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LEO 2008
NOUMFAU
MERCURE.
MAY 1720..
Le prix eft de vingt - cinq fols.
THEQUE
LYON
DE
VILLE
#
18934
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur -de-Lys d'Or,
M DCC. X X.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
AVIS.
O
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
fans quoy ils reſteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci-deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718 & 1719 , de
même que l'Abregé de la Vie
du CZAR.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray
M
LE
NOUVEAU
THEQUE
MERCURE
REFLEXIONS
OU
DISSERTATION
fur la guerre perpetuelle qui regne
entre les Autheurs modernes.
Par M. de V. Gentilhomme de Normandie,
2
L n'y a point d'homme , quelque
habile qu'il foit en un genre d'écrire
, qui ofe s'affurer d'échaper
la critique. La paix fe fait de
tens en tems entre les Nations ; on ne l'à
point encore vûë entre les Autheurs . Ces
efprits excellens , dont les ouvrages font
autant de chef d'oeuvres , regardent en
pitié les conceptions d'autruy . Ils croyent
DELA VILLE
A ij
4
LE MERCURE
être les feuls capables de penfer & d'écrire :
leur delicateffe ou leur vanité les empêche
de rien approuver . D'autres qui font inferieurs
à ces Maîtres de l'Art , ont contre
eux une jaloufie inutile . Ils font ce qu'ils
peuvent pour trouver des defauts dans
Teurs ouvrages , ils perdent leur tems . Ce
qui de foy eft bon fubfifte toujours ; & tout
ce qu'on a écrit contre Corneille , Moliere,
Racine , la Fontaine , Defpreaux , Fontenelle
, la Bruyere , Capifron , Abeille , Ronard
& tant d'autres , n'empêchera jamais
que chacun d'eux en leur genre ne paffe
pour des modeles difficiles à égaler. Îl eft
vrai , comme je l'ay dit , que quelquesuns
du moins d'entre ces habiles , par un
excès de delicateffe , ou peut- être par un
fond de malignité , tâchent de jetter fur
les ouvrages d'autrui un ridicule que les
gens fans paffion n'y remarquent pas.
Que n'a point dit , par exemple , l'Horace
moderne , ou l'Autheur des fatires contre
les ouvrages de Bourfault ? il n'eſt pas
le feul à la verité qui ait voulu tourner en
ridicule les ouvrages de cet Autheur , &
même fa perfonne . Moliere dans fon impromptu
de Versailles en parle avec le dernier
mépris ; & fi l'on en croit les Commentateurs
des caracteres de ce fiecle , c'eft
lui , fous le nom de Capys , que M. de la
Bruyere traite de faible écrivain. Cela eft
DE MAY.
bien-tôt dit ; cependant ni lui ni les autres ,
ne nous marquent point en quoi conſiſtent
fes defauts ; & c'eft ce qui fait qu'au jugement
de beaucoup de perfonnes d'un goût
affez delicat , Bourfault ne paffe point pour
un Autheur méprifable. On voit encore
aujourd'hui avec plaifir la reprefentation
de plufieurs de fes pieces de théatre , &
l'on ne fe croit point deshonoré de trouver
dans fes Lettres de l'efprit & de l'agré
ment. Il est même étonnant qu'un homme
fans étude , d'une condition affez commune ,
& peut-être par cette raifon fans beaucoup
d'ulage du monde , ou du moins d'éducation
, ait fçû par la feule lecture & les lumieres
du fens commun , acquerir l'art .
d'écrire auffi jufte & avec autant de naturel
& de delicateffe qu'il l'a fait.
Quelle ironie le même Auteur des fatires
n'a til point employée contre le celebre
Quinaut ? Si on veut l'en croire , on jugera
que * Quinault , étoit un génie fort mediocre.
Il fçavoit rimer , difoit- il , mais la
raiſon & l'agrément étoient bannis de fes
écrits : cependant , il paffe aujourd'hui pour :
un modele ; & le public , malgré ce fameux
fatirique , convient que dans la poëfie lyrique
ou chantante , perfonne de nos jours
ne l'a égalé.
Il est vrai que dans une Preface il fem
* Voyez la troifiéme fațire de M. Deſpreaux.
1
A iij
LE MERCURE
ble fe repentir d'en avoir trop dit contre
ce dernier. I tâche auffi d'en appaifer plu
heurs autres. Cela me perfuade que la
Philofophie a raifon de dire que , qui prouve
trop, ne prouve rien, & qu'il y a plufieurs
traits de fatire qu'on doit plutôt regarder
comme un jeu d'efprit , que comme une
decifion fans appel.
Chacun a fon talent particulier. Heureux
l'homme qui fçait le connoitre & s'en
fervir ! M. Defpreaux a excellé dans la fatire
, & par la beauté de fon genie , & par
une heureufe & adroite imitation des Anciens.
C'étoit fon talent , & il l'a connu.
S'il eût voulu faire des Opera , ou donner
dans le Comique , peut- être n'auroit- il pas
mieux réuffi que quelques- uns , du moins
de ceux qu'il a critiquez. Il faudroit à la
verité être tout à fait dépourvû de fens
commun , pour ne pas remarquer de grandes
beautez dans les ouvrages. Ils en font
tout remplis ; mais fa critique étoit fi redoutée
, que la peur de fe l'attirer a porté
quelques- uns de nos bons Autheurs à le
ménager avant tant de balfeffe , par des
éloges fouvent hors de faifon , qu'ils s'en
font rendus méprifables au jugement de
beaucoup de gens. Je ne doute point que
M. Defpreaux lui-même n'en ait fenti plus
d'une fois le ridicule ; & ce qui le prouve ,
c'est qu'il n'en a pas épargné davantage
quelques-uns de ceux qui s'étoient , pour
DE MAY.
infi dire , comme dévouez à la fureur de
lui donner des louanges. Les portraits trop
Hateurs ne nous offenient pas moins que
ceux qui nous defigurent. Tel nous a donné
des préceptes excellens , pour nous garan
tir de pécher contre les regles du beau ftile ,
qui par un effet de cette crainte fervile ,
& plus encore par la temerité de fon entreprite
fur une matiere au deffus de fes forecs,
n'a pu fe garantir de pécher lui-même
contre les regles du jugement. En quoi
auffi a-t-il été juftement repris ; puifqu'il
eft beaucoup plus pardonnable de manquer
par la construction ou par l'improprieté
des termes aux loix de l'ufage , que de
pécher de quelque maniere que ce puiffe
eltre , contre les regles de la raifon , Heureux
donc encore une fois qui connoit fon
talent , & qui s'applique à le faire valoir !
C'eit du moins le plus fur moyen de réufir
dans les arts , comme dans les fciences.
On enfçait d'autres qui ne peuvent goû
ter les traductions , parce qu'ils entendent
fe Latin , le Grec , & peut être l'Hebreu,
ils veulent qu'on aille jufques dans la fource
s'inftruire de ce qu'ont dit les Anciens . Un
Auteur qui les habille à la Françoiſe , eft
felon eux , un efprit fubalterne ; il eft incapable
de penfer ; il ne dit rien de nouveau
, & quelque utiles & fçavantes que
* Non omnia poffumus omnes.
A iiij
$ LE MERCURE
foient les reflexions ou les notes dont il
accompagne fa traduction , ce n'eft qu'un.
fçavantale , un compilateur , un pédant ;
en un mot un plagiaire. Le public n'en juge
pas de même , & il lui fçait toujours gré.
des peines qu'il a priſes de tranſmettre en
notre langue les graces attiques ou celles
de la latinité .
Il y a quantité d'Auteurs que je me difpenfe
de nommer , dont les ouvrages font
fort critiquez. Il m'en eft tombé plufieurs
de cette efpece entre les mains , je les ay
lus , & n'y ai point trouvé ce ridicule qu'on
leur attribuoit. C'eft un effet , dira-t-on , de
votre peu de difcernement & de votre manvais
goût ? point du tout. Je n'ay pas eû la
préfomption de m'en rapporter à mes foibles
lumieres , cette garantie ne feroit pas .
d'un grand poids. J'ay pris la précaution de
confulter des hommes defintereffez , équitables
& fçavans , qui m'ont fortifié dans
mon fentiment ; & j'ay de plus remarqué
en plufieurs rencontres , que la lecture de
la plupart de ces mêmes ouvrages fi décriez
par la fatire ne laiffoit pas de plaire à quantité
de gens d'un goût affez delicat . Mauvaife
confequence encore une fois , me
dira.t-on ! il eft plus de fots ou d'ignorans ,
que d'habiles . Vous avez donc oublié ce
que je viens de dire ? je parle de gens de
bon goût , & capables de juger de ces fortes
de matieres.
DE MAY. 9
Montagne a raiſon , quand il dit que dans
les fciences humaines il n'y a point de principes
fr certains qu'on ne puiffe détruire out
du moins affoiblir beaucoup par des argumens
contraires. L'oppofition * qui fe remarque
dans les differentes opinions des Philofophes
anciens & des modernes , ainſi que
cet art fameux de la Medecine , vraie matiere
de controverfe , le demontre affez clairement.
Il en eft à peu près de même des
Ouvrages d'efprit , il n'y en a point de fi
parfait auquel on ne puiffe trouver à redire :
Je dis plus , qu'on ne s'effoi ce même quelquefois
de rendre ridicule , foir
des parodies
extravagantes ou autrement : témoin
celles qu'on a faites fur quelques- unes des
pieces de M. Racine , & que les Comediens
Italiens ont eu la hardieffe de jouer publiquement
: & c'eft dans ces occafions qu'on
peut fort bien dire après M. de la Bruyere,
que les meilleures chofes ne fervent fouvent.
à de certains efprits , qu'à leur faire rencontrer
une fotile.
par
Cela me fait fouvenir de ce que me dit :
* Entr'autres contrarietés Ariftote , par exemple
, exclut le vuide de la nature. Descartes le fuit .
en cela. Gaßendi au contraire , & d'autres Philofophes
, prétendent que le vuide eft poffible , &
même neceffaire, & ils le prouvent par des raifonnemens
très- forts & par des experiences qui femblent
emporter certitude.
TO . LE MERCURE
un jour un homme de Lettres & d'un bon
jugement. H rencontra un de ces prétendus
beaux efprits , qui lui apprit d'un air content
qu'il alloit critiquer tout Horace. Cer
ouvrage fera curieux , lai dit- il , je m'étanne
feulement que tant d'habiles gens
avant vous n'ayent ofé l'entreprendre. H
ya plufieurs manieres de s'immortaliter. On
n'oublira jamais qu'un fou * fameux brut
la dans cette intention un des plus beaux
temples du monde.
Le degour , la malignité ou la plaifanterie
d'un cenfeur , n'opere pas toujours ce
qu'il fouhaite. Un ouvrage eft critiqué ou
tournéen ridicule , donc il ne vaur rien.
Cette confequence n'eft pas infaillible . Il
faudroit pour la rendre telle , qu'elle fût
prouvée par un confentement general ; ce
qui eft impoffible , puifqu'il n'y a perfonne
qui ne prétende avec juftice que fon jugement
foit libre , & indépendant de la prévention
d'autrui. Ce qu'on peut dire , ce
me femble , de plus raiſonnable fur la mas
tiere dont il s'agit, eft qu'il y a des Auteurs
tels que font ceux que j'ay d'abord nommez
, fur qui la critique ne peut s'exercer
qu'à ſa confuſion . C'eſt le ferpent qui mord.
la lime leurs fautes , fi on peut leur en
reprocher quelques - unes , font comme des
ombres dont l'obfcurité ne fert qu'à rele
* Eroftrate.
DE MAY.
ver davantage la nobleffe de leurs penſées
& la vivacité de leurs expreffions , & il
n'eft pas donné à leurs cenfeurs , diroit
M. de la Bruyere * , d'arriver à de telles
fautes par leurs chef- d'oeuvres. Mais ces
elp its fublimes qui devroient être au deffus
de la jaloufie , méprifent quelquefois par
un excès de delicateffe , & peut- être , com
me nous l'avons dit , par un peu de ma
lignité , tout ce qui eft moins parfait que
leurs ouvrages.
Tous les hommes ont les mêmes orga
nes ; ils ont une ame qui vient d'un même
principe , & qui eft efprit. Ils ne s'en fervent
pourtant pas tous de la même manie→
re , & ** l'on ne peut comprendre d'où
*
Voyés le difcours de M. de la Bruyere à
TAcademie Françoiſe.
** Les pa tifans des atomes
pretendroient
que
cela vient de la difference de leurs figures & de
celles de leur arrangement dans la compofition
du corps humain : car , quoique les arômes foient
imperceptibles à nos fens , il y en a ,
felon eux ,
de differentes figures , de ronds , de pointus , de
droits , de crochus , &c, & de plus fubtils &
polis les uns que les autres. Cette doctrine bien
entendue & bien expliquée , eft fort belle , & n'a
rien qui repugne à la raifon . Sur ce principe iln'y
a prefque point de queftions difficiles dans
la Philofophie & dans la nature , qu'on ne puiffe
refoudre avec une apparence de verité établif
fant neanmoins , avant toutes chofes , comme un
fondement certain , que les atômes font fubor12
LE MERCURE
vient qu'il y a fouvent fi peu de rapport
entre les humeurs , comme entre les efprits
d'unmême compofé : & que l'on ne me dife
point que cela dépend de l'éducation &´des
preceptes , puifque de deux perfonnes également
cultivées , inftruites avec les mêmes
foins & par les mêmes maîtres , foit dans
les arts , foit dans les fciences , il s'en trouvera
prefque toujours une dont la pénétration
ou l'addreffe l'emportera fur l'autre .
Semblables à deux arbres de même efpece ,
plantez en même terre , dans le même tems
& par la même main , dont l'un affez fouvent
profite , augmente , augmente , & s'embellit
beaucoup plus que l'autre. Que conclure
de ce raiſonnement ? le voici. Il y a des
hommes , pour ne parler que des fciences ,
en qui la nature a mis de plus heureufes &
de plus faciles difpofitions qu'en d'autres .
Des genies élèvez , fuperieurs , à qui le
fublime , le grand , ou fi vous voulez , le
merveilleux , eft comme naturel. Il y en a
d'autres moindres , qui malgré tous leurs
efforts ne peuvent atteindre les premiers.
Ils penfent , ils écrivent , ils traduifent
donnez à une fuprême Intelligence qui les a créez
pour fervir de matiere à tout être compofé , dont
la mort ou la deftruction arrive neceffairement
par la décompofition ou défunion des mêmesatômes
qui s'en féparent ou fe dérangent trop
de leur fituation , & c.
DE MA Y.
même , & l'on ne peut pas dire qu'ils font
mâles . On les critique , on tache à décrier
leurs ouvrages : : on veut les tourner en ridicules.
On en dit trop , le public fe revolte
contre ces fatires outrées , & juge
fans paffion. Il ne les regarde pas comme
de méchans Auteurs ; car je ne parle point
icide ces ouvrages où l'ignorance eft
groffiere , & les fautes font en fi grand
nombre , qu'ils tombent neceffairement
d'eux mêmes : je ne parle encore une fois
que de plufieurs Auteurs de nos jours *
comme les Scaderys , les Brebeufs , les Du
riers , les Perraults , les Chapelains même,
& leurs femblables , dont les ouvrages ne
laiffent pas de plaire & d'ave leur merite,
bien qu'ils foient au deffous de ceux des
grands modeles que j'ay citez.
Plufieurs font dans les belles Lettres , ce
que les Heros ou les grands Capitaines
font dans le monde . Les premiers en leur
genre ; mais ces Heros ont fous eux de braves
Officiers , qui pour être moins habiles
ou moins excellens que les premiers , ne
Jaiffent pas d'avoir de grandes qualitez , &
il y auroit en ceux qu'on admire davantage
beaucoup d'imprudence , pour ne rien dire
* J'ai nommé ces Auteurs entr'autres , parce
qu'ils font morts , & que leurs ouvrages , quoique
dignes d'être eftimés , ont été le but de differentes
critiques,
14
LE MERCURE
de plus , s'ils s'avifoient de méprifer ceux
qu'on admire un peu moins.
Quoy ! parce que Lucain eft au deffous
de Virgile , de Juvenal , d'Horace , C ***
de Corneille & de Racine , R** de Moliere
, conclura-t- on de là que leurs ouvrages
font mauvais ? parce que l'Abbé
de F** a moins de talent pour la chaire
que n'en avoit le Pere Bourdaloue ou le
Pere Cheminais , & que Pafchal étoit
moins purifte que ne l'eft le Pere Bouhours,
ou que ne l'étoit de Buffy- Rabutin , eft- ce
une confequence que l'un ne doit pas prêcher
, & que l'autre ne devoit point écrire ?
Quoi ! parce qu'un bon efprit , au lieu
d'être Poët contre fon talent , employe
fon étude & fes veilles à faire des remarques
fur les plus beaux paffages des Anciens
, ou qu'il enrichit le public de plufieurs
belles traductions ; doit- on le traiter
de compilateur & de plagiaire ? fi un Auteur
judicieux & méthodique , recueille
avec foin tous les termes des Arts , pour
en former un Dictionnaire utile , doit-on
blâmer fon travail ? fi quelqu'autre pour
l'honneur de fon Prince & de la Nation ,
& pour la fatisfaction du public , écrit
d'un ftile aifé & naturel , les nouvelles du
tems , & ce qui fe paffe de plus curieux
dans les regions les plus reculées , doit- on
le traiter de compilateur & de foible EcriDE
MAY.
5
vain ? En verité , ces fentiinens font trop
rigoureux & la delicateffe de ceux qui
ne peuvent goûter que des ouvrages fublimes
ou de pure invention , s'il eft vrai
neanmoins qu'il s'en faffe aujourd'hui de
ce dernier genre , eft un peu trop fubtile
pour devoir être approuvée. Mais puifque
c'eft un mal fans remede , & que les Auteurs
femblent être convenus entr'eux de
s'entre- déchirer toûjours , il faut faire ce
que font les fages , ne point prendre de
parti dans leurs querelles , afin d'être toûjours
en état de rendre à chacun la juſtice
que meritent les écrits.
z : zw )
LA MAISON DE CAMPAGNE.
Imitation parafrafée de l'Epigrame
23. du Livre 1. de Martial
A
A MONSIEUR P ...
Par Monfieur de la T ...
M I , veux-tu fçavoir tout ce que je défires
A quoi je borne tous les voeux
Que jeforme pour être heureux?
Je vais en deux mots t'en inſtruire.
Je voudrois en Cam agne une aimable maiſon ,
Qui nefut trop prés ", ni trop loin de la ville ,
16 LE MERCURE
Poury paffer lesjours de la belle faiſon's
Qui de la libertéfut le plus fur azile;
Et pour mes amis fculs d'accès libre & facile ,
Dontje puffe , un Livre à la main
Me promenant à pied , abreger le chemin.
>
Un Sallon de bon goût , fans être magnifiques
Y feroit deftinépour l'aimable Mufique ;
Chaque Mufe offriroit fes doux amusemens ';
Par la differente harmonie
De millefortes d'inftrumens ,
La trifteffe enferait bannie.
Clio feconderoit la divine Uranie ;
Là , d'après la nature , un pinceau gracieux
Expoferoit quelquefujet aimable ,
Ou de l'Hiftoire , ou de la Fable ,
Et dans le païfage yféduiroit les yeux .
L'Echiquier , les Echecs , & d'autresjeux tramquilles
,
Doux travaux où l'eſprit aime àſe delaſſer ,
Pouroient ici quelquefois remplacer
Ces jeux trop attirans , & cherement utiles ,
Où le tems & l'argent courent fe depenfer:
Sur tout, je m'y plairois à ces jeux d'exercice
Qui delaffant l'efprit , confervent la fanté;
Où l'on ne connoit point ni couroux , ni caprice,
Où l'adreffe eft le prix qu'ony voit difputé.
FAS
DE MAY. 17.
Pas loin de là , la Dépenfe , l'Office ,
Joindroient un beau reduit & commode & propice ,
Où l'on nefentit point l'inclemence de l'air ,
Quifraispendant l'Eté , & chaud pendant l'Hiver
Inviteroit à faire à Baccus facrifice .
J'y choifirois , pour prendre mon repos ,
Le plus riant endroit , bien tranquile , bien clos
D'où l'Aurore naiffante entr'ouvrant ma paupiere , ·
Dans les bras du fommeil vint offrir à mes yeux ,
De cent coteaux lointains l'aspect delicieux
Et leurs fommets dorés parfa vive lumiere.
Quelfpectacle eft plus beau , que celui qu'un beau
jour
Prefonte à l'Univers par fon brillant retour ?
Lors on diroit que toute la nature ,
Renouvelle
& reprend sa premiere parure.
Dans ces Chef d'awores precieux ,
Et par devoir &par reconnoiſſance ,
De l'Etre Souverain qui gouverne les Cieux ,
Fadorerois alors la fuprême puiſſances
Pendant ce tems , monfidèle valer
Prepareroit monThé , puis mon Caffe au lait ;
Dujour, en m'habillant , m'aprendroit la nouvelle à
Comme le gros Lucas veut épouser Marcelle ;
Que dans la plaine on voit fourmiller la Perdrix ;
Que chaffantfur la brune un Braconnierfut pris s
B
13 LE MERCURE
Qu'il nous vient d'arriver une aimable voifine ;
Qu'un rustique preſent vient d'orner ma cuiſine ;
Sur tout écarteroit le preffant Creancier ,
Pour ne me laiffer voir que l'utile Rentier.
Laiffons- là ce Guerrier fe repaître de gloire ,
Chercher la mort pour vivre au temple de Memoires
Dans le cabos des Loix laiſſons ce Magistrat
Rapporteur d'un Proces , déchiffrer un Contrat.
Laiffons-là ce Marchand fur les flots de Neptuner
Chercher , malgré les vents , l'inconftantefortune.
Laiffons co Courtisan s'enyorer de grandeurs ,
Et courir vainement après defaux honneurs ;
Tandis qu'affis aufrais à l'ombre de mes kêtres
Fe gouterai , loin d'eux , mille plaifirs champêtres.
Tantôt je me plairais à voir dans le hameau
La Bergere danfer au fon du chalumeau ;.
Tantôt je chanterois fur ma douce mufette
Les rigueurs de Philis , les faveurs de Lifette,
F'irois dés le matin avec mon Jardinier
Palier la Charmille , émonder l'Efpallier ;
Oter à la Fourmi la poire trop meurie ;
Je cueillerois la Pêche & la Prunefleurie :
Outanist an cordeau , dans mon fais Potager
Par quarrés differens l'on m'y verroit ranger.
Le Perfille Pourpier , l'Ofeille , la Laitue,
Arracher le Chiendent , détruire la Cigue i
Sewer,planter, becher & l'arrofoir en main
DE 19 MAY .
Plongé, rempli , dans un ruiſſeau prochain ?
-Finviterois une plante naiſſanta ,
A devenir pour moifalutaire & puiffante:
Ou bien , en meditant quelque deffein coquet ,
J'irois dans mon Parterre affertir un bouquet,.
Pour en parer lefein de quelque jeune Annette ,
Et j'y joindrois auſſi la tendre Chanjonnette.
Dans unpetit enclos refervé tout exprès ,
En centfaçons de la riante Flore
Jeferois briller les attrais ;
Dans toutes les faifons je la ferois éclore :
Tantôt une Tulippe , ou l'oeillet moucheté ,
La Jonquille dorée , & le Lys argenté,
La blanche Tubereufe , ou la vive Anemone
Ainfi que l'odorat , l'oeil y feroit flatté.
La Reine du Printems m'offriroit fa Couronne ,
Et la noble Amarante , un fceptre velouté;
La belle Flore enfinferoit là dans fon Trône,
Je m'yplairois à tailler de ma main
Le Myrthe , le Laurier , ou le tendre Jaſmin,
A l'aide du cifeau leur donner quelque forme ,
Et mét amorfoser le Buys , ou l'If, ou l'Orme.
Dans la faifon on me verroit changer ›
Sortir dehors , ouferrer l'Oranger.
Fas loin de là , lo diligente abeille
Occuperoit mesfoins , fon travail affidi
Bij
20 MERCURE LE
Meferoit des leçons d'un tems vain &perdu :
F'admirerois cette rare merveille ;
Et comme avec lefuc qu'elle derobe auxfleurs ,
Elle nous va formant des dons pleins de douceurs :
Commefans interêt elle agit , elle veille.
Firois fur mon Vivier preſenter au poiſſon ,
L'appas doux & trompeur d'un perfide hameçon ;
Je tendrois aux oiſeaux une innocente rufe ,
Qui pour les en laffer , les féduit , les amufe :
Dans leur douce priſon , ces habitans des airs
Mepayeroient des foins d'un tranquile esclavage ,
Et je prefererois leur innocent ramage
Aux plus harmonieux Concerts ;
F'entendrois gazouiller fur differente note
Le tendre Roffignol , le Šerin , la Linote.
Enfin , paffant de là dedans ma Baffecour,
Je verrois le Batteur d'un bras peſant & lourd',
Separer en frappant le bled d'avec la paille ;
Firois avec du grain raffembler la volailles
Apafter de Pigeons les petits rena iffans 3.
Autour de leurs Brebis les Agneaux bondiffans.
M'attireroient après dedans ma Bergerie.
Là, je diftinguerois une Brebis cherie ,
Qui de ma voix au loin connoîtroit les accens.
Après , dans mon Cellier , mon eſpoir 、ma ref-
Source
DE MAY. 21
Firois examinerfi l'inquiet Baccus ,
Par le pertuis caché d'une fecrette fource,
Ne laiffe point couler nos plaifirs & fon jus ;
S'il ne s'eft point frayé quelque nouvelle route
A travers fes Cerceaux pour s'enfuirgoute à goute.
Là , comme un fin gourmet , jepourois décider
Le vin prompt à percer , celui qu'ilfaut garder 3
Et quand ce vient le tems de l'utile vendange ,
On me verroitfonder , vifiter mes tonneaux ;
Faire abbreuver ma Cuve , & les muids en vuidange
,
Et vuidant les vins vieux , faire place aux now
veaux
J'engagerois Baccus , faisant un facrifice ,
Adevenir pour nous &fecond & propice ,
Arrofantfes Astels d'un vin pur , d'un vin vieux ,
Tel qu'il nous le donna , tel qu'il nous vint dès .
cieux :
Lors , pour luifumeroit une graffe Victime ,
Favorable au bon vin , convenable à fes dons ,
Quifur tout en Automne à boire nous anime ,
Etfournit de la foifles piquans aiguillons .
Enfuite , vifitant ma Grange prefque pleine ,
Fy compterois les dons de la blonde Cerés ;
Là , mon bled , mon froment , mon orge , mon
avoine ;
Je les ferois mouvoir , & je referverois
Le Cochon qu'on tue ca Automne.
22 LE MERCURE
Sur l'ancienne moiſſon , la femence prochaine.
Firois avecgrandfoin ramaffer les oeufs frais ,
Ala Poulle ravir une douce efperance,
Qu'ellefait reparer avec perſeverance.
F'irois voir mes Chevaux manger au ratelier ;
D'un Guide pareffeux hâter la vigilance ,
Et leur donner moi-même leur pitance.
Je ferais pour mes plants tranſporter lefumier ;
Après j'irois vifiter mon Fermier ,
Près defa fille , ou fa femme jolie ,
Je pourois debiter quelque vaine folie ;
Je boin is fon laitfrais , je gouteroisfon vin,
Qu'étant las , fatigué , je trouverois divin.
Enfin , après avoir accompli ma tournée ,
Firois pour finir ma journée ,
Dans un bois à l'affut fur le declin dujour
Mejouant d'un plomb homicide ,
Attendre le Lapin timide
Sortir d'un fouterrain ſéjour.
Enfuite , une frugale table
M'offriroit fans apprêts un repas agréable.
Là , pendant le fouper regneroient les bons mots
La bachique Chanfox , & la vive faillie ,
Avec quelques amis , quelque aim ble ilvie,
Nous chercherions au fond des pots ,
Le doux fommeil , le tranquillorepos.
Cher Ami , c'eft ainſi , ſans chagrin , fans envie,
DE MAY.
Toujours en pleine liberté ,
Et jouiffant delafanté ,
Qui par des vains plaiſirs ne feroit point ravie ,
Que je voudrois paſſer lè reſte de ma vie.
A MADEMOISELLE DU F***.
contre qui l'Auteur avoir gagé à Paris
un baril d'huitres d'Angleterre , que
pour des befoins preffans elle fortiroit
de table plutôt que luy : Lettre écrite de
-Calais.
D
Epuis que j'ay perdu la plaifante gageure,
Qu'en dépit des befoin defemelle nature
Vous me gagnâtes à Paris ,
Perte qui m'eft un gain , perte que je ¿beriss-
En bonnefoyje fuis enpeine
Qu'aucune buitre Angloife ne vienuG-2
On me dit que bientôt il en arrivera ,
Et votre bec friand foudain en tåtera.
La Lune à nos defors s'oppofas
fant en convenir fur mainte & mainte chofe :
Cet aftre incommode a des droits
Dont nous avons tous deux pefté plus d'unefoie,
Piqué contre un fi fol empire,
Fay travaillé jadis à le détruiro ,
24
MERCURE LE
1
Et fi bien mon art agiſſoit ,
Que fon regne difparoifoit.
Mais dans le cas prefent , helas ! que puis -jefaire?´¸
Que d'aboyer contre elle , & marquer ma colere ,
Ou par des vers plaintifs & doucereux ,
Tâcher de la contraindre à contenter nos voeUX.
Fay lù , je m'en fouviens , que dans la Theffalie ,
Vers enchanteurs , tindre elegie ,
Sur la Lune eurent tout pouvoir :
S'il ne faut que rimer , parbleu nous allons voir.
Cependant je crains bien que les tems
& le climat different , ne rendent ce fecrer
inutile ici ; & d'ailleurs il me vient un fcrupule
, oferiez- vous manger des huitres
qu'un enchantement auroit produites ? man.
dez-moy , je vous prie , jufqu'où va làdeffus
votre delicateffe de confcience , pourne
pas m'engager à faire une vaine dépenſe
de quantité de vers , qui produits par un
enthouſiaſme , feroient capables de m'alterer
le cerveau. Mon coeur eft à vous , j'y
conſens ; mais avec votre permiffion , je
voudrois bien conferver le peu d'efprit
que j'ay , & ne pas m'en défaire pour un
baril d'huitres : peut -être ne trouverez -vous
pas dans ce troc autant d'inegalité que
mon amour propre m'y en fait imaginer :
mais enfin chacun a beſoin de fa foible raifon
DE MAY.
25
fon ; & toute reflexion faite , j'aime mieux
que vous vous impatientiez un peu de ne
pas recevoir affez promptement les huitres
que je vous dois , que de hazarder un
moyen fi dangereux à mon bon fens pour
vous fatisfaire. En verité , pour peu que
vous vouliez bien n'être pas fi vive fur vos
petits interêts , vous ne m'en croirez pas
moins , Mademoifelle , votre & c.
DUDUDUDU DU-DU OY, QUDUDU DUDU DY QU '
Relation concernant la Montagne de
farine , fituée près de Cofvvick , à
25 lieues de Berlin , imprimée
fuivant l'Exemplaire de Berlin en
1720.
Oswick eft une petite ville
de la Principauté d'Anhalt , à
25 lieues de Berlin , à deux
lieues de laquelle il y a un village
appartenant aux Seigneurs de Lattorf,
nommé Glucken . Près de là , eft un lac fur
le bord duquel fe trouve la montagne de
farine.
Il y a environ trente ans que l'on vit
fortir de cette montagne une quantité de
farine , dont les habitans fe fervirent pour
faire du pain , en la paitriffant & la faifant
cuire à l'ordinaire. Meffieurs de Lattorf
ayant acheté dans le même tems le lieu où
C
25 LE MER CURE
fe trouve cette montagne , en tirerent d'abord
un profit confiderable ; mais il fe fit
peu de tems après un changement dans
la montagne , & l'on n'y trouva plus de
farine.
;
Cette merveille de la nature a paru de
nouveau en 1720. La montagne fournit
actuellement de la farine comme auparavant
les voituriers , qui viennent de Cofwick
à Berlin , en ont apporté pour en faire
l'épreuve ils difent que les Habitans de
Cofwick & de Glucken , la font cuire au
four ; que les pauvres l'employent feule ,
& que ceux qui font à leur aife , & qui
cependant ont manqué de bled à caute de
la fterilité precedente , mêlent un boiffeau
de farine de la montagne avec deux boiffeaux
de farine de feigle qu'ils font cuire
enfemble .
Cette farine de montagne a la couleur
un peu bleuâtre ou grife : elle a un odeur
de foufre & de falpêtre ; fon goût approche
de celui que donne le fable : elle n'eft
ni gluante ni graffe , & fes parties ne prennent
pas même aifément de confiftance , à
moins qu'on n'y mêle d'autre farine.
On dit que cette farine a été découverte
de la maniere fuivante. Un pauvre homme
de Glucken alla un jour près de la montagne
, pour y ramaffer du bois pour l'ufage
de la nombreuſe famille. Il s'apperçut
DE MAY. 27
que cette montagne jettoit au dehors une
efpece de farine , il en rapporta un fac
chez lui ; fa femme & les enfans en firent
du pain qu'ils mnangerent , fans en reffentir
aucun mal. Cet homme y retourna plufieurs
fois depuis ; il avertit fes voifins du trefor
qu'il avoit trouvé ; ils en profiterent , &.
les pauvres du village de Glucken & de la
ville de Cofwick , continuent aujourd'hui
d'en aller prendre autant qu'ils peuvent en
ufer ; & afin qu'il n'y arrive point de defordre
, les Seigneurs du lieu y ont mis une
garde , pour remarquer en même tems
ce qui feroit digne d'attention à cet égard.
Les habitans des lieux voifins , les étrangers
mêmes, en enlevent tous les jours une quantité
confiderable.
Quelques perfonnes apportent des raifons
naturelles de la production de cette farine.
Ils disent que l'elté de 1719 ayant été extrémement
chaud , la terre a été tellement
deffechée, qu'il n'y eft plus refté d'humidité ;
que le printems ayant commencé à reparer
la perte de ce fuc ou de cette humidité ,
par les eaux qui font rentrées dans la terre ,
ce même fuc a pouffé avec force en haut
le fable & la pouffiere qui étoient dans le
fein de la montagne , en les transformant
en cette espece de farine , & que par une
raifon contraire, à mesure que la chaleur de
l'efté augmentera , on verra ceffer la production
de la farine.
Cij
28 LE MERCURE
IFL LETTRE ,
Où l'on traite encore des Conftitutions ,
& du Credit ; & où l'on explique
l'ufage des Monnoyes en general ,
& les avantages de la Monnoye de
Banque en particulier.
M
ONSIEUR ,
JE fuis extrémement ravi , non comme
Auteur , mais comme Citoyen , que mes
Lettres ayent été bien reçûes dans votre
Province , & qu'elles ayent gagné en faveur
du Systême la plupart de ceux à qui
vous les avez communiquées. Je ne m'étonne
pas non plus qu'elles ayent trouvé des
Contradicteurs : il n'eft pas jufte que mes
Lettres foient plus heureufes que la caufe
qu'elles défendent. Il y a même un grand
nombre de Contradicteurs qu'il ne faut pas
efperer de convaincré ; foit qu'ils ne fe
mettent jamais en devoir de rien examiner ,
foit que, malgré les explications & les éclairDE
MAY. " T 29
ciffemens qu'ils ne laiffent pas de comprendre
, ils veuillent foutenir les décifions qu'ils
ont portées contre le Syftême dans le temps
qu'ils ne le comprenoient pas. Je prétends
feulement fournir à ceux qui font bien intentionnés,
des raifons contre les Declamateurs
de profeilion . Rien n'embaraffe & ne defole
plus cette efpece d'hommes , que lorsqu'on
les réduit à raiſonner, & qu'on les décredite
par des chofes devant les Compagnies ou
les Affemblées qu'ils étourdiffoient par des
paroles . Mais il y a une autre forte de Gens
qui meritent qu'on ait de la confideration
pour eux. Ce font ceux qui fouffrent réellement
du Systême , & à qui l'extinction
des Rentes conftituées a fait perdre une affez
grande partie de leur revenu .
C'eſt leur intereft qui m'engage à revenir
encore à la charge fur cette matiere , &
à leur prefenter enfuite par toutes fortes de
faces un Systême qu'ils ne fçauroient gouter
encore. Il eft bien difficile de fentir
le bon d'une difpofition generale , quelque
bonne qu'elle foit en effet , lorfqu'elle nous
incommode perfonnellement . L'on le croit
encore bien plus autorifé dans fes plaintes ,
quand elles font communes à tout un ordre
de Gens dans lequel nous fommes compris .
On ne manque point alors de regarder cet
ordre de gens comme le plus important de
l'Etat , par une perfuafion de l'amour pro-
Ciij
30 LE MERCURE
pre , & comme le plus nombreux , fouvent
par une erreur de fait..
C'est là précisément le cas de ceux qui ſe
plaignent des rembourſemens . Ils trouvent
mauvais que l'Etat faffe ce qu'ils n'ont jamais
manqué de faire pour leur compte
quand ils l'ont pû.. Quelques - uns font affez
déraifonnables,pour dire que la banqueroute
de tout le papier du Roy valoit mieux que
l'extinction des Rentes. Cela fignifie qu'il
falloit faire porter à un autre ordre que le
leur , une perte totale , plûtôt que de leur
ôter une partie de leurs revenus ; car c'eit
une chofe merveilleule que la confiance
avec laquelle chacun met à la place du Syftême
les fantaifies intereffées , & la hauteur
avec laquelle on l'attaque par des difcours
qui n'ont aucun fens. Je me fuis
trouvé dans une Compagnie où je difois
que le bien de circulation qui s'établiffoit
dans le Royaume , produifoit naturellement
la diminution des procès. J'ajoutois
qu'on a une lifte de trois cens foixante &
tant de terres ou maifons qui étoient en
decret , & que le Syftême a dégagées à la
fatisfaction des Créanciers & des Debiteurs ,.
que la longueur des procedures alloit égale
ment ruiner. Un Déclamateur répondit
brufquement en fe levant , fi on éteint les
procés , tout eft perdu , car le François eft
proceffif. Voilà le modele de la plupart des
DE MAY.
objections que j'entends faire contre le Syftême
, & qui font à mon avis une grande
preuve de fa bonté.
A l'égard , par exemple , des rembourſemens
aufquels je reviens , je ne difpute point
à la plupart de ceux qui s'en plaignent , leur
rang & leur dignité : mais je ne leur appren
drai rien de nouveau , & qu'ils n'ayent die
plus d'une fois eux-mêmes , quand j'avance.
rai qu'en matiere de bien public , la partie
la plus confiderable de l'Etat eft compoſće
des Laboureurs & des Ouvriers, ou du peuple
de la Campagne & des Villes , auquel il
faut joindre les Marchands . Voilà la fource
de toutes les richcffes d'un Royaume , & ce
qui foûtient tous les autres ordres d'Habitans
ou de Citoyens. On ne me niera peutêtre
pas que cette premiere claffe ne foit
auffi la plus nombreuſe . Or , je demande fi
fon bien confifte en conftitutions , & files
rembouſemens lui font tort. Je demande encore
fi le Systême dans fes commencemens
éprouvez & dans- fes projets connus , n'eſt
pas propre à faire cultiver les terres , à faire
agir les Manufactures , à faire valoir le
Commerce. J'omets ici le nombre innombrable
de ceux qui tirent leur fubfiſtance
immédiatement de l'argent du Roy , & aufquels
la fituation prefente des chofes donne
la tranquillité qu'on a perdue plus d'une
fois à leur fujet.
Ciiij
32 LE MERCURE
Quand on a promis que le Syftême enrichiroit
le Royaume, cette promeffe ne fignifioit
point qu'il conferveroit les richeffes aux
mêmes Particuliers qui les poffedoient ; fur
tout fi ces Particuliers s'obftinoient à prendre
des routes toutes oppofées à celles que
l'Etat leur ouvre , & à décrediter autant
qu'ils pourroient, le gouvernement par leurs
difcours & par leur conduite. C'eft affez
que le Public foit devenu riche ; & pour le
trouver tel , on n'a qu'à entrer indifferemment
dans les maifons des particuliers , à
voir la porte & les avenues des rendezvous
de promenade & de fpectacle , à traverfer
feulement les rues de Paris .
Je n'ignore pas les qualifications odicufes
que quelques- uns donnent à l'efpece de
Gens , pour me fervir de leurs termes , qui
ont fait fortune ; mais je n'ignore pas non
plus le nombre prodigieux de Grands Seigneurs
& de Perfonnes de la plus haute
confideration , que le Systême a enrichis ;
& la réponſe la plus douce que je puifle
faire à ces Déclamateurs , eft de leur dire
qu'ils font en tout fens fort mal appris. En
tout cas , la porte des richeffes a été ouverte
à tout le monde ; & c'eft ce qui fait la prin-.
cipale difference des fortunes de l'ancienne
adminiſtration aux fortunes de celle- ci. Les
Perfonnes de grande condition n'entroient
dans les affaires ; & parmi les autres , n'y pas
DE MAY . 33
étoit pas reçû qui vouloit . Je ne plains que
ceux qui ayant eu deffein de fe livrer aux
Actions , n'ont pas reçû leur rembourfement
affez-tôt , & ce nombre ſe réduit à
tres- peu de gens. Mais il s'en faut bien que
tout ne foit perdu pour eux , & ils font encore
à temps , s'ils veulent , d'être plus riches
par les Actions , qu'ils ne l'étoient par
les Rentes.
La difference qui fe trouve entre votre
fituation dans le nouveau Systême , & celle
où vous feriez s'il n'avoit paru , confifte
donc en ce que vous aviez un grand revenu
en nom , dont vous touchiez fort peu.
en effet , & dont vous ne toucheriez plus
rien ; au lieu qu'aujourd'huy vous avez un
fond qui vous rend peu , mais dont le revenu
fera aifé de quelque maniere que vous
le placiez , & qui croîtra fi vous le placez
aux Actions.
Dirai-je encore aux Rentiers , & fur tout
à ceux qui fe plaignent de la réduction des
Rentes à deux pour cent , que les Conftitutions
ordinaires étant affifes fur des fonds
moindres en revenus que le denier de la
rente , & celles du Roy fur des fonds confumez
dès l'inftant du prêt ; leur fin naturelle
étoit non le rembourlement , mais la banqueroute
, & que fans le Systême nous en
aurions déja vu le jour. Les rentes avoient
même déja été réduites fous le feu Roy , &
34 LE MERCURE
fi l'on veut y penſer , on appercevra dans
cette réduction une contradiction monftrueufe
qui annonçoit la ruine prochaine
du Royaume. Quelle étoit la raifon de la
réduction des rentes ? Ce n'étoit pas comme
aujourd'huy, la multiplication de l'espece
& la facilité de la circularion ; c'étoit au
contraire la rareté & l'interception de l'argent.
Or , felon tous les principes du fens
commun , cette caufe devoit faire hauffer
les rentes , bien loin de les faire baiffer. L'ar-.
gent, comme toutes les autres marchandifes,
ne doit- il pas être d'autant plus cher , qu'il
eft plus rare & plus demandé ? Comment
donc le Roy prétendoit- il en payer moins ?
Auffi pour rétablir le difcredit où il tomboit
en diminuant les rentes des fonds qu'il tenoit
entre fes mains , il étoit obligé pour
payer ces rentes toutes diminuées qu'elles
étoient , d'en créer d'autres à un denier trèshaut.
Et de plus , au premier befoin qu'il
avoit , il empruntoit des Gens d'Affaires un
quart en argent fur trois autres quarts d'un
papier qu'il avoit décredité lui-même en le
refufant dans fes Bureaux , & il payoit quinze
& vingt pour cent du total . Qu'alloient
devenir avec cela les rentes de la Ville ; les
droits ne fe payant d'un autre côté qu'avec
des peines extraordinaires , qui tendoient à
la non valeur complete ?
Les Conftitutions & publiques & parti
DE MAY. 35
culieres , à les prendre fur l'ancien pied ,
nuifoient au Prêteur , à l'Emprunteur & à
P'Etat. Elles nuifoient au Prêteur par l'excès
même d'un profit prefent , qui le menaçoit
d'une banqueroute finale. Elles nuifoient à
P'Emprunteur par la hauteur du denier , que
nous prouvons avoir été exceffive ; de forte
qu'en des temps non fufpects vous pouvez
avoir entendu dire comme moi , qu'aucune
rente n'avoit pû fe foutenir trente ans de
fuite , fans ruiner le Conftitutionaire par les
décrets jettez fur fes fonds. Je fçai bien que
les Défenfeurs des Conftitutions difent que
Emprunteur s'arrange avec la fomme qu'il
reçoit , de maniere qu'il fe tire actuellement
d'une dette ou d'une autre affaire preffante ,
oubien qu'il acquiert un rang ou un honneur
apprétiable parmi les hommes ; après
quoy il fe met en état par fes épargnes de
remboufer fon Créancier . Je ne doute point
que tout Emprunteur à Conftitution qui ne
fe ruine pas , ne jouë d'adreffe , ne s'incommode
long-temps , ne prenne fur le révenu
de fes autres biens de quoi fe délivrer de fa
dette. Tout cela fait pour moi , & contre
la Conftitution . Il me fuffit que le Conftitutionaire
ne trouve pas dans le fond du
prêt de quoi fe fauver , du moins en payant
aifément la rente dont il eft chargé , pour
attaquer l'excès de cette rente . Car enfin il
demeure pour vrai par l'objection même ,
36 LE MERCURE
que votre prêt ruinera tout homme duquel
vous exigerez un denier plus fort que le
fond fur lequel vous lui prêtez , s'il n'a aucun
autre bien , ou s'il ne tire votre payement
de les autres biens , qui en verité ne
Vous appartiennent pas . Enfin les Conſtitutions
nuifoient à l'Etat , non feulement
parce qu'elles ruinoient un nombre infini de
Debiteurs & de réanciers ; mais encore
parce qu'elles détournoient du travail & du
Negoce les particuliers qui n'avoient qu'un
bien médiocre , & que la commodité d'une
rente jettoit ou entretenoit dans la parelle .
Ces mêmes railons ont été employées dans
P'Edit du feu Roi de 1665. pour la rédu-
&tion du denier dix-huit au denier vingt
fous le miniftere de M. Colbert. Car je défie
qu'on trouve un principe raifonnable , folide
, avantageux en quelque adminiſtration
que ce foit , ou Françoiſe ou Etrangere ,
qui ne foit employé & plus directement &
plus efficacement dans le nouveau Systême ,
que dans l'adminiſtration même d'où le
principe fera tiré. On peut dire de plus , que
P'ufage le plus raifonnable des emprunts à
Conſtitution , qui étoit la réparation des
terres & des maiſons , eft remplacé par le
prêt que le Roy a promis de faire à deux
pour cent fur tous les biens-fonds .
J'avoue que l'extinction ou la diminution
des rentes fait naître un inconvenient pour
DE MA Y.
37
ceux qui font rembourfez , ou qui ne peu
vent plus conftituer leur argent qu'à un denier
fort bas. C'eft un de ces maux particuliers
qui naiffent neceffairement du bonheur
public. Si les biens du Royaumne s'arangeoient
de maniere que la plus grande partie
des procès s'anéantît , ou qu'ils fe changeaffent
en caufes fommaires , comme celles.
qui fe plaident devant les Confuls , n'y auroit-
il pas lieu de benir un Regne ou un
Miniftere qui auroit procuré ce bien à la
France ? Cependant, quel nombre de familles
qui ne fubfiftent dans tout le Royaume
que par la procedure & par la chicanne !
Les veuves & les enfans de la plupart des
Gens de Pratique courroient rifque de perdre
à cette réforme leur doiiaire ou leur
fucceffion . Ce feroit- là le cas de dire , fi on
éteint les Procès , tout eft perdu , car le François
eft Proceffif. Il n'y auroit pourtant
qu'une réponse à faire à cette difficulté.
Ceux qui exerçoient une femblable profeffion
, prendront avec le temps une autre
route , ou du moins la feront prendre à leurs
enfans ; & cependant le corps de l'Etat demeurera
délivré du plus grand peut- être de
tous les maux.
Ainfi quand on me dit , combien de perfonnes
dérangées par l'extinction des rentes ?
Voici toute ma réponſe : cela vient de ce
que la fortune publique a tellement changé.
38 LE MERCURE
de face , que prefque perfonne n'eft obligé
d'emprunter , ou fi quelqu'un a encore befoin
de le faire , l'argent eft devenu ſi abon
dant , & fa circulation fi aifée , qu'il n'en
coûte preique plus rien pour l'avoir. M'obligerez-
vous à être faché de cet évenement
, furtout lorfque le Prince offre à
tout le monde dans le Commerce une reffource
tout autrement sûre que les rentes ,
& veut bien affûter , par le dépôt à la Banque
, & par d'autres précautions , les biens
du Clergé , des Communautez , des Veuves
& des Mineurs? Exigez -vous que le Roy
& que vos Concitoyens demeurent encore
accablez de befoins , non pour vous mettre
plus à votre aiſle , car vous étiez trésmal
; mais pour vous donner un revenu
conforme à vôtre prévention & à vôtre
habitude ? Et comment faifoit- on auparavant
? On fçait affez que la conftitution n'a
paru que fort tard dans la Jurifprudence
Romaine. Toutes les Nations de l'anti.
quité qui fe font renduës fameufes , ou par
leurs Loix , ou par leurs richeffes , n'ont
connu de biens ordinaires & legitimes , que
les Terres & le Commerce. Aujourd'huy
même la conftitution eft peu ufitée hors de
la France, où elle ne s'eft même fi répanduë
que depuis fort peu de temps. Les Peuples
du moins qui entendent le Commerce , la
favorifent peu , & la tiennent toujours fort
DE MAY. 39
bas : Que penfer en effet d'une partie de Citoyens,
qui vit & qui fubfifte avec aifance
des prêts qu'elle a faits à l'autre partie qui
le ruine ? Je fçai bien qu'une loy accordée
par indulgence, & aprés bien des difficultez,
les fauve , moyennant l'alienation du fond ,
d'une ufure pofitive , dont je ne les taxe pas
non plus. Mais quelle eft encore cette alienation
? Elle ne fubfifte que fous la condition
d'un payement très- rigoureux des arrerages
; & une fomme d'argent prêtée fur
un fond qui lui eft hypotequé , eft réellement
moins alienée , qu'une fomme prêtée
fur un fimple biller pour fix mois.
Mais enfin, peut- on dire encore aux Rentiers
, prêtez votre argent au denier que
Vous pourrez ,
fi vous trouvez des Emprunteurs
, mais d'un autre côté , le Roy
qui fe prépare à prêter lui-même , fouffrirat'il
qu'en attendant on vexe fes fujets par
un denier trop haut ? Lui donneriez- vous
cet avis , s'il vous appelloit à fon Confeil ?
Il veut bien qu'on avertiffe fes Sujets
que tout emprunt à interêt , quelque leger
qu'il fait , eft defavantageux aux Emprunteurs
, & qu'ils trouveroient mieux leur
compte à fe paffer de fon prêt même
quoiqu'il ait deffein d'en diminuer l'interêt
de plus en plus. Il les invite à borner leur
ambition & leurs entreprifes à leur fortune
prefente ; & en fe paffant d'emprunter au-

40 LE MERCURE
tant qu'ils pourront , ils feront en état de
s'élever dans la fuire plus sûrement. Que
les Prêteurs de leur côté , au lieu de chefcher
des indigens ou des imprudens pour.
les oberer , placent leur argent dans la focieté
publique du Commerce qui vient de
s'établir : c'eft - là une maniere de l'employer
qui eft exemple par elle même de tout foup.
çon d'ufure ; que les Loix nacurelles , civiles
& Ecclefiaftiques , ont toujours également
permife & approuvée , & qui les enrichira
en contribuant au bien general de
la Nation.
Je ne répondrai qu'un mot à la facilité
de la diffipation du bien en papier. Cet
inconvenient n'eft pas autre que celui qui
a toujours regardé les Marchands , les Gens
d'affaires , & les Particuliers même qui
avoient leur bien dans un Porte - feuille.
Mais d'ailleurs , inconvenient pour inconvenient
, je n'hefiterois pas pour le public à
choifir celui-ci préferablement à celui des
Procés, dont le bien conftitué eft une fource
inépuitable. On ne perd fon bien par diffipation
, que par une imprudence volontaire,
au lieu que malgré qu'on en ait , & fans
qu'il y ait de fa faute , on eft fouvent ruiné
par les Procés.
Je ne doute pas , Monfieur , que vous
ne vous foyez arrêté dans l'endroit où j'ai
dit que les Actions font encore plus sûres
que
DE MA Y. 41
que les Rentes. Je crois avoir établi que les
Rentes l'étoient fort peu. La Banqueroure
prefque generale qui s'en feroit faite fans
le Systême , peut paffer pour une fuppofi
tion ; mais la difficulté avec laquelle on recevoit
fes revenus à la fin du Regne paffé ,.
n'eſt pas encore fortie de votre memoire .
Il s'agit donc de prouver que les Actions
font sûres ; & pour aller encore plus loin
qu'elles forment le plus sûr de tous les revenus.
Je ne prétens point détruire ici les avantages
des biens- fonds ; aucun Systême ne les
a autant favorifés que celui- ci , au-lieu que
l'impofition des Tailles faifoit craindre au
Païfan d'ameliorer la terre , & de la meubler
de beftiaux , de peur d'être impofé à
une plus groffe fomme fur le Rôlle : la tournure
que l'on prétend donner aux droits
du Roy , engagera tous les poffeffeurs à cultiver
jufqu'aux dernieres extremitez de leur
champ , & à fe procurer toutes les richeffes
de la Campagne. Cette tranquilité & cet--
te aifance multipliera les hommes dans le
Royaume , en attirera même d'ailleurs , &
cette augmentation infenfible fera valoir
de plus en plus les maifons dans les Villes ,›
& fur tout dans la Capitale. On peut dire :
même qu'au lieu que l'ancienne adminiſtra
tion ne fourniffoit rien , & amenoit de jour
en jour l'abandonnement & le déperiffe--
D
42 LE MERCURE
>:
ment de tout le nouveau Systême eft fi
heureux , que la confiance & la défiance
qu'on peut avoir à fon égard , tournent
également à l'avantage du Royaume . La
confiance fait jetter des fonds dans le Com--
merce des Indes , & la défiance fait défricher
des terres & bâtir des maifons ; & de
plus , le Systême fournit aux ingrats mêines
de quoi prendre le parti qu'ils veulent..
Mais enfin , indépendamment de l'inégalité
des recoltes annuelles , l'entretien ordinaire
de la plupart des terres en confume prefque
tour le revenu , & l'on fçait la courte
durée des maiſons des Particuliers , fans .
parler des réparations frequentes , & quelquefois
totales , aufquelles elles font fujettes.
Il n'en eft pas ainfi des revenus fondez
fur un Commerce auffi ample & auffi.
puiffant que celui que la France eft capable
d'entreprendre & de foutenir. Nous ne
prétendons pas étre exempts des risques de
la Mer ; nkis un naufrage qui rume fouvent
fans , reſſource un Marchand particulier
, eft en quelque forte infenfible pour
une Nation entiere. Non feulement une
flote répare la perte de l'autre , mais une
année remplace l'autre. Et que ne doit - onpas
attendre de la puiffance de la Nation ??
Je parle moins ici de la puiffance des ar
mes pour le défendre des attaques des Ennemis
, que de la puiffance du Commerce
DE MAY . 43.
auquel ceux qui feroient naturellement nos
ennemis , feront obligez de prendre interêt
. Un Commerçant foible , que la jaloufie
porteroit à détruire le fort Commerçant ,
s'aperçoit bientôt que fa fortune confifte à .
s'attacher à lui , & à le fortifier encore davantage.
On fçait depuis long temps qu'en
matiere de Negoce & de Banque , la plus
groffe bourfe attire tout , & ne laiffe aux
autres que les Commiffions. Je ne donne
ici que les premieres vûës fur cette matiere
, le temps viendra de l'étendre davantage
.
Mais je puis dès- à preſent donner la rai→
fon de la sûreté des Actions , & du payement
des repartitions ; c'eft la facilité que
P'Etat aura à les acquitter par l'ufage du
crédit & de l'argent de Banque. Tout créancier
cherche deux conditions dans fon debiteur
la bonne volonté & le pouvoir de
payer. Car fans ces deux conditions , la
voye même de contrainte ne fert qu'à avancer
la banqueroute du debiteur , & à jetter
le creancier dans de nouveaux frais . A l'égard
du Roy contre lequel la voye de
contrainte n'a pas lieu , on court toujours
le même ritque fur fa bonne volonté en
quelque adminiftration que ce foit . Il ne
s'agit donc que du pouvoir de payer ; &
pour dire le vrai , les Rois n'ont jamaismanqué
& ne manqueront jamais à leurs ›
>
Dij
44
LE MERCURE

