Fichier
Nom du fichier
1719, 01-03
Taille
24.50 Mo
Format
Nombre de pages
593
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
LE
NOUVEAU
MERCURE
Fanvier 1719.
Le prix eft de vingt fols.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME GAYELIER , au Palais,
PIERRE RIBOU , Quay des Auguftins,
à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue S
Jacques , à la Fleur- de-Lys d'Or.
M. D. CC. XIX.
Avec Aprobation & Privilège du Roya
THE NEW
PUBLIC L
335107
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONG
ON
AVIS.
prie ceux qui adrefferont
des Paquets
où
Lettres à l'Auteur du Mercure
,
d'en affranchir le port ;
quoy' , ils resteront au rebut.
fans
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloitre
Ş. Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci- deſſus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. & 1718. de même
que l'Abregé de la Vie du
CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit- Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
AVANT - PROPOS .
A Lettrefuivante eft de Monfieur Gauthier.
J'ai cru que le Public la verrois
avec plaifir: On n'y apprendra pas feulement
lefuccez d'une découverte auffi utile à tout
l'Univers , que celle d'un moyen fimple & facile,
de deffaler l'eau de la Mer & de la rendre
potable ; on s'y instruira encore de quelques
circonftances importantes concernant la
Ville d'Alexandrie : Elles avoient échapé
aux recherches des Voyageurs qui l'ont precedé
, quoiqu'ils eußent demeuré plus longtems
que lui dans cette Ville. Ony verra,par
exemple , que les chapiteaux gotiques des colonnes
de la tour de Cleopatre , & de la
porte du côté de la colonne de Pompéé ,auffi
bien que celles qui ont été employées confufément
en guife de materiaux,pour conftruire les
murailles qui font aujourd'huifur pied,prouvent
invinciblement que ces murs ne font ni du
tems d'Alexandre , comme l'a crû Pietro della
Valle,ni du tems des Empereurs Romains,
comme l'avoit penfé le fçavant M de Montconis.
Ce que dit M. Gautier de ces ruines
l'on découvre dans le Port d' Alexandrie
au fonds de la Mer, démontre la fauffeté de
l'opinion avancée par quelques Anciens , &
fuivie fans examen par laplupart de nosMe
que
A ij
,
dernes ; que l'Egypte étoit un prefent du Nil;
que non feulement le limon qu'il charie, avoit
hauffé le terrein de ce Pays ; mais qu'il avoit
obligé la Mer de fe reculer , & d'abandonner
fes anciens rivages . Ces ruines font voir le
contraire, que la Mer a gagné fur la Terre
, & a aggrandi le Port , ou que du moins
elle a détruit les Bâtimens qui lui avoient été
oppoſez : Ce qui revient au même , & n'a
pu être produit que par la même caufe. Il
feroit à fouhaiter que M. Gauthier voulût
bien faire part au Public des découvertes qu'il
aura fait dans ce Pays ; car il me paroît
homme à mettre à profit pour la Geographie
& pour l'Hiftoire naturelle , le loifir de
fon féjour. Pourquoi ceux qui voyagent , ne
font'ils auffi inftruits que lui : S'ils l'étoient ,
ils ne feroient pas obligez de groffir leurs
Relations de mensonges & de fictions ridiculles
, comme certains ignorans que l'on devinera
fans que je les nomme. Il ne fuffit pas
d'avoir été dans un Pays pour le connoître :
Combien de gens ignorent celui dans lequel
ils ont paßé leur vie ! Ilfaut avoir examiné
ces chofes avec des yeux obfervateurs , &ſentir
le rapport qu'elles ont avec l'Hiftoire ancienne
& avec la Phifique . On tire fouvent
d'importantes confequences de celles qui avoient
paru les plus indifferentes : C'eft ce que l'on
éprouve ordinairement en lifant ces Relations ;
elles font faire des découvertes aufquelles leurs
Auteurs n'avoient jamais penfe.
LE
NOUVEAU
MERCURE
D'Alexandrie le 4. Septembre 1718
M CONSIEUR ,
Nous fimes voile le 8. Aouft du Port de
Toulon. Aprés 20. jours de route , nous
femmes arrivez au Bequier , qui eft un Fort
affis fur une des bouches du Nil , où nous
fommes reftez jufqu'au 4. Septembre , &
où nous refterons encore prés d'un mois.
Comme nous ne fommes éloignez d'Alexandrie-
d'Egypte que de fix lieues de Mer ,
Janvier 1719 A iij
LE MERCURE
nous avons û la curiofité d'y aller voir les
antiquitez de cette Ville , qui n'eft à prefent,
pour ainfi dire , que le fquelette d'une des
grandes Villes du Monde. On voit encore
quelques Portes de Ville , quelques Fortereffes
ruinées & quelques pans de murs. Ce qu'il
ya de plus entier & de plus beau , eft la
Colonne de Pompéé qui eft hors la Ville
fur un Tertre : Elle ett d'ordre Corinthien ;
elle peut avoir so . pieds de haut ; fon pied
d'eftal a 12. pieds en quarré & d'un feul
bloc ; le fuft de la Colonne eft d'un feul
morceau ; le chapiteau ne me paroift pas
fi beau ni fi fini que le fuft & le pied d'ef
tat : Le tout eft de marbre granitte , qui eft
ane efpece de marbre rouge piqueté de Tale
noir & blanc.
bard
Dans l'interieur de la Ville , parmi les
débris des édifices , on voit plufieurs Colonnes
de grapicte debent on renversées =
Ce qu'il y a d'entier , eft une espece d'aiguille
qu'on nomme l'aiguille de Cleopatre ::
La bafe eft de fix pieds en quarré ; elle eſt
couverte de figures Hieroglifiques ; ce qui
m'a fait affùrer à Meffieurs nos Officiers &
aux Habitans de ce Pays , que je la croyois
beaucoup plus ancienne ; ces caracteres n'étaat
point en ufage chez les Grecs ni chez
les Romains. A quelques pas delà , il y en
a une pareille couchée & prefque enterrée :
Il y a auprez de ces aiguilles une Tour dite
de Cleopatre , que je crois être l'ouvrage des
160
DE JANVIER.
Sarrafins : Car , fur deux Colonnes de
marbre qui foûtiennent l'interieur de la
voute de la Tour , il ya des chapiteaux gotiques
; ce que j'avois déja remarqué à la
porte de la Ville du côté de la Colonne de
Pompéé , fur deux Colonnes de granitte
dont les fufts font de bon goût.
x
- Le long de la Marine , on voit la baſe
des murs & des Tours , traversée de Colonnes
de marbre de toutes couleurs ; ce
qui démontre affez qu'il n'y a eu que des
Barbares qui ayent pû enterrer & employer
des morceaux auffi finis , pour faire de miferables
murs.
Le Port d'Alexandrie eft fort beau ; il
a eté moins grand ; on avoit bâti dans la
Mer même car , on y trouve des Colon
nes , des Idoles & des Animaux de mar
bre qu'il feroit aifé de pêcher. M. le Con
ful a un Tigre de marbre blanc affez fini ,
& un morceau d'Idole de marbre noir , de
puis les jarets jufqu'aux reins , fans pro
portions & fans beauté avec des Hierogliphes
, le long d'un Liftean. Il a fait aufli
pêcher une belle Colonne de granitte pour
envoyer à M. le Maréchal d'Etrées.
Pour ce qui regarde la fin de ma miffion ,
je n'ai pû tirer de l'eau douce que quelque
tems aprés le départ du Vaiffeaus n'ayant
û que le tems de faire executer les Tambours
& la Grille. J'ai été bien aife de
faire voir qu' l'Equipage pouvoit faire le
A iiij
LE MERCURE
refte. J'ai donc établi la machine à l'avan
de l'archipompe : Elle a 4. pieds en quarr
fur 7. de hauteur. Le chapiteau qui a trois
pieds de haut sur la largeur de la Caiffe da
Tambour,a 250 pied's quarrez de toile . Ces
3. piedsjoints à quatre qu'a la Caiße , font
les 7. pieds de haut . Je me fuis contenté
jufqu'à prefent de faire de l'eau , fans examiner
combien certaine quantité de matiere
combuftible en pourroit produire : Elle a
d'abord û un peu de goût , parce que la ma
chine étoit neuve . On s'eft contenté pour lors
d'en donner aux Beftiaux & on en a fait le
blanchiffage, mais à preſent elle eft potable.
1
Je fuis tombé entre les mains de fort honêtes
gens qui ont pour moi des égards &
des attentions que je ne merite point ; je
ne fçaurois vous dire ce qui les a pû préve
nir en ma faveurs je n'ai point été incom
modé de la Mer ; j'ai le pied marin autant
ou plus qu'aucun Officiers je jouis actuellement
d'une parfaite fanté ; je n'ai rien à
fouhaiter que la continuation .
Nos Officiers font M. Duquesne Chef
d'Efcadre , 2. Capitaines , 2. Lieutenans
en pied , des Enfeignes & 300 hommes
d'Equipage, tant Matelots que Soldats , 60 .
pieces de canon au fervice des curieux . La
Fregatte qui fuit le Toulonfe que nous montons
, eft commandée par M. le Chevalier
de Nangis , qui me reçoit à fon bord de
maniere à me faire croire qu'il a quelque
DE JANVIER.
que nos
eftime pour moi. Le fait eft affez fingulier
que je n'ai point trouvé de contredifant
& que les Officiers des deux Vaiffeaux s'éclairciffent
mutuellement fur l'operation de
mon cau C'est une chofe à voir
moustaches ; peut - être ne fçavez - vous pas
qu'on rifque à être infulté par les Maures,
lorfqu'on n'a pas la mouftache ? Ils jettent
ordinairement des pierres , en appellant
femmes ceux qui n'en ont point. Je vous
affûre que j'en ai une des belles du Vaiffeau
, qui me couvre toute la lévre fugerieure.
Avec cela , quoique nous foyons 12 .
ou 15. tant du Touloufe que de la Fregatte
, & que nous marchions avec M. le
Conful & fes Truchemens , nous n'allons
point fans deux Janiffaires car la Mauraille
eft ici dangereufe , lorfqu'on n'a pas
la robe Turque.
Nos Matelots qui vont à la pêche , me
donnent occafion de diffequer . Jai un Poil
fon volant que je fais fécher , & quelques
parties , comme la tête de certains Poiffons
de cette Plage.
Il n'y a point de plantes dans cette partie
de l'Egypte Tout eft fable à perte de vûë.
L'Egypte étant un pays plat , les Palmiers
font les feuls Arbres , & quelques Tamariffes
dans certains endroits . Ce qui eft de
plus commun ici , font les Figues & les
Pafteches , qui font des Melons d'eau de
couleur de chair, & dont quelques-uns font
to LE MERCURE
amarantes. Legoût n'en eft pas défagreable,"
& la chair fond dans la bouche comme de
la neige. Ces fruits font fort rafraichiflans :
Vous jugerez du plaifir par le contrafte des
chaleurs du Pays , qui ne me font pas infuportables
. On fue , il eft vrai , mais on
n'eft point accablé comme nous l'avons été
eet Eté à Paris. Je fuis , &c .
EXTRAIT D'UNE LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure , par Dom
HuGONET , Religieux de Cluny .
A
Yant lû les Principes de Métaphifique
qui font au commencement de vô
tre Mercure de Novembre , avec d'autant
plus d'empreflement , que je n'ai lu rien encore
qui m'ait fatisfait fur cette matiere ;
je me veux mal à moi - même de ce que je
ne peux gagner fur la bizarrerie de mon
efprit , de penfer & de parler comme les
autres , fur ces matieres .
•
J'avois effayé il y a quelque tems , fi par
Pufage de la Méthode Synthetique que l'on
neglige peut-être trop , je ne pourrois rien
découvrir qui pût me mettre l'efprit en repos
: Et , comme nos imaginations nous
plaifent toûjours davantage que les réflexions
les plus fenfées d'autrui ; j'ofai me
DE JANVIER.
Hatter d'avoir affez heureufement ren
contré . Quelques Perfonnes d'efprit curent
la malice de fortifier mon erreur , pour
m'engager à débrouiller mon Syfthême ;
lorfque des occupations indifpenfables dans
l'état où je fuis , m'ont fait changer de travail.
La lecture des Principes de M. de Leibnitz,
ayant reveillé mes doutes, j'ai crû, M.
que fi je m'hazardois de propofer le fonds
de mon Syfthême , & de vous prier de l'inferer
dans le Mercure ; il pourroit fe trouver
quelqu'un que la nouveauté de ces Paradoxes
Métaphifiques , porteroit à les examiner
& à les mettre peut- être dans un plus
grand jour.
Vous fçavez , M. que les Arts doivent
prefque tout ce qu'ils ont de plus beau , à
des découvertes de hazard . L'exemple même
de M. de Leibnitz femble autorifer à
rifquer quelque chofe dans les Sciences.
Peut- être auffi que les Dames Malbranchiftes
, après s'être occupées quelque tems
dés Monades de M. Leibnitz , ne feront pas
fâchées d'avoir de quoi varier leurs converfations.
Voici quel étoit mon Plan. Je reduifois
toute la Philofophie à la feule Métaphyfique
; la Phifique experimentale regardant
principalement les beaux Arts . Je renfermois
toute ma matiere dans trois petits
Traitez. Dans le premier , je parlois des
Ta LE MERCURE
Proprietez de l'efprit independamment du
corps ; dans le fecond , des Proprietez de
l'efprit uni au corps ; & dans le troifiéme
des Proprietez du corps independamment
de l'efprit.
Dans le premier Traité, aprés avoir démontré
l'existence de Dieu , & parlé de fes
attributs
par rapport aux Créatures; je prouvois
l'exiftence actuelle de deux fubftances
crées , & d'un ordre different . Le Createur
connoît feul la matiere dont il a pétri , s'il
eft permis de s'exprimer ainfi, ces fubftances
; nous ne les connoiffons que par leurs
proprietez.
Je définiffois la fubftance fpirituelle , une
fubftance vivante ; êtant perfuadé que la
proprieté la plus fimple , la plus immuable,
& celle qui eft le fondement de toutes les
Proprietez qui conviennent aux Efprits ,
c'eft ce principe de vie attaché effentielle
ment à leur nature par lequel ils connoiffent
toutes les modifications qui arrivent à
leur fubftance.
จ
La fubftance fpirituelle peut ne pas penfer
actuellement, ou ne pas vouloir actuellement
, ou n'être actuellement affectée d'aucunes
paffionss mais ; elle ne peut ceffer de vivre,
fans ceffer d'exifter. Ses pensées, fes volitions,
Les fentimens, ne font que des actes de cette
vie Enfin rien , à mon avis , ne caracterife
mieux les efprits ; rien ne les diftingue
plus fpecifiquement des corps , que leur
DE JANVIER. 13
vie , & cette proprieté qu'ils ont d'être neceffairement
& infailliblement avertis de
toutes les modifications qui leur arrivent .
Je réduifois toutes les modifications de
la fubftance vivante , à la penfée , à la volition
& aux paffions.
La pensée eft une modification de la
fubftance vivante , occupée de la connoiffance
d'un objet.
Je regarde comme une imagination fans
fondement, ce qu'on nomme la premiere
operation de l'efprit , diftinguée du jugement
& du raifonnement . Il paroît au moins
certain qu'elle eft inutile aux fimples intelligences.
Il me femble que tout ce qui regarde la
penfée , & la connoiffance de l'ordre qui
fait tout l'objet des pensées de la fubftance
vivante , doit fe rapporter au feul jugement
, & qu'il n'y a en tout cela , que la
difference du jugement plus fimple ou plus
compofé.
Je croi les intelligences purement paf
fives par rapport à leurs penfées : totum ex
ille , totum in illis.
Ainfi , elles n'ont point cette faculté
qu'on nomme la Memoire , au moins dans
le fens vulgaire ; foit parce que les connoiffances
endormies leur feroient fort inutiles,
ne pouvant d'elles-mêmes les rappeller felon
leur volonté & leur choix foit , parce que
Cette fuppofition paroît même impoffible.
:
24
MERCURE LE
Car, toutes les connoiffances font des modifications
réelles ; & la fubftance vivante
connoît neceffairement & actuellement toutes
les modifications réelles.
Je propoferois volontiers aux Sçavans ce
problême , fi la fubftance vivante peut être
actuellement , & en même- tems modifiée
par la connoiffance diftincte de plufieurs
veritez independantes les unes des autres.
La volonté fignifie proprement l'inclination
naturelle & invincible , qui porte la
fubftance vivante à s'attacher à tout ce
qu'elle connoît pouvoir contribuer à la felicité
, ou à la perfection de fon être .
La liberté n'eft autre chofe que le pouvoir
de déterminer cette inclination generale
à un bien particulier..
La Spontaneité paroît n'être qu'une certaine
fatisfaction de la fubftance vivante ,
qui jouit du bien qu'elle a choifi ; acquiefcentia
in bono concupito & poffeffo . En ce
fens , elle feroit fort differente de la liberté,
& appartiendroit à ce que j'appelle les
paffions.
Les paffions dans les pures intelligences ,
font des modifications de la fubitance vi-
Wante , qui forment fa felicité ou fon tourment.
J'ai effayé d'expliquer fur ces Principes ,
l'état des Anges dans le moment de leur
creation , & leur état prefent ; & quelquesuns
de mes amis ont parû contens de cet
effai
4
DE JANVIER.
Voici une partie de mes Principes dans le
Tecond Traité.
Les Loix & l'effet de l'union de la fubftan
ce vivante à un automate , font encore telles
aujourd'hui , qu'elles furent dans la creation
du premier homme .
L'efprit n'a été uni au corps , qu'afin
que ce corps lui fervit d'organe pour connoître
les merveilleux effets de la Toutepuiffance
du Createur , dans la production
d'une fubftance d'un ordre entierement different
de celui des intelligences.
Cela fe faifoit par le moyen des fenfations
J'appelle fenfations , ces caracteres
uniformes & fenfibles , par lefquels la fageffe
du Createur a diftingué les modifications
de la fubftance folide.
Ces fenfations étoient produites occafionnellement
dans l'efprit , par autant de
mouvemens uniformes , fur lefquels le Touspuiffant
avoit établi le commerce de la nature
, pour l'entretien de l'automate de
l'homme .
Une des principales differences des deux
états, c'eft que l'homme innocent, heureufement
occupé à connoître & à admirer
les tréfors de la Sageffe de Dieu , & ces
refforts merveilleux par lefquels il faifoit
ſubſiſter la nature , fe repofoit fur les fages
Loix de l'Univers , du foin de la confervation
de l'automate auquel fon efprit étoit
suni.
416 LE MERCURE
#
-
Comme ces Loix étoient toutes puiffantes
le commerce auroit été éternel , & l'automate
immortel .
L'efprit de l'homme innocent étoit averti
de tout ce qui fe paffoit dans fon corps ;
mais il n'en étoit ni fatigué , ni même diftrait
, & il n'y prenoit qu'autant de part
qu'il vouloit ; fûr que l'innocente nature
fuffifoit feule pour remplir tous les befoins
de fon corps.
Le peché ayant obligé Dieu à changer
quelque chofe dans l'ordre établi dans la
nature , en faveur de l'homme innocent ;
la terre devenue fterile , les faifons n'êtant
plus fi favorables , & la nature entiere ne
-fe prêtant plus avec la même facilité aux
befoins de l'automate ; l'efprit de l'homme
qui fe trouvoit privé de cette abondance
de lumieres qui occupoient auparavant
toute fon attention , fut contraint de ia
donner aux cris importuns de fon corps.
A prefent , livré tout entier à ces mêmes
fentations qui élevoient autrefois la perfection
de fon efprit au - deflus des pures intelligences
; loin d'en être éclairé , leur confufe
multitude l'obfcurcit & l'accable . Enfeveli
dans les fenfations des corps , il femble
être devenu tout corps ; il ne connoît
prefque plus l'Auteur de fon être ; il ne fe
connoît plus lui même,
Quelle difference trouve-t'on entre un
Manant & un pur Automate ? Le premier ,
dit- on , agit pour une fin . Bagatelle. Il fait
A
DE JANVIER:
qu'il a vû faire aux autres ; c'eft la feule
nature qui agit dans lui , comme dans les
Singes , dans les Caftors , &c. Je ne voudrois
point fouffrir le martyre , pour m'o
piniâtrer à foûtenir qu'il y a une fubftance
individuelle, intelligente , unie à la plûpart
des Automates que je vois ſemblables au
mien,
Ils ne vivroient pas fans celà , dira
quelqu'un. Pourquoi non ? Un cheval vit
bien . Eft- ce l'efprit qui fait vivre un corps,
auquel il n'eft uui que lorfque les organes
de ce corps font proportionnez aux Loix
établies pour pouvoir entrer dans le commerce
de la nature , & qu'il eft neceffité:
de quitter, dés que ces mêmes organes ne
font plus en état convenable pour continuer
ce commerce ?-
Les feules Loix des fenfations fuffiroient
encore à prefent pour faire fubfifter cet Automate.
Plus , ce qu'on appelle raifon , s'en
mêle , plus elle le derange. Qu'on ne cherche
pas d'autres caufes de ce que les hom
mes vivoient autrefois fi long- tems , & vivent
à prefent fi peu. La fage uniformité ,
& la fimplicité de la nature dans les autres
automates , fait honte à l'homme.
Dieu , pour humilier davantage l'homme
pecheur , a ceffé de l'inftruire immediatement
, & a voulu que toutes les connoif
fances , & ce qui en dépend , c'eſt - à- dire
les volitions , les paffions , dûffent occa
B
3
8 LE MERCURE
honnellement leur production à quelques
fenfations .
Je n'excepte ni la connoiffance refléchie
de Dieu , ni aucune autre ; & je fuis perfuadé
qu'un homme abandonné & nourri
dans les bois , vivroit & mourroit comme.
les autres Automates, fans avoir été jamais.
occupé que de la confervation de fon individu
.
Ainfi , je ne fçai ce que c'eft que les Idées
Innées des Cartefiens , & je reduirois leurs
trois efpeces d'Idées , à celles qu'ils nom
ment adventitia , qui ne font autre chofe
que des fenfations.
Aux fenfations prés , je n'admets point
dans l'efprit de l'homme d'idées fimples ,
ni de premiere operation .
Je réduis toutes les efpeces de Penfées aus
jugement , comme je l'ai dis pour les pures
Intelligences , & à ce que les Cartefiens ap
pellent Idea factitia .
Je ne connois point de Regle critique infaillible
, & d'un ufage univerfel , fur la ve
rité ou l'exactitude de nos connoiffances
que la foi : Elle détermine toutes celles qui
nous font neceffaires ; Dieu a livré les autres
aux difputes des hommes.
Je croi toutes les veritez , autant éternelles
les unes que les autres. On badine dans
les Ecoles des Cartefiens , avec leurs Propofitions
æternæ veritatis ; comme fi elles
étoient d'un ordre different des autres
พ
DE JANVIER.
Il me femble qu'une certaine fimplicité
digne de la fageffe de Dieu , un certain enchaînement
qui fait que les veritez décou
vertes fe foûtiennent & s'éclairciffent les
unes les autres , & un certain repos de l'ef
prit , acquiefcentia , pareille à la tranquillité
que produit la foi, par rapport aux veritez
dont la connoiffance nous eft neceffaire ; il
me femble que ce font là les marques les
plus fûres qu'un honnête homme puiffe avoir
, qu'il a réuffi dans la découverte de
quelques veritez .
Quelques réflexions fur la nature du jugement
des objets & de la verité , pour-
Foient fournir quelques regles plus fimples
& peut-être plus utiles pour rectifier nos jugemens
, que celle d'une ennuyeufe Logi
que & d'une inutile Méthode.
Je croi que la Memoire de l'homme ne
differe de celle des purs Automates, que du
plus au moins .
Si l'Esprit de l'homme a été abruti par les
fenfations , l'exercice de fa liberté n'a pas
été moins avili. Depuis qu'il s'en fut fervi
pour ofer attendre l'independance & la fouveraine
perfection de fon être , d'une portion
de la fubftance des corps , d'une pomme;;
indignement , mais juftement affervie à cess
mêmes corps, elle n'a point d'objet plus no--
ble.L'efprit de l'homme s'amufe à fouhaiters
que telle ou telle portion de la matiere foits
agitée , &c. felon qu'il croit que cela peus-
Bij
20
LE MERCURE
contribuer quelque chofe à la perfectioni
ou à la commodité de fon individu . Et
Dieu qui a permis que l'homme ingrat bornât
là fon bonheur , rend pour un tems la
nature obéiffante à fes voeux , pourvû toutefois
qu'ils ne foient pas contraires aux loix
mêmes de la nature.
L'exercice de ce refte de liberté de l'hom
me, va à des differences & à un détail infinia
Il faut prendre garde feulement de ne pas
lui attribuer les mouvemens que l'Automate
feul peut faire felon l'inftitution de la
nature.
On a coutume de confondre trés - mal-à
propos les fenfations de l'homme avec fes
fentimens , qui ne font autres que fes palfions
. Nous les avons définis plus haut
Enfin , l'Automate êtant dérangé , & ne
pouvant plus fervir aux fins de l'union de
l'efprit & du corps ; cette union fe diffout .
Voici quelques- uns de mes Paradoxes fur
l'état de l'efprit dans fa viduité ; fondez fur
ces deux Principes raportez plus haut .
La vie de l'efprit confifte dans fes modifications
actuelles.
Dieu a voulu que l'efprit de l'homme pe
cheur n'eût aucune modification actuelle ,
qu'elle nefût occafionnée par quelques impref
Lions du corps auquel il eft uni.
Ainfi, cette union êtant diffoute , l'efprit
ne doit plus avoir de nouvelles modifica:
tions,
DE JANVIER
20
- Mais , comme l'efprit fubfifte aprés cette
defunion, il faut dire qu'il demeure toûjours
affecté des mêmes modifications qui l'occupoient
au moment de cette féparation .
Je croi que ce fera cette immutabilité môme
de modification , qui formera le bonheur
ou le malheur éternel de l'Ame ; &
que c'eft en ce fens qu'il eft écrit , que l'Ar
bre demeurera où il fera tombé.
Qu'on faffe réflexion que dans cet état
de féparation , l'attention de l'efprit n'êtant
plus diftraite par la confufion des impreffions
continuelles des fens ; toute fa vivacité
qui eft prefque infinie . fe trouvera réunie
& appliquée à un feul objet.
S'il fe trouve que Dieu , dans le moment.
fatal de cette feparation , foit l'objet principal
de l'attention & des voeux de l'efprits.
il perfectionnera & augmentera à l'infini
l'activité de fes modifications ; voilà ce qui
fera fon bonheur éternel .
S'il fe trouve que cet objet foit un être
borné, l'efprit occupé éternellement d'un
Lujet fi difproportionné à la nobleffe & à la
fin de fon être , fouffrira un vuide & une
difette éternelles voilà le fujet de fon malheur.
Je ne doute pas que la juftice de Dieu
n'augmente accidentellement la mifere de
cet efprit infortuné , par la connoiffance
qu'il lui donnera du bouheur des Efprits
bienheureux , qui font de même nature &
LE MERCURE
qui ont été dans les mêmes circonstances
que lui ; & que cette réflexion formée , net
produife les fentimens d'un defofpoir, d'une
joloufic , d'un repentir infini.
Dans le troifiéme Traité, où je devois parler
des Proprietez du corps indépendamment
de l'efprit, je définiffois le corps une fubftance
folide parce que tout le monde convient
que ce qui eft folide , eft étendu ; & que
tous ne conviennent pas que tout ce qui
eft étendu , foit neceflairement folide .
Le Corps eft une ſubſtance ſolide , & par
confequent étendue.
Toute la fubftance étendue, eft homogene,
& par confequent auffi fimple en fon genre
que la fubftance vivante ; puifque la compofition
des fubitances ne peut venir que
du mêlange de deux fubftances heterogenes ,
& non pas de la multiplicité , telle quelle
foit des modifications d'une même fubftance.
Autrement , la fubftance vivante ne feroit
pas moins compofée que l'étendue.
La fubftance étendue eft unique ; il auroit
été inutile de divifer en plufieurs individus
d'une même nature , une fubftance
qui ne vit point , & qui ne peut pas être
heureuſe.
La fubftance folide eft indivifible ; par
où j'exclus feulement la divifion qui emporte
la diffolution du continu , & non
pas celle qui naît de la multiplication des
modifications.
DE - JANVIER. 21
Lorfqu'on paroît divifer une portion de
la fubftance folide , une piece de bois , par
exemple , ou depierre ; ce n'eft point la fubeftance
qu'on divife , on multiplie feulement
numeriquement telle ou telle de fes modi
fications .
Je mets dans le même rang de modifi
cations de la fubftance folide , les Automates
les plantes , les corps durs , fluides , pefants,
legers , froids , chauds , triangulaires , &c.
Les feules loix du repos & du mouvement,
établies & dirigées par l'Auteur de la
Nature , fuffisent pour produire toutes ces
modifications.
J'appelle Repos , la confervation des por
tions de la fubftance folide , dans une pro
ximité réciproque .
J'appelle Mouvement , la confervation de
quelques portions de la fubftance folide ,
dans un changement fucceffifde proximité
avec d'autres portions de la même ſubftance
.
Le Repos eft l'état naturel & neceffaire
de la fubftance folide. Je le démontre , fuivant
mes principes : La continuité eſt effentielle
à la fubftance folide ; or , la conti
nuité ne fubfifte que par la proximité actuelle
& reciproque de toutes les portions
du continus ce qui eft ma définition du
repos .
Ainfi , l'on peut dire que toute la maſſe
de la fubitance folide , dans tel moment
LE MERCURE
réel de fon existence qu'on la confidere , eft
dans un repos univerfel ; puifque dans ce?
même moment , toutes les portions ſe trouvent
dans une proximité reciproque , &.
dans une actuelle & indivife continuité .
Ces Propofitions font paradoxes , mais
fi l'on y regarde de prés , elles ne font pas
contradictoires . Il faut achever.
Le Mouvement n'emportant pas neceffairement
la diffolution du continû , n'eft
point incompatible avec l'indivifibilité que
attribue à la ſubſtance ſolide.
Le Mouvement n'eft pas même incom
patible avec le repos univerfel de la fubftance-
folide.
Le Mouvement n'eft à proprement parler
, que la mefure de la durée du repos des
portions de la Subſtance folide ; comme le
tems n'eft que la mefure de la durée de l'existence
de ces mêmes portions.
La Mefure de la durée du Repos , reçoit
autant de differences & de fubdiviſions,
que la mefure de la durée de leur exiftence ..
On peut diftinguer dans l'une & dans l'au
tre des minutes , fecondes , & c. juſques
bien au delà de l'imagination.
Certaines portions de la ſubſtance ſolide ,
font fenfées être dans un repos particulier,
quand elles confervent avec d'autres une
proximité réciproque pendant un espace de
tems fenfible.
Elles font fenfées être en mouvement ;
lorfque
DE JANVIER. 24
lorfque la durée de leur proximité mutuelle
n'eft plus fenfible , & cette difference va
delà à l'infini.
Ainsi , à proprement parler , le mouvement
& le repos ne different que du plus
au moins , & ne font qu'une proximité mutuelle
de quelques portions de la matiere
confervée plus ou moins longtems.
Par les feules loix du repos & du mouvement
des differentes portions de la fub
ftance folide , Dieu a fçû former toutes les
modifications de cette même fubftance , &
on peut rendre raifon des plus communes .
J'en ai fait quelques effais dont on a paru
content.
Voilà , M. une partie de mes principes .
Peut- être que fi quelques-uns de ces Mrs.
qui ont fi fort à coeur la perfection des
Sciences & des beaux Arts vouloit fe
donner la peine de les examiner' ; cela pourroit
fervir à corriger une partie des inepties
de la Philofophie vulgaire .
Il me femble que je ferois peu embara flé,
quand je me trouverois engagé à expliquer
à la lettre , fuivant mes principes , tous les
paffages de l'Ecriture Sainte , qui ont rapport
à l'ordre naturel ; & qu'il feroit même
facile d'expliquer les principaux points
de l'ordre moral ; les deux états de
l'homme , le peché originel , &c. J'en ai
fait l'épreuve avec une facilité qui m'a furs
pris.
Janvier 1719
26 LE MERCURE
Je protefte que ce qu'il peut y avoir de
particulier dans mon fyftême, ne vient d'aucune
affectation de nouveauté , ni d'efprit
fort. Perfonne ne fent mieux que moi le
ridicule de ces efprits prétendus forts ; &
perfonne n'eft foumis plus que moi avec une
Gimplicité & un attachement inviolable ,
la foi & à la tradition de mes Peres.
Je vous abandonne , M. cet écrit : Il y
a toute apparence que je ne donnerai plus
aucune attention à ces fortes de matieres ,
à moins que l'ufage que vous jugerez à propos
d'en faire , ne donne lieu à quelqu'un
de vouloir les éclaircir : Auquel cas je
pourrois me refoudre volontiers à y contribuer
de mon poffible .
M
Hiftoire de Mademoiselle Cathos.
Adame Goffetefte Blanchiffeufe de
menu linge , demeuroit auprés des
où elle occupoit trois chambres ; une
grande qui fervoit à étendre & repaffer ;
une petite où elle couchoit avec la fille
Cathos , & qui leur fervoit de cuifine ; &
une moïenne qui communiquoit aux deux
& dans laquelle on avoit ménagé une foùpante
, pour y coucher une efpece d'Ambulante
nommée Toinon, qui alloit chercher
reporter le linge. Une femme fort bien
5
DE JANVIER. 27
mile vint chez Madame Grofferefte , fous
pretexte de lui apporter quelques garnitures:
Elle avoit amené avec elle une petite
fille âgée de 4 ans & affez proprement
vêtue. Aprés être convenue du prix & de
la façon , cette Dame feignit d'avoir une
vifite à faire à quatre pas delà , & pria en
même tems la Blanchiffeufe de vouloir bien
fe charger de cet enfant en attendant qu'elle
le vînt reprendre . On y confentit fans peine
mais , la nuit êtant venue fans que la
Dame reparût , Madame Groftetefte fe
trouva fort embaraffée ; elle ne douta point
pour lors que ce ne fût quelque enfant
abandonné : Elle &t beau interroger cette
petite créature , elle n'en put tirer aucun
éclairciffement : Elle l'a fit fouper & coucher
avec elle , toute occupée de cette avanture
, & plus encore de ce qu'elle en feroit.
Le lendemain , elle fit venir un Commiffaire
: Il dreffa un Procés verbal de tout
ce qu'elle lui déclara , fit une exacte defcription
du viſage , de la taille , des habits ,
& des linges de l'enfant , & lui confeilla
de la garder quelque tems chez elle. La
Blanchiffeufe étoit une veuve fans enfans
& fort à fon aife : Elle vit dans les traits
de cette petite fille une phifionomie qui
lui plut. Comme elle étoit naturellement
charitable , elle réfolut de l'élever , & elle
prit en peu de tems pour la pupille , une
affection fi tendre , qu'elle fouhaita qu'on
Cij
28 LE MERCURE
ne vînt jamais la lui redemander ; elle lui
donna le nom de Cathos qu'avoit porté une
fille qu'elle avoit eue de fon deffunt mari
& qui depuis peu étoit morte en nourice ;
de forte que comme les deux âges fe rapportoient
, il ne lui fut pas difficile de faire
croire à tout le monde que c'étoit sa propre
fille qu'on lui avoit ramenée. Ainfi , on
ne l'appella dans tout le quartier que Cathos
la Blanchißeufe . Cette nouvelle mere
lui ayant donné par une prudente précaution
, des habits conformes à cette qualité ,
elle enferma dans une caffette toutes les
hardes que la petite fille portoit , & prit
garde que tout fon linge étoit marqué de
deux petites croix.
Cathos devint grande , & à meſure
qu'elle croiffoit , fa taille & fes traits fe
perfectionnoient à vue d'oeil , de forte qu'à
16. ans , il n'y avoit rien de plus piquant.
Madame Groffetefte , nonobftant fa qualité
de Blanchiffenfe , fujette à caution ,
avoit l'oeil ouvert fur la conduite de Cathos
; elle l'élevoit , non feulement dans
'des fentimens d'honneur & au- deffus de fa
condition ; mais , elle fe retranchoit bien
des commoditez , pour lui donner des Maîtres
de Dances , de Mufique & de Clavefin
: Elle ne fouffroit pas même que cette
aimable fille s'amusat à blanchir fon linge ;
elle lui permettoit feulement l'amuſement
de broder & de travailler en Tapiflerie :
DE JANVIER. 29
Elle ne fortoit que rarement , & toûjours
avec elle , ou avec fes intimes amies à qui
elle la confioit ; n'ayant d'autre but en
l'élevant avec foin , que de la marier à
quelqué bon Bourgeois qui la mît à fon aife.
Dans cette vûe , elle n'empêchoit pas qu'on
ne lui rendît viste .
Le premier qui fe déclara ouvertement fon
Amant pour le Mariage , fut M. Anodin
Apotiquaire , homme veuf, âgé de so. ans ,
& trés - riche ; mais qui de fa premiere femme
avoits . enfans. Madame Groffetefte ayant
été furpriſe d'une colique fort violente
elle fe perfuada qu'un remede la foulageroit .
Comme Toinon étoit allée porter le linge ,
Mlle. Cathos courut chez Monfieur Anodin
qui étoit le plus proche Apotiquaire ,
pour le prier d'en préparer un promptement.
L'apparition de ce petit Ange l'émeut plus
que n'auroient pu faire toutes les drogues
de la Boutique ; & la regardant d'un oëil
qui prenoit feu , il lui promit une prompte
expedition , & qu'on feroit auffi - tôt qu'elle
, chez Madame Groffetefte. Cathos s'en
retourna, & M. Anodin qui vouloit la revoir
, au lieu d'envoyer un de fes Pilonniers,
alla lui- même porter fon ouvrage
, fous pretexte
de voir la malade & de lui tâter le
poul ; fe piquant d'en fçavoir autant qu'un
ignorant Medecin . Il prolongca tant qu'il
put fa vifite , en raifonnant avec la mere ,
tandis qu'il attachoit fon efprit & fes re-
C. iij.
30
LE MERCURE
gards fur la belle Cathos , qui d'une grace
merveilleufe fe préparoit à l'execution . Enfin
, lorfque tout fut prêt , il fe retira plein
d'amour , en diſant qu'il reviendroit le foir,
pour apprendre par lui même l'effet d'un
remede qu'il avoit compofé en ami : Il n'y
manqua pas; & comme la mere fort foulagée
repofoit, il prit occafion d'entretenirCathos
qui le receut dans la falle . S'étant affis auprés
d'elle pour s'informer d'une fanté qui l'inquietoit
moins que fon amour, il crut cette
occafion favorable , pour lui faire les premieres
ouvertures de fa paffion. Aprés un
préambule , dans lequel il gliffa fa qualité
de veuf & d'horame fort à fon aife , il la
regarda d'un oëil attendri , & lui dit : Il ne
feroit pas jufte , Mlle . que le miel que j'ai employé
pour adoucir les douleurs de Madame
vôtre mere , fe tournât en abfinthe pour
moi , & que tandis que je travaille à foulager
fon mal, je me viffe fuffoqué par
celui que
vos beaux yeux m'ont fait ; Oui , ces beauxe,
yeux ont fi vivement infinué l'amour dans
mon coeur, que j'en étoufferois , fi la décla
ration que jeprens la hardieffe de vous faire,
ne fervoit d'évantoufe à cet amour ! Il ne
tiendra qu'à vous deme rendre le plus heureux.
Apotiquaire de Paris , en vous uniſſant avec
moi par les liens du Mariage.
Il finit la déclaration Eretheraptique , en
ôtant fon chapeau qu'il avoit remis crainte
du rhume , & fit une fi profonde inclination
, que fa tête porta fur ces deux genoux.
DE JANVIER
3T
L'ayant relevée , il remit fon chapeau , &
attendit tranquillement la réponſe . Mademoifelle
Cathos en foûrit , & voulant s'en
donner la Comedie plus d'une fois , elle
lui repartit : Je me reconnois fi fort au def
fous du merite de M. Anodin , qu'il me pera
mettra de prendre ce qu'il vient de me dire ,
pour une raillerie , outre que fur pareille matiere
, il fçait bien que ce feroit à ma mere
& non pas à moi qu'il faudroit s'adreffer.
M. Anodin prit cette réponſe pour un
aveu de fa flâme ; & aprés lui avoir juré
qu'il parloit fincerement , il prit congé
d'elle , affez fatisfait du progrés qu'il avoit
fait , bien refolu d'en parler ferieufement à
Madame Groffetefte , ne doutant point
qu'elle ne reçût avee plaifir un offre fi avantageufe
. Mais , Cathos étoit bien éloignée
d'accepter un Amant de cette trempe ,
puifque fon petit coeur avoit receu depuis
peu de jours une impreffion qui la rendoit
incapable d'en recevoir une pareille .
Le jeune de l'Ormois fils unique & richet
de plus de cent mille écus , étoit à Paris
pour y pourſuivre la provifion de la Charge
de fon pere mort depuis fix mois, & pour
y conclure en même tems un mariage auquel
toute la Famille le deftinoit , principalement
un Oncle qui étoit dans un puiſſant
credit. Ce jeune Cavalier étoit un verita
blement honnête homme , d'un efprit doux
facile , peu brillant , mais fort folide ,
Ciiij
32 LE MERCURE
gros , brunet , affez bien fait de fa perfor
ne , & auffi propre fur lui-même que dans
fon Equipage de deüil . Son Caroffe fut maladroitement
acroché par un autre vis - à - vis
la rue S. Roch : Une des glaces ayant été
fracaffée , un de fes Laquais dit quelques
paroles , dont deux jeunes étourdis qui
étoient dans le Fiacre , fe piquerent mal à
propos ; & êtant defcendus ils mirent l'épée
à la main, & chargerent fes Laquais . De
l'Ormois choqué d'un procedé fi injufte &
violent , foûtint fes gens , bleffe un de
ces Petits Maistres , & reçoit en même
tems de l'autre une bleffure au côté. Les
deux affaillans fe retirerent bien vîte , pour
n'être pas accablez de la Populace qui prenoit
le parti le plus jufte , & l'on mena de
l'Ormois chez un Chirurgien voifin , qui
le fit monter dans fa chambre pour viſites
fa bleffure.
Cathos s'y trouva : Elle venoit à deffein de
voir la fille & la femme du Chirurgien , insimes
amies de fa mere : Elle rendit au bleffé
avec adreffe & promptitude tout ce qu'elle
pat de bons offices , tint la lumiere pendant
qu'on fondoit fa playe , & témoigna com
pâtir extremement à fon accident.
La bleffure fe trouva legere , le coup
n'ayant fait que gliffer , & le Chirurgien
promit que dans peu de jours il en feroit
quitte ; mais , il lui dit qu'il étoit à propos
de lui tirer du fang , & lui confcilla
DE JANVIER . 37
He refter en repos dans un bon lit qu'il lui
montra tout prêt , & que dans deux heures
il lui ouvriroit la veine. De l'Ormois y
confentit , renvoya fon équipage , & retint
un Laquais ; mais il y demeura moins pour
fa bleffure , que dans le defir d'y voir l'aimable
fille qu'il avoit confiderée avec attention
, tandis qu'on le penfoit , & pour
laquelle il avoit pris un feu auffi violens
qu'il fut foudain. Aprés deux heures de repos
, on le feigna ; il ût le plaifir de voir
Mademoiselle Cathos qui étoit revenue pour
s'informer de fa fanté , & qui voulut bien
encore tenir la bougie . Une heure aprés ,elle
revint lui apporter un bouillon .
Dés qu'il la vit r'entrer , il donna adroite,
ment une commiffion à fon Laquais , afin
de demeurer feul avec elle : Il prit le boüillon
; & la priant de refter auprés de lui
jufqu'à ce que fon Laquais fût de retour ,
il l'engagea de s'affeoir dans fon faute ül ,
fous pretexte de s'informer de quelque chofe
qu'il vouloit fçavoir. Aprés quelques
difcours indifferens , il tira du lit le bras
dont il n'étoit pas feigné ; & lui prenant
la main , & la regardant d'un oeil plein de
feu. Vous m'avez fait , lui dit-il , une bleffure
bien plus profonde que celle que fai regue.
Helas , je guerirai bientôt de ce coup
d'épée ; maisje ne guerirai jamais du coup! ...
Če difcours imprevû furprit Cathos , & lui
fit monter une rougeur au vifage qui la ren
34 LE MERCURE
dit encore mille fois plus belle Elle demeu
ra prefque interdite ; & malgré tout fon
efprit , elle étoit comme dans un filence ftupide
, lorfque de l'Ormois lui ferrant la
main, & la regardant encore plus vivement:
Je vous prie de croire , ajouta - t'il , que je
vous parle du fonds de mon coeur : Je me pi
que d'être honnête komme ; je vous ai vûë
compâtir à une bleffure qui me touche bien
moins que celle pour laquelle je vous demande
La même compaffion : Souffrez que je vous aime
, & ne répondez à mon amour que quand
vous en aurez éprouvé la conftance & la fincerité
. Tandis qu'il parloit de la forte , Cathos
fentoit dans fon coeur des mouvemens
qui jufques- là lui avoient été inconnus :
elle trouva du plaifir à fe croire aimée d'une
perfonne pour qui elle concevoit une eftime
veritable.
Ce que je fuis ce que vous êtes , Ini
répondit elle , ne me permet en aucune façon
que je vous écoute ni que je vous croye : Si
vous vous piqués d'être honnête homme, je me
pique d'être vertuense : On n'écoute point à
mon age avec infenfibilité toutes ces expreffions
de tendreffe . Je l'avone ingenûment 3
mais , une fille bien née doit fe connoître
pour lors , & unir à propos la vertu ♣ la
raifon contre des impreffions qui pourroient
donner atteinte à l'une ou à l'autre. Souve
nez- vous ſeulement , Monfieur , que vous
êtes homme de condition , & par conſequent
DE JANVIER .
33
que je ne vous conviens pas.... De l'Ormois
, qui n'avoit pris d'abord pour Ca
thos , que cette forte d'inclination qu'on
prend pour une fille d'un caractere commun
& dont l'abord plaît , fut charmé de trouver
tant de fageffe & tant de prefence d'efprit
dans fa réponſe : II refolut dans le
moment de s'en faire une affaire ferieuſe
de l'aimer & d'en être aimé : 11 lui dit
tout ce que l'on peut de plus flateur & de
plus infinuant , elle y répondit avec une
admirable modeftic. Avant qu'elle fortît ,
il exigea d'elle un fecret inviolable fur la
déclaration qu'il venoit de lui faire ; aprés
quoi , de l'Ormois refta encore trois jours
chez le Chirurgien ; & fa playe fe trouvant
trés-belle fa guerifon avancée , il le fit
porter chez lui ; mais ce fut aprés avoir pris
avec Cathos de juftes mefures pour lui don
ner de fes nouvelles & pour en avoir des
fiennes. Les mêmes mefures qu'il prenoit
avec tant de précaution , étoient neceflaires
pour tenir cette inclination fecrette à
une Famille qui vouloit le marier avec une
parente du Miniftre des Finances , qu'il
n'avoit pas encore vûë , & qu'on ne devoit
lui faire voir qu'au moment qu'on pafferoit
le Contrat de Mariage. Celui qui négocioit
cette alliance , étoit cet Oncle dont on a
parlé , & qu'il n'ofoit chagriner. Ainsi , le
pauvre de l'Ormois s'imaginant qu'on lui
cachoit un monftre qu'on ne vouloit lui
38 LE MERCURE
faire voir qu'avec les chaînes du mariagë
& plein de fa nouvelle paffion , il cherchoit
adroitement les moyens de rompre ce projet
fans rompre avec cet homme qu'il étoit
obligé de menager. Il offrit quantité de
prefens à Cathos , & même des pierreries
trés confiderables ; mais elle les refufa.
Dequoi , lui- dit-elle , me ferviroient ces marques
muettes de vôtre bonté , fi je n'ofe les
montrer ; elles me dépareroient plûtôt qu'elles
ne me pareroient ? Ainfi , permettez - moi ,
Monfieur , de ne les accepter que lorsqu'elles
pourront me faire honneur. Un procedé auffi
genereux que fenfé , acheva de le déterminer
a en faire fa femme.
Il n'y avoit que deux jours que de l'Ormois
étoit de retour chez lui , lorſque M.
Anedin avoit jetté les yeux fur Mademoifelle
Cathos. Comme il s'étoit flatté que
cette aimable perfonne approuveroit
fa
démarche , il en fit en forme la demande à
Madame Groffetefte
, pour être la grandmere
de cinq enfans dont deux étoient plus
âgez que fa future prétendue . Il offrit de
faire à Mademoiſelle
fa fille tous les avantages
qu'elle pourroit raifonnablement
defirer.
Il eft conftant que M. Anodin étoit trésriche
; & Madanie Groftetefte fe perfuadant
que c'étoit un parti trés avantageux
pour fa fille , elle agréa la recherche dau
tant plus volontiers , qu'il l'affira que
DE JANVIER. $7
Mademoiſelle Catho y confentoit avec
plaifir . Dés le foir , elle lui en fit la propofition
, & l'affaifonna de tout ce qu'elle
crut capable de la rendre plaufible . Cathos
avoit un refpe &t d'autant plus fincere &
plus profond pour la Blanchiffeufe , que
jamais elle ne lui avoit découvert qu'elle
n'étoit point fa veritable mere ; & fi l'amour
de l'Ormois n'eût point prévenu fon
coeur , il eft certain qu'elle auroit û une
aveugle foumiffion pour les volontez , &
qu'elle auroit accepté cet époux , malgré
le peu de penchant qu'elle avoit
pour lui.
Mais fes engagemens étoient tels avec de
l'Ormois , qu'au lieu de confentir à la propofition
de fa mere , elle lui fit une peinture
fi ridicule de l'Apotiquaire , & lui montra
tant d'inconveniens à devenir, à l'âge de
17. ans , tout à la fois , & la femme d'un
Vieillard & la mere de cinq enfans plus
âgez qu'elle , que la bonne Dame Groffetefte
, quoique trés- prévenue de l'avantage
de ce mariage , ne voulut pas trop la preffer
; efperant que peu à peu elle vainqueroit
ces obftacles , & qu'elle lui feroit infenfiblement
goûter & approuver ce parti.
Pour cet effet , elle alla trouver le lendemain
matin M. Anodin , elle lui dit
qu'elle n'avoit point vûe Catho auffi difpofée
pour ce mariage qu'elle l'auroit pû
fouhaiter ; qu'il ne falloit point neanmoins
fe rebuters qu'elle ne vouloit pas par au
2.
38
LE
MERCURE
torité forcer le coeur de fa fille ; mais
qu'elle lui promettoit d'agir de concert
avec lui , & que de fa part , il ne devoit
rien omettre pour fe rendre agréable.
L'amour de M. Anodin s'affermit contre
cet obftacle inattendu ; il embraffa Madame
Groffetefte , l'affûra que tout ce qu'il
poffedoit , étoit à fon fervice ; qu'elle pouvoit
difpofer de lui & compter abfolument
fur fes Drogues , fes Sirops & fa Boutique
entiere : Il la prioit feulement d'agréer
pour le lendemain un petit regal qu'il
vouloit donner à Mademoiſelle Cathos ; que
ce feroit un fouper Bourgeois , aprés lequel
comme Mademoifelle fa fille paroiffoit aimer
la danfe , il y auroit quelques Violons;
mais que c'étoit à condition qu'il ne recevroit
point de Mafques . La mere accepta
cette offre . De retour à fa maiſon , elle
propofa
la partie à Cathos. Quand cette aimable
perfonne n'auroit pas û des vûës particulieres
d'y confentir , elle n'avoit garde
de s'oppofer aux volontez d'une fi bonne
mere fur une chofe qui n'étoit d'aucune
confequence : Ainfi , elle promit non feulement
d'y aller , mais même qu'elle s'efforceroit
de dédommager M. Anodin de la
dépense qu'il feroit , par la maniere gracieufe
dont elle répondroit à fes honnêtetez.
Cependant , depuis cinq ou fixjours que de
l'Ormois étoit retourné chez lui , comme
il ne lui avoit pas été poffible de voir ſa
DE JANVIER.
chere Cathos, il n'avoit pas manqué un feul
jour de lui écrire , & de recevoir les réponſes
par une adreffe fûre . Il lui avoit
mandé que fa bleẞure étoit gueries qu'il étoit
même førti pour rendre visite à fon Oncle
que cet oncle le vouloit abſolument mener chez
le Miniftre , pour le lui prefenter comme un
homme deftiné à entrer dans fon alliance ;
que comme on s'obfinoit à ne lui point faire
voir celle qu'on vouloit lui donner & qu'on
difoit être dans un Couvent , il n'avoit fçû
fi bien fe déguifer , qu'on ne se fut apperçin
aifément de la répugnance qu'il avoit pour
ce mariage ; qu'enfin il difpofoit toutes
chofes pour le rompres ne voulant & ne ponvant
vivre quepour celle qui s'étoit renduë la
maîtreße abfoluë de fon coeur , & qui ponvoit
feule faire fon bonheur ; qu'il la prioit
d'imaginer quelque moyen de la voir , ayant
mille chofes importantes à lui communiquer;
qu'elle n'épargnât pour cela ni argent ni in
trigues ; qu'il fourniroit à tout. Mais que
pour des raisons qui intereßoient fa fortune ,
ilfalloit garder un profond fecret jufqu'à ce
qu'il fe fut mis en état d'agir indépendam
ment.
Cathos ne manqua pas de répondre à cha
que article de la lettre de fon Amant ; elle
l'inftruifit de la propofition de fa mere ,
touchant le mariage de M. Anodin , &
en même tems de la partie faite pour la
fête du lendemain que commeil y auroit
40 LE MERCURE
une efpece de Bal chez l'Apotiquaire , on
pourroit le contraindre d'y recevoir des
Mafques , & que par ce moyen le hazard
pouvoit leur fournir l'occafion de s'entretenir.
Cathos reçût ce billet le lendemain de de
l'Ormois. Dites tout ce qu'il vous plaira de
mon Rival , vous le méprifez , vous ne le pouvez
fouffrir ; mais , il a le plaifir de vous
voir , de vous parler , de vous régaler. N'en
eft-cepas affez pour être jaloux de fon bonbeur,
& me le faire envier ? Je ferai enforte.
qu'il reçoive, malgré lui, des Mafques : L'amour
mefournira ce foir l'équipage d'un Medecin
de Faculté ; je croi qu'un Apotiquaire
me tiendra pas contre une robbe à laquelle il
doit le refpect, & c'est fous cet habit que j'attendrai
de la fortune & de l'amour, l'occafion
de vous affurer de ma conftance.
Le fouper de M. Anodin fut fervi à propos
, & fut trouvé bon ; il en avoit écarté
fes enfans : Une bonne Tourte de 12. Pigeonneaux
, autant qu'il y avoit de Convives,
fut flanquée d'une fricaffée de poulets
& de deux canards en ragoût : Un petic
agneau efcorté de trois Perdrix , de trois
Poulets gras, d'une douzaine de Becalines ,
fucceda à la Teurte , & des Salades prirent
la place du ragoût & de la fricaflée : Un
gros Jambon de Mayence fut le plat d'entremets
, foûtenu de fix affiettes chaudes ,
& le defert auroit donné un terrible démenti
DE JANVIER . 41
qui l'auroit appellé Apotiquaire fans
fucre. Le vin étoit bon ; mais , au lieu
des liqueurs qui font à la mode , il fit
apporter force Bouteilles d'Hipocras blanc
& clairet , qu'il avoit lui même coulé par
la chauffe.
Le fouper fini , le Bal commença fur les
onze heures du foir . Quinze ou vingt Bourgeoifes
de la rue S. Honoré qui en avoient
été priées , faifoient briller leurs appas aux
yeux d'autant de garçons de Boutique , en
linge blanc , & la plupart en fouliers neufs.
M. Anodin voulut faire voir qu'il avoit autrefois
appris à danfer , & prenant Mademoifelle
Cathos pour ouvrir le Bal , il fournit
jufqu'au bout fon menuet , quoique
toûjours hors de cadence .
De l'Ormois avoit pris foin à deffein , de
faire avertir tous fes amis qu'il y avoit un
Bal magnifique chez l'Apotiquaire , afin
de l'accabler de Mafques . Ses foins réuffirent
au delà de fon attente ; car dés minuit
, la maiſon de M. Anodin futla chutte
de tous les caroffes : Il voulut d'abord refufer
la porte , mais les premiers s'êtant dit
voifins , & d'autres menaçant d'enfoncer ku
Boutique & de faire danfer le pillon dans le
mortier avec toutes les boetessiben fut fi effrayé
qu'il courut lui même ouvrir la porte
à ces mutins . De l'Ormois avoit trouvé le
une heure avant certe
Docteur de la Facul
D
> moyen d'y entrer
foule : Son habit de
4.2 LE MERCURE
té , fa fourure & fa chauffe d'écarlatte , le
rendirent remarquable. Cathos qui danfoit
quand il arriva l'ayant reconnu , ne manqua
pas de le prendre. De l'Ormois n'ût
pas de peine quelque tems aprés , de tirer
Cathos dans un coin , & d'avoir avec elle
une converſation auffi longue & auffi libre
qu'il la fouhaita. Elle fut tendre & pleine
de fincerité. Il lui expliqua tous les empreßes
mens de fon Oncle , pour lui faire épouser
une fille qu'il n'avoitjamais vûë & qu'il ne
pourroit aimer: Que ce jour même devoit
lui faire voir celle qu'on lui deftinoit ; mais
que cette entrevûë avoit été differée , parce
qu'on attendoit une Dame qui venoit da
fonds de l'Auvergne , fans laquelle on ne
pouvoit pas agir ; & quoiqu'il en arrivât
qu'il lui donnoit fa parole , & lui juroit que
jamais il ne donneroit fa main à d'autres
qu'à elle , pourvû qu'elle voulût bien l'aimer
avec perfeverance, & attendre le moment qu'il
pût difpofer defes volontez .
>
Si je ne confultois , répondit Cathos , que
les fentimens genereux de mon coeur , je ne
me croirois pas indigne de l'offre que vous
me faites ; mais ,lorfque je réflechis que ma
mauvaiſe fortune m'a donné une naiſſance
qui répond fi peu à la vôtre , je me trouve
dans une confufion fi grande , que je ne
puis moi- même approuver vôtre deffein. Je
vous parlerai donc franchement ; vous êtes
le premier & le feul pour qui mon coeur ait
DE JANVIER 43
été fenfible : Je vous aime par un penchant
fecret qui m'a entraîné vers vous , fi - tôt
que je vous ai vû : Je ne rougis point de
vous l'avouer, & de vous dire même qu'on
ne peut jamais aimer ni plus tendrement ni
plus fortement ; mais , malgré ce penchant
, je vous aime fi fort pour vous-même
& pour vos propres interêts , que quoique :
je fuffe inconfolable de vous voir paffer en--
tre les bras d'une autre , je vous confeille:
cependant de ne rien faire qui donne atteinte
à l'eftime où vous êtes dans le monde.
Ainfi , ne vous perdez point par la vûë
d'un mariage fi difproportionné . Je ne veux
pas être née pour vous deshonorer.
Ah , dit de l'Ormois , vôtre vertu &
vôtre efprit réparent éminemment les deffauts
de vôtre naiffance , pour avoir égard
à cet injufte ouvrage de la fortune ! Qu'aije
beſoin de vôtre naiflance pour vivre heureux
avec vous ? Et n'eft- ce pas une aſſez
grande fortune pour moi que de vous poffeder
? Non , ma chere Cathos , je vous le
protefte , & je vous demande vôtre main ,
pour jurer deffus , que vous ne ferez jamais
à d'autre qu'à moi . Plein de ce tranſport ,,
il prit la main de cette belle fille , qui n'eut
pas la force de la retirer , & la mettant dans
la fienne , il confirma les promeffes qu'il
venoit de lui faire . Je fouhaitte , lui dit
Cathos , que la chofe s'execute , fi elle eft
poffible ; mais, quoiqu'il en arrive , Epoufo
Dij
44 LE MERCURE
ou non , je vous aimerai juſqu'à mon der
nier foupir. A ce mot , de l'Ormois lui
baifa la main , & tenant une bague de
trés grand prix , il la lui mit au doigt , &
lui dit : Je vous épouse..... Que faitesvous
, lui dit brufquement Cathos, en voyant
l'éclat du diamant Reprenez- là . Que
voulez- vous qu'on penfe de moi ? Vous ne
pouvez , dit il , me la rendre , fans rompre
le ferment que vous venez de faire . Je
vous permets de ne la pas montrer ; mais
je veux que vous la gardiez comme un gage
affuré d'une foi inviolable. Ils continuoient
fur ceton , & il étoit plus de deux heures ,
lorfque Madame Groffetefte , qui cherchoic
par tout fa. fille , la trouva proche du Me
decin : La foule étoit fi grande qu'on ne
pouvoit plus refifter au flux & reflux du
monde qui entroit & qui fortoit : Elle dit
à Cathos qu'elle avoit un fi grand mal de
tête qu'elle vouloit fe retirer & qu'elle la
fuivit.
De l'Ormois s'offrit de les accompagner,
& leur dit , qu'ayant fon Caroffe , il ne
permettroit pas qu'elles s'en allaffent à pied .
La mere y confentit .: Il lui donna la main,
laiffant par raiſon celle deCathos à un ami
qui l'avoit accompagné ; il les remit chez
elles & fe retira.
Pour ce qui eft de M. Anodin , malgré
fon amour,il ne s'apperçut point de la fortie
de la mere ni de la fille ; il ne fut occu
DE JANVIER. 45
pé pendant toute la nuit , qu'à fournir des
rafraichiffemens aux Mafques ; fe perfuadant
que fa liberalité acheveroit de détermi
ner fa chere Cathos en fa faveur ; ne dou
tant point qu'elle n'en fût fpectatrice .
Cathos receut à midi un Billet de de l'Or
mois , qui lui mandoit qu'il partoit far le
foir pour Versailles & qu'il y referoit deux
jours , parceque les Provifions de fa Charge
devoient y étre fcellées Elle lui fit réponſe fur
le champ , en l'exhortant de penfer toûjours
folidement à fa fortune plutôt qu'à suivre
une paffion , qui fe ralentiroit peut- être fitôt
qu'il l'auroit fatisfaite : Mais le foir,
il y út bien un autre changement de fcene.
Une femme de 40. ans , qui paroilloit
une Femme de Chambre , & qui accompagnoit
une Dame de 35. ans , magnifiquement
vetuë , monta chez Madame Groffe..
tête. Toutes deux s'êtant affifes auprés d'el
le , la plus âgée lui demanda i elle la reconnoiffoit
; la bonne femme l'éxamina & lui
dit , qu'elle fe remettoit confufément fes
traits , mais qu'elle ne fe fouvenoit pas où
elle l'avoit vûë.
C'est ici même , lui dit - elle , & voila ,
Madame , qui vient vous remercier des foins
que vous avez pris de l'éducation de fa petite
fille que je vous laiffai ici , il y a qua
torze ans. Quoique je ne vous aye point
vilitée depuis , j'ai toujours eu l'oeil fur cet
enfant , êtant la feule qui fçût où elle étoit;
46 LE MERCURE
& fi vous l'euffiez mife hors de chez vous
je l'aurois repriſe & placée autre part . Il ne
s'agit à prefent que de la rendre à Madame.
fa mere que voila .
Madame Groffetefte qui aimoit tendre
ment Cathos, fentit fon coeur partagé entre
la douleur de perdre fa chere fille , & la
joye qu'elle avoit de voir qu'elle alloit rentrer
dans une fortune digne de fa vertu &
de fon merite. Elle remit alors le vifage de
eette femme ; & pour fe confirmer davantage
, elle l'interrogea fur les habits & fur
le linge qu'elle avoit confervés : Elle tira
d'une armoire la petite cafette où le tout"
étoit renfermé. Il ne s'agiffoit donc plus
que de voir Cathos; mais elle étoit chez une
Voifine , où Toinon alla la chercher &
l'amena. Quelle joys pour cette mere qui
ne l'avoit point vûe depuis le moment de fa
naiffance , & qui la vit fi belle , fi bien
faite & d'un air tout à la fois fi noble & fi
modefte !!
Elle m'attendit pas qu'on lui eût expliqué
ce qu'elle alloit fçavoir. Les mouvemens
puiflans de la nature agiffant avec
impetuofité , elle fut audevant d'elle jufqu'au
milieu de la Salle , & l'embraffant
avec une tendreffe inconcevable ; ma chere
fille , lui dit -elle , qu'il y a long- tems que
je fouhaite ce moment heureux ! Embraffez-
moi , ma fille , embraffez vôtre veritable
mere , & rendez avec moi un million
1
1
<
C
DE JANVIER. 47
de graces à celle qui vous a tenu jufqu'ici
lieu de mere. L'on ne peut être plus furprife
que le fut Cathos , à la reconnoiffance im
prevûë d'une naiffance dont elle n'avoit jamais
û le moindre ſoupçon , tant Madame
Groftetefte lui avoit foigneufement caché
ee fecret . Mais fa modeftie n'en fut pas alterée
, ni fon coeur enorgueilli : & d'une
ame toûjours égale & toûjours grande , Madame,
dit-elle,fi je me réjouis de trouver une
mere dans une perfonne de qualité , c'eft
parce que j'efpere que la vertudans laquelle
ma bonne , en embraffant les larmes aux
yeux Madame Groffetefte , m'a élevée , ne
deshonnorera pas un fang plus relevé que le
fien .
La Femme de Chambre defcendit alors ,
& fit apporter par deux Laquais une Cafette
, d'où l'on tira un magnifique desha➡
biller avec toute la fuite ; fa mere ne vou
lant pas la remener chez elle ni la preſenter
à fon mari.
Quelque beauté qu'elle ût , fon ajuſtement
fuperbe & galand y ajoûta un air
qui la rendit encore plus charmante . Mais ,
que fe paffoit- il dans fon coeur ? Elle fongeoit
à fon cher de l'Ormois ; tantôt, elle
avoit de la joye de fe voir , contre fon
attente , élevée à un rang qui convenoit à
la nobleffe de fes fentimens ; tantôt , refle
chiffant qu'elle alloit dépendre de' parens
qui ne voudroient peut-tre pas agréer la
48
LE
MERCURE
recherche de fon Amant , elle craignoit de
voir fon amour victime du caprice de ce smêmes
parens qu'elle ne connoilloit point
encore . Dans cette penfée , elle ambitionnoit
plutôt de refter dans un état qui lui
aflûroit la poffeffion de fon Amant : Enfin ,
elle fongeoit en même tems au moyen de
l'avertir du changement de fa condition
afin qu'il prêt de loin fes mefures , bien refolue
de lui être fidelle , & de laiffer le refte
à la Providence qui protege toûjours la
vertu. Cathos êtant habillée , fans qu'on
voulût encore lui dire fon veritable nom ,
fa mere tira de la Cafette où l'on avoit
apporté les habits , une groffe bource qu'elle
mit entre les mains de fa fille , & lui dite,
prefentez cette bource à Madame , & payez
lui par cette premiere reconnoiffance les
foins qu'elle a û de vous .
•
Madame Grofft tefte refufoit opiniatre
ment de recevoir ce prefent,difant qu'elle fe
fentoit affez recompenfée par la fortune
ine perée qui venoit d'arriver à celle qui
avoit toûjours fait fes delices : Que tout
ce qu'elle demandoit , étoit que fa chere
fie ne l'oubliât jamais , & qu'elle lui promît
de lui donner toûjours ce nom . Je fçai,
dit la mere , que les mille piftolles qui font
dans cette bource ne font pas une recompenfe
digne de vos boatez ; mais prenez les,
en attendant que vôtre fille & la mienne
foit en état de les reconnoître dans toute
>
leur
DE JANVIER.
49
leur étendue. Vous lui avez infpiré de trop
bons fentimens , pour qu'elle s'attire le reproche
d'ingratitude . Ne vous informez
point de fon nom ni du mien ; vous l'apprendrez
dans peu , & nous viendrons vous
revoir. Ce ne fut que pleurs en fe féparant :
Madame Groffetefte & Catho s'arroferent
à plufieurs repriſes le vifage d'un torrent
de larmes. Madame Groffetefte les conduifit
jufqu'au caroffe qui étoit fans armes.
Les Provifions de l'Ormois ayant été expediées
, il revint de Verſailles fort tard .
En arrivant , il ût une douleur mortelle
d'apprendre par celle qui fervoit d'entrepos
à leurs lettres , que Catho avoit été enlevée
de chez Madame Groffetefte , & qu'on ne
fçavoit ce qu'elle étoit devenuë .
Il paffa toute la nuit dans une affliction
inconcevable ; & dés le matin , il crut ne
devoir mieux faire que d'aller chez Madame
Groffetefte , pour s'inftruire de ce qui
en étoit. Elle le reconnut pour celui qui les
ramena chez elle du Bal de l'Apotiquaire :
Et voyant qu'il s'informoir avec un zele
particulier de la fortune de Catho , elle ne
fit point difficulté de lui conter exactement
la cho'e ; & lui montrant la bource qu'elle
avoit reçue, vous pouvez , dit - elle , con .
noître par- là , qu'elle appartient à des per
fonnes de confequence , puifqu'ils payene
avec tant de profufion la penfion d'un en
fant : Mais , ce qui ne me furprend pas
Janvier 1719. E
50
LE MERCURE
moins , c'eft , ajouta- t'elle , que Catho
en m'embraffant pour me dire adieu , m'a
priée toute en pleurs de lui garder précieu
fement cette bague . En même tems elle
lui montra le diamant qu'il avoit donné à
fa chere Catho. La confiance qu'elle a prife
en vous , Madame en vous remettant cette
bague , m'avertit d'en avoir une parfaite dans
vôtre difcretion. C'est moi- même qui la lui ay
donnée. Il lui conta enfuitte la naiflance &
le progrés de fon amour , avec la réfolution
qu'il avoit prife de l'époufer ; les raifons
qui l'avoient obligé de cacher cette intrigue
avec tant de fecret. Il la pria de lui découvrir
la demeure , & de fe prêter à un amour
auffi violent & auffi legitime que celui qu'il
avoit pour fa fille adoptive. Je fouhaite de
me trouver en état de vous fervir , reprit
Madame Großeteste. J'employerai volontiers
tout mon credit pour vôtre fatisfaction ::
Elle feroit bien ingratte , en quelque fituation
qu'elle fe trouve , fi elle n'étoit pas
conftante pour un homme qui la vouloit
époufer, n'êtant encore que fille d'une Blanchiileute.
Aprés ces affurances réciproques
qui confolerent de l'Ormois , & qui lui
rendirent l'efpoir , il tomba fur le midi
chez fon Oncle qui le retint à diner ; & en
attendant la foupe , cet Oncle l'ayant fait
entrer dans fon cabinet . Vous avez , dit- il,
vos provifions ; il ne s'agit plus que de
terminer l'autre affaire , qui eft de vous maDE
JANVIER
tier , J'efpere que vous ne fortirez pas de
chez moi , que vous n'ayez figné le Con
ra de Mariage. La fille eft unique je l'ai
vue depuis que je vous ai parlé , & je puis
vous aflurer que fi elle m'a paru trés- belle ,
elle m'a paru encore plus fpirituelle : Elle
ura deux fois plus de bien que vous. Dés
prefent fon pere & fa mere lui en doument
plus que vous n'en avez . La mere eft
parente du Miniftre dont ma fortune dépend
: En un mot , c'en eft une très grande
pour vous ; je le defire ; j'en fuis le maître,
& un refus de vôtre part vous fera rompre
pour toûjours avec moi . Vous connoiffez
mon refpect pour vous , dit de l'Ormois,
& l'on ne peut être plus reconnoiffant que
que je le fuis de toutes vos bontez : Mais,
mon cher Oncle , je fuis homme d'honmeur
; & j'ai un engagement fi fort , que
ne puis plus m'en dédire. Je ne voulois
Point me déclarer , mais vous m'y forcez.
Quoi , reprit l'Oncle vous êtes marié
ans le confentement de vôtre mere & de
Os parents ! J'en ferois au defefpoir ; puifque
, pour vous le dire en un mot , c'est
a fille unique que je voulois vous donmer.
S
Vôtre fille , repartit de l'Ormois avec éannement
! je n'avois fçû ... Dans ce moment
, l'on vint avertir qu'on avoit fervi ;
ls pafferent dans la falle , & l'Oncle dit
un ton fâché , qu'on faffe venir ma femme
E ij
༢ LE MERCURE
& mafille.Quelle furprife pour de l'Ormois,
lorfqu'il vit entrer fa chere Catho , vêtue
d'une étoffe d'or & couverte de pierreries !
Quel eclat éblouiffant frappa fes yeux !
Mais , quelle furpriſe en même-tems pour
elle , à qui l'on n'avoit pas dit un mot de
fon cher de l'Ormois!
L'Oncle fe retourna vers fon Neveu , &
lui dit , mon Neven , faluez vôtre Tante ;
il y a vingt ans que nous fommes mariez ,
fans avoir pû le déclarer que depuis trois
jours. Je vous en apprendrai les raifons.
Voilà ma Fille faluez-là , comme celle
que je vous avois deftinée pour vôtre Femme.
Qui eft- ce qui peut comprendre l'excès
de raviffement de ces deux Amants , de toucher
par une rencontre fi imprévûë au comble
de leur felicité ? Hebien , mon Neveu ,"
dit l'Oncle , Ma Fille a- t'elle fi peu de charmes
, qu'elle ne puiffe vous faire commettre
une infidelité ! Serieufement , ne vaut- elle
pas bien la peine que vous lui donnicz la
préference ?
Je fuis incapable , reprit de l'Ormois
d'être infidelle , & de rompre un engagement
avec l'aimable Perfonne dont je vous
ai parlé. Peut- être vous forcerai - je à approuver
mon procedé , car , fi ma Coufine
vôtre Fille eft brune , belle , bien faite &
fpirituelle; celle que j'aime, ne lui cede dans
aucune de ces qualitez.
Si vous avez des raifons de famille &
DE JANVIER.
d'intérêts pour m'unir avec Mademoiſelle
vôtre Fille , ces mêmes raifons fubfiftent
pour la Perfonne à laquelle je me fuis dévoué,
Vous m'objecterez ; mais , a-t'elle
autant de bien ? Tout autant, Vous répon
derai-je mon Oncle ? En un mot , qui voit
l'une voit l'autre . Jamais il n'y a û un
raport fi parfait & des convenances fi reffemblantes.
Et pour vous tirer de peine tout
à coup , c'eft la même que ma chere Cou→
fine. Auffi- tôt , courant à elle , il prit la
liberté de l'embraffer pour la premiere fois .
La pauvre fille oublia dans le moment les
bienfeances de fon Sexe ; elle s'attendrit fi
fort & fut fi faifie de joye , qu'elle n'ût pas
la force de fe tirer de fes bras . Le Pere &
la Mere ne fçachant que penfer de tout ce
miftere amoureux , en furent bien-tôt éclai
cis par de l'Ormois qui leur conta toute
fon Avanture. On laiffe à juger de l'effet
étonnant que fon récit fit dans l'efprit du
Pere & de la Mere. On ne parla plus que
des préparatifs de la Nôce de ces deux hûreux
Amants. Madame Groffetefte y fut
appellée , & elle ne prit pas moins de part
à leur bonheur qu'eux- mêmes.
E ü
54 LE MERCURE
患患署患患患患患患患患
MANIFESTE
Sur les Sujets de Rupture entre la France.
& l'Espagne.
L
()
ES Rois ne font comptables de leurs démar
,, ches qu'à Dieu même dont ils tiennent leur
autorité. Engagez indifpenfab'ement à travailler
au bonheur de leurs Peuples , ils ne le font pas a
rendre raifon des moyens qu'ils prennent pour y
réuffir , & ils peuvent au gré de leur prudence ca
cher ou reveler les myfteres de leur Gouverne
ment. Mais dés qu'il importe à leur gloire & à la
tranquilité de leurs peuples , qui n'en peut eftre fe
parée , que les motifs de leurs refolutions foient
connus , ils doivent agir à la face de l'Univers , &
faire éclatter la juftice qu'ils ont confultée dans le
fecret.
Sa Majesté conduite par les Confeils duDuc d'Or
leans Regent, s'eft crue dans cet engagement , & elle
fait gloire d'expofer à fes Sujets & à toute la Terre
les raifons qu'elle a úes d'entrer en de nouvelles
liaifons avec plufieurs grandes Puiflances pour la
pacification entiere de l'Europe , pour la fûreté
particuliere de la France , & pour celle même de
' Efpaghe , qui méconnoiffant aujourd'hui ſes vrais
interefts , trouble la tranquillité commune par l'in
fraction des derniers Traitez.
Sa Majesté n'imputera jamais cette infraction à
un Prince , qui recommandable par tant de vertus,
l'eft particulièrement par la fidelité la plus religieufe
à fa parole ; & ce ne peuvent eftre que fes Miniftres
, qui l'ayant engagé trop legerement , fçavent
lui faire de cet engagement même, une raiſon & une
neceffité de le foutenir,
DE 35
"
JANVIER
Sa Majefté dans les mesures qu'elle a prifes , s'eft
propofé de fatisfaire également à deux devoirs ; à
l'amour qu'e le doit à fon Peupie , en prevenant
une Guerre avec tous les voisins dont il eftoit menacé
; & à l'amitié qu'elle doit au Roid'Espagne ,
en menageant conftamment les interefts & la gloire
, qui feront toûjours d'autant plus chers à la
France , qu'elle les regarde comme le prix de fes
longs travaux , & de tout le fang qu'il lui en a
coûté pour le mainteni fur fon Thône.
Ces intentions de Sa Majefté le reconnoîtront fenfiblement
& fans interruption dans tous les faits
qu'on va expofer .
fi
On fçait que dans le cours de la derniere Guerre,
la France avoit efté reduite par les difgraces à la dure
neceffité de confentir au rappel du Roi d'Efpagne;
& elle en auroit fans doute éprouvé la douleur ,
la Providence qui changea les évenemens & les
coeurs , n'ût épargné cette injuftice à nos ennemis
.
On reconnut à Utrecht les droits du Roi Catholique
; mais l'Empereur , quoi qu'abandonné de fos
Alliez , ne pouvoit encore renoncer à ſes prétentions.
La prife de Landav & de Fribourg ne put même
l'y reduire ; & le feu Roi de glorieufe memoire, qui
au milieu de fes derniers fuccés , fentoit l'extrême
befoin que fcs Peuples avoient de la paix , ne la
conclut qu'aprés avoir fait propofer à l'Empereur
dans la Negociation de Raftadt , de travailler à un
accommodement entre lui & le Roi d'Eſpagne. [ 4]
Il avoit toûjours en vûë d'achever fon ouvrage , &
d'étouffer les femences de Guerre que le Traité d'Utrecht
avoit laiffées dans l'Europe , en ne reglant
que provifionnellement & fans le concours de l'Empereur
, les interefts de ce Prince, & du Roi d'Eſpagne,
Le deffein de cimenter la Paix par une concilia◄
[ a ] Inftruction pour les Plenipotentiaires du Congrès
de Bade , du 15. Avril. 1714,
E iiij
56 LE MERCURE
rion entre ces deux Princes , fut infinué à Bade le [ b]
15. Juin 1714 , au Comte de Goés , & communiqué
le [c] 7. Septembre fuivant , au Prince Eugene de
Savoye , qui affûra que l'Empereur ne s'en éloigneroit
pas . Aprés la fignature du Traité de Bade , le
Roi charged le Marefchal de Villars , [ d ] de fuivre
avec le Prince Eugene le méme objets . Et lorfque le
Comte du Luc [e ] fut nommé pour être Ambaffadeur
du Roi auprés de l'Empereur , il fut particulicment
chargé par fon in@ ruction d'agir felon ces
vûës.
Le Roi d'Eſpagne avoit reprefenté ſouvent au fen
Roi par des Lettres écri es de fa main , que fon Etat
n'eftoit point affûré par les Traitez d'Utrecht. Vous
jugerez aisément , difoit- il , dans une de fes Lettres
du 16 mai 1713. que la Paix dont tout le monde defire
également la folidité , ne peut efire ftable , fi l'Archiduc
qui m'a difputé la Couronne d'Espagne , ne m'en reconnoift
le legitime Roi.
Vous savez , écrit ce Prince dans fa Lettre du
31. Janvier 1714. que j'ai rempli tous les Pre iminaires,
que je fuis preft à confentir que Naples , le Milanez
& les Pays -Bas reftent à l'Archiduc , comme je
Pai fait de la Sicile en faveur du Duc de Savoye , de
Gibraltar & de l'Ife de Minorque en faveur des Angois,
&que jefuis auffi preft à le faire de la Sardaigne
en faveur de l'Electeur de Baviere. L'Archiduc
doit , moyennant ces conditions , renoncer à ce qui me
refte de la Monarchie d'Espagne. Ainfi nous n'avons
plus , ni lui ni moi , rien à pretendre l'un contre l'autre.
[b ] Lettre des Plenipotentiaires de Bade au Roy , du
15. Juin 1714.
[ c ] Lettre du Marefchal de Villars au Roy , du 7.
Septembre 1714 .
[ d ] Memoire donné de la part du Roy au Mareſchal
de Villars , le 23. Septembre 1714 .
[ e ] Inftruction pour le Comte du Luc allant à Vien
me , du 3. Ianvier 1715、
DE JANVIER
Je me flatte dit le Roi d'Efpagne dans fa Lettre
du 17. Mai 1714. que connoiffant de quelle importance
il eft de faire departir l'Archiduc de toutes pretentions
fur l'Espagne & les Indes , vous me mettrez en eſtat
d'eftablir des conditions folides pour en jouir paifblement.
Ce Prince ne fe croyoit affermi fur le Throne
d'Efpagne & des Indes , que par la Renonciation
folennelle de l'Empereur à fes pretentions ; & il
n'inſiſtoit fi vivement fur cette fûreté , que parce
qu'il en avoit reconnu l'importance par les extrêmitez
où l'avoient reduit les évenemens de la Guerre ,
excitée par les prétentions de l'Empereur . C'eftoit
auffi tout ce qu'il demandoit au feu Roi , comme le
gage le plus fenfible de fon amitié paternelle , &
comme le dernier effort dont il devoit couronner tout
ce que la France avoit fait pour fes interefts. Le feu
Roi travailloit avec toute la vivacité d'un pere , à
la fatisfaction de fon petit - Fils. Mais comme l'Empereur
paroiffoit inebranlable , & que d'ailleurs un
refte de défiance répandu dans l'Europe ; une opinion
generale que la paix ne pouvoit pas durer , &
qui retenoit encore la plupart des Puiffances armées:
La Guerre du Nord , & les changemens arrivez
dans la Grande Bretagne , faifoient craindre que
feu ne ſe rallumât bien - tôt ; il falloit prendre encore
de nouvelles mesures pour le prevenir.
le
C'eft dans ces conjonctures que le feu Roi fut en-
- levé à la France. Sa Majefté n'oublira jamais ces avis
fi importans & fi falutaires qu'il lui donna dans les
derniers momens de fa vie. Elle en veut faire la regle
invariable de fon Regne ; & l'on va voir qu'elle
y a mefuré jufqu'ici toutes les demarches.
Les longues Guerres avoient laiflé contre nous
dans l'Europe des reftes d'alienation & de haine qui
ne cherchoient qu'à fe ranimer ; & nos voisins encore
pleins de la jaloufie & des frayeurs qu'ils avoient
ûes fi fouvent de nos profperitez , & même
de nos reffources dans nos plus grandes difgraces ,
$8 LE MERCURE
fongeoient déja , pour achever de nous abattre , à
profiter de la minorité du Roi , & de l'épuilement
du Royaume dont nous nous plaignions nous- mêmes
affez hautement , pour inviter nos Ennemis à tour
entreprendre. L'ancienne Ligue menaçoit de fe rejoindre
, & les Nations s'excitoient mutuellement à
la Guerre par l'importance de le mettre pour toûjours
à couvert d'une Puiffance trop redoutable ,
& qu'on s'efforçoit encore de rendre odieufe par
des reproch s injuftes de fa manvaile foi.
Quel moyen plus fûr pour diffiper cet orage , que
de s'unir avec la Puiffance qui de concert avec nous
avoit rappellé la Paix par les Traitez d'Utrecht !
Le Roi ne negligea rien pour réüffir dåns cette vûë.
La confiance fe reftablit par les foins entre les deux
Puiffances ; & elles comprirent auffi - tôt que rien
nc contribueroit davantage à confirmer une Paix encore
mal affûrée , qu'une Alliance défenfive entre
la France , l'Angleterre & la Republique des Provinces-
Unies , pour maintenir les Traitez d'Utrecht
& de Bade , & pour la garantie reciproque de leurs
Etats. Mais avant toute ouverture de Negotiation ,
Sa Majefté donna avis de fon deflein au Roi d'E
pagne. Le Duc de Saint Aignan eut des ordres precis
au mois d'Avril 1716. de lui expofer les vûës , de
lui offrir tous les foins & de l'inviter à entrer dans
l'Alliance où elie fe prome toit qu'il feroit reçû avec
tous les égards qu'il pourroit fouhaiter.
Aprés bien des inftances éludées , le Duc de Saint
Aignan fur un nouveau Memoire qu'il pretenta ,
reçût enfin du Cardinal Del Giudice une reponfe
dictée dans l'interieur du Palais par un autie Minitre
, dès - lors tout puiffant , & dont il ne fut dans
cette occafion que l'interprete . Cette reponse portoit
: Le Roi mon Maître ayant examiné l'Extrait
qui lui a efté remis , les derniers Traitez fignez à
Utrecht , n'y a trouvé aucune clause qui aut befoin
d'eftre confirmée.
Quelle étrange oppofition de cette reponse avec
1
拼
DE JANVIER. 59
•
les Lettres que le Roi d'Espagne écrivoit au feu Roi,
& qui n'étoit qu'une reprefentation continuelle &
inquiete de l'incertitude de fon état ! sa Majeſté vir
bien que les principes de conciliation & de paix, qui
la faifoient agir , n'étoient pas ceux que l'on confultoit
à Madrid, & cette idée s'étoit que trop confirmée
par le trouble que le Commerce dés François
fouffroit déja en Espagne , par les avis des liaifons
qu'on y menageot avec quelques Puiffances , fous
pretexte d'une mefintelligence prochaine entre les
deux Nations , & par les oppofitions fecretes que
l'afpagne apportoit à nôtre Alliance avec le Roi de
la Grande Bretagne & les Eftars Generaux.
Le Roi prit cependant le parti de diflimu er. Il
ne laiffa pas affoiblir fon amitié , ni fes égards pour
le Roi d'Efpagne , & attendant patiemment le moment
où il fergit mieux éclairé fur fes veritables avantages
, il lui fit dire que ne pouvant plus fe difpenfe
d'achever fon projet d'Alliance , il l'affûroit
qu'il ne confentiroit à rien qui fût contre les
interêts.
L'Abbé Dubois fut envoyé alors à Hannovre
pour y traiter cette affaire avec le Roi de la Grande
Bretagne ; & c'est là que furent arrêtez les Articles
qui ont fervi de fondement au Traité de la
triple Alliance , figné à la Haye je 4. Janvier 1717.
aprés que le Roi de la Grande Bretagne lui -même
en eut donné part inutilement au Roi d'Espagne ,
& qu'il le fût affûré de la repugnance invincible du
Miniftre à tout projet d'union .
Mais quelque favorable que fût cette Alliance au
repos public , elle ne fuppleoit point ce qui manquoit
à la perfection des Traitez d'Utrecht & de
Bade , parce que les differens entre l'Empereur & le
Roi d'Espagne n'y ayant pas efté reglez , l'Europe
étoit toûjours dans l'incertitude de fa fituation , &
en danger d'étre replongée dans la Guerre par la
premiere hoftilité de part ou d'autre. L'Italie feule
pouvoit fe ftater de quelque repos à la faveur de la
Το LE MERCURE
Neutralité qui y avoit été établie par des Traitez &
des Engagemens qu'on regardoit comme un premier
pas & un degré qui pouvoit conduire à la
Paix. Mais quoique la Neutralité fût véritablement
une Loi à laquelle chacun de ces deux Princes s'étoit
foumis , le bien de Europe en vouloit une plus fûre
& plus folennelle qui fût autorifée par le confentement
reciproque des deux Concurrens , & mainte
nue par des gatants tels qu'on ne pût pas l'enfraindre
impunement . Une telle Loi ne pouvoit être
qu'an Traité de Paix qui terminât à jamais les
conteftations entre l'Empereur & le Roi d'Efpagne.
Le Roi de la Grande Bretagne , voulut tenter
de procurer un fi grand bien à l'Europe , & s'en
ouvrit à Sa Majefté. Elle vit avec plaifir les intentions
du feu Roi revivre ; & elle crut que c'étoit
agir pour un Prince auquel elle eft étroitement unië
par les liens du fang , que de favorifer l'execution
de tout ce que la tendreffe paternelle avoit projetté
pour lui , & de tout ce qu'il avoit demandé luimême
fi pofitivement & fi inftamment . Mais Sa
Majefté qui avoit déja éprouvé en differentes occafions
, que ce qui pouvoit convaincre le Roi d'Efpagne
de fon amitié , ne trouvoit plus le même
accésauprés de lui, n'en put plus douter lorsqu'elle vit
que le Marquis de Louville qu'elle avoit envoyé au
Roi d'Efpagne pour lui faire connoître les veritables
fentimens , & lui communiquer des chofes importantes
aux deux Couronnes , avoit été renvoyé
fans être écouté , malgré l'attachement particulier
qu'il avoit à la perfonne & à la gloire de ce Prince.
Ainfi, trop inftruite par l'experience, qu'on rendroit
fufpect à Madrid tout ce qui viendroit de fa part',
elle pria le Roi de la Grande Bretagne d'agir luimême
à Vienne & à Madrid pour le fuccés de ce
grand deffein , d'autant plus qu'elle n'étoit point
autorisée à traiter des interêts du Roi d'Eſpagne , &
qu'il convenoit d'ailleurs à la dignité d'un fi grand
Prince de les difcuter lui- même,
t
DE JANVIER. 61
Le Roi de la Grande Bretagne fit en même
temps les ouvertures de fes vues à Vienne & à
Madrid. Elles furent reçeiies aflez favorablement à
Madrid : tant que la feinte fervit à cacher les entreprifes
qu'on y meditoit , & rejettées enfuite avec
peu de menagement dés qu'on crut avoir moins
d'interêt de feindre On ne trouva à Vienne de difpofitions
à aucun accommodement , qu'à condition
que la Sicile , qui avoit été jufqu'alors un obftacle
infurmontable à toutes les propofitions de conciliation
, feroit remife à l'Empereur , parce qu'il la
jugéoit abfolument neceffaire à la confervation du
Royaume de Naples. Mais à ce prix on efperoit que
le Roi Catholique feroit reconnu par l'Empereur ,
legitime poffeffeur de l'Espagne & des Indes ; &
de plus , ce qui étoit pour lui un avantage nouveau
, que l'Empereur confentiroit que les fucceffons
de Parme & de Plaifance fuffent affûrées aux
Enfans de la Reine d'Eſpagne.
Les difficultez de cette négociation ne devoivent
point nuire à la Neutralité d'Italie établie par
le
Traité d'Utrecht du 14. Mars 1713. renouvellée &
confirmée par celui de Bade. L'Empereur & le Roi
d'Efpagne paroiffoient eux- mêmes avoir pris des
precautions pour s'affûrer qu'elle ne feroit pas interrompue.
Le Roi d'Eſpagne avoit cu foin avant la
Guerre de Hongrie , de faire fouvenir le Roi de
la Grande Bretagne qu'il étoit garand des engage.
mens pris à Utrecht pour la Neutralité d'Italie : &
l'Empereur de fon côté , lorfque les Turcs fe mirent
en Campagne , avoit engagé le Pape à deman
der au Roi d'Elpagne une parole pofitive qu'il ne
profiteroit pas contre l'Empereur , de la Guerre
que les Turcs venoient de lui déclarer . L'interêt du
Roi d'Espagne fe trouvoit conforme à cette promeffe
; car il avoit été inftruit par le Roi de la
Grande Bretagne du Traité conclu à Londres le
25. May 1716. entre l'Empereur & ce Prince , por,
tant une garantie des Etats de l'Empereur en Italie ,
62 LE MERCURE
& une promefle expreffe de lui donner des fecours ,
en cas qu'ils fullent attaquez Enfin la pieté fi
connue du Roi d'Efpngne raffûroit encore plus que
fon interêt.
On ne pouvoit donc foupçonner que le Roi
d'Efpagne pa : faitement inftruit du Traité de 1716 .
voulût courir les rifques de l'engagement du Roi de
la Grande Baetagne , en attaquant l'Empereur en
Italie , & manquer tout à la fois à fon interêt &
à fon zele pour la Religion . Cependant cette en-'
trepriſe éclata , & l'on apprit qu'un Armement
fait des fonds levez fur les Biens Ecclefiaftiques
deftinez pour foûtenir la gloire du nom Chreftien ,
alloit fervir à violer les Traitez . Il ne faut pas de
plus grande preuve , que les mauvais conſeils & la
trop grande puiffance du Miniftre, prévalent en El
pagne fur les intentions & les vertus de fon Roi.
Sa Majefté allarmée d'une démarche fi dangereufe
, envoya auffi tôt un Exprés au Duc de S.
Aignan , qu'elle chargea de reprefenter vivement au
Roi d'Efpagne les dangers où il s'expofoit ; & ce
qui devoit faire plus d'impreffion fur lui , l'injuftice
de fon entreprife. Elle le prioit pour la tranquilité
commune de l'Europe & pour fes interêts perfonnels ,
de rentrer dans fes vues de conciliation , que le feu
Roi fon grand- Pere , & aprés lui le Roi de la
Grande Bretagne , avoient déja projettées entre lui
& l'Empereur. Quelques jours aprés , elle ordonna
encore au Duc de S. Aignan d'agir de concert avec
le miniftre d'Angleterre qui avoit reçû les mêmes
ordres , pour engager le Roi d'Efpagne à autorifer.
fon Ambaffadeur à Londres , ou à y faire paffer un
autre miniftre qui traitât des moyens de rétablir
folidement la Paix. Le Colonel Stanhope venoit
d'arriver à Madrid , chargé plus particulierement
des mêmes inftances . Le Roi de la Grande Bretagne
fit fçavoir en même tems à Sa Majefté , que comme
le mal preffoit , il ne falloit pas perdre le temps .
des remedes , qu'ils ne pouvoient naître que du
(
DE JANVIER. 63
concert unanime des Puiffances impartiales , & qu'il
la prioit d'envoyer un Ambafladeur à Londres , ou
fur fes inftances l'Empereuravoit auffi confenti d'en.-
voyer un Miniftre. Sa majefté y envoya l'Abbé Dubois
; & attentive aux interêts du Roi d'Espagne
auffi bien qu'à ceux de fon Royaume ,elle crut qu'elle
devoit avoir dans les Conferences de Londres un
Miniftre qui pût conferver au Roi d'Efpagne des
ouvertures pour entrer dans la Negociation , dés
qu'on pourroit l'éclairer fur fes interêts . Mais envain
lui a-t'on fait là deflus des inftances redoub'ées
. En vain lui a - t'on fait efperer d'obtenir pour
lui de l'Empereur ce qu'il avoit fi fouvent demandé
lui même. On n'a reçû de fon Miniftre que des
refus opiniâtres , & louvent même des menaces
d'allumer par tout le feu de la Guerre , malgré toutes
les mesures que l'on croiroit prendre pour le prevenir.
L'Efpagne fembloit regarder comme une
confpiration contre elle ces fentimens unanimes de
Paix où entroient les autres Puiflances.
C'eft fur ces refus & fur ces deffeins menaçans
de l'Espagne , que le Roi de la Grande Bretagne fit
reprefenter à Sa majefté qu'il étoit ablo ument ne
ceffaire d'en arrêter les effets ; & qu'il ne s'en offroit
d'autre moyen à la prudence des Puiffances
impartiales , que de former , pour concilier les interêts
des deux Princes , un plan qui pût leur être
propofé , & procuter à quelque prix que ce fût , leur
propre tranquilité & celle de toute l'Europe. Cette
refolution favorifant d'un côté l'affermiffement de
la Paix , qui étoit l'objet invariable de Sa Majeſté ,
& donnant de l'autre au Roi d'Efpagne le temps &
les moyens de prendre des refolutions conformes à
fes interêts , le Roi l'embraſſa . Mais en ordonnant
à l'Abbé Dubois d'entrer dans un Projet fi neceffaire
Sa Majesté ne lui recommanda rien tant que
de rejetter
toûjours tout ce qui pourroit fufpendre ou
éloigner le concours du Roi d'Eſpagne dans cette
• Negociation. Quels combats le Roide la Grande
64 LE MERCURE
Bretagne n'eut'il pas à effuyer avec l'Empereur pour
ébranler fon attachement aux prétentions fur l'Etpagne
& fur les Indes , pour vaincre fa répugnance
voir pafler un jour les Etats de Parme & de Tos
cane entre les mains d'un Prince de la maifon d'Efpagne
, & pour amortir fon reffentiment de l'infraction
des Traitez dont il fe croioit en droit de
tirer vengeance ! Ce ne fut qu'avec une peine infinie
, qu'on vint à bout pied à pied de ces obftacles ,
& qu'on menagea encore au Roi d'Efpagne des
avantages plus grands que ceux que lui donnoient
les Traitez d'Utrecht , & par confequent , comme
on l'a vû par fes Lettres , au delà même de fes defirs
.
Ainf ,fe forma à Londres le Projet des conditions
qui devoient fervir de fondement à une Paix folide
entre l'Empereur & le Roi d'Efpagne. La parfaite
amitié de Sa Majesté pour ce Prince s'étoit toûjours
fignalée par les inftances qu'elle lui avoit faites fans
interruption , d'envoyer des Miniftres qui difcutaflent
fes interêts , par les moyens qu'elle lui avoit
menagez fans relâche d'entrer dans la Negociation ,
& par les efforts conftans à lui procurer de nouveaux
avantages dans le Traité même. Mais non
contente de ces démarches , elle porta encore plus
loin Pattention & les égards . Elle envoya le Marquis
de Nancré auprés du Roi d'Efpagne pour lui.
faire part du Projet de Londres , tandis que le Roi
de la Grande Bretagne faifoit la même démarche
auprés de l'Empereur.
Sa Majefté, dans les cinq premiers mois de féjour
du marquis de Nancré à Madrid , reprefentoit fans
ceffe au Roi d'Efpagne , qu'il y alloit égallement
de fon interêt & de la gloire d'abandonner une
entreprife injufte , & d'adopter des conditions
qu'il avoit , pour ainfi dire , dictées lui-même par
fes inftances au feu Roi . Enfin , & elle fait gloire
de le dire , elle lui demandoit la Paix de l'Europe
nom de la France qui l'avoir maintenu fur fon
Trône
DE JANVIER . 65
Trône par tant de travaux & tant de fang , & au
nom de fes propes Sujets , dont le zele & l'attachement
, peut être fans exemple , méritoient bien
de leur Prince qu'il ne les livrât pas aux horreurs de
la Guerre.
Toutes ces inftances fondées fur les conditions
fages du Projet , n'arracherent jamais du miniſtre
d'Espagne , qu'un aveu du péril où elle alloit s'expofer
en refiftant à tant de Puiflances. mais il affûroit
en même tems que fon Maître ne fe défifteroit
jamais de fon entreprife , & il n'avoit pas honte
de rejetter fur lui le blame de fa propre inflexibilité.
Enfin Sa Majesté lui fit dire au mois de Juin dernier
que l'amour qu'elle doit à fes Peuples , & qui doir
prévaloir à tout autre fentiment , lui deffendoit
de differer davantage à figner le Traité avec l'Empereur
& le Roi de la Grande Bretagne. On ajoûtoit
l'engagement même où étoit le Roi de la
Grande Bretagne d'envoyer une Efcadre dans la
Mediterrannée pour fecourir l'Empereur . Rien n'ébranla
le miniftre , qui s'irritoit de plus en plus par
les inftances de Paix , & qui menaçoit de mettre
en feu toute l'Europe . Enfin le Chevalier Bing , qui
commandoit les forces Navales du Roi de la Grande
Bretagne , deftinées pour la mediterrannée , avant
que d'entrer dans cette mer , donna avis au miniftre
d'Efpagne des ordres précis qu'il avoit d'agir com
me ami , fi l'Espagne fe défiftoit de les entrepriſes
contre la Neutralité de l'Italie , ou fi elle les fufpendoit
, & de s'y oppofer auffi de toutes les forces ,
fi elle y perfiftot ; & le miniftre ne laiffant plus
aucune efperance , lui répondit qu'il n'avoit qu'à
executer les ordres dont il étoit chargé
La Guerre finifloit alors entre l'Empereur & les
Turcs , & les ordres étoient dé,a donnez pour faire
paffer de nombreufes Troupes en Italie . Sa Majefté
forcée enfin par les circonftances , n'héfita plus
convenir avec le Roi de la Grande Bre agne des
conditions qui ferviroient de bafe à la Paix entre
F
66 LE MERCURE
l'Empereur & le Roi d'Eſpagne , & entre le premier
de ces deux Princes & le Roi de Sicile ; & ce furent
ces mêmes conditions qui formerent le Traité figné
à Londres le 2 Aouft dernier , ontre les miniftres
du Roi , de l'Empereur & du Roi de la Grande
Bretagne.
Mais le Roi de la Grande Bretagne toûjours conduit
par un efprit de conciliation & de paix , &
voulant prevenir auffi la mefintelligence qui pourroit
naître entre la Couronne & l'Espagne, à l'occa →
fion des lecours qu'il étoit obligé de donner à l'Empereur
, crut encore devoir faire un dernier effort
auprés du Roi d'Espagne . Il envoya le Comte de
Stanhope l'un de fes principaux miniftres à la Majefté
, pour paffer enfuite à Madrid , fi elle le jugeoit
à propos.
Ce fut pendant fon féjour à Paris , qu'on apprit
la nouvelle de l'invafion de la Sicile par les Troupes
du Roi d'Elpagne ; ce qui hata encore le voyage
du Comte de Stanhope à Madrid. Il y arriva les
premiers jours du mois d'Aout dernier, & le marquis
de Nancré reçût de nouveaux ordres pour agir de
concert avec lui . Mais les vives reprefentations qu'ils
redoublerent l'un & l'autre fur les extremitez où
l'inflexibilité du Roi Catholique pouvoit porter les
chofes ; l'affûrance qu'on lui donnoit pour toutes
fes poffeffions , par la renonciation de l'Empereur ,
& par la garantie des Puiffances contractantes ; -la
promeffe que Sa Majefté lui procureroit la reflitu
tion de Gibraltar qui intereffe par un endroit fi fenfible
toute la Nation Efpagnole , & que fon Roi
defiroit ardemment depuis long temps ; enfin la déclaration
des engagemens pris à Londres , & celle
de la neceffité où Sa Majefté & le Roi de la Grande
Bretagne le trouvoient de les executer immediatement
aprés l'expiration des trois mois , du jour de la
fignature des Traitez de Londres ; tout fut abfolu
Lettre du Roy d'Eſpagne au feu Roi du 22. Avril
1712.
DE JANVIER 67
ment inutile. Le Comte de Stanhope partit de madrid
, avec la douleur de voir que les offices & les
foins de fon maître pour prévenir une déclaration
contre l'Espagne, n'avoient eu aucun effet. mais il eut
au moins cette confolation , que l'on n'avoit rien
épargné pour vaincre l'obftination du Miniftre , qui
feul étoit la caufe de la rupture & des maux qui la
fuivroient. Cependant le Marquis de Nancré euc
ordre de demeurer , parce que le Roi vouloit bien
fe prêter encore aux plus legeres efperances que
le Miniftre avoit l'art d'entretenir pour gagner du
temps . Mais Sa majefté reconnut enfin l'inutilité de
fa condefcendance : alle fut peu de jours aprés inf
truite des violences exercées fur les perfonnes & fur
les effets des Anglois en Efpagne , au préjudice du
XVIII. Article des Traitez d'Utrecht entre l'Ef
pagne & l'Angleterre , qui fixe un terme de fix
mois pour retirer les perfonnes & les effets de part
& d'autre en cas de rupture.
Le Marquis de Nancré êtant parti de la Cour
d'Efpagne , Sa Majefté , pour fatisfaire au Traité
de Londres , ordonna au Duc de S. Aignan de
porter des plaintes de la violence exercée contre les
Anglois , & elle lui prefcrivit de déclarer que le
terme de trois mois laiffé au Roi d'Espagne pour
accepter les conditions qui lui ont été refervées
devant expirer le 2. Novembre , il ne pouvoit s'empêcher
de demander à ce Prince une réponſe décifive;
& le Roi d'Elpagne ayant perfifté dans fon
refus , il a pris fon audience de congé.
On n'a parlé jufqu'ici qu'en general , des conditions
refervées au Roi d'Efpagne , mais il faut les
expoter plus prec fement pour en faire fentir d'autant
mieux , non feulement l'avantage commun ,
mais encore l'avantage particulier de ce Prince .
1. L'Empereur renonce formellement tant pour
lui que pour les heritiers , defcendans & fucceffeurs
mâles & femelles à la monarchie d'Elpagne & des
Indes , & à tous les Etats dont le Roi Catholique
Fij
38 LE MERCURE
été reconnu legitime poffeffeur par les Traitez
d'Utrecht ; & il s'engage de fournir dans la meilleure
forme les Actes de Renonciation neceffaires.
2. Les fucceffions aux Etats du Duc de Parme &
du Grand Duc de Tofcane,pouvant exciter de grandes
conteftations & une nouvelle Guerre en Italie
parce que la Reine d'Espagne prétend y être appelfée
par la naiffance , & que l'Empereur foûtient que
le droit d'en difpofer au deffaut d'heritiers mâles ,
lui appartient & à l'empire : Il a été ftipulé que
ces fucceffions venant à vaquer par la mort des
Princes poffeffeurs fans heritiers mâles , le fils de
la Reine & fes defcendans mâles , & à leur deffaut
le fecond fils & les autres cadets de ladite Réine
avec leurs defcendans mâles , fuccederont dans tous
lefdits Etats qui feront reconnus hiefs mafculins mouvans
de l'Empire , & qu'il en fera donné au fils de
la Reine qui devra fucceder , des Lettres d'Expectative
, contenant l'Iveftiture éventuelle : Et pour fûreté
de l'execution de cette difpofition , il doit être
établi par les Cantons Suiffes , des Garnifons dans
les principales Places de ces deux Etats , fçavoir à
Livourne , à Portoferraio , à Parme & à Plaiſance
, à la folde des Mediateurs , avec ferment de les
garder & deffendre fous l'autorité des Princes regnans
, & de ne les remettre qu'au Prince fils de
La Re'ne d'afpagne , lorfque ces fucceffions feront
ouvertes .
3. Il a été ftipulé que jamais , ni en aucun cas
l'Empereur , ni aucun Prince de la maifon d'Autriche
qui poffedera les Royaumes , Provinces &
Etats d'Italie , ne pourra s'approprier les stats de
Tofcane & de Parme
4. Comme il n'a pas été poffible d'engager
l'Empereur à fe défifter des prétentions qu'il a
toujours confervées fur la Sicile , il a été reglé
qu'elle feroit cedée à ce Prince , qui de fa part cederoit
au Roi de Sicile par forme d'équivalent , le
Royaume de Sardaigne , en refervant au Roi d'afDE
JANVIER.
pagne fur ce même Royaume le droit de reverfion
à la Couronne , qu'il s'étoit refervé fur la Sicile par
l'Acte de ceffion qu'il en avoit faire ea confequence
des Traitez d'Utrecht.
5. On a laiflé au Roi d'efpagne un terme de trois
mois , du jour de la fignature du Traité , pour
accepter les conditions qui lui ont été offertes , que
toutes les Parties contractantes garantiffent & s'engagent
à faire executer.
6. Comme il ne feroit pas jufte que la Païx de
l'Europe dépendît de l'opiniât eté ou des vûës particulieres
d'une ou de deux feales Puiffances , & que
l'ampereur n'auroit pas pû fe porter à délivrer fa
renonciation avant que le Roi d'Eſpagne eût accedé
au Traité , fi on ne lui avoit donné d'ailleurs quelqu'autre
fûreté. Les Parties contractantes font convenues
de joindre leurs forces pour obliger le Prince
refufant à l'acceptation de la Paix , conformement
à ce qui a été fouvent pratiqué pour le repos public
dans des occafions importantes.
7. On eft convenu expreffément , que fi les Puiffances
contractantes étoient obligées d'en venir aux
voyes de fait contre celui qui refuferoit d'accepter
l'accommodement propofé , l'Empereur fe contenteroit
des avantages ftipu ez pour lui dans le Traité ,
quelque fuccés que puflent avoir fes Armes .
8. Enfin le Roi s'eft engagé d'obtenir pour
Roi d'efpagne la reftitution de Gibraltar.
Voilà ces conditions que le Miniftre d'Eſpagne
rejette avec tant de hauteur. Elles font cependant
fi convenables à la tranquilité generale , que le
Roi de Sicile , qui par l'inegalité de la Sicile à la
Sardaigne , & le feul qui paroifle y perdre , vieng
d'accepter le Traité:
L'expofé fimple & fincere de ces faits Cuffit pour
faire juger quel parti la France a dû prendre dans
les conjonctures où elle s'eft trouvée.
Le Roi d'efpagne attaque la Sardaigne, & prend
autant de foin de cacher fon deffein au Roi , qu'à
70 LE MERCURE
"
l'Empereur. Depuis cette infraction des Traitez &
aprés la déclaration de l'empereur qu'il donnoit
les mains à un accommodement : que pouvoit faire
Sa Majesté ?
En demeurant Neutre , elle auroit également
mecontenté & aliené l'Empereur & le Roi d'Efpagne
; & dans le progrés de la Guerre , une Puiffance
auffi confiderable que la France , n'auroit pû
foûtenir un perfonnage indifferent .
Si elle s'étoit jointe à l'efpagne , comme Sa Majefté
auroit violé le Traité de Bade , l'Empereur
étoit en droit de lui déclater la Guerre , & elle auroit
eû à la foûtenir en Italie , fur le Rhein , &
dans les Pays-Bas . De plus , l'Empereur auroit armé
contre elle tous fes Alliez , ou plûtôt l'Europe
entiere qui auroit été allarmée de l'union des forces
de la France & de l'Espagne. La France fe
trouvoit donc replongée dans les horreurs d'une
Guerre generale.
7
Si le Roi n'avoit eû d'autre moyen pour prevenir
ces malheurs , que de fe lier avec l'ennemi du
Roi d'alpagne pour exercer contre lui les plus
grandes rigueurs : Ce moyen tout douloureux qu'il
auroit été pour Sa Majefté , n'en auroit pas été
moins jufte ni moins neceffaire. Le falut des Peuples
, qui feul doit commander aux Souverains
l'auroit contraint de l'embrafler, & l'exemple du feu
Roi lui-même, qui avoit fait ceder toute la tendreffe
paternelle à ce devoir , deffendoit affez à fon fucceffeur
de le facrifier aux droits du Sang . Mais combien
le parti que le Roi a pris , eft il different ? Il fe lie
avec l'empereur , mais c'eft en offiant en même
tems au Roi d'Efpagne cet ennemi même & le refte
des plus grandes Puiffances de l'Europe pour Alliez
dans le moment qu'il voudra les accepter : C'eft en
l'affermiflant fur fon Thrône dont la poffeffion luf
devient inconteftable ; c'eft en lui procurant tout ce
qu'il a jamais defiré , & plus qu'il n'efperoit , &
l'aurope une tranquilité durable & folide ,
DE JANVIER. 71
·
La nouvelle entrepriſe du Roi d'efpagne fur la
Sicile a fait voir que quand même on fe feroit
borné à ne vouloir rétablir que la Neutralité en
Italie , il n'y auroit pas confenti ; & qu'on auroit
eû autant de peine à faire reftituer la Sardaigne à
P'Empereur , que l'on en peut avoir à faire executer
le Traité en entier. Qu'auroit'on fait enfin par le
fuccés même qui n'auroit point anéanti les prétentions
de l'Empereur fur la Sicile , que de fufpendre
quelque tems fes entrepriſes ?
Sa Majefté n'avoit donc d'autre reffource pour
prévenir la Guerre , que de fuivre le projet d'accommodement
entre l'empereur & le Roi d'afpagne
, & de donner par- là le rreepos à la France ,
à l'Italie , à l'Europe , fans qu'il en coûtât à la
France , que des offices honorables ; & à l'Italie ,
que l'avantage que donne à l'Empereur l'échange de
la Sicile pour la Sardaigne , qui eft contrebalancé
par les bornes que l'empereur s'eft prefcrites dans le
Traité , & par l'engagement que les principales
Puiffances de l'aurope y ont pris de garantir les
poffeffions des autres Princes d'Italie en l'état où elles
font.
Ainfi , loin que l'Eſpagne ait à fe plaindre du
Roi qui entreprend aujourd'hui la Guerre la plus
" jufte , en évitant la plus perilleufe & la plus. ruineufe
pour fes Sujets ; c'eft le Roi même qui fe
plaint avec juftice à l'Efpagne de l'avoir reduit à
Cette extremité , en refufant obſtinément la Paix ,
fous des pretextes fi frivoles , qu'on n'a pas pû jufqu'ici
les comprendre.
Tantôt c'eftoit un point d'honneur , fondé fur ce
que les Succeffions de Parme & de Tofcane étoient
accordées feulement comme Fiefs de l'Empire. Mais
Comment croire que le Roi d'Efpagne fût bleffé
pour un Prince de fa Maifon , d'une conditon qu'ont
reçûë & même recherchée tant de Rois d'afpagne
& de France ; & en dernier lieu le feu Roi fon
glorieux Ayeul ; & le Roi d'Efpague lui-même !
72 LE MERCURE
Tantôt c'eftoit l'inégalité de la reverfion de la
Sardaigne avec celle de la Sicile . Mais un defavantage
fi leger , fi incertain ; fi éloigné , pouvoit- il
eftre mis en balance avec tant d'avantages prefens
& folides ? anfin , ce qui eft décifif , on ne pouvoit
obtenir qu'à ce prix la Renonciation de l'Empereur
à l'Espagne & aux Indes Pouvoit-on commettre la
fûreté de l'Etat du Roi d'Efpagne à de fi petites difficultez
? Et un fi grand intereft ne faifoit- il pas
difparoître tous les autres ?
Tantôt, c'eftoit le pretexte d'un équilibre abſolu.
ment neceffaire en Italie , & qu'on alloit renverfer
en ajoutant la Sicile aux autres Etats que l'Empereur
y poffede. Mais le defir d'un équilibre plus
parfait meritoit- il qu'on replongeât les Peuples dans
les horreurs d'une Guerre dont ils ont tant de peine
à fe remettre ? Cet équilibre même qu'on regrette
en apparence , n'eft'il pas affûré fuffisamment , &
p'us parfaitement peut - eftre , que
fi la Sicile eftoir
demeurée dans la Maiſon de Savoye ? L'Etabliffement
d'un Prince de la Maifon d'Efpagne, au milieu
des Etats d'Italie , les bornes que l'Empereur s'eft
prefcrites par le Traité , la garantie de tant de
Puiffances , Pinterest invariable de la France , de
' Efpagne & de la Grande Bretagne , foûtenu de
leurs forces Maritimes , tant de fåretez laiffent - elles
regretter un autre équilibre ? Si lors de la Paix
d'Utrecht les Arnies Imperiales avoient occupé la
Sicile , comme elles occupoient le Royaume de
Naples , le Roi d'Elpague n'auroit pas fait difficulté
de confentir à cette difpofition ; & le (a ) Minître
d'Efpagne lui même n'a pas fait difficulté de dire
, que le Roi fon Maître n'avoit jamais compté de
garder la Sicile , & que s'il en faifoit la Conquête ,
il feroit porté , puifque toute l'Europe le vouloit ainfi
, à la remettre même à l'Empereur.
Les vrais motifs de ce refus , jufqu'à prefent im-
[a] Lettre du Marquis de Nancré du 26. Septembre 1718
penetrables
DE JANVIER. 73
penetrables , viennent enfin d'éclater. Les Lettres
de l'Ambaffadeur d'Efpagne au Cardinal Alberoni
ont levé le voile qui les couvroit , & l'on apperçoit
avec horreur ce qui rendoit le Miniftre d'Efpagne
inacceffible à tout projet de Paix . Il auro't
vu avotter par- là ces complots odieux qu'il tâmoit
contre nous. Il eût perdu toute efperance de defoler
ce Royaume , de foulever la France contre la
France , d'y menager des rebelles dans tous les
ordres de l'Etat , de fouffler la guerre civile dans
le fein de nos Provinces , & d'eftre enfin pour nous
le fleau du Ciel , en faifant éclater ces projets feditieux
, & joüer cette Mina qui devoit , felon les
termes des Lettres de l'Ambaſſadeur , fervir de pre-
Jude à l'incendie . Quelle recompenfe pour la France
des trefors qu'elle a prodiguez , & du fang qu'elle
a repandu pour l'Espagne!
La Providence a éloigné de nous ces malheurs
& tous les François , à la vûë de la trahison qui
nous les preparoit , en attendent & en preffent la
vengeance. Mais Sa Majesté n'époufe que les interefts
de fon Peuple , & non pas fes paffions. Elle
ne prend aujourd'hui les armes que pour obtenir
la Paix , fans rien perdre de fon amitié pour un Prince
qui a fans doute horreur des perfidies qu'on a
trâmées fous fon nom. Heureux fi fes vertus l'avoient
mis à couvert des furprifes de fon Miniftre ;
& fi , faiſant taire à jamais les mauvais confeils , il
n'écoutoit plus que fa parole , la Juſtice & ſa Retigion
qui le follicitent toutes à la Paix !
D
Epuis que ce Manifefte a été imprimé , on a
û un Billet du Cardinal Alberoni au Prince de
Cellamare , qui eftoit dans un paquet de Lettres
datées du 14 Decembre , porté par un Exprés ,
que l'on a arrêté à Bordeaux , & qui par confequent
a été écrit avant que ce Cardinal at û connoiffance
de ce qui s'eft paffé ici le 9. à l'égard de
l'Ambaſſadeur d'Eſpagne. Cette dépêche regarde la
G
74
1
LE MERCURE
violence exercée contre le Duc de Saint Aignan a
qui on a envoyé des Gardes du Corps du Roi d'Efpagne
le 13. de ce mois de Decembre , pour le faire
fortir de Madrid par force.
On verra par les ordres que le Cardinal Alberoni
donne au Prince de Cellamare , quelles étoient les
intentions , & combien on a efté heureux de les découvrir.
Billet du Cardinal Alberoni , au Prince de
Cellamare , jointe à une de fes Lettres , à
cet Ambaffadeur , du 14. Decembre 1718 .
Q
Uelqu'avis que l'on reçoive de ce qui s'eft
paffé à l'égard du Duc de Saint Aignan , cè
ne doit en aucune maniere être un exemple pour en
ufer de même envers vôtre Excellence. Il a été neeeffaire
avec lui de prendre ce parti , parce qu'il
avoit pris congé , parce qu'il n'avoit plus de Caractere
, & à caufe de la mauvaife conduite. Vôtre
Excellence continuera d'être ferme à demeurer à
Paris , & elle n'en fortira que lors qu'elle y fera
contrainte par la force . En ce cas il faudra ceder , en
faifant auparavant les proteftations requifes au Roi
Trés Chếtien , au Parlement & à tous les autres
qu'il conviendra , fur la violence que le gouvernement
de France exerce contre la Perfonne & le Caractere
de Vôtre Excellence.
Suppofé qu'elle foit obligée de partir , elle mettra
auparavant le feu à toutes les mines .
ORDONNANCE DU ROY
Portant déclaration de Guerre contre
l'Espagne.
MAJETE ' fidelle aux engagemens que le feu
Roi de glorieufe memoire avoit pris par les Trai. SRO
DE JANVIER. 75
tez d'Utrecht & de Bade , & vivement touchée des
Confeils qu'il lui donna dans les derniers momens
de fa vie , de ne connoître d'autre gloire que la
Paix & le bonheur de fon Royaume , a mefurẻ julqu'ici
toutes les démarches fur ces regles , qui feront
toûjours fe: ées pour elle. Sa Majefté, par les
avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , avoit
donné fes premiers foins à réunir des Puiffances
confiderables pour le maintien de la Paix , par la
triple A lance du 4. Janvier 1717. Cette précaution
& la neutralité eftablie en Italie, laifloient dans le
calme les Etats voifins de la France, & fondoient encore
une efperance de fuppléer par de nouvelles mcfures
à ce qui manquoit à la perfection des Traitez
d'Utrecht & de Bade , pour eftabler plus folidement
la tranquillité de l'Europe . Mais l'Elpagne en violant
ces Traitez , détruifit en un moment toutes
les efperances de Paix , & fit craindre le retour
d'une Guerre auffi fanglante & auffi opiniâtre, que
celle que les derniers Traitez avoient terminée. Sa
Majefté n'a rien negligé pour arrêter le feu que
l'Elpagne allumoit , & de concert avec le Ro de la
Grande Bretagne , elle a employé tous les Offices
pour menager entre l'Empereur & le Roi d'Espagne
un accommodement auffi avantageux qu'honorable
au Roi Catholique . Sa majefé & le Roi de la Grande
Bretagne ont obtenu non- feulement tout ce que
le Roi d'Espagne avoit le plus vivement preflé le
feu Roi d'obtenir pour lui , mais encore d'autres
grands avantages . Mais, comme on ne pouvoit s'affûrer
que le Miniftre du Roi d'Efpagne moderat
l'ambition de fès Projets ; & qu'il n'étoit pas jufte
que le repos de l'Europe dépendît de fon opiniàtreté
ou de ſes vûës fecretes ; Sa Majefté & le Roi
de la Grande Bretagne n'ont pû refufer aux iaftances
qui leur ont été faites , de convenir fuivant l'ufage
frequenment pratiqué dans les occafions importantes
au bien public , que fi quelqu'un des Princes
intereffez refufoit de confentir à la Paix , ila
Gij
76 LE MERCURE
réuniroient leurs forces pour l'y cbliger. L'empe
reur & le Roi de Sicile y ont donné les mains.
Mais toutes les demarches que Sa Majefté & le Roi
de la Grande Bretagne ont faites feparement &
conjointement auprés du Roi d'efpagne , n'ayant pû
fufpendre les entreprises , ni lui faire goûter une
Paix fi convenable à fes intereſts & à fa gloire : Sa
Majefté n'auroit pu manquer aux engagemens
qu'elle a pris par le Traité de Londres du 2 Août
dernier,fans violer la juftice & abandonner l'intereſt
de fes Peuples ; & el'e eft ob igée en confequence
du troifiéme des Articles féparez dudit Traité , de
declarer la Guerre au Roi d'efpagne , mais c'eft
en le conjurant encore avec les mêmes inftances
qu'elle lui a faites depuis longtems fans relâche, de
ne pas refufer la Paix à un Peuple qui l'a élevé dans
fon fein , & qui a genereulement prodigué fon fang
& fes biens pour le maintenir fur le Thrône d'efpagne
, comme il l'avoue lui - même dans fa Declaration
du 9. Novembre dernier. S'il force Sa Majefté
à porter les premieres armes contre lui , elle
a du moins la confolation de ne preferer à ce Prince
que le falut de fes Peuples , fi c'est même le lui
preferer , que de s'armer aujourd'hui contre l'efpagne
, autant pour fes propres interefts , que pour
Geux de toute l'Europe . Et à cet effet SA MAJESTE'
, de l'avis de Monfieur le Duc d'Oricans Regent
, a refolu d'employer toutes fes forces , tant
de Mer que de Terre , foûtenues de la protection
Divine qu'elle implore pour la juftice de fa caufe ,
de declarer la Guerre au Roi d'Espagne . ORDONNE
& Enjoint Sa Majefté à tous fes Sujets , Vaffaux
& Serviteurs de courre fus aux Espagnols , & leur
a défendu & défend tres - expreffément d'avoir ciaprés
avec eux aucune communication , commerce
ni intelligence à peine de la vie : Et en confequence
Sa Majesté a dés- à prefent revoqué & reveque
toutes Declarations , Conventions ou Exceprions
à ce contraires ; comme aufli toutes PermifDE
JANVIER . 77
Aons , Pafleports , Sauve gardes & Sauf- conduits
qui pourroient avoir efté accordez par Elle ou par
fes Lieutenans Generaux & fès autres Officiers, contraires
à la Prefente ; & les a declarez & declare
nuls & de nul effet & valeur , défendant à qui
que ce foit d'y avoir aucun égard . MANDE & ordonne
Sa Majefté à Monfieur l'Amiral , aux Marêchaux
de France , Gouverneurs & Lieutenans Generaux
pou: Sa Majesté en fes Provinces & Armées ,
Marêchaux de Camp , Colonels , Meftres de Camp
Capitaines , Chefs & Conducteurs de fes Gens de
Guerre , tant decheval que de pied , François & Etrangers,
& à tous autres fes Officiers qu'il appartiendra,
que le contenu en la prefente ils fiffent executer ;
chacun à fon égard , dans l'étendue de leurs Pourvoirs
& Jurifdictions : Car telle eft la volonté de
Sa Majefté , laquelle veut & entend que la Prefente
foit publiée & affichée en toutes les Villes , tang
Maritimes qu'autres , & en tous fes Poits , Havreś
& autres lieux de fon Royaume & Terres de fon
obéiffance que befoin fera , à ce qu'aucun n'en pre
tende caufe d'ignorance. FAIF à Paris le neuviéjour
de Janvier mil fept cent dix neuf.signé, LOUIS
Et plus bas , LE BLANG .
ORDONANCE DU ROY.
A Majefté êtant informée qu'il y a plu
fieurs François en Eſpagne , & ne voulant
pas qu'aprés avoir déclaré la Guerre
au Roy Catholique , aucuns de fes Sujets
ý denieurent ou faffent refidence , ni entretiennent
aucun Commerce ou Communication
avec les Espagnols ; fadite Majefté,
de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , ordonne & enjoint trés expreffé-
Giij
78 LE MERCURE
1
mment à tous fes Sujets de quelque qualité
ou condition qu'ils foient , qui font en Efpagne
dans les Terres de la Jurifdiction du
Roy Catholique , foit qu'ils y ayent pris
parti dans les Troupes du Roy Catholique
ou autrement , d'en partir & de revenir
dans le Royaume immediatement aprés la
publication de la Prefente , fur peine d'être
procedé contre les contrevenans par confifcation
de corps & de biens , fuivant la ri
gueur des Ordonnancs : Permettant toutefois
Sa Majefté aux Negocians François qui
fe trouvent en Espagne , d'y demeurer
pendant l'efpace de fix mois , à compter du
jour de la date de la prefente Ordonnance ,
pour retirer , vendre ou tranfporter leurs
Marchandifes & Effets. Mande & ordonne
Sa Majesté aux Gouverneurs & Lieutenans.
Generaux de fes Provinces , & à tous autres
fes Officiers & Jufticiers qu'il appartiendra
, de tenir la main chacun à fon
égard à l'execution de la Prefente . FAIT à
Paris le dixième jour de Ianvier mil fept
cent dix-neuf. Signé , LOUIS. Et plus bas,
LE BLANC.
E
xtrait des Regiftres du Parlement de Paris.
C & Maiſtre Guillaume de
Lamoignon , E jour les Gens du Roy font entrez ,
Avocat dudit Seigneur Roi , portant la pa
role , ont dit à la Cour :
DE JANVIER. 79
Que le devoir de leur miniftere & la fidelité
qu'ils doivent au Roi , les obligent
de déférer à la Cour un Imprimé qu'on dif
tribue dans le Royaume , fous ce titre , Deelaration
faite par le Roi , Catholique le 25.
Decembre 1718. & qu'ils ont eux-mêmes
reçû par la voye de la Pofte .
Qu'à la vue d'un Ecrit qui porte un
nom fi refpectable , ils ont été furpris de le
trouver rempli non feulement des traits &
des expreffions les plus injurieufes , mais
encore des maximes les plus expofées aux
principes du Gouvernement , & qu'ils font
bien éloignez de penfer que ce foit l'ouvra
ge d'un Prince inftruit des droits des Souverains
, & élevé dans le Royaume.
Qu'il femble que les Auteurs de cet Imprimé
feditieux , qui n'ont pu avoir d'autre
йё que de répandre la difcorde , de femer
la divifion , & d'infpirer la revolte , fo
foient crû tout permis pour y parvenir :
qu'ils ont porté leur témerité jufques fur les
Loix les plus facrées de l'Etat , & l'excès
de leur licence,jufques à méconnoiftre l'Autorité
légitime qui nous gouverne.
Qu'après cela il n'eft pas besoin d'entrer
dans un plus grand détail de ce que contient
un pareil Ecrit ; que les réflexions
qu'ils pourroient faire, feroient toujours fort
au -deffous de l'idée que la Cour en concevra
par la fimple lecture; & que cette fimple
lecture feule lui fera connoiftre les juftes
Giiij
80 LE MERCURE
motifs des Conclufions qu'ils ont prises par
écrit , & qu'ils laiffent à la Cour avec les
Imprimez qu'ils ont reçûs , & ont mis fur
le Bureau deux exemplaires dudit Imprimé,
avec deux enveloppes à leur addreffe.
Les Gens du Roi retirez.
Vû ledit Imprimé qui paroift fous le titre
de Declaration faite par le Roi Catholique
le 25. Decembre 1718 .
La matiere mife en déliberation .
LA COUR ordonne que ledit Imprimé
fera & demeurera fupprimé comme
feditieux , tendant à revolte , & contraire à
l'autorité Royale ; à cet effet , enjoint à
tous ceux qui en ont des Exemplaires, de les
apporter au Greffe de la Cour dans la huizaine
au plûtard du jour de la publication
du prefent Arreft , pour y eftre fupprimez .
Fait défenfes à tous Imprimeurs , Librarres
, Colporteurs , & à toutes autres perfonnes
, de l'imprimer , vendre , débiter ,
ou autrement diftribuer , en quelque maniere
que ce puiffe eftre , fous peine d'eftre
poursuivis comme perturbateurs du repos
public & criminels de leze- Majesté . Ordonne
que pardevant Me. Thomas Dreux Confeiller
, que la Cour a commis à cet effet
pour les témoins qui feront entendus en
cette Ville , & pardevant les Lieutenans
Criminels des Baillages & Sénechauffées ,
DE JANVIER.
Pour ceux qui pourront y eftre entendus , il
fera informé à la Requeſte du Procureur
General du Roi , pourfuite & diligence de
fes Subftituts , contre tous ceux qui ont
vendu ou diftribué ledit Imprimé , ou qui
pourroient le vendre , diftribuer, imprimer,
ou garder à l'avenir ; à cet effet permet au
Procureur General du Roi , d'obtenir &
faire publier Monitoires en forme de droit ,
pour le tout fait , rapporté & à lai communiqué
, être ordonné ce qu'il appartiendra .
Ordonne en outre que le prefent Arreft fera
envoyé aux Baillages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être lû , publié & enregiftré
, & affiché par tout où befoin fera ; Enjoint
aux Subſtituts du Procureur General
du Roi , d'y tenir la main & d'en certifier
-la Cour dans le mois. Fait en Parlement le
feize Janvier mil fept cent dix - neuf. Signé,
GILBERT.
Extrait des Registres du Parlement de Bor
deaux du
Janvier 1719.
7.
Cour, Combrett General du
E jour , Grand'Chambre & Tournele
Roi eft entré , & a dit à la Cour.
Mefficurs.
Nous avons été informez qu'il fe répandoit
dans le Public un Ecrit intitulé , Déclaration
faite par le Roi Catholiquo le 25-
$2 LE MERCURE
Decembre 17.8 . Il nous en cft même tom
bé quelques Exemplaires dans les mains .
Nous ne pouvons douter que cet Ecrit
ne foit l'ouvrage de quelques efprits inquiets
& feditieux , qui fe fervant d'un nom
auffi facré, auffi refpectable qu'eft celui du
Roi d'Efpagne , cherchent à fon infçu &
fans fa participation , à répandre l'efprit
de trouble & de divifion , que l'on fçait
affez que quelques particuliers fe font ima
giné mal- à- propos pouvoir femer dans le
Royaume.
Quoique nous foyons trés- convaincus
que les Peuples & furtout ceux de cette
Province , ne s'écarteront jamais de l'obéiffance
& de la foûmiffion qu'ils doivent au
Roi , & au Prince à qui le foin & l'adminiftration
du Royaume font confiez ; cependant
, nous ne fommes pas moins obligez
d'arrêter & d'étouffer dans leurs principes
, les moindres chofes qui peuvent tendre
à diminuer les fentimens que tous les
François doivent avoir.-
Notre zele ne nous engage pas moins
auffi de Faire connoître aux Peuples ce que
nous penfons , & ce que nous regardons
comme l'obligation la plus indifpenfable ,
dont nous ne pouvons jamais nous écarter,
afin de les maintenir & de les affermir , s'il
étoit neceffaire, dans leurs devoirs.
Nous devons nous eftimer trop heureux
de pouvoir profiter de l'occafion qui nous
DE JANVIER, 83
$
eft offerte , pour donner l'exemple au refte
du Royaume du zele & de l'attachement
que tout bon François doit avoir.
