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LE
NOUVEAU 426081
MERCURE.
Fuillet 1719.
Le prix eft de vingt fols.
THEQUE
LYON
1893
DE
LA
VIL·LE
A
PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë S.
Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
M. D CC. XIX .
Avec Approbation & Privilège du Roy.
AVIS.
ON
prie ceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure ,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloître
S. Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718. de même que
l'Abregé de la Vie du CZAR ,
*
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON
au bas de la rue S Jacques , rue du petit- Pont
prés le petit Chaftelet , à la Croix d'or . “
?
3% .
LE
NOUVEAU
THEQUE
LYON
1893
MERCURE
De la Garde des Rois de France
de fon ancienneté.
I
Ly a quelques Auteurs qui
foûtiennent que le Roi Gontram
, eft le premier de nos
Rois qui ait eu des Gardes , &
qui avancent que les Succef
feurs ne l'imiterent point.
Il y en a auffi qui attribuent à Philippe
Augufte l'inftitution des Gardes du Corps,
& d'autres , qui la raportent à Saint
Louis.
M. l'Abbé de Choifi retarde cet établif
fement de plus d'un fiecle. Il dit que le
Roi Jean , pour mettre fa perfonne en
Juillet 1719. A ij
DE
LA
VILLE
4
LE MERCURE
fûreté , avoit établi des Gardes à pied & à
cheval , contre la coutume de fes Predeceffeurs
qui fe croyoient affez gardez par
l'amour de leurs Sujets ; mais que le Roi
Jean , qui ne fut jamais un moment fans
avoir lieu de fe défier de la perfidie du
Roi de Navarre , conferva toûjours fes
Gardes ; & que les Rois fes Succeffeurs
les ont augmentez de tems en tems , moins
pour la fûreté que pour la magnificence.
Aucun de ces fentimens n'eft conforme
à la verité. Les Rois des François cnt
comme tous les autres Monarques ,
des Gardes de leur perfonne facrée .
eu ,
Si l'Hiftoire des premiers tems ne fait
point mention des Gardes de leur Corps ,
c'eft qu'avant le quinzième & même avant
le feiziéme fiecle , nous ne trouvons aucune
Hiftoire de nos Rois , qui foit entrée dans
un détail exact & affez ample ; joint à cela
que c'étoit une chofe fi triviale & fi commune
de voir à la fuite du Roi fa garde
ordinaire , qu'on ne prenoit pas plus de
foin dans ces tems-là de marquer que le
Roi étoit fuivi de fa Garde , qu'on le fait
aujourd'hui , perfuadé qu'on étoit que Sa
Majefté ne marchoit jamais qu'avec la
Garde qui fait fa fûreté , en même tems
qu'elle marque fa grandeur , & le foin que
fes Sujets doivent avoir de la conferver
contre les mauvais Citoiens & contre les
Etrangers fes ennemis.
DE JUILLET.
Il feroit inutile de raporter à ce fujet
tout ce que les anciens Auteurs ont dit de
la Garde des Empereurs & des grands Rois,
même de celle des Roitelets que l'Hiftoire
ne traite que de Tirans . Il faut feulement
fe fouvenir que la Nation Françoiſe eft
fortie de la Germanie pour s'établir dans
les Gaules ,qu'on a nommé depuis la France ;
& que les anciens Rois des Peuples Germains
avoient des Gardes de leur corps ,
pour les défendre de toute forte de dan .
gers.
Ces Gardes font appellez dans Tacite ,
Comites , Compagnons : Terme qui s'eft
perpetué jufqu'à nous , & dont on fe fert
encore dans les Bans des Compagnies de
Cavalerie de la Maifon du Roi , lorsqu'il
s'agit de la reception de quelque Officier ,
& dont on s'eft fervi de même dans toutes
les Troupes jufqu'à la fin du quinziéme
fiecle ; & c'eft delà qu'eft venu le nom de
Compagnies , fi frequent & fi ufité dans
les Troupes.
Les Compagnons ou Comites de la Garde
des Rois de Germanie , étoient formez de
de ce qu'il y avoit de plus rare dans les
Peuples foûmis à chacun de ces Rois . On
choififfoit dans chaque Peuple d'unCanton,
cent des plus braves pour former la Garde
du Roi, & ces Gardes ou Comtes,fervoient
d'ornement en tems de paix , & de défenſe
en tems de guerre , & il y avoit

A iij
6 LE MERCURE
émulation entre les Rois des Germains à
qui auroit le plus grand nombre de ces
Compagnons ou Gardes. Dans les combats.
ces Compagnons combattoient auprés de
la perfonne du Roi . Ils faifoient tous leurs
efforts pour égaler fa valeur ; & s'il périffoit
dans un combat , ils étoient regardez
toute leur vie comme des gens fans honneur
, s'ils ne le fuivoient & s'ils ne fe
faifoient pas tuer avec lui.
C'eft de ce Corps des Comtes ou Compagnons
, qui formoient en même tems
le Confeil & la Garde de nos premiers
Rois , que ces Princes , à l'exemple des
Empereurs Romains , Succeffeurs du grand
Conftantin , ont tiré les Comtes ou Gouverneurs
des Provinces de leur Royaume.
On n'a pas de preuves conftantes que
nos premiers Rois ayent eu des Gardes ;
mais on ne peut pas en douter , fi on obferve
que Theodoric Roi des Vifigots ,
qui commença de regner en 459. & qui
occupoit une partie des Gaules , avoit des
Gardes , qui étoient les uns auprés de fa
perfonne forfqu'il donnoit audience ; &
les autres , entre la porte de la Salle d'audience
& les barreaux qui traverſoient
cette Salle , & qui ne laiffoient entrer
que ceux qu'il falloit. On voit auffi que
la nuit les mêmes Gardes étoient poftées ,
les unes aux entrées du Palais , & les autres
dans le Palais , où ils faifoient le
guet du .
DE JUILLET. 7
rant la nuit. C'eft Sidonius Apollinaris,
qui nous l'aprend , & qui connoiffoit des
mieux le Roi Theodoric.
Si le Roi des Vifigots , contemporain
des Rois Merovée & Childeric I. a eu
des Gardes , on ne peut douter que ces
deux Monarques des François & leurs
Succeffeurs , n'en ayent eu de même :
Cependant , onne trouve point de preuve
claire dans l'Hiftoire qu'aucun d'eux en
ait eu avant le Roi Gontram , petit- fils
du grand Clovis , à moins qu'on ne fe
perfuade que les trois mil hommes qui furent
baptifez en même tems que lui dan
l'Eglife de Reims , n'étoient à fa fuit
que pour la garde de fa perfonne. Il pa
Toît par des faits arrivez en 582. & année
fuivantes , que ce Roi Gontram avoit un
Garde nombreuſe qui l'accompagnoit même
à l'Eglife .
On voit auffi que Childebert neveu de
Gontram , & comme lui , l'un des Rois
des François , avoit auffi une Garde du
corps qui le fuivoit par tout , même à
l'Eglife.
C'eft Gregoire Archevêque de Tours ,
Sujet de ces deux Rois , à la Cour deſquels
il étoit fouvent , qui nous en affûre :
Ce qui fait voir que c'étoit la coutume des
Rois des François d'avoir une Garde du
corps nombreuſe , & qui ne les quittoit
point
A iiij
8 LE MERCURE
Le Duc Rauchingue qui fe difoit fils du
Roi Clotaire 1. ayant confpiré contre la
vie du Roy Childebert en 587. pour avoir
la Regence d'un de fes Royaumes pendant
la minorité d'un des Rois fils de S. M.
fa confpiration fut decouverte : N'en fçachant
rien , il vint à la Cour , & le Roy
qui avoit ordonné de le tuer , ordonna
qu'on le laiflât entrer dans la chambre de
Sa Majefté : Quelque temps aprés il voulut
en fortir ; mais deux des Gardes qui étoient
à la porte , le firent tomber , & les autres
le tuerent.
Gregoire de Tours parlant de ceux des
Gardes qui firent tomber ce Duc , dit ,
que c'étoient deux des portiers ou Gardes
de la porte duo ex oftiariis ; mais, fans s'arrêter
à cette qualité , cette Relation nous
aprend au moins qu'il y avoit des Gardes
à la porte de la chambre du Roy , & cela
par un ufage qui fubfifté encore aujourd'hui.
Il est évident par ce qui fe paffoit en
même temps à la Cour de ces deux Rois des
François , que les autres Rois de la même
Nation avoient des Gardes ; & il eft
comme inconteftable , qu'ils fuivoient en
cela la coûtume des Rois leurs prédeceffeurs.
Ce que j'ai raporté cy - deffus , ne
* laiffe pas lieu d'en douter.
Je croy trouver fous l'an 26. une preuve
certaine que les Rois predeceffeurs de
DE JUILLET . 9
5
Gontram & de Childebert , avoient des
Gardes.
Tout le monde fcait que Childebert I.
& Clotaire I. Rois de François , & fils
du grand Clovis , tuerent cette année ,
deux fils de Clodomer auffi Roi des François
leur fils aîné ; & que S. Cloud , frere
puîné des fils de Clodomer , fut fauvé de
ce maffacre par des braves qui étoient à fa
fuite & à celle de fes freres .
Tertium verò Clodovaldum comprehendere
non potuerunt , quia per auxilium Virorum
fortium liberatus eft.
Je croy que ces Viri fortes étoient des
braves qui compofoient la Garde des trois
Princes fils de Clodomer , ou peut- être
celle de fainte Clotilde leur ayeule , & qui
entendant qu'on m'affacroit les deux aînez ,
fauvcrent le troifiéme.
Je fçai que de Valois a pris ces Viri fortss,
pour ceux qu'on a dans la fuite qualifié
les Barons , ou Grands de la Nation; mais
je n'en voy point la moindre aparence :
Car ces grands de la Nation êtant Vaffaux
ou de Childebert ou de Clotaire , tant
comme Rois , chacun dans fon Royaume ,
ou comme Regens & Adminiftrateurs des
Rois fils de Clodomer , êtant vaffaux de
de ces Princes , n'auroient ofé s'opofer à
leur volonté. Il faut donc croire que c'étoit
la Garde de ces jeunes Princes , ou celle
de la Reine Clotilde leur ayeule , qui les
LE MERCURE
faifoit élever à Paris auprés d'elle ; & une
preuve que Gregoire de Tours n'a point entendu
parler en cette occafion des Grands
de la Nation , mais feulement des braves
tels que font ceux qui compofent la Garde
ordinaire des Rois , c'eft que dans un autre
endroit il fe fert non feulement du terme
Fortes , mais même de celui de Fortif
fimi , pour defigner les braves dont Didier
Duc de Touloufe fe fit accompagner en
584. lors qu'il alla faifir le trefor que la
Reine Rigunte, fille du deffunt Roi Chilperic
, portoit en dot à Racarade Roi
des Vifigots qu'elle alloit époufer.
"
>
>
Je voy qu'en 528. ou 529. Thieri , fils
aîné de Clotaire I. dernier des fils de Clovis
, avoit , ce me femble , des Gardes
parce que j'obferve que Thieri , recevant
Clotaire , avoit derriere lui des hommes ,
& que l'allant trouver , il étoit auffi accompagné
de gens armez ; & ce qui m'empê
che de dire abfolument que ces gens armez
fuffent ceux de la Garde du Corps de ces
deux Rois , eſt , que cette entrevue fe paffa
dans leur Camp . Quoi qu'il en fo.t , il
eft toûjours fûr par les exemples de ce qui
fe paffoit à la Cour de Gontram , fils du
même Clotaire I. & à celle de Childebert
petit fils de ce même Clotaire I. que les
Rois des François de la premiere Race
avoient une Garde du Corps nombreuſe ,
& qui les accompagnoit par tout , & que
9
DE JUILLET. II
de dire
conféquemment c'eft fe tromper ,
que le Roy Gontram eft le premier & le
feul de nos Rois de la premiere Race , qui
ait eu des Gardes , puifque fes predeceffeurs
fes freres , & fes neveux , & leurs fucceffeurs
, tous Rois des François , en ont eu
de même que lui.
On ne doutera point du tout que nos
Rois de la premiere Race n'euffent des
Gardes , fi l'on veut obferver que les Evêques
de France en avoient auffi pour lors.
>
Pretextat Archevêque de Rouen , ayant
été affafiné en 586. dans fon Eglife , lors
qu'il faifoit l'Office par l'ordre de la Reine
Fredegonde, Ludovald , Evêque de Bayeux,
fit fermer toutes les Eglifes de Rouen , &
fit informer avec vigueur & diligence
pour decouvrir les affafins de cet Archevêque
de Rouen. Cette procedure déplut
à la Reine Fredegonde , qui envoya , diton
, des gens pour le tuer auffi ; mais ce
Prélat erant toûjours entouré de fa Garde,
ces affafins ne purent executer les ordres
facrileges de cette Princeffe..
Sed cuftodia vallato fuorum nihil ei nocere
potuerunt.
,
Le Roi Childeric ayant été tué en 673-
& le Roy Thieri fon frere lui ayant fuccédé
S. Leger Evêque d'Autun , &
Ebroin , Maire du Palais , fortirent de
l'Abbaye de Luxcüil où ils avoient été releguez
, & fe mirent en marche pour ve
12
LE MERCURE
nir à la Cour . Ebroin qui haïffoit S. Leger
voulut le faire arrêter en chemin , &
F'auroit fait arrêter , s'il n'en avoit été detourné
par les confeils de Genez Archevêque
de Lion , qui marchoit avec eux, & par
peur qu'il eut des troupes nombreuſes
qui fuivoient cet Archevêque.
la
Aut manu valida que cum eo erat perter.
ritus.
Qui pouvoient être ces bonnes troupes ,
ces troupes nombreufes de la fuite de S.
Genez , Archevêque de Lion , finon fa
Garde Car ce Saint n'alloit point alors
à la guerre. Il venoit- feulement à la Cour
avec fon train.
?
$ Mais fans s'arrêter davantage aux
Gardes des Evêques , revenons à celles des
Rois. On voit que dans le temps que leur
foibleffe étoit la plus grande , à caufe de
la trop grande autorité des Maires du Palais
, ces Monarques avoient des Gardes
qui à la verité dépendoient prefque ¡entierement
de ces Maires..
Tout le monde fcait que Charles Martel,
Maire du Palais , a gouverné feul & fans
Roy , le Royaume des François depuis la
mort du Roy Thieri IV. arrivée en 737 .
jufqu'à fon decés , qui fut le 22. Octobre
de l'année 741 .
Dans cet Interregne , Charle Martel
avoit une Garde nombreuſe ; & cela paroît
en ce que la même année 741. le Prince
DE JUILLET.
13
Pepin le Bref, fon fils , fe rendit en Bourgogne
avec une Armée nombreuſe , où
étoient quantité de grands Seigneurs &
& plufieurs compagnies de Gardes ou Satellites.
Pipinus Dux commoto Exercitu cum Avunculo
fuo , Childebrando Duce & multititudine
Primatum & Agminum, Satellitum
plurimorum ad Burgundiam dirigunt .
Ces diverfes Compagnies des Gardes qui
fuivoient en Bourgogne le Prince Pepin ,
accompagné du Duc Childebrand fon oncle
paternel , ne pouvoient être autres que
les Gardes ordinaires de nos Rois , dont
Charles Martel , pere du même Pepin ,
occupoit alors la Place , de même qu'il en
avoit toute l'autorité.
>
Charlemagne , fils du Roi Pepin & fucceffeur
de Charles Martel , eut comme
eux & comme tous les Rois des François
fes predeceffeurs , une Garde du Corps ;
& on voit que Monarque fe rendit à Rome
en 773. avec fa feule Garde , & les autres
troupes de fa Maifon , qui toutes enſemble
formoient un corps fi nombreux , qu'il eft
traité d'Armée .
On obferve auffi que vers l'an 802. le
Roi & Empereur de Conftantinople , envoya
fes Ambaffadeurs à Charlemagne :
qu'ils eurent audience dans le Palais où ils
trouverent ce Prince , dit le Moine de S.
Gal , entouré de Generaux , ſemblable à
14
MERCURE LE
Jofué lors qu'il parut dans les campagnes
de Galgala , & de troupes femblables à
celles avec lesquelles le Roi David mit en
fuite celles de Syrie.
Ces Capitaines , & ces troupes qui enrouroient
Charlemagne dans fon Palais
ne pouvoient point être autres que les Capitaines
des Gardes , & les Gardes du
Corps de ce Monarque.
J'obſerve de même , que quand les Ambaffadeurs
d'Aron Roi des Perfes , eurent
audience du même Charlemagne à Aix- la-
Chapelle , à la fête de Pâques , ce Prince
avoit une Garde fi nombreufe qui le fuivoit
même à l'Eglife , qu'un ancien Auteur
n'a pas fait difficulté de l'apeller une
Armée.
Et je voy que ces troupes dont parle ce
même Auteur , fous les années 772. &
773. & qu'il dit être des troupes toûjours
entretenues , étoient celles qui formoient
la Garde ordinaire de Charlemagne .
On aprend qu'Ariche Duc de Benevent,
ayant voulu fe fouftraire de la domination
de Charlemagne, & s'ériger en Souverain ,
ce Monarque ne lui pardonna qu'à la priere
des Evêques , & qu'à condition qu'il entreroit
dans le Corps des mille Gendarmes
de la Garde de Sa Majefté. Ce fait s'eft
paffé vers l'an 783. 16. ou 17.ans avant
que Charlemagne fut proclamé Empereur
par les Romains.
DE
Is 4 JUILLET .
On ne doit pas être furpris de voir ce
Duc Lombard au nombre des Gardes de
Charlemagne ; il n'y entroit que des perfonnes
du premier Ordre , & on a vû.pour
un foir jufqu'à deux fils de Ducs faire fentinelle
à la porte de la Tente de ce Monarque
, qui les ayant trouvez endormis &
pleins de vin , leur en fit le lendemain une
reprimande fevere en prefence de tous les
Grands de fa Cour.
Le Moine de S. Gal parlant d'un Evêque
qui le portoit trop haut , dit , qu'il
entretenoit dans fa maifon des Gardes plus
leftes & mieux vêtues que celles de Charlemagne
fon Souverain : Car les troupes que
cet Evêque entretenoit dans fa mailon , &
qui paroiffoient dans la falle lors qu'il
mangeoit , ne peuvent avoir été que, des
Gardes ordinaires.
dans ce
Non feulement les Evêques avoient des
Gardes , mais il paroît aufli que lès Comtes
en avoient : Car ce n'eft que
fens qu'on peut entendre l'article 6. du Capitulaire
de l'an 811. où il eft dit que les
Comtes avoient envoyé leur Maiſon faire
la guerre dans les Armées du Roy. Or ,
cette Maifon des Comtes qui alloit faire la
guerre dans les Armées du Roy , ne pou
voit être autre que leurs Gardes.
On obferve même que quand les Comtes
fe rendoient en perfonne dans les Armées
du Roy , ils laiffoient , par permiffion de
16 LE MERCURE
Sa Majefté , & fuivant l'uſage , une partie
de leurs Gardes pour garder leurs femmes
& leurs Maifors.
Or , fi les Evêques , fi les Comtes ou
Gouverneurs des Provinces , avoient des
Gardes , qui doutera que les Rois leurs
Souverains n'en euffent auffi ?
Il faut obferver que les preuves que nous
avons que les Comtes ou Gouverneurs
avoient des Gardes , concernent non feulement
l'hiftoire de Charlemagne , mais
auffi celle des Rois , fils & petits fils de
Charlemagne , où ces Monarques font reprefentez
affis fur le Trône & entourés de
Gardes armez à la maniere de ce temps - là.
On aprend des Annales de Fulde fous
l'an 880. que Louis Roy de Franconie ,
petit fils de Louis le Debonnaire , avoit
une Garde trés nombreufe , l'Auteur de
ces Annales , difant que les Normans
avoient gagné une bataille cette année dans
laquelle ils avoient tué des Evèques , douze
Comtes & ceux qui les accompagnoient,
& de plus dix-huit Satellites du Roy avee
ceux qui les commandoient.
Ces Satellites , Satellites , dit le fcavant
du Cange , paroiffent être en cette occafion
des Seigneurs de la Cour d'un rang
inferieur à celui des Comtes ; mais , quineanmoins
étoient conftituez en dignité
& commandoient à des troupes, de maniere
qu'on doit les prendre pour ces mêmes Of,
DE JUILLET. 17

ficiers , que nous apellons aujourd'huy Cas
pitaines des Gardes .
Il feroit inutile de parcourir les regnes
de tous nos Rois , pour faire connoître
qu'ils ont eu des Gardes. Si les uns en ont
cu , comme je l'ai prouvé , on ne peut pas
douter que les autres n'en ayent eu de même
: C'étoit un accefloire de la Royauté ,
& general & neceffaire.
regne
Tout le monde ſcrit que fous le
de Philippe I. ce Monarque avoit une
Garde nombreufe , & cela paroît en ce
que le Prince Louis VI. fon fils aîné , &
fon fuccefleur prefomptif , prit une partie
de cette Garde pour aller en 1106. ou 1107 .
mettre à la raifon Humbaud , Seigneur de
fainte Severe , aux confins du Limofin &
du Berri , qui étoit fort puiffant.
Suger , Abbé de S. Denis , & Confeiller
du Prince Louis VI. lors qu'il fut devenu
Roy , nous dit en termes formels ,
que ce Prince ne fe donna point la peine
de lever une Armée pour faire cette guerre
; mais , qu'il l'entreprit avec une partie
des troupes de la Maifon du Roi-même.
Non cum hofte , fed domefticorum militari
manu.
Suger ne parle pas à la verité des Gardes.
du Corps du Roy ; mais il en dit affez ,
quand il parle des troupes de la Maiſon du
Roy , qui , fous quelque nom qu'on les defigne
, pour en differencier les Corps & les
B
18 LE MERCURE
Compagnies , forment tout enfemble la
Garde du Roy.
s'affû-
On voit que Louis VI. êtant devenu
Roi , avoit une Garde de même que fon
pere ; & ce fut avec une partie de cette
Garde que ce Prince courut
, pour
rer de la Fortereffe de la Ferté- Baudouin.
On voit auffi les troupes de la Maifon de
ce Roi , c'eft -à- dire , les troupes de la
Garde de fa Majefté au fecours du Château
de Thouri , affiegé par Hugue du
Puifet , & par Thibault , Comte de Chartre
; & ce fut avec ces feules troupes que
le Roi vint à ce fecours , & entreprit le
fiege du Puifet , & n'ayant affemblé une
Armée qu'aprés qu'il fut arrivé devant cette
derniere Place , ce qui fait croire qu'elles
étoient nombreuſes.
Il paroît par tout ce que je viens de
raporter , que nos Rois de la troifiéme race
avoient , comme ceux de la fecondes &
de la premiere , des troupes apellées comme
aujourd'hui , les troupes de la Maiſon
du Roi , dont leurs Gardes faifoient fans.
doute partic .
-Cependant , on trouve un fait dans l'hiſ- -
toire de Philippe Augufte, qui pourroit faire
croire à ceux qui ne fcavent que mediocrement
l'hiftoire, que c'eft à lui qu'on doit attribuer
l'inftitution des Gardes du Corps.
Rigord Hiftorien de ce Monarque , die
qu'en 1192. on rendit des Lettres à Philippe
DE JUILLET. 12
Augufte par lefquelles on lui mandoit que
Richard Roi d'Angleterre , avoit envoyé
de la Syrie des affaffins pour le faire tuer :
Que ces aflafins ayant tué vers ce temps - là
le Marquis de Monferrat , Comte de Tyr,
coufin de Philippe Augufte , ces Lettres
mirent pendant plufieurs jours Sa Majesté
dans une grande inquietude ; & que pour
s'en tirer , il envoya des Exprés au Viel de
la Montagne , Prince des Arfacides , pour
être informé pleinement de la verité :
Qu'en attendant , & pour plus grande fûreté
, il inftitua des Gardes de fon Corps ,
qui étoient armez de maffuës d'airain , &
& qui veilloient alternativement toutes les
nuits auprés de Sa Majesté .
Ceux qui s'attacheroient trop fcrupulee
fement aux termes de cet Auteur , s'imagineroient
peut-être que jufqu'à lors le Roy
Philippe Augufte n'avoit point eu des Gardes
du Corps ; ou qu'il en établit une nouvelle
Compagnie , ainfi que le P. Daniel
le dit dans l'hiſtoire de ce Monarque . Col.
1320. Cependant , Reigord a voulu nous
marquer feulement que ce Prince ordonna
à fes Gardes de faire garde la nuit auprés
de lui , & qu'ils prirent pour armes des
-maffuës d'airain , & s'il avoit voulu dire
autre chofe, il fe feroit trompé : Car Guillaume
l'Armorique , autre Ecrivain de
Philippe Augufte , & auffi contemporain ,
n'en dit pas davantage.
Bij
20 L'E MERCURE
"
53.
» Enfuite , dit Guillaume l'Armorique :
» L'iniquité & la malice des hommes croif-
» fant chaque jour,on dit au Roi,que quel-
» ques-uns du Peuple des Arfacides avoient
» été envoyez à la requête & par le moyen
» de Richard Roy d'Angleterre , pour af
fafiner fa Majefté , comme ils avoient
tué vers ce tems prés d'Acre , Conrad
Marquis de Montferrat : Que pour ce fujet
, Philippe Augufte eut dans la fuite
» des : Gardes trés fideles que lui- même
»porta prefque toûjours depuis à la main ,
» une maffuë de fer ou d'airain , & que fes
Gardes à fon exemple ; prirent auffi la
» coûtume de porter de femblables maf-
»fuës , comme ils font encore à prefent ,
ajoûte cet Auteur , dont le fentiment a
» été fuivi par le Moine Alberic , Au-
» teur contemporain ou trés proche de ce
» tems - là. »
La Coûtume , que les Gardes du Corps
du Roi Philippe Augufte , prirent dans la
fuite de porter pour armes des maffuës femblables
à celle dont le Roy s'étoit armé ,
lors qu'on lui eut raporté que des affafins
étoient partis pour le tuer, prouve qu'avant
cela , ces Gardes étoient armez d'une autre
maniere ; qu'ainfi, leur inſtitution avoit
precedé cette nouvelle , & que tout ce que
le Roi fit aprés l'avoir receue fut
d'incorporer dans fes Gardes des hommes
d'une fidelité éprouvée & d'obliger les
>
DE JUILLET. 21
Gardes de faire le guet la nuit auprés de
Sa Majefté ; ce qu'ils n'avoient peut-être
point coûtume de faire .
Ces Compagnies de Gardes entretenuës
par le Roi Philippe Augufte , n'empêchoient
point que fuivant l'ufage de ces
tems là , ce Prince ne choisît à un jour de
bataille , un nombre des plus fages & des
plus braves Seigneurs de fa Cour , & même
de fon Armée , pour combattre auprés
de fa perfonne , & lui donner confeil . Ĉ'eſt
ainfi qu'il agit à la celebre bataille de Bouvines
, donnée le 26. Juillet de l'année
1214. Je paffe les autres exemples , celui
ci étant le plus celebre & le plus glorieux .
Comme la varieté doit faire une partie de
Pagrément de notre Livre , nous remetions
au mois prochain à donner la fuite de ces
faits hiftoriques.
VIE DE MONSIEUR BALUZE
écrite par lui-même.
Qgrand merite,pourpouvoir me flater
Voique je ne me connoiffe pas un affés
que la pofterité puiffe defirer de fçavoir
d'oùje fuis , & qui je fuis, neanmoins , plufieurs
Ecrivains du premier ordre , ayant
fait de moy une mention trés honorable dans
22 LE MERCURE
leurs fcavans écrits , il pourroit arriver
que , comme nous recherchons aujourd'huy
avec beaucoup de foin les principales actions
des Grands hommes qui ont acquis dans les
fiecles paffez quelque reputation par leur
fcience & leur érudition ; il pourroit arriver
, dis-je , que ceux qui liront les écrits
publiez dans ce fiécle , my voyant citer
avec éloge , fouhaiteroient de connoître plus
à fond un homme dont la reputation étoit fi
bien établie de fon tems parmi les gens de
Lettres. C'eft donc en vue d'épargner ces
recherches laborieuses à nos neveux , quej'ay
pris le deffein d'écrire moy - même en peu de
mots les plus confiderables evenemens de ma
vie : quifont ceux qui m'ont donné la naiffance
par quels maîtres , & de quelle ma
niere j'ay été élevé ; par quels fecours je fuis
enfin parvenu à cette reputation dont je jouis
depuis plufieurs années .
Je fuis né à Tulle , Ville du Limofin
dans la premiere Aquitaine , l'an 1630 le
23. de Novembre , d'une des plus illuftres
& anciennes familles de la Province . J'eus
pour Pere Jean Charles Baluze , très fcavant
Jurifconfulte , & pour mere Catherine
Teyffier , femme d'une conduite irréprochable
, & d'une pieté exemplaire : fa
reputation cft tellement établie dans la Province,
que je ne crains pas de lui rendre ici
en peu de mots la juftice qu'elle merite.
L'année de ma naiſſance fera à jamais reDE
JUILLET. 23
marquable, par la pefte & la famine qui regnerent
en France. La premiere rendit les
Villes entierement defertes , les Habitans
les abandonnant dans l'efperance de fe mettre
à couvert de cet horrible fleau. Je fus
donc tranfporté,peu aprés ma naiffance , à la
Maifon de campagne de mon pere ; &
pour furcroît de malheur le lait de ma nourrice
s'étant tarri par la trifteffe qu'elle conçut
de la mort de fon mari & de les enfans ;
& n'êtant pas facile d'en trouver une autre
n'y fûr d'en changer , je paffai le reſte
de mon enfance dans un état de langueur
qui faifoit apprehender pour la fuite. Je
commençai mes eftudes en ma patric , &
fis mes humanitez au College des RR . PP .
Jefuites de Tulle . J'en partis le 2. de Janvier
de l'année 1646. pour me rendre à
Toulouſe , où je demeurai huit ans Penfionnaire
au College de S. Martial . Je fis
mon cours de Philofophie fous le R. P.
Jean Ferrier de la Compagnie de Jefus ,
qui profeffoit avec l'eftime & l'applaudiffement
du Public , & que fon merite fit
choifir depuis , pour gouverner la confcience
du feu Roi Louis XIV . de glorieufe
memoire. J'étudiai enfuite en droit civil
pour me conformer à la volonté de mon
pere ; mais m'appercevant du peu de progrés
que je faifois en cette étude , je crus
devoir m'apliquer aux fciences , particulierement
à l'histoire , & furtout à celle de
24 LE MERCURE
l'Eglife , & à la connoiffance de fa diſcipline
ou du droit canon. J'acquis par
cette voye , fi je l'ofe dire , une aflés belle
reputation , quoique je fuffe encore dans
la premiere jeuneffe ; & je fus cheri & eftimé
dés lors de tous les Profeffeurs qui
avoient plus de reputation dans Toulouſe ,
particulierement de Pierre de Cafeneuve , de
Jean de Samblançai , de Pierre Pouffines ,
d'Antoine Dedin d'Auteferre & de Bernard
de Medan. J'étois trés
alors cependant pour me fervir de
l'expreffion de Pline , ils m'honoroient preque
comme leur égal. L'illuftre Charles de
Montchal , pour lors Archevêque de Touloufe
, me deftinoit une place honorable en -
tre fes plus familiers , lorfqu'il partit en
1651. pour Carcaffone , d'où il ne devoit
plus revenir ; & donna ordre qu'en fon abfence,
fa Bibliothèque me fût toûjours ouverte
.
و
-
jeune
Je fis imprimer l'année fuivante à Touloufe
mon Antifrifon . J'intitulai ainfi ce
petit Ouvrage , parce que j'y decouvrois
plufieurs des erreurs que Pierre Friſon
avoit laiffé éhapper dans fa Gallia purpurata
, ou fon hiftoire des Cardinaux françois.
Ce fut le premier de tous mes ouvrages.
Je ne croy pas devoir paffer ici fous filence
que l'eftime & la reputation que j'avois
acquife auprés des Sçavans , engagea peu
de tems aprés la publication de cet ouvrage,
DE JUILLET.
25
ge , un de mes amis homme de poids &
d'autorité dans la Province de Languedoc,
à me propofer de m'attacher à quelqu'un
des Evêques de ce païs , afin que je puffe
plus facilement continuer mes études : il
me dit qu'il étoit ami particulier de Claude
de Rebé , Archevêque de Narbonne,
homme d'un coeur & d'un efprit excellent ,
trés puiffant & trés eftimé à la Cour , &
qu'il obtiendroit aifément de lui qu'il me
reçût dans fa Maiſon . Je confultai mes
amis avant de prendre mon parti . Quelquesuns
me le confeillerent. D'autres m'en dif
fuaderent. Dans cette incertitude , je confultai
M. Pouffines qui me fit réponſe
qu'étant du Diocefe de Narbonne , &
ayant eû plufieurs marques de la bienveil
lance de fon Archevêque , il ne pouvoit ni
penſer , ni rien dire de défavantageux de
ce Prelat , qu'il reconnoiffoit pour homme
de merite & doué d'excellentes vertus :
Qu'il ne me confeilloit pas neanmoins
d'entrer dans fa mailon , tant à caufe de
fon grand âge , que parce qu'il n'avoit
plus de goût pour les ſciences : Il ajoûtoir
que je devois demeurer encore quelque
tems dans la même fituation & ne rien precipiter:
Que Melfire Pierre de Marca venoit
d'être nommé à l'Archev . de Toulouſe, &
que ce fçavant Prelat ne pouroit manquer
de m'apeller au prés de lui , dés qu'il fcauroit
mon deffein , & qu'il connoîtroir le
Juillet 1719 C
26
LE MERCURE
progrés que j'avois déja fait en toute forte
de fciences . Je me rendis aux confeils de M.
Pouffines ; & je connus vifiblement par la .
fuite , que je fuivois en cela les deffeins de
la Providence de Dieu fur moy .
·
En effet, le 31. May 1656. M. de Marca,
dont je n'avois pas l'honneur d'être connu ,
m'invita par des lettres pleines de fentimens ,
d'eftime & de tendreffe , à me rendre chez
lui à Paris , afin , m'écrivoit il ( car pourquoi
ne me feroit il pas permis de raporter
fes propres paroles ? ) afin , dis je
que nous puffions conferer enfemble , &
nous communiquer mutuellement nos études
. Je reçûs fa lettre à Tulle , où j'étois
revenu en 1654. pour rétablir ma fanté que
j'avois fort alteré à Toulouſe par ma trop
grande & trop continuelle application à
l'étude . Je partis de Tulle pour Paris le iz .
Juin , & vins defcendre le 27. du même
mois chez M. de Marca. Je ne le quittai
prefque pas depuis un feul inftant jufqu'au
moment fatal que j'en fus feparé par la mort,
qui arriva en 1662. J'ai décrit affés au long.
dans l'hiftoire de fa vie , les marques hono--
rables que j'ai reçuës de fon amitié , les ju .
gemens avantageux & l'eftime qu'il faifoit
de moi ; enfin , combien fa liberalité , fes
belles connoiffances , fon profond fcavoir
& fes confeils , m'ont fait faire de progrés
dans les fciences , & de quelle utilité ils
m'ont été dans mes études,
DE JUILLET. 27
Aprés fa mort , plufieurs de nos Seigneurs
les Archevêques & Evêques , m'ayant of
fert leur Maiſon & leur amitié , je préferai
Monfeigneur l'Archevêque d'Auch , Henri
de la Mothe Houdencour : mais fes études
ne fe trouvant avoir aucun raport avec
les miennes , ce fçavant Prélat ayant confacré
tout fon tems à celle de la Theologic
fcolaftique , je pris congé de lui peu de
tems aprés , & me trouvai ainfi entierement
libre & maître de moi même.
Telle étoit ma fituation , lorſqu'en 1667 .
l'incomparable M. Colbert , Surintendant
des Finances , cet illuftre protecteur de
de tous les beaux Arts , qui honoroit d'une
protection particuliere les Lettres & tous
les Sçavans , me fit l'honneur , quoique je
n'euffe le bien d'être connu de lui que de
reputation , de m'apeller auprés de lui pour
avoir foin de la magnifique Bibliotheque
qu'il venoit de faire bâtir dans le plus bel
endroit de fon Hôtel . Je la remplis d'une
infinité d'excellens livres , particulierement.
des Manuferits , qui furent recherchés avec
des foins & des dépenfes immenfes , tant
en Europe , qu'en Afie , & en Afrique.
Ces Livres dont les Scavans avoient la liberté
de fe fervir par la liberalité genereufe de
ce grand homme & de les enfans , ont été
long temps confervez dans le même lieu :
Mais je croy devoir avertir qu'ils ont été
tranfportés dans une maison qui apartient
Cij
28 LE MERCURE
aux RR. PP. de la Doctrine Chrétienne
où ils font encore confultez de tous les Scavans
, fous le bon plaifir de M le Comte de
Seignelay trés digne petit fils du grand Colbert.
Aprés la mort de cet illuftre & genereux
Mecene ( continne M. Bulure ) qui
par cette bonté & cette generolité qui lui
étoit propre ,m'honoroit d'une bienveillanse
toute particuliere ,je continuai d'avoir le
foin de cette Bibliotêque par ordre de Mef
fieurs fes enfans . Mais enfin me trouvant
avancé en âge , & ayant par confequent
befoin de repos , je me retirai en 1700. dans
une trés belle Maifon , hors des murs
de Paris , proche du College des Ecoffois
à qui cette mailon apartient.
En 1702 fur la fin de May je fus attaqué
d'une maladie trés aigüe & trés perilleufe ,
pendant laquelle je fus tourmenté durant 9 .
jours de hocquets perpetuels, trés violens ,
qui firent craindre à la plupart des Medecins
pour ma vie. Je me trouvai neanmoins
hors de danger le jour de la fête de la Pentecôte
, & ma fanté fe rétablit en peu de
tems en fon premier état.
Mais à la fin d'Avril 1704 je - retombai
dans une très longue & trés dangereufe
maladie Elic commença par une fievre
tierce trés violente : A la tierce fucceda
une double tierce , qui degenera enfin en
continue Ces divers fievres m'agiterent
pendant quatre mois au bout defquels je
recouvrai ma fanté.
DE JUILLET . 29
Tel étoit l'état de mes affaires , lors qu'en
1707. le 17. d'Avril la mort m'enleva l'un
de mes plus intimes amis , Jean le Gallois
Abbé de la Cure , homme d'une trés profonde
érudition en tout genre de litterature
. Le Roi l'avoit crée Principal ou Infpecteur
du College Royal , dans la vue
d'en retablir l'ordre & la difcipline. Auffitôt
aprés la mort de ce genereux ami , j'eu
P'honneur d'être nommé parfa Majesté pour
remplir cette Place : Ainfi les deux perfonnes
que M. Colbert avoit choifies entre
tous les Scavans , pour fe delaffer dans leur
entretien , de la fatigue des affaires de la
France, dont il foutenoit feul tout le poids,
fe trouverent l'une et l'autre appellées par
le Roy , pour être les premiers infpecteurs
de ce fameux College.
Javois éprouvé jufqu'alors une fortune
affés favorable ; elle me devint contraire à
la quatre- vingtiéme année de mon âge.
Voicy en peu de mots le fujet de ma difgrace.
L'Eminentiffime Cardinal de Bouillon
( Emanuel Theodofe ) qui m'honoroit
depuis longtems de fon amitié, me demanda
avec beaucoup d'inftance que j'écrivifle
Phiftoire Genealog . de la Maifon d'Auv.
dont la Maifon de la Tour fait une branche.
Je m'appliquay à ce travail avec tout le
foin & l'exactitude poffible pendant pluheurs
années & j'eu furtout à coeur de
n'y rien inferer que de vrai & de bien
3

Ciij
30 LE MERCURE
prouvé. L'ouvrage êtant achevé , je le fis.
imprimer en 1708. & le rendis public l'année
fuivante. La publication de cet ouvra
ge ne fouffrit aucune contradiction jufqu'en
1710. que le Cardinal de Bouillon
fortit du Royaume , aprés y avoir fouffert
un exil de dix ans . Sa fuite algrit S. M.
contre lui , & l'on m'accufa auprés d'elle
à cauſe de l'amitié qui étoit entre cet illuf
tre malheureux & moy . On dit donc au
Roi que j'avois inferé dans l'hiftoire Genealogique
de la Maifon d'Auvergne , des
picces qui avoient été jugées fauffes dans
un procés qui n'avoit aucun raport à la matiere
que je traittois , & dont je ne m'étois
pu fervir , ne les ayant jamais vûës Ce recit
fans fondement irrita S. M. contre moy,
foible rofeau agité du vent, & je fentis tout.
Je poids de fa colere. Mon ouvrage fut
condamné , & fletri par un Arrêt de Noffeigneurs
du Parlement énoncé en termes
trés injurieux pour la Maifon de Bouillon.
& pour moi. Je fus peu aprés envoyé en
exil & depoüillé de prefque tous mes biens.
& tout mes emplois , fans que perfonne.
ofât entreprendre la défenfe de mon innocence
, ou que je puffe me défendre moymême.
Je partis donc de Paris pour Roüen ,
& de Rouen je me rendis à Blois , pour
obéir aux ordres du Roi.
M. Baiufe finit ici l'hiftoire de fa vie..
Ce qui fuit , a été ajouté par M. Martin
DE JUILLET .
31
Libraire, qui a publié le Catalogue de la Bibliotheque
de Balufe , & à la tête duquel
cette vie a été imprimée.
De Blois M. Balufe alla à Tours , puis
à Orleans où il demeura jufqu'à la fin de
l'année 1713 que S: M. ayant connu fon
innocence , lui rendit fes bonnes graces ,
& lui permit de revenir à Paris , où il fut
reçu avec une joye indicible par fes amis ,
au milieu des aplaudiffemens & des accla
mations de tous les gens de Lettres , & de
plufieurs perfonnes de diftinction . Il n'y
fut pas plutôt arrivé , qu'il fongea à profi
ter de fa chere Bilbliotheque dont il avoit
été privé durant plufieurs années , & reprit
Les études , qu'il n'avoit pas entierement
abandonnées pendant fon exil , comme il
paroît par le fixiéme & feptiéme Tôme de
fes mêlanges , dont le premier fut publié
durant fon fejour à Tours. On trouvé dans
Fun & dans l'autre des morceaux précieux
qui font comme les dépouilles litteraires
qu'il avoit remportées des Biblioth⋅ qu'il
avoit eu occafion de vifiter dans fon exil.
La trifte fituation où il s'étoit trouvé ne
lui avoit pas fait perdre de vûë le deffein
qu'il avoit formé de procurer une nouvelle
édition des oeuvres de S. Cyprien au
contraire proficant de fon loifir , il fe mit
de toutes les forces à l'ouvrage , & compara
& collationna une infinité de manuf
crits avec les differentes éditions de ce fa-
1
C iiij
32
LE MERCURE
meux Pere de l'Eglife ; il en corrigea &
retablit entierement le texte , & l'expliqua
par de nouvelles notes. A peine avoit- il mis
la derniere main à cet ouvrage , que S. A.
R. Monfeigneur le Regent , qui honorois
M. Balufe d'une effime toute particuliere
jufqu'à lui accorder de longues & frequentes
audiences , ordonna que cette nouvelle
collection des ouvrages de S. Cyprien , &
les autres Manufcrits de M. Balufe qui
n'auroient point encore été donnez au Public
, feroient imprimez aux frais de l'Imprimerie
Royale .
M. Balufe , pour obéir aux ordres de ce
grand Prince , amateur des lettres & protecteur
des fçavans , fit imprimer l'hiftoire
de la Ville de Tulle qu'il avoit écrite pour
être un gage de fon amour & de fa gratitude
envers fa Patrie. Cette hiftoire parut
en 1717. il mit auffi tôt aprés les oeuvres
de S. Cyprien fous la preffe , & travailla.
avec toute l'application dont il étoit capable
à rendre cette édition la plus correcte
& la plus parfaite qui eût encore paru.
Cet ouvrage , qui eft fans contredit le
plus confiderable de tous les monumens
que ce fçavant homme a publicz pour l'utilité
de la Republique chrétienne
étoit
fur le point de paroître , lorfque la mort
nous l'enleva le 28. de Juillet de l'année
1718. à la quatrevingt-huitième année de
fon âge. Les fcavans regretteront à jamais
DE JUILLET .
3*
ce grand homme , dont on peut dire à plus
jufte titre que TT.. AAnnnn.. MMiilloonn ne le difoit
de lui-même , que la gloire de fon nom
eft déja répandue dans toute la terre , &
qu'elle paffera jufqu'à la pofterité la plus
reculée. * Cicer.
CATALOGUE
Des Ouvrages de M. Balufe.
Antifrifon , ou Remarques critiques
Anthifoire des Cardinaux françois
de Pierre Frifon de Toulouſe 1652. in 80,
en latin.
Differtation où l'on recherche en quel
fiecle vivoit S. Sacerdor , Evêque de Limo
ges.. Tulle 1655. In 80. en latin.
Differtation fur les SS. Clair , Laud ,
Uffard , Baumade , dont les Reliques repolent
dans l'Eglife Cathedrale de Tulle ,
&c. Tulle 16 6. in 80. en latin
Les oeuvres de Salvien , Prêtre de Marfeille
, & de Vincent de Lerins avec des
notes , &c. Paris , Muguet 1663. in 80.
1669. & 1584. en latin.
Lettre de M. Baluze , alors Chanoine
de Rheims , à M. de Sorbieres touchant la
vie , les actions , les moeurs , & les Ecrits
de Pierre de Marca Archevêque de Paris,
&c. Paris. Muguet 1663. in 80. ( en latin . )
La Concorde du Sacerdoce & de l'Em
34
LE MERCURE
pire , ou Traité des libertés de l'Eglife Gallicane
par M. de Marca , avec la vie de
l'Auteur des Prolegomenes , & c. par M.
Baluze . Paris , Muguet 1663. 2. tom . fol .
( en latin. )
La même avec de nouvelles additions " ,
& c . 1669 ibid. La même , avec de nouvelles
corrections & additions, 704. ibid. La
même avec plufieurs Differtations de M.
de Marca . Francfort , ( Leipfick ) Frilſch
1708.
Oeuvres de Loup Servat , Prêtre , Abbé
de Ferrieres , de l'Ordre de S. Benoît ,
avec des notes , & c. Paris , Muguet 1664.
in 80. ( en latin ) nouvelle édition reveue
& augmentée. Anvers , ( Leipfick , ) Gle
ditích 1710 in 80.
Oeuvres de S. Agobard , Archevêque
de Lyon ; les Lettres & Opufcules de
Leidrade & d'Amulon auffi Archevêque
de Lyon , avec des notes , &c. Paris , Muguet
1656. 2. vol. in 8o . ( en latin. )
Les Conciles de l'Eglife de Narbonne
avec des notes , &c. Paris , Muguet 1668-
in 80. ( en latin. )
14. Homelies de S. Cefaire , Evêque
d'Arles , avec des notes , &c . Paris , Muguet
1660. in 80. ( en latin )
Trois Differtations de Pierre de Marcas,
Archevêque de Paris ; la premiere fur le
Decret du Pape Vigile , pour la confirmation
du cinquiéme Concile ; la deuxième ,
$
DE JUILLET.
35
fur la primatie de Lyon , & les droits des
Primats ; la troifiéme fur le tems auquel la
foy a été reçue dans les Gaules avec des
notes , &c. Paris , Muguet 1669. in 89.
( en latin. )
Lettre de M. Baluze à M. l'Evêque de
Tulle , touchant les Differtations que M.
l'Abbé Faget a fait imprimer ſous le nom
de feu M. de Marca , Paris , 1668. in 4º.-
Brochure.
Les deux Livres de Reginon , Abbé de
Prom , de la difcipline de l'Eglife & de la
Religion chrétienne , &c . avec une Prefa
ce , & c. Paris , Muguet , 1671. in 80 .
( en latin. )
Les deux Livres des Dialogues d'Antoine
Auguftin , Evêque de Tarragone , de la
correction de Gratien , avec des notes &
une ſcavante Preface , &c. Paris , Muguet,
1672. in 80. ( en latin. ( en
Vie de Pierre du Chaftel,ou Chaffelain ,,
Evêque de Maçon , par Pierre Galland.
avec des notes , & c. Paris , Muguet
1674. in 80. ( en latin. ) & le trepas , obfeques
& enterrement du Roi François I..
en françois .
Les Capitulaires des Rois de France .
& c . avec les Formules de Marculfe , & c.
avec des notes. Paris , Muguet , 1677. 2..
vol . fol ( en latin. )`
Le Livre de la perfecution ou des morts
des perfecuteurs , par Luc. Cæcil . Firm.
36 LE MERCURE
Lactance avec des notes , &c. Paris , Mu
guet 1679. in 80. ( en latin. )
Mêlanges ou Recueil de Pieces avec des
Prefaces. Paris , Muguet , 1677. 1679
1680. 1683. 1700. & Gab. Martin -1713
1711. 7. vol . in 8o. tous latins , excepté
la derniere piece du 7. volume , qui contient
les inftructions & depêches de l'Am
baffade envoyée à Rome par le Roy Charles
VIII. en l'année , 1484.
Opufcule de Pierre de Marca , Archevêque
de Paris , avec une Preface . Paris ,
Muguet 1681 in 80. ( en latin. )
Les Lettres du Pape Innoc . III . & c. Pa
ris, Muguet, 1682 . deux vol . fol . (en latin. )
La Vie du Bienheureux- Eftienne, Abbé
d'Obaſine en Limouſin . Paris , Muguet,
1683. ( en latin . Y
Nouvelle Collection des Conciles , ou
fupplemenr de la collection du Pere Labbe,
tom. r. où se trouvent plufieurs Conciles
ou actes appartenans aux Conciles tenusi
depuis l'an 15 jufqu'en 554. &c. Paris
Muguet , 1683. fol. ( en latin. )
Les Oeuvres de Marius Mercator , avec
des notes & une Preface. Paris , Muguet ,
1684. in 80. ( en latin . ) .
Lettre d'Eftien , Bal . à Emeric Bigot, écri
Le l'an 1686. touchant la vie & les actions
de J. B. Coteylier , Paris , fol . ( en·latin )
Lettre d'Estienne Baluze à Eufebe Renaudot
, touchant la Vie & les écrits de
DE JUILLET. 37
Charle du Freſne , Sieur du Cange Paris ,
1688. in 12. ( en latin. )
Marca Hifpanica , ou les Limites de
l'Espagne , c'eft à - dire , Defcription hiſtorique
& Geographique de la Catalogne , du
Rouffillon , & des Païs circonvoisins , par
Pierre de Marca , Archevêque de Paris ,
& c. avec un quatriéme Livre ajoûté par
Eftienne Baluze , &c. Paris , Muguet ,
1658. in fol. ( en latin. )
La Vie des Papes qui ont tenus leur
Siége à Avignon depuis l'an 1305. juſqu'à
l'année 1394. & c. avec des notes , une
Preface , & les Portraits ou Medailles des
Papes , en taille douce , Paris , Muguet
1693. 2. vol . in 40 ( en latin. )
Hiftoire & Extrait d'un Manufcrit de
la Bibliotêque de Meffire Achilles de Harlay
, premier Prefident du Parlement de
Paris , dans lequel font contenus les Actes
autentiques de ce qui s'eft paffé dans les
Etats aſſemblez en 1380. & 1381. à Medina
del Campo , fous le Roy Jean ( Roi de Caf- ›
tille ) pour connoître qui des deux Compe
titeurs au fouverain Pontificat, étoit le veritable
& legitime Succeffeur de S. Pierre.
in fol. ( en latin. ).
- Lettre de M. Baluze , écrite en 1697.
pour fervir de réponse à divers écrits qu'on
a femez dans Paris & à la Cour , contrequelques
anciens Titres qui prouvent que
Meffieurs de Bouillon ' aujourd'hay
38 LE MERCURE
defcendent en ligne directe & mafculine
des anciens Ducs de Guyenne & Comtes
d'Auvergne ; avec le procés verbal contenant
l'examen fait en 1695. par M. Baluze
& par les RR. PP. Dom Jean Mabillon
& Dom Thieri Ruinart , Religieux Bene- .
dictins , de deux anciens Cartulaires & de
l'obituaire de l'Eglife de S. Julien de
Brioude en Auvergne , & de quelques anciens
Titres , pour faire voir que Geraud
de la Tour I. du nom , defcend en droite
ligne d'Acfried I. du nom , Duc de Guyenne
& Comte d'Auvergne , à Paris , Theod.
Muguet 1698. in fol .
Table Genealogique de la Maifon d'Auvergne
, depuis le tems de Charles le Chauve
, Empereur & Roy de France jufqu'à
prefent , dreffée fur plufieurs Titres & documens
dignes de foy , par M. Baluze ,
à Paris , André Cramoily , 1704. Placard
en quatre feuilles.
Hiftoire Genealogique de la Maiſon
d'Auvergne , juftifiée par Chartes , Titres ,
Hiftoires anciennes , & autres preuves authentiques
; avec une Preface trés ample &
trés curicufe , qui traite de la grandeur de
cette Maiſon , de fes armoiries & marques
d'honneur ; par M. Baluze : Ouvrage enrichi
de figures & vignettes gravées en tailte
douce , par les plus habiles Maîtres , le
Clerc , Simonneau Audran & autres
& divifé en deux Tomes , dont le premier
DE JUILLET .
39
contient l'Hiftoire aprés laquelle l'on
trouve la harangue de M. le premier Prefident
de Lamoignon à l'ouverture du Parlement
en 167. , contenant l'éloge de M.
de Turenne un autre éloge de ce Prince
, tiré des oeuvres de M. de Saint
Evremon ; & un fragment du même Auteur
, touchant le fervice que M. de Turenne
rendit à Gien : & le fecond contient
les preuves . Chaque volume a fa Table particuliere
, à Paris , de l'Imprimerie de la
veuve François Muguet , chez Ant. Dezalliers
, 1708. 2. vol . in fol .
Hiftoire de la Ville de Tulle , & c , aves
quelques Eftampes en Taille douce , Paris,
à l'Imprimerie Royale 1717. in 40. en latin.
Les oeuvres de S. Cyprien , corrigées
fur les Manufcrits avec les leçons variantes,
des notes , des Differtations , les Pretaces
& les Tables neceffaires , s'impriment actuellement
au Louvre in fol .
M. Baluze avoit amaffé une Bibliotheque
compofée de 10799. vol . imprimez ,
dont plufieurs ont été corrigez & collationnez
fur les Manufcrits ; & d'autres fe
trouvent enrichis de notes critiques & ob.
ſervations inſerées aux marges , foit par
M. Baluze , foit par d'autres Scavans , Il
a laiffe de plus 957. manufcrits , prés de
5oo. Actes ou diplomes , dont plufieurs
font originaux ; & enfin fept armoires rem
plies de differens manufcrits modernes ,
2
40
LE MERCURE

dont la plupart font des ouvrages de M.
Baluze non encore imprimez. Tous ces manufcrits
feront achetez par Sa Majesté pour
enrichir fa Bibliotheque , la plus belle de
l'Europe A l'égard des imprimez qui fe
vendent actuellement en détail dans la maifon
du deffunt, ruë de Tournon , vis à vis
l'Hôtel Terat, conformément à la volonté
du deffunt ,qui l'a ainfi ordonné par un Codicile
particulier, afin que les curieux, dit- il ,
en puiffent avoir leur part, y ayant une trés
grand: quantité de Livres rares , difficiles
les gens de lettres feront bien
aifes d'avoiroccafion d'acquerir.
trouver ,
M
que
LES LUNETTES ,
CONTE.
Par M. de Senecé.
Aitre Clement , * dont la naïveté .
Le tour heureux , la grace naturelle,
A tes écrits propofex pour modelle
Affigne un rang dans l'immortalité :
Toi , qui nouveau , malgré l'antiquité
Chez les Rieurs dont tu mene la bande ,
Vant feul Catule , Horace Juvenal ,
Pour faire un Conte où le fel fe repande,
Prête à mes Vers ton ftile original.
* Marot.
DE JUILLET .
41.
La gravité , qui nâquit Efpagnole ,
Al'Espagnol eft chere au dernier point ;
Il s'en empare au fortir de l'Ecole ,
Jufqu'au fepulchre il ne la quitte point.
L'Art , pour l'accroître , au naturel fe joint
En ce pais : Démarche compaffée ,
Mots empoulez, faftueux débit ,
Fiere parole , air fombre , noir habit ,
Hideux regard & moustache herißée.
Mais le bon air chez cette Nation
Pour les Sçavans , c'eft de porter Lunettes:
Couvrir les yeux de deux glaces bien nettes,
Leur eft matif de veneration.
Jeunes & vieux ont cette ambition ,
Sur tout Docteuri. Licences de Murane *
Valent pour eux Licences d'Alcala ,
On valent mieux . Chez la gent à foutane
Eft pius prife qui plus grandes les a .
* Manufacture des bonnes glaces près
de Venife.
Univerfité d'Espagne.
Certain Pedant de baffe Normandie
Ayant long- tems à Telede habité ,
En prit les moeurs , & bien enlunetté,
Revint à Caen donner la comedie :
Des Ecoliers la brigade étourdie ,
En vain fur lui jettoit de tous côtez
D
42 LE MERCURE
Neige en hyver, & pommes en efté ;
Rien ne pouvoit guérir ſa maladie ,
Ni d'un feul pas hâter fa gravité..
Le Promoteur , homme exact & fevere ,,
Scandalife qu'un cerveau couronné
Fût le jouet du Badaut déchaîné ,
En avertit Monfieur le Grand Vicaire :
Le bon Vieillard empaume cette affaire ,
Trouve le cas digne d'être blâme ;
Mande nôtre homme , & lui fait dans fa
faile ,
Devant témoins , aigre mercurialė¸.
Par ce propos de colere enflamé..
Quelle figure à mes yeux reprefente·
Cer Oftrogoth , né pour nous defoler ?
Est -ce un Faucon que l'on porte voler ?
Eft - ce un Cheval que fon ombre épouvente ? :
Peut-onfouffrir votre morgue fçavante
Qui fait venir par un lâche attentat
Tolede à Caën ? qui par portes de verre
Veut faire entrer dans le coeur de l'Etat
Les Espagnols durant ces bruits de
3
guerre.
Quand toutfut dit , un Valet apofté
Coupe un cordon. Sürle carreau briſée
Tombe à l'inftant Lunette & gravité :
Des fpectateurs s'éleve la rifée.
DE JUILLET. 43
La dignité fe trouvant méprisée ,
Devient fureur. Si la force des Loix
Au faux Normand impofe le filence ,
Plus grand defir en a t'il de vengeance ,
Et dit tout bas : Tu t'en mordras les doits.
L'homme de bien, pour certaines affaires,
Dans un Couvent qu'il vouloit frequenter ,
Se transporta ( car Nonnains vifiter,
Communément pratiquent Grands Vicaires . )
Or, écoutez malice non vulgaire.
Dans un tournant le maudit adverfaire
Qui le guettoit , le choque de revers ;
Et tout moulu , vous le jette à l'envers
Dans un égout du dévot Monaftere. To
Helas ! Monfieur , dit le traître animal
,
Pardonnez
-moi faute
non volontaire
!**
Je n'y vois goute, & mes yeux
de cristal
Qu'on
me défend
font caufes
de ce mat.
Accufez
- en Monfieur
le Grand
Vicaire
,
L'infortuné
pouffant
piteux
accens
,
Et ne fentant
rien moins
que violettes
;
Eh ! portez
-en , s'écria
pil ? Lunettes
Vaut
mieux
porter
, qu'eftropier
Paſſans-
Dij
44 LE MERCURE
EGLOGUE.
TIRCIS ET SILVANDRE..
Tircis.
Os Bergers raffemblez pour la fête de
Flore , N°
Dans ces fombres Vallons dévancerent l'Aurore.
La joye & les plaifirs regnoient dans nos
Hameaux ,
'Amour rendait plus doux le fon des Chalumeaux
:
Relevoit les
Un air plus animé , des danfes plus legeres
apas de nos jeunes Bergeres :
De leurs charmes pourtant mon coeur fut pew
~ Surpris ;
Mes yeux dans ce concours ne voyoient que
Cloris
Jamais Cloris encor n'avoit paru fi belle,
Elle cut même à mes yeux une grace nouvelle :
Pourquoi , fansprofiter de ces momens beureux
5:
Berger , refufas tu ta prefence à nos yeux. ?
Silvandre.
Ignores tu , Tircis , que l'Amour est ä
craindre ?
A toi- même fouvent ne vient-on point s'em
plaindre
DE JUILLET.
45
Lorſqu'un coeur eft tranquile & craint de
s'engager,
De ces momens heureux il doit fuir le dani
ger.
Tircis.
L'Amour étend fur tout fes droits & for
empire :
Silvandre , c'est par lui qu'en ces lieux tout
refpire.
Il regne dans les airs , il regne au fond des
eaux ;
C'est par lui qu'on entend foupirer les Oi
feaux ,
Que l'on voit les Zephirs fur ces rives flenries
,
De leur foufle amoureux careßer les prairies
.
Jufqu'à quand à l'Amour refufant tes defirs,
Veux- tu feul ignorer le plus doux des plai
firs ?
Silvandre.
Si tout parle en faveur des douceurs qu'il
infpire ,
Tout y parle des maux qui suivent fon empire.
Dans les tendres rofeaux que j'entends fou
pirer,
Syrinx contre un Amant vient encor mur➜
murer
En proie à fa douleur dont l'Amour fut
complice ,
46
LE MERCURE
Echo fe plaint encor des rigueurs de Nar
ciffe,
Et deteftant l'ardeur du plus cruel des Rois,
Philomene attendrit les Rochers & les Bois.
Non , contre un vain espoir qui pourroit
mefurprendre ,
Berger , mon foible coeur ne peut trop fe
deffendre ;
Et fi quelque defir peut flater mes fouhaits,
C'eft de vivre tranquile & de n'aimer
jamais.
Tircis .
Toujours embaraßé d'un loifir inutile ,
On ne vit point heureux quand on vit fi
tranquiles
Silvandre.
Quoique puiffe enjuger unBerger amoureux;
Si l'on n'est point tranquile, on ne vit point
heureux..
Compare à tes plaifirs tes foins , tes facri
fices 3
Aux faveurs de l'Amour oppofe fes caprices
:
Cher Tircis , dans les neuds du plus char--
mant lien,
Jouis-tu d'un bonheur auſſi pur qu'eſt le -
mien.
Maître de mon deſtin que reſpectè l'envie
Dans un repos conftant je fens couler ma:
vie:
DE JUILLET.
47
Aucun fonge effraiant ne fufpend mon.fommeil
,
Aucun foin inquiet ne trouble mon reveil.
Si feul en ces vallons , fous des feuillages :
Sombres ,
Je refpire le frais que me prêtent leurs ombres,
Là , d'innocens objets m'amuſant tour à
tour ,
Je m'occupe des bois , du filence & du jour;
Et tranquile rêveur au bord d'une onde
pure ,
Je dois tous mesplaifirs aux dons de la Náture.
Heureux
fouci
que de mes jours éloignant tout
Licydas m'ait apprit à les couler ainfi !
Tircis.
Depuis quand , loin des jeux qui fuivent
la jeuneſſe,
Lycidas cherche- t'il une aufterefageffe ,
Cher Silvandrez à l'Amour dont tu crains les
dangers, plate
Son exemple invita tous les autres Bergers.
Silvandre.
Des maux que nous prepare une douce ef
perance ,
Lui- méme a fait souvent la trifte expe
rience :*
Il a preveu les maux que j'allois reffentir ::
Et qui les évita , m'en afçû garantir,
48
LE MERCURE
Tircis.
Quels chagrins ont fini les douceurs de fa
chaine
Silvandre.
Lycidas en aimant , fut trahi par Cli
mene.
D'un coeur que trop d'ardeurirritoit chaque
jour
Un depit amoureux voulut bannir l'Amour.
Mais quoi , loin des beaux yeux qu'en ſe».
aret il adore ,
Un tendre fouvenir le perfecute encore !
Ces vallons font témoins que fouvent les
Zephirs ,
Malgré lui , vers Climene ont porté fes
foupirs:
Toujours plein du fujet qui fait couler fes
larmes ,
De l'objet qu'il évite , il regrette les char
mes ;
Et je vois aux transports d'un funefte retour
,
Que le depit encor n'a pû bannir l'Amour.
Tircis .
Trifte fort d'un Berger trop fidele & trop
tendre !
Hearear qui , comme toi , de lui feul pent
dpindre !
Le dojis un répos commence à me charmer.
Si
DE JUILLET. 49
Si je n'aimois Cloris , je ceßerois d'aimer.
Silvandre.
Digne en effet des foins du Berger qui
l'adore
Cloris eft à mes yeux plus charmante que
Flore :
Mon coeur de fes attraits a fenti tout le
prixs
Et s'il ofoit aimer , il aimeroit Cloris.
Mais envain d'un bonheur , ſujet à tang
d'allarmes
A la paix qui me fuit , je prefere les charmes
.
D'un fort tel que le tien , qu'un autre foit
jaloux :
Les plaifirs les plus purs font pour moi les
plus doux.
L
****-************
A Lettre fuivante est d'un jeune homme
de 17. ans , qui êtant paffé en Turquie
dans le deffein d'aprendre les Langues,
eft entré au fervice du Prince de Valaquie
à larecommendation de M. le Marquis
de Bonnac , Ambaffadeur de France à
la Porte. La fimplicité avec laquelle cette
Lettre eft écrite , porte avec elle le caractere
de verité ; ce qui nous engage à la
donner telle que nous l'avons reçue.
Juillet 1719
E
sa LE MERCURE
à Conftantinople le 22. Mars 1719 .
Depuis le lendemain des Fêtes de
Noël jufqu'au 20. Janvier 1719. je
me fuis rendu regulierement tous les jours
chez les R. P. Capucins avec Meffieurs les
Enfans de la Langue , pour y apprendre
le Turc. Le 20. Janvier Son Excellence
M. le Marquis de Bonnac me fit appeller
& me dit qu'il m'envoyeroit chez le Prince
de Valaquie , nommé Nicolas Mauro-
Cordato , demeurant au Fanal de Conftantinople
: Que j'enfeignerois à fon fils le
François , & que par ce moyen je pourrois
apprendre avec plus de facilité les Langues
Grecque & Turque : Qu'à cet effet il me
feroit habiller à la longue. S. Excellence a
donc eu la bonté de me faire faire deux habillemens
complets & magnifiques . Je les
mis pour la premiere fois le 29. Janvier.
Le 30. je vins faluer le Prince de Valaquie,
& depuis ce jour je demeure chez lui ,
Nicolas Mauro Cordato , aujourd'hui
Prince de Valaquie , defcend de Conftantin
Mauro- Cordato à qui le Grand Seigneur
voulut faire trancher la tête à Conftanti-
"
nople
. Il para le coup
en fe retirant
chez des Moines
Grecs
dont il prit l'habit
. Il y
fut affez long- tems
renfermé
, aprés
quoi
il rentra
en grace
. Ces Princes
font fous la domination
du GrandTurc
qui a conDE
JUILLET. Sr
>
il
quis la Valaquie auffibien que la Moldavie.
Nicolas Mauro - Cordato a été fait deux
fois Prince de Moldavie; il a été déclaré depuis
Prince de Valaquie où il fe tranfporta .
Lorfque les Allemands conquirent la moitié
de ce pays fur les Turcs , ils prirent
Mauro- Cordato avec toute fa fuite , ayant
été trahi
par les Peuples . Ils le conduifirent
enfuite à Vienne où il refta deux ans en
Prifon. Ayant été remis en liberté
revint à Conftantinople au mois d'Aouft
1718. Pendant que ce Prince étoit prifonnier
à Vienne , ſon frere qui étoit à Conf
tantinople , brigua auprés du G. S. la
Principauté de Valaquie , & l'obtint ; de
forte que quand il fut de retour , il fe vit
obligé de refter à Conftantinople en qualité
de Drogman de la Porte Mais le 14 .
Mars 1719. à cinq heures du foir , il arriva
un Courier depêché de Valaquie , avec la
nouvelle de la mort de fon frère , du 8. du
même mois aprés neuf jours de maladie.
On pretend qu'il a été empoifonné ; ce
qui eft affez ordinaire à ces Princes. Le
même jour à ſept heures du foir , le Prince
monta à cheval , pour ſe rendre à la Porte ,
& pour y parler ' au Grand Vifir. Il y refta
jufqu'à minuit. Le lendemain 15. il y re
tourna fept heures du matin ; le foir il
arriva un Chaoux de la Porte , qui lui ap-

* Interprête des Langues Etrangeres.
E ij
52 LE MERCURE
porta le Seing, autrement la Patente du
G. S. par laquelle il étoit declaré Prince
de Valaquie, Le 16. il alla chez le G. S.
pour le remercier & recevoir en même
tems le Caftan qu'il lui donna. C'eft une
marque d'honneur & de diftinction . Mauro-
Cordato revint de la Porte en pompe ,
accompagné d'un grand nombre d'Officiers
Turcs à cheval , & d'une vingtaine de
Chaoux à pied. Il paffa en revenant à
l'Eglife Patriarchale , où le Patriarche en
habit de ceremonie l'attendoit. Il baifa le
livre des Evangiles & la main du Patriache
qui lui fit un difcours en Grec. Il remonta
à cheval aprés cette ceremonie , & revint
en fon Palais , où depuis ce tems il fe difpofe
à aller prendre poffeffion pour la feconde
fois de la Principauté de Valaquie.
Ce Prince eft âgé d'environ quarante ans
affez bien fait de corps , gros & grandà
proportion , avec une trés -belle phifionomie
, ayant les cheveux & la barbe noire.
Il a infiniment d'efprit ; il fçait parfaitement
les Langues Arabe , Turque & Perfanne.
Pour la Langue Grecque- vulgaire
qui eft fa maternelle , il la poffede à fonds
comme la litterale. Il entend trés-bien les
Langues Latine & Italienne , même la
Françoile. Il aime beaucoup la lecture
il a pour cela une affez nombreufe Bibliotêque
, dans laquelle il y a quantité de
Livres françois , choifis & nouveaux , des
DE JUILLET.

meilleurs Auteurs qui ont écrit en cette
Langue depuis qu'elle eſt dans fa derniere
perfection. Ila quatre garçons & une fille.
L'aîné de tous a dix- neuf ans ; c'eft celui
à qui j'enfeigne le François Aprés lui ,
eft la fille âgée d'environ onze à douze ans,
puis trois petits garçons dont l'aîné peut
avoir huit à neuf ans . Ce Prince s'eft remarié
pour la troifiéme fois le 5. Fevrier
dernier à la fille d'un Pelletier de ce payscy.
Il n'a époufé cette fille que pour fa
beauté & fa jeuneffe , n'ayant que dix- neuf
ans . Le Prince eft Catholique- Grec & toute
fa fuite ; il n'y a dans la Maiſon qu'un Secretaire
Polonois & moi , qui foyons de
l'Eglife Latine . Ce Secretaire parle auffibien
Latin qu'Italien , Valaque & Polonois
, c'eft le feul avec qui je puiffe m'en
tretenir plus agreablement , les autres êtant
des Grecs , ennemis de la focieté & vivant
à la maniere du pays. Dans les commence
mens que je fuis venu chez le Prince, j'ai eu
beaucoup de peine à m'accoûtumer à leur
maniere de manger , c'eft à- dire , fur le fopha
& mal-proprement , ne fe fervant ni de
cuillers ni de fourchettes . Je ne pouvois même
manger de leurs ragouts qui font trésmauvais
, n'ayant aucun affaifonnement.
La raison qui me les faifoit trouver encore
plus mauvais , étoit la delicateffe des mets
que l'on fervoit fur la table de S. Ex. &
dont je mangeois : Enfin , peu à peu je m'y
E iij
$4
LE MERCURE
ニブ
fuis accoutumé , fans cependant perdre
l'idée de nos ragouts de France ; car , lorfque
je vais à Pera , je mange avec plaifir
de ce qui eft fur la table de M. l'Ambaffadeur.
Je me rends ordinairement chez lui
les famedis , pour y entendre la Meffe &
le fervice du Dimanche. Le lundi j'ai
foin d'aller prendre fes ordres ; & je reviens
, accompagné d'un Janiffaire chez
le Prince. Il y a pour une heure de chemin
à venir de Pera où je fuis, une demie heure.
du Palais à la Marine, & une demie heure
pour le trajet de la Mer qui paffe fous une
partie de notre Maifon ; de forte que du
Caic , c'eft-à-dire , du Bateau , on entre
dans la Maifon..
t
Le 18. Mars j'allai voir M. l'Ambaffa--
deur , pour prendre fes ordres. Il me dit de
mepreparer pour mon voyage de Valaquie,
& de ne me mettre en peine de rien , que
de monter à cheval. Ce voyage eft d'environ
200. lieues par terre jufqu'au Danube,
où l'on s'embarquera fur une Fregatte deftinée
pour le Prince & fa fuite , compofée:
de plus de 200. perfonnes . Il mene avec
lui fa nouvelle Epoufe & toutes fes Efclavés
, qui font au nombre de 30. ou 40.
Les femmes iront dans des caroffes du pays.
& les hommes à cheval. Le départ du
Prince fe fera le lendemain des Fêtes de
Pâques , huit ou dix jours aprés fon audience
de congé du Grand Seigneur.
DE JUILLET.
55
Pera & Galata , font comme une petite
France , la liberté y regne. On n'y craint
point les Turcs . On peut aller où l'on veut.
Toutes les Dames Grecques fçavent parler
François & Italien , outre leurs Langues
naturelles , comme la Grecque , la Turque
& la Ruffienne ; quelques-unes même
fçavent l'Anglois , d'autres le Hollandois,
par l'habitude qu'elles ont avec ces Nations.
Il n'en eft pas de même à Conftantinople.
Il eft impoffible d'aller dans les
Maifons où il y a des femmes , du moins
dans l'endroit où elles font . Moi-même ,,
depuis que je fuis chez le Prince de Valaquie
, je n'ai pû entrer dans la chambre de
fa femme que je n'ai pas encore vûë ; à
peine peut-on monter dans le Harem où
font toutes les Efclaves de la Princeffe , &
par où il eft cependant neceffaire de paffer,
lorfqu'on veut s'adreffer au Prince. Lorfque
j'y vais , je me donne bien de garde de
parler à aucune Efclave. Ce font pourtant.
des Chrétiennes du Rit Grec ; mais qui
font pires que les Turqueffes , pour ce qui
regarde la jaloufie , la trahifon & la fourberie.
P. S. J'oubliais de vous marquer , mon
trés-cher pere , que le 10. Janvier 1719 .
S. Ex. M. le Marquis de Bonnac , alla
prendre audience du Grand Vifir à Conftantinople.
Voici quel fut l'ordre de ſa mar.
che.
E iiij
56
LE MERCURE
Le Capitaine des Janiffaires. 8. Janiffai:
res pour la garde de S. Ex . 2. Chevaux
de main richement harnachez. 4. Valets
Grecs habillez à la longue , conduifant les
Chevaux de main . L'Ecuyer de S. Ex.
10. Valets de pied. Le Maître d'Hôtel.
4. Valets de Chambre. Un Officier . Les
4. Drogmans. Monfeigneur l'Ambaffadeur
monté fur un cheval noir , harnaché magnifiquement.
4. Valets Grecs habillez à
la longue , à pied auprés du cheval de S.
Ex. Le Medecin de l'Ambaffadeur , habillé
à la longue . 2. Députez de la Nation
Françoife. Marchands François fuivant la
marche. 4. Valets Grecs portant des tapis,
qui devoient fervir dans les Caïques fur
lefquels on s'embarquoit pour paffer de
Topana à Conftantinople.
Memoires de M. de ***
Mtionunc des moins jolies femmes du
A Mere , qui étoit fans contefta
monde , & dont l'efprit n'étoit guéres plus
raifonnable que le vifage , s'avifa , êtant
groffe de moi , de quitter fon Mari , &
de fe retirer chez fes parens , fous pretexte
qu'un des plus gros Seigneurs de France ,
pour ne rien dire de plus , devenu paffionément
amoureux d'elle , l'avoit miſe dans
DE JUILLET. 5-7
Fétat où elle fe trouvoit . Je ne fçai point
ce qui l'avoit fait donner dans cette imagination
; car , d'en croire la chronique
fcandaleuſe , il n'y a pas d'apparence . Elle
difoit que le Seigneur en queftion êtant
venu chaffer dans nôtre Canton , mon Pere
le reçût chez lui , & lui donna un lit :
Que ma Mere éprife de fa bonne mine ,
s'étoit derobée la nuit pour l'aller trouver
dans fa chambre : Que le Seigneur ayant
un peu
bû , & trouvant une femme a fes
côtez , n'avoit pas fait attention aux charmes
ou à la laideur , & ne lui avoit pas
donné lieu de fe repentir de fa démarche.
Mon Pere , petit Gentilhomme de campa
gne , furpris du travers de fa femme , qui
depuis vingt ans de mariage , ne lui avoit
paru rien moins que coquette , & dont la
figure ne promettoit point une auffi illuftre
celle dont elle fe flatoit , la
conquête que
menagea fi bien , qu'il la fit revenir fans
que la chofe éclatât . Ainfi , je vins au
monde fous la bonne foi du mariage. Je
fus élevé dans un Chateau , inftruit par le
Cuté du Village . J'eu pour compagnon
d'étude , les fils d'un riche Fermier des
environs , avec lefquels je vivois terre à
terre . Plus adroit d'abord à manier un fufil
qu'un livre ou une plume , je fis toute mon
Occupation de la chaffe.
Pendant que je paffois ainfi les premieres
années de mon enfance , ma Mere , qui
58 LE
MERCURE
n'avoit fait que diffimuler fes idées fur mon
fujet , tâchoit de m'infpirer à la traverſe,
la vanité. Mon fils , me difoit- elle , vous
êtes né pour toute autre chose que ce que
vous faites aujourd'hui : Vous vous repentirez
un jour de vous être avili parmi des'
Paifans : Infenfiblement je vins à la croire.
Quelques Livres de Chevalerie me tomberent
fous les mains ; je les lû , je les
devorai ; l'envie d'aprendre me prit ; j'épuifai
bientôt le Curé qui avoit été chargé
de mon éducation , & j'appris par coeur
jufqu'à fes Prônes. Je m'acquis une telle
reputation dans tout le Village , que l'on
m'y regardoit comme un Oracle.
Ma Famille voyant que je lui donnois
de grandes efperances , me mit en penfion
dans une Ville prochaine , où les Jefuites
avoient un College. Je paffai par toutes
les claffes ; & aprés un cours de Philofophie
de deux ans , je foutins des thefes
avec affez d'applaudiffement. Si j'avois
eu à repondre fur les Romans que j'avois lus,
je l'aurois fait avec un fuccez bien different
, j'en avois la tête remplie.
Mon Pere , dans le dérangement de fes
affaires , n'avoit point aliené le droit de
collation d'un certain Benefice qui valoit
12 : à 1500 liv. de rentes : Et voyant que
ce feroit le bien le plus fûr & le meilleur
qu'il pût me laiffer , il me vint prendre un
beau matin pour me mener à l'Evêché.
DE JUILLET
.
59
pour
la vo-
L'Evêque étoit un peu de mes parens . J'en
fus bien reçû; & entr'autres queftions qu'il
me fit , il me demanda fi je ne ferois pas
charmé de prendre le parti de l'Eglife .
L'Evêque , fans me donner le tems de refaire
les chofes dans les
pondre , &
regles , me dit encore : Qu'est ce que
cation . Dans les autres Monfeigneur,
lui répondis-je , c'eft une infpiration du
Ciel. Dans moi au contraire , c'eft la volonté
de V. G. & celle de mon Pere..
L'un & l'autre feignirent de ne pas m'en--
tendre. Je ne laiffai pas de prendre l'habillement
Clerical . On faifoit ce jour-là une
ordination , & j'y jouai un períonnage:
auquel je ne m'attendois pas .
,
Quelque tems aprés , on m'envoya à
Paris pour étudier en Sorbonne. Le Poffeffeur
du Benefice dont j'ai parlé , étoit
mort. J'en avois été dûëment revêtu ; &
ma mere qui n'avoit ofé me dérourner du
parti que j'embraffois , efperant que je de
viendrois un jour Cardinal , me gliffa
adroitement quelques piftoles , en m'exor
tant à me fouvenir de qui je fortois , & à
faire mes efforts pour m'élever. Elle fit
plus ; elle me donna des lettres pour le
Seigneur avec lequel elle vouloit à touteforce
avoir bien été.
2
Je n'avois pas encore vingt ans , lorfque
je me vis abandonné à ma conduite . Je
portai mes lettres à mon Pere prétendu ..
60 LE
MERCURE

Je lui fis un compliment en les prefentant ,
dont il me parut affez fatisfait . Il alloit fe
mettre à table. M. Abbé , me dit- il ,
faites-moi l'honneur de diner avec moi ; je
vous donnerai bonne compagnie. Je fis la
reverence , & j'acceptai l'offre , fans attendre
qu'on me la réiterât une feconde fois.
On fe mit à table , comme de raifon.
Je me plaçai le dernier. Je n'avois pás tout
à fait l'air fot , mais je l'avois extraordirement
embaraffé. Scrupuleux obfervateur
des regles de la civilité provinciale , je
faifois tout par compas & par mefure.
Je mangeois modeftement ce qu'on mettoit
fur mon affiette , & je n'ofois demander à
boire, parce que tout le monde n'avoit pas
encore bu
La bonne compagnie dont il m'avoit
parlé , étoit compofée de Madame for
Epoule , d'une Dame de fes amics , d'un
Abbé & d'un Colonel. S'il m'arrivoit
quelquefois de lever les yeux de deffus mon
affiette , c'étoit moins pour regarder les
plats que la compagnie . Le Colonel s'ap
perçût de ma gêne , & me dit d'un air
railleur : Il me femble , M. l'Abbé , qu'il
ya quelque perfonne dans la compagnie qui
flatte votre goût. Je rougis d'abord , je
me démontai , & les convives en rirent ,
en formant la reſolution maligne de fe divertir
à mes dépens. Le maître de la maifon
reprenant la parole ; M. l'Abbé , me
DE JUILLET. 61
2
dit-il , comme trouvez- vous Madame de…..>
Etant revenu à moi ; n M. lui répondis jez
» un nouveau debarqué n'eft pas un bon
»juge de beauté , & ce que je pourrois
dire de celle de Madame , ne feroit pas
»affez delicatement , ni affez poliment dit
»pour lui faire plaifir. C'eft pourquoi , je
» vous prie de trouver bon que je me
renferme dans le filence qu'exige mon
»état & mon peu de difcernement . » Cette
réponſe fut caufe qu'on ne pouffa pas plus
loin la rifée ; & la Dame , qui jufques-là ,
n'avoit pas fait grande attention à ma figure
, voulut bien m'honorer d'un regard.
Je ne fçai fi ma phifionomie lui revint, ou
fi elle eut pitié de mon embaras ; mais elle
me prit fous fa protection , & pria la compagnie
de me laiffer en repos . Je lui per
mets , continua-t'elle , de me regarder tant
qu'il voudra. Ce qui eft un crime pour les
autres , peut être un fujet de retenuë pour
M. l'Abbé. Je repris auffitoft la parole ,
& je témoignai ouvertement à la Dame ma
fenfibilité fur un aveu fi gracieux pour
moi. Comment donc , dit-le Colonel , M.
l'Abbé eft flateur Il y a fi peu de tems ,
répondis -je , que je fuis à Paris , que je n'ai
pas encore eu celui d'apprendre à diffimuler.
Un échapé de Province n'hefite ordinairement
pas beaucoup à dire ce qu'il
penfe... On changea de difcours de tems
en tems. On me fit des queftions aufquelles
je répondis de mon mieux. On me fit des
>
62 LE MERCURE
complimens. J'en arrachai même de l'autre
Abbé qui me paroiffoit auffi fobre admirateur
du merite d'autrui , que prodigue du.
fien. C'étoit un de ces beaux efprits difficiles
, qui ne trouvent rien à leur gré , qui
critiquent par vanité plûtôt que par goût ,
& qui croyent s'aplaudir en meprifant les
autres. Ces gens decififs dont Paris eft rem
pli , m'en impoferent d'abord. Je les refpectay
comme des oracles ; mais enfin
je m'y accoûtumai , & je n'ai rien trouvé
dans la plupart , qui répondît à leurs airs
bruyans & fanfarons.
Le repas fini , j'entrai dans le cabinet.de
M. de ... Il lut les lettres de ma mere ,
& me dit qu'elle étoit folle. Je n'ofai pas
le contredire , & j'ajoûtai que ne pouvant
pas avoir l'honneur d'être fon fils , je
le fupliois de m'accorder celuide fa protection
, & de me permettre de me dire ſerviteur
de fa Maifon : Que la premiere grace
que je lui demandois ,étoit de faciliter mon
entrée aux Moufq. Aux Moufq.me dit- il !
Eft-ce pour être leur Aumônier ? Non
M. , répondis-je , c'eft pour être Moufquetaire
moi-même. Je ne porte le petit colet
que malgré - moi . Je me fens du goût
pour les armes , & je tâcherai de ne me pas
rendre indigne de ce que vous ferés pour
moi dans cette occafion. Aprés avoir un
peu combattu ce deffein , & voyant que
j'étois ferme , il me dit de revenir dans
DE JUILLET.
6.3
quelques jours en habit decent , & qu'il me
meneroit chez M. de ... Ce n'eft pas le
tout , lui répondis -je , j'ai un benefice , &
je croi ne pouvoir mieux reconnoître la
grace que vous me faites , qu'en vous priant
d'en difpofer en faveur de qui il vous plaira.
Je fuis tout prêt d'en donner ma refignation
. Je fus pris au mot. Il fit venir
fur le champ un Notaire , & le fils de fon
Intendant fe trouvant heureuſement en
état de profiter de ma folie , l'affaire fut
terminée avant que je fortiffe.
Que j'eu alors de regret à mes cheveux!
J'avois la plus belle tête du monde , avant
qu'on les eût reduit à la longueur de mes
oreilles. Les double- louis de ma mere me
furent d'un merveilleux ufage. Je me mis
proprement , fans affectation , tâchant de
me donner un air guerrier plutôt qu'une
mine effeminée . J'étois fi charmé de me
voir une plume blanche fur l'oreille , &
une épée au côté , que je ne pouvois me
laffer de me regarder dans un Miroir.
Quand je fonge au tems que j'ai employé
à tourner & retourner mon chapeau , de
cent façons differentes , pour le mettre de
bonne grace , & à faire prendre à mon
corps le bel air ; j'avoue que j'étois bien
fou , mais , j'avoue que je ne le fuis gueres
moins de m'amufer à écrire toutes ces
bagatelles.
Je fus donc reçû. J'étois prefenté de trop
64
LE MERCURE
bonne part pour ne le pas être . Je fis la
campagne de 1701. en Allemagne. Je brû
lois du defir de me diftinguer . N. & S.
m'en procurerent les occafions. J'eu le
bonheur d'y faire quelques actions qui furent
vues de Meffieurs de... ils m'endonnerent
quelques louanges , & je crû que ce
feroit tout ce que j'en retirerois . L'hyver
fuivant êtant àl'ordre à ... M. de ... me
vit & me reconnut. N'eftes-vous pas , me
dit-il , le Moufquetaire qui fit telle & telle
chofe à N. & à S. Je lui répondis que
j'étois bienheureux qu'il daignât fe fouvenir
de moi , & que je tâcherois dans la
fuite de me rendre plus digne de fon attention
. Je veux , interrompit M. de ... vous
mettre en état d'y renffir. Là deffus il me
dit de le fuivre dans fon cabinet. Je cru
ma fortune faite. je ne me trompai pas entierement.
Il mé donna 30. louis d'or &
& une lettre qu'il écrivit devant moi à M.
de ... avec odre de la lui rendre en main
propre. Je ne fçai ce qu'elle contenoit ;
mais , quand je l'eu remife à M. de ... &
qu'il l'eut luë ; fans me faire connoître ce
que j'en devois attendre de bien & ou de
mal , il me dit de le venir trouver le Dimanche
fuivant , à l'iffuë de fon dîner. Je
n'y manquai pas . On m'introduifit dans
fon cabinet il me fourit ; & prenant un
papier fur fa table , il me le donna , en difant
que j'allaffe remercier M. de ... En-
Luire
DE JUILLET. 65
fuite , m'ayant ouvert lui- même la porte de
fon cabinet , il me congedia. Je petillois de
fçavoir le contenu de ce bienheureux papier
. A peine fus- je feul , que je jettai avidemment
les yeux deffus j'y trouvai que
l'on m'accordoit une Lieutenance de Cavalerie
dans le Regiment de ... ancien
Corps , qui , fans faire tort aux autres , eft
un des meilleurs du Royaume. Je fus fi
tranfporté de joie de me voir aprés ma
premiere Campagne , plus avancé que tel
Moufquetaire qui fervoit dés l'autre guerre
, que je ne me poffedois pas. J'étois
dans ces tranfports , lorfque je fis la reverence
à M. de... Je laiffai à mes yeux &
à mes geftes le foin de lui expliquer ce que
je penfois. Il n'a pas tenu à moi dans les
campagnes fuivantes de me faire tuer , pour
mieux marquer ma reconnoiffince .
Le lendemain , j'allai chés M. de ... ma
vanité trouvoit trop fon compte à l'inftruire
de ma bonne fortune , pour differer
plus longtemps à lui en faire part. Il me
reçût effectivement , comme fi j'eufe été
fon fils. J'y trouvai à peu prés la même
compagnie que la premiere fois ; & ce qui
me fit un veritable plaifir , la Dame dont
j'ai parlé ci - deffus , y étoit aufli. J'en recus
mille honnêtetés . J'y repondis en Cavalier
qui le pique de fcavoir un peu le monde.
Elle fut plus fenfible à ce que je lui dis
que je ne m'étois imaginé; & moi qui ne vou
E
66 LE MERCURE
lois que plaifanter , je me vis embarqué
dans une affaire ferieufe. Elle me dit qu'elleiroit
jouer le lendemain chés Madame de
... & que fi je voulois me trouver à la
Comedie , elle m'y meneroit . J'acceptai
la propofition , & nous fumes fi contens
l'un de l'autre , que nous ne nous en tinfmes
pas là. Elle m'apprit ce que je devois
faire pour m'introduire chés Madame de ...
par le moyen de fon mari même , & j'y
reuffis .
Il venoit chés elle une Dame , qui àt
40. ans fe croyoit encore jolie. Elle avoit
une fille qui l'étoit veritablement , mais
qui s'étoit gâté l'efprit à force de vouloir
trop en avoir . Elle fcavoit fon Lucrece ,
fon Defcartes , & fon Baile , par coeur ,
& ne parloit d'autre choſe. Mã Maîtreffe
les haifoit toutes les deux ; la mere , parce
qu'elle lui avoit enlevé un Amant dont
elle ne fe foucioit point ; la fille , pârce
qu'elle plaifoit à fon mari. Les fujets de
de haine étoient affés legers & même af
fés extraordinaires ; mais , les femmes font
fenfibles jufques dans les moindres choſes.
Elle me pria de les tourner en ridicule
dans quelque petit ouvrage en vers de ma
façon . J'en avois quelquefois rifqué quelques-
uns dans les lettres que je lui avois
écrites ; ainfi je ne pouvois pas m'excufer
furce que je n'en fcavois pas faire.Dailleurs
Je n'étois pas en droit de lui rien refuſer ;
DE JUILLET. 67
La premiere fois que je la vis ,je lui donnai
ce Rondeau .
RONDEA U.
Je n'aime pas que gentille femelle
Tranche par trop de la fpirituelle :
Que fans finir , m'étale les bons mots
Que Plutarcus enfeigne en ces propos.
Lieux communs font le refuge des fots ;
Je veux fans plus richeffe naturelle :
Moins hairois qu'une beauté cruelle·
Tout fimplement me dit , nefcio Vos ;
Je n'aime pas.
A quarante ans que Pon faße la belle,
Autant qu'à vingt peut faire une .
C'eft m'ecorcher & me brifer les os .
Quoique ma chair aisément fe rebelle
Lorfque je vois de tels cuftodi nos ,

