
ENIGM E.
LA matiere meforme , & ne fuis point matiere !
Auffi fuis -je invisible à la façon des Dieux :
Mais onfent les effets de ma puiſſance altiere ,
Dès l'inftant que je prends naiſſancefous les cieux.
"
Comme je fuisfans corps , je n'ay point de ftature ,
Je fuis pourtant petite , j'ay de la grandeur ;
Non humeur eft auſſi de diverſe nature ,
Tantôt lente , tantôt d'une tres vive ardeur.
Je n'ayjamais apris la façon de combattre ,
Etfouvent devant moy l'on tremble à mon abord,
Le plus vaillant Heros ſe voit lui- même abbattre ,
Sijevis avec lui deux jours , quoique d'accord.
Je m'en vais quelque tems, je reviens fur ma trace;
De là , l'on double , triple , & quadruple mon nom ;
On le dit continu , quand je demeure en place :
Quoi qu'ilenfait , jamais je ne fais rien de bon.
Très rarement je fors de l'endroit que j'habite ;
Sans avoir vû couler beaucoup de fang & d'eau ,
Ingratte que je fuis , quelquefois je m'irrite ,
Jusqu'àfaire tomber mon fourien au tombeau.
Ut vans
tut le Octobre 1720.
1
DE
77711
13
Decem
Je del.n.
13FF
DE DECEMBRE.
157
AUTRE.
Av midy d'un grand fleuve en païs éloigné ,
Je nais d'une figure affezfoible & fort tendre :
( Or , ccfleuve a le nom d'un Saint martyrisë,
A ce mot , Voyageur , tupeux affez m'entendre )
Mon fruit eft precieux ; on s'empreffe à le prendre ;
Le metal le plus beau , près de lui n'est que cendre
En certain lieu. De plus la coquette beauté
En luy trouve de quoy masquer fon teint uſé :
Il fournit au galant qui hante les ruelles
Dequoy raffafier l'appetit de fes belles .
CHANSON.
JEE ne puis vous être infidelle ,
-
Croyez en vos yeux mon coeur :
Soyez ou fenfible ou cruelle ,
Vous ne pouvez qu'augmenter mon ardcur.
MORTS.
Find Croix de l'Ordre de Saint Jean de Je-
Rere Jean Baptifte de Frénoy , Bailly
rufalem , Commandeur de la Croix en Brie , cydevant
General des Galeres du même Ordre , mou-
Octobre 1720.
rut le
158 LE MERCURE
Meffire Jean Bauyn , Chevalier de l'Ordre de
Saint Louis , Maréchal des Camps & Armées de
Sa Majefté , ancien Capitaine au Regimeut des
Gardes Françoifes , & Gouverneur de Furnes ,
mourut le 30 Octobre , âgé de 68 ans.
Meffire Jacques Belin , Chanoine de l'Eglife
de Paris , mourut le 30 Octobre en fa foixantetroifiéme
année.
Meflire N. Marquis d'Aligre , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , mourut à
Toulon le 31 Octobre..
Dame Diane Charlotte de Caumont Lauzun ,
veive de Meffire Armand de Bautru , Comte de
Nogent , Maréchal des Camps & Armées du Roy,
Lieutenant General de la Province d'Auvergne
& Maître de la Garderobbe du Roy , mourut le
4 Novembre en fa quatre vingt huitième année .
Meffire François de Bertons de Crillon , Arche
èque de Vienne depuis 1714 , & auparavant
Evêque de Vence , mourut en fon Dioceſe le
Novembre ; il étoit Abbé de Saint Liguarre & de
Saint Florent de Saumur . •
Meffire Louis de Fretat de Boiffieu , Evêque de
Saint Brieu depuis 170s , y mourut le
vembre.
No-
Meffire Jean Paffart , Seigneur de Saint Aubin
& du Pontel , Chanoine de l'Eglife de Paris ,
mourutle 10 Novembre .
Meffire Charles Barin de la Galiffonniere ,
Doyen des Subftituts de M. le Procureur General
du Parlement , mourut fans alliance le 13 Novembre.
Il étoit fils de Meffire Jacques Barin ,
Marquis de la Galiffonniere , Confeiller d'Etat ,
mort en 1683 .
Melfire Daniel Nicolas de Cabaignes , Seigneur
de Boifmo el , Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , Brigadier des Armées du Roy , & Gentilhomme
ordinaire de S. A. R. Monfeigneur le
Duc d'Orleans Regent , mourut le 14 Novembre.
DE DECEMBRE
159
Dame Marie Henriette le Hardy- du Eay de la
Trouffe , veuve de Meffire Jacques Claude de
da Pallu , Comte de Bouligneux , Capitaine-
Lieutenant de deux cens hommes d'Ordonnance
du Roy , fous le titre de la feuë Reine Trifayeule
de Sa Majesté , & Lieutenant General de fes Armées
, mourut le 26 Novembre dans un âge fort
avancé .
Meffire Michel André Jubart , Marquis de
Bouville , &c . Confeiller d'Etat , mourut le
Novembre , laiffant pofterité de Dame Nicole-
Françoiſe Defmarets.
Meffire Louis Urbain le Févre de Caumartin ,
Comte de Moret , Marquis de Saint Ange , Confeiller
d'Etat ordinaire , fous - Doyen du Confeil ,
mourut le 2 Decembre , âgé de 67 ans ou environ
.
Meffire de Marnais , Chevalier de l'Ordre de
Saint Louis , Lieutenant General des Armées du
Roy , & Lieutenant des Gardes du Corps , mourut
le 2 Decembre .
Dame Marie Jacquet , veuve de Meffire Nicolas
du Bois Baillet , Prefident au Grand Confeil,
mourut le 3 Decembre.
Dame Marie le Feron , épouse de Meffire Claude
de Thiard , Comte de Billy , & auparavant veuve
de Meffire Franço's le Maître , Seigneur de Perfac
, Confiller de la grande Chambre du Parlement
, mourut le 4 Decembre,
Meffire Louis Marquis de Guifcard , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant General de fes
Armées , & Gouverneur de Sedan , mourut le
Decembre , en fa foixante - dixième année .
Meffire Jean Louis Habert de Montmor, Comte
du Mefnil- Habert , les Lays , & c. Maître des
Requêtes honoraire , & cy- devant Intendant des
Armées Navales de Sa Majefté , mourut le 6 Decembre.
150 LE MERCURE
Dame Marie Andrée Fargés , époufe de Meffire
Henry de Beaudean , Marquis de Parabere ,
Meftre de Camp d'une Brigade dans le Regiment
Royal des Carabiniers , mourut en couche le 7
Decembre , âgée de 23 ans.
MORTS ETRANGERES .
MA
Arie-Antoinette Comteffe d'Althan , épouſe
de Jean Jofeph Comte de Breiner , mourut
à Vienne le fix Octobre , âgé de 31 ans.
Roch de Stella , Comte de Sainte Croix ,
Seigneur de Warrenftein & de Grimenftein , Lieutenant
Maréchal de Camp General de l'Empefon
Confeiller d'Etat , & du Confeil d'Efpagne
, mourut à Vienne le 15 Octobre , âgé de
reur ,
59 ans .
