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Texte
LE
426081
NOUVEAU
MERCURE
.
JUILLET 1720.
Le prix eft de vingt - cinq fol.
NEQUE
LYON
#189
VILLE
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU . Quay do
Auguftins , à l'Image S. Louis .
• Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
5. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
M DCC. XX.
Avec Approbation & Privilege du æpy.
AVIS.
O
N prie ceux qui adref
feront des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebut
.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloitre
S. Germain l'Auxerrois.
Fantes à corriger dans la Lettre de M
P'Abbé de Camps , fervant de réponſe
à la refutation du P. Daniel.
Page 25 , 27 , 28 & 30. Au lieu du Pape
Honoré III. lifez Gregoire III.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
LYON
1893
MERCURE.
DE LA NOBLESSE
de la Race Royale des François.
Par M. de Camps Abbé de Signy .
D
DELA VILLE
E's les premiers fiecles toutes
les Nations eurent des
Rois , (a ) & autant qu'on le
peut connoître par la lecture
de l'Hiftoire , tant facrée que
profane , chaque famille particuliere forina
un Peuple. Il eft à croire , & l'ufage
ancien & moderne des Maifons nobles confirme
que l'aîné de la premiere branche
de chaque famille en fut d'abord le Chef, &
devint le Roy du Peuple qu'elle avoit formé.
Lors que les familles fe furent confiderablement
multipliées , le Peuple iffu de
(a ) Juftin , l . 1. cap. 1.
A ij
LE MERCURE
l'aîné de la famille qui avoit fondé une
Nation , étoit reconnu comme le plus noble
; nous en voyons un exemple chez les
Germains, Les Semnons étoient regardez
comme le Peuple le plus noble de toute la
nation des Sueves , parce qu'il en étoit le
plus ancien. (4)
Ce furent ces avantages attachez à l'aîneffe
qui porterent Jacob d'en acheter le
droit d'Efau fon frere aîné : ( b ) & l'une des
fuites de cette aîneffe fut la domination
promiſe aux defcendans de Jacob , fur ceux
d'Efau. ( c ) Le Patriarche Ruben étant
déchû de fon droit d'aîneffe par fa violence
& fa mauvaiſe foy à l'égard de ceux de
Sichem , les Privileges de l'aîneffe furent
transferez à Juda fon frere . ( d) L'un de
ces Privileges fut le fceptre attaché pour
toujours dans la famille où les defcendans
de Juda , & la domination de ceux - ci fur
Ruben , & fur fa pofterité , & fur celle de
tous les autres fils de Jacob puifnez de
Juda & de Ruben .
L'aîneffe tirant après foy la domination
& l'empire fur les puifnez par un droit de
nature auffi ancien que le monde , & autorifé
fenfiblement par Dieu même dans
(a) Tacit. de morib. Germ. cap. 39+
(b ) Genef.
( c) Ibid. cap.
(d) Ibid
DE JUILLET. S
le peuple choifi , l'on ne peut douter que
les aînez de toutes les familles primitives
n'ayent été les Chefs & les Reis de ces
mêmes familles .
Ce fentiment eft celui de toute l'antiquité
, même la plus reculée , elle a regardé
les Chefs des familles Royales comme lés
fondateurs des Peuples , & les a tous adorez
comine Dieux ; Macrobe nous en affure
d'une maniere pofitive : Voici ce qu'il dit .
Tous les Chefs des familles Royales qui
ont donné cominencement à quelque Peuple
, étoient appellez Saturnes . On impofoit
à leurs fils aînez le nom de Jupiter ,
& celui d'Hercules aux plus braves des fils
de ceux-ci. Les femmes des Saturnes étoient
appellées Rhea , & celles des Jupiters fe
nommoient Junon . Les peres des Saturnés
portoient le nom de Cieux , & les femmes
de ceux ci le nom de Vefta ; & il y avoit
autant de Cieux , autant de Jupiters & au
tant d'Hercules , qu'il y avoit de Nations
differentes. Les Cieux , les Saturnes , les
Jupiters & les Hercules étoient les grands
Dieux de l'antiquité fabuleufe. Ils étoient
auffi , comme le dit le même Macrobe , les
Chefs de toutes les familles Royales . En
effet on ne voit pas d'ancienne genealogie ,.
foit des Grecs , des Romains ou des Barbares
, qui ne commence par quelqu'un de
ces Dieux. La lecture d'Herodote peut en
A iij.
LE MERCURE
convaincre les plus incredules , mais ils er
feront encore plus convaincus par celle de
Henninges , qui a recueilli & donné au
Public les anciennes genealogies autant
qu'il a pû . C'étoit cette origine divine
pour parler à la maniere de ces temps - là ;
C'étoit , dis-je , cette origine qui donnoit
du relief dans le monde , & qui procuroit
de l'eftime. Les premiers François n'avoient
rien de plus venerable que l'extraction no-
Ele & illuftre , & ils adoroient moins leurs
Rois , à caufe de leur puiffance , qu'à caufe
de leur extraction qu'ils croyoient divine :
c'est ce qui paroît par le langage de Clovis
(4) à la Reine Clotilde fa femme , qui
l'exhortoit à fe faire Chretien . On voit
manifeftement , dit- il , parlant de JESUSCHRIST
, que votre Dieu n'a aucune puiffance
, mais ce qu'il y a de plus , c'est qu'on
ne prouve point qu'il foit illu des autres
Dieux.
Qui ne voit par ce difcours de Clovis
qu'il refpectoit moins la puiffance de fes.
Dieux , que leur extraction ? Il falloit
qu'on eut alors une grande idée de la Nobleffe
, & que Clovis fur bien prévenu en
fa faveur.
Tous les Rois de la terre fe piquoient:
(a) Greg. Tur. I. 2. cap. 30.
Dus vero vefter nil p ffe manifeftatar , & quod
magis eft , nec de Deorum genere effe probatur.
DE JUILLET .

d'une naiffance tres illuftre , & d'une nobleffe
des plus anciennes .
L'Empereur Caligula ayant entendu
plufieurs Rois qui foupoient avec lui , s'entretenir
fur la Nobleffe & fur l'Antiquité
de leur origine , en fut fi charmé que fur
le champ, il vouloit prendre le titre de
Roy , & les ornemens Royaux , (a) s'imaginant
aparemment que cela le feroit croire
d'une auffi bonne mailon que ces autres .
Princes.
Les Rois des Peuples qui compoferent
enfuite la Nation Françoife , étoient toujours
de la plus noble kace de la Nation
qui leur étoit foumife. Il n'en faut pas de
meilleures preuves que cet aveu des Cherulques
, qui conviennent que Italus leug
Roy , étoit le plus noble de leur nation , ( E)
& le témoignage que Tacite rend de Pau
Jus Julius , & de Civilis , Princes du Sang
des Rois des Cattes . ( c ) Ils furpaffoient ,
dit-il , beaucoup en nobleſſe tous les autres
parce qu'ils étoient de la Race Royale. Je
(a) Sueton. 1. 1. cap. 22 .
Caligula..... cum audiffet fortè Reges concertantes
apud fe , fuper cenam , de nobilitate generis
, non multum abfuit quin ftatim diadema
fumeret fpeciemque Principatus in Regni formam
converteret.
( b ) Tacit. Ann . I. 10. c. 7 .
( c ) Tacit. hift. 1. 4. c. 13 .
A i
LE MERCURE
paffe les témoignages qu'il rend de Claffi
cus , ( a ) & de Vindex . ( b )
La Race Royale des François étoit auffi
la premiere & la plus noble de la Nation ,
dit Gregoire de Tones , qui ajoute que
Clodion Roy des François , étoit le plus
noble de cette même Nation ; & un Hitorien
prefque contemporain de Gregoire de
Tours , affuroit que les Rois des François
étoient illuftres dans le monde par la nobleffe
de leur extraction , & que tous fçavojent
parfaitement la guerre , & étaient
braves ( ).
Le Roy Clovis qui fans doute connoif
foit bien Pantiquité & la nobleffe de fon
extraction , en avoit une idée fi grande ,,
qu'il croyoit que ceux qui avoient l'honneur
d'en eftre iffus , en étoient plus honorez
que de leur Couronne. Ce Monarque
nous l'apprend lui-même , lors qu'il reproche
à Renier Roy des François , tenant fon
Liege à Cambray , qu'il a deshonoré leur
Race en, fe laiffant lier . Il ne lui dit point
qu'il fait un affront à la dignité Royale ,
qu'il ternit l'honneur de fa Couronne , ili
( a ) Id . I.. 4. Cô Gia
( b ) Id . An. l . 1. C. 16%.
Dion . 1. 63. C. 427..
Suet. 1. 6. c. 40.
(c) Vita S. Baboleni Abb. Sæc. Bened. 2. pº·
Ches. tom. I. P. 658.
DE JUILLET.
hi reproche feulement qu'il a deshonoré
keur Race. Pourquoi , dit - il , as tu abaiſſe
notre Race , il valoit mieux te faire tuer
que de te laiffer lier. ( a ) Ces derniers
mots nous font auffi connoître qu'un Prince
de la Race Royale des François , étoir
perfuadé qu'il falloit plutoft perir , que de
la deshonorer ; enfin cet affront parut fi
fenfible à Clovis , que pour le venger
tua fur le champ ce Prince , & le frere de
ce même Prince , auquel il reproche en
même temps qu'il avoit eu tort de ne pas
empêcher que fon frere fut lié.
il
L'on croyoit même fous la Branche des
Rois Carliens , que les Rois des François
étoient les plus grands des Rois de la terre (b)
& qu'ils furpafforent autant les autres Rois,
que ceux-ci furpaffoient le refte des autres.
hommes. (c ) On croyoit , dis- je , que les
Rois des François étoient beaucoup moins
honorez de leur Couronne que de leur
naiffance . Le Pape Jean VIII . fe plaignant
à Charles le Gras , l'un des Rois des François
, de ce que Sa Majefté avoir fait enlever
quelque argent , qui appartenoit à
des Religieufes , ne lui dit point que cette
(a ) Greg. Tur. 1. 2. c. 42.
Car , inquit , humiliafti genus noftrum , ut te
vinciri permittas , melius enim tibi fuerat mori,
(b ) Chen. t . 3. p . 741. & alibi paffim.
(a ) Greg. Pap. epift. 1, 5. epift. ..
10 LE MERCURE
action eft indigne d'un fi grand Roy , il lui
reprefente feulement qu'il s'étonne de ce
qu'un Prince d'une fi grande naiffancet
Royale ait fait une telle action , ( a ) il ne
fe contente pas de dire d'une naiſſance
Royale , il ajoute , de la Race de Clovis ,
qu'on ne peut bien traduire ici ; mais qui
ne peut convenir qu'à ce qu'il y a de plus
brillant , de plus illuftre , & de plus granddans
le monde. Ce que ce Pape , l'un des
plus éclairez & des plus habiles qui ait
gouverné l'Eglife , ne dit - fans doute que
pour donner à entendre que la Race Royale
des François étoit infiniment plus illuftre
& plus glorieufe par fa nobleffe , que celle
de tous les autres Rois de la terre.
Si l'on defcend à la troifiéme Branchedes
Rois Capetiens , l'on trouve la même
opinion : ce que prouve une Lettre du Pape
Gregoire VII. auRoy Philippe I. En effet ,
comme difoient les Papes Innocent III . (b)
Jean VIII. (c ) & Clement , ( d ) la Race
Royale des François eft une Race benîte de
Dieu , & une Race créée pour foutenir
l'honneur de Dieu & de fon Eglife ; enfin
elle eſt une Race créée pour regner fur les
Peuples.
(a ) Chen. p. 877.
(b ) Concil. Gall. t . 3. p . 457.
( c ) Chen. t. 4. P.
( d ] Hift. de Charl . VI . par le Labour . p . 45.
DE JUILLET.
II
Les Rois des François ont toujours paffé
pour les plus nobles de tous les Rois de la
terre. J'omets ce qu'ont dit à ce fujer
quantité de faints Papes , de Prelats tres
pieux , & d'Hiftoricas d'un grand poids ,
parlant des Rois des François des trois differentes
Branches qui n'avoient que la même
origine. J'ajoute que Saint Louis ne faifoit
pas difficulté de dire qu'il étoit plus confiderable
par fa naiffance que les Empereurs,
& de le leur declarer à eux-mêmes par des
Ambaffadeurs , qu'il ne leur envoyoit que
pour leur fervice particulier. ( a ) On a
dit auffi de fa fille , qu'elle étoit la plus
noble Dame qui fut fur la terre. ( b ) En
un mot l'on étoit perfuadé que les Roi des
François étoient les plus nobles Rois du
monde. Cette opinion étoit univerfelle , ce
qui paroift particulierement par quelques
Lettres de Manuel Empereur de Conftantinople
, dans leſquelles il donne à Philippe-
Augufte le titre de Protonobiliffime , c'eftà-
dire le plus noble d'entre les tres nobles.
qui font au monde . Je ne dis point ici
les titres de Nobiliffime ou de Tres noble ,
ou de le plus noble des autres étoient propres
, & particulierement attachez à la Race
Royale des François , comme l'ont remar
( a ) Math. Paris , ad ann. 1239. P. 350....
[ 6 ] Cang . hift , de S. Louis , P.
que
12

LE MERCURE
qué les fçavans du Cange & Mabillon , fur
un nombre infini d'exemples.
Je ferois un volume entier , fi je voulois
rapporter tour ce qu'on a dit , pour marquer
que la Race Royale de nos Rois eft
la premiere du monde , perfonne n'en
avoit douté avant que les emiffaires de la
Ligue & les Partifans de la Maiſon d'Autriche
euffent écrit contre la troifiéme Race
de nos Rois , & employe le faux & les fens
forcez pour la déprimer. Les derniers l'ont
fait pour donner plus de relief à la Maifon
d'Autriche , qui bien que grande , mais
nouvelle , par rapport à l'ancienneté de
Forigine des autres Rois , vouloit aller de
poir avec celle de France , parce qu'elle ne
fe voyoit au deffous de cette illuftre Race
que par la naiffance & par fon origine ,
quoique Charles Quint Empereur & Roy
des Efpagnes fut tellement perfuadé que
la Race des Rois Capetiens étoit la premiere
du monde , qu'il tenoit à grand honneur
, diſoit - il , d'en eftre iſſu par les
femmes.
Les Emiffaires de la Ligue & quelques
Auteurs animez du même efprit , n'ont
écrit contre la troifiéme Branche de nos
Rois , que pour faire perdre aux Peuples
le profond refp : & qu'ils avoient toujours
eu pour nos Monarques , & pour les Prinas
de leur Sang , & pour infpirer à ves
DE JUILLET. IS
mêmes Peuples de la creance & de la veneration
pour une Mailon étrangere, qui
alpiroit au Trône des François , croyant
perfuader qu'il étoit dû à une originequ'elle
fe donnoit & & qu'elle n'avoit pas.
L'on doit encore obſerver que la Maifon
de France eft d'une extraction de
Royauté primitive , & la feule de l'Europe ,
& peut- être de la terre , qu'on ne découvre
que fur le Trône : Que tous les Rois qui
regnent aujourd'huy dans l'Europe , excepté
peut- être ceux de la Race des Stuarts,
& que tous les Souverains du fecond Ordre
qui font auffi dans l'Europe , font iffus
de mâle en mâle , d'Officiers & de Sujets
des Rois des François , même de ceux de
la feconde Race,
Quand je dis de la feconde Race , je ne
le fais que pour me fervir du langage commun
& vulgaire , étant fûr que les trois
Branches font d'une feule & même Race ,
divifée en trois branches , & qu'elles ont
la même fouche & la même origine , c'eſtà-
dire les Rois qui ont regné fur les François
avant que cette nation fe fut établie
dans les Gaules.
14 LE MERCURE
OBSERVATIONS CRITIQUES
fur la Carte Geographique qui eft au
commencement de l'Hiftoire de France
du Pere Daniel Jefuite , imprimée
en 1696.
D
Es perfonnes de bon fens qui ont
lû la Lettre que j'ay écrite au P.
Daniel le 18 du mois de May der-'
nier , rapportée dans le Mercure du mois
de Juin , & qui me paroiffent n'avoir aucune
liaiſon particuliere avec lui , m'ont
dit qu'ayant avancé , comme j'ay fait , page
46 , que les deux yeux de l'Hiftoire lui
manquoient , cette propofition pourroit
eftre regardée comme une calomnie , fi je
n'en rapportois pas les preuves ; parce que
la plus grande partie de ceux qui la liront ,
aura peine à croire que ce Pere qui a paffé
une partie de fa vie dans l'étude des Lettres
humaines , & qui a donné au Public l'Hiftoire
de France en trois volumes , ignorât
la Geographie & la Chronologie .
Cette reflexion me paroît fi judicieuſe ,
qu'elle me met dans l'obligation de me
juftifier auprès de ceux qui pouroient préfumer
que j'ay avancé trop legerement que
les deux yeux de l'Hiſtoire manquoient au
DE JUILLET. 15
Pere Daniel ; & il eft de mon honneur de
faire voir que lors qu'il a entrepris de donner
au Public le premier volume de fon
hiſtoire , & fes Differtations préliminaires ,
il ignoroit la Geographie & la Chronologie
, qui font les deux yeux de l'Hiftoire.
Sans entrer pour cela dans une longue
difcuffion qui feroit ennuyeufe, & qui pouroit
rebuter le lecteur , il fuffit de jetter les
yeux fur la Carte qu'il a mife au commencement
du premier volume imprimé en
1696 , pour reconnoître qu'il n'avoit aucune
connoiffance du Local & de la Topographie
de ce temps - là , & qu'il ignoroit
auffi la Chronologie de l'exiftence des mêmes
lieux. Cette Carte eft intitulée ,
Defcription de la France , par rapport an
Regne de Clovis & de fes enfans .
Sans m'arrêter aux minuties , j'obſerverai
feulement les fautes qui me paroiffent
les plus effentielles , & qui prouvent l'une
& l'autre partie de ma propofition.
1. Le P. Daniel n'a pas marqué dans
carte Carte plufieurs lieux qui exiſtoient ,
qui étoient connus , & dont on trouve des
preuves de leur exiftence avant le regne
de Clovis. Cette faute prouve d'autant
mieux fon ignorance , que plufieurs lieux
inconnus pour lors , & dont on n'a parlé
que long temps après , occupent la place
de ces anciens lieux , qui étoient déja con16
LE MERCURE
fiderables au temps de ce Monarque.
Par exemple , il marque Namur , Lazarche
près de Paris , Lagny près de Meaux,
Verberie , Peronne , Valenciennes , Manter
Etampes , Vendôme & Blois , Tierne , Oliergue
en Auvergne , & Tulle en Limofin ;
cependant tous ces lieux n'étoient pas connus
fous Clovis , & l'on n'en a parlé que
long-temps après fon Regne.
"

S'il eut été neceffaire de marquer dans
cette Carte quelques lieux confiderables de
l'Ardenne , le P. Daniel auroit dû y mettre
Mouzon , Epoife , que nous appellons aujourd'hui
luois , Arlon , & Vonzy , qui
étoient alors fort connus , plutôt que Stenay
& que Thionville , qui ne l'ont été que
long-temps après le Regne de Clovis.
2. Au lieu de marquer [ verdun en Suiffe,
qui n'a jamais été confiderable , il devoit
plutôt mettre Orbe qui n'eft qu'à un pas
de là , & qui étoit tres connu fous le Regne
de Clovis , & même long temps auparavant.
3. Le P. Daniel ignoroit que le Rhin a
été la barriere de l'ancien Royaume de
Bourgogne , au Septentrion, dès l'an 406,
& que non feulement la ville de Bafle , mais
tout le païs Baflois dépendoient du même
Royaume , puifque 80 ans après & fous le
Regne de Clovis , il n'a pas laiffé de marquer
la Ville de Bale , comme étant hors
du
DE JUILLET. 17
du Royaume de Bourgogne , & faifant partie
de fon vaste Empire Romain .
4. Les Bructeres étoient appellez Bracteri,
& non Bruferri. Le Pere Daniel ne
laiffe pas de les appeller en françois Bruc
terres. Les Chamaves étoient appellez Chamavi:
pourquoi donc les nomme- t- il Cha
mavres ?
5. Le P. Daniel indique la Germanie
comme un petit païs fitué des deux côtez
de l'Elbe ; cependant il eft fur que la feule
Germanie meridionale avoit cinq fois plus
d'étenduë qu'il ne lui en donne dans fa
Carte , puifqu'elle étoit conftamment bornée
par la Mer Baltique , le Rhin , le Danube,
& la Viftule
6. Le P. Daniel ne place pas bien le païs
que les Saxons habitoient . Ils étoient au
delà de l'Elbe , comme on le voit dans Pro
lemée cependant il les met en deçà de
sette Riviere , & de plus au beau milieu
des terres des François : d'ailleurs les Saxons
étoient logez fur & le long de l'Ocean , du
temps de Clovis , & long temps aupara
vant : c'eft de là que partoient les flottes
avec lesquelles ils ravageoient les terres de
L'Empire dès le temps des Empereurs Maximien
& Diocletien ; & le P. Daniel ne
peut trouver de preuves anciennes qu'ils
ayent été logez deçà l'Elbe..
4
7. Le P. Daniel par une ignorance qu'on
BL
18
MERCURE LE
ne peut excufer , inonde dans cette Carte
la partie de la Frife , qui étoit terre ferme ,
du temps de Clovis , & qui n'a été fubmergée
que plufieurs fiecles après Clovis , &
vers le treiziéme.
8. Sur quel fondement a - t - il omis les
Frizons qui étoient logez au même lieu où
il place les Varnes le long de la côte de la
mer Germanique , depuis la Riviere d'Ems.
jufqu'à la Zelande , dans l'une & dans.
Pautre Frife ? Ils y formoient un Royaume
dont il eft parlé dans Tacite , fous le temps
de Neron ,& tous les anciens Geographes.
ont parlé des Frizons , dont l'Etat a fubfifté
jufqu'au temps de Charles Martel , & le
Regne de Pepin fon fils , qui les détruifirent
.
9. Sur quel autre fondement place-t'il
les Varnes dans ce qu'on appelle aujour
d'hui la Hollande ? puifque felon Ptolemée
c'étoient les petits Bufatores qui occupoient
oe païs- là.
*
Tenent autem Germaniam , qui circa
Rhenum fluvium incipit à parte Septentrionali
Bufattori parvi appellati : Et plus loin
Partem verò quæ fecus Oceanum eft , habitant
fupra Bufactores, Phrifii ufque ad Amafum
fluvium.
10. Il refferre les Sicambres dans une
Ife qui eft au Nord du Vahal , fans faire
Prolem, Geograph. 1. 11. c. 9.
DE JUILLET.
19
reflexion que ces Peuples étoient deçà &
au delà du Vahal , ou pour m'exprimer
comme Sidcine Apollinaire , qu'ils bu
voient les eaux du Vahal fur fes deux rives.
Ripe duplicis tumore fracto
Detonfas Vahalim bibat Sicamber.
11. J'ajoute que je ne vois pas comment
le P. Daniel veut nous faire depuis Pharamond
jufqu'à Clovis un peuple particulier
des Sicambres , puifque les fçavans n'ignorent
pas que le nom de ce peuple étoit éteint
dès le temps de la naiffance de JESUSCHRIST.
Ces Peuples vaincus en plufieurs
batailles par Augufte ou par fes Generaux
, fe rendirent , furent tranfportez
dans les Gaules , où plus de quarante mille
fe tuerent eux-mêmes , ne pouvant s'accoutumer
à la fervitude. Leur pays fuc
occupé par les Tencteres , aufquels aparemment
fe joignirent le refte des Sicambres ,
qui étoient en fi petit nombre , qu'on ceſſa
de les regarder comme un peuple particu .
lier , & on ne trouve plus leur nom dans
les anciens Auteurs Romains. Il ne paroît
que dans Claudien & dans Apollinaire ,
c'est-à- dire dans deux Poëtes pofterieurs de
plus de trois cens cinquante ans , à la ruine
des Sicambres . Ces deux Poëtes , de même
que quelques autres , ont auffi nommé
quelquefois toute la nation Françoife , out
Bij
20 LE MERCURE
parce que les François occupoient des ter
res des anciens Sicambres , échapez de la
aine de ces Peuples , ou parce que s'étant
joints aux Tencteres , ils s'unirent par. la
fuite avec les mêmes Tencteres à la nation?
Françoife. Ce qu'il y a de vray , eſt , que
les François occupoient le païs poffedé par
Les anciens Sicambres , & que les Tencte-
Les faifoient partie des Peuples qui conrpoferent
dans la fuite la nation Françoile.
Au refte , je repete encore que depuis Augufte
jufqu'au Regne de Honorius , qui ne
monta fur le Trône qu'en Janvier 394, en
ne finiffant l'année qu'à Pâques , les Auteurs
ne font aucune mention des Sicambres ,
qui ne reparoiffent que dans les Poëfies de
Claudien. &. d'Apollinaire. , & long temps
après dans Gregoire de Tours , où Saint
Remy batifant le Roy Clovis , le nomme
Sicambre , Prabe collum , Sicamber , ce qui.
arriva en 496.
Ceux qui ont le mieux écrit de notre Hi
ftoire , croient & avancent que Claudien
& Apollinaire n'ont defigné les François
fous le nom de Sicambres , que parce qu'ils
occupoient l'ancien Pays des Sicambres ,
ainfi que je l'ai dit ci -deffus ; & qu'ils n'ont
pas voulu indiquer un peuple particulier ,
appellé Sicambre , diftinct & feparé , qui
fift partie de la . Nation Françoife..
Les Bructeres n'étoient pas où les.
DE JUILLET.
place le Pere Daniel. Ils étoient à la verité
fur le Rhin , mais au midi du Mein . Les
Necre les atrofoit , & ils coupoient leur
bois , dit Sidoine Apollinaire , dans la Fcreft
d'Hercinie . Ce Poëte dans le Panegy
rique d'Avitus dit que le Necre plein d'herbes
& de rofeaux arrofoit le Pays des Bru
aeres
,
Bruterus ulvofa quem vel Nicer abluit
unda..
3. Le B. Daniel a auffi tres- mal place
les Chamaves dans fa Carte. On trouve :
dans les Hiſtoriens & Geographes anciens
deux preuves de leur fituation . La premiere,
qu'ils étoient plus avant dans le Pays que
les Bructeres , comme on le remarque dans
L'Hiftoire des François de Sulpice Alexan
dre(a ) . La feconde preuve de leur fituation
fe trouve dans . Prolemée (b) . Ce Geogra--
phe dit que les Chamaves étoient fituez fur
Elbe , & des deux côtez de cette Riviere.
Camavi ex utrâque Albis fluvii parte ufque
Melibaum Mortem. Eft-il rien de plus for
mel , & de plus contraire au fentiment du
P. Daniel ?
14. Il eft étonnant qu'il n'ait marqué dans
Cette Carte que trois Nations Françoifes ,
les.Sicambres , les Chamaves & les Bructe
(a) Hift. de Fran. de Sulp.Alex. 1.4.
k) tolem. Geograph, 11. c. xi.
22 LE MERCURE
>
res , qu'il ne met pas même dans leur veritable
fituation ; comme fi on n'eût pas connn
dans le même tems les Saliens , les Attuariens
, les Ampfivaires , les Cattes ,
Cauces & les Cherufques , qui étoient au
moins auffi confiderable's que ces trois autres
premieres Nations Françoifes.
15. Il place les Allemans dans la Franconie
, & le haut Palatinat ; au lieu que
les Sçavans conviennent que ces Peuples
n'occupoient que la Souabe & la partie
orientale de l'Helvetie , qui n'étoit feparée:
du Royaume de Bourgogne que par la Riviere
de Rufs.
16. Il loge les Bavarois jufques fur les
bords du Lac de Conftance , quoiqu'il foit
certain qu'ils ne fe font jamais étendus .
jufques là , & qu'ils étoient feparez des
Allemans par la Riviere de Leck.
17. Le Languedoc n'a été connu fous
ce nom que plufieurs ficcles après le regne.
de Clovis & de fes enfans .
18. Le P. Daniel place dans cette Carte
le Château de Difparg à fix vingts lieues de
Cambray : c'eft fans doute pour avoir le
plaifir de donner un démenti à Gregoire de
Tours (4 ) , qui dit que de ce Château Clo .
dion envoya des Efpions à Cambray, & que
les fuivant de près , il s'empara de cette
Ville.
(a) Gregor. Tuton, 1, 11. c. 3. § . III.
DE JUILLET. 23
Il feroit abfurde de croire, comme le dit le
P. Daniel , que Clodion ait envoié des Efpions
à fix vingts lieues de fes Etats, & que
les fuivant de près, il n'ait pris aucune Ville
dans fa route.C'eft ce que j'ai fait voir affez
au long dans mes Obfervations critiques
fur les Differtations Preliminaires du Peres
Daniel , où je prouve que ce Château ne
pouvoit être in finibus Thoringorum , comine
dit Gregoire de Tours ; mais in finibus
Tungrorum. C'eft de cette maniere que le
P. Boucher Jefuite , Vandelin , & quantitéd'autres
Sçavans qui ont écrit fans prévention
de l'Hiftoire de France , l'ont crù
& l'ont avancé , & comme le P. Ruinard
le rapporte auffi dans la nouvelle Edition
de Gregoire de Tours .
19. Le P. Daniel met dans le Velai la
Ville du Puy , qui n'en a été la Capitale que
long- tems après Clovis.
On voit dans Gregoire de Tours , que
cent ans après Clovis la Capitale du Velai
fe nommoit encore Vallavam urbem. Ce
nom s'eft même confervé jufqu'au tems de
Louis le Debonnaire , comme on l'apprend
de la Vie de ce Prince. Après la Ville de
Velai , celle d'Anis a été la Capitale du
Velai , & enfin le Puy eſt devenu la Capitale
de ce pays- là long - tems après , lorſque
L'Evêque a quitté Anis , pour aller refides
au Puy.
24 LE MERCURE
20. Le P. Daniel marque la Ville de
Mende comme la Capitale du Gevaudan
fous le Regne de Clovis ; c'eft une autre:
ignorance. Il devoit mettre Gabale , Gaba
lum , que l'on appelle aujourd'hui Javoulx ,
qui étoit alors la plus confiderable Ville du
Pays , & la réfidence de l'Evêque , & où
l'on void encore les ruines d'Aqueducs ,
& autres Bâtimens conftruits par les habi
tans de la Colonie que les Romains y
avoient établie . Celle de Mende n'a pris »
fa place , & n'eft devenue la Capitale du
Pays , que quatre cens ans après Clovis.
22.
21. Il s'eft avifé de mettre dans cette
Carte la Beauffe , comme un pays exiftant
& connu du tems de Clovis ; mais il eft
certain qu'on n'a oui parler de la Beauffe
pour la premiere fois , que dans Fortunat ,
qui vivoir cent quarante ans après Clovis..
Le P. Daniel fait la Petite Bretagne
une fois plus étendue qu'elle n'étoit fous
Clovis. Il y place la Ville de Rennes , qui
ne faifoit pas encore en 843 ; partie de cette
Province , c'est- à- dire 332 ans après la
mort de Clovis , & 282 ans après le decèsde
Clotaire L. celui des Rois des François
qui a regné le plus long- tems.
Il met dans la Petite Bretagne , c'est- àdire
dans les Terres que les Bretons poffedoient
en Bretagne , les Villes de Rennes ,
de Nantes & de Vanne , quoiqu'elles fiffent.
encore
DE JUILLET. f
encore partie du Royaume de Charibert
l'un des fils & des fucceffeurs du Roi Clotaire
I. Chilperic poffeda auffi ces trois Villes
après la mort du Roi Sigebert , qui paroît
s'en être emparé après la mort du
Roi Charibert I. leur frere aîné , arrivée en
$ 67. Sigebert mourut en 575 ; & ce fut
ce Roi Chilperic qui la ceda à Varoc , Com
te des Bretons , à condition de lui en payer
autant de tribut que Sa Majefté en avoit
tiré de revenu jufqu'alors. Or malgré cette
ceffion , Vannes n'a été poffedé paiſiblement
par les Bretons qu'après l'an 843 .
Leon , qui eft aujourd'hui dans le fond
de la baffe Bretagne , n'en faifoit point encore
partie du tems de Clovis & de fes fils.
Cette Ville étoit du Royaume de Charibert
Roi des François , tenant fon Siege à Paris ;
& ce Monarque qui étoit fils du grand Clovis
, donna l'Evêché de Leon à un Ecclefiaftique
nommé Paul.
Le même Childebert fonda l'Evêché de
Dol en Bretagne. Je paffe quantité d'autres
faits qui nous demontrent que la petite
Bretagne ne comprenoit ſous le grand Clovis
& fous fes enfans , qu'une tres-petite
portion des Terres , que le P. Daniel lui attribue
par une pure ignorance du local fous
le Regne de ces Rois des François . Je dis
plus ; quoique la petite Bretagne le foir
accrue par les infeodations de diverles Ter-
C
26 LE MECURE
res de ce Pays , faites aux Princes ou Seigneurs
de la Grande Bretagne , qui s'y refugioient
de tems en tems ; quoique , disje
, elle fe foit accrue par ces infeodations
faites par nos Rois Childebert & Chilperic
; cependant elle n'a rien compris avant
Pan 843 , au delà des Villes de Vannes &
de Saint-Brieu : & dans la Carte Geographique
que le P. Daniel a mife à la tête du
premier Volume de fon Hiſtoire de France ,
elle contient trois fois plus de pays ; ce qui
prouve qu'il ne l'a point faite pour nous
reprefenter l'état de la Bretagne avant l'an
561 ; c'est-à- dire , telle qu'elle étoit par
Fapport au tems des Regnes de Clovis &
de les enfans , ainfi qu'il l'indique par le
titre de la même Carte ; mais telle que l'état
de la Bretagne s'eft trouvé depuis l'an 843 .
Il eft vrai que le P. Daniel , qui a toujours
des idées particulieres, mais deftituées
de preuves & de verité , nous dit dans une
de les Differtations (a ) , que Clovis conquit
les villes de Rennes , de Nantes , & de Vannes
fur les Bretons , avec qui il fit un Traité,
par lequel on convint qu'il garderoit
ces Places , du moins les deux premieres
& laifferoit le reste aux Bretons.
Il feroit de toute impoffibilité au P. Daniel
de prouver ce fait par aucun Auteur
qui ait écrit avant l'an 1200. Il lui feroit
[ a ] Dan . Hift. de Fran . p . 14.
DE JUILLET.
même de toute impoffibilité de faire voir
que les Bretons ayent poffedé Rennes &
Nantes avant l'an 844 , ni qu'ils ayent
poffedé Vannes avant le Regne de Chilperic
, petit- fils de Clovis , & avant l'année
575. Le Traité dont le P. Daniel parle , eft
une viſion chimerique , qui n'a aucun fon
dement dans l'Hiftoire, & qu'il eft impoffible
de trouver.
Mais laiffons ces rêveries du P. Daniel
& revenons à fa Carte Geographique .
23. La Ville de Pavie du temps de Clovis
s'appelloit Ticin Ticinum , e'eft ce que
le Pere Daniel ignoroit , puis qu'il lui
donne le nom de Pavie , qu'elle n'a porté
que long-temps après , & fous le Regne
de Charlemagne.
24. Le P. Daniel marque Effone près de
Corbeil , comme un lieu confiderable &
fubfiftant du temps de Clovis. Il a cru fang
doute en avoir trouvé la preuve dans le
paragraphe 6 du titre 19 de la Loy Salique,
qui porte ces termes :
Per iftas ( infirmitatem dominicam ) Son
nis fe poteft homo excufare.
Mais les anciens exemplaires portent
Sunnis , d'autres Sonnis , & Sunnis ou
Sonnis dans le latin ; terme dont les François
fe fervoient dans les actes pour fignifier
un empêchement , comme on l'apprend
de la Coutume de Hainaut , & des Privi-
Cij
28 LE MERCURE
*
leges de la Ville de Saux en Bourgogne ,
du mois d'Avril 1246 , dans lefquels on
trouve ces mots , S'il pooit montrer affone
layal , c'eſt- à- dire , s'il pouvoit donner une
excufe legitime : ainfi cet article de lå Loy
Salique ne veut pas dire qu'on iroit s'excufer
à Effone , qui ne fubfiftoit pas encore ;
mais qu'en alleguant une maladie ou une
ambaffade , on pourroit par ces empêchemens
eftre excufé.
Rien n'eft plus ufité dans les anciennes
Procedures ou Actes écrits en François, que
les termes enfoine , effoine , foiène , effogne ,
& exfoine, pour marquer un empêchement
legitime & dans les Actes Latins on s'eft
fervi des mots , funnis , fonnis , funnia ,
fonia , effonia , exonia , effonium , &c .
:
Il faut donc convenir que le P. Daniel a
pris le nom de Sunnis , qui fignifie un empêchement
, pour le nom d'Effone , qui eft
le Fauxbourg de Corbeil , qui ne fubfiftoit
pas encore du tems de Clovis .
25. Je finis en difant que l'Etat des Romains
dans les Gaules (.que le P. Daniel appelle
mal- à-propos Empire Romain ) étoit
referré entre la Ville de Soiffons & la Riviere
de Seine ; & que cependant le P. Daniel
lui donne fix fois plus d'étendue .
Gregoire de Tours rapportant l'expedition
de Clovis qui chaffa les Romains entiere-
Perard , Mem. de l'Hift . de Bourg.
DE JUILLET. 29

י
ment des Gaules, dit que Clovis attaqua d'abord
la Ville de Soiffons ; & Hincmar nous
apprend que cette Expedition n'étendit les
Etats de Clovis que juſqu'à la Seine . Il s'enfuit
de là que d'un côté la Place frontiere
de l'Etat des Romains fous Clovis , étoit la
Ville de Soiffons ; & que de l'autre , ce pe
tit Etat ne s'étendoit que jufqu'à la Seine .
Je paffe beaucoup d'autres fautes de Geographie
& de Chronologie du P. Daniel ;
mais s'il en a tant renfermé dans cette feule
Carte , doit -on être furpris que j'aie avancé
dans le quatriéme article de la Lettre que
je lui ai écrite le 18 Mai dernier , pour
répondre à la Réfutation , que les deux
yeux de l'Hiftoire lui manquoient , la Geographie
& la Chronologie ; & que fans ces
deux flambeaux qui doivent guider les pas
d'un Hiſtorien , il n'étoit pas furprenant
qu'il fe fût autant égaré qu'il a fait dans
la compofition de fon Hiftoire de France ,
où tout eft renversé à deffein d'en fales
fondemens ? & tout cela pour peruader
les Lecteurs de fon fiftême , &
leur faire croire que Clovis eft le premier
Ray des François qui fe foit établi
dans les Gaules , comme s'il avoit
voulu priver la Monarchie de fon anteriorité
fur les autres , qui ne l'ont jamais
prétendu , & infinuer que la Maper
,
Ciij
30 LE MERCURE
jefté du Trône de nos Monarques a été
fouillée par des bâtards qui leur ont fuccedé
; que l'heredité & l'ordre de la fucceffion
à la Couronne ont été interrompus ,
les Loix fondamentales du Royaume & les
ufages les plus refpectables meprifez ; les
Libertez de l'Eglife Gallicane violées ; que
l'élection a eu lieu fous la feconde & la
troifiéme Race ; & beaucoup d'autres
erreurs qu'il a pris foin de repandre , &
même de faire foutenir dans des Thefes
Hiftoriques , preſque auffitôt que fes
Differtations preliminaires & le premier
volume de fon Hiftoire ont été expoſez en
yente.
Je ne rapporterai point ici un tres- grand
nombre d'autres fautes de Chronologie ;
cette difcution feroit trop longue. Je les
ai relevées dans les Obfervations que j'ai
faites fur fes Differtations préliminaires , &
fur fon Hiftoire de France , que je prétens
donner inceffament au Public .
DE JUILLET.
L'HEUREUSE SURPRISE .
Nouvelle Parifienne .
UNE
NE Bourgeoife jeune & jolie , mais
un peu ambitieuſe , fe plaignoit un
foir en ces termes à fon Mari : Qui cût
cru , Monfieur , qu'en vous donnant la
main , j'aurois trouvé en vous un de ces
hommes affez indifferens , pour refter opi
niâtrément dans une forte d'inaction qui
vous deshonore ? Eft- il poffible que l'exem
ple de tant de perfonnes qui s'élevent tous
les jours à la fortune la plus brillante , ne
vous ait point jufqu'à prefent ébranlé ?
Encore fi les amis , les confeils , l'argent-
Vous avoient manqué , j'aurois tort de vous
faire ces reproches ; mais philofophe tranquile
, & né avec une indolence qui n'eft
point pardonnable , vous vous contentez
d'être fpectateur tranquile des plus riches
évenemens du fiecle , fans y prendre au
cune part. Que ne fuis - je homme ? Il y a
plus de trois mois que je n'aurois pas la
mortification , de me voir éclabouffée à
chaque inftant par les équipages de gens ,
qui n'auroient jamais ' dû foupçoner d'y
monter un jour. Mais ce qui augmente
mon dépit , c'eft de rencontrer dans un char
magnifique de petites pagodes de femmes ,
Ciiij
手2 LE MERCURE
,
qui fe tuent de me faluer , autant pour
fatisfaire leur vanité , que pour mortifier
la mienne. Voila cependant à quoi je fuis
expoſée journellement . Je vous le declare ,
mon Mari , je n'y puis plus tenir ; tous ces
objets de triomphe & d'orgueil me font
trop infuportables , pour ne pas chercher
à m'en éloigner : je fuis donc refolue de
me retirer , fous votre bon plaifir à la
campagne , que je regarderai comme un
afile contre notre mauvaife fortune ; puifque
vous ne vous fentez pas affez de courage
pour la rendre meilleure . A ces mots
elle s'attendrit , les pleurs coulerent en
abondance , on manqua de s'évanouir .
Lorfque ce petit orage fut un peu diffipé, le
mari, qui avoit gardé jufqu'alors un profond
filence , bien loin de prendre fes remontrances
en mauvaiſe part , parut approuver
toutes les raifons de fa chere moitié , que
nous nommerons Madame de la Quinte :
Il la remercia même de ce qu'elle lui avoit
épargné la honte de lui avancer le premier
une propofition fi defagreable ; qu'il
étoit à la verite au defefpoir d'être réduit
par défaut d'induftrie , à aller fe refugier
dans une Province ; mais que Gi quelque
chofe pouvoit l'en confoler , c'étoit la
refolution dont elle venoit de s'armer fi
genereufement . Et pour la fortifier dans
ce fentiment , il eut la maligne joie de lui
DE JUILLET . 33.
vanter les charmes & les douceurs de la
vie champêtre , & de les oppofer à tous
les embarras & aux defagrémens d'une
grande Ville comme Paris. Quelle fut la
1urpriſe de cette femme , quand elle vit
que fon Epoux prenoit la chofe ferieufement
! Comme elle avoit fait les premieres
avances , elle n'ofa pas s'en dedire.
Que faire dans une fituation fi piquante ?
Elle fe contenta de regarder fon mari en
pitié , & d'aller fe coucher . Mais que cette
nuit fe paffa bien differemment ! Notre
Epoux dormit fans alinea jufqu'à fept heures
du matin , tandis que l'Epouſe ne fit
que déplorer fa trifte deſtinée.
Notre homme avoit un emploi qui l'occupoit
une partie de la journée & on.
devoit juger par fon affiduité à en remplir
les fonctions, que c'étoit là fon unique exercice.
D'ailleurs , comme il ne frequentoit
point la Place où le commerce le Papier,
il n'y avoit nul fujet de croire qu'il y eût
aucune part. Exemt de toute vanité apparente
, circonípect dans toutes les demarches
, fage dans les difcours , & ne prêchant
que la moderation à fa femme; Avec
des qualitez fi eftimables il devoit être
exemt de tout foupçon. Cela ne fuffifoit
pas cependant à Madame de la Quinte ;
& fi la chofe avoit été en fon pouvoir ,
elle auroit fubftitué volontiers à la place
34
LE MERCURE
de ces vertus fociables , quelques uns des
vices favoris du fiecle , qui communiquent
cette foif infatiable pour acquerir en peu
de tems des richeffes immenfes. Cela eft
fi vrai , que fon mari ne fut pas plûtôt
forti , qu'elle paffa en revûe dans fon
imagination échauffée toutes les fortunes
qui s'étoient faites dans fon quartier. Elle
étoit plongée dans ces idées envieuſes ,
lorfqu'une Dame de fon voisinage , & qui
de plus étoit fa Commere , fe fit annoncer
; c'étoit une de ces riches Miciffipiennes,
qui étoit paffée rapidement de la grifette à
P'étoffe d'or , & du collier d'ambré à celui
de perles. Madame de la Quinte la reçut
avec un air trifte & abbatu : la voifine ne
put s'empêcher de lui en demander la raifon.
Eh ! n'en ai -je pas fujet , reprit - elle
brufquement ? Peut - on être contente ,
quand on eft à la veille d'abandonner Paris,
& d'être obligée faute de moyens , d'aller fe
confiner dans une maifon de campagne?
Que m'apprenez vous, Madame ? cela n'eſt
pas poflible, & vos affaires ne font pas
affez
de e perées , pour qu'on n'y puiffe pas'
trouver quelque remede.... Cela vous
eft fort ailé à dire , ma Commere ; & cela
feroit bon , fi le Ciel m'avoit accordé un
Epoux entreprenant comme le vôtre , pour
y remedier : en ce cas , vous me verriez
plus fatisfaite, Et pouffant alors un long
...
DE JUILLET. 3.5
foupir : Que vous devez vous estimer heureufe
de n'avoir point ce reproche à faire
au vôtre ! Vous êtes , graces à fes foins
& à fa vigilance , dans un état à ne rien.
craindre à l'avenir des revers ni des caprices
de la fortune , elle eft trop folidement
établie , pour .... Madame de la Quinte
alloit continuer fur ce ton plaintif , lorfque
fon Mari entra d'un air riant : Eh bien ,
Madame , vos fouhaits vont être comblez ;
je viens de donner les ordres neceffaires pour
notre départ. Que dites-vous, Monfieur, reprit
la maligne Commere ? Je m'y oppoſe ,
& je vous declare moi , que ma Commere
n'ira pas. Sçachez que faite & aimable ,
comme ele eft , Paris doit être fa demeure ,
& non une baffe Cour de Campagne . Te
voudrois affurément qu'une telle vifion für
entrée dans la tête de mon Mari , Dieu fçait
comme .... Vous vous emportez injuſtement
contre moi , repliqua Mr. de la Quinte
, je ne fais que cedei en cela aux volontez
de ma femme. Vous êtes bien dupe ,
M. ajouta la voifine , d'être affez fimple pour
vous imaginer que maCommere vous a parlé
felon les veritables fentimens ; envitagez
Madame , & vous connoîtrez aisément que
fon coeur n'eft pas d'intelligence avec fes paroles.
Je ne comprends rien à ce diſcours ,
reprit l'Epoux , developpez cette enigme , ma
femme. Pourquoi diffimuler ? parlez, & ne
u
36 LE MERCURE
Vous contraignez pas. J'avoue , Monfieur ,
dit l'Epoufe embarraffée , que le dépit, plu- ,
tôt que la raifon , m'a forcée dans la premiere
chaleur à m'impofer une loy fi dure.
Mais aujourd'hui que je confidere cette
demarche de plus près , je fens que ma
refolution m'abandonne au befoin. Cependant
quelque repugnance que j'éprouve à
vous obéir dans cette conjoncture , vous
me trouverez toujours foumiſe à votre
volonté. Eh bien ! Madame , je me foumets
moy-même à ce que vous exigez de
moy : je fuis charmé de vous faire ce facrifice
, & quelque penchant que j'aye pour.
la vie tranquille , je veux bien refter à
Paris , dans la vûë feule de vous faire plai
fir ; mais en même tems promettez - moy
de ne plus vous plaindre à l'avenir de vo
tre état ; elle y confentit , & la paix fut
jurée à ces conditions , en prefence de leurs
amies communes. Celle ci qui paroiffoit ra
vie d'avoir occafionné cette reconciliation ,
invita les deux Epoux à venir faire la
veille des Rois chez une de fes Parentes ,
dont le mari avoit gagné plufieurs millions
dans les Actions . Madame de la Quinte ne
goûta pas d'abord la propofition , & elle
auroit eu peine à l'accepter , fans que fon.
mary la lui fit agréer . En effet , deux heures
après , les deux Parentes vinrent la
prendre dans un carroffe des mieux condi-
$
2
DE JUILLET. 37
tionnez . On arrive , & la Dame de la maifon
lui donnant le bras , la conduifit à travers
plufieurs enfilades de plein pied , toutes
plus richement meublées les unes que
les autres. On parvint enfin jufqu'à la derniere
piece. La compagnie la reçut avec
tous les égards imaginables , & lui defera ,
comme de concert , la place d'honneur.
Elle eut beau s'en deffendre , il fallut ceder.
Quoique tout le cercle ne fût occupé qu'à
lui faire paffer agreablement la foirée , il
étoit facile de s'appercevoir qu'elle avcit
P'efprit inquiet , & l'on ne fe trompoit pas ;
car l'admiration d'un côté fur la magni'
cence de cette maifon , & le regret de l'at -
tre de n'être pas dans la même fituation ,
la lutinoient fi fort , qu'elle n'étoit poffedée
que de cette idée. On lui propofa de jouer
pour faire diverfion à fa melancolie , elle
s'en excufa fur une efpece de migraine dont
elle fe difoit tourmentée. Cependant à force
de prieres , elle prit par complaifance le
jeu d'une perfonne du cercle , & elle fut fi
heureufe, que dans deux repriſes d'hombre
au Louis le jetton , elle gaga plus de mille
piftoles. Ce qu'il y a de plus original , c'eſt
qu'on lui fit accroire qu'on l'avoit miſe de
moitié , & on l'obligea par là de partager
le profit. Le gain incfperé qu'elle venoit
de faire , la reveilla & lui tint lieu de confolation.
Après le jeu , on paffa dans une
33 LE MERCURE
falle , où l'on avoit dreffé un buffet , garni
d'une quantité prodigieufe d'argent . On
fervit , on fe mit à table , elle fut Reine.
Tous les conviez firent éclater dans le moment
une joye commune , qui ne fit
qu'augmenter. *
Après le repas le plus delicat & le plus
fomptueux qui fe fut donné peut-être ce
jour -là dans Paris , on ouvrit le bal , où
elle continua d'être Reine. L'on y prodigua
toute forte derafraîchiffemens pendant
le refte de la nuit. Sur les fix heures du
matin les amis de la maifon , comme les
mafques du dehors, commencerent à fe retirer
infensiblement . Madame de la Quinte
étoit trop préocupée des plaifirs qu'on lui
avoit procurés , & des honneurs qu'on luiavoit
rendus , pour s'appercevoir qu'il n'y
avoit prefque plus avec elle que des étrangers
, qui fuivirent bien-tôt l'exemple des
premiers. Elle reconnut pour lors qu'elle
n'étoit environnée que des feuls domeſtiques
de la maifon . Elle en fut d'abord un
déconcertée , mais fon étonnement redoubla
bien davantage , lors que leur ayant
demandé ce qu'étoit devenue leur maîtreffe ,
ils lui répondirent qu'ils n'en avoient , &
qu'ils n'en reconnoiffoient point d'autre
qu'elle. Que veut dire ceci ? eft - ce que
vous eftes gagez pour me traiter de vifionaire
? il eft temps que cette Comedie fi
peu
DE JUILLET. 32
niffe, & puifque toute l'affemblée s'eft feparée
, je ne puis me difpenfer de retourner
chez moy Comment , chez vous ,
Madame , n'y eftes - vous pas ? nous ne fommes
ici que pour recevoir vos ordres . Eh
bien ! puifque vous devez m'obéir , reprit
elle en colere , je vous commande de
me reconduire au logis ; il me femble que
je ne vous propoſe pas une chofe impoffible.
Permettez - nous , Madame , de vous
dire que vous vous trompez , étant tous
tres furs que vous eftes dans l'erreur.
Voyant qu'elle ne pouvoit point en tirer
d'autre raifon , elle demanda au moins qu'on
la laiffat feule , afin de fe repofer . Deux
filles fe prefenterent dans l'inftant , & la
prierent de paffer dans fon appartement.
Elle Y confentit. La chambre , le lit , la
toilette, le deshabillé de nuit , tout lui parut
auffi riche que galant. Après qu'elle fut
couchée , elle s'imagina que tout ce qui lui
étoit arrivé n'étoit que l'effet de quelque
illufion , & qu'il falloit que la parente de
fon amie fût quelque vieille Fée , dont l'art
magique avoit formé tous ces enchantemens,
qui difparoîtroient fans doute à fon reveil.
Remplie de cette idée , elle s'endormit profondément
: cependant les rêves les plus
charmans fe rendirent de toutes pirts autour
d'elle , & ne la quitterent qu'à quatre
heures du foir qu'elle s'éveilla. Elle ouvrit
40 LE MERCURE
alors brufquement fes rideaux , dans l'apprehenfion
de ſe trouver au milieu de quelque
campagne deferte : cette premiere
allarme fe diffipa bien-tôt , quand elle apperçut
les mêmes objets. Après les avoir
long- temps examiné , & s'être bien aſſurée
fur la fidelité de fes fens , elle fonna . Les
mêmes filles qui l'avoient deshabillée &
couchée , accoururent avec empreffement.
Elle eut beau les interroger de nouveau
fur une metamorphofe qui continuoit , elle
n'en tira pas de plus grands éclairciffemens.
Une de ces filles lui demanda pour
lors quel habit cile fouhaitoit porter ce
jour-là ; & fans attendre fa réponſe , on
ouvrit une grande armoire dans laquelle il
y en avoit plufieurs étallez . La richeffe
le bon goût , la varieté des étoffes , ainfi
que tout l'affortiment qui convient pour
parer une Dame du premier rang , furent
un nouveau furcroît d'étonnement pour
Madame de la Quinte . Il augmenta encore
bien davantage , lorfqu'on lui prefenta un
écrin garni de diamans ; car c'étoit avant
` la deffenſe . Pour le coup , cette boëte fur
l'écueil de fa raifon , car ne doutant prefque
plus que ce qui fe paffoit autour d'elle , ne
fut formé par enchantement , elle fongeoit
à le défaire , quand la Comere & la Dame
de la maifon entrerent. A leur afpect elle
pouffa un grand cry , & fut fur le point
de
DE JUILLET. 41
: de s'évanouir la caufe de cette alteration
c'eft qu'elle fe perfuada que cette Urgande
& fa Compagne , alloient faire évanouir
toutes les efperânces. Pendant qu'elle fe
livroit à cette trifte reflexion , ces Dames
vinrent la faluer , & lui faire compliment
fur le changement de fon état , & n'oublierent
pas la beauté & l'éclat de fa parure.
Madame de la Quinte , qui étoit picquée
au vif contre ces deux femmes , ne garda
plus aucune meſure. N'eft- il pas temps ,
Mefdames , leur dit - elle aigrement , que
ces mauvaiſes plaifanteries finiffent : croyezvous
de bonne foy que j'aye fujet d'eftre
fatisfaite d'un procedé auffi infultant que
celui que vous avez tenu à mon égard ,
depuis que je fuis entrée dans cette maifon?
Vous vous trompez , vous voulez apparemment
que je devienne la fable de mon
quartier ; mais je fçaurai bien faire retomber
fur vous le ridicule de cette impertinente
ſcene.
Pourquoi ces reproches injuftes , reprit
la Comere ? & par où , je vous prie , nous
les fommes-nous attirez ? A-t- on manqué
d'égards pour votre perfonne . Si vous aviez
à vous plaindre de quelqu'un , ce devroit
être de M. votre Epoux , qui a eu fans.
doute fes raifons pour vous jouer un pareil
tour.. Mais malgré cela , je ne craindray
pas d'avancer que vous feriez la plus in
D
42 . LE MERCURE
gratte des femmes , fi vous n'aviez pas
tous les retours imaginables pour un homme
qui va vous mettre en poffeffion &
vous rendre la proprietaire d'une fi belle
maifon , & de tous les biens qui y font
Fenfermez : Ah ! je ne le puis croire , ma
Comere , reprit - elle d'une voix tremblante
; ne me trompez pas , fi je fuis
encore de vos amies , tirez moy au plutôt
d'un trouble qui me tuë ; je n'y puis tenir.
Eh de grace ! que je voye mon mary .
A peine cut- elle prononcé ce mot , qu'il
Le montra avec un vifage content , & qui
fembloit confirmer le difcours de la Co-.
mere ; elle en fut fi tranfportée de joye ,
qu'elle courut fe jetter à fon. col. Jamais.
on ne s'eft tant attendri pour la fortune ;
car elle a fes raviffemens comme l'amour
plus violent, Ces premiers mouvemens
paffez , & les fens de Madame de la Quinte
étant un peu moins agitez ; fon Epoux ne
fit plus difficulté de lui découvrir les voyes
fecretes par lefquelles il étoit monté dans
la Claffe des Millionaires. Il lui avoüa
qu'il en avoit en partie l'obligation aut
mary de fa Comere , avec lequel il étoit
entré en focieté & en communauté de profits.
Qu'à la verité il n'avoit pas jugé à
propos de lui en faire la confidence , juf
qu'à ce qu'il eût élevé fa fortune fur des
fondemens ftolides , qu'ils ne puffent eftre
DE JUILLET. 43%
renverfez . Qu'après avoir été affez heureux
pour y réuffir , il avoit acheté & fait
meubler la maifon dans laquelle, elle fe
trouvoit actuellement : Que pour l'y introduire
d'une maniere plus galante , il
avoit imaginé , de concert avec les amis ,
la partie des Rois qui avoit amené toutes
les fcenes dont elle avoit été fi intriguée.
Après ce recit Madame de la Quinte fe
livra à toute l'ambition dont fon petit
coeur étoit devoré : Elle ne put plus fe contenir
, elle fit de nouveau la revûë de fon
Hôtel , mais rien ne flatta tant la vanité
qu'une berline qui auroit paré l'entrée
d'un Ambaffadeur Comme ç'avoit été
toujours le terme de fes defirs , ce fera.
auffi celui de cette nouvelle..
LA RAVI GOTTE
A. M. le Duc d'Albret.
Par le P. du Cerceau , Jefuite.
Ex bonne compagnie , au milieu d'un repas
Vous ordonnez , Prince , que je gringote
Quelques Vers fur la Ravigotte ;
C'eft m'engager daus un dangereux pas
Et ne fgay bonnement comment parer la botte.
Sima Mufe n'olest pas ,
Dij
44 LE MERCURE
On la traitera d'Idiote :
Qu'elle hazarde auffi le coup ! autre embaras ..
On tirerafur ma calote ,
Et jeferai dans de beaux draps :
F'entends déja quelqu'un qui gronde, qui chuchote ,
Et dit à fon voiſin tout bas ,
Quelle honte ! Comment ? c'est unfcandale , belas !
Il a chanté la Ravigote ?
La Ravigote eft- elle , après tout , fi grand cas ,
Pour une fauce verte avec de l'échalote ,
Et tels ingrediens fins , vifs & delicats
Dont l'acide benin piquote-
Faut il faire tant de fracas ?
Aldifpetto de quiconque en marmote .
En mainte bonne table on vante fes appas ,
Gens d'honneur en font leur marote 3,
One illuftre Ducheffe en a même pris note ,
En veut avoir le canevas .
Contre tous les degouts c'eſt un fûr antidote ,
Ellefait manger jufqu'aux plats ,
Jufqu'aux tables , bien plus ; & c'eſt une anecdote
Queje vais vous apprendre, & dont vous ferez cas..
Lefait eft que Virgile , Auteur de haute note ,
Raconte dans fes Vers , que le Sire Encas
Ayant de l'Italie atteint les beaux climats,
Et debarquéfon monde defa flote ;
Fit repaître d'abord Matelots & Soldats,,
Gens de bon appetit ; tant , qu'ainfi qu'il le cotte .
DE JUILLET. 45
Aprés avoir bâfré comme de vrais Goujats ,
Ils mangerent enfin ,fi l'Auteur ne radote ,
Jufqu'à leurs tables même : ici , nos Savantas
Commentateurs , Nation qui chipote;
Sont àfuer d'Ahan , pour expliquer le cas:
Manger des tables!Ciel !'quels corps, quels eftomacs!.
Mais , cefont des bavards ; la chofe le denote ;
+
Ces grands Latins ne favoient pas,
Que , dans ce celebre repas ,
Sire Enée à fes gens fit une Ravigote ;
Et que fes Compagnons , quoique recrus & las
N'en eurent pas tâté , que les tables , les plats-
Pafferent comme une compotté.
Or , depuis ce moment heureux , dans les combats ,
De l'Italie ils firent leurs choux-gras :
La gent Troyennepar tout trote ,
Donne grognons à quiconque s'y frote,,
Pille tout lepaïs , &fait degrands degats ,
Attaque le grand Roy Latinus , le pelotte ,
Sa femme fe pendit de rage , ¿fit la fotte::
Sa filledeftinée au Seigneur Æneas ,
Fut de beaucoup plus fine, & ne s'en pendit pas :
Leurs defcendans, Nation non manchote
Adroite , à gauche étendant degrands brass
De l'Univers entier , de tous les Potentats
Nefirent qu'une matelote.
Voilà comment a vint , nonfans bien dufracas,
46. MERCURE LE
Que l'Empire R main , le plus grand des Etats ,
Commença par la Ravigate.
ARRESTS , EDITS
ម Declarations .

May RREST du Confeil du
1720 , par lequel Sa Majefté ordonne
que les Particuliers aufquels il a efté.
vendu , ou cedé en Payement , & par
Echange ou autrement , des Rentes ,
dont le Remboursement a esté ordonné par ledic
Aireft du Confeil du 31 Aouſt dernier , ou de
celles dont la Converfion a elté faites en Actions
fur les Fermes Unies en confequence dudit
Edit du mois d'Octobre 1718 , demeureront difpenfez
de prendre des Lettres de Ratification ;
Et feront payez fans difficulté des arrerages qui
leur reftent dûs , ça rapportant aux Payeurs defdites
Rentes leurs Quittances , & des Copies
collationnées , ou Extraits de leurs Titres de
Proprieté Moyennant quoi , lefdits Payeurs en
demeureront bien & valablement quittes & déchargez
, & lefdits arrerages feront paflez &
allouez en la dépenfe de leurs Comptes fans
difficulté : Approuve & autho ife au furplus Sa
Majefté les Payemens qui ont efté faits jufqu'à
prefent deflits arrerages par aucuns defdits
Payeurs en la forme prefcrite par le prefent
Arreft.
ARREST du Confeil du 8 May 1720 , par
lequel 3. M. a fait entiere main levée des oppo
DE JUILLET. 47
fitions faites ou à faire par les Creanciers de la
Communauté des Officiers Vendeurs & Controlleurs
de la Marchandiſe de la Volaille de la
Ville & Fauxbourgs de Paris , entre les mains ,
tant du Garde du Trefor Royal , que des Confervateurs
des Hypotheques : Ordonne S. M.
que fans y avoir égard , ladite Communauté,.
fera pasée & rembourfée par le Sieur Gruin,
Garde du Trefor Royal , en fes . Recepiffés furle
Caiffier de la Compagnie des Indes.