Je
n'aime pas .
Je partis quelques jours aprés , & je n'ai
pas feu quel avoit été le fuccés du Ron--
deau. Je me trouvai aux batailles D'H. &
de R. Par bonheur à la premiere j'étois
dans l'Armée du Maréchal de ... qui fut
la moins maltraitée. Je fus bleffé à R. &
peu s'en fallut que je ne reftaffe fur la Place. -
Mon pere mourut l'année fuivante ma
mere l'avoit devancé de quelques mois . J'eut
permiffion d'aller faire un tour chés moi
pour y recueillir les triftes debris de leur
fucceffion . J'avois befoin d'argent. Je ven-
Fij
68 LE MERCURE
dis tout ce qu'on voulut acheter , & je
donnai pour un milier de piftolles ce qui
en auroit valu deux , fi j'avois été en état
de le faire valoir par moi -même.
Le Regiment de ... où je fervois encore,
mais où j'étois Capitaine, fouffrit beaucoup
dans l'affaire.. Il fut mis en quartier d'hyver
dans une Ville de la Province de ...
où les hommes & les chevaux eurent le
tems de fe refaire. C'eft dans cette Ville
qu'il m'arriva des chofes qui ont detruit
les efperances de ma fortune , en m'obligeant
de quitter nonfculement le fervice ,
mais de me retirer dans les Pays étrangers.
Si l'on trouve quelque chofe d'extraordinaire
& même d'incroyable dans ce que je
vais dire , qu'on s'en prenne à la bizarerie
de mon étoile , qui aprés de fi faciles & de
fi heureux commencemens , me preparoit
une fuite fi triſte & ſi funeſte.
Nous remettons au mois prochain à donmer
la fuite de ces Memoires.
EDIT DU ROY ,
Qui accorde la Nobleffe aux Officiers de la
Cour des Monnoyes de Paris.
'A CES CAUSES & autres à ce Nous
mouvans , de l'avis de nôtre très cher &
DE JUILLET 69
les
trés-amé Oncle le Duc d'Orleans , Petit- Fils
de France , Regent , &c. Nous avons par
le prefent Edit perpetuel & irrevocable ,
dit , ftatué & ordonné , difons , ftatuons &
ordonnons , voulons & Nous plaît , que
le Premier Prefident , les Prefidens , Confeillers
, Avocats & Procureur Generaux
de la Cour des Monnoyes de Paris qui font
actuellement pourvûs & qui le feront ci-aprés
; enfemble leurs veuves pendant leur
viduité , & leurs enfans & defcendans nez
& à naître en legitime mariage , tant mâque
femelles , foient Nobles & qu'ils
foient tenus & reputez pour tels. Voulons
auffi qu'ils jouiffent de tous les droits , privileges
, franchiſes , immunitez , rang ,
fceances & préeminences dont jouiffent les
autres Nobles de race de nôtre Royaume ,
pourveu que lesdits Officiers ayent fervi
vingt ans , ou qu'ils decedent revêtus de
leurfdits Offices : Et pour ceux qui feront
iffus de race noble , Voulons que le preſent
Ed. leur ferve d'acroiffement d'honneur,par
le témoignage que nous donnons de l'eftime
que nous faifons des fervices qui nous font
par eux rendus dans l'exercice de ces Charges
; & au furplus maintenons & confirmons
nofdits Officiers de la Cour des Monnoyes
de Paris en la jouiffance & poffeffion
de tous les droits & privileges qui leur
ont été cy-devant accordez , & dont ils
ont bien & dûëment jouy ou dû jouir
70 LE MERCURE
quoique non exprimez par le prèſent Edit.
SI DONNONS EN MANDEMENT à nos
amez & feaux Confeillers , les Gens tenant
nôtre Cour de Parlement , Chambre
des Comptes & Cour des Aydes à Paris ,
que le prefent Edit ils ayent à faire lire ,
publier & enregiſtrer , & le contenu en
icelui faire executer pleinement & paifiblement
, ceffant & faifant ceffer tous troubles
ou empêchemens qui pourroient y être
'mis ou donnés , nonobftant tous Edits
Déclarations & autres chofes à ce contraires
, aufquels nous avons dérogé & dérogeons
par le prefent Edit : CAR tel
eft nôtre plaifir , & afin que ce foit chofe
ferme & ftable à toûjours , Nous y avons
fait mettre nôtre fcel. DONNE' à Paris
au mois de Mars , l'an de grace mil feptcent
dix- neuf, & de nôtre Regne le quatriéme.
Signé , LOUIS. Et plus bas
Par le Roy , LE DUC D'ORLEANS
Regent , prefent . PHELYPEAUX . Vifa
M. R. DE VOYER D'ARGENSON . VÛau
Confeil , VILLEROY . Et fcellé dur
grand Sceau de cire verte en lacs de foye
rouge & verte.
Registré en Parlement le vingt-feptième
Juin 1719. Signé , GILBERT ."
Arrefts de Noffeigneurs les Commiffaires
Generaux de la Chambre fouveraine de
l'Arfenal , rendus les 25. May & 27. Juin
DE JUILLET. 78
1
,
1719. Qui déchargent les Sieurs d'Otival,
Baron de Lanans , Bret , Clement , Dame
de Sainte Meſme , & autres de Franche-
Comté , des accufations contre eux-intentées
, & des condamnations , reparations
dommages , interefts & autres peines contre
eux prononcées par les Arrefts dut
Grand Confeil des 17. 19. 24. Septembre,
6. & 12. Octobre 1716. & fuppriment un
Libelle intitulé ; Obfervations , rempli
de faits faux & calomnieux contre eux .
,
paya-
LA CHAMBRE SOUVERAINE
DE L'ARSENAL , VEU les cas refultans
du procez , a declaré & declare
Antoine Dubois , atteint & convaincu
d'avoir reçû de ladite Jeanne Noelle
Leonard Pierre , la fomme de quatre cent
livres en louis d'or , & deux Billets
bles au porteur , l'un de trois mille livres ;
& l'autre de dix mille livres , pour affaffi
ner où faire affaffiner ledit d'Orival ; pour
punition & reparation de quoi , a condam.
né & condamne ledit Antoine Dubois aut
banniffement perpetuel hors du Royaume :
déclare tous & un chacun de fes biens acquis
& confifqués au profit du Roi & en
trente livres d'amende à lui enjoint de
garder fon ban , fur peine des Galeres .
Faifant droit fur les Requeftes des Demandeurs
en revifion , inferées dans l' Arreft du
Conícil d'Etat du quatre Decembre 1717.
2
72 LE MERCURE
& precedens Arrefts : Et enterinant les
Lettres en forme de revifion; lad . Chambre
a déchargé & décharge lefdits Hyacinthe
d'Izelin Baron de Lanans , Jean Frederic
d'Orival & Jofeph Bret , des accufations
contre eux intentées , & de toutes les condamnations
, réparations , dommages ,
interefts & dépens contre eux prononcez
par les Arrefts du Grand Confeil des dixlept
, dix-neuf , vingt- quatre Septembre ,
fix & douze Octobre 1716. & ce nonobftant
toutes Lettres de Commutation de
peine , obtenues par lefdits fieurs d'Orival
& de Lanans & par ledit Jean Goux , lefquels
demeurent nuls & de nul effet; Ordonne
que leurs écroux feront rayez &
biffez. A renvoyé & renvoye ledit Bret
dans les fonctions de fes charges & offices,
& a ladite Chambre mis ledit Jean Goux
hors de Cours , fur l'accufation intentée
contre lui ; & faiſant droit fur le procez
& plainte incidente , intentée au Grand
Confeil par ladite Jeanne Noelle Leonard
Pierre , le deux Aouft 1714. pour prétenduës
violences exercées contre -elle le treize.
Juillet 1714. Ladite Chambre a dechargé
de ladite accufation ladite Marie Elifabeth
le Gendre & ledit Briois ; & ordonne que
le decret de prife de corps decerné contre
ladite de Galice, fera rayé & biffé : a renvoyé
& renvoye ledit Nicolas Briois dans
les fonctions defa charge d'Huiffier à verge
211
DE JUILLET.
73
an Châtelet de Paris : & avant faire droit
fur ce qui concerne ledit David de la Vallée
, dit le Pere Nouricier , a ordonné &
ordonne qu'il fera affigné à fon dernier domicile
, pour être oui en ladite Chambre
fuivant l'Ordonnance , & auffi avant faire.
droit fur les reparations civiles , dommages ,
interefts & dépens demandez par les Accufez
& Demandeurs en revifion ; cnfemble
fur les droits & prétentions dudit
d'Orival , refultans de fon Contrat de
mariage & de la Tranfaction du dix Octobre
1710. LA CHAMBRE a ordonné
& ordonne , que dans quinzaine les Parties
contefteront plus amplement : & attendu
que Pierre- François Clement , Marie- Antoinette
de Neven & Marie- Anne Grand
Villemin femme de Nonotte , n'ont point
comparu lors du prefent jugement , nonobftant
les fommations qui leur ont été
faites à la requefte du fieur Procureur General
de la Commiffion , ladite Chambre
a ordonné & ordonne qu'ils feront affignez
à comparoitre à laditeChambre Souveraine
de l'Arfenal . A ladite Chambre mis &
met hors de Cour Noël Segalem , Prêtre
habitué à Saint Roch : a declaré & declare
le défaut levé au Greffe le deuxième Decembre
1718. contre Antoine Aliber &
Philbert Daclin fa femme ,bien & duëment
obtenu & pour le profit , le preſent Ar.
reft commun avec eux , a ordonné & or
Juillet 1719. G
74 し
LE MERCURE
donne qu'un Libelle imprimé fans nom
d'Auteur ni d'Imprimeur , à nous envoyé
cacheté , & diftribué dans le public , intitulé
Obfervations , qui contient un grand
nombre de faits faux & calomnieux , demeurera
fupprimé ; & qu'à la requeſte
dudit fieur Procureur General , il fera informé
contre les Auteurs , Porteur & Imprimeur
dudit Libelle : Et fera le preſent
Arreft lû , publié & affiché par tout ou
befoin fera. FAIT en la Chambre Souveraine
de l'Arfenal , tenue à Paris le
vingt-cinquième jour de May , mil fept
cent dix-neuf. Collationné . Signé , Grosmenil.
Le prefent Arrest a été lû & prononcé
audit Antoine Dubois , entre les deux Guichets
des prifons du Fort l'Evêque , où il a
été mandé & fait venir de fa prifon par le
Geolier , par Nous fouffigné Greffier de ladite
Chambre Souveraine , lefdits jour &
an. Collationné. Signé , Grofmenil .
EXTRAIT DES REGISTRES
de la Chambre Souveraine de l'Arfenal.
LA CHAMBRE faifant droit fur
les Requeſtes de Pierre François , Clement
& Marie Antoinette de Neveu inferées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat du quatre
Decembre 1717. & enterinant les Lettres
en forme de revifion par eux obtenues , a
DE JUILLET .
75
dechargé & decharge lefdits Pierre- François
, Clement & Marie - Antoinette de
Neveu des accufations contre eux intentées
, & de toutes les condamnations
dommages , interêts & depens contre euxprononcez
par l'Arreft du Grand Confeil
du 6. Octobre 1716. A ordonné que l'écrou
de ladite Marie- Antoinette de Neveu
fera rayé & biffé . A ladite Chambre renvoyé
& renvoye ledit Pierre François-
Clement dans les fonctions de fa Charge
& Office de Confeiller au Prefidial de Befançon
; & avant faire droit fur les dommages
, interêts & depens par eux deman
dez , a ordonné & ordonne qu'ils conte
teront plus amplement , conjointement
avec les autres Accufez & Demandeurs en
revifion , conformement à l'Arreft de la
Chambre du 25. May dernier. Et fera le
prefent Arreft lû , publié & affiché par
tout où befoin fera. Fait à la Chambre
Souveraine de l'Arfenal , tente à Paris le
27. Juin 1719. Collationné. Signé ,
GROS MENIL.
Noms de Noffeigneurs les
Commiffaires
Generaux de la Chambre Souveraine de
l'Arfenal , créez pour la revifion du
Procés.
M. de Caumartin ; Prefident.
Meffieurs les Confeillers d'Etat . D'Ar-
Gij
76 LE MERCURE
gouge
de Rannes , de Bechameil de Noin
tel , Foucault , de la Bourdonnaye , de
la Rochepot , de Saint- Conteſt ...
Meffieurs les Maiftres des Requeftes . De
Fremont d'Auneuil , de Machault , Lieutenant
General de Police , Raporteur du
Procés de Maupeou d'Ableige , de Boffand
, de Bernage , Angran , de Pomereu
, le Gendre de Saint- Aubin , Parifot ,
Regnault.... M. Amelot de Chaillou
Procureur General de la Commiſſion.
M. de Grofménil , Greffier des Commiffions
extraordinaires... M. Duportault ,
Avocat.
...
LETTRES PATENTES
Qui ordonnent la conftruction de cinq nonvelles
Fontaines au Fauxbourg
de S. Antoine.
?
'A CES CAUSES , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc d'Orleans
petit- fils de France , Regent , Nous
avons ordonné , & par ces Prefentes fignées
de nôtre main , ordonnons , voulons
& nous plaît , que lefdits plan , projets &
deffeins foient executez felon leur forme
& teneur ; & qu'à cet effet les cinq nouvelles
fontaines feront faites & placées ; la
premiere , au coin de la rue des Tournelles
carrefour de la Baftille ; la feconde , gran
DE JUILLET. 77
2-0
:
de rue du fauxbourg faint Antoine , encoignure
de la rue de Charonne , au lieu
d'une ancienne échoppe , qui y eft à pre
fent la troifiéme , devant l'Abbaye , entre
la Boucherie & le petit marché ; la
quatriéme , carrefour des rues de Charor
ne & de Basfroid , encoignure d'un Mara's
vague , qui fera conftruite en pan coupé
d'alignement , d'un côté fur la grande rië
de Charonne & de l'autre fur ladite ruë
de Basfroid , ainfi qu'elle a été commencée
vers fon aboutiffant ; & la cinquiéme , ruët
de Charenton prés les Angloifes , baffecour
de l'Hôtel des Moufquetaires , avec
tous leurs tuyaux de conduites de groffeurs
convenables , baffins & refervoirs neceffaires
au dedans defdites Fontaines , pour y fournir
de l'eau abondamment ; ces Fontaines
conftruites fuivant les deffeins du Maître
general des Bâtimens de la Ville , & les
& les allignemens par lui donnez en prefence
des Prevôts des Marchands & Efchechevins
Ordonnons en outre que tous les
Proprietaires des Places & heritages , fur
partie defquels lefdites Fontaines feront
conftruites, remettront inceffamment leurs
titres , memoires & pieces neceffaires
parvenir à leur dedommagement , s'il y
échet , entre les mains defdits Prevoft des
Marchands & Efchevins , que nous avons
pour ce commis & députez , avec lesquels
ils conviendront à l'amiable , ou fuivant
pour
G iij
8 LE MERCURE
l'eftimation qui en fera faite , & payez des
deniers de ladite Ville ; & ce qui fera par
eux ordonné , executé nonobftant oppofitions
ou appellations quelconques . DONNE'ES
à Paris le jour de Juin l'an de grace
mil fept cent dix- neuf , & de nôtre Regne
le quatriéme. Signé LOUIS ; Et
plus bas , Par le Roy , LE DUC D'ORLEANS
Regent prefent. PHELY PEAUX .
Et fcellées du grand Sceau de cire jaune.
Registré en Parlement le 6. Juillet 1719.
Signé , GILBERT.
Il y a un Arrêt du Confeil d'Etat qui
ordonne la même chose que deffus .
Lettres Patentes, regiftrées en Parlement
le 6. Juillet 1719. qui ordonnent le defrichement
du Canton de quarante- cinq arpens
de Taillis de la Garenne de Vezinet,.
Maîtriffe de faint Germain en Laye.
Il y a un Arrêt du Confeil d'Etat qui ordone
le même défrichement.
LETTRES PATENTES
Portant que les ventes & adjudications des
biens immeubles de Paparel , feront faites
par des Commiffaires du Confeil , aprés
trois publications en la maniere accoûtumée
, & aux charges y contenuës .
>* A CES CAUSES de l'avis de nôtre
trés -cher & trés-amé Oncle le Duc d'OrDE
JUILLET 79
!
$
,
Feans Petit- Fils de France , Regent de nôtre
Royaume , &c. Nous avons ordonné
& ordonnons par ces Prefentes fignées de
noftre main , que les ventes & adjudications
des biens immeubles dudit Paparel ,
feront faites par des Commiffaires de noftre
Confeil après trois publications en la maniere
accouftumée , aux charges cy- aprés :
Sçavoir , celle de ladite Terre & Seigneurie
de Vitry fur Seine , à la charge par
l'Adjudicataire de payer & continuer par
chacun an , neuflivres de rente fonciere au
fieur de la Rue & fes fucceffeurs Chapelains
de la Chapelle de faint Nicolas en
l'Eglife de faint Germain dudit Vitry ,
fuivant l'Arreft de noftre Chambre de
Juftice du 26. Janvier 1717. d'entretenir
de pavé le chemin qui conduit depuis la
porte de la Ferme du Chapitre de l'Eglife
de Paris , au lieu appellé l'Archet , juſqu'au
pavé qui conduit à Choify fur Seine,
fur douze pieds de largeur en toute fa longueur
, fuivant voftre Arreft du 3. Septembre
1718. de payer & continuer par
chacun an à Maiftre Pierre Couffon & fes
fucceffeurs , Curez de la Paroiffe de faint
Germain dudit Vitry , deux demies queues
de vin du crû du lieu , faifant partie de fon
gros , & 122. livres 8. f. 10. deniers de
rente pour
les pauvres de ladite Paroiffe ,
faifant partie de 650. livres de rente fonciere
, & de bail d'heritage non rachetable ,
G iiij
LE MERCURE
conftituez par ledit Paparel par Contrat
du 31. Decembre 1703. paffe entre lui &
les heritiers Jouvenot , cy-aprés énoncez ;
& 7. livres s . fols auffi de rente foncière à
la Fabrique de ladite Paroiffe de faint Germain
de Vitry , conformement à voſtre
Arreft du 13. Decembre dernier, de payer
& continuer par chacun an à Maitre Jacques
Chedot Preftre Curé de la Paroiffe
de faint Gervais dudit Vitry , & à ſes ſucceffeurs
en ladite Cure , 52. livres de rente
fonciere , pour avec 48. livres conftituées
-fur les Aydes & Gabelles , faire la fomme
de cent livres de rente , que ledit Paparel
s'eft obligé de faire valoir audit Chedot &
à fes fucceffeurs Curez , par Contrat du
19. Septembre 1707. fuivant voftre Arreſt
du 22. May 1719. de payer & continuer
par chacun an à Frere François May de
Valombre,& à fes fucceffeurs en la Chapelle
& Preftimonie fondée audit Vitry par Daniel
Jouvenot , la fomme de 27. livres
11. fols 2. deniers , faifant avec 122. liv.
8. fols. 10. deniers cy- devant énoncez , qui
doivent être payez à Maiftre Pierre Couffon
Curé de faint Germain dudit Vitry ,
pour les pauvres des deux Paroiffes dudit
lieu , la fomme de 650. livres de rente
fonciere & non rachetable , conftituée
ledit Paparel par Contrat du 31. Decembre
1703. fuivant voftre Arreft dudit jour
22. May 1719. Et encore à la charge de
par

DE JUILLET. 81
révenement des Inftances appointées de
Maiftre Charles- Alexandre le Noir Prefident
en noftre Cour des Aydes , des Filles-
Dieu de Paris , & de Jean Adam & confors,
fuivant vos Arrefts des 7. Septembre,
12. Decembre & 30. Janvier derniers ,
que des deniers provenans du prix de la
vente de ladite Terre & Seigneurie de
Vitry , les arrerages defdites rentes & redevances
qui fe trouveront dûs & échûs lors
de l'adjudication ; enfemble les frais legitimement
faits , feront payez par privilege
& preference à tous créanciers , conformement
aux Arreſts cy- deffus énoncez , que
pareillement fur les deniers provenans de la
vente de ladite Terre , Jacques Duval &
conforts feront payez par privilege , de la
fomme de 2400. livres pour le fort principal
de 120. livres de rente fonciere & de
bail d'heritage conftituez für ladite Terre ,
des arrerages qui en feront dûs & échûs &
des frais legitiment faits , fuivant voſtre
Arreft du 7. Mars 1719. Pierre Jaquot de
Villeneuve Architecte , de la fomme de
27565. livres un fol , en deniers ou quittances
, à laquelle ont été eftirez & arrêtez
par Dulin Architecte , les ouvrages de
maçonnerie faits & fournis par ledit de
Villeneuve aux baftimens de ladite Terre
de Vitry , avec les interefts du jour de fon
oppofition , & frais [legitimement faits ,
fuivant voftre Arreft du 23. May 1719 .
82
LE
MERCURE

& Jacques Gouteux Charpentier de ce qui
fe trouvera lui être legitimement dû pour
les fournitures par lui faites aux baftimens
du Chafteau , bafle- cour & ferme de lad.
Seigneurie de Vitry , fuivant l'eftimation
qui en fera faite ; enfemble des interefts du
jour de fon oppofition , conformément à
voftre Arreft du 24. Janvier dernier. Celle
de la maison ruë neuve des Petits - Champsqui
appartenoit audit Paparel , à la charge
par l'Adjudicataire de payer & continuer
par chacun an 23. livres 16. fols 9. deniers
de rente fonciere & de bail d'heritage aux
heritiers de Pierre Bernier Procureur en
la Cour; & que les arrerages de ladite
rente qui feront dûs & échûs , & les frais
legitimement faits , feront payez par privilege
& preference fur les deniers provenans
de la vente de ladite maifon , fuivant voftre
Arreſt du 9. Janvier dernier ; que fur les
deniers provenans de la vente de lad , maifon,
il fera payé par privilege & preference
aux Religieufes de la Vifitation de fainte
Marie de Melun, 4581. livres 8. fols , pour
le fort principal de 190. livres 9. fols 6.
deniers de rente fonciere & de bail d'heritage
conftituée fur ladite maifon , avec les
arrerages qui en feront dûs & échûs , &
les frais legitimement faits , fuivant l'Arreſt
de noftredite Chambre de Justice du 16.
Mars 1717. & à Nicolas Hermier Procureur
en noftre Chambre des Comptes , la
DE JUILLET. 83
fomine de 20000. livres pour le fort principal
de 833. livres 10. fols 8. deniers de
rente au denier vingt- quatre , conftituée
fur ladite maiſon , avec les interefts qui en
feront dûs & échûs , & les frais legitimement
faits , fuivant voftre Arreft du 22 .
May dernier & encore à la charge par
tous les Adjudicataires de payer & continuer
par chacun an aux Religieufes Hofpitalieres
de Saint Anaftafe dit faint Gervais
, 300. livres d'une part , & 150. livres
d'autre de rentes viageres , conftituées &
leguées par François Paparel , pour Marie-
Anne Paparel fa fille , Religieufe audit
Convent , conformement à voftre Arreſt
du 18. Janvier dernier ; à Hilaire Jourdeul
5oo. livres de rente & penfion viagere
la vie durant , conftituée par Contrat
du 15. Novembre 1703. fuivant voftre
Arreft du 22. May dernier ; & à Dame
Madelaine de la Roche veuve d'Alophe
Baffetard , 600. livres de rente & penſion
viagere fa vie durant , conftituée par Contrat
des 29. Janvier 1699. & 22. Juin.
1713. fuivant voftre Arreft du ....
enfemble les arrerages defdites rentes viageres
qui fe trouveront dûs & échûs , &
frais legitimement faits , feront payez fur
le prix provenant de la vente & adjudication
defdits biens : & en outre à la chargeque
fur les deniers reftans de la vente des
effets dudit Paparel , il fera payé à Dame
84 LE MERCURE
Marie de la Mouche veuve de Jean- Baptifte
de Breget , la fomme de 4000. livres
pour le fort principal de 200. livres de
rente conftituée par François Paparel , par
Contrat du 22. Nóvembre 1688. enfemble
les arrerages qui en feront dûs & échûs ,
& frais legitimement faits , fuivant votre
Arreft du 3. May dernier; à Dame Marie
Sallé veuve de Jean - Jacques Lemairať , la
fomme de 6000. livres pour le fort principal
de 300. livres de rente conftituée par
François Paparel , par Contrat du 14. Septembre
1666. enſemble les arrerages qui en
feront dûs & échûs , & les frais , fuivant
voftre Arreft du 1z . May dernter ; à Gabriel
Meniffier de Launay , la fomme de
10000. livres pour le fort principal de 5oo .
livres de rente conftituée par led. Paparel ,
enfemble les arrerages qui en feront dûs ,
& les frais legitimement faits , fuivant vôtre
Arreft du 12. Janvier dernier ; & qu'il
fera pris la fomme neceffaire pour achever
le pavé commencé par ledit Paparel, depuis
la maison du nommé Michaut jufqu'à celle
de Marie Gilabert , fuivant voftre Arreſt
du premier Septembre 1718. fauf les decrets
que les Adjudicataires d'iceux en
pourront faire faire , lefquels Nous voulons
être portez & pourfuivis devant vous
auffi en la maniere accoûtumée , & les oppofitions
qui pourront y eftre formées , par
vous jugées , nonobitant l'Edit du feu Roi
DE JUILLET. 85
noftre trés -honoré Seigneur & Bifayeul du
mois d'Aouft 1669. auquel & à tous autres
Edits & Declarations , Nous avons , en
tant que befoin eft ou feroit , dérogé & dérogeons
; voulant que lefdits decrets ayent
la même force , & purge nos hypotéques
de la même maniere que s'ils êtoient faits
eu noftre Cour des Aydes , vous attribuant
à cet égard , auffi en tant que befoin
feroit , toute Cour & Jurifdiction , &
icelle interdifant à noftredite Cour des
Aydes. Voulons à cet effet , que tous les
coffres , caifles , caffettes & paquets , où
font les titres & papiers dudit Paparel
fcellez & cachetez ; enſemble les quarante
liaffes , & les originaux des oppofitions
qui ont été faites à ces fcellez par les creanciers
, qui restent en voftre Greffe des Depofts
, foient remis en l'état qu'ils font par
le Greffier dépofitaire, és mains du Greffier
de la Commiffion , qui fera nommé à cet
effet par lefdits Commiffaires de nôtre
Confeil ,, moyennant quoi le Greffier dépofitaire
en demeurera bien & valablemenr
déchargé. DONNE ' à Paris le vingtiéme
jour de Juin , l'an de grace mil fept cent:
dix-neuf , & de noftre Regne le quatriéme.
Signé , LOUIS . Et plus bas , Par
le Roi , LE DUC D'ORLEANS Regent
prefent. LE BLANC Et fcellées du grand
Sceau de cire jaune.
Regifré en Parlement le 6. Juillet 1719 .
Signé , GILBERT.
86 LE MERCURE
DECLARATION DU ROY
Qui accorde la Nobleffe au Doyen des
Subftituts duprocureur General du Grand
Confeil , & aux Doyens fes fucceffeurs
audit Office.
..
A CES CAUSES
& autres à ce Nous
mouvans , de l'avis de noftre trés - cher &
trés-amé Oncle le Duc d'Orleans Petit-
Fils de France Regent , de noftre tréscher
& trés-amé Oncle le Duc de Chartres
premier Prince de noftre Sang , de
noftre trés-cher & trés-amé Coufin le Duc
de Bourbon , de noftre trés- cher & trésamé
Coufin le Prince de Conti, Princes de
noftre Sang , de noftre trés- cher & trésamé
Oncle le Comte de Touloufe
Prince
legitimé , & autres Pairs de France ,
Grands & Notables Perfonnages
de noftre
Royaume , Nous avons declaré & ordonné
, & par ces Prefentes
fignées de noftre
main declarons
& ordonnons
, voulons &
Nous plaift , que noftre Confeiller
Subftitut
actuellement
en charge , Doyen de nos
Confeillers
Subftituts
de noftre Procureur
general au grand Confeil, & fes fucceffeurs
.
Doyens auffi actuellement
en charge , lefquels
ne feront pas iffus de noble race ,
enfemble leurs veuves qui demeureront
en
viduité , & leurs enfans & defcendans
DE JUILLET. 87
tant mâles que femelles , nez & à najftre
en legitime mariage, foient reputez Nobles ,
& comme tels , jouiffent de tous les droits ,
privileges , franchifes , immunitez , rangs ,
Téances & préeminences dont jouiffent les
autres Nobles de race de noftre Royaume ,
pourvû que ledit Doyen actuellement en
charge , & fes fucceffeurs Doyens , ayent
fervi dans ledit Office pendant vingt ans
entiers & confecutifs , ou qu'ils decedent
revêtus dudit Office ; & pour ceux qui
feront iffus de race noble , voulons que ces
Prefentes leur fervent d'accroiffement
d'honneur par le témoignage que Nous
Y donnons de l'eftime que Nous faisons des
fervices qui Nous font rendus dans l'exercice
defdites charges: & au furplus maintenons
& confirmons noftredit Confeiller
Subftitut Doyen , & nos autres Confeillers
Subftituts de noftre Procureur General au
grand Confeil, en la jouiffance & pofleffion
de tous leurs droits & privileges , dont ils
ont bien & duëment joui , quoique non
exprimez par ces Prefentes. DoNNE' à
Paris le vingt- deuxième jour de May , l'an
de grace mil fept cent dix neuf , & de nôtre
Regne le quatriéme. Signé , LOUIS;
Et plus bas, Par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent prefent. PHELYPEAUX .
Veu au Confeil , VILLEROY. Et fcellée
du grand Sceau de cire jaune.
Regiftré en Parlement le 6. Juillet 1719.
Signé , GILBERT .
(
88 LE MERCURE
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roi ,
Concernant les Billets de Banque , en Ecus
de buit & de dix au Marc.
EROY êtant informé que depuis
Lqu'il a été fait des Billets de fa Ban
que en livres tournois , la plupart des Por
teurs de ceux en Ecus , tant de huit que
de dix au Marc , les ont fait convertir en
Billets en livres , enforte qu'il n'en refte
que peu fur la place; Et Sa Majefté voulant
établir l'uniformité dans ces fortes de Billets
, & rendre par ce moyen la Regie de
fa Banque plus facile ; Ouy le Rapport.
SA MAJESTE ESTANT EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne
que dans trois mois pour tout delay , tant
pour le Royaume , que les Pays Etrangers,
les Porteurs des Billets de Banque en Ecus
de huit & de dix au Marc , feront tenus
de les rapporter à la Banque , pour en être
payez & rembourfez. VEUT & entend
Sa Majesté que ledit tems paffé , & fans
efperance d'aucun autre delai , lefdits Billets
demeurent preferits & reputez acquittez.
FAIT au Confeil d'Etat du Roi , Sa
Majefté y êtant , tenu à Paris le huitiéme
jour de Juillet mil fept cent dix- neuf.
Signé , PHELYPEAUX.
ARREST
DE JUILLET. 8.9
1
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roi ,
Portant Evocation de toutes les Conteſtations
concernant l'Execution de celui du 27 .
May, au fujet des Lettres de Change
tirées d'Angleterre de Hollande.
SUR ce qui a été repreſenté au Roi
êtant en fon Confeil , que nonobftant
l'Arreft rendu par Sa Majefté le 27. May
dernier , qui ordonne qué les Lettres d'Angleterre
fur France , tirées avant & échuës
depuis le 8. du même mois , feront payées
en louis d'or de trente fix livres , fauf au
Porteur de fe faire rapporter parle Payeur
vingt fols par louis , au cas que le Jugement
diffinitif qui fera rendu en Angleterre
ordonne que les Lettres tirées avant &
échues depuis l'augmentation connuë du
premier May 1718. feront payées en Ecus
de; fix livres les Juge & Confuls de Paris
ont condamné par leur Sentence du 7.
du prefent mois , François Mathieu Vernezobre
de Laurieux ,Receveur General pour
la Compagnie des Indes de la Ferme Generale
du Tabac , à payer à Nolafque
Couvay la fomme de trois cent foixantequinze
livres d'une part , & de fix cent
quatre-vingt- quinze livres d'autre , pour
es vingt fols par lcais au fujet de diffe- 2.
H
୨୦ LE MERCURE
rentes Lettres de Change tirées de Lon
dres , le 6. Avril dernier , & payables à
deux ufances , & par confequent dans le
cas de l'Arreft du 27. Mai , qui comprend
les Lettres tirées avant & échuës depuis le
8. du même mois ; & comme cette Sentence
eft manifeftement contraire aux difpofitions .
de cet Arreft : Que d'ailleurs il importe :
au bien du Commerce que ces fortes de conteftations
foient promptement terminées ,
& que les Negocians ne foient pas expoſez
aux frais & aux longueurs des procedures ;;
& qu'enfin Sa Majefté a attribué à fon
Confeil par ledit Arreft du 27. May la
connoiffance des empêchemens qui pour-
} roient intervenir fur l'execution d'icelui :
Ouy le Raport . SA MAJESTE ESTANT
EN SON CONSEIL , de l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a caffé &
annullé la Sentence des Juge & Confuls
de Paris du 7. du prefent mois ; En confequence
décharge ledit Vernezobre des
demandes & pretentions dudit Couvay ;
Evoque Sa Majefté à ſa perfonne & à fon
Confeil toutes les conteftations muës & à
mouvoirau fujet de l'execution de l'Arreft
du 27. May dernier , circonftances & dé--
pendances : Fait deffenfes à toutes fes Cours
& Juges d'en connoître , & aux Parties ,
de faire des pourfuites ailleurs qu'en fon
Confeil , à peine de nullité , caflation de
procedures , trois mille livres d'amende & .
DE JUILLET. 91
5.
de tous dépens , dommages & intereſts.
FAIT au Confeil d'Etat du Roi , Sa
Majefté y êtant, tenu à Paris le onzième
jour de Juillet mil fept cens dix - neuf.
-Signé , PHELY PEAUX .
Collationné à l'Original .
££*******AZERES
LLLLLLIK

N
71
Ous
s parlames aẞés amplement le mois
paße dans notre Recueil de l'établiffement
du gratis dans l'Univerfité de Paris;
mais , comme nous ne pûmes point y inferer
les difcours de remerciement de M. Coffin ,
Recteur de l'Univerfité , nous nous faifons
bonneur aujourd'hui d'en orner nôtre Livre.
+
AURO Y.:
Pour le remercier de l'Etabliffement de l'Inftraction
Gratuite dans l'Univerfité
de Paris.
SIRE ,
C'eſt avec les fentimens de la plus vive
reconnoiffance , que I'UNIVERSITE' DE
PARIS fe prefente aujourd'huy au pied
du thrône de VOTRE MAJESTE
Certe Compagnie , forrnée d'abord par
les foins & dans le Palais même de nos .
Hij,
92 LE MERCURE
Rois , toûjours honorée pour cette raifon
du titre glorieux de leur Fille Aînée , a
confervé dans tous les tems des fentimens
dignes de fa naiffance ; mais elle avoit eu
jufqu'ici le malheur de n'en pouvoir foûtenir
la gloire & la liberté : peu differente
de ces anciennes Maifons dont la fortune
femble démentir l'origine , & qui fe voyent
prefque effacées par un grand nombre de
familles & moins nobles & plus opulentes.
Telle étoit , SIRE , la trifte fituation
de la premiere Univerfité du Monde , plus
dépendante du public que les autres Univerfités
de l'Europe , toutes formées fur
fon modele , ou forties même de fon fein ,
& toutes cependant beaucoup mieux dòtées
que leur Mere.
Ce n'eft pas que fes Fondateurs Au
guftes , en lui accordant des Privileges .
d'honneur , euffent oublié de pourvoir à
fa fubfiftance , ou qu'elle eût elle - mêine
diffipé fon patrimoine par une mauvaiſe
oeconomie. Mais elle avoit befoin d'une
nouvelle protection pour trouver dans le
fonds même que les Roys lui avoient laiffé ,
quoy fe paffer de tout fecours étranger.
de
Cette grace , mêlée de juftice , paroiſſoit
facile à la puiffance fouveraine : on en connoiffoit
d'ailleurs toute l'utilité ; & les Miniftres
les plus paffionnés pour la gloire
de leur Maître & pour le bien public ,
en avoient plus d'une fois formé le projet .
DE JUILLET. 23
1
Mais il falloit , SIRE , qu'on en dût l'execution
à Vôtre Majefté , aidée des confeil
d'un Prince intereffé à la gloire de vôtre
Regne , & porté par un goût naturel à la
à proteger les Arts & les Sciences , qui
peuvent en faire un des principaux ornemens.
Quel heureux préfage , SIRE , pour
toute la fuite de ce Regne , auquel nos
voeux ne mettent point de bornes ! Vous
vous montrez déja veritablement le Pere de
vos jeunes fujets , en leur procurant , ou
du moins en leur facilitant l'ineftimable
avantage de l'Inftruction , dans un tems
où Vôtre Majefté , par un difcernement au
deffus de fon âge , commence à connoître
l'importance de l'éducation , par celle que
vous recevez avec tant de fuccés entre les
mains de ces hommes choifis , qui font
chargés du précieux depôt de vos premieres
années ; fous la conduite d'un Prince de
vôtre Sang , attaché par le coeur à vôtre
Perfonne facrée , & moins fenfible à l'éclat
de ce glorieux employ , digne de fon
augufte naiflance , qu'aux progrés de Vôtre
Majefté,d'où il fcait que dépend la felicite
publique.
L'Univerfité , SIRE , s'efforcera de feconder
vos intentions vrayement Royales ,
en redoublant ſes foins auprés de ce Peuple
naiffant qu'elle éleve pour Vôtre Majefté .
Nous continuerons de le former dans la
94 LE MERCURE
pieté & dans les Lettres , & nous nous appliquerons
avec zele à infpirer de bonne
heure à ces Enfans les fentimens de reſpect ,
de foûmiffion & de reconnoiffance , qu'ils
doivent à un Prince de leur âge , qui par
fa liberalité vient de s'acquerir de nouveaux .
droits fur des coeurs que le devoir &
l'inclination lui avoient déja devoüés.

C'eft l'unique moyen , SIRE , que nous
ayons de reconnoître dignement les graces
que vous faites à l'Univerfité . Elle va renaître
& prendre une face nouvelle par les
bienfaits dont vous la comblez dés vôtre
enfance , femblable au Soleil du Printems ,
dont les rayons favorables rendent la joye
& la beauté à toute la nature , & qui r'animant
par une chaleur douce , mais féconde
, les fucs de la terre , fait éclore de toutes
parts les fleurs les plus brillantes , &.
prépare pour l'Automne une abondance
de fruits delicieux .
Puiffiez- vous , SIRE , goûter vous -même
long-tems le fruit de vos Royales bontés ,
dont la durée , égale à celle de la Monar--
chie , gravera en caracteres inefaçables le
fouvenir & l'amour de VOSTRE MAJESTE'
dans le coeur des Peres & des enfans
, & perpetuera en quelque forte votre
Regne fous les Regnes même de vos Succeffeurs
les plus reculés.
DE JUILLET.
95%
A. S. A. R. MONSEIGNEUR
le Duc d'Orleans , Regent.
Pour le remercier de l'Etabliffement de l'Inf
truction Gratuite dans l'Univerfité
de Paris , le 22. May 1719,
MONOSNESEIIGGNNEEUUR,
Les Promeffes que VOTRE ALTESSE
ROYALE avoit eû la bonté de faire
à l'Univerfité , ont été fuivies d'un effet
fi prompt , qu'il a laiffé peu d'intervalle
entre la demande & le remerciement. La
juftice que vous avez voulu qu'on nous rendît
, a receu en paffant par vos mains tout
le prix d'une grace pure & fignalée ; & de
quelque côté que nous l'envifagions , nous
fommes contraints d'avouer que nos expreffions
ne fçauroient atteindre à la grandeur
du bienfait , ni égaler la mefure de nôtre
reconnoiffance.-
Si des Nations entieres ont decerné les
plus grands honneurs à des Princes , pour
des ouvrages fujets au tems , & dont toute
l'utilité fe bornoit à l'embeliſſement des
Villes , & aux commodités de la vie ; que
ne doit point l'Univerfité, que ne doit point
même la France à vôtre Alteffe Royale .
96 LE MERCURE
.
pour un établiffement qui tend à perfectionner
l'efprit & les moeurs , & qui fubfiftera
autant que la Monarchie , dont la
durée , comme nous l'efperons , égalera
celle du monde ?
Tout le Royaume a déja fait éclater fa
joye par fes louanges & fes applaudiffemens.
L'Univerfité , que ce nouvel avantage
touche encore de plus prés , y eft d'autant
plus fenfible , que le Prince , de qui
elle le tient , connoît mieux que perfonne
quels doivent être les motifs & les uſages
d'une telle grace .
Vous avés compris , Monfeigneur , que
l'éducation de la Jeuneffe eft le premier &
le plus folide fondement de la gloire & de
la felicité des Etats ; que l'honneur & la
la liberté font l'ame des Lettres , que pour
fervir plus utilement le public dans nos
profeffions , il faut en être indépendant
& que c'eft cette indépendance même à
l'égard du Public, qui attache plus étroitement
au Prince, en réuniffant à lui tous les
fentimens de reconnoiffance qu'on feroit
obligé de partager entre les particuliers .
C'eft par des vûes fi nobles & fi élevées,
Monfeigneur , que vous avés formé le delfein
de l'Inftruction gratuite dans l'Univerfité
de Paris , & que vous en avés avancé
l'éxecution avec un empreffement , qui
pourroit faire douter fi vous avés eu
plus de joye en nous accordant cette fa-
Your
HELDE
1
DE JUILLET.
LYON
Le commandement des Troupes en Scie
Le fieur Hamilton , Lieutenant General ;
commandera les Troupes qui font fur les
côtes , & il aura fous lui les fieurs Palmquift
& Stromfeld. Le Comte Sture Bielke
s'embarqua le 9. à Gottembourg , pour
paffer en Hollande , d'où il fe rendra à
Vienne en qualité d'Ambaffadeur de Suede .
Le Comte Charle Bielke fon frere , doit
paffer en France avec le même caractere.
On a relâché quelques Vaiffeaux Marchands
Hollandois qui avoient été pris par
des Armateurs , fous d'anciennes commiffions.
Le 9. Juin M. le Fort , Major General
, qui eft arrivé ici de la part du
Czar , pour complimenter la Reine fur
fon avenement à la Couronne , eut fa,
premiere
audience de S. M. L'on a poſté
des Troupes le long des côtes de Wak
sholm , pour prevenir une deſcente de la
part des Ennemis . Les ordres ont été donnez
pour former inceffamment 4. Corps
d'armée , & pour équiper la Flore. Le General
Reifnchild eft allé à Odewald , pour
y affembler l'armée , & l'Amiral Orntfeld
tâche de mettre à couvert cette Place. Les
Danois ont bloqué non feulement ce Port
& celui de Maefterland , mais auffi toute
la côte jufqu'à Stromstad. Ils ont neuf
Vaiffeaux de guerre , 3. groffes Prames
4. Galeres & environ 40 Bâtimens de
tranfport devant Elboüin. Le Vaiffeau
Juillet 1719.
L
DELA
VILLE
122 LE MERCURE
monté par le General Tordenfchild eft de
50. pieces de canon & d'environ 400. hommes
d'équipage. Les autres font depuis
Jo . jufqu'à 60. pieces de canon . Il y a à
l'embouchure de la Riviere de Babus
autrès Vaiffeaux de guerre du même rang ,
3. Galeres & 2. Prames , qui empêchent
la communication depuis cet endroit jufqu'à
Macfterland . Les Ennemis ont quatre
Fregattes qui croifent de côté & d'autre.
Ils n'ont encore rien entrepris. Ils veulent
bombarder nos Chateaux.
Le bruit court que le Duc de Holftein ,
fe fait traiter prefentement d'Alteffe R.
& qu'il a deffein d'envoyer à Stokholm
une proteftation dans les formes , contre la
prife de poffeffion de la Couronne de Suede
par la Reine. On parle fort du mariage de
ce Duc avec l'aînée des Princeffes de
Galle . On en juge par le deffein qu'il a
d'aller à Hanovre pour y faluer le Roi de
la Grande Bretagne. Les Miniftres de ce
Prince & de l'Evêque d'Eutin , n'ayant pû
terminer leurs differends , ces deux Princes
ont reglé eux-mêmes cette affaire le
30. Juin. L'Evêque prendra 30. mille
Rifdales par an , fur les revenus des Baillages
de Bifmar, Oldenbourg & Femeren. Le
Comte de Spaar a remis tous fes emplois
& s'eft retiré dans une de fes Terres. Sa
Charge de Prefident de la Chancellerie a
été conferée au Comte de Cronhielm , &
DE JUILLET. 123
on lui a donné pour adjoint le Comte de la
Gardie.
Le 28. May dernier on publia ici que la
liberté du commerce & de la navigation ,
avoit été accordée aux Hollandois vers les "
Places conquifes par le Czar de Moſcovie.
Voici la traduction du formulaire des paffeports
ou atteftations données pour cet effet
par M. Rumpf, Reſident de L. H. P. les
Etats Generaux des Provinces Unies à
Stokholm .
Je fouffigné , Miniftre de L. H. P. à
la Cour de Suede , atteste par ces Prefentes
que S. M. Suedoife , à la requifition des
Etats- Generaux des Provinces Unies des
Pais-Bas , a accordé aux Sujets de l'Etat
la liberté du commerce & de la navigation
dans tous les Ports de la Mer Baltique , &
en particulier dans ceux qu'on nomme Ports
deffendus , comme Revel , Riga , & c . à
Stokholm le 28. May 1719 Signé ,
Rumpf.
Le Lord Carteret Ambaffadeur de S.
M. Br . eft arrivé à Gottembourg . Il doit
fe rendre inceffamment à Stokholm avec
une fuite nombreuſe & magnifique.
E
à Hambourg le 15. Juillet.
LT Roide Dannemarck , accompagné
du Prince Hereditaire , debarqua le
23. Juin à Larwig . Le 25. il alla à Fri-
Lij
124 LE MERCURE
dericshall , & voulut voir l'endroit où le
Roi de Suede avoit été tué . S. M. s'eft
embarquée prés de Flaftrand avec le Prince
Royal , fur le Vaiffeau de guerre nommé
l'Ebenezar , & elle a fait voile vers la Norwege
avec un vent favorable. De tous les
membres du Conſeil privé , M. Wiebe a
été le feul qui ait fuivi le Roi , qui voulant
profiter de la divifion qui regne en
Suede , eft paffé en Norwege . Ce Monarque
a fait affembler un affez grand nombre
de Troupes aux environs de Friderics -
hall. Celles qui font vers Drontheim ,
ordre de ſe rendre du côté de Vinger, pour
faire une autre diverfion ; enforte que la
Suede fera attaquée par trois differens endroits.
Le Contr'Amiral Tordenschild a
bombardé Elsbourg ; mais avec peu de
fuccés . On eft actuellement occupé à embarquer
un train d'artillerie de 24. pieces
de canon de 36. livres de balle . Il fera
tranfporté en Norwegue , fous le convoi
de 2. Fregattes qui font prêtes à mettre à
la voile au premier vent favorable. L'Efcadre
Angloife commandée par l'Amiral
Norris , arriva le 3. dans cette rade . Elle
eft compofée de 16. Vaiffeaux de guerre .
Cet Amiral regala le 4. à bord de fon
Vaiffeau les Miniftres de la Cour . L'Amiral
Judicer doit commander la Flote
Danoife. Il eft arrivé fous l'Ifle de Bornholm
12. Vaiffeaux de guerre & quelques
3
DE JUILLET 129
Fregattes Mofcovites , qui y attendent
un grand nombre de Galeres chargées de
Troupes. Elles doivent joindre nôtre Flote
pour agir de concert contre la Suede . Tou
tes nos Troupes qu'on doit embarquer , ont
reçûordre d'être à bord dans trois jours ,
afin de fe mettre en Mer. Le deffein du
Roi cit d'aller attaquerMaeftrand ou Gotrembourg.
On affûre que ce Monarque a
fait publier un Manifefte , dans lequel il
fe plaint fort de l'Angleterre. On voit
par-là qu'il cherche l'occafion de fe réunir
avec le Czar , pour attaquer conjointement
la Suede. Le Marquis de Senneterre
arriva le 2. à Hanover cù le Roi d'Angleterre
eft revenu des Eaux de Pyrmond. Un
vieux Soldat , nommé Henri Clofter , eft
mort à Lingen âgé de 125. ans . Il avoit
fervi o . ans en diverfes guerres , fans jamais
avoir été malade. Les Commiflaires
Imperiaux , ont retabli la Ville de Roftok
dans la jouiffance de fes anciens privileges ;
& l'on a remis par proviſion aux Magiftrats
l'adminiſtration du Bureau des Affifes ,
dont on avoit congedié les Officiers établis
par le Duc de MеKelbourg. Ces Commiffaires
doivent travailler à l'affaire de la
Nobleffe du Païs. Comme le Ministre de
ce Prince eft parti de Roftok , ils ont refolu
d'envoyer un Secretaire à M. Petκum ,
pour l'informer de leurs deliberations ,
afin qu'on n'en pût pretendre cauſe d'igno-
Liij
126 LE MERCURE
rance. Cinq Regimens des Troupes du
Cercle fe font deja retirez du Meklen
bourg , & le Duc de ce nom doit retourner
inceffament à Swerin.
L
à Vienne le 15. Juillet
E 25. Juin on celebra avec beaucoup
de magnificence l'anniverſaire de la
naiffance du Roi de Portugal.
>
+
Le s . Juillet , le General , Comte de
Flemming eut une audience folennelle
de S. M. I. H y demanda publiquement
en mariage l'Archiducheffe Joſephine
pour le Prince Electoral de Saxe. Elle lui
fut accordée en prefence des Imperatrices ,
& de prefque tous les Miniftres & Dames
de la Cour. La future épouſe en reçût enfuite
les complimens & M. le Comte de
Flemming dépêcha un Exprés avec cette
agreable nouvelle , au Roi de Polognefon
maître. Les Couriers qui viennent &
partent fort fouvent pour les deux Cours
font prefumer qu'il s'y traite quelque affaire
d'importance. On prepare au Palais de
la Favorite un appartement fuperbement
meublé pour le Prince Electoral de Saxe ,
dont on fera les fiançailles avec l'Archiducheffe
le 11. de ce mois . S. M. I. n'a point
voulu confentir que le mariage de ce Prince
fûr confommé à Drefde . L'exemple des
Electeurs de Baviere , qui font venus ici
DE JUILLET. 127
pour un pareil fujet , fait toute fa raiſon.
La ceremonie du mariage fe fera dans l'Eglife
Cathedrale de S. Etienne. Il y aura
pendant trois jours de grandes réjouiffances
à la Cour,aprés lefquels les nouveaux époux
partiront pour Saxe . Plufieurs Seigneurs
Polonois le font déja rendus en celle Ville
pour affifter à la celebration de ce mariage.
4
L'échange des deux Ambaffadeurs s'eft
fait avec beaucoup d'éclat & de magnificence
, dans une belle plaîne prés de Parackin.
Le Comte de Virmont , Ambaffadeur
de l'Empereur , .fut reçû par un
Commiffaire de la Porte , qui eft chargé
de le conduire , & de le défrayer jufqu'à
Conftantinople avec ceux de fa fuite. Ibrahim
Bacha , Ambaffadeur du G. S. fut
reçû de même par le Commiffaire Imperial.
Le premier regala les Turcs de toute forte
de confitures & de rafraichiffemens. Les
fecond donna aux Imperiaux des parfums
& du caffé. Ce dernier Ambaffadeur fit le
26. Juin fon entrée publique dans Belgrade'
en grande pompe & avec les ceremonies accoûtumées
dans ces fortes d'occafions. Le
27. il rendit vifite à cheval à M. le Comte
& General d'Odoyr , Gouverneur de la
Place ' , qui fit à ce fujet dreffer une belle
tente , & qui regala l'Ambaffadcur Ture
d'une belle boucle de ceinture , garnie de
* Limites des deux Empires.
L iiij
128 LE MERCURE
diamans, eftimée 4000. florins. M. le Gou
verneur monté fur un trés-beau cheval
d'Efpagne , & fuivi de prefque tous les
Officiers de fa garnifon , tous fort proprement
& fort richement habillez , rendit fa
vifite à M. l'Ambaffadeur , qui le reçût
avec toutes les marques d'honneur & de
diftinction . On remarqua entr'autres , que
Ibrabim Bacha n'ayant point mis la main
à fon turban , M. l'Ambaffadeur n'ôta
point fon chapeau , & qu'il eut toûjours la
droite aprés la vifite. M. le Gouverneur fut
regalé par l'Ambaffadeur d'un beau Cheval
Turc richement harnaché , qu'il avoit
monté lui même. On attend ici cet Ambaffadeur
de jour à autre. On a paffé en
revûë nôtre Bourgeoifie qui doit être fous
les armes à fon entrée. Par ordre exprés
de S. M. I. ce Miniftre Turc fera traité
par tout avec diftiction. On lui a deſtiné
à Belgrade l'Hôtel du Prince Eugene qui
eft trés - richement meublé: il a une fuite de
600. perfonnes , qui toutes feront entretenues
aux depens de l'Empereur. On a pa
reillement meublé ici à cet Ambaffadeur un
trés bel Hôtel au fauxbourg de Leopold ,
où il fera reçu lui & toute fa fuite avec
toutes les marques de diftinction . M. le
Comte de Virmond , Ambaffadeur de S.
M. I. a pris la refolution de continuer fon
voyage par terre , & de vendre tout le fuperflu
de fon équipage qui eft à Belgrade ,
DE JUILLET. 129
pour en employer l'argent au rachapt des
Efclaves Chretiens ; on dit même qu'il y
joindra une groffe fomme de fon propre
argent. Les preféns que l'Ambaffadeur
Turc doit faire à l'Empereur de la part du
Sultan , confiftent en beaux chevaux avec
leurs harnois brodez d'or , enrichis de diamans
& parfemez de perles ; en Tentes ,
en Lions , en Tigres , &c.
,
On a mis dans nôtre Arfenal 200. canons
qui font arrivez ici de Belgrade, pour
être
refondus. Il y en a une partie aux armes
de l'Empereur , & une autre à celles des
Turcs. Il y en a un furtout de 800. de
bales , pris fur les Turcs dans la derniere
guerre. S. M. I. toûjours portée à la paix,
n'épargne rien pour engager la Pologne à
procurer au Roi Stanillas un entretien &
un azile où ce Prince puiffe tranquillement
paffer le refte de fes jours M. le Baron de
Bentenrieder eft arrivé ici d'Angleterre &
de la Haye. La Cour a fort approuvé fa
conduite dans toutes les negociations dont
il a été chargé. Le Comte Leopold Win
difgratz le remplace à la Haye , en qualité
d'Envoyé de l'Empereur. Le Comte Maxi
milien , Feld - Marêchal- Lieutenant , a été
fait Confeiller d'Etat de l'Empereur.
Il s'eft elevé quelques brouilleries à Ratif
bonne aufujet de la Charge d'Archi- Ecuyer
propofée à l'Electeur d'Honover . Ce dernier
allegue qu'il ne veut point fe mettre
130 LE MERCURE
mal à ce fujer avec le Duc de Saxe : mais
que fi S. M. I. veut terminer cette affaire ,
elle n'a qu'à lui donner la qualité que le Roi
de Boheme poffede, & prendre celle d'Archi-
Ecuyer , comme Arciduc d'Autriche.
Les Etats du Royaume d'Hongrie doivent
être convoquez au premier jour à Prefbourg.
On apprend de Mantouë que les"
équipages de la Princeffe Medicis y étoient'
arrivez en partie. On l'y attend elle-même,
pour fe marier avec lePrince Darmstad. ·
Les Etats de Juliers & de Bergue n'ont
pû jufqu'ici s'accorder enſemble fur la levée
du fubfide qui leur a été demandé de la
part de S. A. Elect. de Cologne. L'Electeur
Palatin a fait prefent à l'Electeur de
Treves fon frere de cent beaux orangers.
Les avis de Milan portent que les canons
& mortiers qui ont été tirez tant de notre
Château que de celui de Pavie , font definez
à l'expedition de Sardaigne : Que le
Marquis d'Aix Piemontois , a des conferences
continuelles en cette Ville avec les
Miniftres de Vienne ; & l'on mande de
Turin que l'on a arrêté tous les Bateaux qui
font fur le Po , pour tranſporter à Valence
les canons , boulets , poudre & autres uftenciles
de guerre , pareillement deftinez
à la conquête de la Sardaigne , que l'on
fouhaite avec tant d'ardeur , que S. M.
Sard. en fera volontiers une partie des
frais. Le General Bonneval doit fe rendre
DE
JUILLET. 131
à Genes , pour preffer l'embarquement des
troupes & des munitions. Le General Lucini
le doit fuivre avec fon Regiment Italien.
On a expedié les Patentes aux Commiffaires
des vivres , pour leur faire livrer
de la farine.
à Francfort le 12. Juillet 17192
A nuit du 26. au 27 % entre 10. & II .
le feu prit dans la Bockaffe , qui eft
au centre de la Ville. Il fe répandit avec
tant de violence dans plufieurs rues , qu'on
ne put en arrêter le cours en 24. heures .
Cet incendie a reduit en cendres plus d'une
douzaine de ruës , tant grandes que petites,
& pour le moins 497. maifons , parmi lefquelles
il y a plufieurs Hôtels de prix . On
compte plus de 1800. familles reduites à
Faumone par cet horrible defaftre . Le
Chapitre de notre Cathedrale a perdu
18. maisons , & celui de N. D. 21. La fe
chereffe qui regne en ces quartiers , a beau
coup contribué à la durée du feu , nos puits
& nos fontaines êtant prefque taris. On
étoit obligé d'aller chercher de l'eau à la
riviere qui étoit fort baffe. On voyoit avec
regret les maifons & les meubles expofez
à la fureur des flammes fans pouvoir y remedier.
Les fecours des Princes voifins
la fage conduite de nos Bourgue- Maîtres
le courage des Soldats de la garniſon , le
zele de notre Bourgeoisie , l'ardeur des
>
132 LE MERCURE
> Païfans en un mot , tout fut inutile.
C'étoit un torrent de flammes inacceffible
à quiconque auroit eu la temerité de vouloir
les arrêter. Peu s'en eft fallu que noftré
Laboratoire , noftre Fonderie & nöftre
Arfenal , n'ayent éprouvé le même fort
Outre les maifons entierement confommées ,
il y a plufieurs quartiers de la Ville endommagez
. L'on ne fçait pas encore au jufte
le nombre des perfonnes qui peuvent avoir
été enfevelies dans les flammes . On n'en
compte que 15. juſqu'à ce jour 30. & l'on
fait monter la perte des maifons , meubles
& marchandifes , à plus de cinq millions
de florins.
Le Magiftrat de cette Ville , toûjours
attentif au bon ordre qui s'y doit obferver,
a fait afficher un placard le 29. par lequel
il enjoint à tous ceux qui pourroient avoir
recelé , vendu ou détourné les effets demenagez
, de les apporter à la Chancellerie ,
au cas qu'ils ne fçachent pas à qui ils appartiennent
; fi non , qu'il les pourſuivra en
Juftice comme voleurs.
à la Haye le 24. Juillet
S. Juillet , le Comte de Cadogan
Ambaffadeur de S. M. Br . reçût un
Exprés de Londre , avec la nouvelle de la
deffaite entiere des Rebelles en Ecoffe. Cet
Exprés fut d'abord dépêché pour Hanover.
DE JUILLET. 133
Le 7. ce Miniftre reçût la confirmation
de la deroute des Montagnards , & fit par
tir auffitôt un Courier , pour en donner
avis à S. M. Br . La Cargaifon du Vaiffeau
, nommé le Prince Eugene , arrivé de la
Chine à Oftende , doit être venduë publiquement
le 16. de ce mois : Elle confifte
differentes fortes de marchandiſes . Deux
Députés Oftendois font venus prier le
Marquis de Prié de reclamer un Vaiffeau
de ce Port , qui a été pris par un autre
Vaiffeau d'une Puiffance voifine.
en
a
On mande de Bruxelles du 10. Juillet ,
que tous les tumultes qui s'y étoient élevés,
font prefentement tout à fait apaifés . La
levée du Subfide pour l'année 17 8. fur lequel
il y avoit de grandes oppofitions , a
été accordée le 27. de l'autre mois par les
Nations. Toutes les alienations du Domalne
qui ont été faites depuis la mort du
Roi Charle II . ont été declarées nulles par
une Ordonnance qui caffe pareillement
tous les contracts paffés en confequence.
On n'a tenu une affemblée extraordinaire
pour la recette des droits › que dans le
deffein de fatisfaire les Etats Generaux qui
ont demandé leurs fûretés pour les arrerages
de Subfide qui leur font dûs depuis la
derniere guere , & qui leur font affignés
fur ces fonds . Les Doyens des Nations , qui
font prifonniers, avoient demandé des Avocats
par une Requête prefentée au Confeil
734 LE MERCURE -
?
de Brabant ; mais , comme on n'accorde
point cette grace à ceux qui font coupables
de crime d'Etat , on a rejetté leur propofition
; & le Fifcal a continué d'entendre
un grand nombre de témoins , qui ont été
confrontés avec eux . On croit qu'on en fera
une punition exemplaire. Les Magiftrats
qui devoient fortir de charge , ont été continués
par provifion .
On a publié ici une declaration , qui revoque
& declare nulles toutes les Lettres
d'annobliffement accordées aux Particuliers
fous le Roy Philippe V. L'execution en
fera cependant fufpendue par les remontrances
du Confeil d'Etat ,jufqu'à ce qu'on
ait recû de nouveaux ordres de la Cour de
Vienne. On a arrêté quelques - uns de ceux
qui avoient eu part aux derniers tumultes ;
y a même des Commiffaires nommés
pour faire leur procés .
L
à Londre le 20. Juillet 1719.
·E Roy a enjoint de nouveau aux Seigneurs
Jufticiers de faire inceffament
mettre à la voile les Vaifleaux de
guerre deftinés à renforcer l'Efcadre du
Chevalier Jean Norris dans la mer Baltique.
On fe flate de plus que le Lord Carteret
, nôtre Ambaffadeur à la Cour de
Suede , viendra à bout de renouveller les
anciens Traités qui font entre l'Angleterre
DE JUILLET. 135
& la Suede , & qu'il pourra par fes bons
offices engager àરે un accommodement les
Couronnes de Dannemarc & de Suede.
La ceremonie de l'inftallation du Duc
de Kingfton , Chevalier de la Jarretiere ,
fut faite le 27. Juin dernier à Windfor,
par le Duc de Kent , le Duc de Montagüe
& le Duc de Newcastle, qui furent deputés
pour cette fonction par une commiffion
fcellée du Sceau de l'Ordre . Les jeunes
Princeffes de Galle avoient pris les devans
le 26. pour la voir. Il y eut un grand concours
de Seigneurs & de perfonnes de diftinction
, que le nouveau Chevalier traita
magnifiquement à dîner. Il y avoit une
table de cent couverts pour les hommes , &
une de 30. pour les Dames , qui fut tenuë
par la Ducheffe de Kingſton .

Un Vaiffeau de guerre Anglois a pris
dans le detroit 2. Fregattes Efpagnoles , &
Vaiffeaux de tranfport qu'il a conduis
à Gibraltar . Le 13. le Duc de Richemond
partit pour Paris , afin d'y voir la Duche
de Portmouth ſa mere. Il ira enfuite à
Hanovre , où le Comte de Sunderland
doit fe rendre inceffamment. "
On doit dreffer au premier jour à Du
blin fur un pied d'Eftal la ftatue équestre
-du Roy. Elle a été faite fur le modele de
celle du Roi Charle premier qui eft à Charing-
Croff. Le projet que les Commiffaires
des Plantations ont formé , au fujet de
136 LE MERCURE
l'établiffement d'une Manufacture de fel
Port- Mahon , a été agrée par le Confeil,
Les Lords Jufticiers fe font affemblés le 6.
de ce mois , pour deliberer fi Etat devoit
faire cette entreprife , ou fi l'on devoit
expedier une Patente en faveur du Gouverneur
de Minorque qui offre à en faire
toute la dépenfe ; mais , on ne croit pas que
les Lords Jufticiers decident rien fur cette
affaire , fans la communiquer au Roi . Le
Chevalier George Thorold a été elû par lä
Cour des Aldermans , pour être Maire
l'année prochaine . On mande de Falmouth
du 22. Juin qu'il y eft arrivé 40. Efpagnols
faits prifonniers de guerre au Châreau
de Donan , en Ecoffe. On doit les
tranfporter à la Corogne. La Defiance ,
Vaiffeau de Roi , eft pareillement arrivé
à Falmouth avec la prife d'un Vaiffeau de
guerre Efpagnol qui rôdoit depuis quelques
jours fur cette côte. Un Armateur de la
même Nation de 24. canons & de 170.
hommes d'éguipage , a fait plufieurs prifes
fur les Anglois aux Canaries ; mais à l'arrivée
de 3. Vaiffeaux de guerre françois , cet
Armateur a été obligé de fe retirer . Le
Procureur general du Parlement a ordre
de faire faire le procés par la Cour du Oldbaily
à huit des mutins qui s'étoient foulevés
à Spit- le- Fields . 3. autres de ces feditieux
font en prifon à la Marêchauffée. Ils
feront jugés aux affifes de Kingston dars
le
$ 17936
1
DEJUILLET . 137
le Comté de Surrey , ayant été arrêtés
dans le fauxbourg de Southwark , qui eſt
refortiffant de cette Comté. La maifon du
dernier Duc d'Ormond , fituée à Richemond
, & qu'occupe actuellement le Prince
de Galle , fera vendue le dix du mois
d'Août prochain au plus offrant.
Le 11. de ce mois , on rendit publique la
feconde lettre du General Wightman . Elle
eft écrite au General Carpenter du camp
de Aderhanon en Ecoffe du 17. Juin der
nier. Cette lettre porte enfubftance, que 274.
Efpagno's , y compris les Officiers, fe font
rendus prifonniers de guerre au General
Wightman : Que ce même General refolu de
jetter la terreur parmi les Rebelles , n'avoit
penetré qu'avec beaucoup de difficulté dans
le Pais de Seaforth : Qu'il avoit fait brûler
les maisons des coupables , ennemis Jurés du
Gouvernement , & qu'il avoit jugé à propos
de conferver celles des Montagnards qui lui.
avoient donné quelque marque de repentir
de fidelité pour le Gouvernement : Qu'il
fe flatoit d'arriver le 15. à Inverneß avec
les troupes qui font fous fon Commandement,
pour y attendre de nouveaux ordres de la part
des Seigneurs Jufticiers :Qu'il n'y avoit plus
aucun corps de Rebelles affemblé , êtant tous
difperfés dans les Montagnes Que les Lords
Seaforth , Tullibardine , Marshall , & autres
Chefs des Rebelles , s'étoient retirés dans
PIfle de Levvis , & y attendoient tous l'ac
M
138 LE MERCURE
cafion favorable de fe rendre en Espagne
enfin , le General Wightman affure qu'il a
paffé à travers le camp ennemi le lendemain
de la bataille.
La Regence a ordonné depuis au Lieute
nant General Peyper de fe rendre dans le
Nord d'Angleterre , pour aller delà commander
les troupes du Roy à la place de
M. Wightman . Quelques ouvriers en étoffe
ont voulu fe foûlever à Briſtol , & atta
quer la Manufacture de toiles peintes de
M. Smith ; mais ils n'ont pas donné le tems
aux troupes qui font en quartier dans cette
Ville , de les joindre , s'êtant difperfés euxmêmes.
Les ouvriers qui font en grand nomdans
la Ville de Norwick ont voulu
faire la même chofe :. Ils ont été převenus
par les bons ordres des Magiftrats , & par
la vigilance des troupes qui y font . La Regence
eft refolue d'envoyer de nouvelles
troupes en Ecoffe , pour mettre à la raifon
les ennemis du dehors & du dedans ,
& pour contenir les peuples dans le devoir
& l'obéiffance . On doit faire d'Inverneſs
un Fort fi confiderable , que les Peuples du
Nord de ce Royaume ne feront plus tentés
à l'avenir de rien entreprendre qui puiffe
troubler le repos public . Devenish , Soldat
aux Gardes , qui eut , il y a quelques
tems , l'infolence de proclamer le Pretendant
, a été fouetté pour la troisième fois.
Le Parlement d'Angleterre a été prorogé
DE JUILLET. 139
+4
C
=
jufqu'au 18. d'Août. Le fieur Norre , Secretaire
d'Ambaffade , a été chargé par le
Roy de Sardaigne de prendre foin de fes
affaires , pendant l'abſence du Comte de la
Peroufe qui retourne inceffament à la Cour
de Turin .
Le 13. les Seigneurs Jufticiers ordonnerént
qu'outre le nombre des Vaiffeaux de
guerre qui font en Amerique , on en feroit
encore partir deux. On veut tâcher par làde
détruire les Corfaires qui y ruinent le
commerce de nos Marchands , & s'oppofer
1 à la courfe des Armateurs Eſpagnols qui
n'incommodent pas moins celui de nos coloniës.
Le Sieur Johufon , Gouverneur de
la Caroline , ayant apris que 500. Indiens
commandés par dix Officiers Efpagnols ,
étoient en marche pour venir attaques
Charleſtoron , a fait prendre les armes à
la milice du Païs , & à difpofé toutes
chofes pour les biens recevoir. 4. Vaiffeaux
Anglois , venant de la Jamaïque , ont êté
pris par les Efpagnols dans le détroit , &
conduis à Malaga. On fait état que nous
avons prefentement 80. Vaiffeaux de guerré
, tant dans la Mediterranée , dans las
Mer Baltique , qu'en Amerique & fur les
côtes de la grande Bretag . Plufieurs Vaiffeaux
font partis , pour aller pêcher les richeffes
du Vaiffeau des Indes , qui a peri
depuis peu prés de l'Ifle de Mai dans la
Jamaïque. On a declaré à la Douanne
M.ij
140 LE MERCURE
17126. onces d'or étranger , pour paffer en
Hollande. Les biens du feu Comte de Derenttvatter
ont été confifqués au profit de
la Couronne. Les foufcriptions , en faveur
de la Compagnie de la Mer du Sud, ayant
commencé le 13. au matin , la fomme de
$ 20000. fterlins fut remplie le foir même,
La Compagnie , fuivant l'Acte du Parlement
, doit delivrer aux Soufcrivans des
actions à raison de 114. livres pour chaque
100. livre fterlins de capital . On mande de
la Province d'York , que la Populace
s'étant foulevée à Halifax , & ayant commis
quelques defordres , une troupe de
Dragons a bien tôt fçû les mettre à la raifon.
Le Parlement s'affembla le 26. à Dublin
. Le Lord Bleffington ayant voulu fe
diftinguer par un ruban blanc , le jour de
l'anniverfaire de la naiffance du Pretendant
, effuya de grands reproches de la part
du Major Hariffon . Il s'éleva entr'eux
une querelle qui auroit eu infailliblement
des fuites fâcheufes , mais on y remedia, &
on les mit aux arrêts tous les deux .
Il paroît ici un manifefte du Roi d'Eſpagne
, dans lequel S. M. C. déduit les
raifons qui l'ont engagée à recevoir le Pretendant
dans les Etats. Le Roi de la grande
Bretagne a repondu fort obligemment à la
lettre que lui avoient écrite les Magiftrats
de la République de Geneve , au fujet de
Ja detention du Comte de Marr, S. M. Br
DE JUILLET. 14Y
les remercie non feulement d'avoir arrêté ce
Seigneur , mais encore des égards qu'ils ont
eu pour lui Elle les prie de vouloir bien
le retenir encore quelque tems . Plufieurs
perfonnes de diftinction , qui font à Geneve
, font efperer au Comte de Marr , que
le Roi lui fera grace , & qu'il le remettra
en poffeffion de tous fes biens &
emplois , s'il veut abandonner entierement
les interêts du Pretendant.

Le Secretaire du Refident de Mofcovie,
accufé d'avoir excité quelque tumulte
été mis en priſon par ordre d'un Juge de
paix. On s'eft plaint de cette violence aux
Seigneurs Jufticiers , qui ont ordonné que
le Juge de paix fût mis fous la garde d'un
Meffager d'Etat. Le Procureur General a
reçû ordre de pourſuivre devant la Cour
du Banc du Roi Jean Loden & autres ,
qui ont été accuſez d'avoir diſtribué le Libelle
feditieux , intitulé Vox Populi vox
Dei. Quelques Marchands Turcs font arrivez
ici de Livourne , pour reclamer des
Vaiffeaux qui ont été pris par les Anglois
dans la Mediterannée. On a appris qu'un
Vaiffeau delguerre Efpagnol de so . canons,
a pris prés d'Oporto 3. Vaiffeaux Anglois,
qui ont été conduis à Cadix. Le Herbet-
Galley , qui étoit chargé de vin de canaries
, a eté pareillemenr arrêté par les, Efpagnols
à Vera Crux . On mande d'Edim
bourg du 29. Juin que la Regençe a en142″
LE MERCURE
voyé des ordres au Prevoft & aux autres™
Magiftrats de cette Ville , de fupprimer
toutes les affemblées qui pourroient s'y
faire , fous pretexte du Service Divin , a
moins que les Miniftrés , fuivant la loi ,
n'euffent prêté les fermens ordinaires .
On ajoute que les Efpagnols qui fe font
rendus au General Wightman , fe font
mis en marche d'Inverneff le 25. de l'autre
mois au nombre de 274. fous l'efcorte
d'un détachement de Dragons , pour fe
rendre à Edimbourg.
à Rome le S. Juillet 1719.
E defir de voir les aniquitez & les cu- ”
Liotezde Rome,caciqu louvent là Pr.
Sobiefky à fe promener dans cette Ville .
Elle juge de tout fort judicieufement . Cette
Princeffe a reçû les complimens de tous les
Partifans de la Cour de Madrid , fur l'éve-´
nement de l'action qui s'eft paffée en Sicile´
entre les Efpagnols & les Imperiaux. On
croit que le Prince Jacque Sobieski fon pere
, qui eft hors de l'Empire , pourra fe
rendre dans peu à Venife. Le 21. Juin, jour
de la naiffance du Chevalier de S. George ;
la Princeffe fit celebrer une Meffe folennelle
, & chanter le Te Deum dans l'Eglife
du Monaftere des Urfulines , où elle eft
logée. Le Cardinal Acquaviva alla la complimenter
, & le foir , elle fit illuminer les
fenêtres de la maiſon. Il y a quelques jours
que la Princeffe fut à l'audience du Pape qui
A
DE JUILLET. 143
}
fui fit donner un fauteuil : Elle eut une
conference d'une heure avec S. S. fur les
affaires de fon futur époux . A l'iffuë de
l'audience , la Princeffe fe rendit au Capitole
, où elle fut reçûë par ordre du S. Peau
fon de differente forte d'inftrumens.
On la regala enfuite de quantité de rafraichiffemens
.
re ,
{
Sa Sainteté eft prefentement en affez
bonne fanté. Elle a celebré plufieurs fois la
Meffe , & a repris fes occupations avec la
même vivacité & le même zele qu'aupara--
vant. Elle a fait prefent au Card. de la
Tremoille du parement magnifique avec
lequel il fut facré..
par
La ceremonie des époufailles de la fille du
Prince Borghele avec le Prince Carafa de
Naples,fe fit il y a quelques jours à Frafcati .
M. Quirini , Procurateur de S. Marc de
Venife , a reprefenté à S. S. dans une longue
audience qu'il a eu d'elle , combien la
fuppreffion du volume travaillé le R..
P. Dom Quirini , faifoit de tort à la reputation
de l'Auteur, dont le crime eft d'avoir
déterré beaucoup de pieces , que les Revifeurs
Romains ne jugent pas à propos de
laiffer publier. Les . le Comte de Gallafch,
nommé à la Vice-Royauté de Naples , alla
à l'audience du Pape avec fix caroffes du
Cardinal de Schrottenbach
, parce que les
fiens étoient emballez . Il y a été reçû comme
Ambaffadeur , n'ayant pas obtenu le
144 LE MERGURE
traittement qui fe fait ordinairement aux
Vicerois , lor.qu'ils vont à Naple.
» Ce
» traittement confifte à être logez au Palais,
» & regalez durant trois jours , de dîner
avec le Pape, mais à une etable feparée, &
» d'avoir auprés d'eux la Garde Suiffe, avec
» d'autres marques de diftincton dont il y
plufieurs exemples . On a allegué que le
Pape n'ayant pas donné à l'Empereur l'inveftiture
du Royaume des deux Siciles , le
Viceroi ne pouvoit pas prétendre ces honneurs.
Madame la Comteffe de Gallafch fon
époufe , cut auffi audience de S. S. en qualité
de Vice - reine. On traite ici les Dames
qui ont ce grade , comme onferoit les Princeffes
Souveraines. Le 16. ce nouveau Viceroi
partit pour Naple , pour y relever M.
le Comte de Taun . Le Cardinal de Schrottenbach
fera chargé ici des affaires à la placede
M. le Comte de Gallafch. Son Emirence
quitte à cette occafion le Palais où
elle eft à prefent , pour prendre celui de cet
Ambaffadeur . La nuit du 9. au ro . Juin,
le Prince de Mondragone , de la Maiton
des Grillo , fils du feu Marquis Clarafuentes
, fut arrêté par ordre du S. Office dans
fa maifon , & de-là conduit au Château
S. Ange. On le foupçonne d'Ateifme . Le
Duc Grillo a été arrêté dans la Place Barberine
par le Sergent des soldats Avignonois ,
qui lui ayant fait quitter fon épée , le fit
monter dans un caroffe , & le conduifit au
Château
DE JUILLET. 149
1
Château S. Ange. Quelques perfonnes de
diftinction qui étoient llées pour le voir ,
n'ont pu obtenir la permiffion de lui parler
On a condamné l'Evêque d'Oviedo à une
pr fon perpetuelle. Le Marquis Grillo
Genois , Duc de Monte-rotono , s'abfenta
l'an paffé de Rome , aprés avoir vendu forç
à 1 : hâte tous fes meubles & fes équipages.
On a été fort furpris de le revoir le 17
dans cette Ville. Il a loué le Palais Orfint
1330. écus romains , occupé cy-devant par
le Cardinal de la Tremoille. Ilfait meubler
de nouveau ce Palais fort magnifiquement ,
& loge,en attendant,dans le Palais du Prince
Vaini.
Les bruines avec les chaleurs extraordinaires
, ont confiderablement endommagé
en ces Quartiers les biens de la terre , furtout
les grains ; de forte que dans plufieurs
endroits , il n'eft quafi reité que la paille.
On aprehende fort une difette. Le dérangement
de la faifon caufe beaucoup de m
ladies.
On apprend de Naple , que cette Ville a
nommé pour fon Ambaffadeur , le Duc
Della Caftellina , afin d'aller recevoir à
Fundi , &
complimenter de fa part , lë
Comte de Gallafch qui y eft attendu . Le
Comte de Taun fe difpofe à partir en même
tems pour Vienne. Dix Tartares fire: t
voile le 22. Juin de noftre port , chargées
d'attirails de guerre & de 8oo . Fantaffins
Juillet 1719. N
LE MERCURE
150
pour le Camp Imperial
devant Melazzo .
Les Lettres du 13. portent que 15 Gentils- hommes Siciliens étoient venus offrir leurs
fervices au General Merci , qui les a fort
bien reçûs.
à Naple le 6. Juillet 1719 .
Ordre de Bataille de l'Armée de l'Empereur
en Sicile.
M. le Comte de Merci , General .
Lieutenans-Generaux de la premiere Ligne.
Le Comte d'Eck , le Comte de Wallis ,
le Comte de Dorfetti , le Comte Ottocar
de Staremberg , le Prince de Heffe - Caffel .
Troupes de la premiere Ligne.
Visconti , 4. Efcadrons de Cuiraffiers .
'Anfback , 3. efcadrons de Dragons. Hanover
, 3. efcadrons. Guido - Staremberg ,
2. efcadrons .... Staremberg , Bataillons .
Traun , 2 bataillons. Holftein , 3. bataillons
.
·
Lieutenans Generaux de la feconde Ligne.
Le Comte de Holftein -Ploin , le Comte t
d'Eck , le Marquis d'Artigny , le fieur
Roheu , le Comte Portia , le Marquis de
Roma.
DE JUILLET .
IST
"
Troupes de la feconde Ligne.
"Gronsfeld , 4. Efcadrons de Cuiraffiers.
Visconti , 1. efcadron de Cuiraffiers. Leffethofhfz
, 2. Bataillons . Zinzemdorf ,
1. bataillon. Wirtemberg , 2. bata llons .
Heffe - Caffel , 3. bataillons. Ottocar- Staremberg
, 1. bataillon.
Artillerie , 12. pieces de canon.
Bataillons , 18.
Compagnies de Grenadiers 12.
«Cairaffiers , 12 . E cadrons.
Carabiniers 3.
efcadrons .
Dragons ,
6 . elcadrons .
Grenadiers à cheval , 7. efcadrons.
Extrait d'une Lettre de l'Amiral Bing ,
à Milord Stanhope , écrite de Reggio ,
le 27. Juin 1719
MONSIEUR , ONSIEUR ,
Le General Mercy a attaqué le 20. Juin
les retranchemens des Efpagnols à Francavilla
. Le combat a été fort rude depuis
une heure aprés midi jufqu'à la nuit. Le
21. ce General ayant attaqué de nouveau
les Ennemis , il les
oblige
à quitter leur
pofte & à fe retirer dans d'autres retranh
Nij
1512
LE MERCURE
chemens. Le General Merci, quoique dan
gercufement bleffé, n'a pas laiffé que d'agir
& de donner les ordres neceffaire. Apres
l'action , le General Wachtendonck fut
envoyé avec un corps de 3000. hommes de
pied & .500. chevaux , pour affûrer la communication
entre Taormina ( qui eft le lieu
où les Vaiffeaux de tranfport étoient ar
rivez ) & l'Armée Imperiale , afin de la
faire fubfifter commodément , d'autant que
le General Merci en étoit éloigné d'environ
ro. mille. Le Gouverneur de Meffine fortit
avec la plus grande partie de fa garnifon
, pour tâcher de s'oppofer à cette communication
, mais les Efpagnols échouerent
dans leur deffein . Dans le combat de Francavilla
, le Marquis de Lede avoit fait un
détachement qui devoit prendre en flanc
le corps d'armée du Comte de Merci
mais ce General s'êtant apperçu de cette
manoeuvre , il en fit pareillement un de
fon côté , & ce fut là où les Imperiaux &
les Efpagnols perdirent beaucoup de monde.
Les Allemands étoient neantmoins toujours
occupez à conferver la communication
de Taormina , entre leur Camp & les
Vaiffeaux de tranfport. Ils s'étoient même
emparé de quelques maifons , qui êtant
fouvent attaquées par les Epagnols ,
avojent caufé un grand carnage de part &
d'autre. Dans tout cela , les Imperiaux
p'avoient en vûë que couper aux Efpa
DE JUILLET.
gnols la communication de Melline , & de
les bloquer de maniere , que bien- tôt aprés
on en feroit venu à une feconde action .
L'Amiral Bing doit partir le 28. de Reggio
avec quelques Vaiffeaux de guerre , plufieurs
Navires chargez de vivre , & des
bâtimens de tranfport qui ont à bord deux
Bataillons Imperiaux , pour aller à Taor
mina.
Traduction de la Lettre du Marquis de
Lede , écrite le 20. Juin 1719. du Camp
de Francavilla , à M. le Comte de Mot
temar à Palerme.
و ا
MONSIEUR ,
Je vous apprend avec tout le plaifir que
peut s'imaginer V. Ex. que les Ennemis
ont attaqué aujourd'hui l'Armée de S. M.
G. par trois endroits differens. Nous avons
eu le bonheur de les mettre en déroute
& de les repouffer avec une perte confiderable
de leur part. Je ne puis pas encore
fçavoir au jufte le nombre de leurs morts ni
de leurs bleffez ; mais je fçai bien que la
victoire eft entierement dûe à la valeur des
Troupes & à l'experience des Generaux.
Le Chevalier de Lede eft legerement bleffé ;
mais D. Juan Caraccioli l'eft dangereufe
Niij
154
LE MERCURE
ment , & le Brigadier D. Pedro Tan
queux à été tué. V. Ex . me fera plaifir de
communiquer cette nouvelle au Preſident
& au Senat , aufquels je ne peux pas écrire.
aujourd'hui , manque de Secretaire & de
tems. Je me propofe cependant de le faire
demain , s'il plaît à Dieu . V. Ex. aura la
bonté de faire chanter un Te Deum , &
d'y convier le Senat & les Principaux de
la Ville , afin de remercier Dieu d'avoir
beni les armes de Sa Majefté Catholique.
Je fuis , &c.
CASACIA ANGAGAGAGA
Trop finfut pris.
FABLE.
Especiem pavle un &
Xpediens pour fe tirer d'affaire ;
Sont dans la vie un fecours neceffaire
Qui trop en a , n'eft pas le mieux lotti ;
Le nombre y nuit ; mais le plus falutaire
C'eft d'être habile à prendre son parti.
En attendant fous un épais Bocage ,
Temps propre à faire une exécution ;
Un vieux Renard avec un chat fauvage
Paffoit une heure en converfation.
O genre humain ! Perverse Nation !
Dit le Renard , quel Dieu pour nous pre
pice,
DE JUILLET 155
3
?
Nous delivrant de ton oppreffion ,
Erigera la Chambre de Justice ,
Qui doit punir ta malversation !
Il n'eft engin , que leur maligne rufe
Pour nous gober , n'aille s'imaginant
Toiles , filets , chauffetrape , Arquebuſe
Tout en fourmille , air , eaux & continent.
Ce qui furtout , eft digne du Tonnere
C'eft que le chien , ce lâche deferteur
Ce parafite impudent & flateur,
Affifte l'homme à nous faire la guerre
On s'en pouroit toutefois confoler.
S'ils y venoient en bêtes de courage
Ils trouveroient fouvent à qui parler :
Mais cent contr'un ; le bel exploit ! J'en
rage , '
Lorfque j'entends cors & trompes fonner ,
Pour aplaudir à la Meute vorace
Comme au Benet , qui pour pain lui don
ner
,
En moins de rien se met à la beface :
Bêtes & gens fignalent leur effort ,
Abbois de chiens , cris de Valets s'uniffent
Dans les valons les Echos retentiffent
Et ce fracas , c'eft pour un lieure mort.
Ce que j'en dis , ce n'est pas pour mon
compte
J'ai force tours par mon fens inventés
A renvoyer aves leur courte honte ,
De vingt Châteaux les bourets ameutés.
Au bel efprit il n'eft rien d'impoſſible :
Je veux t'inftruire & tu peus faire étag
N iiij
238
LE MERCURE
De mes fecrets . Pour moi , reprit le chat ;
Je n'en ay qu'un ; mais il eft infaillible.
A ce propos la chaße fe rabat
Surnos Caufeurs . Voici venir la meute
Qui les pourfuit. Le Renard auffitôt
Gagne les champs à la premiere émeute ;
Puis effonfflé , fe remet àfon trot :
Ilfe blottit & pouffé dans un angle
Il rufe , il piffe , il donne le crochet ;
Mais il eft pris & mieux qu'au trébuchen
Finand le hape , & Gargouilland l'étrangle.
Maître matou n'en fait point à deux fois ,
Grimpe au fommet d'un chêne qui le cache
Et là des chiens meprifant les abbois ,
Gronde ces mots , retrouffant fa moustache
Compere, helas ! je te l'avois bien dit :
Trop de foavoir perd celui qui s'y fie :
Vive un bon choix. Heureux qui n'a défs
prit
Qu'autant qu'ilfaut pour conferver fa vież
Le mot de la premiére Enigme du mois
paffé , étoit le Vaiffean , & celui de la fe,
Conde , la Lotterie.
M
ENIGM E
On nom renferme en foy toute mon
exiftence ,
Il fait voir clairement quelle eft men ima
puiffance.
DE2 57
JUILLET.
Il n'eft aucun endroit où je puiffe habiter ;
On ne peut ni mes ans ni mon tems limiter.
Je fuis commun en vers , je fuis commun en
profes;
On me trouve fouvent en cherchant autre
chofe.
Mais , belas ↓ quel profit a-t'on de me trom
ver?
Ne me cherchés donc plus , & ceffés de rêv
ver.
AUTRE.
Qui veut me rencontrer , n'a qu'à laiffer le
monde ;
Eviter les cachots & chercher le grandjour
Ne fe pointfatiguer fur terre & fur l'onde
Puifque c'eft dans le Ciel , que je fais man
Sejour
Exempte dans ce lien de troubles & de mens
Longes
Je fuis toujours en paix : & dans l'éternité
Fuyant également & fantômes &foges,
Faccompagne par tout l'aimable verité.
CHANSON.

Mour , de triftesfeux je me fens enz
A flammé:
A tes Autels je porte un coeur fincere
Mais , fi bientôt je ne me vois aimé ;-
Bachus me vangera du Tyran de Cithere.
Du vin , on für Cloris denne- moi la victoire
!!

158
LE MERCURE
Vie , choifis , amour ,
Les momens font fans prix , pour aimer on
pour boire.
VAUDEVILLE
Tire de la rupture du Carnával & de la
Folie , petite Comedie en un Alte.
V
Ictime de l'Ufage
Dupe d'un Medecin
Que le S né
saccage ,
Et qui fuyés le bon vin :
Vous croyés être fage ; :
Ah , le plaisant
perfonnage
!
Le maîtrefou que voila !
Vous qui d'un heritage
Que la plume à la main
Un Procureur fourage ,
Chicanes bien le terrain:
Vous croyés , & c.
Vous , qui dans l'esclavagé
Tenés votre moitié
Mari trifte & fauvage
Votre foin me fait pitié :
Vous croyés , & c.
Toi , qui mets en menage
DE JUILLET.
ISS
Quelque jeune beauté ;
D'hymen dans fon image
Tu vois la fidelité:
Tu crois donc être , &c.
Vous , pour qui tout ouvrage
Ne vaut pas un denier
Et qui faites tapage ,
Satirique Chaudronier :
Vous croyés , &e.
PRINCIPES DE PHISIQUE.
De M. Copperon , ancien Doyen de S. Ma
xent , communiqués à M. de ...
MONSIEUR ,
Ayant reçû la lettre , que vous m'avés
fait l'honneur de m'écrire , au fujet des
Camayeux , on -Pierres figurées , que vous
avés vû dans mon cabinet , par laquelle
vous me priés de vous dire ce que je penfe
fur ces effets finguliers de la nature & du
hazard ; je vous dirai d'abord , que je fuis
perfuadé que Dieu creant la terre , y a
formé en petit les femences de differentes
Plantes , de diverfes fortes de pierres ,& peutêtre
mêine de quelques animaux ; lefquelles >
1
460 LE MERCURE
if a repartis à fa volonté dans differens eft
droits : Que ces femences & ces germes ,
comme autant de petits embrions , fe developpent
, s'étendent , s'augmentent , en
prenant toute la forme & l'étenduë qui
leur eft naturelle , lorfque des fucs convenables
viennent à s'infinuer dans les parties
qui les compofent.
C'eft à quoy j'attribue l'origine de certaines
herbes & de quelques plantes ', qui
viennent naturellement dans certains lieux
& dans quelques Païs , plutôt qu'en d'au-*
tres. C'eft de là que je fuis perfuadé qu'il
arrive , qu'en certaines années , on voit
tout â coup nos campagnes fourmiller dans
l'Autonne , d'une efpece de fourris ſauvä
ges qui tongent les beds , lorfqu'ils ne
font que de commencer à croître. C'eft par
ce même moyen que dans les Pays Orien
taux , il s'éleve de tems en tems des armées
de Sauterelles ; & que dans nos Climats
on voit en certaines années des nombres infinis
d'Mannetons. Il en eft de même des
Chenilles , dont les germes contenus dans
la terre , venant à fe glonfer tant foit peu
par un fuc particulier , la vapeur qui forme
ce fuc, s'élevant enfuite dans Fair; eſle les en .
traîne avec elle ; & par fon épaiffeur formant
un vilain brouillard , elle les attribue
& les attache aux branches & aux feuilles
des arbres.
Selon moi , il en eft de même des Caily
DE JUILLET. 161
Loux & des pierres . Dieu en ayant repartis
les differens germes en embrions dans la
terre , lors de la creation du monde ; voici ,
Monfieur , comme je croy que ces pierres
achevent de fe former. Il fe rencontre également
dans la terre un fuc petrifiant , compofé
de l'amas d'un fel fixe , trés delié
toide , poli , égal , & en même tems. poreux
, lequel y abonde plus ou moins
felon qu'il y afflue , & qu'il y eft pouffé
differemment par la matiere fubtile qui
l'agite : Lors donc que ce fuc ainfi pouffé
& agité , par la matiere fubtile qui penetre
la terre , s'infinuant dans les intervalles
de fes parties , il les étend & les augmente
jufqu'au point , qu'elles prennent toute la
figure & le volume dont ce germe eſt capable
; à peu prés , comme une éponge qui
eft coupée à difcretion d'une certaine figure
, & qui a été enfuite bien preffée
en un petit peloton , venant à être imbibéé
d'cau , prend en fe dilatant , toute fon éten
due, & la figure qu'on lui avoit donnée en
la coupant.
D'ailleurs , ce fuc petrifiant qui s'infinue
dans le germe du caillou , êtant compofé
d'un fel trés fin & fort roide , il s'y
durcit fortement ; parce que les parties
de ce fel êtant en même tems polies , elles
s'uniffent trés-étroitement les unes aux au
ttes ; & comme elles ne laiffent pas d'être
poreules , c'est ce qui fait qu'elles laiffent
462 LE MERCURE
paffer la lumiere , ou les Globules du feż
cond élement ; ce qui donne une espece
de tranfparence à la plupart des Cailloux ,
qui fe trouve plus ou moins fenfible , felon
qu'il fe rencontré plus ou moins de parties
de terre mêlée avec ce fuc : car , lorfque
ce fuc fe trouve congelé dans toute fa pureté
, il forme alors le cristal de Roche
& même, les Diamans.
Voilà , Monfieur , en abregé , la maniere
dont je fuppofe que les cailloux fe forment.
Ce qui me confirme dans ma pensée , c'eft
que je voi nombre de cailloux qui font parfaitement
femblables , & je prefume qu'il
faut qu'ils ayent eu des femences & des
germes pareillement femblables. Tels ,
font , par exemple , ceux qui le trouvent
affés communément dans ce Pays ci , &
que les gens de campagne
Comment des
étoiles , lefquels font ovales dans leur largeur
, aplanis vers le bas , & un peu en
pointe vers le haut , lefquels font d'abord
couverts d'une elpece peau brodée , à
peu prés , comme celle des melons ; fous
laquelle efpece d'écorce , lorfqu'elle fe
trouve ufée à force de rouler parmi les autres
pierres , il fe decouvre.
doubles lignes
formées par de petits points , lefquelles
fortant du bas du caillou , vont le réunir
à fa pointe qui eft en haut.
de
Telles font d'autres pierres qui fe trouvent
parfaitement femblables à de
gros
DE JUILLET .
· 1.6.3
boutons ; d'autres qui font faites , comme
des langues de Serpent , dont on trouve
une affés gande quantité dans l'ile de
Malthe: d'autres en figures de poiffons ,
comme il s'en rencontre dans la Syrie vers
le Mont Liban , & dont le jeune Maronite
Affemarius , envoyé dans ce Païs - là par
le Pape , lui en a raporté quelques- unes
l'année derniere : D'autres qui ont la figu
re de cornes de Belier , & qu'on nomme
des cornes d'Hammen , ou pierres ferpentines
, dont il y en a de plufieurs efpeces :
d'autres qui ont la figure d'offemens humains
, & qui font quelquefois d'une groffeur
fi confiderable , qu'on les a fouvent
pris pour des offemens de quelques Geans ,
tel que celui dont il eft parlé dans un ancien
Mercure François ; & ainfi de quantité
d'autres , lefquelles ne font formées &
figurées de la même maniere qu'à raiſon
que leur germe a été deſtiné & fait , pour,
en croiffant , prendre cette figure , comme
les germes , & les femences des Trufles ,
produifent toûjours des Trufles en up
mot , les germes des cailloux font comme
les autres femences , lefquelles contiennent
toutes en petit les plantes & les fruits
qu'elles produifent.
C'est donc , Monfieur , par une vegetation
veritable que les Cailloux fe forment
dans la terre. C'eft ce que le fçavant Botanifte
M. de Tournefort a autrefois demon-
1
64
DE JUILLET.
tré à l'Academie des fciences ; jufque- là
que dans fon curieux cabinet dont il fit prefent
au Roi par fon teftament , il avoit fi
bien arrangé les pierres rares qu'il avoit
amaffées , que leur arrangement feul demontroit
visiblement la verité de ce ſyſtême
de la vegetation des pierres , ce que
Baglivi avoit prouvé encore avant lui.
Ainfi , la raifon de cette vegetation eft
que les cailloux crolant comme les fruits
des arbres s'il arrive qu'ils rencontrent
en croiffant quelque chofe qui refifte à leur
extenfion , ils en prennent neceflairement la
figure , c'eft de là que le caillou que vous
avés vû chés moi,a l'empreinte de fix boutons
d'orfevrie , trés bien gravés , & de fix
groffes épingles , qui fe font trouvées aparemment
jointes à la piece de métail qui a
donné occafion à cette empreinte. C'eft de
là qu'un autre a la figure d'une coquille fur
laquelle il s'eft moulé , & ainſi d'une infinité
d'autres.
Ceft ce fuc petrifiant , lequel faiſant
ainfi groffir les cailloux , penetre quelquefois
au delà de leur fuperficie , cù il ſe durcit
feul de diverfes façons ; comme la féve
des arbres qui portent des fruits à
des fruits à noyaux,
perçant par fon adondance à travers l'écorce
de ces arbres , s'y durcit en forme de
gomme. C'eft ce même fuc , lequel fluant
à travers les rochers qui font dans la mer ,
y petrifie les plantes qui y croiffent
&
DE
JUILLET.
165