י
Cet Ecrit eft d'autant plus dangereux ,
que l'Auteur cherche d'abord à éblouir les
yeux de ceux qui le lifent , & à perfuader
qu'il vient du Roi d'Efpagne , en commençant
par un difcours trés digne des
vertus de ce Prince . Toute la France &
même toute l'Europe eft perfuadée qu'il ne
peut oublier fa Patrie , qu'il l'honorera toù.
jours des fentimens d'eftime & de tendreffe
qu'elle merite , & qu'elle s'eft fi bien acquife
par les efforts infinis qu'elle a faits pour le
foûtenir fur le Trône . Nous nous flattons
qu'il ne peut jamais les changer , & que
nous les meritons toûjours par notre refpec
& nôtre veneration : Mais , nous nous ren
drions bientôt indignes des bontez d'un
Prince auffi fage , auffi rempli de pieté &
de religion , s'il nous croyoit capables de
manquer à nos devoirs , & de lui imputer
une chofe fi éloignée du caractere de verité
& de droiture que l'on a toûjours admiré
dans S. M. C.
Il n'eft pas difficile de connoître que eet
Ecrit ne peut être que la fuitte & l'ouvrage
du complot qui a été fi heureuſement
découvert 11 femble attaquer un Prince.
aux ordres duquel nous fommes foûmis ;
que nous devons regarder comme le dépofitaire
de l'autorité Royale , & qui a ſçû fi
84 LE MERCURE
bien s'en fervir pour le foulagement & l'utilité
des Peuples.
Cet Ecrit veut jetter le trouble & la confufion
dans le Royaume , en renverfant
tous les principés de l'autorité de la
Monarchie , en introduifant des regles
que l'on n'a jamais vû pratiquer dans aucune
autre Regence , & en ne voulant reconnoître
d'autre pouvoir dans le Royaume ,
que celui d'une Affemhlée qui n'a jamais
été établie , que pour pourvoir aux fecours
& pour reprefenter les befoins de l'Etat .
C'eftpourquoi , nous requerons que cet
Ecrit qui a été repandu fous le nom de Dé
claration faite par le Roi Catholique le 25.
Decembre 1718. foit fupprimé : Que def
fénfes foient faites à toutes pertonnes ,
fous peine d'être déclarez pertubateurs du
repos public , de punition corporelle de
3000 l . d'amende , & c. de le garder , &c
Déclaration de Guerre de S. M. Britannique
contre le Roi d'Espagne .
Com nous
Omme nous étions engagez par divers
Traitez de maintenir la Neutralité
d'Italie , & de deffendre nôtre bon Frere
F'Empereur d'Allemagne, dans la polleffion
des Royaumes , Provinces & Droits dont
il jouifloit en Europe ; & que nous fouhaitions
trés - ardemment d'établir la paix & la
DE JANVIER. 85
3.
tranquilité de la Chrétienté , fur les fondemens
les plus juftes & les plus durables
qu'il nous étoit poffible : Nous avons pour
cet effet communiqué de tems en tems nos
penfées & intentions pacifiques au Roi
d'Espagne , par fes Miniftres & nous
avions conçu l'efperance qu'elles auroient
û fon approbation . Et comme ledit Roi
d'Efpagne avoit envahi par des hoftilitez &
d'une maniere injuite , l'Ifle & le Royau
me de Sardaigne , nous lui fîmes faire des
reprefentations les plus amiables à ce fujet
; mais , nous trouvant obligez de maintenir
& de renforcer nos inftances par un
Armement Naval , nous envoyâmes l'été
dernier nôtre Flote dans la Méditeranée ,
avec une pleine & fincere intention de nous
fervir de la prefence dans cette Mer , pour
appuyer des Negociations de paix afin de
reconcilier les Parties qui étoient en guerre ,
& prevenir par ce moyen les diverſes calamitez
qui doivent s'en enfuivre,
Et comme auffi , pour témoigner nos
trés finceres intentions pour la paix , nous
envoyâmes à Madrid nôtre trés- fidelle &
bien aimé Coufin & Confeiller , Jacques
Comte de Stanhope , un de nos principaux
Secretaires d'Etat, avec un plein pouvoir &
des inftructions , pour y offrir nos efforts les
plus officieux & finceres ; afin de rétablir
le repos de l'Europe , cultiver & augmenter
l'amitié dudit Roi d'Espagne. Et
86 LE MERCURE
comme malgré toutes les inftances que nous
ayons pû faire , & toutes les marques d'a
mitié & d'affection que nous ayons pû donner
dans cette occafion , nôtre Plenipoten
tiaire vint fans la moindre efperance d'aucune
difpofition pacifique dans ladite Cour
d'Efpagne ; & nôtre Amiral dans la Mediteranée
, ne trouvant auffi aucun penchant
vers de mefures amiables , fut obligé d'affilter
& de proteger par la force les Etats de
l'Empereur qui étoient dans un danger éminent
, par l'invafion du Royaume de Sicile,
& par les Flotes & les Armées confiderables
que ledit Roi d'Espagne avoit dans ccs
Quartiers-là .
Et comme- , aprés tous nos efforts , nous
avons trouvé que ledit Roi d'Efpagne ,bienloin
de vouloir écouter des propofitions d'amitié
& d'accommodement , avoit non feulement
faifi les perfonnes & les effets de nos
Sujets refidans dans fes Etats , contre la
veritable teneur & intention des Traitez
folennels entre nous ; mais , qu'il a auſſi
donné des ordres à fes Sujets d'armer contre
nous & contre nos Sujets , de les atta
quer , les faifir & les détruire , de même
que leurs biens , leurs Vaiffeaux & leurs
effets , dans quelqu'endroit qu'ils puiffent
les rencontrer. Comme cette conduite
violente & non meritée , nous a mis dans
la neceffité de pourvoir au bien & à la fûreté
de nos Royaumes, & de tous nos chers
DE JANVIER.
Sujets qui peuvent être expofez aux dangers
de ces hoftilitez , fans être autorifez
de repouffer la force par la force : Nous"
avons été obligez avec regret , de rappeller
tout ce qui s'eft fait de contraire à l'amitié,
& qui ne fe peut juftifier contre Nous &
contre nos Sujets , depuis prefque nôtre
avenement au Trône de ces Royaumes.
On n'auroit jamais fini , fi l'on vouloit
rapporter les plaintes de nos Sujets , touchant
les infractions des Traitez , la violation
des Privileges anciens & établis , &
les injuftes oppofitions faites à leur commerce
accoûtumés furquoi, nos Miniftres à
la Cour d'Espagne y ont de tems en tems
douné desMemoires & des reprefentations.
Mais , malgré leurs inftances réïterées &
trés- preffantes, ils n'ont prefque jamais pu
obtenir le moindre redreffement de la Cour
d'Efpagne qui par - là , a rendu inefficaces
les avantages que nous efperions d'avoir
procuré à nos bons Sujets par des Traitez
& des conventions.
Et de plus , comme il nous paroît par la
conduite du Roi d'Espagne , & fur tout
fuivant que nous le concevons , à l'inftigation
& par les pernicieux confeils de fon
premier Miniftre , par les avis duquel le
veritable interêt de l'Eſpagne femble être
entierement facrifié ; que les Sujets dé ce
Pais -là , font non feulement negligez ,
mais auffi opprimez ; que ledit Roi ,
88 LE MERCURE
fous couleur de balancer le pouvoir de
l'Empereur & d'affûrer la liberté des Princes
d Italie , a levé des Armées confiderables
, équipé un grand nombre de Vaiffeaux
de guerre , & fait des préparatifs extraordinaires
tant par Mer que par Terre ; ce
qui ne tendoit qu'à l éxécution de dangereux
defleins , pour enfreindre les Traitez ďVtrecht
& de Bade , fur lefquels la paix de
l'Europe étoit fondée , & pour unir fur une
même tête , lorfque l'occafion s'en prefenteroit
, les Couronnes de France & d'Ef
pagne dont la feparation a déja coûté tant
de fang & de tréfors , & ce que dans tous
les tems à venir , on doit fonger à prévenir
avec toute l'attention poflible , & s'y
oppofer par tous les moyens que Dieu a mis
entre les mains des Princes & Etats voisins,
intereffez dans ce fatal évenement,
Nous paflons fous filence les encouragemens
qu'on a donné au Prétendant à nôtre
Couronne , & à fes adherans ; les efforts
qu'on a fait pour exciter d'autres Princes
contre nous avec les frequentes menaces
dont on s'eft fervi , & qui ne conviennent
nullement à la dignité des Têtes cou
ronnées. Cependant , nous étions prêts &
difpofez de paffer par deffus toutes ces chofes
, & plufieurs autres infultes & affronts,
fi nous avions pû trouver dans ladite Cour
d'Efpagne , la moindre difpofition à entretenir
une amitié bonne & raisonnable.
Mais
2
DE JANVIER.
89
S
•
Mais , comme tous ces procedez ont enfin
abouti à des hoftilitez ouvertes , & que ni
l'interpofition de nôtre bon frere le Roi
Trés-Chrétien ni aucun autre moyen
qu'on ait employé , n'a pû nous procurer
ni à nos Alliez , ni à nos Sujets , aucun
jufte redreffement ni aucune fatisfaction ;
nous n'avons pû demeurer plus long- tems
dans l'inaction , & voir nôtre honneur maltraité
, nos bons Amis & Alliez injuftement
envahis , nos Sujets attaquez & dépouillez
, leur commerce deffendu , & tout
le préjudice qu'on a pû leur faire fans en témoigner
nôtre reffentiment de la maniere
dont nous le devons , & en prenant les armes
pour nôtre jufte deffenſe , & pour nous
faire juftice à nous - mêmes , à nos Alliez
& à nos Sujets , contre les violentes entreprifes
dudit Roi d'Espagne .
A ces caufes , mettant nôtre plus grands
confiance dans le fecours de Dieu tout- puiffant
, qui connoît les intentions bonnes &
pacifiques que nous avons toûjous euës ,nous
avons trouvé à propos de déclarer la guerre
audit Roi d'Espagne , & effectivement la
lui déclarons par ces Prefentes : Et nous
voulons en confcquence de cette Déclara
tion , pourfuivre vigoureufement ladite
guerre conjointement avec nos Allicz ;
êtant affurés du prompt fecours de tous nos
chers Sujets dans une caufe qui intereffe fr
fort l'honneur de nôtre Couronne , le main
H
100 LE MERCURE
tien des Traitez folennels des engage
mens , & la confervation des droits & avantages
de nos Sujets. Et nous voulons par
ces Prefentes , & requerous le General de
nos Forces , les Commiffaires qui exercent
la Charge de Grand Amital , nos Lieutenans
des diverfes Provinces , les Gouverneurs
de nos Places & Fortereffes , & tous
autres Officiers & Soidats fous leur commandement
par Mer & par Terre , de faire
& d'executer tous actes d'hoftilitez dans la
pourfuite de cette guerre contre ledit Roi
d'Espagne , fes Vallaux & fes Sujets & de
s'oppofer à leurs entrepriſes . Deffendons à tous
nos Sujets , & avertiffons toutes autres perfonnes
de quelque Nation qu'elles foyent, de
ne point transporter des gens de guerre , des
armes,de la poudre , des munitions ou autres
effets de contrebande , dans aucun Etat, Païs
ou Colonie du Roi d'Efpagne;déclarant que
quelque Vailleau que ce foit qui fera trouvé
tranfportant des
des gens
de guerre , des armes ,
&c.dans aucun Etat , Pais, & c.du Roi d'E {~´~ !
pagne, s'il eft pris , il feracondamné comme de
bonne prife.Et comme il y a diversSujets du
Roi d'Efp. qui reftent dans nos Royaumes ,
malgré les mauvais traitemens que plufieurs
de nos Sujets y ont reçû, nous déclarons par
ces Prefentes , que nôtre intention Royale
eft , que tous les Sujets d'Espagne qui fe
comporteront fidellement envers nous ,
foyent affûrez dans leurs perfonnes & dans
leurs biens. Donné dans nôtre Cour à S.
DE JANVIER ΤΟΥ
James , le 23. Decembre 1718. l'an cinquième
de nôtreRegne. GEORGE Roi. Vive le Roi
EXTRAIT DU TRAITE' ,
Entre le Roi , l'Empereur & le Roi de la
Grande Bretagne , pour la pacification de
l'Europe , conclu à Londres le 2. Aouft
1718.
L
QUIS par la grace de Dieu , Roi de France :
& de Navarre . A tous ceux qui ces prefentes
Lettres verront , SALUT. Comme nôtre amé & féal
le fieur Abbé du Bois , Confeiller ordinaire en notre
Confeil d'Etat , & au Confeil des Affaires Etrangeres
, Secretaire de nôtre Cabinet , & nôtre Plénipotentiaire
, auroit en vertu des Pleins- Pouvoirs que
nous lui en avions donnez , conclu , arrêté & figné à
Londres le 2. du prefent mois d'Août avec les Sieurs
Chriftophe Penterridter d'Adelshaufen , Confeiller
Imperial Aulique, & Affeffeur du Confeil des Pays-
Bas Autrichiens , & Jean- Philippe Hoffman , Refident
de nôtre tres - cher & tres amé frere l'Empereur
des Romains à Londres , fes Plénipotentiairess
pareillement munis de fes Pleins Pouvoirs , & avec
les Sieurs Guillaume Archevêque de Cantorberi
Primat & Métropolitain de toute l'Angleterre , Tho
mas Parker , Baron de Macclesfield , Grand Chancelier
de notre trés cher & trés - amé frere le Roi de
La Grande Bretagne ; Charles Comte de Sunderland
Prefident du Confeil de nôtredit frere ; Evelyn Duc
de Kingston , Garde du Sceau Privé ; Henry Duc
de Kent , Grand Maître de la maifon de notred.g
frete , Thomas Duc de Nevvcaftle , Chambellan
Charles Duc de Bolton , Lieutenant & Gouverneur
General du Royaume d'Irlande , Jean Duc de Rox
burghe l'un des premiers Secretaires d'Etat de la
Grande Bretagne , Jacques Comte de Berkeley, pre--
102 LE MERCURE.
mier Commiflaire de l'Amirauté, & Jacques Craggs
a uffi l'un des premiers Secretaires d'Etat de la Grande
Bretagne , Plénipotentiaires de nôtredit frere le Roi
de la Grande Bretagne , pareillement munis de fes
Pleins- Pouvoirs , le Traité d'Alliance & les Articles
féparez dont la teneur s'enfuit.
Au nom de la Très- Sainte & indivifible
Trinité.
Q
U'il foit notoire & évident à tous ceux à qui il
appartient , ou peut appartenir de quelque maniere
que ce foit ..
ap-
Qu'aprés que le Sereniffime & Trés- Puiffant:
Prince Louis XV. Roi. Trés. Chrétien de Fiance
& de Navarre , & le Sereniffime & Trés-Pulffant
Prince Georges Roi de la Grande Bretagne , Ducde
Brun vick & de Lunebourg , Electeur du Saint:
Empire Fomain & c. & les Hauts & Puiffans Etats
Generaux des Provinces Unies des Pays Bas ,
pliquez continuellement au maintien de la Paix , ont
reconnu parfaitement, qu'ils avoient pourvû en quelque
forte à la fûreté de leurs Royaumes & Provin--
ces , par la Triple Alliance conclue entr'eux le 4.
Janvier 1717. mais non entierement , & fi fo'ide
ment , que la tranquilité publique pût fubfifter
long-tems, & ê re confervée par ce moyen , fi l'on
ne détruifoit en même tems les inimitiez & les
fources perpetuelles des differens , qui augmentent.
encore entre quelques Princes de l'Europe , comme
ils en ont fait l'experience par la Guerre qui s'eft
élevée l'année derniere en Italie. Dans la vûë de
l'éteindre affez à tems , i's font convenus entr'eux
de certains art cles par le Traité conclu le 18. Juillet.
1718. felon lefquels la Paix pourroit être établie entre
Sa Majesté Imperiale & le Roi d'Espagne , &
entre Sadite Majefté Imperiale & le Roi de Sicile ,
aprés avoir invité amiablement Sa Majefté Impe
DE JANVIER. 103
riale de vouloir bien pour l'amour de la Paix , & de
la tranquilité publique , approuver & recevoir lefdits
Articles , & entrer elle- même dans le Traité conclu
entr'eux , dont la teneur s'enfuit.
Conditions de la Paix entre Sa Majefte
Imperiale & Sa Majesté Catholique.
ARTICLE PREMIIR.
Pour reparer les troublesfaits en dernier lieu con
tre la Paix concluë à Bade le 7. Septembre 1714.
& contre la Neutralité établie pour l'Italie par le
Traité du 14. Mars 1713. le Sereniffime & Trés
Puiffant Roi d'Eſpagne s'engage de reftituer à Sa
Majefté Imperiale , & lui reftituera effectivement
immediatement aprés l'échange des Ratifications du
prefent Traité, ou au plus tard 2 mois aprés ,l'ifle &
Royaume de Sardaigne en l'état oùil étoit lorsqu'il
s'en eft emparé , & renoncera en faveur de S. M.
1. à tous droits , prétentions , raiſons & actions fur
Tedit Royaume , de forte que S. M. I. puifle en difpofer
en pleine liberté , & comme de choſe à elle
appartenante , de la maniere dont elle l'a réfolu
pour le bien public .
ART IT.
Comme le feul moyen qu'on ait pû trouver pour
établir un équilibre permanent dans l'Europe , a été
de regler que les Couronnes de France & d'Espagne
ne pourroient jamais , ni en aucun tems , être réu→
nies fur la même tête , ni dans une même ligne ;.
& qu'à perpetuité ces deux Monarchies demeureroient
feparées , & que pour affûrer une regle &
neceffaire pour le repos public , les Princes qui par
leur naiffance , pourroient avoir droit à ces deux
fucceffions , ont renoncé folennellement à l'une des
deux , pour eux , & pour touteleur pofterité , & que
sette feparation des deux Monarchies eft devenue
104 EE MERCURE
une loi fondamentale, qui a été reconnue par lesEtats
Generaux , nommez communément LAS CORTES ,
affemblez à Madrid le 9. Novembre 1712. & confirmée
par les Traitéz conclus à Utrecht le 11. Avril
1713. Sa Majesté Imperiale , pour donner la derniere
perfection à une loi fi neceffaire & fi falutaire , &
pour ne laiffer plus à l'avenir aucun fujet de mauvais
foupçon , & voulant affûrer la tranquilité p blique ,
accepte & confent aux difpofitions faites , reglées ,
& confirmées par le Traité d'Utrecht touchant le
droit & l'ordre de fucceffion aux Royaumes de
France & d'Espagne , & renonce , tant pour elle,
que pour fes heritiers, defcendans , & fucceffeurs mâles
& femelles;à tous droits & à toutes prétentions generalement
quelconques , fans aucune exception, fur
tous les Royaumes , Pays & Provinces de la Monarchie
d'Espagne , dont le Roi Catholique a été
reconnu légitime poffeffeur par les Traitez d'Utrecht
; promettant de plus d'en donner les Actes de
renonciation autentiques , dans toute la meilleure forme,
de le faire publier & enregistrer où befoin fera ,
& d'en fournir des expetitions en la maniere acccûtumée
à Sa Majesté Catholique , & aux Puiflances
contractantes .
ART. 1 I I.
En confequence de ladite renonciation , que Sa
Majefté Imperiale a faite par le defir qu'elle a des
contribuer au repos de toute l'Europe , & parce que
le Duc d'Orleans a renoncé pour lui & pour les defcendans
, à fes droits & prétentions fur le Royaume
d'Efpagne, a condition que l'Empereur , ni aucun de
fes defcendans ne pourroient jamais fucceder audit
Royaume ; Sa Majefté Imperiale reconnoît le Roi
Philippe V. pour légitime Roi de la monarchie d'af
pagne & des Indes , promet de lui donner les titres
& qualitez dûs à fon rang & à fes Royaumes ,
de laiffer jouir paifiblement , lui , fes defcendans ,
heritiers , & fucceffeurs mâles & femelles , de tous
les Etats de la Monachie d'Elpagne en Europe , daus
E
DE JANVIER. IOSE
les Indes & ailleurs, dont la poffeffion lui a été aflú.
rée par les Trastez d'Utrecht , de ne le troubler
directement ni indirectement dans ladite pofleffon,
& de ne former jamais aucune prétention fur
lefdits Royaumes & Provinces.
ART. IV ..
En confideration de la renonciation , & de la reconnoiffance
, que Sa Majefté Imperiale a far es par
les deux articles précedens , le Roi Catholique renonce
réciproquement, tant pour lui , que pourfes heritiers
, defcendans , & fuccefleurs mâles & femelles ,
sen faveur de Sa Majefté Imperiale , & de les fuc→
ceffeurs , heritiers, & deſcendans mâles & femelles,
à tous droits & prétentions quelconques,fans rien excepter
, for tous les Royaumes , Pays & Provinces
-que Sa Majefté Imperiale poffede en Italie, & dans
les Pays- Bas , ou devra y poffeder en vertu da prefent
Traité & generalement à tous les droits
Royaumes , & Pays en Italie, qui ont appartenu autrefois
à la monarchie d'Espagne , entie lefquels :
le Marquilat de Final, cedé par Sa Majefté Imperiale
à la Republique de Genes l'an 1713. doit être cen
fé expreffément compris, promettant de donner les
actes folennels de renonciation ci- devant énoncez ,、
dans toute la meilleure forme; de les faire publier &
: enregistrer où befoin fera , & d'en fournir des expe
ditions à Sa Majesté Imperiale , & aux Puiffances
contractantes en la maniere accoûtumée. Sa majeſté
Catholique renonce de même au droit de reverfion
à la Couronne d'efpagne , qu'elle s'étoit refer--
vé fur le Royaume de Sicile . & à toutes autres
actions , & prétentions qui lui pourroient fervir
de prétexte pour troubler l'empereur ,fes heritiers ,
& fucceffeurs , directement ou indirectement , tant
dans lefdi s Royaumes & Etats , que dans tous ceux
qu'il poflede actuellement dans les Pays-Bas, & par
tout ailleurs.
ART. V.
Comme l'ouverture aux fucceſſions des Etats poſ
106 LE MERCURE
fedez prefentement par le Grand Duc de Tofcane ,
& par le Duc de Parme & de Plaifance , fi eux &
leurs fucceffeurs venoient à manquer fans potefterité
mafculine , pourroit donner lieu à une nouvelle
guerre en Ita ie, d'un côté par les droits quela prefente
Reine d'Efpagne , née Ducheffe de Parme , prétend
avoir fur lesdites fucceffions , aprés le decés des
heritiers legitimes plus proches qu'elle ; & d'un antre
côté par les droits que l'Empereur & l'Empire
prétendent avoir auffi fur lefdits Duchez : afin de
prévenir les fuites funeftes de ces conteftations , il a
été convenu que lesdits Etats ou Duchez poflédez
prefentement par le Grand Duc de Tofcane, & par le
Duc de Parme & de Plaifance , feront reconnus à
l'avenir , & à perpetuité par toutes les parties contractantes
, & tenus indubitablement pour fiefs mafculins
du Saint Empire Romain ; & lorfque la
fucceffion aufdits Duchez viendra à écheoir au défaut
de fucceffeurs mâ.es , Sa Majefté Imperiale, pour
elle , comme, Chef de l'Empire , confent que le fils
aîné de la Reine d'tfp. & fes defcendans mâles nez
de legitime mariage , & à leur défaut le fecond fils,
ou les autres cadets de ladite Reine , s'il vient à en
naître quelques uns , pareillement avec leurs defcendans
mâles nez de legitime mariage , fuccedent
dans tous lesdits Etats : & comme le confentement
de l'Empire eft requis pour cet effet , Sa Majesté Imperiale
employera tous fes foins pour l'obtenir , &
aprés l'avoir obtenu , elle fera expedier les lettres d'expectative
, contenant l'inveftitue éventuelle pour
Je fils , ou les fils de ladite Reine , & leurs defcendans
mâ'es legitimes, en bonne & dûe forme , & les fera
remettre auffi - tôt aprés entre les mains de fa Majefté
Catholique, cu du moins deux mois aprés l'échange
des Ratifications , fans cependant qu'il en arrive
aucun dommage ou préjudice , & fauf dans toute
fon étendue la poffeffion des Princes qui tiennent
actuellement le dits Duchez.
Leurs Majeftez Imperiale & Catholique font
convenues
DE JANVIER, 107
convenues , que la Place de Livourne demeurera à
perpetuité un Port franc de la même maniere qu'il
Peft prefentement.
En confequence de la renonciation que le Roi
d'Espagne a faite à tous les Royaumes , Pays &
Provinces en Italie qui appartenoient autrefois aux
Rois d'Espagne , il cedera & remettra audit Prince
fon fils , la Place de Portolongone , avec ce que Sa
Majefté Catholique poffede actuellement de l'Ifle
d'Elbe, auffi- ôt que par la vacance de la fucceffion
du Grand Duc de Tofcane , au défaut de deſcendans
mâ es , ledit Prince d'Espagne aura été mis en
poffeffion actuelle defdits Etats .
Il a été reglé pareillement & ftipulé folennellement,
qu'aucun defdits Duchez & Etats , ne pourra
ou ne devra jamais , dans quelque tems , ou quelque
cas que ce foit , être pofledé par aucun Prince,
qui fera en même teras Roi d'Epagne & qu'un
Roi d'afpagne ne pourra jamais prendre & gerer la
tutelle du même Prince.
›
Enfin , il a été convenu entre toutes & chacune
des Parties contractantes , & elles fe font pareillement
engagées , à ne point permettre que pendant la
vie des prefens poffeffurs des Duchez de Toſcane &
de Parme , ou de leurs fuccefleurs mâles , l'Empe-
Teur & les Rois de France & d'efpagne , & le Prince
defigné ci deffus , pour cetro uccellion , puiffent
jamais introduire aucuas foldats de quelque nation
qu'ils foient, de leurs propres troupes , ou autres à
leur folde , dans les pays & terres dcfdits Duchez ,
ni établir des garnifons dans les Villes , Ports , Citadelles
& Fortereffes qui y font fituées .
Mais , afin de procurer une fûreté encore plus
grande contre toute forte d'évenemens , audit fils de
la Reine d'Espagne defigné par ce Traité , pour fucceder
au Grand Duc de Tolcane , & au Duc de
Parme & de Plaifance , & de le rendre plus certain
de l'execution de ce qui lui eft promis pour ladite
fucceflion , de même que pour mettre hors de tour
Janvier 1719.
208. LE MERCURE
atteinte la feodalité établi fur lefdits Etats, en faveur
de l'Empereur & de l'Empire , il a été convenu de
part & d'autre , que les Cantons Suifles mettront en
garnifon dans les principales places de ces Etats ,
fçavoir à Livourne , à Portoferraio , à Parme & à
Plaifance ,un Corps de Troupes , qui n'exced ra cependant
pas le nombre de fix mille hommes ; que
pour cet effet les trois Parties contractantes , qui font
l'office de Mediateurs , payeront aufdits Cantons les
fubfides neceflaires pour leur entretien , & qu'elles
y resteront , jufqu'à ce que le cas de ladite fucceffion
arrive, & qu'alors elles feront tenues de remettre au
Prince défigné pour la receüillir , les Places qui leur
auront été confiées , fans cependant que cela caule
aucun prejudice ou aucune depenfe aux prefens poffeffeurs
, & à leurs fuccefleurs mâles , a qui le dites
Troupes prêteront ferment de fidelité , & elles
ne prendront point d'autre autorité , que celle de
défendre les Places dont elles auront la garde.
Et comme le tems que l'on pourroit employer à
Convenir avec les Cantons Suiffes , du nombre de ces
Troupes , des fubfides qu'on leur fournira , & de
la maniere de les lever , apporteroit peut - être trop
de retardement à un ouvrage auffi falutaire ; fa facrée
majefté Britannique par le defir fincere qu'elle
a de l'avancer , & pour parvenir encore plûtôt au
rétabliffement de la tranquilité publique , qui eft
le but qu'on le propofe , ne refufera pas , fi les autres
contractans le jugent à propos , de fournir de
fes propres Troupes pour l'ufage marqué ci- deffus
en attendant que celles qui feront levées en Suiffe,
puiffent prendre la garde defdites Places.
ART VI.
Sa majefté Catholique , pour donner une preuve
fincere de fes bonnes intentions pour le repos public
, confent à la difpofition qui fera faite ci aprés
du Royaume de Sicile , en faveur de l'Empereur; renonce
pour elle & pour fes heritiers , & fucceffeurs ,
males & femelles, au droit dereverfion dudit RoyauDE
JANVIFR. 109
meâ la Couronne d'Espagne, qui lui avoit été referé
expreflément par l'acte de ceffion du 10. Juin 1713.
en faveur de bien public , déroge,autant que befoin
roit , audit acte du to Juin 1713. & à l'AtticleV 1.
duTraité conclu à Utrecht , entre Sa Majefté Catholique
& Son Altefe Royale le Duc de Savoye , & geperalement
à tout ce qui pourroit être contraire à la
troceffion , difpofition , & échange dudit Royaume
de Sicile , ainfi qu'il eft ftipulé par les prefentes
conventions; à condition toutefois , qu'en échange, le
droit de reverfion fur l'Ile & Royaume de Sardaigne
la même Couronne lui fera cedé & affûré , comme
il eft expliqué plus au long ci - deffous , dans l'Arcle
11. des conventions entre Sa Majefté Imperia-
& le Roi de Sicile.
ART. VII.
L'Empereur & le Roi Catholique promettent muellement,
& s'engagent , à la défenſe ou garentie reiproque
de tous les Royaumes & Provinces qu'ils
poffedent actuellement , ou doivent poffeder en veru
da prefent Traité.
AR T. VIII.
Leurs Majeftez Imperiale & Catholique, executefont
immediatement aprés l'échange des Ratifications
les prefentes conventions , touces & chacunes ,des conitions
qui yfont contenues , & cela dans l'espace
de deux mois au plus tard ; & les Ratifications defites
conventions feront échangées à Londres dans
elpace de deux mois , à compter du jour de la finature
, ou plutôt fi faire le peut ; & immediament
aprés l'execution préalable desdites condihons
, leurs Miniftres Plenipotentiaires qui feront
autorifez d'elles , conviendront dans le lieu du Congrez
dont elles feront demeurées d'accord , & cela
plûtôt que faire fe pourra , des autres détails de
eur paix particuliere , par la mediation des trois
Puiffances contractantes.
De plus , il a été convenu , que dans le Traité parulier
de Paix à faire , entre l'Empereur & le Roi,
I ij
110 LE MERCURE
d'efpagne , il fera accordé une amnistic general
pour toutes les perfonnés , de quelque état , dignite
rang & fexe qu'elles foient, tant de l'état Ecclefiaft
que , que du Militaire or du Civil , qui auront fui
le parti de l'une ou de l'autre Puiffance , pendant 1
cours de la derniere guerre , en vertu de laquell
amniftie , il fera permis à toutes lefdites perfonne
& à chacune d'elles , de rentrer dans la pleine po
feffion & jouiffance de leurs biens , droits, privilege,
honneurs , dignitez & immunitez , pour en jou
auffi librement qu'elles en jouifloient au commenc
ment de la dernière guerre, ou au tems que lesdite
perfonnes fe font attachées à l'un ou à l'autre parti
nonobftant les Confifcations , Arrêts & Sentenc
donnez , ou prononcez pendant la guerre , lefque,
feront comme nuls & non avenus ; & de plus en ve
ta de ladite amnistie , toutes & chacunes de dit
perfonnes qui auront fuivi l'un ou l'autre parti , f
ront en droit & en liberté de rentrer dans leur pa
trie & de jouir de leurs biens , comme fi la gue
re n'étoit point avenue , avec plein droit d'adm
niftrer leurs biens en perfonne , fi elles font prefer
tes , ou par Procureur, fi elles aiment mieux êt
hors de leur patrie , de les pouvoir vendre ou en di
pofer , de telle maniere qu'elles jugeront à pr
pos , comme elles étoient en droit de le faire avan
Je commencement de la guerre.
Conditions du Traité à faire entre Sa Ma
jefté Imperiale , & le Roi de Sicile,
ARTICLE Į.
Oute l'Europe ayant reconnu , que la difpo
fition de la Sicile en faveur de la Maifon de Sa
voye , qui avoit été faite par les Traitez d'Utrecht
uniquement dans la vûë d'affûrer la Paix , fans qu
Roi de Sicile prétendit avoir aucun droit à
DE JANVIER.
III
e Royaume ; loin de contribuer à cette fin , avoit été
le principal obftacle qui avoit empêché juſqu'à pre-
Tent l'Empereur d'y donner les mains ; parce que
la feparation des Royaumes de Naples & de Sicile,
qui ont été fi longtems unis fous la même domi-
- nation , & fous le nom commun des deux Siciles ,
eſt contraire , non feulement aux interefts com→
muns de ces deux Royaumes , & à leur mutuelle
conſervation ; mais encore au repos du refte de l'1-
talie ; pouvant donner lieu tous les jours à de Louveaux
troubles , par la correfpondance & les anciennes
lia fons des deux Peuples , qu'on ne détruiroit
pas aifément , & par la diverfité des interefts de leurs
Maîtres , qu'il feroit difficile de concilier . Les Puiffances
qui ont mis la premiere main aux Traitez
d'Utrecht, ont crû qu'on feroit bien fondé, même fans
le confentement des Parties intereffées , à dérog er à
Particle feul du Traité d'Utrecht , qui regarde la difpofition
du Royaume de Sicile , qui n'eft pas effentiel
au Traité , en confideration de l'accroiflement ,
& de la perfection que ce même Traité reçoit par la
- Renonciation de l'empereur , qu'on préviendroit
3 par l'échange du Royaume de Sicile , avec celui de
Sardaigne , les Guerres dont l'Italie eft menacée ,
Sa Majefté Imperiale reven iiquoit par les Armes
la Sicile , à laquelle elle n'a jamais renoncé, & qu'elle
eft en droit d'attaquer , depuis l'atteinte qui a été
donnée à la neutralité d'Italie , par l'occupation de
la Sardaigne ; & qu'on affûreroit en même tems
au Roi de Sicile un Etat certain & permanent, par
un Traité auffi folennel avec Sa Majefté Imperiale,
& par la garentie des principales Puiffances de l'au
1ope. Sur des motifs fi puiffans , on eft convenu ,
que le Roi de Sicile remettra à l'Empereur Pifle &
1 : Royaume de Sicile, avec toutes fes dépendances , &
annexes dans l'état cù ils ſe trouvent actuellement,
immédiatement aprés l'échange des Ratifications
du prefent Traité , ou au plutard deux mois aprés
*chonçant à tous droits & prétentions audit Royau
I iij
112 LE MERCURE
me, pour lui, fes heritiers , & fuccefleurs ,mâles & fer
melles , en faveur de Sa Majefté Imperiale , fes he
ritiers , & fucc.ffeurs , mâles & femelles , fans claufe
de reverfion à la Couronne d'Efpagne.
ART . II.
En échange, Sa Majefté Imperiale remettra au Roi ‹
de Sicile , l'Ile & Royaume de Sardaigne dans le
même étar qu'elle l'aura reçu du Roi Catholique ,
& renoncera à tous droits & actions audit Royaume
de Sardaigne , pour elle , fes heritiers & fucceffeurs
mâles & femelles , en faveur du Roi de Sicile , fes
Heritiers & fucceffeurs , pour le poffeder deformais
, & à toûjours , à titre de Royaume , avec tous
Jes honneurs attachez à la Royauté , comme il avoit
poffedé le Royaume de Sicile ; fauf cependant , comme
il a été tipulé ci- deflus , la réverfion dudit
Royaume de Sardaigne à la Couronne d'Eſpagne
au défaut des defcendans mâles du Roi de Sicile , &
des fucceffeurs mâles de toute la maifon de Savoye
de la même maniere , que ladite réverfion avoir
été ftipulée & reglée pour le Royaume de Sicile
par les Traitez d'Utrecht , & par l'Acte de ceffion
faite en confequence , par le Roi d'afpagne .
ART II.
"
2
Sa Majesté Imperiale confirmera au Roi de Sicile
, tentes les ceffions qui lui ont été faites par le
Traité figné à Turin le 8. Novembre 1703. tant de la
partie du Duché de Montferrat , que des Provinces ,
Villes, Bourgs, Châteaux , Terres , lieux , droits & revenus
dans l'Etat de milan qu'il poffede , & de la
maniere dont il les poffede actuellement ; & promettra
pour elle , fes defcendans & fucceffeurs , de ne
le jamais troubler , ni fes heritiers ; defcendans , &
fucceffeurs dans ladite poffeffion , à condition toutesfois
, que toutes les autres actions ou prétentions ,
que ledit Roide Sicile pourroit former en vertu dudit
Traité , feront & demeureront à jamais éteintes.
ART. I V.
Sa Majesté Imperiale reconnoîtra le droit de
DE JANVIER 11$
Koi de Sicile , & de Sa Maiſon , pour fucceder immédiatement
à la Couronne d'Espagne , & des Indes,
au défaut du Roi Philippe V. & de fa pofterité, de la
maniere qu'il eft établi par les Renonciations du Roi
Catholique , du Duc de Berry , du Duc d'Orleans ,
& par les Traitez d'Utrecht ; & Sa Majefté Imperiale
promettra , tant pour elle , que pour fes
fucceffeurs & defcendans , de n'y jamais faire aucune
oppofition , directement , ni iadirectement , & de no
jamais former aucune prétention contraire. Bien
entendu pourtant qu'aucun Prince de la maifon
de Savoye , qui fuccedera à la Couronne d'Espagne ,
ne pourra jamais poffeder en même tems aucun
Etat ouPays , dans le continent d'Italie ; & qu'alors
ces Etats pafferont aux Princes collateraux de cette
Maifon , qui y fuccederont l'un aprés l'autre , ſelon
la proximité du fang.
ART. V.
Sa Majesté Imperiale & le Roi de Sicile , fe garentiront
mutuellement tous les Royaumes & Etats
qu'ils poffedent actuellement en Italie , ou qu'ils
y doivent poffeder , en vertu du prefent Traité."
ART. V I.
Sa Majefté Imperiale & le Roi de Sicile , execute
font , immédiatement aprés l'échange des Ratifications
des prefentes conventions , toutes & chacunes
les conditions qui y font contenuës ; & ce dans
Pefpace de deux mois au plûtard ; & les Ratifications
defdites conventions feront échangées à Londres
, dans l'efpace de deux mois , à compter du jour
de la fignature , ou plutôt fi faire fe peut : Et immédiatement
aprés l'execution préalable defdites
conditions leurs Miniftres Plenipotentiaires autorifez
d'elles , conviendront dans le lieu du congrés
dont elles feront demeurées d'accord , des atttres
détails de leur Traité particulier , par la médiation
des trois Puiffances contractantes.
Que Sadite Majefté Imperiale Catholique , erant
d'elle même trés-portée à avancer l'ouvrage de la
I üij
t
LE MERCURE
Paix , & à éloigner les fuites funeftes de la Guerre ,
par un defir fincere d'affermir la tranquilité publique
, a accepté comme elle accepte , en vertu du
prefent Traité , les conventions inferées ci- deffus ,
& tous & chacuns de leurs articles ; & en confequentee
, elle a conclu avec leflites trois Puiffances une
Alliance particuliere , dont les articles fuivent .
ARTICLE I.
Il y aura entre la Sacrée majesté Imperiale- Catho
hique , fa Sacrée Majefté Trés - Chrétienne , fa Sacrée
majefté Britannique , & les Hauts & Puiffans
Seigneurs Etats Generaux des Provinces - Unies des
Pais Bas , leurs heritiers & fuccefleurs , une Allianse
trés-étroite ; en vertu de laquelle chacune de ces
Puiflances fera tenue de défendre les Etats & Sujets
des autres , de maintenir la Paix, de procurer leurs
avantages
comme les fiens propres , & de prevenis
& détourner
toutes fortes de dommages
& d'in
Jares.
ART. II.
Les Traitez conclus à Utrecht , & à Bade es
Suifle , fubfifteront dans leur entier & dans toute
leur force & vigueur , & feront partie de celui ci ,
à l'exception des articles , aufquels le bien public a
exigé expreffément qu'il fût derogé par le prefent
Traité , comme auffi des Articles des Traitez d'Urecht
, aufquels il a été derogé par le Traité de
Bade ; cependant le Traité d'Alliance , conclu à
Londres le 25. Mai de l'année 1716. entre la Sacrée
majefté Imperiale. Catholique , & fa Sacrée Majefté
Britanique , demeurera en pleine force & vigueur
dans toute fon étendue , auffi- bien que le Traité
'Alliance, conclu à la Haye le 4. Janvier 1717. en-
Are leurs Majeftez Trés- Chrêtienne & Britannique ,
& les Etats Generaux des Provinces Unies des Puis-
Bas.
ART . III.
3 Sa Majefté Trés Chrétienne , conjointement agec
Sa Majesté Britannique , & les Seigneurs Etats
DE JANVIER. II
Beneraux des Provinces Unies des Pays -Bas , promettent
pour eux , leurs heritiers & fucceffeurs , de
i ne jamais troubler directement , ni indirectement
fa Sacrée Maj : fté Imperiale Catholique , fes heritiers
& fuccefleurs , dans aucun des Royaumes, Païs
& Provinces qu'elle poffede prefentement , en yertu
des Traitez d'Utrecht , & de Bade , ou dont elle obtiendra
la poffeffion par le prefent Traité ; mais au
contraire , de garentir tous les Royaumes , Provinces
& Droits qu'elle poffede ou poffedera , en vertu de
ee Traité , tant en Allemagne , & dans les Pays-
Bas , qu'en Italie ; s'engageant de défendre lefdits
Royaume & Pays de la Sacrée Majesté Imperile-
Catholique , contre tous & chacuns de ceux qui
pourroient les attaquer, & de fournir à fa Sacrée majefté
Imperiale Catholique , le cas arrivant , les
fecours dont elle aura befoin , fuivant les conditions
& la repartition cy aprés ftipulées. Pareillement
leurs Majeftez Trés- Chrêtienne & Britanni❤
que, & les Etats Generaux , s'obligent expreffément,
de ne donner ou accorder aucune protection ni azile,
dans aucun endroit de leurs Etats , à ceux des Sujets
de fa Sacrée Majefté Imperiale Catholique , qui font
actuellement , ou qui feront à l'avenir déclarez rebelles
: Et en cas qu'il s'en trouve de tels dans leurs
Royaumes , Pays & Provinces , ils prome : tent fericufement
& fincerement de donner les Ordres neceffaires
, pour les en faire fortir huit jours aprés
qu'ils en auront été requis de la part de Sa Majefté
Imperiale.
ART. IV.
Sa Sacrée Majefté Imperiale Catholique promet
reciproquement pour elle, fes heritiers & fucceffeurs,
conjointement avec la Sacrée majefté Britannique ,
& les Etats Generaux des Provinces Unies des Pays-
Bas , de ne jamais troubler directement , ni indirectement
fa Sacrée majefté Trés- Chrêtienne , dans aucun
des Etats que la Couronne de France poffede
actuellement, mais an contraire de les garentir & dé-
1
116 LE MERCURE
fendre contre tous & chacuns de ceux qui pourroien
les attaquer , & de fournir en ce cas les fecours done
le Roi Trés Chrêtien aura beſoin , fuivant qu'il eft
Ripulé ci - aprés.
Pareillement fa Sacrée Majefté Imperiale - Cathofique
, fa Sacrée Majefté Britannique , & les seigneurs
Etats Generaux , promettent & s'engagent
de maintenir , garantir & défendre le droit de fucceffion
au Royaume de France , fuivant la teneur
des Traitez conclus à Utrecht le 11. Avril 1713.
s'obligeant à foutenir ladite fucceffion , fuivant la
tenonciation qui a été faite par le Roi d'efpagne
le 5.Novembre 1712. & acceptée dans lesEtats Generaux
d'Espagne , par un Acte folennel le 9. defdits
mois & an , dont en confequence il a été fait une
loi le 8. mars 1713. & qui a enfin été reglée & établie
par lefd . Traitez d'Utrecht, & cela contre tous ceux
qui voudroient troubler l'ordre de ladite fucceffion
au préjudice des Actes fufdirs , & des Traitez faits
en confequence , & fournir pour cet effet les fe-
Cours fuivant la répartition convenuë ci aprés ; &
même le cas le demande , d'y employer toutes
feurs forces , & déclarer la Guerre à celui qui tente
roit d'enfraindre , ou attaquer ledit ordre de fucfeffion
:
De plus Sa Majesté Imperiale Catholique, Sa Majefté
Britannique , & les Etats Generaux , s'obligent
auffi de ne donner ou occorder aucune protection
ni azile dans aucun endroit de leurs Erats , à ceux
des Sujets de Sa Majefté Trés Chrêtienne , qui font
actuellement , ou feront à l'avenir déclarez rebelles;
& en cas qu'il s'en trouve de tels dans les Royaumes,
'Etats & Pays de leur obéiflance , ils leur ordonneront
d'en fortir , huit jours après qu'ils en auront
été requis de la part de Sa Majefté Trés- Chrêtienne.
ART. V.
Sa Sacrée Majefté Imperiale- Catholique , fa Sa
rée Majefté Trés- Chrêtienne , & les Etats Geno
*
DE JANVIER. 117
faux des Provinces-Unies des Pays Pas , s'engagent
pour eux , leurs heritiers & fucceffeurs , à maintenir
& garentir , la fucceffion au Royaume de la Grande
Bretagne , telle qu'elle eft établie par les Loix du
Royaume , dans la Maifon de Sa Majefté Britan
nique , à prefent regnante : Comme auffi de garentir
tous les Etats & Pays que Sa Majesté Britannique
poffede , & de ne donner & accorder aucun azile
ni retraite , dans aucune partie de leurs Etats , à
Ja Perfonne , qui pendant la vie de Jacques II a pris
le titre de Prince de Gales , & depuis fa mort le
titre de Roi de la Grande Bretagne , ni aux defcendans
de ladite Perfonne , en cas qu'elle vint à
en avoir : Promettant pareillement pour eux , leurs
heritiers & fucceffeurs , de n'aider jamais ladite Perfonne
, ni fes defcendans , directement ni indirectement
, par mer ni par terre ; par confeil , fecours ,
ni affiffance quelconque, foit en argent, armes, munitions
, Vaiffeaux , Soldats , Matelots ou en
quelqu'autre maniere que ce puiffe être ; & d'oblerver
la même chole à l'égard de qui que ce foit qui
pút avoir ordre ou commiffion de ladite Perfonne
, ou de fes deſcendans , pour troubler le Gouvernement
de Sa Majesté Britanique , ou le repos de
fon Royaume; foit par une Guerre ouverte, foit par
des confpirations fecretes , ou en excitant des
feditions & des rebellions , ou en exerçant
la Piraterie contre les Sujets de Sa Majefté Britannique
, auquel dernier cas , Sa Sacrée majesté Imperiale
Catholique s'oblige , à ne pas permettre
qu'on donne retraite aufdits Pirates dans fes Ports
des Pays- Bas, & la Sacrée majesté Trés Chrêtienne,
& les Etats Generaux des provinces Unies des Païs
Bas s'obligent à la même chofe , par rapport aux
Port de leurs Etats : Tout com ne Sa мa efté Britannique
s'engage , de ne donner aucune retraite
dans les Ports de fon Royaume aux Pirates
qui croilent fur les Sujets de fa Sacrée Majeſté Imperiale
- Catholique , de fa Sacrée Majeſté TrésTr8
LE MERCURE
Chrêtienne & des Seigneurs Etats Generaux . Enfi
Sa Majesté Imperiale Catholique , Sa Sacrée Majefté
Tres - Chrêtienne & les Seigneurs Etats Generaux
s'obligent , à ne donner aucune protection ou
azile , dans aucun endroit de leurs Etats , à ceux des
Sujets de Sa Majesté Britannique , qui font actuellement
ou qui feront à l'avenir declarez Rebelles , &
en cas qu'il s'en trouve de tels dans leurs Royaumes
, Pays & Provinces, ils leur ordonneront d'en
fortir , huit jours aprés en avoir été requis de la part
de Sa Majesté Britannique.
Eren cas que Sa Sacrée Majefté Britannique fût
attaquée en quelqu'endroit que ce fût , Sa Majesté
Imperiale Catholique , comme auffi Sa Majefté
Tres Chrêtienne & les Etats Generaux des Provinces
Unies des Pays Bas s'obligent à lui fournir les
fecours ftipulez ci aprés , de même qu'à fes defcendans
, s'il arrivoit qu'ils fuflent troublez dans la
fucceffion au Royaume de la Grande Bretagne.
ART. V I.
Sa Majefté Imperiale Catholique , & leurs Ma
jefté Trés Chrêtienne & Britannique , s'obligent
pour elles , leus héritiers & fuccefleurs , à la garentie
& défenfe de tous les Etats , Pays & Droits
que les Seigneurs Etats Generaux des Provinces-
Unies des Pays- Bas poffedent actuellement contre
tous ceux qui pourroient les troubler & attaquer ,
& de leur fournir , le cas exiftant , les fecours fltipulez
ci - aprés. Sa Majefté Imperiale Catholique ,
& leurs Majeftez Tiés Chrêtienne & Britannique
s'obligent parei lement de n'accorder aucune protection
ni azile dans aucun endroit de leurs Royaumes,
à ceux des Sujets des Etats Generaux , qui font, actuellement
, ou feront à l'avenir declarés rebelles, &
en cas qu'il s'en trouve de tels dans leurs Royau
mes , Etats & Provinces , el es auront foin de les en
faire fortir , huit jours aprés qu'elles en auront été
requifes de la part de la Republique.
DE JANVIER. 1191
M
ART . VII.
Si quelqu'une des quatre Poiffances contractantes ,
toit attaquée ou troublée , foit dan la poffeffion de
fes Royaumes & Etats , foit par détention violente
de fes Sujets ou de leurs Vaiffeaux & effets , par
mer ou par terre , par quelqu'autre Prince ou Etat
que ce puifle être les trois autres Puiflances , employeront
leurs offices , d'abord qu'elles en feront
requifes , pour
lui faire donner ſatisfaction de l'injure
qu'on lui aura faite , & du dommage qu'on lui
aura caufé , & pour empêcher l'aggreffeur de continuer
les hoftilitez .
Et fi ces offices amiables n'étoient pas fuffifans
pour la reconciliation des Parties , & pour la fatisfaction
& la réparation de la Puiffance lezée , en ce cas
les Hauts Contractans fourniront à leur Allié atraqué
, deux mois aprés fa requifition , les fecours
fuivans conjointement ou féparement , fçavoir.
Sa Majefté Imperiale Catholique , huit mille
hommes de pied , & quatre mille hommes de Cavalerie.
Sa Mejefté Trés Chrêtienne , huit mille hom
mes de pied , & quatre mille hommes de Cava
leric .
Sa Majesté Britannique , huit mille hommes de
pied, & quatre mille hommes de Cavalerie.
Et les Seigneurs Etats Generaux , quatre mille
hommes de pied , & deux mille hommes de Cavas
lerie.
Que fi le Prince , ou la Partie lezée , au lieu
de Troupes , défiroit des Vaffeaux de guerre ou de
tranfport , ou même des fubfides en argent comptant
, en ce cas il lui fera libre de choifir , & on lui
fournira lefdits Vaiffeaux ou ledit argent , à proportion
de la dépenfe des Troupes. Et afin d'ôter tout
fujet d'ambiguité fur l'eftimation de ladite dépense ,
les Puiffances contractantes conviennent , que mille
hommes de pied feront évaluez à 10000. florins de
Hollande , & 100p. hommes de Cavalerie à 30000
20 LE MERCURE
par mois , en obfervant la même proportion , pas
rapport aux Vaiffeaux.
Si les fecours cy- deffus fpecifiez ne fuffilent pas
pour les befoins exiftans , les Puiffances Contractantes
conviendront fans differer des fecours ulte
rieurs à fournir , & même s'il étoit neceffaire , elles
affifteront leur Allié lezé de toutes leurs forces , &
déclareront la guerre à l'Agreffeur.
ART. VIII.
Les Princes & Etats , dont les Puiffances Contractantes
conviendront unaniment , pourront étre
compris au prefent Traité , & nommément le Koi
de Portugal.
Le Traité cy deffus fera approuvé & ratifié par
deurs Majeftez Imperiale , Trés- Chrêtienne & Britanique
, & par les Hauts & Paiffans Seigneurs
Etats Generaux des Provinces Unies des Pays Bas
& les Lettres de Ratification feront échangées à
Londres , & délivrées refpectivement , dans le terme
de deux mois , ou plûtôt s'il eft poffible.
En foi de quoi les Plénipotentiaires dénommez à la
premiere page du Traité ent figné & ont apposé le cachet
de leurs armes . Fait à Londres le 2. Août 171,8.
Collationné aux Originaux.
ARTICLE SEPARE'.
QUE &les Seigneurs Etats Generaux des Provinces
Unies des Pais - Bas trouvoient, qu'il leur
fût trop à charge de fournir leur quote part des Subfides
qui feront payez aux Cantons Suiffes , pour les
Garnifons de Livourne , de Porte - Ferraio , de Par
me & de Plaifance , felon la teneur du Traité d'Alliance
conclu cejourd'hui , il a été declaré expreffément
par cet Article feparé , & convenu entre les
quatre Parties contractantes , que dans ce cas le
Roi Catholique pourra fe charger de la portion
qu'auroient à payer les Seigneurs Etats Generaux.
Cet article feparé aura la même force , que s'i
DE JANVIER. 127
avoit été inferé mot à mot dans le Traité conclu
& figné ce jourd'huy ; il fera ratifié de la même
maniere, & les Ratifications en feront échangées
3 dans le même tems que le Traité.
En foi de quoi les mêmes P.énipotentiaires ont figné
ont appofé le cachet de leurs armes. A Londres le
2. Aouft 1718.
ART. feparé.
Comme dans le Traité d'Alliance qui doit être
figné ce jourd'huy avec Sa facrée Majesté Imperiale
Catholique , & dans les conditions de Paix qui y
font inférées , leurs facrées Majeftez Trés Chrétienne
& Britannique , & les Seigneurs Etats Generaux
des Provinces Unies des Pays - Bas donnent au
prefent poffeffeur des Efpagnes & des Indes , le titre
de Roi Catholique , & au Duc de Savoye celui de
Roi de Sicile ou de Sardaigne , & que Sa facrée
Majefté imperiale Catholique ne peut pas reconnoître
ces deux Princes pour Rois , avant qu'ils foient
auffi entrez dans ce Traité , Sa facrée Majefté Imperiale
Catholique declare & protefte par cet Article
feparé , & figné avant le Traité d'Alliance
qu'Elle ne prétend point par les titres qui y font employez
ou obmis , le caufer aucun préjudice , ni ac
corder ou donner le titre de Roi aux deux Princes
sommez cy deffus , que dans le cas feulement qu'ils
accederont auTraité qui doit être figné ce jourd'hui,
& qu'ils accepteront les conditions qui y font
ftipulées.
En foi de quoi les mémes Plénipotentiaires ont
figné & ont appofé le cachet de leurs armes. A Londres
le 2. Aouft 1718.
ART. feparé.
Comme Sa facrée Majefté Trés - Chrétienne ne
peut pas reconnoître quelques uns des titres que Sa
lacrée Majefté Imperiale prend dans les pleins pouvoirs
, ou dans le Traité d'Alliance qui doit être
Gigné ce jourd'huy , Elle déclare & proteste par cer
Article feparé , & figné avant le Traité d'Alliance
122 LE MERCURE
qu'elle n'entend nullement , par les titres employez
dans ce Traité , préjudicier à Elle- même , ou à
toute autre Puiffance , ni attribuer aucun droit à Sa
facrée Majefté Imperiale.
En foi dequoi les mêmes Plénipotentiaires ont figné
& ost appofe le cachet de leurs armes. A Londres le
2. Aouft 1718.
Declaration donnée par les Plenipotentiaires
du Roi de la Grande Bretagne.
Omme felon l'ufage , que l'on eft convena
Creciproquement de fuivre dans les Traitez
conclus entre leurs Ma eftez Britanniques & Très-
Chrêtiennes à Rifvvick , à Utrecht & à la Haye
pour la Triple Alliance , on a dreflé des Actes en
Latin pour le Roi de la Grande Bretagne , & en
François pour le Roi Trés - Chrêtien , en déclarant
que s'il y a eu précedemment un autre ufage , le
Roi Tres- Chrêtien s'y conformera dans la fuite ;
& comme l'on n'a pu obferver ledit ufage dans le
Traité figné ce jourd'huy entre l'Empereur des Romains
, le Roi de la Grande Bretagne , le Roi Tres-
Chrê ien & les Etats Generaux des Provinces- Unies
des Pays bas , fans tomber dans l'inconvenient d'en
dreffer encore plufieurs Actes , ce qui obligeroit de
differer plus long tems la fignature de ce Traité.
D'ailleurs quelques uns des Plenipotentiaires ayant
demandé avec inftance qu'il ne fût dreflé aucun
Acte du Traité de ce jour , fans être muni en même
tems de la fignature de toutes les Parties contractantes
, ce qui a fait que tous les Actes dudit Traité
ont été dreffez en Langue Latine. Dans cette vie ,
afin que cet exemple ne paffe point en ufage entre le
Roi de la Grande Bretagne & le Roi Tres-Chrêtien,
Nous plenipotentiaires de Sa Majefté Britannique,
à la requifition du Plenipotentiaire de Sa Majesté
Tres. Chrêtienne ; déclarons que tout ce qui a rap-
FORE
DE JANVIER! 123
port à la Langue dans laquelle eft écrit le Traité
de ce jour , ne pourra fervir d'exemple , ni être cité
à l'avenir , mais que l'ufage qui étoit receu auparavant
entre l'une & l'autre Couronne,aura lieu ; de
forte que ce qui s'eft fait aujourd'huy n'y derogera
en aucune maniere , & ne donnera point de nouveau
droit pour en ufer autrement.
Enfoide quoi les Plenipotentiaires de S. M. B. ont
figné cette Déclaration, & ont appofé le cachet de leurs
armes. A Londres le 22. Juillet 1718. Sunderland
P. Rorburge. J. Craggs.
Ratification du Roi pour les fufdits Traité & Articles
feparez . Donné à Paris le 31. Aouſt 1718.
Signé Louis. & plus bas , par le Roi le Duc d'Or
leans Regent prefent , figné Phelypeaux , & fcellé.
Ratification de l'Empereur pour &c. Donné à
Viennele 14. Septembre 1718. Signé Charles . Es
par mandement exprés de S. M. 1. Jean- George.
Buol , & à côté , Philippe- Louis Comte de Zinfendorff
, & fcellé .
Ratification du Roi de la Grande Bretagne pour.
& c. Donné en nôtre Palais deKenfington le 7. Août
1718 Signé George R. & fcellé.
Plein Pouvoir du Roi délivré à M. l'Abbé du Bois
pour agir avec la même autorité que le Roi feroit &
pourroit faire en cette occafion . Donné à Paris le
25. May 1718. Signé Louis. Et fur le repli , le
Duc d'Orleans Regent prefent ; figné Phelypeaux
& fcellé .
Plein -Pouvoir de S. M. I. délivré à м . Penten
rieder d'Adelshaufen , pour traiter conjointement
avec M. Hoffnan R fident de S. M. I. à Londres .
Donné à Vienne le 27. Septembre 1718. Signé Charles
. Et par mandement de S. M. I. Jean G. Buol ,
& à côté Philippe Louis C. de Zinfendorff
Plein Pouvor de S. M. B. delivré aux Plenipo
tentiaires nommez à la premiere page du Traité
pour agir & c. Donné en fon Palais de Kenfington
le 15. Juin 1718. Signé George R. & fcellé,
K
124
LE MERCURE
Plein-Pouvoir du Roi délivré à M. l'Abbé du
Bois , pour agir & figner avec les Plenipotentiaires
dénommez cy - devant , les Articles qui
fuivent.
LE
Articles feparez & fecrets.
ARTICLE PREMIER.
E Sereniffime & trés puiffant Roi Tres. Chre
tien , le Sereniffime & Tres Puiffant Roi de
la Grande Bretagne , & les Hauts & Puiffans Seigneurs
Etats Generaux des Provinces- Unies des Pays-
Bas , êtant convenus par le Traité conclu entr'eux ,
& figné ce jourd'hui de certaines conditions , conformement
aufquelles la Paix pourroit le faire entre
le Sereniffime & Tres- Puiffant Empereur des Ro
mains , & le Sereniffime & Tres- Puiffant Roi d'Ef
pagne, & entre Sa facrée Majefté Imperiale & le Roi
de Sicile , lequel on juge à propos de nommer deformais
Roi de Sardaigne , & ayant communiqué lefdites
conditions à ces trois Princes , pour fervir de
bafe fixe de la Paix à faire entr'eux , Sa Sacrée Majefté
Imperiale émée par les puiffans motifs qui ont
porté le Roi Tres Chrêtien , le Roi de la Grande
Bretagne , & les fufaits Etats Generaux à entreprendre
un ouvrage fi grand & fi falutaire , & déferant
à leurs fages & preffantes inftances , declare
qu'Elle accepte leídites Conditions ou Articles fans
en excepter aucun , comme des conditions fixes &
immuables , ſuivant lefquelles elle confent à conclure
une Paix perpetuelle entre Elle , le Roi d'ELpagne
& le Roi de Sardaigne.
ART. II.
Le Roi Catholique & le Roi de Sardaigne n'ayant
pas encore confenti aufdites conditions , leurs ma.
jeftez Imperiales, Tres- Chrêtiennes & Britanniques
& les fuidits Etats Generaux , font convenus de leur
laiffer pour y confentir le terme de trois mois , à.
DE JANVIER. 125
1
"
compter du jour de la fignature de ce prefent Traité,
eftimant cet efpace de tems fuffifant pour examiner
lefdites Conditions , pour prendre enfin leurs
dernieres réfolutions , & pour declarer s'ils veulent
les accepter auffi pour Conditions fixes & immuables
de leur Paix avec Sa Majefté Imperiale ,
comme on peut efperer de leur pieté & de leur fa
geffe qu'ils le feront , & quo fuivant l'exemple de
Sa Majefté Imperiale , ils modereront leurs reffenmens
, qu'ils auront l'humanité de préferer le repos
public à leurs vûës particulieres , & qu'en mêmetems
ils épargneront l'effufion du fang de leurs Sujets
, ils détourneront des autres Nations les calamitez
infeparables de la Guerre , Et pour cet effet leurs
Majeftez Tres Chrêtiennes &Britanniques & les Etats
Generaux des Provinces- Unies des Pays- Bas , employeront
conjointement & feparement leurs offces
les plus efficaces pour porter lefdits Princes à
ladite acceptation.
ART. III.
Mais fi , contre toute attente des Hauts Contractans
, & contre les voeux de toute l'Europe , le Roi
d'Efpagne & le Roi de Sardaigne , aprés ledit terme
de trois mois écoulé , refufoient d'accepter lefdites
conditions qui leur font propofées , pour leur Paix
avec Sa Majefté Imperiale , comme il n'eſt pas jufte
que le repos de l'Europe dépende de la renitence
cu des projets cachez defdits Princes , leurs majeſtez
Tres-Chrêtiennes & Britanniques & les Etats Generaux
, s'engagent à joindre leurs forces à celles de
Sa Majesté Imp . pour les obliger à l'acceptation
& execution des fud.conditions , & pour cet effet elles
fourniront conjointement ou feparement à Sa Majefté
Imperiale les mêmes fecours , qui font ftipulez
pour leur deffenfe reciproque , par Article feptiéme
du Traité d'Alliance figné ce jourd'hui , cenfentant
unanimement , que Sa Majefté Tres Chiêtienne
fourniffe des Subfides en argent , au lieu de
Troupes : Et fi les fecours ftipulez dans ledit Article
Kij
26 LE MERCURE
fepriéme ne fuffi oient pas pour la fin que l'on le
propole , alors les quatre Puiffances contractantes
conviendront inceffamment entre Elles des fecours
vlterieurs à fournir à Sa majefté Imperiale , & les
continueront , jufqu'à ce que Sa Majesté Imperiale
ait louis le Royaume de Sicile , & foit en pleine
fûreté pour fes Royaumes & Etats en Italie .
Il a auffi été convenu expreffement , que fi à caufe
des fecours que leurs majeftés Tre -Chrêtienne &
Britanniques & les Seigneurs Etats Generaux fourniront
à Si Majefté Imperiale , en vertu & pour l'execution
de ce prefent Traité , les Rois d'Espagne &
de Sardaigne , ou l'un d'eux , declaroient ou faifoient
la guerie à l'une defd . 3. Puiffances.contractantes
, foit en l'attaquant dans fes Etats ,foit en fatfiffant
par force fes Sujets ,ouleurs Vaiffeaux & leurs
effets par Mer ou par Terre ; en ce cas les 2. autres
Puiffances contractantes declareront & feront inceffamment
la guerre aufd . Rois d'Efp . & de Sard. ou
à celui de ces deux Rois qui l'aura declarée , ou
faite à l'un defdits Princes contractans , & ne poferont
pas les armes que l'Empereur ne foit en poffeffion
de la Sicile , & en fûreté pour fes Royaumes
& Etats d'Italie , & qu'une jufte fatisfaction ne foit
faite à celle des trois Puiffances contractantes , qui
aura été attaquée ou lefée à l'occafion du prefent
Traité..
ART . IV .
Si l'un feulement defdits deux Rois , qui n'ont
pas encore confenti aufdites conditions de Paix avec
Sa Majefté Imperiale , les accepte , il fe joindrá auffi
aux quare Puillances contractantes , pour contraindre
celui qui les aura refufées , & il fournita fa part
des fubfides fuivant la repartition qui en fera faite.
ART. V.
Si le Roi Catholique touché du bien public , &
perfuadé , que l'échange des Royaumes de Sicile &
ceSardaigne cft neceffaire pour le maintien de la Faix
generale , y confent de même qu'aux autres fufdires
DE JANVIER. 127
conditions de la Paix avec l'Empereur , & que le Roi
de Sardaigne au contraire , refufant cet échange ,
perfifte à retenir la Sicile ; En ce cas , le Roi d'Efpagne
reftituera la Sardaigne à l'Empereur, qui (lauf
fa fouveraineté fur ce Royaume) en confiera la
-garde au fereniffime Roi de la Grande Bretagne , &
aux seigneurs Etats Generaux , jufqu'à ce que la
sicile étant foûmife , le Roi de sardaigne foulcrive
aux fufdites conditions de fon Traité avec l'Empejeur
& confente de recevoir pour équivalent da
Royaume de sicle , celui de sardaigne , qui lui fera
remis pour lors par le Roi de la Grande Bretagne &
les Etats Generaux. Et fi fa Majefté imperiale ne
pouvoit parvenir à conquerir la sicile , & à la foûmettre
à fa puiffance , le Roi de la Grande Bretagne
& les Etats Generaux lui reftituëronten ce cas le
Royaume de sardaigne ; & fa majefté imperiale
joura cependant des revenas de ce Royaume qui
excederont les frais de garde.
ART. Y I.
Et s'il arrive que le Roi de sardaigne confente audit
échange , & que le Roi d'Eſpagne refufe d'y ac
quiefcer , l'Empereur en ce cas attaquera la sardaigne
, aidé des fecours des autres contractans , lefquels
ils s'engagent de lui continuer, comme la Majefté
imperiale s'oblige également de ne pas poſer
les armes , jufqu'à ce qu'elle fe foit emparée de tout
le Royaume de sardaigne , lequel elleremettra auffitôt
aprés au Roy de sardaigne .
管
ART.
En cas d'oppofition à l'échange de la sicile & de
la sardaigne , de la part du Roi d'Efpagne & de la
part du Roi de sardaigne, l'Empereur attaquera 1. le
Royaume de sicile , conjointement avec les fecours
des Alliez , & lorfqu'il l'aura conquis , il attaquera
la sardaigne , a ec tel nombre de Troupes , qu'il
jugera neceffaire pour l'une & l'autre expedition ,
outre les fecours des Alliez ; & la sardaigne êtant
Loum fe , fa Majefté imperiale en confiera la garde
118 LE MERCURE
auRoi de la Grande Bretagne , & aux Seigneurs
Etats Generaux , juſqu'à ce que le Roi de Sardaigne
foufcrive aux fufdites conditions de Paix -
vec l'Empereur , & confente de recevoir pour équivalent
du Royaume de Sicile , le Royaume de
Sardaigne , qui lui fera remis pour lors par fa Majefté
Britannique , & par les Etats Generaux, & fa
Majefté Imperiale jouira cependant des revenus de
ee Royaume , qui excederont les frais de garde.
ART . VI I F.
Au cas que le refus du Roi Catholique & du
Roi de Sardaigne , ou de l'un d'eux , d'accepter &
d'executer lefdites conditions de Paix , qui leur
font propofées , obligeât les quatre Puiffances contractantes
, de venir aux voyes de fait contr'eux ,
ou l'un d'eux , il a efté convenu expreffément D
que l'empereur devra fe contenter des avantages
ftipulez pour lui , d'un commun confentement
dans les fufdites conditions , quelque fuccés que
püffent avoir les armes contre les deux Rois ou
l'un d'eux , fauf pourtant à fa Majefté Imperiale
de revendiquer par les armes , ou par la negociation
de Paix , qui fuivroit une telle guerre con
tre le Roi de Sardaigne , les droits qu'elle prétend
avoir fur les parties de l'Etat de milan que ce
Roi poffede , & fauf auffi aux trois autres Contrac
tans , en cas qu'il leur fallût entreprendre une pareille
guerre contre le Roi d'afpagne , & contre
le Roi de Sardaigne , de convenir & de défigner
avec la Majefté Imperiale , en faveur de quel autre
Prince , elle devra difpofer alors de la partie du
Duché de Montferrat , que le Roi de Sardaigne
poffede actuellement , à l'exclufion de ce Roi , &
à quel autre Prince , ou à quels autres Princes ,
elle devra donner des Lettres d'Expectatives , contenant
l'inveftiture éventuelle des Etats pofkdez
prefentement par le Grand Duc de Tofcane , &
par le Duc de Parme & de Plaifance à l'excluhon
des fils de la prefente Reine d'Eſpagne , avec
>
DE JANVIER.
le confentement de l'Empire ; bien entendu que jamais
en aucun cas , ni fa majefté Imperiale , ni
aucun Prince de la Maiſon d'Auftriche , qui poffedra
les Royaumes , Provinces & Etats d'Italie , ne
pourront s'approprier lefdits Etats de Tofcane & de
Parme.
ART. IX.
Mais , fi Sa Majefté Imperiale , aprés avoir employé
les Troupes fuffifantes avec les moyens &
les fecours fournis par les Alliez , & aprés avoir fair
les diligences convenables , ne pouvoit fe rendre
maiſtre de la Sicile par la force des armes, ni s'établir
dans la poffeffion de ce Royaume ; les Puiffances
contractantes conviennent & déclarent
qu'en ce cas , Sa Majesté Imperiale eft & fera entierement
libre & deliée de tous les engagemens
qu'elle a pris par ce prefent Traité , en confentant
aux fuldites conditions de la Paix à faire , entr'Elle
& les Rois d'Efpagne & de Sardaigne , fans
préjudice cependant des autres Articles du prefent
Traité, qui regardent mutuellement Sa Majesté Im--
priale & leurs Majettez Trés- Chrêtiennes & Bri
tanniques, & les Seigneurs Etats Generaux des Pro
vinces- Unies.
".
ART. X.
+
Toutefois la fûreté & le repos de l'Europe ,,
étant l'objet des renonciations à faire , par Sa
Majefté Imperiale & par Sa Majefté Catholique
pour elles & pour leurs defcendans &
fucceffeurs , à toutes prétentions d'un côté ſur le
Royaume d'Espagne & des Indes , & de l'autre
fur les Royaumes , Provinces & Etats d'Italie , &
fur les Pays Bas Autrichiens , lefdites renoncia
tions feront faites de part & d'autre , de la maniere
& en la forme , qu'il eft ftipulé par les Articles 2. &
4. des conditions de la Paix à faire entre Sa Ma
jefté Imperiale , & Sa Majefté Catholique. Et quoique
le Roi Catholique refufât d'accepter les fufdites
conditions , l'Empereur fera neanmoins expe
150
LE MERCURE
dier les Actes de fes renonciations , dont la publication
féra differée jufqu'à la fignature de la
Paix entre l'Empereur & le Roi Catholique : & f
le Roi Catholique perfiftoit à ne vouloir pas foufcrire
à cette Paix , Sa Majefté Imperiale temettra
cependant au Roi de la Grande Bretagne , en
même tems que fe fera l'échange des ratifications
de ce prefent Traité , un Acte autentique.
defdites renonciations , lequel Sa Majefté Britannique
, du confentement unanime des Contractans ,
s'engage de n'exhiber au Roi Trés Chrêtien
qu'aprés que Sa Majefté Imperiale aura efté mife
en poffeffion de la Sicile : Et aprés que Sa Majeité
Imperiale fera en poffeffion de ce Royaume.
tant l'exhibition que la publication dudit Acte
des renonciations de Sa Majefté Imperiale , fe fera
à la premiere requifition di Roi Trés Chrêtien
& ces renonciations auront lieu , foit que le Roi
Catholique ait figné fa Paix avec l'Empereur ou
non ; vû qu'en ce dernier cas , la garentie des Puiffances
contractantes devra tenir lieu à l'Empe
reur de la fûreté que les Renonciations du Roi
Catholique auroient donné à fa Majefté Imperiale ,
pour la Sicile , & les autres Etats d'Italie , & pour
les Provinces des Pays - Bas.
>
>
ART X I.
Sa Majefté Imperiale promet de ne rien entreprendre
, ni tenter contre le Roi Catholique , ni
contre le Roi de Sardaigne , ni generalement contre
la Neutralité d'Italie , pendant les trois mois
qui ont été accordez à ces deux Princes , pour ac
cepter les fufdites conditions de leur Paix avec
l'Empereur, mais , fi pendant ce terme de trois mois
le Roi Catholique , au lieu d'accepter les fufdites
con litions , continuoit fes hoftilitez contre fa Mag
jefté Imperiale , ou fi le Roi de Sardaigne attaquot
à main armée les Etats qu'elle poffde en
Italie, en ce cas, leur Majeftés Trés - Chrétiennes &
Britanniques & les Seigneurs Etats Generaux
s'engagent
DE JANVIER. 131
s'engagent de fournir inceffamment à fa majesté
Imperiale pour fa défenſe , les fecous qu'ils font
convenus de fe donner mutuellement , pour la défente
reciproque de leurs Etats , par l'Alliance fignéece
jourd'hui , conjointement ou feparement , &
même fans attendre que le terme de deux mois ,
fixé par ladite Alliance pour employer des Offices
amiables , foit écoulé ; & fi les fecours fpecificz
dans ledit Traité ne fuffifoient pas pour la fin propofée
, les quatre Puiffances contractantes , conviendront
fans délais entr'elles des fecours plus con.
fiderables , à fournir à fa Majefté Imperiale.
ART. XII .
à
Les onze Articles cy- deflus , demeureront feerets
entre leurs Majeftez imperiales , tres Chrêtien
nes & Britanniques , & les tais Generaux , pendant
l'efpace de trois mois ,
compter du jour de la fignature
, à moins que les quatre Puiffances contratantes
, d'un commun confentement , ne jugeaffent
à propos d'abreger ou de prolonger ce terme ;
& quoique lefdus onze Articles cy deflus foient feparez
du Traité d'Alliance figné ce jourd'hui , entre
lesdites quatre Puiflances contractantes , ils auront
cependant la même force & vigueur , que s'ils
Y étoient inferez mot à mot , étant cenfez en faire
une partie effentielle : Et les ratifications en feront
fournies en même tems que celles du Traité.
En foi de quoi les mêmes Plénipotentiaires ont
figné ont appofé le cachet de laurs armes. A Londres
le 2. Aouft 1718.
ARTICLE SEPARE".
Omme le Traité conclu & figné ce jourd'hui
nes , & Britanniques , & qui renferme , tant les
conditions , qui ont efté eftimées les plus équitables
& les plus propres , pour établir la Paix entre
Epereur & le Roi Catholique , & entre ledig
Janvier 17191 L
532 LE MERCURE
Empereur & le Roi de Sicile , que celles de l'Alliance
conclue entre lefdites Puiffances (contractantes
, pour le maintien de la Paix , a cfé communiqué
aux Hauts & Puiffants Seigneurs , les Etats
Generaux des Provinces- Unies des Pays Bas ; &
que les Articles feparez & fecrets qui ont auffi efté
fignez ce jourd'hui , & qui contiennent les moyens ,
dont l'on atrouvé à propos de fe fervir , pour executer
ledit Traité , doivent être propofez inceffamment
aux mêmes Etats Generaux : Le zele que cette
Republique témoigne pour établir , & raffûter le
repos public , ne laiffe aucun lieu de douter , qu'elle
ne veuille d'elle - même acceder audit Traité. C'eſt
pourquoi iefdits Etats Generaux font compris nommement
dans ce Traité , comme Parties contractantes
, dans la confiance , que lesdits Etats y entre
ront auffi promptement , que les formalitez requifes
par la conftitution de leur Gouvernement pourront
le permettre.
Et fi contre l'efperance & les voeux des Parties
contractantes ( ce que cependant l'on ne doit point
foupçonner ) lefdiis Seigneurs Etats Generaux ne
prenoient point la refolution d'acceder audit Traité ,
Il a efté convenu & arrêté expreffément entre lefdites
Parties coutractantes , que ledit Traité , figné
ee jourd'hui , ne laiffera pas d'avoir fon effet , &
& d'être executé par lefdites Puiffances , dans toutes
fes claufes & Articles de la même maniere qu'il
a efté ftipulé , & que les ratifications en feront échangées
dans le tems marqué.
Cet Article feparé aura la même force , que s'il
avoit été inferé mot à mot dans le Traité conclu
& figné ce jourd'huy ; il fera ratifié de la même
maniere, & les Ratifications en feront échangées
dans le même tems que le Traité.
En foi de quoi les mêmes Plénipotentiaires ont figné
ont apposé le cachit de leurs armes , conjointement
avec les Plenipotentiaires du Roi Sicile , qui ont figné,
J: Provana , de la Perenfe.. A Londres le 2. Aouf
1718.
DE JANVIER. 133
Ratification du Roi pour les Articles feparez . Donné
à Paris le 31. Aouft 1718. Signé Louis. & plus
bas, par le Roi le Duc d'Orleans Regent prefent ,
figné Phelypeaux , & fcellé .
Ratification de l'Empereur pour & c. Donné à
Vienne le 14. Septembre 1718. Signé Charles . Et
par mandement exprés de 5. M. I. Jean- George
Buol , & à côté , Philippe- Louis Comte de Zinfendorff
, & fcellé.
Ratification du Roi de la Grande Bretagne pour
& c. Donné en fon Palais de Kenfington le 7. Août
1718 Signé George R. & fcellé .
Accesfion du Roi de Sicile an Traité.
Omme les Plenipotentiaires de fa Majefté Imperia
e Catholique , de la Majefté tres -Care.
tienne , & de fa majetté Britannique , cnt conclu
& figné , avec les formalitez requiles , à Londres le
deuxième du mois d'Août dernier un Traité entre
les Parties contractantes & des Articles feparez
& fecrets, auffi bien que quatre autres Articles feparez
, qui y ont rapport , & qui ont tous la même
force que le Traité principal ; de tous lesquels la
teneur s'enfuit ici de mot à mot.
Ici font inferez le Traité & les Articles
Séparez & fecrets .
M
Ais comme le Roi de Sicile , que l'on eft
convenu de nommer prefentement Roi de Sardaigne
, felon l'efprit du Traité , & des Articles cideffus
inferez , a efté invité de vouloir acceder pleinement
, & dans toute leur étenduë à tous & chasun
d'eux , & de fe joindre à la forme requife , aux
autres Parties contractantes , comme s'il avoit efté
lui même partie contractante dés le commencement ;
d'autant que ledit Roi de Sardaigne , aprés avoir
examiné murement les conditions portées expreffément
par le Traité, & los Articles inferez ci- deffus ,
Lij
134
LE MERCURE
a non-feulement déclaré qu'il vouloit accepter ces
mêmes conditions , & les approuver par fon acceffion
; mais , même qu'il a donné des Pleins- Pou
voirs fuffifans aux miniftres qu'il a nommez , pour
confommer cet ouvrage . Pour parvenir à une fin
auffi falutaire & auffi défirée , Nous fouffignez
Miniftres Plenipotentiaires de fa Majefté Imperiale-
Catholique , defa Majefté tres-Chrétienne & de fa
Majefté Britannique , au nom & de l'autorité de
leurfdites majeftez , avons admis , adjoins & affocié
, & par ces prefentes admettons , adjoignons.&
affocions , pleinement & entierement le fu dit Roi de
Sardaigne , au Traité inferé ci- devant , & à tous
& chacuns des Articles qui y out rapport . Promettant
en vertu de la même autorité , que leurídites
Majeftez conjointement & féparement , executeront
& accompliront entierement & exactement , à l'égard
du Roi de Sardaigne , toutes & chacunes des
conditions , ceffions , conventions , garenties &
obligations contenues & exprimées dans lefdits
Traité & Articles : Bien entendu que toutes & chacunes
des conventions , faites par les Articles fecrets
, contre ledit Roi de Sardaigne , ceffent & font
abolies , au moyen de fa prefente acceffion. Et
Nous , fouffignez Miniftres Plenipotentiaires du
Roi de Sardaigne en vertu du Plein - Pouvoir
duement communiqué & reconnu , dont la copie
eft jointe à la fin de ct Ate , atteftons de notre part
par ces prefentes , & nous engageons en fon nom ,
que le fufdit Roi , nôtre Maitre , accede pleinement
& fans referve au Traité , & à tous & chacuns
des Articles ci- deftus interez : Que par cette
acceffion folennelle , il fe joint , comme Partie ftipulante
dès le commencement , aux Parties contra
&tantes ci - deflus nommées : Qu'en vertu & par`
la force de cet Acte , la fufdite majefté du Roi
de Sardaigne , tant pour Elle que pour fes heritiers
fuccceffeurs , s'oblige & s'engage mutuellement,
Savers Sa Majefté Imperiale- Catholique , Sa Majesté
DE JANVIER Y3S
Tres - Chrêtienne , & fa majelité Britannique ,
leurs héntiers & fucceffeurs , conjointement &
fep irement , d'obferver , executer & accomplir
toutes & chacune des conditions , ceffions , conventions
, garenties & obligations contenues &
énoncées dans le Traité & dans les Articles cideffus
in´erez , à l'égard de toutes lefdites Puiffanees
conjointement , & de chacune d'elles feparement
, de la même maniere & auffi fiielement &
religieufement , que fi elle avoit efté une des parties
contractantes dès le commencement , & qu'elle
eût contracté , conclu & figné les mêmes conditions
, ceffions , conventions , garenties & obligations
, conjointement ou léparement avec SaMajefté
Imperiale Catholique , fa Majefté trés- Chrêtienne ,
& fa majefté Britannique.
Cet acte d'admiffion & d'acceffion dudit Roi de
Sardaigne , fera ratifié par toutes les Parties contractantes,
& les ratifications , expediées en bonne
forme , feront échangées & délivrées de part &
d'autre à Londres , daus l'efpice de deux mois , à
compter du jour de la fignature , ou plûtôt fi faire
& le peus.
En foi de quoi les mêmes Flenipotentiaires de
S. M. 1. ceux de S. M. B. ceux du Roi de Sardaigne
, ont figné à Londres le 8. Novembre , & celui
de S. M. T. C. à Paris le 18. Novembre 1718.
Plein Pouvoir du Roi donné en confequence
M. l'Abbé Dubois , à Paris le 25. Octobre 1718. Signé
Louis. Et fur le repli , par le Roi , le Duc d'Or-
Leans Regent prefent ; & plus bas ,;; Phelypeaux , &
fcellé .
Piein - Pouvoir du Roi de Sardaigne , donné à ſes
Plenipotentiaires , au Chafteau de Rivoles le 17. Ostobre
1718. Signé V. Amedéo. Et plus bas , Del-
Borgo
Ratification du Roi donnée en confequence à Paris
le 5. Decembre 1718. Signé Louis , & plus bas ,
par le Roi , le Duc d'Orleans Regent prefent ; -
gné Phelypeaux , & fcelié. Liij
136 LE MERCURE
LIVRE S.
Projet d'un Livre nouveau , en faveur
des Laides .
Omme Erafme a fait l'Eloge de la
Polie;que celui de la Fievre a paru ,
&c. on fouhaiteroit que la Laideur dans
les Femmes , trouvât auffi quelque illuftre
Panegirifte. L'Ouvrage pourroit être divifé
en deux Parties . Dans la premiere , on feroit
valoir les droits de la laideur fur la
beauté. Dans la feconde , les avantages
que des parens , un mari & une focieté trouveroient
à vivre avec une perfonne qui n'eft
pas belle . Ces avantages ne doivent pas être
fondez fur ce que , de la difette & du défaut
d'attraits , fuit celle des Amans. L'experience
y feroit contraire. L'on voit tous
les jours des Femmes dont l'exterieur eft
le moins charmant , allumer de grandes
paffions. Il eft aifé à une plume délicate ,
de tirer de ce fujet des veritez bien appuyées,
trés-folides & fort confolantes pour les Laides
; mais fur- tout , que ce fujet ne foit
point traité ironiquement.
On vend chez Jean Baptifte Coignard ,
Libraire rue S. Jacques , le Difcours que
M. l'Abbé Montgault , Precepteur de
Monfeigneur le Duc de Chartres , prononça
à l'Academie Françoife le 31. Decem
DE JANVIER. 137
*
bre dernier, jour de fa reception à l'Acade
mie Françoile , comme nous l'avons marqué
dans nôtre precedent Journal. La ré
ponſe à ce Difcours par M. de Sacy , faifant
ce jour les fonctions de Directeur, s'y trouve
jointe.
Le Difcours de M. l'Abbé Montgaule
peut être cité en exemple pour preuve que
Fien n'eft jamais épuifè pour un homme de
genie. En effet , quelque rebatuë que foit la
matiere des Remercimens Academiques ,
elle fe montre dans ce Difcours fous une
forme toute nouvelle.
On débite à Paris chez Claude Jombert
Libraire rue S Jacques au coin de la ruë
des Mathurins , & chez Jean Baptifte de la
Mefle Imprimeur rue de la Huchette à la
Minerve , un volume in-douze qui a pour
sitre. Nouveaux Systêmes ou nouveaux plans
de Methodes , qui marquent une route nouvelle
pour parvenir en peu de tems & facilement
à la connoiffance des Tems & des
Sciences , des Arts & des exercices du
corps.
Cet Ouvrage eft de M. de Vallange
homme d'un merite diftingué , qui non
content de gemir avec les perfonnes fenfées
de la miferable éducation l'on donne
que
en France à la jeuneffe , ofe propoſer un
nouvel art de former l'homme. Non feulement
, on doit tenir compte à l'Auteur
d'avoir inventé tant de Methodes vaine
Liiij
238 LE MERCURE
ment utiles ; mais , on doit encore lui fçavoir
gré d'avoir eu le courage de les mettre au
jour , au peril des infultes du préjugé.
On travaille à Bordeaux à donner au Public
l'Hiftoire de la Terre ancienne & mo=
derne , & de tous les changemens qui lui
font arrivez , tant generaux que particuliers ,
foit par les tremblemens de terre , innonda→
tions ou autres caufes , avec une defcription
exacte des differens progrés de la Terre
de la Mer, de la formation & de la perte
des Ifles , des Rivieres,des Montagnes, des
Vallées , Lacs , Golphes , Détroits , Caps,
& de tous leurs changemens , des Ouvrages
faits de main d'homme qui ont donné
une nouvelle face à la Terre , des principaux
Canaux qui ont fervi à joindre les
Mers & les grands Fleuves , des mutations
arrivées dans la nature du terrein & la conftitution
de l'air , des Mines nouvelles ou
perduës , de la deftruction des Forefts , des
Deferts formez par les Peftes , les Guerres
& autres fleaux , avec la caufe Phifique
de tous ces effets , & des Remarques Critiques
fur ceux qui le trouveront faux ou
fufpects.
On prie les Sçavans dans les Pays defquels
de pareils évenemens feront arrivez , &
qui auront échapez aux Auteurs , d'en donner
connoiffance : On prie auffi ceux qui
en auront examiné qui font déja connus ,
de faire part de leurs obſervations , foir
DE JANVIER
139
qu'elles démentent ces faits , foit qu'elles
les confirment . Il faut adreffer les Memoi
res à M. de Montesquieu Preſident à Mortier
au Parlement de Guienne à Bordeaux ,
rue Margaux , qui en payera le port ; &
files Auteurs le font connoître , on leur
rendra de bonne foi toute la justice qui
leur eft dûe. On les fupplie par l'amour
que tous les hommes doivent avoir pour la
verité , de ne rien envoyer legerement , &
de ne donner pour certain que ce qu'ils
auront mûrement examiné. On avertit même
qu'on prendra toutes fortes de meſures
pour ne le point laiffer furprendre , & que
dans les faits finguliers & extraordinaires ,
on ne s'en rapportera pas au témoignage
d'un feul , & qu'on les fera examiner de
nouveau.
Monfieur de Grimareft vient de donner fa
Grammaire qui paroît fous ce titre : Nou
velle Grammaire reduite en Tables , qui donment
une trés-grande facilité pour apprendre
la Langue Francoife..
La méthode dont l'Auteur s'eft fervi , eft
la plus courte , la plus facile & la plus inftructive
qu'on ait encore donnée au Public.
La difpofition des Tables eft telle , que
d'un coup d'oeil , on y trouve toutes les
inftructions dont on peut avoir befoin.
L'Ouvrage eft divifé en quatre Partics. La
premiere contient toutes les définitions de
la Grammaire ; & elles font fi préciſes &
140 LE MERCURE
fi claires , qu'elles donnent une intelligence
parfaite des préceptes compris dans les trois
autres Parties. La feconde explique l'uſage
de tout ce qui concerne les Noms . La troifiéme
comprend tout ce qui a rapport aux
Verbes , & la quatriéme renferme les autres
parties du difcours . Cette matiere a été
traitée par tant d'habiles gens , qu'il fembloit
qu'on ne pouvoit rien ajoûter à ce qui
a été écrit fur cela cependant , la méthode
& l'arrangement de cette Grammaire, la
doivent faire regarder comme un Ouvrage
nouveau , & dont les François retireront
autant d'utilité par la certitude des principes
qu'ils y trouveront , que les Etrangers
par la facilité qu'il leur donnera d'appren
dre en peu de tems à parler correctement la
Langue Françoife . Ce Livre fe vend chez
Eftienne Caneau rue S.Jacques aux Armes de
Dombes , & chez Antoine - Urbin Courellier
Quay des Auguttins .
Le fieur Pralard Libraire , fait imprimer
actuellement un Livre que la grande reputation
de l'Auteur fait attendre impatiemment.
Il eft intitulé : Defcription Hiftori
que Geographique de la France ancienne
& moderne , par M. l'Abbé de Longuerue
, avec des Cartes de Geographie par M.
Bourguignon d'A .... dedié au Roi.
Ces Cartes feront au nombre de neuf;
les trois premieres reprefenteront chacune
l'étendue des Pays décrits dans le Livre
DE JANVIER 141
de Monfieur l'Abbé de Longuerue. 1. La
Gaule ancienne ,. 2. La France pour le
moyen âge.. La France moderne avec
les Pays- Bas , les Suiffes & la Savoye .
Les fix autres feront une fubdivifion de
cette derniere.
Critique de l'Hiftoire du Concile de
Trente de Frapaolo & des Memoires de
Vergas in-quarto , au Mecenas rue Saint
Jacques.
Dictionnaire Hiftorique- Critique , Chronologique
, Geographique & Litteral de la
Bible par le Reverend Pere D. Aug. Cal
met , Abbé de S. Leopold de Nancy
deux vol. in- fol . fous preffe .
Differtations du même Auteur , en forme
de prolegomenes de l'Ecriture. 3. vol.
in- quarto , chez Pierre Emery Quay des Auguftins
à l'Ecu de France.
JOURNAL DE PARIS.
Relation abregée de l'établiffement de la
nouvelle fabrique d'Horlogerie
à Versailles.
A
le
U mois de Février de l'année 1718.
fieur Sully conçût le deffein, & forma
le projet d'un établiffement propre à mettre
l'Horlogerie fur un meilleur pied qu'elle ne
142
LE MERCURE
l'a été jufqu'ici en France ; & aprés avoir
expofé les avantages que fon deffein mis en
ceuvre , pouvoit apporter à la France , il
entreprit moyennant la protection du
Prince , de le mettre en execution .
Il s'adreffa à M Lavv , pour en faire la
propofition à S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans Regent. Ce Prince l'approuva ,
& chargea M. Lavv d'aider au fieur Sully
dans l'execution de fon projet.
Comme cet établiffement commence prefentement
à fe faire connoître dans le mon
de , on a ciû que le Public feroit bien aiſe
d'en être inftruit plus particulierement.
L'objet de cet établiffement eft le bien
de l'Etat , l'avantage des Horlogeurs François
, tant Maiftres qu'Ouvriers , & la per
fection de l'Horlogerie .
C'eft un fait connu de tout le monde ,
que l'Angleterre fournit tous les ans à la
France une grande quantité de Montres de
prix , & que ce commerce ne fe fait qu'en
pure perte pour la France ; ces fortes d'Ouvrages
êtant ordinairement achetez par
commiffion,des plas celebres Mtres . Horlo
geurs deLondres , & payez argent comptant.
A l'abri de la reputation que les Anglois
fe font fi juftement acquife , par le genie
& l'industrie qu'ils ont fait paroître en perfectionnant
l'Horlogerie , & par la bonté
& la propreté des ouvrages qui fortent des
mains de leurs meilleurs Maistres il cft
DE JANVIER 143
arrivé que nombre de gens de mauvaiſe foi
abufent du Public. Plufieurs Horlogeurs
Anglois n'envoyent dans les Pays Etrangers
que des Ouvrages de rebut : On les
a imité à Geneves , en Allemagne , & en
Hollande. Tous ces Pays de l'Europe font
inondez de ces mauvaifes montres ; on les
peut comparer à de la fauffe Monnoye
qu'on répand dans le public , à fon grand
préjudice . Les Horlogeurs François ont tellement
fouffert de cet abus , que leur commerce
en eft prefque ruiné.
Il eft encore de fait , & c'eft une fuite neeeffaire
de ce que nous venons de dire ,
que les Horlogeurs François n'ont prefentement
nul debit pour leurs Montres dans
les Pays Etrangers ; & qui pis eft , qu'ils
ne peuvent pas même fournir au dedans du
Royaume , fans tirer ou de Londres ou de
Geneves, certaines chofes dont ils ont befoin
pour établir une Montre.
Delà vient encore que le nombre des bons
Ouvriers François , eft fi diminué depuis
quelques années , que les plus habiles Maiftres
Horlogeurs, même de Paris , fe voyent
extremement embaraffez d'en trouver pour
l'execution de leurs Ouvrages , dans la perfection
à laquelle ils afpirent ; le public en
eft moins bien fervi , & la reputation de
l'Art en fouffre.
Le deffein de ce nouvel établiffement eft
de remedier à tous ces inconveniens , de
144 LE MERCURE
relever l'honneur de l'Horlogerie en France
de pouvoir fubvenir fans aucun fecours étranger
, aux befoins du dedans du Royaume
, & de pouvoir fournir au commerce du
dehors . On s'y eft pris d'une maniere qu'on
a jugé trés propre pour y réuffir.
On a amené en France , à grands frais ,
un aflortiment des plus excellens Ouvriers
Anglois en chaque branche de l'Horlogerie .
On les a établis à Versailles dans des Maifons
Royales avec des avantages confiderables
, pour leur rendre leur état plus agréable
, & pour y en attirer d'autres dont on
pourroit avoir befoin dans la fuite.
On y employe pareillement ceux des bons
Ouvriers François , qui veulent s'afſujetir
aux regles de l'établiffement dont on a ſoin
de les avertir en les recevant .
On y reçoit auffi des jeunes gens pour apprendre
l'Horlogerie dans toutes fes parties ;
& on leur enfeigne auffi bien la Théorie
que la pratique de leur Art.
Cet établiffement eft donc en mêmetems
, & une Fabrique propre dés à - prefent
à produire des Ouvrages dans la der
niere beauté & perfection ; & une Academie
propre à former des Ouvriers habiles &
fçavans pour l'avenir.
En confequence de cet établiſſement
M. Lavy a û l'honneur de prefenter au
Roi le 17. de ce mois , la premiere Montre
qui y a été faite & finie . S. M. a témoigné
1
DE JANVIER. 145
en être trés- contente . Certe Montre eft
petite & d'une beauté finguliere. La chaîne
d'or qui y eft attachée , eft d'un ouvrage
exquis . M. Lavv a prefenté en même tems
au Roi le fieur Sully Directeur en chef de
cette Fabrique , & le fieur Reith Sous- Directeur.
S. M. a reçu l'un & l'autre trésfavorablement
. Le même jour S. A. R.
agréa une belle Montre à repetition de la
même Fabrique. S. A. R. ût la bonté en
cette occafion de témoigner à M. Sully fa
fatisfaction , de la conduite qu'il avoit tenuë
jufqu'à prefent dans cette entreprife ,
dont on pouvoit efperer dans la fuite un
avantage confiderable pour le Royaume.
Copie de la Lettre du Roi , à Monfieur
l'Archevêque de Narbonne .
•
5
茶
M. I Archevêque de Narbonne . Quoique
vos indifpofitions ne vous ayent pas permis
de préfider aux Etats , votre exemple , &
vôtre zele pour le fervice de l'Etat fi longtems
éprouvez y ont également prefidé , &
ont beaucoup contribué à la refolution unanime
de la Province, touchant le Don gratuit,
& la Capitation dont j'ai eu befoin. Ves
Longs fervices & la vertu uniforme &
conftante qui les ont conduits , me font foubaiter
que vous vous conferviez long-tems
pour l'Eglife , pour l'Etat , & pour la Pro
vince, & que je puiffe vous donner de non-
ཏ
146 LE MERCURE
3
veaux témoignages de la diftinction que vons
meritez. Je prie Dieu qu'il vous ait M,
Archevéque deNarbonne, enfa fainte garde.
Signé , LOUIS.
A Paris le 30. Decembre 1718.
Au mois de Décembre dernier , en démofiffant
la Chapelle du Château de Chantilly,
on a trouvé unCercueil de plomb placé
dans le milieu de la Chapelle , vis- à - vis
l'Autelà quatre pieds de profondeur dans la
terre , fans aucune infcription , dans lequel
on a trouvé un corps dans tout fon entier ,
foit par la vertu des aromates avec lesquels
il avoit été embaumé ou autrement. Il
avoit une barbe au menton de deux doigts de
long , qui eft restée entre les mains de ceux
l'ont voulu toucher , ayant les deux bras
liez par les poignets d'un cordon de foye ; &
ce corps étoit revêtu d'une chemise de toille
blanche affez fine, & que l'on a déchirée avec
peine : Ce corps étoit envelopé d'une toille
grife cirée,& la toille fiffelée d'une corde auſſi
диг
cirée.
+
- Par l'examen que l'on a fait des Seigneurs
qui ont poffedé Chantilly , depuis le jour
que la permiffion a été accordée de bâtir
une Chapelle dans le Chateau de cette Seigneurie
, on peut pofer pour conftant que
le Cercueil qui y a été trouvé , eft de Guillaume
le Bouteillier- Senlis troifiéme du
nom , Seigneur de Chantilly , Montmélians
DE JANVIER. 147
lant & Moucy le neuf ; parce que ce fut
lui qui obtint cette permiffion le 1. May
1333. & qui la fit bâtir ; ce qui fait préfumer
que certainement il y eft enterré ,
êtant le dernier Seigneur de cette Maifon
qui foit réputé être mort à Chantilly. Ce
Cercueil a été mis dans la Paroiffe de Chantilly
, comme il a été trouvé.
On écrit de Poitiers du 28. du mois de
Decembre jour des Saints Innocens ,
qu'une Demoiſelle qui porte le grand
nom de Laval de Montmorency , âgée de
fix ans & trois mois , Penfionnaire dans
l'Abbaye Royale de Sainte Croix , avoit
prononcé dans une des Eglifes de l'enceinte
un Difcours qui charma tous les Auditeurs.
Elle étoit revêtue des habits & des marques
de diftinction de l'illuftre Abbeffe du
lieu . Outre le grand Choeur rempli par
toutes les Dames Religieufes , l'Auditoire
étoit compofé de tout ce qu'il y avoit de
perfonnes confiderables dans le Clergé , Se
culier & Regulier, dans la Nobleffe & dans
le Prefidial : Le Difcours dura une demie .
heure . Cette jeune Demoiselle a cu un applaudiffement
univerfel. Le jour fuivant ,
Madame l'Abbeffe l'envoya dans fon caroffe
remercier fes Auditeurs les plus diftin
.guez.
Le premier jour de l'An s'eft paffé à l'ordinaire
chez le Roi . Monfeigneur le Duc
Regent , les Princes , Princeffes , M. la
M
148 LE MERCURE
Garde des Sceaux, lesSeigneurs, le Parlement,
la Chambre des Comptes , la Cour des
Aides , la Ville , & c. allerent fouhaiter
la bonne année à S. M. qui continue à joüir
d'une parfaite fanté. Madame , Ducheffe
de Berry , reçut enfuite les mêmes compli
mens. Cette Princeffe fortit de fon Appar
tement , pour aller recevoir la Compagnie
dans la Galerie de Rubens . Le foir il y ût
un cercle brillant de Dames : Les Princeffes
s'y trouverent , & il y ût jeu auquel fucceda
un magnifique fouper : La Princeffe
tient Toilette les Fêtes & Dimanches , &
il y a trois fois la femaine Appartement .
M. Bory , Grand Maistre des Eaux &
Forefts de France au Département d'Or
leans , a prêté ferment entre les mains du
Roi le 4. du mois paffé , pour une des quatre
Charges de Lieutenant pour le Roi au Comté
de Bourgogne
.
Le Pere Maffillon prêta ferment de fi
delité pour l'Evêché de Clermont dans la
Chapelle du Roi , en prefence de S. A.R.
Menfeigneur le Duc Regent. M. l'Evêque
de Clermont avoit été élu precedemment par
l'Academie Françoife , pour remplir la place
d'Academicien de feu M. l'Abbé de Louvois.
M. l'Abbé de Valbelle , neveu de M.
l'Evêque de S. Omer , a été nommé pour
venir apporter au Roi les Cahiers des États
d'Artois . Il eft chargé de faire la Harangue
à S. M ,
DE JANVIER. 149
On travaille fans relâche à fabriquer des
fixiémes & des douxièmes d'écus de 6 liv.
dans les Monnoyes de Paris & du Royau
me.
M. le Comte de Provana , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Sardaigne à la Cour
d'Angleterre, après avoir executé les ordres
du Roi fon Maiftre touchant le Traité de
la Quadruple- Alliance , en arriva le 27.
Paris , d'où il reprit la pofte 3. jours aprés
pour le rendre à Turin.
à
Les Janvier. Arreft du Confeil d'Etat
concernant les Billets de la Banque Royale;
qui ordonne qu'il fera fait vingt cinq Rcgiftres
, contenant chacun huit cent Billets
de cent écus d'efpeces du poids & titre de
ce jour chaque Billet numeroté depuis le
no, un , jufqu'au no.10000 inclufivement
faifant deux millions & douze millions de
liv. 15 Regiftres contenant chacun 8co-
Billets de la fomme de mille liv. chaque
Billet numeroté depuis le numero un , juf,
qu'au numero douze mille inclufivement ,
faifant la fomme de douze millions ; &
60 Regiftres contenant chacun mille billees
de mille liv . chaque billet numeroté
depuis le no.1. jufqu'au no.60000 inclufivement
, faifant la fomme de fix millions , &
le total, celle de trente millions de livres,
Ordonne au furplus S. M. que lesdits Bil
lets feront faits & délivrez dans la forme
preferite par la Déclaration du 4. Decem
bre dernier. Mij
.
LE MERCURE
Autre Arreft du Confeil d'Etat du me
me jour , qui nomme & commet le fieur
Law Directeur de fa Banque , le fieur Fenelon
Infpecteur , le fieur Bourgeois Treforier
, & le fieur Dureveft Controlleur :
Ordonne que la Regie de ladite Banque fera
faite fuivant & conformement à fadite
Déclaration du 4. Decembre dernier.
Le 10. Arreft de la Cour de Parlement
qui déclare abufives lesLettres ou Decret du
Pape , intitulé , Sanctiffimi Domini noftri
Domini Clementis & c. Fait iteratives défenfes
de l'executer , vendre , imprimer & c.
Ordonne la fuppreffion d'une Lettre du General
des Carmes. Fait deffenfes de recevoir
ni executer aucunes Bulles ni Brefs de Cour
de Rome , ni pareillement aucuns Decrets,
Refcrits , Commiffions , &c. foit en forme
de Lettre ou autrement , des Generaux
d'Ordre , ou autres Religieux êtant hors le
Royaume , fans Lettres Patentes enregis
trées en la Cour.
Benefices donnez.
Le 6. l'Abbaye d'Effay , à Madame
Ravault d'Ombrevalle . Cette Abbaye eft
fituée dans la Ville de Semon , qui quoique
petite , a été anciennement le fejour prefque
ordinaire des Ducs d'Alençon , qui y
habitoient un Palais dont les voltiges paroiffent
encore. Cette Abbaye fut fondée
par le Duc René de Bourbon , & par fa
Femme Marguerite de France , Soeur de
François I, qui depuis époufa le Roi de
DE JANVIER. 15%
Navarre , lefquels y donnerent des fonds ,
& des Privileges confidérables : Le bâti
ment de cette Maifon eft beau ; il y a un
Enclos tres - fpacieux , où la Riviere de Vefone
paffe. Cette Abbaye a toûjours été recommandable
par la regularité , & la fainteté
des moeurs de celles qui s'y font renfer
mées . La derniere Abbeffe étoit de la Mais
fon d'Olmond , defcendue du fameux d'Ofmond
, cité avantageufement dans l'Hiftoi
re de Normandie , lequel fut Gouverneur
du Duc Richard. Il reste encore le Marquis
& le Comte d'Ofmond de ce nom.
L'Abbaye Commendatrice de Peirouze
a été donnée à l'Abbé de la Brouffe de Ver
tillac , par la démiffion de M. de la Brouffe
fon Oncle. Cette Abbaye auffi nommée
Nôtre- Dame de la Peroufe , fut fondée
le 13. Aouft de l'an 1153. huit jours avant
la mort de S. Bernard ; ce qui donna lieu
de la nommer une des trois filles pofthumes
de ce Saint . Ce fut dans la même année
que l'AbbéRobert, fucceffeur de S. Bernard,
y envoya des Religieux , & receut cette
Maifon au nombre de celle de Clairvaux..
On fait par tradition , qu'un Religieux
y a fait des miracles . Les Peuples continuënt
à reverer fa memoire. Il eft conna
fous le nom de S. Men , ou de S. Main .
On voit encore fa figure dans l'Eglife de
ce Monaftere , au coin d'un vieil Hôtel qui
lui étoit dédié.
152 LE MERCURE
Ce Saint eft particulierement invoqué
pour la guérifon d'une espece de lépre. Il
a donné fon nom à une Fontaine qui eft
dans la Cour de l'Abbaye , où les Mala
des vont le laver, lorfqu'ils font affligez de
cette lépre.
Le Prieuré de S. Martin de Poligny en
Franche-Comté , Diocefe de Lyon , a été
donné à M. Craffin , par la mort du ficur
Colombet.
Penfions accordées.
Quatre mille livres à M. le Comte de
Midelbourb , frere de M. le Prince d'Ifenghien.
3000 liv . à M.le Comte de Sourches,
frere de M. le Grand Prevôt de l'Hôtel
& 2000 liv. à M. de Contade. ,
I
Le 12. M. le Duc de Chartres, qui n'avoit
eu fimplement jufqu'à ce jour , que voix
confultative dans le Confeil de Regence
a été trouvé fi judicieux , fi éclairé & fi
fort au fait des affaires qui s'y propofent ,.
qu'il a été refolu qu'il auroit à l'avenir voir
déliberative. L'Enregistrement s'en est fait
le 24, au Parlement.
M. Dagueffeau , fils aîné de M. le Chancelier,
a acheté depuis peu la Charge d'Avocat
du Roi du Châtelet qu'avoit M. de
Fontanieux.
M. Doublet , Secretaire des Commandemens
de S. A. R. Monfeigneur le Regent
, a obtenu la Survivance de la Charge
pour fon fils âgé de 15. ans.
DE JANVIER. ISS
M. de Baleyne , Ecuyer ordinaire de
Madame , eſt mort le .... de ce mois . Sa
Charge & le Logement a été donné à M.
de Vendt.
Etat des Troupes qui compoferont l'Armée
d'Espagne.
Regimens d'Infanterie.
Picardie , 3. Bataillons. Navarre , 3
Bataillons . Normandie , 3. Bat. La Marine
, 3. Bat . Richelieu , 2. Bat . Poitou ,
2. Bat. Touraine , 2. Bat. La Reine , z ..
Bat. Limofin , z. Bat . Orleans , 2 Bar.
La Couronne , 2. Bat . Le Perche , 1. Bat.
Alface , 2. Bat . Royal Rouffillon , 1. Bat .
Royal Artillerie , 4 Bat . Caftellas Suifle ,
2. Bat. Helly Suiffe , 2. Bat . Languedoc ,
Bat. Bombardiers , 1. Bat. Soiffonnois,
1. Bat. Dauphiné , 1. Bat . D'Affigny , r
Bat. Beaujollois , 1. Bat. D'Olonne , F.
Bat. Lenek , 1. Bat . Chartres , Bat
Blaifois , 1. Bat. Conti , 2. Bat .
Mineurs.
De Valiere . 2. Bat . De Voylant , 2
Bataillons. En tout 52. Bataillons , qui font
30600. hommes d'Infanterie .
Regimens de Cavalerie .
Du Roi 2. Eſcadrons . Royal Etranger
2. Cuiraffiers 2. Royal Rouffillon z . Royal
Piedmont z. Cloys des Carabiniers 2. Verneüil
2. La Reine 2. Dauphin 2. Orleans 2-
Chartres 2. Conti 2. Villeroy z. De Luynes
154 LE MERCURE
2. Gefvres 2. LaTour 2. Heudicourt 2. Aubuflon
2. Vauldray 2. La Rocheguyon 2.
Marcillac 2.Monteil 2. Villequiers 2.Cham
bonas 2. Bezons 2. Lenoncourt 2. Bouzols
2. Charlus 2. Rottembourg 2. Noailles 2 .
De Ratfky Huffars 1. En tout 63. Efca
drons qui font 6300. hommes .
Regimens de Dragons.
Meftre de Camp General 2. Efcadrons.
Dauphin 2. Orleans 3. D'Efpinay 2. Beaurcourt
2. L'Autrec 2. Sommery 2. Goefbriant
2. Languedoc 2. Bonnel 2. En tout
21. Efcadrons qui font 2100. hommes.
Total 39000. hommes.
Le 19. S. A. S. M. le Prince de Conti
fut nommé General de la Cavalerie.
Le même jour , M. d'Harcourt fils du feu
Maréchal Duc de ce nom , fut reçû Duc
& Pair au Parlement. M. le Duc de Chartres
, M. le Duc , M. le Prince de Conti ,
tous les Ducs & Pairs , les Maréchaux de
France , & les Chevaliers des Ordres du
Roi fe trouverent à cette reception .
Le 22. le fieur Bourguignon d'A.... jeune
Geographe , ût l'honneur d'être prefenté au
Roi par S. A S. M. le Duc. Il a fait une
Carte intitulée : Civitas Parifiorum , Pagus
Comitatus Parifiacus , dediée à M l'ancien
Evêque de Frejus Precepteur de S. M.
S. A. S. M. le Duc ayant vû cette . Carte ,
honora l'Auteur de fon approbation > &
voulut
C
C
DE JANVIER. 155
oulut avoir le plaifir de la prefenter au Roi'
avec fon Ouvrage ; & afin de convaincre
toute la Cour , combien S A. S. eft portée
à favorifer les Gens de Lettres , il prit le '
tems que S. M. au retour de la Meffe , étoit
environnée de plufieurs Grands Seigneurs .
Le Roi qui avoit déja vû cette Carte quelques
jours auparavant , parut la revoir
avec plaifir ce qui prouve que les bonnes
chofes ont toûjours de nouvelles graces pour
ce Monarque. M. l'Evêque de Fréjus fit
l'honneur au fieur Bourguignon de le queftionner
, & lui demanda une explication
circonftanciée de tous les faits qu'il a fait
entrer dans fa Carte qui eft dans la petite
Chambre du Roi . Ce jeune Auteur dit qu'il
obéiroit ; & pour y fatisfaire , il fera imprimer
un petit Ouvrage , fous le titre de
Differtation Hiftorique , fur une Carte de
Geographie manufcrite , intitulée , Civitas
Parifiorum &c.
Madame de .... eft accouchée à l'âge de
70. ans d'un enfant mort , qui , fuivant le
rapport des Medecins , avoit été conçû depuis
plus de zo. ans. Cet enfant eft fort petit
, point gâté , & on l'a mis dans l'eſprit
de vin pour le conferver .
M. le Duc de S. Aignan , Ambaffadeur
extraordinaire en Espagne , ût l'honneur à
fon retour , de faluer le Roi. Le 22. il prit
féance au Confeil de Regence .
Le 21. M. le Comte de la Chaiſe .
N
fils
Iso LE MERCURE
de M. le Marquis de la Chaife Capitaine
des Gardes de la Porte du Roi , prêta ferment
entre les mains de S. M. dans le grand
Cabinet , en prefence de Monteigneur le
Regent,pour la furvivance de la Charge de
Capitaine des Gardes de la Porte du Roi.
M. de Maurepas Secretaire d'Etat , lut le
ferment , & le Roi lui remit le Bâton de
Commandement : Il alla enfuite fe faire
recevoir à la tête des Gardes de la Porte
qui fe trouvent de quartier : Ils étoient rangez
en haye dans le corps de garde & ſous
les armes .
Le 24. à la requifition & aux preffantes
inftances du Parlement , Monfeigneur le
Regent a permis que M. le Prefident de
Blammont fut remis en liberté.
Le même jour S. A. S. Madame la Ducheffe
la jeune, qui eft alitée depuis un mois
d'une fiévre continue,fe trouvant plus mal,
demanda à recevoir fes Sacremens. Le Curé
de S. Germain l'Auxerois , Paroiffe
du Palais des Tuilleries , porta le S. Viatique.
Monfeigneur le Duc & plufieurs autres
Seigneurs allerent le prendre à la Paroiſ
fe , & le fuivirent à pied , precedez de
40. flambeaux de la livrée de Condé. Madame
la Ducheffe reçût la Communion &
enfuite l'Extrême- Onction , avec beaucoup
d'édification & de fermeté , quoique fort
accablée de fon mal. Le S. Sacrement fut
reporté à la Paroiffe , accompagné par le
DE JANVIER. 157
même Prince & les Seigneurs qui y reçûrent
la Benediction , & qui donnerent en
cette occafion , des marques de leur picté
& de leur tendreffe pour la Princeffe malade.
La Banque Royale va être transportée
au grand Hôtel de Nevers , où l'on travaille
à force à difpofer tous les Bureaux pour
un établiffement fi avantageux au Public.
M.de Boisfranc, fameux Architecte , a fini
fon marché pour le jardin de l'Hôtel de Soif
fons. Il a achetté ce Terrein 600000 liv.dont
il a donné 100000 liv. argent comptant, &
il acquittera le refte , aprés que le Decret
en aura été fait. On deftine cette Place à
élever des maiſons & à y pratiquer de nou
velles rues .
y
Le 26. Arreft de la Cour de Parlement
qui ordonne la fuppreffion d'un Decret intulé
: Editto fpeciale del S. Offizio , du 19 .
Decembre 1718. affiché & publié à Rome
le 22.Decembre , & qui fait défenfes à tous
Religieux de quelque Ordre , Societé ou
Congrégation que ce foit , de fortir du
Royaume fans permiffion du Roi , même
fous prétexte d'aller aux Chapitres Generaux
ou Provinciaux de leur Ordre.
P. S. Le 13. la Lieutenance de Roi du
Havre, fut accordée à M. de la Grange, Lieutenant
Colonel de Normandie, vacante par
la mort du Sieur du Vivier.
Le 16. la Lieutenance de Roi de Greno
Nij
155
LE MERCURE
ble , fut donnée à M. Pafquet , Capitaine
en fecond au Regiment de Conti Infanterie
, par la mort de M. de Montferrat .
Le 28. Monfeigneur le Regent envoya
dire à M. le Comte de Montforeau , Grand
Prevoft de France , que le Roi lui accordoit
la furvivance de fa Charge , en faveur de
M. fon fils âgé de 7 à 8. ans .
M. Dubois ancien Huiffier du Roi
Chevalier de Saint Louis , mourut le 8. Il
avoit une Penfion de 1000 liv. & un Brevet
de retenue de 30000. liv . fur fa Charge
qui a été donnée à M. Girault , Ecuyer de
Madame la Ducheffe d'Orleans .
M. le Marquis de Pluvault , par Commillion
premier Gentilhomme de la Chame ,
bre de Madame la Ducheffe d'Orleans , ecflt
mort..
M. de la Menardie Receveur General des
Finances , a vendu fa Charge 340000 liv,
à M. Berger.
Tous les Traitans qui ont manqué de
rendre leurs Comptes, n'ont que jufqu'au
premier Mars pour y fatisfaire , fur peine de
20000. d'amande . M. Defmarefts & M. de
Bercy ont été nommez pour les recevoir.
DE JANVIER 159
***** 参釜釜釜
L
La Riviere & le Torrent
FABLE
Par M. de la Labat.
E Torrent le plus fier qu'eût jamais v
l'Eté ,
Surpris de la tranquillité
D'une pacifique Riviere ,
Lui confeilloit un jour , à fa maniere ,
De ne pas s'endormir dans cette oifiveté.
Quoi , dit-il , dans tes bords fans ceffe prifonniere ,
Veux-tu fuivre le même cours ,
Et te refoudre à voir toûjours
Tes Eaux langu ffates & mornes ?
Quitte un lâche repos où ta vertu mollit ;
Que ces champs fpacieux déformais foient ton lit
Et ces Monts éloignez , tes rives & tes bornes ?
A ces difcours de Conquerant
Le beau Fleuve répond d'un air bien different a
Mon Onde , toûjours calme & pure
De mille bien - faire miécieu
r
Enrichit ces aimables lieux
Et l'on voit l'art & la nature ,
De leur plus riante parure
Imbellir à leur tour mes bords délicieux.
Plus nous faifons de bien , plus nous donnons de
preuves
D'une veritable grandeur ;
Mais paffons là -deffus . Je veux qu'entretes Fleaves
On admire un jour ma largeur ,
Bien-tôt l'aride Canicule
Viendroit târir ces Mers fans profondeur ;
Et faire évanouir ma gloire ridicule.
Vous-même , vous en faites foi :
Vos flots unis en tombant des montagnes
Rempliffoient tout d'épouvante & d'effroi .
prefent difperfez dans ces vakes Campagnes
Niij
160 LE MERCURE
A peine peuvent ils avancer jufqu'à moi ?
Qu'a gagné vôtre orgueil à ces nobles ravages ?
Voudriez- vous me faire aller fans fruit
Détruire mes propres ouvrages
Gardez
Pour un peu d'éclat & de bruit ?
pour vos pareils qu'un tel honneur féduiz
Vôtre héroïfme chimerique.
La Riviere parloit en fage Politique ,
L'Attila des Torrens târit avant la nuit.
C
ODE
Par M. Boudier.
Loris , helas , n'eft plus au monde !
Comment depuis ce jour fatal ,
Ruiffeau plus clair que du cryftal ,
Peux-tu laiffer couler ton onde
Trouble tes eaux ou les târis ,
Après avoir perdu Cloris.
Souvent aux bords de ton rivage
Elle venoit prendre le frais :
Tu ne l'y reverras jamais ,
-Jamais tu n'auras fon image ,
Mieux peinte qu'avec le pinceau ,
Şur la furface de ton eau .
Bocage folitaire & fombre ,
Qui regne le long de ces eaux,
Seche le verd de tes rameaux ,
Où Cloris venoit chercher l'ombre :
Puifqu'elle n'y reviendra plus ,
Tes rameaux te font fuperflus.
Prairie agréable & fuperbe
Par l'émail de mille couleurs ,
Ceffe de produire des fleurs
Sur le tapis verd de ton herbe :
Cele au moins de t'enorgueillir
DE JANVIER .
167
Cloris n'en viendra plus cueillir.
Antre profond , caverne affreuse ,
Cloris de fes tendres chanfons
Ne viendra plus pouffer les fons
Vers l'Echo de ta voûte creufe ,
Qui les répandoit dans ce bois
Charmé d'une fi douce voix.
Cloris fi belle & fi cherie ,
Qui peut ne vous regretter pas ?
Pleurez avec moi fon trépas ,
Clair Ruiffeau , charmante Prairie ,
Antre profond , Bocages verds ,
yous perdez autant que je perds.
VERS PRESENTEZ
A MADAME ,
Par M. Moreau de Montour , pour la
REINE Favorite de S. A. R. Madame
, au renouvellement de l'Année 1719.
Eft dans ce premier Jour de l'An ,
CEL
Où tout Seigneur , tout Courtilan ,
Rend un nouvel hommage à l'Augufte PRINCISSE,
Qui merite fes voeux & fon attachement .
Je pourrois à mon tour lui faire compliment ,
Si j'avois , pour marquer mon zele & ma tendreffe,
Quelqu'Elope pour truchement.
Dans les tems fabuleux , à la Cour de Lydie
Mes femblables parloient : Que je leur porte envic.}
Au Palais de Crefus langage d'animal
De fes amulemens fouvent faifoit partie ,
Et le mien brilleroit dans le Palais Royal.
Mais quoi , depuis un tems , une nouvelle Secte ,
Croit que tout eft reffort jufques au moindre infecte
Nom d'une Chienne que Madame aime beaucoup.
Niiij
LE MERCURE
C'eft un bizarre fentiment ,
Que mon inftinct détruit à tout moment =
Si je n'ai pas une ame raisonnable ,
L'on voit que j'ai du moins un efprit raíonnant.
Je ne fais point careffe à tout venant ;
Mais je diftingue ceux qui d'un oeil favorable
Sont vûs de ma Princeffe : Attentive à ſa voix ,
J'en reconnois le fon , & toûjours je conçois ,
Tout ce qu'elle me dit avec fon air affable .
Je fens par les bien faits que mon bonheur eft grand
Avec tout le refpect que l'on doit à fon rang ,
Je m'apperçois, Que tout le monde l'aime.
Delà , je conclus en moi- même
Donc tout le monde m'aime auffi ,
Le proverbe le veut ainfi.
Si pour me faire honneur , on m'appelle la Reine
De mon efpece donc , je fuis la Souveraine .
Conclucz mieux , fçavans Cartefiens ;
Dans vôtre Ecole doctrinale
En fait de bête machinale ,
Tous vos railonnemens ne valent pas les mien
Parallele de l'Amour & du Tabae,
Du Tabac , de l'Amour , chacun eft entêté,
Le Soldat & l'Abbé , la Coquette & la Prude
Par le bel - air d'abord on s'y trouve porté ♣
Le bel- air du plaifir eft bien - tôt efcorté .
Le plaifir devient habitude ,
It l'habitude enfin devient neceffité .
MADRIGAL.
Ecevez ces nouvelles fleurs
Que pour vous tout exprés l'Aurore
Répandant l'émail de fes p'ears ,
Dans mon parterre a fait éclore :
Et ceffez , jeune Iris , de préferer encore
Les fleurs de vos Climats à leurs vives couleurs ;
Mais , quelque foit l'éclat des dons charmans de
Flore
DE JANVIER. 161
11 eft des fleurs , aimable Iris
Dont les beautez font immortelles ,
Par qui vous enchantez les coeurs , & les efprits ;
Vous auriez dû nous parler d'elles.
Pour produire des fleurs fi belles ,
Qui peut vous diſputer le prix ?
LE
A Parigueux ce 3. Janvier 1719 .
E Sonnet de M. de la Morelie , Avocat
au Parlement de Bordeaux, jeune homme
d'efprit & d'érudition , a remporté le Prix
des Bouts - Rimez propofez dans le Mercure
de Juillet 1718. Au refte , Monfieur
comme S. A. R. nous a fait l'honneur de
nous promettre des Lettres Patentes de
S. M. pour nôtre nouvel Etabliffement ,
nous avons cru qu'il étoit de nôtre devoir
de meriter cette grace , par quelque Oavrage
qui témoignât nôtre reconnoiffance à
ce grand Prince , à qui le Perigord eft particulierement
dévoué ; puifque cette Province
ayant été confilquée pour crime de
Felonie, fous Archambaud de Tallerand VI .
elle fut donnée en fupplément
d'Appanage par le Roi Charles VI. à Louis
fon frere Duc d'Orleans , dont les Defcen
dans en ont joui fucceffivement , jufqu'an
Regne de Louis XII . qui la réunit à la
Couronne . Pour cet effet , M. je vous envoye
de nouveaux Bouts-Rimez , pour être
remplis à la louange de S. A. R. Le Prix
fera un Bijoux donné par nôtre Académie.
du
nom ,
464 LE MERCURE
de la même valeur que les precedens , & le
Fremier jour de Mai , Fête de faint Philippe,
dont ce Prince porte le nom . Ceux qui
voudront me faire l'honneur de m'adreſſer
leurs Ouvrages , ou à tel autre de mes Confreres
qu'il leur plaira , fe fouviendront d'en
payer le port , s'ils veulent que
leurs paquets
foient retirez de la pofte. Je fuis ,
M. vôtre , &c. La Grange , Chancelier .
Genie.
Cachez .
Arracheza
Harmonie.
Finie
Attachez
Fâchez.
Unie.
Lis.
Ennoblis
Temple.
Teux .
Exemples
Ayeux.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit le Totum , & celui de la feconde
, le Spadille.
23
DE JANVIER . 165
.
ENIGME
De M.le Marquis de Neuvie.
Utrefois dans mes jeunes ans
Al'allois dans les bois , dans les champs
Mc promener avec mon pere ;
Mais , depuis qu'il eft mort par une trahifon ;
Je vais de maifon en maiſon ,
Toujours accompagné d'un frere.
En m'uniffant à lui je deviens neceffaire ,
Et l'on voit peu de gens qui fe paffent de nous.
L'homme groffier n'en a que faire ,
Mais , la beauté la plus fevere
Me tient fouvent fur fes genoux.
Elle metend la main ; à cet accueil fi doux ,
Je la lui baile & je l'embraffe ,
Sans que l'Amant en foit jaloux ,
Ni que l'Epoux s'en emberaffe.
Autre de M. le Chevalier de la Grange ,
Officier de Marine.
I je fuis fruit ou non, c'eft encore à fçavoir :
SeJe nais fans que les yeux puiffent m'appercevoir ;
Sans racine & fans tige , & fans fleur & fans feuille.
Comme on a les métaux quand on me veut avoir
Ceux qu'abhorrent les Juifs , y font bien leur devoir,
Et l'on m'arrache enfin plutôt qu'on ne me cueille.
Je fuis pour une Belle un ragoût fi charmant ,
Lorfque fon ardeur eft extrême ,
Qu'elle a plus de profit & de contentement,
A me donner à fon Amant ,
Qu'à me garder pour elle-même.
466 LE MERCURE
CHANS ON.
L nous eft venu d'Italie
I' Un Jeu rare & nouveau .
Et voyant le tableau
Avec transport chacun s'écrie :
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli ,'
Le Jeu de Biribi !
Parbleu je l'aime à la folic.
***
Ce tableau changeant nous prefente
Des objets au hazard ,
Un Singe , un Leopard ,
Un Fruit , une Rofe naiffante.
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli ,
Le Jeu de Biribi !
Quand le Lot paffe deux fois trente.
Le Banquier ne fait point de grace ;
C'eft un autre Minos .
A faffer tous les Lots
Il fe tourmente , il fe tataffe.
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli
Le Jeu de Biribi !
Quand le Minos fait la grimace.
Chacun peut à fa fantaife
Mefurer fon deftin ;
Vieux en quart , jeune en pleix,
Y met au gré de fon envie .
Qu'il eft gentil , qu'il eft jo'i ,
Le Jeu de Biribi !
L'aimeriez-vous , belle Silvie
無
Voyez vous ce Mari qui tire
Le Blazon du Sultan ?
11 croit que c'eft Saran ,
Qui vient exprés le lui prédire,
DE JANVIER. 167
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli,
Le Jeu de Biribi !
Si l'on y perd , on y peut rire.
SPECTACLES.
Ous n'ofâmes pas rifquer dans le Mercure
precedent , nôtre jugement fur le
merite de la Déclamation de Mademoiſelle
Jouvenot. Nous nous contentâmes de dire
que cette jeune Actrice s'étoit attiré des
applaudiffemens dans le Rôle de Camille.
Aujourd'hui que le jugement public fe
réunit en fa faveur , depuis qu'elle a joüé
dans le Rôle de Phedre , nous ne craindrons
point d'avancer , qu'avec toutes les difpofitions
favorables qu'elle a reçû de la natures
elle pourra devenir dans peu l'ornement
de la Scene Françoife. Car , outre les graces
vives & aifées de l'efprit & du corps
dans un Sujet de 17 ans , elle a fingulierement
la voix nette , fonore , animée & infinuante
: Elle foûtient des yeux & de l'action
, tout ce qu'elle exprime. Qu'elle paffe
de la tendreffe à la haine , de la douleur à
la fureur , & de la crainte au deſeſpoir
on croiroit qu'elle reffent tout ce qu'elle
feint ce qui caracteriſe particulierement
l'excellente Actrice . Au refte , elle acquerefa
dans peu , par la pratique du Theatre ,
ee qui lui manque , ààccoonnddiittiioonn qu elle s'af163
LE MERCURE
fervira à éviter les piéges de l'imitation 5
il lui eft facile d'être originale .
›
Le19. Arlequin Platon, Comedie Italienne
en trois Actes , avec des décorations , des
danfes & des airs de M. Mouret, fut reprefentée
pour la premiere fois : Elle a été
reçûe favorablement du Public , & a continué
de l'être jufqu'à ce jour.
Le deffein de cette Piece eft hûreuſement
imaginé & conduit ; l'Auteur a rappellé
les Spectateurs , par le jeu comique qu'il
a donné à Arlequin , qui comme un autre
Prothée , furprend toûjours par les differentes
formes qu'il fait prendre.
Nous avions fait un Extrait de cette
Comedie que nous avons été obligez d'abandonner
, pour y fubftituer les Nouvelles
Etrangeres. Nous fommes fort portez à inferer
dans ce Recücil tout ce qui peut le
varier ; mais fouvent le tems ne nous le
permet pas.
La Foire de Saint Germain va être enfin
privée des Spectacles qui s'y étoient introduits
depuis quelques années . On peut dire,
à la honte du ficcle , que le mauvais goût
avoit tellement prévalu en faveur de ces
fortes de Pieces , que l'on preferoit ſouvent
l'Equivoque & bas Comique qui y étoit répandu
, aux meilleures Tragedies & Comedies
que l'on jouoit fur les Théatres reglez.
Des Auteurs de reputation ne craignoient
d'avilir leur plume pour y attirer le Pu pas
DE JANVÍ ER. 169
blic , tandis qu'ils privoient ce même Public
de quantité d'autres bonnes Pieces ,
qui par leur fuccez , auroient été fuivies
de l'utile & de l'honnête.
Le 22. les Comediens du Roi reprefenterent
devant S. M. la Comedie du Malade
Imaginaire , avec tous les agrémens execu
tez par fa Mufique , & par les plus habiles
Danfeurs & Danfeufes de l'Opera. Le fpectacle
ſe fit fur le même Theatre qui fut dreſſé
l'année paffée dans l'Anti - chambre du Roi,
M. le Duc & M.le Prince de Conti s'y trouverent.
Le 26. les Comediens Italiens reprefenterent
devant le Roi , fur le même Theatre ,
Arlequin Prothée, qui fut un compofé de plufeurs
Scenes du Theatre Italien , détachées ,
& prefque fans fuite , qui furent aplaudies .
NOUVELLES ETRANGERES.
A Varfovie le 3. Janvier 1719 .
Onfieur Lierzerwki arriva le 29. du
Mmois paſſé de Peterbourg dans cette
Ville. Il fit rapport à S. M. du fuccez de
La commiffion , & de la réponſe favorable
du Czar qui enjoint par un ordre formel à
toutes les Troupes d'évacuer ce Royaume.
Il a apporté trois lettres qui lui ont été remifes
par ce Monarque ; l'une pour le Roi,
$70
MERCURE LE
l'autre pour le Primat du Royaume , & la
troifiéme pour le Maréchal de la Diette Generale.
Le 31. Ce Miniftre eft parti pour aller en
Pruffe , fignifier l'ordre de S. M. Czarienne
au Prince Repnin. On prétend cependant
que la fortie des Mofcovites dépend de deux
conditions ; la premiere , que l'affaire de
la Regence de Dantzik , concernant les
trois Fregattes promiſes au Czar par un
Traité , foit auparavant terminée : La
feconde , que celle du Duché de Curlande
alt fon effet ; c'eft - à dire , que le jeune
Prince de Curlande venant à deceder fans
enfans mâles , cette Principauté foit dévolue
au Mar- Grave de Brandebourg.
L'Envoyé du Cam des Tartares a û plufieurs
Audiences du Roi , & a été en conference
avec divers Senateurs du Royaume .