dettes , que par l'impoffibilité d'y fatisfaire .
Le grand befoin qu'ils ont d'un Crédit bien.
ou mal entendu , bien ou mal gouverné ,.
les engagera toujours à le conferver autant.
qu'ils pourront..
Le meilleur Systême fera donc fans , contredit
, celui qui mettra plus sûrement le
Prince en état de payer plus aisément toures
fes dettes qui ne font autres aujour
d'hui que fes dépenfes. On pourra me dire,
en paffant , que cette facilité même , que le .
Prince trouvera à dépenfer , peut nous jetter
dans de grands inconveniens. Je fatis- .
fais en general à toutes les objections de
cette nature , en difant que je ne réponds : .
pas des, perfonnes , je ne réponds que du
Systême. Mais de plus , les dépentes qui :
ne vont pas jufqu'aux dettes , ne font point.
nuifibles dans le Prince ; or , le Syftême eft .
plus propre qu'aucune autre adminiftration
connue , à fournir aux unes , & à pré- .
venir les autres. Voilà tout ce qu'on peut
exiger. D'ailleurs , ceux qui font l'ob ection,.
fuppofent que le Syflême foit une veritable .
fource de richeffes , ce ne font pas là.les.
gens aufquels nous avons maintenant à faire.
Je viens donc à ceux qui prétendent
que le Papier fubftitué à l'argent , n'a rem-.
pli le Royaume que d'un bien faux & chi-.
merique..
La réponse à cette objection , ou à ce res
DE MA Y.
43
proche , fait le principal objet de cette troifiéme
Lettre , dont toute la fuite va vous
prefenter quelque chofe de plus neuf encore
que les deux premieres. Cependant
tout ce neuf ne fera fondé que fur les principes
de politique les plus anciens , fur la
premiere inſtitution des monnoyes, fur l'experience
faite par toutes les Nations , de
Pinfuffifance & des inconveniens de l'ufage
de l'or & de l'argent feul , pour la circulation
& pour le Commerce.
Je crois fermement qu'aucun fyftême
n'eft bon , s'il n'eft établi fur des axiomes
inconteftables , & admis par tous les hommes
qui font quelque ufage de leur raifon .
La Philofophie même , ne nous met audeffus
de plufieurs opinions communes ,
qu'en nous foumettant à la raifon & au
fens commun qui leur eft ordinairement
très oppofé. La difference de l'homme Philofophe
à l'homme prévenu , de l'eſprit
jufte à l'efprit faux , de celui qui penſe &
qui raifonne, à celui qui déclame & qui s'emporte
, n'eft pas que l'un admette les principes
propofez , & que l'autre ne les adinette
pas ; ils les admettent ordinairement tous
deux.Mais le premier aïant admis un princi-.
pe, ne s'en écarte jamais ; il en fait dépendre
tout ce qu'il dit , it regarde comme une
verité conftante tout ce qui naît de ce prin-.
cipe en confequence neceffaire , foit que la
ے ہ ا ت
EE MERCURE
propofition foit ancienne , foit qu'elle foit
nouvelle , foit qu'elle foit reçue de tout
le monde , foit qu'elle ne foit encore reçûë
de perfonne . L'homme à préjugé ne fe gouverne
pas ainfi Quand on l'a conduit d'un
principe admis à une verité nouvelle ; premierement
, il la nie , en táchant de couvrir
fa honte par des cris , par des injures ,
& fur tout par des expofez faux & calomnieux
. Enfuite il craint tout ce qui fe prefente
à lui fous la forme de raifon . Il vient
jufqu'à dire qu'il y a bien des matieres où
la raifon n'eft point d'ufage , & où l'opinion
commune , l'habitude , ou même l'erreur
ancienne doivent décider. La verité neanmoins
perce à travers tous ces obftacles , &
devient peu à peu l'opinion commune ,
parce qu'elle eft fondée fur des principes
de fens commun . Le public s'apperçoit
bien-tôt qu'il n'y a de nouveau dans le
Syftême qu'on attaquoit , que l'affemblage
des parties , & l'ignorante abfurdité de la
plupart des objections qu'on lui a oppofées.
Que fait alors l'homme à préjugé confondu
par les effets qu'il n'avoit pas vûs dans la
caufe ? Il fe fauve , en difant que le Systême
n'a rien de nouveau , & qui n'eût été connu
de tout tems : Il dit un peu plus vrai qu'auparavant
, car c'eſt ainfi que depuis Defcartes
, on a trouvé tout ce qu'il a dit dans
Platon & dans Ariftote.-
4
-
DE MAY.
Cela fuppofé , je vous prie de rappeller
dans votre memoire un principe commun
que vous m'avez accordé fans doute , en
lifant ma premiere Lettre ; fçavoir , que le
credit eft la plus grande richeffe d'un Commerçant
d'où je conclus qu'il doit faire
la plus grande reffource & la plus grande
force d'un Etat. Si lorfque les Hollandoisnous
faifoient la loy à Gertrudemberg ,
quelqu'un avoit pû les obliger de renoncer
à leur crédit , & de fe réduire à leurs efpeces
; ils auroient été contraints fur le champ
de nous . ceder la partie. Ce n'eft même
que par le credit que cet Etat fort : peu
étendu , & qui a beaucoup moins d'argent
que nous , s'eft foutenu contre la puiffance
de nos armes , & eft toujours entré avec :
honneur dans les Traitez de paix.
Le premier ufage du crédit eft de repre--
fenter l'argent par le papier , & cet ufage
peut paffer pour une de ces inftitutions po--
pulaires , dont on ne connoît point l'Auteur,
ou pourmieux dire , qui n'ont point
d'Auteur particulier. Depuis qu'il y a un
commerce reglé parmi les hommes ; celui
qui a eu befoin d'argent , ou qui ne s'eft.
pas trouvé l'argent qu'il devoit donner , 32
fait un Billet qui a tenu lieu de cet argent,
& dont le creancier s'eft contenté. Il eft
ailé de voir que cet ufage multiplie confiderablement
l'efpece qui manque , & qui
LE MERCURE
ne fuffiroit jamais fans le crédit : de forte
qu'on peut affurer qu'il y a beaucoup plus
de Billets bons & valables répandus dans
le commerce , qu'il n'y a d'argent dans toutes
les Caiffes des Commerçans pris enfemble.
Cer ufage du papier est allé encore
plus loin parmi les Negocians ; car leur
Biller a couru de place en place , & a fait
faire fouvent une infinité d'affaires avant
que de revenir à fa fource ;. de forre que
lear Billet a repreſenté autant de fommes
d'argent , qu'il en auroit fallu voir dans
les mains de ceux qui fe le font tranfmis.
Le Systême n'a fait autre chofe à cet
égard , que de porter au general , à commencer
par le Roy , ce que la nature , pour
ainfi dire , le mouvement local , la neceffité
des choſes avoit introduit parmi les Particuliers.
Ainfi , au lieu de regarder le Syftê--
me comme une nouveauté intolerable , je
fuis étonné qu'il ne fe foit pas établi tout
feul depuis très long- tems. Il eft certain
du moins qu'aucun Etat , jufqu'à prefent ,
ne s'eft bien ou mal foutenu , qu'autant
qu'il en a plus ou moins participé.
Le commun des hommes ne manquera
point de dire là - deffus , que le crédit d'un
Billet particulier fe foutient & fe conferve
la liberté de l'acceptation : & moy je
foutiens au contraire , que le crédit de ce
Billet n'eft douteux , & fa circulation borpar
A née
DE MAY. 49
née , que parce que l'acceptation en eft libre.
En effet , le premier qui le refufe fans
en avoir même de raifon expreffe , fait
craindre que l'Auteur du Billet , homme
privé , & fujet non feulement à l'embarras
vifible des affaires de l'Etat , mais à l'embarras
fecret de fes affaires particulieres , ne fe
trouve pas la fomine portée par fon écrit ;
il en arrête la circulation , & le fait renvoyer
inceffamment à la fource : Au lieu
que fi tout le monde étoit obligé de le
prendre , il fe pourroit faire qu'il n'y revînt
jamais , & qu'ainfi fon Auteur ne füc
jamais obligé de le payer.
Cette premiere propofition eft fi fenfible
que j'aurois quelque honte de la prouver ,
fi l'on ne rencontroit des gens très - profonds
dans les affaires qui reprochent fans
ceffe au Gouvernement prefent un crédit
forcé comme s'il y avoit aucun crédit ge.
neral qui ne fût fondé fur des Statuts &
fur une Loy. L'argent même en a beſoin
pour circuler , & l'on a été obligé plus
d'une fois de recourir au Magiftrat , pour
faire accepter à quelques Particuliers certaines
efpeces , ou les efpeces fur un certain
pied. C'eft cette contrainte même qui fait
la confiance publique ; puifque le communa
du monde n'accepteroit jamais une monnoye
, ou un papier , que quelqu'un feroit
en droit de refuler. Je vous ay quelque-
E
50
LE MERCURE
fois oui plaindre vous- même , de ce que les
Arrels fur ces fortes de matieres n'étoient
pas affez tôt connus dans la campagne pour
mettre les efprits en repos : Or , rien ne marque
mieux la verité d'un Systême , que
lorfque fans y prendre garde , & même en
l'attaquant , on dit fans ceffe des chofes qui
Aui font conformes. C'est donc le manque
de cette autorité ou de cette loy generale
qui réduit à des bornes fi étroites le commerce
des Particuliers . Il n'y a que le Sou--
verain ( je l'ay dit dans ma Lettre précedente
) qui puiffe avoir un veritable crédit ,
& les Commerçans particuliers n'en auront
jamais que l'ombre. Cela feul fait comprendre
quelle étoit la foibleffe d'un gouvernement
, où de fimples Bourgeois pouvoient
fe vanter fans infolence , d'avoir plus de
crédit que le Roy ; parce que le Roy ne fe
fervoit de fon crédit que pour emprunter
comme eux , des fommes qu'il ne rendoit
pas comme eux ; au lieu que le Crédit du
Souverain confifte à payer valablement avec
fa promeffe même , ce que les Particuliers
ne fçauroient faire avec la leur.
Mais enfin , me direz- vous peut-être
quelque effort d'efprit que je faffe , je ne
comprends point que le papier puiffe payer
valablement de la marchandiſe ; & quand
il me ferviroit pour l'avoir , le dernier Porteur
du Billet feroit certainement en perte
Je pourrois répondre d'abord que la cirDE
MAY . st
culation établie , fait que ce dernier Porteur
ne fe trouve point ; mais voici une
réponſe plus effentielle , & plus décifive.
Il n'y a de richeffes réelles parmi les
hommes , que les denrées & les marchandifes
, & il n'y a de commerce réel parmi
cux , que le troc de ces denrées ou de ces
marchandifes . L'or , l'argent , le cuivre ,
les billets , les coquilles marquées & enfilées
dont on fe fert fur certaines côtes d'Afrique
, ce ne font là que des richeffes repreſentatives
, ou des fignes de tranfmiffion
des richeffes réelles . Ceux qui fe trouvent
poffeffeurs des fonds où l'on recueille ces
denrées ou ces marchandiſes , ou bien ceux
qui les vont chercher dans les terres ou
dans les eaux qui n'appartiennent proprement
à perfonne ; tous ceux- là , en livrant
ces denrées ou ces marchandiſes à ceux qui
les demandent , ont droit de tirer d'eux
quelque autre effet en échange. Or, comme
ceux-ci n'en ont fouvent aucun qui convienne
à ceux-là , les feconds donnent aux
premiers dans le figne de tranfmiffion ,
quel qu'il foit , une reconnoiffance indéterminée
, quant à la nature de l'effet qu'ils
ont reçû ; mais déterminée , quant à fon
prix. Ainfi je regarde un écu même , comme
un billet qui feroir conçû en ces termes
: Un vendeur quelconque donnera au
porteur la denrée ou la marchandiſe dont
E ij
52 LE MERCURE
il aura befoin , jusqu'à la concurrence de
trois livres , pour autant d'une autre denrée
ou marchandife qui m'a été livrée , & pour
ignature , l'effigie du Prince , ou une autre
marque publique .
Tous les fignes de tranfmiffion font donc
égaux ou indifferens , en tant qu'ils reprefentent
toute forte d'effets , & en tant qu'ils
font la mefure commune de leur prix & de
leur valeur. Si les denrées étoient fur un
tel pied , qu'au cas qu'il n'y eût aucun
figne de tranfmiffion , je donnerois deux
muids de blé pour avoir un muid de vin ;
dans le cas des fignes de tranfmiflion établis
, je n'en donne qu'un pour un muid de
blé , lorfque j'en donne deux pour un muid
de vin. Cela s'entend fans peine , & vous
fait voir que quand le Billet de Banque ne
produiroit jamais d'argent , ce qui n'eft
pas , aucun porteur de ce billet ne tomberoit
en perte , puifqu'il a fur une marchandife
convenable le même titre que le premier
qui l'avoit reçû . Il s'agit maintenant
d'examiner quels font les fignes de tranſmiffion
les plus convenables dans un Etat.
Le figne de tranfmiffion peut être mis fur
des matieres qui ne font par elles-mêmes
d'aucun prix , ou qui font d'un prix fi bas,
qu'on n'y fait aucune attention , comme le
papier , & les coquilles ; ou bien il peut
êtte mis fur des matieres qui font ellesDE
MAY.
9 mêmes une marchandiſe confiderable
comme les métaux ; & entre ces marchandifes
, on peut choifir celles qui naiſſent
dans le Royaume , comme le fer & le cui
vre , ou celles qui viennent du dehors ,
comme l'or & l'argent.
On a de bonne heure employé les mé
taux pour fervir de fignes de tranfmiffion
ou de monnoye ; premierement , parce
qu'ils font inalterables jufqu'à un certain
point , & qu'ils ne déperiffent pas en paffant
continuellement d'une main à l'autre ;
& en fecond lieu , parce qu'ils font exactement
diviſibles , & qu'ainfi ils peuvent fervir
de meſure jufte aux marchandiſes les
plus viles. On a commencé par le fer &
par le cuivre , que l'on trouve prefque
par tout ; car on ne devoit pas naturellement
s'avifer d'appliquer fur une matiere
que l'on ne tire que des Etrangers , le figne
de tranfmiffion des marchandifes de fon
Pays. Je comprends bien que les peuples
qui poffedent les mines d'or & d'argent
ont profité avidement de la féduction où
l'éclat de ces deux métaux a fait tomber les
autres peuples. Cette féduction a procuré
aux premiers des avantages infinis , en attirant
chez eux , comme un tribut , les marchandifes
des autres Nations. Mais elle a
jetté les peuples féduits dans un inconve
nient terrible ; c'eft de manquer fouvent
E iij
$ 4
LE
MERCURE
& prefque toujours, de la quantité de matiere
fuffifante pour les fignes de tranfmiffion
qui font neceffaires au commerce déja
établi chez eux de forte que plufieurs
d'entr'eux , faute de fignes qu'ils devroient
avoir , & pour lefquels ils ont un titre , në
fçauroient acheter les marchandifes dont
ils ont befoin , quoi qu'elles abondent dans
leur propre Païs. L'inconvenient eft encore
bien plus grand , lorfque c'est le
Prince même qui fe trouve dénué de ces
fignes de tranfmiffion : parce que
fans parler
des dépenfes generales & quelquefois
fubites qu'exige la confervation de fon Etat,
la plus grande partie de fes Sujets ſubſiſte
par les appointemens ou par les gages qu'il
leur donne. Or, ce manque de matiere vient
ordinairement & de la cupidité éclairée des
voifins, & de la défiance aveugle des Sujets.
Les voifins amateurs auffi de l'or & l'argent,
ont une infinité d'adreffes pour l'attirer chez
eux , en corrompant quelques- uns des Sujets
mêmes par des gains illicites & criminels
, ou bien les Sujets , fans tremper dans
ces malverfations , enferment ces fignes de
tranfmiffion comme un trefor réel , portez
à cela par quelque mouvement de crainte
ou de défiance, que j'appelle toujours aveugle
; parce qu'elle arrefte une circulation
qui met l'Etat en defaut , & qui eft plus
capable que toute autre chofe , d'attirer fur
ĐỂ M Á Y. 5
les autres & fur eux-mêmes l'indigence
qu'ils craignent.
Mais voici le remede fouverain à ce mal :
c'eft de donner aux hommes un figne de
tranfmiffion , dont la matiere foit prife
chez eux , dont le Prince puiffe augmenter
& diminuer la quantité , fuivant le
befoin de l'Etat & du Commerce , & furtout
qui ne foit intrinfequement d'aucune
valeur. C'eft là le principal article fur lequel
je prétends appuyer. L'or & l'argent
font naturellement des marchandifes comme
les autres. La partie qui en a été employée
aux Monnoyes , a toujours été
affectée à cet ufage ; & il a toujours éré
défendu aux Orfévres d'acheter des Louis
d'or ou d'argent , & de les mettre en oeu
vre. Ainsi , toute cette partie a été tirée du
commerce ordinaire , par une loy qui avoit
fes raifons dans l'ancien gouvernement ;
mais qui eft defavantageufe par elle même.
C'est commefi on avoit fouftrait une partie
des laines ou des foyes qui font dans le
Royaume , pour en faire des fignes de
tranfmiffion : ne fe trouveroit- on pas plus
au large , fi on les rendoit à leur ufage narurel
, & qu'on appliquât ces fignes de
tranfmiffion à des matieres , qui par ellesmêmes
ne ferviroient de rien ? Mais le plus
grand avantage de ces fignes appliquez à
ces fortes de matieres , eft qu'on ne feroit
E iiij
36 LE MERCURE
jamais tenté de les détourner de leur deſtination
propre , qui eft de circuler.
Le Prince a un pouvoir direct fur ceux
qui enferment & qui recellent les Elpeces ,
parce qu'elles n'appartiennent aux Particuliers
que par voye de circulation , & qu'il
leur eft défendu de fe les approprier dans
un autre fens. Je fuis bien aife de répeter
& d'expliquer cette propofition de ma Lettre
précedente , puifque vous me marquez
qu'elle a furpris & bleffé quelques perfonnes
, quoiqu'il n'y ait pas en politique une
propofition plus vraye. Je n'ay pas dit qu'il
fut loifible au Prince de retirer toutes les
efpeces de fon Royaume pour fe les approprier
à lui même , en laffant fes Sujets
dans l'indigence ; c'eft ce que l'ancien gou
vernement fit en partie dans la refonte qui
fit naître les Billets de Monnoye Mais
toutes les Efpeces du Royaume appartiennent
à l'Etat reprefenté en France par le
Roy ; & elles lui appartiennent préciſément
comme les grands chemins , non pour
les enfermer dans fes Domaines , mais pour
empêcher que perfonne ne les enferme dans
les fiens ; & comme il eft permis au Roy,
& au Roy feul de changer les grands che
mins pour la commodité publique , dont
il eft le feul Juge par lui-même ou par fes
Officiers , il lui eft permis auffi de changer
les Efpeces d'or & d'argent en d'autres
DE MAY .
57
fignes de tranfmiffion plus avantageux pour
le Public , & qu'il reçoive lui- même , comme
il recevoir les autres ; & c'eſt- là le cas
du gouvernement prefent. Cependant , tant
que les Efpeces d'or & d'argent confervent
PEffigie du Prince , ou la marque publique,
& que ceux qui les renferment , les regardent
eux-mêmes comme des fignes de tranfmiffion
; le Prince eft en plein droit de les
obliger à les rendre , comme ne faifant pas
de cette espece de bien , l'uſage auquel il
eft deftiné . Le Prince auroit même ce droit
fur les biens qui vous appartiennent en pleine
proprieté , & il peut vous obliger d'enfemencer
vos terres , & de réparer les maifons
que vous avez dans une Ville , fous
peine de les perdre ; parce qu'au fond vos
biens ne font à vous , qu'à condition que
vous en faffiez un ufage convenable àla focieté.
Mais enfin , pour éviter les recherches
& les confifcations en Matiere de Monnoye
, il eft encore mieux de remonter jufqu'à
la fource du mal , & de ne donner aux
hommes qu'une Monnoye dont ils ne foient,
pas tentez de faire magaſin.
Le Papier fatisfait donc pleinement à
toutes les conditions que nous avons recherchées
dans la matiere de la Monnoye.
Il eft fuffifamment inalterable par la facilité
qu'on a de le changer à la Banque
quand il eſt usé ; il eft exactement divi58
LE
MERCURE
fible par la valeur portée par le Billet ; &
la menuë Monnoye d'argent qu'on laiffera
toujours dans le Commerce , fupplée aux
petites divifions neceffaires pour les befoins
de la vie. Il eft pris en France , & le Prince
eſt toujours arbitre de fa quantité , fuivant
les befoins de l'Etat. Enfin , il n'eſt
par lui- même d'aucune valeur qui puiffe entrer
en ligne de compte.
Le Billet de Banque a même un autre
avantage qui va nous fournir d'autres ré-
Alexions. C'est qu'étant converfible en Efpeces
, il a un double ufage à la volonté
du Porteur : l'un eft de fervir à l'acquifition
des fonds , ou des marchandifes ; & l'autre
, de produire de l'argent. Comme les
François ne font point encore faits à l'ufage
du crédit , quelques-uns ont trouvé
mauvais qu'on ait défendu d'avoir plus de
cinq cens livres en Elpeces , & qu'on ait
ordonné de faire en Billets de Banque les
payemens au- deffus de cent livres. Ces deux.
pratiques font neanmoins autorisées par l'exemple
de nos voisins qui ont connu le crédit
avant nous. Je ne parle pas feulement
des confifcations d'efpeces qui ont eu lieu
dans tous les Etats & en France même ,
par le motif feul de rétablir la circulation.
arrêtée. Mais dès les premiers tems de l'établiffement
de la Banque d'Amfterdam en
1609 , il fut défendu aux Particuliers de fe
DE MA Y.
39
payer aucune fomme en argent au- deffus
de 30 of orins. Sans cette regle , l'inſtitution
du crédit demeuroit inutile , & n'auroit
eu ni fon étendue naturelle , ni même
fa premiere commodité . Le principal avantage
du Billet de Banque , eft de remplir
les groffes parties , pendant que l'Efpece
d'argent remplit les moyennes , & la Monnoye
de cuivre les plus petites . Or , comme
il a été défendu en France même de payer
en Monnoye de cuivre au-delà de cent fols ,
il doit être défendu de payer en Monnoye
d'argent au- delà d'une certaine fomme , &
le Billet de Banque doit fatisfaire à tout
le furplus. C'eſt-là l'unique moyen de foutenir
les trois fortes de Monnoye dans une
circulation convenable , & dans la gradation
du crédit qu'elles fe prêtent mutuel
lement . L'on ne prendroit point de Billets.
de Banque , s'ils ne devoient produire de
l'argent pour les parties moyennes ; l'on ne
prendroit point même d'argent , s'il ne devoit
produire de la monnoye pour les petites.
Mais là- deffus , que penferiez - vous.
d'un homme , qui ayant chez lui un million
en écus comptez , entreprendroit de les
changer tous le même jour en Monnoye
de cuivre ? Vous lui diriez fans doute : Hé !
de quoi vous fervira cet amas ? Voulezvous
épuifer toute la Provincé pour une
fantaifie ? ne vous
pure fuffit- il pas
de
pous
1
LE MERCURE
voir changer les uns aprés les autres , quetques-
uns de vos écus pour vos befoins journaliers
? vous ne confumerez jamais toute
cette fomme en menuës provifions , & je
vous confeille d'en garder la plus grande
partie pour des payemens ou des acquifitions
,que vous ne pouvez faire même qu'en
Monnoye d'argent . Voilà ce que chacun devoit
le répondre à foi-même dans la fureur
qui prit aux François de réaliſer toutes leurs
Actions & tous leurs Billets de Banque.
Mais comme la plupart des hommes font
peuple , font enfans dans les étab'iffemens
nouveaux , il a falu les mener par l'autorité
au point où la railon met tout d'un coup
les hommes éclairez , les hommes faits . Au
fond toutes les Nations fe reffemblent par
les foibleffes. Depuis le jour que la Banque
d'Amſterdam fut érigée en Banque publique
, elle a effuyé long - temps les mêmes
Contradictions & les mêmes attaques que
la nôtre . La République a été obligée de
la défendre par des Loix qui faifoient murmurer
encore davantage ; & fes Miniftres
ont enfin affermi fon crédit par les moyens
que les cenfeurs ignorans regardoient comme
des indices de fon impuiffance & de fa
crainte.
Ainfi celui qui, dans un Royaume comme
la France qui vient d'entreprendre un Commerce
public , déclame contre le Billet pu
DE MA Y. 61
blic ou le Billet de Banque , eft premierement
auffi ridicule , que celui qui dans un
Commerce particulier , où il auroit interêt
lui-même , declameroit contre les Lettres
de Change , & les autres Billets commerçables
des Banquiers & des Negocians. Secondement
, il eft auffi ridicule , que celui qui
voudroit tenir une Ville d'un Commerce &
d'une richeffe immenfe , dans l'ufage de la
feule Monnoye de cuivre ; fous prétexte que
dans le temps où elle ne faifoit aucun Commerce
, elle n'avoit eu que cette Monnoye,
qui dès-lors pourtant ne lui fuffifoit pas .
Je ne fçai fi vous me ferez ici l'objection
que j'entends faire à plufieurs : Notre Billet
de Banque , difent- ils , peut être bon pour
l'interieur du Royaume , mais que deviendra
le Commerce avec les Etrangers ? Je
pourrois répondre , qu'aucun Royaume n'a
été plus en état que celui- ci de fe paffer des
Etrangers ; mais je vais plus loin , & j'ajou
te qu'il eft impoffible aux Etrangers de fe
paffer de nous. Je veux bien même ne point
regarder encore la France comme le Bureau
principal du Commerce , la Banque generale
de l'Europe , & peut-être des autres
Parties du Monde. A ne confiderer que
les productions naturelles de notre terroir
nous avons toujours livré plus de marchandifes
à nos Voifins , que nous n'en avons
tiré d'eux , & ôté le cas des Diamans , que
62 LE MERCURE
1
·
les nouveaux riches ont achetés des Etrangers
, qui font pourtant actuellement payez ;
le Bilan , generalement parlant, a été à notre
avantage ; c'est- à- dire , qu'à fin de compte,
ils nous ont toujours de de l'argent. Si cet
avantage doit avoir encore plus de lieu dans
la fuite , les Etrangers feront toujours obligez
de faire transporter chez nous les fonds
d'or & d'argent qu'ils nous devront pour
folde de compte ; comme le Roy a fait à
leur égard en dernier lieu , pour mettre la
France au point de ne leur rien devoir.
Ainfi le Billet de Banque ne change en rien
le Commerce avec les Etrangers : Ou fi enfin
les Etrangers fe chargent de nos Billets
ou de nos Actions ; comme la valeur en
refte dans le Royaume , ils feront obligez
de les rapporter , pour en être payez , ou
pour les employer en marchandifes de Francc
. En un mot , notre Papier ne sçauroit
être en leurs mains fans les tendre François
en quelque façon , & fans les intereffer
à notre crédit & à notre Commerce. Les
Etrangers cux-mêmes nous ont appris à
regarder notre Billet de Banque comme une
veritable Monnoye : car fon gain ou fa perte
a toujours fuivi exactement chez eux le pied
du Change fur l'or & fur l'argent . Il a gagné
vingt- cinq pour cent ; il les a perdu enfuite ,
& enfin il eft remonté au pair & au deffus
du pair , précisément comme l'or & l'argent.
f
DE MA Y. 63
Quelque impreffion forte ou foible que
tout ce que j'ay dit dans cette Lettre & dans
les deux premieres , ait faite fur votre efprit
; ou de quelque maniere que vous en
ayez été affecté , foit en bien , foit en mal ,
le Syftême est établi. Il n'a point furmonté
fans peine les obſtacles qu'on lui a oppoſez ;
mais le Roy & le Public y font tellement
engagez , que j'ofe dire qu'il n'eft poffible
ni au Roy ni au public de le détruire. C'eſt
l'avantage de tous les Syftêmes fondez fur
la verité & fur la nature. Ils ont d'abord
quelque peine à fe placer dans les efprits ;
mais quand ils y ont une fois racine , rien
n'eft capable de les en arracher. S'ils ont
befoin d'être corrigez & perfectionnez , ils
ne peuvent l'être que par leurs propres principes
, ou par eux-mêmes. Celui- ci a de
plus , qu'étant un Syftême de pratique , il
a fi bien enveloppé toutes les parties de
P'Etat , qu'il eft impoffible qu'elles s'en
dégagent.
La Compagnie des Indes a acquitté le
Roy en fe chargeant de fes dettes , & lui
fait encore tous les ans vingt millions de
bon. Si le Roy touche feulement au Syftême
, il perd fes vingt millions , il fe recharge
de toutes fes dettes , & fe furcharge
de toutes celles qu'il encourroit par rapport
aux Billets de Banque & aux Actions . Il a
un crédit qui paffe déja le décuple de fes
64
LE MERCURE

elpeces. Du jour qu'il feroit tomber le Syftême
, toutes les efpeces feroient difperfées
en dettes indifpenfables , & elles n'auroient
pas le temps d'arriver de la Banque au Tréfor
Royal . Aufli les ennemis du Systême
les plus éclairez n'efperent - ils pas que le
Roy y renonce jamais. D'un autre côté , le
Public s'y est livré par un choix devenu
de jour en jour plus néceflaire ; & comme
le Systême a enrichi plufieurs de ceux- mêmes
qui n'ont point pris d'actions , fa chute
entraîneroit également les uns & les autres.
Lors donc que j'ay dit dans mes Lettres
précedentes , que pour faire valoir un Syſtême
de Crédit , il ne s'agiffoit que de s'y
prêter ; je n'ay pas prétendu dire que l'établiffement
ou le fuccès du Systême dépendît
des particuliers : c'eft un pur avis que
je leur ay donné , de s'y prêter pour leur
avantage propre & unique. On n'en pouvoit
pas dire autant de l'ancienne adminiftration
, & il ne fuffifoit pas de s'y prêter ,
pour y trouver fon avantage. Quelque
bien intentionnez , quelque habiles qu'ayent
été les Miniftres qui en ont été chargez
tous leurs fous n'alloient qu'à adoucir le
vice du fond , dont ils n'étoient point les
auteurs , & à recourir le moins qu'ils pouvoient,
aux impôts & aux emprunts,reffource
auffi ruineufe pour le Roy , que cruelle
pour tous les Ordres de l'Etat fans exception
.
DE MA Y. 65
tion. Ainfi les principes de l'ancienne adminiftration
étoient tels , que pour bien
faire , il n'auroit jamais fallu s'en fervir .
Quels qu'ils fuffent pourtant , il n'a jamais
été d'un homme fenfé de lutter contre le
Gouvernement , parce que le Prince trouve
toujours moyen de mettre en perte ceux
qui lui réfiftent. Que penfer de ceux qui
fe mutinent contre un Syftême qui a procuré
tant de richeffes à ceux qui s'y font
livrez ; & qui a pris depuis une forme vifible
& conftante , qui affure un établiffement
plus certain par fa nature , que les
rentes conftituées , & un établiffement qui
peut croître , & croîtra ; au lieu que les
rentes n'ont jamais pû que diminuer , &
font peries.
On voit des Rentiers qui gardent leur
remboursement en Billets de Banque , au
lieu de prendre des Actions , qui produiſent
un divident ; & puis , qui fe plaignent que
le bien qu'on a aujourd'hui , ne produit rien.
Ils difent faux pour le Public ; & il ne tient
qu'à eux de dire faux pour eux- mêmes ,
quand il leur plaira . Les Actions , répon
dent- ils , ne font qu'un bien imaginaire .
Mais en vérité ne s'apperçoivent ils point
que le crédit des Billets de Banque eft de
même nature que celui des Actions , &
qu'ils ne tirent même leur bonté que de
Celle des Actions.Quelques- uns prétendent
F
66 LE MERCURE
qu'on auroit dû garder de celles- ci pour
tous les Rentiers de l'Hôtel de Ville . On a
eu , pour
abandonner les Actions au cours
de la Place , mille raifons effentielles par
rapport aux Actions mêmes , aufquelles
ces réſerves & ces délais auroient êté toute
faveur , tout crédit , & tout revenu . Mais
peut-on regretter de n'en avoir pas confervé
pour des gens qui ne les nomment point
encore aujourd'hui qu'un bien chimerique ?
Il faut pourtant accorder aux ennemis du
Systême , fi cela leur fait plaifir , qu'ils ont
eu contre lui un certain pouvoir : c'eft de
retarder un tres- grand nombre d'operations .
avantageuſes , dont les peuples jouiroient
actuellement. On a été obligé d'employer.
jufqu'à prefent la plus grande partie du
tems à écarter les obftacles que ces ennemis
, bien ou mal- intentionés , mettent au
Systême ; à reparer , ou à empêcher le tort-
સે
qu'ils lui font , ou qu'ils lui veulent faire..
Les défiances qu'ils jettent dans le Public ,
font la principale caufe de la cherté des
marchandifes . Les ouvriers ont peine à s'accoûtumer
aux Billets de Banque , parce
qu'ils les entendent décrier fans ceffe ; &
plufieurs Marchands , qui fçavent mieux
que d'autres l'ufage du papier , fe prévalent
pour tenir les marchandifes à un prix exceffif,
des préjugés defavantageux qu'ils voyent
répandas dans le Public contre la monnaye
DE MAY. 67
qu'on leur prefente . Quelques- uns même
les appuyent contre leur propre confcience;
& malgré l'exception faite en leur faveur
fur la quantité d'argent qu'ils peuvent
avoir , & fe mettent ainfi au rang des ingrats
envers un fyftême qui les a enrichis
efpece de gens qu'on rencontre aujourd'hui
par tout. Mais enfin la victoire du bien fur
le mal étant prochaine , non dans l'efpritdu
frondeur ignorant & impuiffant , mais
dans les vûes du Prince & du Maître ; on
verra bien-tôt les fruits que ce bien imaginaire
eft feul capable de produire , & que
les biens réels auroient laiffé éternellement
dans le néant. La communication des mers
& des rivieres , la reparation des grands
chemins , l'établiffement des magazins publics
qui préviendra la cherté des Denrées ,
dans les années même qui ne feront pas heureufes
L'induftrie fi mal recompenfée , &
qui méme fe dégoûtoit ou le cachoit , part
la crainte des impofitions , trouvera des oc--
cupations honorables & lucratives , & dans
l'interieur du Royaume , & dans les Co--
lonies.
Qu'on ne dife donc plus que le Syftême ,
quand il feroit bon par lui-même & pour
d'autres Nations , ne convient pas à la
nôtre. Il eft inébranlable en tout Etat , foir
Républiquain , foit Monarchique , qui l'aura
une fois admis. Les politiques du fiecle
Feij
68
LE MERCURE
paffé qui ont parlé de la Banque d'Amfterdam
& de celle de Venife , les ont regardées
comme auffi durables que ces Etats mêmes .
J'ai prouvé qu'il étoit impoffible que la
Banque Royale pût jamais être détruité , ni
par le Roy ni par le Public : Mais d'ailleurs
combien eft grand l'avantage du pouvoir
defpotique dans les commencemens d'une
inftitution fujette à tant de traverfes de la
part d'une Nation qui n'y eft pas encore accoûtumée
? Il eſt comme impoffible de réunir
affez promtement les avis des Chefs d'une
République , pour remedier aux inconveniens
journaliers & fouvent contradictoires
que le peuple fait naître , & qui demandent
d'un jour à l'autre des remedes
contradictoires en apparence . Le plus grand
nombre des Chefs n'opine pas le plus fainement
, & leur experience dans l'ancien
Gouvernement , eft la principale caufe de
leurs erreurs dans le nouveau. Un Prince
éclairé abrege infiniment toutes ces difficultez
, & comme il en peut renaître quel
ques- unes dans la fuite des temps , un Roy
eft toujours plus capable d'y remedier qu'un
Confeil Souverain , dont il faut fubir les
altercations & les lenteurs , avant que d'obtenir
la pluralité de fes voix fur les chofes
les plus preffées . J'ajoûterai même ici que
c'eft le défaut de Vautorité defpotique qui
entretient chez nos voifins un fi grand nonDEMA
Y. 69
Bre de compagnies differentes qui ne cherchent
qu'à fe décrediter mutuellement ; au
lieu qu'un Roy feul eft capable de raporter
tout à la même vûë , & de donner à fon
Royaume un crédit general & unique , qui
attire la confiance des Etrangers mêmes.
D'ailleurs la France a toutes les conditions
requifes pour porter le crédit & le Commerce
à fon plus haut point ; l'étenduë &
la fertilité de fon terroir , fa fituation par
rapport aux Mers & aux Terres , l'induftrie
& l'activité de fes Habitans . Ainfi bien
loin que le Systême ne lui foit pas propre,
elle eft l'Etat de l'Europe , & peut- être du
Monde entier, auquel il convienne le mieux.
Je fuis , & c.
Le Samedi 18 May 17 20
ARRESTS ET DECLARATIONS.
A
RREST du Confeil du 23 Fevrier 1720 ,
collationné à l'original, en faveur de Meffire
François de Refleguier , au fujet de moitié
d'intereft dans dix Actions de la Compagnie des
Indes .
Contre Meffire Jacques Dauffeville , Maréchal
des Camps & Aimées du Roy , Commandant de
Bayonne..
DECLARATION du Roy , donnée à Paris au
mois de Fevrier 1720 , registrée en Parlement le
70 LE MERCURE
29 Avril 1720 , par laquelle S. M. revoque &
annule toutes les Lettres de naturalité accordées
aux Etrangers , faifant le Commerce Maritime ,
qui ont confervé leur domicile dans les païs des
Princes & Republiques dont ils étoient Sujets ,
ou hors de fon Royaume , & qui ne font point
leur refidence actuelle dans les Villes ou Ports
de fon Royaume , même celles où la claufe de
non refidence dans icelui feroit inferée . Veut fa
Majefté que ceux defdits Etrangers qui ont été
naturalifez , ou ceux qui le feront à l'avenir , ne
puiffent naviguer pour leur compte , ou pour
quelqu'autre que ce foit , fous fon pavillon ; ni
recevoir les expeditions de l'Amirauté , s'ils
n'ont fait une refidence actuelle & continuelle
dans les Ports ou lieux de fon Royaume , qu'ils »
auront élu pour leur domicile pendant quatre
années confecutives .
ARREST du Confeil du 9 Mars 1720 , par
lequel S. M. commet Meffieuis le Pelletier Desforts
, de Saint Contelt , le Blanc Secretaire
d'Etat , tous Confeillers d'Etat ; & Meffieurs >>
d'Ormeflon d'Amboile , Moreau de Sechelle , &
d'Argenfon Maîtres des Requêtes ; pour proceder
à la liquidation des Offices de Maréchauffée. -
ARREST du 21 Mars 1720 , rendu en l'audiance
de la Grand' Chambre : qui juge que les
Merés , en vertu de l'Edit donné à Saint Maur au
mois de May 1567 : vulgairement appellé Edit
des Meres , fuccedent feules en pays de Droits
Ecrit , aux meubles & acquêts de leurs enfans, ‹
& fans aucune concurrence avec les freres & -
foeurs germains .
ARREST du Grand Confeil du Roy , du 28
Mars 1720 , Collationné à l'original , portant
Reglement pour le Controlle ,, & qui preferit la
<
DE MAY. 71
forme de remplir les divifions des Regiftres des
Controlles , ès jours qu'il ne fera enregistré aucun
Exploit.
DECLARATION du Roy du 28 Mars 1720 ,
registrée au Grand Confeil , collationnée à l'original
, portant Reglement pour les nouvelles .
Compagnies de Maréchauffées .
S. M. difpenfe les Prevôts & Lieutenans pourvis
d'Offices fupprimez , de fe faire recevoir de
nouveau ; ils feront neanmoins obligez de faire .
enregistrer au Greffe de la Maréchauffée , leur
Brevet de nomination , avec leurs anciennes provifions
, & prendront la même féance qu'ils
avoient dans les Prefidiaux & ailleurs .
Les Prevôts & Lieutenans connoîtront des perfonnes
& crimes dont la connoiffance eft attribuée
par les Ordonnances aux Officiers des Maréchauffées
.
Les Affeffeurs feront tenus , après la competence
jugée , de fe tranfporter fans aucun delay
avec les Prevôts & Lieutenans , toutes les fois
qu'ils en feront requis par eux ou par nos Profous
peine de deftitution. cureurs ,
Les Jugemens diffinitifs , après la competence
jugée , feront intitulez au nom da Prevôt general
dans tous les Sieges .
Les Archers , après leur preftation de ferment
& enregistrement de leurs Commiſſions , auront
le pouvoir de donner les affignations aux témoins,.
& de faire toutes fignifications neceffatres.
Edit du Roy , donné à Paris au mois de Mars
1720 , par lequel S. M. veut & ordonne que
les deniers qui feront cy- après donnez à conftitution
de rentes par fes Sujets fans exception
ne puiffent produire par an un plus haut intereſt
que celui du denier so . Défend S. M. à tous
Notaires & autres de paffer aucun Contract de
72 LE MERCURE
conftitution de rentes fur un plus haut pied que
celui du denter so , à peine de privation de
leurs charges , & d'être lefdits Contracts declarez
ufuraires , & procedé extraordinairement
contre ceux au profit defquels lefdites conftitutions
auront été paflées & de perte du prix
principal . Défend S. M. à tous Juges de rendre
aucuns Jugemens & Sentences de condamnation
de plus grands interêts fous les mêmes peines ;
le tout fans préjudice des conftitutions qui fe
trouveront avoir été faites jufqu'au jour de la
publication des Prefentes , lefquelles feront exe-
Cutées comme elles l'auroient pú eftre auparavant .
9 DECLARATION du Roy , donnée à Paris le
Avril 1720 , regiftrée en Parlement le 29 Avril
1720 , concernant les nouvelles Marêchauffées .
Département de Paris.
Melun... Un Pr vôt general , un Lieutenant,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier .
Tonnerre... Un Lieutenant , un Affeffeur, &c .
Sens... Un Lieutenant , un Affeffeur , &c .
Provins... Un Lieutenant , un Affeffeur , &c .
Meaux... Un Lieutenant , un Affeffeur , & c.
Mantes... Un Lieutenant , un Affeffeur , &c.
Senlis... Un Lieutenant , un Affeffeur , &c.
Beauvais... Un Lieutenant , un Affeffeur, &c .
Département de Soiffons.
Soiffons... Un Prevôt general , un Lieaterant,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , & un Greffier.
Laon .. Un Lieutenant , & c.
Clermont en Beauvoifis ... Un Lieutenant, & c.
Département de Picardie & Artois.
Amiens...Un Prevôt general , un Lieutenant,
an Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Abbeville... Un Lieutenant , &c.
Arrass
DE MAY.
73
Arvas... Un Lieutenant , &c .
Boulogne... Un Lieutenant , &c.
Département de Champagne .
Châlons... Un Prevôt general , deux Lieutenans
, un Affeffeur , un Procureur du Roy ,
un Greffier .
Rheims . Un Lieutenant , &c.
Troyes. Un Lieutenant , & c.
Langres... Un Lieutenant , & c.
Département d'Orleannois.
Orleans... Un Prevôt general , deux Lieutenans
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier .
Blois... Un Lieutenant , & c.
Montargis... Un Lieutenant , &c.
Département de Touraine , Anjou & le Maine .
Angers .. Un Prevôt general , un Lieutenant,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier ,
Châteaugontier... Un Lieutenant , & c .
-Le Mans... Un Lieutenant , & c .
Tours... Un Lieutenant , & c .
Dé, artement de Berry:
Bourges ... Un Prevôt general , deux Licutenans
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier
Chatillonfur Indre ... Un Lieutenant , &c.
Département de Bourbonnois .
Moulins ... Un Prevôt general , deux Lieutenans
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier.
>
Gueret Un Lieutenant , & c.
Département de Portou.
Poitiers ... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier .
G
74 LE MERCURE
Fontenay le Comte ... Un Lieutenant , &c.
Montaigu ......Un Lieutenant , &c..
Montmorillon ...Un Lieutenant , &c.
Département de Limofin.
Limoges ... Un Prevôt general , un Lieute
nant , un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier .
Tulles ... Un Lieutenant , &c .
Angouleme... Un Lieutenant , & c.
Département d'Auvergne.
Clermont ... Un Prevôt general .
> Riom ... Un Lieutenant un Affeffeur , un
Procureur du Roy & un Greffier .
Saint-Flour ... Un Lieutenant , &c .
Département de Lyonnois.
Lyon ... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Montbrison ... Un Lieutenant , & c.
Roanne... Un Lieutenant , &c.
Département du Païs d'Aunix.
La Rochelle ... Un Prevôt general , un Lieutenant
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier.
Xaintes ... Un Lieutenant , &c.
Département du Duché de Bourgogne.
Dijon ... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Chalon ... Un Lieutenant , & c.
Mâcon ... Un Lieutenant , & c .
Auxerre ... Un Lieutenant , & c .
Département de Breſſe, Bugey, Gex & Valromey.
Bourg ... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
DE MAY.
75.
Département de Rouen.
Rouen ... Un Prevôt general , deux Lieutemans
, un Aſſeſſeur , un Procureur du Roy , un
Greffier .
Caudebec . .. Un Lieutenant , &c.
Département de Caen.
Caen ... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Coutances ... Un Lieutenant , & c.
Département d'Alençon.
Alençon ... Un Prevôt general , un Lieutenant,
un Affedeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Falaife ... Un Lieutenant , &c.
Département de Bretagne.
... Rennes . Un Prevôt , deux Lieutenans , un
Aflefleur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Nantes ... Un Lieutenant , & c .
Vannes ... Un Lieutenant , &c.
Quimpercorentin ... Un Lieutenant , &c.
Département de Guyenne .
Bordeaux ... Un Prevôt general , deux Lieutenans
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier.
Perigueux . Un Lieutenant , & c.
Agen Un Lieutenant , & c. ...
Département de Montauban .
Montauban... Un Prevôt general , &c.
Cahors ... Un Lieutenant , &c.
Rodez... Un Lieutenant , & c.
Département de Dauphiné
Grenoble ... Un Prevôt general , un Lieutemant
, un Aſſeſſeur , un Procureur du Roy , un
Greffier.
Valence ... Un Lieutenant , &c .
Gij
76
MERCURE LE
Gap... Un Lieutenant , & e.
Département de Languedoc
Montpellier ... Un Prevôr general , un Lieutenant
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier. •
Le Puy en Vellay ... Un Lieutenant , &C,
Carcassonne ... Un Lieutenant , &c.
Toulouse ... Un Lieutenant , & c .
Département de Provence.
Aix... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
an Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier,
Digne ... Un Lieutenant , &c.

Département de Bearn.
Pau... Un Prevôt general , un Lieutenant , un
Affeffeur un Procureur du Roy , un Greffier.
Mont de Marfan ... Un Lieutenant , &c.
Auch ... Un Lieutenant , &c.
Département de Rouffillon.
Perpignan... Un Prevôt general, un Lieutenant ,
an Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Pamiers ... Un Lieutenant , &c.
Département des trois Evêckés.
Metz ... Un Prevôt general , un Lieutenant ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier.
Verdun , .. Un Lieutenant , & c.
Département de Flandres,
Lille... Un Prevôt general , deux Lieutenans ,
un Affeffeur , un Procureur du Roy , un Greffier,
Departement de Haynault.
Valenciennes ... Un Prevôt general , un Lieutenant
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier.
DE MAY. 77
Département d'Alface.
Strasbourg ... Un Prevôt general , un Lieutenant
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier .
Colmar ... Un Lieutenant
, & c.
Département du Comté de Bourgogne.
Besançon ,. Un Prevôt general , un Lieutenant
, un Affeffeur , un Procureur du Roy , un
Greffier.
Vezoul ... Un Lieutenant , & c.
Lons- le-Saunier ... Un Lieutenant , & c. -
ARREST du Confeil du 20 Avril 1720 , par
lequel S. M. a fait pleine & entiere main levée
des oppofitions formées au Trefor Royal par les
Creanciers de la Communauté des Infpecteurs ,
Vifiteurs & Controlleurs de la Police fur les
Vins & Boiffons de la Ville & Fauxbourgs de Paris
: Ordonne que fans y avoir égard , ladite Communauté
fera payée & remboursée par le Steur
Gruyn Carde du Trefor Royal S en fes Recepiffez
fur le Caiffier de la Compagnie des Indes ,
en deduction des quinze cens Millions de livres ,
que ladite Compagnie s'eft engagée de prêter à
Sa Majesté.
ARREST du Confeil du 21 Avril 1720 , par
lequel S. M. commet Maître Louis Denis Longuet
, ci devant Payeur de la trente- deuxième
Partie desdites Rentes , & Maître Jean Sandré ,
ci-devant Controlleur de la foixante- troifiéme
partie , pour faire le payement & le Controlle
des Rentes , dont les arrerages n'ont pas encore
été reçûs par les Rentiers , & ce jufqu'au premier
Juillet de la prefente année 1720 , paflé lequel
tems ceux defdits Rentiers qui auront negligé
de recevoir , feront & demeureront déchus
du Payement defdits arrerages.
G iij
78 LE MERCURE
1
¿
ARREST du Confeil du 26 Avril 1720 , qui
declare bonnes & vallables les offres faites par
le heur le Duc Marchand de la ville de Rouen , de
payer en Billets de Banque une Lettre de Change
de , 000 livres , thrée fur lui par le Sieur Robert
Neel Juniox , Marchand d'Amfterdam.
}
ARREST du Confeil du 28 Avril 1720 , qui
ordonne que dans les Pais d'Ftat les particuliers
qui payeront en Billets de Banque leurs quotes
dans les impofitions qui fe levent au profit duRei,
jouiront du Benefi è de dix pour cent accordé
par l'Arrêt du f'Mars dernier .
e
ARREST du Confeil du 30 Avril 1720 , par
lequel S M. ordonne que les effets ci aprés mentionnés
& trouvés apiés le decès du feu Sieur
Pafquier , demeureront confifqués au profit de la
Compagnie des Indes ; fçavoir , 3 Louis d'or de
36 liv. piece , avec une piece d'or de Louis XIII .
46 Louis d'or des fabrications de 1716 & de
1717 , 498 écus vieux valant 8 liv . 1 f. piece
129 écus de 7 liv . piece , & un demi écu de 41 .
71. 6. d.
LETTRES PATENTES en forme d'Edit, données
à Paris au mois d'Avril , regiſtrées en Parlement
le 29 du même mois , par lesquelles S. M.
fuprime la Compagnie de St. Domingue , établie
par les Lettres Patentes du mois de Septembre
1698 , Permet S. M. à tous fes Sujets de trafiquer
dans les Païs qui auront été concedés à ladite
Compagnie , ainfi que dans tous les autres de fon
obéillance.
ARREST du Confeil du 3. May 1720 , colla.
tionné à l'original , par lequel S. M. ordonne
que les Bas & autres ouvrages de Bonneteries
étrangeres , compofés de laine , ne pourront enDE
MAY. 10
·
trer dans le Royaume , que par les Ports de Calais
& de Saint- Valery , où les droits d'entrée feront
payés conformement au Tarifdu 18 Avril 1667 ;
& lefdits Bas & ouvrages marqués d'un plomb ,
portant d'un côté une fleur de Lys , & de l'autre ce
mot , Calais ou Saint Vallery. Declare S. M. tous
autres Ports , chemins & paflages , méme la ville
de Sedan , voyes obliques & prohibées . Défend
S. M. à tous Marchands de faire entrer lesdites
Marchandiſes par d'autres endroits , que par lefdits
deux Ports , à peine de confifcation & de
soo livres d'amende , & c.
ARREST du Confeil du 3 May 1720 , par le
quel S. M. ordonne , que l'Article 111. du titre
des chemins Royaux , de l'Ordonnance des Eaux
& Forêts du mois d'Août 1669 , fera éxécuté .
En confequence , tous Bois , Epines & Brouffailles
qui fe trouveront dans l'efpace de foixante
pieds ésgrands chemins , feront effartes & coupés
aux frais de S. M. , fi mieux n'aiment les Particu
liers faire eux-mêmes lefdits effartemens à leurs
frais.
Les grands chemins Royaux hors les Forêts ,
feront élargis de 60 pieds , & bordés hors ledit
espace , de foffés , dont la largeur fera au moins
de fix pieds dans le haut , de 3 pieds dans le bas ,
& la profondeur de 3 pieds.
Les autres grands chemins fer aus de paffage ,
auront au moins 36 pieds de largeur entre les
foffez.
Ordonne S. M. que les nouveaux follez feront
entretenus & curés par les Proprietaires des terres
y aboutiffantes.
Excepte S. M. les chemins qui fe trouveront
entre des montagnes .
Tous les Proprietaires d'heritages aboutiffans
aux grands chemins , feront tenus de les planter
d'ormes & autres arbres fuivant la nature du
>
2
G iiij
30 LE MERCURE
terrain Si aucuns defdits arbres periffent , les
proprietaires feront tenus d'en replanter d'autres
dans l'année .
ARREST du C nfeil du 4 May 1720 , qui
ordonne le rembour fement des Creanciers de la
Communauté des Déchargeurs, Rouleurs & Chargeurs
de Tonneaux de la Ville de Paris.
ORDONNANCE du Roy , concernant ce qui
doit être obfervé , en arrêtant les andians &
Vagabons . Art. I. Que les Mandians feront
conduits fur le champ à la Prifon la plus voifine ,
où tous les jours à midi ils feront vifités & entendus
fur leurs differens fujets de plainte en prefence
defdits Archers , par l'un des Commiffaires ou
Officiers de Police qui fera à cet effet nommé &
deputé par M. d'Argenfon, Lieutenant General de
Police , lequel Officier lui en fera auffi tôt fon
rapport , pour être par lui ftatué fur le relâchement
ou la détention du particulier arrêté , après
les verifications neceffaires , fuivant l'exigence
des cas ; enforte que ceux qui par leurs âges , ou
par leurs infirm tez fe trouvent hors d'ètat de
travailler, foyent inceffament conduits à l'Hôpital
General , pour y être traités , panfés , nourris >
& medicamentés charitablement aux dépens du
Roy.
II . Entend S. M. que pour la premiere fois
ceux des Mandians valides ainfi arrêtés , qui feront
reclamés par les Maîtres des differens métiers
dont ils font profeffion , leur feront rendus
, à la charge par eux d'en répondre par écrit,
qu'ils ne retomberont plus dans le cas de Mandicité
, & s'ils venoient à s'abfenter des Boutiques
ou Atteliers defdits Maîtres , d'en avertir le Lieutenant
General de Police.
III. Veut Sa Majefté que lesdits Archers prépofés
marchent en Brigade , revêtus de leurs haDE
MAY.
bits uniformes & avec leurs Bandoulieres , &
que chaque Brigade foit commandée par un Exempt
, poui prévenir les abus & tenir la main à
ce qu'aucun particulier ne foit arrêté que dans les
cas portés par l'Ordonnance , lefquels Exempt
& Archers feront payés de huit jours en huit
jours & par avance.
IV. Enjoint Sa Majefté aufdits Archers de conduire
directement dans les Prifons publiques les
Mandians qu'ils auront arrêtés , fans qu'ils puif.
fent les relâcher ni conduire dans les Entrepôts
fous aucun prétexte , à peine de punition exemplaire.
V. Défend auffi Sa Majefté fous peine de la vie
à tous particuliers , de quelque qualité & condition
qu'ils puiffent être , de s'opposer à l'execu
tion de l'ordonnance du to Mars & de la prefente.
*
VI. Veut au furplus Sa Majefté qu'il en foit
ufé à l'égard des Vagabons , comme par le paflé,
fuivant la jufte rigueur des Ordonnances .
ARREST du Confeil du 9 May 1720 , par le
quel S. M. ordonne qu'il ne fera plus envoyé de
Vagabonds , Gens fans aveu , Fraudeurs & Criminels
à la Lou'ïfianne : Que les ordres que Sa
Majefté auroit pu donner à ce fujet , feront changés
, & la deftination des Vagabonds fera faite
pour les autres Colonnies Françoifes . Défend Sa
Majefté à tous Juges de prononcer des condamnations
portant que les Criminels feront envoyés à
la Louifianne , mais feulement aux autres Colonnies
Françoifes: Ordonne que les condamnitions
qui ont pu être ci devant prononcées contre les
Vagabonds & Criminels , portant qu'ils feront
embarqués pour la Louïfianne , & qui n'ont point
été éxécutées , feront cenfées éxécutées par leus
envoy aux autres Colonics.
82 LE MERCURE
ARREST du Confeil du 11 May 1720 , par
lequel S. M. commet M. le Pelletier de la Houf
faye Confeiller d'Etat , & Meffieurs d'Ormeffon ,
d'Evry , de Crouy , de Gaumont , Hebert , Amelot
, de la Grandville , Orry , Bertin , Parifot ,
Pajot , Midorge , Regnaut , le Pelletier de Signy
& d'Argenfon Maîtres es Requêtes , pour juger
en dernier reffort les conteftations nées & à naître
au fujet des Remboursemens de tous les Creanciers
des Etats de Bretagne.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 1e
May 1720 , pour conftituer fur la Compagnie
des Indes quatre millions de Rentes Viagers , à
raifon du denier vingt- cinq.
Art. 1. Que par les Directeurs Generaux de la
Compagnie des Indes , il fera vendu quatre millions
de livres effectifs de Rentes viageres , à raifon
du denier vingt - cinq du Capital , à prendre
fur les Rentes conftituées par Sa Majefté au
profit de ladite Compagnie.
II . Veut S. M. que les Conftitutions particulieres
en foient faites pardevant Notaires , & fignées
par quatre Directeurs de la Compagnie des Indes ,
à ceux de fes Sujers feulement demeurans dans le
Royaume qui voudront les acquerir , fans que
lefdites Rentes puiffent être reduites ni retranchées
, fous quelque pretexte que ce puiffe être .
III. Sera permis à toute forte de perfonnes indiftinctement
de quelque âge , fexe , qualité &
condition qu'elles puiflent être , même aux Religieux
& Religieufes , qui fuivant les Regles &
les Conftitutions de leur Ordre , peuvent avoir
quelque pecule , de prendre & acquerir lesdites
Rentes , & les enfans mineurs & autres qui entreront
en Religion , & qui feront profeflion
dans quelque Ordre que ce puiffe être , conferveront
par forme de Penfions alimentaires , àvect
la permiflion de leurs Superieurs , les Rentes de:
DE MAY. 3
cette nature qui auront été conftituées à leur
profit avant leur Profeffion .
IV . Le Bureau fera ouvert le z 3 du prefent mois
par le Caiffier de la Compagnie des Indes , pour
recevoir ou en Actions de ladite Compagnie fur le
pied de neuf mille livres l'Action , ou en Billets
de Banque , les deniers capitaux defdites Rentes.
V. Les Conftitutions ne pourront être moindres
de cent livres de Rente actuelle , faifant en
principal deux mille cinq cens livres.
VI . Les Bureaux pour le premier Payement des
arrerages desdites Rentes , s'ouvriront au premier
Juillet prochain , & les payemens fuivans feront
continués de fix moisen fix mois.
VII. Et comme il eft d'une extrême importance
d'empêcher qu'on ne puiffe fous des noms fuppofés
, fur des fauffes quittances & fur des quittances
fignées par les Rentiers avant leur déceds ,
recevoir le Payement defdites Rentes , au préjudice
de la Compagnie des Indes ; Vent S. M. que
les quittances foient paffées par les Rentiers domiciliés
à Paris , pardevant les mêmes Notaires
qui auront expedié les Contracts de Conftitutions
, ou leurs Succeffeurs.
VIII . Pour d'autant plus favorifer les Acque
reurs de dites Rentes viageres , veut S. M. que
les arrerages n'en puiffent être faifis fous quel
que prétexte que ce puiffe être , même pour les
propres affaires de Sa Majesté .
D
IX. Les arrerages defdites Rentes feront payés.
jufqu'au jour du deceds de chacun des Rentiers,
à leurs Veuves , Enfans & heritiers , en rapportant
outre l'Extrait mortuaire en bonne forme ,
bien & dûment legaliſé , la Groffe du Contract
de Conftitution ; & dés lors feulement la Rente
fera éteinte & amortie au profit de la Compagnie.
X. Les Peres & Meres qui auront acquis defdites
Rentes viageres fous le nom d'aucuns de leurs
Enfans , jouiront des arrerages , fans être tenus
84 LE MERCURE
d'en rendre aucun compte jufques à ce qu'ils en
ayent difpofé au profit de leurfdits Enfans.
XI . Les femmes autorifées de leurs maris , qui
acquerront defdites Rentes , en jouiront leur vie
durant , fans qu'après le deceds du mari fes heritiers
les puiffent inquieter .
XII. Ceux des Sujets de Sa Majefté taillables ,
qui acquerront defdires Rentes viageres , ne
pourront être impofés à la Taille à plus grande
fomme pour raifon de ladite acquifition
XII . S'il furvient quelques conteftations pour
raifon du payement des arrerages defdites Rentes
viageres , de la forme ou validité des quittances
des Rentiers , ou touchant quelque chote con
cernant lesdites Rentes , S. M. s en eſt reſervé la
connoillance & à fon Confeil.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy ,
concernant les Actions de la Compagnie
des Indes , & les Billets de Banque.
LERoy ayantfait examiner en ſon Confeil l'état
où fon Royaume le trouvoit réduit avant
l'établiffement de la Banque , pour le comparer
avec l'état prefent ; Sa Majesté auroit reconnu
que le haut prix de l'argent avoit porté plus de
préjudice au Royaume , que toutes les dépenfes
aufquelles le feu Roy avoit été obligé pendant les
differentes guerres ; l'avarice du Prêteur écant
montée au point d'exiger plus d'interêt par
mois , que les Loix n'en avoient reglé pour toute
l'année . Cette ufure avoit même tellement affoibli
le Royaume , que les Revenus de S. M. n'étoient
payés qu'en multipliant les contraintes
contre les contribuables : Le prix des Denrées
pouvant à peine fuffire à payer les frais de la Culture
& les Impofitions , les Proprietaires des Terres
n'en retiro ent rien : Cette mifere generale
avoit forcé une partie de la Nobleſſe à vendre ſes
DE MAY. 85
Terres à bas prix , pour fe foutenir dans le fervice
de Sa Majesté ; & l'autre partie de cette Nobleffe
avoit fes Biens faifis . Les graces du Roy.
étoient fa feule reffource , & Sa Majesté étoit
hors d'état d'en faire , & même de payer les Ap.
pointemens aux Officiers , & les Penfions qui
avoient été accordées pour récompenfe de fervices.
Les Manufactures , le Commerce & la Navigation
avoient prefque ceffé. Le Negociant
étoit reduit à faire Banqueroute , & l'Ouvrier
contraint d'abandonner fa Patrie pour chercher à
travailler chez l'Etranger. Tel étoit l'état où le
Roy , la Nobleffe , les Negocians &les peuples
étoient reduits , pendant que le Prêteur d'Argent
vivoit feul dans l'abondance ; & le Royaume auroit
pû tomber dans un dérangement general , fi
Sa Majefté n'avoit apporté un promt remede à ces
maux. Par l'établiflement de la Banque & de la
Compagnie des Indes , le Roy a remis l'ordre
dans fes affaires : La Noblefle a trouvé dans
l'augmentation du prix de fes Terres les moyens
de fe liberer : Les Manufactures , le Commerce &
La Navigation font rétablies : Les Terres font cultivées
, & l'Artifan travaille. Mais malgré les
avantages fenfibles que ces établiffemens ont procuré
, il s'eft trouvé des perfonnes affez mal intentionnées
pour former le deffein de les détruire,
& qui obligerent Sa Majeftè de donner l'Arrêt
de fon Confeil du 5 Mars dernier , pour foutenir
par l'affoibliffement des Monnoyes le credit
de ces établiflemens fi utiles & fi neceffaires. Par
cet Arrêt Sa Majesté avoit reduit les differentes
natures des Papiers de la Compagnie des indes à
une feule Efpece , & ordonné que les Actions
fuffent converfibles en Billets de la Banque , &
ces Billets en Actions , fuivant la proportion qui
étoit alors la plus jufte par rapport à la valeur des
Efpeces. Cet affoiblibliffement des Monnoyes &
la grande faveur des Actions , ont donné les
86 LE MERCURE
2
moyens aux debiteurs de fe liberer. I reftoit à
Sa Majefté d'avoir l'attention de pourvoir aux
Mincurs aux Hôpitaux , aux Communautez &
autres Creanciers les plus privilegiés ; & en même
tems à retablir le prix des Monnoyes dans une
proportion qui convint au Commerce Etranger
& au debit des Denrées . Sa Majesté a pourvû à
ces differens objets par fes Arrêts , & particuliement
par fa Declaration du 11 Mars dernier
qui ordonne les reductions du prix des Efpeces :
Mais comme ces Reductions doivent neceffairement
produire une diminution , non - feulement
fur le prix des Denrées & des Biens meubles ,
mais encore fur, le prix des Terres & autres
Biens - immeubles ; S. M. a jugé que l'interêt general
de fes Sujets demandoit qu'on diminuât
le prix ou la valeur numeraire des Actions des
Indes & des Billets de la Banque , pour foutenir
ces Effets dans une jufte proportion avec les Efpeces
& les autres biens du Royaume ; empêcher
que, la plus forte valeur des Efpeces ne diminuât
le credit public , donner en même tems
aux
Creanciers privilegiés les moyens d'employer
plus favorablement les Rembourfemens qui pourroient
leur être faits ; & enfin prevenir les pertes
que les Sujets fouffriroient dans le Commerce
avec les Etrangers . Et S. M. s'eft determinée
d'autant plus volontiers à cette reduction , qu'elle
fera méme utile aux Proprietaires des Actions des
Indes & des Billets de Banque , puifque ces Effets'
auront leurs Repartitions où Dividendes avec plus
d'avantage , & qu'ils feront converfibles en Monnoye
forte , qui produira au moins cinquante
pour cent de plus en Efpeces ouMatieres d'argent,
après la reduction , qu'à prefent , Surquoi ouy le
Rapport du Sieur Lavy Confeiller du Roy en tous
fes Confeils,Controlleur General des Finances . Sa
Majefté étant en fon Confeil , de l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne,
DE MAY. 87
Art. I. Que les Actions de la Compagne des Indes
feront reduites : fçavoir , à commencer du
jour de la publication du prefent Arrêt à huit mille
livres ; au premier Juillet à fept mille cinq cens
livres ; au premier Août à fept mille livres ; au
premier Septembre à fix mille cinq cens livres ; au
premier Octobre à fix mille livres ; au premier
Novembre à cinq mille cinq cens livres ; & au
premier Decembre à cinq mille livres.
II. Que les Billets de la Banque feront auffi reduits
, en forte qu'ils ne feront reçûs dans les
payemens : fçavoir , du jour de la publication du
prefent Arrêt , ceux de dix mille livres , que pour
huit mille livres ; ceux de mille livres pour huit
cens livres ; ceux de cent livres pour quatre- vingt
livres ; & ceux de dix livres pour huit livres .
Qu'au premier de Juillet prochain lefdits Billets.
feront reduits ; fçavoir , ceux de dix mille livres
à fept mille cinq cens livres ; ceux de mille livres
à fept cens cinquante livres ; ceux de cent livres
à foixante quinze livres ; ceux de dix livres à
fept livres dix fols. Qu'au premier Août prochain
lefdits Billets de dix mille livres feront reduits à
fept mille livres ; ceux de mille livres à fept cens
livres , ceux de cent livres à foixante dix livres ;
Et ceux de dix livres à fept livres . Qu'au premier
de Septembre lefdits Billers feront encore reduits,
fçavoir ceux de dix mille liv. à fix mille cinq cens
livres ; ceux de mille livres à fix cens cinquante
livres ; ceux de cent livres à foixante cinq livres ;
& ceux de dix livres à fix livres dix fols. Qu'au
premier Octobre lesdits Billets feront encore reduits
, & ne feront plus reçûs , fçavoir ceux de
dix mille livres que pour fix mille livres ; ceux de
mille livres pour fix cens livres ; ceux de cent
livres pour foixante livres ; & ceux de dix livres
pour fix livres. Qu'au premier Novembre fuivant,
lefdits Billets ne feront plus reçûs , fçavoir , ceux
de dix mille livres que pour cinq mille cinq cens
83 LE MERCURE
livres ; ceux de mille livres pour cinq cens cin .
quante livres , ceux de cent livres pour cinquante
cinq livres ; & ceux de dix livres pour cinq
livres dix fols . Et qu'au premier Decembre de la
prefente année , lefdits Billets demeureront reduits
& fixés ; fçavoir , ceux de dix mille livres à
cinq mille livres ; ceux de mille livres à cinq cens
livres , ceux de cent livres à cinquante livres ; &
ceux de dix livres à cinq livres .
III. Sa Majesté prevoyant que ceux de fes Sujets
qui fe trouveront porteurs de fommes confiderables
en Billets de Banque , les pourront convertir
avec avantage en Actions de la Compagnie des
Indes ; & voulant foulager les particuliers qui
n'ont pas une fortune fuffifante pour parvenir à un
pareil emploi ordonne Sa Majesté que pendant
le cours de la prefente année , & jufqu'au premier
Janvier 1721 les Billets de Banque feront reçûs
dans les Recettes des Tailles & autres Impofitions,
tant des Generalités des Pays d'Election , que
des Pays d'Etats , dans les Bureaux des Fermes
de Sa Majefté , & même dans les Greniers à Sel ,
pour la valeur entiere qu'avoient lesdits Billets
avant les reductions ordonnées par le prefent Arrêt,
fans neanmoins qu'il foit fait remife à l'avenir
des quatre fols pour livre , ni des dix pour cent ,
portés par les Arrêts du 29 Janvier , Mars & 2 8
Avril derniers . Et feront lefdits Billets de Banque
pareillement reçûs pour leur valeur entiere au
Bureau deſtiné pour la diftribution des Contrats
des Rentes viageres , ordonnées par l'Arrêt du
Confeil du 16 du prefent mois.
IV.Veur Sa Majesté que toutesLettres deChange,
tirées ou endoffées dans les Pays Etrangers , pour
être payées en France , y foient acquittées en Billers
de la Banque fuivant le cours & la valeur defdits
Billets , connus dans les Pas Etrangers le
jour de la datte desdites Lettres de Change ; & afin
d'éviter les abus & conteftations qui pourroient
naître
DE MAY.
naître de ce que la plus grande partie des Endoffemens
faits en Pays Etrangers ne font point datés ;
entend Sa Majesté que les Lettres de Change faites
& payables en France , & qui feront endoffées
en Pays Etrangers , foient pareillement acquittées
en Billets de Banque , fuivant le cours & la valeur
defdits Billers lors de la ditte des Lettres . Fait
au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté y étant ,
tenu à Paris le vingt - uniéme jour de May 1720.
Signé, PHELY PEAUX.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy , qui
revoque celuy du 21 May , concer
nant les Actions de la Compagnie
des Indes , & les Billets de Banque
E Roy étant informé que la réduction
Ldes Billers de Banque , portée par l'Arreft
du 21 du prefent mois , caule un effet
contraire aux intentions de Sa Majefté ,
& produit même un dérangement generaldans
le Commerce : Et Sa Majefté voulant
favorifer la circulation defdits Billets à
l'avantage des Particuliers qui les donne→
ront ou recevront en payement ; Ouy le
Rapport du fieur Law Confeiler du Roy
en tous les Confeils , Controlleur General
des Finances : Sa Majesté étant en fon Confeil
, de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , a ordonné & ordonne , que
les billets de Banque auront & continueront
d'avoir cours fur le même pied &
pour la même valeur qu'avant l'Arreft de
H
90 LE MERCURE
fon Confeil du 21 du prefent mois , que
Sa Majesté a revoqué. Ordonne que le
prefent Arreft fera lû , publié & affiché
par tout où befoin fera , à ce que perfonne
n'en ignore. Fait au Confeil d'Etat du
Roy , Sa Majesté y étant , tenu à Paris le
vingt- feptiéme jour de May 1720 .
Signé, PHELY PEAUX.
NOUVELLES ETRANGERES
A Conftantinople le 6 Avril 1720 .
Lje
Es Religieux Catholiques- Romains de
Jerufalem , de l'Ordre de Saint François
, ont achevé leur Chapelle qui eft bâtie
au deffus du Saint Sepulchre . M. le
Marquis de Bonnac, Ambaffadeur de France
, leur a obtenu cette permiflion . Le Patriarche
des Grecs , nommé Jeremie , a été
de nouveau déposé par les intrigues du
Metropolitain de cette Eglife , & mis en
arreft , où il doit refter , jufqu'à ce qu'on
ait nommé un autre Patriarche à fa place..
Ces avis ajoûtent que le General Poniatowski
& M. Newge- Bower , qui avoient
autrefois accompagné le feu Roy de Suede.
en Turquie , étoient arrivez en cette Ville :
le premier prendra la qualité de Miniftre
du Roy de Pologne ; & l'autre , celle d'EnDE
MAY. 91
1
voyé extraordinaire de la Reine de Suede.
L'Ambaffade de Celebi- Mehemet-Effendi,
cy-devant fecond Plenipotentiaire au Congrès
de Paffarowitz , à la Cour de France
n'aura pas lieu , à caufe des frais extraor
dinaires qu'il faudroit pour cela, avec d'autant
plus de raifon que la Porte fe croyoit
engagée par cette démarche à envoyer auffi
un Ambaffadeur à la Cour d'Angleterre.
Le Comte de Virmond Ambaffadeur de
l'Empereur , a obtenu de la Porte que le
Prince Ragotzi , le Comte Berezini , &
quelques autres Hongrois , fortiroient inceffamment
des Etats de la domination
Ottomane : d'autres avis portent qu'ils ont
été rélegués à Rodolo , fur le bord de la
mer de Marmora. Ils avoient fait jusqu'à
prefent leur fejour dans le Bourg d'Inicum ,
qui eft à l'extremité de la iner Noire .
Le Capitaine Louis Fortiens , François de
Nation , qui a fait diverſes courſes dans
ces mers avec pavillon de Malte , a été
pendu ici comme Corfaire , à bord de fon
Vaiffeau , en prefence des Miniftres des
Cours Etrangeres , & de divers Bâtimens
François que l'on charge dans ce Port . Il
avoit été pris jufqu'à trois fois par les
Turcs ; il fe racheta la premiere fois , & fe
fauva la feconde ; mais la troifiéme lui a
coûté la vie...
Hij
92 LE
MERCURE
LE
POLOGNE.
A Varfovie le 10 May 1720.
Es Troupes Ruffiennes s'affemblent
actuellement près de Kiovie. Comme
les Cofaques infideles ont auffi ordre de
monter à cheval , on préfume que les Ruf
fes ont quelque deffein fur ce Royaume.
Ces Troupes feront commandées par les
Princes Menzicof , Trabeszow , & Prutzin ,
& par les Generaux Baiier , & Kanfakazau..
Le 29 du mois paffé la Diete de ce Palatinat
s'affembla & le trouva fort nombreufe
: elle renvoya à la prochaine affemblée
à déliberer fur le payement des Troupes
& fur l'entretien des fortifications des pla
ces. Elle nomma deux Députez , pour
fupplier le Roy de convoquer des Dietes
particulieres , quelque tems avant la tenuë
de la Diete gênerale : de vouloir refter en
Pologne jufqu'à ce tems- là ; de difpofer
dans cet intervale des charges vacantes ,. &
d'ordonner que la Capitation & autres taxes
foient employées au payement des Gardes
de la Couronne , & que le furplus foit
diftribué aux Nobles dont les mailons ont
été brûlées , & aux Villes qui ont le plus.
fouffert.
Le Miniftre du Czar en cette Cour ,
s'efforce à vouloir perfuader aux Miniftres
DE MAY. 93
du Roy que c'est à tort que l'on conçoit
de l'ombrage des Troupes Ruffiennes qui
s'affemblent en grand nombre dans l'Ukraine
; & que Sa Majesté Czarienne n'a
d'autres intentions que celles d'un bon ami
& allié de la Republique : cependant on
entrevoit par les Lettres écrites de Petersbourg
par le Palatina de Mafovie , que quoi
qu'il ait de frequentes conferences avec les
Miniftres Ruffiens , onne devoit pas efperer
un heureux fuccès de les negociations.
On prétend que le Prince Royal & la Princeffe
ſon épouſe , viendront faire leur fejour
en cette Ville , & que c'eft dans cette vûë
que le Comte de Flemming a acheté le
Palais de Villanova de la maiſon de Sobieski.
INGERMANIE.
A Petersbourg le 4 May 1720.
Nauffi tât que l'on le l'étoit propoté ,
Otre flote ne poura mettre à la voile
pour prévenir la jonction de l'efcadre Angloite
avec celle de Suede ; la mer n'étant
point encore degagée des glaces: qui la.
retiennent dans les Ports. On continue à
faire tous les preparatifs neceffaires , pour
pouffer la guerre avec plus de vigueur que
jamais. On a publié ici , par ordre du Czar
qui eft de retour des eaux d'Olonitz , une
94 LE MERCURE
}
Declaration en datte du 8 de ce mois , donr
voici l'extrait. Sa Majesté Czarienne fait notifier
à tous les Negocians de la nation Angloiſe,
demeurans dans les Etats de fa domination ,
que quoique Elle cût de fortes raiſons pour rompre
tout commerce avec la Grande Bretagne
à caufe des fecours que ce Royaume fournit à
la Couronne de Suede contre elle ; Elle ne
veut pas cependant l'imputer à la Nation
Britanique , mais aux Hannovriens & à
leur parti. C'est pourquoi elle permet à tous
les Negocians de cette Nation , demeurans
dans les Etats de l'Empire Ruffien , de continuer
leur commerce , comme auparavant
fans aucune crainte ni danger , pourvû qu'ils *
n'entrent dans aucunes intrigues, parce qu'en
ce cas ils pourroient eftre regardez & traisez
comme des efpions
N
SUEDE.
A Stokholm le 6. May. 1720.
9
OTRE Elcadre mit à la voile de
Carelferoon , le premier de ce mois ,
avec toutes fortes de provifions de guerres
& de bouche , pour aller joindre celle :
d'Angleterre. Le Couronnement du Roy
fera , dit -on , differé juſqu'au 14. Toutes
les maifons doivent être illuminées ce jourlà
M. de Burmania , Ambaffadeur des Etats
Generaux, a de frequentes conferences avec
DE MAY.
93
les Miniftres d'Etat , pour conclure un nouveau
Traité de Commerce entre les deux
Nations.
M. Grundel arriva le 30 du paffé en cette
Ville avec une Commiffion du Roy de Danemarck
, au fujet de la prochaine Paix entre
les deux Couronnes.
Les Négociations fe continuent avec le
Major General Léewenhor.On ne doute pas
que les points préliminaires de la Paix ne
foient fignez entre certe Couronne & celle
de Dannemarck , avant l'expiration de l'Armiftice
, qui eft limité au 8 de ce mois . L'armée
qui doit s'affembler fur la frontiere ,
fera compofée d'environ vingt deux mille,
hommes ; dont il y en a quinze mille d'In
fanterie. On n'a point reçû encore de nouvelles
certaines que les Ruffiens ayent fait
aucun mouvement. On fe flate de les prévenir
, & de les obliger à fonger à leur propre
sûreté. Le Major General Coyet a été remis
en liberté le mois dernier.
On compte que les Etats ne fe fepareront
que dans trois femaines ou un mois . Le
Comte Guftave de Cronhielm a été rétabli
dans les Charges de Senateur du Royaume ,
& de Préfident de la Chancellerie . Le nommé
Brenner , qui fut arrêté à Hambourg
il y a quelque tems à la requifition de la
Reine , pour avoir entretenu correfpondance
avec les Ruffes , arriva ici le 15 du mois
96 LE MERCURE
paffé , & fut conduit dans la même prifon ,
où le feu Baron de Gortz avoit été renfermé.
DANNEMARCK.
A Coppenhague le 15 May 1720.
LE
E Roy & le Prince Royal fon fils , font
de retour de Friderisbourg. On a été
informé que la Flote Angloife étoit entrée
dans le Sund , & qu'elle devoir être jointe
préfentement à celle de Suede .
Les ordres ont été donnez à l'Amirauté
d'équiper 15 vaiffeaux de guerre : cependant
on efpere que le Major General Léewenhor
réuffira dans fes Négociations, pour
convenir d'une Paix avec la Suede . Il eit arrivé
ici une Fregate Ruffienne , qui fuivant
toutes les apparences , n'eſt venue que dans
le deffein d'apprendre des nouvelles de la
Flore Angloife , afin d'en aller porter le
premier avis à Réel & à Petersbourg..
Le Bourguemaître- Préfident , à là tête
de 32 des principaux de cette Ville , a fair
des remontrances au Roy fur les Billets de
Monnoye , qui caufent un grand préjudice
au Commerce. Il n'a point paru jufqu'à
prefent que ces Remon rances ayent détourné
cette Cour de la réfolution où elle eft à
cet égard , dans l'efperance que ces Billets
monteront dans peu confiderablement , &.
même au delà de leur jufte valeur.
Ee
DE MAY.
97
Le ro l'Amiral Norris fe rendit en cette
Ville , pour conferer avec le Lord Polwarth .
On n'eut pas plûtôt avis de l'arrivée de la
Flote Angloife , que la Fregate Ruffienne ,
dont on parlé ci - devant , mit à la voile pour
en aller porter la nouvelle à Peterbourg.
Comme l'Armiftice eft expiré le S. de ce
mois , & que l'on n'a aucun avis de Stokholm
qu'il ait été prolongé , ou que l'on fort
convenu des Points préliminaires de la Paix,
on a arrêté tous les Suedois qui étoient iei
& à Elleneur , pour la sûreté des Sujets de
S. M. qui font en Suede . On prétend que
le fuccès des Négociations ne dépend que
d'un million de Rifdales que Sa Majefté
Danoife demande , outre les autres points
dont on a parlé précedemment.
On mande de Carelferoon , que cinq gros
Vaiffeaux de guerre Suedois & trois Fregates
, font fortis de ce Port , pour aller croifer
fur les Côtes de Finlande & de Livonie .
0
A Hambourg le 18 May 1720 .
N attend ici avec impatience la nouvelle
de la Signature des Points préli-
-minaires de la Paix entre la Suede & le Dannemarck
. Ils confiftent entr'autres , dit- om,
dans les Articles fuivans , 1. Le renouvel-
-lement de tous les precedens Traitez entre
les deux: Couronnes , comine un point fondamental
de la prochaine Paix. 2. Une
98 LE MERCURE
Ainniftie generale de part & d'autre . 3 ° . Le
Roy de Dannemarck promet de reftituer
à la Suede , fix femaines après la fignature
de ces Points préliminaires , l'Ile de Rugen
avec Stralfund , & le refte de la Pomeranie
Suedoife. 4°. La Suede cede au Dannemarck
Pexemption du droit de Péage dans
Je Sunds . Le Duché de Holstein- Gottorp
fera inceffamment reftitué au Duc de ce
nom: & pour ce qui regarde le Duché de
Sléeſvvyk , renvoyé au prochain Congrès de
Brunſwick, de même que ce qui concerne
W Smar
Comme ces Puiffances font de grands préparatifs
de guerre de part & d'autre, on conjecture
qu'elles pourroient former une
alliance conjointement avec l'Angleterre.
Le terme de 48 heures , accordé au Commandeur
de Vilbois , pour le retirer avec
Les trois Fregates Moſcovites , étant expiré
le 22. du mois dernier , le Commandeur
Suédois mit le même jour à la voile de
cette Rade , par ordre de la Cour de Suede ,
pour le rendre vers l'Ile de Gothlande , &c.
y attendre la Flote Angloile.
On écrit de Berlin du 18 du mois derpier
, que Clement & Leheman , qui avoient
eu l'audace d'accufer plufieurs Seigneurs de
la Cour de Pruffe d'une prétendue confpiration
, y ont été executez , après avoir été
Fun & Pautre tenaillez avec des pincettes
OTHEQUE
IYON
DE
VILLE
TELA VILLE
DE
DE MAY.
YON
ardentes. Clement a été pendu , Lehman
décapité , enfuite écartelé , & les quartis 13
de fon corps expofez à la potence. Le Baron
Heidekampf fubit aufli le même jour la
Sentence qui avoit été donnée contre lui :
elle portoit qu'il recevroit un foufflet à chaque
joue , & cinq coups de bâton fur les
épaules par la main du Boureau . Après cette
execution , il fut reconduit dans la priſon
de Spandau.
On apprend de Coppenhague , que PAmiral
Norris a remis une Lettre du Royde
la Grande Bretagne à S. M. Danoiſe , &
qu'il en doit remettre une femblable au Roy
de Suede.
On apprend de Carlande , que le General
Ruffien qui commande à Mittan , avoit
fait arrêter M. Sobieski , Grand-Burgrave
de ce Duché. La caufe de la détention de ce
Seigneur vient de ce qu'il a refufé de figner
un Ecrit , par lequel la Nobleffe reconnoîtroit
pour fon legitime Souverain, celui qui
épouferoit la Ducheffe Douairiere de Curlande.
On l'a fait conduire à Riga avec plufeurs
autres Gentilshommes.
L
A Vienne le 15 May 1720.
E Comte de Léewenhaupt eft arrivé i ti .
de Stokholm. Il eut le s à Laxembourg
audience de l'Empereur , à qui il notina
Favenement du Prince de Heffe à la Couron.
1. ij
100 LE MERCURE
ne de Suede, & il remit en même temps une
Lettre du Roy à S. M. 1. Il en a délivré une
autre au Prince Eugene de Savoie , écrite
de la propre main de S. M. Suedoife. Le
Comte de Cadogan , Ambaffadeur du Roy
de la Grande- Bretagne , a été introduit plufieurs
fois à l'audience de l'Empereur , au
fujet , dit'on , des affaires de la Religion.
Les Députez des Etats de la Baffe- Autriche
ont communiqué à la Cour la réfolution
qu'ils avoient prife pour le réglement de la
fucceffion des Pais Hereditaires , en faveur
des Archiducheffes Carolines , filles de l'Empereur
regnant, au defaut d'heritiers mâles
ayant revoqué l'Acte paffé ci - devant en fa-
Neur des Archiducheffes Jofephines. Le Duc
de Holstein fe tient toujours dans cetteVille,
où l'on croit qu'il fejournera encore quelque
temps...
L'Ambaffadeur Turc partit le 9. de ce
mois , pour s'en retourner à Conftantinople.
L'Aga des Janiffaires , & plufieurs
Turcs de la fuite de cet Ambaffadeur , ont
difparu , n'ayant pas voulu retourner avec
lui . Ce Miniftie en a portéles plaintes à la
Cour :on lui a répondu , pour le fatisfaire ,
que M. le Comte de Virmond avoit les mêmes
fujets de plaintes à faire à la Porren
grand nombre de fes gens Payant aufli abandenné
. Les nouvelles que ' on a reçues , que
les Turcs fallgiene non feulement forther
DE MAY, I TOL
Niffa & Widdin , mais qu'ils avoient auffi
deffein d'élever une Fortereffe entre Nicopolis
& Sophia , pour mieux couvrir leur
païs , ont déterminé la Cour Imperiale à
envoyer des ordres pour remettre toutes,
les Places frontieres en meilleur état , fur→
tout celles de Belgrade & de Temeswar ,
dont les fortifications ont été très - négli➡
gées jufqu'à prefent.
Qvind A la Haye le 31 May 1720.
232
N. eft fort impatient d'apprendre le
fuccès qu'auront cues les négociations
du Comte de Cadogan à la Cour Impériale,
pan dapportsla fladmpagnie des Indes
qu'on veunétablir à Ofte de La Compagnie.
des Indes Orientales e ce . Pais la préfenté
depu's peu tur celujet aux Etats Generaux
une nouvelle Requête , dans laqu : lie elle
allegue pour principale raiton l'Article ça
du Traité de Munster , conclu en 1648.
avec Philippe IV . Roy d'Espagne, Il porte
que la Navigation & le Commerce aux Indes
Orientales & Occidentales , je ont maintenus
fuivant les Privileges accordez, y'on qui feroient
accordez à l'avenir aux sujets de
L. H. P. & que ledit Traité de paix rati
fié de part & d'autre , les Espagnols refte=
roient dans lajouiffance de leur Navigation
anx Indes Orientales , de la même maniere
H
I iij.
302 LE MERCURE
dont ils en étoient alors en poffeffion , fans
pouvoir s'étendre plus loin ; & que les Ha❤
bitans des Provinces- Unies s'abftiendroient
de frequenter les tiens où les Caftillans
avoient des établiſſemens aux Indes Orien
tales.
Cependant le terme fixé pour la vente
du Vaiffeau Hollandois , approche, fans que
L.H. P. ayent encore ordonné à M. Pefters
leur Refident à Bruxelles , de protefter
contre un tel procedé , fuivant la courume
en pareil cas. Quoique la Compagnie des
Indes Occidentales leur ait préfenté une
Requête fur cela , les Etats de Hollande font
affemblez depuis le 22 , pour déliberer
principalement fur l'Ambaffade à la Cour
de Suede. Cette affaire rencontre toujours
de nouvelles difficultez , pzifque dans le
temps que l'on croioit que les anciennes
étoient terminées , M. de Burmania a de
mandé fon rappel à L.H. P. par une Lettre
écrite de Stokholm le 8 de ce mois. On
ne croit pas que l'Ambaffade extraordinai❤
re de M. de Goès à la Cour de Suede , ait
lieu.
M. le Comte de Morville a prefenté un
nouveau Memoire à l'Etat , au fujet d'un
Vaiffeau François pris par les Armateurs
Zelandois , & confifqué immédiatement
après la Paix d'Utrecht , dont la France
demande un dedommagement . Le Comte
DE MAY. 1035
de Windifgratz , Miniftre de l'Empereur ,
continuë de preffer l'Etat pour faire reparer
les fortifications des Places de la Barriere ,
& pour y avoir en garniton 12 mille hommes
effectifs . L. H. P. en ont donné avis au
Confeil d'Etat qui n'a pas fait encore de
réponſe fur cette demande.
Plufieurs Negotians de Liege ont délivré
un Projet à la Cour Imperiale , pour rendre
navigable la Riviere de Démer. Comme ce
Projet tend à ruiner entierement le Commerce
des Hollandois fur la Meule , on en
eft fort allarmé dans ce Païs ; d'autant plus
que l'on eft perfuadé que la Cour Imperiale
n'a d'autre vue en cela , que de favorifer
Pétabliffement de la Compagnie des Indes
à Oftende. D'un autre côté , les Liegeois
accufent les Hollandois d'avoir détruit la
navigation de la Gete , lorfqu'en 1705.ces
derniers fe rendirent maîtres de Soudleewe
pour obliger le Païs de Luxembourg , Limbourg,
Liege , & la Lorraine , de tirer
routes leurs marchandifes de Hollande.
L. H. P. doivent deliberer inceffamment
fur cette affaire , pour prendre avec la Cour
Britannique les mefures les plus convenables.