Jean-Chriftophle Comte de Hattinghen , Confeiller
Aulique de l'Empereur , mourut le 15
Octobre , âgé de 62 ans .
Dom Francifco Palanco , Evêque de Xaca en
Efpagne , cy-devant Provincial des Minimes ,
connu par fes Ouvrages , & recommandable par
fa pieté , mourut en fon Evêché le
âgé de 63 ans.
Octobre,
Barthelemy de Soufa , Secretaire des Commandemens
du Roy & du Confeil de Portugal , mourut
Lisbonne le 12 Octobre en ,fa foixantedixiéme
année.
'François Caraccioli , Prince de Torrebrano ,
l'un des Confeillers Regens de Cape & d'Epée
à Naples , y mourut le 10 Octobre.
Eftienne Comte de Stainville , Confeiller d'Etat
de l'Empereur , Maréchal general de Camp ,
Colonel d'un Regiment de Cuiralliers , & Gouwerneur
general de la Tranfilvanie , mourut le
21 Octobre.

Polixene Jofephe Comteffe de Juckafith ,
'épouſe
DE DECEMBRE. 161
époufe d'Antoine - Alexandre Comte de Hatzfeld,
Lieutenant Colonel & Commandant d'un Regiment
d'Infantetie , mourut à Vienne le 22 Ocóbre
, âgée de 44 ans .
>
Marie Catherine , époufe de Jean - Charles
Bartolotti , Baron de Partenfeld Confeiller
Aulique de l'Empereur , mourut à Vienne le
23 Octobre.
La Comteffe Douairiere de Suffolck en Angleterre
, mourut le Octobre.
Catherine Barbe , Baronne de Wertems , veu -
ve de N. Comte de Herberftein , mourut à
Vienne le 14 Novembre , âgée de 66 ans .
&
Dom Flavio Grufo , Doyen du Confeil ,
Chef de la Rote , mourut à Naples le 15 Novembre,
Laurent Cafoni , qui avoit été nommé Cardinal
en 1706 par le Pape Clement XI , mourut
le 19 Novembre , âge de 75 ans.
Rudiger Golwein , Baron de Furstenbusch ,
eigneur de Wanfchen , de Gafenegg , & c . Coneiller
Aulique de l'Empereur , mourut le 19
Novembre , âgé de 61 an ..
Dom Hiacinthe Pereyra de Caftro , Envoyé
extraordinaire de Portugal en Angleterre , mourut
à Londres le 20 Novembre.
MARIAGES ETRANGERS.
N. Comte Branichi , Starofte de Luceorie ,
époufa le premier Octobre la Princeffe Catherine
de Radzevil , fille aînée du feu Duc de Radzevil
, Grand Chancelier de Lithuanie.
Victor- Antoine Comte Philippi de Baldiffero ,
Colonel de Cavalerie & Commandant le Regiment
de Dragons du Margrave de Brandebourg
Bareitz au fervice de l'Empereur , époufa a
Vienne le 21 Octobre Marie Rebecca , Comteffe
162 LE MERCURE .
de Mallentain , Dame d'honneur de l'Impera
trice regnante.
*
Thomas de Sylva Telles , fecond fils du Marquis
d'Alegrette , épouſa à Lisbonne le
Octobre Marie de Lima , fille de N. Vicomte.
de ' Villanova de Cervera .
Et Laurent de Mendoza , fils aîné du Comte
du Val- de- Reys , époufa Thereſe de Mafcarenhas
, Dame de la Reine de Portugal.
Erneft Jofeph Comte de Breuner , épouſa à
Vienne le 10 Novembre Marie Jofephe Comteffe
de Kienxbourg , Dame de l'Imperatrice
regnante.
NAISSANCE.
La nuit du 17 au 18 Novembre ; l'Archiducheffe
Marie Jofephe , Princeffe Royale &
Electorale de Saxe , accoucha à Drefde d'un
Prince , qui fat batifé le 19 , & nommé Charles
Frederic Angufte- François.
CHARGES ET DIGNITEZ.
OM Vincent Caraffe , Prince de la Roccel
Do
Octobre Confeiller d'Etat par 1 Empereur .
En Octobre le Roy d'Efpagne nomma Briga--
diers de fes Armées ,
N. Aquaviva , Duc d'Atri.
Dom Juan Pacheco Portocarrero.
& Dom Sebaftien de Matamoros .
Sa Majefté Catholique donna auffi le Regiment
d'Infanterie de Cantabrie à Dom Louis de
Guendica.
Celui de Portugal à Dom Pedro de Bargas.
Celui de Savoye à Dom Jerome Paftor.
Celui de Vitonia à Dom Guillaumt Lacy,
DE DECEMBRE. 163


Le Regiment de Cavalerie de Sicile , à Domn
Juan de Requefens.
Celui de Dragons de Frife à Dom Alberi
Tornieli , la Lieutenance Colonelle du Regiment
de Cavalerie de Sant Jago à Dom Melchior de
Solis.
Et la Lieutenance de Roy de Rofes à Dom
Juan-Jofeph Durant , qui étoit Major de la même
Place .
MARIAGES DE PARIS.
Effire Charles Timoleon Louis de Coffé ,
• Mburde Brillac , Pair & grand Pannetier de
France , époufa le Octobre N. Pecoil , fille
unique de feu Meffire Claude Pecoil , Seigneur .
de la Villedieu , Maiftre des Requeftes.
Le 23 du même
mois
, Meffire
André
de Me
nou
, Chevalier
, Seigneur
, Comte
de Charnifai
,
Saint
-Michel
des
Landes
, Boifvollier
& autres
lieux
, frere
de M. le Marquis
de Menou
, Capitaine
Lieutenant
des
Chevaux
- Legers
d'Anjou
,
Brigadier
des Armées
du Roy
, époufa
D. Marie-
Angelique
Briffon
. La Maifon
de Menou
eft originaire
de Touraine
, & affez
connue
. Pour
celle
de Briffon
, la
nouvelle
Epoufe
fe trouve
parente
de M.
le Marquis
de Ronferolles
- Pont
Saint-
Pierre
, de M.
Amelot
, ci devant
Ambaffadeur
de France
à la Cour
de Rome
, & de Monfieur

Bragelonne
. La nouvelle
Epoufe
eft
pareillement
alliée
par
Madame
Turpin
fa grand
mere
à M. le Duc
d'Aumont
, à Madame
la Ducheffe
de la Rochefoucault
, à Mefdames
les
Marquifes
de Beringhien
& de
Crequi
, à la Maifon
le
Tellier
Louvois
, & à plufieurs
autres
perfonnes
de diftinction
, qui fe font
également
diftinguées
dans
l'Epée
& dans
la Robe
.
Meffire Guy de Durfort , Duc de Lorges ,"
1
O ij
164
LE MERCURE
Comte de Quintin &c . époufa le 14 Decembre
Marie-Anne Antoinette de Mefmes , fille aînée
de Meffire Jean - Antoine de Mefmes , premier
Prefident du Parlement de Paris , & de Dame
Marie Therefe Feydeau de Brou . M. le Dic. de
Lorges avoit époufé en premieres noces Dame
Genevieve Thereſe Chamillart , fille de Meffire
Michel Chamillart , Miniftre d'Etat , &c. morte
en May 1714.