Il a declaré avoir ordre de leur offrir tous
les fecours qui dépendroient de fon maître :
Que ce n'étoit que dans cette vûë que les
Tartares fe tenoient fur les Frontieres ,
prêts à marcher au premier commandement
, pour agir contre les ennemis du
Roi & de la Republique de Pologne ;
qu'ils n'avoient qu'à examiner , s'ils vouloient
accepter ces offres. A ce difcours ,
toute l'Affemblée le remercia des bonnes
intentions du Cam , & lui dit que le Roi
prenoit fort en confideration l'amitié que
Lon Principal témoignoit en cette rencontre
&
DE JANVIER. 175
tre : Que la Republique pouroit à la verité
en avoir befoin , mais non pas fuivant
la difcipline militaire qu'obfervent les Tartares.
L'Envoyé de l'Empereur a remis un
memorial au Grand Chancelier de la Couronne
, pour porter la Republique à faire
fortir l'Epoufe du Prince Ragotfki hors du
Royaume. Cette Princeffe en effet ſe diſpofer
à aller fe refugier autre part.
/
Sur l'avis que le Roi a reçû que M. Wilelmi
fon Secretaire à la Cour de Berlin , y
avoit été arrêté, S.M. a deffendu à l'Envoyé
du Roi de Pruffe de paroître au Palais.
La Cour ayant été informée d'une rencontre
qu'il y avoit û auprés de Dantzick
entre nos Quartians & les Mofcovites
dans laquelle les premiers ont été fort maltraitez
, le Roi a depêché un Exprés avec
une lettre au Prince Repnin pour avoir fatisfaction
de cette violence .
LE
Du Camp devant Friderishal
Le Decembre 1718.
13.
เ
E 2.Novembre toute l'Armée du Roi fe
trouva formée au nombre de 2800ɔhom .
Le S. S. M. fe rendit aux environs de Vef
traidre enVermolande où elle avoit un corps
de Troupes de 8000. hommes. Le lendemain
elle marcha à la tête de ce corps, pour
entrer en Norvege au deffous du Fort Barmo.
Les Troupes qui en gardoient les pal
172 LE MERCURE
fages , ne firent aucune refiftance , & prirent
d'abord la fuite : Il y eut environ 20 .
hommes de tuez , 8o. prifonniers & 40. deferteurs.
Les Danois qui crurent d'abord
que ce n'étoit qu'un Parti , fe retirerent derriere
la Riviere de Friderishall ; mais ayant
appris que c'étoit une partie de l'Armée ,
& que l'autre devoit forcer les paffages de
Suinefund & Sunderbourg , ils fe retirerent
precipitemment par Friderishall , & allerent
fe mettre derriere la Glamer. Le corps d'Armée
que commandoit le Roi , inveftit Friderishall
, & S M. fit venir tout ce qui étoit
neceffaire pour en former le fiege . On
en ouvrit la tranchée la nuit du s . au 6.
Decembre du côté du Fort appellé Guldenlen.
Le 9. l'Artillerie y ayant fait brêche ,
le Roi fit donner l'allaut . S M. voulut
fe trouver à cette action ; elle y fat fuivie
de plufieurs Officiers. M. d'Eftran Ingenieur
François eut le malheur d'y être tué
d'un coup de canon à cartouche. Le Roi
le
regretta beaucoup . Les nuits du 9. au 10.
& du 11. au 12. furent employées à faire
une grande parallele à la petite demie portée
du fufil de la Place, entre le Fort Guldenleu
, la Fortereffe , & une communication
de cette parallele aux tranchées qui
avoient été faites pour le Fort . Cette dérniere
nuit , S M. qui avoit voulu toûjours
être prefente , lorfque l'on traçoit les travaux
, monta le long du parapet de cette
DE JANVIER.
573
parallele , & s'appuyant deffus à demi
corps découvert , il y reçût au côté gauche
de la têté une bale d'un canon charge
à cartouche , dont il mourut fur le champ,
fans parler ni faire aucun mouvement. Le
lendemain , M. le Prince Hered . de Heffe-
Caffel & Mrs. les Generaux tinrent Conſeil
prefque tous. Quoique la prife de la Place
fut fure , ils opinerent pour lever le fiege ..
On croit que la plus forte raifon qu'ils ont
â pour cela , eft qu'il eft incertain quel fera
le fucceffeur du deffunt Roi , & que
cette affaire ne peut être terminée que par
une Diette.
Par des Lettres de Gottembourg , on a
appris que le corps de ce Prince fut d'abord
tranſporté à Stromstad d'où il devoit être
conduit à Stokholm pour être inhumé dans
le Tombeau Royal. L'Infanterie Suedoife
s'êtant retirée de devant Friderishall , la
Cavalerie s'étoit démontée , pour employer
fes chevaux à tranfporter l'Artillerie , les
munitions & les bagages du fiege . Le Prince
Hereditaire de Hcffe- Caffel fit arrêter auffitôt
le Baron Goortz à Stromftad , & il a
été transferé à Stokolm fous l'efcorte de
100 Cavaliers . Le Comte Vander Nath &
plufieurs autres perfonnes du même parti
ont été faifies en même tems avec tous leurs
papiers. Auffi - tôt qu'on ût reçû à Stokholm
la trifte nouvelle de la mort inopinée
du Roi , on poſa à l'Hôtel de la Banque de
O ij
174 LE MERCURE
cette Ville, une garde compofée de 6. Com
pagnies de Bourgeois . Il y a de grandes
conteftations , touchant le droit de la fucceffion
à la Couronne , entre le jeune Due
de Holftein Gottorp & la Princefle Ulrique
fa Tante. On croit cependant que cette
Princefle foeur du deffunt Roi , & époufe
du Prince Hereditaire de Heffe Caffel ,
fera declarée Reine , conformement aux
derniers refultats des Etats du Royaume ,
& à la derniere volonté du feu Roi Charles
XI....
L
·
A Hambourg le 12 .
E Duc de Meckelbourg continuë fes
procedures violentes contre la Nobleffe
de fon Païs , malgré les divers Mandemens
de la Cour Imperiale , & la mort
du Roi de Suede . On efpere cependant que
cette affaire s'accommodera dans peu à l'amiable
, par , par la raison que l'execution militaire
projettée contre ce Prince , a été encore
fufpendue jufqu'à nouvel ordre , Ces mêmes
lettres portent qu'on faifoit de grands
préparatifs de guerre à la Porte , pour les
operations d'une Campagne. On ne doutoir
pas qu'ils ne fuflent deftinez contre la
Mofcovie la Porte paroiffant refolué à
obliger les Troupes Ruffiennes à évacuer la
Pologne & la Lithuanie , conformement
au Traité conclu fur la Pruth.
€
Il y a apparence que la mort du Roi de
DE JANVIER. 173
Suede fera fuivie de la Paix du Nord. On
parle même d'une fufpenfion d'armes entre
la Suede & le Dannemark.
A Berlin le 4º
A Cour fe donne de grands mouvepour
approfondir l'affaire qui a
mens
occafionné l'emprifonnement de plufieurs
perfonnes de diftinction. Cependant on en
ignore encore le veritable fujet , & ſuivant
toutes les apparences,les Prifonniers qui ont
été transferés à Spandan , y resteront jufqu'à
ce qu'on ait découvert ce Complot mifterieux.
Madame de Wagenitz & fa fille ;
l'une Dame d'honneur de la Margrave Albregt
, & l'autre ey- devant Dame d'honneur
de laReine , ûrent ordre defortir dans un
tems limité de Berlin , & de tous les Etats de
la domination de Pruffe . Le Secretaire du
Comte deWartenfleben a été furpris déguifé
en femme , & on s'eft faifi en même tems
de tous les papiers du Secretaite de l'Ambaffade
de Pologne. La veuve de feu M.
le Confeiller de Blafpiel a été arrêtée avec
un Confeiller Privé. C'eft un nommé Clement
, cy- devant Secretaire du Prince Ragotski
, qui êtant paffé de Vienne à Berlin,
a caulé tout ce defordre, en faisant voir
au Roi des lettres, à ce qu'on prétend , contrefaites
, par lefquelles on avoit formé le deffein
d'enlever S. M, On a pris la précaution de
376
LE MERCURE
s'affûrer de cet homme . On ne doute pas
ici que ce ne foit un calomniateur .
Le feu prit ces jours paffez au Palais
Royal. Ily a û trois beaux appartemens reduits
en cendre , avec tous les meubles qui
y étoient : On ne fait cependant monter
cette perte qu'à cinquante mille écus .
AVienne le 14
L'Aga que le Grand Vifir avoit envoyé
Vienne , après avoir û fon Audience
de congé du Prince Eugene , en partit le-
31. du mois paffé. Cet Aga eft né Chêtien.
Etant Page du feu Prince Louis de Bade ,
il ût le malheur d'être fait prifonnier à la
Bataille de Salankemen , par les Turcs
chez lefquels il a pris le Turban . Cet Aga ,
avant que de partir , a reglé le Ceremonial
& le départ des deux Ambaffadeurs , fçavoir
, de celui qui va de la part de S. M.I.
à Conftantinople , & de l'autre qui vient
de la part de la Porte Ottomane à Vienne.
L'Empereur qui avoit deflein de faire ériger
l'Evêché de Vienne en Archevêché , y trouve
plus d'obftacles qu'il ne croyoit , par
l'oppofition d'un grand nombre d'Evêques
qui refufent d'être fes Suffragans. Le Comte
de Zinfendorf a déclaré au Prince Jacob
Sobieski , que S. M. I. ne vouloit point
donner fon confentement au Mariage de la
Princeffe Scbieska fa fille avec le Préten
DE JANVIER. 177
dant. Le 8. le fieur Forner de Sonnenfeld
Interprete de S. M. I. pour les Langues Oriantales
, arriva ici de Servie , où il avoit
efté envoyé par la Cour pour regler les Limites
avec les Commillaires Turcs, M. le
Comte de Virmond eft auffi de retour en
cette Ville de la Cour de l'Electeur Palatin ..
Aprés qu'il aura fait le rapport de fa Negociation
à S. MI il fe preparera pour fon
Ambaffade de Conftantinople.
Par un Courier dépêché de Milan , on a
apris que le Prince Charles de Leuvefthein
Wertheim , Gouverneur General de cet.
Etat , y étoit mort âgé de 75 ans , ainfi
qu'à Prague , le Comte de Kinsky Grand
Maréchal hereditaire de Boheme , Confeiller
privé de l'Empereur , & Chevalier de
la Toifon d'Or.
L'Empereur délibere journellement avec
fes Miniftres , fur les moyens de pouffer la
guerre contre l'Efpagne avec la derniere vigueur
, à moins qu'elle ne fe mette dans
peu à la raison.
On parle ici d'une Négociation menagée
par le General Flemming , Miniftre du
Roi Augufte , entre l'Empereur , le Roi
fon Maître & le Roi d'Angleterre , comme
Electeur d'Hannovre . S. M. I. paroît plus
refolue que jamais , à faire executer fon Decret
contre le Duc de Meckelbourg , en y engageant
tout le Corps Germanique .
Le Diette de Ratisbonne eft toûjours fort
178 LE MERCURE
agitée par le different qui s'eft élevé entre
les Proteftans & les Catholiques , au fujet
de l'Evêché de Naumbourg. Les Proteftans
foutiennent par le cinquiéme article duTraité
de Weftephalie , que cet Evêché ne doit
point paffer entre les mains d'un Catholique.
Il a déja paru plufieurs Memoires fur
cet article , par lefquels les Lutheriens menaçent
les Catholiques , qu'au cas qu'ils
donnent atteinte au Traité de Weftephalie ,
ils ne pouront fe difpenfer d'entreprendre fur
les biens Ecclefiaftiques poffedez actuellement
par les Catholiques ; ce qui pourroit allumer
une guerre civile dans tout l'Empire .
Les Catholiques ont cependant un grand
intereft à empêcher que cet Evêché ne tombe
aux Proteftans , dans la crainte que ces
derniers n'ufaffent de reprefailles à l'avenir .
La Diette eft encore fort incertaine fur la
decifion qui doit être faite touchant les préténtions
du Prince Palatin & de l'Electeur
' Hannovre , pour la qualité d'Archi - Treforier
de l'Empire .
+
Les Proteftans de Pologne & de Lituanie,
ont porté auffi leurs plaintes à la Diette
de Grodno , prétendant qu'on attente à
leur liberté , honneur & fûreté. Non contens
de s'être plaints en Pologne , ils ont
fait paffer leurs griefs dans toute l'Allemagne
, demandant de prompts & de puiffans
fecours à tous les Proteftans de l'Empire.
1
DE JANVIER . 179
LES
A la Haye le 23. Janvier.
Es Miniftres d'Efpagne en cette Ville
continuent à fe donner de grands mouvemens
pour détourner cette Republique
d'entrer dans la Quadruple Alliance. Ils reçûrent
Mardi dernier un Exprès de Madrid ,
& depuis ce tems- là ils ont renouvellé leurs
inftances auprés des Etats Generaux fur le
même fujet . On dit même que le Marquis
Beretti- Landy, a infinué dans la Conference
qu'il ût le 16. avec les Députez de l'Etat,
que le Roi Catholique ne feroit point éloigné
d'accepter le Projet d'acommodement ,
pourvû qu'il fe fit par la voye de la negociation
, & qu'on donnât les mains à
la tenue d'un Congrès , & que S. M. C.
accorderoit par préliminaires , plufieurs des
principaux articles de ce Projet . Les Députez
en ont fait leur rapport à l'Affemblée
de L. H. P. qui ont trouvé la propofition
du Miniftre d'Espagne trop vague , & oi t
chargé leurs Députez de lui demander ure
declaration par écrit , afin de la communi-
1 quer aux Provinces particulieres & anx
Puiffances qui ont formé ce projet d'accommodement.
On affûre que c'est ce cui
a obligé Milord Cadogan à differer fon départ
pour Londres. Cependant , on co, firme
que l'Etat eft entré dans la Quadruple
Alliance , mais qu'on lui a accordé la li »
Janvier 1719.
180 LE MERCURE
berté de ne fe declarer ouvertement , que
dans trois mois , dans l'efperance qu'avant
que ce tems foit expiré , le Cardinal Alberoni
voyant tous fes defleins renverfez
donnera les mains à l'accommodement qui
lui a efté propofé , pour le rétabliffement de
la paix & de la tranquilité publique en
Europe .
>
On travaille ici à un projet pour le rétabliffement
de la paix dans le Nord. On
dit que le Baron Dalwig cft attendu dans
peu , pour veiller avec un autre Miniftre
qui doit auffi venir de Suede , aux interêts
de la Princefle Ulrique , qui , fuivant toute
apparence , fera declarée Reine . On follicite
leurs H. P. d'envoyer un Miniftre en
Suede . Les derniers avis de ce pays-là portent
que les Senateurs & autres Grands du
Royaume , font réfolus de profiter de cette
eccafion , pour rentrer dans leurs anciens
droits , & privileges qui leur ont été enlevez
fous les deux derniers Regnes , & qu'ils
ne déclareront leur choix, foit pour la Princeffe
Ulrique , foit pour le jeune Duc de
Holftein Gottorp , qu'aprés qu'on leur aura
accordé ce qu'ils demandent. On croit.
que le Baron de Goortz & ceux de fa cabale
pourroient avoir un trifte fort ; un Secretaire
qu'il avoit à Amfterdam , s'eft abſenté
, fans qu'on fçache où il est allé .
On aprend que l'affaire de Berlin , qui
a tant fait de bruit , n'eft qu'une chimere ,
DE JANVIER .
181
& que Me. de Blaefpiel & quelques autres
perfonnes qui avoient efté arrêtées fur des
ccufations mal - fondées , avoient été élargies
& étoient rentrées en grace . On ajoute
qu'il n'eft pas vrai que le Duc Ferdinand
e Curlande ait eſté arrêté à Berlin , comme
quelques avis l'avoient infinué . Quoiqu'il
foit affés difficile d'être bien informé
de ce qui fe patle en cette Cour-là , à cau e
des défenfes rigoureufes qu'on y a faites
l'écrire des nouvelles , on entrevoit qu'il y
voit quelque intelligence entre le Roi de
Pruffe & le Czar , & peut - être avec la
Suede , contre le Roi de Pologne . Ce qui
lient d'arriver à Varfovie , donne affez de
fondement à ces conjectures . On prétend
pie le féjour des Mofcovites en Pologne ,
étoit que pour favorifer les deffeins de la
Cour de Berlin, pour s'emparer de la Pruffe
Polonoife , & pour obliger le Duc Ferdiíand
à ceder la Curlande au Prince de Branlebourg
Siredt , qui devoit époufer la Duheffe
Douairiere de Curlande , niéce du
Czar.
M. Goes, ci - devant Miniftre de cet Etat
Coppenhague , eft arrivé ici . & a fait
apport à L. H. P. du fuccès de fes Negoiations
, dont on lui a témoigné être fort
atisfait. On dit que M. d'Itterfum doit aler
à la place à Coppenhague , & qu'il parira
dans peu.
On apprend de Munker , que le parti de
Pij
182
LE MERCURE
Baron de Landfberg fe fortifioit beaucoup,
& qu'il pourroit bien l'emporter fur celui
du Prince Philippe de Baviere , fi les voix de
la Maiſon de Metternick fe joignoient à
lui : L'un & l'autre offre à un des Metter
nick d'employer leur credit pour le faire é
lire Evêque de Paderborn , pour tâcher d'attirer
cette Maifon chacun dans fon parti,
On ne pourra rien dire de pofitif fur cela ,
jufqu'à ce que le Miniftre de l'Empereur foit,
arrivé à Munſter ; & il ne faut pas doute
qu'il ne faffe tous fes efforts en faveur du
Prince de Baviere.
On follite L , H. P. d'envoyer un Minif
tre en Suede. Six Provinces de cet Etat ont
donné les mains à la Quadruple Alliance
Celle d'Utrecht n'en eft pas éloignée . Le
Comte de Cadogan partira au premier jour
pour Londres. M. de Colfter fe difpofe
à paffer à Madrid , en qualité d'Ambaſſa
deur de L. H. P. pour engager la Cour d'Ef
les conditions de la Qua- pagne à accepter
druple Alliance avant le premier Mai , A
cas que cette Couronne ne veuille pas y
confentir, il eft refolu qu'on lui déclarera la
guerre de la part des Etats Generaux. L'E
leteur de Baviere a écrit une Lettre fort
gracieufe à l'Etat , pour lui recommande
les interefts du Prince Philip. Maurice for
£is , qui afpire à l'Evêché de Munſter ; le
droit d'Eligibilité qu'il a obtenu de la Cour
de Rome , devenant inutile.
DE JANVIER.
L
A Londres le 23. Janvier.
A Chambre des Communes fe forma en
grand Comité le 21. au fujet du Bill ,
ponr affurer l'intereft Proteftant dans ces
Royaumes. On propofa fi on ordonneroit
audit Comité d'admettre la claufe fuivante
; fçavoir, qu'aucune perfonne ne pourra
prêter les fermens d'abjuration & autres
rmens requis pour recevoir le Sacrement ,
qu'elle ne reconnoiffe que les Ecritures
Saintes de l'ancien & du nouveau Teftament,
ont été données par infpiration Divine
, & qu'elle ne confeffe qu'elle croit fermement
en la tres - fainte Trinité. Cette
claufe paffa à la pluralité de 215 voix ,
contre 17 aprés quoi la Chambre lût
pour la premiere fois un autre Bill pour
lever de l'argent , afin d'aneantir les Billets
Echiquier. L'Efcadre de quatre Vaiffeaux
du Capitaine Hardi , êtant partie le 10 de
Porftmouth pour la Mediterranée , avec un
Convoi de plufieurs Navires Marchands ,
a efté obligée de relâcher à Spitead par les
1
vents contraires. Les Lettres de Deal du 10 .
portent que la Fotte Hollandoife pour le
Portugal , ainfi que les Vaiffeaux des Indes
Orientales , tant Ang'ois qu'Hollandois
, étoient toûjours aux Dunes , en attendant
un vent favorable pour mettre à la
voile. Il est parti un Yacht pour la Hollan-
Pij
184 LE MERCURE
1
de , qui doit amener ici le Comte de Hoffor
qui vient en cette Cour en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Roi de Dannemarck.
Sa Comiffion, à ce que l'on prétend ,
confifte non feulement à traitter de l'accef
fion du Roi fon Maître à la Quadruple
Alliance ; mais encore , à propofer un mariage
entre le Prince Royal de Dannemarck
& la Princeffe Anne Fille aînée du Prince
de Galles . La Vicomteffe Windfor & Mademoiselle
Jeffreis fa fille qui étoient Catho
liques- Romaines , ont embraffé la Religion
Proteftante , & reçû le Sacrement fuivant
Fufage de l'Eglife Anglicanne . Plufieurs
Crieurs de papiers furent fouettez ces jours
paffez , pour avoir vendu des Libelles fédi
tieux dans les ruës .
La Cour paroît fort irritée de ce que le
Prince de Galles a voté dans toutes les divilions
qui fe font élevées contre le Bill contenu
dans l'Acte de Tolerence. On devoit
porter un Acte pour regler la Regence &
le Gouvernement pendant l'abfence du Roi,
au cas qu'il allât ce printems prochain à
Hannovre, & cela , à l'exclufion de S. A. R.
Il y a dans la Tamife 16. gros bâtimens
prêts à mettre à la voîle , pour aller croifer
dans les Indes Orientales , & on délivre
tous les jours des Commiffions pour en é
quipper d'autres deftinez à paffer dans la
Mediterranée contre les bâtimens Efpa
gnols : Deux autres vaiffeaux de guerre
DE JANVIER. 185
ayant commiffion de l'Empereur , ont fait
voile pour l'Amerique , pour aller croifer
fur ces derniers. On a embarqué une grande
quantité d'armes pour les habitans de
l'Ile de Jamaïque : Elles ferviront aux Armateurs
pour attaquer les Espagnols venant
du Perou & de Mexique , en vertu de
la Déclaration de Guerre contre l'Espagne.
Enfin , la Chambre Haute & la Chambre
des Communes , ont promis à S. M. B. de
l'affifter avec tout le zele poffible dans cette
guerre. On a délivré so . Commisions
pour lever des Matelots qui monteront les
12. vaiffeaux de guerre que l'on arme cette
année par extraordinaire.
AMadrid le 9. Janvier.
J
LA fanté du Roi a beaucoup de peine à
fe rétablir. Depuis ce qui s'cft paflé en
France , au fujet du Prince de Cellamare
on a diftribué des Commiffions pour lever
plufieurs nouveaux Regimens dans les differentes
Provinces de cette Monarchie . On
a envoyé de nouveaux ordres dans tous les
ports de Mer pour faire hâter l'équippement
des vaiffeaux deftinez à la fûreté de
Commerce du Royaume , & particulierement
de celui des Colonies en Amerique,
Le Marquis de Lede infifte de plus en plus
pour qu'on lui envoye un renfort de troupes
. La Cour a envoyé des ordres en divers
ports , & particulierement à Barcelonne
Piiij
186 LE MERCURE
pour en faire partir inceffamment un grand
nombre de bâtimens de tranfport , avec des
troupes de Cavalerie & d'Infanterie . Cependant
, on remarque qne la longueur du
fiege de Melazzo caufe de grandes inquiétudes
à la Cour. On parle de convoquer
dans peu les Cortes , autrement les Etats de
cette Monarchie , pour déliberer fur les affaires
de la conjoncture prefente ; mais quelque
refolution que l'on prenne , & quelques
efforts que l'on faffe , il y a peu d'apparence
que nos forces foient fuffifantes
pour refifter à celles de la Quadruple Al
liance . On convient à prefent qu'on auroit
beaucoup mieux fait d'accepter en tems &
lieu les propofitions que M. Stanhope avoit
offertes au Cardinal Alberoni.
O
A Barcelone le s Ianvier.
N continue à reparer toutes les Pla
ces de cette Principauté , & à lever
6. Regimens. On a commis un cruel meurtre
à Falſet Village à 6. licues de Tortofe
Voici le fait tel qu'on le rapporte.
M. de Flandre , Licutenant Colonel du
Regiment de Gueldre , qui avoit herité
beaucoup de bien du Marquis de Louvigni,
Gouverneur de Lerida , & qui avoit fon
quartier dans ce Village , fut attaqué le io.
du paflé à fix heures du foir , dans fa
maifon par une bande d'environ 20. Vo-
C
DE JANVIER. 187
feurs. Aprés qu'ils l'eurent défarmé & obligé
de fe coucher par terre , ils lui tirerent
un coup de piftolet au bas ventre , qui ne
qu'effleurer : Surquoi l'Officier contrefit
fi bien le mort , que les Voleurs le crurentain
& le dépouillerent . Ils demanderent
enfuite les clefs des coffres à fon époufe ,
fans lui faire aucun mal : Elle les leur donna
, & ils vuiderent deux coffres ; mais
dans le tems qu'ils étoient occupez au troifiéme
coffre, l'Officier poulla un foupir qui
fit découvrir la feinte & caufa fa mort ; les
Voleurs lui ayant lâché deux coups de piftolets.
On compte qu'ils ont enlevé pour
la valeur de 6000. piftoles . On ne fçait pas
où ils fe font retirez.
On eft occupé depuis deux mois à reparer
les Fortifications de Gironne , d'Oftalric
, de Cardonne , & autres Places de
cette Principauté ,
Des lettres de Rofes , portent qu'on continuoit
de travailler avec une extrême diligence
aux Fortifications de cette Place . On
croïoit que ces travaux feroient fort avancez
au commencement de Mars . Les mefures
font auffi prifes pour fortifier Caftillon
d'Ampurias , qui eft à l'extremité du Golphe
de Rofes du côté du Lampourdan . Les
nouvelles Fortifications de Denia ont été
fubmergées ; ce qui a été caufé par la violence
des vents qui avoient tellement agité
la Mer , qu'elle avoit inondé toute la côte,
188 LE MERCURE
& enfeveli quantité de perfonnes & de beftiaux.
On écrit de Cadix qu'on travailloit
avec empreffement dans le Port de cette
Place à radouber & à carêner les Bâtimens
de guerre & de charge qui étoient en état
de fervir , & particulierement ceux qui
ferviront d'efcorte aux Gallions qui
doivent partir à la fin du mois de Mars
pour la nouvelle Efpagne. Il eft arrivé dans
ee Port trois Exprés de Ceuta , qui fe font
rendus à Madrid où ils portent des dépêches
du Commandant de cette derniere
Place . On pretend que c'eft pour demander
un prompt fecours , cette Ville êtant extremement
preffée par les Maures ; ce qui
détruiroit entierement l'accommodement
que l'on avoit dit precedemment conclu entre
le Roi de Maroc & S. M. C.
Les Vaiffeaux Anglois arrêtez depuis
quelque tems ici , ont été taxez & relâchez
fous caution , de forte qu'ils ont la liberté
de fe remettre en Mer , lorfqu'ils le jugepropos
ront à
Tous les Habitans du Plat- Païs de la
Province de Bifcaye , qui entrerent armez
à Bilbao il y a quelque tems, & qui y commirent
de grands défordres , ont été deſarmez
par les Troupes reglées qui y font venuës
depuis peu . On croit qu'il y aura deformais
Garnifon en cette Ville , & qu'on
y bâtira même un Fort pour la garentir à
l'avenir de toutes infultes. On travaille
DE JANVIER. 189
<
avec empreffement aux fortifications de
Pampelune.
A Rome leg.
L'Ambaſſadeur de l'Empereur a obtenu
Pape le paffage pour sooo. Allemands
, à travers l'Etat Ecclefiaftique. Plufieurs
Cardinaux font occupez à trouver des
expediens , pour faire en forte que cette
marche ne foit point onereufe aux Habitans
du Païs. Le S Office vient de publier un
Edit , qui deffend , fous peine d'excommunication,
d'avoir , de lire ou de recevoir ,
aucun Ecrit concernant la Conftitution ; de
forte qu'il femble que cette affaire , bienloin
de s'accommoder ,s'aigriffe au contraire
de plus en plus. Le Cardinal Delgiudicé a
fait pofer fur le frontispice de fon Palais
les armes de l'Empereur. Le Pape, a déclaré
M. Albani fon neveu , Secretaire des
Memoriaux , ce qui eft le plus court chemin
pour arriver au Chapeau de Cardinal .
Le Pape a nommé Monfeigneur d'Elei ,
pour Vice - Legat d'Avignon où il doit fe
rendre inceffamment . M. Palavicini de
Cremone , a été fait Secretaire de la Vifite.
Le Chevalier de S. Georges a choi
pour fon logement les trois Palais de Monfeigneur
Muti proche les Saints Apôtres.
Comme cette Cour paroît vouloir s'accommoder
avec celle de Madrid , la vifite que
M. de Marimont Efpagnol Auditeur de la
Rote, devoit faire aux Cardinaux Delgiudicé
& Schrottenbach , a été differée.
100 LE MERCURE
Par les dernieres lettres de Naples , on a
été informé que , fuivant les ordres de la
Cour de Vienne , le Comte de Taun avoit
envoyé des Exprez aux Commandans des
principaux Ports de ce Royaume avec ordre
de la Cour Imperialle , de faire travailler
inceffamment à la conftruction de plufieurs
Bâtimens de guerre. Pour cet effet ,
on leur a envoyé de groffes remifes , pour
payer exactement les Ouvriers qui y feront
employez .
On a reçu avis par la voye de Reggio que
12. Bâtimens Efpagnols étoient fortis du
Port de Meffine , pour aller croifer fur les
Bâtimens Imperiaux & Anglois . Cette
nouvelle a obligé le Viceroi de faire tirer
plufieurs coups de canon , des Forts & des
Batteries qui font le long de la côte , pour
avertir les Bâtimens Napolitains qui font en
Mer , de rentrer dans les Ports de ce Royau
mer: Il a enfuite donné ordre à tous les Bâtimens
de guerre , d'appareiller
inceffamment
& de mettre à la voile . Ils font au
nombre de 17. tant grands que petits ,
parmi lefquels on compte 6. Bâtimens
Anglois.
On écrit de Livourne du 14. que les
Troupes Imperiales , qui étoient nouvellement
arrivées fur les dépendances de laTofcane
, avoient reçù tout à coup ordre de penetrer
dans les Etats de la Republique de
Gênes , & de s'avancer en diligence vers
DE JANVIER. 191
Bette Capitale. La marche inopinée de ces
Troupes , & le grand nombre de celles qui
font repandues dans les Etats de Parme ,
de Modene , du Mantouan & du Cremonois
, donnent beaucoup d'inquietude à
tous ces Etats ; car , on convient que ces
differens corps unis enfemble , en compoferont
un de prés de 25000. Imperiaux , fans
y comprendre les Troupes du Roi de Sard.
Il regne depuis quelques jours dans ces
Mers & le long de ces côtes un vent terrible.
Il a fait de trés grands défordres , &
caufé la perte de plufieurs Bâtimens. Deux
Vaiffeaux Portugais & une Tartane Genoi
fe ont été jettez fur des roches de cette
côte , à 10000. en deçà de Piombino où ils
ont été brifez . Deux bâtimens François &
un Napolitain ont filé fur leur Anchre ; &
un gros Navire Venitien , en entrant dans
ce Port , eft péri avec tout fon équipage
ainfi qu'une Felouque Malthoife . La pluf
part de nos Barques de Pêcheurs , ont coulé
bas. Aujourd'hui , fur les trois heures
aprés midi , 15. Bâtimens de charge Elp
gnols , fous l'efcorte de 4. Bâtimens de la
même Nation , venant de Melline , one
relâché dans ce Port pour éviter le naus
frage.
Les Bâtimens Anglois , Napolitains &
Espagnols qui croifent dans ces Mers , font
de frequentes prifes les uns fur les autres .
Le 12 au matin , deux de ces premiers en
F
F
392 LE MERCURE
trerent dans ce Port avec 4 Bâtimens EC
pagnols ; & le 13. aprés midi deux Vail
feaux de guerre Efpagnols relâcherent ici
avec 3. Tartanes Napolitaines . Comme il
a commencé à pleuvoir , on efpere que ces
Ouragans cefferont .
›
Le Pape eft dans le deffein de faire trois
nouveaux Cardinaux qui font Mgr.
Banchieri Secretaire de la Confulte , M.
Marefofchi Auditeur de S. S. & M. Ward
Chanoine de S. Pierre , le Cardinal Gualtieri
ne voulant plus être chargé des affaires
du Pretendant . Quant à la perfonne du
Pape , fa démarche , fa contenance & fon
vilage concourent parfaitement à perfuader
qu'il jouit d'une très-bonne fanté. On vient
d'apprendre la mort de l'Evêque de Munfter.
Quelque tems avant , S. S. avõit approuvé
le choix que cet Electeur avoit fait
du Prince Philippe de Baviere fon Coadju
teur.
A Génes le 16.
C
Inq Vaiffeaux de guerre Efpagnols &
deux Fregattes de la même Nation ,
qui font à Cagliari depuis environ trois
femaines , troublent journellement le commerce
des Anglois qui trafiquent le long
de ces côtes & celles du Royaume de Naples
. Ils remirent à la voile l'après midi &
firent route d'ici vers Cagliari . Ils ont
pris quelques Bâtimens Anglois &
Napolitains , qui venoient de PortDE
JANVIER. 193
Mahon pour aller débarquer à Reggio une
grande quantité de munitions de guerre &
d'agiêis pour l'Efcadre Angloife qui eit en
Italie.
Le Siege de Melazzo eft toûjours au même
état , les deux Camps fouffrant beaucoup
de part & d'autre . La Cavalerie Allemande
a été obligée , faute de fourage
de fe rembarquer pour être tranfportée en
Calabre. Il fe fait un feu continuel tant du
côté des Affiegez que des Affiegeans . Les
premiers ont environ 14. à 15coo . hommes
, & les derniers 17000. hommes . Les
uns & les autres font fi bien retranchez , qu'il
n'y a pas d'apparence qu'ils rifquent une
action décifive .
On a û nouvelle que le refte .
le refte ,du convoy
fur lequel quelques Troupes Imperiales s'étoient
embarquées , étoit arrivé à Baye , &
le S. Leopol Vaiffeau de guerre de l'Empereur
, qui les efcortoit , eft paffé à Naples.
Cette Republique a accordé 30000. piftoles
de contribution à S. M. 1. dont elle
en a payé 15000. elle n'a qu'un mois de
terme pour payer le refte. Le Comte de
Stampa a des ordres d'aller dans toutes les
Cours d'Italie pour le même fujet .
L'Amiral Bing ayant appris que cinq
Vaiffeaux de guerre Efpagnols commandez
par M. de Camock Anglois étoient entrez
dans le Port de Meffine , a détaché quatre
Vailleaux de guerre pour les aller attaquer,
194 LE MERCURE
A Peterbong le 22. Decembre.
Na tranché aujourd'hui ici la tête à
cinq gros Seigneurs , & l'on vient de
recevoir avis de Mofcon , qu'un grand nonbre
de perfonnes qui avoient û part au
dernier complot , en faveur du défunt
Czarowitz , avoit été condamné à differentes
fortes de fuplices.
IE
,
De Deux - Pons le 10. Ianvier.
E Baron de Muler Miniftre d'Etat en
Suede , dépêcha le 21. Decembre de
Gottembourg , un Exprès au Roi Staniflas
qui faifoit fa réfidence aux Deux Pons , pour
l'informer qu'un coup fatal tiré de Friderifhall
le 11 Decembre , avoit éteint la plus
belle Vie du plus grand Heros , du meilleur
Ami & du plus gracieux Maître * qui fut
jamais. Le Prince Guftave - Samuel Leopold ,
qui fe trouvoit aux Deux- Pons faifit le moment
de la reception de cette Lettre , &
ayant fait auffi tôt a ffembler tous les Corps,
& reprefenté fon droit à la fucceffion de
ce Duché , il reçût le 6 de ce mois le ferment
de fidelité du Clergé , de la Nob'effe ,
de tous les Confeillers & de toute la Bourgeoifie
.
Charles Gustave X. du nom , Roi de
Suede , Bifayeul de Charles XII. qui a
été tué , ut pour frere Adolphe Jean , de
qui eft iu le Prince Cuftave Samuel qui
vient d'être reconnu Prince des Deux- Pons,
-
C
DE JANVIER. 195
mença
à
A Luneville en Lorraine le 10.
E beau & magnifique Palais de L. A.
R. a été prefque entierement confommé
le trois de ce mois par le feu qui com-
S. heures du matin. Le vent étoit
fi violent , qu'en moins de 3. heures l'incendie
fut general dans tous les bâtimens
& quelque fecours qu'on ait pû y donner ,
il n'a pas été poffible d'en arrêter le progrés.
Tous les meubles , beaucoup de vailfelle
d'argent & quantité de bijoux de prix , ont
été la proye des flammes . On ût beaucoup
de peine à fauver les Princes & Princeffes.
On fait monter cette perte à cinq
millions. S. A. R. M. le Duc de Lorraine .
a donné fes ordres pour rebâtir un nouveau
Palais beaucoup plus regulier & plus fuperbe
que le premier.
M
MORT S.
Effire François Philippe de Carvoifin ,
Marquis d'Achy, Chevalier de l'Ordre
militaire de S. Louis , Maréchal de
Camp des Armées du Roy , eft mort à fa
terre le 29 du mois de Novembre paffé . Il
' étoit âgé de 84. ans , ayant été au Service
de Sa Majefté pendant 66. années.
La Maiſon de Carvoifin eft rés ancienne
& originaire des Marches Milanoifes . Le
premier de cette maifon qui s'est établi en
France , eft Jacques de Carvoifin Ecuyer or196
LE MERCURE
dinaire de François Premier. Ce fut ce Roy
qui l'amena en France à fon retour d'Italie
& qui en fit l'un de fes favoris. Il époufa
Marguerite de Bar.
Vefpafien de Carvoifin fon fils , Chevalier
, Seigneur de la rouë du Bois , luy ſucceda
en la Charge d'Ecuyer ordinaire du
Roy François Premier , qui le fit fon premier
Ecuyer en 1543. aprés l'avoir naturalifé
en 1539. El fut Premier Ecuyer jufqu'à
la mort de ce Prince , & pendant tout le
regne de Henry fecond fon fucecffeur : il
époufa Marguerite de Péquigny Dame
d'Achy. Jean de Carvoifin fon fils , Chevalier
Seigneur d'Achy , fut fait Chevalier
de l'Ordre du Roy par Henry fecond , &
époufa Marguerite de l'Ifle - Marivaux , dont
le pere fut auffi Chevalier des Ordres du N
Roy, & Gouverneur des Ville & Citadelle
d'Amiens. Charles de Carvoifin fon fils
Chevalier Seigneur d'Achy , époufa Marguerite
de Nollans. Gilles de Carvoifin fon
Als , Chevalier Seigneur d'Achy , épouſa
Françoife de la Marteliere. Alexandre de
Carvoifin fon fils , Chevalier Seigneur d'achy
& de Salency , époufa Marie- Anne de
Belloy d'Amy. Céfar de Carvoifin fon fils ,
a épousé Leonor Scarron de Vavres , niéce
de Madame la Marêchalle Ducheffe d'Aumont
, dont il a des enfans. François Philippe
de Carvoifin , qui vient de mourir
ft fils de Gille de Carvoihin : il avoit épousé
D'
DE JANVIER 197
Marie Budé d'une ancienne maifon , dont
il refte un fils au fervice du Roy .
Meffire François Marquis Dans d'Hautefort
, eft mort en fon Château d'Ageac en
Perigord , le 23. Decembre 1718. âgé de
91. ans . Il laiffe de fon mariage avec Ñ...
Dabzac de la Douze , Meffire Jofeph Marquis
d'Ageac , & Louis Comte d'Hautefort
de Bofein , qui fert avec diftinction depuis
l'âge de quatorze ans. Il étoit cy- devant
Colonel du Regiment de Touloufe Infanterie
, & eft à prefent Marêchal de Camp
comme nous l'avons dit , en parlant de la
derniere promotion des Officiers Generaux ,
dans laquelle nous marquâmes auffi à l'article
de M. le Comte d'Hautefort de Bo
fein , qu'il a époufé Madame la Marquife
de Verteillac. La Maifon d'Hautefort eft f
Illuftre & fi étendue , que tout le monde
la connoît affés .
Meffire Lambert Bourgoin , Seigneur de
la Grange Bateliere , Confeiller au Parlement
& Doyen de la premiere des Enquestes,
mourut le 26. Decembre.
Meffire Roger Comte d'Eftampes & de
Mauny , cy- devant Capitaine Lieutenant
des Gendarmes d'Orleans , mourut le 27.
Decembre en fa 40. année . Pour la Maiſon
d'Estampes , voyez le P.Anfelme & Moreri.
Meffire Louis Bechameil , Marquis de
Nointel , Confeiller d'Eftat ordinaire , &
Confeiller au Confeil de Commerce , mou
198. LE MERCURE
Jut le 31. Decembre âgé de 69. ans.
Meffire Florent d'Argouges , Seigneur
d'Efgreves , Urtubize & c . Maître des Requeftes
, mourut le 4. Ianvier 1719. âgé de
71. ans.
Dame Marguerite Guillemeau , Veuve de
Mcffire Iean Joyfel , Seigneur de Juilly , de
Mauny & c. Confeiller Seeretaire du Roy ,
mourut le 9. Ianvier âgée de 8z . ans , laiffant
entr'autres enfans M. l'Abbé Joyfel ,
Confeiller de la Grand' Chambre.
Dame Elizabeth de Maupcou , épouse de
Meffire Ican de Turmenics , Chevalier ,
Seigneur de Nointel , Confeiller d'Estat ,
Garde du Tréfor Royal , mourut le 22. Ian
vier 179. âgée de 36. ans
Meffire Hardy de la Haye Montbault
Marquis du Châtellier , Seigneur , Châtelain
du Perrier , la Merlatiere &c. Premier
Chambellan de S. A. R. Monfeigneur le
Duc d'Orleans , mourut le 27. Ianvier.
Charles XII. Roy de Suede , dont la valeur
éclatante & égale, les vertus Royales &
civiles , avoient fait & faifoient encore l'admiration
de toute l'Europe ; fut tué la nuit
du au 12. Decembre 1718. en faifant le
Siege de Friderifhal , en Norvege. Il étoit
né le 24. Juin 1682. de Charles XI. Roy de
Suede , & d Ulrique Eleonore , fille de Friderie
III . Roy de Danemarc. En 1697. il
fut declaré Majeur & Couronné le 1 4. De .
ecmbre de la même année. Toute la vie de
DE JANVIER. 199
ce Prince n'a été qu'une fuite de prodiges ,
foit dans la bonne comme dans la mauvaiſe
fortune. Son premier ouvrage fut la
médiation de la Paix de Rifvick. Frideric
Augufte Roy de Pologne , Electeur de Saxe,
Frideric IV . Roy de Danemarc , & Pierro
Alexeovvitz Czar de Mofcovie , s'êtant ligués
fecretement contre lui , ce Prince réfolut
de les prevenir , penêtra en Danemarc
pour en affieger la Capitale , & prêt à faire
la Conquête de ce Royaume , le Roy de
Danemarc allarmé de fes progrés , reçût la
Paix à Traven- Dahl le 18. Août 1700. Enfuite
les Mofcovites , les Polonnois & les
Saxons , ayant fait des irruptions dans fes
Etats d'Ingrie & de Livonie ; ce jeune Monarque
marcha contre le Czar & gagna la
mémorable bataille de Narva , où 800 .
Suedois défirent Soooo . Mofcovites . En
1701. il en remporta une autre contre les
Polonnois & les Saxons à la defcente de
Duna. Cette Victoire fut fuivie de plufieurs
autres avantages en Pologne jufqu'à fon entrée
en Saxe . En 1706. il obligea fes Ennemis
à accepter la Paix d'Altranſtadt . Un
des points principaux de ce Traité , fut que
Frideric Augufte Roy de Pologne , abdiqueroit
la Couronne , & reconnoîtroit en
confequence pour legitime Souverain de
Pologne , Stanislas I. Qu'il retiendroit pendant
la vie le nom & les honneurs de Roy ,
fans pouvoir cependant porter les armes ni
200 LE MERCURE
prendre le titre de Roy de Pologne . Ce
Prince ayant enfuite declaré la Guerre au
Czar de Mofcovie , il eut le malheur de
perdre le 8. Juillet 1709. la fameuſe bataille
de Pultauva. Dans cette déroute , il n'y ût
que 2 à 300. Suedois , & trois compagnies
de Valaques qui le fuivirent ; & ayant été
obligé de fe fauver par des campagnes defertes
, il arriva heureufement à Bender en
Turquie. Aprés un féjour de 5. ans , il revint
dans fes Eftats à Stralfund en Scanie ,
le 22. Novembre 1714. Cette derniere
Place ayant été prife par les Alliés du Nord
qui s'étoient ligués contre luy pendant fon
abfence , & qui luy avoient enlevé tout ce
qu'il poffedoit dans la Baffe- Allemagne , il
repafla en Suede où il n'a été occupé depuis
fon retour , qu'à faire toutes les difpofitions
neceffaires pour fe venger des Confederés.
Enfin , êtant paflé en Norvege , & ayant
furmonté tous les obftacles qui s'oppofoient
à fon entrée , il étoit prêt de fe rendre maître
de Friderifhal , & de faire la Conquête
de ce Royaume , lorfqu'il fut tué devant
cette derniere place .
Ce Prince avoit la taille haute & deliée ,
le teint naturellement blanc , l'oeil blen , les
cheveux blonds , l'air noble & gracieux , le
temperament robufte , & à l'épreuve de toutes
Les fatigues de la Guerre. Son genie, quoique
vif & pénétrant , fe fixoit aisément & donmoit
beaucoup à la reflexion : il parloit pen
DE JANVIER. 201
mais fort jufte , & Souvent avec énergie : fes
manieres étoient affables & prevenantes , fon
humeur étoit agréable & même enjoué dans
fon domestique ; il eftimoit le merite & recompenfoit
la valeur avec éclat jufques dans fes
ennemis mêmes.
: Charles XI. pere de Charles XII. a cu
les Enfans faivans. I. Hedwige Sophie
née le 26. Juin 1631. mariée le 12 .
Juin 169S. avec Frideric Duc de Holftein
Gottorp, morte à Stockholm le 12. Decembre
1708. Le jeune Prince de Holftein Gottorp
qui difpute la couronne de Suede à la
Princefle fa Tante Ulrique , eft forti de ce
mariage. II. Charles XII tué depuis peu .
III. Guftave né en 1683 mort en 1685.
IV. Ulric né le 22 Juillet 1684 mort le 10
Mai 1695. V. Frideric né en 1685 mort la
même année . VI. Charles Guſtave né en
1686. VII Ulrique Eleonore née le 21 Janvier
1688. mariée le 4 Avril 1715 au Prince
hereditaire Frideric de Heffe-Callel Genera
liffime de Suede.
APPROBATION.
"AY lû par l'ordre de Monfeigneur le Gardelâu
des Sceaux , le Mercure Galant du mois de Janvier.
A Paris le 1. Février 1719.
L
BLANCHARD.
TABLE .
Ettre de M. Gautier écrite d'Alexandrie
4. Septembre 1718,
Principes de Metaphifique ;
Hiftoire de Mademoiselle Catos ,
Manifefte fur les Sujets de Rupture entre
la France & l'Espagne , 54
Déclaration de Guerre contre l'Espagne, 74
Arrêts des Parlemens deParis& de Bordeaux
pour la fuppreffion du Manifefte d'Efpagne
,
7881
Déclaration de Guerre de S. M. Brit. con-
84
tre l'Espagne ,
Extrait du Traité entre le Roi , l'Empereur,
le Roi de la Grande Bretagne ,
Livres nouveaux ,
101*
136
141
Journal de Paris , où il eft parlé de plufieurs
faits importans ,
Poëfies ,
Bouts- Rimés à remplir à la loüange de Son
A. R. ·
Enigmes & Chanson
Spectacles
164
165.166
1167
Nouvelles Etrangeres avec an détail de ce
qui s'eft paffe de plus confiderable en Esrope
,
Morts ,
169
195
Eloge de feu Charles XII, Roide Suede. 198
Errata de Decembre 1718 .
Page 136. 1. 4. Souftractions , lifez Inftructions.
Pag. 164. 1.3 . qui a fait le dernier Traité
avec les Echelles du Levant. lifez, qui a
fait plufieurs Traitez de Paix & de Com
merce avec les Puiffances de Babaiic.
LE
NOUVEAU
MERCURE.
Février
1719.
Le prix eft de vingt fols
5b-15
A. PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
PIERRE RIBOU , Quay des Auguſtins ,
à PImage S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rae S.
Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
M. D. CC. XIX.
Avec Aprobation & Privilège du Roy .
THE NEW YOU;
PUBLIC LIBRARY
336108
ASTOR, LENON ND
AVIS.
O
prie
TILDEN' FOR CAT prie ceux qui adref
feront des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure ,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft,
A Monfieur BUCHET , Cloitre ,
S, Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci - deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. & 1718. de même
que l'Abregé de la Vie du
CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
LE
NOUVEAU
MERCURE
DISCOURS
Sur la Poëfie Paftorale qui eft à la tête
des Eglogues de M Pope ,
traduit de l'Arg'ois.
I
L n'y a rien de plus commun,
ce me femble , que ces Poëfies
que l'on nomme Poëfies
Paftorales ; & rien de fi rave,
que des Poefis à qui ce nom
convienne veritablement . Il me paroît donc
neceffaire de dire quelque chofe fur la nature
de cette cipice de Pome ; & mon
deffein eft de renfermer dans ce petit Dit
cours , toute la fubftance de cette multitude
de Differtations que les Critiques ont fait
Février 1719.
A ij
LE MERCURE
fur ce fujet , fans que mon propre interet
puiffe me faire paffer fous filence aucune de
leurs regles. Je tâcherai de les concilier
dans quelques endroits fur lefquels ils paroiffent
d'avis different ; & on trouvera
quelques remarques qui leur avoient échapé.
C'eft dans ces fiecles qui fuivirent de prés
la creation du Monde , que naquit la
Poëfie ; & comme le foin de garder les
Troupeaux, paroît avoir été le premier emploi
des Hommes , la Poëfie Paftorale cft
vrai -femblablement la plus ancienne. Il
eft naturel de penfer que ces anciens Bergers
, dans le loifir dont ils jouiffoient
avoient befoin d'amufement : Il n'y en avoit
point de plus propre à leur vie folitaire que
le Chant ; & fans doute , que dans la plupart
de leurs Chanfons ils celebroient le
bonheur de leur état . Ces idées ont fait
imaginer & enfuite perfectionner une forte
de Pocfie , dont le but principal étoit de
nous offrir une image parfaite de ces tems
heureux , de nous faire admirer ks vertus
qui regnoient alors , & de les introduire peu
peu paimi nous . Or , comme les Paſteurs
avoient choisi le genre de vie le plus tranquille
, les Poëtes jugerent à propos de les
faire parler dans ces Poëfies qui furent pour
cela appellées Paftorales.
રે
Une Paftorale eft une imitation de l'action
d'un Berger , & cette imitation eft
DE FEVRIER
fufceptible de la forme drammatique & de
la narrative. La Fable en eft fimple : La
groffiereté feroit fans doute un défaut dans
les moeurs : La politeffe du Courtifan n'en
feroit peut- être pas un moindre. Elle ne
fouffre rien de figuré ou de trop recherché
dans fes pensées ; elle y admet de la vivacité
& des fentimens , pourvû qu'ils ne la
rendent ni trop longue ni trop languiffante .
Son ftile eft naturel , mais pur ; poli , fans
être fleuri ; aifé , & cependant vif : En un
mot , fa fable , fes moeurs , fes penſées &
fon expreffion , doivent raffembler toute la
fimplicité de la belle nature.
La brieveté, la fimplicité & la délicatelle ,
conftituent tout le caractere de ce Poëme.
Les deux premieres le rendent naturel , &
c'eft à la derniere qu'il doit toutes les graces.
Si nous voulons copier exactement la
Nature , nous ne devons jamais oublier que
la Paftorale eft faite,pour nous reprefenter
ce tems que l'on nomme Age d'or ; en forte
que nous ne devons point introduire des
Bergers femblables à ceux que nous voyons
aujourd'hui mais tels que nous pouvons
nous imaginer qu'ils étoient , lorfque l'idée
noble étoit jointe à ce nom , & que les plus
diftinguez d'entre les hommes , ne dédaignoient
point de le porter. Pour que cette
reffemblance foit plus parfaite , il faut
l'on remarque dans tout le Poëme un ajr
que
A iij
LE MERCURE
de pieté envers les Dieux , tel que nous le
voyons éclater dans les ouvrages de l'antiquité.
Il eft bon auffi de conferver le foin
de l'ancienne maniere d'écrire ; que les liai
fons ne foient pas trop marquées ; que les
narrations & les defcriptions foyent courtes
, & que les periodes foient concifes. Ce
dernier precepte regarde non feulement les
phrafes , mais l'Eglogue elle-même qui ne
doit point être trop longue : Car , il ne
nous eft pas permis de fuppofer , que les
anciens Pafteurs fiffent de la Poëfie leur
principale occupation ; ils n'y employoient
que les heures de délaffement & de loifir.
Voila ce que les tems anciens nous fourniffent
d'idées pour cette forte de compofition
: Et pour qu'elle devienne une peinture
parfaite de la Nature , il eft à propos
de faire paroître de tems en tems quelque
connoiffance de l'Agriculture ; mais de façon
, que ce qu'on en dit , femble plûtôt
échapé par hazard , que rapporté à deffein :
Souvent même , il eft mieux de ne la laiffer
entrevoir que par induction ; de peur qu'en
voulant trop paroître naturel , nous ne
devenions ennuyeux par des minuties ; car,
comme l'a fort bien remarqué M. de Fontenelle
, ce que ce genre de Poëfie a de plus
attrayant , n'eft pas la peinture de la vie
ruftique en elle-même , mais l'image de fa
tranquilité. Pour rendre l'Eglogue agreable,
nous devons donc employer l'illufion , &
*
$
DE FEVRIER.
eette illufion confifte à ne montrer de la vie
Paftorale que ce qu'elle a d'aimable , & à
cacher ce qu'elle peut avoir de dégoutant.
En effet , il ne fuffit pas d'amener des Bergers
fur la fcene , fi l'on veut que leur entretien
nous intereffe & nous plaife ; ondoit
choisir un fujet qui ait en lui-même
quelque agrément particulier , & le varier
dans chaque Eglogue , auffi bien
que la
fcene ou la perfpective que chacune nous
doit prefenter. Rien ne manquera plus à
cette varieté , quand on fçaura par le fe-.
cours des comparaifons , orner l'Eglogue des
images champêtres les plus gratieufes , s'adreffer
à propos aux chofes inanimées , faite
de tems en tems des digreffion's amafantes
mais courtes ; quelquefois s'arrêter un
peu fur des circonstances dont on prévoit
que le détail pourra plaire ; & enfin , faire
choix de tours élegans & de mots propres à
rendre les noms extremement doux &
agreables. Quant à fes nombres , quoique
leur mefure foit la même que celle des vers
heroiques , ils doivent être les plus polis
les plus aifez qu'on puiffe imaginer.
Ce font- là les regles que nous devons
avoir prefentes , lorfque nous examinons
une Paftorale. Les Critiques, en lifant avec
attention Theocrite & Virgile qui font ,fans
contredit , les feuls qui nous ayent donné
de vrayes Eglogues , ont remarqué qu'ils
fuivent exactement ces regles ; & , ils ont
A iiij
LE MERCURE
cru ne pouvoir mieux faire , que de nous
propofer pour Modeles dans ce genre , ceux
qui y ont excellé .
Theocrite l'emporte fur tous les autres
par le naturel & la fimplicité. Ses Idylles
font regulierement Paftorales du côté
du fuiet ; mais , elles ne le font pas
toûjours par les Acteurs du dialogue , puifqu'il
y introduit des Moillonneurs & des
Pêcheurs auffi bien que des Bergers . Il eft
fujet à être un peu trop long dans fes defcriptions
: Celle du Vafe dans fa premiere
Idylle , en eft un exemple remarquable . Les
moeurs font auffi un peu défectueufes dans
les Poëfics de cet Auteur : Ses interlocuteurs
font quelquefois brutaux & infolens ,
& peut être en general trop groffiers. On
en peut voir des exemples dans ta quatriéme
& fa cinquiéme Idylle : Mais , il doit fuf
fire à fa gloire , que tous ceux qui ui ont
fuccedé , ne font devenus excellens qu'en
l'étudiant , & fon feul dialecte a un
charme fecret qu'aucun autre Poëte n'a fçu
donner à fa diction .
que
Virgile qui copie Theocrite , rencherit fur
fon original , & dans toutes les parties aufquelles
la fageffe de la compofition peut
feule donner la perfection , il eft fort fuperieur
à fon maître. Quelques- uns de fes
fujets n'ont rien qui convienne à la Poëfie
Paftorale , que la façon dont ils font ma-
Biez ; mais , ils ont une merveilleuſe varieté
DE FEVRIER.
.
dont fans doute le Poëte Grec ignoroit l'art .
Virgile l'emporte fur Theocrite par la regularité
& la brieveté ; il ne lui cede que
du côté de la fimplicité & de la proprieté du
ftile. Mais , Theocrite trouva l'art moins
perfectionné , & Virgile fut obligé de mettre
en oeuvre une langue moins abondante.
Entre les Modernes , ceux-la ont û le
plus grand fuccés , qui ont travaillé avec
le plus de foin à imiter ces grands Medeles;
& nul d'eux ne montra tant de genie pour
ce genre d'écrire , que le Taffe & nôtre
Spencer car, fi le Taffe furpaffa par fa
Ierufalem tous les Poëtes épiques de fa
Nation, fon Aminthe l'emporte infiniment
fur toutes les autres Paftorales. Mais , comme
cette Piece femble avoir été en Italie
l'original d'une nouvelle efpece de Poëme,
appellée Comedie Paftorale , on ne peut
gueres la confiderer comme une copie des
Anciens. Quant aux Calender de Spencer ,
fi l'on en croit M. Dryden , aucune Nation
, depuis Virgile , n'a produit un Ouvrage
auffi achevé. Il n'eft cependant pas
exempt de défauts ; fes Eglogues font un
peu trop longues , fi nous les comparons
avec celles des anciens, Quelquefois il donne
trop dans les allegories & ole traiter des
matieres de Religion dans fes Poëfies Paftorales
, comme le Mantouan avoit fait
avant lui. Il a employé la mefure lyrique ;
ec qui n'eft point conforme à la pratique dos
10 LE MERCURE
anciens Poetes : Sa Stance n'a pas toujours
la même longueur , & fouvent il n'a pas
choifi celle qui auroit mieux convenu à la
penfée qu'il y vouloit renfermer. Ce défaut
eft peut- être caufe que fouvent fon expreffion
n'eft pas affez concife ; car , voulant
remplir fon Quatrain , il a quelquefois été
obligé d'étendre en quatre vers , une penfée
qu'il cût beaucoup mieux fait de reffer
rer dans un Diftique .
Dans les moeurs , dans fes penfées &
dans les caracteres , il n'eft pas inferieur à
Theocrite ; mais , quelque foin qu'il ait
pris , il s'en faut bien qu'il ait atteint la
beauté de fa diction ; car , le Dialecte dorique
dans lequel Theocrite compofa fes
Idylles , fleuriffoit de fon tems : On le
parloit dans une partie de la Grece , & les
plus grands perfonnages l'employoient ; au
licu que l'ancien Anglois & les phrafes provinciales
de Spencer , ou n'étoient plus en
ufage , ou ne l'étoient que parmi le menu
peuple. Or , comme il y a de la difference.
entre la fimplicité & la rufticité ; ainfi
l'expreffion des penfées fimples doit à la
verité être fimple ; mais , elle ne doit pas
être groffiere. Le Calendar qu'il a ajouté à
fes Eglogues , eft rempli de grandes beautez.
La fimplicité & l'innocence des premiers
hommes y donnent occafion à une morale
qui à la verité lui eft commune avec tous
les autres Auteurs d'Eglogue ; mais , ce
DE FEVRIER TIT
•
dernier Calendar en contient une autre trés-,
ingenieufe qui lui eft particuliere : Il y
compare les changemens que l'homme éprouve
pendant le cours de fa vie , aux
differentes faifons de l'année ; & aux effets
divers qu'elles produifent fur la furface de
la terre . Cependant , la divifion fcrupuleufe
de fes Eglogues en douze mois , l'a obligé
quelquefois ou à repeter les mêmes defcrip
tions en d'autres termes ลง à les ometre
entierement , lorfque fes tours étoient
épuifez. De-là vient que quelques- unes de
fes Eglogues , comme la fixième , la huitiéme
& ladixiéme , n'ont que le titre qui
les diftingue. Il n'eft pas difficile d'en trouver
la caufe. La Nature n'eft point affez
variée dans le cours d'une année , pour que,
chaque mois fourniffe une defcription nouvelle
: Il n'y a que les faifons dont la difference
foit affez marquée .
Je ne dirai que peu de chofe fur les
Eglogues fuivantes. J'ai tâché de renfermer
dans les quatre premieres,tous les fujets que
les Critiques avoüent être convenables à la
Poëfie Paftorale. Les defcriptions des faifons
y font beaucoup plus diverfifiées que
celles de Spencer ; & pour augmenter cette
varieté , j'ai cu foin de défigner les heures
du jour , de décrire les occupations des
Pafteurs dans chaque faifon & dans chaque
heure de la journée , & de peindre les
fcenes champêtres , ou les lieux propres à
1* LE MERCURE
ces occupations. Enfin , j'ai û égard_aux
differens âges de l'homme , & aux pallions
qu'il pollede fucceffivement.
Mais aprés tout , s'il y a quelque chofe
de bon dans ces Eglogues , j'en fuis redevable
aux meilleurs Auteurs de l'Antiquité.
Je les ai lûs & relûs foigneufement , & je
me flatte de n'avoir rien negligé pour parvenir
à les imiter.
Le Mariage par Lettre de Change.
Nous avons dans nôtre İfle un de nos
Habitans , qui y eft venu fort jeune,
& qui n'en eft point forti depuis fon arrivée.
Il eft d'une fort honnête Famille , établie
dans une Province Maritime de France . Son
pere s'êtant trouvé engagé dans une mauvaife
affaire,fe vit obligé de fortir du Royaume,
& n'ût que le tems de s'embarquer à la
hâte
,
avec ce fils qui n'avoit alors que 9.
à 10. ans. Il étoit veuf, & cet enfant étoit
le feul qui lui fût refté de trois autres qu'il
avoit ûs pendant fon mariage . Le peu qu'il
avoit de bien en France , fut bientôt diffi
pé. Ses Creanciers s'en faifirent d'une par
tie , & la Juftice, de l'autre . Il ne fauva da
naufrage que quelque argent comptant . Ce
fut avec ce foible fecours qu'il débarqua
dans nôtre Inc , où il mourut dans l'année.
DE FEVRIER. 13
Le chagrin qu'il conçut de fa déroute , plus
par rapport à fon fils que par rapport
lui même , le plongea dans une mélancolie
qui le mina peu à peu , & qui jointe au
changement du climat , le mit bientôt au
tombeau. Comme l'affaire qui l'avoit obligé
de chercher un azile dans le nouveau
Monde , étoit de celles où il entre plus de
malheur que de crime qu'il lui ût même.
éte aifé de s'en tirer , s'il n'avoit û en tête
des Parties puiffantes dont le credit l'accablas
on le plaignit & on ne le vit point
mourir fans regret . Entre les amis qu'il s'étoit
fait en ce Païs - ci , il y en ût un qu'une
pareille avanture y avoit amené plufieurs
années auparavant , & que la conformité
de leur fort lui attacha plus particulierement,
Comme ce dernier étoit à fon aife ,
il l'obligea à loger chez lui , en ût tous les
foins poffibles pendant fa derniere maladie;
& pour le délivrer de l'inquietude qui le
tourmentoit le plus , par rapport à l'âge de
fon fils & à l'état où il le laiffoit dans un
Païs fi éloigné de fa Patrie cet amy l'affûra
qu'il tiendroit lieu de pere à cet enfant,
& qu'il auroit autant de foin de la fortune,
fi c'étoit le fien même . Ce fut avec une
promeffe fi confolante pour fon ami , qu'il
lui ferma les yeux. S'il ût la generofité de
le promettre , il n'ût pas moins de fidelité à
tenir ce qu'il avoit promis. Il fe trouvoit
même d'autant mieux en fituation de le
que
14
LE MERCURE
faire , qu'ayant toûjours û une averfion infurmontable
pour le mariage , il étoit reſté
garçon , aprés avoir refufé des partis fi
avantageux , qu'il n'y avoit pas d'apparence
qu'il s'en prefentât jamais qui fuffent
-capables de le tenter. Il fe chargea donc
avec plaifir du fils de fon ami , à l'éducation
duquel il ût autant d'attention que s'il
lui ût appartenu . Il s'y livra peu à peu par
inclination , avec d'autant plus de raifon
que cet enfant qui avoit le naturel fort bon ,
répondoit par fa reconnoiffance & fa docilité
, aux bontez & aux foins de fon bienfacteur
. Celui - ci le mit au fait de toutes fes
affaires , dés qu'il le vit en âge d'en prendre
connoiffance , & trouva dans lui tant
- d'intelligence & de fidelité , qu'aprés l'avoir
connu & éprouvé durant 15. ans , il le fit
en mourant , fon legataire univerfel . Voila
comme ce jeune homme , qui étoit arrivé
ici fans bien & fans reffource , & qui s'y
étoit trouvé Orphelin , fe vit à 25. ans un
des plus riches Particuliers de nos Ifles ; del
forte que la Providence fembloit s'être fervi
du malheur de fon pere , pour lui menager
une fortune infiniment plus confiderable
qu'il n'auroit pû la trouver en France.
C'eft furquoi il y auroit bien des reflexions
morales à faire ; La feule à laquelle je m'arête
, & que cent exemples dont j'ai été
témoin , ont gravé bien profondément dans
mon efprit ; c'eft que dans les difgraces , i!l!
DE FEVRIER.
IS
n'y a qu'à fe refignerà la volonté de Dieu &
faire fon devoir avec cette confiance , que
Dien fait tout pour le mieux ; qu'il fçait tirer
le bien du mal , & que tôt ou tard , il
affifte ceux qui le craignent & qui lefervent.
Je reviens à nôtre legataire : Il fembloit que
Cece jeune homme fe trouvant dans un état
d'opulence , par la riche fucceffion qu'il
venoit de recueillir , ne dût fonger qu'à
jouir de fa fortune : On lui prefenta même
de fort bons Partis , s'il ût voulu fe marier
; mais , foit que ledéfunt lui ût inſpiré
la même averfion qu'il avoit ûe toute la
vie pour le mariage , foit que l'attachement
qu'il avoit à fon negoce auquel il fe donnoit
tout entier , lui fit craindre les embarras
du mariage , il ne voulut point y entendre.
Il ne fongea qu'à faire valoir &
augmenter le bien dont il étoit en poffefllion;
ily a fi bien réuffi , que depuis 25. ans
qu'il en eft le maître , il l'a triplé ou même
1 - quadruplé . On ne peut pas cependant attribuer
ceci à avarice ni à defir d'accumuler ;
car , perfonne n'ufe plus noblement de ſa
fortune qu'il le fait : Il eſt trés -liberal, affifte
genereufement tous ceux qui ont besoin de
fecours ; il les prévient lui-même là deflus,
& fait d'ailleurs de trés - grandes aumônes .
Mais , comme il a été élevé trés- jeune dans
la pratique du commerce propre de nos Ifles ;
qu'il fait fon plaifir de tout le détail de nos
habitations & de nos plantations , & qu'il
16 LE MERCURE
n'en connoît prefque point d'autre , cela
joint à la benediction que Dieu a bien voulu
donner à fes travaux , a fait qu'il eft devenu
trés - riche , fans prefque chercher à
s'enrichir .
Cependant , comme il y a un âge où l'on
commence à fonger au repos , & où l'on
fe borne à jeüir de ce qu'on a amaflé, nôtre
legataire le voyant approcher de jo . ans ,
& regorgeant de biens qu'il ne fçavoit à qui
laiffer après la mort , vint à confiderer qu'il
ne manquoit à fon bonheur que de voir
naître de lui des heritiers dans qui il pût
revivre , en leur tranfmettant fon nom &
fes biens : Il fit reflexion d'ailleurs , que
dans le deffein qu'il avoit de fe reduire à
l'avenir à un genre de vie moins diftrait &
plus tranquille , il devoit le donner au - dedans
une focieté qui remplaçât le vuide des
Occupations qu'il alloit retrancher au- dehors.
La reflexion de fe marier étant donc
prife , il ne fut plus queftion que de chercher
une Femme . De tous les Partis qui
pouvoient lui convenir en ce Païs- ci , il
n'en trouvoit point qui fût à fon gré . On
eft moins piqué de ce qu'on voit tous les
· jours. D'ailleurs , il eft de nos Iſles comme
des petites Villes , où l'on fé connoît
trop les uns & les autres , pour ne pas s'appercevoir
des défauts de fon prochain , &
pour n'en pas prendre infenfiblement quelque
dégoût.J'ajouterai qu'il ne pouvoit pas
Le
DE FEVRIER. 17
fe marier dans le Païs,fans époufer en mê
me tems les interêts de la Famille où il prendroit
une femme ; chofe à quoi il trouvoit
des inconveniens qu'il étoit bien aife d'éviter
, auffi bien que l'inimitié qu'il pourroit
s'attirer de la part des Habitans qui avoient
des filles à établir , s'il s'ailioit à l'un plûtôt
qu'aux autres. Toutes ces confiderations
bien pefées , fon premier foin fut de tenir
fort fecrette la refolution qu'il avoit formée
de fe marier , & enfuite de fe faire venir
de France une femme telle qu'il la fouhaitoit.
Le plus für auroit été de faire la chofe
par lui même ; mais , le fouvenir du déplorable
état où il étoit reduit, lorfque fon
pere avoit été obligé de quitter la Patrie
la lui avoit renduë odieufe en quelque forte.
Il étoit d'ailleurs accoûtumé au climat de
l'Amerique , & ne fe fentoit plus en âge
de hazarder un voyage de long cours. Il fe
détermina donc à fe confier à un ami fidele ,
fur un choix qu'il ne pouvoit faire par
même . Il avoit à Paris un Correfpondant
avec qui il étoit en relation depuis 20. ans ,
& de la probité duquel il avoit û tout le
tems de s'affûrer. Il s'adreffa à lui , & comme
il ne connoiffoit guéres d'autre ſtile que
celui dont il ufoit dans fon negoce , il
traita une affaire d'amour, du même air dont
il traitoit les autres affaires . Car , à la fuite
d'un bon nombre de commiffions dont il
luichargeoit
fon Correfpondant , il mit celle-
B
1-8 LE MERCURE
aj . ans ,
ne
ci pour la derniere , à peu prés dans ces
teries. Plus ; attendu que j'ai pris la refolution
de me marier , & que je ne trouve
point ici de Parti qui me convienne
manquerez de m'envoyer auffi par le premier
Vaiffeau une Fille de la qualité & de figure
quifuit. De Dot je n'en demande point ;
du refte , d'honnête Famille , entre 20. &
de taille mediocre & bien propor
tionnée , de vifage agreable , d'humeur douce
, de moeurs fans reproche , de bonneſanté,
& de conftitution affez forte pour refifter an
changement de climat , & qu'il ne foit befoin
d'en chercher une feconde ,fi la premiere venoit
à manquer ; à quoi il faut obvier autant qu'il
Je pourra , où l'éloignement & les risques du
tranſport. Arrivant ici conditionnée comme
ci- deßus , & rapportant la prefente Lettre
endoffée de votre part , ou du moins copie
d'icelle bien & dûement legalifée , à ce qu'il
n'y ait erreur ou ſurpriſe , je m'oblige &
m'engage à acquitter ladite Lettre , en époufant
dans les fix femaines la Femme qui en
fera chargée en foy de quoi ai figné la pre-
·fente le 12. de .... N.
તે
On ne peut être plus furpris que le fut ,
à ce que j'ai fçu, le Correspondant de nôtre
Ameriquain. Lors qu'il en vint au dernier
Plus de fa lettre , il le relat plufieurs fois ;
& plus il le relifoit , plus il lui paroiffoit
nouveau. Qu'un Habitant des Ides prêt des
mefures pour faire venir de France une
DE FEVRIER 19
Femme qui lui convint , la chofe n'avoit
rien d'extraordinaire ; elle étoit dans les
regless mais que fans y faire d'autre façon,
il confondit cet article parmi les autres de
fon negoce , & mit en quelque forte la future
au rang des balots qu'on devoit lui envoyer
, le procedé ſembloit bizare & l'étoit
en effet. Le Correfpondant admiroit furtout
le ftile laconique & concis de fon ami,
dans la déduction des qualitez qu'il exigeoit
pour la future , & fur une matiere qu'on
n'a pas coûtume de traiter avec tant de précifion
; mais plus encore , dans la précaution
fage & avifée de la lettre endoßée de
lui,ou de copie d'icelle bien & duement legalifée.
Il reconnut à cela l'efprit de commer
ce naturellement défiant & accoûtumé à
prendre fes furetez.
Cependant , toutes reflexions faites
il fallut fonger à fervir fon ami felon fon
goût. Outre les foins que le Correfpondant
fe donna lui - même pour lui trouver une
femme telle qu'il la demandoit , il mit encore
des gens en quête,pour lui en découvrir
quelqu'une qui ût les qualitez requifes ; à
quoi il ne fut pas aifé de parvenir . Teile
avoit de la beauté qui manquoit de douceur;
telle avoit de la douceur qui manquoit
du côté de la beauté : L'une étoit
trop grande , l'autre trop petite ; & s'il
sen trouvoit quelqu'une qui ut tous les
autres avantages , la délicatele de fa com
Bij
20 LE MERCURE
plexion les rendoit inutiles , par rapport
la condition qu'avoit expreflément ftipulée
l'Ameriquain , qui fut telle qu'il ne fallût
pas y revenir à deux fois , vu les risques du
transport. Enfin aprés bien des recherches,
le Correfpondant crut avoir trouvé le fait
de fon ami dans une jeune Demoiſelle de
trés bonne Famille , & à qui il ne manquoit
que du bien pour être établie : Elfe
étoit bien-faite & paffablement belle , d'une
douceur inalterable , & d'un efprit poli &
trés-cultivé ; ce qui étoit plus que le futur
n'en demandoit. Elle commençoit à entrer.
dans fa 25. année, & paroiffoit d'une complexion
auffi robufte qu'on peut l'avoir à
cet âge. On propofa la chofe à la Demoifelle
& comme elle ne fubfiftoit que par
;
le
moyen
d'une vieille Fante affez chagrine,
qui l'avoit retirée auprés d'elle & avec qui
elle avoit beaucoup à fouffrir , elle accepta
de bon coeur un parti qui la tiroit d'une
captivité , qu'il n'y avoit qu'un befoin extreme
qui fût lui rendre tolerable. Elle êt
même d'autant moins de repugnance à
paffer aux Ifles , quelque effraïant que pût
être un pareil voyage pour une fille de fon
âge, & de plus Parifienne , qu'elle fe fouvenoit
d'avoir oui dire à feue fa mere , qu'elle
avoit dans ce Païs - là des Parens qui y ¿-
toient fort à leur aife .
Le Correfpondant ût à peine trouvé ce
qu'il cherchoit pour fon ami, qu'il fut avertį
DE FEVRIER. 21
qu'on chargeoit à la Rochelle un Vaiffeau
pour les Ifles , & que ce Vailleau partiroit
au plûtard dans fix femaines. Il ne manqua
pas fur cet avis ,de preparer toutes les Marchandifes
qu'il devoit envoyer à fon ami;
il ordonna fes balots qu'il fit partir pour la
Rochelle , la future brochant ſur le tout
bien équipée , bien nippée & munie furtout
d'une copie de la lettre à l'Ameriquain
, legalifée en bonne forme & endoffée
de la main du Correfpondant , fans
préjudice de la facture des Marchandiſes
qu'il envoyoit , & dont le dernier article
étoit couché en ces termes : Plus , une fille
entre 24. & 25. ans , de la qualité , figure
& condition specifiée dans le Memoire reçû,
ainfi qu'il appert par les atteftations & sertificats
qu'elle porte avec elle. Ces Pieces
furent une précaution que des perfonnes
qui s'intereffoient à la Demoiselle , crurent
ne devoir pas negliger avec un homme d'un
caractere auffi exact , & d'un efprit auffi
litteral que le paroiffoit le futur époux : Ils
confidererent qu'il étoit à propos d'aller au
devant de toute chicanne , en juftifiant que
la Demoiſelle avoit toutes les qualitez requifes
& ftipulées expreffement dans le
Memoire. A l'égard de la taille & de l'agrément
de la perfonne , la vûe feule en
faifoit foy ; l'âge étoit verifié par fon Extrait
de Bâtiftaire , & les bonnes moeurs
par l'attestation du Curé. Les Voifins ren12
LE MERCURE
doient témoignage de fa douceur par un
Acte exprés , où ils dépofoient que la Demoifelle
ayant demeuré trois ans auprés d'une
Tante infirme & d'une humeur très difficile
elle ne lui avoit jamais donné le moindre mécontentement.
Enfin , la bonté de fa conftitution
étoit certifiée par un refultat de confultation
fignée de quatre Medecins de la
Faculté.
Ce fut avec tous ces Actes dreffez dans
la meilleure forme qu'il le pouvoit , que la
Demoiſelle alla s'embarquer dans un Vaif,
feau Marchand qui faifoit route pour l'Amerique.
Les uns la plaignoient , ne doutant
point qu'elle n'ût beaucoup à ſouffrir
avec un homme du caractere de fon futur
époux , dont le procedé mécanique & groffier
dans la maniere de traiter fon mariage,
ne fembloit pas annoncer beaucoup d'agié.
ment dans le mariage même. D'autres fur
le témoignage du Coriefpondant , en jugeoient
autrement. Car , celui- ci le
garentiffoit
trés honnête homme & d'un efprit
trés - bien fait capable de focieté & fenfible
à l'amitié: Qu'abîmé dans la difcuffion dẹ
fon negoce , il n'avoit pas û grande occafion
de fe polir ; mais qu'à cela prés , il
étoit homme d'un caractere à rendre une
femme heureufe , & même à fe laiffer gouverner
par elle , pour peu qu'elle voulût
s'aider par fon attachement & fa complaifance
pour lui.
DE FEVRIER 23
En même tems que le Correfpondant fir
partir la Demoiſelle , il écrivit à ſon ami
par la voye d'Espagne , adreffant fa lettre
à un Marchand de Seville avec qui il étoit
en relation , & qui faifoit un gros com
merce à l'Amerique : Il prioit ce Marchand
d'envoyer fa lettre par le premier Vailleau
qui partiroit pour le nouveau monde , &
de faire enforte qu'elle fût rendue fidellement
à fon adreffe. C'étoit une lettre d'avis
par laquelle il l'informoit qu'il lui envoyoit
par tel Vaiffeau, une fille de l'âge , caractere
& condition, en un mot , telle qu'il l'avoit demandée
pour en faire fa femme . C'est tout ce
qu'il lui mandoit , fans lui en apprendre le
nom ni la Famille, craignant que s'il entroit
dans ce détail , fon ami ne s'informât de
ce qui pouvoit la regarder , & que , comme
fouvent on eft plus porté à dire du mal
de fon prochain , qu'à en dire du bien , il
ne fe laiffat prevenir par quelques mauvais
contes , tels que de mauvaifes langues en
font quelquefois fans fçavoir pour quoi . Le
Correfpondant lui envoya quatre ou cinq
Slettres d'avis de cette forte par des voyes
differentes ; afin que fi le Vaiffeau qui portoit
la future , tardoit en voyage , il apprîc
du moins par quelqu'une de ces lettres , que
la Demoi felle étoit en chemin , & qu'il pût
attendre fon arrivée plus tranquillement.
Il n'y avoit gueres que deux mois que la
Demoiſelle étoit en route , qu'il commen-
.
24 LE MERCURE
•
ça à courir un bruit que le Vaiffeau qui
la portoit , avoit fait naufrage & quetout
y étoit peri. Le Correfpondant écrivit à la
Rochelle pour s'informer du fait ; on lui répondit
que c'étoit le bruit commun ; mais
que comme on n'en avoit point encore de
preuve , il falloit attendre quelque nouvelle
plus pofitive , & que fi on apprenoit quelque
chofe , on ne manqueroit pas de l'en
inftruire . Effectivement deux mois aprés ,
on lui manda que le bruit qui s'étoit répan
du du naufrage du Vaiffeau dont il étoit en
peine , n'étoit que trop vrai que ce Vaiffeau
avoit été battu de la tempête durant
. 3. jours, à la hauteur des Iles du Cap vert,&
qu'au troifiéme il avoit été englouti fans
qu'il s'en fût fauvé perfonne , hors un Matelot
, qui,aprés avoir erré fur la Mer pendant
deux jours à la faveur d'une planche ,
avoit été retiré du milieu des flots par un
Vaiffeau qui l'ayant apperçu , l'envoya
prendre dans fa chaloupe , mais fi épuifé
& en fi mauvais état , qu'il étoit mort au
bout de huit jours , après avoir rapporté la
trifte catastrophe de fon naufrage dont il ne
croyoit pas qu'aucun autre que lui , fe fût
échapé. Le Cortefpondant bien affligé de
ce malheur dont il ne pouvoit plus douter,
attendit le départ du premier Vailleau ,
pour mander la chofe à fon ami qu'il connoiffoit
aflez humain & affez defintereffé ,
pour prefumer qu'il feroit encore plus toucké
DE FEVRIER.
25
ché de la perte de la Fille qui alloit pour l'é-
-poufer, , " que de celle de fes Marchandifes.
Du refte , il refolut d'attendre , en confequence
de cet avis , de nouveaux ordres
fur ce qu'il auroit à faire. Il n'attendit pas
long-tems , Sa Lettre n'étoit pas encore partie
,lorſqu'il en reçût une de fon ami qui lui
mandoit, qu'il avoit reçû trois de fes premieres
lettres d'avis ; mais que le Vaiffean qui
portoit la femme qu'il lui envoioit, êtant peri
incontestablement , fuivant toutes les nouvelles
qu'il en avoit , il falloit recommencerfur
nouveaux frais , tant pour les Marchandifes
qu'il regretoit peu , que pour la Femme dont
le malheur le touchoit d'autant plus , qu'il en
étoit l'occafion quoiqu'innocente : Que Suppofé
qu'il fe trouvât encore quelque Fille du caractere
qu'il lui avoit marqué , qui ût affez
de refolution pour courir le rifque du transport,
& que lui même ne fût point rebuté du
mauvais fuccez de la premiere tentative , il
le prioit de lui envoyer par le premier Vaiffeau
qui partiroit , une cargaison complette
& pareille à celle qu'il lui avoit envoyée par
le Vaiffeau qui étoit peri. Si les Marchandifes
furent ailées à remplacer , il n'en fut
pas de même de la Demoiselle . La trifte
avanture de la premiere en effraya plufieurs
qui , fans cet incident , auroient volontiers
accepté le parti : Enfin , il s'en trouva une
qui , à la veille d'entrer afg malgré elle.
dans nu Convcas : faute d'aunte ».louse ,
ن م
26 LE MERCURE
aima mieux s'expofer à tous les dangers de
la Mer , que d'embraffer un état que la Famille
la forçoit de prendre , & pour lequel
elle ne fentoit nulle inclination : Elle joignoit
à toutes les qualitez de la premiere, &
plus de naiffance & plus de beauté , mais
auffi un peu plus de fiereté ; ce qui ût pû
être un obftacle , fi fon bon efprit ne l'ût
rendue capable de toute la complaifance
neceffaire pour rectifier ce défaut. On prit
à l'égard de celle - ci , toutes les précautions
qu'on avoit prifes pour la precedente ; Extrait
de Bâtiftaire , Atteftations , Certifi
cats , rien ne fut oublié ; elle partit , munie
de tous ces actes authentiques , & fut fi
heureuſe dans le cours de fon voyage , que
fans avoir effuyé la moindre bourafque ,
elle arriva ici en moins de fept femaines..
Nôtre Ameriquain qui étoit dans l'attente
& dans l'impatience , fut des premiers
à fe rendre fur le Port , bien curieux d'apprendre
, s'il trouveroit dans ce Vaiffeau
celle qu'il attendoit avec tant d'ardeur.
Car , quoique fon Correfpondant lui ût
envoyé , comme la premiere fois , plufieurs
lettres d'avis , le Vaiffeau avoit fait tang
de diligence , qu'aucune de ces lettres n'avoit
pu le prevenir. Il étoit donc encore
dans l'incertitude , lorfqu'il vit defcendre
dans la Chalouppe, une jeune Demoiſelle
d'un air fi noble , & qui lui parut fi belle ,
qu'il fouhaita de tout fon coeur que ce fût
DE FEVRIER. 27
celle qu'il attendoit . Il la vit encore de plus
prés , lorfqu'êtant débarquée , elle prit le
chemin de nos Habitations , & plus il la
confidera & plus il en fut enchanté . Plufieurs
de nos Dames que la curiofité avoit
attiré fur le Port , ne virent pas plûtoft la
Demoifelle , qu'elles vinrent avec emprellement
au devant d'elle , & chacune fe difputoit
à qui lui offriroit fa maiſon ; mais ,
elles furent enfin obligées de ceder à la plus
confiderable de leur compagnie , pour laquelle
elles ne purent fe difpenfer d'avoir
cette compla fance. L'affaire qui l'amenoit
dans nôtre Ifle , étoit encore un fecret pour
tout le monde. Ce qu'on avoit pû conjecturer
dans le Vaifleau qui l'avoit apportée ,
étoit qu'elle venoit fe marier ici , mais on
ignoroit à qui. La Dame qui s'en étoit emparée
, l'emmena auffi tôt chez elle , tandis
que d'autres fe chargerent d'y faire porter
fes paquets & fes hardes . Il n'étoit
qu'une heure aprés midi lorfqu'elle débarqua
; & nôtre Ameriquain en avoit été fi
touché , depuis le moment qu'il l'ût apperque
, qu'il ne la perdit plus de vue & qu'il
la fuivit toujours des yeux ,jufqu'à ce qu'elle
fût entrée dans la maifon où on la conduifoit
. Ne pouvant plus la voir , il retourna
fur le Port pour prendre langue de ceux
qui arrivoient , & s'informer adroitement
de ce qui pouvoit regarder la jeune Demoifelle
à qui il s'interefloit déja fi fort : Mais,
Cij
28 LE MERCURE
comme il n'ofoit en demander directement
des nouvelles , il jugea que s'il y avoit des
balots pour lai fur le Vaiffeau la Fille
qu'il attendoit , & qui faifoit partie des
Marchandifes qu'il avoit demandées à fon
Correfpondant , y feroit auffi , & que ce
ne pouvoit être que la jeune Demoiselle
qu'il avoit vûë & qui avoit fait fur fon
coeur la premiere impreffion qu il ût jamais
reçue : Il s'informa donc avec grand empreffement
, fi le Vaiffeau étoit chargé de
quelques Marchandifes pour fon compte ,
& il apprit qu'il y avoit plufieurs balots
pour lui . A cette nouvelle , il ne douta prefque
plus de ce qu'il fouhaitoit tant d'apprendre
; & fe perfuadant que la Demoifelle
n'auroit pas plutôt pris un peu de repos
, qu'elle lui feroit fçavoir fon arrivée ,
il s'en retourna chez lui , fans fe mettre trop
en peine de fes Marchandiſes , & refolut
d'y demeurer jufqu'à ce que fa future pretendue
l'informât de fon arrivée ; mais tout
le refte du jour le paffa fans qu'il entendît
parler de rien. Le lendemain ne le rendit
pas plus fçavant . Le troifiéme jour enfin ,
il perdit patience , & fur quelque pretexte
pas de peine à trouver , il alla
qu'il n'où
logeoit
la
Dame
qui
faifoit
l'objet de fes defirs ; mais , il fut encore
trompé dans fon attente car , quelque
mouvement qu'il le donnât , & quoiqu'il
parcourût des yeux tout l'appartement de ia
DE FEVRIER. 29
Dame , il ne put jouir du plaifir de voir
fa nouvelle débarquée , ni rien apprendre
qui le fatisfit. Cependant , comme il ne fe
retiroit point , flottant toûjours entre la
crainte & l'efperance , la Dame de la maifon
ne put fe difpenfer de le retenir à fouper
; il s'en fit d'autant moins prier , qu'il
efpera qu'il pourroit à la fin voir la Demoifelle.
Mais , quel fut fon chagrin, lorf
qu'au moment qu'on fervit , en vint faire
des excufes de l'aimable Etrangere , qui
fe trouvant un peu indifpofée , ne pouvoit
avoir l'honneur de fouper avec la Compagnie.
Ce contre- tems le démonta fi fort
que la Dame qui l'obſervoit , lui demand
s'il étoit indifpofé lui - même . Cette quel
tion à laquelle il ne s'attendoit pas , acheva
de le déconcerter encore davantage . Enfin
on fe mit à table , & il ne parut fe ranimer
, que quand la Dame du logis fe mit
à s'étendre fur les louanges de la jeune
Hôteffe , fans paroître d'ailleurs inftruite
de ce qui l'attiroit dans nôtre Ifle . Elle
l'étoit pourtant , & voici comment elle
l'avoit été. La future qui avoit l'efprit un
peu prevenu fur le chapitre de celui à qui
on l'avoit deſtinée pour femme , & qui
craignoit que ce ne fût un homme bifarre
& propre à la rendre malheureuſe ; étoit
partie de France dans la refolution de ne
le point époufer , fuppofé qu'elle lui trouvât
des manieres trop groffieres. Prevenue
C iij
30
LE
MERCURE
un peu ou beaucoup pour elle - même , fuivant
l'ufage des Parifiennes , elle fe flattoit
qu'il pourroit s'en prefenter quelqu'autre
qui lui conviendroit davantage : C'eft ce
qui fit qu'elle ne voulut pas d'abord fe déclarer
. Son premier foin fut de s'informer
de la Dame chez qui elle logeoit des caracteres
des principaux Habitans de nôtre
Ifle. Celle - ci lui en fit un petit détail affez
inftructif ; & quand fe vint à l'article de
nôtre homme , elle s'étendit fort fur fes
grands biens , & plus encore fur la generofité
& fur fes autres bonnes qualitez , ajou
tant qu'il n'avoit jamais voulu fe marier ,
& que c'étoit dommage , parce qu'elle ne
connoiffoit perfonne plus propre à rendre
une femme heureufe. La Demoiſelle ût
bientôt pris fon parti fur ce portrait ; elle
fit confidence à la Dame du fujet de fon
voyage , & on fongeoit déja à preparer le
dénouement , & à l'attirer dans la maifon
pour le faire voir à fa future , lorfqu'il
vint s'y prefenter de lui-même. Quoiqu'elle
ne fe montrât pas , elle ne laiffa pas de
Pobferver à travers une porte vitrée. Sa
figure ne lui parut pas defagreable ; & l'ayant
fait retenir à fouper , elle convint avec la
Dame chez qui elle étoit , de la manierè
dont fe feroit ce dénoücment. Comme on
en étoit au fruit , la Dame du logis porta
aux Conviez la fanté de fa charmante Hôteffe
; toute la compagnie y répondit avec
DE FEVRIER.
3r
joye ; mais , perfonne ne le fit d'une maniere
plus demonftrative que nôtre Amoureux
; regretant fort que la Demoiſelle ne
fut pas prefente. En verité , dit la Dame
j'en fuis plus fâchée que qui que ce foit
& je vais faire une tentative auprés d'elle ,
pour l'engager à paroître à table au moins
pour un moment ; je fuis perfuadée que fi
elle le peut , elle ne fe refufera pas aux defirs
de la compagnie . La Dame fortit effectivement,&
rentra un inftant aprés avec
l'aimable Parifienne qu'elle tenoit par la
main : Elle lui fit prendre place à table à
côté d'elle , & vis-à - vis de fon futur, dans
les yeux duquel l'amour fe lifoit tout crud
au travers de l'étonnement & de la furprife
. On recommença à boire à la fanté de la
jeune Demoiselle ; & la Dame du logis la
porta à nôtre homme , en l'appellant par
fon nom. A ce nom , la Demoiselle fit
l'étonnée , & lui adreffant la parole ; vraiment
, lui- dit'elle , Monfieur , d'un air ingenu,
je ne fçavois pas que vous fuffiez ici,
je devois envoyer demain chez vous pour
un affez mauvais compliment que j'ai à
vous faire. Ah Mademoiselle , reponditil,
avec embaras , il ne m'en fçauroit venir
de mauvais de vôtre part ! Mais encore, de
quoi s'agit il Il s'agit , reprit'elle , d'une
Lettre de Change que j'ai à tirer fur vous.
Vous fçavez que dans des voyages de long
cours , tel que celui que je viens de faire >
Cij
32
LE MERCURE
on ne fe charge pas de beaucoup d'argent .
En difant cela , elle foüilloit dans fa poche,
& ayant tiré un papier de fon Porte- lettre,
elle le lui prefenta. Nôtre Iflois le prit avec
empreffement , & jettant les yeux deflus ,
y vit une copie bien legalifée de la lettre
qu'il avoit écrite à fon Correfpondant , &
au dos étoit écrit de la main de celui- ci ,
que la perfonne qui la lui prefenteroit , étoit
l'Eponfe qu'il avoit demandée. A cette lecture
, il ne fut pas maître de lui- même, &
fe levant avec tranſport : ah , Mademoiſelle
lui dit'il , tout enflammé ! je n'ai jamais.
protefté de Lettre de Change en ma vie ,
& je vous jure bien que je ne commencerai
pas par celle- ci : Je fuis le plus heureux
des hommes , fi vous voulez bien confentir
à la ratifier Oy , Monfieur , repondit
elle, & j'y confens d'autant plus volontiers,
que je le fais avec connoillance de caufe ;
& qu'aprés avoit fait toutes mes informations
fur vôtre chapitre , je n'ai rien appris.
qui ne m'infpirât une eftime parfaite pour
vous. Un confentement fi gracieux mit
nôtre homme hors de lui - même ; il fortit
de table tout tranfporté , & alla prendte
la main de fa future qu'il baifa avec toute
la tendreffe d'un Amant de Roman . Tout
le monde le felicita fur fon bonheur , & il
s'en felicitoit lui- même. Il auroit voulu que
le mariage fe fût fait dés le lendemain ;
mais , fa Maitreffe ayant demandé un dé-
:
DE FEVRIER. 3*
lai de huit jours , pour le remettre des fatigues
de la Mer, ce ne fut pas fans fe faire
beaucoup de violence , qu'il confentit à
voir differer fon bonheur : Il ne s'en confola
qu'en employant ces huit jours à ordonner
les preparatifs d'une nôce magnifique
il envoyoit tous les jours de nouveaux
prefens à fa Maitrelle , & en paffoit une
partie avec elle. Il touchoit prefque au
terme de fa felicité , lorfqu'il le vit differé
par une avanture à laquelle il ne s'attendoit
pas. La veille du jour auquel il devoit celebrer
fon mariage, on vit arriver le matin
un Vailleau dans le Port . Entre les perfonnes
qui débarquerent les premieres , it
y avoit une jeune Femme qui ne fut pas
plûtôt defcendue fur le Port , qu'elle demanda
la demeure de nôtre Ameriquain ,
& qu'elle fe fit conduire à fon Habitation .
Comme il étoit prés de 11. heures du matin
, il s'étoit déja rendu dans la maiſon où
demeuroit fa promife , chez qui il venoit
d'envoyer les habits de nôces qu'elle devoit
porter le lendemain jour de la ceremonie
du mariage. C'est ce que repondirent
Les gens
à la Dame inconnuë , qui fort furprife
de la nouvelle qu'on lui apprenoit ,
fe fit mener auffitôt à la maiſon qu'on lui
avoit indiquée , & où elle demanda à parler
à l'homme en queftion . Il vint la trouver
dans une Salle où elle l'attendoit ; ik
refta interdit à la lecture d'un papier qu'elle
34 LE MERCURE
lui remit entre les mains . C'étoit une Let
tre de Change de la même espece que la
premiere , mais de plus ancienne datte. 11.
interrogea laDame fur ce que cela fignifiok;
elle lui repondit qu'il devoit le fçavoir encore
mieux qu'elle ; qu'il ne pouvoit pas
ignorer à quoi il s'étoit engagé par l'écrit
dont elle lui apportoit une copie bien lega .
lifée , & munie d'atteftations & de certifieats
tels qu'il pouvoit les fouhaiter : Que
c'étoit fur la foi de fon écrit qu'elle avoit
quitté fa Patrie , & avoit expofé à tous les
dangers de la Mer une vie qu'elle avoit à
peine fauvée de la fureur des flots , pour
le venir chercher au bout du monde & luk
donner la main . Les papiers étoient en bonne
forme , & la datte plus ancienne de prés
de huit mois , que celle de la Demoiſelle
que notre Commerçant devoit épouser lo
fendemain. Il comprit fans peine que cette
Dame étoit precifement celle qu'on lui avoit
adreffée la premiere ; mais il ne concevoit
pas comment avec toutes les certitudes.
qu'il croyoit avoir de la perte du premier
Vailleau , & de tout ce qui étoit dedans
elle avoit pû fe tirer fi brufquement du
fonds de la Mer , pour venir troubler malàpropos
les plus douces efperances de fon
coeur. Mademoiſelle , lui- dit'il , avec une
furpriſe mêlée de quelque chagrin : Cominent
avez-vous pû échaper à un naufrage
qu'on nous a affûré avoir enveloppé tout le
DE FEVRIER.
3.5
Feſte duVaiſſeau ? Je m'aperçois bien , repritelle
, que dans la difpofition où yous êtes ,
il feroit beauecup plus à propos que j'ûffe
peri avec les autres : Mais, quoiqu'il puiffe
en arriver , permettez- moi de n'être point
fachée que Dieu ait û pitié de mes jours ,
en favorifant les foibles efforts que je fis
pour me fauver. Je m'étois attachée à une
planche du bois de nôtre Vaiffeau ; les flots
me poufferent en cet état vers les Illes du
Cap verd : Il y avoit déja plufieurs heures
que je luttois contre les vagues , lorſque le
Ciel permit que des Pêcheurs qui m'apperçurent
de loin , vinrent me fecourir au moment
que je n'en pouvois prefque plus , &
que mes forces étoient épuifées. Ils me
menerent dans leurs Ifles , où touchez de
compaffion de mon état , ils me donnerent
un afile & une retraite chez eux ; je fus
même acueillie de leurs femmes avec bonté,
& j'en ai éprouvé la continuation durant
une petite verole qui m'y eft furvenuë &
dont je porte encore quelques marques legeres
La charité fcule & non l'intereft
puifque j'avois tout perda ) étoit l'unique
motif qui les engageok à me procurer tous
les fecours qui dépendoient de ces bonnesgens
. tant il eft vrai que cette vertu habite
moins dans les Palais que dans les Cabanes,
Pleine de reconnoiffance de leur zele offi
cieux , j'ai attendu moins impatiemment.
qu'il pallat quelque Vaiffeau qui touchât
LE MERCURE
vers ces côtes. Celui dans lequel je fais
venue , eft le premier qui y ait abordé &
dont j'aye pu me fervir pour me tanfporter
ici , où je croi m'apercevoir , Monfieur ,
que j'arrive trop tard & affez à contretems.
A ces mots , nôtre Ameriquain , pour
reparer la brufquerie de fon premier compliment
, le prit fur un ton plus doux &
plus gracieux ; il lui raconta naturellement
tout ce qui s'étoit paffé ; l'impatience avec
laquelle il l'avoit attendue ; l'affliction qu'il
avoit eu au bruit qui avoit couru de fa
mort ; que fur la certitude qu'il avoit cru.
en avoir , il avoit écrit à fon Correfpondant
pour lui envoyer une autre Femme ;
qu'elle n'étoit arrivée que depuis 8. jours ,
qu'il devoit l'époufer le lendemain , qu'il
lui avoueroit même que fon coeur étoit pris;
& que comme on ne fe défait pas , quand
on veut , des premieres impreffions , il ne
voyoit pas qu'il pút s'en jamais détacher :
Que cependant , comme elle étoit venue
fur fa parole , qu'elle avoit même couru rifque
de perdre la vie à fon fujet , il étoit
jufte qu'il entrât dans ces confiderations ,
& qu'il lui offroit tous les dédommagemens
raifonnables qu'elle pourroit fouhaiter.
C'eft ce qu'il lui fit entendre à fa maniere ;
& à quoi elle lui répondit, que la chofe étoit
affez de confequence pour en deliberer ;
qu'elle prendroit conſeil là deffus , & que
cependant elle le prioit de ne pas trouver
DE FEVRIER. 37
,
mauvais qu'elle formât oppofition à fon
mariage : Elle le quitta fur cela fans qu'il
pût la retenir , & s'êtant informée de la
demeure d'un habitant de cette ifle , que
feue fa mere lui avoit dit être de fes parens
, elle apprit qu'il étoit mort depuis
un an , & qu'en mourant , il avoit laiffé
-ce qu'il avoit de bien à un de fes amis javec
qui il étoit en focieté : Elle fe fit conduire
chez cet habitant , à qui elle fe fit
connoître comme patente de celui dont il
avoit herité , & lui expofa fon affaire . Celui-
ci étoit un homme de 35 ans qui n'é
toit point encore marié ; il fe crut obligé
par reconnoiffance , de prendre les interets
de la Parente de fon Bienfacteur ; il la mena
d'abord chez le Curé pour former oppofition
au mariage ; & l'ayant logée chez
une Dame de fon voifinage , il mit les fers
au feu , en lui faifant prefenter en Juſtice
une Requefte , dans laquelle elle concluoit ,
felon la Coûtume , à des dédommagemens
exorbitans. Comme il fallut produire les
papiers du procez , toute l'Ile fut imbue
dela maniere extraordinaire dont l'Intimé
s'y étoit pris pour fe faire venir une femmes
particularités que la Demoiselle arrivée
la premiere , avoit fagement diffimulées ,
pour fauver le ridicule qui en devoit retomber
neceffairement fur fon futur Epoux.
Pendant que le Procez s'agitoit , celui qui
avoit pris en main la Caule de la Demande38
LE MERCURE
reffe ; la voyoit tous les jours , & il ne put
le faire longtems , fans prendre de l'inclination
pour elle . Quoy qu'elle ût moins de
beauté que celle qui l'avoit fupplantée, elle
ne laiffoit pas cependant , malgré la petite
verole qui l'avoit peu endommagée , d'avoir
encore beaucoup d'agrément ; elle joignoit
à cela beaucoup d'efprit & de douceur ;
fon ami lui offrit fa main qu'elle accepta
avec reconnoiffance ; ce qui les difpoſa l'un
& l'autre à écouter plus favorablement
qu'ils n'avoient fait jufqu'alors , les propofitions
que leur faifoit faire leur Partie . On
convint de la Dot que celui- ci donneroit
en dédommagement à celle des deux Demoifelles,
qui , quoique la premiere en datte,
étoit arrivée la derniere ; & toutes les Parties
êtant d'accord , & les oppofitions êtant
entierement levées , les deux Mariages fe
firent le même jour & de concert . Nôtre
Americain voulut faire même les frais des
deux Nôces , difant agréablement , que
comme les deux femmes étoient venues
pour lui , c'étoit à lui à mettre la nappe
pour toutes les deux . Les Parties ont vêcu
depuis en bonne intelligence , & les deux
femmes ont été húreufes dans leur mariage.
On fait quelquefois la guerre à nôtre
homme fur cette avanture : Quand il arrive
quelque Vaiffeau , on l'invite à aller
voir s'il ne vient point encore quelque
femme par Lestre de Changes ce qu'il prend
DE FEVRIER.
39
en galant homme , & il eft le premier à en
rire : Et lorfqu'au débarquement on voit
defcendre quelque jeune Demoiselle , qui
paroît de taille à venir chercher un Epoux ,
elle ne manque gueres de trouver fur le port
quelque Plaifant qui lui dit , en paflant.
Mademoiselle , fi vous apportez une Lettre
de Change pour Monfieur .... je vous
donne avis qu'il ne peut l'accepter , & que.
· Vous venez trop tard.
UM
de
дне
l'on con-
Ne Relation nouvelle , fidelle & bien
circonftanciée d'un Païs
noist pen , eft un prefent digne du Mercure.
Je me fuis attaché jusqu'à preſent à varier
de tems en tems ce Recueil , des morceaux
de Voyages qui m'ont paru contenir des faits,
des découvertes qui ne fe trouvoient pas
dans les Relations ordinaires. Je ſuis perſuaque
les Amateurs de Voyages & les Geographes
furtout , me feront gré de cette attention.
Il feroit à fouhaitter pour l'utilité
Publique , que tous ceux qui ont de ces fortes
de Manufcrits , vouluffent bien me les
communiquer , je les déroberois peut - eftre
aux injures du tems par l'impreffion. Car ,
combien d'ex lentes chofes perdues , par la
negligence de ceux qui les poffedoient , lef
quelles auroient pas û ce fort , s'ils les a
voient mis en dépoft dans un Ouvrage Periodique
? Je rifque donc cet Avertiff.ment ,
40 LE MERCURE
pour inviter les perfonnes qui ont en leur
pouvoir des Pieces Fugitives , de quelque nature
qu'elles foient , d'avoir la bonté de me
les addreffer ; je me ferai honneur de les inferer
dans ce Livre. Il eft inutile prefentement
que je parle du merite de la Relation
manufcrite que je prefente ici. Par la lecture
, il fera facile de reconnoiftre qu'elle a
efté écrite par un homme trés- bien inftruit ,
qui ne cherche pas à en impofer , & qu'elle
eft auffi nouvelle que curienfe.
Defcription du Détroit & de la Baye
d'Hudfon , avec la maniere dont ces
Pays ont efté découverts.
•
A M... par M. Jeremie.
Our commencer mon Memoire par fon
.9
telligence , je dirai que ces Païs furent decouverts
par les Dangis , il y a environ
80. ans.
Le Détroit que nous nommons d'Hudson,
a pris ce nom de Henri Hudſon Anglois
qui le découvrit l'an 1612. Il a 120. lieues
de long & 16. ou 18. de large. Il eft bordé
des deux côtez , de rochers efcarpez
d'une hauteur prodigieufe , tous entrecoupez
de collines fombres où le Soleil ne
communique jamais fa lumieres la neige &
les glaces s'y voy.nt toute l'années ce qui *
coule
DE FEVRIER. 4
caufe des fraîcheurs terribles ; & fi l'on
ne profitoit pas des tems où elles font
moins fortes qu'en d'autres , il feroit impoffible
d'y naviger .On ne peut y paffer que
depuis le 15. Juillet jufqu'au 15. Octobre ;
encore dans ces faifons là , on eft quelquefois
obligé de donner dans des bancs de
glaces ; & il n'eft pas aifé de s'imaginer ,
comment un Navire peut s'y faire paffage ;
car , elles font quelquefois fi preffées les
unes contre les autres , qu'autant que la
vûe peut s'étendre , on ne voit pas une
goute d'eau. On fe grapine , c'eſt-à - dire ,
on faifit les Navires contre ces glaces com
me contre une muraille ; & lorfque par la
force des vents & des courans qui font
trés- violens dans ces endroits - là , il fe fait
quelqu'ouverture au travers de ces glaces ,
alors on met les voiles au vent , lorfqu'il eft:
favorable , pour fe faire paffage avec des
longs bâtons ferrez , Pour cet effet , on
pouffe ou on écarte ces glaces ; mais malgré
tous ces efforts , on y refte quelquefois
plus d'un mois embaraffe fans pouvoir a
vancer ; ce qui caufe la difficulté de ces
voyages. Car d'ailleurs , avec certaines pré--
Cautions on ne court pas plus de rifque
que dans les autres Mers.
>
Quoyque ce Détroit ſoit un pays tout à
fait inculte , & le plus ingrat de tous les
pays du monde , il y a cependant des Sau
vages que nous nommons Efquimaux, qui
D
42 LE MERCURE
habitent dans ces malheureux defetts. Ils
ont cela de commun avec le pays qu'ils occupent
, qu'ils font fi farouches & fi intrai
tables , que l'on n'a pas pû juſqu'à prefent
les attirer à aucun commerce . Ils font la
guerre à tous leurs voifins , & lorfqu'ils
tuent ou prennent quelques- uns de leurs
ennemis , ils les mangent tout crus , & en
boivent le fang. Ils en font même boire à
leurs enfans qui font à la mamelle , afin de
leur infinuer la barbarie & l'ardeur de la
guerre , dès leur plus tendre jeuneffe.
a
Ils font prefque toujours fans feu ,
caufe de la rareté du bois . Le froid y eft
cependant extraordinaire en quelque faifon
que ce foit . Ils logent pendant l'hyver
dans les creux des rochers où ils fe renferment
avec leurs familles : ils couchent
tous enfemble fans diftinction de fexe &
de parenté . Ils y reftent plus de huit mois ,
fans voir ni l'air , ni rien qui approche de
la lumiere. Ils ont la précaution pendant
les trois ou quatre mois d'Eté , d'amaffer
des viandes de balene , de vaches marines
& de loup marin , dont il s'en trouve beaucoup
dans tous ces pays là . Ils font toutes
leurs chales & tuent toutes fortes d'animaux
avec des fléches , à quoi ils font
fort adroits . Ils n'ont jamais eu l'ufage
d'aucunes armes à feu ni d'aucun ferrement
, à moins qu'ils ne furprennent quel
ques-unes de nos Chaloupes pêcheufes
DE FEVRIER . 43
Après qu'ils ont déchiré & mangé nos
pauvres matelots , ils fe fervent de ces
petits bâtimens pour aller d'un lieu à l'autre
; & lorfque ces chaloupes font hors
de fervice , ils les brifent ; afin de profiter
des cloux qu'ils forgent entre deux cailloux
pour leur ufage . Ils font des efpeces de
Bifcayenes , qu'ils couvrent de peau de loup
marin , au lieu de bordage. J'ai vû ces
Bifcayennes affez grandes pour porter plus
de cinquante perfonnes ; ils font auffi de
la même maniere des petits Conots , où ils
ne laiffent qu'une petite ouverture au milieu
pour la place d'une homme affis : cette
ouverture eft entourée d'une bourse
qui fe lie au travers du corps , de maniere
que les vagues leur paffent par deflus la
tête , fans que le canot s'empliffe d'eau .
Ils ont de grandes pagayes ou avirons plats
par les deux bouts ; ce qui leur fert comme
de balancier , fans lequel ils auroient
peine à fe tenir dedans , tant ces canots font
'petits .
9°
Ces Peuples different des autres Sauvages
, en ce que les Sauvages communement
n'ont point de barbe , & que ceux- ci aus
contraire en ont jufqu'aux yeux ; ce qui
a fait dire à quelques perfonnes qui ont
voulu penetrer leur origine , qu'il faut que
ce foit quelque Navire Bafque qui êtant à
la pêche , ait fait naufrage dans ces endroits
là & s'y foit multiplié depuis ce tems
Dij
44
LE MERCURE
Leur langage , quoique très- corrompu , a
cependant quelque rapport avec la langue :
Bifcayenne , ce qui donne lieu à cette conjecture
. Cette grande barbe qu'ils ne coupent
jamais , les rend fi affreux & fi hideux
qu'ils ont plûtôt la figure de quelque bête
farouche , que de celle d'homme ; car ils
n'ont que les bras & les jambes qui leur
donnent quelque reffemblance avec les autres
hommes .
A l'extremité de ce Détroit du côté du
Nord , il y a une Baye que nous nommons
Baye de l'Affomption , de laquelle on n'a
pas encore de connoiffance certaine . Quelques-
uns de nos Navigateurs s'êtant enga
gez infenfiblement dans cette Baye , environ
go . ou 40. lieuës , ils s'apperçûrent que
leurs compas n'avoient plus leurs mouvemens
ordinaires ; ce qui fait préjuger qu'il
y a infailliblement quelque Mine le long
de cette Baye , qui attire l'Aimant de
tous côtez On croit qu'il y a communication
du fonds de cette Baye au Détroit de
Davis. C'eft de cette Baye d'où fortent
prefque toutes les glaces qui fe déchargent
par le Détroit d'Hudfon . On ne fçait pas
encore comme ces glaces fe forment . Il y
en a de fi groffes , que leur fuperficie audeffus
de l'eau , furpafle l'extrémité des
mats des plus gros Navires . Nous avons û
une fois la curiofité de fonder au pied d'une
qui étoit échouée , où on fila cent braffes
DE FEVRIER.
de ligne fans trouver le fonds. Plus avans :
du côté de l'Queft , il y a une grande 10e
que nous nommons Phelipeaux , où il y a
quantité de vaches marines , & fans doute
que fi la faifon permettoit d'y faire defcente
, on pourroit y ramaffer beaucoup
d'ivoire ; ce qui ne laifferoit peut- être pas
d'être affez lucratif. Les dents de ces va
ches marines ont une coudée de long , &
font groffes comme le bras , d'une ivoire
prefqu'auffi belle que celle de l'élephant.
Cette Ifle n'eft point élevée comme le refte
du Détroit ;-au contraire , elle est fort pla
te, & fon rivage fablonneux caufe une af
pect tout à fait agréable. A l'oppoſite de
cette Ifle , il y a une terre fort plate que
nous appellons Cap de l' Affomption; duquel
je ne dirai aucunes particularitez , parce
qu'on ne l'approche pas d'affez prés pour y
faire aucune remarque.
Il faut prefentement revenir à notre premier
deffein , & dire que les Danois , aprés
avoir paffé tout le Détroit dont je viens
de faire la defcription , continuant toûjours
leur ronte vers le Nord , aborderent
enfin la Terre ferme à une Riviere que l'on
a nommée Riviere Danoife , & que les Sauvages
nomment Manoteoufibi , qui fignifie
Riviere des Etrangers. Là , ils mirent leurs
Vaiffeaux en hyvernement , & fe logerent
auffi du mieux qu'ils purent , comme gens
qui n'avoient nulle experience de ce pays >
46 LE MERCURE
& qui ne le défioient pas du grand froid
qu'ils avoient à combatre : Enfin , ils ef
fuyerent tant de miferes , que la maladie
s'étant mife entr'eux , ils moururent tous
pendant l'hyver , fans qu'aucun Sauvage
en ût connoiffance.
Le Printems venu , les glaces déborderent
avec leur impetuofité ordinaire , &
emporterent leur Vailleau avec tout ce
qui étoit dedans , à la referve d'un canon
de fonte d'environ 8. livres de balle , qui
y refta , & qui y eft encore tout entier ,
excepté le tourillon de la culaffe que les
Sauvages ont caffé à coups de pierres.
Les Sauvages furent bien étonnez l'Eté
fuivant , lorfqu'ils arriverent dans ce lieu ,
de voir tant de corps morts , & des gens
dont ils n'en avoient jamais vû de femblables
. La terreur s'empara d'eux , & les obligea
de prendre la fuite , ne fçachant
que s'imaginer en voyant un tel fpectacle.
Mais , lorfque la peur ût fait place à la
curiofité , ils retournerent dans le lieu où
ils auroient fait , felon eux , le plus riche
pillage qui jamais ait été fait . Mais malheurcufement,
il y avoit de la poudre dont
ils ne fçavoient pas les proprietez ni la vertu:
ils y mirent imprudemment le feu qui
les fit tous fauter , brûla la maifon & tout
ce qui étoit dedans ; de maniere les
que
autres qui vinrent après cux, ne profiterent
que des cloux & autres ferremens qu'ils
DE FEVRIER.
47
ramaffoient dans les cendres de cet incendie.
La Riviere Danoife dans fon embouchû
re , n'a pas plus de 500. pas de largeur &
eft fort profondes ce qui forme un grand
courant , lorfque la Mer entre & fort à tou
tes les marées avec beaucoup de rapidité :
Ce détroit n'a pas plus d'un quart de lieuë´
de long , enfuite dequoy cette Riviere s'élargit
& continue fon cours, êtant pendant
l'efpace de 150. licuës fort navigable. Tour
ce pays eft prefque fans bois , hors les lfles
dont cette Riviere eft toute entrecoupée.
Au bout des 150 lieuës , ily a une chaîne:
de hautes montagnes qui rendent cette Riviere
impratiquable , à caufe des chûtes
d'eau & des rapides continuels qui s'y ren
contrent aprés quoy , elle reprend fon
cours ordinaire & tranquile , & a communication
avec une autre Riviere que l'on
nomme Riviere du Cerf, dont je parlerai
par la fuite.
Pour revenir à notre but , & pour don
ner toutes les connoiffances poffibles de
tous ces pays-là , il faut redefcendre à la
Mer , & continuer nôtre Route vers le
Nord.
A 15 lieues de la Riviere Danoife , fe
trouve la Riviere du Loup- Marin , parce
qu'effectivement il y en a beaucoup dans
cet endroit. Entre ces deux Rivieres , il
a une espece de Boeuf que nous nommons
y
48 LE MERCURE
وہ
Boeufs mufque à cauſe qu'ils fentent f
fort le mufc , que dans certaine faiſon de
l'année , il eft impoffible d'en manger . Ces
animaux ont de très belle laine , elle eft plus
longue que celle des Moutons de Barba-
Fic. J'en avois apporté en France en 1798 .
dont je m'étois fait faire des bas qui étoient
plus beaux que des bas de foye : J'ai même
encore ici un petit refte de cette laine , que
j'aurai l'honneur de vous envoyer , fi je
croyois que cela vous fit plaifir , pour en
faire faire l'effai par d'habiles ouvriers .
Ces Boeufs , quoyque plus petits que les
nôtres , ont cependant les cornes beaucoup
plus grotles & plus longues ; leurs racines
fe joignent fur le haut de la tête , forment
comme un gros bourlet , & defcendent à
côté des yeux prefqu'auffi bas que la gueule
; enfuite le bout remonte en haut , qui
forme comme un croiffant. Il y en a de fi
groffes , que j'en ai vû , êtant féparées du
crâne , qui pefoient les deux enfembre 60 .
livres. Ils ont les jambes fort courtes , de
maniere que cette laine traîne toujours par
terre lorfqu'ils marchent ; ce qui les rend
fi difformes , que l'on a peine à diftinguer
d'un peu loin de quel côté ils ont la tête .
Il n'y a pas une grande quantité de ces
animaux ; ce qui feroit que les Sauvages
les auroient bien- tôt détruits , fi on en faifoit
faire la chaffe , joint à ce que, comme
ils ont les jambes trés -courtes , on les tue
>
lorfqu'il
DE FEVRIER.
lorfqu'il y a bien de la neige , à coups de
lance , fans qu'ils puiffent fuir . Cette Riviere
du Loup - Marin va jufqu'au Pays d'u
ne Nation que l'on nomme Plafcôtez de
Chiens , lefquels ont guerre contre nos Savanois
, c'est- à- dire , ceux avec qui nous
traitons ; & comme ils n'ont aucun ufage
d'armes à feu, non plus que les Efquimauxs
lorfqu'ils entendent quelques coups de
fufils , ils prennent tous la fuite , abandonnent
leurs femmes & leurs enfans , que nos
Sauvages emmenent prifonniers , & les font
fervir d'efclaves. Ils prennent très - peu
d'hommes , parce qu'ils ont la jambe plus
fine que les nôtres. Il ont dans leur pays
une Mine de Cuivre rouge abondante
& fi
pure , que fans le paffer par la forge,
tel qu'ils le ramaffent à la Mine , ils ne
font que le frapper entre deux pierres , &
en font tout ce qu'ils veulent. J'en ai vû
fort fouvent , parce que nos Sauvages en
apportoient toutes les fois qu'ils alloient en
guerre de ces côt‹ z là .
Toute cette Nation eft d'une fifionomie
fort douce & fort humaine ; ce qui me fait
croire que fi l'on pouvoit les attirer à quelque
commerce , on auroit de l'agrément avec
eux. Leur pays eft fort ingrat ; il n'y a
point de Caftor ni d'autres pelleteries ; ils
ne vivent que de poiffons & d'une espece
de Cerfque nous nommons Cariboux , qu'ils
tuent avec des fleches . Ils en pennent auffi
Février 1719. E
LE MERCURE
avec des collets. Il y a des Liévres qui
font beaucoup plus grands que ceux de
France. Ils font blancs l'hyver, & gris l'étés
ils ont de fort grandes oreilles toûjours
noires. La peau en hyver , eft fort belle &
d'un poil fort long , qui ne tombe pas
comme aux autres Liévres de l'Europe
de maniere que l'on en feroit de trés- beaux
manchons.
l'on
Je ne dirai rien de pofitif des Remarques
que peut faire , en continuant le long
de la Mer vers le Nord , finon que nos
Sauvages rapportent que dans le fonds de
cette Baye , il y a un Détroit où l'on découvre
les terres facilement d'un bord à
l'autre.Il sn'ont pas encore pénetré jufqu'au
bout de ce Détroit : Ils difent qu'il y a des
glaces toute l'année, que les courans tranfportent
tantôt d'un côté, tantôt de l'autre,
Suivant toutes les apparences , il eft à croi
re que ce bras de Mer a communication
avec la Mer de l'Oüeft ; & ce qui donne
lieu à cette conjecture , c'est que lorsque les
vents dépendent du Nord , la Mer dégorge
par ce Détroit en fi grande abondance ,
que l'eau augmente dans toute la Baye
d'Hudſon , quelquefois de 10. pieds à pic
plus que
fon cours ordinaire ; auffi remar
que- t'on que lorfque l'on voit la Mer en-
Aer , on cherhe havre pour le mettre à l'ap
bry du vent du Nord .
Les Sauvages difent , qu'aprés avoir
DE FEVRIER
SI
marché plufieurs mois à l'Oüeft - Sudoüeft
ils ont trouvé la Mer fur laquelle ils ont vu
de grands Canots ( ce font des Navires ) a
vec des hommes qui ont de la barbe & des
bonnets , qui ramaffent de l'Or fur le bord
de la Mer c'eft- à - dire, à l'embouchure des
Rivieres. 1
Les Platfcoftez de Chiens dont je viens
de parler , n'ont point d'autres ferremens
que ceux qu'ils viennent ramaffer dans les
débris de l'incendie des Danois . Ils ne plaignent
pas leurs peines , lorfqu'ils peuvent
trouver trois ou quatre petits cloux longs
comme le doigt tout roüillez ; ils viennent
cependant quelquefois à pied de plus de
400. lieues ; car ils n'ont point l'ufage des
Canots . Les Efquimaux du Détroit d'Hudfon
, y viennent auffi quelquefois pour le
même fujet. Ils traverfent la Baye d'Hudfon
avec ces Bifcayennes faites avec des
peaux de Loups marins dont j'ai parlé cidevant
.
Il faut prefentement nous approcher du
Fort Bourbon , diftant de la Riviere Danoi .
fe de 60. lieues. Il n'y a rien de remarquable
dans tout cet efpace , fi non que pen
dant tout l'Eté , il y a des quantitez prodigieufes
de Cariboux , qui êtant chaffez des
bois par la grande multitude de ce que nous
appellons Maringoins & Tons , viennent ſe
rafraîchir au bord de la Mer : On en voit
des troupeaux de plus de dix mille , & cela
E ij
52 LE MERCURE
continuellement pendant l'efpace de 40
ou so. lieues . Si les peaux de ces animaux
étoient propres à quelque chofe , on en fefoit
amaffer par les Sauvages autant que
l'on voudroit ; mais , nos Chamoifeurs de
Niort difent qu'elles font trop foibles pour
fouffrir l'apprelt * Il y a auffi de toute forte
de gibier, comme Cygnes, Outardes , Oyes ,
Gruës , Canards , enfin toute forte d'autre
menu gibier , en fi grand nombre , que
lorfque toute cette volatille s'éleve , elle
fait tant de bruit , qu'il eft impoffible de
s'entendre parler , & incontinent l'air en
devient fi obfcur , qu'à peine peut- on voir
le ciel au travers . Ceci paroîtra peut - être
fabuleux , auffi bien que quelqu'autre circonftance
que je ne puis me difpenfer de
marquer , pour ne rien omettre de ce qui
doit fatisfaire la curiofité ; mais je puis
proteſter que je ne marque rien , qu'aprés
l'avoir vu & examiné par moi- même ; &
afin de ne rien rifquer fur le rapport d'autrui,
je me fuis tranfporté prefque dans tous
les lieux dont je parle.
La Riviere Bourbon , que les Sauvages
nomment Paouiriniouagaon , qui fignifie Deſ
cente des Etrangers , fut découverte quelques
années aprés la Riviere Danoife . Ce fut
* Les peaux
de
Cariboux
fe
peuvent
paffer
& font très belles ; j'en ai vu un morceau
paßé par des Sauvages de Canada.
DE FEVRIER. 33
·
un Anglois nommé Nelfon dont cette Riviere
porte le nom . Il y arriva en Autonne
fort tard , & fit defcente dans cette Riviere
du côté du Nord ; mais comme pour lors,
tous les Sauvages s'étoient retirez dans la
profondeur des bois ; que Nelfon ne voyoit
perfonne qui lui donnât connoiffance du
Pays , & apprehendant qu'il ne lui arrivât
le même accident qu'aux Danois , il fe contenta
de planter un poteau auquel il arbora
les armes d'Angleterre pour titre de poffeffion
, avec un grand carton fur lequel étoit
deffiné un Navire ; & il pendit à une
branche d'arbre une grande chaudiere pleine
de menuës marchandifes , dont les Sauvages
profiterent au Printems , lorfqu'ils revinrent
au bord de la Mer . Comme ils avoient
déja quelques indices de ces fortes
de marchandifes , par l'avanture qui étoit
arrivée aux Danois , ils ne douterent pas
que les mêmes perfonnes qui leur avoient
laiffé un fi riche dépôt , ne revinffent l'année
ſuivante ; ils attendirent jufqu'à la derniere
failon . Et effet les Anglois arriverent,
trouverent ces Sauvages qui les reçûrent amiablement
, & les conduisirent avec leur
Navire dans des Ifles qui font à fept lieues
dans la Riviere , où les Anglois firent leur
premier établiffement.
M. de Groifeliez Citoyen de Canada ,
homme entreprenant & grand Voyageur ,
tant avec nos Sauvages de Canada dans le
E iij
14 LE MERCURE
pays des Outaouas , pouffa fi loin , qu'il ût
connoiffance de la Baye d'Hudfon . Etant
de retour à Quebec , il fe joignit à quelques
Bourgeois , arma une Barque & entreprit
de la découvrir par Mer ; il y réuffit, & alla
aborder à une Riviere que les Sauvages
nomment Pinafoüetchionen, qui veut dire,
Riviere Rapide , qui n'eft diftante que d'une
lieue de celle dont je viens de parler, Il fit
fon établiflement du côté du Sud , dans
des Ifles qui font à trois lieues dans la Riviere
Pendant l'hyver , les Rivieres êtant
glacées , les Canadiens que M. de Groiſeliez
avoit avec lui , gens fort alertes & agiles
dans les bois, étant à la chaffe le long
de la Mer à l'embouchûre de la Riviere de
Nelson , que nous nommons prefentement
de Bourbon , trouverent un établiſſemene
d'Europeans , ce qui les furprit fort . Ils
retournerent promptement , fans fe faire
découvrir pour en donner avis à leurCom
mandant qui ne manqua pas auffitôt de faire
armer tous les gens & de fe mettre à leur
tête , pour fçavoir ce que c'étoit. Ils firent
leurs approches , & ne voyant qu'une peti
te mauvaiſe chaumine , couverte de gazons,
& trouvant la porte ouverte , ils y entrerent
les armes à la main , & y trouverent
5. Matelots Anglois qui mouroient de faim
& de froid. Ils ne fe mirent point en défenfe
, au contraire , ils s'eftimoient fort
heureux de le voir prifonniers des François
DE FEVRIER
puifque par ce moyen , ils avoient leur vie
en fûreté.
Ces 5. Matelots avoient été dégradez
par un Navire qui avoit armé à Bafton ,
Nouvelle Angleterre , & qui n'avoit aucune
connoiffance des premiers qui avoient
armé à Londres . Voici la maniere dont ils
furent dégradez . Ils étoient arrivez fort
tard , & ayant mouillé l'ancre à l'embouchûre
de la Riviere Bourbon , le Capitaine
envoya fa Chaloupe à terre avec cinq
hommes pour chercher un lieu d'hyverne
ment. La nuit , il fit un fi grand froid , que
les glaces qui defcendoient de cette Riviere,
entraînerent le Navire , dont on n'a jamais
oüi parler.
Pendant le cours de l'hyver, il vint quelques
Sauvages chez M. de Groiſeliez , qui
lui dirent qu'il y avoit un autre Etabliffement
d'Anglois à fept lieues dans la Riviere
Bourbon. Auffitôt il fe difpofa à les al
ler attaquer ; mais , comme ils étoient fortifiez
, il prit fes meſures , & choifit un jour
qu'ils pourroient être en réjoüiffance : En
effet , il les attaqua le jour des Rois , & les
furprit dans une telle yvrefle , qu'il les prit
fans qu'ils puffent fe défendre , quoiqu'ils
fuffent 80. Anglois , & que nos François
ne faffent que 14. Ainfi , M. de Groiſeliez
refta maître de tout le pays.
"
L'Eté fuivant , lorſqu'il voulut retourmer
en Canada , rendre compte de fes Ex-
E iiij
96 LE MERCURE
ploits & de fa découverte , il laiſſa ſon Fils
nommé Chouart avec 5. hommes , pour
garder le pofte qu'il avoit conquis , & repafla
en Canada avec fon beau frere nominé
Ratiffon , bien chargez de pelleteries &
d'autres marchandifesAngloifes . Mais quoique
, felon les apparences , ils ûffent allez
bien fait leur devoir pour être bien reçûs ,
on les chagrina, cependant beaucoup fur
quelque prétendu pillage dont ils n'avoient
pas donné connoiffance aux Armateurs ; ce
qui obligea M. de Groifeliez de faire paffer
fon beau frere Ratiffon en France , pour fe
plaindre de l'injuftice qu'on leur faifoit ;
mais , il fut encore plus mal reçu qu'en
Cinada ; ce qui le mit dans un tel défefpoir,
qu'il projetta de paffer en Angleterre,
pour y propofer un armement & aller retirer
fon neveu Chouart , qu'il venoit de
laiffer à la Baye d'Hudfon , ce qu'il fit.
Car , il fournit des mémoires fi pofitifs ,
qu'on lui donna un Navire bien armé avec
lequel il alla reprendre le lieu que l'on pommoit
pour lors Port- Nelfon.
Les Anglois font reftez poffeffeurs de ces
Poftes , jufqu'en 1694. que M. d'Iberville
arma deux Navires , le Poli & la Charante ,
qui étoient commandez par M. de Serigny
fon frere. Il paffa par le Canada pour fe fortifier
de 100. Canadiens, afin d'aller reprendre
la Baye d'Hudſon , mais ce projet ne
réüffic
pas.
C
DE FEVRIER:
Nous partîmes de Quebec le 10. Aouft ,
jour de faint Laurent , & nous arrivâmes à
la rade du Port Nelfon le 24. Septembre.
Auffi- tôt M. d'Iberville fit defcendre fout
fon monde à terre , avec les canons de campagne
, mortiers & autres munitions de
guerre. Nous commençâmes par faire de
bonnes batteries & plateformes , où nous
plaçâmes nos canons & nos mortiers , à
environ 5oo. pas des paliffades du Fort. Ce
Fort étoit compofé de quatre baftions qui
formoient un quarré de 30. pieds , où étoit
un grand magazin haut & bas. Dans l'an
de ces bastions , étoit le magazin de la traitte
; un autre fervoit de magazin aux.vivres ,
& les deux autres fervoient de corps degarde
pour loger la garnifon ; le tout bâti
de bois. En ligne de la premiere paliffade ,
il y avoit deux autres baftions , dans l'un
defquels logeoient les Officiers , & l'autre
fervoit de cuifine & de forge pour la garnifon
. Entre ces deux baftions , étoit une
efpece de demie -lune où il y avoit 3. canons
de 8.liv . de balles , qui défendoient du côté
de la Riviere & au bas de cette demie- lune,
une plateforme à ras- d'eau , défendue par
6. pieces de gros canons. Il n'y avoit point
de batterie rangée du côté du bois ; tous
les canons & pierriers étoient fur les baf
tions . On comptoit dans tout ce Fort qui
n'étoit que de deux paliffades de pieux debout
, 32. canons & 14.picrriers. Ils étoient
58
LE
MERCURE
53. hommes dedans. Nous les harcelâmes
depuis le 25. Septembre que nous mîmes
pied à terre , jufqu'au 14. Octobre que
fe voyant affiégez de toutes parts , ils ire
pouvoient plus réfifter à nos bombes, joint
à ce qu'ils étoient continuellement chagrinez
par nos füfeliers qui tiroient fans ceffe
dans leurs meurtrieres; ils furent en fin obligez
de fe rendre , & ne demanderent que d'ag
voir la vie fauve ; ce qu'on leur accorda facilement
. M. d'Iberville fit fon entrée le 15.
Le Fort fut nommé Fort Bourbon , & la
Riviere fur laquelle il eſt ſitué, fut nommée
Riviere Sainte Therefe , à caufe que le Fort
fut réduit fous l'obéïffance des François le
jour de fainte Thereſe 14. O &obre. Nous
perdîmes dans cette occafion un Frere de
M. d'Iberville . Le Fort étoit affez bien
fourni de toutes fortes de marchandifes &.
de munitions , tant de guerre que de bouthe
Nos Navires hyvernerent- là , parce
que la faiſon étoit trop avancée pour repafder
en Europe.