>
& jufqu'à la glaife , dont certains
vermiffeaux fe trouvent couverts , ce
qui forme une espece de rocher qui paroît
fur les huitres ou autres coquillages ,
dont même il fe trouve de grolles pieces
qu'on retire du fonds de la Mer : Enfin ,
c'eft ce fuc petrifiant , lequel exudant des
voutes de certaines cavernes , y forme , en
s'y durciffant , mille figures differentes
d'une e fpece de pierre criftlaifée : Telle
eft , par exemple , la fameuſe caverne des
Pirenées , qui eft dans la Paroiffe de Bedaillac
, à une lieuë de Tarafcon , que
mon frere a eu la curiofité de voir l'année
derniere , dont l'entrée a plus de quatrevingt
pieds de haut , & dont la profondeur
eft de plus de trois quart de lieuës. On
voit dans cette caverne plufieurs chambres,
au moins auffi vaftes que la grande falle du
Palais de Paris ; & l'on y voit pendre de
la voute , plus de deux cent culs de lampes
prodigieux , qui ont au moins fix toifes
de largeur dans leur naiffance , d'où
defcendent une infinité d'ornemens bizares
durs & folides , pendant que le long des
coteż de la caverne , on apperçoit grand
nombre de pilaftres formez de la même
maniere.
Enfin , Monfieur, c'eft ce fuc petrifiant,
lequel rencontrant dans la terre des corpss
propres à en être penetrez , & s'infinuant
entre les fibres qui les compofent & s'y
ي ف
Q.A
166 LE MERCURE

durciffant , leur fait prendre la nature de
pierre. C'eft par ce moyen qu'il fe trouve
fi fouvent dans les montagnes de la Suiffe
des pierres où l'on trouve des fqueletes de
Poiffons petrifiez , & d'autres fortes d'animaux
, dont l'Auteur qui a fait la deſ--
cription fous le nom des Delices :
de la Suiffe , donne les reprefentations dans
fon livre ; defquelles pierres M. Echeuchzer
de Zurich , a fait un fi grand amas
dans fon riche & curieux cabinet , qu'il
dit en avoir plus de quinze cent , lefquelles ·
il pretend être des reftes du Deluge; & que
differens animaux , ou plantes , ou autres
chofes , s'êtant trouvez retenus dans des -
troux de certaines roches , s'y font tranf
formez en pierres par ce fuc petrifiant
lequel , dit l'Abbé Rouffeau , cft fi abondant
en Arabie , qu'il y a vû fouvent
non feulement des ferpens , des champignons
, des melons , mais jufqu'à de groffes
buches petrifiées , pour avoir refté quelque
tems fur les fables de ce pays defert. C'eft
à ce même fuc qu'il faut attribuer l'incorruptibilité
des corps qui fe trouvent à Tou
loufe dans la fameufe cave des Cordeliers de
cette Ville , laquelle n'a pas par elle- même
le pouvoir d'empêcher ces corps de fe corrompre
, comme plufieurs fe l'imaginent ;
mais , c'eft la terre du cloître de ce Cou
vent , qui a cette proprieté , en ce que
le fuc petrifiant s'y trouvant plus abondant
DE JUILLET. 169
qu'ailleurs , il arrive que quelques corps
de ceux qu'on y inhume , fe trouvant plus
fortement penetrez de ce fuc , on les trou
ve quelquefois encore dans leur entier
lorfqu'on ouvre la terre. Alors , le Foffoyeur
voulant les conferver , il les porte
fecher à l'air dans le clocher , aprés quoi il
les dépofe dans cette cave , où ils reftent
incorruptibles , & d'une folidité à peu
prés pareille à celle d'un fort carton ; chaque
corps d'un homme fait , pefant environ
vingt-cinq livres , ayant tous neantmoins
le nez & une partie des oreilles , rongez.
Rien n'êtant donc plus certain , que les
cailloux font formez dans la terre par un
germe particulier , lequel prend fa figure na
turelle par le fuc petrifiant qui le penetre ,
il n'eft pas moins vrai que c'eft ce fuc petrifiant
qui donne aux Cailloux leurs differentes
couleurs , fuivant qu'il fe trouve
lui-même diverfement affecté : Car , premierement
, fe filtrant à travers les pores
du germe de chaque caillou , les parties de
ce fuc prennent par cette filtration des figures
propres à renvoyer la lumiere , d'une
façon toute particuliere à chaque efpece de
caillou ; c'elt de - là qu'il s'en trouve de tant
de differentes couleurs , par la même raifon
qu'il fe trouve tant de forte de bois & de
fruits de diverſes couleurs.
Mais , parce qu'en même tems que le fuc
petrifiant s'infinue dans le germe du cail-
O ij
788 LE MERCURE
lou , ce fuc charie fouvent avec lui des
particules de la terre dans laquelle il fe trouve
; c'eft ce qui fait que ces particules
de terre fe rencontrant enfemble dans
la fubftance du caillou elles y for
ment par leur union une couleur differente;
parce qu'elles renvoient la lumiere , autrement
que le refte du caillou où le fuc petrifiant
eft plus pur : Voila ce qui eft cauſe
qu'il n'y a gueres de cailloux , au milieu
defquels , lorfqu'on les caffe , on ne rencontre
des taches ou des lignes blanches ,
ou de quelque autre couleur , lefquelles s'y
forment à peu près , comme les taches.
blanches qui paroiffent quelquefois aux
ongles des doigts, & aux cornes des boeufs .
Or , ce font juftement ces lignes & ces
traces , qui font ce qu'on appelle des Camayeux
: car comme ces traces fe trouvent
formées dans les pierres d'une infinité
de manieres differentes , il arrive qu'à force
d'en couper ou d'en caffer un grand nom
bre, on adrefle quelquefois à trouver quelques
pieces d'un caillou ou d'une pierre ,
où il paroît quelque reprefentation affez
naturelle , foit d'hommes , ou d'animaux
ou d'autres chofes femblables ; à peu prés ,
comme à force d'obferver les differentes
figures qui fe forment dans les nuës , on en
remarque quelquefois qui reprefentent des
hommes , des animaux , des châteaux ,
&c.
,
DE JUILLET 169
Non seulement les traces naturelles qui
font formées dans la fubftance des cailloux
& des pierres , contribuent à former les
figures qui paroiffent fur les pieces qu'on
en a coupées ou caffées ;-mais l'endroit par
lequel le hazard a voulu que la pierre- ait
été coupée ou caffée , y contribue encore;
car il arrive prefque toûjours que la coupe
ou la caffure étoit d'une ligne plus prés ou
plus loin , la figure ne feroit pas la même.
C'eft pourquoi le fentiment du Docteur
Guffaret eft extravagant , lorfque dans fon
livre des curiofitez inouies , il prétend que
les figures qui fe rencontrent dans les Ca
mayeux , ont une vertu convenable à la
chofe qu'elles reprefentent , de forte que
fi la figuie du Camayeux reprefente un
Scorpion , ce Camayeux iera efficace contre
le venin des Scorpions ; par la raifon , ditil
, que cette figure du Scorpion qui fe
rencontre dans la pierre , étoit , felon l'intention
de la nature , deftinée pour faire
un Scorpion veritable,lequel feroit devenu
vivant , s'il avoit rencontré dans le lieu où
il le trouvoit formé , une humeur ou une
Hourriture propre pour ſe conferver :
Ainfi, ce - Scorpion ébauché par la nature ,
& devenu pierre par hazard , ne laiffant
pas que de retenir quelque chofe de fes
qualitez naturelles , attire à lui le venin
des Scorpions , êtant appliqué fur la blef
fure , comme pourroit faire un Scorpion
170 LE MERCURE
veritable , écrafé & appliqué fur la playe
Ce fentiment eft fans doute opposé au
bon fens ; puifque , comme j'ai dit cideffus
, ces figures tracées fur les pierres
& les cailloux , dépendent entierement du
hazard , tant de la part de la couleur qui
fe trouve dans la pierre , que de l'endroit
où elle fe trouve coupée; ces figures de feugere
ainfi coupées , êtant comme les figures
d'Aigles qui le voyent dans la racine de
feugere , lefquelles s'apperçoivent , quand
on coupe cette racine d'un certain biais
& qui ne s'y voyent pas lorsqu'on la coupe
autrement .
C'eft auffi ce pur hazard dont les Camayeux
dépendent , qui fait qu'on les eftime,
& que les curieux en font le plus bel
ornement de leurs cabinets ; parce que cela
eft caufe qu'ils font fort rares . L'on fçait
combien l'antiquité a admiré le Camayeux
du Roi Pirrhus , lequel étoit une agathe
où l'on voyoit les neuf Muſes qui danſoient ,
richement vêtues & Apollon au milieu
qui jouoit de la Harpe : Combien de nos
jours on admire dans l'Eglife de S. George
de Veniſe un Camayeux de marbre , où
l'on voit un Crucifix trés - bien repreſenté ,
avec les cloux qui percent les pieds & les
mains , & d'où il fort des gouttes de couleur
de fang : & un autre qui eft de la
même Eglife contre un Autel de jafpe ',
où l'on voit une tête de mort : Enfin , les
DE JUILLET. 177
cabinets des Princes & des curieux , en confervent
plufieurs qui font l'admiration des
Connoiffeurs .
Je dis des Connoiffeurs , parce qu'il fe
peut faire qu'il y a de l'artifice , que les
bons connoiffeurs peuvent aifement découvrir
: Car , tout le monde fçait qu'on a
trouvé le fecret de colorer le marbre jufques
dans fa fubftance & je fçai moi -même
une couleur , laquelle appliquée feule
fans eau forte , ni tout autre liquide
penetre les cailloux les plus durs. Voila ,
Monfieur , ce que je puis vous dire tou
chant les Camayeux. Je fouhaite que le
peu que je vous en ai dit , puiffe vous faire
plaifir , n'ayant pas de defir plus preffant
que de vous donner des marques que je
fuis , &c.
-1
JOURNAL DE PARIS.
Extrait du Programe de l'Academie
Royale des Belles- Lettres , Sciences
& Arts , établie à Bordeaux .
I Academie donnera le premier, May 1720. le prix ordinaire confiftant en
une medaille d'or de la valeur de 300.livres ,
à celui qui donnera l'hypotheſe la plus
probable fur la caufe de la pefanteur ; &
*72
LE MERCURE
& qui expliquera de la maniere la plus
vraifemblable fes principaux phénomenes.
Il fera libre d'envoyer les Differtations en
latin ou en françois : elles ne feront recuës
que jufqu'au premier Janvier prochain inclufivement.
ceux qui enverront leurs ouvrages
, les adrefferont affranchis de ports
à Mrs de l'Academie Royale de Bordeaux ',
ou au fieur Brun , imprimeur de cette com
pagnie , ruë S. James . Signé Navarre ,
Secretaire perpetuel & Directeur pour
Rannée 1719 .
Le premier Juillet , M. le Duc de Chaulnes
, Capitaine- Lieutenant des Chevaux
Legers de la Garde du Roy parut devant
S. M. à la relevée des quartiers avec plufieurs
Marêchaux des Logis Brigadiers &
fous - Brigadiers du même corps. Tous les
les Officiers de la Maifon du Roy en firent
autant en relevant leur quartier..
Un riche Marchand d'Alep eft arrivé
dans cette Capitale , pour reprendre l'ancien
traité de Commerce qui a cfté commencé
par Louis XIV. de glorieufe mé
moire. If propofe aux François de paffer
en Perfe pour y avoir des comptoirs , &
d'y porter leurs marchandifes , afin d'en
faire commerce dans toutes les Indes orientales.
M. le Duc Regent a figné depuis peu
un Reglement , pour payer generalement
tout ce qui eft échû des apointemens &
penfions
DE JUILLET. 173
penfions des Officiers de la maifon du Roy.
Il paroît un Arrêt du Confeil d'Etat ,
qui ordonne l'execution du nouvel éta-
Eliffement de la taille , fuivant le nouveau
tarif, dans tout le Poitou .
Le 2. au matin , toute la mufique du Roy
fe rendit à fa Chapelle , pour y chanter un
Te Deum en actions de graces de la prife
de Fontarabie.
>
Le 4. au matin le Roy a figné le contract
de mariage de M. de Courtaumer
Lieutenant aux Gardes Françoifes , avee
Mademoiſelle de S. Dizan .
La nuit du 4. au 5. M. Feydeau fieur
de Francaut , Charmoy , Charmeffaux , &
Etrelles , Ecuyer du Roy , mourut . Sa
charge a é é donnée à M. de Louvains
Ecuyer , Cavalcadour de la petite écurie .
Le 5. on a apris que la grêle avoit fait
de grands dégats dans differens Cantons de
Strafbourg.
Une des places de l'Academie des fciences
pour l'aftronomie , étant vacante par la
mort de M. de la Hire le fils , Monfeigneur
le Regent a nommé M. le Chevafier
de Louville pour la remplir. Il y a
1200. livres de penfion attachées à ce pofte
avec un logement à l'Obfervatoire . Comme
il vaquoit une autre place de Penfionaire
de la même Academie , M. de Meran à
efté auffi nommé par S. A. R. pour la
remplir.
P
Juilet 1719.
174 LE MERCURE
M. le Vicomte de Melun a efté grati
fié d'une penfion de 4000 livres ; & M. lo
Chevalier de Broglio , Capitaine de Vaif
feaux d'une autre de 3000 liv.
M. le Marq de Clermont- Rouffillon ,a eſté
pourvû de la charge de Capitaine- Colonel
des Suiffes de S. A. R. Monfeigneur
le Regent. Cette charge étoit vacante par
la mort de M. le Marquis de Nancré.
Un Marchand de Marieille a acheté neuf
cent 30. mille livres la belle Terre de la
Tour d'Aigues en Provence.
M. le Marquis d'Eftampes a obtenu un
brevet de retenuë de 150. mil livres fur fa
charge de Capitaine des Gardes du Corps
de Monfeigneur le Regent.
Le 7. le Roy & le Regent ont fait
l'honneur à M. le Comte d'Oifi de figner
fon contract de mariage avec Mademoifelle
Mazuault , fille unique de M. Mazuaulť
Confeiller au Grand Confeil.
M. le Duc de Chartre a efté incommodé
d'un mat de gorge qui n'a point cu
de fuite .
M. la Ducheffe a reffenti depuis peu
quelques legers accés de fievre.
Madame la Ducheffe d'Albret a fait
un teftament , par lequel elle remet 5o.
mil livres à M. le Meiêchal de Matignon,
pour être diftribuées à fes domeftiques.
Le fieur le Blond François , fameux
DE JUILLET .
175
Architecte & Ingenieur, eft mort à Molcow
de la petite verole . S. M. Cz l'avoit
attiré dans fes Etats , & luy faifoit une
groffe penfion.
M. le Pelletier de la Houffaye Chance,
lier & fur- Intendant des Finances de la
maifon de M. le Duc d'Orleans , s'eft fait
reprefenter depuis la mort de M. Terat ,
tout ce qui étoit échû d'apointemens aux
Officiers de S. A. R. pour y fatisfaire au
premier Janvier prochain.
Le 12. le Roy a accordé à M. de Ricoüart
, cy devant Intendant des Ifles &
Terre ferme de l'Amerique , une charge
de Lieutenant de Roy dans le Gouvernement
du Havre de Grace .
Le 16. le Roy accompagné du Marêchal
Duc de Villeroy , Gouverneur de S. M.
du Duc de Villeroy Capitaine des Gardes
, du Comte de Ruffé fous- Gouverneur
, & du Marquis de Livri premier
Maître d'Hôtel , alla au vieux Louvre pour
Y demeurer , pendant qu'on fera quelques
reparations au Palais des Tuilleries. Le
Caroffe du Roy étoit précedé d'un déta
chement des Gardes de la Prevôté , des
cent-fuiffes , & fuivi d'un détachement des
gardes du corps ,
les Officiers êtant à cheval
à leur tefte.
Le 17. le Roy alla chez M. Dharmand
Ingenieur , dont le cabinet eft rempli de
plufieurs curiofités de méchaniques.
P ij
176- LE MERCURE
Le 16. on publia un Arrêt du Confeil
en faveur de la compagnie des Indes : I
porte.
ARTICLE premier , qu'il fera fourni par
les Treforiers de la Banque à la compagnie
des Indes la fomme de vingt- cinq millions
de livres en billets de banque fur le rece
piffé du Caiffier de ladite compagnie , pour
eftre envoyez à la Louifiane.
II VEUT Sa Majefté , pour que lefdits
billets puiffent eftre reconnus , que les numero
en foient retenus par le Treforier de
la Banque, & que l'empreinte du cachet de
lad. Compagnie des Indes y foit appofé
au lieu & place du cachet de la Banque.
III ORDONNE Sa Majefte que lesdits
billets à leur retour en France,feront payez
par les Receveurs de fes deniers , de mefme
que les autres billets de fa Banque , &
enfuite acquittez par le Caiffier de la compagnie
des Indes , & par luy rapportez au
Treforier de la Banque , qui luy en fournira
au fur & à mefure la valeur en nouveaux
Billets, pour eftre envoyez à la Loüifianne
.
IV. LES Proprietaires defdits billets
doivent prendre la precaution de les endoffer
, au moyen dequoy ils ne pourront eftre
payez qu'à celuy à l'ordre de qui ils feront
endoffez : & en cas qu'il fuffent perdus
par naufragé , vol , ou autrement , les pro
prietaires en pourront faire leur declaration
DE JUILLET.
177.
C
au Caiffier de la Compagnie des Indes
qui fera, obligé d'enregistrer les numero
-defdits billets fuppofez perdus , & d'en
payer la valeur à celuy qui aura fait la declaration
aprés l'expiration du terme de cinq
années, ordonné par l'Article XVI . de la
Declaration de Sa Majefté du 4. Decembie
1718.
V. ET pour indemnifer lad. compagnie
des Indes des dêpeníes qu'elle fait pour l'éftabl.
ffement de la Loiifiane , & du prix
qu'elle y donne aux Piaftres : Veut Sa Majefté
que la valeur des Piaftres de ladite
colonie luy foit payée dans les Hoſtels de
fes Monnoyes comptant fur le pied de
foixante livres le Marc , Et en cas de variation
dans le prix des Monnoyes du
Royaume , la valeur des Piaftres fera payée
poids pour poids en efpeces qui fe fabriquequeront
ou le reformeront alors , meime
fans diminution des frais de la fabrication
dont Sa Majesté fe charge . Et à l'égard des
matieres d'argent , elle feront reçeües &
payées aux melmes conditions à proportion
de leur titre , le tout néantmoins à la charge
par la compagnie des Indes de fournir aux
Directeurs des Monnoyes des certificats des
Directeurs de la Loüifianne viſez de trois
des Directeurs Generaux de ladite compa
gnie , portant que les piaftres ou matières
d'argent ont efté embarquées à la Loüi-
Lanne , & qu'elles appartiennent à ladite
Piij
178 LE MERCURE
compagnie . FAIT au Confeil d'Eftat da
Roy , Sa Majefté y étant : tenu à Paris le
feizième jour de Juillet mil- fept cent dixneuf.
Signé FLEURIAU
Le 18. le Roy fut à l'iffuë de fon dîner
chés M. Coepel fon premier Peintre . S.
M. y vit plufieurs deffins & eftampes ,
fur lefquels elle raifonna d'une maniere
qui paffe la portée de fon âge. Le foir
avant fon fouper , il y eut vis - à- vis fes
fenêtres une Lutte de Mariniers, à laquelle
le Roy prit beaucoup de plaifir , & qui le
divertit fort.
Monfieur le Marquis de Bauffremont
a eu ordre de fe rendre avec fon Regiment
fur les Frontieres d'Efpagne , & le Roy
l'a fait Brigadier de fes Armées.
On a trouvé deux mines d'or au Miffifipy
, & on y envoye 8000. hommes de
Troupes .
Les actions de la Compagnie d'Occident
font montées à 400.
Madame la Prefidente de Nicolaï qui eft
groffe de 6. mois , a été attaquée de la
petite verole à la campagne.
Le 19. le Roy fut chés M. Defportes
Peintre fameux pour les animaux.
Madame , Ducheffe de Berri , s'apercevant
du mauvais état où elle étoit , demanda
le 17. à quatre heures du matin fe
confeffer : Elle ordonna en même tems
qu'on dît la Meſſe dans fa chambre , &
DE JUILLET . 179
J
1
voulut communier par les mains de M.
l'Abbé de Caftres , nommé à l'Archevêché
de Tours , fon premier Aumônier. Le
18. à 3. heures aprés midi , le redoublement
de la fievre êtant plus fort qu'à l'ordinaire
, elle reçut le S. Viatique & le Sacrement
de l'Extreme - Onction , qui lui
furent adminiftrés fur les 6. heures du foir
par M. l'Abbé de Caftres , affifté du Curé
de Paffy en étolle, & des autres Barnabites.
qui defervent la Cure . Monfieur le Due
d'Orleans, accompagné du Duc de Chartre,
& de plufieurs Seigneurs , alla audevant
du S. Sacrement , & l'accompagna au retour
jufqu'à l'Eglife Paroiffiale de Paffy.
Les Aumôniers de Madame la Ducheffe
de Berri , les Officiers de fa maifon & fes
Pages , chacun un cierge à la main , affifterent
à cette ceremonie . Quand on aporta
le S. Viatique à la Princeffe , on avertit
Monfieur & Madame la Ducheffe d'Orleans
, qu'elle fouhaitoit fort de les voir .
>
Cette Princeffe voulant donner une derniere
preuve de fon affection aux Officiers
de fa Maiſon , les recommanda à S. A. R.
M. le Duc d'Orleans . .
Le 19. Les Medecins , qui defefperoient
de Madame la Ducheffe de Berri , lui
donnerent du Lilium ; il provoqua en effet
une espece de fucur , & deux évacuations
qui donnoient quelque efperance . Sur le
foir , le redoublement de fa fievre ne laiffa
Piiij
780
LE MERCURE
pas que d'être violent , on crut même X
quatre heures du matin qu'elle alloit mourir.
On reiterat le Lilium , & la Princefle
eut une moiteur avec une évacuation. » En
» fin la nuit du 20. au 21. Sa fievre re-
» doubla fi fort , qu'elle fut à l'agonie depuis
minuit jufqu'à deux heures & un
quart , que la Princeffe mourut avec des
« fentimens d'une grande pieté , & d'une
» entiere fcûmiffion à la volonté de Dieu,
M. & Madame la Ducheffe d'Orleans , ne
l'ont prefque point quittée pendant tout
le cours de fa inaladie.
La nuit du 22. au 23. on porta le coeur
de Madame la Ducheffe de Berri au Val
de grace , où l'on arriva à minuit . Les
Gardes du Corps , les Pages & les Valers
de pied chacun un cierge à la main , ac
compagnoient le coeur de la Princeffe.
En arrivant au Valde grace , on trouva
la Communauté des Religieufes avec un
nombreux Clergé, tous le cierge à la main,
qui attendoient M. l'Archevêque de
Tours. Ce dernier precedé des Aumôniers
de la Princeffe , portoit le coeur dans une
boëte de vermeil doré . Ce Prelat
le prefenta à Madame l'Abbeffe en preſence
de Mademoifelle de la Roche- fur-Yon
& fit un difcours trés touchent & trésaplaudi
, auquel Madame l'Abbeffe répondit
avec grace & dignité. On fut enfuite
à l'Eglife pour y faire les prieres. Quand
DE JUILLET. * 181
on voulut porter le coeur de la Princeffe
dans le caveau , la marche commença par
les Religieufes & le Clergé ; enfuite M. le
Comte d'Uzez Capitaine des Gardes du
Corps , M. le Marquis de Coëttenfao
Chevalier d'honneur , M. le Chevalier de
Hautefort premier Ecuyer , M. le Comtè´
de Saummeri premier Maiftre d'Hoftel
tous en manteau , Meffieurs les Abbez de
Rouget , du Tremblai , d'Avejan & d'Anglade
, Aumoniers de la Princeffe , M. de
Caftres , Archevêque de Tours , ayant à
fa droite Mademoiſelle
de la Roche-fur-
Yon , Madame la Ducheffe de S. Simón
Dame d'honneur de la Princeffe , Madame
la Marquise de Pons , fa Dame d'atours
Meldanes les Marquifes d'Armentiers
,
de Braffac , d'Arpajon & Laval , fes Dames
du Palais. Ce fut Madame la Ducheffe
de S. Simon , qui remit en fortant du
Chateau de la Muette , le coeur de la
Princefle entre les mains de M. l'Abbé de
Caftres fon premier Aumonier.
La nuit du 23 au 24. le corps de Madame
la Ducheffe de Berri , fut tranſporté
du Chateau de la Muette à S. Denis . II
fut prefenté par l'Abbe de Caftres & mis
dans la fepulture de la Maifon Royale , en
attendant le tems auquel il lui fera fait un
Service folennel. Les Valets de pied , les
cent Suiffes , les Gardes du Corps à chcval
, ayant chacun une écharpe de crêpe en
- 182 LE MERCURE
bandoliere avec un flambeau à la main ;
précedoient. M. l'Abbé de Caftres premier
Aumonier , étoit accompagné des quatre
autres Aumoniers de la Princeffe, du Curé
de Paffy & du Pere Confeffeur ; enfuite
venoient les Dames de la Maifon de la
Princeffe avec tous les Officiers. Lorsqu'on
fut arrivé à S. Denis , M. l'Archevêque
de Tours fit un trés-beau difcours auquel
le R. P. de Sainte Marthe répondit en
termes trés - touchans. Aprés que l'on cut
dépofé le corps de la Princeffe , on condur
fit dans une fale M. de Caftres & tous
ceux qui l'accompagnoient. Aprés la ceremonie
, on y amena les Seigneurs & les
Dames , aprés quoi on entendit la Grand-
Meffe , & on revint à Paris . S. A. R.
M. le Duc d'Orleans , a accordé une penfion
de 12000 liv. à Madame la Ducheffe
de S. Simon Dame d'honneur de la feue
Princeffe : 9000 1. à Mela Marquife de Pons
fa Dame d'atours : 4000 liv. à chacune
des Dames du Palais : & 6000 liv . à la
premiere Femme de Chambre. Outre cela
elles auront leur logement au Palais du
Luxembourg.
» Marie- Louife- Elifabeth d'Orleans ™ ,
Ducheffe de Berry , étoit née le 20.
» Aouft 1695: & elle avoit été mariée le
» 6. Juillet 1710. à Monfeigneur Charles
de France , Duc de Berry , mort le 4.
» May 1714.
DE JUILLET.
183
Le 21. le Roi fut à l'Academie de
Peinture & de Sculpture , pour y voir les
beaux ouvrages dont cette Academic eft
remplie.
L'Abbaye de Blazimont , Dioceſe de
Bazas , eft vacante par la mort de M.
Binet , Curé de la Sainte Chapelle de
Paris .
M. Marechal , Chanoine de l'Eglife Me
tropolitaine de Befançon , a été nommé à
l'Abbaye de Lieu - Croiffant , Ordre de
Clervaux , Diocefe de Befançon , par la
mort de M. l'Abbé de Tavannes.
Le 22. la Comteffe de Kinigfeg , Am
baffadrice de l'Empereur , fut conduite par
le Chevalier de Sainctot Introducteu des
Ambaffadeurs , dans le Cabinet du Roi ,
où elle prit congé de S. M.
Le 23. le Baron Hop Ambaffadeur ordinaire
des Etats Generaux des Provinces,
Unies , fit fon entrée publique en cette
Ville. Le Maréchal de Montefquiou & le
Chevalier de Sainctot , allerent le prendre
dans le caroffe du Roi à Rambouil et. Le
Roi , les Princes & Princeffes du Sang ,
y' envoyerent leurs caroffes à l'ordinaire.
Le 25. le Prince de Pons & le Chevalier
de Sainctot , allerent prendre ce Baron en
fon Hôtel, dans le caroffe du Roi, & le conduifirent
à fa premiere aud ence publique
de S. M. où tout fe paffa fuivant les cerc
monies accoutumées .
184 LE MERCURE
1
Le foir du 23. S. M. accompagnée du
Marêchal Duc de Villeroy , du Prince
Charle de Lorraine , du Duc de Villeroy
& de l'Evêque de Frejus , alla à S. Cloud
voir Madame , & lui fit les complimens de
condoleance fur la mort de Madame la
Ducheffe de Berri.
Le 22. le Roi honora de fa prefence
l'Academie Françoife , dont il eft Protecteur.
S. M. y fut reçue par M. de Va
lincourt , Directeur , & par M. Dacier ,
Secretaire perpetuel de cette Academie.
Ces deux Meffieurs , accompagnez de quelques
autres Membres du même corps , fu
rent au devant du Roi jufqu'à la porte. S.
M. fe plaça dans un fauteuil qui étoit devant
la cheminée , & le feul qu'il y eut
dans la Sale . M. le Marechal de Villeroy
fit un petit difcours à l'Affemblée , auquel
M. de Valincourt répondit. Aprés que
M. le Muêchal de Villeroy eût parlé , &
que M. de Valincourt eût fait fon compliment
au Roi , au nom de l'Academie ,
M. de la Motte dit ces vers à S. M.
40
Ce jour cent fois heureux où tu parois ici
Prince , c'eft nôtre fête , & c'est la tienne
auſſi.
Pour nous quelle fête plus belle,
Que de voir nôtre Prince être nôtre Apollon,
Qui d'un regard propice animant nôtre zele,
DE JUILLET. 1.8.5
De fon Palais pour nous fait ce facré Vallon
!
De ta protection ta prefence eft le gage;
Elle comble tout notre espoir
Nous te voyons ici recevoir nôtre hom
mage ,
Et nôtre amour trompé croira toûjours i'y
voir.
Mais , malgré ces honneurs dont nous ta
rendons grace ,
Le plus grand honneur eft pour toi.
Quand tu viens t'affeoir au Parnaffe
,
Le Dieu lui-même y reconnoît tali.
Sous tes yeux bienfaifants les talens y vent
croître ;
Quels miracles de l'art par ta faveur pras.
duits !
L'Univers enchanté , cueillant ces nour eaux
fruits ,
D'âge en âge dira , Louis les a fait naître.
Ce jour cent fois heureux , où tu parois ici ,
Prince , c'eft nôtre fête , & c'eft la tienne
auffi.
La fceance finit par une Fable morale
que recita M. de Sacy.
Aprés que S. M. fut fortie de l'Academie
Françoife , elle monta par le grand
efcalier du vieux Louvre , pour fe rendre
186 LE MERCURE
à l'Academie des Sciences . M. le Marquis
de Torci , à la tête & en qualité de Vice-
Prefident de l'Academ e , reçût le Roi &
le condu fit dans la Sale , qui n'étoit meublée
, comme celle de l'Academie Françoite
, que de banquettes & d'un feul
fauteuil. Aprés que S. M. fut affie , M.
le Marquis de Torcy lui fit un difcours
auquel M. le Maréchal de Villeroy répon
dit , & témoigna en même tems à l'Acacademie
que le Roi verroir avec plaifir
les experiences qui avoient été preparées à
fon jujer. On commença à en faire quelques-
unes , & on prefenta à S. M. des
machines dont l'ingenieufe invention lui
plût beaucoup , entr'autres une , par le
moyende laquelle on peut rayer & denteler
en moins d'un quart d'heure , une lime
auffi fine & auffi groffe que l'on veut. Sur
les quatre heures , S. M. fortit de l'Academie
, & fut au Palais Royal , pour y
faire à Monfieur & à Madame la Ducheffe
d'Orleans , des complimens de condoleance
fur la mort de Madame la Ducheffe
de Berri,
Le 24. le feu a pris dans la Forêt de
Fontainebleau , fans y faire beaucoup de
dommage. Le même jour , le Tonnere
tomba fur les 10. heures du matin en trois
differens endroits de cette Ville , fçavoir
dans le clocher de Sainte Genevieve , dans
la rue des Moufquetaires gris , Fauxbourg
DE JUILLET. 187
5. Germain , & dans l'appartement de
Madame la Princeffe de Conti la jeune
fans lui faire cependant aucun mal : La
Princeffe qui ne laiffa pas d'être faiſie ,
fut feigned fur le champ.
Le 24. le Roi fe rendit à l'Academie
des
Infcrip
ions & Belles- Lettres. M. de
Boze , Secretaire
perpetuel
de cette Aca
dem e , fit un difcours
à S. M. qui fuc
fuivi d'une differtation
de M. Freret fur
le jeu des échecs. Cette differtation
étoit
mêlée
d'érudi ion & de traits d'hiftoire
trés-amufans.
Le 25. S. M. a accordé à M. le Marquis
de Houdetot , Brigadier de fes armées
, une Charge de Lieutenant de Roi
en Picardie , au département du Boulonnois
& Pais reconquis , où font compris
les Villes de Calais , Fort de Rifban , Fort
de Niculai , Guynes , Ardres , Ambleteufe
, Boulogne , Monthulin , & leurs
dépendances.
Le même jour , M. le Comte de Hou
detot , Colonel du Regiment d'Artois , a
auffi obtenu une Charge de Lieutenant de
Roi en Picardie au département de Ver
mandois & Thierache , cù font compris
les Villes de S. Quentin , Ham , le Catelet
, la Fere , Ribemont , Guife , Vervins
, Aubenton & Marle.
188 LE MERCURE
Le 25. LE ROY ESTANT EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonnes
Qu'à commencer du jour de la publication
du prefent Arreft, les Louis d'or fabriquez
en confequence de l'Edit du mois de May
de l'année derniere 1718. n'auront plus
dans l'étendue du Royaume, Pays , Terres
& Seigneuries de l'obéiffance de S. Maque
pour trente - quatre livres la piece , les
demis & quarts à proportion.
Regiftré en la Cour des Monnoyes à Paris
le 26. Juillet 1719. Signé , GEUDRE'.
Le 26, S. M. prit le deuil pour la mort
de Madame la Ducheffe de Berri.
Le même jour , M. le Prince de Bournonville
, qui a époufé depuis peu la fille
de M. le Duc de Guiche , reçût fes Sacremens
.
Le 27. M. Dumangin , ci- devant Ecuyer
Porte-Manteau du Roi , a acheté une
Charge de Lieutenant des Gardes de la
Porte de S. M. & Monfieur le Duc d'Orleans
lui a confervé le droit des entrées de
la Chambre.
***** **
Les Troupes du Roi qui font devant S.
Sebaftien , qui en forment l'inveſtiture ,
& qui montent la tranchée , font compofées
de 51. Bataillons & de 75. Efcadrons.
Artillerie
DE JUILLET. 189
Artillerie.
24.P.
de 24.
12. de 16.
7.2 . de campagne .
24.
mortiers .
18. Pierriers.
à S. Sebaftien le premier Juillet 1719.
DEpuis la prifede Fontarabie , M. le
י
fi .
Marêchal eft refté au Camp d'Iron ,
pour faire combler les travaux & reparer
la Place. Le 24. de l'autre mois l'armée
ennemie fit une tentative , pour rompre
nôtre pont de bateau à Iron ; on croit même
qu'elle auroit reuffi dans ce deffe
le Regiment de Normandie , qui partit à
minuit d'Orogne par ordre de M. de Berwick
, n'eût prevenu le détachement d'une
demie heure. Le 27. M. de Berwick
décampa de la Ranterie , & vint le 28.
avec l'armée à Hernani. Le 29. toutes nos
troupes prirent pofte devant S. Sebaftien
pour en former le fiege . Le Prince Pio
General de l'armée d'Espagne , s'êtant mis
à la tête de soo. chevaux , vint fans aucune
refiftance , renforcer la garnifon de S. S.
d'un Batail. qu'il y fit entrer. Sur l'avis
que l'on cut que ce General étoit à Tolozette
, M. de Cilly fut commandé pour y
aller. Il trouva en chemin 300. Dragons
J
#86 LE MERCURE
ennemis , commandez par un Lieutenant
Colonel qu'il fit pouffer. Le Commandant
& quelques-uns de ces Dragons fusent
tuez , & il y eut 2. Capitaines avec plufieurs
Dragons pris. En arrivant à Tolozette
, les Troupes du Roi tomberent fur
un détachement d'Infanterie des ennemis.
Il y en eut 30. de tuez & 60. de pris, avec
3. Officiers , deux des Gardes Espagnoles
& le troifiéme des Gardes Walones . Le
Prince Pio s'étoit retiré dés 5. heures du
matin du côté de Pampelune. Le 30. M.
le Maréchal de Berwick paffa l'Aftiara,
gua , & vint camper devant S. Sebaftien ,
appuyant fa droite à la Mer , & fa gauche
à l'Aftiaragua , vis- à- vis le Camp. On a
travaillé depuis aux communications qui
font achevées. On accommode prefentement
les chemins pour le paffage de l'Artillerie.
Les fortifications de la Place ne
paroiffent pas bonnes ; mais comme les Ennemis
ont beaucoup de canon , & que le
front de l'attaque eft trés- petit , on fera
obligé , avant que d'ouvrir la tranchée
de faire des batteries , qui tirent fur les
deffenfes avec un nombre de pieces fuffifant
, pour leur en impofer. Sur la nouvelle
que M. de Berwick a eue , que les
Ennemis faifoient quelque mouvement du
côté de Roncevaux , il a renvoyé M. de
Coigny qui eft à Irum avec tout le reste
de la Cavalerie de l'armée. Comme on a
DE JUILLET. 187
A
appris que le Roi d'Elpagne vouloit aller
du côté de S. Jean pied de port , la Brigade
de Picardie qui eft à Irum , pourra y
marcher , & ne fera point du Siege . Nous
fommes logez fur la chauffée qui va à la
Ville , fort prés de l'endroit où la tranchée
s'ouvrira , & plus prés encore du
Canon .
-
La nuit du 3. au 4. Juillet on embarqua
trois Compagnies de Grenadiers pour s'einparer
d'une petite Ifle qui eft fur la droite
de la Ville ; mais les Ennemis firent fi
grand feu , qu'on n'y pût mettre pied à
terre. Quand nôtre batterie fera en place ,
il fera ailé de reparer la chofe. Les Lettes
du 8. marquent qu'il a plû fi abondament
qu'il nous faudra plus de 1.jours, pour mettre
les chemins en état de faire venir nôtre
artillerie . M. de Berwick eft en marche
pour prevenir les Espagnols & leur livrer
combat. M. de Cilly gardera les lignes de
S. Sebaſtien avec un certain nombre de
Troupes. On formera deux corps d'armée
fuffifant , pour s'oppofer aux deffeins
du Roi d'Espagne , & continuer les entreprifes
. On a embarqué du canon à Dun-
Kerque pour l'armée. Les avis de S. Sebaft
en du 7. de ce mois , portent que les
armées de France & d'Eſpagne étoient toûjours
dans les mêmes camps. Depuis le 30.
Juin , on a travaillé au débarquement &
transport de l'artillerie. On fait à prolent
Qij
192 LE MERCURE
les preparatifs pour ouvrir la tranchée. Le
Roi d'Espagne eft à Ouarta , à demie lieuë
de Pamelune.
P S. Le 30. Janvier le Marquis de Fim--
marcon ayant eu avis que le fieur de la
Trincherie & fon frere , tous deux trés accreditez
dans le païs , s'effoient avancés à
Aulot , pour faire prendre les armes aux
gens de la Montagne , le fieur de Bernix ,.
commandant un bataillon d' Arquebuziers ,
avoit par les ordres enlevé ces 2. freres avec:
un Capitaine de dragons , 4. autres Officiers
plufieurs fufiliers de montagne & so. chevaux.
Depuis ce tems là , le Marquis de
Fimmarcon a fait occuper Campredon par
un bataillon d'Arquebuziers. Toutes les
Communautés de cette Viguerie & des environs
, font venues prêter le ferment de fidelité
à la France ..
Les Lettres du camp de S. Sebaftien du
20 Juillet , portent que le Marquis de Cil-
Lieutenant General , & le Marquis de
la Fare Brigadier , firent le 19. l'ouverture
de la tranchée avec les 3. Bataillons du Regiment
de Picardie , le premier Bataillon
de Chartres & so . Dragons à pied . La parallele
a efté établie depuis la mer juſqu'à la
Riviere d'Aftiaragua , environ à 200. toifes
du chemin couvert de l'ouvrage à corne.
Les Ennemis n'ont déconvert le travail
qu'au grand jour & il n'y a eu perfonne de
Aué ni de bleffé, Qn a travaillé de l'autre
DE JUILLET. 193
coté de l'Aftiaragua , à des batteries de canons
& mortiers Le 20. le Marquis de
Coigny, Lieut. Gen. & le Comte de Middelbourg
Brigadier , releverent la tranchées
, avec les 3. Bataillons de Normanmandie
, le Regiment de Blaifois & 50 .
Dragons à pied . On devoit former pendant
la nuit une feconde parallele à 60.
toifes de la premiere.
AVIS
Voique le fieur Cordier feul poffeffeur du
ccret de feue mademoiſelle Faris , ait fait anno
cer dans le Mercure Hiftorique de Paris , & dans
la Gazete de Hollande , la vertu & les qualités
merveillcufes des peaux divines , il lui revient
cependantde toutes parts que bien des gens
ignorent encore aujourd'huy leurs proprietés
effentielles . Le fieur Cordier fe trouve donc dans
l'obligation de repondre à la bonne volonté da
ceux qui s'intereffent en même tems , & à la
guerifon des perfonnes incommodées , & à la
connoiffance d'un remede fi lalucaire : En voici
l'idéo en abregé.
Les peaux divines font fouveraines pour toutes
fortes de maux de tre , les rhumatifmes les
abcés , les gouttes fciatiques , les humeurs froides
, les paralifies nouvellemen formées , les
maux de côté , maux des yeux , & pour les coups
ou contre- coups qu'on peut s'être donné à la
tête .
Elles font trés propres pour les maux de reins ,
pour les douleurs que l'on reffent entre les épaules
, dans les épaules & par tout le corps , ainfi
que pour les enfilares des jambes , des genoux &
autres parties du corps,
190 LE MERCURE
Elles font merveil'enfes pour l'apoplexie , les
fluxions nouvellement formées , les groffeurs qui
viennent à la gorge , les oppreffions de poitrine ,
la furdiré & dartres vites .
Enfin , les peaux divines font tranfpirer doucement
, fans fire aucune cicatrice , & laiffent
la partie du corps où elles font -app iquées , auffi
faine qu'elle étoit auparavant , & fans entrer
dans un plus long détail , on fe contentera de
dire feulement qu'elles peuvent fe conferver l'efpace
de 20, ans , fans rien perdre de leurs vertus
ni qualitez . Le fieur Cordier pour la commodité
des Provinces , a établi quatre Bureaux où
l'on diftribue les mêmes peaux divines ; fçavoir
a Iyon , chez le fieur Thomas Marchand grande
tuë Merciere , proche S. Antoine : A S. Malo ,
chés le fieur Deroziers Marchand demeu rant
devant la grande Porte , à Rouen , chés le
freur Maugy , rue grand Pont , vis àvis la ruë
aux Ours, & à Caen chés M. de Laille M. Epicier
rue faint Jean proche le Pont Millay.
Entre les perfonnes qui ont été gueries por
Pulage des peaux divines , ca fe fait honneur
de citer ici Menfeigneur le Comte de kingfigg
Ambafadeur de S. M. 1. Son Excelence ayanr
le corps entrepris , & comme perclus , depuis la
ceinture ju qu'au col d'un rhumatifme des plus
violens ; cut recours à M. Anel Docteur en
Chirurgie , Chirurgien de Madame Royale de
Savoye , & de Monfeigneur de Kiniglegg qui
a mis une entiere confiance en lui , pir raport
aux cures heureuſes & confi erables qu'il a faittes
à fon Excellence. Monfieur Anel ayant vi
- reuffir les peaux divines fur des personnes de
qualité , & en ayant éprouvé ui- même les bons
effers , propola à Monfeigneur de Kinig ( egg
de s'en fervir dans cette occafion, L'application
lui en ayant été faitte & continuée par M. Anel ,
fon Excellence fut au bout de 3. jours entiere
DE JUILLET . 197
ment delivrée de fon mal , & radicalement guerie
de ce rhumatiſme qui pouvoit avoir des ſuites
trés fâcheufes.
Le fieur Cordier donne une lifte des autres perfonnes
qui ont été gueries avec un Memoire exact
de la maniere a ec laquelle il faut fe fervir des
peaux divines demeure hés Monfieur Metas
Marchand Epicier , au haut de la ruë de la Coutellerie
& de la Vannerie . vis à vis la ruë S.
Jacques de la Boucherie , au premier apparte
ment.
On avertit le public que le fieur Mana
nory , demeurant prefentement Cloître S:
Germain de l'Auxerrois ches M. Boullemer
Procureur au Chaftelet , tient fabrique de
Chocolat de toutes fortes , & vind du Thé
imperial en gros & en détail. Le fieur Mai
norry logera auterme de la S Remy prochain.
dans le même cloiftre chéz M. Rofes Chapelain
de S. Germain l'Auxerrois .
Nous remettons au mois prochain à
donner l'article des Morts .
************************
JA
APPROBATION.
Ay lâ par l'ordre de Monfeigneur Is
Garde des Sceaux , le Mercure Galand
du mois de Juillet. A Paris le 1. Aouft
1719.
BLANCHARD.
$96
LE MERCURE
TABLE.
E la Garde des Rois de France & de
D fon
ancienneté.
3
Vie de M. de Baluze avec un Catalogue de
fes Ouvrages.
Poëfies.
Lettre écrite de Conftantinople.
Memoires de M. de***
Arrefts notables du mois.
21
40
50
56
68
Difcours de remerciment de M. Coffin ,
Řecteur de l'Univerfité , au Roi & an
Regent.
Spectacle.
91
99
Extait de l'Hiftoire de Juan Bafile. 106
Accouchement extraordinaire.
Nouvelles Etrangeres.
111
112
Lettre de l'Amiral Bing à M. Stanhope ,
Secretaire d'Etat.
ISI
Lettre du Marquis de Lede au Marquis
de Montemart.
Poefic.
Enigmes.
Chanfon & Vaudeville.
253
154
156
157 & 158.
Principes de Fhifique fur les Camayeux ou
Pierres figurées.
Journal de Paris .
Mort de Madame de Berry.
159
171
174
Compliment au Roi par M. de la Mothe.
180
Siege de S. Sebaftien. 185
t
LE
NOUVEAU
MERCURE
Août 1719.
Le prix eft de vingt fols.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis ."
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë $ .
Jacques , à la Fleur - de- Lys d'Or.
M. D CC. XIX .
Avec Approbation & Privilége du Rey,
AVIS.
ON
prieceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloître
S. Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718. de même que
l'Abregé de la Vie du CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON
au bas de la rue S. Jacques , rue du petit - Pont
prés le petit Chafteler , à la Croix d'or.
DE
LA
LE
NOUVEAU
BIBLIO
TIL
LYON
MERCURE
Suite de la Differtation fur la Garde
des Rois de France ,
• Par M. DE CAMPS , Abbé de Signy.
,
Aprens de Roger de Houeden
, Auteur Anglois & con-
Jtemporain
temporain , que le Roy Philippe
Augufte avoit dans fa
Garde , des Troupes à cheval ,
& d'autres à pied , & que partie de ces
Gardes étoient appellée , Sergens. Voici
ce que dit cet Auteur.
13
Au mois d'Octobre de la même année
1198. Guillaume furnommé le Queux
Chatelain de Lions pour Richard Roi
d'Angleterre , prit quatre vingt Sergens à
A ij
4
LE MERCURE
.
cheval , & quarante à pied de la Maifon
de Philippe Augufte , Roi de France
qui les avoit envoyez pour entrer en Garnifon
dans le Neumarché .
Cette Relation nous apprend, que la Garde
du Roi étoit compofée de Sergens à
cheval & de Sergens à pied .
Il ne faut pas neanmoins fe perfuader
ce me femble , que les feuls Sergens à pied
& à cheval , compofaffent la Garde de Sa
Majefté ; je croy qu'il y avoit auffi des
Compagnies de Chevaliers , & que ces
Seigneurs , qu'on trouve fi fouvent qualifiez
dans les Chartes & même dans les Livres
, les Chevaliers du Roy , étoient les
Chevaliers de fa Garde , aufquels je penfe
que la Compagnie des Gendarmes de la
Garde a fuccedé.
Quoiqu'il en foit , il eft certain que ceux
qu'on appelloit Sergens , ont fait longtems
une bonne partie de la Garde du
Roy; & on voit que fous le Regne de Philippe
Augufte , il y en avoit même de fort
bonne maifon , aufquels ce Monarque donna
des terres pour les tenir en fief. On en
voit auffi dont les maifons ne font pas connuës
, aufquels il en donna pareillement
pour les poffeder eux & leurs hoirs. On
voit au nombre de ceux aufquels ce Monarque
fit des gratifications , des Beaumont
, des Beauvent , des Cornillon des
Compiegnes , des Salimer , des Sancei , des
Orleans & autres .
>
D'AOUST.
Je trouve deux Chartes de ce Roi , dattées
dés l'an 1215. par lefquelles il donné
des biens à deux de fes Officiers , l'un
nommé Pierre , l'autre nommé Guillaume ,
qu'il qualifie Vigiles , en latin .
Donavimus Petro Vigili noftro , Guiltelmo
Vigili noftro.
Le mot latin , Vigil , veut dire en ce
fens , un garde de nuit. Auffi , l'on ne
peut douter que ce Monarque n'eût , outre
fa Garde ordinaire , une Garde particuliere
, deſtinée feulement à faire le guet
la nuit, prés de fa perfonne & en fon Palais .
Et ces guettes ou Gardes de nuit , ont
fubfifté long- temps , mais en petit nombre.
Je dois , ce me femble , obferver que
Philippe Augufte avoit eu le deffein de
bâtir un Hôtel des Invalides pour les
vieux Soldats & Officiers de fa Maifon
& de le dotter , partie de fes revenus ,
partie d'une portion de la paye de ces mêmes
Soldats. On aprend ce fait d'une Lettre
ou Bulle du Pape Innocent III . qui,
à la priere de ce Monarque , foumet immediatement
au Saint Siege cet Hôtel , ſon
Eglife & fon Cimetiere , & declare qu'il
accorde cette exemption, avant que rien de
tout cela ait été bâti .
Ayant prouvé que le Roi Philippe Au
gufte n'a point inftitué la Garde du Corps ,
& que ce Monarque a eu des Gardes dés
le moment qu'il eft parvenu au Trône ,
A iij
LE MERCURE
de même que les predeceffeurs Rois de
France, en avoient eu , il eft comme inutile
de faire voir que fes fucceffeurs en ont eu,
& qu'ils ont été de diveries elpeces.
Les Sergens ont été long tems une des
Compagnies de la Garde. Du Cange dit
beaucoup de particularitez de ces Seegens
dans fon Gloffaire latin , fous le mot Serviens
, & cite divers Auteurs qui en ont
auffi parlé ce qu'il en dit , eft curieux .
On y voit que ces Sergens du Roy exploitoient
par tout le Royaume cela ne fe
doit entendie , à mon fens , que des fommations
faites aux Seigneurs , ou des fignifications
faites à ces mêmes Seigneurs ,des
Sentences de la Cour du Roy , êtant à obferver
que ces fortes d'exploits fe faifoient
par gens d'une qualité proportionnée
à peu prés à celle des perfonnes aufquelles
ces fortes d'exploits étoient fignifiez. Les Ggnifications
aux Pairs, fe faifoient par d'autres
Pairs & par des Chevaliers , & quelquefois
feulement par les feuls Chevaliers ;
c'eft ce qu'il eft aifé de prouver. Or , les
Sergens de la Garde du Roy êtant eux - mêmes
des perfonnes nobles , ou aufquels leur
charge donnoit des Privileges de la Nobleffe
, on doit croire que c'étoit pour cela
qu'on les envoyoit fignifier de la part
du Roy ou de fa Cour , les ordres de Sa
Majefté , ou ceux de fa Cour , aux perfonnes
nobles , & faire à leur égard tels
D'AOUST. 7
autres actes qu'il leur étoit enjoint. On
lit dans du Cange au lieu que j'ai cité , que
les Sergens de la Garde laifferent bientôt
ces fonctions judiciaires aux Sergens
de Lettres.
On voit dans le Prieuré de fainte Cathe
rine , Quartier faint Antoine à Paris , une
pierre fur laquelle font gravées en creux ,
les effigies des Sergens de la Garde . Cette
pierre a été gravée , s'il m'en fouvient ,
fous le Regne de S. Louis. On y voit
que ces Sergens étoient armez de pied en
cap , que les uns avoient des pertuilannes ,
& les autres des maffuës.
Ces faits inconteftables prouvent que
Mezerai , quoique le meilleur de nos Hiftoriens
modernes , s'eft trompé fort groffierement
, quand il a dit que faint Louis
étoit le premier des Rois Capetiens , qui
eût pris des Gardes : Ce qu'il fit , dit- il ,
fur l'avis qu'on lui donna que deux affafins
du Vieil de la Montagne , s'étoient chargez
de lui ôter la vie. Ces Gardes , ajoûte
Meerai , portoient une Couronne d'or à
cinq ou fix fleurons fur leurs bonnets ou
chapeaux , & même dans les combats fur
leurs cafques Qu'ils ufoient de longs habits
dans les ceremonies , & portoient leurs
manteaux attachez avec un bouton fur l'épaule
gauche . Ils avoient la barbe longue
& la chevelure pendante fur le dos.
Il feroit à fouhaiter que Mezerai nous
A iiij
LE MERCURES
cût dit où il a pris cette fable , & cette
defcription des habits de Gardes de S.
Louis.
Guillaume de Nangis , Hiftorien du
Roi faint Louis , nous dit qu'en 1236. ce
Roi ayant été averti que Vieil de la Montagne
, Prince des Aflacides , avoit envoyé
quelques-uns de fes fujets pour le
tuer , fe fit garder avec foin par des hommes
armez de maffuës de cuivre.
Cet Auteur ne dit rien de plus ; & fa
Relation ne nous aprend rien,finon que S.
Louis le fit garder avec foin par les mêmes
Gardes qui avoient pris pour armes des
maffuës d'airain , ſous le Regne de Philippe
Augufte fon Ayeul.
Je ne dirai point ici , que les Auteurs de
nôtre Hiftoire parlent en divers endroits
des Archers de la Garde de S. Louis &
des Rois des François fes fucceffeurs . Je
viens à l'établiflement & inftitution des
Compagnies des Gardes du Corps qui
fubfiftent aujourd'huy.
Un Ambaffadeur du Roi Louis XIII.
ayant fait un Traité avec le Comte Irwin
pour la levée d'un Regiment Ecoffois , qui
devoit être de la Garde du Corps du Roi
& toûjours entretenu , Ic Confeil d'Etat
du Royaume d'Ecoffe en remercia cet
Ambaffadeur, par une Lettre à laquelle eft
joint un memoire où ce Confeil expofoit
que l'Hiftoire d'Ecoffe l. 4. ch. 2. aprenoit
D'AOU ST.
que Charles le Gros , Empereur de Rome
& Roi de France , inftitua vers l'an 886 .
une Garde de vingt- quatre Gentilshommes
Ecoffois , pour être auprés de fa perfonne
jour & nuit ; ce qu'il fit , eu égard à la
fidelité avec laquelle les Ecoffois gardoient
les Traitez d'alliance , conclus entr'eux &
la Nation Françoife. On ajoûte dans ce
Memoire que cette Garde fubfifta fous les
Rois fuivans : Que ces Ecoffois de la Garde
fe fignalerent par leur fidelité ſous le
Regne de S. Louis.
Que le Roi Charles V. ajoûta à ces quatrevingt
Gardes Ecoffois , foixante- quinze
Archers , aufquels il commit la garde du
Logis du Roy , à la charge de faire les Vedettes
& Sentinelles ordinaires : Que ces
deux Corps , fçavoir l'ancien & le nouveau
de foixante-quinze Archers , formerent
deux Corps differens , & vêtus differemment
, qui n'avoient point les mêmes
apointemens , & ne faifoient point le
même fervice Que les foixante- quinze
Archers furent, comme les premiers Gendarmes
de France , & que le premier &
le plus ancien d'entr'eux , obtint le titre
de premier Gendarme de France , & qu'il
eut en cette qualité des apointemens , ce
qui a continué.
On raporte enfuite dans ce Memoire
des exemples , que ces vingt-quatre, Gentils
hommes , qui formoient Fancienne Garde
10 LE MERCURE
Ecoffoile , ont été diftinguez dans ces folxante-
quinze Archers. Le dernier de ces
exemples eft de l'an 1610. On auroit pu y
en ajoûter de plus recens , puifqu'il eſt
vrai que les Gardes de la manche ont fuccedé
à ces vingt-quatre Gentilshommes, &
au premier homme d'armes , joint à
eux , & que ces Gardes de la manche ont
des fonctions , des Privileges & des habits
qui les diftinguent des autres Officiers , &
Cavaliers qui compofent le refte de la Compagnie
Ecoffoife.
L'Auteur de ce Memoire ajoûte que cette
Compagnie de cent hommes de la Garde
Ecofloile , continua fous Charles VI . &
que !
le Roi Charles VII. donna le comman
dement de cette même Compagnie á Robert
de Pathiloe Ecoffois.
Que du tems de Louis XI. Jean Cumitien
commandoit cette même Compagnie :
Que Charles VIII. lui ôta cette charge
au commencement de fon Regne , & en
gratifia Beraud Stuart , Seigneur d'Aubigny
, depuis, grand Connêtable de Sicile &
de Naples , &c .
Beraud Stuart eur pour Lieutenant de la
Compagnie Ecoffoife , Jean Stuart , Scigneur
Doifon , fils du Comte de Lenox :
Ce Jean Stuart commanda cette Compagnie
à la Bataille de Fornove , & en fut
Capitaine fous le Regne de Louis XII .
Aprés la mort , fa Compagnie fut don
D'AOUST. It
née à Robert Stuart , Seigneur d'Aubigny
fon frere , depuis, Marêchal de France .
Il fe fignala aux batailles de Marignan &
de Pavie ; & à cette derniere il fut fait
prifonnier toute la Compagnie fut tuée
avant la prife du Roy , excepté un nommé
Vicfon.
Jean Stuart , Seigneur d'Aubigny , Come
te de Beaumont le Roger , & frere de Mathieu
II. Duc de Lenox , frere du Roy
d'Ecoffe , fut Capitaine de la Compagnie
Ecoffoife de la Garde fous le Regne de
Henry II. & cut pour fucceffeur à cette
Charge , le Seigneur de Lorge Montgommery,
qui fut le dernier Capitaine Ecoffois
de la Garde Ecoffoife , cette Garde ayant
été changée , s'il faut ainfi dire , parce
que depuis les troubles du Royaume , on
n'y receut plus d'ordinaire que des François
: Ce qui n'a pas empêché que cette
premiere Compagnie des Gardes du Corps
du Roy , n'ait confervé le nom de Compagnie
Ecoffoife ; que les Gardes de la manche
ne foient tous de cette même Compa
gnie , & qu'elle n'ait de grands Privileges.
Ils font raportez dans ce Memoire du Confeil
d'Etat d'Ecoffe , & on les voit auffi
dans le premier Volume de l'Etat de France
qui s'imprime de tems en tems .
Je ne doute point que l'Auteur de ce
Memoire n'ait bien recherchéce qui concerac
l'établiffement de la Garde Ecofloife .
12 LE MERCURE
Cependant , je dois obferver qu'il ne paroît
point par aucune hiftoire que je fache,
excepté celle d'Ecoffe citée par cet Auteur
, que le Roi Charles le Gros ait inftitué
vers l'an 886. ou autre tems de fon
Regne , la Garde de vingt- cinq Gentilshommes
Ecoffois , ni que cette Garde ait
été confervée par les Rois des François
qui ont regne depuis ce tems jufqu'à faint
Louis. Mathieu dit bien à la verité , que
faint Louis êtant à la Terre fainte , échapa
une confpiration fur fa perfoune par
le
Roy des Aflacides , & qu'elle fut decouverte
& empêchée par les Ecoffois , aufquels
ce Roy de France confia depuis ce
tems là la Garde de fa perfonne .
Cet Auteur ne citant point d'où il a tiré
ce fait , on ne peut l'en croire ; & il eft
trop recent, & on ne voit pas qu'aucun autre
Auteur du tems de S. Louis , l'ait dit :
D'ailleurs, il eft fouvent parlé des Archers
de la Garde du Corps fous faint Louis , &
fous les Rois fes fucceffeurs jufqu'à Louis
XI. mais on ne dit point qu'ils fuffent
Ecoffois . On ne le nie point auffi ; car on
ne dit pas de quel Pays ils étoient .
L'Auteur de ce Memoire du Confeil
d'Etat d'Ecoffe , dit qu'à cette Garde de
vingt -quatre Gentilshommes Ecoffois , le
le Roi Charles V. ajoûta foixante - quinze
Archers, qui formerent enfemble une Compagnie
de cent hommes .
D'AOUST .
13
Je ne nie point ce fait , mais je dois ob
ferver que l'opinion commune eft , que le
Roi Charles VII . a inftitué la Garde Ecoffoife
, qu'il compofa de Gentilshommes &
Officiers Ecoffois de Nation , tirez des
Troupes de la même Nation , amenées à
fon fervice par les Comtes de Boucan & de
Douglas ; & Mathieu dit que ce Comte
qui devint Marêchal , & enfuite Connêtable
de France,obtint du Roy Charles VII.
l'inftitution de la Garde Ecoffoife.
Cette inftitution conftante femble détruite
par un Eloge hiftorique du même Roi
Charles VII. où on lit que le Roy avoit
quatre-vingt Archers pour la Garde de
fon Corps , & non plus . Et que depuis les
conquêtes de Guyenne & de Normandie
il prit vingt - cinq Crancquiniers Allemans.
Ces Crancquiniers étoient de la
Garde du Roy ; & eux & les Archers
ſe trouverent à l'entrée que fit ce Monarque
dans la Ville de Rouen ; qu'ils
étoient au nombre de cent ou fix vingt ,
& que la grande Garde du Corps du Roy
laquelle venoit enfuite , étoit de trois cent
lances commandées par Theaude de Valpergue
, Bailly de Lyon.
Cette entrée du Roi dans Rouen , fe fit
le lundi dixième jour de Novembre de
l'année 1449. avant la conquête entiere de
la Normandie , qui ne fut achevée qu'au
mois d'Août de l'année fuivante par la pri11
LE MERCURE
fe de Cherbour , & avant qu'on cût commeucé
la conquête de la Guyenne.
Je ne fais cette remarque , que pour faire
obferver que cet Eloge hiftorique du Roy
Charles VII. manque d'exactitude , ne
plaçant l'inftitution des rancquiniers
qu'aprés la conquête de la Normandie &
de la Guyenne ; & s'il eft vrai , comme le
dit cet Eloge , que le Roy Charles VII .
n'eut que quatre vingt Archers pour fa
Garde , ce que je ne croy point , cela n'exclut
point une autre Garde à Cheval ou de
Gendarmes , dont il y en avoit trois cent
à la fuite de la Majefté , lors qu'il fit fon
Entrée à Rouen .
Je trouve que quelques mois auparavant
cette entrée , le Roi Charles VII. êtant à
Louviers , avoit auprés de lui deux cent
lances pour la Garde de fon Corps avec les
Archers.
Ce rombre de deux cent lances entraîne
mille hommes à cheval : car chaque Gendarme
ou lance , étoit compté pour cinq
perfonnes , fçavoir le Gendarme , fon page,
fon valet qui étoit armé , & deux Archers
à cheval armez , & cela , felon les Ordonnances
du même Roy Charles VII .
Auffi ces deux cent lances emportoient
quatre cent Archers à Cheval pour la
Garde du Roi , donc l'Auteur de cet Eloge
de Charles VII . s'eft encore trompé ,
dilant que ce Monarque n'avoit que quaD'AOUST
.
1
tre-vingt Archers pour la Garde.
Les Auteurs qui nous parlent de cette
Garde du Roi Charles VII. ne difent pas
que les Ecoffois en fiffent partie , parce
qu'ils ne marquent point de quelle nation
étoient ceux qui la compofoient , fi ce n'eft
pour les Cranquiniers que l'Auteur de l'Eloge
dit avoir été Allemans .
5
Je trouve bien les Ecoffois à l'Armée du
Roi le 19 Decembre de l'année 1441. c'eft
à dire le jour que Charles VII . & le Dauphin
Louis XI. fon fils , monterent en perfonne
à l'affaut de Pontoife , & prirent cette
Ville l'épée à la main ; mais je ne croy
pas que ces Ecoffois fuffent de la Garde du
Corps de ce Roy , d'autant que l'Auteur
qui nous a donné la Relation de cet affaut
memorable , aprés avoir dit que la Hire
Salefart , les deux Eftracs , les Ecoflois ,
la Garnifon de l'ifle Adam & autres ,
avoient été poftez du côté de Gizors pour
s'oppofer au fecours , raporte l'affaut , &
dit que le Roi de France eut la victoire ,
& entra avec ceux de fa Compagnie & de
fa Garde , tous les premiers .
·
Or , la Garde du Roy êtant avec lui à
l'affaut & êtant entrée avec lui dans la Place
aprés qu'elle eut été prise d'affaut , ne
devoit point comprendre les Ecoffois , qui
étoient d'un autre côté pour faire tête au
fecours, en cas qu'il parût.
Si les bons Auteurs , du moins ceux que
1
16 LE MERCURE
j'ai vu , ne parlent point de la Garde Ecoffoife
fous le Regne de Charles VII. à qui
la traditive en attribuë l'inftitution , ni
fous les Regnes des Rois fes predeceffeurs .
il en eft fait mention honorable dans l'Hiftoire
du Roi Lou's XI. , fils & fucceffeur
du même Roi Charles VII . Je trouve
qu'en 1465. Louis XI . fortit de Paris accompagné
d'environ cent chevaux , dont
la plûpart étoient Ecoffois de fa Garde :
Qu'en 1468. ils accompagnerent ce Monarque
au Siege de Liege; que leur Compagnie
étoit de cent hommes ; qu'ils deffendirent
parfaitement bien le Roy dans une furieu-
Le fortie que firent les Liegois . & qu'en
cette occafion , dit Comines , ils fe montrerent
bien bonnes gens , ne bougerent du
pied de leur Maître , & tirerent largement
fleches .
Je trouve au même Siege de Liege des
Gendarmes de la Garde du Roy Louis XI.
Depuis ce tems , il eft ſouvent fait mention
de cent Archers de la Garde Ecofloife
. On les trouve auprés de la perfonne du
Roi aux Batailles de Fornove , de Marignan
, de Pavie , & en quantité d'autres
endroits qu'il feroit long & inutile de raporter
; mais je croy devoir remarquer que
l'Auteur du Memoire qui eft fous le nom
du Confeil d'Etat d'Ecoffe , a omis un
ancien Capitaine de la Garde Ecoffoife
qui doit être placé entre Robert Pathiloe
&
D'AOUST . 17
& Jean Cumitien ; c'eſt Jean Stuart , Seigneur
d'Aubigni , mort en 1482 ..
L'Auteur du Memoire dreffé fous le
nom du Confeil d'Etat d'Ecoffe , dit
qu'outre les autres Compagnies des Gardes
du Corps , le Roi Charles VII . inftitua la'
feconde Compagnie des Gardes du Corps ;
que le Roi Louis XI . établit la troifiéme
& en donna le commandement à Meffire
Claude de la Châtre , Seigneur de Nançai,
& que l'etection de la derniere eft dûë ǎ
François I.
Cette Relation fouffre des difficultés :
C'est une opinion generale que Louis XI.
& non Charles VII. iuftitua la feconde
Compagnie des Gardes du Corps ; &
Mathieu affûre que ce Monarque voulant
regagner Claude de la Châtre qui
avoit très bien fervi le Duc de Guienne ,
frere puîné de Sa Majefté , lui ordonna
de lever une Compagnie de cent Gentilshommes
françois pour la Garde du Corps
de Sa Majesté , & lui en donna le commandement.
Cette Compagnie qu'on apelle
encore aujourd'hui , la premiere ou l'ancienne
Compagnie des Gardes du Corps
françoifes fut donc inftituée par Louis XI.
le 12. Juillet de l'année 473. Claude de la
Châtre en fut fait le premier Capitaine &
en jouit jufqu'à fa mort arrivée en 1499 .
Gabriel de la Châtre , Seigneur de Nan- '
çai fon fils , lui fucceda à cette Charge &
B
18 LE MERCURE
mourut le 9. Mars de l'année 1539. On lui
donne dans fon Epitaphe , le titre de Capitaine
de l'ancienne Garde françoife du
Corps de Sa Majesté.
Joachim de la Châtre , Seigneur de Nançai
ſon fils aîné , fut aprés lui Capitaine
de la même Compagnie des Gardes , &
mourut laiffant Gafpard de la Châtre.
fon fils aîné , feulement âgé de fept ans ,
à qui neanmoins le Roi Henri II . conferva
la Charge de Capitaine de la même
Compagnie des Gardes , dont il joüit jufqu'à
la mort arrivée en 1576. & comme
fes fils étoient en bas âge , &
dans ce
tems de confufion ,il falloit des gens faits ,
pour remplacer des Charges de la confequence
de celle de Capitaine de la premiere
Compagnie françoife des Gardes du
Corps , cette même charge fortit de leur
Maiſon où elle avoit été cent trois ans.
que
Je ne fcai pas file Roi Louis XI . n'inftitua
pas encore la feconde Compagnie des
Gardes Françoifes , parce que j'obferve que
dans fa derniere maladie , il avoit plufieurs
Capitaines des Gardes , & que fa Garde
étoit compofée de quatre cent Archers.
Or , chaque Compagnie des Gardes étoit
compofée de cent Archers : Ainfi , ces
quatre cent Archers auroient compelé la
Compagnie Ecoffoife ; & les deux Compagnies
françoifes , & les autres cent Archers
formoient la Garde du Dauphin
>
D'AQUS. T. 19
que commandoit en 1473. un Seigneur ,
nommé Jean Bloffet , & qui fervoit prés
du Roy , qui , comme tout le monde fçait,
tenoit le Dauphin à l'écart , & trés peu
accompagné, & même ne mettoit auprés
de lui que des gens de peu de confequence
, par une raifon de politique qui eft
connuë de tout le monde .
Je croi que le Dauphin Charles VIII.
êtant parvenu à la Couronne , conferva la
Compagnie des Gardes du Corps françoiſes .
Ce qui me donne lieu de le croire , eft
que la Garde ordinaire de ce Roy , étoit
compofée de quatre cent Archers , le Mardy
douzième jour de Mai de l'année 1495 .
lors que ce Monarque fit fon entrée folennelle
dans la Ville de Naples. Il y avoit
auffi pour lors deux cent Arbaleftriers de
la Garde . Je voi dés l'année precedente les
mêmes deux cent Arbaleftriers de la Garde,
Je trouve à la Bataille de Fornove , ga
gnée par le même Roy Charles VIII le
fix Janvier de l'année 1495. à la maniere
de ce tems- là , que l'année ne finifloit qu'à
Pafques , ou de l'année 14,6 . à la maniere
d'aujourd'huy je voi , dis - je , qu'à la bataille
de Fornove il y avoit diverfes fortes
de Gardes , entr'autres les Arbaleítriers à
cheval , les Ecoffois & Gardes du Corps
françois. Chaque Corps avoit fon Capitai
ne dont le feul Claude de la Châtre eft
nommé en cette qualité, & qui fut toûjours-
Bij
20 LE MERCURE
joignant le Roy , lequel fagement il confeilloit
de ce qu'il devoit faire , & des modes
& manieres hardies qu'il devoit tenir
pour toûjours l'encourager de plus en plus.
Ces Archers françois de la Garde , qui
combatirent à Fornove , étoient au nombre
de trois cent ; ce qui confirme encore qu'il
y avoit alors trois Compagnies françoiles
des Gardes du Corps , & une Compagnie
Ecoffoife des mêmes Gardes.
Je ne voi pas qu'il y ait cu dans la fuite
aucun changement dans ces Compagnies ;
car , lors que Louis 13. cut reformé fa
Gendarmerie en 1617. il conferva la Compagnie
Ecoffoife , les autres Archers de la
Garde du Corps , c'est à dire , les trois
autres Compagnies , & de plus , les deux
Compagnies de cent Gentishommes chacune
, & fa Compagnie de Chevaux legers .
Je trouve fous Charles VIII . deux
Compagnies de cent Lances de Gentilshommes
chacune , établies pour la Garde
du Corps de Sa Majefté. L'une ſubſiſtoit
dés le cinq Avril de l'année 1483. & avoit
pour Capitaine Claude de Montfaucon ,
Chevalier , Seigneur d'Anglas.
L'autre Compagnie étoit de cent Lances
de Gentilshommes , Penfionnaires de l'Hôtel
du Roy. Cette Compagnie fut inftituće
en 1490. Louis de Luxembourg , Comte
de Ligny , Fief mouvant du Comté de
Champagne en fut fait Capitaine & >
D'A O UST . 21
Jean Baucher, ou peut- être Gaucher , Roy
d'Ivetot , en fut établi Lieutenant.
Je trouve auffi prés du Roy Charles
VIII. à Fornove , les Gentilshommes des
vinge Ecus qui étoient de la Maiſon du
Roy.
Le Roy Charles VIII . établit le Regiment
des Gardes françoifes en 1566. & il
fit battre , felon Mezerai , une Medaille à
ce fujet, qui avoit pour corps un Empereur
haranguant fes foldats affemblez devanc
lui , avec cette Infcription , Securitas popu
li Galliarum . Le même Auteur dit que
Henri III. êtant arrivé à Lyon , à fon retour
de Pologne en 1974. fit le Sieur Dugua
, Meftre de Camp du Regiment des
Gardes , lequel fut exprés remis fur pied
par ce Roy, & compofé de dix Compagnies:
Car lors que le Roy Charles IX. mourut ,
dit Mezerai , ce Regiment étoit comme
caffé , n'ayant que trois Compagnies , fous
la charge de tois Capitaines qui n'avoient
point de Chef pardevers eux.
Ce Regiment a été fous la dependance
du Colonel general de l'Infanterie fran
çoife , jufqu'à l'an 1661. que cette charge
de Colonel fut fuprimée aprés la mort du
Duc d'Epernon .
La Compagnie de cent Suiffes de la Garde
eft la plus ancienne de cette Nation au
fervice de nos Rois. On dit qu'elle fut inf
tituée par Louis XI , aprés l'an 1477
22 LE MERCURE
Je voi les Suiffes de la Garde au Convoy
, ou funerailles du Roi Charles VIII .
en 1498. Vingt quatre Suiffes marchoient
à un des coftez du corps , portant chacun
une torche allumée , & vingt quatre Archers
de la Garde marchoient de l'autre
côté .
Deux jeunes Demoifelles ayant entrepris
de broder une robe pour une Dame de leurs
intimes amies , & en êtant venuës à bout
aprés un long travail , la lui avoyerent
avec les vers fuivans.
A Grées , noble & belle Iris
Le fruit d'un long travail pour vous plaire
entrepris
Il ne lui manque plus que vôtre feul fuffrage.
L'art & la main voudroient en avoir les
honneurs ,
Le coeur prétend fur eux emporter l'avantage
,
Si vous nous confultez , fes droits fent les
meilleurs :
L'art conduifit la main , la main traça les
fleurs ;
Mais le coeur eut encor plus de part à
l'ouvrage.
D'AOUST. 23

Il a fcu dans les moindres traits
Repandre une certaine grace ,
Où l'art ne peut atteindre avec tous fes attraits
.
La main nous recommande ici fes interêts ;
Mais quelquefois elle fe laffe ,
Le coeur ne fe laffe jamais.
Tous trois ont fait pour vous tout ce qu'ils
pouvoient faire ;
Vous les louerez tous trois , & même avec
excés ;
Mais nous vous connoiſſons ; s'il faut juger
Paffaire ,
Le coeur gagnerafon procés.
LE VIEUX PLAIDEUR.
CONTE.
C Ertain Vieillard , watif de Baffe-
Normandie ,
Paffoit à bien plaider , joyenfement fa vie.
Jadis de les parens il avoit herité
Non des Châteaux , des Terres , des Domaines
Mais beaux & bons procés tous en matu
rité ;
Il en devoit maint autre à fa capacité,
A fes talens le bien ne s'acquiert point
fans peines.
Heureux dans la plus-part : à force de
procez
24
MERCURE LE
Il devint riche , & riche avec excés.
Tout Plaideur cependant , il eft bon de le
dire ,
Ne doit pas fe flater d'un femblable fuccés ,
Si ce n'étoit qu'il fût de Valogne ou de Vire,
Ou pour le moins , de tout auprès ;
Car autrement je ne répons des frais .
Exempt de tous les maux que la vieillesse
apporte
Notre vieillard'avoit l'oeil vif & le teint
frais ,
L'eftomach bon , & la voix forte.
Si la fiévre venoit , mon homme au moindre
accés ,
Au lieu de Quinquina , couroit d'abord
aux Plaids:
Bartole étoit fon Hypocrate
Contre tous maux de coeur , on de tête on de
rate ;
Pour lui le fpecifique étoit l'air du Palais .
Une caufe jamais n'eftoit bien affortie
Si comme demandeur ,
Ou comme defendeur
Le refolu vieillard n'y tenoit fa Partie.
Le Roi l'ouit plaider un jour :
>
Touche de fa vieillesse & de fon éloquence
Ce Prince bienfaifant
penſe,
› comme par recom-
Finit tous fes procés & le mit hors de Cour.
Hors de Cour , quel defaftre à ces mots
le pauvre homme
Penfa prefque expirer : adien le teint ver
meil,
1
D'AO UST.
25
Plus d'appetit , plus de fommeil.
Accablé du coup qui l'affomme ,
A la bonté du Prince il a recours en fomme,
Et lui dit en pleurant : grand Roy .
Au nom du Ciel 'ayez pitié de moy.
Rendez moy mes procés , ou bien m’ôtez la
yir ;
Je ne puis vivre fans plaider ;
Ou fi tous c'est trop demander ,
Rendez- m'en tout au moins quatre ,ou cing
je vous prie.
On ne vit point hors de fon élement ;
Le Ciel crea la Mer pour la gent aquatile ¿
Comme l'air pour la volatile ,
Le Procés pour le Bas-Normant.
LES DEUX FOURMIS.
D
FABLE. 3
E prévoyante & fage Economie
La Fourmy tient Academie.
Elle l'enfeigne en centfacons ;
Mais рец de gens prennent
defes leçons.
quoyque la Fourmi
rarement
fe de- bauche
,1
Ar
,
Sen eft quelquefois telle qui prend à gauche.
C'est ce que fit dans un certain Canton
Août 1719 . C
26
LE MERCURE
Fourmi plusfriande que fage :
Elle efcamota , ce dit - on ,
Allant maintefois en dommage
Chez le Seigneur de fon Village
Un peu defucre , un peu de macaron ,
Bifcuit , Conferve, écorce de citron ,
Ainfi du refte; & joyeuse & gaillarde,
De ces bonsbons thefaurifa ,
Serra le tout , & s'amusa ,
Comme l'on dit à la moutarde .
Toute fiere de fon butin ,
La bonne Dame un beau matin
Court fans targuer chez fa voifine
Qui plus économe & plus fine ,
De froment & d'autre bon grain
Avoit rempli fon magazin .
Eh bien , dit- elle, ma Commere ,
En l'abordant d'un certain air ,
Comment vont vos greniers pour le quartier
d'hyver ?
Aßez bien , dit l'autre , & j'efpere
Que durant le teras des frimats
Le grain , s'il plaît à Dieu , ne nous manquera
pas.
Du grain , bon Dieu , du grain ! y penfez
vous,ma chere ? ..
Et fi du grain ! qu'on a chez vous
Le goût Bourgeois & l'ame roturiere !
Il eft des mers plus nobles & plus doux ?
Pour moi j'ai force fucrerie ,
Et pafferai Thyver trés délicatement.
Grond bien faſſe à vôtre Seigneurie,
D'AOUST.
Repondit l'autre doucement :
Du refte excufez , je vous prie
Petit Mercier , petit panier ,
Plus loin ne va mon induftrie ;
Chacun remplit , comme il peut ,
grenier.
Som
L'Automne vint , il plût , & le tems trop
bumide
Fondit lefucre & le ren dit liquide ;
Adieu conferve , adieu bifcuit ,
Tout fut fricaffé , tout fut cuit ;
Bien ébabie bien embarraffée
Fut la Dame aux bonsbons , voyant en up
moment
Sa marmite ainfi renversée.
Chez fa voifine elle court promptement
La larme à l'oeil , baiffant l'oreille
Et lui conte fon accident.
J'ai tout perdu , dit- elle en l'abordant;
Affiftez- moi de grace , à la pareille ,
Un peu de grain, pas plus gros que cela...
A vous du grain ,
grain , dit l'autre , eb fi ! quelle
foibleffe !
Ne rougiffez-vous pas de ce goût bourgeoislà
?
Jeûnez ma bonne amie , & foutenez, nobleſſe,
C'est être dupe fottement ,
De placer l'agreable avant le neceſſaire.
On je paffe de l'un tellement , quellement ;
Pour l'autre , c'est une autre affaire.
Cij
28 LE
MERCURE
L
************************
A haute Nobleffe des deux Bourgognes,
a temoigné à Mâcon une extrê
me réjouiffance , pour la najffance d'un
Fils de M. le Marquis de la Guiche , à
qui la plus part d'entr'eux fe fait honneur
d'être alliée. Cette illuftre Maiſon
eft fort ancienne. Depuis les Gueres des
Anglois avec la France fous . Charles VII.
on trouve dans nos Annales fans diſcontinuer
, des Seigneurs de cette Race , diftingués
par les emplois les plus confiderables
des Armées , de la Cour , & de l'Eglife.
On y voit des Marêchaux de France
, des grands Maîtres de l'Artillerie ,
des Chevaliers des deux Ordres , des Gouverneurs
du Lyonnois , du Bourbonnois ,
& du Mâconois ; des Ambaffadeurs dans
les premieres Cours de l'Europe , & des
Prélats d'une finguliere vertu , & d'une
profonde érudition , dont un entr'autres ,
foutint avec beaucoup de fermeté l'honneur
de la Nation , dans le fameux Concile
de Trente. La Maifon de la Guiche
a pris & donné des alliances dans celles
de Valois-Angoulefme , de Loraine Guife
, & Joyeuſe , de Rohan - Guimené , de
Matignon, de Schomberg , de Vantadour ,
de Duras , de du Lude , de Rié- Varambon,
de la Baume- Montrevel , de Poitiers,
de Damas , de Dio-Monperroux , & c . Il
D'AOUST. 29
-
he refte plus que la branche de la Guiche-
Sivignon , établie dans le Mâconois , dont
le Chef eft Meffire Nicolas Marie de la ..
Guíche , fi celebre par fes vertus , & fes
grandes qualités. Monfieur le Marquis de
la Guiche fon Fils , a époufé la Fille de M.
le Marquis de Langeac , qui eft accouchée
depuis peu d'un fils pour la naiffance duquel
ont été compofés les Vers fuivans
M. de Senecé.
par
SUR LA NAISSANCE
du fils de M. le Marquis de la Guiche.
Exempte
de douleurs , de plaiſirs en-
La charmante Langeac d'un beau Fils delivrée
,
Contemploit le doux fruit de fes feux innocens
;*
Les Graces le berçoient , & les paisibles .
vens
Du Lion Flamboyant * calmoient la vie:
Lence :*
La Parque qui prefide à l'heureuse naif-
Sance
Des Hommes diftingués par de grands afcendans
;
Pour l'endormir au chant , repetoit la cadence'
Il eft né au mois de Juillet , fous le
figne du Lion.
€ iij.
30 LE MERCURE
De ces Prophetiques accens &
Dormés , jeune Marquis , dormés dans võtre
enfance ,
Vous ne dormirés pas long- tems.
Sitôt que la raison , qui dévance les ans
Dans les coeurs bonorés d'une naifance illuf
tre ,
Dufang dont vous fortés vous fera voir le
luftre ,
O ! quels defirs impatiens · ·
Vous entraîneront vers la gloire !
Quel puiffant aiguillon vous feront vos
Ayeux !
Que vous ferés d'efforts pour être dignes
d'eux !
Ajouter un chapitre à leur brillante hif
toire ,
Sera le plus doux de vos voeux.
Peut-être oferés - vous enfler vôtre efperance
Du deffein d'effacer leurs exploits triomphans
:
Dormés , jeune Marquis , dormés dans vôtre
enfance ,
Vous ne dormirés pas longtems.
La Race illuftre de la Guiche
Où vôtre Aftre à la Terre a voulu vous
montrer ,
Affembla des honneurs le trefor le plus rig
she
D'AOU ST. 3T
Dont cent autres Maifons fe pourroient illuftrer
;
Batons fleurdelifes , alliances de Princes ,
Colliers d'Ordres fameux , frequents Généralats
,
Amples Gouvernemens des meilleurs Provinces
,
Sages Ambaßadeurs , & celebres Prélats.
Il faut pour arriver à fi haute excel-
Lence
Dérober au repos les plus beaux de vos
ans :
Dormés , jeune Marquis , dormés dans vôtre
enfance ,
Vous ne dormirez pas long-tems.
Parvenés aux bonneurs de vos Ayeux infignes
Par l'éclat des vertus qui les en rendoient
dignes :
Songés qu'ils ont toûjours été
Refpectables par leur bonté ,
Toujours pour leurs égaux civils & Soi
ciables ,
Pour leurs inferieurs bienfaifans , & traitables
; *
Et vôtre Ayeul immediat
C'eft l'Eloge que fait des Seigneurs de
la Guiche , le Steur de Saint Julien , Hif
toriographe de Bourgogne.
Çi iij
32 LE MERCURE
Soûtient fi noblement ce charmant caracteře,
Que le plus doux Seigneur , & le plus populaire
N'eft encor prés de lui qu'à fon Novicias
Songés que la valeur leur fut hereditaire
Dans les plus périlleux combats ;
Et que le Marquis votre Pere
En porte furfon corps de beaux certificats
Plus heureux qu'il ne fut , armés-vous de
conftance
Pour fouffrir , s'il le faut , ces travaux étlatans
.
Dormés , jeune Marquis , dormés dans vâire
enfance ,
Vous ne dormirés pas longiems.

Je croy bien
que l'Amour ne voudra pas.
enfriche
Laiffer vôtre coeur genereux ,
Car vous ne feries poins la Guiche
Si vous n'étiés
pas amoureux.
Mais quoy qu'amour puiſſe vous
faire ,
Jamais rien de fa part ne doit vous allarmer:,
4
Et vous heiterés de vôtre aimable Mere
Le fecret de vous faire aimer.
Déja tout le bean fexe avec impatience
Pour fe livrer à vous , attend vôtre Printems.
* Il eft criblé de coups receus à la guerre.
D' AOUST. 32
Agens de vôtre nom courte eft la refiftance":
·Dans l'Empire des coeurs ils font tous conquerans
',
Dormés , jeune Marquis , dormés dans vôtre
enfance.
Vous ne dormirés pas ' long- tems.
LETTRE
A M. de Salornai , fur la question propo
pofée , fi l'on peut dire , un Répas
élegant , par le même.
I jamais quelque bel efprit s'avife de
travailler für les Annales de Charnay ,
ce ne fera pas un petit fujet de loiiange
pour ce Village , de faire fçavoir à ceux
qui les liront , que des gens de vôtre merite
, & de vôtre politeffe , y foient venus
chercher des éclairciffemens fur le bel
ufage de nôtre langue. J'efpere qu'aprés ce
témoignage , Orleans & Blois n'auront
plus le même avantage fur les autres Villes
du Royaumé : Que les Allemans , & les
autres Etrangers , qui avoient coûtume de
s'y rendre pour apprendre à parler un langage
, que fa beauté commence à faire devenir
univerfel , oublieront le chemin de
ces Villes. Serieufement , y penfez -vous,
mon cher Coufin , de vous adreffer
à un Villageois , tel que je fuis , qui ne
fçait plus autre chofe que le compte de
fes gerbes , pour lui propofer des questions
34 LÉ MERCURĚ
"
auffi délicates que les vôtres ? Je pourrois
pouffer un peu plus loin cette confideration
; mais je fçai que vôtre amitié eft imperieufe
, & que vous ne manqueriés jamais
de m'accufer de fauffe modeftie . Mais
de bonne foy , que pouvés- vous attendre
de moy Puifqu'il eft certain que la pureté
du langage , dépend de l'ufage que l'on
en fait , & que je ne parle plus à prefent
que mon franc Mâconois , fur peine de
n'être pas entendu . Il faut pourtant vous
obeïr, & rapeller mes vieilles idées , fur les
deux queftions que vous m'avés propofées.
A l'égard de la premiere , fçavoir , fi
I'on peut dire en general qu'un repas eft
elegant , je vous dirai , que je n'eftime pas
que cette épithete puiffe être receue dans le
Aile ferieux ; à moins que ce ne fût dans
des vers , où les Metaphores hardies font
plus tolerables que dans la profe. L'exemple
que l'on allegue de Petronne , conclut
pour mon fentiment ; car quoyque fa fatyre
foit mêlée de profe & de vers , il eft
certain qu'elle eft entierement dans le goût
Poëtique , & que l'on doit la confiderer
comme un Poéme , quoique tout le difcours
n'y foit pas meluré. Tacite , en parlant
du même Petrone , a dit de fort bonne
grace , qu'il s'étoit diftingué à la Cour
de Neron , erudito luxn. Pourrions- nous
dire en François , par une imitation viticufe
, que le luxe ou la dépenfe de PetroD'AOUST.
35
ne , étoient menagés avec beaucoup d'érudition
Par le terme d'érudition , nous
ne concevons en nôtre langue , que la profondeur
de la fcience , ou l'étendue des
belles connoiffances. Martial a dit quelque
chofe d'aprochant , en fe moquant d'un
homme , qui fifoit de méchans ouvrages
dans un grand repas qu'il donnoit, cana diferta
tua eft. Croyés-vous que fur cette garentie
, on fût en droit de dire , fi ce n'eft
en plaifantant , voilà un repas bien difert ?
pas pour le latin
& pour le françois , & chaque langue
a fon génie. Un repas élegant n'en -
doit gueres de refte à un repas difert . Ele-
-Les mêmes raiſons ne font
gant
eft le propre d'un difcours fait en termes
choifis , agreables , polis. Difert , fignifie
un homme qui a une belle élocurion,
une grande facilité de parler. Ainfi , je ne
penfe pas que l'on puiffe foûtenir , que
dans le fens propre , ni l'une , ni l'autre de
de ces Epithètes , puiffent convenir à un
repas : & dans le figuré , l'expreffion me
paroît trop hardie , pour n'être pas renvoyée
aux Poëtes. Il eft vrai que Moliere
fi je ne me trompe , s'en eft fervi une fois
dans une de fes Comédies en profe : Mais,
comme je vous l'ai fait remarquer fur Petrone
, on ne doit ici confiderer Moliere
que comme un Poëte , non plus que tous
les autres Auteurs de Romans , ou de Comédies
en profe , à qui il ne manque pour
36 LE MERCURE
être de veritables Poëtes , que la mefure ,
& la rime du vers. Permis à eux d'employer
de ces mots hazardés , qui meu.
rent fouvent au moment de leur naiffance,
fi & qui ne durent pas A longtems que l'incarnat
d'une belle bouche qui aura voulu
les mettre en vogue . Je ne defaprouve pas
cependant , qu'un Auteur qui a du courage
, & de la reputation , ne puiffe quelquefois
effayer d'enrichir nôtre langue de
mots empruntés des Etrangers , quand il
n'y en trouve pas qui répondent parfaitement
à fes idées : Mais dans la queſtion propofée
, on ne peut- être embaraflé que du
choix , & indeterminé que par l'abondance.
Qui nous peut empêcher , fans latinifer
-nôtre François , de dire qu'un repas eft
grand , fuperbe , magnifique , & fomptueux
, ou qu'il eft exquis , poli , delicat
felon l'exigence des cas ? Pourquoy recourir
fans neceffité à des expreflions tirées
, pour ainfi dire , par les cheveux ?
Vôtre feconde queftion , me paroît moins
douteufe que la premiere . Quand vous
doutés , ou du genre , ou de l'inflexion ,
ou de la fignification de quelque terme ;
comment vous determiner ? Sera - ce par une
enquefte par Turbes 2 ( Je parle à un Jurifconfulte
. ) Mais le Roi deffunt par fes
Ordonnances , a revoqué cette efpece de
preuve. Il eft fans contredit , qu'en matiere
de langues vivantes , c'eft l'ufage qui en
D'AQUST.
357
decide ; mais cet ufage ne change pas fi abfolument
du jour au lendemain , que l'on
n'en puiffe avoir des témoins , & des cerificateurs
approuvés . Ainsi , j'eftime qu'un
homme qui veut écrire poliment , furtout
s'il eft confiné dans la Province , ne sçauroit
être blâme , quand il fe fonde fur un
Auteur approuvé du Public , & qui a
écrit recemment fur la matiere : Je dis
recemment par ce que les decifions faites
par un Auteur qui a écrit depuis cinquante
où foixante ans , fur une langue
auffi changeante que la françoife , quelques
approuvées qu'elles ayent été dans leur
tems , deviennent quelquefois defectueules
en certaines parties , fujettes aux reviſions
de la Cour fouveraine de l'ufage. C'eft
pourquoy je ne confeillerois pas à un curieux
du beau langage , d'avoir recours
aux decifions d'Amiot ou de Pafquier , ni
même en certains cas , à celles de Vaugelas
, quoique ce dernier n'ait écrit que depuis
environ quatre- vingt ans , & qu'ils
ayent été en leur tems les arbitres de la
belle élocution. Mais , à cela prés , qui
peut-on confulter fur une difficulté de la
langue , que ceux qui font les plus nouveaux
, & les plus accredités témoins de
ce bel ufage , que l'on recherche , & dont
les decifions ont paffé en force de Loy ,
jufqu'à ce qu'il en vienne d'autres dans une
certaine revolution d'années , qui nous
38 LE MERCURE
rendent témoignage des changemens qui
pourroient être furvenus ? Sur ce pied- là ,
mon cher Coufin , quand vous aurés quelque
doute , rapportés vous en hardiment
au Dictionaire de l'Academie , à ceux de
Furetiere & de Richelet , aux oeuvres du
P. Bouhours, de M. de Fontenelle , de M.de
la Mothe , & d'autres Ecrivains du premier
ordre. J'eftime qu'avec cette précaution
vous ne pouvés fallir ; le confeil que je
vous donne , je le prens pour moi , & je
puis vous affurer que c'eſt ainſi qu'en uſe
dans fes doutes votre tres humble , & c,
>
Suite des Memoires de M. de ***.
Blen
Ien des gens n'écrivent le plus fou
vent , que pour jetter du merveilleux
dans leurs Ouvrages , aux dépens du bon
fens & de la vrai- femblance , aux dépens
même de mille perfonnes avec qui ils n'ont
peut-être jamais parlé deux fois , & qu'ils
ne connoiffent ordinairement que de nom,
Ce n'eft point là mon caractere. J'écris des
chofes vrayes , & je ne fuis. que trop fâché
qu'elles le foient ; je repandrois fur des
menfonges inventez à plaifir , plus d'agrémens
qu'on n'en trouvera dans ces Memoires.
Les veritez triftes ne font point
D'AOUS T.
39.
fufceptibles de bons mots ni de plaifanteries
; c'eft pourquoi ceux , qui preferent
des fables divertillantes à des faits ferieux,
ne trouveront pas leur compte avec moi ,
du moins pour ce qui me regarde. Il y a
cependant des avantures d'un caractere fi
enjoué , que le recit n'en peut être que
trés- amufant & trés-agreable.
Un homme , qui avoit fait affez belle
figure dans le monde , & qui avoit mené
la vie de garçon juſqu'à 40. ans , s'aviſa de
fe retirer dans une Maifon de campagne.
qu'il avoit auprés de la Ville où j'étois en
quartier d'hyver. Lui , qui pouvoit pretendre
aux meilleurs partis , s'êtant coeffe.
de la fille de fon Bailly , s'étoit determiné
à l'époufer. Elle n'étoit pourtant ni jolie
ni riche. Faut'il toûjours avoir l'un & l'autre
pour gagner le coeur d'un homme ?
Le caprice & l'étoile influent le plus fou
vent fur les mariages . Il ayoit eu du fien
une fille que fa femme avoit nourie ellemême
, & qui cinq ans aprés étoit auffi ai
mée de fon mari que le premier jour ; mais
craignant peût-être qu'il ne vint à changer
, elle prevint ce malheur en fe laiffant
mourir de propos delibere.
Defchaufours , c'est le nom du défunt ;
fouffrit cette perte fort impatiemment , &
jura de ne fe jamais remarier.
Sa petite fille , qui fe nommoit Placidie,
étoit fi jolie à cinq ans , que fi elle pouvoit
40 LE MERCURE
viter les ravages de la petite verole , à.15 .
ce devoit être un prodige. Ce Pere en fit
fon idole , l'éleva avec des foins & une
tendreffe infinie : Livres , Maîtres , Inftrumens
, rien ne fut épargné pour les exercices
exterieurs. Pour l'efprit & le coeur,
il ne voulut s'en rapporter qu'à lui- même.
Placidie qui étoit auffi fpirituelle que jolie,
étoit l'admiration de tous ceux qui venoient
chez fon pere ; rien de puerile dans fes actions
; rien de commun dans fes manieres .
C'étoient des demandes & des reponles
au deffus de fon âge , dignes d'une Princeffe
qui auroit eu 20. ans .: Une douceur
furprenanie , une politeffe confommée ,
une égalité d'humeur inalterable . A tout
cela , la Nature avoit ajouté une voix aufſi
gracieufe quand elle parloit , que raviffante
quand elle chantoit . Elle danfoit , elle def
finoit.... Que fçai-je ce qu'elle ne faifoit
pas en perfection.
Deſchaufours , tant qu'elle ne fut qu'un
enfant , recevoit chez lui toute forte de
perfonnes ; mais , dés qu'elle eut atteint
l'âge de 12. à 13. ans , fa Maifon fut inacceffible
à tous les jeunes gens. Ceux , à
qui elle avoit plû ( on peut croire que le
nombre n'en étoit pas mediocre ) furent
bien étonnez. Les uns la demanderent en
mariage ; les autres tâcherent de gagner
quelques Domeftiques de Defchaufours
pour s'introduire dans fa maiſon ; mais les
uns
BA O UST. 41
un's & les autres firent des démarches inutiles
. Il avoit bien d'autres vûës pour fa
fille , comme on le verra par la fuite.
J'avois entendu parler de Plácidie , comme
d'une choſe exèraordinaire , fans y'avoir
fait beaucoup d'attention . J'avois d'autres
affaires. Les fermes de mon Quartier d'hi
ver étoient affez jolies , & n'étoient rien
moins qu'indifferentès pour les Officiers.
J'étois dans un âge où l'on prend à toute
main les plaifirs qui le prefentent. Pet
touché cependant des commerces dont lé
libertinage fait l'unique agrêment , je
voulois que le coeur eût quelque part dans
mes engagemens. J'aimois à la verité avec
affez d'inconftance , mais j'aimois de bonné
foy. La femme du Lieutenant General
étoit une petite brune, ni blanche´ni noire,
qui avoit de l'efprit,autant qu'en peut avoir
une Provinciale qui n'a pas éte trop bien
elevée , des yeux vifs , de la gorge , de
Penjouement : en un mot , qui de fon côté
penfoit auffi favorablement de moi , que je
faifois d'elle: Tout cela , dés que nous
nous vîmes , nous embarqua . Le tems que
je ne pouvois lui donner , je le facrifiois
au jeu ou à la chaffe ; fouvent même , elle
partageoit avec moi la chaffe & le jeu .
Quand j'étois de tiers à l'Hombre avec elle,
j'étois feur , quelque bavûë que je fiffe ,
de gagner. Elle avoit de la delicateffe , &
croyant qu'un Officier n'a jamais trop d'ar
D
42 LE MERCURE
gent, elle vouloit que fa perte me tînt lieut
de ce qu'elle n'ofoit me donner ouvertement.
Je lui en fçavois bon gré , mais je
lui rendois en bijoux ce que je lui gagnois
aux cartes. Notre intelligence
alloit le
mieux du monde. Son mari étoit à Paris
à la pourfuite d'un procés qu'il avoit contre
le Prefident
du Prefidial de cette Ville ,
qui étoit de nouvelle creation .
"
3
Dubourg , mon Lieutenant - Colonel
brave homme , ami chaud , mais plus propre
à fe rendre maître d'un ouvrage l'épée
à la main , qu'à reduire une femme dans
les regles de la galanterie , s'étoit mis au
rang des adorateurs de la Lieutenante Generale.
J'étois le preferé , mais je n'étois .
pas le feul . Elle étoit le rendez-vous des
coeurs de toute la Ville. Ils pleuvoient
chez elle ; c'étoit la voliere de Madame:
de ***
foit
>
Dubourg, tel que je le viens de dépeindre
, parla dés qu'il en trouva l'occafion
& le fit d'une manière trés fignificative.
La Lieutenante , foitpar amour pour roi,
par
indifference ppoouurr lui , ne l'écouta
que pour le bien gronder. Trés- expreffes
deffenfes lui furent faites de hazarder jamais
de pareils difcours. Il ne fe le tint .
pas pour dit ; & la parole lui êtant retranchée
, les lorgneries & les petits foins , allerent
leur train . Elle en fut importunée ;.
elle le maltraita de plus belle, & le reduifit
D'A O UST. 43
·
.
J
>
alui faire des menaces . Menacer une fem--
me qui fe croit jolie , qui eft fur fon pail--
ler , & la premiere , ou du moins la feconde
perfonne de la Ville ; c'eft une injure
atroce , impardonnable : auffi , jura--
t'elle bien de s'en venger ? Je lui paru
propre à fervir fa vengeance. Elle m'expofa
fes fujets de plaintes contre Dubourg
m'exagera l'horreur de fes torts , & finit
par me demander , fi je l'aimois : Sije vous
aime , Madame , lui répondis je ! En doutez-
vous ? J'allois enfiler une longue tirade
de tendres proteftations , lorsqu'elle reprit
ainfi . Ce n'est pas par des paroles, mais par´
des actions , que vous me prouverez vos fentimens.
Dubourg me deplaît ; il m'a offen-
·fe ; défaites-moi de lui . Je fuis fon inferieur,
lui répondis-je mais quand il feroit le
mien , la Jurifdiction militaire ne s'étend
pas jufqu'à l'amour , & je ne ferois poiť
en droit d'exiger de lui de ne vous po
-aimer , de ne vous le point dire , & e
ne point aller chez vous .... Vous ne m'e: -
tendez point , interrompit - elle brusqu
ment , ou vous faites femblant de ne p s
m'entendre. Battés-vous contre lui , tué --
-le , ou ne lui donnés la vie , qu'à condition
qu'il ne paroîtra jamais devant mes
усых... Quoi , Madame , lui dis-je , vous
voulés que je me coupe la gorge avec mon
-meilleur ami , parce qu'il vous aime & que
vous le haïffés; c'eft tout ce que je pourois
-
Dij
44
LE MERCURE
c'est
faire , s'il m'avoit enlevé vôtre coeur.d
Ainfi donc , reprit'elle , vous ne voulés
rien faire pour une perfonne qui a tout fait
pour vous ? Voila ce que que d'avoir
des bontez pour des gredins d'avanturiers,
qui font les braves & les Matamores , en
parlant de leurs proüeffes imaginaires , &
qui faignent du nez , quand on leur demande
une foible preuve de leur courage .
Va , lâche , je trouverai quelqu'un qui me
vengera & de Dubourg & de toi ? * Je la
laiffai jetter fon feu fans lui rien dire ; je
fortis , & me promis bien de ne revoir
jamais une fi pernicieuſe.creature .
La faifon s'avançoit. Je croyois partir
dans huit ou dix jours , & qu'ainfi je n'aurois
pas de peine à l'éviter pendant fi peu
de tems ; mais la chofe tourna d'une toute
autre maniere..
Dubourg , qui ne favoit rien de cette
converfation , car je n'avois pas jugé à
propos de lui en faire la confidence ) continuoit
de lorgner la Lieutenante generale
par tout où il pouvoit la trouver. Il fut
bien étonné que non feulement on lui rendoit
coup d'oeil pour coup d'oeil ; mais
auffi , qu'on le regardoit trés favorablenient.
Il s'approcha d'elle , il s'enhardit ,
parla encore une fois . Ce n'étoit plus certé
Tigreffe qui avoit voulu le devifager. A
toutes ces rigueurs avoient fuccedé lès manieres
les plus douces & les plus engageanDAOUST
.
45
tes. Il preffe , il profite de la conjoncture
en habile homme , demande une converfa-·
tion plus particuliere, l'obtient & reçoit un
rendez - vous pour le lendemain. Jugés de
L'impatience avec laquelle le paffionné Dubourg
l'attendoit . La nuit ne fut que trop
longue pour lui ; idées agréables , fonges
legers , avant-goûts de plaifirs ; tout en
fut. Lui qui étoit le plus falope de tous les
hommes , & qui fe foucioit le moins de ne
le point être , vouloit aller en Pofte à P'àris
, pour y paffer une-nuit chés un Baigneur.
Mais ayant fait reflexion que la fatigue
du cheval lui feroit peut- être préjadiciable
, il fe contenta de fe poudrer &
de fe parfumer jufqu'aux yeux , & l'habillement
guerrier fit place à la parure la plus
effeminée: Quatre heures fonnerent , c'étoit
l'heure heureufe. Dubourg vola chés la
Lieutenante generale. Il la trouva dans
P'équipage d'une perfonne qui va fortir ,
l'écharpe & la coeffe mife , demandant fes
gands & fon manchon . Cela lui fut d'un
mauvais augure ... Monfieur , lui dit-elle,
en defcendant l'efcalier , vous m'acquereriés
à trop bon marché , s'il ne vous en
coûtoit que deux mois de perfeverance .
Mon coeur fe met à un plus haut prix.
Vous pouvés-vous en rendre maître ; il ne
faut que vous en rendre digne .... Qu'éxigez-
vous de moy , Madame , reprit-il
pour un fi grand bonneur ? ... la vie de