Le Prince Guillaume de Heffe , Gouver
neur de Breda , a obtenu permiffion d'aller
voir à Stokholm le Roy fon frere.
On paroît fort irrité dans ce Païs de la
I iiij
104 LE MERCURE
conduite de l'Electeur Palatin ; c'eft ce qui
avoit fait prendre la réfolution aux Provinces-
Unies de chaffer tous les Jefuites des
Etats de leur Domination : on avoit même
défendu aux Habitans de la Haye , fous peine
de punition arbitraire , de frequenter
les Chapelles des Catholiques -Romains ,
parce que la plupart font deffervies par des
Jefuites. Mais les Miniftres de l'Empereur ,
de France & d'Espagne , font de fi grandes
inftances fur ce fujet , que l'on croit que .
la réfolution de L. H. P. n'aura pas lieu .
Le 27 du paffé , on arrêta ici par ordre
du Roy de la Grande - Bretagne , avec l'ap
probation des Bourguemaîtres , le Sieur
Robert Clark , chargé de la perception dess
droits fur le Papier Timbré dans le Nord de
l'Angleterre , qui s'étoit fauvé dans cette-
Ville avec les deniers de Sa Majesté . Pour
fe mettre à couvert des pourfuites , il s'étoit
fait recevoir Bourgeois ; mais M. Wolters ,
Agent de S. M. B. en cette Ville , ayant repréfenté
à Meffieurs les Bourguemaîtres
que ledit Clark ne s'étoit muni du droit de
Bourgeoifie , que pour éviter la Juftice ;
& que le Roy leur fçauroit gré , s'ils vouloient
permettre qu'il fut transferé en Angleterre
, ces Magiftrats y ont enfin confenti.
Lundi dernier il fut conduit à Helvoetsluys
, où M. Wolters le fit embarquer dans
un Pacqueboot de S. M. pour être conDE
MA Y. 105
duit à Londres , fous la garde d'un parent
dudit Agent & de deux Soldats .
-L. H. P. ont accordé à M. Burmánia la
permiffion de revenir de Stokholm ; ils ont
refolu en même temps de donner le cara-
&ere d'Envoyé Extraordinaire à M. Rumpf,
qui n'avoit que celui de Refident à la Cour
de Suede.
Lave
"
A Landres, le 28 May 1720.
un
A reconciliation du Roy avec le Prince
de Galles , le fit le 4 de ce mois ,
peu après midi. Ce font Meffieurs les
Comtes de Stanhop , de Sunderland , &
Craggs , Secretaires d'Etat ; & Mellieurs
Townshend , & Walpold , qui ont menagé
cette grande affaire. S. A. R. envoya le
Lord Lumley , fon Ecuyer , au Roy , avec
une Lettre par laquelle elle marquoir à Sa
Majesté le chagrin qu'elle avoit eu de lui
avoir déplû, & promettoit de regler fa conduite
à l'avenir fur les ordres de S. M.
A deux heures M. Craggs alla fignifier au.
Prince que S. M. l'attendoit . S. A. R. sétant
renduë au Palais de Saint James , fut
introduite par le Gentilhomme de la Chambre
dans le Cabinet de Sa Majefté , où le
Prince fit fes foumiffions au Roy avec lequel
il ne refta que fort peu de tems. Il
partit enfuite de la Cour comme Prince de
Galles. En s'en retournant , les Gardes qui
306 LE MERCURE
n'avoient fait aucun mouvement à ſon arri
vée , fe mirent fous les armes , les tambours
appellant , & lui firent les honneurs accourumez;
la garde à cheval le fuivit juſques
dans for Palais de Lefterfields. Sur les fix
heures une Compagnie des Gardes alla s'y
pofter. Aufhi-tôr le Commandant détacha
des fentinelles que Fon pofa à toutes les
portes de S. A. R. Cette ceremonie fe paffa
aux acclamations d'un grand nombre de
peuple à qui on diftribua plufieurs barils
de bierre. Sur les neut heures du foir il y
eut à cette occafion des feux de joye devant
Witehall. Le lendemain le Prince accom-
S
pagna le Roy à la Chapelle . Tous ceux qui
S'étoient attachez au Prince , vinrent faire
leur foumiffion au Roy; & les partis oppofez
le firent de grandes amitiez de part &
d'autre. Le foir la Princeffe de Galles vint
voir les Princeffes fes filles . Le Roy s'y
trouva , & lui parla avec beaucoup de tendreffe.
Le Prince & la Princeffe viendront
dans peu loger au Château.
On a reçu avis d'Elfeneur du 2 de ce
mois , que le Chevalier Norris y étoit arrivé
heureufement avec fon efcadre deftinée
pour la mer Baltique . Le Chevalier Robert
Rémond a été pourvû de la Charge de:
Procureur General , à la place de M. Leekmer.
Le Comte Conrade de Staremberg ,
Envoyé de l'Empereur , arriva le 21 en
Cette Cour..
DE 107 MAY.
On affûre que
le Vicomte de Townhfend
fera fait Viceroy d'Irlande , à la place du
'Duc de Bolton qui a fini fes trois ans :
que M. Walpool fera fait fous-Treforier du
même Koyaume , ou Payeur general de l'armée
de la Grande Bretagne , à la place du
Comte de Lincoln , & que l'on doit accor
der des penfions à quelques autres dont
M. Mettuhwin eft du nombre ; on croit
même que ce dernier pourroît bien être
nommé Envoyé de S. M. en France , à la
place du Chevalier Robert Sutton , qui
-pretere l'Evêché de Duram , qu'on dit lui
avoir été promis , dont l'Evêque qui eft
fort âgé , eft indiſpoſé . On dit pareillement
que le Duc de Devonshire refuſe d'accepter
la Charge de Grand Maître que le Duc
d'Argile poffede.
On dit que la Compagnie de la Mer du
Sud doit rendre au premier jour fes propofitions
publiques , au fujet des annuitez ;
qu'elle offrira de les prendre dans fon capital
fur le pied de dix années de revenu ,
& qu'elle donnera des Actions au pair én
payement ; mais les Proprietaires ne pourront
les transferer de fept années . D'autres.
pretendent qu'elle offrira d'acheter lefdites
annuitez fur le pied de 35 années de revenu,
& donnera fes obligations en payement
qui ne pourra fe faire que dans fept
ans à quatre pour cent d'intereft , ce qui
1
108 LE MERCURE
fera au choix des Proprietaires . Cette Compagnie
ayant reçû des foufcriptions pour
environ trois cens mille livres fterlin de
rentes , ferma le 10 au foir fes Livres.
Le 17 la Chambre en grand comité a
refolu d'inferer une claufe dans le Bill pour
l'établiffement d'un impôt fur l'argenterie ,
par laquelle on accorde au Roy une fomme
de cent dix mille Livres fterlin pour le payement
des penfions des Officiers reformez
pour l'année 1719 , ou pour faire des gratifications
à ceux d'entre les Officiers qui
ont été bleffez , & aux veuves & aux entans
de ceux qui font morts au fervice du
Roy. Il a été refolu de prier S M. par une
adreffe de faire remettre à la Chan bre un
compte de l'employ des 250 mille livres
fterlin accordez cy- devant au Roy , pour
prendre des mefures avec d'autres Puflances
, afin de mettre le Royaume à couvert
de toute infulte de la part de la Suede .
-Le 14 les Seigneurs entendirent la Replique
des Avocats de la Compagnie des Indes
, contre le Bill pour deffendre l'ufage
des toiles peintes. On mit en queſtion fi
on renvoyeroit ledit Bill. Alors la Chambre
s'étant partagée à la pluralité de 39
voix contre 27 , a renvoyé à y déliberer
dans fix femaines ; marque qu'il eft en
quelque maniere rejetté.
Les Ouvriers ne furent pas plutôt avertis
DE MA Y. 109
·
de ce renvoy , qu'ils s'affemblerent en
grand nombre, dont une partie avec leurs
femmes & leurs enfans , vint le 15 fur les
dix heures au matin à Weſtminſter , où ils
arrêterent plufieurs caroffes dans lefquets
ils remarquerent des femmes avec des robes
de toile peinte , & fans aucun égard , déchirerent
& mirent en pieces leurs habits. Un
détachement des Gardes à cheval y étant
accouru , diffipa bien-tôt cette populace ,
après en avoir fabré quelques - uns , & on
donna ordre à toute la Maifon du Roy de
fe tenir prête à marcher au premier com-
-mandement , en cas de befoin . Le 21 les
Ouvriers de Spielfields fe fouleverent de
nouveau en grand nombre , attaquerent la
maifon du fieur Dalbia Marchand , &
-n'eurent le temps que d'en caffer quelques
vittes , parce qu'ils furent difperfez dans
le moment par un détachement de la Tour.
Le 22 ils revinrent en plus grand nombre ;
mais un détachement des Gardes du Corps,
-des Grenadiers à cheval , & des Regimens
des Gardes , étant furvenu , les diffiperent
pareillement , après en avoir affommé plufeurs
à coups de croffes de fufil . On en
arrêta quelques -uns des plus mutins , qui
furent mis en prifon . Il eft à craindre que
ces Ouvriers qui font réduits à une extrême
mifere , ne reviennent encore à l'charge ,
Aur tout dans les Villes de Province , où
110 LE MERCURE
ils font en tres grand nombre.
Le Colonel Stanhop ayant reçû fes
inftructions de la Cour , partit le 15 pour
Le rendre à Paris , d'où il paffera à la Cour
de Madrid , pour y refider en qualité ďenvoyé
extraordinaire.
Le Comte Tellin , Envoyé extraordinaire
du Roy de Suede , arriva le 10 , & le 12
il cut audience particuliere du Roy , dans
Jaquelle il norifia à Sa Majeſté l'avenement
du Roy fon Maître à la Couronne.
Le nommé Robert Clarck , cy-devant
un des Receveurs des droits fur le papier
timbré , fut amené ici le 12 par un Meſſager
d'Etat , & mis fous fa garde. On doit
i faire fon procès.
Il s'eft formé depuis quelque tems un
grand nombre de Compagnies, qu'on nomme
Bobs , autrement Trompeurs, Ces fortes
de focietez trouvent tous les jours des dupes
dont ils attrapent l'argent , en recevant
d'eux des foufcriptions , fous pretexte de
quelques entrepriſes prefque toutes chimeriques
; c'eft ce qui a obligé le Lord Maire
& la Cour des Aldermans de cette Ville,
de prefenter une Requefte à la Chambre. ·
des Communes , pour arrêter ces fortes
de foufcriptions ; cette tolerance étant indigne
& deshonorable à la Nation .
On a envoyé des ordres dans tous les
Chantiers du Roy, pour en chaffer tous
DE MAY 111
les Ouvriers & apprentifs fujets de Czar
qui s'y trouveront . Les mêmes ordres ont
été portez au Maître Artificier , Fondeur
de bombes , de carcaffes , de grenades , & c.
l'Etat voulant empêcher par là cette Nation
d'apprendre la maniere dont on fe fert
en Angleterre , pour bâtir des Vaiffeaux ,
& faire des machines de guerre.
La Princeffe Anne , aînée des trois Princeffes
, eft entierement rétablie de la petite
werole.
La Comteffe de Marr eft de retour depuis
un mois de Geneve , où elle a demeuré
quelque tems auprès de fon époux qui
eft détenu
On a eu avis que douze Vaiffeaux Elpagnols
, dont quelques- uns font de guerre,
avoient bloqué le Fort que nous avons dans
l'Ile de la Providence ; que le Vice- Amiral
Cammock , qui les commandoit , avoit mis
à terre treize à quatorze mille hommes pour
P'attaquer ; mais que l'on efperoit que le
Gouverneur feroit en état de fe défendre
jufqu'à ce que la nouvelle de la ceffation
d'armes entre les deux Couronnes fût arrivée.
Cette entrepriſe de la part des Efpagnols
, a allarmé le Sud de la Caroline ,
dont le Gouverneur le préparoit aufli à faire
une longue refiftance."
On affure que laSéance du Parlement fi772
LE MERCURE
nira fur la fin de la Semaine prochaine , &
que le Roy partira vers la fin du mois de
Juin pour Hanover. Les Yachs & les Vailfeaux
de guerre qui conduiront S. M. en
Hollande , doivent être prêts vers le 20 du
même mois . Le voyage du Roy en Allemagne
eft regardé comme tres neceffaire , non
feulement pour la Paix entre les Princes du
Nord , mais auffi pour pacifier les troubles
qui femblent s'élever entre les Catholiques
& les Proteftans , au fujet de l'affaire,
d'Heildelberg .
Le fils du Chevalier George Bing arriva
le 25 de Sicile , pour donner avis que le
Marquis de Leide avoit reçû les ordres du
Roy lon Maître, d'évacuer la Sicile & la Sardaigne
, & de remettre ces deux Royaumes
aux Imperiaux ; que fuivant un Traité fait
entre M. de Merci & M. de Leide , celui-ci
avoit remis au premier la ville de Palerme ,
& qu'on commençoit à travailler à Pembarquement
des troupes Efpagnoles . On efpere
que cette évacuation fera inceffainment fuivie
d'un autre Traité de Paix .
M. Batteman , gendre du Comte de Sunderland
, a été créé Pair du Royaume d'Ir-
-lande.
L'ancienne Compagnie d'affurance va recevoir
de nouvelles Soufcriptions , pour
trouver la fomme promife au Roy. Les
Actions
DE MAY. 113.
Actions de cette Compagnie font actuelle
inent à 40 livres Sterlins. Celles de la Compagnie
du Sud étoient le 27. à 352 ÷
A Madrid le 17 May 1720.
EURS Majeftez partirent le 24. du mois
paffé avec le Prince des Atturies , pour
Aranjuez , où les Infans s'étoient rendus.
Le Marquis Scotti , Miniftre de Parme,,
n'a pas fuivi la Cour , à caufe qu'il eft indifpofé.
Pendant Pabfence du Roy , les Miniftres
Etrangers s'adrefferont par lettres
au Marquis Grimaldo , lorfqu'ils auront
quelque affaire à communiquer à S. M.
Don Michel Durand , Secretaire d'Etat
pour les affaires de la guerre , & ci -devant
Favori du Cardinal- Alberoni , eft refté ici .
Quatre Compagnies des Gardes du Roy à
pied , fe font mifes en marche pour Va
lence , où l'on dit que d'autres Troupes
doivent fe rendre mais on ne fçait pas
encore pour quelle railon .
La Cour a envoyé des Commiffaires en
divers korts , pour y faire l'eftimation des
Vaiffeaux que plufieurs particuliers avoient
fait armer en guerre ; le Roy ayant deffein
de les acheter , pour s'en fervir en cas de
befoinal
On mande de Cadix , du premier de ce
mois , qu'il y avoit 32 Bâtimens prêts en ce
K
114 LE MERCURE
Port, pour mettre à la voile vers les Mers
du Nord , & que l'on en attendoit encore
16 autres de charge , qui feroient eſcortez
par deux Fregates de Cartagene , & un
Vaiffeau de guerre. Le Roy ayant rétabli la
Salle des Millions dans le Confeil de l'Harienda
, à ordonné que Don Louis de
Valdes , Marquis de Montemolin , & Don :
Auguftin Caniego , continuaffent à exercer
leurs Charges , de même que Don Paſchal
Felix de la Sala , ci- devant nommé pour
Secretaire ; Don Diego de Guevara pour
Fifcal ; & Don Pedro Eftefania , fuivant ce
qui avoit été reglé en 1718 .
On attend ici M. le Marquis de Maulerier
, & le Comte de Stanhope , de la part
du Roy de France , & de celle du Roy de la
Grande Bretagne , pour regler les Points
préliminaires de la Paix , qui fouffrent encore
quelques difficultez ..
Le Roy a nommé pour Inquifiteur General
, D. Diego de Aftorga Evêque de Barce
lone. S. M. a fait auffi une promotion de
Lieutenans Generaux & de Maréchaux de
Camp de fes Armées. Les Lieatenans ›Generaux
font, D. Melchior de Mendieta
D. Raphaël Diaz de Mendevil , D. Pedro
Efpinofa de los Montiers , le Comte de Louvigny,
le Marquis Dragonete , & le Comte
d'Arfchot de Riviere. Les Maréchaux de
Camp font , D. Pedro de Caftro y Neyra ,
DE MAY.
D. Balduino de Maretz , D. Louis de Yíco
y Quintones , D. Juan Burgales , D. Antonio
Sant- Ander , D. Manuel de Aldereto ,
le Baron de Ylve , le Chevalier de Lalaing ,
D. Pedro Vico , le Marquis de Moya , D.
Eurique Sifredi , & le Comte Duydie . Les
Brigadiers font , le Comte de Besfeuquier ,
le Comte de Bouflers , D. Francifco Lofo
Palomino , D. Mathias Marglano , D. Anronio
Arduino , D. Roberto de Santa Maria,
D. Juan de Elquezaval , D. Juan Francifco
Deilmet , D. Eugenio de Nieulant, D. Mar
tin Pront de Madrid , le Marquis de Bay ,
& le Marquis de Magni .
A Rome le is May 1720%
ONSIEUR André Cornaro , nouvel
Ambaffadeur de Venife, arriva en
cette Ville , accompagné du Cardinal Ottoboni
, de M. Nicolas Duodo fon predecef
feur , du Duc de Fiano , & d'autres , qui
étoient allez audevant de lui, Le lendemain
les Cardinaux Acquaviva & Gualtieri parurent
dans un même Caroffe ; ce qui eft regardé
comme une marque certaine de la
réunion des Cours de France & d'Eſpagne.
M. l'Evêque de Cifteron , Miniftre de France
, a rendu vifite au Cardinal Acquaviva ,
& lui a fait compliment fur le rétabliffe
ment de la bonne intelligence entre les deux
MAmbafadeur de
1
Kij
116 LE MERCURE
Couronnes, dont cette Cour témoigne beaucoup
de joie. Le Cardinal Vicaire a interdit .
le Curé de Saint-André , pour avoir expoſé
dans fon Eglife le corps du feu Prince Vaini
avec les mêmes honneurs qu'on rend aux
Cardinaux , c'est-à- dire , ayant le vifage .
tourné du côté de la porte de l'Eglife .
Le Fils de l'Amiral Bing arriva ici de :
Vienne ces jours paffez ; & aprés avoir ſalué .
le Cardinal Del- Giudice , il a continué fa
route pour paffer en Sicile. On a appris par
les Lettres de Madene , que le Cardinal ,
Alberoni s'étoit retiré chez les Grifons , ou,
dans la Valteline , Les Cardinaux chargez .
de l'inftruction du Procés de cette Eminence
, travaillent fans relâche à cette affaire 3 :
mais il n'y a pas d'apparence qu'elle foit encore
terminée fitôt..
La demande que l'Empereur a faite d'un .
nouveau fubfide de soo mille Ducats , rencontre
de grandes difficultez , à caufe de la
multitude d'impôts dont le peuple eft déja
chargé. Le Nonce du Pape a ordonné à toutes
les Maifons Religienfes , tant Seculieres
que Regulieres , de lui fournir dans un
certain terme un état fpecifique & exact
de tous les biens qu'elles poffedent dans ce
Royaume , pour former enfemble une fomme
de 660 mille Ecus Romains , que le Pape
exige d'elles fix années à venir ; faute . pour
de quoi , il les y contraindra par fon pouvoir
Apoftolique.
DE MAY.. 1171
Extrait de la Differtation fur la
Pefanteur , qui a remporté cette
année le prix à l'Academie de
Bordeaux , compofée par M. Bouillet
, Docteur en Medecine de la
Faculté de Montpellier.
O
N ne doit pas attendre d'un Auteur,
qui propoſe ſes conjectures
Jur une queflion Phyſique , détachée
de toutes les autres , qu'il
perfuade tous fes lecteurs. Il fes principes
il les fuppofe ; il eft difficile , & peut-être
même impoſſible qu'ils foient reçûs de tous les
Philofophes Ceux qui en auront de differens ;
lui niant fes premieres ſuppoſitions , croiront
qu'iln'eft pas même neccffaire qu'ils entrensdans
le détail de la question qu'il examine,
On ne peut cependant prendre une autre
methode , quand on eft dans la neceffité de
n'examiner qu'une feue queft on. En uſer
autrement , ce ne feroit plus faire un Traité
particulier , mais une Phyfique entiere..
Ceft apparemment ce qui a determiné
M. Bouillet à fuppofer dans le commencement
de fa Differtation , qu'un corps n'é
toit mû que par un autre ; qu'il n'y avoit
point,de vuide , que le foleil , la terre, sacs
F18 LE MERCURE
avoient leurs tourbillons : il n'ignoroit pas
que toutes cesfuppofitions étoient niées par
M. Newton & les fectateurs : mais entrer
dans la difcuffion de leurs principes , &
dans la démonſtration de ceux qu'il fuppofe
, c'eût été trop s'écarter du but qu'il
s'étoit propofé.
Cet Auteur fuppofant un tourbillon à la
terre , & que la chute des corps pefans
doit eftre produite par quelque corps mû
& invifible , conclut qu'elle eft caufée par
le mouvement de l'Ether , dans les plans.
de l'Equateur , & des cercles qui lui fontparalleles
, ou par l'agitation qu'ont fes
molecules , chacunes autour de leur propre
centre..
Le mouvement de l'Ether autour de la
terre , ne lui paroît pas capable de pouffer
les corps pefans en bas : car , ou ce mouve
ment emportera l'Ether qui eft proche la
furface de la terre , avec une viteffe égale
à celle des parties de la terre dont il eft
contigu ; ou il ira plus vite que ces parties.
Si fon mouvement est égal à celui des pare
ties de la furface de la terre , les corps qui
font pefans , n'auront pas moins de force
pour s'éloigner de la terre que lui : & d'ailleurs
ce mouvement portant l'Ether à s'éé
loigner du centre de la terre , fuivantune
tangente , ne l'en feroit écarter que de la
116 partie d'une toife en une feconde; force
DE MAY. 119
·
infuffifante pour produire la pefanteur ,.
puifque les corps pefans defcendent pendant
une feconde de quinze pieds & demi.-
Si on donne à l'Ether une viteffe plus
grande que celle des parties de la furface
de la terre , il faut pour qu'elle puiffe
pouffer les corps pefans en bas avec la force
que nous obfervons dans leur chûte , qu'ellefoit
à celle d'un point de l'Equateur de la
terre , comme 17 eft à 1. Mais alors elle:
devroir emporter les corps pefans que
l'Ether environne , d'Occident en Orient ,,
plus vite que la terre ; & ainfi un corps ne
nous paroîtroit plus tomber perpendicu
lairement , & il ne frapperoit point la par
tie de la furface de la terre , à laquelle ili
répondoit avant fa châte.
Les défenfeurs de cette hypothefe répon
dent , que plus un liquide eft rare , &
plus fes parties font fubtiles ; moins il fait
d'impreflion fur les corps qui font dans fon
courant , & que la matiere fubtile eft peutêtre
deux cens mille fois & davantage plus
rare que l'aire que paffant aifément au tra
vers des corps pelans , fon impreffion fur
eux fera tres foible..
Mais , dit M. Bouillet , fi lá fubtilité de
PEther affoiblit fon impreffion laterale ,
pourquoi n'affoiblira - t-elle pas l'impreffion
qu'il fait fur les corps terreftres pour les
pouffer en bas ? pourquoi emportera -t- il
110 : LE MERCURE
la Lune avec la même viteffe qu'il tourne ?
* M. Bouillet employe plufieurs autres
raifons pour refuter ce fentiment : nous
ne nous arrêterons point à les rapporter ,
les plus fortes fe trouvant dans la recherche
de la verité.
Après avoir expofé les raifons qui lui
paroiffent prouver que le mouvement de
Ether autour de la terre , ne peut pas être
la caufe de la pefanteur , il entreprend des
montrer quel eft l'effet de l'agitation que ,
fes molecules ont chacune autour de leur
propre centre. C'eft le fentiment que le Pere
Malbranche a fuivi dans la derniere Edition
de la Recherche de la Verité ; mais M.
Bouillet le développe & l'étend.
Concevons , dit cet Auteur , le tourbil
lon de la terre , divifé en plufieurs pyrami
des , dont la pointe touche le centre de la
terre , & dont chacune foit compofée d'une
infinité de petits tourbillons qui tournent
autour de leur propre centre . Comme elles
font entierement ictablables , elles ferents
en équilibre les unes avec les autres . Pla
çons un corps terreftie dans une de ces
pyramides , it diminuëra la force de la
couche fpherique , dans laquelle il eft
d'une quantite égale a celle qu'avoit le
volume , des petits tourbillons dont il
Occupe la place : cette couche doit par con-
Tom. 4, Pi 498 & fuiy,
fequent
DE MAY. 721
fequent refifter moins à l'effort des couches
inferieures . Ne trouvant plus la même refiftance
qui les tenoit en équilibre , leurs
petits tourbillons fe débanderont : ils ne
peuvent s'échaper vers le centre de la terre ;
car il est également comprimé ; ils ne peu
vent point auffi fe débander par les côtez
du cercle que leur couche décrit autour de
ce centre , à caufe de l'effort reciproque
des autres tourbillons qui la compofent :
ils doivent donc s'élever au deffus du corps
groffier , & l'obliger à defcendre.
L'Auteur fe propofe cette objection. Puif
qu'un corps pefant eft preffé par les petits
tourbillons qui compofent la colomne qui
eft au deffous de lui , ce corps devroit être
pouffé enhaut , ou refter dans le lieu où il eſt.
Il répond que la couche fuperieure l'empêche
de monter , & que les parties étant
fans mouvement , il n'a pas la même force
centrifuge , qu'un amas de petits tourbillons,
& de même volume que lui : Que par confequent
la colomne dont il fait partie , eft
plus faible que les collaterales ; que cellesci
doivent donc s'élever , faire defcendre la
colomne où eft ce corps, & en même temps
le pouffer en bas.
Cette objection eft tres- confiderable : la
la réponſe de l'Auteur ne paroît pas la réfoudre
entierement.
Car la force des colomnes pyramidales
L
122 LE MERCURE
dont il s'agit , eft celle qui vient du mou→
vement qu'out les perits tourbillons , dont
chacune eft compofée, autour de leur propre
centre : de forte que la force totale de
chaque colomne eft compofée de celle de
tous les petits tourbillons. Ainfi pour déterminer
de quel côté eft l'effort de la colomme
entiere , il n'y a qu'à confiderer de
quel câté agit chacun de les petits tourbillons.
Or les parties de chaque petit tour,
billon tendent avec la même force en haut ,
en bas , & vers les parties laterales ; car leur
effort vient de la tendance qu'elles ont à
s'éloigner du centre de leur tourbillon ; &
elles ne s'en éloigneront pas moins en avançant
vers le centre de la terre , qu'en s'é
loignant , en allant vers l'Orient , que fi
elles s'écartoient vers l'Occident. L'effort
de la colomne totale eft donc également
de tous les côtez .
Qu'une des colomnes de l'Ether devienne
plus foible que les collaterales , quand un
corps groffier y occupe la place de quelques
petits , tourbillons , je le veux , mais pour
quoi cet affoibliffement tombeta- t - il plûtôt
fur l'effort qu'elle faifoit pour s'éloigner du
centre de la tetre , que fur celui avec lequel
elle tâchoit de s'en approcher, puifque l'un
& Pautre étoit égal , & qu'elle étoit également
repouffée du centre du tourbillon de
la terre vers fa circonference , & de cette
DE MAY.
228
circonference vers ce centre ?
par
Si le corps groffier peut affoiblir quel.
qu'un des efforts de la colomne dont il fait
partie , c'eſt plûtôt celui qu'elle a pour s'approcher
du centre de la terre ; & par confequent
elle devroit être pouffée en haut
les collaterales , & y emporter ce corps
avec elle : car fi le corps groffier tend vers
la circonference , & qu'il ne faffe aucun
effort pour aller vers le centre ; s'il fauc
qu'il affoibliffe l'effort que fait cette colomne
pour aller vers la circonference , ou celui
avec lequel elle tend vers le centre , il doit
plûtôt diminuer l'effort vers le centres, que
celui qui fe fait vers la circonference ; car
celui qu'il a , concourt avec celui- ci , &
point du tout avec le premier : mais on ne
peut douter que ce corps groffier ne tende
vers la circonference , & point du tout vers
le centre de la terre , puifqu'on le fuppofe
mû circulairement autour d'elle , & qu'on
convient que tout corps mû circulairement
fait effort pour s'éloigner du centre de fon
mouvement : il affoiblira donc l'effort de la
colomne où il eft , vers le centre : elle fera
donc repouffée en haut par les collaterales ,
& ce corps avec elle.
M. Bouillet entre enfuite dans l'explica
tion de l'acceleration du mouvement des
corps pefans ; de la difference qu'un plus
grand & un moindre éloignement de la
Lij
324 LE MERCURE
furface de la terre caufe dans leur pefans
teur , & c.
Comme la brieveté que demande un Extrait
, ne nous permet pas de le fuivre dans
tous ces details , & que d'ailleurs nous ne
voulons point priver les Lecteurs du plaifir
que leur fera la lecture de fa Diſſertation
nous finirons en marquant qu'ils y verront
ce qu'ils ont pu trouver trop fuccin&t dans
la Recherche de la Verité , expliqué avec
beaucoup de netteté & de jufteffe.
PROGRAMME
DE L'ACADEMIE ROYALE
des Belles Lettres , Sciences & Arts.
M
ONSIEUR le Duc DE LA FORCE ,
Pair de France , & Protecteur de
l'Academie Royale des Belles Lettres, Sciences
& Arts , propofe à tous les Sçavans de
l'Europe un Prix , qu'il renouvelle tous les
ans , & qu'il a fondé à perpetuité. C'eſt
une Medaille d'Or de la valeur de 300
livres au moins , où font gravées , d'un côté
fes Armes , & de l'autre la Devife de l'Academie.
Il fera diftribué le premier jour
du mois de May 1721 .
$
Cette Compagnie , à qui M. le Protecteur
laiffe le choix du fujet fur lequel on doit
travailler , & le droit de décider du merite
DE MAY. 125
·
des Quvrages qui feront envoyez , avertit
le Public , qu'elle deftine ie Prix à celui
qui donnera l'hypotheſe la plus probable
fur la caufe du Reffort , & qui expliquera
de la maniere la plus vraifemblable fes
principaux effets.
L'Academie fouhaite de trouver du nouveau
dans les Differtations qu'elle recevra.
Il n'eft pourtant pas indifpenfable que cette
nouveauté foit dans le Syftême ; peut- être
le vrai a- t'il déja été préſenté , & n'a-t'il
été méconnu que faute d'avoir été rendu
évident. Mais fi un Auteur adopte une hy
potheſe déja connuë , il faut du moins qu'il
en augmente la vraisemblance par de nouvelles
preuves fondées fur des raifonnemens
folides , fur des experiences & fur des obe
fervations.
Dans la Conference publique du premier
jour du mois de May , on fait la lecture
de la Piece qui a remporté le Prix. Quand
elle eft trop longue , on n'a le temps que
d'en lire des lambeaux. Cela eft peu fatis.
faifant pour le Public & pour Ï'Auteur.
Dans la vûe d'y remedier , on prie ceux qui
fe trouveront obligez par l'abondance de la
matiere , de donner une grande étendue à
leurs Differtations , d'y ajoûter feparément
une espece d'abregé ou d'extrait de leur
Ouvrage , dont la lecture , qui , ne doit durer
qu'une demi - heure au plus, puiffe don
Liij
126 LE MERCURE
ner une idée fuffifante du Systême & dés
preuves. La Differtation préferée n'en fera
pas moins imprimée tont au long .
Il fera libre d'envoyer les Differtations en
François ou en Latin. Elles ne feront reçues
que jufqu'au premier jour de Janvier prochain
inclufivement. Celles qui arriveront
plûtard , n'entreront pas en concours . Au
bas des Differtations il y aura une Sentence ,
& P'Auteur , dont l'Academie veut abfolument
ignorer le nom jufqu'à ce qu'elle air
donné fon Jugement , mettra dans un Billet
feparé & cacheté , la même Sentence avec
fon nom & fon adreffe.
-
Ceux qui envoyeront leurs Ouvrages, les
adrefferont à Meffieurs de l'Academie Roya
le de Bordeaux , ou au Sieur Brun , Impri
meur de cette Compagnie, ruë Saint-Jâmes.
On aura foin de faire affranchir de port les
paquets ; fans quoi ils ne feront pas retirez
Bu Courrier. A Bordeaux le premier May
mail fept cent vingt.
MORTS DE PARIS.
DA
Ame Louife - Marthe Stoppa , qui
avoit époufé en Avril 1717 Meffire
Pierre de Malezieu , Seigneur de Chatenay ,
& c. Lieutenant general d'Artillerie , mou-
Ent les Avril.
DE MAY.
127
Meffire Gilbert de Chabannes , Marquis
de Pionfac , Marêchal des Camps & Armées
du Roy, & Gouverneur des Ifles
d'Oleron , mourut le 20 Avril.
Mellire Charles Rabouyn , Prefident au
Bureau des Finances & Chambre du Domaine
de la Generalité de Paris , mourut
le 25 Avril.
Meffire Eftienne Bellocier , Chevalier
de l'Ordre de Saint Louis , cy- devant Lientenant
Colonel d'Infanterie , mourut- le 25
Avril..
. Dame Catherine de Laurens , veuve de.
Meflire Henry de Nays, Comte de Candau,
Gentilhomme de la Manche de Sa Majefté
Gatholique , & de feu Monfeigneur le Duc
de Berry , & Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , mourut le 25 Avril .
Meffire François de Francini , Gomte de
Villepreux , Seigneur de la Hebergerie ,
Grandmaifon , & c. cy- devant Prevoft de-
Pifle de France , mourut le 30 Avril.
Meffire Louis Hideux , Docteur , ancien
Syndic de la Faculté de Theologie de Paris
, & Curé des Saints Innocens , mourut
le 2 May.
Le 2 May Claude Delifle , mourut âgé
de 77 ans ; il s'étoit rendu celebre par fa
profonde érudition dans l'Hiftoire & , dans
la Geographie. Il avoit profeffe ces deux
fciences pendant cinquante ans avec beau-
Liiij
128
LE MERCURE
coup de diftinction , ayant eu l'honneur
d'approcher pour cette étude de S. A. R. »
Monfeigneur le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , & des perfonnes les plus
diſtinguées de France & des païs étrangers .
Nous avons parlé dans nos Mercures des
Tables Genealogiques & Hiftoriques qu'il
avoit compofées , où l'on voit la fuite des
Patriarches , des Rois , des Empereurs &
autres Princes qui ont commandé dans les
differens Etats de l'Univers , depuis la
creation du monde jufqu'à prefent : Les
plus effentielles de ces Tables font déja
au jour au nombre de plus de foixante , &
l'on continue de graver le refte , dont M.
Delifle a laiffé les originaux en état de paroître.
I laiffe auffi une Hiftoire univerfelle
& plufieurs Hiftoires particulieres de
France , d'Allemagne , & de la plupart des
autres Etats de l'Europe qui pourront eſtre
imprimées dans la fuite.
Monfieur Delifle laiffe entr'autres deux !
enfans , l'un & l'autre de l'Academie Royale
des Sciences , Guillaume Delifle qui eft
l'aîné , eft aujourd'huy premier Geographe
du Roy , & Jofeph Nicolas Delifle Lecteur
du Roy , & Profeffeur en Mathematiques
au College Royal , & d'ailleurs grand
Aftronome.
C'eft Guillaume Delifle qui a compofé
les Globes & les Cartes Geographiques .
DE MAY. 129
qui ont aujourd'hui la reputation d'eftre
les plus correctes & les plus conformes aux
principes & aux obfervations de l'Academie.
Il a publié dès l'an 1700 les Cartes
generales du monde ; il a depuis ce tems -là
donné celles des Etats de l'Europe & des
trois autres parties du monde , plufieurs
Cartes particulieres des Provinces de France
& des frontieres d'Allemagne , des Paysbas
, & d'Italie , & travaille actuellement ,
à achever la fuite de ces Cartes modernes .
Il a entrepris de donner auffi une fuite ,
de Cartes pour le moyen âge. On fçait de
quelle utilité feroit un corps de ces Cartes ,;
parce qu'elles influent beaucoup plus fur
P'état prefent , que ne font les Cartes de
l'antiquité.
Monfieur Delifle a déja publié quatre
de cès fortes de Cartes , dont deux reprefentent
l'Empire Grec , l'une fous Heraclius
, & l'autre fous Conftantin Porphyrogenete,
La troifiéme eft une Carte du
Dauphiné , fous les Princes Dauphins ,.
avant que cette Province vînt à la Couronne
; & la quatrième du païs des Leuquois
, qui eft aujourd'hui le Dioceſe de
Toul. On peut juger par le grand nombre
de petits païs marquez dans ces Cartes , la .
plûpart également inconnus aux anciens &
aux modernes, & par le détail des moindres
villages , de la difficulté de cette reLE
MERCURE
cherche. Monfieur Delifle nous promet cependant
les Cartes fuivantes dans ce même
goût.
L'Empire de Charlemagne partagé entre
fes petits fils & arriere petits fils en Royaumes
de France , d'Italie , de Germanie , de
Provence , de Lorraine , de Baviere , d'Allemagne
, de Franconie , & c,
Les Cartes de France , de Germanie &
de Lorraine , dans le moyen âge.
Les Cartes pour la Geographie de l'Arabe
do Nubie.
· Celles des païs du Levant , pour l'intelligence
de l'Hiftoire des Croifades .
Une Carte pour l'Empire des Latins à
Conftantinople.
Une autre pour l'Empire des Tartares.
Une pour le voyage de Marc Pol.
Et une pour l'Empire de Tamerlan.
Monfieur Delifle nous a donné auffi plufieurs
Cartes de l'ancienne Geographie ;
Orbis vetus , Italia , Regionum Italia mediarum
tabula ; Sicilia & Gracia ; il nous promet
encore Gallia , Hiſpania , Germania ,
infule Britannice , Syria , Afia minor ,
Egyptus, & Perfarum Imperium.
Il nous a donné encore une Carte d'un
grand ufage.
Elle eft en deux feuilles fous ce titre ,
Theatrum hiftoricum ad annum Chrifti quadragentefimum.
Elle enferme la partie du
DE MAY.
137
monde connu aux anciens , & par coniequent
le theatre de toute l'Hiftoire jufqu'au
temps de la découverte des Indes. Mais
pour cela Monfieur Delifle la repetera aved
le même titre pour toutes les autres épo
ques de l'Hiftoire.
La premiere , reprefentera l'origine des
peuples.
La deuxième, pour les premieres domina
tions du monde , des Affyriens , des Medes,
des Lydiens , & €.
La troifiéme , pour le temps de la Monarchie
des Perfes , pour la retraite des dix
mille , pour l'Empire des Carthaginois ,
pour la navigation d'Hannon , & c. 3
La quatrième , pour le temps de la Monarchie
des Grecs & l'Empire d'Alexandre ,
avec les differens Etats de l'Occident , fçavoir
ceux de Carthage , de Numidie , &
de Mauritanie.
La cinquième , pour les premieres an
nées de l'Ere Chretienne & l'Etat de l'Empire
Romain , & celui des Parthes fous
Augufte.
La fixiéme , qui eft celle que Monfieur
Delifle a publiée , eft comme j'ay dit pour
l'an 400 , lorfque toutes les Provinces de
l'Empire étoient formées avant l'irruption
des Barbares .
La feptiéme , fera pour l'an 600 de Notre
Seigneur. A ces Cartes Monfieur Delifle
132. LE MERCURE
en ajoûtera deux autres fous le même titre
de Theatre hiſtorique , mais qui doivent
eftre jointes à la Geographie du moyen âge .
L'une pour l'an 714 ou environ , lorfque
P'Empire des Sarrafins étoit dans fa plus
grande étenduë , & l'autre pour repreſenter
Pétat du monde à la mort de Charlemagne .
Monfieur Delifle ne negligera pas non
plus les Cartes pour l'Hiftoire Ecclefiaftique
; il mettra à la tête une Carte intitulée
Theatrum hiftoricum Ecclefiafticum. Il a don-
Hé en 1700 une Carte pour l'Eglife d'Afrique
qui a été autrefois fi celebre : il travaille
à fept autres Cartes pour les Patriarchats.
Il a travaillé dix ans aux Cartes de la
Terre fainte. Il partagera cet ouvrage en
fix Cartes.
La premiere , fera la Terre de Chanaan ,
poffedée par les differens peuples Chananéens
, jufqu'au temps de Moyfe.
La feconde , fera la Terre promife , partagée
aux douze Tribus .
La troifiéme , la Judée , pour
des Perfes & des Grecs.
le
temps
La quatrième , pour le tems de Notre
Seigneur , & pour fervir à l'Histoire Evangelique
& aux Actes des Apôtres .
La cinquième , une Terre fainte du tems
des Croifades , & qu'il faudra joindre aux
Cartes du moyen âge .
DE MAY. 1337
1
La fixiéme & derniere , que l'on joindra
aux Cartes modernes , fera l'état prefent de
la Terre fainte.
Monfieur Delifle a auffi travaillé longtemps
à l'ancienne Egypte . Il en donnera
entr'autres une Carte pour l'explication des
dynafties pour l'habitation des Ifraëlites ,
& pour leurs campemens dans le Defert.
Enfin une Italie dans les plus anciens
temps , pour reprefenter les peuples Aborigenes
& les Colonies Grecques , Troyennes
, Illyriques & Gauloifes,
Dame Magdelaine Lambert , veuve de
Jean Baptifte de Lully , Secretaire du Roy
& fur-Intendant de la Mufique de Sa Majefté
, mourut le 3 May.
Meffire Charles Pinon , Seigneur de
Boisbouzon , Avor , & c. ancien Preſident
au grand Conſeil , & Maistre des Requeſtes
honoraire , mourut le 5 May.
N. Germain , Profeffeur Royal du Droit
François en l'Université de Paris , mourut
le 6 May.
Dame Claude Marie du Guaft d'Artigny ,
époufe de Meffire Pierre Scipion de Grimoard
de Beauvoir, Comte du Roure, Lieu.
tenant General de la Province de Langue
doc, & Gouverneur de la Ville & Citadelle
du Pont Saint Efprit , mourut le 9 May.
Meffire Charles le Rouge , Prêtre , Doc
teur & ancien Syndic de la Faculté de 3
134 LE MERCURE
Theologie de Paris , mourut le 22 May.
Meffire Claude de Guenegaud , Maiſtre
des Requeftes honoraire de l'Hôtel du Roy,
& cy devant fon Envoyé extraordinaire en
Portugal , mourut le 23 May.
MORTS ETRANGERES.
E Prince Augufte de Brunfwic , fils du
ᏞᏏDuc Ferdinand Albert , & de la Ducheffe
Antoinette , né le 23 Novembre
1719 , mourut à Wolfembutel le 26 Mars
1720.
Le Comte de Toldo , General de la Cavalerie
Imperiale , mourut à Naples le . .
Mars .
Jean Roffi , Evêque d'Edimbourg , y
mourut le 30 Mars en fa 74 année , étant
le dernier.Prelat d'Ecoffe depuis l'abolition
de l'Epifcopat.
La Princeffe Dona Altieri , mere du Cardinal,
mourut le ... Mars . Dom Gafparo
Altieri , mourut à Venife le 9୨ Avril.
Le Marquis Sigifmond Raggi , mourut
à Rome le... Mars.
Le fieur Angelo Diedo , Procurateur de
Saint Marc de Venife , mourut le... Mars .
Le General Baron de Wetzel , qui commandoit
les Troupes Imperiales à Naples ,
y mourut les Avril.
La Princeffe Charlotte Sophie , feur du
1
DE MA Y. € 35
Duc de Holstein- Ploën , mourut le ro
Avril âgé de 48 ans.
Dom Antonio de la Vega - Callo , Doyen
du Confeil des Finances , mourut à Madrid
le... Avril.
Le Comte Nils de Gillenftiern , cy-devant
Gouverneur des Etats de Suede en
Allemagne, mourut à Stokolm le... Avril .
Guido Vaini , Prince de Cantalouve ,
qui avoit été fait Chevalier de l'Ordre du
Saint Efprit le 7 Juin 1699 , mourut à
Rome, le 13 Avril.
Dom Francifco Valero-y-Lofa , Archevêque
de Tolede , Primat d'Efpagne , mourut
le 23 Avril , âgé de 56 ans , univerſellement
regreté.
NAISSANCES.
N. Comteffe d'Oetingen , épouse du
Prince Jofeph de Lichtenſtein , accoucha
le 17 Avril de Jofeph- Antoine François
de Paule .
La Princeffe épouſe du Duc Ferdinand
de Baviere , accoucha le 11 Avril à Munic
de Maximilien- François de Paule-
Marie Jofeph Leon , qui fut tenu fur les
fonds par l'Electeur de Baviere fon grand
perc
236
LE MERCURE
MARIAGES.
Michel Ferdinand , Comte d'Althan ,
General de bataille & Commandant de la
Fortereffe de Brieg en Silefie , frere du Cardinal
de ce nom , époufa le 8 Avril Jofephe
de Serini , Dame de la Cour de l'Imperatrice
regnante.
Le Comte d'Alkiert , petit- fils de la Ducheffe
de Montmouth , épouſa le 16 Avril
Henriette Douglas , foeur du Duc de
Queensbury.
Guillaume Heathcote , épouſa le 16 Avril
N. Parker , fille du Lord Parker , grand
Chancelier d'Angleterre .
DONS.
En Mars le Cardinal Bentivoglio a été
nommé Legat de la Romagne , à la place
du Cardinal Davia..
Et le fieur Spinola fut declaré Vicelegat
à la place du fieur Ruffe , qui fut nommé
Inquifiteur à Malthe.
Le fieur Giouanni Mocenigo , cy- devant
Ambaſſadeur en Eſpagne , fut élu le premier
Avril Procurateur de Saint Marc de
Venife , après la mort du fieur Angelo
Diedo.
Le
DE MAY. I 137
1
Le mot de la premiere Enigme du mois paſſé ,
étoit la Bouteille de favon ; & celui de
la feconde , le Tire-bouchon , dont voici
Pexplication.
Explication de la feconde Enigme du
Mercure d'Avril : Par M. d'H ***
T
Out penfif, accoudéfur le bout d'un traiteau ,
Je tifois ce matin l'Enigme du Mercure ;
Quel est ce corps , difois -je , à bizare figure ,
Qui difpofe toujours de quelque objet nouveau ?
Hô parbleu je fuis las de creuser mon cerveau
Qu'on aille fi l'on veut chercher le mot à Rome,
J'aime mieux boire ; allons un coup aviſe un hommes
Et là-deffus veulant arracher le bouchon
D'un carafon nouveau , je cherche far la table ,
Dans ma poche& par tout mon cher tire -bouchon ;
Mais en vain : ouais , cecyferoit donner au diable,
C'est le mot de l'Enigme , on ne le peut trouver i
Ouy par mafoy ce l'eft , il n'y faut plus rêver.
M
ENIGM E.
·Ieux qu'un Singe , je contrefais
Tont ce qu'onfait en ma prefence,
Comme un Cameleon , je prends fans confequence
M
*18 LE MERCURE
La couleur de tous les objets.
Comme un Avocat d'importance ,
Je donne mes avis avec fincerité;
Malheur à celui qui s'offenfe
Quand je lui dis la verité,
AUTRE
ON ne me voit qu'après le crépás de mon pere ;
Avant cela , je nefuis rien :
J'apporte du mal & du bien ,
Je fais ou la paix ou la guerre..
Mes freres rarement s'accommodent de moy
A caufe de ma bonnefoy,
Et me difputent ma naiſſance
Que j'eus chezles Romains autrefois de beaux droits!
On me les a fait perdre en France ;
On my donne foivent pour un rien fur les doigts.
CHANSON PASTORALE.
V
Par M. de la T ***
Otre tonton vousfa
Et vous le careẞez :
Il vous donne la patte ,
Et vous la recevez i
Ingratte ,
Vous donner tout à votre chien
Et le Berger n'a jamais rien,
1
D.L. T.
etvous la rece
t vous la rece
:
jamais
rienIn.
jamais rien.In