ARREST du Confeil du 15 May 1720 , par
lequel S. M. a fait entiere main levée des Oppofitions
formées au Trefor Royal par les Creanciers
de la Communauté des Planchéeurs, Déba- `
cleurs , & Commiffaires au nettoyement des Ports
& Quais de la Ville & Fauxbourgs de Paris : Ordonne
S. M. que fans y avoir égard , ladite Com
munauté fera remboursée par le Sieur Gruin
Garde du Trefor Royal , en fes Recepiffés fur le:
Caillier de la Compagnie des Indes.
ARREST du Confeil du 16 May 1720 , par
lequel S. M. ordonne , que dans le premier Janvier
prochain pour tout delay , les Titulaires ou
Proprietaires desdits Offices de Maires , & autres
des Hôtels de Ville , Commiſſaires & Controlleurs
aux Revues , Syndics & Greffiers des
Rolles des Tailles & des Parroiffes , fupprimez
par l'Edit du mois de Juin 1717 , feront tenus.
de remettre entre les mains du Sieur Paffelaigue
Greffier des Commiſſions Extraordinaires du
Confeil , leurs Quittances de Finance , Provifions .
& autres Titres de proprieté , mefme lesdits Com
milaires & Controlleurs aux Revues ; Et les
Controlleurs des Greffiers des Hôtels de Ville ,
des Etats en la forme preferite par ledit Edit ,.
des Droits par cux perçus depuis leur reception
jufqu'au premier Janvice 1718 , pour eftre part
48
LE
MERCURE
les Sieurs Commiffaires nommez par l'Arreft du
19 du mefme mois de Juin 1717 , procedé à la
Liquidation des Finances defdits Offices , fuivant
& conformément audit Edit de Suppreffion , finon
& à fauce de ce faire dans ledit temps & iceluy
paffé , lefdits Titulaires & Proprietaires en demeureront
déchûs fans efperance d'aucun Rembourfement.
ARREST du Confeil du 16 May 1720 , par
lequel S. M. ordonne , Art . I. Qu'à commencer
au premier Juin prochain , les Droits de Tiers-
Surtaux & Quarantiéme feront & demeurerout
éteints & fupprimez .
des
II. Ordonne pareillement S. M. qu'à compter
du mefme jour premier Juin prochain, les Droits.
de la Douanne de Lyon , de celle de Valence ,
la Table de Mer ; Enfembie ceux eftablis par
l'Edit du mois de Juin 1711 , & tous les autres
Droits fans aucune exception qui fe levent fur
les Soyes, tant Eftrangeres qu'Originaires,demen
reront éteints & fupprimez.
III. Veut S. M. qu'à l'avenir , & à commencer
audit jour premier Juin prochain , il foit feules
ment levé à fon profit Vingt fols per Quintal fur
toutes les Soyes Eftrangeres , mefme fur celles
d'Avignon & du Comtat ; Et que lesdites Soyes
ne puiffent entrer dans le Royaume par Mer du
cofté du Midy , que par le Port de Marſeille , &
Par Terre par le Port de Beauvoifin ; Et du coftè
du Ponant , que par les Ports de Calais , Dieppe ,
le Havre , Rouen , Honfleur , Saint -Malo, l'O
rient , Morlaix , Breft , Nantes , la Rochelle &
Bordeux.
IV. Veut S. M: que les Droits fur toutes lef
dites Etoffes de foyes & Dorures Estrangeres ,
mefme fur celles d'Avignon & du Comtat , à l'excepti
on de celles deftinées par Entrepoft pour le
Com merce de la Compagnie des Indes , conti
muent
DE JUILLET. 49
nucnt d'eftre levez , comme ils l'ont efté par le
paffé , fur le pied fixé par l'Arreft du premier.
Aouft 1716 , la moitié defquels Droits S. M.
deftine & affecte pour des gratifications en faveur
de ceux des Marchands & Fabriquans de la
Ville de Lyon , qui augmenteront le Commerce
& les Manufactures .
V. Ordonne S. M. qu'il fera expedié une Ordonnance
de comptant de la fomme de huit Millions
trois cens dix mille quatre vingt cinq liv.
au nom des Prevoft des Marchands & Echevins
de ladite Ville de Lyon , laquelle leur fera payée
par le Garde du Trefor Royal , fur la Quittance
de Camille Perrichon leur Député , & fondé de
leur Pouvoir , par Acte du 20 Octobre 1719, en
remettant audit Garde du Trefor Royal ledit
Acte ; Enſemble les Quittances de Finance des
26 Aout 1711 , 20 & 23 May 1712 , 20 May
1713 , 18 Janvier 1714 , & 26 Mars 1715 , mon .
tant enfemble à la fomme de Tro's Millions fept
cens foixante mille livres : Pour la valeur de .
laquelle Ordonnance il fera delivré audit Perrichon
par ledit Garde du Trefor Royal un Recepiffè
de pareille fomme fur le Caiffier de la Compagnie
des Indes , à valoir fur les Quinze cens
Millions que ladite Compagnie s'eft engagée de
prefter à Sa Majeſté .
VI. Pour tenir lieu à ladite Ville de Lyon de
Poroy de Soixante mille livres , faifant partie
fon ancien Patrimoine , & qu'Elle a toujours retenu
fur le prix des Baux des Droits de Tiers-
Surtaux & Quarantiéme ; Sa Majesté ordonne que
les Prevoft des Marchands & Echevins de ladite
Ville jouiront à perpetuité de pareille fomme de
Soixante mille livres par an , à commencer du
premier Juillet prochain , que S. M. a affigné &
affigue fur les premiers de deniers de la Recette
Generale des Finances de la Generalité de Lyon
par préference à toute autre partie , mefme à
E
50 LE MERCURE
celle du Trefor Royal , pour laquelle dite fomme
de Soixante mille livres par an , lefdits Prevost
des Marchands & Echevins feront employez dans
les Eftats du Roy ; Et le Payement leur en fera
fait dans ladite Ville de Lyon , par le Commis à la
Recette Generale des Finances , fur la Quittance
de leur Receveur .
VII. Veut auffi S. M. que les Vingt mille liv .
de Penfion cy- devaut accordées aux Sieurs Maré
chal & Duc de Villeroy , Gouverneur & Lieutenant
de Roy de ladite Ville de Lyon , & des Provinces
de Lyonnois , Foreft & Beaujollois , qui
eftoient affignées fur les Octroys & fur les Droits
de Tiers-Surtaux & Quarantiéme , conformément
aux Lettres Patentes des 17 May 1669 , & 10 Juin
1695. foient & demeurent à l'avenir impofez fur
les biens Patrimoniaux ,& Octroys de ladite Ville,
& qu'elles foient payées par le Receveur d'icelle ,
ainfi qu'il a efté fait par le paffé.
ARREST du Confeil du 20 May 1720. par
fequel S. M. a fait pleine & entiere main levée des
oppofitions formées au Trefor Royal par les
Creanciers de la Communauté des Verificateuts
des Lettres de Voiture des Marchandiſes , & Denrées
arrivant à Paris par les Ports & Quais : Ordonne
que fans y avoir égard ladite Communauté
fera payée & remboursée par le sieur Gruin ,
Garde du Trefor Royal , en fes Recepiflés fur le
Caiffier de la Compagnie des Indes .
ARREST du Confeil du 13 Juin 1720 , qui
décharge du Droit de Controlle les Contrats de
Conftitutions , Quittances de Remboursement
& autres Actes qui feront paffés en execution
de l'Arret du 9. Juin 1720 .
ARREST du Confeil du 14 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne que les Acquereurs des
DE JUILLET. 51.
?
rentes , leurs heritiers , fucceffeurs & ayant cau .
fe , jouiront des arrerages des fix mois , dans lefquels
les Quittances de Finance en auront eſté
expediées par le Garde de fon Trefor Royal
nonobftaat ce qui eft porté à cet égard par
l'Article VIII . dudit Edit , que S. M. veut au
furplus eftre executé felon ſa forme & teneur ;
Et fera la dépenfe defdits arrerages paffée & allouée
dans les Comptes des Payeurs fans difficulté
en vertu du prefent Arreft , pour l'execution duquel
toutes Lettres neceffaires feront expediées .
LETTRES . Patentes , données à Patis le 14
Juin 1720 , Regiftrées en la Cour des Monnoyes
le 17 , par lefquelles S M. ordonne que nonobftant
la difpofition dudit Article X. de fa Declaration
du 11 Mars dernier , les Matieres d'Or qui
font ou feront portées dorefnavant dans les Monnoyes
; Enſemble les anciens Louis qui s'y trouveront
le premier Aouft prochain , y
feront convertis
en Louis à la taile de Vingt cinq au
Marc , de l'Empreinte figurée dans le Cahier attaché
fous le Contre fcel de l'Edit du mois de
May 1718. Lefquels Louis de Vingt- cinq au
Marc auront cours , ainfi que ceux fabriquez en
confequence dudit Edit , pour les prix portez par
ledit Arreft de fon Confeil du dix du prefent
mois ; Sçavoir , pour Quarante- neuf livres dix
fols jufqu'au premier Juillet prochain ; Pour
Quarante- cinq livres , depuis ledit jour premier
Juillet jufqu'au feize dudit mois ; Et pour Quarante
livres dix fols depuis ledit jour feize Juillet
jufqu'au premier jour d'Aouft ; Auquel jour
premier Aouft , lefdits Louis feront reduits à
Trente-fix livres , les demis à proportion ; Sur
lequel pied ils continueront d'avoir jufqu'à ce
qu'autrement il en ait efté ordonné , S. M. n'ayant
entendu décrier par ledit Arreft du dix du prefent
mois , que les Louis des autres Fabrications , qui
Eij
52
LE
MERCURE
ne feront plus reçûs que comme Matieres , fuivant
ledit Arreft , à commencer dudit jour premier
Aouft prochain .
ARREST du Confeil du 18 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne Art. I. Que tous les Particu
liers qui eftoient Porteurs de Contrats de Conftitution,
Obligations & Quittances d'avances deubs
par les Eftats de Bretagne , lefquels en ont reçû le
Remboursement , pourront faire revivre les anciens
Titres de leurs Creances , en payant entre
les mains du Treforier defdits Eftats en Billets
de la Banque , ou Recepiffés expediez pour Rembourfemens
de Contrats fur lefdits Eftats , fignez
du Sr de Montaran leur Treforier , & vifez de deux
des Sieurs leurs Députez vers Sa Majefté , les
Sommes aufquelles montoient les Principaux des
Rentes qui leur ont efté rembourfez ce qu'ils
feront tenus de faire devant le 15 de Juillet de
la prefente année , paffé lequel temps ils en feront
déchûs .
,
II. Veut Sa Majefté qu'en confequence du payement
qui fera fait par lefdits Particuliers entre les
mains du Treforier defdits Eftats , il foit paffé un
Acte pardevant Notaires entre lefdits Particuliers
& le Treforier defdits Eftats en preſence
des Sieurs Evêque de Nantes , Dnc de Lorge , &
Dondel , Sénéchal de Vannes , Députez defdits
Eftats vers Sa Majefté , ou de Denx d'entre eux
en abfence de l'autte , portant Quittance du
Payement qui aura efté fait par lefdits Particuliers
pour faire revivre le Titre de leur Creance
fur lefdits Eftats ; Qu'à compter du jour de ladite
Quittance portant Reduction , ils jouiront de la
Rente à raifon de Deux pour Cent par an des
Sommes principales contenues dans les anciens
Contrats , Obligations & Quittances d'avances
dont ils eftoient Porteurs ; Et que les arrerages
defdites Rentes feront payez aufdits Créanciers
par lesdits Eftats , de fix mois en fix mois , des
DE JUILLET. 33
Fonds qu'ils feront tenus de faire entre les mains
de leur Treforier ; A l'effet de quoy lefdits
Sieurs Députez & Treforier defdits Eftats réitereront
les mêmes Privileges , Hypotheques &
Obligations portées par les Contrats , Obligations
& Quittances d'avances , dans lefquels
lefdits Creanciers rentreront.
III . Veut & ordonne Sa Majesté que les Sommes
qui feront reçûes par le Treforier des Eftats
de Bretagne , des Particuliers qui voudront faire
revivre les Contrats , Obligations & Quittances
d'avances qu'ils avoient fur lefdits Etats , feront
par lui remifes au Caiffier de la Compagnie des
Indes , qui lui rendra pareille valeur en Recepiffez
, que le Sieur de Montaran , Tréforier defdits
Eftats , a fournis au Sicur Deshayes , Caiffier
de ladite Compagnie , lorfqu'il lui a remis pour
le Compte du Roy , à valoir fur les Quinze cens
millions que la Compagnie des Indes s'eft obligée
de prefter à Sa Majefté , les Fonds neceffaires
pour faire lefdits Rembourfemens , fans qu'il foir
befoin d'en retirer d'autre décharge.
ARREST du Confeil du 18. Juin 1720 , par
lequel s . M. proroge jufqu'au dernier Septembre
prochain inclufivement , la furféance accordée
aux Receveurs des Tailles , par l'Arreft de fon
Confeil du 28 Mars dernier , qui fera au furplus
executé felon fa forme & teneus.
,
ARREST du Confeil du 20 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne Que tous ceux de fes
Sujets generalement quelconques , de quelque
qualité , eftat & condition qu'ils foient , qui ont
des Interefts dans des Compagnies de Commer
ce des Pays Eftrangers , feront tenus d'en retirer
leurs fonds , & de les faire rentrer dans le
Royaume , dans l'efpace de deux mois au plûtard
, à compter du jour de la publication de la
E iij
34 LE MERCURE
prefente Ordonnance , ce qui fera pareillement:
obf.rvé par ceux qui ont actuellement des fonds .
en dépoft hors du Royaume , à l'exception neanmoins
des fonds qu'y peuvent avoir les Banquiers
, Marchands ou Né ocians , pour leur
Négoce ou Commerce , ou pour leurs Comptes
ou Societez particulieres qu'ils ont dans lefdits
Pays Etrangers , à peine contre les contrevenans
d'amende du double de ce qu'ils auront
fait pafler dans lefdits Pays Eftrangers , fans .
que ladite amende , dont moitié fera applicable
au profit de Sa Majefté , & l'autre moitié au
profit du Dénonciateur , puiffe eftre remife , reduite
ni moderée , fous quelque, prétexte que ce
foit , ni reputée peine comminatoire . Défend en
outre très-expreffément Sa Majefté fous les mêmes
peines à tous fes Sujets , de queque eftat ,
qualité & condition qu'ils puiffent eftre , de
prendre en Pays Eftrangers des Interefts dans .
des Compagnies de Commerce , ni de placer
aucuns fonds dans lesdits PaysEftrangers fans fa
Permiſſion expreffe.
ARREST du Confeil du 20 Juin 1720 , par
lequel S. M. permet aux Actionnaires de la Compagnie
des Indes de faire le Supplément de Trois
mille livres par Action , porté par l'Arreft de fon
Confeil du trois du prefent mois , en Billets de
Banque ou en Actions de ladite Compagnie à
leur choix , lefquelles Actions feront reçues en
Payement dudit Supplément , à raifon de Six
mille livres l'Action ; en forte que pour trois.
Actions anciennes il fera délivré aux Actionnaires
deux Actions nouvelles : Veut Sa Majesté .
que ledit Supplément foit fait dans le quinze du
mois de Juillet prochain , paffé lequel temps les
Actionnaires n'y feront plus reçûs. Ordonne en
outre Sa Majesté , que les Actionnaires qui auront
payé le Supplément , jouiront des Dividendes ,
>
DE JUILLET.
>
commencer du premier Juillet prochain ,
raifon de Trois cens foixante livres par an pour
chacune Action fuivant & conformément à
l'Arreft du Confeil du trois du prefent mois
& que les Actions qui doivent fervir à former la
Societé d'Affurance , feront inceffamment reprefentées
pardevant les Sieurs Commiffaires de la
Banque & de la Compagnie des Indes , pour en
eftre par lefdits Sieurs Commiffaires dreffé Procès
verbal , & eftre enfuite déposées entre les
mains du Treforier de la Banque , qui fera
tenu de s'en charger au bas dudit Procès verbal
*
Arreft du Confeil , du 22 Juin 1720. par lequel
S. M. a continué & prorogé jufqu'au dernier
Septembre prochain la remife des deux tiers
des Droits de fes Fermes fur les Beftiaux qui
entreront dans la Ville & Fauxbourgs de Paris
& dans les autres Villes du Royaume , où lefdits
Droits ont coutume d'eftre perçus .
ARREST du Confeil du 22 Juin 1720. par
lequel Sa Majefté ordonne que les Communautez
Ecclefiaftiques , & autres Gens de Main mor
te , qui avoient des Rentes fur le Clergé general
& fur les Diocefes particuliers , jouiront
des arrerages defdites Rentes fur le pied de trois
pour cent par an depuis le premier Janvier mil
fept cent vingt , jufqu'au premier Juillet prochain
, & à deux pour cent par an depuis ledit
jour premier Juillet . Permet Sa Majefté à toutes
les Communautez Ecclefiaftiques , Gens de Mainmorte
, & Hôpitaux du Royaume , d'employer les
deniers provenans des differens Rembourfemens
qui leur auront été ou feront faits cy- aprés , en
Rentes à deux pour cent par an , fur le Clergé
general , & fur les Diocefes particuliers , nonobftant
ce qui eft porté par l'Arreft du Confeil
du feize Avril 1720. auquel Sa Majefté a dérogé
E-iiij
38 LE MERCURE

& déroge à cet égard . Enjoint Sa Majesté aux
Agens Generaux du Clergé de tenir la main à
l'execution du prefent Arreft.
ARREST du Confeil du 22 Juin 1720 , par
lequel Sa Majefté ordonne que par les fieurs le
Pelletier Desforts , d'Ormeffon , & de Landivifiau,
Commiffaires Generaux de la Compagnie des Indes
& de la Banque , il fera procedé à l'examen
& verification des Comptes de la Banque : Comme
aufli qu'en execution de l'Article premier
de l'Arreft du Confeil du 11 du prefent mois de
Juin , il fera inceffamment dreffé procés verbal
par lefdits Sieurs Commiffaires , de la quantité
de Billets de Banque de mille & de dix mille
livres , qui fe trouvent actuellement dans les
Caifles de la Banque , pour eftre fefdits Billets
baftonnez , & enfuite coupez en travers par le
milieu , en prefence defdits Sieurs Commiffaires
& des Prevoft des Marchands & Echevins de ladite
Ville de Paris ; & l'une des deux moitiés ,
contenant le Numero , le Viſa & la Vignette ,
demeurer audit Bourgeois , qui s'en chargera
au pied dudit Procés verbal ; l'autre moitié contenant
les fignatures du Treforier & du Controlleur
, eftre brûlée en la maniere portée par l'Arti
cle premier dudit Arreft du Confeil du 11 du
prefent mois de Juin : Veut Sa Majesté qu'il en
foit ufé de la même maniere pour les autres
Billets de Banque de mille & de dix mille liv .
au fur & à mesure que lefdits Billets feront ac
quittez & retirez du Public.
ARREST du Confeil du 22. Juin 1720.
par lequel Sa Majefté a nominé & établi les Sieurs
le Pelletier Desforts , d'Ormeffon & de Landivifiau
, Commiffaires Generaux , tant de la Banque ,
que de la Compagnie des Indes , pour tout ce
qui concerne l'adminiftration de l'une & de l'auDE
JUILLET. $7
tre , tenir la main à ce que les Comptes foient
regulierement rendus , en faire l'examen avant
qu'ils pu ffent eftre arreftez : affifter toutes les
fois qu'ils le jugeront à propos aux Affemblées
tant generales que particulieres de ladite Compagnie
, ainfi qu'à fes Deliberations ; veiller à
ce que les Directeurs s'acquittent avec exactitude
des Départemens qui leur ont été ou leur feront
confiez ; & en general maintenir le bon
ordre & la difcipline , tant en ladite Banque ,
que dans ladite Compagnie.
ARREST du Confeil du 22 Juin 1720. par
lequel S. M. ordonne que les Proprietaires des
Offices de Receveurs Provinciaux & Particuliers
des Decimes & leurs Controlleurs , fupprimez par
Arreft du Confeil du vingt fix Octobre 1719 .
qui n'ont pas encore été remboursés de la Finance
de leurs Offices , Gages & augmentations de
Gages à eux attribuez , feront tenus de reprefenter
dans un mois , à compter du jour de la publication
du prefent Arreft , les Titres de proprieté
de leurs Offices , Gages & Augmentations de
Gages; pour eftre procedé à la liquidation de
leurs finances pardevant les Commiffaires nommez
par Arreſt du Conſeil du Novembre 1719.
aprés laquelle ils pourront à leur choix & option
recevoir le rembourfemeut , ou employer les
deniers qui en poviendront en Rentes fur le
Clergé general , & fur les Dioeefes particuliers ',
fur le pied de deux pour cent , & fans s'arrefter
à l'Arreft du Confeil du 16 Decembre 1719 .
que Sa Majefté a revoqué , Veut Sa Majefté que
dans les Villes & lieux où étoient les Bureaux
des Recettes Provinciales , il foit par le fieur
Ogier établi des Commis pour recevoir les deniers
des Impofitions des Dioceſes , au lieu &
place des Receveurs Provinciaux , aux claufes &
conditions qui feront reglées dans la prochaine
5.8
LE MERCURE
Affemblée generale du Clergé.
ORDONNANCE du Confeil du 22 Juin 1720 .
portant augmentation d'un quart fur le prix des
voitures .
,
EDIT du Roi donne à Paris au mois de
Juin 1720 , regiftré en Parlement le 3 Juillet
1720 , par lequel S. M. crée & érige en titre
d'Offices formez & hereditaires douze
Confeillers Treforiers Receveurs Generaux &
Payeurs des Rentes fur l'Hôtel de Ville de Paris
, Receveurs des confignations , Dépofitaires
des debets de quittances , Commiflaires aux
Rentes faifies réellement , Greffiers des feuilles
& immatricules , & principaux Commis y joints :
& douze Confeillers . Controlleurs generaux
defdits Payeurs ; lefquels feront , à commencer
en la prefente année , la recette , le payement &
le controlle defdites Rentes perpetuelles créées
par l'Edit du prefent mois ainfi que des
Rentes viageres , dites Tontines , & des autres
Rentes viageres ci - devant conftitutées fur ledit
Hoftel de Ville , fuivant les états de diftributions
qui feront arreftez tous les ans en notre Confeil
, à l'effet de quoi toutes lefdites Rentes feront
partagées en douze parties , que Nous
avons établi , & établiffons par noftre prefent
Edit ; fçavoir , les Rentes perpetuelles dans les
dix premieres parties , & les Rentes des Tontines
avec les anciennes Rentes viageres dans les
deux dernieres parties : Attribuons à chacun des
Payeurs créez par notre prefent Edit , trois mille
fept cens cinquante livres de gages effectifs ; &
pareille fomme de trois mille fept cens cinquante
livres , par forme de taxations fixes , & droit
d'exercice ; enfemble pour les façons , vacations
& frais de reddition de compte ; & à chacun des
Controlleurs douze cens cinquante livres de gaDE
JUILLET.
ges effectifs , & fept cens cinquante livres de
droit d'exercice , defquels gages , taxations &
droits d'exercice , l'emploi fera fait dans les étatsde
diftribution defdites Rentes ; entendous que
l'acquifition . des gages defdits Offices de payeurs
& de Controlleurs foit faite à raiſon du denier
quarante de la finance , & que les Acquereurs
jouiffent defdites taxations & droits d'exercice ,
fans payer aucune finance : Voulons en outre que
lefdits Payeurs & Controlleurs jouiffent du droit
de Committimus en nos grande & petite Chancellerie
, & de tous les autres droits , fonctions ,
exemptions , privileges & prérogatives attribuez
ci devant aux Payeurs & Controlleurs des Rentes
dudit Hoftel de Ville par differens Edits , Declarations
& Arreſts de notre Confeil , de la même
maniere que s'ils étoient plus amplement.
Specifiez par notre prefent Edit.
ARREST du Confeil du 25 Juin 1720 , par
lequel S. M. commet les fieurs Laugeois d'im
bercourt , de Barillon de Morangis , de Maupeou.
d'Ableiges , Hebert , Doublet de Crouy , de
Beauffan ,Amelot de Chaillou , Orry de Vigno-,
ry, Roffignol & Regnault , Confeillers du Roy
en fes Confeils , Maiftres des Requeftes ordinaires
de fon Hôtel ; Pour être l'un d'eux propar
cedé au Vifa defdits Billets ou Actions , fuivant
& ainfi qu'il eft plus au long porté par l'Article
III. dudit Arreft du Confeil du du prefentmois.
ARREST du Confeil du 16 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne qu'il fera fait pour cent
Millions de Billets de cent livres & de dix livres ;
fçavoir , cinq cens Regiftres de Billets de cent
livres , contenant chaque Regiftre mille Billets
imprimez de cent livres , chaque Billet timbré
du mot imprimé , Divifion , numerotez depuis
le Numero Un , jufques & compris le Numero
'60 LE MERCURE
cinq cent mille , faifant la fomme de cinquante
Millions : & cinq mille Regiftres de Billets de
dix livres , contenant chaque Regiſtre Mille Billets
imprimez de dix livres , chaque Billet timbré
pareillement du mot imprimé Diviſion , numerotez
depuis le Numero Un jufques & compris
le Numero cinq Millions , faifant pareille fomme
de cinquante Millions ; & lefdites deux fommes
enfemble , celle fufdite de cent Millions ; pour
eftre lefdits Billets de cent livres & de dix livres
uniquement employez & fervir à couper lesdits
Billets de dix mille livres & de mille livres , fans
aucune augmentation de la fomme à laquelle
fe monte le total defdits Billets de dix mille ,
de mille , de cent & de dix livres , reftans dans
le Public : Et à cet effet Veut S. M. qu'au fur
& à mefure qu'il fera délivré des Billets de cent
livres & de dix livres en échange de ceux de
dix mille livres & de mille livres , qui feront
rapportez pour eftre coupez , lefdits Billets de
dix mille livres & de mille livres foient fur le
champ biffez en prefence des Parties ; & enfuite
reprefentez devant les Commiffaires Generaux de
la Banque & de la Compagnie des Indes , pour
eftre coupez par le milieu , & enfuite brûlez ,
conformément aux Arrefts des 11 & 22 de prefent
mois de Juin.
ARREST du Confeil du 27 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne , conformément audit Arreft
du 3 Octobre dernier , que ledit Sieur Mitantier
continuera de tenir un Registre exact ,
dans lequel il enregiſtrera les Extraits mortuai
res des Rentiers decedez : Fait Sa Majeſté défenfes
aux Payeurs des Rentes Viageres , de payer
aucune portion de temps aux Heritiers des Rentiers
decedez , qu'au préalable il ne leur apparoiffe
de l'Enregistrement desExtraits mortuaires ,
que lesdits Heritiers feront tenus de repreſenter
DE JUILLET.
Gr
audit Mitantier : enfemble les Quittances desdites
port ons de tems , pour eftre par lui vifées avant
que d'etre fournies aufdits Payeurs , à peine
de nullité des payemens qui pourroient eftre autrement
faits : Ordonne en outre Sa Majeſté qu'à
l'avenir lesdits Heritiers feront tenus de rapporter
lefdits Extraits mortuaires dans l'année du
jour du decés defdits Renters ; faute de quoy
ils demeureront privez de tous les arrerages qui
fe trouveront dûs , lefquels feront portez au
Trefor Royal par lefdits Payeurs à la fin de chacun
Exercice .
ARREST du Confeil du 27 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne que les Contrats de Conftitution
, ceux de Reconſtitution , & les autres
Actes qui feront paffez en execution de l'Arreft
du 9 Juin 1720 , ainfi que les Quittances de rem,
bou fement qui feront faits au Sieur Dubreuil par
le Clergé general & les Diocefes particuliers , des.
fommes par lui avancées en execution de l'Arreft
du 26 Octobre 1719 , feront & demeureront
déchargez de tous droits de Controlle ; même
que ceux qui auroient efté exigez par les Actes
paflez en execution dudit Arreft , avant la publication
de l'Arreft du 19 Avril 1720 , feront
reftituez . Fait Sa Majefté tres exprefles défenfes
& inhibitions aux Fermiers & Receveurs
defdits Droits , leurs Commis ou Prépofez , de
les exiger pour raifon defdits Actes , à peine de
concullion & de reftitution du quadruple.
DECLARATION du Roy , du 2 Juillet 1720,.
regiftrée en Parlement le 13 du même mois ,
par laquelle S. M. ordonne qu'il foit annuelle,
ment à commencer au premier . Octobre prochain
, arrêté de nouveaux Eftats de Franc falez
& Exemptions d'Entrées & Droits de Pont de
Joigny , fur les Vins , conformes aux Etats qui
62 LE MERCURE
s'arrêtoient annuellement avant l'Edit du mois
d'Aouft 1717. & que pour la prefente année il
foit arrêté un Etat de fupplement des parties
comprises dans lefdits anciens Etats , & qui n'ont
point efté employées dans ceux qui ont efté faits
jufqu'à ce jour , Nous refervant neaumoins de
rembourfer les Francs - falez acquis en execution
de la Declaration du 11 Aouft 1705. & faire
reformer les erreurs qui peuvent fe trouver dans
aucuns des Articles des anciens Etats .
ARREST de la Cour des Monnoyes , du 3
Juillet 1720 , par lequel la Cour ordonne l'execution
des Ordonnances , & notamment que la
Declaration du 8 Fevrier 1716 , qui prononce
contre ceux qui vendent , achetent ou marchandent
des Efpeces ou matieres d'Or & d'Argent
à plus haut prix que celui porté par les Edits ,
Declarations & Arrefts , la peine du Carcan , de
confifcation defdites Efpeces & Matieres , & d'amande
du double des Efpeces ou Matieres billonnées
; & ce pour la première fois ; & en cas de recidive
,la peine des Galeres à perpetuité, lefquelles
ne pourront eftre moderées , & auront lieu tant
contre ceux qui auront donné , que contre ceux
qui auront reçû lefdites Efpeces , fera executée
felon fa forme & teneur.
ARREST du Confeil , du 4 Juillet 1720 , par
lequel S. M. ordonne que les Proprietaires des
anciens Contrats de Rentes fur l'Hôtel de Ville
de Paris , foit qu'ils folent Sujets de Sa Majefté ,
ou Etrangers , leurs Heritiers, fucceffeurs & ayans
caufe , qui n'ayant pas reçu le Remboursement
qu'Elle en a ordonné , ont encore lefdits Contrats
en leur poffellion , jouiront deſdites Rentes
fur le pied du Denier Quarante , porté par
ledit Edit , aprés que mention de la reduction
defdites Rentes au Denier Quarante , aura efté
DE JUILLET.
63
faite par les Notaires qui en ont paffé les Contrars
ou qui en ont les Minutes , tant fur les
Quittances de Finance , les Minutes & les Groffes
defdits Contrats , que fur le Registre de
l'Hôtel de Ville , qui fera tenu à cet effet ,
fans que les Proprietaires des anciens Contrats
de Rentes foient tenus , pour en jouir fur ledit
pied du denier Quarante, de prendre de nouvelles
Quittances du Garde du Trefor Royal , ni de faire
expedier de nouveaux Contrats , dont Sa Majefté
les a difpenfez & les difpenfe , nonobftant
ce qui eft porté à cet égard par lefdits Edits , "
Declarations & Arrefts , & nonobftant les Quittances
de Remboursement , décharges & mentions
qui pourroient en avoir cfté faites & données ,
tant fur les Minutes & Quittances de Finance y
annexées , que fur les Groffes defdits Contrats
non rembourſez ; Et feront les arrerages defdites
Rentes payez à ceux qui en font proprietaires ,
leurs heritiers , fucceffeurs ou ayans caufe ,
commencer des fix mois dans lesquels la mention
de ladite reduction au denier Quarante aura
été faite fur les anciennes Quittances de Finance
, les Minutes & les Groffes defdits Contrats :
Sa Majefté en tant que befoin feroit , validant &
rehabilitant lefdites Parties & Contrats de Conftitution
de Rente en la même force & vertu
qu'ils étoient avant les Arrefts du Confeil des
31 Aouft & 26 Octobre derniers , qui en ont ordonné
le rembourfement ; la dépenfe defquels
arrerages fera paffée & allouée dans les Comptes
des Payeurs fans difficulté , en vertu du prefent
Arrelt, pour l'execution duquel toutes Lettres
neceffaires feront expediées .
ARREST du Confeil , du 5 Juillet 1720 , par
lequel S. M. ordonne que ceux qui acquerront
avant le premier jour du mois d'Aouft prochain ,
les Rentes créées par ledit Edit du mois de Jain
64 LE MERCURE
dernier , en la maniere portée par icelui , & par
la Declaration du 19 dudit mois deJuin , jouiront
des arrerages defdites Rentes , à commencer du
premier Avril dernier ; & fera la dépenfe defdits
arrerages paffée & allouée dans les Comptes des
Payeurs fans difficulté , en vertu preſent Arreft.
ARREST du Confeil , du 6 Juillet 1720 , par
lequel S. M. ordonne que la Declaration du 18
Fevrier dernier fera executée felon fa forme &
teneur ; fait Sa Majefté tres expreſſes & iteratives
défenfes à tous Offevres & autres Ouvriers travaillans
tant en Or qu'en Argent , dans la Ville
de Paris & autres Villes & Lieux du Royaume ,
de fabriquer , expofer ou vendre aucuns ouvra
ges d'Or ou d'Argent de la qualité prohibée , ou
qui excedent le poids fixé par ladite Declaration
& à tous particuliers d'en acheter , fous
les peines y portées .
ARREST du Confeil , du 11 Juillet 1720 ,
par lequel S. M. ordonne que les Proprietaires des
ancieus Contrats de Rentes fur l'Hôtel de Ville
de Paris , qui ont encore entre les mains lefdits
Contrats , & qui feront faire mention de la reduction
de leurs Rentes au Denier Quarante avant
le premier jour du mois d'Aouft prochain , jouiront
des arrerages d'icelles , à commencer du premier
Avril dernier ; defquels arrerages la dépenfe
fera paffée & allouée dans les Comptes desPayeurs
fans difficulté en vertu du prefent Arreft, Veut au
furplus Sa Majefté que l'Arrelt du 4 du prefent
mois foit executé felon fa forme & teneur , &
pour l'execution du prefent Arreſt toutes Lettres
neceffaires foient expediées.
ARREST du Confeil du 13 Juillet 1720 , par
lequel S. M. ordonne ,
Article I. Qu'il fera ouvert à l'Hôtel de la Banque
DE JUILLET. :65
que à Paris le 20 du prefent mois , & le 20 du
mois d'Aouft prochain dans toutes les Villes du
Royaume où il y a des Hôtels des Monnoyes ;
fçavoir , Tours , Roüen , Caền , Lyon , Poitiers ,
la Rochelle , Limoges , Bordeaux , Bayonne ,
Toulouze , Montpellier , Ricm , Dijon , l'erpignan,
Orleans , Reims , Nantes , Troyes , Amiens ,
Bourges , Grenoble , Aix , Rennes , Metz , Strafbourg
, Lille , Befançon & Pau , & dans toutes
celles où il fera jugé neceffaire de faire de pareils
établiffemens , un Livre de Comptes courans &
de Viremens de Parties , dont le fonds ne pourra
paffer fix cens Millions .
II . Veut Sa Majesté que fur ledit fonds de fix
cens millions , il en foit refervé trois cens Millions
, pour les Villes de Province mentionnées
au precedent Article .
III. Le fonds de trois cens Millions pour Paris
, fera fait à l'Hôtel de la Banque en Billets de
Banque de dix mille livres & de mille livres feulement
, qui feront reçues par le Treforier de la
Banque , par lui biffez en prefence des Porteurs ,
& enfuite brûlez en la forme & maniere prefcrite
par l'Arreft du 11 Juin dernier , dont fera dreflé
Procès verbal , qui fervira de décharge au Treforier
de la Banque ; & il fera donné credit au Porteur
du montant des Billets par eux remis .
IV. Le fonds des trois cens Millions reſervez
pour les Villes de Province mentionnées au fecond
Article , fera pareillement fait en Billets de
Banque de dix mille livres & de mille livres feulement
, lefquels feront reçûs par les Directeurs
des Hôtels des Monnoies defdites Villes , & par
eux biffez en prefence des Porteurs ; après quoi
ils feront envoyez par lefdits Directeurs au Treforier
de la Banque à Paris , pour être brûlez
en la forme portée par le precedent Aarticle.
V. Les fix cens Millions qui compoferont le
fonds des Comptes courans & Viremens de Par
F
66 LE MERCURE
ties feront ftipulez en livres Tournois , & ne
pourront eftré fujets à aucunes variations , quelque
diminution qui furvienne dans le prix courant
des Efpeces .
VI. Toutes Lettres de Change & Billets de
Commerce de Cinq cens livres & au deffus , Enfemble
les ventes de marchandifes en gros dans
les Villes où les Livres des Comptes courans &
de Virements de Parties feront eftablis , feront
acquittez en Ecritures , à peine de nullité du
Payement ; Et de Cinq cens livres d'amende au
profit de la Banque , tant contre le Créancier que
contre le Debiteur.
VII. Ceux qui auront Compte en Banque dans
quelqu'une des Villes mentionnées au premier
Article du prefent Arreft , & qui voudront faire
des Payemens dans quelques autres des mêmes
Villes , le pourront faire par Virement de Partie :
de Ville en Ville , fuivant l'Inftruction qui ſera
rendue publique avant l'ouverture des Livres.
VIII. Ne pourront les fonds que les Sujets de
Sa Majefté auront en Compte courant en Banque,
eſtre ſujets à aucunes faifies , fous quelque prétexte
que ce foit , pas même pour les propres deniers
& affaires de Sa Majesté.
IX. Les Etrangers pourront avoir des Comptes
Courans en Banque , & leurs fonds ne pourront
eftre fujets à aucune faifie ou confifcation , fous
pretexte de Guerre , Reprefailles , d'Aubeine ,
ni à aucune autre faifie de la part de leurs Creanciers
.
X Les Ecritures pourront eftre negociées contre
Argent courant , à quelques fommes qu'elles
fe montent.
-
XI. Le Prevoft des Marchands de la Ville de
Paris , affilté de l'ancien Echevin , riré de l'ordre
des Marchands , aura l'infpection generale . des .
Ecritures ; il cottera & paraphera les Regiftres ,
& fe les fera reprefenter toutes les fois qu'il le
jug ca à propos.
DE JUILLET.
67
XII. La regie defdites Ecritures fera faite par
quatre Directeurs , fous les ordres d'un Controlfeur
General ; ils feront à cet effet nommé par Sa
Majefté, & prefteront ferment entre les mains du
dit Prevoft des Marchands .
XIII. Le Bilan general'des Livres fera fait deux
fois l'année , fçavoir en Decembre & en Juin ;
à l'effet de quoi les Livres feront fermez depuis
le 20 defdits mois jufqu'à la fin peudant lequel
temps il ne pourra eftre fait aucun Proteft de Lettres
ou Billets de Change : Veut Sa Majefté que
les Protefts faits dans les trois jours après l'ouverture
des Livres , ayent le même effet que s'ils
avoient efté faits aux jours des écheances furve-
Dues dans le temps que les Livres ont été fermez.
XIV . Pour la fureté & confervation des Ecritures
, les Livres feront tenus doubles par les Teneurs
de Livres & leurs Controlleurs ; & ils feront
depofez en differens lieux defdites Villes où
les Comptes feront ouverts .
XV. Ceux qui auront des Payemens à faire en
Banque , porteront au Teneur de Livres un Billet
figné d'eux , fuivant le Modele joint à la Minute
du prefent Arreft ; ou s'ils ne peuvent s'y tranfporter
, ils l'envoyeront par un Commis ou autre
chargé d'un pouvoir conforme au Modele pareillement
attaché à la Minute du prefent Arreft ;
à la vue duquel Billet le Teneur de Livres donnera
credit du montant d'icelui au Creancier.
XVI. Tous ceux qui auront Compte ouvert en
Banque, feront tenus de figner à la marge du folio
où leur compte aura été ouvert.
XVII. Au cas qu'il arrive à quelque Negociant
de titer fur la Banque au delà du credit
qu'il y a , il fera tenu de payer par forme d'amende
la fomme de cinq cens livres au profit de ladite
Banque. I
XVIII. S'il furvient quelques conteftations
En execution du prefent Arreft , Sa Majesté or-
Fij
68 LE MERCURE
donne qu'elles feront jugées par les Juges Confuls
, & par appel au Confeil , en interdiſant la
connoiffance à toutes fes Cours & Juges.
MODELE
F.°
DE BILLET.
F.o
7E ſouſſigné donne pouvoir au sieur
de porter pour moi aux Teneurs
de Livres de la Banque les Billets` quëje
fournirai fur les fonds que j'aurai
en Compte courant , & d'en faire paffer
Ecriture au debit de mon Compre , &
au credit de ceux aufquels j'aurai affigné
les fommes partées dans lefdits Billets
; Comme auffi l'autoriſe à demander
aux Teneurs de Livres quelles fommes
auront été payées à mon credit par mes
debiteurs. Fait à le
jour de
1
mil fept cens
MODELE DE POUVOIR.
M " les Directeurs de la Banque payeront
à Mr.
valeur
a
mil fept cens
la fomme de
le jour
de
ORDONNANCE du Roy du 17 Juillet 1720 ,
par laquelle S. M. eftant informée du defordre
qui eſt arrivé à la Banque à l'occafion du payeDE
JUILLET.
ment des Billets , & voulant prendre les mesures
convenables pour y remedier , a jugé à propos
de fufpendre à la Banque feulement , & jufqu'à
nouvel ordre , le payement des Billets : Fait
tres -expreffes défenfes à toutes perfonnes , de
quelque état, qualité & condition qu'elles foient,
de s'attrouper ni s'affembler fous quelque prétexte
que ce foit , fous peine de défobeiffance , &
d'eftre punis comme perturbateurs du repos public
, fuivantla rigeur des Ordonnances .
INSTRUCTION .

Sur la maniere dont feront ouverts les
Comptes courants , & fe feront les Viremens
de Parties en Banque , en execution
de l'Arrest du Conseil du 13 Juillet
1720.
I
"
L ne doit y avoir qu'un feul Livre pour les
Comptes en Banque , fuivant le Modele
attaché cy- après ; mais autant de Parties
qu'il eft neceffaire ; chaque Partie ne doit contenir
qu'environ deux cens feuilles , lefquelles
feront numerotées ; fçavoir , la premiere Partie
depuis le No 1. jufqu'à N° 200. la feconde Partie
depuis No 201. à 400. ainfi de fuite.
Chaque Teneur de Livres ne doit avoir qu'environ
deux cens Comptes ; c'eft aux Directeurs
à les leur diftribuer , ayant égard que les Comptes
qui demandent beaucoup d'écritures , foient
tellement partagez entre les Teneurs de Livres ,
que l'un n'ait pas plus de travail que l'autre , &
Cela autant que faire fe pourra.
Chaque Teneur de Livres doit avoir fon Con70
MERCURE LE
trolleur , c'est-à- dire , que le Controlleur doit
avoir la Contrepartie du même Livre que celui du
Teneur de Livres , & les mêmes Folio ; en forte
que lorfque le Teneur de Livres couche une
fomme fur un Compte , le Controlleur couchera
la même fomme dans le même ordre , afin qu'ils
foient toujours d'accord " l'un avec l'autre ; Aufli
tous les foirs ils doivent avant que de quitter ,
pointer les Parties qu'ils ont écrites , afin de prevenir
toutes les erreurs.
Tous les foirs les Controlleurs doivent porter
leurs Livres en un lieu feparé des autres Livres
, qui leur fera affigné à cet effet , afin de les
garantir des accidens qui peuvent être caufez par
le feu , ou autrement.
Pour les Billets ou Bultins , il fera prépofé un
Commis , qui tous les huit jours les retirera des
Teneurs de Livres , pour les mettre fuivant l'ordre
de leurs dates en liaffe , & enfuite les dépofer
en lieu de fureté , afin qu'ils foient garan
tis du feu , & qu'on puifle y avoir recours en
eas de befoin .
Le Bureau de la Banque fera ouvert tous les
jours , excepté les Fêtes & Dimanches , depuis
huit heures du matin jufqu'à onze heures , &
l'aprés midi , depuis trois heures jufqu'à fix.
Ceux qui voudront avoir compte en Banque
porteront leurs Billets de Banque ; le Treforier
ou celui qui fera préposé pour cela , leur donnera
fon Recepiffé , lequel ils remettront aux Direteurs
qui doivent leur faire ouvrir un Compte ,
& leur donner credit du montant de la fommeportée
par le Recep ffé , & cela en leur prefence .
Par exemple , Pierre veut avoir un credit en
Banque de L. 120000. Jacques de 80000. &
Paul de 50000. Ayant remis chacun la valeur
en Billets de Banque au Treforier de la Banque ,
il idur donnera par contre for Recepiflé , qu'ils
DE 71 • JUILLET
remettront aux Directeurs , qui en leur prefences
leur fera ouvrir un Compte , & leur fera donner
credit de cette fomme , & fera debiter la Caifle.
Voyez
FOL. 1. Compte de la Caiffe Generale..
FOL. 2. Compte de Pierre.
FOL. 3. Compte de Jacques.
FOL. 4. Compte de Paul.
Pierre & les autres doivent prendre une Notte
du Folio où leurs Comptes font couchez , afin ›
de mettre le même Folio fur leurs Billets , lorfqu'ils
voudront payer ou faire écrire , quelque
Partie en Banque.
ties
A l'égard des payemens ou Viremens des Par
que les Particuliers veulent faire les uns aux
l'operation fe fera comme il fuit. autres ,
Par exemple , Pierre doit payer à Jacques une
fomme de trois mille livres pour valeur reçûc
en marchandiſes ; le même jour qu'il doit faire
ce payement , il doit porter ou envoyer au Te .
neur de Livres par celui qui eft chargé de fon
Billet en la forme fuivante.
.FOL. 2. pour L. 3000
Meffieurs les Directeurs de la Banque Royale
payeront à Jacques trois mille livres pour valeur
reçue en Marchandifes. A Paris ce 20 Juillet
PIERRE. 1720.
"Le Folio 2.indiquera
au Teneur de Livres le .
Compte de Pierre ile débitera de L. 3000. &
par le Regiftre de l'Alphabet
il trouvera le Folio
du Compte de Jacques , qu'il creditera
de L.
3000.
72
LE MERCURE
Voyez
FOL. 2. Compte de Pierre.
1
FOL. 3. Compte de Jacques..
Le lendemain Jacques doit aller à la Banque ,
ou envoyer celui qui fera porteur de fon pouvoir ,
pour demander fi la Partie de Pierre lui a été
écrite , & la demande fe fait ainfi Par Jacques
Fol. 3. de Pierre , trois mille livres ; Si le Teneur
de Livres trouve la Partie écrite , il répond ,
Par Pierre , trois mille livres.
Si Jacques veut payer ce jour quelque Partie ,
il remet au même tems fes Billlets au Teneur de
Livres , en la forme mentionnée ci -haut , pour
n'être obligé ce jour de revenir ou d'envoyer
à la Banque.
Toutes les Lettres de Change de soo liv.
& audeffus , tirées des Pays étrangers , feront
payées en Banque : Par exemple , une Lettre de
deux millle liv. tirée d'Amfterdam fur Paul à
vûe , dont Pierre eft porteur ; Pierre doit préfenter
la Lettre à Paul , qul la trouvant bonne &
la voulant payer , Pierre écrira au dos de ladite
Lettre Payez (ur mon Compte en Banque le
contenu de l'autre part. A Paris ce
Le même jour Paul doit porter ou envoyer par
celui qui a fon pouvoir , un Billet à la Banque
en la forme fuivante .
Meffieurs les Directeurs de la Banque Royale
payeront à Pierre , deux mille livres , pour
valeur reçûe en une Lettre tirée ſur moi d'Amfterdam
. A Paris ce 20 Juillet 1720 .
PIERRE.
Le lendemoin Pierre doit aller à la Banque ,
pour fçavoir fi Paul l'a payée ; au defaut de
payement il fera fes diligences.
Si
DE JUILLET. 75
Si Pierre ne veut confier à Paul fa Lettre de
Change acquittée , il peut la remettre au Teneur
de Livres qui tient les Comptes de Paul
pour la remettre à Paul après qu'il l'aura payée.
On agira de même pour les Billets , foit à YOlonté
ou à termes , portant promeffes de payer
´des fommes.
Il en fera ufé de même des Lettres de Change
à quelques jours de vûe , d'une ou plufieurs ufances
, dont l'acceptation fe fera à l'ordinaire ;
mais le jour de l'écheance au matin , le Porteur
d'icelles doit envoyer à l'Accepteur les Lettres
de Change endoffées : Payez sur mon Compte
en Banque , & l'on operera comme il a été
dit pour les Lettres à vue.
Les Villes des Provinces où il y a Bureau de
la Banque , feront les mêmes operations .
les
Toutes les Villes où il y a' Bureau de Banque ,
doivent correfpondre les unes avec les autres
pour payemens que les Negocians & ceux
qui ont Compte en Banque voudront faire . Par
exemple , de Paris Pierre veut remettre à Claude
de Lyon fix mille livres ; Jacques veut remettre
à Jean de Lyon quatre mille livres , & d'autres
de même ; l'Operation fe fait ainſi .
Pierre portera un Billet à la Banque , qu'il
remettra au Directeur , ou l'envoyera par celui
qui a fon pouvoir , en la forme fuivante.
FOL. 2. pour L. 6000 .
Meffieurs les Directeurs de la Banque Royale
payeront à Claude à Lyon , fix mille livres pour
valeur en Compte. A Paris ce 20. Juillet 1720 .
PIERRE.
Ainfi agira Jacques pour faire la remife de
G
74 LE MERCURE
quatre mille livres de Jean à Lyon.
Les Teneurs de Livres , après avoir debité
Pierre & Jacques des fommes mentionnées , &
credité le Bureau de la Banque de la Ville de
Lyon , remettront une Note aux Directeurs ,
pour qu'ils envoyent une Feuille à Lyon , afin
qu'il foit donné credit à Claude de L. 6000 liv .
& à Jean de L. 4000. La Feuille fera conftruite
dans la forme fuivante .
FOL. 5. pour L. 10000.
Meffieurs les Directeurs du Bureau de la Banque
Royale à Lyon , payeront aux ſuivans ,
A Claude , valeur de Pierre ,
A Jean , valeur de Jacques ,
L. 6000.
4000.
L. 10000
Pour la fomme de dix mille livres , à Paris
ce 20 Juillet 1720.
Vifé , par un Directeur. Signé, par un Directeur.
Les Directeurs auront foin d'envoyer par le
premier Ordinaire à Lyon , la Feuille mentionnée
; & le Directeur du Burcau de la Banque de
Lyon en réponſe accufera la Reception de cette
Feuille , en faifant mention des fommes y contenues
, & qu'il en a donné credit aufdites
perfonnes .
FOL. 2. Compte de Pierre.
Voyez FOL. 3. Compte de Jacques.
FOL. 5. Compte de Lyon.
' DE JUILLET. 75
A Lyon l'on agira de même pour les fommes
que ceux qui ont Compte en Banque voudront
remettre à Paris. Par exemple , Claude de Lyon
vent remettre deux mille livres à Pierre à Paris ,
& Jean de Lyon trois mille livres à Jacques de
Paris ; l'Operation fe fait comme fuit.
à Pierre
Claude porte au Bureau de la Banque à Lyon
fon Billet , pour que le Directeur paye
à Paris deux mille livres.
Jean agit de même pour payer trois milleliv .
a Jacques de Paris ; par le premier Ordinaire le
Directeur du Bureau de la Banque doit envoyer
la Feuille aux Directeurs de la Banque à Paris en
la forme fuivante .
FOL. 5. pour L. 5ooo.
Meffieurs les Directeurs de la Banque Royale
à Paris payeront aux fuivans ,
A Pierre , valeur de Claude ,
AJacques , valeur de Jean ,
L. 2000.
3000.
.L.
5ooo.
Pour la fomme de cinq mille liv. à Lyon ce
20 Juillet 1720 .
Vifé par un Inspecteur. Signé par le Directeur.
Les Directeurs doivent faire donner credit des
des fommes portées par la Feuille de Lyon à Pierre
& à Jacques , & debiter le Bureau de Banque
de Lyon de la fommé totale.
Gij
76
LE MERCURE
FOL. 2. Compte de Pierre.
FOL. 3. Compte de Jacques.
FOL. s . Compte de Lyon.
Voyez
Les Directeurs de la Banque à Paris accuferont
aux Directeurs de Lyon la reception de la
Feuille , & feront aufli mention de la fomme
y contenue & qu'ils ont donné credit à ceux
qui y font mentionnez .
>
Comme la Banque agit avec le Bureau de Banque
à Lyon , & le Bureau de la Banque de Lyon
avec la Banque de Paris , l'on doit operer de
même avec toutes les Villes où il y a Bureau
de la Banque ; ainfi que ceux qui ont Compte
en Banque , peuvent remetre telles fommes qu'ils
fouhaitent dans toutes les Villes du Royaume ,
où il y a Bureau de Banque , fans aucun frais
ni rifques ; pourvû toutefois que cette fomme.
n'excede point la valeur du credit de leur
Compte.
La même opération fe doit faire des Villes
de Province à une autre Ville de Province où
il y a Bureau de Banque ; & l'on doit agir comme
il a été dit par l'exemple de Paris & de
Lyon ; les Bureaux doivent envoyer femblables
Feuilles par tout où les Particuliers qui ont
Compte en Banque , veulent faire des Remifes.
Les Directeurs en Province où il y a Bureau
de Banque feront également leur Billan dans le
tems prefcrit par l'Arreft du Confeil d'Etat , &
envoyeront Copie aux Directeurs de la Banque
à Paris , fignée par les Infpecteurs & Controlleurs.
Les Teneurs de Livres feront tenus d'envoyer
tous les foirs à ceux qui le fouhaitent une Note
de toutes les Parties qui leur auront été payées
ou écrites , ou remife qui leur aura été faite des
DE JUILLET. 17
Villes de Province : pour cet effet il fera payé
au Teneur de Livres , par ceux qui auront fouhaité
cette Note , cinquante liv . toutes les années
, fans que ceux- ci puiffent en exiger davantage
; laquelle fomme doit être remife aux
Directeurs , qui la partageront par égale portion
entre les Teneurs de Livres .
ARREST du Confeil , du 21 Juillet 1720 , par
lequel S. M. de l'avis de M. le Duc d'Orleans
Regent , a remis & remet à la Compagnie des
Indes les dix huit Millions de Rentes retrocedez
à Sa Majefté par ladite Compagnie , aux ter
mes de l'Arreft de fon Confeil du 20 Juin
dernier . Veut S. M. que ladite Compagnie jouiffe
defdits dix huit Millions , comme elle auroit pû
faire avant ladite Retroceffion , à la charge toutefois
de reti: er fuivant fes offres la fomme de
fix cens Millions de Billets de Banque ou Recepiffez
, en la forme & maniere portée en l'Edit
de S. M. du prefent mois de Juillet.
ARREST du Confeil , du 21 Juillet 1720.
Le Roy s'étant fait reprefenter en fon Confeil
fon Edit du préfent mois de Juillet , envoyé au
Parlement de Paris le 17 dudit mois , par lequel
Sa Majesté dans la vue de retirer du Commerce
tous les Billets de Banque qui ne fe trouveroient
pas confonmez par les differens debouchemens
qu'Elle a indiquez , auroit jugé à propos d'ac
corder à la Compagnie des Indes la jouiffançe
à perpetuité des Droits & Privileges concernant
fon Commerce , mentionnez dans ledit
Edit , à la charge par ladite Compagnie de retirer
fuivant fes offres , de mois en mois , à
commencer du premier Aouft prochain , à raifon
de cinquante Millions par mois , jufqu'à
concurrence de fix cens Millions de Billets.
G iij
78 LE MERCURE
Mais le Parlement de Paris ayant deliberé le
17 du prefent mois , que S. M. feroit tres - humblement
fuppliée de retirer fondit Edit , fans.
même arrêter qu'il lui feroit fait de tres humbles
Remontrances ; & ce refus étant directement
contraire à l'Article III . du Titre premier
de l'Ordonnance du mois d'Avril 1667 , & aux
Lettres Patentes du 26 Aouft 1718. A quoi
eftant neceffaire de pourvoir , pour l'execution
d'un Edit qui ne tend qu'au foulagement des
Sujets de S. M. Oui le Rapport. LE ROY,
eltant en fon Confeil , de l'avis de M. le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne que
fon Edit du prefent mois fera reputé & tenu pour
enregistré & publié , conformément à l'Article
III. du Titre premier de l'Ordonnance de 1667,
& aux Lettres Patentes du 26 du mois d'Aouft
1718. & qu'il fera executé felon fa forme & teneur
auquel effet il fera attaché fous le Contrefcel
du prefent Arreft , fequel fera pareillement
executé , nonobftant toutes oppofitions & tous
autres empêchemens quelconques , pour lefquels
ne fera differé ; & dont fi aucuns interviennent ,
S. M. fe referve la connoiffance & à fon Confeil ,
& l'interdit à tous autres Juges.
"
LE SOMMEIL ET LA MORT.
DIALOGUE.
Par Monfieur de Chanfierges .
La mort.
J
E te rencontre aujourd'huy ,
mon cher frere ? oh ! que j'aime
à voir celui qui me reflemble fi fort ; car
DE JUILLET.
79
enfin on a peine tout- à- coup à nous diſtinguer
l'un de l'autre.
Le fommeil. Cruelle mort , tu es d'un
naturel trop inhumain ; & fi je te reffemble
, ce n'eft pas du moins de ce côté là .
La mort. Et que trouves- tu de cruel en
moy : je fuis neceffaire aux hommes ; fans
moy la furface de la terre feroit trop petite
pour les contenir . Ainfi loin d'être un mal
dans le monde , je fuis un bien que les
hommes ne connoiffent pas affez . Sçache
que fans moy l'on verroit des crimes fans
nombre ; je retiens une infinité de perſonnes
dans les bornes de leurs devoirs. La
difference effroyable des conditions parmi
les hommes , paroîtroit choquer la Sageffe
éternelle , fi je ne les rendois tous égaux .
Je fais la confolation des malheureux , &
je les delivre à la fin de leurs peines .
Lefommeil. Tu ne me prouves autre cho-
´fe , fi ce n'est qu'il peut y avoir fur la terre
de plus grands maux que toy. Les hommes
generalement te deteftent , ils te nomment
cruelle , & ce n'eft pas fans raiſon . Pour
moy ils m'appellent par les noms les plus
gracieux ; c'eft qu'ils m'aiment veritablement
, & pourroient-ils ne m'aimer pas ?
je les foulage dans leurs peines & dans
leurs fatigues ; ils viennent toutes les nuits
fe jetter entre mes bras , & par un agréable
enchantement , je calme toutes leurs
Giiij
30 LE MERCURE
inquietudes ; je fufpends leurs ennuis ; je
repare leurs forces perduës , je les renouvelle
en quelque forte. Après cela peux - tu
dire que je te reffemble ? ce n'eft tout au
plus que dans l'exterieur , mais qu'en toutes
chofes l'exterieur nous trompe aifément.
Tu es l'effroy du genre humain , &
j'en fuis les délices.
La mort. Je n'ay jamais crû être l'effroy
du genre humain ; il ne paroît pas que les
hommes me regardent ainfi ; au contraire ,
il femble qu'ils me recherchent . Ne fe
tuënt- ils pas les uns les autres pour une
bagatelle ; ne donnent-ils pas dans toutes
fortes de débauches , ne fçavent ils pas que
le jeu , les femmes , & le vin , me rendent
précoce ; cependant en évitent- ils les excès
? les hommes me déteftent , dis- tu ;
qu'elle apparence ! Je fuis fervie de tous les
peuples du monde qui fe font la guerre.
Que j'aime à voir toutes ces machines.
qu'ils préparent pour un fiege , ou pour
une bataille ! que je prends de plaifir alors
à les voir tous travailler pour moy ! Dans
fanglant combat l'une & Pautre armée
peut craindre d'être entierement défaite ;
mais pour moy je triomphe toujours : on
ne fçait qui fera le vainqueur , je fuis toujours
fûre de la victoire. Parcours_toutes,
les Villes , & compte toutes les profeffions
qu'on y voit ? tu avoueras que la plûpart
DE JUILLET .
81

femblent n'avoir été établies que pour me
fervir. Qu'as-tu à répondre ? qui font ceux
qui travaillent pour toi ? il n'y a que les
Pharmaciens , & les froids Orateurs.
Le fommeil. J'avoue que tout ce que tu
as d'épouvantable , ne fuffit pas pour empêcher
les hommes de fuivre leurs folles
paffions ; mais ces occafions à part , ils t'évitent
avec foin , ils te craignent , & ils
tremblent quand on les menace de toy.
La mort. Les hommes me craignent ?
j'en connois qui ont bien fait voir qu'ils
ne me craignoient point. Mais quand il
feroit vrai que je leur infpirerois autant de
terreur que tu le dis ; il faut convenir que
ce n'eft que l'idée qu'ils fe font de mes rigueurs
qui leur caufe cette crainte. Car
enfin , ils redoutent une chofe qu'ils n'ont
jamais éprouvée , & dont perfonne ne leur
a jamais parlé par experience ; ils ne peuvent
donc fçavoir fi je fuis auffi terrible
qu'ils de l'imaginent. Ils me craignent ,
parce qu'ils ne font pas accoutumez à mourir
; & pour toy ils ne te craignent point ,
parce qu'ils font accoutumez au fommeil.
S'ils ne s'endormoient que deux ou trois
fois en leur vie , ils redouteroient alors
tes aproches.
Le fommeil. Quoy ? nieras- tu que tes
aproches ne faffent fouffrir aux hommes
les douleurs les plus cruelles ?
82 LE MERCURE
La mort. Oui , fans. doute , l'homme në
fouffre prefque point dans une mort naturelle
, fon corps eft affoibli , fon imagination
eft éteinte , & il manque de fentimens
pour éprouver les peines du corps & de
Pefprit avec cette vivacité qui lui eft fi
naturelle , lors qu'il jouit d'une fanté parfaite.
C'est pourquoi l'on voit les plus dévouez
à la vie fe refoudre à la mort avec
un détachement furprenant , lorfqu'une
maladie les accable . Les morts violentes
font affez rares. Je paffe fous filence les
peines que fouffrent les criminels lorfqu'on
les fait mourir ; en cela je fuis un grand
bien , puifque je fers alors à la Juftice , &
que je ne fçaurois dans ces occaſions infpirer
trop d'effroy.
Lefommeil. Quand il feroit vrai que tu ne
fais prefque point fouffrir ceux qui meurent
de mort naturelle , les hommes ont
toujours fujet de te craindre. Ne fçaventils
pas que tu les prives de tous leurs plaifirs
, que tu les fepares pour toujours de
tout ce qu'ils ont de plus cher au monde.
La mort. Et voilà comme les hommes
fe laiffent furprendre à leur imagination .
Qu'il leur eft difficile de fe défaire de tout
préjugé ! ils croyent qu'après leur mort ils
conferveront encore les mêmes defirs , les
mêmes interefts , les mêmes attachemens.
qu'ils avoient lors qu'ils étoient fur la terre.
DE JUILLET. 83
Les morts font occupez de chofes bien differentes
de celles qui les occupoient dans ce
monde ; & l'on ne fent point la privation
des objets auxquels on ne penfe plus.
Le fommeil. Quelquefois les méchans fe
défendent mieux que les bons , & j'ay honte
de difputer fi long- temps avec toy , moy
qui ne fuis fait que pour le bien de tous les
hommes , qui leur fait reffentir des plaifirs
plus doux que ceux qu'ils goûtent étant
éveillez ; car la preuve en eft évidente ; on
ne les arrache gueres d'entre mes bras
qu'ils n'en paroiffent fâchez.
La mort . Oh ! s'il étoit au choix des
morts de revenir comme ils ont été , je
t'affure moy , qu'ils ne voudroient pas retourner
à la vie. Mais écoute , pour te faire
voir que les hommes ne mettent pas une
grande difference entre nous deux , Içais- tu
qu'ils t'apellent une courte mort ?
Le fommeil. Il eft vrai.
La mort. Et qu'ils me nomment un fommeil
éternel ?
Le fommeil. J'en conviens ; mais...
La mort. Ils ne nous diftinguent donc
que par la durée ?
Le fommeil. Et c'eſt cette durée qui les
fait frémir ; ne revenir jamais plus , c'eft
ce qui les effraye.
La mort. Que l'homme eft injufte &
bizarre fe plaint- il de ce qu'il n'a pas
éré
84 LE MERCURE
durant tous les fiecles qui ont precedé fa
naiffance ? non fans doute ; pourquoy donc
fe plaint-il de ce qu'il ne fera pas durant
tous les fiecles qui doivent venir après lui ?
Le Lommeil. C'est que l'homme fent qu'il
eft , & qu'étant une fois , il lui eft fâcheux
de fentir qu'il ne fera plus.
La mort. Il doit fçavoir que la vie eft
pour lui un don des Dieux ; que le neant
eſt ſon origine . & que la mort eſt fon
appanage. Mais ne crois pas par là que je
rende l'homme plus miferable , ni que je
répande l'horreur dans la nature ; au contraire
, c'eft moy' qui l'ay rendue fi féconde
& fi induftrieule , pour perpetuer & conferver
fes ouvrages ; fi attentive à prévenir
& à reparer les defordres que je pourrois
caufer. C'eft pourquoy l'on voit tant d'harmonie
dans la ftructure du corps des animaux
; tant de fageffe dans ce qu'on appelle
inftinct . C'eft moy qui rends les hommes
fenfibles à la gloire ; c'eft moy qui les porte
à entreprendre de grandes choles . Comme
ils fçavent que je dois les enlever au monde
, ils voudroient tous dans le peu de
temps qu'ils ont à vivre , pouvoir faire
quelque action , ou quelque ouvrage qui
leur affurât un nom immortel . Enfin quoi
qu'ils fçachent qu'ils font tous condamnez
à mourir , ils ne laiffent pas de fe réjoüir ,
de travailler , de s'établir . Apprends que
DE• JUILLET.
rien n'eft un mal de ce qui eft neceffité
dans la nature.
Le fommeil. Je vois qu'il faut t'abandonner
la victoire , je te cede ; auffi qui
pourroit refifter à la mort ?
+53 +53 +3 +3 +3
NOUVELLES ETRANGERES,
A Conftantinople le 10 Juin 1720.
O
Naffure que le Grand Seigneur
a refolu de faire circoncire fon
fils , vers le commencement ou
le milieu du mois d'Aouft prochain.
Il fe fera à cette occafion des re
joüiffances extraordinaires en cette Ville,
& tous les Baffas ou Gouverneurs des differentes
Provinces de l'Empire Ottoman ont
déja reçu ordre de preparer & d'envoyer
ici à temps les prefens qu'ils font ordinairement
en pareille ceremonie. Le Miniſtre
du Czar de Mofcovie eut le 4 de ce mois
audience publique du Grand Seigneur , à
qui il delivra de nouvelles Lettres de créance
de Sa Majefté Czarienne , qui le confir
ment dans fon caractere de Miniſtre , &
lui donnent auffi celui de fon Plenipotentiaire
en cette Cour . Il avoit eu quelques
jours auparavant audience publique du pre86
LE MERCURE
mier Vizir ; il a été regalé à chacune de
ces audiences de 30 Caftans pour lui &
pour ceux de fa fuite. M. Dierling , Secretaire
de l'Empereur , a fait demander tout
récemment audience au Grand Viſir ; mais
elle lui a été refuſée , fur ce qu'on a ſçû
qu'il n'avoit aucune Lettre de creance de
Sa Majesté Imperiale , ni du Prince Eugene
de Savoye ; cependant on lui a accordé la
liberté de voir le Kiabaja . Ghali Bacha ,
cy-devant grand Vizir , & qui fut déposé
& envoyé en exil à Salonique , après la
bataille de Belgrade , étoit venu ici fecretement
chez un de fes parens ; mais ayant
été découvert , on l'a d'abord enlevé par
ordre de la Cour , & envoyé à Rhodes fur
une galere , & il y a beaucoup d'apparence
qu'il y fera étranglé.
POLOG NE.
A Varfovie le 8 Juillet 1720.
Es Ruffiens ont formé un Camp dans
LESle Duché de Curlande , où ils attendent
encore quelques Regimens de Livonie.
D'un autre côté, on apprend que le Prince
de Menfikof continue fa marche vers
Choczim , après avoir paffé la Riviere de
Nieper avec une armée de près de 50 mille.
hommes. Quoi que l'on ne fçache pas encore
pofitivement à quoy ces Troupes font
DE JUILLET.
87
.
deftinées , on ne laiffe pas d'en eftre fort
allarmé fur toutes nos frontieres . Les conferences
fur les affaires qui doivent eſtre
propofées à la Diete generale du Royaume,
le continuent par ordre du Roy avec les
Senateurs de la Republique. On croit toujours
que la Diete s'affemblera au mois de
Septembre. On n'a rien appris de nouveau
touchant la negociation du Palatin de Mafovie
, finon qu'il avoit eu une feptiéme
Conference avec les Miniftres Mofcovites ,
au fujet de la reftitution de la Livonie , &
de l'évacuation des Troupes Mofcovite's hors
de la Curlande ; mais qu'ils ne lui avoient
fait aucune réponſe fur les principaux
points de fa commiffion : Qu'au refte il
étoit traité avec beaucoup de diftinction .
Les Compagnies qui compofent l'armée de
la Couronne , font en marche vers la Podolie
, où elles ont ordre de ſe rendre pour
obſerver les mouvemens des Mofcovites.
INGERMANI E.
A Petersbourg le 6 Juillet 1720.
Lez du
Eurs Majeftez Czariennes fe rendirent
le 21 du mois paffé dans l'Ifle de Cotlin
, Le 17 du même mois cette Cour reçut
avis que le Brigadier Mengden avoit fait
une deſcente en Suede avec 5000 hommes
, près de la nouvelle Ville d'Uma , à
LE MERCURE
laquelle il avoit fait mettre le feu , de
même qu'à plufieurs Villages aux environs ,
après quoy il s'étoit retiré.
Le 22 du mois paffé leurs Majeftez Czariennes
furent regalées fplendidement par
l'Amiral General Comte Apraxin , dans le
nouveau Port où font prefentement les
Vaiffeaux de guerre. L'Ambaffadeur de
Pologne fe trouva à ce repas , ainfi que
les autres Miniftres Etrangers ; ceux de la
Cour , & les Generaux de Sa Majeſté . Le
23 le même Comte Apraxin donna de
nouveau un grand repas à leurs Majeſtez
& aux convives du jour precedent , à bord
du Vaiffeau Langhout de 90 pieces de canon
, qui étoit orné magnifiquement. Cette
Compagnie fut invitée enfuite à une collation
à bord du Vaiffeau de Sa Majesté
Czarienne , qui eft pareillement monté de
90 pieces de canón . Le 24 le Czar fit voir
à l'Ambaffadeur de Pologne le Canal auquel
on travaille dans l'Ile de Cotlin , où
on pratique un vaſte Chantier pour radou
ber les Vaiffeaux ;; ce Miniftre eut le temps
de voir auffi tous les Vaiffeaux de guerre
& les Galeres qui y font , ainfr que les
fortifications , les batteries , & les autres
ouvrages qui ont été élevez près de cette
Ifle , de même que ceux de Cronflot , qui
font garnis d'un grand nombre de canons ,
de mortiers , &c. Ce Monarque a en la
DE JUILLET.
même complaifance pour M. Marc Wirtemberg
, Adjudant general Suedois. Le
26 toute la Cour fe rendit à Petershof, où
Sa Majefté Czarienne fait travailler à un
nouveau grand jardin , qui ne le cedera
pas au plus beau de l'Europe.
SUEDE .
A Stokholm le 15 Juillet 1720.1
L'A
' Amiral Norris arriva le vingt- neuf
du paffé au foir en cette Ville , & le
jour fuivant il fe rendit à Carelsberg , où
il eut audience du Roy & de la Reine. On
y a tenu un Confeil de guerre touchant les
refolutions qui peuvent eftre prifes dans
les conjonctures prefentes ; fur tout depuis
que l'on a reconnu qu'il étoit impoffible
d'attaquer la flotte des Mofcovites , comme
on fe l'étoit propofé . Qu'il paroiffoit
même que l'Amiral Apraxin avoit ordre
d'éviter le combat , jufqu'à ce que l'Eſcadre
Angloiſe fut obligée de retourner en
Angleterre , afin d'attaquer enfuite celle
des Suedois , qui ne feroit pas pour lors en
état de leur refifter. Le fils de l'Amiral
Norris étant allé à la chaffe , a été fi dangereuſement
bleffé au bras , par l'éclat du
canon de fon fufil , qu'on a été obligé de
Je lui
couper.
Tous les prifonniers Moſcovites , en
H
90 LE MERCURE
vertu du Placard publié lors du Couron--
nement du Roy , avoient été mis en liberté
& renvoyez dans leur patrie , après avoir
donné à chacun des habits neufs. Le Roy.
de Pruffe a fait à la Suede le premier payement
des deux millions d'écus ftipulez
pour la ceffion qui lui a été faite de la Ville
de Stetin.
La defcente que les Mofcovites ont faite
près de la Ville d'Uma , a été confirmée
avec ces circonſtances. Le Brigadier Mengden
ayant debarqué 5000 hommes près de
cette Ville , dont la plupart étoient Cofaques
Zaporoges , avec quelques Tartares ,
fit d'abord enlever une de nos Gardes avan
cées , compofée de quatre Officiers fubalternes
& de 10 Soldats : comme ces Troupes
ne trouverent aucune refiftance , ils
mirent alors le feu à l'ancienne & à la nouvelle
Ville d'Uma , ainfi qu'aux magaſins
qui y étoient. Ils fe répandirent enfuite
dans la campagne à plus de cinq lieues à
la ronde , où ils brûlerent deux ou trois
maifons de plaifance, quarante & un villages
, dix-fept moulins à vent & à eau ,
cent treize granges , huit bâtimens chargez
de grains , & treize barques. Comme les
Habitans du païs ne craignoient pas un
femblable malheur , ils n'avoient pas retiré
leurs beftiaux ni leurs meilleurs effets ; de
que les Mofcovites y ont fait un grand :
forte
que
DE JUILLET. 91
butin , dont ils ont embarqué une partie ',
& détruit le refte. Ils fe font enfuite retirez
avec leurs galeres fans aucune perte ;
la flote combinée d'Angleterre & de Suede
n'ayant fait aucun mouvement pour s'oppofer
à cette expedition : Tout ce qu'elle
à pû faire par maniere de reprefailles , c'eft
d'avoir débarqué infructueulement quelque
monde dans la petite Ile de Nargen ,
près de Rével.
a
Les deux flottes combinées , après eftre
reftées quelque temps devant Rével , fans
pouvoir rien entreprendre , font venuës
moüiller à l'embouchure de Scheren .
A Hambourg le 22 Juillet 1720.
N avoit établi dans cette Ville une
>
étoit de huit millions , & chaque Action
de 4000 marcs labs. Quelques Marchands
n ant pû y avoir part , à caufe que les
Soufcriptions avoient été remplies ; ils refolurent
d'en former une feconde . Il y avoit
déja plus de douze millions fouſcripts , &
les Actions gagnoient déja 150 pour :
mais le Magiftrat , fans le confentement
duquel on avoit érigé ces deux Compagnies
, a jugé à propos de deffendre l'une &
Pautre . On eft perfuadé que c'eft dans le
deffein d'en autorifer une autre dans la
Hij
92 LE MERCURE
quelle on fera entrer , le capital des deux
premieres.
M. Wych , Reſident du Roy de la Grande
Bretagne , reçut le 9 un Exprès de Coppenhague
, dépêché par le Lord Carteret ,
avec la nouvelle que le Roy de Dannemarc
figna le 3 au foir la paix avec la Suede . On
dit qu'en confequence le Duché de Slefwich
demeurera à la Couronne de Dannemarc
, ainsi que la Souveraineté & le peage
du Sund , auquel les Vaiffeaux Suedois feront
foumis , ainfi que ceux des autres Nations.
Qu'il n'a pas été difpofé de Wifinar.
Que Stralfund,l'Ile de Rugen , & Mafftrand
, feront rendus à la Suede , moyennant
une, fomme de 200 mille écus , dont
on eft convenu ; que la paix de Traventhal.
& les Traitez qui y ont rapport, ne fubfifteront
plus , & qu'il n'en fera plus fait mention.
Les Officiers All. qui après avoir été
congediez du fervice de laSuede, font paffez
à celui du Czar , doivent refter ici jufà
ce que le Reſident de Sa Majefté Czarienne
leur ait fait toucher trois mois de gages
par avance.
Les Danois ſe preparent à évacuer Stralsfund,
faifant déja fortir tout le gros bagage,
& tout ce qui ne leur eſt pas abfolument
neceffaire pour fubfifter.
DE JUILLET. 93
L
A Vienne le 18 Juillet 1720.
'Empereur tient de frequens Confeils
fur la fituation prefente des affaires . Le
Cardinal de Saxe - Zeits eft fort occupé à
celles de la Religion , & l'on ne fçait pas
encore quand il partira pour retourner à
Ratisbonne . Le Comte de Kaunitz , dont
le départ pour Heidelberg n'eft pas encore
fixé a été fait grand Bailly du païs de
Mahren. Le Comte de Freytag eft parti le
10 pour aller à la Cour de Suede , en qualité
de Miniftre Plenipotentiaire de Sa
Majefté Imperiale. On travaille à reparer &
à augmenter les fortifications de Temefuvar
& d'Orfova.