Le mariage s'eft fait à Pontoife chez M. le
premier Prefident . Il n'a voulu app Her à cette
fête d'autres Parens que le Parlement ; quoiqu'à'
ce titre il eut pû y inviter , tant de fon côté ,
que de celui de M. le Duc de Lorges , une grande
partie de la Cour, Mais l'amitié & l'attachement
de cette Compagnie l'ont accotumé à là
regarder comme fa famille ç'a été un fpectacle
vraiement digne d'un premier Prefident d'avoir
vu partager la joie du Mariage de fa fille
avec cet augufte Corps , & d'avoir jou en
même temps des plaifirs de Pere & de ceux de
Chef de cette Compagnie ce qui n'a jamais eu
d'exemple , & ne fera peutêtre jamais imité.
:
Tout le Parlement fe rendit chez lui fur les
cinq heures du foir . La fête commença par une
grande Mufique , qui dura jufqu'aux fiançailles .
& qui fut reprife jufqu'au fouper . Elle fut interrompue
par la fignature du Contrat de mariage
, qui fut figné par tout le Parlement.
La Ville de Pontoife eft fituée de façon
qu'elle fe préfente toute entiere en amphitheatre ,
à une gallerie de la Maifon de Saint - Martin ,
qui appartient à M. le Duc d'Albret , & que ce
Seigneur avoit prêtée au Premier Prefident . Tous'
les habitans étoient convenus entre eirx d'éclairer !
leurs maiſons à l'infçu de M. le premier Prefident
; de forte que l'on fut fort furpris d'une
lumiere extraordinaire & generale . C'étoit un
un coup d'oeil fingulier , que toute une Ville
}
DE DECEMBRE... 165
en feu par la difpoficion des Lampions fans nom-.
bre qui l'éclairoieat ; & ce dût être en même
tems une attention bien touchante pour celui
à qui elle s'adreffoit . Tout le Parlement y fut
fenfible , comme fi elle avoit eu pour objet chaque
particulier de cet augufte Senat .
Le fouper fut fervi à fept heures & demie ; il
y avoit trois tables ; une de 40 couverts , une
de 25 & une de 15. La magnificence de ce
repas auroit étonné ceux qui y affiftoient , s'ils.
n'y avoient été accoutumez par la fomptuofité
avec laquelle M. le premier Préfident a vecu
pendant fon fejour à Pontoife ,
Après le fouper , on tira un feu d'artifice dans
le Parterre de la Maifon ; la Mufique & le Jeu
recommencerent jufqu'à la Meffe , où tout le
Parlement affifta en Robes. Aprés la Meffe ,
tout le monde revint dans l'Appartement des
Maricz , pour affifter à la benediction du lit ,
& pour igoer à l'Acte de celebration de ma
riage , comme on avoit fait au Contrat.
Le lendemain 15 ; M. le Fevre Treforier des
Menus , arriva à midi. Il avoit reçu ordre de
S. A. R. d'apporter à la toilette de Madame la
Ducheffe de Lorges de la part du Roy un Col.
lier de perles , & une Croix de Diamans pour
prefent de nôces. Il le prefenta à la nouvelle
Mariée , en lui difant de la part du Roy , que
Sa Majesté étoit charmée de l'occafion qui
s'offroit de lui faire ce prefent , & que le
Roy fouhaittoit de la voir inceffamment.
Tout le Parlement revint à la toilette de Madame
la Ducheffe de Lorges , & refta à diner
chez M. le premier Prefident . Le diner fut fervi
avec la même magnificence & la même profufion
» que fi la même compagnie n'y avoit pas
Loupé la veille.
La Maifon de Durfort , d'où defcend M. le
166 LE MERCURE
Duc de Lorges , eft une de ces illuftres Maiſons
dont l'ancienneté ne peut être déterminée . Dès
le dixiéme fieele , Bernard de Durfort étoit un
des plus grands Seigneurs de Guyenne . De ce
temps là , il y en avoit plufieurs branches dans
l'Arragon , la Catalogne & le Languedoc , toutes
diftinguées par l'ancienneté de leur nobleffe ,
des dignitez & de leurs alliances . Bernard IV
du nom , eft le premier de la Branche de Duras
& de celle de Lorges , qui époufa en 1308 ,
Regine de Got , fille d'Arnaud Garcie de Got
Vicomte de Lomagne & de Haut - Villars , frere
du Pape Clement V. dont les defcendans heriterent
de la Terre & Seigneurie de Duras , &
de plufieurs autres tres confiderables. Depuis
Bernard jufqu'à prefent , l'on compte douze generations
. Les dignitez & les alliances avec les
Maifons les plus illuftres de la Province & du
Royaume , ont rendu ce nom celebre dans notre
Hiftoire & dans celle d'Angleterre & de Navarre .
L'on peut dire également de la Maifon de
Mefmes , que c'eft une des plus nobles & des
anciennes de la Province de Guyenne. Le premier
de ce nom , dont il refte des monumens
' eft Amanieu , Seigneur des Châteaux de Mefmes
, de Caixcheu , & des Terres d'Arnet & de
Barfey. Dans une Donation faite l'an 1219 à
l'Hôpital de Beffal , on lit au bas de l'Acte qui en
a été fait , Amanivus de Mames Miles , Amanieu
de Mefmes Chevalier ; qualité que l'on ne
donnoit qu'aux Seigneurs qui en avoient été
revétus folennellement: Un Cadet de cette Maifan
attaché aux Rais d'Angleterre dans le
tems qu ' is pofledoient la Guyenne , s'étoit éta
bli en Angleterre dans le Comté de Northum
berland des l'an 1200. Sa pofterité y a confer
vé le nom & les armes de Mefmes jufqu'a N.
de Melines Gouverneur de Barvvick ,
gudi
DE DECEMBRE . 167
mourut l'an 1567. Sans nous étendre davantage
, le Lecteur n'a qu'à confulter l'Hiftoire
de Thou , les Eloges de Sainte - Marthe , Ogier ,
Blanchard Hiftoire des Préfidens le Pere
Anfelme , Imhof , & le Nobiliaire de France ;
il verra que la Maifon de Mefmes a produit
de fiecle en fiecle plufieurs grands hommes
qui le font autant illuftrés par les Armes , que
diftingez dans la Robe .
NOUVELLES ETRANGERES
A Varfovie le 10 Decembre 1720.