DE MAY. 139
Helas ! avec la mienne
J'ay beau ferrer ta mains
Tu retires la tienne
Avec un fier dedain ;
Climene ,
Vous donnez tout à votre chien ,
Ei le Berger n'a jamais rien.
Votre chien eft fidele ;
Mais l'e -il plus que moy ?
Il n'est que le modele
De ma conftante foy i
Cruelle
Vous donnez tout à votre chien ,
Et le Berger n'a jamais rien.
Sur le troupeau timide
Il veille avec ardeur ,
Mais c'est mon qui le guide
Et qui fuis le pafteur ;
Perfide Mass
Vous donnez tout à votre chien
Es le Berger n'a jamais riens
Par ton humeur rebelle
Tuluy reffembles fort ,
Tu fuis quand je s'appelle ;
Je le flatte , il me mord ;
Cruelle ,
Mij
149
MERCURE LE
Vous donnez tout à votre chien ,
Et le Berger m'a jamais rien.
Mille noms tu luy donne ;
C'eft Poulet, c'eft Medor ;
Et moy , quand je raisonne ,
Je ne fuis qu'un butör i
Friponne ,
Vous donnez tout à votre chien ,
Et le Berger n'a jamais rien.
Il va querir , rapporte
Ton étuy , ton fuſeaus
Et moy , je te reporte
Ce qu'on dit au Hameau ;
Qu'importé ?
Non tu nefonges qu'à ton chien
Ce que je fais pour toy , n'est riem
J'aimerais bien mieux eftre
Le chien que le Berger ,
Il eſt par tout le maître ,
Je nefuis qu'étranger s
Le traître ,
Faut-il qu'il raviſſe mon bien?
Creſt ton toutou, je ne fuis rien.
e3439
A
DE MAY. 141
LES NOMS
LE
SUPPOSEZ.
Nouvelle tirée de l'Eſpagnol.
Es précautions dans les affaires de la
vie ne fervent fouvent qu'à y faire
naître des difficultez , ou à les faire échouer
tout à fait ; c'eft ce que l'on tâchera de developer
dans l'Hiftoire fuivante .
Un Gentilhomme , nommé Don Rodrigue
, n'avoit qu'un fils unique qui pût relever
fa famille , & perpetuer for nom. Don
Rodrigue poffedoit de grands biens ; ainfi
il n'épargna ni foins ni dépenfes , pour faire
de fon fils un Cavalier accompli . Il en confia
la conduiteà un habile Gouverneur , qui
mit toute fon application à infpirer à fon
jeune Eleve des fentimens dignes de ſa naiſfance
. Valence étoit pour lors le centre des
fciences & de la politeffe ; ce fut dans cette
Ville que Don Rodrigue envoya fon fils.
Don Juan, c'est fon nom , s'y forma aux belles
Lettres , & y devint par la fuite une
efpece de Philpfophe. Comme on l'avoit
accoutumé de bonne heure à reflechir fur
tous les évenemens de la vie , il n'arrivoit
point d'incident un peu confiderable à Valence
, qui ne fut une occafion d'exercer fon '
jugement; mais il n'y avoit point de ma
742 LE MERCURE
tiere qui lui fournît de reflexions plus ferieufes
, que les chagrins qu'entraînent ordinairement
les fuites du mariage. L'exemple
de quelques-uns de fes amis , qui n'avoient
rien de caché pour lluuii,, & qui regrettoient
amcrement la perte de leur liberté
, lui fit prendre la refolution d'éviter le
plus tard qu'il pourroit , ces fortes d'écueils.
Bien loin que fon Gouverneur l'en détournât
, il l'y confirmoit de plus en plus ; &
lui donnoit fur cela des idées philofophiques
, qui difparoiffent ordinairement
bientôt à la vâe du premier objet aimable..
Notre jeune Cavalier fe croioit bien für de
lui , & ne pouvoit fe perfuader que fa raifon
fût jamais la dupe de fon coeur. Malhéureufement
pour fa raifon , il reçût une Lettre
de D. Rodrigue fon pere, qui le rapelloit
auprès de lui , lui ordonnant de partir au
plûtôt , pour venir confommer une affaire
de la derniere importance , puifqu'il lui deftinoit
pour épouſe une tres-riche heritiere,
& que les paroles en étoient données. Que
devint Don Juan à cette nouvelle Il n'en
étoit encore qu'à fa vingtième année , âge
favorable aux préjugez , de quelque nature
qu'ils foient. Combattu d'un côté par
fes fentimens , & de l'autre par l'obéiffance
qu'il devoit à fon pereuil ne fçavoir à
quoi le déterminer. Que les hommes font
foux & imprudens difait ilde da meilleure
DE MA Y. 143
foi du monde , de prendre volontairement
des chaînes , dont on ne peut fe defaire
qu'avec la vie ! Quelle prévention ! quelle
bifarrerie dans mon pere , de s'être imaginé
que les richeffesfeules étoient fuffifantes pour
faire la felicité des gens mariez ! Ah! quelle
erreur ? Quoi ! je pourrois époufer une perfonne
dont je ne connois ni le caractere ni
l'humeur ? Non , je ne me fens pas affez
de docilité pour m'y réfoudre. Je veux
qu'elle foit belle , aimable en apparence ;
ce fera peut être deux defauts de plus.
Le bonheur du mariage, s'il peut y en avoir,
dépend du moins autant des agrémens de
l'efprit , que de ceux du corps : je le fou
tiens ; encore ne faut- il s'y fier que de bonne
forte. Deux jours s'écoulerent à faire
des raifonnemens qui ne valoient gueres
mieux que ceux- ci . Son Gouverneur s'efforçoit
pour lors en vain de lui prouver le contraire.
Il falloit à Don Juan un moyen qui
accordât fon devoir avec fa maniere de
philofopher. Il crut l'avoir trouvée.
Ce jeune Cavalier refolut donc de le
sendre à l'infçu de fon pere à Madrid , fous
un nom emprunté, de tâcher d'y avoir quelque
entrevue avec la perfonne qu'on lui detinoit
, & d'examiner incognitò par luimême
file caractere de fa future pouvoit
convenir au fien , afin de regler fa conduite
fur ceue découverte . Il fe perfuade que cette
144 LE MERCURE
rufe peut réuffit d'autant plus aifément ,
qu'il ne fera reconnu de perfonne , non pas
même de D. Rodrigue, qui ne l'avoit pas vi
depuis dix ans. Pour plus grande précaution
, il écrit à un de fes amis , nommé D.
Fernand , de lui arrêter un appartement
éloigné du quartier de fon pere , lui recom
mandant de garder un profond fecret fur
fon retour. Čes mefures aing concertées ,
il part ,& arrive à Madrid. D. Fernand qui
étoit allé au devant de lui , le conduit dans
une maifon dont il étoit le maître. D.
Juan fit confidance à fon ami des raiſons
particulieres qui l'obligeoient à ne fe
préfenter devant fon pere , qu'après s'être
mis l'efprit eenn rreeppoossfur le compte de celle
qu'on lui réfervoit pour époufe . D. Fernand
ne fut occupé depuis ce jour qu'à menager
des parties de plaifir pour amufer fon ami.
Le Carnaval lui en fourniffoit frequemment
des occafions. On ne s'entretenoit que de
Tournois , de Jeux , de Bal. Ce fut dans
une de ces affemblées où il mena un foir
D. Juan , qui efperoit que le hazard lui feroit
rencontrer fa prétendue. Le Bal étoit
rempli d'une Jeuneffe brillante de l'un & de
l'autre fexe. D. Juan après avoir fait la
revûë de tous les m afques , remarqua une
jeune perfonne , dont la taille & le tour du
vifage le fraperent tout à coup. Il voulur
éprouver les graces de l'efprit répondoient
DE MAY.
143
doient à celles du corps ; mais il reconnut
bien- tôt que ces fortes d'épreuves le terminent
prefque toujours au delavantage de
celui qui les tente ; car il lui trouva du moins
autant d'efprit que de beauté. Charmé de
voir ces deux qualitez réunies dans une même
perfonne , il abjura dans le moment les
maximes de fa nouvelle Philofophie , &
oublia auffi legerement les engagemens dans
lefquels fon pere étoit entré. La Demoiselle
de fon côté , qui trouvoit le Cavalier tresaimable
, recevoit avec plaifir les tendres
proteftations qu'il lui faifoit. Jamais converfation
n'a été plus vive ni plus fpirituelle,
& elle auroit été pouffée plus loin , fi ifabelle
car c'est le nom de cette belle fille
ne l'avoit interrompuë , en faiſant nine de
vouloir fe retirer , & d'aller rejoindre fa
compagnie.Notre Cavalier étoit trop amou
reux , pour ne pas s'y oppofer ; il la retint ,
& lui ferrant la main , qu'il baifa avec tranſport
: Encore un moment , lui dit il , Mademoiselle
, ou expire. O Ciel ! s'écria
Pinconnue ; mon frere nous a vûs. Et fans
Fui donner le temps de la reflexion , elle le.
quitte , & fe derobe précip tamment aux
yeux du paffionné D. Juan . Sa furpriſe fut
telle , qu'il refta immobile dans la même
place , ne pouvant rien comprendre aux
paroles de fon Inconnue. Après qu'il eut
repris fes efprits , il parcourut vainement
N
1
146 LE MERCURE
tout le Bal pour la retrouver ; fon plus grand
defefpoir étoit de l'avoir laiffée échaper
fans lui avoir demandé fon noin ni fa demeure.
Agité de differentes penfées , il fortit
brulquement de la Salle. Il fe retiroit
comme un homme plongé dans la plus profonde
rêverie , lorfqu'à trois ou quatre cens
pas du lieu de l'affemblée , il fe fentit tirer
par le bras ; s'étant retourné en mettant
a main fur la garde de fon , épée , un Cavalier
de bonne mine lui demanda raifon de
Pinfulte qu'il avoit faite à une Dame du Bal ,
à laquelle il prenoit interêt. Vous venez
fort à propos , répondit fierement D. Juan ,
& il faut vous fatisfaire. Dans l'inftant il
attaque & pouffe fi , vivement fon homme
, qu'il regardoit comme fon rival , que
s'il ne fût furvenu une Brigade . d'Algua
fils , qui faifoient la ronde dans ce quartier
l'affaillant courroit rifque d'être tué,
D Juan , qui n'avoit pas interêt d'être
arrêté , abandonna le champ de bataille , &
fe retira, Comme on le pourfuivoit de trop
près , il jugea à propos d'entrer à un retour
de rue dans une maifon dont la porte étoit
ouverte. Il fuivit une lumiere , qui le conduifit
dans un appartement tres- proprement
meublé. Quel fut fon étonnement , de retrouver
la même perfonne qu'il avoit entretenuë
au Bal ! La Demoitelle qui le reconnut
aullitôt , en fut fi fa.fie , que notre
DE MAY. 147
Cavalier eut toutes les peines du monde à
Pempêcher de s'évanouir. L'Auteur Elpagnol
dont je tire ceci , croit qu'il entra
dans la pânaifon d'Ifabelle , autant de peur
que de raviffement : que ce foit l'une ou
Pautre , n'importe . D. Juan l'ayant un peu
raffurée , lui conta l'avanture qui venoit de
lui arriver , & à laquelle il étoit redevable
du bonheur de la revoir. Ifabelle , quoiqu'-
un peu embaraffée par plufieurs raifons , &
fur tout par l'apprehenfion où elle étoit du
retour de fon frere , eut cependant la bonté
de lui faire entendre que tout ce qu'il avoit
fait pour elle , ne lui déplaifoit pas ; &
qu'elle le trouvoit affez galant homme
pour vouloir bien agréer fes fervices ; mais ,
ajouta-t'elle , il faut au moins que je fache
le nom du Cavalier qui me les rendra . D.
Juan, penfant qu'en lui declarant fon veritable
nom , cet aveu pourroit nuire à fon
amour & à fes deffeins , jugea qu'il étoit
de la prudence de le lui déguifer pour un
tems , & lui dit qu'il s'appelloit D. Giovan
ni , natif de Valénce , & de plus fils unique.
Don Juan , qui fera dorefnavant D. Giovanni
pour Ifabelle , avoit trop d'interêt ,
pour n'avoir pas la même curiofité ; mais
foit qu'Ifabelle ne fût pas encore bien sûre
du caractere de fon nouvel Amant , foit
qu'elle en craignît les confequences , elle
fe fervit du même artifice , & lui dit qu'elle
Nij
148 LE MERCURE
le
fe nommoir Rofa Bella ; qu'elle étoit fille...
A ce mot , Don Juan ne lui donnant pas
temps d'achever , fe jette à les genoux , &
fui juroit en termes les plus paffionnés ,
que jamais il ne feroit à d'autre qu'à elle ,
forique mal à propos pour ces deux jeunes.
Amans un bruit menaçant le fit entendre
dans l'Antichambre. Ifabelle qui avoit pris
fes précautions en fille habile , & qui ne fe
feroit jamais rifquée fans cela avec un homme
à pareille heure , le fit échaper par une
porte fecrete qui communiquoit à la maifon
voifine.
-A peine le tremblant D. Giovanni ſe fut- il
retiré , que D. Diegue , pere d'Ifabelle , entra
la dague d'une main , & le piftolet de
Pautre , fuivi de fes gens ; il vifita foigneufement
tous les coins & recoins de la chambre
, fans trouver le temeraire qu'il cherchoit
, dans le deffein de le poignarder : &
fans dire un feul mor à fa fille , il fortit
brufquement , & paffa fa colere fur les gens
qui lui avoient donné cet avis. Il faut re-.
marquer que la porte de communication
n'étoit connue que d'Ifabelle , d'Afpafie , &
de D. Sanche frere d'Ifabelle. Cette Afpafic
étoit aimée de D. Sanche , & elle avoit pour
lui les mêmes retours ; mais , comme elle
dépendoit d'un frere qui l'examinoit de près,
& qui d'ailleurs recherchoit Ifabelle , dont
il n'étoit pas favorablement reçû , cette
DE MAY.
149
fille de concert avec fon Amant , avoit pratiqué
à travers une armoire cette entrée fe
crette , pour tromper leurs furveillans. AFpafie
avoit donné rendez- vous la nuit mêmė
Don Sanche, & Partendoit avec impatien
ce. Le moment tant defité approchoir ,
quand elle entendit ouvrir la porte , & ne
doutant point que ce ne fût fon Amant
elle fe mit en fentinelle derriere pour l'embraffer
, car on n'y fait pas tant de façons
ert Elp gne. Toure préoccupée de fa paffion,
elle prévient fon Amant prétendu par un'
baifer qu'elle lui furprit. Mais s'étant aper
çue dans l'inſtant de fa méprife , elle poufla
un cri fr aigu , que D. Sanche qui venoit'
d'entrer dans la chambre d'Iſabelle , y cou
rut , laiffant fa foeur dans une cruelle firuation.
On permet à l'imagination du Lecteur
à fe peindre les differentes paffions dont ces
trois perfonnes furent agitées. D. Juan fur
bientôt reconnu par D. Sanche , contre lequel
il venoit de fe battre . La fu eur , la
jaloufie s'emparant de ce dernier , il alloit
fe porter à quelque extrémité violente , lorf
que le frere d'Afpafie furvint, & arrêta par fa
prefence un éclat qui auroit perdu de repu
ration fa foeur. Quelle furprife pour D. Juan'
de retrouver dans le frere d'Afpafie fon ami'
D. Fernand ! Charmés l'un & l'autre de fe
revoir , ils augmenterent encore l'embarras
de D. Sanche par toutes les amitiez qu'ils fe
Niij
LE MERCURE
*
firent. Celui-ci auroit juré pour lors que ce
qu'il voicit , tenoit plûtôt de l'enchante
ment , que de la réalité. D. Fernand ,. quoique
fort irrité contre le procedé de fa foeur ,
fut affez maître de fon reffentiment , pour
chercher à éclaircir une avanture fi extraor
dinaire. D. Juan qui étoit plus de fang
froid que les autres , prit la parole , &
lui conta toutes les avantures nocturnes
à commencer par celle du Bal ; mais il
eut la prudence de ne lui point parles
de la porte fecrette , ni de compromet
tre fa chere Rofa- Bella . Mais comment , li
dit D. Fernand, vous trouvez vous dans
la chambre de ma foeur ? Comment , reprit
D. Juan? me voiant pourſuivi par une troupe
d'Alguafils , je me ſuis refugié dans une mais
fon dont la porte étoit ouverte; & le hazard
m'a introduit dans cette chambre avec Mon
Lieur , qui avoit apparemment les mêmes
raifons que moy , pour n'être pas arrêté.
N'eft- ce que cela , repliqua Don Fernand
Je fuis trop heureux que la maifon de mon
pere vous air fervi d'azile . Pendant cet
éclairciffement , D. Sanche meditoit une
vengeance proportionnée à l'offenfe qu'il
croioit avoir reçûe de fon Rival . D. Fernand
qui lui voioir les yeux enflamez de colere
& qui, en apprehendoit les effets : Vous me
paroiffez trop agité , lui dit-il , pour ne pas.
m'employer à remettre le calme dans votre ,
ame . Sachez , D. Sanche , que cet ennemi

DE MAY.
à qui vous voulez tant de mal , eft D. Juan
fils de Rodrigue. Quoi , s'écria D. Sanche !
Vous êtes ce D. Juan qui doit époufer ma
four Ifabelle! J'oublie dans le moment tout
mon reffentiment ; & pour marque d'une
parfaite réconciliation , fouffrez que je vous
falue comme votre meilleur ami , & coming
devant être inceffamment mon beaufrere,
Pour ami , dit D. Juan , je l'accepte volon
tiers , & je m'en fais honneur ; mais pour
beaufrere , vous me demandez l'impofible .
Eh ! quel eft donc cet obftacle infurmontable
, repliqua D. Sanche ? C'est que j'ay
donné ma foy à la plus aimable perfonne
du monde , qui fe nomme Rofa Bella ; je
P'adore au point , que je facriferois biens
fortune , vie , pour la poffeder Que nous
apprenez vous , reprit D. Fernand & quelle
obligation ne vous avons- nous pas ? Non ,
rien ne pouvoit être plus fatisfaifant pour
nous , que cette confidence. Vous ignorez
fans doute les motifs qui nous font parler
ainfi: fachez que par l'attachement que vous
avez pris pour une autre , vous nous rendez
à chacun notre maîtreffe. Habelle qui
vous étoit promile, va devenir mon époule ;
& Afpafie , celle de D. Sanche. Je vous ai
caché , continua D. Fernand , jutqu'à prefent
le fecret de mon coeur , l'amitié que
je vous ai vouée depuis que je vous connois,
avoit triomphe de mon amour. Je tçai qu'il
Niiij
152
LE MERCURE
m'en auroit coûté la vie , fi j'avois vi paffez
m chere Ifabelle entre vos bras : mais n'importe
; je n'étois pas affez aveugle fur mon
foible merite , pour ne pas m'appercevoir
que je ne devos point vous la difputer.
Et fe retournant du côté de D. Sanche :
C'est à ce coup que je ne m'oppoferai plus
à votre bonheur . On fera peut être tenté
de favoir le rôle que jouot Afpafie pendant
cette fcene , & d'où vient qu'elle n'entroit
point en part de la jo e commune de ces
Amans . Pour réponfe , je ne ferai que traduire
le proverbe Efpagnol qui revient au
nôtre , Femme qui ne dit mot , n'en penja
pas moins.
tarderoit
Je reviens à D. Juan . Il prévit bien, après
ee qui venoit de fe paffer ; que fon pere ne
pas
à être informé de fon arrivée
à Madrid. Cependant il étoit de la derniere
confequence pour lui de ne fe point préfenter
à Don Rodrigue , qu'il ne fe fut entierement
affuré du coeur de Rofa- Bella .
D'ailleurs , il falloit qu'il prît des mesures.
avec elle , pour la faire refoudre à quelque
chofe de plus ; mais la difficulté étoit de
pouvoir lui parler fans témoins , & le temps
preffoit. Plein de cette idée , il alloit pren
dre congé de la compagnie , lorfque D. Fernand
l'obligea de reſter , & de coucher dans
la chambre même où il étoit . Se voyant
feul contre fon attente , & tout étant tranDE
MA Y.
153
quile dans la Maiſon , la porte fecrete par
où Rofa- Bella l'avoit fait fauver , lui revint
dans l'efprit , il n'eut pas de peine à la retrouver
; & y ayant frappé , on la lui ouvre
à fouhait. C'étoit Rofa Bella qui lui rendit
ce bon office. Vous voyez , lui dit-elle , en
refermant la porte , la plus infortunée fille
qu'il y ait à Madrid. Je ne vous entretiendrai
point des allarmes ni des inquietudes
où vous m'avez jettée ; il me fuffira de vous
dire que mon pere vient de me declarer
qu'il ne m'accorde que vingt quatre heures
pour donner ma main à un homme que
je ne connois poin , & que je n'ai pas envie
de connoître. Eh ! quel parti choifirezvous
, ait D. Juan ? ... La mort , ajouta
Pelle. Et laiffant échaper un regard attendriffant
fur lui ; Pourquoi , D. Giovanni
êtes- vous venu troubler le repos dans lequel
je vivois ? Ah ! reprit D. Juan , que cet
aveu a de charmes pour moi , & que je
fuis ravi de voir vos fentimens d'intelligence
avec les miens ! Mais tous les momens
font chers ;. fi nous n'en profitons
nous ferons les victimes de nos parens , il eft.
à
propos que nous nous mettions à couvert
de leur reffentiment . Celui qui vous infpire.
ce confeil , eft dans une fituation peu differente
de la vôtre : on veut pareillement me
forcer à époufer une perfonne que je n'ai
jamais vûe , & qui me devient encore plus.
154
LE MERCURE
odieufe depuis que je vous ai connuë : &
puifque notre fort eſt ſemblable juſqu'à prefent
, rendons- le conftant , en nous uniffant
pour toujours. Voilà ma main , ma chere
Maîtreffe , en lui prenant la fienne ; ne la
refufez pas , je vous en conjure , le Ciel
m'eft garant que je vous ferai fidele jufqu'à
mon dernier foupir. La timide Rofa - Bella
étoit fi interdite , qu'elle fe contentoit de
lui ferrer la main , fans avoir la force de lur
répondre. Comment dois -je interpreter ce
filence , continua D. Giovanni ? parlez , ou
j'expire à vos genoux. Pour le coup Kola-
Bella ne put tenir contre tant d'amour . Eh
bien ! lui dit elle , je confens à tout ce que
vous exigez de moi . Je connois à la verité
tous les riques dans lefquels vous m'allez
engager ; mais je ne veux point les envifager
de trop près. Je m'abandonne à votre
bonne foy. Ah ! que vous feriez un grand
ingrat , fi vous étiez affez perfide pour me
tromper. Ce couple d'Amans heureux auroit
continué plus long tems fur ce ton , fr
des foins plus preffans n'avoient fait tourner
leur vûe du côté de leur fureté.
2
Nos deux amans après avoir renouvellé
plufieurs fois leurs fermens , ne furent plus
occupez que du moyen de fortir de cette
maifon fans eftre découverts. L'amour qui
leur fervoit de guide , leur en rendit l'.ffu
facile. D. Giovanni regagnoit avec em →
DE MAY.
155
preffement fon logement ordinaire , dans
le tems que D. Fernand fe prefenta devant
ces deux fugitifs . D. Juan qui le reconnut
au clair de la lune , charmé de cette
rencontre inopinée , le pria de les accompagner
jufques chez luy. Rofa-Bella eut
beau faire figne à fon amant , le tirer
Jui marcher fur le pied , pour lui faire foupçonner
le péril où il l'expofuit . Trop préoccupé
de fa bonne fortune pour s'en appercevoir
, il engagea fon ami à monter dans
fon appartement avec la maîtreffe : & bien
en prit à Itabelle d'eftre maiquée & habillée
à la Françoife ; ce déguifement la
fauva aux yeux curieux de D. Fernand ,
pour lequel elle n'avoit que de Pindifference
; ce qui paroîtra de plus fingulier ,
c'eft que D. Juan , tout Efpagnol qu'il
étoit , lui fit inftance pour fe démafquer ,
afin que fon ami pût convenir qu'il n'avoit
jamais rien vû de fi beau . Rola Bella l'ayant
refufé , & voulant ſe défaire de fon impor
run , fit entendre qu'elle avoit befoin de
Elle fut obéie fur le champ,
repos.
D. Juan qui fe perfuada ferieufement
qu'elle avoit envie de dormir , ferma la
porte & reconduifit fon ami chez lui , en
ne l'entretenant que des perfections de
Rofa Bella. Après s'en être feparé , il revenoit
content , en fe felicitant d'avoir en
fa poffeffion une perfonne fi accomplie , &
85.6 LE MERCURE
dont il étoit für d'être aimé ; mais il étoit
écrit dans le livre des Deftinées , qu'il n'éviteroit
un embarras , que pour eftre expofé
à un autre.
En effet , D. Sanche qui venoit d'appren
dre l'enlevement de fa foeur Habelle , ne
doutant pas que ce ne fût l'ouvrage du
perfide D. Juan , le cherchoit dans le deffein
de laver un fi cruel affront dans fon
fang. L'occafion. le fervit à point nommé ,
par la rencontre de celui qu'il regardoit
comme Pennem de ſa maiſon ; à ſa vûe , il
s'élança comme un lion fur ce dangereux
adverfaire , fans aucun ménagement. Celuici
qui fe poffedoit partaitement , le reçue
en tres brave homme , & fe contenta de
parer & de rompre la mefure. Au bruit
des épées deux Cavaliers fortirent d'une
maiton voitine , & accoururent pour feparer
les combattans ; ils furvinrent au mo
ment que D. Juan venoit de defarmer for
homme , à qui il rendit genereuſement
l'épée . D. Sanche au defefpoir de les avoir
eu pour témoins de fon infortune , abandonna
la place & diſparut.
Un de ces Officiers ayantfixé fes regards
fur le jeune Cavalier qui avoit attire ſon
admiration par fa bravoure & par la moderation
, fe jette precipitamment à fon col ;
eh quoi ! mon cher fils , ne reconnois- tu
pas à ces marques de tendreffe D. Rodrigue
DE MAY.
157
ton pere ? D. Juan encore plus attendri le
fentit tellement ému , qu'il ne fut pas en
fon pouvoir de refifter à la voix de la nare:
leurs larmes fe confondirent alors
& ils fe tinrent long - temps embraffez ,
fans fe dire autre chole que ces mots ; mon
cher fils , mon cher pere. Après que ces pre-
Kiers mouvemens fe furent rallentis , D.
Rodrigue rentra chez lui avec D. Juan ,
& celui qui l'avoit fuivi. Avant que d'en
venir à aucune explication , Dom Juan refolut
de commencer par ce qui lui tenoit
le plus au coeur , en effet , il lui avoüa ingenuement
qu'il y avoit déja quelques jours
qu'il étoit à Madrid , & qu'il n'avoit pas
cfé le prefenter devant lui , dans la crainte
de lui déplaire... Quelle faute auriez -vous
donc pû commettre pour cela ? ... Elle eſt
telle que j'ay donné ma foy à une autre
perfonne qu'à celle que vous m'aviez defti
née. Après cet aveu doit- il vous reſter
encore quelque bonté pour moy ? Il faut
convenir que D. Rodrigue fut d'abord un
peu déconcerté ; mais fur les affurances
que lui donna fon fils que le choix
qu'il avoit fait ne lui déplairoit pas , il
confentit enfin de ratifier la promeffe : car
il est en amitié , ainfi qu'en amour , des
fituations dans lefquelles on pardonne tout,
comme il en eft dans lefquelles on ne pardonne
rien. D. Rodrigue étoit dans une
15.8
LE
MERCURE
des premieres ; il étoit trop content de voir
fon fils pour le bannir de fa prefence.
D'ailleurs comme fon but principal étoit
de le voir marié, & de ne le point forces
dans fes inclinations , il ne voulut pas
úfer de fes droits de pere. Bien plus- il lui
permit d'amener chez lui fa future. D. Juan
au comble de la joye ne put differer plus
long-tems fon bonheur.Il vola chez la maîtreffe
pour lui annoncer une nouvelle fi
agreable : 11 la trouva toute en pleurs &
dans le dernier abbattement . La pauvre
fille n'étoit dans cet état fâcheux , que par
par l'abfence de D. Giovanni , dont elle
ne fçavoit que penfer . Il ne lui fut pas
difficile de la confoler par de nouvelles
marques de tendreffe ; mais elle le furprit
fort , en lui apprenant le danger auquel il
l'avoit expofée avec D. Fernand fon ami ,
puifque ce D. Fernand étoit le même que
fes parens avoient intention de lui faire
époufer au defaut de l'inconnu . Que s'il
Paimoit , comme elle n'en doutoit pas , il
falloit la fouftraire au plutôt d'un lieu où
fes parens viendroient l'enlever infailliblement
, auffi -tôt qu'ils feroient informez de
fon évafion. D. Juan qui n'étoit venu que.
dans ce deffein , la fit monter fur le champi
en carroffe , en l'affutant qu'il la menoitt
dans une maifon d'où on ne l'enleveroit
pas ailément. Il monta avec elle dans l'ap-
E
DE MAY.. 159
prepartement
de D. Rodrigue pour la lui
fenter; mais on lui dit qu'il étoit forti pour
alter chez D. Diegue. A ce nom Rofa-Bella
ne put retenir les larmes , que D. Juan
cut beaucoup de peine à fecher. Lorsqu'il
la vit dans une affiette plus tranquille , it
fa quitta pour quelques momens , afin de
lui faire apporter quelques rafraîchiffemens.
Pendant cet intervalle D. Rodrigue revint
, & fut extremement furpris de voir
la fille de D. Diegue , dont l'enlevement
étoit parvenu jufqu'à lui : il lui demanda
par quel hazard elle fe trouvoit dans fa
maifon. Un Cavalier qui fe nomme
Da
Giovanni , lui dit-elle , vient de m'y refugier.
Comme je fuis fon époufe , il a crû
que j'y ferois plus à couvert des pourſuites
de mes parens , que dans toute autre maifon.
D. Rodrigue ne comprenant rien à
ce difcours , ne douta . pas que ce ne fût
quelque fourbe d'Italien qui avoit profité.
de la credulité de cette Demoifelle ; qu'il
fe fçeut bon gré alors de n'avoir pas fait
cette alliance , perfuadé que c'eût été un
fort mauvais prefent à faire à fon fils ,
que de lui donner une telle femme ! Ce
pendant malgré la faute d'Ifabelle , il
prit le parti de la douceur , & lui remontra
qu'elle s'expofor pur cette démarche à perdre
l'honneur , les biens , & à eſtre enfermée
pour le refte de fes jours dans un
160
LE MERCURE
Convent. Il lui fit enfin une peinture
vive de l'énormité de fa faute , que la pauvre
Ifabelle étoit déterminée à retourner
chez fon pere , lorfqu'on annonça D. Diegue.
D. Rodrigue, en homme prudent , la fit
incontinent paffer dans un cabinet , pour ne
la point expoſer au couroux d'un pere jufte
ment irrité ; il alla enfuite recevoir fon ami.
Ce vieillard au defefpoir , après avoir exageré
fon malheur avec des terines interrompus
par des larmes & par des fanglots , venoit
implorer le credit qu'il favoit que D..
Rodrigue avoit à la Cour , afin de faire
arrêter le Raviffeur , & de tâcher de découvrir
où étoit Ifabelle D. Rodrigue ayant
pris toute la part poffible à fa douleur , le
pria de fe tranquilifer par rapport à ſa fille ;
qu'il pouvoit l'affurer par avance , qu'elle
étoit dans une maiſon où fon honneur feroit
à couvert , & où fon raviffeur ne feroit .
pas affez temetaire pour entrer ; que bien
plus , s'il vouloit lui promettre , foy de
Cavalier , de n'en point venir à quelques
excès contre D. Habella , & de lui pardonner
, il la lui feroie voir avant leur feparation.
D. Diegue étoit trop content
pour ne pas accorder à fon ami ce qu'il
exigeoit de lui . Après cette précaution ne .
ceffaire , D. Rodrigue alla prendre la Demoifelle
, qui fe jettant aux pieds de fon
pere ,
DE MAY. IGN
1
pere , s'avoua la plus coupable de toutes
les filles : elle y étoit encore , lorfque D.
Juan furvint. Ah ! Seigneur D. Giovanni ,
venez , s'écria-t- elle , en fe relevant , venez
reparer tout à la fois mon honneur & le
vôtre , ou vous m'allez voir expirer de
honte & de douleur. Non , charmante
Rofa-Bella , reprit D. Juan , on m'arrachera
plutôt la vie que de fouffrir que l'on
vous faffé la moindre injure. Que craignez
yous ? Mon pere que voilà , va confirmer.
la promeffe qu'il m'a donnée ; & je vous
jure de nouveau en fa prefence de n'être
jamais à d'autre qu'à vous. Dans quel
étonnement & dans quelle émotion ces
paroles ne plongerent- elles pas D. Rodri
gue , D. Diegue , & fa fille , qui fe regar
derent quelque tems comme des gens ravis
en extafe ? puis fe livrant tout à coup
ce grand coup de Theatre , D. Diegue fe
jetta au col de D. Juan , & D. Rodrigue
einbraffa Ifabelle , il ne fut plus queſtion
de reproche ni de blâme , tout fut approu
vé. Après ce dénouement , l'on acheva
d'éclaircir ce que la réconnoiffance venoit
d'ébaucher. D. Juan & D. Ifabella fe firent
un plaifir de développer les motifs fecrets
qu'ils avoient eus de changer leurs noms ,,
& les incidents que cette metamorphofe
avoit amenés. L'on arrêta le mariage le
foir même , afin de ne point differer le
162 LE MERCUREbonheur
de ces deux parfaits amants.
JOURNAL DE PARIS.
BENEFICES DONNEZ.
D
U 30 Avril 1720 , l'Abbaye de
la Trinité de Caën , Diocefe de
Bayeux , vacante par le decès de
Madame Marie Françoife de
Froulay de Teffé , en faveur de Madame
Françoife- Gabrielle de Froulay de Teffé ,
Abbeffe de Gouffert en Vignat , Diocefe de
Sées.
L'Abbaye de Gouffert en Vignat , Dioce
fe de Sées , vacante par la demiffion de
Madame Françoife- Gabrielle de Froulay de
Teffé , en faveur de Madame Louife- Charlotte
du Pleffis Chatillon-
Du 3 May , l'Abbaye Commendataire de
Billon , Diocefe de Befançon , vacante par
la demiffion de M. Edine - François Ricard,
en faveur de M. Marie François Bequet de
Courboulon , Clerc tonfuré du Diocefe de
Befançon .
Du17 . l'Abbaye Commendataire de Val-
Leroy , Diocefe de Reims , vacante par la
demiffion de Melfire Henri de Meſmes , en
faveur de Meffire Jean- Jaques de Mefines
Chevalier de Malte, Clerc tonfuré.
DE MAY.. 1631
L'Abbaye Commendataire de Baffefontaine
Diocele de Troyes , vacante par le decès
du Sieur Langlois , en faveur du Sieur Nicolas
Lefevre, Prêtre du Dioceſe de Troyes.
PENSIONS.
Madame la Marquife de Coaquin a ob
tenu une Penfion de 2000 livres.
Madame la Comteffe de Gramont -Biron
a eu une penfion de 8000 livres.
Le Roi a donné une penfion de 20000 livres
à Madame la Princeffe de Montauban
veuve de M.le Prince de Montauban de la
Maifon de Rohan-Rohan.
M.le Prince de Montauban été gratifié
d'une penfion de 10000 livres.

M. le Marquis de Polaftron a obtenu une
penfion de 4000 livres , & Madame la Marechale
de Lorges, une autre de douze mille
livres.
M. le Marquis de Tavannes, Capitaine L
de Gendarmerie, & M. le Chevalier d'Opter
ont obtenu chacun une penfion de 3000 live:
M. le Comte de Chamilly, qui comman “.
de en Poitou & à la Rochelle , a eu douze
mille livres de penfion ; Me de Saint Vallier
une autre de 6000 liv. & Madame la Du,
cheffe de Brancas mere , une de 10000liv. 1.
Le premier May , M. l'Abbé le Blanc fut
facré Èvêque d'Avranches, dans l'Eglife de
Q ij164
LE
MERCURE
l'Hôtel Royal des Invalides , par M. l'Ar--
chevêque de Rouen , affifté des Evêques de
Nantes & de Clermont.
M. l'Abbé Chaunel , neveu de M. d'O
beihl , Evêque d'Orange , à été nommé for
Coadjuteur.
M. le Maréchal d'Eftréés préfidera cette
année aux Etats de Bretagne , à la place de
M. le Maréchal de Montefquiou , qui revient.
M. le Marquis d'Alegres commandèra
les troupes dans cette Province.
M. Lawléez , Irlandois de nation , Lieutenant
General des Armées du Roi d'Eſpagne
, eft arrivé en cette Cour de la part de
S. M: C.
Madame de Modène , après être reſtées
feptjours à Lyon , en partit le 23 Avril...
Cette Princeffe ayant defcendu le Rhône ,
arriva le 9 de ce mois à Avignon , d'où elle
partit le 11 , pour continuer fá route juf
qu'à Antibes , où elle s'embarquera . On
prépare à Genes des fêtes extraordinaires ,
pour y recevoir la Princeffe..
L'Envoyé du Duc de Modene a diftribué
le jour de la Saint Marc , Patron du Duc
fon Maître , dix mille livres au peuplé de
la ville de Vienne en Dauphiné.
Le Marquis & le Comte de Quincy ont
prêté ferment de fidelité entre les mains dit
Roy: le premier , pour la Charge de Lieutenant
de Roi de la Province d'Auvergne ,
DE MAY.- 16 Siv
& le fecond , pour la Lieutenance de Roi de
La Province d'Orleannois.
M. le Comte de Charolois , après avoir
かfait un long fejour à la Cour de Munik
arriva le 4 à Chantilly , où il étoit attendu.
par M. le Duc. Ce Prince parut le 5 chez le S
Roi & chez le Regent , qui lui ont fait tout.
P'accueil imaginable.
Les . M. l'Evêque d'Avranches prêta ferment
de fidelité entre les mains du Roi, en
prefence de M. le Duc d'Orleans.
Le 8: le Roi monta à cheval pour la premiere
fois
, & fe fervit de deux petits che
vaux , dont le Prince des Afturies lui a fait
prefent..
Le 9 , M. le Maréchal de Spaar , Envoyé
extraordinaire de Suede en cette Cour, don
na un repas magnifique à plufieurs Seigneurs
, & aux Miniftres Etrangers du premier
ordre , à l'occafion de l'avenement dur
Prince de Heffe à la Couronne de Suede.
Le 10. le Roi accompagné de M. le Dus
d'Orleans , fit la revue des Gardes Françoifes
& Suiffés , dans la grande Allée des
Tuilleries , où S. M. les vit defiler.
Le 12. M. Fagon , Evêque de Vannes ,
prêta ferment de fidelité entre les mains de
5. M. en prefence de M. le Duc d'Orleans
Le compre que les Religieux de la Sainte
Trinité , dits Maturins , fe croient obligez
de rendre de leur adminiſtration , les engage.
IGG LE MERCURE
d'informer le Públic , que c'eft des deniers
dont ils étoient dépofitaires , qu'a été payéë'
la Rançon des foixante Captifs François
qu'ils ont ramenez d'Alger à Marfeille , oùtre
celle de Mademoiſelle Dubourg , de
l'Abbé Dubourg , & de leur fuite. Ces Captifs
ont été vûs le 13 & le 14. à Paris . Len
rançon n'a rien de commun avec le rachar
que les RR . PP. de la Mercy de Guyenne &
de Gafcogne ont fait , d'un certain nombre
d'efclaves , qu'ils ont conduits & laiffez à
Marſeille .
M. de Valentinois Matignon a vendu fon
Regiment de Cavalerie à M. de Saint- Maur,
qui a la furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer de la grande Ecurie.
Le Roi à acheté le Kermés mineral , préparation
particuliere d'Antimoine . Ce remede
purge par les fueurs & par les dejections
& il ett excellent contre toute forte de maladies
malignes . Il étoit autrefois connu
fous le nom de la poudre des Chartreux .
M. le Marquis de Dreux , gránd Maître
des ceremonies , a obtenu la furvivance de
fa Charge pour M. fon fils. Le Ror laiffe à
M. de Dreux pere , un Brevet de retenue
de deux cens mille liv. qu'il avoit fur cette
Charge.
On écrit du 15 de ce mois de Cognac ,
que M. de Creil avoir achevé la dixme
Royale fur les fruits de la terre , & le taDE
MAY. 167
rif fur Pinduftrie & fur les beftiaux . Les
chevaux , boeufs & vaches , ne payent que
20 fols , & les moutons 2 fols ; le Jour-:
nalier quarante fols , fa veuve 20 fols . Par
ce nouvel établiffement le peuple fe tronvera
extremément foulagé d'un autre :
côté les Païfans s'en louent fort , puis
qu'il ne payeront qu'à proportion de ce
qu'ils recueilleront .
M. de Creil vient auffi de faire la mê :
me operation dans l'Election de Saint Jean
d'Angely , il va revenir à Saintes , pour
ajuger quelques Paroifles qui reftoient , &
Pour arranger ce qui regarde la ville , der
Saintes. Il a fait quelque modification fur
la taxe des arbres fruitiers. On eft prefentement
perfuadé que fon ouvrage va fervir
de modele pour le reste du Royaume .
La nuit du ao au 21 de ce mois , M. Panier
d'Orgeville , Maître des Requestes ,,
époufa à Montrouge chez M. le Marquis
de la Vrilliere , Mademoiſelle Emilie de
Sainte Hermine . Le Roy avoit fait l'hon
neur aux deux contractans de ligner leur
Contract de mariage le 18 du mois paffé .,
Les Fiançailles le firent le ao au foir chez .
M. le Marquis de la Vrilliere. La future
fut conduite à cette ceremonie par M. le
Maréchal de Villeroy . Au retour il y eur
Comedie Italienne , enfuite grande illumination
, beau fen d'artifice , qui fur fuiviIG8:
LE MERCURE
d'un repas fuperbe . Il faut convenir que
cette fête le reffentoit du goût & de la magnificence
dont M. de la Vrilliere fçait affai
fonner tout ce qu'il fait.
M. le Duc d'Albret , Grand Chambellan
de France , époufa en troifiémes nôces le
26 de ce mois Mademoiſelle de Gordes.
Le 18 le Roy alla au manége pour la
premiere fois , où les Ecuyers de S. M.
manierent des chevaux en fa prefence.
Le 21 M. le Marquis Rangoni , Envoyé
extraordinaire du Duc de Modene , eut fa
premiere audience publique du Roy.
M. de Cannillac , Confeiller au Confeil
de Regence , a été nommé Lieutenant ge
neral en Languedoc.
Le Roy a accordé , für les remontrances
de M. l'Abbé Bignon , 6 30000 livres pour
la ' decoration de la Bibliotheque du Roy ,
qui fera placée , partie dans la grande gal-·
lerie où font les Plans du Roy , & partie
dans les falles où fe tenoient les affemblées
de l'Académie de Peinture. Les Tablettes :
feront fuperbes pour la fculpture. Il y aura:
des logemens pour toutes les perfonnes
employées à cette Bibliotheque , ainfi que
pour les Ftrangers que l'on fait venir de
routes parts pour l'intelligence de toute
forte de Langues.
-Tous les Officiers d'armée ont ordre de
partir pour le rendre chacun dans leur quar
Picr.
M
DE MAY.. 169
M. Patrice , N. de feu M. de Char
moy, Chevalier de l'Ordre de Saint Lazare
, Gentilhomme ordinaire du Roy , a
obtenu la permiffion de vendre la furvi
vance de fa charge à M. Mallet de l'Aca
demie Françoife.
Le Roy a donné à M. Bridou , Gentilhomme
fervant de S. M. la Charge de
Gentilhomme fervant , vacanie par le decès
de M. le Noir.
Le 24 May le Roy figna dans fon grand
Cabinet le Contract de mariage , en troifiémes
nôces , de M. le Duc d'Albret
Grand Chambellan de France , avec Ma
demoiſelle de Gordes.
Le même jour l'aprés- dîné le Roy alla
aux Galleries du Louvre , dans l'appartement
du fieur d'Herman , où Sa Majesté
vit plufieurs nouvelles experiences de Mathematique
, enfuite le Roy paffa dans celui
du fieur Coypel fon premier Peintre ,
où le fieur Baron Comedien , eut l'honneur
de reciter devant Sa Majefté quelques
Scenes de la Comedie de l'Ecole des fem
mes , de Moliere , & de la Tragedie de
Cinna , de Corneille. Sa Majefté qui n'avoit
point encore vù le fieur Baron , fur.
fort contente du recit de ces Scenes.
- Le Dimanche 26 le Roy accompagné
de Monfeigneur le Duc d'Orleans , de
P
1
170 LE MERCURE
*
plufieurs Princes & Ducs & Pairs , fic
après la Meffe la ceremonie de donner la
Barrete ou bonnet rouge au Cardinal de
Gefvres Archevêque de Bourges . Ce bonnetfut
prefenté au Roy par l'Abbé Ubaldini
Camerier du Pape , revêtu d'une Soutane
& Rochet à Pufage de Rome , fur un baffin
de vermeil. Ce Prelat , après avoir reçu
des mains du Camerier le Bref du Pape ,
s'agenoüilla devant le prié-Dieu de S. M.
qui lui mit fur la tête le bonnet rouge ,
en lui difant , ce que le Pape m'a envoyé ,
je vous le donne. Auffi -tôt il mit le bonnet
à la main , falua très profondément
Sa Majeſté , alla dans la Sacriftie ſe revêtir
des habillemens de Cardinal , & vint remercier
le Roy , étant conduit par M. le
Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs ; enfuite ce Cardinal s'en
retourna chez lui dans les Carroffes du
Roy , qui étoient venus le prendre , tous
les Carroffes de la fuite de cette Eminence,
qui entrerent avec Elle pour cette feule
fois dans la grande Cour du Louvre , s'en
retournerent en cortege , comme ils étoient
venus. Le vingt - huitiéme le Roy fit la
même ceremonie au Cardinal de Mailly.
M. l'Abbé Raguet a été choisi pour montrer
la Geographie au Roi , aux appointemens
de deux mille livres.
DE MAY. 171
Lezo. Fête du Saint Sacrement , le Rof
reçût la Proceffion de S. Germain l'Auxerois
à la premiere porte de la Cour, qui étoie
rendue des Tapifleries de la Couronne . Sa
Majefté , après avoir reçu la benediction ™ ,
accompagna le faint Saerement jufqu'à là
Chapelle , où on chanta un Motet en muſi
que. Après la benediction , S. M. recondui
At le faint Sacrement jufqu'à le premiere
porte de la Cour , & y reçût encore la be
nediction.
Le Roi eft allé entendre pendant l'Octas
ve le Salut en differentes Eglifes . S. M. a fait
Phonneur de vifiter M de Pontchartain , cidevant
Chancelier & Garde des Sceaux de
France , qui a for appartement à l'Inftitution
de l'Oratoire
-
On écrit dè Tozl , qu'il arriva le 26. de
May 70. familles Allemandes , compofées
de 135 hommes , d'autant de femmes , &
de 319 enfans , qui vont volontairement à
la Louifiane.
Le premier Juin on permit au Public de
fe retirer à la Place de Vendôme , pour y
negocier le Papier de la même maniere qu'il
fe pratiquoit ci-devam dans la rue Quincampoix
.
Le Colonel Stanhop partit le 4. de ce
mois , pour fe rendre à la Cour de Madrid.
Le Roi a donné à M. le Duc de Talard
Pij
172 LE MERCURE
fils du Maréchal de ce nom , la furvivance
du Gouvernement de la Franche- Comté ,
dont ce Maréchal eft pourvû .
Le Bourg de Barbonne , fitué dans le Dio
cele de Troyes , contenant environ && mai¬
fons , a été réduit en cendres . F
Le Pape a accordé à M. l'Abbé Dubois ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , le Pallium &
le gratis de fes Balles , avec la recréance de
fes Abbayes . Ce Prelat doit être facré le
9. Juin au Val de Graces , par M. de Cardin
nal de Kohan , affifté des Evêques de Nantes
& de Clermont.
Le 4 le Roi fit l'honneur à M. Quentin ,l'un
de fes Valets de chambre Barbier , de figner
fon Contract de mariage avec Mademoiſelle
Binet , fille de M. Binet , pareillement Va
let de chambre Barbier de S. M.
La groffeffe de l'Imperatrice ne fe confir
me pas , comme celle de la Princeffe Electo
rale de Saxe.
Les Espagnols préparent à Vigo un armement
confiderable pour une entrepriſe lecrete.
Onfortifie Bergues Saint- Vinox du côté
de Dunkerque , & Seiffel dans le Bugey.
Cette ville eft fituée à 6. lieues d'Annecy &
du Bellay , & à 9. de Chamberry.
Le 8 de Juin , àfept heures & demie du
foir, M. d'Argenton Garde des Sceaux , raDE
MAY. 1731
porta & remit les Sceaux au Regent ; & le
même jour fur le minuit , M. le Chancelier
Dagueffeau étant arrivé de Freínes , alla defcendre
à l'Hôtel de la Chancellerie , Place
de Louis le Grand . Le lendemain matin, M.
le Marquis de la Vrilliere , & M. le Comte
de Maurepas , Secretaires d'Etat , allerent le
prendre à fon Hôtel , & l'accompagnerent
au Palais Royal , où S. A.R. lui rendit les
Sceaux.
M. Pelletier Desforts a été nommé Commiffaire
General des Finances ; il a pourajoints
, M. d'Ormeffon , & M. de Gaumont.
L'Opera de Prothée , Balct nouveau en
trois Actes , avec un Prologue , a eu la réuf
fre que Por en efperoit. Les paroles font de
M. Delafond ; & la Mufique de M.Gervais ,
Maître de la Mufique du Regent.
174 LE MERCURE
Avis fur les Eaux minerales d'Evaux -
en Combraille , & de Neris en
M
Bourbonnois.
ONSIEUR Laguerene , Docteur Me- ..
decin ordinaire du Roy , Intendant
des Eaux , Bains , & Fontaines minerales .
d'Evaux en Combraille, & de Neris en Bourbonnois
, fi cftimées des Romains , doit
ajouter à l'exacte analyſe qu'il en a faite ,
& mettre au jour plufieurs obfervations
fingulieres qu'il en a recueillies pendant huit
années confecutives...
Leur principe prédominant eft un fouffic
balfamique fort exalté , armé d'un fel nitreux
tres- volatile, dont le mêlange admira
ble fermente une infinité de fources au plus
haut degré de chaleur minerale ; compofe
un doux fondant , & fournit le plus affuré
remede que la nature nous ait offert pour le
foulagement & la guérifon de prefque toutes
les maladies chroniques aufquelles elle
nous a affujetis.
Leur ufage en boiffon ne nuit jamais au s
cerveau eft favorable à la poitrine , & eft.
un fpecifique pour les debilitez d'eftomac ,
aigreurs , naufées , yomiffemens , dégouts ,
DE MAY.. 1751
P
pour toutes efpeces de coliques, gravelles ,
diarrhées , difenteries , & autres flux inveterez
, même de maladies fecretes , obftructions
de vifceres , fterilités , ulceres internes
, & c.
Le bain & la douche y font d'autant plus
fouverains & commodes , qu'on les donne
fans évaporation dans les chambres auprès
des lits des malades , par des robinets qui
conduifent l'eau , & des fources mêmes qui
I naiffent , où on trouve la guerifon des pa
ralyfies & des rhumatifmes les plus inveterez
, des fciatiques, tremblemens & engourdiffemens
de membres , foibleffes , & relâ
chemens de parties , tumeurs froides , dartres
, playes , ulceres externes , maladies
cutanées , & c.
La caule de leur fermentation fera traitée
par un Systême nouveau ; & leurs action &
effets fur les parties organiques & inorgani
ques du corps humain , feront expliqués
phyfiquement & mechaniquement dans
Ouvrage que M. Laguerene promet fort
avantageux au Public..
176
LE
MERCURE
AUQUDUQUQUANAUDUDUQUQUNUDU DUONSIEUR
Duquet Ingenieur , auteur
MONSI M des Acouſtiques , dont fe fervent tresutilement
les perfonnes qui ont l'ouye dure ,
& de plufieurs autres découvertes citées
dans les Memoires de l'Academie Royale
des Sciences , vient d'éprouver en grand ,
à Beau-plan; près de Chevreufe , le charior
à vent qu'il a inventé , & qu'il avoit déja
fait marcher en petit par le vent , contre
le vent , même directement , en prefence de
Monfeigneur le Duc d'Orleans , & de l'Academie.
L'invention de ce chariot , qui labourers
la terre , produira une nouvelle abondance
dans le Royaume , à caufe que les Labou
reurs des plaines découvertes pourront fupprimer
au moins la moitié de leurs che
vaux , & faire des nourritures d'autres be
ftiaux , pour confonimer leur fourage ; &
produire le fumier qui leur eft neceffaire .
On pourra employer vingt ou trente de
ces chariots , pour voiturer des marchandis
fes en Beauce , en Champagne &c . Ils n'ont --
befoin que d'un Conducteur pour chacun ,
avec quatre chevaux , pour faire paffer ceschariots
les uns après les autres dans les
villages ou dans les endroits couverts .
11 feroit trop long de détailler tous les
DE MAY.. 177
1
avantages qu'ils produiront ; il fuffit de connoître
par experience , que leur viteffe peut
être augmentée fimplement par une addition
de toile fur les ailes ..
On fe fervira auffi du mouvement & de
la force des aîles de ces chariots , en les
fixant à fcier du bois & de la pierre. Par ce'
moyen on tiendra des magafins de toutes
fortes de bois & de pierre fcie pour former
des maiſons regulieres , foit dans le
Royaume , foit dans la Louyfiane , ou ailleurs.
Si on y applique des poliffoirs à la place .
des fcies , on polira des glaces..
un
Si on veut élever de l'eau , en ajoutant
um corps de Pompe , la piece qui fert à faire
jouer les fcies ou les poliffoirs , fera hauffer
& baiffer le pifton ; ce qui fera fort utile
pour les grands travaux , foit pour des Ports
de mer , foit ailleurs.
AVIS DE L'AUTEUR
du Mercure..
Ifferens contretems furvenus pendant
ce >
qu'on n'a pu le rendre public que vers le 12 .
du mois de Juin. On fera en forte à l'avenir
de ne point retomber dans le même inconvenient
, on efpere même le donner regulicrement
au 1 , ou au 2. de chaque Mois,
176 LE MERCURE
AUQUQXQÜDUDUDUDUDUEN QUEUEN 'Sent
Mic
ONSIEUR Duquet Ingenieur , auteuri
des Acoustiques , dont le fervent tresutilement
les perfonnes qui ont l'ouye dure ,
& de plufieurs autres découvertes citées
dans les Memoires de l'Academie Royale
des Sciences , vient d'éprouver en grand ,
à Beau-plan; près de Chevreufe , le charior
à vent qu'il a inventé , & qu'il avoit déja
fait marcher en petit par le vent , contre
le vent , même directement , en prefence de
Monfeigneur le Duc d'Orleans , & de l'Academie.
L'invention de ce chariot , qui labourers
la terre , produira une nouvelle abondance
dans le Royaume , à caufe que les Labou
reurs des plaines découvertes pourront fupprimer
au moins la moitié de leurs che
vaux , & faire des nourritures d'autres beftiaux
, pour confonimer leur fourage , &
produire le fumier qui leur eft neceffaire.
On pourra employer vingt ou trente de
ces chariots , pour voiturer des marchandis
fes en Beauce , en Champagne &c. Ils n'ont
befoin que d'un Conducteur pour chacun
,
avec quatre chevaux , pour faire paffer ceschariors
les uns après les autres dans lesa
villages ou dans les endroits couverts.
11 feroit trop long de détailler tous les
DE MAY..
177
avantages qu'ils produiront ; il fuffit de connoître
par experience , que leur viteffe peut
être augmentée fimplement par une addition
de toile fur les ailes ..
On fe fervira auffi du mouvement & de
la force des aîles de ces chariots , en les
fixant à fcier du bois & de la pierre. Par
ce' moyen on tiendra des magafins de toutes,
fortes de bois & de pierre fciez pour former
des maifons regulieres , foit dans le
Royaume , foit dans la Louyfiane , ou ailleurs.
Si on y applique des poliffoirs à la place .
des fcies , on polira des glaces.
Si on veut élever de l'eau , en ajoutant
un corps de Pompe , la piece qui fert à faire
jouer les feies ou les poliffoirs , fera hauffer
& baiffer le piſton ; ce qui fera fort utile
pour les grands travaux , foit pour des Ports
de mer , loit ailleurs.
AVIS DE L'AUTEUR
du Mercure.
Ifferens contretems furvenus pendant
Dl'impreffion de ce Mercure , font caufe
qu'on n'a pû le rendre public que vers le 12 .
du mois de Juin. On fera en forte à l'avenir
de ne point retomber dans le même inconvenient
on efpere même le donner regulierement
au 1 , ou au 2. de chaque Mois,
APPROBATION.
"Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde des
6. Juin 1720.
CHATEAUBRUN.
A BLE.
R Efexions on Differtation für la-guerre
perpetuelle qui regne entre les Auteurs
modernes , par M. de V. Gentilhomme
de Normandie. こ
La Maifon de Campagne , imitation paraphrafée
de l'Epigramme 23 du Livre 1 .
de. Martial.