H
46 LE MERCURE
"
--
t
*
Darmentieres , dit- elle. Immolés-le à mon
reffentiment de maniere ou d'autre , & je
fuis à vous ... Dubourg combattu entre
l'honneur & la poffeffion d'une belle fem
me qu'il adore , évite cet apas funefte , &
ne répond point. Le combat fut court ,
mais violent. Sa vertu triompha ... J'étois
bien fol , lui dit il , de me laiffer duper
par le faux radouciffement d'une Coquette !
J'eftime fort vos bonnes graces ; mais , fi
Fon ne peut les meriter que par un affafi--
nat , je ne fuis point vôtre homme. Pour--
voyés vous ailleurs ; & lui faifant une profonde
reverence , il fe retira : Il ne put
pourtant le faire , fans la regarder encore.
Deux foldats de ma propre Compagnie
fe trouverent de meilleure compofition .
Dix piftoles données ou promiſes à chacun ,
leur firent entreprendre de m'affafiner
lorfque je ferois à la chaffe. Malheureuſe--
ment , le jour qu'ils avoient choisi pour
executer leur projet, le gibier avoit donné;
j'avois tiré jufqu'à mon dernier coup ,
je revenois accablé de perdrix & de laffitude.
Je paffois feul , ayant perdu ma Compagnie
dans un petit bois , à 200. pas
de
la maifon de Deschauffours. Un de mes
coquins me lâcha un coup de fufil à bout
portant , tout au travers du corps .. Ma
gibeciere amortit le coup ; & tandis que
je regardois d'où il pouvoit venir , l'autre
me decharga le fien dans l'épaule, & me la
Se
DAOUST.
47
>
Tompit. Je tombai noyé dans mon fang :
ils me crurent mort & fe retirerent à la
Ville , comme fi de rien n'eût été. Je ne
l'étois pourtant pas , mais peu s'en falloit..
Defchauffours qui avoit chaffé avec moy ,
revenoit chés lui ; il me trouva combat--
tant entre la mort & la vie. Il étoit prefque
nuit , & d'abord il eut quelque peine
me reconnoître. Enfin , m'ayant regardé
de plus prés ; quoy M. d'Armentieres ,
s'écria- t'il e c'est vous . Je ne répondois
rien ; je n'en avois pas la force ; je ne l'en--
tendois même pas. Il envoya fon valet
chercher du fecours . On m'emporta chés
lui fur une échelle. On eut toutes les peines ›
du monde à me deshabiller ; mon habit &.
ma chemiſe étoient enfoncés dans maplaye..
Le Chirurgien la trouva mortelle . Lorfque
je fus revenu à moy , je voulois qu'on me
tranſportât à la Ville.Defchauffours s'y oppofa
, me priant de refter chés lui jufqu'à
ma guerifon , m'affûrant que j'y ferois auffi
bien que chés moi .
Outre qu'il étoit galant homme , j'avois
lié une veritable amitié avec lui ; ainfi
j'acceptai foh offre fans beaucoup de difficulté.
La cure fut longue & difficile . Bien
m'en prit que le Chirurgien qui me penfa ,.
fut habile homme. Enfin je gueris . Il ne
me falloit plus que 10. ou 12. jours pour
me mettre en état de fouffrir le cheval. Le
Regiment étoit parti. J'avois mandé mon
48
LE MERCURE
accident à M. de ... & j'en obtins un
congé de fix femaines qui étoit fur le point
d'expirer.
Un jour,raifonnant enfemble Defchauf
fours & moi fur le malheur qui m'étoit arrivé
, il me dit qu'il avoit cru d'abord
qu'on vouloit me voler mais , que m'ayant
trouvé mes habits & mon argent , il avoit
changé de fentiment ... Je me doute , lui
répondis-je , d'où vient le coup ; mais puif
que j'en fuis rechapé , il eft inutile de faire
éclater la chofe .
Dubourg m'étoit venu voir ; il m'avoit
conté tout ce que je viens de dire de la
Lieutenante generale. Il m'avoit dit qu'elle
n'avoit pu fr bien fe deguifer , lorfque le
brgit de mon affafinat fe repandit , qu'elle
n'en laiffât paroître une maligne joye. Ce
recit avoit fortifié mes foupçons , ou plûs
tôt les avoit confirmé : Mais quelle vengeance
tirer d'une femme ? J'e l'avois ai
mée ; j'en avos été aimé. Quelque indi
gne que fon procedé la rendît d'aucun me
nagement , je refpectai mon choix , & j'eu
la delicateffe de diffuader Dubourg , que
'ce fût elle qui m'eût fait affafier.
Je n'avois point vu Placidie pendant
ma maladie. Defchauffours n'avoit cu gars
de de mé la faire voir , depuis que j'étois
gueri, quelque peu redoutable que je fuffe
Pâle , defait , à peine revenu des portes de
la mort , pouvois-je tenter la plus belle
(
fille
D'AOUST. 49
*
fille du monde ? Le politique & deffianc
Defchauffours en jugeoit autrement ; &
voulant preferver fa fille de la plus legere,
apparence de danger , il la deroboit à la
vue de tous les hommes , plus foigneufement
qu'on ne cache les Efclaves du Serrail...
Eft- t'il poffible, lui dis je , queje ne
verrai jamais Mademoiselle vôtre fille ; &
que vous ne joindrés pas à toutes les obligations
que je vous ai , celle de me permettre
de lui faire la reverence ? Que craignés
yous ? Quaud j'en deviendrois amoureux
àfolie , pourrois - faire quelque impreſfion
fur fon coeur ? Je n'ai que quatre
jours à reſter ici , je ne lui parlerai qu'en
vôtre prefence ; je ne la verrai qu'une fois.
L'infenfible refifta , j'infiftai ; enfin vaincu
par mon importunité , il confentit à une
chofe qui lui faifoit une peine infinie .
2
Nous avons de certains prefent mens fur
les malheurs qui nous doivent arrivez . Une
trifteffe involontaire fans fondement ; une
agitation tumultueufe , une revolte du
coeur , mille mouvemens inconnus nous
frapent , nous troublent. Tel étoit l'état de
Defchauffours en me permettant de voir
fa fille... Eh bien , me dit- il , d'un air
embarraffé ! Placidie foupera ce foir avec
vous , ami cruel . A quelle épreuve mettésvous
mon amitié ? Que vôtre curiofité me
gêne? Que je crains qu'elle ne me foit funefte
! Je voulus tourner fon inquiétude sn
Août 1719 E
19
so
LE
MERCURE
·
plaifanterie, mais , elle étoit trop fericufe.
J'eu pitié de lui ; & fans un je ne fcai quoi
plus fort que cette pitié , j'aurois renoncé à
voir Placidie. C'eût été le bonheur de fon
pere & le mien. Je n'aurois pas à la verité
la plus bel e femme & la plus accomplie de
l'Univers; mais Dechauffours feroit encore
en vie ; mais je ferois en France protegé par
M. dc . qui m'avoit promis de prendre
foin de ma fortune, qui l'avoit commencée
d'une maniere fi gratieufe & fi promte ;
qui fe voyant aujourd'hui à la veille de devenir
trés puiffant , auroit peut-être augmenté
de bonne volonté pour moi en augmentant
de puiflance. Voilà les triftes reflexions
où je me livre malgré moi . Elles
m'accablent & ennuyent peut-être le lecteur.
Je les finis .
Je trouvai Placidie infiniment au deffus
de tout ce que j'en avois oui dire , &
de tout ce que j'en avois imaginé . Elle
étoit dans un negligé modefte , mais propre.
Un battant-l'oeil , fait à l'air de fon
vilage , en accompagnoit le tour , & lui
donnoit une grace infinie. Une feule chofe
m'en deplaifoit ; c'eft qu'il cachoit à mes
regards avides fes oreilles & une partie de
fon col. Deux cornes d'un ruban citron re-
Jevoient la blancheur de fon teint , & la
noirceur de fes cheveux. De grands yeux
trop brillans , pour que je puffe d'abord
en demêler la couleur , me parurent noirs
D'AOUST.
SI
quand je fus un peu plus accoutumé. Ils
avoient la douceur & la tendreffe des bleux
l'éclat & la vivacité des noirs. Sa bouche
fermée faifoit admirer la beauté de fes levres.
Ouverte , elle prefentoit des dents
blanches comme l'yvoire. Son front , fes
fourcils , fon nés , fes joues , fon menton ,
avoient leurs graces particulieres , & toutes
ces parties fembloient concourir avec
emulation à compofer un tout accompli . Un
fouris gracieux , une fifionomie fine & fpirituelle
, mêlée de langueur & de vivacité ,
ne laiffoient rien à defirer à ceux qui la regardoient
. Une robe volante & negligée
laiffoit voir la fineffe & la majesté d'une
taille déja prefque toute formée . Que diraije
davantage S'il eft vrai que les hommes
foyent une image des Dyeux , Placidic étoit
elle-même une Déeffe .
Amour n'en fois point irrité.
Celle pour qui ton coeur fe bleffa de tes armes
;
Celle qui dans les Cieux fait ta felicité ;
Pfiché n'eut jamais tant de charmes.
Objet des voeux de tous les coeurs ,
Divine & tendre Citherée ,
Tu n'as jamais dans l'Echirée
Offert aux immortels tant de charmes vainqueurs.
Je fis tous mes efforts pour refifter à
fes charmes Mais , pour cacher à fon pe-
E ij
52
LE
MERCURE
.. -Je
me rere
ce qui fe paffoit dans mon coeur .
ne puis mieux vous exprimer , lui dis je ,
ce que je pense de Mademoiselle vorre
fille , qu'en la regardant de tous mes yeux.
Ah , De chauffours , il n'y a rien de plus
beau fous le Ciel ! N'ajoûtés pas ,
pondit il , ni de plus leduifant . Regardésla
, admirés-la , loués - la , ma's ne l'aimés
pas. Là-deffus , il fit tomber la converfation
fur autre chofe . J'en fus bien aife ,
car je commençois déja à n'être plus maître
de moi-même.
T
:
> Defchauffours étoit grand Nouveliſte
plus profond encore pour juger des évenemens.
Il voulut d'abord me mettre fur
quelques- uns de cette guerre... J'aurois
difoit-il , fait telle ou telle choſe en pareille
occafion ; je me ferois fervi de tel
moyen dans une autre. Je le laiffois parler;
& comme il s'échauffoit , il me donnoit
quelquefois le tems de jetter les yeux fur
Placidie. Il y avoit à table avec nous un
vieux Gentilhomme de fes voifins , qui tenoit
merveilleuſement bien fa partie dans
les reflexions politiques : en un mot , tout
leur paffoit par les mains. Pour moy je ne
difois rien; mais Defchauffours m'adreffant
la parolle .. Ne trouvés -vous pas , me ditil
, que Monfieur a raifon ... Je fuis Officier
, lui répondis -je ; bon fujet , zelée
creature de M. de ... ferviteur des ... &
fcûmis à mes Generaux. Lorfqu'on me.com .
D'AOUST .
$3
mande quelque chofe , j'obéis fans aprofondir
fi ce qu'on me commande , eft bien ou
mal . Voulés-vous que je tranche le mot ,
j'aime mieux agir que parler . Jufqu'ici je
m'en fuis bien trouvé & fi vous m'en
croyés , nous ne pafferons pas le tems d'un
repas deftiné aux plaifirs , à nous étoudir
dans des raifonnemens inutiles & temeraires.
Buvons , engagés la belle Placidie à
ajoûter à la bonne chere que vous nous faites
, un petit air ... fi vous pouvés chauter
, lui dit Defchauffours , fans vous incommoder
, vous ferés plaifirà ces Meffieurs,
& je vous le permets. Placidie obéit
& voici ce qu'elle chanta.
Que le cruel Amour tirannife les coeurs ;
Que l'affreufe Bellonne exerce fes fureurs ;
Je ne crains l'Amour ni Bellonne :
On Buveur avec du vin frais
Vit tranquile ; rien ne l'étonne ,
Et l'on voit pour lui feul regner toujours la
paix.
Je me mêlois un peu de chanter. Plus
de methode que de voix , me faifoit accompagner
affes proprement. Nous chantâmes
quelques Scenes d'Opera , qui finirent
le plus agreable fouper que j'aye jamais
fait. Je me retirai dans ma chambre , amoureux
au- delà même de ce que je me croyois
capable de le devenir . Tous les mouvemens
tous les defirs , toutes les idées ; en un mot
E iij
$4 LE MERCURE
toutes les exravagances
de ceux qui commencent
d'aimer
je les éprouvai
. Ce
n'étoit pas le tout que d'aimer , il falloit
l'apprendre
à Placidie
, & la rendre fenfible
: Deux entreprifes
peu faciles , pour
ne pas dire impoffibles
. J'étois fur le point de partir. Defchauffours
, felon toutes les aparences
, ne devoit plus avoir la facilitê de me laiffer voir. Je n'ofois m'adreffer
à
perfonne
. Tout m'étoit
fufpect . J'aurois
voulu de bon coeur avoir encore l'épaule
rompuë. J'allai à la chaffe le lendemain
, & deux coups de fufil à travers le corps , auroient
été le plus agreable
prefent qu'on
eût pû me faire. Ils auroient
retardé
mon
depart ; mais on ne trouve pas toûjours
des affaffins
à point nommé
, & je n'avois
pas le courage de m'eftropier
moi-même . Deux
jours fe pafferent
fans que j'apperçuffe
le
moyen
depouvoir fortir d'embarras
. J'étois
defefperé
. Une imprudence
ne m'auroit pas beaucoup
coûté à faire ; mais outre , qu'elle eût tout gâté , je me trouvois
dans l'impoffibilité
de l'executer
; je ne fçavois pas même où étoit la chambre
de
Placidie. L'intelligence
bonne ou m'auvaife
, qui fe mêloit de mes affaires
, y mit ordre. Cette aimable perfonne
romba malade
tout d'un coup. Une fluxion fur la poitrine
avec une groffe fievre , mit fa vie en danger. Defchauffours
au defefpoir
. s'arrachoit
les cheveux
, & me pria de refter
D'AOUST.
SS
encore quelque tems , ou pour l'aider à
la guerir , ou pour l'aider à fuporter l'horreur
de fa perte. J'y confentis volontiers .
Le mal fut violent , le peril égal pendant
quatre ou cinq jours , enfin les remedes , ou
la nature , foulagerent cette belle malade.
Il n'avoit point été queftion de me la cacher
. J'étois à tous momens au chevet defon
lit ; & fon pere trop occupé de fa dou
leur , ne s'apercevoit pas qu'elle ne refufoit
rien de ce que je lui prefentois . Dés
qu'elle fut hors d'affaire , fes premiers regards
furent pour moi . Elle employa fes
premieres paroles à me remercier de mes
foins. Je trouvai le moment de lui dire
que je l'adorois elle m'écoûta , me crut
& me perfuada qu'elle me croyoit avec
quelque plaifir. Le trouble où fa maladie
avoit jetté toute la Maifon , n'avoit pas
donné le tems à Defchauffours , ni à la
femme de Chambre de Placidie , de ferrer
un manufcrit qui étoit fur la table . Je
jettai les yeux deffus. Le titre me donna la
curiofité de le lire , & cette curiofité fut
fuivie du deffein d'en faire une copie. J'y
paffai une nuit. On y verra quelles étoient
les vûes de Defchauffours pour fa fille . Il
s'explique de lui- même ; il fuffit de le lire.
C'est ce qu'on verra le mois fuivant.
E iiij
56 LE MERCURE
L
1
Arrêts , Declarations , &c.
Extrait du nouveau Reglement ,
concernant l'Ordre Militaire
de S. Louis .
> E feu Roi , de glorieufe memoire
ayant inftitué l'Ordre Militaire de S.
Louis en 1693. Louis XV. l'a confirmé
en 1719. & s'en declare Chef- Souverain
& Grand-Maître. Outre les 300. mil
livres de rentes dont l'Ordre de S. Louis
a été doté par le feu Roi , S. M. lui donne
par fuplement de dot 150. mil livres . de
rentes , pour faire enfemble 450. mil liv.
par chacun an.
Le nombre des Grands- Croix , fixé à 8 .
par l'Edit du mois d'Avril 1693. fera augmenté
de 2. pour jouir de 6. mil livres
chacun. Celui des Commandeurs à 4000
livres qui étoit pareillement de 8. fera augmenté
jufqu'à 10. Celui des Commandeurs
à 3000 liv. fera de 19. au lieu de 16. A
F'égard des penfions des Chevaliers à 2000
liv. il y en aura 30. au lieu de 24. Celles
de 1500 liv. dont le nombre étoit fixé à
24. fera augmenté jufqu'à 32. Les penfions
de 1000 liv. dont le nombre étoit de
48. fera prefentement de 65. Les penſions
de 800 liv . fixées pour 32. Chevaliers , feront
augmentées juſqu'à 54 .
D'AOUST . 57
Le Roi fe referve à lui feul & à fes fucceffeurs
la nomination des Grands- Croix-
Commandeurs & Chevaliers qui feront admis
à l'avenir en chacun de ces rangs .
Les Grands- Croix , les Commandeurs
& Chevaliers , feront à pertuité tirez du
nombre des Officiers fervant actuellement
dans nos troupes de terre ou de mer.
Le Roi a erigé en titre d'Offices hereditaires
, un Grand- Croix , Chancelier , &
Garde des Sceaux dudit Ordre , qui eft
M. d'Argenfon , Garde des Sceaux de
'France : Un G. Croix , G. Prevôt &
Maître des Ceremonies , M. le Blanc ,
Secretaire d'Etat de la Guerre : Un G.
Croix , Secretaire & Greffier , M. d'Armenonville,
Secretaire d'Etat de la Marine:
Un Intendant de l'Ordre , qui eft M. de
Lorme: Trois Treforiers Generaux qui
exerceront par année , fçavoir Meffieurs
de Sauroy , de la Jonchere , Treforiers Extraordinaires
des Gueres , & M. Gandion ;
Treforier Extraordinaire de la Marine :
Trois Controlleurs defdits Treforiers ,
fçavoir Meffieurs Freniere , du Bourges &
Harmant : Un Aumônier , M. Burgevin :
Un Receveur particulier & Agent des af
ffaires de l'Ordre , M. Foaffier : Un Garde
des Archives , M. le Vaffeur : Deux
Herauts d'armes , Meffieurs Coche , & du
Marets:
Le Chancelier, le G. Prevôt & le Secre58
LE
MERCURE
taire- Greffier , jouiront des mêmes privileges
que les G. Officiers de l'Ordre du
S. Efprit. L'Intendant & les Treforiers ,
auront , fans aucune exception , tous les
privileges dont jouiffent les Officiers & Secretaires
de la G. Chancellerie. A l'égard
des autres Officiers , on leur accorde le
titre d'Ecuyer , & les mêmes privileges
dont jouiffent les Commençaux de la Maifon
de S. M. Les Titulaires ne pourront
à l'avenir difpofer de leurs Offices , qu'en
faveur de ceux qui feront agréez par le
Roi.
,
Le Roi veut que la fomme de 8400 liv.
foit diftribuée , outre & par deffus les ga
ges cy-deffus , partie à l'Intendant , au
Treforier en exercice , au Controlleur en
exercice , à l'Aumônier , au Receveur
particulier Agent, au Garde des Archives,
& aux deux Heraults. Ces fommes feront
payées annuellement aufdits Officiers de fix
mois en fix mois .
>
L'Ordre de S. Louis fera composé du
Roi, du Prince qui fera heritier prefomptif
de la Couronne , de ro. G. Croix , de 29.
Commandeurs , du nombre des Chevaliers
qui y ont été & qui y feront admis par la
fuite ,
& des Officiers prefentement
créez.
Les G. Croix porteront , outre le ruban,
une Croix en broderie d'or , fur le jufteau-
corps & fur le manteau : Les CommanD'AOUST.
59
deurs porteront le ruban fans broderie : Les
fimples Chevaliers porteront feulement la
Croix d'or attachée avec un petit ruban .
Le Chancelier , Garde des Sceaux de l'Ordre,
le G. Prevôt & le Secretaire Greffier,
auront la broderie & le cordon rouge.
L'Intendant & les trois Treforiers , porteront
la Croix pendante à leur col , &
n'auront point la broderie . Les autres Offi
ciers porteront la Croix fur l'eftomach .
Pour les ornemens des armoiries , lefdits
Officiers fe conformeront à l'Edit du mois
.de Mars 1694%
Le Roi & fes Succeffeurs porteront la
Creix dud.Ord. de S. Louis avec la Croix
du S. Efprit. S. M. entend decorer dud .
Ordre de S. Louis , les Marêchaux de
France , l'Amiral de France , le General des
Galeres , & ceux qui leur fuccederont efd.
Charges. Les Orares de S. Michel , du
S. Efprit & de S. Louis , feront compatibles
dans une même perfonne. Dans les
ceremonies , ceux qui feront honorez de
l'Ordre du S. Eſprit & de celui de S.
Louis , precederont les G. Croix , Commandeurs
& Chevaliers qui n'auront que
ce dernier Ordre . On ne recevra aucun
Chevalier dans l'Ordre de S. Louis , qu'il
´n'ait fervi fur terre ou fur mer , en qualité
d'Officier , pendant 10. années , & s'il n'eſt
encore actuellement dans le fervice . De
plus , il faut profeffer la Religion Catho-
*

60 LE MERCURE
lique- Apoftolique & Romaine , pour entrer
dans ledit Ordre , & prouver les fervices
de dix années, & actuels , par les Brevets
& les Certificats des Commandans des
Troupes de terre & de mer de S. M.
Le G. Croix , Commandeurs & Chevaliers
qui auront commis quelque acte indigne
de leur profeffion & de leur devoir ,
ou crime emportant peine afflictive ou infamante
, enſemble ceux qui fortiront du
Royaume fans permiffion par écrit , fignée
de l'un de nofdits Secretaires d'Etat ,
feront privez & degradez dudit Ordre..
Tous les G. Croix , &c. qui ne feront
point retenus par maladie , &c. feront tenus
de fe rendre tous les ans au jour & fête
de S. Louis auprés de la perfonne du Roi,
pour accompagner S.M. àla Meffe dans le
Palais où elle fera celebrée , & pour fe
trouver à l'Affemblée generale dudit Ordre
, qui fe tiendra l'aprés - midi .
Donné à Paris au mois d'Avril 1719 .
& de nôtre Regne le quatrième. Signé ,
LOUIS. Et plus bas par le Roi , le Duc
d'Orleans , Regent prefent. Vifa , M.
R. D. V. d'Argenfon . Vù au Confeil ,
Villeroy; & fcellé du grand Scean de cire
verte. Collationné par le Roi aux Origi
naux ,
D'A OUST . 61
Parmi les differentes propofitions qui
ont été faites au Roi , fur les effets confiderables
qu'on doit attendre de la fabrication
des nouvelles efpeces d'or & d'argent,
S. M. n'en a point trouvé qui li oyent
plus avantageufes , que celles des Directeurs
de la Compagnie des Indes. C'eft
fur cela , que le Roi , de l'avis de M. le
Duc d'Orleans , a ordonné ce qui luit.
ART. I. Sa Majefté a accepté & accepte
les offres fa tes par la Compagnie des Indes
, de la fomine de cinquante millions
payables en quinze mois confecut fs , à
commencer du premier Octobre prochain ,
à raifon de trois millions trois cent trente
trois mille trois, cens trente- trois livres fix
fols huit deniers par mois : A l'effet de
quoi les Directeurs de la Compagnie des
Indes feront leur foum ffion au Greffe du
Confeil en la maniere ordinaire . Veut S.
M. que lad .fomme foit portée à fon Trefor
Royal dans les termes cy -deffus , & que les
quittances qui en feront données par le
Garde dudit Trefor Royal en exercice ,
fervent à la Compagnie de valables décharges
,
fans que ladite Compagnie foit tenue
d'en compter à la Chambre des Comptes.
II . Sera tenuë ladite Compagnie , outre
le payement de ladite fomme de cinquante
millions , de fupporter les frais de fabrication
, de remife & de regie , tels que le
62
LE
MERCURE
Roy les payé actuellement.
III. Sous lefquelles conditions Sa Majefté
a accordé & accorde à ladite Compagnie
des Indes, les profits & benefices que
produira la fabrication qui fera faite en
nouvelles effeces d'or & d'argent dans fes
Hoftels des Monnoyes , tant des anciennes
efpeces de France & des efpeces des Pays.
Etrangers , que des matieres qui y feront
portées , à quelques fomnes qu'elles puif-
Tent monter , fur le pied & de la manière
regiée par l'Edit du mois de May 17.18.
& ce pendant le cours de neuf années , à
commencer du premier Aouft prochain."
IV. Sa Majefté declare que pendant lefdites
neuf années elle ne fera aucune augmentation
dans le prix des efpeces , ni aucun
affoibliffement dans le titre de fes
Monnoyes , fous quelque pretexte que ce
puiffe être : Et qu'en cas de diminution
Elle diminuera les matieres & les anciennes
efpeces dans la même proportion . FAIT
au Confeil d'Eftat du Roy , Sa Majesté y
eftant , tenu à Paris le vingt- cinquiéme
jour de Juillet mil fept cent dix - neuf.
Signé , PHELYPEAUX .
En confequence de ce dernier Arreft ,
le Roi a permis à la Compagnie des Indes
de faire vingt- cinq millions de nouvelles
actions , dont voici la teneur,
J
D'AOUST . 63

.
ART. I. Sa Majefté a permis & permet
à la Compagnie des Indes de faire de nouvelles
Actions , jufques à concurrence de
la fomme de vingt- cinq millions ; lefquelles
feront de même nature , & jouiront des
mêmes avantages que celles qui compofent
les cent vingt- cinq millions d'anciennes
Actions .
II. Lefdits vingt- cinq millions de nouvelles
Actions feront faites ; fçavoir .
vingt millions en quatre mille Billets de
dix Actions chacun , numerotez depuis le
numero vingt-un mille un , jufques &
compris le numero vingt-cinq mille ; &
cinq millions en dix mille Billets d'une
Action chacun , numerotez depuis le numero
quarante mille un , jufques & compris
le numero cinquante mille.
III. Lefdices Actions feront acquifes
les Actionnaires fur le pied de mille
Livres chaque Action , payable en vingt
payemens égaux, dont le premier comptant
, & les autres dans le courant de chacun
des mois fuivans ; Et faute de faire
les payemens dans lefdits mois indiquez ,
les Certificats du Caiffier de ladite Compagnie
, qui auront été delivicz pour les
nouvelles Actions ordonnées par le prefent
Arreft , deviendront nuls & de nul effet.
IV. Veut Sa Majefté que l'on ne foit
reçû à prendre des Certificats pour les nouvelles
Actions, qu'en rapportant pour cing
64
LE
MERCURE
fois autant d'anciennes Act ons ou Certifi
cats , que montera la fomme pour laquelle
ilea delivré de nouveaux Certificats
En orte que por avoir un Certificat ,
d'une nouvelle Action de cinq mille livres ,
il faudra repre enter pour vingt-cinq mille .
livre d'anciennes Actions ou de Certificats.
V. Les Actionnaires de ladite Compagnie
des Indes feront tenus de le pre.enter
dans tout le mois d'Aouft prochain , pour
prendre des Certificats du Caillier de lad.
Compagnie pour les nouvelles Act ons :
Et en cas que toutes les anciennes Actions
& Certificats ne foient pas reprefentez
pour acquerir les vingt-cinq millions de
nouvelles Actions , ce qui manquera , aprés
ledit temps , fera acquis de fonds de la
Compagnie , qui pourra enfuite vendre les
Actions quand les Directeurs le jugeront
convenable pour l'intereft de ladite Compagnie
.
VI. Veut Sa Majesté que ceux qui ont
pris des Certificats en confequence de l'Edit
du mois de May & de l'Arreft du 29 .
Juin derniers , ne foient point affujettis
au jour prefix de la datte deid . Certificats :
Leur permet d'en faire leur premier payement
dans le courant du mois d'Aouft prochain
& les autres dans le courant
des mois fuivans , de la même maniere qu'il
eft ordonné par l'Article III . du prefent
>
Arreft.
D'AOU ST . 65
Arreft . FAIT au Confeil d'Eftat du Roi,
Sa Majefte y étant , tenu à Paris le vingtfeptième
jour de Juillet mil fept cent dixe
neuf. Signé , PHELYPEAUX .
Arrest du Confeil d'Etat du Roy , qui
ordonne que les interefts des Billets de
l'Etat , ou des Receveurs Generaux des
Finances , échus jufqu'au dernier Decembre
1718. feront reçûs en payement des
fup'emens de Finances .
Ordonnance du Roy , qui en execution
de celles des 7. Janvier 1689. & 5. Avril .
1713. fait deffenfes à tous fes Sujets refidens
és Echelles de Levant , de Barbarie
& Ports d'Italie, de charger aucunes Marchandifes
fur des Bâtimens Etrangers , &
qui ne portent point le Pavillon de France .
Arreft du Confeil d'Etat du Roi , qui
ordonne que le dividende de la premiere
année du Bail de Fermes Generales , fous
le nom d'Aymard Lambert , fera fixé à
buit pour cent dont le payement fera fait
par femaine , à commencer au 21. Aouft*
1719 .
Ordonnance du Roi , portant que les
Capitaines , Maîtres & Patrons des Vaiffax
& autres Bâtimens François , recevront
fur leurs bords les Matelors degradez
qui leur feront donnez par les Confuls des
Echelles du Levant , de Barbarie & des .
Ports d'Italie.
2
F
66
LE
MERCURE
Arreft du Confeil d'Etat du Roi , qui
permet à tous François de continuer d'enà
la Colonie de S. Louis , côte de
S. Domingue , des Vaiffeaux chargez de
vivres & Marchandifes pendant fix mois.
voyer
ARREST
De la Cour de Parlement .
Qui ordonne que l'Ecrit intitulé : Lettre
de M. l'Evêque de Soiffons à S. A. R..
Monseigneur le Duc d'Orleans Regent
du Royaume , au sujet de l'Arrêt rendu
au Parlement le 7. Juin , contre quelques
Ecrits de cet Evêque , daté à la fin en ces
termes à Soiffons ce 24. Juin 1719. figné
en ces termes : J. Jofeph Evêque de
Soiffons , fera laceré & brûlé par l'Exe--
cuteur de la Haute Juftice ; & qui ordonne
que ledit Evêque fera tenu d'a--
voüer ou defavoüer ledit Ecrit , l'impreffion
& la publication qui en a été
été faite..
C
Extrait des Regiftres de Parlement: *
E jour les Gens du Roy font entrez,,
& Maiftre Guillaume de Lamoignon
Avocat dudit Seigneur Roy , portant la
parole , ont dit :
D'AOUST . 67.
MESSIEURS , -
Les Arrêts que la Cour a rendu depuis
quelque tems pour arrêter les demarches
feditieufes de ceux qui cherchent à femer
le trouble & la divifion dans l'Eglife
n'ont pas encore eu tout le, fuccés qu'elle
pouvoit en attendre ; les Ordonnances du
Prince qui fufpendent les conteftations
prefentes , ne font point entierement executées
; il fe repand encore dans le public
des Ecrits contraires aux maximes les plus
certaines du Royaume , injurieux à la conduite
& à l'autorité de la Cour , & à celle
du Souverain.
Tel eft un Imprimé , dont il eft tombé
depuis feu de jours quelques exemplaires
entre nos mains , que nous apportons à la
Cour , intitulé : Lettre de M. l'Evêque dé
Soiffons à S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans Regent du Royaume , au fujet de
l'Arrêt rendu au Parlement le 7. Juin , contre
quelques Ecrits de cet Evêque.
A la feulé vûe de ce titre , on ne peuts'empêcher
d'être furpris de voir imprimer
& répandre dans le Public une , Lettre
particuliere écrite à Monfieur le Duc
d'Orleans par un Evêque du Royaume fur
une affaire qui le concerne ; mais on connoît
bientôt en lifant cette prétendue Lettre
, les motifs de ceux qui l'ont publié ,
& il n'eft pas permis de douter que leur
Fij
68 LE MERCURE
intention n'ait été de troubler cette tranquilité
fi précieufe & fi neceffaire à l'Eglife
, que
, que la Declaration du 7. Octobre
1717. & celle du. 5. Juin dernier , ont cu
tant à coeur de maintenir .
Il est vrai que l'Auteur de cet Ecrit commence
d'abord par declarer qu'il a lû avec
reſpect la Declaration du Juin ; mais
la premiere marque qu'il donne de ce refpect
eft de rompre le filence qu'elle impofè
fi expreffement pour combattre fes fages
difpofitions.
Le filence preferit dans les caufes qui interreffent
la Foy , dit-il . n'a jamais été utile
qu'aux ennemis de la Foy . La Foy eft
donc interreffée dans les conteftations prefentes
de l'Eglife ; & fi la derniere Declaration
attefte que les Evêques conviennent
qu'il n'y a entr'eux aucune diverfité de
fentimens fur ce qui apartient à la Foy ,
elle ne rend , felon lui , ce temoignage que
pour favorifer ceux qui n'ont point accepté
la Bulle Unigenitus
.
N'eft - ce pas attaquer directement la
Loi du Prince que d'établir de telles propofitions
& cet ouvrage par cette feule
confideration ne merite - t- il pas d'être condamné
de la même maniere que le furent
ceux qui avoient été faits contre la Decla
ration du 7. Octobre 1717. dont celle du
5. Juin dernier ne fait que rappeller les
difpofitions
D'AOUST. 69
De cet efprit de revolte contre les ordres
du Souverain , naiffent les invectives.
que répand l'Auteur contre l'Arreſt de la
Cour du 7. Juin dernier .
Il fe plaint de la forme de cet Arrêt ,
de ce qu'il n'a été precedé d'aucune procedure
de ce qu'on y a violé les regles les
plus communes du Barreau & de l'équité
naturelle. Ilattaque en particulier quelques
uns des Magiftrats de cette Compagnie il
les accufe en general d'avoir été les premiers
rompre ce filence qu'ils venoient d'enregiftrer
; quoy qu'ils foient les premiers dépofitaires
des volonte du Roy.
Nous ne nous arrêterons pas à faire connoître
que la forme de l'Arrêt n'eft pas
nouvelle , que vos Regîtres , & fans remonter
bien loin , les dernieres années nous
en fourniffent plufieurs exemples ; il n'eft
pas auffi neceffaire de le juftifier dans fa
difpofition : quiconque connoîtra les intentions
de la Cour , penetrera aiſénent
les motifs de fon Arrèt.
Dépofitaire des volontez du Roy , elle
n'employera jamais fon autorité que pour
faire obferver fes Loix & fes Ordonnances ,
les vûës de paix & de tranquillité publique,
qui ont dicté la derniere Declaration ,
feront toujours le principal objet de ſes demarches
.
. Ce font ces vues qui l'ont portée jufques
ici à s'oppoſer avec fermeté aux entrepri70
LE MERCURE
fes qu'on a voulu faire dans les derniers
tems contre nos Libertez , qui lui ont fait
profcrire cette foule d'ouvrages que les Ecrivains
des deux partis répandoient de
toutes parts dans le public . Ce font ces
vues qui l'ont obligée d'arrêter les Prelats
qui vouloient étendre trop loin leur autorité
dans leurs Diocefes , & non point le
defir d'entreprendre fur le miniftere & fur
les droits facrez des Evêques : ce font ces
vues qui l'ont engagée pendant un tems de
garder le filence fur des Mandemens femblables
à celui qu'elle a condamné par fon
Arrêt du 7. Juin , afin que fa moderation
pût fervir de regle pour éteindre le
feu de la difcorde , & qui l'ont forcée enfin
d'éclater contre ceux qui ne ſe font pas conformez
aux exemples qu'elle leur a donné.
Qu'on ne dife donc point que l'acceptation
des perfonnes fi expreffement defendue
aux Juges par le faint efprit , eft cependant
manifefte dans les decifions de cet augufte
Tribunal ; la conduite toûjours conftante
& uniforme de la Cour dans les affaires
prefentes de l'Eglife, eft une preuve certaine
de la fauffeté de ce reproche.
Nous ne finirions pas , fi nous examinions
en détail tout ce qui peut dans cet
Ecrit ,
meriter la cenfure de la Cour ;
mais nous ne pouvons nous empêcher de
de rapporter ici quelques - unes des propofitions
qu'il avance.
D'AOUST. 71
Nous ne craindrons point en cela les reproches
faits par l'Auteur , lorfqu'il impute
aux Magiftrats de contrevenir à la
Declaration du Roy:·
L'execution de certe Loy qui leur eft
particulierement confiée , eft un nouveau
motif qui les oblige de combattre les maximes
pernicieufes qu'on entreprend de
femer dans le public ; & prevoyant les confequences
funeftes qu'elles peuvent avoir
pour le repos de l'Etat & pour la paix de
l'Eglife , ils manqueroient à ce qu'ils doivent
à leur miniftere , s'ils demeuroient
dans le filence.
Comme le deffein de l'Auteur dans cet
ouvrage eft de critiquer l'Arrêt de laCour ,
il s'efforce de juftifier les Ecrits qu'elle a
condamné : de-là vient qu'il declare que
nonobftant l'Arrêt , il perfiftera toûjours
dans les mêmes fentimens , que comme
l'avis de Monfieur l'Evêque de Soiffons
contre lequel l'Arrêt eft rendu , n'eſt
qu'une inftruction charitable à fes Dioce
fains , la Cour n'a point été en droit de
le condamner , parce que ce n'eft ni une
Ordonnance ni un Mandement , comme
fi le titre qu'il plaira à un Evêque de donner
à fon ouvrage, pouvoit le mettre à cou
vert de la cenfure des Magiftrats , & comme
s'il ne paroiffoit pas d'ailleurs par les
termes de cet avis que c'eſt une veritable
Ordonnance que ce Prelat avoit faite pour
72 LE MERCURE
les Curez de fon Diocefe ; de-là vient encore
que pour rendre , s'il le pouvoit , l
conduite de la Cour odieufe au public , ce
même Auteur foûtient que les Libertez
de la France n'affujettiffent point les Evêques
aux entreprises des Parlemens .
Quel peut être le fondement de cette
propofition ?
Ne font-ce pas les Parlemens qui ont
toûjours été les plus zelez défenfeurs des
droits de l'Epifcopat ? n'eft- ce pas à la fermeté
qu'ils ont fait paroître en toutes les
occafions pour les foûtenir, que nos Prélats
ont éte redevables du maintien de leur autorité
?
Si les Parlemens fe font oppofez aux
démarches de quelques- uns d'entr'eux ,
s'ils ont renfermé leur Jurifdiction dans
de certaines bornes , ils n'ont fait en cela
fe conformer aux anciens Decrets des
Conciles, à ces loiiables coûtures que nous
peres ont toûjours confervées , & qu'ils
ont regardées comme le fouftien de la difcipline
de l'Eglife ,
que
Quelque étendue que foit l'autorité des
Evêques dans les chofes fpirituelles , elle
n'eft pas neanmoins abfolue , elle doit être
reftrainte fuivant les anciennes regles de
l'Eglife ; les Magiftrats doivent avoir une
attention finguliere de faire obferver par
toutes fortes de perfonnes les Ordonnances
du Royaume , & les anciens Canons , dont
le
D'AOUST. 75
le Roy , au nom duquel ils ont l'honneur
.de rendre la Juftice , eft le Protecteur &
le confervateur dans fon Royaume.
Les Parlemens ne font donc aucune entreprife,
lorfqu'ils obligent les Evêques de
fe loûmettre à nos Libertez & à nos Or-
-donnances ; mais lorsque les Evêques ge
veulent pas y deferer , c'est une entrepriſe
de leur part qui doit être reprimée par les
Parlemens.
Ces principes que nous avons reçus de
nos prédecefleurs , feront toûjours gravez
profondement dans nos coeurs, & nous employerons
en tout tems le zele dont nous
fommes capables , pour les tranfmettre à
nos defcendans avec la même pureté que
nous les avons reçus des Magiftrats aufquels
nous avons fuccedé.
C'eft dans cet efprit que nous ne pou
vons trop nous élever contre cette maxime
propofée dans l'écrit que nous apportons
a la Cour. Quand l'Evêque dit qu'ily a peché
dans certaine action , les Magiftrats (e-
· ront ils crûs fur leur parole , lorsqu'ils dirout
que cette action eft innocente ? Pour la
detruire il fuffit d'en faire voir les confequences.
Si le jugement de l'Evêque qui aura de
claré qu'il y a peché dans une certaine action
, ne peut jamais être reformé par les
Magiftrats , fa decifion fera toûjours fouveraine
, & on fera obligé de s'y foumettre.
Août 1719. C
74
LE MERCURE
Ainfi lorfque dans les tems où on a vů
regner le defordre & la confufion dans l'Etat
, quelques Prelats faifoient entendre à
leurs Diocefains que c'étoit un crime de fe
les foûmettre à leur legitime Souverain ,
Diocefains étoient obligés de fuivre la voix
de leur Pafteur au préjudice de leurs devoirs
les plus effentiels , & les Magiftrats
n'avoient point d'autorité pour les y rappeller
, parce que la loy de leur confcience
leur impofoit la neceffité d'obéïr à leurs
Evêques.
Ne nous rappellons pas , fi l'on veut ,
de fouvenir de ces années malheureuſes ,agitées
diffe- des par guerres inteftines & par
rentes factions ; mais n'eft-il pas à craindre
que les fectateurs des principes Ultramontains
ne veuillent les introduire parmi
les peuples , en leur faifant entendre que
que c'eſt un peché d'adherer à nos Libertez
, qu'il n'eft pas permis de les foûtenir,
& qu'on doit refpecter ces décifions fameufes
qui ont eu pour objet , ou d'abaiſfer
l'autorité des Rois , ou de reduire les
Ecclefiaftiques dans les matieres fpirituelles
à une obéiffance aveugle ?

Pouvons-nous même douter que l'Auteur
de l'Ecrit n'adopte toutes ces maximes?
Il declare à la verité qu'il reçoit toutes
les decifions du Concile de Conftance ;
mais en même tems , non content de foûtenir
les Ecrits condamnez par l'Arrêt
J'
D'A O UST .
75
-
du 7. Juin , il comble d'éloges quelques
Prelats , dont les ouvrages ont été condamnés
ou par la Cour , ou par les autres
Parlemens du Royaume : & quels
font les principes répandus dans ces
ouvrages l'infaillibilité du Pape établie
les voyes les plus legitimes & reconnues
de tout tems dans l'Eglife profcrites , l'autorité
Royale même attaquée fur le fondement
de la minorité du Roy comme fi
pendant fon jeune âge ceux qui font chargez
de l'adminiftration de l'Etat , ne poùvoient
pas faire des Loix en fon nom
que ces Loix qui n'ont d'autorité que parce
qu'elles portent le caractere de la Majefté
Royale , ne fuffent pas fouveraines .
Ce font- là les principales propofitions que
contiennent les Ecrits contre lefquels tous
les Magiftrats fe font également élevez .
>
> &
Croira- t'on qu'un Evêque né dans le
Royaume , inftruit des droits du Souverain
& des maximes de la France , entreprenne
de foûtenir celles qui fe trouvent
dans ces Ecrits au préjudice des Arrêts
rendus dans tous les Tribunaux ?
Nous ne pourrons donc nous perfuader
que l'imprimé que nous déferons à la Cour,
.ait pour Auteur celui dont il porte le nom,
jufques à ce qu'il en ait fait une declaration
précife , & il eft important pour le
bien de l'Eglife & pour l'honneur de l'Epif
copat, qu'il en faffe un defaveu folemnel
Gij
:76
LE MERCURE
f on s'eft fervi de fon nom pour donner au
-public un pareil ouvrage .
Ces Reflexions jointes à beaucoup d'antres
qui fe prefentent en le lifant , font les
motifs des Conclufions que nous avons prifes
écrit , pour la confervation de nos
par
Libertez , pour le maintien de l'autorité
Royale , & de celle de la Cour ; & parti-
-culierement pour l'execution de la derniere
Declaration du Roy.

Et fe font retirez , laiffant fur le Bureau
trois exemplaires du fufdit Imprimé , avec
les Conclufions par écrit du Procureur General
du Roy.
Et enfuite a été rendu Arrêt à ce ſujet
ainsi qu'il fuit.
3
Vu par la Cour trois exemplaires d'un
Ecrit intitulé : Lettre de M. l'Evêque de
Sotffons à S. A. R. Monseigneur le Duc
d'Orleans Begent du Royaume , as fajer de
Arrêt rendu au Parlement le 7. Juin , contre
quelques Ecrits de cet Evêque , daté à
la fin en ces termes à Soiffens ce 24. Juin
1719. figné en ces termes : J. Jofeph Evêque
de Soiffons ; enfemble les Ordonnances,
Edits , Declarations & Arrêts notamment
les Declarations des 7. Octobre 1717 .
& s. Juin derniers , les Arrêts des Octob.
1718. 10. Janv. 7. & 22. Juin dernier,
& les conclufions par écrit du Procureur
General du Roy.
>
La matiere mife en deliberation.
3.
D'AO UST . 7%
-
&
,
"
La Cour a ordonné & ordonne que ledit
Ecrit fera laceré & brûlé en la Cour
du Palais , au pied du grand eſcalier d'icelui
, par l'Executeur de la Haute Juftice.
Fait defenfes à tous Imprimeurs , Libraires
, Colporteurs , & autres , de l'imprimer
, vendre , debiter , ou autrement
diftribuer , à peine d'être procedé contr'eux
, comme rebelles , feditieux &.
perturbateurs du repos public ; enjoint à
tous ceux qui en ont des exemplaires , de les
apporter inceffamment au Greffe de la-
Cour , pour y être fupprimez ; & nean- :
moins ordonne que deux des fufdits exemplaires
feront depofez au Greffe de la Cour,
que dans huitaine au plus tard , à compter
du jour de la notification qui fera faite
du prefent Arrêt à la perfonne ou au domiclle
de l'Evêque de Soiffons , en fa maiſon
Epifcopale , à la requefte du Procureur
General du Roy , pourfuite & diligence
de fon Subftitut au Baillage de Soiffons
par deux Notaires Royaux qui feront.commis
à cet effet par le Lieutenant general
dudit Siege , ledit Evêque fera tenu
d'avoüer ou defavoüer , tant ladite Lettre
que l'impreffion qui en a été faite ; à l'effet
de quoy fera un des exemplaires qui aura .
été déposé au Greffe de la Cour , porté au
Greffe dudit Baillage de Soiffons , pour y
refter pendant ledit tems de huitaine , même
fera ledit exemplaire reprefenté audit
>
Giij
78
LE
MERCURE
Evefque par lefdits Notaires , pour par lui
en prendre lecture & communication entre
leurs mains , dont il fera par eux requis
& fommé, à l'effet par lui , comme dit eft,
d'avoiier ou defavoüer ladite Lettre , &
declarer fi c'eft par fes ordres qu'elle a été
imprimée & publiée ; ce qu'il fera pareillement
requis & fommé de faire fur le
champ pardevant lefdits Notaires ; fi
mieux n'aime ledit Evefque en prendrecommunication
dans la huitaine au Greffe
dudit Baillage, fans déplacer , & faire pa--
reillement dans ladite huitaine fa declaration
, foit au Greffe ou devant le Lieute
nant general dudit Siege , à fon choix , dontil
fera auffi requis & interpellé par le même
Acte par lefdits Notaires , pour lefdites
notifications , fommations , requifitions , &
interpellations ; enſemble les réponſes ou
declarations dudit Evêque rapportées en
la Cour , & communiquées au Procureur
General du Roy , eftte par ladite Cour
ftatué ce qu'il apartiendra. Ordonne en
outre que les Ordonnances , Edits , Declarations
& Arrefts , & notamment les
Declarations des 7. Octobre 1717. & S..
Juin 1717. Arrêts des 3. Octobre 1718 ..
Jo. Janvier , 7. & 22. Juin derniers , fe--
ront executez felon leur forme & teneur ,
fous les peines y contenues ; & fera le prefent
Arrêt envoyé aux Baillages & Senel
D'AOUST. 79
, pu- chauffées du Reffort , pour y être lû
blié & regiftré : Enjoint aux Subftituts.
du Procureur General du Roy d'y tenir la
main & d'en certifier la Cour dans le mois .
Fat à Paris en Parlement , le neuviéme
jour d'Aouft mil fept cent dix - neuf. Signé,
GILBERT .
Le Mercredy neuf Août mil fept cent
dix - neuf à l'heure de midy , en execution du
fufdit Arrêt , l'Ecrity mentionné a esté laceré
& jetté aufeu au bas du grand efcalier
du Palais par l'Executeur de la Haute Juftice
, en prefence de nous Jean Eftienne Yſabeau
, Confeiller-Secretaire du Roy , Mai-
Son , Couronne de France , l'un des quatre
anciens fervans prés fa Cour de Parlement,
affifté de deux Huiffiers de ladite Cour.
Signé , YSABEAU.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy qui ordonne
I. que les foufcriptions qui ont été
faites en vertu des Arrêts de fon Confeil
des vingt Juin & 27. Juillet derniers , feront
coupées en autant de Parties de cinq
cent 1. chacune, que les Porteurs voudront .
II. Les cinquante millions de nouvelles
'Actions ordonnées par les Arrêts du Confeil
des 20. Juin & 27. Juillet derniers ,
feront faites en cent mil billets d'une Action
chacun , numerotez depuis le numero
vingt mil un , jufques & compris le numero
cent vingt mille.
"
III. Lefdites nouvelles Actions feront
Giiij
So .. LE MERCURE
délivrées aux Porteurs des certificats de
Soufcriptions , au fur & à mesure qu'ils fe
prefenteront , fans avoir égard au numero
porté dans les certificats. Fait au Confeil
d'Etat du Roi , Sa Majefté , y étant , tenu
à Paris le douzième jour d'Août mil
fept cent dix -neuf. Signé , FLEURIAU.
Sur ce qui a été reprefenté au Roy êtant
en fon Confeil , par les Directeurs de la
Compagnie des Indes , que leur Compagnie
le trouve en état d'avancer aux Penfionnaires
de Sa Majefté , tant les arreragcs
de leurs penfions , que l'année courante
, & de procurer par ce moyen à ceux
qui ne jugeront pas
à propos d'attendre
que les fonds des Penfions foient faits , les
fecours dont ils peuvent avoir befoin :
Mais qu'en donnant à la Compagnie la permiffion
de faire ces avances , il feroit jufte
de lui accorder une retenue de trois pour
cent pour l'indemnifer de la perte des
pro
fits qu'elle auroit pu faire dans un autre
employ : Que cette retenue trés modique
en elle-même , dépendra d'ailleurs entierement
de la volonté des Penfionnaires , qui
feront maîtres ou de recevoir dés-à-prefent
leur payement de la Compagnie des Indes,
moyennant ladite retenue , ou d'attendre
que les fonds de leurs penfions ayent été
faits au Trefor Royal , & que même par.
ce moyen les avances que la Compagnie
fera,ne feront portées en compte à Sa MaD'AOUS
T 81
jefté , fur les cinquante millions , au payc
ment de quels elle s'eft foumiſe en execution
de l'Arrêt du 25. Juillet dernier
qu'aprés l'année expirée du jour de la datte
du payement effectif des penfions . LE
de ROY ETANT EN SON CONSEIL
l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent
, a permis & permet à la Compagnie
des Indes d'avancer le payement des Penfions
, tant pour les arrerages échûs , que
l'année courante , à ceux des Penfionnaires
de Sa Majesté qui les voudront recevoir ,
& de retenir trois pour cent du payement
qui leur fera fait. Fait au Confeil d'Etat
du Roy , tenu à Paris le dix - neuviéme
jour d'Août mil fept dix - neuf. Signé ,
PHELIPPE AUX .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , qui
ordonne que les Etats des penfions échues
depuis le premier Septembre 1715. jufques
& compris la prefente année , qui n'ont pas
été arrêtés , le feront inceffamment : Que
les Penfionnaires juftifieront de leur exiftence
; & que les veuves & heritiers de
ceux qui font decedés , raporteront des extraits
mortuaires dûment legalifés . Fait au
Confeil d'Etat du Roy , à Paris le 22.
Août 1719. Signé , PHELIPPEAUX .
Arreft de la Cour de Parlement qui fait
deffenſes à tous Evêques , Chapitres &
8.2 LE MERCURE
autres perfonnes de comparoir à aucunes
citations en Cour de Rome , pour l'érestion
d'un Evêché dans la Lorraine , & de
donner aucun confentement à ce fujet.
ง La matiere mife en deliberation .
LA COUR faifant droit fur le requifitoire
des Gens du Roi , fait inhibitions
& deffenfes à l'Evêque de Toul , au Chapitre
de ladite Eglife , & à tous Evêques
Chapitres & autres perfonnes de comparoir
ou répondre à aucunes affignations ou
citations qui leur auroient été ou pourroient
être faites ou données en Cour de
Rome , en quelque forte & maniere que
ce puiffe être , notamment en ce qui concerne
la pretendue érection d'un Evêché
dans la Lorraine , au lieu de S , Dié ou
ailleurs Leur fait pareilles inhibitions &
deffenfes , de donner & prêter aucun confentement
à ladite érection , ni à aucun
demembrement de portion de leurs Diocefes
, union de Benefices , ou d'aucuns temporels
d'iceux . Fait à Paris en Parlement
le 23. Aouft 1719. Signé Gilbert.
Le Confeil d'Etat du Roi , ayant exa--
miné les Requeftes refpectivement prefentées
; la premiere par le Pere Hyacinthe-
François de Paris , Cuftode des Miffions
de Grece à Pera lés Conftantinople , par
laquelle il demande que les Peres Capucins
D' A OUST: 83
de la Province de Paris , Miffionnaires en
Grece , feront maintenus & gardez en la
poffeffion de la Chapellenie du Vice - Confulat
de Scio & des autres Chapellenies qui
fe trouveront dans le même cas : La le..
conde par le Pere Fleutiau , Procureur Ge--
neral des Miffions de la Compagnie de Jefus
dans le Levant, par laquelle il demande
que les Peres Jefuites feront maintenus
dans la poffeffion de la même Chapellenic ...
Le tout confideré , S. M. a ordonné que
le Brevet du 18. Avril 1696. accordé au
Pere Bertrand Martin Jefuite , fera executé
; que ledit Pere Martin fera les fonc--
tions de Chapelain prés le Vice- Conful de
la Nation Françoife à Scie , à la charge
neanmoins qu'en cas d'abſence , &c . même
en cas de decés dudit P. Martin , lefdits
Peres Capucins deffervant la Chapelle
Françoife , êtant fous la protection de S.
M. en ladite Ifle de Scio , continuëront
leurs fonctions de Chapelains en vertu du
prefent Arrêt , & fans qu'il foit befoin
d'autre titre , fauf à S. M. de pourvoir
à ladite Chapellenie , ainfi qu'elle aviſera
bon être , le cas y écheant : Mande S. M.
au fieur Marquis de Bonnac, Ambaffadeur
de France à Conftantinople , & au fieur de
Marigny, Vice- Conful de la Nation Fran- -
çoiſe à Scio , de tenir la main à l'execution
du prefent Arreft.
i
$4
LE MERCURE
<<XS: DIE 14E DUE TE ALTE MIRDI
HOMME EXTRAORDINAIRE ,
Qui rompt facilement les chaînes & Logi
menottes , qu'on lui met aux pieds
& aux mains .
à Maubeuge le 3. Aouſt.
V Monheur, que je vous faſſe part
Ous no ferez peut- être pas fâché,
d'un fait , dont les circonftances vous paroi- .
tront auffi fingulieres que furprenantes..
Un homme de 21. à 22. ans , d'une phi- .
fronomie peu prevenante , & d'une mine
baffe & méprifable , ayant été condamné
aux Galeres , brifa fes chaînes fur la route
dans le tems qu'on l'y conduifoit , & fe
fauva. Comme il fut dénoncé auffi- tô : aprés
fa fuite , il ne tarda guéres à être arrêté.
On l'amena dans les Prifons de cette Ville.
Depuis qu'il y eft enfermé , il n'y a pas eu
moyen de le tenir enchaîné , rompant fes
fers en auffi peu de tems qu'il en faut pour
les lui mettre. Cette facilité à fe mettre en
liberté , le fait paffer pour un Sorcier parmi
le peuple ; mais il n'en eft pas de même
des
gens éclairez , qui regardent la chofer
avec d'autres yeux que le vulgaire puiſqu'il
eft affez ordinaire que des hommes
par force ou par adreffe , rompent fans
D'AOUST.
beaucoup d'effort , des bares de fer & des
fers à cheval . On s'imagina la premiere
fois qu'il fut enchaîné , que quelque anneau
n'avoit pas été bien foudé , & qu'il ne
s'agiffoit que de lui donner des chaînes plus
fortes ; mais s'en êtant delivré auffi ailément
que des premieres , on inventa une
nouvelle machine qui ne reuffit pas mieux
que toutes les autres . Le Procureur du Roi
de la Ville fit mettre à cet homme des menottes
de fer bien liant & bien battu
aux pieds & aux mains , les mains derriere
le dos ,les menottes êtant à clavettes fcellées
& recourbées. A peine le Magiftrat fut- il
forti de la Priſon , que le pretendu Sorcier
jetta chaînes , menottes & clavettes ( le
tout en un monceau ) au nez du Geolier
qui lui apportoit à manger par la petite
grille de fon cachot. Ce malheureux a été
deshabillé plufieurs fois tout nud , fans que
l'on ait trouvé fur lui ni inftrument , ni
herbe , ni enfin rien autre chofe qui puifle
éclaircir un fait fi extraordinaire. Ce qui
n'a pas moins excité ma furpriſe , c'eft
qu'ayant été fuftigé dernierement , il fouffrit
avec toute la conftance imaginable , &
fans tourner la tête , l'application de la
fleur de lys. Je vous avonë , Monfieur
-que j'eu tout lieu de m'étonner de voir un
homme qui ayant le fecret de brifer fes
-chaînes, ne put cependant venir à bout de
rompre les cordes dont il étoit lié pendant

86
LE MERCURE
l'execution . Je me ferai un vrai plaifir ,
Monfieur , de vous informer dans la fuite
de ce qui regardera un homme auffi fingu
lier. Jefuis , &c .
**
L'avanture fuivante eft auffi finguliere
Pour lefait que conftante pour la verité , &
glorieuse pour le Cavalier qui en eft le Heros .
à Parey-le-Monial ce 8. Aouft.
E 10. Avril dernier , M. le Comte
de Buffeul , Lieutenant en fecond au
Regiment Royal , Cavalerie , fortant de
Serilly pour aller à Monne , fut attaqué au
bord d'un bois par un Loup curagé des plus
grands & des plus furieux que l'on ait jamais
vû. Ce Loup appercevant M. le
Comte de Buffeul qui étoit a cheval ,
courut à toutes jambes pour l'atteindre .
Quelque bien monté que fût le Cavalier ,
le Loup ne laiffa pas de le joindre , & mordit
fon Cheval à la feffe d'une maniere fi
fenfible , que le Cheval par des hauts- lecorps
continus , défarçonna & fit tomber
M. de Buffeul. Le Loup le voyant renverfé
par terre , vint à lui la gueule ouverte
, & tout écumant, de rage ; mais M.
de Buffeul , fans s'effrayer , & fans fe fervir
de piftolets ni d'épte , fe jetta fur le
'D' AOU´S T. 87
Loup , faifit avec fa main droite fa langue,
& prit une de fes pattes avec la main gauche.
Pendant que le Cavalier luttoit vaillament
contre le Loup , la langue qu'il
tenoit de fa main droite , lui échapa
l'écume qui fortoit de la gueule de l'animal,
l'ayant fait gliffer ; & ce fut dans ce moment
que le Loup coupa le poulce droit à
M. de Buffeul , qui tout botté qu'il étoit ,
s'élança vigoureufemett fur l'animal , le
monta comme fi c'eût été un Cheval ; &
appercevant une troupe de Païfans armez
qui cherchoient ce Loup , il 'les appella
& les pria de le fecourir dans un danger fi
preffant. Aucun d'eux n'ofa approcher , fe
contentant de crier de loin que s'ils tiroient
fur le Loup, ils pourroient bien le tuer luimême.
N'importe , repondit le Comte de
Buffeul ; tirez , & je vous pardonne ma
mort fi vous me nez. Un des Païfans ayant
alors tiré fon coup de fufil , perça de trois
bals l'habit de M. de Buffeul , fans bleffer
ni lui ni le Loup. Un autre de la troupe ,
plus hardi que les camarades , voyant que
le Cavalier étoit ferme fur l'animal , &
qu'il le preffoit vivement avec fes bottes
qui étoient,comme colées contre fes flancs,
s'approcha de fort prés , tira fon comp
& bleffa le Loup , qui aprés de grands
efforts pour fe debaraffer de fon Cavalier ,
fuccomba aprés trois quarts d'heure de lutte
, & mourutfons fon brave & courageux
88 LE MERCURE
"
athelette , fans jamais avoir pu le terraffer:
M. le Comte de Buffeul a eu dans cette
action le fecond doigt de la main gauche
dechiré, le poulce doigt coupé entierement,
& le deffus de la main droite tout emporté.
Le Loup l'a mordu en plufieurs endroits de
la cuiffe & de la feffe . Ses bottes ont été
criblées de coups de dents . Aprés que M.
le Comte de Buffeul fut forti victorieux
du champ de bataille , on l'emmena chez
M. le Curé Defgrandes , & de là à Donteroy
en Berry , qui étoit fon Quartier. Sitôt
qu'il y fut arrivé , les Officiers du Regiment
l'obligerent d'aller en pofte à la mer,
& lui donnerent le nommé du Seuil , volontaire
dans le Regiment , pour l'accom
pagner & avoir foin de lui. Le Cavalier a
ete baigné , & il eft parfaitement gueri a
prefent.
M.le Comte de Buffeul eft bienfait , âgé
feulement de 19. ans, grand pour fon âge,
& fort vigoureux. Il entra au fervice dans
fa dixième année , fut fait Enfeigne de la
Colan. dans le Reg. de Mortemart, a fervi
deux ans dans ce même Regiment , & s'eft
trouvé au dernier fiege de Douay , aprés
quoi , il est entré dans Royal , Cavalerie ,
où il fert actuellement . M. le Comte de
Buffeul eft petit neveu de M. le Comte du
Bourg , coufin germain de Madame la
Comteffe de Vauban , épouse du grand
Ingenieur , neveu de M. le Comte de
Montperoux ,
D'AOUST . 89
Montperroux , Lieutenant Colonel du
Regiment Royal Cavalerie , & de M. le
Comte de Dyo , Capitaine au même Regiment.
HARAN GUES
Faites & pronocées par M. l'Abbé Mora
gia , Efleu General des Etats de Bourgogne
, au sujet de la Députation de
1719.
SIRE.
AU ROY
Vôtre Province de Bourgogne ſe
prefente aux pieds de VÔTRE MAJESTE ,
penetrée de plus vifs fentimens de refpects.
& d'amour , que le plus precieux & le plus
cheri de tous les Rois puiffe jamais infpirer
à fes Peuples. Elle vient lire fur vôtre
augufte front les prefages de fon bonheur
Elle vient s'affûrer elle- même de la foi de
la Renommée , qui annonce à toute la
France un Roi felon fes defirs & felon fes
befoins . Déja , SIRE , nous avons pour
garant de nos efperances , cet heureux na-
H
LE MERCURE
7
4
turel formé par les mains de la Sageffe
& de la Religion , & dont les inclinations
genercules & bienfaifantes viennent de s'étendre
fur cette fidelle Province . Plus occupez
des befoins de l'Etat que de nôtre
propre mifere, nous avions accordé au- delà
de nos forces, & VÔTRE MAJESTE' CON--
tente de notre amour , nous a rendu prefque
au- delà de nos efperances. C'eft ainfi
que l'augufte Prince , dépofitaire de vôtrei
fouveraine autorité , vous enfeigne à en
faire un magnifique ufage , & vous ap--
prend à être également Roi , & par les
tributs legitimes que vous levez fur vos
Sujets , & par les graces qu'il vous infpire
de leur faire..
Ces grandes maximes vous feront
SIRE , fouvent infinuées par le fage &.
genereux Prince , qui prefide à l'éducation
de VOTRE MAJESTE . Ses paroles &
fes confeils ne démentiront jamais fes ſentimens
: La celefte Verité , la fidele gardienne
des bons Rois , vous parlera toû
jours par fa bouche'; & quand les Hommes.
Illuftres qui concourent avec lui dans un
miniftere qui intereffe la fortune de toute
Europe , auront , SIRE , à vous infpirer
l'amour de l'ordre & du devoir , de
la moderation & de la juftice, ils ne feront
4
Monfieur le Maréchal de Villeroy ,.
M.l'Evêque de Frejus..
D'AO UST.
pas reduits à chercher loin du Trône où ils
vous inftruifent
, des exemples de toutes .
ces vertus .
A. S. A. R.
MON'S ONSEIGNEUR ,
LE DUC D'ORLEANS ,
REGENT.
MONSEI CONSEIGNEUR ,
La Province de Bourgogne fe prefente
avec confiance devant V. A. R. parce
qu'elle eft affûrée de trouver dans vôtre
coeur de la fenfibilité pour fon extrême
mifere Plus jaloufe de la fidelité que de
fes privileges , elle n'a jamais cherche d'excufes
ni de pretextes , pour retarder dans
les tems même les plus difficiles ,fa prompte
obéïffance : Animée par la gloire d'un Regne
tout rempli de merveilles , ou feduite
par fon amour pour le plus grand de nos
Rois , elle a contracté des dettes imnienfes
, & a épuifé toutes les refources pour
en foutenir , ou les longues profperitez
ou les derniers malheurs , dont les remedes
vous étoient refervez. La France devenuë
depuis long-tems , ou la terreur , ou l'ar-
૨૬
Hij
92 LE MERCURE
bitre de l'Europe , avoit vû enfin rouse
l'Europe fe réunir contre elle , pour
en faire , ou fa victime , ou la conquête
: Il a fallu des miracles pour la fauver,
& pour foutenir ce même Trône dont
vous êtes aujourd'hui , MONSEIGNEUR ,
Tapui & la refource ; & ce n'eft qu'aprés
Tous ces grands ébranlemens , que la Providence
la confié à vos foins. Heureufement
pour ce Royaume , l'Ange Tutelafre
qui l'avoit confervé , veille encore pour le
retablir. Au milieu des agitations & des
troubles , la tranquilité publique a été
maintenue , les longs épuifemens fe гера-
zent , les fonds de l'Etat depuis longtems
diffipez , fe remplacent ; le credit ,
qui n'avoit difparu que parce qu'on ne penetroit
pas encore la profondeur des refources
, renaît aujourd'huy!, &furpaffe la
magnificence des promeffes. L'Autorité
Royale qui alloit , ce femble , ou expires
avec un Roi mourant , ou s'affoiblir dans
les mains d'un Roi enfant , V. A. R. ľa
rendue , tantôt par fa fermeté , & tantôt
par fa clemence , auffi refpectable , que par
les plus rapides & les plus conftantes victoires.
Perfuadé cependant que l'autorité
abfoluë ne fe foutient que par la raifon ,
vous avez affocié à vos Confeils la raifon
univerfelle de tout l'Etat , en rendant les
Grands & les Sages du Royaume , les
émoins , les Juges , & les dépofitaires
D'AOUST. 93
des maximes du Gouvernement ; & fi les
Peuples que vous avez trouvé déja abbatus
& épuifez , foupirent encore aprés un avenir
plus doux , nous fçavons , MONSEICNEUR,
pour nôtre confolation & pour
vôtre gloire , que fi le pouvoir fouverain
dont vous difpofés , étoit auffi fort que.
vôtre amour , & auffi étendu que vos defirs
, il y a déja long- tems que la France
auroit vû la fin de fes maux ; du moins
elle reconnoît qu'elle eft gouvernée par un
Prince dont le coeur eft plus grand que
toute fa puiffance ; qui gemit de trouver
dans fa grandeur des bornes ou des obftacles
à fa bonté , & de n'avoir pas autant de
graces à répandre, que de befoins à remplir
ou de prieres à écouter .
1
1
A
MONSEIGNEUR LE DUC.
MONSEIGNEUR ,
La Province de Bourgogne déja comblée
de vos bienfaits , ne vient pas im
plorer la protection de VÔTRE ALTESSE
SERENISSIME. Ce feroit une priere ingrate
, & qui marqueroit un oubli ſenſible
de toutes les graces que nous en rece94"
LE MERCURE
vons chaque jour . Mais nous venons ,
MONSEIGNEUR , nous feliciter nousmêmes
de voir nôtre Augufte Protecteur
croître de plus en plus en confideration &
en gloire , foûtenir avec un nouvel éclat
les prerogatives de fon rang , & remplir
avec dignité & avec fagefle , l'important
emploi qui vous attache à la perfonne & à
la conduite du Roi. Ce n'eft plus une feule-
Province qui demande vos attentions & vos .
foins , c'eft la deftinée de toute la France
qui vous eft confiéé. Né Enfant de l'Etat ,,
vous en devenez le confervateur & le pere;
Vous portés dans ce dépôt facré nos efperances
, nos fortunes , le repos même &
la tranquilité de l'Europe entière. Digne,
defcendant de nos Rois , vous étiés refervé .
à tranfmettre toutes leurs vertus dans l'a---
me du Royal Enfant qui devoit leur fucceder
; & digne fucceffeur vous - même des
Heros qui ont foutenu le trône de fes peres
, c'étoit à vous qu'il appartenoit de le
conduire dans les routes de gloire & d'hon
, neur qu'ils vous ont tracées. Mais , au milieu
de tant de grandeurs qui vous environnent
, fi vous pouviez , MONSEIGNEUR ,
lire dans nos coeurs Vous y verriés que
nos fentimens pour V. A. S. ne ſe regle
ront jamais fur les évenemens ni fur l'autorité
des places que vous rempliffés . La
juftice qui vous a été fi folemnellement .
rendue , a augmenté nôtre joye ; mais ,
>
D'AOUS T..
954
rien ne pourra jamais augmenter nos relpects
& nôtre amour. Vos vertus & vos
bontez en avoient déja depuis long-tems
comblé la mefure ; & c'eft à vôtre perfonne
plûtôt qu'à vôtre puiffance & à vôtre
grandeur , que vôtre fidele Province
fera toûjours inviolablement attachée.
***
*
****
INCENDIES
Bes Villes de Sainte Mänehould & de lá!
Charité fur Loires
LETTRE
De M. le Curé de Sainte Manehould à un
de fes Amis , contenant une Relation veritable
de l'Incendie general arrivé en i
ladite Ville le 7. Aonft dernier.
J
E vous fuis trés-obligé , Monfieur
de la part que vous voulez bien prendre
à nôtre affliction . Elle ne peut être plus
extrême. Nôtre pauvre Ville n'eft plus
qu'un tas de cendres. De plus de huit cent
maifons dont elle étoit compofée , il n'en
refte que huit un peu logeables , avec une
vingtaine de Chaumines. Tout le refte a
été confumé prefqu'en un moment. Le feu
4
96 LE MERCURE
prit au centre de la Ville la nuit du fept au
huit de ce mois , & fe communiqua à tous
les Quartiers avec tant de rapidité , qu'à
cinq heures du matin il n'y avoit plus pieres
fur pieres . Nous étions tous fi étourdis
, que les bras nous tomboient fans pouvoir
faire aucuns mouvemens. Comme la
flame voloit de ruës en rues , & que tour
fe trouva embrafé prefque en même tems ,
il fut impoffible d'y apporter du fecours.
Ni les eaux de la Riviere , dont le lit eft
affez large , ni l'efpace des rues ne furent
pas capables de l'arrêter. L'Aifne qui paffe.
en deux endroits de la Ville , fe trouva
comblée par la ruine de deux ponts , par les
debris des maifons voifines, & par les meu
bles qué quelques - uns des habitans avoient
crû poavor fauver dans ces eaux : mais
l'ardeur du feu étoit fi grande , que tous
les effets qu'on avoit jetté dans la Riviere ,
y
furent brûlez ; on vit l'eau bouillir comme
fi elle cût été fur un fourneau , & on
en tira du poiffon cuit fuffifamment. Enfin
la défolation eft generale . Nos pauvres
Bourgeois n'ont prefque rien fauvé. Outre
que le feu qui gagnoit par tout , ne leur en
a pas laiffé le tems ; le peu qu'il avoient
porté en refuge dans les quartiers éloignez ,
qu'on crofoit hors d'atteinte , s'eft trouvé
envelopé dans l'incendie . Les grains dont
le greniers étoient pleins ; les granges où
l'on venoit de refferrer les moiffons ; les
magafins ,
D'AOUST.
magafins , les marchandifes , les meubles ,
les provifions , tout a été confumé , en
forte qu'il ne nous refte qu'une vie trifte ,
languiffante , à charge , plus amere que
la mort. Dieu en nous frappant , n'a touché
ni à nôtre corps ni à nôtre vie. Il n'a péri
dans le feu , qu'une fille qui étoit imbecille;
un homme voulut le lendemain defcendre
dans un puits pour retirer les effets qu'il y
avoit jetté , & fut étouffé par le feu ; mais
nous avons eu des accidens trés- triftes.
Plufieurs perfonnes ont été bleffées. Quelques
femmes font accouchées avant terme.
Il y en a à qui il a fallu tirer leurs enfans :
Cependant prefque tous ont eu le bonheur
de recevoir le Baptême. Beaucoup de perfonnes
femblent avoir perdu l'efprit. Les
uns font égarez , & courent çà & là fans
fçavoir ce qu'ils font ; les autres font abbatus
, ne pouvant prendre de nouriture.
Tous pleurent , gemiffent , manquent de
tout. Les familles les plus accommodées &
les plus riches , fe font trouvées fans pain ,
fans farine , fans grain , fans retraite. Si
les Villes voisines , & les perfonnes les plus
confiderables de la campagne n'avoient eu
compaffion de nous , nous ferions tous
morts de faim , mais Dieu a ouvert les coeurs
à la charité. On eft venu à nôtre fecours
de toute part. Châlons & Verdun animées
par leurs Prelats , fe font fur tout fignalées
par leurs charitez. Le Clergé & le Peu
Aoust 1719. I
98 LE MERCURE
ple de ces deux Villes ont fait des efforts
lignes de la ferveur des premiers tems . Ces
marques de la bonté de Dieu , & de la pieté
des Fideles , ont commencé à adoucir
nôtre douleur. Elles nous font efperer que
Dieu touchera les coeurs les plus durs , &
nous fera trouver des refources dans la
charité de nos freres . Cette efperance feûtient
nos pauvres Bourgeois qui aiment
mieux camper aux environs de deurs, mazures
, les uns fous des arbres , les autres
dans de petites cabanes dans leurs jardins ,
les autres dans des trous & des baraques
qu'ils commencent à fe bâtir , que de fe
retirer ailleurs. Nous faifons de nôtre mieux
pour les encourager ; mais nous avons befoin
de fecours infinis . Car tout nous
manque , nourriture , habits , maiſons ,
bois , outils , métiers , & c. il faudra
pourvoir à tout. Les charitez qu'on nous
a faites , nous ont pû foûtenir jufqu'à prefent
; mais il s'en faut bien qu'elles puiffent
fournir à tous nos befoins , & l'on comprend
fans peine qu'un auffi grand défaftre
nous met dans la trifte neceffité de recourir
aux aumônes des Fideles pendant bien du
tems. Pour comble de malheur, nôtre Hô
pital qui pouvoit fervir de retraite à plus
de deux cent pauvres , & qui nous auroit
été d'une grande reffource , a été envelopé
dans l'incendie comme tout le refte . Dieu
n'a pas voulu nous laiffer même cette trifte
DE
LA
VILLE
D'A OUST -
:
LYON Confolation . Il veut que nous n'en ans,
point d'autre que la charité des Fidelesla
vôtre , Monfieur , eft fi tendre & fi vc493
que je ne doute pas qu'elle ne foit touchee
de nos befoins , & qu'elle ne s'efforce d'y
apporrer quelques remedes. J'ai oublié de
vous dire , que nous ne fçavons point l'ori
gine de ce furieux incendie. Plufieurs perfonnes
tant d'ici que de la campagne , affue
rent avoir vû tomber un globe de feu fur,
la Ville. Ce qui eft de certain , c'cft qu'il
fit un coup de tonnerre au moment que le
feu s'alluma mais de quelque maniere que
la chofe foit arrivée , elle n'eft arrivée que
par la permiffion de Dieu, & nous ne fçau
rions nous tromper en la regardant comme
une punition de fa part. Priez-le , Mon.
fieur , de nous la rendre utile par fa grace,
& que ces flammes temporelles nous pre
fervent des flammes éternelles. Pardonnez ,
s'il vous plai , le peu d'ordre de ma Le
tre . Dans l'état où je fuis, il terbit difficile
d'en garder. Vous jugeriez mal de ma
douleur , fi elle me permettoit de penfer à
l'arrangement & aux expreffions . Je vous
écris d'ailleurs fi rapidement, qu'à peine aije
le tems de vous affurer que je fuis trésparfaitement
,
MONSIEUR ,
Vôtre trés humble & trés- obéiffant
ferviteur , L. C ..
A Sainte Manehould ce 17. Aouſt 1719.
I ij
100 LE MERCURE
Depuis ma Lettre écrite , je reçoi une
Relation de nôtre incendie, publiée à Paris,
dans laquelle je trouve la verité altetée en
bien des faits . Comme nôtre malheur eft
au deffus de toute exageration , je ferois fâ
ché qu'on en impofât au public dans les
moindres circonftances. Je vous prie ,
Monfieur , de défabufer vos amis en leur
faifant part de ma Lettre. Elle ne contient
que la fimple & exacte verité , & vous
pouvez compter pour faux , les faits qui ne
font pas conformes à ce que j'ai l'honneur
de vous mander.
A Ville de la Charité fur Loire , *
Laa éprouvé le 8. du même mois prefque
le même accident , au moins en partie. Le
feu commença par la maifon de Claude
Dupré. L'imprudence de fa femme , qui
avoit laiffé un amas de bois de faarment prés
de fon feu , en fut caufe. Les flammes attaquerent
d'abord huit maifons & granges;
& paffant enfuite rapidement dans les rues
des Os , celle au deffus des Halles , celle
Ily a deux ans qu'il arriva dans cette
même Ville , an incendie qui ne fut pas fi
general , mais plus funefte par la mort de
40. perfonnes , dont une partie fut écrasée
fous les ruines d'une maifon , & l'antre brû
He toute vive.
D' A O UST. TOF
du Filet & celle de la Vauguion , toutes de
ka Paroiffe de S. Jacque , les flammes fe
communiquerent prefque en même tems
dans ces differens Quartiers. Par le dénombrement
que l'on a fait des maiſons ,
granges & preffoirs brûlez , on en compte
plus de fix- vingt . Ce malheur caufe la ruine
totale des Proprietaires & de ceux qui
occupoient ces maifons , en ce qu'ils n'ont
pu fauver aucuns de leurs effets par l'aetivité
du feu , qui en moins de deux heures
de tems , a confumé , & reduit en cendres
tous les bâtimens & effets qui y étoient
contenus. Ils confiftoient en meubles , vins ,
bleds & grains en gerbes. Le feu n'étoit
pas encore éteint trois jours aprés . Les
Caves étoientautant de fournaifes embrafces
d'où l'on voyoit fortir fucceffivement des
tourbillons de flammes & de fumée ; de
forte qu'il fembloit que ce fût toûjours un
feu renaiffant , qui trouvoit de nouveaux
alimens pour entretenir fa fureur. Une par
tie des Habitans infortunez de cette Ville ,
a été obligée de fe difperfer à la Campagne ,
la plupart nuds , leur êtant refté à peine.
quelques vetemens pour fe couvrir : Le
petit nombre qui n'a pû fe refoudre à abandoner
les pitoyables débris de leurs maiſons,
a manqué de perir de faim . Les Marchands
dont les Magafins ont été la proye de cet
élement ; les Artifans qui ont perdu leurs
effets ramaffez avec tant de peine à la fucur
I iij
102 LE MERCURE
de leur front ; des perfonres de tout fexe
& de tout âge , reduites au comble de la
mifere , formoient un fpectacle des plus
effrayans. Il s'eft cependant trouvé des
hommes affez pervers , qui fous pretexte
de donner du fecours , achevoient de piller
en même tems le peu d'effets que les
proprietaires avoient fû arracher du milieu
des braziers au peril de leur vie. Dans
une fi fâcheufe fituation , qui ne voit que
les Habitans de l'une & de l'autre Ville ,
font dans un befoin trés- preffant d'être
confolez par la charité de leur prochain .
Comme la charité fçait prendre les formes
differentes , pour affifter ceux qui fouf
frent , elle met par ce moyen chacun en
état de recevoir une récompenfe propor
tionnée au dommage qu'il a fouffert.
NOUVELLES ETRANGERES.
A
POLOGNE.
à Varsovie le 10. Aouft 1719.
A fituation des affaires , par rapport
au fejour des Mofcovites dans ce
Royaume, eft toûjours la même . Il y a peut
d'aparence que l'on puiffe les obliger d'en
fortir malgré eux. L'abfence du Roy & des
Senateurs , eft un grand obftacle , pour
D'AOUST. 103
qu'on puiffe prendre aucune mefure de fe
delivrer de ces fâcheux hôtes . Ils continuent
à fe maintenir dans leur Quartier .
Ils ont 2. corps confiderables de Troupes ,
dont un occupe le territoire de Grodno , &
l'autre les environs deVilna . Il paroît qu'ils
obfervent une difcipline plus exacte que par
le paffe ; mais , cela n'empêche pas qu'ils ne
ſe faflent fournir des vivres , des fourages
& autres chofes neceffaires , fous peine
d'execution militaire . Les propofitions qui
avoient été faites par S. M. Cz . touchant
la fucceffion provifionelle de la Curlande ,
& fes pretentions fur la Ville de Dantzic,
ne feront examinées que lors de l'affemblée
de la Diette , qu'on ne croit point devoir
être convoquée avant l'hiver . Le Roi ayant
invité plufieurs Senateurs & grands Officiers
, de fe rendre à Drefde pour la ceremonie
du mariage du Prince Electoral
avec l'Archiducheffe Jofephine , la plûpart
s'en font excufez , fous pretexte de
preparer les matieres qui doivent être propofées
à la Diette. On confirme de toute
part que le tremblement de terre arrivé
le 25. May dernier à Conftantinople ,
avoit renversé plufieurs édifices tant publics
que particuliers. Le Palais du G.
S. & un grand nombre de Moſquées
en ont été fort endommagés. La plus
grande partie des murailles de la Ville
& 27. groffes tours , fe font éboulées ,
I iiij
104 LE MERCURE
La Ville de Nicomedie , ainfi que les Villages
des environs , la petite Ville de Tinute
, éloignée de 2. lieuës de Conftantinople
, ont été entierement détruites , &
les Habitans écrafez fous les ruines. On
ajoute même
que Nicomedie a été engloutie
daus la terre.
Manifefte du Roi de Dannemarck & de
Nordvegue , à l'occafion de la marche
de fon Armée de Norvvegue , dans les
Pais dépendans de la Couronne de Suede.
Nous Frideric IV. Roi de Dannemarck
, de Norwegue, & c. fçavoir
faifons , que , Nous flattant aprés la mort
du Roi de Suede , de trouver cette Couronne
difpofée à la paix , nous avons envoyé
exprés à Stokholm , pour voir files
fentimens de cette Couronne étoient tels ,
qu'elle voulût faire quelques propofitions
de paix : Mais nous avons appris que l'aſfemblée
qui s'eft tenue à Stokholm , regardoit
plûtôt l'interêt particulier de chaque
Membre , qu'elle ne tendoit à la paix
& au repos public .
Sur cela Nous avons refolu , au nom de
Dieu, de raffembler nôtre Armée tant maritime
que terreftre , en vue d'obliger la vûë
Reine de Suede , conjointement avec le
Senat , de garentir leurs Sujets de la ruine
entiere qui les menaçoit . Comme nous ne
D'AOUST .
roj
guerre

voulons aucunement continuer la
avec le fer & le feu , & que nôtre feule
intention eft d'obtenir, tant pour nos Sujets
que pour ceux de la Suede , une paix ftable
& durable , nous avons jugé à propos de
faire fçavoir à tous les Habitans du Païs ,
tant Ecclefiaftiques , Laïques , Civils que
Militaires , que chacun d'eux pourra tranquillement
refter chez foi , fans être obligé
de fe refugier ailleurs , attendu qu'on ne
leur fera aucun tort , & que tout ce qu'ils
voudront ceder de bon gré à nos Troupes ,
on le leur payera fur le champ en argent
comptant & ayant cours . S'il arrive que
quelqu'un de nôtre Armée , de quelque
condition & caractere qu'il foit revêtu ,
les ait lezé , on pourra fur les plaintes qui
en auront été formées , leur donner toute
Fa fatisfaction neceffaire : Auffi avons-nous
pris des mefures fi juftes , qu'elles ne doi
vent porter aucun ombrage à la Nation
Suedoife ; car à mesure que nous avarice
rons avec nôtre Armée , il y aura dans les
Ports plufieurs Vaiffeaux chargez de bleds
& de vivres , où il fera libre aux deux
Nations d'acheter ce qui fera neceffaire
pour leur fubfiftance : les Suedois pourront
même trafiquer avec nos Sujets , comme ils
le jugeront à propos. Au refte les Suedois
pourront , s'ils le veulent , prendre parti
parmi nos Troupes , & ils doivent être affûrez
qu'on ne les y forcera en aucune ma106
LE MERCURE
niere. Ceux au contraire qui fe mettront
fous nôtre protection , jourront des mêmes
privileges que nos Sujets , attendu que
perfonne ne doit nous confiderer comme
ennemi du Royaume mais pluftoft
comme un ami qui cherche à établir une
bonne harmonie , & à renouer une amitiéfolide
entre les deux Royaumes. Dans cette
vûë , nous efperons que Dieu fecondera
nos intentions , & que nos Sujets , comme
ceux de la Suede , trouveront égallement
leur avantage , chacun en leur particulier.
Si , contre toute attente on n'avoit aueun
égard à nos gracieufes offres & declarations
, & fi quelques- uns des Suedois
venoient à abandonner leurs habitations
ils ne doivent point être furpris , que ces
endroits foient démolis & ruinez fuivant
le droit de la guerre. Nous exhortons donc
chacun à prendre les mefutes les plus convenables
aux conjonctures prefentes . Donné
à Chriftiana le 10. Juillet 1719. Signé
Fridericus R.
,
à Hambourg le 18. Aoust.
E Czar ayant ordonné au Comte
de
mettre
à la voile avec les Galeres & les Troupes
de débarquement , la Flote de S. M. Čz.
compofée de 180. voiles , tant Vaiffeaux de
ligne que Galeres , parut le 23. de l'autre
D'AOUST . 107
mois entre Furnfund & Sando . Hamn. Cet
Amiral ayant feparé fes Bâtimens en plufieurs
Efcadres , penetra le 24. à travers
les differentes Ifles qui font à l'Est de
Stokholm . On ne fçait point encore quel
a été le fuccés de cette entrepriſe. On aſſure
que les Suedois , au nombre de 20. mil
hommes , tant Infanterie que Cavaleric
étoient bien difpofez à empêcher le débarquement
de leurs ennemis qui font au nombre
de 25. mil , parmi lefquels on compte
2000. hommes de Cavalerie. On prefume
cependant que les Ruffes ayant obligé les
Suedois à fe feparer en plufieurs corps ,
auront pu faire une defcente en quelque
endroit de ces Ifles. On peut remarquer en
paffant , que quoique l'on ne compte que 3.
Lienes en droiture depuis l'entrée de ces Ifles
jufqu'à Stokholm , les Vaiffeaux font cependant
obligez d'en faire plus de 69. par la
quantité de détours qu'ils font contrains de
prendre. S. M. Cz. a accompagné avec fa
Flote les . Galeres fur lefquelles font les
Troupes de débarquement , jufqu'à ce
qu'elle les ait vû en feureté & hors de toute
infulte. Le Capitaine Commandeur Sinawin
les a efcorté jufqu'au Scheren avec 9
Vaiffeaux legers. Il eft forti du Port de
Stokholm plus de 30. Bâtimens , tant
Vaiffeaux de guerre que Fregates , pour
obferver cette Flote ; & on a pris la précaution
de faire marcher dans les vallées
YOY LE MERCURE
plufieurs Compagnies du Regiment d'Oxinftirn
, pour s'oppofer à la defcente des
Mofcovites , au cas
au cas qu'ils vouluffent attaquer
la Finlande,
D'un autre côté , les Lettres de Stromftatd
, fur la côte de Dalie , Province de
Suede , portent que M. Tordenfchild ,
Contr'Amiral de la Flote du Roi de Dannemarc
, attaqua le 23. du même mois la
Flotille Suedoife qui s'étoit retirée dans le
Port devant Maclarand. Celle - ci confiftoit
en 7. Vaiffeaux de guerre , 2. Fregates :
3. Galiotes , 3. Brulots , une Prahme &
une Galere. Après avoir fait toute la refiftance
poffible , elle a été enfin obligée de
ceder à la fuperiorité. Les Danois le font
rendus maîtres de Wirteberh , Vaiffeau de
guerre de 44. canóns , d'une Fregate de
18. canons , d'une Galeaffe , d'une Prahme
de r8. canons , & d'un Vaiffeau Marchande
Les Vaiffeaux coulez à fonds font Haemftad
, Calmer , Stettin , Fridericia , Chare
lotta , de 44. à 5o. canons , avec deux Galeaffes
& une Galere.
D'autres Lettres de Stromstad, marquent
que le Roi de Dannemarc êtant parti le
15. de Chriftiania en Norvegue par eau
avec le Prince Royal , S. M. s'étoit renduë
à Friderick ftad , où êtant arrivée , elle vifita
les fortifications de cette Place , & parrit
la nuit fuivante pour Friderieften :
Qu'ayant donné ordre au Vice- Amiral Ro
D'AOUST. 109
>
fenpal d'attaquer la Flotille des Suedois
devant Stromstad , ces derniers en ' furent
avertis affez à tems , pour mettre le feu ou
couler bas leur Efcadre , confiftant en 4.
Galeres , 3. autres Bâtimens 2. Galiotes
à bombes , & 4. Bâtimens de tranſport ,
fur lefquels il y avoit 180. pieces de canons
: Qu'ils abandonnerent enfuite aux
Danois Stromftard & Sundebourg , & fe
retirerent plus avant dans le Païs : Que le
Roi de Dannemarc fur cette nouvelle, étoit
venu prendre fon Quartier à Stromftatd
jufqu'à ce que tout fût prêt pour penetrer
en Suede. Le 26. la Fortereffe de Maelftrand
, aprés s'être laiffe bombarder pendant
quelque tems , a été enfin forcée de
fe rendre par capitulation aux Danois. La
Garnifon compofée de 450. hommes , a obtenu
la permiffion de fe retirer avec toutes
les marques d'honneur. On y a trouvé une
grande quantité de toute forte de munitions.
Tous les avis que nous recevons de Suede
, confirment la mefintelligence entre le
Senat & les Etats du Royaume : Que le
Comte de Guldenftern , foutenu de la
plus grande partie de la Nobleffe , travail-
Joit fous main à faire declarer Roi, le Prince
hereditaire de Heffe-Caffel : Que le Clergé
s'y oppofoit fortement , fous pretexte
que S. A. R. profeffoit ouvertement la
Religion pretenduë- reformée. Le Comte
10 LE MERCURE
de Gyllemberg eft revenu de l'Ile d'Aland,
& l'on y doit renvoyer un autre Miniſtre à
fa place , pour y continuer les conferences.
Un Exprés depêché de Stokholm par le
Lord Carteret , a apporté l'agreable nouvelle
que le Traité de pa x entre le Roi de
la G. B. & la Reine de Suede , avoit été
figné le 25. du paffé.
L
t
à Vienne le 15. Août.
Empereur envoya fignifier dernierement
par un homme fans caractere ,
au Sieur de Buffy , Refident du Czar
à Vienne , d'en tortir dans le moment . La
même perfonne lui declara en même tems
qu'elle avoit ordre de le conduire hors du
Territoire de Vienne , fans lui donner même
le tems de boire ni de manger . On lui
notifia de plus que fi on le trouvoit dans
les Pays hereditaires de S. M. J. aprés un
certain tems , il pouvoit s'attendre à être
envoyé fur les galeres. L'Emp . n'ayant
pas voulu permettre que M. le Comte de
Flemming qui eft de la Religion Lutherienne
,afliftât aux nôces du Prince Electoral
de Saxe , & de la fereniffime Archiduchefle,
le Roy Auguſte a nommé le Comte
de Lagnafco , Catholique ; c'eft ce qui a
obligé le Comte de Flemming à retourner
à Drefde auprés du Roy fon maître . On
pretend que ce Miniftre n'eft allé joindre
DAOUST . 11
le Roy de Pologne , que pour lui communiquer
quelques difficultés que la Cour
Imperiale fait naître dans le Ceremonial à
l'occafion de ce mariage. Cette Cour demande
1º. que le Prince Electoral renonce
aux Pays hereditaires. 2 °. Que l'Archiducheffe
aura l'exercice libre & paisible de la
Religion Catholique en Saxe. 30. Qu'on
élevera une Eglife à Drefde pour les Jefuites
. 4. Que le Roy de Pologne fe defiftera
des pretentions qu'il a fur la charge.
de grand Ecuyer ; qu'il renoncera pour
cela aux proteftations & oppofitions qu'il
a faites , & qu'il en fouffrira l'erection en
faveur de l'Electeur d'Hanover à qui S.
M. I. a deffein de la donner . On affûre
ici que le Prince Electoral fera fa refidence
à Erfourh , à condition que cette Ville ,
qui a paffé des Maifons de Saxe à l'Archevêché
de Mayence , fera remife & renduë
à la Maifon Electoral de Saxe contre un
équivalent. L'on affûre que l'Archiducheffe
Marie-Jofeph , fera publiquement déclarée
le 23. de ce mois époufe du Prince Electoral
de Saxe. Le Controlleur General de la
Cour attend fur les Frontieres de Saxe ce
Prince qui fera défrayé pendant fon voyage
aux dépens de l'Empereur. Tout fe prépare
au Palais Imperial de la Favorite pour ce
Mariage. On continuë de faire à Drefde de
très-grands préparatifs pour la réception des
nouveaux mariés. M. le Comte de Taun ,
LE MERCURE
qui a eté Viceroy de Naple , reçoit depuis
fon re our les vifites des principaux Miniftres
de cette Cour & deli Nobleffe. L'Empereur
lui a conferé la Charge de Lieutenant
General de l'Artillerie . M. le Comte de
Rappach , General d'Artillerie & Vice-
Commandant de cette Capitale , mourut ici
le 17. du mois paffé . Cette derniere Charge
a été donnée le 2. de ce mois à M. le
Comte Maximilien de Staremberg. Quelques
avis de la Frontiere de Valachie , portent
que Mauro Cordato , Hofpodar de
cette Principauté, y eft mort de la pefte avec
un grand nombre de es Sujets que cette
maladie contagieufe s'êtant auffi gliffée dans
la Tranfilvanie , nôtre Cour avoit envoyé
fes ordres , pour faire entorte qu'elle ne fe
répandît point dans la Hongrie & les au
tres Païs hereditaires . L'Amb. de la P. Ottomane
arriva le 8. à Sevvechat , où il fera
quelques féjours , avant que de faire fon entrée
publique en cette Ville. Le Comte de
Virmond êtant arrivé à Andrinople le 19.
du mois paffé , y a fait fon entrée publique.
La mort du Comte de Gallafch à Naples , a
fort furpris cette Cour. M. le Comte de
Kiniggleg , Ambaffadeur de Sa Majesté
Imperiale à la Cour de France , arriva le
trois de Paris en cette Ville. Le 28. du paſfé
, S. M. I. donna l'inveftiture du temporel
de l'Evêché d'Aufbourg, aux Miniftres Plénipotentiaires
du Prince Palatin Evêque
d'Aufbourg ,
D'AOUST : 113
d'Aufbourg , avec les cérémonies accoutumées.
On a apris avec plaifir que le 29. Juillet
le Prince Theodore de Baviere, avoit
été élu à l'Evêché de Ratisbonne , fur la
démiffion pure & Ample du Prince Clement
fon frere , devenu Evêque de Munſter &
de Padefborn .
M. le Comte de Flemming revint ici le
de Saxe. Il a eu audience du S.M.I. fur
5.
la commiffion dont il eft chargé de la part
du Roy Augufte fon Maître. Le 7. M. le
Chevalier Grimani , Ambaffadeur de la
Republique de Venife depuis cinq années
à la Cour Imperiale , a eu fon audience de
congé . Il a été regalé du portrait de S. M.
I. enrichi de diamans de grand prix . On
aprend de Conftantinople que le Palais du
G. S. ayant été detruit par le tremblement
de terre , dont on a cy-devant parlé , S.
H. avoit pris le parti de fortir de la Ville ,
& de faire dreffer des tentes à la campagne,
pour s'y loger avec toute la Cour,
å la Haye le 25. Août .
Onfreur le Comte de Cadogan
M Ambaffadeur du Roy de la Grande
Bretagne , reçût le 20 au foir un exprés
d'Hanover depêché par M. de Witworth
avec la nouvelle de la fignature du Traité
de paix le 15. de ce mots entre le Roy de
la Grande Bretagne & le Roy de Pruffe.
>
K
€ 14
LE MERCURE
On écrit de Bruxelles du 17. de ce mois,
que M. le Marquis de Prié étoit revenu le
16. d'Oftende en cette Ville. Il a donné ,
avant fon depart , des ordres pour fairè reparer
les fortifications de cette Place , &
nettoyer l'entrée du Port dans lequel l'accroiffement
des fables faifoit craindre qu'il
ne fe bouchât entierement : Les differends
furvenus , par rapport à l'Artillerie & aux
munitions de guerre , qui doivent être remis
aux Etats generaux , viennent enfin
d'être terminés .
"
La nuit du premier au deux de ce mois
le feu s'êtant pris par accident à Tubize ,
il y a eu pplluuss ddee 30. Maifons reduites en
cendres. On a reçû ici la confirmation
que les Danois avoient été obligés de difcontinuer
le bombardement du Château
d'Elbourg, & d'abandonner leurs mortiers.
Les dernieres lettres de Gênes du 12. portent
qu'un Vaiffeau Hollandois venant de
Sinirne , & richement chargé , avoit été
attaqué par deux Corfaires d'Alger : Que
80. de ces barbares en êtant venu à l'abordage,
& s'etant jetté dedans , les Hollandois
dans cette extremité , avoient pris le parti
de fe faire fauter en l'air ; ce qu'ils executerent.
Il ne s'eft fauvé que 8. hommes de
tous ceux qui étoient à bord de ce Vaiffeau.
D' A OUST. - IIS
à
Londres le 27.
Na publié le
Août.
Na publié le 17. que le Roy d'Angleterre
avoit conclu un Traité
comme Electeur d'Hanover , par lequel
la Reine de Suede lui cede le Duchés de
Brême & la Principauté de Verden ; &
qu'en confequence de cette ceffion , la paix
avoit été fignée entre S.M.Br. & la Reine
de Suede. On ne doute pas que dans peu la
paix du Nord ne foit bientôt faite.
On eft toûjours dans l'incertitude , touchant
l'entreprise pour laquelle les troupes
qui s'affemblent dans l'Ile de Wight
font deſtinées . On cft prefentement fûr qu'il
n'y aura que les 4000, hommes d'Angleterre
& d'Irlande qui y feront employés, Le L.
Cobham auta fous lui trois Brigadiers
generaux. On a expedié en même tems
des commiffions pour 3. Majors de Brigagades
; 3 Marêchaux des Logis pour les
Gardes , & pour plufieurs autres Officiers
qui y doivent être employés .
5
L'Amiral Michel partit le 12 pour fe
rendre au Boye de Nore , où il a arboré
fon pavillon fur Lipfwick : Il commande
ra cinq autres, Vaiffeaux de ligne, avec 2.
ou trois Fregattes . On prétend que cette
Elcadre fera voile inceffamment , pour
aller renforcer l'Amiral Norris dans la
Mer Baltique. L'Amiral Hozier eft auffi
Kij
116
LE MERCURE
1
allé prendre le commandement de l'Efca.
dre qui eft à Porftmouth. Par les lettres de
Dehal du 15. on aprend que l'Entreprise &
& le Flamborough , Vaiffeaux de guerre,
avoient mis à la voile, ayant fous leur Convoi
tous les Vaiffeaux de tranfport, Comme
ils ont pris la route de l'Oüeft , on ne
doure pas qu'ils ne foient prefentement ar
rivés dans l'Ile de Wight. La Deffiance
& le S. Albans , Vaiffeaux de guerre , ont
fait voile des Dunes pour aller joindre
l'Efcadre de l'Amiral Norris dans la Mer
Baltique.
Il y a eu quelques demêlés en Amerique
entre les Anglois de la nouvelle Ecoffe
& les François du Cap Breton. Les Seigneurs
Jufticiers ont nommé le Sieur Marrin
de Laden, pour aller à la Cour de France
en qualité de Commiſſaire ,afin de regler
ce differend
Les Directeurs de la Banque ayant refolu
de payer dix pour cent aux interreffés ,
fans vouloir déclarer fi tette fomme fera
deduite fur le capital , ou fi c'eft le
pour
dividende , cette incertitude a fait baiffer
les actions qui étoient à plus de 152 .
à 142 .
Une Dame morte depuis peu , laiffe par
fon teftament 16. livres fterlins annuellement,
pour engager les plus fçavans Minires
de l'Eglife Anglicanne , à prêcher 8.
Sermons chaque année dans l'Eglife CatheD'A
OU ST. 117
drale de S. Paul contre le Prefbiteria--
nifme & l'Arianifme. On affûre que l'Evêque
de Londre ajoûte à cette fomme 24.
livres fterlins pour le même deffein . On
mande d'Edimbourg qu'un nombre confiderable
de Miniftres Ecoffois , refufe de
prendre les fermens aux termes portés par
P'Acte du Parlement.
Le Capitaine Pye , commandant le Benjamin
, revenant du Fort Malborrough aux
Indes Orientales , a aporté de ce pays un
Serpent de 25. pieds de long , & de 30.
pouces en groffeur. Il a été prefenté au
Docteur Meade Medecin . Le 2. de ce mois
on publia une proclamation de la part des
Seigneurs Jufticiers , promettant 2000. liv .
ferlins de recompenfe à quiconque pourra
fe faifir du Marquis de Tullibardine , du
Comte de Marfhal , & du Comte de
Scafforth.
Trois Vaiffeaux de la Comqagnie des
Indes richement chargés , font arrivés ;
favoir le Duc d'Tork à Portſmouth
venant de Bombay ; la Marie aux Dunes ,
venant de Bengall & du Fort S, Georges ;
& le Benjamin dans la Tamife , venant du
Fort Malbourrough.
Ee . une troupe d'ouvriers de Spitle
fields cut la temerité de s'avancer jufques fur
le marché de Smitlefield . Ils dechirerent
les habits de toille peinte des femmes qu'ils
rencontroient. M. Huel a été fait Infpecs
118
LE
MERCURE
teur general des bâtimens du Roy , à la
place de M. Benfon .
Le Prince & la Princeffe de Galles continuent
à faire leur fejour à Richemond.
Les Seigneurs & autres perfonnes de diftinction
des amis de S. A. R. s'y affemblent
ordinairement une fois par femaine.
Ils fe promettent beaucoup de la prochaine
feance du Parlement .
On a été informé que les Corfaires qui
croifoient fur les côtes de Guynée , ayant
enlevé 3. bâtimens Anglois , les avoient
armé en guerre , pour troubler la navigation
de ces Mers . Ils ont nommé ces Vaiffeaux
le Roy Jacques , le Duc d'Ormond &
'Windham .
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales ont apris que les Indiens
de Malabar , avoient attaqué la factorcrie
de Bengall , & qu'ils avoient maſſacré les
Anglois qui y étoient en garnison . Un
des Vaiffeaux de la même Compagnie richement
chargé , eft peri prés du Fort de
S, David. Deux Navires marchands , l'un
venant de Port Mahon , & l'autre du Detroit
, ont été pris par les Corfaites de Sale.
On continue à équiper des Vaiffeaux
de guerre pour le fervice de cette année.Les
Commiflaires de l'Amirauté expedierent
encore la fémaine paffée des commiffions
pour en armer trois . On compte à prefent
94. Vaiffeaux de ligne , & plus de so,
D'A O UST. 119
Fregattes ou autres petits Vaiffeaux , tant
dans la Mer Mediterranée , la Baltique
, fur les côtes d'Efpagne & de Portu
gal , qu'en Amerique , & pour la garde de
la Grande Bretagne ; ce qui cft un des
plus grands A memens qu'on ait fait depuis
la revolution. 11 y a aparence qu'on a deſfein
de fraper quelque grand coup pour
mettre fin à cette guerre . L'Amiral Hozier
qui étoit aux Dunes , & qui a arboré fon
pavillon à bord du Frederic , a fait voile
avec quatre autres gros Vaiffeaux & z .
Fregattes , pour aller dans la Mer Baltique
renforcer l'Amiral Norris . On a reçû avis
que le Wight Galley de cette Ville de
300. tonneaux , 24. canons , & 30. hommes
d'équipage , a eu le malheur d'être
brûlé par la foudre, en revenant d'Antigoa.
Le Colonel Armftroug a été fait chef des
Ingenieurs . Il en aura cinq fous lui qui feront
employés à l'expedition fecrette , pour
laquelle l'Amiral Michel doit fe rendre à
Porftmouth , afin de prendre le commandement
de l'Eſcadre deſtinée à convoyer
les troupes de debarquement . On parle de
lever trois Regimens d'Infanterie & de
Dragons , pour remplacer ceux qu'on doit
embarquer à l'Ile de l'Wight. Le17 . l'envoyé
de Portugal fe promenant avec 3.