En 1695. le 20. Juillet , M. d'Iberville
partit avec les deux Vaiffeaux , & nous
Taiffa au nombre de 67. hommes , fous le
commandement d'un nommé M. de la Foreft
; M. de Martigny étoit Lieutenant , &
moi Enſeigne & Interprete des langues des
Sauvages , & Directeur du Commerce.
Le 2. Septembre de l'année 1696. les Anglois
arriverent au nombre de 4. Vaiſſeaux
DE FEVRIER.
3
de guerre & une Galiotte à bombes . M. de
Serigny qui étoit parti de la Rochelle avec
deux petits Navires , fçavoir le Hardi & le
Dragon, arriva deux heures aprés les Anglois
; mais , comme ils occupoient la rade
, il ne put nous donner de fecours ; it
fut obligé de retourner en France où il arriva
heureufement , & le Hardi commandé
par M. la Motte-Egron fit naufrage en ali
lant en Canada. Les Anglois commencerent
à nous attaquer le s . du mois , avec
leur Galiote qu'ils avoient fait avancer
une portée du canon du Fort, avec 2.Navires
pour la foûtenir.
Le 6.nous nous apperçûmes qu'ils faifoient
quelque mouvement pour y faire def
cente. M. de la Foreft m'envoya avec 14.
hommes à deffein de m'y oppofer : Ils étoient
400. hommes prépofez pour cette
entreprife . Ils firent plufieurs tentatives ;
mais , comme nous étions embufquez dans
des buiffons épais, & que j'avois le foin de
faire tirer mes gens à propos les uns aprés
les autres ; fi - tôt que je voyois paroître
quelque Chaloupe armée , les Anglois retournoient
promptement à leur bord , n'o
fant rifquer de nous forcer , par ce qu'ils ne
fçavoient pas le nombre que nous étions
dans nôtre embufcade. Cependant , ils tiroient
continuellement des bombes , dont
il en tomba 22. dans le Fort , qui manquerent
plufieurs fois à y mettre le feu. A la:
60 LE MERCURE
>
fin , n'ayant prefque plus de vivres & de
munitions de guerre, & voyant que nous ne
pouvions plus efperer de fecours de France ,
nousfumes obligez de capituler. Hs nous ac
corderent tout ce que nous leur demandâ
mes ; les articles de la capitulation étoient
des plus avantageux . Mais ils faufferent
leurs promeffes ; car , au lieu de nous mettre
fur les Terres Françoifes avee tous nos
effets , comme ils nous l'avoient promis
ils nous emmenerent en Angleterre , &
nous jetterent en prifon , pendant que nos
Pelleteries & autres effets furent mis au pil
lage. Quatre mois aprés , nous repaffâmes
en France , où on faifoit un armement de
quatre Vaiffeaux de guerre pour aller re
prendre le pofte que nous venions de perdre.
On nous fit tous embarquer deffus , & nous
allâmes joindre M. d'Iberville qui étoit
pour lors à Plaiſance , & qui y prit le
commandement des quatre Vaiffeaux pour
retourner à la Baye d'Hudfon . Il s'embar
qua fur le Pelican de jo . canons. M. de
Serigni fon frere , commandoit le Palmier,
de 40. canons le Profond étoit commandé
par M. Dugué , & M. Chartrié commandoit
le Vefpe.
1
Lorfque nous fumes entrez dans le Détroit
d'Hudſon , les glaces nous contaigni
rent de nous feparer. M. d'Iberville prit le
devant , & M. Dugué fut pouffé par les
courans , tout à fait du côté du Nord , où
DE FEVRIER.
il rencontra trois Navires Anglois contre
lefquels il fe battit depuis huit heures du
matin jufqu'à onze heures du foir , fans
que les Anglois le puffent prendre , quoiqu'ils
fuflent fuperieurs en force , mais non
pas en courage.
Comme j'ai déja dit que M. d'lberville
avoit pris le devant , il arriva à la Rade du
Fort-Bourbon les . Septembre . Auffitôt ilenvoya
fa Chaloupe à terre avec 25. hom
mes de l'élite de fon équipage..
Le6 . les Navires Anglois arriverent . M.
d'Iberville fe difpofa à les recevoir.. Il leva
les ancres & fut au devant d'eux. Ils fe flatoient
de l'enlever , le voyant feul contre
trois ; mais ils furent bien étonnez , lorf
qu'ils virent l'intrepidité avec laquelle il
alla les attaquer. Des fai premiere volée , il
en fit arriver un qui fe rendit fans ofer plus
remuer. Enfuite , il prêta le côté à l'Amiral
qui étoit de so. canons, contre lequel il
fit tirer fa volée fi à propos & avec tant de
fuccez , qu'avant qu'ils euffent le tems de
changer de bord , ils virent la moitié des
voilures de l'Anglois dans l'eau, & couler à
fonds devant fon autre compatriote, qui ne
penfa plus qu'à fe fauver , voyant un tel
debrit. M. d'Iberville lui donna la chaffe,
mais il le fauva à la faveur de la nuit . M.
d'Iberville retourna prendre paffeffion de
fa prife , que l'on dit en terme marin
amarinerfu prife,
62 LE
MERCURE
La nuit du 7. au 8. il s'éleva une tem
pête du ventde Nord & furieufe , que M.
d'Iberville & fa prife furent jettez à la
côte , fans pouvoir l'éviter . Les deux Navires
furent perdus avec 25. hommes qui
fe noyerent. Tous les autres fe fauverent
à terre lorfque la marée fut baffe.
Quand tous nos Navires furent arrivez,
nous commençâmes à affieger le Fort. Ils
ne firent pas grande refiftance. Ils fe rendirent
fans capituler , lorfqu'ils fçurent par
leurs gens mêmes qu'ils ne pouvoient efperer
de fecours de l'Europe , & la maniere
dont leurs Navires avoient été traitez .
Aprés que M. d'Iberville ût fait fon entrée
dans le Fort , & qu'il ût mis ordre
toutes chofes , il ne fongea plus qu'à repaffer
en Europe . Il s'embarqua fur le Profond
, & mit à la voile le 24. Septembre ,
accompagné du Vefpe. Il laiffa le commandement
du Fort à M. de Serrigny fon
frere , parceque le Palmier qu'il commandoit
, avoit caffé fon Gouvernail en rouchant
fur une barre.
En 1698. il vint un autre Navire appor
ter un gouvernail , parceque dans tout ce
Païs qui n'eft que de fapinage , on ne pou
voit trouver des bois propres pour cela.
Pour lors les deux Navires repafferent en
France , & M. de Serrigny donna le commandement
du Fort à M. de Martigny fon
parent ; pour moi je fuis refté Lieutenant
DE FEVRIER.
avec ma qualité d'Interprête. Il y ût trois
Commandans alternativement les uns aprés
les autres , fous lefquels il ne fe paffa rien
qui foit digne de recit .
En 1707. aprés avoir demandé plufieurs
fois mon congé à Meffieurs de la Compagnie
pour paffer en France , ils me l'accor
derent enfin . Arrivé à la Rochelle , je fus
propofé à la Cour pour aller relever celui
qui commandoit au Fort Bourbon , qui
étoit un nommé M. Delifle , frere de M.
de S. Michel qui étoit autrefois Capitaine
de Port à Rochefort.
En 1708. nous partîmes de la Rochelle
où j'avois levé une nouvelle Garniſon
mais , lorfque nous fùmes à l'entrée du De
troit d'Hudſon , les vents nous contrarierent
fi long- tems , que nous fumes obligez
de relâcher à Plaifance , où jû l'honneur
de vous écrire , pour vous demander la permiffion
de tirer des vivres de Canada , &
vous ûtes la bonté d'y donner vôtre confentement.
En 1709. nous nous rendîmes au lieu
deftimé , où j'ai trouvé M.. Delifle & toure
La Garnifon fort en peine , parce qu'ils é
toient à la veille de manquer de vivres &
de munitions . Comme nous y étions arrivez
fort tard , joint à ce que le Navire s'étoit
beaucoup endommagé dans les glaces , il
fallut faire un fecond hivernement ; ce qui
caufa une groffe perte à Meffieurs de la
64 LE MERCURE
Compagnie , en ce qu'ils avoient tout à la
fois deux Garnifons & un gros Equipage à
payer & à nourrir . Pendant l'hiver M. Deifle
fut attaqué de l'afme dont il mourut,
Je fuis refté Commandant pendant fix années
dans le Fort Bourbon , où jû l'honmeur
d'être établi par ordre precis du Roi
dont je garde encore les Commiffions : Aucun
de ceux qui m'avoient precedé , n'en
avoit û de femblables .
En 1714. je reçû des ordres de la Cour
avec des lettres de M. le Comte de Pontchartrain
, pour remettre le pofte aux Anglois
, ainfi qu'il étoit porté par le Traité
d'Utrecht.
Je m'aperçoi que c'est abufer de vôtre
bonté , Monfieur , de vous parler fi longs
tems de chofes inutiles : Il faut revenir à
nôtre premier deßein qui eft de vous donner
toutes les connnoiffances poffibles de la fituation
en general du Fort Bourbon , & des
avantages qu'on peut tirer par fon commerce.
Quoique le Fort foit bâti fur la Riviere
Sainte Therefe , c'eft par la Riviere Bourbon
d'où defcendent tous les Sauvages qui
viennent en traite . Cette Riviere eft d'une
fi grande étendue , qu'elle paffe par plus
fieurs grands Lacs dont le premier , diftant
de la Mer d'environ 150. lieuës , a environ
100. licues de circonference . Les Sauvages
le nomment Tatufquoyaon fecabigan , qui
veut
}
་
DE FEVRIER. 65
T
veut dire Lac des Forts , dans lequel Lac du
côté du Nord , il fe décharge une Riviere
que l'on nomme Quififquatchiouen , autrement
grand Courant . Cette Riviere prend
fa fource d'un Lac , diftant du 1.de plus 300
lieues , qui fe nomme Michinipi ou grande
Eau , parce qu'en effet , il est le plus grand
& le plus profond de tous les Lacs Il a plus
de 600 lieues de tour , & reçoit la décharge
de plufieurs Rivieres , dont les unes ont
correspondance avec la Riviere Danoife ,
& les autres , dans le Païs des Placôtez
de Chiens . Autour de ce Lac & le long de
toutes ces Rivieres , il y a quantité de Sauvages
dont les uns fe nomment Gens de la
grande can , & les autres font Affiniboüels.
Il faut remarquer qu'autant que les Efquimaux
font farouches & barbares , autant
ceux- ci font ils humains & affables , auffibien
que tous ceux avec lefquels nous avons
commerce dans toute la Baye d'Hudfon ;
ne traitant jamais les François que de leurs
peres & de leurs patrons. Ils n'ont pas la
même attache pour les Anglois , parce
qu'ils difent qu'ils font trop diffimulez
& ne difent jamais la verité ; ce qu'ils n'aiment
pas parce que , quoique Sauvages
ils font tout - à- fait ennemis du menfonge ;
ce qui cft affez extraordinaire pour des Ñations
qui vivent fans fubordination ni difcipline.
On ne peut leur imputer aucun
vice , fi ce n'eft qu'ils font un peu médi-
F
"
66 LE MERCURE
fans . Ils ne jurent jamais , & n'ont pas
même de termes dans leur langue , qui ap
proche du jurement .
A l'extremité du Lac des Forts , la Riviere
Bourbon reprend fon cours, qui proçede
d'un autre Lac nomme Anifquaoüiga.
mon , qui veut dire jonction des deux
Mers ; parceque dans fon milieu , les terres
fe joignent prefque toutes . La partie du côté
de l'Eft de ce Lac qui eft fitué en long
à peu près Nord & Sud , eft un Païs de
Forêts épaiffes où il y a beaucoup de Caf
tors & d'Orignaux . C'eſt cù commence le
Païs des Cristinaux . Le climat commence
à y être beaucoup plus temperé qu'au Fort
Bourbon . Le côté du Oueft de ce Lac eft
rempli de fort belles Prairies , dans lesquelles
il y a quantité de ces gros Boeufs dont j'ai
parlé. Ce font des Affiniboüels qui occupent
tous ces Païs. Ce Lac a environ 400
lieues de tour , & eft diftant du premier ,
de 200. lieues.
A cent licues plus , dans l'Oü : ft Sudoüeft,
toûjours le long de cette Riviere , il
y a un autre Lac qu'ils nomment Ouenipigouchib
ou la petite Mer . C'eſt à peu près te
même Pais que le precedent. Ce font des
Affinibouels , des Cristinaux , & des Sauteurs
qui occupent les environs de ce Lac.
Il a environ 300 lieues de tour. A fon extremité,
il y a une Riviere qui fe décharge
dans un autre Lac que l'on nomme TacaDE
FEVRIER 67
mamionen. Il n'eft pas fi grand que les autres
. C'eft dans ce Lac que fe décharge la
Riviere du Cerf , qui eft d'une fi grande
étendüe , que nos Sauvages n'ont pas encore
pû aller jufqu'à fa fouce. Par cette
Riviere , on peut aller joindre une autre
Riviere qui porte fon courant du côté du
Oneft ; au lieu que toutes celles dont je
viens de parler , ont leur décharge , ou dans
la Baye d'Hudfon , ou bien dans la Riviere:
du Canada . J'ai fait tout mon poffible pendant
que je fuis refté au Fort Bourbon ,
pour envoyer des Sauvages de ce côté - là ,
fçavoir s'il n'y auroit point quelque Mer
dans laquelle fe déchageât cette Rivierre ja
mais , ils ont guerre contre une Nation qui
leur barre ce paffage . J'ai interrogé des
prifonniers de cette Nation , que nos Sauvages
avoient amenez exprés pour me les
faire voir ; ils m'ont dit avoir guerre avec
une autre Nation beaucoup plus éloignée
qu'eux dans l'Oueft. Ceux- là difent avoirs
pour voifins , des hommes barbus qui fe
fortifient avec de la pierre , & fe logent de
mêmejufage que les Sauvages n'ont point .
Ils difent que ces hommes portant barbe ,
ne font point habillez comme eux , &
qu'ils fe fervent de chaudieres blanches..
Je leur montrai une taffe d'argent , & ils
me dirent que c'étoit de cela même done
les autres leur avoient parlé. Ils difent auffi
que ces gens-là cultivent la terre avec des
Fij
68 LE MERCURE
outils de ce metal blanc . De la maniere
qu'ils dépeignent le grain que ces gens
cultivent , il faut que ce foit du Maïs .
Pendant que j'étois à Quebec , il y a 4.
ou 5. mois , M. Begon Intendant de Canada
, me fit l'honneur de m'envoyer querir,
pour que je lui donnafle les connoiffances
que j'avois de ce Païs- là , pour faire entreprendre
cette découverte par le Canada :
Mais , je croi qu'elle feroit beaucoup plus
facile par les routes que je viens de marquer
, fi nous poffedions encore le Fort
Bourbon , en ce que le chemin feroit beaucoup
plus court , & que ce font prefque .
toûjours de beaux Païs , où l'on ne manqueroit
point de chaffe , par la quantité
d'animaux & de gibier qu'il y a dans toutes
ces Contrées, outre les fruits qui y viennent
fans les cultiver , comme des Prunes , des
Pommes , des Railins , & quantité d'autres
petits fruits que je ne nomme pas.
Au bout duSud- oueft de ce Lac Tacamamiouen
, il y a une Riviere qui fe décharge
dans un autre Lac appellé Lac des Chiens ,
qui n'eft pas fort éloigné du Lac fuperieur,
& où nos Voyageurs vont tous les jours par
la Riviere de Montreal.
Je vais prefentement parler de la Riviere
Sainte Therefe dont j'aurai bientôt fait le
détail. Cette Riviere n'eft pas d'une grande
étendue à fon (mbouchure où eft fitué le
Fort Bourbon ; elle n'a pas plus d'une demie
licue de laige .
DE FEVRIER. 69
En 1700. à deux lieues du Fort du côté
du Sud , on a fait bâtir un Fort nommé le
Fort Phelipeaux , & un grand Magalin
pour fervir de retraite , en cas d'attaque des
Ennemis. C'eft - là où cette Riviere commence
à être entrecoupée d'Ifles.
A vingt lieues du Fort , la Riviere fe
partage en deux , & le bras qui vient du
côté du Nord , que les Sauvages appellent
Apitfibi, ou Riviere du Battefeux , a communication
avec la Riviere Bourbon , &
c'eft par là que la plupart des Sauvages qui
viennent en traite , defcendent , par le
moyen d'un portage qu'ils font du Lac des
Forefts à cette Riviere.
A vingt lieues au deffus de cette premiers
fourche , il y en a une autre qui vient du
Sud , que les Sauvages nomment Guiché-
Mataouang , qui veut dire grande Fourche.
Celle là a communication avec la Riviere
des Saintes Huiles dont je parlerai
dans la fuite. Le bras qui vient du Queft ,
quoiqu'il porte toûjours le nom de Sainte
1 herefe , n'a pas cependant grande étendue.
Elle fe difperfe en plufieurs petits.
ruiffeaux d'où elle prend fa fource , & dans
tous lefquels il y a quantité de Caftors , de
Loups- Cerviers, Martres & autres menues
Pelleteries.
Entre les deux Forts de Bourbon & de
Phelipeaux , il y a une petite Riviere appellée
de l'Egarée , par laquelle on tire
70* LE MERCURE
quelquefois du bois de chauffage ; ce qui
ne laifle pas d'être fort rare autour du Fort.
Plus bas , tout à fait à l'ouverture de la
Mer , il y a une autre petite Riviere nommée
de la Gargouße , dans laquelle lorfque
la marée eft haute , il y entre quantité de
Marfoins. Il feroit fort facile d'y tendre
une pêche , en ce que la Riviere eft fort
étroite. Si cette pêche étoit une fois bienétablie
, on y feroit tous les ans plus de fix
cent bariques d'huile . Les premiers frais de
cette pêche ne monteroient peut - être pas
à 2000 écus , & il n'en couteroit pas tous
les ans 2000 liv. pour la bien entretenir ;
ce qui feroit cependant d'un gros profit , en
ce que les huiles valent toûjours de l'argent
en France .
રે
Il n'y a aucune remarque à faire le long
de la Mer , tirant vers le fonds de la Baye
d'Hadfon , que la Riviere des Saintes Huiles,
éloignée du Fort Bourbon de 100 lieues
du côté du Sud , où les Anglois avoient
autrefois fait un établiffement pour la traite
avec les Sauvages ; mais le voyant attaquez
par les François , ils mirent eux-mêmes le
feu à leur Fort , & brulerent tout ce qui
étoit dedans. Ils efperoient fe refugier par
terre au Fort Bourbon ; mais , les Canadiens
les pourfuivirent fi vigoureufement ,-
qu'ils les joignirent , avant qu'ils ûffent fait
la moitié du chemin , & les emmenerent.
prifonniers en Canada . Pour lors ce poke
DE FEVRIER 71
fut abandonné jufqu'en 1702. que M. de
Flamanville Commandant au Fort Bour
bon , reçût ordre de Meffieurs de la Com--
pagnie de Canada d'envoyer M. de Beaumenil
fon frere rectifier ce pofte . Il fit conf
truire une petite maifon ; mais , on ne put
entretenir ce pofte que deux années , parce
qu'il coutoit plus à la Compagnie qu'il ne
donnoit de profit . Quoique dans le haut de
eette Riviere , il y ait beaucoup de Caſtors
& quantité de Sauvages qui y viendroient
en traite , on pourroit même y attirer une
grande partie de ceux qui trafiquent avec
les Anglois , & qui font établis au fonds
de la Baye. Cette Riviere eft fort platte dans
fon entrée , par confequent il n'y pourroit
entrer que des Bâtimens de 50. à 60 tonneaux.
Il feroit affez facile de s'y loger
parceque le bois y eft plus commun qu'en
tous les autres endroits dont j'ai déja parlé.
Je ne dirai rien du continent de cette Bayetirant
vers le pofte que les Anglois occupent,
appellé communement le fonds de la Baye ;
parceque je n'en pourrois parler que par tra
dition , n'y ayant jamais été ; mais fi vous
fouhaitez , Monfieur , lorsqueje ferai en Canada
, j'en confererai avec quelques perfonnes
qui ont été plufieurs fois dans ce Pais-làs &
à mon retour , j'aurai l'honneur de vous donner
les connoiffances que j'en aurai tirées.
Pour finir mon projet, je reviendrai au
?
72 LE MERCURE
Fort Bourbon , premier objet de mon Me
more ; & je dirai que ce pofte eft trésavantageux
pour fon commerce lorfqu'il eft
bien entretenu . On traite avec les Sauvages
à trés bonnes conditions , lorfqu'on a
des Marchandiſes telles qu'ils les demandent.
Ce Fort eft fitué par 57. degrés de latitude
Nord , par confequent il y fait extre
mement froid pendant l'hiver qui commen
ce à la S. Michel , & ne finit qu'au mois
de May. Le foleil fe couche dans le mois
de Decembre à 2. heures . & fe leve à 9.
heures Lorfqu'il fait quelque belle journée
& que le froid eft un peu temperé , les
Chafleurs tuent autant de Perdrix & de
Lievres qu'ils en veulent . Une année que
M. de la Grange Capitaine de Flute du Roi,
hyvernoit au Fort de Bourbon avec fon
Equipage , nous ûmes la curiofité de compter
combien il en feroit apporter au Fort
pendant l'hyver : Le printems êtant venu ,
nous contamés avoit mangé à 80. hommes
que nous étions , tant de Garnifon que d'Equipage
, so. mille Perdrix & 25. mille
Lievres .
l'on veut;
Ala fin d'Avril , les Oyes , les Outardes
& les Canards , arrivent & y reftent prés
de deux mois. Il y en a une fi grande quanité
, que l'on en tue autant que
& lorfque les Chaffeurs de la Garniſon font
occupez au travail , on envoye des Sauvages
à la challe , aufquels on donne une livre
' de
DE FEVRIER. 73
de poudre & quatre livres de plomb , pour
vingt Oyes ou Outardes qu'ils font obligez
d'apporter au Fort .
Il y a auffi pendant ce tems - là quantité
de Cariboux . Ces animaux paffent deux
fois l'année , fçavoir la premiere fois dans
le mois de Mars & d'Avril . Ils viennent
du Nord & vont au Sud . Il y en a un nombre
prefqu'innombrable. Ils occupent en
profondeur le long de ces Rivieres plus de
foixante lieues d'étendue , à commencer au
bord de la Mer. Les chemins qu'ils font
dans la nege par où ils paffent , font plus
entrecoupez que les rues ne le font dans Paris.
Les Sauvages font des barrieres avec
des arbres qu'ils entalfent les uns fur les
autres , & laiffent par intervalle des ouvertures
où ils tendent des colets avec lef
quels ils en prennent quantité . Ces animaux
retournent au Nord dans le mois
de Juillet & d'Aouft & lorfqu'ils paflent
les Rivieres à l'eau , les Sauvages en tuent
de leurs canots , à coups de lance , autant
qu'ils veulent. On a auffi la douceur de la
pêche pendant l'Eté . On tend des filets avec
lefquels on prend de trés - bons . Poiffons ,
comme du Brochet , de la Truite , de la
Carpe & de ce nous appellons , Peißons
blancs. Il eft fait à peu prés comme le Harang
blanc; mais c'eft ,fans contredit , le meil
leur Poiffon qu'il y ait dans tout l'Univers.
On en fait des provifions pour l'hyver
G
74 LE MERCURE
que l'on met dans la nege auffi-bien que la
viande que l'on veut conferver. Lorfqu'ils
font gelez , ils ne fe gâtent plus jufqu'à ce
qu'il degele . On conferve auffi de cette
maniere, des Oyes , des Canards & des Outardes
que l'on met à la broche pendant
l'hyver ,, pour accompagner les Perdrix &
les Lievres ; de façon que ce Païs , quoique
fous un mauvais climat , eft cependant
fort bon pour la vie , lorfque par le fecours
d'Europe , on a du pain & du vin . Quoique
l'été foit fort court , nous avions cependant
un petit Jardin qui ne laiffoit
de produire de fort bonnes laituës , des choux
verds , & autres menues herbes que nous
falions pour faire de la foupe pendant
l'hyver.
pas
Quoique les Peuples qui habitent tous
ces Païs , foient fort dociles & naturellement
amis des François ; cependant en
1712. je me trouvai dans l'obligation d'envoyer
une partie de mes gens à la chaffe
de ces Cariboux qui paffent dans le mois
de Juillet & d'Aouft , parce que je n'avois
point reçû de fecours de France ,depuis que
j'en étois parti en 1708. & que je manquois
de vivres & de poudre , pour faire chaffer
au gibier avec des fufils, J'avois député
mon Lieutenant , les deux Commis & les
meilleurs hommes de ma Garniſon , aufquels
je m'étois efforcé de donner une aff z
bonne provifion de poudre & de vivres franDE
FEVRIER. 75
çois. Ils fe camperent malheureuſement
proche un camp des Sauvages qui jeunoient
beaucoup & manquoient de poudre , parce
que je ne voulois pas leur en traiter , la
confervant pour m'affürer la vie & celle de
mes gens. Ces Sauvages fe voyant bravez
par les miens qui tiroient inconfideremmene
fur toute forte de gibier , & qui faifoient
bonne chere à leur barbe , fans leur en faire
#part , projetterent de les tuer pour profiter
de leur pillage . Il y avoit deux des François
qu'ils redoutoient plus que les autres.
Pour s'en défaire plus facilement , ils les
inviterent à une rejouiflance qu'ils devoient
faire la nuit dans leurs Cabanes . Les deux
François s'y rendirent fans fe défier du
piege qu'on leur tendoit. Les autres fix fe
coucherent tranquillement , croyant être
en toute fûreté ; mais, ils ne fçavoient pas
la trahison qui fe tramoit contr'eux . Lorfque
nos conviez à ce funefte Banquet vou-
E lurent entrer dans leurs Cabanes , ils trou→
verent ces perfides rangez des deux côtez en
haye , avec des bayonnettes à leurs mains ,
& des grands couteaux avec lefquels ils
les poignarderent , fans qu'ils fe puffent
mettre en défenſe , parce qu'ils n'avoient
point d'armes. Lorfqu'ils ûrent tué ces
deux , ils ne fongerent plus qu'à prendre
leurs mefures pour aller égorger les fix autres
qui dormoient . Ils aprêterent leurs armes
à feu & leurs bayonnettes , & fur ne
Gij
76 LE MERCURE
attaquer ces pauvres gens endormis . Ils
commencerent par faire leurs décharges de
fufil , & fe jetterent enfuite fur eux la
bayonnette à la main , & les égorgerent
avant qu'ils fuffent bien éveillez . Il y en ût
cependant un qui n'ayant reçû qu'un coup
de balle de fufil à travers d'une cuiffe , feignit
d'être mort . Les meurtriers le voyant
fans mouvement , fe contenterent de lui
ôter la chemife de deffus le corps , comme
ils faifoient à tous les autres , en fe depêchant
le plus qu'ils pouvoient , de piller
ce qu'ils trouvoient , afin de prendre auffitôt
la fuite , crainte d'être furpris.
pour
Lorfque ce mort imaginaire ût un peu repris
fes fens , & qu'il n'entendit plus de
bruit , il leva la tête & vit tous ces pauvres
compatriotes étendus morts. Il fe
traîna comme il put , jufqu'à l'entrée du
bois. Il effaya de fe lever , & s'aperçût
lors qu'il n'avoit reçû le coup que dans les
chairs. Il boucha fes playes avec des feuilles
d'arbre, parce qu'il perdoit tout fon fang,
& s'achemina vers le Fort à travers des
ronces & des épines , nud comme l'enfant
qui vient de naître .
Il arriva au Fort à neuf heures du foir
aprés avoir fait 10. lieues dans ce trifte équipage
, tout en fang & fon pauvre corps tout
déchiré. Jugez , Monfieur , quelle fut nôtre
firpife , & dans quel embarras je me
trouvai , lorſqu'il nous annonça la mort de
DE FEVRIER.
77
tous fes camarades. Auffitôt je ne penſai
plus qu'à me tenir fur mes gardes & à faire
mettre toute l'artillerie en état , parceque
j'apprehendois que ces perfides ne fiffent
quelque tentative fur le Fort.
Comme nous ne reftions plus que neuf
hommes , y compris l'Aumônier , un Chirurgien
& un petit garçon , il m'étoit impoffible
de pouvoir garder les deux poftes .
Je rappellai auprés de moi le petit nombre
de Garnifon qui me reftoit , pour faire
bonne garde nuit & jour , fans ofer fortir
de nôtre Fort . Ces Barbares affamez de
Marchandifes, vinrent au Fort Phelipeaux
où ils ne trouverent perfonne. Ils pillerent
& ravagerent tout ce qu'ils rencontrerent.
Ils y prirent onze cent livres de poudre que
je n'a pas le tems de faire tranfporter au
Fort Bourbon ; c'étoit tout ce qui nous
reftoit. Ainfi , nons paflâmes tout l'hiver
dans le Fort fans ofer fortir , fans vivres &
fans poudre , & où nous penfâmes mourir
de faim & de mifere , toûjours dans
l'apprehenfion de revoir ces malheureux
meurtriers à nôtre porte , mais ils n'ont
pas paru depuis.
En 1713. Meffieurs de la Compagnie envoyerent
un Navire qui nous apporta toute
forte de rafraichií. & des Marchand. pour
la traite dont les Sauvages avoient grand
befoin ; car , il y avoit quatre ans qu'ils
étoient en fouffrance , parceque je n'avois
G. iij
78 LE MERCURE
•
plus de Marchandifes à leur traiter ; ce qui
étoit cauſe qu'il en étoit mortbeaucoup par
la faim , ayant perdu l'ufage des fleches depuis
que les Europeans leur portent des armes
à feu Ils n'ont d'autre reffource pour
la vie , que le gibier qu'ils tuent au fulil ou
à la fleche. Ils ne fçavent aucunement ce
que c'est que de cultiver la terre pour faire
venir des legumes. Ils font toujours errans
& ne restent jamais huit jours dans un même
endroit .
Lorfqu'ils font tout à fait preffez par la
faim , le pere & la mere tuent leurs enfans
pour les manger ; enfuite , le plus fort des
deux mange l'autre ; ce qui arrive fort ſouvent.
J'en ai vû un qui , aprés avoir dévoré
fa femme & fix enfans qu'ils avoient , difoit
n'avoir été attendri qu'au dernier qu'il avoit
mangé parce qu'il l'aimoit plus que les antres
, & qu'en ouvrant la tête pour en man◄
ger la cervelle , il s'étoit fenti touché du naturel
qu'un pere doit avoir pour fes enfans ,
qu'il n'avoit pas û la force de lui caffer les
os pour en fucer la mouelle. Quoique ces
gens- là effuyent beaucoup de mifere , ils vivent
cependant fort vieux ; & lorſqu'ils
viennent dans un âge tout à fait decrepit &
hors d'état de travailler , ils font faire un
banquet , s'ils ont le moyen , auquel ils
convient toute leur Famille . Après avoir
fait une longue harangue dans laquelle il
les invite à fe bien comporter & à vivre en
DE FEVRIER. 79
bonne union les uns avec les autres , il
choifit celui de fes enfans qu'il aime le
mieux , auquel il prefente une corde qu'il fe
paffe lui-même dans le cou , & prie cet enfant
de l'étrangler pour le tirer de ce monde
où il n'eft plus qu'à charge aux autres.
L'enfant charitable ne manque pas auffitôt
d'obéir à fon pere , & l'étrangle le plus
promptement qu'il lui eft poffible. Les
vieillards s'eftiment heureux de mourir dans
cet âge , parce qu'ils difent que lorsqu'ils
meurent bien vieux , ils renaiffent dans l'autre
monde comme jeunes enfans à la
mamelle , & vivent de même toute l'éternité
, au lieu que lorfqu'ils meurent jeunes,
ils renaiffent vieux , & par confequent
toûjours incommodez comme font tous les
vieils gens.
Ils n'ont aucune espece de Religion cha
cun ſe fait un Dieu à la mode à qui ils ont
recours dans leur befoin , fur tout lorſqu'ils
font malades . Ils n'implorent que ce Dieu
imaginaire qu'ils invoquent en chantant &
en heurlant autour du malade , en faisant
des contorfions & des grimaces capables
de le faire mourir. Il y a des Chanteurs de
profeffion parmi eux, aufquels ils ont autant
de confiance que nous en avons à nos Medecins
& Chirurgiens. Ils croyent avec tant
d'aveuglement ce que ces Charlatans leur difent
, qu'ils n'ofent rien leur refufer ; de
maniere que le Chanteur a tout ce qu'il
Gij
LE MERCURE
veut du malade ; & lorfque c'eft quelque
jeune femme ou fille qui demande la guerifon
, ce Chanteur ne le fait point qu'il n'en
ait reçû quelque faveur. Quoique ces genslà
vivent dans la derniere des ignorances ,
ils ont cependant une connoiffance confuſe
de la creation du monde & du deluge , dont
les vieillards font des hiftoires tout à fait
abfurdes aux jeunes gens qui les écoutent
fort attentivement. Ils prennent autant de
femmes qu'ils en peuvent nourrir , & furtout
toutes les foeurs , parce qu'ils difent
qu'elles s'acommodent mieux enfemble que
fi elles étoient étrangeres .
Ils font fort charitables envers les veuves
& les orphelins ; ils donnent tout ce qu'ils
ont avecun grand defintereffement ; auffi ,
font'ils tous auffi riches les uns que les autres
, tous les meubles êtant pour ainfi dire
communs . Leurs tentes font de peaux d'Orignal
ou de Cariboux , qu'ils portent l'été
fur leur dos lorfqu'ils décampent d'un endroit
pour aller dans un autre, & l'hyver
ils les traînent fur la neige. Ils fe fervent
de raquetes l'hyver pour marcher fur la
neige , comme font les Sauvages de Canada.
Il y a beaucoup de Caftors dans ces Païslà
, meilleurs que ceux qui viennent de
Canada ; mais , il eft furprenant de voir la
peine que les Sauvages ont à les prendre
l'hyver , parceque la peau n'en vaut rien
DE FEVRIER.
l'été, en ce qu'elle n'a point de poil . Il
faut qu'ils rompent les glaces à coups de haches
& autres ferremens , quelquefois en
plus de cent endroits , quoique les glaces
ayent dans le fort de l'hiver plus de quatre
à cinq pieds d'épaiffeur . Ces animaux ont
un instinct tout particulier pour fe loger.
Ils choififfent une petite Riviere qu'ils barrent
dans l'endroit le plus étroit , pour ar
rêter l'eau qui leur fert d'étang , au bord
duquel ils font une cabanne qu'ils couvrent
de terre aflez épaiffe , crainte que le froid
ne paffe à travers . Ils font leurs amas de
branches d'arbres , pour en manger l'écorce
pendant l'hiver.
Ils ont divers appartemens dans ces Cabannes.
Ils ne mangent point où ils couchent
, crainte d'y faire quelque falleté . Le
jour , ils n'approchent point de leurs lits
que lorfqu'ils ont envie de dormir. Ils font
ordinairement dans ces Cabannes , deux ,
quatre ou fix , toûjours nombre pair , mâles
& femelles , parmi lefquels il y a un
maître qui a foin de faire travailler les autres
: Et s'il fe rencontre quelque pareffeux,
les autres le battent tant , qu ils le contraignent
d'abandonner & de chercher parti
ailleurs .
Les Caftors ont les jambes fort courtes, de
maniere que leur ventre traîne toûjours à
terre. Ils ont quatre dents fort grandes
deux deffous , deux deffus , avec lesquelles
>
82 LE MERCURE
ན་
ils coupent le bois avec tant de facilité
qu'en trés- peu de tems ils ont abbatu un
arbre auffi gros qu'un homme l'eft par le
corps . Ils ont la queue platte comme une
truelle de Maçon avec laquelle ils portent
la terre , & maçonnent leurs cabannes &
éclufes , avec plus d'induftrie que les hommes
ne pourroient faire. Outre le Caftor
dont il y en a beaucoup , il fe trouve des
Loups- Červiers , des Ours , des Martes ,
des Pequans des Orignaux ou Elans , enfin
, de toute forte d'Animaux dont les
peaux font fort recherchées en France ,
Suivant l'experience que j'ai de ce commerce
, fi ce pofte étoit bien entretenu de Marchandifes
, & qu'il fût encore aux François,
je croi que tous frais payeż ,
il donneroit
tous les ans plus de 100000 liv. de profit .
En 1713. on ne m'avoit pas envoyé 8000
liv. de cargaifon en tout , & j'ai fait en
17 : 4 pour plus de 120000 liv. que j'ai ap
porté avec moi , lorfque j'ai été relevé
par les Anglois. Ce pofte eft , felon moi ,
un des meilleurs qu'il y ait dans l'Amerique
, pour peu qu'on y fît de dépenſe.
DE FEVRIER . 83
EPITRE
De LEANDRE à HERO , imitée d'Ovide.
Par Mademoifelle de ...
REçoi ,charmante Héro , de mon amour extrême
,
Des voeux , que toh Amant te porteroit lui- même
Si la Mer en couroux n'oppofoit triftement
Un invincible obftacle à fon empreffement.
Plûrau Ciel , qu'au récit de mes vives allarmes ,
Tes beaux yeux attendris verfaffent quelques lar- mes !
Mais, comment me flater que le Ciel foit pour moi ,
Lorfqu'il m'ôte l'efpoir de me rendre vers toi
Qu'il ſe montre toûjours couvert d'affreux nuages ,
Et qu'il trouble nos Mers par d'éternels orages ?
Nos plus fiers Matelots effrayez du danger ,
Sur les Flors agitez n'oferoient s'engager.
Un d'entr'eux plus hardi , peut-être téméraire ,
Te porte de ma foi cette marque légere.
Je me préparois même à partager fon fort ;
Mais , un Peuple infini l'a vu fortir du Port.
Craignant de découvrir le feu qui me confume ,
J'ai pour te l'exprimer , eu recours à la plume ;
J'ai tracé cette Lettre , & voulant commencer :
Trop heureuſe , ai - je dit , tu vas me devancer
Tu vas toucher la main de celle qui m'enchante,
Et peut- être approcher de fa bouche charmante
,, Quand , pour rompre tes laz , fes dents , les bel
les dents
""
"
""
"" Serviront à fon gré les voeux impatiens,
Un foûpir auffi tot a coupé ce murmure.
Mon coeur a confié le reste à l'écriture.
;
Mais , Dieux ! Que cet emploi convient mal à mê
main !
LE MERCURE
"
Bien mieux de l'Onde amére elle fendroit le fein ,
Et bravant la fureur de ces vagues hautaines ,
Laifferoit à ma bouche à te conter mes peines.
Déja fept longues nuits ont couvert l'horifon ,
Sins qu'on ait vu changer cette horrible faifon ,
Ni que pour adoucir le mal qui me tourmente
Le fommeil ait fermé ma paupiere brûlante.
Sur quelque roche affis & contemplant tes bords,
Vers toi mon efprit vole , au défaut de mon corps.
En ce penfer flateur quelquefois je m'égare ,
Il me femble en effet que rien he nous ſépare ;
Et tout , jufqu'à ce feu , qui brille far ta tour ,
Entretient dans mon coeur , celui de mon amour.
Trois fois regardant Sefte, une ardeur infenfée,
M'a de tenter les flots , fait prendre la penſée ;
Et trois fois me livrant à cet affieux danger
J'ai vu ces mêmes flots prêts à me fubmerger.
Ahfufpens tes rigueurs , implacable Borée ,
La Mer , bien moins que moi , gémir de leur durée.
D'un Amant malheureux ne romps plus les prejets
;
Et fouviens- toi des biens qu'Amour jadis t'a faits ;
Qu'il coula fes doux feux dans ton ame de glace ;
Que de ravir ta Belle , il te donna l'audace :
Songe enfin , à la rage où tu fçais te porter ,
Pour peu que dans ta courfe on ose t'arrêter.
Par ton exemple inftruit , mets fin à mon fupplice,
Et qu'Eole à jamais ainfi te foit
propice.
Mais , le barbare eft fourd à mes vives douleurs ,
Et femble par dépit redoubler fes fureurs.
Ainfi donc , pour reffource à mes langueurs mortelles
,
De Dédale fouvent je défire les afles ,
Et voudrois , comme lui , par la route des Cieux ,
Prendre , pour t'aller voir , un vol audacieux.
D'autrefois tu reviens à ma trifte penſée ,
Objet de mes défirs , felicité paffée ;
Tems heureux , dont l'idée écarte mes ernuis ,
Et que vit commencer la plus belle des nuits,
DE FEVRIER,
85
A peine fon bandeau couvroit nôtre hemifphére ,
L'Amour me vit courir aux bords de l'Onde amére ;
Je m'élançai tout nud dans fon humide ſein .
La Lune fecondant mon amoureux deſſein ,
Répandoit fur les flots une douce lumiere ,
Et fembloit me guider en ma noble carriere .
Alors la regardant : ô Déefle , en ce jour
Sois propice , ai-je dit , à mon fidele amour !
En faveur de mes feux , rappelle en ta mémoire
Le bel Endym on par toi comblé de gloire.
"
"
"
91
Comme un Mortel des Cieux , te fit defcendre
alors ,
Une Divinité me fait quitter mes bords.
,, Oui , je croi à bon droit pouvoir la nommer
92
telle !
Sa prefence n'a rien qui foit d'une Mertelle :
Son Efprit , fa beauté , fon air , je le foûtiens ,
,,Egalent les attraits de Venus & les tiens .
""
"
"
""
Ainfi
tres ,
que dans les Cieux tout doit ceder aux vô-
Ceux d'Héro fur la Terre effacent tous les antres
;
Et fi tu crois mes fens un peu trop prevenus ,
J'en fais, juges , tes yeux , ou bien ceux de Venus.
A ces mots plus ardens , vers Sefte je m'avance
Et je fens la Déeffe à ſa vive influence.
Tout m'infpiroît d'ailleurs un courage nouveau,
Un doux calme regnoit fur la face de l'eau ;
Des triftes Alcyons la voix plaintive & tendre ,
De l'un à l'autre bord fe faifoit feule entendre :
A mon bonheur enfin tout fembloit conſentir ;
Je fentois cependant mes bras fe ralentir .
Mais ton brillant fanal s'offre à peine à ma vûë ,
Que d'un nouvel effort ma vigueur s'evertue.
,, C'eft - là , dis -je , c'eft là que luit le feu divin ,
Qui confume mon coeur & regle mon deſtin .
Oui , déja fa chaleur chaffe le froid de l'Onde ;
Mes bras plus aifément fendent la Mer profonde ;
Et je fens qu'en effet par de fecters refforts ,
"
""
86 LE MERCURE
" Mon ardeur fe redouble en approchant fes bords,
En achevant ces mots , je t'apperçoi toi - même :
Je me lens tout de flâme en voyant ce que j'aime ;
Et mes bras rani nez par de nouveaux elprits ,
De leurs travaux déja te demandent le prix.
Mais, que vois je ? Grands Dieux ! accourant du
rivage ,
Héro , pour m'embraffer , cherche en l'onde un
paffage :
>
Sa Nourrice effrayée envain veut l'arrêter ;
Je viens de voir les pieds dans les flots fe jetter.
Tu m'aidas à fortir de la pleine liquide ;
Ta main même effuya ma chevelure humide ;
Et quand tu m'eus prêté tes propres vêtemens
Ciel quel fut le tianfport de nos raviſſemens ?
Quels bailers je reçû de ta bouche vermeile ?
Qui pourroit exprimer leur douceur nonparcille !
O bailers ! digne objet , digne prix de mon feu ;
Pafler pour vous les Mers , me femble encor trop
peu :
De nos plaifirs pourtant vous ne fûtes que l'ombre,
Des fables de la Mer ils pafferent le nombre.
Mais , ces biens , dont les Dieux pourroient être jaloux
,
Ne doivent être fçûs que des Murs & de nous.
L'Aurore par malheur y mit trop tôt des bornes ;
Tu fçais combien alors nos yeux triftes & mornes
A nos tendres baiſets vinrent mêler de pleurs ;
Et combien ta Nourrice accufa nos lenteurs .
La cruelle à la fin me fit rentrer dans l'onde ,
A m'yvoir on cût dit que ma douleur profonde ,
A mes bras engourdis ôtoit tout mouvement ,
Et que 'allois toucher à mon dernier moment.
Mes yeux , fans s'effrayer de ce danger funefte ,
Ne fembloient occupez qu'à fe tourner vers Sefte.
Abide auffi dés lors n'eut plus pour moi d'appas ,
Et j'abhorre les lieux où je ne te vois pas.
En effet , chere Héro , par quel deftin bizare ,
Faut-il , qu'unis de cecur , une Mer nous sépare ?
DE FEVRIER . 87
De ton Climat , du mien
mieux ,
voi lequel te plaît
Et cherchons deformais à vivre aux mêmes lieux,
Le moindre vent s'oppoſe au bonheur de ma flâme.
La Mer en fe troublant , met le trouble en mon
ame ;
Et quand un calme heureux ramene les Zéphirs ,
Toujours un long trajet arrête mis défits.
Dieux Combien à mes bras a- t'il coûté de pefne ?
La trace en eft marquée en la liquide plaine ;
Et les poiffons furpris admiroient chaque jour
Les travaux , où pour toi m'expolot mon amour.
Cependant cette peine , autrefois mon martyre ,
Helas ! Eft au urd'hui le feul bien où j'aſpire .
Mais envain. Tous les vents à me nuire obftin^ z ,
Toujours fur l'Hellefpont fe montrent déchaînez .
Tel il fut , quand d'Io fayant l'injufle rage ,
Hellé rendit les flots fameux par fon naufrage.
Mon triste fort au fien pourroit bien reffembler ;
Et je ne fçai pourquoi j'en fens mon coeur trembler.
O trop beureux Phryxus , dont le Belier agile
Se fe vit à paffer cette Mer indocile !
Quoique j'envirois peu cet utile fecours ,
Sia Mer à mes bras laiffoit un libre cours :
Eux feuls me tiendroient lieu de Rames , de Navires
;
Eux feu's me conduiroient au Port que je défire.
Que tout autre Pilote au milieu des hazards ,
Sur quelque Etoille fixe arrête fes regards.
Uu autre Aftre ici bas plus fúrement me guide :
Eclairé de fes feux , j'rois jufqu'en Colchide ,
Et des plus grands Nageurs effaçant le renom ,
J'oferois en cet art défier Palémon .
Aprés ce que j'ai vu , je ne puis m'y méprendre.
Souvent mon bras laflé fembloit prêt à fe rendre ;
,, Courage , lui difois- je , & fonge à t'avancer ;
,, Le fein d'Héro s'apprête à te recompenfer.
Soudain , tel qu'un Courier qui part de la Bagriere
88 LE MERCURE
Je le fentois fougueux pour fuivre la carrierę .
Ainfi , tu fers de Pole & d'Etoile à mes yeux ,
Beauté, digne en effet de briller dans les Cieux .
Mais, ne te preffe pas d'aller y prendre place ;
Ou'dis , pour y monter ce qu'il faut que je faſſe .
Que dis je , & quels projets viennent me décevoir
Un peu
d'eau nous fépare , & je ne puis te voir ;
Et du fier Aquilon la rigueur fans égale.
M'empêche de franchir ce leger intervale.
Ah ! plûtôt pour ôter tout espoir à mes feux ,
Puiffe le monde entier nous féparer tous deux.
Car enfin , prés de toi , que me fert - il de vivre ?
A mille affreux ennuis ce vain bonheur me livre.
De défirs plus ardens je me fens enflâmé ;
D'un feu beaucoup plus vif je me fens conſumié ;
Et plus je me crois piés du bien que je defire ,
Plus de m'en voir privé mon trifte coeur foûpire :
Semblable au malheureux , qui fans ceffe alteré
Ne peut atteindre à l'Eau dont il eft entouré.
Hé quoi ? faudra t'il done , que pour voir ce que
j'aime ,
Toujours je m'en rapporte à l'inconftance même ?
Que mon bonheur dépende & des vents & des
Mers ,
E que mon coeur frifonne au moindre bruit des
Airs ?
Si même dans l'Eté j'éprouve ces difgraces ,
Que dois - je attendre , ô Ciel , de la faifon des
glaces !
Mais , n'importe , & mon coeur , s'il s'y faut expofer
,
Pour te voir , chere Hero , s'apprête à tout ofer ;
Et ne crois point qu'ici , digne de tes reproches,
Hrdi loin du danger , je tremble à fes approches.
Si la fureur des vents dure encor quelques jours ,
Tu verras les effets répondre à mes difcours .
Et Leandre au travers des flots de l'Onde émûë ,
Ou fe rentre à tes pieds , ou perir à ra vûë .
Heureux , fi periffant en de fi doux efforts ,
DE FEVRIER . 82
Neptune par pitié me pouffe vers tes bords ;
Et de tous les Amans fi plaignant le plus tendre ,
Héro , de quelques pleurs daigne honorer ma cendre
:
Mais pourquoi , t'annonçant un funefte avenir ,
De finiftres difcours vais - je t'entretenir ?
Pardonne cette faute au trouble qui m'agite
Et m'aide par les voeux à calmer Amphitrite.
Pour paffer l'Hellefpont , il me faut peu d'inftans,
Puiffe Borée au moins m'en accorder le tems .
Que fur les flots enfuite il exerce la rage ,
Tranquille dans le port , je rirai de l'orage ;
Et quelque long qu'il foit , bien loin d'en murmurer
,
Je rendrai grace aux Dieux qui le feront durer.
De tes embra femens goûtant la douce étreinte ,
Te quitter , chere Héro , fera ma feule crainte ;
Et mes bras dans les tiens oubliant à nager,
Trouveront à partir toûjours quelque danger.
Mais, tandis que j'attens que cet heureux tems
vienné ,
Souffre qu'ici pour moi ma Lettre t'entretienne.
Si Neptune à mes voeux accorde un doux fuccès ,
Guidé par ton flambeau , je la fuivrai de près.
Prévoyance Bachique.
Corax rieur de fon Quartier
Auffi facétieux
qu'yvrogne ,
Avec geus du mê ne métier ,
Alloit à déjeuner boire fur le Chantier
D'un excellent vin de Bourgogne.
Il tira deffous fon manteau ,
Certain , je ne fçai quoi , qu'on crut être une gourde
Mais l'ayant mis fur le tréteau ,
On connut que c'étoit une Lanterne fourde.
Que fais tu de cet inftrument ,
Lui dir , en riant , Timagêne
H
90 LE MERCURE
A
Te crois-tu plus heureux que ne fut Diogêne ,
Qui , pour trouver un homme , en ufa vainement
Non , reprit Corax foidement :
Bien que je fois du fel attique
Le Partifan , l'Admirateur ;
De cette impudence Cinyque
Tu ne me verras point le fade imitateur.
Quand je marche en plein jour armé d'une Lanterne
>
Un foin plus raifonnable à le faire m'induit ;
C'eft que , dés qu'une fois j'entre dans la Taverne ,
Je n'en fors plus qu'aprés minuit.
D
EPIGRAMME.
Par Monfieur de Som ...
Ans un coeur bien épris , qu'un doux penchant
entraîne,
La frivole Railon ne doit pas fe pefer ;
Ses importunitez nous caufent plus de peine
Que celles dont l'Amour peut nous embaraffer.
L'Amour attire , plaît , charme , engage , tranf
porte ;
La Raifon tiranife & contraint chaque jour ;
le tout bien compenfé , la raifon la plus forte
Ne vaut pas te plus foible amour .
DECLARATION DU ROY ,
Concernant le Condamnez aux Galeres ,
Bannis , & Vagabonds.
LE
E Roi par ces Prefentes , dit, ordonne
& déclare , que les Déclarations, des 31.
May 1682.29 . Avril 1687. & 27.Aoust 1701.
DE FEVRIER. 91
que
foient executées felon leur forme & teneur .
PERMETTONS néanmoins à toutes nos
Cours & Juges , fuivant l'exigence des cas ,
d'ordonner dans les cas preferits par
lefdites Déclarations contre ceux qui ne
gardent pas leur ban , & contre les Vagabonds
& gens fens aveu ; les hommes fe
ront tranſportez dans nos Colonies , pour
y fervir comme engagez , & travailler à la
culture des terres , ou aux autres ouvrages
aufquels ils feront employez , fans que ladite
peine puifle être regardée comme une
mort civile , ny emporter confifcation .
Voulons en outre que tous ceux qui ont été
ou feront ci-après condamnez aux galetes
ou au baniffement , par quelques Juges , &
de quelques lieux que ce puiffe être , ne
puiffent en aucun tems ni en aucun cas ,
même après le tems de leur condamnation
expiré , fe retirer dans nôtre Ville de Paris ,
Fauxbourgs & Banlieuë d'icelle , ce qui
n'aura lieu cependant par rapport aux bannis,
dont le tems de la condamnation feroit
expiré , que pour ceux qui auroient été
auffi condamnez au Carcán ou à d'autres
peines corporelles , pour ceux qui auroient
été condamnez deux fois au banniffement,
ou qui auroient fuby quelque autre condamnation
, faute d'avoir gardé leur ban :
Enjoignons à cet effet à tous ceux & celles
qui ont été ci - devant condamnez aux peines
ci deffus énoncées , de fe retirer defdits
H ij
92* LE MERCURE
•
•
lieux dans un mois du jour de la publica
tion des Prefentes , finon & à fau ede ce
faire dans ledit tems , & icelui paffé , ils feront
condamnez , enfemble ceux qui contreviendront
à l'avenir à la prefente Déclaration
; fçavoir , les hommes à eſtre envoyez
dans nos Colonies , pour y fervir
comme engagez, & les femmes à eftre renfermées
dans l'Hôpital General de noſtre
bonne Ville de Paris , pendant le tems que
nos Juges eftimeront convenable , à l'effet
dequoi , leur procés leur fera fait & parfait
par le Lieutenant General de Police , ou le
Lieutenant Criminel de Robbe - courte
concurremment & par prévention , & le
Jugement par eux rendu en dernier reffort
avec les Officiers du Châtelet, au nombre
de fept au moins , fans que le Lieutenant
Criminel de Robbe courte puiffe connoître
de ceux contre lefquels le Lieutenant
General de Police aura decreté avant lui ,
ou le même jour. Voulons qu'en cas de
conteftations entre lefdits Officiers pour la
competence , elle foit reglée par nôtre
Cour de Parlement de Paris , fans qu'ils
puiffent fe pourvoir au Grand Confeil ni
ailleurs : Ne pourront neanmoins le fdits
Officiers connoître defdites contraventions,
fi les Jugemens de condamnation ont été
rendus par nôtre Cour de Parlement de
Paris , foit en infirmant ou confirmant les
Sentences des premiersJuges , même lorſque
DE FEVRIER.
l'execution des Sentences auroit été renvoyée
devant lefdits Juges , dans tous lefquels
cas le procez fera fait aux contrevenans
par noftredite Cour ; & lefd. Lieutenant
General de Police , & Lieutenant Criminel
de Robe courte feront tenus de lui en
délaiffer la connoiffance ; & fi les coupables
avoient été arrêtez dans les prifons du Châtelet
, ils feront tenus de les faire transferer
dans les prifons de la Conciergerie , pour le
procez leur être fait & parfait à la Requeſte
de nôtre Procureur General. Voulons que
ceux qui auront été condamnez à cftre envoyez
dans nos Colonies , conformement
aux Prefentes , foient inceffamment renfermez
dans l'Hôpital general de nôtre bonne
Ville de Paris , pour y être nourris & gardez
juſqu'à ce qu'ils foyent conduits dans
nos Ports , pour y être embarquez & tranfportez
dans nos Colonies. Voulons en outre,
que ceux qui aprés y avoir été trrnſportez
en vertu defdites condamnations , feroient
depuis rentrez dans nôtre Royaume ,foient
condamnez au carcan & aux galeres à perpetuité
, ou à tems , par les mêmes Juges,
& en la même forme prefcrite par la prefente
Declaration , fi nos Juges ne jugent
plus à propos d'ordonner qu'ils foient tranf
de nouveau dans nos Colonies. Sr
DONNONS EN MANDEMENT, & C. DONNE
à Paris le huitiéme jour de Janvier , l'an
de grace mil fept cent dix- neuf , & de nôportez
94 LE MERCURE
tre Regne le quatrième. Signé , LOUIS,
Et plus bas , Par le Roi , LE Duc d'Or-
LEANS Regent , prefent , PHELY PEAUX .
Et fcellée du grand Sceau de cire jaune.
Registré en Parlement le 20. Janvier 1719.
Signé , GILBERT.
ARREST
De la Cour de Parlement .
que
le
Qui ordonne la fuppreffion d'un Imprimé
contenant quatre pieces : La premiere
intitulée, Copie d'une Lettre du Roy Ca
tholique , écrite de fa main , &
Prince de Cellamare fon Ambaffadeur
avoit ordre de prefenter au Roi trés-
Chreftien , datée du 3. Septembre 1718,
La deuxième intitulée , Copie d'une · Lettre
circulaire du Roi d'Espagne , que le
Prince de Cellamare fon Ambaſſadeur
avoit ordre d'envoyer à tous les Parlemens
de la France, datée du 4. Septembre 1718.
La troifiéme intitulée , Manifefte du Roi
Catholique , adreẞée aux trois Eftats de
la France , datée du 6. Septembre 1718.
La quatrième intitulée , Requeste prefentée
au Roi Catholique au nom des trois
Eftats de la France ; & qui faic deffenfes
à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, & à toutes autres perfonnes , de
l'imprimer , vendre , debiter , ou autreDE
+
95
FEVRIER
ment diftribuer , fous peine d'être pourfuivis
, comme perturbateurs du repos
public , & criminels de leze Majeſté.
Extrait des Regiftres du Parlement.
CE JOUR font entrez en la Cour
le Procureur General du Roi , &
Maiftre Pierre Gilbert , Avocat dudit Seigneur
Roi , & le Procureur General du
Roi portant la parole , ont dit à la
Cour.
MESSIEURS.
La publication de l'Ecrit que nous apportons
à la Cour , eft un nouvel effort
pour allumer , s'il étoit poffible , la divifion
dans le Royaume , pour infpirer aux Peuples
des maximes contraires aux Loix les
plus certaines de l'Etat , & pour exciter les
Sujets du Roi à la revolte contre l'autorité
legitime du Gouvernement.
Le même efprit qui a dicté l'Imprimé
qui portoit pour titre , Déclaration du Roi
Catholique , fe fait fentir dans chacune des
quatro pieces differentes , dont ce dernier
ouvrage eft composé .
Le premier n'étoit , pour ainsi dire, que
le fommaire & l'abregé de celui.ci ; il eft
rempli des mêmes principes , mais ils y font
plus développez ; on y trouve les mêmes
traits injurieux , mais encore avec moins
de ménagement , & nous ne doutons point
que les mêmes vues qui ont excité l'attenLE
MERCURE
tion de la Cour fur le premier Ecrit , n'animent
tout fon zele contre celui - ci .
Nous n'avons garde d'attribuer au Roi
d'Espagne un pareil ouvrage . En vain at'on
mis fous fon nom la premiere piece qui
porte pour titre , Copie d'une Lettre du Roi
Catholique , écrite de fa main , & que le
Prince de Cellamare fon Ambaßadeur avoit
ordre de prefenter au Roi trés Chretien.
Si nous y reconnoiffons le Roi d'Efpagne
aux fentimens de tendreffe qu'il marque &
pour le Roi & pour le Royaume , tout le
refte dément cette premiere idée, & les maximes
que cet Ecrit ſuppoſe , en parlant des
Etats Generaux du Royaume , ne nous permet
pas d'y reconnoître les veritables fentimens
d'un Prince élevé dans le fein de la
France .
En vain veut- on faire regarder comme
fon ouvrage , la deuxième Piece qui porte
pour titre , Copie d'une Lettre circulaire
du Roi d'Espagne , que le Prince de Cellamare
fon Ambaffadeur avoit ordre d'envoyer
à tous les Parlemens de la France.
Nous ne croirons jamais ce Prince capable
d'employer les éloges les plus flateurs
pour féduire les Parlemens , pour femer la
divifion entr'eux & Monfieur le Regent
pour les porter à donner atteinte à l'autorité
Royale , eux dont la fermeté s'eft tant de
fois fignalée pour la maintenir.
La troifiéme Piece qu'on intitule , Ma
nifefti
DE FEVRIER.
nifefte du Roi Catholique , addreſſé aux trois
Etats de la France , pourroit- elle être attribuée
à un Prince , qui fçait que les trois
Ordres du Royaume ne forment aucun
Corps dans l'Etat , que lorsqu'ils font af
femblez ; qui fçait qu'ils ne peuvent l'être
que par permiffion du Roi ; qui fçait enfin
que les Etats affemblez peuvent reprefenter,
mais ne decident point; qu'ils peuvent faire
des remontrances , & non pas des Loix
Pourroit-on foupçonner qu'un Souverain ,
fous pretexte d'un Manifefte , qui ne doit
regarder que l'intereft de fon Etat , voulût
exciter les Peuples contre l'autorité legitime
qui les gouverne ?
Croira- t'on enfin qu'un Prince dont la
fageffe eft connue de toute l'Europe , puiffe
avouer les expreffions injurieufes , les traits
envenimez , contre la perfonne de Mon-
Geur le Duc d'Orleans , & la cenfure la
plus amere de fa conduite , qui font prodiguez
dans cet Ecrit'?
Oferions- nous même penfer qu'auçun
Sujet du Roy ait pû foufcrire à la Piece intitulée
, Requeste prefentée au Roi Catholique
au nom des trois Etats de la France ? Le
feul titre eft un attentat contre l'autorité
Royale tout l'Ecrit répond au Titre ;
tout y refpire la rebellion ; on y attaque ouvertement
le pouvoir de Monfieur le Regent
; on ne fe contente pas d'attaquer une
autorité fi legitime , on attaque & fa con-
I
98 LE MERCURE
duite & fa perfonne ; on fe porte jufqu'aux
dernieres invectives ; on invente des faits ;
on nous appelle nous mêmes en témoigna -
ge ; on attefte la foi de vos Regiftres , qui
démentiront à jamais auffi bien que nous,
de pareilles impoftures.
Nous ne rapportons que la moindre
partie de ce qui eft contenu dans ces quatre
Pieces , la lecture vous fera plus d'impreffion
que tout ce que nous pourrions vous
en dire.
Pourrions- nous demeurer dans le filence ,
quand nous voyons attaquer les Loix de
PEtat , l'autorité du Roi & celle du Regent
du Royaume ? C'eft ce qui nous engage
de requerir que cet Ecrit foit & demeure
fupprimé , fuivant & aux termes
de l'Arreft du 16. Janvier dernier. Et c'eſt
dans cette vûë que nous avons pris les
Conclufions par écrit que nous laiffons à
la Cour , avec un Exemplaire de cet Imprimé.
Et ont mis fur le Bureau un Exemplaire
dudit imprimé , & les Conclufions du Procureur
General du Roi.
Les Gens du Roi retirez . Vû ledit Imprimé,
& l'Arreft du 16. Janvier 1719. enfemble
les Conclufions du Procureur General
du Roi ; La matiere mife en déliberation.
LA COUR faifant droit fur le requifitoire
du Proc . Gen.du Roi, ordonne que led ,
DE FEVRIER.
;
Imprimé contenant lefd . quatre pieces ,fera
& demeurera fupprimé , comme féditieux ,
tendant à revolte , & contraire à l'autorité
Royale à cet effet enjoint à tous ceux qui
en ont ou en auront des Exemplaires, de les
apporter au Greffe de la Cour , dans la buitaine
au plus tard du jour de la publication
du prefent Arreft , pour y être fupprimez :
Fait défenfes à tous Imprimeurs ,Libraires,
Colporteurs , & toutes autres perfonnes , de
l'imprimer , vendre, debiter , ou autrement
diftribuer, en quelque maniere que ce puiffe
être , fous peine d'être pourfuivis comme
perturbateurs du repos public , & criminels
de lez - Majefté . FAIT en Parlement le
quatrième jour de Fevrier mil fept cent dixneuf.
Signé , GILBERT .
ARREST
Du Parlement de Bordeaux ,
Portant fuppreffion d'un Ecrit contenant
quatre Picces , &c.
Extrait des Regiftres de Parlement .
E JOUR , la Grand'Chambre &
Fournelle affemblées , le Procureur
General eft entré à la Cour, & a dit.
MESSIEURS.
Vous avez fait connoître vôtre zele & vô
tre attachement pour le fervice du Roi ,
I ij
330108
100 LE MERCURE
le bien de l'Etat , & la perfonne de S. A.
R. par l'Arreft que vous avez rendu le 7 .
de ce mois , qui ordonne la fuppreffion d'un
Ecrit qui fe debitoit dans le Public fous le
titre de Déclaration faite par le Roi Catholique.
Les mêmes raifons qui vous ont déterminé
à rendre cet Arrêt, doivent vous élever plus
fortement contre un nouvel Ecrit qui pa-
Foît dans le Public , dont nous vous apportons
un Exemplaire .
Il contient quatre Pieces , dont une eſt
fous le titre de Lettre du Roi Catholique ,
écrite à S. M. La feconde une Lettre circulaire
pour
tous les Parlemens de France.
La troiliéme, un Manifefte adreſſe aux trois
Etats du Royaume. La quatriéme & la
derniere de ces Pieces , eft une Requeste
prefentée au Roi Catholique , au nom des
trois Etats de la France.
Tous ces Ecrits nous étoient déja annoncez
dans les Lettres interceptées , qui ont été
rendues publiques, comme une chofe neceffaire,
pour répandre dans le Royaume dans
le tems que la confpiration feroit executée ,
& que l'on mettroit le feu aux mines ,pour
me fervir des mêmes expreffions portées par
ces Lettres , c'eft- à- dire , dans le tems que
l'on vouloit répandre dans le Royaume
l'efprit de difcorde & de divifion , & que
l'on comptoit d'y faire naître une guerre
civile.
DE FEVRIER.. IOT
C'eft ce qui fait mieux connoître le venin
répandu dans cet Ecrit ; il attaque particulierement
l'autorité & la perfonne de S.
A. R. Nous y fommes foûmis : Nous la
reconnoiffons auffi legitime que neceffaire ,
pour le bien & l'utilité du Royaume , &
elle n'eft pas differente du pouvoir qu'ont û
entre leurs mains tous ceux qui ont été Regens
dans les differentes Minoritez qu'il y
a û dans cette Monarchie.
Cet Ecrit attaque directement l'autorité
du Roi , en voulant infinuer que l'on doit
avoir recours aux Etats Generaux , & donnant
par- là , contre l'ufage le plus établi
dans le Royaume , un pouvoir abſolu à
une Affemblée qui n'a jamais penſé , toutes
les fois qu'elle s'eft tenue , être en droit
de rien decider , mais de reprefenter fes
Cahiers de doleances , fur letqueis nos
Rois ont toûjours ordonné ce qu'ils ont
jugé à propos.
Enfin , Meffieurs , cet Ecrit introduit
une pernicieufe maxime , en farfant parler
les trois Ordres du Royaume , quoique rien
ne puiffe venir de leur part que lorsqu'ils
font affemblez ; & ils ne peuvent jamais
être cenfés affemblez que par permiffion du
Roi.
La malignité répandue dans cet Ecrit ,
nous fait allez connoître qu'il vient de la
même main que la Déclaration du 25. Decembre
dernier : Nous pourrions nous
4
I iij
102 LE MERCURE
tromper & le croire du Roi d'Espagne , fi
nous ne nous arrêtions qu'aux fentimens
de tendreffe & d'affection qu'il marque
avoir pour la France ; mais , tout le refte
fait connoître la fauffeté de cette idée ;
les vertus & les merites de ce Prince font
nos garants , qu'il feroit le premier à défayouer
tout ce qu'il contient . C'eft pourquoi
, nous requerons que ledit Imprimé
fera & demeurera fupprimé , comme feditieux
, tendant à revolte , & contraire à
l'autorité Royale : Qu'il foit enjoint à tous
ceux qui en ont ou qui en auront des
Exemplaires , de les apporter au Greffe de
la Cour , dans la huitaine au plus tard du
jour de la publication de l'Arrêt qui interviendra
, ou dans les Greffes des Séné,
chauffées du reffort ; & qu'il foit fait dé
fenfood!tous imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, & toutes autres perfonnes , de
l'imprimer , vendre & debiter , ou autre↓
ment diftribuer , de quelque maniere que
ce puiffe être , fous peine d'être pourſuivis
comme perturbateurs du repos public &
criminels de leze- Majefté : Qu'il lui foit
permis d'informer à fa Requeſte pardevant
les Commillaires , qui feront députez par la
Cour , ou pardevant le Lieutenant Criminel
des Baillages ou Senechauffées du
reffort , pourfuittes , diligences de les Subftituts
, contre tous ceux qui ont vendu ,
distribué ledit Imprimé, ou qui pourroient
DE FEVRIER.
103
le vendre , diftribuer , imprimer on garder
à l'avenir : Qu'il lui foit auffi permis de
faire proceder par cenfures & fulminations
Ecclefiaftiques en forme de Droit . Pour le
tout fait , à la Cour rapporté & à lui communiqué
, être ordonné ce qu'il appartiendra
, & qu'il foit en outre ordonné que
l'Arrêt qui interviendra , fera envoyé dans
les Baillages & Senechauffées du reffort ,
pour y être lu , publié , enregistré & affiché
par tout où befoin ; être enjoint à fes
Subftituts de tenir la main à l'execution de
PArreft , & de certifier la Cour de leurs
diligences dans le mois. Signé , Davigier.
LA COUR faifant droit fur la requifition
du Procureur General du Roi , a ſupprimé
& fupprime ledit Imprimé comme
feditieux , tendant à revolte , & contraire
Paremmin m 1. Enjoint . & c. Fait à
Ime Noyale :
Bordeaux en Parlement , Grand'Chambie
& Tournelle aflemblées , le 27. Janvier
1719. Signé , M. De Gilet de la Caze ,
premier Prefident . Collationné , figné ' ,
Roger , Greffier . Pro Rege.
LOUIS, par la grace de Dieu , Roi
de France & de Navarre : Au premier
nôtre Huiffier ou Sergent fur ce requis. A
la Requeſte de notre Procureur General en
nôtre Cour de Parlement de Bordeaux ; te
mandons mettre l'Arrêt de nôtre - dite Cour
dont l'extrait eft cy fous le contre - feel de
I iiij
·T04 LE MERCURE
:
nôtre Chancellerie attaché , à dûë & en
tiere execution , de point en point , felon
fa forme & teneur , à l'encontre de tous
ceux qu'il appartiendra , & dont ſeras requis;
leur fais les inhibitions y contenuës;
publies , affiches & enregiftres ledit Arrêt
par tout où befoin fera , afin que perſonne
ne l'ignore , & leur fais les enjonctions requifes
& neceflaires. Mandons en outre aux
fleurs Evêques Diocefains de proceder à la
Requeſte de nôtre Procureur General par
Cenfures & Fulminations Ecclefiaftiques en
forme de Droit. Donné à Bordeaux en nôtre
- dit Parlement le 27. Janvier , l'an de
grace 1719. & de nôtre Regne le quatrième.
Par la Chambre. Collationné , figné d'Al
leneft , pro Rege.
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roi ,
Concernant la Loterie de l'Hôtel de Ville
de Paris , établie en confequence de la
Déclaration du 21. Aouft 1717. du 4.
Fevrier 1719 .
Extrait des Registres du Confeil d'Estat.
E ROY s'êtant fait repreſenter fa
Déclaration du 21. Aouft 1717. par
laquelle Sa Majesté auroit ordonné qu'il
feroit tiré tous les mois en l'Hôtel de Ville
DE FEVRIER.
TO'S
de Paris , une Loterie de vingt -cinq fols
chaque Billet , pour parvenir à l'extinction
des Billets de l'Etat & de la Caiffe commune
des Recettes Generales , & qu'on feroit
tenu d'en raporter pour une fomme pareille
à la valeur des Lots ; Et l'Arreft rendu en
fon Confeil le 7. Aouft dernier , qui ordonne
qu'on ne fera plus tenu d'en rapporter
que moitié . Mais Sa Majefté êtant
informée qué les Actionnaires qui mettent
ordinairement à la Loterie , defireroient
qu'elle ne fût compofée que de Lots en
argent , comme auffi que les Billets demeuraffent
réduits à vingt fols , pour les
faire mieux quadrer au prix courant des
efpeces : Sa Majesté a refolu d'y pourvoir,
& en donnant une nouvelle forme à ladite
Loterie , d'accorder trois pour cent fur le
total de la recette , qui feront refervez
pour des oeuvres de pieté & de charité : Oui
le Rapport , Sa Majesté êtant en ſon Confeil
, de l'avis de Monfieur le Duc d'Or
leans, Regent , a ordonné & ordonne qu'il
fera obfervé ce qui fuit pour la Loterie de
PHôtel de Ville qui fera ouverte le 16. du
prefent mois de Fevrier , pour être tirée le
15. de Mars ,
ART. I. Les Billets de la Loterie demeu
reront reduits à vingt fols chaque Billet.
II. Ladite Loterie fera toute compofée
à l'avenir de Lots en argent comptant :
Mais,comme on ne fera plus tenu de rap106
LE MERCURE
porter aucuns effets pour en recevoir les
Lots , Sa Majesté voulant bien ſe priver de
ce benefice : Elle ordonne qu'il fera prelevé
quinze pour cent fur tout le produit de
chaque Loterie , dont Sa Majesté ſe reſerve
de difpofer de trois pour cent qui feront
employez à des oeuvres de charité & de
pieté , & les douze autres feront appliquez
au remboursement des dettes de l'Etat.
III. Outre la Loterie qui fera toûjours
tirée le 15. de chaque mois , il en fera
tiré une autre tous les trois mois , dont le
fonds fera compofé des douze pour cent ,
faifant partie des quinze qui auront été
prelevez fur le produit des trois Loteries
precedentes , lefquels douze pour cent demeureront
en dépôt audit Hôtel de Ville ,
pour fervir au remboursement des dettes
de l'Etat , ainsi qu' fera indique .
IV. Pour parvenir au remboursement
defdites dettes , tous ceux qui en feront
proprietaires , feront tenus de faire enregiftrer
leurs Titres fur des Regiftres qui feront
cottez & paraphez par le Prevoft des Mar
chands , & tus par le fieur le Virloys Receveur
General de ladite Loterie , far lefquels
il fera fait mention des dartes & des
Lommes des Effets Royaux à rembourfer ,
& des noms & furnoms des Proprietaires
defdits Effets .
V. Deux jours avant qu'on tire ladite
Loterie , il fera fait un Extrait exact &
DE FEVRIER 107
fidelle de chacun des Articles defdits Regiftres
: Et tous ces Extraits , aprés avoir
été bien verifiez par les Prevoft des Marchand
& Echevins , feront roulez & cachetez
feparement en leur prefence , pour
être enfuite publiquement tirés au fort,aux
jour & heure qui feront indiquez , juſqu'à
concurrence du fonds de ladite Loterie.
VI. Les Proprietaites defdits Effets à qui
il fera échû d'être rembourfez ,feront tenus
de rapporter leurs Titres de proprieté au
Garde du Trefor Royal en exercice , & leurs
Quittances en l'acquit de Sa Majefté , & à
la décharge dudit Garde du Trefor Royal ,
avecles autres Pieces neceffaires ; aprés quoi
ledit Garde du Trefor Royal leur fournira ,
pour le montant defdits Effets , fes mandemens
fur ledit fieur le Virloys , qu'il acquitèra
le jour même , des fonds de ladite
Loterie.
2
VII. Les Interefts ou Rentes des Effets
qui feront rembouriez, ccicront du premier
jour de la demie année courante , au tems
où chacune defdites Loteries aura été tirée .
VIII. Les trois pour cent qui resteront
feront remis par ledit fieur le Virloys és
mains de la perfonne qui fera à cet effet
commife par Sa Majefté, pour être employez
& diftribuez ainfi qu'il lui plaira de l'or
donner.
XI. Au furplus ladite Declaration du 21 ,
Aouft 1717, & les Arrefts rendus en con
108
LE MERCURE
fequence , feront executez felon leur forme
& teneur , en ce qui n'eft point contraire au
prefent Arreft , pour l'execution duquel
toutes Lettres neceffaires feront expediées.
FAIT au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majefté
y êtant , tenu à Paris le quatriéme
jour de Fevrier mil fept cent dix neuf.
Signé PHELYPEAux .
L
IZ paroît depuis peu un Livre qui a pour
titre , Avantures Paftorales mêlées de
vers mis en Mufique. Il fe vend chez le fieur
Ribou à la defcente du Pont neuf, à l'Image
S. Louis , & chez le fieur Foucault
Marchand,rue S. Honoré à la regle d'or.
M. Campion Maistre de Theorbe & de
Guitare, neft l'Auteur. Pour mieux executer
fon deffein , il a imaginé une Hiftoriete Paf
torale , dans le plan de laquelle il a introduit
des vers de differente espece de differens
caracteres ; à mesure qu'ils y étoient amenez
par certains évenemens . Il a conduit fon
projet avec tant d'art , qu'il a trouvé le
moyen , fans trop forcer le fens de fes recits ,
d'employer toute forte d'airs de fa compofitions
ce quiforme un Livre tres-fingulier &
tres amufant. Le tendre , le galant , l'enjoué,
le Paftorale , le Bachique , &c. y font
placez à propos. Pour donner une idée plus
complette de la chofe , nous donnerons un leger
Extrait de la Fable qui amene les vers.
DE FEVRIER. 109
D
Extrait d'Avantures Paftorales.
E toutes les Bergeres qui paroient autrefois
les bords du Lignon , Philis étoit avouée la
plus belle , mais en même tems la plus indifferente.
Damon , nouveau Berger , mais étranger , qui
jufqu'alors avoit mépriſe les beautez les plus fieres ,
n'ût pas plûtôt jetté les yeux fur les attraits de Philis
, qu'il fut épris de la paffion la plus vive. Un
Parent de l'aimable Bergere l'avoit introduit chez
elle. Dámon , aprés la premiere entrevûë , ne fut
plus occupé que du defir de plaire ; & Philis depuis
ce moment , ajouta chaque jour quelques nouveaux
ornemens à la parure. Damon n'avoit encore declaré
les feux que par fon affi luité . Damon fçavoir
la Mufique : Ce talent n'étoit pas extraordinaire
dans les Paſteurs de ces Contrées ; ils aimoient , &
que ne peut enfeigner l'Amour ? Couché au bord
d'un Ru ffeau qui traverſoit un Bofquet , il chantoit
un foir ces paroles :
Je vous trouble à regret du recit de ma peine ,
Bois charmant ! aimable Fontaine !
E 具
Sejour fi tranquille & fi doux !
Helas ! Cephife eft trop cruelle ,
Pour écouter ce que je fens pour elle ,
Je ne puis le dire qu'à vous.
Philis fe promenoit pour lors avec fa Mere dans
le même Bolquet. La Bergere reconnut la voix de
fon Amant ; mais , quel trouble n'éprouva t'elle
pas lofqu'ele entendit prononcer un autre nom
que Philis ? Elle rougit , & reffentit pour la premiere
fois qu'elle ne verroit qu'avec peine fon devouement
pour une autre. Damon ayant apperçu
fa Maitreſſe , ne tarda pas à la joindre . Nous fom
110 LE MERCURE
t
mes enfin convaincuës , dit la Mere ,
de ce que nous
foupçonnons depuis quelque tems. Vôtre arrivée
dans ces Contrées n'eſt- elle pas la ſuite d'un dépit
amoureux ? Vous venez de prononcer un nom qui
déclare vos feux. Si j'avois aimé , avant que d'embrafler
la vie paftorale , reprit Damon , en regardant
tendrement Philis , il eft ici des yeux charmans qui
m'auroient bientôt forcé d'être infidelle . La jeune
Beauté feignir de ne pas faire attention à cette réponfe.
Quelques jours aprés cette promenade , Damon
fut obligé de quitter le Hameau pour un voyage
indipenfable. La Bergere apprit que dans la
route , il avoit été furpris d'un mal viol: nt qui faifoit
craindre pour la vie de fon Berger. Philis fe
perfuada qu'il étoit mort , & qu'on vouloit lui cacher
la perte de ce cher Amant. Comme elle étoit
en proye aux plus cruelles inquietudes , la Mere &
Damon entrerent tout à coup dans la chambre :
Philis penfa expirer de joye ; elle cacha cependant
fes tranſports , du moins , elle ne lui donna aucune
marque qui pút l'en convaincre. Aprés la fortie du
Berger , Philis refta feule ; il lui fembla que fa
fanté qui avoit été fort alterée par la crainte de la
mort de Damon , lui avoit été tout à fait renduë
par la prefence. Elle reconnut qu'elle n'étoit plus
infenfible : Cette penfée fur pour elle accablante ;
elle paffa plufieurs jours dans cette agitation . Une
vifite de Cidalis . Berger paffionné pour elle , augmenta
la melancolie de cette jeune Beauté . Cidalis
s'étant retiré , & Philis ne pouvant plus fe cacher ,
que la paffion qu'elle avoit pour Damon , n'avoit
été un fecret que pour elle , fentit qu'il étoit tems
de fe tenir en garde contre elle même : Elle prévoyoit
que les Parens confentiroient avec peine ,
à la voir Epoufe d'un homme qui s'obſtinoit à taire
fa naiflance & le nom de fa Patrie. Cette jeune
Beauté craignant de fe donner , fi elle continuoit de
voir fon Amant , des chaînes que peut- être un jour
elle ne pourroit plus rompre , elle refolut de s'inDE
FEVRIER.
terdire pour toujours la vûë du Berger. Depuis ce
jour , il ne put obtenir de lui parler . Cependant , la
Mere voulut qu'elle fût d'une fête que les principaux
Bergers de ces cantons fe preparoient à celebrer . Ils
étoient convenus de choifir quelques Seenes paftorales
& de les executer . Philis ût beau s'en deffendre
, il fallut obeïr. Le Berger avec qui elle devoir
chanter , feignit par complaifance pour Damon
d'être malade le jour- même de la fête . I a Scene
s'ouvrit entre Philis & Damon , & finit ainfi..
Tircis.
Iris , mon extreme langueur
A paflé jufqu'en vôtre coeur !
Parlez Il n'eft plus tems de feindre :
Aurois je le malheur de plaindre
Un mal que je ne caufe pas ?
Iris.
J'ai juré mille fois de ne jamais aimer ,
Et je ne croyois pas que rien pût me charmer :
Mais , alors que je fis ce ferment temeraire ,
Berger , vous n'aviez pas entrepris de me plaire :
Ma fiereté contre vous ne fait plus fon devoir ,
Et de l'Amour enfin je connois le pouvoir .
Pendant la Scene entiere , tous les yeux furent
atta: hez fur Philis & Damon . La paffion du Berger
étoit connuë : On foupçonnoit celle de la Bergere.
Les regards de Damon exprimoient tout ce que fon
coeur fentoit. Ceux de Philis dirent moins ; mais ,
l'embarras où elle parut être , laiffa beaucoup à deviner
: Elle ne put même s'empêcher de rougit , en
chantant ces derniers vers.
Mais , alors que je fis ce ferment temeraire ,
Berger , &c.
1.3.2 'LE MERCURE
Philis qui regardoit l'Amour , comme un ennemi
qu'on ne doit combattre qu'en fuyant , fe crut
trop prés de Damon pour pouvoir fitôt l'oublier .
Elle prit le parti d'éviter cet Amant , en allant chez
Lucile une de fes Parentes , qui demeuroit dans un
Bocage à plufieurs mille du Hameau. Pendant fon
fejour , un Seigneur riche , jeune & galant qui s'y
marioit , donna une fête magnifique. Lucile & Philis
al erent le foir déguifées , dans l'endroit où les
Nôces fe celebroient : Elles arriverent quelque tems
avant le Bal. Le premier objet qui s'offrit , étoit
Damon avec une trés belle Fille qui s'appuyoit fur
le bras du Berger. En un moment elle les perdit dans
la foule ; mais , à force de le chercher des yeux ,
elle l'entrevit à côté de la même Bergere alle n'ûr
pas de peine à fe perfuader qu'il étoit infidelle , mais,
elle fit de vains efforts pour calmer l'agitation de
fon coeur. Damon qui l'avoit reconnue , le défit
adroitement de la jeune Beauté que Philis avoit pris
pour la Rivale , & alla s'affeoir auprés de fa Maîtreffe
; & s'êtant fait connoître : Ne devrai -je donc
plus qu'au hazard , lui dit- il , d'avoir le doux
plaifir de vous voir & de vous entreten r? Je ne fuis
point , reprit brusquement la Bergere , la perfonne
que vous avez conduite en ces lieux. Si celle pour
qui vous paroiffiez avoir tant d'égards , vous entendoit
me faire quelque déclaration galante , vôtre
erreur pourroit avoir des fuites dangereufes pour
vôtre paffion. Damon inconftant ! Damon perfide !
De quel lâcheté me foupçonnez - vous ? Quels foar
les impofteurs ? Mes yeux , dit Philis . Elle lui dépeignit
fa pretendue Rivale , & bientôt il ſe juſtifia.
Oui , divine Philis , je brule pour vous feule !
Ah , trop aimable Damon , dit la Bergere en foupiwant
! Que me difent ces foupirs , continua fon Amant
transporté? Que je ne fcaurois être à vous , reprit
Philis Damon frappé de ces dernieres paroles .
comme d'un coup de foudre , demeura immobile,
Philis ( afiflant ce moment , s'échapa de lui , &
retourna chez Lucile fa Parente.
DE FEVRIER. 119
Le lendemain , un Italien qui fe difoit Marchand
de Bijoux , demanda la permiffion de montrer à
lucile diverfes raretez qui pourroient lui convenir .
Lucile & Philis voulurent le voir . Une longue
barbe cachoit une partie du vifage de ce Marchand ;
mais,quelle fut la furpriſe de la jeune Bergere , lorfqu'elle
reconnut la voix de Damon ? Lucile êtant
paflée dans une chambre voifine pour y prendre de
l'argent , Damon profita de ce moment & lui dit :
Je fais donc condamné , divine Philis, à vous aimer
fans efpoir Pour vous poffeder faut il me faire
connoître ! .... Oubliez - moi pour toûjours , répondit
la Bergere. Ma Mere s'oppose à vos voeux :
Et fi fes deffeins tendent à vous rendre malheureuſe,
dit Damon.... J'obeirai , continua la Bergere . Le
retour de Lucile interrompit les deux Amans ; Damon
fortit. Cependant , Cidalis n'oublioit rien pour
engager la Mere de Philis à favorifer la paffion qu'il
avoit pour fa file. On informe auffitôt la jeune
Bergere,que bientôt elle fera l'époufe de cet Amant.
Cet avis la reduit dans un état plus affreux que la
mort-même. Damon allarmé de cette nouvelle accablante
, trouve le moyen de fe faire introduire.
auprés de Philis , par une veuve amie commune
des deux. Je viens fçavoir , dit Damon , en entrant,
ce que vous ordonnerez de ma vie . Vous avez dû:
lire dans mes yeux tout mon amour & tout mon defefpoir.
Il eft tel que je ne pourrai ſurvivre à vôtrez
mariage avec Cidalis J'efpere même que ma douleur
me donnera la mort avant cet hymenée funefte .
Ces paroles prononcées du ton le plus paffionné ,
arracherent des larmes & des foupirs à Philis. La
cruelle situation où elle fe troaroit , ne lui laiffa pasla
force de répondre. Incapable d'aucune reflex : ou
dans cet état violent , elle rejoignit la Compagnie
fans avoir parlé que par fon trouble & par la trifteffe
, au tendie Damon . Le Berger inconfolable
mais fûr qu'il étoit aimé , prit le parti de ne poing
quitter l'Aflemblée , fe flattant qu'il pourroit recone
K
114
LE MERCURE
vrer l'accafion de rejoindre la Bergere En effet ,
aprés le louper , on defcendit dans les Jardins pour
jouir de la promenade. Philis , heureuſement pour
Ivi & peut être à, deſſein , s'étoit un peu écartée.
Damon profita de cet inftant , & l'ayant abordée ;
Eh bien , charmante perfonne , lui dit- il , Cidalis
fera- t'il heureux ? Un foupir de la Bergere interrompit
Damon. Vous ne répondez pas , continua,
t'il. Que vous m'êtes cruel , * répondit Philis ! Vous
le haiffez ce Rival , reprit Damon , & vous confentirez
d'être fon poufe . J'en mourrai de douleur ,
dit la Bergere. Ah , mes maux augmentent , ajouta
fon Ament Ceffez de troubler mon repos. Je
n'oublitai rien pour differer un mariage que j'abhorre
; c'est tout ce que je puis vous promettre. En
prononçant ces mots , elie fe fepara du Berger . Philis
retirée dans fa chambre , chercha les moyens
d'éloigner le coup fatal cont elle étoit menacée ;
elle écrivit cette lettre à fa Mere. J'apprens , ma treschere
Mere , que vous avez diſpoſe de ma main : Il
m'en contera la vie pour vous obeir ; mais , quoiqu'il
arrive , je vous marquerai combién je refpečte vas ordres
.Je vous demandefeulement quelque 1 ms pour me
preparer auSamifice que vous exigez de moi.
Sa Mere lui fit one qu'e le ne lui accordoit
qu'un petit nombre de jours , & le terme fatal étoit
prêt d'expirer , lorsqu'un h zard empêcha le bonheur
de Cidalis Un cue Etranger , dont le port
majestueux & la fuite nombreufe faifoit foupçonner
la haute na ffance , paffa par ce Hameau , il vit
Damon & lui marqua tant de tendreffe & tant de
jose de le retrouver , que ' ous les Be+gers crurent
voir un frere à qui un frere chori étoit rendu aprés
une longue bfence. Il s'agit , dit Damen au jeune
Etranger , de me fauver la vie. J'aime une fimple
Bergere , mais qui eft digne du trône ; mon Rival
eft prêt d'être heureux : Aidez moi à cétuire fon
efperance. Le jeune Etranger confentit à tout ce
qu'exigea de lui Damon. Ils allerent enſonible chez
DE FEVRIER.
IT'S
"
la Mere , & l'Etranger ayant fait briller aux yeux
de la bonne femme , une fomme confiderable en or
& en pierreries: Si la fortune , lui dit- il , que Cidalis
fait efperer à vôtre fille , furpaffe celle que nous
venons vous offrir , il ne nous fera pas difficile de
tenir plus encore que nous ne promettons : Peutêtre
craignez vous de faire d'un inconnu vôtre gendre?
mais , Damon eft d'un fang qui honorera vôtre
Famille , & fi que'que action indigne de lui avoit
terni la vertu , j'aurois ceffé d'être fon ami. Les
richeffes que voyoit cette Mere , la confiance avec
laquelle le jeune Etranger louoit Damon , acheva de
la déterminer. Elle promit que fa fille feroit à ce
tendre Paſteur ; & Philis apprit avec les transports
qu'il eft aifé d'imaginer , un changement fi peu
attendu. Pour comble de joye , Philis avoit un frere
qu'on avoit cru affiffiné à Venife : 1 arriva dans
Je tems qu'on faifoit les preparatifs des nôces de ces
deux heureux Amans Tous les Bergers du Hameau
accoururent chez Philis Four l'en feliciter . Damon
s'y rendit des premiers. Quelle fut la furpriſe d
frerede Philis , en voyant fous un habit paſtoral ,
le Prince cadet de la maifon Fornaro.
Vous êtes fans doute ſurpriſe , aimable Philis ,
de me trouver ici travefti en Berger . Sulpect à mes
Conc toïens , & méprifant des honneurs qu'il faur
acheter par tant d'allarmes , je m'étois retiré dans
ce fejour charmant. Mon frere aîné , qui feul fçavoit
le lieu de ma retraite , m'y est venu trouver
pour m'affûrer qu'il me feroit facile de triompher
des brigues que mis ennemis on formé pour me
rendre odieux. Jufqu'à prefent je n'a ois defité que
ma juftification. Si je feuhaite maintenant de remonter
aux honneurs aufquels j'avois renoncé ; ce
n'eft , chere Philis , que pour les partager avec vous,
Comme la nuit avançoit , le jeune Venitien pric
congé de fa maitreffe , la laiffant partagée entre mille
diverfes reflexions . Le Prince êtant retou : né le lendemain
chez elle ; Seigneur , lui dit « ll » ,' en le
Kij
116 LE MERCURE
voyant , je voudrois envain vous chacher des fen
timens qui ne vous font que trop connus. Vôtre
coeur m'eft precieux , & pour m'en affûrer la poffeffion
, je facrifie en ce jour ce que j'ai aprés lui de
plus cher : En trouvant un Epoux , je pourrois perdre
un Amant.... Serez vous fans ceffe injufte ,
s'écria le Prince ? Banniffez des foupçons qui m'outragent.
Le Prince Fornaro fera toûjours pour vous
le même que fut Damon Non , dit- elle Tout ce
que je puis vous prometere , c'est qu'en renonçant
a vâtre main , je ne donnerai jamais la mienne à
d'autre. Vous devez à vôtre Maifon des Princes
qui foûtiennent la nobleffe de vôtre fang . Choififfez
une Epoufe digne de vous. Il continua de vouloir
flechir la Bergere . Offres , la mes , fermens , toat
fut inutile. Phil'is le défiant toujours d'elle - même,
partit fans voir le Prince ; mais ,
elle ne put
refufer de lui écrire ce billet,
Ne me reprochez point que je fuis fans defirs ,
Ma flamme n'eft que trop ardente ;
Mais , je crains l'écueil des plaifirs.
Tircis , je crains de perdre un bonheur qui m'en
chante :
!
fe
Ah pourquoi me preffer par des tranſports fi deuxs
Ne vous fuffit-il pas que mon coeur les partage ?
De mes refus , helas , je fouffre autant que vous.,
Et peut être encor davantage !
qu:
Le jeune Fornaro n'ayant rien de plus cher
le fouvenir de fa charmante Maîtreffe
traînot des jours languifans dans les lieux qul
avoient été témoins des feux du tendre Damon .
Un foir rêvant à fon infortune , il fit abordé par
plufieurs Cavaliers. Au milieu d'eux , il vit dans
un Char un homme d'un âge refpectable
paro ffient attentifs à lui obeir. Le nom de Philis,
ditle Viellard au jeune Venitien , ne vous eft peutêtre
pas inconnu. Si mes yeux ne m'abulent , rejt
Tous
DE FEVRIER. 117
Prince Fornaro , voila la mere de la perfonne que
vous demandez , qui fe promene dans la Prairie
voifine. Le Vieillard en le quittant, joint dans l'inf
rant cette femme, & la faifant monter dans fon Char
ils vont enſemble chez Lucile. Le Prince incertain
encore de ce qu'il devoit efperer ou craindre , vit
fa Maitreffe arriver le matin du jour fuivant , avec le
Vieillard & la femme qui avoit paffé jufqu'alors
pour la mere de la jeune Beauté. La petite fille da
Duc de la Valteline , dit le Vieillard au Prince , ci
l'embraffant , a- t'el'e pour vous les mêmes charmes
qu'ût autrefois Philis ? Quoi Seigneur ! Philis .
Le jeune Fornaro ne put achever . Je fuis l'aycul
de cette aimable perfonne , continua le Duc , & je
me repens de ne lui avoit pas fait plûtôt justice,
Lorfqu'il ût achevé le recit des avantures de Phi
lis , le Duc confentit avec joye à rendre ces deux
illuftres Amans heureux , en les rendant Epoux..
N trouve chez François Robinot ,
à l'Ange Gardien , Quay des Auguftins
, un Livre intitulé , Maniere de
cultiverlaVigne de faire le Vin en Cham
pagne ,
& ce qu'on peut imiter dans les autres
Provinces pour le perfectionner.
L'Auteur de ce Livre prétend que la raifon
pour laquelle on boit de fi mauvais vin,
dans des lieux fur-tout où il pourroit être
excellent , vient de la negligence avec laquelle
on fait le Vin . Les Champenois , fe
lon lui , font à couvert de ce reproche ,
puifqu'ils ont été dans tous les tems fort induftrieux
à le rendre plus exquis que dans
les autres Vignobles du Royaume. Il fait
T18 LE MERCURE
remarqueren paffant , qu'il y a à peu prés
cinquante ans qu'ils fe font étudié à faire
du Vin gris & prefque blanc : Qu'auparavant
leur Vin , quoique rouge , étoit fait
avec plus de foin & de propreté , que tous
les autres Vins du Royaume . L'Auteur
déclare qu'il ne veut point entrer dans l'ancienne
& nouvelle difpute , fur la preference
entre les Vins de Champagne & de Bourgogne
: Il fe contente d'obferver tous les
moyens que les Champenois ont imaginé ,
pour donner à leur Vin toute la finele &
l'agrément poffible . Il entre dans des détails
qui font le fruit reflechi de toutes les
attentions qu'il a donné au fujet qu'il traite.
Son intention ,en rendant publiques fes
remarques . n'a été 10. que d'obliger les
honnêtes gens qui font amateurs du bon
Vin- 20. D'animer une infinité de Proprietaires
à donner plus de merité & plus
de qualité à leur Vin , en prenant quelque
foin pour le perfectionner. Enfin , de
fournir les moyens de faire valoir le commerce
des Vins des Provinces éloignées.
Nous ne nous étendrons pas davantage fur
cette matiere , êtant par elle-même affez
piquante, pour qu'on ait recours au Livre
original.
DE FEVRIER. 139
L
E fieur Fremy de Mirfay, qui par
une meditation de vingt années , a
trouvé le fecret d'enfeigner le Latin d'une
maniere plus aifée & plus expeditive , que
toutes celles dont jufqu'à prefent on ait
connu l'uſage , aprés s'en être affûré par
plufieurs experiences & par l'approbation
des plus habiles ; s'eft enfin determiné à
prendre des Penfionnaires , dans la vûë de
Le rendre plus utile au Public.
que
Son Systême ne roule fur deux Regles
auffi courtes & auffi claires qu'on puifle fe
l'imaginer , qui fuppléent au nombre prodigieux
des preceptes ordinaires , tant pour
la compofition des Thêmes , que pour l'explication
des Auteurs & la quantité des
Syllabes.
Une efpece de démonftration proportionnée
à la capacité des moins intelligens , regne
dans toutes fes leçons , & fait que
lés
Difciples deviennent , i l'on peut parler
ainfi , imperturbables dans les principes de ta
Latinité.
Cette Methode foulage extremement
Pimagination & la memoire : Elle convient
à tout âge,à tout fexe & à toute condition ,
fans aucune incompatibilité avec d'autres
Grammaires qu'on auroit apprifes par le
paffé. La pratique en eft fi amuſante &
Blatte fi fort l'inclination des enfans , qu'ils
120 LE MERCURE
mettent l'étude au nombre de leurs jeux
les plus recreatifs ; ce qui peut merveilleufement
contribuer à rendre plus rares que
jamais, ceux qu'on appelle communement ,
teftes dures ou efprits tardifs ; puifqu'il y a
lieu de préfumer que la plupart fe trouvent
dans cette difgrace, moins par un défaut de
nature, que par les dégouts qu'ils ont éprou
vé. C'eft pourquoi , l'Auteur ne fait point
de difficulté d'entreprendre l'inftruction de
cette forte de Sujets , & de garantir de les
rendre capables de Rethorique ou de Philo
fophie en moins de deux ans , pourvû qu'ils
ayent atteint leur douzième année , & qu'ils
fçachent lire & écrite. Que perfonne donc,
faute de Latin , ne perde point l'efperance
d'un établitlement dans l'Eglife , ou dans la
Judicature & dans d'autres Profeffions où le
titre d'homme lettré tient lieu de tous les
biens du monde .
Il s'applique auffi à donner par lui- méme
ou par des Maîtres particuliers , une
teinture de plufieurs autres connoiflances
qui concourent à la perfection de la Jeuneffe
, telles que font le Grec , la Sphere ,
la Geographie , la Chronologie , l'Hiftoire
facrée & prophane , la Mythologie , le Blafon,
&c. L'Arithmetique n'eft point negli
gée , ni même la belle Ecriture ; de maniere
que le Latin , qui en effit fert de fondement
à l'Orthographe du François , fournit encore
ici aux Etudians , contre la commune
experience,
DE FEVRIER. 121
experience , une occafion favorable de fe
former & d'entretenir une bonne main ; afin
que ceux qui le plaisent à cet exercice , ou
qui, peut- être ,le jugent plus intereflant pour
leur état que
la Langue Latine , trouvent
réunis dans le prefent Syftême tous les avantages
qu'ils defirent .
La demeure du fieur Fremy eft à Paffy
derniere Maison , fur la droite , pres la
Porte du Bois de Boulogne , & à côté du
Chateau de la Meute.
粉帶
SPECTACLES.
Es Comediens Italiens , dans la Defo-
Llation des deux comedies & dans le
Procez des Theatres , avoient affez maltraité
la Foire pour qu'elle en tirât une
prompte vengeance. Ils s'y attendoient
avec d'autant plus de raifon , que le Compofiteur
de l'Opera Comique , annonçoit
dans le Public une Piece qui devoit être le
Triomphe de la Foire , & dont l'idée étoit
peu differente de celle dont je veux parler.
Pour prevenir le coup , les fieurs Lelio &
Dominique travaillerent à mettre au Theatre,
avant le tems de l'ouverture de la Foire,
une Piece qui affoiblît celle de leur adverfaire
, en lui ôtant la grace de la nouveauté
: C'est ce qu'ils ont executé dans la pe
Février 1719. L
122 LE MERCURE
tite Comedie de la Foire renaiffante. Mais ,
comme elle fe trouve liée par le fujet, avec
la Defolation des deux Comedies & le Procez
des Theatres , ils l'ont fait preceder
de ces deux Pieces qu'ils ont réunies enfemble
, dans lesquelles ils ont fait des cor
rections convenables au tems prefent . Une
entre-autres , merite , je croi , d'être remarquée.
C'eft dans la Scene de la Defolation
des deux Comedies , où là Muſe
Françoife & la Mufe Italienne , fe font
des complimens de condoleance fur leur
mauvaiſe fanté & fur leur commune langueur
: Mais , cette plaifanterie n'eft plus
de faifon , du moins pour la Mufe Françoife
, qui depuis quelque tems fe porte fi
bien , qu'elle double fon ordinaire. Cependant
, celle- cy ne fait que rappeller fes infirmitez
paffées , & dit qu'un jeune Medecin
qui lui a fait prendre trente prifes d'Oëdipe
, l'a tirée d'affaire. Cet exellent fpecifique
fait fouhaitter à la Mufe Italienne ,
que ce Medecin voulût pareillement lui
donner quelques prifes d'Oedipe , ou quelque
autre remede convenable à la foibleffe
de fon temperemment. Je viens preſentement
à la Piece nouvelle.
La Foire n'ayant pû furvivre à là honte
de fe voir condamnée à un éterfiel filence ,
defcend au Royaume fombre. Là , elle trouve
d'abord Caron , qui furpris de voir une
Ombre fi gaye dans les Enfers , s'informe
DE FEVRIER. 123
du fajet qui l'y a fait defcendre. Elle fatiffait
à toutes fes demandes, & le prie de l'introduire
chez Pluton , pour fçavoir du moins
à quoi elle doit s'en tenir lorfque Minos
furvient , qui pareillement étonné de voir
une fi plaifante figure , lui fait à peu prés
les mêmes queftions qu'à Caron . Celle - ci
y répond fur fon ton ordinaire ; ce qui indifpofe
tellement contre elle le Juge infer
nal , qu'il lui refufe impitoiablement une
place dans les Champs Elifées , malgré
l'offre qu'elle fait d'y établir un Opera Čos
mique pour divertir Pluton & toute fa
Cour. Elle ne fe confole d'être excluë de
ce lieu , que parce qu'elle ne manqueroit
pas d'y trouver l'ame de quelques Comediens
François, qui la chicanneroit encore.
Enfin , Minos lui ordonne de retourner fur
terre , parce qu'en y corrompant les moeurs
par le libertinage de fon fpectacle , l'Enfer
en profitera. Elle fort, en proteftant de n'épargner
dans fes couplets mordans , ni ſes
Ennemies , ni l'Enfer , ni Minos - même .
Cependant les Comediens Italiens , qui
avoient appris fa mort precipitée , fe rejouiffoient
d'un fi heureux évenement, & pour
mieux faire éclatter leur joye , ils avoient
fait élever un arc de triomphe , où la Foire
paroît terraffée par un Acteur heroique &
par Arlequin . Pentalon , le Docteur &
Scaramouche, viennent voir fi l'execution
du trophée répond à leur intention . Dans
Lij
124 LE MERCURE
le tems qu'ils le confiderent , ils entendent
pouffer des cris de joye qui leur prefagent
quelque chofe de finiftre. En effet , ils
voient arriver Flaminia plongée dans la
trifteffe , qui leur fait en ftile tragique un
recit de la renaiffance de leur commune ennemie
. Une pareille nouvelle eft un coup
qui commence à les accabler. Mais , larrivée
de la Foire acheve de les déconcertér:
Elle vient conduite par l'Opera dont la ſuite
chante en choeur , laFoire a vaincu le trepas,
l'Enfer ne lui refifte pas, &c. En vain ,
les Italiens tâchent de la flechir ; elle eft
trop fiere de fon retour , & ce n'eft qu'au
nom refpectable de l'Opera fon couſin
qu'elle veut bien fe relâcher des droits de
vainqueur. On auroit pû même pretendre
à une paix entiere , fi en s'en retournant ,
elle n'avoit apperçû le trophée élevé fur fes
ruines. A cette vue , fon courroux ferallume
, & reprenant toute fon infolence , elle
ordonne à fa fuitte d'abbatre & de reduire
en poudre un objet fi odieux . L'on obéit ,
l'arc tombe , & l'on apperçoit la Foire qui
s'avance au fon des trompettes , fur un char
orné de drapeaux. Elle fait attacher à ce
char , les quatre Acteurs Italiens qui ont
été témoins de fa honte ; & pour mieux
celebrer fa victoire , elle chante un couplet
auquel fa fuitte répond par d'autres couplets
* Parodie du cinquième Acte d'Alceste.
DE FEVRIER. 125
par des danfes. Un triomphe de cette
nature auroit trop enflé fon orgueil , & elle
ne s'en feroit pas tenue là , fi Lelio &
Mario qui venoient trouver leurs Camarades
, n'euffent , en les voyant ainſi enchaînez
, fondu , l'épée à la main , fur toute la
cohorte foraine, & ne l'euffent mis en fuite.
Aprés quoi revenant rompre les chaînes de
leurs amis , chacun témoigne fon allegreffe
par des couplets & par des dances . Et Arlequin
monté fur le char de la Foire , chante
fon couplet de remerciment & la Comedie
finit.
Quelques jours aprés la premiere reprefentation
de la Foirerenaillante, on y ajoûta
un Prologue nouveau qui roulle fur la défenfe
des Spectacles de la Foire. C'eft un
Gafcon , qui fecondé d'une femme à la
mode , fe plaint de la fupreffion d'un Spectacle
qui pouvoit feul le rejouir. Une autre
femme qui fe trouve prefente à cette
converfation , leur fait entendre les juftes
raifons de cette défenſe ; mais , cette ro
fiftance ne fait que les échauffer davantage ,
& il faut que Lelio pour les accorder ( car
la Scene eft dans le Foyer de la Comedie
Italienne ) vienne leur promettre qu'ils feront
fatisfaits , puifque les Pieces qu'ils
vont donner , reflembleront fort à celles de
la Foire , à la referve de ce qui peut bleffer
la modeftie . Sur cette affurance , cha
cun fe retire ; mais le Gafcon fort , en ju-
Liij
126
LE MERCURE
rant de fe vanger , fi l'on ne trouve pas le
moyen de le divertir.
MORT S.
Ame Marie Françoise de Paule de
>
Antoine de Levis,Comte de Charlus , Marquis
de Pouligny , Seigneur de Bequien ,
&c. Lieutenant General pour le Roi en la
Province de Bourbonnois , mourut le 30.
Janvier 1719 , laiffant entre autres enfans ,
Meffire Charles Eugene Marquis de Levis,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de Charleville , de Mezieres ,
& de Befançon en Franche - Comté , qui a
nonté le 27. Janvier 1698. Dame Marie
Françoife d'Albert , fille de feu Meffire
Charles Honoré d'Albert , Duc de Chevreufe
, Chevalier des Ordres du Roi , &c ,
& de Dame Jeanne Marie Colbert . Voyez
la Maifon de Levis dans le Pere Anfelme.
Meffire Alfonfe Henri Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt , Comte de
Montlaur , & c. mourut le ... Fevrier,
laiffant entre autres enfans de Dame Françoife
de Brancas , morte le 13. Avril 1715 .
fille aînée & heritiere de Meffire Charles
Comte de Brancas , Chevalier d'honneur
de la feue Reine , Mellite Anne Marie Jofeph
de Lorraine , Comte de Guife , & c.
qui a épouſé le 2. Juillet 1705. Dame Ma-
>
DE FEVRIER . 127
rie Louiſe Chriftine de Caftille , fille unique
de Meffire Gafpard de Caftille , Marquis
de Montjeu , Baron de Dracy , & c.
& de Dame Louife Diane Dauvet Defmareft
. Voiez la Maifon de Lorraine dans le
P. Anfelme & Moreri.
Melfire Louis Foucault , Marquis de
S. Germain Beaupré, Comte de Dun le Palleteau
, Gouverneur & Lieutenant General
de la haute & baffe Marche, mourut le ...
Fevrier 1719. laiffa entre autres Enfans
de Dame Helene Ferrand , fille de Meffire
Jean Ferrand , Seigneur de Janvry , Confeiller
au Parlement , & de Dame Helene
Gillot, Mre. François Foucault, Marquis de
S.Germain Beaupré, &c. qui avoit la furvif.
vance du Gouvernement de la naute &
balle Marche , & qui a épousé le 11. Mars
1711. Dame Anne Bonne Doublet de Perfan
, fille de Meffire Nicolas Doubler , Seigneur
de Perfan , Confeiller de la Grand'-
Chambre , & de Dame Bonne Urfule de
Salins. Voyez le Pere Anfelme.
Mre. Gabriel Couftard , Confeiller Secretaire
du Roi , Controlleur de la Grande
Chancellerie de France , mourut le premier
Fevrier, laiffant un fils Confeiller au Parlement
, & deux filles dont la premiere a
épousé M. Aubry , Confeiller au Parlement
, & la feconde eft veuve de M. de
Jaffaud , Prefident de la Chambre des
Comptes.
Liiij
128 LE MERCURE
Meffire Jean Romanet , Secretaire du
Roi , mourut le 4. Fevrier en fa 79. année ,
laiffant un fils unique Confeiller au Parlement
, qui a épousé Dame
d'Eftrades .
•
M. Paul Poiffon de Bourvalais , auffi
Secretaire du Roi , connu par les Traitez
dans lefquels il étoit entré , mourut le 6 .
Fevrier fans pofterité.
Dame Marie Claude Therefe Turgot de
Soufmont , époufe de Meffire Jean François
de Creil , Marquis de Creil , Bournezcau
, Baron de Buillac , & c. Maiftre
des Requeftes & Intendant de la Generalité
de la Rochelle , mourut le 15. Fevrier.
Dame Anne de la Tour Taxis , fille de
Meire François Comte de Valfaffine &
du S. Empire, Lieutenant General des Armées
de l'Empereur , & Gouverneur des
Ville & Duché de Limbourg, & de Dame
Anne Duval , qui avoit époufé le 11. Mars
1717. Meffire Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , mourut le ....
Fevrier 1719.
M. l'Abbé Antoine fils de M. Antoine
Ecuyer , Porte Arquebufier du Roi , mourut
à S. Germain en Laye le 15. Fevrier
dans la Chancellerie . Il laiffe par fa mort
l'Abbaye de la Noce , Dioceſe d'Evreux ,
de 8000 liv. de rente , & celle de Grand-
Champs, de 1500liv.
Dame Françoise d'Aligre , Abbeffe de
DE FEVRIER . 129
l'Abbaye Royale de S. Cyr , mourut le 3-
de ce mois , âgée de 85. ans . Elle étoit fille
& petite- fille de Meffieurs d'Aligre Chanceliers
de France .
Mina ,
Morts Etrangeres.
Arie Gabrielle de Caretto de Gra
fille d'Oton Henry , Marquis
de Grana , & veuve de Charles François
Comte de Hoyos , Confeiller Aulique de
l'Empereur , mourut le 1. Janvier 1719-
âgée de 44. ans.
Henri Damofen , Capitaine Imperial
des Vaiffeaux de guerre , mourut à Vienne
le 2. Janvier âgé de 46, ans .
Anne Chriſtine de Herbst , épouse de
Laurens Michel Dizent de Felfental , Chevalier
du S. Empire & Confeiller Aulique
de l'Empereur , mourut à Vienne le s-
Janvier âgée de 49. ans .
Marie Françoife Comteffe de Kingfmaul,
veuve de N. Comte d'Hamilton , mourut
à Vienne le 7. Janvier âgée de 58. ans.
Dom Jofeph Molinés , cy devant Doyen
des Auditeurs de Rote , qui avoit été pendant
quelques années chargé des affaires
d'Efpagne à la Cour de Rome , & qui
avoit été pourvû de la Charge de Grand
Inquifiteur d'Espagne , mourut à Milan
le 10. Janvier , dans le College Helvetique
qu'on lui avoit donné pour priſon ,
110 LE MERCURE
depuis qu'il avoit été arrêté par ordre de
l'Empereur, en paffant par cette Ville pour
retourner en Espagne .
Jean François Comte de Thun , Chambellan
de l'Empereur , & Lieutenant du
Royaume de Boheme , mourut à Prague
le 23. Janvier en fa 34. année .
Jean Dominique Comte de Hocburg ,
Confeiller de l'Empereur , & Regent de
la Bafle - Autriche , mourut à Vienne le 23 .
Janvier âgé de 42 ans .
E
Charges & Gouvernemens Etrangers.
N Decembre 1718. le fieur Molara fut
nommé Prefer de l'Annonce . comme
Administrateur , en forte que le Pape ne
lui accorda que le revenu cafuel qui eft attaché
à cette Charge , & les appointemens
de cinquante écus par mois , furent retranchez
.
Et le fieur Nicolas Negroni , neveu du
feu Cardinal de ce nom , fut nommé pourvû
de la place de Clerc de Chambre , vacante
par la mort du fieur d'Afte .
-Emanuel Barbon , Colonel d'un Regiment
de l'Empereur , qui s'étoit fignalé en
Efpafgne & à Naples , fut nommé le 3 .
Janvier General de Bataille.
En Janvier l'Empereur donna le Gouver
nement du Milanez , vacant par la mort
du Prince de Louvenftein-Wertheim , à
DE FEVRIER
131
Hierôme Comte de Colloredo , Capitaine
Provincial du Marquifat de Moravie .
Et le Gouvernement de Bruges , à Maximilian
Jofeph Comte de Lalain , Vicomte
d'Oudenarde , cy- devant Gouverneur de
Lieres.
L5
MARIAGES.
E fieur Jules Imperiali , Genois , ayant
quitté l'Etat Ecclefiaftique , & ayant
donné la démiffion de la Charge de Clere
de Chambre , & de celle de Prefet de l'Annonce
, & pris la qualité de Prince de Santo
Angelo , époufa par Procureur le ....
Decembre N. fille de Nicolas Marie Pallavicini.
Le s . de ce mois , le Prince Ferdinand
de Baviere , fecond fils de S. A. Electorale
de Baviere , époufa en Boheme la Princeffe
de Saxe Lawenbourg, veuve du Prince Jean
Gafton de Toſcane.
Le Comte de Caftiglione , fecond fils du
Marquis de Prié , Commandant dans les
Pais - Bas Autrichiens , époufa à Anvers
le .... Fevrier N. Princelle de Squilace ,
Ducheffe de Montréal , Marquife douairiere
de Taracene , Grande d'Espagne , &
prit le nom de Prince de Squilace..
Paris.
M. de l'Ecuffans , premier Sous -Lieutenant
des Moufquetaires noirs du Roi ,
âgé de 8o. ans , a épousé le lundy gras 20.
de Feyrier , Mademoiſelle de la Suriere ,
112 LE MERCURE
fille de feu M. de la Suriere , premier Enfeigne
des Moufquetaires noirs , de S M.
Meffire Geofroy Macé Camus de Pontcarré
, Confeiller au Parlement , fils aîné
de Meffire Nicolas Camus , Seigneur de
Pontcarré , premier Prefident du Parlement
de Rouen & de Dame Marie-Anne
Claude Augufte le Boullanger de Viarme ,
fa premiere femme , a époufé le 25.
Fevrier 1719. N. de Jaffaud , fille aînée de
feu Meffire André Nicolas de Jaffaud ,
Prefident en la Chambre des Comptes ,
& de Dame Marie - Anne Couftard .
JOURNAL DE PARIS.
E
13.
Benefices Donnez .
Février La 1719. l'Abbaye Commen .
dataire de faint Marian d'Auxerre , Ordre
de Premontré , vacante par la demiffion
pure & fimple du fieur Henry Barail ,
dernier Titulaire , en faveur du fieur Nicolas
Jofeph Racine . . . . du Diocefe
Confeiller- Clerc au Parlement
de Paris , à la charge de 1200. liv.
de penfion pour ledit fieur Barail , à prendre
fur les fruits & revenus de ladite Abbaye.
de •
La Coadjutorerie de l'Abbaye RegulieDE
FEVRIER. 133
re de faint Martin de Mondaye , de l'Etroite
Obſervance , de l'Ordre de Prémontré ,
Dioceſe de Lizieux , dont le Perc Philippe
1 Ermite eft Abbé , en faveur du Pere Olivier
Jahoüel Prieur de l'Abbaye d'Ardeine.
Le Canonicat de l'Eglife Royale & Collegiale
de N. D. de Melun , vacant par
le décès du fieur Guibert , dernier Titulaire
en faveur du fieur Claude Fouillette Prêtre
du Dioceſe de ...
Le Canonicat de l'Eglife Collegiale de S.
Aubin de Guerande , Dioceſe de Nantes ,
vacant en Regale par la réfignation du
fieur Coü:ffin dernier Titulaire , en faveur
du fieur Jean Chauveau Prêtre dudit Diocefe
.
Le Prieuré de Grammont de Rouen, Or
dre de Grammont , poffedé par les Jefuites
de la Ville de Rouen , auquel le Roi a droit
de nommer , faute d'union faite fuivant
les formalitez prefcrites par les Ordonnances
, & des Lettrès Patentes enregistrées
conformément à l'Edit du mois de Septembre
1718. en faveur du fieur Guillaume
Guinot Prêtre du Dioceſe d'Autun ?
Clerc de Chappelle de Madame Ducheffe
de Berry ,
Le 22. Février l'Abbaye Commendataire
de Grand Champs , Ordre de S. Bernard
, Diocefe de Chartres , vacante par
le decès du fieur Abbé Antoine dernier Ti134
LE MERCURE
tulairé , en faveur du fieur Michel - Georges
Fournier , Prêtre du Dioceſe de ...
Le premier de ce mois , M. Coffin Recteur
de l'Univerfité , accompagné des Officiers
des Nations & de platfieurs Députez
des Facultez , prefenta au Roi un Cierge
fuivant l'ancien uſage , & harangua S. M.
avec beaucoup d'éloquence. Il alla enfuite
au Palais Royal, accompagné de même,
& en prefenta un à M. le Duc d'Orleans
auquel il fit un difcours qui fut fort approuvé.
Le 2. Fête de la Purification , le Roi
affifta à la Benediction des Cierges & à la
Proceffion . S. M. entendit la Grand' Meffe
chantée par la Mafique . L'après- midi , lë
Pere Surian , Prêtre de l'Oratoire , prêcha
devant le Roi , pour l'entrée de fon Carême
.
Le Prince Don Emanuel de Portugal
aprés un féjour d'environ deux mois en
cette Cour , où il a été incognito , en eft
parti pour retourner à celle de Vienne . Cé
Prince a toujours été logé chez M. lé
Comte de Ribeira , Ambaſſadeur de Portugal.
M. le Couturier a obtenu la penfion de
1500. liv.comme Maiftre des Comptes.
M. de Monticourt , ancien Exempt des
Gardes de la Prevosté , attaché à M. le
Garde des Sceaux , en qualité de Capitaine
at fes Hoquetons , a eu un Brevet de reté-
}
DE FÉVRIER.
135
nue de 2000. liv. fur cette Charge qui
dépend de M. de Montforeau Prevôt de
l'Hôtel , & Grand Prevôt de France .
Of Le s.la Lieutenancé de Roi de Metz , a
ta é‹é donnée au ſieur Abel qui étoit Major
par la mort du fieur Belloy. Le fieur de Ca-
Ṁ ny Ayde Major , a monté à la Majorité,
Le Gouvernement de Briençon a été conferé
le 16. à M. de Cheyladet Lieutenant
General , par la mort du fieur de Saint Silveftre.
Ce Gouvernement rapporte environ
dix mille livres de rente.
La Majorité de Mont- Louis à été donnée
au fieur de Cantagrel Commandant le
fecond Bataillon du Regiment d'Orleans .
Infanterie , par la mort du fieur de Bacqueville
.
Le s. Milord Stairs , Ambaffadeur Extraordinaire
, & Premier Gentil- homme du
Roi de la Grande Bretagne , fit fon entrée
publique en cette Ville. Le Roi , les Princes
& les Princeffes du Sang , y envoyerent
leurs Caroffes à l'ordinaire , ainfi que M.
le Duc de Chartres. Le 7. le Prince de
Lambefc & le Chevalier de Sainctot Introducteur
des Ambaffadeurs allerent
prendre ce Milord à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires , dans le Caroffe du
Roi , & le conduifirent à fa premiere Au- .
dience publique de S. M. où tout le paffa
fuivant les ceremonies accoûtumées .
,
Le 11. il eut au Luxembourg , fa premie136
LE MERCURE
re Audience publique de Madame Ducheffe
de Berry ; & le 15. de Madame , & de
M. le Duc d'Orleans . Ce Milord a été regalé
fplendidement foir & matin , à l'Hôtel
des Ambaffadeurs , depuis le Dimanche
au foir jufqu'au Mercredi fuivant . Il y avoit
des couverts à chaque repas pour 160.
perfonnes. On renvoye le Lecteur à une
Relation imprimée de l'Entrée de cette Excellence
, où on trouvera un détail de toute
la Marche , de la magnificence des Caroßes,
de la Livrée & des Equipages , &c.
Le Confeil de Regence a été transferé du
Palais des Tuilleries au Louvre , dans l'appartement
de la Feuë Reine Mere . Monfeigneur
le Regent a jugé à propos de prendre
cette précaution pour la fanté du Roi , à
caufe d'une petite verole volante dont Mademoiſelle
de Chartres a été attaquée .
M. le Blanc , Secretaire d'Etat pour la
Guerre , a envoyé des ordres, à tous les Of
ficiers dont les Regimens font en marche
pour la Frontiere d'Espagne , de s'y rendre.
M. Girault Ecuyer de Madame la Ducheffe
d'Orleans , ayant obtenu la Chard'Huiffier
de la Chambre du Roi, de feu
M. Dubois , a revendu cette charge 40000.
liv . à M. Pouget.
ge
Le 12. le Roi entendit la Meffe de Requiem
, où le Deprofundis fut chanté par la
Mufique , pour l'Anniverfaire de Madame
la Dauphine fa Mere.
Le
DE FEVRIER. 737
Le 15. le Roi entra dans fa dixiéme an
née, & reçût les complimens des Princes &
Seigneurs de la Cour. S. M. entendit la
Melle dans fa Chapelle , qui fut chantée
par la Mufique. A fon dîner , il y eut un
grand concert d'Inftrumens , & le foir il
vit la repreſentation d'une Comedie Italienne.
Le 16.Madame de la Force Abbeffe d'Iffy,
a été benite dans la Chapelle de l'Archevêché
par M. le Cardinal.
› vacante
a été con-
La Commanderie de Boncourt
par la mort de M. Sevin de Bendeville ,
Grand Prieur de Champagne
ferée à M. le Bailli de Mefmes Ambaffadeur
de Malthe ; elle rapporte 15. à 16000
liv. de rentes .
M. le Maréchal de Tallard a vendu
220000 liv. la Lieutenance Generale de
Dauphiné à M. le Marquis de Saffenage.
M. Marêchal premier Chirurgien du Roi ,
a vendu 6000 liv. avec l'agrément de
S. M. & de M. le Regent , la furvivance
de cette Charge , à M. de la Perronie celebre
Chirurgien , à qui le Roi a accordé
un Brevet de retenue de 40000 liv . Le Fils
de M. Maréchal , Gentilhomme ordinaire
du Roi , & Maître d'Hôtel de S. M. a obtenn
une penfion de 3000 liv . pour la ceffion
qu'il a faite de la furvivance de cette
Charge dont il étoit revêtu.
Le 18. M. le Duc de Chartres reçût la
M
138 LE MERCURE
vifite de l'Amballadeur d'Angleterre , à qui
ce Prince avoit envoyé quelques jours auparavant
, M. de Marmagne fon premier
Gentilhomme , pour le complimenter.
Le 18, le Roi entendit la Melle de l' Anniverfaire
de feu M. le Dauphin fon pere, &
le De profundis chanté par la Mufique .
Le même jour , Madame alla voir Madame
la Ducheffe la jeune qui fe porte mieux.
le 19. le Roi accompagné du Duc de
Bourbon & du Maréchal Duc de Villeroy,
alla prendre l'air à la porte S. Antoine, A
fon retour , il y eut un Bal aux Tuilleries,
fur les fix heures du foir , dans le grand
Cabinet de Sa Majefté, Les jeunes Seigneurs
qui ont l'honneur d'être ordinairement
auprés du Roi , eurent celui d'y danfer
devant lui , & fa Majefté commença
Elle même e Bal par un Menuet qu'elle
danfa avec le Duc de Bouflers. Sa Majesté
danfa auffi plufieurs entrées de Balet , avec
toute la grace , la propreté , & la juſtelle
poſſible ; on danla enfuite plusieurs contredanfes.
Ce petit Bal dura une heure & demie
, en prefence de Monfeigneur le Duc ,
de Madame la Ducheffe de Ventadour , &
de M. le Maréchal de Villeroy. Ce Bal fut
public.
Voici les noms des jeunes Seigneurs qui ont
en l'honneur de danfer devant le Rai
& avec lui.
M. le Duc de Bouflers , M. le Duc de
Montmorency , M. le Comte de Ligny , fils
DE FEVRIER. 239
de M. le Duc de Luxembourg, M. le Prince
de Tarente , M. le Prince de Bouillon ,
Mrs, de Goudrin & d'Epernon , petits fils
de M. le Duc d'Antin , M. le Marquis de
Cruffol , d'Uzez , M. le Chevalier de la
Valiere , M. le Marquis de Villars , M. le
Marquis de Bezons , M. de Coigny , M.
le Marquis de Courcelles , Grand Maréchal
des Logis M. le Marquis de Châteauneuf
fils de M, de la Vrilliere , M. de
Croifly fils de M. de Tarcy , M. le Chevalier
de Chambonas.
Le Mardi Gras Sa Majefté alla dans les
Galleries du Louvre vifiter l'appartement
& le cabinet du fieur Bidaut , & celui du
StArmand, qui font remplis de curiofitez de
Mécanique. Sa Majefté vifita auffi en paffant
l'Imprimerie Royale.
Voici les Comedies qui ont été jouées de- ·
vant le Roi, pendant le mois de Février.
Le Malade Imaginaire , avec fes Intermedes.
Arlequin Prothée , Comedie Italienne.
Pourceaugnac avec fes Intermedes.
Le Medecin malgré lui , Comedie Françoife.
Arlequin Medecin volant , Comedie
Italienne .
Oedipe , Tragedie Françoiſe.
Arlequin Pluton , Comedie Italienne.
Le Roi de Cocagne, Comedic Françoile .
Le Port à l'Anglois , Comedie Italienne.
Mij
140 LE MERCURE
Arlequin dans l'Ifle de Ceylan , Comedie
Italienne.
.
Le 23. Meffire Jean - Baptifte Maffillon
Evêque de Clermont , fut reçû à la place
vacante par le decès de M. l'Abbé de Louvois
, dans l'Académie Françoife . Il prononça
un difcours Académique qui ne
démentit point la réputation qu'il s'eft
faite par l'éloquence de la Chaire. M. l'Abbé
de Fleury , Confeffeur du Roi , &
Chancelier de l'Académie , répondit à ce
difcours . M. de la Motte un des 40. y récita
4. de fes Fables qui plûrent beaucoup
à cette celebre Affemblée.
On continue à faire partir pour le Miffiffipi
, de jeunes garçons & de jeunes filles ,
tirez de differens Hôpitaux du Royaume.
En arrivant à la Rochelle où ils doivent
s'embarquer , on compte so. liv. à chacun .
On mande de Caën , qu'on en avoit fait
-partir 250.
Lorfqu'ils feront arrivez à la Loüifianne,
on leur donnera en propre des Terres à
défricher qu'ils cultiveront à leur profit.
On y fait auffi paffer beaucoup de Deferteurs
, fuivant l'Ordonnance du Roi . On
ne doute pas à prefent que cette Colonie ne
foit trés avantageufe à l'Etat , par l'attens
tion & les vûës juftes de Meffieurs les Directeurs
; furtout , depuis la réunion del a
Compagnie du Senegal à la Compagnie
d'Occident , dont cette derniere a fair
DE FEVRIER. 141
l'acquifition moyennant feize cent mille
livres.
Penfions accordées .
10000 liv. à M. de Bouzols Vicomte de
Beaune , Beau - frere de M. de Torcy. 6000
livres à M. de Lignerac Colonel ... , .
4000 liv. à M. de Damas, frere de M.Ruffec
Sous- Gouverneur du Roi.
Le 24. M. Bofc Procureur General de la
Cour des Aydes , a acheté la Charge de Secretaire
du Cabinet, de M.de Valincourt Secretaire
des Commandemens de M. le Comte
de Toulouſe & de la Marine .
Le 25. M. de Cronftrom n'a pas encore
reçu les ordres de la nouvelle Reine de
Suéde , pour notifier la mort du feu Roi fon
frere. Comme il a péri un Vaiffeau Suédois
à l'entrée du Texel , on croit que ces
ordres y ont péri y ont péri en même- tems. Cet Envoyé
en attend lé Duplicata inceflamment.
Le 27, on a brûlé à l'Hôtel de Ville cinq
mille cinquante-cing Billets d'Etat ; ce
qui joint avec les précedens , monte à la
fomme de 73. millions 17800 liv.
Les Fermiers Generaux ont loué le bel
Hôtel de Bretonvilliers à la pointe de l'Ifle,
pour y transporter leurs Bureaux , & ils
quittent l'Hôtel de Charny où ils étoient
établis depuis fi longtems.
M. de Saint Silveftre a laiffé par fa
#42 LE MERCURE
mort un grand Cordon rouge de 4000
4000 liv.
de rente .
Les principaux Habitans d'un canton de
la Generalité d'Auch , nommé Fezenzaguet
, de 48. Jurifdictions, y compris la
Ville de Mauvoifin , ont envoyé le mois
dernier une Requête , pour fupplier le Roi
de leur accorder la même grace qu'il a
accordée à l'Election de Niord ,par l'Etabliffement
de la Taille fuiv . le nouv.Tarif.
La Ville d'Orbeq en Normandie , a demandé
& a obtenu un Arrêt pour y établir
pareillement la Taille comme ci -devant.
1
Les Commiffaires ont entierement adjugé
les Baux de l'Election de Niort ; ils
continuent avee fuccès à adjuger les Baux
de la Generalité de la Rochelle.
AU ROY ,
Sur le jour de fa Naiffance.
Compliment envoyé par M. le Comte
d'Auvergne , Penfionnaire du College
de Louis le Grand.
D Epuis cinq ou Ex jours , site , maint Ecoline
Grand & petit de toute forte
Soit que j'entre en Claffe ou j'en forte,
Me tire par la robe , & puis vient me crier :
Souvenez- vous , Monfieur le Comte ,
Que mercredi prochain eft , felon nôtre compie ,
DE FEVRIER.
$43
Le quinziéme de Février.
Vous devez au Roi nôtre Sire
Pour nous un petit Compliment.
J'entend bien ce qu'ils veulent dire ,
Et vôtre Majefté l'entend parfaitement.
La jeunefle , Sire , eft plaifante !
Parceque l'an paſſé vous nous fîtes du bien ,
Elle veut deformais que ce foit une rente ;
Yous fçavez qu'à nôtre âge on ne doute de rien.
Mais il faut fe rendre juftice :
On craint
Nous avons de droit le Jeudy.
Y joindre encore le Mercredy ,
que ce ne fût un peu trop d'exercice.
Des gens même peut- être en gronderoient tout bas ,
Et diroient comment donc à moins de maladie ,
Tous les jours que Dieu fit , le Roi même étudie ,
Et ces petits Meffieurs feront plus délicats !
L'argument feroit bon , Sire , & pourroit conclure,
Si nous avions reçû tous ces dons excellens ,
Cette facilité d'efprit , cette ouverture ,
Quelque partie enfin de ces rares talens
Dont pour notre bonheur vous dota la nature.
L'Etude qui vous coûte peu
Pour vous en être fait une douce habitude ,
N'eft plus pour vous étude , c'eft un jeu ;
L'étude pour nous eft étude ,
Il nous faut quelque reconfort ;
Mais fur le choix du jour on n'eft pas bien d'accord.