LEtrangers ,
1
E Roy a fait avertir les Miniftres
qu'il fe difpofoit à retourner
en Saxe inceffammetit , & il leur
a fait donner part en même temps de:
Palliance que le Miniftre de l'Empereur
avoit propofée entre cette Couronne &
S. M. I .... S. M. a affuré les Senateurs /
de fon attention à maintenir la paix au,
dehors du Royaume , & à l'entretenir avec
les Puiffances Etrangeres , principalement
avec le Czar , à la Cour duquel S. M ..
doit envoyer un Ambaffadeur . Le Confeil
des Senateurs continue fes féances . Ily
a été réfolu de punir ,, fuivant la ri
gueur des Loix , ceux qui troubleroiene )
la tranquillité du Royaume , en contrevenant
au Traité de Varfovie , par 18+
#68
LE MERCURE
quel elle eft établie. Il a été auffi arrêté
que tout ce qui concernoit les Troupes
& la Police du Royaume , refteroit dans
le même état , juſqu'à ce qu'il en ait été
autrement ordonné dans la Republique ,
& le Roy a promis de convoquer les
Diettes particulieres , auffi fouvent que
le bien du Royaume le demanderoit .
L'Empereur a envoyé des ordres à fon
Refi lent à la Porte , pour tâcher d'engager
le Grand Seigneur à faire démolir la
Fortereffe de Choczim
Le Comte de Siniawski grand General
de la Couronne a enfin confenti , que
le Commandement des Troupes Etrangeres.
reftcroit au Comte de Flemming en qualité
de prentier General. Cet accommodement
s'eft paffé à la farisfaction reciproque
des parties intereffées. Le Roy
a donné au Comte de Flemming la Compagnie
de Huffards , vacante par la mort
du Starofte de Sandomir . S. M. a nommé
des Commiffaires , pour aller recevoir
les Prifonniers que le Czar a promis
de rendre , ainfi que l'Artillerie Polonnoife.
Ces mêmes Commiffaires doivent
travailler en même tems avec ceux de S.
M. Czarienne , à regler les limites en
Ukraine. Toutes les Troupes Kuffiennes
* Ville de la Moldavie fur le Niefter , from
tiere de Pologne & de Podolic.
font
DE DECEMBRE. 169
font forties de Curlande à la reſerve de
centhommes.
A Stokholm le 12 Decembre 1720.
Lautions neceffaires , pour s'oppofer
aux entrepriſes que le Czar pourroit former
cet hiver contre la Suede ; pour cet
effet , 5. M. a envoyé ordre à quelques
Regimens de quitter leurs Quartiers , &
de s'avancer vers les Frontieres. M. Aminof,
Lieutenant Colonel , eft revenu de
Rével , fans avoir pû executer fa commiffron
, qui confiftoit à propofer une échange
de quelques prifonniers Suedois contre
autant de Moscovites , ou à payer
leur rançon. Les deux Regimens Suedois
, commandez par le Major general'
Beker , arriverent le 17 du mois paffé à
Stralfund , & l'on a eu avis que la garnifon
Danoife avoit évacué le 14 du même
mois Maerſtrand ; après quoi elle s'étoit
embarquée pour Coppenhague. Let
Comte de Mayerfeld , Gouverneur de
Pomeranie , a reçû ordre de faire reparer
& augmenter les Fortifications de la
premiere de ces deux places. Le Roy a
donné ordre à tous les Ouvriers de la
Marine , qui font difperfés dans les differens
Ports de ce Royaume , de fe ren-
E Roy continue de prendre les
P
170 LE MERCURE
dre au plûtôt à Maerftrand , pour y conftruire
pendant cet hiver des Galeres que
S. M. a deffein de mettre en Mer au
Printems prochain. On remplit actuellement
les Magazins de toute forte de munitions
de Guerre & de bouche pour l'entretien
des Troupes qui doivent fervir la
campagne prochaine.
A Hambourg le 22 Decembre 1720.
Es Magiftrats de cette Ville ont fait
publier une Ordonnance pour faire
fortir de la Ville tous les joueurs de profeffion
, & autres gens fans aveu. Ils ont
donné en même tems les ordres neceffaires
pour remedier aux défordres qui
furviennent tous les jours entre plufieurs
Officiers de differentes Nations , & pour
empêcher les duels qui y deviennent frequens
depuis quelque tems. Le 6 de ce
mois le fieur Bibau Major Danois , & le
Baron de Keller Capitaine Suedois,, s'étant
batus fe blefferent dangereufement.
Le 16 au matin , le Roi de Pruffe arriva
incognito en cette Ville , accompagné
du Prince d'Anhalt . Deffau , & de
deux de fes Generaux. Le 17 S. M. s'é
tant rendue à Altena , retourna le même
jour en cette Ville , après quoi elle partit
pour Berlin. A juger par les apparenDE
DECEMBRE.
171 1
ces , tout fe prepare pour la tenuë du
Congrès de Brunſwick ; le Baron de
Keller , premier Plenipotentiaire de l'Empereur
, ayant ordre de s'y rendre inceffaiment.
Le Prince Delhoroucki Ambaffadeur
du Czar à Copenhague a eu audience de
congé de S. M. & il fe difpofe à en partir
inceffamment .
Les Lettres de Stralfund du 7 de ce
mois , portent que les Commiffaires Suedois
s'étant prefentés pour prendre poffelhon
de cette Fortereffe , le Commiffaire
Danois avoit refufé de traiter avec
eux , fur ce qu'ils n'étoient point autorifés
par un pouvoir figné du Roy de Suede
, ce qui les a obligés de dépêcher un
Exprès à Stockolm pour en avoir un en
bonne forme.
A Vienne le 15 Decembre 17201
E 26 du mois, paffé , l'ouverture de
l'affemblée des Etats de la Baffe - Autriche
, fe fit en cette Ville avec les cérémonies
ordinaires. Les Deputés s'étant
rendus dans la Grand'Salle où fe tient
cette Affemblée , l'Empereur fe plaça fur
fon Trône. Le Comte Philippe Louis de
Zinzendorff , Chancelier Aulique , leur
déclara les intentions de S. M. I. par un
Pij
172 LE MERCURE
Difcours qu'il prononça , & qui conte
noit en fubftance , » que S. M. I. ayant
conclu depuis peu la paix avec PEſpagne
, & ayant figné un Traité avec
» d'autres Puiffances , elle n'avoir pû ce-
» pendant , malgré la fage adininiftration
» de fes Finances , s'empêcher de con-
5 tracter pendant la derniere Guerre des
» dettes confiderables : Qu'il falloit pour
», cela chercher des fonds pour les acqui-
"
و د
ter , & pour entretenir les Troupes ne-
» ceffaires à la confervation de les Etats :
Qu'Elle leur avoit fait remettre un Memoire
des fomines qu'Elle leur demandoit
, dans lequel ils pourroient remarquer
fa bonté , & fon attention à
» les ménager : Qu'Elle les prioit de faire
reflexion fur la conjoncture preſente
» des affaires qui ne lui permettoient past
» de les foulager autant qu'Elle auroit
» fouhaité , & de reconnoître leur zele
» & la fidelité avec laquelle ils avoient
fait les plus grands effets , pour fubve
nir aux dépenfes de la derniere guerre..
» Il termina fon difcours , en declarant aux
Députez , que S. M. I. comptoit aflés fur
,, l'obéiffance des Etats, pour ne devoir pas
efperer qu'ils entreroient dans fes bonnes
intentions par un fecours auffi promt
» que proportionné aux juftes raiſons qui
le faifoient demander. L'Empereur prit
53
,
DÉ DECEMBRE.