1s
Lettre en Vers en Profe à Mademoifelle
du *** F 2.3 .
Relation concernant là Montagne de Farine ,
fituée près de Cofovick , à vingt- cinq
lieues de Berlin. 25
Troifiéme Lettre , où l'on traite encore des
Conftitutions du Crédit , & où l'on
explique l'nfage des Monnoyes en general , ›
& les avantages de la Monnoye de Banque
en particulier.
Arrefts & Declarations,
Nonyelles Estrangeres. 90
Extrait de la Differtation fur la Pelanteur ,
qui a remporté cette année le prix à
PAcademie de Bordeaux , composée par
M. Bouillet , Docteur en Medecine de
la Faculté de Montpellier. 117
Programme de l'Academie Royale de Bordeaux
, pour le prix de 1721.
Morts de Paris.
Morts Etrangeres.
Naiſſances.
Mariages.
Dons.
Enigmes.
Chanfon
124
126
134
135
136
ibid
137
338
Les noms fuppofez , Nouvelle tirée de l'Efpagnol.
Journal de Paris.
148
162
Avis important.
174
Avis utile.
-176
Avis neceſſaire. 177
LE
NOUVEAU
MERCURE
.
JUIN 1720.
Le prix eft de vingt - cinq fols.
BIBLIOTH
THEREF
LYON
TILLE
&
་་་
A PARIS .
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur -de- Lys d'Or.
M DCC . XX .
Avec Approbation & Privilege du Roy.
AVIS,
O
N prie ceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercud'en
affranchir le port ,
ils refteront au rere
>
fans quoy
but .
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci- deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718 & 1719 , de
même que l'Abregé de la Vie
du CZAR.
De PImprimerie de C. L. THIBOUST ;
Place de Cambray.
LE
NOUVEAU
THEQUE
BIBLIOT
LYON
MERCURE
REPONSE *
DE
LA
ETTIA
DE MONSIEUR DE CAMPS ,
Abbé de Signy ,
A la Refutation du R. P. Daniel Jefuite ,
contre fa Differtation fur le Titre de Tres-
Chretien , donné aux Rois de France ,
aux Princes de leur Sang, depuis le Bátême
de Clovis I.
A Paris ce 18 May 1720 .
ع و ر م
E trouve , M. R. P. dans le Mercure
du mois d'Avril que l'on a debité au
commencement de May , une Lettre
que vous avez écrite à M. l'Abbé Bu
chet , par laquelle vous le priés , pour l'in-
* Cette Réponse avoit été envoyée à l'Auteur
du Mercure , affez à tems , pour être inferée dans
le Recueil de May. On ne fçait point la raifon qui
a engage M. Bachet a en différer l'impreſſion.
A j
4 LE MERCURE
terest de la verité , d'y mettre les plaintes
que vous faites au Public , de ce que j'ay
ofé entreprendre de refuter votre fentiment
dans une Differtation fur le Titre de Tres
Chretien , donné à nos Monarques & aux
Princes de leur Sang depuis le batême du
grand Clovis & ayant voulu voir l'original
qui eft entre fes mains , j'y ai trouvé
qu'il y a un dernier article , par lequel vous
Fexhortés , comme une oeuvre de charité à
faire , de me confeiller de moderer la paffion
que j'ai de critiquer , & de m'avertir
qu'autrement je pourrois m'attirer quelques
Réponſes , comme la vôtre , qui ne me
feroient pas d'honneur. Mais M. l'Abbé
Buchet , qui n'a pas moins de prudence que
de politeffe , a jugé à propos de fupprimer
ce dernier article, & de ne le comprendre
pas dans l'impreffion . J'en uferay plus honnêtement
avec vous ; celle - ci vous fera
rendue , avant que de tomber entre les
mains de M. l'Abbé Buchet.
Si votre Lettre & la Refutation qu'elle
contient , ne portoient pas votre nom , on
les auroit attribuées à tout autre , plutôt
qu'à un Religieux qui doit eſtre dans toutes
les actions de fa vie un exemple de
moderation ; car on n'auroit pû fe perfuader
qu'il eût écrit avec tant d'aigreur , qu'il
eût employé la raillerie & les invectives ;
dans un Ecrit qu'il donne au Public
&
que
1
DE JUIN.
il ait ofé me traiter de chimerique , & former
contre moy des accufations d'impoftu
re , & même porter la temerité jufqu'à me
menacer , parce que j'ay dit , qu'on doit
eftre furpris qu'un homme auffi habile que
vous l'êtes , ait avancé dans l'Hiftoire de
France que vous avez donnée au Public en
1713 , que le Pape Paul II. avoit accordé
au Roy Louis X I. & à fes Sucoffeurs le
Titre de Tres Chretien , d'autant que le P.
Mabillon avoit déja refuté le fentiment de
ceux qui attribuoient la même conceffion
au Pape Pie II . predeceffeur immediat de
Paul II. Qu'y a- t- il en cela d'offençant
pour vous ?
Si vous aviez au moins cité quelqu'Auteur
, ou quelques Monumens de qui vous
avez appris que ce fût Louis XI . qui ren
dit propre le Titre de Tres Chretien à la
perfonne de nos Rois , de concert avec
le Pape Paul II. ainfi que vous l'affurez
dans votre Hiftoire , ç'auroient été ces
mêmes Auteurs que j'aurois refuté ; & je
me ferois bien donné de garde de vous
nommer , de peur que vous ne m'en fiffiez
un crime d'Etat , ainfi qu'il paroît que vous
le faites dans la réponfe dont vous avez
bien voulu honorer ma Differtation ; mais
comme vous n'en cités aucun , vous m'avés
donné lieu de croire que c'est une addition
de votre propre cru. Si vous entrés dans
A iij
6 LE MERCURE
de tels emportemens pour fi peu de chofe,
que feroit- ce , & que ne diriez-vous pas ,
fi l'on faifoit paroître une Critique entiere
de votre Hiftoire ? Ce feroit pour lors que
l'on vetroit répandre les Libelles & les Lettres
anonimes.
Vous , M. R. P , qui n’avés épargné
perfonne dans votre Hiftoire , qui vous
êtes efforcé de renverfer la haute idée qu'on
a euë jufqu'à prefent des premiers Rois des
François , ancêtres de Clovis , en ne les
traitant que de Roitelets ou perks Rois , &
foutenant , comme vous faites , qu'ils n'étoient
pas de la même famille , ni même
parens .
Vous , qui pour infinuer que la Race des
Merouingiens , de même que , felon vous ,
celle des Carliens & des Capetiens , n'a
commencé que par un Ufurpateur , avés
avancé par une calomnie des plus noires ,
& injurieufe à la pofterité de Merouće
qu'il n'étoit pas fils de Clodion , * & qu'il
a ufurpé la Couronne des François , quoi
qu'aucun des Auteurs qui ont vêcu pendant
les neuf premiers fiecles qui ont fuivi
la mort de ce Monarque , n'ait dit un feul
mot de cette prétendue ufurpation , & que
par le témoignage des Auteurs contempo
rains , il foit demontré que Merouée étoit
* Le Pere Daniel a tiré cette Fable de Pierre de
Guife , qui écrivoit en 1398 ,
DE
7 JUIN.T
fils de Roy , que fes ancêtres étoient Rois ,
& Rois des François.
Vous , qui faites l'injure aux François
de les caracterifer du nom de Barbares ,
quoique les Auteurs Grecs & Latins de ces
temps-là ayent écrit que la nation Fran
çoife avoit fes Loix , & n'étoit pas moins
policée que les Romains .
Vous , qui pour diminuer la grandeur
de la Monarchie Françoile , ( 4 ) & pour lui
ôter l'anteriorité fur les autres ; lui retranchés
par des argumens tres captieux , foixante-
neuf années d'antiquité depuis fon
établiffement dans les Gaules , en ne le
fixant , comine vous faites , qu'en 486 ,
fous les premieres années du regne du grand
Clovis , que vous ne voulez reconnoître
que pour notre premier Monarque en deçà
du Rhin.
Vous , qui n'avés pas rougi de donner à
ce même Monarque , le nom de Roi Barbare
& de Roi Tyran , & d'obfcurcir l'éclat
de fes plus grandes vertus par l'oppofition
de quelques vices , mais toujoursimaginaires.
Vous , qui par une Epithethe qu'on ne
peut excufer , donnés celle de conjoncture
fatale (b), aumoment queDieu s'étoit refervé
a Edit. de 1696. I
283 .
P. ,
Edit. de 1696. pag. 34 .
A iiij
3 LE MERCURE
pour rendre Clovis ( a) victorieux de fes ennemis
, & pour operer fa converfion, & qui
pour répandre le doute & même l'incredulité
fur ce grand évenement , que des
Saints & des Auteurs fort graves , & même
tout l'Europe Chrétienne n'ont regardé que
comme un vray miracle ; vous ne l'attribués
par des (b) alternatives , tantôt qu'à
l'adreffe & à l'artifice des hommes , tantôc
qu'à des prodiges.
Vous , qui par un déchaînement continuel
contre la gloire de ce même Monarque,
& pour en impoſer au Public , avez ofé
avancer que Gregoire ( c ) de Tours au 40 .
Chapitre de fon hiftoire , n'en donne que
Pafrenfe idée d'un Ufurpateur & d'un Tyran
, en parlant de la mort de Sigebert
Roy de Cologne & de Cloderic fon fils ,
quoique cet Auteur le reprefente comme
un autre David , en difant à ce fujet que
Dieu ne renverfoit chaque jour les ennes
mis de Clovis , & ne les lui foumettoit
pour augmenter fon Royaume , que parce
qu'il marchoit le droit chemin devant lur ,
& qu'il faifoit ce qui lui étoit agreable.
Profternebat enim quotidie Deus hoftes
a Bataille de Tolbiac.
b Edit. de 1696. P. 45.
Edit . de 1713. col . 19 .
c Edit. de 1696. P. II .
Edit, de 1713. coli $4.
DE JUIN..
ejus fub mann ipfius , & augebat Regnum
ejus eo quòd ambularet recto corde coram
eo, & faceret que placita erant in oculis
ejus.
Vous , qui fans aucun ménagement pour
nos Monarques, avés eu l'audace de fouiller
la Majefté de leur Trône , en fuppofant
qu'il a été occupé par des Bâtards ; qui
avés eu la temerité de parler fans aucun
refpect de leur Perfonne , & des Princes
de leur Sang ; de foutenir contre la difpo
fition de la Loy fondamentale de l'Etat ,
que leur Couronne eft devenuë élective
fous la feconde Race , d'hereditaire qu'elle
étoit fous la premiere.
Vous, qui ne vous êtes fait aucun feru
pule de faper les fondemens des Libertés
de l'Eglife Gallicane , & de blâmer la conduite
& la probité des Magiftrats du premier
Parlement du Royaume ; Vous enfin
, qui pour établir votre nouveau fiftême
fur l'Hiftoire de France , vous êtes donné
la licence de décrier la plupart de nos
meilleurs Hiftoriens , & de les rejetter
comme apocriphes , lors que leur fentiment
ne convenoit pas à vos deffeins
vous ne voulez pas cependant fouffrir
qu'on releve la moindre de vos fautes?
> Loin de vous croire fi fenfible , & depenfer
que cela pût vous déplaire , & vous
engager à m'en faire un crime , je croyois
१० LE MERCURE
M. R. P. que vous me témoigneriés
quelqu'obligation de vous avoir menagé
en ne rapportant pas votre paffage entier ,
& tel qu'il eft dans votre histoire ; d'en
avoir même fuprimé quelques circonstances
pour ne pas faire connoître au Public ,
l'affectation conftante que vous y avez répandue
, d'attribuer à la conceffion des
Papes , des Droits & des Prerogatives que
nos Monarques ne tiennent que de Dieu
de leur Sang & de leur Couronne ; Mais,
au lieu de m'en fçavoir quelque gré , &
même de refuter aucune des autorités que
j'ay rapportées dans cette Differtation ,
pour prouver que le Titre de Très - Chrétien
a été donné à nos Monarques & aux Princes
iffus de leur Sang par mâles , depuis
le Batême du Grand Clovis , & que des
Papes , des Conciles , des Evêques , des
Univerfitez, des plus fameux Jurifconfultes
& d'autres Auteurs fort graves ont reconnu
plufieurs fiécles avant le Regne de Louis
XI. qu'ils poffedoient ce Titre hereditairement
Vous vous foulevez contre moi ,
& vous m'arrêtés feroit- ce en travaillant
à l'hiftoire de la Milice , que vous auriés
pris un air fi cavalier ?
,
&
Avant que de répondre à vos autres
plaintes , à vos accufations , mêine à vos
menaces ; parlons d'abord des reproches
que vous me faites de n'être pas commu»
DE JUIN.
12
nicatif ; & voyons s'ils ont quelque apparence
de juftice & de raifon. Je pafferai
enfuite au plus effentiel , qui cft d'examiner
fi votre Refutation eft bien fondée
felon la fcience de l'hiftoire , & s'il y a
quelque chofe de chimerique dans mon
fiteme , & dans les autorités que j'ai rapportées
pour le prouver.
1. Vos reproches font fondés fur le
refus que vous fuppofés que j'ai fait de
vous communiquer quelques uns de mes.
Manufcrits ; c'eft , dites- vous , ce refus
honteux pour un homme de Lettres , qui
rompit le commerce qui étoit entre nous .
Comme j'ai fort peu de memoire , j'ai
tenu un Journal exact depuis l'année 1672
des converſations & des conferences que
Rai eues avec des perfonnes de quelque
confideration , & de l'utilité que j'en ai
retirée ; je n'y trouve pas que notre commerce
ait été bien frequent. Je ne vous
ai parlé que fix ou fept fois , & je le disà
ma confufion ; car fi j'avois eu plus frequemment
cet honneur , je n'aurois pû
qu'en retirer de grands avantages pour
mon inftruction particuliere.
Au refte , c'eft me faire trop de faveur
de me mettre au nombre des Gens de Lettres
, car je ne fais profeffion que d'être
bon Chrétien & bon François. Je ne fçai
4 cette derniere qualité pourroit déplaire
I 2 LE MERCURE
à quelqu'un ; car on m'a ſouvent tâté h
je pouvois ceffer de l'être. Je ne me picque
pas d'être fçavant ; mais je crois l'être
affés pour ne pas me foulever contre
mes Superieurs , pour refter dans la jufte
fubordination où je dois être , pour ne rien
écrire qui merite d'être condamné m
& pour vous faire connoître , lorfqu'il vous
plaira , ou que vous ne fçavez que mediocrement
notre Hiftoire , ou qu'ilfemble que
vous ne l'ayés écrite , que pour la corrom
pre , & n'en faire qu'un honnête Roman.
Je devrois être affez au fait de tout
ce qui concerne l'Hiftoire de France , &
le Droit public du Royaume , car il y a
long- tems que j'y ai été introduit de bonne
main. Un meilleur efprit que le mien en
auroit mieux profité. Le Baron d'Auteuil,
les Vion de Herouval , François du Chefne,
Jean du Boucher , Mrs. Bouterouë & du
Cange, le P. Lacari Jefuite , le P. le Cointe
de l'Oratoire , & le P. Mabillon même
ont été mes premiers Maîtres. Ce font eux
qui m'ont engagé à la recherche des anciens
Manufcrits , & des autres Monu
mens de notre Hiftoire , & qui m'en ont
fait connoitre la neceffité. Je n'ai épargné
aucune dépenſe pour y parvenir ; & je confeffe
qu'il y a encore des perfonnes vivantes
dans Paris & ailleurs , qui y ont consribué
, & à qui j'ay de femblables obli
DE JUIN. 13
.
gations cependant je n'ay pas toujours
juré in verba Magiftri ; J'ai pris quelque
fois la liberté de les reprendre ; ils ne l'ont
pas trouvé mauvais ; c'étoient de bons efprits
qui aimoient qu'on les fit appercevoir
de leurs fautes. Je ne prefume rien
de moi-même. Je ne cours fur le metier
de perfonne. Je n'ai aucune jalouffe du
vôtre , & des Talens que Dieu vous a
donnés pour faire briller aux yeux du
Public jufqu'aux moindres erreurs populaires
que vous avez adoptés dans votre
kiftoire , je vous les abandonne avec beaucoup
de plaifir.
Mais , permettés-moi de vous dire que
ces reproches ne font pas juftes , & ne perfuaderont
pas les perfonnes qui me connoiffent
, que je ne communique pas volontiers
ce que mes amis me demandent , puifqu'il
y a dans les Cabinets de Paris plus
de cinquante Copies de Differtations , &
d'autres amuſemens de ma folitude , que
j'ai communiquées , & fouvent avec trop
de facilité. Vos reproches contiennent même
une espece d'ingratitude. Je voudrois
trouver quelques termes pour vous dire le
plus honnêtement qu'il fe pourroit , car
je ne veux pas vous offenfer , que vous
fçavés bien vous - même que vous parlés
fur cela contre le propre témoignage de
youre conſcience. Je vais le prouver par
14
LE MERCURE
une Lettre que vous m'avés écrite dattée
de votre Maifon de Saint Louis du 29
Octobre 1711. par laquelle vous me remerciez
, & me témoignez de la reconnoiffance
de vous avoir communiqué ma
Differtation fur l'abdication volontaire de
Childeric III . & l'élevation de Pepin furde
Trône des François , fans le concours
& l'autorité du Pape Zacharie . En voici la
copie.
>>
5)
Monfieur , j'ay lû avec beaucoup de
» plaifir , la belle Differtation que vous
» avez eu la bonté de me communiquer.
» Elle est très - fçavante , très- rangée &
» fort methodique , & elle merite de voir
» le jour. On ne peut pas mieux refuter
» la propofition de Dom Ruinard , ni
» donner plus de probabilité au fentiment
" que vous foutenez. Vous me paroiffez
» bien prouver que le Pape ne depofa pas
Childeric par fon autorité ; mais il me
» femble que vous n'ôtez pas au moins
» toute la vraifemblance au fentiment mi-
» toyen qui eft le mien , felon lequel le
» Pape confulté comme fur un cas de
» conſcience , decida que la choſe étoit
» pour le bien de la Religion & de l'Etat.
ร Après tout , je fuis perfuadé que fi vous
» faites paroître votre Differtation , vous
» aurés des Partifans. Je fuis avec bien
» de la reconnoiffance & du refpect
""
DE JUIN. IS
" Monfieur , votre très - humble & trèssobéiffant
Serviteur. Daniel.
Vous penfiés fans doute , M. R. P. lors
que vous m'avés accufé de n'être pas communicatif
, que cette Lettre ne fe retrouveroit
plus ? mais je fais trop de cas de
tout ce qui vient de vous , pour n'en conferver
pas jufqu'aux plus petites choſes.
Je n'ai pas oublié , & je n'oublierai jamais,
ce que j'ai ouy dire , étant à Rome , en
1673 , par le Cardinal Altieri à Monfeigneur
de Roffi qui prenoit congé de Son
Eminence , pour aller prendre poffeffion de
l'Archevêché de Ravenne , Figliolo caminate
giuftificatamente , Mon fils , mettés
toujours pardevers vous dequoi juſtifier
votre conduite. J'ai profité de cet excellent
confeil. J'ai eu foin de mettre pardevers
moi de quoi juftifier la mienne , &
celle des autres.
Je crois , que cette premiere Lettre doit
fuffire , pour perfuader le Public que vos
reproches fur cet article , ne font ni vrais
ni raiſonnables ; mais , après avoir répondu
, comme je vais faire , à votre Refutation
, j'en raporterai encore une autre ,
qui achevera de perfuader que vous ne
parlés pas plus jufte fur le refus que vous
fuppofés que j'ai fait de vous communiquer
mon hiftoire de la Guerre des François
par Terre & par Mer , depuis le com16
LE MERCURE
mencement de la Monarchie jufqu'à Fran➡
çois I.
> prouve
le Quant à la premiere elle
peu de demangeaifon que j'ai de paroître ;
car , quelque follicitation qu'elle contienne
de votre part , pour m'engager de donner
au Public cette Differtation , & nonobftant
l'affûrance dont vous me flattiez qu'elle
m'attireroit des Partifans , vous voyez que
jufques ici , je n'ai eu nulle envie de la
faire imprimer ; auffi ne l'ai - je fait , que
pour mon inftruction particuliere ; & je
ne l'ai achevée qu'avec le fecours & le fentiment
des plus habiles dans notre hiftoire ;
car je fuis toujours le premier à combattre
mes propres idées . Je ne vous l'ai com
muniquée que dans l'efperance que j'avois ,
qu'elle pourroit vous determiner à changer
de fentiment fur la prétendue dépofition
de Childeric III . & fur la chimerique
ufurpation de Pepin le Bref, par le concours
& l'autorité du Pape Zacharie, que
je fçavois que vous vous efforciés de prouver
dans votre hiſtoire ; mais , au lieu de
changer de fentiment , trop attaché aux
pretentions de la Cour de Rome , on voit
par votre Lettre que vous ne rougiffez pas,
de vous retrancher fur la feule vraifemblance
dans un cas auffi important que celui-
là , contre la difpofition de la Loy
fondamentale de la Monarchie , & le fentiment*
.
DE JUIN.
17
timent de nos meilleurs Hiftoriens , meliora
video , deteriora fequor.
Eft ce de bonne foi , M. R. P. fur de
fimples probabilités & de legeres vraifemblances
, qu'un bon François & un Hiftorien
, doit écrire des Faits fi importans ,
& que vous en deviés debiter tầnt d'autres
contre la verité de Phiftoire ?
En voilà ce me femble affez pour faire
connoître l'injuftice de vos reproches , &
que je ne fuis que trop communicatif.
20. Je paffe maintenant à l'examen do
votre Refutation. Je commence par rap
porter ce que vous avés dit fur le Titre
de Très Chrétien , dans l'hiftoire de Clo
vis que vous avés fait imprimer en 1696 3.
car il eft neceffaire de le rapeller ici.
" • » Le feul. Clovis , dites - vous , étoit
» Chrétien & Catholique , & pour cela
» même digne de porter le nom de Très-
» Chrétien , dont lui & fes Succeffeurs le
» font toujours fait , & fe font encore au
jourd'hui tant d'honneur. Il n'eft pas
» vrai cependant qu'ils l'ayent porté , com
» me ils le portent aujourd'hui , c'est - à-
» dire , comme un nom propre , & com-
» me un Titre attaché à leur Couronne.
C'étoit une premiere faute de parler
ainfi , puifque ce Titre a toujours été attaché
au Sang & à la Couronne de nos
Rois , depuis le Batême du grand Clovis ,
B
18 LE MERCURE
ainfi qu'il l'eft aujourd'hui cependant,,'
perfonne ne fe feroit peut -être avifé de la
relever , fi vous en étiés refté là ; mais d'a--
voir ajoûté , comme vous avés fait dans
l'hiſtoire donnée en 1713 , que ce fut Louis
XI. qui rendit le Titre de Très- Chrétien , -
propre à la perfonne de nos Rois , de concert
avec le Pape Paul II . c'est une feconde
faute qu'on n'a pas crû devoir vouspardonner.
Si dans l'impreffion de ma Differtation,
on a nommé le Pape Pie II . au lieu du
Pape Paul II. c'est une faute du Copifte
ou de l'Imprimeur. On jugera aifément
que ce n'eft qu'une méprife , puiſque je
cite la Col. 22. de votre Hiftoire , où vousne
nommés que le Pape Paul II. Ce n'eft
donc pas , comme vous dites , une fûpofition
que j'ai en intention de faire ; mais
loin que cette méprife foit un fujet de
triomphe pour vous , il me paroît que vous -
n'en êtes que plus reprehenfible ; car ,
puifque le P. Mabillon avoit déja refuté le
fentiment de ceux qui attribuoient au Pape
Pie II. cette prétendue conceffion du Ti
tre de Tie- Chrétien au Roy Louis XI. en
prouvant , que plufieurs fiécles avant fon
Regne , ce Titre avoit été donné à nos
Monarques, & qu'il leur étoit hereditaire,
deviés vous l'attribuer au Pape Paul II .
fon. Succeffeur immediat , & dire , comme
DE JUIN.
19
de con-
Vous avez fait , que ce n'a été que
cert avec ce faint Pontife que Louis XIle
rendit propre à la Perfonne de nos Rois ?
,
Vous appellés ce fçavant Religieux à
votre fecours , mais c'eft inutilement. I
parle du Titre Très - Chrétien , en quatre
endroits de fa * Diplomatique. Il rapporte
même une partie des autorités que j'ai citées
, pour prouver que ce Titre étoit hereditaire
à la Perfonne de nos Rois , plus
fieurs fiécles avant le Regne de Louis XI.
& il n'a pas negligé celle qui prouve que
ce Titre étoit tellement fpecial à la Maiſon
de France , que dès le tems du Roy Louis
VII. lorfqu'on nommoit dans toute l'Europe,
la Cour du Roy Très Chrétien, on ne
defignoit par cette expreffion que la Cour
du Roy de France ; mais dans aucun de
ces endroits , il n'y a rien qui puiffe faire
conclure que le P. Mabillon ait eu inten
tion de dire , comme vous avés fait , que
fi Louis XI. a pris ce Titre , comme urr
Titre fpecial à fa Perfonne , ce n'a été que
de concert avec le Pape Paul II. & s'il
Pavoit dit auffi formellement que vous ,
il fe feroit trompé ; car on trouve dans la
Relation de la Legation de Guillaume de
Montreuil de la part de Louis XI. auprès
du Pape Paul H. raportée par le P. Ma+
7
&
* Liv. 2. ch. 2. p . 62. ch . 3. p. 70. Liv. Ja
P 384. Liv. 6. p . 620.
1
Bij
20 LE MERCURE
billon au fixiéme Livre de fa Diplomati
que , que ce faint Pontife »declare , que
» c'eſt avec raiſon que les Rois de France
» portent le nom & la gloire de Rois &
» de Princes , Très-Chrétiens , avant tous
» les autres ; & que fi quelques - uns de
» fes Predeceffeurs avoient negligé de leur
» donner ce Titre , il lui fembloit que fi
» de parole on par écrit il ne le donnoit
» lui-même à Sa Majefté , il ne feroit pas
» fon devoir , & que pour cette raiſon ik
» avoit déja commencé de le lui donner ,
» & qu'il étoit difpofé à le lui continuer.
2 Ainfi , M. R. P. me croira t'on bien açcablé
, comme vous, m'en menacez par les
fragmens que vous rapportez de la Diplomatique
du P. , Mabillon , fans neanmoins
être entré vous même dans fa penfée
? Le dernier paffage que j'en raporte
n'acheve- t'il pas de faire connoître combien
vous vous en êtes éloigné ?
Le P. Mabillon ignoroit. fans doute alors,
Comme vous ignorés aujourd'hui , que le
Concile de Baile en 1439 écrivant au Roy
Charles VII, lui donne le même titre de
Tres Chretien , Sacro San&a generalis Synodus
Bafilienfis * &c. Chariſſimo Ecclefiæ filio
Carolo , Francorum Regi Chriftianiffimo ,
falutem. Le même titre fe trouve repeté.
Bois, ou quatre fois dans cette Lettre, Rex
* Bibl. du Roi. Mf, du Concile de Bafic.
DE JUIN.
2-0
י
Chriftianiffime , Regnum Chriftianiffimum ,
Chriftianiffimam devotionem tuam. Au lieu
que le même Concile écrivant aux Empe
reurs Sigifmond , Albert & Frederic , qui
fe font fuccedé , ne les qualifie que du titre
de tres Religieux , Princeps religiofiffime.
Deux ans après le Pape Eugene IV.quatrié
me predeceffeur de Paul II. écrivant au même
Prince , reconnoît que le titre de Tres
Chretien eft fpecial , & dû aux Rois de
France. Voici comme il s'en explique. Ne
que enim ambigimus ....... quin egregium &*
præclarum nomen , quo Francia Reges ,
(Chriftianiffimi enim appellantur ) hactenus
fuis in Ecclefia meritis claruerunt , &c. *
3.
Vous me demandés comment je pourrai
prouver cette diftinction particuliere dès le
temps de Clovis ?
Les Sçavans Lecteurs de ma Differtation,
qui eft dans le Mercure de Janvier de cette
année , jugeront eux-mêmes fi je ne l'ay
pas fuffifamment prouvée par le grand nom
bre d'autorités que j'y ay rapportées , & s'il
n'y en a pas fuffifamment pour vous accas
bler vous même, & juftifier que vous ne
faites que trop connoître d'affectation ,
d'attribuer à la conceffion des Papes , ce
que nos Rois & les Princes de leur Sang
ne doivent qu'à leur naiffance .
Mais au lieu de refuter toutes les au
* 1b dem..
22 LE MERCURE
.
torités que j'ay rapportées , vous detournés
par une adreffe merveilleufe & un mauvaisparalogifme
, l'état de la queftion .
Vous me demandés fi j'ay quelque conceffon
de Papes pour l'appuyer ; car vous
avez ces fortes de conceffions fortement
imprimées dans l'éfprit , & vous voulez
toujours perfuader qu'elles foient neceffaires
à des Monarques & à des Princes de
leur Sang , qui n'ont befoin que de celleque
la naiffance leur donne , pour joüir de
leurs droits & de leurs prerogatives. Vous
demandez le confentement de tous les autres
Princes de la Chretienté. Ce confentement
univerfel ne paroît- il pas affez , lors
que nul d'entre eux ne s'y eft oppofé ?
Avez-vous quelque oppofition à me citer ?
Vous voulez auffi que je rapporte quelques
Monumens & quelques Chartes de
nos anciens Rois , où ils fe donnent euxmêmes
le Titre Tres Chretien . C'est encore
Par là que vous voulez vous fauver , en
changeant l'état de la queftion ; mais je
yous arrête à mon tour. Je n'ay point dit
dans ma Differtation que nos Rois ont pris
eux-mêmes le Titre de Tres Chretien depuis
le batême du grand Clovis Jay dit
qu'il leur a été donné par les Papes , &.
par d'autres qui leur ont écrit , ou qui leur
ont parlé , & qui ne regardoient ce même
titre que comme une prerogative attachée
DE JUIN 2
à leur Couronne & à leur Sang. Vous
faites femblant de louer mon zele pour lá
gloire de nos Rois & des Princes de leur
Sang fur ce point ; mais mon zele , dites
vous , n'eft pas felon la fcience..
Votre Refutation , M. R. P. eft -elle felon
la fcience des Monumens de notre Hiftoire ??
Pourriez-vous en rapporter de bien autentiques
, pour juftifier tant de paradoxes
que vous avez ayancez dans la vôtre contre
la gloire & la reputation de nos plus
grands Monarques , contre l'honneur de
la Nation , contre les Loix fondamentales
écrites & non écrites , & contre les ufages
les plus refpectables de la Monarchie ?
>-
Vous dites , que quelques Papes & quelques
Auteurs ont donné le Titre de Tres
Chretien à d'autres Souverains , & que je
ne pourrois pas en conclure que ce même
Titre étoit attaché à la perfonne de ces
Souverains par une diftinction particuliere,
à l'exclufion de tous autres Princes , &
qu'il vous feroit aifé de raffembler quantité
d'exemples , où les Papes & d'autres Ecrivains
ont donné à d'autres Princes que les
nôtres le Titre de Tres Chretien , d'Empereur
Chretien & de Tres Chretien , d'où
vous conclués qu'il s'en faut bien que mon
railonnement ne foit jufte ..
Vous , M. R. P. qui aviez apparemment
dépouillé tous les Monumens de l'Hiftoire
24 LE MERCURE
ancienne & moderne , avant que de travailler
fur celle de France , & qui avez em←
ployé trois mois entiers à compoſer votre
Refutation , pourriez - vous me rapporter
quelques exemples, qu'avant la fin du quinziéme
fiecle le Titre de Tres-Chretien ait
été donné à d'autres Princes qu'à nos Rois ,
& aux Princes de leur Sang , & que ceux
qui ont donné ce Titre à d'autres Princes ,
pour les flatter feulement , & pour exciter
leur religion, ayent declaré en même- temps
qu'il leur étoit hereditaire & à leur pofterité
? Pour moi , je n'en ai vû aucun ; &
vous me feriez plaifir de m'en inftruire ;
car j'ay toujours aimé à me faire endoctriner;
mais je vous défie d'en trouver qui
parlent comme ceux que j'ai cités , pour
prouver que ce glorieux Titre étoit hereditaire
à nos Rois , & aux Princes de leur.
Sang par mâles , plufieurs ficcles avant le
Regne de Louis XI .
Le furplus de votre raisonnement eft en
core plus abfurde. » Nos Rois , dites- vous,
» n'ont pas d'autres Titres que ceux que
» leurs Majeftez ont pris elles- mêmes ; &
c'eſt ainfi que vous voulés encore changer
l'état de la queftion. Encore un coup ,
il
ne s'agit pas du Titre de Tres Chretien ,
pris par nos Rois , mais de ce même Titre
que les Papes , les Conciles , les Prelats ,
les Jurifconfultes les plus fameux , les Uni
verfitez
DE JUIN. 25
verfitez les plus celebres , ont donné à nos
Monarques & aux Princes de leur Sang
par males , & qui ont reconnu leur être
hereditaire depuis le batême du grand
Clovis. Ce font toutes ces autorités que
vous deviés refuter , pour détruire le fiftême
de ma Differtation ; mais jufques ici
Vos Refutations n'ont pas fait fortune.
Vous devés vous reffouvenir qu'à la premiere
que vous avez fait paroître , Dom
Petit Didier , Religieux Benedictin , a ſçû
vous impofer filence.
Il me paroît que vous ne pouvés digerer
que j'aye avancé dans ma Differtation,
que les meilleurs Auteurs ont écrit que
Saint-Arnoul , Duc des François , & depuis
, Evêque de Metz , étoit du même
Sang que Clovis . Que les Papes même
ont auffi reconnu Saint Arnoul & fa pofterité
, pour Prince iffu du Sang de France
par mâles ; & que comme tels les Papes
Honoré III. & Zacharie ont donné le
Titre de Très-Chrétien à Charles Martel,
à Carloman , & à Pepin fes fils , & en particulier
à ce dernier Prince , n'étant encore
que Maire du Palais , & avant qu'il eût
fuccedé au Trône des François.
J'avoue que cette propofition doit être
d'une tres-dure digeftion à un Hiftorien ,
qui a employé , comme vous avés fait ,
toutes les fleurs de la Rhetorique
C
, pour
26 LE MERCURE
prouver que Pepin & Hugues Capet , iffus
T'un & l'autre de Saint Arnoul , 32 e Ayeu
du Roi Louis XV. n'étoient pas Princes
du Sang de France ; qu'ils n'étoient que
de fimples Particuliers ; qu'ils n'avoient
aucun droit à la Couronne , & qu'ils n'en
étoient que les Ufurpateurs ; & pouffant .
F'audace encore plus loin , vous avés dedié
votre Hiftoire à Louis XIV . afin que
ce grand Monarque , de glorieufe memoire
, defcendant de Hugues Capet , ne pût
ignorer , que felon vous , il ne tenoit pas
La Couronne à jufte Titre , puifqu'il ne
fuccedoit qu'à un Ufurpateur.
Vous avés même eu foin de faire mettre
dans les Journaux , pour en faire defirer
la lecture , que votre Hiftoire étoit
écrité avec beaucoup d'onction ; quelle
onction , grand Dieu ! celle du Saint Elprit
n'enfeigne que toute verité. Vous aviés
alors de grandes vûës. Ne m'obligés pas ,
je vous prie inftamment , d'en dire davantage.
Je fçai que vous n'êtes pas le premier
qui a répandu ces fables dans le Public ;
mais perfonne ne les a decorées de tant
d'ornemens , pour leur donner quelque
vrai-femblance. Votre Difciple les a auffi
debitées d'une maniere encore plus outrée.
De grands Hommes des plus fçavans
dans notre Hiftoire , les avoient refutées
par d'excellens Ecrits : Deviés-vous les re-
,
DE JUIN 27
mettre aux yeux du Public , fans détruire
leur Refutation, & aneantir leurs preuves ?
Suffit-il que vous ayez parlé pour en être
crû ?
Mais , comment rejettés -vous maintenant
cette Propofition ? Charles Martel ,
Carloman & Pepin le Bref , n'étoient ,
dites-vous , que des Maires du Palais , des
Ducs en Auftrafie , qui n'étoient point
Rois. Vous en parlés à peu près avec la
même indifference , que fi vous ne parliés
que de vos égaux.
Souffrez , s'il vous plaît , avec patience,
que je vous dife que Charles Martel , Carloman
& Pepin , n'étoient Maires du Palais
, Ducs en Auftrafie , & revêtus des plus
grandes Dignités de la Monarchie , que
parce qu'ils étoient Princes du Sang de
France , & que ce n'eft que pour cette
raifon queles Papes Honoré III . & Zacharie
, leur ont donné le Titre de Très- Chré
tien.
Agréés encore que je vous faffe ici une
amiable leçon , & que je vous diſe , que
ce n'eft pas parler en bon François , & en
Hiftorien fincere , ni même avec prudence
, que de vouloir perfuader le Public ,
que par une idée purement chimerique ,
dites-vous , & qui n'est jamais venuë à la
tête de perfonne , j'ai pris le parti de citer
les Lettres des Papes Honoré III . & Za-
Cijk zi
LE MERCURE

charíe , qui donnent le Titre de Très Chretien
à la pofterité de Saint Arnoul , 30
Ayeul du Prince Regent qui nous gouverne
, pour prouver qu'ils le reconnoiffoient
pour Prince iffu du Sang de France
par mâles ; & que ce n'eft que pour me tirer
d'embaras,que j'ai ainfi changé inon ſiſtême.
9
Je ne change point de liftême . Je le
repete. Je n'ai raporté l'autorité des Papes
Honoré III. & Zacharie , que pour prouver
que ces deux Pontifes auffi éminens
en Doctrine qu'ils l'étoient par leur Sainteté
, reconnoiffoient Saint Arnoul & fa
Pofterité , pour Prince iffu du Sang de
France par mâles , puifqu'en cette qualité
ils ont donné le Titre de Très -Chrétien
à Charles Martel, à Pepin & àCarloman , ſes
arriere -petits Fils, & en particulier à Pepin ,
n'étant encore que Maire du Palais, & avant
qu'il eût fuccedé au Trône des François.
Et vous , par une faillie qui vous a échapé
, & qui ne met vos fentimens que trop
à découvert , vous traités cette propofition
d'une parfaite chimere : vous dites qu'elle
n'est jamais venue à la tête de perſonne ;
Que jamais les Princes du Sang n'ont eur
une telle pretention ; qu'ils n'ont jamais
penſé à s'arroger ce droit , & que ce nouveau
fiftême ne fera pas fortune : ne fem
ble-t'il pas que vous foyez l'arbitre fou
verain des Droits & des Prerogatives de
nos Princes ?
DE JUIN
29
Vous n'y répondez cependant que d'une
maniere bien pitoyable & tres- imprudente,
& non en homme qui ait , ou qui doit
avoir du zéle pour la gloire de l'origine
de l'Augufte Maifon de France , quoique
par votre Lettre du 29 Octobre 1711 ,
que j'ai rapportée ci -deffus , vous m'ayés ›
écrit en me renvoyant ma Differtation fur
l'abdication volontaire de Childeric III.
& fur l'élevation de Pepin fur le Trône ,
que vous l'avez trouvé très- fçavante ,
très methodique , & très - bien écrite ;
qu'elle merite de voir le jour , & que fi
je la fais paroître , elle m'attirera des Partifans
. Or, dans cette Differtation,je prouve
le même fiftême que vous combatés aujourd'hui
, & je prouve par un grand
nombre d'Auteurs prefque contemporains,
& même par le témoignage de quelques
Ultramontains , que Saint Arnoul & fa
Pofterité étoient iffus du même Sang que
Clovis , & de l'ancienne ligne des Merovingiens.
Votre zéle , s'il eft vrai que vous en
ayez pour la gloire de l'Augufte Maiſon
de France , auroit dû vous engager à vous
ranger au nombre de mes Partifans pour
ce fiftême & à trouver plus que de la
probabilité & de la vrai-femblance dans
cette Propofition , même à la fortifier plusôt
qu'à la traiter de chimerique , & qu'à
Cij
30 . LE MERCURE
prevenir le Public qu'elle ne fera pas fortune
; fur tout ayant decidé dans votre
Hiftoire , des faits autant importans que
celui - ci , fur de fimples probabilitez. , &
très- legeres vrais -femblances .
Pour prouver que ma Propofition n'eft
qu'une chimere , vous dites , que les Papes.
donnoient le Titre de Très Chrétien à des
Maires du Palais , à des Ducs d'Auftrafie ,,
& à d'autres qui n'étoient pas Rois ; &
moy , je ne raporte les Lettres des Papes
Honoré III . & Zacharie , que pour prou
ver qu'ils ont reconnu Charles Martel ,
Pepin & Carloman , arriere- petits- Fils de
Saint Arnoul , pour Princes iffus du Sang
de France ; puifque n'étant pas Rois , &
feulement Maires du Palais & Ducs em
Auftrafie , ils leur ont donné le Titre de
Très-Chrétien , qui n'a jamais été donné
qu'à nos Monarques , & aux Princes iffus :
de leur Sang par mâles.
Les Papes Honoré II. & Zacharie , ne
font pas les feuls de ces fiéclés -là , qui ont
reconnu S. Arnoul pour Prince iffu du Sang
de France par mâles ; les plus graves Auteurs
qui les ont ſuivi , lui ont auffi- rendu
la même juſtice & à fa Pofterité ..
L'Auteur anonyme de la Vie de ce faint
Prelat , & qui avoit paffé une partie de
fes jours avec lui , affure qu'il étoit illuftre
par la grandeur de fon origine , étant de
la très-noble & très- genereufe Race .
DE JUIN
T
François ; & Paul Diacre en parle dans
les même termes.
(4) Beatiffimas Arnulphus, vir per omnia
lumine fanétitatis & fplendore generis.
clarus , qui ex generofiffimo Nobiliffimoque
Francorum ſtemmate ortus.-
Vous qui decidés fur de fimples apparences
fi vous n'en trouvés pas encore
affez dans ce paffage , pour convenir de
l'extraction Royale de Saint Arnoul , les
fçavans Lecteurs ne feront peut-être pas
fi difficiles que vous , & les fuivans acheveront
de les en convaincre.
>
Pierre le Bibliothecaire , Auteur Ultramontain
, qui a fini fa Chronique à la fin
du neuviéme fiècle , dit que Pepin le Bref,
arriere petit fils de Saint Arnoul , étoit iffu
de l'ancienne ligne des Merovingiens , (b)
qui ex antiquâ Merovingorum ftirpe fuerit.
Hincmar Archevêque de Reims , l'un
des plus fçavans Prelats de l'Eglife Gallicane
, en parlant de Louis le Debonnaire
dit que ce Monarque étoit iffu par Saint
Arnoul , de la Race de Clovis premier
Roy Chretien des François.
(c) Ludovicus , Pius Imperator Au-"
guftus , ex progenie Ludovici Regis
a Sæc . Bened . p. 158. Chen. t. 2. p. 201.
b Chen. t. 3 P. 542.
c Baluz . capit. Reg. Frane t. 2. p . 219.
& 220. Annal. Bert . ad an. $ 69.
+
C iiij;
LE MERCURE
Francorum in Remenfi Metropoli baptiqati
exortus per beatum Arnulphum , à
anjus carne idem Ludovicus Pius Auguftus .
originem duxit carmis.
Frodoard qui a fini d'écrise en 948 ,
dont le Manufcrit eft à la Bibliotheque des
Carmes Defchauffez de Paris , & duquel le
Pere Mabillon a tapporté un extrait par
lant de la retraite de Carloman fils de Chatles
Martel , & frere de Pepin le Bref , le
reconnoît auffi pour Prince iffu du Sang de.
France en ces termes.
Francorum Regis Regali Stemmate tempt8,
Addicit genitus fefe & fua munera Petro ;
Atque jugum Chrifti pronâ cervice capefcit,
Ut vacet affiduus Cæli jub munia fervus ,
E Dominofamulus, fupplex de Rege minifter
faftus fugienti ac Regna..
Heriger , Abbé de Lobbe , Auteur celebre
qui vivoit à la fin du même fiecle , parlant
Anfegife , fils de Saint Arnoul , dit que
l'un & l'autre étoient iffus du Sang Royal ,
& venoient des Rois des François par leurs.
Ayculs.
*fed Beggamforte jugalem
Anfegifus habet Arnulphifilius almis
Regius ex Atavis quem compfit germine
Sanguis.
Sæc. Bened, 3. t. 2. p. 615
DE JUIN. 3.35
Ce fentiment s'eft perpetué , & a paffé
pour conftant dans les fiecles fuivans . (a)
Nizard , grand Seigneur , declare encore
la même choſe en termes formels dans une
Lettre qu'il écrivit à Hugues Capet , neuviéme
petit-fils de ce Saint Arnoul , fur fon
avenement à la Couronne , dans laquelle
il lui dit qu'il eft iffu du grand Clovis.par
la ligne du Sang .
(b ) Pietas ac Prudentia Ludovici Regis
cujus lineam fanguinis ad te perduxit
Omnipotens.
Aimar de Chabanés , qui vivoit au commencement
de l'onziéme fiecle , dit dans fa
Chronique fous l'an 757 , que Pepin le
Bref, arriere petit- fils de Saint Arnoul
fut élevé fur le Trône , pour ne pas interrompre
l'ordre de la fucceffion à la Cou
ronne.
(c) Et ut non conturbetur Ordo Regalis ,
juffit Pipinumfieri Regem , qui erat de
fanguine Regali Francorum.
Je fupprime un grand nombre d'autori❤
tez que vous avez vûës dans la Differtation
que vous m'avez renvoyée par votre Lettre
du 29 Octobre 1711 , qui juſtifient que
(a) On trouvera à la fin du Mercure un fup--
plément qui prouve cette propofition .
( b ) Mf. de la Bibl . du Roi Nº 9807. fol. 89.
(c ) Labb. Bibl to z posa
34 LE MERCURE
les bons Auteurs des 12 , 13 , 14, &
15e fiecles , en ont parlé dans les mêmes
termes , & qu'ils ont reconnu Saint Arnoul
pour Prince iffu du même Sang que
Clovis .
Mais pour vous tirer d'embarras , ne diréz-
vous pas , M. R. P. comme quelques
avortons d'Hiftoriens & de mauvais François
, qui font toujours prêts d'argumenter
contre la haute extraction de nos Monarques
, pour en diminuer la gloire ; que fi
Saint Arnoul étoit iffu du Sang de Clovis ,
ce n'étoit que par Blitilde fa mere , prétendue
fille de Clotaire 1. car en ce cas , je
vous demanderois fi vous avez trouvé quelques
preuves dans les Hiſtoriens , & dans
quelques Auteurs , qu'aucuns des enfans
iffus des filles des Rois de la premiere & de
la feconde Race , & même de la troifiéme ,
qui ont été mariées à des Princes étrangers ,
ayent été qualifiez Princes du Sang de France
, qu'ils ayent formé des lignes collaterales
du même Sang , & que ceux qui en
ont parlé, ayent dit qu'ils étoient è ftirpe ,
è stemmate , è ſanguine , è profapiâ Francorum
, & du même Sang que Clovis , & des
Rois Merovingiens , comme ils l'ont dit
de Saint Arnoul & de fa pofterité.
Votre Difciple qui n'a pas plus de ménagement
que vous pour la gloire de l'origine
de la feconde & troifiéme branche de nos
Monarques , & qui s'efforce de la rendre
DE JUIN. 35
des plus obfcures & des plus communes ,
s'étonne que l'on ne connoiffe pas le pere
de Saint Arnoul ; & il a la temerité de
dire , que fi ç'eût été un homme illuftre
& élevé au deffus des autres , ou par fa
naiffance ou par fon merite , P'Hiftoire ou
la tradition n'auroit pas oublié fon nom
& qu'aucun Auteur ne l'a nommé julqu'au
temps de Charles le Chauve.-

Je conviens qu'on a ignoré , & qu'on
ignore peut -être encore à prefent le nom
du pere de Saint Arnoul ; mais de -là , peuton
en conclure que ce n'étoit pas un homme
élevé au deffus des autres par fa naiffance
, fur tout lors qu'on voit fon fils revêtu
d'une des premieres Charges de la
Couronne ; que fes petits - fils l'ont été des
plus grandes dignités de la Monarchie , &
qu'un auffi grand nombre d'Auteurs contemporains
que je viens de citer , l'ont re
connu pour Prince iffa du même Sang que
Clovis. Ne fçait-il pas combien d'autress
circonftances auffi importantes que celle - là ,
les anciens Hiftoriens nous ont laiffé ignorer
tant avant l'âge de Saint Arnoul , que
plus d'un fiecle après ? A-t'on pu découvrir
jufqu'à prefent le nom de la femme de
Pharamond , de celle de Clodion , & de
celle de Merouée ? Sçait- on le nom de la
premiere femme du grand Clovis , celui
de la premiere femme de Thierry 1. mere
236
LE MERCURE
de Theodebert , & de celle du même Theo
debert , de qui il eut une fille nommée
Ragintrude ? N'ignore-t'on pas le nom de
la femme de Thierry Roy de Bourgogne ,
de qui il eut quatre fils , celui de la femme
de Clotaire III. dont il eut un fils nommé
Clovis ; de celle de Clovis III, fils de
Thierry LI ; de celle de Childebert III. fur-›
nommé le Jufte ; de celle de Dagobert III.
dit le Jeune ; de celle de Chilperic futnommé
Daniel ; de celle de Thierry de Cheles
& celle de Childeric III . dernier Roy de
la ligne directe du Sang de Clovis ?
9
Quoi qu'on ait ignoré le nom d'un fi
grand nombre de Reines , peut- on en comclure
, comme fait votre Difciple , qu'elles
n'étoient pas élevées par leur naiffance ou
par leur rang au deffus des autres femmes ?
Laiffez faire ces mauvaiſes objections
aux ennemis de la gloire de l'augufte Maifon
de France , à ces efprits broüillons qui
fe plaifent à répandre & à entretenir des
femences de querelles & de revoltes dans
les Etats les plus tranquiles , & à forger
des exemples d'élection dans un Royaume
fucceffif & hereditaire ; mais ne les faites
plus vous -même.
Pour en revenir au Titre Tres Chretien ,
jay rapporté plufieurs autorités de bons
Hiftoriens & de fçavans Jurifconfultes ,
qui le donnent à nos Princes iffus du Sang
DE JUIN. 37
de France par males. Vous n'en réfutés
aucune. Quelque gehenne que vous puiffiés
donner à votre efpritpour les refuter ,
je vous en fais un défi formel ; & s'agiffant
de la grandeur de Taugufte Maiſon de
France , & de l'honneur de notre Nation ,
j'acheveray pour lors de vous faire voir
devant tels Examinateurs qu'il plaira à
Monseigneur le Regent de nommer , que
non feulement les Papes & les autres Auteurs
que j'ay citez , ont reconnu Saint
Arnoul & fa pofterité pour Princes iffus
du Sang de France par males , & que ce
n'eft qu'en cette qualité qu'ils leur ont
donné le Titre de Tres Chretien , à l'exclufion
même de ceux qui ont eu pour
meres des Princeffes du même Sang; &
jajoûte dès à prefent pour achever de vous
confondre , que les Princes iffus du Sang
de France , en qualité de Princes Tres
Chretiens , ont même prétendu dans les
Conciles que leurs Ambaffadeurs y devoient
avoir le premier rang après les Anbaffadeurs
des Rois , & avant ceux des Electeurs
de l'Empire , & que cette prerogative y a
été decidée en leur faveur.
Au refte , quand il plairoit à Monfeigneur
le Regent de nommer des Examinateurs
fçavans dans notre Hiftoire , pour
juger de la folidité de mon Systême ou de
votre Refutation , ce ne feroit pas une
38 LE MERCURE
nouveauté. Lors que le fieur Chantereat
le Febvre Confeiller d'Etat , s'éleva par
une fçavante Differtation contre l'Hiſtoiré
de la pretendue veritable origine de la
Maiſon de France , compofée par Jean du
Bouchet , qui ne faifoit fortir Saint Arnoul
& la pofterité du Sang Royal , que par le
pretendu mariage de Blitilde , pretendue
fille de Clotaire I. avec Ansbert , Gaulois
d'origine , & Bourgeois de Narbonne , &
que du Bouchet cut recours à tous les Frondeurs
de ce temps -là , pour empêcher que
la Differtation du fieur Chantereau ne parût;
le feu Roy nomma le Baron d'Auteuil
, les fieurs Blondel & de Valois , tres
fçavans dans notre Hiftoire , & le Pere
Labbe Jefuite , pour examiner les raifons
de part & d'autre. Ils s'affemblerent chez
Meffieurs Dupuy Gardes de la Bibliotheque
de Sa Majesté, & le grand Prince de Condé
crut que la gloire du Sang de France y étoit
affez intereffée pour y prefider. Il affifta
à toutes les Conferences ; dont le Reſultat
fut que le fieur Chantereau feroit imprimer
fa Differtation , & que l'extraction que du
Bouchet donnoit à Saint Arnoul , n'étoit
pas felon la fcience & la verité de l'Hiftoire.
Du Bouchet en eut de la confufion , &
avoua lui-même que les preuves de fon
* Cette Relation eft rapportée dans la Bibl.
hift . du R. P. le Long , no.9887. P. 523.
DE JUIN. 39
Ouvrage , étoient de nulle valeur ', & confeffa
que fon Livre étoit fon premier comp
d'essay
* Je fuis perfuadé , M. R. P. que fi l'on
entroit dans un femblable examen de votre
Refutation , & même de votre Hiftoire de
France , preffé par la force de la verité,
vous feriés un aveu auffi ingenu que celui
de du Bouchet , etiam nolentibus erumpit
veritas.
=
III. Je paffe aux reproches que vous
me faites au fujet de votre Hiſtoire de la
Milice Françoife. Vous dites que c'eft par
jaloufie de métier , que j'ay refufé de vous
communiquer la mienne ; & à vous enten¬
dre parler , il femble que j'ay follicité le
R. P. le Long de l'annoncer dans fa Bibliotheque
Historique , & que ce n'eſt que
pour vous enlever l'honneur d'y avoir travaillé
le premier. Je vous prie de ne trouver
pas mauvais , fi je vous dis que c'eſt
encore une autre fuppofition.
Je puis prouver par une Lettre que j'ay
reçue de Mr. de Louvois Secretaire d'Etat,
au mois de Juin 1688 , étant alors à Pamiers
, que je lui avois déja envoyé le Plan
de cet Ouvrage , & même toute la partie
qui regarde les Guerres d'Efpagne , de Catalogne
, & de l'Armagnac , avec une notice
des differens changemens arrivés fur
les limites des frontieres du Royaume de
40 LE MERCURE
*
ce côté-la , & des grandes Terres que les
Comtes de Foix ont poffedées dans les Pyrenées
, dans la Catalogne , & dans le
Royaume de Valence , ou par fucceffion
ou par acquifition.Ce Miniftreme follicitoit
par la Lettre d'achever cet Ouvrage , comme
j'ai fait dès l'année 1695.Il m'ordonnoit
en même temps de la part de Sa Majefté de
me nantir des Tits originaux , pour les
remettre entre les mains de M. le Procureur
General , qui m'en donneroit une décharge
au pied de l'Inventaire qui en feroit
dreffé ; ce qui a été executé. Ce n'a
éré que plufieurs années après , qu'ayant
appris que je faifois copier , & mettois en
ordre les extraits d'Hiftoriens , & les autres
pieces qui devoient fervir de preuves ,
vous avez commencé à publier que vous
alliez travailler à l'hiftoire de la Milice des
François , fans doute pour me dégouter
de la mienne. La vôtre cependant n'étoit
encore qu'en idée ; car vous demandiez
pour cela des Memoires à tous les gens de
Lettres , & il n'y a pas quatre mois que
vous en demandiez encore à des Officiers
des Armées de Sa Majefté , que vous croyez
les mieux inftruits des differens changemens
qui font arrivez dans l'ordre & la
difpofition des Armées.
Če ne fut donc , s'il vous plaît , qu'en
l'année 1714 , que m'ayant rencontré à
P'Archevéché
DE JUIN.
P'Archevêché , vous me demandâtes fi je
ne pourrois pas vous fournir quelques Memoires
pour remplir votre deffein . Je vousdis
pour lors que j'avois fait l'Hiftoire
entière des Guerres des François , depuis
le commencement de la Monarchie.
Vous m'avez follicité de vous la faire
voir ; vous êtes venu chez moy , & je vous
l'ai-mile entre les mains. Vous en avez lû
la Preface & le Sommaire , dont on n'a
mis qu'une partie dans le Mercure d'Octobre
1719. vous en avez loüé l'ordre , &
même fait paroître quelque furprife que
je me fuffe donné la peine de la divifer
par Regne de nos Monarques. Vous en
avez vû enfuite piece par piece les preuves
qui compofent trois gros Volumes in folio,
Je ne manquerois pas de témoins de cette
communication & vous avez auffi reconnu
que je vous ai laiffé une ample moiffon
, n'ayant pas voulu entrer dans beaucoup
de petits détails que j'ai crû très- `
inutiles , parce qu'ils ne font pas à nos
ufages , & que d'ailleurs ce ne font la plufpart
que des minuties qui ne peuvent
fervir qu'à amufer des Ecoliers , & qu'à
les détourner de quelque étude plus neceffaire.
Ce fut douze ou quinze jours
après , que vous m'écrivites la Lettre fuivante
, qui me fut aportée par un quidam,
& qui me mit en quelque défiance , parce
D
42 LE MERCURE
que j'y remarquai que vous aviez affecte
de ne pas datter cette Lettre , & de faire
femblant
que vous n'aviez pas encore eu
la communication
de mon Ouvrage.
2
Monfieur.. Je ne fcai fi vous vous
» ſouvenés , mais pour moy je ne l'ai pas-
≫ oublié , qu'il y a quelque tems que vous
» me fites efperer la grace de me donner la
» communication de vos curieux Porte--
» feuilles fur la Milice Françoife . Vous
devez me fçavoir gré de ce que je ne
>> vous ai pas plutôt fommé de vôtre pa--
» role , nonobſtant l'impatience que j'ai
» de fatisfaire ma curiofité là-deffus. Je
" mé borne d'abord aux Rôles des Mon-
» tres & des Arrierebans. Je vous pro--
» mets d'avoir foin qu'ils ne foient pas
55
*
gâtez , comme ils le meritent. Le por-
» teur de ce Billet eft homme für & fage..
» Si vous jugés à propos de l'en charger,
» vous me ferez un extréme plaifir. Je
» fuis par avance avec beaucoup de re-
» connoiffance & tout le refpect poffible,,
» Monfieur , votre très humble & très-
2 obéiffant Serviteur. Daniel.
On voit par cette Lettre que vons vous
borniés d'abord à la communication des
trots Volumes de preuves ; c'étoit vous
referver à me demander enfuite le corps :
de P'Hiftoire. Je vous fis réponſe que je
ne pouvois pas vous les envoyer ; que je
DE JUIN
43
.
vous en donnerois encore la communication
autant de fois que vous voudriés venir
chés moi, & pour vous en épargner la peine,
je vous indiquai les endroits d'où vous
pouriés tirer les mêmes preuves que j'ai
recueillies , & mifes enfeinble. Mes Lettres
ne meritent pas d'être confervées ; mais fi
vous aviez encore celle-ci , vous feriez en
état de faire voir fi je dis vrai ou non.
Un auffi habile homme que vous , qui
a vû le plan & la difpofition d'une -Hif
toire , eft en état de compofer en peu de
tems un gros Livre fur la même matiere,
& fans fe donner beaucoup de peine , lors
qu'on lui en a mis entre les mains toutes
les preuves. A Dieu ne plaife , que je
vous foupçonne d'aucun mauvais deffein
fur cela ; mais ne vous plaignez plus au
Public , que je ne fuis pas communicatif ,
& que j'ai refufé de vous communiquer
ce que vous m'avez demandé ; car je lerois
obligé de faire voir encore que cela
eft pas.
IV. Voyons maintenant , fi c'est avec
plus de juftice que vous m'accufez de n'avoir
pas parlé obligeamment de votre Hif--
toire. Vous en avez fait paroître un Vo
lame in 49. en 1696. Je vous avoue de
bonne foy qu'il ne m'avoit pas prevenu
en votre faveur. Je ne vous connoiffois pas
encore. Les PP . Palu & de la Meche Je--
+
Dij .
44 LE MERCURE
fuites , m'étant venus voir me deman )
derent fi je l'avois, vue , & ce que j'en
penfois. Je leur répondis ingenûment qu'il
me paroiffoit que les deux yeux de l'hif
toire vous manquoient , la Geographie & ..
la Chronologie & que fans ces deux . !
flambeaux qui doivent guider les pas d'une
Hiftorien , il n'étoit pas furprenant que
Vous vous fuffiez , autant égaré que vous
aviez fait.
+
Quant à celle que vous avez fait imprimer,
en 1713, que pourois- je en avoir
dit , M. R. P. de plus que le Public en
fçavoir , avant même que vous l'ayez fait,
paroître ? On n'ignoroit pas qu'auffi -tôt.
qu'elle parur elle fut dénoncée , & que:
fur certe dénonciation , dont on a même,
des Copies , le debit . en fut arrêté pendant
quelque tems.poly
Il y avoit déja un très- grand nombre
de genereux deffenfeurs de l'honneur de.
cette Monarchie de la gloire de nos.
Monarques , des Prérogatives de leur Sang,
des, Droits de leur Couronne , & des Li
bertés de l'Eglife Gallicane , qui avoient .
la plume à la main pour refuter votre Hifon
taire. L'on sçait aufli les judicieufes précautions
que vous avez fait prendre depuis
1713 jufqu'en 1715 , pour faire. en forte :
qu'on n'imprimât rien contre vous.
Au tefte , je ne me fouviens pas qu'au
DE JUIN
cun homme de Lettres m'ait demandé mon
fentiment . fur cette derniere Hiftoire. Je
doute même que vous puiffiez prouver
que j'en aye parlé defobligeamment. Je
n'en ai oui parler que par des femmes qui
la louoient avec beaucoup d'exageration.
Si vous fouhaités en fçavoir mon fentiment,
j'y fatisferai avec franchife , & ce fera le
fujet d'une feconde Lettre. Je fuis & c.
Lettre d'un Provincial à l'Auteur du
Mercure,fur la réponſe de M. Fu2
felier , à la Critique de Momus,
Fabulifte , qui a été inferée dans le
Mercure de Janvier 1720.
E regarde fans doute , Mcomme un
honneur fingulier , que M. Fuzelier ait:
daigné me répondre mais il ne me le
procute pas gratis , & il paroît au ftile de
201.
réponte , qu'on a été bien aife de me le:
faire un peu acheter. Elle fe reffent ent
effet de ces airs de confiance , quelquefois
même un peu méprifants , qu'infpire la.
haute réputation & le fuccès . Mais après :
tout , cela eft dans l'ordre , & je n'ai garde
de m'en formalifer. Car après la réuffice
extraordinaire de la piece de Momus Fabulifte
, l'Auteur n'eft- il pas en droit de ſe
LE MERCURE
croire pour la premiere fois un homme
d'importance? Pour moi je fuis un inconnu,
petit Particulier de Province , anonyme ,
& trés -digne de l'être , au jugement de M.
Fuzelier. Il faut que chacun fe tienne dans
fon rang. On accufe les gens de Province
Fêtre délicats fur le point d'honneur ; ce
n'eſt pas là mon foible ; au contraire
prends toujours les chofes de bon côté.
M. Fuzelier m'a répondu , ou du moins
a fait mine de me répondre , cela me fuffit.
De quelque maniere qu'il l'ait fait ,
je m'en tiens toujours honoré.
*
Cela eft fi vrai , M. que dès que j'eus
reçu la réponſe de M. Fuzelier , j'allai avec
empreffement en faire part aux beaux ef
prits de notre Ville , car nous avons les
nôtres . J'annonçai en effet cette réponſe ,
& comme on avoit lù la Critique trois mois
auparavant dans la même Compagnie , ( car a
notés que c'étoit en Province & non à
Paris , où on n'a eu garde de s'amufer à
lire cette Critique , ) chacun demanda ·
avec empreffement , eh bien , que ré
pond il ? de fort bonnes chofes , leur dis
je. Mais encore , reprit on ? Mais , il dic
par exemple , qu'il a lû la Lettre Critique
avec plaifir , qu'elle eft d'un anonyme , &
que cet anonyme eft très -digne de l'être ;
que c'eft au Public à fe juftifier de s'être
diverti aux repreſentations & à la lecture de
DE JUIN.
Momus Fabulifte ; que pour lui , il vient
de donner une feconde édition qui a fuivi
de bien près la premiere , qu'on attaque
la conduite de la Piéce , mais qu'elle eft
dans le goût d'Efope à la Cour , d'Eſope à la
Ville , & des Fâcheux ; que fon Critique
exige mal à propos une intrigue dans une
Piece , & qu'il eft difficile d'obéir fur cela
à fes preceptes ; que la Fontaine n'étoit
pas une bête, & que le Critique de Momus
Fabulifte n'eft pas un grand Prophete.
Voilà ce qui fait le fond de la réponſe
& ce qui , de huit pages qu'elle contient,
en occupe près de cinq , car pour les trois
autres , ce n'eft qu'une juftification au fujet
de ce qu'on lui avoit reproché par raport
à M. de la Morte. Quoi c'eft là tout , me
dit - on ? Oui , répondis - je , & il me femble:
que c'eft bien affez . Cela ne peut pas être,
dit un vieux Mifantrope de la Compagnie
en portant la main fur l'Imprimé que je
tenois ; lifez donc vous- même , lui dis-je
en le lui remettant ' ; il le prit auffi-tôt
& en fit tout haut la lecture. Mon Mifantrope
ne l'eut pas plutôt finie , qu'en
jettant d'un air chagrin la Réponfe fur une
table , Ma foy , dit- il , cet homme – là ſe
moque de nous. Appelle-t'il cela répondre
? Mais auffi , repris-je , declare - t'il
qu'il ne fera pas affez fimple pour analyser
les Remarques enjoilées de fon Critique ??
48 LE MERCURE
$
;
Que veut- il nous dire avec ce verbiage- la
repartit le Milantrope ? Il ne parle que
analyfer & d'analyfes, on fent que ce font
fes termes favoris mais tout cela ne fignifie
rien ; s'il ne vouloit pas répondre ,
il n'avoit qu'à fe taire ; auffi bien , ajoûtatil
, n'étoit - il pas befoin de Réponse ;
fuppofé que la Critique ne fût pas plus
connue dans le Public qu'il le prétend ;
mais je vois bien qu'elle a été plus lûë.
qu'il ne voudroit. Je ne fuis pas la dupe
de fes fanfaronades ; ce que lui objecte
fon Critique , il traite cela uniquement de
gentilleffes , de badinage élegant , de remar
ques enjouées , d'obſervations curienfes , de
lieux communs de Poëtique ; mais il ne
répond à rien ; car quand il dit que fon
Momus eft dans le goût d'Efope à la Cour,
& des autres Pieces qu'il cite cela lui.
plaît à dire , mais il ne le prouve pas ; apparemment
qu'il croit qu'il eft au- deffous
de lui de prouver ce qu'il annonce , &
qu'il fe flatte d'être en droit d'exiger qu'on
l'en croye fur fa parole , mais on n'en eft
pas d'accord.
Un homme comme lui qui eft fi peu au
fait fur les Piéces de Theâtre , qu'il ne
fçait pas mêine , ce que c'eft qu'une intrigue
, comme cela paroît par fa Réponſe,
ne doit travailler que pour un Theâtre qui
n'exige pas beaucoup de regularité & des
juſteffe.
DE JUIN. 49
Jufteffe. Notre vieux Grondeur n'en feroic
pas refté là,fi je ne me fuffe pas avifé de faire
diverfion par des nouvelles que je jettai à
la traverfe , & qui firent tourner la converfation
du côté de la politique.
Je fuis bien éloigné M. de vouloir
foufcrire à tout ce que la mauvaiſe humeur
de ce Cenfeur cauftique lui a fait dire
contre M. Fuzelier ; il faut cependant convenir
qu'il a raifon quand il l'accuſe de
ne point répondre. Je fçais bien que M.
Fuzelier n'étoit pas obligé d'entrer en lice,
il étoit en droit de regarder du haut en
bas , comme il le fait , un miferable Provincial
qui avoit l'infolence de le critiquer ;
mais en ce cas - là , il ne devoit pas fe porter
pour un homme qui veut répondre ,
ni donner à fon Ecrit le titre fpecieux de
Réponte. Il auroit pû coudre au bout de
fa Preface , tout ce qu'il dit dans fon Ecrit,
cela ne l'eut point engagé à rien ; mais il
promet de répondre , & il ne répond pas ;
cela n'eft pas de bonne foy , il va dire que
je le chicane fur un titre, ai -je tort ? furtout
quand ce titre nous annonce toute autre
choſe que ce qu'on nous donne ; on
trouve dans la nouvelle édition de Momus
Fabulifte un Ecrit intitulé , Réponſe à la
Lettre Critique inferée dans le Mercure
du mois de Janvier dernier. On s'attend
fur cela que l'Auteur va répondre. On lit
E.
50
LE MERCURE
fa Réponſe prétendue , & l'on trouve qu'
elle ne répond à rien : doit - on en être
content. Ĉeci me fait faire une remarque.
C'eft que M. Fuzelier n'eft pas heureux
dans l'execution de fes projets , il annonce
une Comedie au Public , & on lui montre
que fa Comedie prétendue n'eft point
une Comedie. Il annonce des Fables , &
on lui fait voir que fes Fables ne font
point des Fables ; il fait une réponſe pour
fe juftifier fur ces deux points , & on fe
trouve encore dans la neceffité de lui reprefenter
que fa Réponſe n'eft point une
Réponſe.
En effet , pour que fa Réponse eût été
de mife , il auroit dû faire voir que fa
Comedie eft une Comedie. It femble d'abord
qu'il va le mettre en devoir de le
faire. L'Auteur de la Lettre Critique attaque
, dit-il , la conduite de Momus Fabuliſte,
& prétend que ce n'eft point une Come
die. Cela eft vrai jufqu'ici , mais pourquoi
le prétend-il ? c'eft pourfuit , M. Fuzelier
, parce que Jupiter n'explique pas
affez diftinctement à fon gré par quelle
raiſon il veut faire époufer Venus à Vulcain.
Je ne fuis plus furpris que M. Fuzelier
n'ait pas fatisfait à ma difficulté , puiſqu'il
paroît qu'il ne l'a pas même comprife. Si
pour entendre une Réponſe il faut en fçavoir
le fujet , comme il le remarque fort
DE JUIN.
doctement , cela eft encore bien plus neceffaire
pour faire la Réponfe même , &
il eft vifible qu'il eft ici dans le cas , &
qu'il n'a point du tout entendu le ſujet de
la difficulté. Comment l'aurois-je pû.faire
rouler fur ce que Jupiter ne s'explique
pas affez diftinctement touchant le but de
fes prétentions fur Venus ? Puiſqu'il fe
fait entendre affez nettement fur cela pour
donner lieu à Momus de fe recrier , ô le
fage arrangement ! Et que d'ailleurs cela
ne fait rien au point effentiel de la Comedie.
En quoi donc confifte ce point effentiel
: Je croyois l'avoir expliqué affez clairement
en difant
> que toute Comedie devoit
avoir un but , qu'il faut qu'elle ait
un noeud & un dénouement . M. Fuzelier
me reproche d'aimer les idées claires , cela
eft vrai , & c'eft un reproche que fa Preface
ne lui a pas attiré ; mais ce qu'il y a
de curieux en ceci , c'eft que l'endroit , à
l'occafion duquel il me reproche ma clarté,
eft justement celui de ma Critique qu'il a
le moins entendu ; c'est-à-dire , la raiſon
précife que j'y aporte pour prouver que fa
Comedie peche dans le point capital &
le plus effentiel à une pièce de Theâtre .
Tâchons donc de nous expliquer plus clairement
& de nous mettre à la portée
de la penetration de M. Fuzelier , dût- il
me reprocher que j'étale de nouveau des
?
E ij
52 LE MERCURE
lieux communs de Poëtique ; je ne le fais
qu'autant que cela eft neceffaire pour fon
inftruction , & il me paroît qu'il en a befoin.
M. Fuzelier apprendra quand il lui
plaira , je ne dis pas d'Ariftote & d'Horace
, ni des Docteurs de l'Art , car il regarderoit
tous ces Auteurs-là comme des
Pedants , mais du commun même de ce
qu'il y a de gens qui font dans l'ufage
d'aller à la Comedie. Il apprendra, dis-je,
que toute Piece Dramatique doit vifer à
fon but , doit tendre à une fin , qui s'annonce
dans les premieres Scenes de la
piece , & qui par les intrigues que l'on
ménage dans le cours des Actes ou des
autres Scenes , ait fon effet & fon execution
dans les dernieres ; c'est -à- dire , qu'elle doit
avoir trois parties qui font l'expofition du
fujet , le noeud & le dénouement . De ces
trois parties , la plus effentielle & celle
qui fait proprement l'ame de la Comedie,
c'eſt le noeud , & c'eft precifément celle
qui manque à Momus Fabuliſte . Un Amant
veut époufer fa Maîtreffe , il s'en declare
au commencement d'une piece , & il l'épouſe
en effet à la fin cela fait- il une
Comedie ? Non ; car , fi cela étoit , tous
les mariages qui fe font tous les jours feroient
autant de Comedies. Mais fi cet
Amant trouve ca fon chemin des obſtaDE
JUIN. 53
>
cles à furmonter , ou des rivaux à fupplanter
, cela donne lieu à des intrigues
dont le forme ce qu'on appelle le noeud ' ,
& enfuite le dénouement de la piece. Car
s'il n'y a point eu de noeud dans la piece ,
quoique ce que l'on s'eft propofé au commencement
eût fon effet à la fin ; cela ne
peut s'appeller dénouement ; & c'eſt pour
cela que j'ai dit dans la Critique de Momus
Fabulifte , p . 91. que cette pièce étoit
fans dénouement & qu'il ne pouvoit
même y en avoir , puifqu'il n'y avoit point
de noeud. Ce ménagement d'intrigues
qu'on met en oeuvre pour conduire une
piece au but qu'on s'eft propofé, s'appelle
noeud, parce que c'eft ce qui lie le commencement
avec la fin , & ce qui en fair
un tout exact & regulier.