Le 3 le Comte de Saint Pierre apporta
la nouvelle que les Efpagnols avoient évacuéles
Royaumes de Sicile & de Sardaigne,
& qu'ils continuoient à s'embarquer pour
paffer en Catalogne. Deux Députez de la
Ville de Hambourg font arrivez ici pour
travailler à la reconciliation de cette Ville
avec l'Empereur. On a appris avec furprife
qu'un Bâtiment de Bruges avoit été
arrêté au Texel par ordre de l'Amirauté
d'Amfterdam ; ce qui paroît eftre d'un
grand obftacle au relâchement du Vaiffeau
Hollandois arreſté à Oftende.
On a eu avis de Belgrade que le 22 du
94 LE MERCURE
mois dernier le Comte de Virmond , cydevant
Ambaffadeur extraordinaire de Sa
Majefté Imperiale à la Porte Ottomane ,
y étoit arrivé , & que le 25 il en étoit parti
pour revenir ici : L'échange de cet Ambaſſadeur
avec Ibrahim Bacha Ambaffadeur extraordinaire
du Grand Seigneur , s'étoit
fait le 16 du même mois entre Parakin &
Rafna , avec les mêmes ceremonies qui.
avoient été pratiquées l'année derniere le
15 du même mois , lorfque les deux Miniftres
furent échangez.
IS
On a eu avis qu'on avoit découvert dans
la Servie , entre le Danube & la Riviere
de Timok , une mine de cuivre fort abondante
. On a envoyé fur les lieux des Ouvriers
pour en faire l'épreuve. Le Comtes
Caroli a donné quelques Villages abandonnez
entre Kalo & Zathmar , dans la
haute Hongrie , à plufieurs Habitans du
païs , ruinez par les guerres. Il y fait contruire
un Château du nom de fa maifon
& plufieurs autres bâtimens pour la commodité
publique. Il y a même établi des
Ecclefiaftiques pour inftruire la jeuneffe..
A la Haye le 28 Juillet 1720 .
ON
N eft impatient d'apprendre fi les
Etats de cette Province confentiront
à l'établiſſement de la Compagnie generale
DE JUILLET. 95
d'Affurance. On croit que les Provinces de
Gueldres , d'Utrecht , d'Overiſſel , de Groningue
& de Friſe , y donneront fans peine
les mains ; mais on doute qu'il en foit de
même des Provinces de Zeelande & de Hollande
, & l'on eft perfuadé que la Ville
d'Amfterdam s'y oppofera de toutes les
forces , fuivant toutes les apparences . Elle
fera foutenue en cela par Dort , Harlem ,
la Brille , & par toute la Nort- Hollande.
D'un autre côté , Rotterdam , Delf, Schidam
, Tergoude , & les autres qui ont fait
des Compagnies d'affurance , n'abandonneront
pas facilement une affaire dont
elles peuvent retirer de tres grands avantages
; outre que ces dernieres Villes ont
promis leur protection à tous ceux qui ont
pris des engagemens.
Le Roy de Suede n'à point encore envoyé
fa démiffion du Regiment qu'il a
dans ce païs- cy on croit qu'il ne le fera .
que lorfqu'il fera affuré que les Etats le
donneront au Prince Philippe Daël fon confin
germain ; ainfi on n'en difpofera point
dans l'affemblée prochaine , non plus que
de celui du feu Comte d'Arback.
Le Comte de Stanhop , qui eft le feul
Miniftre Anglois qui fuive Sa Majesté Bri--
tannique , eft parti d'ici fort fatisfait du
fuccès de fes negociations. L'Etat paroît
fort content des affurances que ce Miniſtre
96 LE MERCURE
lui a données des difpofitions favorables
du Roy fon Maître .
Il paroît que le Roy de Pruffe eft fort
content de fon voyage en Hollande , &
qu'il eft tres bien intentionné pour cette
Republique , dont il recherche fincerement
l'amitié. L. H. P. ne manqueront
pas de
leur
part
de contribuer
à l'entretien
d'une
parfaite
intelligence
entre
les deux
Etats
.
Le
quatriéme
terme
pour
le payement
de
ce qui eft dû à Sa Majefté
Prullienne
étant
échû
le premier
de ce mois
, L. H. P. ont
donné
ordre
à M. le Receveur
general
de
compter
inceffamment
à M. de Meinertfaghen
, la fomme
ftipulée
fuivant
la convention
faite
à ce fujet
. Il y a environ
deux
mois
que L. H. P. écrivirent
à divers
Princes
& Etats
, au fujet
des
interefts
des
fommes
qu'ils
ont empruntées
fous
la caution
de cet Etat
. L. H. P. ont écrit
d'une
maniere
preffante
fur ce fujet
à l'Electeur
Palatin
, avec
menace
de faire
vendre
publiquement
la Seigneurie
de Raveftin
, hy-.
pothequée
pour
la fomme
que
l'Electeur
dait
, en cas qu'il
differe
plus
long- temps
à payer
le capital
& les interefts
, fuivant
.
le terme
fixé
pour
cela.
On ne parle dans ce païs que d'établiffement
de nouvelles Compagnies. L'Eſpagne
fe propoſe d'en ériger une à Câdix.
Pour cet effet les Marquis Beretti Landi
&
DE JUILLET. 97
& Monteleone , Miniftres de cette Couronne
à la Haye , ont déja con ulté divers
Negocians de ce pais , & particulierement
quelques Juifs Portugais des plus riches .
On apprend d'ailleurs de Bruxelles , que
le Marquis de. Prié a declaré ouvertement
à M. Pefters , Refident de L. H. P. dans ,
cette derniere Ville , que l'Empereur étoit
absolument refolu de foutenir l'établiffement
de la Compagnie des Indes à Oftende.
La Princeffe de Naffau , mere du jeune
Prince Stathouder de Frize , le tient toujours
à Soüefdyk dans un état fi languiffant
, qu'on craint fort pour la vie.
On écrit d'Oftende que le Vaiffeau nommé
la Galere de Bruxelles , revenant de la
Chine , étoit entré dans ce port le 4 de ce
mois. La cargaifon de ce Vaiffeau devoit
fe faire le 18. Elle confifte dans une tres
grande quantité de toutes fortes de porcelaines
, la plupart colorées de bleu & dorées.
Il y a auffi plufieurs caiffes de thé ,
d'étoffes de foye , de drogues , & de differentes
fortes de marchandifes , des paccotilles
. '
Il s'eft établi à Delft une Compagnie
d'affurance avec l'approbation du Magiftrat.
Les actions font de 3000 florins.
Chaque particulier n'en peut prendre que
quinze , afin qu'un plus grand nombre de
perfonnes puiffe avoir part aux profits qui
I
98 LE
MERCURE
39 en yiendront. Il s'eft trouvé 29 à 30 millions
de Soufcriptions , qui gagnoient le
2 dix - huit à vingt , & celles de Rotterdam
40 à 50 pour . Il s'en eft établi une
autre à Gouda ou Tergau , où chacun
court en foule pour eftre infcrit dans cette
nouvelle Compagnie . On commença le
23 au matin à recevoir les Soufcriptions.
Le capital qu'on propoſe eſt de dix millions
de florins , & chaque action de 2000 florins
, dont on payera un pour cent . Cette
Compagnie promet 3 pour d'intereft par
an de l'argent qu'elle recevra.
Par les Lettres de Hambourg du 19 , la
paix fut publiée le 12 à Elfeneur , & le
Commerce rétabli entre la Suede & le Dannemarck.
La flotte combinée est toujours
à l'enchre devant Elfnap ; mais l'on a pris
la précaution d'envoyer quelques Fregates
pour obferver les mouvemens des Ruffes.
Il eft certain qu'il arrive tous les jours
des fommes confiderables d'Angleterre
dans ce païs , pour les employer dans la
nouvelle Compagnie d'affurance ; & comme
on ne trouve à Londres des Lettres de
Change qu'à deux Ufances , cela oblige les
Particuliers à acheter tout l'or & l'argent
étranger qu'ils peuvent trouver , pour l'enyoyer
ici.
DE JUILLET.
DE
A Londres le 29 Juillet 1720
L
LYON
VILLE
A Compagnie Royale d'Afrique , qui
a refolu de faire fes efforts pour rendre
fon commerce plus floriffant qu'il n'a
été jufqu'à prefent , fait travailler avec tout
l'empreffement poſſible à l'équippement de
dix Vaiffeaux , pour envoyer dans fes
Comptoirs fur les côtes d'Afrique . Elle
en deſtine un pour aller faire un nouvel
établiffement dans une Ifle qui eft fituée
dans la Riviere de Gambie , diftante d'environ
dix lieues de la mer. Suivant ces vûes
elle y fait paffer un grand nombre d'Ouvriers
propres à travailler aux Fortifica- .
tions qu'elle a deffein d'y conftruire . Elle
y envoye auffi des Canoniers & des Arrificiers
, avec 200 foldats divifez en quatre
Compagnies , qui feront commandées par
quatre Lieutenans fous les ordres du Gouverneur.
Elle prétend que cet établiffement
fera d'un très-grand avantage pour fon
commerce , qui eft fort confiderable dans
cet endroit-là. Il s'y fait principalement
en poudre d'or , en dents d'Elephans , &
en Negres. Outre ces dix Vaiffeaux , le
Gouvernement a accordé à cette Compagnie
, tant pour priver les autres Nations
de ce Commerce , que pour empêcher
que les Pirates ne fe retirent dans cette
I ij
100 LE MERCURE
Riviere. Les nommez Gordon & Jean
Huggues ont eu une recompenfe de
.dix mille livres fterlins , pour avoir revelé
aux Directeurs de la Compagnie des
Indes la découverte d'une Mine d'or fur
les côtes d'Afrique , que l'on dit être une
des plus abondantes du monde.
Le 1s les Commis de la Compagnie de
la mer du Sud recommencerent à recevoir
le premier payement de la derniere Soufcription
, qui a été augmentée de deux
Millions Sterlins ; de forte qu'elle eſt prefentement
de cinq Millions . On parle de
plufieurs nouvelles Soufcriptions , entre
autres , d'une pour les proprietaires des annuitez
rachetables , dont l'acquifition_coûtera
peu de chofe à la Compagnie , qui
n'offre , dit on , une action de 100 livres
Sterlins que pour 1500 liv . de les Annuitez
; de forte que fi toutes les dettes rachetables
de l'Etat montent à 15 Millions ,
il n'en coûtera qu'un Million d'Actions
à la Compagnie. Pour en faciliter le commerce
, elle va prêter de l'argent à bạs intereft
fur des Soufcriptions , comme elle
prêté ci- devant fur les Actions ; ce
qui ne fe peut plus faire depuis que les Liyres
font fermez. Par exemple , elle prêtera
trois mille liv . Sterlins fur un Recepiffé
de mille liv . Sterlins dans la premiere
Soulcription,
DE JUILLE T.
IO .
La plupart des Proprietaires des Lorre
ries annuelles voyant que la Compagnie
de la mer du Sud va recevoir des Soufcriptions
de ces Annuitez , s'empreffent fi
fort depuis quelques jours de les vendre ,
que le prix en ett baiffé confiderablement
dans l'Allée du Change. Le 20 , celles qui
portent pour 100 , fe coucherent à 108,
& celles de 4 , à ro7 . Enfin , la défiance.
devient prefque generale. Elle eft fondée
en partie fur ce que Meffieurs les Directeurs
n'executent pas l'Acte du Parlement
qui les charge de faire publier dans la
Gazette un Avertiffement , par lequel ils
doivent informer le Public qu'ils veulent
recevoir des Soufcriprions detdites annuitez
& d'autres , à tant pour cent de capital ,
& marquer le jour auquel les Livres feroient
ouverts pour les recevoir . Au lieu
de cela , ils fe font contentez de faire répandre
dans le Public , qu'ils commenceroient
à recevoir les Soufcriptions le 25.
On eft fort curieux d'apprendre ce qui
fe fera paffé à l'entrevûe qui doit fe faire
entre le Roi de la Grande- Bretagne & le
Roi de Pruffe.
Nos Marchans ont reçû avis que le Vaiffeau
l'Experience , commandé par le Capitaine
Neayle , a été brûlé par accident à
Cadix , & que le Savoie , commandé par
le Capitaine Latey des Barbades , avoit été
I iij
ΤΟΣ LE MERCURE
pris par les Espagnols , & conduit à la
Havanne.
La Cour du Prince & de la Princeffe
de Galles continuent d'être fort nombreufe
à Richemond , d'où L. A. R. fe preparent
à faire le Voyage de Bath . Plufieurs
des Officiers de leur Maiſon ont déja pris
les devants pour leur aller preparer la
Mailon où logeoit il y a quelque tems le
Duc de Marlbourough.
Il eft certain qu'on a déja envoyé em
Hollande deux à trois cens mille liv.Sterlins
pour acheter des Actions dans la Compagnie
Nationale des Affurances , au cas
qu'elle ait lieu. Bien des gens fe preparent
ày paffer ou à y envoyer foufcrire pour
des fommes confiderables. Il eft à crain
dre que cette Compagnie n'apporte un
grand préjudice à celles de la Compagnie
de la mer du Sud.
On écrit de Dublin que fur la dénonciation
faite par diverfes perfonnes aux Seigneurs
Jufticiers d'Irlande , que depuis que
le nommé Jacques Cotter a été executé
pour avoir violé Elifabeth Squib Quakref
fe , les Quakres étoient frequemment infultez
en diverfes Places du Royaume ; ce
qui caufoit une fi grande terreur parmi
ce peuple , qu'il n'ofoit aller d'un lieu à
autre pour vaquer à fes affaires particulieres
. Comme telle violence pourroit enDE
JUILLET. 103
fin troubler la paix & la tranquillité dont
ɛe Royaume jouit à prefent , les Seigneurs
Jufticiers ont fait publier une Proclamation
, par laquelle ils ordonnent à tous les
Officiers Civils & Militaires , qu'ils ayent
à faire une exacte perquifition des coupables
, pour qu'ils foient punis fuivant la
rigueur des Loix .
Le 12 de ce mois l'Evêque de Winchefter
donna un magnifique repas à plufieurs
perfonnes de diftinction de fes amis ,
en memoire de fa délivrance des prifons de
la Tour , où il avoit été mis par ordre du
Roy Jacques II . avec fix autres , dont lui
feul eft resté vivant .
On travaille au Procés de plufieurs Anglois
qui ont été pris fur des Vaiffeaux
de guerre Efpagnols dans la Mediterranée.
Ön declara la femaine paffée à la Douan
ne plufieurs milliers d'onces d'Or & d'argent
, pour eftre tranfportez en France &
en Hollande. Les Vaiffeaux le Randolph ,
le Spoowod , & Avarilla , le Hopewell &
la Providence , arriverent le 20 aux Dunes
, venans de la Virginie , d'où un grand
nombre de Vaiffeaux eft attendu chargé
de Tabac & de marchandifes.
Le Capitaine Cavendifch eft revenu du
Detroit , où il a été quelque tems avec
trois ou quatre Vaiffeaux de guerre , tant
pour la fureté du Commerce , que pour
I iiij
104 LE MER CURE
traiter d'une Paix avec le Roy de Maroc.
Le refte de fa petite Elcadre eft attendu
inceffamment. Le Capitaine Stuart eft parti
avec un pareil nombre de Vaiffeaux , pour
le remplacer dans l'une & dans l'autre de
fes Commiffions.
On a reçû avis de la Jamaïque , que
deux Armateurs Anglois , portant Pavillon
Imperial , étoient arrivez à Port - Royal ,
venant, de croifer dans la Mer du Sud tur
les Vaiffeaux Efpagnols , à qui ils ont enlevé
plus de deux cens mille livres Sterlins
en pieces de huit , quantité de Cochenilles
, & autres riches marchandifes.
L'Armement de 18 à 20 gros Vaiffeaux
de guerre, que l'Amirauté a ordonné , &
aufquels on doit travailler en toute diligence
dans nos Ports , eſt deſtiné pour la
Mediterranée , où il ira relever l'Eſcadre
qui eft encore en partie fous le Commandement
du Chevalier George Bing. Cette
Efcadre fera commandée par le Chevalier
Charles Wager.
M. Molefworth a été nommé Ambaffadeur
Extraordinaire à la Cour de Turin.
On a reçu des Lettres de Geneve qui
confirment que le Senat , du confentement
du Roy de la Grande Bretagne , avoit mis en
pleine liberté le Comte de Marr. On a en
avis de la Flote de Guinée , que les Pirates
avoient pris fur cette Côte ƒ Vaiffeaux
DE JUILLET. TOS
Marchands Anglois , chargez de poudre
d'or , de dens d'Elephans , de bois de Campêche
, & de Negres pour l'Amerique.
Le 15 , on a reçu les Soufcriptions des
Lotteries annuelles . Les Actions de la Mer
du Sud étoient ce jour- là à 1000.
A Madrid le 17 Juillet 1720.
E Roy a donné le Gouvernement de
Badajox à D. Diego Gonzales , Ma
réchal de Camp , & celui d'Alcantara au
Brigadier D. Dieguo- Jofeph- Lucio Ymmexia.
S. M. a auffi conferé au Marquis
de Torre-Campo le gouvernement general
des Ines Philippines , avec la Preſidence
de l'audience de Manila.
Les ordres ont été envoyez à Barcelonne
pour y preparer plufieurs bâtimens de
tranfport , qui feront envoyez en Sicile ,
afin d'achever d'embarquer ce qui reſte de
Troupes Efpagnoles , ainfi que ceux qui
voudront fe retirer du pais avec leurs
effets , fuivant que l'on en eft convenu par
la capitulation. Sept Bataillons & trois
Regimens de Cavalerie & de Dragons font
arrivez à Malaga pour y paffer en Affrique,
& renforcer la Garnifon de Ceuta ; d'où
on apprend que le fieur Manriqué , Gouverneur
de la Place , avoit fait fur les
Maures le 27 du mois dernier une fortic
106 LE MERCURE
de 1300 hommes de pied & de 160 Maitres.
L'Infanterie s'étant partagée , attaqua
par divers endroits les retranchemens des
Negres , dont elle s'empara , ruina leurs
travaux , & les mit en fuite , après leur
avoir tué ou bleffé plus de 400 hommes
& un Alcaïde qui les commandoit. On a
eu dans cette action 13 Soldats tuez , &
22 bleffez. Les Efpagnols ayant mis le feu
aux Cazernes des Maures , & à leurs au
tres ouvrages , rentrerent en bon ordre
dans la Place .
Le Duc de Bournonville prêta le 16 du
paffé ferment à l'Efcurial entre les mains
du Roy, pour la Charge de Capitaine de
la Compagnie Flamande des Gardes du
Corps , dans laquelle S. M. l'a rétabli en
confideration de fa fidelité & de fes fervices
.
On écrit de Lisbonne , que le 16 du
mois dernier on avoit celebré dans l'Eglife
des Dominicains un Auto da fé , ou jugement
folemnel de 29 hommes & de , 14
femmes , condamnés par le Tribunal de
P'Inquifition , pour crimes de Bigamie , de
malefices , & de fuperftitions ; & d'autres
pour Quietisme ou pour Judaïfine. On
lut tous les procès en prefence du Roy &
des Infants , & les Sentences furent
pro,
noncées aux coupables ; une homme & une
femme furent condamnez au feu pour
pou
DE JUILLET. 107
avoir judaïfé , & ils furent executez le
jour même. La flotte pour le Brefil eft partie
avec Dom Ferd . Monaffés Viceroy , &
le Cardinal Perreira doit s'embarquer au
premier jour pour aller à Rome prendre
poffeffion de la Charge de Protecteur de
cette Couronne.
Le General de l'Ordre de faint François
a reçu des Lettres de Jerufalem , qui marquent
qu'on y avoit achevé le rétabliffement
de la coupole de l'Eglife du faint
Sepulchre , qui a été rebâtie en meilleur
état qu'elle n'étoit , & que les Religieux
francs avoient été remis en poffeilion de
la partie des Saints lieux qu'ils occupoient,
fuivant la permiffion que M. le Marquis
de Bonnac , Ambaffadeur de France , en
avoit obtenue cy-devant fur les fortes intances
qu'il en avoit faites au nom du
Roy Très Chretien.
De Naples , le 12 Juillet 1720 .
E Vaiffeau de guerre nommé la fainte
LBarbe,a mis à la voile pour tranfporter
en Sardaigne le Prince Ottaviano de Medicis
, qui va prendre poffeffion de ce
Royaume au nom de l'Empereur , pour le
remettre enfuite au Viceroy du Roy de
Sardaigne , fuivant la teneur du Traité de
la Quadruple Alliance . La diffenterie em108
LE MERCURE
porte beaucoup d'Allemans , fur tout parmi
les nouvelles recrues qui font arrivées dans
ces quartiers pour les Regimens Imperiaux
en Sicile , d'où on apprend que le fecond
convoy des E pagnols étoit preft à mettre
à la voile de Termint , & que l'on n'attendoit
plus pour cet effet que les deux Galeres
qui font parties de Gennes avec de
groffes remifes pour le Marquis de Lede.
L'Amiral Bing & ton fils ainé tont arrivez
ici de Palerme avec trois Vaiffeaux de
guerte . Cet Amiral qui a eu plufieurs conferences
avec le Cardinal Viceroy , fe difpofe
à s'en retourner à la Cour Britannique.
Les Elpagnols n'ont embarqué que fix cens
chevaux , & ont vendu les autres pour
éviter la peine & les frais du tranfport ,
encore a-t'il fallu que M. de Mercy air
obligé la Ville de Palerme à prêter foco
piftoles à M. le Marquis de Lede , pour
une partie des frais du premier tranſport
de dix mille hommes qui s'eft fait à Termini.
On a publié une Ordonnance , par
laquelle il eft deffendu à toutes les Courtifannes
de cette Ville d'aller en carroffes
dans le Cours , ni en chaifes dans la Ville.
Le Cardinal Viceroy a fait propoſer à
la Ville & aux Deputez de la Nobleffe de ce
Royaume , de fecourir l'Empereur d'une
fomme confiderable ; la dépenfe de la guerre
de Sicile ayant épuifé les fonds ordinaires.
DE JUILLET.
109
& extraordinaires : ils y ont confenti , & .
il ne reftoit plus qu'à trouver les moyens
de les lever. Les ordres ont été envoyez
en Sicile , pour en faire venir trois Regimens
de Cavalerie Allemande.
Le Vaiffeau Saint Charles a mis à la
voile avec quelques autres bâtimens , pour
aller prendre à Port -Mahon quatre Vaiffeaux
qui ont été achetez pour le fervice
de l'Empereur , & qui doivent eftre employez
à croifer fur les côtes de Sicile contre
les Corfaires de Barbarie qui y font de
frequentes prifes.
L'Abbé Kuffo eft arrivé ici de Rome
pour paffer à Malte , où il va exercer la
charge d'Inquifiteur .
Lee
A Rome le 15 Juillet 1720 .
E Chevalier de Saint George & la Princeffe
fon épouſe font de retour d'Albano
, où ils ont été regalez par le Cardinal
Ottoboni de plufieurs beaux concerts . On
a tranfporté au Palais Pelotta tous les meubles
& tous les équipages du feu Comte
de Gallas , pour la reception du Cardinał
d'Althan. Le Prieur Vaini eft de retour de
Malte , où il étoit allé pour l'élection du
Grand Maître. Le Saint Pere qui eft en parfaite
fanté , eft fort occupé à examiner
certains Memoires du feu Cardinal CarITO
LE MERCURE
pegna , touchant la maniere de proceder
contre les Cardinaux . C'eft ce qui fait croire
que cette Cour eft dans le deffein de
s'en fervir dans le procès intenté au Cardinal
Alberoni ; mais comme les Cardinaux
ne trouvent pas de preuves fuffifantes
pour faire une procedure raifonnable , c'eft
ce qui a engagé Sa Sainteté à donner un
Monitoire contre ce Cardinal , lequel a été
envoyé á la Cour de Madrid , pour tâcher
d'en tirer des informations fuffifantes , dans
le deffein de continuer fon procès. Comme
le Pape eft perfuadé que ce n'est que
le confeil de ce Cardinal que l'Efpagne
a entrepris la guerre de Sicile & de Sardaigne
; cette Eminence , dont on ignore
encore la retraite , en ayant été informée ,
a cru qu'elle devoit fe juftifier fur un pareil
grief. Pour cet effet , Elle a écrit au
Cardinal Paulucci , que bien loin d'avoir
confeillé cette guerre , Elle avoit fait au
contraire tous fes efforts pour en diffuader
la Cour de Madrid , ce qui lui étoit facile
de prouver par les Lettres qu'il avoit écri
tes dans ce temps- là au Duc de Popoli &
au Marquis de Grimaldo.
par
La Ville de Ferrare n'étant plus en état
d'entretenir un Ambaſſadeur à la Cour de
Rome , a prié le Pape de fe contenter d'un
Agent. Sa Sainteté y ayant confenti , cette
Ville à fait revenir le Comte de Cufpy ,
DE JUILLET. III
qui rempliffoit cette Ambaffade.
Le Cardinal Spinola èft dans la refolution
de ne point donner part de fon arrivée
a la Republique de Genes , pour éviter de
tomber dans l'inconvenient du Cardinal
Marini , qui fut fi charmé de fon élevation,
qu'il eut la condefcendance d'en donner
avis à cette Republique , qui prétend depuis
eftre en droit d'exiger la même choſe
de tous les Sujets qui font élevez à cette
dignité.
Le Cardinal d'Althan qui eft arrivé à
Montalt , fait des preparatifs extraordinaires
pour fon entrée publique en cette Ville.
On a élevé fur la porte du Palais que ce
Cardinal doit occuper , les armes du Pape
& celles de l'Empereur.
Il eft furvenu un nouveau procès au
fujet de la fucceffion du Marquis Pallavicini
, qui avoit été ajugée au fieur Arnaldi
Genois , par un jugement folemnel. Le
défunt avoit une fille naturelle qui étoit
Religieufe au Monaftere de Saint Bernardin
de Sienne. Elle s'eft oppofée à l'execution
du Jugement , alleguant qu'elle
avoit été forcée à entrer en Religion , &
qu'elle avoit protefté en temps & lieu
contre fes voeux ; ce qu'elle prétend prou
ver par plufieurs actes ; ainfi elle demande
la fucceffion , comme feule &
unique heritiere , & elle a obtenu une pro112
LE MERCURE
4
vifion de 150 écus , afin de pourfuivre
fon droit .
On a eu la confirmation de Malte de la
prife que les Vaiffeaux de la Religion ont
faite de la Capitane d'Alger , montée de
80 canons , & de deux autres gros Vaiffeaux.
DE: 2mT010:10
NOUVELLES DIVERSES.
ON
"
N écrit de Manheim du 20 de ce
mois , que l'Electeur Palatin avoit
donné des affurances aux Proteftans de
cette Ville qu'ils feroient maintenus dans
tous leurs droits & privileges. Le Baron
de Sickingen grand Chambellan de l'Electeur
, eft attendu inceffamment de Vienne
, avec la derniere refolution de l'Empereur
fur l'affaire de la Religion . On affure
toujours que S. M. I. eft fort difpolée à
terminer cette affaire par un accommodement
à l'amiable ; ce qui répond aux intentions
de S. A. E. qui a rétabli le libre
ufage du Catechifine dans toutes les Eglifes
& les Ecoles Proteftantes de cet Electorat
. On recommence à faire aux environs
de Francfort des levées pour le Roy de
Pruffe. Celle de l'Empereur continuent
avec fuccès. On apprend de Caffel qu'il y
étoit
"
DE JUILLET. fig

étoit arrivé un Exprès , avec avis de la
conclufion de la paix entre la Suede & le
Dannemarck . On mande de Hanovre que
M. le Comte de Stanhop en étoit parti
pour fe rendre à la Cour de Berlin , où il
ne fera pas un long fejour. Le Roy de la
Grande Bretagne qui arriva le premier de
ce mois à Hannover , eft allé à Pirmond'
pour y prendre les eaux minerales. On croit
qu'il ne reviendra à Hannover qu'au com
mencement du mois prochain.
Les Lettres de Bruxelles du 25 de ce mois
ne font mention que de la magnificence avec
laquellela fête du Saint Sacrement des Miracles
a été celebrée . Cette Proceffion fe fait
tous les cinquante ans depuis 1370 , avec
une pompe extraordinaire, & tous les Corps
y affiftent , la Cavalcade des Ecoliers
qui étudient fous les Jefuites de cette Ville,
étoit fort brillante. On a compté jufqu'à
neufs arcs de triomphe , dont la plupart des
decorations étoient chargées de Chronogrammes
, les uns ferieux , les autres comiques
, fuivant le different genie de leurs
Auteurs ; ces fortes d'ouvrages étant regardez
dans cette Ville comme le chef- d'auvre
de l'efprit humain . M. le Marquis de
Prié à accompagné la Proceffion . Le Cardinal
de Boffut , Archevêque de Malines ,
ne s'eft point trouvé à cette fête , à caufe
du ceremonial , quoique cette Eminence
K
114 LE MERCURE
eût l'exemple du Cardinal de Granvelle ,qui
avoit autrefois affifté à une pareille Proceffion
, fans avoir fait ces difficultez . Le
8 de ce mois M. le Marquis de Prié fit la
ceremonie de donner le premier coup de
pelle pour couper la digue près de Giftelle,.
afin d'aggrandir & d'approfondir le Canal.
qui va de Bruges à Oftende , pour la plus
grande commodité de ce Port ; on affure
même qu'il a été refolu d'y faire quelques.
nouveaux ouvrages pour le rendre un des .
meilleurs Havres de l'Europe..
On écrit de Cologne que le Land - gravede
Heife- Caffel y arriva le 11 de ce mois
incognito.. Le 12 au matin S. A. S. en :
partit pour continuer la route vers le Château
de Soeftdik , où il va vifiter la Prin .
ceffe doüiairiere de Naffau - Orange fa fille ..-
Les differens entre les Electeurs de Cologne
& Palatin , au fujet de Kyferwaert ,
font comme terminez..
Suivant les avis de Bern du 13 , l'accommodement
entre l'Evêque de Bâle &
les Bourgeois de Bienne , a été terminé &
conclu à Porentra , fous la mediation de
ce Canton .
On apprend que l'Empereur a envoyé
un Mandement à l'Evêque de Spire , par
lequel il lui étoit enjoint de quitter incef--
famment le fejour de cette Ville avec fes
Gardes & toure fa fuite , ce qu'il executa
DE JUILLET. 115
le 6 de ce mois. Cependant les Magiftrats
ayant fait arrêter un Soldat de ce Prelat ,
pour quelques violences qu'il avoit commifes
, l'Evêque a fait arrêter de fon côté onze
Bourgeois . Les Habitans de Duttinthof,
ont enlevé force les fruits qui appar
tiennent à l'Hôpital de Spire..
par
La veuve du Baron de Rakenitz s'étant
rendue Catholique à Newbourg , après la
mort de fon mari , a laiffé par fon Teftament
aux Jefuites de cette Ville une Terre
fort confiderable . Les Barons de Rakenitz
ont fait oppofition à ce legs , & ont porté
cette caule à Ratisbonne , où le Corps
Evangelique a pris le parti de Meffieurs
de Rakenitz . Ils demandent par un long
Memoire qu'ils ont fait imprimer , juſtice
au Corps de l'Empire , fur une donation.
qui intereffe autant les Catholiques que
les Proteftans mêmes..
De Stokholm le 4 Juillet 1720.-
On vient de publier ici par ordre de
la Cour l'Arreft fuivant.
NOUS OUS FRIEDRICH , par la
grace de Dieu , Roy de Suede , des
Goths & des Vandales , & c . & c. &c. Sçavoir
faifons que comme depuis un temps
immemorial c'eft une coutume parmi les
116 LE MERCURE
Chretiens qu'aux avenemens des Rois à la
Couronne ils témoignent certaines graces à
ceux qui pour quelques delits ou tranfgreffions
des Loix fe trouvent en prifon , ou
fugitifs hors du Royaume : de même Nous
avons l'intention de faire grace , & d'uſer
de clemence envers ceux qui dans ce temsci
, & à notre Couronnement , que Dien
veuille rendre heureux , pour leurs delits
& tranfgreffions font detenus en priſon ,
ou crainte de punition fe trouvent fugitifs
hors du Royaume ; comme auffi par cette
Lettre Patente Nous leur faifons grace &
pardonnons , les prenant fous notre protection
Royale : Voulons pour cette fin
qu'ils ayent la liberré de rentrer dans le
Royaume & fes Provinces adjacentes , à
condition qu'à leur retour ils s'accommoderont
avec leurs Parties lefées , ou fubiront
l'amende ecclefiaftique fuivant l'exigence
des cas. De ce pardon auront auffi à jouir
les deferteurs , ou ceux qui fe font fauvez
pour ne pas être enrollez ; à condition que
ceux des foldats , Cavaliers , Dragons , Matelots
, ou de la Milice , qui ont pris la
fuite , fe prefenteront dès leur retour chacun
à fon Regiment , ou à l'Amirauté dont
ils dépendent. Mais de cette Amniſtie feront
entierement exclus , & exceptez, & felon
la rigueur des Loix & des Ordonnances
jugez & punis tous les coupables de blafDE
JUILLET. T17
pheme , de trahifon , meurtre , incendie ,
facrilege , fodomie , rapt , vol fait aux naufrages
, herefie , incefte ; comme auffi ceux
qui auront eu la temerité de commettre
des meurtres ou autres crimes , en efperance
d'avoir pardon à ce Couronnement. Si
DONNONS en Mandement à ceux qu'il
apartiendra , particulierement au Gouver
neur de notre Ville Capitale , aux Gourverneurs
des Provinces , & aux Magiftrats
des Villes d'y tenir la main. En témoin de
quoy Nous avons figné ces Prefentes de
notre main , & y avons fait mettre notre
Scel. Données à Stokholm le 14 May
1720. figné FRIEDRICH , & fcellé du
grand Sceau.
INSTRUCTION
Pour les Ecoles des cinq Bataillons
du Regiment Royal Artillerie.
LF RioYpar
E ROY par fon Ordonnance du
s
corporation du Regiment des Bombardiers
, ainfi que toutes les Compagnies dérachées
de Canoniers & de Mineurs , dans
celui de Royal Artillerie ; Et ayant jugé à
F18 LE MERCURE
voyez
propos , de l'avis de Monfieur le Duc d'Or
leans Regent , d'en former cinq Bataillons,
chacun de huit Compagnies compofées de
Canoniers , Bombardiers , Mineurs , Sapeurs
& Ouvriers de toute forte de mêtiers
, lefquels cinq Bataillons feroient enà
la Fere , Metz , Strasbourg , Grenoble
& Perpignan ; ce qui a été executé
: & l'intention de S. M. étant qu'il foit
établi dans chacune de ces Places une Ecole
pour l'instruction de ces Troupes , au
moyende laquelle les Officiers apprendront
non feulement tout qui ce concerne l'Ar--
tillerie , mais encore les Parties de Fortifications
qui ont une liaifon avec elle ,
auffi -bien que la conduite des Sapes &
des Mines ; en forte que le fervice du Roy
y trouve dans la fuite un notable avantage.
Il eft neceffaire que les Commandansde
ces Ecoles foient informez de ce que
S. M. attend de leurs foins , pour le fuccès
d'un établiffement dont Elle eſpere
une plus prompte execution de fes deffeins,
& un plus grand ordre dans les Arcenaux
& Magafins de fes Places pendant la Guer
re & pendant la Paix ...
C'eſt dans cette vûe que S. M. a ordonné
aux Sieurs Camus Deftouches Directeur
General , & de Valiere Inſpecteur General
de ces Ecoles , de dreffer le Memoire qui .
Luit , qu'Elle a approuvé , & auquel Elle
DE JUILLET.
T
-
defire que les Officiers de l'Artillerie qui
les commanderont , fe conforment avec
la derniere exactitude ; en forte qu'animez
du même efprit , & fuivant inviolablement
les mêmes maximes , ils puiffent former
des Officiers d'Artillerie également capables
de la Guerre de Campagne & de Sicges
, foit en attaquant , foit en défendant ,
& inftruire les foldats ; lefquels exercez
aux differens ouvrages prendront avec l'habitude
du travail, la connoiffance de toutes.
les manoeuvres aufquelles ils font deſtinez .
Ces Ecoles feront d'une plus grande étendue
que celles qu'on a vûes jufqu'à prefent..
Indépendamment des inftructions ordinaires
, qui fe renfermoient prefque toujours
au fervice de bouches à feu , & aux fimples
détails d'Artillerie , on en donnera fur.
l'attaque & la défenfe des Places , fur les
Sapes & les Mines ; & le tout fera pratiqué
fur le terrain .
Les Officiers y feront inftruits des préparations
& de l'ordre qu'il faut obſerver
dans la difpofition d'un projet de Siege ;.
des maximes pour compofer & manier un
Equipage d'Artillerie dans tous les mouvemens
de la Guerre de Campagne , foit dans
les marches de l'Armée , l'attaque d'un
Pofte , ou le jour d'une Bataille. Ils apprendront
à fe fervir des Pontons , & la
Maniere de faire des Ponts fans leur fe
120 LE MERCURE
cours ; à furmonter , avec les differens
moyens qui peuvent s'offrir , les difficultez
qui fe trouvent au paffage d'une Ri
viere ou d'un Marais ; à ouvrir des chemins
dans les montagnes , les tourner ,
les penetrer , & à connoître les fituations
differentes du terrain pour s'y placer avantageufement.
Ces divers exercices arrangez
avec fuite & enchaînement eftant executez
fur le lieu , prefenteront une image
de Guerre , telle qu'un Officier d'Artillerie
qui s'y fera appliqué deviendra capable:
de tout executer , & que cette pratique
foutenue de la Theorie lui acquerra la
fçience neceffaire pour le Commandement ..
}
La plupart des Officiers d'Artillerie prepofez
pour l'Inftruction des nouvelles
Ecoles , en ont commandé d'autres avec
toute la capacité qu'on peut fouhaiter ;
mais il eft neceffaire de faire marcher d'un
pas égal & uniforme celles qu'on établit
aujourd'hui. Et comme elles fe faifoient
autrefois d'une maniere differente dans les
differens endroits où elles étoient établies ;
que chacun des Commandans ( quoiqu'à la
même fin ) donnoit fes inftructions fuivant
les principes qu'il adoptoit ( ce qui embrouilloit
l'efprit d'un Officier , & quelquefois
le rebutoit , quand il paffoit d'une
Ecole dans une autre; ) & qu'enfin il n'étoit
point question à ces Ecoles ni de Sapes
ni
DE JUILLET.
121
ni de mines , & rarement des Ouvriers en
fer & en bois , qui travaillent aux conftructions
des attirails d'Artillerie ; il importe
au bien du Service de fuppléer à ce qui
manquoit aux anciennes Ecoles , par un
arrangement qui fera fuivi dans les nouvelles
avec toute l'exactitude que les lieux
le tems & la circonftance le pourront permettre.
>
Les Ecoles fe continueront toute l'année.
Celle de Pratique fe tiendra le matin trois
fois la Semaine , de deux jours l'un. Elle
durera cinq heures , & commencera à la
porte ouvrante.
L'Ecole de Theorie , ou la Salle de Ma→
thematique , fe tiendra auffi le matin trois
fois la femaine , les Seances feront de trois
heures.
Les jours de ces Ecoles feront au choix
du Commandant ; il obfervera feulement
que le Commerce public & particulier ne
foient point incommodez par celle de Pratique
; & pour cela il n'y en aura pas les
jours de Marché , aufquels les environs
d'une Ville font plus frequentez.
Lorfque les Fêtes ou le mauvais tems y
apporteront de l'interruption , on reprendra
le même ordre , en forte que tous les
jours ouvriers il y ait Ecole de Pratique
ou de Theorie .
Le Commandant de l'Ecole , avec l'ap
L
8:22
LE MERCURE
, pour
probation de celui de la Place , choifira
un lieu commode aux environs
pouvoir difpofer & concilier fur le même
terrain les differens exercices & ouvrages
aufquels les Soldats doivent être emploiez ,
& les Officiers inftruits à les conduire.
Après avoir marqué le Parc , il y fera
conftruire une Baraque de planches , pour
fervir de Corps - de- Garde à contenir trente
ou quarante hommes ; & cette Garde
fera précomptée fur le nombre qui doit être
fourni par le Bataillon pour le ſervice de la
Place.
Il fera faire un autre Couvert pour loger
les outils , uftanciles & attirails neceffaires
pour l'Ecole ; lefquels périffent à l'air ;
& dans ce même Couvert il y aura une
feparation , où les Artificiers travailleront.
On obfervera les arrangemens ordinaires
dans le Parc de l'Ecole ; on y établira des
Atteliers en fer & en bois : tous les Radoubs
s'y feront ; les bois pour les Sapes
& les Mines y feront préparez ; & toutes
les Conftructions neceffaires aux differens
Exercices y feront executées .
Les Commandans des Ecoles s'adrefferont
aux Intendans pour les bois en bloc , &
à faire pour ceux qui font propres des Faf
cines , des Piquets &c. Les Intendans recevront
des ordres fur cela , & les feront
voiturer fur le lieu : Ils feront auffi fourDE
JUILLET.
nir une Salle de Mathematiques meublée
convenablement pour le travail de l'Ecole.
Tous les bois feront debitez & employez
dans le Parc même , & tous les ouvrages s
feront ainfi qu'à un Siege.
L'Equipage , ou l'Eftat d'Artillerie de
chaque Ecole fera de vingt Pieces de Canon
, fix Mortiers & deux Pierriers. Les
Pieces feront choifies des calibres ordinai
res ,
4. de 24.
4. de 16.
4. de 12 .
4. de S.
4. de 4.
20.
SAVOIR ,
Les Mortiers feront
4. de 12. pouces,
2. de 8 .
6 .
2. Pierriers.
Les Munitions feront reglées par des
Memoires particuliers , à proportion de la
confommation qui fera neceffaire pour le
fervice de l'Ecole , & il fuffira de Parquer
à la fois la quantité de Poudre qui fe cons
Lij
¥ 4 LE MERCURE
fommera pendant quinze jours.
On diftinguera les Batteries , en Batteries
d'Exercice & en Batteries d'Attaque ou de
Deffenfe .
Celles d'Exercice feront deſtinées au fervice
, & au tir des bouches à feu ; Elles
formeront les Canoniers , & inftruiront les
Officiers à les faire fervir : & pour cela
on laiffera au Parc quelques Pieces &
quelques Mortiers fur les plate-formes ,
où l'on exercera les Soldats nouveaux
manier le Levier avant que de les faire
fervir aux Batteries.
Les Batteries d'attaque & de deffenfe
feront pour les Officiers ; Ils apprendront
à les placer & à les faire conftruire dans
les regles ordinaires , quand le terrein le
permettra , & au plus prés de ces regles ,
quand il n'aura pas toute l'étendue requife.
Des vingt-huit Bouches à feu , feize feront
affectées aux Batteries d'Exercices
SÇAVOIR.
2. de 24 .
2. de 16 .
2. de 12 .
2. de 8.
2. de 4.
Seront mifes en Batterie.
Seront à Barbette .
2. Mortiers de 12. pouces.
2. de
2. Pierriers.
• 8 .
Seront en
Batterie,
16.
DE JUILLET. 125
On élevera une. Butte ; & à la diſtance
de 250. à 300. Toifes fur une ligne droite
parallele à la Butte , on conftruira la Batterie
de fix groffes Pieces , & celle de qua
tre petites à Barbette. Lès quatre Mortiers
& les deux Pierriers feront placez à
la droite ou à la gauche. Toutes ces Batteries
feront faites dans les regles ordinaires
, aufquelles il n'y a rien à changer ;
Quelquefois feulement on donnera moins
d'étendue à la même quantité de pieces ,
afin d'accoutumer l'Officier à conftruire fa *
Batterie fuivant le terrein qu'il aura , & à
fe refferrer quand il fera neceffaire.
On marquera un But pour le jet des
Bombes , & un efpace pour la chute des
Pierres ; on changera ces Batteries de tems
en tems , quelquefois on les fera fauter pac
Mines , ainfi qu'il fera dit dans la fuite.
Il faut obferver que la diftance pour le
tir du Canon & les Batteries à Ricochet ,
foit entre 5oo. & 50. toiſes ; & remarquer
que celle de So. 100. ou 150 toiles
au plus , eft propre pour battre en bréche,
qu'il faut s'approcher davantage quand il
eft poffible , & que même on n'y bat parfaitement
que lorfqu'on eft far le chemin
couvert. La diſtance pour les Mortiers de
12. pouces , entre 609. & 50. Pour ceux
de 8. entre 400. & so . Et celle pour les
Pierriers entre 150. & 50. le plus près eft
Liij
126 LE MERCURE
toujours le mieux , quand il n'y a aucun
empêchement, confiderable qui s'y oppofe.
Il y a plufieurs manieres d'executer
Artillerie , peu differentes à la verité , &
qui font toutes bonnes ; Mais Puniformité
étant beaucoup plus convenable au
fervice , ( parce que des Officers & des
Soldats inftruits à la même inanoeuvre
s'entendent bien mieux enfemble , & executent
plus diligemment , ) on a choifi les
Exercices les plus , fimples & de la plus
prompte expedition ; Ils feront envoyez à
chacun des Commandans par les Directeur
& Infpecteur , afin qu'ils foient executez
de la même façon dans toutes les Ecoles .
Les dix Pieces de Canon qui reſtent ,
& les deux Mortiers de douze pouces demeureront
au Parc , & ferviront à execu
ter les differentes manoeuvres qui font d'ufage
pour remuer & manier les corps pefans.
Les Officiers commanderont cette
manoeuvre tour à tour ; & il est même
neceffaire que les Sergens & Canoniers
foient en état de la commander.
>
Chaque Officier apprendra les noms de
toutes les parties d'un Canon , d'un Affut,
& c. celui des differens outils , machines &
attirails , & leurs ufages ; & outre les in-
Atructions qui feront données au Parc fur
les objets mêmes , les Commandans en
donneront des Memoires dans lefquels fe
DE JUILLET. 127
ront inferees les Conftructions des diffe.
rens ouvrages que comprend l'Artillerie .
Ils en détailleront fcrupuleufement tou
tes les parties ; ils obligeront les Officiers
à les deffiner , & à obferver les dimen
fions dans leurs plans , coupes ou profils &
developpemens .
On leur donnera auffi des Memoires
fur la compofition de la Poudre , des Artifices
& des Fontes.
Il y a des Officiers qui font leur uni❤
que occupation de ces details ; d'autres les
regardent comme une mechanique fervile
qui ne merite pas leur application : ces
deux extremitez empêchent également
d'arriver à la premiere capacité. Il eſt bon
de faire fentir à ceux- ci , que le detail de
cette mechanique eft d'une abfolue neceffité
; ils doivent fçavoir le langage de l'ouvrier
pour s'en fire entendre , & fouvent
l'inftruire de ce qu'il ne fçait pas . Mais il
convient auffi de faire faire reflexion aux
premiers , que ces connoiffances feules ne
les menent pas au-delà d'un Fondeur , d'un
Maître Poudrier , d'un Ouvrier , & même
d'un fimple Soldat appliqué . Un Officier
d'Artillerie bien inftruit de l'objet de fa
Profeffion , connoîtra que fes vues doivent
avoir plus d'élevation . Il ne faut pas qu'il
ignore ces details , mais il doit les fçavoir
fuperieurement comme un Architecte , &
Litij
128 LE MERCURE
non comme un Maçon , uniquement pour
les faire executer par les Ouvriers & Soldats
qu'il employe.
Et comme les Ecoles ne fe tiendront
que le matin , les Officiers appliquez &
defireux de devenir habiles , iront l'aprèsdîné
dans l'Arfenal , s'il y a des travaux
établis ; ils verront travailler , ce fera même
un efpece d'amufement pour eux , mais
qui leur tournera un jour merveilleufement
à profit.
Les Commandans leur donneront encore
des Memoires ( qui feront auffi rendus
uniformes par les Directeur & Inspecteur)
pour leur faire connoître l'ordre & l'arrangement
de toute forte de munitions
dans les Magaſins ; la netteté à oblerver
dans les Etats qu'il en faut tenir , & la
propreté des Arfenaux ; enfin par une gra
dation conciliée de Theorie & de Pratique
, on preparera leur vuë à toutes les difpofitions
& operations de l'Artillerie .
L'application & l'experience les en rendront
capables , & les feront arriver un
jour aux premiers Emplois , avec d'autant
plus de fatisfaction de leur part , qu'ils.s'cn
feront rendus dignes par leur merite.
On tracera un front de Polygonne, dont
le côté exterieur aura au plus cent quatrevingts
Toifes ; fi le terrein ne permet pas
cette étendue , on reduira ce front fuivant.
DE JUILLET.
129
>
Pefpace dont on fera maître. Il confiftera
en deux Demi baftions , deux Flancs droits,
une Courtine , une Demi- lune , le Foffé
qui demeurera en maffe , le Chemin- couvert
, avec la Place d'armes faillante fur
la capitale de la Demi- lune , les deux Rentrantes
& les deux Demi faillantes fur les
Capitales des deux Demi baftions.
Par les fuites , on en tracera avec des
orillons , des flancs arondis , & des dehors
: on pourra même , quand on voudra ,
les ajoûter à celui- cy .
Les Parapets du Corps de la Place &
de la Demi-lune , feront élevez avec une
Banquette fur le Sol : il fuffira , pour ne
pas fe jetter dans un travail trop confiderable
, de donner à ces Parapets fix pieds
d'épaiffeur par
le haut ; les terres en feront
prifes fur la maffe de celle du Foffé,
en s'élargiffant fur deux pieds ou deux
pieds & demy de profondeur au plus , entre
le Parapet & le bord de l'excavation ,
il restera une berme de deux à trois pieds ;
fi l'on trouve à couper du gazon , les Parapets
en feront revêtus , finon les terres
en feront foutenues par du gabion ou de
la fafcine , ou par l'un & par l'autre , ou
mieux encore par un Tunage qui fera plus
propre & confommera moins de bois.
On s'enfoncera fur le terre- plein du
Chemin - couvert de quatre pieds , fur la
1
130 LE MERCURE
largeur de dix à douze , pour en former
le Parapet de quatre pieds & demi audeffus
d'une Banquette d'un pied de hau
teur ; les terres feront regalées en glacis ,
enforte que les Parapets de la Place & de
la Demi-lune commandent ou rafent les
glacis .
on
On ouvrira une tranchée ; on tirera une
parallele ; on marquera des Batteries ; on
les élevera ; on placera de même des Batteries
à ricochet & des Batteries de mortiers
& pierriers , on les executera ;
débouchera des Sapes fur les capitales ; de
ees Sapes on fera entrer des Mineurs pour
marcher aux angles ; il en partira des Places
d'Armes pour venir à eux ; enfin on
pouffera l'attaque jufqu'à fa perfection ,
pendant qu'au dedans da Polygonne on fera
toutes les manoeuvres de la défenſe , & de
part & d'autre toutes les chicanes , tant
celles d'ufage , que celles qui pourront s'offrir
par la fituation .
Il fuffira de faire une trace pour les
tranchées & les paralleles ; on perfectionnera
feulement les endroits où l'on établira
des Batteries , & ceux d'où l'on débouchera
les Sapes . Quant aux Sapes , aux
logemens de chemin- couvert , & aux traverfes
tournantes , il faudra les perfectionner.
On cherchera des Excavations & des
DE JUILLET. 131
·
ravins pour faire des defcentes de foffé ,
des eaux pour en faire le paffage , en prendre
les niveaux ; on s'inſtruira à les détour
ner & les faigner.
Quoiqu'il fe trouve des Officiers pour
executer les Sapes , le Commandant s'y
portera d'abord lui- même ; les Officiers
deftinez les premiers à ce travail feront
bien-tôt inftruits , les autres fucceffivement
s'inftruiront avec eux . On aura grande attention
que le Sapeur fe couvre d'un mantelet
ou d'un gabion farci ; qu'il pole les
gabions les dreffe adroitement avec la fourche
& le crochet de Sape ; qu'il continue
à genouil un boiau de deux pieds de profondeur
; qu'il ait un pic- hoyau & une
pelle à long manche pour remplir le ga
bion ; qu'il laiffe un grand pied de relais
entre les excavations & les gabions , afin
qu'ils ne culbutent pas dans la tranchée ,
ce qui arrive affez fouvent ; & enfin que
les fervans aprés lui , élargiffent & perfectionnent.
On s'appliquer avec foin à la conftruction
des doubles Sapes , à celles des
traverſes tournantes , aux Sapes profondes
fans gabions , & aux blindages .
Le Commandant de l'Ecole fera d'abord
conduire les travaux de Mines par les Officiers
cy - devant des Compagnies de Mineurs
; les autres Officiers s'inftruiront en
13.2
LE MERCURE
voyant
le travail. Ils auront foin de dreffer
les nouveaux Mineurs à percer les terres ,
foit en puits , galleries ou rameaux avec
adreffe & diligence ; à tenir les pentes ou
talus qui leur feront prefcrits ; à faire les
retours des galeries & des rameaux ; les
chûtes ou calcades precifément fous les angles
qui leur feront marquez ; à placer les
chambres ou fourneaux , & les ouvriers
jufte fuivant les dimenfions qui leur feront
données , à preparer eux- mêmes leurs bois ;
à dreffer les chaffis , les bien aligner &
coffrer pour foutenir les terres ; à arran→
ger la quantité de poudre ordonnée avec
les precautions convenables contre l'humidité
; à dégorger le Sauciffon , & le
con luire dans l'auget avec liberté , enforte
que les feux ne fe coupent point ; à ajuſter
les portes , étançonner , arbouter & remplir
; enfin à armer la Mine : & joignant
à cecy la rencontre du Mineur ennemi ,
toute la main d'oeuvre du Soldat Mineur
fera embraffée.
C'est à l'Officier ometre à indiquer
au Mineur le chemin qu'il doit tenir.
Quand du lieu d'où l'on part on a pris
la diftance jufqu'à l'endroit fous lequel on
veut aller , il fuffit de la feule Propofition
de Trigonometrie qui enfeigne ( connoif
fant d'un triangle deux côtez & l'angle
compris ) à connoître l'autre côté , & les
DE JUILLET. 133
que deux autres angles , quelques detours
Pon foit obligé de prendre pour arriver au
point deftiné ; cette pratique eft fure, & par
confequent vaut mieux que la Bouffole, qui
peut jetter dans des erreurs confiderables.
C'est encore à la Geometrie à determiner
les charges par le poids & la tenacité
des maffes à pouffer ou à enlever , dont il
faut faire le toifé fuivant les lignes de
moindre refiftance.
Pour l'inftruction des Officiers on donnera
des Memoires fur ces chofes , de même
que fur les differentes conftructions de
Mines , foit dans les Terres , dans la Maçonnerie
ou dans le Ro Il y aura auffi
des Tables pour les charges .