Gentilshommes en caroffe fur le chemin de
Tyburne, fut devalifé par 3. voleursavec ces
3. Meff. aufquels ils prirent environ 200.
120 MERCURE LE
livres fterlins en efpeces , en billets de Banque
, & en bijoux.
à Madrid le 15. Août
E Pretendant , aprés avoir été faire
I fesdevotions à 3. Jacques de Compoftel
, eft retourné à Lugo , où il faifoit
depuis quelque tems fon fejour. Heft enfaite
parti de cette derniere Ville , pour ſe
rendre à Valence avec le Duc d'Ormond ,
fans qu'on puiffe conjecturer à quel deffein
Dom Louis d'Acunha , Ambaſſadeur du
Roy de Portugal , partit le 24. Juillet de
cette Capitale , pour aller trouver le Roy
auprés de Pampelune Ce Miniftre a ordre
du Roy fon Maître , d'employer fes bons
offices & fa mediation , pour faire confentir
S. M. C. aux propofitions de paix qui
lui ont été offertes de la part des Puiffan
ces qui font en guerre. On a fait ici pent
dant trois jours de grandes rejoüiffances ,
à l'occation des avantages remportés en Sipar
les troupes cfpagnoles fur celles des
Imperiaux.
cile
L
à Rome le 16. Août.
Es lettres de Sicile , aprés s'être longtems
fait attendre , font enfin arrivées.
Elles ne parlent point d'autres actions pof-
Bericures à celles de Villa Eranea , que de
DAOUST . 131

quelques efcarmouches entre les Efpagnols
& les Imperiaux. Il femble que ces der
niers ayent deffein de faire le Siege de Meffine;
ce qui eft bien opoféà tous les bruits qui
s'étoient repandus , que les Espagnols étoient
en état de chaffer les Allemans de la Sicile.
On veut ici que le Cardinal Aquaviva ,
Protecteur des affaires d'Espagne en cette
Cour , foit brouillé avec M. le Marquis
de Ledé qui a refuſé de reconnoître les Of
ficiers que cette Eminence lui avoit envoyé
de Rome en Sicile.
Sur les inftances preffantes faites par Le
Cardinal Schrottemback à S. S. pour le
paffage de 7 à 8000- Imperiaux par l'Etat
Ecclefiaftique, on a tenu pour cet effet une
Congregation particuliere , compofée de
plufieurs Cardinaux & Prelats. Il y fut re-
Kolu de delivrer les commiffions neceffaires,
pour preparer les Etapes par où ces troupes
doivent paffer. On affûre cependant que
l'Empereur ne demande plus aujourd'hui
d'Etapes , & qu'on y fubftituë 300. mil
écus Romains.
Le 27. du mois paffé , l'Evêque d'Ovic
.do , qui étoit detenu prifonnier depuis
longtems au Château S. Ange , fut conduit
au Palais Apoftolique. Ayant été introduit
dans la Congregarion du S. Office
en prefence du Pape , il fit abjuration de
plufieurs erreurs de Quietisme . Comme ce
Prelat voulut faire entendre qu'elles n
Août 1719.
L
732 LE MERCURE
voient été que dans fon efprit , le Pape lui
répondit , & encore plus dans la volonté.
Il fut fur le champ dépouillé dans une
chambre voifine des habits Pontificaux
& revêtu de ceux de fimple Ecclefiaftique.
Il eft condamné par fa Sentence à demeu ,
rer enfermé toute fa vie dans un Convent
de Religieux C'eft celui de S. Onuphre
fitué dans un lieu écarté de cette Ville . On
s'eft contenté de lui conferver une penfion,
pour fa fubfiftance prife fur les revenus de
fon Evêché dont il eft privé.
Le 17. jour de la naiffance de la Princeffe
Sobieski, il y eut choeur de muſique ,
& Meffe celebrée par un Evêque dans
l'Eglife des Urfulines. Cette Princeffe reçût
les complimens de toutes les perfonnes
qui font attachées à Philippe V. Le Pape
envoya le même jour à cette Princeffe qui
eft fa filleule , une bourfe de mille ducats
d'or ; & le Cardinal Aquaviva donna un
grand repas à tous les Milords Anglois qui
font ici . La veille de la fête de S. Jacques,
cette Eminence fit donner à cette même
Princeffe une loge où il avoit fait placer
un fauteuil qu'elle ne voulut point accep
ter ; elle le contenta de fe placer fur un
fiege fans bras. Le Cardinal fe mit à la gauche
fur un autre ſemblable.
Le Prince de Saxe- Gotha ayant été condamné
par les Chirurgiens de cette Ville
perdre fon bras , a declaré qu'il aimoit

D'A OU ST.- 733
mieux mourir avec tous fes membres , que
de s'en voir privé d'un fi neceffaire . Il a
pris le parti de paffer à Mantouë , pour fe
remettre entre les mains d'un trés habile
Chirurgien qui poura de lui fauve . Leic
re Laffiteau Jefuite , cft ici de retour de
France ; il a fait fon raport au Pape de ce
qui s'eft paffé à l'égard des trois decrets de
la Sorbonne. S. S. fe porte prefentement à
merveille . Par le confeil de fon medecia
Elle dit fa melle à 6. heures , prend enfuite
une tafle de chocolat , & un bouillon fort
clair ; dîne à midy , ne mange qu'une foupe
& une poire cuite avec un verre de vin .
Le S. P. foupe de même, reprenant feul ment
daus l'intervalle un boul on fur les 4. heu
res. Deux Galeres du Pape ont conduit à
Marseille M. d'Eley nouveau Vice Legat
d'Avignon.
M
à Naples le 10. Aout.
Onfieur le Comte de Gallafch
qui de l'Ambaffade de Rome , étoit
paffé à la Vice- Royauté de Naples , n'a
pas joui longtems de fa nouvelle dignité,
Comme il avoit fait ce voyage avec trop
peu de precaution contre le mauvais air &
les grandes chaleurs, il fe trouva fort incom
modé en arrivant dans cette Capitale. Il
ne laiffa pas de prendre poffeffion de la Vice
Royauté , & de s'apliquer aux affaires.
Lij
8834 LE MERCURE
Pendant ce tems-là , il fe mit entre les .
mains d'un Medecin qui ne lui donna d'autres
remedes , que de l'eau à la glace dont
il fe crut foulage ; mais le 9. de fa maladie,
le redoublement fut fi violent , qu'il mourut
le lendemain matin 25. Juillet . On lui
a rendu tous les honneurs dûs à fon rang.
On voyoit à la tête de fon convoi un cheval
que l'on avoit , fuivant l'ufage , égorgé ;
de maniere que pendant la marche , il perdoit
fon fang peu à peu , & qu'il vint enfin
expirer au lieu de la fepulture . On ne
fait pas encore qui remplira cet employ.
En attendant fon fucceffeur & les ordres
de la Cour de Vienne , le Confeil collateral
a pris le Gouvernement. On parle
beaucoup de M. le Comte de Kinifegg ,
ci- devant Ambaffadeur à la Cour de France
, pour remplacer M. le Comte de Gallafch.
La Comteffe fon époufe cft auffi
tombée malade avec un grand nombre de
fes domestiques , dont quelques uns font
morts On aprehende ici que cet evenement
ne faffe naître quelque difficulté
dans l'affaire de la Nonciature de Naple ,
qui paroiffoit entierement accommodée .
Le Nonce même étoit parti pour profiter
du confentement que l'Empereur avoit
donné de fa réintegration : mais cette mort
fait craindre , que quand elle auroit lieu,
il n'y ait quelque diminution dans les Jurifdictions
du Tribunal de cette NoncíaD'AOUST.
235
ture , tant à l'égard du nombre des Patentes
, que pour ce qui concerne les droits de
la fabrique , contre lefquels il femble que
la Cour de Vienne foit tout à fait declarée
, les regardant comme préjudiciables
au Peuple qui fe recrie actuellement là
deffus.
-M. le Comte de Mercy, outre la bleffure
qu'il a reçûë à la journée de Francavilla
eut le 1. du mois paffe une forte attaque
d'apoplexie , & fut plus de deux heures
fans prefque aucun fentiment , de forte
qu'on defefperoit de fa vie. Cependant le
12. it fe fentit fort foulagé , & recouvra
un peu la vûë. Le même jour , on jugea à
propos de le tranfporter à Reggio. Ce General
remit en partant le commandement
des troupes Imperiales au Baron de Zumjungen
juſqu'à fon retabliſſement. Le 17 .
les Allemans abandonnerent Taormina dont
ils s'étoient emparé le premier de ce mois,
ainfi que de plufieurs poftes des environs de
cette Place. Ils dirigerent enfuite leur marche
le long de la côte de Meffine. Ils fe
font emparés , chemin faifant , de S.
Aleffio , & de la Scaletta , dont la garni
fón Espagnole a été faite prifonniere de
guerre. Comme ils ont auffi occupé
divers poftes vers les Montagnes , ils ont
coupé la communication entre Meffine &
l'armée ennemie. Le bruit court même
qu'aprés s'être rendu Maîtres de quelques
L'ilj
136 LE MERCURE
hauteurs qui commandent cette Place , ils
avoient étendu leurs troupes au tour de
cette Capitale qu'ils tenoient comme inveftic.
On joint à ces circonftances que
' Armée Imperiale afficgcoit le Fort de
Gonzague , & qu'elle efperoit de forcer ce
pofte , pour affieger enfuite Meffine dans
les formes. Deux Bataillons d'Ottocar Staremberg
qu'on avoit embarqué à Naple ,
arriverent le 4. en Sicile avec quelques recruës
; & le 6. quatre Bataillons Piedmontois
, fortis de Siracufe , vinrent renforcer
nôtre Armée à Schifo . Cinq autres ont été
embarqués pour retourner en Piedmont
fous les ordres du Comte Mafei qui a remis
Siracufe aux Imperiaux . Deux bâtimens
Genois pris par un Vaifleau Anglois ,
ont été amenés en ce Port . 11 Y avoit fur
leur bord 600. hommes de recrue qu'ils
conduifoient à l'Armée Espagnole en Sicile.
On vient de recevoir avis que M. le
Comte de Merci , revenu en fanté , étoit
retourné à l'Armée Imperiale en Sicile ,
pour reprendre le commandement de l'Armée
. L'Amiral Bing tient actuellement
Meffine bloqué par Mer. Deux heures .
avant fon arrivée , il entra dans cette Place
un convoi de farine & de munitions dont
elle avoit grand befoin . Ce Convoi étoit
compofé de 30. Felouques , fous l'efcorte
de 3. galeres.
D'AOUST.- 137
?

}
MORTS.
M Elite Claude Antoine Comte de
Harville Seigneur de la Selle j
Beaumoret &c. Lieutenant general pour
le Royau Pays Chartrain , mourut le 29 .
Juin âgé de 84 ans.
M.Abbé Girardin , Chandine regulier
de l'Abbaye Royale de S. Victor de Paris,
Chanoine & Archidiacre de l'Eglife.de
Pamiers Grand- Vicaire du Prince Eugener,
& Abbé de la Clufeven Piedmont,
mourut les Fru Huin Pamiers , mois
affecté aux gradués de rigueur. M. l'Abbé
Girardin étoit frere de feu M. Girardin
, ci-devant Lieutenant Civil , &
nommé enfuite à l'Ainbaffade de Conftantinople.
*
Dame Elifabeth Agnes du Chemin ,
époufe de Meffire Claude Meliand , Conf.au
Parlement , mourut le 29 Juin .
·
Meffire Denis Feydeau , Chevalier , Seigneur
de Treneault , Eftrelles, &c. Ecuyer.
du R. mourut fans alliance le 29. Juin en
fa 33 année Il étoit fils puîné de Meffire
François Feydeau , Seigneur du Pleffis
Maître des Requeftes , mort Intendant de
Bearn , & de Dame Marie le Fevre d'Ormeffon
.
Liiij
73& LE MERCURE
Meffire Anne du Sart , Baron de Thou
ry en Valois , & Seigneur Chatelain de
Thiouville.en Caux , mourut le 4. Juillet
âgé de 104. ans.
Meffire Louis- Aimé Jacques Theodore
de Dreux , Marquis dé Náncré , Seigneur
de. Brucour , &c. Capitaine - Golonel des
Suifles de S. A. R. Monfeigneur le Due
d'Orleans Regent , mourut fans alliance
le 7. Juillet en fa 59. année.
Madame Louife Françoife- Angelique le
Tellier de Barbezieux , époufe de Mre Eman,
Theod. de la Tour d'Auvergne, Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambelant de
France , Gouverneur & Lieutenant general
pour Sa Majesté du Haut & bas Pays
d'Auvergne , mourut en couche le 8. Juillet.
en fa 21. année .
Dame Françoife Maréchal , Veuve de
de Meffire Louis Angran , Confeiller au
Parlement de Mets , mourut le 14. Juillet,
laiffant un fils Maître des Requêtes.
Meffire Claude Robert , Seigneur de
Septueille , ancion Procureur du Roy au
Châtelet , mourut la nuit du 23. au 24.
Juillet aprés 15. mois de maladie , âgé de
85. ans & demi, M. Robert auffi refpectable
fon habilité & fon integrité , que
par
par fon âgé, avoit exercé la charge de Proc .
du Roy durant 40. années M. Moreau
à prefent Procureur du Roy , & qui remplit
fi dignement cette charge , a épousé
.
D'A O UST 159
F」
la fille de feu M. Robert. S. A. R. gratifia
le 24. M. Moreau d'une penfion de
3000. livres.
Meffire Edouard de Bargedé , Evêque
de Nevers , mourut le zo . dans fon Dioce ..
fe , âgé de 68 ans ..
Mre Louis Chauvelin , Confeiller d'Etat
Ordinaire , mourut le 30. Juillet âgé de
79. ans , laiffant pofterité.
Dame Marguerite le Fevre de Caumartin ,
époufe de Mre Marc- René de . Voyer-
Paulmy , Marquis d'Argenfon , Chevalier
, Garde des Sceaux de France , Chancelier
, Garde des Sceaux de l'Ordre Mili
taire de Saint Louis , mourut de la petite
verole le 1. Aouft , âgée de 47. ans.
Dame Marie de . Montholon , veuve de
Mre Charle de la Salle , Chevalier , Seigneur
de Puifeux , mourut le fix Août.
Dame Anne Dauvet , veuve de Mre
Paul-François Xavier , Marquis de Queroijart
, mourut le 10. Août .

Dame Françoife Bitaut , veuve de Mre.
Pierre Rouillé , Maître des Requêtes Honoraire
, ancien Préfident.au Grand Confeil
, & cy- devant Ambaffadeur en Portugal
, mourut le 14. Août.
Dame Marie - Anne Dumolin , Epoufe
de Mre Louis Gafpard de Fieubet , Confeiller
au Parlement , mourut le 23. Août
Mre David- Nicolas de Berthier , pres
miere. Evêque de Blois , y mourut le 20
ágé de 67. ans.
140
LE MERCURE
Dame Marie- Renée de Menardeau , veive
de Meffire François- Louis de Loftange
Marquis de Bedver , mourut le 24. dans
for Hoſtel , âgée de 71. ans avec des fentimens
d'une grande pieré. La Fam lle de Menardeau
eft une des plus anciennes de la-
Province de Bretagne . L'ayeul de celle qui
vient de mourir , prit le parti de la Robe.
Illaiffa trois fils. I. L'aîné eft mort Doyen
des Maîtres des Requêtes. 2. Gratien de
Menardeau , Seigneur de Sainte Croix, fut
Confeiller à la Grand'Chambre , & ne laiffa
qu'une fille mariée à M. le Comte d'Hôtel
de Choifeuil. 3. Claude de Menardeau , pe
re de la défunte,fut Confeiller d'Etat ordinaire
, Controlleur & Directeur General
des Finances , & Doyen du Parlement de
Paris: Ce dernier fe diftingua dans les
Guerres civiles par fon attachement pour le
Roy. Les Mémoires de M. le Cardinal de
Retz parlent avec éloge de fa fermeté , &
en combien d'occafions il expofa fa vie
pour l'Erat . Il refte quatre branches de la
Famille de Menardeau ; celle des Marquis
de Saint Alvaire , Sénéchaux & Gouverneurs
de Querci en Perigord; celle des Marquis
de Bedver en Querci ; celle des Comtes
de Paillé en Xaintonge , & celle des Marquis
de Felzins en Rouergue. Madame de
Menardeau , qui vient de mourir , a eu 3.
de fes enfans tuez dans la derniere guerre ;
fçavoir M. le Marquis de Loftanges preD'AOUST.
14T
mier Capitaine dans le Regiment de Vaillac
Cavalerie , tué en Flandre dans un Fourage
commandé par M. le Duc de Bourgogne
: M. le Chevalier de Bedver Capitaine
dans Vivans S. Chrifto Cavalerie , tué
à la Bataille de Fredlinghen , & M. le Baron
de Bullac , auffi Capitaine dans le même
Regiment, tué à la Bataille d'Hocfteck.
M. le Comte de Bedver l'aîné , Commandant
un Eſcadron dans du Rozet , fut bleffé
à la Bataille de Fleurus . M. le Marquis de
Loftange , Capitaine dans le Regiment de
Vivans S. Chrifto Cav . fut bleffe au Combat
de Fredlinghen: Enfin M. le Cheva-i
lier de Bedver fut bleffé à mort à Malpla
quet , êtant Capitaine dans le Regiment de
Saint Sulpice. Ces deux derniers font en-
Core au Service..
Morts Etrangeres.
Le Duc de Bournonville mourut à Na
mur le .... de Juin , âgé de go. ans.
M. Eftienne Broquard , Comte de La
veron , Colonel dans les Troupes Imperiales
, mourut à Vienne le 24. Juin.
*
Le Duc de Schomberg , Chevalier de
l'Ordre de la Jarretiere , monrut le 16.
Juillet en fa 79. année.
Le Lieutenant General Meredill , Gouverneur
de Londondery , mourut le 30
Juin .
142 LE MERCURE
Ferdinand-Charles Baron de Rumel
Lieutenant -Colonel du Regiment de Stainville
, mourut à Vienne le 13. Juillet âgé de :
quarante-cinq ans .
Charles Erneft Seigneur de Rappach ,
Confeiller Aulique de l'Empereur , fon
Chambellan , Marêchal General de Camp ,
& Commandant de Vienne , y mourut le,
19. Juillet âgé de 71. ans.

Charles Comte de Middleton , qui avoit
été Miniftre & Secretaire d'Etat fous Charles
II . & Jacques II . Rois d'Angleterre ,
& Grand Chambellan de la feie Reine ,
mourut à Saint Germain en Laye le 8
Août âgé de 69. ans .
CHARGES .
the
Le 13. Juillet , le fieur Pelaggi fut dé
claré par le Pape Préfet de l'annone.
Gundaker Poppon , Comte de Dietri
chftein , Bailli de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem , & Grand Maître de la Maifon
de l'Archiducheffe Marie - Joſeph , furt
nommé le 17. Juillet Confeiller d'Etat de
l'Empereur , & prit fceance au Confeil peu
de jours aprés.
George- Criftophle Comte de Sturgk ,
Confeiller d'Etat de l'Empereur , prêta ferment
le 9. Juin de la Charge de fecond
Chancelier d'Autriche.
D'A O UST. 7.48
ne.
MARIAGES.
Deux Comtes de Lefté , fils du Vice-
Prefident de la Chambre Aulique de l'Empereur
, & neyeux du Comte de Lefté
Prince & Evêque de Laybach , épouferent
le 26Juin 2. Princeffes d'Eggemberg foeurs.
N. Salviati , auquel le Pape avoit
accordé le traitement des Princes Romains,
& qui prit le titre de Prince de Rocamaffa ,
époufale 23. May N. Boncompagnon ,
conde fille du Prince de Piombino.
PARIS.
M.le Comte d'Oify époufa le 17. Juil
let dernier Mademoiſelle Mazuault , fille
unique de M. Mazuault Confeiller au
Grand Confeff .

M. de Courtaumer Lieutenant aux Gar
des Françoifes , a épousé dans le même mois
D Mademoiſelle de Saint Dizin , fille de
Mre Ferrand , Seigneur de Saint Dizan ,
Intendant des menus plaifigs & affaires du
Roy.
MreNicolas de Blottefier , Chevalier ,
Marquis de Vauchelle , Lieutenant de Roy
en Picardie , Seigneur de Vauchelle, Mouflers
, Brucamp , Morlancourt , Villers le
Verr , & autres lieux , & Meftre de Camp
le de Cavaleric , a épousé la nuit du 21. au
244 LE MERCURE
22. Mademoiſelle de Rouvroy , fille de
M. le Marquis de Rouvroy Chef d'Efcadre,
& Commandant la Marine au Port du Ha-`
vre. Le Roy a fait l'honneur à M. de Marquis
de Vauchelle de figner fon Contract.
LE PAPILLON
L
FABLE.
Par M. de Q ***
UN jeune Papillon , grand Conteur
de fleurettes ,
G and enjolleur de fon metier
Petit-maître , en un mor ( il eft parmi les
Bêtes
Des Petits-maîtres à millier. )
Faifoit par tout quelque amourette ,
Sans qu'un fidele amour eût jamais pû
lier
te
A quelque objet fon humeur inquie-
Moi me fixer , moi Papillon !
Ab parbleu , je le trouve bon !
Je me mettrois martel en tête.
Pour qui ! pour une Fleur ? Il me feroit beau
voir
"
Depuis le matin jufqu'au foir ,
Sans relâche cloué prés d'elle
Soupirer , dire ; ah, qu'elle est belle
D' A O UST . ནྟིཾ་ 14
Puis rien de plus ; he , vôtre foi !
C'est bien des gens faits comme moi ,
Que vous aurez , Mademoiselle..
Ne vous eft- il pas affez doux
*
Que je daigne venir m'ennuyer avec vous
Quelques momens dans la journée
Fixes, fi vous voulés , fixés maître Frelon;
Mais pour moi... Dans cette pensée,
Le petit maître Papillon
Toujours voltige , & jamais ne
s'arrête.
A prefent la Jonquille, & puis la Violette,
Pui- celle -cy , puis celle la ,
Et puis cette autre encores tant y a.
Jamais l'am: n'eft fatisfaite :
Quelque chofe deplait , c'eft cecy , c'est celas
C'est tout enfin les gens d'humeur
Coquette
1
Ont-ils jamais trouvé rien à leur
tête ?
Mais tout le tort enfin , n'étoit de fon côté
Le penchant , la facilité ,
Qu'ont les belles pour la jeuneffe
L'avoient entierement gâté.
Voulez - vous de la tendreffe ,
Belles , un peu de fiereté
J'ai pour vous tout exprés un exemple ap
porté.
Une Rofe venoit d'éclore.
Dans la rougeur qui la colore ,
On n. voit poin cet éclat affecté
Et cette vaine bigarrure .
€48 LE MERCURE
Dont les autres font vanités
Une noble fimplicité
Sule avoir formé fa parure.
Son tin offre à l'oeil enchanté
Cette douce timid té ,
Cette pudeur naive & pure ,
Qui fied fi bien à la beauté.
Le Papillon la voit , le Papillon l'adore
Et parfon ardeur emporté ,
Il court contre le feu dont il est agité.
Elle rougit , l'amour augmente en-
Core ;
Il n'y tient plus , & plein du feu qui le
devore ,
Ill'embraffe ; & fous elle un guillon cas
ché
J
Lui fait une vive bleffure.
Par l'aile il demeure acroché ,
Et Papillon dep is cette avantures
A la Rofe fut attaché.
A TESTILE.
E voulois vous écrire en profe ,
Vous n'aurez pourtant que des vers.
"Aux billets doux la porte eft clofe ;
Mais par Phoebus , fans qu'on en glefe ,
Tous fentiers me feront ouverts ;
D'ur beau feu ma Muſe animée ,
ms crainte vous fera fa cour ,
"oprendrez mon amour
Pad
D'A OU ST. 147
Par la voix de la Renommée.
Cet hommage eft digne des Cieux
C'est bien vous traiter en Déeffe ,
Que vous declarer ma tendreffe
Par le vrai Meßager des Dieux.
It vont dira que je vous aime :
Que pourrois-je dire de plus' ?
Lorfque la tendreſſe eft extrême ,
Les longs difcours font fuperftus.
************************
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit le Rien ; & celui de la feconde -
Ja Lettre Ja
ENIGM E.
Par Madame la Comteffe d'Apr
J Altere la delicateffe
D'un lieu dont je fais l'ornements;
J'y viens toujours très doucem.;
Et l'on m'en chaffe avec vitesse.
On feroit fort fâché de ne me point avoir
On me traitte avec violence
On ne peut fe refoudre à me voir ,
Dans l'endroit où je prens naiff ince.
Quand je parois , on veut paroître fage
Sans , pour cela , qu'on le foit davantage.
J'embellis , j'enlaidis , on m'aime , on me
bait ,
Et l'on me fait , alors qu'on me defait.
M
748 LE MERCURE
Des gens de pieté profonde
Pour me garder quittent le monde.
Tout le reste du genre humain
Me traitte tour à tour d'un façon ſevere :-
Mais, malgré tout ce que l'on peut faire
-On me chaffe aujourd'huy
& je reviens
demain.
AUTR E..
Nousfommesplufieurs foeurs à peu prés
d'un même âge,
D'un rang bien different, mais d'un ſemblable
usage.
Nous avons en naiffant , un Palais pour'
maifon ,
Qu'on pourroit mieux nommer une étroite
prifon. "
Il faut nous y forcer pour que quelqu'une en
forte ;
Et quoique fort Souvent en nous ouvre la
porte ,
Nous avons tant d'amour.
Pour ce fombre fejour ,
Que pour changer de lien il faut qu'on nous
y porte...
CHANSON...
T
Out Paris dans la Seine
Va ſe plonger tour à tour.
Pour moi fans tant de peine >
1
D'AOUST. 747
Je me baigne chaque jour :
Conftament je garde la table ,
Et je me ris de leur erreur :
Charmant Bachus , dans ta liqueur,
Je trouve un bain plus agréable.
Je bois fi long tems & fi bien ,
Que je nage au milieu du vin.
Les paroles de cette Chanfon font de M.
Ozon & la mufique de M. Buquet le
fils.
JOURNAL DE PARI S.
Laffadeur ordinaire des Etats Gene-
E Juillet , le Baron Hop , Amraux
, fit le Difcours fuivant au Roi.
SIRE ,
Les Etats Generaux des Provinces-
Unies , mes Mitres , toûjours fenfibles
aux marques d'amitié & de bienveillance
qu'ils reçoivent de V. M.- recherchent avec
empreffement les occafions de lui en témoi
gner leur trés fincere reconnoiffance.
En effet , SIRE , L. H. P. ont vi
avec un plaifir inexprimable , renaître enfin
ces beaux jours , dont leur Republique
evoit joui pendant l'espace de prés d'un
Mj
250 LE MERCURE
fiecle , par les liaiſons d'amitié , d'interit
& de confiance , dont les auguftes & glorieux
Ancêtres de V. M. avoient bien
voulu l'honorer.
Des circonstances malheureuſes ont élevé
depuis defuneftes nuages , qui ont pendant
un tems fait perdre de vûë une ſi belle
union : Mais enfin , les orages ont ceffe ;
& l'ancienne amitié & bonne intelligence
Se font abfolument rétablies par les derniers
Traittez de Paix , que V. M. a bien.
voulu referrer encore par le neend d'une alliance
plus étroite.
,
C'eft principalement , SIRE , en cette:
union, que L. H. P. font confifter le plus
grand & le plus folide avantage de leur
Republique : Auffi , en fouhaittent- elles
avec une paffion extrême l'affermiſſement
2
la durée ; elles l'efperent d'autant
plus , que les fruits en feront communs auxdeux
Nations , pour leur commerce.₂
Leur fûreté
Pour
Elles afent même s'en flatter , SI RE ,
par le penchant que V. M. dans un âge
auffi tendre , fait déja paroître pour la deuacur,
pour la moderation & pour lajuſtices.
&s'il eft vrai que les premieres impreſſions.
foient les plus durables , que ne doit on pas
attendre des vertus qu'elle fait admirer tous
les jours , dont les exemples lui font tracez
par le Prince qui lui fert de guide , & dont
les principes luis font infinuez, par une fi
fage éducation?
D'AOU SIT .. TSI
L. H. P. de leur part, ne manquerent pas
apporter une attention très particuliere à
maintenir cette parfaite union , par l'accomplißement
religieux des. Traitez & des Alliances
, & par un menagement foigneux
pour fe conferver la precieuſe amitié de V.
M. laquelles à tous égards , leur eft fi importante
&fi chere.
"
Ce font- là , SIRE , les fentimens & les
difpofitions de mes Maîtres , dont la fincerité
furpaße de beaucoup mes expreffions ;
&, commepar une diftinction trés honorable,
ils ont bien voulu me choisir pour le faire,
connoître à V. M. je tâcherai d'y répon
dre par une conduite conforme à leur inten
tion. Mon bonheur , SIRE , fera fans.
égal , fi en même tems je puis me rendre
digne de la bienveillance de V. M. par ma
veneration pour fa perfonne facrée , &par
des voeux trés ardens qu'elle foit. comblée de .
la profperité la plus defirée , que fa gloire
retentiffe jufqu'aux Nations les plus éloi-.
gnées , & que fon Royaume fois à jamais .
Borisants

I'S 2
LE MERCURE
1
Le 29. ce même Ambaffadeur , en allant
prendre fa premiere audience publique de
Monfieur le Duc d'Orleans , adreffa la
parole à S. A. R. & dit :-
t
MONSEIGNEUR ,
C'eft affurément un très grand bonheur
pour les Etats Generaux des Provinces-
Unies , mes Maîtres , & un avantage trés
folide pour leur Republique , que S. M.T.
C. veuille bien les honorer de fon affection
& de fon amitié ; mais , Monfeigneur ,
ce n'en est pas un moindre que V. A. R.
non contente d'infpirer ces difpofitions favorables
à S. M dans un âge encore tendre,
ait auffi la bonté de leur donner de tems en
tems plufieurs autres marques éclatantes de
fon attention particuliere aux interêts de leur
Etat , & mêm qu'elle ait bien voulu referrer
, par les noeuds d'une alliance plus é
troite , cette ancienne union & cette corref
pondance mutuelle entre les deux Nations ,
dont on fe fouvient avec plaifir & avec reconnoiffance
; mais que le malheur du tems
paffé avoit interrompuë. L. H P. m'ent
ordonné d'affurer V. A. R. qu'elles en font
penetrées , & qu'elles tâcheront d'y répondes
fentimens auffi remplis de refpects
pour fa perfonne , qu'elles ont de veneration
pour la fageffe de fa Regence .
dre
par
D'AO UST.-
153
Qu'elles menageront foigneusement une amitié
qui leur eft fi chere & de tant d'importance

ج ر ب
tola
quo part qu'elles prennent à
La g andeur & à la profperité de fon illuftre
Maison, eft la mesure de leur fenfibilité
pour les afflictions qui lui arrivent.
*
C'eft , Monfeigneur , une diftinction:
trés honorable pour moi , que d'être employe
à expliquer à V. A R. ces fentimens de
L. H. P. qui font les fujets les plus importans
de mes inftructions. Je tâcherai de m'y
conformer avec la fidelité la plus exacte.
Trop heureux , fi pendant le cours de mon
'Miniftere , je puis auffi m'acquerir l'approbation
& la bienveillance de V. A. R. que
je lui demande avec tout le refpect poffible.
M. le Duc Regent répondit en fubftance
.
Je fuis ravi de l'alliance que j'ai faitte
avec les E. G. j'y ai travaillé de tout mon
pouvoir. J'efpere qu'elle contribuera à l'af-.
fermiffement de la bonne harmonie avec la
Republique, & que nous y trouverons tous
deux nôtre compte .
Je fuis charme , Monfieur , du choix que
Fon a fait de votre perfonne pour l'entretenir,
êtant perfuadé que vous vous en acqui- .
terez plus dignement que perfonne. En mon
particulier , je defire de trouver l'occafion
à vous donner des marques de l'estime que
j'ai pour vous.
234 . LE MERCURE
Le même jour , Madame d'Orleans Ab
beffe de Chelles , fit faire un Service folennel
dans fon Abbaye , pour feüe Madame
la Ducheffe de Berri fa four .
Le 30. Dame Marguerite - Françoife Solu
de Villerault , Abbeffe du Lieu N. D..
prés Remorentin , D. d'Orleans , & cydevant
Abbeffe de Buffiere . D. de Bourges
, fat benie par M. le Cardinal de Noailles
dans l'Eglife du Couvent de la Made--
leine , rue du Temple , proche le Temple ;
& Dame Therefe de la Frette , auparavant
Abbeffe dudit Lieu N. Daprés Remorentin
, a pris poffeffion de l'Abbaye de Buffiere
par Procuration .

*
Le 31. On travaille fi efficacement à remettre
nôtre Marine en bon état , que l'on
a déja fait un fonds de 12. millions , pour en
employer un chaque mois à la conftruction
ou au radoubement des Vaiffeaux. On prétend
en avoir 20, en. Mer l'année prochaine.
Les Dames attachées au fervice de feue
Madame la Ducheffe de Berry, font venuës
remercier le Roy des Penfions que Sa Majefté
a bien voulu leur continuer.
t
Le Roy a fait quatre nouveaux Briga
diers ; fçavoir , M. le Marquis de Beaufremont
Chevalier de la Toifon d'Or , M.
le Marquis de Villequiers , fils de M. le
Duc d'Aumont ; M. le Marquis de Geſvres
fils de M. le Duc de Trefmes- , & M. le
Chevalier de Baviere.
L'Abbayc
D'A OUST .
' ISS
L'Abbaye de Moyfac, Ordre de Cluny,
Diocefe de Clermont , eft vacante par la
mort de M. Archon , cy- devant Chapelain
du Roy
Le premier Août , le Czar a écrit une
Lettre fort ample à M. l'Abbé . .
par laquelle il le prie , fous le bon plaiſir
du Roy & du Regent , de confulter l'Academie
des Sciences fur deux faits finguliers
arrivez à Petersbourg. Le premier regarde
une femme accouchée d'un enfant à
terme , ayant 2. têtes , un corps , 4. bras &
4. jambes. L'autre a quelque chofe de plus
furprenant ; c'eft au fujet d'un homme ma
rié , qui , après avoir eu un accès de rage ,
fans qu'on s'en fût aperçu en aucune maniere
, mourut au troifiéme accès . Dans
l'intervalle du premier au fecond accès de
rage , ce même homme coucha avec fa femme
, qui reflentit les effets d'une groffeffe
ordinaire. Neuf femaines après , elle accoucha
de cinq chiens qu'on a nourri de lait
pendant quelque tems , & qui font morts
au bout de 8. jours.
Madame la Ducheffe de Saint Simon ;
Dame d'Honneur de feüe Madame la Ducheffe
de Berry , a remis fon Apartement
du Luxembourg, & S. A.R. en a gratifié le
Duc de Brancas . Elle en a donné un pareillement
à Madame de Caux , & un autre
à Mademoiſelle de Langey .
Le même jour , S. M. traverfa la petite
Août 1719. N
156 LE MERCURE

Galerie du Louvre , & alla à fon Imprime
rie Royale , où Elle fut reçue par le Mar
quis de Bellegarde , fils du Duc d'Antin ,
reçû en furvivance de la Charge de Sur-
Intendant des Bâtimens , accompagné du
fieur Rigaud Directeur , qui montra à S.
M. les poinçons & les moules des caracteres
, avec la maniere d'imprimer. Le Roy
revint enfuite dans la Galerie , & entra
chez le fieur Meufnier Peintre de Perfpective.
delà Sa Majefté fut chez le fieur
d'Harmand Ingenieur.
Le 2. le Roy alla à l'Academie d'Architecture
établie au Louvre , accompagné de
S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans ,
de S. A. S. Monfeigneur le Duc , de M.
le Marêchal de Villeroy , de M. le Duc de
Villeroy Capitaine des Gardes , de M. l'Evêque
de Frejus & de plufieurs Seigneurs
de la Cour. Sa Majefté y fut reçûë par M.
le Marquis de Bellegarde , reçû en furvivance
de la Charge de Sur- Intendant des
Bâtimens & Jardins de Sa Majefté , Academies
, Arts & Manufactures Royales ; &
après que M. le Maréchal de Villeroy eut
dit que S. M. honoroit l'Academie de fa
Préfence
, pour
, pour l'encourager à perfectionner
de plus en plus la Science & l'Art d'Architecture
, M. de Cofte premier Architecte
du Roy & Directeur de cette Acadenie
, fit au Roy le Difcours fuivant,
D'AOUST .
257
SIRE , l'Académie d'Architecture
établie par Louis le Grand , d'heureuſe mémoire
, a été confirmée par Vôtre Majefté
par
des Lettres Patentes au commencement -
de fon Regne , qui donnent une très -grande
protect on à cet Art , dont l'étendue
renfe me prefque tous les autres , avec les
divers talens qui lui font fubordonnez . Ce
font les Architectes qui donnent les deffins
, & qui conduitent ces monumens fi
recommandables à la `Pofterité , ces Temples
facrez que la pieté de nos Rois , Vos
Ancêtres , ont fait elever , ces Palais magnifiques
, avec ces Jardins , ces Fontaines
& ces Canaux faits avec tant de genie , &
d'induftrie. Tous ces Travaux , SIRE ,
qui décorent le Royaume , font l'admiration
de toutes les Nations qui viennent de
toutes parts les confiderer , & les étudier
pour leur fervir de modéle.
Vôtre Majefté nous donne de grandes efperances
pour le foutien des Sciences & des
Arts ; puifque journellemene Elle en fait
fes études , fon aplication & fon amuſement
, & nous encourage à nous pe fectionner
dans nos talens , pour nous rendre
plus capables d'executer les Ordres de
VOTRE MAJETE'.
M. de Cofte préfenta enfuite les Académiciens
, au Roy qui s'occupa à confiderer
Nij
758 LE MERCURE
plufieurs Deffins d'Architecture , & le
modéle du Louvre qui eft dans une des Sales
de l'Académie.
Le foir Sa Majefté retournant à ſon Palais
des Tuilleries , accompagnée de toute fa
Cour , alla à la Monnoye des Médailles ,
on Elle fut reçûë par le fieur de Launay
qui en eft Directeur. Le Roy alla d'abord
aux Balanciers , où on frapa en fa préſence
une Médaille d'or , ayant d'un côté le Portrait
de Sa Majefté , & au revers , la partie
du Zodiaque , qui contient les trois fignes
d'Efté , avec ces Mots autour : Luftrando
fuvet & recreat ; & dans l'exergue : Dum
fuam Numifmatum fabricam inviferet . Le
fieur de Launay fit voir enfuite au Roy les
autres Ouvrages de la Monoye des Médailles
, & ceux de l'Orfévrie de Sa Majefté.
Le fieur Befnier Orfévre ordinaire du Roi,
reçût Sa Majefté , & lui montra plufieurs
beaux Ouvrages dont Elle fut très - contene
tente. Le Roy monta au Cabinet des poinçons
& carrés , qui fatisfirent fa curiofité.
Le même jour , les Députez des Etats de
Bourgogne curent Audiance du Roy, ayant
à leur tête le Duc de Bourbon Gouverneur
de la Province. Ils prefenterent le Cahier
à Sa Majefté. La députation étoit compofée
de l'Abbé Mongin par ou Clergé , qui
porta la parole ; du Marquis de Pons pour
la Nobleffe , & du fieur Jouart , Maire de
Chatillon , pour le tiers Etat.
D'AOUST: 159
OV
Mar
Les jours fuivans , ils eurent audience de
Madame , de M. le Duc d'Orleans , &
de Madame la Ducheffe d'Orleans.
On mande du 3. d'Août de Clermont en
Auvergne , que Madame la Marquife de
Jars qui eft au Mont d'or où elle prend les
bains ayant apris avec la douleur la plus

>
vive la mort de Madame la Ducheffe de
Berry , lui a fait faire un fervice dans l'Eglife
du Mont d'or , où tous les Chanoines
, les Curez circonvoifins , & plufieurs
Ecclefiaftiques de tous dégrez qu'on avoit
mandé , le font trouvez. Il y eft venu
auffi un grand concours de peuple tant
de la Ville , Villages voifins que des
montagnes ; & Madame la Marquife , toute
incommodée qu'elle eft , s'étant fait porter
dans l'Eglife , a affifté à tout l'Office
aprés quoy elle a fait diftribuer des aumônes
aux pauvres du lieu , à l'intention
qu'ils uniffent leurs prieres aux fiennes ,
pour le repos de l'ame de cette Princeffe
qui lui étoit fi chere , & dont le fouvenir
des grandes qualitez & de fes bontez pour
elle , lui fera toûjours trés precieux.
Le Château de la Muette êtant devolu
au Roy par la mort de Madame la Ducheffe
de Berri , M. le Maréchal de Villeroy
partit le 4. au foir avec M. de Fontanieux
& autres Officiers , afin de grendre
les mefures convenables pour embellir
de Château , le Roy êtant bien aife d'aller ..
Nijj
160 LE MERCURE
s'y recréer. Dans la vifite qu'on en a faite,
il a été refolu d'acheter pour S. M. tous
les meubles que feue Madame la Ducheffe
de Berri avoit fait mettre dans ce Château,.
dont le Roy a donné le Gouvernement à
Monfieur le Chevalier de Pezé .
Aprés la mort de Madame la Ducheffe
de Berri , Meudon , revenant ' au Roy , S.
A. R. a ordonné à M. du Mont de retourner
dans fon Gouvernement dont il
n'avoit pas été depoffedé & d'y replacer
tous les domeftiques , comme ils étoient
avant que Madame la Ducheffe de Berri
en ait joui .
Les Provinces d'Auvergne , de Limofin
du Poitou , de Dauphiné , & du Languedoc
, ont ordre de fournir 1200. Mulets
tout harnachez , pour envoyer en Navarre.
L'on fait un amas prodigieux de vivres.
du côté de Pau.
Le s . le Barron Hop , Ambaffadeur des
Etats Generaux, eut à S. Cloud fa premiere
audience publique de Madame..
M. le Duc de Noailles , Gouverneur de-
S. Germain en Laye , a obtenu du Roy
plufieurs charges pour fa Capitainerie . Il
y aura 2. In pecteurs à 20000. livres chacun
; 2. Lieutenans à 15000. livres chacun
; 6. Exempts à 10000 livres chacun ,
& 12. Portiers. On fait monter le tout à
prés de so . mil écus.
M. le Cardinal de Noailles a nommé 3.-
D'AOUS T. 161
-"
grands Vicaires , qui font M. Couet , M.
Gueret , & M. du Bourg.
Le 6. le Roy envoya un Gentilhomme
Ordinaire au College des R. P. Jefuites,
pour affifter de fa part à la Tragedie qui y
fut reprefentée par les Ecoliers du même
College.
Le fecond fils de M. le Chancelier Dagueffeau
, a foutenu avec aplaudiffement
une Theſe au College de Bauvais , où il
y a eu une nombreufe affemblée de toutes
fortes de perfonnes de diftinction .
Le même jour , un Plongeur fit au Moulin
de Javelle , l'experience d'une machine
avec laquelle il refta l'efpace de fix heures
fous l'eau.
Le 7. Dom Fernand , Secretaire du
Prince de Cellamare , aprés avoir terminé
ici les affaires particulieres de fon Maître ,
a été arrêté à Orleans , en prenant la route
d'Espagne.
On a augmenté les Compagnies des
Moufquetaires de 50. hommes chacune.
De plus , il y aura 10. Maîtres par Compagnie
de Cavalerie , 10. Dragons par
Compagnie , & 11. hommes par Compad'infanterie.
Les Gardes du Corps ,
Gendarmes , les Chevaux Legers , les
Grenadiers à cheval & la Gendarmerie, ont
été remis fur le même pied qu'ils étoient
avant la reforme . Cette augmentation de
troupes fe monte , dit - on , à 33 à 33 mil
hommes. Niiij
162 LE MERCURE
M. de Merinville , Capitaine de Cavale
rie , fils aîné de M. le Comte de Merinvil
le , Gouverneur de Narbonne , eft mort de
la petite verolle à S. Jean de Pages en
*Rouffillon , où il étoit allé fervir d'Aidede-
Camp auprés de Monfieur le Marquis
de Fimmarcon .

Six Galeres commandées par Monfieur
le Bailly de la Pelleterie , êtant parties
de Marfeille, par Ordre de la Cour, entrerent
dans le Port de Genes. Elles y trouverent
un Vaiffeau marchand françois , qui y
avoit été amené par un Corfaire Napolitain
qui l'avoit attaqué & enlevé quoique
muni de fes paffeports . Il vivoit même à
difcretion deffus depuis 15. jours , lorfque
M. le Bailly de la Pelleterie envoya un Off.
au Commandant de ce Corfaire , pour lui
demander la raiſon de cette infulte. Comme
on ne put lui en donner de valables , &
qu'on declara cependant qu'il étoit de
bonne prife , cet Officier jugea à propos
pour l'honneur de la Nation , de remettre
le Navire françois en liberté , ce qu'il
executa , en le faiſant remorquer par 2. de
fes Galeres. Cette affaire a fait grand bruit
à Gênes , mais elle a été depuis affoupie.
>
Le 10. le Doyenné de l'Eglife Collegialle
de Dôle en Franche - Comté , étant vacant
par la mort de M. Margotté , le Roy en
a gratifié M. Pigney Chanoine de la mêDAOUS
T. 163
me Collegialle , & le Canonicat du dernier
a été donné à M. Pigney fon neveu .
Sur la demiffion pure & fimple de M.
Guillo , Chanoine de la même Collegialle ,
le Roy a donné le 12. fon Canonicat à M.
Perret , Prêtre du D. de Befançon .
Le même jour , M. Dagueffeau , fils
aîné de M. le Chancelier Dagueffeau , fut
reçû Avocat du Roy au Châtelet.
Le 13. M. Law a remis 3. millions pour
Fachapt des chevaux de remonte dont Sa
Majesté a beſoin .
M. d'Uffon de Bonrepaus , cy- devant
Ambaffadeur en Hollände , puis en Dannemark
, Confeiller au Confeil de Mari
ne , & qui avoit une expectative de Confeiller
d'Etat d'Epée , mourut fubitement
le 11. à midi.M. de Bonrepaus avoit vendu
cent mil livres fa charge de Lecteur du
Roy au fils puînée de M. Crozat Treforier
de l'Ordre du S. Efprit , & avoit obtenu
la furvivance de la Lieutenance generale
de Foix , & d'un Gouvernement de Place
de 12. mil livres , en faveur de M. le Marquis
de Bonnac fon neveu , Ambaſſadeur
à la Porte.
On a crée une troifiéme Compagnie de
Grenadiers dans le Regiment.des Gardes.
Elle a été donnée à M. de Cliffon ancien
Capitaine du Regiment.
Le 15. M. le Cardinal de Noailles , ac-
Bompagné des Cours fuperieures , fit la
164
LE MERCURE
proceffion ordinaire en execution du væu
de Louis XIII
M. de Catelan a vendu 150. mil livres
fa Capitainerie de S. Denis à M. le Comte
de fainte Maur.
On a augmenté d'un troifiéme Efcadron
le Regiment de Vaudemont , & l'on a
donné le commandement de cette Compagnie
à un Moufquetaire gris.
Le même jour, M. Hop , Ambaſſadeur
des E. G. a eu audience de Madame là
Princeffe , enfuite de Madame la Ducheffe
& des autres Princeffes du Sang.
M. de Sailly , Lieutenant General , a
été gratifié de 40. mil écus par M. le Regent
, pour lui fervir de dédomm gement
fur les bleds qu'il a fournis à l'armée.
M. l'Abbé Fontaine du Montet , Doyen
de l'Eglife Cathedrale d'Orleans , & Con
feiller Clerc au Parlement de Paris , a été
nommé par S. A. R. à l'Evêché de Nevers.
M. le Marquis de Renel , a obtenu une
penfion de 3000 liv .
M. de Maifons , âgé de zo. ans , a ob
tenu fes difpenfes pour exercer fa Charge
de Prefident à Mortier.
Le 17. les Deputez des Etats de Languedoc
, curent audience du Roi , êtant
prefentez par le Marquis de la Vrilliere
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduits
par M. Defgranges , Maître des Ceremo
D' A OUST . 165
nies. Ils prefenterent le Cahier à S. M.
La Députation étoit compofée de l'Evêque
d'Alais pour le Clergé , qui porta la
parole
du Marquis de la Farre-Tornac pour
la Nobleffe : des Sieurs de la Ribardiere
& Azemire pour le Tiers.Etat , & du Sieur
Joubert Syndic General de la Province.
M. le Comte de l'Autrec a obtenu un
Brevet de retenuë de 150. mil livres fur fa
Charge de Lieut . General de Guyenne.
Le 20. le Roi alla fe promener à la
Muette , & le 21. S. M. retourna à ce
Château pour en prendre poffeffion .
Madame Chauvelin , veuve de M. Chauvelin
, Confeiller d'Etat ordinaire , a été
gratifiée d'une penfion de 4000 liv.
M. le Marquis de Flemming , fils. de
M. le Comte de Flemming , Ambaffadeur
du Roi de Pologne à la Cour de Vienne
eft mort ici de la petite verole.
Il vaque par la mort de M. l'Abbé dus
Rofel , l'Abbaye de la Chatrice D. de
Châlon fur Marne de 2000 liv . de rentes,
& le Prieuré de Parthenay D. de Poitiers
de 3000 liv.
Il vaque par la mort de M. de Berthier .
Evêque de Blo's , l'Abbaye de Belle - perche
, O. de C. D. de Montauban de 6000
liv. de rentes , celle de Bellocq , O. dec .
D. de S. Paul de Leon , de 2000 liv . de
revenu , & celle de Pont le Voix D. d'Or
leans , Ordre de S. Maur.
166 LE MERCURE
M. le Duc d'Orleans a donné 20000 liv .
à Meffieurs de Sainte Genevieve , pour
l'entiere perfection de la Bibloteque du
Roy.
Le 23. M. Trudaine , Confeiller d'Etat
Prevôt des Marchands , & les Echevins ,
eurent audience du Roi , êtant prefentez
par M. le Duc de Trefimes , Gouverneur
de la Ville. Aprés que M. le Comte de
Maurepas , Secretaire d'Etat , eut fait la
lecture du ferment ordinaire , les fieurs
Sautereau & Bellechon , nouveaux Echevins
, le prêterent entre les mains de S. M.
le Scrutin ayant été prefenté par M. de
Pomereu Maiftre des Requêtes , qui parla
avec beaucoup d'éloquence. S. A. R. fe
trouva chez le Roi lors de la prefentation
du Scrutin .
Le même jour , ils eurent audience de
Madame , de M. le Duc & de Madame
la Ducheffe d'Orleans , êtant prefentez
par le fiour Defgranges , Maître des ceremonies.
Le 24. veille de S. Louis , aprés le fouper
du Roi , il y eut dans le Jardin des
Tuilleries un grand concert d'inftrumens ,
que donne tous les ans l'Academie Royale
de Mufique. Le Roi étoit fur la terraffe
fous un dais magnifique , & dés que S. M.
y parut , tout le peuple qui rempliffoit le
Jardin des Tuilleries , fit de grandes ac
clamations de Vive le Roi . Au milieu du
D'A OUST. 167
concert , on tira un trés beau feu d'artifice
qui avoit été dreffé dans le baffin du Jardin.
Il avoit été ordonné par M. le Duc
de Trefmes , premier Gentilhomme de la
Chambre de S. M. conduit & executé par
M. le Fevre de S. Dizan , Intendant des
menus plaifirs du Roi.
A l'entrée de la grande allée du Jardin
des Tuilleries , s'élevoit au milieu du baffin
une fontaine d'ordre ruftique , fous le
titre de fontaine de Thétis , qui verfoit fes
ondes fur differentes rocailles en forme de
nappes.
>
Un gros Rocher de figure octogone
fervoit de baze à cet édifice , & formoit
une vafte
grotte percée de quatre côtez ,
dont les arcades foûtenoient plufieurs Fleuves
& Nayades , appuyées fur leurs urnes,
d'où fortoient de gros bouillons d'eaux qui
fembloient innonder le Rocher.
L'entrée de cette grotte étoit deffendue
par plufieurs Dragons , qui vomiſſoient
des torrens d'eaux par la gueule & par les
nazeaux : Une double enceinte de groffes
Roches éparfes , en rendoit l'approche .
inacceffible .
C'eſt dans cette grotte de Thétis , que
les Poëtes ont feint que Phoebus alloit fe
repofer , aprés avoir fini fon cours. Un
nouveau foleil parut s'élever de cette grotte,
& vint par fes rayons diffiper les tenebres
de la nuit. Au même inftant la Fontaine
768 LE MERCURE
le Rocher , la Grotte & les Dragons, tout
parut enflammé. Les Caſcades furent chan
gées en tourbillons de feux , d'où partirent
mille éclairs pour annoncer le trioniphe &
la majefté de cet aftre nouveau .
Aprés l'execution du feu d'artifice , la
foule fut fi grande à la porte des Tuilleries
du côté de S. Ro h , qu'il en couta la vic
à feptou huit femmes , qui furent étouffées
ou écralées . Plufieurs perfonnes y ont été
bleffées dangereufement ; quelques unes ont
eu les côtes enfoncées ; & d'autres les jambes
rompues.
M. du Mans de Verclé , Chevalier de
l'Ordre de S. Lazare , a vendu fa Charge
de Maître d'Hôtel du Roy , au fils de
M. Charpentier , Maître de Comptes , &
le même M. du Mans a acheté de M.
David de Villeneuve , la Charge de Lieutenant
de Robe-courte de la Prevôté de
P'Hôtel du Roi . Cette Charge a été crée
fous le Regne precedent en faveur de M.
Coquerel , quiavoit pareillement été Maî
tre d'Hôtel du Roi , pour commander en
l'abſence de M. le grand Prevôt , qui reçoit
le ferment & difpofe de certe Charge.
Depuis l'indifpofition de Monfeigneur le
Regent , qui fe donna une entorfe au pied
droit en defcendant de caroffe , les Confeils
de Regence le tiennent les Dimanches
au Palais Royal , & les Placets y font reçûs
à l'ordinaire par un Confeiller de ReD'AOUST.
169
gence , affifté de deux Maîtres des Requeftes
.
Le jour de S. Louis , le Roi affiſta à la
grande Meffe , celebrée dans fa Chapelle
par les R. P. Carmes de la Place Maubert,
qui ont coutume de venir tous les ans à
pareil jour en proceffion à la Chapelle du
Louvre ; où affiftent Meffieurs les Prevôt
& Echevins en robes noires , pour accomplir
le voeu que la Ville de Paris fit à la
maladie de Louis XIV. dans fa premiere
Campagne en Flandres,
Le même jour, Fête du Roi , Sa Majeſté
reçut plufieurs Bouquets. Parmi ceux qui
lui ont été prefentez , on n'en a point
trouvé de plus galand que celui de S. A.
S. Monfeigneur le Duc. Il confiftoit en
un mannequin lié de cercles d'argent , rempli
de toutes fortes d'Oiseaux , & d'un
Pot-pouri des plus fins de la Chine .
Le foir , le Roi alla au Louvre ; & du
balcon de l'appartement de la Reine mere ,
qui étoit orné de tapis de velours cramoifi,
& d'un dais de même , S. M. vit tirer
l'Oye, & jouter les Bateliers fur la Riviere,
au bruit des trompetes & timballes & des
cris plufieurs fois redoublez de Vive le Roi,
par une multitude innombrable de Peuple
qui étoit fur la Riviere & fur les Quays.
M. de Colbert S. Marc a été reçû Cornette
de la Compagnie des Chevaux- Legers
par Monfieur le Duc de Chaulnes qui en
170 LE MERCURE
eft Capitaine Lieutenant.
M. de Thouy , Lieutenant General ,
a obtenu une penfion de 5s0oo0o0 liv.
Le 27. Meffire le Fevre de Caumartin,
'Abbé de Buzé , Evêque de Vennes , a été
nommé à l'Evêché de Blois .
Le même jour , le Roi declara Monfei.
gneur le Duc de Chartres , Gouverneur de
la Province de Dauphiné , M. le Duc de
la Feuillade qui en étoit Gouverneur , s'en
êtant demis volontairement.
M. le Cardinal , Archevêque de Paris ,
a reçû so. mille écus en actions de la Compagnie
des Indes , & en a diftribué , fuivant
la volonté de la perfonne qui a fait
cette charité , un tiers à l'Hôtel- Dieu ,
un autre à l'Hopital General , & le troifiéme
aux Enfans trouvez .
Le 27. Madame de Clermont d'O , a
été faite cinquiéme Dame de compagnie
de Madame la Ducheffe d'Orleans.
Le 28. Monfeigneur le Duc de Chartre
receut les complimens de toute la Cour
fur fon nouveau Gouvernement de Dauphiné.
M. de Beauveau d'une Maiſon trésilluftre
, a époufé depuis peu Mademoifelle
de Fefnes . S. M. a donné un Brevet
de Colonel a M. de Beauveau.
Le 29. l'Evêché de Venne a été donné à
M. de Maupeou ; Agent du Clergé .
Le même jour , M. N. Bernard , fils
de
D'A OUS T. 171
Ch
D
demy
Breat
Jonne
de M. Samuel Bernard , & Colonel du
Regiment Dauphin Etranger Cav. mourut
de la petite verole. Le foir même S. A. R ..
donna ce Regiment à M. le Marquis de
Bezons , fils du Marêchal de ce nom ;
& celui de Bezons fut conferé à M. le
Chevalier de Beringhen.
Le 30. M. de Clermont d'O , fut nomhé
Capitaine des Gardes de M. le Duc de
Chartres , comine Gouverneur du Dauphiné
, aux apointemens de 3000. livres.
Le Chapitre de Nevers a élu M. Fon--
taine du Montet , nommé à l'Evêché de
sette Ville , pour fon premier Grand Vi
caire pendant la vacance .
ARREST
Du Confeil d'Eftat du Roy. ,
Par lequel Sa Majesté Caffe & Annulle ;
à commencer au premier Octobre prochain,
le Bail des Fermes Generales fait à Aymard
Lambert, pour les Cing Années qui
en restent à expirer.
Accorde le Bail defdites Fermes Generales
la Compagnie des Indes pour Neuf années .
Continue les Privileges de ladite Compagnie
jufques en l'Année 1770 .
Et accepte le Preft que ladite Compagnie des
In des fait à Sa Majesté de Douze cent
Millions pour fervir à l'acquittement
de toutes les dettes de l'Etat.
Ur ce qui a été rêprefenté au Roy ,
S &
êtant en fon Confeil , par les Directeurs
172
LE MERCURE
de la Compagnie des Indes , au nom de la
dite Compagnie ; Que s'il plaît au Roy de
caffer & annuler le Bail des Fermes Generales
fait à Aymard Lambert pour fix années
, commencées au premier Octobre
1718. & dont la premiere année écherra au
premier Octobre prochain . Et de fubroger
ladite Compagnie des Indes au lieu & place
dudit Lambert , fous le nom de telle
perfonne qu'elle jugera à propos ( dont elle
demeurera caution ) pour les Cinq années
reftantes dudit Bail , & lui accorder en
outre Quatre autres années fuivantes , ce qui
fera un Bail de neuf années , qui commencera
audit jour premier Octobre prochain ,.
& finira à pareil jour premier Octobre
1728. avec faculté à ladite Compagnie
d'entretenir ou refilier les fous- Baux faits
par ledit Lambert , ainfi qu'elle avifera bon
être Ils augmenteront leprix du Bail dudit
Lambert de Trois Millions cinq cent
mille livres par chacune defdites neuf années
; enforte qu'au lieu que ledit Bail n'étoit
que de Quarante-huit Millions cinq
cent mille livres , ladite Compagnie en
payera annuellement Cirquante -deux Millions,
& en outre Executera les autres charclaufes
& conditions portées par le
Bail fait audit Lambert : Que pour mieux
marquer à Sa Majesté le defir que la Come
pagnie des Indes a de contribuer de for
credit au foulagement de l'Eftat , Elle offre
ges ,


D'AOUS T. 173
de Prêter au Roy Douze cent Millions de
livres , à Trois pour cent par an , pour fer.
vir au remboursement des Rentes perpetuelles
, & autres charges affignées fur les
Aydes & Gabelles , fur les Tailles , fur les
Recettes Generales , fur le Controlle des
Actes des Notaires , fur celuy des Exploits
& fur les Poftes , Enfemble pour le rem--
boursement des Actions fur les Fermes
des Billets de l'Eftat , des Billets de la Caiffe
Commune , Et de la Finance des Charges
fupprimées ou à fupprimer , qui n'ont
& n'auront point d'affignat particulier :
Que pour parvenir au Preft defdits Douze
cent Millions ., que ladite Compagnie des
Indes offre de faire à Sa Majefté , il plaira
au Roy d'autorifer ladite Compagnie à
Emprunter Douze cent Millions de livres,
pour lefquels elle fournira fur elle des
Actions Rentieres au Porteur , ou des Contracts
de Conftitution de Rente , à Trois
pour Cent d'intereft par an , qui feront
payez à commencer au premier Janvier pro
chain par le Caiffier de la Compagnie par
avance , fuivant l'ordre des Numero des:
Actions & la datte des Contracts ; qu'ame--
fure que ladite Compagnie aura fourni à
Sa Majefté lefdits Douze cent Millions ,
fur le raport qui fera fait au Trefor Royal
par fon Caiffier , des Affignations qui auront
été tirées fur Elle par le Garde dus
Trefor Royal , il fera paffé au profit de las
O ij
174 LE MERCURE
*
Compagnie par les Commiffaires qui feront
nommez à cet effet par Sa Majefté , Un ou
plufieurs Contracts de Rente perpetuelle à
trois pour Cent par an , pour le montant
& jufques à concurrence deſdits Douze
cent Milions de livres , lefquelles Rentes
⚫ feront & continueront d'être affignées fur
les Fermes Generales qui commenceront à
courir du premier Janvier 1720. Que la
Compagnie retiendra à cet effet par fes
mains annuellement la fomme de Trentefix
Millions de livres pour le payement defdites
Rentes pendant le cours des neuf années
de fon Bail , après l'expiration duquel
les Fermiers des Fermes Generales en feront
chargez , au cas que la Compagnie ne
foit pas Adjudicataire des Baux fuivans ,
Et payeront à ladite Compagnie des Indes
defdits Trente-fix Millions de livres par
chacun an de mois en mois , à raifon de
Trois Millions par mois ; Qu'il plaife à Sa
Majefté d'accorder à ladite Compagnie la
continuation pour Cinquante années de tous
les Privileges qui lui ont été accordez , &
de ceux des Compagnies qui lui ont été réünies
; Surquoy ouy le Rapport. LE ROY
ESTANT EN SON CONSEIL , de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a accepté
& accepte les offres de ladite Compagnie
des Indes , de payer à Sa Majesté
Trois Miltons cinq cent mille livres d'augmentation
par chacun an , fur le prix du
D'AO U ST.
175
Bail fait audit Aymard .Lambert des Fer
mes Generales de . Sa Majefté , dont le prix
annuel eft de Quarante-huit Millions cinq:
cent mille livres , Et de prêter en outre à Sa
Majefté Douze cent Millions de livres pour
l'acquittement des Dettes de l'Eftat. En
confideration defquelles offres Sa Majesté
a Ordonné & ordonne.
ART. I. QUE le Bail des Fermes Ge--
nerales de Sa Majefté fait à Aymard Lambert
, moyennant Quarante- huit Millions
cinq cent mille livres par chacun an , foit
& demeure refilié & annulé pour les cinq
années qui en refteront à expirer, à compter
du premier Octobre prechain pour les Gabelles
, Cinq Groffos Fermes , Aydes , Papier
& Parchemin timbrez des Provinces,
& Generalitez où les Aydes n'ont point
de cours. Et au premier Janvier auffi prochain
pour les Domaines de France , Controlle
des Actes, Greffes , Amortiffemens ,
Franc- Fiefs & nouveaux Acquets & Domaine
d'Occident , Et de tous les autres
Droits qui font compris dans le Bail dudit
Lambert.
II. SA MA JEST E' a fubrogé
gé & fubroge la Compagnie des Indes au
lieu & place dudit Aymard Lambert , pour
entrer en jouiffance defdite Fermes Generales
audit jour premier Octobre prochain
pour les Gabelles , Cinq Groffes Fermes ,
Aydes , Papier & Parchemin timbrez des
176 LF MERCURE
Provinces & Generalitez où les Aydes
n'ont point de cours , Et au premier Janvier
1720. pour les Domaines de France ,
Controlle des Actes , Greffes , Amortiffemens
, Francs - Fiefs & nouveaux Acquets,
Domaine d'Occident & Droits y joints ;
pour en jouir par ladite Compagnie des Indes
pendant neuf années confecutives
moyennant la fomme de Cinquante - deux
Millions par chacun an , dont fera paffe
Bail à ladite Compagnie , fous le nom de
telle perfonne qu'elle voudra choifir , ( dont
ladite Compagnie demeurera caution , ) Et
à condition par elle d'executer toutes les autres
claufes , charges & conditions portées
par le Bail dudit Lambert.
3
III . POURRA ladite Compagnie des
Indes , fi bon lui femble , entretenir ou refilier
en tout ou partie les fous - Baux faitspar
ledit Lambert .
IV. ET pour faciliter à ladite Compa
gnie des Indes le Preft qu'elle a offert à Sa
Majefté de douze cent millions de livres,
pour être employez au Remboursement des
Rentes perpetuelles & autres charges affignées
fur les Aydes & Gabelles , fur les
Tailles , fur les Recettes Generales , fur le
Controlle des Actes , fur celui des Exploits ,.
fur les Poftes ; Enfemble des Cent Millions
d'Actions fur les Fermes , des Billets de
l'Eftat , des Billets de la Caiffe commune,
& de la Finance des Charges fupprimées
D'A OUS' T.
$77
ou à fupprimer , qui n'ont & n'auront point
d'affignat particulier ; A permis & permet
Sa Majefte à ladite Compagnie des Indes ,
d'Emprunter Douze cent Millions de livres
, pour valeur defquelles elle donnera
fur elle des Actions Rentieres au Porteur ,
ou des Contracts de Conftitution à Troispour
cent par chacun an , payables de fix
mois en fix mois & fuivant l'ordre des
Numero des Actions ou la datte des
Contracts..
y!
• V. ET pour donner à ladite Compagnie
une feureté pleine & entiere , & lui fournir
une valeur de dits Douze cent Millions
de livres qu'elle s'oblige de fournir pour
l'acquittement des dettes de l'Eftat , ilfera
paffe au profit de ladite Compagnie , par les
Commiffaires qui feront à cet effet nommez
par Sa Majefté , des Contracts pour
Trente-fix Millions de livres de Rente à
Trois pour Cent par an , qui feront & continueront
d'être affignez für fes Fermes Generales
, dont la joüiffance commencera au
premier Janvier 1720. Lefquels Trente-fix
Millions de Rente, Sa Majefté Entend que
ladite Compagnie retienne par fes mains annuellement
fur le produit des Fermes Generales
, pendant le cours de fon Bail , après
F'expiration duquel , au cas que ladite Compagnie
ne fût pas Adjudicataire des Baux
fuivans , les Fermiers des Fermes Generales
qui lui fuecederont , en feront chargez
#78 LE MERCURE
& tenus de payer en deduction du prix de
leur Ferme à ladite Compagnie des Indes ,
lefdits Trente- fix Millions de livres par
chacun an de mois en mois , à raifon de
Trois Millions par mois.
VI. SA MAJESTE' fe referve le pouvoir
à la feureté des Magafins d'Entrepoft
où les Marchandifes dont l'Entrée eft
deffendue dans le Royaume , doivent eftre
mifes pour paffer àl'Étranger ; à l'effet de
quoy Elle nommera des Commiffaires pour
la garde d'une clef defdits Magazins d'Entrepoft
, dont l'autre reftera entre les mains
des Directeurs de ladite Compagnie. des
Indes .
VII. ET en confideration des fecours
prefens que Sa Majefté reçoit de ladite
Compagnie des Indes , & pour affûrer de
plus en plus l'Etat de fes Actionnaires &
Creanciers ; Sa Majesté lui accorde pour
Cinquante années tous les Privileges accordez
par les differentes Conceffions réünies
à ladite Compagnies , lefqueltes Cinquante
années finiront au premier Janvier
1770. à condition de payer en entier les
dettes de l'ancienne Compagnie , tant en
France qu'aux Indes , & fans aucune remiſe
fur les Capitaux defdites Dettes , ni fur
les interefts : Et pour l'Execution du pre- .
fent Arrest toutes Lettres neceffaires feront
expediées . FAIT au Confeil d'Eftat du
Roy, Sa Majefté y cftant , tenu à Paris le
vingt-feptiéme
D'AOUST.
179
vingt-feptième jour d'Août mil fept cent
dix- neuf. Signé , PHELYPEAUX .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , qui
proroge le cours des anciennes efpeces de
Cuivre & de Billon , jufqu'au premier Novembre
1719.
滚滚去***
E jour de la S. Louis , l'Academie
françoife ayant entendu dans la Chapelle
du Louvre le fermon du Pere Quinquet
, Theatin , diftribua l'aprés midy le
prix de profe à M. Pannier. M. Dacier
qui étoit pour lors Directeur de l'Acad .
ayant pris la parole, fit l'éloge du difcours
de M. Pannier, & dit que l'Acad . pouvoit
citer peu d'exemples qui fiffent plus d'henneur
à celui qui en étoit l'Auteur ; puifque
le prix lui avoit été adjugé unanimement
par Meffieurs les Academiciens . Il
rendit en même tems raifon des motifs qui
avoient engagé l'Academie à renvoyer à
une autre année le prix de Poëfic ; les
pieces des Auteurs s'étant toutes trouvées
trop foibles & trop defectucufes , pour me
riter cette diftinction : qu'il ne falloit pas
en être furpris , puifque les Auteurs du
tems affectoient de s'écarter des voyes anciennes
, pour en prendre de nouvelles
qui par confequent , ne pouvoient man-
Août 1719. ·P
180 LE MERCURE
+
quer de les égarer. M. Bofe lut enfuite le
Difcours de M. Pannier dont voici l'extrait.
SUJET DONNE' .
Que le Trône du Roy qui juge les Pauvres
dans la verité , fera affermi pour toûjours,
felon ces paroles de Salomon . Rex qui
judicat in veritate pauperes , Tronus ejus
in æternum firmabitur.
M
Onfieur Pannier prend de là occafion
de dire , que les Rois ont des
devoirs prefcrits auffi bien que leurs fujets
, & que s'ils s'en écartent , ils en font
punis également , quoique par des voyes
differentes. C'eft au Roy , dit-il , * de
venger la focieté troublée , en puniffant
celui qui défobéït à fa loy. Ses fujets au
contraire , s'il viole la juftice à leur égard ,
n'ont pas droit de lui en demander raifon ;
mais fon injuftice porte avec elle naturellement
fon châtiment ; & telle eft la difpofition
de la Providence , que la ruine de
lon autorité naît de l'abus même qu'il en
a fait.
Envain l'orgueil des Rois attribue à des
caufes furnaturelles les revolutions des Etats
; leur punition les épouventeroit moins,
*
Page 4.
D'AOUST. 181
fielle exigeoit des miracles. La chute du
Roy injufte n'a droit de nous étonner que
.comme un coup de foudre par fon bruit
& par fon éclat : produite par fon injuftice
elle entre comme les moindres évenemens
dans l'ordre naturel des chofes.
Mais par les paroles du Sage , il fembleroit
que le Roy ne devroit la juftice qu'aux
Pauvres. Examinons , dit l'Orateur , pour¬
quoy c'eft elle principalement , qui affermit
le Trône des Rois. De plus , le Sage
diftingue la juftice & la verité. Examinons
les caufes de cette diftinction , & nous
nous convaincrons de cette double verité ;
Que la juftice que le Roy rend aux Pauvres ,
eft le fondement de fa puissance ; mais qu'il
faut pour cet effet que la juſtice ſoit réglée
par la verité. Sa premiere propofition eft
donc que la juftice que le Roy rend aux
Pauvres , eft le fondement de fa puiffance.
Voyons de quelle maniere il la prouve.
» L'Univers , dit-il , » doit fa fûreté à
» l'ordre merveilleux que nous admirons
» dans les Globes immenfes & fans nom-
»bre qui le compofe : foumis à des loix invariables
, la varieté de leurs mouvemens
n'y met point de confufion ; leur oppo-
» fition même , bien loin de les detruire ,
» les conferve.
ร ว
33
» Tel eft le corps politique d'un Etat :
»compolé d'une infinité de conditions.
» differentes , c'eft la justice qui le foutient.
3
Pij
182 LE MERCURE
ןכ
»
L'inegalité des biens entretenue par des
loix égalles, rend tous les membres utiles
» les uns aux autres ; l'oppofition même
» de leur interêt , conftamment retenuë
par le frein des loix , entretient dans l'État
» ce mouvement qui le conferve : & le Roi ,
»foit qu'il regarde fes fujets , comme des
hommes nés pour fon fervice & pour fa
gloire , foit que plus éclairé , il fe croye
né lui-même pour rendre fes fujets bons
» & heureux , doit reconnoître que la jufa
tice eft le fondement de fon Trône.
ג כ
၁၈
»
Cette maxime , quoique generale , doit
furtout s'appliquer à la juftice que le Roy
doit aux Pauvres . La Providence divine fe
plaît à intereffer les plus petits à la gloire
des plus grands , & à faire refpecter fes
moindres ouvrages par les fublimes . C'eft
ainfi qu'elle a pourvû au bien commun des
Pauvres & des Rois. Les uns ne peuvent
fe foûtenir que par les autres ; car d'un cêté
, c'eft de la justice du Roy que les Pauvres
attendent tout leur fecours ; & de
l'autre , c'eft des Pauvres que le Roy tire
fa principale force ; & c'eft de ces deux
propofitions que refulte la neceflité indifpenfable
au Roy , de rendre la juftice aux
Pauvres l'interêt de fa propre grandeur
& de fa puiffance.
pour
Pour faire comprendre la verité de la
premiere propofition : que c'eft de la juflite
du Roy que les Pauvres attendent tout
D'A O UST. 183
leur fecours ; il ne faut que comparer l'état
du Pauvre à celui du Riche. Ce font les
richeffes qui deffendent les Riches ; le refpect
qu'on a pour elles , paffe jufqu'à celui
qui les poffede ; la même induftrie qui les
a aquifes , les conferve .
La foibleffe du Pauvre au contraire
porte à l'attaquer : qui porte-elle à le deffendre
Celui qui n'a point d'autre titre
que la pauvreté , n'a point d'autre reffource
que la juftice , mais , qui la lui rendra ? -
Ceux qui fous l'autorité du Prince en
font chargés , tiernent aux Riches par les
liens du fang , par des interêts communs ,
par un commerce reciproque de bons officcs
. , par une continuelle focieté de plaifirs,
par tant d'endroits enfin fi chers & fi forts ,
que fouvent ils ne peuvent prononcer contre
les Riches en faveur du Pauvre , fans
prononcer contre leurs propres interêts, ou
leur propre inclination.
Reduit par la fortune à fes befoins les
plus preffans , attaqué de toutes parts , par
la force & par l'artifice , où le Pauvre
trouvera- t'il un azile affûré dans la juftice
d'un feul homme.
C'eft celuy que fa puiffance abfoluë difpenfe
de foibleffe ; celuy dont la grandeur
Tupréme met une diftance prodigieufe entre
lui & les autres hommes , dont la fouveraine
indépendance repare en faveur du pauvre
, l'inégalité du fang , du rang & de la
Pij
184 LE MERCURE
fortune , pour qui le bandeau de la Juſtice
eft inutile , devant lequel , comme devant
Dieu , Grands & Petits , Riches & pauvres
, tous font égaux , dont le feul inteeft
eft la Juftice ; c'eft le Roy , c'eft de.
lui feul qu'il attend un fecours affûré ; ſe--
cours que le Roy eft engagé d'accorder aux.
pauvres , s'il veut que fon Trône foit affermi
pour toûjours ; car le Roy n'eſt Roy
que par fes Sujets , mais furtout par les
pauvres , parce qu'ils font la partie la plus
nombreufe de fon Peuple , parce qu'ils en
font la partie la plus utile.
Quand je parle du nombre des pauvres ;
j'entend par ce mot , tous ceux qui ne peu
vent fatisfaire aux veritables befoins de leur
état ; ainfi l'indigence eft de toutes les con--
ditions.
Dans prefque tous les états les pauvres
font le plus grand nombre , & plufieurs
conditions en lont entierement compoſtes:
Toutes celles qui ont pour partage le travail
, n'ont que la pauvreté pour récompenfe.
Si cette multitude de Sujets languit , toutl'Etat
tombe dans l'abbatement ; & fi l'injuftice
les pouffe au defefpoir , elle s'empare
d'eux- mêmes : Innocens ou coupables
, tout eft l'objet de leur fureur. Ce
font des flots tumultueux qui fe fuccedent
fans ceffe , fur qui la force & la raifon ne
peuvent rien. Alors par fes Ordres méprifez
, le Prince reconnoît que fon autorité
D'AOUST
185
n'étoit en effet que leur obéïffance , par
les efforts inutiles qu'il tente contr'eux ,
qu'ils étoient fa force .
la
Lors au contraire qu'ils font liés par
juftice , qu'ils concourent tous à la gloire
du Roy & au bien de l'Etat , que n'en doiton
pas efperer ? Le Roy trouve des reffources
dans leur induftrie , dans leurs
biens , dans leur travail , qui leur font propres
, & qu'il ne trouve pas dans les Riches.
L'indigence en effet eft la mere de
l'induftrie. C'eft de fon fein que font fortis
les Arts utiles & agréables ; ces Arts qui
par des découvertes nouvelles , par des inventions
utiles , rendent un Regne mémo
rable , & immortallfent le Roy , encore
plus que par les louanges qu'ils fçavent lui
donner , & par les monumens qu'ils élevent
à fa gloire .
Mais envain l'indigence preffe le pauvre
, fi l'injuſtice le décourage. Vous fçavez
, continue l'Orateur , que ce font eux ,
qui forcent , pour ainfi dire , la terre par
la culture & par leurs foins , à nous donner
les chofes neceffaires à la vie : Que ce font
eux , qui par leur patience dans les fatigues
de la Guerre , par l'habitude à fouffrir la
pauvreté , par leur vigueur dans les combats
, rendent la Nation invincible.
Mais , fi on leur déclare à eux-mêmes la
* Page premiere.
Pliij
186 LE MERCURE,
guerre , fi de ces fruits qui nous viennent
du travail de leurs mains , on ne leur laiffe
de quoy le foutenir , leur foibleffe elle feule
les vengera. L'Etat fera puni par la difette
de fon ingratitude ; & fon injuftice le livrera
à fes befoins & à fes Ennemis.
Qui le croiroit enfin , que les pauvres par
leurs biens, fuffent plus utiles à l'Etat que
les Riches-mêmes ?
pas
de ces
Ils en ont peu ; ce ne font
gouffres profonds qui engloutiffent des rivieres
entieres , & d'où rien ne fort , au-
Tour defquels la campagne feiche & fterile ,
fouffre de la difette des biens qui leur font
inutiles : Ce font des ruiffeaux , petits à la
verité ; mais dont les eaux ne s'arrêtent jamais.
Elles animent tout ce qu'elles touchent
; elles produifent par tout où elles
paffent , des fleurs & des fruits.
Ainfi leur peu de biens paffant fucceffivement
de main en main ,
, par la rapidité
de fa courfe , fupplée à ces maffes d'or &
d'argent que les Riches ont amaffés , &
que l'avarice ou la défiance renferment.
C'eft un fond public , fur quoy fe pren
nent prefque toutes les Charges de l'Etat .
Il en eft la richeffe ; tout ce qu'on ravit
aux pauvres , eft un fecours qu'on ôte à l'Eat
, & c'eft véritabl ement le bien des pauvres
que le Roy doit regarder comme le
Sen , tandis qu'il eft en leurs mains .
Voilà l'intereft qui lie les pauvres &
D'AOUST. 187
le Roy. Ils attendent leur falut de fa juftice
, & fa puiffance eft attachée à leur falut.
Nôtre Orateur prouve enfuite la feconde
propofition:Qu'il faut que la Juftice du Roi
foit reglée par la verité.
Seconde Partie.
Ce n'eft pas fans raifon que le Sage exhortant
les Rois à la juftice , leur recommande
la verité , puifqu'il leur eft également
difficile de la connoître , & dangereux
de l'ignorer. Qu'il foit difficile au
Roi de connoître la verité , il eft aiſé de
s'en convaincre. Examinons le lui-même
& ceux qui l'entourent. Dans la multitude
de fes affaires , celles des Petits échapent
à fes foins. Dans fon ambition , il n'eft
occupé que de cece qui la flatte. Dans fon
indolence , les affaires des Pauvres n'ont
nij cet éclat, ni cette vivacité qui la reveille.
Dans fon amour propre fous fon Gouvernement
, il n'imagine pas de malheureux.
Dans fa fenfibilité même aux maux
de fon Peuple , il détourne fon attention
d'un objet qui l'afflige. Dans la difficulté
de l'aborder , elle ôte aux Pauvres la liberté
de faire valoir leurs droits par euxmêmes
, de faire entendre leurs raifons .
Ile font donc obligés d'avoir recours aux
Courtifans ; mais entierement occupez de
188
LE MERCURE
"
leurs projets ambitieux , de leurs grandes
idées de for une , rarement fe donnent- ils
des foins pour ceux qui n'y peuvent fervír.
Avares de leur credit , ils le confiderent
comme un bien qui le perd par l'ufage
; ils craindroient de manquer pour eux
de celui qu'ils employeroient à proteger la
foibleffe. Difons plus , flateurs nez du
Prince qui gouverne , ils écartent avec ſoin
les veritez defagreables que les Pauvres
portent ordinairement aux pieds du trône.
Enfin , tout ce qui environne le Roi ,
concourt à le tromper fur l'Etat des Pauvres.
La joye & la magnificence de fes
Peuples dans les jeux & dans les fêtes publiques
, dérobent à fa penfée les larmes
domeftiques que leurs befoins leur font repandre.
1
Cependant , s'il ne connoît leur état &
leur fituation , comment connoîtra -t'il
fes forces ? Comment gouvernera t'il un
Royaume dont ils font la partie la plus
confiderable ?
En vain meſurera - t'il les Charges de
l'Etat à fes forces , fi les plaintes des opprimez
ne peuvent fe faire entendre ; le
credit des Riches qui les y fouftrait , en
accablera les Pauvres.
Si leurs affaires particulieres ne peuvent '
jamais parvenir à fa connoiffance , comment
remediera- t'il à l'abus que l'on fait
contre eux , des loix generales qu'il a fa--
D'A O UST . 189
gement établies dans fon Royaume ? Les
regles , pour garentir le Juge de furpriſe ,
le feront perir par leur longueur .
Ah , faut-il que les Rois ayent tant d'interêt
d'entendre la verité , & qu'il ſoit ſi
dangereux de la leur dire ! En vain regardent-
ils comme un malheur neceffairement
attaché à la condition des Rois , de ne
pas faire le bien qu'ils fouhaitent , de faire
le mal par ſurpriſe . La verité fi difficile à
connoître , & fi neceffaire à la juftice
parviendroit juſqu'à eux , s'ils s'appliquoient
à la chercher , s'ils l'aimoient autant
que la flaterie . Mais helas , tout ce
qui eft fincere & libre , paroît aux Rois
dur & auftere ! Accoutumez à la flatteric,
ils craignent la verité qu'ils demandent
fans ceffe , & ceux qui ont le courage de
la leur dire , n'ont pas l'avantage de leur
être agreable..
Heureux le Roi qui eft né avec des fentimens
de juftice , & que l'on a accoutumé
dés fon enfance à connoître la verité ;
mais plus heureux encore les Peuples , qui
font gouvernez par un tel Roi .
nous ,
Nous fommes ces Peuples heureux ; &
pour le Prince qui commence à regner für
nous n'avons plus de voeux à faire
il ne nous refte que des graces à rendre .
La candeur , l'ingenuité de fon âge ,
nous ont découvert les fentimens naturels .
La bonté , la compaffion envers les mal190
LE MERCURE
heureux , la juftice , ont prevenu la raifon,
& l'ufage de ces vertus a commencé en
lui avec celui de la parole.
Mais , ce qui doit combler nôtre efperance
, la verité s'offre à fes yeux dés fon
enfance ; le bonheur de la France a raffemblé
, pour le foin de fon éducation
les plus honnêtes gens de fon Royaume.
Chacun de ces hommes illuftres cultivera
par fes talens particuliers , l'efprit de nôtre
jeune Roi , l'ornera des connoiffances qui
lui font propres , qui , réunies en fon augufte
perfonne , en feront un Prince éclairé
dans tous les genres.
"
Mais par la qualité
d'honnête
homme
,
qui
leur
êtant
commune
dans
un
degré
éminent
, les
caracterife
& les
diftingue
en quelque
forte
des autres
hommes
, ils
concourront
à l'accoûtumer
à entendre
la verité
, à la connoître
, à la diftinguer
de l'apparence
, il en goûtera
de
bonne
heure
les fruits
folides
; il fera
en garde
contre
les fauffes
douceurs
du
menſonge
;
la flatterie
n'empoifonnera
pas fon
coeur
;
nous
aurons
un Roi
felon
le coeur
de Dieu
;
un Roi
jufte
& prudent
, en qui
les Pauvres
trouveront
un Juge
exempt
de preventions
, & compatiffant
, qui
leur
rendra
la juftice
dans
la verité
.
Ce n'eft pas en vain , Seigneur , que
nous l'efperons ; le coeur du Roi eft entre
vos mains ; vous l'avez formé pour nôtre
D'AQUS T.
191
bonheur ; vous ne laifferez pas vos dons
imparfaits ; faites fructifier en lui les femences
de vertus qu'y répandent tous les
jours les Miniftres fideles à qui ce facré
depôt a été confié .
Couronnez les travaux du Prince également
jufte & éclairé , qui nous gouverne
fous fon autorité avec force & avec bonté .
Rendez par fes foins à ce Royaume fon
ancienne fplendeur. Cet exemple juftifiëra
l'oracle du Sage , & gravera éternellement
dans le coeur de nôtre Roi la juftice & la
verité .
Mifericordia & veritas cuftodiunt Regem,
& roboratur clementiâ Thronus ejus.
21. 28. C. 20. Prov.
Prife de la Ville & du Château de Saint
Sebastien.
C
E fut la nuit du 19. au 20. Juillet ;
que l'Armée du Roy , fous le Commandement
de M.le Maréchal de Berwick,
ouvrit la tranchée devant la Ville de Saint
Sebaftien.
Le premier Août les Ennemis battîrent
la chamade. Le Gouverneur avoit propofé
de fortir avec les honneurs , pour être conduit
avec la Garnifon à Pampelune. M. le
Marêchal de Berwick refufa cette propofi192
LE MERCURE
tion , & la Garnifon fut obligée de fe reti
rer dans le Château , au nombre d'environ
1600. hommes. Les Efpagnols pendant ce
fiege , n'ont fait aucune fortie. Ils fe font
contentés de nous faire un feu terrible de
canon. On a trouvé le fecret d'abreger ce
fiége , en évitant tous les ouvrages , & en
prenant la Ville en flanc du côté de la Mer ,
qui laiffoit en baffe Marée un terrein affez
confiderable , pour y déboucher de nôtre
tranchée , & monter à l'affaut par 2. brê
ches que l'on avoit faites de ce côté-là ;
ma s qui n'étoient nullement praticables
lorfque les Ennemis fe font rendus . M. le
Marêchal de Berwick a eu l'attention de
ménager certe Ville , en défendant à nos
Bombardiers d'y jetter des Bombes , à la
referve des ouvrages.
La nuit du 2. au 3. Août , on ouvrit
la tranchée devant le Château par la Ville ,
êtant entouré partout ailleurs de la Mer.
C'eft un Roc efcarpé de tous côtez, avec quantité
de plates formes , & de redans en terraffes
, chargés d'artillerie.
La nature du lieu eft telle , qu'on pour
roit même fe paffer de canons & de mortiers
, en roulant feulement des quartiers de
rochers qui defcendent avec tant de rapidité
, qu'ils écrafent tout ce qui fe trouve
à leur paffage & dans la tranchée. Cependant
, malgré une fituation fi avantageufe ,
les Ennemis demanderent à capituler le 17-
après midi.
D'A OU ST . :193
La Garnifon étoit commandée par le
Brigadier D. Alex ndre de la Motte , Capitaine
au Régiment des Gardes Walones .
Il fut arrêté que la Garniion fortiroit
avec tous les honneurs de la Guerre ; deux
pieces de canons , deux chariots couverts ,
& la Garnifon conduite à Pampelune par le
chemin le plus court. On convint que l'Ifle
de Saint Clair , autrement l'Hermitage ,
feroit compriſe dans la capitulation .
Pendant tout le fiege du Château , la Garnifon
n'a fait que les une fortie au nombre
de 400. hommes , foutenus du feu des remparts
, & de tous leurs logemens qu'ils
avoient garnis de troupes. Les Ennemis déboucherent
par la droite & par la gauche ,
pour tomber fur la tête de nos Sappes ; mais
M. le Marquis de Guerchy êtant forti avec
M. le Comte de Middelbourg , à la tête
de deux Compagnies de Grenadiers de
Normandie , de celle de Poitou , & de
Dragons à pied du Régiment de Beaucourt,
il foutint l'effort des Ennemis , fans perdre
un pouce de terrein. Il les obligea de fe retirer
avec perte , malgré le feu du canon ,
des bombes & de grenades , & une grêle
continuelle de pierres dont ils étoient protegez
.
So,
M. de Guerchi Lieutenant General , a
été nommé Gouverneur de la Ville de Saint
Sebaſtien , M. de la Dourlac , Lieutenant
Colonel du Régiment de la Gervaifais sa
194
LE MERCURE
été fait Lieutenant de Roy , & M. Roault
Major du Regiment de la marine , Commandant
au Château • • .. Les
Ennemis font fortis du Château au
nombre de 14. à 1500. ayant perdu deux
cent foixante hommes , tant tuez , bleffez
que Deferteurs.
Le Prince de Soubife depêché du Camp
de S. Sebaftien le 11. eft arrivé le 23. à
6. heures du matin , & a raporté que ce
jour-là les affiegez avoient battu la chamade
à 3. heures aprés midy , & qu'on leur
avoit accordé les honneurs de la guerre . Un
détachement de fept cent cinquante hommes,
commandé par le Chevalier de Givry,
fut embarqué fur les Fregattes Angloifes,
qui mirent à la voile le 11. & arriverrent
le lendemain à 3. heures api és midy , à la
plage Santona où elles canonerent pendant
le refte de la journée , les batteries que les
Efpagnols avoient fur la côte , & fix à fept
cent Miliciens qui s'y étoient poftés . Le
debarquement fut fait à l'entrée de la nuit
à un quart de lieu plus loin : les Soldats
fe jetterent à la Mer , ayant de l'eau jufqu'à
la ceinture . On occupa enfuite la montagne
voifine. Au point du jour les troupes
êtant defcenduës vers la Ville de Santona
, d'où les milices s'étoient retirées
les habitans vinrent au- devant des troupes
pour fe foumettre On fe faifit des Forts
& des batteries , & on brûla 3. Vaiffeaux
,
de
D'A OU ST.
195
1
de Guerre , dont l'un étoit percé pour foixante-
dix pieces de canons , & les deux
autres pour foixante : On fit crever & enclouer
cinquante pieces de canon , & on
detruifit le Magazin rempli des bois preparez
pour la conftruction de 7. ou 8. Vaiffeaux
, & de Madriers nouvellement venus
d'Hollande avec toute forte d'agrés . Cette
perte eft eftimée deux à trois millions.
Il est arrivé de Dunkerque à Bayonne
depuis 4. jours , 20. pieces de canon de 24.
& autant de 16. 6000. boulets de 16.
4000. bombes de 12. pouces de Diametre,
avec 2000. de 8. On ne fcait pas encore
quel employ on fera de ces munitions .
Le 30. on chanta le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de Paris , avec les ceremonies
accoûtumées pour la reduction de la
Ville & du Château de S. Sebaftien .
O
SUPPLEMENT. i
N écrit d'Amfterdam du 24. Aouft
que les Danois , aprés la prife de
Maelstrand , avoient paru devant . Elfbourg
le premier de ce mois . Ils firent leur
defcente dans une petite Ifle , où ils mirent
en batterie 36. gros canons & 64-
mortiers , avec lesquels ils firent un fen fi
víf , jufqu'au 4. que la garnifon qui confiftoit
en soo. hommes fut reduite à
>
296 LE MERCURE

dix hommes en état de deffenfe , qui refu
ferent conftamment de fe rendre. La nuiɛ :
du trois au 4. un détachement de Suedois
, forti de Gottembourg , trouva le
moyen d'entrer dans la Citadelle , avec des .
munitions de guerre. Dans le même tems
un gros corps de Suedois , diftribués ene
plufieurs petits bateaux , eut le bonheur
de defcendre fans être apperçus , à lá faveurdu
brouillard & de la fumée , dans la
même Ifle où les Danois avoient dreffé
leurs batteries. Ils attaquerent fi brufquement
ces derniers , qu'ils ne leur donnerent
pas le tems de fe reconnoître ; & s'êtant
rendu maîtres en même tems de leurs
mortiers & de leurs canons , ils tournerent
cette artillerie- contre la Flote Danoife ,.
pendant que le canon de la Citadelle faifoit
conjointement un feu continuel fur cette
Efcadre qui eut bien de la peine àfe retirer.
On fait monter la perte des Danois à 5000.-
hommes , outre plufieurs Bâtimens coulez
à fonds .
Il y a des Letres d'Helfinborg , qui
ajoutent que M.Tordenfchild Vice- Amiral
de la Flote Danoife ,y avoit eu un bras emporté
, & qu'il étoit mort de cette bleffure.
Cette nouvelle a été apportée par un
Vaiffeau de Gottembourg qui en étoit parti
de ce mois , & qui eft arrivé ici le
4
Te.S
22.
Co
c'eft
une
nouvelle
qui
n'eft
pas
venuë
en
droiture
,
on
doit
fufpendre
*
D'AOUST . 197
fon jugement fur un évenement fi peu
vrai femblable .
ger
Es Lettres de Venife du 12. portent
que la Republique perfiftoit dans la
refolution d'obliger tous les Bâtimens
Etrangers à fouffrir la vifite. Comme le.
Senat ne permet à aucun Vaiffeau Etrand'entrer
dans le Port , cette refolution
fera fort prejudiciable au commerce de cet--
te Ville. Il voudroit exiger des Venitiens ,
qu'ils trafiquaffent fous les bannieres de la
Republique , mais ils auront de la peine :
à s'y refoudre. 10. Par la crainte des Barbarefques.
29. Parce que les affûrances
fous la banniere de France , font à 8. &.
10. pour cent à meilleur compte ; ce qui
eft un objet confiderable pour les Marchands..
On écrit de Rome du 16. que tous les
avis de Sicile confirmoient que les Impe--
riaux ayant gagné une marche sur les Ef--
pagnols , étoient venus fe pofter fous les
murailles de Meffine , laiffant derriere eux
le pofte de la Scaletta , fans l'attaquer :.
Dans le moment on apprend que les Allemans
s'étoient emparé du Fort de Gonza--
gue le 7. Que le 9. Meffine leur avoit oùvert
fes portes , & que D. Luca Spinola ,
qui commandoit dans cette Capitale , s'étoit
retiré avec la Garniſon Eſpagnole dans le
Chateau.
S
t
C
Qij
198 LE MERCURE
On mande de Vienne du 20. que le
13. M. le Comte de Flemming demanda
publiquement à L. M. I. l'Archiduceffe
Marie- Jofeph , pour le Prince Electoral
de Saxe ; ce qui lui fut accordé . M. le
Comte de Flemming remit enfuite à la future
le portrait du Prince enrichi de
diamans , qu'elle porte à prefent publiquement.
Le 14. Ibrahim Bacha , Ambaffadeur
de la Cour Ottomane , fit fon entrée
en cette Ville . On en donnera le détail
le mois prochain .
Paris.
>
Le 31. S. A. S. Monfeigneur le Duc
a acheté de M. le Comte de Guife: Harcourt
la Terre de Clermont en Beauvoi-
?
fis.
M. le Marquis d'Estaing ayant perdu
fon fecond fils au Siege de Fontarabic , M.
le Duc d'Orleans lui a accordé la furvivance
du Gouvernement de Douay pour
fon fils aîné .
que
La fechereffe eft fi univerfelle , fi grande,
fi continue, & les chaleurs fi exceflives ,
l'on mande de differentes Provinces
de France , que les Fontaines & petites Rivieres
étoient entierement taries ;de maniere
que l'on étoit obligé d'aller chercher de
l'eau jufqu'à fept ou huit lieuës pour les
hommes & les beftiaux ; ce qui n'a peutêtre
pas d'exemple.
D'AOUST . 199
M. Defalleurs le fils , eft parti en pofte
fe rendre à la Cour de Turin.
pour
La Compagnie des Indes a nommé 30 .
Directeurs pour la regie des Fermes Generales,
dont la plufpart feront tirez du nombre
des derniers Fermiers Generaux ,
avec 2000. écus d'apointemens. Ils doivent
fournir chacun 100000 liv. d'actions , & c.
-Les Actions de la Compagnie des Indes
vifées , font montées à 625. les non viſées
à 730. les foufcriptions à 42 5. , & les billets
de l'Etat ne perdent que 8. pour cent.
M. Mallard Docteur en Medecine , doit
donr er inceffament au Public , un nouveau
Systéme fur la Caufe de la Fermentation ,
dans lequel il refute celuy de M. Aftruck
Profeffeur en la Faculté de Medecine de
Montpellier , qui attribue la Cause de la
Fermentation à la pefanteur de l'air . M.
Mallard fe propofe encore de démontrer que
que les Corps ignéés de M. l'Emery le fils ,
ne font point , comme il prétend , la cauſe
de la Fermentation . Il ajoutera à cela une
nouvelle explication fur l'intermittente des
Fićvres.
AVIS.
E fieur de Voolhoufe ,Gentil-homme Anglois,
Locuifte de pere en fils depuis 4 generarions
continue fes cours extraordinaires de pathologie ,
oculaire , fes revûes generales de 200. diverfes maladies
particulieres de l'oeil fur les vivaus . Il enfei200°
LE MERCURE
gne aux Etrangers à faire 45. differentes operations
de chirurgie ophthalmique , reconnucs indifpenfablement
neceffaires pour la guerifon radicale de
certains maux fâcheux de l'oel au quels certaines
femmes employent inutilemene des eaux , poudres ,
& autres petits remedes hafardés qui fendent l'oeil
le plus fouvent ,en penetrant & rongeant les menbranes
naturelles de ce corps molaffe , & en attaquant
egallement fes parties faines avec les par--
ties atteintes & alterées.
Le fieur de Voolhouſe declareà vue d'oeil fil'accident
en queftion fe peut guerir ou non ' ; & il entreprend
à forfait d'y remedier par des medicamens
prompts , fürs & doux , quand la chirurgie fpecifique
n'y eft pas abfolument requife-
Come la cataracte adherente interieurement à
l'Iris , du côté de la tempe , a toujours eludé la
pointe de l'éguille qu'on paffe prec fément dans
cet endroit du g'obe de l'ocil ; if a trouvé depuiss
peu un expedient fort jufte & fort aisé pour vaincre
cette difficuké ; qu'on étoit obligé toujours auparavant,
d'abandonner comme infurmontable ; De
forte que le fieur de Voolhouse garentit en 8 jours
de rems
fans retour , toute forte de cataractes
fimples,
Pour ce qui eft de la fiftule lacrymale , revenue
aprés toutes les operations ordinaires de la Chirurgie
, & éludant la force des petites fondes , & des
injections tant vantées depuis peu , le fieur de
Voelhoufe la garantit à jamais , fans aucun fecours
de feu actuel ou potentiel , par une nouvelle manoeu
re qui lui eft tout à fait particuliere & immuable.
Le grand Duc de Florence , & les Rois regnans
de Pruffe & d'Angleterre, à l'exemple d'autres Princes
, ont chargée fieur de Volhoute du foin de former
& d'elever de favens Medecins & Chirurgiens
Oculiftes,pour le foulagement general de leursfujets.
M. de Voolhoufe demeure à Paris dans l'Hôpi
DAOUST. 201
tal Royal des Quinze vingts , à la grande aumonerie
en entrant au parterre à côté du fameux Roffi.
gnol , Maître Ecrivain .
************************
APPROBATION
.
lû l'ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux , le Mercure Galand
du mois de d'Août . A Paris le 1. Septemb.
171900.
BLANCHARD.
********************
TABL E.
Vite de la Differtation fur la Garde
des Rois de France , par M. de Camps
Abbé de Signy.
Poëfies.
3
224
Lettre de M. de Sénecé , fur la question
propofée , fi l'on peut dire , un Repas
élegant.
Suite des Memoires de M. de **
Arrêts notables du mois .
Homme extraordinaire.
Avanture finguliere.
33
38
56.
84
86
Harangues faites au Roi , au Regent & à
S. A. S. Monfeigneur le Duc , par M.
Abbé Mongin de l'Academie Frangoife.
89.
202 LE MERCURE
Incendies.
Nouvelles Etrangeres.
95
102
Morts.
137
Morts Etrangeres .
141
Charges.
142
Mariages.
143
Peëfies.
144
Enigmes & Chansons . 147 148
149
195
1
Journal de Paris .
Suplement.
Corrections à faire dans la premiere Partie
de la Differtation fur la Garde des
Rois de France, inferée dans le mercure du
mois de Juillet 1719 .
p . 9. 1.7. au lieu de leurs fils aifné , lifez
leur frere aifné.
p . 10. 1. 15. au lieu de fils aifné de Clotaire
premier , lifez frere aifné de Clotaire
premier .
Errata pour le mois de Juillet fur la
Vie de M. Balaze.
p. 22. I. 23. le 23. lifez le 24. p . 24. 1.
10. Dedin , lifez Dadin . p.26. 1. 19.le 12 .
lifez le 14. 1. 20 le 27. lifez le 29. p . 29. 1 .
2. le 17 lifez le 19. 1. 3. & 4. Jean le Galois
Abbé de la Cure , lifez Jean Gallois
Abbé de Cores . p . 33.1. 14. Sacerdot , lifez
Sacerdos ou Sadroc.1 . 16. 17. Laud , Uffard
lifez Laud ou Lô , Ulfard , p. 36. I. antepenult.
Coteylier , lifez Cotelier . p, 40. l .
5. quife , lifez , ils fe.
LE
NOUVEAU
MERCURE
.
Septembre 1719.
Le prix eft de vingt fols
TOTHEQUE
DE
LYON
1893
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais .
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
E: GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue S.
Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
M. DCC . XIX .
Avec Approbation & Privilege du Roy.
AVIS.
O
N prie ceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Aureur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloître
S. Germain de l'Auxerrois .
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1718. de même que
l'Abregé de la Vie du CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON
au bis de la rue S Jacques , rue du petit - Pont ,
prés le petit Chaftelet , à la Croix d'or.
LE
NOUVEAU
MERCURE
Dialogue fur la Volupté.
PAUSANIAS A SON AMI.
N
Os jeunes gens firent hier le
facrifice ordinaire à Mercure.
En verité il eft difficile de
1 en voir de plus aimable que
la Jeuneffe d'Athenes. Aprés
que la ceremonie fit achevée ; comme il
faifoit beau , la plupart fortirent de la
Ville pour aller fe divertir hors de l'enceinte
des murs , & jouir du loifir que la
Fête leur donnoit . Ils avoient encore fur la
tête leurs couronnes de fleurs , qu' ls garderent
tout le jour , & s'amufoient à differens
exercices fur le bord d'Iliffus. Les
A ij
4 LE MERCURE -*
plus grands s'étoient fait amener des chevaux
, pour les monter dans la plaine , &
fignaler leur adreffe devant les plus jeunes
: Les autres les regardoient faire , en
s'occupant à des jeux convenables à leur
âge. Nos Dames accompagnées de leurs
aimables filles , ne manquerent pas de s'y
trouver , afin de contribuer au plaifir de
la Fête , & plus encore pour faire admirer
leurs charmes. Je ne fçai pourquoy
Agathon arriva plus beau que le jour , ac-.
compagné d'une troupe choifie de jeunes
gens de fon âge. Tous les yeux étoient at.
tachez fur cet aimable garçon ; il repandoit
fur toutes fes actions , une grace &
une douceur , qui donnoient aux yeux comme
au coeur de nos belles Grecques , de la
vivacité & de la tendreffe ; & je,ne fçai
même , fi je ne puis point le comparer à
l'Helene d'Homere , dont les attraits fe firent
fentir à Priam. Je le fuivis comme les
autres . Lorfque je fus affés prés de lui
j'entendis que quelques jeunes gens de fa
compagnie le prioient de leur redire un
entretien qu'il avoit eu avec Afpafie ſur
la Volupté. Il refufa quelque tems : aprés
quoy il fe fit un plaifir de ceder à leurs
inftances. Toute cette troupe s'étant mife
autour de lui , il leur dit avec cet agtement
qui lui eft fi naturel : Je voudrois
bien , mes amis , fatisfaire vôtre curiofité ;
mais je fens bien que je ne le puis faire