L'un rejette en ceci ce que l'autre conſeille ;
Le Mercredi de vrai caufe quelque embarras;
Le Mardi viendroit à merveille ;
Et faufmeilleur avis , je croi qu'en pareil cas ,
Lorfque le jour ne convient pas ,
On peut fort bien chommer laveille :
Quoiqu'il en foit , pourvu qu'en ce petit canton
Nous puiffions de vôtre licence
Chanter & ce'ebrer vôtre heureuſe naiffance ;
Le jour , la veille , tout eft bon .
Quand vous plaira t'il qu'on commence ?
C'est à vous , Sire , à nous donner le ton.
144
LE
MERCURE
VERS
.
Adreßez au Roi le quinziéme Fevrier
jour defa naiẞance, par M. Chanfierges.
P
Rince qui fçais charmer nos coëurs & nos efpiirs
;
Toi que le Ciel a voulu faire naître
Au milieu des jeux & des ris ;
Que l'on voit tous les ans en ces jours reparoitre.
Ne pourrois- je par là dévoiler l'avenir ?
De fi favorables aufpices ,
Préfagent bien que tu vas devenir
De tes Sujets ' a joye & les delices.
De nôtre elpoir fo'ide appui ,
Nous devons célebrer ton heureuſe naiffance ,
Puifque c'eft enfin aujourd'hui
Que pour le bonheur de la France ,
Le jour vit naître un Prince encor plus beau que
lai.
Par lui commencera ce grand nombre d'années ,
Que te doivent encor filer les deftinées ;
Et le Ciel comblant nos defirs ,
Par lui commenceront nos plus tendres plaifirs.
Sur le départ de M. le Comte de ... i
pour les Ifles , par Madame V ....
Sur l'air , Quand le peril eft grand.
C Her Comte , pour vôtre Voyage ,
Le verre en main je fais des voeux.
Que les Amours , les Ris , les Jeux
yousfuivent à la nage
Que
DE 145 FEVRIER.
Que le Dieu du vin faffe boire
De fon nectar au Dieu des eaux ;
Afin qu'il rende fes canaux
Plus unis que l'yvoire.
Que le vent fur l'humide plaîne
Vous faffe arriver promtement ;
Mais , qu'un plus favorable vent
Bien vite vous rameine.
Sur le Menuet de Mademoiſelle Antier,
O
N fuit en vain le danger
De s'engager ;
L'Amour vient fans y fonger.
J'ay bû de la main d'Iris.
Cette faveur m'a furpris.
Que de charmes !
Quelles allarmes !
Belle Iris , verfez- moi plein :
Triomphez la bouteille en main.
Je vous aime ,
Bachus même ,
Vous cede ici par honneur
Tous les droits qu'il a fur mon coeur.
- AL- DAG- DAS- THE DOG- ODE DELDHE• THE THE C
Le mot de la premiere Enigme du mois
pallé étoit les Gants , & celui de la feconde
, la Trufe.
N
Février
1719.
346 LE MERCURE
ENIGME
Par M. l'Abbé de Souillac.
E me produis chez les humains
Sous des formes bien differentes :
Lorfque je fuis aux champs , les plus ruftiques
mains
Sont pour me faire affez fçavantes .
Là , mon habillement eft de laine cu de fil .
Dans les grandes Citez , il eft fouvent de foye.
Je m'y cacho par fois fous un voile fubtil ;
Et par fois toute en feu , j'aime que l'on m'y voye.
Aux champs le plus fouvent tête à - tête je fuis
Avec une jeune Bergere ,
De qui je fais pour l'ordinaire
Ou les plaifirs ou les ennuis .
A force de monter , à force de defcendre ,
Mon corps le fait par dégrés differens ,
Mais , quand je fuis parmi les grands
Sans me manifefter , la difcorde m'engendre.
Quelquefois de la nuit chaffant l'obſcurité ,
Je luis pour tout un peuple , un figne d'allegreffe ;
Et d'autres fois je le confefle ,
Je
fuis mere du meurtre & de la cruauté.
Quand ma naiffance eft invifible ;
Je produis d'ordinaire un defordre terrible.
Par un vaillant Eunuque on me vit fignaler :
Dans ces occafions je mets tout pêle mê e ;
Et l'on ne peut me demêler
Que bien du monde ne s'en mêle.
AUTRE.
Eux à qui je parois le moins confiderable ,
Auroient beaucoup de peine à fe pafler de moi ,
Je touche de fort prés la perfonne du Roi ,
Je monte en fon caroffe, & me place à fa table.
-ik
DE FEVRIER . 147
Les beautez qu'ici bas on nomme des merveilles,
Souffrent avec plaifir que je fuive leurs pas ;
Et je verrois de prés leurs plus fecrets appas,
Si j'avois auffi bien des yeux , que des oreilles .
On me trouve à la noce , on me porte à la dance.
Je brille dans les Bals paré de diamans ;
Vous qui cherchez mon nom,Belles aux traits charmans
,
1
Devinez , c'eft affez le mettre en évidence.
CHANSON.
>
U'il eft propre à fe faire aimer ,
L'aimable Berger qui m'enflâme !
Tout ce qui peut plaire & charmer
Eft dans les yeux & dans fon ame .
Ah , que fes doux regards , & fes tendres foupirs
Servent bien les delirs !
************
NOUVELLES ETRANGERES.
POLOGNE.
A Varfovie , le 12. Février 1719.
Es Evêques de Cujavie, de Pofnanie &
& Senateurs du Royaume , ont tenu diverfes
Conferences avec le Prince Dolhorulky
, Ambaffadeur Extraordinaire de Mofcovie.
Ce dernier , aprés leur avoir temoigné
la fatisfaction qu'il reffentoit des affŷ-
Nij
148 LE MERCURE
rances d'amitié que le Roy & la Republique
avoient données au Czar fon Maître ,
les avoit reciproquement affûré , au nom de
S. M. Cz. qu'elle n'avoit rien tant à coeur ,
que d'entretenir avec ce Royaume la bonne
Intelligence, & l'harmonie fi folidement établie
par les traités : Que c'étoit pour ce fujet
, qu'elle venoit d'envoyer ordre à fes
Troupes d'évacuer la Pologne. Cet Ambaffadeur
a infinué aux Senateurs , que comme
le Czar paroiffoit fort porté à approuvet
le mariage projeté entre le Margrave
de Brandebourg avec la Ducheffe Douairiere
de Curlande , S. M. Cz. fe flattoit que
cette alliance ne feroit point improuvée par
les Eftats du Royaume , ou que tout au
moins leur défaveu n'y pouroit point préjudicier
; attendu que le Margrave , à l'imitation
de fes Predeceffeurs , demeureroit
Vaffal de la Republique , par raport à la
poffeffion de cette Duché qu'il tiendroit en
fief de la Pologne : Maisque , fi la Repu
blique refufoit abfolument de donner les
mains à cette affaire , ainfi qu'aux pretentions
de S.M.Cz. contre laVille de Dantzik,
le Czar fon Maître feroit obligé de prendre
des meſures convenables à fes interefts . On
répondit à ce Miniftre qu'on feroit raport au
Roy de ce qu'il venoit de leur declarer. En
attendant , on a expedié du Bureau de la
Chancelerie une Lettre au Czar , pour le
prier de nouveau de faire retirer , avant
DE FEVRIER. 149
toutes chofes , fes Troupes hors du Royaume;
puifque ce feroit agir contre l'honneur
de la Nation , que de prendre des réfolution
fur des demandes auffi importantes
pendant qu'uneArmée étrangere feroit dans
le fein de leur Pays.
Le Roy n'ût pas plûtôt appris la mort du
Roy de Suede , qu'il partit le 19. du mois
paffé en Pofte , pour fe rendre dans fes Eftats
Hereditaires de Saxe, accompagné du Colonel
Veans. S. M. doit retourner aux mois
de Mars prochain à Frauftadt , pour y reprendre
les Conferences de la Diette generale
de Grodno , & pour y donner , à ce que
Pon pretend , au jeune Duc de Curlande
l'inveftiture de cette Duché . Le Roy a pour
cet effet invité par des Lettres circulaires ,
plufieurs Senateurs & grands Seigneurs du
Royaume , à affifter à la ceremonie de l'inftallation
de ce jeune Prince . L'Envoyé du
Khan des Tartares , dont le principal fujer
de la Commiffion étoit de découvrir la fi
tuation des affaires de ce Païs , s'en retourne
à petite journée . Les Tartares qui s'étoient
avancé fur la Pruth , fe font retirés ,
aprés avoir agi en Tartares dans la Moldavie
& dans Valachie. Le Prince Lubomirski
que l'on a vû à Paris , a époufé la Comteffe
de Denhoff .
Le départ du Roy a donné lieu à divers
raifonnemens ; mais , l'on fçait à préfent que
S. M. en s'en retournant fi promptement
'N iij
Iso LE MERCURE
dans fes États , n'a û pour objet que les
grands preparatifs qui s'y doivent faire , à
f'occafion du mariage projetté du Prince
Electoral fon fils avec une des Archidu
cheffes.
Les Senateurs & les Miniftres d'Etat , ont
û une nouvelle conference avec le Prince
Dolhorousky , à qui ils ont communiqué
de bouche & par écrit , la reponfe aux demandes
du Czar . Elle contient en fubftance
, que comme la Republique n'étoit entrée
dans aucun engagement avec S. M- Cz.
pour lui fournir du fecours par Mer , la
Ville de Dantzik n'étoit pas pat confequent
obligée de lui donner les Fregattes en quef
tion : Que ce Prince feroit en état d'en
conftruire 40. de toutes les fommes qu'il a
exigées de cetteVille Ar featique : Que pour
ce qui regardoit la Curlande , la Republique
n'en pouvoit nullement difpofer , attendu
que Prince Ferdinand , le legitime
Vaffal , vivoit encore : Que même , aprés
la mort de ce Prince , elle feroit encore
bien moins en pouvoir d'en difpofer ; puifqu'en
vertu d'une conftitution paffée en
1589. entre la Republique de Pologne &
la Nobleffe de la Curlande , cette Duché
devoit retourner à la Pologne , être convertie
en un Palatinat , & refter unie au corps
du Royaume.
DE FEVRIER
*151
A Peterbourg, le 1. Fevrier.
M. Tolfton a été élevé à la Charge de
Gouverneur General de toute la Ruffie , &
a été en même tems honoré le Czar de
par
l'Ordre de S. André , avec une penfion annuelle
de 4000. Ducats . On a expolé fur
une Roue les Corps de ceux qui ont été
executés à mort pour le crime de Felonic.
S. M. Cz, eft , dit on , refoluë d'aller au
Printems prochain vifiter diverfes Cours de
F'Europe , pour ôter à fes alliés l'ombrage
qu'ils pouroient avoir juftement conçû des
-négociations fecrettes qu'elle avoit pratiquées
avec la Suede . Les Plenipotentiares
Mofcovites font arrivés de l'ifle d'Aland ;
ils ont fait raport au Czar de toutes les
conferences qui s'y étoient tenues avec les
Miniftres Plénipotentiaires Suedois . Ce
Monarque depuis la nouvelle de la mort du
Roy de Suede , a donné ordre de faire marcher
par précaution 10000. Hommes en
Livonie , & autant en Finlande .
SUEDE.
A Stokholm, le 28. Janvier 1719.
N reçût le 16. de Decembre les
mieres nouvelles de la mort du Roy
de Suede ; elles furent aportées par le General
Ajudan Sieker qui le trouva prés de
Niiij
252 LE MERCURE
ce Prince lorfqu'il fut tué. Auffi tôt que le
Senat en ût été informé , la Princeffe Ulrique-
Eleonore fut reconnue Reine. Le 18.
cette trifte nouvelle fut publiée dans toutes
les Eglifes , ainfi que l'avenement de la Princeffe
à la Couronne ; & il a été réfolu que
la ceremonie du Couronnement ſe fairoit à
Upfal , à 7. lieues de cette Ville , le 19.
Février. La nouvelle Reine ayant mandé
tous les Confeils , leur promit de renoncer
au pouvoir arbitraire . Če Royaume joüit à
prefent d'une parfaite tranquillité. La Reine
a établi 7. nouveaux Confeillers d'Eftat .
La plupart des Deputés , qui doivent aſſifter
à l'Affemblée des Eftats Generaux , font
arrivés dans cette Capitale. La Reine a déclaré
que fon intention étoit de rétablir les
Senateurs dans leurs anciens droits. Le Baron
de Goortz eſcorté par un détachement
de 300. Gardes du Corps , fut amenè dans
cette Ville le 8. de ce mois : Il a été renfermé
dans une des Prifons de l'Hôtel de
Ville. Le Comte de Vendernath , M. Hagen
Confeiller de la Cour & M. Eckelof Secretaire
, ont été mis en Arrêt . Le 10. de ce
mois , le Confeil établi pour examiner le
Baron de Goortz , a commencé à s'affembler
11 eft compofé de deux membres de
chaque Etat & de chaque College , y compris
deux Miniftres . On fait de grands préparatifs
pour les funerailles du Roy. Le
Corps de S. M. doit être inhumé peu aprés
DE FEVRIER
la tenue des Etats . Les Armateurs Suedois
& Etrangers qui portoient Pavillon de
Suede , ont reçû des ordres de ne plus continuer
leurs courſes . On a relâché ici deux
Vaiffeaux Hollandois qui avoient été arrêtés
l'Eté dernier ; & on écrit de Gottembourg
, que quelques Vaifleaux qui avoient
été pris & menés dans le port de cette Ville ,
avoient û la liberté de s'en retourner.
Nôtre Armée a û le bonheur de fortir de
Norwege , fans avoir été pourſuivie dans
fa retraite ; le Prince hereditaire de Heffe-
Caffel ayant fait défiler toutes les Troupes
devant lui , jufqu'à ce qu'elles fuffent à l'abri
de toutes infultes. On aprehende fort
que les Juges que l'on a nommé au Baron
de Goortz , ne lui foient pas favorables ;
ce Miniftre s'étant fait beaucoup d'ennemis
, pendant qu'il a û la confiance du feu
Roy. On dit que lorfqu'il fut arrêté prés
de Stromftatd, il parut fort furpris. Lorſque
l'Officier qui avoit cet ordre , lui demanda
fon épée , il répondit , en la lui remettant
: Voilà , M. la recompenfe de tous les
Services importans quej'ay rendus à la Suede.
On écrit du Holftein que le General Suédois
Ahrenfeld , n'étoit point encore forti
du Baillage de Dronthem , & qu'il avoit
reçû ordre du Senat de Stokholm , de n'en
partir qu'à la derniere extrémité , mais ,
cette nouvelle ne paroît pas fe confirmer .
Le jeune Duc d'Holftein Gottorp a falué
154 LE MERCURE
la Reine , & l'a complimentée fur fon a
venement à la Couronne. Le Corps du
feu Roi fera expofé dans le Palais de Karliberg
, jufqu'au tems de fes Obfeques
pour lefquelles on fait des préparatifs extraodinaires.
Veritable Portrait du Roi de Suede , tel
qu'il nous a été envoyé de Stokholm.
Ca
"
Harles XII . Roi de Suede avoit eu 36.
vans accomplis au mois deJuin dernier.
Il avoit le Corps droit ; la taille au- deffus
de la mediocre , menue & bien prife ; les
cheveux bruns , courts & négligez le
front élevé , les yeux vifs & penetrans le
nez grand la bouche agreable , le vifage
long & bien proportionné . Il étoit d'une
complexion robufte , qui s'étoit encore for
tifiée par les fatigues continuelles dans
lefquelles il s'étoit endurci ; & rien n'éga
loit fon adreffe dans tous les exercices du
Corps. Il portoit ordinairement un habit
bleu , tout uni , avec les manches ferrées
comme celles de la vefte , une culotte de
peau , un ceinturon de euire , une épée
affez longue , des bottes d'une vache molle
fans genouilleres , & une cravate de taffetas
noir , qu'il ne quittoit que deux fois
la femaine , en changeant de chemife . Il ne
portoit ni manchettes , ni dentelles . Il é-
Loit prefque toujours à cheval , & en chan
DE FEVRIER.
155
geoit plufieurs fois par jour. Il n'y en avoit
point de fi fougueux , qu'il ne domptât aifément
: La felle , la houffe , & les chaperons
des pistolets étoient de cuir & à l'antique.
Il vivoit dans une frugalité extraordinaire
; on ne lui fervoit que fept plats
accommodez à la Suedoife , & qui ne confiftoient
qu'en groffes viandes. Il ne demeu
roit tout au plus qu'une demie- heure à table
; pendant le repas il parloit fort peu ,
de même que ceux qui mangeoient avec
lui : Il n'y avoit ordinairement que fept ou
huit perfonnes. Il ne bûvoit que de la petite
bierre , & jamais de vin . La plupart du
tems , lorfqu'il étoit en marche , il cou
choit fur la paille , ayant un carreau de
drap bleu qui lui fervoit de chevet , fans
fe deshabillier , ni fans ôter fes bottes ; ou
s'il les quittoit , on les mettoit auprés de
lui avec fon épée. Il fe couchoit d'ordinaire
à dix heures du foir , & fe levoit à cinq du
matin. Pour fon déjûner il prenoit du Bieren-
broot , ou foupe à la bierre ; aprés quoi
il montoit à cheval . Il faifoit obferver une
Difcipline admirable parmi fes Troupes
& étoit fi exact à faire faire la priere deux
fois par jour , qu'il faifoit arrêter fon Armée
, lorfqu'elle étoit en marche , pour y
vaquer aux heures prefcrites ; aprés quoi
l'on continuoit la marche . Il étoit d'une retenue
incroyable à l'égard des femmes ; &
comme elles ne font qu'amollir le courage
356 · LE MERCURE
des Soldats , il n'en vouloit fouffrir aucune
dans fon Armée . S'il s'y en trouvoit , illes
faifoit chaffer honteufement . Il parloit par
faitement bien Latin , & portoit prefque
toujours les Commentaires de Céfar. Ennemi
de la flatterie , content de faire des chofes
dignes de loüanges , il ne vouloit pas
même être loué. Genereux & charitable , it
faifoit des prefens mediocres aux Grands
pour leur marquer fon eftime , & répandoit
de grandes liberalitez fur ceux qui
voient befoin de fon fecours , avant qu'ils
l'imploraffent . On ne peut voir des gens
mieux faits , ni d'un meilleur air , que les
Officiers & les Soldats Suedois. Il y a toujours
eu un fi grand ordre , & une fi belle
diſcipline parmi fes Troupes , que dans les
divers avantages qu'elles ont remporté fur
lesMofcovites, les Soldats n'ofoient dépouil
ler les morts , jufqu'à ce qu'ils en euffent
la permiffion. C'eft une chofe digne d'ad
miration , qu'une poignée de Suedois ait fi
fouvent remporté des victoires fignalées
fur de nombreufes Armées de Moscovites.
Les grands Echecs que ce Prince a reçûs
depuis ce tems, n'ont fervi qu'à faire éclatter
encore plus éminemment fon courage,
& celui de fes Soldats, & à le faire regarder
comme le Heros de fon ficcle.
DE
DE FEVRIER. 157
Lettres Patentes & ordres de Sa Majesté
Suedoife aux Etats du Royaume , pour les
convoquer dans une Affemblée generale , le
30. Janvier de l'annéefuivante 1719. Don
nées à Stokholma le 15. Decembre 1718 .
vieux ftile. & 26. n. ft .
N
:
OUS Ulrique Eleonore , par la
Grace de Dieu Reine de Suede , des
Gots , des Vandales , grande Princefle de
Finlande , Ducheffe de Schonen , Eſtonie ,
Livonie , Carelic , Bremen , Verden , Stetin
, Pomeranie , Caffubie & Vvendens ,
Princefle de Rugen ; Dame d'Ingetmerlande
& de Vvilmar , Comteffe Palatine du
Rhin & de Baviere , Ducheffe de Juliers
de Cleres & de Bergues , Land. grave &
Princeffe hereditaire de Heffe , Princeffe de
Hirschfeld , Comteffe de Catzenelbogen ,
Dietz Ziegenhem- Nidda & Schaumburg
Bc. A tous mes Amés Feaux & Fideles fujets
, les Etats du Royaume , Comtes , Ba
rons , Evêques , Chevaliers , Nobleffe &
gens d'Eglife , aux Officiers Militaires ,
Bourgeois , Communautés de Villes , &
Habitans dans nos Domaines de Suede , &
dans la grande Principauté de Finlande ,
nôtre faveur particuliere & bonne volonté
par le Dieu tout- Puiffant C'eft avec plaisir
que nous vous faifons fçavoir à tous en geLE
MERCURE
neral , & à chacun en particulier , que comme
par le paffé , le Dieu tout- Puiffant a vifité
ce Royaume qui eft nôtre chere patrie ,
de pufieurs châtimens & calamités à cauſe
de nos pechés ; de forte qu'il nous a depuis
peu fait fentir le poids de fon indignation ,
lui ayant plû par une fuite de fes decrets &
Confeils immuables , & à nôtre extrême
douleur & perte , & à celle de la famille
Royale , auffi bien qu'à la vôtre , de nous
enlever par une mort non attendue & foudaine
, nôtre trés honoré & cher Seigneur
& Frere , le trés- Puiffant Prince Charles
XII- Roy de Suede , des Gots & Vandales ,
grand Prince de Finlande, Duc de Schonen ,
d'Eftonie , de Livonie , de Carelie , Bremen
, Verdin , Stetin , Pomeranie , Caf
fubie & Venden , Prince de Rugen , Seigneur
d'Ingermerlande & de Vvifmar
Comte Palatin du Rhin & de Baviere
Duc de Juliers , de Cleves & de Bergues ,
feu nôtre trés gracieux Roy & le vôtre .
佛
Quoique nous ne doutions point que cette
mort lamentable ne vous ait penetré juf
qu'au coeur auffi -bien que nous , parce
que vous favez qu'elle eft arrivée dans un
tems où le Royaume eft attaqué & environné
de tous côtés ; au dehors , par des ennemis
fort animez & puiffans ; & qu'au
dedans , il eft par tout fi affoibli & déchû
par de longues Guerres , & par les divers
malheurs & incommodités qui en proce
DE FEVRIER . 159
nôtré
dent , qu'il ne nous reftoit aucune efperance
que dans la grande mifericorde & tout-
Puiffance deDieu , pour furmonter les embaras
& les dangers extrêmes où il fe trouvoit
réduit , cependant , nous ne devons
pas abandonner toute réfolution & toute
force ; mais , nous devons premierement
fuplier Dieu avec confiance & humilité ,
qu'il nous infpire & nous beniffe de fes
Confetls, comme il fera plus expedient, dans
cette trifte fituation d'affaires
, pour
chere patrie ; & enſuite, dans l'efperance de
la faveur de la bonté de Dieu , mettre courageufement
la main à l'oeuvre, afin que nos
adverfaires voyent que nous ne perdons pas
courage , & que nous ne nous abandonnons
pas nous-mêmes . Dans cette fituation d'affaires
, vous ne pouvés apprendre qu'avec
- plaiſir , qu'étant duëment touchée du foin
de nôtre bien & avantage , auffi bien que
du vôtre , nous n'avons point été éfrayée
par les circonftances dificiles de ces tems ,
de monter fur le Trône , qui , par la funefte
mort de Sa Majefté , nôtre trés honoré
& bien aimé Seigneur & frere , par nôtrẻ
droit de naiffance , nous eft devolu : Et au
nom du Dieu tout Puiffant , & aprés l'avoir
fuplié de nous accorder fon fecours &
fa protection , nous avons actuellement pris
le Gouvernement en main . Nôtre intention
& deffein eft dans une vûë fincere du bien ,
de la profperité & du bonheur de nos
A
!
160 LE MERCURE
Royaumes & de nos fideles fujets , comme
nous l'avons déja declaré en Confeil , &
que nous vous le déclarons publiquement
par ces prefentes : nôtre defféin eft de corriger
& reformer toutes les nouveautez qui
fe font introduites , & d'abolir entierement
la fouveraineté abſoluë & deſpotique à laquelle
nous renonçons pour jamais pour
nous & nos fucceffeurs. Au contraire en
fuivant les loüables exemples de nos Ancêtres
, les trés renommés Rois de Suede , qui
ont mis ce Royaume & nôtre Chere patrie
dans un Etat floriffant , nous contribuërons
de tout nôtre pouvoir a rétablir le Gouvernement
du Royaume , dans l'ancienne forme
& dignité dont il joüiffoit par le paflé ,
étant perfuadée que nôtre pouvoir Royal eft
dans la plus grande vigueur , lorfque par la
Juftice & par la clemence , nous l'aurons
fondé dans les coeurs de nos Fideles fujets.
D'un autre côté , nous nous confions que
vous tous en general & en particulier
comme des raifonables Seigneurs & Ha
bitans Suedois , conformément à vôtre ancienne
fidelité pour le Gouvernement , concourrerés
avec fidelité , affection & unanimité
avec nous , dans un filoüable deffein ,
& que vous aiderés à fuporter le fardeau
dont nous nous fommes chargée au nom du
Dieu tout Puiffant : Et pour que nous ayons
occafion de prendre vôtre avis dans la fâcheufe
circonftance des affaires de ce Royau-
>
me ,
DE FEVRIER. 161
y
me , de confulter enfemble , & de prendre
les mefures les plus convenables pour rétablir
les forces du Royaume au dedans , par
des difpofitions propres & des provifions ,
pour notre défenfe & pour obtenir au dehors
une paix fi defirée par nos ennemis :
Nous avons trouvé à propos de convoquer
nos fideles fujets & les Etats de ce Royaume
, pour une affemblée generale qui eft
fixée au 30. Janvier 1719. lequel terme
quoique court , & que la depenfe & l'embaras
où chacun de vous eft exposé dans
un cas de cette nature , vous caufent de
l'incommodité ; cependant , la chofe étant
à plufieurs égards neceffaire & inévitable
vous y donnerés aifément les mains par un
motif de confideration pour nous , & d'intereſt
pour le Royaume. C'eft pourquoi ,
nous commandons trés gracieufement par
ces prefentes , à tous Comtes , Barons , Chevaliers
, Vaflaux & Bourgeois qui font en
âge , & habitans de ce Royaume , à moins
d'empêchement legitime , comme auffi à tous
Evêques & Sur- Intendans , avec deux dignes
Membres de chaque Confiftoire , & à
un Prédicateur de chaque district ; comme
auffi à tous Colonels avec un Capitaine de
chaque Regiment , qui n'ont point d'em
pêchement legitime ; comme auffi à un
Bourgmestre de chaque Ville , avec un du
Confeil Commun ou autre Bourgeois de
mife ; & enfin, à un homme de la Commu-
O
162 LE MERCURE
nauté de chaque Jurifdiction , de fe rendre
à Stokholm le 30 Janvier , fans excufe ni
délay , avec un pouvoir fufifant de ceux qui
les auront envoyé , chacun étant pourvû
par fa Ville ou diftrict , & chacun , fuivant
fon Rang , fon Etat & fes moyens d'habits
de Deüil feants dans cette trifte conjoncture
; afin que nous puiffions ouvrir l'Affemblée
alors , & vous expofer à tems nos propofitions
, & aprés une heureufe conclufion,
vous laiffer retourner chez vous. Donné
Stokholm le 15. Decembre v .ft . 1718. Signé ,
Ulrique Eleonore C. L. S.
Imprimé dans l'Imprimerie Royale de
Stokholm , avec permiffion & Privilege defa
Sacrée Majefte Royale par J.H. Iverner ,
Imprimeur de Sa Majefté & de l'Academie
'Upfal , l'an 1718 .
A Hambourg le 18. Fevrier.
Epuis la mort du Roi , M. Rumpf ,
Réfident des Etats Generaux des Provinces-
Unies , a eu la permiffion de reprendre
les Fonctions & de paroître à la
Cour. On a même promis de donner fatisfaction
aux Hollandois , au fujet des
Vaiffeaux qui leur avoient été enlevez par
les Armateurs Suédois. Le Duc Charles-
Frederic d'Holftein , neveu de la Reine
Regente , a été nommé provifionellement
Prince Royal de Suede , & le Prince HereDE
FEVRIER. 163
ditaire de Heffe - Caffel , Epoux de la Rei-
Generaliffime des Forces de cet Etat ,
par mer & par terre . Le Roi de Dannemarck
a rappellé une Partie des Troupes
qu'il avoit fait paffer en Norwege pour la
défenfe de ce Royaume ; & il a ordonné à
celles qui fe trouvoient en Zelande & dans
le Holftein , de fe tenir prêtes à marcher
au premier ordre . On dit que le Roi de
Pruffe s'entremet amiablement , pour em
pêcher l'execution projettée contre le Duc
de Mekelbourg , qui eft déterminé à rétablir
la Nobleffe de ce Duché dans tous fes
biens , libertez & prérogatives ; ce Prince
êtant refolu de faire une réduction dans fes
Troupes , dont il a déja caffé dix hommes
par Compagnie depuis la mort du Roi de
Suede ; s'engageant de renvoyer les Troupes
auxiliaires de Mofcovie qu'il a actuellement
à fon fervice : De forte qu'on a
lieu d'efperer plus que jamais , de voir la
tranquilité rétablie dans ce pays.
Le z . de ce mois, le Duc de Mekelbourg
Swerin arriva ici incognito , & le Dimanche
fuivant , il en partit avec une fuite
de 4. perfonnes feulement , pour le rendre
à la Cour du Land- Grave de Heffe-
Caffel pår le Duché de Brême.
On vient d'apprendre par les Lettres de
Gottembourg , que tous les Officiers & les
Domestiques du Duc de Holftein - Gottorp,
avoient été mis aux arêts , excepté le
O ij
164 LE MERCURE
Baron de Banniers & deux autres : Que
le Baron de Goortz ayant tâché de ſe ſauver,
avoit été referré plus étroitement : Que
l'on avoit trouvé chez fon Secretaire plufieurs
barils de Carolines . Ces Lettres ajoutent
qu'on avoit auffi arrêté un Vailleau
chargé de feize mille plaques de cuivre , &
de toutes fortes d'efpeces d'argent qui lui
appartenoient . On a auffi trouvé chez le
Comte Wendernath 47000 Ducats d'or ,
avec trois barils & demi de Risdales.
Les differends du Roi de Pologne & du
Roi de Pruffe , viennent d'être terminez à
l'amiable .
P. S. On vient dans ce moment de recevoir
des Lettres de Stokholm , qui portent
que le Baron de Goortz avoit été condamné
à avoir la tête tranchée : Que l'execution
fe devoit faire la veille du Couronnement
de la Reine : Que tous les bruits.
qui s'étoient répandus de l'évafion du Duc
de Holftein Charles Frederic , fe trouvoient
faux. Qutre le titre de Prince Royal de
Suede qu'on lui a donné , on y a ajouté
celui de Grand Duc de Finlande : Que
cette A. R. refteroit en Suede jufqu'à la
paix : Qu'il lui feroit enfuite permis d'aller
voyager dans les Pays Etrangers.
Le Prince de Menzicof & le Comte Apraxin
, dont le premier avoit été condamné
à 300. mille écus & à perdre fes
Emplois ; & le fecond , à perdre la vie ,
out enfin obtenu leur grace . S. M. Cz. a
DE FEVRIER. 169
1
rétabli le Prince dans tous les honneurs &
emplois , & le Comte a eu fa grace ,
moyennant le payement d'une fomme confiderable
.
le
On écrit de Coppenhague du 7. Fevrier,
que le Corps de Troupes commandé par
General Ahreinfeld qui avoit invefti Dron
hem , ayant été informé de la mort du
Roi de Suéde , avoit fait crever les canons
& brifer les affuts qui étoient dans un
Fort dont il s'étoit emparé : Qu'il avoit
enfuite pris fa route par des montagnes
couvertes de neige, où il étoit peri un grand
nombre de Soldats : Que malgré ces difficultez
, il avoit cependant ramené la plus
grande partie de fes Troupes , fans que le
Comte Sponnek qui le fuivoit avec les Danois
, ait jugé à propos de s'engager dans
des paffages fi difficiles , où il couroit rifque
de perdre beaucoup de monde , outre que
les Suedois marchoient en fi bon ordre ,
qu'il y avoit fujet de craindre quelque em
bufcade de leur part . On ne fçait pas neanmoins
encore tout le détail de leur marche
, ni de la perte qu'on dit qu'ils ont
faite, finon qu'elle n'eft pas fi grande qu'on
L'avoit cru d'abord .
1 .
A Vienne le 15. Fevrier..
Ilord Forbés Amiral de S M. I.
Mfe difpofe à partir pour se rendre à
Naples ; il commandera dans ces Mers
I'Elcadre Imperialle qui doit agir contre
166 LE MERCURE
Efpagne, independemment de la Flote de
PAmiral Bing. Ce Milord a û plufieus
Conferences avec le Prince Eugene fur les
affaires de la Marine . S. M. 1. a fait réi
terer les ordres à tous les Regimens qui
font en route pour paffer en Italie , de preffer
leur marche . Depuis la mort du Roi de
Suede , elle a ordonné aux Troupes qui
font fur les Frontieres de Silefie , d'en fortir
pour fe rendre auffi en Italie ; S. M. I.
êtant refolue d'augmenter cette campagne,
fes Troupes de 12000 hommes .
Le Comte de Colloredo , nouveau Gouverneur
du Milanois , aprés avoir refigné
fa Charge de Capitaine General de Moravie
au Comte d'Altheim , eft parti pour
fe rendre à Milan , afin d'y exercer fa nouvelle
fonction. M. le Comte General de
Flemming a quitté cette Cour , pour aller
trouver le Roi Augufte fon maître en Saxe :
S M. I. lui a fait prefent de fon portrait
enrichi de diamans. On croit que ce départ
precipité regarde le mariage du Prince
Electoral fon fils avec une Archiducheffe.
On tient ici de frequentes conferences fur
les conjonctures prefentes . Il paroît que
S. M. I. eft plus refoluë que jamais ,
pouffer la guerre en Italie , & qu'e le y
aura une Armée de 40000 , hommes. Cette
Cour eft auffi dans le deffein de faire marcher
25000. hommes en Flandre , pour
y contenir les Peuples dans la foumiffion
qu'ils doivent à S. M. I.
DE FEVRIER.
167
On parle beaucoup d'un Traité conelu
entre l'Empereur, le Roi d'Angleterre & le
Roi de Pologne , par lequel , ces Puiflances
s'engagent mutuellement de fe maintenir
dans la poffeffion de tous leurs Etats.
On prefume que fi ce Traité a lieu , il ne
pourra être que trés avantageux au Prince.
Electoral de Saxe. L'Empereur preſſe le Roi
d'Angleterre, comme Electeur d'Hannovre,
& le Duc de Brunfvick Wolffembutel
d'executer la commiffion qu'il leur a donné
pour agir contre le Duc de Mekelbourg ,
& obliger ce Prince à ne plus troubler la
Noblefle de fon Païs dens la poffeffion de
fes biens : Cela a donné lieu à un Ecrit qui
eft répandu dans toute l'Allemagne , par
lequel l'Auteur tâche de prouver que tous
les Princes de l'Empire ont un pouvoir abfolu
de traitter leurs Sujets fuivant leur vo →
lonté , & que par confequent , l'Empereur
n'a pas droit d'inquietter ces Souverains fur
un point auffi important . On craint que fi
on paffe à l'execution du Mandement Imperial,
cet acte d'hoftilité n'engage plufieurs
Princes d'Allemagne à prendre la deffence
du Duc de Mckelbourg; ce qui pourroit
troubler le repos de l'Empire .
C
On attend dans peu un Ambaffadeur
pour donner part à S. M. I. de la mort du
Roi de Suede , & pour notifier l'avenement
de la Princeffe Ulrique à cette Couronne.
Ondit auffi qu'il aura ordre d'offrir àS… ..M . Iş
168-
LE MERCURE
la mediation de la paix generale du Nord.
Le Roi de Perfe a écrit une lettre trés-gracieufe
à l'Empereur , dans laquelle il felieite
S. M. I. fur fes dernieres victoires .
La Princeffe Sobieski qui avoit été promiſe
au Pretendant, eft toûjours à Infpruck.
Le Prince Philippe de Baviere eft déja affûré
de vingt -huit voix dans le Chapitre
de Munster , & l'on attend à tout moment
la nouvelle de fon élection à cet Evêché.
L'Empereur a pris à fon fervice quelques
uns des Regimens congediez par la
Republique de Venife . On a mis de nouveaux
impôts fur les vins & autres denrées,
pour fubvenir aux moyens de pouffer la
guerre contre l'Espagne . L'Abbé de Saint
Gall reçût le 24..de l'autre mois par les
Plenipotentiaires de S. M. I. l'inveftiture
de cette riche Abbaye.
4
On écrit de Belgrade que le Prince . Ragotzi
fait toujours fa refidence par ordre du
Grand Seigneur , à Madara , à lieuës
de Conftantinople , Château appartenant
au Kaimacan . Le Sultan a donné ordre à
fon grand Treforier de compter à ce Prince
& à fa fuitte une certaine fomme d'argent.
On cft ici d'autant plus étonné du procedé
de la Porte , qu'il a été ftipulé en termes
exprés dans le Traité de Paix de Paffarovitz,
que le Sultan ne donneroit à ce
Prince aucune retraite dans les Etats .
On écrit de Ratisbonne , que M. de Meternick
DE FEVRIER. 169.
ternick Miniftre du R. de Pruf. à la Diette ,
a reçû ordre de ce Prince de répondre à ceux
qui lui demanderoient des nouvelles de la
confpiratión deBerlin : Que le Roi , après avoir
fait examiner cette affaire, n'avoit découvert
anire chofe , finon que le danger pour la perfonne
facrée de S. M. n'étoit pas fi grand,
comme le bruit, s'en étoit repandu d'abord :
Que cependant il paroißoit qu'il s'étoit paffé
à cette Cour de certaines intrigues qui auroient
pu être très- prejudiciables au Roi & à
fes interests : Qu'elles tendoient à infpirer à
S. M. Pruffienne des foupçons & de la méfiance
contrefes Alliez à la Cour de Vienne:
Qu'en attendant que le Roi ait reçu de plus
grands éclaircißemens fur une affaire auffi delicate,
S.M.ajugé à propos de faire faire cette
déclaration: Que cependant elle continuëra fes
perquifitions que l'on communiquera en tems
& lien au public. Comme c'eft un nommé
Clement Hongrois de Nation , qui eft
l'auteur de tous les mouvemens arrivez à
la Cour de Pruffe , on ne doute point qu'il
ne foit puni trés feverement d'avoir chargé
une certaine Cour d'un pareil artentat. On
croit même que cetre Cour fe trouve trop
engagée dans les fuppofitions de cet homme,
pour ne pas en exiger une fatisfaction proportionnée
à l'énormité de fon accufation.
I tâche de pallier fon crime en rejettant la
faute fur un autre impofteur qui a été arrêté
dans un autre Cour ; ce qui pourroit faci-
Février 1719. P
170
LE MERCURE
liter la découverte de quelques autres intrigues.
A Londres le 2. Fevrier.
L s'eft tenu un grand Confeil dans lequel
le Roi a nommé le Duc de Kenfgton
pour être Prefident du Confeil , à
la place du Comte de Sunderlan qui a été
fait premier Gentilhomme de la Chambre :
Le Duc de Kent Garde du Sceau privé , a
û la place du Duc de Kenfgton , & с
Duc d'Argile , grand Maître de la Maiſon
de S. M. a û la place du Duc de Kent .
Le Comte de Ila frere du Duc d'Argile ,
doit étre admis dans le Confeil du Roi , &
il aura une penfion jufqu'à ce qu'on le
pourvoye d'une Charge. On dit que le
Comte de Kenfgton fera revêtu de l'Ordre
de la Jaretiere qu'avoit le Comte d'Albermale
que le Comte fon fils a rendu au
Roi.
. La Reine de Suede a écrit une Lettre au
Roi fort obligeante , defirant vivre en amitié
avec S. M. B. qui a donné ordre au
Lord Cateret de s'embarquer inceffament
pour la Suede.
On doit publier une proclamation par
laquelle le Roi declarera qu'il donne aux
Armateurs la part des prifes qu'ils feront fur
les Efpagnols . Le Prince de Galles a nommé
le Lord Lumelay , fils aîné du Comte
"
DE FEVRIER .
170
de Scarbouroug , premier Gentilhomme
de fa Chambre , à la place du Duc d'Argile.
On travaille avec empreflement à preparer
la Salle de Weftminster , pour y continuer
la fceance des Seigneurs. Auffitôt
qu'elle fera en état , le Roi s'y rendra pour
donner fon confentement Royal à plufieurs
Bills.
Le 9. le Comte de Cadogan arriva ici
d'Hollande , avec le Comte d'Albermale
qui rapporte l'Ordre de la Jarretiere dont le
feu Comte fon pere étoit revêtu Ces jours,
paffez , il arriva un Exprés de Vienne avec
le Traité conclu entre l'Empereur , le Roi
de Pologne & le Roi de la Grande Bretague,
en qualité d'Electeur d'Hannovre . L'on
affure toujours que le Roi partira pour Hannovre
ce Printems. Le Capitaine Hardi
qui avoit été obligé par les vents contraires
de rentrer dans le Port de Spithead ,
remit à la voile à la fin du mois paflé pour
le détroit avec les quatre Vaiffeaux de
re , ainfi que les Bâtimens Marchands qui
font fous fon convoi ; & l'on écrit de Deal,
que les Vaiffeaux Marchands Hollandois
deftinez pour le Portugal , étoient auffi
partis. Le Chevalier Garth Medecin de .
I'Armée ,fi connu par plufieurs Ouvrages de
Poëfie qu'il a donné au Public , mourut le
29.du mois paffé . LeColonel Bailewits a été
envoyé depuis peu à la Cour de Suede
pour s'informer de la fituation des affaires
guer-
Pij
172 LE MERCURE
de cette Couronne , & pour prier en mê
me tems la Reine d'envoyer des Plenipotentiaires
à Brunfwick , pour y traiter de
la Paix du Nord dans un Congrés . Il a
ordre de paffer à la Cour de Dannemarck,
pour y executer auffi ane certaine commif
fion. Le Prince Frederic Duc de Cambri
fils du Prince de Galles , êtant entré
Fe jo. du mois paffé dans fa creiziéme année,
on celebra fon anniverſaire avec beau
coup de magnificence,
Le Bureau general des affûrances pour
les Vaiffeaux , fera ouvert le 5. Avril pro
chain. Il doit fe tenir à la Bource : On y
établira douze Commis pour y vaquer. Lo
Lord Onflow eft nommé Gouverneur de
cette Compagnie.
Un Armateur Hollandois venant d'Amf
terdam , deftiné pour les Indes Orientales,
a peri fur la côte de l'Ile de Wight , avec
feize cailles d'argent qui étoient fur fon
bord. Il s'eft perdu au même endroit un
Bâtiment chargé de poudre ; ainfi qu'un
Armateur Efpagnol nommé le folide, de
vingt pieces de canon & dé cent hommes
d'équipage. On a frappé à Londres une
médaille ſur la victoire que PEſcadre Angloife
a remportée prés de Siracufe fur la
Flote d'Espagne.
DE FEVRIER, 173
A la Haye le 23. Fevrier.
Outes les Provinces ayant donné leur
Tconfentement à la Quadruple Alliance
, excepté la Ville d'Utrecht , Leurs
H. P. ont refolu d'y adherer , & ont envoyé
des ordres à M. Van-Borfellen , leur
Envoyé à Londres , de figner ce Traitté.
Avant que d'en être venu à cette refolution
, elles avoient ftipulé que la Republique
auroittrois mois de tems , avant que
d'être obligées de fe déclarer contre l'Ef.
pagne , dans l'efperance qu'avant l'expiration
de ce terme , la Cour de Madrid accepteroit
enfin le projet d'accommodement
& qu'on trouveroit les moyens d'établir une
paix folide & durable.
Le 14 de ce mois , l'Etat envoya une dé “
putation folennelle au Marquis Beretti-
Landi , pour lui communiquer cette refo
Intion , & les raifons qui y avoient porte
L. H. P, de même que la condition qu'elles
avoient ftipulée , pour ne fe déclarer que
dans trois mois , l'affûrant que pendant ce
tems- là , elles employeroient volontier $
leurs bons offices , pour terminer les diffe-
Lens entre les Cours de Vienne & de Mar
drid , par une paix qui pût rétablir le repos
dans toute la Chretienté . Sur cela , le Marquis
a dépêché un Exprés à la Cour de
Madrid pour lui en donner avis ; il s'eft
Pij
174
LE MERCURE
plaint cependant , mais avec moderation
& en termes honnêtes , de ce qu'on avoit
tardé fi long- tems à lui faire part de cette
refolution ; mais , que cela ne l'empêcheroit
pas de continuer à employer fes bons
offices pour entretenir la même harmonic
entre le Roi fon maître & cet Etat.
On ne croit pas que M. Colfter, nommé
à l'Amballade d'Elpagne , parte avant le
retour de l'Exprés dépêché à Madrid par
le Marquis Beretti - Landi , afin d'être inf
truit auparavant des intentions du Roi Catholique.
Les Etats d'Hollande doivent examiner
cettesemaine un nouveau plan de Lotterie,
par lequel on prétend que la Province
pourroit gagner quatre millions. Cependant
, on a établi de nouveau le centiéme
& le deux centiéme fur tous les biens
fonds.
C
1
Le Secretaire de M. Rumpf , Refident
de l'Etat à Stokholm , eft arrivé ici avec
des dépêches importantes pour L. H. P.
Ce Refident marque entr'autres qu'il y a û
un acccül trés - favorable de la Reine de
Suede , avec des affurances qu'elle ne fouhaitoit
rien plus que de cultiver une par
faite intelligence & une étroite union avec
les Etats Generaux , & qu'elle étoit entierement
difpofée à favoriler le commerce de
leurs Sujets en Suede . S. A. R. le Prince
de Heffe lui avoit fait les mêmes proteſta.
DE FEVRIER. 175
tions , en lui recommandant d'affûrer leurs
H. P. de fes intentions finceres pour le
bien & la profperité de la Republique .
Suivant ces avis , les affaires du Baron de
Gortz prennent un fort mauvais train. Le
Comte de Revenflavy fon beau- frere , & le
jeune Baron de Gortz , fils du Prefident
de la Chambre Electorale à Hanovre , proche
parent du prifonnier , font partis en
pofte pour folliciter en fa faveur. Comme
on a découvert depuis fa détention , de
fommes confiderables qu'il avoit deffein de
faire paffer dans les Païs Etrangers, on croit .
que le Pecular eft le principal crime dont
il eft charge . On a entr'autres découvert
120 mille écus qu'il avoit remis en dépôt à
un Ajudant General qui a été arrêté , &
pour 140 mille en cuivre , & une autre
fomme confiderable en fer, qui étoient dans
quatre Vaiffeaux prêts à mettre à la voile.
On affûre que M. Haffelaar , Echevin
de la Ville d'Amfterdam , fera nommé à
l'Ambaffade de Suede , & que M. Buys ,
cy-devant Ambaffadeur en France , ira en
Efpagne en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
, au cas qu'il y ût apparence d'accommodement.
A Madrid le 10. Février.
Ette Cour a envoyé des Ordres à Capour
faire partir 22. Bâtimens de
Charge , fur lefquels on a embarqué beaudix
,
Piiij
876 LE MERCURE
coup de munitions de Guerre & de bouche
avec 5. Bataillons . Ils devoient mettre à la
voile le 8. de ce mois pour Malaga , où ils
doivent fe joindre à d'autres bâtimens qui
les attendent dans ce dernier Port : aprés
cette jortion , ils ont ordre de fe rendre
partie à Melila & partie à Ceuta. On dit
qu'il y aura fur ce Convoy plus de 12000 ..
Hommes , tans vieilles que nouvellesTroupes
, deftinées pour renforcer les Garnifons
des Places Efpagnoles qui font en Affrique
fur la côte de Barbarie.
"
Cette Cour a depêché un Exprés au :
Commandant de la Corogne avec de groffes ,
remifes , pour faire continuer les nouvelles
Fortifications que l'on a ajoûté depuis un
an à certe Place , ainfi qu'en differens endroits
le long de la côte : il y a dans ces
Mers 3 gros Forbans & 4 ous Armateurs
Oftendois , qui ont fait plufieurs prifes depuis
environ un mois , entr'autres celle de
deux gros Navires Espagnols venant de
Lisbonne , qui étoient richement chargés.
३. Vaiffeaux de Guerre & 2. Fregates Ef
pagnoles , font partis de Bilbao pour aller
audevant de plufieurs de nos Bâtimens que
l'on attend du Mexique.
On aprend de la Frontiere , que les Of
ficiers Efpagnols étoient fort intrigués à
lever du monde , pour recrûter leurs compagnies
qu'ils doivent avoir complettes
pour le 8. Mars , à peine d'être caffès. On
ne delivre point de nouvelles commiffions
DE FEVRIER. 177
pour former de nouveaux Regimens ; on
le contente feulement d'augmenter les com
pagnies de ceux qui font fur pied . On ne
fçait pas encore le nombre des Vaiffeaux de
Guerre , Galeres & antres Bâtimens que l'on
aura en mer, cette Campagne. Ce qui eft de
certain , c'eft que les Hommes deviennent
fort rares dans ce Païs.
On a reçû des Lettres de Vigo , qui portent
qu'il y étoit arrivé un Vaiffeau de la
nouvelle Eſpagne fous l'escorte d'une Fregatte
de 35. pieces de Canon , fur lequel
il y avoit quantité d'effets pour les Négocians
Efpagnols , & furtout soo , mille Piaftres
que le Vice Roy de la nouvelle Efpagneenvoye
à S. M. C. La Fregatte eft auffi
richement chargée ; car , outre les marchandifes
qu'elle a apporté , il y avoit 400000%
pieces de 8. & pour 200000, écus de poudre
d'Or.
,
On mande de Cadix qu'on travailloit avec
une extrême diligence dans le Port de
cette Place à équiper des Vaiffeaux de
Guerre qui doivent escorter les Galleres pour
la nouvelle Elpague. Le 2. de ce mois , deux
Vaiffeaux de Guerre du fecond rang, & une
Fregatte de 40. pieces de Canon , en étoient
fortis , pour aller joindre 3. autres Bâtimens
de guerre qui croifoient dans le détroit fur
tous les armateurs portant Pavillon Imperial,
qui troublent fort le commerce des Efpagnols
, & qui font de fréquentes prifes
fur ces derniers.
178
LE MERCURE
>
L
A Rome le 7. Fevrier..
E Tribunal de l'Inquifition fit faire
amende honorable ces jours paffès dans
l'Eglife de la Minerve , à cinq perſonnes
convaincues de differens crimes : On en a
condamné deux à une prifon perpetuelle ,
& les 3. autres , pour quelques années feulement
, qui font Julius Legni Gentilhomme
, dont le pere poffede de grands bien's ,
Bonnaventura Arrigoni & Bernard Salviati
, tous trois natifs de Veletri , & acculés
d'Atheisme. Le Pape a fait prefent , le
premier jour de l'an de neuf beaux
Chevaux de caroffe au Prétendant . Le 27.
de l'autre mois , le Cardinal Dada mourut
en cette Ville , âgé de 69. ans . Le 29. il
fut enterré dans l'Eglife de S. Charles, Il
s'appelloit Ferdinand Dada Milanois. II
étoit né en 165o . avoit été Nonce en Angleterre
en 1688. Cardinal en 1690. Legat
,
Ferrare en 1698. Il vaque par cette mort
une feptième place dans le Sacré College ,
Il auroit û beaucoup de droit à la Papauté ,
fi la Chaire S. Pierre étoit devenuë vacante.
Cette Eminence à laiffé à fon Neveu tous
fes biens paternels qui le monnent à 50000.
écus Romains Il a legué le reste au College
de Propaganda Fide. Il a donné au
Pretendant fix mille onces d'argent à choisir
dans toute fa vaiffelle : 4000 écus au Cardinal
Scotti , pour être diftribués aux pauvres
de Milan , & a fait plufieurs autres
DE FEVRIER. 179
legs pies . M. Deley a été nommé Vice-
Legat d'Avignon . Le Pape qui devoit renir
le 6. un Confiftoire , l'a renvoyé au 8 .
Le grand Convoy eſcorté de plufieurs
Vaifleaux de Guerre Anglois & Napolitains
, eft enfin arrivé le 19. devant Melazzo.
On a été occupé juſqu'au 22. à débarquer
les farines & les vivres dont le
Camp Imperial avoit grand befoin ; les Soldats
Allemands étant réduit à 3. onces de
pain par jour. Le 29. 35. Tartanes ou bâtimens
chargés à Tropea , & à Ste. Euphemie
, de toute forte de provifions & de munitions
de Guerre pour les Troupes Impe -`
rialles , fuccederent à ce premier Convoy ;
ce qui a aporté l'abondance dans le Camp
des Imperiaux . Les Allemands attendent.
4. nouveaux Regimens d'Infanterie . Ils
font occupés actuellement a établir des Magazins
pour la fubfiftance de leurs Troupes.
Ils continuent toûjours dans le deffein de
faire diverfion aux Efpagnols par Siracufe .
On dit même que le Regiment de Gronfeld
a ordre de fe tenir prêt pour y être tranf--
porté. Quelques Lettres portent que les Efpagnols
ont reçû deux Regimens d'Infan
terie qui ont debarqué à Palerme & à Meffine
. Le Camp de ces derniers a été preſqu'i
nondé par la fonte des neges ; ils ont été obligés
par cette raifon de renvoyer une par
tie de leurs Chevaux fur leurs derriers . I
leur eft arrivé des remifes d'argent , que l'on
180 LE MERCURE
-
fait monter jufqu'à 200000. Piftolles. 16 ba
timens de tranfport , fous l'escorte d'un
Vaiffeau de Guerre & de deux Frégattes de
la même nation , venant d'Alicant , font
entrés dans le Port de Cagliari, Hy a fur
ces Bâtimens une grande quantité de munitions
de Guerre , & de toute forte de provifions
pour remplir les Magazins de cette
Place , que l'on avoit vuidé pour tranſpor
ter en Sicile.
Le Gouverneur de Civitavechia a refufé
l'entrée de cette Place aux Recrues que
le Cardinal Aquaviva avoit fait pour la Sicile
.CetteEminence en a porté fes plaintes à
S. S, qui fe trouve fort embaraffée du parti
qu'elle a à prendre dans les circonftances
prefentes,
de
A Naples le 8. Février.
Na apris par l'arrivée d'une Tartane
venant de Regio , que deux Vaiſſeaux
guerre Anglois , y étoient entrez avec
5. Tartanes Espagnoles , que ces premiers
avoient pris à l'entrée du Fare de Melline,
3 autres Armateurs portant Pavillon
Imperial , y ont auffi amené trois grofles
Barques Siciliennes , chargées de munitions
de bouche pour la Garniſon de Porto, Longone,
Deux Fregattes Imperiales , qui
croifoient dans la Mer Adriatique , ont enlevé
, aprés un combat de 4 heures , un
gros Corfaire de Tunis , & un autre de
Tripoli , & un 3 cft fauté en l'air avec
DE FEVRIER. $181
four fon équipage Ces Fregattes ont con
duit leur prife à Brindiſi. On a été informé
que trois gros Vaiffeaux de guerre Efpagnols
, 4 Fregattes , autant de Galeres &
2 Balandres de la même Nation , croifoient
depuis peu dans les Golphes Adriatiques
, du côté de Manfredonia & de Brin
difi. On a fçu par un Bâtiment Venitien
que 3 Vailleaux de guerre Napolitains ,
deux autres Anglois & deux Fregattes
donnoient la chaffe de fort prés à 3 autres
Bâtimens de guerre Efpagnols en deçà du
Fare de Melline. Plufieurs Bâtimens Eſpa
gnols ont été portez par des coups de
vent , à If ou 20 mil du Cap d'Iftrie fur
des rochers , où la plûpart font péris avce
leurs équipages. 13 Bâtimens de tranſport
partirent d'ici le 24 de l'autre mois , fous
l'efcorte de 4 Bâtimens de guerre , pour
Orbitello où ils font arrivez .
D
A Livourne le 14 Fevrier.
Eux Armateurs Napolitains entrerent
le 6 dans nôtre Port avec deux
groffes Barques Siciliennes qu'ils ont pris
à la vue de Porto Longone. Le 7. trois
Vaiffeaux de guerre Espagnols & 2 Fregattes
venant de Cagliari , & fervant d'ef
corte à 12 Bâtimens de charge de la même
Nation , ont été obligez de relâcher ici
caufe des vents contraires. Le 9. ils ont
remis à la voile pour ſe rendre à Meffine,
182 LE MERCURE
•
& y debarquer des munitions de guerre &
de bouche.
Le Conful Imperial a fait frêter 10 Bâtimens
des Négocians de cette Ville ,
pour y faire charger des grains , des farines
, des poudres & d'autres proviſions
deftinées pour les Troupes de l'Empereur
qui défendent Melazzo . Les Efpagnols
font ici un grand amas de viandes falées ,
pour les faire paller en Sicile à la premiere
occafion .
On mande de Milan , que fur les plaintes
que divers Princes & Etats d'Italie ,
ont fait au Comte General de Stampa , au
fujet des Contributions qu'il exigeoit
d'eux , de la part de l'Empereur , il leur avoit
répondu , Qu'il n'y avoit rien de plus
injufte que leur demande , puifqu'ils devoient
contribuer à la défenſe de leur pays ,
contre les entreprises des Espagnols.
I
A Génes le 18 Fevrier.
arriva ici le 11. une Tartane Efpagnole
& gros Armateurs Catalans, ve-
3
nant de Barcelone . La Tartane a débarqué
un Exprés , qui a apporté des dépêches
de Madrid , au Marquis de Saint
Philippe Envoyé de cette Cour auprés de
la Republique. Ce Miniftre les communiqua
le 12 au matin au Senat qui doit s'affembler
au premier jour à ce fujet . On a
apris par ces Bâtimens que , fuivant les
ordres de la Cour de Madrid , le départ du
DE 183
.
FEVRIER.
و
grand Convoi qui étoit prêt de mettre à la
voile de la rade de Barcelonne pour la Sicile
, avoit été differé jufqu'à nouvel ordre :
Que la veille de leur départ de la rade de
cette Place , il y étoit arrivé 6. Armateurs
d'Alicant & de Cartagene , avec deux deubles
Brigantins Mayorquains , pour ſe joindre
ce à Convoi , & pour aller croifer dans
les Mers de Sicile fur tous les Bâtimens portant
Pavillion Imperial , & autres qui . font
en guerre avec l'Espagne . Un autre Bâtiment
parti le 2 de ce mois de Cartagene
& qui vient de relâcher ici , a raporté que
les deux nouvelles Galeres , la nouvelle Galiote
, les deux Balandres , un Vaiffeau de
o pieces de canon , à la conftruction def
quels on travaille depuis plus de 3 mois ,
ne feront en état de mettre à la voile qu'à
la fin du mois de Mai : Que les nouvelles
fortifications que l'on a commencé l'année
derniere à l'embouchure du Port de
Cartagene , ne pourront être achevées
qu'au commencement de Juin : Que la
garnison de cette place avoit été renforcée
de 2 nouveaux bataillons , & qu'il y étoit
arrivé plufieurs Artificiers qui étoient occupez
à préparer une grande quantité de
toutes fortes d'artifices, à charger des bombes
& des grenades , & à y faire des fafcines
gaudronnées : Que l'on en devoit embarquer
le 25 de ce mois , la plus grande partie
avec de la poudre & des boulets de ca184
LE MERCURE
non , pour en fournir les magazins d'Alicant,
de Denia,Penfacola Tarragone , Barcelonne
, Palamos , Rofes , & autres Places
fur la côte de Catalogne , qui fe trouvent
dénuées de munitions & de provifions, depuis
qu'on les a transporté en Sicile & en
Sardaigne .
Le nombre des Troupes Imperiales qui
groffiffent tous les jours aux environs de
Savone & d'Albengas , inquiette extrêmement
cette Republique . Les mouvemens
des Troupes du Roi de Sardaigne , qui
femble vouloir s'approcher de Final , aug.
mentent encore fa crainte . Dans cette apprehenfion
, le Senat a réfolu de renforcer
les garnifons de ces places , & d'ajouter à
leurs fortifications quelques ouvrages extericurs.
On a pris la précaution, d'y faire
paffer depuis quinze jours une vingtaine de
Tartanes avec beaucoup de munitions de
guerre & de bouche pour les pourvoir de
toutes chofes neceffaires , en cas d'attaque.
On ne voit dans ccs Mers & le long de la
côte , que des bâtimens de guerre Anglois ,
Napolitains & Efpagnols , qui croifent les
-uns far les autres . Ils en viennent même
fouvent au mains .
Le Miniftre du Roi de la Grande Bretagne
, a porté les plaintes au Senat , & l'a
prié en même tems de défendre l'entrée
des Ports de cette Republique aux Armateurs
Efpagnols qui amenent fouvent des
Prifes
DE FEVRIER.
185
Priles Angloifes. Il prétend que le Senat
doit les traiter comme des Pirates ; mais
on doute que le Senat en convienne .
P. S. On mande d'Hambourg , du 20 .
que le Duc de Mekelbourg étoit de retour
dans les Etats , & qu'il eft plus refolu que
jamais , d'attendre l'execution du mandement
Imperial. Les Troupesd'Hannovre &
de Lunebourg , qui y doivent être em
ployées , font à prefent en marche pour paf-
Ter l'Elbe à ce deffein . Les lettres de Stokholm
, portent que le Courronnement de
la Reine devoit le faire à Upfal le 23. Fcvrier
, & que l'Archevêque de ce nom en
devoit faire le Sacre.
On aprend par les lettres du dernier ordinaire
de Genes ,que tous les Bâtimens Siciliens
& autres qui étoient dans le Port de
Villefranche , venoient de recevoir ordre
de la Cour de Turin de mettre inceffament
à la voile .
FRANCE .
Es Lettres de Marfeille du 18. Fe-
Drier,portent qu'un Bâtiment de ce
Port , à fon retour de Malte où il a débarqué
M. le Chevalier d'Orleans , étoit peri
fur les côtes de Barbarie avec 40. Greradiers
de nôtre garnifon & deux Officiers qui
avoient fervi d'efcorte à ce Chevalier. Les
Efpagnols ont enfin commencé leurs hoftilités
fur les Bâtimens portant Pavillon de
France. Ils en ont pris un de cette Ville
Q
186 LE MERCURE
qu'ils ont conduit à Porto- Longône. Sur cet
avis , il eſt ſotti de Toulon 4. Fregattes
pour aller en courfe à leur pourfuite , &
divers particuliers arment pour le même
fujet. Un Bâtiment arrivé ce matin de Na-›
ples , a rapporté que le 10. de ce mois
jour de fon depart de cette Place , il s'y
étoit repandu un bruit qu'il y avoit û une
action entre les Allemands & les Efpagnols
à Melazzo ; mais , qu'on ne favoit point
qui des deux partis avoit û l'avantage.
·
On écrit de Strasbourg du 22. que la
garnifon de cette Place avoit été augmentée
jufqu'à 10000. Hommes ; ce qui furprend
d'autant plus, qu'elle n'a pas été fi nombreufe
en tems de Guerre. On remplit nos Magazins
de toutes fortes de munitions & de
fourages. On augmente auffi les garniſons.
du Fort Louis & du Neuf- Brifack. Le
Roy Stanillas qui fe tient toûjours à Savernes
, a congedié la plus grande partie de
fes domeftiques. On croit qu'il ira dans
peu faire fa refidence à Landavv . 1l y a
quelque tems que ce Prince fut informé
qu'un parti Saxon avoit paffé le Rhin , pour
l'enlever à Berzaben où il étoit pour lors . I
s'eft mis depuis en lieu de fûreté. Un Regiment
d'Infanterie de Fribourg & deux de
Phil bourg , font fortis de ces Places par
ordre de la Cour Imperialle , pour aller dans
les Païs bas Autrichiens . Ils feront remplacés
par d'autres Regimens qui viennent
de l'Empire.
DE FEVRIER. 187
Les lettres de Perpignan du 16. Fevrier ,
portent qu'il étoit arrivé à Canet 34. Tartanes
, la plufpart chargées d'avoine pour la
fubfiftance de nôtre Cavalerie , & de nos
Dragons qui ferviront cette Campagne en
Catalogne. Ces grains doivent être tranfportés
par terre à Perpignan qui n'en cft
éloigné que de deux lieuës . On y fait auffi
de gros amas de Fourage. On travaille à
force aux Ecuries pour les Mulets qui
doivent porter les provifions pour l'armée.
On a marqué un Camp au Boulon pour les
Troupes qui doivent compofer l'armée de
France. Il eft arrivé à Collioure 30. Bâtimens
chargés de grains venant de Languedoc
pour les Magazins de l'Armée.
On a û avis de Mont- Louis, que les Efpagnols
faifoient travailler à relever les fortifications
de Puiferda , pour couvrir la Cerdaigne
& leurs Places de la Segre. Ils ont
aufli renforcé les Garnifons de Belver , de
la Seu d'Urgel , & autres Places fituées fur
cette Riviere. Ils travaillent auffi avec un
grand empreffement aux Fortifications de
Gironne.
A Nantes le 20. Fevrier-
A Mariane , Navire de cette Ville
Commandée par le fieur Dubois , fur
attaquée le... de ce mois à 7. lieuës du
Cappar un Forban monté de 140. Hommes
à la vue d'un autre Pirate. Le petit Vaiffeau
Francois étoit du Port de 150. Ton
"
Qij
188 LE MERCURE
neaux , armé de 20. Canons , & de 30. hom-
-mes d'équipage , ayant fur fon bord 15.
femmes & 6. engagés pour S. Domingue .
Le Combat dura depuis 4. heures aprés
midy , jufqu'à dix heures du foir , à la portée
du Piftolet. Le Forban ne pouvant foûtenir
le grand feu de la Marianne , la quitta
pour aller joindre fon camarade à onze
heures , ayant été feparé par un grand vent.
Le calme étant furvenu , le premier Forban
fe fit remorquer par fon Brigantin , & rejoignit
enfuite la Marianne à 9. heures du
matin . Il tira un coup de Canon avant que
de l'approcher , & arbora le Pavillon noir
avec les têtes de morts , pour marquer qu'il
n'y avoit point de quartier. La Marianne
l'ayant vû à portée , luy lâcha fa bordée &
évita pendant plus de 2 heures l'abordage ,
à bas bord & à ftribord , faifant un feu continuel
; de maniere que le Forban fut obligé
de s'éloigner honteufement . Le fieur Dubois
avoit promis à fon Equipage , un mois
gratis & la liberté aux engagés. Les femmes
n'ont point été inutiles dans cette action
, puifqu'elles chargeoient les Gargouf
fes. Ce Navire est entré en Triomphe dans
le Cap , n'ayant û feulement que deux hom
mes de bieffés.
M
SUPPLEMENT.
Onfieur Marandon Confeiller Treforier
General des Maifon & Fimances
de Madame Ducheffe de Berry , a
DE FEVRIER. 178
acquis la Charge de Confeiller du Roi ReceveurGeneral
des Finances de la Generalité
de Bourges , du frere & heritier du deffunt
fieur Guerdon dernier titulaire d'icelle , decedé
depuis trois ans , & à l'exercice de
laquelle avoit été commis par Arreft du
Confeil, M. Barathon de Villeneuve ; lad.
Charge acquife moyennant la fomme de
200600 liv. comptant.
Le 17. le Provincial des Cordeliers fe
tranfporta par ordre de la Cour , dans le
Couvent des petites Cordelieres du Fauxb.
S. Germain, pour ordonner aux Religieufes
de cette Communauté oppoſées à Madame
Salo leur Abbeffe , de la reconnoître pour
leur Superieure , conformement à l'Arreft
du Parlement rendu en 1717. Que celles
qui refuferoient de s'y foumettre , feroient
obligées de fortir de cette Maifon ; auquel
cas il leur donneroit une obédience , pour
paffer dans d'autres Maiſons du même Ordre.
Il y ût quatorze Soeurs de Choeur , &
trois Soeurs Converfes qui accepterent ce
parti . Aprés cet aveu , elles ont été transferées
feparement dans differens Couvens.
Mariage.
Onfieur Croifet Seigneur d'Eftiau Confeiller
au Parlement , fils de M. Croilet , Conſeiller
d'honneur au Pericment & cy devant Prefident des -
Enquêtes,éponfa le 25.Fev. N. Feydeau ,file deMefhire
Feydeau Seigneur de Marville,& de Dame Bone
Courtin, fille de Meffire Louis Courtin Maiſtre des
Requêtes.
190 LE MERCURE
On trouve chez les fieurs Pierre Ribon Quai
des Auguftins , M chel Bruner au Palais, & Eftienne
Ganea aux Armes de Dombes , l'Hiftoire de la
Mufique & de fes effets depuis fon origine jufqu'à
prefent , dediée à S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans Regent de France , vol. in - 12 ., 50 fols ,
Avis envoyé à l'Auteur du Mercure .
E croirois derober au Public ce que je
offrir plus
Si par timidité
, par ignorance
, ou par ingratitude
, je balançois
davantage
à lui faire le récit de l'obligation
éternelle
que j'ai à M. Gamare
. Il y avoit 18. ans que je
portois am bras droit un Ankilofe
qui m'en interdifoit
abfolument
l'ufage , & qui me caufoit des douleurs
effroyables
. Epuifé enfin des peines , & de remedes
, & abandonné
des
Medecins
& Chirurgiens
, je n'attendois
plus de fecours que du Ciel , ou la mort , lorfque l'on m'indiqua
M: Gamare
, comme
mon unique reffource
: Il examina
mon mal plus d'une fois , avant que de s'engager
à le guerir
; il pria enfuite M. Silva , dont la répu tation eft connue de tout le monde , de l'exa- miner avec lui ; il voulut bien s'en donner
la peine , & un mal fi extraordinaire
lui fit
juger qu'il étoit prefque
incurable
. Cepen- dant A1. Gamare m'entreprit
; M. Martin
fils , Maître Chirurgien
, & des plus expe-. rimentez
,fuivit exactement
le cours , & les incidens
de ladite maladie. M. le Premier
Medecin
du Roi ayant bien voulu enfin m'e-`
xaminer
connoître
la nature
de mon mal,
DE FEVRIER. 191
en fçavoir les circonstances & le tems , me
trouva fi parfaitement gueri , qu'il ne put
s'empêcher d'admirer l'excellence des remèdes
qui avoit produit un effet fi merveilleux ,
que non -feulement ils me rendirent l'entiere
liberté de ma main & de mon bras ; mais
même , que j'en ai depuis l'usage des nerfs,
plus fouple , & auffi naturel que de l'autre s
joint à cela que m'a vie étoit dans un danger
prefqu'évident , & que ma fanté eft entiement
rétablie plufieurs perfonnes , même
diftinguées , dont les atteftations ne doivent
fervir de rien ici pour donner plus de credit ,
à l'efficacité de ce remede , affirmeront en
tems & lieu , qu'il a la vertu de guerir radicallement
les Obftructions Vapeurs ,
Ecroüelles , Affections fcorbutiques dégenerans
en Cancers , & generalement toutes
les Maladies fecretes.
›
Ledit Sieur Gamare , demeure ruë des
Prouvaires , prés S. Eustache , à Paris.
APPROBATION.
" AY lû par l'ordre de Monfeigneur le Gar
des Sceaux, le Mercure Galant du mois de Févier
. A Paris le 1. Mars 1719 .
Dia
BLANCHARD.
TABLE..
Ifcours fur la Poëfie Paftorale qui eft
à la tête des Eglogues de M. Pope ,
raduit de l'Anglois 68
2
3
Le Mariage par Lettre de Change , nous
velle toute nouvelle, 12
192 LE MERCURE
Relation nouvelle & fidelle du Détroit & de
la Baye d'Hudson , par M. Jeremie , 40
Epître de Leandre à Héro & autres Poëfies,
83
Declaration du Roi contre les Vagabonds, 90
Arrests des Cours de Parlement de Paris &
de Bordeaux , portant fuppreffion des a
pieces venant d'Espagne ,
94
Autre Arreft pour la Lotterie de Paris , 104
Extrait d'Avantures Paftorales ,
Livre nouvean
109
117
Nouveau Systême de M. l'Abbé Fremypour
l'éducation de la Jeuneſſe ,
Spectacle ,
119
Morts de Paris , & Morts Etrangeres , 126
& 129.
Charges Etrangeres ,
Mariages Etrangers & de Paris ,
Journal de Paris ,
!
130
331
Benefices donnez , 132
134
Poëfies prefentées au Roifur le jour deſa naiffance
, &c. 142
Enigmes & Chanson ,
146 147
Nouvelles Etrangeres , 147
Supplément ,
188
Avis , 190
P.
Errata du mois de Janvier 1719.
P. 137. 1. 31. vainement , lifez vraiment.
1577..1. 10. Boisfranc , 1. Beaufranc
P. 148. 1, 21. tous les Traitans &c article en
tiereft faux. P. 164 1. 22 exemples ôtez l's - 1039Légal.
F.
LE
NOUVEAU
.
MERCURE.
Mars 1719.
Le prix eft de vingt fols.
ناكد
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
PIERRE RIBOU , Quay des Augußins ,
à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue S.
Jacques , à la Fleur - de- Lys d'Or.
M. D. CC. XIX .
Avec Aprobation & Privilège du Roy .
PUBLIC
LIBRARY
!
385109
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
ON
AVIS.
N prie ceux qui adref
feront des Paquers ou
Lettres à l'Auteur du Mercure ,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloitre
S. Germain de l'Auxerrois .
On donne avis , qu'on - trouve
chez les Libraires ci- deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. & 1718. de même
que l'Abregé de la Vie du
CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
› **************
AVANT- PROPOS.
+
Ompoſer continûment un bon Mercure,
ce n'eft pas une entreprise d'une fi facile
execution , qu'on fe le perfuade communément
: J'en fais de mois en mois la penible experience.
Cependant le Public , fans trop fa
prêter à l'embaras de l'Auteur , exige ,
moyennant fes vingt fols , qu'on lui fourniße
tout ensemble & à point nommé , de quoi
fatisfaire fa curiofité à tous égards : Il veut
qu'on l'inftruife & qu'on l'amufe en même
tems ; mais , il eft plus difficile qu'on ne
penfe , d'arriver à ce but : Car , telle partie
du Mercure peut être approuvée dans une
Societé , qui ne le fera pas dans une autre.
D'où vient cette diverfité de gout ? C'est
fuivant le genie & le caractere des Lecteurs .
Les uns ne feront touchez que des Pieces lit
teraires , ferieufes & critiques , tandis que
d'autres ne feront fenfibles qu'aux Vers à
FHiftoriette, aux Relations de Voyage, &c.
Une troisième espece d'hommes n'aime que les
nouvelles & les faits . Que doit- il refulter de
cette varieté de fentimens ? Que ce Recueil ,
fut- il afforti de tout ce qu'il y a de plus excellent
dans chaque genre , trouveroit encore
des Cenfeurs. Je ne mets pas en ligne de
compte,ces Redreffeurs de phrafes , ces Eplu
= cheurs de points & de virgules , ces gens
qui vous prodiguent leur inimitié pour la
{
moindre omiffion. Il faut bien que chacun
exerce fes talens , à proportion de ceux qu'il
a reçû de la Nitre. Comme ceux - ci font
´ordinairement injuftes , je les recuſe pour mes
Juges : Mais , pour un certain ordre choisi
d'hommes , qui libres de préjugez , ne donnent
leur estime qu'à ceux qui la meritent ,
je déclare que je ferai toujours mes efforts
pour me la concilier. J'ofe me flatter qu'ils
voudront bien prendre ma défenfe , dans les
occafions où je ferai attaqué injuftement :
Ce fera un puiffant motif , pour exciter mon
émulation à ne rien negliger de ce qui pourra
concourir à perfectionner ce Livre. C'eft-là
ma vocation, &c'est à moi à la remplir.
Le morceau inferé à la tête de ce Recueil,
appartient à M. de Marivaux , Auteur aаpр--
prouvé. On a vû de lui dans quelques- uns
de nos Mercures , plufieurs autres Pieces
qui n'ont point échapé à un Lecteur delicat.
Je croi que l'on ne fera pas moins
content , & peut- être le fera -t'on davantage
de ce que l'on va lire ? On pourra être
un peu furpris de voir que M.de Marivaux
apporte en preuve des exemples tirez de M,
Crebillon plûtôt que de Meffieurs Corneille
& Racine, Qu'importe de quelle fource
on puife le fublime, l'excellent , le bon, poursû
que c'en foit effectivement ? Les noms
ne prouvent rien : Ce font les chofes qui
doivent être la regle de nos jugemens.
LE
NOUVEAU
MERCURE
Penfees fur differents fujets ,
L
Par M. de Mariyaux .
Sur la clarté du Difcours.
Exacte clarté , Madame
eft le premier, & le plus effen- ,
tiel devoir de l'Auteur ; mais ,
il faut fe faire une idée nette
& non mal entendue , de ce
qu'on entend par clarté , & ne pas fe mettre
en danger de fuppofer à la vraye,certaine
clarté pedantefque , qui ne laiffe , il eft
vrai, nulle obfcurité dans le difcours , mais,
qui en ruine la force & la vivacité .
Voyons donc ce que c'est que l'exacte clarté
dans le Difcours.
A iij Mars 1719.
6 LE MERCURE
A la regarder , Madame , dans toute for
étendue , & par rapport à l'Auteur , c'eft
Fexpofition nette de notre penfée , au degré
precis de force & de fens dans lequel nous
l'avons conceuë ; & fi la penfée ou le fentiment
trop vif , paffe toute expreffion , ce
qui peut arriver , ce fera pour lors l'expofition
nette de cette même penfée , dans un
degré de fens propre à la fixer, & à faire entrevoir
en même tems toute fon étendue
non exprimable de vivacité .
Ceft comme i l'ame, dans l'impuillance
d'exprimer une modification qui n'a point
de nom , en exprimoit , en fixoit une de la
même efpece que la fienne , mais inferieure
à la fienne en vivacité , & l'exprimoit de
façon que l'image de cette moindre modification
pût exciter dans les autres , une
idée plus ou moins fidele de la veritable
modification qu'elle ne peut produire.
oilà de quelle façon un Auteur doit
être clair : Voilà la clarté qu'il lui convient
d'avoir , quand il veut fe faire honneur de
tout ce qu'il fent de beau.
Mais , la clarté prife plus fimplement &
dans fon fens étroit , eft une expofition de
nos pensées , qui fait que tout le monde les
apperçoit , les entend dans le même feus,
Il n'eft pas neceffaire , pour être clair
d'avoir exprimé tout ce que vous penfezi
mais , il eft neceffaire que ce que vous
exprimez , foit entendu de tous également:
A
1
DE MAR S 7
Tant pis pour vous , fi vous perdez à l'expofition
: En ce cas , vous êtes exact &
clair , quant à ce que vous devez aux autres
; mais vous pechez , quant à ce que
Vous vous devez à vous - même ; & comme
on ne fe doute pas du tort que vous vous
faites , on n'a rien à vous reprocher.
Cette derniere clarté que j'ai définie , eft
donc la feule qu'on doive exiger d'un Auteur.
Bien des gens , trop fcrupuleux , reprochent
aux Auteurs un défaut de clarté ,
dont l'homme qui a du bons fens fans fantaifie
, ne fe plaindra jamais : Un feul
exemple donnera pleine idée de ce défaut
reproché ; deux vers de M. de Crebillon
me le fourniffent.
Agenor , Heros , mais d'une maiffance
inconnue , aimoit la fille du Prince Belus .
-Belus eft choqué de cette audace , dans un
homme né peut- être d'un fang obfcur ; il
lui parle avec hauteur. Agenor lui répond
avec toute la fierté d'un Guerrier qui fe
fent de vrais & de refpectables avantages ,
je veux dire , fon extreme valeur & fa vertu
: Il ferme fa repartie courageufe par ces
deux vers.
Et quand j'ai recherché vôtre augufte alliance ,
J'ai compté vos vertus , & non vôtre naiflance,
La naiffance fe compte - t'elle , difent une
infinité de gens , dans le fens qu'on peut
A iiij
8 LE MERCURE
compter des vertus une par une ? Cette
critique n'eft pas jufte , ce me femble.
Quand j'ai recherché vôtre alliance ; vos
vertus , & non vôtre naiffance , me la fi
rent regarder comme honorable.
Voici à peu prés , je penfe , ce que fignifient
ces deux vers , encore laiffai-je bien
de la hauteur & de la fierté de refte ; mais
de bonne foi , n'eft- ce pas là le fens uniforme
de fens que tout le monde a tout
d'un coup fenti là dedans ? Nôtre Auteur
ici s'eft donc acquitté de fon devoir envers
autrui. Quant à celui qu'il fe doit à luimême
, a-t'on lieu de fuppofer un inftant
qu'il s'eft fait tort ? Eſt - il aifé de donner
à ce fonds de fens une gradation fuperieure?
On ne compte point la naiffance , à la
prendre comme un jetton qu'on va ajouter
à un autre ; mais on peut la compter , à la
prendre ainfi qu'on nous l'offre ici , comme
un motif d'intereft , qu'on pourroit
ajoûter à d'autres motifs de faire quelque
chofe. Ce calcul même des vertus que fait
Agenor , fans y faire entrer la maiffance
fert à mieux marquer le peu d'impreffion
qu'elle fait fur lui , & corrige plus precifément
l'erreur de Belus à la croire un grand
avantage : En un mot , c'eft une façon de
penfer , qui met en image courte & vive ,
le mépris genereux qu'il a pour cet avantage
.
On
prouvera bien que ces vers ne doiDE
MAR S.
vent point fignifier ce que je dis ; mais , on
n'empêchera pas qu'ils ne le fignifient pour
tout le monde .
En fait d'expofition d'idées, il eft un certain
point de clarté , au delà duquel toute idée
perd neceffairement de, fa force ou de fa
délicateffe. Ce point de clarté eft aux idées ,
ce qu'eft à certains objets , le point de diftance
auquel ils doivent être regardez , pour
qu'ils offrent leurs beautez attachées à cette
diſtance. Si vous approcheż trop de ces
objets , vous croyez l'objet rendu plus net ;
il n'eft rendu que plus groffier. Un Auteur
va- t'il au- delà du point de clarté qui convient
à fes idées , il croit les rendre plus
claires ; il fe trompe , il prend un fens diminué
, pour un fens plus net ?
L'exemple que j'ai rapporté de l'inexactitude
reprochée , peut en montrer l'efpeces
mais , comme après tout , il peut y avoir
des inexactitudes qui fortent de cette efpece
, & pour lesquelles , je n'aurois tout
au plus que de l'indulgence , fuivant le degré
d'obfcurité qu'elles jetteroient dans un
fens vafte & diftingué ; voici , ce femble
, fur quoi l'on pourroit fe regler pour
faire juftice à tout Auteur.
Toute penſée a fa clarté fuffifante ,
quand tout le monde l'entend de même ;
je veux dire , quand le fens qui s'en preſente
à vôtre efprit , eft celui qui fe prefente à
tout le monde, foit que l'Auteur ait appuyé
LE MERCURE
,
d'une image la chofe principale qu'il a vou
lu dite. Quand cette image regardée ſepa
rément n'auroit aucun rapport avec la
chofe ; fi vous fentez que cette image unie
à la chofe , fert à la rendre plus vivement
intelligible , à vous comme à tout le monde
, vous pouvez , je penfe , en toute fû
reté ne faire aucune attention à la critique
qu'on feroit de l'expofition de cette penfèe
ou de cette chofe , puifqu'elle a ce qu'il
lui faut pour être bonne.
Mais , s'il vous en coûte à vous comme
à d'autres , le moindre embaras , pour ſaifir
le fens fixe de cette penfée ; fi vous avez
de la peine à demêler le rapport dés idées
qui la compofent , le nombre de ceux qui
n'y trouveroient rien à redire , ne juſtifie
pas l'Auteur , parce qu'il y a des gens dont
T'efprit remedie tout d'un coup aux défauts
d'une expofition , & voit ce qu'un Auteur
a penfé d'aprés ce qu'il a mal exprimé
mais , ces gens- là ne font qu'une trés petite
portion d'hommes . L'Auteur eft obfcur pour
les autres ; ainfi , il n'a fatisfait que trèsimparfaitement
à fes devoirs. C'eft lui faire
grace de l'excufer , fi ce n'eft dans des idées
concernant des matieres fçavantes & philofophiques
; auquel cas , fon public , je
croi , eft reftraint au nombre de ceux à
qui l'étude ou une capacité diftinguées
donne la clef de ces matieres ; mais fon
devoir alors , fera toujours d'être clair
pour tout ce public là.
DE MAR S.
S
Il feroit aifé de fe regler fur ce que je
viens de dire ; mais , il faut s'y regler de
bonne foi ; & je fuis bien aife d'ajoûter ,
que mille gens font fouvent les duppes des
fcrupules de clarté , que leur jettent dans
l'efprit une infinité de gens , qui , par leur
capacité , ont effectivement droit de juger,
mais , qui s'entêtent fouvent eux-mêmes ,
& qui en reflechiffant fur ce qu'ils ont
d'abord compris , comme tout le mondei,
trouvent le fecret de fe prouver qu'on pour
roit ou qu'on devroit ne le pas comprendre
ainfi . Ils énervent fouvent eux- mêmes leurs
penſées par des fatigues peu neceffaires de
etteté ; ils font affez malheureux pour y
Loupçonner des imperfections de clarté qui
n'y font pas ils fe chicanneut fur une
hardieffe de rapports , qui kur eft venuë ;
ils s'excitent à en être choquez , & jugent
les autres , comme ils le jugent.
思
L'amour de la clarté dans d'autres , eft
une marotte dont ils fe font honneur ; ils
ne la defirent pas tant, parce qu'elle eft neceffaire
, que parce qu'il y a préjugé qu'on
a l'efprit bon quand on la defire. Je fuis
ipefant ; il me faut une extrême clarté ,
difent- ils : Ce, jefuis pefant , eft l'éloge de
la bonté de leur jugement ; cela leur établit
parmi le's credules un caractere de Juges
exacts . Quels Juges , grands Dieux !
Et comment demêleroit -on le vrai d'avec
le faux , tandis que les hommes feront mu12
LE MERCURE
*
tuellement les duppes de mille fantaiſies
pareilles ?
D'autres defirent encore la clarté , non ,
qu'elle ne foit où ils la defirent ; mais ,
elle
découvre un fens magnifique , & le plaifir
qu'il fait , fcandalife leur amour propre.
Quand ils ont dit , cela n'eft pas clair , les
voilà non feulement difpenfez de louer le
fens , mais fouvent , ils alterent encore
l'opinion avantageufe que les autres en
avoient.
Il eft des gens qui font de bonne foi , &
qui diront auffi d'une penfée , qu'elle eft
obfcure , mais voici pourquoi ?
Cette penſée peint un fujet par des côtez
extremement fins ; l'image de ces côtez
s'apperçoit aifément ; mais , elle eft de
difficile confiftance aux yeux de l'efprit ;
fa délicateffe la fait perdre de vûë à cet ef
prit ; & ces perfonnes appellent obfcurité,
ce qui ne vient que de la difficulté qu'ils ont
de continuer d'appercevoir l'objet d'abord
bien apperçû .
Je parle ici d'une méprife de la part da
Lecteur , qu'il avouëroit lui-même , s'il y
prenoit garde , & que tout homme qui
connoîtra l'effet de l'objet delié fur l'efprit
humain , avouera poflible .
Cependant , à tout prendre , l'Auteur
pourroit être en faute ; & certainement il
y fera , fi dans ces occafions , on peut fe
convaincre interieurement qu'on n'apper
DE MAR S.
13
çoit rien de net Car , comme je l'ai dit ,
il y a des pensées qui font d'abord bien
apperçues , mais dont les rapports font fi
fins , fi peu familiers , qu'on a peine à les
même en les voyant.
Ceux qui éprouvent ces difparitions d'objets,
ne peuvent fe plaindre que d'eux- mêmes
& non de l'Auteur.
contenir à fes
yeux ,
Sur la penfee fublime.
L'idée fublime n'eft dans fon principe
qu'une idée commune , à qui la chaleur de
Fefprit donne une croiffance de force ; j'appelle
principe de l'idée fublime , fon fonds
commun , qui eft à tous les hommes. Dans
ce fonds commun , elle eft idée vulgaire.
Quand elle devient fublime , elle conferve
fon fonds , & ne fait que changer de forme;
mais,il y a bien loin de fon fonds commun
ou de fa forme vulgaire , à fa forme fublime
; & ce font deux extremitez entre lefquelles
fe jouent les Auteurs ordinaires ,
& dont l'efpace peut être rempli par une
infinité d'autres formes fynonimes , plus ou
moins diftinguées , fuivant qu'elles s'approchent
ou s'éloignent de l'une des deux
extremitez.
Voulez-vous un petit exemple de l'une
& l'autre extremité . Le vieil Horace s'irrite
de ce que fon fils a fui contre trois. Et
que vouliez- vous qu'il fit , lui dit- on ? Il
Lépond , qu'il mourût..
14 LE MERCURE
Trouvons le fonds groffier de ce fentiment
fublime : Que voulez - vous qu'ili
fît contre trois ? Je voulais qu'il perit
qu'il fe fit tuer : Voila l'idée dans
les proportions communes du fentiment.
Voila de la matiere propre à devenir fublime.
Le , qu'il mourut , la rend telle.
>
Le fublime enferme donc un fonds de
penſée ou de fentiment , qui eft à la portée
de tous les hommes , qui pourroit leur être
familier , qui eft enfin de toute capacité.
C'est par la proportion de ce fonds de penfée
avec toute capacité , que cette même
penſée rendue fublime , eft apperçûë , qui
plus qui moins , par l'homme épais , ainſi
que par l'homme délicat
Ainfi cette penfée, dans fon fonds , porte
une nature de fens que tous les hommes
pourroient trouver ; mais , ce fens ne reçoit
pas dans tous les hommes, l'augmentation
de qualité & de quantité qui le rend fubli
me: Ce n'eft que par cette augmentation
que ces hommes different entr'eux .
Si tout ce que je dis, étoit vrai , ne pour
roit-on définir le fublime en general , une
expofition exacte de toute espece de penſées ,
dans toute la gradation de fens & de vrai
dont elle eft fufceptible ?
Il me femble enfin , que le fublime eft à
l'ame le point de vue le plus frappant de
toute nature de penfées . Celui dont l'efprit
fe tourne à cette façon de voir , n'apDE
MARS.
IS
perçoit rien dont il ne faififfe le vrai original.
Celui qui s'écarte de cette façon , ne
peut trouver l'afpect unique d'une chofe
Il voit ou trop loin , au -deffous, ou à côté ;
cependant , il voit quelquefois confufément
cet afpe&t vrai de fon fujet ; il l'a chez lui,
mais non à lui ; & s'il s'exprime , c'est avec
les diminutions qui diftinguent une copie
foible d'avec l'original.
•
Prefque tous les Efprits errent au tour
de la chofe qu'ils veulent exprimer , fans
aller jufqu'à elle , ou fans l'entamer entie
re . De- là vient peut- être , qu'en matiere
d'Efprit , on a nommé fublime , ce qui n'eft
que cet excellent vrai toûjours manqué .
Voulez-vous , Madame , que je hazarde
encore une explication de ce vrai.
Il me fouvient de vous avoir entendu dire
, que certaine Dame s'ajuftoit de fort
mauvais goût ; il eſt donc un arrangement
propre à la parure . Cet arrangement en fait
l'agrément , & cet agrément , c'est l'excellent
, c'est le fublime de la parure.
Une idée dans l'efprit d'un Auteur ,
eft , je dis , à peu près , eft donc un habit
entre les mains d'une femme . Cette femme
a certaine efpece d'habillement à mettre
; cet Auteur a certain fonds d'idées à
exprimer Cet habit fans grace , quand il
eft vêtu par cette femme , devient charmant,
vêtu par une autre. Ce fonds d'idées ,
froid & vulgaire dans cet Auteur , pre16
LE MERCURE
fente un fens neuf dans celui-ci ; toutes
les façons de mettre cet habit , font des
copies de la façon originale ; ces copies
font muettes, l'original parle au coeur ; toutes
les faufles expofitions de ce fonds d'idées
, font des imitations fans ame de la
vraye. Les fauffes répetent à l'efprit du
Lecteur ce qu'il a fouvent penſé lui- même
, ou, ne lui montrent que ce qu'il pourroit
penfer ; tout lui paroît neuf dans
la vraye.
Peut- être , & ce n'eft ici qu'une conjecture
, que les charmes de l'habit , font
comme égarez ou difperfez dans toutes les
mauvaiſes façons de le vêtir. Peut être ,
dans tous les fens informes qu'on peut
ner à cette idée , le vrai fens eft- il partagé
comme en lambeaux , & que le vrai fens
n'eft qu'un vif abregé de toutes ces parcelles
.
don-
A prefent que nous avons défini le fublime
en general , examinons - en l'efpece la
plus applaudie ; c'est le fublime tragique.
Car , quoique toute idée , expofée dans
toute la gradation de vrai qu'elle peut recevoir
, ait tout le fublime dont elle eft
fufceptible , il eft des idées dont le vrai dans
fa gradation , eft d'un caractere plus vif ,
& dont par confequent le fublime eft plus
frappant.
Les fentimens impetueux qu'infpire le
fublime tragique , marquent fa fuperiorité.
L'ame
·
DE MAR S. 17
t
L'ame eft agréablement amufée par les autres
fublimes ; elle leur rit en paix.
Un vifage joli , par exemple, je veux dire,
avec une forte de graces inferieures aux
graces majestueufes & touchantes , invite
agréablement à l'amour , à la familiarité.
Vous fçavez , Madame , fi vous le voulez ,
combien les impreffions de certain vifage ,
different de celles- ci il frappe de refpect ,
d'étonnement & de tendreffe ; cela remue
l'ame & la penetre Il eft donc preferable
à tous les plus jolis vifages du monde.
Nous devons penfer de même du fublime
tragique ; & c'eft ainfi qu'il l'emporte fur
les autres fublimes , dont les impreffions ne
font que plaire ou divertir , & que par- là
je compare au vifage fimplement joli .
Bien des gens femblent établir deux fortes
de fublime tragique ; ils vous difent ,
c'est ici , fublime de fentiment , c'eſt là , ſu.
blime de penfée .
Vous entendez bien Madame , qu'il
s'agit ici du fublime d'Auteur ; & je dis
en ce cas , que la diftinction myfterieufe
qu'on fait de ces deux fublimes , peut avoir
deux faces.
Je croirois donc , qu'en fait de compo
fition , lefublime de penfée feroit une image
de la façon de l'efprit ; je veux dire, de
la façon de l'ame reflechillante , qui médite
un abregé fubtil de fes vues , ou qui
cherche à voir des côtez finguliers , & qui
B
+8 LE MERCURE
;
s'excite oifivement à des tours d'imaginat
tion à moins qu'on entende par fublime
de penfée , certaines idées conçues fur des
fujets d'une impreffion moins vive , & plus
ferieux que d'autres Tels font les fujets
de politique , de déliberation , & c .
Mais , en regardant le fublime du premier
côté , c'est l'image des efforts de l'ef
prit Auteur : Ce fublime nous peint ce
qu'un Auteur fe fait devenir ; il eft l'effet
des impreffions qu'il appelle à lui , qu'il
cherche.
Par le fublime de fentiment au contraire
l'Auteur nous peint ce qu'il devient il eft
l'effet des impreffions qu'il reçoit & qui le
furprennent.
La diftinction du fublime de penfee &
de fentiment , peut avoir encore une autre
face .
Je veux dire , que l'on a peut- être fait
deux parts de la matière qui eft du reffort
de la Tragedie .
la
L'on a , je croi , entendu par fentiment,
cette matiere expoſée d'un façon relative à
trempe du coeur en general. On a nommé
, penfée , cette même matiere , traitée
dans un gout de fentiment particulier.
Quelques hommes chaimez de voir les
fingularitez de leur ame , faifies par cette
derniere façon , & tirées du caractere general
, ont peut- être par ce motif , preferé
Corneille Racine , fans forger que la
DE MAR S. 19
fimple connoiffance des caprices de la mature
, eft bien moins vafte que le fentiment
continu de fa methode generalle , & n'eſt en
fait de talent , que ce que la partie eſt au
prix du tout.
Mais il ne s'agit pas ici de ces deux
grands hommes ; revenons.
Le fublime de fentiment , pris dans ce
fens , c'eft donc cette matiere qui traitte ,
ou plûtôt , qui peint le coeur en general.
Le fublime de penfée , c'eft cette matiere
qui peint les differences du coeur : Ces dif
ferences font dans leur efpece , comme un
objet Metaphyfique ; elles ont leur hauteur
& leur délicateffe de fentimens , qui ne font
crûs plus rafinez , que parce qu'ils font
une exception du fentiment general ; exception
plus curieufe qu'inftructive ; hauteur
dans le fonds , grotesque , hors de la
ligne du vrai d'ufage , & qu'on pourroit
appeller fanatifme de fentiment , dans ceux
dont l'ame fe tourne de ce côté.
Ce fanatifme a cependant fon vrai ; mais
vrai vitieux , quant à nous , quant aux
autres hommes à qui il ne peut , & ne doit
même fervir que de fpéculation.
Suivant ma réflexion fur ces deux fortes
de fublimes , vous voyez bien , Madame ,
que
les Auteurs de l'un & de l'autre n'ont
tous qu'un même objet ; mais qu'ils voyent
par des côtez differens: Envifager cet objet
par des côtez convenables on relatis à tous
Bij
20 LE MERCURE
les hommes , eft fans doute le meilleur.
Oubliant à prefent toute difference de
fublime , de fentiment & de penſée , je
dis qu'en general , on pourroit avec raifon
remarquer deux efpeces de fublime tragique.
Le premier, eft le fublime de la nature;
le fecond, eft le fublime de l'homme.
Celui de la nature , eft une expofition du
fujet , rendu tel que l'efprit l'a vû , rendu
dans l'audace & le feu de la perception
daus cet indiviſible tiffu de parties ; ouvra
ge de la chaleur de l'efprit ; tilfu dont nous
ne connoiffons pas la façon , qui fe fait en
nous , non par nous ; fur qui l'ame a, comme
empreint fon caractere , & qui eft enfin
le fruit de la liberté que nous lui laillons.
Le fublime de l'homme , eft l'expoſition
d'un fujet apperçu par l'ame , & rendu ,
non tel qu'il fe prefente à elle , mais tel
qu'il devient par fon retardement à le faifir;
tel qu'il devient par des additions ou des
fouftractions de parties , par des corrections
étrangeres , dont l'ufage lui vient , ou de
l'envie de briller , ou des préjugez d'exacti
tude , qui l'empêchent d'êtic l'arbitre de
fon idée : De forte qu'on voit la mécanique
de fon ouvrage ; elle y a , comme imprimé
les marques de fon travail.
Et voilà ce que n'a pas le genie ferme
& fuperieur. Ce n'eft pas qu'il ne refle
chiffe fur fon travail ; mais , quand il eft
a vrai diftingué de fon idée , il le conDE
MARS. 21
noît ; ce vrai le domine '; il n'y defire plus
rien .
que
Vous jugez bien à prefent , Madame ,
le fublime de la nature , eft le feul digne
de nôtre admiration , & ce fublime ,
le tragique fuperieur l'employe de plufieurs
manieres.
Il y a , ce qu'on appelle le trait fublime,
ou le trait marqué : En voici un exemple :
Il eft pris de Rhadamifte qui parle à Zenobie
qu'il croyoit avoir tué autrefois , &
qu'il avoit jetté dans un Fleuve , pour empêcher
qu'elle ne tombât vivante entre les
mains d'un Rival. Au bout de quelques
années , il la retrouve ; & voici ce qu'aprés
les premiers momens de la furprife , il lui
dit , penetré d'amour & de remords , en la
preffant de le fuivre en Armenie .
Cefar m'en a fair Roi ; viens me voir deformais ,
A force de vertus , réparer mes forfa ts :
Ou bien, quand fe reprochant fes fureurs
paffées , à la vûe de Zenobie captive alors,
& qui témoigne le retrouver avec plaifir.
O , de mon defefpoir , victime trop aimable !
Que tout ce que je voy, rend vôtre époux coupable?
Voilà , Madame, ce que j'appelle un trait
fublime. Le premier eft l'expofition d'un
fentiment de l'ame rendue à la vertu , qui
appuye fes projets de changement , de l'horreur
de fes crimes ; qui prend ces crimes
22
LE MERCURE
même
pour garans d'une converfion conf
tante, & qui femble meriter qu'on la croye
par l'aveu franc qu'elle en fait.
Le fecond trait , eft l'expofé d'un fenti
ment de l'ame coupable & touchée , qui
peint fes remords avec d'autant plus de force
& de verité , qu'elle expofe à fes yeux ,
avec une ingenieufe cruauté pour elle , les
differens motifs qui la rendent haillable &
criminelle.
Il y a le fublime de continuité en voici
un exemple : Il eft de trente quatre vers 5.
mais , ne vous en allarmez pas ; car j'espere
qu'il ne vous ennuyera point.
C'eft Electre , Efclave d'Egifte meurtrier
d'Agamemnon fon pere , qui prête d'être
forcée à époufer le fils de ce meurtrier ,
( qu'elle aime en fecret cependant , )
conjure Orefte fon frere , ( mais qu'elle ne
connoît point pour tel , ) de lui montrer ,
de lui rendre ce frere même qu'elle foupçonne
être à la Cour , & de qui elle attend
du fecours. Orefte qui paffe pour le fils de
Palamede , fous le nom de Tidée , lui dit,
fans le découvrir , que ce frere a péri dans
les flots. Voici ce qu'elle répond.
Eh , n'avez vous pas cru , Seigneur , qu'avec Órefte
Palamede avoit vu cet Empire funefte !
Il revoit cependant la clarté qui nous luit :
Mon frere eft-il le feul que le deftin pourſuit ?
Vous-même fans efpoir de revoir le rivage ,
Ne trouvâtes vous pas un Port dans le nauffrage?
DE 4 23 MARS.
Orefte,comme vous , peut en être échappé ;
Il n'eft point mort , Seigneur , vous vous êtes
trompé.
J'ai vu dans ce Palais une marque affûrée
Que ces lieux ont revû le petit - fils d'Atrée :
Le tombeau de mon pere , encor meüllé de pleurs;
Qui les auroit verfez ? qui l'eût couvert de fleurs ?
Qui l'eût orné d'un fer ? quel autre que mon frere,
L'eût ofé confacrer aux Mânes de mon pere ?
Mais quoi vous vous troublez . Ah , mon frere
eft ici !
Helas , qui mieux que vous , peut en être éclairci !
Ne me le cachez pont , Orefte vit encore.
Pourquoi me fuir, pourquoi vouloir que je l'ignore?
J'aime Orefte , Seigneur : Un malheureux amour
N'a pu de mon efprit le bannir un feul jour.
Rien n'égale l'ardeur qui pour lui m'intereffe ,
Si vous pouviez fçavoir , jufqu'où va ma tendreffe ,
Votre coeur fiemiroit de l'état où je fuis ,
Et vous termineriez mon trouble & mes ennuis.
Helas , depuis vingt ans que j'ai perdu mon pere ,
N'ai- je donc pas affez éprouvé de mifere ?
Elclave dans les lieux , où le plus grand des Rois
Al'Univers entier fenibloit donner des loix ;
Qu'a fait aux Dieux cruels fa malheureuſe fille ?
Quel crime contre Electre armé enfin fa Famille :
Une mere en fureur la hait & la pourfuit ;
Ou fon frere n'eft plus , ou le cruel la fuit .
Ah , donnez- mci la mort , cu me rendez Orefte !
Rendez- moi par pitié le feul bien qui me reſte.
Voila , Madame , un fublime continus
d'autant plus eftimable à mon gré , qu'il eft
compofé de fentimens d'une genealogie
naturelle, doux à l'ame , & qui la penetrent
par un progrés fourd dont elle ne s'eft
prefque pas doutéc
24
LE MERCURE
Imaginez - vous bien la fituation d'une
jeune Princeffe abandonnée par fa mere ,
dans les fers d'un tyran infolent , qui n'a
qu'un frere pour toute reffource , un frere
qu'elle cherit , & qui pourroit finir les malheurs
, s'il venoit , s'il vit encore , & s'il
arrive. Imaginez- vous qu'elle foupçonne
qu'il eft venu , mais qu'il fe cache ; la reffource
eft donc près d'elle . Confrontez à
prefent ce qu'elle doit dire à ce qu'elle dit
icis ou bien , mettez- vous à fa place & effayez
vôtre ame à fes difcours.
:
Elle vous peint d'abord une ame avide
d'efperance . La nature dans tous les malheureux,
en a fait le contre- poids de leur affliction
Une ame , dis- je , à qui rien de
ce qui peut lui donner de l'efpoir , n'échap
pe Ingenieufe à prouver qu'elle a raifon
d'efperer ; non fpirituelle en le prouvant :
je veux dire ingenicufe , comme Electre
infortunée doit l'être , & non , comme le
Poëte auroit pû la rendre .
Vous-même , fans efpoir de revoir le rivage ,
Ne trouvâtes -vous pas un port dins le naufrage?
Orefte , comme vous , peut en être échappé ;
Il n'eft point mort , Seigneur , vous vous êtes
trompé.
Voila les promptes confequences qu'une
lueur d'efpoir fait tirer dans l'infortune ;
c'eft -là le langage de l'ame ardente à la fin
de fon malheur. La raifon les defavoueroit,
ces
DE MAR S.
25
*
રે
ces confequences ; elle ne fçait conclure
qu'à coup feur ; elle ne diroit pas , il n'eft
point mort , vous vous êtes trompé ; mais
l'ame dans fon affliction , a fes principes
à part ; & l'impreffion qui la porte à fouhaiter
fon bonheur , eft comme un charme
heureux , qui lui garantit & qui lui fournit
fes efperances . Electre conclut donc que
fon frere n'eft point mort , & le conclut
d'une façon fi féduifante, ou que l'on penfe
qu'elle ne fe trompe pas , ou que l'on voudroit
au moins qu'elle ne fe trompât point.
Ce n'eft point allez pour elle : Des preuves
de la vie de fon frere , elle paffe aux preuves
de fon arrivée : Il n'eft point mort ,
il eft ici ; voilà l'excès de l'ame affligée
dans ces fentimens fubits de confolation ;
nous voilà generalement peints .
Le tombeau de mon pere encore mouillé de pleurs !
Qui les auroit verfé ? Qur l'eût couvert de fleurs ?
Qui l'eût orné d'un fer ? Quel autre que mon frere,
L'eût ofé confacrer aux manes de non pere ?
Examinez ce qui fuit ces vers , Madame:
Electre n'a jufqu'ici conclu que fur de legeres
apparences : Une fecourable illufion
les avoit rendues certitudes ; mais , il cft
refté dans ces certitudes mêmes , comme
un levain de doute ; l'ame les a plus exprimées
, comme des erreurs qui la flattoient,
que comme des veritez qui l'ayent convain-
Cue. Non , Orefte n'eit point mort ; on
Mars 1719. C
26 LE MERCURE
s'eft trompé. Quel autre que mon frere ,
auroit pû mettre fur le tombeau de mon
pere ce que j'y ai vû ? Qui n'apperçoit pas
dans ce difcours l'ame qui croit fans fondement
? Entendez - là s'exprimer , quand
elle croit fur des preuves .
Mais quoi , vous vous troublez ? Ah , mon frere
eft ici !
Ne mele cachez point ; Orefte vit encore.
Pourquoi me fuir ? Pourquoi vouloir que je l'ignore
?
J'aime Oreste , Seigneur : Un malheureux amour
N'a pû de mon efprit le bannir un feul jour .
Rien n'égale l'ardeur qui pour lui m'interelle :
Si vous pouviez (çavoir jufqu'où va ma tendreffe ,
Vôtre coeur fremiroit de l'état où je fuis ,
Et vous termineriez mon trouble & mes ennuis.
Voyez- vous dans ces vers , l'ame abfolument
convaincuë , franche de tout doute
? Sa certitude eft ici l'ouvrage de l'évidence
& non le fien propre : Vous vous
troublez ? Ah , mon frere eft ici ! Rien n'eft
plus fimple que ce fentiment , mais auffi
rien de plus judicieux. Ektre n'intertoge
point Tydéé fur fon trouble : Il s'eft troublé
, Electre fçait tout ; intelligence impetucufe
, digne de fa tendrelle pour fon frere,&
bien naturelle dans la douleur. Pourquoi
me fuir , dit- elle , pourquoi vouloir que
j'ignore qu'il eft ici ? Voyez , Madame ,
avec quelle foupleffe fon impatience & fa
joye la font parler ; elle écarte la question
DE MARS. 27
de fçavoir fi fon frere eft à la Cour : Il paroît
à l'entendre , que cette quction eft
vuidée , pourquoi me fuir ? Je vous avouë,
Madame , que ce piege qu'Eltre tend à
Tydée , me femble admirable ; j'y reconnois
les tours féduifans qu'enfeigne à l'ame
un interêt cher , cer art de l'amour propre
à tromper la referve de ceux de qui
nous voulons apprendre quelque chofe ;
art inimitable au travail reflechi , & que
le Po te ne peut faifir , que quand par
emportement d'imagination , il devient
lui- même ce qu'cft la perfonne dont il
parle .
L'ame fçait plus d'un tour dans les occafions
dont il s'agit : Remarquons- le .
Nôtre propre attendriflement fur nos malheurs
, eft encore un de ces innocens ftratagemes
de l'ame : Ajoutez à cela que cot
attendriflement eft comme une crife , qui
foulage l'ame du poids de mille fentimens
douloureux qui la chargeoient .
Helas , depuis vingt ans que j'ai perdu mon pere !
N'ai-je donc pas affez éprouvé de mifere ?
Efclave dans les lieux , où le plus grand des Rois
A l'Univers entier fembloit donner des loix :
Qu'a fait aux Dieux cruels fa malheureuſe fille ?
Quel crime contre Electre arme enfin la Famille ?
Une mere en fureur la hait & la pourfuit ;
Ou fon frere n'eft plus , où le cruel la fuit .
Ah , donnez- moi la mort , ou me rendez Oreft :;
Rendez-moi par pitié le feul bien qui me reste.
c ij
28 LE MERCURE
Cette douleur , Madame, ne plaide t'elle
pas bien pour elle ? Quelle expolition de
l'état d'Electre ! Ses fers me pefent ; trifte
effet du malheur ; elle en a contracté jufqu'aux
fentimens humiliez dont il marque
les coeurs les plus fiers . Electre ne fe refpecte
plus ; elle ne rougit pas de faire compaffion,
N'ai-je donc pas affez éprouvé de mifere ?
Quel langage pour une Princeffe ! Mais ,
qu'il convient bien à fa jeuneſſe , à ſon
état , & qu'il eft bien vrai que l'orgueil
plie fous l'infortune . Je ne dis rien du contrafte
qu'elle expofe , de ce qu'elle étoit &
de ce qu'elle eft : Pourfuivons.
Une mere en fureur , la hair ou la pourfuit ,
Ou fon fiere n'eft plus , ou le cruel la fuit .
L'ame en de certains momens , s'afflige ,
fe décourage avec excès , du plus petit ab .
ftacle qu'elle trouve à ce qu'elle veut : Tout
lui eft fucceffivement matiere de douleur ou
de joye , d'efperance ou de defefpoir; point
de milieu pour elle , & cela doit être : Car ,
tous fes excès vont à fon profit , par la
compaffion qu'ils infpirent.
Ou fon frere n'eft plus , ou le cruel la fuit .
Ah , deanez moi la mort , cu me rendez Orefle !
Rendez moi par pitié le feul bien qui me refte !
A Quelles contradictions de jugemens
Non , mon frere n'eft point mort, mon frere eſt
DE MARS. 29
ici. Electre fur tout cela ,demandoit un aveu
franc ; on ne lui refufe pas , on fe taît feulement
: C'en eft fait ; efperance , certitude
, tout s'évanouit ; ce ne font plus que
des éclats de douleur . Si le portrait de l'ame
n'eft original ici , voilà du moins la plus
grande copie que je connoille.
Rendez- moi par pitié le feul bien qui me refte.
Il eft difficile de demander plus violemment.
J'aime le fentiment , Madame : Ces vers
qui en font pleins , m'ont peut-être trop
amufé ; vîte à autre chofe.
Il eft une troifiéme forte de fublime, qui
regarde la combinaifon des évenemens de la
Tragedie mais , comme il faudra l'examiner
ailleurs , je n'en dirai rien ici .
Il nous refte un quatriéme fublime . Par
ce dernier, j'entend, l'expofition des détails
les plus indifferens d'une Tragedie par leur
côté le plus excellent. En voici un exemple :
Heft de Rhadamifte qui raconte à Hieron ,
comment Corbulon le fauva des mains de
ceux qui vouloient le tuer.
Ce même Corbulon , armé pour m'accabler ,
Conferva l'enne ri qu'il venoit immoler.
De mon funefte fort touché , fans `me connoître ,
Ou de quelque valeur que j'avois fait paroître ;
Ce Romain par des foins dignes de fon grand coeur,
Me fauva , malgré moi , de ma propre fureur.
Senfible à la vertu , mais fans reconnoiffance >
Cij
30 LE MERCURE
Je lui cachai long-tems mon nom & ma naiffance .
Traînant avec horreur , & c .
Ces idées ont tout le fublime qu'elles
peuvent porter ; j'entend toûjours par- là ,
que leur fonds dans fon efpece , a reçû
tout l'accroiffement de fens qu'il pouvoit
recevoir ; & ce font là les chofes que j'ap
pel e indifferentes : Matieres de détails qui
conduifent aux fujets fublimes , mais qui ,
malgré leur peu de valeur , peuvent être
annoncées fous des faces , dignes d'accompagner
les matieres vraiment hautes ; de
forte que l'on conferve le ton majestueux de
la Tragedie , en donnant à ces détails, aux
difcours des Confidens , une proportion de
dignité qui les allie fans contrafte au ſujet
grand .
Figurez-vous de hauts Seigneurs , fuivis
de leur train. Si ce train eft lefte , s il a bon
air , leurs Valets n'offrent- ils pas aux yeux
une grandeur de proportion avec la majeſté
de leur Maître ? Il en eft de même de ce
dernier fublime dont il s'agit , fi vous le
comparez aux autres.
Voilà , Madame , les efpeces de fublime
que le genie fuperieur employe dans la
Tragedie.
Permettez- moi de m'arrêter ici , pour
difcuter une queſtion que j'ai vù fouvent
agitée . C'eft de fçavoir , fi un trait ſublime
devroit frapper également , non tous les
DE MAR S. 31
hommes , mais les hommes en general .
Obfervez , Madame , que je ne parle pas
du fublime de la façon de l'efprit Auteur :
Ce fublime , dont j'ai déja donné l'idée ,
eft un jeu de reflexion trop combiné, pour
fe laiffer faifir par l'homme ordinaire , qui
difficillement pourroit être au fait des fentimens
qu'un Auteur a reçûs , en cherchant
à fe frapper d'impreffions fingulieres. Les
fentimens qui refultent de ces impreffions ,
font pour l'homme ordinaire , comme des
objets étrangers , prefqu'inconnus ; ce font
des fentimens d'étude : Eff ctivement , il
n'arrive jamais que l'ame, dans la vie civile,
foit remuée ou modifiée dans ce goût ; il
n'y a que l'homme trés fin , qui fe prête
beaucoup à ces façons d'être de l'ame , à
ces jeux d'imagination .
Je parle ici d'une penfée , d'un fentiment
fublime que reçoit un Auteur vif , qui s'eſt
mis à la place d'un perfonnage , & qui dans
cet état , acquiere des idées d'une reffemblance
franche , foncière & generale , avec
celles que pourroit avoir l'homme réellement
intereffe.
Je dis donc , à propos de nôtre queftion ,
qu'il ne me paroît pas poffible qu'un trait
fublime , dans ce caractere , foit generalement
fenti avec le même plaifir ; non que
l'obftacle en foit dans le plus ou moins d'étenduë
de vûë qui fe trouveroit parmi les
hommes : Car enfin , chacun fentiroit à la
C iiij
32 LE MERCURE
mefure de fon étendue ; bien des gens fentiroient
davantage , fans être, dans un fens ,
plus frappez que celui qui fentiroit moins.
Si ce dernier fourniffoit vingt degrez de
fentiment , & qu'il n'ût que cela , ce feroit
comme un Nain, qui ne pouvant porter que
vingt livres pefant , en feroit auffi chargé
que le feroient les Geans mêmes de deux
mille.
L'homme le plus délicat , & de la conformation
d'organes la plus heureuſe , porte
fa vûe & fon fentiment , plus loin que
l'homme ordinaire : Voilà tout.
Tous les hommes peuvent être amoureux,
vindicatifs , jaloux , perfides , vains , fu
perbes , hypocrites. Ils font tous fufceptibles
de fentimens vitieux , lâches & vertucux,
fuivant la nature des impreffions qui
les frappent le plus dans l'occafion . Or
les fpectateurs recoivent des impreffions à
la Tragedie , ils fentent ce que chaque perfonnage
paroît fentir ; leur ame eft comme
l'écho qui repond à la fienne ; mais , qui
répond plus ou moins exactement , avec
plus ou moins d'étendue , dans tel ou tel
fpcctateur.
S'il s'agit , par exemple , d'un fentiment
délicat de jaloufie , l'homme épais n'en reçoit
pas toute la fineffe ; il ne s'en fait chez
lui qu'un imparfait écho ; & pour quitter
toute comparaifon , il ne voit pas dans
tout fon jour cette délicate efpece de jaDE
MARS. 33
loufie.Mais , comme cette efpece eft toujours
jaloufie , & qu'elle en porte le caractere generique
, il reçoit l'impreffion du caractere .
D'ailleurs , il apperçoit le fonds groffier
de cette penfée ; il peut même appercevoir
quelque chofe de la quantité de fens qu'elle
reprefente , & cela , par une vue d'inftinct,
qui fouvent le dédommage de l'intelligence
totalle qu'il perd par le malheur de fes organes.
Ainfi , une penfée fublime pourroit frap
per également tous les hommes , malgré
la difference de leur étendue de fentiment;
mais , je vois un inconvenient qui me paroft
rendre la chofe abfolument impoffible :
le voici , Madame.
Pour qu'un trait fublime puiffe frapper
également le gros des fpectateurs , dans les
proportions de leur capacité , il ne fuffic
pas qu'ils foient fufceptibles du même genre
d'impreffions ; il faudroit encore que le
hazard des organes , ne rendît pas ces hommes
plus dépendans d'une impreffion que
d'une autre , & que la nature tint là - deffus
dans leur cerveau , la balance égalle ; il
faudroit qu'allant à la Tragedie , comme
amoureux d'impreffions , ils y portaflent
une ame en difpofition d'être également
frappée de tels exemples ou de tels fentimens
de vice & de vertu , & même de telle
efpece de vice ou de vertu .
Une comparaifon familiere , achevera de
mettre là- deffus ma pensée au net.
34 LE MERCURE
Imaginez - vous , Madame , un banqueť
de trente Convives. Tel d'entr'eux, diftinguera
des fineffes de ragoût dans les mets
qui échapperont à celui - ci , dont l'appetit
peu délicat ne faifira que le goût principal
. Qu'en arrivera - t'ille friand eft plus
flatté , fans être plus content ; chacun
d'eux a fa charge de plaifir.
Ces deux Convives font l'image des
Spectateurs , de l'homme à fentiment groffer
, & de l'homme à fentiment fin. S'ik
n'y avoit à prefent que la difference de fineffe
de goût dans nos deux Convives, elle
n'empêcheroit pas que tous les excellens
mets du repas ne leur paruffent également
bons ; fi vous leur fuppofez un appetit
commun , je veux dire , une difpofition
commune à manger qui les détermine éga
lement pour toutes les fortes d'affaifonnemens
fublimes , fans les faire pancher
pour aucun mets préferablement à l'autre .
Cependant dans nôtre banquet , chacun
d'eux fe déclare pour certains mets , &
néglige les autres d'où vent cela , Madame
, le voici.
La difpofition à manger , eft bien generale
entr'eux ; auffi mangeront- ils tous ?
Cette difpofition dans les uns , a de fines
qualitez qui manquent à la di pofition des
autres. Delà vient cette diftance de friandife
que j'ai marquée ; diftanee qui ne leur
rendroit aucun mets préferable à l'autre *
DE MAR S. 35
fi elle étoit l'unique inconvenient de leur
difpofition generale à manger ; mais , cette
difpofition toute generale qu'elle eft , fe
tourne à des efpeces favorites d'affaiſonnement.
Voilà ce qui fait , qu'avec un goût generique
pour tout mets excellent , nos Convives
en ont cependant de choix , qui leur
font négliger les autres.
Ainfi , Madame , le Cuifinier ne pour
ra fe flatter d'avoir fait un plat d'une excellence
generalement aimée .
Vous me demanderez peut être , fi par..
mi nos Convives il n'y aura pas quelqu'un
d'une difpofition fi heureufe , qu'elle
le mette au fait de l'excellence de chaque
mets , fans l'entraîner à des goûts amis.
Oui , Madame , il eft poffible qu'il fe trouve
un Convive de cette délicateffe , à qui
la difpofition generale fourniffe un amour
d'équilibre pour tout ce qui fera vraiment
excellent dans fon efpece ; mais , ce convive
eft bien rare.
Retournons maintenant aux Spectateurs
de la tragedie. J'ai fait choix pour les figurer
, de l'image la moins ennuyeufe : achevons
le parallele en quatre mots .
Nos Convives ont une difpofition generale
à manger de tous mets excellens ; nos
Spectateurs en ont une à fentir en tout
genre de fentiment il eft de tous dégrez,
des convives plus friands les uns que
36 LE MERCURE
les autres , en fait d'étendue de fentiment ?
Nos Spectateurs auffi ne font pas égaux ; la
difpofition generale à manger de nos convives
, ne rend pas à chacun d'eux , tour
mets excellent , également agréable : La
capacité de fentir en tout genre de nos
fpectateurs, n'affujettit pas chacun d'eux à
toute efpece de fentiment également : De
même enfin que nos Convives ont plus
d'appetit pour un ragoût que pour un autre
, de même auffi , nos Spectateurs fe
prêtent- ils plus volontiers à certaines impreffions
qu'à d'autres.
En effet , Madame , ce font de ces préferences
que l'ame au gré de fes organes ,
fait d'un fentiment à un autre , de qui
vient l'impoffibilité , qu'un trait fublime
fe concilie l'admiration de tous les honnê
tes gens enfemble ."
Le Cuifinier, par aucun art, ne peut préparer
un plat excellent le pour tout monde;
mais fon art , s'il le poffede bien , eft
de faire que chacun de ces mets foit du
moins au goût general des Convives ; fon
art eft à raffembler dans le nombre de fes
plats , tout ce qui peut affortir l'appetit
d'un chacun.
Le grand Poëte ne peut compofer une
Tragedie , dont chaque partie fublime
frappe chaque Spectateur ; mais heureux
fi la nature a mis fon ame au point de fentir
generiquement ! Par - là , Madame , il
DE MAR S. 37
accommodera tout le monde , & peut- être ,
trouvera t'il quelque Spectateur fuperieur ,
qui , fans avoir le goût general au dégré
de capacité qu'il faut pour être Auteur ,
d'aura du moins au dégré qu'il faudra
pour
fentir le vafte genie de l'Auteur .
Par tout ce que nous venons de dire ,
Madame , vous voyez qu'il ne peut y avoir
de trait fublime d'une approbation vise &
generale ; mais qu'il peut y avoir une Tragedie
d'un fublime generique , & par confequent
, un Auteur , d'une capacité de
genie allez heureufe , pour rencontrer le
goût non de tous les honnêtes gens , mais
de ces honnêtes gens en general , pour combiner
dans fon travail les goûts particuliers
de fentimens , & donner à chacun ,
comme fa partie d'ame à fentir . Nous parlerons
ailleurs de cela plus amplement.
Je fuis à prefent tenté de vous donner
un exemple de certain point que j'ai avancé
: C'est un petit épifode qui ne gâtera rien
à nos réflexions J'ai dit que l'homme le
plus délicat , fentoit au delà de l'homme
épais ; voilà tout .
Zenobie dit à Rhadamifte qui l'avoit traittée
cruellement. Va , je te pardonne.
Sûre que les remords qui déchirent ton coeur ,
Naiffent de ta vertu plus que de ton malheur.
Qu'appercevroit l'homme délicat là dedans
? Oui , diroit - il : Le malheur rallen38
LE MERCURE
tit la fureur de l'ame qui s'abandonne au
crime ; le crime veut des efforts dont l'homme
infortuné fe laffe & fe dégoutte , quand
ils font fans profit fon courage en cet état
le quitte ; il s'attendrit tur lui même , à
l'afpect des coupables tranfports dont il cft
la victime Cet attendriffement a fa fource
dans fon infortune . S'il étoit heureux , il
feroit encore méchant ; mais , il eft épuisé
de fureur ; il a la foiblefle de fe repentir.
Ce ne font pas à les difpofitions que Zenobie
fouhaite à Rhadamifte ; elle lui veut
un remords pur , qui ne doive rien au
hazard des circonftances ; elle veut un
homme rendu à la vertu par la voye de
l'horreur pour fes crimes , non terraffé par
la fatigue infructueufe de fes forfaits . D'ail
leurs dans ces vers , Zenobic fait une leçon
à Rhadamifte ; elle lui marque ce qu'il doit
être , en cas qu'il ne le foit pas .
Ce font -là les delicateffes du trait , ou du
moins je le fuppofe , dont voici les impreffions
groffieres que pourroit recevoir l'homme
épais.
, Effectivement Rhadamifte pourroit
bien n'être converti , que par ce qu'il n'a
pû rien gagner à être méchant.
Comparez à prefent , Madame , le fentiment
de l'homme épais avec celui de
l'homme délicat ; vous ne trouverez dans
ce dernier qu'un développement de principes
, à railon d'une impreffion plus comDE
MAR S.
39
plette qu'il a receuë du trait ; vous verrez
que l'homme épais en a faifi le fonds fuperficiel
, la verité groffiere ; mais , verité
fans extention.
Semblable à celui qui voyant une machine
, en démêleroit les refforts principaux
fans, fe douter de l'infinité de refforts fins
& cachez qui contribuent à la force & à
la juftefle de la machine entiere .
Je dis , Madame , que cet homme épais
n'a faili du trait , que l'image groffiere ;
& remarquez effectivement , qu'il y a dans
ce trait une infinité d'autres petites images
fous-entendues , qui peignent les agitations
de l'ame criminelle & malheureute , à la
vue de fa mifere , de fes crimes & de fa
vertu pallée , & qui de leur affemblage tumultueux
, forment un fentiment marqué
de découragement , & un fentiment de remords.
Ce découragement & ce remords
font clairement annoncez dans le trait
dont il s'agit. L'homme épais en reçoit
l'impreffion comme de chofes expofées
dans un point de vûe fublime pour fon
ame. Le refte , je veux dire , ces agitations
dont fe compofent le découragement & le
remords , ce font des fineifes du trait qui
le paffent , qui ne fe développent point en
lui , & dont le Poëte dans une adroité expofition
des fentimens principaux , a fçû
menager l'intelligence à l'homme délicat.
Cependant , quand je dis que l'homme
40 LE MERCURE
épais n'apperçoit que le découragement &
le remords , il faut encore m'expliquer s
j'entend , qu'il ne voit clairement que ces
deux chofes ; car , au moment qu'il apperçoit
que le méchant peut ceffer de l'être,
ou par découragement ou par vertu , Pafpect
net de ces deux motifs de converfion
qu'il lie enfemble , fous - entend neceflairement
chez lui , un fentiment d'inftin&
des agitations qui forment ces deux motifs
dans l'homme méchants ce ne peut être
même , qu'en confequence de ce fentiment
d'inftinct , qu'il approuve ces motifs expoicz
par le Poëte , & les fens vrays : Car ,
il ne jugeroit pas que ce méchant pût devenir
bon par telle ou telle raifon , fi fon
ame ne voyoit confufément comment .
Cet inftinct eft donc connoiffance , direz-
vous , Madame ; non , c'eſt une forte
de fentiment qui porte inftruction fans
clarté c'eft une vûe trouble de l'ame embaraffée
dans fes organes ; en un mot ,
l'inftinct eft à l'ame humaine un fentiment
non déployé , qui lui prouve la verité des
chofes qu'elle apperçoit nettement , en lui
montrant un myftere obfcur des dépendances
qu'elles ont avec d'autres .
Cette définition , Madame , peut même
expliquer l'inftinct de l'homme fuperieur ;
car , il a le fien auffi dans bien des chofes ,
LA
DE MAR S. 41
***** *****
A fçavante & curieufe Traduction
que M. l'Abbé Renaudot a donnée depuis
quelque tems de deux anciens Voyages
faits à la Chine , merite bien que nous contribuions
à faire connoître ce Livre. C'est ce
qui nous a engagé à en inferer un Extrait
raifonné , qui pût avoir la grace de la nowveauté
. Comme l'Analife entiere de cet Ouvrage
auroit pris trop de place dans un feul
Mercure on a jugé à propos de n'y admettre
pour cette fois que la Preface.
M
Onfieur l'Abbé Renaudot a fait
prefent au Public de deux anciennes
Relations des Indes & de la Chine , écrites
par deux Voyageurs Mahometans du neuviéme
fiecle . Il les a traduites fur un Manufcrit
de la Bibliotheque de M. le Comte
de Seignelay . Ce Manufcrit cft datté ou
indiqué du regne du Sultan Noraddin mort
l'an de l'Hegire 629. qui répond à l'an
1173. de l'Ere Chretienne. Mais les deux
Auteurs font beaucoup plus anciens que la
datte de ce Manufcrit , puifque le fecond
qui a fait des corrections & des additions
fur le premier , place ce premier en 237.de
l'Hegite ( 851. de J. C. ) & raconte lui-même,
comme recente, la revolution de laChine
arrivée en 464. de l'Hegire ( 877. de J. C.I
D
42 LE MERCURE
Cependant nous avons beaucoup moins
d'obligation à M. l'Abbé Renaudot de
nous avoir donné ces deux Arabes , que
nous n'en avons à ces deux Arabes d'avoir
donné lieu à M. l'Abbé Renaudot de
Hous apprendre & dans fa Preface & dans
fes Remarques , une infinité de chofes
curieufes fur la Geographie , fur l'Hiftoire,
en un mot fur toute la Litterature Orientale.
La Preface à laquelle nous nous bornons
pour cette fois , nous offre un plan abregé
des Auteurs Arabes qui ont fait des Relations
de Voyages , ou qui ont parlé de Geographie.
Elle est écrite dans le même efprit
que la Lettre qui fe trouve dans l'Hipocrate
de M. Dacier qui avoit autrefois confulté
nôtre fçavant Abbé fur le fecours qu'on
pourroit tirer des Commentateurs ou des
Medecins Arabes cift- à- dire qu'elle réduit
à leur jufte valeur ces Ecrivains rendus
fameux par des Ouvrages trés -peu lûs ,
& dont l'ignorance de la plupart du monde
a foûtenu & augmenté la reputation .
M. l'Abbé Renaudot n'eft point du nombre
de ces Sçavans vulgaires , qui préferant
la gloire de l'érudition à celle du jugement,
croiroient avoir perdu le fruit de leurs veilles
, s'ils ne louoient avec excez les Auteurs
& les Ouvrages qui en ont été l'objet.
Superieur à fon fçavoir même , il l'a employé
non à confirmer mais à détruire l'admiration
outrée que des Sçavans entêtez
DE MAR S. 43
ont tranſmiſe à des ignorans credules. Il
ne faut pas croire même que les Sçavans
dont nous parlons , ayent tous également
connu les Livres Arabes qu'ils ont vantez
, & M. l'Abbé a le courage d'ébranler
fur cela la réputation de differens Auteurs
des derniers tems , qui ont allegué ou même
traduit ces fortes de Livres . Il nous
donne une notion auffi fidelle de ces Auteurs
que de leurs Originaux ; & il n'excepte
de la feverité de fa critique que Gohus
, Cyrarius , M. d'Herbelot , & l'Auteur
trés- recent de la Defcription de l'Arabie
heureufe . Schickart par exemple ,
plus fçavant en Hebreu qu'en Perfan ou en
Arabe, s'eft rendu celebre par un Ouvrage
qu'il intitula Tarikh Regum Perfia , Anmales
ou Table Chronologique des Rois
de Perfe. Il avoit trouvé fur une longue
feuille qu'il erut fort rare , quoiqu'elle ne
le foit guéres , une Genealogie qui commençoit
à Adam & finiffoit à un Prince
Mahometan : Il la copia en lifant mal
quelques noms , & en ramaffant de côté
& d'autre ce qui pouvoit avoir rapport
ces Princes : Mais à l'égard des Rois de
Perfe , tout ce qu'il en dit , eft tiré de Texeira
Auteur Portugais , qui a fait fur les
Hiftoriens Perfans , un Abregé d'Hiftoire
très exact , & d'un autre Livre appellé Fuchaffin
qui ne contient rien d'original . On
n'a qu'à lire Texeira ou fa Traduction ,
के
Dij
44 LE MERCURE
faite par M. Gaulmin , & imprimée dans le
quatrième volume des Recueils de M.
Thevenot, pour être convaincu que Schickart
n'ayant aucune connoiffance des Auteurs
de la Nation qui ont écrit l'Hiftoire
de Perfe fabuleufe jufques vers les derniers
Rois , n'étoit nullement capable de donner
I'Hiftoire des Tartares Ginghizchanides
qu'il s'étoit hazardé de promettre.