171
enfuite la parole , & confirma de nouveau
le difcours de fon Chancelier.
Le Comte de Harrach , Maréchal de la
Diere , répondit que les Etats recevoient
avec foumiflion & reconnoiffance les témoignages
de bonté de S. M. I. Qu'ils
examineroient le Memoire qui leur avoit
été remis , & qu'ils feroient tous leurs
efforts pour correfpondre aux intentions de
S. M. Qu'à la verité les fubfides accordez
depuis plufieurs années , le grand nombre
de Troupes qu'ils avoient euës en Quartier
dans leurs Provinces , & la mauvaiſe recolte
de cette année , les mettoient comme hors
d'état de donner des marques de leur bonne
volonté : Que cependant ils n'oubliroien :
rien pour fatisfaire S. M. Ce Comte com-r
plimenta enfuite l'Empereur fur les avantages
de la derniere Paix , & lui demanda
fa protection pour les Etats. Après cette
ceremonie les Députez fe retirerent , pour
déliberer fur les demandes de S. M. I.
L'Empereur a donné le Gouvernement
de Tranfilvanie au Comte de Virmond , &
a nommé le Comte de Waldeſtin Conſeiller
au Confeil d'Etat. On attend en cette Cour
un Miniftre du Czar , avec le titre d'Ambaffadeur
ou d'Envoyé extraordinaire.
L'Envoyé de Dannemarck a declaré à l'Empereur
que le Roy fon Maître , par pure
déference pour S. M. I. confentoit à rea-
"
P iij
174 LE MERCURE
dre le Duché de Holftein au Duc de ce
nom , à condition qu'il ne fe mêleroit plus
à l'avenir des affaires que le Roy de Dannemarck
pourroit avoir avec la Cour de
Suede.
Le Duc de Mekelbourg qui fejournoit
ici depuis quelques mois , après avoir eu
audience de l'Empereur , partit le mois dernier
pour retourner dans fes Etats. Il n'a
obtenu avant fon départ aucune réponſe
favorable , touchant les plaintes qu'il a faites
à l'Empereur des refolutions du Con.
feil Aulique , oppofées à les interêts . Le
Comte de Kinski , nommé Ambaſſadeur
de S. M. I. auprès du Czar , ayant reçu
fes inftructions , s'eft mis en chemin pour
Petersbourg.
On fait ici travailler au lit & au berceau
qu'on doit envoyer au Prince Electo
ral de Saxe , à la Princeffe & au jeune
Prince nouveau né. Outre ce prefent eftimé
30000 écus , S. M. I. a dépêché un Exprès
à Drefde pour remettre à L. A. R. plufieurs
bijoux de prix , que l'on fait monter
so mille écus.
50
Le 6 de mois S. M. I. donna la barette
au Cardinal Cienfuegos , à qui elle a conferé
le riche Evéché de Catane en Sicile ,
avec les revenus du Comté de Mezuculi .
L'Evêque de Vienne a été fait Confeiller
privé , ainfi que le Baron de Reikenften ,
DE DÉCEMBRE. 175
premier Miniftre de l'Evêque de Conſtance.
On a joint à cette dignité celle de Comte
de l'Empire. Le Prince de Naffau Siegen
doit arriver au premier jour en cette Cour,
pour folliciter fon rétabliffement dans fes
Etats.
Le Comté de Stadian reçut le 4 de ce
mois Pinveftiture de l'Evêché de Wirzbourg
, au nom du Prince fon Maître. Le
bruit fe répand que l'Imperatrice eft groffe .
La Diete des Etats de Hongrie eft rémife
à un autre tems , cette Aſſemblée ne
pouvant prendre aucune refolution en
l'abſence de l'Evêque de Neutra , qui eft
à la Cour de Pologne.
{
Le Comte de Colloredo Gouverneur du
Milanois , ayant plufieurs fois reprefenté
que ce Duché ne pouvoit pas entretenir
les 22 milles hommes qui y étoient en
Garnifon , Sa Majefté Imperiale a donné
fes ordres pour en faire fortir deux Regimens
de Cuiraffiers qui doivent paffer en
Allemagne .
I
Ala Haye le 28 Decembre 1720.
Es Etats de Hollande & de Weftfrife ,
ont prefenté un Memoire à L. H. P.
en faveur de M. Vander - Mer de Leiden ,
pour le faire nommer Miniftre de cet Etat
à Berlin. M. le Baron d'iffelmuiden éſt parti
Pinij
176 LE MERCURE
pour Munſter , en qualité d'Envoyé extraordinaire
de l'Etat. Le Confeil d'Etat eft
prefentement occupé à dreffer l'Etat de
guerre pour l'année 1721 .
L. H. P. ont envoyé dans les Provinces
un Memoire du Roy de Pruffe , par lequel
il demande qu'on choififfe M. de Salingre
pour Miniftre en fa Cour. Comme
la teneur de ce Memoire paroît être trop
preffante , on croit qu'il pourra bien n'avoir
point l'effet que S. M. Pruffienne en
attendoit ; ainfi l'élection d'un Miniftre
pour cette Cour , fera fufpendue pendant
quelque tems. Le Prince Kurakin ayant
reçu un Courier de Petersbourg , partit
„ d'abord pour Amfterdam , fans qu'on fcache
encore le fujet de fes dépêches,
L. H. P. ont deffendu par un Edit pu
blic , que perfonne , fous peine de la vie ,
n'entreprit de retirer les effets des trois bâtimens
de Marfeille qui font péris au
Texel , à moins que ce ne fût par ordre
de l'Amirauté .
M. Neni attend de nouvelles inftructions
du Marquis de Prié fur l'affaire de
la Barriere. Le Refident Ruffien , qui a eu
ordre de fortir d'Angleterre , eft arrivé ici .
A Londres le 26 Decembre 1720 .
E 19 , le Roy alla dans la Chambre
des Pairs , où les Communes s'étant
DE DECEMBRE. 177
rendues , S. M. fit aux deux Chambres
un difcours qui contient en ſubſtance Que
les Traitez de paix dans le Sud & dans
le Nord étant prêts d'étre conclus
#
ne manquoit qu'une aſſemblée pour les mettre
en forme , & qu'Elle auroit foin de les
faire remettre devant la Chambre. S. M.
recommanda à la Chambre des Commune's
de prendre des meſres promptes & efficaces
pour rétablir le credit public , & de pourvoir
en même tems aux fubfides neceffaires
pour les befoins de l'Etat Elle affura les
deux Chambres qu'Elle étoit difpofée à concourir
de tout fon pouvoir à l'avantage du
Commerce & au foulagement de fon peuple.
Les Communes , après de longues conteftations
, convinrent de préfenter une
Adreffe de remerciment à S. M.
On vient de publier un projer fous le
titre d'Effay , pour établir une nouvelle
Monnoie du Parlement , qui doit fervir
au rétabliffement du credit public. L'Auteur
propoſe de créer des Billets Parlementaires
pour la fomme de vingt millions
Sterlins , lefquels circuleront comme
les efpeces d'or & d'argent , porteront intereft
, &c. Pour cet effet , le Parlement
impoſera tant par livre fur les terres du
Royaume pendant un certain nombre d'années.