DE SEPTEMBRE:
qu'imparfaitement : Il me faudroit du
tems pour me rappeller l'entretien d'Aſpa- ,
fie , & vous me prenés au dépourvu ; mais
vous le voulés , fouvenés-vous que je vous
obéis. Vous faves lá part qu' A'fpafie a dans
nôtre Gouvernement , par l'amour qu'elle
afçû infpirer à Pericles. Vous fcavés auffi
que la reputation de fon merité & de fon
elprit , a attiré chês elle les plus grands
Philofophes , entr'autres , Anaxagore , &
Socrate qui ne dit rien ferieufement ; il
allûré néanmoins qu'elle lui a enfeigné la
Rethorique. Ne vous étonnés point , aprés
cet aveu , fi le difcours de cette femme
admirable répond à fes connoiffances , &'
fi ce que je vais dire d'aprés elle , eft audeffus
des raifonnemens que tiennent or
dinairement les femmes.
Un jour donc que j'étois demeuré feul
avec elle , & que je lui parlois de la volupté
, parce qu'elle ne peut qu'en reveiller
les idées , & parce que j'ay apris de
Socrate qu'il faut parler à chacun des chofes
où il excelle : La plupart des hommes ,
me dit elle , font debauchés fans être voluptueux
; & comment , lui dis -je ? la Volupté
eft donc differente de la debauche ?)
comme le blanc l'eft du noir , reprit- elle ;
& vous même , Agathon , je vous croy
fort voluptueux , fans vous croire debau
ché . Je vous prie done , belle Afpafie , de
m'apprendre à me connoître , & qu'eft ce
A iij
6. LE MERCURE
que la volupté par oppofition à la débauche
; afin que quand Socrate viendra avec
fes queftions pour me vouloir prouver que
je ne me connois pas moy-même , j'aye des
armes pour me deffendre , & que je puiffe
lui faire voir que vous avés û plus d'un
difciple.
S
Afpafie ne put s'empêcher de fourire ;
& reprenant la converfation me dit :
La nature a mis dans toutes les chofes qui
ont vie , un certain defir d'être heureux ;
& c'eft cette inclination qui porte chaque
animal à chercher le plaifir qui lui convient.
L'homme qui participe de l'effence
divine , & pour qui , dit on , Promethée
a derobé le feu du Ciel , fait feul goûter
le plaifir par l'efprit ; c'eft cette reflexion
qui diftingue la volupté d'avec la débauche.
L'homme parfait eft voluptueux ;
mais celui , qui fe livre à fon temperament,
ne differe des bêtes que par la figure , n'a
de plaifir que ceux de la débauche
&
>
& la debauche n'eft autre chofe , qu'un
emportement qui vient tout entier de
l'impreffion des fens . La raiſon a fa moleffe
, & fait fe plier aux chofes qui conviennent
à la nature d'une ame bien née ,
qui ne tient au corps que par des liens foibles
& delicats. A parler jufte,il n'y a d'aimable
que ces caracteres ; les autres font
durs , & fans nulle inclination pour la
vertu ni pour la politeffe ; auffi n'ont-ils
DE SEPTEMBRE.
7
jamais de vrais plaifirs : Mais oferois-je ,
Agathon , parler de chofes encore plus
relevées , & oferois je vous en parler :
je crains bien de m'oublier , mais on me
pardonnera avec Agathon .
-
Vous connoiffés Anaxagore , il étoit
ici comme nous voilà . La plupart des
jeunes gens étoient à l'armée , & ma chambre
n'étoit, remplie que de Philofophes.
La converfation fe tourna fur des chofes
ferieufes , & Anaxagore prenant la parole,
fe mit à dogmatifer ainfi , peut- être contre
fon fentiment . . . . Avant le commencement
du monde , il prenoit la choſe de
loin , les élemens étoient mêlés , & la
matiere formoit ce que les anciens Poëtes
ont nommé Cakos . Alors la Volupté , &
Pamour y mit une chaleur qui n'est jamais
fans mouvement , & du mouvement vint
l'ordre & l'arrangement de l'Univers.
Chaque partie de la matiere s'uniffant à
celle qui lui convenoit, & demeurant dans
l'équilibre avec les corps voifins , felon la
grandeur de fon Volume , car j'en ai retenu
les termes ; l'homme , comme le plus
accompli des Etres , ût plus de part à ce
feu univerfel , qui dans chaque corps en
particulier , comme dans toute la maffe
de la matiere , eft le principe de la vie &
du mouvement. Celui qui en ût davantage,
fut auffi le plus parfait , & reçût avec le
feu plus d'inclination à la volupté. Je me
A iiij
LE MERCURE
mêlai , continua Afpafie , dans la converfation
en perfonne capable ; & vraiment,
lui dis je , je vous fay bon gré d'admettre
le feu pour principe de toutes chofes ; auffi
bien n'ai-je jamais rien compris à ceux
qui tiennent pour l'eau , & c'eft par cette
raifon que je n'ai jamais aimé le commencement
d'une Ode de Pindare : En
effet , ajoutai-je , fans parler des Arts , les
agremtens , les manieres , la vivacité , tout
cela feroit bien loin , s'il n'y avoit que de
l'eau au monde , & je ſuis fûre , me´dit- elle,
que l'eau ne vous eût jamais infpiré cette
belle Tragedie que vous lûtes dernierement
ici ; ce qui fait que depuis ce temslà
, on ne parle que de la fleur d'Agathon .
J'étois fi charmé & fi occupé de fon difcours
, que fans trop répondre à fes flateries
; mais , Afpafie , repris -je , en l'interrompant
, n'ai-je pas oui dire à Socrate
que la volupté étoit l'amorce de tous les
maux , parce que les hommes s'y laiffent
prendre , comme les puiffons à l'appas du
hameçon ?
>
Il eſt vrai , me repondit- elle , que cette
inclination qui nous porte tous au plaifir
a befoin de la Philofophie pour être reglée
; & c'eft à quoy l'on connoît les
honnêtes gens qui par une attention exacte
, reglent toutes les actions de leur vie
& favont toûjours ce qu'ils font . Les autres
au contraire , errant à l'avanture , & ſans
>
DE SEPTEMBRE.
mul'autre guide que l'impreffion de leur temperemment
, fe laiffent toûjours tiranniſer
par quelque action brutalle; c'eft la maxime
d'ufer des plaifirs qui fait la volupté ou
la debauche . La volupté , repris -je , fera
donc l'art d'ufer des plaifirs avec delicateffe
, & de les goûter avec des fentimens
vertueux. Mais donnés- moi quelque exem
ple de cela , afin que ne doutant plus du
principe , je fçache en tirer les confequences
: Je le veux bien , répondit Aſpafie
, & ou le prendrons nous que dans l'amour
, celui de tous les plaifirs le plus capable
de delicateffe & de groffiereté. ?
Quiconque fe livre à l'amour par une
inclination qui ne porte pas fur un goût
fin & fur des fentimens exquis , n'eft point
un homme voluptueux , c'eft un debauché
; mais celui qui aime les qualités de
l'ame plus que celles du corps , qui tâche
à s'yunir autant qu'il eft poffible , par un
commerce vertueux de fentimens & d'efprit
, qui fuivant une fine galanterie , prefere
la partie fpirituelle à la corporelle ,
ou tout au plus ne cherche qu'à partager
un beau corps avec une ame fi parfaite ;
celui-là peut paffer pour avoir le vrai
goût de la vraie volupté. Ce goût adoucit
la raifon plûtôt qu'il ne l'affoiblit , &
conferve la dignité de la nature de l'homma
.Je voy bien prefentement , lui dis-je,
qu'il ne faut pas écouter nos fages qui
ΤΟ LE MERCURE
condamnent indiferemment toute volupté .
J'ofe dire , me répondit-elle , qu'ils n'en ont
point une idée affez diftincte , & qu'ils la
confondent avec la debauche ; car la verité
n'eft-elle pas en quelque forte la volupté
de l'entendement ? La Poëfie , la Mufique,
la Peinture , l'Eloquence , la Sculpture
ne font- elles pas tous les plaifirs de l'imagination
? Il en eft de même des vins exquis
, des mets delicieux , & de tout ce
qui peut flater le goût , fans alterer le
temperemment . Pourvû que la raifon conferve
fon empire , tout eft permis , &
l'homme ne ceffant point d'être homme
l'action eft jufte & loüable , puifque le vice
n'eft que dans le dereglement : Mais
voilà bien de la Philofophie , & je ne comprens
pas pourquoy je fçai tout cela . Il eſt
vrai , ajouta- elle , que ce font les galanteries
dont Socrate m'entretient , mais finiffons
: Il n'y a donc plus de fondement
dans cette guerre naturelle qu'ils ont imaginée
entre la Raifon & les Paffions ; elle
doit plûtôt les regler que les combattre ,
& moins travailler au deffein chimerique
de les deraciner de nous-mêmes , qu'à les
affaifonner par le goût de l'efprit & par le
fentiment du coeur. On peut être Philofophe
& facrifier aux Graces , fans qui
l'amour même ne fçauroit plaire ; ne peu
vent- elles pas s'accorder avec la fageſſe ? .
J'ai toujours trouvé que cette inclination

DE SEPTEMBRE . II
>
adoucit les pour les chofes aimables
moeurs , donne de la politeffe & de l'honnêteté
, & prepare à la vertu , laquelle ainfi
que l'amour , ne fcauroit être que dans un
naturel fenfible & tendre.
Voilà , mes amis , quel fut le difcours
d'Afpafie ; elle me perfuada. Depuis ce
jour, je ne fuis plus de l'avis de ces Philofophes,
qui foutiennent que la débauche &
la volupté ne different que du nom. Mais ,
ils nous aiment trop , & quittent trop
fouvent leur retraite pour nous ; & quelque
chofe qu'ils difent , leurs actions me
font croire que dans le fonds , ils ne font
pas éloignés du fentiment d'Afpafic.
Pourquoy , l'on ne voit plus ou presque
plus , de perfonnes paffedées du Demon ,
comme on en voyoit dans les premiers fiecles
de l'Eglife.
L
Par M. DE CHANSTERGES.
Es Chrétiens de la primitive Eglife
étoient pre que tous des Saints ; ils
ne refpiroient que la ferveur & l'amour de
la penitence. Les Demons confternés de ne
pouvoir poffeder ces ames vraiment chrétiennes
, tâcherent de fe vanger en tourmentant
les corps qu'elles animoient.. Ils s'y
ΤΣ LE MERCUR É
enfermerent avec elles pour y exercer leurs
fureurs. Auffi-tôt on vit de toutes parts des
Chrétiens poffedés du Demon ; ils paroif
foient tous agités de mouvemens convulfifs
. De leur bouche fortoit une voix étrangere
qui pouffoit d'effroyables cris . Bientôt
les Temples furent pleins de ces victimes
innocentes de la rage des, Démons .
L'Eglife fit des prieres expreffes pour les
chaffer des corps qu'ils tourmentoient ;
elle les forçoit à fubir fes queftions : elle
les interrogeoit au nom du vrai Dieu ; &
l'auteur du menfonge étoit contraint de
rendre témoignage à la Verité , & prefque
toujours de fortir des corps qu'il poffedoit.
Mais dans la fuite , les Démons voyant
qu'ils n'avoient qu'une rage impuiffante ,
commencerent à fe ralentir. Ils laifferent
paffer aux Chrétiens leur premier feu ; &
n'en voulant dans le fonds qu'à leurs ames
pour s'en rendre les maîtres , ils s'y prirent
d'une façon toute oppofée à la premiere .
Cherchons tout ce qui peut les flatter , dirent-
ils entr'eux. Il faut que les Demons
de la vanité , de l'avarice , de l'interêt
de l'envie , & c. employent tout ce qu'ils
ont d'adreffe , pour poffeder les coeurs de
ces hommes que nous n'avons pu vaincre ,
la douleur. Il faut qu'ils s'en faififfent
par les amorces du plaifir. Laiffons les faire
feulement , & les Chrétiens font à nous.
D'abord le Demon de la vanité , fit difpar

DE SEPTEMBRE. 13
paroître cette fimplicité aimable qui régnoit
auparavant. L'aveugle opinion corrompit
les efprits ; le fuperflu fut regardé
comme neceffaire ; on méprifa la
mediocrité dans les biens , la pauvreté parut
affreuse ; la vanité fe répandit de
toutes parts. Bientôt on ne refpira plus
qu'elle. Cette contagion infecta les Grands
& le peuple même. Cette fumée obfcurcit
la raifon des plus fages , elle enyvra les
plus fobres elle penetra dans les lieux les
plus retirés. Ce Demon fe glifla comme
un ferpent , fous les habits les plus humilians
de la penitence , & foufla fon venin
dans le fonds des coeurs.
Le Démon de l'envie divifa ces doux
liens par lefquels les Chrétiens étoient fi
étroitement unis. enfemble. Loin d'avoir
leurs biens en commun comme auparavant
, ils ne chercherent qu'à fe les ravir
les uns aux autres . Loin de s'affliger fur
les malheurs de fes freres , on reffentit une
maligne joye de leurs difgraces , & l'on
affecti même alors de leur faire voir un
fourire ainer. Loin de fe réjouir avec eux
de leur profperité , on ne fongea qu'à pallier
le 'depit mortel dont on fe fentoit dechiré.
Le Demon de la chicanne prit le nom &
la reffemblance de la juſtice. Il reveilla les
efprits les plus tranquiles , il alla troubler
leur repos . Avec lui parurent,les confeil
14 LE MERCURE
>
pernicieux , le prejugé trompeur , l'efpoir
d'acquerir plus trompeur encore, & l'aveugle
obftination, Compagne prefque infeparable
de la chicanne : On ne parla plus que
d'Arrêts , d'Apels , de Sentences. Les
voifins fe difputerent fur leurs limites.
On vit de pleins facs de papiers , plus
propres à former une chaîne de procés ,
qu'à en terminer un feul. On embroüilla
toutes les loix , les Teftamens les plus
clairs fouffrirent diverfes interpretations ;
& pour intenter unprocès , on ne fongea
bien fouvent qu'à trouver une équivoque.
Le Demon du jeu cacha fon funefte poifon
& ne fut regardé d'abord que comme
un agréable delaffement d'efprit. Tout
paroiffoit innocent en lui , & l'on ne fongeoit
point à s'en défier ; mais il fit fi
bien , que l'interêt fut enfin de la partie.
On s'ennuyoit fans lui. Il fut regardé
comme un doux éguillon qui reveille &
l'attention & le plaifir. Chacun ſe laiffa
piquer à un trait d'autant plus dangereux ,
que l'on en prevoyoit point les fuites .
Bientôt on vit fe former des Affemblées
où les Chrétiens alloient facrifier leur argent
au Demon du jeu . Là il les remplif
loit de fa fureur & de fa rage. On voyoit
de toutes parts des troupes de ces Poffedés ,
que la perte de leurs biens & de leur fanté
ne pouvoit retenir , paffer les jours & les
nuits dans ces maifons qu'on a qualifié du
DE SEPTEMBRE.
15
nom d'Academies , mot auparavant confacré
pour fignifier ces lieux où l'on n'aprenoit
que la vertu & la fageffe. Oh que de
contorfions effroyables le Demon du jeu
leur fit faire ! ceux dont ils poffederent les
corps , ne firent jamais tant de mouvemens
convulfifs.
Enfin mille autres Demons que je ne
nomme point , poffederent les coeurs des
Chrétiens , & les ont toûjours poffedés de
plus en plus jufqu'à prefent. Voilà la raifon
pourquoy ils ne poffedent gueres aujourd'hui
leurs corps , ils n'en veulent qu'à
leurs ames ; ils ont ce qu'ils fouhaitent ,
ils n'en demandent pas davantage. Mais il
faut avouer que fi l'on ne voit plus ou preſque
plus de poffedés comme autrefois , on
en voit d'une autre efpece un bien plus
grand nombre.
******************
Suite & fin des Memoires de M. de ...
V
>
Ous n'êtiez qu'un enfant,lorfque Madame
Defchauffours mourut. Vous
perdites en elle une mere tendre apliquée
à fes devoirs ; & moy , une épouse fidele
que j'aimois paffionnément. Vous me
confolâtes de cette perte ; & l'amour que j'avois
partagé entre vous & elle , vous le réunitesfur
vous fiule . Je vous aimay, nonfeu16
LE MERCURE
lement parce que vous êtiez ma fille; mais ,
parce que je découvrois en vous toutes les
qualitez qui peuvent rendre aimable. La
nature & l'âge ont perfectionné vôtre beauté.
Mes foins fecondes de vos heureuſes difpofitions
, vous ont renduë telle , que j'ofe
dire que fi vous n'êtes pas accomplie , c'eft.
qu'il n'eft pas donné à une Mortelle de l'être.
Je ne parle point en pere prévenu ; je parle
en homme indifferent , Juge équitable des
chofes. Ces charmes & ce mérite , loin de
vous rendre heureufe , pourroient un jour
vous être funeftes. La nature & lafortune
font rarement d'accord , pour combler de
leurs graces un même sujet , & il femble que
l'une ne travaille qu'à détruire ou à perfecuter
les ouvrages de l'autre . Cependant ,
Placidie , quoiqu'on nous diſe de l'étoile &
de la destinée , nous fommes en quelque maniere
les artifans de notre bonheur ou de nôtre
malheur. J'avoue que la prudence humaimaine
à des bornes , & qu'il arrive fouvent
des revers inopine dont toute nôtre prudence
ne peut détourner la malignité ; mais
elle peut y remedier. La patience & lafermeté
nous foûtiennent dans les diſgraces . J'ai
tâché de fortifier vôtre ame , & de la rendre
inébranlable dans ces événemens, affreux
qui dérangent la raifon la plus forte : Mais,
commej'ay mieux auguré du fort qui vous
attend , j'ay moins travaillé à vous armer.
contre la mauvaise fortune , qu'à vous rendre
DE SEPTEMBRE
17
dre digne de la bonne . Vous avez dans vousmême
de quoi la meriter. Mes conſeils vous
fourniront les moïns de vous y maintenir.
Pour cela , Placidie , il ne faut vous en.
écarter jamais , y joindre dans l'occafien ce
que l'experience & vos propres lumieres vous
fuggereront , reflechir dans les chofes fur
lefquelles le temps vous permettra de lefaires
& prendre fur le champ votre party
dans
celles qui ne demanderont point de remifess
Mais , comme ce que je vous dis ici , eft trop
que j'ay defcendu avec vous dans
des détails plus circonftanciés , la peur que
j'ay qu'ils n'échapent à vôtre mémoire ,,
m'engage à vous les donner par écrit :
vague ,
ג נ
»
مین
» Vous fçavez , Placidic, que dès que
» Vous avez eu l'uſage de raiſon , j'ay tâché
de vous faire comprendre qu'il n'y a
» rien de fi élevé , où une fille qui a de
l'efprit & de la beauté , ne puiffe afpirer.
» Je voyois avec plaifir que les idées de
grandeur faifoient une agreable imprefhion
fur vous : Que fufceptible d'une no-
» ble ambition , vous defiriez avidement
les plaifirs & les honneurs que je vous
» faifois entrevoir. Vous écoutiez mes cons
»feils avec docilité , & vous preveniez par
» vos queftions les chofes que je ne vouloisvous
apprendre que fucceffivement. Une
» mémoire merveilleufe vous faifoit retenir
»les évenemens & les exemples . Une conception
plus meveilleufe encore , veus ›
ג כ
B
18 LE MERCURE
כ
faifoit reduire les preceptes en pratique.
» La Philofophie , la Fable , l'Hiftoire ,
quoique je ne vous la montraffe qu'en paf-
» fant , n'avoient rien d'inacceffible à votre
»penetration. C'étoit uniquement l'art de
plaire que je voulois vous montrer , &
» vous y avez fait des progrés qui ont paf-
»fé toutes mes efperances. Je vous dis tou-
≫tes ces chofes , Placidie , non pour vous
» donner de la vanité , mais pour vous fai-
» re voir combien vous ferez blamable , fi
» votre conduite ne répond pas à vos lu-
» mieres.. -
Les hommes vécurent d'abord dans une
égalité de condition , que je ne crains pas
d'appeller ftupide. En effet , à qui étoitelle
favorable cette égalité ? A ceux qui n'avoient
ni l'efprit ni le courage de s'élever .
Les ames baffes & communes, y trouvoient
leur compte. Elles jouiffoient tranquillement
d'un-bien qui fe prefentoit à elles de
lui-même , qu'elles n'avoient pas la peine
de fe procurer par leur induftrie, qui ne demandoit
ni mérite ni fentiment.
Cet état étoit fi peu de la nature de l'homme
, qu'il n'a duré qu'autant que la groffiereté
des premiers tems l'a fait fubfifter.
Le joug de l'égalité parut odieux aux efprits
bien faits, aux coeurs nobles ; ils le fecouerent.
De-là fe font formés les Royaumes ;·
de- là eft venu l'émulation . Les Sciences &
les Arts jufqu'alors inconnus , aquirent ,
DE SEPTEMBRE. 19
en fe perfectionnant , la fplendeur où nous
les voyons aujourd'huy. La fuperiorité du
génie fit celle des conditions. Alors on fongea
à polir les moeurs ; alors on commença
à penfer , à reflechir. La magnificence des
édifices & des habillemens fucceda aux vétemens
de peaux d'animaux & aux cavernes.
Alors les plaifirs délicats & rafinez prirent
la place de la groffiereté. Ces mêmes
hommes qui ne differoient , pour ainfi dire,
des bêtes que par la figure , devinrent veritablement
des hommes fpirituels, épurez .
Le goût , la politeffe , la circonfpection ,
la déference , les vertus civiles & morales
les raprocherent de cette Divinité, dont ils
avoient à peine confervé les idées . Alors
ils s'apperçûrent qu'ils avoient une ame rai-
-fonnable & capable de deffeins immortels ;
alors enfin la beauté commença à joüir de
fes droits. Ils en connurent l'excellence , ils.
en fentirent le pouvoir . Elle devint le charme
des yeux , l'enchantement des fens , &
la felicité de l'ame.
>
du
Que vous auriez été malheureufe , Placidie
, fi vous étiez née dans la barbarie de:
ces premiers tems ! Devenue le partage
premier Paftre , ou du premier Chaffeur
fous la main duquel vous feriez tombée ; reduite
à travailler de vos mains ; à vivre dans
une trifte campagne ; chargée des détails.
d'un ménage delagreable & embaraſſant ;
quoy vous cût fervi vôtre beauté ? De à
Bij
20 LE MERCURE
quel avantage vous euffent été les qualitea
brillantes que vous poffedez ? Obfcurcies ,
confondues dans l'ignorance generale , elles
n'euffent contribué ni à vôtre fatisfaction ,
ni à vôtre gloire. Graces au Ciel , Placidic ,
vous êtes née dans le plus éclairé de tous les
fiecles , parmi la Nation la plus civilifée de
l'Univers , Françoife en un mot..
ya
La tendreffe que j'ay pour vous , génée
dans les bornes étroites des tendreffes ordinaires
, me donne des vûës bien plus vaftes
& plus relevées fur vôtre fujet , que n'en
ont la plupart des peres pour leurs enfans.
Je veux que vôtre fortune faffe autant de
bruit que vôtre beauté ; & comme l'une eft
merveilleuſe , je veux que l'autre le foit auffi
: Faite comme vous êtes , vous pouriez
choifir dans tout ce qu'il y a de meilleur parmi
tous les Particuliers du Royaume; mais,
Placidie , vous nêtes point née pour être la
femme d'un fimple Gentil- homme, ou d'un
riche Traitant. C'eft encore peu pour vous
d'arrêter vos efperances au frivole avantage
d'avoir un *** Quand vous vous en
rienderiez là les perfonnes qui vous rechercheroient
, ne font point en état de confulter
leurs coeurs & lears yeux fur leurs mariages.
M. de *** vous en fournit un affez
bel exemple . Outre cela , l'efprit de débauche
& de diffipation , regne fouverainement
parmi la plupart des jeunes gens .
Ils n'ont ni conduite ni jugement: Hebe
DE SEPTEMBRE. 21
1.
tez ou Libertins , ils partagent leur vie en¬
tre le jeu , les femmes & le Traiteur. Libre
des préjugez d'uneéducation populaire,
vous devez prétendre , Placidie, à quelque
chofe de plus. Le Prince de ** qui eft à
eft le feul digne de vous ; & dès que
j'auray terminé quelques affaires effentielles
qui m'arrêtent ici malgré moy , je veux
Vous y conduire. Cependant , comme vous
aurez à vivre & à vous accommoder aux
coutumes & aux moeurs d'une Cour que
vous ne connoiſſez pas , j'ay jugé à propos
de vous laiffer par écrit ce que je penfe làdeffus.
Imaginez- vous donc que fortis de
France l'un & l'autre fous quelques pretextes
fpecieux, j'auray trouvé le moyen de me
prefenter au Prince de ** & de vous y
prefenter vous-même : Qu'aprés lui avoir
demandé fa protection & pour vous & pour
moy , nous nous établiffons à . & que
le Prince frapé de vôtre vûë .comme
il le fera indubitablement , fentira naître
dans fon coeur les premieres impreffrons
d'une tendre ſurpriſe ; fçaura vous
diftinguer dans tous les endroits où
itfera, & où j'auray foin de vous faire trouver
adroitement ; qu'enfin vous lui aurez
plû . Alors , je folliciteray de l'Employ dans
fes Troupes ; il ne manquera pas de me demander
ce que vous deviendrez pendant
mon abfence : Je lui répondrai que je me difpofe
à vous mettre dans un Couvent, & que
....
,
22 LE MERCURE
fi je n'avois crains le Prince de . je
F'aurois prié de vous mettre auprés de la
Princeffe . Le Prince charmé de cette ouverture
, faifira l'occafion de vous mettre
à portée de recevoir fes voeux , & voici de
quelle maniere il faudra alors que vous vous
conduifiez.
Attachez-vous à la perfonne de la Princeffe
; étudiez fon humeur ; menagez les
perfonnes que vous connoîtrez poffeder fa
confiance ; faites fervir leur faveur à
procurer
la vôtre ; & fi vous en venez juíq'uà
gagner fes bonnes graces , n'oubliez rien
pour les confever. Soins affidus , fervices
empreffez, refpects infinis , obéiffance aveugle
, fecret inviolable , attentions circonfpectes
, louanges fines , flateries délicates ,
mettez tout en ufage. Enjoüée ou ferieufe ,
fuivant l'occafion ; trifte ou gaye felon les
évenemens , faites- vous toute à tout . Evitez
les intrigues & les cabales. Ne tâchez
de nuire à perfonne , ou du moins , ne le
faites qu'à coup fûr , & fi adroitement , que
le foupçon n'en tombe point fur vous . Paroiffez
du dernier défintereffement ; fuyez
la médifance ouverte , l'efprit de haine &
de party , ayez avec vos Compagnes , de la
modeftie , de la douceur ; que les avantages
que vous avez fur elles , ne vous donnent
ni froideur ni mepris ; gagnez les ficres
par vos déferences. Aprenez l'art de fet
bien mettre à celles qui ne feront entétées
DE SEPTEMBRE. 23
que de leur beauté ; Admirez celles qui
voudront paffer pour fpirituelles ; relevez
leurs bons mots pour leur applaudir ; joüés
avec les joueuses ; parlez de galanterie avec
les coquétes ; de pieté avec les prudes ;
de fcience avec les fçavantes ; d'ajuftemens
avec celles qui ne fcavent parler que d'é.
charpes & de garnitures. Complaifante
avec les difficiles ; liberale avec les avares ;
refervée avec toutes en general . Répondez à
Pamitié de celles qui vous en témoigneront ;
entrez dans les chofes qui leur feront plaifir
; compatiffez à leurs peines , à leurs chagrins
, à leurs degoûts. Ecoutés , dérobés
mefme finement leurs fecrets , fans paroître
Gurieufe ; mais ne dites jamais les vôtres.
Qu'on ne découvre en vous , ni orgueil ,` ni
inégalité , ni tracafferies : Qu'on ne vous
trouve ni misterieufe , ni évaporée. Obfervez
une jufte mediocrité qui ne tienne
ni du faſtueux , ni du rampant. Marquez
du goût & du difcernement , mais n'affetez
point d'en montrer. Convenez plûtôt
d'un fentiment ridicule , que de contefter
opiniatrément. Simple , mais propre dans.
vôtre parure ; ne vous diftinguez que par
vôtre beauté , que par vôtre bonne grace..
Donnez un libre accès à vôtre toilette ;
laiffez-vous voir en cornettes de nuit , & en
robe de chambre , afin que l'on connoiffe
qu'il n'y a rien de mandié , ni d'étranger
dans vos charmes . Surtout ayez dans toute
24 LE MERCURE
vêtre conduite unc circonfpection qui def
cende jufqu'au fcrupule. Vous ferez éclai
rée , vous aurez des envieufes , des jaloufes,
des ennemies. Ne donnez de prile à perfonne
, & que l'attention la plus opiniâtre
à examiner vos actions , foit inutile pour
celles qui vous examineront , & glorieufe
pour vous.
A peine paroîtrez- vous à la Cour , que
tous les jeunes gens , enpreffez autour dé
vous, combatteront entr'eux à qui vous pa--
roîtra le plus paffionné . Ce ne feront que
louanges , qu'affiduitez , que foins , que regards
; mais , Placidie , c'eft ici que je vous
demande une pratique rigoureufe des confeils
que je vais vous donner .
Les Italiens naturellement galants , pouffent
volontiers la paffion jufqu'à l'idolatrie.
Ainfi n'efperez pas que vôtre indifference ,
vôtre fierté , vos mépris , le tems' , ou les
reflexions , gueriffent ceux que vous avez
bleffé. Non , Placidie , ils vous aimeront
jufqu'à la mort. De tous les adorateurs que
vous fufcitera vôtre beauté, régardez comme
les plus dangereux,non pas les plus qualifiez
, non pas les plus riches , mais les
mieux faits mais ceux pour qui vôtre
coeur auroit du penchant à s'intereffer.
Vous êtes fille , Placidie ; & dans les preniieres
ardeurs d'une jeuneffe inconfiderée
à vôtre âge, on eft fufceptible ; on fe hiffe
aifément entraîner , finon au plaifir d'ai-
ر
mer,
04
DE SEPTEMBRE. 25
mer , du moins à celuy d'être aimée . Quel
charme plus féduifant pour une jeune perfonne
, que de voir à les genoux un cavalier
aimable , exprimant par toutes les actions
, par toutes les paroles , l'amour dont
ileft veritablement penetré ! Comment ſe
défendre de ces douces langueurs , de ces
tendres proteftations , de ces fermens paffionnez
, de ces expreffions flateuſes & infinuantes
, de ces larmes attendriffantes !
Comment refifter à ces mouvemens vifs &
tumultueux qui s'élevent dans nôtre ame , à
cette douce revolte de tous les fens , à ces
tranfports feditieux qu'excite la preſence
d'un objet aimé ! Tout eft contagieux dans
ces occafions ; tout nous féduit & nous perd;
un regard , un gefte , un rien , porte le poifon
dans le coeur.
C'est donc uniquement de vous-même
qu'il faut vous défier . Regnez fur vôtre
coeur , & perfonne ne s'en rendra maître.
N'aidez point vous-même à vous vaincre ,
& vous ferez invincible. Apellez vôtre raifon
au fecours de vôtre coeur , & l'ambition
au fecours de votre raiſon . L'un & l'autre
vous garantiront d'un peril d'autant plus
à craindre , qu'on s'y laiffe entraîner avec
moins de repugnance. ·
En vain vous promettriez - vous de tenir
fecret un engagement que vous auriez pris
avec quelqu'un. Croyez-moy , Placidie ,
tout devient public. Le Prince de .
Septembre 17190
C
...
26
LE
MERCURE
....
l'apprendroit infailliblement , & ne voudroit
point d'un coeur dont un autre auroit
eu les prémices. Vous verriez en un moment
toutes vos efperances anéanties. Le Prince
de . . . . . vous abandonneroit par mépris,
& votre amant par crainte. Plus le Prince
vous aimeroit , plus il feroit fenfible à l'injure
que vous lui feriez. La moindre jalous
fie eft une offenfe mortelle pour un amant
puiffant. J'avoue qu'il y a des occafions ,
où pour reveiller une tendreffe affoupie
dans un coeur qui n'a ni défiances , ni foup
çons , ni difficultez à combattre , on peut
verler dans ce coeur une ombre de jaloufie,
feindre une apparence d'infidelité ; mais
ces démarches font fi délicates , & demandent
tant de ménagemens , que je ne vous
confeilleray jamais d'y avoir recours . Il faut
connoître à fond le caractere , la délicateffe
& les fentimens de celuy qu'on veut feindre
de tromper, & plus que tout cela , être fûr
du pouvoir de les propres charmes. Il y a fi
peu de difference entre allarmer un amant
& l'offenfer , que fouvent au lieu de ranimer
fa paffion , on le revolte , on le met en
fureur.
Je fais tant de fonds fur votre conduite,
que je me perfuadė aifément que vous éviterez
tous ces écueils , ou que vous vous en
débarafferez avec efprit. Jufqu'icy je vous
ay parlé de la maniere dont vous devez vivie
à cette Cour , il eft tems de vous prefDE
SEPTEMBRE. 27
crire ce que vous devez faire avec le Prince
de ………… .
N'allez point à la premiere ouverture déclarée
en fouverain ; c'eft -à-dire , en homme
qui ne veut point languir , & qui n'aime
que pour être heureux ; n'allez point
dif-je , vous rendre précipitamment . Une
conquête qui coute peu à faire , coute peu
à abandonner. N'allez pas non plus par une
refiftance trop foutenue donner à fes defirs
le tems de s'émouffer . Ménagez votre coeur
& le fien. Comine nous ne fommes pas maîtres
de nos fentimens , je n'exige pas de vous
que vous l'aimiez dans l'inftant qu'il vous
declarera fon amour : Ce feroit peut-être
l'exiger inutilement. Je fouhaite que vous
éprouviez le pouvoir de cette heureufe fympathie
qui le trouve entre deux coeurs faits
l'un pour l'autre ; mais , fi c'eft trop fouhaiter
, agiffez du moins avec luy de forte
qu'il puifle croire que vous êtes fenfible ,
& qu'il foit content de vous. L'eftime & la
reconnoiffance éblouiffent une ame prévenuë
, & paffent fouvent à fes yeux pour un
veritable amour. Le tems,fon mérite , fa perfonne,
fa tendreffe , fa puiffance, votre ambition
, votre propre interêt , votre raifon ,
votre coeur , tout contribuera à vous le faire
aimer . Alors , fervez - vous de tous vos
charmes , de toute la délicateffe de votre
efprit , & de toute la fenfibilité de votre
ame. Oubliez le Prince de . . . . . dans les`
Cij
28 LE MERCURE.
mɔmens où il s'oubliera luy-même , pour ne
paroître qu'amant .
Recevez fes bienfaits avec plaifir , mais
fans empreffemens & fans avidité. Ne les
excitez point par des tours artificieux . Les
grands feigneurs aiment à donner ; mais ils
veulent être maîtres deleurs graces . Une
aparence d'avarice ou d'interêt , reyolte
leur délicateffe . Ne fonger qu'à s'enrichir ,
ce n'eft pas aimer , c'eft trafiquer honteufement.
Ce n'eft pas fe donner , c'eft fe vendre.
Ainfi , quelques foient fes bienfaits
paroiffez toûjours faire plus de cas de la
main dont ils viennent , que dudu preſent
même. Tâchez cependant de vous procurer
un nom & un établiffement. L'un & l'autre
eft une reffource contre l'inconftance
ou contre la mort d'un amant.
Sur toutes chofes , faites un bon uſage
de votre faveur & de vos biens . Ne tombez
ni dans des profufions extravagantes ,
ni dans des épargnes indignes ; ne foyez ni
prodigue ni avare. Ne le difputez point, à
la Princeffe de...... même fur la magnificence
des meubles , des équipages & des
habillemens. Un trop grand fafte attire
l'envie & la haine : Fuyez auffi l'autre
ex rémité , elle avidit , elle rend méprifable.
Menagez vous des creatures
> rendez
aux uns de bons offices auprès du Prince
par le moyen du Favory ; mais en ce qui
DE SEPTEMBRE. 29
re regardera point les affaires de l'Etat ,
dont , fi vous voulez m'en croire , vous ne
vous mêlerez jamais , obligez les autres par
vous même. Joüez peu , plûtôt encore par
complaifance que par goût. Une joüeufe
s'expofe à de terribles inconveniens. Une
groffe perte dérange l'efprit & la fanté.
Quelles démarches ne fait- on pas quelquefois
pour la reparer ? On n'a plus d'argent ;
on veut en recouvrer à toute force ; on
fçait le befoin où nous fommes ; on nous
en offre , Et qui fouvent Croyez -moy
Placidie , ce ne font point des gens défin→
tereffez. La reconnoiffance qu'ils éxigent
de vous , eft toûjours infiniment au- deffus
du plaifir qu'ils vous ont fait , & voilà le
vrai moyen de fe perdre.
>
Si la fortune vous fufcite quelque Rivale
, tâchez d'abord de la faire fervir de
triomphe à vos charmes . Employez- les ces
charmes à retenir le Prince de ..... ou à
le ramener , s'il vous échape . Malgré tout
ce que vous aurez pû faire , cédez au tems
avec fageffe , ce nefera peut-être qu'un feu
paffager. Surtout ne l'aigriffez point par
des reproches amers , par des hauteurs ,
par des fiertez exceffives , par une jalouſie
emportée & furieufe . Ne recourcz ni aux
injures , ni aux menaces. Employez la douceur
, la complaifance . Que vos yeux couverts
de pleurs jettent fur luy des regards
mêlez de douleur & de tendreffe. Que
C iij
30 LE MERCURE
J
vôtre langueur & vôtre abattement foient
les feuls interprétes de vôtre deſeſpoir . Ne
demandez pas inconfiderément à vous retirer
dans les premiers tranfports d'une paffion
naiffante. Un facrifice ne coute gueres
à faire aux perfonnes qu'on commence d'aimer,
& vous feriez peut-être prife au mot..
Armez-vous de force & de patience . Le
Prince de . qui ne trouvera nulle
part ce qu'il aura trouvé en vous , reviendra
de lui-même ; & vôtre gloire en fera
d'autant plus brillante & vos plaifirs
d'autant plus purs , que vous ne devrez fon
retour qu'à votre beauté , qu'à votre merite
, & qu'à vos bonnes manieres .
... •
3.
Dans le calme heureux d'une tranquile
intelligence , ne chicanez point le Princede
..... par des délicateffes mal entenduës ,
par des raffinemens outrez . Un amour
qu'on veut trop fubtilifer , s'évapore. S'il
arrive entre vous de ces refroidiffemens ,
de ces langueurs , ou de ces broüilleries ,
infeparables de l'amour , produites plûtoft
par le défaut du temperament , que par celui
du coeur ; ne les regardez point comme
un fujet de plainte , comme un crime.
Travaillez à les étouffer par votre prudence
, plûtoft qu'à les entretenir par votre alteration
. N'en accufez point le Prince de ...
On ne peut pas toûjours être dans la mê--
me égalité d'efprit . Nous avons nos momens
d'impatience & de chagrins..
DE SEPTEMBRE. 31
Si la Guerre ou quelque autre raison , l'oblige
à fe féparer de vous ; lorfque vous lui
direz adieu , fuivez les feuls mouvemens
de votre coeur. C'eft connoftre peu l'amour
, que d'employer de belles paroles
pour dire adieu tendrement . De la doufeur
dans les yeux , des difcours fans ordre
& fans fuite, de triftes regards fans affectation
, de la fincerité dans la douleur comnie
dans les paroles , en un mot , un je ne
fçay quoy de doux & d'amer tout enfemble
, qui paffe cent fois d'un coeur dans un
autre , prouve mieux que ne pourroient
faire les difcours les plus éloquens , ce qui
fe paffe dans une ame tendre , accablée des
frayeurs de la féparation & des horreurs de
Pabfence.
Si vous avez des enfans , apliquez- vou
toute entiere à leur éducation . Que l'amour
que j'ay pour vous , foit la regle de
celui que vous aurez pour eux . Inſpirezleur
des fentimens dignes de leur naiffance.
N'épargnez -rien pour leur procurer
le meilleurs Maîtres . Faites-en venir de
France , fi l'Italie ne vous en fournit pas
d'affez illuftres .
Si je virus
obfervez exactement
tout ce que
je viens de vous preferire , affurez-vous ,
Placidie, que vous ferez la plus heureufe
& la plus illuftre perfonne de vôtre Sexe.
Peut-être vivrai -je affez long - tems pour
ajoûter aux confeils que je vous donne au-

Ciiij
32 LE MERCURE
jourd'huy , ceux qu'exigeront les conjonctures
differentes où vous vous trouverez ,
& pour vous voir jouir de votre bonheur.
je meurs auparavant, j'emporteray du
moins en mourant , la confolante fatisfation
, que je n'auray rien oublié de tout
ce qui pourroit contribuer à votre élevatión
, & de tout ce qui pouroit la rendre
agreable & folide.
Il y avoit paffablement de vifion , &
d'extravagance dans ces merveilleux projets
de Defchauffours. C'étoit veritablement
bâtir des châteaux en Eſpagne. Par
malheur , je vins imprudemment renverſer
tout l'édifice . Cette lecture me furprit. Il
m'avoit toûjours paru homme de bonlens ,
incapable d'imaginations auffi creufes que
celles- là.
Aprés cette lecture , je remis le Manufcrit
à fa place , & la Copie dans ma poche.
Je n'en parlay point à Placidie . J'avois
des chofes plus preffantes à lui dire.
Je ne fongeois qu'à l'avancement de mes
affaires auprès d'elle . Enfin , foit qu'elle
n'eût pas donné dans les grandes idées de
fon pere , foit que l'étoile prévalût , Placidie
, telle que je l'ay dépeinte , Placidie
deftinée à la plus hautefortune par le plus
vifionaire de tous les hommes , borna fes
vûës & fon ambition à la conquête de mon
coeur. Il ne s'agiffoit plus , lorfque nous
fumes d'accord de nos fentimens , que de
DE SEPTEMBRE. 33
trouver le moyen de les conduire à bonne
fin. C'étoit lá le point de la difficulté.
Deſchauffours plus clairvoyant qu' Argus ,
m'examinoit d'une étrange forte. Sa fille
étoit guérie , je l'étois auffi. Mon congé
renouvellé pour quinze jours , expiroit.
Je n'avois aucun pretexte de refter chez
lui ; ainfi ma prefence commençoit à lui
devenir infuportable. Peut-être qu'il avoit
fini fes affaires ; qu'il fe difpofoit à ſon
voyage de Madrid , & qu'il n'attendoit
que mon départ pour le mettre en
chemin.
J'étois au chevet de Placidie ; je tenois
un Livre dans lequel je feignoís delire, tandis
que je n'occupois mes yeux à qu'à la
regarder. Elle étoit plus belle & plus écla
tante qu'avant fa maladie.
Tel au milieu de fa carriere;
D'un nuage profond fortant victorieux ,
Plein de grandeur & de lumiere
Le Soleil éclate à nosyeux.
La comparaifon eft un peu ufée ; mais
n'importe , elle paffera en faveur de la ve
rité.
Deſchauffours entra dans la chambre de
fa fille . La poche de mon juftaucorps mal
fermée, lui laiffa entrevoir la fatale Copie ;
tout lui étoit fufpect . Il voulut en badinant
s'en faifir ; j'y portar heureuſement
la main ... Ne peut on fçavoir ce que c'eft
34 LE MERCURE
que ce papier , me dit- il , voyant qu'il avoit
manqué fon coup ... Non , lui disje
, en riant , c'eſt l'hiftoire de mes amours
...Cela doit être curieux , répondirent en
même tems le pere & la fille Faites- nous
en part ... Vous n'y trouverez rien , leur
dis -je , digne de vôtre attention . Placidie
infifta , malgré les fignes que, je me tuois
de lui faire. Defchauffours me preffoit de
fon côté. Je ne fçavois plus comment me
deffendre. A la fin , je m'armai d'un peu
d'effronterie. Puifque vous voulez abfolument
, leur dis -je, fçavoir ce qui eft dans
ce papier ; je vais vous fatisfaire , quoique
ce foit mettre ma vanité à une terrible épreuve
, & qu'il ne me convienne gueres de
m'ériger en Auteur . C'eft une hiftoriette
que j'avois écrite pour amufer Placidie ;
elle n'eft encore qu'ébauchée. Attendez
jufqu'à demain , je la reverrai , & vous la
trouverez moins mauvaife qu'aujourd'hui
.... Telle qu'elle eft , répondit Defchauffours,
lifez - la nous . On fçait bien qu'un Cavalier
n'eft pas obligé d'écrire comme un
Academicien. Il n'est pas tard , la fanté de
Placidie lui permettra de vous écouter
fans en être intereffée . Il fallut obéïr ; un
peu de préſence d'efprit & de mémoire me
furent d'un grand fecours dans cette occafion
. Ainfi donc ,mon Manuſcrit à la main,
que je tournois du côté de la muraille ; un
gueridon à mes côtez fur lequel il y avoit
DE SEPTEMBRE. 35.
un flambeau , j'imaginai fur le champ une
avanture dont le Lecteur fe paffera fort
bien .
Ma mémoire commençoit à pêiner terriblement.
Je difois peu de chofes en beaucoup
de paroles ; en un mot , je batois la
campagne. Cependant Defchauffours &
Placidie , donnerent mille loüanges à mon
hiftoriette. Celles du pere m'étoient fufpeêtes
; mais , celles de la fille m'étoient fi
agréables , que j'aurois bien voulu lui montrer
fur le champ de quel effort d'imagination
j'avois été capable . La vanité eft inféparable
de l'amour. Qu'on dife tout ce
qu'on voudra , il n'y a point d'Amant qui
ne foit bien aife que fa maîtreffe lui trouve
autant d'efprit que de tendreffe. On
doit à l'efprit la délicateffe de l'expreffion .
Le coeur penfe , mais l'efprit perfuade . J'a
voue qu'il eft quelquefois dangereux d'af--
fecter d'en avoir. Il y a même des occafions
où il n'en faut point avoir du tout ; mais il
faut le fufpendre , & non pas l'aneantir.
Je mets bien de la difference entre le dérangement
& le trouble d'un amant que
la paffion déconcerte , & le filence ennuyeux
, ou les diſcours fatigans d'un ſtupide.
Infenfiblement je tombe dans la differtation
, à Dieu ne plaife que je m'y égare .
plus long- tems .
Je remis mon Manufcrit dans ma poche,
& il n'en fut plus parlé . On fervit, & la
36 LE MERCURE
complaifance deDeſchauffours fut au point,
qu'il voulut bien que je foupaffe avec fa
fille. Je devois partir dans deux jours.
Cette démarche lui parut fans confequen.
cc. Nous fûmes de la plus belle humeur du
monde. Nous dîmes mille jolies choſes.
Nous chantâmes & je m'enflammay de plus
on plus. Je fus pourtant fi bien le maître
de mes yeux & de ma langue , que Defchauffours
qui examinoit jufqu'à mes geftes
, n'eut lieu de fe mettre aucun foupçon
dans la tête. Charmé de ma difcretion &
du refpect que j'avois pour l'hofpitalité ,
il me reconduifit dans ma chambre , & me
renouvella cent fois les proteftations d'amitié
les plus empreffées. Je lifois dans fes
yeux que fon fecret lui pefoit , & qu'il
mouroit d'envie de s'en foulager en m'er
faifant confidence ; mais , j'éludai la chofe
adroitement ... Au nom de Dieu , lui disje
, ne me laiffez plus voir Placidie. Jufqu'ici
je me fuis défendu de fes charmes en
brave homme ; mais , outre que je ne vous
promets pas d'avoir toûjours la mêmeforce &
Le même courage , je veux bien vous avouer
que jefuis d'une impatience & d'une indifcretion
horrible. Si je venois à l'aimer , je
ne pourrois m'empêcher de le lui dire , même
devant vous , &fi je faifois la moindre impreffion
furelle , on m'écorcheroit plûtôt tout
vif, que d'exiger de moi à ne m'en pas
glorifier. Cette maudite démangeaiſon de
DE SEPTEMBRE . 37
parler de mes bonnes fortunes , lorsque j'en
ai eu , m'en afait perdre plus de mille . Tel
eft men caractere. Je ne croirois pas être benriux,
fi mes amis ignoroient queje ne le fuffes
itfe le tint pour dit , & fe retira en me fou
haitant le bon foir.
J'avois mes vûës en lui parlant de la forte.
Il étoit bon de lui donner de moi cette
mauvaiſe impreffion , afin que prévenu de
mes étourderies , il ne fut pas fcandalifé de
quelques traits de vivacité" , s'il m'en échapoit
quelques-uns auprès de Placidie , fuppofé
qu'il me la laiffât voir encore une
fois. Quand on veut tromper quelqu'un ,
il faut , autant qu'on peut, le mettre hors de
défiance. Une circonfpection trop foûtenuë
, paroît affectée , & ce n'eft pas toûjoûrs
par les raifons les mieux prifes , qu'on
réüffit.
Dès que je fus feul , je fongeai ferieufement
à ce queje devois faire pour me rendre
heureux. Mon imagination fe trouva
courte. Je roulai dans ma tête mille def
feins dont l'execution étoit impoffible ou
dangereufe. Je voulois une chofe ; j'en voulois
une autre ; je les voulois toutes enfemble
, & à force d'en vouloir , je n'en
chois pas une. Le jour vint , & je me
trouvai auffi irrefolu que lorfque je m'étois
couché .
Un moment.après , Defchauffours entra
dans ma chambre tout effaré . M.
38
LE
MERCURE
d'Armentiers , me dit- il ; quoique vous
m'ayez donné hier une legere idée de vôtre
indiſcretion , je vous crois homme fage ,
& je vais vous donner une marque effentielle
de la confiance que j'ay en vous . M.
le Duc de .... vient aujourd'huy fur ma
Terre. Je n'en fuis pas connu . Peut- être ne
viendra- t'il pas chez moi ? Peut- être même
ne fçait-il pas fi j'ay une fille ? Mais peutêtre
auffi qu'il le fçait , & que cette chaffe
ne s'eft projettée que pour venir dans ma
maifon fous pretexte de s'y délaffer , mais
en effet pour voir Placidie. S'il la voit ,
il eft fufceptible. Infailliblement il en deviendra
amoureux , & je fuis un homme.
defefperé. Levez- vous je vous prie , &
vous habillez . J'efpere que vous me ferez
l'amitié de conduire Placidie chez ce vieux
Gentil-homme avec lequel nous avons foupé
ici il y a quelque tems. Je compte fur fa
difcretion & fur celle de fa femme . Sa
maiſon n'eſt qu'à 3. petites lieues de la
mienne. Ma fille eft prête , & ma chaiſe
vous attend. Je ne raifonnai pas beaucoup
fur la propofition de Defchauffours . Elle
m'étoit trop agréable pour ne la pas accepter.
Je lui dis neanmoins en plaifantant ,
qu'en voulant faire éviter un danger à Pladie
, il m'expofoit à un bien plus grand :
Qu'il falloit qu'il fût bien de mes amis pour
que je le rifquaffe ... Depêchons , interrompit
Defchauffours ; il me tarde que vous
DE SEPTEMBR E. 39
... ne foyez deja partis . Le Duc de
ne fera peut-être que paffer. En ce cas-là
je vous manderai de revenir ce foir , ou
j'irai moi- même vous chercher . Il me faifoit
un double plaifir. J'aimois fa fille . Il
m'étoit doux d'être tête à tête avec elle
pendant trois lieües de chemin . Outre cela.
je commençois à me fentir capable de jaloufie
, & je fus charmé que le Duc de ...
ne pût point la voir . Je connoiffois ce
Prince ; enfin pour parler ingénûment ,
la facilité que j'avois trouvée à me faire
aimer de Placidie , m'effrayoit.
Cette idée s'effaça dès que je fus feul
avec elle. L'occafion étoit favorable. On
croira fans doute que nous en fîmes un bon
ufage ; point du tout . Charmez du plaifir
de nous voir en liberté , nous paffâmes le
tems à nous faire des proteftations de tendreffe
& de fidelité , fans fonger à prendre
des mefures .
Nous fumes très bien reçûs par Monfieur
& Madame de Carriere . On commença
par nous faire dêjeûner , car on
fçût que nous étions partis à jeun . Enfuite,
M. de...... voyant que fa femme s'entretenoit
avec Placidie , il me tira à part ...
Il faut , me dit- il , que vous ayez enforcelé
Defchauffours . Sans cela je le connois
, il ne vous eût jamais confié fa fille ,
furtout à vous , M. qui paroiffez un Cavalier
redoutable Mais , continua-t'il ,
1
40
LE MERCURE
J
fans approfondir , d'où vient vôtre bonheur
, je vous en felicite : Vous avez un
coeur & des yeux ; fans doute vous aimez
Placidie. Je ne fuis plus à vôtre âge . Cependant
, fi je me trouvois tête à tête avec
une auffi belle fille , je ne fçay ce que
je ne ferois pas. Je craignis que ce demi
vieillard ne me dreffât un piege. Je contrefis
le Caton , & lui perfuaday fi bien
que j'étois ferviteur & ami de Deſchauffours
, que j'eftimois Placidie , mais que je
ne fentois rien davantage pour elle , & que
je mourrois plûtôt mille fois , que d'avoir la
lâcheté d'abufer de fa confiance ; je le perfuadai
fi bien , dis-je , qu'il ne m'en parla
plus , & qu'il me regarda comme un
homme formé de quelque glaçon du Mont
Caucafe.
1
Nous étions au commencement d'Avril.
Il faifoit affés beau ce jour - là . Cariere
nous propofa d'aller faire un tour de
promenade dans fon Jardin. Apeine
étions-nous fur la terraffe , qu'en entendit
un grand bruit de cors & de chiens ,
& que nous vîmes paroître M. le Duc
de ...avec toute fa fuite. Madame de Cariere
furpriſe de cette airivée imprevûë ,
n'eût pas le tems de cacher Placidie , &
nous fumes tous fi deconcertés , que ce
Prince avoit déja demandé deux ou trois
fois qui étoit cette belle perfonne , fans
qu'on lui eût répondu . Cariere à qui il
convenoit
7
DE SEPTEMBRE. 41
convenoit de fatisfaire la curiofité de ce
Seigneur , étoit dans un embarras étrange.
De dire que c'étoit fa fille , il n'y avoit
point d'aparence. Il étoit connu de la plû-.
part de ceux qui étoient avec le Duc , qui
favoient bien qu'il n'en avoit pas. De dire
que c'étoit la fille de Deschauffours , c'étoit
trahir fon ami ; enfin , prenant fon parti
fur le Champ , il dit à ce Prince qu'elle
étoit la femme du Centilhomme que S. A.
voyoit dans le Jardin , & qu'ils étoient venus
tous deux lui rendre vifire . Je fus fur
le point de le dementir , tant je voyois
d'inconveniens dans le perfonnage que j'allois
être obligé de jouer : Mais,ayant fait reflexion
que fi Placidie n'étoit pas ma femme
, elle pourroit bien la devenir ; & tirant
un bon augure de ce que Cariere venoit
de dire, je m'avançai ju qu'au bord du
mur & fis une profonde reverence au
Duc de ... qui ne s'en aperçût pas , tant
il étoit occupé de Placidie. Mais ayant
jetté les yeux fur moi : Quoi d'Armentiers ,
me dit- il , c'est toi ! Je ne te croiois pas
marié , & moins encore poffeffeur de la p'no
belle femme de France. Je t'en fais compli
ment , & prends part à ton bonheur. Là
deffus it defcendit de cheval. La terrafle
donnoit fur la campagne. Cariere ouvrit
une porte qui y donnoit auffi , & le Duc
entra. J'étois dans des tranfes mortelles
que j'étois contraint de renfermer au fonds
j
D
42
LE MERCURE
+
de mon coeur. Placidie me raffûra . Elle
fe demêla de toutes fes douceurs , & de toutes
fes cajolleries avec un efprit & une modeftie
qui me charmerent & qui me rendirent
la vie . Cariere étoit le Gentilhomme
de la Province qui avoit le meilleur vin . Il
pria le Duc de lui faire l'honneur de ſe ra--
fraîchir dans fa maifon. Il fut exaucé fur
le champ ; & ce Seigneur , aprés être refté
plus d'une heure à table , & s'être rempli
le coeur de tous les charmes de Placidie
qu'il combla de louanges , remercia Cariere
de fa bonne reception , monta à cheval
& m'ordonna de l'aller voir à
mon depart.
avant
J'en reviendrai toute ma vie à dire qu'on
ne peut aller contre l'étoile . Ce fut cette
étoile qui me conduifit chés Deschauffours ,
& qui , malgré toutes les precautions , me
fit voir fa fille. Ce fut elle qui detruifit fes
vafles defleins en la rendant fenfible à mon
amour. Ce fut elle qui fit venir le Duc de
... chés Cariere ; elle en un mot , qui fut
caufe de tous les evenemens qui me reſtent
à conter.
Defchauffours fcut que le Duc de ...
avoit vû Placidie , & ille fcût prefque auffitôt
qu'il fut arrivé chés Cariere. Jamais
douleur n'a été plus forte. Jamais frayeur
n'a été plus vive que la fienne. Il fut plus
d'une heure fans pouvoir parler ; enfin
prenant fon parti , il refolut de la venir reDE
SEPTEMBRE.- 43
chercher , de la mettre dans un Couvent
jufqu'à ce qu'il pût partir , d'avancer fon
depart le plus qu'il pourroit , & de me
prier de me rendre à mon Regiment dés
le lendemain .
Dans cette refolution , il fit feller un
cheval . Par malheur il avoit oublié quelque
chofe dans la chambre de Placidie. Il
y alla . Le premier objet qui le fapa en
entrant , fut la clef de fon bureau. La precipitation
avec laquelle elle étoit partie le
matin , la lui avoit fiit oublier . Deschauf
fours toûjours defiant , voulut en parcou
'rir tous les tiroirs. Il n'alla pas loin fans
être payé de fa curiofité , & fans trouver
ce qu'il ne cherchoit pas. C'étoit une let
tre que j'avois écrite à Placidie ; elle fervoit
de réponſe à une des fiennes : Elle
étoit intellig ble , & n'avoit pas befoin de
Commentaire . Je la remerciois de la bonté
qu'elle avoit eu de répondre à mes fentimens.
Je l'exhortois à perfeverer dans le
deffein où elle étoit de me rendre heureux,
& à confentir à tout ce qui ne bleffèroit
point fa vertu pour fe donner à moi . Je li
felicitois de n'avoir point adopté les idées
de fon pere , & de ne plus fentir de repu
guance à le tromper ; je me felicitois mol
même du bonheur de lui plaire : Je finiffois
en l'affirant que puifqu'elle partageoir
mon impatience , j'efperois que nous la
verrions bientôt ceffer. Quel coup de fou
Dij
44 1 LE MERCURE
>
dre pour Defchauffours ! Il ne pouvoit en
croire à fes yeux. Une autre réponſe ne lui
donna plus lieu de douter que je n'aimaffe
fa fille , que je n'en fuffe aimé , & que je
ne fçuffe tous fes fecrets. Il éprouva qu'il
n'arrive jamais un malheur fans un autre ;
mais ce dernier lui fit oublier le premier .
Aprés s'être bien emporté contre Placidíe
& contre moi , aprés m'avoir donné tous
les noms que mon procedé lui parut merirer
, il forma la refolution de tirer vengeance
de l'injure que je lui avois faite
quelque peu d'égalité qu'il y eût entre un
homme de ss . ans , & un autre qui n'en
avoit pas encore 30 .. A toute cette colere
fucceda une trifteffe & un accablement
qui le rendit immobile. Il fit neanmoins
un effort fur lui-même , & monta à cheval
. Nous le vîmes arriver pâle comme la
mort. Nous crûmes Placidie. & moi que
l'avanture du Duc de ... en étoit la caufe,
& nous n'eûmes garde de foupçonner que
nous y euffions part. Defchauffours incapable
de fe contraindre , me regarda d'un
air irrité que j'attribuai encore unique.
ment à fon chigrin . Il me dit fechement
qu'il le trouvoit mal , & qu'il me prioit
de lui ceder ma place dans fa chaife. La
demande étoit jufte ; je montai fur fon
cheval , & nous partîmes tous trois fort
intrigués. Defchauffours , qui étoit defefperé
de ce qu'il venoit d'aprendre de nos
DE SEPTEMBRE. 45
*
affaires , foupiroit à tout moment. Placídié
qui craignoit que fon pere ne fui fic
un crime de ce que le Duc de ... l'avoit
vûë,gardoit un profond filence , & n'oſoit
le regarder. Moi qui me voyoit loin de
mon compte , m'êtant flaté que je pourois
prendre avec elle des mefures juftes , pour
faire confentir Defchauffours à nôtre mariage
, ou pour nous marier fans fa participation
, je n'étois pas moins agité . Nous
arrivâmes ; Defchauffours fe mit au lit
avec une groffe fievre. Le lendemain fon
mal devint plus violent , & enfin on deſefpera
de fa vie. Il demanda Cariere qu'on
alla chercher fur le champ , & qui arriva
le foir même. Le Curé par l'avis du Medecin
, lui dit de fe preparer à la mort , &
qu'il n'avoit plus que quelques heures à
vivre. Il en reçut l'arrêt fans murmurer
Il nous fit venir Placidie & moy auprés
fon lit , & aprés que tout le monde , hors
Cariere , fut forti de fa chambre , il nous
parla de la forte ... Monfieur , me dit- il
d'une voix mourante en s'adreffant à moi.
Vous avés abusé de ma confiance & de mon
amitié. Dans un autre tems je n'enff's pas
borné mon reffen iment à de fimples reproches
; mais aujourd'hui que je regarde les
chofes d'un autre ail que je ne le faifois il
y a trois jours ; loin de m'emporter contre
vous , je vous fais mi'le remercimens de
avoir empê bé d'executer les coupat les def45
LE
MERCURE
feins que j'avois fur Placidie ; vous les fçavés
fans doute ; c'est pourquoy je ne vous en
parle pas. Je vais rendre compte à Dieu de
mes actions. Je ne dois plus fonger qu'à lui
demander pardon de mes egaremens >
ن م
qu'à le flechir. Vous avés plû à ma fille ;
vôtre merite & vôtre fageffe me font efpererqu'elle
fera heureuse avec vous ; je vous la
donne ... & vous ma fille , poursuivit-il ,
en fe tournant de fon côté , pardonnés à un
pere que fon amour pour vous avoit avenglé.
Je detefte les pernicieux confeils
que j'avois eu l'imprudence de vous donner
; & je mourrois inconfolable , fi je
croyois qu'ils euffent fait la moindre impreffion
fur votre coeur Effacés-les de vôtre memoire
& qu'il n'en foit plus parlé. Reparés
par votre vertu , par vôtre modestie , &
par votre fidelité , les idées ambitieufes &
prophanes que j'avois voulu vous inspirer.
Faites plussenfeveliffés dans un filence éternel
ces funeftes circonstances de ma vie. Epargnes
à la memoire de vôtre pere les erreurs
où il s'étoit abandonné ... Mon fils
reprit il , en me prenant la main ; car je
ne dois plus vous traiter autrement . Je vous
fais un prefent en vous donnent Placidie
dont j'efpere que vous me benirés le reste de
vos jours. Aimés -là pour elle & pour
&
moi Elle le merite par fa beauté. Elle te
meritera par fa conduite ; & je le merite
moi-même par tout ce que j'aifait pour elle,
:
>
DE SEPTEMBRE. 47
fi vous en exceptés des extravagances , qui
graces au Ciel , n'ont point en de fuites , &
pour lesquelles vous me voyés penetré -du
plus vif repentir. Je sens que la mort s'aproche
; laiffes- moi donner ces derniers momens
aux pensées de l'éternité. Embraffés moi
mes infans. Cariere vous fervira de pere.
C'est un ami fidele & genereux . Il fait tous
mes fecrets & vous les aprendra . Adieux
Loyés heureux , recevés ma benediction .
Nous fondions en pleurs Placidie , Cariere
& moy , & nous ne pûmes proferer
une feule parole , tant nous étions faifis ..
Defchauffours fe fentant affoibli , & voyant
que nos larmes l'attendriffoient , il nous fit
figne de fortir. Le Curé rentra , & il rendit
l'ame entre fes mains . Placidie accablée
de la plus vive douleur , fe jetta ſur le
corps de fon pere. On eut toutes les peines
du monde à l'arracher de fa chambre.
Loin de pouvoir la confoler , j'avois moimême
befoin de confolation . Je la remis
entre les mains de Cariere qui l'emmena
chés lui . Je fis enterrer Défchauffours ,
& fus les rejoindre le lendemain .
Cariere commençant à ufer des droits
de pere , que Defchauffours lui avoit laiffés
en mourant , me dit qu'il ne croyoit
pas que je fongeaffè à époufer Placidie
avant la fin de la campagne : Que je ne
pouvois pas lui moins donner que quatre
ou cinq mois pour pleurer fon pere :
48 LE MERCURE
J
:
Qu'elle- même avoit trop de naturel , pour
donner les mains à un engagement avant
ce tems-là qu'ainfi il me confeilloit de
partir au plûtôt : Qu'à l'égard de nos affaires
, il en auroit autant de foin que des
fiennes propres Que la Terre ou Def
chauffours étoit mort , n'étoit plus à lui :
Que meditant un voyage en Italie , il
la lui avoit venduë ; mais que fi nous voulions
y rentrer , il étoit prêt à nous
la ceder ; finon , que le prix de cette
Terre êtant encore en fon entier , nous
en ferions tel ufage que bon nous fembleroit.
Il finit , en me preffant de partir ;
qu'autrement je courois rifque d'étre arrêté
ou de perdre ma Compagnie.
Si j'avois confulté , mon coeur , j'aurois
eu bien des chofes à répondre à ces raiſons;
mais enfin , quelque fût ma pallion pour
Placide , il falloit accorder fon devoir &
le men avec cette paffion. Je dis à Cariere
que je lui obéïrois , & que j'allois me
difpofer à partir. Pendant que je preparois
man équipage , mon valet vint me dire
qu'un homme demandoit à me parler . Je
donnai ordre qu'on le fit entrer. Aprés
m'avoir demandé deux ou trois fois , fi
c'étoit moi qui fe nommoit M. d'Armentiers
, il me dir que fon Maître l'avoit
chargé de me rendre cette lettre en main
propre , & qu'il me prioit de lui faire répoate
fur le champ. Elle étoit d'un de
mes
DE SEPTEMBRE. 49
mes anciens amis que je n'avois point vû
depuis long tems. Il me mandoit qu'il avoit
des chofes à me dire qui ne s'écrivaient
point , & qu'il m'importoit extremement de
fçavoir: Que fi je voulois prendre la peine
de monter à cheval , & de venir le tronver
en tel endroit , il me donneroit des mar-n
ques effentieles , qu'il étoit autant mon ami
qu'il eût jamais été . Je montrai la lettre à
Cariere qui me dit que je ne devois pas
hefiter d'aller trouver mon ami . Je montai
fur le champ à cheval , & dis à celui qui
attendoit ma réponſe , que j'allois la porter
moi-même. Courdaval ( c'eft le nom de
mon ami ) m'attendoit au rendés- vous .
Nous nous donnâmes toutes les marques
d'amitié , que peuvent fe donner deux
amis charmés de fe revoir aprés une longue
abfence. Il me dit naturellement qu'il
m'avoit envoyé chercher , pour m'avertir
de prendre garde à moi , parce qu'on en
vouloit à ma liberté. M. le Duc de ...
ajoutatil , eft outré contre vous ; vous l'avés
trompé , vous lui avés menti . Il a fçû
que vous étiés ici fans congé. Il s'eft fait
donner une lettre de cachet pour vous faire
arrêter , & l'on vous cherche de toutes
parts pour vous envoyer à la Baſtille . Je
vous dirai encore qu'il eft paffionnement
amoureux de la belle perfonne que vous
avez fait paffer pour vôtre femme , & que
dés qu'il aura reçû de la part de nos Pleni-
Septembre 1719.
E
LE MERCURE
potentiaires un Courier qu'il attend avec
la derniere impatience , il mettra tout en
ufage pour la deterrer . Je fçai toutes ces
chofes d'un Officier du Duc , qui me les
a dites , ignorant que je vous connuffe .
Un de les amis demande vôtre Compagnie
au Bureau , & peut- être la lui a- t'on déja
donnée. Je fuis très fâché de vous appren
dre de fi mauvaifes nouvelles. J'ai cru cependant
qu'il étoit de mon amitié de ne
vous rien deguifer dans cette occafion . Je
me fuis informé de l'endroit où vous êtiés ,
& je fuis venu , fans perdre de tems , vous
prier de vous mettre à couvert du reffentiment
de vos ennemis. La Baftille eft un terrible
fejour , & fi vous m'en croyés , vous
vous en éloignerés de 200. lieues . J'ai quelques
mefures à garder qui m'ont empêché
d'aller chez Cariere , & qui ne me permettent
pas de refter plus long. tems avec vous.
Adieu . Si vous aves befoin d'argent , j'ai
cent piftoles à vôtre fervice . Les voila.
Outre cela , j'ai un paffeport à vous donner
pour deux perfonnes , dont vous pourés
vous fervir , fi vous vous retirés en
Hollande.
Le confeil étoit falutaire , & ne pouvoit
venir plus à propos . J'embraffai mille fois
Courdaval , en le remerciant de fa generofité.
Je refufai fon argent , & je me conentai
d'un paffeport. Je lui dis mes affaies
en deux mots , & je le priai , s'il le
DE SEPTEMBRE.
ST
pouvoit , fans fe commettre , de venir confirmer
à Cariere tout ce qu'il m'avoit dit.
J'eu quelque peine à l'y refoudre. Cependant
, je lui fis fi bien voir que Cariere &
Placidie même , pouroient croire que je
leur en impofois , qu'il fe rendit à mes
raifons.
Nous nous mêmes en chemin ; & dés que
je me fus un peu remis des frayeurs que
m'avoit caufé l'image de la Baftille , je lui
demandai par quel hazard il étoit à la
Cour du Duc de .... lui que je croyois
en Efpagne . Il me repondit que j'avois
raifon d'en paroître furpris , & que fi je
fçavois fes avantures , j'avoüerois qu'il
étoit encore plus à plaindre que moi
puifque fes maux étoient fans remede . Il
ne tiendra qu'à vous , lui dis -je , que je
ne les fçache. Il y a encore plus d'une
lieuë d'ici chez Cariere , & vous avez du
tems de refte . Courdaval ne fe fit point
preffer , & commença à parler ainfi .
De
quatre freres que nous étions
, il en
mourut
deux à S ………. Je le fçai , interrompis
-je , j'étois
Moufquetaire
avec eux,
J'étois
le plus jeune de tous , poursuivit
Courdaval
; & mon pere aimoit
fi paffionément
celui qui reftoit
avec moi , que ne
pouvant
plus fouffrir
toutes les marques
de
prédilection
qu'il lui donnoit
, je pris le
parti d'aller
fervir
fur Mer. A peine y
avois-je fait deux campagnes
, que ce fils
E ij
5.-2 LE MERCURE
bien-aimé mourut de la petite verole. Mon
pere me rapella , n'ayant plus que moi
d'enfans , & ne voulut plus que je ferviffe.
Je revins donc à Paris , où je vécu comme
tous les autres jeunes- gens , donnant dans
les plaifirs tête baiffée. Vous connoiffes
mon humeur. La plus belle femme n'a jamais
pû me fixer deux jours , & fouvent
je m'en dégoute avant qu'elle ait eu le
tems de me rendre heureux. Je ne me donne
point pour un homme à bonnes fortunes
ni pour un homme d'un grand merite ;
mais , comme il faut peu de chofes pour
plaire , & que je fuis d'une figure affez
prevenante , je n'avois pas eu lieu de me
plaindre du fexe , jufqu'à l'avanture que
je vais vous conter.
>
Madame de ... veuve de M ... a deux
filles . L'ainée commence à s'effacer , quoiqu'elle
n'ait pas encore 25. ans. Elle étoit
fort aimable lorfque je la connus. Aujour
d'hui , elle eft maigre , deffechée , quoiqu'affez
blanche. Ses yeux ont perdu leur
éclat. Ce ne fant plus des yeux animez
dont les regards penetroient jufqu'au coeur,
mais des yeux qu'il femble que la Nature
n'a faits précisément que pour voir : Enfin
de tous fes charmes , il ne lui refte plus que
de grands cheveux blonds , qui ne lui font
pas d'un grand ufage. Je ne vous dis rien
de fon humeur ; la fuite de mon difcours
vous la fera connoître. Il eft bon pourtant
DE SEPTEMBRE.
53.
I
ja.
ent
le
ES ,2
que vous fçachiés qu'elle a fouffert la même
alteration , les mêmes changemens que
fon vifage. Je m'attachai à elle moins par
goût que par habitude . Madame de .
& mon pere demeuroient dans la même
maifon. J'étois tous les jours chez elle.
Mes affiduitez auprés de fa fille lui faifoier t
plaifir . Elle me regardoit comme un bon
parti. Mon pere de fon côté , qui fçavoit
qu'elle étoit riche , & qui n'avoit rien tant
à coeur que de me voir prendre un engagement
folide , étoit bien aife que je l'ai
maffe .
Autorifée du confentement de fa mere,
Mademoiſelle de V .... me recevoit parfairement
bien . Je ne fus pas long- tems à lui
perfuader que je l'aimois , & à l'engager
de me déclarer qu'elle m'aimoit auffi. C'étoient
tous les jours des galanteries de ma
part dont elle me tenoit un compte infini .
Je lui faifois valoir les moindres chofes.
Manquois- je une partie de fpectacle ou
de fouper je n'avois qu'à lui dire que
c'étoit pour elle. Elle me croyoit ; elle
étoit charmée. Je lui dois cette juftice ,
malgré tous les maux qu'elle m'a faits dans
la fuite , qu'il n'y a point de bonnes manieres
dont elle ne m'ait comblé. Jamais
fille n'a été plus genereufe. Jamais fille
ne m'avoit paru plus digne d'être aimée que
je la trouvois alors. Elle faifoit mille gracieuſetez
à mes amis , lorfque je les menois
E iij
34 LE MERCURE
chez elle. On y jouoit , on y faifoit des
concerts ; & les concerts & lejeu étoient
toûjours fuivis d'une collation . Que vous
dirai-je de plus ; fi j'avois été d'humeur à la
mettre à de certaines épreuves , & que je
n'euffe pas été auffi defintereffé qu'elle étoit
liberale , elle m'auroit dédommagé avec
profufion des dépenfes que je faifois pour
elle. Je connois des gens qui , à ma place
auroient cruellement abule de fa facilité. ・
Pendant que nous vivions dans la meilleure
intelligence du monde , & que fa
tisfait de fon coeur , je me croiois revenu
de toutes mes inconftances , Mademoiſelle
de M .... fa cadette , revint du Couvent.
Elle avoit 17. ou 18. an:. C'étoit une
brune piquante , dont les couleurs étoient
les plus vives & les mieux afforties qu'on
ait jamais vûës . Je ne vous en ferai point
un portrait à la Cirus ou à la Cleliê ; je
vous dirai feulement qu'elle étoit mille fois
plus belle que fa foeur , quoique fa foeur
fe piquât de beauté , & qu'elle eût raiſon
de s'en piquer. Pour l'efprit , je vous
l'avoue , elle ne l'avoit point delié ; mais
auffi , elle ne l'avoit point artificieux.
C'étoit une fincerité & une ingenuité charmante.
La nature dans toute fa fimplicité,
s'exprimoit par fa bouche. Incapable de
feindre , on lifoit dans fes yeux tous les
fentimens de fon coeur. Elle l'avoit droit ,
tendre , conftant ; en un mot du meilleur
DE SEPTEMBRE
55
Caractere du monde. Je la regardai d'abord
comme la foeur de må Maîtreffe , c'eft-âdre
, que je ne reffentis rien pour elle . Jet
m'étois étourdi fur le plaifir de changer.
Content du coeur de Mademoiſelle de V ..
je me bornois à l'aimer & à m'en faire aimer
. Je lui croyois un bon efprit ; & puifque
j'étois deftiné à me marier , je me
trouvois heureux de pouvoir paffer mes
jours avec elle. Je preffois mon pere de
hâter mon bonheur. Elle partageoit mes
empreffemens ; mais , pourquoi vous arrêter
davantage ? Lorfque ma paflion paroiffoit
la plus vive , foit caprice , foit fatalité ,
je revins à mon naturel , & je changeai
tout d'un coup. Je me fis quelques reproches
de ma trahifon ; je m'en voulus dù
mal ; mais enfin je la trouvai fi agreable ,
que je n'eu pas la force de m'en deffendre.
Je voyois tous les jours Mademoiſelle
de.... Je lui difois des douceurs qui l'embaraffoient
, & aufquelles elle ne répondoit .
qu'en rougiffant. Je la louois fur fa beauté :
mes louanges la troubloient , & j'étois charmé
de fon trouble. Enfin , je lui dis que
je l'aimois ; je la priai de me croire : Elle
me répondit ingenument qu'elle ne ſcavoit
pas ce que c'étoit qu'aimer ; mais que fi
c'étoit vivre avec quelqu'un , comme je vivois
avec fa foeur ; aimer étoit quelque
chofe de bien doux , qu'elle n'en Scavoit
pas la raison ; mais qu'elle étoit quelque fois
E iiij
~36
LE MERCURE
J.
jaloufe de nos fentimens & de nos difcours.
Helas , continua- t'elle d'un air encore plus
ingenu ! Vous me dites que vous m'aimés,
& je fçai que c'eft ma foeur. Quel plaifir
prenés-vous à me dire des chofes qui ne
font pas vrayes. Je n'ai point d'experience .
Sincere , je croi que tout le monde l'eſt
comme moi , & fi j'allois vous croire je
mourrois de douleur de me voir trompée...
Ah , lui dis- je en me jettant à ſes genoux !
vous ne le ferés jamais. Je fens pour vous
mille fois plus d'amour , que je n'en ai
fenti pour vôtre foeur. Je l'ai aimée , il eft
vrais mais je ne vous avois point vûë , &
je vous jure que je n'avois pour elle qu'une
paffion languiffante : Vous feule pouviez
remplir tous les vuides de mon coeur. Il
éprouve auprés de vous des tranfports &
des vivacitez qu'il n'éprouvoit point auprés
d'elle. J'étois né pour vous adorer.
Ne craignés rien , ajoutai je , en lui baifant
la main. Le plus inconftant de tous
les hommes cefferoit de l'être pour vous ,
& ma vie vous répondra de ma fidelité ....
Mais, reprit-elle, nous trahiffons ma foeur,
ou du moins vous la trahiffés , & je tremble
que vous ne.me trahiffiés auffi. Si vous
lifés dans mon coeur , vous voyés ce qui
s'y paffe. Je n'en fçai pas bien expliquer.
les mouvemens ; mais enfin , je fens pour
vous ce que je n'ai jamais fenti pour perfonne.
Pourquoi vous dis-je toutes ces
DE SEPT M EBRE. $7
thofes ? Que je ferois malheureuſe ! Que
vous feriés indigne , fi vous abufiés de ma
confiance & de ma bonne foi ! .... Je n'eu
pas le tems de lui répondre; fa four entra .
Sa Cadette nous laiffa feuls. Je tâchai de
me contraindre Mais , qu'on eft peu maître
de fon coeur ! Elle me trouva rêveur
& diftrait. A peine avois je la force de lui
dire une parole ? Elle m'en fit la guerre.
Je la payai de mauvaiſes excuſes , & je fortis
peu de tems aprés , fans beaucoup m'embaraffer
des reflexions qu'elle pouroit faire.
J'étois trop rempli de mon bonheur , pour
détourner ailleurs mes penfées . Je parle à
un Amant. Vous concevés fans doute tout
ce qu'a de doux & de flateur l'état où je
me trouvois. Faire naître de la paffion dans
un jeune coeur qui n'a jamais aimé , qui ne
fçait pas même ce que c'eft que l'amour ;
non , rien n'approche de cette idée..
Mademoiſelle de V... fut allarmée. de
ma froideur ; mais elle n'en démêla point
la caufe : elle efpera que je ferois plus raifonnable
le lendemain. Cependant je pris
fi peu de peine pour la raffûrer , & fon aimable
foeur fçut fi peu fe déguifer , que
fon aînée cut de violens fonpçons de mon
infidelité. Loin de les détruire , mes regards
& mes empreffemens les confirme
rent. Je la croyois incapable de jaloufie ;
mais elle m'en donna les marques les plus
terribles , lorfqu'elle ne put plus douter
58 LE MERCURE
qu'elle ne fût trahie. Elle commença par
"me deffendre d'entrer dans fa chambre ;
elle ne voulut point d'éclairciffement avec
moi ; elle me dit que je n'en méritois pas .
Elle accabla fa foeur d'injures & de reproches
. La timide cadette les fouffrit fans
dire un feul mot , & laiffa prendre à fon
aînée un fi grand empire fur elle , qu'il
n'y a point de mauvais traittemens qu'elle
n'en ait reçû.
Pendant que tout cela fe paffoit , mon
pere qui ne fçavoit rien de ma brouillerie
avec Mademoiſelle de V... ... . ... voulant
finir d'affaire , avoit reglé toutes chofes
avec fa mere pour mon mariage ; mais
lorfqu'elle lui en parla ,elle répondit qu'elle
mourroit plûtôt que d'époufer un Traitre
& un Parjure. Elle fit à fa mere un portrait
affreux de mon caractere , parce que fa
foeur étant prefente , elle efpera qu'il porteroit
coup. Elle fe trompa , Mademoiſelle
de M.... me manda toutes les noirceurs
dont fa foeur m'avoit défiguré , m'affûra
que loin d'avoir fait la moindre impreffion
fur elle , tout ce qu'on lui avoit dit pour ·la
dégoûter , ne fervoit qu'à me rendre plus
cher à fes yeux : Que je fuffe fidele , & que
je comptaffe fur fon coeur : Qu'elle étoit
charmée de toutes les perfecutions qu'elle
effuyoit à mon fujet ; que c'étoit un merite
pour elle auprès de moi , & que la patience
avec laquelle je les lui verrois fouffrir
"
DE SEPTEMBRE.
59
The convaincroit de fa fidelité .
Madame de V ...... voyant que voyant que fa fille
n'avoit point voulu entendre à un engage
ment avec moi , lui propofa un autre parti.
Ce n'étoit pas fon compte : Elle m'aimoit
encore , & n'avoit fait femblant de
me refufer , que pour ne pas s'expofer ellemême
à la honte d'un refus . Cependant ,
elie feignit d'entrer dans les vûës de fa mere,
efperant que ma paffion pour elle n'étoit
peut- être pas fi bien éteinte , qu'elle ne fe
rallumât quand je la verrois fur le point de
fe donner à un autre. Il parut dès le lendemain
un Soupirant qui n'eut pas peu à
fouffrir de fes inégalitez & de fes travers ,
quoiqu'au dehors elle affectât de le bien
traitor . Je voyois tout ce manege fans m'en
inquieter. Comme elle continuoit de perfecuter
fa foeur & de la défoler , je com
mençay à la haïr & à la méprifer , de maniere
qu'elle put aifément s'en appercevoir.
Je difois hautement que c'étoit une folle
qu'il falloit mettre au Petites- Maifons.
Elle le fçût , elle en devint furieufe. Ses
mauvaiſes manieres & fa tyrannie redou
blerent ; & tout le mal qu'elle faifoit à fa
foeur , ne la fatisfaifant pas , elle tourna
fon defefpoir contre elle-même. Elle ne
ne dormoit plus , elle ne voyoit perfonne ;
enfin elle fe tourmenta fi fort , qu'elle en
perdit fa beauté & fa raiſon. Ce n'étoit plus
cette perfonne charmante , douce , polic
.30
LE MERCURE
& de l'humeur la plus agréable . C'étoit un
fquelet , une harpie. C'eft une chofe terrible
que lajaloufie. Quels défordres , quels
ravages ne fait- elle point !
Mademoiſelle de V. .... s'apercevant
qu'elle étoit la premiere victime de fa colere
, changea de conduite en apparence
avec fa foeur. Elle fe radoucit tout d'un
coup , & feignit qu'ayant renoncé au mariage,
elle ne fe referveroit qu'une penfion ,
fi fa foeur vouloit époufer un homme qu'elle
lui nomma. Elle fit tous fes efforts pour
l'engager à prendre ce party. Sa mere y
interpofa fon autorité. Le Rival parut ;
j'en fus allarmé. Mademoiſelle de M ....
me fçût mauvais gré de mes inquietudes ...
Je vous les pardonne , m'écrivit elle , fi
' eft l'amour feul qui vous les caufe ; mais,
fi c'eft la défiance , j'en fuis inconfolable .
Connoiffez mon coeur , vous l'avez touché
; il vous aime ; rien ne peut le faire
changer. Ne fuis- je pas affez malheureufe:
dans ma fituation , fans que vous travailliez
vous-même à m'accabler par vos foupçons
& par vos craintes ? On me tend. des.
pieges de tous côtez au lieu de m'aider
de vôtre efprit & de vos confeils; vous vous
déconcertez ; ayez plus de force , & mandez-
moi ce que je dois faire dans cette occafion
.
Le Rival dont j'ay parlé , étoit un Maî,
tre des Comptes. Il fit tous fes efforts pour
DE SEPTEMBRE. 61
plaire à ma jeune maîtreffe , mais quand
il vit qu'il perdoit fon tems , & qu'il ne
pouvoit s'en faire aimer , il eut recours à
Madame fa mere. Elle aimoit fa fille ;
elle n'eût pas la force de la contraindre à
époufer cet homme, ni la dureté de la mettre
dans un Couvent , & le Maître des
Comptes fut obligé de prendre parti
ailleurs.
.. Mademoiſelle de V ne fçachant donc
plus où donner de la tête , prit une reſolu
tion defefperée , & qui me fait encore fremir
d'horreur quand j'y penſe . Sa laideur
augmentoit tous les jours. Tous les joursfa
jeune foeur embelliffoit. Elle jura la ruine
de fes charmes ... On m'a changée
pour ma foeur , difoit-elle , je la mettrai
dans un état que fûrement on la changera
pour une autre : Je ne fçai pas quelles
pernicieufes drogues elle lui fit prendre ,
ni comment elle les put recouvrer ; mais
enfin cette aimable perfonne tomba dans
une langueur digne de compaffion . Plus de
couleur , plus d'embonpoint ; une pâleur
livide la rendit méconnoiffable à elle- même.
J'apris cet accident . J'en fus au defefpoir
mais ne pouvant foupçonner Mademoifelle
de V .. d'une fi horrible mechanceté
, je crus que le chagrin feul avoit caufé
ce changement. Je la priay de ne fe point
affliger. Je lui fis dire que fon mal ne venant
que de l'agitation de fon efprit , quel62
LE MERCURE
ques jours de repos & de tranquilité la
gueriroient. Le Medecin , foit qu'il fût ga.
gné , foit qu'il n'en fçût pas davantage ,
dit que c'étoient les pâles couleurs . Mademoiſelle
de V. . en fit des railleries
qui me revinrent ; fa cadette les fçut auffi.
Alors , elle ne fut plus maîtreffe de fa difcretion
; elle m'ouvrit fon coeur fur les
foupçons qu'elle avoit contre fa four :
Nous conclûmes que c'étoit elle qui l'avoit
mife dans ce funefte état. Je la cherchai
pour l'accabler d'injures & de reproches , &
pour l'obliger à m'avoüer la verité. J'étois
dans une fi grande fureur , que je ne fçai
pas ce que je n'aurois pas fait , fi je l'euffe
trouvée ; mais elle m'évita fi bien , que je
ne pus la voir ; cependant fa haine n'étoit
fatisfaite. Mademoifelle de M... n'étoit
pas affés laide à fon gré , puifque je l'aimois
encore. J'avois confulté fa maladie ;
on m'avoit donné des remedes qui fembloient
faire un affés bon effet , & l'on
commençoit à ne plus defefperer de fa guerifon.
La jaloufe & barbare V .. entra dans
fa chambre pendant la nuit , & la trouvant
endormie , elle lui cicatrifa le vifage avec
un diamant , & verfa de l'eau forte dans
fes playes. Cette pauvre enfant fe reveilla
en pouffant de grands cris , mais fa foeur
avoit déja difparu. Elle porta fes mains à
fes joües , & les en retira toutes pleines
de fang. Elle fit un effort fur elle-même ,
pas
DE SEPTEMBRE. 69
elle apella du monde à ſon ſecours ; fa femme
de chambre la crut morte , quand elle
la vit toute enfanglantée , & fans connoifnoiffance.
Sa mere vint au bruit . Sa
Megere de fille eut bien l'effronterie d'y
venir auffi . Figurés- vous quel affreux ipectacle
ce fut pour une tendre mere qui aimoit
paffionnement fà fille , de la trouver
dans un état fi deplorable. On lui demanda
qui l'avoit traitée de la forte. Soit generofité
, foit qu'elle craignit de fe tromper
, on n'en put tirer aucun éclairciffement.
Elle s'obftina à dire que cela lui
étoit arrivé en dormant , & que lorsqu'el
le s'étoit reveillée , elle n'avoit vû perfonne
dans fa chambre. L'eau forte avoit penetré
jufqu'aux os. Le Chirurgien qu'on
avoit envoyé chercher , fe trouva fort embarraffé.
Il promit neanmoins de lui fauver
la vie ; mais il dit en même tems que
la cure feroit imparfaite , puifque Mademoiſelle
de M. de la plus jolie perfonne
de Paris alloit devenir la plus laide. Elle
prit fon parti avec un courage heroïque ,
& fouffrit les douleurs les plus aiguës avec
une patience de Martyr. L'apartement de
Madame de V. . retentiffoit de cris & de
gemiffemens. Je les entendis , je me levai,
j'y courus. Le Chirurgien mettoit le premier
appareil . Que vis-je ? Que devins je e
Je n'ai point d'expreffion pour vous dépeindre
mon defeſpoir. On ne mcurt point
64 LE MERCURE
inde
douleur , puifque je n'expirai pas à cette
funefte vûë. Je ne gardai plus de meſures
dans cette affreule difgrace . Cruelle , m'écriai
- je en m'adreffant à Mademoiſelle de
V... Ce font là de vos coups Quelle autre
main que celle d'une jaloufe , peut- être capable
d'une fi noire barbarie Achevés ,
humaine , percés-moi le coeur. C'est moy qui
vous ai trahi , c'est moi qui veus haïs
c'est moi qui vous detefte . Votre foeur étoit
innocente. Pourquoy l'avés - vous punie de
mon crime ? C'étoit fur moi que vôtre fureur
devoit s'exercer : Mais helas vous vous êtes
vangée bien plus cruellement que fi vous
m'aviés êté la vie Quelques fenfibles , &
quelques vraisemblables que fuffent mes
reproches , ils ne l'émûrent point ; elle
goûtoit à longs traits le plaifir de la vangeance.
La mere fe livroit à fes triſtes reflexions
, & ne difoit mot ... Quoi , Quoi , Madame
, lui dis-je ! Vous gardés le filence
dans un malheur fi terrible ?. Helas , me
repondit'elle en foupirant ! Que voulésvous
que je dife ? De quelque côté que je
des me tourne , je n'entrevoy que images
douloureufes. Si je vange la cadette , je
perds l'aînée. Eft- ce à moi à être Juge
dans une caufe où j'ai tant d'interêt ? Ma
fille , continua-t'elle , en s'adreffant à Mademoiſelle
de V .. feroit - il poffible que
vous euffiés fait une auffi indigne action ?
Et vous , ma chere enfant , eft-ce vous que,
je
1
DE SEPTEMBRE. 65
**
>
je voi dans un état fi funefte ? Ces tendres
regrets furent fuivis de larmes ameres qui
ne changerent rien aux chofes. L'ainéecoupable
ou innocente , ne fut que foupçonnée
la conviction en eût été trop
odicufe. On affoupit cette avanture ; &
Mademoiſelle de M...qui avoit fait veu
de fe faire Religieufe , fe jetta dans un
Convent dés qu'elle fut guerie. Je fis d'inu--
tils efforts pour la détourner de cette refolution
. J'eu beau lui jurer que je l'aimois ,
autant que lorfqu'elle étoit dans fon plus :
grand éclat que je me tiendrois heureux :
de paffer mes jours avec elle , & que
j'eftimois plus les qualités de fon ame
que les charmes de fa perfonne. Elle ne
m'écouta point, & ne voulut plus me voir ,
même dans les derniers jours qu'elle refta
dans le monde . Cette avanture me caufa.
tant de chagrin & d'horreur pour Mademoifelle
de V... que pour l'éviter , je
priai mon pere de me permettre d'aller en
Efpagne. Il y confentit , & je fis ce voyage
dans la fituation d'efprit la plus violente.
Il y avoit à peine 6. mois que j'étois parti,
lorfque je reçû des lettres de France . On
m'y mandoit qu'une longue maladie dans
laquelle Mademoiſelle de M... étoit tom--
bée , l'avoit empêché de faire profeffion ,
& qu'elle étoit retournée chés fa mere..
Ces nouvelles reveillerent un amour que
Limpoffibilité du fuccés commençoit à af-
C
F
66. LE MERCURE
foiblir. Je fentis renaître tous mes tranf--
ports. Je me reprochai le peu d'empreſſement
que j'avois marqué pour la retenir .
Je me Hatai que je ferois plus heureux , fi
je pouvois encore lui parler. Je pris la
pofte , refolu de la fléchir ou de mourir à
fes genoux. Elle aprit mon retour , ellex
craignit ma vûë , & fe háta de faire des
voeux. J'arrivai quelques jours aprés cette
cruelle ceremonie. Je fus accablé de ce
nouveau contre- tems. On me donna une
lettre de fa part qui ne fervit qu'à aigrir
ma douleur , & qu'à me faire mieux fentir
la perte que j'avois faite. Là voici , lifés-
la , Darmentiers , & voyés fi j'ai tort
de regretter une perfonne qui a de fi beaux
fentimens. Je pris la lettre , & j'y trouvai
ces paroles.
Vous pouffes trop loin le fouvenir d'une
infortunée qui ne doit plus vous demander
d'autre grace que celle de l'oublier. Je vous
ay toûjours cru genereux , mais je ne croyois
pas que vous le fuffiés jufqu à vouloir devenir
la victime de votre generofité. Ef- il
poffible que vous ayés fongé quelquefois que
je ne fuis plus qu'un objet d'horreur , & que
vous n'en ayés point conçu pour moi : Si
cela eft , je l'avonë , il n'y a que vous an
monde capable d'un fi grand effort ; mais,
Monfieur , ne craignés pas que j'en abuſe ;
vous m'avésfait un facrifice , je vous en doiɛ
un autre. Je pris d'abord le parti de me rei
DE SEPTEMBE
67
tirer , par la crainte que vous ne vous repentiffiés
un jour de la demarche que vous
vouliés faire. Aujourd'huy je me retire par
reconnoiffance. Ce feroit mal répondre à vôtre
amour,que de vous donner une perfonne à
qui fa difformité feroit peur à elle même
fi elle étoit encore fenfible aux chofes de la
terre. Vous êtes digne d'un meilleur fort. Je
ferai toute ma vie des prieres au Ciel , pour
vous le procurer ; c'est tout ce que je vous
prie d'exiger de moi.
Quelques jours après Mademoiſelle de
V .. pourfuivit Courdaval , & me fit parler
de raccommodement . J'en rejettai bien
loin les propofitions . Avotez que je fuis
bien malheureux. Auffi charmé de Mademoifeile
de M..... que jamais , je l'adore ;
elle eft Religieufe : Avoüez encore une
fois que je fuis bien malhûreux.
Courdaval finit- là fon hiftoire . Je plaignis
la deftinée de Mademoiſelle de M ..
& la fienne. Un moment aprés , nous arri
vames chez Cariere à qui ce fidele ami confirma
en prefence de Placidie , tout ce
qu'il m'avoit dit des deffeins du Duc de ...
fur elle & fur ma liberté. Ils en furent ef
frayés , & confentirent que je prife des mefures
pour prevenir ce double malheur.
Courdaval , qui ne pouvoit pas refter davantage
, prit congé de nous , & retourna
à D.
Cariere me dit que je n'avois point de
Fij
68
LF MERCURE
tems à perdre ; qu'il falloit que j'époufaffe :
Placidic le foir même , & que nous nous
fauvaffions le lendemain . Y confentez- vous,
belle Placidic, lui demandai-je en tremblant ?.
Aurez- vous la bonté de fuivre mafortune ?
Oui ... répondit - elle ; je vous fuivrai
partout quand vous ferez mon mari ......
Cariere fortit là -deffus , & revint accompagné
d'un Notaire & du Curé. Celui- ci
avoit fait d'abord beaucoup de difficulté
de nous marier fans ceremonies ; mais il
s'étoit rendu aux raifons & à l'âmitié de
Cariere qu'il connoiffoit pour un homme
difcret. Le Notaire dreffa le Contract qui
fut figné par tous ceux qui étoient dans la
chambre , & le Curé nous donna la benediction
Nuptiale. Au lieu de fonger aux
plaifirs qui fuivent ordinairement cette benediction
, nous ne fongeâmes qu'à nôtre
départ. Nous réfolûmes que Placidie prendroit
un habit d'homme , & parce que nous
n'avions pas le tems de lui en faire faire ,
elle mit un des miens .. Elle étoit fi charmante
dans ce déguifement , que je craignis
qu'elle n'en pût pas foûtenir le perfonnage ..
On la reconnoîtra , difois- je , partout où
nous nous arrêterons . Je fouhaitai prefque
dans ce moment-là qu'elle fût moins belle.
Nous réfolûmes encore que Placidie paffe-
Toit pour un jeune Seigneur , parent du
Maréchal de . qui l'alloit trouver
qu'elle ne me parleroit , que comme fi j'é-
.... &
DE SEPTEMBRE. 69
tois fon Valet de chambre. Elle vouloit aller
â cheval , mais je m'y oppofai . Pour lui en
épargner la fatigue , & pour faire plus de
diligence , Cariere avoit une chaife de
pofte.
Je la mis dedans. Il me donna de l'argent
pour fairemon voyage , & pour attendre
les Lettres de change qu'il m'enverroit
en Hollande. Dès que le jour parut , nous
prîmes congé de lui & de fa femme , que
nous regardions Placidie & moi , comme
nôtre pere & nôtre mere. Je pafferai legerement
fur cette féparation ; elle fut trop
tendre & trop douloureuſe , pour m'en retracer
les idées .
Nous gagnâmes la Frontiere fans contretemps.
Ma maladie m'avoit fi fort changé ,
que je ne fus point reconnu de quelques
Officiers que je trouvai dans les Villes par
où nous paffames. On nous laiffa fortir du
Royaume à la faveur de nos Paffeports.
Quand je me vis hors de France , je commençai
à refpirer : Enfin nous arrivâmes
après mille fatigues , dans le Hameau où
étoient nos Plenipotentiaires. J'allai faluer
M. de ..... avec Placidie ; je lui contai
mes avantures , il nous plaignit , & nous
fit toutes les offres de fervices qui dépendoient
de lui & de fes amis . Nous vîmes
auffi M. de.... qui fut frapé d'admiration
à la vûë de Placidie. Il ne pouvoit ſe
laffer de me dire que j'étois le plus heureux
de tous les hommes d'avoir une fi belle.
༡༠
LE MERCURE
femme , & qu'il ne me blâmoit point d'a
voir tout quitté pour elle . Quelques jours
aprés , nous arrivâmes à la Haye. Nous
defcendîmes chez un Marchand pour qui
Courdaval m'avoit donné une Lettre, & qui
nous logea chez lui . Placid. s'y remit de fes
fatigues. Le bruit de fa beauté ſe répandit
bientôt dans la Ville. Il n'y eut perfonne qui
ne s'empreffât pour la voir. Le Prince de ..
même en eut la curiofité , & m'avoüa qu'il
n'avoit jamais rien vû de fi accompli . Ce
difcours dans la bouche d'un Prince com →
me celui-la , donnoit lieu à de grandes reflexions.
Je m'en fufle allarmé, fi je n'euffe
connu la vertu de ma femme , & ſi je
n'euffe fçû qu'il devoit partir dans deux
jours pour l'armée. Il m'offrit de l'emploi.
Je le priai de m'en difpenfer pour cette
campagne. Je lui dis qu'on négocioit la
paix , & que fi elle fe faifoit , je m'épar
gnerois le regret d'avoir porté les armes
contre ma Patrie & contre mon Roy. I
approuva ma refolution , & m'affara que
je pouvois compter fur fa protection.
-
DE SEPTEMBRE.
topp
Lettre à Monfieur Buchet :
Contenant la Traduction de quelques en
droits d'un Livre Anglois intitulé : Le
Caufeur , ou les Veilles du fieur Iſaac
Bixerſtaff.
MONSIEUR ,
Je vous envoye ce que vous m'avez de
mmandé , mais je crains que vous n'en foyés
pas auffi content que vous avés cru. Vous
allez trouver de longues phrafes , des expreffions
hazardées , & peut- être des Anglicifmes
Ce n'eft pas tout , la maniere
de penfer vous paroîtra même bizarre.
Vous ferez choqué de l'Original & de la
Traduction , à moins que vous ne vous
prêtiez à tout ce que je m'en vais vous
dire.
L'Auteur,qui eft M. le Chevalier Steele,
celui à qui nous devons le Spectateur,
fe donne ici pour un vieux Aftrologue
Devin de profeffion , de plus Jurifconfulte ,
& Medecin. Un homme de cette efpece
doit parler d'une maniere peu commune ;
il eft impoffible de s'éloigner de la façon
de vivre de la plufpart des hommes , fans
72 LE MERCURE
2-
s'éloigner de leur façon de parler.
Voila pour l'Auteur , voici pour moi
Le ftile du Caufeur , eft tiffu d'expreffions
fertes & chargées , avec des mots hazardez
même en Anglois , la plus libre de toutes
les Langues. Il ne faut pas auffi vous déguifer
que tout cela a trés-bien réuffi en
Angleterre , & que fi ma Traduction n'eſt
pas goûtée en France , ce ne fera pas une
veritable Traduction . Cependant , il a
fallu traduire & non pas compofer . C'est
pourquoi j'ai cru devoir prendre un ftile
approchant du fien. A l'égard des Anglicifmes
, s'il y en a , je voudrois qu'ils fuffent
des fautes heureufes , & qu'on pûr
furmonter la mauvaife honte qui nous empêche
de prendre chez nos voifins ce qui
nous accommode , dans le tems qu'ils fe
font un merite de s'approprier ce que nous.
avons à leur bienféance.
J'ai peut -être imité de certaines negligences
qu'on ne me paffera point ; mais je fuis
perfuadé que le fens ne fçauroit être trop à
fon aife dans nos paroles , & que la trop
grande exactitude le gêne fouvent .
2
Entrons maintenant dans les vûës de M.
Ifaac Bickerstaff: Vous fçaurez d'abord
qu'il paroiffoit une demie feuille de fes
Veilles , trois fois la femaine , & qu'on les
diftribuoit dans les Caffez comme les Ga-'
zettes .
Dés l'entrée de fon Ouvrage , il approu
ve
DE SEPTEMBRE. 73
ve beaucoup les Gazettes ; mais , ajoutet'il
, comme il y a plufieurs bons Citoyens
à qui le zele du bien public fait negliger
leurs affaires, pour aller raifonner fur celles.
de l'Etat , il femble que ces Journaux
devroient être faits pour eux preferablement:
aux autres . Et d'autant que ces Meffieurs
ont d'ordinaire beaucoup de zele & peu de
connoiffance , c'est une oeuvie également
charitable & neceffaire, que de leur fournir
de quoi penfer aprés avoir lu. C'eft le deffein
de ce Journal , qui traittera de toutes
les matieres qui me tomberont fous la main.
Il promet d'y en inferer pour le beau
Sexe , puifque c'eft en fon honneur qu'il
a pris le titre de Caufeur.
Enfuite il dit , que tous les articles de
Galanterie feront datez du Caffé de White:
Ceux qui regardent la Poëfie , du Caffé
de Will: Ceux d'érudition , du Caffé
Grec : Qu'à l'égard des Nouvelles étrangeres
& domeftiques , elles viendront du
Caffé de S. James ; & que tout ce qu'il
aura à dire fur d'autres matieres , fera daté
de fon appartement.
Il finit en badinant fur les frais qu'il eft
obligé de faire en liqueurs & en tabac
d'Elpagne , pour entretenir de bonnes
correfpondances dans tous ces Caffez ; &
fur le don de prédire les chofes futures ,
dont il n'ofe faire que trés peu d'ufage ,
peur d'offenfer fes Superieurs.
Septembre 1719.
de
G
$4
LE
MERCURE
Aprés cette petite préparation , il ne me
refte qu'une chofe à dire , c'eſt que je n'ai
pas prétendu vous donner ici les plus beaux
endroits ; ce font les premiers morceaux
détachez que j'ai trouvé en parcourant le
Livre , & même j'ai été obligé d'y retran
cher bien des chofes . Dans la fuite je
pourrai vous en envoyer d'autres .
Si l'on condamne l'Auteur fur ma Traduction
, on aura tort ; fi l'on approuve
P'un & l'autre , je n'y veux d'autre gloire
que celle de vous avoir fait plaifir , &
d'être reputé , Monfieur , V.T. H. &
T. O. ferviteur L ***
Au Caffé de White.
Une Dame inconnuë me fit l'autre jour
l'honneur de me venir voir. Elle paroiffoit
âgée d'environ trente ans ; brune , mais
trés agreable : La fanté brilloit fur fon
vifage , & fes yeux avoient une certaine
vivacité qui ne convenoit guéres , felon
moi , au ton plaintif dont elle commençoit
à me parler. Je ne fçai fi elle s'en apperçut
, mais tout à coup elle baiffa la vue &
me dit , Monfieur Bickerstaff, vous voyez
devant vous la plus malheureufe de toutes
les Femmes . Comme vous avez la reputa
tion d'être auffi grand Jurifconfulte qu'Af
trologue ou Medecin , je viens implorer
Nos confeils & votre fecours , pour me
DE SEPTEMBRE. -75
faire obtenir la caffation d'un Mariage qui
doit être nul par toutes les loix du monde.
Madame , répondis -je , fi vous attendez
quelque fecours de moi , ayez la bonté de
vous expliquer nettement fur tous vos
griefs . Je ne croyois pas , Monfieur , repliqua-
t'elle , qu'il fût befoin de la moitié
de votre fcience , pour deviner ce qui
peut porter une Femme à fe feparer de fon
Mari. Cela eft vrai , Madame , repartisje,
mais il n'eft pas ici queftion de deviner,
on n'établit pas un Procés fur des conjec
tures : Quand on fçauroit même tout ce
que vous avez à dire , cela ne vous avavanroit
de rien , à moins que vous ne le difiez
vous- même. Alors , fe cachant le vifage
de fon éventail , mon Mari , dit- elle , n'eft
pas plus Mari ( ici elle ne put retenir fes
larmes ) que les Italiens qui chantent à
l'Opera.
Madame , lui dis- je , les Loix peuvent
apporter du remede à vôtre affliction ;
mais envifagez les mortifications que vous
aurez à effuyer , fi vous la rendez publique.
Pourrez - vous foûtenir la rifée de toute
une Cour , les reflexions licentieufes
des Avocats , & fur tout les couleurs qu'on
donnera dans le monde à votre conduite ?
. Combien peu , dira-t'on , cette Dame
fçavoit moderer fes defirs ! J'allois continuer
, mais elle me dit avec quelque émotion
, Monfieur Bickerftaff , je vous ai
Gij
76 LE MERCURE
donné demie Guinée en entrant , afin de
fçavoir vôtre avis fur la maniere dont je
dois m'y prendre, pour obtenir un divorce,
& afin d'apprendre ce qui me doit arriver :
C'eft à vous de voir . Oh , Madame , interrompis-
je ! vous ferez fatisfaite dites
moi , s'il vous plaît , quel âge a vôtre Mari
Ila , répondit la belle affligée , cinquante
ans & il y en a quinze que nous
fommes mariez. Mais , Madame , lui disje
, il auroit fallu vous plaindre plûtôt ,
n'aviez-vous pas des Parens , des Parens , des Amis
aufquels vous puiffiez vous fier ? Helas ,
répondit- elle , il n'a été ainfi que depuis
quinze jours !
Je vous avoue que ma gravité fut démontée
à cette fois , & que je ne pus
m'empêcher de rite. Je lui dis que les
Loix ne pouvoient remedier à de tefs malheurs
; mais cela ne la fatisfit point ; elle
fortit en me difant qu'elle s'adrefferoit à
un jeune Legifte d'Oxford , qui a cent fois
plus de fçavoir que moi , & que toute ma
Famille enfemble. C'eft ainfi que j'ai
perdu ma Cliente. Cependant , fi cette ennuyeufe
narration pouvoit empêcher Paftorella
d'époufer un homme qui eft plus
vieux qu'elle de vingt ans , je confentirois
volontiers , & cela, pour le falut d'une belle
perfonne , que mon fçavoir fût decrié, &
qu'on reliât mes Prédictions avec l'Almamach
de Milan.
DE SEPTEMBRE. 77
Au Caffé de Will.
Je me fuis fouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui pis eft , ils rendent
public ce qui ne vaut rien en particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé jufques
chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amis abfens de fort
рей
de profit & d'inftruction . C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'écrire
de maniere à me faire fouhaiter d'être
avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde , qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir , autant
que les plantes qui y croiffent. Un de
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres , qui ne me déplait pas trop .
"
Mon cher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pour ne pas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommet de la plus haute Montagne de Suiffe,
fur laquelle je friffonne maintenant au milieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE
MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre , quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft . Mon encre gele au fort de la Canicule.
En recompenfe j'ai le plaifir de voir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre ; me voici fur un tas qui
s'éboula du tems de Charlemagne ou de Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans ne font pas une des moindres
curiofitez du Païs . Dans leurjeuneffe ,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cinquante
ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont de refte,
achever leurs jours parmi leurs Montagnes
natales. Un des Gentilshommes du lien , qui en a été quitte
pour
un oeil , m'a dit par
maniere
de vanterie
, qu'il y avoit
à prefent
Sept jambes
de bois dans fa Famille
, &
que depuis
fept generations
, on n'avoit
enterré
aucun
mâle
de fa branche
tout à la fois. Vous
trouverez
peut-être mon ftile
auffi
extraordinaire
que tout cela ; mais
Souvenez
- vous qu'il eft dit dans une de nos Comedies
, que les gens
qui parlent
fur les
nuages
, ne doivent
pas être affervi
à mettre
du fens dans leurs
difcours
. Je me croi en droit
d'ufer
du même
privilege
, moi qui
voy les nuages
au deßous
de moi. En quelque
lieu que je fois , je ferai toûjours
, &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes , on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte-
Fité la plus éloignée.
Au Caffé de Will.
M. Dactile a déployé fon éloquence ce
foir fur le talent de tourner les chofes en
ridicule. Il difoit trés juftement qu'il s'y
feucontroit d'ordinaire quelque chofe de
trop bas pour la focieté des honnêtes gens
à moins qu'on ne le modifiât felon les circonftances
des perfonnes , du tems & du
lieu. Un honnête homme , continua- t'il ,
doit fe fervir de ce talent comme de fon
épée , pour fa feule défeufe , & jamais offenfivement
, à moins que ce ne foit pour
dévoiler l'impofture & l'affectation . Mais
on a fi fort méconnu cette faculté , que le
burlefque dans lequel eft travefti Virgile ,
a paffé de nos jours pour de l'efprit , &
que les plus nobles penſées qui foient jamais
entrées dans le coeur de l'homme , ont été
miſes au niveau de la groffiereté & de la
bouffonnerie . Suivant les regles de la juftice
aucun homme ne devroit être tourné en ridicule
, à caufe de fes imperfections , s'il
ne veut se faire valoir par les qualitez qui
lui manquent. C'eft ainfi que les Poltrons
Giiij
LE MERCURE
qui fe cachent fous un air fier & infolent,
& les Pedans qui penſent montrer la profondeur
de leur fçavoir par une fombre
gravité , font également les dignes objets
de nôtre rifée : Non qu'ils foient en euxmêmes
ridicules par leur manque de coura
ge ou par la foibleffe de leur entendement ,
mais à caufe qu'ils femblent ne pas fentir
le rang qu'ils tiennent dans la vie , & qu'ils
fe placent malheureuſement avec ceux dont
le merite répand trop de jour fur leurs défauts.
Il faut obſerver d'un autre côté que le rire
êtant l'effet de la raiſon , on devroit chaffer
des honnêtes compagnies ceux qui rient
fans raifon.... Ha , ha , dit Guillaume
Truby , qui étoit auprés de nous , eft- ce
qu'on voudra me faire rire par regle & par
methode ? Voyez - vous , répondit Homphroy
Finet , c'est que vous êtes grandement
trompé : Vous pouvez à la verité
faire beaucoup de bruit , & perfonne ne
peut empêcher un Gentilhomme Anglois
de mouvoir fon vifage à fa fantaifie ; mais
fur ma parole , ce bruit que vous faites -là
en ouvrant la bouche , cette agitation d'ef
tomac que vous foulagez en vous tenant les
côtez tout cela n'eft point tire. Le rire
eft de plus grande importance que vous ne
penfez , & je vous dirai en fecret , que
vous n'avez ri de vôtre vie › que je crains
même que vous ne riez jamais , à moins
DE SEPTEMBRE.
de vous faire guérir de ces convulfions.
Truby nous quitta , & quand il fut à deux
pas de nous fort bien , dit-il , vous êtes
d'étranges perfonnes ; en même tems il fit
un autre éclat de rire.
Les Trubys font gens benevoles , ils
rient de gure amitié avec autant de plaifir
que ceux qui rient malicieufement .
Ainfi quand on les voit prendre la figure
d'un homme qui rit ; cela ne vient que de
cette bienveillance generale qui eft née
avec eux. Les Finets ne font que fourire
des chofes les plus plaifantes , & les fentent
bien plus vivement. Je fçai que La
Hargne enrage quand Truby luirit au nez;
mais queTruby eclate de rire en me voyant,
je connois que ce rire , ou fi vous voulez
ce bruit inanimé , qui en d'autres feroit
rire , ne vient que de l'abondante joye
qu'il a de me voir . Mais j'examinerai plus
au long cette matiere dans mon Traité de
fofcitation , du rire & du ridicule.
De mon Apartement.
, Il m'en a coûté bien des foins & des
meditations pour ranger les gens fous les
dénominations qui leur font propres , &
felon leurs caracteres refpectifs . Mon travail
, d'un côté , a eû un fuccés inefperé
& de l'autre , il a été fort negligé . Car ,
quoique j'aye beaucoup de Lecteurs , j'ai
82 LE MERCURE
trés peu de Profelytes. Il faut certaine
ment que cela vienne de la fauffe opinion
qu'on a que mes écrits font plûtôt deſtinez
à l'amufement , qu'à l'inftruction du Public.
J'ai commencé mes EEffflaayyss par décla
rer que je voulois reprefenter le genre humain
tout autrement qu'on n'a fait jufqu'ici
; & j'ai avancé que toute vie inutile
ne feroit plus appellée vie dans mes écrits .
Mais de peur que ma doctrine ne paroiſſe
frivole & fantalque aux gens non lettrez ,
& que ce ne foit peut- être la cauſe du peu
de progrés qu'elle a fait ; qu'on me permette
de developer l'antiquité & la fageffe de
ma premiere propofition , à fçavoir , que
tout homme fans merite , e un homme
mort. Cette notion eft auffi ancienne que
Pitagore. Dés qu'un de fes Difciples fe
laffoit d'étudier l'art de fe rendre utile
11
144471
aux hommes & qu'il abandonnoit fon
Ecole , pour aller vivre dans Poifiver
les autres Difciples le tenoient pour mort
on devoit faire fes funerailles, lui élever un
tombeau avec des infcriptions qui fiffent
fouvenir les compagnons qu'ils étoient
mortels comme lui . Je pourrois appuyer
cette doctrine par l'exemple même des Hebreux
, & par des autorités facrées que je
laiffe à mediter à mes lecteurs , ils pourront
voir aisément dans quel fens on applique
les termes de mort & de vivant aux
hommes, felon qu'ils font bons ou mauvais .
DE SEPTEMBRE. 83'
C'eft là-deffus que j'ai dreffé mon ſyſtême
de l'exiftence , que l'on va voir ici , à
l'ufage des vivans & des morts ; mais furtout
des derniers que j'exhorte à y faire
toute l'attention poffible , fupofé qu'ils
foient capables d'attention .
و
?
Au nombre des morts font compriſes .
toutes perfonnes de quelque rang ou quali
té qu'elles foient , qui employent la plus
grande partie de leur tems à manger & à
boire afin d'entretenir cette existence imaginaire
qu'ils nomment leur vie , ou à
decorer ces ombres , ces apparitions que
le vulgaire prend pour des vrais hommes
& de vraies femmes. En un mot quiconque
refide dans ce bas monde fans y avoir
des affaires , & qui ne fonge point à quel
propos il y a été envoyé , eft felon moi
bien & dûment trepaffe , & je fouhaite
qu'on l'eftime tel. Les vivans font ceux
feulement qui s'appliquent à fe perfec
tionner l'efprit & le coeur , encore ne leur
compterai-je pour moment de vie que ceux
qu'ils auront employez ainfi . Par là nous
trouverons que les plus longues vies ne
confiftent qu'en très peu de mois , & que
la plus grande partie de la Terre eft entierement
depeuplée. Selon ce Syftême ,
il y
a des gens qui font nez à l'âge de vingt
ans , d'autres à trente , d'autres à foixante ,
& d'autres environ une heure avant mou¬
rir. Bien plus nous en verrons des multi84
LE MERCURE
>
tudes qui meurent avant que de naître
nous verrons plufieurs morts fe fourer parmi
les vivans, & figurer aux yeux des ignorans
mieux que ceux qui font pleins de
vie & de fante. Cependant , comme il peut
y avoir beaucoup de bons fujets , payant
les taxes , & vivant paisiblement chez
eux , qui ne font pas encore nez ou qui
font morts depuis longtemps , j'exhorte les
premiers à venir au monde , & je laiffe
aux autres la voye de la refurrection . Je
dis ceci en partie pour l'amour d'une perfonne
qui a publié depuis peu un avertif
fement , dans lequel elle fe fert de certaines
expreffions qu'il n'eft pas de la bienfeance à
un Mort de proferer , c'eft mon défunt
ami Jean Partridge, qui conclut l'avertiffe
ment de fon Almanac pour l'année pro
chaine par la note fuivante.
D'autant qu'il a été induftrieufement repandu
dans le Public par le nommé Ifaac
Bickerstaff , & autres , pour prevenir le'
debit de cet Almanac, que Jean Patridge,
étoit mört , cecy eft pour informer Tes
bons Compatriotes qu'il eft encore en vie
& en fanté , & que ceux qui avoient faic
courir ce bruit, font des Fripons .
DE SEPTEMBRE. 85
EDITS , ARRETS
& Declarations
Rrêt du Confeil d'Etat du Roy }
qui ordonne qu'il fera fabriqué pour
cent vingt millions de livres de Billets de
la Banque , de dix mil livres chacun du
12. Septembre 1719.
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roy ;
Qui permet à la Compagnie des Indes , de
faire pour cinquante millions
SU
de nouvelles Actions.
,
Ur ce qui a été reprefenté au Roy
ce
étant en fon Confeil , par les Directeurs
de la Compagnie des Indes , que
pour remplir les engagemens que ladite
Compagnie a contractez en execution de
l'Arrêt du Confeil du 27. Août dernier
ils ont eftimé neceffaire de faire pour cinquante
millions de nouvelles actions , pour
être delivrées à raifon de mille pour cent:
A quoi ils fuplioient Sa Majefté de vou
loir les authorifer . Oui le rapport , Sa Majefté
étant en fon Confeil , de l'avis de M.
le Duc d'Orleans Regent, a ordonné & or
donne ce qui fuit.
86 LE MERCURE
ART. I. Sa Majefté a permis & permet
à la Compagnie des Indes , de faire de
nouvelles Actions jufqu'à concurrence de
la fomme de cinquante millions , lefquelles
feront de même nature & joüiront des
mêmes avantages que celles qui compofent
les cinquante millions d'anciennes Actions
II. Leidits cinquante millions de nouvelles
Actions feront faits en cent mille
Billets d'une Action chacun , numerotez
depuis le numero cent vingt mille un , julques
& compris le numero deux cent vingt
mille.
III. Lefdites Actions feront acquifes
par toute forte de perfonnes , fur le pied
de cinq mille livres chaque Action , payables
en dix payemens égaux en efpèces ou
Billets de Banque , dont le premier comptant
, & les autres dans le courant de chacun
des mois fuivans , & faute de faire les
payemens dans lefdits mois indiquez , les
certificats du Caiffier de ladite Compagnie
qui auront efté delivrez pour les nouvelles
Actions ordonnées par le prefent
Arreft , deviendront nuls & de nul effet.
IV. Le Livre pour la delivrance des
Certificats fera ouvert à commencer du 15 .
du prefent mois , & lefdits Certificats feront
viſez par un des Directeurs de la
Compagnie des Indes , & figné par le
Sieur Vernezobre de Laurieux , que
Sa Majefté a commis & commet Caiflier
DE SEPTEMBRE.