L'intention de Sa Majesté eft , que les
Officiers & Cadets foient inftruits de.ces
differens travaux & fe mettent en état
de les conduires que les Canon: ers , Bombardiers
, Sapeurs , Mineurs , Ouvriers &
leurs Apprentifs foient également employez
à manier les terres des Bateries , des Sapes
& des Mines , à faire les Fafcines , Piquets ,
Gabions , Clayes & Tunages , lever des
gazons , les employer ; enforte que les Soldats
d'un Bataillon exercez à chacun de ces
differens travaux , puiffent indiftinctement
excuter ceux que l'occafion prefentera.
Dans tous ces differens Exercices & ouvrages
,
le Commandant aura une fingu-
12
#34 LE MERCURE
liere attention à ce que les Terres foient
maniées proprement & avec activité , les
talus obfervez , les alignemens bien donnez
, & que les Officiers entendent dans
quelle veue ils font ce qui leur eft ordonné."
Et comme ces Mines feront faites &
executées fur le terrein , quelquefois on les
pouffera fous une Batterie , & on la fera
fauter aprés en avoir délogé le Canon , &
tout ce qui pourroit être détruit par l'effort
de la Poudre.
Le Commandant de l'Ecole donnera par
écrit l'ordre & la diftribution pour les détachemens
deftinez aux Exercices & ouvrages
du lendemain ; le Major du Bataillon
lui donnera les noms des Officiers
qui feront commandez .
Le détachement entier fera de deux cens
hommes ; fçavoir deux Capitaines en chef,
deux Capitaines en fecond , quatre Lieunans
, huit Sous- Lieutenans , huit Cadets ,
deux Eſcoüades de Canoniers - Bombardiers
avec deux Sergens , & leurs Soldatsapprentifs
, deux Efcoüades de Sapeurs-
Mineurs avec deux Sergens & leurs Soldats-
aptentifs , deux Elcoüades d'Ouvriers
avec deux Sergens & leurs Soldats - aprentifs
, quatre Tambours.
Les jours d'Ecole il fera battu un premier à
la pointe du jour , & demi-heure aprés l'affemblée
qui fe fera à la tefte des cazernes ou
lieu convenable.
DE JUILLET. 135
Ces Troupes porteront leurs armes &
marcheront en ordre de Guerte.
Elles les poferont en faifceau fous la
Sentinelle du Corps- de - Garde du Parc ,
enfuite fe formeront en Travailleurs ; &
alors l'Officier Major fera les differens détachemens
fuivant la diftribution ordonnée
, qui ne fera pas chaque fois la même.
Le Commandant la reglera ainfi qu'il le
jugera convenable pour l'harmonie des
Travaux qu'il aura projettez .
On n'executera pas les Batteries d'Exercice
tous les jours d'Ecole ; il n'eſt même
pas neceffaire de tirer les feize bouches à
feu enfemble chaque fois que l'on en fera
l'Exercice.
Le Commandant aura attention de faire
fouvent fervir deux bouches à feu , Canon ,
Mortier ou Pierrier , l'une par les Sous-
Lieutenans , l'autre par les Cadets .
Lorfque les Commandans le jugeront à
propos ils pourront faire marcher à l'Exercice
le Bataillon entier , pour concilier enfemble
tous les Officiers & tous les Soldats
fur le fervice de l'Artillerie ; & fur
fes mouvemens tous ceux de l'Artillerie de
Campagne feront auffi executez .
L'Ecole de Theorie , ou Mathematiques
fera pour les Officiers & pour les Cadets
qui font deftinez à le devenir.
Les Canoniers , Bombardiers , Sapeurs ,
Mineurs , Ouvriers & même les fimples
136 LE MERCURE
Soldats qui auront de l'intelligence avec
l'émulation & le defir d'entrer dans la Salle
pour apprendre , en demanderont la liberté
au Commandant de l'Ecole.
Il y aura toujours à l'Ecole de Mathematiques
un Capitaine en premier qui prefidera
à l'Ecole , y maintiendra l'ordre , &
veillera à ce que les Subalternes s'appliquent
, s'inftruifent , & écrivent les Cahiers
qui leur feront dictez. Tous les Capitaines
en fecond , Lieutenans , Sous- Lieutenans
& Cadets s'y trouveronr d'obligation ; &
ceux qui s'en abfenteront fans caufe legitime
, feront fujets à la peine ordonnée.
Le Maître de Mathematiques y donnera
des leçons d'Arithmetique , de Geometrie,
& fur tout quand il en fera temps , de Trigonometrie
, de Planimetrie & de Stereometrie
, qui font les parties de Geometrie
les plus neceffaires à la pratique de la Guer
re. Il en donnera de Fortifications , de .
Mechanique & d'Hydraulique , & chacune
de ces fciences s'apprendra dans fon rang.
On aura attention de faire deffiner les
figures des Cahiers à la regle & au compas,
afin que les commençans s'habituent à
cette forte de deffein qui leur cft neceffaire,
& que l'on peut apprendre de foy- même
à l'aide de la Geometrie . D'ailleurs un mot
du Maître les éclaircira fur ce fait & fur
la maniere de laver.
AuffiDE
JUILLET. 137
Auffitôt qu'il y aura quelques Officiers
fuffifamment formez en Geometrie , le
Maître de Mathematiques fe portera de
temps en temps avec eux fur le terrein
pour les faire operer : Aing ceux qui ont
déja quelques commencemens , fe confirmeront
dans ce qu'ils fçavent , & appren
dront par
la fuite ce qu'ils ne fçavent pas.
Enfin à mesure que le Commandant connoîtra
le progrès que chaque Officier aura
pû faire dans ces fciences , il les appliquera
à la pratique : De cette forte , les principes
ramenez à l'ufage , non feulement formeront
l'efprit des Officiers à executer avec
feureté ce qui leur fera ordonné , mais en
core leur donneront la capacité d'enſeigner.
aux autres & de les commander..
y.
La difcipline fera feverement obfervée
dans ces Ecoles , & comme elle ne peut
eftre trop exacte dans le fervice de l'Artil--
lerie , où la moindre faute peut eftre de la,
derniere importance , & traverfer quelque
fois de grands deffeins , les Commandans
tiendront la main fans aucun relâche..
Ils impoferont des peines aux jeunes Offi
ciers qui manqueront à leur devoir , ( car
on efpere que les anciens , bien loin de
tomber en faute , donneront l'exemple aux
nouveaux . ) Ils rendront còmpte au Directeur
& à l'Infpecteur de leur département
de l'application & du progrès des
M
138 LE MERCURE
1
chaque Officier , comme auffi de ceux qui
negligeront de s'inftruire ; afin que fur le
rapport qui en fera fait , les uns foient
recompenfez , & les autres punis jufqu'à
perdre leur employ , quand ils feront indociles
, & qu'il n'y aura plus d'efperance
de les ramener à leur devoir.
L'efpece la plus dangereufe de ces derniers
, font ceux qui non contens d'étre
pareffeux & inappliquez , méprifent les
inftructions qu'on leur donne , & en détournent
les autres par des difcours de plaifanterie
, qui ne font que trop frequens.
parmi les jeunes gens. On ne peut eftre
trop fevere à l'égard des Officiers qui fe
trouveront de ce caractere.
Voilà en general le plan des Ecoles d'Arillerie
pour l'inftruction des Officiers
& de celle des Soldats qui y prendront
Phabitude des divers travaux aufquels ils
doivent eftre employez. C'eft aux Commandans
de ces Ecoles & aux Lieutenans-
Colonels des Bataillons à remplir tout ce
que le Roy & S. A. R. fe promettent de
leur zele & de leur experience. Leur feul
but doit être de bien inftruire les Officiers.
& les Troupes de ces Bataillons dans toutes
les operations & manoeuvres qu'on
vient de dire ; & comme les uns & les autres
font deftinez uniquement au fervice!
de l'Artillerie , ils ne doivent rien oublier
DE JUILLET. 139
pour s'y rendre habiles . Ceux qui auront
de l'ambition ( & tous doivent en avoir )
ne fe contenteront pas de cè qu'ils auront
vû & entendu aux Ecoles , ils étudieront
chez eux , ils prendront des leçons particulieres
, & il arrivera fouvent que par
leurs meditations & leur application , ils
⚫ iront au de-là des inftructions qu'on leur
aura données. Le progrès de leur étude les
encouragera ; ils acquerront tous les jours
de nouvelles lumieres , ils parviendront
au premier merite de leur profeffion , &
c'eſt l'unique objet que doit avoir un Officier
. Fait à Paris le vingt-troifiéme jour
de Juin 1720. Signé , PHILIPPE
D'ORLEANS .
7
A M. DE LAMOTTE.
Par Monfieur Labat.
P
Hilofophe riant , Poëtefage ,
LAMOTTE , de mes Vers reçois l'hommage
D'un Systeme nouveau que je crois vray ,
Ce n'est ici qu'un familier effay,
Où pour tâcher de le rendre moins ample
Je voudrois aux raifons joindre l'exemples
Je fçai qu'on va me nommer novateur
Et durepos des Vers perturbateur :
Mij
140
LE
MERCURE
Mais entends mes raisons ; en poësie
La nouveauté n'efl point une herefie.
Encor je pense que nos Romanciers ,
Qu'à tort ſouvent on appelle groffiers
Ont à deßein fuivi cette mesure :
Tantôt chez eux on trouve la Cefure
Au fecond pied , felon nos dures loix ,,
Tantôt au troifiéme , & quelquefois
On ne s'arrête qu'au dernier . La mode
Changea depuis cet ufage commode ,
Depied en pied le repos vagabond ,
· Par ce.Tiran n'échut plus qu'au fecond!
C'est d'elle, devant toi , Juge équitable ,.
Que je meplains ; fon joug infuportable ,
Dont les Mortels fe font embarraffés ,
En d'autres cas mefait fouffrir affés ,
Où je n'ofe me plaindre , non fans cause..
Mais quand des Vers elle fixe la pauſe,
Quand d'autres loix elle embaraffe encor
L'efprit humain dans fon plus noble effor
Je n'y faurois tenir ; voici l'hiftoire.
De mes griefs , fi j'ai bonne memoire.
Clement Marot , ou fon pere avant lui..
Nous ont laiffé la regle d'aujourd'hui ,
Dure gênante . Puis Bertaut , Desportes 2.
Racan , Malherbe & les viles cohortes
De leurs imitateurs , vinrent des vers,
En fouverains regler les droits divers s
Le vers réduit en d'étroites limites,
DE JUILLET. 141
1
N'ofa depuis par moyens illicites ,
Sur fon voifin faire le moindre écart ,
Ce qu'on appelle , en termes de notre art
Enjambement. A cette fervitude ,
Se joignit la contrainte encor plus rude:
Du mélange éternel des mafculins
Avec les vers qu'on nomme feminins.
Pour celui-là , je confens qu'on l'obferve ,
Puifqu'on le veut , en dépit de Minerve
Il peut détruire la diverfité ,
Mais non le naturel , la verité,
Sur quay j'infiste. Autres belles maximes ;
On a rendu les yeux juges des rimes .
C'est dans ce tems qu'un air melodieux
Eftoit blâmé, s'il ne plaifoit aux yeux 3 .
Car il falloit par ces regles bigotes
Sur le papier fimetrifer les notes.
Enfin chacun fe piquant d'épurer , -
Nulle bonne ame n'ofant : murmurer ,
on fit fi bien , qu'à force d'être pure
La Poëfie aquit dans fon allure
Un certain mouvement toujours égal ,
Comme le traquenard d'un vieux cheval.
A cette allure fans ceffe uniforme ,
Il ne fe peut qu'à la longue on ne dorme ;
Qu'un Vers ,deux Vers , trois Vers enfonnent mieux
Le nombre laffe , & devient ennuieux ;
Non feulement ennuyeux , mais contraire..
142 LE MERCURE
Au naturel , fans quoi rien ne peut plaire.
Tout ce que nous difons , que nous fentons »
Emprunte divers Rithmes divers tons.
Sur les épics faut-il d'un pas agile , ´`
Faire courir la legere Camille ?
Sans les fouler , le Vers aifé , coulant
Vole avec elle , & devance le vent :
L'efprit qu'anime alors cette merveille ,
Choifit le temps le plus vite à l'oreille.
Mais lorsqu'il faut chanter le fier Turnus
Lançant un rocher au fils de Venus ;
Ou peindre Atlas , dont les vastes épaules
Gémiffent fous la pesanteur des Poles ;
La chofe exige un Rithme auffi tardif,
Que le premier fera leger & vif.
Dis-moy d'où vient que le Rithme Lyrique
Plait mieux , eft plus ami de la Musique ,
Que celui des grands Vers ? C'est que tu peux
Le varier * le fufpendre où tu veux.
Que fur un pied chaque Vers ſe repoſe ,
Bour n'aller pas courir comme la Profe ,
C'eft fort bien fait. Mais faut- il pour cela
Se repofer toujours fur ce pied- là ?
Quel art ! les Mufes font plus libertines.
Tous les Rimeurs des nations voifines
Savent tres- bien varier leur repos .
Mais ce qui fait le plus à mon propos
C'est qu'um Lecteur emporté par l'oreille
DE JUILLET. 143
Lifant des Vers de cefure pareille ,
Y met , pour peu que le veuille le fens ,
Divers repos , divers enjambemens ;
Et j'en connois qui fautent fans fcrupule
Le petit Remora d'une virgule :
Le Vers Tragique avecsa gravité ,
Par nos Acteurs eft méme ainfi traité.
Je ne fuis pas aſſez feu pour prétendre:
Qu'à ces raifons chacun doive fe rendre
Le Public jugera , s'il eft d'humeur3
Mais je demande à tout zelé Rimeur ,
De me juger fans haine & fans colere ;
Et s'il me blâme , au moins qu'il me tolere
Foi , dont l'efprit enclin à la douceur ,
Ne blame qu'à regret un jeune Auteur ,
Sois indulgent , LAMOTTE , mais fincere
Et montre moi s'il fe peut , à te plaire.
>
REGLEMENT
J
Pour le Regiment Royal Terraffe.
L
ARTICLE PREMIER
ES Officiers feront exaéts
A faire faire le Service
A difcipliner leurs Soldats ,
A leur apprendre l'Exercices
144
LE MERCURE
II.
En Barbe Noire l'Aumônier ,
Pour des fonctions neceffaires ,.
Ne manquera de se trouver
A tous châtimens militaires.
ILI..
L'Etat - Major fera payé-
Par le Treforier ordinaire ;-
Le Tambour ** fera foldoyé
Sur le pied de ce qu'il fçait faire.
IV.
A l'égard de l'Habillement ,.
L'uniforme étant néceffaire ,
Voulons que dans le Regiment
Chacun s'habille àfa manieres
Ꮴ.
Le Soldat , chez foy , par billets
Logera , vivra fans reproche ;
Et pour fa folde , s'il luy plaît ,
Il la cherchera dans fa poche ..
VI.
Pour le Pain de munition ,
Le Soldat , fans tant de mystére ,
Le prendra de fon propre fond ,
Chez fon Boulanger ordinaire .
* M, le Comte de Clermont frere de M. le Duc , il
paroit au Regiment avec une barbe noire.
M. le Marquis de Villeroy,
Que
DE JUILLET. 249
VII.
Que tous les Canons
Soient clairs dedans
* des Moufquets
comme une glaçe ,
Et que fur le dehors , jamais
On ne fouffre roüille ni craffe.
VIII.
Les Soldats qui deferteront ,
Fuffent- ils au bout de la terre ,
Et ceux qui poliffonneront ,
Seront mis au Confeil de Guerre.
I X.
Tous lesjours réguliérement
Sur le foir , quelque temps qu'il faffe ,
En bon ordre , le Regiment
S'affemblera fur la Terraſſe.
X.
Que les Soldats , grands & petits ,
A peine de fe faire battre ,
Se rendent dignes de combatre.
Sous les Etendarts de LOUIS.
percez .
Ces canons qui font de bois , ne font point
Comme le Roy n'a formé ce Regiment que pour
fe divertir , Sa Majefté a voulu qu'on fit des Regle
mens dans le ftile badin.
N
146 LE MERCURE
Ces vers ont efté prefentez par les Marchandes
de Poiffons , à M. le Maréchal de
Villeroy , fur le bruit qui s'étoit répandu
de fa mort.
LA JOTE
Des Marchandes de Poisson de la Halle,
Pour le rétabliffement de la fanté
de M. le Maréchal de Villeroy.
F.E l'avons tant pleuré , ce brave Maréchal
Qu'on difoit n'eftre plus en vie ;
Mais je le voyons à cheval :
Si j'efions fuivre notre envie ,
Je courrions après lui l'embraſſer de bon coeur.
S'il venoit à mourir , je ne sçaurions plus rire ;
Car ce feroit un grand malheur ;
*
Premierement , pour le Roy notre Sive ;
Puis pour les Petits & les Grands ;
Dieu le conferve encor long- temps.
C'est tout ce je pouvons dive ,
Laiffant le reste aux gens Sçavans .
Si je fçavions leur beau langage ,
Dame , j'en dirions davantage.
DE7 JUILLET. 147
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé , eftoit le porte-feuille ; & celui de la
feconde l'auf.
ENIGM É.
Par la belle Mufe R. Beffiral.
Sous l'humide contour d'un Palais élevé
La nature fixa mon fejour ordinaire :
L'ouvrage de mon eftre à peine est achevé,
Qu'on me livre au trenchant d'un acier falutaire,
C'est par lui que j'obtiens cet honneur précieux ,
D'entretenir les Rois , & de parler aux Dieux.
Mais malgré toute ma fçience ,
On fait de moi bien peu de cas.
Quand la plus exacte prudence .
Par fes foins ne me guide pas ,
En vain à me nommer ton efprit s'embarraſſe
Il n'eft fans mon fecours nul mortel qui le faſſe=
Et cependant, Lecteur , à toute heure , en tous liewe
Je ne te quitte pas , jefuis fous tes yeux.
AUTRE .
Par M. B ....
>
S1 l'homme eût confervé l'innocence premiere ,
Il m'eût erigé des Autels-
Nij
148
MERCURE
LE
Pour les biens infinis que je fais aux mortels ,
En pertant partout la lumiere.
L'a-t'il * fait? me dira t'on , non ;
Il a conspiré ma ruine ; .
Et ce n'est plus qu'à la cuisine
Qu'on connoît aujourd'huy nom nom :
Si ce n'est peut estre à l'Eglife ,
Qui ne veut point de nouveauté
Où mon nom est encor resté ,
Partout ailleurs il me déguiſe.
Il m'appelle d'un nom nouveau
Malgré cet étrange caprice ,
Ou bien plutôt cette injustice ,
Je le conduit jufqu'au tombeau .
CHANSON.
Quand je plaifois à tes yeux ,
F'étois content de ma vie ,
Et ne voyois ni Rois , ni Dieux
Dont le fort me fit envie :
Lorfqu'à toute autre perfonne
Me preferoit ton aŋdeur ,
J'aurois quitté la Couronne
Pour regner fur ton coeur.
Par M.Nielle
.
But de ma vie , Etne voy
о
envi
2
e :
+
DELA
LYON
Niij
"
DE JUILLET. 149
MORTS DE PARIS.
Effire Humbert Ancelin , Abbé de
Meaint Pierre de Marfillac & de Ham,
ancien Evêque de Tulles , mourut le 26
Juin , âgé de 72 ans.
Dame Elizabeth de la Porte , veuve de
Meffire André du Bois , Seigneur de Courceriers
, Confeiller honoraire au Grand
Confeil , mourut le 27 Juin.
Meflire Guillaume Ansfric de Chaulieu ,
Abbé d'Aumale , Prieur de Saint Georges
d'Oleron , de Pourrieres , de Refnel , &
de Saint Etienne , mourut le 27 Juin.
Dame Elizabeth Marguerite de Ladehors
, époufe de Meffire Gervais François
Neret , Correcteur des Comptes , mourut
le Juillet.
Melfire Marie Molé ,qui avoit été nommé
Colonel du Regiment de Bretagne en
17.19 , mourut le 25 Juillet 1720. Il étoit
fils puifné de feu Melire Louis Molé
Seigneur de Champlarreux , Prefident au
Parlement , & de Dame Louiſe Betault .
M. Daix , Comte de Soufternon , Lieutenant
General des Armées du Roy , mourut
fans pofterité le 26 de ce mois . M. le
Comte de la Chaize , Capitaine des Gardes
de la porte du Roy en herite.
Niij
156 LE MERCURE
M. de Sabran de Forcalquier , Evêque
de Glandeve , mourut le
Juillet 1720.
MORTS ETRANGERES.
Jofeph Comte de Croix , Marêchal Geueral
de Camp de l'Empereur , & Colonel
d'un Regiment de Cuiraffiers , mourut le
2 Juin , âgé de 55 ans .
Dona Anna Maria Benavides & Arragon
, fille de François , Marquis de Solera
& de laz Navas , époufe de Guillaume
Raymond de Moncade , Marquis d'Aytona,
mourut à Madrid le 14 Juin âgée de 46
ans.
Le Comte d'Erbach , Lieutenant de Cavalerie
au fervice des Etats Generaux de
Hollande , mourut le Juin , ne laiffant
que des filles de forte que fon frere luy
fucceda au titre de Comte.
N. Princeffe de Naffau Dillembourg ,
fille unique du Prince Regent de ce nom
mourut le 23 Juin âgée d'environ dix-
Lept ans.
MARIAGE S.
Le 4 de ce mois , le Roy , le Regent ,
les Princes & les Princeffes du Sang fignerent
le Contract de Mariage de Gabriel
René , Sire de Mailloc , âgé d'environ 56
à 57 ans , ancien Baron de Normandie
DE JUILLET. is*
Comte de Clery Crequy , Baron de Combon
, Seigneur du champ de bataille , &c.
avec Claude Lydie , âgée de 24 ans , fille
du feu Duc & Maréchal de Harcourt , &
de Claude Brulard de Genlis , mere de la
mariée & du Duc de Harcourt , actuellement
Capitaine des Gardes du Corps :
Les Princes du Sang y ont agréé que la
qualité de leur Coufin fut donnée au ma
rié , ainfi qu'à fon premier mariage.
La Maifon de Harcourt eft affez conpas
nuë pour n'avoir befoin de r'appeller
ce que la Roque , du Chefne , & autres
celebres Autheurs ont dit de cette floriffante
Maiſon.
Celle de Mailloc , eft de celles de nom
& d'armes dont il eft peu de femblables :
Elle tenoit les premiers rangs aux Affem,
blées de PEchiquier en Normandie , du
remps que les grands Seigneurs y prenoient
feance.
Elle portoit Baniere il y a plus de fix
cens ans. On la trouve fur le Rôlle des Chevaliers
Bannerets , qui aiderent à Philippes
Augufte à recouvrer la Normandie , felon
du chefne , Odericus. , Vitalis , & l'ancienne
Hiftoire de la Province.
Les Hiftoires de France , de Venife , &
la Bizantine, parlent des Seigneurs de Mailloc
avec éloges , & entre autres d'un Comte
Niiij
152 LE MERCURE
de Mailloc du onziéme fiecle .
Les Lettres d'érection de la Baronie de
Mailloc en Marquifat , Regiftrées au Parlement
, les Chambres affemblées , & à la
Chambre des Comptes , fur le vût des titres
, rapportent qu'elle eft alliée à la maifon
de France par Ausberte de Dreux , fortie
de Louis le Gros ; ainfi qu'à celles de
Flandres , Provence , Cleves , la Tour
d'Auvergne , Navarre , Bretagne , Rohan,
Créquy , le Brun Salenelle , Brulard , Monchy
, de Quierer , Harcourt , Montmorency
, Vieuxpont , Tournemines , Gouffier,
Saint Simon , Bethunes , Soiffons , Morevil
, Bourbon Rubempré , Avefnes ,
Auverquerques , Roye , Melun , d'Affigné,
Eftouteville , Mailly , & autres qui ont
donué de grands hommes à l'Etat . Ces
mêmes Lettres pour preuve de l'ancienneté
de la Maifon de Mailloc , portent
qu'à fes Seigneurs de temps immemorial
appartient la mule fur laquelle l'Evêque
de Lizieux eft monté à ſon entrée ou avenement
, comme Avoüez de cet Evêché.
2
Ce mariage a renouvellé l'alliance contractée
il y a quelques fiecles , entre les
Maifons de Mailloc , de Harcourt , & de
Brulard .
Meffire Aimé Marie Gontier , Chevalier
Seigneur Comte d'Auvillars , Lieute
DE JUILLET. 153
*
nant de Roy au Gouvernement de la Province
de Bourgogne , époufa le 29 Juillet
1720 Damoiſelle Catherine Hippolyte de
Brilay , fille de Monfieur le Gomte de Dé
nonville , Brigadier des Armées du Roy ,
Lieutenant General pour Sa Majesté au
Gouvernement de la Province de Chartres,
& foeur de M. le Marquis de Brifay , premier
Cornette des Chevaux Legers de la
Garde du Roy.
La Maiſon de Brifay eft originaire de
Poitou ; le plus ancien titre qu'elle ait
eft dès l'an 980. Ils ont des alliances avec
les plus grandes & illuftres Maifons de
France : Ils comptent parmi leurs grandes
meres , une Beauveau , une Mortemart ,
une Chabanne , une Longueville , & c . &
prouvent jufques à prefent par vingt- cinq
generations de male en mafle , que la terre
de Denonville leur vient par une foeur du
Cardinal de Hemard , qui époufa François
de Brifay en 1525 .
154 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
BENEFICES DONNEZ.
D Sainte-Claire,de la ville d'Aube-
U 28. Juillet 1720 , l'Abbaye de
terre , Diocefe de Perigueux , fur la démiffion
de Madaine de Baynac Abbeffe , en faveur
de Madame Marthe de Guynes , Religieufe
du même Ordre .
L'Abbaye Reguliere de Notre - Dame
d'Afnieres-Bellay , Ordre de S. Benoiſt ,
Diocefe d'Angers , vaquante par le decès de
Dom François - Marie Ballan de Cinqmars ;
en faveur de Dom Hyacinthe de Borloy ,
Prieur Clauftral de la même Abbaye.
La Cure de Saint- Louis de l'Orient Diocefe
de Vannes , à laquelle l'Abbaye de Rillé
, Ordre de S. Auguftin , Diocefe de Rennes
, eft unie , vacante par le decès de M.
Vincent , en faveur de M. Louis - François
Cohalan , Aumonier de la Compagnie des
Endes.
Du 3 1 Juillet , l'Abbaye Commendataire
de Chatillon fur Seine , Ordre de S. Auguſtin
, Dioceſe de Langres , vaquante par
la demiflion de M. l'Abbé Guyet , en faweur
de M. Aymé- Claude-François Gagne
DE JUILLET. ISS
de Perigny , Soûdiacre du Dioceſe de Langres.
L'Abbaye de Saramont , Ordre de S. Benoift
, Dioceſe d'Auch , eft vacante par la
mort de M. Duval , Chapelain du Roi.
Michel d'Audace , Chanoine Regulier
de S. Auguſtin , Congregation de Sainte-
Croix , a été élu General de cet Ordre , par
le decès de Mathias Goffin , qui en étoit
General .
Le Roy adonné l'Abbaye Reguliere de
S. Airyde Verdun , à M. de Vaitte , Capi
tulaire de l'Abbaye de S. Claude en Franche
Comté , où nul ne peut être reçû fans
avoir préalablement fait preuve de feize
quartiers de Nobleffe , tant du côté paternel
, que du côté maternel .
Le Pere de Sainte- Marthe , General des
Benedictins de la Congregation de S. Maur,
a été élû dans le Chapitre tenu à Marmontiers,
Superieur General de cette Congrega
tion , en la place de Dom de l'Hoftellerie ,
qui a donné fa demiffion à caufe de fon
grand âge.
Le Roy a donné une penfion de neuf.
mille livres d'augmentation à M. Bonteins
fon premier Valet de Chambre.
M. Trudaine , Confeiller d'Etat , & cy
devant Prévoft des Marchands a efté gra
tifié d'une penfion de huit mille livres..
M. Foucault , Prefident au Parlement de
156 LE MERCURE
Toulouſe , en a obtenu une de trois mille
livres ; Me, la Maréchale de Montefquiou,
une de fix mille livres fur le Gouvernement
de la Ville d'Airas. Me. de Melfort
une de neuf mille livres ; & M. de Château-
neuf, nouveau Prevoft des Marchands,
une autre de neuf mille livres.
M. le Prince de Montauban , M. Feydeau
, M. de Pardaillan , ont efté faits Brigadiers
des Armées du Roy.
La place de Colonel du Regiment de
Bretagne , vacante par la mort de M. le
Chevalier de Molé- Guidon dans la Gendarmerie
, a été donnée à M. le Chevalier
de Saint Vallier.
fi
M. le Marquis d'Epinay d'O a efté choipour
occuper la place de Capitaine des
Gardes de M. le Comte de Touloufe , vala
mort de M. le Comte de Soucante
par
fternon .
Le Roy a donné à M. le Comte de Fautrieres
, la Charge de Lieutenant de Roy
dans l'étendue du Comté de Charolois .
Le S l'ancien & le nouveau Prevolt des
Marchands , les anciens & nouveaux Echevins
, eurent audience du Roy , étant pres
fentés par M. le Duc de Trefmes Gouverneur
de Paris , & conduits par M. le Marquis
de Dreux Grand Maître des ceremonies
. M. Bignon de Blanfy Maître des Requeftes
, prefenta à S. M. le Scrutin , & fit
DE JUILLET. 157
un difcours fort éloquent . M. le Comte de
Maurepas Secretaire d'Etat , fit lecture du
Scrutin & du Serment ordinaire que le
nouveau Prévôt des Marchands & les
Echevins prêterent entre les mains du Roy,
en prefence de Monfieur le Duc d'Or
leans.
Le 9 il a efté brûlé à l'Hotel de Ville
trente-fix mille Actions , lefquelles jointes
aux deux cens mille brûlées pendant le mois
dernier , font la quantité de deux cens
trente-fix mille.
Le 23 il a efté brûlé quatre- vingts- douze
mille cent cinquante deux Soufcriptions.
d'une Action , remplies du premier payement
, lefquelles avec quatre-vingts quatorze
mille quatre cens trente- fept brûlées le
16 , font cent quatre vingts-fix mille cinq
cens quatre vingt - neuf Soufcriptions.
Le même jour , il a efté brûlé cent quatre
vingts onze mille Soufcriptions d'une
Action , remplies des quatre premiers payemens
, lefquelles avec quatte vingts - feize
mille quatre cens déja brûlées, font la quantité
de deux cens quatre- vingts fept mille
quatre cens.
Le même jour , il a efté auffi brûlé dix
mille Billets de Banque de dix mille livres
chacun , faifant la fomme de cent millions ,
laquelle jointe à celle de quatre cens ſoixante
& quatorze millions quarante- trois
158 LE MERCURE
mille livres de Billets de dix mille livres
& mille livres , qui ont efté cy- devant brûlés
, fait celle de cinq cens foixante & quatorze
millions quarante - trois mille livres.
Le 14 le Roy - fit 22 Chevaliers de l'Ordre
de Saint Louis.
M. de la Croix , Maître des Comptes ,
& Commiffaire de Marine à Toulon , 2
été nommé pour Commiffaire Ordonnateur
de la flote que commande dans ce
Port M. le Marquis de Rouvroy.
Madame la Ducheffe de Villars - Brancas
, qui a conduit Madame la Ducheffe
de Modene juſqu'à Genes , en eft de retour
, ainfi que les Gardes du Roy , les
Officiers , & les équipages , qui ont fervi
la Princeffe pendant le voyage.
M. Gerbrois , Gentil-homme fervant , a
vendu fa Charge à M. Pernin.
Le 16 le Roy alla fe promener au Château
de la Muette , où S. M. chaſſa pour
la premiere fois , & tua dix pieces de gibier.
L'ouverture du. Congrés de Cambray eft
fixée au 16 Octobre prochain.
M. Crozat le jeune a fait venir à fes frais
la signora-Rofa- Alba Venitienne , qui s'eft
acquis une grande reputation par des ouvrages
excellens de Peinture , en mignature
& en émail : elle travaille actuellement
à faire le Portrait du Roy.
DE JUILLET. 159
M. de Creil , Intendant de la Rochelle ,
paffe à l'Intendance de Metz ; & M. Amelot
de Chaillou va à fa place : M. Brunet
d'Evry à celle d'Auvergne ; M. Boucher
d'Orfay à Bourdeaux , & M. Doujat à celle
de Moulins .
On écrit de Toulon , que la Cour avoir
envoyé des ordres pour armer une Eſcadre
qui fera commandée par M. Caffard. Le
Roi fournit une flute nommée la Seine ,
qui fera armée en fregatte de guerre , deux
barques & douze Chaloupes , avec 600.
-hommes de troupes de la Marine. Cet armement
eſt deſtiné pour une focieté de particuliers
.
On mande de Saint- Malo , qu'il y étoit
arrivé un Vaiffeau de Surates , chargé d'épiceries
, drogueries , caffé , &c .
Les deux Brigades des Gardes du Corps
qui étoient en quartier à Pontoiſe , ont été
envoyées , l'une à Meulan , & l'autre à
Houdan.
M. le Chevalier de Pezé a été fait Brigadier
d'Infanterie .
On rembourſe actuellement les Chapelains
& les Clercs de la Chapelle du Roy.
M. de la Croix , qui a fervi le Roy
l'espace de 14 années en qualité de Moufquetaire
, a été fait Cornette dans la Compagnie
de la Colonelle Generale, avec commillion
de Capitaine reformé.
160
MERCURE LE
P
M. de Harlay de Cely a obtenu une Expectative
de Confeiller d'Etat.
M. le Duc de Noailles a obtenu la furvivance
du Gouvernement de Verfailles pour
M. le Marquis de Mouchy fon fecond fils.
,
DECLARATION DU ROY
Qui Transfere le Parlement de Paris.
dans la Ville de Pontoife.
L
OUIS par la grace de Dieu Roy de
France & de Navarre : A tous ceux
qui ces prefentes Lettres verront , SALUT.
Toute notre application depuis notre avenement
à la Couronne , a été de chercher
les moyens d'acquitter les Dettes confiderables
dont Nous avons trouvé notre Etat
chargé , & de procurer des foulagemens à
nos Peuples , & Nous pouvons nous flatter
d'y avoir déja travaillé avec fuccès par
les fages Confeils de notre tres cher &
tres amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
de notre Royaume , puifque les Dettes de
l'Etat en ont été confiderablement diminuées
, nos Revenus augmentez , & le Peuple
foulagé d'un grand nombre d'Impofitions
onereufes ; Cependant Nous avons
la douleur de voir que les Officiers qui
compofent notre Parlement de Paris , abufans
DE JUILLET.
fans de l'autorité que Nous voulons bien
leur confier , & oublians que leur unique
foin devroit être de concourir au maintien
de la nôtre dans toute fa fplendeur , y
donnent eux -mêmes atteinte en éloignant
P'Execution de nos decifions fur l'Adminiftration
des Finances de notre Royaume ;
Et notre intention étant de prevenir de
nouvelles difficultez de leur part , qui ne
pourroient produire d'autre effet que de
jetter de la défiance & du trouble dans
notre bonne Ville de Paris , Nous avons
refolu de transferer notredit Parlement de
Paris en une autre Ville où ils ne foient
occupez que derendre la Justice à nos Sujets.
A CES CAUSES , de l'avis de notre
tres cher & tres amé Oncle le Duc d'Or
leans , & c. Nous avons ordonné , & par
ces Prefentes fignées de notre main Ör
donnons Voulons & Nous plaît , Que
dans deux fois vingt - quatre heures du jour
des Prefentes , tous les Officiers de notre--
dite Cour de Parlement ayent à fe rendre
en notre Ville de Pontoife , fuivant les or
dres que Nous leur en avons déja donnez ,
en laquelle Ville de Pontoife Nous avons
de notre même puiffance & autorité transferé
le Siege de notredite Cour de Parle--
ment , pour par nofdits Officiers y rendre
uniquement la Jultice à nos Sujets , &›y
faire les fonctions de leurs Charges , tant
>
Q
162 LE MERCURE
& fi longuement qu'il Nous plaira : Leur
enjoignons d'y commencer leurs Seances.
dans huitaine au plutard , du jour des Prefentes
, Et à faute par eux d'y fatisfaite
dans ledit tems , Nous les avons dès- àprefent
declarez & declarons rebelles &
défobéiffans à nos Commandemens ; Interdifons
fous les mêmes peines à tous nofdits
Officiers Pexercice & fonctions de:
leurs Charges, dans notre Ville de Paris ,
& leur Ordonnons de ceffer toutes Deliberations
à peine de faux : Deffendons auffi
tres expreffément à tous nos Sujers de
quelque qualité & condition qu'ils foient,.
de fe pourvoir après la publication des Prefentes
, ailleurs . que pardevant notredit
Parlement feant à Pontoife : Faifons pareillement
deffenfes à tous Huiffiers &
Sergens de donner aucuns Exploits , foit
en premiere inftance ou fur l'appel audit-
Tarlement , qu'ils n'y inferent fa refidence
à Pontoife , à peine de nullité deídits Exploits
& des Jugemens qui interviendroient
fur iceux , & de Deux cens livres d'a
mende contre l'Huiffier ; comme auffi à
tous Contrôleurs defdits Exploits de les
contrôler , fi ladite refidence n'y est exprimée
, fous les mêmes .peines ; leur enjoignons
de les retenir , & en Nous les
dénonçant & reprefentant declarons la
moitié de l'amende encourue contre l'Huif
DE JUILLET. 163 .
fier

leur appartenir. SI DONNONS EN
MANDEMENT à nos amez & feaux Confeillers
les Gens tenans notre Cour de Parlement
à Pontoife , qu'incontinent après
que ces Lettres leur auront éte prefentées,
ils ayent à les faire lire , publier & regiftrer
, pour être gardées & obfervées
felon leur forme & teneur ; Mandons à cet
effet à notre Procureur General de faire.
pour leur execution toutes les pourfuites,
requifitions & diligences neceffaires , & de
Nous en certifier dans huitaine . CAR TEL
EST NOTRE PLAISIR . En témo:
de
quoy
Nous avons fait mettre notre Scel à cefdites
Prefentes . DONNE ' à Paris le vingtuniéme
jour de Juillet , l'an de grace mil
fept cent vingt , & de notre Regne le cinquiéme.
Signé , LOUIS . Et plus bas , Par
le Roy , le Duc D'ORLEANS Regent prefent.
PHELYPEAUX. Et fcellé du grand
Sceau de cire jaune..
Registrées , Only , & ce requerant le Procu
reur General du Roy , pour continuer par
laCour fes fonctions ordinaires & eftre rendu
au Roy le fervice accoutumẽ , tel qu'il a été
rendu jufqu'à prefent , avec la m me attention
& le même attachement pour le bien
de l'Etat du Public qu'elle a cu dans
tous les tems ; Continuant ladite Cour de
donner au Roy les marques de la même fi
O ij
164 LE MERCURE
delité qu'elle a euë pour les Rois fes Predeceffeurs
& pour ledit Seigneur Roy , depuis
fon Avenement à la Couronne jufqu'à ce
jour , dont elle ne fe departira jamais ; Et
fera ledit Seigneur Roy tres- humblement.
Supplié de faire attention à tous les inconveniens
& confequences de la prefente Declaration
, & de recevoir le prefent Enregiftrement
comme une nouvelle preuve de fa
profonde foumiffion : Et feront Copies collationnées
de la prefente Declaration , enſemble
du prefent Enregistrement envoyées aux
Bailliages & Senechauffées du Reffort, pour
y être lûes , publiées & Enregistrées ; Enjoint
aux Subftituts du Procureur General
du Roy d'y tenir la main & d'en certifier la
Cour dans un mois , fuivant l'Arrêt de ce
jour. A Pontoife en Parlement y feant le:
vingt-feptiéme jour de Juillet mil ſept cent
vingt. Signé , GILBERT..
POLICE ET SURETE
pour le Commerce établi à l'Hôtel
de Soiffons.
L'Affemblée des Negocians ne fe fera
que les jours ouvrables , & ne commencera
en Eté qu'à fept heures du matin,
pour finir à fept heures du foir , & er
DE JUILLET 165
Hiver à huit heures du matin , pour finir
à cinq heures du foir .
Deffenfes font faites à tous Negocians ,
Teneurs de Bureaux , & autres de negocier
dans la place dudit Hôtel de Soiffons
après l'heure cy - deffus marquée , même
d'y refter plus tard , fous quelque pretexteque
ce foit , à peine de prifon , & pour
l'execution du prefent Article , l'Affembléc
fera avertie une demi-heure auparavan
par un Trompette qui fonnera la retraite.
Deffenfes font pareillement faites à toutes
perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient de faire conftruire , ni
tenir aucuns Bureaux dans les rues adjacentes
à l'enclos de ladite Affemblée , auffi
à peine de prifon , & de trois mille livres
d'amende par les contrevenans ; lefdits:
trois mille livres applicables moitié à l'Hôpital
General , & moitié au Dénonciateur
fans que cette peine puiffe être reputée
comminatoire..
{
Pour prévenir les accidens arrivés à plufieurs
Negocians , & empêcher qu'ils ne
perdent à l'avenir leur Portefeuille , ou
partie de leurs effets , en tirant dans la
place leurdit Portefeuille , défenſes font
auffi faires à toutes perfonnes qui entreront
dans ladite place d'affemblée , de
confommer aucune negociation ailleurs
que dans les Bureaux conftruits à cette fin
166 LE MERCURE
dans ladite place , & qui feront numerotés
, pour y avoir recours en cas d'erreur
de calcul , fous peine d'être exclus de ladite
Affemblée.
L'intention de Sa Majefté , étant que
cette Aflemblée ne foit compofée que de
Negocians , porteurs d'effets negociables ;
& defirant aulli prévenir les abus qui pourroient
fe commettre à leur prejudice , trésexpreffes
deffenfes font faites à tous Artifans
, Ouvriers , Colporteurs , Gens de livrée
, ou fans aveu , d'entrer dans ladite
place , fous peine de prifon pour la premiere
fois , & de plus grande peine en cas
de recidive.
Il n'entrera dans ladite place d'Affemblée
aucuns Caroffes , Chailes à porteurs ,
ni autres voitures.
Fait & arrêté à Paris , Monfieur le Duc
d'Orleans Regent prefent , le 22 Juiller
1720. Signé , LOUIS. Et plus bas , PHELYPEAUX,
ARREST dur Confeil du 30 Juiller
1720 , Registré en la Cour des Monnoyesle
31 Juillet 1720 , par lequel S. M. ordonne
, Art. I. Qu'à commencer au jour
de la publication du prefent Arreft julqu'au
dernier jour du mois d'Aouft prochain
inclusivement , les Efpeces d'Or &
d'Argent auront cours , fçavoir , les Louis
DE JUILLET.
167
d'Or à la Taille de vingt- cinq au Marc de
la derniere fabrication pour 72 livres , les
demis à proportion ; Ceux de vingt au Marc
fabriquez en confequence de l'Edit du
mois de Novembre 171.6 , pour 90 livres ,.
les demis & quarts à proportion ; Ceux
de trente au Marc de la fabrication ordonnée
par les Edits des mois de May 1709
& Decembre 1715 , pour 60 liv . les doubles
& demis à proportion ; Et ceux de
trente- fix un quart au Marc des precedentes
fabrications pour 49 liv. 12 fols , les
doubles & demis à proportion. Les Louis
d'Argent fabriquez en confequence de l'Edit
du mois de Mars dernier pour 4 livres ;
Les Livres d'Argent de la fabricatión ordonnée
parEdit du mois deDecembre 17 19.
pour 2. livres ; les Ecus de dix au Marc
de la derniere fabrication pour 12 livres ,,
les demis , quarts , fixiémes , dixiémes &
douzièmes à proportion ; Les Ecus de huit:
au Marc fabriquez en confequence des
Edits des mois de May 1709 & Decembre
1715. pour 15. livres , les demis ,
quarts , dixièmes & vingtiémes à propor--
tion ; Et ceux des precedentes fabrications
de neuf au Marc pour 13. liv. 6 fols 8;
deniers , les demis , quarts & deuxièmes.
à proportion.. Qu'à l'égard des Matieres
d'Or & d'Argent qui feront portées aux
Hôtels des. Monnoyes , elles y feront re