Il y a apparence que ce Projet fera
rejetté , les Communes ayant jufqu'à pre178
LE MERCURE
fent refufé d'engager les Terres.
Le 16 , la Cour fit partir un Courier
pour porter au Chevalier Sutton , Miniftre
du Roy à la Cour de France , les in
ftructions & les ordres de S. M. pour fe
rendre au Congrès de Cambray. Le Lord
Carteret qui a auffi été nommé Plenipo
tentiaire à ce Congrès , ſe diſpoſe à partir
pour s'y rendre.
L'Amiral Norris eft arrivé ici de la
Buoy de Nore , où il a laiffé la Flote venant
de la Mer Baltique.
Les Actions de la Compagnie du Sud
font tombées à 175 .
M. Buftofot , Refident du Czar de Mof
covie en cette Cour , partit au commencement
de ce mois , pour le retirer auprès
du Czar fon Maître. On attribue la caufe
de fon depart à un Memoire tres – injurieux
au Gouvernement & à la Couronne
de Suede , que ce Miniftre préfenta il y
a quelques mois .
On a appris du premier de ce mois de
differens endroits , que plufieurs de nos
Vaiffeaux avoient fait naufrage pendant la
derniere tempête.
Le Roy a donné au Colonel Nicolfon
le Gouvernement de la Caroline Meridionile
, & 2000 livres Sterlins , pour être
employez au Bâtiment de la Bibliotheque
de l'Univerſité de Cambrige. Le Prince de
,
DE DECEMBRE. 179
+
Galles a fait preſent de fon côté , de 1000
livres Sterlins pour le même Bâtiment.
Le Marquis de Pozzo Bueno , Ambaſſadeur
d'Eſpagne , & le Comte de Gazola , Envoyé
de Parme , arriverent ici le 16 , de Hollande.
Le Sieur Geoffroy Gilbert a été nommé
Chancelier du Royaume d'Irlande , & le
Roy a donné le Gouvernement de l'Ile des
Barbades au Lord Irwne.
A Madrid le 17 Decembre 1720.
E 28 du mois dernier , le Roy , la Rei-
LEne & les Infans arriverent ici de l'Efcurial
en bonne fanté , & le lendemain
29 L. M. allerent à N. D. d'Atoche , rendre
graces à Dieu de la derniiere victoire
remportée fur les Maures par l'armée de
S. M. Les lettres que l'on a reçues du
Camp de Ceuta depuis cette journée , por
tent que plufieurs détachemens de l'Armée
& de la Garnifon de cette Place , avoient été
occupez à combler & à demolir les autres
ouvrages que les Maures avoient conftruits
aux environs de la Ville. La pluie
qui eft tombée en abondance pendant quelques
jours , a été d'un grand ſecours pour
l'Armée. L'artillerie & toutes les munitions
de guerre & de bouche enlevées fur les Infideles
, ont été tranfportées dans la Place .
Les convois de vivres & de fourrages pour
180 LE MERCURE ,
l'entretien de l'Armée , y, arrivent journellement
des Ports d'Efpagne. Les Maures
continuent de fe renforcer leur Armée
peut être de 30000 hommes ou environ . Ils.
font fortir pendant la nuit de gros corps
de troupes , qu'ils font rentrer dans leur
Camp en plein jour , voulant faire croire
par là que leur Armée eft encore plus
nombreuſe qu'elle ne l'eft effectivement .
Le Roy a fait une promotion de plufieurs
Officiers , dans laquelle D. Domingo Luquefi
a été fait Lieutenant General , & D.
Vincent de Fuembuena , bleflé dans l'affaire
de Ceuta , a été nommé Brigadier .
Suivant les dernieres lettres de Lisbonne
, l'Infant D. Carlos avoit été un peu
foulagé de fes accès de fievte par quatre.
faignées qu'on lui a faites de fuite . Tailip- ..
Abecfi , fils de Bouchain Abecfi , Prince -
de Caftrovan dans la Province d'Antiliba
no en Sirie , arrivé depuis peu à Lisbonne , ˆ
a eu quelques audiences particulieres du
Roy.
A Rome le 10 Decembre 1720 .
LEPape a bien de la peine à fe rétablir.
Ses jambes continuent d'être enflées ,
& l'on a envoyé confulter les Medecins
du Grand Duc de Tofcane , pour fçavoir fi
on les ouvriroit. Il a de temps en temps
quelques accez de fievre , & a eu de grands
DE DECEMBRE . 18 L
vomiffemens , dont il a été un peu foulagé.
Le 29 du mois paffé , jour de la fête
de Saint Clement , qui étoit l'anniverfaire
de la creation du Pape , le Cardinal Tanara
Sous-Doyen , en l'abfence du Cardinal
Aftalli , fe rendit dans les appartemens du
Pape , où il fir le compliment ordinaire.
au nom du Sacré College , fur ce que Sa
Sainteté entroit dans la vingt uniéme année
de fon Pontificat . Il lui fouhaita enfuite
le parfait rétabliffement de fa fanté
& un grand nombre d'années . Le S, Pere
a accordé depuis quelques jours au grand
Maître de Malte , un Bref par lequel tous
les Chevaliers de l'Ordre qui ont plus de
300 liv . de revenu , feront obligez d'entretenir
chacun un foldat à leurs dépens pour la
fureté de l'Ifle de Malte. Le Cardinal d'Althan
continue à demander que les Armes
de l'Empereur foient mifes fur la porte de
Sainte Marie Majeure , & il a menacé les
Chanoines de les priver des revenus dont
ils jouiffent dans le Royaume de Sicile ,
s'ils refufoient d'obéir à cet ordre .
Le Cardinal Spinola a été difpenfé de
faire fon entrée publique avec le cortege
& les ceremonies ordinaires , afin d'éviter
la confufion , pendant laquelle il feroit
impoffible d'empêcher qu'il n'entrât quelque
étranger fans certificat de fanté. Les
differends entre le Cardinal Albani & te
182 LE MERCURE
Cardinal d'Althan , ont été terminez après
plufieurs conferences , & ils fe font rendu
vifite. D. Flavio Grufo , Doyen du Confeil
& Chef de la Rote , mourut le 15 du
IS
mois dernier à Naples, Le fieur Pifacane
Confeiller furnumeraire , lui a fuccedé dans
la Charge de Doyen du Confeil , & D. Ho
race Tauro a été nommé Lieutenant de la
Rote.
2
JOURNAL DE PARIS.
BENEFICES DONNEZ .
U 21 Novembre l'Abbaye de Biache-
Dlès Peronne , Ordre de Citeaux , vacante
par le decès de Madame de Monchy, "
a été donnée à Madame Defferteaux , Re-.
ligieufe au Paraclet.
Du 28 Novembre , le Prieuré de Javerzay
, Diocefe de Luçon, vacant par le decès
de M. le Mufnier , a été donné à M. Du
Bos Chanoine de Rouen..