Faifons l'application de cecy à Momus
Fabulifte ; il s'agit dans cette piece de ma
vier Venus. Jupiter dès la premiere Scene
declare fur cela fes intentions. Je m'ar
range , dit- il à Momus , pour lui faire époufer
le fils de funon , Vulcain. Voilà propre
ment l'expofition du fujet ; & je ne fçache
pas de piece de Theatre où le fujet foit
expofé en termes plus clairs & plus précis
qu'il l'eft icy. Mais que fait Jupiter pour
parvenir au deffein qu'il fe propofe ? rica
du tout ; il ne dit pas la moindre parole ,
i ne fait pas la moindre démarche qui
E iij
54 LE MERCURE
tende à ce but , ou qui puiffe difpofer Veaus
à preferer Vulcain aux autres Dieux
fes rivaux. Il n'y a donc point de noeud
dans la piece , & par confequent point de
dénouement. C'est ce que j'avois déja marqué
dans ma Critique p. 91. où je m'expliquois
en ces termes : Le commencement
la fin de la piece fe répondent en quelque
chofe , puifque Venus épouse Vulcain ,
que c'étoit ce que Jupiter s'étoit propofé ,
mais nous ne veyons rien qui lie ce commesscement
à la fin. C'eft- à dire que la piece
péche par l'endroit le plus effentiel qui eft
le defaut de noeud.
Voilà ce que j'avois expofé affez netteaient
dans ma critique , & ce que M. Fufelier
n'a pu comprendre ; il croit parer à
tout , en difant que Momus Fabuliſte eft
dans le goût d'Efope à la Ville, des Fâcheux,
& de quelques autres Comedies de cette
efpece ; mais il fe fait fon procès lui - même
dans ce qu'il ajoûte , que ce qui fait le caractere
de ces fortes de pieces compofées de
Scenes détachées , c'eft qu'elles ne demandent
qu'un noeud tres fimple. Elles demandent
donc un noud; elles le demandent tres
fimple à la verité , mais elles en demandent
un. M. Bourfault dans fa Preface de fa Comedie
des Fables d'Efope , remarque fort
bien que quelques gens avoient eu tort de lui
reprocher que fa piece n'avoit pas un affez
grand nand. A quoi il répond avec raiſon
DE JUIN.
que le merite de fa piece confifte non feulement
en ce qu'il a pû trouver un noeud à
Efope, mais encore en ce qu'il a eu le ſecret de
le faire affez petit pour ménager le terrain ,
♣pour introduire fur la Scene des perfona,
ges qu'on aime mieux y voir que les perfanages
du fujet même. M. Bourfault n'avoit
pas puifé cela dans les Livres , car il n'étoit
pas fçavant , & il ne fçavoit en ce
genre que ce que fon bon efprit & l'uſage
du Theatre lui avoient appris ; mais il
étoit convaincu qu'il falloit un noeud à
une Comedie , quelque petit qu'il fût : Il
lui auroit été bien plus commode de s'en
paffer , fi cela eût été permis , ou qu'il eût
eu devant lui l'exemple de M. Fufelier , &
qu'il eût cru que cet exemple eût été bon
à fuivre ; mais dans la neceffité indifpenfable
où il fe voyoit de mettre un noeud à fa
piece , afin qu'elle pût paffer pour Come
die , il a fait choix du noeud le plus fimple
qu'il a pû trouver , c'est ce noeud , quelque
petit , quelque fimple qu'il foit , qui
manque à Momus Faburlifte . Quand M. Fufe
ier dit que fa piece eft dans le goût d'Eſope
à la Cour , d'Elope à la Ville , des Fâcheux ,
&c. Cela eft vrai dans un fens , c'est- à-dire
en ce que ces pieces font compofées de
Scenes detachées , & en quelque forte arbitraires
; mais elle ne leur reffemble en rien
dans ce qui fait l'effentiel d'une piece dra-.
E iiij
$6
LE MERCURE
matique , c'est- à- dire dans le noeud , &
voila precifément le point dont il s'agit . II
dit qu'il aura beau m'alleguer le rapport de
caractere que ces pieces ont avec la fienne ,
que je ne me rendrai pas pour cela. Il a
bien deviné , & j'avoue qu'il eft en ce
point un grand Prophete. S'il avoit voulu
irer de ces Comedies une confequence legitime
en faveur de la fienne , il devoit
prouver qu'elles n'avoient point de naud
& qu'ainfi on avoit tort d'en exiger un
dans Momus Fabuliſte ; mais c'eſt ce qu'ib
ne prouve point : il convient lui- même
au contraire que les pieces de ce caractere
demandent un naud , quotque tres fimple.
Ce noeud fe trouve dans les Comedies qu'il
cite, & c'eſt parlà qu'elles font veritablement
Comedies ; mais on a beau le chercher
dans Momus Fabulifte , on ne le trouve
point. Qu'il ait la charité de nous l'indiquer
lui même , c'eſt la meilleure réponſe
qu'il puiffe faire , & la feule qui puiffe fervir
à le difculper fur ce point ;
beau
tâcher de briller dans fa réponſe , il ne fait
tout au plus qu'éblouir ; il ne touche pas
au point effentiel , & il eft vrai de dire ,
fi on veut bien paffer une turlupinade à un
Provincial , qu'il y montre bien la corde ,
mais que pour le noeud il ne le montre pas .
il a
J'ai douté d'abord s'il n'y avoit pas un
peu de diffimulation dans fon fait , & f
DE JUIN.
dans l'impoffibilité où il étoit de répondre
à une difficulté , il affectoit exprès de ne
la point entendre , toute vifible qu'elle
étoit ; mais après avoir examiné de près
fa réponſe , j'ay reconnu qu'il y alloit de
bonne foy. Je lui objecte que fa piece n'eft
pas une Comedie , parce qu'elle n'a point
de noeud ; il convient lui- même qu'il en
faut un au moins tres fimple dans une
Comedie , & il ne nous en montre point
dans la fienne : comment veut- il donc que
ce foit une Comedie ? N'eft- ce pas dire les
deux contradictions , & fe donner le démenti
à foy-même ? Voilà proprement le
noeud de la difficulté ; en voici le dénoue- ;;
ment ; c'eft que M. Fufelier fçait fi peu ce
que c'est que le noeud d'une Comedie
qu'il le confond avec ce qu'on appelle les
intrigues la premiere s'en tire de fa réponte.
Ce Docteur nouveau du Parnaſſe ,
dit- il , en parlant de l'Auteur de la Critique ,
ne prêche que l'intrigue aux Auteurs Comiques
, & il est difficile d'obéir à ſes preceptes ;
& en quoi confifte cette difficulté ? le voice.
Car comment imaginer, pourfuit il , ces changemens
de noms , cestraveftiffemens de fexe
ces déguifemens de valets „ & toutes ces merveillenfes
fituations qui font le prix d'une
infinité de Comedies modernes ? Tout ce que
rapporte là M. Fufelier eft un genre d'intrigues
quipeut fervir à former le noeud d'une
+8 LE MER CURE
Comedie , mais ce n'eft point là ce qu'on
appelle le noud ; ce qu'on appelle ainfi ,
e'eft l'embarras qui refulte de ces fortes
d'évenemens. Ce qui a jetté dans l'erreur
M. Fufelier , qui malgré les airs de fuffifance
qu'il étale dans la Réponſe , ne paroît
pas grand Clerc dans l'intelligence du Thea,
tre , c'eft que, comme on fe fert fouvent du
terme d'intrigue au fingulier , pour fignifier
le noeud d'une piece , & que je l'ay
fait moy-même dans ma Critique, il n'a pas
compris l'équivoque qu'il y avoit entre ce
terme pris au fingulier & pris au plurier.
Je lui apprendray donc , pour l'inftruire
la deffus , car plus je vais en avant , plus
je vois qu'il a befoin d'inftruction ; je lui
apprendrai , dis-je , qu'une piece peut cftre
pleine d'intrigues,c'est- à- dire de cès évencmens
extraordinaires tels qu'il en a citez ,
ou même moins embaraffans & plus natu
rels , fans que pour cela il y ait de l'intrigue
, c'est- à- dire de noeud. C'eft ce qui arrive
toutes les fois que ces évenemens particuliers
ne contribuent en rien au dénouement
de la piece . Et pour rendre cela íenfible
à M. Fufelier , je ne lui allegueray
point d'autre exemple que fon Momus Fabulifte
. Si je difois qu'il n'y a point d'intrigues
dans fa piece , j'aurois tort , il s'agit
de donner un Mari à Venus , & de regler
le lieu de fon fejour , ce qui eft à peu près.
DE JUIN. 59
la même chofe , puifque ce fecond point
dépend du mari qu'elle aura. Tout ce qu'il
ya de Dieux qui font à pourvoir , ou qu'on
fuppofe tels , fe remuent pour avoir la pre
ference fur fes rivaux : ils viennent deux à
deux fe la difputer les uns aux autres ;
chacun expofe fur cela fes raifons , & c'eſt
ce qui donne lieu à diverſes Scenes qui font
autant d'intrigues differentes ; intrigues à
la verité fort unies , fort fimples , & qui
fe reduifent à des difcours , mais qui pourtant
peuvent abfolument & dans une fignification
un peu étenduë,être regardées comme
intrigues . Mais avec toutes ces intrigueslà
, il n'y a point proprement d'intrigue
c'éft-à-dire de noeud dans la piece , parce
que toutes ces conteftations de Dieux ne
contribuent pas plus au dénouement, que
l'arrangement pretendu de Jupiter, qui conftamment
n'y contribue en rien.
M. Fufelier n'a pas trouvé bon qu'on
l'ait relevé fur le prétendu arrangement de
Jupiter , qui s'arrange pour ne rien faire.
L'Auteur de la Critique veut , dit-il , que
Jupiter faffe des arrangemens plus folides &
plus connus .... Les bons mots lui viennent
en foule fur le peu d'arrangement de Jupiter.
Ceux qui n'auront point lû Momus.
Fabuliſte , & je fuis für , comme il le dit
du Mercure , qu'il eft mille perſonnes de
bon fens qui ne l'ont point lû , s'imagine
60
LE MERCURE
ront fur ce que dit M. Fufelier , que Jupi
ter s'arrange en effet dans la piece , & que
tout ce qui manque à ces pretendus arrangemens
, c'eft qu'ils ne font ni affez folides
ni affez connus ; mais il n'eft point queftion
ici du plus ou du moins , il eſt queſtion du
fond de la chofe , & que Jupiter ne s'arrange,
comme on dit, ni pea ni prou. Il avoit
bien promis de s'arranger , mais il n'en fait
rien dans toute la piece , & l'on voit bien
que ce Jupiter là eft de la façon de M. Fufelier
, car ils conviennent parfaitement
dans leurs arrangemens. M. Fufelier fe
trouve offenfé de ce qu'on a eu la temerité
de critiquer fa piece , il prend la plume en
main pour fe vanger , & fait un écrit qui
a pour titre , Réponse à la Lettre Critique
inferée dans le Mercure de Janvier dernier.
A la vûë de ce titre , on dit , le voilà qui
s'arrange pour répondre ; on lit fon écrit ,
où il ne répond à rien , & quand on eft aur
bout on trouve que fon arrangement ne
produit pas plus que celui de Jupiter dans
Momus Fabulifte , & que qui fit l'un , fic
Pautre ; il n'eft pas content qu'on traite fon
Jupiter de Dadais & de focriffe . Ce n'eft
pas ma faute , pourquoi lui fait- on faire
le perfonnage d'un Dadais & d'un Jocriffe
J'appelle un chat un chat. De quel autre?
terme veut- il que je me ferve pour caracterifer
un perfonnage qui dit qu'il s'arrange
DE JUIN. Gi
pour un deffein , & qui demeure les bras
croifez comme un beneft ? J'ay dit que c'étoit
le plus fot Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans fa piece ? J'en appelle
à tous ceux qui l'ont lute , fi ce que j'en
ai dit n'eft pas vrai , & fi on pouvoit introduire
un plus for Jupiter fur la Scene ;
oui je le repete , il y entre comme un beneft
, s'y conduit & en fort de même ; &
on trouve mauvais que je l'appelle par fon
nom ! il falloit montrer que le nom ne lui
convenoit pas , & qu'il ne faifoit dans la
piece ni le Dadais , ni le Joriffe , mais
c'eft ce que M. Fuzelier ne montre pas ;
& il croit avoir rehabilité fon Jupiter degradé
, en difant , l'Auteur de la Crique
appelle agreablement le Maître des Dieux
tantôt Dadais , tantôt Jocriffe. L'Auteur de
la Critique répond à cela qu'il le nomme
que M. Fuzelier l'a fait , & que quand
celui- cy fera des Jupiters fur un autre
moule , il les appellera autrement. Mais
tant que cet Auteur nous donnera des Jupiters
qui n'étalent que des pauvretés ,
qui declarent qu'ils vont s'arranger pour
une affaire , & qui en reftent là , on les
prendra toujours pour ce qu'ils font.
tel
a
Il paroît qu'un des endroits de la Critique
que M. Fuzelier a le plus fur le
coeur , c'eft cet arrangement prétendu de
Jupiter qu'on y a relevé. Ila raifon d'être
62 LE MERCURE
picqué , parce que c'est encore un de
ces endroits qui montrent qu'il eft fort
neuf fur la pratique du Theâtre. Il devroit
fçavoir qu'une des plus groffieres fautes
qu'un Auteur Dramatique puiffe faire
ceft de faire dire à quelqu'un de fes perfonnages
une chofe qui annonce quelque
évenement pour la fuite , & qui n'en produife
aucun. Le Spectateur qui eft attentif
fur ce qu'on lui promet , eft toujours dans
l'attente pour en voir l'effet , & le trouvant
enfin fruſtré de ce qu'on lui avoit
fait efperer , il en demande compte à
l'Auteur. Je crois bien qu'on n'y regarde
pas de fi près fur le Treâtre des Danfeurs
de Corde ; mais celui de la Comedie Françoife
demande plus d'exactitude & de regularité.
Jupiter entre fut le Thcâtre , &
dès la premiere Scene , il declare à Momus
qu'il s'arrange pour faire époufer Venus
à Vulcain. Qui fur cela ne s'attend pas
que Jupiter va remuer des machines &
faire jouer des refforts pour parvenir à fon
but ; & que fi effectivement Venus épouſe
Vulcain , ce mariage fera le fruit des intrigues
de Jupiter ? Cependant qu'arrivet'il
? Venus fe declare effectivement en faveur
de Vulcain ; mais Jupiter en eft fort
innocent , & n'y a contribué en choſe du
monde. Si Jupiter au lieu de dire , je
m'arrange pour lui faire époufer Valcain ,
DE JUIN 63
fe fût contenté de dire , je fouhaiterois qu'-
elle épousât Vulcain , cela ne l'engageoit
à rien , & ne l'obligeoit pas à la moindre
démarche en faveur de ce mariage ; mais
il dit , je m'arrange , c'est- à - dire , je vais
prendre des meſures , & ménager des intrigues
pour parvenir à ce que je me propofe
; & après avoir dit cela , il femble
qu'il l'ait oublié entierement. Il demeure
dans une indifference parfaite fur le choix
de Venus , & il ne lui échape pas une fyllabe
qui puiffe faire connoître qu'il panche
plus du côté de Vulcain que d'un autre
, eft- ce là s'arranger ? Et M. Fuzelier
eft-il en droit de trouver mauvais qu'on
rie un peu d'un Jupiter qui eft fi neuf dans
ifes arrangemens , qu'il en fait pitié ! Il
auroit fait bien plus fagement de paffer
condamnation fur un fait qui ne ſouffre
point d'excufe , & de profiter des lumieres
qu'on lui avoit ménagées fur cet article
dans la Critique , pour donner un meilleur
arrangement aux pieces dont il poura regaler
le Public dans la fuite ; car il n'a
pas oublié qu'après avoir un peu blazonné
fon Jupiter, qui s'arrange pour ne rien déranger
, on lui auroit infinué de quelle
maniere il auroit pû s'y prendre pour s'arranger
mieux , & donner plus de liaiſon &
de regularité à la Piece , il devoit mettre
cela à profit , & du refte s'en tenir à mur64
LE MERCURE
murer entre cuir & chair , & ne pas plus
toucher à cette corde - là , qu'il la fait à
plufieurs autres articles de la Critique.
Je lui avois objecté deux chofes , la
premiere que fa Comedie n'étoit pas une
Comedie ; la feconde , que fes Fables n'étoient
pas des Fables. A l'égard du premier
de ces deux points , on lui avoit
marqué le défaut effentiel qui étoit qu'elle
n'avoit point de noeud ; c'eſt la ſeule choſe
à laquelle il ait fait mine de répondre ,
car pour ce qui touche le détail des perfonnages
dont on avoit fait la Critique ,
il n'en dit mot. Il garde le même filence
fur l'article des Fables . On lui avoit prouvé
nonfeulement qu'elles n'étoient point
Fables , mais qu'elles étoient d'ailleurs mal
adaptées. A tout cela , il ne répond rien ,
on dira qu'il n'avoit rien à répondre ; en
ce cas- là je n'ai rien à repliquer , ſinon ,
Vous vous taifés , c'est bienfait à vous.
Et c'auroit été encore mieux fait de ſe
taire fur tout le refte ; ou fuppofé qu'il
voulût répondre , comme il a fait , fur le
premier article , il ne lui en auroit pas
coûté beaucoup pour répondre de même
fur les autres. Ce n'eft pas qu'avec un ſtile
naturel comme le fien , on ne laiffe pas de
le faire lire malgré le défaut des raiſons.
Je ne fçais fi on aura fait attention à la →
nouvelle methode de répondre que cet
Auteur
DE JUIN 6.5
Auteur Comique met en oeuvre ; elle m'a
échapé d'abord , mais après avoir vû qu'il·
ne répondoit à rien dans un Ecrit qu'il intituloit
Réponſe , j'ai examiné l'Ecrit de
plus près , & trouvant qu'il commençoit ,
par dire , J'ai lû avec plaifir la Critique
Tur Momus Fabulifte , & qu'il faifoit enfuite
le détail d'une partie de ce que contenoit
la Critique , en difant , je ne profiterai
pas du vafte champ que m'ouvre:
Panonime ... il veut que Jupiter faffe
des arrangemens ..... Il appelle agreablement
le Maître des Dieux tantôt Dadais
& antôt Jocriffe ..... 11 ne prêche
que l'intrigue aux Auteurs Comiques ...
Eft-il rien de plus ingenu que fa maniere
d'expliquer ? ... Qui ne fera charmé fur
tout de l' &c. ? J'ai compris que M. Fuzelier
s'étoit perfuadé que pour un hom--
me de fon merite , c'étoit répondre , que de
rapporter ce qu'on écrit contre lui , &
d'en donner un reçû public.
"
Il croira peut - être avoir répondu fur e
l'article des Fables , en difant qu'il me recufe
fur le Chapitre de la plaifanterie ; &
fe jettant à quartier fur ce qui regarde les
Fables nouvelles . Sur quoi il me permettra
de lui dire qu'il m'impofe beaucoup de
chofes , & qu'il n'en ufe pas avec toute
la bonne foy qu'on le doit entre Auteurs .
Mais comme cette Lettre eft déja affez
E
66 MERCURE LE
longue , je remets au mois prochain à
éclaircir le refte de fa Réponſe. Au reste,
s'il me recufe fur le Chapitre de la plaifanterie
& du naïf , il ne trouvera pas
mauvais que je le recufe auffi fur ce qu'il
dit que j'ai de la naiveté dans l'efprit
mais que je ne la connois pas dans le ftile. Celui
de fa Réponſe & de fa Critique prouvent
invinciblement qu'il n'eft rien moins
que Juge competent en pareille matiere.
Je finis par- là , Monfieur , en vous promettant
la fuite de cette Replique pour le
mois prochain , & en vous priant de faire
en forte que ces mille perfonnes de bonsens
qui n'ont point lù le Mercure de Janvier,
puiffent lire celui- cy . Je fuis , & c.
EXTRAIT DE LA COMEDIE
du Philofophe à la Mode.
une
E Mardi onziême de ce mois, on reprefenta
au College des Jefuites une Piece
de Theâtre en vers François , fous le titre
de Philofophe à la Mode. Cette Piece eft
de la compofition du P. Du Cerceau. A ce
nom on prefume que la Piece eft de bonne
main. L'Enfant Prodigue, Tragi - Comedie,
& quelques autres Comedies en vers du
même Auteur , qui ont été reprefentées
avec beaucoup de fuccès dans le même
DE JUIN.
67
College , répondent de la bonté de celle- ci.
Elle fut jouée par de jeunes Penfionnaires
du College ; & quoique la plus grande
partie de ces Acteurs fût au- deffous de
P'âge de 12 ans , ils s'acquitterent de leur
Rôle avec toute l'habileté qu'on auroit pû
attendre d'Acteurs d'un âge plus avancé ,
& d'une maniere à furprendre la nombreufe
& illuftre Affemblée qui fe trouva
à ce Spectacle.
Je crois ne pouvoir mieux faire , pour
mettre le Lecteur au fait fur le fujer de
cette Piece , que de tranferite ici l'explication
qu'on en a donnée dans le Programe
ou Placard qui s'en eft fait , felon qu'il fe
pratique dans les Pieces de College.
Explication du fujet de la Piéce.
Nentend par le nom de Philofophe à la Mode
une espece defages prétendus dont toute la Philofophie
eft composée d'un amour infini pour eux -mêmes
, d'une indifference parfaite pour tout le refte
du genre humain , gens qui fenfiblesjuſqu'à la foibleffe
& au ridicule fur les moindres chofes qui les
touchent , ont une fermeté d'ame , & une conftance
à l'épreuve des plus grands maux qui ne tombent.
quefur autrui très vifs fur leurs moindres interêts,
incapable defe déranger en rien pour fervir au
trui , même dans les affaires les plus importantes . Ce
que l'on fe propofe dans la Piéce , eft de fairefentir
que ce genre de Philofophie, qui rend un homme inutile
à fa patrie , àſes proches , à fes amis , & àtout
ce qui ne tient pas immediatement àfa perfonne, eft
Je poifon & la ruine de la focieté Civile.
Fij
68 LE MERCURE
#
On voit par le projet & le but de certé
Piéce , qu'il étoit difficile de traiter une
matiere plus inftructive pour de jeunes.
gens de condition , qui érant deſtinés par
leur naiffance & leur fortune à remplir un
jour des poftes.confiderables dans la Repu
blique , ne fçauroient apprendre de trop
bonne heure , qu'ils ne font pas nez pour
eux feuls , & qu'ils fe doivent encore plus .
à leur Patrie & au Public , qu'ils ne fe
doivent à eux-mêmes .
21
L'Auteur , pour parvenir à ce but , faie.
rouler toute la piéce fur le caractere & la.
conduite d'un jeune homme affez reglé
dans les moeurs , mais qui , d'ailleurs
n'aime que lui-même , n'eft occupé que de
lui feul , & rapporte tout uniquement à fæ.
perfonne. Il l'appelle Philofophe , parce que
ces fortes de gens le prennent affez fur co
ton-là , & que pour fouftraire à la penetration
du . Public ce que leur amour propre
a dodieux , ils tâchent de le couvrir
d'un vernis de Philofophie. Il l'appelle
Philofophe à la Mode , parce qu'il paroît ,
dit- il , que cette Philofophie a grand nom
bre de Sectateurs..
ce
Ce fujet étoit neuf & d'autant plus délicat
à traiter , qu'il n'étoit pas aifé de rendre,
fenfible la difference qu'il y a entre
cet amour naturel & neceffaire que cha
Gun a pour foy même , & Pamour propre
DE JUIN..
69
vicieux qui reduit tout à lui- même , &
qui eft exclufif de tout ce qui ne l'intereffe
pas directement.
4
La Piece qui contient un peu plus de
deux mille vers eft en V. Actes tellement
diftribuez , que le I. fert à déveloper le
caractere & l'humeur du Philofophe , qu'on
connoît parfaitement , méine avant qu'il fe
montre. Il paroît dans le II , & verifie
lui - même , & par fes fentimens dans cet
Acte , & par la conduite dans le LIF , le:
portrait qu'on avoit fait de fa perfonne
dans le premier. Le IV , & une partie du
V , donnent lieu à faire connoître le faux
& le ridicule de fa pretendue Philofophie,,
& à ménager pour la conclufion de la
Piece un dénouement qui tourne à la honto
du Philofophe
On fuppofe ce Philofophe un jeune
homme d'environ 22 ans , & an l'appelle
Narciffe , non - convenable à un jeune hom
me qui n'aime que fa perfonne . On lui
donne un frere , plus jeune que lui d'un
ou deux ans , & d'un caractere tour ope
pofé , qui eft plus aux autres qu'à luimême
, qui aime le plaifir , mais. fans débauche
, & qui fçait facrifier fon plaifir à
fon devoir quand ils'agit de fervir un ami.
Le nom de Pamphile fous lequel il paroît;
convient fort à ce caractere . On les fup
Roſe tous deux fans pere ni mere , fous la
70
LE
MERCURE
Tutelle d'un oncle qui n'a jamais voulu fe
marier , fort bon homme , plein de probité
& de candeur , mais qui ne jugeant des
chofes que par ce qui lui frappe les yeux ,
eft fans ceffe dans l'admiration fur la fageffe
& la bonne conduite de l'aîné de fes neveux
, & dans l'inquietude fur l'humeur &
la diffipation du Cader. Cet Oncle qui
s'appelle Onuphre , a chez lui un intime
ami , qui ayant fon établiffement en Provinee
, eft venu à Paris pour pourfuivre une
grace qui peut lui donner quelque diftinction
dans fa Province. Comme cette circonftance
entre dans le dénouement de la
piece , on a choifi exprès une de ces fortes
de graces , qui font quelquefois longues à
obtenir , & qui lorfqu'elles paroiffent le
plus defefperées , s'obtiennent quelquefois
dans un moment. Cet ami qui fe nomme
Chryfante , a une fille unique & riche he
sitiere qu'il deftine à l'un des ne veux d'Ontphre
chez qui il loge ; mais fans s'être encore
determiné fur le choix , quoi qu'il
paroiffe que , par égard pour la prédilection
de l'Oncle , il penche un peu plus vers
l'aîné. Eudoxe eft ami commun d'Onuphre
& de Chryfante ; comme il eft homme de
bon efprit & de jugement , & qu'il a pene
tré le faux de la Philofophie pretendue de
Narciffe , il s'employe à détromper l'Oncle
fur ce Neveu , & à empêcher que ChryDE
JUIN. 73

fante ne foit la dupe de la prédilection
aveugle de l'Oncle pour Narciffe , en le preferant
à Pamphile , pour qui il fe declare
hautement en toute occafion. Menipfe eſt
un jeune homme à peu près de l'âge de
Narciffe , & qui quoique né avec un bon
coeur & d'un caractere humain & compatiffant
, s'eſt à demi laiffé féduire par les
maximes du Philofophe qui commencent
à gâter fon beau naturel , au grand regret
d'Oronte. Son pere , qui ayant reconnu d'où
venoit la fource du mal , fait tout ce qu'il
peut pour empêcher fon fils de frequenter
Narciffe. Philemon eft le Pere d'un perfonnage
qui ne paroît pas fur la Scene , &
auquel Pamphile rend un fervice confide
rable , ce qui l'engage à une reconnoiffance
qui contribue au dénouement de la piece
en faveur de Pamphile ; Gelaffe , Damis ,
& Cleon , font trois jeunes gens qui font
en commerce de liaiſon & de focieté avec
les deux neveux d'Onuphre , mais plus
portez pour le cadet que pour l'aîné , &
tous trois de caracteres differents . Gelaste
eft un railleur fin & delié , qui en applaudiffant
fans ceffe à Narciffe , trouve le
moyen de faire fentir le ridicule de fes
maximes & de fa conduite . Damis eft un
de ces bons coeurs qui ne peuvent foutenir
les mauvais procedez en fait d'amitié. H
cft touché au vif de l'indifference & de
72 LE MERCURE
l'infenfibilité de Narciffe dans une con
jon&ure affligeante ; mais le caractere de
douceur qu'on lui donne, ne lui permet autre
chofe que de fe recrier & de gemir fur
ce qu'il voit. Cleon, qui eft plus vif & plus .
impetueux, s'explique aufli avee plus de liberté
fur les maximes de Narciffe , qu'il
attaque fans ménagement , & dont il dé
couvre toute la malignité & le poiſon . Reſte
à parler des deux Valets Frontin & l'Eveillé.,
Frontin qui eft valet de Narciffe , eft une
efpece d'original qui , quoy qu'avec affez
de bon fens pour entrevoir à certains égards
le faux de la Philofophie de fon Maître ,
ne laiffe pas d'avoir affez de fimplicité pour
le croire un grand Philofophe. L'Eveillé eft:
une forte de Valet petir Maître , dont l'hu
meur quadre fort avec celle dePamphilequ'il
fert. Tel eft le caractere des perfonnages
qui entrent dans la piece ; venons à la Picce
même , dont nous allons donner un détail
par Actes , après avoir averti que la Scene
Le paffe dans une Salle qui fépare l'appar
tement d'Onuphre de celui de Narciffe..
I. A CTE.
L'Eveillé dont le M.ître étoit rentré la
veille fort tard au log's , vient pour s'informer
de Frontin comment Onuphre aura
pris

DE JUIN 73
pris la chofe ; mais il en reçoit pour toute
réponſe ,
C'eſt l'heure du Caffé , l'on ne parle à perfonne.
Et fur cela Frontin entendant la fonnette de
fon Maître qui l'appelle , il laiffe l'Eveillé ,
qui en attendant le retour de Frontin , de
qui il veut prendre langue , fait quelques
reflexions fur l'oppofition de l'humeur &
du caractere des deux freres qu'ils fervent
lui & Frontin. Celui- ci reparoît alors ,
rapportant de chez fon 'Maître un bandége
garni d'une Caffetiere & de tout le petit
meuble qu'il faut pour prendre du Caffé ,
& pofe le tout fur une petite table , en
grondant entre les dents contre fon Maître,
qui a trouvé le Caffé tiop brûlé .L'Eveillé
veut l'interrompre ; Frontin ne l'écoutant
pas , & lui difant pour toute raifon que
quand fon Maître a commencé à gronder ,
lui de fon côté gronde tout le jour ; Eh
quoy reprend l'Eveillé , gronde- t'il tant
lui , avec fa Philofophie ? cela donne lieu
à Frontin de faire le caractere de fon Maître
de la maniere qui fuit.
·Philofophie ? oh oüi , bien dupe qui s'y fie ! ·
Cés Philofophes là font de plaifantes gens ;
Sur les moeurs du prochain moralifeurs pedants.
Beaux dictons ; devant eux ilfaut que l'on fe taif
Lefait les touche- til ? ils font chauds comme braiſes
G
74
LE MERCURE
Mon Maître eft Philofophe au fupréme degré ?
A- til jamais trouvé fon lit fait à fongré?
Fete veux quelque jour faire voir fa toilette ,
C'est une piece rare & de tout point complette :
Il est vrai que d'ailleurs dans lui feul retranché ,
Grace à fon indolence, il n'eft point débauché.
"
Voila un premier crayon du portrait de
Narciffe , & qui, quoi qu'il ne roule que
fur des traits qui font à la portée d'un Vafet
, ne laiffe pas de donner une idée affez
jufte du caractere du Philofophe . Frontin
trouve ce fyftême de Philofophie fi bon &
commode , qu'il declare qu'il veut fe
faire Philofophe lui-même , & pour com →
mencer à en faire les fonctions , il ordonne
à l'Eveillé de lui apporter le Caffé dont
Narciffe fon Maître n'a pris qu'une partie.
L'Eveillé qui fe rend complaifant , parce
qu'il a befoin de Frontin , apporte devant
lui une petite table avec le Caffé ; & tandis
que Frontin le verfe & l'accommode
l'Eveillé, s'informe doucement de . ce qu'a
dit l'Oncle au fujet de Pamphile , ce qui
donne lieu à Frontin de faire le Philofophe ,
& d'étaler une morale , où en cenfurant la
conduite d'autrui , il conclud par l'éloge de
la fienne. En effet dit- il , but
Voilàfans doute unfort beau train.
Dédaignant du Soleil la clarté trop commune ,
DE JUIN
Vous nefaites briller vos talens qu'à la Lune ;
-Courant toute la nuit comme des loups garoux ,
Sur le pavé du Roy vous tenez contre tous.
Quelle affreuse conduite ! eft ce là vivre en hommes
Nous autres des minuit nous étions en plein fomme i
Etfans nous baraffer comme vous autres fots ,
Philofophiquement nous geutions de repos.
Tandis que Frontin & l'Eveillé font à
raifonner enfemble , & dans le moment que
Frontin vient de boire fon Caffé , l'Oncle
de leurs Maîtres arrive , & demande ce
que cela veut dire , & s'il n'eft point de
trop dans la partie. Non Monfieur , dit
Frontin fans s'émouvoir , je prenois feule
ment mon Caffé. Ton Caffé, reprend Onu
phre tout furpris ; Oui , Monfieur , philofophiquement
répond Frontin.
Nous autres gens reglez nous vivons de regime.
Onuphre qui dans la prévention où
il eft pour Narciffe , a de l'indulgence &
de l'affection pour tout ce qui lui appartient
, prend en bonne part tout ce que lui
dit Frontin ; & comme il lui demande enfuite
ce que fait fon Maître ; Frontin au
lieu de lui répondre d'abord , tire fa montre.
Comment , dit Onuphre , tu confultes
ta montre : Oh , Monfieur , voyez-vous ,
répondit Frontin ,
Tout fe fait par mesure & par compas chez vous
G
76 LE MERCURE
Après le Caffé , l'ordre eft qu'il fe tranquillife .
Dans un moment ilfaut qu'il écrive ou qu'il life.
Cela donne occafion à Onuphre de fe
louer de la fageffe & de la regularité de
Narciffe dans l'arrangement de fa conduite ;
d'où venant à tomber par reflexion fur celle
de Pamphile , & appercevant fon Valet ,
il lui demande avec aigreur où fon Maître
a été la veille pour eftre rentré fi tard , &
fur ce qu'il ajoute , que fait-il à prefent ?
Frontin crie à l'Eveillé , confulte auffi ta
montre. Onuphre fur cela fait de grandes
plaintes de la conduite de Pamphile , &
refte feul , lors qu'arrive Eudoxe ſon ami ,
qui le voyant émeu , lui demande le fujet
de fon émotion ; ce qui donne lieu à une
narration où il y a d'autant plus d'arr , que
quoique pour les faits elle ne contienne
rien qu'Eudoxe ne doive fçavoir , le tour
qu'y donne Onuphre la rend neceffaire :
car au lieu de répondre directement à la
queftion de fon ami , il fe récrie comme
un homme qui répond à fa penſée :
Chofe étrange !
Dans la vie on ne peut fe répondre de rien.
Ce qu'il explique en racontant à fon
ami comment ayant choifi l'état du celibat
pour le foultraire aux foucis & aux inquieDE
JUIN. 77
tudes que donnent les enfans , il fe trouve
malgré fa précaution , engagé dans l'écueil
qu'il vouloit éviter , moins encore par la
tutelle de fes deux Neveux reftez orphelins,
que par l'affection extrême qu'il a prife
pour eux.
Me voilà donc chargé d'enfans & de tutelle ,
core tout cela n'étoit que bagatelle ;
J'aurois pû me borner , fans me tourmenter tant ,
A des foins generaux furore le courant.
Le mal eft que pour eux , foit raison , foit foibleffe ,
Plus que je ne voulois j'ay pris de la tendreſſe :
Je les aimai tous deux dès leurs plus jeunes ans
Non comme mes Neveux , mais comme mes enfans.
>
Et après un petit détail des foins qu'il
a pris de leur éducation durant le cours de
leurs études , il ajoute ,
Voici le temps critique ; & qu'ilfaut craindre tout.
Eudoxe fur cela veut le raffurer par le
caractere de fes Neveux ; car , dit-il ,
L'un & l'autre est bien né,
C'est déja quelque avance ; & d'abord pour l'aîné. ·
A ce nom de l'aîné , la prévention de
l'Oncle lui fait couper la parole à Eudoxe ;
il fait lui-même l'éloge de Narciffe , & ge
mit fur la conduite du Cadet , qu'il vou-
Giij
78 LE
MERCURE
droit , dit-il , qui reffemblât à l'aîné : C'eftà-
dire , répond Eudoxe , que vous voudriez
qu'il changeât d'humeur & de caractere ,
furquoi il lui fait entendre deux chofes ;
premierement , que cela eft impoffible :
fecondement , que cela n'eft point neceffaire
ni à propos ; car , dit- il ,
Croyez vous quel'onfait maître deferefondre;
Et quand même onpourrois, dès qu'on nous lepreferit,
Changer de caractere ainſi qu'onfait d'habit ;
Aquel propos changer , & pourquoy vouloir eftre
*
Autres qu'en nous creant Dieu ne nous afaitnaître?
C'est lui qui par divers & feurs affortiments
Forma , comme il lui plût, tous nos temperaments.
Unpeu plus , un peu moins ou deflegme ou de bile ,
Rend l'un viƒ& bouillant , l'autre doux & tranquille
:
Dans ces temperaments tout eft bon : le mauvais
C'est quand on l'un ou l'autre eſt pouffé dans l'excès.
Le flegme quelquefois dégenere en pareſſes
Si la bile s'exalte , elle devient yureſſe ;
Cefont- là des excès que l'on doit corriger ,
Mais l'humeur ne ſe doit ni ne ſe peut changer :
Que l'onsoit bi'ieux , que l'on fait phlegmatique,
Cette diverſitéfert à la Republique :
Sinous eftions tous nez des Catons , l'Univers
Bien loin d'en aller mieux , iroit tout de travers .
Mais quoi , dit Onuphre , qui a écouté
DE JUIN.J 79
cette morale avec affez d'impatience , Que
voulez-vous prouver par là ? Le voici , ré
pond Eudoxe , pour faire appercevoir à
Onuphre le principe de fon illufion ,
C'eft que l'on ne doit point prendre fi bonnement
Pour vice ou pour vertu le feul temperament ,
l'on
Et qu'il peut arriver que nomme fageffe
Ce qui n'eft dans le fonds qu'indolence & molleffe.
Onuphre qui fent que ce dernier trait
tombe fur Narciffe , .s'impatiente un peu ,
& pour s'en dépiquer , il tombe fur le dérangement
prétendu du Cadet , à qui il
fçait bien qu'Eudoxe donne la preference ;
mais celui ci fait convenir Onuphre , que
ce Cadet qui lui paroît fi dérangé , n'a
pourtant aucun vice ; de forte qu'Onuphre
eft obligé de le retrancher fur fa dilipation ,
& qu'il prend de là occafion de prier Eu
doxe d'engager Pamphile à eftre plus affidu
au logis , du moins tandis que Chryfante
eft chez lui. Alors il s'ouvre avec lui fur.
une raifon particuliere qu'il ade ménager
cet ami : en effet dit- il ,
Outre ce qu'on lui doit detoute maniere,
Sa fille eft une riche & puiſſante heritiere ;
Et les deffeins qu'il a ſemblent de notre part
Exiger à bondroit touteforte d'igard.
Sur l'un de mes neveux, comme il m'a fait entendre,
Il a jettéfesplombs pour enfaire fon gendre.
G iiij
30
LE
MERCURE
Il ajoute qu'il ne doute pas que le choix
ne tombe fur l'ainé. Selon , répond Eudoxe
, qui pour ne point entrer en éclairciffement
fur fon doute , demande à Onuphre
des nouvelles de l'affaire que Chryfante
pourfuit ; & comme Chryfante arrive
fur ces entrefaires , il lui en demande
compte à lui-même : Chryfante à cela répond
, qu'elle traîne en longueur ; c'eft une
chofe , dit-il , purement de grace & de fa-

veur ,
>
Il ne s'agit aufond que d'un titre d'honneur ,
D'une diftinction qui releve en Province,
Carquant à l'intereſt l'objet est aſſez mince.
Après quoi il fait dans fa perfonne le
portrait de ces gens de Province , qui
comptant fur le credit des amis qu'ils ont
à Paris , & prenant pour argent comptant
les offres de fervices qu'on leur fait pat
Lettres , croyent que dès qu'ils y auront
quelque affaire , ils y trouveront un chemin
tout uni. Pour moi , dit- il ,
Je fuis vite accouru d'efperance rempli ,
Comptant que tout cela ne feroit pas unpli ?
Et cependant , continue - t'il au bout
d'un grand mois de pourfuite je me trouve
peu avancé que le premier jour.
auffi

Chacun fe difculpant, me jure la main haute
DE JUIN.
81
T
Qu'il a fait defon mieux , que ce n'eſt pasfa
faute.
Jeleur rends fur cela justice pleinement ,
Et je conviens que c'eft la mienne uniquement,
Je devois distinguer entrefaire & promettre ,
Et ne pas prendre tant tout au pied dela lettye
, Loc.
Et fur ce que les deux amis s'informent à
quoi tient cette affaire , il fait entendre
qu'on le traverſe fous main , & qu'il en foup
Conne Argante , qui eft un homme , dit il
à Onuphre , fur qui votre neveu Narciffe
a du pouvoir. L'oncle promet que fonṛneveu
agira comme il faut ; mais , dit Eu
doxe , il faudroit l'appeller & en raifonner
avec lui. L'oncle fur cela appelle Frontin
& le charge de dire à fon neveu de venir
pour un moment. Frontin répond que fon
Maître ne fçauroit venir , qu'il eft en affaires
, & preffé par Onuphre: Dame , dit- il,
en grondant ,
C
C'est à prefent l'heure de la toilette.
Auffi vous voulez tout fçavoir ...
L'oncle à cela hauffe les épaules & prend
le parti d'aller lui - même chez fon neveu ;
mais Frontin veut lui boucher le paffage
en difant qu'on n'entre pas , qu'il a défenſe
de laiffer entrer perfonne , & qu'il ferà
*82 LE MERCURE
grondé , mais l'oncle ne laiffe pas de paffer
outre . Eudoxe alors fe tournant vers Chryfante
qu'il trouve réveur , lui dit , Quoi ,
vous ne riez point ? Mais non , répond
Chryfante , & je penfe autrement ; c'eſt
dommage qu'un jeune homme qui a d'ailleurs
tant de bonnes qualités donne dans
un pareil travers. Il donne dans bien d'autres
, répond Eudoxe , mais pour en parter
avec plus de liberté , montons dans yotre
appartement . C'eft par. où finit le P.
Acte.
II. ACTE.
Il s'ouvre par Onuphre , qui fort de chés
fon neveu en murmurant un peu fur le
trop de tems qu'il donne à fa toilette. De
notre tems , dit-il , nous n'y failions pas
tant de façons , & il me femble que nous
les valions bien.
A ces petits Meffieurs il leur faut destoilettes ,
Je pense que bien - tôt ils prendront des cort
nettes .
Autant prefque vaudroit.
Ce n'eft pas , ajoûte- t'il , qu'à cela près
Narciffe eft tout des meilleurs d'entre les
jeunes gens. Sur cela appercevant Eudoxe
qui prenoit fon chemin pour fortir , il l'ar
rête , le fait reffouvenir qu'il la retenu pour
DE JUIN.
83
diner , & lui demande ce qu'il a fait de
Chryfante ; Il eft tout occupé de fon affaire,
répond Eudoxe ; mais à propos , ajoute - t'il ,
votre neveu agira t'il pour cela auprès
Argante? Oh oui, répond/Onuphre , il m'a /
dit qu'il alloit s'arranger pour cela . Comdit
Eudoxe , quel autre arrangement
faut il à cela que d'agir ? fur quoi l'oncle
fe rendant caution pour fon neveu , Prenez
garde , répond Eudoxe à compter fans
votre hôte.
ment ,
>
Car qui s'arrange tant quand ilfaut obliger,
Palle ordinairement le tems à s'arranger.
Sur ces entrefaites entre Philemon qui
dit à Onuphre qu'il venoit chercher for
néveu pour le remercier d'un fervice im .
portant qu'il avoit rendu à fon fils . Onuphre
qui croit qu'il s'agit de Narciffe , demande
avec empreffeinent à Philemon en
quoi fon neveu a pû l'obliger Philemon
fait un détail d'une fâcheufe affaire où fon
fils s'eft trouvé embaraffé la nuit derniere ,.
& raconte comment le matin même le
neveu d'Onuphre l'a tiré d'intrigue . L'oncle
qui fçait que fon neveu bien loin d'être
forti ce jour- là eft encore à la toilette
témoigne fa furpriſe à Philemon en difant,
- Mais Narciffe n'a pû pourtant ..... A ce
nom de Narciffe Philemon lui coupe la
84
LE MERCURE
parole , Oh , ce n'étoit pas lui , dit- il.
´Il eſt enveloppé dans fa Philofophie ,
Et ne fe mêle point des chofes de la vie.
Je parle de Pamphile .
Et enfuite il rapporte une circonftance
qui releve encore le merite de l'action de
Pamphile . C'eft que quand on l'étoit venu
avertir de l'embarras où étoit fon ami , a
montoit à cheval pour aller à la chafie.
Je ne fçais , dit Philemon , ce qu'un autre
auroit fait à la place.
Mais lui fans balancer , allons vitey pour-
.voir ,
A-fil dit , le plaifir doit ceder au devoir.
Je fens cela , comme le doit un pere ,
ajoûte Philemon , & tôt ou tard je lui rendrai
fervice , ou je ne pourrai . Que ditesvous
de cela , dit Eudoxe à Onuphre
après que Philemon eft parti. Voilà ce qui
s'appelle s'arranger comme il faut.
Pamphile ne fait point les choses à demi ,
Et quittefon plaifir pourfervir un ami.
Il fe retire fur cela après avoir jetté à
cette occafion un trait fur Narciffe. L'oncle
refté feul ne comprend pas par quel caprice
il trouve la plupart des gens auffi
DE JUIN. 85
·
ferus contre l'aîné de fes neyeux, que prévenus
en faveur du cadet , cependant ,
dit-il , quelle difference ! Tandis qu'il s'oc
cupe de ces reflexions il voit arriver Frontin
qui s'évente & s'effuye le front. Grace
à dieu , dit Frontin , la toilette eft finie
& je viens prendre l'air pour me remettre.
Ah , tranquilife - toi , répond Onuphre
mais que fait mon neveu ? Il eft , dit- il ,
avec fon Difciple Menippe qu'il inftruit
& forme à la Philofophie . Ne les troublons
donc point , dit l'oncle ; fi l'on vient me
chercher , je ferai ici de retour dans une
heure au plurard. Frontin refté feul fur la
Scene commençoit à moralifer , lorfque Narciffe
fon Maître paroît avec Ménippe , &
lui dit d'un ton grave de donner des
fiéges , & d'aller enfuite ranger tout dans
fon appartement. Cette nouvelle Scene qui
fe paffe entre le Philofophe & fen Eleve ,
eft une des plus belles de la Piéce & des
mieux ménagées . Il étoit question d'imaginer
une fituation, à la faveur de laquelle,
fans qu'il y eût rien de forcé , le Philofophe
pût découvrir les fentimens , & déveloper
les principes de fa Philofophie . Le
befoin que Ménippe , Eleve du Philofophe,
paroît avoir d'être fortifié dans les principes
de la Morale de fon Maître , donne lieu
à certe fituation ; & voici comment Narciffe
ouvre la Scene..
86 MERCURE LE
Si bien done , dites- vous , qu'Oronte votre
Pere ,
Honnête homme d'ailleurs & que je confi
dere ,
Contre vos fentimens paroît un peu cabré,
Et vous trouve trop froid & tropfage à fon
gré.
Ménippe répondant que fon Pere ne
prend point cela pour fageffe , mais pour
indolence & moleffe , & qu'il de blâme
fur tout de ce qu'il ne paroît émû , touché
de rien ; Narciffe qui trouve la chofe trop
generale , lui demande quelque fait particulier
. Surquoi Ménippe raconte que fon
pere fe faifant lire la veille un morceau
de l'Hiftoire de France ; on étoit tombé
fur la défaite & la prife de François I.
devant Pavie ; & fur cela il dépeint les
tranfports que cette lecture avoit caufés
à fon pere , qui
Tantôt frapant du pied. Ah , l'avoir laiſſe
prendre ,
Les marauts , difoit- il , il les falloit tous
pendre !
Puis un moment après ; comme un homme
rendu ,
C'en est fait , crioit il , adieu tout eft perdu.
Et diantre auffi pourquoi bagarder la bataille!
DE JUIN .
87
Mais voilà mes François , pourvu que l'onfer
raille
Ils font contents, rien ne peut les retenir,&rc.
Enfin , ajoûte-t'il , on eût dit que la perte
étoit toute récente , & qu'on venoit d'en
recevoir la nouvelle. Oui , dit le Philofophe.
Oui , ces bonnes gens là s'affectent aisément ,
Et fe donnent auffi par- la bien du tourment.
Ménippe reprend fa narration & raconte
que comme il écoutoit cette lecture d'un
air affez tranquille , fon pere lui en avoit
fait reproche , à quoi ayant répondu que
ces pertes étoient anciennes ; & avoient
été reparées depuis par une infinité de
victoires.

Ah, n'importe , mon fils , reprit-il aigrement,
Et quand on a dans l'ame un peu defentiment,
On est toujoursfrapé de ces pertes cuifantes ,
Le bon coeur les rapelle & nous les rend prea
Thefentes.
24737
Mais rien ne vous émeut,rien ne vous attendrit,
5"affligerfelon vous est d'un petit efprit ,
La perte d'un ami , d'un parent même proche,
Trouve dans vous un coeur ou de marbre ou
de roche.
88 LE MERCURE
En un mot , continuë- t'il , quand j'euffe
été coupable des plus grands crimes, il n'auroit
pas été plus émû contre moi. Voilà
donc bien du bruit , dit le Philofophe , &
tout cela pourquoi ? Pour n'avoir pas paru
affez attendri fur la perte de la bataille de
Pavie. Mais , continuë- t'il , quel effet fit fur
vous cette mercuriale ? à cela voici ce que
répond Ménippe.
Quoiquej'eufle l'esprit plein de votre morale,
Je l'avourai tout franc , je crûs m'appercevoir
Que mon coeur affoibli fe laiffoit émouvoir,
Etj'aifort grand befoin que la Philofopbie
Contre de tels aßauts m'aide & mefortifie.
Il faut donc , dit Narciffe , travailler à
vous agguerrir fur ce foible fecret que vous
avouez , & étayer fi bien votre coeur que
dans de pareilles épreuves il foit inalterable
& immobile. Pour amener fon Difciple
à ce point , Narciffe établit d'abord que
tous les hommes étant iffus d'un même
Pere , fe doivent les uns aux autres un peu
d'humanité ; il montre enfuite que comme
nos Compatriotes nous touchent encore
de plus près , on leur doit auffi plus qu'au
refte des hommes ; & defcendant après
par tous les degrez de proximité , il fait
voir qu'on doit regler fon attachement
-* felon
DE JUIN .
89
felon ces degrez , & que fuivant cette maxime
, celui -là commettroit une injuſtice
criante , qui pour fauver un étranger laif
feroit perir fon Compatriote , ou qui pour
fecourir celui - ci, laifferoit périr fon ami
ou fon parent. Pouffons , continuë - t'il ,
l'induction jufqu'au bout . On aime les pa
rents , parce qu'on leur tient de prés ;
mais on ſe tient encore de plus près à foi
même.
De ce raifonnement que faut- il donc conclure?
Que nous ne devons taħt à perſonne qu'à nõus ,
Que ce premier devoir doit dominer fur
tous , bic.
Que c'eft fimplicité & folie que de fe
facrifier pour autrui , que chacun eft à
foi-même fon premier prochain , & ajoûte :
Cette maxime , au reste , étant bien entendue,
Eft de grande efficace & de grande étendue ,
Et qui fçait au befoin s'en fervir à propos ,
Atrouvé l'élixir du folide repos.
Ménippe avoue que cette maxime a
quelque chofe de fort commode , maiş il
objecte qu'elle aneantit bien des vertus
car que deviendra , dit- il , l'honneur de la
Patrie ? on dit qu'il eft beau de mourir
pour elle , qu'on loue les Heros qui lui
ont facrifié leur vie . Narciffe répond que
L
1 H
90 LE MERCURE
ce font des martyrs de l'interêt & de l'em
bition , & qu'aucun de ceux qui ſe ſont
le plus expofés , n'a compté de perir dans
le danger. Menippe lui objecte l'hiftoire
de ce hevalier Romain , qui , fur la pa
role d'un Oracle , fe jettà dans un goufre
pour le falut de la Republique , & demande
à Narciffe ce qu'il en dit. Je dis
répond Narciffe ,
Que c'étoit un grand fou.
L'amour de la Patrie en vain échauffer, en
flamme ,
La premiere Patrie eft aufond de notre ame
C'est elle qui demande auffi nos premiers foins..
L'autre afes droits , oüi , mais elle exige bien
moins.
Plaignons ces infenfés , dont l'aveugle He
roïſme
Donne dans la chimere & tend aufanatisme;
Dans un malheur commun doublement malbeureux
,
Ilsfe chargent de tout , &prennent toutfar
eux :
Ah , ces fortes de maux dans une ame un pes
ferme ,
Apeine doivent ils effleurer l'épiderme`?
Menippe le preffe fur cela , en lui re
montrant que quand on perd des perfonnes
DE JUIN.
qui nous font cheres , il eft difficile de n'être
pas touché, & qu'un bon coeur enfin ...
Un bon coeur eft bon coeur , répond Narciffe
, mais il ne faut pas le tuer pour
à force de bon coeur.
pour
cela
Eb, que fervent aux mortsnos regrets inutiles,
En font-ils pour cela plus heureux, plus tran
quilles ?
On pleure des amis , onpleure des patrons ,
Helas , ce n'est pas eux , c'eſt nous que nous
Pleurons.
* Menippe infifte fur la perte d'un ami
tendre & fidele. J'y ay regret , répond
Narciffe , mais faut- il que je m'enterre avec
lui ? Mais , reprend Ménippe , c'eſt un bon
parent. J'en porterai le deuil , répond Nar
ciffe. Menippe reprefente que cette Philo
fophie a quelque chofe qui paroît un peu
rude.
Elle eft rude , il eft vrai , mais les fruits
en font doux , répond Narciffe. De telles
maximes , replique Meniphe ,fonneroient
mal chez bien des gens , on fe pique par
tour , ajoute-t'il , de bon coeur & d'amitié,
Tout cela pour l'ordinaire , dit Narciffe
n'eft que grimace & oftentation.
Vous verrez,fi l'on veut parler de bonnefoy,,
Que chacun dans le coeur raiſonne comme
Hij
92 LE MERCURE
Frontin entre fur cela pour avertir Ménippe
qu'on le demande de la part de fon
pére... Ah , dit . Ménippe en fortant , il eft
fur les charbons , quand il me fçait ici.
Narciffe rentre auffi dans fon appartement,
en difant qu'il fe fera peut être échauffé la
poitrine en parlant avec trop de feu. Fron
tin refté feul fe recrie fur l'efprit de fon
maître , car , dit- il , j'étois à la porte , & .
je n'ay pas perdu un mot de tout ce qu'il a
dit. Si je tenois l'Eveillé dans ce moment
je lui rendrois 'tout cela bien débrouillé
car j'en veux faire mon Eléve , & avoir
un Difciple auffi - bien que mon Maître.
L'Eveillé arrive alors tout à propos pour
fçavoir fi fon Maître qu'il a cherché en
ville inutilement , ne feroit point rentré.
Il voudroit le joindre pour l'avertir du
mécontentement que fon oncle a de fa
conduite ; & comme il fe tourmente fur
cela , Frontin le ramene à la Morale en
lui difant , que fans la Philofophie , on
s'expoſe à bien des chagrins , & que s'il
vouloit un peu prendre de fes leçons , il ne
s'en trouveroit que mieux. Ah , voyons
donc , répond l'Eveillé ; & Frontin après
avoir pris une chaife veut d'abord lui
étaler à fa maniere tout ce qu'il a entendu
dire à fon Maître fur les differens liens
par lefquels les hommes riement les uns
aux autres un peu plus ou un peu moins
DE JUIN. 93
mais comme il fe barbouille dans ce détail,
& qu'il voit que l'Eveillé s'en apperçoit
il coupe court en difant à l'Eveillé qu'il
voit bien que le raiſonné n'eft pas fon fait ;
Ni ton fort non plus , répond l'Eveillé. Je
m'en vais , reprend Frontin , te rendre en
peu de mots la chofe palpable. Retiens
bien cette maxime.
Hors se qui nous regarde& qui de près nous
touche ,
Dans la vie il nefaut s'embarraſſer de rien.
Par exemple, pourfait- il , je t'aime bien.
Tout de bon , dit l'Eveillé ; Oui , répond
Frontin , mais d'une amitié tendre. Or
continue- t'il , fi je voyois que l'on te menât
pendre ,
Car enfin l'on nefçait ni qui meurt ni qui vit,
Et tout homme eft mortel , Ariftotel'a dit.
Eh bien, que ferois - tu? demande l'Eveillég
Je dirois, répond Frontin, ah le pauvre Garçon
! c'eft dommage ! Si même, ajoûta- t’il,
je pouvois , fans rien rifquer , couper la
corde , oh , tu peux croire .... Mais fans
rien rifquer , reprend l'Eveillé. Bien en
tendu , répond Frontin.
Enfin j'aurois regret oui de te voir pendus ,
Mais pourtant quejefuſſe aſſezfot , aſſez bête
94 LE MERCURE
Pour me mettre àcrédit du chagrin dans la
tête ,
Et pour aller enfinfans fruit mal- à-propos
En perdre l'appetit ou du moins le repos.
Non , je n'en ferois rien , je te le certifie
Carje fuis Philofophe : & la Philofophie
Nous défend parfes loix deprendre de l'ennui
Des peines & des maux qui ne touchens
qu'autrui.
Oh , dit l'Eveillé , fi c'est là être Philo
fophe , je le tuis plus que toi , & prenant
la place de Frontin pour moraliſer à ſon
tour , Tu reftes à moitié chemin, lui dit- il,
mais moi je porte la Philofophie bien plus
Join. Suppofons , dit- il , que tu fuffes toimême
exposé à la même difgrace où tut
me fuppofois , crois-tu , dit-il , que je fuſſe
affez fimple pour m'amufer à te plaindre ?
Tout au contraire , pourſuit-il.
Je crierois , bon , pendez &pendez haut &
court;
Car auxpeines d'autrui quiconque eft dur ¿
fourd
Quine fonge qu'àfoy, qui pour foy few! eft
tendre,
Qui ne vit que pour foy , n'est jamais bon
qu'à pendre.
Ou , ajoute t'il , fans préjudice de ce que
le fort peut lui garder.
DE JUIN 96
Bumoins en attendane n'eſt boa qu'à nazarder.
Et fur cela il fe met à nazarder Frontin,
qui crie au meurtre. Le Philofophe à ce
bruit fort de fon appartement , & demande
d'un air auftere , de quoi il s'agit ? C'eft
que nous difputions fur la Philofophie
dit Frontin. Sur quoi les ayant traitez tous
deux de bons lots , il les fepare en ordonnant
à Frontin de rentrer dans lon appartement
, & à l'Eveillé , de n'en approcher
point à l'avenir ; c'eft par où le termine le
fecond Acte..
III. ACTE.-