168'
LE MERCURE
çûës fuivant les Evaluations qui feront arreftées
par les Officiers des Cours des
Monnoyes à proportion de 1800 livres le
Marc d'Or du titre de 22 Karats, & de 120
liv. celui d'Argent de onze deniers de fin.
II . Veur Sa Majesté qu'à commençer
au premier jour de Septembre prochain
lefdites Efpeces n'ayent plus cours ; Sçavoir
, les Louis d'Or à la Taille de vingtcinq
au Marc que pour 63 liv . piece , les
demis à propertion ; Ceux de vingt au
Marc que pour 78 liv . 15 fols , les demis
& quarts à proportion ; Ceux de trente
au Marc que pour 5 2 livres 10 fols , les
doubles & demis à proportion ; Et ceux
de trente fix un quart au Mare pour 43
livres 8 fols , les doubles & demis à proportion
. Les Louis d'Argent pour 3. liv.
10. fols , les Livres d'Argent pour trentecinq
fols ; Les Ecus de dix au Marc pour
To liv. 10 fols , les demis , quarts, fixiemes,
dixiémes & douzièmes à proportion ; Les
Ecus de huit au Marc pour 13 liv. 2. fols
6. deniers , les demis , quarts , dixiémes &
vingtiémes à proportion ; Et ceux de neuf
au Marc pour 1. liv. 13. fols 4 deniers,
les demis , quarts & douziémes à proportion.
Quant aux Matieres elles feront reçûes
aux Hôtels des Monnoyes à propor- .
tion de 1575. liv . le Marc d'Or du Titre de
22. Karats , & de 105. liv. le Marc d'Argent
de deniers de fin.. II
DE JUILLET. 169
III. Entend Sa Majeſté qu'au 16. dudit
mois de Septembre lefdites Efpeces foient
reduites & n'ayent plus cours ; Sçavoir ,
les Louis d'or à la Taille de vingt-cinq au
Marc que pour 54 liv . les demis à propor
tion ; ceux de vingt au Marc pour 67 liv.
10 fols , les demis & quarts à proportion ;
Ceux de trente au Marc pour 45 livres ,
les doubles & demis à proportion ; Et
ceux de trente-fix un quart au Marc pour
37 livres 4 fols , les doubles & demis à
proportion . Les Louis d'Argent pour 3 liv.
les Livres d'Argent pour 30 fols ; Les Ecus
de dix au Marc pour 9 livres , les demis ,
quarts , fixiémes , dixiémes & douzièmes
à proportion ; Les Ecus de huit au Marc
pour 11 livres 5. ( ols , les demis , quarts ,
dixiémes & vingtiémes à proportion ; Et
ceux de neuf au Marc pour 10 livres , les
demis , quarts & douzièmes à proportion.
Les Matieres feront reçûës aux Hôtels des
Monnoyes à proportion de 13 50 livres le
Marc du Titre de 22 Karats , & de 90 liv
le Marc d'Argent de 11. deniers de fin.
IV . Ordonne auſſi Sa Majeſté qu'à commencer
au premier Octobre prochain , lefdites
Efpeces n'auront plus cours ; Sçavoir,
les Louis d'Or à la Taille de vingt - cinq
au Marc que pour 45. livres , les demis
à proportion ; Ceux de vingt au Marc
pour 56. livres 5. fols , les demis & quarts
P
1701 LE MERCURE
à proportion ; Ceux de trente au Mare
pour 37. livres 10. fols , les doubles &
demis à proportion ; Et ceux de 36. un
quart au Marc pour 31. livres , les doubles
& demis à proportion. Les Louis
d'Argent pour 2. livres 10. fols ; les li
vres d'Argent pour 25. fols ; Les Ecus dé
dix au Marc pour 7. liv . 10. fols , les demis ,
quarts , fixiémes , dixiémes & douziémes à
proportion ; Les Ecus de huit au Marc
pour 9. livres 7. fols 6. deniers , les de
mis , quarts , dixiémes & vingtiémes à
proportion ; Et ceux de neuf au Marc pour
8. livres 6. fols 8. deniers , les demis ,'
quarts & douziémes à proportion . Et fe
ront les Matieres reçûës aux Hôtels des
Monnoyes à proportion de 1 125liv.leMarc
d'Or du Titre de 22 Karats , Etde 75 liv. le
Marc d'Argent de onze deniers de fin .
V. Veur en outre Sa Majefté qu'à
commencer au 16 Octobre prochain lefdites
Efpeces n'ayent plus cours , fçavoir
les Louis d'Or à la Taille de vingt - cinq
au Marc que pour 36 livres , les demis à
proportion ; ceux de vingt au Marc pour
45 livres, les demis & quarts à proportion ;
ceux de trente au Marc pour 30 livres , les
doubles & demis à proportion ; & ceux de
trente-fix un quart au Marc pour 24 liv.
16.fols , les doubles & demis à propor- ..
sion. Les Louis d'Argent pour 2 livres
DE JUILLET. 17%
des Livres d'Argent pour 20 fols. Les Ecus
de huit au Marc pour 7 livres 10 fols ,
les demis , quarts , dixiémes & vingtiémes
à proportion ; ceux de neuf au Marc pour
6 livres 13 fols 4 deniers , les demis , quarts
& douzièmes à proportion ; ceux de dix
au Marc pour livres , les demis , quarts ,
fixiémes , dixiémes & douziémes à proportion
. Quant aux matieres elles feront
reçues aux Hotels des Monnoyes à proportion
de 900 livres le Marc d'Or du
Titre de 22 Karats , & de 60 livres le
Marc d'Argent de 11 deniers de fin.
VI. Ordonne Sa Majefté que les Matieres
d'o: & d'argent & les Efpeces érrangeres
qui feront reçûës aux Hotels des
Monnoyes , comme il eft dit cy- deffus ',
Poids pour Poids & Titre pour Titre , y
feront payées comptant en Efpeces d'Argent.
?
ARREST du Confcil d'Etat du Roy,
par lequel S. M. ordonne qu'à commencer
du jour de la publication du preſent
Arreft , les Efpeces de Billon , cy- devant
fabriquées pour 30 deniers , auront cours
pours fols , au lieu de 3 fols qu'elles vallent
actuellement , les demis à proportion ;
les anciens fols pour 3 fols 6 deniers au
lieu de deux ; les fols de Cuivre pour
32 deniers , au lieu de 16 deniers ; les de-
Pij
72 LE MERCURE
>
mis fols de Cuivre pour 16 deniers , au
lieu de 8 deniers , & les quarts de fols
enfemble les anciens Liards , pour 8 den.
au lieu de 4 deniers , fur lequel pied lefdites
Efpeces feront reçûës en tous payemens
, jufqu'à ce qu'il en ait été autremen
ordonné par Sa Majefté. Fait au Confeil le
31 Juillet 1720. Signé , PHELYPEAUX .
Regiftré en la Cour des Monnoyes le premier
Aouft , Signé , GUEUDRE' , & Col-
Jationné à l'Original.
REMEDE SPECIFIQUE
Pour guerir feurement les Pleurefies , donné
an Public par ordre de S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans Regent du
Royaume , pour les Hôpitaux du Roy.
T
Renez de la raclure de Corne de Cerf,
quatre onces . PR
Ecorce de la racine de Bardane , deux onces.
Bois & Ecorce de Guayac , demi - once .
Salfepareille , deux onces .
Squine , demi- once ..
Saffafras , deux dragmes.
Faites bouillir le tout dans quatre pintes
d'eau de fontaine mefure de Paris , dans un
vaiſſeau bien bouché , que l'on reduira à 3
DE JUILLET. 173
pintes , puis vous jetterez dans la liqueur,
Quinquina bien choifi & groffierement
pulverifé , une once. & demie.
Racine de Regliffe raclée , une once &
demie .
Vous remettrez votre vaiffeau fur le feu ,
pour faire bouillir le tout enfemble trois
à quatre bouillons ; fur chaque pinte de
liqueur vous mettrez deux onces d'eau
de vie , mais il ne faut la mettre qu'après
qu'on aura paffé la liqueur , & immediatement
avant d'envoyer le remede au malade.
Maniere de fe fervir dudit Remede.
Un Pleuretique ordinaire d'un âge mediocre
, de bonne conftitution , qui n'a ni
vomiffement ni cours de ventre , foit que
la Pleurefie foit vraye ou fauffe , ou que ce
foit la Peripneumonie , étant dans les quatre
à cinq premiers jours de la maladie , il
faut le faire faigner du bras au premier
inftant qu'il fe prefente , en cas qu'il ne
l'ait pas été déja fufifamment , le mettre
à la diete de cinq bouillons en vingt- quatre
heures ; & auffi - tôt après la premiere
faignée , il faut lui faire prendre un verre
du remede , contenant quatre onces ou environ
, ce qu'il faut continuer dans l'intervalle
des bouillons , en telle forte qu'en
vingt- quatre heures de tems il en ait pris
une bouteille d'une pinte , ayant foin de
faire chauffer le remede avant que de le
1
Piij
$74 LE MERCURE
donner ; fa boiffon ordinaire fera la pti-
Lanne commune .
Si la fievre est tres - violente & l'oppreffion
forte , il - faut réiterer la faignée du
bras le même jour , fans difcontinuer le
remede , il faut même que les faignées
foient telles , qu'elles puiffent procurer une
évacuation qui defempliffe les vaiffeaux ,
faffe diminuer la fermentation du fang & la
dilatation des arteres & des veines : le lendemain
on fera la faignée du pied , enſuite
on laiffera agir le Remede.
Il arrive affez fouvent & prefque toujours
, que la fievre & la douleur ceffent
entierement à la fin des deux premiers jours,
quelquefois même plûtôt, ou tout au moins
Pune & Pautre diminuent fi fort , que le
malade en eft tres-foulage.
Dès que la fievre & la douleur de côté
ont ceffé tout à- fait , on difcontinue de
faire donner le remede ; mais pour peu
qu'il y ait encore quelque apparence de
P'une ou de l'autre , on le doit continuer jufqu'au
troifiéme , quatriéme & cinquiéme
jour , il n'eftjamais arrivé que l'on ait paffé.
le me jour fans S voir le malade gueri.
Quoi qu'il ne faille que deux ou trois
faignées pour guerir cette maladie , cependant
fi une douleur de tefte furvenoit , ou fi
elle continuoit après les trois premieres faiguées,
ou mêine la févre & la douleur de cô
DE JUILLET. 178
té n'étoient pas entierement diffipées , il faut
avoir recours à une feconde faignéedu pied ,
Les faignées du pied font tres neceffaires
dans cette maladie : On commence toujours
par celle du bras, mais lorsqu'on en a fait
une du pied , & que l'on juge qu'il en faut
encore une autre , il faut la faire du pied &
nullement du bras.
Que le malade foit conftipé , ou qu'il
aille à la felle journellement, cela ne change
rien pour la continuation du remede ; s'il
eft conftipé , on peut luy faire recevoir un
lavement fort fimple ; mais s'il va tous les
jours à la felle , ilfaut le laiffer en repos,
A
Lorſque les malades font entierement gueris
, & qu'ils ont repris un peu de forces, ce
qui arrive ordinairement vers le huit ou neuviéme
jour , on les purge avec une medecine
fort douce,comme la caffe , la manne, &c,
Les temperamens n'étant point égaux, on
voit tres fouvent que ce qui fait du bien à
l'un , fait du mal à l'autre , il s'eft même
trouvé des perfonnes en qui les remedes les
mieux faifans ont produit des effets fi bizarres
, qu'elles ont été obligées de les aban- .
donner: Il n'en eft pas de même du Remede
antipleuritique, il n'a jamais produit aucun
mauvais effet, il eft vrai pourtant que parmi
le grand nombre de ceux qui l'ont pris , il
s'en eft trouvé un ou deux qui l'ont fenti un
peu de temps dans l'eftomach , mais cela n'a
876 LE MERCURE
l'on
pas duré plus d'une heure , & dès que
s'en eft apperçu, on a diminué la dofe , qu'ils
ont continué de prendre en moindre quantité
; enforte qu'on leur en a fait prendre
une bouteille en trente- fix heures , au lieu
de la prendre en vingt- quatre heures , & ils
en ont reffenti le même foulagement .
Lorfqu'un Pleuretique fe prefente après le
cinquième jour de la maladie , fuppofé que
les faignées ayent efté faites, ( car fi on ne les
a pas faites , il faut du moins luy en faire
une ou deux , c'eft à- dire une du bras & l'autre
du pied fans perdre de temps ; ) il faut enfuite
lui faire prendre le remede à double
dafe , c'eſt à dire qu'en douze heures de
temps il faudra qu'il prenne la premiere
bouteille , & pour celles qu'il devra prendre
dans la fuite , il fuffira de les luy donner
à l'ordinaire , c'eft à- dire une bouteille en
vingt- quatre heures .
Dans les pleurefres accompagnées de vomiffemens
ou de cours de ventre ordinairement
on ne fait pas de faignée , à moins que
le cours de ventre ne foit recent & le pouls
plein : En ce cas on peut faire une ou deux
faignées & donner d'abord le Remede
il arrêtera le vomiffement , le cours de ventre
, la fievre & la douleur.
Il eft arrivé deux ou trois fois que tous
les fymptômes de la Pleurefie ayant ceffé
pendant fept à huit jours , & que le mala de
DE JUILLET.
177
le croyaut en parfaite fanté , & ayant mangé
plus qu'on ne doit faire en convalefcence
, il s'eft trouvé tout à coup pris de
la fiévre continue avec des redoublemens ,
& quelquefois avec des fymptômes de fievre
maligne , cependant fans aucune douleur
de côté , ni oppreffion de poitrine ,
ni par confequent aucune marque de Pleurefie
: Dans ces cas on a traité ces malades
de la maladie actuelle , fans avoir égard
à la Pleurefie dont ils avoient été attaquez
precedemment , & ils ont été gueris ,
Il en faut toujours ufer ainfi en pareille
rencontre , car n'y ayant que la douleur
de côté qui caracterile la Pleurefie , &
cette douleur étant diffipée , & il ne faut
pas traiter ces malades en Pleuret
ques
.
On traite les enfans Pleuretiques & les
perfonnes avancées en âge avec le même
remede , & on le donne aux vieillards en
même quantité qu'à ceux d'un âge mediocre
, avec cette difference qu'aux enfans
depuis cinq à fix ans jufqu'à onze , il ne
faut donner que le quart de la dofe , &
depuis douze juſqu'à vingt - cinq on ne
doit leur en donner que la moitié , c'eſtà-
dire , une chopine en vingt quatre heures.
On ne marque pas la quantité de faignées
que
l'on doit faire aux uns & aux autres , il
faut que ce foit la prudence du Medecin qui
les regle ; attendu qu'il y a des perfonnes
âgées qui font plus en état de foutenir les
178 LE MERCURE
Laignées que des jeunes gens, & que ce feroir
un crime d'en faire à d'autres qui n'ont qu'un
fang fereux , denué de principes. Il faut faigner
ceux qui ont le pouls fort, plein & dur,
il faut même que les faignées foient un peu
fortes , afin que le fang , qui par la grande
fermentation dilate les vaiffeaux , puiffe en
perdant une partie de fa maffe , trouver dans
les vaiffeaux plus de facilité à circuler : il
faut auffi que les premieres faignées foient
faites promptement & le pluftoft que faire
pourra.
fe
Quoi que l'on n'ait pratiqué au plus que
quatre faignées dans cette maladie , cepen
dant s'il le rencontroit des fujets pletoriques
qui ne fuffent pas tout-à-fait foulagez, & que
Poppreffion de poitrine continuât encore ,
on pourroit alors réiterer quelques faignées .
On ne fait pas de faignée aux hydropiques,
foit que l'hydropifie foit univerfelle , foit
qu'elle foit particuliere ; cependant dans
Fun & l'autre cas , fi les malades fe trouvent
attaquez de la Pleurefic , ils prendront le remede
comme ceux qui ont efté faignez , &
operera la même guerifon . il
Il en eft de même à l'égard des enfans
qui ont plus de fang à la verité que les vieillards
, mais la quantité qu'il y en a dans
leurs corps n'eftant pas grande , il faut agir
avec prudence , & ne leur en ôter que ce
qu'il faut pour que le remede puiffe agit en
eux avec fuccès.
DE JUILLET. 179
Si les femmes enceintes font attaquées de
la Pleurefie, en quelque tems qu'elles foient
de leur groffeffe, on peut les faire faigner une
ou deux fois , mais toujours du bras & jamais
du pied ; on commencera à leur faire
prendre le remede d'abord aprés la premiere
faignée.
Il faut traiter les filles de la même maniere
que les hommes , & fi elles étoient reglées
dans le même tems qu'elles auroient
la Pleurefie , on doit examiner la nature de
leurs regles fi l'écoulement du fang qui le
fait alors eft plus abondant que de coutume
& qu'il approche de la perte de fang , il ne
faut pas faire de faignée ; mais fi les regles
font ordinaires , comme elles ne fuffifent pour
appaifer la fermentation de la maffe du fang,
ni pour diminuer la trop grande dilatation
des vaiffeaux , en ce cas il faut inceffamment
avoir recours à une ou même à
deux faignées du pied : dans l'un & dans
l'autre des deux cas , on doit toûjours prendre
le remede jufqu'à la parfaite guerifon .
Le fieur Wagret fe difpofe à donner au
Public un Traité complet de la Pleurefic .
Signé , WA GRET .
J'ay tu l'écrit cy- deffus , & je crois que
le bien public demande qu'il foit imprimé
& distribué à tous les Hôpitaux des Places
du Roy. Fait à Paris ce vingt- neuviéme
Septembre mil fept cent dix -huit. CHIRAC
Approbation de M. de Montempuys , Avocat en
Parlement , Cenfeur Royal des Livees .
JA
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelie
un Manufcrit intitulé , Le Nouveau Merture
pour le mois de Juillet 1720 , dont j'ay paraphé
les feuillets . Fait à Paris ce 6 Aouſt 1720 .
DEMONTEMPÚYS.
TABL E.
3
DE la Nobleffe de la Race Royale des François i
par M. de Camps , Abbé de Signy.
Obfervations critiques fur la Carte Geographique ,
qui eft au commencement de l'Hiftoire de France
du P. Daniel Jefuite , imprimé en 1696 , par
M. l'Abbé de Camps.
L'Heureufe Surprife , Nouvelle Parifienne.
La Ravigotte , par le P. du Cerceau Jeſuite.
Arrefts , Edits & Declarations.
14
31
43
46
Le Sommeil la Mort , Dialogue par M. de
Nouvelles étrangeres.
Chanfierges.
Nouvelles diverses.
78
85
112
inftruction pour les Ecoles des cing Bataillons du
Regiment Royal Artillerie.
Poëfies.
Enigmes.
Chanfon.
Morts de Paris.
Morts étrangeres .
Journal de Paris.
117
139
147
148
149
150.
154
160
Declaration du Roy , qui transfere le Parlement
de Paris à Pontoife.
Police &fureté pour le Commerce établi à l'Hôtel
de Soifons.
Arrefts pour l'augmentation des Efpeces.
Remedespecifique
164
366
174
DE
LA
VILLE
LE
NOUVEAU
THELVE
BIBLIOT
LYON
1893
MERCURE
A OUST 1720.
Le prix eft du Sixième d'Ecu couranty
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur- de-Lys d'Or .
M DCC. XX.
Avec Approbation & Privilege du Boy.
AVIS INTERESSE'
}
de l'Auteur du Mercure ,
LE
Au Public definteressé.
Es frais pour l'impreffion du
Mercure , étant au moins triplés
, l'Auteur de ce Livre fe voit
de nouveau dans la neceffité d'en
augmenter le prix. Ainfi , il ne peut
fe difpenfer de le vendre à l'avenir
la piece de quarante fols courante ,
avec promefle de le diminuer de
mois en mois , jufqu'à ce qu'elle
foit deſcenduë à vingt- cinq fols.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray
LE
NOUVEAU
MERCURE
LETTRE DU P. DANIEL
à M. l'Abbé de Camps , aufujet defa
Repliquefur le Titre de Roy Tres-
Chretien , & c.
E fuis tres fâché , MONSIEUR , de
vous avoir pour adverfaire . Je fouhaitterois
n'en avoir aucun , & vous
encore moins que tout autre. Je puis
au moins me rendre témoignage , & le Public
peut me le rendre auffi , que dans les petits
differens litteraires que j'ay eus , foit en
matiere de Theologie , foit en d'autres matieres
, je n'ay jamais été l'aggreffeur, & que
j'ay toujours été d'abord uniquement fur la
défenfive. Vous m'y mettez encore , Mr ,
malgré moy , en paroiffant vouloir me faire
un crime d'Etat non feulement de ce que
A ij
4 LE MERCURE
j'ay écrit fur le fujet particulier dont il
s'agit entre nous , mais encore de tout ce
que j'ay écrit dans mon Hiftoire de France :
ai je pû ou dù ne me pas deffendre ? Je
vous ay répondu , & vous avez repliqué ;
mais de quelle maniere ? permettez- moy
de le dire. Vous ne fatisfaites nullement fur
des chofes de fait , & qui étoient cependant
le fond de ma réponſe , & enfuite
vous invectivez contre moy d'une maniere
atroce ; c'eft le terme dont fe fervent ceux
qui ont lû votre Replique. Ce qui eft admi
rable , Monfieur , c'eft que dès le commencement
de cette Replique vous me reprochez
de m'être écarté de la moderation que
preferit mon état ; & comme fi l'état d'Abbé
ou de Prêtre vous donnoit toute licence ,
vous prenez en me repliquant le ton le plus
violent , & le ftile le plus amer qu'on ait
jamais vû ; je ne m'amuferay point à faire
des extraits de votre invective pour prouver
ce que je dis . La réponſe que j'ay faite
d'abord à votre Differtation pour me deffendre&
votreReplique, font entre les mains de
ceux qui voyoient les nouveaux Mercures.
Je les fais les Juges de votre moderation
& de la mienne ; qu'ils prennent la peine
de relire ces deux pieces , qu'ils voyent fi
il y a de l'aigreur , de l'emportement , des
menaces dans ma réponſe , & je m'en tienday
à leurs fuffrages,
D'A O UST.
S
Trouvez donc bon , Monfieur , que je
ous ramene au fait , & que je ne prenne
pas le change. Je me fuis plaint premierement
de ce que vous avez changé & altere
le texte de mon Hiftoire de France , &
comme j'étois en garde fur l'article de la
moderation , plus que vous ne voulez le
faire croire , je me fuis abftenu du mot le
plus propre pour exprimer ma pensée touchant
ce changement que vous y ávez fait,
de peur de vous offenler , & que j'avois
lieu d'appeller une falfification .
Je me fuis plaint en fecond lieu de ce
que vous m'avez attaqué par l'autorité de
Dom Mabillon : quelque veneration que
jaye pour le merite de ce fçavant homme ,
penfez- vous que c'eût été pour moy un
grand crime de m'éloigner de fon fenti
ment ? mais je vous ai montré clair comme
le jour , que non feulement j'ay penfé, mais
encore que j'ay parlé comme lui & preſque
en copiant fes propres termes. C'eft le fecond
fait que vous aviez à refuter dans
votre Replique,fuppofé que vous vouluffiez
vous hazarder à en faire une .
Enfin j'ay examiné les raifons fur lefquelles
vous appuyez votre paradoxe , que le
titre de Tres- Chretien a été tellement attaché
par une diſtinction particuliere à Clovis
& à la Maifon Royale ; qu'il n'y a eu que
les Rois qui ont fuccedé à ce grand Mo-
A iij
LE MERCURE
narque , & les Princes iffus de fon fang par
mafles , auxquels il ait été donné à Rexclufion
de tout autre Prince de la Chretienté.
Il ne s'agit précisément que de ces trois.
points entre nous ; le refte eft tout à fait
hors d'oeuvre. Voyons comme vous avez
réuffi fur tout cela dans votre Replique.
Quant au premier point où vous avez
changé le texte de mon Hiftoire , en ſubſtituant
le nom du Pape Pie II . à celui de
Paul II. changement qui n'étoit pas indifferent
dans la matiere dont il eft question;
vous dites que c'est une faute du copiste on
de l'Imprimeur. ( a ) De bonne foy , Monfieur
, avez -vous pû faire une telle réponſe,
fans que votre confcience reclamât , &
fans apprehender l'indignation de ceux qui
reliront cet endroit de votre Differtation ;
cette pretenduë faute de Copifte ou d'Imprimeur
eft fept fois dans trois pages de
fuite , en François ou en Latin , eft- il poffible
que vous n'y ayez pas fait attention en
relifant votre copie , ou l'Imprimeur dor
moit- il en imprimant ?
Mais , Monfieur , fi c'eft par mépriſe
qu'on a mis Pie II. au lieu de Paul II. il
faut donc que dans votre Differtation nous.
fuppléeons à cette méprife , & qu'au lieu
de Pie II. nous y lifions Paul II . lifons.
donc ainfi , ( car je fuis de bonne compo-
( a ) Page 18 de la Replique.
D'A OUST. 57
fition ) lifons , dis je , ainfi : Le Pape Paul
11. prouve lui même le contraire par une de
Jes Lettres au Roy Charles VII. mais prenez
garde , Monfieur , vous tombez ici lans y
penter dans un fâcheux-anachroniſme , car
Charles VII. étoit mort avant que Paul II.
fut Pape , & il n'eft pas vrai- femblable
qu'il eût écrit à ce Prince trois ans après
mort. Si nous ufons de la même indulgence
à votre égard dans ce qui fuit , er
Lubftituant Paul II . à Pie II. vous verrez
que ce fera encore bien pis , & que tout
votre difcours deviendroit une rêverie.
Difculpez donc , Monfieur , votre Copiſte
& votre Imprimeur : chargez - vous de bon .
ne foy de votre propre faute , & en même
remps ne diffimulez point que tout ce que
vous avez dit en cet endroit contre moy ,
tombe par terre. Oferois-je prendre la liberté
de vous donner un confeil , c'eft qu'un
homme fage & un homme d'honneur ,
comme vous êtes ; ne doit jamais pour fe
tirer d'un mauvais pas , avoir recours à de
pareilles defaites ; car on s'enferre d'une
maniere à ne pouvoir échapper. Voilà en
peu de mots le premier point expedié ,
par lequel on jugera de la verité & de la
folidité de votre Replique . Paffons au fecond.
Il s'agit d'un autre fait , qui n'eft pas fort
important ; c'eft pourquoi je ne m'y éten-
A iiij
$ LE MERCURE
drai pas plus au long que fur le precedent
C'eft de fçavoir fi ce que vous m'objectez
eft vrai , que je me fuis écarté du fentiment
de Dom Mabillon , quand j'ai dit que
ce fut Louis XI qui rendit le titre de Treș-
Chrétien propre à la perfonne de nos Rois ,
de concert avec le Pape Paul II. Pour abreger,
je ne remettrai ici que l'extrait du texte
de mon Hiftoire , & l'extrait du texte de
Dom Mabillon. Voici le mien.
(a)Clovis étoit de tous les Souverains de
fon tems , le feul Chrétien & Catholi
que , & pour cela même digne deflors
>> de porter le nom de Tres-Chrétien , dont
» lui & fes fucceffeurs le font toujours fait
» & ſe font encore tant d'honneur. Il n'eft
» pas vrai cependant qu'ils l'ayent porté
deflors , comme ils le portent aujourd'hui
, c'est- à-dire , comme un titre fpe-
» cial attaché à leur Couronne . Ce fut
>> Louis XI. qui le rendit propre à la perfonne
de nos Rois , de concert avec le
» Pape Paul II.
Voici maintenant le texte de Dom Ma
billon tres fidele.ment traduit. ( b )
J'obferverai feulement , dit -il , que les
les Pá-
» Rois des François étoient ordinairement
appellez par eux ( c'eſt - à- dire
pes ) Excellentiffimes , Tres- excellens ,
ל כ
a Hift . de France t . 1. col . 22 .
L.dere Diplomaricâ p . 22
par
D'A OUS T.
" Tres - Chrétiens ; & le Pape Zacharie
>> donne ce dernier titre au Roi Pepin dans
» la Lettre cinquiéme du Code Carolin :
» mais Louis XI . fut le premier à qui cette
» qualité fut affectée par une prérogative
fpeciale l'an 1459. par Paul II. & cela eft
conftant par les Actes de la Legation en-
» voiée à ce même Pape dans la caufe de
» l'Evêque de Verdun .
22
""
»
Aprés cela , Monfieur , raifonnez tant
qu'il vous plaira fur un fait de cette nature
; vos lecteurs & les miens diront malgré
vous , que Dom Mabillon & moi avons
penſé & parlé de la même maniere ; & que
nos fentimens & nos expreffions font fi
femblables , que , comme je l'ai dit dans
ma premiere Réponſe , j'avois felon toutes
les apparences devant les yeux le livre de
cet`habile homme , quand j'ai écrit fur ce
fujet. Et vous vous tourmenterez en vain ,
Monfieur , à contefter un fait , pour lequel
il ne faut avoir que des yeux .
Le troifiéme point demande un peu plus
de difcuffion , parce qu'il regarde le fond
de la queftion ; mais je vais la traiter avec
une methode qui mettra les perfonnes les
moins éclairées en état de juger de notre
differend .
Separons d'abord ce dont nous convenons
vous & moi dans ce qui doit faire
le point de la difpute. Je remets d'abord
ici votre theſe.
ΤΟ LE MERCURE
&
» Le grand Clovis, dites - vous dès l'entrée
de votre premiere Differtation , a acquis
»pour lui & pour fa pofterité par le merite
» & la grace de fon Baptême le titre de Tres
Chrétien ; & depuis ce tems- là ce titre
a tellement été attaché par une diſtinction
» particuliere à la Maifon Royale , qu'il
» n'y a eu que les Rois qui ont fuccedé à
» ce grand Monarque , & les Princes iffus
» de fon Sang par mâles , aufquels il ait
» été donné , à l'exclufion de tous autres
» Princes de la Chrétienté .
Je conviens avec vous , Monfieur , que
Clovis meritoit le titre de Roi Tres- Chrétien
pour les raifons que vous & moi en
avons rapportées. Je conviens en fecond
lieu , qu'on l'a donné à plufieurs de fes
fucceffeurs ; & c'eft ce que j'ai marqué dans
l'extrait de non Hiftoire , que je viens de
citer , & que vous avez cité vous-même
où j'ai dit que Clovis ( de tous les Souveverains
de fon tems ) étoit le feul Chrétien
Catholique, & pour cela même digne
deflors de porter le nom de Tres Chrétien,
dont lui & fes fucceffeurs fe font fait , & ſe
font encore tant d'honneur aujourd'hui. Il
n'y a point entre vous & moi de difpute
la-deffus : mais voici le point de la difficulté.
Ce titre de Tres - Chrétien , dites- vous , a
été tellement attaché par une diſtinction
particuliere à la Mailon Royale , qu'il n'y
D'A O UST. it
a eu que les Rois qui ont fuccedé à ce
grand Monarque , & les Princes iffus de
fon Sang par mâles , anfquels il ait été
donné , à l'exclufion de tous autres Princes
de la Chrétienté .
Retranchons encore de cette propofition
ces mots , & les Princes iffus de fon fang
par mâles. Je vous l'ai déja dit , Monfieur ,
cette idée du droit des Princes du Sang au
titre de Tres - Chretien , eft une pure chimere
, qui ne merite pas d'eftre refutée.
Confultez vos amis là-deffus ; & pour peu
qu'ils foient habiles , vous n'en trouverez
pas un feul qui ne vous dife avec moi , que
ce paradoxe ne fera jamais fortune , & que
les Princes du Sang Royal ne vous fçauront
jamais gré de cette nouvelle decouverte.
Tout ceci fuppofé , il n'eft plus queftion
que d'examiner , non pas fi le titre de
Tres -Chrétien a été donné quelquefois ,
& même fouvent , à nos Rois par les Papes
& par d'autres : mais s'il leur a été attaché
depuis Clovis par une diftinction parti
culiere ; & fecondement , s'il leur fut donné
comme vous le dites , à l'excluſion de tous
autres Princes de la Chretienté. C'eft làdeffus
que je vous avois prié dans ma premiere
Réponſe , de vous expliquer un peu
nettement. En un mot , qu'entendez - vous.
par cette diftinction particuliere , & par ce
#2 LE MERCURE
autres paroles , à l'exclufion de tous les autres
Princes de la Chrétienté ? Car enfin on
fuppofe qu'un Auteur entend ce qu'il dit "
& que quand on l'interroge fur quelquesunes
de fes expreffions , il eft en état d'en
expliquer le veritable lens .
Entendez -vous par cette diftinition particuliere
, & par cette exclufion de tous les
Princes de la Chrétienté , quelque chofe
de femblable à ce que nous voions aujourd'hui
, & à ce qu'on voit depuis treslong-
tems en France ?
Le Roi dans plufieurs Actes publics
prend ou le fait donner le titre de Roi
Tres Chrétien ; fes Ambaffadeurs dans les
Cours étrangeres s'intitulent Ambaſſadeurs
du Roi Tres Chrétien : les Ambaffadeurs
des autres Princes en le faluant l'appellent
quelquefois Votre Majefté Tres - Chrétienne
; dans les Traitez de Paix , dans les Traitez
d'Alliance on lui donne la qualité de
Roi Tres- Chrétien . Les autres Souverains.
ne prennent jamais ce titre ; perfonne ne
le leur donne ; & le Roi le prend toujours
& tous le donnent au Roi . On comprend
par tout cela que ce titre eft attribué au
Roi comme un titre diftinctif , qui lui eft
devenu particulier , & que c'eſt une diftindion
particuliere. On peut même dire que
c'eſt à l'exclufion de tous les autres Princes
de la Chrétienté , parce qu'ils font tous
D'A OUST .
13
convenus de lui donner , & à lui feul , la
prérogative de ce titre . Ainfi cela eft devenu
un droit à ſon égard ; c'eſt un ſtile ,
c'eft une partie du ceremonial , auquel on
ne pourroit manquer en certaines occafions
fans l'offenfer. C'est ainsi que cette aiftin-
&tion particuliere & cette exclufion s'entendent
; & l'on ne peut , ce me femble , les
entendre d'une autre maniere : mais comme
vous ne pouvez pas entendre en ce
fens cette diftinction particuliere à l'égard
de nos anciens Rois , ni pareillement cette
exclufion des autres Princes de la Chrétienté ,
c'eft pour cela que je vous ai demandé que
Yous vous. expliquaffiez là- deffus ; & c'eſt à
quoi vous n'avez pas daigné répondre dans
Votre Replique. C'eſt pourtant là l'unique
point de la difficulté. Je vous avois cependant
fuggeré quelques reflexions dans ma
Réponse à votre Differtation , qui pouvoient
vous engager à ces éclairciffemens :
car , comme je vous le di ois , fi c'étoit- là
un droit attaché à la perfonne de Clovis ,
& à celle de fes fucceffeurs , à l'excluſion
de tous les autres Princes de la Chrétienté .
d'où vient que ce Prince, & tous ceux qui
lui fuccederent dans toute la premiere Race,
ont été fi peu jaloux d'un fi beau droit,
qu'il n'ont jamais pris ce glorieux titre ?
L'Auteur de l'Hiftoire du Mouftier- Saint-
Jean au Diocefe de Langres rapporte une
14 LE MERCURE
Charte du grand Clovis en faveur de es
Monaftere ; nous avons quantité de Chartes
de nos Rois de la premiere Raçe , &
d'autres Actes publics de ces Princes ; &
parmi leurs titres ils ne prennent pas celui
de Roi Tres- Chrétien.
Dans la Compilation que Gretfer a faite
des Lettres des Papes à nos Rois de la feconde
Race , & qui font en grand nombre ,
à peine en trouvera t- on quelques- unes oùì
ces Papes leur donnent ce titre. Ils donnent
par exemple à Charlemagne les titres
de Roi , de Patrice des Romains , & quelquefois
des épithetes magnifiques , & jamais
le titre de Tres- Chrétien.dans les infcriptions
de leurs Lettres , qui étoit la
place naturelle de ce titre. Cependant fi
ce titre étoit alors une prerogative de leur
Couronne , attachée à leur perfonne par
une diftinction particuliere , & à l'exclufion
de tous les autres Princes de la Chrétienté
, ils n'auroient certainement pas
manqué à le leur donner ; & Charlemagne
,
& les autres Rois de France regardant
ceci comme un droit attaché à leur Couronne
, fe feroient offenfés s'ils ne le leur
avoient pas donné. Ces reflexions , &
quelques autres que j'ai ajoutées , vous
donnoient une belle occafion de fignaler
votre profonde érudition , en levant ces
difficultez , qui fans doute meritoient bien
D'AOUS T.
15
quelques réponles ; vous les avez toutes
paffées fous filence ; & vous n'avez pas
feulement tâché de les éluder.
Enfin tout le fond de votre Differtation
fi l'on en retranche toutes les inutilitez ,.
fe reduit à ce raifonnement : Quelques Papes
, quelques Auteurs en differens tems
ont donné à quelques- uns de nos Rois le
titre de Tres- Chrétien ; donc ce titre depuis
Clovis a été attaché à la perfonne &
à la Couronne de ce Prince & à celle de
fes fucceffeurs , comme une diftinction par
ticuliere , & il leur a été donné à Pexclufion
de tous autres Princes de la Chrétienté . Je
laiffe à toutes les perfonnes de bon fens à
juger fi ce raifonnement eft jufte.
Pour bien conclure , & avec quelque
jufteffe , vous deviez feulement dire , Donc
on a regardé de tout tems le titre de Tres-
Chrétien comme un titre que nos Rois meritoient
, & qu'ils meritoient plus que les
autres Princes , par les grands fervices qu'ils
avoient rendus à la Religion ; & vous n'auriez
conclu que ce que j'ai dit moi- même ;
mais alors vous n'auriez pas cu occafion de
m'attaquer , & vous aviez envie d'en trouver
quelqu'une. C'est ce qui vous a engagé
dans le faux raifonnement que vous avez
fait , en concluant par une confequence qui
n'eft pas renfermée dans vos preuves , que
ce titre étoit une prérogative attachée à la i
16 LE MERCURE
perfonne & à la Couronne de Clovis , &
à celle de fes fucceffeurs , & que ce titre
leur a été donné à l'exclufion de tous autres
Princes de la Chrétienté.
Remarquez , s'il vous plaît , que ma Réponſe
devroit finir ici; car ce font là les trois
points dont il s'agituniquement entre nous,
aufquels vous n'avez pas fatisfait, ni même
ofé entreprendre de fatisfaire : mais je me
trouve obligé de vous fuivre dans quelquesuns
de vos écarts . Après donc vous avoir
montré que dans votre Replique vous n'avez
nullement répondu aux trois points de
la difficulté , aufquels feuls il étoit queſtion
de répondre , fçavoir , au changement que
vous avez fait dans le texte de mon Hiftoire
, à la conformité de mon fentiment
avec celui de Dom Mabillon , & à la fauffetě
du raiſonnement fur lequel votre Differtation
est toute appuyée. Je vais toucher
quelques morceaux de votre Replique.
Commençons par celui qui doit vous
avoir fait beaucoup d'honneur ; car il a fair
connoître au Public ce que peutêtre il ne
fçavoit pas , que vous avez beaucoup de
talent pour l'éloquence ; & c'eft fans doute
le plus bel endroit de votre Philippique.
C'est une apostrophe des plus vives que
vous me faites. Vous y pouffez & foutenez
à merveilles cette figure , & vous emportez
la piece . Pour ne vous rien derober
de
D'AOUS T.
"
de la gloire qu'elle vous a acquife , je la
vais mettre ici tout du long.
Après m'avoir reproché mes prétendus
emportemens , & m'avoir menacé d'une
critique entiere de mon Hiftoire , vous con.
rinuez ainfi .
» Vous , M. R. P. qui n'avez épargné
perfonne dans votre Hiftoire , qui vous
êtes efforcé de renverfer la haute idée
» qu'on a cue jufqu'à prefent des premiers
Rois des François , ancêtres de Clovis ,
» en ne les traitant que de Roitelets ou
» petits Rois , & foutenant , comme vous
» faites , qu'ils n'étoient pas de la même
» famille , ni même parens .
» Vous qui pour infinuer que la Race
» des Merovingiens , de même que , felon
» vous , celle des Carliens & des Capetiens,
» n'a commencé que par un ufurpateur, avez
» avancé par une calomnie des plus noires &
>> injurieule à la pofterité de Merovée, qu'il
» n'étoit pas fils de Clodion, & qu'il a ufur
pé la Couronne des François , quoique
>> aucun des Auteurs, qui ont vêcu pendant
» les neuf premiers fiecles qui ont fuivi la
» mort de ce Monarque , n'ait dit un feul
» mot de cette pretendue ufurpation , &
» que par le témoignage des Auteurs con-
» temporains , il foit démontré que Mero
" vée étoit fils de Roy , que fes ancêtres
étoient Rois , & Rois des François
Pag. 6, de la Replique,
B
18 LE MERCURE
Vous qui faites l'injure aux François
de les caracterifer du nom de Barbares
quoique les Auteurs Grecs & Latins de
» ces temps là ayent écrit que la nation
Françoife avoit fes Loix , & n'étoit pas
moins policée que les Romains .
» Vous , qui pour diminuer la grandeur-
» de la Monarchie Françoife , & pour luiâter
Panteriorité fur les autres , lui re-
» tranchez par des argumens tres captiéux ,
foixante-neuf années d'antiquité depuis
fon établiffement dans les Gaules , en ne
» le fixánt , comme vous faites, qu'en 486,
fous les premieres années du Regne dus
grand Clovis , que vous ne voulez re-
≫ connoître que pour notre premier Monarque
en deçà du Rhin..
» Vous qui n'avez pas rougi de donner
» à ce même Monarque le nom de Roy
barbare & de Roy tyran , & d'obſcurcir
l'éclat de fes plus grandes vertus par l'oppofition
de quelques vices , mais toujours
imaginaires..
Vous qui par une épithete qu'on ne
peut excufer, donnez celle de conjoncture
» fatale au moment que Dieu s'étoit refervé.
pour rendre Clovis victorieux de fes en-
»nemis , & pour operer fa converſion , &
» qui pour repandre le doute & même
l'incredulité fur ce grand évenement ,
» que des Saints & des Auteurs fort graves
D'AOUS T. 19
,
& même toute l'Europe Chretienne n'ont
» regardé que comme un vrai miracle
" vous ne l'attribuez par des alternatives ;
» tantôt qu'à l'adreffe & à l'artifice des
» hommes , tantôt qu'à des prodiges .
» Vous qui par un déchaînement con-
» tinuel contre la gloire de ce même Mo-
» narque , & pour en impofer au Public ,
» avez ofé avancer que Gregoire de Tours
» au quarantiéme Chapitre de fon Hiſtoire,
» n'en donne que l'affreufe idée d'un ufur-
» pateur & d'un tyran , en parlant de lat
» inort de Sigebert Roy de Cologne , &
» de Cloderic fon fils , quoique cet Auteur
le reprefente comme un autre David , en
» difant à ce sujet que Dieu ne renverfgit
» chaque jour les ennemis de Clovis , &
» ne les lui foumettoit pour augmenter fon
» Royaume , que parce qu'il marchoit le
» droit chemin devant lui , & qu'il faifoit
» ce qui lui étoit agreable .
» Profternebat enim quotidie Deus hoftes
» ejus fub manu ipfius , & augebat regnum
ejus eo quòd ambularet recto corde coram
•» eo , &faceret que placita erant in oculis
» ejus.
» Vous , qui fans aucun menagement"
» pour nos Monarques , avez eu l'audace
» de fouiller la majefté de leur trône , en
» fuppofant qu'il a été occupé par des bâstards
; qui avez eu la temerité de parleri
Bij .
20 LE MERCURE
» fans aucun refpect de leur perfonne , &
des Princes de leur Sang ; de foutenir
>>contre la difpofition de la loy fondamen-
» tale de l'Etat , que leur Couronne eft de-
>>venue élective fous la feconde Race ,
d'hereditaire qu'elle étoit fous la pre-
» miere.
Vous qui ne vous êtes fait aucun ſcrupule
de faper les fondemens des libertez
de l'Eglife Gallicane , & de blâmer la
conduite & la probité des Magiftrats du
» premier Parlement du Royaume : Vous
> enfin , qui pour établir votre nouveau
fyftême fur l'Hiftoire de France , vous
êtes donné la licence de décrier la plupart
de nos meilleurs Hiftoriens , & de les
» rejetter comme apocriphes , lorfque leur
» fentiment ne convenoit pas à vos deffeins,
» vous ne voulez pas cependant fouffrir
qu'on releve la moindre de vos fautes ?
Voilà , Monfieur , de belles chofes , &
dequoy vous faire une grande reputation
par votre zele pour la gloire de la nation
Françoile ; mais parlons maintenant plus
ferieufement ce qui m'a fait le plus de
peine dans cet endroit de votre Replique ,
c'eft que je me fuis imaginé d'abord que
pour y répondre , il me faudroit faire un
volume entier , tant il contient de faits importants
& qui tendent ce femble à me faire
declarer criminel d'Etat , c'eft pour cela
?
D'A O UST. 21
qu'après avoir un peu reflechi , j'ay pris le
parti de vous répondre feulement en general
que votre Differtation eft pleine de
fauffetez , de malignité , de tours odieux
que vous donnez à ce qu'il y a de plus innocent,
& à ce que j'ay écrit avec le plus de:
circonſpection , & je puis ajouter de puerilitez.
Si les excès que vous me reprochez
avoient quelque fondement , il y auroit
déja long-temps que le Public fe ferait recrié
& revolté contre moy ; & que la Cour,
les Magiftrats , les Evêques auroient puni
ma temerité , fans attendre le nouveau
Tocfin que vous fonaez aujourd'huy : mais
graces à Dieu depuis fept ou huit ans que
mon Hiftoire de France paroît , je n'ay reçu
de toutes ces illuftres perfonnes que des
honnêtetez & des conjoiffances , dont j'ay
fouvent eu de la confufion. Dites tout ce
qu'il vous plaira , que vous n'avez oüy parler
de cet ouvrage que par des femmes , qui
le loient avec exageration . Il n'a tenu qu'à
vous , Monfieur, fi la paffron ne vous avoit
pas bouché les oreilles , d'en entendre beau
coup d'autres en dire du bien. Vous m'obligez
malgré moy à m'exprimer de la forte.
pour me deffendre..
Mais , Monfieur , y avez - vous affez
penfé en m'accordant ainfi le fuffrage des
Dames , & en avoiiant qu'elles ont été mes
panegiriftes jufqu'à Pexageration , il emble
2 LE MERCURE
que vous les comptiez pour rien . Pour moy
je n'enjuge pas de même ; parmi les Dames
il y en a une infinité qui valent beaucoup
mieux que bien des hommes, par Pefprit ,
par le bon fens , par le difcernement , par
le bon goût , & il y en a quelques-unes
dont on pourroit dire la même choſe pour
la fcience , fur tout en matiere d'Hiftoire..
Je vous fuis tres obligé de cet avêu , &
d'autant plus que certainement je n'ay pas
brigué leurs fuffrages , j'en connois tres
peu , & l'on ne me voit jamais dans lescercles.
Je fuis ravi d'apprendre de vous
cette nouvelle dans mon cabinet . Mais
revenons au bel endroit de votre Replique ..
Vous m'y taillez bien de la befogne , &
à vous auffi : pourquoy y revenir à tant de
fois ? Je vais vous fuggerer des moyens
plus courts & plus dignes de vous , pour
vous dédommager de quelque fuccès qu'à
eu mon Hiftoire de France : le premier eft
de faire imprimer inceffamment la vôtre ,
elle elt , à ce que vous m'apprenez , depuis
plufieurs années toute prefte à eftre mife
fous la preffe faites là imprimer , fi elle
coule à fond la mienne , je m'en confoleray,
& je vous rendray juftice . Pourquoy
differez -vous fi long- temps de faire un fi
riche prefent au Public ?
Je vous propofe un fecond moyen : Vous
me menacez de faire paroître une Critique.
D'A O UST.
entiere de mon Hiſtoire. ( a ) A la verité
il est beaucoup plus aifé de critiquer que
de mieux faire ; mais n'importe , je confens
que vous mettiez vos menaces en execution
, j'aime mieux me voir accablertout
d'un coup , que de tant fanguir. Je
vous conjure de faire voir le jour à cette
Critique entiere , & de ne point vous amu.
fer davantage à carabiner par vos Differtations
que vous lachez les unes après les autres
. Cela n'eft pas digne d'un celebre &
fçavant homme comme vous : cela ne convient
qu'à de petits Auteurs qui ont la demangeaifon
de fe faire imprimer , & qui
n'ont pas les reins affez forts pour entreprendre
un ouvrage confiderable. Vous faites
affez entendre que vous avez de la matiere
plus qu'il ne vous en faut ; d'ailleurs
je me fais juftice à moy- même. Je ne me
regarde pas comme infaillible , & je ne
prefume point affez de moy pour croire.
que dans un ouvrage d'une auffi grande
étenduë que le mien , où il entre un million
de faits , je ne fois pas tombé dans quelques
méprifes. Je vous avoiicray même qu'il y
en a que j'ay reconnues , que j'en ay corrigé
quelques -unes dans l'édition d'Hollan--
de , qui commence à paroître , & que fi
j'avois été fur les lieux je n'en aurois pas
encore laiffé paffer quelques autres . Ainfi
Page 6.
24 LE MERCURE
bâtez - vous ; ne vous laiffez point prévenircar
s'il fe fait encore quelques nouvelles
éditions , la matiere de votre Critique diminuëra
à meſure. Si vous ne fuivez pas
mon confeil , Monfieur , je vous declare
que je vous laifferay triompher feul dans le
champ de bataille que vous avez choiſi ,
que vous y debiterez impunément vos inju
res & vos railonnemens , & qu'ayant autre
chofe à faire , je les honnoreray d'un pro
fond filence, duffiez- vous donner à ce filence
telle interpretation qu'il vous plaira..
Je ne veux pas encore en ufer de cette
maniere avec vous , & je vais répondre
à une queſtion que vous me faites. (4 );
Vous me demandez donc , Monfieur , fi
» je pourrois vous raporter quelques exem-
» ples qu'avant la fin du quinziéme fiecle,
» le titre de très- Chrétien ait été donné à
d'autres Princes qu'à nos Rois & aux
» Princes de leur fang, & que ceux qui ont
» donné ce titre à d'autres Princes pour
» les flater feulement , & pour exciter leur
» Religion , ayent déclaré en même temps-
» qu'il leur étoit hereditaire. & à leur pofterité
? Pour moi , ajoutez vous , je n'en
» ai vû aucun , & vous me feriez plaifir de
» m'en inftruire , car j'ai toujours aimé à
me faire endoctriner ; mais je vous défie
d'en trouver qui parlent comme ceux que 3 .
Page:14.
→J'ai
DAOUS T.
25
» j'ai citez , pour prouver que ce glorieux
titre étoit hereditaire à nos Rois & aux
» Princes de leur Sang , par maſles , plu-
» fieurs fiécles avant le Regne de Clovis.
Hé bien ! Monfieur , il faut donc vous
endoctriner , puifque vous voulez être endoctriné
. Je commence par Vous dire pour
mon premier enfeignement ce que je vous
ai déja dit , que vous devriez ceffer de rebattre
que le titre de très - Chrétien eft hereditaire
aux Princes du Sang Royal . Cette
propofition eft fi étrange , qu'il eft furprenant
quevous vous obftiniez à la foutenir
Mon ſecond enſeignement eft la réponſe
que je vais faire à votre question ; fçavoir,
fi avant le quinziéme fiécle , le titre de très-
Chrétien a été donné à d'autres Princes qu'à
nos Rois. Je vous réponds hardiment & nettement,
que le titre de très- Chrétien , avant
le quinzième ſiècle , a été donné à d'autres
Princes qu'à nos Rois. J'en choifis deux
exemples feulement entre une infinité d'autres.
Le premier eft du temps de la premiere
race de nos Rois dans une Lettre du
Pape Vigile qui commence ainsi , licet univerfa
prout audivimus , prout Deo auxiliante
potuimus & credidimus expedire Domina
filio noftro fereniffimo & CHRISTIANISSIMO
IMPERATORI , &'c.
Il s'agit ici de l'Empereur Juftinien. L'aya
Epiftola s . Vigilii Papas
C
26
LE MERCURE
tre eft du temps de la feconde Race de nos
Rois ; c'eft une Lettre du Pape Jean VIII .
à Alphonfe , Roy de Leon , dont voici le
titre , Joannes Epifcopus fervus fervorum Dei
Adelphonfio REGI CHRISTIANISSIMO,
&c. Je ne vous cite que ces deux
exemples , qu'afin de ne pas ennuyer nos
Lecteurs par une infinité de femblables témoignages
; car je vous l'ai déja dit , & je
vous le dis encore , que j'ai de quoi vous
accabler par la multitude de pareilles citations.
Il ne s'agit pas ici, fi l'on a donné plufieurs
fois à nos Rois le titre de très- Chrétien
, j'en conviens avec vous , & ce n'eft
pas fur cela que je vous ai relevé : mais il
s'agit , fi on leur a donné ce titre, comme
vous le dites dans votre paradoxe ; il s'agit
, dis-je , de fçavoir fi on le leur a donné
à l'exclufion de tous autres Princes de la
Chrétienté. Vous voilà donc , Monfieur ,
fuffifamment endoctriné fur le point unique
& capital de notre difpute.
que
Vous mêlez une affez plaifante queſtion
avec celle à laquelle je viens de répondre ,
& ce n'eft fans raifon
pas
vous les compliquez
ainfi ; fçavoir , fi le titre de Tres-
Chrétien a été declaré hereditaire à l'égard
de nos Rois avant le quinziéme fiecle. A
quoi bon me faire cette demande , puifque
yous même , en ne citant que Nicolas de
Clemengie & le Pape Pie II. convenez que
D'A OUST . 27
le terme d'hereditaire n'eſt pas plus ancien
que le quinziéme fiecle ? Mais que conclurez-
vous encore de ce terme qui eft fi recent
? finon, que de tout tems on a donné
plufieurs fois le titre de Tres-Chrétien à
nos Rois ; & n'eft - ce pas ce que j'ai dit
moi-même en propres termes dans mon
Hiftoire , que Clovis a merité le titre de
Tres-Chrétien , & que lui & fes fucceffeurs
s'en font toujours fait , & s'en font encore
honneur aujourd'hui ? Pretendez- vous que
ce titre fût tellement un heritage de nos
Rois , que les autres Princes , en le prenant
ou en le recevant , fuffent des ufurpateurs ,
qui envahiffoient le bien d'autrui ? Mais
par là vous retombez dans votre fauffe propofition
, que depuis Clovis le titre de Tres-
Chrétien avoit été donné à nos Rois à l'exclufion
de tous autres Princes de la Chrétienté.
Tâchez , Monfieur , de rendre vos raifonnemens
un peu plus juftes ; c'eſt un troi
fiéme enfeignement que je vous donne ,
puifque vous voulez bien être endoctriné.
Je finis par quelques reflexions fur trois
ou quatre endroits de votre belle Replique.
An refte, dites- vous * , c'est me faire trop
de faveur de me mettre au nombre des gens
de Lettres.Cela eft fort modefteà vous, Mr,
mais je ne me dedirai pas de cette louange
que je vous ai donnée. Vous ajoutez ; car
* Page 11,
Cij
28 LE MERCURE
je ne fais profeffion que d'eftre bon Chrétien
&bon François . Bon Chrétien , Monſieur !
à Dieu ne plaife que je vous difpute cette
qualité. Pour bon François , j'avouerai que
vous ne l'êtes que trop ; car à vous entendre
, je n'aurois pas dû faire l'Hiftoire
de France , mais feulement l'éloge de nos
Rois , en paffant leurs defauts fous filence ;
mais en cela je ne crois pas que vous ayez
une idée affez jufte de l'Hiftoire. Enfin
vous ajoutez : Je ne fçai fi cette qualité de
bon François pourroit deplaire à quelqu'un.
Ce n'eft pas à moi certainement qu'elle
déplaira , Monfieur , comme vous le voulez
faire entendre. Je penfe être auffi bon
François que vous , mais avec cette difference
, que je le fuis , fauf le refpect que
je vous dois , avec un peu plus de difcernement
que vous.
Dans un autre endroit , vous me dites que
* Vous me ferez voir devant tels Examinateurs
qu'il plaira à Monſeigneur le Regent
de nommer , que les Papes , &c. ont
reconnu S. Arnoul & fa pofterité pour Princes
iffus du Sang de France. Ah , Mone
fieur , que dites - vous là ! Vous nous croiez
donc vous & moi , gens bien importans ,
pour porter notre difpute jufqu'au tribunal
de Monfeigneur le Regent ! parlez- vous
donc jci bien ferieufement ? Je ne te crus
*
Page 37.
D'A O UST. 95

pas d'abord ; mais oui fans doute , car v ou
ajoutez un exemple où le grand Prince de
Condé fut arbitre entre le Sieur Chantereau
le Fevre & le Genealogifte Dubouchet.
Mais je ne fçai , Monfieur , fi vous
fçavez une petite particularité que j'ai appriſe
de bonne part , c'eft que M. le Duc
d'Epernon & le P. Jourdan Jefuite , Confeffeur
de S. A. R. Madame , ayant renouvellé
le procès quelques années après , &
s'étant adreffez à M. le Prince de Condé
pour decider du differend ; ce grand Prince
fatigué de toutes ces bagatelles , leur dit :
Meffieurs , nous vous fommes fort- obligez
de l'intereft que vous prenez à pouffer l'origine
de notre Maiſon jufqu'à onze fiecles ;
nous nous contentons de huit bien averez ,
& fur des titres inconteftables ; à vous permis
de faire valoir vos conjectures fur le
refte. Je crois qu'il faut vous en tenir à
une fi judicieufe réponſe , & que Monfeigneur
le Regent pourroit bien vous faire le
même compliment , fi vous ofiez l'importuner
là deffus .
Mais , Monfieur , prenez garde fur cela
de vous donner un ridicule ; car pourquoi
voudriez- vous me faire un procès au tribunal
de Monſeigneur le Regent fur la fi
liation de la troifiéme Race , & fur fon
union avec la premiere par S. Arnoul ,
moi qui n'ai jamais parlé ni pour ni conČ
iijà
30 LE MERCURE
tre , & qui ne me fuis en nulle occafion
declaré contre votre Syftême ? Si vous vouliez
vous faire de gayeté de coeur des adverfaires
, que n'en choififfiez -vous de plus
illuftres que moi , qui , felon vous , nefçais
que mediocrement l'Hiftoire de France.
Vous n'aviez qu'à vous attaquer à Meffieurs
de Sainte- Marthe , qui rejettent votre fentiment
; c'étoient des adverfaires bien plus
dignes de vous que je ne le fuis , & bons
François, de l'aveu de tout le monde , fans
fe croire pour cela obligez de faire deſcendre
nos Rois de S. Arnoul .
و د
»
Enfin , Monfieur , venons à la derniere
page de votre Replique , où vous me parÎez
de la forte. » Quant à votre Hiſtoire, me
» dites -vous , que vous avez fait imprimer
» en 1713 , que pourrois- je en avoir dit ,
» M. R. P. de plus que le Public en fçavoit,
avant même que vous l'ayez fait paroître?
» On n'ignoroit pas qu'auffitôt qu'elle pa-
»rut , elle fut denoncée , & que fur cette .
denonciation , dont on a même des co-
» pies , le debit en fut arrêté pendant quel-
» que tems. Il y avoit déja un tres- grand
nombre de genereux défenfeurs de l'hon-
» neur de cette Monarchie , de la gloire
» de nos Monarques , des prérogatives de
leur Sang , des droits de leur couronne ,
» & des Libertez de l'Eglife Gallicane , qui
» avoient la plume à la main pour refuter
* Page 12 .
ور
"
"
D'AO UST . SF
1
»votreHiftoire . L'on fçait auffi les judicieu-
» fes précautions que vous avez fait pren-
» dre depuis 1713 jufqu'en 1715 , pour
» faire en forte qu'on n'imprimât rien con-
>> tre vous.
Voilà , Monfieur , l'abregé & la peroraifon
de la fanglante invective que vous avez
faite contre moi dès le commencement de
votre Replique. Je vous paffe d'abord le
galimatias , en vous demandant feulement
comment le public fçavoit ce qu'il y avoit
dans mon Hiſtoire avant que je l'eufſe fait
paroître ? Mais eft - il de la prudence pour
un homme comme vous , d'avancer un fait
notoirement faux , fçavoir que depuis que
mon Hiſtoire eût paru , le debit en fut arrefté
pendant quelque tems . Ce fait eft tresfaux
,
, permettez-moi de vous le dire ; la
paffion vous emporte , Monfieur , & ce
n'eft pas l'unique fauffeté qui vous ait
échappé dans ce peu de lignes : le malheur
pour vous , eft que ces fauffetez ne font
que vous deshonorer , & que ce que vous
dites de vrai , eft à mon avantage. Par
exemple , On n'ignoroit pas , me ditesvous
, qu'auffitôt que vatre Hiftoire parut ,
elle fut dénoncée. Cela eft vrai . Vous ajoutez
,Il y avoit deja un tres -grand nombre
de genereux défenfeurs de l'honneur de cette
Monarchie' , de lagloire de nos Monarques ,
des prérogatives de leur Sang , des droits
Ciiij.
32 LE MERCURE
de leur Couronne , & des Libertez de l'Eglife
Gallicane , qui avoient la plume à la
main, pour refuter votre Hiftoire.
Que peut-on conclure de là , Mr , finon
que vous & d'autres gens de votre caractere,
aviez grande envie de me faire de groffes
affaires , & d'empêcher de toutes vos forces
le fuccès de mon Ouvrage ? Voici , moi
ce que j'en conclus : La denonciation fut
faite , ungrand nombre de gens avoient la
plume à la main pour me refuter ; mais la
denonciation n'eut nul effet ; elle fut rejetsée
& meprifée ; ce prétendu grand nom
bre d'Auteurs laifferent tomber la plume
de leur main. Donc , la denonciation
étoit mal fondée ; donc , ce grand nombre
d'adverfaires qui avoient fi bonne volonté
, n'ont rien trouvé qui valût la peine
d'eftre relevé. Vous faites , Monfieur , par
tout cela l'éloge de mon Hiftoire.
Vous ajoutez encore : L'on fçait auſſi les
judicieufes précautions que vous avez fait
prendre depuis 1713 , jusqu'en 1715 , pour
faire en forte qu'on n'imprimât rien contre
vous. D'où le fçavez - vous , Monfieur ? &
puifque vous le fçavez , je vous permets de
le publier , & vous le devez faire , fous
peine d'être convaincu de menfonge. Je
vous declare donc que ce que vous avancés,
ici , eft très faux , & que je n'ai jamais pris
l'allarme fur les menaces qui m'ont été
faites à cette occafion.
D'AOUS T. 3.3
• Mais puifque vous me donnez lieu de
dire ce qui fe paffa au fujet de la denonciation
, je ne ferai nulle difficulté d'en inftruire
le Public. On preſenta un Memoire
tres-injurieux contre mon Hiftoire &
contre moi à M. le Chancelier de Pontchartrain
; une perfonne de grande confideration
me le communiqua par fon ordre.
Je ne jugeai pas à propos d'y répondre ;
j'écrivis feulement une lettre à la même
perfonne , qui la lut à M. le Chancelier ;
& une autre perfonne , à qui celle dont je
viens de parler , donna la commiffion de
m'apprendre le fuccès de cette affaire
m'ecrivit auffitôt aprés en ces termes : Vous
eftes maintenant blanc comme neige dans
Pefprit de M. le Chancelier. Voila , Monfeur
, l'effet de la denonciation que vous
me reprochez , & qui doit vous donner
un peu de confuſion fur la conduite que
vous tenez à mon égard .
Je dois pourtant vous dire encore un
mot fur ce fujet . Quand je reçus la denonciation
ou le Memoire prefenté à M. le
Chancelier , la premiere chofe que je fis ,
fut de pardonner à celui qui l'avoit faite ,
& de prier Dieu pour lui , & je pris la
refolution de m'abftenir de faire aucune
recherche pour le connoître , afin de m'épargner
les reffentimens qui naiffent naturellement
dans le coeur contre celui par qui
on a été fi cruellement bleffé . Mais je ne
34 LE MERCURE
fçai fi malgré moi , vous ne me faites pås
affez connoître l'Auteur de ce Libelle ; je
trouve dans votre Replique un ftile affez
femblable à celui de la Denonciation ; j'y
trouve les mêmes chefs d'accufation qui
étoient dans cette piece , inferez dans la
vôtre avec beaucoup d'autres. On a , ditesvous
, des copies de cette Denonciation .
Rien ne convient mieux à celui qui l'a faite,
d'en avoir gardé quelques copies. Un
homme plus précipité que moi , jugeroit
par ces raifons que vous en êtes l'auteur ;
mais je me contente de vous en foupçonner,
fans fixer mon jugement.
J'ajouterai une chofe que vous croirez
fi vous voulez ; mais je protefte devant
Dieu qu'elle eft veritable. Feu M. le Cardinal
d'Etrées , bon connoiffeur & bon
François , comme vous fçavez , fouhaita
de moi que je lui fiffe voir mon Hiſtoire
à mesure qu'on l'imprimoit ; il la lut d'un
bout à l'autre , & me dit en me la rendant :
Vous n'avez rien à craindre pour votre
Hiftoire de la part de la France , mais je
ne vous réponds pas des Romains . Cela étoit
fondé fur ce que je parlois affez franchement
touchant la conduite de quelques Papes
, & que pour l'intereft de la verité je
ne taifois pas leurs defauts , en difant
I urs bonnes qualitez , chofe que vous me
reprochez par rapport à nos Rois , & enD'A
OUST .
35
core fur ce qu'en divers endroits je faifois
valoir les veritables libertez de l'Eglife
Gallicane & du Royaume de France, contre
quelques entrepriſes des Papes . Mais je fus
encore tiré d'inquietude là -deffus quelques
mois après , lorfque j'appris par une voye
tres-feure que mon ouvrage étoit tres bien
reçu en ce païs-là , & de telle maniere
le Pape , quoique je ne le lui euffe pas fait
prefenter , l'avoit fait mettre dans fon antichambre
pour occuper ceux qui attendoient
Paudience.
que
Il refulte de tout cela , Monfieur , que
jay évité d'être partial ; que je me fuis propofé
la verité pour guide ; que neanmoins
dans les points delicats que j'avois à traiter
, j'ay marché la balance à la main &
avec beaucoup de circonfpection ; de forte
que j'ay trouvé le fecret de n'offenſer aucun
de ceux dont les interefts étoient les plus
oppofez , fans trahir la verité ; & je vous
avouë que plufieurs perfonnes d'efprit , foit
de la Cour , foit de la Robe , foit du nombre
des Prelats les plus diftinguez , m'ayant
fait l'éloge de mon Hiftoire par cet endroit,
Pay eu peine à m'empêcher d'en eftre agreablement
flatté.
Au refte , Monfieur , pour revenir à la
dénonciation de mon Hiftoire faite à M. le
Chancelier de Pontchartrain , je prie Dieu
qu'il vous le pardonne , fi vous en eftes
· 36
LE
MERCURE
PAuteur , comme je vous le pardonne moymême
de tout mon coeur ; mais je ne fçai
files honnêtes gens vous le pardonneront ,
non plus que le fiel & les autres excès de
votre Replique. Je vous affure
que je n'en
ferai pas moins , comme le Chriftianifine
me l'ordonne , & d'autres raifons m'y en
gagent ,
P.S.
MONSIEUR ,
·
Votre tres humble & tres- obéïſſant
ferviteur, DANIEL, D.L. C. D. J.
Ly avoit déja du tems , Mr , que
ma Lettre étoit écrite , lorfque j'ai
vû dans le nouveau Mercure une nouvelle
Piece de votre façon. Il paroît toujours
que vous eftes vivement piqué , & ce n'eſt
pas ma faute. Je n'ay fait que me deffendre
, & certainement avec beaucoup plus
de ménagement que vous ne m'attaquez.
Vous verrez dans ma Lettre le parti que
j'ay pris , c'eft de vous laiffer impunément
emporter , tant qu'il vous plaira , dans vos
differens écrits , à moins que vous ne faf-
Liez paroître la Critique entiere de mon
Hiftoire , comme vous m'en avez menacé ;
je verray alors ce que j'auray à faire.
Ce que j'ai à vous dire là -deffus , MonD'AOUS
T. 37
*fieur , ou plûtôt , ce dequoi je dois avert r
vos Lecteurs , c'eft 1 ° , de les prier de lire
dans mon Effay de l'Hiftoire de France la
Preface que j'ay mife avant la Carte Geographique
que vous critiquez ; de faire
attention au but de cette Carte , & aux
raifons que j'ai apportées de la difpofition
que je lui ai donnée ; & ils trouveront que
j'ai par avance prévenu une partie de vos
objections. 2°. Qu'une autre partie de ces
objections confifte dans des chofes conteftées
entre les Sçavans , & que vous affirmez
avec votre intrepidité ordinaire , com-"
me fi elles étoient certaines : 3 ° . Que vous
m'attribuez des impertinences qui ne me
font jamais venues à l'efprit.
Un petit échantillon que je vais produire
de votre admirable. Critique , fera
fentir ce que je dis. Voici donc l'extrait de
votre Piece imprimée dans le Mercure de
Juillet , fur lequel je vais faire quelques
reflexions.
» Le P. Daniel marque Eff nne près de
» Corbeil , comme un lieu confiderable ,
& fubfiftant du tems de Clovis. Il a cru
» fans doute en avoir trouvé la preuve dans
» le paragraphe 6 du titre 19 de la Loy
» Salique , qui porte ces termes :
Per iftas ( infirmitatem Dominicam) Sonnis
fe poteft homo excufare.
" Mais les anciens . exemplaires portent
38
LE
MERCURE
22
""
» Sunnis ; d'autres , Sonnis , & Sunnis ou
» Sonnis dans le Latin ; terme dont les
François fe fervoient dans les Actes, pour
fignifier un empêchement , comme en
l'apprend de la Coutume de Haynaut ,
» & des Privileges de la Ville de Saux en
» Bourgogne , du mois d'Avril 1246 ,
» dans lesquels on trouve ces mots , s'il
" pooit montrer Affone loyal ; c'est - à- dire ,
» s'il pouvoit donner une excufe legitime.
" Ainfi cet article de la Loy ne veut pas
sɔ dire qu'on iroit s'excuſer à Effone , qui
» ne fubfiftoit pas encore , mais qu'en alle-
»› guant une autre maladie ou une ambaf-
» fade , on pourroit par ces empêchemens
» eftre excufé.
و د
Rien n'eft plus ufité dans les anciennes
» Procedures ou Actes écrits en François
» que les termes Enfoine , Effoine , Soïene ,
Effoyne , & Exfoine , pour marquer un em-
» pêchement legitime ; & dans les Actes
» Latins , on s'eft fervi des mots Sunnis ,
» Sonnis Sunnia , Sonia , Effonia , Exonia ,
Effonium , &c.
"
Il faut donc convenir que le Pere Da-
» niel a pris le nom de Sunnis , qui fignifie
» un empêchement pour le nom d'Effone ,
qui eft le Fauxbourg de Corbeil , qui ne
» fubfiftoit pas encore du temps de Clovis,
Je réponds , Monfieur , à ce bel endroit
de votre Critique , en avoüant que fi le P.
DA OUS T. 39
Daniel a raifonné , comme vous le faites
raifonner ici , il fe trompe certainement ;
examinons donc ce point.
Premierement , Monfieur , vous ne cités
point l'endroit de mon Effai de l'Hiftoire
de France, où, à ce que vous dites , je parle
d'Effone par rapport à Clovis. Je l'ai cherché
, & je ne l'ai pû trouver : mais je fuppole
qu'il y eft, & que vous n'avez pas alteré
mon texte , comme cela vous elt échapé
dans votre premiere differtation fur le
titre de Roy très- Chrétien
Pie II. pour Paul II.
" en mettant
Secondement , felon vous , j'ai été affez
ridicule pour me tromper jufqu'au point
de prendre le mot Sonnis , ou Sunnis , qui
fignifioit en François Effoine , ou empêchement
, par le nom d'un lieu , c'eft à- dire ,
pour le Bourg ou le Village d'Effonne ; car
voilà comme vous conclués, aprés avoir debité
une erudition fort inutile. Ilfaut donc,
dites-vous , convenir que le Pere Daniel a
pris le nom de Sunnis , qui fignifie un empêchement
, par le nom d'Effonne , qui eft le
Faux- bourg de Corbeil.
30. Je fupplie nos Lecteurs de voir fi ce
que vous m'attribués , s'enfuit de votre raifonnement.
Un peu de Logique, Monfieur,
dans vos écrits , y feroit grand bien.
4°. Je vous dis hardiment que le fait que
vous avancés , & par lequel vous conclués ,
40 LE MERCURE
eft un fait non feulement très faux ; mais
qu'il n'y a pas un mot dans tout mon ouvrage
qui vous ait donné le moindre fondement
de l'avancer. Il faut , Monfieur
vous juftifier là- deffus , il n'eft pas permis
un homme d'honneur d'attribuer de pareilles
fotifes à un Auteur , fans la moindre apparence
de raifon. Il y va de votre reputation
encore plus que de la mienne , de me
faire fatisfactionlà- deffus, ou de me convaincre
par mes propres paroles. Quand on aura
lû ma Lettre , & ce que je viens d'y ajouter
, que penfera- t- on de vous ? Mais revenons
à votre raifonnement. Le P. Daniel ,
dites - vous , a cru fans doute avoir trouvé l'existence
d'Effone dans le paragraphe 6. da
tit. 19 de la Loy Salique , &c.
Non , Monfieur : vous vous trompez , &
vous vous faites exprès des chimeres pour
les combattre . Ce n'eft point là où j'ai rencontré
le lieu d'Effonne fous la premiere
race. Je l'ai trouvé dans un titre du Roy
Pepin , par lequel il confirme la donation
qui en avoit été faite par Clotaire III. à
Abbaye de S. Denis , Villa cognominante,
Exona fitafuper Fluvio Exone in pago parifia .
co.Je l'ai trouvé dans Fortunat, dans la vie de
S. Germain Evêque de Paris, ch. 15 , & j'ai
appris tout cela dans le fçavant traité * Hiftorique
des Monnoyes de France du fieur le
Blanc , qui aprés ces preuves , conclut de
P. 17. la
D'A OUS T. 41
"
la forte ;«ce qui fait voir, dit- il , qu'Effone
» appartenoit au fifque. On ne peut pas
» douter que ce lieu ne fubfiftât au temps
» de Clovis , puifque Fortunat , contempo-
» rain de Gregoire de Tours , en fait men-
» tion dans la vie de S. Germain Evêque
» de Paris : Que pourrés vous répliquer à
cela ? לכ
Mais bien plus , Monfieur , j'ai trouvé
Effone , où vous qui vous mêlés de Medailles
, deviez l'avoir cherchée. C'eſt dans un
tiers de fol d'or qui eft au Cabinet du Roy ,
& que le même M. le Blanc a repreſenté
dans fon ouvrage.. On y voit le Bufte d'un
de nos Rois de la premiere Race , avec cette
legende , EXONA FICr , c'eft- à- dire , fabriqué
à Effonne ; & au revers , le nom de Monetaire
, BETTONE MON. Lequel de nous
deux , Monfieur , eft l'ignorant en cette matiere
?
Voici encoré une petite ignorance que:
vous me permettrez de relever . Effonne ,
dites- vous , qui eft le Fauxbourg de Corbeit,
je n'en appelle pas ici aux Sçavans ;
mais je prens fur cela à témoins les Poftil--
lons qui changent tous les jours de chevaux.
à Effonne
Ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire , Monfieur , que dans la Preface
d'une efpece d'Effay de l'Hiftoire de France:
que je fis paroître en 1696 , j'avois pré-
D
42 LE MERCURE

.
venu une partie de vos objections , pourroit
paroître une deffenfe trop vague , parce
que ce Livre eft devenu rare , & que bien
des gens ne l'ont pas en main pour le confulter
; c'est pourquoi je juge à propos
d'ajouter ici l'extrait de la Preface où je
tire raifon de la difpofition de ma Carte
Geographique , & cela fans confequence
par la declaration que je vous ai faite de
ne plus répondre à vos Ecrits , jufqu'à ce
que vous ayez fait paroître tout enſemble
la Critique entiere de mon Hiftoire de
France dont vous me menacez. Quant aux
autres points particuliers que vous m'objectez
touchant cette Carte , je me fais fort
-fur la plupart, de fatisfaire ceux qui feroient
curieux de s'en éclaircir , & de les convaincre
la Carte à la main , que s'il y a de
l'ignorance , elle eft de votre côté & non
pas du mien.
Extrait de la Preface d'un Effay de
PHiftoire de France , imprimé
en 1696.
C
Omme la Geographie aide beaucoup
l'Hiftoire , & que la vue de la fituation
des lieux dont'on parle, contribue extrêmement
à faire retenir les choſes ; j'ay
ajoûté ici une Carte Geograph iquede la
D'A OUS T.
43
Gaule , par rapport au Regne de Clovis
& de fes enfans. Cette Carte eft differente
de celle de l'ancienne Gaule du tems de
Jules Cefar , & des defcriptions qu'on en
a faites jufqu'au temps de l'invafion des
Barbares : elle eft auffi differente de celles
de la France d'aujourd'hui.
Les Cartes qui ont été faites par rapport
aux Commentaires de Cefar , ne reprefen
tent prefque que ce qu'ils appelloient alors
communément du nom de Civitates , & de
Pagi , c'est- à- dire non pas les Villes & les
Bourgs , mais les Communautez & les
Cantons des divers Peuples qui habitoient
ce païs , comme Bituriges , Lemovices , Ve
neti , qui ne fignifient pas Bourges , Limoges
, Vennes ; mais le territoire , let
Canton , le païs où les peuples de ce nom
étoient placez. On y ajoutoit quelques
Villes , comme Avaricum , Lemovicum &c.
la divifion generale étoit les païs des Belges
, le pais des Celtes , & le païs des
Aquitains ; & depuis ce fut la Gaule Belgique
, la Gaule Lyonnoife , &c .
Je n'ay point fuivi dans ma Carte cette
methode & ces divifions , mais j'en ai pris
une autre plus fimple & plus nette , par
rapport à mon Hiftoire , & qui fait con
-noître diftinctement l'état des Gaules lors
que Clovis y entra. Elles étoient alors
arta gées en trois Souverainetez , fçavoir
Dij
44 LE MERCURE
le Royaume des Vifigots , le Royaume des
Bourguignons , & le païs poffedé encore
par les Empereurs Romains ; & c'eſt ainſi
que je l'ay divifée.
Pour l'accommoder encore plus aux
idées des Lecteurs , au lieu de divers peuples
qui habitoient alors les païs des Gaules,
j'ay marqué les Provinces qui ont pris
leur nom de celui de ces Peuples. Par
exemple , au lieu de Turones & de Cenomani,
ou des mots François qui pourroient
y répondre , j'ai mis la Touraine & le
Maine , qui viennent de Turones & de
Cenomani ; ce qui revient au même , &
donne tour enfemble l'idée de la nouvelle
& de l'ancienne Gaule , ou , pour parler.
plus jufte , l'idée de la Gaule du tems du
bas Empire.
Cette Carte eft pour l'Hiftoire de France,
& par confequent on doit s'y exprimer
comme dans l'Hiftoire même : or , dans .
toutes nos . Hiftoires modernes , on parle
toujours ainfi : on appelle Touraine le païs
dont les Peuples s'appelloient Turones ;
le Maine , le pais dont les Peuples s'aploient
Cenomani. On ne m'entendroit ni
dans l'Hiftoire ni dans la Carte , fi je me
fervois du nom de Cenomaniens , ou de
Septimans , ou de Cadurciens , & c.
J'en ai ufé à peu près de même pour les
moins des Villes ; je n'ai point mis LugduD'AOUS
T. 4-5
num pour dire Laon , qui s'appelloit du
tems de Clovis Lugdunum Clavatum , ni '
Durocori pour dire Reims , ni gaunum ,
pour la Ville de Saint-Maurice fur le Rhône
, ni Argentorat pour Strasbourg , &c.
Toute érudition qui embaraffe , au lieu de
faciliter la connoiffance des chofes , doir
être écartée de l'Hiftoire .
Si j'avois voulu me faire valoir ici par
cet endroit , je n'aurois eu qu'à me fervir
des deux premiers fegmens des Tables Peutengeriennes
, ils contiennent les Cartes de
la Gaule du bas Empire , & furent faits ,
felon quelques uns, cinquante ou foixante
ans avant Clovis ; mais , dis -je , j'aurois
apprehendé que mon Lecteur en les confultant
, ne dît fouvent à peu près comme le
Comique moderne cela est beau ; mais je ne
Lentends pas. Ce n'eſt pas fans raiſon que
je m'explique fur ce fujet.. La premiere
épreuve de ma Carte étant tombée entre
les mains de quelques perfonnes , elle en
fut critiquée , fur ce qu'elle avoit trop l'air.
d'une Carte de la Gaule Moderne. J'efpere,
que mes-raifons les fatisferont : elles prouvent
bien , ce me femble , que j'ai dû garder
le milieu que j'ai pris.
Cette Carte eft differente des modernes,
non feulement par fa divifion generale de
la Gaule en trois parties , fçavoir le Royaume
des Vifigots, le Royaume des Bourgui
46. LE MERCURE
gnons , & les Terres fujettes à l'Empire
Romain : mais encore , 1. Parce
qu'on n'y admet aucun de ces noms de
Provinces, beaucoup plus recents que Clovis
, comme la Picardie , la Normandie ,.
le Dauphiné , le Luxembourg , &c . 2. En
ce que les Provinces qui y confervent les
noms des anciens peuples , n'y font point
divifées les unes des autres par des points
comme dans les Cartes modernes , parce
qu'on ne fait pas , & qu'on ne peut pas.
fçavoir précisément quelles étoient alors
leurs bornes. 3. En ce qu'on n'y voit point
les noms de certaines Villes qui n'étoient
point au commencement de la Monarchie ,
comme Abbeville , Caen , &c. mais feulement
celles qui étoient alors. 4. En ce
que y ayant omis des Villes plus confiderables
, mais recentes , ou dont il n'eft point
parlé dans l'Hiftoire de Clovis ou de fes
fucceffeurs , on y a placé des lieux ou qui
ne font plus , ou qui font aujourd'hui peu
connus , & qu'on ne met gueres dans les
Cartes de France , qui doivent cependant'
être dans celle-ci , parce qu'on en parle dans
P'Hiftoire : Tels font Noify fur la Marne ,
Brenne fur la Vefte à quelques lieues de
Reims , & c. qui étoient des Maifons de
plaifance de nos premiers Rois., Par une
raifon femblable on a donné beaucoup
plus d'étendue à la Foreft d'Ardenne qu'elle
n'en a maintenant , & c..
D'AOUS T. 47
Contre la Meuſe & l'Efcaut j'y ai laiffé
Le nom des anciens Peuples qui y demeuroient,
appellez Arboriques.J'ai eu une raifon
particuliere d'en ufer ainfi , que l'on
concevra ailément , quand on lira le commencement
de l'Hiftoire de Clovis , & la
differtation que j'ai faite fur fon entrée dans
les Gaules .
Pour la Germanie au- delà du Rhin , qui
fait la frontiere de la Gaule de ce côté-là ,
je n'y ai marqué que les Peuples , par le
nom qu'ils portoient encore du temps de
Clovis , comme les Vicarnes , les Camares,
&c. Parce que les Hiftoriens parlant de ce
Païs-là , ne font gueres mention de Villes ,
fi ce n'eft de Difpargum qui eft nominé
chez Gregoire de Tours , encore faut- il en
deviner la fituation . On voit encore dans
le Supplément de Fortunat la Ville Capi →
tale de Thuringe , defolée par Thierri , fils
de Clovis , & Roy de la France Auſtrafienne
; mais on en ignore le nom. Enfin ,
pour faire cette Carte , on s'eft principa
lement fervi de l'ancienne notice des Gau
les , des foufcriptions des anciens Conciles
des Gaules , de Gregoire de Tours, de Pro
cope , de la nouvelle notice des Gaules
compofée par Adrien de Valois , &c.
48 LE MERCURE
A Arles ce 24 Juillet 1720 .
Copie d'une Lettre écrite à M. l'Abbé de
Camps , par M. le Marquis de Gravefon ..
Ay reçû , Monfieur , votre réponse à la
Monterer,
refutation du Pere Daniel , & je l'ai luë
avec plaifir. On voit par ces petits morceaux
de litterature , que rien ne vous est échapé
fur tout genre d'Hiftoire. Celle de France
que le Pere Daniel nous a donnée , & que
vous avez en raison de critiquer , a été regardée
comme un Ouvrage qui donne un
dementi à tous les anciens Hiftoriens qui
avoient écrit avant lui fur la même matiere.
On eft bien obligé , Monfieur , aux perfonnes
éclairées & Sçavantes comme vous , de
manifefter, avec autant de force & de pres
ves , la verité de certains faits que des Hiftoriens
, tant pour leurs interêts , que pour des
vues particulieres qu'ils ont , fe fervent de
toute leur eloquence pour les falfifier & les
tourner à leur avantage , fans confiderer.
qu'ils deshonorent PHiftoire de leur Patrie ,
qu'ils donnent atteinte à la liberté de leur
Eglife nationale , & à la naiſſance & l'an
torité de leurs Rois . Vous avez bien fait de
donner au Public vatre fçavante Diſſertation.
je vous remercie très- humblement de m'avoir
D'A OUS T. " 49
voir fait l'honneur de me la communiquer.
Je veux faire deffiner une petite figure de
bronze , qui est tombée depuis peu entre mes
mains , & trouvée dans notre terroir. Elle
reprefente une femme qui file , & a beaucoup
de reffemblance à l'effigie de la fille de
Titus que nous avons fur les medailles . J'ai
écrit quelque chofe là- deffus , que j'aurai
Phonneur de vous envoyer avec le deffein.
J'ai l'honneur d'être avec un très- refpectueux
Attachement ,
MONSIEUR,
Votre très - humble & très- obeiffant
ferviteur , AMAT DE GRAVAISÓN,
50 LE MERCURE
Que la dignité Imperiale a été
attachée à la Couronne de France
depuis Clovis,
Que les Rois de la premiere, feconde
& troifiéme Race ont pris le titre
d'Empereurs .
Et qu'il leur a été donné par leurs
Sujets , & par les Etrangers
.
&
Par Monfieur de Camps Abbé de Signy.
'Empire Romain a fini dans l'Occident
l'an 476 , lors de la prife
& de la dépofition d'Augufte
Momille par Odoacre Roi des
Herules. Depuis ce temps jufqu'à l'an 800,
c'est-à- dire pendant 3 24 années il ne s'eft
trouvé aucun Prince qui ait pris le titre
d'Empereur d'Occident : neanmoins l'on
voit que le titre d'Empereur a été pris par
les Rois des François , & qu'il leur a été
donné ; & que Clovis eft le premier Roi
de. France qui fe trouve qualifié Empereur.
La dignité Imperiale étoit attachée à la
Monarchie Françoife , & chaque Roi de
cette Monarchic étoit veritablement Emx
D'A OUS T.
pereur , & pouvoit en prendre le titre.
Voïons l'original de cette prerogative.
L'an du falut 508., Clovis Roi des
François étant à Tours , donna audience
aux Ambaffadeurs de l'Empereur Anaſtaſe ,
qui lui rendirent le Decret , par lequel
cet Empereur lui conferoit le Confulat (a)
ou l'affocioit à l'Empire .
Clovis le reçut & prit en même temps
les marques de cette dignité ; fçavoir , la
Robe & le manteau de pourpre , & la
Couronne , que les mêmes Ambaffadeurs
lui prefenterent , & depuis ce temps il fut
appellé Conful & Auguſte. ( b )
Je viens de dire que l'Empereur Anaftafe
conferant le Confulat à Clovis , l'avoit
affocié à l'Empire. J'en trouve des preuves
dans Gregoire de Tours , qui dit formellement
que depuis ce jour Clovis fut traité
de Conful & d'Augufte. Et ab eo die Conful
& Auguftus eft vocitatus . ( c )
Le titre d'Augufte étoit , comme tout le
monde fçait , refervé pour les feuls Empereurs
exclufivement à tous les autres Rois
& les autres Souverains de la terre.
( a ) Greg. de Tours , 1. 2. c. 38 .
( b ) Ibid.
( c ) Toutes les Editions de Gregoire de Tours
difent , & ab eo die Conful & Auguftus est vocitatus
; mais celle du P. Ruinard porte , ab es
die tanquam Conſul aut Auguſtus eft vocitatus.
E ij
LE MERCURE
Le P. le Cointe prouve par quantité.
d'exemples , que les Empereurs étoient du
temps d'Anaftafe les feuls Confuls , &
qu'ainfi lors que ce même Anaſtaſe a fait
Clovis Conful , il l'a en même temps affocié
à l'Empire , & ce même Auteur fait
voir fur l'autorité de quelques Hiftoriens
Grecs , que des Rois ayant été faits Confuls
par quelques Empereurs , s'étoient regardez
dans la fuite comme Empereurs ,
& avoient pris le titre d'Empereurs , & porté
tous les ornemens de la dignité Imperiale.
( a)
Du Cange prouve de même que la dignité
Imperiale & la Confulaire étoient infeparables
, & que Juftinien I. ordonna
dans fes Novelles que l'on ne conferéroit
plus le Confulat qu'aux Empereurs. ( b )
Je fçai que les Novelles font de l'an 541 ,
& par confequent trente-trois années après
que Clovis eut été declaré Conful par
Anaſtaſe ; mais cette Conſtitution de Juſtinien
ne nous fait connoître autre choſe ;
fion qu'il fit une Loy de ce qui étoit alors
une Coutume très bien établie.
Procope dit que cet Empereur ceda les
Gaules aux François , & que les Rois des
François avoient feuls avec les Empereurs
P.
( a ) Coint. Annal. ecclef. ad an. so8 . tit. 1.
254.
b ) Gloff. lat. Cang. t . I. p . 1189 & 1190.
D'A O UST.
le droit de battre de la monnoye d'or a
Feur coin ; privilege dont les Rois de Perfe
ne jouiffoient point , n'ayant que le droit
de faire battre de la monnoye d'argent &
de cuivre. ( a )
Ce temoignage de Procope , Auteur
grave & contemporain de Juftinièn , eſt
confiderable , & merite des reflexions.
Il eft fûr que Juftinien ne poffedoit aucune
terre dans les Gaules , elles étoient
alors entierement occupées par les François
, excepté un coin du Languedoc , qui
étoit poffedé par les Goths d'Efpagne.
Les François avoient conquis les Gaules
ou fur les derniers Empereurs d'Occident,
ou fur les Goths , ou fur les Bourguignons :
Qu'a pû donc ceder l'Empereur Anaftafe
aux François ? ce n'a pû être que la dignité
Imperiale fur les Gaules , c'est- à- dire qu'il
reconnut les Monarques François qui
regnoient alors , pour les fucceffeurs de
Clovis leur pere à la dignité Imperiale ,
pour les collegues à l'Empire , & pour les
égaux.
Une preuve conftante de cette égalité
fe tire du Privilege dont ils étoient en
poffeffion de battre de la monnoye d'or à
leur coin , de même que les Empereurs :
Privilege enfin qui ne leur étoit commun
qu'avec les Empereurs ; le Roi de Perfe
( a ) .Procop. de bello Gothico , 1. c. p..
Eiij
34 LE MERCURE
même ne l'ayant pas , comme Procope le
remarque ; cependant le Roi de Perfe étoit
alors un des plus puiffans Rois de la terre
& l'ennemi le plus terrible des Empereurs.
Sur ces raifons de fait , j'en reviens au
fentiment du P. le Cointe , qui eſt que
Clovis fut affocié à l'Empire par Anaſtaſe ,
& j'ajoute que cette affociation fut renouvellée
par Juftinien en faveur des fils &
des fucceffeurs de Clovis à la Monarchie
Françoife ; & qu'enfin cette dignité Imperiale
n'a point été jufqu'à prefent détachée
de la Couronne de France.
Je fçai que de Valois ( a ) a été d'un fentiment
contraire , & qu'il a foutenu que Clovis
recevant le Confulat avoit feulement
été fait Patrice , je fçai auffi que le Pere
Daniel a fuivi ce fentiment dans fon Hiftoire
de Clovis , col. 48 & 49. De Valois
allegue à ce fujet l'exemple de S. Sigifmond
, Roy de Bourgogne , ( b) & celui de
Theodoric , Roy des Oftrogots . Il rapporte
auffi des exemples de quelques Grands Seigneurs
de l'Empire , & même de quelques
vaffaux de la Couronne de France qui ont
eu le titre de Confuls ou de Confulaires ,
quoiqu'ils ne fuffent que Patrices.
Il eft vrai que Theodoric & Sigifmond ,
( a ) Valef. rer . Franc. 1. 6. t. 1 .
jor .
P. 300. &
(b ) S. Aviti Vienn. epifc . epift. 1 .. 7 .
D'AOUS T. 55
& plufieurs autres Princes ont été faits Patrices
; mais l'Hiftoire dit feulement qu'ils.
furent faits Patrices , & elle ne nous apprend
point qu'ils ayent cté faits Confuls,
Il n'en eft pas de même de Cloyis , elle nous
dit qu'il fut déclaré Conful , & elle ne parle
point de ce prétendu Patriciat ; auffi ne l'a-
Fil pas eu. Quant aux Seigneurs qui ont
été traitez de Confuls , quoiqu'ils ne fuffent
que Patrices , de Valois devoit fe fouvenir
que les Patrices de France n'étoient en aucune
maniere differens des Comtes établis
dans des Provinces : ce qui paroît par leurs
fonctions. Elles font énoncées dans la huitiéme
formule de Marculphe qui étoit commune
pour. le Duché ou Gouvernement ,
& pour le Patriciat : & rien n'a été plus
commun dans la Monarchie Françoife que
de defigner les Comtes fous le nom de Confuls..
Quant aux exemples que de Valois (a ) tire
duContinuateur de Fredegaite(6 ) & d'Eginhard
, ils ne font pas affez decififs pour étáblir
fon fifteme & celui du P. Daniel , parce
que ces exemples ne font point du teinps
de Clovis , mais de plus de deux fiecles
aprés. D'ailleurs le Pape offrit à Charles
Martel le Confulat Romain. Il n'eft pas
tout-à-fait hors de croyance que ce Pape ne
( a ) Valef. rer. Franc. t. I. p. 300. & 301 .
(b ) Fred. c. 110.
E iiij
36 LE MERCURE
lui offrit en même temps la Couronne Im
periale , comme un de fes fucceffeurs l'offrit
& la donna à Charlemagne.
Quant à ce que dit de Valois , que le
Pape Adrien I. pria en 774. le Roy Charlemagne
de prendre la longue Robe & le
Manteau de Pourpre , & une Chauffure
Romaine , & qu'il en infere que c'eſt une
preuve que Charlemagne , qui n'étoit que
Patrice , ayant neanmoins le même habit
dont Gregoire de Tours nous apprend que
Clovis fe para , il en faut conclure que
Clovis ayant été déclaré Conful , ce Confulat
qui lui fut deferé n'étoit qu'un Praticiat
, tel que celui de Charlemagne , &
rien de plus.
Je fuis perfuadé que de Valois étoir
trop habile pour n'avoir pas changé de fentiment
, s'il avoit lu une Lettre du même
Pape Adrien I. écrite à Charlemagne deux
années auparavant , c'eſt-à-dire , en 771 ,
ou 772 , dans laquelle Sa Sainteté traite ce
Monarque d'Empereur, ( a ) & s'il avoit obfervé
que Charlemagne lui-même qualifie
fes Etats d'Empire dans une Lettre qu'il
écrivit à Offa Roi des Merciens en 774 , (b)
c'eſt - à -dire , la même année que le Pape
Adrien pria Charlemagne de fe revêtir de
la Tunique & de la Robe de Pourpre , &