de la Compagnie , pour recevoir les fonds
defdits cinquante millions de nouvelles
Actions: Fait au Confeil d'Etat du Roy
Sa Majesté y étant , tenu à Paris le treizićme
jour de Septembre mil fept cent dixneuf.
Signé , FLEURIAU.
EDIT DU ROY ,
Portant fuppreffion de tous les Offices établis
fur les Ports , Quays , Halles
Marchez de la Ville de Paris.
Nous avons par nôtre prefent Edit perpe
tuel & irrevocable, éteint & fuprimé, éteignons
& fuprimons tous les Offices établis
fur les Ports, Quays, Halles , & Marchez de
nôtre bonne Ville de Paris. Voulons qu'à
commencer du Lundy 18. du prefent mois,
il ne foit plus levé aucun des droits qui
fe font perçus jufqu'à ce jour au profit defdits
Officiers , à quelque titre & fous quelque
dénomination que ce puiffe être , & en
confequence qu'il foit inceffamment procedé
au remboursement des finances defdits
Offices , tant anciennes que nouvelles , fuivant
la liquidation qui en fera faite par les
Commiffaires de nôtre Confeil qui feront
nommez à cet effet ; & voulant maintenir
non feulement l'ordre & la police qui s'ob
-ferve dans lefdits Ports , Quays , Halles &
Marchez , mais auffi faciliter aux Mar28
LE MERCURE
chands Forains le payement de leurs marchandifes
au moment de leur arrivée ; ainfi
qu'il s'eft pratiqué par le paffé , & pourvoir
de plus en plus à la garde , & à la fureté
defdites marchandifes, ordonnons qu'il
fera établi & formé un nombre fuffifant de
Gardes pour veiller à leur confervation >
tant de jour que de nuit , qui feront entretenus
, payez & foudoyez à nos frais &
dépens.
ARREST
Du Confcil d'Etat du Roy.
Qui ordonne qu'à la nomination des Sieurs
Lieutenant General de police, Prevoft des
Marchands & Efchevins , il fera établi
des Commiffionnaires & Prepofez fur les
Ports , Quays , Halles & Marchez de
la Ville de Paris.
E Roi ayant par l'Edit du prefent
LEO
preffion de tous les droits qui ont été perçûs
jufqu'à preſent au profit des Officiers
établis fur les Ports , Quays , Halles &
Marchez de fa bonne Ville de Paris , à
quelque titre & denomination que ce puiffe
être , & pourvû au remboursement des
finances defdits Offices , tant anciennes
que nouvelles , au moyen de quoy les fonctions
qui étoient attribuées à leurs Offices ,
ceffe,
DE SEPTEMBRE. 89
les
cefferont entierement à leur égard , & que
pour conferver la même police & fûreté
dans lefdits Ports , Quays, Halles & Marchez
, il feroit prepofé par les Sicurs Lieutenant
General de police , Prevoft des
Marchands & Echevins , chacun en ce
qui le concerne , un nombre fuffifant de
perfonnes pour exercer les fonctions qui
font neceffaires : Sa Majefté defirant en
confequence , qu'il y foit pourvû par
Sieurs Lieutenant General de police , Prevoft
des Marchands & Echevins , oui le
raport . Sa Majefté êtant en fon Confeil ,
de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , a ordonné & ordonne qu'à la
nomination & fur les Commiffions des
Sieurs Lieutenant General de police , Prevoft
des Marchands & Echevins , chacun
en ce qui concerne leur Jurifdiction , il
fera établi & prepofé pour la facilité du
Commerce , la police & la fûreté des marchandifes
& denrées fur les Ports , Quays ,
Halles & Marchez de ladite Ville de Paris
; fçavoir , pour les vins & autres Boiffons
, foixante Vendeurs & vingt - quatre
Jaugeurs pour les grains foixante- huit
Melureurs ponr le bois quatre - vingt
Mouleurs pour le charbon vingt Mefureurs
pour la chaux deux Melureurs ;
pour le mettage à Port , le retournage , le
remontage , la garde , le renvoy des rivicres
, & le debaclage des batteaux , la four-
:
H
go LE MERCURE
>
niture des planches , d'hommes & d'équi
pages à ce neceffaires , avec garentie des
batteaux & des marchandiſes , comme auffi
pour le nettoyage des Ports, pavez &.
" l'enlevement des bouës fur lesdits Ports
douze Metteurs à Port & Debacleurs qui
feront enſemble & conjointement toutes
lefdites fonctions ; pour les toiles vingt
Aulneurs pour le foin vingt Vendeurs
Courtiers , & pour les Porcs feize Infpecteurs
Vifiteurs & Langueyeurs de Porcs
vifs ou morts : Tous lefquels Commiffionnaires
ou Prepofez prefteront ferment en
la maniere accoûtumée , pardevant lesdits
Sieurs Lieutenant General de police , Prevoft
des Maachands & Echevins chacun
pour ce qui le concerne , & feront toutes
les mêmes fonctions qui étoient ci - devant
faites par les Officiers titulaires ; & même
les Mefureurs de grains feront faire le brifage
des farines & l'arrangement des facs
dans les Halles & Marchez . Pourront
neanmoins lefdits Commiffionnaires ou
Prepofez être deftituez , changez ou retablis
dans leurs employs , ainfi que lefdits
Sieurs Lieutenant General de police , Prevoft
des Marchands & Echevins le jugeront
àરે propos , & jouiront lefdits Commiffionnaires
ou Prepofez pour leurs peines
& fourniture d'hommes , uftanciles , équipages
& autres chofes neceffaires pour
remplir leurs fonctions , des falaires & éDE
SEPTEMBRE.
91
molumens fixez par le Tarif attaché fous
le Contre-fcel de l'Edit du prefent mois.
Enjoint Sa Majefté aufdits Sieurs Lieutenant
General de police , Prevoft des Marchands
& Echevins de tenir la main à l'exe
cution du prefent Arrêt . Fait au Confeil
d'Etat du Roy , Sa Majefté y étant , tenu
à Paris le douziéme Septembre mil
fept cent dix-neuf. Signé PHELIPE AU.
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roy ,
Qui nomme des Commiffaires pour proceder
à la liquidation des finances , tant an
ciennes que nouvelles , des Offices établis
fur les Ports , Quays , Halles & Marchez
de la Ville de Paris.
Lamois ,ordonné qu'il fera procedé par
E Roy ayant par fon Edit du prefent
les Commiffaires de fon Confeil qui feront
nommez à cet effet , à la liquidation des
finances , tant anciennes que nouvelles
des Offices établis fur les Ports , Quays
Halles & Marchez de la Ville de Paris :

A
quoy Sa Majefté defirant pourvoir &
accelerer le remboursement de la finance
defdits Offices ; oui le raport. Sa Majefté
êtant en fon Confeil de l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a commis
& commet les Sieurs de la Houffaye
Hij
92 LE MERCURE
Confeiller d'Etat & au Confeil de Regence
pour les Finances , Trudaine auffi Confeiller
d'Etat & Prevoft des Marchands , de
Machault Maistre des Requeftes & Lieutenant
General de police , d'Ormeffon &
de Gaumont auffi Maiftres des Requeftes ,
& Dodun , Prefident des Enquestes du
Parlement de Paris , Confeillers au Confeil
de finances , pour proceder conformé
ment à la difpofition dudit Edit à la liquidation
des finances , tant anciennes que
nouvelles , des Offices fupprimez par icelui
, fur la reprefentation qui fera faite aufdits
Sieurs Commiffaires des quittances
de finances , provifions & autres titres de
proprieté defdits Offices : Ordonne que
les pourvûs & proprietaires defdits Offices
fuprimez , feront tenus de remettre lefdits
titres & pieces juftificatives au Sieur
de Grofmenil , Greffier des Commiffions
extraordinaires du Confeil , que Sa Majefté
a commis pour Greffier de ladite Commiffion
, pour , fur les Ordonnances de liquidation
qui feront faites par lefdits
Sieurs Commiffaires , être lefdits pourvûs
& Proprietaires rembourfez des fommes
portées par lefdites Ordonnances , conformément
audit Edit du prefent mois . Fait
au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majeftéy
étant , tenu à Paris le douzième jour de
Septembre mil ſept cent dix-neuf.
Signé , PHELIPEAU.
DE SEPTEMBRE.
TARIF
Des falaires & emolumens attribue aux
Commiffionnaires établis pour la police
des Ports , Quays , Halles & Marchez
qui doit être attaché fous le contre -ſcel
de l'Edit qui fupprime les Offices &
Droits établis fur les Ports , Quays
Halles & Marchez de la Ville de Paris.
POUR LE VIN.
Vendeurs de Vin.
par le
Il ne leur eft point fixé de droits
prefent Tarif, attendu que l'Edit même
porte ce qui fera payé.
Jaugeurs de Vins & autres Boiffons.
Il leur fera payé pour chaque muid réduit
de vins , cidres , bierres & autres
boiffons , deux fols , & pour les demis &
quarts à proportion , cy pour le muid réduit
2 f.
Plus , pour chaque muid réduit d'eaude-
vie fimple , d'eau-de vie double &
d'efprit de vin , tant pour la jauge que
pour l'effai , quatre fols , & pour les plus
94
LE MERCURE
forts ou plus petits vaiffeaux , le droit fera
augmenté ou réduit à proportion , cy pour
le muid réduit
POUR LE GRAIN.
4 £.
Mefureurs de bleds & farines , & autres
A
grains.
Il leur fera payé pour chaque muid de
bled , douze fols , qui eft à raifon d'un fol
par feptier , & pour les petites mefures à
proportion, cy pour le muid , 12 f. Plus , pour chaque
muid de farine
, une livre quatre
fols , qui eft à raifon
de deux fols par feptier
, & pour les petites
meſures à proportion
, cy pour le muid , il . 4 f. Plus, pour chaque
muid d'orge , de veſſes & de grenailles
, dix -huit fols , qui eft a
raifon
d'un fol fix deniers
par feptier
, & pour les petites
mefures
à proportion
,
pour le muid ,
cy
18 f.
Plus , pour chaque muid d'avoine , une
livre quatre fols , qui eft à raiſon de deux
fols le feptier , & pour les petites mefures
à proportion , cy pour le muid
I l. 4 f.
DE SEPTEMBRE.
95
POUR LE BOIS.
Mouleurs de Bois.
Il leur fera payé pour chaque voye de
bois neuf & de bois flotté à brufler , foit
de moule ou de corde , cinq fols , cy pour
la
voye
S f.
Plus , pour chaque voye de deux cent
huit fagots , cotterets , bourrées avec paremens
, cinq fols , cy pour la voye
Plus , pour chaque voye de deux cent
huit bourrées d'épines , ronces fans paremens
, fouchons & copeaux , deux fols fix
deniers , cy pour la voye 2 f. 6 d.
Plus , pour chaque voye de cinquante
fagots de bo de cordes , menuifes ou bois
blanc flotté de vingt- fix pouces de groffeur,
cinq fols , cy pour la voye
Pour chaque voye de cinquante falourdes
de perches , deux fols , cy pour la voye
Sf
.
z f.
Plus , pour chaque voye de bois de crû
en buche , fagots , cotterets , deux fols
cy pour la voye
POUR LE CHARBON.
Mefureurs de Charbon:
2 f.
Il leur fera payé pour chaque voye de
>
36 LE MERCURE
charbon de bois , compofée de deux minots
, deux fols , & pour les mefures audeffus
& au-deffous à proportion , cy pour
la voye
2 f. Plus , pour chaque voye de charbon de
terre , compofée de quinze minots , quinze
fols , & pour les mefures au- deffous à proportion
, cy pour la voye
POUR LA CHAUX,
Mefureurs de Chaux .
is f.
Il leur fera payé pour chaque muid de
chaux , compofe de quarante-huit minots,
quinze fols , & pour les mefures au-deffous
à proportion , cy pour le muid
is
f
POUR LES BATEAUX.
le
11 fera payé pour le métage à port ,
retournage , le remontage , la garde , le ,
renvoy des rivieres , le débaclage , la fourniture
des planches , d'hommes & d'équipages
à ce neceffaires , le nettoyage des
Ports , l'enlevement des boues fur lefdits
Ports , à la charge de la garentie deſdits
bateaux & des marchandiſes.
SCAVOIR ,
DE SEPTEMBRE. 93.

SCAVOIR ,
Au Port d'enbaut.
Pour chaque couplage de margota , deux
livres , cy
су
21.
Pour chaque tout-bachot , une livre
I l.
Pour chaque bachot , dix fols , cy 10 f.
Pour chaque bateau de fept toifes , chargé
de foin ou de charbon , huit livres ,
8 l.
Pour chacun desdits bateaux de fept toifes
, chargé de toute autre marchandiſe ou
denrée, & pour chaque boutique à poiffon,
fix livres , cy 6 1.
Pour chacun des bouticlars & gondole à
poiffon , trois livres , cy 3 1.
Pour chacun des bateaux de huit toifes
chargé de foin & de charbon , dix livres
cy
>
2
10 1. Pour chacun defdits bateaux de huit toifes
, chargé de toute autre marchandiſe ou
denrée , huit livrés , cy · 8 1. Pour chacun des bateaux de dix toifes
& au- deffus,chargé de foin & de charbon,
douze livres , cy
10 l.
12 1.
Pour chacun defdits bateaux de dix toifes
, chargé de toute autre marchandiſe ou
denrée , dix livres , cy
Chaque bateau chargé de pavé pour le
Roy , ne payera que demy droit.
Septembre
1719. I
98 LE
MERCURE
Au Port d'enbas .
Pour les bateaux depuis dix- huit jufqu'à
vingt-huit toifes , payeront par toife dix
fols , cy
10 f.
Pour les bateaux
au -deffous
de dix -huit
toises , de quelque
grandeur
que ce ſoit
par toifes cinq fols , cy
Sf
.
Et
fera
payé
pour
le
retournage
des
bateaux
de
foin
, lorfque
les
Commiffionnaires
Debacleurs
en
feront
requis
, fix
livres
,
cy
POUR LES TOILLES.
Aulneurs de Toilles.
61.
Pour chaque aulne de toille , tant groffe
que fine , étrangere ou du Royaume , canevas
, coutils, treillis , coupons, bougrans,
napes , fervietes , mouffelines , baptifte
futaine , bafin , toille de coton , de lin &
autres ouvrages de fil & lingerie , qui´ ſeront
amenez dans la Ville & Fauxbourgs
de Paris , même des toilles & autres ouvra
ges cy- deffus qui y feront fabriquez , à
l'exception de celles qui feront
pour PHôn
tel Royal des Invalides , aux conditions
portées par les Edits qui en accordent l'exemption
, un denier & demy , cy par
1 d. & demy. aulne
THE LA VIE
DE
SEPTEMBRE.
POUR LE FOIN .
REQUE
LYON
~/
8934
Vendeurs , Courtiers , & Debardeurs de
Foin.
Il leur fera payé par chaque cent de foin
entrant , tant par terre , que par eau
cinq fols , & pour les demis & quarts à
proportion , cy par cent
POUR LES PORCS.
sf.
Infpecteurs , Vifiteurs & Languayeurs
de Porcs.
8 f.
Il leur fera payé par chaque porc vif ou
mort , huit fols , cy .
Et pour les demis & quarts à proportion
·
FAIT & arrefté au Confeil d'Eftat du
Roy , tenu à Paris le douzième jour de
Septembre mil íept cent dix neuf. Signé ,
PHELYPEAUX .
Registré , ony, & ce requerant le Procureur
General du Roy , pour etre executé
felon fa forme & teneur , à la charge que
l'enregistrement du prefent Tarif, fera réïteré
au lendemain de la S. Martin , fuivent
l'Arreft de ce jour. A Paris en Parlement,
en Vacations , le feizième Septembre mil
fept cent dix-neuf. Signé , YS A BEAU
I ij
100 LE MERCURE
TOUS CEUX QUI CES PRESENTES
LETTRES VERRONT:
Charles Trudaine Chevalier Seigneur de
Montigny & autres lieux , Confeiller
d'Etat , Prevôt des Marchands , & les
Echevins de la Ville de Paris ; SALUT ,
fçavoir faifons . Que fur ce qui nous a été
remontré par le Procureur du Roy & de
la Ville , que Sa Majefté ayant par Edit
du prefent mois fupprimé tous les Officiers
établis fur les Ports & Quais , & dans les
Chantiers de cette Ville , Fauxbourgs &
Banlieue , enſemble les Droits à eux attribuez
, à commencer du Lundy dix - huit
dudit prefent mois ; il eft neceffaire d'ôter
& retrancher lefdits Droits du prix des
Marchandifes qui font vendues & livrées
fur lefdits Ports , & d'en arrêter & fixer
le prix fuivant ledit retranchement & conformément
audit Edit ; pourquoy requeroit
qu'il Nous plût y pourvoir. Ayant
égard aufdites remontrances & requifitoire
du Procureur du Roy & de la Ville , &
vû ledit Edit enregistré au Parlement ce
jourd'huy ;
1
Meffieurs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris , ont ordonné
qu'à commencer Lundy prochain dix - huit
du prefent mois , les Marchandiſes pour
la provifion de cette Ville , prifes fur les
DE SEPTEMBRE.
Ports & Quais , & dans les Chantiers de
cette Ville , Fauxbourgs & Banlieuë , fe
Font venduës ,
P
SCAVOIR ;
5
Aux Ports de la Greve , aux Mulets &
Arche - Beaufils.
La Voye de Bois de compte neuf , treize
fivres deux fols fix deniers.
La Voye de Bois de corde de quartier ,
douze livres deux fols fix deniers .
La Voye de Bois Taillis , onze livres
deux fols fix deniers.
La Voye de Bois Taillis mêlé de Bois
blanc , dix livres deux fols fix deniers .
La Voye de Bois de Traverſe , douze
livres fept fols fix deniers.
FAGOTS & COTERETS.
La Voye de Fagots compofée de deux
cent huit , douze livres treize fols neuf
deniers.
La Voye de Cotterets de Marne , auffi
compofée de deux cent huit , douze liv.
treize fols neuf deniers.
La Voye de Coterets d'Yonne , compq
fée de trois cent douze , treize liv .
Tiij
102 LE MERCURE
Aux Ports de l'Ecole , Saint Nicolas
& Malaquais.
La Voye de Bois de Moulé de compte
treize liv. deux fols fix deniers .
La Voye de Bois de corde de quartier ;
douze liv. deux fols fix den..
La Voye de Bois Taillis , onze liv. deux
fols fix deniers.
La Voye de Bois Taillis mêlé de Bois
blanc , dix livres deux fols fix deniers.
La Voye de Bois d'Andelle , douze liv,
fept fols fix deniers.
FAGOTS & COTERETS.
La Voye de Fagots compofée de deux
cent huit , douze livres treize fols neuf
deniers.
La Voye de Coterets de quartier , compofée
de deux cent huit , quinze liv. dixfept
fols neuf deniers.
La Voye de Coterers de Bois Taillis ,
compofée de deux cent huit , de deux
pieds de longueur chacun , & de dix- fept
à dix-huit pouces de groffeur , treize liv ,
douze fols neuf deniers.
BOIS FLOTTE'.
La Voye de Bois de Moule de comptes
DE SEPTEMBRE.
103
de la Foreft de Montargis , douze livres
quinze fols.
La Voye de Bois de corde de ladite Fo
reft , onze liv. quinze fols .
La Voye de Bois de Moule de compte
des Provinces de Bourgogne & Champagne
, onze liv . quinze fols.
La Voye de Bois de traverfe & de corde
defdits Provinces , dix liv . quinze fols .
La Voye de Bois flotté de menuife &
bois blanc, dont font compofez les Fagots ,
cordée dans la membrure , neuf liv . cinq
fols.
La Voye de Fagots defdits bois compofée
de cinquante , douze livres huit fols
fix deniers.
La Voye de Falourdes de perches , compofée
de cinquante , quinze liv . onze fols.
Le tout mis en Charete aux dépens du
Marchand Vendeur , & compris les quatre
fols pour l'Hôpital General fur chacune
Voye.
Que la Mine ou Voye de Charbon de
bois , prife fur le Port , tous Salaires
compris , même le droit pour l'Hôpital
General ,
fera vendue deux livres quinze
'fols fix deniers .
Et que le Muid de Chaux pris fur le
Port , compris le Salaire des Mefureurs ,
fera vendu quarante trois liv . un fol trois
deniers .
Iiiij
104
LE MERCURE
FAISONS défenſes aux Marchands
de vendre leurfdites Marchandiles à plus
hauts prix que ceux par Nous cy -deſſus
reglez , à peine de concuffion ; & enjoignons
aux Commis Mouleurs de Bois ,
Mefureurs de Charbon & de Chaux , de
tenir la main à l'execution des Prefentes >
& de mettre par chacun jour fur chacurre
qualité defdits Bois , Charbon & Chaux ,
la Pancarte du prix d'iceux , à ce que perfonne
n'en ignore . Ce qui fera lû publié
& affiché par tout où befoin.fera , & exe
cuté , nonobftant oppofitions ou appellations
quelconques , & fans préjudice d'icelles
. FAIT au Bureau de la Ville , le
feizième jour de Septembre mil fept cent
dix - neuf. Signé , TAITBOUT.
>
Départemens de Meffieurs les Directeurs
de la Compagnie des Indes .
POUR LE COMMERCE
Les Monnoyes.... Meffieurs Law Fro
maget & Caftanier.
Les Armemens & defarmemems…….. Meſfieurs
Law , Mouchard , Berthelot , Piou,
Morin , le Gendre , Defvieux & Monpellier.
Les Achapts de Marchandises .... Melfieurs
Fromaget , Caftanier , Morin , De
DE SEPTEMBRE.. 107
fa Porte- Chevalier , Villemur , Laugeois.
La Louifiane.... Meffieurs Dartaguiette,
Gilly de Montaud , Corneau , De la Haye,
Perrinet , Savalette , De la Porte- de Feraucourt.
Les Indes.... Meffieurs Raudot , Adine,
Hardancourt , Fromaget , Lallemant ,
Tiroux , De la Live.
Le Caftor & la Guinée.... Meffieurs
Mouchard , Piou , Le Gendre , Le Nor~
mant.
Le Senegal & la Compagnie d'Affrique....
Meffieurs Fromaget , Gaftebois , Morin
Raudot , Berthelot , De la Porte- Chevalier.
POUR LES FERMES.
Le foin de la fuite des Regiftres Journaux ,
Etats de Produit & Depenfe , les Bilans
& Comptes generaux.
Meffieurs Law , Fromaget , Gaftebois
Laugeois & De la Porte- de Feraucourt.
Le foin de faire faire les Remifes des De
niers des Caiffes de Paris & des Provinces
à la Recette generale , & de fuivre
& ordonner les payemens qui doivent
être faits à l'acquittement des charges
des Etats du Roy .
Meffieurs Law, Dartaguiette , Perrinet
106 LL MERCURE
1
Berthelot , De la Porte , Le Gendre
Adine , Delvieux.
La garde des Papiers de la Ferme , & des
Actes dépofez aux Armoires de la Compagnie
, & le dépôt des faifies.
Meffieurs Corneau , Piou , Thiroux &
Chevalier.
L'affiftance au Confeil de la Ferme & follicitations
de Procedures .
Meffieurs Corneau , Raudot , Thiroux,
La Haye , Adine , Monpellier, Savalette .
Le foin de dreffer les Etats au vrai , des
Comptes des Chambres , & ceux d'apu.
rement & corrections.
Meffieurs Raudot , Gilly , de Mone
taud , Berthelot , De la Porte..
L'examen des Comptes generaux & particuliers
des Gabelles de France,
Meffieurs Chevalier , De la Porte-de
Feraucourt , Savalette , Villemur , Le
Normant.
L'examen des Comptes generaux & parti-·
culiers , des Gabelles de Lyonnois , Dans
DE
SEPTEMBRE: 107
phiné , Provence , Languedoc & Rouf
fillon , & le foin de faire rendre les
Comptes aux Chambres de Grenoble ,
Aix & Montpellier.
3
Meffieurs De la Porte , Le Gendre 3 .
Thiroux , Le Normant , Montpellier &
De la Porte-de Feraucourt.
L'examen des Comptes generaux & particuliers
des cinq groffes Fermes , & las
verification des Paffeports , & Etats des
Marchandifes , entrées & forties en
franchifes.
Meffieurs Mouchard , Gaftebois , Morin
, Le Gendre , Defvieux , La Live ,
Lallemant..
Les Achapts des Sels , Voitures , emplazcemens
& Compte des Entrepreneurs.
Meffieurs Law , Mouchard , Raudot ,
Rigby , Delvieux , De la Porte , Berthes
lot , Le Gendre , Chevalier.
La Regie des Gabelles de France , Lyon--
nois , Provence , Dauphiné , Languedoc
& Rouffillon ,
Meffieurs De la Porte , Thiroux, Che
valier , Lallemant , Laugeois , De la
108 LE MERCURE
Porte-de-Feraucourt , Villemur , Le Nor
mant.
& La Regie des eing groffes Fermes du
Domaine d'Occident .
Meffieurs Mouchard , Piou , Raudot ;
Morin , Hardancourt , Le Gendre , Berthelot
, Defvieux , La Live & Lallemant.
La Regie des Aydes , Domaines , Controlle
des Actes , Greffe , amortiſſemens
franc-fiefs , & le foin d'arrêter les
Compies.
Meffieurs Adine , La Haye , Perrinet,
Savalette , Monpellier , Villemur .
La Regie de la Ferme generale du Tabac.
Meffieurs Raudot , Mouchard , Gilly
Corneau & Berthelot..
Service des Provinces .
CORRESPONDANCE ST
Paris.... Pour les Gabelles .
Meffieurs Chevalier , Savalette.-
Pour les Aydes.
Meffieurs Adine , Perrinet , La Haye
Savalette.
DE SEPTEMBRE. 104
Pour les Gabelles & cing groffes Fermes.
Rouen ... Meffieurs Morin , Fromaget .
Caën .... Meffieurs Gaftebois , Laugeois.
Alençon... Meffieurs Berthelot , Defvieux.
grandes Entrées .
M. Perrinet pour les
Coiffons.... M. Delvieux..
Amiens.... M. Berthelot.
S. Quentin.... M. La Live.
Lille.... M. Lallemant.
Châlons , Langres , Charleville :
Meffieurs Villemur , Chevalier , Le
Normant , Monpellier.
Dijon , Comté de Bourgogne , Lyon.
Meffieurs De la Porte , Monpellier
Lallemant.
Valence , Grenoble , Marfeil'
Meffieurs Monpellier , De la Porte-de
Feraucourt , Le Normant , Villemur.
Montpellier.... M. Gilly de Montaud .
Thouloufe.... M, Thiroux.
Narbonne.... M. De la Porte-de - Ferau
court.
Haute- Auvergne .... M. Le Normant.
IIO LE MERCURE
Bordeaux , & Dax.
Meffieurs Darraguiette , Le Gendre 3
La Live.
La Rochelle.
Meffeurs Mouchard , Raudot , Ber
thelot , Defvieux , La Live.
Angers , Nantes , Rennes.
Meffieurs Piou , Hardancourt , Cafta=
aier , Rigby , Lallemant.
Tours , Le Mans , Laval.
Meffieurs Perrinet , Laugeois , Sava
lette.
Orleans , Bourges , Moulins.
Meffieurs De la Porte-de-Feraucourt
Tiroux , Villemur.
DE SEPTEMBRE,
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roy,
Qui declare le Prieuré du Monaftere Royal
de S. Louis de Poiffy , perpetuel , & à
la nomination du Roy , & qui maintient
garde la Dame de Mailly dans le titre
& la qualité de Prieure perpetuelle dudit
Monaftere.
AVERTISSEMENT.
IE
E tems qu'on a employé & les foins
qu'on s'eft donné pour examiner à
fond le procés intenté par quelques Religieufes
de la Maifon de faint Louis de
Poifly , Ordre de faint Dominique , par
lequel elles ont voulu contefter au Roy le
droit de nomination au Prieuré perpetuel
de ce Monaftere , laiffent d'autant moins
de doute qu'on a pris toutes les précautions
neceffaires pour rendre juftice , & que les
Religieufes n'ont rien oublié pendant plus
de trois ans , pour inftruire les Juges fur
leur droit prétendu , & qu'elles ont mis
tout en oeuvre pour les prevenir en leur
faveur.
La bonté & l'équité de S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans Regent du
Royaume , leur ayant fait naître l'efperance
de réüffir dans leur entrepriſe , les porta
RIZ LE MERCURE
,
l'éà
prendre la liberté de lui prefenter us
Placet le 7. Avril 1716. par lequel , aprés
avoir expolé toutes les raifons qui pouvoient
toucher ce Prince & le rendre
fenfible à leurs interêts , & lui avoir exageré
la prétendue oppreffion qu'elles fouffroient
depuis plus de 55 ans de la part des
Superieures, dont elles fuppofoient que
tabliffement avoit été irregulier , préjudiciable
au bien fpirituel & temporel de ce
Monaftere , & contraire à la fondation faite
parPhilippe le Bel, la poffeffion dans laquelle
elles ont toûjours été d'élire leurs Prieures
, & elles fuplierent trés- humblement S.
A. R. de les délivrer de cette prétenduë
oppreffion, & de permettre que leur cauſe
fut portée en Juftice reglée.
Monſeigneur le Duc d'Orleans occupé
des affaires importantes de l'Etat , renvoya
le Placet au Confeil de Confcience , lequel
ayant attentivement examiné l'affaire pendant
un an entier , donna fon avis que les
Religieufes oppofantes , n'étoient pas fondées
dans leurs demandes .
Sur cet avis & fur le raport fait par M.
l'Archevêque de Tours , le Confeil d'Etat
où l'affaire a été portée conformement au
titre de fondation , rendit un Arrêt le 24.
Septembre 1717. par lequel Sa Majefté , de
l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent
prefent , aprés s'être refervé la connoiffance
de toutes les conteftations qui
pour
DE SEPTEMBRE 113
1
pourront s'élever dans le Monaftere de S.
Louis de Poiffy , & avoir fait défenſes expreffes
aux Religieufes de faire aucune procedure
ailleurs qu'à fon Confeil , & à tou
tes Cours & Juges d'en connoître à peine
de nullité , ordonne que dans le dernier
Octobre de la même année 1717. la Prieure
& les Religieufes oppofantes remettront
leurs pieces , Requêtes , Memoires , inftructions,
entre les mains du Sieur de Machault
, Maître des Requeftes , pour aprés
en avoir communiqué aux Sieurs le Pelletier
, de Nointel , l'Abbé Bignon , de
Veaubourg , & de faint Conteft , Confeillers
d'Etat ordinaires en être par eux
donné avis à fa Majefté , pour icelui vâ &
raporté, être fait droit ainfi que de raiſon ;
& cependant par provifion , maintient &
garde la Dame de Mailly en la poffeffion
& joüiffance dudit Prieuré , avec ordre
aufdites Religieufes de lui rendre touteobéiffance
comme à leur Superieure ,
,
La Dame de Mailly , autorifée par cet .
Arrêt , prefenta à fa Communauté pour la
Profeffion , des Filles qui depuis longtems
avoient achevé l'année de leur Noviciar ;
les Religieufes oppoſantes , fans avoir égard
à la teneur de l'Arrêt & aux ordres du
Confeil , s'éleverent contre la Dame de
Mailly , & formerent differentes oppofitions
à cette prefentation , quoy qu'elle n'cût.
rien que de trés conforme aux conditions
K.
114
LE MERCURE

portées par le titre de fondation du Mo
naftere, ce qui obligea le Roy étant en fon
Confeil,de rendre un fecond Arrêt le 18 .
Octobre 1717 par lequel Sa Majesté de
fon propre mouvement , ordonna que l'Arrêt
du 24. Septembre de la même année
feroit executé felon fa forme & teneur , &
qu'en confequence il feroit procedé à la
reception defdites Novices , fuivant l'ufage
du Monaftere , aprés quoy , elles feroient
admifes à faire leurs voeux entre les mains
de la Dame de Mailly , maintenue par
provifion dans la qualité de Prieure.
Ce nouvel Arrêt fut fignifié le 28 Fe
vrier fuivant au Reverend Pere du Clos
Provincial , étant lors audit Monaftere , à
Madame de Mailly & à toute la Commu--
nauté , avec commandement exprés à chacun
de l'executer ou de le faire executer
fans delay.
Tous obéirent , les feules Religieufes op
pofantes fe fouleverent encore & renouvellerent
leurs oppofitions , nonobftant lefquelles
on crut devoir paffer outre , & la
Dame de Mailly reçut les voeux des
Novices.
A
Aprés ce fecond Arrêt les Religieufes
oppofantes redoublerent inutilement tous
leurs efforts : elles ne purent appuyer leurs
prétentions d'aucune piece ; Meffieurs les.
Commiffaires nommez par l'Arrêt du 24.
Septembre 1717. pour mettre fin à une
DE SEPTEMBRE.
IIS
conteftation fi animée & ruineufe pour ce
Monaftere , & pour y rétablir la paix
aprés avoir examiné ce procés pendant le
cours d'une année entiere avec toute l'application
que demandoit l'importance de
l'affaire , & avoir entendu les Avocats au
Bureau , donnerent enfin leur avis , fur lequel
, le Roy êtant en fon Confeil , prononça
l'Arrêt definitif du 6. Fevrier 1719.
Par la lecture de cet Arrêt on connoîtra
& l'exactitude des Juges , & combien les
Religieufes oppofantes font blamables
d'avoir protefté entre les mains d'un Notaire
contre une décifion fi authentique.
La claufe de cet Arrêt qui porte que
Meffieurs de Machault , de Cotte & Gabriel
fe tranfporteront à Poiffy , fut executée
le 26. Fevrier 1719. Ils y drefferent
un procés verbal de la vifite de l'Eglife ,
& des reparations qui reftent à y faire
dont ils redigerent un devis eftimatif ,
montant à la fomme de 47530. livres :
le Roy fur ce Procés verbal a rendu l'Ar
rêt du 14. Juillet 1719 .
>
Les Religieufes oppofantes, au lieu de dé
ferer aux ordres de fa Majefté , ont ofé lui i
prefenter une derniere Requefte , par laquelle
elles demandent une feparation dans
la Communauté , la permiffion d'élire entr'elles
une Vicaire triennale , & la moitié
du revenu du Monaftere , pour être admi
niftré par une Dépofitaire de leur choix ,
Kaij
16 LE MERCURE
au deffaut de quoy , elles fuplient Sa Majefté
de leur accorder leur fortie avec de
fortes penfions proportionnées au revenu
de la Maiſon .
Cette derniere entrepriſe laiffera juger
combien les Religieufes ont tort de fe plain-.
dre de ce que le Roy , informé de leur
peu de foumiffion à fes ordres & les voyant
difpofées à remüer en toute occafion , leur
a accordé leur fortie du Monaftere , & les
a envoyées dans des Couvents de l'Ordre ,
où , conformément à leur defit , elles pourront
vivre fous la conduite d'une Superieure
triennale.
>
Ouy le raport , le Roy êtant en fon
Confeil , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , faifant droit fur ledit
appel , a declaré qu'il n'y a abus dans l'obtention
de l'indult du 5. Juin 1705 ; &
fans s'arrêter aux oppofitions & demandes
defdites Religieufes de Poiffy , dont S. M.
les a deboutées , a ordonné & ordonne que
ledit Indult , les Lettres Patentes du 31.
Juillet , & l'Arrêt du Parlement de Paris
qui en a ordonné l'enregistrement
le 28.
Août audit an , feront exécutées felon leur
forme & teneur : Ce faiſant , a déclaré le
Prieuré dudit Monaftere de Poifly perpetuel
, & être à la nomination de S. M.
& en confequence a maintenu & gardé ,
maintient & garde ladite Dame de Mailly
dans le titre & dans la qualité de Prieure
DE SEPTEMBRE. 1-17
perpetuelle dudit Monaftere : Fait défenfes
aufdites Religieufes de l'y troubler
& leur enjoint de lui obéir , & porter
reſpect convenable,fous les peines de droit ,
& telles autres qu'il apartiendra.
le
Le 20. on a publié une Ordonnance de
Monfieur le Lieutenant General de Police,
qui porte qu'il fera permis à tous marchands
& autres qui feront venir des foins
à Paris , par cau ou par terre , de les vendre
, à compter de cejourd'huy 18. Septembre
jufqu'au premier Novembre prochain
, depuis vingt-trois livres jufqu'à
vingt -fix livres ; & depuis le premier Novembre
jufqu'à la recolte prochaine , depuis
vingt une livre jufqu'à vingt- quatre
livres le cent , chargé dans la charette , à
proportion de fa qualité & bonté.
On vendoit le foin , avant cette Ordonnance,
depuis vingt- fix livres jufqu'à vingtneuf,
& depuis vingt-quatre jufqu'à vingtfept
livres le cent .
ARREST
De la Cour de Parlement .
Qui ordonne la fuppreffion d'un Decret de
l'inquifition de Rome , du 3 .
Août 1719.
portant condamnation de l'Inftruction
Paftoralle de M. le Cerdinal de Noailles.
E jour Ies gens du Roy font entrez
en la Cour , & Maiftre, Guillaume CE
LE MERCURE
de Lamoignon , Avocat dudit Seigneur
Roy , portant la parole , ont dit :
3.
Qu'ils apportoient à la Cour un Exemplaire
d'un Decret de l'Inquifition de Rome
, daté du Août dernier , qui condamne
l'Inftruction Paftorale de Monfieur
le Cardinal de Noailles , au fujet de la
Conftitution Unigenitus.
Que fans examiner ce que contient ce
Decret , il leur fuffit qu'il ſoit émané d'un
Tribunal dont on n'a jamais reconnu l'au
torité dans la Royaume , que ce foit d'ailleurs
une condamnation prononcée à Rome
contre un Evêque de France , pour exciter
leur miniftere & pour en requerir la
fuppreffion.
Que c'eft le fujet des Conclufions qu'ils
ont prifes par écrit , & qu'ils laiffent à la
Cour avec l'Exemplaire du Decret.
Et fe font retirez laiflant fur le Bureau
un Exemplaire imprimé dudit Decret , &
les Conclufions par écrit du Procureur General
du Roy.
Veu par la Cour ledit Decret ( de l'Inquifition
) daté du 3. Août 1719. affiché
& publié à Rome le 12. dudit mois ; en◄
femble les Ordonnances , Edits , Declara
tions , & Arrêts de la Cour , les Conclufions
par écrit du Procureur General du
Roy : Ouy le raport de Maître Thomas
Dreux , Confeiller . La matiere miſe en déliberations
>
DE SEPTEMBRE. 119
La Cour faifant droit fur les Conclufions
du Procureur General du Roy , ordonne
que ledit Decret fera & demeurera fuppri
mé ; enjoint à tous ceux qui en ont des
Exemplaires , de les apporter au Greffe de
ladite Cour pour y être fupprimez . Fait
défenfes à tous Imprimeurs , Libraires ,
Colporteurs , & autres , de l'imprimer ,
vendre , debiter , ou autrement diftribuer,
fous les peines portées par les Ordonnances,
Arrêts & Reglemens de la Cour . Permetr
au Procureur General du Roy de faire informer
à fa requefte pardevant Malftre
Jean-François Chaffepot , Confeillèr , contre
ceux qui l'auroient imprimé , vendu
debité , ou autrement diftribué , pour l'information
faite , rapportée , & à lui com--
muniquée , être par la Cour ordonné ce
qu'il appartiendra. Ordonne que le prefent .
Arrêt fera envoyé dans les Baillages & Se
nechauffées du Reffort , pour y être lû , pu
blié & enregistré ; enjoint aux Subftituts
du Procureur General du Roy d'y tenir la
main, & d'en certifier la Cour dans le mois .
Fait à Paris en Parlement le fixiéme Septembre
mil fept cent dix - neuf. Signé ,
GILBERT.
7200 LE MERCURE
"
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roi',
Concernant le Payement des Arrerages des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris jufqu'à
la fin de 1719. Et le remboursement
des Payeurs & Controlleurs defdites rentes.
1
-
E Roi s'étant fait reprefenter en fon
Confeil , l'Arrêt du 3. Août dernier ,
portant fuppreffion des rentes perpetuelles
affignées fur les Aydes & Gabelles , Tailles
, Recettes Generalles , Controlle des
Actes & des Exploits , & fur les Poftes , à
compter du premier Janvier 1720. & des
Soixante dix Payeurs & Soixante - dix
Controlleurs defdites Rentes : Sa Majefté
a été informée que pour le bon ordre des
comptes des Payeurs, & pour la commodité
publique , il étoit convenable que
le payement des fix derniers mois d'arrerages
desdites Rentes pour la prefente année
1719. & de ceux des années precedentes
fût fait en la maniere ordinaire ; & qu'á
l'égard du rembourfement defdits Payeurs,
Sa Majesté trouveroit dans la referve du
quart du prix de leurs Offices , une fûreté
fuffilante pour les debets de leurs comptes;
& Sa Majefté voulant faire connoître fa
volonté, & ne laiffer aucune difficulté fur
l'execution dudit Arrêt : Oüy le raport
Sa Majesté êtant en fon Confeil , de l'avis
DE SEPTEMBRE. 12
vis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent,
a ordonné & ordonne.
ART. I. Que nonobftant la fuppreffion
defdits Offices de Payeurs & Controlleurs
des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ,
l'exercice de la prefente année 1719. fera
par cux fini , & que les fonds , tant pour ce
qui refte dû de ladite année , que pour les
arrerages des années precedentes, leur feront
remis en la maniere ordinaire , fuivant les
Etats de diftribution qui feront arrêtez au
Confeil .
II. Veut cependant Sa Majefté que lef
dits Payeurs & Controlleurs faffent incef
famment proceder à la liquidation de leurs
Offices , pardevant le Sieur de la Houflaye
& les autres Commiffaires du Confeil ,
qui
ont été commis pour l'adjudication des
Sousfermes de Sa Majesté.
III. Et attendu que Sa Majefté trouvera
une fûreté fuffifante pour le payement
des debets des Comptes defdits Payeurs
par la referve d'un quart du prix de leurs
Offices , ordonne qu'ils feront rembourfez
des trois quarts fur la reprefentation
de leurs titres & pieces neceffaires aux Gardes
de fon Trefor Royal , & que pour
quart
reftant ils n'en recevront le rembourfement,
qu'aprés l'appurement & la correction
de leurs comptes , & cependant feront
payez des interêts dudit quart , à raifon de
trois pour cent.
Septembre 1719.
L
le
122 LE MERCURE
3.
IV. A l'égard des Soixante dix Controlleurs
, Veut Sa Majefté qu'ils foient rembourfez
fur la reprefentation de leurs titres
de proprieté , de l'Ordonnance de liquidation
, de l'Acte de remife à la Chambre
des Comptes, de leur Regiftre de Controlle,
& des autres pieces à ce neceffaires. Et fera
le prefent Arrêt , lû ,publié & affiché par
tout où befoin fera , à ce qu'aucun n'en
ignore. Et fur icelui toutes Lettres Patentes
neceffaires feront expediées . Fait au
Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté y
êtant , tenu à Paris le cinquième jour de
Septembre mil fept cent dix-neuf.
Signé , PHELLPEAUX .
EXTRAIT DES REGISTRES
du Confeil d'Etat , concernant le Sel .
>
SA MAJESTE' ETANT EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne
que tous particuliers , Communautez fecuculieres
& regulieres , Couvens , Colleges,
Hôpitaux , perfonnes Ecclefiaftiques , Gentilshommes
, & tous autres de quelque
qualité & condition qu'ils foient , tant du
reffort des Greniers de vente volontaire ?
que d'impoft , qui voudront faire des falaifons
des chairs , beures & fromages
feront tenus de le declarer aux Officiers &
Receveurs des Greniers , & de lever le fel
DE SEPTEMBRE . 123
neceffaire pour lefdites falaifons , outre &
pardeflus celui qu'ils doivent prendre pour
le pot & faliere , fans pouvoir le prendre
ailleurs qu'aux Greniers de leur reffort , pas
même aux regrats. Veut Sa Majefté que
les chairs , beures & ou fromages falez qui
fe trouveront chez les contrevenans , &
dont ils n'auront pas fait declaration
foient & demeurent confifquez au profit
de l'Adjudicataire des Fermes Generales,
fur les procés verbaux qui en feront fairs ,
& que lesdits contrevenáns foient condam
nez à la reftitution des droits de Gabelles,
& en trois cent livres d'Amende , & plus
grandes peines s'il y échéoit. Ordonne aux
Receveurs de chaque Grenier de tenir un
Regiftre particulier cotté & paraphé par
un des Officiers , fans frais , fur lequel ils
porteront les declarations qui leur feront
faites defdites falaifons , & en feront mention
fur les bulletins qu'ils delivreront à
ceux qui auront levé le fel , lefquels feront
tenus de les reprefenter aux Commis , Gardes
des Fermes , à toutes requifitions. Enjoint
Sa Majesté à tous Afféeurs , Collec
teurs des Tailles , & Syndics des Paroifles
taillables ; comme auffi aux Maires , Efches
vins & Syndics des Villes franches , abone
nées ou tarifées , de fournir aux Receveurs
des Greniers où ils reffortiffent, des copies
exactes & par ordre alphabetique ; fçavoir
les Afféeurs , Collecteurs & Syndics des
Lij
124 LE MERCURE
Paroiffes taillables , copie des Rolles qui
feront arrêtez pour la taille ou pour l'impoft
du fel , & par les Maires , Efchevins
& Syndics des Villes franches , abonrées
ou tarifées , copie des Rolles de la
Capitation , dans lefquels les uns & les auties
feront tenus de marquer , chacun à
leur égard , les noms , furnoms , qualitez
& emplois des habitans de chacune defdites
Villes ou Paroiffes , les fommes pour
lefquelles ils feront impofez à la Taille ou
Cap tation , le nombre & l'âge des perfenes
dont chaque famille eft compofce, y
compris les enfans au- deffus de huit ans
anfi que les domeftiques , & d'y comprendre
auffi le nombre & la nature des beftiaux
qui appartiennent , ou font dans les maifons
& fermes de chaque particulier ;
omnie auffi les noms & furnoms des Ecclefiaftiques
, Nobles , & autres exempts
le nombre & l'âge des perfonnes dont leurs
familles , ménages & domeftiques font.
compofez ; & parcillement le nombre, &.
la qualité des beftiaux ; le tout à peine con-,
tre lefdits Maires , Efchevins & Syndics
des Villes franches , abonnées ou tarifées ,
de cent livre d'amende folidaire , & contre
lefdits Afféeurs , Collecteurs & Syndics
des Paroiffes taillables , de cinquante livres
auffi d'amende folidaire ; faute par eux de
fournir copie fignée d'eux,des Rolles , dans
le courant du mois de Fevrier de chacune
DE SEPTEMBRE. 125
année , & en cas d'obmiffion dans lefdits
Rolles , entend Sa Majefté que lesdits Maires
, Efchevins & Syndics des Villes franches
, abonnées ou tarifées , foient condamnez
folidairement en quinze livres
d'amende pour chaque obmiffion , & les
Afféeurs , Collecteurs & Syndics des Pa
roiffes taillables , en dix livres d'amende
auffi folidaire pour chaque obmiffion . Ordonne
pareillement à tous Superieurs des
Communautez regulieres & feculieres ,
Couvens & Colleges , & aux Adminiftrateurs
des Hôpitaux , de fournir auffi au
plus tard dans le mois de Fevrier de chacune
année aux Receveurs des Grenier's
d'où ils reffortiffent , de pareils etats qui
conftatent le nombre des perfonnes domeftiques
, & beftiaux , dont leurs maiſons
font compofées , aux peines des amendes
cy-deffus ordonnées contre les Maires ,
Efchevins & Syndics des Villes franches ;
& feront au payement des amendes prononcées
par le prefent Arrêt , tous particuliers
, même les Nobles , les Maires &
Efchevins , & Syndics des Villes franches,
abonnées , ou tarifées , & les Afféeurs &
Collecteurs des Tailles , ainfi que les Syndics
des Paroiffes taillables contraints
par corps & faifie de leurs biens , & les Ecclefiaftiques
, & Superieurs des Couvens ,
Communautez ou Hôpitaux , par faifie de
leur temporel ; & ne pourront lefdites
Liij .
126 LE MERCURE
par
amendes être reduites ni moderées fous
quelque pretexte que ce foit ; & défend
Sa Majefté aux Officiers des Cours des
Aydes & autres , de recevoir aucun appel
des Sentences & Jugemens qui auront été
rendus lefdits Officiers , qu'aprés que
les amendes auront été confignées és mains
des Commis dudit Adjudicataire , & lef
dites Sentences, foit qu'il y en ait appel où
non , pafferont en force de chofe jugée ,
& feront executées fi les fommes ne font
pas payées ou confignées dans le mois du
jour de la fignification . Enjoint Sa Majef
té aux Officiers des Cours des Aydes &
Greniers à Sel , de tenir la main à l'exe--
cution du prefent Arrêt qui fera lû publié
& affiché par tout où befoin fera , & fur
lequel toutes Lettres neceffaires feront ex
pedièes. Fait au Confeil d'Etat du Roy
Sa Majefté y étant , tenu à Paris le vingt
cinquiéme Juillet mil fept cent dix- neuf.
Signé , PHELIPEAUX ..
Edit du Roi , portant que les deux Treforiers
des Troupes de la Maifon du Roi ,
payeront chacun deux cent mille livres pour
fuplement de finance.
Edit du Roi , portant rétabliſſement
d'un des deux Offices de Treforiers Payeurs
des gratifications des Officiers des Troupes
, affignées fur le fonds du quatrième
denier , fous le titre de Treforier General
DE SEPTEMBRE. 127
Payeur des gratifications des Officiers es
Troupes.
Edit du Roi , portant retabliſſement des
Offices de Treforiers des menus plaifirs.
Lettres Patentes fur Arrêt , concernant
l'Hôtel à bâtir pour la premiere Compagnie
des Moufquetaires.
LE ROY ESTANT EN SON CONSEIL
, de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne
que le Plan de l'Hôtel à conftruire pour
la premiere Compagnie des Moufquetaires
de la Garde , arrêté le 16. Juillet dernier,
fera executé ; à l'effet dequoy fa Majefté
a approuvé & homologué l'échange reglé
par le procez verbal des fieurs de Cofte &
Beaufire , fes Architectes , en preſence
du fieur Aubert prepofé par Madame la
Ducheffe doüairiere , le 14. Aouft & jours
fuivans , en execution de l'Arreſt du 10 .
dudit mois en confequence Madame la
Ducheffe fera & demeurera proprietaire
de la Place defignée par le Plan attaché audit
procez verbal , contenant trois mille
trois cent douze toifes , de laquelle il lui
fera permis de difpofer & d'y bâtir , ainfi
qu'elle avifera bon être , en demeurant redevable
de la fomme de quarante-fix mille
fept cent quatre- vingt- deux livres , qu'elle
fera tenue de payer à l'acquit de fa Majeſté
pour les chofes plus convenables audit Hôtel
, ainfi que par ſa Majeſté il fera ordon-
Liiij
828 LE MERCURE

né ; ce faifant , Madame la Ducheffe en
demeurera bien & valablement quitte &
déchargée. Ordonne fa Majefté que le
Plan dudit Hoftel , le procez verbal des
fieurs de Cofte & Beaufire , & le Plan defdites
places y attaché , feront annexez à la
minute du prefent Arreft ; pour l'execu-
-tion duquel toutes Lettres neceffaires feront
expedices. FAIT au Confeil d'Etat
du Roy , fa Majefté y eftant , tenu à Paris
le premier jour de Septembre mil ſept
cent dix- neuf. Signé , PHELYPEAUX .
DECLARATION DU ROY.
Pourfaire jouir des Privileges , les Officiers
de feue Madame la Ducheffe
L
par
de
Berry.
OUIS de
France & de Navarre : A tous ceux
qui ces prefentes Lettres verront , Salut.
Noftre tres- chere & tres-amée Tante la
Ducheffe de Berry , Nous ayant été enlevée
par une mort prématurée , Nous voulons
faire reffenrir les Officiers qui ont
eu l'honneur de la fervir , de l'amitié que
Nous avions pour elle , en leur confervant
pendant leur vie , & à leurs yeuves pendant
leur viduité , les privileges que Nous
avons attribuez à leurs Charges. A CES
CAUSES , & autres à ce Nous mouvans
la grace de Dieu Roide
..
DE SEPTEMBRE. 129
de l'avis de noftre tres- cher & tres-amé
Oncle le Duc d'Orleans Petit- Fils de
France Regent , & c. Nous avons dit &
declaré , & par ces Prefentes fignées de
noftre main , diſons , declarons & ordonnons
, voulons & Nous plaift , que les
Officiers , Domeftiques & Commenſeaux
de la Maifon de noftre tres- chere & tresamée
Tante la Ducheffe de Berry , qui ont
reçû des gages employez & paffez dans les
comptes de fon Treforier , & qui font
compris dans l'eftat cy-attaché fous le
contre- fcel de noftre Chancelerie , joüiffent
leur vie durant , de tels & femblables
privileges , franchiſes & exemptions ,
dont jouiffent -nos Officiers , Domeſtiques
& Commenfeaux , fuivant nos Edits &
Ordonnances , & tout ainfi qu'ils en
jouiffoient du vivant de noftedite Tante ;
enfemble les veuves de ceux qui font decedez
, & de ceux qui decederont cyaprés,
tant qu'elles demeureront en viduité,
nonobftant que lefd . privileges , franchiſes
& exemptions, ne foient ici declarés & fpecificz
1302 LE MERCURE
ARREST DU CONSEIL
d'Etat du Roy , \
Qui recoit les Offres de la Compagnie des
Indes pour le Remboursement des quatre
millions de Rentes eonftituées au profit de
ladite Compagnie fur la Ferme du Tabac.
Supprime les Droits établis fur les Suifs ,
Huiles & Cartes.
Et les Vingt- quatre deniers pour livre fur
le Poiffon.
SA MAJESTE' ESTANT EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a accepté & accepte
les offres faites par ladite Compagnie des
Indes , de prefter à Sa Majefté cent millions
de livres pour le Remboursement des
quatre millions de Rentes conftituées au
profit de ladite Compagnie fur la Ferme
du Tabac : Ordonne Sa Majefté que pour
la valeur defdits cent millions , il fera conftitué
au profit de la Compagnie des Indes
par les Commiffaires qui feront nommez
à cet effet
par Sa Majefté , un ou plufieurs
Contrats de Rentes perpetuelles à raiſon
de trois pour cent , pour le montant &
jufqu'à la valeur defdits cent millions: Lefquelles
Rentes feront & continueront d'être
affignées fur la Ferme du Tabac , &
commenceront à courir du 1. Janv. 1720.
9
1
L 13
DE SEPTEMBRE.
Que la Compagnie retiendra à cet effet annuellement
par fes mains lad. fomme de 3.-
millions pendant le cours de fon Bail , aprės
l'expiration duquel les Fermiers du Tabac
en feront chargez , au cas que la Compagnie
n'en foit pas Adjudicataire dans les
Baux fuivans , & payeront à la Compagnie
lefdits trois millions par chacun an ,
de mois en mois , à raifon de deux cent
cinquante mille livres . OR DONNE Sa Ma
jefte que les Droits de trois deniers pour
livre pefant fur les Huiles de Rabette &
autres Graines ; fix deniers pour livre fur"
les Huilles d'Olive , Amande douce ,
Noix & Poiffon ; un fol pour livre pefant
fur les Huiles de plus grande valeur ; &
trente fols par quintal de Savon ; lefquels
Droits compofoient le produit de la Ferme
des Huiles ; enſemble les Droits de deuxfols
pour livre pefant fur les Suifs, & ceux
de dix-huit deniers par Jeux de Cartes ,
demeureront éteins & fupprimez à commencer
du premier Octobre prochain
paffe lequel tems , Fait Sa Majefté défenfes
aux Fermiers defdits Droits de les
percevoir ; Ordonne que leurs Baux &
les fous- Baux faits en confequence, demeureront
refiliez , à compter dudit jour premier
Octobre prochain ; au moyen de
quoy ils demeureront déchargez de ce qui
refte à exploiter de leur Bail , à compter
dudit jour. ORDONNE Sa Majefté con-
8
$ 1
132 LE MERCURE
formement aux offres de ladite Compagnie
des Indes , que les vingt -quatre deniers
pour livre fur le Poiffon , qui faifoient partie
des Droits de la Ferme Generale , de
meureront pareillement éteints & fuppri
mez en faveur du Public , à compter dud.
jour premier Octobre prochain , & fans
aucune indemnité pour raifon de ce ; &
feront fur le prefent Arreft toutes Lettres
neceffaires expediées. FAIT au Confeil
d'Etat du Roy , Sa Majefté y eftant , te
nu à Paris le dix- neuvième jour de Septembre
mil fept cent dix neuf. Signé
PHELY PEAUX .
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roy.
Qui augmente le nombre des Commiẞaires
pour la liquidation de la Finance des Officiers
fupprimez fur les Ports, Halles &
Marchez de la Ville de Paris.
SA MAJESTE' ESTANT EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a commis & commet
les Sieurs Orry , Bertin , Parifot , de
-Voyer d'Argenfon , Pajot & Midorge
Maiftres des Requeftes , pour conjointement
avec les autres Commiffaires proceder
à la liquidation des Finances , tant anciennes
que nouvelles , des Offices fupri-
>
DE SEPTEMBRE. 135
mez par ledit Edit du prefent mois . FAIT
au Confeil d'Eftat du Roy , Sa Majesté y
eftant , tenu à Paris le dix- neuviéme jour
de Septembre mil fept cent dix- neuf. Si
gné , PHELYPEAUX .
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roi.
Qni ordonne une Diminution fur les nou
velles Efpeces & les Matieres d'Or &
dArgent du 23. Septembre 1719 .
LE ROY s'êtant fait repreſenter en
fon Confeil , les Memoires donnez
fur la neceffité de diminuer encore le prix
de l'Or , même de pourvoir promptement
à la reduction de celui de l'Argent : Ouy:
le rapport . SA MAJESTE ESTANT
EN SON CONSEIL , de l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne qu'à commencer du jour de
la publication du prefent Arreft , les Louis
d'Or de la nouvelle Fabrication fe trouveront
reduits dans le Commerce & par tout
ailleurs à Trente- trois livres piece , les demis
à proportion , & les Ecus à Cinq liv,
feize fols , les demis & quarts à propor
tion.
34
LE MERCURE
N
à Cambrai le 16. Aoust 1719.
Otre Proceffion s'eft faite le 15. avec
toute la pompe qu'on pouvoit attendre.
Le cortege, l'ordre & le fpectacle, tout .
en étoit magnifique. On a compté icy 35 .
mil Etrangers que la curiofité y a attiré ,
& on peut dire que tout le monde a eu une
entiere fatisfaction . Voici l'ordre qu'on a
obfervé dans la marche.
Premierement un détachement de la Garnifon
precedoit pour faire ranger le monde,
pour empêcher le tumulte. &
Enfuite les vingt- quatre Maffiers des
Chapitres en Robes de ceremonie.
Les douze Croix des Chapitres & Pa
roiffes , portées par leurs Clercs.
Les Capucins au nombre de 40 .
Le Recolets au nombre de so.
Les Benedictins .
Les quatre Chapitres accompagnez de
leurs Vicaires , Chapelains & Mufique.
Les Dignitez & Officians en Chapes
enrichies de perles & pierreries.
Deux Chanoines fuivoient , portant fur
leurs épaules l'Image miraculeufe de la
Sainte Vierge , fous un dais relevé en
broderie d'or : Ils étoient affiftez de qua
tre Ecclefiaftiques en Dalmatiques trés- riches
, & dignes de la magnificence de ce
celebre & illuftre Chapitre.
DE
SEPTEMBRE.
135
2
t
M. le Commandant de la Place avec fes
Gardes , le moufqueton fur l'épaule , fuivoit
immediatement avec l'Etat - major , &
les perfonnes les plus qualifiées de la Ville
& des Provinces Voilines.
Le Magiftrat marchoit enfuite en Robe
de ceremonic , & eicorté des Officiers &
Sergens de la Ville.
Les trois Compagnies de Bourgeois fuivoient
, mais environ à deux cent pas ,
pour témoigner plus de reſpect.
Ces Compagnies étoient en habits uniformes
, avec les Drapeaux & Tambours
le tout d'une magnificence furprenante.
Les Arbaleftriers en habit d'écarlatte >
galonné d'or , & des veftes & paremens
de tiffu d'or.
Les Canoniers & Archers en habit bleu
auffi galoné d'or.
On voyoit enfuite trois cent jeunes gens
à cheval , habillez à la Romaine , armez
d'un cafque , d'une cuiraffe & d'un bouclier
. Ils avoient à leur tête un Timbalier
& quatre Trompettes .
Dix-neuf jeunes filles fuivoient toutes à
cheval ; les fept premieres reprefentant les
Femmes fortes , habillées à la Romaine
trés-magnifiquement : Les douze autres
reprefentoient les douze Sibilles , habillées
à la Grecque , fuperbement vêtuës , montées
fur des chevaux d'Efpagne richement
harnachez. Quatre Chariots de triomphe
terminoient ce pompeux cortege.
736
LE MERCURE
Le premier reprefentant l'Affomption de
N. D. étoit tiré de fix chevaux , precedez
de douze hommes vêtus en Sauvages. Sur
le haut du char qui reprefentoit une gloire,
étoit une jeune fille avec une couronne d'argent
& un habit couvert de pierreries reprefentant
la Sainte Vierge.
A fes pieds , étoient en cercle les douze
Apôtres , reprefentez avec les fimboles de
leur Martyre , & tous fi bien choifis , qu'il
fuffifoit d'avoir vû la Cene du Carache
pour les reconnoître.
Le refte du Chariot étoit rempli de jeunes
filles , reprefentant le peuple , toutes vêtuës
fort galamment , & recitant avec
grace des vers qui rempliffoient d'admira
tion tous les fpectateurs.
Le fecond Chariot , auffi précedé de
douze Sauvages , reprefentoit la Montagne
fur laquelle S. Gery , Apôtre de la
Flandre , a prêché l'Evangile. On voyoit
dans la gloire S. Gery en Habits Pontifi
caux , & l'Herefie à fes pieds .
Cent jeunes gens reprefentant les uns les
vertus , les autres les vices , étoient dans
le même Chariot, & fe battoient au fon des
inftrumens. Les filles reprefentoient les
vertus , & les vices étoient fous la forme
des
garcons
Le troifiéme Chariot reprefentoit la Tour
de Babel. C'étoit une efpece de Cône tronqué
à fix étages , chacun de hauteur d'homme
DE SEPTEMBRE .
137
1
que
me. Chaque étage avoit une balustrade
remplie de jeunes gens , reprefentant les
differentes Nations , tous habillez differemment
, & parlant diverfes fortes de
Langues . Le Chariot étoit conduit par des
Sauvages , qui menoient des chevaux de
different poil , enforte qu'on peut dire
jamais la confufion n'a été mieux imitée.
Le quatrieme & dernier Chariot reprefentoit
le Benfroy de l'Hôtel de Ville
& fi bien , que tout le monde y a été trompé.
Martin & Martine y fonnoient l'heure
, comme ils le font à l'horloge , fur une
cloche veritable de trois pieds de diamêtre..
Il y avoit un vrai carillon , qui fonnoit
tout le long du chemin . Ce Chariot étoit
rempli de plus de 200. jeunes filles & garcons
habillez à la Romaine , & qui avoient
épuifé pour embellir la Fête , tout ce qu'il
y a dans le pays de magnificence & de
richeffe.
Le Chariot de la Tour de Babel , dù
rets de chauffée à la cîme , avoit cinquantè
pieds de hauteur ; & celui de la ficche du
Beufroy , foixante & douze pieds , compris
l'aigle qui tient lieu de girouette .
Ce cortege a fait plufieurs tours dans la
Ville , pour fatisfaire la curiofité des
Etrangers ; enfuite les Chariots ont été
menez fur la grande Place qui efty fans
contredit,une des plus vaftes du Royaume.
On les a remplis d'artifice, compolé par
M
738
LE MERCURE
le fieur Baas Suedois , Artificier à la fuite
de l'Artillerie. Ce fpectacle joint à une
belle nuit , a couronné cette grande journée
avec les acclamations & les applaudiffemens
de tout le mondes Meffieurs les-
Magiftrats toujours attentifs à l'exacte police
, & allant au-devant de tous les de--
fordres , avoient ordonné d'allumer dans
toutes les rues des fanaux d'artifice , pour
clairer la Ville pendant toute la nuit.
Les trompettes & les timbales d'un côté,
& les hautbois de l'autre , égayoient la
nombreuſe affemblée , & le bruit perpetuel
de la moufqueterie contribuoit à rendre la
Fête complette.
姿姿密
NOUVELLES ETRANGERES.
Quoiqu'il ait déja paru dans la Gazette
de Hollande une Traduction du Manifefte
du Czar contre la Suede , on a jugé à prod'en
donner ici une feconde , la premiere
étant peu fidele & exacte..
pos
la
grace de
PDRRE premiet , par la de coute.
la Ruffie , & c..
Nous faifons fçavoir par celle- cy , nôtre
fincere intention à tous ceux qu'il appartiendra
, mais fur tout à tous les Etats de
Couronne de Suede , tant Ecclefiaftiques
que Seculiers,
DE SEPTEMBRE. 139
Il eft notoire que les Sujets des deux
Couronnes de la grande Ruffie & de Suede,
ont été affligez pendant plufieurs années
par une longue & fanglante guerre.
Nous avons été informé de bonne part ,
que du Regne de Sa Majefté le feu Roi
Charle douze , de glorieufe memoire , &
même de celui de Sa Majefté la Reine
d'aujourd'hui , on a tâché d'imprimer dans
l'efprit du Peuple , & fur tout de ceux
qui n'étoient pas bien inftruits des veritables
circonstances , que Nous étions feul
caufe d'une fi longue & funefte guerre.
On leur a fait infinuer que Nous étions
d'une humeur irreconciliable ; que Nous
n'avions aucune inclination pour la Paix ;
que Nous avions rejetté toutes les propofitions
qu'on Nous avoit fait de la part de
la Suede , & que nôtre unique vûë étoit
ou de renverfer entierement la Couronne
de Suede , & de la conquerir , ou du moins
d'en démembrer encore quelquesProvinces,
& de Nous en emparer.
Toutes ces railons fufdites Nous ont
obligé de faire voir par le prefent Manifefte
à toute l'Europe , nôtre jufte caufe & nô--
tre inclination pour la Paix , dans le deffein
de détromper tous ceux fur l'efprit
defquels de pareilles fauffetez pourroient
avoir fait quelques impreffions.
Quoique Nous n'ayons à rendre compte
à perfonne des premiers motifs qui Nou
Mij
140
LE MERCURE
.
ont porté à déclarer la guerre à la Couron
ne de Suede , Nous croyons cependant ê
tre obligé d'en faire ici quelque mention .
Nôtre intention n'a jamais- ére de faire la
guerre à la Suede , quoique cette Couronne
Nous en eût donné affez de fujet , par
le tort qu'elle a fait à nos Etats , & par
des procedez tout-à- fait contraires aux derniers
Traitez de Paix & Alliances faites
entre Nous s'êtant emparée dans le dernier
fiecle de plufieurs Païs & Provinces
appartenant de tems immemorial à nôtre
Empire. Malgré tous ces procedez tout-àfait
injuftes , Nous avons bien voulu paffer
par-deffus toutes ces confiderations ,
pour l'amour de la Paix , & ppoouurr nnee point
troubler le repos & la tranquilité de l'Europe.
13
Ce ne fut qu'aprés l'affront & attentat
énorme commis envers nôtre
> propre
Perfonne par le Comte de Dahlberg , pour
lors Gouverneur de Riga , qui , contre
tout le droit des gens , Nous dreffa des
embuches dangereufes , dans le deffein de
Nous y faire perir , dans le tems même que
Nous paffâmes par cette Ville avec nôtre.
grande Ambaffade , deftinée pour les Païs
Etrangers , que Nous Nous refolumes
malgré Nous , de déclarer la guerre à la
Couronne de Suede , pour tirer raifon
d'un tel affront & attentat.
C
Ce ne fut pas,fans en avoir préalablement
-
DE SEPTEMBRE. 141