Il avoit promis aufli de traduire Abulfeda
ce fameux Arabe qui mourut l'an de
JC. 1345. Mais il trouva tant d'imperfactions
dans le Manufcrit de Vienne , fur
lequel il vouloit travailler , qu'il n'acheva
pas fon entreprife . La perte n'eft pas gran
de , felon M. l'Abbé Renaudot , ni par
rapport à l'Original,ni par rapport à la Traduction
, dent on trouve quelque chofe
écrit de la main de Schickart , dans la copie
qu'il avoit faite de l'original , & qui a pallé
dans la Bibliotheque du Roy. L'Ouvrage
d'Abulfeda eft une Geographie écrite avec
une negligence ridicule car il ne marque
les dégrez de longitude des cinq ou fix cent
Villes dont il fait mention , que par par deux
ou trois nombres indeterminez , qui les
porte quelquefois à deux cent licues plus
prés ou plus loin. Medine même , confa-
Ciée chez les Mahometans par le tombeau
de leur Prophete , n'eft pas exemte de cette
indetermination , & Abulfeda la pofe tranquillement
au 65. ou au 67. degré de lon
DE MAR S.
44
gitude , qui font fo. lieues de difference..
Cette incertitude eft d'autant plus inexcufable,
qu' Abulfeda étoit pofterieur au Sultan
Cyclaleddin Melikchah fous lequel il y
avoit û de grands Aftronomes, & qui avoit
donné le commencement & le nom à l'Epoque
Gelanéenne. Ainfi les deux climats
que Grarius a plûtôt corrigez que traduits
fur Abulfeda , font la feule partie
curicufe de la Geographie de cet Arabe , &
nous avons lieu de regretter la traduction
ou la correction entiere qu'il en avoit faite ;
parce qu'outre la connoiffance profonde que
ce fçavant Anglois avoit des Auteurs Orientaux
& de leurs Langues, il avoit voyagélui-
même dans le Levant , & étoit grand
Mathematicien . Mais ayant prêté de l'argent
au Roi Charles II . il fut emprisonné
par la faction des Parlementaires , & fon
Ouvrage fut perdu dans le pillage de fa
maifon.
Si Abulfeda étoit fi peu inftruit de ce
qui regardoit l'Arabie même , on peut juger
de fes ignorances & de fes infidelitez
fur la Chine , où il déclare lui- même qu'il
n'a jamais été , d'où il n'a vû venir perfonne
, & fur laquelle il s'en rapporte à
* Voyez l'Hiftoire des Patriarches d'Alexandrie
de M. l'Abbé Renaudot p. 448. où
il'explique cette Epoque qui n'étoit propre
ment qu'une reforme du Calendrier.
46 LE MERCURE
des Auteurs qui fe font copiez les uns les
autres , & dont le premier n'en fçavoit pas
plus que le dernier. En effet , excepté quelques
endroits d'Yacuti , d'Eben-Werdi , de
Marachi & de la Geographie Perfienne
aucun Auteur n'a parlé ferieufement de
eette Contrée fi diftante des autres Peuples
qui ont û des Lettres & de la curiofié .
M. L'Abbé Renaudot prend neantmoins
la défenſe du Juif Benjamin de Tudele
contre fes propres Traducteurs , Arias , Montanus
&Conftantin l'Empereur. Le premier
ayant mal lû les noms des Peuples & des
Villes , les a rendu méconnoiffables , nous
donnant la Province imaginaire d'Eliman
pour l'Iemen , qui eft l'Arabie heureufe
les Dougziin que perfonne ne connoît pour
les Drouziin les Drufes & ainfi des autres.
Mais enfin, il ne prefente qu'une traduction
& il n'autorile pas fes fautes . Mais Conf
tantin l'Empereur , avec un grand air de
capacité, accompagne la fienne d'un nombre
infini de citations Arabes & Hebraiques
tirées d'autres Citateurs , ne connoiffant
d'Originaux qu'Elmacin traduit fort
negligemment par le fçavant Erpenius &
la Geographie Nubienne .
M. l'Abbé rend juftice à ce dernier Ou
vrage qu'on attribue au Cherif Edriti , qui
a été composé en Sicile , & que plufieurs
Auteurs ont appellé le Livre de Roger
parce qu'il fut fait pour Roger 11. Roi de
DE MAR S.
47
Sicile. C'eft la plus ancienne Geographie
Arabe que nous ayons . Elle eft divifée par
climats à la maniere de Ptolemée , que
kes Arabes avoient traduit en leur Langue ,
& elle ne donne aucune pofition de Ville
non plus que les autres Geographies Orientales
, frl'on en excepte les Tables de Naffireddin
& celles d'Olugbeg publiées & traduites
par Grarius. Mais d'ailleurs la Geographie
de Nubie contient plufieurs chofes
curicules concernant les moeurs & les coutumes
des Indes & de la Chine , l'Hiftoire
naturelle de ces vaftes Païs & la Navigation
de l'Ocean Oriental . Les Ecrivains
tant Arabes que Perfans , pofterieurs à cet
Ouvrage , l'ont copié ; mais M. l'Abbé
Renaudot prétend que fon Auteur a tiré
lui même de nos deux Voyageurs la plupart
des chofes qu'il rapporte.
Une des principales eft fans doute la route
de la Navigation aux Indes & à la Chine ,
que tenoient autrefois les Arabes & les Perfans
qui partoient de Baffora & de Siraf , &
eelle que tenoient les Chinois pour venir
aux Mers d'Arabie & de Perfe.. On ne
trouvera cette route en aucun ancien Arabe
auffi exactement décrite que dans nos deux
Auteurs . Plufieurs Sçavans ont cru fur le
témoignage du P.Martini Jef.dans fon Hift.
de la Chine, que les Chinois avec le fecours
de la Bouffole navigeoient par hauteurs juſqu'en
l'Ile de Ceilan,d'où ils inferent que les
48
LE MERCURE
Arabes actifs & induftricux , comme ils
l'étoient , avoient emprunté d'eux cet inf
trument , feul guide des Voyages de long.
Cours & des Navigations en haute Mer.
Mais nos deux Auteurs ne parlant jamais
de la Bouffole , & marquant precifément
que les Vaiffeaux Indiens & Chinois ne
paffoient jamais au delà de Siraf, détruiſent
cette prévention trop favorable aux Chinois.
L'Invention même de la Bouffole a fait
abandonner l'ancienne route comme trop
longue & trop perillcufe .
Nos deux Voyageurs ferviront encore à
-juftifier fur plufieurs articles la relation du
fameux Marco Polo Venitien , qui revint
de la Chine en 1295. & le premier des
modernes qui ait parlé exactement de ce
grand Royaume. La nouveauté des choſes
qu'il en rapportoit , le rendit fufpect : Car
les hommes les plus credules pour les Fables,
font fouvent les difficiles fur les chofes
les plus vrayes . Nos deux Arabes ont dit
avant Marco- Polo ce que le P. Martini a
dit aprés lui . Et à dire le vrai , les Relateurs
mentent rarement fur les chofes qu'ils ont
vûes ; & on n'a lieu de fe de fier que des
Voyageurs de Cabinet ou de ceux, qui dans
leurs Voyages mêmes font plus d'ufage de
leurs oreilles que de leurs yeux.
M. l'Abbé Renaudot fe tient dans de
très juftes bornes fur les deux Auteurs qu'il
nous donne il convient que leur Relation
contient
DE MARS .
49
contient plufieurs chofes fabuleufes & d'autres
qu'il eft comme inpoffible d'éclaircir
par les changemens de noms ou même dé
prononciation & d'ortographe que le tems
amene neceffairement dans toutes les Langues.
Il remarque que leur ftile eft fans
affectation & par- là fort different du ftile
ordinaire des Orientaux . Pour dire le vrai ,
la fimplicité n'en eft peut- être que trop
grande , & les Voyages modernes font or
dinairement plus amufans . M. l'Abbé
prévoit auffi que la maniere dont fes Auteurs
parlent de la Chine , ne fatisfera pas ceux
qui fe font formé une idée trop avantageufe
des connoiffances des Chinois. M. Voffius
a introduit pour ainfi dire cette prevention
qui s'eft fort accrue depuis par les Hiftoires
de la Chine que de fçavans Miffionaires
ont données au Public . Ceft le fujet d'une
des Differtations de nôtre fçavant Auteur`,
dont nous renvoyons l'Extrait à une autre
fois , auffi bien que celui des Voyageurs
mêmes. Mais , on peut s'affûrer par avance
, qu'Ifaac Voffius , homme profond
dans la Litterature Grecque & Latine , ne
fçavoit pas un mot de la Langue terrible
des Chinois , qu'il trouvoit pourtant admirable
, & la plus parfaite de toutes . Ce
qu'il dit même de la Langue Cofte qu'il
prétend être un idiome barbare né depuis
le douzième fiecle , prouve qu'il ignoroit
entierement l'Hiftoire Mahometane & celle
Mars 1719. E
so LE
MERCURE
des Chrétiens d'Egyptes & qu'ainfi il étoit
encore moins en état de parler fçavamment
des Païs plus Orientaux que ceux-là.
O
华东
N me faura peut- être gré de faire
fucceder à l'Extrait qu'on vient de lire,
un Ecrit concernant un nouvel établiſſement
à l'embouchure du Fleuve S. Laurent. La
Cour en ayant examiné le projet , l'a trouvé
fi utile , qu'elle l'a approuvé. Une Nation
auffi induftrienfe & laboricufe que celle - ci ,
a de grandes reßources dans quelque Païs
qu'on l'eennvvooyyee, fur- tout lorsqu'elle vit fous
la protection d'un Prince qui n'a pour objet
quefon avantage , & qui n'accorde la permiffion
aux Sujets de l'Etat de fe tranfplanter
dans des Colonies Etrangeres , qu'aprés
avoir reconnu le profit qui en doit revenir au
Royaume.
Nouvel établißement dans l'Ifle Royale ,
accordé le 2 de ce mois par la Cour
à M. de la Boularderie .
L'
' Ifle Royale eft fituée par les 45e d.
45 m. de latitude- Nord , à l'embou
chure du Fleuve S. Laurent , route de
Quebec en Canada . Le climat de ce Païs
eft plus froid l'hiver qu'en France , & chaud
l'été comme en France.
DE MARS ..
Le Port de Louis Bourg , cft le plus frequenté
, tant par la Garnifon que la Cour
y a envoyé , que par les Habitans qui y font
la pêche , & par les Navires qui y viennent.
Le terrein de cet endroit eft le plus
ingrat de l'Ifle , n'y ayant point de bois,:
Les terres y font entièrement fteriles ; &
de quelque maniere qu'on les travaille , elles
le feront toûjours. A 12. lieues de-là , en
entrant dans le Golphe S. Laurent , eft fituée
une Baye , nommée à prefent la Baye
Royale , autrefois la Brador. Les terres en
cet endroit font fertiles , comme en France
puifqu'il y croît toutes fortes de grains
& de graines pour la vie. Outre cet avantage
, elles font unies & remp ies de trésbeaux
& bons bois , qui font propres pour
la conftruction de toutes fortes de Navires,
pour les Charpentes , Menuiferies, & pour
faire des Meubles . ; ce qui a déterminé le
fieur de la Boularderie , à demander à la
Cour des terres en Seigneurie en cet endroit,
pour y faire un grand établiſſement.
Son deffein eft de faire défricher ces
terres , & d'établir une pêche fedentaire au
Port d'Orleans qui n'eft qu'à 4. lieues delà
on environ . La pêche y eft abondante ,
& jamais perfonne n'a même manqué à la
faire complette : Cet endroit et le meilleur
de l'ifle. Pour cela , la Cour a û la
bonté d'accorder en Seigneurie au fieur de
la Boularderie , une Ile qui eft à l'entrée
E ij
52
LE MERCURE
de la Baye Royale , avec les terres qui font
vis-à- vis cette Ifle , du côté du Sud Fft ,
& une Place pour trente équipages de Chaloupes
dans le Port d'Orleans .
Pour profiter de ces avantages , & rendre
cet établiflement floriffant , il eft neceflaire
de s'y prendre comme on l'a dit ci deffus ,
& il fera aifé de voir le profit confiderable
que l'on peut en tirer , & cela , à perpetuité.
1. Son deffein cft de faire paffer cette
année , cent Laboureurs propres à défricher
les terres , lefquels ne doivent être occupez
qu'à ce travail. Ils feront engagez pour
cinq ans au fervice du fieur de la Boular
derie ; il eft certain que dans un an , un
homme peut défricher deux arpens de terre
; ainfi en cinq ans , le Proprietaire en
aura prés de mille de défrichez , qui feront
enfemençez de Bled , de Seigle , d'Or.
ge de Chanvre , de Lin & de toutes fortes
de grains & de graines pour la vie . Par
ce moyen le fieur de la Boularderie en
pourra fournir à toute la Garnifon de l'ifle
Royale , à tous les Habitans , & aux Navires
qui en manqueront ; ce qui donnera
un profit confiderable en Moruë. Pour
cela , il fera conftruire des Moulins à
Bled .
Le fieur de la Boularderie fe propofe
auffi d'y faire tranfporter cette année prés
de 200 Beftiaux qu'il tirera de Canada &
DE MARS. 53
de l'Acadie avec toutes fortes de Volailles
; ce qui donnera des viandes pour tout
le Païs. Il fe propofe de plus de faire femer
des Chanvres , pour y faire faire tous
les cordages propres aux Bâtimens qui vont
en pêche ce qui fera trés facile , en y
faifant paffer des Cordiers. Il a ' auffi en
vue d'y envoyer des Tifferans , pour faire
dès toiles à voile. Il menera avec lui des
Mallons Menuifiers Taillandiers
Tourneurs , & autres Ouvriers neceffaires.
و <
En coupant les Bois , il refervera ceux
qui feront propres à la conftruction des
Vaiffeaux , afin d'en pouvoir conftruire à
peu de frais . Il en fournira même pour
les Vaiffeaux qui viendront apporter les
effets du Roi en ce Païs , & qui pourront
en s'en retournant , charger ces Bois. Il
conſtraira des Moulins à fcie , pour faire
toutes fortes de bordages , madriers &
planches.
Pour bien reuffir dans cette entrepriſe
il lui faut un fonds de 200000 liv. qui fera
employé , comme il eft marqué ci-deffus.
La Cour a approuvé cette entrepriſe , &
elle a bien voulu accorder au fieur de la
Boularderie des Lettres du Confeil , pour
le foûtenir dans cette entrepriſe , & pour
empêcher qu'il ne fût troublé en aucu
ne maniere dans fon établiſſement .
Outre cela , elle lui a accordé un Navire
E iij
54 LE MERCURE
un
du Roi pour deux ans , afin de paffer les
Hommes & les Beftiaux neceffaires pour
cette nouvelle Colonie : De plus ,
Vaiffeau de 300. tonneaux , chargé de vivres,
de fel & de Gréemens pour la péche,
avec un autre de 100. tonneaux , pour envoyer
en Guinée prendre 300. ou 250.
Noirs ; un Dogre de 69. tonneaux , pour
porter les Morues de rebut avec les Huiles
aux Ifles.
Le deffein du fieur de la Boularderie eft
de faire venir des Negres , pour les établir
à perpetuité fur fa Terre. Une partie fervira
à la terre ; l'autre , aux graves pour
faire la fecherie , afin d'épargner les gros
gages que l'on donne aux Graviers.
Outre cela , ceux même qui feront pour
la terre , ferviront auffi à la labourer & à
la défricher , tout cela fans gages , ce qui
fera d'un grand avantage. Les Engagez de
France feront obligez pendant les cinq années
de leur fervice , de montrer à tous ces
Negres les Metiers neceffaires à l'établiffement.
Tous ces Navires viendront chaque .
année en France , chargez de Moruë , à
la referve du Dogre qui ira de l'lfle Royale
à la Martinique , &.qui reviendra à la même
Ifle , apporter les Melaffes & Guildives
neceffaires pour les Bierres & Boiffons des
Ouvriers & Pêcheurs. Le fieur de la Bonlarderie
y fera venir tous les ans , cent Pêcheurs
, pour faire les Pêches d'Autonne .
DE MARS. I
55
N
Ous avons fait mention dans nos Mercures
precedens des Eglogues & autres
Poëfies que M. Richet a données au Public.
& qui fe vendent chez le fieur Ganeau , ruë
S. Jacques aux Armes de Dombes. On fçait
que cet Ouvrage a été favorablement reçu ,
puifque l'édition en eft prefque finie. Voici
deux Fables nouvelles du même Auteur >
dont la premiere fera juger que cet Ecrivain
ne manque pas de talens pour réussir dans ce
genre d'écrire.
Les deux Arbres.
FABLE.
DEux Rejettons avoient même racine ,
Quand par le fort de leur fouche écaE,
tez ;
Ioin du lieu de leur origine
Ils fe trouverent tranfplantezz
L'un échut fur le tuf & fur terre damnée ;
Ce qui rendir trifte fa deſtinée.
Il ne tiroit de cet endroit maudit
Que peu de fucs , trés-maigre nourriture
Par tel malheur peu loin il étendit
De les rameaux la mourante verdure.
Trifte avorton, fans graces, fans figure ,
11 ne portoit que des fruits raboteux ,
Et dont Vertume étoit honteux.
C'étoit le jouet de l'orage ,
En bute à tous les vents , exceptez les Zephirs ,
E iiij
16
LE
MERCURE
Dont jamais les tendres foupirs
Ne carefferent fon feuillage.
Jamais un Silvain amoureux
N'y conduifit la Dryade à l'ombrage ,
Pour lui concer fon tourment rigoureux.
L'autre Rejetton au-contraire ,
Planté non loin de fon Confrere ,
En gras terroir échut heureufement ;
Et profitant d'une terre féconde ,
En peude tems prit tel accroiffement ,
Qu'il devint Arbre , & le plus beau do
monde.
Verdoyant , baut & fpacieux ,
Il fembloit né pour le plaifir des yeux ;
Portant des fruits en abondance ,
Vermeils , unis , & bons par excellence ,
Tels qu'on les fert fur la table des Dieux.
Souvent les Nymphes des Montagnes
Formoient des danfes à l'entour.
Les Faunes y menant leurs aimables Compagnes ,
Le dédierent à l'Amour.
Là,chaque Aman: fufpendoit fes offrandes,
Tous les rameaux étoient parez
Et de rubans & de guirlandes ,
Prefents ou voeux à ce Dieu confacrez.
L'Arbre divin que Zephire careffe ,
Devint présomptueux & rempli de fierté.
Gens trop heureux ont fouvent la foibleffe
D'oublier ce qu'ils ont été.
Le pauvre Rejetton l'ofe appeller fon frere.
A l'inftant nôtre ambitieux
Lui répondit tout en co'ere ,
Foible Avorton , opprobre de ces lieux,
Qui t'a rendu fi temeraire
D'uler de ce nom familier ?
Jamais à tes pareils je ne pûs m'allier :
Je n'en veux d'autre témoignage
DE MARS.
57
Que ton bois fec, & que mon verd feuil-
Jage .
Toi pauvre Here , & moi grand Perfonnage
,
Qui couvre deux arpens de l'ombre de mes bras ,
Je ledéclare net , je ne te connois pas.
Dieux ! Jufqu'où va ton infolence
,
Repart l'Arbre chetif du mépris irrité
C'eft le hazard dont tu tiens ta beauté ,
Tun'y peux rien. La feconde ſubſtance
D'un bon terroir fait ta fertilité ,
Et te rend Arbre d'importance.
Si deux jours feu'ement fur le fable planté ,
Des alimens tu fouffrois l'indigence ,
Modefte alors & rempli d'équité ,
Je ferois de ta parenté.
味
L'Arbre hautain n'eft que vôtre figure :
Hommes puiffans , reconnoiffez vos traits.
Sur vous le fort qui regit la nature ,
Fait pleuvoir l'or , épuife fes bienfaits ,
Dont acquerez agrémens , politeffe ,
Emplois , honneurs , fçavoir , délicateffe ,
Superbes fruits du metal precieux ,
Qui des Mortels jadis a fait des Dieux :
Mais àquelqu'un fi Plutus en eft chiche ,
Dans fon bourbier il refto enseveli ;
Confequemment fon efprit eft en friche :
Par la mifere on le voit avili ,
Groffier , ftupide , aprochant de la bête;
Dont nos Crefus voudroient le mettre en tête
Qu'ils font petris d'un plus noble limon ,
Et le ranger fous effece étrangere.
Mais , c'eft orgueil que la noire Alecton ,
Pour les furprendre , à deffein leur faggere.
Les uns font Rois , les autres fort Bergers ,
Du genre humain attributs paffagers ?
Mais , quoiqu'ils foient de diverfe fortune ,
Tous font iffus d'une fouche commune.
DO
LE
MERCURE
Mercure & le Sculpteur.
UN
FABLE.
N jour le Meffager Mercure ,
Pouffé par un defir fortement curieux ,
Voulut fçavoir ce qu'humaine Nature
Penfoit de lui . Rien alors dans les Cieux
Ne l'occupoit. Il vole en ce bas lieur ,
Change de forme , & va par avanture
Chez un Sculpteur , où trouvant la figüre
De l'augufte lunen & du Maître des Dicux ,
11 s'informia s'ils valloient groffe fomme.
Combien , dit- il, s'adreflant à cet homme,
Le Jupiter ? Deux obolės fans plus.
( Le drôle rit tout bas de voir Monfieur fon
pere ,
Non plus prifé que quelqu'un du vulgaire)
Et la Junen ? Rien que deux Carolus.
Enfin , il apperçoit le feul objet qu'il aime ,
C'eſt-à- dire , il ſe voit lui- même.
Chacun penfe valoirfco prix.
Par le Stix , fe dit il , je ferois bienfurpris ,
Moi qui rends les mortels induſtrieux , habiles ,
Dieu des beaux Arts , & qui prefide at
gain ;
Si j'avois le même deftin
De ces Dieux qui ne font utiles ,
Ainfi que nous au genre humain.
Prefumant valoir davantage ,
A demande ; combien ce gentil perfonnage,
Que dans un coin je vois niché ?
Pour celui ci , repart le Polyclete ,
N'aurons débat ; & fitu fais emplette
De l'un des deux , il fuivra le marché.
1
DE MAR S.
19
Le genre humain eft femblable à Mercure :
Depuis Japer , en vain Dame Nature
A vû toûjours empirer les Neveux .
Nous méprifons la vertu de nos Peres ;
Et les miferes , clos fur nos propres
yeux
Nous nous plaçons fouvent au- deffus d'eux .
EPIGRAMMES .
Par le même.
ALyfandre Iris eft rebelle ,
Si l'on écoute cette Belle ;
Mais , je n'en croi rien entre nous.
Je fçai que la fauffe femelle
Jura cent fois à fon Epoux ,
Qu'elle me fur toujours cruelle.
La nouvelle Philofophie confondue.
Sage nouveau ,je lifois cet Ouvrage
Qui des objets fépare les couleurs ;
Et me railen fortant de l'esclavage ,
De leur émail privoit déja les fleurs ;
Même Phoëbus ne m'effroit qu'une image
Sans nul éclat , quand j'apperçu Philis .
Alors , mes fens repritent l'avantage ,
Et j'admirai fes rofes & les lys.
LE MERCURE
S
L'AVARE.
CONTE.
Ans le grand art de jouir de fon bien ,
Tous les Trefors ne nous fervent de rien.
Un homme étoit étrangement avare
Par confequent défiant & bizare ;
Toûjours rêveur , n'ayant autre penfer
Qu'à croître un bien propre à l'emba:affer.
Le Dieu Plutus riant du perfonnage ,
Pour l'affouvir , fic un dernier effort .
De trois Coufins le nombreux heritage
Tout en un jour comble fon Coffre- fort.
Lors en effet , il fentit quelque joye ,
Mais pour Plutus , bien fcut-il le dupes?
Car , tout ravi d'une fi belle proye ,
L'Avare alla fe coucher fans fouper.
Imitation de l'Italien.
Pouffez
un veut fubtil dans de doux chalumeaux
,
A leurs accens Echo reponera d'un air tendre,
Du même fouffle enfuite enflez d'aigres pipeaux ,
Pan fuira dans les Bois de peur de les entendie.
Ce fouffle cft nôtre efprit Des organes parfeits
Laiffent voir fon genie & fes divins effets.
S'ils font mal difpolez , it languit , miferabie ;
L'ame eft égale en tous ; peu lont parfaits de corps ;
Et dans cette union à l'homme impenetrable ,
L'ame veut exprimer de celeftes accords ;
L'organe manque . Helas ! Qui des deux eft coupable
!
DE MAR S. 6.1
Ja
E fai que
bien
des gens
trouvent
à redire
que
les Edits
, Arrefts
& Déclara
tions
, faßent
un des articles
de mon Livre
.
Je n'ai point
d'autre
raison
à alleguer
, finon
que le Mercure
eft un Recueil
qui doit
contenir
toutes
fortes
de Pieces
, & que ce
qui ne convient
point
aux uns , peut être utile
aux autres
. Les Provinces
furtout
exigent
de moi cet article
. D'ailleurs
, nous
n'inferons
que les Arrefts
les plus notables
les plus neceffaires au Public : Nous nous
contenterons de donner feulement le titre de
tous les autres qui feront imprimez dans le
cours du mois, & cela, en vue d'indiquer ces
fortes de Pieces à ceux qui peuvent en avoir
befoin.
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roy ,
Qui permet la fortie des Grains hors du
Royaume , jufqu'au premier Septembre
de la prefente année 1719.
E ROY s'étant fait reprefenter en fon
Confeil , l'Arreft du s . Septembre 1718.
par lequel Sa Majesté auroit permis jufqu'au
premier Mars de la prefente année
1719. la Sortie hors de fon Royaume des
Bleds , Fromens , Seigles & Meteils , des
62 I E MERCURE
à une
Orges , Baillarges , & Bleds d'Efpagne ou
d'Inde , des Feves , Poids & autres Legumes
feches , fans payer aucuns Droits de
Sortic Et auroit pareillement permis pendant
ledit tems de tranfporter librement
lefdits Grains & Legumes d'une Province
autre dans toute l'étenduë du
Royaume , avec exemption des droits
d'Entrée , & de Sortie : Et Sa Maj . fté étant
informée que cette Permiffion & celles
qu'elle avoit accordées precedemment,
ont procuré une utilité confiderable à fes
Sujets , Et les mêmes raifons fubfiftant
aujourd'hui de favorifer le débit de leurs
Grains & Legumes : Oui le Rapport . Le
RÓ ESTANT EN SON CONSFIL , de l'avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent,
permis & permet jufqu'au premier Septembre
de la prefente année , de tranfporter
hors du Royaume par tous les Poits,
Bureaux & Pallages , les Bleds , Fromens ,
Seigles & Metcils , les Orges , Baillarges
& Bleds d'Espagne ou d'Inde , les Féves ,
Poids & autres Legumes feches , fans payer
aucuns Droits de Sortie , ni autres generalement
quelconques qui fe levent au profit
de Sa Majesté , à la referve feulement des
Droits unis & dépendans de la Ferme des
Aydes , à la charge par ceux qui feront
fortir lefdits Grains & Legumes par cau
& par terre , de les déclarer aux Bureaux
établis , tant dans l'étendue des cinq grof
DE MARS . 63
es Fermes , que dans les Provinces réputées
étrangeres , laquelle declaration contiendra
la quantité & qualité defdics Grains
& Legumes , & le lieu de la deftination ,
à peine de cinq cens livres d'amende , &
de confifcation defdits Grains & Legumes
en cas de fauffe declaration , ou faute d'en
avoir fait. Veut Sa Majefté que ceux qui
feront des envoys dans les Pays Etrangers
defdits Grains ou Legumes , des Provinces
d'Alface & des trois Evêchez où les Burcaux
des Fermes ne font point établis ,
donnent aux Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans lefdites Provinces , ou
aux Subdeleguez les plus prochains , une
declaration exacte contenant la quantité &
qualité defdits Grains & Legumes qu'ils
voudront faire fortir hors du Royaume , &
le lieu de la deftination , fous les mêmes
peines portées cy- deffus : Permet pareillement
Sa Majesté jufqu'audit jour premier
Septembre prochain , de faire tranſporter
librement lefdits Grains & Legumes , des
Provinces de l'étendue des cinq groffes Fermes
dans les Provinces reputées Etrangeres
, & des Provinces reputées étrangeres ,
dans celles des cinq groffes Fermes , fans
payer aucuns Droits d'Entrée ni de Sortie ,
& autres generalement quelconques qui fe
levent au profit de Sa Majefté , à l'exception
feulement de ceux unis & dépendans
de la Ferme des Aydes , à la charge d'en
64
LE
MERCURE
faire pareillement la declaration aux Bureaux
d'Entrée & de Sortie , fous les peines
ci devant exprimées . Fait Sa Majefté
deffenfes à l'Ajudicataire de fes Fermes ,
fes Commis ou Prepofez , de percevoir
pendant ledit tems aucuns Droits d'Entrée
ni Sortie fur lefdits Grains & Legumes ,
foit qu'ils foient tranfportez hors du Royaume
ou qu'ils paffent d'une Province à
l'autre , à peine de reftitution du quadruple
, & de tous dépens , dommages & interefts.
Enjoint Sa Majefté aux Sieurs Intendans
& Commiffaires départis , de tenir
la main à l'Execution du prefent Arreft .
Fait au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté
y eftant , tenu à Paris le 18. Février
1719. Signé , PHELY PEAUX, Collationné
à l'Original .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , qui
ordonne que Jacques Lheritier , Fermier
General des Droits de Courtiers-Jaugeurs ,
payera aux anciens Adjudicataires defdits
Droits , & aux Porteurs de fes Billets , la
feconde moitié du payement échû au premier
Octobre 1716. Fait au Confeil d'Etat
du Roy , S. M. y eftant , tenu à Paris le
vingt- cinquième jour de Février 1719. Signé,
PHELY PEAUX .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , qui
nomme des Commillaires , pour juger en
dernier
DE MAR S. 65
dernier reffort toutes les Conteftations nées
& à naître, au fujet de la Succeffion du feu
fieur de Bourvalais , & qui ordonne que
les Scellez feront levez à la requeſte du
fizur Ravot Dombreval , par le fieur d'Ormeffon
Maître des Requêtes , Commif
faire au Confeil des Finances. Fait au
Confeil d'Etat du Roy , le 28. de Fevrier
1719. Signé , PHELY PEAUX.
ARRES T.
Du Confeil d'Etat du Roy ,
En faveur des Rentes affignées fur les Tailles
& Recettes Generales des Finances.
Du 3. Mars. 1719.
Extrait des Registres du Confeil d'Etat .
LE
E ROY s'étant fait reprefenter en fon
Confeil l'Arreft rendu en icelui le 29.
Septembre 1718. par lequel Sa Majesté auroit
ordonné que les Particuliers qui feroient
la Converfion des Rentes au Denier
vingt à eux appartenantes , en autres Rentes
au Denier vingt- cinq , en execution de
l'Edit du mois de Decembre de 1713. avant
le premier Decembre de ladite année 17 : 8 .
auroient la joüiffance des arrerages de la
demie année courante , qui leur avoit efté
accordée par autre Arreft du 3. Avril 1716.
F
66 LE MERCURE
lequel fubfifteroit jufqu'audit jour premiet
Decembre feulement , aprés lequel jour les
Rentiers qui feroient en demeure de faire
ladite Converfion , feroient déchûs de ladite
jouillance , laquelle n'auroit plus cours
que du premier Janvier de l'année 1720.
en quelque tems que ladite Converfien fût
faite jufqu'audit jour : Comme auffi que
les fonds qu'il conviendroit de faire pour
le Payement des arrerages de la prefente
année 171. de toutes les Rentés , tant
perpetuelles que viageres , Tontines & Lotteries
, affiguées fur les Droits d'Aydes ,
Gabelles & cinq groffes Fermes ; fur les
Fermes des Poftes , du Contrôlle des Actes
des Notaires , Petits Sceaux & Infinuations
Laïques ; du Contrôlle des Exploits,
des Greffes réunis , des Suifs & des Cartes;
& fur les Tailles & Recettes Generales des
Finances , feroient diftribuées également
dans les Soixante -dix Parties de Rentes établies
fur ledit Hôtel de Ville , par l'Etat
qui en feroit arrêté au Confeil pour ladite
prefente année , afin que les Payeurs defdites
Rentes fuflent à l'avenir égaux en maniement
, & que les arrerages defdites Rentes
fullent payez par chacun d'eux dans un
même tems par ordre alphabetique ; &
qu'à l'égard des arrerages defdites Rentes
qui feroient converties avant ledit jour
premier Decembre 1718. le Payement de ladite
demi-année, courante , avec ce qui éDE
MARS:
toit arrieré des Rentes cy- devant conver
ties , feroit fait par les Payeurs defdites
Rentes , fuivant les Eftats qui en avoient
été ou feroient arrêtez au Confeil , des
fonds qui leur avoient été ou feroient re
mis du produit des Quatre fols pour livre
ordonnez être levez en execution de l'Arrêt
du Confeil du 18. Mars 1718. & autres
rendus en confequence , & que
les arrera
ges de la prefente année 1719. defdites
Rentes arrierées , & de celles qui feroient
converties jufqu'audit jour premier Decembre
, feroient compris dans l'Etat qui ſeroit
auffi arrêté au Confeil pour ladite année
1719. Qu'au furplus l'emploi des arrerages
des Rentes qui feroient converties
aprés ledit jour premier Decembre jufqu'au
premier Janvier de l'année 17 10. ne feroit
fait que dans l'Etat qui feroit pareillement
arrêté au Confeil pour la même année 1720.
enforte que les Proprietaires defdites Rentes
demeureroient privez de la joüiſſance
des arrerages de ladite année 1719 même
de ceux dudit mois de Decembre 1718 .
Et quoyque Sa Majesté ait entendu
comprendre dans ledit Arreft du 29. Septembre
dernier , toutes les Rentes fans aucune
exception dont le Payement doit fe
faire audit Hôtel de Ville , lefquelles fe
trouvent à cet effet rappellées en dérail
dans ledit Arreft , elle a été cependant informée
que quelques Particuliers , Propris
Fij
68
LE MERCURE
•
taires des Rentes affignées fur les Tailles ,
Recettes generales des Finances & autres
fonds , dont la converfion a efté ordonnée
en nouvelles Rentes au denier vingt - cinq
par Edit du mois de Decembre 1715. lef
quels n'ont pas fait encore ladite converfion
, pretendent être exempts de la peine
portée par ledit Arreft , attendu qu'il a été
obmis d'y faire mention expreffe dudit
Edit de Decembre 1715. Et Sa Majesté
voulant faire connoître d'une maniere
precife fa volonté à cet égard , & neanmoins
accorder une diftinction particulie
re aux Proprietaires des Rentes affignées
fur les Tailles & Recettes generales des
Finances feulement , qui les employeront
à acquerir des Actions furles Fermes Unies
dans le delai porté par l'Arreft du Conſeil
du 31. Decembre dernier . Oui le Rapport.
Sa Majesté étant en fon Confeil , de l'avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent,
a ordonné & ordonne que les Proprietaires
des Rentes affignées fur les Tailles , Recettes
generales des Finances & autres
fonds , dont la converfion a efté ordonnée
en nouvelles Rentes au denier vingt- cinq
par ledit Edit du mois de Decembre 1735.
lefquels n'ont pas fait ladite converfion
dans le dernier Novembre 1718. feront &
demeureront privez des arrerages deſdites
Rentes , tant pour la prefenteannée 1719.
que pour les precedentes : Et neanmoins
DE MARS. 69
,
voulant traiter favorablement les Proprie
taires des Rentes affignées fur les Tailles
& Rentes generales des Finances , Ordonne
Sa Majesté que ceux defdits Proprietai
res qui n'en ont pas fait la converfion au
premier Decembre 1718. & qui les cmployeront
à acquerir des Actions fur les
Fermes Unies avant le premier jour du mois
d'Avril prochain conformément audit
Arreft du 31. dudit mois de Decembre ,
joüiront des interefts defdites Actions
à commencer du premier Janvier de la
prefente année 1719. Et pour l'execution
du prefent Arreft , toutes Lettres neceffaires
feront expedieées . Fait au Confeil d'Etat
du Roy , Sa Majefté y étant , tenu à Paris
le troifiéme jour de Mars mil ſept cent
dix- neuf. Signé , Phelypeaux .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , portant
Reglement pour la Fabrique des Bas
de Filofele , de Fleuret & de Soye qui fe
font au métier . Fait au Confeil d'Etat du
Roy , S. M. y étant , tenu à Paris le fixiéme
Mars 1719. figné,Phelypeaux , Collationné
à l'Original.
B
1
70 LE MERCURE
ARREST
De la Cour de Parlement ,
Qui ordonne la fuppreffion d'un Libelle
intitulé , Inftruction familiere fur la foûmiffion
due à la Conftitution UNIGENITUS
; & qui ordonne qu'une information
commencée au fujet de la diftribution
& publication de ce Libelle ,
fera continuée .
VE
Eu par la Cour la Requcfte à elle
prefentée par le Procureur General
du Roy , contenant qu'il a appris qu'au
préjudice de l'Arreft du 14. Janvier dernier
, qui ordonne la fuppreffion de plufieurs
Libelles , & de celui entr'autres intitulé
: Inftruction familiere fur la foùmiſſion
due à la Conftitution UNA GENITUS on
avoit continué à repandre ce Libelle en
plufieurs lieux ; que fon Subftitut au Baillage
de Montdidier avoit cfté obligé , fuivant
la difpofition dudit Arreft , d'en faire
informer ;que la Cour verra par l'information
, le pretexte fur lequel on a pretendu
execufer une entreprife aufli temeraire ;
qu'à l'abri de deux Editions du même Libelle
l'une qui porte le nom de la Ville
d'Arles, & l'autre de laVille d'Avignon , on
a crû pouvoir fe mettre à couvert de la rigueur
de l'Arreft , en foûtenant que l'EdiDE
MAR S.
71
tion condamnée n'eft pas la même qu'on
a diftribuée depuis l'Arreft dans le Public;
qu'on s'eft porté même jufqu'à dire qu'on
ne trouve point dans celle , qu'on fuppofe
avoir efté imprimée à Arles , les Propoli
tions dont l'Arreft fait mention ; que fi de
pareilles fraudes étoient tolerées , il n'y a
point de Libelle qui ne pût trouver des dé
fenfeurs , point d'Arreft qu'on ne pût violer
, point de coupables qui ne trouvaflent
l'impunité de leur crimes ; qu'il fuffiroit de
retrancher d'un Livre , les termes qui fe
trouveroient énoncez dans l'Arreft de condamnation
, pour pouvoir , fans craindre ,
repandre dans le Public les plus pernicieux
Ecrits ; que fans examiner laquelle de ces
deux Editions a precedé , ce qu'il feroit
difficile de juftifier , il fuffifoit que la Cour
cût proferit un Libelle intitulé , Inftruc
tion familliere fur la foûmiffion dûë à la
Conftitution UNIGENITUS , pour exiger
l'obéiffance de tout Sujet du Roy , & pour
empêcher qu'on ne fût affez t . meraite
pour publier aucun écrit fous ce même
titre,; mais qu'on ne peut d'ailleurs prétendre
avec la moindre apparence , que quelques
Propofitions fupprimées ayent pû
changer la nature , l'objet & les principes
de ce Libelle ; qu'en lifant l'Arreft de la
Cour , on y trouvera que les Auteurs de
l'Ecrit condamné , en voulant prouver que
la Conftitution doit estre recenë par tous les
72 LE MERCURE
que met-
Fideles , fe fondent fur des principes qu'on ne
peut admettre, fans détruire les maximes les
plus certaines du Royaume qu'en lifant ce
Libelle ,qu'on repand comme imprimé dans
Ville d'Arles , on n'y trouve d'autre objet
que celui de prouver que la Conftitution
doit être reçue par tous les Fideles : ce feul
tite , Inftruction familiere fur la fomiffion
due à la Conftitution UNIGENIUS , ne
peut
renfermer une autre idée ; l'avertiffement
apprend que l'Auteur ne veut
tre à la portée de tout le monde les raiſons
qui établiffent incontestablement l'obligation,
qu'ont tous les Fideles de fe foumettre à la
Conftitution : il n'y a pas une page dans le
corps de l'Ouvrage , qui ne foit dans la
même vûë. La premiere demande eft de
fçavoir fi tous les Fideles font obligez de ſeſoûmettre
à la Conftitution du Pape ? La reponponfe
porte que , Oui. Dans la page feptiéme
, on demande fi ceux , qui dans les
Propofitions condamnées en trouvent plu
fieurs qui leur paroißent conformes à quelques
paffages de l'Ecriture , ou des Peres ,
font obligez de fe foûmetre à la Conftitu
tition ? On repond de même que , Oni.
Sur la fin de cet écrit on demande , s'il ne
Suffixoit pas an commun des Fideles de ne
prendre aucunparti dans les conteftations qui
fe font élevées au fujet de la Conftitution ?
Et l'on foûtient que Nons fi l'on entre
dans les principes fur lefquels fe fonde
que
cet
DE MARS. 73
cet Ecrit , on ne peut douter qquu''iillss ne tendent
à détruire les maximes les plus certaines
du Royaume. L'Arreft regarde ce
Libelle condamné comme un Ouvrage qui
établit ou qui fuppofe l'Infaillibilité du Pape
dans les Décifions qu'il rend fur les matieres
de Doctrine . L'Inftruction familiere
dont il s'agit , refpire par tout l'Infaillibilité
du Pape ces expreffions dont parle
l'Arreft , que le fentiment commun de toutes
les Nations du monde Chrêtien ( dont l'Au -
teur excepte la France ( eft que le Pape eft
infaillible dans les Décifions dogmatiques
qu'il propofe à toute l'Eglife , font en termes
précis dans la pag haitiéme de l'Edition
qu'on prétend faite à Arles. On y avouë
que le fentiment commun de la France est
aujourd'hui , que le Pape eft faillibles mais
cette expreffion aujourd'hui , fait donc entendre
que c'eft un fentiment nouveau .
L'Auteur veut donc démentir les monumens
de tous les fiecles ? Il veut donc appuyer
l'infaillibilité de la Conſtitution für
la faillibilité des Conciles ecumeniques de
Conftance & de Bafle ? Cet Auteur va encore
plus loin ; il oppofe au fentiment de
la France celui de toutes les autres Nations
du mondeChrétien , lui qui réduit tout dans
fon Ecrit à la pluralité des fuffrages on ne
peut donc douter qu'il ne veille regarder
le fentiment de la France comme une erreur:
cet Ecrit qui détruit nos principes les plus
De Mars 1719. G
74
LE MERCURE
1
inviolables qui établit l'Infaillibilité du
Pape , eft donc veritablement condamné,
par l'Arreft du 14. Janvier , comme contraire
aux Loix fondamentalles de la Frances
que fi dans l'Edition qui paroît faite à
Arles , on n'y trouve pas en termes exprès
ce parallele odieux entre ceux qui rejettent
les Conciles oecumeniques , qui nient l'Incarnation
du Verbe , la Divinité de Jeſus-
Chriſt , fa prefence réelle dans le Saint Sacrement
, & ceux qui rejettent la Conſtitu
tion en tout ou en partie , on peut dire
qu'il s'y trouve dans la fubftance même
de l'Ecrit & dans fes principes. Un feul
exemple fuffit pour en convaincre : il eft
dit dans la page vingt - troifiéme : Puifque
la Décifion du Pape eft devenue la Décifon
de l'Eglife ; quiconque refuſe de ſe ſoûmettre
à la Conftitution , ne peut pas dire
qu'il croit tout ce que l'Eglife croit & enfeigne
; ou s'il le dit , c'est un impofteur qui
ment au Saint Efprit , ne refufât - il de fe
foumettre qu'à un feul article de la Conf
titution , c'eft fauffement qu'il affûre croire
sont ce que l'Eglife croit enseigne ; il
s'enfuit évidemment que l'on ne peut eftre
fauvé ,fi l'on ne fe foumet point à la Conf
titution dans tous fes chefs . Que c'eft par ces
principes que finit cet Ecrit ; cette dernie
re réponſe qui termine l'Ouvrage , en eft
comme le précis & le refultat ; & que c'eft
cette Inftruction qu'on débite ouvertement
DE MAR S.
79
dans plufieurs Diocefes , qu'on met entre
les mains des Grands & des Petits , des
Paſteurs & des Peuples comme un Catechifme
important & neceffaire qu'on fait
lire aux Enfans pour les inftruire . Que fi
cependant on le compare avec l'Edition
dont parle l'Arreft du 14 Janvier dernier ,
on y trouve les mêmes demandes & les
mêmes réponſes ; on y t les mêmes maximes
, & prefque par tout les mêmes expreffions
; que fi on le compare avec la
condamnation portée par l'Arreft , on découvre
dans ce Libelle le même efprit ,
les mêmes vûës , les mêmes principes , les
mêmes termes condamnez par l'Arreft :
Que c'eft ce qui oblige le Procureur General
du Roy , de recourir à l'autorité de
la Cour , pour qu'il lui plaife y pourvoir
fuivant les Conclufions qu'il a priſes par
ladite Requefte , fignée de lui Procureur
General du Roi : Oui le Rapport de Maître
Louis de Vienne , Confeiller ; la matiere
mife en déliberation . LA COUR
faifant droit fur la Requeſte du Procureur
General du Roi , ordonne que le Libelle
intitulé , Instruction familiere fur la foûmiffion
dûë à la Conftitution UNI GENITUS,
imprimé le vingt - cinquième Novembre mil
fept cent dix- huit , par ordre de Monfieur
Archevêque à Arles , chez Gafpard Mefnier,
fera & demeurera fupprimé ; qu'il fe
ra informé à la Requefte pardevant Mai-
G ij76
MERCURE LE
ftre Louis de Vienne , Confeiller Rapporteur
, de la contravention faite à l'Arreſt
du 14. Janvier dernier , & aux Loix du
Royaume , par la vente , diſtribution &
publication dudit Libelle faite en cette
Ville , & pardevant les Lieutenans Generaux
, ou autres premiers Officiers de Police
, pourfuite & diligence de fes Subſtituts,
pour les contraventions faites dans les autres
lieux ; qu'à cet effet l'information commencée
devant le Lieutenant General du
Baillage , Juge de Police de la Ville de
Montdidier , fera continuée , pour le tout
fait , rapporté & communiqué au Procureur
General du Roy , eftre fur fes Conclufions
ordonné par la Cour ce qu'il appartiendra
Ordonne que le prefent Arrest
fera envoyé dans les Baillages & Sénéchauffées
du Reffort , pour y être lû , publié
& enregistré : Enjoint aux Subſtituts
du Procureur General du Roi d'y tenir la
main , & d'en certifier la Cour dans un
mois. Fait à Paris en Parlement le onziéme
Mars mil fept cent dix- neuf. Signé,
YS ABEAU..
L
E premier de ce mo's , le Roy fit une Promotion
de fix Lieutenans Generax , de foixantedouze
Maréchaux de Camp , cy aprés denommés
, & de cent quatre-vingt- feize Brigadiers
dont on donnera le mois prochain une Lifte détai
DE MARS.
77
Hée , & dans le même Ordre que celle des Lieutemans
Generaux , & c .
LIEUTENANS GENERAUX.
M. Gafpard Scipion Armand , Marquis de Polignac
& de Chalençon , qui aprés avoir été Capitaine
dans le Regiment du Roy , fut nommé Colonel
du Regiment d'Aunis en 1684. Gouverneur de la
Ville Dupuy en 1690. Brigadier en 1702 Marêchal
de Camp en 1704. & Gouverneur du Pays de
Velay en 1718 Il a épousé Dame Françoile de
Mailly , Fille de Louis Comte de mailly.
M. Louis des Moulins , Comte de l'ifle , qui a
prés avoir été Lieutenant Colonel du Regiment de
Limoges , fut nommé Colonel du Regiment de
Barrois en 1692. Brigadier en 1702. Maréchal de
Camp en 1704. & Commandant à l'Iдe en ....
M. N. de Chouly , Seigneur de Permangle
qui aprés avoir été Capitaine dans le Regiment
Dauphin , fut fait Colonel d'un nouveau Regiment
de fon nom en 1695. Colon : 1 du Regimen: d'Infan
terie de Saulieu en 1703. Brigadier en 1704. Marêchal
de Camp en 1708. & Gouverneur du Fort-
Louis du Rhin en 1712. Il a époulé N. fille de mi
Defgranges maître des Cérémonies.
M. N. Guifelin Seigneur de la Vierüe , qui aprés
avoir été marêchal des Logis de la Cavalerie en Allemagne,
fut nommé Brigadier en 1703. Commandeur
de l'Ordre de S. Louis en 1705. marêchal de
Camp en 1759. & Gouverneur de Nifmes en 1717.
M. Antoine de la Fitte , Seigneur de Pelleport ,
qui aprés avoir été major du Kegiment de Cavalerie
de fon pere , en fut nommé Colonel en 1694
Brigadier en 1704 Marêchal de Camp en 1709. &
Gouverneur de montlouis en ...
M. N. des Fourneaux , qui après avoir été Enfeigne
, puis Lieutenant des Gardes du Corps , fur
G iij
78 LE MERCURE
nommé Brigadier en 1704 Marêchal de Camp en
1709. & Gouverneur de Belle- Iſle en ...
MARESCHAUX DE CAMP.
M. N. Frickau , Seigneur de Clodoré , qui aprés
avoir efté major Genreal dans les Armées du Roy ,
fut nommé Brigadier en 1702 , puis Gouverneur de
Villeneuve-les- Avignon-
هللا
M. Gilles Marquis de Treceffon , qui aprés avoir
été Capka ne au Regiment Royal Artillerie , eut un
nouveau Regiment en 1695. qui fut reformé à la
Paix de Rifvvick , & remis für pied en 1702. fut.
nommé Brigadier en 1704. & Colonel du Regiment
d'Agenois. Il a époufé N. le Nain , niéce du
Doyen des Confeillers du Parlement.
M. François Gilbert Colbert , Marquis de Saint
Pouange & du Chabanois , qui après avoir efté Co-
Jonc d'un Regiment de Cavalerie en 1697. fut nommé
Brigadier en 1704. Il a épousé en mars 1701 .
Angelique d'Efcoubleau , fille Unique de François
Comte de Sourdis , Prince de Chabanois , Chevalier
des Ordres du Roy ; & c.
M N Tardif , Ingenieur , qui fut nommé Brigadier
en 1704.
M. N. de Brillac , qui aprés avoir efté Enſeigne
au Regiment des Gardes en 1689. Lieutenant en
1691 Capitaine en 1696. & Capitaine des Grenadiers
au même Regiment en 1706. fut nommé Brigadier
en 1708. Il eft frere de M. le Premier Prefident
du Parlement de Rennes.
M. N Seigneur de Buffi , qui aprés avoir efté
fait major du Regiment de Foix en 1693. fut nommé
Brigadier en 1708. pour s'être diftingué à la
prife de Lille.
M. N. Johanne , Marquis de Saumery , qui aprés
avoir efté Cornette des Chevaux - Legers de la
Garde du Roy, fut nommé Baigadier en 1709. Il
DE MAR S. 79
eft fils de M. de Saumery , Sous-Gouverneur de Sa
Majesté .
M. N. Marquis de Poulpry , Cornette des Chevaux
Legers de la Garde du Roy , qui fut nommé
Brigadier en 1709.
M. N. de monſtiers , Marquis de merinville , qui
aprés avoir efté Capitaine de Carabiniers , fut Colonel
d'un Regiment de Cavalerie en 1701. Sous-
Lieutenant des Gens d'Armes de Bourgogne en
704. Capitaine Lieutenant des Gens d'Armes de
la Reyne , & nommé Brigadier en 1709. pour la
famille. Voyez le P. Anfelme.
·
M. N. de Verneüil du Rozel , qui aprés avoir
Lieutenant Colonel , puis metre de Camp d'une
Brigade du Regiment Royal des Carabiniers , fut
nommé Brigadier en 1769. Il eft neveu de Meffieurs
du Rozel , Lieutenans Generaux , par leur foeur.
M. Louis-Jean Baptifte de matignon , Comte de
Gacé , fils de m. le ma êchal de Matignon , aprés
avoir efté Colonel du Regiment de Cavalerie de
Tolofe en 1702. puis mestre de Camp du Regiment
Dauphin Etranger en 1706. Il fut nominé
Brigadier en 1709. Voyez le P. Anfelme .
M. Armand - François de Bretagne , Comte de
Vertus , Guidon , puis Enfeigne des Gens d'Armes
de la Garde du Roy , qui fut nommé Brigadier
en 1709 Voyez le P. Anfelme.
M. N. Seigneur d'Auger , qui aprés avoir efté
Exempt des Gardes du Corps , fut nommé major
de la Gendarmerie en 1708. puis Brigadier en 1709
11 eft fils du Lieutenant General des Armées du
Roy, qui fut tué à la Bataille de Leuze.
M. Charles le Gendre , Seigneur de Berville ,
qut après avoir efté Cornette de Dragons dans le
Regiment du Heron en 1694. fut Enfeigne au Regiment
des Garde en 1696 , Colonel du Regiment
Colonel general des Dragons en 1702, & nommé
Brigadier en 1709. Il eft frere de M. de Colandre
dont il fera parlé cy aprés.
Giij
8.0 LE MERCURE
M. N le Cirier, Marquis de Neuchelies, qui étant
Exempt des Gardes du Corps , fut nommé Gouverneur
de Sainte Menehoud en 1691. Enfeigne , puis
Lieutenant des Gardes du Corps , & Brigadier
d'Armée en 1709 , Il eft fils du Lieutenant dos
Gardes du Corps , tué à la Bataille de Leuze en
4
1691.
M. N. de Rochemontais , Seigneur de Vernaffal ,
qui aprés avoir efté Exempt , puis Enfeigne des
Gardes du Corps , fut nommé Brigadier d'Armée
en 1709.
M. N le maire , Seigneur de Parifi -Fontaine ,
qui après avoir efté Exempt , puis Ayde- major des
Gardes du Corps en 1707. fut nommé Brigadier
d'Armée en 1709.
M. André -Jofeph Comte d'Aubuffon , qui aprés
avoir efté Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
de la Feuillade , en fut fait Colonel en 1702
& nommé Brigadier en 1709 & Mestre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie. Voyez le P. Anfelme.
M. N. de Tarneau , qui aprés avoir efté Capitaine
dans le Regiment de Cavalerie de Berry en 1690 en
fut fait major en 1701. puis Colonel d'un nou
vean Regiment de Cavalerie en 1702 , nommé Brigadier
en 1709 & Inspecteur General de Cavalerie
en ...
M. N. de la Baftie , Seigneur de Verceil , qui aprés
avoir efté maréchal des Logis des Armées du Roy ,
& Enfeigne des Gardes du Corps , fut nommé Brigadier
d'Armée en 1709 .
M. N Sublet , marquis d'Heudicourt , qui aprés
avoir efté Colonel d'un Regiment de Cavalerie en
1702. fut nommé Brigadier en 709 & meftre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie . Il eft fils de M.
le marquis d'Heudicourt , Grand Louvetier de France.
Voyez le P. Anſelme.
M. N. de Johanne , Comte de Saumery , qui
aprés avoir efté Capitaine dans le Regiment DauDE
MAR S. 81
phin Etranger Cavalerie , fut fait Colonel d'un
Regiment de Cavalerie en 1702, puis du Regiment
Royal Rouffi lon en 1706, & nommé Brigadier en
1709 , Il eft à preſent Envoyé en Baviere , & eft frere
du marquis de Saumery , dont il eft parlé cy- deffus.
M. Charles Bretagne Duc de la Tremoille , qui
aprés avoir efté Capitaine de Cavalerie , fut fait
Colonel d'un Regiment de Cavalerie en 1702 , nommé
Brigadier en 1709 , & Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy en la même année. Voyez le P.
Anfelme.
M. N. Flahaut , Seigneur de la Billarderie , qui
aprés avoir efté Cornette de Cavalerie en 1684 fut
fait Capitaine en 1686 , major en 1693, Lieutenant
Colonel en 1699 , Colonel en 1702 , Enfeigne des
Gardes du Corps en 1706, nommé Brigadier d'Armée
en 1709, & Lieutenant des Gardes du Corps
en ...
M. N. de Garagnol , qui aprés avoir efté Exempt
des Gardes du Corps , en fut fait Enfeigne , puis
Lieutenant & nommé Brigadier d'Armée en
1709.
M N. de Beaujeu , qui aprés avoir efté. Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment du Pieffis en
1688. en fut fait major en 1691 , мeftre de Camp
de Cavalerie en 1702 , Marêchal des Logis de la
Cavalerie en Allemagne en ... & nommé Briga
dier en 1709.
M. N. Badier , Seigneur de Verceil , qui aprés
avoir efté Colonel de Huffars en 1706 , fut fait ma
rêchal General des Logis des Camps & Armées du
Roy en 1708 , & nommé Brigadier en 1709 .
M. N. de marteville , qui aprés avoir efté Lieu
tenant Colonel du Regiment de Cavalerie de Villeroy
, fut fait meftre de Camp de Cavalerie en 1704 ,
& nommé Brigadier en 1709.
M. N. Groffetefte , Seigneur de Jouy , qui aprés
avoir efté major du Regiment de Cavalerie d'Or
82 LE MERCURE
leans , en fut fait Colonel en 1705 , & nommé Brigadier
en 1709.
M. Antoine Gallior marquis de S. Chamans , qui
aprés avoir efté premier Capitaine du Regiment
Royal Etranger , fut fait Colonel du Regiment de
Cavalerie de Quintin en 170s ,du Royal Etranger en
1706 ,nommé Brigadier en 1709, Enſeigne des Gardes
du Corps en 1710 , & Gouverneur de la Ville
de Puy- Laurens. Il a épousé en 1712 Marie- Louife
Larcher , fille de Michel , marquis d'Olifi , Prefident
de la Chambre des Comptes.
M. N. de marfillac qui aprés avoir efté Capitaine
dans le Regiment des Cuirafliers , fut Exempt des
Gardes du Corps , puis Colonel du Regiment de
Ruffez en 1704 , & nommé Brigadier en 1709.
M. N. de Gondrin , marquis de Bonas , qui étant
Lieutenant Colonel du Regiment de marfillac , fur
nommé Colonel en 1709 .
M. N. de Carbous , qui aprés avoir eflé fait
Cornette dans le Regiment de Richelieu en 1677,fut
Lieutenant & Ayde major dans le Regiment du
Roy en 1688, Lieutenant de la mestre de Camp en
1690,Capitaine dans ce Regiment en ... Lieutenant
Colonel dans le Regiment de Duras en 1703 , Colonel
de Cavalerie en 1705 , & nommé Brigadier en
8709.
M. N. de Marbeuf, fils d'un Prefident au Parlement
de Rennes , qui aprés avoir efté Lieutenant
Colonel du Regiment de Dragons de Bretagne , fut
fait Colonel de ce Regiment en 1705 , & nommé Brigadier
en 1709.
M. N. Belanger , Seigneur de Tourotte , qui aprés
avoir cfté major d'une Brigade de Carabiniers , fut
fait Colonel d'un Regiment de Cavalerie en 1705,
& nommé Brigadier en 1709.
.M. N. Freville , Ingenicur , qui fut nommé Brigadier
en 1709 .
M. N. Sieur de Fontaine , qui aprés avoir efté
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment Dauphin
DE MARS. 83
en.1685 , fut fait Lieutenant Colonel du Regiment
du Chatelet en ... Colonel de Cavalerie en 1696
& nommé Brigadier en 1709.
M. N. Redinp , lequel eftant Capitaine au Regi
ment des Gardes Suiffes , fut nommé Brigadier en
1710 .
M. N. Mergeret , qui aprés avoir efté Enſeigne au
Regiment des Gardes Françoifes en 16 89 , en fut Sous-
Lieutenant en 1690,Lieutenant en 1691 , Capitaine en
1696 & nommé Brigadier en 1710.
M. Antoine-Jacques de Berault , Baron de Villiers
, qui aprés avoir efté Enfeigne au Regiment des
Gardes Françoiles, en fut Sous- Lieutenant en 1692,
Lieutenant en 1694 , Capitaine en 1696 , & nommé
Brigadier en 1710 .
M. N. de Beauverger , Seigneur de Montgon , qui
aprés avoir cité Sous Lieutenant au Regiment des
Gardes Françoiles en 1685, en fat Sous - Ayde Major
en 1689, Ayde major en 1693 , Capitaine en 1698 ,puis
Capitaine des Grenadiers , & nommé Brigadier en
1710. Il eft frere de м. de Monrgon , Lieutenant
General.
M. Pierre Armand Comte de Gaffion , qui aprés
avoir efté Colonel duRegiment de Gaffion en 1702 ,
fut Colonel du Regiment de Navarre en .. & nommé
Brigadier en 1710. Il a épousé Dame N. Fleu
riau , fille de M. d'Armenonville, Secretaire d'Eſtat.
Voyez le P. Anfelme.
M. N. Marquis de Voluire , qui aprés avoir efté
Guidon des Gens- d'Armes de la Garde du Roi, en
fut Enfeigne , puis Sous- Lieutenant , & nommé Brigadier
en 1710.
M. N. du Bois , Chevalier de Givry , qui fut fait
Colonel du Regiment de la marcheen 1702 ,& nommé
Brigadier en 1710.
M. Charles- Louis de Mont - Saunin , marquis de
Montal , qui fut fait Colonel du Regiment de Poitou
en 1702 , & nommé Brigadier en 1710. Voyez le P.
Anfelme.
$4 LE MERCURE
b
M Thomas 1 Gendre , Seigneur de Colandre ,
qai aprés avoir efté Officier dans le Regiment des
Gardes Françoiles , fut fait Colonel du Regiment de
Flandres en 1702 ,du Regiment Royal des Vaiffeaux
en 1705, & nommé Brigadier en 1710. Il a épousé
Dame N de Voyer , fille de M. d'Argenfon , Garde
des Sceaux de France , & eft frere de M. de Barville ,
dont il a efté parlé cy deflus,
M. Louis Athanafe de Pechepertou deComenges ,
Comte de Guitaud , qui aprés avoir efté Lieutenant
dans le Regiment du Roy , fut fait Colonel du Regiment
de Guitaud en 1702, puis de celuy de Roüergue,
& Infpecteur d'Infanterie en . . & nom é Brigadier
en 1710. Voyez le P. Anfelme .
}
M. N. Marquis de Laval- montmorency , qui aprés
avoir efté Colonel d'un Regiment d'infanterie en
1702 ,le fu de celuy de Bourbon en 1705 & nommé
Brigadier en 1710 Voyez le P. Anfelme.
M. N. Marquis de Lannion , fils du Comte de
Lannion Lieutenant General , après avoir été fait
Colonel du Regiment de Lannion en 1702 ; il fat
Colonel du Regiment de Saintonge en 1705 , & fut
nommé Brigadier en 1710.
M. Anne Jacques de Bullion , marquis de Fervaques
, fils de M. de Bullion Prevoft de Paris .Aprés
avoir efté fait Colonel du Regiment de Baffigny en
1702,le fut de celuy de Piedmont en 1705, Lieute
nant de Roy du Pays Chartrain en 1706, & nommé
Brigadier en 1710. Voyez le Pere Anfelme.
M. N. Comte d'Aubigné , neveu de M. l'Archevêque
de Rouen , aprés avoir efté fait Colonel du
Regiment Royal en r704. fut Infpecteur d'Infante
rie , nommé Brigadier en 1710 & Gouverneur du
Saumurois & de la Ville de Saumur en ...
M. Franço's Berthelot , Seigneur de Reboureau ;
fils de M. Berthelot Secretaire des Commandemens
de Madame la Dauphine , aprés avoir efté Capitaine
dans le Regiment Royal Etranger , il fut fait Colo-
"
DE MARS. 8.5
nel du Regiment de Bragelongne en 1702 , de celuy
de Bretagne en 17c5 & nommé Brigadier en 1710.
M N. de Montauban de la Chau , qui ayant cité
fait Colonel du Regiment de la Chau en 1702 , fut
ammé Brigadier en 1710,
M. N. de Montaigu , Comte de Bouzols , qui
aprés avoir efté Capitaine dans le Regiment Royal
Rouffillon , fut fait Colonel du Regiment de Cavalerie
de du Bordage en 1704, & nommé Brigadier
en 1710. Il eft frere du marquis de Bouzols , Lieupant
General.
M. N. Verjus , Comte de de Crecy , fils de м .
de Crecy Plenipotentiaire à Rifvvick ; aprés avoir
efté Colonel du Regiment de Boulonnois en 1703,
il fut nommé Brigadier en 1710 ,Gouverneur de la
Ville & Pays de Toul en 1714 , Capitaine des Gensd'Armes
de Berry.en ..& мaiftre de la Garderobbe
de M. le Duc d'Orleans.en 1717.
M. N Skelton , Anglois , fils du Lieutenant General;
apiés avoir efté Capitaine dans le Regiment
de Nugent , il fut fait Colonel à la fuite de ce Regiment
, & nommé Brigadier en 1710.
M N. Tektu , marquis de Balincourt , qui aprés
avoir efté Lieutenant dans le Regiment du Roy , fut
fait Colonel du Regiment d'Artois en 1703 , nom-
&
mné Brigadier en 1710 Il a époufé N. Aileman , fille
du marquis de Montmartin .
M. Hierofme François Flahaut , Seigneur de la
Billarderie, qui aprés avoir efté Capitaine de Cavalerie
Exempt des Gardes du Corps du Roy , Ayde
major d'une des Compagnies des Gardes du Corps ,
fut nommé Brigadier en 1710.
M. N. de Cambis , Marquis de Velleron , neveu
du Cardinal de Janfon ; aprés avoir cfté Exempt
des Gardes du Corps du Roy, il en fut fait Enfeigne
en 1709 & nommé Brigad er en 1710.
M. Paul Sanguin , marquis de Livry , fils du marquis
de Livry , Premier Maiftre d'Hoſtel du Roy;
869 LE MERCURE
aprés avoir efté Colonel d'Infanterie en 1703 , il fut
fait Colonel du Regiment de Nivernois en 1704 &
nommé Brigadier en 1710.
M. Paul François de Bethune , marquis d'Ancenis
, qui aprés avoir efté Capitaine de Cavalerie dans
le Regiment de Bourgogne , fut fait Colonel de ce
Regiment en 1704 , Gouverneur de Dourlens en
1708,nommé Brigadier en 1710, & Capitaine d' ne
Compagnie des Gardes du Corps du Roy. Voyez le
P. Anfelme.
M. N. de Soubeiran , Seigneur Darifat , qui aprés
avoir efté Brigadier , puis marêchal des Logis ,
Cornette & Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , fut nommé Brigadier en 1710.
M.N.O-Brien , qui étant Colonel d'un Regiment
Irlandois , fut nommé Brigadier en 1710.
M. N. Perrin, qui aprés avoir efté Lieutenant Cclonel
du Regiment de Boisfermé , en fut fait Colonel
en 1706 & nommé Brigadier en 1710 .
M. N. de S. Morel , lequel eftant Lieutenant Colonel
du Regiment de Poitou , fut nommé Brigadier
en 1710.
M. N Seigneur de Curty , lequel eftant Lieutenant
Colonel du Regiment de Provence , fut nommé
Brigadier en 1710.
M. Emanuel de Loupiat , Seigneur de la Deveze ,
lequel aprés avoir efté Lieutenant d'Artillerie , fut
fait Lieutenant Colonel du Regiment des Bombardiers
en .. & nommé Brigadier en 710.
M N. de Quiquebeuf , Seigneur de Roiffi , lequel
après avoir efté major du Regiment de leuvil
le , puis ma or General en italie , fut nommé Brigadier
en 1710.
M. N. de S. Perier , lequel eftant Lieutenant
d'Artillerie , & la Commandant en Elpagne , fut
nommé Brigadier en 1710.
M. N Favart , Ingenieur , qui fut nommé Brigadier
en 1710.
M. N. de Valliere , lequel étant Capitaine de la
DE MAR S. 87
premiere Compagnie de mineurs , fut nommé Bri-,
gadier en 1710.
M N. Marquis de Chaftillon , qui aprés avoir
efté Colonel de Dragons , fut fait Commiffaire General
de la Cavalerie Legere de France , puis meftre
de Camp General de la Cavalerie , & nommé Bri
gadier en 1711. Il a époufé N. Voyfin , fille du feu,
Chancelier. Voyez le P. Anfeline.
DAG DIE NAG SKE THE AL AL AL ALBIG TITSTO ING
LA
Les deux Domino doubles.
Avanture du Bal.
A Marquife de .... avoit à fon fervice
depuis quelque tems une Femme
de Chambre , de celles qui fe contentent
de peu de gages , lorfqu'elles comptent que
les charmes de leurs Maitrcffes doivent y
fupléer.
La Dame étoit belle ,jeune & vertueufe .
Cette derniere qualité étoit de trop pour la
Suivante qui efperoit tirer profit des deux
autres. Heureulement pour les vûës , le
Chevalier de .... jeune Seigneur étranger
& fort liberal , s'enflamma vivement pour
la Marquife. Mais foit timidité ou refpect
car la Dame étoit auffi fiere que polie , il
n'ofa jamais lui faire l'aveu de fa paſſion .
La Suivante qui étoit fine & pénetrante
devina bien -tôt l'état fouffrant du Chevalier.
Cette fille adroite , qui avoit fouvent
88 LE MERCURE
7
occafion de lui parler fans confequence ,
lui fit entendre qu'elle avoit furpris le fecret
de fon coeur. Le Chevalier , bien loin d'en
être offenfé , fe trouva beaucoup plus à fon
aife par la confidence qu'elle venoit de lui
faire. Sans perdre de tems , il lui dit que
fi elle vouloit le fervir en amie auprés de
la Marquife , il n'y auroit point de gratification
qu'elle ne dût attendre de fa generofité
& de fa reconnoiffance. Dans le
moment , dix louis donnez pour arrhes
dans la main de cette fille , firent promettre
au Chevalier beaucoup plus qu'elle ne
pouvoit lui tenir . Mais , ce qui acheva de
la charmer , c'eft que comme il étoit fort
amoureux , il lui fit efperer le double , s'il
faifoit quelque progrès dansfon amour ; &
fortune complette , fi la fienne le devenoit.
La Suivante l'ayant quitté , ne penfa plus
qu'aux moyens de mettre à profit une occafion
fi favorable. Aprés plufieurs expediens
que fon imagination intereffée lui
fournit , elle n'en trouva pas un plus infaillible
que celui - ci.... Comme fa Maî
treffe fe picquoit quelquefois au jeu , juf
qu'à perdre tout ce qu'elle avoit d'argent
Comptant , mais encore à jouer fur fa parole
, ( c'étoit fon unique défaut ) elle perfuada
à cet Amant timide qu'une fomme
d'argent offerte à propos en de pareilles
circonftances à la Marquife , lui épargneroit
l'embaras d'une déclaration. Elle s'engagea
DE MAR S. 89
:
gagea en même tems envers le Chevalier
de venir l'inftruire de quelle maniere il
devoit fe conduire, au cas que fa Maitreffe
fit quelque perte confiderable . Deux jours
aprés , nôtre intriguante entra avec un vifage
riant dans la Chambre du Chevalier ,
& lui dit , que ce qu'elle avoit prévû , étoit
arrivé : Que la Marquile ayant paffé la
nuit à jouer au Biribi , & n'êtant revenuë
qu'à cinq heures du matin , elle s'étoit
jettée d'abord dans un fauteuil , comme
une femme accablée de quelque violent
chagrin Qu'après avoir beaucoup ſoupiré
, elle n'avoit pû s'empêcher de lui
avouer qu'outre cent louis qu'elle avoit perdu
, elle en avoit encore emprunté deux
cent , avec promeffe de les rendre dans
trois jours. Et , comment pouvoir les ren
dre ? m'a- t'elle ajouté ; je fuis fans efpoir
de les trouver : Et ce qui met le comble à
mon malheur , c'eft que ne les rendant pas ,
mon mari en fera bien-tôt informé . Que lui
diranje Tu connois fon humeur ; quelque
liberté qu'il me donne en apparence ,
il ne feroit pas fâché au fonds d'avoir un
pretexte plaufible de me la retrancher cette
liberté , & peut être de me confiner dans
une de fes Terres . Aprés t'avoir confié
mes juftes allarmes , connois- tu aprés cela
une femme plus à plaindre que moi ?
Vous jugez bien , Monfieur , que j'ai
paru entrer dans toute fa fenfibilité , j'ai
H
90 LE MERCURE
paffé en revûë tous les moyens qui ne pouvoient
être d'aucune reffource pour la tirer
d'intrigue : Enfin , j'ai rifqué , Monfieur ,
de vous nommer , & de lui infinuer adroi
tement que je ne connoiffois que vous, affez
de fes amis pour lui offrir vôtre bource.
Elle m'a d'abord impofé filence , & cela ,
d'un air qui m'a prefque fait defefperer
qu'elle voulût avoir recours à vous. Cepen
dant , aprés une fcene muette de quelques
minuttes entre ma Maîtreffe & moi , elle
cft tout à coup fortie, comme d'une léthargie
profonde , & m'a dit d'un ton radouci:
Mais , quelles affurance as- tu qu'il voulût
me faire ce plaifir ? C'eft , Madame, parce
qu'il vous aime. Que viens tu de prononcer
? Retire-toi de ma prefence. Je préfererois
la mort plutôt que de ..... Non ,
Madame , ai-je repris ; je ne vous abandonnerai
pas dans l'extremité ou vans êtes
reduite Pardonnez- moi , je vous prie , mon
indifcretion ; mais , j'ai crû que je pouvois
tout rifquer dans la fituation cruelle où vous
êtes plongée . Soit qu'elle ait été touchée
de la bonté de mon coeur , & de la part
qu'elle croyoit que je prenois à fon infortune
, ou plus vraisemblablement , qu'aprés
avoir balancé les inconveniens des deux côtez,
elle a fait tout à coup ceder fa vertu , ou
pour mieux dire , les dehors , à la dure neceffité
de fon fort. Je te pardonne , m'a-
' elle dit , par la tendre pitié que tu prens
DE MAR S. 91
de mon infortune. Il y a long tems , je ne
t'en ferai point un miftere , que je m'apperçois
que le Chevalier m'aime ; je lui en ai
fçû gré : Mais , quand je reflechis qu'un
homme ne donne rien pour rien, cette penfèe
m'accable. Car enfin , quelle eftime
veux-tu qu'il ait de moi , lorfqu'il fçaura
le motif qui m'a pouffé à faire cette lâche
démarche ? Vous pouvez bien vous imaginer
, Monfieur , que j'ai employé tous
mes talens pour lui infpirer une meilleure
opinion de vos fentimens à fon égard ; j'y
ai réuffi & cela fuffit. Il ne s'agit plus
que de vous mettre en lieu où vous puiffez
lui parler librement. Il y a Bal ce foir à
l'Opera. La partie eft liée depuis deux jours
avec quelques- unes de fes amies . C'eft le
lieu que j'ai choisi pour moyenner vôtre
entrevue , convenir de vos faits & vous
rendre heureux . Vous connoillez le Dominode
caprice de ma Maîtreffe ; vous ne ſçauriez
vous y méprendre : Mais furtout n'ou
bliez pas les deux cent louis . Je l'y accompagnerai
, & je prend fur mon compte de
ménager fi bien toutes chofes , que vos
defirs feront comblez . Le Chevalier extafé
de la felicité prochaine à laquelle il afpiroit
depuis fi long tems , croit ne pouvoir trop
bien payer les foins de cette habile médiatrice
; il lui donne en effet de nouvelles
marques de fa liberalité . Cette fille perfuadée
que la fin répondroit à de fi heureux
b ij
92 LE MERCURE
commencemens , prend congé de nôtre
Amant & va tout préparer pour parvenir
à fon but. Elle n'oublia pas furtout de
commander le même jour un Domino qui
fût tout femblable à celui de fa Maîtreffe.
Nôtre Amant plein d'une ardente impatience,
trouva le jour plus long qu'à l'ordinaire
; il prit onze heures pour minuit ,
& entra par confequent un des premiers au
Bal . Il y avoit prés de deux heures qu'il
examinoit tous les Mafques qui venoient
en foule , lorfqu'à la fin fa Divinité parut.
La Suivante qui connoiffoit le Domino du
Chevalier , l'eut bien- tôt demêlé : Elle l'aborde;
& l'ayant tirée à quartier, lui fit tout
efperer. Elle lui ordonne de monter au Paradis
: Qu'elle étoit convenué de ce rendez
- vous avec fa Maîtreffe , qui prevenuë
de fon arrivée & de fon déguifement , ne
feroit autant de tems à l'aller joindre, qu'il
lui en faudroit pour pouvoir fe féparer fans
affectation de la Compagnie. Que là , elle
lui parleroit pu plûtôt fe laifferoit parler ;
car , ajouta t'elle , ma Maîtreffe n'aura
pas , je croi , la force de vous répondre .
Le Chevalier qui étoit dans la bonne foi
autant que la Femme deChambre étoit dans
la mauvaiſe , obéit aveuglément & gagna
auffi-tôt le Paradis , en fe plaçant à l'endroit
le moins éclairé . Pendant qu'il en jouë
fon imagination de toutes les douceurs de
l'Amour , la Suivante qui venoit de Le
DE MAR S. 93
montrer à lui avec un Domino noir , ne
I'ût pas plûtôt perdu de vûë , qu'elle s'en
débarafla avec une promptitude étonnante ,
le cacha adroitement fous un autre de caprice
qui étoit pareil à celui de la Marquife
. Ainfi métamorphofée en fa Maîtreffe
, elle va jouer fon rôle au Paradis.
Nôtre Amant qui avoit l'oeil au guet , fut
comme ébloui de cette charmante apparition
; il fit mine de vouloir fe lever pour
lui aller donner la main ; mais on lui fit
figne de ne point remuer . Aprés quelques
façons misterieufes , on s'affied à côté de
luí d'un air déconcerté , & l'on ne fonna
mot. Le Chevalier qui avoit reçû fes inftructions
, crut pour fon honneur qu'il
devoit entammer la converfation . Quoiqu'homme
d'efprit , il s'embaraffa ſi fort
dans fon compliment , qu'il fut tenté plus
d'une fois de commencer par donner les
deux cent louis , convaincu que rien n'étoit
plus éloquent ni plus décifif que le langage
muet de l'argent . Il fallut cependant s'expliquer,
mais il s'en tira fi mal, que la feinte
Marquife n'ût pas de peine par la voye
de l'imitation , à le tromper plus aifément .
Comme elle étoit fort preffée d'être nantic
de cette fomme, il ne lui fut pas fort difficile
dans cet état d'amener fon homme au
point principal . En effet , il s'en défaiſit
auffi volontiers qu'elle le prit. Cette rufée
ayant fon compte , ne penfa plus, qu'à
94 LE MERCURE
échaper au plus vite des mains du Chevahier.
Elle abregea tant qu'elle put la converfation
; & le levant brufquement , lui
dit : Ce n'eft pas fans regret & fans quelque
confufion , que je me vois forcé de me
détacher de vous , mon cher Chevalier.
Je ne peux cependant m'en difpenfer ; vous
comprenez bien que ma Compagnie feroit
en peine de moi . Il eft de ma, prudence
de l'aller rejoindre ; aprés quoi je fuis abfolument
à vous dans une demie heure.
Pardon , Chevalier ; je n'ufe de cette précaution
que pour avoir le refte de la nuit
à nous, afin d'en profiter plus à nôtre aife....
Ceci fut prononcé d'un ton fi cordial , que
nêtre Etranger agréa fes raifons. La rulée
Soubrette ne lui donnant pas le tems de la
reflexion , ût bien - tôt regagné l'efcalier
& dans le détour des Secondes , elle remet
fon Domino noir qui fervoit , comme de
houffe à l'autre , & rentre dans le Bal .
Il eft tems ou jamais , de parler du mari
de la Dame au Domino de caprice . Ce
mari étoit jaloux à la rage ; nulle paffion
n'étoit en lui plus dominante, hors la vanité
de ne le point paroître ; il laiffoit à fa femme
la liberté de tout faire , & fe refervoit
celle d'examiner fi dans tout ce qu'elle fai
foit , elle conferveroit cette vertu dont elle
fe paroit , & dont il ne fe défioit que par
foiblefle. Car fa raifon l'en affûroit , mais.
Lon penchant à la jouloufic , l'en diflua»
DE MARS !
95
doit. Nôtre Marquis fe trouvoit incognito
prefque dans tous les Bals où fa femme alloit.
Il avoit remarqué en plufieurs rencon
tres que le Chevalier étoit prefque de toutes
les parties de la. Marquife ; il conclut de- làque
ce jeune Etranger aimoit ſa femme , &
qu'il en étoit peut - être aimé. Son efprit dé
fiant lui confeilla d'épier toutes les démar
ches, de l'un & de l'autre , & lui fuggera.
de fe donner un déguisement pareil à celui
du Chevalier , dans le deffein de mettre
à l'épreuve fon époufe à la premiere occafion
. Il fe figura que le Bal de l'Opera:
la lui fourniroit . S'y êtant rendu , il obſerva
une partie de tout ce qui s'étoit paffé entre
la Femme de Chambre & le Chevalier;
on croit aisément ce que l'on craint. Nôtre
jaloux fe perfuada pour lors que fes foupcons
n'étoient pas mal fondez. Dans le tems
qu'il étoit le plus occupé à fuivre de prés
toute cette intrigue , un gros de Maſques
furvint , qui fe partageant de côté & d'autre
dans la Salle , les lui fit perdre de vûë.
Quelques recherches qu'il fit , fes peines.
furent inutiles ; fa femme même le trouva
perdue : Il prit enfin le parti d'aller fe placer
dans quelques loges pour tâcher de démêler
les perfonnes qui lui tenoient fi fort
au coeur ; mais les premieres & les fecondes
êtant entierement remplies , il monta au Pa
radis.Mais , quelle fut fa furprife? Le premierobjet
qui le frapa , fut une Eemme fous le
96 LE MERCURE
même déguiſement que la fienne , dans un
tête à tête avec le Chevalier. Il ne douta
pas un moment que ce rendez- vous ne dûr
être la fuite de l'entretien dont il avoit été
témoin en bas. Il manqua d'éclater &
d'emmener fur le champ cette perfide chez
lui. Un moment de reflexion le fit changer
de fentiment, il aima mieux differer fa vengeance,
que de la rendre infructueuse dans
un lieu public. Il fentoit bien que le deshonneur
de fa femme, ainfi dévoilé, rejailliroit
du moins autant fur lui que fur elle.
On ne pouvoit neantmoins être dans
une plus grande perplexité d'efprit , pour
fçavoir à quoi cette entrevue fe termineroit.
Son embaras augmenta bien davantage , lorf
qu'il vit que la fauffe Marquife, après avoir
pris congé du Chevalier , & lui avoir promis
qu'elle ne feroit pas long- tems fans le
rejoindre , tira en defcendant un autre Domino
noir deffous le premier ,& le mit par def
fus l'autre . Ce double manege acheva de le
déconcerter ; il fe trouble , il veut la fuivre;
il n'en a pas la force , & refte immobile . La
Suivante qui ne s'étoit point apperçûë
d'avoir un homme qui l'éclairât de fi prés,
ût à peine fait un tour dans la Salle , qu'elle
remonta fous pretexte de demander au jeune
Etranger , s'il avoit lieu d'être fatisfait
de fa Maîtreffe. Cette fille non contente
des 200. louis qu'elle venoit de toucher , com.
me Marquife , voulut encore en tirer vingt
autres
DE MARS. 97
autres, comme Médiatrice , fuivant la promeffe
du Chevalier. Elle alloit cu fon interêt
la guidoit , lorfqu'elle voit au milieu
de l'escalier , le Marquis en Domino jaune,
qu'elle prit pour le Chevalier , & qui lui
avoit échapé la premiere fois. Trompée par
la reffemblance : Eh bien , Monfieur ,
fçai- je bien fervir mes amis ? Ne méritai -je
pas les 20. Louis que vous m'avez promis ?
Retourne , vous dis je au Paradis , & ma
Maitreffe viendra bientôt vous donner des
preuves qu'elle n'est point ingratte : En un
mot , je fuis chargée de tenir une voiture
prête pour vous conduire en lien de fûreté.
Comme elle parloit au Mari à vifage dé
couvert , il ne pût pas s'y méprendre . Un
moment auparavant , il l'avoit crue fa
femme , & la retrouve un inftant aprés , fa
Femme de Chambre. Ce que venoit de lui
reveler cette fille , le mettoit aux : abois.
Quelque avare qu'il fût , il étoit encore plus
jaloux. Il oublia le premier point pour fatisfaire
au fecond . Il s'imagina qu'en facrifiant
ces 20 louis , il en feroit bien dédommagé
par le plaifir qu'il fe faifoit de fe
fubftituer à la place du Chevalier . Cette
idée lui plût fi fort , qu'il tire fa bource &
lui compte d'une main tremblante cette
femme. Aprés ce genereux effort ; Puifque
ta Maîtreffe , lui dit- il , veut bien
' accorder cette faveur , il n'est pas proi
pos qu'elle fe donne la peine de remonter. Il
Mars 1719. I
à
98 LE MERCURE
faut que tu la conduifes dans le Caroße deftiné.
Tu viendras enfuite m'avertir , & nous
irons enfemble la trouver. Cette fille naturellement
pénetrante , & qui avoit autant
de fineffe & de manege , que les Poëtes
modernes en donnent aux Suivantes de Comedie
, foupçonna que cet homme pourroit
bien n'être pas le veritable Chevalier ; &
cela , fur la confequence qu'elle n'étoit pas
la veritable Marquife dans le rôle qu'elle
avoit joué precedemment. Il lui paroifloit
à la verité tel par l'exterieur ; mais , ayant
confideré que celui -ci n'avoit pas tout à fait
l'air content , & ne tenoit pas le langage
d'un homme bien charmé d'un rendez- vous,
elle craignit avec raifon qu'à force de du
per , elle ne fut dupée elle-même . Son erreur
ne fut pas de longue durée ; elle reconnut
par degrés le Marquis dans le Chevalier
Mais , comme, tout étoit dit , &
qu'elle avoit fon compte , fa retraite ſuivit
de prés la reconnoiffance , fous pretexte
d'aller inftruire fa Maîtrelle des intentions
du faux Chevalier , & de venir enfuite le
reprendre. Ravie pour lors d'avoir réuffi à
tromper le Mari & l'Amant , elle s'en tintlà
& n'ofa pas pouffer l'avanture plus loin .
En fille prudente , elle ne penfa plus qu'à
mettre fon argent & fa perfonne en fûreté;
ce qu'elle fit heureufement, en fe refugiant
fecretément chez une de fes amics qui avoit
toute fa confiance.
DE 99 t MAR S.
- Pendant que le Marquis attend avec des
tranfports plus que jaloux , la fuivante pour
l'embarquer avec la maitreffe dans quelque
voiture , & qu'il fe fait un cruel plaifir de
demafquer toutes les perfidies & les
horreurs de fa femme , le Chevalier ne joüi£
foit pas d'une plus grande tranquillité . Il
y
avoit plus de deux heures qu'il étoit en fen
tinelle , dans le même pofte où la foûbrette
l'avoit laiffé , fans avoir û aucune nouvelle
ny d'elle , ny de fa maîtreffe. Sa patience à
la fin épuifée , il defcendoit dans la fale
du Bal pour s'en plaindre au moins à la médiatrice.
Il n'étoit pas au quart de l'escalier ,
qu'il vit un Mafque dont le déguiſement ne
differoit en aucune forte du fien . Après s'être
paffé l'un & l'autre en revue , le Chevalier
s'enfonça dans le Bal pour tâcher de demêler
la fuivante : à force de percer les rangs ,
la Marquife lui apparut . Cette rencontre
calma un peu fes inquiétudes ; il ne favoit
encore s'il devoit l'aborder avec un vilage
riant ou faché . La Marquife l'ayant furpris
entre ces deux paffions , & l'ayant reconnu.
Quoy , c'est vous Chevalier ! Je m'étois
flatté jufqu'à prefent que quand vous veniés
au Bal , j'y avois quelque part : vous me détrompés
aujourd'huy, vous ne merités pas qu'on
vous aime ; allez , vous êtes un ingrat . Ce
pauvre garçon qui croioit n'être pas
fon tort , fut prêt , malgré tout fon r fpec
& fon amour , de prendre cette plaifante-
I ij
dans
335109
$100 LE MERCURE
rie en mauvaiſe part. Il fe contint , ſe perfuadant
que la Marquife avoit fes railons
pour tourner ainfi la choſe en badinant. Le
mary cependant , qui avoit trouvé une
place libre dans une des premieres , y étoit´
entré pour avoir l'oeil fur la fortie de fa
femme & de fon prétendu Galant ; il ob- ,
ferva de- là , comme d'une jalousie , que
l'Amphitrion Chevalier étoit allé joindre
fa Marquife. Il ne put davantage être le
maître de fon reffentiment : & fans s'embarafler
du retour de la femme de chambre,
il courut au plus preffé . Tandis qu'il defcend
, un de fes amis avec qui il étoit ve
nu & dont il s'étoit feparé , le rencontrant
au paffage , l'arrête par la manche • &
riant de tout fon coeur : je te prie , lui ditil
, remontons , & nous ferons témoins de
la Scene la plus originale qui ait jamais
paru au Theatre . C'eſt , ajoûta - t'il , un
homme moitié robe & moitié épée , qui
donne le fpectacle du monde le plus comique
c'eft un échapé de Bailli de Village ;
fi infatué du merite de fa danfe , qu'il s'eft
mis en tête de n'avoir pas fon égal : c'eſt
fa marote. Quelques jeunes gens qu'il frequente,
bien loin de l'en diffuader ,l'ont ens
core fortifié dans fa manie , & l'ont enfin
engagé de venir au Bal. Ils ont cû la
malignité de prevenir quelques Dames de
leur connoillance fur le foible de ce Provincial
; elles font entrées volontiers dans
DE MAR S. for
leur complot , bien refolués de le fatiguer
au point qu'il leur demandât quartier.
Toute la falle en eft avertie , & l'on s'eft
donné le mot pour l'applaudir. Allons
nous affeoir , afin que nous entrions en
communauté de plaifir. Le defolé Marquis
qui étoit occupé de tout autre foin
s'en excufa ; & fe delivrant des mains de
fon ami , il refolut d'arrêter à fon tour la
Marquife à fon paffage . 11 en fut encore
une fois la dupe ; car cette Dame étant
fortie avec fa compagnie , étoit remontée
dáns fon Caroffe , durant l'intervalle qu'il
avoit été obligé d'effuyer le fatiguant recit
de fon importun.Son imagination plus alterée
& plus derangée qu'auparavant par ce
contretemps , ne lui permit plus de douter
qu'on ne fût allé immoler fon honneur au
même endroit dont la fuivante lui avoit
parlé. Comme on ne le lui avoit point indiqué
, il ne fçavoit à quoy fe determiner.
Le dernier parti auquel il s'abandonna , fut
d'aller attendre fa femme chez lui , meditant
une vengeance proportionnée à la
grandeur de l'affront. En rentrant , il apprend
du Suiffe , que Madame venoit d'arriver.
Quoique cela dût le pacifier un peu , il
monta precipitament , avec des yeux étincelans
de fureur à l'appartement de la Marquife.
Qui vit-il en entrant le Chevalier
en Domino jaune qui s'entretenoit avec elle.
fur l'abſence de fa femme de chambre dont
?
I iij
102 LE MERCURE
l'un & l'autre étoit fort en peine par des
vûes differentes : Car nôtre amant eut alors
de violens foupçons qu'il ne fe fût laiffé
furprendre par cette fille . Nôtre Marquis,
étoit un peu poltron par nature ; je croi
ayoir déja fait cette remarque le de faut
de courage lui fit diffimuler fon mécontentement
, ce jufqu'à ce que le Chevalier fût
forti ; ce qu'il fit un inftant aprés . Se
voyant pour lors le maître : ch bien , A1adame
, croïez - vous que j'aye fujet d'être
content de la conduite que vous avez te◄
nue au bal ? Aprés ce que j'ai vu & enten,
du , auriés - vous le front de me nier que
vous êtes la plus indigne de toutes les fem
mes ? il n'omit aucune des particularitez
pour l'en convaincre & l'en faire convenir,
La Marquife avec tout le fang froid &
toute la ferenité d'efprit que donne une
bonne confcience , foûrit à fon emportement.
C'eft à la verité la premiere fois ,
Monfieur, que vôtre jaloufie éclatte ; mais
ce n'eft pas la premiere fois que je vous en
ai vù. Je fuis ravie que vous ayez pardevers
vous tant d'indices & des preuves fi
convaincantes d'un fait qui n'a pas le moindre
fondement. Cela vous apprendra à
L'avenir que l'on ne doit pas même croire
ce que l'on croit voir fans équivoques,
Quelques furprenantes que foient pour moi
toutes les circonstances qui vous ont fait il-
Lufion , il eft impoffible qu'avec un peu de
DE MAR S.
103
prudence , nous ne découvrions le fauffeté
d'un préjugé qui m'eft fi injurieux . Vous
avez autant d'interêt que moi à le verifier ,
fans en venir à un éclat qui vous donneroit
un travers dans le monde dont les fui-
Ites ne pourroient plus s'effacer. Croiez
moi , mon cher Mari ; tout s'éclaircira ; un
jour fuffit pour cela . Ma tranquilité doit
vous rallurer ; faites en de même fi vous
pouvez. Je foupçonne ma Femme de
Chambre ; elle n'eft pas revenue comme
vous voyez , & ne reviendra pas fuivant
toutes les apparences. Il faut à petit bruit
découvrir le lieu de fa retraite , & je me
charge d'en faire la recherche & d'y réuf
fir. J'ai grand befoin de dormir . Permet
tez-moi de vous laiffer dans vos foupçons
jufqu'à demain au foir ; c'eft la punition
que vous meritez ...Cette maniere courte de
le juftifier , le frapa au point qu'il s'en rapporta
plus à la douceur avec laquelle fa
femme l'avoit écouté & lui avoit répondu ,
qu'au témoignage de fes yeux. Il ne repliqua
pas un mot , & laiffa fa femme en
repos.
Je ne dirai point par quels moyens ils
ont deterré la Suivante. La Dame à qui il
importoit beaucoup pour fa tranquilité &
pour celle de fon Mari , d'avoir revelation
de cette Fille , la fit chercher fi exacte
ment que dans la journée même elle fut
enlevée & conduite en la prefence & celle
I iiij
104 LE MERCURE
de fon mari. On la menaça de la prifon &
de la faire punir fi elle ne déclaroit pas tout
fon manege. Une jufte frayeur s'êtant emparée
de fon ame , elle decela tous les refforts
fecrets qu'elle avoit employés pour arriver
à fes fins : Elle n'oublia pas les 200 .
louis du Chevalier & les 20. louis du Marquis
. La preuve fut fi complette pour la
juftification de la Marquife , que le pauvre
Mari fut obligé à fon tour de fe juftifier
lui- même. Tout fe paffa à l'amiable;la paix
fut rétablie entre les deux Epoux . Le Marquis
fut gueri en même tems de la jaloufie .
Il fit rendre à la Suivante tout l'argent
qu'elle avoit ufurpé . La Marquife indignée
du procedé du Chevalier , lui renvoya
fes 200. louis avec la fille & lui deffendiť
fa Maifon . Voilà l'unique vengeance que
cetre Dame prit du Mari, de l'Amant & de
la Femme de Chambre:
******
O
1
ร
滋味味燉
N vend à Paris chez Pierre Ribou
Quay des Auguftins , un volume inoctavo
contenant la nouvelle Tragedie d'Oëdipe
de Monfieur de Voltaire , avec
plufieurs Lettres critiques de l'Auteur , tant
fur l'Oedipe de Sophocle , que fur celle de
Corneille & fur la fienne propre..
Le grand accueil , dont le Public a honoré
la nouvelle Oedipe au Theatre FranDE
MAR S.
Γιός
1
çois , n'a point fermé les yeux de l'Auteur
aux défauts de fa Piece ; il a la generofité
de ne vouloir tirer aucuh avantage du zele
outré d'un certain Peuple qui faifoit hommage
à cette Tragedie , comme à une Piece
parfaite à tous égards. M. de Voltaire détrompe
ces Meffieurs , en leur decelant luimême
plufieurs défauts de fon Ouvrage
avec un courage qui n'a d'exemples que.
chez les Auteurs du premier ordre.
N'attendons rien de parfait de l'homme.
La meilleure de nos Tragedies , fera celle
dont les beautez compenferont plus richement
les défauts . Or , s'il y a neceflaire-.
ment des défauts dans la meilleure, de nos
Tragedies , penfez -vous que fon Auteur
dût être beaucoup flatté du fuffrage de bonnes
gens , qui l'affûreroient que fa Piece eft
inacceffible à la critique la plus fine & la
moins indulgente ? Non fans doute ; il
n'y a que l'Ecrivain tres - fubalterne qui'
pourroit s'enorgueillir fur la foi de pareils
loüangeurs .
L'Ecrivain fuperieur defire , au moins
confulément , une plus grande perfection
dans fon Ouvrage il éprouve lui- même
une certaine langueur , en lifant les endroits
où fon efprit moins actif n'a pas employé
toutes les reffources ; il eft d'abord tenté de
retoucher à ces endroits ; mais la pareffe
l'en déconfeille, en lui promettant que fes
Juges , moins clairvoyans & moins délicats
106
LE
MERCURE
que lui , pafferont pour bon ce qu'il erouve
tout au plus mediocre.
Il feroit important à un Auteur du premier
ordre , de s'être bien perfuadé que
rien n'échappe aux yeux du Public ; que
non feulement ce Public voit autant que
lui , mais beaucoup au- delà : Que toutes
fes negligences feront fenties ; que toutes
fes fautes feront cenfurées . Loin que la
haute idée qu'il fe feroit faite de fes Juges,
le follicitât au découragement , elle exciteroit
au contraire ſon émulation , & rendroit
continûment fon genie attentif à ne jamais
defcendre , du vrai au déraisonnable , de
l'excellent au mediocre . J'ai des Juges dignes
de moi, dirait il : Ces Juges fçauront
fentir & qualifier les fautes qui m'échaperont
contre mon gré dans mon Ouvrage ;
tant mieux : Ils en fentiront par confequent
toutes les beautez , & fçauront en faire une
jufte appreciation .
Il y a apparence que M. de Voltaire a
compofè fa Tragedie dans l'efprit que je
defire ici à tous les Auteurs ; mais je ne
fçai , fi le prodigieux fuccés de cette Tra
gedie ne lui a pas caufé quelque fcandale ,
& n'a pas fait baiffer un peu fon eftime pour
le Public. Je croi donc qu'il eft à propos
de l'avertir que fa Piece a mérité ce fuccés
tout grand qu'il eft & que le Public a dû
faire tout cet accueil à un effai qui promet
au Theatre François de nouveaux Modeles
DE MAR S. 107
dans le genre. On n'a pas méconnu les
vrais défauts de la nouvelle Oedipe ; mais
on a cru devoir faire grace à ces défauts ,
en faveur des beautez infiniment dominantes
qui les rachettent . M. de Voltaire
femble croire que le Public n'a apperçu
dans fa Piece , que le petit nombre de défauts
fur lefquels il paffe condamnation.
dans fa propre critique ; il feroit dangereux
de le laiffer dans cette erreur ; c'eft
pourquoi je vais lui dénoncer, entre toutes
les Remarques critiques que j'ai recueillies
de côté & d'autre , celles qui m'ont paru
les plus fenfées . Je juge affez bien de lui ,
pour me promettre qu'il me fçaura gré de
les avoir fait paffer jufqu'à lui-
REMARQUES CRITIQUES
fur la nouvelle Qëdipo , dénoncées
à M. de Voltaire.
1. Ans la feconde Seene du premier
Acte , le Peuple fouffrant de Thebes
accourt au Temple , & par fes gemiffemens
effaye de calmer le courroux du Ciel.
Le Grand Prêtre dit aux Thebains que
leurs cris font montez juſqu'au trône de
Dieu , & que dans la journée même ils
verront finir leurs malheurs .
Et les cris des Thebains font montez vers fon trône.
Le Roi vient , par ma voix le Ciel va lui parler ,
Les Deftins à fes yeux doivent le dévoiler.
108 . LE MERCURE
Les Tems font arrivez : Cette grande journée
Va du Peuple & du Roi changer la deſtinée.
Aprés qu'on a entendu ces paroles adreffées
au Peuple , le Roi arrive au Temple ,
& nôtre Grand Prêtre parle ains.
Roi , Peuple , écoutez- moi Cette nuit à ma vûë
Du Ciel fur nos Autels la flamme eſt deſcenduë ;
L'ombre du grand Laius a paru parmi nous
Terrible , & refpirant la haine & le couroux.
Les Thebains de Laïus n'ont point vengė la cendre
;
Le meurtrier du Roi refpire en ces Etats ,
Et de fon fouffle impur infecte vos climats.
Reconnoiffez cc Monftre , & lui faites juftice ;
Peuples , vôtre falut dépend de fon fupplice.
Voilà un difcours qui s'accorde mal avec
le premier.. Car enfin , fi le falut des Thebains
dépend du fuplice du Meurtrier de
Laïus; comment le Grand Prêtre parlant au
Peuple dans la precedenteScene, a- t'il fû lui
annoncer la fin de fes malheurs dans le jour
même ? Les Dieux ont la cruauté de ne
point défigner le Meurtrier ; ils difent feulement
que ce monftre infecte les climats
de Thebes . Mais , eft - il bien aifé de découvrir
ce monftre On a fait pour cela de
vaines recherches dans le tems même où le
meurtre étoit recent . Ainfi le Grand Piêtre
, à qui le Cicl n'a rien revelé au- delà
des paroles divines qu'il vient de rapporter s
le Grand Prêtre , dis - je , n'a pas dû dire
aux Thebains que le courroux des Dieux
DE MARS. 109
eft calmé , & que ce jour même verra finir
leurs maux.
2. Dans la premiere Scene du fecond Acte,
Hidafpe Confident d'Oedipe , vient dire à
Jocafte que le Peuple accufe Philoctete du
meurtre de Laïus.
Oui , ce Peuple expirant , dont je fuis l'Interpréte ,
D'une commune voix accufe Ph.loctete ,
Madame , & les Deftins dans ce trifte féjour ,
Pour nous fauver , fans doute ont permis fon retour.
L'Interprête du Peuple fonde fon accufation.
A que autre en effet pourroit-il imputer
Un meurtre qu'à nos yeux il fembla méditer ?
Il haïflot Laïus ; on le fçait ; & fa haine
Aux yeux de vôtre Epoux ne le cachoit qu'à peine.
1a Jeune fe imprudenté ailément fe trahit ,
Son front mal déguilé découvroit fon dépit.
J'ignore quel fujer animoit la colere ;
Mais au feul nom du Roi , trop prompt & trop.
fincere ,
Efclave d'un courroux qu'il ne pouvoit dompter ,
Jufques à la menace il ofo't s'emporter.
Il partit , & depuis , fa deftinée errante ,
Ramena fur nos bords fa fortune flottante ;
Même il étoit dans Thebe en ces tems maineureux
Que le Ciel a marquez d'un Parricide affreux.
Depuis ce jour fatal avec quelqu'apparence
De nos Peuples fur lui tomba la défiance.
Que dirai-je ? Affez longtems les foupçons des
Thebains
Entre Phorbas & lui flotterent incertains.
110 LE MERCURE
Voilà bien des préjugez réunis contre le
pauvre Philoctete . Jocaite confonduë n'a
rien à répondre en faveur de l'accufé ; elle
n'y fçait que de chaffer l'accufateur , & ne
répond à tout cela que le feul mot... Sortez.
Hidafpe fe retire , & laiffe Jocaſte ſeule
avec Egine fa Confidente . Ecoutons- la.
Lui , qu'un affaffinat ait pu foüiller fon ame ?
De lâches Scelerats c'eft le partage infâme.
11 ne manquoit , Egine , au comble de mes maux,
Que d'entendre d'un crime accufer ce Heros.
Apprens que ces foupçons irritent ma colere ,
Et qu'il eft vertueux , puifqu'il m'avoit fiçû plaite.
Je ne voi pas bien , comment Jocafte
comprend qu'un Heros qui a fçului plaire,
ne pût avoir tué Laïus . Phorbas n'a
point falcifié les circonstances
de ce meurtre
; le Roi a été attaqué de bonne grace ,
il a été tué dans toutes les regles de l'honneur
& comme il convenoit à un Heros
tel que Philoctete .
Il ne s'agit donc point ici de fcavoir , fi
Philoctete eft un infame Affaffin ; mais ,
il eft queftion de juger s'il eft probable que
Philoctete ait tué Laïus. Or, je fuis étonné
que Jocafte ne fe fouvienne pas ici , que
Phorbas qui accompagnoit le Roi dans la
fatale journée , & qui combatit à fes côtez
contre l'Affaillant que ce Phorbas , disje
, ne reconnût point le vainqueur. Voilà
la reflexion qui devroit perfuader à Jocaſte
*
DE MARS . in
l'innocence de Philoctete . Car enfin >
Phorbas Miniftre de Laïus , n'auroit pû
méconnoître un Heros auffi celebre , autant
connu de fon Maître & de tous les
Thebains .
Voici comment Jocafte elle-même , a
parlé de la mort de Laïus dans la troifiéme
Scene du premier Acte.
Lorfque de fes Etats parcourant les Frontières ,
Ce Heros ( uccomba fous des mains meurtrieres ,
Phorbas en ce voyage étoit feul avec lui ,
Pherbas étoit du Roi le confeil & l'appui .
Laius qui connoiffoit fen zele & fa prudence ,
Partageoit avec lui le poids de fa puiffance .
Ce fut lui qui du Prince à fes yeux maffacré
Rapporta dans nos murs le corps défiguré .
Percé de coups lui - même il fe traînoit à peine ;
11 tomba tout fanglant aux genoux de la Reine.
Des Inconnus , dit-il , ont porté ces grands coups;
Ils ont devant mes yeux maffacré vôtre époux ;
Ils m'ont laiffé mourant , & lepouvoir celefte
De mes jours malhûreux a ranimé le refte .
Il me fouvient à propos de ces quatre
derniers vers , que M. de Voltaire dans fa
critique contre Corneille , fait la remarque
fuivante. Comment fe pent'il faire
qu'Oedipe ait tué feul Laius , & que Phorbas
qui a été bleffé à côté de ce Roi , dife
pourtant qu'il a été tué par des Voleurs.
Il étoit difficile de concilier cette contradiction
, & Jocafte pour toute réponse , dir
que.
112 LE MERCURE
C'eftun conte
Dont Phorbas a retour voulut cacher fa honte.
M. de Voltaire fe felicite de n'être pas
tombé dans la même faute ; mais il me
femble qu'il y a ici , foit de la part de
Phorbas , foit de la part de Jocafte , un
artifice du même genre ; c'eft à dire , un
menfonge à la faveur duquel on veut fauver
la honte des Vaincus. M. de Voltaire
auroit pû changer ainfi les quatre vers .
Un Inconnu , dit - il , a porté ces grands coups ;
Il a devant mes yeux maflacré vôtre Epoux ,
Il m'a laiffé mourant , & le pouvoir celeſte
De mes jours malhûreux a ranimë le refte .
3. Dans la quatriéme Scene du fecond
Acte , Philoctete accufé , parle ainfi à
Oedipe.
Je fçai de quels forfaits on veut noircir ma vie ;
Seigneur , n'attendez pas que je m'en juftifie.
J'ai pour vous trop d'eftime , & je ne penfe pas
Que vous puiffiez defcendre à des foupçons fi bas.
Si fous les mêmes pas nous marchons Tun & l'au
tre ,
Ma gloire d'affez près eft une à la vôtre.
Thefée , Hercule , & moi, nous avons montré
Le chemin de la Gloire où vous êtes entré .
Ne deshonorez point par une calomnie
La fplendeur de ces noms où vôtre nom s'allie ,
Et meritez enfin par un trait genereux
L'honneur que je vous fais de vous mettre ave
eux .
Oedipe
DE MAR S. 113
Oedipe répond à Philoctete qu'il n'a aucun
penchant à le croire coupable ; qu'il
fait des voeux finceres pour fa juftification ;
mais qu'en tout cas , le Peuple ne l'accuſe
d'aucun trait infame...
Ab ! je ne penfe point qu'aux exploits confacrées
Vos mains par des forfaits fe foient deshonorées ,
Seigneur ! Et fi Laius eft tombé fous vos coups ,
Sans doute , avec honneur il expira fous vous :
Vous ne l'avez vaincu qu'en Guerrier magnanime ;
e vous reads trop juſtice ...
Philoctete replique.
ii.
ji
Eh , quel feroit mon crime ?
ile fer chez les Morts eût fait tomber Laïus ,
Je n'eût été pour moi qu'un triomphe de plus .
Philoctete n'a donc plus à fe juftifier d'un
oir affaffinat ; il n'eſt plus queſtion pour
que d'un exploit guerrier digne de tout
on heroifme. Il doit certainement s'apercevoir
ici qu'Oedipe ne meritoit pas le
proche qu'il vient de lui faire , d'avoir
affement imputé au compagnon d'Hercule .
naffaffinat infame . Comment donc pen-.
z-vous que nôtre Heros va reparer fa fan-
En devenant lui-même un veritable
ilomniateur en accufant le bon Oedipe:
ntre le témoignage de fa confcience
avoir affaffiné Laïus pour envahir fa counne.
I meurtre de Larus Oedipe me foupçonne .
, ce n'eſt point à vous d'en accufer perfonne !
K
LE MERCURE
Son Sceptre & fon Epoufe ont paffé dans vos bras ;
C'est vous qui recueillez le fruit de fon trépas ,
Et je n'ai point , Seigneur , au tems de fa difgrace ,
Difputé la dépouille & demandé la place :
Le Trône eft un objet qui ne peut me tenter.
J'ai pretendu que Philoctete accufoit ici
Oedipe contre le témoignage de fa propre
confcience. Pour le prouver , je renvoyeà
la premiere Scene du premier Acte , où
Philoctete apprend de fon ami Dimas toutes
les revolutions de Thebes , la mort du
Roi , le monftre vangeur qui dévore les
Thebains , le falut de Thebes procuré par
Oedipe fils du Roi de Corinthe, cet Oedipe
couronné.
Le Monftre chaque jour dans Thebe épouvantée
Propofoit une enigme avec art concertée ;
Et fi quelque Mortel vouloit nous fecourir ,
11 devoit voir le Monftre , & l'entendre , ou perir .
A cette loi terrible il nous fallut fouferire ;
D'une commune voix Thebe offrit fon Empire.
A l'hûreux Interpréte infpiré par les Dieux
Qui nous dévoileroit ce fens misterieux ,
Nos Sages , nos Vieillards féduis par l'efperance ,
Oferent fur la foi de leur vaine ſcience
Du monftre impenetrable affronter le couroux.
Nul d'eux ne l'entendit ; ils expirerent tous ;
Mais Oedipe heritier du Sceptre de Corinthe , [te;
Jeune,& dans l'âge heureux qui méconnoit la crain-
Vint , vit le monftre affieux , l'entendit & fut Roi :
Il vit , il regne encor ...
Philoctete eft donc parfaitement inftruit
ici des hazards qui ont conduit Oedipe au
DE MAR S.
trône de Thebes. Ainfi il ne peut , fans
une mauvaiſe foi qui tient de la baffeffe ,
reprocher à ce même Oedipe qu'il a bien
l'air d'avoir tué le Roi , parceque fun Sceptre
& Son Epouse on paffé dans fes mains.
4. Le fecond Acte finit par une Scene
entre Oedipe & Hidafpe . Oedipe rei d
compte à fon Confident du peu de penchant
qu'il a à croire Philoctete coupable ;
il a donné des ordres pour faire venir de la
Campagne le feul témoin du meurtre de
Laïus ; il attend donc impatiemment l'ar
rivée de Phorbas ; il efpere tirer de lui
quelque éclaircillement.
Mais ,, que Phorbas eft lent pour mon imparience ;
C'eſt ſur lui feul enfin que j'ai quelqu'efperance ;
Car les Dieux irritez ne nous répondent plus ,
Ils ont par leur filence expliqué leur refus .
Les Dieux s'obſtinent à ne vouloir point
nommer le meutrier de Laius Oedipe a
recours aux moyens purement humains ,
pour découvrir , s'il eft poffible, un miltere
dont dépend le falut de fon Peuple . Cela
me paroît dans l'ordre : Voyons comment
Hidafpe penfe fur cela .
Tandis que par vos foins vous pouvez tout ap.
prendre ,
Quel befoin que le Ciel ici fe faffe entendre !
Ces Dieux dont le Poutife a promis le fecours ,
Dans leurs temples , Seigneur , n) n'habitent pint
toûjours .
K ij
116 LE MERCURE
1
On ne voit point leur bras fi prodigue en miracles
;
Ces antres , ces trépieds qui rendent leurs oracles ,
Ces organes de rien que nos mains ont formez ,
Toujours d'un foufflele pur ne font pas an mez .
Ne nous endormons point fur la foi de leurs Pretres
, 9mm 1
Au pied du Sanctuaire il eft fouvent des traîtres ,
Qui nous afferviffant fous un pouvoir facré ,
Fout parler les Deftins , les font taire à leur gré.
Voyez , examinez avec un foin extrême ,
Philoftere , Phorbas , & Jocafte elle - même.
Ne nous frons qu'à nous ; voyons tout par nos yeux;
Ce font là nos Trepieds , nos Oracles nos Dieur.
Tout ce difcours d'Hidafpe me paroît
B
peu
1
fenfé. Comment l'entend-t'il en effet ?
On n'a , dit- il , aucun befoin que les Dieux
décelent le meurtrier de Laius , il eft aifé
de découvrir fans eux ce miftere impor
tant,il ne faut pour cela dit - il , qu'examiner
avec foin Philoctete , Phorbas & Jocafte
même ? Mais, ne pent il pas arriver , qu'aprés
leur avoir fait fubir l'interrogatoire le
plus rigoureux, on ne fe trouvera pas plus
éclairci Le feul Phoibas a été témoin de
la mort de Laïus ; it a déclaré ne point
connoître l'Auteur du meurtre: cette décla
ration deviendra la juftification de Philoc
tete , & par confequent celle de Jocafte ,
que le Confident d'Oedipe accufe ici , ce
me femble , avec trop pcu de circonfpeetion,
Phorbas fe trouvera donc feul en cau
fe. Oh , que voilà une affaire bien éclair
cie ! Oedipe a donc bonne grace à fe défie.
DE MAR S. 117
fe
que
trømper
de fes perquifitions ; il craint avec raifon de
dans le choix de la Victime
le couroux des Dieux exige . Ainfi , non
feulement li a dû leur demander qu'ils lui
indiquent le vrai coupable ; mais , il aura
bonne grace à charger le Grand Prêtre du
foin de leur demander avec importunité
cette favour , tandis que de fa part , lui Oedipe
, fera toutes les recherches & toutes les
perquifitions que fon devoir lui impoſe . La
faftueufe déclamation d'Hidafpe contre le
Pontife , ne fe concilie pas bien avec fa
propre conduite il fait l'efprit fort , &
agit de la meilleure foi du monde fur la parole
de ce prétendu fourbe . En effet , le
Grand- Prêtre n'a pas plûtôt déclaré aux
Thebains dans le premier acte , que les
Dieux demandent le fang du meurtrier dé
Laius , quele même Hidafpe plein de foi
pour l'Oracle faint , cherche ce Meurtrier ,
& bientôt accufe Philoctete au nom du
Peuple. Le bon homme croit que les Dieux
ont conduit leur Victime à point nommé
dans Thebes , pour hâter le falut du peuple.
Oui , ce Peuple expirant dont je fuis l'Interpréte ;
D'une commune voix accufe Philoctete ,
Madame * ; & les Deftins dans ce trifte féjour ,
Pour nous fauver , fans doute , ont permis fon retour.
* Hidafpe à jocaftey Acte 2. ſcene - F.
1'8 LE MERCURE
C
Hidafpe ne fe fouvenoit pas alors .
Qu'au pied du fanctuaire il eft fouvent des traires,
Qui nous afferviffant fous un pouvoir facré ,
Font parler les Deftins , les fout taire à leur gré.
Mais , dans le moment même que le
Docteur donne cette importante leçon au
Roi , il poursuit avec vivacité le Meur
trier de Laius ; il croit fermement que le
falut du Peuple dépend de la mort du Coupable
, & le tout fur la parole du Pontife .
Oedipe répond affez mal à Hidafpe ; il
devroit le reprimer avec dignité ; il devroit
lui demander fur quel fondement il
accufe Jocafte du meurtre de Laius : Rien
de cela. Il va , dit- il , effayer de fléchir les
Dieux , & ordonne au Docteur de hâter le
retour de Phorbas .
De Phorbas que j'attends , cours hâter la lenteur.
Dans la quatriéme Scene du troifiéme
Acte , le Pontife vient doulourcufement
dire à Oedipe que les Dieux le déclarent
coupable du meurtre de Laius . Oedipe entre
en fureur contre le Grand - Prêtre , & le
Grand - Prêtre de fon côté effaye de reprimer
les excès d'cédipe , en lui annonçant
de nouvelles horreurs , en l'accablant des
plus affreufes maledictions ,
Le Grand- Prêtre.
Ma vie eft en vos mains , vous en êtes le maître
Profitez des momens que vous avez à l'êtte.
DE MARS. 119
Aujourd'hui , vôtre arrêt vous fera prononcé ,
Tremblez , malheureux Roi , vôtre regne eft paflé.
Une invifible main fufpend fur vôtre tête
Le glaive menaçant que la vengeance apprête.
Bientôt de vos fo: faits vous-même épouvanté ,
Fuyant loin de ce Trône où vous êtes monté ,
Privé des feux facrez & des eaux faluraités ,
Rempliffint de vos cris les antres folitaires
Par tour du Dieu vengeur vous fentirez les coups ;
Vous chercherez la mort , la mort fuira de vous.
Le Ciel , le Ciel témoin de tant d'objets funebres
N'aura plus pour vos yeux que d'horribles tene
bres.
Au crime,, au chatiment , malgré vous deſtiné ,
Vous feriez trop heureux de n'être jamais né.
Oëdipe.
J'ai forcé jufqu'ici ma colere à t'entendre ;
Si ton fang méritoit qu'on daignât le répandre ,
De ton jufte trépas mes regards fatisfaits
De ta prédiction préviendroient les effets.
Va ,fui , n'irrite point le tranfport qui m'agitte ,,
Et refpecte un courroux que ta prefence irrite ,
Fui d'un menlonge infigne abominable Auteur.
Le Grand Prêtre.
Vous me traittez toûjours de traître & d'impof
teur.
Votre Pere autrefois me croyoir plus fincere.
Oedipe
Arrête ....Quedis- tu ? Quoi Polibe... mon pere !
1
Le Grand- Prêtre.
Vous apprendrez trop- tôt vôtre funefte fort ,
Ce jour va vous donner la naiffance & la mort .
Vos deftias font comblez , vous allez vous connoître
,
Malhûreux ; fçavez-vous quel fang vous donna
P'être
120 MERCURE LE
Entouré de forfaits à vous feul refervez ,
Sçavez- vous ſeulement avec qui vous vivez ?
O Corinthe ! O Phocide ! Execrable hymenée !
Je voi naître une Race impie , info :turée ,
Digne de fa na flance , & de qui la furcur
remplira l'Univers d'épouvante & d'horicur.
Sortons ...
Ici le Grand Prêtre fe retire > & laiffe
furla Scene le malhûreux Oedipe qui n'a
pas la force d'exiger de lui le moindre éclairciffement
Comment le Roi ne revientil
pas à la charge , pour avoir au moins le
commentaire de ces paroles ?
Votre pere autrefois me croyoit plus fincere
Si ce point feul étoit éclairci entre Oëdi
pe & le Pontife , il ne refteroit plus de matiere
pour le 4. & le st . acte. Ainb , l'Auteur
a dû violer ici la vraisemblance , en
feparant fes interlocuteurs au point du plus
grand interêt de la Scene ; mais , il me
femble qu'il auroit beaucoup mieux fait
de fe mettre hors de neceffité de commettre
cette faute Il falloit pour cela faire
parler le Pontife avec plus de retenue fur
les horreurs qui ne doivent être mifes en
évidence que dans les Actes fuivans . Dans
le plan de la Piece , Oedipe accufé par le
Grand - Prêtre dans le ze . Acte d'avoir tué
Laius ; Oedipe , dis- je , traitte d'impofteur
le Miniftre des Dieux & ne peut fe perfua
der qu'il ait commis ce meurtre. Ce n'est
10
que
DE MAR S.T 121
que dans la feconde Scene du 4. Acte
qu'il prend enfin ce meurtre fur fon comp
te ; Phorbas & lui s'y reconnoiffent mutuellement
, & l'avanture de la Phocide
y
eft parfaitement éclaircie ; mais Oedipe ne
foupçonne encore rien de l'Incefte & du
Parricide : Ces horreurs font deftinées au
se . Acte ; le dénouement finiftre s'y doit
faire la double reconnoiffance entre
par
Phorbas & le Vieillard de Corinthe . Šuivant
ce plan qui eft judicieux , M. de Voltaire
ne devoit rien laiffer échapper au
Grand- Prêtre dans le 3. Acte , qui carac-
- terifât fi diftinctement le Parricide & l'Incefte
dont la manifeſtation est l'objet du
se. Lorfque dans la premiere Scene du
4c. Acte , Oedipe fait à Jocafte le récit
de l'Oracle qui lui fut prononcé à Corinthe
, il ne s'avife pas de réflechir fur la
conformité de cet Oracle avec les vimprécations
prophetiques que lui vient de
faire le Grand- Prêtre ; le Spectateur fent
toute la force de cette conformité , & trouve
fort étrange que le bon Oedipe n'y faffe
- aucune attention. Pour remedier à tous ces
inconveniens , je propose un moyen facile .
Finillons la Scene qui eft ici tranfcrite à
ces deux vers.
Va , fui n'irrite point le tranfport qui m'agitte ,
Et ref ecte un couroux que ta prefence irrite.
- En fupprimant le reste de la Scene, M.
Mars 1719. L
122 LE MERCURE
de Voltaire perdra de beaux vers ; mais fa
Piece ne perdra rien. Je croi même qu'elle
gagnera quelque chofe .
6. Dans la derniere Scene du 4c. acte ,
on vient avertir Oedipe qu'un Etranger
qui fe dit de Corinthe , demande à le voir ;
il répond.
Allons , dans le moment je vais le recevoir.
Le Spectateur fent combien Oedipe doit
être impatient d'apprendre des nouvelles
du Roi de Corinthe , dont il fe croit le fils
& l'heritier. Amfi , lorsqu'il quitte -la Seene
à la fin de l'acte , le Spectateur intelligent
conclut avec raifon , qu'il ne fera
pas témoin de la premiere converſation
entre le Roi & le Corinthien , Il fuppoſe
qu'elle fe doit paffer dans l'espace intermediaire
du 4e. & du je . acte. Voilà
la vraye allure du Theatre ; mais rien de
cela. La premiere entrevûe ne fe fait que
dans la 2e. fcene du se. acte ; j'ofe die à
M. de Voltaire que ce procedé eft repréhenfible
, il ne falloit point faire annoncer
le Corinthien à la fin du 46. acte , fi l'entrevûe
ne devoit le faire qu'à la ze, fcene
du se. Il falloit donc faire annoncer l'Etranger
à la premiere fcene du se, acte ,
& l'introduire à la feconde.
Je croi avoir raſſemblé ici ce qu'ily avoit
de plus important à reprendre dans la conduite
de la nouvelle Oddipe. C'eft finguliereDE
MARS.
723
ment à cet égard qu'il faut critiquer un genie
riche & faillant , tel qu'eft celui de nôtre
jeune Auteur. On doit tout attendre d'un
talent auffi marqué que le fien , pourvû que
ce talent foit continument dirigé par la droi
te raison.
***********************
NOUVELLES ETRANGERES.
L
POLOGNE .
à Varfobie le 8. Mars 171
Infanterie Moſcovite a paſſé à 7. lieuës
de cette Ville prenant la route du côté
de Riga , & la Cavalerie cft en marche
vers la Lithuanie ; & cela , fur un ordre
précis que ces troupes ont reçû du Czar
d'evacuer cet Etat à la fin de ce mois. Le
Prince Repnin ainfi que le Prince Woltkousky
font arrivés depuis deux jours ici
pour s'aboucher avec le Prince de Dolhorusky
, Ambaffadeur extraordinaire du
du Czar , au fu et de la fortie des troupes
Ruffiennes de cet Etat . Le Commillaire
Leziesky , nommé par le Roy pour conduire
les troupes Mofcovites hors du Royaume
, s'eft plongé par defefpoir un coup de
poignard dans le ventre dont il eft mort
peu de temps aprés. Le Roy arriva le 2.
de ce mois de Drefden en Saxe à Neuſtad-
Lij
124 LE MERCURE
tell ; & le 3. il s'eft 30 rendu à Fraudftat où
le Prince Dolhorusky eft attendu , ainfi
que le Nonce du Pape , l'Evêque de Pofnanie
, les Palatins de Cracovie, de Ruffie ,
Kiovie , de Smolensko , le Chancelier de
Lithuanie , tous les Officiers & Miniftres
de la couronne , pour affifter au grand
Confeil que S. M. y a convoqué . Les cing
compagnies du Regiment du Prince Royal,
& 3. autres venues de Pofnanie , ccntinuent
leur route pour le rendre dans cette
derniere Ville. Le Prince Dolhoru : ky infifte
toûjours fortement fur ce que la Ville
de Dantzic fournille les 3. Fregates dont on
a fi fouvent parlé , & que la Republique
cede pour dot à la Ducheffe Doüairiere de
Curlande le Duché de ce nom , en faveur
du mariage de cette Princeffe projetté
avec le Marquis de Brandebourg Swedt.
La Republique ne paroît pas goûter les
raifons de ce Miniitre , attendu que ce
qu'il demande , va directement contre les
engagemens qu'il y a entre la Pologne &
la Mofcovie, puifque le Czar s'eft obligé
de rendre & de reünir la Finlande à ce
Royaume , auffi- tôt qu'il l'auroit conquife.
Le Czar a fait dire aux Deputés de
Curlande , de ne pas comparoître devant
le grand Confeil convoqué à Fraudſtat . Il
y a apparence que cette affaire tournera
en negotiation. Quoyque le motif du
voyage du Roy fembie n'avoir pour objet
DE MAR S. 125
> que la Curlande ou le payement actuel
des fommes qui font dûës par ce Duché à
la Maiſon de Brandebourg & à la Ducheffe
Doüairiere ,, il fervira auffi à faire ratifier
le 1 raité conclu en dernier lieu avec l'Empereur
& le Roy de la grande Bretagne .
La Porte a donné des ordres pour établir
de grands magazins fur les Frontieres
de Mofcovie ; ce qui fait prefumer que Sa
Hauteffe a deffein de déclarer la guerre au
Czar . Les avis de Turquie confirment le
re our du Sultan avec la Cour d'Andrincple
à Conftantinople où S. H. faifoit réedifier
les Mofquées qui ont été détruites
par l'embrazement arrivé l'année derniere.
Elle a nonimé Ibrahim Balla pour fon
Ambaffadeur extraordinaire auprés de l'Empereur
; ce qui femble détruire tous les
bruits qui s'étoient repandus , que le G.
S. alloit rentrer en guerre avec la Cour de
Vienne. Il paroît qué la mort imprevûë
du Roy de Suede a fort allarmé la Porte ,
par rapport à quelques millions dont elle
pretend que ce Prince lui eft redevable .
Un Marchand grec établi à Chockim ,
dont feue S. M. Suedoife avoit emprunté
une fomme confiderable pendant qu'il
étoit refugié à Bender , eft mort de chagrin
en apprenant le malheur qui étoit ar
rivé à ce Prince. L'envoyé de la Porte arrivé
depuis peu à Leopol , a demandé la
permiffion d'aller à Fraudſtat, pour expofer
Liij
126, LE MERCURE
la commiffion dont il eft chargé devanɛ
Le Confeil des Senateurs , particulierement
fur ce qui regarde les nouvelles fortifications
de Chockim , qui fe continuent non
cbftant les plaintes qu'on en a faites au
Commandant , comme une contravention
au Traité de Carlorwitz . Condemir- Myt
fa Envoyé du Kam des Tartares , eft enfin
parti aprés avoir eu une derniere conferen- ,
ce avec quelques Senateurs. Ils lui ont repondu
par ordre du Roy que le Czar ayant
promis de retirer les troupes , on efperoit
que les ordres que ce Prince avoit envoyés
fur ce fujet , feroient executés ; mais que
s'il arrivoit quelque occafion où les Polonois
euffent befoin de fecours étranger , le
Roy & la Republique en donneroient avis
au Kam dont il recevroit les offres avec reconnoiffance.
L'Aga qui eft à Leopol , eft
chargé de faire au Roy & à la Republique
des offres femblables à celles qui ont été
faites par l'envoyé du Kam.
L
SUEDE.
à Stokolhm le 4. Mars.
I regne une parfaite harmonie entre la
Reine & le Duc de Holstein - Gottorp.
fon neveu. La joye eft univerfelle dans toute
l'étendue de ce Royaume , par rapport
au retabliffement qui s'y eft fait des charges
principales de la Couronne , & de la
DE MARS ! 127
renonciation folemnelie que la Reine a fai.
te du pouvoir arbitraire de ce Royaume.
Le Comte de Guldeftiern , cy- devant Gouverneur
general du Duché de Bremen , a
été fait grand Maréchal , & le frere de ce
Comte Grand- Maître ; le General Reinf
chil , Amiral ; le Comte Armede de Horn ,
Chancelier ; le Comte de Cronhielm
grand Treforier du Royaume ; les Generaux
Dacker , Tauber , de la Gardie , Sparr,
le Comte Nicolas Bonde & le Baron Axel
Bannier , ont été nommés Ministres d'Etat.
On a lien de fe flater par de fiheureux commencemens
, de voir bien-tôt fucceder le
calme aux horreurs de la Guerre dans le
Nord par une paix generale . On pretend
même qu'ily a une fufpenfion d'armes con
clue pour fix mois entre cet Etat , le Danemarcx
& la Mofcovie. Le General Poniatowsky
, cy - devant Gouverneur des
deux Ponts , eft arrivé ici pour veiller aux
interêts du Roy Staniflas à qui l'on a envoyé
quelques remifes d'argent à Wiflem .
bourg où il fait fa refidence.
Quayque les conferences de l'Ifle d'Aland
ayent été interrompues par rapport à
l'arrêt du Baron de Gorta , on ne peut pas
dire cependant que l'on ne reprenne les negotiations
dont la fin paroillait fi prochai
ne lors de la mort du Roy de Suede ; puifqu'outre
les Miniftres Plenipotentiaires
Mofcovites qui y fontenegre , le Comte
.
Liiij
#28 LE MERCURE
de Gillemborg y eft retourné par ordre de
S. M. Suedoife . Les Commiffaires établis
pour examiner les papiers & les comptes
des Miniftres d'Etat arrêtés , ont exécuté
leur commiffion . Comme M. Stanpe
Secretaire du Baron de Görtz , a emporté
les papiers les plus importans , on n'en a
pas pu tirer de grandes lumieres. Les Pacifiques
continuent toûjours à fe flater que
le congrés qui a été proposé pour rétablir
la paix dans le Nord , fe tiendra à Brunswick,
Il paroît ici un plan imprimé des
conditions que l'on, fupofe qui peuvent
fervir de fondement à la negociation : en:
voicy la copie. ***
་
I.
A Princeffe Ulrica doit fucceder in
conteftablement ; mais , parce qu'un
trop grand defpotifme a fait fouvent entre-:
prendre aux Rois de Suéde des chofes fa
tales , tant à ce Royaume qu'à toute l'Europe
,comme l'exemple du feu Roi , de fon.
grand Pere & de Guſtave Adolphe l'ont
prouvé ; ainfi le Senat limitera ce pouvoir
arbitraire des Rois futurs , par de fages regles
déja ci devant ufitées , à quoi ne contribuera
pas peu la reftitution des biens pris
injuftement à l'ancienne Noblefle par la
Chambre Royale de Réunion in
II.
Et vû que les Provinces d'Allemage ont
été plus à charge qu'à profit au Royaume.
DE MARS. 129
de Suede , à fes Privileges & à fon repos ;
parce que leurs Rois ont eu par là toûjours
des occafions ou de former des entrepriſes
pour s'étendre en Allemagne , ou en le mêlant
dans les querelles des Puiffances voi
fines à ces Provinces , on en difpofera en faveur
de ceux ,qui les poffedent actuellement
avec l'addition ci-deffous mentionnée , felon
qu'on le reglera dans le Congrès à
Brunsvvic , afin d'engager par là lefdites
Puiffances auffi bien que leurs amis à s'employer
unanimement & efficacement , pour
faire rendre à la Couronne de Suede , la
Livonie & la Finlande , Provinces qui leur
font d'autant plus néceflaires que fans elles
, le Royaume de Suede manqueroit de
pain & d'une infinité de denrées indifpeniables
, & fur tout de Barriere contre les
peuples les plus formidables , je veux dire ,
les Ruffiens.
111.
Sur ce principe fufdit on laiffera au Roy
d'Angleterre , comme Electeur d'Hanovre,
les Duchez de Bremen & Verden , comme
il les poffede actuellement.
IV.
Au Roi de Dannemark Stralfund , fon
Diſtrict jufqu'à la Riviere de Pene & l'Ifle
de Rugen .
V.
Au Roi de Pruffe Stettin & le Diſtrict
jufqu'à la Pene.
ΤΖΟ LE MERCURE
VI.