( a ) Chen. fcript . Franc . t. 3. p . 767 .
(b) Baluz. Capitul . Reg. Franc, t. 1. p . 194.
D'A O UST. 57
de chauffer des fouliers à la Romaine ; cependant
il eft fur que Charlemagne ne reçut
la Couronne Imperiale d'Occident que
vingt-fix ans aprés , c'eft- à-dire , l'an 800.
il én faut donc conclure qué fi un ſi habile
homme, qui étoit le Pape Adrien I , traite
Charlemagne d'Empereur ; fi Charlemagne
a le même titre dans une cronique ancien
ne , dès l'an 7723 ti Charlemagne donne
lui-même le titre d'Empire à fes Etats , il
faloit que l'on fut bien convaincu qu'il étoit
Empereur de fait , & que la dignité Imperiale
étoit attachée à la Couronne deFrance,
qu'il avoit heritée des Rois fes Prédeceffeurs
& de fes Ancêtres, vingt - neuf ans'avant
qu'il ait été couronné Empereurd'Occident.
H - paroît par ces mêmes preuves quo
P'Empereur Anaſtaſe conferant le Confulat
à Clovis Roy des François , l'affocia en mê
me temps à l'Empire ; auffi le même Clovis
eft-il le premier de nos Rois qui eft qua
lifié Empereur. Walterus lui en donne le
titre dans la vie qu'il a écrite de S. Frodillin.
Les defcendans de Clovis ont pris &
reçû le même titre.
Nous avons une monnoye d'or de Theodebert
Roy d'Auftrafie ( 4) , dans laquelle ce
Monarque eft reprefenté vêtu à la Romai→
( a ) Bouterouë , monnoyes de France , p . 230 .
Cang, differt. 13. fur l'Hift . de S. Louis . p . 179.
58
LE MERCURE
,
ne , & tenant un Boucl er de fa gauche fur
lequel paroît un Cavalier armé il tient
de l'autre main un javelot , & a la tête couverte
d'un bonnet furmonté d'une aigrette,
& orné de perles.
Du Cange dit ( a ) que ce bonnet eft le diadême
des Empereurs d'Orient ; mais il fait
voir en même temps qu'il étoit commun
à d'autres Rois , & je me fouviens d'avoir
vu une Estampe de Charlemagne qui paroît
avec un bonnet affez ſemblable . C'eft
une ancienne Mofaïque que les Bollandiftes
ont fait graver & rapporter dans leur Propileum
du mois de May , & qu'ils croyent
avoir été faite vers l'an 776 , c'est- à-dire ,
vingt- quatre années avant que ce Monarque
reçût du Pape la Couronne Imperiale
d'Occident. Au tour de la tête de Theodebert
on lit cette Infcription D. N. THEO
DEBERTUS VICTOR , & au revers eft une
Victoire renant en la main droite une lon
gue Croix avec ces caractères Victoria Augufti
, au- deffous de la figure eft le Conob
qui fe rencontre en la plupart des Medailles
du bas Empire . On voit aux côtés de
cette Victoire ces deux Lettres R. E. Je
crois que c'est une faute du Graveur , &
qu'il faut R.-F. REX FRANCORUM .
Du Cange croit (b) que comme ces mon-
(a ) Differt. 24. fur l'Hift. de S. Louis , p. 291 .
(b ) Cang, differt . 13. fur l'Hift. de S.Louis ,
279.
D'AOUST.
59
noies font conformes aux Medailles de
Juftinien , l'on pourroit avancer avec beaucoup
de fondement , que Theodebert ayant
fait des Traitez d'alliance avec Juftinien ,
& ayant été adopté par cet Empereur , voulut
lui marquer fa reconnoiffance , faifant
fraper des monnoyes entierement femblables
à celles de cet Empereur. Je paffe tout .
ce que ce favant homme avance pour prouver
ces Traitez d'alliance , & je ne puis
m'empêcher d'avouer que je ne fuis point
de ce fentiment , parce que le Roi Theodebert
prend ici la qualité de Vainqueur ;
& je ne connois aucune victoire qu'il ait
remportée , avant celle qu'il remporta fur
le même Juftinien. Il devint ennemi de cet
Empereur , parce que ce même Empereur
prenoit dans les titres , celui de Vainqueur
des François , des Allemans , des Gepides
& des Lombards , comme s'il avoit vaincu
toutes ces nations. Ce fut pour punir cette
vanité, que Theodebert entra en Italie à las
tête de cent mille hommes, conquit toutela
Côte de Genes , le Milanez & le Piedmont,
& quelques autres pays , puis il revint dans
fon Royaume chargé de gloire & de butin ,
& laiffa en Italie une armée fous la conduite
du General Butillin , qui pouffa les
frontieres de la Monarchie Françoife jufqu'au
fonds de la Sicile. Ce ne peut être
que pendant ou après le tems de ces victoi
50 MERCURE LE
- res , que Theodebert a fait battre les monnoies
d'or que je viens de décrire . Ainfi ce
n'a point été par complaifance pour l'Empereur
, dont il étoit alors ennemi juré ,
qu'il a pris le titre d'Augufte , & qu'il s'eft
fait reprefenter avec les mêmes ornemens
qui paroiffent dans les monnoies de ce même
Empereur , comme du Cange l'avance :
mais ç'a été pour faire voir à toute la terre
qu'il étoit Empereur de même que Juſtinien
, & qu'il ne lui étoit inferieur en rien.
Clovis II. Roi de Neuftrie & de Bourgogne
, a porté le titre d'Empereur & d'Au
gufte. J'en trouve une Charte qu'il a donnée
la troifiéme année de fon Regne , en faveur
de l'Abbaye de l'Iflebarbe , conçue & datée
en ces termes : (a ) In nomine Dei ætérni ,
Salvaoris noftri Jefu Chrifti , Clodovans ,
divinâ ordinante Providentiâ , Imperator
Auguftus : neceffarium quidem & congruum
effe videtur ..... Facta Notitia ifta 5. Cal!
Martii, anno 3. regnante Clodovao Imperatore
dulciffimo. A&um Monte Lauduno ,
præfente populo.
Chilperic II . fon petitfils eft auffi quali
fié Empereur dans les Actes de S. Odilie.
Enfin , il me feroit aifé de faire voir que
depuis le grand Clovis , tous les Rois prédeceffeurs
de Charlemagne avoient été
Empereurs des Gaules & d'Occident , &-
(a) Maz. de l'lfiebarbe , 1.1 . p. 35
D'A OUST. 61
reconnus pour tels ; mais ne voulant pas
entrer dans une difcuffion qui feroit trèslongue
, je me contente d'avertir le lecteur
qu'il peut voir à ce fujet les Annales du P.
le Cointe fous l'an 508. N° 37. fous l'an
638. N. 8. le P. Boucher de la Compagnie
de Jefus , dans fon Belgium Romanum , Liv.
20. cap. 19. le Gloffaire Latin de du Cange
fous les mots Conful & Imperator , l'Edit de
Clotaire II. pour la confirmation des Canons
du Concile tenu à Paris en 615 , la
Vie de S. Martin Abbé de Vertou Dioceſe
de Nantes , le fecond livre de l'Histoire
d'Agathias , les Hiftoires des Tranſlations
de S. Vanne & de S. Arfacius , & quantité
d'autres Hiftoriens ou Auteurs des Vies des
Saints, qui ont écrit fous la premiere &
feconde . Race de nos Rois ce qui s'étoit
paffé fous la premiere , & qui ont donné le
titre d'Empereur aux Rois predeceffeurs de
Charlemagne depuis le grand Clovis .
Pepin le Bref ale même titre dans les Actes
de S. Solle , écrits par un Abbé du neuviéme
Siecle , & dans un de fes Seaux qui
fe trouve dans l'Abbaye de S. Maximin de
Treves , que j'ai eu entre les mains.
Charlemagne n'étoit qualifié Empereur
& regardé comme Empereur que de même
que les autres Rois fes predeceffeurs . J'ai
déja remarqué que le Pape Adrien 1. tui
donne le titre d'Empereur dans une Lettre
62 LE MERCURE
qu'il lui écrivit en 771. ou 772. que le
même titre lui eft donné dans la Chronique
de Lauresheim , & que ce Monarque
donnoit lui- même le titre d'Empire à fes
Etats dès l'an 774. Or fi Charlemagne eft
qualifié Empereur , & traite lui-même fes
Etats d'Empire , vingt-fix , & même vingtneuf
années avant que d'être acclamé &
couronné Empereur d'Occident par les Romains
, il faut conclure qu'il ne devoit le
titre d'Empereur qu'à la Couronne de France
qu'il avoit heritée de fes ancêtres.
Tous ces exemples prouvent demonftrativement
que la dignité Imperiale étoit atchée
à la Couronne de France depuis Clovis
, & par confequent 592 années avant
que Charlemagne fut acclamé & couronné
Empereur par les Romains l'an 800. Et ainfi
avant que ( felon l'erreur populaire ) l’Ėmpire
eut été renouvellé dans l'Occident en
la perfonne du même Charlemagne.
Les Romains couronnerent Charlemagne
l'an 800. Il n'aquit rien de nouveau par
ce Couronnement ; fon domaine & fon
autorité n'en deyinrent pas plus confiderables
.
Neanmoins la dignité Imperiale que Clovis
avoit attachée à la Monarchie Françoife,
n'en fut pas pour cela demembrée , & nous
voyons que ceux des defcendans & des fucceffeurs
de ce Prince , qui ne portoient
D'A O UST. 63
point la Couronne Imperiale d'Occident ,
ne laifferent pas de prendre le titre d'Empereurs
, & d'être traitez comme empereurs.
Charles le Chauve a porté le titre d'Empereur
auffitôt que celui de Roi. Il eft qualifié
Empereur des François & des Aquitains
dans une Charte du Cartulaire de Beaulieu.
Il eft auffi qualifié Augufte par les Peres du
Concile de Bonneuil tenu en 855 .
C'est donc mal à propos que le Religieux
Benedictin , qui a donné au Public le Martyrologe
d'Ufuard , & duquel les Auteurs
du Journal des Sçavans du lundi 23 Janvier
1719 , ont donné Pextrait , dit que
Charles le Chauve n'a été couronné Empereur
qu'en 875 , & qu'il n'étoit encore que
Roy, lorfqu'Ufuard . lui a dedié fon Martyrologe
, puifqu'il ne lui donne que le titre
de Roy dans fon Epître dedicatoire ; & que
d'ailleurs il ne fe trouve aucun manufcrit
dans lequel Charles le Chauve foit qualifié
Empereur , avant l'an 875 ,.qu'il fut couronné
.
Louis le Germanique , l'un des Monarques
François , & qui n'a jamais porté la
Couronne Imperiale , eft qualifié Empereur
dans une ancienne Chronique , par la feule
raifon qu'il poffedoit une partie de la Monarchie
Françoife.
Non feulement les Rois de la Monarchie
64
LE
MERCURE
Françoife étoient qualifiez Empereurs par
la feule raifon qu'ilsrenoient partie de certe
Monarchie ; mais le titre d'Empereur étoit
tellement attaché à la Couronne de France ,
que les Adminiftrateurs des Royaumes de
cette même Monarchie , pendant les minoritez
des Rois pupilles , étoient non feulement
qualifiez Rois par un ufage trescommun
en ce tems-là , mais ils prenoient
auſſi le titre d'Empereurs , de même
que les Rois proprietaires . Nous en
avons des exemples dans les perſonnes
d'Eudes & de Raoul , feuls Regens & Adminiftrateurs
de la Courone de France qui
ayent porté le titre de Rois.
Eudes , Roi Regent & Adminiſtrateur de
la Couronne de France , pendant la minorité
de Charles le Simple , eft qualifié de Tresglorieux
& de Catholique Empereur dans
une Lettre que le Pape Etienne écrivit aux
Comtes de Barcelonne , & dans laquelle il
leur marque qu'il s'eft rendu à Troyes fur
les ordres qu'il en a reçus du même Eudes.
Le même Eudes eft auffi qualifié Empereur
dans quelques Chartes rapportées par
M. de Marca dans les preuves de fon Hiftoire
de la Marche d'Espagne.
Raoul , Roi Regent & Adminiftrateur
de la Couronne de France, pendant la prifon
du même Charles le Simple , fe donne
le titre d'Invincible , de Pieux & de toujours
Augufte
D'AOUS T. 65
Augufte , titres qui n'étoient pris que par
les Empereurs.
Hugues Capet Roi de France datoit in~
differemment les Chartes & fes Diplomes
des années de fon Regne ou de fon Empire.
Nous avons quatre de ces Chartes
dattées des années de fon Empire .
La premiere pour l'Abbaye de S. Pierre
de Melun accordée à la priere de Sevin
Archevêque de Sens ; elle eft datée en cette
maniere ,
(a) A&um Compendio , anno Incarnationis
Dominica 991 , Data 17. Kalendarum
Octobris , anno quinto IMPERII Hugonis
Regis , & Roberti filii ejus anno quarto.
La feconde eft pour l'Abbaye de faint
Pierre in Monte Rhodas dattée de la même
année , en la même forme , & de la même
maniere que celle que je viens de rapporter.
Dans la troifiéme , donnée en 990. pour
l'Hôpital de Poiffy , Hugues Capet dit (b)
qu'il tient le fceptre de l'Empire des Franfois
; IMPERII FRANCORUM fceptris pofi-·
tus; & à la foufcription il eft traité de
Sereniffime d'Augufte , HUGONIS SERENISSIMI
AUGUSTI .
4
Il fit auffi quelques donations à l'Abbaye
de S. Mêmin par une Charte de l'an
987.à condition que les Religieux de cette
(a ) Gall . Chrift à S. Marth. t . 1. p . 718. col...
( ) Morin , Hift, du Hurepoix p. 207.
Fr
66 LE MERCURE
Abbaye prieront Dieu pour la profperité
de fon EMPIRE , ac ftatu IMPERI¡ noftri . ( a )
Je paffe les autres exemples , & je viens
au Roi Robert fon fils & fon fucceffeur
qui eft auffi qualifié Empereur en divers
endroits (b).
y
Louis le Gros eft auffi qualifié Empereur
par plufieurs Auteurs (c).
Louis VII fon fils & fon fucceffeur a qualifié
fon Royaume d'EMPIRE , & a porté
& pris le titre d'EMPEREUR AUGUSTE DES
FRANÇOIS.
Ce premier fait eft juftifié par une Charte
de ce Monarque de l'an 1143 , en faveur
de S. Martin des Champs , tirée du Cartulaire
de ce Monaftere , & rapportée dans les
preuves de l'Hift. de Montmorenci , p . 43 .
Et le tecond fait eft tiré d'une Charte
de ce même Monaftere , du 8 Fevrier de
l'an 1155 donnée à Maguelonne , en fa--
veur de Raimond Evêque de l'Eglife du
même nom , dans laquelle on trouve ces
termes ,
(d) Ludovicus , Dei ordinante Providentiâ,
(a ) Dubouch Preuv . de l'orig. de la Maifon de
France , p. 330.
(b) Helgaud in Vita Robert. apud Chen , t. 4.
P. 67 .
Marten . part. 2. p . 6:
(c) Glab. Vita Carol . Com. Fland. n . 84.
Suger Libell.de Adminift . fua .
14) Gall, Chriſt . 5. 3. p. 571. col. 1.
D'AOUST. 67
FRANCORUM IMPERATOR AUGUSTUS .
Philippe le Bel a pris auffi le titre d'Empereur
; & le même titre lui a été donné
I'Empereur Albert de la Maifon d'Autriche.
par
Enfin l'on a donné dans le dernier fiecle:
à nos Rois le Titre d'Empereur. On l'a
gravé fur des Monumens qui doivent durer
autant que le monde ; & il n'y a perfonne
qui ne fçache qu'avant la Paix de
Carlowitz , nos Rois font les feuls Princes
de l'Europe qui ayent été reconnus &
traitez d'Empereurs , comme ils le font
encore maintenant à la Porte du Grand
Seigneur , par les Rois de la Chine , de
Siam , de Perfe , & d'autres grands Rois ,
qui font les Maiftres de l'Afie & de l'Afrique..
Fij
68 LE MERCURE
L'OPERA.
OD E.
P'Ere des Jeux , Dieu des ſpectacles „
Soutiens , anime mes tranſports ;
Sans toi , pour chanter tes miracles ;
Que pourroient mes foibles accords .
Sur nous tu fais marcher les nuës ;
Au gré de tes voeux tu remues
Le Ciel , la Terre , les Enfers.
Les Immortels , fans doute , eux -mêmes
Ont remis en tes mains fuprêmes ,
Tous les refforts de l'Univers .
Le voile au fon qu'Orphée enfante ,
Difparoît à mes yeux furpris.
Ton fanctuaire fe prefente. a
Dieux que d'objets m'y font froduits 3
D'inimitables perspectives
Ornent des Scènes fugitives.
by vois bien tot d'arbres épais .
Me trompé je , fuis-je en délire :
Ton élève aufon de fa lire ,
Fait- ilfuivre encor les forêts ?
a Ouver.
ture.
b Change
ment de
Scène.
c Oui, toutfuit. Au bruit des cafcades, Cette
1 Que forment de coulans ruiſſeaux ,
Déja de timides Naïades ,
décoration
fe voit dans
fis & dans
Armide,
D'AOUST.
Se jouent dans le fein des eaux.
Mais les Naindes diſparoiſſent ;
Tout à coup en leur place croiffent
a Des bofquets , de vaftes jardins.
Flore y fuit l'amoureux Zéphire :
Moi-même , comme eux , j'y reſpire
Les amours dont ces lieuxfontpleins.
b Tantôt fortis des noirs abîmes ,
Des Rois fiers , des monts fourcilleux ,
Cachent leurs orgüeilleufes cimes ;.
Sous le lambris même des Cieux.
c Tantôt des Temples magnifiques ,
Des Palais aux riants portiques ,
S'élevent par l'art imitez.
d Men oeil curieux les dévore ;
Il les admire , & cherche encore-
La main qui les a tranſplantez.
e Lieux écartez ,fombres retraites ,
Azile cher au tendre amour ,
Deferts affreux ,forêts difcrètes,
-Vousparoiffez à votre tour.
Tendre Io , déplorable Armide ,
Dans leurfein votre amourtimide ,
f Dérobe à mes yeux fes douleurs.
Quel fruis d'une contrainte extrême !
Dans ces lieux échos de vous- même;
<
Jardins
d'Hébé, de
Cèrés, & de
Flore, & c.
bLefpect
tacle des
rochers pa
roit dans
Bellerophố,
dans Atis ,
& Galathée.
‹ Temple
d'Apollon
d'lfis & dur
Deflin, & c.
d Palais
de Cérès de .
Céphée ,
d'Apollon
& d'Armide
e Les fo
rêts parois.
fent dans
Amadis , &
Rolland ; &
les deferts
dans Proferpine,
Armide,
Thetis
& Pelée ,
f Monologues
d'lo &
d'Arnide,
70* LE MERCURE
Vous m'apprenez tous, vos malheurs ."
Que vois-je? le Tenare s'ouvre.
Je tombe en l'éternelle nuit:
a Les End
fers tels
qu'ils font
dansalcefte
Lé Stix à mes yeux ſe découvre , -
Grands Dieux , où m'avez- vous conduit ?
a Alcide y sème l'épouvante ,
Il ramène Alceste vivante ,
Des bords qu'on paſſe fans retour.
Intrepide , aux yeux de Cerbère ,
Fy ris du Nocher mercenaire ,
Et crois le franchir àmon cour.
C'en eft fait , des clartez foudaines
Diffipent les Manes épars.
Cieux , fur ces renaiffantes Scènes ,
Vous vous ouvrez de toutes parts.
b Aufein d'une brillante nuë ,
Cybelle à mesyeux defcenduë ,
D'Atis va tenter les foupirs.
c Les Dieux de nous -même idolatres ,
D'un vol promptfendent nos Théatres , ·
Pourfe prêter à nos plaifirs.
Mais , o Ciel ! quels monftres fauvages
d L'Enfer a vomifur ces bords !
Leurfoufle infecte au loin les plages ;
Leurs regards lancent mille morts.
b Defcente
de Cybelle .
Vols des
Dieux.
d La Chi
mère & le
Monftre
d'Andro
amède,
D'AOUST.- 7
Accourez , Enfans de Bellone ;:
a Delafrayeur qui les étonne ,
Sauvez mes timides efprits.
Du moins de leurs gueules béantes ,
>
Arrachezvospâles Amantes
L'Amour de vos foins eſt le prix.
,
On m'écoute , la Scène change :
Je me trouve au milieu desflots. ·
Que vois je ? quel affreux mélange
D'éclairs , de mats de Matelots!
b Lejourfuit: le nuage crève ;
La Mer jusques au Ciel s'élève .
Tous les vents fiflènt dans les airs..
Ciel, pour engloutir un volage ,
Veux - tu dans le même´ naufrager
Enfevelir tout l'univers,
Le vent ceffe ; le Ciel fe dore
De mille riantes couleurs .
Aux yeux
CVous renaiffez , aimables fleurs.
Le Zéphir la fuit de fon aile.
Déja je vois fuir devant elle
La nuit aulugubre appareil.
Lesris , lesjeux qu'elle ramène ,
& Mieux que les tranſports
de Climène ,
M'annoncent
un nouveau
Soleil.
de la brillante Aurore ,
a Perfée ,
Bellero
phon
Tempête
d'Alcione ,
d'Héfione
& d'Alcefte
€ Naiffance
du Jour
dans
Phaeton.
d Climène
invite tousces
Peuples
72 LE MERCURE
Mais quelleflamme vagabonde ,
Quelle ardeur pénètre en tous lieux ?
L'air pálit , le tonnerre gronde ,
Lafoudre éclate dans les Cieux.
2 Tupéris , jeune téméraire ;·
Tes Courfiers , du haut de leur fphère,
Se précipitent éperdus.
Dans ta chute , tu nous entraînes ,"
Arrête : mais, ô plaintes vaines !
La foudre tombe , tu n'ès plus.
Pourfui , puißant Dieu de la Lire
Pourfui , ces doux enchantemens ,
Erens à jamais leur empire
Sur nos ennuis , fur nos momens.
Par d'éblouiffantes merveilles ,
Tu charmes les yeux , les oreilles ,
Des chagrins tu fufpens le cours.
Calme celui qui me dévore ;
Daigne du moins m'apprendre encore
L'art qui nous fait de fi beaux jours.
à chanter
la gloire de
fon fils.
• Chûte
de Phaeton
VERRE.
LE
POEME.
Mus E, raconte moi quel Art , quelle puiſ
face
Aus
D'AOUST .
71
+
Au Verre queje chante a donné la naiſſance.
Sans doute , oujem'abufe , il eftfauxqu'un tel Ar
Soit le fruit imprévu d'un aveugle hazard,
Le Dieu dont le pouvoir met les rochers en poudre
A vivrefans honneur ne pouvantſe refondre,
Et montrant aux Humains fes miracles divers ,
Voulut d'un nouvel être embellir l'Univers.
>
Grands Dieux dit - il un jour , cédant à ſa
colère ,
S'il eft vrai que Vulcain ait Jupiter pour Pére ;
D'où vient qu'abandonné , fans Temple & fans
Autels ,
Je nefuis regardé que comme un des Mortels,
Précipité des Cieux , détesté ſur la Terre ,
Je ne fçais aujourd'hui que forger un tonnerre,
Jefais pendant l'hiver les flèches de l'Amour :
L'Eté , mon Pére &Mars m'occupent tour à tour.
Au gré de mes défirs , quand pourrai -je, tranquille ,
A l'Univers furpris rendre mon Art utile ?
Hé quoi ! n'est - ce qu'au mal qu'il fit au genre humain
Que la Pofterité doit connoitre Vulcain
• Non;je veux qu'à l'aspect du plusparfait ouvrage,
Tout le monde applaudiſſe , & m'offre ſon hommage.
Il dit ; & dans l'inftant , dans un vaftefourneau ,
Il jette avec prudence un mélange nouveau .
Par l'action du feu , que le Cyclope guide ,
La matière bien-tôt n'eft plus qu'un tout liquide.
· G
74 LE MERCURE
Parfes ordres le Dieu voyant tout preparé ,
Etoit pour commencer dans fesforges rentré ;
Lors qu'envoyé duCiel par le Dieu des alarmes ,
Le Meffager des Dieux lui demanda des armes.
Laiffe- moi refpirer , dit Vulcain enfureur ,
Etfois de mon travail le prémier ſpectateur. ·
Mercure l'obfervoit : ilfit en fa prefence ,
Pour la prémiére fois , l'effai defa puissance.
Unsouffle créateur enfante les objets .
Mais de ce nouvel Art admirables effets !
En tables , en vaisseaux le Verre fefaçonne ;
Prend letour , la couleur que l'Artiſan lui donne.
Mercure fatisfait , s'envole dans les Cieux ;
Et de ce qu'il a vú court inftruire les Dieux.
Pour être plus certain de ce qu'il vient d'entendre .
Dans les antres d'Ethna chaque Dieu vaſe rendre.
Par un Art étranger façonné de nouveau ,
L'ouvrage aux autres Dieux paroît encor plus beau.
Ses rayons font coupez ; l'industrieufe Oprique
Groffit , éloigne , approche augré d'un Art magique
a Silène voit tomber le voile ténèbreux
Qui déroboit jadis les objets àfes yeux.
a Les Lunètes.
q Vranie , auſſi - tôt par de nouvelles b Telef
routes ,
cope.
Sembleſe tranſporterjuſqu'aux céleſtes voûtes.
c L'exacte Botanique obferve tous les Mycrof
cope .
corps ;
DAOUS T.
75

Découvre leur vertu , leurs formes , leurs refforts :
a Dans un verre plus grand Iris fe repré- a Le Priffente,
mea
↳ Vénus dans celui là fe trouve plus, b Le Mi
charmante :
roir.
Une autre , d'Apollon attirant les regards ,
c Alloitjetter foudain le feu de toutes c Le Miroir
parts s
ardent.
Lorsque Vulcain , joyeux deson nouvel ouvrage ,
Aux Dieux , qui l'écoutoient , en enſeigna l'uſage.
Les Mortels dans la fuite apprenans les fecrèts ,
Font dans ce nouvel Art de rapides progrès.
Les Belles de Vénus fuivent bien- toe l'exemple :
Dans un Miroir chacune à l'envi ſe contemple ;
Voit ce qu'on lui cacha , montre , ouſçait colorer
Tout ce que fon Docteur n'a pû que lui montrer.
Celui qui par les ans ſent ſa vûë affoiblie .
Celui qui fuit les loix que lui dite Vranie ,
Chacun differemment fait hommage à Vulcain ,
Qui par-làfçut fe rendre utile au genre humain.
D
ELEGI E.
APHNE' , tu n'as connu l'Amour que par
fes charmes ,
Vois quel eftfon pouvoir dans mes tendres alarmes,
Apprens mon triftefort ; &fenfible à mes pleurs ',
Gij
7.5
LE MERCURE
ཟེེ ༔
Viens m'aider à fléchir l'ingrat pour qui je meurs .
Fe vivois fans défirs , & jeune , & fans malice ,
Des Bergers dans nos bois j'ignorois l'artifice ;
Le coeurlibre , avec eux je gardois mes brebis :
Je peignois leur toifon , j'enfilois mes habits.
Le foin de mon troupeau , mon chien , ma panetière,
Mes laitages , mes fruits m'occupoient toute entière.
F'affiftois par coutume aux Fêtes des hameaux
A nos jeuxfolemnels , aux concerts les plus beaux 5
Sur les gazons fleuris & les vertes fougères ,
Je voyois cent Bergers auprès de cent Bergères,
Aufon des chalumeaux célébrer leurs appas ;
F'étois la feule encor , que l'on ne chantoitpas.
in jour. Quel jourfatal ! Le trop ruſé Silvandre ,
Mitmon nom leprémier dans un air doux& tendre,
Et fit , non loin de moi , répéter fa chanson
Aux Echos affemblez dans le fond d'un valon.
Le foir , en retirant mon troupeau du pacage ,
J'entendis fa chanſon du préjuſqu'au village;
Je l'entendis encore , avant que fur mes yeux
Lefommeil eût verfé fes pavots gracieux.
Son beau chant m'éveilla dès l'Aurore vermeille.
Hélas ! je lui prétai trop aisément l'oreille ;
Mais quel autre à ma place auroit pú l'éviter ?
Pan même eût pris plaifir de l'entendre chanter.
Toujours plus attentif, complaifant , fans caprices ,
Silvandre merendoit mille petits fervices ; .
Il me prêtoitfon bras pour monter les côteaux
DA O UST. 7*
y
M'enfeignait à dreffer des piéges aux oiſeaux ,
Et par cent traits divers de fon adreſſe extrême ,
A mon coeur innocent il en dreſſoit lui -même .
il partageoit mes foins , ilfuivoit tous mes pas :
Atoute heure , en tous lieux , il vantoit mes appas .
F'accoutumai bien-tôt mes regards àſa vûë :
De fon air tendre & doux mon amefut émûë ;
Ce Berger chaquejour y portoit quelque trait ;
Ily mit , le dirai-je ? un defordre fecret.
Je ne me connus plus ; & dans ce trouble extrême
Jefentis que j'aimois ,fans fçavoir comme on aime,
Mes yeux qu'il vit par tout fur lui feul s'attacher
Lui dirent unfecret qu'ils ne pouvoient cacher ;
Et du berger charmant , & déja fûr de plaire,
Les ardeurs prévenoient les voeu de la Bergére.
Que defoins redoublez , de mouvemens flateurs ,
De transports renaiffans , de difcours enchanteurs!
Ses regards pleins defeu , fa douceur &ſa grace ,
Qu'en mon efprit encor nuit & jourje repaſſe ,
Ne parloient que d'Amour & n'inſpiroient qu'Amour
:
Tout l'affûroit en moi du plus tendre retour ;
Et toûjours à lui plaire appliquée , attentive ,
Sa tendreffe rendoit ma tendreſſe plus vive.
Ainfi mon jeune coeur flaté d'un doux espoir ,
Voloit à fon vainqueurfans craindrefon pouvoir.
Que craindre de l'Amour près d'un Berger qu'on
aime,
G iij
78 MERCURE LE
Que l'Amour de fes traits prend ſoin d'armer luimême
?
On nous voyoit aux champs , dans les bois rous lès
jours,
Nous fuivre ou nous chercher , & nous trouver
toujours.
D'un bonheur plus conftant la flateuſe apparence
Sans ceffe m'animoit à la persévérance."
>
Contente defentir mes defirs innocens
J'abandonnois mon ame à fes traits féduifans.
Rien n'ofoit traverser nos amours mutuelles :
Je ne penfois jamais qu'il enfût d'infidéles .
Quelle étoit ma foibleffe & mon aveuglement !
Ciel! devois-je compter fur la foi d'un
Silvandre pour Doris , hélas ! n'eſt plus Silvandre ;
Je ne vois plus en lui cet air fi doux , fi tendre,
Ces foins toûjours nouveaux , ces feux , ces vifs
transports ;
Doris n'eft plus l'objet deſes charmans accords.
Lui qui cent fois aux bords de cette eau claire &
nette
Emut mon tendre coeur dufon de fa musète ,
Qui , pourfuivre mes pás , a laiſſé tant de fois
Son troupeau lon de lui , s'égarer dans les bois ,
Craint de perdre un Agneau , cherche dans la
prairie .
Quelque herbefalutaire à fa brebis chérie ;
Oupare fa boulette , ou careffe fon chien ;
Il dédaigne ſouvent les careffes du mien.
D'A OUST.
79
Ni la nuit ni lejour ne mefait plus entendre
Les accens de fa voix fi touchante , fi tendre ;
Et tandis qu'à mes jeux il foigne fon troupeau ,
Sa musète eft oifive & pend à quelque ormeau.
Hélas ! quel changement ! quoi ! cette ardeur fi
belle ,
Quifembloit en naiſſant devoir être éternelle ,
Eft éteinte , & mon coeur n'est pas moins enflamé.
Ah! Daphné! cet ingrat n'a jamais bien aimé.
Aveugle , je prenois pour une tendreflâme ,
Tous les feux apparens qui naiſſoient de fon ame.
Il n'aimoit que par art , & parfes feintsfoupirs ,
Ilflatoit àfongré mes innocens défirs.
Je devrois me vanger ; mais je n'ai d'autres armes
Que de triftes regrets , des foupirs & des larmes..
Généreuse Daphné , fers mes tendres ardeurs ,
Peins-lui tous mes ennuis , mes mortelles langueurs
Le perde verra , fi tu peux les y peindre,
Que je fçai mieux aimer , qu'il ne fçut jamais
feindre.
*
Au récit des tourmens dont mon coeur eft átteint ,
O Dieux ! puiffe lefienfentir ce qu'il a feint.
Güij
30 LE MERCURE
Ly a long-temps , Monfieur , que j'ay
le plaifir de lire le Livre que vous donnez
tous les mois au Public , c'eſt un amufement
neceffaire à un homme éloigné , comme
moi , du ſpectacle de la Capitale ; & pour
peu qu'un honnête homme foit curieux de ce
qui fe paffe à la Cour , à la Ville , & dans
les pays étrangers , je ne comprends pas qu'il
s'en puiffe raisonnablement paffer : permettez
moy cependant de vous faire un petit reproche
, vous manquez de charité pour les Provinciaux
en bien des chofes , ce defaut vous
eft commun avec les habitans de Paris , comme
ils font à même de ce qu'il y a de nonveau
dans la litterature , ils ſe contentent
aifément & ne font aucune attention à l'indigence
des pauvres câmpagnards ; ces der
niers ne fe trouvent avertis des nouveautéz
que lors qu'elles font furannées : je voudrois
pour y remedier que vous vouluffiez de temps
en temps nous annoncer dans votre Mercure
Les Livres nouveaux qui paroiſſent , ou tout
au moins ceux qui font de nature à nous
amufer . Vous jugez que ce n'eft pas fans raifon
que je vous en prie , puiſque ce n'est que
fort rarement que ces Livres paffent juſqu'à
nous ; un de mes amis m'envoya dernierement
un Livre de cette efpece , c'eft à- dire
D'A O UST. 81
+
de ceux dont la lecture est un paffe - temps
agreable pour un homme qui aime l'extraordinaire
, imprimé cette année à Amſterdam ,'
chez l'Honoré & Châtelain ; il a pour titre ,
La vie & les avantures furprenantes de
Robinſon Crufoé , contenant entre autres
évenemens le fejour qu'il a fait pendant
vingt- huit ans dans une Ifle deferte , fituée
fur la côte de l'Amerique , près de l'embouchure
de la grande riviere Oroonoque ;
le tout écrit par lui-même , & traduit de
P'Anglois : je l'ay lû avec beaucoup de plaifir,
je vous envoye l'extrait que j'en ay &
fait , pour vous exciter à en faire de pareils
dans la fuite : Vous l'infererez dans votre
Mercure ,fi vous le jugez à propos , je crois
qu'il pourrafaire plaifir & donner envie de
voir l'original entier : Si cet extrait réuſſit ,
je vous promets de vous en envoyer d'autres ;
ce font les amuſemens de ma folitude , dont
je veux aleger votre travail journalier ; bien
entendu qu'en revanche vous m'accorderez
de votre part l'extrait de ceux dont je n'auray
pas eu connoiffance.
Ce Livre a été extrémement goûté en
Angleterre ; il n'y a pas lieu de s'en étonner
, on n'a jamais vû dans la vie d'un
feul homme tant d'avantures furprenantes .
L'éditeur de cette traduction a cependant
trop d'integrité pour vouloir affurer le Public
qu'il lui donne une Hiftoire veritable ;
82 LE MERCURE
il ſe contente de dire qu'il trouve la choſe
très probable , le lecteur en jugera par
l'extrait , où je ne rapporte que les faits
laiffant à part toutes les reflexions morales
du Heros de cette Hiftoire , qui n'ont rien
de bien extraordinaire , & qui font quelquefois
fort ennuyeuſes.
Robinſon Crufoé nacquit en l'année
1632 dans la ville d'Yorck , d'une affez
bonne famille bourgeoife ; la lecture des
voyages & la frequentation des Marins ,
avoient fait naître en lui une paffion demefurée
pour les avantures de la mer.
A l'âge de dix huit ans il communiqua à
fes parens le deffein qu'il avoit de voyager ;
fon pere l'en détourna par des railons fort
fages & fouvent repetées , mais elles ne
firent aucune impreffion fur l'efprit de ce
jeune temeraire. Rempli de cette idée , il
fit rencontre par hazard à Hull d'un de fes
camarades , qui étoit fur le point d'aller
par mer à Londres ; il fut invité d'en faire
le voyage , & y confentit. Le jour de cette
premiere fortie fut le premier Šeptembre
1651. Notre jeune avanturier ne fut pas
long- temps à fe repentir d'avoir deferté
de la maiſon paternelle ; car le huitiéme
jour de la navigation , le Vaiffeau étant
arrivé à la rade d'Yarmouth , & y ayant
mouillé , la mer s'enfla vers le midy fi violemment
, que malgré les précautions du
D'AO US T. 83

;
Maître du Navire , le Vaiffeau fut bleffé ,
& fit en même temps tant d'eau , que tout
I'Equipage fut employé à la pompe ; mais
ce travail n'auroit fervi de rien pour le
fauver , fi un petit Bâtiment qui paffoit
n'avoit riſqué une Chaloupe pour le fecourir.
Robinson & fes camarades fe jetterent
dedans , & ne pouvant joindre le petit
Vaiffeau , prirent le parti de voguer au
gré des vents ; bien leur en prit , puifqu'un
quart d'heure après ils virent couler à fond
le Vaiffeau qu'ils avoient été contraints
d'abandonner. Leur.Chaloupe cependant à
force de rames aborda la terre d'Yarmouth
ces malheureux échapez du naufrage y fu
rent reçus avec toutes fortes d'humanitez
tant de la part du Magiftrat , que de celle
des Marchands , qui leur donnerent de
l'argent pour s'en retourner chez eux , s'ils
le jugeoient à propos. Robinfon prit lé
parti de s'en aller à Londres à pied ; vous
jugez bien que pendant fa route il lui paſſa
dans fa jeune cervelle bien des reflexions
differentes fur le malheur paffé : il fut meme
tenté plufieurs fois de reprendre la maiſon
de fes parens ; mais la crainte d'être mocqué
lui fit prendre la refolution de refter
quelque temps à Londres ; il y tomba en
affez bonnes mains : la premiere perſonne
avec qui il fit connoiffance particuliere ,
fut un Maître de Vaiffeau qui avoit été
$4 LE MERCURE
fur la côte de Guinée , & qui étoit refolu
d'y retourner Ce nouvel ami lui propofa
le voyage , il accepta l'offre ; & comme il
avoit quelque argent , il l'employa en
Quinquaillerie ; il partit & revint heureufement
avec un profit fort honnête ; auffi
eft- ce le feul de fes voyages qui lui ait
réuffi : Ce petit fuccès lui infpira de vaſtes
projets ; fon ami le Capitaine mourut quelques
jours après leur retour à Londres , cela
n'empêcha point notre Avanturier de prendre
la refolution de faire le même voyage :
il fe rembarqua fur le même Vaiffeau avec
un homme qui la premiere fois en avoit
été le Pilote , & cette feconde en étoit devenu
le Commandant ; mais jamais navigation
ne fut plus malheureuſe que cellecy
; car en faiſant route entre les Ifles Canaries
& la côte d'Afrique , leur Navire fut
furpris à la pointe du jour par un Corſaire de
Salé beaucoup plus fort que lui ; on combatit
cependant , mais il fallut fe rendre
& tout l'Equipage fut fait Eſclave , Robinfon
tomba en partage au Capitaine Corfaire
, il en fut traité affez doucement , ily
refta en cet état pendant deux ans , fans
avoir pû trouver aucun moyen de s'échaper.
Enfin au bout de ce temps , il fe prefenta
une occafion affez finguliere. Le Patron
de Robinſon , depuis quelque mois ,
' n'alloit plus en courfe , faute d'argent , &
>
DA O UST.
85
paffoit fon temps à la pêche ; il avoit pour
cela fait ajuſter un Bateau ou Chaloupe
avec une cahute au milieu , femblable à
celle d'une Barque , laiffant fuffifamirent
d'efpace derriere & devant , tant pour manier
le Gouvernail , que pour haler une
grande voile latine ou triangulaire , & faire
toute la manoeuvre qui pouvoit être neceffaire
pour parer aux coups de vent. Le Capitaine
avoit menagé dans la cabane qui
étoit fort étroite & fort baffe , affez de place
pour y mettre un lit , une table à manger ,
& pour contenir des armoires à mettre des
provifions. Il arriva que le Capitaine Corfaire
avoit fait partie avec deux ou trois de
fes amis pour fortir un certain jour avec ce
Bateau , afin de pêcher & de le recréer. A
cet effet il avoit fait des Provifions extraordinaires
qu'il y fit embarquer la veille , il
y avoit auffi fait mettre trois fufils , de la
poudre & du plomb , parce qu'il avoit deffein
de prendre le plaifir de la chaffe , auffi
bien que celui de la pêche toutes choles
étant préparées , le Patron vint dire à Ro
binfon qui étoit en garde dans ce Bateau ,
que la partie avoit été remife à une autre
fois , & lui ordonna cependant d'aller en
Mer pour lui prendre du Poiffon , il étoit
accompagné , comme de coutume , d'un
homme & d'un jeune garçon.
Robinſon ne manqua point une occa
86 LE MERCURE
fion fi favorable à fon deffein , il fit encore
de fecondes provifions , fous pretexte qu'il
ne pourroit toucher pendant la pêche à celles
de fon Maître , enfin , lorfqu'il fut bien
garni de tout , il mit à la voile , & ayant
pêché long- temps fans rien prendre , il s'éloigna
plus loin du Rivage , en forte qu'il
en étoit bien à deux lieuës ; puis quittant
tout à coup le gouvernail , il vint à la place
où étoit le vieux Maure , & le furprenant ,
le jette à la Mer ; il vint enfuite au petit
garçon , qui craignant un pareil fort , lui
promit tout ce qu'il voulut ; c'eſt de cette
façon que Robinſon , avec ce petit Bâtiment
, & accompagné ſeulement du jeune
Maure , en côtoyant les terres , par vint ,
aprés bien des avantures , jufqu'aux Ifles
du Cap verd , il eut le bonheur d'y faire
la rencontre d'un Vaiffeau Portugais qui le
reçut avec fon jeune Maure ; ce Vaiffeau
alloit en Guinée à la traite des Negres
pour les conduire enfuite au Brefil .
Robinſon fuivit le Capitaine de ce Vaiffeau
qui lui tint compte au Brefil de tout
ce qu'il avoit , lui paya le prix de fa Barque
, & lui acheta fon petit Maure ; ainſi
de toute fa petite Cargaifon , il en fit environ
220 pieces de huit , avec lesquelles
il acheta une petite plantation qui le fit
vivre affez commodément pendant deux ou
trois ans ; mais comme il étoit obligé de

D'AOUS T. ST
-
tout faire lui - même , n'ayant point d'Elclaves
qui puffent le foulager dans fon travail
, les Negres étant alors trop chers pour
fa petite fortune , il prit le parti de faire
venir quelqu'argent qu'il avoit remis en
dépôt à Londres entre les mains d'une veuve
qui le lui faifoit valoir ; avec cet argent
il s'affocia quelques Habitans du Brefil , -
ils acheterent enſemble un Vaiffeau qu'ils
garnirent de ce qui étoit neceffaire pour
faire avantageufement la traite des Negres
fur la Côte de Guinée. Tout leur Equipage
prêt , ils partirent pour l'execution de ce
projet ; mais ayant fait cours au Nord le
long de la côte , dans le deffein de tourner
vers celle d'Afrique , lorfqu'ils feroient parvenus
à une latitude convenable , ils furent
furpris d'une fi furieufe tempête , que
toute leur manoeuvre fut inutile, leur Vaiffeau
échoüa , ils jetterent au plutôt la Chaloupe
en Mer, & fe mirent dedans au nombre
de onze , & s'abandonnerent ainfi à la
mercy des vents & des vagues ; après avoir
ramé l'efpace d'une lique & demie , une
vague fe rua fur eux avec tant de furie ,
qu'elle renverfa la Chaloupe ; des onze
qu'ils étoient , il n'y eut que Robinſon ,
qui après bien des fatigues eut le bonheur
de s'attacher à un morceau de rocher ,
d'où il gagna aifément le bord d'une Ifle ,
les dix autres furent noyez. Robinſon qui
*
88€ LE MERCURE
avoit fenti d'abord tout le plaifir d'être
échapé à la mort , fentit bien- tôt diminuer
fon allegreffe , en confiderant l'état où il
étoit ; être moüillé , n'avoir point d'habits
pour changer , rien à manger , rien à boire,
& par confequent dans la crainte ou de
mourir de faim , ou d'être devoré par les
bêtes feroces ; car il n'avoit point d'armes
pour chaffer ni pour fe deffendre en un
mot il n'avoit fur lui qu'un couteau , une
pipe , & un peu de tabac dans une boëte :
la nuit approchoit , & il n'étoit pas temps
de fonger à autre chofe qu'à fe repoſer de
la fatigue qu'il avoit euë ; il monta pour
cela fur un arbre épais & touffu , & le mit
un peu de tabac dans la bouche pour prévenir
la grande faim : comme il étoit extrêmement
abattu , il tomba dans un profond
fommeil , & paffa une bonne nuit. Il fe
réveilla qu'il étoit grand jour , la tempête.
étoit diffipée & la mer calme ; & ce qui le
furprit extrêmement , fut de voir que par
la hauteur de la marée le Vaiffeau avoit
été enlevé pendant la nuit de deffus le
banc de fable , & étoit dérivé juſqu'au près
du rocher le Bâtiment paroiffoit droit fur
fa quille ; il eût bien voulu le vifiter , mais
la Chaloupe ayant été briſée , il n'avoit
rien qui pût le conduire jufqu'au bord , il
y avoit bien un demi mille à traverfer :
après bien des reflexions il prit le parti
:
d'y
D'AOUS T. 89
d'y aller en nageant ; il monta dans le
Vaiffeau , il y mangea avec beaucoup d'apé
tit ; il prit enfuite des planches qui étoient
dans le Vaiffeau , les'attacha enſemble avec
des cordages , & en forma une espece de
radeau , fur lequel il chargea tout ce qu'il
put de provifions , de vivres , de biſcuit ,
de poudre , dont il eut près de 250 pefant ,
de plomb à proportion , des planches , des.
voiles , des cordages , des fufils , des piftolers
, des haches , le coffre du Charpentier.
Enfin il tira tout ce qui lui étoit utile dans
le Vaiffeau , & conduifit à plufieurs voya
ges jufqu'à fon nouveau doinicile .
Dès qu'il fut muni de tout ce qui luj
étoit neceffaire pour fe conftruite un habitation
, il commença à y travailler ; il
choifit une petite, plaine au pied d'un ro
cher fort efcarpé ; il fit une enceinte avec
des picux fichez enterre , & renforcez par
des cordons. Il creufa une petite caverne ,
& y bâtit fa cabanne ; il y attacha uh bran- ; uy
le , dans lequel il couchoit pendant la nuita
Le jour il alloit à la chaffe , où il tuoit
differens oifeaux , & fur tout beaucoup de
chevres & de bouçs , dont l'Ile étoit bien
garnie . J'oubliois de dire qu'il avoit trouvé
dans le Vaiffeau deux chats & un chien
qui lui fervoient de compagnie . Il avoit
auffi rapporté du Vaiffeau un fac dans le
quel il y avoit quelques reftes de grenail
H
90 LE MERCURE
les
ayant
les , comme orge , ris & feigle qui avoient
été gâtez par les rats. Robin on qui avoit
befoin du fac jetta fans attention ces reftes
hors de fa cabanne ; au bout de quelques
mois il fut bien furpris d'y trouver un
affez bon nombre d'épics , qu'il eut grand
foin de recueillir dans leur maturité , &
femez l'année fuivante , ils mul
tiplierent de forte qu'au bout de quatre
ou cinq ans il s'en trouva fuffisamment
pour fa fubfiftance ; tout fon embaras étoit
de moudre ce grain pour en faire du pain .
Après avoir bien rêvé il creufa une pierre ,
& en fit un mortier , & puis avec un
gros pillon de bois il l'écrafoit , & pour
en tirer la farine , il fit des tamis avec de
vieilles cravates de mouffeline .; fon petit
ménage ainfi arrangé il ne lui manquoit
plus que des précautions pour la viande
au cas que la poudre vint à lui manquer ;
pour y parvenir, il inventa des trapes dans
les bois , dans lesquelles il faifoit tomber
des chevres avec leurs chevreaux , & les
prenoit tout vivans ; enfuite il les enfermoit
dans un parc qu'il avoit entouré de
palliffades , & qu'il nommoit fa maifon
de Campagne ; il eut le bonheur de trouver
fur un des bords de fon Ifle une grande
quantité de tortuës , dont la chair & les
oeufs le nourrifforent avec ce qu'il tuoit à
la chaffe, il joignoit à cela des pigeonneaux
"
D'A O UST. - 91
qu'il alloit dénicher dans les trous des rochers
; dans cet état il vivoit aſſez heureux
; mais il étoit feul , & quoique 24
années de folitude euffent dû l'y accoutumer
, c'étoit toujours pour lui une occafion
de reflexions bien triftes & bien chagrinantes.
Enfin la vingt - quatrième année
il eut un Compagnon . Un jour qu'il fe
promenoit fur les confins de fa domination
, il trouva fur les bords de la mer des
offemens humains tout frais ; cette décou
verte l'effraya beaucoup , neanmoins pour
s'éclaircir il monta fur un rocher , il découvrit
de loin deux ou trois Canots
pleins de Sauvages qui venoient par régal
manger fur le bord de cette Ifle les Prifonniers
qu'ils avoient faits en guerre. Ce
ne fut pas fans horreur que ce fpectacle
fe prefenta à fes yeux ; pour cette premiere
fois il ne fe paffa rien de fa part , les Sauvages
firent leur repas , remonterent dans
leurs Canots , & s'en retournerent dans
le Continent , qui n'étoit qu'à douze ou
quinze lieues de- là ; mais quelques mois
après les Sauvages revinrent pour le même
deffein , & ce fut du côté de fon habitation
il les apperçûr , ils étoient bien
une vingtaine dans fix Canots. Malgré le
nombre il prit une ferme reſolution de les
combattre , & de s'emparer de quelquesuns
d'eux ; ayant tout preparé pour cela,
Hij
92 LE MERCURE
il monta fur le haut de fon Rocher ; il les
vit qui tiroient d'une barque deux miferables
pour les mettre en piéces . Un des
deux tomba bientôt à terre , affommé d'un
coup de maffuë ; ces barbares fe jetterent
deffus , le déchirerent , & le preparerent
tandis que l'autre fe tenoit auprès
en attendant à fon tour d'être immolé ;
cette victime ayant remarqué les bourreaux
occupés à dechirer les membres de
fon camarade , fe leva precipitamment
& fe mit à courir avec toute la viteffe
imaginable directement du côté de l'habitation
de notre Robinſon ; trois des Sauvages
le pourfuivirent. Comme il avoir
beaucoup d'avance fur eux il gagna une
petite baye , & s'étant jetté dedans à corps
perdu ; il la pafla heureufement à la nage ;
des trois qui le pourfuivoient il n'y en
avoit que deux qui fçuffent nager , le
troifiéme s'en retourna. Robinſon alors
defcendit précipitament du rocher , prit fes
fufils , & s'avança vers le bord de la mer ,
il fit figne au pauvre miferable de s'arrêter ,
& joignant fes deux perfecuteurs , il en affomma
un d'un coup de croffe ; le fecond
voyant tomber fon camarade , s'arrêta tout
court, & fe mit en défenfe. Robinſon le prévint
, & le tua d'un coup de fufil. Pour le
pauvre fugitif, quoiqu'il vit fes deux ennemis
hors de combat , il étoit fi effrayé du