4
demandé fatisfaction à la Couronne de
Suede , par le moyen de ſes Ambaffadeurs,
qui fe trouverent pour lors en nôtre Cour,
-& par la voye de la médiation de plufieurs
autres Puiffances de l'Europe , qui firent
tous leurs efforts pour Nous faire rendre
raifon d'un tel affront & attentat , commis
envers nôtre propre perfonne ; mais toutes
ces démarches furent inutiles & fans effet.
La Suede , au lieu de Nous accorder la
juftefatisfaction queNous avions demandée,
Nous la fit refufer dans les formes ; & pour
rendre cet affront d'autant plus fenfible ,
cette Couronne Nous fit donner par fon
Refident le freur de Knipercrona , un démenti
public , difant que tout cecy n'é-
- toit que des calomnies inventées à plaifir
fans aucun fondement , quoique Nous en
euffions donné aux Ambaffadeurs de Suede ,
pour en faire rapport au Roi leur Maître,
des preuves trés - convaincantes & effentielles
, tant de vive voix que par écrit.
Malgré tout cela , Nous avons toûjours
fait paroître dés le commencement de la
guerre jufques au tems prefent , une grande
inclination & amour pour la Paix , & cela
, au plus fort de la guerre , non feulement
dans un tems où le fort affl- geoit nos
Armes mais auffi au milieu du cours de
nos plus grandes profperitez ..
On aura pû remarquer nôtre moderation
par les conditions de Paix équitables , &
142 LE MERCURE
toûjours proportionnées aux conjonctures
que Nous avons fait propofer en plufieurs
tems differens à la Suede..
Nous n'avons pu parvenir à auctine negotiation
de Paix , & par confequent à aucun
Traitté avec la Suede , que vers l'année
paffée , à caufe du peu d'inclination
que Sa Majefté le feu Roi de Suede avoit
jufques-là- fait paroître pour la Paix.
Mais , dés que Sa Majefté , le Roi de
Suede , dans l'année 1717. dans le tems
que Nous étoions en Hollande , Nous eut
fait affûret de fes intentions finceres pour
parvenir à une Paix folide , par plufieurs
de fes Miniftres , fçavoir premierement à
la Haye , par fon Secretaire d'Ambaffade
le fieur Preus , & puis par le General Comre
de Welling , & enfin par le Baron de
Gortz qui Nous propofa les Ifles d'Aland ,
pour y établir un Congrés , Nous y avons
auffitôt donné les mains , & Nous y avons
auffi difpofé Sa Majefté le Roi de Pruffe ,
nôtre bon & fidele Allié , d'y confentir.
De plus , Nous avons invité tous nos
autres autres Alliez d'y envoyer leurs Mlniftres
; ce qu'ils ont refufé de faire , principalement
Sa Majefté le Roi de la Grande
Bretagne , qui par averfion pour la Paix ,
& pour des vues & raifons particulieres ,
n'a jamais voulu y confentir.
Nonobftant toutes ces difficultez , Nous
avons envoyé nos Miniftres dés le commenDE
SEPTEMBRE.
143
1.
cement de l'année 1718. fur l'Iflé d'A-~
land , pour entrer en negotiations avec les
Plenipotentiaires de Suede , & l'on a con-·
tinué les Conferences jufques à la mort de
Sa Majefté le feu Roi de Suede .
Les conditions que Nous avons accordées
à la Couron. de Suede pendant le cours des
Negotiations , étoient fi avantageufes , que
le Roi lui-même , quoique d'une humeur
trés-guerriere , comme chacun fçait , n'a
tés les
pas
laiffe
que
de les goûter
, & felon
touapparences
, dans
quelques
femaines
de- là , on feroit
parvenu
à établir
nonfeulement
une
paix
folide
, mais
même
une
étroite
union
entre
les deux
Couronnes
, fi
ces Negociations
n'euffent
été rompuës
par
la mort
inopinée
& malheureufe
de
Sa
Majefté
le Roi
de Suede
.
!
Pour donner à connoître de plus en
plus à la Couronne de Suede nôtre fincere
intention , de traiter avec elle d'une Paix
folide , Nous avons jufqu'ici differé toutes
les operations de guerre contre cette Couronne
, quoique Nous n'y fuffions engagé
en aucune maniere , n'ayant fait avec elle
aucune Treve d'armes , ou autre Traité
qui Nous eût pû empêcher de continuer
nos operations.
Ce n'a point été manque de forces fuffifantes
,, qquueeNous avons differé ce deffein:
chacun fçait que dés l'efté paffé , Nous
étions en état d'embarquer une Armée de
144 LE MERCURE
plus de 30000 hommes fur nos Galleres ,
qui étoient toutes prêtes à mettre à la voile.
Il Nous auroit été facile de penetrer avec
de fi grandes forces jufques au coeur de la
Suede , & peut- être même jufqu'à la Capitale
de ce Royaume , & Nous aurions
eu la plus belle occafion du monde de le
faire , puifque Nous avions des avis affez
fûrs , que la Suede n'avoit fait aucuns
preparatifs ny par Terre ny par Mer ,
pour s'oppofer à nos deffeins.
Malgré tous ces avantages apparens ,
Nous avons toujours differé jufqu'ici nos
operations de guerre contre l'interieur de
ce Royaume , pour ne point donner lieu
à la Nation Suedoife de croire que Nous
méditions fa ruine , fous pretexte & fous
apparence d'une négociation de Paix.
2
Nous avons toûjours été dans le deffein
de traiter fincerement d'une Paix avec la
Suede , & de vivre non feulement avec
cette Couronne en alliance & amitié , mais
auffi de lui procurer dans le commerce
& autres occafions , des avantages trésconfiderables
& folides , & de traiter cette
Nation en tout ce qui pourroit lui être .
utile comme la nôtre même.
Nous avons été informé affez à tems
des defordres furvenus en Suede , à l'oc-
:cafion de la mort du Roi , & de l'élection
de la Reine d'aujourd'hui.
Nous avons auffi eu des avis certains de
la
DE SEPTEMBRE. 145
la perte que l'Armée Suedoife avoit faite
en fe retirant de la Norwege , & qu'on
n'avoit fait aucuns preparatifs , pour s'oppofer
à l'invafion de nos Troupes dans lo
coeur de la Suede.
Cette invafion auroit été trés- facile ;
nôtre Armée étoit campée du côté d'Abo
& toute prête à marcher , êtant pourvûë
d'artillerie & de toutes fortes de munitions
de guerre , pour executer un fi grand deffein
; de plus , les glaces entre la Finlande
& la Suede , êtoient durant le dernier hiver
fi fortes , que Nous y aurions pû paffer en
toute feureté avec toute l'Armée , & l'Artillerie
neceffaire pour l'execution de ce
projet .
Quoique Nous euffions pû profiter de
ces difpofitions favorables , & des troubles.
inteftins furvenus en Suede , Nous avons
cependant pour les raifons fufdites , donné
des ordres trés - précis à nos Troupes de ne
commettre aucun acte d'hoftilité contre
l'interieur de la Suede. Ces ordres ont été
ponctuellement fuivis , & toutes les operations
de guerre ont été jufqu'ici fufpendues
, excepté quelques petits Partis que
l'on a envoyé faire quelques courfes en Suede
, pour être inftruit par ce moyen de
l'état prefent de ce Royaume.
Voyant que la forme du gouvernement
étoit reglée en Suede , & que les affaires
ne dépendoient plus prefentement , comme
Septembre 1719,
N
2
146 LE J MERCURE
autrefois , de la volonté d'un feul , mais
que tout le Peuple étoit intereffé au falut
de fa Patrie , Nous efperions avec railon ,
qu'on reprendroit au plûtôt avec Nous les
Negociations d'Aland , pour parvenir
à une prompte & folide Paix.
Encore, avant que la Reine nous eût
fait part de la mort du Roi fon Frere , &
de fon élevation au Thróne , Nous avons
fait affurer Sa Majefté la Reine & les,
Etats de Suéde , de nôtre fincere intention
pour la Paix , & Nous avons fait declarer
par nos Miniftres au Plenipetentiaire Suedois
à Aland , le Comte de Gillemborg ,
que Nous êtions prêt à renouer les Negociations
; fur quoi la Reine Nous à fait
répondre & affûrer de vive voix par ledit
Miniftre , & par écrit , dans fa lettre de
notification de la mort du Roi , & de fon
avenement à la Couronne , qu'on enverroit
au premier jour à Aland à la place du
Baron de Gortz , le Baron de Lilienſtad,
en qualité de premier Plenipotentiaire ,
quoi le Comte de Gillemborg ajouta pour
furplus , avec plufieurs proteftations de
fincerité , que le Baron de Lilienftadt feroit
infailliblement à Aland vers le conmencement
du mois d'Avril , & qu'il porteroit
avec lui des ordres & des inftructions
fuffifantes mon feulement pour renoüer
les Negociations , mais même pour figner
le Traité de Paix ……
à
DE SEPTEMBRE. 147
a
OUT
igret
Nous avons eu d'autant moins lieu de
douter de la fincerité de fes promeffes , que
la plufpart des conditions les plus difficiles
& les plus épineufes , avoient été debatuës
entre Nous du tems, du feu Roi Charle
douze , de glorieufe memoire , & qu'il
avoit confenti à la Paix , malgré fon inclination
& fon humeur guerriere.
Les conditions que Nous avons accordées
à la Suede , ne pouvoient être que trésavantageufes
à ce Royaume , vûle . fuccés
de nos Armes & l'état des conjonctures
prefentes des affaires ; puifque cette Couronne
recouvroit par cette Paix , non feulement
plufieurs Provinces & Villes qu'elle
avoit perdu , mais elle y auroit trouvé encore
plufieurs autres avantages .
Nous avons attendu le Baron de Lilienf
tadt à Aland jufqu'au mois de Juin , fans
commettre aucun acte d'hoftilité contre la
Suede ; mais au lieu de voir l'effet des promeffes
du Comte de Gillenborg , ce Mi.
niftre a donné à nos Plenipotentiaires à
Aland fur les ordres précis de la Reine ,
une declaration par écrit , par laquelle on
voit affez clairement que l'intention de
la Suede n'a jamais été de faire la Paix ,
mais au contraire de continuer la guerre
avec Nous.
On demande par cet écrit , fans autre
forme de Negotiations , la reftitution abfoluë
de toutes nos Provinces conquifes fur
Nij
148 LE MERCURE
A
la Suede , & en cas de refus , on Nous
menace de ne point envoyer le Baron de
Lilienftadt à Aland , & même de
le Congrés & de continuer la guerre contre
Nous!
rompre
De plus, on Nous fait plufieurs chicanes,
& on refufe fous de vains pretextes , d'admettre
aux Conferences publiques , le Miniftre
de notre bon & fidele Allié le Roi
de Pruffe quoique ce Miniftre y foit venu
fous les affurances réïterées & pofitives
du feu Roi de Suede , de glorieuſe memoire
, qu'il feroit reçeu & admis aux
Conferences publiques.
Nous avons auffi été informé de bonne
part , que la Suede eft entrée fans nôtre
participation , en des Negociations particulieres
avec quelques autres Puiffances
dont elle n'a rien à craindre en tems de
Guerre , & pas grande utilité à eſperer en
tems de Paix : Elle Nous menace même de
prendre avec ces Puiffances des mesures
violentes contre Nous & contre nos Etats ,
& finalement la Suede n'a cherché qu'à
Nous amufer , en prolongeant les Conferences
& Negociations d'Aland , fans en
venir jamais à aucun Traité
Pour rompre toutes ces mefures , Nous
nous voyons obligé de recourir de nouveau
aux armes , & d'ordonner à nos Troupes
de faire , avec l'aide de Dieu , une defcente
dans l'interieur du Royaume de Suede, non
DE SEPTEMBRE 149
Tiat
are
R
pas dans le deffein d'en conquerir encore
quelques Provinces , mais uniquement en
vue d'obtenir par là la Paix que Nous
fouhaitons ardemment , & que Nous"
fommes prêt de figner aux mêmes conditions
que Nous avons cy- devant accordées
à la Couronne de Suede : & non feulement
Nous ne prétendons rien garder des autres
Provinces du Royaume de Suede , mais.
auffi Nous fommes prêt de rendre une
grande partie des Pays conquis , & qui
font actuellement en nôtre pouvoir .
Si , contre toute raifon , la Couronne
de Suede s'opiniatroit à n'écouter aucune
propofition de Paix , & qu'elle voulût
continuer la guerre contre Nous , Nous
declarons par ces Prefentes , qu'en ce cas ,
Nous ferons obligé de tourner toutes nos
forces contre l'interieur de ce Royaume ,
& de continuer nos operations de guerre
avec l'affiftance divine , & avec toute la vi
gueur imaginable. 1
Aprés avoir publié nôtre fincere intention
, pour parvenir à une Paix folide",
Nous croyons être excufé devant Dieu &
les Hommes , de tous les malheurs qui en
pourront arriver aux Sujets de la Couronne
de Suede ; & Nous atteftons ici le Dieu
tout-puiffant , que Nous ne fommes point"
refponfable de l'effufion de tant de fang
humain , & de la mort de tánt d'hommes
Innocens , qui périront par cette fanglante
Njij
& funefte
guerre .
LE MERCURE
C'eft à ceux qui pour des interêts , des
paffions & des vues particulieres , ont empéché
la conclufion de cette Paix, à rendre
compte un jour devant Dieu de tout le
fang innocent qui fera verfé.
Nous implorens l'affiftance du Dieu toutpuiffant
, de benir nos armes , comme il a
fait jufqu'ici , & de ne Nous point abandonner
dans une fi jufte & bonne cauſe .
Nous avons donné des ordres fuffifants,
pour que tous les Sujets de la Couronne de
Suede foient informez de nos volontez
pour qu'ils puiffent prendre à tems les confeils
, & les mefures neceffaires & capables
de prévenir leur perte.
Il n'y a point d'autre moyen de Nous
détourner de nos deffeins , que de convenir
d'une Paix folide , que Nous ferons
toûjours prêt de figner , comme il eſt dit
cy-deffus , à des conditions juftes & équitables
; en ce cas , Nous mettrons auffitôt
bas les Armes , & Nous ferons ceffer
toutes les hoftilitez ,
Donné fur notre Flote ce mois de Juin
1719.
DE SEPTEMBRE.
Nouvelles du Nord , contenant celles
de Suede , de Dannemarc
& de Hambourg..
à Hambourg le Septembre 1719 .
E dans ce Manifefte , qui a été répandu
N confequence des raifons alleguées
en Suede' , le Czar a mis une Flotte nom
breufe en Mer , avec laquelle il a fait dans
ce Royaume beaucoup d'executions mili
taires . En effet , le 23. Juillet , un grand
nombre de Galeres Ruffiennes fe firent
voir du côté Romaufen , à la hauteur de
Noorder- Talge. Le 24. les Mofcovites
ayant debarqué quelque monde dans l'Ifle
de Stoksund à une demie-lieuë de Stokholm
, ils en enleverent le betail, en bru
lerent la maifon Seigneuriale , & en ulerent
de même à Grifel - Haven . Le 25. ils
parurent prés de Ofter Kanmingen , à trois
lieues de la Capitale , & brulerent la mai
fon de M. Hopke , Secretaire d'Etat . Le
26: l'Amiral Apraxin ayant partagé fes
Galeres en trois Efcadres ; fa premiere divifion
penetra entre Noord & Suder- Talge
; la feconde du côté de Geefle , & l'autre
vers Nyкopping. Le 27. les troupes
debarquées pillerent & brulerent la mai
fon , & les terres du Comte Teffon , à
un quart de lieuë de Stokholm . On a
N iiij
#51
LE MERCURE
1

apris depuis, qu'ils avoient brûlé les Villes
d'Oofthammar & d'Oregrund , l'Ile d'Inderoom
, & plufieurs Villages. La Terre
de Thorao , qui apartient à M. Rumpf
Refident des Etats Generaux , a eu le même
fort. Ils font auffi entrés dans la Ville
de Suder-Talge , où ils font reftés fort
peu de tems , n'ayant que celui de mestre
le feu à l'Eglife & à une partie des
maiſons. Les Villes de Nykopping, Noord,
Kopping , n'ont pas été mieux traitées. Ils
ont ruiné plufieurs mines de fer , de fel &
de cuivre , dont les Ouvriers ont été emmenés
fur leur Flotte , pour les tranſpor
ter de-là en Mofcovie , où ils travailleront
aux Mines du Czar , qui y font fore
abondantes. Ils fe font jettés du côté do
Weftwyk , pour continuer leurs ravages
dans le Pays. Pendant toutes ces operations
., M. Ofterman , Miniftre du Czar,
arriva à Tuna , & y eut audience.du Prince
hereditaire de Heffe- Caffet , en preſence
des Senateurs & Comtes , Ducker , de
la Gardie , & Taube. Le 29. de Juillet
il fut admis à l'audience de la Reine , &
remit à S. M. fes lettres de creance. Le 10.
d'Août , ce Miniftre eut fon audience de
congé . Il eft certain que pendant le fejour
qu'il a fait à Stokholm , il a fortement
follicité la Reine à accepter les conditions
offertes ci- devant par le Czar pour la paix,
comme l'unique moyen de faire ceffèr les
>
DE SEPTEMBRE.
hoftilités des troupes du Czar fon Maître,
cependant , la Reine de Suede & le Senat,
les ont rejettées avec hauteur, dans l'efperance
qu'ils feroient inceffamment fecourus
par l'Efcadre Angloife , & pourroient
peut être obliger le Czar à leur tour,à recevoir
celles qu'ils lui prefenteroient. S.
M. Cz. s'eft toûjours tenuë prés d'Hangoe
avec fes gros Vaiffeaux de Guerre , & ce
Monarque recevoit de 6. heures en 6. heures
, des avis de ce qui fe paffoit en Suede.
Les Suedois , quoique au nombre de 14 ..
mil Fantaffins, & de 6000. Cavaliers , n'ont
pas été en état de s'oppofer à ces entrepri
fes , par la difficulté de fe tranfporter affés
promptement d'un lieu à un autre. De plus
la delunion qui continue entre le Clergé
& la Nobleffe de ce Royaume , a auffi em-
Bêché les troupes Suedoifes d'agir avec fuccés
contre leurs ennemis. On fut informé
que le 25. Août l'Efcadre Angloiſe , com
mandée par l'Amiral Norris, avoit reçu unrenfort
de 6 Vaiffeaux de guerre & z.
Brulots , & que le 26. elle avoit mis à la
voille , pour joindre à Carlefcroon 15 .
Vaiffeaux de lignes Suedois , & aller en
fuite chercher les Mofcovites , afin d'en
obtenir de gré ou de force une paix honorable.
Le 31 du même mois , cet Amiral ,
joignit la Flotte Suedoife qu'il commandera
en chef conjointement avec la fienne.
On aprend même que fur la nouvelle de
154 LE MERCURE
l'approche de la Flor e combinée , l'Ami
ral Apraxin avoit fait rembarquer toutes
les troupes de debarquement fur les Galeres
, avec quantité de beftiaux & des prifonniers,
& qu'il avoit pris la route de l'Ifle
d'Aland . Depuis la retraite des Ruflie
une Fregatte dépêchée par l'Amiral Norris
, a debarqué un exprés à Roftock avec
l'avis que ce dernier avoit coupé le paffage
à so.Galeres Mofcovites dans les Scheeven,
& qu'il s'en étoit rendu maître avec toutes
les troupes & les equipages qui y étoient
à bord ; mais cette nouvelle a encore befoin
de confirmation .
On fait monter les troupes du Czar qui
ont debarqué en Suede , à plus de 35. mil
hommes , en y comprenant 2. mil Tartares
Kalmonques , qui mettoient le feu dans
toutes les Fermes & les maifons de Campagne
.
Milord Carteret , Ambaffadeur d'Angleterre
, a prefenté un Memoire à la Reine
de Suede dans lequel il fupplie S. M.
de donner aux Anglois , fatisfaction des
pertes qu'ils ont fouffertés par la confifcation
d'un grand nombre de leursVaiffeaux,
pris dans la Mer Baltique même dans les
Ports de Suede. La R. a répondu qu'elle
étoit difpofée à nommer des Commiſſ. qui
avec ceux qui feroient nommés par le R.de
la grande Bretagne , examineroient cette
affaire , & rendroient juftice aux Parties
DE SEPTEMBRE. 755
Intereffées : qu'en attendant , elle donnera
les ordres , afin que les Anglois ne foient
pas inquietés ni troublés , êtant perfuadée
que le Roy d'Angleterre ne permettra pas
qu'ils en abufent au préjudice des interêts
de la Suede .
D'un autre côté , les Danois n'ont pris
dans l'irruption qu'ils ont faite en Suede
que Maertrand ; car , par tout ailleurs ,
ils ont été repouffés par les Suedois , &
fur tout du Château d'Elbourg , & aprés
y avoir jetté plus de 300. bombes , ils ont
été obligés de fe retirer avec perte du canon
& des mortiers , & leur Flotte fort
maltraitée ; mais il n'eft pas vrai qu'ils y
ayent perdu sooo . hommes , comme quelques
Relations l'avoient avancé , puifqu'ils
n'avoient debarqué que 6. à 700. hommes.
L'Amiral Tordenfchild , que ces mêmes
avis avoient dit bleffé & même mort de
fes bleffures , s'en eft tiré fain & fauve. Le
Roy de Dannemarck , aprés cette expedi
tion , a fait rafer Stromftatd & Sunsbourg,
avant fon depart de Norwege ; & les habitans
de ces 2. Places ont eu ordre de s'aller
établir avec leurs familles & leurs effets
à Friderichall où l'on s'eft engagé de leur
fournir toutes les chofes neceffaires pour
ce nouvel établiſſement.
On a recu par les Danois un détail de ce
qui eft arrivé à l'Eſcadre Suedoife , qui a
été detruite à la prife de Maertrand par la
456 LE MERCURE
Flotte de Dannemarck. On compte 7
Vailleaux coulés à fonds , dont' 3. de quarante-
quatre canons , 2. de 53. un de 44-
& le dernier de 40. outre un Yacht
de quatre canons & deux Brulots. Les
Vaiffeaux Suedois pris , ne confiftent qu'en
quatre , fçavoir un de 53. canons , un
autre de 44. 2. de 18. avec une Galere
fur laquelle il y avoit canons . De
plus , les Danois fe font emparés dans la
Ville de 20. canons avec leurs affuts , &.
de 20. autres fans affuts. En tout 15. pris
ou coulés à fonds, & quatre cent go. pieces
de canons.
Le Traité de paix entre S. M. Britannique
& S. M. Suedoife , a été figné &
ratifié . Il porte entr'autres que les Duchés
de Bremen & de Verden, refteront à perpetuité
au Roy de la Grande Bretagne en
qualité d'Electeur de Brunſwick - Lune
bourg' , à condition que Sa Majefté Britannique
fera compter d'abord à la Suede un
million d'écus. A l'égard du Traité entre
la Suede & la Pruffe , la ratification s'en
fit le 30. du paffe , La Couronne de Suede
cede à celle de Pruffe la Ville de Stetin
avec fon diftrict , l'Ile d'fedum , & celle
Wollin , moyennant quoi S. M. Pruffienne
fe defifte de la femme de 400 mil écus
que la Suede fui devoit avec les interêrs
depuis l'année 1679. L'on pretend qu'elle
cft convenue outre cela de donner à la
10
DE SEPTEMBRE. IS
Reine de Suede 2. millions d'écus , & de lui
fournir 900. mil livres , tant que la guerre
durera avec le Czar.
On avoit cru que le Roy de Danne
marck fe conformeroit à ces alliances. Le
retour inopiné de ce Prince dans fa Capitale
, & le rapel de fes troupes hors du
Royaume de Suede , ne laiffoicnt prefque
plus lieu de douter qu'il n'y cût quelque
negotiation de paix fort avancée entre la
Suede & le Dannemarck ; mais , depuis
la declaration que ce Monarque a fait
publier à Coppenhague , on a changé
d'opinion : Elle contient en fubftance
qu'ayant été informé des faux bruits que
des efprits pernicieux avoient affecté de
repandre dans l'Europe , qu'il étoit fur
le point de conclure une paix feparée , à
l'exclufion du Czar fon bon ami & allié
il declaroit par les prefentes que ce bruit
n'avoit aucun fondement , puifqu'il n'avoit
jamais été dans de pareils fentimens,
& moins encore dans ceux de fe departir
des alliances , engagemens, & liaifons qu'il
avoit contractées avec S. M. Czarienne .
>
Le 10. de ce mois , un jeune Lutherien,
& un Catholique Romain , ayant pris querelle,
dant le Cimetiere de S Michel , qui
eft une Eglife Lutherienne de la Ville de
Hambourg , le Catholique jetta imprudemment
une pierre à travers les vitres de
Fette Eglife. Etant tombée malheureuſe,
158 LE MERCURE
ment à côté du Miniftre dans le tems qu'il
adminiftroit la Cene , cet incident anima
fi fort quelques Jeunes gens de cette affemblée
, qu'ils fortirent tumultueufement de
ce Temple , & coururent à la Chapelle des
Catholiques , attenant ce Cimetière, dans
laquelle le faifoit alors le fervice. Aprés
avoir brifé les vitres à coup de pierres , ils
en enfoncerent les portes ; & comme ils
fe trouverent les plus forts , ils demolirent
la Chapelle jufqu'aux fondemens , en dechirerent
les ornemens , & même ceux du
Prêtre. La populace s'êtant jointe à cette
Jeuneffe effrenée , fe tranfporta enfuite à
la maifon Imperialle ; & aprés avoir pillé
les meubles elle detruifit entierement
l'Hôtel & les beaux Jardins. Le 11. le Magiftrat
envoya des Deputés au Reſident
Imperial , pour excufer cet attentat , mais
il répondit qu'il en informeroit fon Maître
exactement. Le Magiftrat , non content
de cette demarche , fit publier à fon de
trompes , des mandemens par lefquels on
promettoit Ico . écus de recompenfe à quiconque
pourra découvrir les Auteurs de
ces defordres ; enjoignant à ceux qui ont
eu part au pillage , de raporter le tout à la
Juftice , iuivant l'exigence du cas ,
2
DE SEPTEMBRE.
159
à Vienne le
Septembre 1719 .
Acte de Renonciation , faite par la Sere
niffime Archiducheffe Marie - Jof ph ,
en qualité d'Epouse , & d'adhesion par
le Comte de Flemming , au nom du Roi
de Pologne & du Prince Electoral fon
fils , en qualité d'Epoux.
L

E 19. du mois d'Aouft 1719. l'Empereux
fit notifier à tous fes Miniftres ,
au grand Chancelier & aux Officiers de la
Chancellerie de tous les Pays hereditaires
de fe trouver au Château de la Favorite à
11. heures du matin du même jour. Le
Comte de Femming y fut mandé , & fon
Excellence s'y rendit avec une fuite fort
nombreufe & trés-magnifique. L'Empereur
& l'Imperatrice Regnante , L'Imperatrice
Douairiere Amelie , mere de
' Archiducheffe Marie- Jofeph , & cette
derniere Princeffe , entrerent dans la Sale
des ceremonies . S'êtant tous affis fous un
dais devant lequel on avoit dreffé un Autel
fur lequel il y avoit un Crucifix & le Livre
des Evangiles , S. M I. fit entrer tous
fes Miniftres ; & aprés s'être placez chacun
fuivant leur rang , ce Monarque leur
fit un trés - beau difcours , par lequel il les
éclaircit des raifons de cet Acte de Renonciation.
Le General Comte de Flemming ,
4.60 LE MERCURE
fut enfuite appellé ; & êtant entré dans
la Sale , il montra d'abord fon plein-pouvoir:
Aprés qu'on lui eur fait lecture de
A&te de Renonciation des nouveaux Ma
riez , S. Ex. le figna & en prêta les fermens
, au nom du Roi de Pologne Electeur
de Saxe , & du Prince Electoral fon fils.
Le Comte de Zinzendorff , Chancelier de
la Cour , fit de nouveau lecture de cet
Acte à Madame Electorale qui le figna ,
aprés en avoir prêté les fermens fur les
Saints Evangiles . Le Comte de Flemming
en fit enfuite autant , au nom du Roi de
Pologne & du Prince Electoral fon fils .
Le 18. du mois paffé , le Sereniffime
Prince Electoral de Saxe , arriva à Biffenberg
avec une fuite trés-belle & trés-nombreufe.
Le 20. ce Prince fe rendit ici en
pofte , & alla defcendre au Palais de la
Favorite , où il reçûit les complimens de
toutes les Cours Imperiales , des Minif
tres & de la premiere Nobleffe , qui parurent
tous avec des habits magnifiques.
Aprés une entrevûë que ce Prince eut
avec la Sereniffime Archiducheffe , ils furent
mariez le même jour par M. Spinola
Nonce du Pape ; enfuite leurs M. I. regnantes
leur donnerent un repas où il n'y
avoit rien à defirer. Il y eut une trés- belle
mufique , accompagnée d'une décharge
continuelle des canons de la Ville . Ibrahim
Bacha , Ambaffadeur de la Porte Ottomane,
DE SEPTEMBRE. 161
mine , qui fit fon entrée publique le 14.
du même mois dans cette Capitale , fe
trouva prefent à ce fuperbe feftin . On lui
avoit fait pour cela un logement dans la
grande Sale. Il a fort admiré la magnificence
, l'ordre & la belle cimetrie des confitures
de toutes efpeces , qu'on y fervit
en piramides & avec profufion. Le 22. les
Prince Electoral de Saxe & fon Epoule
ayant pris congé de leurs M. I. des Imperatrices
Douairieres & des Archiduchef
fes , partirent pour Saxe. Le 27. le Prince
&la Princelle arriverent à Prague au
bruit de tous les canons des remparts , &
defcendirent au Palais Royal. Le 29. le
Prince Electoral ayant pris les devans , la
Princeffe fe mit en marche pour continuer
fon voyage à Drefde , où l'on fait de trésgrands
preparatifs pour leur reception.
7
Le 2. Septembre le Prince Royal - Elecu
toral de Saxe , & la Princeffe fon Epoufe ,.
frrent leur entrée à Drefde. On fit à leur
arrivée une triple décharge de l'artillerie
& de la moufqueterie . Le Roi vint rece
voir la Princeffe au Pont , elle mit un genouil
en terre; & baifa la main du Roi qui
la releva d'abord , Fembraffa tendrement ,
là baifa aufront & la conduifit à fa Tente ,.
où S. M. cut un quart d'heure d'entretien
avec le Prince & la Princeffe. Aprés cette
` entrevûë , elle monta à cheval , fuivie
d'une Cour magnifique. Jamais cattée na
·
162 LE MERCURE
éte plus brillante. L. A. R. êtant arrivées
au Château , fe rendirent à l'apartement
de la Reine qui conduifit la Princeffe
dans fon cabinet , & la prefenta enfuite aux
Dames , qui furent admifes à lui baiſer la
main ; aprés quoi L. A. R. fe retirerent
dans leur palais , & le Roi dans fon appartement.
Le 4. l'Ambaffadeur extraordinaire de
la Porte , fuivi d'une trés-belle cavalcade
eut fa premiere audience publique de l'Empereur
au Palais de la Favorite . Il remit à
S. M. I. les lettres du G. S. fon Maître
dont le contenu roule fur l'exacte obfervation
de la paix de Paffarowitz , & fur des
proteftations d'une veritable amitié de la
part du Sultan. Aprés quoi cet Ambaffadeur
offrit à S. M. I. les prefens que le
G. S. lui envoye , confiftant 10. en une
riche & fuperbe Tente , portée par 12.
Chameaux . 20. En quelques Mulets chargés
de Tapis de Turquie & de Tapifleries.
3. Une Littiere couverte de velours cramoifi
, avec un careau brodé & galonné
d'or , fur lequel étoit pofée une pannache
d'Heron garnie de diamans. 4. Deux
Chevaux avec leurs harnois enrichis de diamans
, rubis & émeraudes , & 4. autres
Chevaux d'Arabie des plus beaux de ce
pays. 5o . Plufieurs autres raretez Orientales.
On eftime le tout deux millions.
Aprés l'audience , cet Ambaffadeur fut
DE SEPTEMBRE. 163
reconduit à fon logement dans le même
ordre qu'il étoit venu .
Le7 . cet Ambaffadeur eut audience du
Prince Eugene à qui il prefenta une lettre
du Sultan & une autre du G. V. Aprés uni
petit difcours au fujet de la paix prefente ,
il lui remit les prefens de S. H. & du G.
V. fçavoir un Cheval Turc , dont le poitrail
& la bride étoient d'argent doré, garnie
de corail ; la felle de damas rouge brodé
, & les étriers d'argent doré : un Couteau
dont le manche eft garni de diamans ,
& la guêne d'or enrichie autfi de diamans
& de rubis : so . Mifcales d'Ambre : plufieurs
Etoffes des Indes : 3. Ceintures
magnifiques quatre pieces de drap d'or
de Conftantinople , dont une brodée :
un grand Tapis de foye de Perfe à fleurs
d'argent 10. beaux Turbans : Une Cou
verture de lit de foye : 3. Tapis blancs de
foye. Les Jouailliers eftiment plus ces .
prefens que ceux de l'Empereur , à cauſe
de la groffeur des diamans.
On écrit de Conftantinople du rz . Aout
que M. le Comte de Virmond , Ambaff
Ext. de l'Empereur à la Porte , arriva le
dernier Juillet à trois quarts de lieuës
hors des murailles de Conftantinople , ou
la Porte avoit fait preparer deux Serails
Turcs , & cela , pour jouir d'un air moins ,
contagieux , que celui du Fauxbourg de
Pera, Quartier qui lui avoit été affigné
Dij
#54 LL MERCURE
>
par la Porte. Auffi- tôt aprés fon arrivée .
un Aga Turc alla complimenter Son Ex.
ce qu'il accompagna d'un magnifique regal
de confitures de fruits & de fleurs. Le
3. S. Ex. fit fon entrée folennelle dans
Conftantinople. Le 5. l'Ambaff. êtant.
monté fur un fort beau Cheval que le G.V.-
lui avoit envoyé , defcendit au pied de
l'escalier de ce premier Miniftre , qui regala
S. Ex. d'une Vefte de Zibeline , & .
fit donner des Caffetans à ceux de fa fuite..
Le Comte Batiani lui délivra la lettre que.
l'Empereur adreffoft à ce . Vifir , & le Ĉapitaine
Obfchlevz lui prefenta celle du
Prince Eugene . Le 8: jour deftiné pour
l'audience du G. S. M. l'Ambaffadeur.
êtant monté à cheval , fat mené au Serail
, où il mit pied à terre. S. Ex .
fut conduite dans une chambre où elle mit
la Yefte de Zibeline , & ceux de fa fuite ,,
leurs Cafetans. Cet Ambaffadeur fut introdait
le Chiaus- Baffa & le Capicilar-
Chiata devant le trône du G. S. auquel
il fit une harangue en Langue Latine , qui
fut rendue en Langue Turque par Mauro-
Cordato , que quelques avis avoient fait
mourir de pefte. Pendant cette audience ,
les prefens de l'Empereur furent portez
dans une Salle , pour y être expofez en
vûë . Apres beaucoup de ceremonies & de
grandes civilitez reciproques , M. l'Amb .
retourna à fon quartier dans le même ordre
qu'il étoit venu
t
DE SEPTEMBRE.
165
La Ville de Nicolfpourg a été prefqu'entierement
confommée par le feu , ainfi que
Le magnifique Palais du Prince de Dictriehſtein
.
*
M. le Comte Wentzeld d'Atheim s'eft
rendu à Wirtzbourg , pour y affifter en
qualité de Commiffaire de S. M. I. à
Félection d'un nouvel Evêque. C'eſt un
des plus riches Evêchez de l'Empire , & le
feul Benefice qui ne foit pas forti des
mains de la Nobleffe : la raifon de leur
dégoût eft fondée fur un ancien ufage dont
le formulaire eft tel , que qui que ce foit
n'eft reçu dans le Chapitre, qu'il n'ait paffe
au milieu des Chanoines rangez en haye
de chaque côté , pour en être fouetté
ce qu'aucun Prince n'a voulu fubir jufqu'à
prefent.
Londres le 26. Septembre 1719
1 E 18. un Courier depêché d'Hanover
,
aporta la ratification du Traité entre
le Roy d'Angieterre & la Reine de
Suede ; & le 19. les Seigneurs Jufticiers
le renvoyerent à Sa Majesté Britannique.
Le 20. les ouvriers de Spithlefields s'êtant
partagés en plufieurs bandes , commirent
encore de nouvelles violences , en dechirant
les habits des femmes qui étoient de
toilles peintes. On en a arrêté quelquesuns
qui ont été mis en prifon. La Flote
a
166 LE MERCURE
avec les troupes deftinées pour l'expedition
fecrette , eft toûjours retenue à Spitheald
par les vents contraires. On confirme que
l'on travaille à un plan , pour décharger
entierement la Nation de fes dettes. Pour
cet effet , les trois grandes Compagnies de
fa Banque , des Indes Orientales , & de
la Mer du Sud , fe chargeront du foin de
les acquitter , en imitant en cela le projet
qu'on a executé en France. On y eft d'autant
plus porté , que la Compagnie des Indes
de France fait prefentement l'attention
& l'admiration publique ; car on regarde
fon établiffement & fes heureux fuccés ,
comme des prodiges , furtout quand on
confidere le grand credit qu'elle s'eft fait
en fi peu de tems dans toute l'Europe ;
credit qui la met en état de décharger le
Royaume de plus de 5. cent millions de
dettes. Il eft fi bien appuyé par les lumieres
& la prevoyante administration de
celui qui eft à la tête de cette Compagnie,
que toutes les bourfes du Royaume auparavant
ferméés , fe font ouvertes tout à
coip ; & cette émulation à acquerir des
actions, les a fait fi confiderablement hauffer
de prix , qu'elles ont tiré du neant un
grand nombre de particuliers , par les profits
décuplés qu'ils y ont fait en moins de
fix mois de tems : il eft même hors de doute
qu'elle iront beaucoup au delà . Comme
cette Compagnie eft foûtenue des forces &
-
DE SEPTEMBRE. 167
;
revenus de l'Etat fi fagement employés , il
eft à croire que cet établiffement fubfiftera
autant que la Monarchie , & procurera
un bien univerfel dans toutes les parties du
Royaume les Chefs & les membres y
concourant avec une parfaite harmonie.
Tant d'impoſts retranchés en fi peu de
tems , & fi onereux au Public , font d'un
heureux augure pour l'avenir ; & les Nations
voisines , bien loin d'en être jalouſes ,
fe feront plaifir d'imiter ces fages difpofitions
,
La Ville d'Edimbourg conferé au fameux
M. Law qui eft en France , la fredenisation
, ou franchiſe de cette Ville dont
il eft natif. Les lettres lui en ont été envoyées
dans une boëte d'or de la valeur de
300. livres fterlins avec cette infcription
qui eft des plus honorables ... La Corporation
d'Edimbourg s'êtant donnée elle-même
l'honneur d'enroller dans fes libertés Jean
Law , Comte de Tancarville , & c . Gentilhomme
agréable , le premier de tous les Ban
quiers en Europe ; heureux Inventeur des
focietés de Commerce dans les parties du
monde les plus éloignées , & qui a fi bien
merité defa Nation ; c'eft le témoignage publc
que nous donnons avec plaisir par les
Lettres ci- clofes.
On prepare toutes les chofes neceffàires
à la Maifon de Ville , pour tirer inceffamment
les deux Lotteries d'Angleterre. On
LE MERCURE
a avis que les Vaiffeaux le Roy George , le
Harcourt & le Smirne , venant de Turquie
, font arrivés aux Dunes , les 2. premiers
étant richement chargés.
Parmi les Bills qu'on a envoyé d'Ir
Tande ici , il s'en trouve un qquuii aa ppoɔuurr titre"
Alte pour prevenir l'accroiſſement du Papif
me en Irlande: Il contient entr'autres, que'
fi à l'avenir aucur Evêque ou Prêtre Pa
pifte , paffe en Irlande , les Scherifs feront
obligés de les faire mettre en prifon , &
de faire inftruire leur Procés . S'ils font
convaincus d'être Prêtres , ils feront condamnés
à être Eunuqués. On nommera
pour cette operation un Chirurgien qui les
fera tranfporter dans les Pays étrangers ,
auffi- tôt qu'ils feront gueris , avec deffenfes
de ne jamais plus reparoître en Irlande
fous peine de la corde , ainfi qu'il fe pratique
en Suede. Ce Bill potte encore que
s'il eft prouvé que quelque Papife ait donné
retraite à aucun Prêtre , tous fes biens
meubles & immeubles , feront faifis & remis
entre les mains d'un Proteftant , pour
tre confifqués à la Couronne : Et comme
ci-devant il falloit former les Papiftesefi
perfonne , pour venir prêter les fermens
, il fuffira dorénavant de faire la fontmation
à leur domicile ; & au cas qu'ils ne
comparoiffent pas dans le tems qui leur fera
marqué , leurs biens feront confifqués
pareillement fans autre forme de procés .
Plufieurs
DE SEPTEMBRE. 169

Plufieurs Catholiques Romains de diftinction
ont prefenté Requefte aux Seigneurs.
Jufticiers contre ce Bill ; mais cette affai
re n'a pas encore été decidée.
M. Wefeloufxy , Refident du Czar en
cette Cour , prefenta au commencement
de ce mois un memoire à M. Craggs , Secretaire
d'Etat. Il portoit que S. M. Cz.
ayant permis par la declaration un libre
commerce à toutes les Puiffances Neutres :
dans la Mer Baltique , le Roy de la Grande
Bretagne ne laiffoit pas cependant d'envoyer
un grand nombre de Vaiffeaux de
guerre dans ces Mers ; ce qui obligcoit le
Czar fon Maître de demander à quelle occafion
Sa Majefté Britannique y envoyoit
tant de forces , attendu qu'il n'y avoit aune
neceffité pour cela. M. Craggs lui fit
réponse que le Roy fon Maître ayant été
informé que le Czar avoit fait dire au Che
valier Jean Norris , que s'il reftoit avec
fon Efcadre dans la Baltique, cela ne pourroit
que lui être fort defagréable : Qu'en
confequence de cette réponfe , il lui declaroit
de la part du Roy fon Maître , que
- S. M. vouloit & pretendoit envoyer fa
Flotte en telle Mer qu'il lui plairoit , fans
qu'il fût tenu pour cela d'en rendre
compte à aucune Puiffance . Tous les fujets
du Roy de la Grande Bretagne qui
font paffés au fervice duCzar de Mofcovie,
ont eu ordre de revenir en Angleterre.
Septembre 1719.
P
170 LE MERCURE
Le Sieur Bladen , un des Commiſſaires du
Commerce , eft parti pour France , afin
de regler , avec ceux de cette Couronne
les limites & les differends qui fe
font élevés entre les Habitans de l'Annapolis
Royale , & les François du Cap
Breton.
Quelques-uns de nos Marchands ont reçu
avis que la Flotte des Galionsd'Espagne
venant d'Amerique , étoit arrivée à R.ba-
Dios dans le Royaume de Galice , fous le
Convoi de plufieurs Vaiffeaux de guerre ,
commandés par le Sieur Martinet. Suivant
ces avis , il y a à bord en efpeces ou lingots
pour 25. millions de piaftres & beaucoup
d'autres riches marchandifes. On a apris
d'Oftende qu'il étoit arrivé des ordres
d'Angleterre , pour foufcrire à la nouvelle
Compagnie des Indes Orientales de Flandre,
dont les Entrepreneurs ont obtenu une
Chartre de l'Empereur qui a fixé les droits
de toutes les marchandiles à deux & demi
pour cent. La Compagnie des Indes
Orientales a eu avis de l'arrivée de trois de
leurs Vaiffeaux aux Dunes , fçavoir le
Maurice & le Stanhope , venant de Bombay
, & le Grantham venant de Bengall,
Les dernieres Lettres de la Jamaïque portent
que le Vaiffeau le Sunderland y avoit
été brûlé par accident , ayant à boid
à bord 238 .
balots de fucre , 150. facqs de Ginjambre ,
8. facqs d'indigots , &c. Un armateur Ef
DE SEPTEMBRE.
171
pagnol a pris un Vaiffeau François venant
de la Martinique , richement chargé , qui
a été mené à Cadix. Le Vaiffeau le Prince"
George , commandé par le Capitaine Tura
été enlevé à la hauteur d'Hambourg
par un Armateur Efp . & a été conduit
à la Corogne. Le Capitaine Wamburg ,
qui commandoit le Barfort , Vaiffeau de
guerre de S. M. & qui a fait nauffrage
dernierement fur les côtes de Sicile , a été
dechargé & remercié de fa bonne conduite.
Le Vaiffeau l'Aigle , chargé à Madere
pour la Jamaïque , a été pris par un
Pirate , & le Succés Brigantin , chargé
pour Gibraltar , a été forcé de fe rendre
par une Tartane Efpagnolc.
En creufant dans le Cimetiere d'un
Village , prés la Plaine de Saliſbwri , on a
trouvé un fquelette entier d'une Creature
humaine , trés rare par fa grandeur extraordinaire
, puifqu'il a 9. pieds 4. pouces de
long.
La mortalité a été fi grande durant les
grandes chaleurs , qu'il y a eu des femaines
où il eft mort prés de 805. perfonnes dans
Londres.
à Rome le 12. Septembre.
E Cardinal Scrottembach , qui a été
nommé par la Cour de Vienne pour la
Vice-royauté de Naplespar interim , alla le
16. à l'audience du Pape. Sa Sainteté lui
Pij
177 LE MERCURE
fouhaita un bon voyage , le regala d'un
trés-beau lit de campagne , & lui offrit deux
Galeres pour le tranfporter à Naples . Cette
Eminence , aprés avoir fait notifier à toutes
les Cours fon départ , fut accompagnée
par le Cardinal Del- Giudice à Nettune ,
jufqu'à bord des deux Galeres qui devoient
la conduire dans cette Capitale , où elle
arriva le 24. du mois paffe . Elle fut reçûë
au débarquement par leCollateral & par les
principaux Officiers , au bruit du canon
de tous les Châteaux. Le Cardinal Del-
Giudice qui avoit été chargé par commiffion
du foin des affaires Imperiales , à receu
depuis , fes lettres de creance de Vienne
, qui lui donnent le caractere de Minif
tre de l'Empereur. Il eft allé en cette qualité
à l'audience du Pape , & en a donné
part à tout le facré College .
Le General Caraffa a paffe icy venant
de Naples & allant à Vienne , pour s'y juf
tifier de quelques demêlez qu'il a û avec
le Confeil Collateral & le Caftellan . On
pretend qu'il ne lui a pas ne lui a pas été permis de
differer d'un moment fon départ , s'êtant
trop ingeré dans les affaires du Gouvernement
, depuis la mort du Comte de Gallafch
,
Le Chevalier de S. Georges êtant repaffe
d'Efpagne en Italie , s'eft rendu à
Suriano , Château appartenant au Cardinal
Albani . La Princeffe Clementine SobiefDE
SEPTEMBRE. 173
kafa future, l'eft allée trouver pour y confommer
leur mariage.
Voici les particularitez que nous avons
reçûës de la prife de Meffine par les Allemans.
Le General Mercy s'êtant rendu maître
le 7. de Juillet du Château Gonzague, & en
ayant fait la Garnifon prifonniere de guerre
, fit jetter quelques bombes dans Mcffine,
& fommer cete Ville d'ouvrir fes
portes ,
dans 24. h. faute de quoi , il l'abandon .
neroit au pillage. Sur ces menaces les Bourgeois
députerent le 9. deux Chanoines pour
traiter avec ce General , & convenir des
articles de la Capitulation . M. de Mercy
leur répondit que l'Empereur qui étoit leur
Souverain,ne capituloit point avec fes Sujets
, qu'ainfi ils devoient , en cette qualité
, fui ouvrir leurs portes ; cependant.
il promit aux Habitans la confervation de
leurs privileges. Cette propofition fut ac-.
ceptée , & le jour même 9. 80. Grena
diers Imperiaux occuperent les poftes les
plus importans de la Place, fans qu'il y arrivât
prefqu'aucun defordre de la part des
Troupes. Dom Luca Spinola qui en étoit
Gouverneur , s'eſt retiré dans là Citadelle ,
dont la Garnifon eft d'environ 3. à 4000.
hommes. On prefume qu'il n'y a de vivres
que pour quatre mois. On affûre que
les 7. Galeres Siciliennes & quelques autres
Bâtimens Efpagnols , étoient fortis
Piij
174 LE MERCURE
heureuſement du Port de Meſſine à la faveur
de la nuit. Il paroît que le Marquis
de Lede eft dans le deffen de quitter
fon Camp de Francavilla , & d'aller fe cam-
' per fous le canon de Palerme. On dit qu'il
a été renforcé par un corps de 3000. hommes
& de 2. Regimens de Cavalerie. Depuis
la prife de la Ville , les Espagnols
ayant jugé à propos d'abandonner la Tour
du Fare, les Anglois en ont pris poffeffion ,
ce qui rend libre le Port du Paradis. Le
14. le Fort de Caftellaccio fut obligé de fe
rendre à difcretion au Baron de Wachtendonck
Lieutenant General , ainfi que celui
de Matagrifoné au Comte Wallis . Les
deux Baftions de Sainte Claire & de S.-
Blaife, & tous les retranchemens de Terranova
on été pareillement abandonnez . La
nuit du 15. au 16. Aouft, les Allemans ouvrirent
la tranchée devant la Citadelle. Ils
ont en batterie 63. pieces de canon & plufieurs
mortiers . Cependant les dernieres
lettres de Naples du 9. portent que
quoiqu'elle fut attaquée fort vivement, elle
fe deffendoit de même.
M. le Marquis de Lede retient en prifon
plufieurs Seigneurs Siciliens qui le
trahiffoient , entr'autres le Prince de la
Scaletta. Ce General a repris fur les Allemans
le Fort de San - Alleffio qui lui a couté
plus de 200. hommes.
La Comteffe de Gallafch cy - devant
DE SEPTEMBRE. 179
Vice- Reine , fe trouvant groffe , eft dans
la refolution de féjourner à Naples jufqu'à
fes couches. L'Amiral Bing êtant revenu
à Baïa avec quelques Vaiffeaux de fon Efcadre,
pour tranfporter des provifions & de
la groffe artillerie pour le Siege de la Cita
delle de Meffine , a tout obtenu du Cardi
nal de Schrottenbach nouveau Viceroi
& il a remis à la voile pour Sicile.
Le Pape continue à donner fes audiences
& à s'occuper aux affaires courantes ,
quoiqu'avec quelque referve , à caufe des
maux de tête aufquels il eft fujet : fa ref
piration eft même un peu embaraffée, & les
jambes ne fuppurent plus, ce que l'on attribue
aux fueurs univerfelles du corps , produires
par les chaleurs exceffives de cet
efté.
Les differens furvenus entre la Cour de
Rome & le Roi de Sardaigne , ne font
pas encore terminez . Cependant les Evêchez
de Piedmont font prefque tous fans
Pafteurs. On ne fçait pas encore quelle fera
Piffuë de ces negociations ; mais on croit
qu'il ne fera pas aifé de les conduire à une
bonne fin.
M. le Cardinal de la Tremoille dépêcha
la nuit du 28. au 29. du paffé un Courier
qui porte les Bulles du Grand Prieuré de
France, en faveur de M. le Chevalier d'Or-
Icans , par la demiffion volontaire de M. le
Grand Prieur de Vendôme, acceptée par le
Piiij
76
LE MERCURE
Pape. On eft perfuadé que S. S. eft dans
l'intention de faire pendant ce mois une
promotion de Cardin . il y a même apparence
que S. S. tiendra un Confiftoire ,
avant que d'aller à Caftel- Gandolfe où elle
doir paffer la faifon d'automne .
On fait le Procés à l'Abbé Vulpini qui
s'eft avifé de tourner en ridicule les Homelies
du Pape . i
On écrit de Milan que , quoique l'argent
foit fort rare dans tout ce Duché , la Cour
de Vienne avoit fait cependant une nouvelle
demande de quatre millions pour pouffer
la guerre en Sicile. Elle a auffi impofé
le dixième fur tous les revenus & les fonds
du Royaume de Naples . La levée de ces
deniers trouvera de grandes difficultez ;
ces Pays êtant entierement épuifez d'argent.
Les lettres de Genes du 18. portent que
les Troupes Imperiales s'étoient embarquées
au nombre de 6. à 7000. hommes à
Vado pour paffer en Sicile , afin d'en pouvoir
achever la conquête. On fe flatte
même qu'aprés cette expedition ,
il
reftera encore un tems fuffilant
querir la Sardaigne.
pour con-
Les lettres de Bayonne du zo. portent
que l'on travailloit à miner les Forts &
Châteaux de Fontarabic & de S. Sebaſtien ,
pour les faire fauter. M. le Marq. de Cilly,
Lieutenant General , qui a fous les ordres
DE SEPTEMBRE 177
8. Bataillons & quelques Escadrons , eft
pofté entre Iron & S. Eftevan , d'où il fait
efcorter la groffe artillerie que l'on fait
tranfporter à S. Jean - pied-de-port , pendant
les chemins font beaux , ce qui
n'eft point praticable dans toute autre faifon.
que
On écrit de Mont-louis , frontiere de
Cerdaigne , que la tête de nos Troupes
qui confifte en cinq Regimens , y arriva
le 20. & qu'elle feroit fuivie de jour à autre
du refte de l'Armée. M. le Marquis de
Bonas Lieutenant General , fait contribuer
, depuis la prife d'Urgel , tout le
Pays qui paroît très-bien difpofé en nôtre
faveur . Les Miquelets Catalans ne nous
feront pas grand mal , êtant du moins autant
amis des François que des Caftillans
U
Le Peroquet & le Pigeon.
Par JEAN LE POIL.
N Peroquet enflé de vaine gloire
Parfon caquet , étaloit ſa memoire 3.
Et l'emportoit avec fa forte voix
Sur les Oifeaux de la Ville & des Bois.
Un Pigeon vint , Auditeur benevolle ,
Mais peu touché de mainte faribelle
Que l'Orateur recommencoit toûjours.
Quand il eut donc fini tous fes difcours
Il commenca d'attaquer de parole
178 LE MERCURE
"
L'humble animal , & lui dit fierement
Ab que la langue est un bel inftrument
Et Bienheureux qui fcait en faire uſage !
Que de plaifirs procure le langage !
Pauvre Pigeon , d'où vient que comme un
fot ,
Tu reftes là fans nous dire un feul mot ?
Courage , allons , debite ta harangue,
Ou fur le champ on coupera ta langue
Comme inutile ; inutile ? non pas,
Répondit il , faites - en plus de cas ,
Redonnés- moi ma compagn : fidelle ,
Et j'en ferai bon ufage avec elle .
U
Le Cheval & le Chien.
Par LE MESME .
N beau Cheval , qu'avoit Dame
Nature
Fait à plaifir , vantoit fon encolure,
Tête , Poitrail , Croupe & jambes ſurtout :
Il fe louoit enfin de bout en bout ';
Sans oublier fon admirable adreffe
Dans le manege , encor moins fa vireße z
Puis dit au chien ; petit , regarde- moi ,
Des animaux ne fuis -je pas le Roy ?
Quel,air ? quel port › je fuis le vrai modelle
Du noble orgueil pour moi je fuis fidele ,
Répond le Chien, &je me børne l'à.
C'est fort bienfait , mais c'est peu que celaz
DE
SEPTEMBRE . 179
De tes talens la lifte n'eſt pas ample ,
Je le fcai bien , mais je vois maint exemple
Chés les humains de ta grande fierté ,
Tu n'en vois point de ma fidelité .
EPITRE
*
Du Docteur Jeannot à M le Comte de ...
A
Voués-le , Monfieur le Comte
Mais avoués le à vôtre honte ;
Chés vous loin des yeux , loin du coeur»
Témoin moi , le pauvre Docteur
Pauvre Docteur , votre Confrere ,
A qui vous ne penses plus gueres
Helas ! Quand vous étiés ici
Les chofes n'alloient pas ainfi
C'étoient amitiés & careffes
Bonsbons de toutes les efpeces.
Qu'il vous en vint de quelque part
Le Docteur en avoit fa part ;
Car dans nos petites affaires
Nous en ufions comme bons freres ,
Quoique tous deux un peu gourmans ;
( Mais laiffons là les complimens. )
Qu'au retour du Jeu , de la Chaffe ,
Vous me viffiés l'oreille baffe ;
L'allarme , comme de raison ,
Etoit d'abord à la maifont.
*
Singe..
780 LE MERCURE
Dieu fait le trouble & le tumulte !
L'on examine , l'on confulte .
Qu'a le Docteur ? Il n'eft pas bien ;
Le plus fouvent ce n'étoit rien ;
Ce rien jufque dans votre Etude
Alloit porter l'inquietude.
Ces foins , quefont - ils devenus ?
Helas , il ne s'en parle plus !
Vous pafés le tems en campagne ,
Heureux comme un Roi de Cocagne,
Et vous vous embarraſſés peu
A Navarre dans ce beau lieu ,
Où tout bien , tout plaifir abonde
S'il eft quelque Jeannot au monde.
Paffe , que , felon vos defirs ,
Vous goûties la mille plaifers !
Du moins , comme un ami fidele
M'en devies- vous quelque nouvelle 3
Mais , pas le moindre petit mot
A ce pauvre Docteur Jeannot.
Jeannot , qui cloné furfor fiege ,
Maudit , chaque jour , le College,
Où , contre fes voeux arrêté ,
Pour les gages il eft refté.
Cependant , en bonne police ,
Si l'on m'avoit rendu Justice ,
Je meritois bien , entre nous ,
Des vacances autant que vous.
Vous faves bien en conscience
Jufqu'où j'ai porté la fcience.
En dépit de tous les Pedans
Je ſuis favantjuſques aux dents ;
DE SEPTEMBRE. 184
C'est un point que je juſtifie
Par plus d'une Geographie ,
D'un Apparat , d'un Rudiment
Que j'ay devoré doctement ;
Et qui m'cht voulu laiſſer faire¿
Il n'eut été Dictionnaire ,
Ni Virgile , ni Ciceron ,
Qui n'eût paßé comme un ciron ?
Qu'arrive- t'il au bout du compte ?
Tandis que vous , Monfieur le Comte
Vous en allés vous ébaudir
On me laiffe pour reverdir !
Etoit-ce-là ma recompense ?
Mais cher Comte , mon grand ami ,
Laiffons venir la faint Remi.
C'eft à cejour , fans plus long terme.
Que je vous attends de pied ferme :
Tous deux plantés au coin du feu ,
Nous nous verrons à deux de jeu,
A propos , que je ne l'oublie”,
Aportés nous , je vous fuplie ,
En revenant , quelques marons
Qu'auprès du feu nous rôtirons.
Vous fcavés avec quelle grace
Je les attrape , & les reffaffe.
Foi de Jeannot , tout ira bien
Et le Pater n'en verra rien ,
C
Si vous n'en rempliffés vos poches ,
Attendés-vous à cent reproches ;
Surtout , n'allés pas , par hazard ,
Cheminfaifant , croquer ma partș
Car ,fur pareille tricherie
182 LE MERCURE
Jeannot n'entend pas raillerie
.
Bien le faves : En attendant
Tenés- vous joyeux
& content
;
Et faites
fur cette femonce
Quelque
petit mot de réponſe
A vôtre Zeléferviteur
>
Jeannot , furnommé le Docteur.
EPITR F
Par M. A... à MADAME ***
B EllePhilis,je me propofe
De rimer icy quelque chofe.
Je dis quelque chofe , & c'est tout ;
Car , fans mentir , je fuis au bout
De mon latin , & puis ma place
Eft vacante fur le Parnaffe
Dés que la vôtre l'eft ici.
Objet de crainte & de foucy
Je ne fens plus ce beau delire
Qu'il faut pourbien toucher la Lyre ,
Et ce Diable de la '.
M'a ja rendu tout hebeté.
Mais aprés tout , que vous importe ,
Que ma Mufe foit vive on morte ?
Aujourd'huy mille amusemens
S'emparent de tous vos momens.
D'Amours , une troupe fertille ,
Les charmes qu'offrent une Ville
Où le plaifir eft enchaîré ,
DE SEPTEMBRE . 133
d'écriture
>
Tout cela bien examiné ,
Vaut fur ma foi mieux que ma rime
Surtout quand le chagrin la prime.
A nous les pleurs , à vous les Ris ,
A Venus vous les avés pris ,
Pour accompagnerfur vos traces
Les Jeux folaftres & les graces.
C'eft bien fait , mais de notre lot
Corrigez le deftinfallot :
Plaignez notre trifte avanture
Et par quelque peu
Dites-nous que vous voulez bien
Que nous nejouiffions de rien ,
Tant que durera vôtre abfence
Et que bien tôt vôtre prefence
Chaffera l'ennuy qui nous fuit
Comme le foleil fait la nuit .
Du refte , enjoie & en lieffe
Paffez votre aimable jeuneffe.
Pour moi , plongé dans mon chagrin ,
A cette Epitre je mets fin.
Jamais l'eau du facré Permeffe
Narrofe un coeur plein de trifteffe ,
Et c'est la caufe encore un coup ,
Pourquoy je finis tout d'un coup,
$4
LE MERCURE
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé , étoit la Barbe ; & la feconde , les
Dents.
ENIGM. E.
Daffure leur repos &les nuits & les
E mille vaftes corps infailliblefecours,
J'affûre
jours :
Je conduis les Mortels dans la paix , dans
la guerre;
Et quoique fille de la Terre ,
Sans mes admirables refforts
Bien fouvent ils feroient d'inutils efforts ;
Mais cependant, mon miniftere
N'eft pas toûjours , ny partout neceffaire.
Mon corps d'un autre corps emprunte så
vertu ,
Ce dernier aux Humains fi long- tems inconnu.
Luy-même digne objet des plus fcavantes
eilles ,
D'une Secte au Levant fait , dit- on , les
merveilles.
Pour moi faite au danger, fur les plus vaftes
Mers,
J'affronte fans dégoût , l'Onde & les flots
amers.
Vous , qui pour m'expliquer par des raifons
. fondées ,
Sondez
DE SEPTEMBRE . 185
Sondez le creux de vos idées ,
Qui pretendez tirer la verité des puits
Philofophes rêveurs , devinez qui je fuis.
M
A U TRE.
On corps est fort folide, ainfi qu'on
pent voir ; le
Mais mon chef eft leger & facile à mouvoir.
Je n'habite jamais aucun lieu bas ny fombre
,
Ne pouvant pas fervir fi l'on me met à
Ï'ombre ;
Je fers pourtant fouvent de retraite anx
Voleurs ;
Et du refte du vol j'en fais vivre plufieurs .
N
Ous donnâmes l'année derniere dans
le Mercure de Septembre 1718,
Aun Menuet de Mademoifelle Antier qui eft
devenu par la fuite un- Vaudeville ; ce qui
eft la marque la plus certaine qu'un air
plaît. Voici aujourd'huy deux autres Menuets
faits pour la fête d'Autcüil par
même Demoiselle . On me fçaura peuttre
gré de parler en peu de mots de l'établiffement
de cette fête , qui fuivant toutes
les apparences , continuera tous les ans,
Mademoiſelle Antier , fameufe Actrice
Q
la
186 LE MERCURE
de l'Opera , a une Maifon de campagne
à Auteuil fur le bord de la Seine .. Il y a
trois ans que le fieur Marcel , celebre
Danfeur de la même Academie , s'avifa de
donner le jour de la N. D. d'Aouſt à
cette Actrice un Bal dont elle fut la Reine,
& lui le Roi. Il s'y trouva beaucoup de
Mafques qui y vinrent en caroffes , & quis
s'en retournerent trés- contens. L'année:
fuivante , M. le Prince de Conti ordon--
na au fieur Thevenard , premier Acteur
de l'Opera , de continuer le même Bal &
d'en être le Roi avec la même Demoiſelle.
Il y eut une affluence prodigieufe de
Mafques de toutes fortes de condi--
tions , un concert d'inftrumens de Mufique
dans des bateaux fur la Riviere , &
un feu d'artifice , avec des lampions
fur tous les arbres de la Prairie : Cette
fête fut des plus galantes & dura jufqu'aus
lendemain. Ce fut M. le Prince de Conti
qui fournit à toutes les dépenfes de ce fecond
Bal. La même fêre s'eft renouvellée
cette année aux frais des fieurs Thevenardi
& Marcel' ; Mademeifelle . Antier ayant
encore été la Reine avec ce dernier ..
DE
SEPTEMBRE 18
CHANSON.
Premier Menuet.
A
Cheve ta victoire 3
Verſe ton jus
Divin Bachus ;
Encore un coup à boire ,
Et je n'aime plus.
Quoi ! l'amourenje flamme
Regne encor dans mon ame !
Verfe , verfe , enyvre moi
Bachus , je me livre à toi,
Second Menuet.
LE jus de la Tonne
Commence en vain à troubler ma raison
Elle m'abandonne ;
L'Amour tient toûjours bon.
Afes charmes
Bachus rend les armes :
Non , ce fatal vainqueur
Ne peut fortir de mon coeur.
88 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS.
LE
E premier de Septembre , jour de
l'Anniverfaire du Roy Louis XIV.
Sa Majesté entendit dans la Chapelle des
Tuilleries , la Meffe de Requiem chantée
par la Mufique ; & le 5. on celebra dans
Î'Eglife de l'Abbaye Royale de Saint De
nis , un Service pour le repos de fon Ame ,
où l'Evêque de Dol officia. Le Comte de
Toulouze , plufieurs Prelats , Seigneurs
& Dames de la Cour , s'y trouverent , de
même que la plupart des Officiers du feu
Roy.
Le 2. on fit à Saint Denis un Service
folennel pour feuë Madame la Ducheffe de
Berri : Tous les Officiers de fa Maiſon
ainfi
que
que
les Dames
du Palais
, s'y rendirent
la veille
, pour
affifter
aux
Vêpres
qui
furent
chantées
par
la
Mufique
du
Roy
, & où
officia
M.
l'Archevêque
de
Toulouze
, affifté
de Mrs
les
Evêques
de
Sées
& d'Alais
. Le
lendemain
, le même
Archevêque
celebra
la Grande
Meffe
avec
les ceremonies
ordinaires
. On
avoit
dreffé
au milieu
du Choeur
un fuperbe
Catafalque
,
qui
étoit
couvert
d'un
drap
noir
, parfemé
d'hermines
& de
fleurs
de
Lys
d'or
. On
voïoit
de distance
en diftance
les
Armes
&
DE SEPTEMBRE. 189
les Chifres de la Princeffe, avec un Luminaire
des plus nombreux & des mieux ordonnés.
Le pavé du Choeur, toute l'Eglife
& le devant de la porte , étoient tendus de
noir , & chargés d'Ecuffons aux Armes
de Berri & d'Orleans . Aux quatre coins
du Catafalque étoient affis quatre Heraults
d'armes avec leurs habits de ceremonie , &
leurs bâtons fleurdelifés , le Roy d'armes
êtant à la tête , vêtu de même . Au- deffus
du Catafalque étoient placés Mrs les Abbez
de Rouget , d'Avejan & du Tremblai ,
Aumôniers de la Princeffe , tous en Rochet.
Au tour , étoient Madame la Ducheffe
de Saint Simon , Dame d'Honneur,
Madame la Marquife de Pons , Dame d'Atours
Mefdames les Marquifes d'Armentiers
, de Braffac , de Laval & d'Arpajon
, Dames du Palais. M. le Marquis de
Coëtenfao Chevalier d'Honneur , M. le
Chevalier de Hautefort premier Ecuyer ,
M. le Comte d'Uzés Capitaine des Gardes,
& M. le Comté de Saumery premier Maî
tre d'Hôtel , y étoient tous en manteau
long , ainfi que les autres Officiers. A l'Offrande
, le Roy d'Armes , avant que d'approcher
de l'Autel , fit une profonde reverence
; il en fit une enfuite au Maufolée
du feu Roy , & une autre au Clergé qui
étoit compofé de plus de trente Evêques
En revenant , il en fit une au Catafalque ,
une à M. le Duc de Chartres , à Made

190 LE MERCURE
par
moiſelle de Valois , à M. le Duc , à Mademoiſelle
de Charolois , à M. le Comte de
Clermont , à Mlle de Clermont , au Parlement,
à la Chambre des Comptes, à la Cour
des Aydes , à la Cour des Monnoyes , à
l'Univerfité & à la Ville. Enfuite le Roy
d'Armes alla fe placer au coin de l'Epître.
M. des Granges , Maître des Ceremonies ,
alla prendre M. le Duc de Chartres , qui
conduifit à l'Offrande Mademoiſelle de
Valois , dont la queue de la Manté étoit
portée par M. le Marquis de Conflans &
par M. le Marquis de Sabran , en faifant
les reverences ordinaires . Un autre Maître
des Ceremonies alla prendre M. le Duc qui
donna la main à Mademoiſelle de Charolois
, dont la queue de la Mante étoit por
tée par M. le Marquis de Laigle , & par
M. le Chevalier de Fimmarcon . M. le
Comte de Clermont donna la main à Mademoiſelle
de Clermont , dont la queue de
la Mante étoit portée par M. le Marquis
de Jars , & par M. le Comte de Pons . La
Meffe finie , la Mufique du Roy chanta
un De profundis . M. l'Archevêque de
Toulouze , Mrs les Evêques de Sées , d'A
lais , de Lavaur & de Xaintes , firent chacun
à leur tour les abfoutes & encenfemens:
au tour du Catafalque. Dés le même jour
la Maifon de feuë Madame la Ducheffe de:
Berri , qui étoit compofée de plus de 800.-
Officiers , fut caffée.
DE SEPTEMBRE. 198
*
Le 3 les Bateliers vêtus d'habits uniformes
, allerent au nombre de plus de
cinquante , au Palais des Tuilleries d'où
le Roy les vit défiler. Laprés midi , ils joûterent
& tirerent l'Oye en prefence de Sa
Majefté , qui prit beaucoup de plaifir à
cette petite fête.
Outre le Marquifat de nonches qui revient
à Madame la Princeffe de Conti feconde
Douairiere , par l'accommodement
fait entre fa Maifon & celle de Condé
elle a encore eu roo. mil livres comptant ,
& une augmentation de 20. mille écus de
Penfion , & non 200. mille livres comme
on l'avoit fauffement avancé. M. le Duc a ,
rendu vifite à cette Princeffe , pour lui
témoigner la fatisfaction qu'il avoit de la
conclufion de cet accommodement .
Le 6. le Roy quitta le deuil de feuë
Madame la Ducheffe de Berri ; fa Maiſon
continuera cependant à le porter encore fix
femaines.
Le grand Procés , qui duroit depuis
103 ans entre M. le Duc de Luxembourg,
& M. le Marquis de Beon , fut jugé le 6.
au Parlement à l'avantage du premier ; M.
de Beon ayant été débouté de toutes fes
demandes , prétentions , &c. & condanné
aux frais . Cet Arreft notable affûre à
perpetuité à M. le Duc de Luxembourg
& à fes Defcendans , les belles Terres de
Ligny, & de Piney, fituées dans le Duché.
de Bar..
192
LE MERCURE
M. le Duc de Nevers & M. le Marquis
de Mancini fon frere , ont vendu au Roy
moyennant la fomme de 300, mille livres ,
le Palais Mancini qui eft à Rome, & qu'on
appellera dorefnavant le Palais de France :
Il eft deftiné pour loger nos Ambaffadeurs
. On eft en marché pour acheter celui
de Chigi , & fion le conclut , on n'en fera
qu'un des deux.
M. Lavy êtant allé dîner avec toute fa
famille à l'Hôpital general , remit entre les
mains de Madame l'ataclin Superieure de
cette Maiſon , une cedule , par laquelle il
donnoit so. mille livres à cet Hôpital. Il
avança la premiere année.
M. de Beauveau , qui a époufé Mademoifelle
de Fefnes , aa eu la Lieutenance
des Gardes de M. le Duc de Chartres.
Depuis que M. Fagon n'eft plus chargé
de la Direction des Fermes , il occupe pour
M. de la Houffaye dans toutes les affaires
qui rouloient fur ce dernier.
M. de Ricouart d'Erouville , Maître
d'Hôtel du Roy , & M. fon fils , Brigadier
des Armées de Sa Majefté , reçû en
furvivance de Maître d'Hôtel , ont vendu
à M. Ourfin de Poligny , fils de M. Ourfin
Receveur General des Finances , cette
Charge qui étoit depuis plus de cent ans
dans leur Famille..
M. de Maffol de Colonges , Gentilomne
Ordinaire du Roy , a vendu fa
Charge
DE SEPTEMBRE. 193
Charge à M. de la Baune , fils de M. de
la Baune Maître des Comptes , & ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade de Portugal
prés M. l'Abbé de Mornay.
M. l'Abbé de la Croix , Chapelain du
Roy , Abbé de Saint Julien de Tours ,
Obeancier & Chef du Chapitre de l'Eglife
Collegialle de Saint Juft de Lyon , &
Grand Vicaire de M. l'Archevêque de
cette Ville , a vendu fa Charge de Chapelain
du Roy , à M. l'Abbé Chatelain fils
de feu M. Chatelain , Ecuyer-bouche du
Roy , frere du Controlleur de ce nom .
Le Roy d'Efpagne a fait prefentau Cardinal
Alberoni d'une Terre de 100.
mille écus de rentes.
Les fonds des Terres font portez fi
haut , que celles de 15. & 20. mille livres
de rentes, font venduës jufqu'à un million
& 1200. cent mille livres.
M. Bogue , Lieutenant des Cent- Suiffes
, qui a fervi long-tems avec diftinction
dans les Armées du Roy , a obtenu une
penfion de 1200. liv. il en avoit déja une
de 800. livres.
M. le Comte de Vertus , a vendu fon
Enfeigne des Gendarmes du Roy à M. le
Marquis de Valbelles ; & quoique M. le
Comte de Vertus n'eût que 21. ans de fervice
, M. le Regent a bien voulu lui accorder
la difpenfe de 4 ans , pour avoir fon
rang de Veterand.
Septembre 1719.
R
>
2
194 LE MERCURE
Le 11. M. le Prince de Conti arriva eft
fon Hôtel de l'Armée de Navarre.
On travaille à la Vie du P. Malbranche,
à laquelle on joindra l'Analife de fes Ou
vrages in-quarto .
On donne à M. le Grand Prieur de
Vendofme , 9000. livres de penfion pr
mois & fon logement au Temple , fa vie
durant , pour la ceffion qu'il a faite du
Grand Prieuré de France à M. le Chevalier
d'Orleans .
M. de Cereft , frere de M. le Marquis
de Brancas , a obtenu une penfion de 4000.
livres de rentes .
و
Le Roy a créé en faveur de M. le Marquis
de Lambert un Gouvernement à
Auxerre , qui lui rapportera 8000. livres
d'apointemens ; & les 4000. livres de perfion
qu'il avoit , ne fubfifteront plus par
cette nouvelle gratification .
M. de Pleneuf , beau-pere de M. le Marquis
de Prié , eft de retour de Turin . Il
eft prefentement occupé à s'accommoder
avec fes Créanciers .
On incorpore le Regiment des Bombardiers
dans celui de Royal Artillerie ;
& pour dédommager M. Deftouches qui
eft Lieutenant Colonel de ce Regiment ,
la Cour lui a accordé 12000. livres dè
penfion .
La Benediction de Madame d'Orleans
'Abbeffe de Chelles , ayant été fixée au 14.
DE SEPTEMBRE.
195
de ce mois , jour de l'Exaltation de Sainte
Croix , S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans , donna les ordres peceff.ires ,
pour que tout fe paffât avec une magnificence
qui ne laiffat rien à defirer.
La décoration de l'Eglife a été des plus
belles & des mieux entenduës . Tout ce
qu'on peut voir de plus riche & de plus
magnifique , en Tapifleries & en Tapis ,
s'y faifoit voir. Les murs de l'Eglife & les
chaifes du Cheur , étoient ornées de Tapifferies
; le pavé , depuis le bas du Choeur
jufqu'au Maître Autel , étoit couvert de
Tapis , & la grille , qui fépare du dehors ,
le Choeur des Dames de l'Eglife , étoit pa
reillement ornée de Tapifferies. Au bas du
Choeur , on voyoit la Place de Madame
1'Abbeffe. C'étoit un Dais de velours violet
, des plus riches , relevé d'une broderie
d'or la plus belle , avec un grand Tapis &
un fauteuil , dont S. A. R avoit fait prefent
à la Princeffe fa fille. Au . haut du ab
Choeur , étoit un Prie Dieu pour Madame
l'Abbeffe pendant l'Office . Auprés
des baluftres de marbre qui ferment le
Sanctuaire , étoit élevée du côté de l'Epître
une grande eftrade , couverte d'un
grand Tapis de velours rouge , pour, les
Princes & les Princeffes qui devoient fe
trouver à Chelles ; enfin dans le Sanctuaire ,
du même côté de l'Epître,étoit le Trône de
S. E. M. le Cardinal de Noailles qui de-
Rij
196 LE MERCURE
voit faire la Ceremonie.
Les chofes ainfi difpofées , les Gardes du
Corps de S. A. R. la Compagnie des
Cent- Suiffes , avec une autre Compagnie
des Gardes- Suiffes , tous commandez par
leurs Officiers , êtant chacun dans leurspoftes
, pour garder les dedans & les dehors
, tant de l'Eglife que de l'Abbaye
Madame , Monfeigneur le Duc d'Orleans,
M.le Duc de Chartres , & Mademoiselle,
arriverent. La Ceremonie commença fur
les dix heures & demie. Le Clergé en Surplis
, & les Benedictins de la Congregation
de Saint Maur,qui devoient fervir à l'Autel
, êtant revêtus de leurs Aubes , allerent
prendre S. E. à fon Apartement ,
Landis que les premiers Officiers de Madame
& de S. A. R. conduifoient les Princes
& Princeffes à l'Eftrade qu'on leur
avoit préparé ; Madame à fon Prie- Dieu.
& à fon Fauteuil , M. le Regent , M. le
Duc de Chartre , Mademoiselle , & Mademoiſelle
de Soiffons , fur leurs plians.
Les Religieufes de l'Abbaye , les Abbeffes
& les Religieufes étrangeres , précederent
deux à deux Madame d'Orleans pour fon
entrée au Choeur. La Princeffe êtant placée
fur fon Prie Dieu , S. E. mença la
la Meffe , pendant laquelle la Mufique du
Roy chantaun Motet qui dura jufqu'à l'Epître.
Alors , Dom Silveftre de la Brouë ,
Grand- Maître des Ceremonies de l'AbDE
SEPTEMBRE. 197
• Toutes
baye de Saint Denis , fut inviter Madame
de venir à l'Autel Elle y vint , fuivie
de fes deux Chapelines , Madame de Fretteville
, & Madame de Marans , ainfi que'
de fa Porte- Croffe , Madame de Labat
La Princeffe avoit à fa droite pour premiere
Affiftante , Madame d'Auvergne , Abbeffe
de Saint Remy de Villerscotteret
fuivie de fes deux Chapelines , Mefdames
de la Foffe & de Lagonne ; & pour fe
conde Affiftante , Madame Perault , Abbeffe
du Val de Grace, fuivie parcillement
de fes deux Chapelines , Mefdames de
Breauté & d'Artagnani
arrivées à l'Autel , aprés les faluts marqués,
chacune placée dans l'ordre qui lui étoit
prefcrit , Madame d'Orleans fit le Serment
accoutumé en pareille Ceremonie ,
aprés lequel che fe profterna du côté de l'Evangile
pendant que l'on chantoit les Litanies.
Cela fait , S. E. ayant recité les
Oraifons fur la Princeffe , les deux Dames
Affiftantes la releverent ; après quoi , s'êtant
remife à genoux au milieu de l'Autel ,
M. le Cardinal affis dans fon Fauteuil
mit entre les mains de Madame d'Orleans
la Regle de Saint Benoît , & lui donna le
Voile , puis la Creffe , enfin l' Anneau . Lo
tout fut prefenté à S. E. par les Chape
lains de la Princeffe dans des plats- baffins
de vermeil. Auffitôt , toutes les Dames
précédées par le Maître des Ceremonics ,
Riij
198 LE MERCURE
s'en retournerent au Prie- Dieu de Madame
d'Orleans , dans le même ordre qu'elles
étoient venues , faifant chacune , en paffant,
une profonde inclination à Madame.
A l'Offrande , Madame d'Orleans retourna
à l'Autel avec les mêmes ceremonies
& offrit à Son Eminence deux cierges ,
deux pains & deux barils , qui lui furent
prefentés par fix Religieux revêtus en Aubes
& Tuniques. La Princeffe revenuë à
fon Prie- Dieu avec toute fa fuite , y refta
â genoux jufqu'aux Agnus de la Meffe.
Alors , le Maître des Ceremonies vint
pour la conduire à la Communion . La Princeffe
ne fut précedée que de fes deux Chapelines
pour tenir la nape. Madame l'Abbeffe
ayant communié avec une pieté , &
un recueillement , qui tirerent les larmes
des Afliftans , elle revint avec la même modeftie
qu'elle étoit allée ; & arrivée à fon
Prie- Dieu , elle y demeura profternée juſqu''
àà la fin de la Meffe , pendant laquelle
ily
ût une grande & belle Mufique.
La Meffe finic , Son Eminence précedée
de fon Clergé , & de douze Officiers Religieux
en Tuniques , vint prendre Madame
d'Orleans à fon Prie- Dieu , la conduifit
à fon Siege Abbatial , l'y intrônifa , &
entonna le Te Deum qui fut chanté par la
Mufique. La Princeffe s'êtant affife dans
fon Fauteuil , M. le Cardinal retourna à
l'Autel , précedé de fes Officiers , comme
DE SEPTEMBRE. 199.
en venant. Alors , Madame d'Auvergne
premiere Affiftante , & Madame Perrault
qui étoit la feconde , baiferent la main de
Madame l'Abbeffe qui les embraſſa com
me toutes les fuivantes , qui furent 1 ,
Madame de Grancey , Abbeffe du Parc
aux Dames , & Madame de Montpipeau
Abbeffe de Montinartre ; enfuite Madame
de Rouffi de Roye , Abbeffe de Saint
Pierre de Rheims , & Madame de Roucille
Abbeffe de Nôtre- Dame des Prez **
Madame de Moucy , Abbeffe de Mondenis
, & Madame de Meneftrel , Abbeffe de
Saint Corentin . Suivit Madame de Brion
Coadjutrice de Saintes avec la Prieure de
l'Abbaye de Chelles : Toutes les Religieu
fes , tant de la Maifon que les étrangeres ,
vinrent deux à deux faire le même falut à
Madame l'Abbeffe ; elles furent ſuivies des
Penfionnaires & des Soeurs Converſes. Le
Te Deum finit avec la Ceremonie. Les
Princes & Princelles fe retirerent dans le
grand Appartement, & Son Eminence dans
le fien. Les Abbeffes & les Religieufes
conduifirent Madame d'Orleans chez - elle.
Jamais Ceremonie ne s'eft faite avec plus
d'ordre , jamais auffi Princeffe n'a- t'elle
plus édifié, ni plus touché le coeur des Af
fiftans , que Madame l'Abbeffe. Elle a fait
toutes les fonctions avec une picté , une
grace , une majefté , & un recueillement
qui ont charmé toute l'Affemblée , à la
Riiij
200 LE MERCURE
quelle , outre Son Eminence , fe trouve
rent M. de Matignon , ancien Evêque de
Condom , & M. l'Abbé de Caftries , nommé
à l'Archevêché de Tours , qui étoient
dans le Sanctuaire . M. de Treffan , Evêque
de Nantes , étoit fur l'Eftrade , à côté de
S. A. R. en qualité de fon premier Aumônier.
Tous les Seigneurs & Dames de la
Cour de Madame & de Monfeigneur le
Regent , ont efté prefents à cette augufte
Ceremonie. Le Repas fut des plus fuperbes
, par l'abondance , la délicateffe , la
propreté , & le grand ordre avec lequel
tous les mets furent fervis fur chaque Table
differente. Celles , tant du dehors que
du dedans , comprenoient plus de 600.
couverts. Madame mangea avec S. A. R.
M. le Duc de Chartres , Mademoiſelle , &
Mademoiſelle de Soiffons . Madame d'Orleans
, par politeffe pour les Etrangeres ,
fe mit à la Table des Abbeffes & Religieufes
du dehors , qui toutes avec quelques
Religieufes de la Maifon, compofoient une
Table de 40. couverts. Madame d'Orleans
a fait des Prefens magnifiques aux Abbeffes
qui font venues à la Ceremonie de la Benediction.
A celles dont les Maiſons font
pauvres , la Princeſſe a donné de l'argent :
Aux autres ,
des Bagues & des Bijoux de
prix.
On augmente de 6000. livres le Gouvernement
d'Aunis en faveur de M.le Ma
DE SEPTEMBRE. 201
techal de Matignon , & , ces 6000. livres
pafferont aprés la mort à M. le Chevalier
de Matignon fon fils Cadet.
Le 17. M. le Duc de Chartres prêta ferment
entre les mains du Roy , en prefence
de Mgr le Duc d'Orl. pour le Gouvern,
de Dauphiné.
Madame la Ducheffe du Maine a
quitté la maifon de campagne de l'Ab. de
Citeaux , pour aller dans le Château de
Chanlay où cette Princeffe fera beaucoup
plus commodement.
Le Prieuré de Monoyes D. d'Angers
O de Grammont , vacque par la mort de
M. l'Abbé Chartan . L'Abbé de Grammont
, aprés fon Election , a droit de
nommer aux quatre premiers Prieurés vas
cans .
M. d'Entredeuxmons , Prêtre , ci-devant
Maître des Comptes à Dijon , a été
poftulé pour être General du Val des
Choux , O. de C. D. de Langres.
M. de Berulle , Maître des Requeftes ,'
fils du premier Prefident du Parlement
de Grenoble , a été reçû en furvivance
pour exercer la charge de M. de Berulle
Lon pere aprés fa mort .
M. le Duc d'Eftrées a vendu 320. mil
102 LE MERCURE
livres fon Gouvernement de l'Ile de Fran
ce à M. le Comte d'Evreux . Le Marché
en fut figné le 21. de ce mois . Le Roy donne
fur ce Gouvern . un brevet de retenuë de
200. mil liv . à M. le Comte d'Evreux ,
qui de fon côté fera tenu de faire une penfon
de 3000. liv . à M. Alexandre , premier
Commis dans l'un des Bureaux de la
guerre. Le Gouvernement de l'Ile de
France raporte 22. mil livres de revenu.
M. le Comte d'Evreux , outre la nouvelle
acquifition du Gouvernement de l'Ile de
France , a encore acheté 700 mil livres le
Marquifat d'Effiat .
On fe propofe de faire difparoître tous
les pauvres qui font en France. Pour cet
effet on fera arrêter ceux qui feront pro
pres à travailler aux Manufactures ; les eftropiés
n'en feront pas même exempts ; &
ceux qui font hors d'état de rendre aucuns
fervice,feront enfermés dans les Hôpitaux.
On a delivré des brevets à plufieurs Officiers
, pour lever des Regimens de Dragons
; & l'on parle de remettre les Bataillons
fur le pied de 800. hommes , au lieu
de soo.
Comme le Mififfipi n'avoit aucun Port
dont l'entrée fût facile, & qu'il étoit cependant
trés important d'en avoir un qui fût
fûr & bon ; M. le Maréchal d'Eftrées vint
annoncer le 24. à M. le Regent , que l'Arhement
que la Compagnie des Indes avoit
DE SEPTEMBRE. 203
fait pour attaquer celui de Panfa- Cola
dont les Efpagnols font les Maîtres
avoit été fi bien conduit , que l'on avoit
forcé la Garniſon Eſpagnole qui étoit dans
ce fameux Port , à fe rendre . Le Port appartient
de droit à la France ; M. de la
Salle qui a decouvert en 1684. l'embouchure
des Fleuves de Mififfipi , en ayant
pris poffeffion au nom du Roy.
Il fe forme tous les jours à Paris des Societés,
qui obtiennent de M. Law des conceffions
de terre au Mififfipi. Les Grands
Seigneurs , comme les riches particuliers ,
engagent journellement des Ouvriers de
differens Mêtiers , pour les faire paffer
dans ce Pays , où ils defricheront les ferres
qui leur ont été accordées. La conceffion
eft ordinairement de quatre lieuës en
quarré. La Compagnie des Indes , pour
encourager cet établiffement , tranfporte
gratis tous les Colones , Negres & Uftenciles
neceffaires pour l'execution de ce
deffein
Le mardi 26. Septembre M. Cornelio
Bentivoglio , Nonce ordinaire du Pape ,
eut audience de congé du Roi. Il fut conduit
au Palais des Tuilleries avec fa fuite
dans les caroffes de S. M. qui étoient allé
le prendre à fon Hôtel. Il étoit accompa→
gné de M. le Prince de Guife-Harcourt de
la Maiſon de Lorraine , & de M. de Sain
tot Introducteur des Ambaffadeurs. Il
104 LE MERCURE
>
trouva en haye à la Place du Carouſel , les
Compagnies des Gardes Françoifes & Suiffes,
tambours appellans , Enfeignes déployées
& leurs Officiers à leur tête. En dedans
de la grande Cour , les Gardes de la Porte
en haye & fous les armes , leur Lieutenant
à leur tête. Sur l'efcalier les Cent- Suiffes
la hallebarde à la main , ainfi que dans leur
Salle , leurs Officiers auffi à leur tête , &
Gardes-du - Corps auffi fous leurs armes
en haye dans leur Salle. M. de Bentivoglio
fit fa harangue au Roi en Italien , &
S. M. lui répondit en peu de mots . Aprés
les ceremonies ordinaires , il s'en retourna
à fon Hôtel dans les mêmes caroffes & dans
le même ordre qu'il étoit venu.
les
La Cour de Madrid a pris le deuil de
Madame la Ducheffe de Berri , par ordre
de S. M. Catholique ; & l'on a fçu à
l'arrivée de L. M. Č . à Madrid , que la
Reine étoitgroffe de 3. mois.
Le 28. le Roi s'eft rendu fur les trois
heures du foir en calêche dans la Plaine
des Sablons , où il a fait la revûë des Gardes-
du- Corps , des deux Compagnies des
Moufquetaires gris & noirs , & des Grenadiers
à cheval , dont il a paru trés - content.
M. le Regent avoit precedé S. M. deux
heures auparavant pour donner fes ordtes.
S. A. R. a accompagné à cheval S. M.
pendant toute la revûë.
M.le Comte de Salviatico eft arrivé ici
DE SEPTEMBRE.
200
en qualité d'Envoyé de Modene. On ne
fçait pas encore quand M. le Marquis de
Scotti , qui par ordre de la Cour de Madrid,
eft venu en celle de France pour quelque
negociation , s'en retournera en Efpagne.
M. de la Motte a été nommé par la
Cour pour Colonel d'un Regiment nouveau
d'Infanterie qu'on forme à Toulon :
il fera compofé de deux Bataillons de deferteurs
; il s'en eft déja rendu plus de 600.
Ce Regiment eft destiné pour le Miffiffipi ,
on doit auffi y faire paffer so . Compagnies
de nouvelle levée.
MORTS.
E. Pere le Tellier , de la Compagnie
Lde Jefus ,&c Confeffeur du feu Roi
,
Louis XIV . eft mort à la Fleche le 2. Sept.
Meffire N. Martel , Chevalier de S.
Jean de Jerufalem , & Commandeur
de Saint Jean en l'Ifle , lés - Corbeil
eft mort le .... On a donné fa Commanderie
au Bailli de Sémaifon ; mais ce der
nier êtant mort 15. jours aprés , M. le
Chevalier de Mareuil , Grand Prieur d'Aquitaine
, l'a obtenue.
Meffire N. Froulé de Teffé , Commandeur
d'Ivry-le-Temple , du Vicariat de
Pontoife , eft mort le .... Sa Commanderie
a été donnée au Chevalier de Pouffe-
Motte de Graville..
106 LE MERCURE
M. de Cromftrom , Envoyé Extraora
dinaire de Suede , mourut ici le 10. de co
mois.
Le 13. M. de Marillac , Doyen des
Confeillers d'Etat , mourut en cette Ville,
& M. Delmaretz de Vaubourg , plus ancien
Confeiller d'Etat de femeftre , eft .
monté à la place vacante de Confeiller
d'Etat ordinaire. Par la mort de M. de
Marillac , M. le Pelletier de Souzy devient
Doyen des Confeillers d'Etat.
>
Le 17. Dame Françoife Beraud , veuve
de Meffire Charle Colbert de Croiffy
Miniftre & Secretaire d'Etat , Commandeur
& Grand Treforier des Ordres du Roi ,
mourut en cette Ville aprés une longue
maladie.
Le même jour , Meffire André de Colbert
, Meftre de Camp de Cavalerie , &
Sous- Lieutenant des Chevaux - Legers de
Ja Garde, mourut en cette Ville . La Charge
de M. de Colbert a été donnée au Matquis
de Pourpry Cornette de la Compagnie
des Chevaux Legers.
M. Robert , Chanoine de N. D. de
Paris , & frere de M. Robert Procureur
du Roi au Châtélet de la même Ville
mourut le 19 .
Meffire Philippe Egon , Marquis de
Courcillon de Dangeau , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre
de S. Lazare , Colonel d'un Regiment
DE SEPTEMBRE. 207
de Cavalerie de fon nom , & Gouverneur
de Touraine , mourut le 21. Septembre
Le Reg. de M. le Marquis de Courcillon .
a été conferé à M. de Gontaut .
Le Roi a donné à M. le Comte de Charollois
le Gouvernement de Touraine ,
vacant par la mort de M. le Marquis de
Courcillon , en furvivance de M. le Marquis
de Dangeau fon pere , qui le confer
vera durant la vie.
M. le Nain , Doyen du Parlement , auffi
recommandable par fa probité , que par
fa capacité , mourut le 20. Septembre à
l'âge de 86. ans . Par la mort de M. le
Nain , M. le Chevalier devient Doyen de
la Grand'Chambre.
Meffire Jean- François- Michel le Tellier ,
Marquis de Louvois , Meftre de Camp du
Regiment d'Anjou , Capitaine des Cent
Suiffes de la garde du Roy , mourut le 25.
Septembre au Château de Rambouillet.
Il avoit époufé le 11. Mars 1716. Anne-
Louife de Noailles , fille d'Anne- Julie
Duc de Noailles , Pair & Maréchal de
France , &c. & de Marie- Françoife de
Bournonville.
M. le Marquis de Courtanyaux , pere
de feu M. le Marquis de Louvois , qui
aprés s'être demis en fa faveur de la
charge de Capitaine des cent Suiffes , en
avoit obtenu la furvivance , en redevient
208 LE MERCURE
titulaire par

fa mort , & la furvivance ful
en a été accordée pour M. le Marquis de
Montmirel , fils unique du defunt , âgé
de 15. mois au plus. La Marquife de Louvois
eft encore prête d'accoucher. M. Le
Marquis de Bethune , Neveu de la feuë
Reine de Pologne , a obtenu le Regiment
d'Anjou , vacant par la mort de M. le
Marquis de Louvois .
M. le Marquis de Surville , Colonel -
Lieutenant du Regiment de Condé , Infanterie
, & Fils du Marquis de ce nom, eft
mort le ... Septembre à l'âge de 17. ans .
Son Regiment a été donné au Chevalier
de Surville fon frere.

M. le Comte du Trevoux , Colonel reformé
à la fuite du Regiment d'Orleans
eft mort au Camp devant S. Sebaſtien : II
avoit une penfion de 2000. livres qui a été
continuée à fa veuve.
M. le Duc de Bifache , Pere de Madame
la Comteffe d'Egmont , mourut le..
Septembre..
M. le Comte de Requem , Chanoine de
Strafbourg & de Cologne , eft mort à
Strafbourg le .. Septembre. Il étoit Abbé
de Barbeaux, D. de Sens , O. de Cireaux,
& de S. Evroult , Diocefe de L fieux
Congregation de S. Maur. Il a fait M. le
le Cardinal de Rohan fon legataire univerfel.
Le Prince Louis - Charles - Guillaume
·
fecond
DE SEPTEMBRE . 209
fecond fils du Roy de Pruffe , eft mort
le 31. Août,âgé de 2. ans 3. mois moins
3.jours.
*****
U
*********
DIVERSITE Z.
N Homme condamné pour vol domestique
, à être pendu dans le Vil
lage de la Marche , du reffort de Bar-fur-
Aube , eft remis entre les mains de quatre
Archers , pour être conduit à Paris par appel
de fon jugement. Au Village de Guine
la- Putain , le condamné trouva le moyen
de fe derober à la vigilance de fes gardiens,
qui , quelques recherches qu'ils fiffent , ne
purent découvrir le lieu de fa etraite . Les
Archers arrivez à Paris fans leur Prifonnier
, font écrouez à la requête de M. le
Procureur General qui lesien rendoit refponfables
: Le Criminel ne pouvant fe
rendre maître des remord's de fa confcience
, fe détermine , aux dépens de fa vie
à fe venir conftituer dans les Prifons de
Paris . Eftant à la Porte S. Antoine , iL
demande le chemin de la Conciergerie ; il
fe prefente enfin au Guichetier pour être
écroué. Le Guichetier lui refufe l'entrée
& le traitte d'infenfé , attendu qu'il n'y
avoit point de jugement rendu contre lui .
Nôtre homme infifte , & lui déclare la nature
de fon crime , & la manicée dont il
210 LE MERCURE
>
s'eft tiré des mains de fes Archers . Sur cette
dépofition , & fur la preuve parlante de
fon evafion , on lui fait la grace de l'incarcerer
; & les Archers lui ayant éte confrontez
, il avoue tout fon délit , & eft.
reconnu pour l'homme qui leur avoit échapé.
On l'a interrogé plufieurs fois fans qu'il
ait paru qu'il y eût aucun dérangement dans.
fon efprit. On n: fçait pas encore ſi ſa
fentence fera confirmée.
Le fait que je vais rapporter, a été mandé
de Londres ; il eft de fraiche datte ..
va
Un Milord Anglois ordonne à un de fes.
Gens que l'on mette les chevaux à fon caroffe.
Le Laquais avertit le Cocher qu'il
trouve fur fon lit dans une fituation trésfouffrante
, & par confequent hors d'état
de monter fur fon fiege. Le Maître informé
de la maladie de fon Cocher
lui même à l'écurie , & l'oblige à le conduire
, malgré la colique dont ce malheureux
fe plaignoit. A deux rues de la maifon
, les douleurs redoublent , le Cocher
devient noir & tombe en pamojfon. Le
Milord defcend , & aidant, lui -même à
foutenir ce pauvre miferable , on le fait entrer
dans le caroffe. A peine fut- il affis
l'on apperçut que fa culotte étoit route
reinte de fang. On la défait : qui trouveron
un enfant dont il venoit d'acoucher.
que
DE SEPTEMBRE. 2TI
Jamais furprife plus grande ; on le rameine
chez le Milord . On le couche dans fon lit,
& par une metamorphofe étrange , d'homme
il devient femme. Aprés qu'il eut repris
fes fens , il conta fon avanture , & declara
qu'il avoit jufqu'à lors deguiſé ſon
fexe ; parce qu'il failoit mieux fes petites
affaires fous l'Habit de garçon que fous
celui de fille . Que cependant il n'avoit jamais
eu de foibleffe pour aucun homme
que pour le beau Poftillon du Milord
lequel êtant jeune & bien-fait , avoit fait
faire naufrage à fa vertu . Auffi- tôt que le
pretendu Cocher a été fur pied , on les as
mariez ; & le Seigneur Anglois a fait lest
frais de la nôce & les a garde chez lui .
45
Voicy un Placet prefenté au Regent par
M. Dufrefny , qui quoique court, en yaut
bien un plus long.
L
Pour votre gloire , Monfeigneur , Il faut
laiffer Dufrelny dans fon extrême pauvreté,
afin qu'il refle au moins un feul homme dans
une fituation qui faffe fouvenir , que touc
le Royaume étoit auffi pauvre que Dufresny ..
avant que vous y enffiez mis la main.
Nous infererons en même tems ; fur la
même matiere , une Piece en vers prefentée
à S. A. R.
Sij
ROS
LE MERCURE
JE
AU REGEN T.
Par M. le Grand.

En aurois mis ma main au fex
Que vous êtiez un maître Drille
Que d'icy vous feriez dans peu
Sortir Befoins & fa quadrille.
Nofant plus nous chercher caftille
It's font allez , je ne fcai où;
Chagrin eft rentré dans fon tron ,
Plaifir eft hors de fa coquille
C'est à qui rira comme un fou.
On ne voit chez Gautier , Guarguille,
Que chere lie & volatille ;
Toujours Bouteille fait glow glon
'Maris & Femmes font joujou
Enfemble Amour les entortille ,
Violon jonë, & pied fautille:
C'eft Foire ici comme à Bezon ,
De jeux , de ris , d'humeur gentille
Chacun y court , car c'eſt raiſon.
Qu'on mette ici tout par écuelle ;
L'argent ſe remue à la pelle
Ny plus ny moins que chez Lindon
Ja l'on fait la nique au Perou :
Pour fes trefors nôtre Nacelle
Ne fendra plus l'onde cruelle ;
Sur Mer n'ira que pour le clon
Pour chercher l'Ambre & la Canelle
On pour de vous porter nouvelle,
Apprendre jusqu'au Marabon ,
S'aprés vons , faut tirer l'échelle,
DE SEPTEMBRE. 2-15
La Province de Quimquempoix eft un
beau champ de bataille , fur lequel je pourrois
m'arrêter. Il s'y eft livré un affés grand
nombre d'actions , pour en faire le détail :
mais , comme la matiere eft trop ample , je
laiffe aux Ecrivains qui s'amufent à faire
des in folio , de fe charger de cet employ.
Je paffe à un autre Theatre ; c'eft à celui
des François qui reprefenterent le 26. de
ce mois pour la premiere fois, une piece en
un Acte , qui a pour titre , Momus fabulifte.
Le fuccés de cette piece eft moins incertain
que le nom de l'Auteur. On regarde
comme un Phenomene auffi rare que
fingulier , qu'un Ecrivain ait pu refifter à
la tentation de reveler fon nom ( fur tout
lorfqu'on ne court aucun rifque à fe deceler)
aprés les applaudiffemens que le Public lui
a. prodigué : On n'auroit jamais cru que
l'amour propre d'un Poëte eût pu tenir
contre, Cependant , on ignore encore fon
nom , & ce n'eft que par conjecture que
l'on fait tomber fes loupçons fur tel & tel..
Nous voudrions avoir le tems d'en donner
un extrait raisonné . Cette piece en merite
un affû ement ; auffi nous proposonsnous
de le faire , le mois prochain. En attendant
, nous nous contenterons d'en donner
un leger crayon . Le fujet eft fort
fimple ; il eft cependant plus ingenieuſement
imaginé qu'il ne le paroît d' bord
C'eft Venus que Jupiter a deffein de ma214
LE MERCURE
rier au plûtôt à quelque Dieu , garçon de
l'Olimpe. Mars , Apollon , Neptune
Vulcan , Plutus , Mercure , &c. font les
afpirans. Jupiter à rendu la Déeffe maitreffe
de fa main . Venus par un rafinement
de coquetterie , prefere Vulcain à
tous les autres par la raifon que fi elle devenoit
femme de Mars l'intrepide , ou d'Appollon
le blondin , ce choix pourroit éloigner
fes amans.
,
Pendant que tous les Dieux concurrens,
s'empreffent à faire pancher la Déeffe de la
Beauté de leur côté , Momus à qui le
grand Jupiter avoit deffendu de medire
des habitans du Ciel fous peine d'en
ite chaffé , s'aviſe de degorger 18. fables ,
fous l'enveloppe defquelles , fe trouve la
fatyre la plus maligne . Junon n'y eft pas
plus épargnée que les autres. Chaque Apo--
logue eft une critique d'autres Apologues
qui meriteroient certainement plus de referve
de la part de l'Auteur de la piece.
Cette Comedie finit par autant de petites
fables , reduites en un couplet de chanfon ,
dans lequel il n'y a pas moins de fel que
dans les precedentes. Quoique elle foit
pleine de faillies & d'étincelles d'efprit ,
je ne craindrai point d'avancer que le Sieur
Quinault Comedien , anime les fables qu'il
recite avec tant de vivacité , de naturel , &
de bienveillance , qu'il enchante les ſpectateurs
jufqu'au point de croire que cette
DE SEPTEMBRE.
215
piece eft fans defauts : mais qui peut fe dire
fans defauts témoins 2. Soldats aux
Gardes Françoifes qui en font une preuve
bien évidente. A propos ne trouvera t'om
pas en même tems ma tranfition vicieuſe ?
fans doute, revenons à nos deux foldats. On
les avoit pofté en fentinelles dans une des
Cours du Palais des Tuillerles à la porte
des Princes. Comme l'un & l'autre avoient
bu , ils prirent querelle . Un deux s'oublia
au point de mettre en jouë fon compagnon,
& de vouloir le tirer ; le coup partit en
effet , mais fans bleffer fon homme. Les
balles allerent donner contre le mur de
l'Antichambre du Roy fur le champ on
les arrêta & on les mit en prifon . Le
Confeil de guerre s'étant affemblé ; celuż
qui avoit tiré , fat condamné à être paffe
par les Armes le 30. de ce mois . Ce malheureux
ayant été conduit à l'Eftrapade ou
fe font ces fortes d'executions , alloit
avoir la tête caffée , lorque l'on vint
crier grace ; le Roy par bonté , ayant plus
d'égard au vin , qu'à fon action & au licu
inviolable où la chofe s'eft paffée.
APPROBATION.
2 Ay lu par l'ordre de Monfeigneur le
Garde des Sceaux le Mercure de Sept.
Fait à Paris ce 30. Septembre 1719..
BLANCHAR- De
LE MERCURE
TABLE .
D Ialogue fur la
Volupté.
3.
Pourquoi l'on ne voit plus , ou presque plus ,
de perfonnes poffedées du Demon , comme
owen voyoit dans les premiers fiecles de
l'Eglife.
IT
Suite & fin des Memoires de M. De ....
I5
Lettre à M. Buchet , contenant la Traduc
tion de quelques endroits d'un livré Anglois
intitulé : Le Caufeur , ou les Veilles
du fieur Ifaac Bikerftaff.
Arrefts notables du mois.
Proceffion magnifique , faite à Cambrai.
71
85
134
Manifefte du Czar , contenant les raifons
qui l'ont porté à déclarer la guerre à la
Suede .
138
Nouvelles du Nord , contenant celles de
Suede , de Dannemark , & de Hambourg.
Dr Vienne , leis . Septembre..
De Londre , le 26.
De Rome..
Poëfies
Enigmes.
Chanfon.
Journal de Paris
Mortse
Diverfitez
DE
BELAVILLE
TRAVE
LYON
#
1893
156
158
165,
171
177
187
188
189
201
209
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le