Du 17 Decembre , l'Abbaye de N. D.
des Anges , Ordre de Saint Benoift , dans
la Ville de Coutances , vacante par le decès.
de Madame de Pelvé de Flers , a été donnée
à Madame de Pelvé de Flers fa four , Souprieure
dudit Convent.
Du 7 Decembre le Doyenné de l'Eglife
DE DECEMBRE. 183
Royale & Collegiale de Dole , Dioceſe de
Bezançon , vacant par le decès de M. de
Preigney , a été donné à M. de Bereur ,
Chanoine de cette Eglife.
>
Du 23 Decembre l'Abbaye Commendataire
de Touffaint en l'Ile de Châlons
en Champagne , vacante par la démiffion
de M. Elian , a été donnée à M.Lemaitre
de Paradis , Chanoine de Châlons , à charge
de 2000 liv. de pension pour M. Elian ,
fur ladite Abbaye.
M. l'Abbé de Bourbon , Abbé de Saint
Claude & du Bec , a obtenu la Coadjutorerie
de l'Abbaye de Marmontier , dont
M. de Lyone Prieur de Saint Martin des
Chumps eft Abbé.
Extrait d'une Lettre de Niort , du deuxième.
Decembre 1720.
M
Onfieur de Creil & Monfieur de la
Tour ont achevé leur ouvrage dans.
cette Election , les droits de la TailleTarifée
ont été ajugez dans toutes les Paroiffes ,
& l'on dit que le total monte à un dixiéme
plus haut que le total des Baux precedens ;
cela fait juger qu'il y a un dixiéme de plus
de Terres labourées & de vignes cultivées
qu'il n'y en avoit il y a trois ans.
Promotion de Marine du 10 Decembre.
Le Roy nomma M. le Comte de Châreaumorand
Lieutenant general de fes Ar184
LE MERCURE
mées Navales . S. M. a accordé à M. Dailly
Chef d'Efcadre , la permiffion de ſe retirer
avec 9000 livres de penfion fur la Marine,
& une Commiffion de Lieutenant General .
Chefs d'Efcadre.
N. Chevalier de Modene. N. de la
Varenne. N. de Mons. N. Chevalier de
Saujon. N. Rouxel de Medavy , Comte
de Grancey.
Penfions de 1500 livres à Meffieurs
Moiffet , d'Aires , Bouteville , Benneville ,
Rancé.
>.
Penfions de Icoo livres à Meffieurs
l'Ifleau , le Chevalier de Vatan , le Chevalier
de la Rochalard , Hennequin , Nogent.
Commiffaire general d'Artillerie . M.
Villars.
Lieutenans d'Artillerie , Meffieurs Dupin
, de Belugard fils , & Maffiac.
Sous-Lieutenans , Meffieurs Duhamel
le Chevalier de Crefnay Aide d'Artillerie ,
M. le Chevalier de la Faye.
+ Le Gouvernement de Sedan , vacant par
la mort de M. le Marquis de Guiſcard ,
a été donné par le Roy à M. le Comte
de Medavy, Chevalier des Ordres de S. M.
La Charge de Confeiller d'Etat , vacante
par la mort de M. dé Bouville , a été conferée
DE DECEMBRE. 185
ferée à M. d'Angervilliers , & M. Trudaine
a été nommé Confeiller d'Etat de
Semeftre.
M. de Caumartin a laiffé par
fon Teftament
toute ſa vaiffelle d'argent à M. l'Evêque
de Blois fon frere , & fa belle Terrede
Saint Ange à M. de Boiffy ſon neveu ,
fils de M. de Boiffy . Ce Magiftrat s'étoit
acquis dans l'adminiſtration de la Justice
& des Finances , une grande reputationd'efprit
& de probité.
Le Gouvernement de l'Ifle de Ré , va
cant par la mort de M. le Marquis de
Mennevillette , a été donné à M. Houel ,
Capitaine aux Gardes , & M. de Piónſac ,
fils de M. le Marquis de Chabanés , a
obtenu la Compagnie de M. Houel .
Le 7 le Roy alla au Palais de Luxembourg,
vifiter Madame la Ducheffe de
Brunſwick- Hanover. Sa Majefté vint enfuite
au Palais Royal voir Madame
qui étoit arrivée de Saint Cloud en parfaite
fanté. Le 10 Madame la Ducheffe
de Brunfwick - Hanover alla rendre vifite
au Roy.
A
Le 16 au foir M. le Pelletier de la:
Houffaye , Confeiller d'Etat , & Chance--
lier de M. le Duc d'Orleans , fut nommé
par le Roy Controlleur General des Fi--
mances. Il en reçut le même jour les complimene
de tout Paris , qui a approuvé
186. LE MERCURE
unanimement le choix que S. M. en avoit
fait.
L'Affemblée des Etats de Languedoc a
été remile au 30 Janvier 1721 , à caufe
de l'indifpofition de M. l'Archevêque de
Narbonne.
M. le Chevalier de Luynes a été nommé
Infpecteur general des Cartes & Plans de
la Marine.
M. d'Ormeffon & M. de Gaumont
ont été nommez Intendans des Finances.
Le Roy à donné le 11 Decembre 1710.
à M. l'Abbé de Rohan Prince du Saint
Empire, l'Abbaïe de Gorze Païs Meffin , qui
eft une des plus confiderables du Royaume.
M. l'Abbé de Rohan eft fils de
M. le Prince de Guimené chef de la Maifon
de Rohan. Il fut reçu Bachelier de Sorbonne
au mois de Mars 1719 , avec des
applaudiffemens extraordinaires , nommé
à l'Abbaye du Gard au mois de Janvier
1715 , & le mois de Mars fuivant élû Chanoine
&Comte de Strasbourg en qualité de
Prince , à la place de feu M. le Cardinal de
Bouillon, Doyen du facré College.
Sa Majefté a donné fur l'Abbaye de Gorze
pour fept mille livres de penfion. M. le
Prince Conftantia en aune de trois mille
livres. H eft frere de M. l'Abbé de Rohan
il fut reçu il y a quelques années Chevast
Ker de Malthe , fans faire de preuve, par
DE DECEMBRE
. 187
e que les Princes dans l'Ordre de Malthe
en font difpenfez, M. le Prince Conftantin
fut fait Capitaine de Vaiffeau au mois dé
Fevrier dermer.
M. le Prince Frideric de Blankeinhem a
auffi une penfion de trois mille livres . Il eſt
de l'illuftre Maifon de Leweftein , Chanoine
& Comte de Strasbourg , & frere
de M. l'Evêque de Tournay , auffi Comté
de Srasbourg.
Le Roy a donné une pénfion de cinq cens
livrés à M. l'Abbé Robufte. Il eft fils de
M. Robufte du Petit Louvre , Lieutenant
de Roy des Ville & Château de Loudun &
Pays Loudunois .
M. l'Abbé Langlois a eu auffi cinq cens
livres de penfion ; ce qui fait les 7000 live
fur l'Abbaye de Gorze.