D'AOUS T.
93
feur & du bruit qui l'avoit frapé , que Robinfon
eut toutes les peines du monde de
le faire venir à lui ; enfin étant arrivé prés
de fon liberateur , il fe jetta à fes pieds , &
les lui baifa. Le Sauvage qui avoit reçû
le coup de croffe , n'en avoit été qu'étourdi
& commençoit à fe lever fur fon feant , le
nouvel Eſclave de Robinſon prit le fabre de
fon Maître , & d'un feul coup coupa la tête
à cet ennemi , puis il enterra fort prompre
ment ces deux cadavres , enfuite Robinfon
le mena dans fa grotte , où il lui donna du
pain , des raifins fecs & de quoi boire ; c'étoit
un grand garçon bien bâti , de 25 ans
ou environ , adroit & robufte . Robinſon
lui donna le nom de Vendredi , en memoire
du jour qu'il étoit venu dans fon pouvoir
; petit à petit il lui apprit à parler fa
langue & à faire tout ce qu'il fçavoit faire
lui- même de neceffaire dans fon menage ;,
jamais Valet ne fut plus fage , plus fidele ,
ni plus attaché à fon Maître ; Robinfon le
mena avec lui à la chaffe des chevres , le
Sauvage ne pouvoit comprendre comment
ces animaux pouvoient tomber morts au
bruit d'un coup de fufil , il regardoit fon
Maître comme une divinité , il n'ofoit toucher
au fufil , mais il lui parloit comme fi
cet inſtrument étoit capable de lui répondre
, & c'étoit pour le prier de ne le pas
tuer cependant Robinſon lui apprit à s'en
94 LE MERCURE
.
fervir; & dans peu de temps il vint auffi
adroit que fon Maitre.
Un an , ou 18 mois aprés , Vendredi
étant allé chercher quelques tortues par ordre
de fon Maitre qui étoit refté dans fa
cabanne , revint un inftant aprés à toutes
jambes , s'écriant tout effrayé qu'il avoit
vù plufieurs canots aborder le rivage.
Robinſon le voyant fi émit , conclut , à G
fa maniere de s'exprimer , qu'il devoit y
en avoir un grand nombre ; fur cette nouvelle
il monta avec une lunette fur fon
rocher , il y reconnut les Sauvages au nombre
de vingt & un , qui étoient venus en
trois canots , ayant avec eux trois prifonniers
dont ils. alloient faire un feftin de
triomphe. Bien affuré de leur nombre , il
defcend , reprefente le danger à fon eſclave
, l'encourage à bien faire dans le combat
qu'il medite , lui fait boire un verre
de liqueur pour lui fortifier le coeur ; il
charge fes deux fufils , quatre moufquers ,
& deux piftolets , met à fon côté un grand
fabre tout nud; il partage toutes ces armes
entre fon valet & lui : les Sauvages
avoient abordé au même endroit d'où Vendredy
s'étoit fauvé deux ans avant , mais
plus près de la petite Baye , & par confequent
de la grotte de Robinfon ; il s'agiffoit
de les furprendre , il fit pour cela
la marche par un petit détour dans le bois,
D'A OUS T.
95
jufqu'à ce qu'il fut à portée de fufil de
fes Cannibales ; Vendredy le fuivoit pas à.
pas dans un profond filence , fuivant les
ordres de fon General , qui le dépêcha
pour découvrir à quoi les Sauvages s'occupoient
; il revint bien tôt lui dire qu'ils
étoient tous autour de leur feu , fe regalant
de la chair d'un de leurs prifonniers ,
& qu'à quelques pas de là il y en avoit
un autre garoté & étendu fur le fable , qui
auroit bientôt le même fort ; que ce dernier
étoit un de ces hommes barbus qui s'étoient
fauvez quelques années auparavant dans
le païs de ces Sauvages ; qu'il l'avoit bien
reconnu pour eftre du nombre de ces hommes
dont il lui avoit dit l'hiſtoire ; cette
particularité du priſonnier barbu redoubla
la fureur de Robinſon , il s'avança luimême
& vit clairement un homme blanc
Couché fur le fable , fes habits ne le laifferent
pas douter un moment que ce ne fut
un Européen. Il y avoit un arbre revêtu
d'un petit buiffon beaucoup plus près de
feur horrible feftin , d'où Robinſon pouvoit
les avoir à demy portée de fufil , il
s'y gliffa avec fon efclave derriere les broffailles
; il n'y avoit pas de temps à perdre,
dix-neuf de ces Barbares étoient aflis à
Ferre , ferrez les uns contre les autres ,
ayant détaché deux Bouchers pour leur apporter
apparemment le pauvre Chretien
96. LE MERCURE
meinbre à membre : ils étoient déja occu-
.pez à lui délier les pieds , quand fe tournant
vers fon efclave , Allons , Vendredy ,
lui dit il , fuis mes ordres exactement , fais
précisément ce que tu me verras faire ; enfuite
couchant les Sauvages en jouë , &
Vendredy en faiſant autant , ils firent feu
l'un & l'autre , l'Efelave en tua deux & en
bleffa trois ; le Maître n'en toucha que
deux , dont un tomba mort . On peut ju.
ger fi les autres étoient dans une terrible
confternation. Tous ceux qui n'étoient pas
bleffez fe leverent précipitamment , fans
fçavoir de quel côté tourner pour éviter
le danger dont la fource leur étoit inconnuë
; après la premiere décharge nos deux
hommes prirent de nouvelles armes , &
firent feu une feconde fois au travers de
la troupe effrayée , il n'en tomba que deux,
mais il y en avoit tant de bleffez , qu'ils
les virent courir çà & là tout couverts de
fang ; car ces deux coups n'avoient eſté
chargez qu'avec de la groffe dragée ; cepen
dant il en tomba encore trois à demy morts ;
pour lors nos Heros fortirent de leur em -1
bufcade avec de nouvelles armes , en pouffant
un grand cry , & coururent de toutes
leurs forces vers la pauvre victime ; les
Bouchers à la premiere décharge s'étoient
fauvez dans leurs canots , ayant été fuivis
par trois autres; Vendredy courut fur eux
&
D'A OUS T. 97
& les tira , il en tua deux & en bleffa un
troifiéme , qui refta comme mort au fond
du canot. Pendant que l'Efclave s'attachoit
à ces derniers , Robinfon remit en liberté
l'Européen garotté ; il étoit fi foible , qu'il
avoit peine à fe tenir debout , Robinſon
lui donna fa bouteille de liqueur , dont il
but ; il lui fit manger un morceau de pain,
ce qui lui fit reprendre les efprits : Robin
fon l'arma enfuite d'un de fes piftolets &
d'une épée ; il reçut ces armes d'un air reconnoiffant
, & il fembloit qu'elles lui fiſſent
revenir toute fa vigueur ; car il tomba
dans le moment fur les ennemis comme un
furieux , & dans un tour de main il en
dépêcha deux à coups de fabre : Enfin des
vingt & un Sauyage il ne s'en fauva que
quatre , tous les autres furent tuez ; il refta
aux vainqueurs deux canots des ennemis ,
dans l'un defquels il fe trouva une troifiéme
victime que Vendredy reconnut pour fon
pere. On peut juger de fa joye des foins
qu'il en eut , & des carreffes qu'il lui fit.
Toute cette expedition finie , on fit retraite
vers la grotte , où l'on prit le repos neceffaire
pour fe remettre des fatigues du combat.
Robinſon tout glorieux de fa victoire
& de l'acquifition de deux nouveaux fujets,
n'étoient pas cependant fans inquietude , il
apprehendoit le retour des Sauvages & leur
vengeance ; le pere de Vendredy le remit , en
I
98 LE MERCURE
lui rapportant que les Sauvages qui s'étoient
fauvez avoient dit en entrant dans leurs
canots , que cette Ifle étoit habitée par des
efprits defcendus du Ciel pour les détruire ,
puifqu'ils fouffloient la foudre & le tonnerre
, & qu'ainfi il n'y avoit pas à apprehender
qu'ils fuffent affez hardis pour y
revenir jamais. Robinſon apprit auffi de
fon Efpagnol qu'il avoit laiffé dans le continent
leize autres Chretiens , tant Eſpanols
que Portugais , qui ayant fait naufrage
& s'étant fauvez fur ces côtes , y vivoient
à la verité en paix avec les Sauvages
, mais avoient à peine affez de vivres
pour ne pas mourir de faim ; ils conclurent
enfemble qu'il falloit trouver moyen de
les tirer de ce malheureux état , mais qu'il
falloit prendre des gages de leur fidelité &
de leur foumiffion , fi on les amenoit dans
Ifle ; pour y parvenir , l'Espagnol & le
vieil Sauvage furent envoyez dans un des
canots vers ces Européens pour s'affurer
d'eux , en leur faifant figner un Traité par
lequel ils reconnoîtroient Robinfon pour
leur Seigneur & pour le Souverain de
Pifle , & qu'ils lui jureroient le ferment
de fidelité. On ne fçait rien de la fuite
de cette negociation , car pendant l'abfence
de ces deux Ambaffadeurs , & peu
de temps après leur départ l'inftant heureux
pour la liberté de Robinfon arriva ,
OTHERVE
DE
L
D'AUST.
ce fut par une avanture que je
LYON
VILLR
ray le plus fuccinctement qu'il fera pomble .
Un matin , que Robinſon fe promenoit
dans un bocage proche de fon habitation
il apperçut à une lieue & demie de diftance
une chaloupe avec une voile faifant
cours du côté de fon rivage , & poufféc
par un vent favorable . Pour eftre mieux
éclairci de ce que ce pouvoit eftre , il monta
comme à fon ordinaire au haut de fon
rocher ; il y découvrit clairement un Vaiffeau
à l'ancre , & crut remarquer que la
ftructure du Vaiffeau étoit Angloife , auffi
bien que la Chaloupe ; elle aborda fur le
rivage ; il en vit fortir onze hommes en
tout , dont trois étoient fans armes , liez
& garotez , & qui marquoient par leurs
geftes une grande affliction . Dans ces circonftances
Robinson regretoit fon Efpagnol
& fon vieux Sauvage ; car il fouhaitoit
fort joindre ces indignes Anglois à la
portée du fufil , fans être découvert , afin
de délivrer les prifonniers de leurs mains.
Le hafard voulut pourtant qu'il réuſſiſt
dans fon deffein d'une autre manière . Pendant
que ces infolens Matelots rôdoient
par toute l'Ifle , pour aller à la découverte
du pays , Robinfon obferva que les
trois prifonniers étoient en liberté & fans.
gardes . La marée étoit juſtement au plus
haut , quand ces gens étoient venus à terre,
I ij
1,00 LE MERCURE
& partie en parlant à leurs prifonniers , &
partie en rodant par tous les coms de
de l'Ifle , ils s'étoient amufez jusqu'à ce
que la mer s'étant retirée par le reflux ,
avoit laiffé leur Chaloupe à fec fur le fable.
Robinfon favoit que la Chaloupe ne
pouvoit le trouver à flot avant dix heures
du foir , en attendant il fe prépara au combat
; il donna à Vendredi trois moufquets ,
& prit lui-même deux fufils ; fa figure
étoit effroyable ; il avoit fur fa tête un
bonnet pointu de peau de chevre ; à fon
côté pendoit un grand fabre tout nud , il
avoit outre cela deux piftolets à la ceinture.
Son deffein étoit de ne rien entreprendre
avant la nuit ; mais fur les deux
heures après midi s'étant apperçu que les
Matelots Anglois s'étoient allez repofer
dans le bois , pour éviter la grande ardeur
du Soleil , & qu'ils avoient laiffé leurs
trois prifonniers au pied d'un grand arbre
il prit le parti de fe découvrir à ces derniers
: Meffieurs , leur dit- il en les abordant
, n'ayez point peur , vous avez trouvé
ici un ami fans vous y attendre ; j'ai des
armes & des munitions . Il leur demanda fi
leurs ennemis avoient des armes , & il
apprit qu'ils n'avoient que deux fufils ,
dont ils en avoient laiffé un dans la Chaloupe.
Ces pauvres prifonniers lui conte
rent que dans la bande de ces mutins il y
it
D'A OUS T. 101
avoit deux coquins dont il n'y avoit rien
de bon à efperer , & que fi on mettoit ces
deux- là hors d'état de nuire , ils croioient
que
le refte retourneroit facilement à fon
devoir. Il fe retira alors dans le bois avec
les prifonniers qu'il détacha : étant à l'écart
il leur tint ce difcours : Je ferai , Meffieurs ,
tout ce qui fera en mon pouvoir pour votre
délivrance , & pour punir les rebelles qui
vous ont enlevé votre Vaiffeau , après vous
avoir fait prifonniers , mais ce ne fera qu'à
la charge que vous m'accorderez deux
conditions , la premiere , que pendant que
vous ferez dans cette Ifle , vous renoncerez
à toute forte d'autorité , que fi je vous
mers les armes à la main , vous me les rendrez
dès que je le trouverai bon ; que vous
ferez foumis à mes ordres , fans jamais
me caufer le moindre prêjudice . La feconde
, que fi je réuffis à vous remettre en
poffeflion de votre Vaiffeau , vous me menerez
en Angleterre avec mon efclave , fans
rien prendre pour le paffage. Ils lui promirent
avec ferment tout ce qu'il leur demandoit
. Alors il leur fit apporter trois
moufquets avec des balles & de la poudre.
Se trouvant cinq hommes bien armez , il
ne s'agiffoit plus que d'en venir aux mains ;
ils partent tous enfemble , & vont vers le
lieu où les Matelots repofoient. Le Capitaine
du Navire marchoit à la tête , afin de
n
I iij
102 LE MERCURE
mieux reconnoître ceux dont il faloit fe
defaire. Le bruit qu'ils faifoient réveilla ces
coquins : un des deux mutins fe levant, le
premier fut tué fur la place , & le fecond
criant au fecours fut affommé par le Capitaine
du Vaiffeau. Les autres fans armes fe
voyant à la difcretion de cinq hommes bien
armez demanderent quartier ; le Capitaine
le leur donna , à condition qu'ils lui marqueroient
l'horreur qu'ils avoient de leur
crime , en l'aidant fidelement à recouvrer
le Vaiffeau , & à le ramener à la Jamaïque,
d'où il venoit. Ils le lui jurerent : le com--
bat fini , Robinfon donna des rafraîchiffe--
mens à fes nouveaux hôtes , & concerta,
avec eux les mesures les plus fages pour
s'emparer du Vaiffeau , qui étoit à l'ancre
à deux lieues de là. Elles réuffirent ſuivant:
leur efperance ; & le Capitaine , de prifonnier
étant devenu vainqueur par le fecours
de Robinſon , fut exact à la promeffe , revint
à l'Ifle , après avoir repris fon Vaiffeau
châtié les mutins , & donné les ordres neceffaires
, il apporta à fon tour des rafraîchiffemens
à fon liberateur , qui s'embarqua
dans fa Chaloupe avec fon cherVendredi, &
une partie de fon bagage. Leur navigation
fut heureufe jufqu'en Angleterre , où notre
Robinſon arriva le 11 Juin 1687. Quelques
mois après il paffa à Lisbonne , où par
confeils de fon ancien ami le Capitaine
les
DA O UST. 103
Portugais qu'il revit , il trouva moyen
de rentrer dans la poffeffion de fon habita
tion du Brefil , qui étoit infiniment augmentée
, & dont la vente lui a produit aſſez
pour le mettre à fon aife.
Je crois , Monfieur , que cet Avantųrier
nous donnera un fecond volume de
fon Hiftoire ; car il ne put vivre dans la
tranquillité , & quelques années après il
retourna rendre vifite à fachere Ifle ; mais
j'ignore la réuffite de ce dernier voyage.
ARRESTS , EDITS
S
Declarations .
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
>
UR ce qui a été reprefentè au Roy étant
en fon Confeil , par le fieur de la Sablonniere
, qu'on a découvert depuis quelques années
dans le Comté de Neufchaltel en Suiffe une
Mine de Pierre d'Afphalte pareille à celle qui
fe trouve dans la Vallée de Sydim en Afie près
Babylone , dont les proprietez font que cette
Mine preparée avec d'autres Matieres forment
un Ciment à toute épreuve , foit pour les Bâtimens
expoſez à l'air , même les Greniers &
les Caves fujettes à l'eau , foit pour les Baffins
& les Canaux , & pour empêcher par la jonction
parfaite des Pierres la communication des
I iiij
104 LE MERCURE
>
Latrines avec les Puits ; que par un autre mêlange
dans lequel il entre de l'Huile tirée de la
Pierre même , elle fert à enduire les Vaiffeaux ,
que cet Enduit conferve les bois , les garantit
des vers , & refifte beaucoup plus long - tems que
le Bray & le Godron aux impreffions de l'eau
douce & falée ; Que l'Huile même a des vertus
particulieres & qu'elle eft excellente pour la
guerifon des Ulceres , & de toutes les maladies
qui furviennent à la peau ; que celui qui a fait
la découverte de cette Mine , & qui en eft Pro .
prietaire lui ayant cedé fon droit , il requeroit
qu'il plût à Sa Majefté lui accorder la permiffion
de faire entrer dans le Royaume par Terre
& par Mer . fur fes Certificas ou ceux des
perfonnes qui feront par lui prépofées , la Pierre
de cette Mine , cuite & non cuite , preparée &
non preparée , & l'Huile tirée de cette Pierre,
pendant le tems de vingt années , à commencer
au premier Mars prochain , fans payer aucun
Droits aux Bureaux des Fermes établis aux Entrées
, & dans l'interieur du Royaume , & de
les faire vendre & debiter par telles perfonnes
que bon lui fembleroit . Et Sa Majefté faifant
attention à l'utilité que pourra produire à fes
Sujets l'ufage de cette Mine , dont il a été fait
diverfes experiences ; Ouy le Rapport. Le Roy
ESTANT EN SON CONSEIL de l'Avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a perinis & permet
audit fieur de la Sablonniere de faire entrer
dans le Royaume pendant le tems de dix années,
à commencer au premier Mars prochain , fur des .
Certificats fignez de lui , telle quantité que bon
lui femblera , de la Mine de Pierre d'Alphalte
cuite ou non cuite , preparée & non preparée ,
& l'Huile tirée de cette Pierre fans payer aucuns
Droits aux Bureaux des Fermes établis aux
Entrécs , & dans l'interieur du Royaume ; Com
me auffi lui permet Sa Majefté de faire vendre &
>
D'A O UST. 105
debiter lefdites Pierres , Ciment , Godron & Huile
d'Afphalte par telles perfonnes que bon lui femblera
, fans qu'elles puiffent être inquietées par
les Marchands ou autres pour raifon de ladite
vente ; & feront fur le prefent Arreſt toutes
Lettres neceffaires expediées . FAIT au Confeil
d'Etat du Roy , Sa Majesté y étant , tenu à Paris
le vingt-uniéme jour deFevrier mi fept cent vingt.
Signé , PHELYPEAUX.
ARREST du Confeil , par lequel S. M. ordonne
que tous Juges ayant connoiffance des
droits de fes Fermes , pourront indiftinctement
recevoir & faire prefter ferment à tous Commis
des Fermes de Sa Majefté , & ce fur la fimple Requefte
du Fermier , conformément à l'Arreft du
15 Janvier 1718 , que Sa Majesté entend être
commun pour toutes fes Fermes : Ordonne pareillement
que dans les Départemens compofer
de lieux dépendans de differentes Jurifdictions ,
les Commis pourront faire parapher les Regiftres
neceffaires à la regie & perception des droits ,
par un des Officiers du Siége , dans l'étendue
duquel eft fitué le principal lieu du Départe-:
ment , & fe fervir pour lefdits Regiftres , procez
verbaux & autres Actes , du papier marqué du
timbre de la Generalité de laquelle dépend auffi
le chef lieu de chaque Département : Valide en
tant que befoin ce qui a été fait par le paflé
en la forme cy deffus ; veut Sa Majesté que
tous Juges Royaux , comme auffi tous Offi
ciers des Maréchauffées Prevofts & autres ,
puiffent & foient tenus en cas d'abſence ou refus
des Juges qui connoiffent des droits de fes
Fermes , fe tranfporter en tous lieux & à routes
heures que les Commis des Fermes le requerront
, pour y faciliter les exercices & fonctions
defdits Commis , faire faire l'ouverture des
portes , fi befoin eft , & en dreſſer leurs proceza
106 LE MERCURE
>
verbaux , à peine de demeurer refponfables des
dommages & interefts du Fermier dont Sa
Majefté fe referve la connoiffance , & fans que
Les Juges Royaux & Officiers des Maréchauffées.
puiflent prétendre d'autres , ni plus grands falaires
que ceux accordez aux Officiers qui connoiffent
des droits defdites Fermes : Entend neanmoins
Sa Majefté que les procez verbaux qui
feront faits par les Juges ordinaires Royaux ou
par les Officiers des Maréchauffées , foient rapportez
au Greffe des Jurifdictions qui connoif.
fent des droits defdites Eermes , Sa Majefté ne
voulant prejudicier à la Jurifdiction qui leur
en appartient ; & fera le prefent Arreſt lû , publié
& affiché par tout où befoin fera & pour
l'execution d'icelui , feront toutes Lettres neceffaires
expediées. FAIT au Confeil d'Etat du Roy,
tenu à Paris le vingt- uniéme jour de Juin mil
fept cent vingt. Collationné.
Signé , DE VOUGNY.
ARREST du Confeil du 17 Juillet 1720 ,
par lequel Sa Majefté ordonne , qu'en cas de
refus par aucuns Marchand ou Artifan , de quelque
Commerce & Art que ce puiffe érre , de re
cevoir en payement de leurs Marchandifes ,
Denrées ou Ouvrages , les Billers de Banque
qui leur feront offerts , les Particuliers aufquels
ce refus en aura été fait , en porteront leurs
plaintes verbales aux Commiffaires du Châtelet,
qui feront affigner fur le champ les refufans
pardevant le fieur Lieutenant General de Police,
pour , fur leur rapport & eux ouys ou défaillans
lefdits Marchands & Artifans être condamnez au
payement du double de la fomme offerte en Bilfets
de Banque , au profit de la partie plaignante,
fans préjudice des autres peines prononcées par
lefdits Arrefts : Veut Sa Majefté que les Ordon .
wances qui feront renduës à cet égard par ledit
D'AQUS T. 107
Sieur Lieutenant General de Police , foient executées
fur le champ , & fans déplacer , nonobſtant
oppofitions ou appellations quelconques , & fauf
I'Appel au Confeil auquel effet Sa Majefté attribuë
audit fieur Lieutenant General de Police
toute Cour & Jurifdiction , & icelle interdit à
toutes fesSautres Cours & Juges.
ARREST du Confeil du 19 Juillet 1720 ,
par lequel Sa Majesté permet aux Proprietaires ou
Ufufruitiers des Rentes fur l'Hôtel de Ville , les
uns en l'abfence des autres , aux maris en l'abſence
de leurs femmes , & aux Curateurs d'interdits , de
convertir lesdites Rentes , dont l'ufufruit eſt ſeparé
de la proprieté & celles appartenantes
aufdites femmes , en Rentes créées au Denier
Quarante fur ledit Hôtel de Ville par Edit du
mois de Juin dernier , ou de les reduire audit
Denier fuivant l'Arreft du Confeil du 4 du prefent
mois , Sa Majefté autorifant lefdits Proprietaires
ou Uſüfruitiers , les uns en l'abfence des
autres , lefdits maris en l'abfence de leurs femmes
, & lefdits Curateurs d'interdits , à paffer &
figner toutes Quittances de Remboursemens ,
Actes de Reductions , & autres Actes qu'il conviendra
à cet effer : Permet pareillement S. M.
aux maris , aux Curateurs d'interdits , aux Tue
teurs & autres depofitaires de biens de mineursou
d'abfens , d'employer en Rentes fur l'Hôtel
de Ville au Denier Quarante , créées par ledit
Edit du mois de Juin dernier , les fonds qu'ils
peuvent & pourront avoir entre les mains , appartenans
aufdites femmes , aufdits interdits
aufdits mineurs & aufdits abſens , moyennant
quoy lefdits maris , Curateurs , Tuteurs & autres
depofitaires en demeureront bien & valablement
déchargez.
ARREST du Confeil , du 23 Juillet 1720 , par
108
LE MERCURE
lequel S. M. proroge jufqu'au premier Janvier-
1721. la furfeance accordée par lefdits Arrefts du
Confeil aux Vaffaux de Sa Majefté , pour raiſon
des nouvelles Foy & Hommages qu'ils font tenus
de lui rendre à caufe de fon heureux Avenement
à la Couronne ; En confequence fait Sa
Majeſté main levée des faifies feodales qui pour--
roient avoir été faites pour raifon de ce contre
aucun defdits Vafiaux , fans neanmoins que fous
pretexte du prefent Arreft , les Vaffaux de Sa Majefté
qui doivent la Foy & Hommage pour mutation
de leur chef , indépendamment de l'heureux
Avenement de Sa Majefté à la Couronne
puiffent fe difpenfer de fatisfaire à ce devoir
dans les délais ordinaires .
Reglement du Roy , concernant le Commerce
Etranger dans les Colonies.
L
EROY étant informé que le Commerce
Etranger continue dans quelques - unes de
fes Colonies , nonobftant les deffenfes qui ont
été faites par differentes Ordonnances & Reglemens
, & notamment par celui du 20 Aouft 1698 ,
& defirant empêcher la continuation de ce defordre
& conferver en entier à fes Sujets le
Commerce de toutes fes Colonies ; Sa Majesté
a eftimé neceffaire , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , de faire le prefent
Reglement.
ARTICLE I. Ordonne Sa Majefté à tous fes
Officiers , Capitaines Commandans fes Vaiffeaux
, de coure fur les Vaiffeaux , Barques &
autres Bâtimens de Mer , tant François qu'Eftrangers
faifant le Commerce Etranger à fes Colonies
de l'Amerique , de les reduire par la force
des armes & de les prendre & emmener dans
Ifle la plus prochaine du lieu où la Prife aura
été faite .
D'A OUS T. 109
II. Permet Sa Majefté à tous fes Sujets de
faire auffi la courfe fur lefdits Vaiffeaux & Bâtimens
de Mer faifant ledit Commerce Eftranger
, & veut qu'à l'avenir il foit inferé dans les
Commiffions en Guerre & Marchandiſes , qui feront
données par l'Amiral de France , que ceux
qui en feront Porteurs pourront courir fur les
Vaiffeaux , Barques & autres Bâtimens de Mer ,
tant François qu'Eftrangers faifant le Comme ce
Eftranger aux Colonies Françoifes de l'Amerique,
les reduire par la force des armes , les prendre
& emmener dans l'Ifle la plus prochaine du lieu
- où la Prife aura été faite ; lefquelles Commif
fions ne pourront cependant leur être delivrées
qu'après avoir donné caution de même que s'ils
armoient en Guerre.
III. Les Prifes ainfi faites , foit par les Vaif.
feaux de Sa Majefté , ou par ceux de fes Sujets ,
feront inftruites & jugées par les Officiers d'Amirauté
, cor formément aux Ordonnances & Reglemens
rendus à ce fujet , fauf l'appel au Confeil
Superieur excepté en tems de Guerre que les procedures
feront envoyées au Secretaire General de
la Marine pour être jugées par l'Amiral , ainfi
qu'il eft accoutumé ; & il appartiendra fur les Prifes
qui feront declarées bonnes , le dixiéme à
1'Amiral, conformément à l'Ordonnance de 1681 .
IV. Le produit des Prifes faites par les Vaiffeaux
de Sa Majesté ſera partagé , après le Dixiéme
de l'Amiral déduit , Sçavoir , un Dixiéme
à celui qui commandera le Vaiffeau qui aura faic
la Prife , un autre Dixiéme à celui qui commandera
l'Efcadre , un autre Dixiéme au Gouverneur
& Lieutenant General de la Colonie où la Prife
fera conduite , un autre Dixiéme à l'Intendant
& le furplus moitié aux Equipages des Vaiffeaux
, l'autre moitié fera mife en dépôt entre
les mains du Commis du Treforier de la Marine
dans les Colonies , pour être employée à
l'Entretien & augmentation defdite Colonies ,
1
ΤΟ LE MERCURE
fuivant les ordres qui en feront donnez par S. M.
" &
V. Les Prifes faites par les Vailleaux des Sujers
de Sa Majefté , feront adjugées à celui qui
les aura faites , fauf le dixiéme de l'Amiral
fur le furplus du produit il en fera levé le Cinquiéme
, dont moitié fera mife en dépòt entre
les mains du Commis du Treforier de la Marine
dans les Colonies , pour être employée à
1: Entretien & augmentation des Hopitaux defdites
Colonies , fuivant les ordres qui en feront donnez
par Sa Majefté; & l'autre moitié fera partagée,
des deux tiers au Gouverneur & Lieutenant General
, & l'autre tiers à l'Intendant de la Colonie
où ledit Vaiffeau preneur aura fait fon Armement
; & à l'égard des Prifes qui feront faitespar
les Vaiffeaux qui auront été armez en France,
ladite moitié fera partagée , comme il eft dit cideffus
, entre le Gouverneur & Lieutenant General
, & l'Intendant de la Colonie où la Prife
aura été conduite .
VI. Ordonne Sa Majefté que les Gouverneurs
particuliers des Colonies de Cayenne & de l'Ifle
Royale , jouiront pour les Prifes qui feront conduites
efdites Colonies , foit par les Vaiffeaux de
Sa Majefté , foit par ceux de fes Sujets , comme
auffi fur celles qui feront faites par fes Vaifleaux
armez dans lefdires Colonies , des parts attribuées
par l'Article IV. & V. du prefent Reglement au
Gouverneur & Lieutenant General , & que pareillement
les Commiffaires Ordonnateurs defdites
Colonies jouiront de celles attribuées à
l'Intendant.

VII . Veut Sa Majesté que le prefent Reglement
foit executé felon la forme & teneur
nonobftant toutes Ordonnances & Reglemens à
ce contraires , aufquels Sa Majesté a derogé.
MANDE & Ordonne Sa Majefté à Monfieur le
Comte de Toulouſe Amiral de France , de tenir
la main à l'execution du prefent Reglement , de
le faire publier , afficher & enregistrer par tout
D'A OUS T. III

où befoin fera . FAIT à Paris le vingt troifiéme
jour de Juillet mil fept cent vingt . Signé,LOUIS .
Et plus bas , FLEURIAU. Coilationné à l'Ori .
ginal.
ARREST du Confeil du 23 Juillet 1720 ,
par lequel Sa Majefté a établi & nommé le ficur
Charles Geoffroy pour faire au Bureau de l'Hôtel
de Ville de Paris , le payement des arrerages
defdites Rentes affignées fur le Clergé , de fix mois
en fix mois , des fonds qui lui feront à cet effer
remis par le Receveur general de Clergé , fur
fes Quittances comptables , les premier Juin &
premier Decembre de chacune année , à commencer
en la prefente ; Et le fieur Charles Eleo .
nor Gueux ancien Controlleur des Rentes dudit
Hôtel de Ville , pour faire le Controlle des Recette
& Payement defdites Rentes. Veut S. M.
qu'il foit delivré audit Sieur Geoff oy une expcdition
de l'Etat qui doit être arrêté pat les fieurs
Commiflaires nommez pour la liquidation defdites
Rentes , de toutes les parties de Rente qui auront
été reduites , enfemble des Taxations & Droits
d'exercice defdits Payeur & Controlleur , épices ,
façon & reddition des comptes dudit Payeur , lequel
état fervira audit fieur Geoffroy à la diftribution
des fonds qui lui feront remis , dont il
comptera en la Chambre des Comptes par un
feul & même compte dans le delay de l'Ordonnauce.
Enjoint Sa Majefté au Prevoft des Marchands
& aux Echevins dudit Hôtel de Ville d'inftaller
lefdits Geoffroi & Gueux en l'exercice &
fonction des Recette , Payement & Controlle defdites
Rentcs , & d'empêcher qu'ils n'y foient
troublez , le tout en vertu du preſent Arieft.
ARREST du Confeil du 26 Juillet 1720. par
lequel S. M. ordonne que les entiers du Clergé
General , & des Diocefes particuliers , qui ayant
été rembourfez des deniers du Sieur Lubreuil ,
112 LE MERCURE
confentiront la réduction de leurs rentes au denier
cinquante , en jouiront fur ce pied en vertu
de leurs anciens Contrats , en rapportant les effets
qui leur ont été donnez pour leur rembourfement
; fçavoir , pour ce qui concerne le Clergé
General , entre les mains du Receveur General
du Clergé , en prefence des Commiflaires nommez
pour les emprunts par les deliberations des
Affemblées generales ; & pour les Diocefes particuliers
, entre les mains du Commis à la recette
des Decimes , en prefence du Syndic , & en fon
abfence en prefence de celui qui fera deputé à
cet effet par le Bureau Diocefain . Et que ceux
des Rentiers qui ont figné les quittances de leur
remboursement , & n'en ont point encore touché
les deniers , lefque's voudront pareillement confentir
que leurs rentes foient & demeurent reduites
au denier cinquante , continueront d'en
--jouir fur ce pied en vertu de leurs anciens Contrats
, & feront payez des arrerages à commencer
du premier Janvier dernier. Qu'à cet effet ,
mention fera faite de ladite reduction , tant fur
les minutes que fur les groffes defdits Contrats
de conftitution , au moyen de quoi les quittances
que lefdits Rentiels ont fournies pour leur
remboursement , enfemble les fubrogations y
mentionnnées au profit du Sieur Dubreuil demeureront
nulles & de nul effet . Et fera le prefent
Arreft lû , publié , & affiché par tout où befoin
fera , & executé , fans qu'il foit beſoin d'autre fignification
que la publication d'icelui , nonobftant
oppofitions ou autres empêchemens quelconques
; dont fi aucuns interviennent , Sa Majefté
s'eft refervé à foi & à fon Confeil la connoiffance
, & icelle interdit à toutes fcs Cours &
autres Juges , à l'effet de quoi toutes Lettres neceffaires
feront exped'ées.
ARREST du Confeil du 26 Juillet 1720 , par
lequel
D'A O UST. 113
lequel S. M. ordonne que les Communautez , qui
en vertu de Concordats paffez avec les Titulaires
des Benefices jouiffent de la totalité des revenus
defdits Benefices , à condition de payer , outre
le prix ftipulé , toutes les Impofitions ordinaires
& extraordinaires du Clergé , à quelques fommes
qu'elles puiffent monter , & les Fermiers qui ont
fait des Baux fous la même condition , feront
tenus de payer aux Titulaires des Benefices , outre
les fommes portées par lefdits Concordats ou
Baux à Ferme, celles auxquelles fe trouvera monter
le profit provenant de la reduction des Rentes
dues par le Clergé General , & les Diocefes par--
ticuliers , nonobſtant tous concordats abonnemens
, ou Baux à Ferme , lefquels au furplus feront
executez felon leur forme & teneur . Enjoint
Sa Majesté aux Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces , de tenir la main:
à ce que le prefent Arrêt foit executé nonobftant:
oppofitions ou autres empêchemens quelconques
pour lesquels ne fera differé , & dont fi
aucuns interviennent , S. M. s'en eft refervé à
foy & à fon Confeil la connoiffance , & icelle in
terdit à toutes fes Cours & autres Juges.
'
SENTENCE du 29 Juillet 1720 , concerpant
le nombre des Compagnons que chaque Maitre
& veuve de Maître peut avoir , & faire travailler
pour fon compte.
2
Fait défenfes auxdits Maîtres & veuves de Maftres
de donner à travailler à aucuns Compagnons
, qu'ils n'ayent vu un congé , & parlé au
Maître de chez lefquels lefdits Compagnons feront
fortis.
Défend pareillement aux fils de Maîtres de tenir
Boutiques , Chambres , ni Compagnons ,
qu'ils ne fçachent leur metier , le tout fous les
peines y portées .
La Sentence du 6 du même mois , porte que
K
114 LE MERCURE
chaque Maître , & veuve de Maître , ne pourra
avoir chez foy que & Compagnons & un Goret,
ou Maître-Garçon.
ARREST du Confeil du 6 Aouft 1720 , por.
tant Reglement pour la vente des Marchandifes
arrivées par les Vaiffeaux La Paix , Le Comte
de Toulouze , & Les deux Couronnes .
L'inventaire de toutes les Matchandifes qui
compofent le chargement de ces trois Vaiſſeaux
venans des Ports de la conceffion faite aux Directeurs
de la Compagnie des Indes , eft divifé
en trois Chapitres . Le premier comprend les
Marchandifes fujettes à la marque , comme Mouf.
felines , & Toiles de coton blanches. Le fecond
les Drogueries & Epiceries , &c. Le Troifiéme
Chapitre eft compofé de Toiles teintes , peintes
au rayées de couleurs , &c. La vente de toutes
ces Marchandifes doit être faite pour celles qui
font arrivées à S. Malo , dans la Ville de S. Malo,
& pour celles qui font arrivées au Port Lis
dans la Ville de Nantes.
ARREST du Confeil du 6 Aouft 1720 , por
tant Reglement entre la Compagnie des Indes &
les Meffieurs & Habitans de la Ville de Dieppe
qui les décharge du déchet de leurs fels , & leur
accorde des facilitez pour le commerce de leurs
pêches & falaifons..
ARREST du Confeil du 9 Aouſt 1720 , qui
ordonne que les cinquante Millions de Billets de
Banque qui ont été retirez pat la Compagnie
des Indes , au moyen des Soufcriptions qu'elle
a délivrées , feront brûlez en l'Hôtel de Ville en
la maniere accoûtumée.
ARREST du Confeil du 9 Aouſt 1720" ,
par lequel . Sa Majesté ordonne que les Efpeces
D'A O UST.
de Cuivre fabriquées pour 6 deniers , en confoquence
de l'Edit du mois d'Octobre 1709, dont
le prix a été porté à 8 deniers par Arrêt du Confeil
du 25 Fevrier 1720 , auront cours dans tout
le Royaume pour 16 deniers , & les Phenins dans
la feule Province d'Alface pour 12 deniers , les
demis à proportion , le tout jufqu'à ce qu'autrement
il en ait été ordonné par Sa Majeſté .
ARREST du Confeil du 9 Aouft 1720 , par
lequel Sa Majesté ordonne que tous les Engagiftes
de fes Domaines qui n'ont pû encore rap
porter leurs Titres pardevant les Commiffaires
nommez à cet effet , feront tenus d'y fatisfaire
au plûtard & pour denier delai avant le premier
Novembre prochain , paflé lequel temps , Veut
& entend S. M. que lefdits Domaines foient réünis
conformément à l'Arrêt de fon Confeil du
18 Fevrier dernier.
ARREST du Confeil du 14 Aouſt 1720 ,
par lequel Sa Majefté permet à la Compagnie
des Indes , de faire & délivrer des Soufcriptions
pour vingt mille Actions , outre & pardeflus celles
portées par l'Arrêt de fon Confeil du 1 Juillet
dernier , & ce en la forme & maniere pref
crites par ledit Arrêt,
Extrait des Registres du Confeil d'Etat.
EROY voulant rétablir la circulation des
Efpeces dans toute l'étendue du Royaume
Sa Majesté auroit indiqué differens Emplois pour
placer les Billets de Banque de Dix mille livres
& de Mille livres ,& pour cet effet auroit créé
par Edit du mois de Juin dernier Ving- cinq
Millions de Rentes au Capital d'un Milliard ;
& par Arrest du 13 Juillet enfuivant ; Elle au -
rois ordonné qu'il feroit ouvert à la Banque
Kij
116 LE MERCURE
Six cens Millions en Comptes courans , & que
la Compagnie des Indes feroit obligée en confequence
de l'Edit du mois de Juin dernier, qui
l'établit Compagnie perpetuelle , de retirer pour
Six cens Millions defdits Billets de Banque :
Et quoique ces Emplois & l'Engagement contracté
par ladite Compagnie paroiffent fuffifans
pour retirer les Billets de Banque de toute efpece
, & pour acquitter les Recepiffés tirez fur
la Compagnie des Indes , & faire la Converfion
des Contrats de Rentes fur la Ville qui n'ont
point été rembourfez ; neanmoins Sa Majefté
voulant accelerer de plus en plus l'Emploi defdits
Billets de Banque , a jugé à propos d'ajoûter
aux débouchez cy- devant indiquez, une Creation
de Rentes viageres au Denier Vingt cinq
fur l'Hôtel de Ville de Paris ; & une autre
Creation de Rentes au Denier Cinquante fur les
differentes Provinces & Generalitez du Royaume,.
pour la commodité de ceux de fes Sujets qui y
font domiciliez ; au moyen de quoy il lui a paru
neceffaire de fixer les temps dans lefquels les
Billets de Dix mille livres & de Mille livres
cefferoient d'avoir le caractere de Monnoye ; &
Elle a cru qu'il fuffiroit pour lors de procurer
aux Porteurs de Bilets de cette efpece , la facilité
d'en convertir une partie en Billets de Cent
livres & de Dix livres , plus propres à leur ufage
journalier & à la circulation ; Pour l'augmen
tation de laquelle rien n'a paru plus convenable
à Sa Majefte , que de permettre dès à- prefent
la Stipulation des payemens en Efpeces d'Or &
d'Argent ; Oüy le Rapport . SA MAJESTE EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc d'Or .
leans , a ordonné & ordonne.
ART . 1. Qu'à compter du premier Octobre
prochain , les Billets de Banque de Dix mille
fivres & de Mille livres n'auront plus cours .
comme Efpeces , tant dans le Commerce , que
D'AOUS T. 117
dans les Recettes & Dépenfes de Sa Majefté , Er
ne feront plus reçûs que pour les Emplois cyaprès
indiquez ; Et à l'égard des Billets de
Cent livres & de Dix livres , ils continuëront
d'avoir cours comme Efpeces , & d'être réçûs
dans tous les Payemens , fuivant les Arrefts du
Confeil precedemment rendus , & ce juſqu'au
premier May de l'année prochaine 1721. pendant
lequel tems tous lefdits Billets feront retirez volontairement
par la Compagnie des Indes ou acquittez
en Efpeces , fuivant les offres portées
par la Deliberation de ce jour.
II. Declare Sa Majefté qu'il ne fera fabriqué
aucuns Billets de Cent livres & de Dix livres
que pour couper ceux de Dix mille livres & de
Mille livres , ainfi qu'il fera dit dans l'Article
fuivant.
III . Pourront les Porteurs des Billets de Dix
mille livres n'en placer que la fomme de Neuf
Mille livres dans les Emplois cy- après indiquez
, à l'effet de quoi il leur fera rendu la
fomme de Mille livres en Billets de Cent livres
& de Dix livres , lors de la remife de leurs
Billets de Dix mille livres ; Il en fera ufé de
même à l'égard des Porteurs des Billets de Mille
livres , pourvû que la fomme qu'ils placeront
foit au moins de Deux mille livres..
IV. Les Billets de Banque de 10000 l . & de
1000 1. feront reçûs en acquifition de Rentes perpetuelles
créées fur les Aydes & Gabelles par Edir
du mois de Juin dernier , comme auffi en acquifition
des Rentes Viageres fur lefdites Aydes
& Gabelles , ou des Rentes fur les Recettes Generales
, qui feront créées par les Edits qui feront
donnez à cet effet , & pareillement en acquifitions
de Comptes en Banque établis par
l'Arreft du 1 Juillet dernier , le tout au choix
& option des Porteurs defdits Billets ; Pourront
neanmoins les Porteurs des nouvelles Soufcrip
18
LE MERCURE
tions de la Compagnie des Indes les remplir
avec des Billets de Dix mille livres & de mille
Ev. qui continueront d'être reçûs par ladite Compagnie
, ainfi qu'il fera dit cy- rès .
>
V. Ceux qui voudront acquerir lefdites Rentes
foit perpetuelles ou viageres , créées fur
l'Hotel de Ville de Paris , ou lefdites Rentes
créées fur les Recettes Generales , feront tenus
de porter au Trefor Royal les Billets de Banque
de Dix mille livres & de mille liv. qu'ils de
ftineront aufdits Emplois , avant le 1 Nov. prohain
, après lequel tems ils n'y feront plus reçus
, & ce fans efperance d'aucun nouveau délay.
J
VI. Ceux qui voudront avoir des Compres en
Banque feront tenus de porter leurs Billets de dix
mille livres & de mille livres à la Banque ; fçavoir
, à Parjs vant le premier Septembre prochain
& dans les Provinces avant le 15 dudir
mois , aprés quoi ils n'y feront plus reçus , &
feront les Livres clos & arreftez en l'érat où ils.
feront à Paris & à Lyon , par les Prevoft des Marchands
& Echevins , & dans les Provinces par
fes Officiers Municipaux des Villes ; & ce pareillement
fans efperance d'aucun nouveau delay.
VII. Veut S. M. qu'à l'égard- des, Soufcriptionss
de la Compagnie des Indes , ordonnées par les
Arrefts des & 14 du prefent mois , elles puiffent
eftre remplies en tout ou partie en Billets de
Banque de Dix mille livres & de Mille livres
jufqu'au premier O& obre prochain , paffé lequet
tems ceux qui voudront jouir des termes accordez
par les Soufcriptions feront tenus de payer
en Billets de Cent livres & de Dix livres.
VIII. Veur Sa Majesté qu'iprés les termes por
tez par l'Article V. du prefent Arreft , les Billets
de Banque de dix mille livres & de mille livres ,
qui n'auront point été employez , ain qu'il eft dir
ci deffus , foient reputez Actions Rentieres de la
Compagnie des Indes, & que lafdices Actions pro
DAOUS T. 119
duifent au profit des Rentiers deux pour cent
d'intereft , payables par la Compagnie des Indes .
de fix mois en fix mois , à compter du premier
Juillet dernier : Defquelles Actions Rentieres &.
payement des interefts , Sa Majefté fera garante
ainfi que des autres créées fur la Compagnie des
Indes par Arreft du 24 Fevrier dernier ; & en recevant
le Dividende des premiers fix mois fur
lefdits Billets de Banque , ils feront convertis en
Billets d'Actions Rentieres de dix.mille livres &
de mille livres.
IX . Permet S. M. à commencer du jour de la
publication du prefent Arrest , de faire dans toutes
fortes de Contrats & autres Actes pardevant
Notaires , qui feront paffez pour fommes audeffusde
mille livres , des ftipulations pour payemens.
en Efpeces d'Or & d'Argent , auquel cas lefdits
Payemens ne pourront eftre faits que dans lefdites
Efpeces , & non en Billets de cent livres &
de dix livres.
X. Ordonne Sa Majefté que tous les Billets qui
auront été portez au Trefor Royal pour acque
rir des Rentes , foit perpetuelles , foit viageres.
fur l'Hôtel de Ville de Paris , ou pour Rentes
fur les Recettes Generales , ou en Actions Ren
tieres , enſemble ceux portez en Comptes en
Banque , ou portez par la Compagnie des Indes
à compte de ceux qu'elle s'eft engagée de retirer
, feront biffez en prefence des Porteurs , &
enfuite brûlez en l'Hôtel de Ville de Paris , avec
les formalitez ordinaires & prefcrites par les Arrefts
fur cerendus ; & fera le preſent Arreſt lâ ,
publié & affiché par tout où befoin fera , & fur
icelui toutes Lettres neceffaires expediées. FAIT
au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté y étant
tenu à Paris le quinzième jour d'Août mil fept
cent vingt. Signé , PHELYRE AUS.
ARREST du Confeil du 16 Aouſt 1720 .
120 LE MERCURE
par lequel S. M. ordonne que dans le premier
Octobre prochain pour dernier delai , les Titres
des creances qui n'auront point été repreſentez
par les Entrepreneurs Fourniffeurs Generaux &
Particuliers des vivres , pour le fervice de la guerre
, pour eftre payez fuivant les liquidations ordonnées
par lefdits Arrefts demeureront nuls ,
éteints & fupprimez : ordonnne en outre Sa Majefté
que ce dernier delay expiré , en vertu du prefent
Arreft , & fans qu'il en foit befoin d'autre ,
le Sieur de Sauroy Treforier General de l'Extraordinaire
des Guerres , remettra au Trefor Royal
les fommes qui resteront en fes mains des fonds
qui lui ont été remis fuivant lefdits Arrefts ,
pour en être fait Recette au profit de Sa Majefté
, faute par lefdits Creanciers d'avoir reprefenté
les Titres de leurs Creances pour en recevoir
le payement fuivant lefdites liquidations ,
& ce à la décharge , tant de Sa Majefté , que
defdits Entrepreneurs fur qui lefdites liquida .
tions ont été faites ; moyennant quoy ledit fieur
de Sauroy demeurera bien & valablement déchargé
des fonds depofez en fes mains pour l'execution
defdites liquidations : & que les Ordonnances
& autres Effets Royaux , les Memoires &
Pieces juftificatives de Demandes & Pretentions:
qui au premier Octobre prochain n'auront point
été reprefentez par les Entrepreneurs , Fourniffeurs
& autres fus defignez , pour être liquidez
au defir defdits Arrefts demeureront pareillement
nuls , éteints & fupprimez à la décharge
de Sa Majesté.
"
ARREST du Confeil du 21 Août 1720 , par
lequel Sa Majefté ordonne que l'Arreft du 26
Juin dernier fera executé felon fa forme &
teneur & en confequence que par les feurs
Commiffaires Generaux de la Compagnie des
Indes & de la Banque il fera inceffamment
>
dreffe
D'AOUS T. 121
dreffé Procès verbal des Billets de Dix mille
livres & de Mille livres qui ont été retirez du
Public pour la fomme de Cent millions de livres,
au moyen de pareille fomme de Billets de Cent
livres & de Dix livres , Timbrez du mot imprime
Divifion , qui ont été delivrez en échange au
Public ; Veut Sa Majesté que conformément
audit Arreft lefdits Billets de Banque de Mille
livres & Dix mille livres pour ladite fomme de
Cent Millions , foient inceffamment portez en
l'Hôtel de Ville de Paris , pour y être coupez
par le milieu en travers & être publiquement
brûlez en prefence , tant defdits fieurs
Commiflaires Generaux de la Compagnie des
Indes & de la Banque , que des fieurs Prevoft
des Marchands & Echevins de ladite Ville , qui
en drefferont pareillement Procès verbal .
> y
ARREST du Confeil du 25 Août 1720 , qui
ordonne que les Rentes affignées fur la Ferme
des Greffes , les Augmentations de Gages , Gages
hereditaires , Taxations fixes & hereditaires , &c
autres Parties . qui ne font point attachées au
Corps des Offices , & dont les Proprietaires
n'ont point reçû le Remboursement
feront re
duites au Denier Cinquante .

ARREST du Confeil du 25 Août 1920 , qui
ordonne que les Billets de Banque ne feront
plus reçûs que pour leur valeur , & fans aucune
plus-value , en payement tant des Impofitions ,
que des Droits fajets aux Quatre fols pour
livre.
HI
L
122 LE MERCURE
AVIS
Pour une nouvelle Edition des Jugemens
des Sçavans , fur les principaux ouvrages
des Auteurs : Par Adrien Baillet . Revië,
corrigée & augmentée , en fept Volumes
in quarto.
'Ouvrage que nous vous prefentons a
plufieurs avantages ; c'eſt le plus étendu
que nous ayons en notre Langue pour
l'Hiftoire des Sçavans & de leurs Ecrits.
Nous n'en avons point de plus propre à
infpirer le goût & l'amour des belles Lettres.
Dans la premiere Partie , Monfieur Bail--
let traite des Livres en general , & des
préjugez fuivant lefquels on a accoutumé
d'en juger.
Dans les Volumes qui fuivent , l'Auteur
parle fucceffivement des Imprimeurs les
plus celebres , des principaux Critiques
des Bibliothecaires , des Critiques Grammairiens
, & des Traducteurs . Enfuite on
trouve une . Preface fur les Poëtes , qui eft
precedée d'un Difcours pour fervir d'éclairciffement
aux endroits qui ont pû arrêter
quelques perfonnes dans les premiers Volumes .
Les Auteurs qui ont écrit de l'Art PoëtiD'AOUST.
123
que , les Poëtes Anciens & Modernes viennent
après. Le refte de l'Ouvrage.contient
les Satyres perfonnelles , le Traité des Enfans
celebres , & celui des Auteurs déguifez.
L'utilité & la rareté de ce Livre nous
ont engagé à en donner une nouvelle Edition.
Voici l'ordre que nous y obferverons..
1. Nous nous fommes déterminez à
l'imprimer in quarto , cette forme nous
ayant paru la plus commode.
2 °. Les Citations feront placées en deux
colomnes au bas de chaque page avec des
chifres de renvoi , qui épargneront la peine
de chercher à la fin d'un Volume ou d'un
Chapitre les Citations que l'on doit trouver
dans le même endroit ; par ce moyen
l'attention que demande la lecture ne fera
point détournée : Nous avons obſervé la
même choſe pour les Additions & Corrections
que Monfieur Baillet n'avoit pû inferer
en leur place .
3 °. On a pris de l'anti - Baillet les endroits
où Monfieur Menage rectifie notre
Auteur : ils feront ainfi marquez
une Lettrine de renvoi , au deffous des citations
, en longues lignes.
avec
4°. Monfieur Baillet n'ayant pas toûjours
exactement rapporté les Editions des
Ouvrages des Auteurs dont il parle ; on
les trouvera à la fin des articles , entre deux
* étoiles. *
Lij
124 LE MERCURE
5 °. Le Portrait de Monfieur Baillet fe
trouvera à la tête du Livre , avec un Abregé
de fa vie.
* 6. On mettra à la fin du dernier Volume
une Table alphabetique très - ample
& très détaillée non feulement de tous les
Auteurs dont il eft parlé dans le cours du
Livre , mais encore des matieres qui s'y
trouvent répanduës.
79. Nous avons pris les précautions neceffaires
pour la correction qui eft effentielle
dans un Ouvrage qui contient une
auffi grande quantité de Faits & de Citations.
Pour faciliter l'execution de notre entreprife
, nous recevrons des Soufcriptions
jufqu'à la fin du mois de Septembre de la
prefente année mil fept cent vingt .
Les Soufcriptions pour le grand papier
feront de foixante & dix livres pour cha
que Exemplaire , en feuilles , dont ceux
qui foufcriront payeront trente livres comptant
, & les quarante livres reftant en recevant
l'Exemplaire. Celles pour le petit
papier feront de quarante- cinq livres auffi
en feuilles , dont on payera vingt livres
dès- à-prefent , & vingt cinq livres en re
cevant l'Exemplaire.
Ceux qui voudront foufcrire s'adrefferont
à l'un des Libraires nommez cy après.
On commencera à imprimer l'Ouvrage
D'A O UST. 12.9
au mois d'Aouſt de la prefente année mil
fept cent vingt , pour le délivrer à la fin
de l'année mil fept cent vingt & un.
Ceux qui n'auront pas foufcrit payeront
le grand papier Cent livres ; & le petit
Soixante & dix livres. On ne tirera qu'un
très-petit nombre d'Exemplaires au delà
des Soufcriptions.
Noms demeures des Libraires.
CHARLES MOETTE , ruë de la Bouclerie ,
au bout du Pont faint Michel.
CHARLES LE CLERC , Quay des Auguftins.
PIERRE MORISSET , rue faint Jacques.
PIERRE PRAULT , Quay de Gêvres.
ANT. URBAIN COUSTELIER , Quay des
Auguftins.
CRITIQUES GRAMMAIRIENS.
ENEAS SILVIUS , connu dans l'Eglife
fous le nom de Pie II . mort l'an 1464.
300 TL s'étoit fort appliqué à toutes fortes
de belles Lettres avant que d'entrer
en Dignité. Philelphe ( 1 ) dont il avoit
1 Philelph , apud Voff. Hift . Lat . Lib. 3. cap. 7.
pag. 194.
L iij
726 LE MERCURE
été Difciple , le louë de la beauté & de la
vivacité de fon efprit , de la douceur de
fes moeurs , & des graces qu'il faifoit paroître
dans fes Difcours & dans fes Ecrits.
Flor. Sabinus ( 2 ) l'appelle un Orateur
vehement , adroit & poli , & il ajoûte qu'il
n'étoit pas un trop méchant Poete. Nous
en dirons davantage ailleurs . ( a )
* Ænea Sylvii Epistola 4° . Norimb . 1496 .
Ejufdem Comm. Rerum memorabilium fui
temporis. in fol . Francof. 1614. Ejufdem
Opera omnia Bafil. Henric. Petri in fol.
1551.
*
LE POGGE de Florence ( Jean François )
mort en 1459.
301 plufieurs Auteurs ( 3 ) l'ont fait paffer
pour un homme fort éloquent & très
fçavant en Grec & en Latin. Erafme ( 4 )
dit que c'étoit un genre d'éloquence affez
2. Flor. Sab, Apolog. in calumniat . I. L. ibid.
3 Jac. Phil . Bergom , Suppl. Chron . Jo . Tritthem
. de Script. Ecclef.
4. Erafm, Ciceron . Diál . pag. 1 57.
(a) Eneas Sylvius , Pape fous le nom de
Pie II . étant fimple Beneficier , fit le Roman des
Amours d'Euryale & de Lucrece : & il traduifit en
Latin de l'italien du Bocace , la Nouvelle de Tancrede
premier Prince de Salerne. Il fe repent dans
fon Epitre 395 d'avoir fait ce Roman , Anti-
Baillet , tom. 2. pag. 336 .
D'A O UST. 127
particulier , & qui confiftoit dans une certaine
vigueur qui lui étoit propre ; qu'il
avoit affez de naturel , mais qu'il avoit
peu d'art & peu d'érudition & d'étude ,
& que fi on en croit Valla , le flux de fon
difcours entraîne quelquefois beaucoup
d'impureté avec lui.
Bebelius ( 5 ) dit que Pogge étoit l'Orateur
de fon temps qui avoit le plus de vehemence
& le plus de talent , même pour bien
ou mal faire , felon que la raifon ou la
paffion le gouvernoient ; qu'il paroît beaucoup
de doctrine dans fes Opufcules ; que
fa maniere d'écrire & de parler marque
beaucoup d'abondance , &c.
AVIS
TOUCHANT L'AVIS PRECEDENT.
M. DE LAMONNOYE , de l'Academie Françoife,
s'étant appliqué depuis quelques mois
à continuer la revifion qu'il avoit autrefois
commencée des Ouvrages de feu M. Baillet
énoncez dans le précedent Avis , prend
avec plaifir cette occafion d'applaudir au
louable deffein qu'on a de les réimprimer ,
& veut bien , pour les rendre plus utiles au
Public , communiquer aux Entrepreneurs
f . Henr. Bebel . Epift. ad Durt. ann 1513 .
Liiij
128 LE MERCURE
de la nouvelle Edition les Remarques furivantes
fur les articles d'ENEAS SYLVIUS ,
& de POGGE FLORENTIN , qu'ils ont jugé
à propos de donner de donner , comme une idée de
leur travail.
REMARQUES.
Sur l'Article d'Aneas Sylvius .
I.
Flor. Sabinus ] Pourquoi ne pas écrive
tout au long Floridus , & laiffer à chercher
fi c'eft Florus , Florens , Florentius ,
Florentinus , Florianus , & c. Il importoit
d'autant plus de ne pas ufer ici d'abbreviation
, que Floridus eft le nom de famille.
C'eft à quoi Baillet n'a pas fait d'attention
, lorfque dans la Table generale
pour les quatre premiers volumes , il a
renvoié au mot Sabinus , comme au vrai
nom de famille de cet Auteur , quoique ce
foit uniquement Floridus , & que Sabinus
ne marque autre chofe que le nom de la
patrie . II.
Flor. Sabinus l'appelle un Orateur véhément
, adroit & poli , & il ajoute qu'il
n'étoit pas un trop mechant Poëte. Voici
le Latin de Floridus : Orator argutus , vehe
mens , candidus , Poëta itidem non vulgaris .
Je lui paffe adroit pour arguins , quoique
ingénieux me paroiffe ici plus propre. Mais
1
D'AOUS T. 129
candidus ne fignifie pas affurément poli :
c'eft un Orateur dont le ſtyle eft clair , naturel
, qui n'a rien de recherché ni d'affecté
. Ces mots Poëta itidem non vulgaris ,
précedez d'une louange , donnent à ententendre
que
fi Æneas Sylvius étoit bon Orateur
, il n'étoit pas non plus un Poëte du
commun. Dire cela , c'eft un éloge ; mais
dire qu'il n'étoit pas un trop mechant Poëte ,
c'eft une espece d'injure .
Le deffein qu'on a de rapporter les éditions
omifes par Baillet , Baillet , ne fera jamais exe-
Curé que fort imparfaitement. On oublie ,
par exemple , ici une édition ancienne des
Epitres dePie II. à Milan 1481. in fol . où il
y a des pieces fingulieres. On marque l'im
preffion de toutes fes Oeuvres à Bâle chez
Henri Pierre, 1551.fans avertir qu'il y a autant
de fautes que de mots . Mais fans m'engager
à parler plus au long de ces Supplé
mens , qui ne feroient , quand ils feroient
les plus corrects du monde , que groffir
inutilement la maffe des volumes , je me
contenteray de dire que l'intention de Baillet
n'a pas été de donner des Catalogues.
d'éditions , ni d'en fpecifier les diverfes
dates , mais feulement de nommer les titres
des Ouvrages fur lefquels il rapporte des
Jugemens.
130 LE MERCURE
REMARQUES
fur la Note extraite de l'Anti- Baillet.
Il ( Æneas Sylvius ) traduifit en Latin de
I'Italien du Bocace , la Nouvelle de Tancrede
, premier Prince de Salerne. ] Je ne remarque
point du Bocace pour de Bocace ,
parce que cette faute étant uniquement de
Ménage , ne regarde point les Éditeurs. Je
m'arrêterai feulement aux deux fuivantes ,
qui font fur leur compte.
I.
Tancrede , premier Prince de Salerne. J
Pourquoi corrompre le texte de Ménage en
ajoutant le mot premier à Prince ? Ménage
a dit fimplement Tancrede Prince de Salerne
, comme Bocace Tancredi Prenze , ou
Principe di Salerno.
II.
Il (Aneas Sylvius ) traduifit en Latin la
Nouvelle de Tancréde , &c Il eft vrai que
dans la lifte des Oeuvres d'Encas Sylvius
on ainferé le titre d'une traduction Latine
prétendue par lui faite de cette Nouvelle ;
mais il ne falloit que recourir à la page 954
d'Encas Sylvius , de l'édition de Bâle
1551 , pour reconnoître que cette traduction
eft de Léonard d'Arezzo , laquelle
apparemment s'étant trouvée jointe dans
quelque vieille édition au petit livre de
duobus Amantibus d'Aneas Sylvius , a été
D'A OUS 131
"
T.
par des ignorans prife pour être de lui , &
ainfi mal à propos rapportée fous fon nom
dans le Catalogue de fes Oeuvres . Ceux
qui ont les Epîtres Leonardi Aretini in fol.
Venife 1495 , y trouveront celle par laquelle
Leonard le 15 Janvier 1426 , envoie à
Bindaccio Riccaffolano la traduction dont
il s'agit.
On voit que la Note de Ménage , faute
d'avoir été corrigée par les Editeurs , bien
loin de rectifier Baillet , comme ils le prétendent
, lui fait tout au contraire debiter
une fauffeté.
REM AR QUES
fur l'Article intitulé , Le POGGE de Florence
( Jean-François ) mort en 1459.
I.
Le Pogge ] On ne doit point mettre
Particle le devant Pogge , tant parce que
c'eſt un nom de Batême , comine je le prouverai
, que parce que la regle eft de ne
point donner ce le aux Italiens , qui , comme
Pogge , n'ont écrit qu'en Latin , ou qui
même , quand ils auroient fait quelque
Ouvrage Italien devroient leur. principale
réputation à leurs compofitions Latines.
Quoiqu'en effet nous ayions des Stances
Italiennes de Politien , & des Lettres Italiennes
de Paul Manuce , perfonne cependant
ne dit , ni ne doit dire le Politien ni
132 LE MERCURE'
.
le Manuce. On ne donne pas non plus ce
le aux plus celebres Ecrivains Italiens
lorfqu'ils font d'une certaine ancienneté ,
tels que Dante , Petrarque , Bocace , &c .
I I.
Pogge. ] Je ne veux point critiquer l'orthographe
Latine Poggins fondée fur l'Italienne
Poggi ou Poggio ; mais je foutiens
qu'en François on doit écrire Poge , qui fe
prononce comme loge. Nos Anciens ont
toujours écrit Poge Florentin. La Croix
du Maine , du Verdier , Florimond de Remond
, Pafquier , &c. n'écrivent pas autrement.
III.
Prétendre que Poge eut pour fon nom
de Batême Jean-François , eft une erreur.
Poge étoit veritablement le nom de Batême
de cet Auteur ; Bracciolini fon nom de
famille. Chriftophle Landino , qui l'avoit
vû & connu , y eft exprès dans fon Apologie
de Dante & de Florence , où failant
l'énumeration des hommes de cette Ville ,
diftinguez par leur érudition & par leur
éloquence , il nomme avec éloge Poggio
Bracciolini. Ménage dans fon Anti-Baillet , '
tom. 2. p. 5o. concluoit fort bien de là
que Poggio étoit un nom de Batême. Ce
qui l'a empêché de perfifter dans ce fentiment
, c'eft qu'il a , dit-il , trouvé que
Jacques & Baptifte , deux fils de Poge ,
D'A OUST. 133
étoient appellez , l'un en Latin Baptifta
Poggins , Pautre en Italien , Giacopo Poggio .
En quoi il n'a pas pris garde que Poge
leur pere , quoique fon nom de famille fut
Bracciolini , n'étoit communément appellé
que Poge Florentin , ou Poge tout court ,
en forte que Poge lui -même fignant toujours
Poggi ou Poggio , fans y joindre Bracciolini
, le nom de famille , par cette fuppreffion
, ceda la place au nom de Batême ,
qui paffant du pere aux enfans , devint en
leur perfonne le nom de famille. C'eft ainſi
que dans le même tems Guarin de Verone ,
plus connu par fon nom Latin Guarinus
Veronenfis , s'étant établi à Ferrare , où il
profeffa les belles Lettres avec reputation ,
Y tranfmit fon nom de Batême Guarin à
fes defcendans , qui en ont , comme on
fçait , fait l'illuftre nom de la famille des
Guarini . Les Curieux ont recherché avec
plaifir ces anecdotes. Comme ils ont découvert
que Bruni étoit le nom de famille
de Leonard Aretin ; Sacchi , celui
de Barthelemi Platine ; Bologna Beccadello
, d'Antoine de Palerme ; Ricchieri , de
Cælius Rhodiginus ; Spagnolo , de Baptifte
Mantuan : ils ont de même obfervé que
celui de Poge étoit Bracciolini. Voffius ,
deux cens ans après , en a fait la remarque
dans fes Hiftoriens Latins , parlant de Poge
, doutant neanmoins s'il devoit l'appel-.

134 LE MERCURE
ler Bracciolinus ou Brandolinus ; mais ce
dernier nom appartient à une autre famille
de Florence , témoin cet Aurelius Brandolinus
renommé par fes Ecrits , & pofterieur
de peu d'années à Poge. Outre que cette
varieté de leçon, bien loin de nuire , fervira
toujours à prouver que fi Bracciolinus ou
Brandolinus a été le nom de famille, Poggins
neceffairement a été le nom de Batême. De
là vient que Machiavel ayant à parler du
troifieme fils de Poge , nommé Jacques ,
qui trempa dans la conjuration des Pazzi ,
au lieu de le nommer , comme d'autres
Hiftoriens , Giacopo Poggio , le nomme
toujours Giacopo di Meffer Poggio , ce qui
fignifie Jacques fils de Meffire Poge . Et pour
finir par où j'ai commencé , c'est- à- dire
pour faire voir que c'eft une erreur de prétendre
que Jean-François a été le nom de
Batême de Poge ; je pofe en fait qu'on
ne peut établir cela fur aucun témoignage
digne de foi. Jean François eft le nom
de Batême , non pas de Poge Florentin ,
mais de fon cinquiéme fils , né l'an 1447 ,
& mort l'an 1522 , Auteur d'un Traité de
poteftate Papa & Concilii.
IV.
s renvoie Bebelius ( 5 ) dit ] Le chiffre
au bas de la page , col. 2. où le trouve cette
citation , Henr. Bebel. Epift. ad Durt. ann .
.1513 . Premierement , au lieu de Durt.il
D' A O UST. 135 .
ya Durr. dans Baillet . Secondement , ce
n'eft ni Durt. ni Durr. c'eſt Dur , avec une
virgule , & non pas avec un point , qui
pourroit faire croire , fi l'on écrivoit Dur.
que ce feroit le commencement du nom
au lieu que Dur c'eſt le nom entier ; & afın
qu'on ne s'imagine pas que cette citation
elt tirée d'un volume d'Epîtres de Bebelius
, on fçaura que c'eft de l'Epître dedicatoire
, par laquelle il adreffe le Traité
de miferia humanæ conditionis , à Leonard
Dur , qui en avoit fourni le manuſcrit , &
que cette Epître fe trouve pag. 84 des Oeuvres
de Poge , édition de Bâle in fol . 1538.
V.
Bebelius dit que Pogge étoit l'Orateur
&c. ] Ayant d'abord dit le pogge , il devoit
fuivant fon principe , quoique mauvais ,
ne point varier , & continuer à dire le
Pogge.
V I.
Bebelius dit que Pogge étoit l'Orateur
de fon tems qui avoit le plus de vehemence
& le plus de talent , même pour bien on
mal faire , felon que la raifon ou la paffion
le gouvernoient. ] Qu'est- ce qu'un Orateur
qui a tant de talent pour bien ou malfaire ?
On aura , je penfe , affez de peine à demêler
le fens de ces paroles : celles de Bebelius
en ont cependant un tres- fimple & trèsclair
, les voici : Poggii Florentini Oratoris
136 LE MERCURE
omnium fuo tempore tam ad bene quàm
male dicendum acerrimi . Ce qui fignifie que
Poge Florentin étoit l'Orateur de fon tems
le plus fort , foit dans le panégyrique , foit
dans l'invective .
VII.
Selon que la raifon ou la paſſion le gouvernoient.
] Il falloit , à caufe de la disjonative
, mettre le verbe au fingulier. C'eſt
ce qu'a décidé Vaugelas dans la Remarque
on la douceur ou la force le'fera.
Cet échantillon fera juger du nombre des
fautes qu'on a déja corrigées dans les cinq
premiers volumes , & de celles qu'on le prépare
à corriger dans les huit fuivans.
NOUVELLES ETRANGERES,
POLOGNE.
A Varfovie le 10 Août 1720.
E Roy qui fe tient toujours ici , s'applique
avec beaucoup d'affiduité aux
affaires publiques , & particulierement aux
moyens d'affermir de plus en plus la tranquillité
dans le Royaume. Il n'y a rien de
nouveau de la frontiere de Ruffie & de
Podolie. Le corps du feu Prince de Radzivil
, grand Chancelier de Lithuanie , fut
inhumé
D' A OUS T. 137
inhumé le 10 de l'autre mois dans la Ville
de Nizwitz. La pompe funebre fut des plus
magnifiques ; on tranfporta fon corps de
Mirra à Nitzwitz , fous l'efcorte de trois
Regimens de Lithuanie , accompagné d'une
infinité de perfonnes de la premiere qualité
, & d'une affluence extraordinaire de
peuple. L'Evêque de Wilna officia. L'illumination
étoit fi grande , qu'on y comptoit
cinq mille flambeaux ou cierges . Après
qu'on eut defcendu le corps du Maufólée ,
il fut falué de neuf décharges de la mouſqueterie
des trois Regimens , & de trois
autres du canon du Château . Des Princes
de Radziwil ont compté jufqu'à 2000 ,
tant Prêtres que Moines. On ajoute que
la ceremonie devoit encore durer une fcmaine
entiere avec la même pompe.
Les Univerfaux pour la convocation de
la Diete que le Roy a fixée au 30 du mois
de Septembre prochain , ont été expediez
& envoyez dans les Palatinats. S. M. y a.
fait joindre un Memoire fur les differentes
affaires qui doivent eftre traitées dans la
Diete , afin que les Deputez qui feront
choifis pour y affifter , puiffent recevoir des
inftructions plus préciſes dans les Deliberations
des Dietes particulieres. Le Roy
dans ce Memoire exhorte les Palatinats à
faire une fericife attention dans leurs affemblées
, pour aller au devant de tous les in
M "
138
LE
MERCURE
1
conveniens qui pourroient rendre la Diete
prochaine auffi infructueufe que la derniere.
Le même Memoire contient un érat
des principales affaires qu'on agitera dans
cette Diete : S. M. aſſure qu'on y aura une
application toute particuliere pour trouver
les moyens de payer regulierement
l'Armée du courant & des arrerages qui lui
font dùs à remettre fur pied toute l'artillerie
du Royaume , & à rétablir les fortereffes
: Qu'on terminera les affaires avec
la Cour de Pruffe , qui font demeurées indecifes
: Qu'on tâchera de dégager le ter
ritoire d'Elbing , de retirer les Duchez de
Curlande & de Semigalie , d'y maintenir
les droits du Roi & de la Rep . & qu'on
examinera les moyens de finir les differends.
avec le S. Siege touchant le droit de patronage.
Ce Memoire renferme encore
plufieurs articles qui contiennent les au
tres propofitions qu'on doit faire à cette:
Diere , fur les moyens les plus convenables
pour rétablir la navigation vers Dant
zic , approfondir la Riviere de San ; rendre
les matieres d'argent plus communes 3
en travaillant aux mines d'argent d'Okuſh ,,
& des autres parties du Royaume ; favorifer
les Manufactures , en ne laiffant tranf
porter aucunes laines hors du païs , & rendre
plus utiles les Salines abondantes qui
y font , en deffendant l'entrée du Sel étran
D'AOUS T.
139
ger dans tout le Royaume , & dans la
Lithuanie : enfin il paroît par ce Memoire
que la Diete évitera , autant qu'elle pourra,
de furcharger les Villes du Royaume , ni
celles du grand Duché , afin que les Habitans
n'aillent point s'établir ailleurs , ce
qui pourroit arriver fi on ne leur procuroit
pas quelque foulagement . Comme le
Palatin de Mafovie eft attendu de fon ambaffade
de Petersbourg , avant l'ouverture
de la Diete , le Roy recommande aux Palatinats
de fournir à leurs Députez des inftructions
fur les mesures qu'il conviendra
de prendre , après que cet Ambaffadeur
aura rendu compte de fes negociations.
INGERMANI E.
A Petersbourg les Aouſt 1720 .
E Miniftre du Czar à Conftantinople
La dépêché un Exprès pour informer
cette Cour que la Porte Ottomane perfiftoit
dans la refolution d'entretenir la
paix avec Sa Majeſté Czarienne. Le Palatin
de Mafovie Ambaffadeur de Pologne ,
fe difpofe à partir inceffamment pour retourner
à Varfovie. Ses lettres de recreance
font déja prêtes. L'Amiral Norris a écrit
une Lettre à l'Amiral Apraxin , dans laquelle
il lui declare que leurs Majeſtez
Suedoifes étoient depuis long-tems difpo-
Mij
LE MERCURE
fées à terminer une fi longue guerre à des
conditions raisonnables ; que pour cet effet
le Miniftre du Roi fon Maître à la Cour
de Suede , & lui, étoient entierement autorifez
, & avoient plein pouvoir d'offrir la
mediation du Roy de la Grande Bretagne :
Que fi S. M. Czarienne étoit dans les mêmes
fentimens , & qu'elle trouvât à propos
d'envoyer une perfonne dans quelqu'une
des Places voisines , il croyoit que le Roi
fon Maître n'auroit pas de plus grande
fatisfaction que de pouvoir contribuer à
une fi grande & fi bonne fin ; perſuadé
que l'on pourroit faire de part & d'autre
quelques ouvertures fur des Traitez également
avantageux aux deux Nations : Que
pour ce qui regarde le paffage libre de
quelques Bâtimens Ruffiens , il pouvoit
Paffurer pour le Roy de Suede leur accorderoit
des paffeports dès que le Czar auroit
fait connoître les motifs de leur voyage.
On celebra ici le 8 du mois dernier ,
l'anniverfaire de la victoire de Pultovva .
Le Czar parut avec les mêmes habits qu'il
portoit le jour de cette fameufe Bataille .
Le 14 le Palatin de Mafovie eut ſon audience
de congé du Czar , à qui il fit. le
difcours fuivant..
D'A O UST. 141
Sereniffime , Tres - Puiffant , & Trés -grand
Prince , Czar & feul Dominateur
de toute la Ruffie.
L'Ambaffadeur Plenipotentiaire du Sereniffime
, Tres- Puiffant , & Tres grand
Prince Augufte , Roy de Pologne & de la
Republique , eft obligé d'avouer que qui
voit V. M. voit tout . Tout le monde ,
Sire , regarde avec admiration les merveilles
de votre regne ; & la pofterité aura
peine à les croire. V. M. eft également
grande dans fes entreprifes pour la guerre ,
& dans le gouvernement politique. L'on
doit admirer d'un côté fes armes invinci
bles , la conftruction de puiffantes flotes ,
& de tant de fortereffes ; & de l'autre ,
fes Reglemens politiques , la fondation
de Villes , de Palais , & de tant d'Edifices
magnifiques. Nous en fommes les témoins
oculaires , & nous ne manquerons pas de
raconter ces prodiges dans notre Patrie.
Le Roi écoutera notre rapport avec d'autant
plus de fatisfaction , que nous nous
en retournons avec l'efperance que V. M.
s'attachera toûjours à quoi les Traitez
Fengagent. Au furplus , nous n'oublierons
jamais les graces dont vous nous avez
coinblés , & nous en conferverons une ve
ritable reconnoiffance,
142 LE MERCURE
Après ce difcours le Comte Go! ofkin ,
grand Chancelier , preſenta au Czar la
Lettre pour le Roi de Pologne , & Sa Majefté
Czarienne l'a remit à l'Ambaſſadeur ,
en lui recommandant d'aflurer le Roy &
la Republique de fa conftante amitié ,
aufli bien que du contentement qu'elle
avoit de cette Ambaffade. Enfuite l'Am--
baffadeur & tous ceux de fa fuite eurent
l'honneur de baifer la main du Czar , &
fon Excellence fut reconduite en fon Hôtel
avec les mêmes honneurs qu'on lui
avoit faits en allant à l'audience.
Les frequens Couriers qui vont & viennent
de la Cour Imperiale ici , font prefumer
qu'on traite d'une alliance entre l'Empereur
& le Czar. L'on fe flatte de faire
échouer les deffeins de la flore combinée
contre les poftes les plus expofez de nos
côtes. L'on eft d'autant mieux en état de
les bien recevoir , qu'outre qu'ils font garnis
de bonnes troupes , & de toutes les
munitions neceffaires , on pourra tonjours
faire marcher , en cas de deſcente , une
armée de foixante mille hommes .
L
SUEDE.
A Stokholm le 8 Aoust 1720.
E Roy après avoir fait la revûë des
Troupes à Geffle , en eft parti pour
aller vifiter les mines de cuivre. M. Marc
de Wittemberg Ajudant General ,, dont on
D'A OUS T. 143
étoit fort en peine , arriva ici le 27 du.
mois paffé de Petersbourg , il est allé trouver
S. M. à Geffle , pour lui faire rapport
de fes negociations. On prétend qu'il eft
chargé de quelques propofitions de paix
de la part du Czar . M. le Comte de Ĝyl -
lemborgh ſe mit en chemin le 26 du même
mois pour ſe rendre au Congrès de Bruns--
wick , en qualité de fecond Plenipotentiaire
de S. M. il eft accompagné de M. le
Confeiller Roos , chargé des affaires concernant
la Livonie. La flotte combinée qui
eft encore dans les Dahlers , n'attend qu'un
vent favorable pour mettre à la voile. On
a frappé ici des medailles d'or & d'argent
au fujet de l'élevation du Roi au Trône .
On diftribuerales premières aux Miniftres .
étrangers & aux Senateurs ; & celles d'argent
à tous les membres des Erats. D'un
côté paroît Teffigie du Roi avec cette legende
, Frederic par la grace de Dieu Roy de
Suede, & dans l'exergue , couronné le 3. May
1720. Au revers on voit une main qui du
haut des nues prefente une couronne Royale
avec ces mots , En fummi pignus amoris.
Voici le gage du plus grand amour. Au deffous
, Suffragio ordinum Regni, par les fuffrages
des Etats du Royaume..
Nos Armateurs ont pris à la hauteur
d'Abo deux fregates Ruffiennes.
La plupart des membres des Etats. font:
144 LE MERCURE
partis pour retourner dans leur Province ,
tres fatisfaits du fuccès de leurs déliberations.
La Nobleffe a fait prefent au Comte
de Horn , Marêchal de ce Corps , d'une
medaille d'or avec fon effigie , de la valeur
de cinquante Ducats , en confideration des
fervices qu'il a rendus pendant la tenuë des
Etats ou de la Diete , qui fe termina heureufement
le 18 du mois paffé. LaComteffe fon
Epoule & fes deux enfans , ont été auffi
regalez chacun d'une pareille medaille . Le
23 ce Seigneur reprit feance dans le Senat ,
en qualité de Senateur , & dans la Chancellerie
en qualité de Prefident. Deux jours
auparavant M. Finch , Miniftre du Roi de
Ia Grande Bretagne , eut une conference
avec ceux de S. M. Suedoife , à qui il remit
le Traité de Paix figné avec le Dannemarck.
M. de Campredon , Refident &
Plenipotentiaire du Roi Très - Chretien
affifta à cette Conference . Le Baron Lieyen
, Gentilhomme de la Chambre du Duc
de Holſtein Gottorp , eft arrivé ici de Vienne
avec une lettre de ce Prince à la Reine
dans laquelle on prétend qu'il demande le
confentement pour fon mariage avec la fille
aînée du Comte de Brake . Le Comte Vander-
Nath a été enfin relâché , & a obtenu
la permiffion d'aller prendre les eaux de
Medewick , fous promeffe de comparoître
toutes les fois qu'il fera fommé..
Le
D'A OUS T.
145
Le Comte de Freytach arriva ces jours
paffez de Vienne en cette Cour , où il refidera
en qualité de Miniftre de l'Empereur.
Le 15 du mois paffé le Prêtre , ou le
le Prevôt Benner , que l'on avoit traduit
de Hambourg dans cette capitale , y fut
décapité en public. Il fit au peuple un difcours
qui dura environ deux heures , & il
mourut avec une entiere refignation.
DANEMARC .
A Coppenhague le 15 Août 1720.
E Roy eft de retour de Laland où il
Létoit fallé avec Milord Carteret , pour
y paffer les troupes en revuë. S. M. lui a
fait prefent d'une épée enrichie de diamans
, en confideration de fes bons offices
, par rapport au Traité de Paix conclu
avec la Suede : Elle a auffi regalé le Major
General Lewenorh de fon Portrait également
enrichi de diamans , pour lui marquer
fon contentement de l'heureux fuccès
de fes negociations à la Cour de Suede
fur ce fujer. Ce dernier a été nommé pour
aller la Cour Britanique , fans qu'on fçache
encore en quelle qualité. La Paix entre
cette Couronne & la Suede , a été concluë
à Friderisbourg le 3 du mois paffé ; mais
elle ne fera , dit - on , publiée folemnellele
8 Octobre prochain . On voit
ment que
N
146 . LE MERCURE
des copies de ce Traité , dont voicy 1s
teneur,
Conditions du Traité de PAIX entre la
Suede & le Danemarc.
1. Ly aura une Paix & une Amitié perpetuelle
entre Leurs Majeftés Danoiſe
& Suedoife , leurs Heritiers & Succeffeurs,
comme auffi entre leurs Royaumes , Païs
& Sujets , à commencer depuis la Signature
& Confirmation du prefent Traités
En forte que rien ne pourra alterer l'Union
, la Confiance & l'Alliance entre les
deux Royaumes.
II. Tout ce qui a été fait pendant la
Guerre au prejudice des deux Partis , foit
par paroles , écrits , ou actions , ſera mis
dans un éternel oubli
III. L'entiere liberté du Commerce fera
rétablie par Eau & par Terre entre les deux
Nations.
IV. Et afin que l'Union regne entre les
deux Couronnes , Elles renoncent aux Conventions
qui ont été faites avec d'autres
Puiffances , en cas que lefdites Conventions
foient contraires ou prejudiciables au
prefent Traité de Paix ; & les deux Couronnes
s'engagent à ne point contracter
d'Alliance à l'avenir , qui pourroit être
préjudiciable à l'une des deux Couronnes.
V. Le Roy de Dannemarc s'oblige
D'AOUS T. 147
auffi long- tems que la Guerre pourroit encore
durer entre la suede & le Czar , de ne
point affifter S. M. Czarienne , ni par les
confeils , ni de quelqu'autre maniere que
ce foit ; Et pour avancer la Paix entre la
Suede & le Czar , S. M. Danoile ne permettra
pas que les Vaiffeaux de guerre
Mofcovites viennent dans les Ports de Danemarc
ou de Norvvegue.
.
VI . Et comme le Duc Slefvvig- Holstein
pourroit être un obftacle dans cette Paix ,
à l'égard de ce qui regarde le Duché de
Slefovig , le Roy de Suede ne s'oppofera ,
ni directement , ni indirectement , à ce
qui pourroit être ftipulé en faveur du Roy
de Danemarc , par les Mediateurs , fçavoir
des Rois de la Grande Bretagne , & de
France , qui ont cooperé au preſent Traité,
& la Suede ne donnera aucune affiftance
au Duc de Slefvvig- Holstein , contre le Danemarc
, qui pourroit être prejudiciable à .
ladite ftipulation.
VII, Le Roy de Danemarc , pour faciliter
la Paix , & aux inftances des Hauts
Mediateurs , évacuera à la Suede , les Villes
& Pays occupés pendant la prefente Guerre;
fçavoir , la partie de la Pomeranie juſqu'à
la Pene , comm'auffi la Fortereffe de Stralfund
& l'Ile de Rugen , la Fortereſſe de
Marstrand , & toutes les autres Ifles qui
ont apartenu à la Suede avant cette Guerre
Ni
148 LE MERCURE
·
& qui ont été prifes par les Danois ; &
S. M. Danoife les remettra dans le même
état qu'elles étoient dans ce temps - là ,
moyennant l'Equivalent qui fera ftipulé.
VIII . A l'égard de la Ville de Vvismar ,
qui n'appartient pas à cet Equivalent , S.
M. Danoife la cede auffi à S. M. Suedoife
& à la Couronne de Suede avec toutes
les pretentions qu'Elle y peut avoir , &
promet d'en faire fortir fes Troupes , d'abord
après la Ratification de ce Traité.