Pamphile , frere de Narciffe , étant enfin
de retour au logis , l'Eveillé l'informe de
la colere où fon oncle eft contre lui. Pamphile
écoute cela en jeune homme bien né
& plein de refpect pour un oncle qu'il
fçait bien qui l'aime comme un pere.. It
vous aime, reprend l'Eveillé , Mais oui
répond Pamphile , car s'il ne m'aimoit pas
prendroit il tant de fouci pour moi ? Sur
ce pied-là , dit l'Eveillé , je crois qu'il
m'aime auffi , car lui & le Philofophe font
toujours à crier contre moi. Te voila bien
malade , dit Pamphile , ch , l'on me gronde
bien moi ! Oh , Monfieur , replique l'E
veillé , la difference est grande entre nous.
9.5 LE MERCURE
mais Si on vous gronde , vous le meritez ,
moi en quoi puis-je mais de vos déportemens
? Pour finir tout cela , ajoute til ,
Entre nous, s'il vous plaift , reglons les qualitez.
Je fuis votre Valet ou votre Gouverneur.
Si je ne fuis que Valet , je ne dois
pas répondre de vous ; fi je fuis votre Gouverneur
, j'ay droit de vous moriginer.
Sois ce que tu voudras, répond Pamphile ,
je t'en laiffe le choix. L'Eveillé fur cela
prend le parti de partager le different ,
c'eft-à-dire d'être moitié l'un & moitié l'autre
, & comme Gouverneur veut établir
des loix. La premiere qu'il porte , eft que
fon Maître rentre au logis ayant minuit
fonné. Pamphile fe récrie fur la ſeverité
de la Morale de l'Eveillé ; & tandis qu'ils
conteſtent enſemble fur ce premier reglement
, furvient le Philofophe Narciffe , à
qui l'Eveillé adreffe d'abord la parole
pour le rendre juge du different qu'il a
avec fon Maître , dont il lui expofe le fujet
, & finit en ' lui demandant fi lui l'Eveillé
eft déraisonnable dans ce qu'il exigen
A quoi Narciffe répond en le regardant de
travers ,
3
Déraisonnable , ou non , je n'en décide rien
Mais pour grand Raisonneur , oh oui , je le
vois bien.
Et aprés l'avoir congedié en termes un
peu
DE JUIN.
peu rudes , il fe tourne vers fon frere à
qui il fait des reproches fur les airs libres
&. familiers , qu'il fouffre qu'un valet prenne
avec lui , & enfuite tombe fur fa diffipation
& fur le dérangement de fa conduite.
Pamphile répond à cela que chacun a
fa Philofophie. J'ai la mienne , dit-il , je
fçai bien qu'on la cenfure ; mais la vôtre
mon frere , croyez-vous qu'on n'en diſe
rien ? la mienne , reprend Narciffe , avec
une ironie pleine de confiance ! Il preffe
même fur cela Pamphile de s'expliquer.
Celui-ci s'en défend longtemps , en lui difant
entr'autres chofes , que
Nous ferions malheureux & fort à plaindre tous
Si nous pouvionsfçavoir tout ce qu'on dit de nous !
Mais enfin , preffé de nouveau par Nar
ciffe qui dit qu'il en feroit fon profit , il
s'explique en difant , voici ce qu'on dit.
Si l'on en croit les gens , votre Philofophie
N'eft qu'amour propre pur , telle on la qualifie.
Pour vous feul , diroit- on , Dieu crea l'Univers,
Devant vous les humains font tous de petits vers
Tousfaits pour vous fervir , vous admirer , vous
craindre ,
Sans que vous pour aucun vous deviez vous contraindre
.
On dit que vous bornant à vôtre individu ,
Vous vous ajugez tout comme vous étant dû ;
I
98 LE MERCURE
1
7 Que pour vos interêts vous étes tout de flamme ,
• Mais que les maux d autrui n'effleurent pas vôtre
ame :
Que hors votre perfonne unique , ami , parent ,
Et tout le monde entier vous eft indifferent ;
Et l'on conclut de là ce que n'eft pas merveille ,
Sifur ce point auffi l'on vous rend la pareille.
Narciffe piqué au vif de ce difcours qu'il
a ecouré avec beaucoup d'impatience , y
répond d'abord avec une hauteur aigre &
méprifante , en difant que ce font là les dif
cours de jeunes éventez , tels les gens
que frequente fon frere , à qui l'on ne fçauroit
manquer de déplaire , en fuivant un
train de vie qui condamne leur conduite ,
que
Ils voudroient , s'ils pouvoient , pour couvrir leur
foibleffe ;
Décrediter par tout la raison , la fageffe ;
Et par ces traits mordants dont je fais peu
Donner du ridicule aux vertus qu'ils n'ont pas .
de cass
A meſure que Narciffe parle , il s'aigrit de
plus en plus, & en vient même à la menace
contre ceux qui tiennent de tels difcours.
Mais vous vous emportez , mon frère , dit
Pamphile ce reproche aigrit encore plus
le Philofophé , il trouve mauvais que fon
frere lui faffe remarquer qu'il s'emporte
THEQUE
DE
DE JUIN.
> &
& le prend fur un ton encore plus t
lorfque Gelafte , leur ami commun , arrive
tout à propos pour mettre le hola. Il eft
tout furpris d'apprendre que le démeflé des
deux freres vient de ce que Pamphile a
voulu donner des leçons à Narciffe . Voilà
bien , dit- il , le monde renverfé ! Pamphile
s'excufe fur ce que fon frere l'a forcé de
lui dire ce qu'on difoit de lui , & qu'il eft
bien éloigné d'approuver. Comme ils en
font là , entre Damis , un de leurs amis,
avec l'affliction peinte fur le vifage : on lui
en demande le fujet , il leur apprend que
le jeune Theodore leur ami à tous , & parent
des deux freres , eft très- malade
qu'il l'a laiffé à l'extrémité. Ne feroit- ce
point la petite verole , dit en fe reculant
d'abord le Philofophe ? L'autre le raffûre ſur
cela , & rapporte enfuite ce qui s'eft paffé
entre lui & Theodore , & comme il l'a
chargé de venir faire de fa patt fes adieux
aux deux freres . Pamphile part auſſi- tôt
de la main pour aller voir le mourant
fans écouter Narciffe , qui dit que cela eft
inutile , & qu'on ne pourra pas le voir.
Après qu'il eft parti , Cleon , autre jeune
homme de leurs amis , étant furyenu , Damis
commence à faire l'éloge du mourant,
en difant que c'étoit le meilleur homme
"du monde , & l'efprit le mieux fait : Pour
moi , dit Narciffe , en l'interrompant ,
I ij
100 LE MERCURE
J'ai toujours craint pour lui , préfumant àfa
mine ,
Qu'il avoit ,j'en fuis sûr , très-mauvaise poitrine .
Et dans le cours de la converfation , il
tombe enfuite fur l'eftomach qu'il avoit ,
dit - il , fort mauvais ; & après avoir détaillé
les migraines , les rhûmes , les fluxions auxquelles
il a été fujet toute la vie , il conclut ,
qu'il ne pouvoit pas vivre . Oui , dit Gelaſte
, qui ne manque pas de rencherir toujours
fur ce que dit Narciffe , ce font bien
des maux dont le ciel le délivre . Et où
diantre , ajoûte-t-il , ces gens- là vont-ils pêcher
auffi leurs eftomachs & leurs poitrines
? Damis témoigne , quoiqu'avec la douceur
propre de fon caractere , combien il
eft étonné de pareils fentimens . Cela n'empêche
pas qu'on ne le regrette , dit le malin ·
Gelafte : c'étoit notre ami , & votre parent
à vous , dit- il à Narciffe : Qui , répond- il ,
nous y perdons tous. Cleon dit alors que
pere de Theodore eft d'autant plùs à
plaindre , qu'en même temps qu'il perd fon
fils , il perd la moitié de fon bien par une
banqueroute qu'on vient de lui faire. Narciffe
dit que le coup eft affligeant ; Mais
auffi , ajoûte- t-il , il devoit mieux placer
fon argent. Dans l'inftant même on voit
accourir Frontin tout éploré , qui vient anz
le
DE JUIN.
101
noncer à fonMaître que fon beau ferin , fon
fcrin panaché fe meurt. La Philofophie ne
tient pas contre ce coup , & Narciffe court.
vîte à fon ferin . Gelafte fe tournant alors
vers Damis & Cleon , leur dit ,
Vous verrez qu'il avoit ce ferin fi cheri ,
La poitrine mauvaiſe ou le poulmon pourri.
Eudoxe & Chryfante arrivant fur cela , &.
demandant où font les deux freres , apprennent
de Gelaſte ce qui vient de fe paffer
au fujet de l'ami , & du ferin mourant .
Pamphile rentre là- deffus en s'écriant d'un
air plein d'affliction , c'en eftfait, il eft mort.
A peine a-t- il eu le temps de raconter comment
il a appris cette mort à moitié chemin
, que Narciffe rentre , & dit d'un ton
encore plus douloureux que n'avoit fait
Pamphile c'en est fait , il eft mort . Pamphile
vient de nous l'apprendre , dit Damis
, comme s'il croyoit que Narciffe parlât
de Theodore. Eh ! ce n'eft pas cela , reprend
Gelafte , n'eft- ce pas du ferin panaché
qu'il s'agit ? dit-il à Narciffe : Helas !
oui , répond celui - ci . Pamphile choqué de
la fenfibilité de fon frere fur la mort d'un
ferin , lorfqu'il devroit regretter un parent
& un ami , tâche à lui faire entendre raifon
fur cela , en lui difant , Hé ! naon frere ,
* oubliez ce ferin ; mais le Philofophe reve-
I iij
102 LE MERCURE
nant toujours fur la perte de fon oyfear ,
Pamphile fort indigné. L'oncle arrivant ladeffus
, apprend l'affliction de Narciffe , &
ce qui en fait le fujet ; mais il traite cola
de bagatelle , en difant qu'on trouvera d'autres
ferins à la Vallée , & emmene fes amis
pour difner. Il veut inviter auffi Gelafte
& Damis , qui s'en excufent chacun à leur
maniere , & qui fe donnent enfuite parole
pour le retrouver chez Narciffe dans l'aprés-
ainée.
I V. ACTE.
Frontin entre d'un air myſterieux ; &
marchant fur le bout des pieds , il fait faire
filence en avertiffant que fon maître fait
fa meridienne , & fe met aufli en devoir de
faire la fienne , en qualité de Philofophe :
il est troublé d'abord par l'éveillé qui vient
lui donner des croquignoles , tandis qu'il
dort , & enfuite par l'arrivée d'Eudoxe &
de Chryfante , qui apprennent de lui par
occafion qu'il a charge de fon Maître d'aller
fçavoir chez Argante quand on pourra
le voir. Après que Frontin s'eft retiré , Eudoxe
témoigne fon chagrin fur l'indolence
de Narciffe par rapport à l'affaire de Chryfante
: mais vous avez pris votre parti pour
en faire votre gendre , dit il à celui- ci , &
Chryfante l'affurant qu'il ne s'eft point
DE JUIN ·1·03'
encore déterminé fur le choix des deux
freres , Eudoxe lui fait toucher au doigt ,
que fi dans l'alliance qu'il fe propofe , il
cherche fon bonheur & celui de fa fille ,
il faut qu'il vife tout autre part que chez
un Philofophe ; de forte qu'il l'amene à
préferer le cadet à l'aîné , pourvû que l'oncle
, pour qui il eft obligé d'avoir de
grands égards, y donne fon confentement .
Chryfante fortant là- deffus , arrive Gelaſte
qui vient , dit- il , pour confoler les affligez
, c'eft- à- dire , Narciffe . Eudoxe lui apprend
que le Philofophe fait fa meridienne :
& enfuite rappellant ce qui s'eft paffé le
matin , tombe fur l'infenfibilité de Narciffe
, fur la mort d'un parent & d'un ami ,
tandis qu'il eft fenfible à l'excés fur la mort
d'un ferin . Gelafte entreprend fur cela ma
lignement la défenfe de Narciffe , en montrant
que la conduite eft toute dans les regles
de la Philofophie ; qu'aux yeux d'un
Philofophe , qu'il s'agiffe d'un animal , ou
d'un homme , tout eft égal . Que fi Narciffe
a paru plus touché de la mort d'un
oyfeau que de celle d'un Parent , c'eſt que
cet oyfeau lui appartenoit , & qu'il ne pouvoit
que perdre à fa mort , au lieu qu'on
peut gagner à celle d'un Parent .
D'ailleurs , felon les Us de la Philofophie ,
Ce qui nous appartient , à nous s'identifies
I iiij
104
LE MERCURE
C'eft nous-mêmes , du moins it enfait une part.
Pour le reste ,fans peine on le laiße à l'écart ;
On le perd fans regret , au moins regret fincers i
Comme chofe pour nous inutile , étrangere.
Auffi combien de gens plaignent plus on fecret
La perse d'un cheval , que celle d'un Valet ?
A quoi Eudoxe répond que le principe
lui paroit plus affreux encore que la chofe
même. Onuphre , qui furvient à cette
conteſtation , n'eft pas moins fcandalifé
qu'Eudoxe, d'une pareille doctrine : & comme
Eudoxe , pour lui faire fentir que c'eſt
celle de fon Philofophe , lui rapporte ce
qui s'eft paffé le matin au fujer de la mort
du jeune Theodore ; Onuphre , qui ne favoit
rien de cette mort , fait tourner - la
converfation fur ce fujet ; & apprenant de
Gelafte la banqueroute qu'on a faite en
même temps au pere de Theodore , cela
lui fait faire des reflexions fur le danger
qu'il court lui- même , ayant une partie de
fon bien entre les mains d'un Banquier :
Mais non , reprend- il , je ne crains rien
de femblable de la part d'Arifte . Gelaſte
ne laiffe pas tomber ce mot à terre , &
en fait ufage dans la fuite . Tandis qu'ils
en font là , leur entretien eft troublé par
les cris de Frontin , que Narciffe acçable
de coups & d'injures , & qui vient-ſe ſau,
DE JUIN. 105.
ver près d'eux , pourfuivi par fon Maître .
Onuphre tout furpris de l'emportement de
fon Neveu , l'eft encore plus , d'apprendre
qu'il ne s'agit que d'une Porcelaine caffée.
Sur quoy fon oncle ne peut s'empêcher
de lui faire reproche ; & rapportant ce
qu'il dit avoir lû depuis peu dans Plutarque
, d'un Senateur Romain , qui fit brifer
des vafes de cette nature , dont on lui avoit
fait prefent , de crainte que ce ne lui fuft
matiere à le mettre en colere , il conſeille
à fon Neveu de caffer par le même principe
ce qui lui refte de fon Cabaret . Narciffe
qui ne goute pas cette Morale , fe retire
, en difant qu'il voit bien qu'il faut
rout fouffrir des Valets. Gelafte le fuit
dans fon Appartement , & emmene avec
lui Frontin , en fe chargeant de faire fa paix
avec fon Maître . Onuphre & Eudoxe étant
reſtés ſeuls , voyent arriver Oronte , pere
de Menippe , qui vient voir ſi ſon fils n'eſt
point là. Il demande à Onuphre s'il n'a
point paru chez lui . Non , répond Onuphre
; mais il pourra bien y venir . Je ne
le lui confeillerois pas , reprend Oronte.
Onuphre tout furpris lui demande , s'il trouve
mauvais qu'il frequente chez lui. Chez
vous ? non , dit Oronte ; mais chez votre
Neveu , c'eft autre chofe. Mais c'eſt Narciffe
qu'il voit , dit Onuphre . Et c'eſt juſtement
de quoy je me plains , répond Oron
106
LE
MERCURE
te ; fi c'étoit le cadet qu'il vift , je ne me
plaindrois pas. Onuphre faifant fur cela
l'éloge de Narciffe , comme d'un jeune
homme irreprochable , & dont le commerce
ne peut
être qu'avantageux ;
voici ce qu'-
Oronte lui répond :
Il le faut avouer , vous estes bien fa dupe,
Parce qu'il n'eft done point joueur ni débauché ,
C'est un saint , felon vous , exemt de tout peché ;
Et vous voilà 'content , quand votre Rhetorique
Des vices qu'il n'a pas , faitfon panegyrique.
S'il avoit ces defauts trop communs aujourd'hui ,
Ilen fouffriroit feul , ils ne nuiroient qu'à lui.
Il en eft de moins grands , je dis en apparence s
Mais qui pour le public font d'une autre impor
tance ;
Des defauts où chacunfe trouve intereſſé ;
Parce que tout le monde en fouffre , en eft bleffé.
Tel eft cet amour propre , injufte , aveugle , extrême
,
Qui dans tous fes projets reduit tout à lui même ;
Qui comme un poiſon lent par sa malignité ,
Detruit tous les liens de la Societé ;
Qui quelque part qu'onfoit, à la Cour, à la Ville,
Fait qu'au refte du monde un homme eft inutile
Qui de toutl'univers lefequeftre , & le rend
Tres- mauvais citoien , faux ami , froid parent :
Je tiens cela pour moy , pis que tout autre vice.
DE JUIN. 107
fe
Onuphre prétend que rien de tout cela
ne tombe fur fon Neveu , & rabat fur la
fageffe de Menippe , en qui il eft furpris
que fon Pere trouve à redire. Celui- ci replique
que depuis que fon fils frequente
Narciffe , & écoute fes maximes , il fait
enrager tout le monde chez lui , & qu'il y
dérange tout , en voulant tout ranger ; mais
que ce qui le fâche encore plus , c'eft de
voir fon fils né avec un bon coeur ,
que
fait une étude de l'endurcir ; que dans
quelques momens ramené à lui -même
par
fon bon naturel , il l'a cru converti ; mais
que dés que Narciffe l'avoit catéchifé , il
rencoignoit dans fon coeur les tendres fentimens
, & qu'il devenoit pire qu'auparavant
; & qu'en un mot , il peut frequenter
le Cadet tant qu'il voudra , mais que
pour l'Aîné , il n'y confentira point . Onuphre
qui eft un bon homme , prend le tour
en bonne part , & fe charge lui-même d'aller
fur le champ avertir Narciffe d'écarter
Menippe doucement , quand il viendra
pour le voir. Gelafte rentrant là- deffus ,
après qu'Onuphre eft paffé chez fon Neveu
; Eudoxe & Oronte touchez de la prévention
& de l'aveuglement où l'Oncle eft
pour fon Neveu , témoignent devant Gelafte
qu'ils voudroient bien qu'on pût le
détromper. Gelafte prend à fon ordinaire le
parti de Narciffe , & leur annonce que pour
108
MERCURE
LE
leur faire voir qu'ils ont tort en condannant
Narciffe , il va mettre Onuphre à une
épreuve qui fera voir le bon coeur du Neveu.
Eudoxe lui demande ce que c'eft . Onuphre
, dit-il , nous a dévoilé tantôt un grand
myftere , que tout fon bien étoit entre les
mains d'Arifte ; je vais travailler fur ce
plan. Il fort là -deffus , & laiffe Eudoxe &
Öronte , qui montent dans l'Appartement
de Chryfante , pour être à portée de voir
ce que produira le ftratagême de Gelaſte.
V. ACTE .
AMIS s'étoit plaint à la fin du III .
Acte , de ce que Narciffe avoit gâté
P'efprit de Menippe par fes maximes , &
avoit refolu de le faire revenir de fes faux
principes. Ayant donc trouvé le moyen de
le joindre avec Gelafte & Cleon , ils l'attaquent
directement Cleon & lui fur la Philofophie
de Narciffe , tandis que Gelafte
fait femblant de prendre fon parti , & de
le foutenir. Ils lui demandent d'abord s'il lui
eft permis de reveler les principes de la doarine
qu'il fait. Menippe qui y va de bonne
foy , ne fait point de façon de leur decla
rer que le tout roule fur ce qu'on doit s'aimer
foi-même plus que perfonne , & qu '
ainfi l'on fe doit plus qu'à ami , qu'à parent,
& qu'à tout homme du monde. Damis réDE
JUIN. 109
pond à cela qu'il y a un amour naturel de
nous mêmes , qui n'eft pas libre , & dont
perfonne n'eft exemt , & continue ainfi :
Mais outre cet amour , n'en deplaiſe à Narciffe ,
Il en est un auffi qui degenere en vice.
L'amour propre est marqué , comme on fait , à ce
coin
C'est un amour de nous outré , pouffé trop loin's
Un amour, en un mot , qui dans nousfe renferme
Et qui n'a que nous feuls pour objet & pour terme
Menippe répond qu'il ne fçait point faire
toutes ces diftinctions ; mais qu'en un mot
le principe eft qu'il faut s'aimer plus que
tout autre. Gelafte applaudit hautement à
cette maxime . Damis demande fi en s'aimant
foi - même , il eft permis d'aimer quelqu'autre
, fi on peut fervir les amis , fi on le
doit. Oui , répond Menippe , fi cela fe peut
fans danger. Eh! oui, dit Gelaſte , & fuppofé
qu'on n'ait rien de meilleur à faire.Donc,
file feu prenoit à ma maiſon , dit Cleon
vous ne feriez pas gens à vous rifquer pour
P'éteindre ? Menippe répond qu'il y a des
gens qui font commis pour cela . On m'affaffine
, dit Damis ; vous paffez , & je vous
appelle à mon fecours . C'eft l'affaire du
Guet , répond Gelafte pour Menippe. La
Patrie eft affiegée , pourfuit Damis , l'Ennemi
nous preffe ; le Philofophe demeurera .
t -illes bras croifez ? C'eft aux gens de guer
110 LE MERCURE
re payez pour cela , à défendre la Patrie ,
répond Meppe , & à mourir , s'il le faut ,
en la défendant . Sur quoi Cleon indigné de
ces maximes , parle ainfi :-
Le Philofophe donc neft chargé que de lui.
Et de tout autrefoin fe remet fur autrui :
Redevable à lui feul , & borné dans lui- même ,
Il n'a qu'un feul devoir , qu'il remplit bien ;
il s'aime.
Qu'on ne nous parle plus d'honneur , ni d'amitié ;
Loin d'ici deformais compaſſion , pitié :
> Ah ! ces impreffions d'un coeur tendre & fenfible
Quife livre àfon zele , & tente l'impoffible ,
Source de vains foucisfuneftes au repos`,
Ne font que les vertus des dupes & des fots.
Malheureux ! je le dis dans l'ardeur qui m'emporte
,
Les Rois dont les fujets penferoient de la forte.
Malheureux les pays qui dans de fâcheux tems
N'auroient pour defenfeurs que de tels habitans !
Qui d'entr'eux oferoit , prodigue de fa vie ,
L'immoler pour fon Prince , ou bien pour faPatrie ?
Au contraire , ils voudroient dans leur . …….
affreux
Que lorsqu'ils finiront , tout finit avec eux,
Menippe fe récrie là- deffus , qu'il eft bien
éloigné de penfer de la forte ; mais Cleon
lui répond ;
DE JUIN. III
Nevousy trompez pas , votre principey mene ;
Oui , cet aveugle amour qui vous domine tous
Réduit tout à vous feuls , abfurbe tout en vous
Prince Patrie , amis & parens , tout s'immole
Dans lefond de vos coeurs à cette unique idole,
L'intereft du public , le bien commun n'eſt rien ,
Pourvû que vous foyez à l'aise , tout va bien.
Et enfuite il lui demande comment lui ,
qu'il a connu autrefois fi tendre & fi lenfible
pour fes amis , a pû fe laiffer ſurprendre
à une pareille Philofophie ? Menippe
qui paroît ébranlé par tout ce qu'on vient
de lui dire , declare que ni lui ni Narciffe
n'ont jamais donné dans de fi noirs fentimens.
Mais Damis lui replique : Répondez
de vous , & non de Narciffe ; & rompez de.
formais toute forte de commerce avec lui.
Oronte , qui arrive là -deffus , paroît tout
furpris de trouver fon fils chez Narciffe
contre fa défenſe ; mais Gelafte l'appaiſe ,
en lui difant qu'on l'exorcife . En ce cas-là ,
dit- il , je ne prétends m'oppofer à rien : &
il exhorte les amis de fon fils de l'exorcifer
fi bien , qu'ils chaffent pour toujours de fon
ame le noir demon de la Philofophie. Menippe
fur cela dit à fon Pere , qu'il voit bien
qu'il faut que pour lui plaire il renonce à la
fageffe, & qu'il fe jette dans le dereglement.
Oronte fe récrie d'abord fur ces Catons
112 LE MERCURE
prétendus , qui fe cabrent dès qu'on leur
touche , & enfuite lui fait la leçon en ces
termes :
Non , Monfieur , car enfin , dee grace entendonsnous
;
>
La fageffe n'est point ce qu'on blâme dans vous .
C'est un point fur lequel
ciffe ,
à
> vous comme à Nar-
Nous rendons tous entiere & parfaite justice ;
Mais on exige encore un peu d'humanité ,
Unpeu de complaisance & d'affabilité ,
Un coeurfenfible , une ame enfin compatiſſante
Qui dans les maux d'autrui s'y prefte , & les
reffente.
On veut une vertu , dont l'aimable douceur
Perfectionne en nous les qualitez du coeur ;
Qui loin de traverser nos devoirs , les feconde à
Vne vertu qui foit utile à tout le monde ,
Qui rende le parent , l'ami , le citoien
Meilleur qu'il ne feroit encor fans ce moyen ;
Une vertu , monfils , que le public avoue ;
Qui ne nuife à perfonne , & dont chacun ſe loue i
Enfin une vertu , pour la bien exprimer ,
Qui dans tous les états fache fefaire aimer.
Narciffe qui'paroît alors , fait femblant
d'être furpris qu'on fouffre que Ménippe
vienne encore chés lui ; mais Oronte répond
à cela qu'il l'a muni d'un bon contrepoiſon
DE JUIN. 112
trepoifon. Onuphre , Eudoxe & Chryfante
furviennent prefque en même temps . Onuphre
demeure derriere pour lire des nouvelles
écrites à la main qu'on vient de
lai apporter , & qu'on doit venir repren
dre dans un moment , c'eft ce qu'il dit à
fes amis en les priant de continuer la converfation.
Un moment après , il les interrompt
en fe recriant fur l'incendie d'une
Ville dont il eft parlé dans fes nouvelles ;
& Narciffe difant froidement que c'est un
grand malheur , il le releve affez vivement
fur fon infenfibilité, ce que fait aufli Oronte
d'une maniere plus aigre . Cependant Onuphre
s'étant remis à lire fes nouvelles , trouve
un article qui le fait s'écrier encore
bien plus fort que le precedent. On lui
demande s'il s'agit encore d'un incendie ,
il répond d'un air defolé que c'eft un fait
qui le touche de bien plus près , & donne
Particle à lire à Chryfante. Celui- ci le lit
tout haut conçû en ces termes : Le Banquier
Arifte a difparu , & emporte plus
d'un million à des Particuliers qui avoient
mis de l'argent entre fes mains . Je fuis
du nombre , dit Onuphre , Arifte a prefque
tout mon bien. Chacun des affiftans
fui témoigne fa douleur avec beaucoup de
vivacité. Narciffe fe contente de lui dire
d'un air affez froid qu'il ne faut point s'abbattre
, que c'eft peut-être une fauffe nou-
K
114
LE
MERCURE
velle & qu'il faudra s'éclaircir de tour
fans paffion : cependant comme tous les
autres offrent leur bourſe à Onuphre , il
ne peut fe difpenfer de lui dire aufli qu'il
peut difpofer du peu de bien qu'il a fon
oncle choqué de la froideur , lui répond
qu'il a railon de dire le peu de bien qu'il a
étant lui- même dans la naffe. Comment
reprit Narciffe tout effrayé ? Oui , lui dit
l'oncle , vous y êtes pour plus de trente
mille écus ; c'eft alors que le neven , auparavant
fi froid fur le malheur de fon oncle
, prend feu bien vivement fur le fien ,
crie qu'il faut agir , qu'il faut le remuer ,
appelle vite Frontin pour faire mettre les
chevaux au caroffe. Mais le Cocher eft
malade , lui répond . Frontin , avec un froid
de Philofophe qui fait enrager le maître.
Eh ! vite un Fiacre . Mais où en trouver ,
dit Frontin , avec un verbiage qui impatiente
encore plus le Philofophe ? Quelqu'un
infinue que Ménippe en a un à la
porte , Narciffe dit qu'il va le prendre ,
mais Ménippe répond qu'il en a befoin
lui - même pour une affaire ; & fur ce
que Narciffe lui témoigne l'étonnement où
il eft de fon procedé , Ménippe lui répond
qu'il fçait bien lui- même que felon les
maximes de fa Philofophie , chacun doit
d'abord penſer à foy par preference à tout
autre ; mais Oronte, pere de Ménippe , tire
DE JUIN.
1
,
Narciffe d'embarras , en lui difant de prendre
le Fiacre. Narciffe part tout auffi -tôt,
en difant d'un air tranfporté , Ah ! trente
mille écus , le perfide , le traître ! Gelaſte
fort avec lui pour l'accompagner . Après
que Narciffe eft parti , Onuphre dit à fes
amis que fon neveu n'a rien à craindre ,
que fon bien eft en sûreté & qu'il n'a
feint que Narciffe perdoit à la banqueroute,
que parce qu'il étoit piqué de la froideur
& de l'indifference qu'il avait témoignée
dans fon malheur. On lui apprend fur cela
à lui même que la nouvelle de la banqueroute
eft fauffe , & qu'on ne l'a fuppofée
que pour le mettre au fait fur la Philofophie
de Narciffe . Chryfante le faifit de
l'occafion pour faire convenir Onuphre
que fon neveu Narciffe n'eft pas un gendre
qui lui convienne . Philemon arrive dans
le moment & prefente à Chryfante le
brevet qu'il pourfuivoit depuis f longtems
, & lui apprend qu'il en a toute l'obligation
à Pamphile , qui furvient alors,
& eft choifi par Chryfante pour être ſon
gendre avec l'agrément de l'oncle , qui y
confent de tout fon coeur. Apeine l'affaire
eft elle reglée, que Narciffe rentre avec Gelafte
; & annonce d'un air content que la
nouvelle de la banqueroute eft fauffe.
Onuphre lui répond que le faux du moins
fert quelquefois à découvrir le vrai ; &
Kij
316 LE MERCURE
fur ce que Narciffe lui demande l'explication
de ces paroles , il s'explique ainfi :
• F'étois dupe & jefuis las de l'être,
Votre Philofophie enfin s'est fait connêtre ,
Ma perte vous touchoit aſſez moderément ,
La vôtre vous a mis d'abord en mouvement.
Monfieur , qui n'aime rien, n'eſt aimé de pers
Sonne.
Pefez cette leçon qu'en amije vous donne ,
Et fi vous m'en croyez , déphilofophez vous ,
Celafuffit , allons , Meffieurs , retirons - nous, j
A ces mots tout le monde fe retire avec
Onuphre. Menippe refte un moment pour
remettre à Narciffe toute fa doctrine , en
lui difant que chacun eft revolté contre
elle ; qu'il voit bien qu'on a tort , & que
les hommes font fous , mais qu'il prend
le parti de hurler avec les loups. Alors
Narciffe refté feul , delibere un moment ,
& prend fon parti qu'il declare en ces
termes :
Affermi-toi , mon coeur , contre tous ces orages,
Etre hai des foux, c'est le deftin des fages ;
Chacun mefuit ; & moy , loin d'en être abbatu
Je vais m'enveloper toutfeul dans ma verts.
DE JUIN. 117
Départemens de Meffieurs les
Commiffaires des Finances.
*
M. le Pelletier Desforts , premier Commiffaire
, rue Coulture Sainte Catherine.
L'orlu
'Inſpection du Controlle des Quittances
du Trefor Royal , des Parties Cafuelles
, & autres dépendances du Controlle
general des finances , exercées par les Commis
prepofez..
La Direction generale de toutes les Fer
mes du Roy.
Le Clergé.
Le Commerce.
Le Marine du Levant & Ponant,
Toutes les Rentes .
Les Pays d'Etats.
Les Monnoyes .
Les Parlemens , & Cours Superieures
'du Royaume.
Les Ponts & Chauffées.
Turcies & Levées.
Barrage & Pavé de Paris .
Les Manufactures .
Les Ligues Suiffes.
Le Domaine & les Etats du Domaine.
Les Impofitions des Provinces de Flandres
, Franche- Comté & Alface.
T18 LE MERCURE
Les Etats des Finances , d'Artois , Provence
, Bretagne , & Generalitez de Metz.
M. d'Ormeſſon Place Royale.
Les Tailles & Taillon.
Les Bureaux des Finances.
Les Etats des Finances des Pays d'Election.
L'Extraordinaire des Guerres.
Pain de Munition & Vivres.
L'Artillerie.
Les Chambres des Comptes & Cours
des Aydes.
Les Debets , & toute autre nature de
deniers revenans- bons , à la pourſuite &
diligence du Controlleur des Reftes.
Les Etats des Finances des Generalitez
de Dijon , Toulouze & Montpellier.
Les Eaux & Forefts.
Les Etats des Bois.
Les Poudres & Salpêtres.
Le détail des Ponts & Chauffées , Turcies
& Levées , Barrage & Pavé de Paris.
M. de Gaumont , au petit Hôtel de Conti
Les Gabelles de France.
Celles de Lyonnois , Provence , Dau
phiné , Languedoc & autres.
Les cinq groffes Fermes...
V
DE JUIN.
Les Aydes & Droits y joints.
Les Octrois des Villes.
Les dettes des Communautez .
Les Fermes des Greffes , Amortiffemens
& Francfiefs. .
La Ferme du Controlle des Actes.
Les Etats des Fermes.
Le Grand Confeil.
Les Etats des Provinces de Navarre &
Bearn.
La Ferme des Poftes & Meffageries.
ARRESTS.ET DECLARATIONS.
D
Eclaration du Roy , donnée à Paris
le 4. May 1720. Regiftrée en Parlement
le 10. Juin 1720. par laquelle
Sa Majefte ordonne que tous
ceux qui feront convaincus d'avoir
inite , contrefait , falfifié , ou alteré en quelque
maniere que ce puifle être , tous Papiers Royaux
ou Publics feront condamnés au dernier fu
plice , fans que les Juges puiffent avoir égard
à la modicité des fommes , ni au plus ou moins
de dommage que lesdites falufications pouroient.
caufer .
"
ARREST da Confeil du 14 May 1720. par
Jaquel S. M. ordonne que tous ceux qui ont
acquis le droit de Franc Salé , feront tenus de
rapporter inceflamment au Garde du Trefor
Royal en exercice , les Quittances des fommes
par eux payées pour raifon dudit Franc Salé
dont ils feront remboursés . Ordonne en confe220
LE MERCURE
y
quence S. M. que dans les Etats des Francs-
Salés qui feront arrêtés à l'avenir au Confeil
il ne fera employé aucun de ceux qui ont été
acquis en execution de la Declaration du 11 .
Août 1706.
ARREST du Confeil du 16 May 1720 , qui
ordonne que le commerce du Caftor demeurera
libre , & convertit le privilege exclufif de la
Compagnie des Indes , en un Droit qui lui fera
payé à l'entrée du Royaume à raifon de 9 f.
par liv. pefant de Caftor gras , & 6 fols de
Caftor fec .

ARREST du Confeil du 31 May 1720 , par
Tequel S. M. ordonne que tous les Creanciers
des Etats de Bretagne , qui restent à rembourfer
, feront affignés au domicile élû par les
Contrats , devant les Commiffaires denommés
dans l'Arrêt du 22 de ce mois , pour faire ordonner
les offres qui feront faites aufdits Creanciers
de leurs principaux , & de leurs arrerages
& interêts échûs jufqu'au premier Janvier 1720.
bonnes & valables.
ARREST du Confeil , du premier Juin 1720,
par lequel S M. permet à toutes perfonnes d'avoir
en leur poffeffion , & de garder telles fom .
mes en efpeces qu'elles jugeront à propos. Fait
S. M. défenfes à tous Officiers de Juftice &
autres , de les y troubler ni de faire à l'avenir
aucunes Vifites dans les Maifons pour raifon
des recherches ordonnées par lefdits Arrêts des
28 Janvier & 27 Fevrier derniers .
,
ARREST du Confeil du 2 Juin 1720 , par
Tequel S. M. ordonne que tous les Particuliers
qui ont reçû des Billets de Banque fur le pied
de
DE JUIN. T21
de la Reduction portée par l'Arrêt du 21 May
dernier , feront tenus de reftituer l'excedent juf
qu'a la concurrence de la valeur actuelle defdits
Billets , telle qu'elle étoit avant ledit Arrêt du
21 May , fauf à ceux qui auront donné lesdits
Billets en payement ou autrement
fur le pied
de la Reduction portée par ledit Arrêt revoqué,
leur recours contre ceux à qui ils les auront
donnez .
>
ARREST du Confeil du 3 Juin 1720 3 par
lequel S. M. ordonne ,
ART. 1. Que par les Sieurs le Pelletier Desforts
Confeiller d'Etat ordinaire , & au Confeil de Regence
pour la Finance , d'ormeffon , & de Landivifiau,
Maîtres des Requêtes, ou par l'un d'eux
en l'abfence des autres ; Il fera dreffé Procès
verbal du nombre des Soufcriptions & Primes
enfemble des Actions de la Compagnie des Indes
, par Elle retirées ou converties en Billets
de Banque en execution de la Deliberation
de l'Affemblée generale du 30 Decembre der-
• nier & de l'Arrêt du Confeil dus Mars luivant
.


II. Sa Majefté a accepté les offres faites par
ladice Compagnie , de lui retroceder les Cent
mille Actions , dont S. M. lui avoit fait Ceffion
par l'Arrêt du 4 Fevrier dernier , au moyen
dequoy ladice Compagnie demeurera bien & va-
* lablement déchargée de Neuf cens Millions
qu'Elle s'étoit engagée de payer fucceffivement
au Roy pendant le tems de dix années ; Et vou
Tant Sa Majefté contribuer de fa part à la dimi .
nution du nombre d'Actions , pour le reduire à
la quantité de Deux cens Mille , propofé par la
Compagnie , a ordonné que lefdites Cent mille
Actions feront brûlées , ainfi que les Trois cens
Mille que la Compagnie offre d'éteindre , des
L
122 LE MERCURE
quoy fera dreffé Procès verbal par lesdits Sieurs
Commiffaires.
III. Sa Majesté a fixé & fixe le nombre des
Actions de la Compagnie des Indes à Deux cens
mille , fans qu'elles puiffent être augmentées fous
quelque pretexte que ce puiffe être ; Et pour
remplir ladite quantité , il fera fait Deux cens
mille Billets imprimez d'une Action chacun ,
contenant les repartitions des années 1721 , 1712
& 1723. lefquels Billets feront numerotez depuis
le No 1. jufques & compris le N° 200000. fignez
par l'un des Directeurs Generaux , vifez de l'un
defdits Sieurs Commiffaires , & fcellez , tant aux
Billets d'Action qu'à chaque Repartition , du Sceau
de la Compagnie ; Au moyen de quoy toutes les
anciennes Actions , foit d'Occident ou des Indes ,
Enfemble toutes les Primes & Soumiffions , feront
brûlées en l'Hôtel de Ville de Paris , en prefence
defdits Sieurs Commiffaires du Confeil , & des
Prevoft des Marchands & Echevins de ladite
Ville , fuivant le Procès verbal qui en aura efté
dreffé par lefdits Sieurs Commiffaires : Voulant
Sa Majefté que toutes les Actions , Soufcriptions
ou Primes qui n'auront pas efté rapportées à la
dite Compagnie au premier Septembre prochain ,
demeurent nulles , en vertu du preſent Arreſt.

IV. Veut Sa Majesté que tes Actions de ladite
Compagnie qui restent dans le public , ainfi que
celles qui ont été dépofées & infcrites aux Livres
de la Compagnie , foient converties en Nouvelles
Actions : A l'effet de quoy, elles feront rapportées
dans le delay fixé par le précedent Article.
V. Permet Sa Majefté à la Compagnie des Indes
de demander aufdits Actionnaires un Supplement
de fonds de Trois mille livres par Action , requel
Supplement fera payable en fix mois , à raifon de
Cinq cens livres par mois , Et neanmoins ceux
⚫ defdits Actionnaires qui ne jugeront pas à propos
de payer ledit Supplement, continueront de jouir
DE JUIN. res
de leur Dividende fur le pied de Deux cens livres
par Action, fuivant la Deliberation de l'Aſſemblée
Generale du 30 Decembre dernier.
VI. Sa Majesté agrée , approuve & autoriſe la
Societé d'Affurance propofée par les Directeurs
Generaux , laquelle fera compofée tant defdics
Directeurs , que de ceux des Actionnaires qui
voudront y entrer. Le fonds de la Societé fera
de Vingt mille Nouvelles Actions , lefquelles feront
inceffamment dépofées , dont fera dreffé
Procès verbal par les Sieurs Commiffaires du
Confeil ; Et feront lefdites Actions déposées
affectées , tant pour les profits que pour le prin-
.cipal , à ceux des Actionnaires , qui après avoir
payé ledit Supplement de trois mille livres par
Action , voudroit faire affurer leurs Dividendes
fur le pied de Trois pour Cent, à raifon de Douze
mille livres l'Action ; Et où les Dividendes des
Actionnaires qui fe feront affurer excederoient
le furplus appartiendra à la Societé d'Affurance.
Fait au Confeil d'Eftat du Roy , Sa Majesté y
eftant , tenu à Paris le troifiéme jour de Juin mil
fept cent vingt. Signé Phelypeaux.
D
SENTENCE du Confulat de Paris du 3. Juka
1720. rendue en confequence de l'Arrêt du Con- ·
feil du 27. May dernier. Qui condamne à rendre
& reftituer le furplus de la valeur des Billets de
Banque , payez fur le pied de la reduction portée
par l'Arrêt du Confeil dú 21. dudie mois de May,
& ce conformément aux ordres de S. A. R, Mon-.
feigneur le Duc d'Orleans Regent .
ARREST du Confeil du s . Juin 1720. par lequel
S.M. ordonne qu'il fera paflé des Contrats
de Conftitution pardevant Notaires , par les Di
recteurs Generaux de la Compagnie des Indes , ea
la même forme & maniere qu'il a été ordonné pour
les Rentes viageres , à ceux qui voudront acque
Lij
$24 LE MERCURE
rir des Rentes fur la Compagnie des Indes, au lieu
d'Actions rentieres ; S. M. reftant au furplus ga-
Fante , tant defdites Rentes & Actions Rentieres ,
que des Rentes viageres qui ont été ou feront
conftituées fur ladite Compagnie.
ARREST du Confcil du 9. Juin 1720. par lequel
S. M. permet au Sieur Cardinal de Noailles ,
& en cas d'abfence au plus ancien Archevêque ou
Evêque qui fe trouvera à Paris , & aux Agens
Generaux du Clergé , & pareillement aux Syndics
& Bureaux Diocefains de chaque Diocêfe , de
rembourfer au Sieur Dubreuil les fommes par lui
avancées , en execution de l'Arreſt du 26 Octobre
1719. qui ont été employées au remboursement
des Rentes dues , tant par le Clergé General , que
par les Diocêfes particuliers , & à celui de leurs
Officiers : Et à cet effet d'emprunter à Conſtitution
de rente , à raifon de Deux pour cent,jufqu'à
concurrence de ce qui fera dû au Sieur Dubreuil ,
& d'en paler tous Contrats au profit des Prêteurs,
& ce en vertu des pouvoirs à eux donnez par les
Déliberations des Affemblées du Clergé , qui feront
executées felon leur forme & teneur : Ordonme
Sa Majefté que les Rentiers & Officiers du
Clergé qui auront été rembourfez des deniers du
Sieur Dubreuil feront préferez à tous autres , en
remettant les Effets qu'ils ont reçûs pour les
principaux des Rentes à eux remboursées , dans
un mois , à compter du jour de la publicationdu
prefent Arreft ; & que ceux defdits Creanciers
qui n'auront pas été fembourfez puiffent à leur
choix & option , ou recevoir leur rembourſement:
ou la fler fubfifter leurs Contrats , en reduifant
neanmoins les interefts fur le pied de Deux pour
cent.Veut & entend Sa Majefté que le Sieur ger
continue de faire les fonctions de Receveur Ge
neral du Clergé ; dérogeant pour cet effet Sa Majefté
à l'Article X. de l'Arreît du Confeil du 26.
DE JUIN. *25
Octobre 1719. N'entend neanmoins Sa Majesté,
comprendre dans l'execution du prefent Arreft
les Rembourfemens de la Finance des Offices de
Commiffaires desDecimes, créez par Edit du mois
de Decembre 1705. ni des Emprunts faits par le
Clergé en vertu du Contrat paffé entre le feu Roy
& le Clergé le 13. Avril 1707. & de l'Edit du
même mois ; lefquels rembourfemens ont efte
ordonnez par les Arrefts du Confeil du 19. Janvier
170 que Sa Majefté veut eftre executez felon
leur forme & teneur.
ARREST du Confeil du 10. Juin 1720. par
lequel S. M. commet Meffieurs de Caumartin ,
Bignon , de Vaubourg , de la Rochepot & le Guerchois,
Confeillers d'Eftat ; Meffieurs de Caumartin
de Boifly , & Maupeou d'Ableiges , de Landivifiau
, de Beauffan & Amelot , Maiftres des
Requeftes , pour proceder au Vifa , tant des
Contrats de Rente fur l'Hôtel de Ville de Paris
dont le remboursement a efté ordonné , & n'a pas
efté fait , que des Recepiffez du Tréfor Royal , &
Billets procedans des rembourfemens faits par Sa
Majefté.
ARREST du Confeil du 10. Juin 1720. Regiftré
en la Cour des Monnoyes , Collationné à
l'original , par lequel S. M. ordonne qu'à commencer
au premier Juillet prochain , toutes les
Efpeces d'Or & d'Argent n'auront plus cours que
fur le pied ; Sçavoir , les Louis à la taille de 25 .
au Marc de la derniere fabrication pour 45 livres ,
les demis à proportion : ceux de 20 au Marc , fabriquez
en confequence de l'Edit du mois de
Novembre 1716. pour 56. livres § . fols, les demis
& quarts à proportion ; Ceux de 30 , au Marc de
la fabrication ordonnée par les Edits des mois de
May 1709. & Decembre 1715. pour 37. livres 10
fols , les doubles & demf à proportion : Et ceux
de 36 un quart au Marc des précedentes fabrica-
Liij
226
LE MERCURE

tions pour 30 livres 15 fols , les doubles & demis
à proportion : Les Louis d'Argent pour so fols ;
Les Livres d'Argent pour 25 fols ; Les Ecus de 10
au Marc de la derniere fabrication pour 7 livres
10 fols , les demis , quarts , fixiémes , dixièmes &
douzièmes à proportion : Les Ecus de 8 au Marc,
dont la fabrication a efté faite en confequence
des Edits des mois de May 1709 , & Decembre
1715. pour 9 livres 7 fols 6 deniers , les demis
quarts , dixiémes & vingtiémes à proportion :
Et ceux des précedentes fabrications pour 8 liv.
6 fols , les demis , quarts & douzièmes à proportion
: Qu'à l'égard des Matieres d'Or & d'Argent
qui feront portées aux Hôtels des Monnoyes ,
elles y feront reçues fuivant les Evaluations qui
feront arreftées par les Officiers des Cours des
Monnoyes à proportion de 1125 livres le Matc
d'Or du Titre de 22 Karats ; Et de 75 livres celui
d'Argent de 11 deniers de fin . Qu'à commencer
au 16 Juillet prochain lefdites Efpeces n'auront
plus cours que fur le pice ; Sçavoir , lefdits Louis
de la derniere fabrication pour 40 livres 10 fols;
Ceux de zo au Marc pour fo livres 12 fols ; Ceux
de 30 au Marc pour 33 livres fols ; Et ceux de
36 un quart au Marc pour 27 livres 12 fols ; Les
Louis d'Argent pour 45 fols ; Les Livres d'Argent
pour 22 fols 6 deniers ; Les Ecus de 10 au
Marc pour 6 lives 15 fols ; Ceux de 8 au Marc
pour 8 livres 8 fols 9 deniers ; Et ceux de au
Marc pour 7 livres 10 fols , les demis & autres
diminutions de toutes lefdites Efpeces à proportion
: Auquel jour 16 Juillet les Matieres d'Or
ne feront plus reçues dans les Monnoyes qu'à proportion
de 1012 livres 10 fols le Marc de 22
Karats , Et de 67 livres ro fols le Marc d'Argent , "
de 11 deniers de fin . Qu'à commencer au premier
jour d'Aoult prochain les Louis d'Argent n'auront
plus cours que pour 40 fols , les Livres d'Argent
pour 20 fols , les fixièmes d'Ecus pour même prix
DE JUIN. 327
de 20 fols , & les douzièmes à proportion : A l'égard
de toutes les anciennes Efpeces d'Or & d'Argent
; Ordonne Sa Majefté qu'elles ne pourront
plus eftre expofées dans le Commerce paffé le dernier
jour de Juillet prochain , Et qu'elles feront
feulement reçues dans les Monnoyes au Mare
comme Matieres , à proportion de 810 livres le
Marc de Louis , ainfi que l'Or à 22 Karats , Et de
14 livres le Mare d'Ecus , ou de l'Argent de 11
deniers de fin .
EDIT du Roy , Regiftré en Parlement le 10
Juin 1720 , portant création de vingt cinq millions
de Rentes au Denier 40. fur l'Hôtel de
Ville de Paris .
Lefdites Rentes ne pourront eftre acquifes.
quant à prefent , que par les Proprietaires des
Contrats de Rentes , dont le rembourſement avoir
efté ordonné , & n'a pas efté fait.
Veut S. M. que dans un mois pour tout delay, à
compter du jour de la publication du prefent
Edit , tous Porteurs de Contrats non rembourfez,
ou de Recepiffez & Billets , procedans de rem-"
bourfemens faits , foient tenus de les reprefenter
pardevant les Commiffaires du Confeil qui feront
nommez.
Après ledit temps paffé , s'il ne fe trouve pas
affez de Contrats exiftans , l'excedent du fonds
de vingt- cinq millions , pourra eftre fourni par
les autres Porteurs des Billets de même nature.
J
Chaque partie de nouvelles Rentes ne pourra
eftre moindre de mille livres de principal ,
pour faire vingt cing livres de rente .
Les Contrats defdites Rentes feront paffez pasdevant
les mêmes Notaires qui auront paflé les
précedens Contrats de Rentes.
Toutes les faifies formées és mains des Gardes
du Trefor Royal , demeureront fur les Rentes au
deniers quarante , créez par le prefent Edit.
Liiij
928 LE MERCURE
Les Aequereurs des Rentes & leurs heritiers ,
jouiront des arrerages des fix mois , dans lesquels
Les nouveaux Contrats auront efté paffez.
ARREST du Confeil du 11 Juin 1720. par
Jequel S. M. ordonne , Que tous les Billets de
Banque qui n'auront pas efté employez , ferout
rapportez à la Banque dans le courant de la prefente
année , pour eftre convertis en nouveaux
Billets , les anciens brûlez en la forme & maniere
ci devant preferite.
Qu'il fera fait pour Cinq cens millions de nou-
Yeaux Billets , qui feront timbrez du Sceau de la
Banque , en prefence du Sieur Boucot , Receveur
General de la Ville , que Sa Majefté commet à cet
effet pour tenir un Regiftre particulier defdits
Billets , cotté & paraphé à cet effet par le Prevot
des Marchands de la Ville de Paris .
Que tous payemens excedans la fomme de Cent
livres , ne pourront eftre faits qu'en Billets de
Banque , fi ce n'eft pour les Appoints ; lefquels ,
enfemble les Payemens des fommes an deffous de
Cent livres , pourront eftre faits , tant en Efpeces
d'Or que d'Argent . Fait défenfes à tous Huiffiers
de faire aucuns Exploits pour raiſon defdits payemens
, au préjudice des offres de payer en Billets
deBanque , à peine de Trois mille livres d'amende
& d'interdiction , & à tous Notaires fous pareilles
peines , de paffer des Contrats , Quittances & autres
Actes portant autres Payemens ou ftipulations
qu'en Billets de Banque Veut auffi Sa Majesté
que ceux qui auront fait & reçû lesdits Payemens
au préjudice des défenfes portées par le prefent
Arreft , foient condamnez à une amende de Trois
mille livres .
N'entend neanmoins Sa Majefté déroger aux
Arrefts ci- devant intervenus , portant que tous
Payemens pourront eftre faits en Billets de Banque
, même pour les femmes au deffous de Cent
DE JUIN. 129
Livres ; & en confequence Veut Sa Majefté que les
"Billets de Dix livres ne puiffent eftre refufez dans
aucun Payement , à peine de Trois mille livres
d'amende.
Ordonne Sa Majesté conformément aux Arreſts
ci-devant rendus , que dans le Payement de fes
Droits & Impofitions ceux qui les feront en
Billets de Banque , foient exempts des Quatre fols
pour livre des Droits qui y font fujets ; & qu'à
Pégard des autres Droits & Impofitions pour lefquelles
ne font dûs les Quatre fols pour livre , les
Billets de Banque foient reçûs fur le pied de Cent
pour Cent , & ce , pendant le cours de la prefente
année feulement.
dix
ARREST du Confeil du 14. Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne que le Supplement de 3000
livres par Action de la Compagnie des Indes ,
porté par l'Arreft de fon Confeil du 3. du prefent
mois fera payé en trois termes , de mois en mois ,
à l'effet de quoi il fera ouvert un Bureau le 15 du
prefent mois , en l'Hôtel de la Compagnie des
Îndes : Au furp'us , S. M. accepte les offres de la
dite Compagnie , de lui retroceder, en déduction
des engagemens par elle contractés envers S. M.
vinge cinq millions de livres par an , à prendre
fur les quarante - huit millions affectés à ladite
Compagnie fur les Aydes & Gabelles , de laquelle
fomme il fera tenu compte par S. M. à ladite
Compagnie , ainfi qu'il appartiendra.
· ARREST du Confeil du 14 Juin 1720 , par
lequel S. M. ordonne , Que nonobftant la difpofition
dudit Article X. de la Declaration du 1
Mars dernier , les Matieres d'Or qui font ou qui
feront portées dorefnavant dans les Monnoyes ,
Enſemble les anciens Louis qui s'y trouveront le
premier Aout prochain , y feront converties en
Louis à la taille de 25. au Marc , de l'Empreinte
130 .
LE MERCURE
.