Le Duc Charles Frederic de Holſtein fera
mis en poffeffion du Duché de Gottorp
& de Slesvvick , de la même maniere que
fes Ancêtres en ont joui avant la Guerre
auffi bien que l'Adminiftrateur. Mais il y
aura amniftie & abolition du paffé &
aucun compte , ni liquidation des revenus
ne devra fe faire : ledit Duc reconnoîtra la
Reine de Suede Ulrica , & parce qu'en
cas & au défaut d'heritier de ladite Reine
la fucceffion du Royaume de Suede doit
venir fur ledit Duc de Holftein ; ainfi pour
le repos de l'Allemagne il ne fera pas
permis audit Duc de rebatir la Forterelle
de Tonninge , ni aucune autre en Holſtein.
VILA RA
Au Ray de Pologne , comme Electeur de
Saxe , on donnera les Terres & revenus
Royaux de Territoire de Wismar. & de.
l'Ile de Pole ; & comme ledit Roy a porté
le plus grand fardeau de la guerre , &
que fon. Païs hereditaire de Saxe a le plus
fouffert par l'invafion des Suedois & par
les groffes fommes d'argent qu'ils en ont.
tiré ; & qu'en comparaifon de tout cela fa
fufdite part des conqueftes fur la Suede , eft
incomparablement inferieure à celle des
autres Alliés ; & ainfi pour dedommager
en quelque maniere. lá Saxe de la grande
effufion de Finances qu'elle a foufferte , les
Rois d'Angleterre , de Dannemark & de
DE MARS. · IJE
Pruffe fe cotiferont entr'eux tous pour la
fomme d'un million & demi d'écus , qui
fera donné au Roy de Pologne pour un
equivalent de toutes les reftantes préten
tions.
VIII.
On remettra à la difpofition de la Republique
de Pologne le Duché de Courlande
ainfi qu'il lui appartient.
IX.
Le Duché de deux Ponts reviendra au
Prince de deux Ponts fon legitime heritier
X.
La nobleffe de Meklenbourg fera remiſe
dans les anciens Privileges & Libertez , &
cette Nobleffe fera dedommagée fur les revenus
des Domaines du Duc de Merlenbourg
, ce qui fera reglé felon la juftice
par une Commiffion de l'Empereur & du
Cercle inferieur de Saxe .
XI.
La Ville de Roftock fera Ville Imperiale
Hanfeatique libre dans l'Etat de fes fortifications
, Munitions , Canons , Magafins,
comme le Duc de Mcxlenbourg l'a mife ,
fans que ledit Duc puiffe dorefnavant pour
foi ou fes fucceffeurs exercer le moindre
droit de protection ou avoir la moindre
pretention fur elle , & cela par la raifon
des troubles qu'il a fait & a. cu envie de
faire .
132 LE MERCURE
XII.
>
La Livonie , la Finlande & toutes les conqueftes
que le Czar de Mofcovie a faites
fur les Suedois , feront rendues à la Couronne
de Suede , hormis Petersbourg Cronf
chlot & Nerva avec leurs dépendances ,
qui refteront au Czar pour le dedommager
de la guerre , bien entendu avec condition
, qu'il accepte le fafdit Fraitè : mais
fi contre toute efperance,fa Majefté Czarienne
ne vouloit pas confentir à cette
paix , & que par là la Couronne de Suede
fut obligée de pourfuivre la guerre avec
fes garans & Alliés , pour exccuter ce plan
de paix , & que par- là il arrive une grande
effufion de fang chrétien auffi bien
que des depenfes immenfes , & que la Suede
& la Pologne feroient le plus expofées
aux maux que cette guerre traîneroit aprés
elle ; ainfi il fera ftipulé qu'en cas que le
Czar oblige les Alliés auxdites extremités
de poursuivre la guerre , qu'alors on tachera
de faire tant de conqueftes fur les
Mofcovites , qu'on les reduite à rendre outre
les Provinces fusnommées, Petersbourg,
Cronfchlot , Narva avec leurs dependances
, l'Ingrie & la Carelie à la Suede , afin
que leurs limites foient retablies de ce côté->
là comme devant la guerre , & à la Republique
de Pologne, Smolensko & Kioff
avec leurs dependances , par où cette Republique
fera en partie dedommagée de la
DE MAR· S . 133
ruïnenfe guerre qu'elle a été obligée de
fouffrir fi long- temps chez elle , laquelle
lefdits Molcovites lui ont uniquement attirée
& des immenfes fommes que leur
entretien forcé a coûté à cette Republique,
& la Pologne aura par là une Barriere ,
afin de n'être plus fi facilement exposée
aux infultes & vexations des Ruffes.
XIII.
Le Traité fera conclu par une Alliance
offenfive & defenfive tant entre les parties
interreffées , qu'entre ceux qui y voudroient
entrer, & à qui il importe , on y prendra les
melures necellaires pour l'execution du fufdit
Traité de paix , & contre ceux qui
voudroient s'y oppofer & ne pas s'y conformer.
Precis de la difpofition Teftamentaire faite
Le 13. Août 1695. par le Roy Charles XI.
pour le reglement de la Succeffion à la
Couronne de Suede , en vertu de laquelle
la Reine Vlrique Eleonore a fuccedé au
feu Roy ſon frere , & a été preferée an
jeune Duc de Holftein- Gottorp , fils de
fenefa foeur aînée,
Omme les Etats du Royaume ont
C defire , & trouvé qu'il convenoit
qu'on abolît le Droit d'Election , & qu'on
établit une Succeffion hereditaire & immuable
, pour l'affermiffement de la tran134
LE MERCURE
quillité dans le Royaume : & que pour
prevenir toutes conteftations à l'avenir , on
a jugé à propos d'étendre les refolutions
prifes en 1604. & enfuite en 1627. 1633 .
1634. en faveur de la Reine Chriftine
& des Defcendans jufqu'à ordonner , que
les femmes feroient habiles à fucceder ,
au defaut de la ligne maſculine .
A ces caufes , Nous établiſſons & ordonnons.
I. Que la ligne maſculine aura toûjours
la preference dans la fucceffion à la
Couronne , & dans nos Royaumes hereditaires
, en la maniere fuivante ; que le
Prince aîné de la famille Royale & fes
Defcendans mâles fucceffivement , & auffi
long - temps qu'il y aura un heritier mâle ,
fera reçu & reconnu comme le feul & legitime
heritier , ainfi qu'il a été établi &
ordonné en 1604. fuivant la difpofition teltamentaire
du Roy Guftave 1. de glorieufe
memoire. II. Mais en cas que la ligne
mafculine vienne à manquer , & qu'il n'en
refte aucun , le droit Hereditaire viendra
à la ligne feminine , en vertu du fufdit ordre
établi pour la fucceffion. III . Dans
le fufdit cas , nos filles qui feront en vie ,
feront admifes à la fucceffion à la Couronne
& preferées aux Defcendans femelles de
nôtre Fils , & premierement l'aînée & fes
defcendans mâles , & ainfi de fuite com
me ci-deffus. ' IV . Mais s'il arrivoit qu'aucune
de nos filles ne fût en vie , & qu'elles
!
DE MAR S. I
235
laiffaffent neanmoins des enfans , en ce caslà
, les Defcendans de nôtre Fils en ligne
feminine , tant mâles que femeles , feront
preferés , & auffi fucceffivement , en verta
& fuivant la teneur du Teftament du Roy
Guftave I. Pourvû qu'on fe conforme à
ce Reglement , & qu'on n'y apporte aucun
obftacle , il y a lieu d'efperer , avec le fe-
Cours de Dieu qu'il n'y aura aucune incertitude
ni difficulté , touchant la fucceffion
à la Couronne.
,
IN GERMANI E.
A Petersbourg le ro . Fevrier.
L
E Czar partit le 2. pour aller prendre
les eaux à Olonicz accompagné du
Major general Jagofchinfxi & de quelque
autres favoris . Le Refident que 1'Empereur
a envoyé en cette Cour , arriva le
4. M. Jeffreis Refident du Roy de la grande
Bretagne , fut conduit le 15. de l'autre
mois par le grand Chancelier à l'Audience
de S. M. Czarienne , à qui il fit un difcours
en Allemand , contenant en fubftan-
•ce : Que rien ne pouvoit être plus agreable an
Roy Jon Maître , que les affûrances d'une
parfaite amitié & d'une bonne intelligence
que S M. Czarienne lui avoit données par
-M. Vveffélovvški fon Reſident à la Cour
-Britannique:que dans cette vue S. M. Bri-
*
116 LE MERCURE
tannique avoit pris la refolution de lui envoyer
le Chevalier Jean Norris avec le caractere
d'Envoyé extraordinaire : qu'en attendant
que ce Chevalier qui avoit été arrêté dans
fon voyage par un accident imprevû , pût
executer fa commiffion auprès de S. M.
Czarienne , le Roy fon Maître lui avoit
ordonné d'ouvrir les inftructions deftinées
pour le Chevalier Norris , fuivant lesquelles
il étoit chargé de declarer à S. M. que ls
Roy de la grande Bretagne n'avoit rien plus
à coeur , que d'établir une entiere confiance
entre les deux Cours , & d'entrer dans des
engagemens d'une amitié fincere & _durable.
Le Czar repondit qu'il feroit tous les efforts
pour la cultiver.
Sa Majefté Czarienne vient de créer
quelques nouveaux Confeils à l'établillement
defquels on avoit travaillé depuis
long- temps. Le 12. le Confeil de guerre
qui en eft un , s'affembla pour la premiere
fois. Le Czar y fit un fort beau difcours ,
aprés quoy donna un fuperbe feftin à
tous les Membres de ce Confeil & à tous
les Miniftres Etrangers. Les Confeils d'Etat
, de Finances , de Commerce , de la
Juftice , de la Chancellerie , des Mines ,
des Manufactures , & le nouveau Bureau
de la Secretairerie , doivent fucceder. Par
l'erection d'un fi grand nombre de Confeils
, l'ancien Senat & les anciennes procedures
dans les affaires , feront entierement
·
abolis
DE M.ARS. 137
abolis . Depuis la mort du Contr'Amiral
Paddon Anglois , qui étoit entré depuis
quelque tems au fervice du Czar , ce Monarque
a fait une promotion de quatre
Contr' Amiraux , qui font le Prince Men
Zicoff Contr' Amiral de l'Efcadre blanche ;
M. Sibers de l'Escadre blenë ; M. Gordon
de l'Efcadre rouge , & M. IfmailoffContr-
Amiral des Galeres .
Voici la traduction de la Harangue que
S. M. Cz . prononça le premier jour de cette
année v. fti . en s'adreffant aux Senateurs
& Miniftres , au fujet du Tribunal , ou
Chambre de Justice, qu'Elle a jugé à propos
d'établir , pour examiner l'adminiftration
& la conduite des perfonnes qui ont malverfé
dans leurs employs .
MES FRERES ,
Je ne croi pas qu'il y ait un feul parmi
vous qui ne fsache , par les lumieres de la
nature & les connoißances acquifes dans les
affaires du monde , que les deux premiers &
principaux devoirs de ceux que Dieu a établis
pour gouverner des Royaumes & des
Peuples , font , de proteger leurs Sujets contre
les Ennemis publics , en menant en perfonne
leurs Armées au combat en tems de
guerre , & de maintenir la paix domestique
des Peuples, en rendant à chacun une prompte
impartiale juftice , & en puniffant les
M
138 LE MERCURE
い
mauvaises actions dans les perfonnes de la
plus haute condition , foit. par leur naiffance
ou par la fortune , également comme le moin➡
dre Paifant. Vous fçavez ce que j'ai fait par
rapport au premier de ces devoirs depuis le
commencement de mon Regne : Et à l'égard
du fecond je vous ai donné un exemple des
plus remarquables du pouvoir que Dieu m'a
donné , de mettre à côté tous les égards &
toutes les confiderations du monde, quand il
s'agit de faire juſtice , & quand la fûreté de
mes Peuples & le bien de l'Etat exige que je
ta faffe fans délai & avec rigueur. Vous
m'avez vu punir les crimes d'un fils qui étoit
un ingrat , un hipocrite , un pervers & un
méchant au delà de ce qu'on peut imaginer :
J'ai puni auffi les crimes de ceux qui étoient
les complices de fa méchanceté & j'espere
par la d'avoir aẞûré mon chefd'oeuvre, qui
eft de rendre pour toujours la Nation Ruffienne
puiffante & formidable , & les Etats.
de ma domination florißans : Ouvrage qui
m'a couté tant de peine, & à mes Sujets tant
`de fang, tant de trefors , & qui dés la pre
miere année aprés ma mort , auroit été entierement
renversé & foulé aux pieds , fi
-jen'en avois pas pris ſoin de la maniere que
j'aifait.
Cette grande affaire êtant par
la grace de
Dieu finie , il eft tems que je tourne mon attention
à reprimer l'infolence de ceux qui ont
afé abuſer du pouvoir que je leur avois donné
DE MAR SI 739
de gouverner les Provinces de mon Empire &
mes Sujets , in qualité de Gouverneurs . Plufieurs
violant leur ferment , ont opprimé au
dernier point mes pauvres Pouples , & fo
font enrichis aux dépens dufang & de lafueur
des derniers.
Or,comme ces Peuples ont tant merité pan
tout de qu'ils ont été obligé de fournir en ar
gents en recruës , en Chevaux & Provifions,
pour fautenir majufte caufe contre l'Ennemi
avec qui je fuis depuis 18. ans en guerre ,
pour fubvenir à mes autres befoins preßans ;
il me semble jufte que j'intervienne pour les
faulager contre ces fang fues. Dans ce def
fein , j'ai refolu d'établir un Tribunal , dont
mon General d'Infanterie Adam Adameriz
Weide , que je n'ai jamais trouvé en faute,
fera Prefident: Les Lieutenans Gineraux ,
Routerlin Schlippenbach , les Generaux
16
Majors Gallizin & Jugoufchinfki; & les
BrigadiersWolkes & Uſtafföld , feront . Af
feffours.
Ce Tribunal examinera rigoureuſement
Padminiftration & la conduite des perfonnes
dont je leur mettrai les noms entre les mains, “´´
ils doivent prononcer la Sentence contre ceux
qui feront trouvez, criminels. Jiefpere que
Pétablissement de ce Tribunal fera un moyen
de tenir chacun pour l'avenir dans les bornes :
defes devoirs , & de le porter à executer
avec justice le pouvoir qui lui fera confit.
Mija
149 5 LE MERCURE
O
ན་
A Hambourg le 20. Mars.
N ne fcait pas encore fi le couronnement
de la Reine de Suede s'eft fait,
ni fi les Etats allemblez à Stokolhm , ont
fini leurs Seances. Le Colonel Baffovvitzs
qui avoit apporté les ordres de la Cour
Britannique pour la marche des Troupes
d'Hannovre deftinées à l'execution du Mandement
Imperial, a communiqué à la Cour
de Dannemarck fes inftructions , 11 en eft
parti pour celle de Stokolhm où il doit faire
quelques propofitions de paix Les Troupes
d'Hannovre & de Wolffembutél , ` au
nombre de 13000 hommes , fous le commandement
du General Bulavy , font entrées
fur trois colonnes dans le Mekelbourg.
Elles ont d'abord pris poffeffion de
la Ville de Boitenbourg , & y ont affiché
le Decret Imperial. Sur la nouvelle de
l'arrivée de ces Troupes , le Duc de Me
Kelbourg affembla fon Confeil , pour déliberer
s'il falloit fe foûmettre ou fe deffendre
: La pluralité des voix & même celle
du Duc , ayant été pour le premier fentiment
, on avoit dépêché un Exprés pour
informer de cette refolution le General Bu
lavv ; mais cet Exprés êtant arrivé trop
tard , les Troupes Roffiennes qui font au
fervice du Duc , marcherent droit vers le
pofte de Wellmulen , fous le commande,
DE MAR S 141
ment du General Major Schvverin. A leur
approche , des Troupes d'Hannovre ayant
voulu deffendre ce paffage , cela donna licu
à une vive elcarmouche dans laquelle les
Hannovriens curent un Colonel , un Lieutenant-
Colonel , un Major , plufieurs Officiers
& Soldats tuez ; le refte fut fait
prifonnier de guerre , & ce pofte emporté
par les Ruffiens. Le 6. au matin , le General
Bulavv à la téte de trois Regimens
de Cavalerie , vint fondre fur les Troupes
Mofcovites qui n'en furent point ébranlées
. Le combat fut fanglant , & la victoire
long- tems difputée . Ces trois Regimens
furent à la fin obligés de fe retirer avec perte
de quelques Officiers de diftinétion &
de 1500. Soldats fur la Place,fans compter
les prifoniers de guerre. Les Ruffiens
n'y ontra qu'un Lieutenant - Colonel & un
Major de Cavalerie bleffez & 200 hommes
de tuez. Le General Major Schvverin ,aprés
être refté quelques heures fur le champ de
bataille , marcha vers Scauvverin où l.s
prifonniers faits en cette action , ont été
amenez. Ceft ainfi que les Lettres de Ber-
Jin du 11 en parlents mais celles de Foczebourg
& de Zechlind du 9. & 10. Mars
font bien oppofées à cette Relation Elles
s'expliquent ainfi fur ces deux actions.
Le à une heure aprés minuit , les Trou
pes du Duc de Melbourg fe prefenterent
pour forcer le pofte de Wefmulen auprés
1421 LE MERCURE
de Pitzenbourg. Le Regiment de la Lihe
les reçût avec tant de bravoure , qu'aprés
une action trés vive , ces Troupes prirent
le parti de fe retirer avec perte du Colonel
Holstein & de 30 Soldats , outre un Colonel
, un Major , plufieurs bas Officiers
& Soldats bleffez. Le lendemain 6. it y ûo
une feconde action plus chaude qui s'ile
paffée à deux lieues de Svverin Notre Cavalerie
commandée par le General Bulavy,
attaqua le matin le Regimentde Waldavy
& quelques autres Regimens Mofcovites.
Le premier a été entièrement défait! Un
Prince de Lunebourg Brunfvvich & le
Lieutenant Colonel Oyvelling au fervice
du Duc, ont été faits prifonniers de guerre
Un grand nombre de Mofcovites ont été
paffé au fil de l'épée , & le débris des Trous
pes du Duc scft reciré à Wilman. La
Ducheffe de Mekelbourg eft à Ovvistock ,
où elle attend des ordres de fon Epoux qui
s'étoit retiré à Berlin par précaption . Il a
declaré qu'il n'avoit point donné d'ordre à
fes Troupes pour commencer les hoftilitez.
Suivant les derniers avis de Suede , le
Baron de Gortz a û la têre tranchée le 2.
de ce mois , & le Comte Van - der Nath,
a été condamné à une prifon perpetuelle.
Le premier a fait paroître jufqu'au dernier
moment de fa vie une fermeté de courage
& une prefence d'efprit extraordinaires on
lui attribue l'Epitaphae fuivante...
DE MARS. 1:43
Mors Regis , fides in Regem , eft
mea.
mors
La mort du Roi , ma fidélité à ſon égard,,
caufent ma mort.
Ces avis ajoutent que toutes les apparen
ces étoient que le Prince de Helle feroit
declaré Roi , avec d'autant plus de fondement
, que les Etats de Suede ont declaré
que la Reine fon épouse n'étoit point par
venue au trône par droit hereditaire , mais
par droit d'élation.
Le bruit vient de ſe répandre que la Reine.
de Suede avoit cefin confenti , que Peters
bourg reftât au Czar , & que S. M. Cz.
rendroit en échange tout ce qu'il avoit
conquis fur la Suede tant en Livonie qu'en
Finlande. On parle auffi d'une quadruple
ailiance , pour oppofer à la triple alliance
de l'Empereur , du Roi de Pologne & du.
Roi d'Angleterre.
On a reçu quelques circonstances touchant
les intrigues de Clement . Les Minif
tres Pruffiens & la Dame d'Honneur de la
Reine , qui avoient été arrêtez fur fa dépofition
, ont été reconnus innocens , enfuite
élargis , & font rentrez dans les bonnes
graces de S. M. P. Il n'y a û qu'un
Miniftre qui a été condamné à Porter La
chaîne aux pieds & rouler une brouette pendant
deux ans , pour avoir revelé des fearets
du Confeil à l'Envoyé du Roi de Pos
144 LE MERCURE
logne . A l'égard de Clement , on travaille
à fon Procés , comme un fauflaire & un
impofteur.
A Vienne le 14 , Mars.
L'Empereur a enfin déclaré que le Mariage
du Prince Electoral de Saxe avec
l'Archiducheffe Anne - Jofephine , avoit été
conclu . Le Futur , aprés avoir été regalé
magnifiquement par la Cour , partit le 7.
pour fe rendre auprés du Roi de Pologne
fon pere à Fraudftat . S. M. I. accorde à la
Princefle une penfion de dix mille Rifdals.
Le Prince Don Emanuel de Portugal arrivé
de Paris depuis peu en cette Cour , a été
reçû d'une maniere fort diftinguée & fort
tendre par L. M. I. regnantes , par les deux
Imperatrices Douairieres , & par les Sereniffimes
Archiducheffes . Le Prince Electoral
de Saxe lui envoya un Gentilhomme
de fa Suite , pour lui faire compliment fur
fon arrivée. Le General Comte Ottochar
de Staremberg & le Comte de Merci , fe
difpofent à partir pour fe rendre en Sicile.
Le Marquis de Spinola , Envoyé de la Republique
de Genes , auquel le Marquis
d'Orria doit fucceder , a pris congé de la
Cour. Le jour du départ du Prince Eugene
pour Bruxelles , n'eft pas encore fixé . Le
General Comte de Flemming , qui a conelu
ici le Traité de la Triple Alliance au
nom
DE MAR S..! 145
nom de S. M. Polonnoife , a paffé de Drefden
en Pologne , pour en demander la Ratification
à la Republique. Ce Traité : &
l'union intime qui regne à prefent entre ces
deux Cours , femble devoir faire perdre
l'efperance au Czar , de difpofer de ce Duché
en faveur de la Ducheffe Douairiere
de Curlande ; puifque l'on prétend qu'ap
partenant au Duc Ferdinand de ce nom
il doit être réüni aprés la mort à la Cou
ronne de Pologne , & converti en Palatinat
. La Ville de Dantzick trouvera auffi
une protection particuliere dans ce Traité.
Par tous les avis que l'on reçoit ici , il paroît
que la Porte étoit tout à fait refolue
de rompre avec la Mofcovie , & que fuivant
ce projet , elle avoit ordonné aux
Tartares de fe tenir prêts aux premiers ordres
, pour faire une execution militaire
dans les Etats du Czar.
L'on prétend qu'il le trouve quelque difficulté
à l'acceffion de la Republique d'Hollande
à la Quadruple Alliance , par rap
port à la condition d'accorder à L. H. P.
le terme de trois mois aprés la fignatures,
avant que de fe déclarer contre l'Efpagne.
S'il faut s'en rapporter à quelques avis de
Berlins le Roi de Pruffe a rejetté toutes les
propofitions du Duc de Mekelbourg , en
faveur duquel S. M. Pruffienne avoit feulement
accordé le paffage aux Ruffiens pour
fe retirer dans leur pays par les Etats,
Mars 1719.
N
146 LE MERCURE
Le feur Clement ayant été examiné à
Berlin en prefence du Refident de l'Empereur
, eft enfin convenu de la fauſſeté de
fes accufations contre plufieurs perfonnet
de diftinction. Il accufe un nommé Lech
man d'avoir contribué à inventer toutes
ces faulletez. Ce Lechman qui s'étoit ſauvé
de Berlin , a été arrêté depuis en Saxe.
Les Peres Jefuites de la Maifon profeffe
de cette Ville , qui font chargez de la direction
des Miffions établies dans les Païs
conquis fur la Porte Ottomane , ont envoyé
à leurs frais fix groffes cloches , trois
à Temefvvar & trois à Belgrade ; elles feront
placées dans les Mofquées qui ont été converties
en Eglife.
L'on n'a pas feulement deffendu la Cour
à M. Weffelofski Refident de Mofcovie ;
mais il a û ordre de plus de fe retirer des
Etats de S. M. I. dans le terme de quinze
jours qui lui a été accordé comme une gra
ce fpeciale . On pretend que l'on n'en a ufé
ainfi , qu'en revanche du même traitement
fait precedemment au Refident de l'Empereur
auprés du Czar. S'il y a un Congrés
à Brunfvvick pour le Traité de la paix du
Nord , M. le Comte de Methuin ira en
qualité de Miniftre Plenipotentiaire de S.
M. I.
Le Prince Philippe Maurice de Baviere fut
élu le 14. par le Chapitre de Paderborn ,
Evêque de cette Ville . On fe flatte que le
DE MAR S.
147
Chapitre de Munſter lui fera égallement favorable,
tant à caufe de fa naiffance , que par
les fuffrages du Pape & de l'Empereur: Il a
cependant pour Concurrens le Comte de
Schonborn proposé par l'Electeur de Mayence
, & le Prince Meternick né à Munf
ter , & Chanoine de cette Eglife . Ce der
nier cft favorisé par les Hollandois & les
Princes voisins. L'élection de l'un de ces
trois Candidats eft fixée au 21. On doit
agiter dans peu à la Diette l'affaire de
l'Evêché de Naumbourg que les Protef
tans ont deffein d'ôter'au Prince Electoral
de Saxe , & d'en donner l'adminiftration
à un Prince Lutherien. Le Roi de Pologne
informé de ces démarches , a ordonné
à M. de Manteusfel & à un autre Miniftre
de fa Cour , d'y foûtenir fes droits.contre
ce projet d'innovation . Les mêmes
Proteftans continuent à faire de grandes
plaintes contre les atteintes qu'ils pretendent
que les Catholiques donnent au Traité
de Weftphalie , en s'emparant de tems
en tems de biens Ecclefiaftiques qui leur
ont été cedez par ledit Traité. Il paroît
qu'on ne fait pas beaucoup d'attention aux
Memoires qu'ils épandent dans toute
l'Allemagne.
Nij
148 LE MERCURE
A Amfterdam le 26, Mars.
A fignature de la quadruple Alliance
de la part de cette Republique , demeure
fufpendue jufqu'à ce que les Etats
Generaux ayent auffi pris la refolution d'acceder
aux articles fecrets des Traitez de
Londres. Ces articles ont été envoyez aux
Provinces , pour en avoir leur avis .
M. de Colfter , qui eft parti pour l'Efpagne
, a ordre de fuivre S. M. C. par
tout , foit en Arragon ou ailleurs , & de
ne point épargner les Couriers, en cas qu'il
fe palle quelque chofe de confiderable Il
doit s'arrêter quelques jours à Paris pour
conferer avec M. Hop & les Miniftres de
France & de la Grande Bretagne , touchant
les moyens de réuffir dans les négociations
dont il eft chargé : On efpere
toûjours qu'il trouvera la Cour de Madrid
dans des difpofitions pacifiques .
L'Echange des ratifications du no veau
Traité de Barriere , n'eft pas encore fait ,
& l'on croit qu'il ne fe fera qu'en même
tems que l'Etat fera figner la quadruple
Alliance & les articles fecrets par M.
Wanborfelen , fon Miniftre à Londres .
Cela n'a pas empêché L. H. P. d'ordonner
à M. Pefters leur Refident à Bruxelles,
d'exiger le payement du premier terme des
400. mille êcus par an accordez à la ReDE
MAR S. ! 149
publique pour l'entretien de fes Garnifons
dans les Places de la Barriere .
L. H. P. ne fe font pas encore déter
minées fur le nombre d'Ambaffadeurs
qu'on doit envoyer en Suede, y ayant quelque
difpute fur ce fujet entre les Provinces .
La Frife , entr'autres , prétend que c'est àa
elle à en nommer un , & s'oppofe à la
nomination de M. Haffelaer par la Hollande.
Cette derniere Province foûtient
qu'elle y eft plus intereffée qu'aucune autre
, à caufe de fon Commerce dans la
Mer Baltique ; ce qui demande un Mi
niftre qui foit bien inftruit du commerce.
On croit pourtant que cette difpute fera
bientôt terminée , quoiqu'on ne fe profle
pas beaucoup for cette Amballade , parce
que la Reine n'a point encore notifié dans
les formes la mort du Roi fon frere , & fon
avenement à la Couronne .
left certain que les Etats de Suede ont
déclaré , que la Reine étoit parvenuë au
trône par droit d'Election , & non par celui
de Succeffion , & que S. M. a confirmé
cette refolution .
Le Marquis Beretti- Landi défavouë que
le Prétendant ait efté invité par la Cour de
Madrid à paffer en Efpagne; mais, il avoue
en même tems que s'il s'y retiroit , S.M.C.
ne pourroit pas lui refufer fa protection .
Le Marquis Beretti - Landi a notifié à
l'Etat qu'il avoit reçû ordre du Roi fon
N iij
140 LE MERCURE
Maitre , de propofer à L. H. P. de fufpendre
pour quelque tems leur acceffion à
La Quadruple Alliance , puifque S. M. C.
étoit fur le point de faire des ouvertures :
pour un accommodement qui ne leur fe-›
roit pas moins agréable qu'aux autres Al-
Lez. Les Députez lui repondirem qu'il n'étoit
pas au pouvoir de L. H. P. de défaire .
ce qui étoit fait ; mais , qu'ils continuesoient
d'agir par des offices pendant le ter
me qui avoit efté ftipulé , pour lailler au
Roi Catholique le tems d'entrer dans les
propofitions qui lui ont efté faites.
M. le Comte de Morville Ambassadeur
du Roi T. C. fit le 22. fon Entrée publique
à la Haye ; elle a paru magnifique, Cer Am
baffadeur s'attire l'eftime & la confideration
de tout le monde par fes manieres
gracieufes & affables .
4
On croit que la Lotterie de 75. millions,
dont le plan paroîc fi avantageux à l'Etat
& aux particuliers , aura fon execution .
On mande de Bruxelles du 20. qu'on y
arrêta le 14. de ce mois cinq Doyens de
Mêtiers. Lors que cette execution le fit ,
on avoit eu la precaution de faire mettre la
garnifon fous les armes , & de lui faire occuper
toutes les grandes places ; afin de
prevenir les attroupemens & les defordres.
La populace ne lailla pas de s'atrouper fur
le marché , d'abbatre & brûler l'échaffaut
qui avoit été dreffé pour punir les feditieux.
DE MARS
Le 16. on éleva une potence au même en
droit où avoit été dreflé cet échaffaut : la
populace entreprit le lendemain d'en enlever
l'échelle , mais elle fut auffi -tôt difperfée.
Les Doyens des Corps de Mêtiers.
ayant demandé la permiffion de faire une
deputation au Marquis de Prié pour lui re
demander les 5. Doyens arrêtés , Son Excellence
ne jugea pas à propos d'accorder
leur demande , & il a été deffendu au Geo .
kier de la prifon où ils font renfermés
de les laiffer parler à perfonne fous peine de
la vie. Il y a une garde de 40. hommes devant
la prifon .
L
A Londres le 23. Mars.
E 11. les Seigneurs étant retournés à
la Salle de leurs fceances ordinaires ,
un d'eux propofa d'examiner l'état de la
Pairie. Il reprefenta que le nombre des
Pairs étoit devenu fi exceffif , qu'il paroiffoit
à propos de le fixer , pui que l'on en
comptoit actuellement plus de 200. , en
y comprenant les 16. d'Ecoffe qui ont feanée
au Parlement depuis la reunion des 2.
Royaumes. Il fut refolu que cette propofition
feroit examinée , & que pour proce
der dans cette deliberation avec plus de regularité
, tous les Pais feroient avertis de
fe trouver le 13. à la Chambre . S'y étant
rendus au jour marqué , M. le Comte de
Niiij
Aft LE MERCURE
Stanhope , Secretaire d'Etat , apporta de
la part de S. M. à la Chambre des Pairs,
le meffage fuivant du Roy , touchant les
Pairies .
GEORGES , ROY.
S. M. étant informée que la Chambre des
Pairs a mis en deliberation l'Etat des Pairies
de la grande Bretagne , elle a bien vou¬
lu leurfaire fçavoir qu'elle a fi fort à coeur
l'Etat des Pairies de tout le Royaume fur un
fondement qui puiße affürer lá liberté & la
conftitution du Parlement dans tous les âges
futurs , qu'elle veut bien que fa prerogative
n'empêche pas un ouvrage fi neceffaire. Auf
fitôt que cet envoy fat delivré à la Chambre
, il s'y eleva un grand debat. Le parti
oppofé pretendit que le Roy devoit ignorer
ce qui fe paffoit dans leur Chambre :
qu'à la verité S. M. pouvoit approuver ou
rejetter les Actes quand on les lui prefentoit
: mais , qu'elle avoit été mal confeillée
d'envoyer ce metlage . Le Comte de Sunderland
repondit qu'll y avoit des exemles
en pareils cas . Le Comte d'Orford du
parti oppofé, lui repartit , & preffa le Com
te de Sunderland à vouloir, feulement citer
un de ces exemples . La difpute entre ces
deux Seigneurs fut vive . Aprés ce debat ,
la Chambre refolut de prefenter une adrefle
de remerciement à S. M. Le 14. les SciDE
MAR'S.
133
gneurs en en grand Comité, examinerent les
Pairies de la grande Bretagne ; il y eut de
grands debats touchant celles d'Ecoffe . , &
fur l'augmentation des Pairs Ecoffois qui
doivent avoir feance au Parlement , ainfi
que leurs. Defcendans à perpetuité . On refolut
enfin à la pluralité de 83. voix contre
36. qu'aulieu de 16. Pairs electifs qui ont
feance dans la Chambre des Pairs de la
part d'Ecoffe , on y en admettra 25. que le
Roy declarera avant la prochaine feance
du Parlement , lefquels y auront droit de
feance hereditaire que 9. de ces 25. feront
établis par S. M. pour y avoir un droit
immediat : que fi aucuns des 25. Pairs &
leurs heritiers.viennent à manquer, S.M.en
établira d'autres pour leur fucceder ,
que ce droit hereditaire ne defcendra pas
en faveur des femmes . Le 15, les Seigneurs
continuerent à deliberer fur l'Etat des Pairies,
& prirent les refolutions fuivantes touchant
celles d'Angleterre qui contiennent
en fubftanec : 10. que le Roy aura pouvoir de
créer fix. Pairs de plus dont le nombre demeurera
pour toûjours fixé que S. M. &
fes fuccelleurs ne pourront jamais en
créer davantage , finon des Princes de la
Maifon Royale . II. Que S. M. aura la
prerogative de remplir les titres qui viendront
à être éteins . III . Que cette dignité
ne fera jamais conferée à des femmes. Le
16. on fit rapport des dernieres refolutions
&
134 LE MERCURE
que la Chambre des Seigneurs agrea fans
aucune divifion , aprés quoy elle ordonna
de porter le Bill en conformité. Voici au
long les refolutions . 1. Que le nombre dest
Pairs de la grande Bretagne , ne fera augmenté
fans un droit precedent , que du
nombre de 6. 2delà de ceux qui le font
prefentement. 20. Que fi aucun desdits
Pairs ou des fix nouveaux , vient à manquer
, leur nombre pourra être remplacé
par de nouvelles créations de fujets nés de
ce Royaume. 30. Qu'à l'avenir , il ne fera
créé aucun Pair par Commiffion , ni au
cune Pairie accordée par Lettres patentes.
4.Qu'il n'y aura aucune reariction à la
Couronne , pour la création des Princes
du fang Pairs de la grande Bretagne avec
le droit de feance au Parlement. so . Que
lorfque quelques Seigneurs qui ont prefen
tement feance au Parlement , & dont les
fils ont été appellés par commiffion , viendront
à mourir , il fera permis au Roy , à
fes heritiers & fucceffeurs , de créer un
Pair pour remplir fa place. Enfin , chaque
création d'un Pair qui fe fera à l'avenir
contre ces refolutions prifes & arrêtées ,
fera abfolument nulle.
Le 21. le Roi fe rendit dans la Chambre
des Pairs avec les ceremonies ordinaires ;
& ayant mandé les Communes, S. M. fi
le difcours fuivant aux deux Chambres.
DE MARS.
Milords & Meffieurs.
Ayant reçû de nôtre Confrere & Allie
Le Roi Trés - Chtêtien , des avis réïterez
que l'Espagne veut tenter par furpriſe une
invafion contre mes Etats en faveur du
Prétendant j'ai jugé à propos de vous en
informer , & de mon côté , je prendrai
toutes les mesures neceffaires pour faire
échouer les deffeins de nos Ennemis .
munes.
Meffieurs de la Chambre des Com-
Cette entreprise , fielle eft poursuivie ,
m'engagera à de plus grandes dépenfes par
Mer & par Torre, que celles aufquelles on
a pourvû. C'est pourquoi je vous recom
mande de me mettre en état de la maniere
que vous trouverez à propos , de faire les
difpofitions neceffaires pour notre fûrété ;
& vous pouvez être affûré que dans cette
occafion & dans toutes autres , j'aurai
tous les égards pour le foulagement de
mon Peuple qu'il conviendra à fa fûreté.
Milords & Meffieurs.
J'ai eu tant de preuves de l'affection &
de la fidelité de ce Parlement , que je n'ai
aucun lieu de douter de vôtre ferme &
vigoureufe continuation à foûtenir , & ma
perfonne & mon gouvernement dans cette
occafion.
156 LE MERCURE
Les Communes êtant revenues dans leur
Chambre , & l'Orateur ayant fait la lecture
du Difcours du Roi , on propofa auffitôt
de prefenter une adreffe de remerciment
à S. M.fur cela. M. de Pultney , ci - devant
Secretaire de la guerre , fit un long difcours
dans lequel , aprés avoir declaré qu'il ne
s'oppofoit pas à ce que la Chambre remerciât
. S. M. fit plufieurs remarques qui reflechiffoient
contre la conduite du Miniftere.
On n'y fit aucune réponſe. La Chambre
enfuite refolut unanimement de prefenter
une humble Adreffe au Roi , pour le remer
cier d'avoir fait la grace à fon Parlement de
lui communiquer les avis que S. M. avoit
reçûs touchant les deffeins : que l'Espagne
avoit de faire une invafion dans les
Royaumes de la Grande Bretagne , & pour
l'affûrer en même tems que la Chambre le
foutiendra avec la derniere vigueur, & fera
tous les efforts pour faire échouer une entrepriſe
fi extraordinaire : Qu'cile le prieroit
de donner les ordres necellaires pour
renforcer & augmenter fes forces par Mer
& par Terre , ainfi qu'elle le jugera à propos
, affùrant S. M. que la Chambre ap
prouvera toutes les augmentations des dépenfes
pour ce fujet , & mettra en état S.
M. non feulement de rendre inutiles les
deffeins de fes Ennemis au dedans & au
dehors ; mais auffi , de les faire tourner
avec la benediction de Dieu à leur confuDE
MAR S. 157
fion. La Chambre convint que cette refolution
feroit prefentée à S. M. par la
Chambre en corps . Les Seigneurs ayant
pris à peu prés la même refolution , prefenterent
l'Adreffe fuivante au Roi.
Nous les trés humbles & trés- fideles
Sujets de V. M. les Seigneurs Spirituels
& Temporels en Parlement affemblez , demandons
permiffion de rendre à V. M. nos
trés- humbles remercimens de fa trés - gratieufe
Harangue de deffus le trône , dans
laquelle il a plû à V. M. de communiquer
àion Parlement , qu'elle avoit reçû des
avis réiterez du Roi Trés - Chrêtien que
l'Espagne a deffein de faire une invafion
dans les Etats de S. M. en faveur du Pretendant
à vôtre Couronne , & vous demandons
auffi permiffion d'aflurer V. M.
que cette Chambre dans cette occaſion &
dans toutes autres , foûtiendra & affiftera
V. M. avec tout le zele imaginable pour
la deffenfe de vôtre facrée perfonne & de
gouvernement vôtre contre tous vos Ennemis.
Réponse du Roi.
Je vous remercie de bon coeur de cette
marque que vous me donnez fi à propos
de vôtre zele pour ma perfonne & mon
gouvernement ce qui ne manquera pas
d'encourager nos Amis , & de décourager
nos Ennemis.
#58 LE [
५
MERCURE
On doit lever fix Regimens de Dragons
& fix d'Infanterie ; & l'on commence à
travailler aux Commiffions des Officiers .
On doit auffi former un Regiment d'Invalides
qui fera compofé de dix Compagnies
outre dix autres independantes des mêmes
Invalides ce qui fera une augmentation
de plus de 6000 hommes . Le 12. au matin
, le Duc de Bolton Viceroi d'Irlande ,
envoya un Exprés à Dublin avec ordre de
faire immediatement embarquer quatre Regimens
d'Infanterie pour les paller dans
Oueft d'Angleterre . Toutes les Troupes
qui marchent vers l'Oueſt , ainfi que les 27.
Compagnies des Regimens des Gardes ,
camperont , à ce que l'on prétend , dans la
Plaîne de Salisburi , jufqu'à ce qu'on ait
reçu des nouvelles certaines des Ennemis.
On ne doute point que ce ne foit le Comte
de Cadogan qui les commandera. On affûre
que l'Amiral Norris a mis à la voile pour
aller reconnoître les forces des Espagnols ,
au cas qu'ils paroiffent fur nos Côtes . Le
Regiment du Marquis de Winchefter, celui
de Pith , d'Ouade , & d'Irovvins , Cavalerie
, les Dragons de Kerr , Euoëus ,
Honyvvoo & de Gore , doivent être partis
par differentes routes . L'Infanterie a ordre
de marcher à Exctter. Tous ces mouvemens
ont fait bailler les actions fur les
fonds publics. Celles de la Compagnie de
la Mer du Sud , qui étoient la lemaine
DE MARS.
159
paffée à 118. ont baiffé aujourd'hui à
110. un deuxième , & les autres à
tion.
LA
propor
A Perpignan le 18. Mars,
A plupart des Troupes qui doivent
compoſer nôtre Armée , font arrivées
au Boulon & aux environs de cette Place,
Tous les Officiers qui s'étoient rendus ici ,
en font partis pour aller joindre leurs Regimens
cantonnez dans tous les lieux cir
convoifins. On envoye d'ici le pain de
munition que l'on diftribue depuis quelques
jours à ces Troupes. Un détachement
de 7 ,. hommes de la garnifon de Belgarde,
a furpris du côté de Baſcara , à une demie
lieue de Ripolfe , deux nouvelles Compagnies
de Miquelets Espagnols. Il eft tombé
fi brufquement fur elles la bayonnette
au bout du fufil , qu'il ne leur a pas donné
le tems de fe reconnoître . Outre les tuez
& les bleffez , il a emmené 62. prifonniers ;
ces deux Compagnies étoient de 60. hommes
chacune. On apprend auffi de Prats-
Molhou qu'un autre parti François de 60.
hommes de la garnifon de cette place , en
avoit entierement défait un autre de Mi
quelets : Qu'il en avoit lafffé 27. fur la
place, bleflé 9. & obligé le refte au nombre
de 35. à mettre les armes bas & à fe
endre prifonniers , parmi lefquels fe trou
3
160 LE MERCURE
went deux Officiers de tronpes reglées & 3 .
Capitaines de Miquelets. Tous ces prifone
niers ont été amenez hier ici .
On écrit de Ville- Franche , que depuis
environ 15 jours , il s'étoit venu rendre
dans cette Place , ainſi qu'à Collioure plus
de 120 , déferteurs , la plupart Miquelets ,
qui tous ont pris parti dans les Regimens
de Miquelets que l'on forme dans le Rouf
Gillon. On mande de Mont - Louis qu'un détachement
de la garnifon de cette Place
avoit pénetré jufques à Belvere dans la
Cerdagne Espagnole , où ils avoient enlevé
quantité de beftiaux qu'ils avoient conduis
à Mont- Leüis , fans être pourfuivis.
Les Lettres de Cette en Languedoc , portent
qu'il y avoit plus de 60. bâtimens chargez
de grains prêts à mettre à la voile pour
Collioure & Canette , d'où ils feront voiturez
par terre à Perpignan .
LE
pour
A Barcelonne le 12. Mars.
Es Troupes qui étoient en quartier aux
environs de cette Place , ont commencé
depuis 8. jours à fe mettre en marche
fe rendre fur les Frontieres du Rouf
fillón . Comme on apprehende que les
Troupes Françoiles n'infultent nos petites
Places de la Segre , on y va faire entrer des
garnifons . Tous les Convois partis d'ici
font heureufement arrivez à Cagliari . Il y
a
DE MARS. 161
a encore dans ce port 43. bâtimens chargez
gez de provifions ; c'eft la quatriéme &
la derniere partie du grand Convoi qu'on
y avoit préparé. Il arrive ici quantité de
petits bâtimens de Blane , de Mataro , de
San Filiou & autres Places de cette Côte ,
que l'on charge de toutes fortes de munitions
de guerre & de bouche , à mesure
qu'ils entrent dans ce port . Ces bâtimens
Catalans doivent mettre à la voile
fous l'escorte de quatre Vaiffeaux
de guerre & de trois Fregattes , pour
aller débarquer à Roles toutes ces provifions
, d'où elles feront voirurées par
terre jufqu'à Gironne où eft le Quartier
d'affemblée des Troupes on compte dé
ja prés 18. mille hommes cantonnez aux
environs de cette Place. Les deux nouveaux
Regimens de Miquelets ou Fufiliers
Montagnards , font prefque complets : Ils
feront habillez uniformement comme les
Troupes reglées ; mais , ils feront armez
à leur maniere ordinaire . Les fortifications
de nôtre Citadelle & de la Ville font pref
qu'entierement rétablies ; l'on acheve celles
du Fort que l'on conftruit entre le Montjouy
& cette Capitale.
:
"
162 LE MERCURE
J
A Bayonne le 18. Mars,
IL artive fucceffivenient des Troupes que l'on diftribue dans les Villages circonvoifias
, juſqu'à ce que l'on les faffe
camper dans le Plat païs entre cette Ville
& S. Jean pied de port. On fait ici de gros
Magalins de grains & de fourages pour la
fubliftance de ces Troupes . Le 9. il entra
dans ce Port fous l'escorte de trois Fregat
tes quinze Bâtimens chargez de farine , de
poudre , & de plusieurs pieces de canon de
campagne. Les Espagnols de leur côté font
des retranchemens dans les paffages & par
ticulierement fur la côte ; ils y ont élevé
quelques redoutes . Un Bâtiment Portugais
venant de Vigo , nous a appris qu'à fon
départ du Port de cette Place , un Exprés
de la Cour de Madrid y avoit apporté des
dépêches au Commandant , de faire partir
inceffamment les deux nouvelles Fregattes
pour le rendre à la Corogne , où eft le ren
dez- vous de plufieurs autres Bâtimens de
guerre Efpagnols qui doivent s'y être af
femblez pour tenter une entrepriſe confide
rable.
La Reine Douairiere d'Efpagne a été fort
incommodée , elle f porte beaucoup mieux
depuis quelques jours.
On attend ici le 23. M. le Prince de Cellamare
pour paffer de là en Espagne.
DE MARS. 163
A Rome le 7. Mars.
LE 7. du mois paffé , le Chevalier de
S. George , autrement le Prétendant ,
fut enfermé plus de deux heures avec un
Officier inconnu & affez mal vêtu , « qui
venoit d'arriver en pofte . L'aprés midi ,
il alla à un grand concert où il invita quelques
Seigneurs à venir le lendemain dîner
avec lui. S'étant retiré dans fon Palais , il
partit en pofte de grand matin avec le Duc
de Perth , le Comte de Marr , & M. Hill
fon Grand Ecuyer. L'on apprit quelques
jours aprés , que le Prétendant n'avoit fait
que le tour des murailles de Rome , pour
fe rendre à Albano où le Cardinal Acquaviva
Protecteur des affaires d'Espagne qui
l'artendoit , l'accompagna jufqu'à Neituno
, petit Port à quelques mil des bouches
du Tibre: Qu'en y arrivant,un Pinque étoit
venu le prendre , pour le conduire à bord
de l'un des deux Vaiffeaux de Guerre qui
étoit à une certaine hauteur de ce Port ,
pour le transporter jufqu'à Rofes . Le
Chevalier de S. George laiffa en partant
nn billet pour le Pape , dans lequel il informoit
fa Beatitude des motifs qui l'avoient
- engagé à prendre ce parti.
Ce qui avoit occafionné la nouvelle de la
detention du Pretendant ,dont les Gazettes
ont parlé , eft qu'en effet on avoit arrêté
O ij
164 LE MERCURE
le 17. dans le Milanez trois Chaifes de
pofte , dans l'une defquelles on avoit crû
que le Pretendant étoit . On n'a
pas laiffe
de conduire les perfonnes qui étoient dedans
à Milan , où elles font étoitement
gardées , mais traittées avec diftinction ,
fans qu'on fçache encore ni leurs noms
ni leurs qualitez ..
Les Lettres de Naples marquent qu'un
Convoi Imperial compofé de plus de so
Tartanes , efcorté par 14. bâtimens de
guerre tant Anglois que Napolitains , avoit
mis à la voile pour aller rafraîchir Siracufe
& Trapani de tout ce qui pouvoit manquer
à ces deux Places que de plus on
preparoit à Naples un tranfport de 9. ou
10. mil hommes , qui font cantonnés au
tour de cette Capitale , & nourris par les
Bourgeois . On croit que leur deftination
regarde Siracufe & Trapani , afin de faire
par là une puiffante diverfion aux Elpas
gnols , qui feront obligés en ce cas d'affor
Blir leur armée de Melazzo , pour s'oppofer
à ce corps de troupes Imperiales.
Le Cardinal Acquaviva a fait diftribuer
de l'argent aux domestiques du Pretendant
qui font reftés ici . Il fe trouve dans cette
Capitale un Prince de Heffe Caffel qui
doit fe rendre inceffamment à Naples pour
y commander fon Regiment . Le Gouvernement
a envoyé ordre au Vice Legat de
Bologne d'y faire une rigoureufe juſtice ,
DE MARS. 165
au fujet du meurtre commis par le Commandant
des Shires , fur la perfonne du
Marquis de Graffy , & l'on vient d'apprendre
que toute la Nobleffe de cette Ville a
pris les armes pour venger cet affafin ; ce
qui pourroit avoir des fuites fâcheufes , fi
l'on ne donnoit pas une prompte fatisfaction
à cette nobleffe.
On mande de Milan que le Comte Col
loredo Gouverneur de cet Etat , arriva le 4 .
en cette Ville .
t
A Genes le 17. Mars.
T
de-
N n'eft pas fans inquietude
puis que le Marquis de S. Philipe ,
Envoyé de la Cour de Madrid ici , a menacé
cette République de s'en retirer avant
la fin de ce mois , file Senat ne donnoit
pas une promte fatisfaction au Roy fon
Maître fur les griefs qu'il a contr'elle : il a
été refolu qu'on feroit une depuration vers
S. M. C. pour reprefenter à ce Monarque
l'impoffibilité où cet Etat fe trouve de pouvoir
fatisfaire aux demandes que fon Envoyé
a faites de fa part au Senat. On a appris
par l'arrivée d'un de nos bâtimens
venant de Malaga , qu'à fon depart du port
de cette Place , le Convoy preparé pour paffer
à Ceuta & à Melilla , avoit mis à la
voile le premier de ce mois fous l'efcorte
de cinq Vaiffeaux de guerre & de deux
G
166 LE MERCURE
Fregattes. Il est compofé de plus de 30.
bâtimens de charge , fourni de troupes ,
de munitions de guerre & de bouche
de toutes fortes de provifions.
D
Morts Etrangeres .
>
&
Om Sebaftien Carvalho de Mello , Com
mandeur de l'Ordre de Chrift , mourut à Lif
bonne le 19. Janvier dernier , âgé de 94.ans.
Jean Erbolde Baron de Fulgraf , Seigneur de
Schendorf , Confeiller de la Chambre Aulique de
l'Empereur , mourut à Vienne le premier Fevrier ,
âgé de 73. ans.
Marie Chriftine Comteffe de Trautfen & Falckenftein
, veuve de Sigifmond Georges Prince de
Dietrichftein , Grand- Chambellan de l'Empereur,
dont elle étoit la feconde Femme , mourut à Vienne
le 9 Fevrier , âgée de 69. ans .
Le Comte de Hohenzollern , mourut à Dreſde le
11 Fevrier.
François-Marie Ca¶ni , natif d'Arezzo, Capucin,
Prédicateur du Palais Apoftolique , qui avoit efté
nommé Cardinal du Titre de fainte Prifque par le
Pape Clement XI le 18. mai 1712. mourut à Rome
le 14. Fevrier , en réputation d'une grande vertu . ,
Nicolas Acciaioli , Florentin , Evêque Poftie ,
& Doyen des Cardinaux , mourut le 23. Fevrier.
Par la mort vaque un neufviéme Chapeau.
Le Comte de Lottum , Gouverneur de V vezel, &
General des Armées de l'Electeur de Brandebourg,
Roi de Pruffe , mourut le 24. Fevrier.
Paris.
Meffire Jean le Maire , Chevalier , Seigneur de
Montlivaut , ancien maître des Comptes ; moufur
le Fevrier. J
DE MAR S. 167
Meffire François le Gras , Chevalier , Seigneur du
Luart , des Loges , & c. qui avoit efé reçu Confeiller
au Grand Confeil en Aouft 1659. en mourut
Doyen le 6. Mars 1719. Iriffant pofterité.
Meffire Jacques - André de la Valogne . Chevalier
de l'Ordre de faint Lazare , ci devant Capitaine de
Cavalerie , mourut le 6. Mars.
Meffire Jean - François du Bois du Menilles ,
Prieur de faint Eftienne d'izé , mourut le 6. mars.
Il étoit fils de feu M du Bois du menillet Confeiller de
la Grand Chambre , & frère de M. du Menillet ,
Maitre des Requeftes.
Meire Jacques- Louis de Valon , Marquis de
Mimeure , Chevalier de l'Ordre de faint louis ,
maréchal des Camps & Armées du Roi , l'un des
Quarante de l'Académie Françoife , & qui avoit
été élevé Page de Monfeigneur le Dauphin , moufut
en Bourgogne te Mars.
Mehre Henry Bourdon , Correcteur des Comptes
, mourut le ra . Mars , laiffant une fi'le unique ,
mariée à M. Parent , Confeiller de la Cour des Aydes.
Meffire Huguet Baudouin , Chevalier , Seigneur
de Chamenft , Meftre de Camp de la Cavalerie Le
gere de fa Majefté , & Enfeigne des Gens- d'Armes
de la Reine , mourut le 15. Mars.
Dame Elizabeth le Fevre de Caumartin , veuve
de Meire Antoine de Belloy , marquis de Francicres
, Capitaine au Regiment des Gardes Françoifes,
mourut le 16 , Mais .
Meffite Gafton Jean -Baptifte Terrat , marquis de
Chantofme , &c. Commandeur des Ordres du Roi ,
Chancelier , Garde des Sceaux & Chef du Confeil
de S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans, Regent
de France , mourut le 19. mars , âgé de 78. aus
fans pofterité.
Meffire Pierre Clement , Evêque de Poigneux ,
y mourur le 6. Janvier 1719.
Meffire Emery Simon de Vizé , Seigneur d'Ar
168 LE MERCURE
cueil , Confeiller au Grand Confeil , mourut le 17.
de ce mois.
Charges & Gouvernemens.
En Fevrier 1719. le Sieur d'Elci , Clerc de Chambre
du Pape , fut déclaré Vice- Legat d'Avignon.
Dans le Confiftoire du 8. Fevrier le Cardinal Pau.
lacci fut propofé pour l'Evêché d'Albano , vaquant
par la mort du Cardinal d'Adda .
Le 3. Fevrier le Comte de Vveltz prêta ferment
de la Charge de Grand - Maître de la Maiſon de
l'Archiducheffe Elizabeth d'Autriche.
Le Fevrier le Comte de Mercy fut nommé
par l'Empereur General de la Cavalerie.
Le Prince Claude de Rafin & de faint Maurice ,
Gouverneur de Cremone , & General de Bataille ,
fut nommé Lieutenant maréchal general de Camp
Et le Comte de Stratman , Cap Prov. de la P.
de Breslau , fils du feu Comte de ce nom , Confeiller
d'Etat & Chancelier de la Cour de l'Empereur, fat
nominé Confeiller d'Etat.
En Fevrier le Roi d'Efpagne donna la Charge
d'Ingenieur General des Armées & des Places
d'Andaloufie à Dom Pedro Borraz , maréchal de
Camp.
Le Gouvernement de me illa en Afrique , à Dom
Francifco Ibanez , Maréchal de Camp.
Celui de Cartagene , au Comte de Riviere , maréchal
de Camp.
Celui de Portolongone , à Dom Diego maniqué.
y- Octo, Bigadier d'Armée.
La Lieutenance de Roi de la Citadelle de Pamplune
, à Don Diego de Canto, Colonel.
Celie de Tarragone , à Dom Philippe Freyré ,
Colonel.
1
Celle de Sarragofle , à Dom Francifco de Ibero,
Colonek h
Celle de la Ville de Pamplune , à Dom Fran
cifco de Efcobar , Colonel.
La
DE MARS . 169
•
La majorité de Cad'z , à Dom Gomez de Maraver,
Lieutenant- Colonel.
Er la Lieutenance de Roi de Palma , à Dom м2-
nuel Feliz Odorno , Brigadier.
Le 17. Fevrier N Spencer , Comte de Sunderland
, qui étoit Prefident du Conſeil Privé , fut
no nmé par le Roi d'Angleterre , Premier Gentilhomme
de fa Cambre.
N. Pierrepont , Duc de Kingfton , qui étoit Garde
du Sceau Privé , fut nommé Préfident du Confeil
Privé.
N. Duc de K nt , qui étoit Grand - Maître de
la maifon du Roi , fut nommé Garde du Seau Privé .
N. Duc d'Argile , qui étoit premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Galles , fut nommé
Grand- maitre de la maifon du Roi.
Et le Prince de Galles donna la Charge de Premier
Gentilhomme de fa Chambre à Milord Lumlay,
fils du Comte de Scarboroug.
Mariages Etrangers .
Le Prince Ferdinand , troifiéme fi's de l'Electeur
de Baviere , époufa le s . Fevrier en Bohëme , N.
Fille de feu Philippe Guillaume- Augufte de Baviere
, Comte Palatin du Rhin , Frere de l'Electeur ,
& d'Anne Marie- Françoife Ducheffe de Saxe- Lau
vembourg , laquelle eft remariée à Jean Gafton de
Medicis Prince de Tofcanne.
Frederic Comte de Harrach , Chambellan de
l'Empereur , fils de Louis Comte de Harrach , Maréchal
de la Baffe Autriche , épouſa à Vienne le 5 .
Fevrier , Eleonore Princefle de Liechtenſtein , Dame
de la Cour Imperia e , & fille d'Antoine Prince
de Liechtenſtein , Grand- Maiftre de la Maifon de
l'Empereur.
Paris.
Le 27. mars Monfieur le Prince de Bournonville,
Mars 1719.
P
170 LE MERCURE
·
fils de feu Alexandre Albert François Barthelemy
Prince de Bournonville , & c. & de Charlotte Victoire
d'Albert I uynes , ép ufa mademoiſelle de
Guiche , fille d'Antoine- Charles de Grammont ,
Duc de Guiche , Pair de France , Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes , & c. & de Marie-
Chriftine de Noailles. Je ne vous dirai rien des
Maiſons de Grammont & de Noailles , qui font rapportées
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , du Pere Anfelme ; mais pour vous don⚫
ner une idée de celle de Bournonville , je ne la rapporterai
que depuis
Oudart de Bournonville , Comte de Henin - Lietard
, Seigneur de Capres , & autres Terres confiderables
de Flandres , qui fut Chef des Finances du Roi
d'Efpagne : il époufa marie Chriftine d'Egmond ,
fille de Lamorat d'Egmond , Prince de Gaure , Chevalier
de la Toifon d'Or, Gouverneur de Flandres &
d'Artois , & de Sabine de Baviere , fille de Jean
Comte Palatin du Rhin , Prince de Simmeren , &
de Beatrix de Bade , dont il eut
Alexandre Duc de Bournonville premier du
nom , Comte de Henin , & c . Chevalier de la Toifon
d'Or , mort le 22. Mars 1656. âgé de 70. ans .
Il avoit épousé le s . Septembre 1611. Anne de
Melun , fille de Pierre de Melun , Prince d'Efpinoy ,
& c. & d'Hypolite de Montmorency Bours , morte
le 18. Octobre 1666 âgée de 75. ans , dont il eut
entre autres enfans , Ambroife Duc de Bournonville ,
Chevalier d'Honneur de la Reine Marie- Thereſe
d'Autriche, & Gouverneur de Paris , mort en 1693.
Ja ffant de Lucrece Françoife de la Vieuville , fille
de Charles Duc de la Vieuville , Chevalier des
Ordres du Roy , & Sur- Intendant des Finances ,
qu'il avoit époulée en 1655. mort le 22. Janvier
1678. pour fille unique, Marie Françoife de Bour
nonville , née en 1658. mariée le 13. Aouft 1671.
à Anne Jules Duc de Noailles , Pair & Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi, grandDE
MAR S.. 17 [
Pere de la nouvelle Epoufe , & Alexandre fecond
du non , qui fuit ,
Alexandre 2. du nom , Prince de Bournonville ,
Comte de Henin , & c. Chevalier de la Toifon
d'Or , General de Bataille des Armées de l'Empereur
, puis de celles du Roi d'Eſpagne , & Viccroi
de Catalogne & de Navarre, avoit époulé en 1656.
Erneftine-Françoife Princeffe d'Aremberg & du s.
Empire , fille de Philippe Charles Prince d'Areme
berg , Duc d'Aricot , Chevalier de la Toifon d'Or ,
& d'Ilabelle Claire de Berlaymont , morte en cou¬
ches le 10. Octobre 1663 , ayant eu entre autres enfans
, Alexandre- Albert François-Barthelemy , qui
fuit >
Alexandre- Albert- François Barthelemy , Prince
de Bournonville , Comte de Henin , &c . aprés avoir
fervi la France en qualité de Sous - Lieutenant des
Gens d'Armes de la Garde du Roy , & de marée
chal de Camp , mourut à Bruxelles , aprés une lone
gue maladie , en Acuft 1705. il avoit épousé la
29. Adult 1682. Charlotte- Victoire d'Albert , fills
de Louis- Charles Duc de Luynes , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , & c . & d'Anne de
Rohan , fa feconde femme , morte en couches le
22. Mai 1701. en fa 34. année , ayant eu entre autres
enfans M. le Prince de Bournonville , qui vient
d'époufer Mademoiselle de Guiche ; & Angelique
Victoire de Bournonville , mariée le 5. Janvier
1706. à Jean de Durfort , Duc de Duras .
Meffire Antoine- Arnaud de la Briffe , Confeiller
au Parlement , fils de feu Meffire Arnaud de la
Briffe Procureur General du Parlement , & de Dame
Boane de Barillon , la feconde femme, époufale
Mars Damoiſelle N. Quantin de Richebourg , fille
de meffire Charles- Bonaventure Quantin , Seigneur
de Richebourg , Maitre des Requêtes & de Dame
Catherine Jeanne de Ragareu.
Meffire Louis- Emanuel de Loftanges , Marquis
de Saint Alvaire , Senéchal & Gouverneur de Quer-
Pij
172 LE MERCURE
&
ci , a épou'é Damoifelle N. de Longa , d'une des
plus nobles & anciennes Familles du Perigord ,
trés-riche heritiere . La Maifon de Loftanges eft
divifée en quantre branches ; cel'e des marquis de
Saint Alvaire en Perigord ; des Marquis de Beduer
en Querci ; des Comtes de Pai hez en Xaintonge ;
des Marquis de Felzins en Rouergue. Voyez pour
la Genealogie de M. le marquis de Loflanges ,
la derniere édition de moreri,
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit la Fufée , & celui de la feconde
, le Soulier.
ENIG ME.
O
Vous les Oedipes du tems
Developpez moi ce myftere !
Je fuis comme le Sphinx cu comme la Chimere ,
Compo'é d'Eftres differens.
D'une quadrupede machine
Ma têe pread fon origine ,
Le refte , d'animaux volan's :
D'une chofe vegetative
Mon corps s'allonge extrêmement.
Ma profeffion eft etive ,
Et copen ant
Sans le fecours d'autrui je fuis fans mouvement .
Mais auffi par mon miniftere
Subfifte une Divinité ,
Dont en dit qu'Amour est le Pere.
Par neuftraits differens d'une extrême beauté
On reconnoît fon caractere .
Princes & Rois lui font la cour ;
Piuficurs de qualité vulgaire
La lui font de même à leur tour :
Use herbe metamorphofée
te doucde
66
b
mefairen
ju
41 6
Mais
encou
6
то
DE
173
MAR S.
J
Ef fon ordinaire féjour .
Au tems de Saturne & de Rhée ,
Je n'étois pas encore au jour.
AUTRE.
E parviens rarement à l'âge de vie lleffe ;
Mon pe chant naturel et de finir bientôt ..
On donne pour leçon qu'il faut veiller fans ceffe
Afin de conferver mon importun dépôt .
"Ces foins font fuperflus , j'échappe & je m'envole;
Je fuis déja bien loin lorfqu'on croit me tenir ;
En vain à fa fureur en croit que l'on m'immole ;
Car louvent je fuis mort , lorfque je dois moutir.
CHANSON .
?
Gutons la charmante douceur
De nous engager l'un à l'autre.
Iris , je vous donne mon coeur
Daignez me faire un don du vôtre.
Je fai qu'il faudroit du retour
Si l'on jugeoit par le menite
Mais envers vous je ferai quitte ,
Si l'on en juge par l'Amour.
>
JOURNAL DE PARIS.
Benefices Donnez .
E 2. Mars 1719 La Coadjutorerie de
LI Abbaye de Gif , Ordre de S. Benoift
D.ocefe de Paris, à Madame de Segur Re- ››
Piij
374 LE MERCURE
ligieufe Profeffe de ladite Abbaye."
Le Canonicat prebendé de l'Eglife Collegiale
& Paroiffiale de S. Hypolite de
Poligny , Diocefe de Befançon , au feur
Claude- Denis - Jofeph Martin Prêtre dud.
Diocefe.
Le 6. l'Abbaye de Bourgueil Ordre de
S. Benoist Diocefe d'Angers , du revenu
de 17000 liv. vacante par la mort de M.
l'Abbé de Louvois , a été donnée à M.
l'abbé Dubois Miniftre & Secretaire d'Etat
des Affaires Etrangeres .
Le 11. l'Abbaye commend. de Megemont
Ordre de Ciftcaux , Diocefe de Clermont,
au Geur Jacques Antoine de Segonzac
Prêtre & Chanoine de l'Eglife de Chartres,
& Grand Vicaire de l'Evêché de Nante .
L'Abbaye de la Joye Diocefe de Vannes
Ordre de S. Bernard , à Madame Dufay
d'Athy de Cilly Religieufe Profefle dudit
Ordre.
L'Abbaye de S. Remy des Landes Ordre
de S. Benoist , Dioceſe de Chartres , à Madame
Marie- Anne de Thubiers de Caylus,
Religieufe profeffe du même Ordre.
Le Doyenné de l'Eglife Royale & Collegiale
du Puy N. D. Diocefe de Poitiers,
au fieur Charles Blondé.
Le 14. l'Abbaye de Vauluifant , Ordre
de Cifteaux , Diocefe de Sens , de 12000
liv. à M. l'Archevêque de Sens .
Le 17. Le Prieuré fimple & commen--
DE MARS. 175
dataire de S. Gobert , Diocefe de Laon ,
au ficur P. Jacques Lefcot.
Le 26. l'Abbaye de Villeneuve , Ordre
de Cifteaux Diocefe de Nantes , donnée à
M. l'Abbé Montgault Precepteur de Monfeigneur
le Duc de Chartres , & l'un des
quarante de l'Academie Françoife .
Le premier Mars , le Roi a accordé une
penfion de quarante mille livres à Mademoifelle
de Charolois.
M. le Comte de Nogent a vendu cent
15. mille à livres M. le Vicomte de Beau
ne , la Lieutenance generale de la balle
Auvergne .
On a û nouvelle que le Prince de Cella -
mare étoit parti le 18. du paffé de Blois ,
pour repaffer en Efpagne. M. du Lybois
l'accompagnera jufques fur la frontiere . La
Cour a envoyé des ordres à Bayonne pour
rendre les honneurs dûs à fon caractere.
On doit tirer le canon à fon entrée & à fa
fortie on lui prefentera le vin de Ville ;
& il aura une garde de so. hommes à fa
pórte avec un Drapeau .
M. le Marquis du Chelart a vendu for
Guidon de Gendarmes cent mille livres à
M. le Marquis de Colbert.
La Cout a gratifié M. le Duc de Trefmes
Gouver. de Paris, d'une penfion de 20000l ..
M. Moreau Procureur du Roi , a été honoré
d'un Brevet de Confeiller d'Etat .
Le 4. M. le Duc de Mortemart a û l'as
Piiij .
176 LE MERCURE
grément de vendre à M. le Duc de S. Aignan
, le Gouvernement du Havre de
Grace.
Le 7. M. le Cardinal de Rohan fe mit
en chemin pour retourner à Savernes .
Avant fon départ , il a obtenu de S. A.
K. que M. Baile Chanoine de S. Germain
l'Auxerrois , fe démettroit de la Charge
de Chapelain ordinaire du Roi , en faveur
de M. l'Abbé Baile fon neveu .
Le 8. la Ville de Paris eft en traité pour
acheter l'Hôtel de Clugni rue des Mathurins
, pour y établir des Prifons publiques .
Le petit Châtelet fera démoli , & le terrein
fera cedé à l'Hôtel-Dieu qui pouffera le
Bâtiment neuf jufqu'à cet endroit .
Le 12. on enleva par ordre de la Cour
17. perfonnes de l'un & l'autre fexe au
fortir des Hôtels des Ambafladeurs d'Angleterre
& de Hollande où elles étoient allées
ent udre le Prêche. On les conduifit en
prifon d'où elles ont été élargies quelque
tems aprés.
On executera bientôt le deffein que l'on
a pris d'aggrandir la place du Palais Royal,
en abbatant un certain nombre de maifons
qui appartiennent au Roi. On y élevera
un grand Refervoir d'eaux , pour les diftribuer
aux Tuileries . Le bas du Refervoir
doit être décoré d'une magnifique Fontaine.
M. de Dillon Irlandois & Lieutenant
DE MARS. 177
General des Armées du Roi , nommé par
la Cour depuis quelque tems pour aller
commander les Troupes en Provence , a reçû
un contr'ordre.
*
Les cinq millons dont on avoit fait propofer
des foufcriptions pour la conftruction
d'un Canal de Lyon à Marſeille , font entierement
remplis . Les actions font hauffées
à quinze pour cent de profit . On fe difpofe
à travailler à ce Canal le mois prochain ,
& l'on fait état qu'il fera achevé à la fin
de l'année 1710.
Le 16. Madame alla à l'Abbaye Royale
de Chelles , pour y voir Madame d'Orleans
fa petite fille.
Le 17. M. le Comte de Ribeira Ambaffadeur
extraordinaire de Portugal , ût audience
particuliere du Roi , dans laquelle
il prefenta à S. M. Mr. le Comte d'Acun- .
ha ci-devant Ambaffadeur du Roi de
Portugal en Angleterre , qui doit paffer à
la Cour de Madrid en cette même qualité.
Le 20. Madame Ducheffe de Berri ,
partit du Luxembourg , accompagnée de
M. le Duc d'Orleans , des Princefles du
Sang , & de quarante- huit Dames de la
Cour pour aller à l'Opera. Cette Princeffe
qui étoit couverte de pierreries , ainsi que
les Dames qui l'accompagnoient , fe plaça
à l'Amphiteatre fur un tauteuil que l'on
avoit û foin d'y preparer avec un grand
tapis , & fic à l'iffue du Spectacle un pre173
LE MERCURE
fent de cent piftoles aux Acteurs & aux
Actrices.
Le 22. M. le Baron de Hop Ambaſſadeur
ordinaire des Etats Generaux des Provinces-
Unies , eut auffi audience particuliere
du Roy , dans laquelle il prefenta à S. M.
Mr. Colfter qui va pareillement en Efpagne
en qualité d'Ambaffadeur des mêmes.
Etats Generaux .
M. Pelletier de la Houffaye Confeiller
d'Etat , & au Confeil des Finances , a été
nommé Chevalier , Garde des Sceaux ,
Chef du Confeil & Surintendant des Maifons
& Finances de S. A. R. Il remplace
dans cette Charge M. Terrat , mort le 19.
Le Roi a donné à M. le Marquis de
Prie , ci- devant Ambaffadeur de Turin ,
Neveu de Madame la Ducheffe de Ventadour
, le titre de Seigneur attaché à l'Education
de S. M. avec toutes les Entrées
dans la Chambre & le Cabinet . Monfeigneur
le Regent a donné l'ordre aux Offi
ciers des Gardes de la Porte du Roi , de
laiffer les honneurs & les entrées du Louvre
, libres à M. le Prince de Bade- Dourlac
.
M. Balon Maiftre à Danfer du Roi , a
obtenu la Charge de Compofiteur des Balets
de S. M. aux appointemens & gages de
3600. liv . Cette Charge étoit occupée cidevant
par M. de Beauchamps .
4
DE MARS.
179 1
La Charge de Maiftre d'Hôtel du Roy ,
du quartier d'Avril , a efté venduë à M. de
la Folenne qui en a prêté ferment entre
les mains de M. le Duc , Grand Maiſtre
de la Maifon du Roy. Cette même charge
avoit été vendue l'année derniere , par M.
de Verton nommé Envoyé auprés du Czar
de Mofcovic , à M. Godin qui n'a pas jugé
à propos de s'y faire recevoir.
M. de la Vallette Maiftre d'Hôtel de
Madame Ducheffe de Berry , fils de M. de
la Vallette, Huiffier de la Chambre du Roi,'
a acheté la charge de Gentilhomme ordinaire
du Roi , que M. Mefiers Maiftre
d'Hôtel de S. M. avoit vendu à M. d'Apougny
.
M. de Bofc frere de M. le Procureur General
de la Cour des Aydes , a achetté de
M. de Beaurepaire la charge d'Ecuyer du
Roy.
Meffieurs Croifillac & la Fage , anciens
Exempts des Gardes du Corps , ont cedé
leurs Bâtons à M. de Villemont & à M. le
Marquis
d'Hautichamps Capitaine de Cavalerie
. Le Roy a continué aux deux premiers
la penfion de 1500. liv. qu'il accorde
ordinairement à la fortie du fervice .
S. M. a en même - tems gratifié les deux
anciens Brigadiers qui prétendoient à ces.
deux Bâtons , d'une penfion de 600 , livres
chacun..
Le Roy a accordé à M. le Premier
180 LE MERCURE.
Prefident du Parlement de Bordeaux , une
penfion de 2000. écus , & une autre pareille
à M. le Gendre Intendant de Tours.
Madame la Princeffe de Conty feconde
Douaniere , eft rentrée dans la belle Terre
du Duché de Mercoeur , eftimée près de
900. mille liv . Cette Terre fort de la Maifon
de Vendofme.
M. le Marquis de Livry premier Maître
d'Hôtel du Roy, & M. fon fils reçû en furvivance
, ont obtenu les grandes entrées
chez le Roy.
Le General Ranck Suedois , qui vient
notifier la mort du Roy de Suede au Roy,
reftera ici en qualité d'Ambaffeur de cette
Couronne.
Le 25. jour de l'Annonciation , Monfcigncur
le Duc Regent , alla entendre la Mcffe
à Notre - Dame , précidé de M. l'Evêque
de Nantes & de fcs Aumôniers . M.
le Cardinal de Noailles fuivi de tout fon
Chapitre , vint recevoir ce Prince juſqu'au
Parvis, & lui prefenta avec le goupillon de
l'eau benîte . Cette Eminence accompagna
S. A. R. au Choeur. A l'iffûe de la Mille,
M.le Cardinal de Noailles reconduifit M.
le Regent avec les mêmes ceremonies , juf.
qu'à la portiere de fon caroffe.
Le 26. M. le Marquis de Montforeau, fils
de M. le Marquis de Sourches , Prevôt de
l'Hôtel & Grand Prevôt de France , prêta
ferment entre les mains du Roy , en preDE
MARS. 181
fence de le м. Duc d'Orleans , pour cette
Charge dont S. M. lui a accordé la furvivance
.
Le 27. les Députez des Etats d'Artois
ûrent audience du Roy , & prefenterent le
Cahier de la Province à S. M. Ils furent
prefentez par le Prince Charles de Lorraine
Gouverneur de la P.ovince , & par M. le
Marquis de la Vrilliere. La Députation étoit
compofée de l'Abbé de Valbelle Aumônier
du Roy pour le Clergé , du Baron
de Greincourt pour la Nobleffe , & du
Sieur de Groifillier Avocat pour le Tiers,
Etat .
Meffire Roger Brulart Marquis de Puyfieux
& de Sillery , Chevalier des Ordres du
Roy , L. Gen. de fes Armées , Confeiller
d'Etat d'Epée , Gouverneur d'Huningue &
d'Epernay , ci - devant Ambaffadeur de
France vers les Cantons Suiffes , mourut
en cette Ville le 28. du mois dernier , âgé
de 79. ans. Le Roi a donné le Gouver
nement d'Huningue à M. Fouquet de
Belle- Ifle, Maréchal de Camp des Armées
du Roy.
Le 26. Monfeigneur le Duc Regent vint
faluer le Roi pour la premiere fois , depuis
les
quarante jours qu'il s'eft abftenu de voir
S. M. à caufe de la petite verolle de Mademoifelle
de Chartres .
Le 29. M. le Duc de Richelieu & M.
le Marquis de Saillant , Colonel dur Regi
182 LE MERCURE
ment de ce nom , reçûrent chacun un ordre
du Roi pour fe rendre à la Baſtille .
Le 30. il parut fur les 8. heures & demie
du foir , un globe de feu qui couroit du
Nordau Sud. La lumiere qu'il répandit ,
fut firefplandiflante, que tout l'Amotſphere
en fut éclairé comme en plein midi . Nous
pourrons rendre raifon le mois prochain de la
caufe de ce Phenomene. Les Journaux ont
parlé depuis peu d'une espece de Comete ,
qui parut à enife le 22. Fevrier fur les
3. heures aprés minuit : Elle décrivit un
cercle du Nord au Sud. Une heure aprés
elle difparut , laillant dans fa route une
corde de feu qui s'évanouit un moment
aprés.
Le 31. M. le Marquis de Senneterre , L.
General des Armées du Roi, nommé par la
Cour à l'Ambaflade d'Angleterre , partit
en pofte pour en aller faire les fonctions.
Un Enfant de Famille de cette Ville ,
âgé de 13. à 14. ans , mais petit pour fon
âge , affez beau de vifage , & qui a les
cheveux d'un chatein brun , eft forti le 15 .
de ce mois de la maison paternelle fans qu'on
puiffe fçavoir où il s'eft retiré. Comme il
n'aura pas manqué de déguiſer ſon nom &
fa famille , fes Parens qui font dans une extrême
affliction , prient les perfonnes qui le
reconnoîtront au portrait qu'on en donne ici,
de le garder à vie , & d'en donner avis fur
le champ , ou de le ramener dans un caroße ,
DE MAR S. 183
pour qu'il ne leur échappe pas , à M. le
Vicaire de S. Louis eu l'Ile
Le .... on a joué pour la premiere fois
au Théatre François la Reconciliation Nor
mande , Comedie en vers & en cinq Actes
de M. Dufrefny : Cette Piece fut recûë du
Public trés favorablement , & a été jouée
avec un fuccés égal , juſqu'à la cloture du
Theatre On la reprendra aprés ces Fêtes ,
parce qu'il s'en faut beaucoup que le goût
du Public pour cette Piece , foit ralenti .
Je n'en donne point d'extrait ici , pour ne
pas violer l'engagement que j'ai pris avec les
Auteurs , de n'examiner leurs Pieces , que
lorfqu'elles font dévoluës aux Comediens.
Le 11. Mars , le Roi vit pour la derniere
fois la reprefentation du Bourgeois Gentilhomme
, mêlée d'iutermedes , de danſes &
de mufique. Les Princeffes du Sang & plufieurs
autres Dames de la Cour y parurent
en robes,& accompagnerent le Roi jufques
dans fon Cabinet .
Le 3. Avril on a brûlé à l'Hôtel de Ville
1056. Billets de l'Etat , montant à la fomme
de 1229 mil 300 liv . ce qui fait avec
les autres Billets brulez jufqu'à ce jour
98232. Billets , montant à la fomme de
foixante-dix neuf millions 9,6 mil 190 liv.
Le lendemain de la Quafimodo les Fables
nouvelles dediées au Roy , par M. de
la Motte de l'Academie Françoife , feront
en vente chez Gregoire Dupuis , ruë faint
Jacques à la Fontaine d'or.
184 LE MERCURE
J
E remercie la perfonne inconnuë qui a
bien voulu me communiquer la Lettre
fuivante. Quoyque écrite naturellement , elle
n'en eft pas moins curieufe par certains petits
détails que l'on ne trouve point dans les Relations
ordinaires . Nous la donnons telle que
nous l'avons reçûë . C'eſt un Mari qui écrit
à fa femme.
A LA NOUVELLE ORLEANS
Province de la Louifiane fur le
J
Le
5.
Miffiffipi.
Novembre 17.8.
E n'ay pu vous écrire jusqu'aprefent ,
faute du retour de Vaiffeaux
J'arrivai en ce Pays- ci le 25. Août dernier
jour de S. Louis . Vous m'avez demandé une
legere defcription du Païs : la voicy . ..
C'eft un Terroir charmant qui commence
à fe peupler ; je me fuis retiré à l'endroit
où l'on établit la Capitale de ce Pays que
l'on nomme la nouvelle Orleans ; elle aura
de circuit une lieuë de tour , elle eft fituée
fur le bord du Fleuve de Miffiffipi qui à
prés de 800. lieues de cours. Le Païs qui
a une très grande étendue , eft rempli de
Mines d'or , d'argent , de cuivre & de
plomb en differens endroits. J'ai voulu
m'attacher à la Capitale de cette Province
par
DE MAR S. 185
par le monde qu'elle va contenir , par le
centre du commerce & l'affemblée des
Chefs. J'efpere de ne m'en point repentir.
Je fuis avec un bon ami , en attendant
que M. le Gouverneur m'ait fait marquer
mon terrein , qui doit être de trois arpens
de face , fur quarante de long , faifant
120. arpens de terre. Ces terres me feront
données en propre à moy & aux miens ,
avec les grains pour les enfemencer. Je fuis
aidé dans mon travail par mon ami a charge
de revanche. De 900. perfonnes embarquées
il n'en est mort que fept , & encore gens
d'àge & malades . Il y avoit avec nous
quarante cinq femmes ou filles . Il y a trente
licuès à remonter par eau pour venir à
la nouvelle Orlcans ; l'on couche à terre
toutes les nuits . Je fuis actuellement dans .
les dépendances de la Ville , plus en fûrereté
que dans une Citadelle , quoiqu'entouré
de Sauvages & de François , avec
lefquels on ne court aucun rifque. La bonne
foy eft telle , que chacun laiffe fes portes
ouvertes , s'entr'aidant les uns les autres .
Les Maifons font fimples , baffes comme
dans nos campagnes , couvertes de grandes
écorces d'arbres & de groffes cannes . Les
habilemens à la volonté de chacun , mais
fort fimples ainfi que les ameublemens
chaifes , lits , tables , coffres , batterie de
cuifine car les tapifferies & les beaux lits
font inconnus. L'on y prefere le Commer186
LE MERCURE
ce , la culture des terres , des arbres & des
plantes, à toutes les chofes vaines & inutiles.
La nourriture confifte en farines venant de
France , & en bled d'Indes qu'on recueille
en abondance . La terre y eft excellente &
d'un grand raport . Elle produit toutes fortes
de legumes , & des fruits beaucoup
meilleurs qu'en France , & en plus grand
nombre. L'on a à fort bas prix des vaches ,
cochons , poulets , &c.Il cft facile pour peu
de chofe de garnir une baffe cour. Le Pays
eft fertile en boeufs fauvages , Chevaux ,
Ours , Léopards , Reptiles & autres Auimaux
qui fuyent devant les Hommes ,
& ne leur font aucun mal. Tous les Gi .
biers de France , & d'autres qui n'y font
pas connus , y abondent ; ils fent de trésbon
goût ; les Sauvages en fournillent
tant que l'on veut pour trés peu de chofe .
Il fait toûjours chaud ici ; mais la grande
chaleur ne dure que depuis dix jufqu'à
trois heures . On travaille pendant ce
tems dans les Maifons ; l'en fe porte bien
& l'on voit de belles vicilleffes . A peine
étions nous débarquez , que les filies que
nous avions , ont été promptement & bien
mariées. La tranquilité cft ici fort grande,
& la focieté agréable. Il ne s'y paye aucun
impôt On ne vous demande rien ; tout
vôtre bien eft à vous , & vous vivez independant.
Voilà tout ce que je puis vous dire
ala hâte de cePais : Tachez d'y venir au re
DE MARS. 187
3
F
tour du Capitaine Japy , qui doit partir
inceffamment d'ici pour aller recharger en
France La Compagnie donne gratis le
paffage & celui des hardes & uftenciles ,
&c. Vous engagerez les Ouvriers qui nous
font neceffaires , pour trois années du jour
de leur arrivée , feulement pour leur pain ,
nourriture & entretien , tant fains que malades
, à charge , au bout des trois années,
de leur faire donner une Conceffion par la
Compagnie , de trente arpens de terre ; ce
que je ratifierai quand vous fercz arrivée .
Je ne puis faire mon travail de l'Amidon ,
que dans les mois d'Avril & de May , &
que je n'aye découvert plufieurs plantes &
beaumes dont j'efpere faire un commerce
folide. On m'a appris qu'il y avoit au Miffifipi,
un nomme Duval, trés habile Chimister
venu de Paris de la part du Roi , pour
prendre connoiffance des fimples & des
curiofitez du Païs : Tout le monde va à lui
pour être gueri : J'ai auffi pris la qualité
de Chimifte ; je diftile des fimples , & je
me fuis joint à un fameux Chirurgien qui
me communique tous fes fecrets . Je fuis
dans la difpofition de mettre en ufage l'établiffement
des Amidons de racines qui
font ici en grand nombre , & même des .
grains , quand on en recuci lera une quant
tité fuffifante ; ce qui fera un commerce
confiderable dans cette Provinces, & mês
me trés avantageux à la Compagnie. Jee
Qin
188 LE MERCURE
vous attend pour vous aller recevoir à l'Ifle
Dauphine. Je fuis vôtre fidele époux , Fr.
Duval.
ques pour
P. S.
Ilya à l'Ile Dauphine un Fort avec
Garnifon Francoife , & une centaine de
Maifons le long du Port. Cette Ifle eft à
neuf ou dix lieues de la terre ferme de la
Loüilianne , où l'on defcend dans des Baraller
au nouveau Fort - Louis fitué
fur la rive gauche de la longue & large
Baye, qui eft à l'embouchure de la Riviere
de la Mobile dans la Mer ; la rive droite
de cette Baye eft de la domination Efpagnole
. Nôtre établiffement du nouveau Fort
Louis de la Mobile , cft plus confiderable
que celui que nous avons chez les Natchez
où nôtre Fort cft nouvellement conftruit .
Les Natchez font une Nation affez confiderable
, fituée fur le Mifliffipi à cent
lieues ou environ au deflus de la nouvelle
Orleans . Ils vivent dans un fort beau & bon
Païs , mais les Oumas qui font auffi fur le
Miffiffipi , entre les Natchez & la nouvelle
Orleans , habitent des plaînes charmantes
& dont les terres font trés- propres
pour y femer toutes fortes de grains .
M. Odier Premier Prefident de la Cour
des Monnoyes , & M. Herault Procureur
General du Grand Confeil , obtinrent chacun
le mois dernier un Brevet de Confeil
lord'Etat
.
DE MAR S. 189
f
***** MINI Mini Ini ! TRIKIN
SUPPLEMENT
aux Nouvelles Etrangeres.
On a appris que le Prince Philippe Maurice
de Baviere , qui depuis fon Election à
l'Evêché de Paderbon , avoit été encore
proclamé Evêque de Munfter le 21. étoit
mort le 12. à Rome de la petite verole. Le
P. Clem . fon frere & 4. fils de lElecteur ,
lui a fuccedé , ayant été élû le z6 . & le 27-
Extrait des Lettres de Londres du 27.
Le 2 l'Orateur de la Chambre des
Communes , rapporta la réponse que le.
Roy avoit faite le jour précedent à leur adreffe
, dont voici la copie.
Meffieurs.
E reçoi cette Adreffe comme une nou
velle marque de ce devoir & de cette affction
que vous avez fi fouvent témoignée
pour ma Perfonne & mon Gouvernement.
Jefpere avec la benediction de Dieu, qu'elle
me mettra en état de faire échouer les
defleins de nos Ennemis , & de pourvoir
efficacement à la fûreté & à la profperité de
mon Peuple, n'ayant rien de plus cher que
lui.
La Flotte d'Espagne n'a point encore paru
dans ces Mers ; on fit cependant partir la
femaine paffée un Exprés , pour demander
aux Etats Generaux quatre Bataillons en
190 LE MERCURE
cas de befoin. Outre cela , on a avis que
dix mille hommes des Troupes Françoiles ,
font en marche pour fe rendre fur les Côtesde
Normandie. L'Envoyé de l'Empereur
a cu ordre d'offrir au Roy une partie des
Troupes que S. M. I. a dans les Pays - Bas
pour le même effet ; mais bien des gens
croyent que le deffein des Efpagnols regarde
plûtôt l'Amerique pour attaquer une .
de nos Ifles. On craint pour la Jamaïque .
Le 25. il arriva un Exprés de France avec
avis que le Duc d'Ormond s'étoit cmbarqué
le 12 , ce de mois au Port du Pallage
prés de Fontarabie , avec 4. Compagnics de
Grenadiers à bord de deux Fregattes , pour :
aller joindre , à ce qu'on croit , à une
cerraine hauteur le Convoi de Cadix.
Les Doyens des Corps de Métiers de Bruxelles,
ont été enfin forcez de confentir à
la levée des deux vingtiémes deniers dans
la Ville , & des trois vingtiémes dans le
plat Pays . Le refus qu'ils en avoient fait
jufqu'à prefent , avoit occafionné tous
les troubles dont on a ci- devant parlé.
Quoyque l'on ait mandé de Berlin que
le General Bulavy avoit eu du défavanta
ge dans l'action qui s'eft paffée le 6 dans
le Mckelbourg , il paroît cependant qu'il
eft le Maiftre du pays car , après avoir
laillé garnifon dans la Ville de Svverin , il
prit poneffion le 14. de Guftrovv , & le
19.de Rofto.k, de forte que le Duc de Me.
:
DE MAR S. 191
kelbourg fe voit à la veille d'être dépouillé
de fes Etats-
Par les dernieres Lettres de Naples , l'on.
a appris qu'il fe faifoit un grand feu de part
& d'autre devant Melazzo : Que les Efpagnols
, aprés avoir ruiné à coups de canonun
ouvrage avancé , avoient fait une breche
confidérable ; mais , que les affiégez
l'avoient reparée avec des facines , & avoient
fait plufieurs retranchemens derrier ;
de forte qu'il paroilloit difficile qu'ils puffent
y donner l'affaut . Les Efpagnols ont
reçu depuis peu un renfort de 3000. hommes
, qui ont été tranfportez da Portolongone
& 2000. autres de Sardaigne. La preniere
colonne des Regimens Imperiauxqui
marchent par l'Etat Ecclefiaftique , efti
entrée dans le Royaume.
J APPROBATION.
" AY la per l'ordre de Monfeigneur le Gar
des Sceaux , le Mercure Galant du mois de Mars.
A Paris le premier Avril 1719.
BLANCHARD.
TABL E. 1
Enfées fur differens fujets par M. de
Marivaux. PE
page s
Extrait de deux anciennes Relations des Indes
de la Chine.
4[
Nouvel Etabliffement dans l'Iße Royale ascordé
à M. de la Boularderie.
Poëfies.
Arrefts notables du mois,
955
192 LE MERCURE
Promotion des Lieutenans Generaux & Ma
rêchaux de Comp.
Les deux Domino Avanture du Bal.
Remarques critiques fur la nouvelle Oedipe
de M. de Voltaire
Nouvelles Etrangeres.
77
87 .
104
123
166
Charges & Gouvernemens Etrangers. 168
Morts Etrangeres & de Paris .
Mariages Etrangers & de Paris.
Enigmes
Chanfon.
Journal de Paris.
Enfant perdu.
Supplement.
Errata du mois de Fevrier.
169
172
173
173
182
189
Pages 1. 27. lorfque l'idée , lifez lo fqu'une
idée: P. 7.lig. 2. Noms ,'. Nombres P. 7.1 25. les
plus aifez, ajoûtez & les plus coulans P.12.1.3.qu'il
poflede , lifez qui les poffedent.
L'Epître de Leandre à Hero que nous avons inferée
le mois paffé , eft de M Bouhier Prefident au
Paiement de Bourgogne, Voici les fautes qui fe font
gliées dans cette Epître.
ies
P. 85. vers 12. mes bords , lifez nos bords. Idem
vers 21 plus ardens , lifez plus ardent. P. 87. vers
20. fe fervir , lifez te fervir. P. 89. vers 7. par
vaux , lifez par tes voeux . P. 137 Article lig 10.
a vendu 60000 liv. lifez 45000. liv. l. 14.40000. h
lilez 60000. liv.
Errata de Mars.
P. 43. 1. 10. Cyranus , lifez Gravius . P. 44.1.rs.
porte , lifez portent. P 45. 1. 2. Cydaleddin , lifez 45.1.2.
Gellaleddin. Idem 1.5 Gelanéenne , lilez Gelaléenne.
Idem Crarius , lifez Gravius. P. 46. 9 , Arias!
retranchez la virgule aprés ce mot . Idem 1. 2. Edrit
lifez Edrifi . P. 47.1 . 7. Grarius , lifez Gravius. P
18.1.5 le , lifez nôtre.
P
FEB 19 1931
Presented by
the Century Association
to the
New York
Public
Library
NOUVEAU
MERCURE
Fanvier 1719.
Le prix eft de vingt fols.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME GAYELIER , au Palais,
PIERRE RIBOU , Quay des Auguftins,
à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue S
Jacques , à la Fleur- de-Lys d'Or.
M. D. CC. XIX.
Avec Aprobation & Privilège du Roya
THE NEW
PUBLIC L
335107
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONG
ON
AVIS.
prie ceux qui adrefferont
des Paquets
où
Lettres à l'Auteur du Mercure
,
d'en affranchir le port ;
quoy' , ils resteront au rebut.
fans
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloitre
Ş. Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci- deſſus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. & 1718. de même
que l'Abregé de la Vie du
CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit- Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
AVANT - PROPOS .
A Lettrefuivante eft de Monfieur Gauthier.
J'ai cru que le Public la verrois
avec plaifir: On n'y apprendra pas feulement
lefuccez d'une découverte auffi utile à tout
l'Univers , que celle d'un moyen fimple & facile,
de deffaler l'eau de la Mer & de la rendre
potable ; on s'y instruira encore de quelques
circonftances importantes concernant la
Ville d'Alexandrie : Elles avoient échapé
aux recherches des Voyageurs qui l'ont precedé
, quoiqu'ils eußent demeuré plus longtems
que lui dans cette Ville. Ony verra,par
exemple , que les chapiteaux gotiques des colonnes
de la tour de Cleopatre , & de la
porte du côté de la colonne de Pompéé ,auffi
bien que celles qui ont été employées confufément
en guife de materiaux,pour conftruire les
murailles qui font aujourd'huifur pied,prouvent
invinciblement que ces murs ne font ni du
tems d'Alexandre , comme l'a crû Pietro della
Valle,ni du tems des Empereurs Romains,
comme l'avoit penfé le fçavant M de Montconis.
Ce que dit M. Gautier de ces ruines
l'on découvre dans le Port d' Alexandrie
au fonds de la Mer, démontre la fauffeté de
l'opinion avancée par quelques Anciens , &
fuivie fans examen par laplupart de nosMe
que
A ij
,
dernes ; que l'Egypte étoit un prefent du Nil;
que non feulement le limon qu'il charie, avoit
hauffé le terrein de ce Pays ; mais qu'il avoit
obligé la Mer de fe reculer , & d'abandonner
fes anciens rivages . Ces ruines font voir le
contraire, que la Mer a gagné fur la Terre
, & a aggrandi le Port , ou que du moins
elle a détruit les Bâtimens qui lui avoient été
oppoſez : Ce qui revient au même , & n'a
pu être produit que par la même caufe. Il
feroit à fouhaiter que M. Gauthier voulût
bien faire part au Public des découvertes qu'il
aura fait dans ce Pays ; car il me paroît
homme à mettre à profit pour la Geographie
& pour l'Hiftoire naturelle , le loifir de
fon féjour. Pourquoi ceux qui voyagent , ne
font'ils auffi inftruits que lui : S'ils l'étoient ,
ils ne feroient pas obligez de groffir leurs
Relations de mensonges & de fictions ridiculles
, comme certains ignorans que l'on devinera
fans que je les nomme. Il ne fuffit pas
d'avoir été dans un Pays pour le connoître :
Combien de gens ignorent celui dans lequel
ils ont paßé leur vie ! Ilfaut avoir examiné
ces chofes avec des yeux obfervateurs , &ſentir
le rapport qu'elles ont avec l'Hiftoire ancienne
& avec la Phifique . On tire fouvent
d'importantes confequences de celles qui avoient
paru les plus indifferentes : C'eft ce que l'on
éprouve ordinairement en lifant ces Relations ;
elles font faire des découvertes aufquelles leurs
Auteurs n'avoient jamais penfe.
LE
NOUVEAU
MERCURE
D'Alexandrie le 4. Septembre 1718
M CONSIEUR ,
Nous fimes voile le 8. Aouft du Port de
Toulon. Aprés 20. jours de route , nous
femmes arrivez au Bequier , qui eft un Fort
affis fur une des bouches du Nil , où nous
fommes reftez jufqu'au 4. Septembre , &
où nous refterons encore prés d'un mois.
Comme nous ne fommes éloignez d'Alexandrie-
d'Egypte que de fix lieues de Mer ,
Janvier 1719 A iij
LE MERCURE
nous avons û la curiofité d'y aller voir les
antiquitez de cette Ville , qui n'eft à prefent,
pour ainfi dire , que le fquelette d'une des
grandes Villes du Monde. On voit encore
quelques Portes de Ville , quelques Fortereffes
ruinées & quelques pans de murs. Ce qu'il
ya de plus entier & de plus beau , eft la
Colonne de Pompéé qui eft hors la Ville
fur un Tertre : Elle ett d'ordre Corinthien ;
elle peut avoir so . pieds de haut ; fon pied
d'eftal a 12. pieds en quarré & d'un feul
bloc ; le fuft de la Colonne eft d'un feul
morceau ; le chapiteau ne me paroift pas
fi beau ni fi fini que le fuft & le pied d'ef
tat : Le tout eft de marbre granitte , qui eft
ane efpece de marbre rouge piqueté de Tale
noir & blanc.
bard
Dans l'interieur de la Ville , parmi les
débris des édifices , on voit plufieurs Colonnes
de grapicte debent on renversées =
Ce qu'il y a d'entier , eft une espece d'aiguille
qu'on nomme l'aiguille de Cleopatre ::
La bafe eft de fix pieds en quarré ; elle eſt
couverte de figures Hieroglifiques ; ce qui
m'a fait affùrer à Meffieurs nos Officiers &
aux Habitans de ce Pays , que je la croyois
beaucoup plus ancienne ; ces caracteres n'étaat
point en ufage chez les Grecs ni chez
les Romains. A quelques pas delà , il y en
a une pareille couchée & prefque enterrée :
Il y a auprez de ces aiguilles une Tour dite
de Cleopatre , que je crois être l'ouvrage des
160
DE JANVIER.
Sarrafins : Car , fur deux Colonnes de
marbre qui foûtiennent l'interieur de la
voute de la Tour , il ya des chapiteaux gotiques
; ce que j'avois déja remarqué à la
porte de la Ville du côté de la Colonne de
Pompéé , fur deux Colonnes de granitte
dont les fufts font de bon goût.
x
- Le long de la Marine , on voit la baſe
des murs & des Tours , traversée de Colonnes
de marbre de toutes couleurs ; ce
qui démontre affez qu'il n'y a eu que des
Barbares qui ayent pû enterrer & employer
des morceaux auffi finis , pour faire de miferables
murs.
Le Port d'Alexandrie eft fort beau ; il
a eté moins grand ; on avoit bâti dans la
Mer même car , on y trouve des Colon
nes , des Idoles & des Animaux de mar
bre qu'il feroit aifé de pêcher. M. le Con
ful a un Tigre de marbre blanc affez fini ,
& un morceau d'Idole de marbre noir , de
puis les jarets jufqu'aux reins , fans pro
portions & fans beauté avec des Hierogliphes
, le long d'un Liftean. Il a fait aufli
pêcher une belle Colonne de granitte pour
envoyer à M. le Maréchal d'Etrées.
Pour ce qui regarde la fin de ma miffion ,
je n'ai pû tirer de l'eau douce que quelque
tems aprés le départ du Vaiffeaus n'ayant
û que le tems de faire executer les Tambours
& la Grille. J'ai été bien aife de
faire voir qu' l'Equipage pouvoit faire le
A iiij
LE MERCURE
refte. J'ai donc établi la machine à l'avan
de l'archipompe : Elle a 4. pieds en quarr
fur 7. de hauteur. Le chapiteau qui a trois
pieds de haut sur la largeur de la Caiffe da
Tambour,a 250 pied's quarrez de toile . Ces
3. piedsjoints à quatre qu'a la Caiße , font
les 7. pieds de haut . Je me fuis contenté
jufqu'à prefent de faire de l'eau , fans examiner
combien certaine quantité de matiere
combuftible en pourroit produire : Elle a
d'abord û un peu de goût , parce que la ma
chine étoit neuve . On s'eft contenté pour lors
d'en donner aux Beftiaux & on en a fait le
blanchiffage, mais à preſent elle eft potable.
1
Je fuis tombé entre les mains de fort honêtes
gens qui ont pour moi des égards &
des attentions que je ne merite point ; je
ne fçaurois vous dire ce qui les a pû préve
nir en ma faveurs je n'ai point été incom
modé de la Mer ; j'ai le pied marin autant
ou plus qu'aucun Officiers je jouis actuellement
d'une parfaite fanté ; je n'ai rien à
fouhaiter que la continuation .
Nos Officiers font M. Duquesne Chef
d'Efcadre , 2. Capitaines , 2. Lieutenans
en pied , des Enfeignes & 300 hommes
d'Equipage, tant Matelots que Soldats , 60 .
pieces de canon au fervice des curieux . La
Fregatte qui fuit le Toulonfe que nous montons
, eft commandée par M. le Chevalier
de Nangis , qui me reçoit à fon bord de
maniere à me faire croire qu'il a quelque
DE JANVIER.
que nos
eftime pour moi. Le fait eft affez fingulier
que je n'ai point trouvé de contredifant
& que les Officiers des deux Vaiffeaux s'éclairciffent
mutuellement fur l'operation de
mon cau C'est une chofe à voir
moustaches ; peut - être ne fçavez - vous pas
qu'on rifque à être infulté par les Maures,
lorfqu'on n'a pas la mouftache ? Ils jettent
ordinairement des pierres , en appellant
femmes ceux qui n'en ont point. Je vous
affûre que j'en ai une des belles du Vaiffeau
, qui me couvre toute la lévre fugerieure.
Avec cela , quoique nous foyons 12 .
ou 15. tant du Touloufe que de la Fregatte
, & que nous marchions avec M. le
Conful & fes Truchemens , nous n'allons
point fans deux Janiffaires car la Mauraille
eft ici dangereufe , lorfqu'on n'a pas
la robe Turque.
Nos Matelots qui vont à la pêche , me
donnent occafion de diffequer . Jai un Poil
fon volant que je fais fécher , & quelques
parties , comme la tête de certains Poiffons
de cette Plage.
Il n'y a point de plantes dans cette partie
de l'Egypte Tout eft fable à perte de vûë.
L'Egypte étant un pays plat , les Palmiers
font les feuls Arbres , & quelques Tamariffes
dans certains endroits . Ce qui eft de
plus commun ici , font les Figues & les
Pafteches , qui font des Melons d'eau de
couleur de chair, & dont quelques-uns font
to LE MERCURE
amarantes. Legoût n'en eft pas défagreable,"
& la chair fond dans la bouche comme de
la neige. Ces fruits font fort rafraichiflans :
Vous jugerez du plaifir par le contrafte des
chaleurs du Pays , qui ne me font pas infuportables
. On fue , il eft vrai , mais on
n'eft point accablé comme nous l'avons été
eet Eté à Paris. Je fuis , &c .
EXTRAIT D'UNE LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure , par Dom
HuGONET , Religieux de Cluny .
A
Yant lû les Principes de Métaphifique
qui font au commencement de vô
tre Mercure de Novembre , avec d'autant
plus d'empreflement , que je n'ai lu rien encore
qui m'ait fatisfait fur cette matiere ;
je me veux mal à moi - même de ce que je
ne peux gagner fur la bizarrerie de mon
efprit , de penfer & de parler comme les
autres , fur ces matieres .
•
J'avois effayé il y a quelque tems , fi par
Pufage de la Méthode Synthetique que l'on
neglige peut-être trop , je ne pourrois rien
découvrir qui pût me mettre l'efprit en repos
: Et , comme nos imaginations nous
plaifent toûjours davantage que les réflexions
les plus fenfées d'autrui ; j'ofai me
DE JANVIER.
Hatter d'avoir affez heureufement ren
contré . Quelques Perfonnes d'efprit curent
la malice de fortifier mon erreur , pour
m'engager à débrouiller mon Syfthême ;
lorfque des occupations indifpenfables dans
l'état où je fuis , m'ont fait changer de travail.
La lecture des Principes de M. de Leibnitz,
ayant reveillé mes doutes, j'ai crû, M.
que fi je m'hazardois de propofer le fonds
de mon Syfthême , & de vous prier de l'inferer
dans le Mercure ; il pourroit fe trouver
quelqu'un que la nouveauté de ces Paradoxes
Métaphifiques , porteroit à les examiner
& à les mettre peut- être dans un plus
grand jour.
Vous fçavez , M. que les Arts doivent
prefque tout ce qu'ils ont de plus beau , à
des découvertes de hazard . L'exemple même
de M. de Leibnitz femble autorifer à
rifquer quelque chofe dans les Sciences.
Peut- être auffi que les Dames Malbranchiftes
, après s'être occupées quelque tems
dés Monades de M. Leibnitz , ne feront pas
fâchées d'avoir de quoi varier leurs converfations.
Voici quel étoit mon Plan. Je reduifois
toute la Philofophie à la feule Métaphyfique
; la Phifique experimentale regardant
principalement les beaux Arts . Je renfermois
toute ma matiere dans trois petits
Traitez. Dans le premier , je parlois des
Ta LE MERCURE
Proprietez de l'efprit independamment du
corps ; dans le fecond , des Proprietez de
l'efprit uni au corps ; & dans le troifiéme
des Proprietez du corps independamment
de l'efprit.
Dans le premier Traité, aprés avoir démontré
l'existence de Dieu , & parlé de fes
attributs
par rapport aux Créatures; je prouvois
l'exiftence actuelle de deux fubftances
crées , & d'un ordre different . Le Createur
connoît feul la matiere dont il a pétri , s'il
eft permis de s'exprimer ainfi, ces fubftances
; nous ne les connoiffons que par leurs
proprietez.
Je définiffois la fubftance fpirituelle , une
fubftance vivante ; êtant perfuadé que la
proprieté la plus fimple , la plus immuable,
& celle qui eft le fondement de toutes les
Proprietez qui conviennent aux Efprits ,
c'eft ce principe de vie attaché effentielle
ment à leur nature par lequel ils connoiffent
toutes les modifications qui arrivent à
leur fubftance.
จ
La fubftance fpirituelle peut ne pas penfer
actuellement, ou ne pas vouloir actuellement
, ou n'être actuellement affectée d'aucunes
paffionss mais ; elle ne peut ceffer de vivre,
fans ceffer d'exifter. Ses pensées, fes volitions,
Les fentimens, ne font que des actes de cette
vie Enfin rien , à mon avis , ne caracterife
mieux les efprits ; rien ne les diftingue
plus fpecifiquement des corps , que leur
DE JANVIER. 13
vie , & cette proprieté qu'ils ont d'être neceffairement
& infailliblement avertis de
toutes les modifications qui leur arrivent .
Je réduifois toutes les modifications de
la fubftance vivante , à la penfée , à la volition
& aux paffions.
La pensée eft une modification de la
fubftance vivante , occupée de la connoiffance
d'un objet.
Je regarde comme une imagination fans
fondement, ce qu'on nomme la premiere
operation de l'efprit , diftinguée du jugement
& du raifonnement . Il paroît au moins
certain qu'elle eft inutile aux fimples intelligences.
Il me femble que tout ce qui regarde la
penfée , & la connoiffance de l'ordre qui
fait tout l'objet des pensées de la fubftance
vivante , doit fe rapporter au feul jugement
, & qu'il n'y a en tout cela , que la
difference du jugement plus fimple ou plus
compofé.
Je croi les intelligences purement paf
fives par rapport à leurs penfées : totum ex
ille , totum in illis.
Ainfi , elles n'ont point cette faculté
qu'on nomme la Memoire , au moins dans
le fens vulgaire ; foit parce que les connoiffances
endormies leur feroient fort inutiles,
ne pouvant d'elles-mêmes les rappeller felon
leur volonté & leur choix foit , parce que
Cette fuppofition paroît même impoffible.
:
24
MERCURE LE
Car, toutes les connoiffances font des modifications
réelles ; & la fubftance vivante
connoît neceffairement & actuellement toutes
les modifications réelles.
Je propoferois volontiers aux Sçavans ce
problême , fi la fubftance vivante peut être
actuellement , & en même- tems modifiée
par la connoiffance diftincte de plufieurs
veritez independantes les unes des autres.
La volonté fignifie proprement l'inclination
naturelle & invincible , qui porte la
fubftance vivante à s'attacher à tout ce
qu'elle connoît pouvoir contribuer à la felicité
, ou à la perfection de fon être .
La liberté n'eft autre chofe que le pouvoir
de déterminer cette inclination generale
à un bien particulier..
La Spontaneité paroît n'être qu'une certaine
fatisfaction de la fubftance vivante ,
qui jouit du bien qu'elle a choifi ; acquiefcentia
in bono concupito & poffeffo . En ce
fens , elle feroit fort differente de la liberté,
& appartiendroit à ce que j'appelle les
paffions.
Les paffions dans les pures intelligences ,
font des modifications de la fubitance vi-
Wante , qui forment fa felicité ou fon tourment.
J'ai effayé d'expliquer fur ces Principes ,
l'état des Anges dans le moment de leur
creation , & leur état prefent ; & quelquesuns
de mes amis ont parû contens de cet
effai
4
DE JANVIER.
Voici une partie de mes Principes dans le
Tecond Traité.
Les Loix & l'effet de l'union de la fubftan
ce vivante à un automate , font encore telles
aujourd'hui , qu'elles furent dans la creation
du premier homme .
L'efprit n'a été uni au corps , qu'afin
que ce corps lui fervit d'organe pour connoître
les merveilleux effets de la Toutepuiffance
du Createur , dans la production
d'une fubftance d'un ordre entierement different
de celui des intelligences.
Cela fe faifoit par le moyen des fenfations
J'appelle fenfations , ces caracteres
uniformes & fenfibles , par lefquels la fageffe
du Createur a diftingué les modifications
de la fubftance folide.
Ces fenfations étoient produites occafionnellement
dans l'efprit , par autant de
mouvemens uniformes , fur lefquels le Touspuiffant
avoit établi le commerce de la nature
, pour l'entretien de l'automate de
l'homme .
Une des principales differences des deux
états, c'eft que l'homme innocent, heureufement
occupé à connoître & à admirer
les tréfors de la Sageffe de Dieu , & ces
refforts merveilleux par lefquels il faifoit
ſubſiſter la nature , fe repofoit fur les fages
Loix de l'Univers , du foin de la confervation
de l'automate auquel fon efprit étoit
suni.
416 LE MERCURE
#
-
Comme ces Loix étoient toutes puiffantes
le commerce auroit été éternel , & l'automate
immortel .
L'efprit de l'homme innocent étoit averti
de tout ce qui fe paffoit dans fon corps ;
mais il n'en étoit ni fatigué , ni même diftrait
, & il n'y prenoit qu'autant de part
qu'il vouloit ; fûr que l'innocente nature
fuffifoit feule pour remplir tous les befoins
de fon corps.
Le peché ayant obligé Dieu à changer
quelque chofe dans l'ordre établi dans la
nature , en faveur de l'homme innocent ;
la terre devenue fterile , les faifons n'êtant
plus fi favorables , & la nature entiere ne
-fe prêtant plus avec la même facilité aux
befoins de l'automate ; l'efprit de l'homme
qui fe trouvoit privé de cette abondance
de lumieres qui occupoient auparavant
toute fon attention , fut contraint de ia
donner aux cris importuns de fon corps.
A prefent , livré tout entier à ces mêmes
fentations qui élevoient autrefois la perfection
de fon efprit au - deflus des pures intelligences
; loin d'en être éclairé , leur confufe
multitude l'obfcurcit & l'accable . Enfeveli
dans les fenfations des corps , il femble
être devenu tout corps ; il ne connoît
prefque plus l'Auteur de fon être ; il ne fe
connoît plus lui même,
Quelle difference trouve-t'on entre un
Manant & un pur Automate ? Le premier ,
dit- on , agit pour une fin . Bagatelle. Il fait
A
DE JANVIER:
qu'il a vû faire aux autres ; c'eft la feule
nature qui agit dans lui , comme dans les
Singes , dans les Caftors , &c. Je ne voudrois
point fouffrir le martyre , pour m'o
piniâtrer à foûtenir qu'il y a une fubftance
individuelle, intelligente , unie à la plûpart
des Automates que je vois ſemblables au
mien,
Ils ne vivroient pas fans celà , dira
quelqu'un. Pourquoi non ? Un cheval vit
bien . Eft- ce l'efprit qui fait vivre un corps,
auquel il n'eft uui que lorfque les organes
de ce corps font proportionnez aux Loix
établies pour pouvoir entrer dans le commerce
de la nature , & qu'il eft neceffité:
de quitter, dés que ces mêmes organes ne
font plus en état convenable pour continuer
ce commerce ?-
Les feules Loix des fenfations fuffiroient
encore à prefent pour faire fubfifter cet Automate.
Plus , ce qu'on appelle raifon , s'en
mêle , plus elle le derange. Qu'on ne cherche
pas d'autres caufes de ce que les hom
mes vivoient autrefois fi long- tems , & vivent
à prefent fi peu. La fage uniformité ,
& la fimplicité de la nature dans les autres
automates , fait honte à l'homme.
Dieu , pour humilier davantage l'homme
pecheur , a ceffé de l'inftruire immediatement
, & a voulu que toutes les connoif
fances , & ce qui en dépend , c'eſt - à- dire
les volitions , les paffions , dûffent occa
B
3
8 LE MERCURE
honnellement leur production à quelques
fenfations .
Je n'excepte ni la connoiffance refléchie
de Dieu , ni aucune autre ; & je fuis perfuadé
qu'un homme abandonné & nourri
dans les bois , vivroit & mourroit comme.
les autres Automates, fans avoir été jamais.
occupé que de la confervation de fon individu
.
Ainfi , je ne fçai ce que c'eft que les Idées
Innées des Cartefiens , & je reduirois leurs
trois efpeces d'Idées , à celles qu'ils nom
ment adventitia , qui ne font autre chofe
que des fenfations.
Aux fenfations prés , je n'admets point
dans l'efprit de l'homme d'idées fimples ,
ni de premiere operation .
Je réduis toutes les efpeces de Penfées aus
jugement , comme je l'ai dis pour les pures
Intelligences , & à ce que les Cartefiens ap
pellent Idea factitia .
Je ne connois point de Regle critique infaillible
, & d'un ufage univerfel , fur la ve
rité ou l'exactitude de nos connoiffances
que la foi : Elle détermine toutes celles qui
nous font neceffaires ; Dieu a livré les autres
aux difputes des hommes.
Je croi toutes les veritez , autant éternelles
les unes que les autres. On badine dans
les Ecoles des Cartefiens , avec leurs Propofitions
æternæ veritatis ; comme fi elles
étoient d'un ordre different des autres
พ
DE JANVIER.
Il me femble qu'une certaine fimplicité
digne de la fageffe de Dieu , un certain enchaînement
qui fait que les veritez décou
vertes fe foûtiennent & s'éclairciffent les
unes les autres , & un certain repos de l'ef
prit , acquiefcentia , pareille à la tranquillité
que produit la foi, par rapport aux veritez
dont la connoiffance nous eft neceffaire ; il
me femble que ce font là les marques les
plus fûres qu'un honnête homme puiffe avoir
, qu'il a réuffi dans la découverte de
quelques veritez .
Quelques réflexions fur la nature du jugement
des objets & de la verité , pour-
Foient fournir quelques regles plus fimples
& peut-être plus utiles pour rectifier nos jugemens
, que celle d'une ennuyeufe Logi
que & d'une inutile Méthode.
Je croi que la Memoire de l'homme ne
differe de celle des purs Automates, que du
plus au moins .
Si l'Esprit de l'homme a été abruti par les
fenfations , l'exercice de fa liberté n'a pas
été moins avili. Depuis qu'il s'en fut fervi
pour ofer attendre l'independance & la fouveraine
perfection de fon être , d'une portion
de la fubftance des corps , d'une pomme;;
indignement , mais juftement affervie à cess
mêmes corps, elle n'a point d'objet plus no--
ble.L'efprit de l'homme s'amufe à fouhaiters
que telle ou telle portion de la matiere foits
agitée , &c. felon qu'il croit que cela peus-
Bij
20
LE MERCURE
contribuer quelque chofe à la perfectioni
ou à la commodité de fon individu . Et
Dieu qui a permis que l'homme ingrat bornât
là fon bonheur , rend pour un tems la
nature obéiffante à fes voeux , pourvû toutefois
qu'ils ne foient pas contraires aux loix
mêmes de la nature.
L'exercice de ce refte de liberté de l'hom
me, va à des differences & à un détail infinia
Il faut prendre garde feulement de ne pas
lui attribuer les mouvemens que l'Automate
feul peut faire felon l'inftitution de la
nature.
On a coutume de confondre trés - mal-à
propos les fenfations de l'homme avec fes
fentimens , qui ne font autres que fes palfions
. Nous les avons définis plus haut
Enfin , l'Automate êtant dérangé , & ne
pouvant plus fervir aux fins de l'union de
l'efprit & du corps ; cette union fe diffout .
Voici quelques- uns de mes Paradoxes fur
l'état de l'efprit dans fa viduité ; fondez fur
ces deux Principes raportez plus haut .
La vie de l'efprit confifte dans fes modifications
actuelles.
Dieu a voulu que l'efprit de l'homme pe
cheur n'eût aucune modification actuelle ,
qu'elle nefût occafionnée par quelques impref
Lions du corps auquel il eft uni.
Ainfi, cette union êtant diffoute , l'efprit
ne doit plus avoir de nouvelles modifica:
tions,
DE JANVIER
20
- Mais , comme l'efprit fubfifte aprés cette
defunion, il faut dire qu'il demeure toûjours
affecté des mêmes modifications qui l'occupoient
au moment de cette féparation .
Je croi que ce fera cette immutabilité môme
de modification , qui formera le bonheur
ou le malheur éternel de l'Ame ; &
que c'eft en ce fens qu'il eft écrit , que l'Ar
bre demeurera où il fera tombé.
Qu'on faffe réflexion que dans cet état
de féparation , l'attention de l'efprit n'êtant
plus diftraite par la confufion des impreffions
continuelles des fens ; toute fa vivacité
qui eft prefque infinie . fe trouvera réunie
& appliquée à un feul objet.
S'il fe trouve que Dieu , dans le moment.
fatal de cette feparation , foit l'objet principal
de l'attention & des voeux de l'efprits.
il perfectionnera & augmentera à l'infini
l'activité de fes modifications ; voilà ce qui
fera fon bonheur éternel .
S'il fe trouve que cet objet foit un être
borné, l'efprit occupé éternellement d'un
Lujet fi difproportionné à la nobleffe & à la
fin de fon être , fouffrira un vuide & une
difette éternelles voilà le fujet de fon malheur.
Je ne doute pas que la juftice de Dieu
n'augmente accidentellement la mifere de
cet efprit infortuné , par la connoiffance
qu'il lui donnera du bouheur des Efprits
bienheureux , qui font de même nature &
LE MERCURE
qui ont été dans les mêmes circonstances
que lui ; & que cette réflexion formée , net
produife les fentimens d'un defofpoir, d'une
joloufic , d'un repentir infini.
Dans le troifiéme Traité, où je devois parler
des Proprietez du corps indépendamment
de l'efprit, je définiffois le corps une fubftance
folide parce que tout le monde convient
que ce qui eft folide , eft étendu ; & que
tous ne conviennent pas que tout ce qui
eft étendu , foit neceflairement folide .
Le Corps eft une ſubſtance ſolide , & par
confequent étendue.
Toute la fubftance étendue, eft homogene,
& par confequent auffi fimple en fon genre
que la fubftance vivante ; puifque la compofition
des fubitances ne peut venir que
du mêlange de deux fubftances heterogenes ,
& non pas de la multiplicité , telle quelle
foit des modifications d'une même fubftance.
Autrement , la fubftance vivante ne feroit
pas moins compofée que l'étendue.
La fubftance étendue eft unique ; il auroit
été inutile de divifer en plufieurs individus
d'une même nature , une fubftance
qui ne vit point , & qui ne peut pas être
heureuſe.
La fubftance folide eft indivifible ; par
où j'exclus feulement la divifion qui emporte
la diffolution du continu , & non
pas celle qui naît de la multiplication des
modifications.
DE - JANVIER. 21
Lorfqu'on paroît divifer une portion de
la fubftance folide , une piece de bois , par
exemple , ou depierre ; ce n'eft point la fubeftance
qu'on divife , on multiplie feulement
numeriquement telle ou telle de fes modi
fications .
Je mets dans le même rang de modifi
cations de la fubftance folide , les Automates
les plantes , les corps durs , fluides , pefants,
legers , froids , chauds , triangulaires , &c.
Les feules loix du repos & du mouvement,
établies & dirigées par l'Auteur de la
Nature , fuffisent pour produire toutes ces
modifications.
J'appelle Repos , la confervation des por
tions de la fubftance folide , dans une pro
ximité réciproque .
J'appelle Mouvement , la confervation de
quelques portions de la fubftance folide ,
dans un changement fucceffifde proximité
avec d'autres portions de la même ſubftance
.
Le Repos eft l'état naturel & neceffaire
de la fubftance folide. Je le démontre , fuivant
mes principes : La continuité eſt effentielle
à la fubftance folide ; or , la conti
nuité ne fubfifte que par la proximité actuelle
& reciproque de toutes les portions
du continus ce qui eft ma définition du
repos .
Ainfi , l'on peut dire que toute la maſſe
de la fubitance folide , dans tel moment
LE MERCURE
réel de fon existence qu'on la confidere , eft
dans un repos univerfel ; puifque dans ce?
même moment , toutes les portions ſe trouvent
dans une proximité reciproque , &.
dans une actuelle & indivife continuité .
Ces Propofitions font paradoxes , mais
fi l'on y regarde de prés , elles ne font pas
contradictoires . Il faut achever.
Le Mouvement n'emportant pas neceffairement
la diffolution du continû , n'eft
point incompatible avec l'indivifibilité que
attribue à la ſubſtance ſolide.
Le Mouvement n'eft pas même incom
patible avec le repos univerfel de la fubftance-
folide.
Le Mouvement n'eft à proprement parler
, que la mefure de la durée du repos des
portions de la Subſtance folide ; comme le
tems n'eft que la mefure de la durée de l'existence
de ces mêmes portions.
La Mefure de la durée du Repos , reçoit
autant de differences & de fubdiviſions,
que la mefure de la durée de leur exiftence ..
On peut diftinguer dans l'une & dans l'au
tre des minutes , fecondes , & c. juſques
bien au delà de l'imagination.
Certaines portions de la ſubſtance ſolide ,
font fenfées être dans un repos particulier,
quand elles confervent avec d'autres une
proximité réciproque pendant un espace de
tems fenfible.
Elles font fenfées être en mouvement ;
lorfque
DE JANVIER. 24
lorfque la durée de leur proximité mutuelle
n'eft plus fenfible , & cette difference va
delà à l'infini.
Ainsi , à proprement parler , le mouvement
& le repos ne different que du plus
au moins , & ne font qu'une proximité mutuelle
de quelques portions de la matiere
confervée plus ou moins longtems.
Par les feules loix du repos & du mouvement
des differentes portions de la fub
ftance folide , Dieu a fçû former toutes les
modifications de cette même fubftance , &
on peut rendre raifon des plus communes .
J'en ai fait quelques effais dont on a paru
content.
Voilà , M. une partie de mes principes .
Peut- être que fi quelques-uns de ces Mrs.
qui ont fi fort à coeur la perfection des
Sciences & des beaux Arts vouloit fe
donner la peine de les examiner' ; cela pourroit
fervir à corriger une partie des inepties
de la Philofophie vulgaire .
Il me femble que je ferois peu embara flé,
quand je me trouverois engagé à expliquer
à la lettre , fuivant mes principes , tous les
paffages de l'Ecriture Sainte , qui ont rapport
à l'ordre naturel ; & qu'il feroit même
facile d'expliquer les principaux points
de l'ordre moral ; les deux états de
l'homme , le peché originel , &c. J'en ai
fait l'épreuve avec une facilité qui m'a furs
pris.
Janvier 1719
26 LE MERCURE
Je protefte que ce qu'il peut y avoir de
particulier dans mon fyftême, ne vient d'aucune
affectation de nouveauté , ni d'efprit
fort. Perfonne ne fent mieux que moi le
ridicule de ces efprits prétendus forts ; &
perfonne n'eft foumis plus que moi avec une
Gimplicité & un attachement inviolable ,
la foi & à la tradition de mes Peres.
Je vous abandonne , M. cet écrit : Il y
a toute apparence que je ne donnerai plus
aucune attention à ces fortes de matieres ,
à moins que l'ufage que vous jugerez à propos
d'en faire , ne donne lieu à quelqu'un
de vouloir les éclaircir : Auquel cas je
pourrois me refoudre volontiers à y contribuer
de mon poffible .
M
Hiftoire de Mademoiselle Cathos.
Adame Goffetefte Blanchiffeufe de
menu linge , demeuroit auprés des
où elle occupoit trois chambres ; une
grande qui fervoit à étendre & repaffer ;
une petite où elle couchoit avec la fille
Cathos , & qui leur fervoit de cuifine ; &
une moïenne qui communiquoit aux deux
& dans laquelle on avoit ménagé une foùpante
, pour y coucher une efpece d'Ambulante
nommée Toinon, qui alloit chercher
reporter le linge. Une femme fort bien
5
DE JANVIER. 27
mile vint chez Madame Grofferefte , fous
pretexte de lui apporter quelques garnitures:
Elle avoit amené avec elle une petite
fille âgée de 4 ans & affez proprement
vêtue. Aprés être convenue du prix & de
la façon , cette Dame feignit d'avoir une
vifite à faire à quatre pas delà , & pria en
même tems la Blanchiffeufe de vouloir bien
fe charger de cet enfant en attendant qu'elle
le vînt reprendre . On y confentit fans peine
mais , la nuit êtant venue fans que la
Dame reparût , Madame Groftetefte fe
trouva fort embaraffée ; elle ne douta point
pour lors que ce ne fût quelque enfant
abandonné : Elle &t beau interroger cette
petite créature , elle n'en put tirer aucun
éclairciffement : Elle l'a fit fouper & coucher
avec elle , toute occupée de cette avanture
, & plus encore de ce qu'elle en feroit.
Le lendemain , elle fit venir un Commiffaire
: Il dreffa un Procés verbal de tout
ce qu'elle lui déclara , fit une exacte defcription
du viſage , de la taille , des habits ,
& des linges de l'enfant , & lui confeilla
de la garder quelque tems chez elle. La
Blanchiffeufe étoit une veuve fans enfans
& fort à fon aife : Elle vit dans les traits
de cette petite fille une phifionomie qui
lui plut. Comme elle étoit naturellement
charitable , elle réfolut de l'élever , & elle
prit en peu de tems pour la pupille , une
affection fi tendre , qu'elle fouhaita qu'on
Cij
28 LE MERCURE
ne vînt jamais la lui redemander ; elle lui
donna le nom de Cathos qu'avoit porté une
fille qu'elle avoit eue de fon deffunt mari
& qui depuis peu étoit morte en nourice ;
de forte que comme les deux âges fe rapportoient
, il ne lui fut pas difficile de faire
croire à tout le monde que c'étoit sa propre
fille qu'on lui avoit ramenée. Ainfi , on
ne l'appella dans tout le quartier que Cathos
la Blanchißeufe . Cette nouvelle mere
lui ayant donné par une prudente précaution
, des habits conformes à cette qualité ,
elle enferma dans une caffette toutes les
hardes que la petite fille portoit , & prit
garde que tout fon linge étoit marqué de
deux petites croix.
Cathos devint grande , & à meſure
qu'elle croiffoit , fa taille & fes traits fe
perfectionnoient à vue d'oeil , de forte qu'à
16. ans , il n'y avoit rien de plus piquant.
Madame Groffetefte , nonobftant fa qualité
de Blanchiffenfe , fujette à caution ,
avoit l'oeil ouvert fur la conduite de Cathos
; elle l'élevoit , non feulement dans
'des fentimens d'honneur & au- deffus de fa
condition ; mais , elle fe retranchoit bien
des commoditez , pour lui donner des Maîtres
de Dances , de Mufique & de Clavefin
: Elle ne fouffroit pas même que cette
aimable fille s'amusat à blanchir fon linge ;
elle lui permettoit feulement l'amuſement
de broder & de travailler en Tapiflerie :
DE JANVIER. 29
Elle ne fortoit que rarement , & toûjours
avec elle , ou avec fes intimes amies à qui
elle la confioit ; n'ayant d'autre but en
l'élevant avec foin , que de la marier à
quelqué bon Bourgeois qui la mît à fon aife.
Dans cette vûe , elle n'empêchoit pas qu'on
ne lui rendît viste .
Le premier qui fe déclara ouvertement fon
Amant pour le Mariage , fut M. Anodin
Apotiquaire , homme veuf, âgé de so. ans ,
& trés - riche ; mais qui de fa premiere femme
avoits . enfans. Madame Groffetefte ayant
été furpriſe d'une colique fort violente
elle fe perfuada qu'un remede la foulageroit .
Comme Toinon étoit allée porter le linge ,
Mlle. Cathos courut chez Monfieur Anodin
qui étoit le plus proche Apotiquaire ,
pour le prier d'en préparer un promptement.
L'apparition de ce petit Ange l'émeut plus
que n'auroient pu faire toutes les drogues
de la Boutique ; & la regardant d'un oëil
qui prenoit feu , il lui promit une prompte
expedition , & qu'on feroit auffi - tôt qu'elle
, chez Madame Groffetefte. Cathos s'en
retourna, & M. Anodin qui vouloit la revoir
, au lieu d'envoyer un de fes Pilonniers,
alla lui- même porter fon ouvrage
, fous pretexte
de voir la malade & de lui tâter le
poul ; fe piquant d'en fçavoir autant qu'un
ignorant Medecin . Il prolongca tant qu'il
put fa vifite , en raifonnant avec la mere ,
tandis qu'il attachoit fon efprit & fes re-
C. iij.
30
LE MERCURE
gards fur la belle Cathos , qui d'une grace
merveilleufe fe préparoit à l'execution . Enfin
, lorfque tout fut prêt , il fe retira plein
d'amour , en diſant qu'il reviendroit le foir,
pour apprendre par lui même l'effet d'un
remede qu'il avoit compofé en ami : Il n'y
manqua pas; & comme la mere fort foulagée
repofoit, il prit occafion d'entretenirCathos
qui le receut dans la falle . S'étant affis auprés
d'elle pour s'informer d'une fanté qui l'inquietoit
moins que fon amour, il crut cette
occafion favorable , pour lui faire les premieres
ouvertures de fa paffion. Aprés un
préambule , dans lequel il gliffa fa qualité
de veuf & d'horame fort à fon aife , il la
regarda d'un oëil attendri , & lui dit : Il ne
feroit pas jufte , Mlle . que le miel que j'ai employé
pour adoucir les douleurs de Madame
vôtre mere , fe tournât en abfinthe pour
moi , & que tandis que je travaille à foulager
fon mal, je me viffe fuffoqué par
celui que
vos beaux yeux m'ont fait ; Oui , ces beauxe,
yeux ont fi vivement infinué l'amour dans
mon coeur, que j'en étoufferois , fi la décla
ration que jeprens la hardieffe de vous faire,
ne fervoit d'évantoufe à cet amour ! Il ne
tiendra qu'à vous deme rendre le plus heureux.
Apotiquaire de Paris , en vous uniſſant avec
moi par les liens du Mariage.
Il finit la déclaration Eretheraptique , en
ôtant fon chapeau qu'il avoit remis crainte
du rhume , & fit une fi profonde inclination
, que fa tête porta fur ces deux genoux.