IX. D'un autre côté , le Roy de suede
renonce au Privilege ou à la liberté qu'il
avoit eu jufqu'à prefent , de ne payer aucuns
Droits de Peage dans le Sund , &
s'engage de payer à S. M. Danoife lefdits
Peages , de même que le font les autres
Nations , fçavoir les Anglois & Hollandois
, de tous leurs Vaiffeaux qui paffent &
repaffent dans le Sund.
X. Le Roy & la Couronne de Suede
promettent outre cela , de payer au Roy
de Danemarc 600. Mille Ecus , fuivant le
pied de l'année 1690.
XI. Dès que les 600 Mille Ecus auront
été remis en bonnes Lettres de Change
entre les mains des Mediateurs , S. M.
Danoiſe fera remettre par fes Gouverneurs
& Officiers , les fufdites Places , Païs &
Ifles , aux Commiffaires , Gouverneurs &
Officiers de S. M. Suedoife,

*
D'AOUS T. 149
XII. Tous les Biens & Effers confifqués
des deux Nations , leur feront reftitués ;
de forte qu'ils pourront tous rentrer dans
la poffeffion de leurs Biens , fans rien.
ni fans procès.
payer
XIII . Tous les Prifonniers des deux Nations
feront rendus & mis en liberté, fans
payer aucune Rançon .
XIV . Trois mois après la Ratification
de ce Traité , les Commiffaires des deux
Couronnes fe rendront fur les Frontieres
de Finlande & Norvvegne , pour examiner
les Limites , & les regler fuivant les anciens
Traités.
XV. A l'égard des Poftes Suedoifes qui
paffent par le Danemarc , il fera ftipulé que
S. M. Suedoife pourra avoir un Commif
faire à Elfeneur , pour y regler les chofes
neceffaires ; Que d'un autre côté , S. M.
Danoife aura un Commiffaire à Helfingbourg
; Et que les Poftes pourront aller
toutes les femaines une fois en Norvegue
par le Territoire de Suede , & à Hambourg
par le Territoire de Danemarc.
XVI. Tous les precedens Traités , où
Conventions faites entre le Danemarc & la
Suede , feront confiderés comme inferés
mot pour mot dans ce Traité , entant qu'ils
n'y feront point contraires .
XVII. Tous les fufdits Articles feront
ratifiés , & confirmés par Leurs Majeltés
Niij.
190 LE MERCURE
Danoife & Suedoife , fix femaines après la
publication du prefent Traité .
Fait à Stokholm le 30 Juin 1720.
Il y en a de plus quelques autres particuliers
, entr'autres , 1 °. Que Vvijmar
ne fera point fortifié . 2 ° . Que les bois qui
font abbatus en Pomeranie resteront au
Danemarc. 30. Que les Courier's Suedois
qui pafferont de Danemarc en Holſtein ,
ne fonneront point du Cornet . 4° . Que les
deux Couronnes s'uniront pour le maintien
de la Religion Proteftante à
> peu près..
fuivant le Traité conclu à cet effet , entre
les Rois de la Grande Bretagne & de Suede..
A Hambourg le 20 Aonft 1720.
E Lieutenant General Trautfeteer , &
le Comte Poffe , font arrivés icy de
Stokholm , ainsi que le Major General
Rudbec. Cette Cour a envoyé le premier
pour aller prendre poffeffion du Commandement
de Stralfund & de la Pomeranie ,
jufqu'à la Riviere de Lene , qui ont été
cedées à cette Couronne par le dernier
Traité de Paix. Le fecond va refider à la
Cour de Pruffe de la part du Roy de Suede ..
Bien des gens font d'opinion que le Czar
acceptera enfin la mediation du Roy de la
Grande Bretagne , pour traiter de la Paix.
avec la Suede. On ajoûte que le Roy de
D'A O UST.
Pruffe pourroit être auffi Mediateur de
cette Paix.
On ne publie rien de ce qui fe paffe par
rapport aux negociations de nos Deputés
à la Cour de Vienne ; mais on fuppofe
qu'ils auront de la peine à être admis à
Audiance de l'Empereur ,
attendu que
notre Magiftrat delibere fouvent fur les
dépêches qu'il reçoir de tems en tems de
ces Deputés. Le Refident de Moſcovie ,
qui eft icy , a reçû ordre de fa Cour
d'annoncer à tous les Officiers Suedois
qui font entrés au fervice de S. M. Cz.
qu'ils ayent à fe rendre inceffamment à
Peterbourg , où ils feront parfaitement bien
accueillis.
A Vienne le 15 Anuſt 1720.
leConteCadogan , Ambar- fadeur du Roy de la Grande Bretagne
, n'ait pas encore reçu une réponſe poſitive
fur les affaires de la Religion , on eft
cependant perfuadé qu'elles auront une
promte & heureufe conclufion. On fait icy
divers raifonnemens fur les vifites reciproques
que fe font rendues M. Alex . Albani
Miniftre du Pape , & M. Bruininx Envoyé
des E. G. Le 2. de ce mois M. Pelzer , Secretaire
du Maréchal de la Cour Imperiale ,
mit par ordre de l'Empereur, le fcellé fur les
152 LE MERCURE
effets & les papiers du deffunt Baron de
Weyberg , Miniftre de Danemarck , en prefence
de M. Schegel , Agent de cette Couronne.
L'Empereur a fait en même tems
avertir qu'on en uferoit de même envers
tous les Miniftres Etrangers qui mourront
en cette Cour , lorfqu'il n'y aura point de
Secretaire d'Ambaffade dans la maifon du
deffunt . Comme M. Voſcamp , neveu du
feu Baron de Veyberg , s'étoit fortement
oppofé à ce Decret , il eu ordre de S.
M. I. de fe retirer de cette Ville en 24
heures , & des Païs Hereditaires dans 15
jours , avec deffenſe d'y revenir , fans une
permiffion expreffe de l'Empereur. C'eſt
ce qui l'a obligé de partir le 2 au foir
pour Coppenhague. Le Comte de la Corzana
a été fi faifi , en voyant écharper
fon Cocher par les Laquais de l'Evêque
de Cinq- Eglife , qu'il en eft mort dans
fon Caroffe . On voit icy une Medaille où
eft reprefentée la Q. A. Il y a d'un côté
un Taureau dompté par la Concorde qui
le monte , & qui tient à la main droite
une Pomme de grenade , & à la gauche un
Bouclier , au milieu duquel font quatre
bras armés en croix , avec cette infcription
, Pro quiete publicâ , & au bas , Fadus
Quadruplex. L'Empereur a fait une vifite
au Comte d'Althan fon Grand Écuyer
ayant fçû qu'il étoit attaqué de la goutte
>
D'A O UST.
153
dans fa maifon de plaifance , fituée près de
la Favorite. L'Imperatrice regnante continue
à prendre les eaux minerales d'Egger,
par l'avis de 14 Medecins , dans l'efperance
qu'elles contribueront à fa groffeffe.
Ce fut le 23 du mois paffé que M. le
Comte de Virmond fit icy fon entrée publique
à cheval , & telle qu'il l'avoit faite
à Conftantinople. Il fe rendit enfuite au
Château de la Favorite , où il eut l'honneur
de faluer l'Empereur , & de lui prefenter
, de la part du G. S. fa Lettre de
Recreance , dont l'envelope étoit garnie d'émeraudes
& d'autres pierreries . Cette Excellence
delivra auffi à S. M. I. les prefens
du Sultan . Il y avoit entr'autres 18 trésbeaux
chevaux de Turquie , magnifiquement
harnachés. On a nominé plufieurs
Miniftres , pour aller en diverfes Cours
Etrangeres. On affure que M. de Virmond
a ordre de fe rendre à celle de France.
On a reçû avis que le Roy , ou le Sophi
de Perfe , avoit remporté une victoire fi
gnalée fur les ennemis.
Milord Cadogan a reçû la derniere refolution
de l'Empereur fur les affaires de
la Religion ; il ne l'a pas encore communiquée
au Miniftre de Hollande qui e
Vienne.
*14
LE MERCURE
A la Haye le 25 Aoust 1720.
M
Onfieur Antoine Heynfius , Confeiller
Penfionnaire des Etats de Hollande
& de Weft- Frife , mourut le 3 au foir
à 6 heures , âgé d'environ 80 ans , il avoit
exercé cette Charge pendant 32 ans , avec
toute la diftinction imaginable & avec beaucoup
de capacité. Son grand zele pour le
bien de l'Etat & les autres grandes qualitez
qui le rendoient un Miniftre accompli , le
font regretter univerfellement. Son corps.
fut tranfporté le 8 à Delft , & fut inhumé
le jour même dans le tombeau de ſes Ancêtres..
Les Etats Generaux ont enfin accordé à la

Compagnie des Indes Occidentales la permillion
d'augmenter fon fonds de 15 ou
1600 Actions de 3000 florins, chacune
dont on payera 250 pour cent en 6 termes
; fçavoir , 250 florins , un mois aprés
la Soufcription , & les autres termes de 3
mois en 3 mois. L. H. P. doiyent deliberer
plus amplement fur les autres propofitions
de cette Compagnie , qui offre 30
Millions à l'Etat , payable un Million par
an. On croit que ce projet fera accepté, &
fera préferé à celui de M. de Meinerth- Hagen
, quoique ce dernier prontette à l'Etat
24 Millions dans le cours d'une année. Le
DAOUS T.
155
3 , la Province d'Utrech envoya fon confentement
à l'établiffement d'une Compagnie
generale d'Affurance ; mais depuis la
Permiffion accordée à la Compagnie des
Indes Occidentales , pour augmenter le
nombre de fes Actions , ce projet eft tombé.
Il fe forme tous les jours de nouvelles
Compagnies particulieres. Dort , Hoorn ,
Dam , Permerande , & toutes les petites
Villes de la Nort Hollande. , viennent d'ent
établir chacun une. On croit que c'eſt à
l'inftigation de la Ville d'Amfterdam , qu'il
s'en éleve un fi grand nombre , dans la vûë
que toutes ces Compagnies fe ruineront ,
& s'aneantiront les unes les autres. L'affaire
touchant le Commerce des Oftendois s'embaraffe
de plus en plus.
Outre le Vaiffeau nommé la Ville de Ro
terdam , que la Cour d'Eſpagne a fait confifquer
, elle en a arrêté un autre , nommé
la Marie , chargé de laines & autres marchandiſes
permiſes par le Tarif entre les 2
Etats , & muni de tous les Paffeports neceffaires
de l'Amirauté de Cadix. Et comme
on n'a allegué aucune raifon touchant cet
Arrét , l'on ne peut penetrer quelle en peut
être la caufe après les menagemens que la:
Republique a gardez avec la Cour d'Efpagne.
L. H. P. en ont porté de trés - fortes
plaintes au Marquis Beretti Landi , qui leur
a fait une réponſe peu fatisfaifante. Elless
156 LE MERCURE
ont envoyé des inftructions fur ce fujet à
M. de Coliters leur Ambaffadeur à Madrid.
Le Marquis Beretti - Landi a reçû des Ordres
pofitifs de ſe rendre à Cambray , en
qualité de Miniftre Plenipotentiaire du Roi
Catholique.
M. le Marquis de Monteleone demeurera
à la Haye en qualité d'Ambaffadeur
du Roy d'Espagne.
Les Etats de Hollande n'ont encore rien
déterminé fur le choix d'un nouveau Penfionnaire.
Ils ont renvoyé cette nomination
à leur Affémblée du 5 du mois prochain .
Ils ont refolu de remettre le grand Sceau par
interim à M. de Wafnaer Starremberg
Prefident des Confeillers Deputez de Hollande
. Il aura auffi le foin des affaires qui
concernent les Fiefs de la Province. M. de
Hoorn- beck , Penfionnaire de Rotterdam ,
fera les propofitions à l'Aſſemblée des Etats
en qualité de plus ancien Penfionnaire de
Hollande. Les Députez de la Ville de Dordrech
ont proteſté contre ce dernier article,
ptétendant que le Penfionnaire de leur Ville
comme la premiere en rang de toute la Province
, devoit faire cette fonction ; mais
comme l'on prétend qu'il n'y a point d'exemple
qui favorife la pretention de cette Ville ,
on n'y a eu aucun égard .
M. de Meinertsh- Hagen , Miniftre de
Pruffe , a fait de nouvelles inftances à Etat,
D'AOUS T. 157
pour l'engager à envoyer inceffament un
Miniftre public à la Cour de Berlin , afin d'y
affermir l'union & la bonne intelligence entre
le Roy fon Maitre & la Republique.
Suivant toutes les apparences , L. H. P.
prendront au premier jour une refolution
conforme aux intentions de S. M. Pruffienne
.
L'indifpofition de M. de Burmania ne lui
permettant plus de remplir les fonctions de
fon Ambaffade à la Cour de Suede , L. H.
P. lui ont envoyé des Lettres de rappel . Le
Roy de Suede a trouvé bon qu'il prît congé
de S. M. par écrit , ne le pouvant faire
en perfonne.
Le 6 , les Directeurs de la Compagnie
des Indes Orientales , reçûrent un Êxprés
dépêché du Elder , avec la nouvelle qu'il
étoit entré dans le Teixel 20 Vaiffeaux trèsrichement
chargés . On en attend encore s
autres qui font reftez au Cap de bonne Efperance
, pour s'y rafraichir.
De toutes les Compagnies de Commerce
& d'Affurance qui ont été formées dans
cette Province , celle de Rotterdam eft encore
la plus floriffante. Les Directeurs de
cette Compagnie ont fait publier un avertiffement
, pour déclarer qu'à l'ouverture
de leurs Livres qui s'eft faite le 16 de ce
mois , ils commenceront à efcompter les
Lettres de change , & à affurer les Edifices
1
1.58
LE
MERCURE
contre le feu , tant publics que particuliers,
pendant le cours d'une année.
O
A Londres le 25 Aonft 17206
N travaille à ériger une Compagnie
d'Affurance dans la Ville de Dublin ,
dont le fond fera de deux millions fterlin,
& les Actions de 500 chacune : les foufcrivans
payeront comptant dix pour cent.
Les intereffez dans cette entrepriſe preſenterent
il y a quelques jours une Requeſte
aux Seigneurs Jufticiers , pour leur demander
une Patente qui leur permit l'établiſſement
de cette Compagnie ; elle fut renvoyée
au Duc de Grafton Viceroy d'Irlande,
afin de l'examiner. Comme ce Seigneur en
a fait depuis à la Regence un rapport fa-,
vorable , les Entrepreneurs de cette Compagnie
ne doutent prefque plus de la réuffite
de ce projet. Ils en font fi bien perfuadez
, qu'ils ont nommé par avance le
Comte de Ferrers pour Gouverneur de
cette Compagnie , le fieur Jacques Cunningham
fous Gouverneur , & le fieur Samuel
Moris membre du Confeil d'Irlande , député
Gouverneur , avec douze Directeurs.
Cette Compagnie a deffein d'ériger un Bureau
d'Affurance dans la Ville de Londres,
un dans la Ville de Dublin , & un dans.
chaque Ville de commerce du Royaume.
DA O UST. 159
Auffi - tôt que la Patente fera expediée ,
cette Compagnie s'eft obligée de payer fur
le champ cent mille livres fterli
La quantité de Carroffes & d'équipages
magnifiques de ceux qui ont fait fortune
depuis peu dans le Commerce de la Compagnie
de la Mer du Sud , embaraſſent ſi
fort les rues , que fans les efpeces de Parapets
qui font le long des maifons , les
gens de pied auroient peine à faire leurs
affaires. Toutes les boutiques font remplies
depuis le matin jufqu'au foir de femmes
de ces hommes heureux ; elles achetent
fans marchander tout ce qu'il y a de plus
beau & de plus rare pour s'en parer. D'un
autre côté leurs maris payent au gré des
vendeurs toutes les mailons & tous les
biens de campagne. Ces fortunes prodigieufes
font caufe que ceux qui fe font le
plus élevez contre cet établiffement , donnent
journellement tête baiffée dans cette
mer d'or.
Cette Compagnie ouvrit le 15 fes Livres
pour recevoir les Soufcriptions de
toutes les dettes de l'Etat qui restent à
payer. La foule fut fi grande ce jour & les
deux fuivans , qu'il y eut beaucoup de
membres endommagez. Cependant le prix
de tous les fonds a baiffé , ce que l'on
attribuë à la vente qu'en font les Etrangers :
les Hollandois fur tout s'empreffent extra1.60
LE MERCURE
ordinairement à vendre leurs Actions , & à
faire paffer leur argent en Hollande , pour
le placer dans la Compagnie des Indes
Occidentales , qui a eu la permiffion des
Etats Generaux d'augmenter fon capital.
On declara le 14 & le 15 à la Douanne
3.800 onces d'or étranger , pour être tranſportez
en Hollande.
Le Colonel Orway a été fait Gouverneur
du Fort faint Philippe , & Commandant
en chef dans l'Ifle de Minorque pendant
l'abſence du Gouverneur ou du Lieutenant
Gouverneur de ce Fort.
On rebâtit à Chatam les Vaiffeaux de
guerre le London , l'Edimbourg ; on repare
auffi le Devonshire. Le Vaiffeau à bombes
Le Bafilic , le Guillaume , & la Marie , font .
arrivez du Détroit , d'où l'on attend inceffamment
le refte de l'Eſcadre du Chevalier
Georges Bing , à la reſerve de quelques-
uns du cinquiéme & du fixiéme rang
qui resteront dans ces mers pour affurer
le Commerce contre les Pirates de Salé. Le
Roy a créé le Chevalier Montaguë Blundel
, Membre de Parlement , Pair d'Irlande
, fous le titre du Baron Blundel de
Edinderri.
Le Colonel Stanhope étant arrivé en
Efpagne en qualité d'Envoyé extraordinaire
du Roy , le fieur Shaub qui avoit été envoyé
pour avoir foin des affaires de la Cou
ronne
D'AOUS T. 161
ronne de la Grande Bretagne , en eft revenu
depuis quelques jours. On affure que
M. de Stanhope refidera pendant quelque
temps à la Cour de S. M. Catholique.
M. le Baron de Solenthal , Envoyé de
Dannemarck en cette Cour , partit le 17
pour aller joindre ce Colonel à Madrid.
Le fieur Hardouin , Maitre à danfer de
Paris , arrivé depuis peu ici , a dedié aux
jeunes Princeffes un Livre de danfe de fa
compofition: la premiere danfe , nommée
la Royale Angloife , eft caracterilée par
les lettres fuivantes , G , E , O , R , G , E ,
R, O , Y. Cette piece a été favorablement
reçue par L. A R. & a merité l'applaudiffement
de toute la Cour,
Le projet d'une Compagnie Royale de
la Pefche , commence à prendre vigueur
en Ecoffe , fur une Patente que les Intereffez
ont achetée . Cette Compagnie doit
avoir ouvert fes Livres du 12 de ce mois ,
pour recevoir les Soufcriptions qui ne furpafferont
pas 3000 livres fterlin chacune.
Les foufcrivans payeront un pour cent ; ils
doivent eftre tous Ecoffois , ou Bourgeois
d'Edimbourg , ayant été refolu de n'y recevoir
aucun Etranger . Plufreurs Ecoffois.
qui étoient ici , font partis depuis cinq ou
fix jours pour s'y faire foufcrire. Leg la
Compagnie des mines de cuivre de la Principauté
de Galles , nommerent dans une
162 LE MERCURE
affemblée vingt Directeurs pour regir les
affaires de cette Compagnie.
Les Directeurs de la Compagnie de las
Mer du Sud ont fait un prefent de 2000
liv. flerlins à l'Evêque de Bengor , pour les
importans fervices qu'il peut leur avoir
rendus .. Comme il a gagné conſiderablement
dans le commerce de cette Compa--
gnie , on le tient riche de prés de 1.00000
liv. fterlins . Les mêmes Directeurs gratifierent
de 200 Guinées , un Poëte ou un
Docteur qui leur prefenta le 15 une Ode..
Nos Marchands ont reçu avis que les
Pirates continuoient d'infefter les Côtes
d'Afrique , & d'enlever des Vaiffeaux de
toutes fortes de Nations . Ils en ont pris
neuf depuis peu dans la Riviere de Gambie
; mais on fe flate que les deux Vaiffeaux
de guerre , le Slwalow & l'Entre--
prife , qui vont efcorter les dix Vaiffeaux :
de la Compagnie , leur donneront là chaſſe
& les obligeront à fe retirer autre part .
Il n'y a point de jour qu'il ne le commette,
des vols fur les grands chemins aux
environs de cette Ville . Le 13 tous le Caroffes
qui venoient de Hampstead , rempliss
de perfonnes de diftinction , furent devalifez
; & deux jours auparavant , déux vʊ--
leurs traiterent de la même maniere pluhieurs
perfonnes , tant à pied qu'à cheval ,
entre Turnhain , Gréen & Brentford..
·
D'AOUS T..
163
Le Lord Vicomte de Montacute , Pair
d'Angleterre , Catholique Romain , a depuis
peu époufé la fille du Chevalier Jean:
Webb ; elle eft foeur de la Comteffe de
Derwentwater.
Le Projet du Chevalier Blunt , un des
Directeurs de la Compagnie de la Mer du
Sud , pour faire du Port de Londres un
Port franc , rencontrera fans doute de grandes
difficultez ; & ce Chevalier aura de
la peine , felon quelques - uns , à le faire
approuver, à caufe qu'il priveroit l'Etat
du droit de Douane , qui en eft un des plus
clairs & des plus confiderables revenus.-
On répond à cela que comme la Compagnie
a deffein de dedommager l'Etat dui
droit de Douane , il n'y auroit pas de raiſon¹
de s'opposer à ce Projet ; Projet d'autant
mieux imaginé , qu'il feroit couler l'abon--
dance dans toutes les parties du Royaume..
La Compagnie fait équiper plufieurs
Vaiffeaux pour Madagaſcar & pour la Côte:
du Sud d'Afrique , dans le deffein de faire
un établiffement le long de ces Côtes , d'oùi
elle prétend tirer de grands avantages . Les
Vaiffeaux de guerre le Prefton & le Launce--
fton ont ordre d'y croifer , afin de favorifer
cette entreprife , & chaffer les Pirates de :
Pifle de Madagaſcar. Le Sieur Guillaume-
Gore fut choifi le 21 , Sous- Gouverneur
de la Compagnie Royale d'Afrique.
O ij
164 LE MERCURE
Le Prince de Galles a été choifi Gou
verneur de la Compagnie des Mines de
cuivre , de plomb & de fer , qui font en
Angleterre . Cette Compagnie a dtoit par
fa Patente d'acheter par preference ces differens
metaux . Il ne faut point confondre
cette Compagnie avec celle des Mines det
cuivre du Pays de Galles , dont le Duc de
Richemont elt Gouverneur.
L'armement des plus gros Vaiffeaux de
l'Eſcadre deftinée pour la Mediterranée ,
fous le Commandement de l'Amiral Wager
, a été contremandé. Il entra le 12 dé
ce mois dans notre Riviere une grande Flote
venant de Norwege & de la Mer Baltique.
On continue d'embarquer une gran
de quantité de draps & d'ouvrages de nos
Manufactures , pour les faire paffer dans
les Etats du Czar . M. Brunet s'embarqua
au commencement de ce mois à bord du
Cheval Marin , pour aller prendre poffef.-
fion du Gouvernement de la nouvelle York.
Le Parlement qui s'affembla le 8 , fut
prorogé par commiffion des Regens juf
qu'au 4 Septembre ..
L
ESPAGNE.
De Madrid le 18. Aonſt 1720.
E Duc de Giovenazo , connu fous le
nom du Prince de Cellamare , a ob
D'A OUS T..
165
tenu la permiffion de fe rendre en cette
Ville. Le 17 du mois dernier , il paffa par
PEfcurial , où il eut un accueil favorable
de L. M. & des Princes . Il a demeuré
cinq jours dans le Monaftere de cette Maifon
Royale ; après quoy il eft venu loger
dans cette Ville chez le Duc de la
Mirandole fon beau- fls. Avant que de retourner
à Salamanque , où il a toûjours
fejourné depuis qu'il eft revenu de France,
il doit aller une feconde fois à l'Efcurial
pour y faire la ceremonie de fe couvrir
devant le Roy , & de prendre poffeffion
de la Grandeffe qu'il a heritée du feu Duc
fon pere . Le Marquis Beretty- Landi Âmbaffadeur
de S. M. à la Haye , a été nommé
Plenipotentiaire au Congrès de Cambray
, avec le Comte de San- Eftevan
Capitaine des Gardes du Corps de S. M. C.
Le Marquis de Puzobueno eft parti pour
aller en Ambaffade à la Cour Britanique
par la voye de Hollande. Le Colonel
Stanhope prend maifon icy ; ce qui fait
croire qu'il y fera un long fejour. Le Roy
a nommé pour Affeffeur du Confeil fuprême
de l'Inquifition , Don Sebaſtien
Gareia Romero ; pour Confeillers du Confeil
de Guerre , D. Laurenço Gonçales
Fauftino , D Jofeph Munibe , & D. Andres
de Garcia ; & pour Confeiller des
Finances , Don Auguftin de los Rios . On
1
166 LE MERCURE
voit ici plufieurs Exemplaires d'un Me:
moire , en forme d'Apologie pour le Cardinal
Alberoni . Ce Memoire qui vient des
Pais Etrangers , eſt êcrit en Latin , en Eſ.
pagnol , & en François .
Toutes les Troupes qui font venuës de
Sicile & qui ont débarqué en Catalogne
, marchent vers l'Andaloufie . La
Cour a donné ordre de les faire recruter.
L'on remplit les Magafins de nos Places
Maritimes de toutes fortes de provifions..
On continue d'affürer que l'on va conftruire
une Fortereffe entre Malaga & Gi÷braltar.
1
La Flotte pour la Véra Crux , come
pofée de 22 Navires , fit voile de Cadix
le premier de ce mois ; elle a enfin été
contrainte de relâcher
• ayant toûjours
trouvé les vents contraires. Un de ces
Navires a touché à la Baye , & s'eft bleffé ::
deux autres font auffi hors d'état de faire
le voyage . -M. Sartine , qui fous le miniftere
du Cardinal Alberoni avoit été difgracié
& envoyé dans le Château de Segovie
où il eft refté prifonnier plus d'un an , a eté
remis en liberté. S. M. l'a même fait Intendant
General des affaires de la Marine. Il
prit le 22 du paffe poffeffion de cette Char--
ge , après avoir prêté le ferment accoutumé.
Le Marquis de Patigno quien a été
dépouillé , fe dilpole à partir dans peu pour
fe retirer en Italie.
D'AOUST. 167
M. de Magny , cy-devant Introducteur
des Ambaffadeurs à la Cour de France , a
été fait Major Dome de la Reine , en la
place du Marquis de Tarafconi Parmefan ,
& M. le Comte de Branlieu Intendant
General de l'Infanterie , qu'avoit le Marquis
Pozzobueno . On dit que le Prince Pio ·
a remercié le Roy de la Viceroyauté du
Perou , que S. M. lui avoit offerre , &
qu'il fera fait. Prefident du Conſeil des
Guerre..
·A Naples le 8 Aouft 17207.
>
Lpaffé de notre Rade pour la Sicile ,
E nouveau convoy fit voile le 25 dů
it
porte 800 hommes de Recrues , & un
grand nombre de Gardes- Marine . Il eft:
compofé de trois Vaiffeaux de guerre , de
deux Galeres , & de plufieurs Tartanes..
Ces Bâtimens ont ordre d'embarquer onze
Bataillons d'Infanterie Imperiale pour les
tranfporter à Orbitello ou à Genes , d'où
ils prendront la route du Milanez , fous
le commandement du General Bonneval.-
La Sainte Barbe vaiffeau de guerre eft parti
de ce Port pour aller relever les quatre
que l'Empereur a fait acheter des Anglois
à Port-Mahon , qui étant joints à ceux de :
la Sicile , formeront une Efcadre Impe
riale dans la Mediterannée,
»
JG8 LE MERCURE
Les dernieres Lettres que l'on a reçues
de Sicile potent , que les Etats de ce
Royaume avoient accordé à l'Empereur un
don gratuit de 500 mille écus . Le Duc
de Monteleon qui en eft Viceroy , a fait
Publier un ordre , par lequel il fupprime
tous Titres, Dignitez , Fiefs & Jurifdictions,
& particulierement toute forte de Charges
qui ont été données fous les deux precedens
Gouvernemens.
Il paroît que la Cour de Vienne eft dans
l'intention de nommer en partie des Sujets
Elpagnols au Gouvernement des Fortereffes
de la Sicile . Sa Majefté Imperiale
s'eft propofée de laiffer en Garnifon dans
ces Places fix Regiments d'Infanterie &
trois de Cavalerie Allemande. Il court un
bruit que le General Mercy eft tombé de
nouveau en apoplexie .
Le Prince Ottaviano de Medicis , doit
eftre à prefent en Sardaigne ; il a ordre
de l'Empereur de remettre ce Royaume au
Baron de Saint Remy , qui en a été nommé
Viceroy de la part du Roy de Sardaigne.
Toutes les Troupes Piémontoifes
qui étoient en Sicile ont été tranſportées
fur foixante & feize Bâtimens à Cagliari
De Rome
D'A OUS T.
169
A Rome le 10 Aoust 1720 .
Ldifpente qu'il
demandoit pour époufer
E Pape a accordé au Duc d'Icar la
fa belle -foeur. Cette affaire avoit été longtemps
debatue dans la Congregation du
Saint Office. Le Duc de Bracciano , qui
fouhaiteroit fort époufer une autre fille du
Prince Borghefe , foeur de fa défunte femme
, a été un de ceux qui a fait les plus
inftantes
follicitations. Ce Duc depuis cette
difpenfe a recours au S. Pere , qui a remis
la decifion de fon affaire à la
Congrega
tion du Conclave.
Le Cardinal Salerne , après être reſté
quelques jours à Frefcati , à eu la permiffion
du Pape de faire fon entrée publique
dans Rome ; ce qu'il fit le 14 du mois
paffé , fuivant l'ufage établi. Son train &
la livrée étoient convenables à la moderation
& à la modeftie qui a toûjours diſtingué
ce Cardinal. Cette Eminence a fait
prefent au Pape d'un tapis de la Chine
qui eft une piece très- rare ; & a gratifié
toute la Maifon Albani de plufieurs autres
curiofités. Il eft
prefentement occupé à
faire fes vifites au facré College , & eft
fort goûté icy.
Le
Cardinal Altham , qui a eu la permiffion
de fe rendre icy le 15 incognito ,
P
7
170 LE MERCURE
a remis fon entrée publique au mois de
Septembre , attendu que le Pape a declaré
qu'il ne tiendroit Confiftoire qu'après les
grandes chaleurs. Mais l'on prétend que la
principale difficulté vient de ce que cette
Eminence veut marcher dans les fonctions
publiques avec fes caroffes à fix chevaux ,
entourés de heiduques ; ce que l'on ne
veut point accorder icy aux Ecclefiaftiques
, cet ufage ayant été aboli fous le
Pontificat d'Alexandre VII. & fous ceux
de fes Succeffeurs . Ce même Cardinal a
reçû toute forte de gracieufetés de la part
des Barons Romains , Feudataires de la
Maifon d'Autriche , & en particulier des
Princes Borghese , d'Olivero , & du Conêtable
Colonne. Chacun de ces Seigneurs
lui a fait prefent d'un attelage de ſix fort
beaux chevaux . Le Conêtable à ajoûté tout
ce qui eft neceffaire pendant un an pour l'entretien
de cet équipage. Le Cardinal Altham
ne voit gueres à prefent que le Cardinal
del Giudice , & quelqu'autre National...
Les Cardinaux deputés continuent de
s'affembler , pour travailler au procés du
Cardinal Alberoni . On perfevere dans l'opinion
, qu'attendu le défaut des motifs
preferits par les Bulles des Papes , il n'y a
pas lieu d'en venir à la dégradation de ce
Cardinal . On voit icy une efpèce de MaD'A
O UST. ... 171
nifefte imprimé en Langue Eſpagnole contre
cette Eminence. C'eft une Critique de
tout ce qu'il a prefque fait pendant fon
miniftere en Eſpagne. L'Auteur affecte d'y
détruire les juftifications que ce Cardinal
a produites dans quatre de fes Lettres au
Cardinal Paulucci : on croit que cet Ecrit
a été fabriqué icy , & imprimé à Naples.
Par ordre du Gouvernement , l'on fit le
mois paffé une perquifition exacte dans la
maifon d'un Avocat appellé Tito- Livio ,
à l'occafion d'un Ecrit fait en faveur du
Cardinal. Cette Piece a fait grand bruit
à caufe de plufieurs fauffes fuppofitions
contre des perfonnes du premier rang.
Le Cardinal Aquaviva reçut fur la fin
du mois dernier par un Exprès , l'avis de
la nomination qui avoit été faite par le
Roy Catholique de M. Aftorga Evêque
de Barcelone à l'Archevêché de Tolede.
Le 26 du paffé , le Pape tint Conſiſtoire ,
dans lequel cette tranflation fut faite. Sur
la fin S. S. y donna le Chapeau au nouveau
Cardinal , qui alla enfuite dîner chez
le Cardinal Albani ; Et comme S. S. entroit
ce jour dans la 75e . année de fon
âge , Elle reçût dans ce Confiftoire les
complimens de chaque Cardinal fur cet
fujet.
L'Archevêché de Tolede avoit été offert
au Cardinal Pico , mais il l'a genereufement
Pij
172 LE MERCURE
refufé , & comme ce Cardinal eft fort pau
vre, on ne peut qu'admirer un defintereffe
ment fi édifiant & fi peu
fuivi.si
M. Aldobrandini eſt parti pour retourner
à Veniſe ; on croit toujours qu'il paffera à
´la Nonciature d'Eſpagne , aprés l'accommodement
des differens qu'il y a entre la Cour
de Madrid & celle de Rome , lorfqu'il aura
terminé à Florence quelques affaires dont il
étoit chargé par le S. Pere ; ce Prélat s'eft
rendu à Plaiſance , d'où on mande que fes
negociations pour l'accommodement dont.
on vient de parler , étoient en bons termes,
& prêtes à être conclues,
On continue de s'entretenir du Mariage
du Prince Antoine de Pârme , frere du Duc
de ce nom , avec la foeur du Conerable Colonna
le Pape étant dans la difpofition
d'accorder au futur , en faveur de ce Mariage
, une groffe Penfion.
2
Les Francifcains & les Dominicains ont
prefenté de concert un Memoire au Pape ,
dans lequel ils expofent que le peu de part
que ces deux Ordres ont eu à la derniere
promotion , leur attiroit non feulement le
mépris des autres Ordres , mais les deshonoroit
encore , & leur portoit un notable
préjudice dans le Public.
Sa Sainteté a nommé les Cardinaux Gualtieri
& Albani , la Ducheffe de Piombino ,
avec Mefdames Bernardine & Therefe AlD'AOUS
T. 173
bani pour affifter aux couches de la Princeffe
Epoufe du Chevalier de S. Georges .
L'ultimatum , ou la derniere réfolution de
l'Empereur touchant les affaires de la Religion
, a été remis au Prince & Cardinal de
Saxezeitz , pour la communiquer à la Diete
generale de l'Empire à Ratisbonne , elle eft
fignée de l'Empereur ; on prétend que S. M.
Imperiale y declare qu'elle entend que l'Electeur
de Mayence rétabliffe les nouveaux
griefs des Proteftans fur le même pied où
leurs affaires étoient lors de la derniere conclufion
du Traité de Bade , qu'elle prétend
que l'Electeur Palatin faffe rentrer les fujets
Proteftans dans le même état où leurs affaires
fe trouvoient , lorfque S. A. E. parvint
à la Regence ; & qu'à l'égard des anciens
griefs , S. M. I. attendoit un Decret de la
Diette generale de l'Empire , fur les moyens
de les terminer à la fatisfaction des uns &
des autres .
L'ESPRIT ET LA BEAUTE.
JN jour l'Esprit & la Beauté
Difputoient de leurs avantages:
Après avoir bien contesté
Qui meritoit mieux nos homages ,
Ils vinrent me trouver tous deux.
P iij
174
MERCURE LE
L'un apparut fous la figure
2 De Venus avec fa ceinture
Et prenant un air gracieux ,
Me dit : Jugez notre querelle ;
L'Esprit à mes attraits rebelle ,
Ofe me difputer les droits
De donner au monde des loix .
Je puis par l'effort de mes charmes ,
Des Dieux mêmes brifer les armes, 3.
Sans moi l'Univers languiroit ,
Et le pauvre Amour périroit.
Cependant l'Esprit ofe croire
Qu'il faut lui ceder la victoire ,
Et que les aveugles Mortels
Lui doivent les premiers autels..
L'Elprit alors prit la parole ,
Et d'un ton plein de gravité,
Traita d'infolente hyperbole
Tout ce qu'avoit dit la Beauté.
C'est un b nheur que d'être belle ,
Ajouta l'Esprit doctement ;
Mais il est peu de coeur fidèlle ,
Si je ne retiens un Amant .
Bien tot fatigué de vos charmes ,.
Il méprife jufqu'à vos larmes.
Venus même l'éprouveroit ,
Sij'abandonnois la Déeffe
Dans les transports de fa tendreffe ,.
1 175
D'AOUS T.
Et fon Adonis languiroit..
La Beauté fe fentant chogue ,
Reprit foudain aſſez piquée :
En verité , Monfieur l'Esprit ,
Vous n'avez pas trop bonne grace ;
Quand on a fi peu de credit ,
A quoi fert d'avoir tant d'audace ?
Les hommes ne font pas pour vous ;
Et les femmes pour l'ordinaire ,
Dans leurs choix ne vous comptent guere.
On ne vous fait point les yeux doux :
Une laide fpirituelle
N'a pas beaucoup de partifans.
Du moment qu'une femme est belle ,
On lui trouve tous les talens .
Le combat dureroit encore ;
Sans doute j'allois voir bean jeu
Car l'Efprit alloit prendre feu :
Quand je vis l'objet que j'adore ,
Entre l'Efprit & les attraits ;
Je n'ofois juger la querelle ,
Iris les raffembloit en elle ,
Et fa prefence fit la paix.
P iiij
176 LE MERCURE
Le mot de la premiere Enigme du mois paffé ,
étoit la Langue , & celui de la feconde le Chandelier.
LE
ENIGM.E.
E Ciel , la terre & l'eau m'ont donné la naiffance
,
Ce dernier élementfans ceffe me détruit ;
Dans les Coffres du Roy j'augmente lafinance :
Mais il y faut veiller & le jour & la nuit.
Je répands en tous lieux une odeur agréable ;
Chacun eft convaincu de mon utilité;
C'eftpourquoi tous les jours fans incivilité ,
Je me trouve placé des premiers à la table.
AUTRE,
E fuis prefque toujours fous les yeux de mon
Maistre ;
S'il eft d'un certain goût , prête à luifaire honneur
par
malheur >
Mais s'il n'eft pas tel
Il ne doit pas fonger à mefaire paroître.
Selon le tems , ou fon humeur ,
On le voit me choisir de taille differente ;
Et je fuis toujours excellente .
;
Dés que je puis pouffer ma pointe jusqu'au coeur :
Je porte affezfouvent les couleurs de fa Belle ;
Et fi quelque Rival traverse fon amour ,
F'entre dans fa querelle ,
Et fouvent je lui fais un affez mauvais tour.
Ont- ils Ji bonne
QUE
DE
LYON
LA VILLE
Août
1720.
X
Chantons, le jeune R
Il apprend a donner la le re
YON
LA
VILLE
D'AOUS T. 177
N me fçaura peut - être gré de donner
ici le Pont - Neuf, qui a été chanté
dans la premiere partie du Ballet , intitulé
l'induftrie , reprefenté le 6 Août au College
de Louis le Grand . Voici en même tems
deux Menuets de Mademoiſelle Antier ,
compofez pour la fête d'Auteuil . Ceux
qui voudront fçavoir l'inſtitution de cette
fête , n'ont qu'à lire les Mercures de
Septembre 1718 & 1719 .
CHANSON.
CHantons , chantons le jeune Roy
Qui fait nôtre efperance ,
Il apprend à donner la loy
Dès fa plus tendre enfance ;
Ce n'est pas un petit employ
De regner fur la France.
Il est beau comme le beau jour
Il a la taille fine ;
Il à la jambe faite au tour ;
Vraiment qu'on examine .
Les petits Meffieurs de fa Cour
Ont- ils fi bonne mine ?
178 MERCURE LE
Comme fils de bonne maison
On prend foin de l'inftruire ,
il a des gens de grand renom ,
Qui fçavent le conduire ;
Fleuri , Villeroy , de Bourbon ,
Duc Regent , c'est tout dire.
mord , dit- on , dans le Latin,
Comme faifoit fon Pere ;
Il a fouvent le livre en main ,
Et lit bien fa Grand-mere ;
Mais pour fçavoir le fin dufin ,
Il lit fon grand Grand-pere.
*
On voit bien qu'il a de l'efprit
A fa phifionomie ,
Bien qu'il foit encore petit ,
Il paroit grand genies.
Il entrera fans contredit
Dedans l'Academie.
On affure qu'il eft fçavant
Dans la Geographie ;
Breuve qu'il fera conquerant
Dans le cours de fa vie;
Sur la Carte Alexandre enfant
Prenoit déja l'Afie.
Quand il danfe à ſon joli bal ,
Il fait bien la figure ;
Il monte se tient à cheval
D'A O UST . 179
Droit comme une peinture ;
Il tire , ne tire pas mal ,
J'en tire bon augure .
Ce jeune Prince eſt tout charmant
Il eft bon fans mêlange ,
Sur un certain point seulement
Son humeur eft étrange ;
Il n'aime point le compliment ,
Et craint toute louange.
Mais , puis qu'il veut la meriters
Il a tort de la craindre ,
Chantons , chantons fans hefiter ;
A quoy bon nous contraindre &
Nous avons droit de le chanter ,
Ainfi que de le peindre.
Ah! puifque pour tous fes Sujets
Il a le coeur fi tendre ,
De luy chanter quelques couplets
Voudroit-il nous défendre ?
En tout cas chantons , chantons - les
Il ne peut nous entendre .
Chantons , beuvons à fa fanté s
Sa fanté nous eft chere ;
Prions tous le Dieu de bonté
Que ce Prince profpere ;
Qu'il foit des méchans redouté„
Des bons qu'il foit le pere.
180
LE MERCURE
PREMIER MENUET.
IL est donc vrai que tu romps ta chaîne ,
Ah! j'en mourray , puis-je vivre fans toy?
Belle inhumaine
Prends pitié de ma peine :
Tu m'avois juré ta foy
D'être toujours à moy.
Suite du deuxième Menuet ..
Pour me vanger , fi j'aimois quelque autre belle ,
Pour me venger , fi jofois me dégager ;
·Mais je ne puis ; je ne fuis que trop fidele :
Ah ! quel tourment ›
D'aimer fi conftamment .
JOURNAL DE PARIS.
Llizi fut reçu Avocat du Roy au Châte-
E premier de ce mois M. Fargés de Polet.
Tous les Ingenieurs qui s'étoient rendus
à Seiffel dans le Bugey , pour fortifier cette
place , ont eu permiffion de la Cour de revenir
; & les Regimens qui avoient ordre
DA O U.S T. is i
de s'y rendre , ont été contremandez . On
continue cependant de travailler aux nouvelles
Fortifications de Bergue S. Vinox
ainfi qu'à l'ouvrage à corne qu'on ajoûte à
celles de Strasbourg.
>
M. Faëch a prefenté fes Lettres de creance
au Regent , en qualité de Miniftre de
PElecteur de Treves , comme Grand- Maître
de l'Ordre Teutonique .
- Du 4 Aoult , la Coadjutorerie de l'Abbaye
Reguliere de N. D. des Iles , Ordre de Citeaux
, Diocéle d'Auxerre , fdont Madame
de Hangeft Hargenlieu étoit Abbeſſe , a été
accordée à MadameCharlotte de Mont- gault
de Nerfac , Religieufe du même Ordre.
Le 5 , aprés midi , le Roy s'étant rendu
au Camp de Charenton , monta à Cheval
à la tête du Camp , paffa dans les rangs ,
& fit la revûë des 6 Bataillons qui y étoient
campez . Aprés que le Roy eut fait la revûë
de ces Troupes , S. M. donna 12 Croix de
S. Louis aux Officiers du Regiment de
Champagne , 6 à celui de Pons , 3 à celui.
de la Marine. Le Roy fit grace à 3 Deferteurs;
les 6 Bataillons fe mirent en marche
le 7 pour retourner à Montargis .
Du 13 , la Prevôté de S, Quiriace de
Provins , a été donnée à M. Pierre- Claude
de Beaufort, Chanoine de ladite Eglife.
Le 14 > entre 4 & 5 heures de l'aprés
midi , le Regent prefenta Madame la Du182
LE MERCURE
cheffc du Maine au Roy qui l'attendoit dans
fon Cabinet. Speb o
Le même jour , les Deputez des Etats de
Languedoc eurent Audience du Roy, ayant
été prefentez par M. le Marquis de Canillac
, Lieutenant- General de la Province , & ..
par M. le Marquis de la Vrilliere , Secretaire
d'Etat , & conduit par M. le Marquis
de Dreux , Grand- Maître des Ceremonies.
Ils prefenterent le Cahier à S. M. La Députation
étoit compofée de M. l'Evêque
de S. Pons pour le Clergé , qui porta la
parole ; de M. le Marquis du Roure pour
la Nobleffe ; de M. de Candillargues , Premier
Conful de Montpellier ; de M. de Rivales
, Premier Confal de Carcaffonne
pour le tiers Etat , & de M. Dodart Syndic
general de la Province. .
>
Le Regent donna ordre ces jours paffez
à M. de Cofte , Intendant des Bâtimens du
Roy , de faire accommoder l'appartement
feue. Madame la Ducheffe occupoit au
Louvre , pour y venir coucher les jours de
Confeil .
que
Le 15 , jour de la Fefte de l'Affomption
de la fainte Vierge , le Roy fe contefla à
M. l'Abbé Fleury fon Confeffeur , & entendit
la Meffe chantée par la Mufique.
Le même jour , la Proceffion folemnelle
de l'Eglife Metropolitaine , qui fe fait tous
les ans à pareil jour , en execution du Voeu
D'AOUS T. 183.
de Louis XIII, fe fit avec les Ceremonies
ordinaires. M. le Cardinal de Noailles y
officia. La Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville y affifte-,
rent en la maniere accoutumée ..
M.. l'Abé de S. Hubert a envoyé au Roy
4 chiens & 8 oifeaux , pour le divertiffement
de S. M. qui continue de fe plaire
fort à la chaffe.
M. le Comte de Creancé , Gouverneur
de la Ville de Nuits en Bourgogne , Capitaine
en pied dans le Regiment de Dauphiné
, a prêté ferment entre les mains du
Roy le 18 du mois d'Aouft , pour la Charge
de Lieutenant de Roy au Département
d'Auxois , Auxerois , & Autunnois , qu'avoit
M. le Marquis d'Argence fon beaufrere.
M. Bouffin , un des Chambellans du
Czar , a remis au Regent des Lettres de S.
M. Cz. , par lefquelles elle donne part à
ce Prince de toutes les negociations & de
toutes les entreprifes qui fe font faites entre
Elle & la Suede.
"
Le Regent a accordé une Penfion de 4000
livres à M. de S. Chriftophe , Gentil- homme
Bourguignon . M. de S. Chriftophe
étoit ey devant Capitaine -Lieutenant des
Gendarmes d'Orleans.
La nuit du 19 au 20 , Madame la Princeffe
de Conti accoucha heureuſement d'un
184 LE MERCURE
Prince , qui fut nommé en naillant Duc de
Mercoeur .
>
Le 21 du mois dernier , M. l'Abbé de
Rochebonne , nommé à la Coadjutorerie,
de Carcaffonne , fut Sacré à Toulouſe dans
l'Eglife des Religieufes de la Vifitation. La
Ceremonie fut faite par l'Archevêque de
Toulouze , nommé à l'Archevêché de Narbonne
, affifté des Evêques d'Alet & de S.
Papoul.
Meffieurs les Cardinaux de Noailles &
de Gefvres , accompagnés de M. l'Archevêque
de Rouen & de M. l'Evêque de
Gap, ont prefenté au Roy M. l'Abbé de
Brancas un de fes Aumôniers , pour remplacer
M. de Maupeou , en qualité d'Agent
du Clergé.
M. de Sommery , Evêque de Rieux
a prêté ferment de fidelité entre les mains
du Roy , en prefence du Regent .
M. de Ternaux , Maréchal de Camp ,
a été nommé Capitaine des Gardes de M.
le Comte de Toulouze .
M. le Marquis d'Epinay a obtenu le
Gouvernement du Château de Pierre- Ancife
.
M. Law occupe actuellement au Palais
Royal l'appartement de M. le Marquis
d'Etampes.
Le Parlement d'Aix a rendu un Arreſt
pour empêcher toute communication entre
cette
D'A O UST . 185
20
cette Ville & Marſeille où il regne des
maladies malignes , qui emportent tous les
jours beaucoup du monde , & fur- tout
du petit peuple. On ne fçauroit trop approuver
le zéle & la vigilance de l'Evêque
de cette Ville , qui ne refuſe fon miniftere
qui que ce foit . La Cour a réiteré fus
ordres , pour affifter cette Ville de tout ce
qui lui eft neceffaire. Les Galeres fe font
retirés aux Ifles d'Hyeres . Cependant , les
plus habiles Medecins font dans l'opinion
que ce ne font que des maladies populaires
, qui n'ont été formées que par la
quantité de mauvais fruit que l'on y a
mangé.
M. de Matos a été choifi pour Maître
de Mufique du Roy.
Le 25 , jour de S. Louis , le Roy a
entendu la Meffe à 9 heures ; après quoy'
il a reçû les complimens fur fa Fête. Il y a
eu une grande fimphonie au dîné de S. M.
de la compofition de M. Colin Maître de
Mufique de la Chambre. Le Roy a fait entre
les deux Meffes 20 Chevaliers de Saint
Louis. Les Carmes , felon la coutume
font venus à onze heures dans la Chapelle:
du Roy , portant quantité de Reliques , &
plufieurs Pains qu'ils ont beni à la Grand"
Meffe qu'ils ont chantée.. Ils étoient precedés
des trompettes & des tambourgs , &
Bun détachement des Cent Suiffes.
186 LE MERCURE
Le 26 , M. Defchiens Lieutenant Ge--
neral d'Artillerie & des Bombardiers , a
prêté ferment devant le Roy pour la Charge.
de Lieutenant General du Mayne , qu'il a
achetée de M. Coche Premier Valet de
Chambre de S. A. R.
Il vaque une penfion de 6000. livres ,.
par la mort de M. Doumeny , cy-devant
Capitaine aux Gardes .
Le Roy a figné le Contrat de Mariagede
M. le Prefident de Maiſon , avec M
de Conflans. Il étoit accompagné de M.le:
Maréchal de Villars , & de M. l'Abbé de
Maifons fon oncle...
On remit à tirer le Feu des Tuilleries :
au 26 , à caule de l'inconftance du tems .
qui n'en permit pas l'execution . Jamais
artifice n'a été mieux fervi , & n'a produit
un plus bel effet de lumiere.. Le deffein
étoit de M. Hermant. L'Opera préluda às
fon ordinaire par un magnifique concert..
M.. de la Chauvigniere Gentilhomme
ordinaire du Roy , a vendu fa Charge à
M. Legendre du Pleffis Treforier de France
en la Generalité de Lyon , cy devant Fermier
General , lequel époufa en 1717 M ..
N ... fille de Madame la Nourrice de
Mademoiſelle de Valois , aujourd'hui Princeffe
de Modene..
M.. de Lugat , auffi Gentilhomme or
dinaire du Roy , a obtenu l'agrément: de
D'AOUS T. 187
x
vendre la furvivance de fa Charge à M.
Perrin.
M. de Malromé , Ecuyer du Roy , a
vendu fa Charge à M. Raffy , fils de M.
Raffy Fermier General , & frere de M. de
Bazoncour Maître d'Hôtel du Roy..
M. Milanges Valet de Chambre du Roy,
mourut le dernier de Juillet , fa Charge
a été donnée à M.. Baftier , Concierge de
la Muette.
M. Tretreux , auffi Valet de Chambre
du Roy , mourut le mois paffé ; le Roy
a donné fa Charge à fon frere.
"
M. de Gagnarolle , Maréchal de Camp .
des Armées du Roy , Lieutenant des Gardes
du Corps de la Compagnie d'Harcourt,,
mourut à Pontoife le 19 Aouft , âgé d'environ
84 ans ; il avoit commencé à fervir
Garde du Corps fous le feu Roy , dont il
avoit merité la confiance particuliere ; M.
le Chevalier de Velleron eft monté à fa
place de Lieutenant des Gardes du Corps ,
& M. Dauger , Exempt , a eu fa Brigade.
M. Delnoyers de Lorme , Intendant de
P'Ordre Militaire de S. Louis , a été pourvû
de la Charge d'Intendant des Domaines &
Finances du Regent.
Le Pape a accordé par une Bulle , l'u
nion de l'Abbaye de S. Eloy de Noyon ,
à l'Abbaye de Chelle , avec le droit de
nommer à tous les Benefices qui en dépendente
. Qij
188 LE MERCUREEfLe
26 , la Cour envoya des ordres à
Pontoife , pour difcontinuer les reparations
que l'on faifoit au Château de cette Ville.
Le 29 , Mile. de Sabran ; âgée de 2 à 3
ans , a reçû les ceremonies du Batême dans.
la Chapelle du Roy . Le Roy & Mademoifelle
de Charolois , on été Parrain & Mar
raine . Madame de Sabran defcend de la .
Maifon des Comtes de Foix.. 20
On dit qu'il a été arrêté , que M. de
Saint- Contest , M. le Marquis de Senecterre
& M. le Comte de Morville ,
iro ent de la part de la France , en qualité
de Plenipotentiaires au Congrès de Cambray.
M. le Comte de Virmond & M. le Baron
de Bentenridder , de la part de l'Em--
pereur.
M. le Comte de Stanhope de la
de l'Angleterre.
part
M. le Comte de San-Eftevan , & M..
Beretti- Landi , de la part de l'Eſpagne.
M. le Comte de Ribeira de la part du
Roy de Portugal , & M. le Comte de
Provana de la part du Roy de Sardaigne... ,
On donnera par la fuite un détail plus
exact .
Le Roy a accordé une penfion de 40 %,
mille écus à Madame la Grande Ducheffe..
On payera à S. A. S. 10 mille livres de
anois en mois.
་།
D'AOUS T.
189
*%
M. le Comte de Saxe a été fait Maréchal
de Camp. Il a acheté 35 mille écus,
argent d'Allemagne , le Regiment de Spaar
Etranger.
M
MARIAGES.
Onfieur Samuel Bernard le pere ,
âgé de 80 ans , époufa le 12 au matin
Mademoiſelle de S. Chamant , fille du
Marquis de ce nom .
Antoine de la Camera , quatriéme fils.
du Comte de Ribera- Grande , époufa à
Lisbonne le 13 Juin Inés - Jacqueline de
Sylva , Niece & heritiere du Comte d'Aveyro
, & le Roy leur permit de prendre
le Titre de Comte d'Aveyro..
MORTS.
Effire Louis d'Illiers d'Entragues ,
M Evêque de Leictour , eft mort fubitement
le de ce mois , en allant prendre
poffeffion de fon Evêché. Il étoit Abbé de:
Bellefontaine , O. de S: B. D. de la Rochelle
& de Valence , O de C. D. de Poiriers.
I
Melfire Hippolyte de Bethune , Evêque
de Verdun , mourut le 24 de ce mois dans
fon Diocèfe. Il étoit Abbé de S. Vennes
unie à fon Evêché en 1620 , & de Beaupré ,
O de C. D. de Beauvais ..
M. le Chevalier de Broglio , connu fouss
le nom du Comte de Rével , & Grand
199 LE MERCURE
*
Croix de l'Ordre militaire de S. Louis.
mourut à Paris le 14 au foir. M. de Boffvau
, Commandant des Invalides , devient
par la mort de M. le Comte de Broglio ,
Grand'Croix ; & M. de Baligiere , Lieutenant
des Gardes du Corps , & Gouverneur
deRocroy,a obtenu la premiere expectative ..
M. de Gourgues , Confeiller au Parle
ment , Chevalier , Comte d'Aunay, mourut:
à Paris le 26 de ce mois .
Dame Anne le Fevre , Epoufe de M.
Dacier , Garde des Livres du Cabinet du
Roy , & Secretaire perpetuel de l'Academie
Françoife , mourut à Paris le 16 dans
fa foixante-huitiéme année de fon âge . Elle
avoit acquis une grande réputation , & l'eftime
generale de tous les Sçavans , par plufieurs
ouvrages de Critique, & par des Traductions
d'Auteurs Grecs & Latins , fur lef
quels elle a donné de très-fçavantes notes ;
mais elle étoit encore plus recommandable
par fa grande modeftie , par fa vertu , &
par la folide pieté , dont elle a donné des
preuves jufqu'à la fin de fa vie. Nous travaillerons
le mois prochain à donner un,
Catalogue de tous fes ouvrages. M. de Revol
, Confeiller au Parlement , eft mort à
Pontoife..
J
MORT ETRANGERE.
Ean- Chriftophle de Steininger , Confeil- i
ler Aulique Imperial , mourut à Vienne
le s Juillet..
D'A O UST. 191
CHARGES ET DIGNITEZ.
LE
#t
E Juillet , le Roy d'Espagne , donna
la Lieutenance de Roy de Lerida , à
Dom Philippe François Chacon..
Nomma Brigadier d'Infanterie, le Comte
de Marazani , qui étoit Colonel.
Et nomma auffi Brigadiers de Dragons le
Comte & le Chevalier d'Itre , qui étoient:
Colonels..
Le Juillet , Maximilien
, Comte de
Caunitz , fut nommé par l'Empereur , Ca
pitaine-General de Moravie..
On vend à Paris , chez A. de Heuqueville
, Libraire- Juré de l'Univerfité , ruë
Chartiere près le Puits certain , derriere le
College du Pleffis , des Elemens d'Arithmetique
, par demandes & par réponfes , d'une
maniere nouvelle & neceffaire aux jeuness
gens ..
Approbation de M. Demontempuys , Avocat en
Parlement , Cenfeur Royal des Livres ♪
JA
Ay lû par ordre , de Monfeigneur le Chance
lier un Manufcrit intitulé , Le Nouveau Mercure
pour le mois d'Aouft 1720 , dont j'ay paraphe.
les feuillets. Fait à Paris ce 2 Septembre 1720
DEMONTEMPUYS..
I VI :TENZ
TABLE.
"Avis de Auteur du Mercure au Pus
blic.
sb 2.
3.
Lettre du P. Daniel , à M. l'Abbé de Camps ,
au sujet defa Replique fur le Titre de Roy
Trés- Chrétien , &c.
Copie d'une Lettre écrite à M. l'Abbé de
Camps,par M. le Marquis de Gravaifon.48
Que la Dignité Imperialle a été attachée à la
&c. Couronne de France , depuis Clovis ,
par M. de Camps , Abbé de Signi. so
Poefies.
Extrait d'un Livre qui a pour titre , la vie &
les avantures furprenantes de Robinfon
Crufoé.
Arrets , Edits & Declarations.
68
80
Avis pour une nouvelle Edition des Jugemens
des Sçavans .
Avis touchant l'Avis precedent..
Nouvelles Etrangeres.
L'Esprit & la Beauté.
Enigmes
Chanfon.
Journal de Paris
Morts de Paris..
Mariages.
Morts Etrangeres.
Charges & Dignitez
Elemens d'Arithmetique..
LYON
DE
103
122
127
136
173
176
377
1.80
189
www
189
1
190
194
391
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le