Le 12 , M. l'Abbé de Roquette fut reçu
dans l'Academie Françoife , à la place vacante
par le decès de M. l'Abbé Renaudot
il fit un difcours tres beau & trés éloquent.
la
M. le Duc de Richelieu fut reçu dans le
même féance à la place de M. le Marquis
de Dangeau. Le difcours de ce Seigneur
fut fort applaudi ; & quoique court ,
plût beaucoup par la dignité , la grace &
la liberté avec laquelle il le recita . M
l'Abbé Gedoin, Chancelier de l'Academie
répondit aux remercimens des deux nou
yeaux Academiciens , & fut fort goûté
il
Qij
188 LE MERCURE
M. de la Motte termina la féance par une
tres - belle Ode à la louange de feue Madame
Dacier . M. le Prince de Conty & plu
fieurs autres Seigneurs fe trouverent à cette
affemblée .
Le 19 , M. le premier Prefident , à la
tête des Députez du Parlement , alla au
Palais des Tuilleries , remercier le Roy d'avoir
rappellé fon Parlement de Pontoife à
Paris. Il alla enfuite chez le Regent , qui
reçut cette Députation avec tout l'accueil
imaginable. Le 20 , le Parlement ouvrit.
M. Babel , Batonnier de l'Ordre des Avocats,
alla à l'iffue de l'Audience en la Grand-
Chambre , faire compliment à M. le premier
Préfident fur fon retour au Palais ; il
était à la tête de plus de cent Avocats .
La nuit du 21 au 22 , M. Frommaget.
Directeur de la Banque , les fieurs Bourgeois
& Dureveft , l'un Treforier & l'autre.
Contrôleur furent conduits à la Baftille..
Meffieurs Ferrand,Trudaine & de Machault.
Confeillers d'Etat , ont été nominés pour
mettre le feellé fur les papiers de ces trois .
Meffieurs.
Madame la Princeffe d'Auvergne , cy
devant Mademoiſelle de Tremps , eft ac-.
couchée d'un garçon..
Les Prieur & Religieux de S. Martin des
Champs , ayant été declarés depuis peu par.
un Arrêt du Grand- Confeil, Curés Primitifs
12
DE DECEMBRE. 1899
de S. Nicolas des Champs de Paris , trois
de ces Religieux voulurent en cette qualité
aller officier la veille de Noel dans cette
Eglife , mais le peuple s'y oppofa , & ils fe
retirerent .
Le P. Tournemine Jefuite , dont le nom
n'eft pas moins diftingué par la nobleffe
que par la réputation qu'il s'eft acquife par
les Lettres , a été gratifié par S. M. d'une
penfion de 800 liv.
Le 29 le Regent , M. le Duc de Chartres
, M. le Duc & plufieurs Seigneurs fe
rendirent à la Banque , pour y deliberer
avec les principaux Actionnaires fur la fituation
des affaires de la Compagnie des
Indes. Après differens avis , on a jugé à
propos d'indiquer une autre Affemblée au
2 du mois prochain.
On a reçu la triste nouvelle que la nuit
du 22 au 23 de ce mois le feu s'étant mis à
Rennes chez un Menuifier , avoit fait de fi
grands ravages , que toute la Ville en avoit
été prefque embrafée . On donnera le mois
prochain un détail circonftancié de cet incendie..
On écrit de Madrid dú 17 du paffé , que
le 9 du même mois les Maures au nombre
de 36 mille étoient venus attaquer les Efpagnols
dans leur Camp. Après plufieurs
tentatives de la part des Infideles , les Eſpagnols
les avoient repouffés de toutes parcs ,
& les avoient obligés de fe retirer derriere i
190 LE MERCURE
leur Montagne , après leur avoir tué & ou
6 mille hommes. La perte des Vainqueurs
eft peu confiderable. M. le Marquis de Lede
qui commande l'Armée y a été bleffé legerement
, Cainfi que M.d'Eboly Maréchal
de Camp , & Don Vincent de Fuembuena,
Brigadier des Armées de S. M. C.
Le 30 on reprefenta pour la premiere
fois fur le Theatre de la Grand Sale des
Tuilleries Cardenio , Comedie en Actes
avec des Intermedes-
Ce Spectacle eft des plus beaux & des.
plus magnifiques que l'on ait vus, tant par
les illuminations , la varieté des habits , le
grand nombre d'Acteurs & d'Actrices , que
par la quantité d'inftrumens & de voix. Le
Roy y dante fenl plufieurs entrées avec tou
re la grace & la propreté imaginable. M. le
Duc de Chartres , & plufieurs jeunes Seigheurs
s'y diftinguent par leur danfe.
Le Roi a donné à M. le Comte de Lambefc
trois cens mille livres fur la Charge
de Gouverneur , fon Lieutenant general au
Païs d'Anjou , par un Brevet de retenue du
& de ce mois.
L'Academie Françoife donnera le 25
d'Aouft prochain , fête Saint Louis , le Prix
d'éloquence , fondé par feu M. de Balfac
dont le fujet fera , La vanité des grandeurs
humaines , fuivant ces paroles tirées du
premier livre des Machabées , chap. I. V
DE DECEMBRE. 198
z &6 . Siluit terra in conspectu ejus , &
pofteà decidit in lettam , & cognovit quis
moreretur. Elle donnera le même jour le
Prix de Poefie , fondé par feu M. l'Evêque
de Noyon , dont le fujet fera : Que jamais
Prince n'a mieux connu la neceffité &l'im--
portance du fecret , que Louis le Grand ,
& ne l'a mieux gardé , foit dans le Gouvernement
, foit dans la vie civile.
On ne fait point fur quel fondement
quelques Gazettes Etrangeres ont avancé
dans l'article de Paris , que M. le Marquis
de Damis avoit été arrêté & mis en prifon.
Tout Paris fait le contraire , puifque ce
Marquis n'a point difparu , & s'eft , toujours
fait voir , tant aux Spectacles , que -
dans d'autres Affemblées.
ts & : z : nter
Approbation de M. Demontempuys , Avocat en
Parlement , Cenfeur Royal des Livres.
Ay lu par ordre de Monfeigneur le Chance
Hier un Manuferit intitulé , Le Nouveau Mercure
pour le mois de Decembre 1720 , dont j'ay paraphé
les feuillets. Fait à Paris ces Janvier
172L DEMONTÉMPUYS
TA BL E.
REmarquesfur le Systême de M. l'Abbé de Camps,
touchant l'Origine de la Maifon de France , &
fes prérogatives ; Par M. l'Abbé des Tuilleries. 3
Poëfies.
70
87
Mandement de fon Eminence M. le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris.
Declaration du Roy , touchant la conciliation des
Evêques du Royaume , à l'occafion de la Confti
tution Unigenitus. 96
Lettres Patentes , portant évocation & attribution
au Parlement féant à Pontoise , de toutes les
conteftations nées & à naître au sujet de la
Conftitution Unigenitus.
Hiftoire de Mademoiselle de ... t. d. L.G.

104
Ph . 107
146
153
Arrefts , Edits & Declarations.
Epigrammes.
Enigmes. 156
Chanson.
Mots.
157
ibid .
Morts Etrangeres. 169
Mariages Etrangers .
161
Charges Dignitez.
162
Mariages de Paris.
Nouvelles Etrangeres.
Journal de iaris.
163
167-
1869
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le