:
figurée dans le Cahier attaché fous le Contrefcel
de l'Edit du mois de May 1718, Lefquels
Louis de 25 au Marc auront cours ainfi que
ceux fabriquez en confequence dudit Edit , pour
les prix- portez par ledit Arreft du 10 du prefent
mois.
>
LETTRES Patentes du Roy fur Arreft du
Confeil du 14 Juin 1720. Regiſtrées en la Chambre
des Comptes le 20. Juin 1720. par lesquelles
S. M. ordonne , Que les Acquereurs des Reptes ,
leurs Heritiers , Succeffeurs & ayans caufe , jouifont
des arrerages des fix mois , dans lefquels
les Quittances de Finance en auront efté expediées
par le Garde de noftre Trefor Royal , nonobftant
ce qui eft porté à cet égard par l'Article
VIII. de noftre Edit , que Nous voulons au
furplus eftre executé felon fa forme & teneur :
Voulons que la Dépenfe defdits Arrerages foit
par vous paffée & allouée dans les Comptes des
Payeurs fans difficulté en vertu des Prefentes.
ORDONNANCE du Roy du 15 Juin 1720.
par laquelle S. M. declare qu'Elle n'a point entendu
comprendre dans l'Ordonnance du dix
Mars dernier , les gens difpofez à travailler de
quelque Profeffion que ce foit ; & cependant ;
pour faciliter , autant qu'il eft poffible , la prochaine
recolte & la, culture des terres , Elle
trouve bon de fufpendre l'execution de ladite
Ordonnance pendant le cours de la prefente
année , & en confequence fait très expreffes in
hibitions & défenfes , d'arrefter ni inquiéter
pendant ledit temps , fous quelque prétexte que
ce foit , toutes perfonnes qui fe trouveront dans
les chemins , allant travailler aux Recoltes & à´
d'autres Profeffions ; n'entend ncanmoins § . M.
comprendre en ce nombre ceux qui feront furpris
en quelque faute ou delit , à l'égard def
DE JUIN .131
quels il fera procedé comme auparavant l'Ordonnance
du dix Mars , & aux termes des anciennes
, fuivant l'exigence des cas .
DECLARATION du Roy , donnée à Paris
le 19 Juin 1720. Regiftrée en Parlement le 22
Juin 1720. par laquelle S. M. ordonne ,
Que dans les conftitutions particulieres des
vingt cinq millions de rente créés , les Particuliers
ne feront point tenus de faire vifer leurs
Contrats , Recepiffez & Bille: s , par les Commif- :
faires que S. M. avoit nommez pour cet effet par
l'Arreft de fon Confeil du premier du prefent
mois : Que neanmoins lefdits Particuliers , çidevant
Proprietaires de Contrats de Rentes fur
l'Hoftel de Ville de Paris , juftifieront du Rembourfement
qu'ils en ont reçu de S. M. par des
Certificats des Notaires qui en ont paffé les Quittances.
Les Contrats desdites Rentes créées , feront paffez
par rels Notaires que les Acquereurs voudront
choifir.
Les Eftrangers non naturalifez , même ceux qui
font deniçurans hors du Royaume , pourront acque
ir lefdites Rentes , ainfi que pourroient faire
les propres Sujets de S. M. même en difpofer entre
vifs , ou par Teftament , en quelque forte & maniere
que ce foit ; & en cas qu'ils n'en ayent difpofé
, que feurs heritiers leur fuccedent , encore
que leurs Donataires , Legataires ou Heritiers ,
foient Eftrangers & non Regnicoles ; renonçant
S. M. à cet effet au droit d'Aubaine , & autres
droits , même à celui de confiſcation , encore
qu'ils fuflent Sujets de Princes & Etats , avec lefquels
nous pourrions eftre en guerre , dont S. M.
les releve & difpenfe : comme auffi , que les Ren
tes qui feront acquifes par lefdits Eftrangers ,
foient exemptes de toutes Lettres de marques &
de reprefailles , Lous quelque prétexte que ce
132
LE MERCURE
foit , & qu'elles ne pui fent eftre faifies par leurs
Creanciers , Regnicoles ou Eftrangers .
le-
ARREST du Confeil du 20. Juin 1720 par
quel S. M. permet aux Actionnaires de la Compagnie
des Indes de faire le Supplement de Trois
mille livres par Action , porté par l'Arreft de fon
Confeil du trois du prefent mois , en Billets de
Banque ou en Actions de ladite Compagnie , à
leur choix, lefquelles Actions feront reçues en
Payement dudit Supplement, à raifon de Six mille
livres l'Action ; En forte que pour trois Actions
anciennes il fera delivré aux Actionnaires deux
Actions nouvelles Veut Sa Majefté que ledit
Supplement foit fait dans le 1s du mois de Juillet
prochain , paffé lequel temps, les Actionnaires n'y
feront plus reçûs Ordonne en outre Sa Majesté
que les Actionnaires qui auront payé le Supplement
, jouiront des Dividendes , à commencer du
premier Jui let prochain , à raifon de Trois cens
foixante livres par an pour chacune Action , fuivant
& conformément à l'Ar eft du Confeil du 3
du prefent mois ; & que les Actions qui doivent
fervir à former la Societé d'Affurance , feront
inceffamment reprefentées pardevant les Sieurs
Commiffaires de la Banque & de la Compagnie
des Indes , pour en eftre par lefdits Sieurs Commiffaires
dreffé Procès verbal , & eftre enfuite dépofées
entre les mains du Treforier de la Banque,
qui fera tenu de s'en charger au bas dudit Procés
verbal.
DE
JUIN 133
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
A Smirne le premier May 1720 .
H
*
ASSAN- Aga , que le Capitan
Bacha avoit envoyé à Alger,
par ordre de la Porte , pour
y negocier une paix entre ce
Royaume & les Etas Generaux des Provinces
Unies , eft revenu , fans y avoir pu
Téuffir. Les Algeriens ont refufé de fé foumettre
aux ordres du Grand Seigneur à
cette occafion , fous pretexte que les Etats
Generaux pendant le cours de la derniere
paix , avoient accordé plus de douze mille
Paffeports à des Bâtimens de plufieurs autres
Nations ; ils prétendent que ces Paffeports
leur ont apporté un préjudice tres
confiderable par Finterruption de leur piraterie.
Qutre cette raifon , ils reprefentent
à la Porte , que s'ils fone en guerre avec
les Hollandois & autres Etats Chretiens ,
il leur eft impoffible de payer les Troupes
qu'ils n'entretiennent que par les prifes
qu'ils font fur eux. Ils ont prefentement
trente-quatre Corfaires en Mer . Trois Vaiſfeaux
de guerre Maltois en ont attaqué
134 LE MERCURE
cinq dont ils en ont enlevé deux , l'un de
vingt-fix & l'autre de trente pieces de canon
, qu'ils ont conduits à la côte d'Italie .
On a eu avis de Pontegrande , que le Comte
de Virmond , Ambaffadeur extraordinaire
de l'Empereur vers la Porte Ottomane
, avoit eu fon audience de congé du
Grand Seigneur , qui l'avoit reçû avec toutes
les marques d'honneur & d'eftime dues
à fon caractere : Que le 27 du paffé , ce
Miniftre étoit forti de Conftantinople au
fon des Trompettes , au bruit des Timballes
, Tambour battant & Enfeignes déployées.
Il fut accompagné jufqu'à une
lieuë hors de la Ville, par tous les Miniſtres
des Puiffances Chretiennes , qui , pour augmenter
la pompe & la magnificence ,
avoient envoyé leurs Nations fous la conduite
de leurs Chanceliers. Les François
étoient à la tête de la marche , fuivis des
Venitiens , des Hollandois , &c . Le Comte
de Virmont parut enfuite avec toute fa Maifon.
Les Gardes de Grenadiers fermoient la
marche avec leurs Drapeaux deployez &
toute la mufique militaire. L. G. S. & fon
premier Vizir s'y étoient rendus incognito.
Les Armeniens, établis en cette Ville pu.
blient qu'ils ont reçû avis d'Ifpahan , que
le Roy de Perfe avoit été empoifonné par
les Officiers de fa Cour , & que fon frère
aîné lui avoit fuccedé,
DE JUIN. 735
POLOGNE..
A Varsovie le 12 Juin 1720.
Lufieurs Senateurs font revenus ici de
la Diete de Dublin , afin de prendre les
meſures convenables pour la tenuë de la
prochaine Diette generale. La Nobleffe paroît
plus oppofée que jamais à confentir
que le Comte de Flemming ait le Commandément
des Troupes étrangeres de la
Couronne. On attend avec impatience la
réponſe du Czar aux propofitions du Palatin
de Maffovie. Les avis d'Ukraine portent
que les Mofcovites faifoient des courfes
dans le plat païs , & y commettoient
de grands defordres, fur quoi le Gouverneur
de Bialacerkieu avoit dépêché un Exprés au
General Ruffien , pour lui en porter fes
plaintes , & qu'il regardoit ces irruptions
comme le prélude d'une rupture ouverte
entre les deux Couronnes . Les Troupes
Polonoifes ont ordre de s'affembler inceffamment
, pour obferver les mouvemens
des Ruffiens.
Le 23 du mois paffé , le Baron de Loff
partit pour Stokholm , avec la ratification
des points préliminaires de la paix entre
cette Couronne & la Suede , laquelle a été
fignée par le Roy & les Senateurs. Ces
points au nombre de fix avoient déja été
136
LE MERCURE
ratifiez le 7 Janvier dernier par la Reine
de Suede. En voici la fubftance . I. Il y
aura une fufpenfion d'armes de part & d'autre
, & toutes hoftilitez cefferont juſqu'à
la conclufion de la paix du Nord . II . Le
Roy de Pologne declare de mettre en oubli
perpetuel tout ce que les Polonois ont
fait ou conclu en faveur du feu Roy de ·
Suede & de Staniflas , & promet de les
remettre en poffeffion de tous leurs biens.
III. La Reine de Suede reconnoît le Roy
Augufte pour legitime Roy de Pologne , &
après la mort , elle n'en reconnoîtra point
d'autre que celui que les Etats du Royaume
éliront. IV. Dans le Traité de paix , la
Reine de Suede s'obligera d'accorder à
Staniflas une penfion convenable à ſon
rang. V. Que quoique la paix du Nord ne
fe faffe pas fi tôt , ces points s'obſerveront
toutefois de part & d'autre . VI. Et qu'enfin
ce Traité fe conclura fous la mediation
de l'Empereur , du Roy de France , du
Roy de la Grande Bretagne , & qu'on y
comprendra la paix d'Oliva.
On a renforcé la garnifon de Caminieck ,
& on a fait marcher des Troupes vers Leopold
, pour fe mettre à couvert de toute
furpriſe de la part de l'armée Ruffienne.
Des Lettres de Petersbourg ne donnent pas
lieu d'efperer un fuccès promt & heureux -
des negociations du Palatin de Mafſovie à
la
DE JUIN 137
la Cour Czarienne , qui refufe toûjours de
reftituer la Curlande à la Republique.
Le Roy ayant fait tracer un Canal de la
Viftule à Ujazdw , y a envoyé un grand
nombre d'ouvriers pour avancer cet ouvrage
. S. M. en a fait auffi venir de Saxe
& ou 900 pour travailler au Palais qu'Elle
y fait bâtir.
On garde un grand fecret fur la commiffion
de M. le Baron de Schwerin , Envoyé
du Roy de Pruffe , qui eft arrivé en
celte Cour
M
INGERMANI E.
A Petersbourg le 1 Juin 1720.
>
Onfieur Mars , Aide de Camp du
ede
Roy de Suede eft arriyé ici de
Stokholm avec des Lettres de Sa Majesté
& de la Reine , pour notifier l'avenement
de ce Prince à la Couronne de Suede. Il
a été introduit à l'audience du Czar , à qui
il prefenta fes Letres , que Sa Majeſté
Czarienne reçûr d'une maniere fort gra
cienfe. Ce Monarque a refolu de fe rendre
inceffamment à Revel , pour y preffer
P'équipement dela flotte, mettre cette Place
à couvert des infultes de l'Eſcadre Angloife,
& s'opposer aux deffeins des Suedois.
L'Ambaffadeur de Pologne a eu jufqu'à
prefent plufieurs Conferences avec les
M
138 LE MERCURE
Miniftres de Sa Majefté Czarienne. On
prétend que dans la quatrième qu'il eut le
17 du mois paffé , il témoigna entr'autres ,
que le Roy & la Republique de Pologne ,
avoient conçû beaucoup d'ombrage de la
nombreuſe Armée que le Czar avoit en
Ukraine , avec d'autant plus de raison ,
que ce Monarque n'avoit rien à apprehender
de la part du Ture ; fur quoi on .
hui a répondu que la Livonie , & les autres
Provinces voiſines , n'étant pas capa
bles d'entretenir des Armées fi confiderables
, Sa Majesté Czarienne avoit trouvé à
propos de faire affembler une partie de fes
forces dans cette Province , pour les faire
marcher enfuite vers les endroits où on
eroyoit en avoir le plus de befoin . Le
Commandeur Vilbois , qui eft refté quelque
tems dans la rade de Dantzic , eft arrivé
heureuſement à Riga avec fes fregates.
Notre flotte le tient prête à faire voile au
premier avis que l'on recevra de l'approche
de celles d'Angleterre & de Suede , de
laquelle nos fregates legeres , qui croifent
pour obferver les mouvemens , apportent
fucceffivement des avis.
DE JUIN 139
O
SUED E.
A Stokholm le 14 Juin 1720 .
N fit le 14 du paffé la ceremonie du
Couronnement du Roy , après avoir
été annoncée le jour précedent dans toute
la Ville, par deux Herauts d'Armes & douze
Trompettes, Sa Majeſté ſe rendit en caroffe
à l'Eglife de Saint Nicolas en habit ordinaire
; mais la Reine , qui fuivoit le. Roy
dans un autre caroffe , étoit revêtue du
Manteau Royal , avec la Couronne fur la
tête , & le Sceptre à la main. Le Comte de
Horn , Préfident de la Chancellerie , reçût
le ferment du Roy & ceux des Senateurs.
Après la ceremonie , Sa Majefté fit publier
une Amnistie generale , & au retour de
L. M. on diftribua des Medailles au Peuple.
Tous les Miniftres Eſtrangers affifte- .
rent à cette ceremonie , à laquelle le Roy
les avoit fait inviter. Le foir, leurs Majeftés
fouperent en public ; & le Roy fit affeoir
la Reine à fa droite , dans le fauteuil qui lui
avoit été deftinė.
25
du
L'Amiral Noris après avoir eule
paffé une Audience de trois heures du Roy,
en partit le même jour pour aller joindre
la flore combinée.
-L'Armée de terre eft afſemblée , & eft .
Mij
114,0
LE MERCURE
en état de bien recevoir les Ruffes , en cas
qu'ils entreprennent de faire un débarquement
en ce païs. Les vivres font preſentement
à très bon marché en cette Ville.
Le Comte de Gyllembourg , fecond Plenipotentiaire
de Suede au Congrés de
Brunſwick a reçu les inftructions , &
celles du Comte de Welling , premier Plenipotentiaire.
Les Etats doivent encore en
nommer un troifiéme , pour le rendre enfemble
à Brunſwick .
DANNEMARCK.
A Coppenhague le 18 Juin 1720.
L arriva ici le 9 de ce mois de Stokholm
un Exprès qui a continué fa route vers
Friderisbourg , pour y aller porter les dépêches
au Roy. On eft perfuadé qu'elles
contiennent la fignature des points préliminaires
de la Paix entre cette Couronne
& la Suede. Le Prince Guillaume de Heffe
Caffel , frere du Roy de Suede , arriva le
premier de ce mois en cette ville , & prit:
fon logement chez le Baron de Bothinar.
Le Roy le fit d'abord complimenter fur
fon arrivée , & luy envoya un carroffe à fix
chevaux , pour le conduire au Palais Royal ,
où il foupa avec Sa Majefté , qui lui a fait
tout l'accueil imaginable. Son Alteffe Sere-
Dillime partit le s pour Elfeneur , d'où elle
DE JUIN.
141
continuera fa route vers Stokholm . On
attend ici de jour à autre le Major General
Leewenhor , & le Lord Carteret ; ce qui
fait augurer que la Paix eft comme conclue
entre cette Couronne & celle de Suede .
Le Roy a fait retirer fes troupes de Treufbuttel
, Trittam & Reinbek , qui doivent
être rendus au Duc de Holſtein ; mais on
apprend que ce Prince refufe d'en prendre
poffeffion, voulant rentrer dans le Duché de
Schleswick .
A Hambourg le 20 Juin 1720 .
E Confeiller Poll revint le 7 de Brunfwick
avec la derniere fefolution de
l'Empereur , touchant la fatisfaction qu'il
exige de cette ville . Sa Majeſté Imperiale
prétend que l'ancien Hôtel foit rétabli dans
la même place , pour fervir d'exemple au
Peuple : Elle a refufé les offres des Magiftrats
de cette ville, pour bâtir un Hôtel
plus convenable & plus magnifique pour.
le Miniftre de l'Empereur , que celui qui a
été détruit par cette Populace.
Suivant les derniers avis de Stokholm , la
flotte combinée d'Angleterre & de Suede
avoit mis à la voile avec un grand nombre
de bâtimens de transport.
D'un autre côté on écrit de Petersbourg ,
que le Czar avoit fait embarquer un corps.
3
142 LE MERCURE
confiderable de troupes , pour tenter une
nouvelle defcente en Suede . Le Miniftre du
Czar reçût ordre le 6 d'engager tous les
Officiers qui ont été remerciez en Suede ,
& qui voudront paffer au fervice de Sa
Majefté Czarienne..
L'Empereur a ordonné à la Commiffion
qui fe trouve dans le Mekelbourg , de faire
payer regulierement les revenus les plus
dairs de cet Etat , à la Ducheffe de Mekelbourg
, née Princeffe de Naffau- Dietz , un
quartier de cinq milleEcus, qui ont été fixés.
par interim : & au cas qu'il y ait de l'argent,
de lui faire toucher inceffamment une fomme
de douze mille Ecus.
Nos derniers avis de Stokholm , portent
que la Paix entre la Suede & le Dannemarc
, étoit fur le point d'être conclue : Que
le Roy de Dannemarc s'étoit défifté des
douze cens mille Rifdales qu'il demandoit à
la Suede Que le Roy de Suede de fon
côté étoit convenu d'en payer à Sa Majesté
Danoife cinq cens mille avant l'évacuation
de la Pomeranie , de la petite Ifle de Rugen,
& de Maëfterland .
L
A Vienne , le 18 Juin 1720-
E Cardinal d'Altham fe rendit le 7 de
ce mois à Laxembourg , où il prit congé
de la Cour. Les Equipages de cette
DE JUIN 143
Eminence & du Cardinal Salerno , ont pris
les devans pour fe rendre à Rome , où ils
feront fuivis inceffament de ces deux Eminences.
Outre ces deux Cardinaux , il ſe
trouve encore actuellement dans cette Cour
ceux de Saxe-Zeitz , Czacki , & Spinola.
Ces Cardinaux ont eu de frequentes conferences
entr'eux. Il y a apparence que
c'eft au fujet des affaires de la Religion dans
PEmpire , qui neprennent pas un train conforme
aux intentions de la Cour de Rome.
Le Duc & la Ducheffe de Mekelbourg,
arriverent le premier de ce mois en certe
Ville. Le Duc de Holftein eft allé aux
Bains de Baden , & le Cardinal de Saxe-
Zeitz eft parti pour Presbourg. La fucceffron
de la défunte Imperatrice , qui monte
à deux millions de florins , outre les joïaux,
a été partagée en cinq portions . L'Empe
reur a fait prefent de ce qu'il lui en revient
aux deux Archiducheffes fes foeurs. Le
Comte Cadogan a fait de nouvelles inſtances
, pour détourner P'Empereur d'entrer
dans aucun engagement avec le Czar .
Le Grand Seigneur a donné des ordres
aux Gouverneurs de fes Places fur les
frontieres de Hongrie , pour en reparer les
fortifications , & pour entretenir une
bonne intelligence avec les Sujets de
PEmpereur. On écrit de . Ratisbonne du
Is Juin , que les Députez du Cercle de
144
LE MERCURE
Suabe affemblez à Ausbourg , s'étoient
fparez infructueufement. Ils doivent fe
r'affembler à um le 15 Novembre prochain.
On parle fort du mariage du Prince
Electorale de Baviere avec l'Archiducheffe
Jofephine.
On apprend de Savoye que la Cour de
Turin avoit fait changer toutes les garnifons
des Places. Que les Efpagnols de
voient dans peù remettre la Sardaigne à
un Miniftre Plenipotentiaire de l'Empereur
, qui a ordre d'en rendre la poffelfion
au Viceroy de la Cour de Turin. -
Le Major General Wisback, Miniſtre du
Czar , partit le 30. du paffé , pour aller
rendre compte de fes négociations à S. M.
Czarienne. Il a été regalé par l'Empereur
d'un beau diamant. M. Jagozinsky fon
fucceffeur , a loué la maifon de Diedrigftein.
Le Comte Cadogan eft fort. attentif
aux démarches de ce . Miniftre Ruffien.
L'Empereur a ordonné au Duc de Deux
Ponts , de lui payer le droit de Vaffelage ,
dans l'efpace de deux mois , fans autre
delai , avec menace , en cas de refus , de
proceder contre lui , fuivant la rigueur des
Loix Imperiales.
On apprend de Belgrade , que l'Ambaffadeur
de la Porte, Ottomane y étoit arrivéle
trois de ce mois . On affeure que S. M. I.
eft
DE JUIN. 145
aft dans la refolution de maintenir la navigation
& le commerce des Oftendois aux
Indes ; cette affaire étant regardée comme
d'un trop grand avantage aux Païs- Bas
Autrichiens pour l'abandonner ; & l'on
parle de faire rendre le vaiffeau Hollandois
arrêté à Oftende depuis plufieurs mois. On
écrit de Tesken , ville de Silefie, que la nuit
du 15 au 16 du mois paffé , il y eut un embrafement
fi violent , qu'en moins de quatre
heures de tems , deux cens maiſons &
la grande Eglife avec la belle Tour ,avoient
éte confumées par les flammes. On a eu
avis que le Pere Jofeph de J. M. Trinitaire
de la Redemption des Captifs , étoir
arrivé le 21 May de Conftantinople à Belgrade
, avec trois cens Efclaves Chrétiens
qu'il a rachetés en Turquie. On en attend
auffi dans peu un nombre du moins auffi
confiderable , qui ont été rachetés en Tar
tarie.
Le jeune Comte de Zinzendorff eſt parti
pour la Sicile , afin de prendre poffeffion
de ce Royaume au nom de l'Empereur , &
de remettre celui de Sardaigne au Roy de
ce nom. Muftapha Aga , Interprete de
'Ambaffadeur Turc,ayant trouvé le moyen
de s'échapper en chemin , eft arrivé ici ,
dans la refolution de fe faire Chrétien .
Comme il eft fort versé dans les affaires
on croit qu'il pourra être utile en certe
N
146 LE MERCURE
Cour , & qu'on lui accordera une penfion
pour fubfifter honorablement. Le Prêtre
ou Mufti ayant voulu l'imiter , a été malheureuſement
découvert : on lui a mis les
fers aux pieds.
que
Le Nonce du Pape a infinué à ce te Cour
que l'Empereur eût à envoyer à Rome la
Haquenée , & le tribut l'on a accoûtitmé
de donner pour le Royaume de Naples ;
bien des gens font perfuadés que l'on eft
dans le deffein d'abolir une ceremonie qui
ne paroit pas de faifon à preſent.
L
A Rotterdam le 26 Juin 1720.
E zi de ce mois on publia un Projet
pour l'établiſſement d'une Compagnie
d'Affurance en cette Ville par voie de Soufcriptions.
Elles furent remplies le 22 , en
moins de quatre heures de tems , & allerent
même beaucoup au delà de la fomme de
douze millions , qu'on avoit propofée . La
plus haute foufcription n'eft que de so mille
florins , & la plus baffe de cinq mille. On
ne payera que quatre fols de cent florins ,
ou deux florins de mille , que l'on aura foufcrit.
Ces Soufcriptions étoient déja montées
le 24 à 90 pour cent de profit ; de forte que
plufieurs perfonnes , pour avoir jetté feulement
leur fignature dans une boëte , ont eu
le bonheur de gagner plus de 40000 florins
DE JUIN 149
en 24 heures. Le 25 elles s'étoient élevées à
150 au deffus de leur capital. On eft cependant
perfuadé que l'établiffement d'une telle
Compagnie en cette Ville , rencontrera de
grandes difficultez de la part des autres Villes
, & particulierement d'Amfterdam , où
lesMagiftrats empêcherent le 20 l'execution
du même Projet . L'on croit que la Province
de Hollande, & peut - être la République en
general, s'y oppoferont; à moins que toutes
les Provinces ne participent au profit : ce qui
pourroit procurer à l'Etat un benefice de
5 ou 6 millions. Il y aura une affemblée
generale de Soufcrivans avant la fin du
mois de Juillet prochain , dans laquelle on
élira à la pluralité des voix , des Directeurs
pour l'entiere perfection de cette Compagnie.
Le 16 , le Roy de Pruffe , accompagné
du Prince George de Heffe- Caffel , arriva à
la Haye . Le 19 , S. M. fe trouva à une fête
magnifique , que le Land-Grave de Heſſe
Philips Dael donna dans ſon Hôtel , à l'occafion
du Couronnement du Roi de Suede fon
Neveu. Le 20 , le Roi arriva à Rotterdam ,
où il vifita fans aucune fuite , tout ce qu'il y
a de plus remarquable. Le 21 il partit pour
fe rendre au Château de Loo , où il attendra,
dit- on , le Roi de la Grande - Bretagne .
Quoique ce Prince ait gardé l'incognito à la
Haye , L. H. P. étoient dans le deffein de
Nij
148
LE
MERCURE
lui envoyer une Députation , pour le complimenter
fur fon arrivée en ce pays ; mais
il les a remercié. Cependant les principaux
Membres de l'Etat , & prefque tous les Miniftres
étrangers lui ont fait la reverence , &
en ont reçu un accueil tres- favorable.
Le Major General Verchueren n'a pû encore
porter le Prince de Naffau Siegen à entrer
dans aucun accommodement touchant
les biens de cette fucceffion , qui font fituez
en Brabant.La Princeffe de Naffau eft encore
à Sofdyk , où elle attendra le Land- Grave
de Heffe- Caffel , fon pere , qui doit fe rendre
enfuite à la Haye , pour prendre avec
leurs H. P. des mefures fur les affaires de
la Religion , qui femblent s'échauffer de
plus en plus. Elles ont déliberé fi elles devoient
ordonner au Refident Palatin de fe
retirer , à l'exemple du Roi de la G, B. qui
a donné un femblable ordre aux Miniftres
de S. A. E. à Londres ; mais on n'a pas
trouvé que cela fût encore neceffaire.
M. Neny , Fiſcal de Brabant , eft attendu
dans peu de Bruxelles à la Haye , pour travailler
à terminer les differends qui fubfiſtent
encore entre l'Empereur & cet Etat ,
pour l'execution du Traité de Barriere ,
auffi- bien que pour ce qui regarde le commerce
des Oftendois à Oftende .
Les Etats de Hollande dans leur premiere
Affemblée doivent difpoler du premier ReDE
JUIN.
4 149
giment de Cavalerie qu'avoit le Roi de
Suede , en faveur du Frince Philips Dael ,
fon coufin germain .
Comme la Cour Britannique a fait entendre
à M. Van Borffelin , Envoyé de leurs
Hautes Puiffances à Londres , qu'elle ne
payeroit ce qui eft dû à cette République
pour l'entretien des Troupes étrangeres pendant
la derniere Guerre , qu'après le retour
du Roy de fon Voyage d'Allemagne , Leurs
H. P. ont refolu de faire fur cela de fortes :
repreſentations par leurs Deputez , qui doivent
aller le complimenter fur fon arrivée
en ce pays .
Les Miniftres des Princes Catholiques
follicitent l'Etat de revoquer le Placard
donné contre les Jefuites , pour les faire
fortir des Etats de la Republique avant le
premier Juillet prochain ; mais il n'y a pas
d'apparence qu'on change de refolution à
cet égard , fur tout dans la fituation prefente
des affaires de la Religion .
La Cargaifon des deux Vaiffeaux Oftendois
revenus de la Chine , n'eſt
pas fi confi
derable qu'on l'avoit cru. Un autre Vaiffeau
Oftendois , venant auffi dumême pays,
a été pris dans fa route ; les uns difent par
des Pirates ; & les autres , par des Hollan
dois déguifez . M. Pefters , Refident de
L. H. P. à Bruxelles , a demandé au Mar+
quis de Prié furfeance touchant la vente
Niij
150 LE MERCURE
du Vaiffeau Hollandois à Oftende ; mais
on ne fait pas encore fi elle lui a été accordée.
Le Comte de Tarouca , Ambaffadeur de
Portugal , préfenta le 6 de ce mois un ample
Memoire à L. H. P. contenant de
grandes plaintes de la part du Roy ſon Maître
, contre la Compagnie Occidentale de
ce pays , au fuje: des infultes qu'il prétend
que les Vaiffeaux de cette Compagnie font
continuellement aux Bâtimens Marchands
Portugais , particulierement à ceux qui frequentent
les Côtes d'Afrique.
Le Catechifine d'Heildelberg a été rekitué
aux Proteftans , tel qu'il a été autoriſé
dans le Synode de Dordrecht. Quoique
l'Electeur P. pour le bien de la paix , ait re
mis a ces derniers la partie de l'Eglife du
Saint Efprit , pour laquelle ils ont fait tant
de bruit , il ne paroit pas que ce foit une
fatisfaction pour eux . Cependant , comme
cette affaire pourroit avoir des fuites fâcheufes
, l'Empereur a nommé M. le Comte.
de Kaunitz , Confeiller Aulique , pour exa
miner à l'amiable les griefs tant des Catholiques
Romains , que des Pretendus Reformez.
Le 14 de ce mois , le Confeil de Regence
, celui des Finances, & celui de Guerre
, ou le Commiffariat , partirent par eau
pour fe rendre à Manheim , où l'on affure
que la premiere pierre fera pofée dans
}
DE JUIN. 151
un mois , pour la conftruction d'un Palais
Electoral.
Le Roy de la G. B. arriva le 27 à cinq
heures du matin à Helvoetfluys , & en partit
à fept , pour Schoonhoven , à bord d'un
Yacht de l'Etat.
Les Soufcriptions de la Compagnie d'Af
furance rouloient le 27 entre so & 70.
On écrit de Geneve , que le Comte de
Marr ayant été relâché du confentement du
Refident de la G. B. en partit le 14 de ce
mois , pour aller aux Eaux de Bourbon en
France. Le Colonel Stuord reftera encore
ici quelque tems.
SUFE
A Londres , le 28 Juin 1720 .
Ur l'avis qu'il y avoit une proclamation ".
prête à eftre publiée , pour empêcher
le commerce illicite d'un grand nombre de
projets chimeriques , toute l'allée du Change
fe trouva remplie de vendeurs de ces
papiers , dont le montant des capitaux va
à plus de 200 millions fterlins. Quoi que
le prix fût fort bas , il fe trouva peu d'acheteurs.
Il paroît que la Cour eft refolue
de faire executer cet Acte à la rigueur
afin de rétablir par là le Commerce qui eft
fort alteré dans toutes les parties .
Les Actions de la Compagnie de la Mer
du Sud s'élevent tous les jours , & on croit
Niiij
752 LE MERCURE
.
qu'elles haufferont jufqu'à 1200 à Pouverture
des Livrés ; ce qui a engagé plufieurs
perfonnes à en acheter à 1000 , quinze
jours après que l'on en aura fait l'ouverture.
La Compagnie prête actuellement.
deux millions fterlin en papier. Il n'y a
que ceux qui ont part au capital de la Compagnie
qui y foient admis. On parle de
faire une troifiéme foufcription , qui fera
à ce que l'on affure , du moins fur le pied
de 1000. Beaucoup de gens font perfuadez
qu'elle pourroit eftre portée bien au delà ,
acaufe de la quantité de foufcrivans qui
follicitent pour y eftre reçûs. Quelquesuns
ont donné dix guinées pour en recevoir
cent , en cas que les Actions ne foient
pas montées à Noël à 1500.
Le 21 les nouveaux Lords Falmouth ,
Linnington , & Ducy , furent introduits
dans la Chambre des Pairs , & y prirent
leurs places. Ce même jour les Seigneurs
pafferent le Bill pour les deux Bureaux
d'affurance , & pour reftraindre plufieurs
projets extravagans. Après l'avoir envoyé
aux Communes , elles ordonnerent à l'Orateur
d'expedier plufieurs ordres pour faire
choifir des membres à la place de ceux qui
ont été faits Pairs , ou qui ont accepté des
emplois à la Cour.
Le 22 le Roy fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les ceremonies accoutumées,
DE JUIN, 133
& ayant mandé les Communes qui fe prefenterent
auff- tôt à la Barre ”, S. M. donna
fon confentement à quatorze Actes publics,
& à plufieurs particuliers. Aprés quoy Sa
Majefté fit le difcours fuivant aux deux
Chambres.
Milords & Meffieurs ,
Je viens mettre fin à cette ſeance , qui's
quoy qu'elle n'ait été terminée que fort avant
dans l'Eté , ne doit pas paſſer pour longue
& ennuyeuſe , quand nous confiderons la
quantité d'affaires que l'on aa expediées ,
les grands avantages que l'on en peut atten
dre.
یتم
La vigueur que vous avez témoignée f
à propos , & votre perfeverance à me foutenir
dans les mesures que j'ay concertées
avecmes Alliez , pour retablir la tranquillité
de l'Europe , ont produit la plûpart les-effets
que je pouvois defirer. La plus grande partie
de l'Europe fe voit délivrée des calamiter
de la guerre , & mes peuples doivent eftre
convaincus par ce qui s'eft paffé au dedans
au dehors de la Grande Bretagne, que .
leur profperité eft inseparable de ce qui fait
la force & la fureté de mon_gouvernement,
154
LE MERCURE
Meffieurs de la Chambre des Communes
.
Je vous remercie des fubfides que vous
avez levez pour le fervice de l'année conrante
; & ce m'est une fatisfaction particuliere
qu'il fe foit trouvé un moyen de faire .
bon les non- valeurs de ma Lifte Civile , fans
impofer de nouvelles charges fur mes Sujets&
J'efpere que le folide fondement que vous
avez preparé cette feance pour le payement
des dettes de la Nation , & pour l'acquit
d'une grande partie de fes dettes , fans avoir
violé en aucune maniere la foy publique
affermira de plus en plus l'union que je
fouhaite de voir parmi tous mes Sujets , ¿
rendra notre amitié plus précieuse à toutes
les Puiffances étrangeres .
Milords & Meffieurs
Vous voyez tous les bons effets que votre
fermeté a produits. Il ne reste prefentement
que peu de chofe à faire de notre part ;
pour donner à connoître qu'on acquiert plus
de credit , de fûreté & de grandeur , en
fuivant les vies qui menent à la Paix ,
&
en adheran étroitement aux justes engagemens
que l'on a pris , que lorfqu'on fait fond
fur les avantages de la guerre , & que Poss'abandonne
aux mesures de l'ambition ร
' DE JUIN.
ISS
pour achever ce qui refte d'imparfait. J'ai
deffein d'aller bien- tôt vifiter les Terres de
ma domination en Allemagne , efperant de
mettre fin aux troubles du Nord , qui font
prefentement reduis dans une circonference
fort peu étendue. Je me flate que ma prefence
en ce pays , fera utile aux pauvres
Proteftans nos freres , pour lesquels vous avez
· témoigné des fentimens ft favorables ¿ fi
charitables
Je ne doute pas que je ne vous retrouve
Phiver dernier , difpofés à mettre la derniere
main à toutes ces bonnes oeuvres , que j'ai
portées avec votre affistance fi proche de leur
perfection . Je souhaiterois que tous mes Sujets
, convaincus par le tems & par l'experience
, vouluffent fe défaire de ces partia
lités , de ces animofités ennemies de leur
repos , & de la fidelité d'un Gouvernement
doux & legitime. C'est ce que je vous recommande
; prévoyant bien que toutes ces
contradictions ne pourront qu'être vaines &
inutiles , & avoir une iffuë malheureuſe
pour ceux qui perſiſteront à s'y oppoſer. Je
fuis perfuadé que pendant mon abſence
chacun de vous aura un foin particulier ,
pour maintenir la Paix dans vos differentes
Provinces , & que je vous trouverai , à mon
retour dans un tel état de tranquilité
que tout le monde verra combien mon Gon-.
vernement eft folidement établi. C'est ce que
?
*
?
756 LE MERCURE
la
je defire principalement , perfuadé que
sûreté , la confervation , & notre heureuſe
Conftitution , en dépendent entierement .
Après ces difcours , le Lord Chancelier
prorogea , par.ordre du Roy , le Parlement .
jufqu'au 7 Août prochain .
Le 22 au foir , il y eut un grand Confeil
à Saint- James , dans lequel le Roy
nomma les Seigneurs Jufticiers qui doi--
vent avoir l'adminiftration des affaires
pendant l'abfence de S. M. Ces Seigneurs
font , l'Archevêque de Cantorbery , le Lord
Parker Chancelier , le Vicomte de Townfhend
Prefident du Confeil , le Duc de
Kingſton Garde du Sceau Privé , le Duc .
d'Argyle , le Duc de Newcaſtle , le Duc
de Malborrough , le Duc de Bolton , le
Comte de Sunderland, ieComte de Berkley,
& M. Graggs Secretaire d'Etat. Après le
Confeil , le Roy confera le titre de Chevalier
au fieur Philippe York Solliciteur
General ; celui de Chevalier- Barronnet au
fieur Jean Plunt , un des Directeurs de la
Compagnie du Sud , qui a gagné confi.
derablement dans les Actions .
Le 25 , le Roy partit pour la Hollande.
İl dîna à Grenwich , où il s'embarqua fur
le foir. Le même jour on publia la proclamation
contre les Bubles , autrement nou.
veaux Projetteurs Chimeriques.
M. Wefelowski , Reſident du Czar de
DE JUIN. 157
Mofcovie , eut fon audience de congé du
Roy le 14 de ce mois. M. Buftafoff, qui
arriva le 14 de ce mois , vient relever ce
Miniftre. M. Walpool , outre la Charge
de Soû - Treforier d'Irlande , doit avoir
celle de Treforier General de l'armée , à la
place du Comte de Lincoln , qui fe démet
de certe Charge.
Le Roy a fait dire au Refident de l'Electeur
Palatin de ne fe plus prefenter à
la Cour.
M. Pelhum, frere du Duc de Newcaſtle,
a été fait Treforier de la Chambre du
Roy ; & M. Churcill , Commiffaire
l'Avitaillement de la Flotte.
pour
M. le Chevalier Robert Sutton partit le
10, pour aller refider en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Roy à la Cour de France
, d'où l'on attend inceffamment M. le
Comte de Stairs. M. Bonnet eft paffé avec
le premier en France , d'où il doit fe rendre
à Berlin auprès du Roy de Pruffe ſon
Maître.
M. le Comte de Sunderland fut inftallé
le
4 dans la Chapelle de Windford , Chevalier
, Compagnon du très-noble Ordre
de la Jarretiere.
Le Docteur Cobb , Doyen de Quillalo
en Irlande , a été fait Evêque de Elphin
dans le même Royaume , par la mort du
Docteur Digly. Le fieur Dundaff Solli358
LE
MERCURE
citeur du Roy en Ecoffe , a été nommé
Procureur General de ce Royaume , à la
place du Chevalier David d'Alrimple.
O
A Madrid , le 18 Juin 1720 .
Na eu avis que les troupes , dont
la revûë avoit été faite près de Balbaftro
par le Prince Pio , & qui fe montoient
au nombre de 13 Bataillons & de
14 Eſcadrons , avoient été envoyées en differentes
Places. Deux Bataillons de Navarre
& deux Regimens de Cavalerie
font allés à Fraga , avec quelques Compagnies
de Grenadiers . Quatre Bataillons
& trois Efcadrons doivent fe rendre à Solfonne.
Le Capitaine d'un Navire Anglois,
qui a touché à la Corogne , a rapporté
qu'il avoit rencontré la Flote des Galions
au-delà des Ifles Antilles , faifant route
avec un vent favorable.
3
Le Roy , la Reine , que l'on croit en
core groffe , le Prince & les Infans , arriverent
le au foir à l'Efcurial en parfaite
fanté. S. M. en confideration des fervices
que lui a rendus le Marquis de Grimaldo,
a accordé à fon fils aîné la place de Confeiller
& de Chancelier de l'Ordre de la
Toilon d'Or , dont le pere fera les fonctions
durant la minorité du fils .
Le Roy a ordonné qu'on lui dreſſât un
DE JUIN. 159
Etat exact des Finances , afin de prendre
des mefures pour les remettre fur un bon
pied.
On a envoyé des ordres à Cadiz pour
arrêter l'Armateur qui a pris & amené
dans ce Port le Navire de la Ville de Rotterdam
: Il y a une grande defertion parmi
les François qui font dans les troupes
d'Espagne.
La guerre étant finie en Sicile , il femble
que la Cour tourne à prefent les vues
du côté de l'Afrique. On pretend que l'on
va travailler à affembler un grand nombre
de Bâtimens de tranſport à Cadiz , Malaga
, & c. pour tranfporter 20 mille hommes
de troupes reglées à Ceuta. Les feize
nouveaux Regimens que le Roy a deffein
de faire lever , doivent tous être compofés
d'Officiers & de Soldats Efpagnols ,fans
qu'il foit permis d'y admettre d'Etrangers ,
De Naples , le 14 Juin 1720 .
Ero de ce mois , le Prince de Lobkowitz
arriva du Camp Imperial près
de Palerme , & il rapporta les nouvelles
fuivantes. Le Comte de Mercy avoit fait
avancer les troupes , & il avoit occupé des
hauteurs voifines de Caftellamaré , où on
pouvoit dreffer des batteries de canons &
de mortiers , & il ſe diſpoſoit à bombar169
LE MERCURE
der & à canoner la place. Durant qu'on
travailloit aux preparatifs , le Marquis de
Lede reçut un courier de Madrid , venu
de Genes fur une Felouque , qui lui apporta
les ordres du Roy d'Eſpagne , pour
évacuer la Sicile & la Sardaigne . Il envoya
auffi tôt un trompette au Comte de
Mercy , pour lui en donner avis , & pour
convenir du tems & du lieu où ils pourroient
conferer enſemble. En même tems,
on publia dans les deux Camps une ceffation
de toutes hoftilitez . Le lendemain ,
ils reglerent les articles fuivans . Que l'embarquement
fe feroit à Termini , où on
preparoit pour cet effet les Vaiffeaux &
les Baftimens de tranfport : que les Efpagnols
emporteroient toute Partillerie &
toutes les armes qu'ils avoient apportées
d'Efpagne qu'ils pourroient vendre les
provifions qui étoient dans leurs magazins
que les malades & les bleffés pourroient
refter dans le pays jufqu'à leur entiere
guerifon , & retenir les Medecins &
Chirurgiens de leur Nation qu'ils jugeroient
neceffaires ; que les Vaiffeaux & generalement
tous les Baftimens qui fe trouveroient
dans les Ports de Sicile feroient
rendus à ceux à qui ils appartenoient
qu'il feroit permis aux Siciliens & à tous
les autres habituez dans le pays qui voudroient
fe retirer avec leurs effets de
?
vendre
DE JUIN.
161
"
vendre leurs biens immeubles , fans aucun
empêchement : que les troupes Efpagnoles
feroient tranfportées en Catalogne ou à
Valence , au choix des Generaux : que toutes
les Dignitez & Benefices feroient confervez
à ceux qui en avoient été ou qui
en feroient pourvus par le Roy d'Efpagne
jufqu'au jour de l'execution du Traité , &
que les Charges & Offices feroient de même
confervez à ceux que S. M. C. en.
avoit pourvûs. Enfin , que tous les privileges
accordez aux Siciliens par Charles V.
leur feroient confervez & confirmez par
l'Empereur. En execution de ce Traité
les deux armées décamperent. Les troupes
Efpagnoles , qui étoient fous les ordres de
du Marquis de Lede , au nombre de 1 2000
hommes d'Infanterie, & de 6000 chevaux ,
fe mirent en marche pour fe cantonner
aux environs de Termini à 25 mille de
Palerie ; & les Imperiaux , dans les Villages
des environs de cette place. Ces dernieres
ont pris poffeffion du Château , &
des ouvrages du Mole de cette Ville , dont
les Magiftrats prêterent le 14 feriment de
fidelité à l'Empereur. On travaille avec
empreffement à affembler les Bâtimens de
Transport fur lefquels les troupes Efpagnoles
doivent s'embarquer ; mais on ne
eroit point , quelque diligence que l'on .
faffe , qu'elles puiffent être transportées
102 LE MERCURE
en Eſpagne de plus de trois mois. Le g
du mois paffé , la convention pour l'éva
cuation de la Sardaigne fut concluë &
fignée par le Comte de Mercy , par l'Amiral
Bing, & le Marquis de Lede. Ce
dernier a dépêché des ordres au Capitaine
General de cette Ifle , pour le difpofer à
l'évacuer inceffamment. Cette convention
contiſte en 24 Articles , ainfi que celle
qui a été faite pour l'évacuation de la Sicile.
Les Regimens Piemontois , qui étoient
dans l'armée de l'Empereur , doivent paffer
en Sardaigne , pour prendre poffeffion de
cette Ile.
Le Comte de Merci a mandé à Vienne
qu'il étoit neceffaire de conftruire une Ciradelle
à Palerme. Il a trouvé que le lieu.
le plus avantageux , étoit une éminence
qui commande toute la Ville , fur laquelle
il y a une maifon de Jefuites.
A Rome le 12 Juin 1720.
Left a rivé ici un Miniftre du Czar
avec des inftructions , pour y negocier ,
dit- on , quelques affaires importantes. Il a
rendu vifite à plufieurs Cardinaux , & entr'autres
, au Cardinal Ottoboni. Le Cardimal
Aquaviva a reçû un plein pouvoir de la
Cour de Madrid , pour terminer les differends
qui fe font élevez entre les deux.
DE JUIN. 163
Cours , au fujet de quelques affaires Ecclefiaftiques
. Le 27. du mois paffé , le Pape
tint Confiftoire fecret , dans lequel on propola
diverfes Eglifes. Sa Sainteté accorda
le Pallium aux Archevêques de Bordeaux &
de Befançon .
Le Prétendant partit d'ici au commencement
de ce mois , pour aller paffer à
Albano la belle faifon , dans la Caffine du
Cardinal Aquaviva.La Princeffe fon Epoufe
s'y eft fait porter en chaiſe à cauſe de ſa
groffeffe , qui avance toûjours heureuſement.
Le Jeudi , Fête du Saint Sacrement,,
Sa Sainteté fe rendit au Vatican , où elle
celebra la Meffe dans la Chapelle privée.
Etant defcendue enfuite dans la grande:
Chapelle , où le Saint Sacrement étoit expofé
: Elle fut portée fur les épaules de fix
Eftafiers , accompagnée de quantité de
Cardinaux & de Prélats qui fuivirent le
faint Pere à la Proceffion. Le Dimanche 2
Juin , le Cardinal Ottoboni fit l'Invitatoire,
pour affifter à celle de faint Louis , de la
Nation Françoife . M. de Conon , Evêque
François , dit la Meffe , & porta le Saint
Sacrement. M. l'Evêque de Sifteron , &
M. l'Abbé de Gamaches, Auditeur de Rote,,
Paccompagnerent. Les Cardinaux Gualtieri
& Aquaviva , & plufieurs autres y affifte
rent . L'Etendart fur porté par le grand
Archidiacre de Seville , & le Dais par Gxe
Q ij
184
LE MERCURE
Gentilshommes Efpagnols. Le 6 , dernier
jour de l'Octave , les Efpagnols firent les
mêmes honneurs aux François dans leur
Eglife de faint Jacques.
Le Sieur Barnabo , Agent de la Republique
de Genes , a eu ordre de ne plus paroître
au Palais ; cette Cour gardant une
efpece de reffentiment contre cette Republique
pour avoir remis en liberté le
Cardinal Alberoni. Les Cardinaux Del
Giudice , Imperiali , continuent de folliciter
le Pape pour faire le Procès à cette
Eminence ; mais il ne paroît pas que la
Congregation trouve des preuves fuffifantes
pour cela.
*
Ön écrit de Venife que M. Aldobrandini
avoit quitté cette ville par ordre de
Sa Sainteté , fans prendre congé en forme
de la Republique. Il eft arrivé ici en pofte ::
on le croit deftiné pour paffer en Espagne , ›
avec la qualité de Nonce.
1
Le dernier Courier venu d'Espagne , par
lequel on a appris la mort de l'Archevêque
de Tolede , a remis au Cardinal Aquaviva
le pouvoir d'accorder la permiffron à ceux
qui n'ont pas obéi ci- devant au Decret de
Sa Majefté Catholique pour fortir de Rome,
de recevoir leurs Expeditions pour les Be-
* nefices qu'ils avoient obtenus en Datterie.
On mande de Milan , que le Duc de
Parme avoit fait arrêter à Plaifance Doma
2
DE JUIN. 165
Camilla , Gouvernante du Cardinal Alberoni
, ainfi que le fils de cette Dame , avec
plufieurs autres Adherauts ou Domestiques
de ce Cardinal , qui ont été mis entre les
mains des Inquifiteurs. Apparemment que
l'on a deffein de les interroger de vitâ &
moribus de ce Cardinal , & pouvoir prouver
ce dont il eft accufé à Rome.
MORTS DE PARIS.
Lielai
E 15 de May 1720. Dame Marie Made
delaine de Chambez de Montforeau
yeuve de Meffire Louis Anne Dauvet ,
Comte d'Eguilly , mourut âgée de 75 ans.
Elle étoit fille puifnée de Bernard de Chambez
, dernier du nom , Comte de Montforeau
, l'une des plus nobles & des plus anciennes
Maifons d'Anjou. Il n'a laiffé de
lui & de Dame Genevieve Boyvin fon
épouſe , que deux filles ; l'aînée étoit Marie
Geneviève de Chambez , qui “ avoit
époufé Louis François de Bouchet , Marquis
de Sourches , Prevôt de l'Hôtel du
Roy , grand Prevoft de France , dont le
fils aîné poffede le Comté de Montforeau ,
duquel il porte le noin , en faveur de la
remife que lui en a faite feu fon Alteffe
Sereniffime M. le Duc de Vendôme , auquet
il étoit acquis , coinme reprefentant
166 LE MERCURE
Marie de Luxembourg Ducheffe de Mer
coeur, fa bifayeule , qui defcendoit de René
de Bretagne Duc de Panthievre , & de
Jeanne de Comines , laquelle étoit fille de
Philippes de Comines & de Heleine de
Chambez , l'une des filles de cette Maiſon ,
dont le maufolée fe voit encore dans la
premiere Chapelle en entrant dans la Nef
des grands Auguftins. Louis Anne Dauvet
fon mary étoit fils puifné de Nicolas Dauvet
, Comte Defmaretz , grand Fauconnier
de France , duquel elle n'a laiffé qu'une
fille , Françoife Chretienne Dauver , mariée
à Adrien Marquis d'Herbouville , qui étoit
Enfeigne des Gens d'Armes de la Garde du
Roy, & d'une des plus anciennes Maiſons
du païs de Caux .
Meffire Jean Vigneron , Prefident au
Bureau des Finances & Chambre du Domaine
, mourut le 3 Juin.
Melfire Jacques le Coigneux , de la
branche des Seigneurs de Bezonville , mourut
le
Juin
Meffire René le Mufnier , Seigneur de
Nantouillet , qui avoit été Confeiller au
Parlement en May 1665 , mourut Doyen
des Confeillers Clercs le 18 Juin.
Meffire Claude Roujault eft monté à la
grande Chambre en la place dudit fieur
Je Mufnier.
Dame Eleonore Guillart , épouse de
DE JUIN. 167
Meffire Ifidore Lotin , Seigneur de Charny,
Châtelain de Chauny , mourut le 19 Juin.
Dame Edmée Catherine de Luxembourg,
Comteffe de Rônay , veuve de Meffire
Charles de Clermont , Chevalier , Sei--.
gneur de la Baſtie , Aide de Camp des Armées
du Roy , mourut le 21 Juin en la
88 année,
Meffire Humbert Ancelin , Confeiller
du Roy en fes Confeils , ancien Evêque
de Tulle , mourut en cette Ville le 27 de
ce mois. Il vaque par la mort les Abbayes
de Ham , D. de Noyon , & de Marcillac ,,
D. de Cahors .
MORTS ETRANGERES.
Dom Louis d'Almeda , grand Prieur de
Ordre d'Avis en Portugal , mourut le
Avril.
La Princeffe Ertmude Dorothée de Saxe-
Zeits , foeur du Cardinal de ce nom , née
le 13 Novembre 1661. qui avoit épousé
le 14 Octobre 1679. Chriftian Duc de
Saxe- Mersbourg , mourut le 27 Avril.
Le Prince d'Anhalt- Bernbourg , fut tué
29 Avril en Sicile , dans un rencontre
en l'Armée Imperiale & celle d'Eſpagne.
Jofeph Erneft , Baron de Heitzenberg &
Cronberg , Seigneur de Imendorff , Regent
de la Baffe Autriche , & Intendans
le
168 LE MERCURE
de l'Argenterie de l'Imperatrice Amelie ;
mourut à Vienne le 8 May , âgé de 24 ans .
Dom Diego Emanuel de Cordoue , fils
de Louis- Emanuel Fernandez de Cordoue,
.Comte de Sainte Croix , Chambellan de
P'Empereur , mourut à Vienne le ro May,
âgé de quatre ans.
La Princeffe Catherine de Baviere , foeur
du Duc Regent de deux Ponts , mourut
le May au Château de Griesholm .
Antoine Baron de Ballerin , Confeiller
de la Chambre Aulique de l'Empereur ,
mourut à Vienne le 31 May , âgé de 60
ans .
MARIAGES.
Jean Chriftophle Henry de Oëdt, Chambellan
de l'Empereur , & Regent de l'a
baffe Autriche , époufa le 25 Avril Jeanne
Catherine Comteffe de Thurn , Dame de
PImperatrice regnante.
Antoine Ignace Wilibaud Amedé de
Rabutin , Comte de Buffy , Chambellan de
P'Empereur , & Colonel d'un Regiment de
Dragons , époufa le premier May Marie
Therefe Comteffe de Lamberg , Dame de
P'Imperatrice regnante.
Louis Comte de Rabata , épouſa le 13
May N. Comteffe de Harrach , Dame de
'Imperatrice regnante.
DIGNITEZ
DE JUIN.
169
Le
DIGNITEZ.
Avril le Roy de Portugal donna
la Viceroyauté du Brefil , à Dom Vafco
Fernandez Cefar de Meneles , cy-devant
Viceroy des Indes,
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit le Miroir ; & celui de la feconde
, le Teftament. Voici l'explication
en vers de la premiere , par Madame la
Comteffe de Nerfou.
DEs avis que je donne avec fincerité
Jamais perfonne ne s'offenses
Car fi je dis la verité,
On a pour foy tant d'indulgence ,
Que l'on n'en croit pas la moitié.
Le beau fexe a pour moy la plus vive amitié
Et quoiqu'il me porte en fa poche ,
Ailleurs peut- il m'appercèvoir ?
De moy promptement il s'approche ,
Pour voir de fes appas ce que dit lẹ Miroir,
Autre par Mademoiſelle de la Broffe.
N'a pas été cet Auteur par trop ſage ,
Qui s'empreffant à nous faire penſer
D'un inftrument fi fort à notre ufage ,
P
170
LE MERCURE
A fait le choix pour nous embarraßer.
Pas ne me fert en tel cas d'interprete ;
Car en effet , puis je m'appercevoir
Que quelque pli manque à ma collerette ,
Ainfi que lui , j'ay recours au Miroir,
ENIGM E.
Qvej'ay bien changé de nature !
F'étois jadis poli , plein d'efprit , amoureux ,
F'étois plaisant , mais j'étois gueux.
Maintenant fot , je fais une groffe figure ,
Et fçais rendre mon Maître heureux.
Dans une aimable compagnie
Si par hazard on me trouvoit ,
La converfation s'animoit ,
Et de rires malins étoit fouvent remplie.
Mon Maître qui me cheriſſoit ,
De ma perte tizoit une gloire infinie .
Auffi par vanité souvent il me perdoit :
Maintenant il hazarde ſa vie
Pour me conferver cherement ;
Tant il est vray , qu'un Sot utile
Eft preferable à l'homme habile ,
Quelque rempli qu'il soit d'esprit & d'agrémens ;
Cependant admirés cette bifarerie.
Ny Pomone ny Flore , aucun bien ne me fie ;
Je ne porte nyfleurs ny fruit dans le Printems
Mais bien des feuilles en tout tems .
>
OTLYON
1893

!
#ETTIA
Pij
Jun 1720. Le Roasiga
*
2
*4
Unjour, J..ris mit Si
X
Lais bien des feuilles en tout tems.
DE JUIN 171
F
AUTRE.
E fuis fils de celui de qui je fus le pere ;
J'ay donné la vie à ma mere.
Sans efprit , fans fçavoir fi jefais bien ou mal ,
Inanimé , je forme un parfait animal.
Mafraîcheur peu durable, eft par le goût qui l'aime
D'une delicateſſe extrême.
Celui qui la goûte le mieux ,
Me rebute auffi-tôt que je lui parois vieux .
Quoique maigre , avec moi peu degens font carême;
Dans Paris & par tout où l'uſage eſt de même.
Mon corps doux & poli n'eft pas fort degagé ;
Cependant je figure affez bien à la table ,
Où fouvent un ragoût qui paroît delectable ,
Sans moipar les friands ne feroit pas mangé.
CHANSON.
VNjour , Iris mit dans fa cage
Un Roffignol qu'elle avoit pris ;
Mais fi - tôt que l'oyfeau fe vit dans l'esclavage,
Il perdit fon tendre ramage .
Quel chagrin , quel chagrin pour la jeune Iris !
Que te faut- il , lui dit la Belle ?
Pour t'entendre & goûter la douceur de tes chants
Il me faudroit , dit Philomelle ,
Il me faudroit la clef des champs.
Pij
172 LE MERCURE
Dzin: Dzin
JOURNAL DE PARIS .
BENEFICES DONNEZ.
28 May 1720. la Prévôté de l'EDglife
Cathedrale d'Alais , fur la démiffion
du dernier Titulaire , en faveur de
M. Louis-Antoine Scouin de Saint Maximin
, Diacre du Diocêfe de Paris.
3
Du 8 Juin 1720. la Coadjutorerie de
l'Abbaye de Migette , Diocêle de Befançon
, Ordre de fainte Claire , en faveur de
Madame Nicole-Charlotte de Montrichard,
Religieufe de la même Abbaie.
Du 12 Juin l'Evêché de Lombez , à
M. l'Abbé de Maupeou , Agent du Clergé
de France.
L'Abbaie de Relec , Diocêfe de Leon , à
Meire François- Elie de Voyer de Paulmy
d'Argenfon , Archevêque de Bordeaux .
Du même jour , la Prévôté de l'Eglife
Royale 'd'Avefn een Hainaut , en faveur de
M. Edmond Dauroux , Prêtre du Diocêfe
de Cambray.
M. l'Abbé Gauthier , mort à faint Germain
,
a laiffé par fa mort deux Abbaïes
vacantes ; fçavoir , Olivet, Diocêle de Bourges
, & Savigny , dans le Diocêfe de Coutances.
DE JUIN. 173
Le Prieuré de faint George dans l'Ifle
d'Oleron , affermé 14000 livres de rente ,
a êté donné par M. le Grand Prieur ,
comme Abbé de la Trinité de Vendôme ,
à M. de la Rochette Chevalier de Malte.
Ce Benefice vaquoit par la mort de M..
l'Abbé de Chaulieu.
Le Roy a donné le Commandement de
Provence à M. le Marquis de Caylus. Sa
Commiffion eft du 6 May 1720.
Le Roy a donné à M. le Vicomte de
Tavannes la Lieutenance Generale du
Comté de Charolois. Ses Provifions font
du 27 May 1720.
Le 9 M. l'Abbé Dubois , ci - devant Précepteur
de Monfieur le Duc d'Orleans
Miniftre & Secretaire d'Etat , fut facté
Archevêque de Cambray , dans l'Eglife de
l'Abbaye Royale du Val de Grace , par
M. le Cardinal de Rohan , qui avoit pour
Affiftans les Evêques de Nantes & de
Clermont. M. le Duc d'Orleans y affifta ,
avec M. le Duc de Chartres , ainfi que
plufieurs Cardinaux , Prelats , & perſonnes
de diftinction.
Le Roy a decoré d'un grand Cordonrouge
M. le Marquis de Rouvroy , & luï
a donné une penfion de mille écus . Le &
du mois d'Avril dernier , S. M. lui fit délivrer
une Commiffion pour aller commander
une flote à Toulon
1
Piij
174 LE MERCURE
M. de Creil a entierement établi la
Taille Tarifée dans toutes les Elections
de fa Generalité. Tout s'eft paffé fort tranquillement
; la plupart de ceux mêmes qui .
n'avoient pas bonne opinion de cet établiffement
, commencent à revenir de leurs ,
préventions. La feureté que chacun des
Taillables va avoir de fa fortune leur.
cauſe une grande joye , & ils font tous
prefentement fort encouragés à l'augmenter
par leur travail & par leur induſtrie .
>
La' furvivance du Gouvernement de
Verſailles , dont eft actuellement pourvû
M. Blouin , a été donnée à M. le Duc de
Noailles.
On mande du Port - Louis qu'il y étoit
arrivé cinq cens perfonnes , qui n'attendent
qu'un vent favorable pour paffer au Miffiffipi.
*
On a eu avis que le Sieur de Jouan ,
Capitaine de Vaiffeau , reçû Huiffier de la
Chambre du Roy , en furvivance de M."
fon pere , étoit mort à bord du vaiffeau
qu'il commandoit pour la Compagnie des
Indes , fur les côtes de la Louifiane , dans le
golfe du Mexique. Le Roy a accordé à M.
de Jouan le pere , Doyen des Huiffiers de
la Chambre , la furvivance de fa Charge ,
pour fon fils le cadet, qui eft dans les Moufquetaires.
M. de Feugeres , Huiffier de la Chambre
DE JUIN. 175
du Roy , a vendu fa Charge à Monfieur
રે
Tardif.
M. Pinaut de Bonnefons , Huiffier de la
Chambre du Roy , a obtenu la furvivance
de la Charge pour M. Durand d'Emon
ville.
Le Roy a créé un Regiment , compoſé
de tous les jeunes Seigneurs , & Officiers
qui ont l'honneur d'être auprès de lui : il
eft diftribué en quatre Compagnies , qui
montent & defcendent la garde tous les
foirs , après l'étude de Sa Majefté , fur la
Terraffe du Palais des Tuilleries. Le Roy
lui a donné le nom de Royal Terraffe. Chaque
Compagnie a fon Capitaine , avec un
Lieutenant , un Enfeigne , un Sergent & un
Caporal . On donnera le nom des Officiers
le mois prochain. Le Roy fait faire regulierement
l'exercice à chacune de ces Com
pagnies , & leur fait obſerver la difcipline
militaire la plus exacte.
Le 13 le Roy tint fur les Fonts de Baptême
, le fils de M. le Marquis de Prie ,
avec Madame la Ducheffe de Ventadour.
M. le Marquis de Prie avoit eu l'honneur
de tenir pareillement le Roy fur les Fonts
de Baptême.
Le 16 le Confeil de Regence fe tint chez
le Roy, M. le Duc y a introduit M. le
Comte de Charolois . M. le Maréchal de
-P iiij
176 LE MERCURE
Montefquiou y a pareillement pris feance
le même jour.
M. le Comte de Sommery a été nommé
Soû- Gouverneur du Roy , en furvivance de
M. le Marquis de Sominery fon pere.
M. le Chevalier Sutton arriva ici le 16
de Londres , pour remplacer M. le Comte
de Stairs , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
d'Angleterre. Ce dernier eft repaffé
à Londres.
Le 16 M. l'Archevêque de Bordeaux, &
M. l'Archevêque de Cambray , prêterent
ferment entre les mains de Sa Majesté , en
prefence de M. le Duc d'Orleans.
On a expedié à M. d'Argenfon pere,un
Brevet qui lui conferve le Titre honoraire
de Garde des Sceaux .
Le 21 de ce mois , la Caufe d'entre
Monfieur le Prince de Conty , & M. le
Marquis de Laffey , au fujet du Retrait
de la Terre de Mercaur , fut jugée définiti4.
yement , en faveur de Son Alteffe Serenif
fume M. le Prince de Conry , qui y joint
le Marquifat de Mardogne , qu'il a acheté
fept cens mille livres. Le Duché de Mercoeur
eft fitué en Auvergne , & a quatrevingt-
deux Bourgs ou Villages de fa dépendance
, dans le Givaudan.
M. de Bafville Courfon , ayant demandé
à la Cour fon rappel de l'Intendance de
Bordeaux , M. le Préfident Dodun a été
DE }JUIN 177
nommé pour aller en fa place. Ce dernier
a acheté la Charge de Maître des Requêtes
de M. le Vayer.
Le 29 M. l'Evêque d'Alais prêta ferment
de fidelité pour l'Archevêché d'Embrun.
Le 23 les Deputez des Etats d'Artois ,
curent audience du Roy , & prefenterent le
Cahier de la Province à Sa Majefté , étant
conduits par M. le Marquis de Dreux
Grand- Maître des Ceremonies. Il furent
prefentez par le Prince Charles de Lorraine ,
Gouverneur de la Province , & par M. le
Marquis de la Vrilliere , Secretaire d'Etat .
La Députation étoit compofée de Meffire
Killien de Couillerie , Abbé Regulier du
Mont faint Eloy , Ordre des Chanoines
Reguliers de faint Auguftin,pour le Clergé,
de M. le Comte de Fiennes , de S. Omer ,
pour la Nobleffe ; & de M. François Jubert ,
Avocat en Parlement , & Echevin de la
même Ville de faint Omer , pour le Tiers
Etat .
Le premier Juillet , M. d'Argenfon
Lieutenant General de Police , eut ordre
de remettre les Proviſions de cette Charge
à Monfieur de Baudry , Maître des Requêtes.
Le 3 le Roy tira pour la premiere fois
fur la Terraffe plufieurs coups de fufil dans
un Blanc appliqué contre le mur. M. le
178
;
LE
MERCURE
Maréchal de Villeroy , quoi qu'indifpofé ,
s'y trouva,
Le 4 il fut procedé à l'Hôtel de Ville à
la nomination d'un nouveau Prevôt des
Marchands , & de deux Echevins . M. de
Châteauneuf , Confeiller d'Etat , ci- devant
Ambaffadeur à la Porte , enfuite en Hollande
, & Prefident de la Chambre Royale
de Nantes , a été choisi pour remplacer M.
Trudaine. Meffieurs Deniſe & Chauvin ont
été élus Echevins.
M. le Marquis de la Chefnaye a obtenu
la furvivance de fes Charges de Grand-
Ecuyer Tranchant & de la Cornette-
Blanche , en faveur de M. fon fils , âgé de
deux ans .
*
L'affaire du Commiffaire Caill'y, & des
deux Exempts, Bazın & Simonet , qui étoit
au rapport de M. Paris , Confeiller de la
Grand Chambre , a été jugé le 28 par la
Grand'- Chambre , la Tournelle affemblée.
Le Sieur Cailly a été élargi avec un plus
amplement informé , & les deux Exempts
ont été renvoyez abfous ,
M. le Maréchal de Barwick cft parti
pour aller vifiter tous les Quartiers.qui
font fous fon Commandement fur les frontieres
d'Espagne.
On écrit de Modene du 22 , que le 20
le Duc de Modene , le Prince Hereditaire ,
& le Prince fon frere , allerent au devant
DE JUIN. 179
de la Princeffe de Modene jufques fur les:
confins de Reggio. Ils étoient accompagnez
de toute la Nobleffe à cheval , & eícortez
de deux Regimens de Cavalerie , dont un
de Carabiniers , & l'autre de Cuiraffiers , II
y avoit à leur fuite feize caroffes . La Princeffe
arriva à Modene le 21 au foir . Toute
l'Infanterie de la garnifon étoit fous les
. armes , & bordoit les rues, qui étoient toutes
illuminées jufqu'ati Palais . Il fe fit tant de
la Citadelle que de la Ville , plufieurs falves
de canons & de moufqueterie. Le foir ,
la ceremonie ordinaire de donner la Benediction
nuptiale aux deux Epoux , fut faite
par l'Evêque de la Ville. Le 22. la. Princeffe
fe rendit en caroffe avec la Princeffe
de Brunfwick , & les trois Princeffes , filles
du Duc de Modene , à la Cathedrale , où on
celebra la grande Meffe , & où l'on chanta
enfuite le Te Deum. Après cette ceremonie,
il y eut un repas magnifique au Palais , &
le foir un grand Bal , où fe trouverent plufieurs
Etrangers.
Les Lettres du premier de ce mois de
Londres , portent que la Flote de Turquie
étoit arrivée aux Dunes , fous l'elcorte detrois
vaiffeaux de guerre , détachez de
l'Efcadre qui eft dans la Mediterranée
fous le commandement de l'Amiral Bing.
Cette Flote eft richement chargée. Celle
que l'on attendoit des Plantations de PAmerique
, eft auffi arrivée.
190 LE MERCURE
J
AV I S.
4
E crois qu'on apprendra avec plaifir
que M. Bernard Pelidore , Profeffeur
Royal des Mathematiques à l'Ecole de
l'Artillerie à la Fere en Picardie , donnera
bien- tôt un Cours de Fortifications , qui eft
compofé de toutes les parties de la Guerre.
Cet Ouvrage eft divifé en huit Livres . Le
premier enfeigne la Theorie & la Pratique
de la Fortification reguliere. Il s'y trouve
quantité de nouveaux morceaux qui n'ont
pas encore paru ; entr'autres, deux Siftêmes
de Fortifications , qui font de l'invention
de l'Auteur. Le fecond Livre traite de la
Fortification irreguliere : & pour rendre
cette matiere plus interreffante , il a fait
des projets de Fortifications pour les Places
de France , dans toute forte de fituations
afin qu'on puiffe fortifier indifferemment
dans toute forte d'endroits . Le troifiéme ·
traite de la conftruction des Edifices Militaires
; c'eſt- à- dire , de tous les bâtimens
de tous les ouvrages neceffaires aux Places
de guerre. Le quatrième enfeigne l'Architecture
Hydraulique , qui confifte à faire les
canaux , les écluſes , les jettées , les formes
& les baffins. Le cinquième traite des mimes
& des contremines. Le fixième enfeignet
DE JUIN.
131
l'attaque des Places , l'ordre que l'on doit
obferver dans les campemèns , dans les défilez
, les batailles. Le feptiéme traite de la
défenſe des Places ; & le huitiéme renferme
des devis , les marchez des Traitez préce
dens. A la fuite de cela , eft un Dictionnaire
de tous les terines de la Guerre & de
l'Architecture. Cet Ouvrage contiendra
trois grands volumes in quarto , dans lefquels
il y a plus de cent cinquante planches.
Ce Cours de Fortifications fe vendra chez
Jombert , rue faint Jacques à l'Image Nôtre-
Dame.
Machine Parallactique , &c.
IL paroît un nouvel Ouvrage , dont
nous annoncerons feulement le titre :
Machine Parallactique , pour obferver les
Eclipfes du foleil & de la Lune commodément
, & avec une grande préciſion.
Horloge circulaire , élastique , centrifuge.
Pendule dont les Vibrations font horizontales
; & autres curiofitez . Par M. l'Abbé
de Hautefeuille , 1720 .
Il a obtenu en 1718 , le Prix de l'Academie
Royale des belles Lettres , Sciences
& Arts de Bordeaux , fur l'Echo , dont
nous avons parlé dans le Mercure du mois
182 LE MERCURE
de Juin de cette année- la . C'est une Medaille
d'Or , excellemment bien travaillée ,
& d'une tres-grande beauté. Elle pefe un
demi Marc moins deux gros ; d'un côté
font les Armes de M. le Duc de la Force ,
avec ces mots : HEN . JAC . NOMPAR . DE .
CAUMONT. D. DE LA FORCE . PAR . FRAN.
PROT. & de l'autre la Deviſe de cette
Academie , qui eft un Croiffant , & autour,
CRESCAM . ET . LUCEBO . dans l'Exergue ,
BURD. ACAD. PRÆMIUM . Cette Medaille
eft à vendre ; ceux qui voudront l'acheter
écriront à M. l'Abbé de Hautefeuille à Orleans
; il en refufe 700 livres . Cet Ouvra
ge de la Machine Parallactique , in quarto
en 14 pages , fe trouve chez F. Lebreton
Libraire , fur leQuay des Auguſtins , prés
la rue Guenegaud , qui en donnera gratis
la lecture à tous les curieux.
DE JUIN.
183
Syftemes de M. le Marechal de Vauban
mis au jour.
LE
E Sieur de Bailleul , Ingenieur & Geographe
, demeurant à Paris rue Saint
Severin , au Soleil d'Or , donne avis au
Public , qu'il a mis au jour les trois Syftemes
de M. le Marechal de Vauban ; fçavoir
La maniere de tracer la fortification
du neuf Brifack , celle de tracer la fortification
de Landau , & celle dont les Baftions
font à orillon . Ces trois Syftemes font
aifez à concevoir pour ceux qui apprennent
la Fortification ; parce que l'on a mis
à côté de chaque figure l'explication & la
maniere de tracer chaque Syfteme. Ainfi
cette methode eft moins embarraffante ,
que d'avoir recours aux Livres. Cet Ouvrage
n'eft compofé que de fix feuilles , &
fe vend quatre livres dix fols.
184
LE MERCURE
A VIS.
E Sieur de VVoolhouse , Gentilhomme
Langlois , Oculifte de pere en fils depuis
quatre filiations , continue d'enfeigner aux
Medecins & Chirurgiens étrangers , Part
d'Oculifte , & la maniere d'en faire les 47
operations requises pour lagueriſon radicale
des divers maux de l'oeil , qui deviennent
incurables fans le fecours de cette Chirurgie
qui eft cultivée chez les Nations les plus
éclairées de l'Europe & de l'Afie.
Les Rois de Pruffe & d'Angleterre, le Grand
Duc de Tofcanne &c. ont chargé le fieur de
VVoolhouse du foin de leurformer de favans
Medecins & Chirurgiens Oculifles pour le
foulagement general de leurs peuples.
Le fieur de VVoolhouse a en l'honneur
d'abattre une cataratte en prefence de S. M.
Czarienne. Il a donné la vûe à plufieurs
perfonnes aveugles- nées de cette indifpofition
famenfe , qui a fi fort emb
les Savans
du métier depuis quinze années.
Il fait des revues & des demonftrations
generales fur les vivans , de plus de deux
cens differentes maladies des yeux , à fes
Eleves, une fois tous les mois'; en forte qu'on
pent
DE JUIN. 185
peut apprendre de lui dans une feule revâc
plus de réalité dans la Science Ophtalmique .
qu'on ne fauroit faire ailleurs pendant le
Cours ordinaire de la vie d'un homme.
M. de VVoolhouse declare an premier
coup d'oeil , fi la maladie en question eftgue
riffable , ou non , fans amufer fes malades
avec des fecrets hazardez , comme des eaux
qui fappent & fondent l'oeil par la fuite du
tems , en penetrant & divifant les parties
faines de ce tendre organe , fans diftinction
davec fes parties alterées.
M. de Woolhoufe demeure à la grande
Aumônerie de l'Hôpital Royal des Quinze
vingts , à côté de M. Roffignol , Maiſtre
Ecrivain , à Paris.
186 LE MERCURE
L
Suplément à la page 3.3 .
Ouis V. dit le Jeune , fils de Lothaire ,
étant mort fans pofterité , Charles de
France, frere du même Lothaire, fut declaré
par jugement des Etats Generaux déchû de
la fucceffion à la Couronne , tant à cauſe de
fa felonie , que pour avoir pris les armes.
contre le Roy fon frere , & par ce jugement
la deuxième ligne de nos Rois étant
finie , le Royaume fut transferé à la troifieme
; ainfi que le rapporte le fragment
de l'hiftoire de Saint Benoift fur Loire
depuis Louis le Begue jufqu'à Hugues Capet.
Hugues Capet étant le Chef de cettetroifiéme
ligne , comme iffu du Sang de
Clovis par Saint Arnoul , parvint au Trône
des François , & fut reconnu Roy dans la
Ville de Noyon par les Grands de France ,
comme le Prince du Sang le plus proche à
fucceder , & fut facré à Reims par l'Archevêque
Adalberon , le troifiéme jour de
Juillet de l'année 987.
>
Ludovicus V deceffit Incarnationis Dominice
anno 987.& fepultus eft Compendio....
Francorum autem Primates communi confenfu
Hugonem qui tunc Ducatum Francia
ftrenue gubernabat, Magni Hugonis filium,
DE JUIN 187
Noviomo fublimant Solio eodem Anno quo
diftus Ludovicus adolefcens obiit ; Et undus
eft Hugo Remis V. Non. Julii : Ita Francorum
Regnum , fecundà deficiente Lineâ
in terram eft tranflatum , in quâ &c .**
Cette Relation fe trouve auffi dans Glaber
Raoul , Livre II . Chap . I. dans les
mêmes termes.
Ita Francorum Regum fecundâ deficiente
Lineâ , Regnum in tertiam eft tranflatum.
Ce jugement fut trouvé fi conforme aux
Loix fondamentales de la Monarchie , &
tellement approuvé , que quelques Grands
du Royaume crurent rendre leurs Chartes
plus autentiques , en les dattant de l'année
de ce grand évenement.
Les Sainte- Marthe , du Bouchet , & le
Duc d'Epernon en rapportent une , tirée
des Archives de l'Abbaye de Sainte Mariet
d'Orbieu , & de l'Abbaye de Saint Guillaume
le Defert , dont la datte eft conçue
en ces termes..
A&um Villari Idibus O&obris Anno quo
Karolus ob levitatem fuam judicio Franco-
´rum fuit exhærédatus , & Hugo qui dicitur
Capel fecundum Legem fublimatus .
Frag. hift Franc. à Eud.11 . ufque ad Hugonem
ognomento Capetum . Floriac. Coenobii,
Qij
198
LE MERCURE
P. S. Sur les Remontrances du Procu
reur General de la Cour des Monnoies, du 3
Juillet 1720 , la Cour a prononcé que ceuxqui
vendroient , acheteroient ou marchan
deroient des efpeces ou matieres d'or &
d'argent à plus haut prix que celui qui eft
porté par les Edits &c.. fubiroient la peine
du Carcan , de la confiſcation deldites
Efpeces , & du double des mêmes Efpeces ,
& ce pour la premiere fois : & en cas de
recidive , la peine de Galeres, à perpetuité ,
cant contre ceux qui auront vendu lefdites
Elpeces , que contre ceux qui les auront
reçues ..
..
ARREST du Confeil d'Etat du Roy ,
du 4 Juillet , portant défenfes de porter ,
ou faire entrer dans le Royaume des Diamans
, Perles. & Pierres précieuſes : Et
revoque toutes les Permillions qui pour
roient avoir été accordées de les porter
MARIAGE..
Mefore Jacques- Claude- Auguſtin de la
Cour , Marquis de Balleroy , Colonel d'un
Regiment de Dragons , & iffu d'une des
plus anciennes Nob effes de Normandie"
époula le Juin Mademoiſelle de Maignon,
fille cadette de M. le Maréchal de
Marignon..
Approbation de M. de Montempuys , Avocat
au Parlement , Confeur Royal des Livres
Ay lu par l'ordre de Monfeigneur le
Chancelier , un Manufcrit intitulé , Le
Nouveau Mercure pour le mois de Juin
1720 , dont j'ay paraphé les feuilletss
Fait à Paris ce cinq Juiller mil fept cent
vingt..
DE MONTEMPUYS.
TABLE..
REponse de M. de Camps , Abbé dé
signy , à la Refutation du R. P. Das
niel Jefuite , contre fa Differtation fur le
titre de Tres Chretien , donnée aux Rois
de France , & aux Princes de leur Sang,
depuis le Batême de Clovis 1 . 3.
On trouvera à la fin du Mercure un Su≈
plément qui répond à la page 017339
Lettre d'un Provincial à l'Auteur du Mer
cure , fur la Réponse de M. Fufelier , a
la Critique de Momus Fabulifte , qui a
été inferée dans le Mercure de Janviera
45
des Finances.
Arrefts & Declarations.
Nouvelles Etrangeres.
Extrait de la Comedie du Philofophe à la
mode , par le R. P. du Cerceau.
66.
Départemens de Meffieurs les Commiſſaires
Morts de Paris .
Morts Etrangeres ..
Mariages..
Dignitez.
Enigme.
Autre.
Chanson.
Journal de Paris.
Avis..
117
1.19
133
165
167
168
169
170
BLIOTE
ba
LYON
171
1893
VILLE,
ibid.
172
180
181
Machine parallactique , & c.
au jour…. s
Syftêmes de M. le Maréchal de Vauban , mis
183
184
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le