DE JANVIER
3T
L'ayant relevée , il remit fon chapeau , &
attendit tranquillement la réponſe . Mademoifelle
Cathos en foûrit , & voulant s'en
donner la Comedie plus d'une fois , elle
lui repartit : Je me reconnois fi fort au def
fous du merite de M. Anodin , qu'il me pera
mettra de prendre ce qu'il vient de me dire ,
pour une raillerie , outre que fur pareille matiere
, il fçait bien que ce feroit à ma mere
& non pas à moi qu'il faudroit s'adreffer.
M. Anodin prit cette réponſe pour un
aveu de fa flâme ; & aprés lui avoir juré
qu'il parloit fincerement , il prit congé
d'elle , affez fatisfait du progrés qu'il avoit
fait , bien refolu d'en parler ferieufement à
Madame Groffetefte , ne doutant point
qu'elle ne reçût avee plaifir un offre fi avantageufe
. Mais , Cathos étoit bien éloignée
d'accepter un Amant de cette trempe ,
puifque fon petit coeur avoit receu depuis
peu de jours une impreffion qui la rendoit
incapable d'en recevoir une pareille .
Le jeune de l'Ormois fils unique & richet
de plus de cent mille écus , étoit à Paris
pour y pourſuivre la provifion de la Charge
de fon pere mort depuis fix mois, & pour
y conclure en même tems un mariage auquel
toute la Famille le deftinoit , principalement
un Oncle qui étoit dans un puiſſant
credit. Ce jeune Cavalier étoit un verita
blement honnête homme , d'un efprit doux
facile , peu brillant , mais fort folide ,
Ciiij
32 LE MERCURE
gros , brunet , affez bien fait de fa perfor
ne , & auffi propre fur lui-même que dans
fon Equipage de deüil . Son Caroffe fut maladroitement
acroché par un autre vis - à - vis
la rue S. Roch : Une des glaces ayant été
fracaffée , un de fes Laquais dit quelques
paroles , dont deux jeunes étourdis qui
étoient dans le Fiacre , fe piquerent mal à
propos ; & êtant defcendus ils mirent l'épée
à la main, & chargerent fes Laquais . De
l'Ormois choqué d'un procedé fi injufte &
violent , foûtint fes gens , bleffe un de
ces Petits Maistres , & reçoit en même
tems de l'autre une bleffure au côté. Les
deux affaillans fe retirerent bien vîte , pour
n'être pas accablez de la Populace qui prenoit
le parti le plus jufte , & l'on mena de
l'Ormois chez un Chirurgien voifin , qui
le fit monter dans fa chambre pour viſites
fa bleffure.
Cathos s'y trouva : Elle venoit à deffein de
voir la fille & la femme du Chirurgien , insimes
amies de fa mere : Elle rendit au bleffé
avec adreffe & promptitude tout ce qu'elle
pat de bons offices , tint la lumiere pendant
qu'on fondoit fa playe , & témoigna com
pâtir extremement à fon accident.
La bleffure fe trouva legere , le coup
n'ayant fait que gliffer , & le Chirurgien
promit que dans peu de jours il en feroit
quitte ; mais , il lui dit qu'il étoit à propos
de lui tirer du fang , & lui confcilla
DE JANVIER . 37
He refter en repos dans un bon lit qu'il lui
montra tout prêt , & que dans deux heures
il lui ouvriroit la veine. De l'Ormois y
confentit , renvoya fon équipage , & retint
un Laquais ; mais il y demeura moins pour
fa bleffure , que dans le defir d'y voir l'aimable
fille qu'il avoit confiderée avec attention
, tandis qu'on le penfoit , & pour
laquelle il avoit pris un feu auffi violens
qu'il fut foudain. Aprés deux heures de repos
, on le feigna ; il ût le plaifir de voir
Mademoiselle Cathos qui étoit revenue pour
s'informer de fa fanté , & qui voulut bien
encore tenir la bougie . Une heure aprés ,elle
revint lui apporter un bouillon .
Dés qu'il la vit r'entrer , il donna adroite,
ment une commiffion à fon Laquais , afin
de demeurer feul avec elle : Il prit le boüillon
; & la priant de refter auprés de lui
jufqu'à ce que fon Laquais fût de retour ,
il l'engagea de s'affeoir dans fon faute ül ,
fous pretexte de s'informer de quelque chofe
qu'il vouloit fçavoir. Aprés quelques
difcours indifferens , il tira du lit le bras
dont il n'étoit pas feigné ; & lui prenant
la main , & la regardant d'un oeil plein de
feu. Vous m'avez fait , lui dit-il , une bleffure
bien plus profonde que celle que fai regue.
Helas , je guerirai bientôt de ce coup
d'épée ; maisje ne guerirai jamais du coup! ...
Če difcours imprevû furprit Cathos , & lui
fit monter une rougeur au vifage qui la ren
34 LE MERCURE
dit encore mille fois plus belle Elle demeu
ra prefque interdite ; & malgré tout fon
efprit , elle étoit comme dans un filence ftupide
, lorfque de l'Ormois lui ferrant la
main, & la regardant encore plus vivement:
Je vous prie de croire , ajouta - t'il , que je
vous parle du fonds de mon coeur : Je me pi
que d'être honnête komme ; je vous ai vûë
compâtir à une bleffure qui me touche bien
moins que celle pour laquelle je vous demande
La même compaffion : Souffrez que je vous aime
, & ne répondez à mon amour que quand
vous en aurez éprouvé la conftance & la fincerité
. Tandis qu'il parloit de la forte , Cathos
fentoit dans fon coeur des mouvemens
qui jufques- là lui avoient été inconnus :
elle trouva du plaifir à fe croire aimée d'une
perfonne pour qui elle concevoit une eftime
veritable.
Ce que je fuis ce que vous êtes , Ini
répondit elle , ne me permet en aucune façon
que je vous écoute ni que je vous croye : Si
vous vous piqués d'être honnête homme, je me
pique d'être vertuense : On n'écoute point à
mon age avec infenfibilité toutes ces expreffions
de tendreffe . Je l'avone ingenûment 3
mais , une fille bien née doit fe connoître
pour lors , & unir à propos la vertu ♣ la
raifon contre des impreffions qui pourroient
donner atteinte à l'une ou à l'autre. Souve
nez- vous ſeulement , Monfieur , que vous
êtes homme de condition , & par conſequent
DE JANVIER .
33
que je ne vous conviens pas.... De l'Ormois
, qui n'avoit pris d'abord pour Ca
thos , que cette forte d'inclination qu'on
prend pour une fille d'un caractere commun
& dont l'abord plaît , fut charmé de trouver
tant de fageffe & tant de prefence d'efprit
dans fa réponſe : II refolut dans le
moment de s'en faire une affaire ferieuſe
de l'aimer & d'en être aimé : 11 lui dit
tout ce que l'on peut de plus flateur & de
plus infinuant , elle y répondit avec une
admirable modeftic. Avant qu'elle fortît ,
il exigea d'elle un fecret inviolable fur la
déclaration qu'il venoit de lui faire ; aprés
quoi , de l'Ormois refta encore trois jours
chez le Chirurgien ; & fa playe fe trouvant
trés-belle fa guerifon avancée , il le fit
porter chez lui ; mais ce fut aprés avoir pris
avec Cathos de juftes mefures pour lui don
ner de fes nouvelles & pour en avoir des
fiennes. Les mêmes mefures qu'il prenoit
avec tant de précaution , étoient neceflaires
pour tenir cette inclination fecrette à
une Famille qui vouloit le marier avec une
parente du Miniftre des Finances , qu'il
n'avoit pas encore vûë , & qu'on ne devoit
lui faire voir qu'au moment qu'on pafferoit
le Contrat de Mariage. Celui qui négocioit
cette alliance , étoit cet Oncle dont on a
parlé , & qu'il n'ofoit chagriner. Ainsi , le
pauvre de l'Ormois s'imaginant qu'on lui
cachoit un monftre qu'on ne vouloit lui
38 LE MERCURE
faire voir qu'avec les chaînes du mariagë
& plein de fa nouvelle paffion , il cherchoit
adroitement les moyens de rompre ce projet
fans rompre avec cet homme qu'il étoit
obligé de menager. Il offrit quantité de
prefens à Cathos , & même des pierreries
trés confiderables ; mais elle les refufa.
Dequoi , lui- dit-elle , me ferviroient ces marques
muettes de vôtre bonté , fi je n'ofe les
montrer ; elles me dépareroient plûtôt qu'elles
ne me pareroient ? Ainfi , permettez - moi ,
Monfieur , de ne les accepter que lorsqu'elles
pourront me faire honneur. Un procedé auffi
genereux que fenfé , acheva de le déterminer
a en faire fa femme.
Il n'y avoit que deux jours que de l'Ormois
étoit de retour chez lui , lorſque M.
Anedin avoit jetté les yeux fur Mademoifelle
Cathos. Comme il s'étoit flatté que
cette aimable perfonne approuveroit
fa
démarche , il en fit en forme la demande à
Madame Groffetefte
, pour être la grandmere
de cinq enfans dont deux étoient plus
âgez que fa future prétendue . Il offrit de
faire à Mademoiſelle
fa fille tous les avantages
qu'elle pourroit raifonnablement
defirer.
Il eft conftant que M. Anodin étoit trésriche
; & Madanie Groftetefte fe perfuadant
que c'étoit un parti trés avantageux
pour fa fille , elle agréa la recherche dau
tant plus volontiers , qu'il l'affira que
DE JANVIER. $7
Mademoiſelle Catho y confentoit avec
plaifir . Dés le foir , elle lui en fit la propofition
, & l'affaifonna de tout ce qu'elle
crut capable de la rendre plaufible . Cathos
avoit un refpe &t d'autant plus fincere &
plus profond pour la Blanchiffeufe , que
jamais elle ne lui avoit découvert qu'elle
n'étoit point fa veritable mere ; & fi l'amour
de l'Ormois n'eût point prévenu fon
coeur , il eft certain qu'elle auroit û une
aveugle foumiffion pour les volontez , &
qu'elle auroit accepté cet époux , malgré
le peu de penchant qu'elle avoit
pour lui.
Mais fes engagemens étoient tels avec de
l'Ormois , qu'au lieu de confentir à la propofition
de fa mere , elle lui fit une peinture
fi ridicule de l'Apotiquaire , & lui montra
tant d'inconveniens à devenir, à l'âge de
17. ans , tout à la fois , & la femme d'un
Vieillard & la mere de cinq enfans plus
âgez qu'elle , que la bonne Dame Groffetefte
, quoique trés- prévenue de l'avantage
de ce mariage , ne voulut pas trop la preffer
; efperant que peu à peu elle vainqueroit
ces obftacles , & qu'elle lui feroit infenfiblement
goûter & approuver ce parti.
Pour cet effet , elle alla trouver le lendemain
matin M. Anodin , elle lui dit
qu'elle n'avoit point vûe Catho auffi difpofée
pour ce mariage qu'elle l'auroit pû
fouhaiter ; qu'il ne falloit point neanmoins
fe rebuters qu'elle ne vouloit pas par au
2.
38
LE
MERCURE
torité forcer le coeur de fa fille ; mais
qu'elle lui promettoit d'agir de concert
avec lui , & que de fa part , il ne devoit
rien omettre pour fe rendre agréable.
L'amour de M. Anodin s'affermit contre
cet obftacle inattendu ; il embraffa Madame
Groffetefte , l'affûra que tout ce qu'il
poffedoit , étoit à fon fervice ; qu'elle pouvoit
difpofer de lui & compter abfolument
fur fes Drogues , fes Sirops & fa Boutique
entiere : Il la prioit feulement d'agréer
pour le lendemain un petit regal qu'il
vouloit donner à Mademoiſelle Cathos ; que
ce feroit un fouper Bourgeois , aprés lequel
comme Mademoifelle fa fille paroiffoit aimer
la danfe , il y auroit quelques Violons;
mais que c'étoit à condition qu'il ne recevroit
point de Mafques . La mere accepta
cette offre . De retour à fa maiſon , elle
propofa
la partie à Cathos. Quand cette aimable
perfonne n'auroit pas û des vûës particulieres
d'y confentir , elle n'avoit garde
de s'oppofer aux volontez d'une fi bonne
mere fur une chofe qui n'étoit d'aucune
confequence : Ainfi , elle promit non feulement
d'y aller , mais même qu'elle s'efforceroit
de dédommager M. Anodin de la
dépense qu'il feroit , par la maniere gracieufe
dont elle répondroit à fes honnêtetez.
Cependant , depuis cinq ou fixjours que de
l'Ormois étoit retourné chez lui , comme
il ne lui avoit pas été poffible de voir ſa
DE JANVIER.
chere Cathos, il n'avoit pas manqué un feul
jour de lui écrire , & de recevoir les réponſes
par une adreffe fûre . Il lui avoit
mandé que fa bleẞure étoit gueries qu'il étoit
même førti pour rendre visite à fon Oncle
que cet oncle le vouloit abſolument mener chez
le Miniftre , pour le lui prefenter comme un
homme deftiné à entrer dans fon alliance ;
que comme on s'obfinoit à ne lui point faire
voir celle qu'on vouloit lui donner & qu'on
difoit être dans un Couvent , il n'avoit fçû
fi bien fe déguifer , qu'on ne se fut apperçin
aifément de la répugnance qu'il avoit pour
ce mariage ; qu'enfin il difpofoit toutes
chofes pour le rompres ne voulant & ne ponvant
vivre quepour celle qui s'étoit renduë la
maîtreße abfoluë de fon coeur , & qui ponvoit
feule faire fon bonheur ; qu'il la prioit
d'imaginer quelque moyen de la voir , ayant
mille chofes importantes à lui communiquer;
qu'elle n'épargnât pour cela ni argent ni in
trigues ; qu'il fourniroit à tout. Mais que
pour des raisons qui intereßoient fa fortune ,
ilfalloit garder un profond fecret jufqu'à ce
qu'il fe fut mis en état d'agir indépendam
ment.
Cathos ne manqua pas de répondre à cha
que article de la lettre de fon Amant ; elle
l'inftruifit de la propofition de fa mere ,
touchant le mariage de M. Anodin , &
en même tems de la partie faite pour la
fête du lendemain que commeil y auroit
40 LE MERCURE
une efpece de Bal chez l'Apotiquaire , on
pourroit le contraindre d'y recevoir des
Mafques , & que par ce moyen le hazard
pouvoit leur fournir l'occafion de s'entretenir.
Cathos reçût ce billet le lendemain de de
l'Ormois. Dites tout ce qu'il vous plaira de
mon Rival , vous le méprifez , vous ne le pouvez
fouffrir ; mais , il a le plaifir de vous
voir , de vous parler , de vous régaler. N'en
eft-cepas affez pour être jaloux de fon bonbeur,
& me le faire envier ? Je ferai enforte.
qu'il reçoive, malgré lui, des Mafques : L'amour
mefournira ce foir l'équipage d'un Medecin
de Faculté ; je croi qu'un Apotiquaire
me tiendra pas contre une robbe à laquelle il
doit le refpect, & c'est fous cet habit que j'attendrai
de la fortune & de l'amour, l'occafion
de vous affurer de ma conftance.
Le fouper de M. Anodin fut fervi à propos
, & fut trouvé bon ; il en avoit écarté
fes enfans : Une bonne Tourte de 12. Pigeonneaux
, autant qu'il y avoit de Convives,
fut flanquée d'une fricaffée de poulets
& de deux canards en ragoût : Un petic
agneau efcorté de trois Perdrix , de trois
Poulets gras, d'une douzaine de Becalines ,
fucceda à la Teurte , & des Salades prirent
la place du ragoût & de la fricaflée : Un
gros Jambon de Mayence fut le plat d'entremets
, foûtenu de fix affiettes chaudes ,
& le defert auroit donné un terrible démenti
DE JANVIER . 41
qui l'auroit appellé Apotiquaire fans
fucre. Le vin étoit bon ; mais , au lieu
des liqueurs qui font à la mode , il fit
apporter force Bouteilles d'Hipocras blanc
& clairet , qu'il avoit lui même coulé par
la chauffe.
Le fouper fini , le Bal commença fur les
onze heures du foir . Quinze ou vingt Bourgeoifes
de la rue S. Honoré qui en avoient
été priées , faifoient briller leurs appas aux
yeux d'autant de garçons de Boutique , en
linge blanc , & la plupart en fouliers neufs.
M. Anodin voulut faire voir qu'il avoit autrefois
appris à danfer , & prenant Mademoifelle
Cathos pour ouvrir le Bal , il fournit
jufqu'au bout fon menuet , quoique
toûjours hors de cadence .
De l'Ormois avoit pris foin à deffein , de
faire avertir tous fes amis qu'il y avoit un
Bal magnifique chez l'Apotiquaire , afin
de l'accabler de Mafques . Ses foins réuffirent
au delà de fon attente ; car dés minuit
, la maiſon de M. Anodin futla chutte
de tous les caroffes : Il voulut d'abord refufer
la porte , mais les premiers s'êtant dit
voifins , & d'autres menaçant d'enfoncer ku
Boutique & de faire danfer le pillon dans le
mortier avec toutes les boetessiben fut fi effrayé
qu'il courut lui même ouvrir la porte
à ces mutins . De l'Ormois avoit trouvé le
une heure avant certe
Docteur de la Facul
D
> moyen d'y entrer
foule : Son habit de
4.2 LE MERCURE
té , fa fourure & fa chauffe d'écarlatte , le
rendirent remarquable. Cathos qui danfoit
quand il arriva l'ayant reconnu , ne manqua
pas de le prendre. De l'Ormois n'ût
pas de peine quelque tems aprés , de tirer
Cathos dans un coin , & d'avoir avec elle
une converſation auffi longue & auffi libre
qu'il la fouhaita. Elle fut tendre & pleine
de fincerité. Il lui expliqua tous les empreßes
mens de fon Oncle , pour lui faire épouser
une fille qu'il n'avoitjamais vûë & qu'il ne
pourroit aimer: Que ce jour même devoit
lui faire voir celle qu'on lui deftinoit ; mais
que cette entrevûë avoit été differée , parce
qu'on attendoit une Dame qui venoit da
fonds de l'Auvergne , fans laquelle on ne
pouvoit pas agir ; & quoiqu'il en arrivât
qu'il lui donnoit fa parole , & lui juroit que
jamais il ne donneroit fa main à d'autres
qu'à elle , pourvû qu'elle voulût bien l'aimer
avec perfeverance, & attendre le moment qu'il
pût difpofer defes volontez .
>
Si je ne confultois , répondit Cathos , que
les fentimens genereux de mon coeur , je ne
me croirois pas indigne de l'offre que vous
me faites ; mais ,lorfque je réflechis que ma
mauvaiſe fortune m'a donné une naiſſance
qui répond fi peu à la vôtre , je me trouve
dans une confufion fi grande , que je ne
puis moi- même approuver vôtre deffein. Je
vous parlerai donc franchement ; vous êtes
le premier & le feul pour qui mon coeur ait
DE JANVIER 43
été fenfible : Je vous aime par un penchant
fecret qui m'a entraîné vers vous , fi - tôt
que je vous ai vû : Je ne rougis point de
vous l'avouer, & de vous dire même qu'on
ne peut jamais aimer ni plus tendrement ni
plus fortement ; mais , malgré ce penchant
, je vous aime fi fort pour vous-même
& pour vos propres interêts , que quoique :
je fuffe inconfolable de vous voir paffer en--
tre les bras d'une autre , je vous confeille:
cependant de ne rien faire qui donne atteinte
à l'eftime où vous êtes dans le monde.
Ainfi , ne vous perdez point par la vûë
d'un mariage fi difproportionné . Je ne veux
pas être née pour vous deshonorer.
Ah , dit de l'Ormois , vôtre vertu &
vôtre efprit réparent éminemment les deffauts
de vôtre naiffance , pour avoir égard
à cet injufte ouvrage de la fortune ! Qu'aije
beſoin de vôtre naiflance pour vivre heureux
avec vous ? Et n'eft- ce pas une aſſez
grande fortune pour moi que de vous poffeder
? Non , ma chere Cathos , je vous le
protefte , & je vous demande vôtre main ,
pour jurer deffus , que vous ne ferez jamais
à d'autre qu'à moi . Plein de ce tranſport ,,
il prit la main de cette belle fille , qui n'eut
pas la force de la retirer , & la mettant dans
la fienne , il confirma les promeffes qu'il
venoit de lui faire . Je fouhaitte , lui dit
Cathos , que la chofe s'execute , fi elle eft
poffible ; mais, quoiqu'il en arrive , Epoufo
Dij
44 LE MERCURE
ou non , je vous aimerai juſqu'à mon der
nier foupir. A ce mot , de l'Ormois lui
baifa la main , & tenant une bague de
trés grand prix , il la lui mit au doigt , &
lui dit : Je vous épouse..... Que faitesvous
, lui dit brufquement Cathos, en voyant
l'éclat du diamant Reprenez- là . Que
voulez- vous qu'on penfe de moi ? Vous ne
pouvez , dit il , me la rendre , fans rompre
le ferment que vous venez de faire . Je
vous permets de ne la pas montrer ; mais
je veux que vous la gardiez comme un gage
affuré d'une foi inviolable. Ils continuoient
fur ceton , & il étoit plus de deux heures ,
lorfque Madame Groffetefte , qui cherchoic
par tout fa. fille , la trouva proche du Me
decin : La foule étoit fi grande qu'on ne
pouvoit plus refifter au flux & reflux du
monde qui entroit & qui fortoit : Elle dit
à Cathos qu'elle avoit un fi grand mal de
tête qu'elle vouloit fe retirer & qu'elle la
fuivit.
De l'Ormois s'offrit de les accompagner,
& leur dit , qu'ayant fon Caroffe , il ne
permettroit pas qu'elles s'en allaffent à pied .
La mere y confentit .: Il lui donna la main,
laiffant par raiſon celle deCathos à un ami
qui l'avoit accompagné ; il les remit chez
elles & fe retira.
Pour ce qui eft de M. Anodin , malgré
fon amour,il ne s'apperçut point de la fortie
de la mere ni de la fille ; il ne fut occu
DE JANVIER. 45
pé pendant toute la nuit , qu'à fournir des
rafraichiffemens aux Mafques ; fe perfuadant
que fa liberalité acheveroit de détermi
ner fa chere Cathos en fa faveur ; ne dou
tant point qu'elle n'en fût fpectatrice .
Cathos receut à midi un Billet de de l'Or
mois , qui lui mandoit qu'il partoit far le
foir pour Versailles & qu'il y referoit deux
jours , parceque les Provifions de fa Charge
devoient y étre fcellées Elle lui fit réponſe fur
le champ , en l'exhortant de penfer toûjours
folidement à fa fortune plutôt qu'à suivre
une paffion , qui fe ralentiroit peut- être fitôt
qu'il l'auroit fatisfaite : Mais le foir,
il y út bien un autre changement de fcene.
Une femme de 40. ans , qui paroilloit
une Femme de Chambre , & qui accompagnoit
une Dame de 35. ans , magnifiquement
vetuë , monta chez Madame Groffe..
tête. Toutes deux s'êtant affifes auprés d'el
le , la plus âgée lui demanda i elle la reconnoiffoit
; la bonne femme l'éxamina & lui
dit , qu'elle fe remettoit confufément fes
traits , mais qu'elle ne fe fouvenoit pas où
elle l'avoit vûë.
C'est ici même , lui dit - elle , & voila ,
Madame , qui vient vous remercier des foins
que vous avez pris de l'éducation de fa petite
fille que je vous laiffai ici , il y a qua
torze ans. Quoique je ne vous aye point
vilitée depuis , j'ai toujours eu l'oeil fur cet
enfant , êtant la feule qui fçût où elle étoit;
46 LE MERCURE
& fi vous l'euffiez mife hors de chez vous
je l'aurois repriſe & placée autre part . Il ne
s'agit à prefent que de la rendre à Madame.
fa mere que voila .
Madame Groffetefte qui aimoit tendre
ment Cathos, fentit fon coeur partagé entre
la douleur de perdre fa chere fille , & la
joye qu'elle avoit de voir qu'elle alloit rentrer
dans une fortune digne de fa vertu &
de fon merite. Elle remit alors le vifage de
eette femme ; & pour fe confirmer davantage
, elle l'interrogea fur les habits & fur
le linge qu'elle avoit confervés : Elle tira
d'une armoire la petite cafette où le tout"
étoit renfermé. Il ne s'agiffoit donc plus
que de voir Cathos; mais elle étoit chez une
Voifine , où Toinon alla la chercher &
l'amena. Quelle joys pour cette mere qui
ne l'avoit point vûe depuis le moment de fa
naiffance , & qui la vit fi belle , fi bien
faite & d'un air tout à la fois fi noble & fi
modefte !!
Elle m'attendit pas qu'on lui eût expliqué
ce qu'elle alloit fçavoir. Les mouvemens
puiflans de la nature agiffant avec
impetuofité , elle fut audevant d'elle jufqu'au
milieu de la Salle , & l'embraffant
avec une tendreffe inconcevable ; ma chere
fille , lui dit -elle , qu'il y a long- tems que
je fouhaite ce moment heureux ! Embraffez-
moi , ma fille , embraffez vôtre veritable
mere , & rendez avec moi un million
1
1
<
C
DE JANVIER. 47
de graces à celle qui vous a tenu jufqu'ici
lieu de mere. L'on ne peut être plus furprife
que le fut Cathos , à la reconnoiffance im
prevûë d'une naiffance dont elle n'avoit jamais
û le moindre ſoupçon , tant Madame
Groftetefte lui avoit foigneufement caché
ee fecret . Mais fa modeftie n'en fut pas alterée
, ni fon coeur enorgueilli : & d'une
ame toûjours égale & toûjours grande , Madame,
dit-elle,fi je me réjouis de trouver une
mere dans une perfonne de qualité , c'eft
parce que j'efpere que la vertudans laquelle
ma bonne , en embraffant les larmes aux
yeux Madame Groffetefte , m'a élevée , ne
deshonnorera pas un fang plus relevé que le
fien .
La Femme de Chambre defcendit alors ,
& fit apporter par deux Laquais une Cafette
, d'où l'on tira un magnifique desha➡
biller avec toute la fuite ; fa mere ne vou
lant pas la remener chez elle ni la preſenter
à fon mari.
Quelque beauté qu'elle ût , fon ajuſtement
fuperbe & galand y ajoûta un air
qui la rendit encore plus charmante . Mais ,
que fe paffoit- il dans fon coeur ? Elle fongeoit
à fon cher de l'Ormois ; tantôt, elle
avoit de la joye de fe voir , contre fon
attente , élevée à un rang qui convenoit à
la nobleffe de fes fentimens ; tantôt , refle
chiffant qu'elle alloit dépendre de' parens
qui ne voudroient peut-tre pas agréer la
48
LE
MERCURE
recherche de fon Amant , elle craignoit de
voir fon amour victime du caprice de ce smêmes
parens qu'elle ne connoilloit point
encore . Dans cette penfée , elle ambitionnoit
plutôt de refter dans un état qui lui
aflûroit la poffeffion de fon Amant : Enfin ,
elle fongeoit en même tems au moyen de
l'avertir du changement de fa condition
afin qu'il prêt de loin fes mefures , bien refolue
de lui être fidelle , & de laiffer le refte
à la Providence qui protege toûjours la
vertu. Cathos êtant habillée , fans qu'on
voulût encore lui dire fon veritable nom ,
fa mere tira de la Cafette où l'on avoit
apporté les habits , une groffe bource qu'elle
mit entre les mains de fa fille , & lui dite,
prefentez cette bource à Madame , & payez
lui par cette premiere reconnoiffance les
foins qu'elle a û de vous .
•
Madame Grofft tefte refufoit opiniatre
ment de recevoir ce prefent,difant qu'elle fe
fentoit affez recompenfée par la fortune
ine perée qui venoit d'arriver à celle qui
avoit toûjours fait fes delices : Que tout
ce qu'elle demandoit , étoit que fa chere
fie ne l'oubliât jamais , & qu'elle lui promît
de lui donner toûjours ce nom . Je fçai,
dit la mere , que les mille piftolles qui font
dans cette bource ne font pas une recompenfe
digne de vos boatez ; mais prenez les,
en attendant que vôtre fille & la mienne
foit en état de les reconnoître dans toute
>
leur
DE JANVIER.
49
leur étendue. Vous lui avez infpiré de trop
bons fentimens , pour qu'elle s'attire le reproche
d'ingratitude . Ne vous informez
point de fon nom ni du mien ; vous l'apprendrez
dans peu , & nous viendrons vous
revoir. Ce ne fut que pleurs en fe féparant :
Madame Groffetefte & Catho s'arroferent
à plufieurs repriſes le vifage d'un torrent
de larmes. Madame Groffetefte les conduifit
jufqu'au caroffe qui étoit fans armes.
Les Provifions de l'Ormois ayant été expediées
, il revint de Verſailles fort tard .
En arrivant , il ût une douleur mortelle
d'apprendre par celle qui fervoit d'entrepos
à leurs lettres , que Catho avoit été enlevée
de chez Madame Groffetefte , & qu'on ne
fçavoit ce qu'elle étoit devenuë .
Il paffa toute la nuit dans une affliction
inconcevable ; & dés le matin , il crut ne
devoir mieux faire que d'aller chez Madame
Groffetefte , pour s'inftruire de ce qui
en étoit. Elle le reconnut pour celui qui les
ramena chez elle du Bal de l'Apotiquaire :
Et voyant qu'il s'informoir avec un zele
particulier de la fortune de Catho , elle ne
fit point difficulté de lui conter exactement
la cho'e ; & lui montrant la bource qu'elle
avoit reçue, vous pouvez , dit - elle , con .
noître par- là , qu'elle appartient à des per
fonnes de confequence , puifqu'ils payene
avec tant de profufion la penfion d'un en
fant : Mais , ce qui ne me furprend pas
Janvier 1719. E
50
LE MERCURE
moins , c'eft , ajouta- t'elle , que Catho
en m'embraffant pour me dire adieu , m'a
priée toute en pleurs de lui garder précieu
fement cette bague . En même tems elle
lui montra le diamant qu'il avoit donné à
fa chere Catho. La confiance qu'elle a prife
en vous , Madame en vous remettant cette
bague , m'avertit d'en avoir une parfaite dans
vôtre difcretion. C'est moi- même qui la lui ay
donnée. Il lui conta enfuitte la naiflance &
le progrés de fon amour , avec la réfolution
qu'il avoit prife de l'époufer ; les raifons
qui l'avoient obligé de cacher cette intrigue
avec tant de fecret. Il la pria de lui découvrir
la demeure , & de fe prêter à un amour
auffi violent & auffi legitime que celui qu'il
avoit pour fa fille adoptive. Je fouhaite de
me trouver en état de vous fervir , reprit
Madame Großeteste. J'employerai volontiers
tout mon credit pour vôtre fatisfaction ::
Elle feroit bien ingratte , en quelque fituation
qu'elle fe trouve , fi elle n'étoit pas
conftante pour un homme qui la vouloit
époufer, n'êtant encore que fille d'une Blanchiileute.
Aprés ces affurances réciproques
qui confolerent de l'Ormois , & qui lui
rendirent l'efpoir , il tomba fur le midi
chez fon Oncle qui le retint à diner ; & en
attendant la foupe , cet Oncle l'ayant fait
entrer dans fon cabinet . Vous avez , dit- il,
vos provifions ; il ne s'agit plus que de
terminer l'autre affaire , qui eft de vous maDE
JANVIER
tier , J'efpere que vous ne fortirez pas de
chez moi , que vous n'ayez figné le Con
ra de Mariage. La fille eft unique je l'ai
vue depuis que je vous ai parlé , & je puis
vous aflurer que fi elle m'a paru trés- belle ,
elle m'a paru encore plus fpirituelle : Elle
ura deux fois plus de bien que vous. Dés
prefent fon pere & fa mere lui en doument
plus que vous n'en avez . La mere eft
parente du Miniftre dont ma fortune dépend
: En un mot , c'en eft une très grande
pour vous ; je le defire ; j'en fuis le maître,
& un refus de vôtre part vous fera rompre
pour toûjours avec moi . Vous connoiffez
mon refpect pour vous , dit de l'Ormois,
& l'on ne peut être plus reconnoiffant que
que je le fuis de toutes vos bontez : Mais,
mon cher Oncle , je fuis homme d'honmeur
; & j'ai un engagement fi fort , que
ne puis plus m'en dédire. Je ne voulois
Point me déclarer , mais vous m'y forcez.
Quoi , reprit l'Oncle vous êtes marié
ans le confentement de vôtre mere & de
Os parents ! J'en ferois au defefpoir ; puifque
, pour vous le dire en un mot , c'est
a fille unique que je voulois vous donmer.
S
Vôtre fille , repartit de l'Ormois avec éannement
! je n'avois fçû ... Dans ce moment
, l'on vint avertir qu'on avoit fervi ;
ls pafferent dans la falle , & l'Oncle dit
un ton fâché , qu'on faffe venir ma femme
E ij
༢ LE MERCURE
& mafille.Quelle furprife pour de l'Ormois,
lorfqu'il vit entrer fa chere Catho , vêtue
d'une étoffe d'or & couverte de pierreries !
Quel eclat éblouiffant frappa fes yeux !
Mais , quelle furpriſe en même-tems pour
elle , à qui l'on n'avoit pas dit un mot de
fon cher de l'Ormois!
L'Oncle fe retourna vers fon Neveu , &
lui dit , mon Neven , faluez vôtre Tante ;
il y a vingt ans que nous fommes mariez ,
fans avoir pû le déclarer que depuis trois
jours. Je vous en apprendrai les raifons.
Voilà ma Fille faluez-là , comme celle
que je vous avois deftinée pour vôtre Femme.
Qui eft- ce qui peut comprendre l'excès
de raviffement de ces deux Amants , de toucher
par une rencontre fi imprévûë au comble
de leur felicité ? Hebien , mon Neveu ,"
dit l'Oncle , Ma Fille a- t'elle fi peu de charmes
, qu'elle ne puiffe vous faire commettre
une infidelité ! Serieufement , ne vaut- elle
pas bien la peine que vous lui donnicz la
préference ?
Je fuis incapable , reprit de l'Ormois
d'être infidelle , & de rompre un engagement
avec l'aimable Perfonne dont je vous
ai parlé. Peut- être vous forcerai - je à approuver
mon procedé , car , fi ma Coufine
vôtre Fille eft brune , belle , bien faite &
fpirituelle; celle que j'aime, ne lui cede dans
aucune de ces qualitez.
Si vous avez des raifons de famille &
DE JANVIER.
d'intérêts pour m'unir avec Mademoiſelle
vôtre Fille , ces mêmes raifons fubfiftent
pour la Perfonne à laquelle je me fuis dévoué,
Vous m'objecterez ; mais , a-t'elle
autant de bien ? Tout autant, Vous répon
derai-je mon Oncle ? En un mot , qui voit
l'une voit l'autre . Jamais il n'y a û un
raport fi parfait & des convenances fi reffemblantes.
Et pour vous tirer de peine tout
à coup , c'eft la même que ma chere Cou→
fine. Auffi- tôt , courant à elle , il prit la
liberté de l'embraffer pour la premiere fois .
La pauvre fille oublia dans le moment les
bienfeances de fon Sexe ; elle s'attendrit fi
fort & fut fi faifie de joye , qu'elle n'ût pas
la force de fe tirer de fes bras . Le Pere &
la Mere ne fçachant que penfer de tout ce
miftere amoureux , en furent bien-tôt éclai
cis par de l'Ormois qui leur conta toute
fon Avanture. On laiffe à juger de l'effet
étonnant que fon récit fit dans l'efprit du
Pere & de la Mere. On ne parla plus que
des préparatifs de la Nôce de ces deux hûreux
Amants. Madame Groffetefte y fut
appellée , & elle ne prit pas moins de part
à leur bonheur qu'eux- mêmes.
E ü
54 LE MERCURE
患患署患患患患患患患患
MANIFESTE
Sur les Sujets de Rupture entre la France.
& l'Espagne.
L
()
ES Rois ne font comptables de leurs démar
,, ches qu'à Dieu même dont ils tiennent leur
autorité. Engagez indifpenfab'ement à travailler
au bonheur de leurs Peuples , ils ne le font pas a
rendre raifon des moyens qu'ils prennent pour y
réuffir , & ils peuvent au gré de leur prudence ca
cher ou reveler les myfteres de leur Gouverne
ment. Mais dés qu'il importe à leur gloire & à la
tranquilité de leurs peuples , qui n'en peut eftre fe
parée , que les motifs de leurs refolutions foient
connus , ils doivent agir à la face de l'Univers , &
faire éclatter la juftice qu'ils ont confultée dans le
fecret.
Sa Majesté conduite par les Confeils duDuc d'Or
leans Regent, s'eft crue dans cet engagement , & elle
fait gloire d'expofer à fes Sujets & à toute la Terre
les raifons qu'elle a úes d'entrer en de nouvelles
liaifons avec plufieurs grandes Puiflances pour la
pacification entiere de l'Europe , pour la fûreté
particuliere de la France , & pour celle même de
' Efpaghe , qui méconnoiffant aujourd'hui ſes vrais
interefts , trouble la tranquillité commune par l'in
fraction des derniers Traitez.
Sa Majesté n'imputera jamais cette infraction à
un Prince , qui recommandable par tant de vertus,
l'eft particulièrement par la fidelité la plus religieufe
à fa parole ; & ce ne peuvent eftre que fes Miniftres
, qui l'ayant engagé trop legerement , fçavent
lui faire de cet engagement même, une raiſon & une
neceffité de le foutenir,
DE 35
"
JANVIER
Sa Majefté dans les mesures qu'elle a prifes , s'eft
propofé de fatisfaire également à deux devoirs ; à
l'amour qu'e le doit à fon Peupie , en prevenant
une Guerre avec tous les voisins dont il eftoit menacé
; & à l'amitié qu'elle doit au Roid'Espagne ,
en menageant conftamment les interefts & la gloire
, qui feront toûjours d'autant plus chers à la
France , qu'elle les regarde comme le prix de fes
longs travaux , & de tout le fang qu'il lui en a
coûté pour le mainteni fur fon Thône.
Ces intentions de Sa Majefté le reconnoîtront fenfiblement
& fans interruption dans tous les faits
qu'on va expofer .
fi
On fçait que dans le cours de la derniere Guerre,
la France avoit efté reduite par les difgraces à la dure
neceffité de confentir au rappel du Roi d'Efpagne;
& elle en auroit fans doute éprouvé la douleur ,
la Providence qui changea les évenemens & les
coeurs , n'ût épargné cette injuftice à nos ennemis
.
On reconnut à Utrecht les droits du Roi Catholique
; mais l'Empereur , quoi qu'abandonné de fos
Alliez , ne pouvoit encore renoncer à ſes prétentions.
La prife de Landav & de Fribourg ne put même
l'y reduire ; & le feu Roi de glorieufe memoire, qui
au milieu de fes derniers fuccés , fentoit l'extrême
befoin que fcs Peuples avoient de la paix , ne la
conclut qu'aprés avoir fait propofer à l'Empereur
dans la Negociation de Raftadt , de travailler à un
accommodement entre lui & le Roi d'Eſpagne. [ 4]
Il avoit toûjours en vûë d'achever fon ouvrage , &
d'étouffer les femences de Guerre que le Traité d'Utrecht
avoit laiffées dans l'Europe , en ne reglant
que provifionnellement & fans le concours de l'Empereur
, les interefts de ce Prince, & du Roi d'Eſpagne,
Le deffein de cimenter la Paix par une concilia◄
[ a ] Inftruction pour les Plenipotentiaires du Congrès
de Bade , du 15. Avril. 1714,
E iiij
56 LE MERCURE
rion entre ces deux Princes , fut infinué à Bade le [ b]
15. Juin 1714 , au Comte de Goés , & communiqué
le [c] 7. Septembre fuivant , au Prince Eugene de
Savoye , qui affûra que l'Empereur ne s'en éloigneroit
pas . Aprés la fignature du Traité de Bade , le
Roi charged le Marefchal de Villars , [ d ] de fuivre
avec le Prince Eugene le méme objets . Et lorfque le
Comte du Luc [e ] fut nommé pour être Ambaffadeur
du Roi auprés de l'Empereur , il fut particulicment
chargé par fon in@ ruction d'agir felon ces
vûës.
Le Roi d'Eſpagne avoit reprefenté ſouvent au fen
Roi par des Lettres écri es de fa main , que fon Etat
n'eftoit point affûré par les Traitez d'Utrecht. Vous
jugerez aisément , difoit- il , dans une de fes Lettres
du 16 mai 1713. que la Paix dont tout le monde defire
également la folidité , ne peut efire ftable , fi l'Archiduc
qui m'a difputé la Couronne d'Espagne , ne m'en reconnoift
le legitime Roi.
Vous savez , écrit ce Prince dans fa Lettre du
31. Janvier 1714. que j'ai rempli tous les Pre iminaires,
que je fuis preft à confentir que Naples , le Milanez
& les Pays -Bas reftent à l'Archiduc , comme je
Pai fait de la Sicile en faveur du Duc de Savoye , de
Gibraltar & de l'Ife de Minorque en faveur des Angois,
&que jefuis auffi preft à le faire de la Sardaigne
en faveur de l'Electeur de Baviere. L'Archiduc
doit , moyennant ces conditions , renoncer à ce qui me
refte de la Monarchie d'Espagne. Ainfi nous n'avons
plus , ni lui ni moi , rien à pretendre l'un contre l'autre.
[b ] Lettre des Plenipotentiaires de Bade au Roy , du
15. Juin 1714.
[ c ] Lettre du Marefchal de Villars au Roy , du 7.
Septembre 1714 .
[ d ] Memoire donné de la part du Roy au Mareſchal
de Villars , le 23. Septembre 1714 .
[ e ] Inftruction pour le Comte du Luc allant à Vien
me , du 3. Ianvier 1715、
DE JANVIER
Je me flatte dit le Roi d'Efpagne dans fa Lettre
du 17. Mai 1714. que connoiffant de quelle importance
il eft de faire departir l'Archiduc de toutes pretentions
fur l'Espagne & les Indes , vous me mettrez en eſtat
d'eftablir des conditions folides pour en jouir paifblement.
Ce Prince ne fe croyoit affermi fur le Throne
d'Efpagne & des Indes , que par la Renonciation
folennelle de l'Empereur à fes pretentions ; & il
n'inſiſtoit fi vivement fur cette fûreté , que parce
qu'il en avoit reconnu l'importance par les extrêmitez
où l'avoient reduit les évenemens de la Guerre ,
excitée par les prétentions de l'Empereur . C'eftoit
auffi tout ce qu'il demandoit au feu Roi , comme le
gage le plus fenfible de fon amitié paternelle , &
comme le dernier effort dont il devoit couronner tout
ce que la France avoit fait pour fes interefts. Le feu
Roi travailloit avec toute la vivacité d'un pere , à
la fatisfaction de fon petit - Fils. Mais comme l'Empereur
paroiffoit inebranlable , & que d'ailleurs un
refte de défiance répandu dans l'Europe ; une opinion
generale que la paix ne pouvoit pas durer , &
qui retenoit encore la plupart des Puiffances armées:
La Guerre du Nord , & les changemens arrivez
dans la Grande Bretagne , faifoient craindre que
feu ne ſe rallumât bien - tôt ; il falloit prendre encore
de nouvelles mesures pour le prevenir.
le
C'eft dans ces conjonctures que le feu Roi fut en-
- levé à la France. Sa Majefté n'oublira jamais ces avis
fi importans & fi falutaires qu'il lui donna dans les
derniers momens de fa vie. Elle en veut faire la regle
invariable de fon Regne ; & l'on va voir qu'elle
y a mefuré jufqu'ici toutes les demarches.
Les longues Guerres avoient laiflé contre nous
dans l'Europe des reftes d'alienation & de haine qui
ne cherchoient qu'à fe ranimer ; & nos voisins encore
pleins de la jaloufie & des frayeurs qu'ils avoient
ûes fi fouvent de nos profperitez , & même
de nos reffources dans nos plus grandes difgraces ,
$8 LE MERCURE
fongeoient déja , pour achever de nous abattre , à
profiter de la minorité du Roi , & de l'épuilement
du Royaume dont nous nous plaignions nous- mêmes
affez hautement , pour inviter nos Ennemis à tour
entreprendre. L'ancienne Ligue menaçoit de fe rejoindre
, & les Nations s'excitoient mutuellement à
la Guerre par l'importance de le mettre pour toûjours
à couvert d'une Puiffance trop redoutable ,
& qu'on s'efforçoit encore de rendre odieufe par
des reproch s injuftes de fa manvaile foi.
Quel moyen plus fûr pour diffiper cet orage , que
de s'unir avec la Puiffance qui de concert avec nous
avoit rappellé la Paix par les Traitez d'Utrecht !
Le Roi ne negligea rien pour réüffir dåns cette vûë.
La confiance fe reftablit par les foins entre les deux
Puiffances ; & elles comprirent auffi - tôt que rien
nc contribueroit davantage à confirmer une Paix encore
mal affûrée , qu'une Alliance défenfive entre
la France , l'Angleterre & la Republique des Provinces-
Unies , pour maintenir les Traitez d'Utrecht
& de Bade , & pour la garantie reciproque de leurs
Etats. Mais avant toute ouverture de Negotiation ,
Sa Majefté donna avis de fon deflein au Roi d'E
pagne. Le Duc de Saint Aignan eut des ordres precis
au mois d'Avril 1716. de lui expofer les vûës , de
lui offrir tous les foins & de l'inviter à entrer dans
l'Alliance où elie fe prome toit qu'il feroit reçû avec
tous les égards qu'il pourroit fouhaiter.
Aprés bien des inftances éludées , le Duc de Saint
Aignan fur un nouveau Memoire qu'il pretenta ,
reçût enfin du Cardinal Del Giudice une reponfe
dictée dans l'interieur du Palais par un autie Minitre
, dès - lors tout puiffant , & dont il ne fut dans
cette occafion que l'interprete . Cette reponse portoit
: Le Roi mon Maître ayant examiné l'Extrait
qui lui a efté remis , les derniers Traitez fignez à
Utrecht , n'y a trouvé aucune clause qui aut befoin
d'eftre confirmée.
Quelle étrange oppofition de cette reponse avec
1
拼
DE JANVIER. 59
•
les Lettres que le Roi d'Espagne écrivoit au feu Roi,
& qui n'étoit qu'une reprefentation continuelle &
inquiete de l'incertitude de fon état ! sa Majeſté vir
bien que les principes de conciliation & de paix, qui
la faifoient agir , n'étoient pas ceux que l'on confultoit
à Madrid, & cette idée s'étoit que trop confirmée
par le trouble que le Commerce dés François
fouffroit déja en Espagne , par les avis des liaifons
qu'on y menageot avec quelques Puiffances , fous
pretexte d'une mefintelligence prochaine entre les
deux Nations , & par les oppofitions fecretes que
l'afpagne apportoit à nôtre Alliance avec le Roi de
la Grande Bretagne & les Eftars Generaux.
Le Roi prit cependant le parti de diflimu er. Il
ne laiffa pas affoiblir fon amitié , ni fes égards pour
le Roi d'Efpagne , & attendant patiemment le moment
où il fergit mieux éclairé fur fes veritables avantages
, il lui fit dire que ne pouvant plus fe difpenfe
d'achever fon projet d'Alliance , il l'affûroit
qu'il ne confentiroit à rien qui fût contre les
interêts.
L'Abbé Dubois fut envoyé alors à Hannovre
pour y traiter cette affaire avec le Roi de la Grande
Bretagne ; & c'est là que furent arrêtez les Articles
qui ont fervi de fondement au Traité de la
triple Alliance , figné à la Haye je 4. Janvier 1717.
aprés que le Roi de la Grande Bretagne lui -même
en eut donné part inutilement au Roi d'Espagne ,
& qu'il le fût affûré de la repugnance invincible du
Miniftre à tout projet d'union .
Mais quelque favorable que fût cette Alliance au
repos public , elle ne fuppleoit point ce qui manquoit
à la perfection des Traitez d'Utrecht & de
Bade , parce que les differens entre l'Empereur & le
Roi d'Espagne n'y ayant pas efté reglez , l'Europe
étoit toûjours dans l'incertitude de fa fituation , &
en danger d'étre replongée dans la Guerre par la
premiere hoftilité de part ou d'autre. L'Italie feule
pouvoit fe ftater de quelque repos à la faveur de la
Το LE MERCURE
Neutralité qui y avoit été établie par des Traitez &
des Engagemens qu'on regardoit comme un premier
pas & un degré qui pouvoit conduire à la
Paix. Mais quoique la Neutralité fût véritablement
une Loi à laquelle chacun de ces deux Princes s'étoit
foumis , le bien de Europe en vouloit une plus fûre
& plus folennelle qui fût autorifée par le confentement
reciproque des deux Concurrens , & mainte
nue par des gatants tels qu'on ne pût pas l'enfraindre
impunement . Une telle Loi ne pouvoit être
qu'an Traité de Paix qui terminât à jamais les
conteftations entre l'Empereur & le Roi d'Efpagne.
Le Roi de la Grande Bretagne , voulut tenter
de procurer un fi grand bien à l'Europe , & s'en
ouvrit à Sa Majefté. Elle vit avec plaifir les intentions
du feu Roi revivre ; & elle crut que c'étoit
agir pour un Prince auquel elle eft étroitement unië
par les liens du fang , que de favorifer l'execution
de tout ce que la tendreffe paternelle avoit projetté
pour lui , & de tout ce qu'il avoit demandé luimême
fi pofitivement & fi inftamment . Mais Sa
Majefté qui avoit déja éprouvé en differentes occafions
, que ce qui pouvoit convaincre le Roi d'Efpagne
de fon amitié , ne trouvoit plus le même
accésauprés de lui, n'en put plus douter lorsqu'elle vit
que le Marquis de Louville qu'elle avoit envoyé au
Roi d'Efpagne pour lui faire connoître les veritables
fentimens , & lui communiquer des chofes importantes
aux deux Couronnes , avoit été renvoyé
fans être écouté , malgré l'attachement particulier
qu'il avoit à la perfonne & à la gloire de ce Prince.
Ainfi, trop inftruite par l'experience, qu'on rendroit
fufpect à Madrid tout ce qui viendroit de fa part',
elle pria le Roi de la Grande Bretagne d'agir luimême
à Vienne & à Madrid pour le fuccés de ce
grand deffein , d'autant plus qu'elle n'étoit point
autorisée à traiter des interêts du Roi d'Eſpagne , &
qu'il convenoit d'ailleurs à la dignité d'un fi grand
Prince de les difcuter lui- même,
t
DE JANVIER. 61
Le Roi de la Grande Bretagne fit en même
temps les ouvertures de fes vues à Vienne & à
Madrid. Elles furent reçeiies aflez favorablement à
Madrid : tant que la feinte fervit à cacher les entreprifes
qu'on y meditoit , & rejettées enfuite avec
peu de menagement dés qu'on crut avoir moins
d'interêt de feindre On ne trouva à Vienne de difpofitions
à aucun accommodement , qu'à condition
que la Sicile , qui avoit été jufqu'alors un obftacle
infurmontable à toutes les propofitions de conciliation
, feroit remife à l'Empereur , parce qu'il la
jugéoit abfolument neceffaire à la confervation du
Royaume de Naples. Mais à ce prix on efperoit que
le Roi Catholique feroit reconnu par l'Empereur ,
legitime poffeffeur de l'Espagne & des Indes ; &
de plus , ce qui étoit pour lui un avantage nouveau
, que l'Empereur confentiroit que les fucceffons
de Parme & de Plaifance fuffent affûrées aux
Enfans de la Reine d'Eſpagne.
Les difficultez de cette négociation ne devoivent
point nuire à la Neutralité d'Italie établie par
le
Traité d'Utrecht du 14. Mars 1713. renouvellée &
confirmée par celui de Bade. L'Empereur & le Roi
d'Efpagne paroiffoient eux- mêmes avoir pris des
precautions pour s'affûrer qu'elle ne feroit pas interrompue.
Le Roi d'Eſpagne avoit cu foin avant la
Guerre de Hongrie , de faire fouvenir le Roi de
la Grande Bretagne qu'il étoit garand des engage.
mens pris à Utrecht pour la Neutralité d'Italie : &
l'Empereur de fon côté , lorfque les Turcs fe mirent
en Campagne , avoit engagé le Pape à deman
der au Roi d'Elpagne une parole pofitive qu'il ne
profiteroit pas contre l'Empereur , de la Guerre
que les Turcs venoient de lui déclarer . L'interêt du
Roi d'Espagne fe trouvoit conforme à cette promeffe
; car il avoit été inftruit par le Roi de la
Grande Bretagne du Traité conclu à Londres le
25. May 1716. entre l'Empereur & ce Prince , por,
tant une garantie des Etats de l'Empereur en Italie ,
62 LE MERCURE
& une promefle expreffe de lui donner des fecours ,
en cas qu'ils fullent attaquez Enfin la pieté fi
connue du Roi d'Efpngne raffûroit encore plus que
fon interêt.
On ne pouvoit donc foupçonner que le Roi
d'Efpagne pa : faitement inftruit du Traité de 1716 .
voulût courir les rifques de l'engagement du Roi de
la Grande Baetagne , en attaquant l'Empereur en
Italie , & manquer tout à la fois à fon interêt &
à fon zele pour la Religion . Cependant cette en-'
trepriſe éclata , & l'on apprit qu'un Armement
fait des fonds levez fur les Biens Ecclefiaftiques
deftinez pour foûtenir la gloire du nom Chreftien ,
alloit fervir à violer les Traitez . Il ne faut pas de
plus grande preuve , que les mauvais conſeils & la
trop grande puiffance du Miniftre, prévalent en El
pagne fur les intentions & les vertus de fon Roi.
Sa Majefté allarmée d'une démarche fi dangereufe
, envoya auffi tôt un Exprés au Duc de S.
Aignan , qu'elle chargea de reprefenter vivement au
Roi d'Efpagne les dangers où il s'expofoit ; & ce
qui devoit faire plus d'impreffion fur lui , l'injuftice
de fon entreprife. Elle le prioit pour la tranquilité
commune de l'Europe & pour fes interêts perfonnels ,
de rentrer dans fes vues de conciliation , que le feu
Roi fon grand- Pere , & aprés lui le Roi de la
Grande Bretagne , avoient déja projettées entre lui
& l'Empereur. Quelques jours aprés , elle ordonna
encore au Duc de S. Aignan d'agir de concert avec
le miniftre d'Angleterre qui avoit reçû les mêmes
ordres , pour engager le Roi d'Efpagne à autorifer.
fon Ambaffadeur à Londres , ou à y faire paffer un
autre miniftre qui traitât des moyens de rétablir
folidement la Paix. Le Colonel Stanhope venoit
d'arriver à Madrid , chargé plus particulierement
des mêmes inftances . Le Roi de la Grande Bretagne
fit fçavoir en même tems à Sa Majefté , que comme
le mal preffoit , il ne falloit pas perdre le temps .
des remedes , qu'ils ne pouvoient naître que du
(
DE JANVIER. 63
concert unanime des Puiffances impartiales , & qu'il
la prioit d'envoyer un Ambafladeur à Londres , ou
fur fes inftances l'Empereuravoit auffi confenti d'en.-
voyer un Miniftre. Sa majefté y envoya l'Abbé Dubois
; & attentive aux interêts du Roi d'Espagne
auffi bien qu'à ceux de fon Royaume ,elle crut qu'elle
devoit avoir dans les Conferences de Londres un
Miniftre qui pût conferver au Roi d'Efpagne des
ouvertures pour entrer dans la Negociation , dés
qu'on pourroit l'éclairer fur fes interêts . Mais envain
lui a-t'on fait là deflus des inftances redoub'ées
. En vain lui a - t'on fait efperer d'obtenir pour
lui de l'Empereur ce qu'il avoit fi fouvent demandé
lui même. On n'a reçû de fon Miniftre que des
refus opiniâtres , & louvent même des menaces
d'allumer par tout le feu de la Guerre , malgré toutes
les mesures que l'on croiroit prendre pour le prevenir.
L'Efpagne fembloit regarder comme une
confpiration contre elle ces fentimens unanimes de
Paix où entroient les autres Puiflances.
C'eft fur ces refus & fur ces deffeins menaçans
de l'Espagne , que le Roi de la Grande Bretagne fit
reprefenter à Sa majefté qu'il étoit ablo ument ne
ceffaire d'en arrêter les effets ; & qu'il ne s'en offroit
d'autre moyen à la prudence des Puiffances
impartiales , que de former , pour concilier les interêts
des deux Princes , un plan qui pût leur être
propofé , & procuter à quelque prix que ce fût , leur
propre tranquilité & celle de toute l'Europe. Cette
refolution favorifant d'un côté l'affermiffement de
la Paix , qui étoit l'objet invariable de Sa Majeſté ,
& donnant de l'autre au Roi d'Efpagne le temps &
les moyens de prendre des refolutions conformes à
fes interêts , le Roi l'embraſſa . Mais en ordonnant
à l'Abbé Dubois d'entrer dans un Projet fi neceffaire
Sa Majesté ne lui recommanda rien tant que
de rejetter
toûjours tout ce qui pourroit fufpendre ou
éloigner le concours du Roi d'Eſpagne dans cette
• Negociation. Quels combats le Roide la Grande
64 LE MERCURE
Bretagne n'eut'il pas à effuyer avec l'Empereur pour
ébranler fon attachement aux prétentions fur l'Etpagne
& fur les Indes , pour vaincre fa répugnance
voir pafler un jour les Etats de Parme & de Tos
cane entre les mains d'un Prince de la maifon d'Efpagne
, & pour amortir fon reffentiment de l'infraction
des Traitez dont il fe croioit en droit de
tirer vengeance ! Ce ne fut qu'avec une peine infinie
, qu'on vint à bout pied à pied de ces obftacles ,
& qu'on menagea encore au Roi d'Efpagne des
avantages plus grands que ceux que lui donnoient
les Traitez d'Utrecht , & par confequent , comme
on l'a vû par fes Lettres , au delà même de fes defirs
.
Ainf ,fe forma à Londres le Projet des conditions
qui devoient fervir de fondement à une Paix folide
entre l'Empereur & le Roi d'Efpagne. La parfaite
amitié de Sa Majesté pour ce Prince s'étoit toûjours
fignalée par les inftances qu'elle lui avoit faites fans
interruption , d'envoyer des Miniftres qui difcutaflent
fes interêts , par les moyens qu'elle lui avoit
menagez fans relâche d'entrer dans la Negociation ,
& par les efforts conftans à lui procurer de nouveaux
avantages dans le Traité même. Mais non
contente de ces démarches , elle porta encore plus
loin Pattention & les égards . Elle envoya le Marquis
de Nancré auprés du Roi d'Efpagne pour lui.
faire part du Projet de Londres , tandis que le Roi
de la Grande Bretagne faifoit la même démarche
auprés de l'Empereur.
Sa Majefté, dans les cinq premiers mois de féjour
du marquis de Nancré à Madrid , reprefentoit fans
ceffe au Roi d'Efpagne , qu'il y alloit égallement
de fon interêt & de la gloire d'abandonner une
entreprife injufte , & d'adopter des conditions
qu'il avoit , pour ainfi dire , dictées lui-même par
fes inftances au feu Roi . Enfin , & elle fait gloire
de le dire , elle lui demandoit la Paix de l'Europe
nom de la France qui l'avoir maintenu fur fon
Trône
DE JANVIER . 65
Trône par tant de travaux & tant de fang , & au
nom de fes propes Sujets , dont le zele & l'attachement
, peut être fans exemple , méritoient bien
de leur Prince qu'il ne les livrât pas aux horreurs de
la Guerre.
Toutes ces inftances fondées fur les conditions
fages du Projet , n'arracherent jamais du miniſtre
d'Espagne , qu'un aveu du péril où elle alloit s'expofer
en refiftant à tant de Puiflances. mais il affûroit
en même tems que fon Maître ne fe défifteroit
jamais de fon entreprife , & il n'avoit pas honte
de rejetter fur lui le blame de fa propre inflexibilité.
Enfin Sa Majesté lui fit dire au mois de Juin dernier
que l'amour qu'elle doit à fes Peuples , & qui doir
prévaloir à tout autre fentiment , lui deffendoit
de differer davantage à figner le Traité avec l'Empereur
& le Roi de la Grande Bretagne. On ajoûtoit
l'engagement même où étoit le Roi de la
Grande Bretagne d'envoyer une Efcadre dans la
Mediterrannée pour fecourir l'Empereur . Rien n'ébranla
le miniftre , qui s'irritoit de plus en plus par
les inftances de Paix , & qui menaçoit de mettre
en feu toute l'Europe . Enfin le Chevalier Bing , qui
commandoit les forces Navales du Roi de la Grande
Bretagne , deftinées pour la mediterrannée , avant
que d'entrer dans cette mer , donna avis au miniftre
d'Efpagne des ordres précis qu'il avoit d'agir com
me ami , fi l'Espagne fe défiftoit de les entrepriſes
contre la Neutralité de l'Italie , ou fi elle les fufpendoit
, & de s'y oppofer auffi de toutes les forces ,
fi elle y perfiftot ; & le miniftre ne laiffant plus
aucune efperance , lui répondit qu'il n'avoit qu'à
executer les ordres dont il étoit chargé
La Guerre finifloit alors entre l'Empereur & les
Turcs , & les ordres étoient dé,a donnez pour faire
paffer de nombreufes Troupes en Italie . Sa Majefté
forcée enfin par les circonftances , n'héfita plus
convenir avec le Roi de la Grande Bre agne des
conditions qui ferviroient de bafe à la Paix entre
F
66 LE MERCURE
l'Empereur & le Roi d'Eſpagne , & entre le premier
de ces deux Princes & le Roi de Sicile ; & ce furent
ces mêmes conditions qui formerent le Traité figné
à Londres le 2 Aouft dernier , ontre les miniftres
du Roi , de l'Empereur & du Roi de la Grande
Bretagne.
Mais le Roi de la Grande Bretagne toûjours conduit
par un efprit de conciliation & de paix , &
voulant prevenir auffi la mefintelligence qui pourroit
naître entre la Couronne & l'Espagne, à l'occa →
fion des lecours qu'il étoit obligé de donner à l'Empereur
, crut encore devoir faire un dernier effort
auprés du Roi d'Espagne . Il envoya le Comte de
Stanhope l'un de fes principaux miniftres à la Majefté
, pour paffer enfuite à Madrid , fi elle le jugeoit
à propos.
Ce fut pendant fon féjour à Paris , qu'on apprit
la nouvelle de l'invafion de la Sicile par les Troupes
du Roi d'Elpagne ; ce qui hata encore le voyage
du Comte de Stanhope à Madrid. Il y arriva les
premiers jours du mois d'Aout dernier, & le marquis
de Nancré reçût de nouveaux ordres pour agir de
concert avec lui . Mais les vives reprefentations qu'ils
redoublerent l'un & l'autre fur les extremitez où
l'inflexibilité du Roi Catholique pouvoit porter les
chofes ; l'affûrance qu'on lui donnoit pour toutes
fes poffeffions , par la renonciation de l'Empereur ,
& par la garantie des Puiffances contractantes ; -la
promeffe que Sa Majefté lui procureroit la reflitu
tion de Gibraltar qui intereffe par un endroit fi fenfible
toute la Nation Efpagnole , & que fon Roi
defiroit ardemment depuis long temps ; enfin la déclaration
des engagemens pris à Londres , & celle
de la neceffité où Sa Majefté & le Roi de la Grande
Bretagne le trouvoient de les executer immediatement
aprés l'expiration des trois mois , du jour de la
fignature des Traitez de Londres ; tout fut abfolu
Lettre du Roy d'Eſpagne au feu Roi du 22. Avril
1712.
DE JANVIER 67
ment inutile. Le Comte de Stanhope partit de madrid
, avec la douleur de voir que les offices & les
foins de fon maître pour prévenir une déclaration
contre l'Espagne, n'avoient eu aucun effet. mais il eut
au moins cette confolation , que l'on n'avoit rien
épargné pour vaincre l'obftination du Miniftre , qui
feul étoit la caufe de la rupture & des maux qui la
fuivroient. Cependant le Marquis de Nancré euc
ordre de demeurer , parce que le Roi vouloit bien
fe prêter encore aux plus legeres efperances que
le Miniftre avoit l'art d'entretenir pour gagner du
temps . Mais Sa majefté reconnut enfin l'inutilité de
fa condefcendance : alle fut peu de jours aprés inf
truite des violences exercées fur les perfonnes & fur
les effets des Anglois en Efpagne , au préjudice du
XVIII. Article des Traitez d'Utrecht entre l'Ef
pagne & l'Angleterre , qui fixe un terme de fix
mois pour retirer les perfonnes & les effets de part
& d'autre en cas de rupture.
Le Marquis de Nancré êtant parti de la Cour
d'Efpagne , Sa Majefté , pour fatisfaire au Traité
de Londres , ordonna au Duc de S. Aignan de
porter des plaintes de la violence exercée contre les
Anglois , & elle lui prefcrivit de déclarer que le
terme de trois mois laiffé au Roi d'Espagne pour
accepter les conditions qui lui ont été refervées
devant expirer le 2. Novembre , il ne pouvoit s'empêcher
de demander à ce Prince une réponſe décifive;
& le Roi d'Elpagne ayant perfifté dans fon
refus , il a pris fon audience de congé.
On n'a parlé jufqu'ici qu'en general , des conditions
refervées au Roi d'Efpagne , mais il faut les
expoter plus prec fement pour en faire fentir d'autant
mieux , non feulement l'avantage commun ,
mais encore l'avantage particulier de ce Prince .
1. L'Empereur renonce formellement tant pour
lui que pour les heritiers , defcendans & fucceffeurs
mâles & femelles à la monarchie d'Elpagne & des
Indes , & à tous les Etats dont le Roi Catholique
Fij
38 LE MERCURE
été reconnu legitime poffeffeur par les Traitez
d'Utrecht ; & il s'engage de fournir dans la meilleure
forme les Actes de Renonciation neceffaires.
2. Les fucceffions aux Etats du Duc de Parme &
du Grand Duc de Tofcane,pouvant exciter de grandes
conteftations & une nouvelle Guerre en Italie
parce que la Reine d'Espagne prétend y être appelfée
par la naiffance , & que l'Empereur foûtient que
le droit d'en difpofer au deffaut d'heritiers mâles ,
lui appartient & à l'empire : Il a été ftipulé que
ces fucceffions venant à vaquer par la mort des
Princes poffeffeurs fans heritiers mâles , le fils de
la Reine & fes defcendans mâles , & à leur deffaut
le fecond fils & les autres cadets de ladite Réine
avec leurs defcendans mâles , fuccederont dans tous
lefdits Etats qui feront reconnus hiefs mafculins mouvans
de l'Empire , & qu'il en fera donné au fils de
la Reine qui devra fucceder , des Lettres d'Expectative
, contenant l'Iveftiture éventuelle : Et pour fûreté
de l'execution de cette difpofition , il doit être
établi par les Cantons Suiffes , des Garnifons dans
les principales Places de ces deux Etats , fçavoir à
Livourne , à Portoferraio , à Parme & à Plaiſance
, à la folde des Mediateurs , avec ferment de les
garder & deffendre fous l'autorité des Princes regnans
, & de ne les remettre qu'au Prince fils de
La Re'ne d'afpagne , lorfque ces fucceffions feront
ouvertes .
3. Il a été ftipulé que jamais , ni en aucun cas
l'Empereur , ni aucun Prince de la maifon d'Autriche
qui poffedera les Royaumes , Provinces &
Etats d'Italie , ne pourra s'approprier les stats de
Tofcane & de Parme
4. Comme il n'a pas été poffible d'engager
l'Empereur à fe défifter des prétentions qu'il a
toujours confervées fur la Sicile , il a été reglé
qu'elle feroit cedée à ce Prince , qui de fa part cederoit
au Roi de Sicile par forme d'équivalent , le
Royaume de Sardaigne , en refervant au Roi d'afDE
JANVIER.
pagne fur ce même Royaume le droit de reverfion
à la Couronne , qu'il s'étoit refervé fur la Sicile par
l'Acte de ceffion qu'il en avoit faire ea confequence
des Traitez d'Utrecht.
5. On a laiflé au Roi d'efpagne un terme de trois
mois , du jour de la fignature du Traité , pour
accepter les conditions qui lui ont été offertes , que
toutes les Parties contractantes garantiffent & s'engagent
à faire executer.
6. Comme il ne feroit pas jufte que la Païx de
l'Europe dépendît de l'opiniât eté ou des vûës particulieres
d'une ou de deux feales Puiffances , & que
l'ampereur n'auroit pas pû fe porter à délivrer fa
renonciation avant que le Roi d'Eſpagne eût accedé
au Traité , fi on ne lui avoit donné d'ailleurs quelqu'autre
fûreté. Les Parties contractantes font convenues
de joindre leurs forces pour obliger le Prince
refufant à l'acceptation de la Paix , conformement
à ce qui a été fouvent pratiqué pour le repos public
dans des occafions importantes.
7. On eft convenu expreffément , que fi les Puiffances
contractantes étoient obligées d'en venir aux
voyes de fait contre celui qui refuferoit d'accepter
l'accommodement propofé , l'Empereur fe contenteroit
des avantages ftipu ez pour lui dans le Traité ,
quelque fuccés que puflent avoir fes Armes .
8. Enfin le Roi s'eft engagé d'obtenir pour
Roi d'efpagne la reftitution de Gibraltar.
Voilà ces conditions que le Miniftre d'Eſpagne
rejette avec tant de hauteur. Elles font cependant
fi convenables à la tranquilité generale , que le
Roi de Sicile , qui par l'inegalité de la Sicile à la
Sardaigne , & le feul qui paroifle y perdre , vieng
d'accepter le Traité:
L'expofé fimple & fincere de ces faits Cuffit pour
faire juger quel parti la France a dû prendre dans
les conjonctures où elle s'eft trouvée.
Le Roi d'efpagne attaque la Sardaigne, & prend
autant de foin de cacher fon deffein au Roi , qu'à
70 LE MERCURE
"
l'Empereur. Depuis cette infraction des Traitez &
aprés la déclaration de l'empereur qu'il donnoit
les mains à un accommodement : que pouvoit faire
Sa Majesté ?
En demeurant Neutre , elle auroit également
mecontenté & aliené l'Empereur & le Roi d'Efpagne
; & dans le progrés de la Guerre , une Puiffance
auffi confiderable que la France , n'auroit pû
foûtenir un perfonnage indifferent .
Si elle s'étoit jointe à l'efpagne , comme Sa Majefté
auroit violé le Traité de Bade , l'Empereur
étoit en droit de lui déclater la Guerre , & elle auroit
eû à la foûtenir en Italie , fur le Rhein , &
dans les Pays-Bas . De plus , l'Empereur auroit armé
contre elle tous fes Alliez , ou plûtôt l'Europe
entiere qui auroit été allarmée de l'union des forces
de la France & de l'Espagne. La France fe
trouvoit donc replongée dans les horreurs d'une
Guerre generale.
7
Si le Roi n'avoit eû d'autre moyen pour prevenir
ces malheurs , que de fe lier avec l'ennemi du
Roi d'alpagne pour exercer contre lui les plus
grandes rigueurs : Ce moyen tout douloureux qu'il
auroit été pour Sa Majefté , n'en auroit pas été
moins jufte ni moins neceffaire. Le falut des Peuples
, qui feul doit commander aux Souverains
l'auroit contraint de l'embrafler, & l'exemple du feu
Roi lui-même, qui avoit fait ceder toute la tendreffe
paternelle à ce devoir , deffendoit affez à fon fucceffeur
de le facrifier aux droits du Sang . Mais combien
le parti que le Roi a pris , eft il different ? Il fe lie
avec l'empereur , mais c'eft en offiant en même
tems au Roi d'Efpagne cet ennemi même & le refte
des plus grandes Puiffances de l'Europe pour Alliez
dans le moment qu'il voudra les accepter : C'eft en
l'affermiflant fur fon Thrône dont la poffeffion luf
devient inconteftable ; c'eft en lui procurant tout ce
qu'il a jamais defiré , & plus qu'il n'efperoit , &
l'aurope une tranquilité durable & folide ,
DE JANVIER. 71
·
La nouvelle entrepriſe du Roi d'efpagne fur la
Sicile a fait voir que quand même on fe feroit
borné à ne vouloir rétablir que la Neutralité en
Italie , il n'y auroit pas confenti ; & qu'on auroit
eû autant de peine à faire reftituer la Sardaigne à
P'Empereur , que l'on en peut avoir à faire executer
le Traité en entier. Qu'auroit'on fait enfin par le
fuccés même qui n'auroit point anéanti les prétentions
de l'Empereur fur la Sicile , que de fufpendre
quelque tems fes entrepriſes ?
Sa Majefté n'avoit donc d'autre reffource pour
prévenir la Guerre , que de fuivre le projet d'accommodement
entre l'empereur & le Roi d'afpagne
, & de donner par- là le rreepos à la France ,
à l'Italie , à l'Europe , fans qu'il en coûtât à la
France , que des offices honorables ; & à l'Italie ,
que l'avantage que donne à l'Empereur l'échange de
la Sicile pour la Sardaigne , qui eft contrebalancé
par les bornes que l'empereur s'eft prefcrites dans le
Traité , & par l'engagement que les principales
Puiffances de l'aurope y ont pris de garantir les
poffeffions des autres Princes d'Italie en l'état où elles
font.
Ainfi , loin que l'Eſpagne ait à fe plaindre du
Roi qui entreprend aujourd'hui la Guerre la plus
" jufte , en évitant la plus perilleufe & la plus. ruineufe
pour fes Sujets ; c'eft le Roi même qui fe
plaint avec juftice à l'Efpagne de l'avoir reduit à
Cette extremité , en refufant obſtinément la Paix ,
fous des pretextes fi frivoles , qu'on n'a pas pû jufqu'ici
les comprendre.
Tantôt c'eftoit un point d'honneur , fondé fur ce
que les Succeffions de Parme & de Tofcane étoient
accordées feulement comme Fiefs de l'Empire. Mais
Comment croire que le Roi d'Efpagne fût bleffé
pour un Prince de fa Maifon , d'une conditon qu'ont
reçûë & même recherchée tant de Rois d'afpagne
& de France ; & en dernier lieu le feu Roi fon
glorieux Ayeul ; & le Roi d'Efpague lui-même !
72 LE MERCURE
Tantôt c'eftoit l'inégalité de la reverfion de la
Sardaigne avec celle de la Sicile . Mais un defavantage
fi leger , fi incertain ; fi éloigné , pouvoit- il
eftre mis en balance avec tant d'avantages prefens
& folides ? anfin , ce qui eft décifif , on ne pouvoit
obtenir qu'à ce prix la Renonciation de l'Empereur
à l'Espagne & aux Indes Pouvoit-on commettre la
fûreté de l'Etat du Roi d'Efpagne à de fi petites difficultez
? Et un fi grand intereft ne faifoit- il pas
difparoître tous les autres ?
Tantôt, c'eftoit le pretexte d'un équilibre abſolu.
ment neceffaire en Italie , & qu'on alloit renverfer
en ajoutant la Sicile aux autres Etats que l'Empereur
y poffede. Mais le defir d'un équilibre plus
parfait meritoit- il qu'on replongeât les Peuples dans
les horreurs d'une Guerre dont ils ont tant de peine
à fe remettre ? Cet équilibre même qu'on regrette
en apparence , n'eft'il pas affûré fuffisamment , &
p'us parfaitement peut - eftre , que
fi la Sicile eftoir
demeurée dans la Maiſon de Savoye ? L'Etabliffement
d'un Prince de la Maifon d'Efpagne, au milieu
des Etats d'Italie , les bornes que l'Empereur s'eft
prefcrites par le Traité , la garantie de tant de
Puiffances , Pinterest invariable de la France , de
' Efpagne & de la Grande Bretagne , foûtenu de
leurs forces Maritimes , tant de fåretez laiffent - elles
regretter un autre équilibre ? Si lors de la Paix
d'Utrecht les Arnies Imperiales avoient occupé la
Sicile , comme elles occupoient le Royaume de
Naples , le Roi d'Elpague n'auroit pas fait difficulté
de confentir à cette difpofition ; & le (a ) Minître
d'Efpagne lui même n'a pas fait difficulté de dire
, que le Roi fon Maître n'avoit jamais compté de
garder la Sicile , & que s'il en faifoit la Conquête ,
il feroit porté , puifque toute l'Europe le vouloit ainfi
, à la remettre même à l'Empereur.
Les vrais motifs de ce refus , jufqu'à prefent im-
[a] Lettre du Marquis de Nancré du 26. Septembre 1718
penetrables
DE JANVIER. 73
penetrables , viennent enfin d'éclater. Les Lettres
de l'Ambaffadeur d'Efpagne au Cardinal Alberoni
ont levé le voile qui les couvroit , & l'on apperçoit
avec horreur ce qui rendoit le Miniftre d'Efpagne
inacceffible à tout projet de Paix . Il auro't
vu avotter par- là ces complots odieux qu'il tâmoit
contre nous. Il eût perdu toute efperance de defoler
ce Royaume , de foulever la France contre la
France , d'y menager des rebelles dans tous les
ordres de l'Etat , de fouffler la guerre civile dans
le fein de nos Provinces , & d'eftre enfin pour nous
le fleau du Ciel , en faifant éclater ces projets feditieux
, & joüer cette Mina qui devoit , felon les
termes des Lettres de l'Ambaſſadeur , fervir de pre-
Jude à l'incendie . Quelle recompenfe pour la France
des trefors qu'elle a prodiguez , & du fang qu'elle
a repandu pour l'Espagne!
La Providence a éloigné de nous ces malheurs
& tous les François , à la vûë de la trahison qui
nous les preparoit , en attendent & en preffent la
vengeance. Mais Sa Majesté n'époufe que les interefts
de fon Peuple , & non pas fes paffions. Elle
ne prend aujourd'hui les armes que pour obtenir
la Paix , fans rien perdre de fon amitié pour un Prince
qui a fans doute horreur des perfidies qu'on a
trâmées fous fon nom. Heureux fi fes vertus l'avoient
mis à couvert des furprifes de fon Miniftre ;
& fi , faiſant taire à jamais les mauvais confeils , il
n'écoutoit plus que fa parole , la Juſtice & ſa Retigion
qui le follicitent toutes à la Paix !
D
Epuis que ce Manifefte a été imprimé , on a
û un Billet du Cardinal Alberoni au Prince de
Cellamare , qui eftoit dans un paquet de Lettres
datées du 14 Decembre , porté par un Exprés ,
que l'on a arrêté à Bordeaux , & qui par confequent
a été écrit avant que ce Cardinal at û connoiffance
de ce qui s'eft paffé ici le 9. à l'égard de
l'Ambaſſadeur d'Eſpagne. Cette dépêche regarde la
G
74
1
LE MERCURE
violence exercée contre le Duc de Saint Aignan a
qui on a envoyé des Gardes du Corps du Roi d'Efpagne
le 13. de ce mois de Decembre , pour le faire
fortir de Madrid par force.
On verra par les ordres que le Cardinal Alberoni
donne au Prince de Cellamare , quelles étoient les
intentions , & combien on a efté heureux de les découvrir.
Billet du Cardinal Alberoni , au Prince de
Cellamare , jointe à une de fes Lettres , à
cet Ambaffadeur , du 14. Decembre 1718 .
Q
Uelqu'avis que l'on reçoive de ce qui s'eft
paffé à l'égard du Duc de Saint Aignan , cè
ne doit en aucune maniere être un exemple pour en
ufer de même envers vôtre Excellence. Il a été neeeffaire
avec lui de prendre ce parti , parce qu'il
avoit pris congé , parce qu'il n'avoit plus de Caractere
, & à caufe de la mauvaife conduite. Vôtre
Excellence continuera d'être ferme à demeurer à
Paris , & elle n'en fortira que lors qu'elle y fera
contrainte par la force . En ce cas il faudra ceder , en
faifant auparavant les proteftations requifes au Roi
Trés Chếtien , au Parlement & à tous les autres
qu'il conviendra , fur la violence que le gouvernement
de France exerce contre la Perfonne & le Caractere
de Vôtre Excellence.
Suppofé qu'elle foit obligée de partir , elle mettra
auparavant le feu à toutes les mines .
ORDONNANCE DU ROY
Portant déclaration de Guerre contre
l'Espagne.
MAJETE ' fidelle aux engagemens que le feu
Roi de glorieufe memoire avoit pris par les Trai. SRO
DE JANVIER. 75
tez d'Utrecht & de Bade , & vivement touchée des
Confeils qu'il lui donna dans les derniers momens
de fa vie , de ne connoître d'autre gloire que la
Paix & le bonheur de fon Royaume , a mefurẻ julqu'ici
toutes les démarches fur ces regles , qui feront
toûjours fe: ées pour elle. Sa Majefté, par les
avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , avoit
donné fes premiers foins à réunir des Puiffances
confiderables pour le maintien de la Paix , par la
triple A lance du 4. Janvier 1717. Cette précaution
& la neutralité eftablie en Italie, laifloient dans le
calme les Etats voifins de la France, & fondoient encore
une efperance de fuppléer par de nouvelles mcfures
à ce qui manquoit à la perfection des Traitez
d'Utrecht & de Bade , pour eftabler plus folidement
la tranquillité de l'Europe . Mais l'Elpagne en violant
ces Traitez , détruifit en un moment toutes
les efperances de Paix , & fit craindre le retour
d'une Guerre auffi fanglante & auffi opiniâtre, que
celle que les derniers Traitez avoient terminée. Sa
Majefté n'a rien negligé pour arrêter le feu que
l'Elpagne allumoit , & de concert avec le Ro de la
Grande Bretagne , elle a employé tous les Offices
pour menager entre l'Empereur & le Roi d'Espagne
un accommodement auffi avantageux qu'honorable
au Roi Catholique . Sa majefé & le Roi de la Grande
Bretagne ont obtenu non- feulement tout ce que
le Roi d'Espagne avoit le plus vivement preflé le
feu Roi d'obtenir pour lui , mais encore d'autres
grands avantages . Mais, comme on ne pouvoit s'affûrer
que le Miniftre du Roi d'Efpagne moderat
l'ambition de fès Projets ; & qu'il n'étoit pas jufte
que le repos de l'Europe dépendît de fon opiniàtreté
ou de ſes vûës fecretes ; Sa Majefté & le Roi
de la Grande Bretagne n'ont pû refufer aux iaftances
qui leur ont été faites , de convenir fuivant l'ufage
frequenment pratiqué dans les occafions importantes
au bien public , que fi quelqu'un des Princes
intereffez refufoit de confentir à la Paix , ila
Gij
76 LE MERCURE
réuniroient leurs forces pour l'y cbliger. L'empe
reur & le Roi de Sicile y ont donné les mains.
Mais toutes les demarches que Sa Majefté & le Roi
de la Grande Bretagne ont faites feparement &
conjointement auprés du Roi d'efpagne , n'ayant pû
fufpendre les entreprises , ni lui faire goûter une
Paix fi convenable à fes intereſts & à fa gloire : Sa
Majefté n'auroit pu manquer aux engagemens
qu'elle a pris par le Traité de Londres du 2 Août
dernier,fans violer la juftice & abandonner l'intereſt
de fes Peuples ; & el'e eft ob igée en confequence
du troifiéme des Articles féparez dudit Traité , de
declarer la Guerre au Roi d'efpagne , mais c'eft
en le conjurant encore avec les mêmes inftances
qu'elle lui a faites depuis longtems fans relâche, de
ne pas refufer la Paix à un Peuple qui l'a élevé dans
fon fein , & qui a genereulement prodigué fon fang
& fes biens pour le maintenir fur le Thrône d'efpagne
, comme il l'avoue lui - même dans fa Declaration
du 9. Novembre dernier. S'il force Sa Majefté
à porter les premieres armes contre lui , elle
a du moins la confolation de ne preferer à ce Prince
que le falut de fes Peuples , fi c'est même le lui
preferer , que de s'armer aujourd'hui contre l'efpagne
, autant pour fes propres interefts , que pour
Geux de toute l'Europe . Et à cet effet SA MAJESTE'
, de l'avis de Monfieur le Duc d'Oricans Regent
, a refolu d'employer toutes fes forces , tant
de Mer que de Terre , foûtenues de la protection
Divine qu'elle implore pour la juftice de fa caufe ,
de declarer la Guerre au Roi d'Espagne . ORDONNE
& Enjoint Sa Majefté à tous fes Sujets , Vaffaux
& Serviteurs de courre fus aux Espagnols , & leur
a défendu & défend tres - expreffément d'avoir ciaprés
avec eux aucune communication , commerce
ni intelligence à peine de la vie : Et en confequence
Sa Majesté a dés- à prefent revoqué & reveque
toutes Declarations , Conventions ou Exceprions
à ce contraires ; comme aufli toutes PermifDE
JANVIER . 77
Aons , Pafleports , Sauve gardes & Sauf- conduits
qui pourroient avoir efté accordez par Elle ou par
fes Lieutenans Generaux & fès autres Officiers, contraires
à la Prefente ; & les a declarez & declare
nuls & de nul effet & valeur , défendant à qui
que ce foit d'y avoir aucun égard . MANDE & ordonne
Sa Majefté à Monfieur l'Amiral , aux Marêchaux
de France , Gouverneurs & Lieutenans Generaux
pou: Sa Majesté en fes Provinces & Armées ,
Marêchaux de Camp , Colonels , Meftres de Camp
Capitaines , Chefs & Conducteurs de fes Gens de
Guerre , tant decheval que de pied , François & Etrangers,
& à tous autres fes Officiers qu'il appartiendra,
que le contenu en la prefente ils fiffent executer ;
chacun à fon égard , dans l'étendue de leurs Pourvoirs
& Jurifdictions : Car telle eft la volonté de
Sa Majefté , laquelle veut & entend que la Prefente
foit publiée & affichée en toutes les Villes , tang
Maritimes qu'autres , & en tous fes Poits , Havreś
& autres lieux de fon Royaume & Terres de fon
obéiffance que befoin fera , à ce qu'aucun n'en pre
tende caufe d'ignorance. FAIF à Paris le neuviéjour
de Janvier mil fept cent dix neuf.signé, LOUIS
Et plus bas , LE BLANG .
ORDONANCE DU ROY.
A Majefté êtant informée qu'il y a plu
fieurs François en Eſpagne , & ne voulant
pas qu'aprés avoir déclaré la Guerre
au Roy Catholique , aucuns de fes Sujets
ý denieurent ou faffent refidence , ni entretiennent
aucun Commerce ou Communication
avec les Espagnols ; fadite Majefté,
de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent , ordonne & enjoint trés expreffé-
Giij
78 LE MERCURE
1
mment à tous fes Sujets de quelque qualité
ou condition qu'ils foient , qui font en Efpagne
dans les Terres de la Jurifdiction du
Roy Catholique , foit qu'ils y ayent pris
parti dans les Troupes du Roy Catholique
ou autrement , d'en partir & de revenir
dans le Royaume immediatement aprés la
publication de la Prefente , fur peine d'être
procedé contre les contrevenans par confifcation
de corps & de biens , fuivant la ri
gueur des Ordonnancs : Permettant toutefois
Sa Majefté aux Negocians François qui
fe trouvent en Espagne , d'y demeurer
pendant l'efpace de fix mois , à compter du
jour de la date de la prefente Ordonnance ,
pour retirer , vendre ou tranfporter leurs
Marchandifes & Effets. Mande & ordonne
Sa Majesté aux Gouverneurs & Lieutenans.
Generaux de fes Provinces , & à tous autres
fes Officiers & Jufticiers qu'il appartiendra
, de tenir la main chacun à fon
égard à l'execution de la Prefente . FAIT à
Paris le dixième jour de Ianvier mil fept
cent dix-neuf. Signé , LOUIS. Et plus bas,
LE BLANC.
E
xtrait des Regiftres du Parlement de Paris.
C & Maiſtre Guillaume de
Lamoignon , E jour les Gens du Roy font entrez ,
Avocat dudit Seigneur Roi , portant la pa
role , ont dit à la Cour :
DE JANVIER. 79
Que le devoir de leur miniftere & la fidelité
qu'ils doivent au Roi , les obligent
de déférer à la Cour un Imprimé qu'on dif
tribue dans le Royaume , fous ce titre , Deelaration
faite par le Roi , Catholique le 25.
Decembre 1718. & qu'ils ont eux-mêmes
reçû par la voye de la Pofte .
Qu'à la vue d'un Ecrit qui porte un
nom fi refpectable , ils ont été furpris de le
trouver rempli non feulement des traits &
des expreffions les plus injurieufes , mais
encore des maximes les plus expofées aux
principes du Gouvernement , & qu'ils font
bien éloignez de penfer que ce foit l'ouvra
ge d'un Prince inftruit des droits des Souverains
, & élevé dans le Royaume.
Qu'il femble que les Auteurs de cet Imprimé
feditieux , qui n'ont pu avoir d'autre
йё que de répandre la difcorde , de femer
la divifion , & d'infpirer la revolte , fo
foient crû tout permis pour y parvenir :
qu'ils ont porté leur témerité jufques fur les
Loix les plus facrées de l'Etat , & l'excès
de leur licence,jufques à méconnoiftre l'Autorité
légitime qui nous gouverne.
Qu'après cela il n'eft pas besoin d'entrer
dans un plus grand détail de ce que contient
un pareil Ecrit ; que les réflexions
qu'ils pourroient faire, feroient toujours fort
au -deffous de l'idée que la Cour en concevra
par la fimple lecture; & que cette fimple
lecture feule lui fera connoiftre les juftes
Giiij
80 LE MERCURE
motifs des Conclufions qu'ils ont prises par
écrit , & qu'ils laiffent à la Cour avec les
Imprimez qu'ils ont reçûs , & ont mis fur
le Bureau deux exemplaires dudit Imprimé,
avec deux enveloppes à leur addreffe.
Les Gens du Roi retirez.
Vû ledit Imprimé qui paroift fous le titre
de Declaration faite par le Roi Catholique
le 25. Decembre 1718 .
La matiere mife en déliberation .
LA COUR ordonne que ledit Imprimé
fera & demeurera fupprimé comme
feditieux , tendant à revolte , & contraire à
l'autorité Royale ; à cet effet , enjoint à
tous ceux qui en ont des Exemplaires, de les
apporter au Greffe de la Cour dans la huizaine
au plûtard du jour de la publication
du prefent Arreft , pour y eftre fupprimez .
Fait défenfes à tous Imprimeurs , Librarres
, Colporteurs , & à toutes autres perfonnes
, de l'imprimer , vendre , débiter ,
ou autrement diftribuer , en quelque maniere
que ce puiffe eftre , fous peine d'eftre
poursuivis comme perturbateurs du repos
public & criminels de leze- Majesté . Ordonne
que pardevant Me. Thomas Dreux Confeiller
, que la Cour a commis à cet effet
pour les témoins qui feront entendus en
cette Ville , & pardevant les Lieutenans
Criminels des Baillages & Sénechauffées ,
DE JANVIER.
Pour ceux qui pourront y eftre entendus , il
fera informé à la Requeſte du Procureur
General du Roi , pourfuite & diligence de
fes Subftituts , contre tous ceux qui ont
vendu ou diftribué ledit Imprimé , ou qui
pourroient le vendre , diftribuer, imprimer,
ou garder à l'avenir ; à cet effet permet au
Procureur General du Roi , d'obtenir &
faire publier Monitoires en forme de droit ,
pour le tout fait , rapporté & à lai communiqué
, être ordonné ce qu'il appartiendra .
Ordonne en outre que le prefent Arreft fera
envoyé aux Baillages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être lû , publié & enregiftré
, & affiché par tout où befoin fera ; Enjoint
aux Subſtituts du Procureur General
du Roi , d'y tenir la main & d'en certifier
-la Cour dans le mois. Fait en Parlement le
feize Janvier mil fept cent dix - neuf. Signé,
GILBERT.
Extrait des Registres du Parlement de Bor
deaux du
Janvier 1719.
7.
Cour, Combrett General du
E jour , Grand'Chambre & Tournele
Roi eft entré , & a dit à la Cour.
Mefficurs.
Nous avons été informez qu'il fe répandoit
dans le Public un Ecrit intitulé , Déclaration
faite par le Roi Catholiquo le 25-
$2 LE MERCURE
Decembre 17.8 . Il nous en cft même tom
bé quelques Exemplaires dans les mains .
Nous ne pouvons douter que cet Ecrit
ne foit l'ouvrage de quelques efprits inquiets
& feditieux , qui fe fervant d'un nom
auffi facré, auffi refpectable qu'eft celui du
Roi d'Efpagne , cherchent à fon infçu &
fans fa participation , à répandre l'efprit
de trouble & de divifion , que l'on fçait
affez que quelques particuliers fe font ima
giné mal- à- propos pouvoir femer dans le
Royaume.
Quoique nous foyons trés- convaincus
que les Peuples & furtout ceux de cette
Province , ne s'écarteront jamais de l'obéiffance
& de la foûmiffion qu'ils doivent au
Roi , & au Prince à qui le foin & l'adminiftration
du Royaume font confiez ; cependant
, nous ne fommes pas moins obligez
d'arrêter & d'étouffer dans leurs principes
, les moindres chofes qui peuvent tendre
à diminuer les fentimens que tous les
François doivent avoir.-
Notre zele ne nous engage pas moins
auffi de Faire connoître aux Peuples ce que
nous penfons , & ce que nous regardons
comme l'obligation la plus indifpenfable ,
dont nous ne pouvons jamais nous écarter,
afin de les maintenir & de les affermir , s'il
étoit neceffaire, dans leurs devoirs.
Nous devons nous eftimer trop heureux
de pouvoir profiter de l'occafion qui nous
DE JANVIER, 83
$
eft offerte , pour donner l'exemple au refte
du Royaume du zele & de l'attachement
que tout bon François doit avoir.
י
Cet Ecrit eft d'autant plus dangereux ,
que l'Auteur cherche d'abord à éblouir les
yeux de ceux qui le lifent , & à perfuader
qu'il vient du Roi d'Efpagne , en commençant
par un difcours trés digne des
vertus de ce Prince . Toute la France &
même toute l'Europe eft perfuadée qu'il ne
peut oublier fa Patrie , qu'il l'honorera toù.
jours des fentimens d'eftime & de tendreffe
qu'elle merite , & qu'elle s'eft fi bien acquife
par les efforts infinis qu'elle a faits pour le
foûtenir fur le Trône . Nous nous flattons
qu'il ne peut jamais les changer , & que
nous les meritons toûjours par notre refpec
& nôtre veneration : Mais , nous nous ren
drions bientôt indignes des bontez d'un
Prince auffi fage , auffi rempli de pieté &
de religion , s'il nous croyoit capables de
manquer à nos devoirs , & de lui imputer
une chofe fi éloignée du caractere de verité
& de droiture que l'on a toûjours admiré
dans S. M. C.
Il n'eft pas difficile de connoître que eet
Ecrit ne peut être que la fuitte & l'ouvrage
du complot qui a été fi heureuſement
découvert 11 femble attaquer un Prince.
aux ordres duquel nous fommes foûmis ;
que nous devons regarder comme le dépofitaire
de l'autorité Royale , & qui a ſçû fi
84 LE MERCURE
bien s'en fervir pour le foulagement & l'utilité
des Peuples.
Cet Ecrit veut jetter le trouble & la confufion
dans le Royaume , en renverfant
tous les principés de l'autorité de la
Monarchie , en introduifant des regles
que l'on n'a jamais vû pratiquer dans aucune
autre Regence , & en ne voulant reconnoître
d'autre pouvoir dans le Royaume ,
que celui d'une Affemhlée qui n'a jamais
été établie , que pour pourvoir aux fecours
& pour reprefenter les befoins de l'Etat .
C'eftpourquoi , nous requerons que cet
Ecrit qui a été repandu fous le nom de Dé
claration faite par le Roi Catholique le 25.
Decembre 1718. foit fupprimé : Que def
fénfes foient faites à toutes pertonnes ,
fous peine d'être déclarez pertubateurs du
repos public , de punition corporelle de
3000 l . d'amende , & c. de le garder , &c
Déclaration de Guerre de S. M. Britannique
contre le Roi d'Espagne .
Com nous
Omme nous étions engagez par divers
Traitez de maintenir la Neutralité
d'Italie , & de deffendre nôtre bon Frere
F'Empereur d'Allemagne, dans la polleffion
des Royaumes , Provinces & Droits dont
il jouifloit en Europe ; & que nous fouhaitions
trés - ardemment d'établir la paix & la
DE JANVIER. 85
3.
tranquilité de la Chrétienté , fur les fondemens
les plus juftes & les plus durables
qu'il nous étoit poffible : Nous avons pour
cet effet communiqué de tems en tems nos
penfées & intentions pacifiques au Roi
d'Espagne , par fes Miniftres & nous
avions conçu l'efperance qu'elles auroient
û fon approbation . Et comme ledit Roi
d'Efpagne avoit envahi par des hoftilitez &
d'une maniere injuite , l'Ifle & le Royau
me de Sardaigne , nous lui fîmes faire des
reprefentations les plus amiables à ce fujet
; mais , nous trouvant obligez de maintenir
& de renforcer nos inftances par un
Armement Naval , nous envoyâmes l'été
dernier nôtre Flote dans la Méditeranée ,
avec une pleine & fincere intention de nous
fervir de la prefence dans cette Mer , pour
appuyer des Negociations de paix afin de
reconcilier les Parties qui étoient en guerre ,
& prevenir par ce moyen les diverſes calamitez
qui doivent s'en enfuivre,
Et comme auffi , pour témoigner nos
trés finceres intentions pour la paix , nous
envoyâmes à Madrid nôtre trés- fidelle &
bien aimé Coufin & Confeiller , Jacques
Comte de Stanhope , un de nos principaux
Secretaires d'Etat, avec un plein pouvoir &
des inftructions , pour y offrir nos efforts les
plus officieux & finceres ; afin de rétablir
le repos de l'Europe , cultiver & augmenter
l'amitié dudit Roi d'Espagne. Et
86 LE MERCURE
comme malgré toutes les inftances que nous
ayons pû faire , & toutes les marques d'a
mitié & d'affection que nous ayons pû donner
dans cette occafion , nôtre Plenipoten
tiaire vint fans la moindre efperance d'aucune
difpofition pacifique dans ladite Cour
d'Efpagne ; & nôtre Amiral dans la Mediteranée
, ne trouvant auffi aucun penchant
vers de mefures amiables , fut obligé d'affilter
& de proteger par la force les Etats de
l'Empereur qui étoient dans un danger éminent
, par l'invafion du Royaume de Sicile,
& par les Flotes & les Armées confiderables
que ledit Roi d'Espagne avoit dans ccs
Quartiers-là .
Et comme- , aprés tous nos efforts , nous
avons trouvé que ledit Roi d'Efpagne ,bienloin
de vouloir écouter des propofitions d'amitié
& d'accommodement , avoit non feulement
faifi les perfonnes & les effets de nos
Sujets refidans dans fes Etats , contre la
veritable teneur & intention des Traitez
folennels entre nous ; mais , qu'il a auſſi
donné des ordres à fes Sujets d'armer contre
nous & contre nos Sujets , de les atta
quer , les faifir & les détruire , de même
que leurs biens , leurs Vaiffeaux & leurs
effets , dans quelqu'endroit qu'ils puiffent
les rencontrer. Comme cette conduite
violente & non meritée , nous a mis dans
la neceffité de pourvoir au bien & à la fûreté
de nos Royaumes, & de tous nos chers
DE JANVIER.
Sujets qui peuvent être expofez aux dangers
de ces hoftilitez , fans être autorifez
de repouffer la force par la force : Nous"
avons été obligez avec regret , de rappeller
tout ce qui s'eft fait de contraire à l'amitié,
& qui ne fe peut juftifier contre Nous &
contre nos Sujets , depuis prefque nôtre
avenement au Trône de ces Royaumes.
On n'auroit jamais fini , fi l'on vouloit
rapporter les plaintes de nos Sujets , touchant
les infractions des Traitez , la violation
des Privileges anciens & établis , &
les injuftes oppofitions faites à leur commerce
accoûtumés furquoi, nos Miniftres à
la Cour d'Espagne y ont de tems en tems
douné desMemoires & des reprefentations.
Mais , malgré leurs inftances réïterées &
trés- preffantes, ils n'ont prefque jamais pu
obtenir le moindre redreffement de la Cour
d'Efpagne qui par - là , a rendu inefficaces
les avantages que nous efperions d'avoir
procuré à nos bons Sujets par des Traitez
& des conventions.
Et de plus , comme il nous paroît par la
conduite du Roi d'Espagne , & fur tout
fuivant que nous le concevons , à l'inftigation
& par les pernicieux confeils de fon
premier Miniftre , par les avis duquel le
veritable interêt de l'Eſpagne femble être
entierement facrifié ; que les Sujets dé ce
Pais -là , font non feulement negligez ,
mais auffi opprimez ; que ledit Roi ,
88 LE MERCURE
fous couleur de balancer le pouvoir de
l'Empereur & d'affûrer la liberté des Princes
d Italie , a levé des Armées confiderables
, équipé un grand nombre de Vaiffeaux
de guerre , & fait des préparatifs extraordinaires
tant par Mer que par Terre ; ce
qui ne tendoit qu'à l éxécution de dangereux
defleins , pour enfreindre les Traitez ďVtrecht
& de Bade , fur lefquels la paix de
l'Europe étoit fondée , & pour unir fur une
même tête , lorfque l'occafion s'en prefenteroit
, les Couronnes de France & d'Ef
pagne dont la feparation a déja coûté tant
de fang & de tréfors , & ce que dans tous
les tems à venir , on doit fonger à prévenir
avec toute l'attention poflible , & s'y
oppofer par tous les moyens que Dieu a mis
entre les mains des Princes & Etats voisins,
intereffez dans ce fatal évenement,
Nous paflons fous filence les encouragemens
qu'on a donné au Prétendant à nôtre
Couronne , & à fes adherans ; les efforts
qu'on a fait pour exciter d'autres Princes
contre nous avec les frequentes menaces
dont on s'eft fervi , & qui ne conviennent
nullement à la dignité des Têtes cou
ronnées. Cependant , nous étions prêts &
difpofez de paffer par deffus toutes ces chofes
, & plufieurs autres infultes & affronts,
fi nous avions pû trouver dans ladite Cour
d'Efpagne , la moindre difpofition à entretenir
une amitié bonne & raisonnable.
Mais
2
DE JANVIER.
89
S
•
Mais , comme tous ces procedez ont enfin
abouti à des hoftilitez ouvertes , & que ni
l'interpofition de nôtre bon frere le Roi
Trés-Chrétien ni aucun autre moyen
qu'on ait employé , n'a pû nous procurer
ni à nos Alliez , ni à nos Sujets , aucun
jufte redreffement ni aucune fatisfaction ;
nous n'avons pû demeurer plus long- tems
dans l'inaction , & voir nôtre honneur maltraité
, nos bons Amis & Alliez injuftement
envahis , nos Sujets attaquez & dépouillez
, leur commerce deffendu , & tout
le préjudice qu'on a pû leur faire fans en témoigner
nôtre reffentiment de la maniere
dont nous le devons , & en prenant les armes
pour nôtre jufte deffenſe , & pour nous
faire juftice à nous - mêmes , à nos Alliez
& à nos Sujets , contre les violentes entreprifes
dudit Roi d'Espagne .
A ces caufes , mettant nôtre plus grands
confiance dans le fecours de Dieu tout- puiffant
, qui connoît les intentions bonnes &
pacifiques que nous avons toûjous euës ,nous
avons trouvé à propos de déclarer la guerre
audit Roi d'Espagne , & effectivement la
lui déclarons par ces Prefentes : Et nous
voulons en confcquence de cette Déclara
tion , pourfuivre vigoureufement ladite
guerre conjointement avec nos Allicz ;
êtant affurés du prompt fecours de tous nos
chers Sujets dans une caufe qui intereffe fr
fort l'honneur de nôtre Couronne , le main
H
100 LE MERCURE
tien des Traitez folennels des engage
mens , & la confervation des droits & avantages
de nos Sujets. Et nous voulons par
ces Prefentes , & requerous le General de
nos Forces , les Commiffaires qui exercent
la Charge de Grand Amital , nos Lieutenans
des diverfes Provinces , les Gouverneurs
de nos Places & Fortereffes , & tous
autres Officiers & Soidats fous leur commandement
par Mer & par Terre , de faire
& d'executer tous actes d'hoftilitez dans la
pourfuite de cette guerre contre ledit Roi
d'Espagne , fes Vallaux & fes Sujets & de
s'oppofer à leurs entrepriſes . Deffendons à tous
nos Sujets , & avertiffons toutes autres perfonnes
de quelque Nation qu'elles foyent, de
ne point transporter des gens de guerre , des
armes,de la poudre , des munitions ou autres
effets de contrebande , dans aucun Etat, Païs
ou Colonie du Roi d'Efpagne;déclarant que
quelque Vailleau que ce foit qui fera trouvé
tranfportant des
des gens
de guerre , des armes ,
&c.dans aucun Etat , Pais, & c.du Roi d'E {~´~ !
pagne, s'il eft pris , il feracondamné comme de
bonne prife.Et comme il y a diversSujets du
Roi d'Efp. qui reftent dans nos Royaumes ,
malgré les mauvais traitemens que plufieurs
de nos Sujets y ont reçû, nous déclarons par
ces Prefentes , que nôtre intention Royale
eft , que tous les Sujets d'Espagne qui fe
comporteront fidellement envers nous ,
foyent affûrez dans leurs perfonnes & dans
leurs biens. Donné dans nôtre Cour à S.
DE JANVIER ΤΟΥ
James , le 23. Decembre 1718. l'an cinquième
de nôtreRegne. GEORGE Roi. Vive le Roi
EXTRAIT DU TRAITE' ,
Entre le Roi , l'Empereur & le Roi de la
Grande Bretagne , pour la pacification de
l'Europe , conclu à Londres le 2. Aouft
1718.
L
QUIS par la grace de Dieu , Roi de France :
& de Navarre . A tous ceux qui ces prefentes
Lettres verront , SALUT. Comme nôtre amé & féal
le fieur Abbé du Bois , Confeiller ordinaire en notre
Confeil d'Etat , & au Confeil des Affaires Etrangeres
, Secretaire de nôtre Cabinet , & nôtre Plénipotentiaire
, auroit en vertu des Pleins- Pouvoirs que
nous lui en avions donnez , conclu , arrêté & figné à
Londres le 2. du prefent mois d'Août avec les Sieurs
Chriftophe Penterridter d'Adelshaufen , Confeiller
Imperial Aulique, & Affeffeur du Confeil des Pays-
Bas Autrichiens , & Jean- Philippe Hoffman , Refident
de nôtre tres - cher & tres amé frere l'Empereur
des Romains à Londres , fes Plénipotentiairess
pareillement munis de fes Pleins Pouvoirs , & avec
les Sieurs Guillaume Archevêque de Cantorberi
Primat & Métropolitain de toute l'Angleterre , Tho
mas Parker , Baron de Macclesfield , Grand Chancelier
de notre trés cher & trés - amé frere le Roi de
La Grande Bretagne ; Charles Comte de Sunderland
Prefident du Confeil de nôtredit frere ; Evelyn Duc
de Kingston , Garde du Sceau Privé ; Henry Duc
de Kent , Grand Maître de la maifon de notred.g
frete , Thomas Duc de Nevvcaftle , Chambellan
Charles Duc de Bolton , Lieutenant & Gouverneur
General du Royaume d'Irlande , Jean Duc de Rox
burghe l'un des premiers Secretaires d'Etat de la
Grande Bretagne , Jacques Comte de Berkeley, pre--
102 LE MERCURE.
mier Commiflaire de l'Amirauté, & Jacques Craggs
a uffi l'un des premiers Secretaires d'Etat de la Grande
Bretagne , Plénipotentiaires de nôtredit frere le Roi
de la Grande Bretagne , pareillement munis de fes
Pleins- Pouvoirs , le Traité d'Alliance & les Articles
féparez dont la teneur s'enfuit.
Au nom de la Très- Sainte & indivifible
Trinité.
Q
U'il foit notoire & évident à tous ceux à qui il
appartient , ou peut appartenir de quelque maniere
que ce foit ..
ap-
Qu'aprés que le Sereniffime & Trés- Puiffant:
Prince Louis XV. Roi. Trés. Chrétien de Fiance
& de Navarre , & le Sereniffime & Trés-Pulffant
Prince Georges Roi de la Grande Bretagne , Ducde
Brun vick & de Lunebourg , Electeur du Saint:
Empire Fomain & c. & les Hauts & Puiffans Etats
Generaux des Provinces Unies des Pays Bas ,
pliquez continuellement au maintien de la Paix , ont
reconnu parfaitement, qu'ils avoient pourvû en quelque
forte à la fûreté de leurs Royaumes & Provin--
ces , par la Triple Alliance conclue entr'eux le 4.
Janvier 1717. mais non entierement , & fi fo'ide
ment , que la tranquilité publique pût fubfifter
long-tems, & ê re confervée par ce moyen , fi l'on
ne détruifoit en même tems les inimitiez & les
fources perpetuelles des differens , qui augmentent.
encore entre quelques Princes de l'Europe , comme
ils en ont fait l'experience par la Guerre qui s'eft
élevée l'année derniere en Italie. Dans la vûë de
l'éteindre affez à tems , i's font convenus entr'eux
de certains art cles par le Traité conclu le 18. Juillet.
1718. felon lefquels la Paix pourroit être établie entre
Sa Majesté Imperiale & le Roi d'Espagne , &
entre Sadite Majefté Imperiale & le Roi de Sicile ,
aprés avoir invité amiablement Sa Majefté Impe
DE JANVIER. 103
riale de vouloir bien pour l'amour de la Paix , & de
la tranquilité publique , approuver & recevoir lefdits
Articles , & entrer elle- même dans le Traité conclu
entr'eux , dont la teneur s'enfuit.
Conditions de la Paix entre Sa Majefte
Imperiale & Sa Majesté Catholique.
ARTICLE PREMIIR.
Pour reparer les troublesfaits en dernier lieu con
tre la Paix concluë à Bade le 7. Septembre 1714.
& contre la Neutralité établie pour l'Italie par le
Traité du 14. Mars 1713. le Sereniffime & Trés
Puiffant Roi d'Eſpagne s'engage de reftituer à Sa
Majefté Imperiale , & lui reftituera effectivement
immediatement aprés l'échange des Ratifications du
prefent Traité, ou au plus tard 2 mois aprés ,l'ifle &
Royaume de Sardaigne en l'état oùil étoit lorsqu'il
s'en eft emparé , & renoncera en faveur de S. M.
1. à tous droits , prétentions , raiſons & actions fur
Tedit Royaume , de forte que S. M. I. puifle en difpofer
en pleine liberté , & comme de choſe à elle
appartenante , de la maniere dont elle l'a réfolu
pour le bien public .
ART IT.
Comme le feul moyen qu'on ait pû trouver pour
établir un équilibre permanent dans l'Europe , a été
de regler que les Couronnes de France & d'Espagne
ne pourroient jamais , ni en aucun tems , être réu→
nies fur la même tête , ni dans une même ligne ;.
& qu'à perpetuité ces deux Monarchies demeureroient
feparées , & que pour affûrer une regle &
neceffaire pour le repos public , les Princes qui par
leur naiffance , pourroient avoir droit à ces deux
fucceffions , ont renoncé folennellement à l'une des
deux , pour eux , & pour touteleur pofterité , & que
sette feparation des deux Monarchies eft devenue
104 EE MERCURE
une loi fondamentale, qui a été reconnue par lesEtats
Generaux , nommez communément LAS CORTES ,
affemblez à Madrid le 9. Novembre 1712. & confirmée
par les Traitéz conclus à Utrecht le 11. Avril
1713. Sa Majesté Imperiale , pour donner la derniere
perfection à une loi fi neceffaire & fi falutaire , &
pour ne laiffer plus à l'avenir aucun fujet de mauvais
foupçon , & voulant affûrer la tranquilité p blique ,
accepte & confent aux difpofitions faites , reglées ,
& confirmées par le Traité d'Utrecht touchant le
droit & l'ordre de fucceffion aux Royaumes de
France & d'Espagne , & renonce , tant pour elle,
que pour fes heritiers, defcendans , & fucceffeurs mâles
& femelles;à tous droits & à toutes prétentions generalement
quelconques , fans aucune exception, fur
tous les Royaumes , Pays & Provinces de la Monarchie
d'Espagne , dont le Roi Catholique a été
reconnu légitime poffeffeur par les Traitez d'Utrecht
; promettant de plus d'en donner les Actes de
renonciation autentiques , dans toute la meilleure forme,
de le faire publier & enregistrer où befoin fera ,
& d'en fournir des expetitions en la maniere acccûtumée
à Sa Majesté Catholique , & aux Puiflances
contractantes .
ART. 1 I I.
En confequence de ladite renonciation , que Sa
Majefté Imperiale a faite par le defir qu'elle a des
contribuer au repos de toute l'Europe , & parce que
le Duc d'Orleans a renoncé pour lui & pour les defcendans
, à fes droits & prétentions fur le Royaume
d'Efpagne, a condition que l'Empereur , ni aucun de
fes defcendans ne pourroient jamais fucceder audit
Royaume ; Sa Majefté Imperiale reconnoît le Roi
Philippe V. pour légitime Roi de la monarchie d'af
pagne & des Indes , promet de lui donner les titres
& qualitez dûs à fon rang & à fes Royaumes ,
de laiffer jouir paifiblement , lui , fes defcendans ,
heritiers , & fucceffeurs mâles & femelles , de tous
les Etats de la Monachie d'Elpagne en Europe , daus
E
DE JANVIER. IOSE
les Indes & ailleurs, dont la poffeffion lui a été aflú.
rée par les Trastez d'Utrecht , de ne le troubler
directement ni indirectement dans ladite pofleffon,
& de ne former jamais aucune prétention fur
lefdits Royaumes & Provinces.
ART. IV ..
En confideration de la renonciation , & de la reconnoiffance
, que Sa Majefté Imperiale a far es par
les deux articles précedens , le Roi Catholique renonce
réciproquement, tant pour lui , que pourfes heritiers
, defcendans , & fuccefleurs mâles & femelles ,
sen faveur de Sa Majefté Imperiale , & de les fuc→
ceffeurs , heritiers, & deſcendans mâles & femelles,
à tous droits & prétentions quelconques,fans rien excepter
, for tous les Royaumes , Pays & Provinces
-que Sa Majefté Imperiale poffede en Italie, & dans
les Pays- Bas , ou devra y poffeder en vertu da prefent
Traité & generalement à tous les droits
Royaumes , & Pays en Italie, qui ont appartenu autrefois
à la monarchie d'Espagne , entie lefquels :
le Marquilat de Final, cedé par Sa Majefté Imperiale
à la Republique de Genes l'an 1713. doit être cen
fé expreffément compris, promettant de donner les
actes folennels de renonciation ci- devant énoncez ,、
dans toute la meilleure forme; de les faire publier &
: enregistrer où befoin fera , & d'en fournir des expe
ditions à Sa Majesté Imperiale , & aux Puiffances
contractantes en la maniere accoûtumée. Sa majeſté
Catholique renonce de même au droit de reverfion
à la Couronne d'efpagne , qu'elle s'étoit refer--
vé fur le Royaume de Sicile . & à toutes autres
actions , & prétentions qui lui pourroient fervir
de prétexte pour troubler l'empereur ,fes heritiers ,
& fucceffeurs , directement ou indirectement , tant
dans lefdi s Royaumes & Etats , que dans tous ceux
qu'il poflede actuellement dans les Pays-Bas, & par
tout ailleurs.
ART. V.
Comme l'ouverture aux fucceſſions des Etats poſ
106 LE MERCURE
fedez prefentement par le Grand Duc de Tofcane ,
& par le Duc de Parme & de Plaifance , fi eux &
leurs fucceffeurs venoient à manquer fans potefterité
mafculine , pourroit donner lieu à une nouvelle
guerre en Ita ie, d'un côté par les droits quela prefente
Reine d'Efpagne , née Ducheffe de Parme , prétend
avoir fur lesdites fucceffions , aprés le decés des
heritiers legitimes plus proches qu'elle ; & d'un antre
côté par les droits que l'Empereur & l'Empire
prétendent avoir auffi fur lefdits Duchez : afin de
prévenir les fuites funeftes de ces conteftations , il a
été convenu que lesdits Etats ou Duchez poflédez
prefentement par le Grand Duc de Tofcane, & par le
Duc de Parme & de Plaifance , feront reconnus à
l'avenir , & à perpetuité par toutes les parties contractantes
, & tenus indubitablement pour fiefs mafculins
du Saint Empire Romain ; & lorfque la
fucceffion aufdits Duchez viendra à écheoir au défaut
de fucceffeurs mâ.es , Sa Majefté Imperiale, pour
elle , comme, Chef de l'Empire , confent que le fils
aîné de la Reine d'tfp. & fes defcendans mâles nez
de legitime mariage , & à leur défaut le fecond fils,
ou les autres cadets de ladite Reine , s'il vient à en
naître quelques uns , pareillement avec leurs defcendans
mâles nez de legitime mariage , fuccedent
dans tous lesdits Etats : & comme le confentement
de l'Empire eft requis pour cet effet , Sa Majesté Imperiale
employera tous fes foins pour l'obtenir , &
aprés l'avoir obtenu , elle fera expedier les lettres d'expectative
, contenant l'inveftitue éventuelle pour
Je fils , ou les fils de ladite Reine , & leurs defcendans
mâ'es legitimes, en bonne & dûe forme , & les fera
remettre auffi - tôt aprés entre les mains de fa Majefté
Catholique, cu du moins deux mois aprés l'échange
des Ratifications , fans cependant qu'il en arrive
aucun dommage ou préjudice , & fauf dans toute
fon étendue la poffeffion des Princes qui tiennent
actuellement le dits Duchez.
Leurs Majeftez Imperiale & Catholique font
convenues
DE JANVIER, 107
convenues , que la Place de Livourne demeurera à
perpetuité un Port franc de la même maniere qu'il
Peft prefentement.
En confequence de la renonciation que le Roi
d'Espagne a faite à tous les Royaumes , Pays &
Provinces en Italie qui appartenoient autrefois aux
Rois d'Espagne , il cedera & remettra audit Prince
fon fils , la Place de Portolongone , avec ce que Sa
Majefté Catholique poffede actuellement de l'Ifle
d'Elbe, auffi- ôt que par la vacance de la fucceffion
du Grand Duc de Tofcane , au défaut de deſcendans
mâ es , ledit Prince d'Espagne aura été mis en
poffeffion actuelle defdits Etats .
Il a été reglé pareillement & ftipulé folennellement,
qu'aucun defdits Duchez & Etats , ne pourra
ou ne devra jamais , dans quelque tems , ou quelque
cas que ce foit , être pofledé par aucun Prince,
qui fera en même teras Roi d'Epagne & qu'un
Roi d'afpagne ne pourra jamais prendre & gerer la
tutelle du même Prince.
›
Enfin , il a été convenu entre toutes & chacune
des Parties contractantes , & elles fe font pareillement
engagées , à ne point permettre que pendant la
vie des prefens poffeffurs des Duchez de Toſcane &
de Parme , ou de leurs fuccefleurs mâles , l'Empe-
Teur & les Rois de France & d'efpagne , & le Prince
defigné ci deffus , pour cetro uccellion , puiffent
jamais introduire aucuas foldats de quelque nation
qu'ils foient, de leurs propres troupes , ou autres à
leur folde , dans les pays & terres dcfdits Duchez ,
ni établir des garnifons dans les Villes , Ports , Citadelles
& Fortereffes qui y font fituées .
Mais , afin de procurer une fûreté encore plus
grande contre toute forte d'évenemens , audit fils de
la Reine d'Espagne defigné par ce Traité , pour fucceder
au Grand Duc de Tolcane , & au Duc de
Parme & de Plaifance , & de le rendre plus certain
de l'execution de ce qui lui eft promis pour ladite
fucceflion , de même que pour mettre hors de tour
Janvier 1719.
208. LE MERCURE
atteinte la feodalité établi fur lefdits Etats, en faveur
de l'Empereur & de l'Empire , il a été convenu de
part & d'autre , que les Cantons Suifles mettront en
garnifon dans les principales places de ces Etats ,
fçavoir à Livourne , à Portoferraio , à Parme & à
Plaifance ,un Corps de Troupes , qui n'exced ra cependant
pas le nombre de fix mille hommes ; que
pour cet effet les trois Parties contractantes , qui font
l'office de Mediateurs , payeront aufdits Cantons les
fubfides neceflaires pour leur entretien , & qu'elles
y resteront , jufqu'à ce que le cas de ladite fucceffion
arrive, & qu'alors elles feront tenues de remettre au
Prince défigné pour la receüillir , les Places qui leur
auront été confiées , fans cependant que cela caule
aucun prejudice ou aucune depenfe aux prefens poffeffeurs
, & à leurs fuccefleurs mâles , a qui le dites
Troupes prêteront ferment de fidelité , & elles
ne prendront point d'autre autorité , que celle de
défendre les Places dont elles auront la garde.
Et comme le tems que l'on pourroit employer à
Convenir avec les Cantons Suiffes , du nombre de ces
Troupes , des fubfides qu'on leur fournira , & de
la maniere de les lever , apporteroit peut - être trop
de retardement à un ouvrage auffi falutaire ; fa facrée
majefté Britannique par le defir fincere qu'elle
a de l'avancer , & pour parvenir encore plûtôt au
rétabliffement de la tranquilité publique , qui eft
le but qu'on le propofe , ne refufera pas , fi les autres
contractans le jugent à propos , de fournir de
fes propres Troupes pour l'ufage marqué ci- deffus
en attendant que celles qui feront levées en Suiffe,
puiffent prendre la garde defdites Places.
ART VI.
Sa majefté Catholique , pour donner une preuve
fincere de fes bonnes intentions pour le repos public
, confent à la difpofition qui fera faite ci aprés
du Royaume de Sicile , en faveur de l'Empereur; renonce
pour elle & pour fes heritiers , & fucceffeurs ,
males & femelles, au droit dereverfion dudit RoyauDE
JANVIFR. 109
meâ la Couronne d'Espagne, qui lui avoit été referé
expreflément par l'acte de ceffion du 10. Juin 1713.
en faveur de bien public , déroge,autant que befoin
roit , audit acte du to Juin 1713. & à l'AtticleV 1.
duTraité conclu à Utrecht , entre Sa Majefté Catholique
& Son Altefe Royale le Duc de Savoye , & geperalement
à tout ce qui pourroit être contraire à la
troceffion , difpofition , & échange dudit Royaume
de Sicile , ainfi qu'il eft ftipulé par les prefentes
conventions; à condition toutefois , qu'en échange, le
droit de reverfion fur l'Ile & Royaume de Sardaigne
la même Couronne lui fera cedé & affûré , comme
il eft expliqué plus au long ci - deffous , dans l'Arcle
11. des conventions entre Sa Majefté Imperia-
& le Roi de Sicile.
ART. VII.
L'Empereur & le Roi Catholique promettent muellement,
& s'engagent , à la défenſe ou garentie reiproque
de tous les Royaumes & Provinces qu'ils
poffedent actuellement , ou doivent poffeder en veru
da prefent Traité.
AR T. VIII.
Leurs Majeftez Imperiale & Catholique, executefont
immediatement aprés l'échange des Ratifications
les prefentes conventions , touces & chacunes ,des conitions
qui yfont contenues , & cela dans l'espace
de deux mois au plus tard ; & les Ratifications defites
conventions feront échangées à Londres dans
elpace de deux mois , à compter du jour de la finature
, ou plutôt fi faire le peut ; & immediament
aprés l'execution préalable desdites condihons
, leurs Miniftres Plenipotentiaires qui feront
autorifez d'elles , conviendront dans le lieu du Congrez
dont elles feront demeurées d'accord , & cela
plûtôt que faire fe pourra , des autres détails de
eur paix particuliere , par la mediation des trois
Puiffances contractantes.
De plus , il a été convenu , que dans le Traité parulier
de Paix à faire , entre l'Empereur & le Roi,
I ij
110 LE MERCURE
d'efpagne , il fera accordé une amnistic general
pour toutes les perfonnés , de quelque état , dignite
rang & fexe qu'elles foient, tant de l'état Ecclefiaft
que , que du Militaire or du Civil , qui auront fui
le parti de l'une ou de l'autre Puiffance , pendant 1
cours de la derniere guerre , en vertu de laquell
amniftie , il fera permis à toutes lefdites perfonne
& à chacune d'elles , de rentrer dans la pleine po
feffion & jouiffance de leurs biens , droits, privilege,
honneurs , dignitez & immunitez , pour en jou
auffi librement qu'elles en jouifloient au commenc
ment de la dernière guerre, ou au tems que lesdite
perfonnes fe font attachées à l'un ou à l'autre parti
nonobftant les Confifcations , Arrêts & Sentenc
donnez , ou prononcez pendant la guerre , lefque,
feront comme nuls & non avenus ; & de plus en ve
ta de ladite amnistie , toutes & chacunes de dit
perfonnes qui auront fuivi l'un ou l'autre parti , f
ront en droit & en liberté de rentrer dans leur pa
trie & de jouir de leurs biens , comme fi la gue
re n'étoit point avenue , avec plein droit d'adm
niftrer leurs biens en perfonne , fi elles font prefer
tes , ou par Procureur, fi elles aiment mieux êt
hors de leur patrie , de les pouvoir vendre ou en di
pofer , de telle maniere qu'elles jugeront à pr
pos , comme elles étoient en droit de le faire avan
Je commencement de la guerre.
Conditions du Traité à faire entre Sa Ma
jefté Imperiale , & le Roi de Sicile,
ARTICLE Į.
Oute l'Europe ayant reconnu , que la difpo
fition de la Sicile en faveur de la Maifon de Sa
voye , qui avoit été faite par les Traitez d'Utrecht
uniquement dans la vûë d'affûrer la Paix , fans qu
Roi de Sicile prétendit avoir aucun droit à
DE JANVIER.
III
e Royaume ; loin de contribuer à cette fin , avoit été
le principal obftacle qui avoit empêché juſqu'à pre-
Tent l'Empereur d'y donner les mains ; parce que
la feparation des Royaumes de Naples & de Sicile,
qui ont été fi longtems unis fous la même domi-
- nation , & fous le nom commun des deux Siciles ,
eſt contraire , non feulement aux interefts com→
muns de ces deux Royaumes , & à leur mutuelle
conſervation ; mais encore au repos du refte de l'1-
talie ; pouvant donner lieu tous les jours à de Louveaux
troubles , par la correfpondance & les anciennes
lia fons des deux Peuples , qu'on ne détruiroit
pas aifément , & par la diverfité des interefts de leurs
Maîtres , qu'il feroit difficile de concilier . Les Puiffances
qui ont mis la premiere main aux Traitez
d'Utrecht, ont crû qu'on feroit bien fondé, même fans
le confentement des Parties intereffées , à dérog er à
Particle feul du Traité d'Utrecht , qui regarde la difpofition
du Royaume de Sicile , qui n'eft pas effentiel
au Traité , en confideration de l'accroiflement ,
& de la perfection que ce même Traité reçoit par la
- Renonciation de l'empereur , qu'on préviendroit
3 par l'échange du Royaume de Sicile , avec celui de
Sardaigne , les Guerres dont l'Italie eft menacée ,
Sa Majefté Imperiale reven iiquoit par les Armes
la Sicile , à laquelle elle n'a jamais renoncé, & qu'elle
eft en droit d'attaquer , depuis l'atteinte qui a été
donnée à la neutralité d'Italie , par l'occupation de
la Sardaigne ; & qu'on affûreroit en même tems
au Roi de Sicile un Etat certain & permanent, par
un Traité auffi folennel avec Sa Majefté Imperiale,
& par la garentie des principales Puiffances de l'au
1ope. Sur des motifs fi puiffans , on eft convenu ,
que le Roi de Sicile remettra à l'Empereur Pifle &
1 : Royaume de Sicile, avec toutes fes dépendances , &
annexes dans l'état cù ils ſe trouvent actuellement,
immédiatement aprés l'échange des Ratifications
du prefent Traité , ou au plutard deux mois aprés
*chonçant à tous droits & prétentions audit Royau
I iij
112 LE MERCURE
me, pour lui, fes heritiers , & fuccefleurs ,mâles & fer
melles , en faveur de Sa Majefté Imperiale , fes he
ritiers , & fucc.ffeurs , mâles & femelles , fans claufe
de reverfion à la Couronne d'Efpagne.
ART . II.
En échange, Sa Majefté Imperiale remettra au Roi ‹
de Sicile , l'Ile & Royaume de Sardaigne dans le
même étar qu'elle l'aura reçu du Roi Catholique ,
& renoncera à tous droits & actions audit Royaume
de Sardaigne , pour elle , fes heritiers & fucceffeurs
mâles & femelles , en faveur du Roi de Sicile , fes
Heritiers & fucceffeurs , pour le poffeder deformais
, & à toûjours , à titre de Royaume , avec tous
Jes honneurs attachez à la Royauté , comme il avoit
poffedé le Royaume de Sicile ; fauf cependant , comme
il a été tipulé ci- deflus , la réverfion dudit
Royaume de Sardaigne à la Couronne d'Eſpagne
au défaut des defcendans mâles du Roi de Sicile , &
des fucceffeurs mâles de toute la maifon de Savoye
de la même maniere , que ladite réverfion avoir
été ftipulée & reglée pour le Royaume de Sicile
par les Traitez d'Utrecht , & par l'Acte de ceffion
faite en confequence , par le Roi d'afpagne .
ART II.
"
2
Sa Majesté Imperiale confirmera au Roi de Sicile
, tentes les ceffions qui lui ont été faites par le
Traité figné à Turin le 8. Novembre 1703. tant de la
partie du Duché de Montferrat , que des Provinces ,
Villes, Bourgs, Châteaux , Terres , lieux , droits & revenus
dans l'Etat de milan qu'il poffede , & de la
maniere dont il les poffede actuellement ; & promettra
pour elle , fes defcendans & fucceffeurs , de ne
le jamais troubler , ni fes heritiers ; defcendans , &
fucceffeurs dans ladite poffeffion , à condition toutesfois
, que toutes les autres actions ou prétentions ,
que ledit Roide Sicile pourroit former en vertu dudit
Traité , feront & demeureront à jamais éteintes.
ART. I V.
Sa Majesté Imperiale reconnoîtra le droit de
DE JANVIER 11$
Koi de Sicile , & de Sa Maiſon , pour fucceder immédiatement
à la Couronne d'Espagne , & des Indes,
au défaut du Roi Philippe V. & de fa pofterité, de la
maniere qu'il eft établi par les Renonciations du Roi
Catholique , du Duc de Berry , du Duc d'Orleans ,
& par les Traitez d'Utrecht ; & Sa Majefté Imperiale
promettra , tant pour elle , que pour fes
fucceffeurs & defcendans , de n'y jamais faire aucune
oppofition , directement , ni iadirectement , & de no
jamais former aucune prétention contraire. Bien
entendu pourtant qu'aucun Prince de la maifon
de Savoye , qui fuccedera à la Couronne d'Espagne ,
ne pourra jamais poffeder en même tems aucun
Etat ouPays , dans le continent d'Italie ; & qu'alors
ces Etats pafferont aux Princes collateraux de cette
Maifon , qui y fuccederont l'un aprés l'autre , ſelon
la proximité du fang.
ART. V.
Sa Majesté Imperiale & le Roi de Sicile , fe garentiront
mutuellement tous les Royaumes & Etats
qu'ils poffedent actuellement en Italie , ou qu'ils
y doivent poffeder , en vertu du prefent Traité."
ART. V I.
Sa Majefté Imperiale & le Roi de Sicile , execute
font , immédiatement aprés l'échange des Ratifications
des prefentes conventions , toutes & chacunes
les conditions qui y font contenuës ; & ce dans
Pefpace de deux mois au plûtard ; & les Ratifications
defdites conventions feront échangées à Londres
, dans l'efpace de deux mois , à compter du jour
de la fignature , ou plutôt fi faire fe peut : Et immédiatement
aprés l'execution préalable defdites
conditions leurs Miniftres Plenipotentiaires autorifez
d'elles , conviendront dans le lieu du congrés
dont elles feront demeurées d'accord , des atttres
détails de leur Traité particulier , par la médiation
des trois Puiffances contractantes.
Que Sadite Majefté Imperiale Catholique , erant
d'elle même trés-portée à avancer l'ouvrage de la
I üij
t
LE MERCURE
Paix , & à éloigner les fuites funeftes de la Guerre ,
par un defir fincere d'affermir la tranquilité publique
, a accepté comme elle accepte , en vertu du
prefent Traité , les conventions inferées ci- deffus ,
& tous & chacuns de leurs articles ; & en confequentee
, elle a conclu avec leflites trois Puiffances une
Alliance particuliere , dont les articles fuivent .
ARTICLE I.
Il y aura entre la Sacrée majesté Imperiale- Catho
hique , fa Sacrée Majefté Trés - Chrétienne , fa Sacrée
majefté Britannique , & les Hauts & Puiffans
Seigneurs Etats Generaux des Provinces - Unies des
Pais Bas , leurs heritiers & fuccefleurs , une Allianse
trés-étroite ; en vertu de laquelle chacune de ces
Puiflances fera tenue de défendre les Etats & Sujets
des autres , de maintenir la Paix, de procurer leurs
avantages
comme les fiens propres , & de prevenis
& détourner
toutes fortes de dommages
& d'in
Jares.
ART. II.
Les Traitez conclus à Utrecht , & à Bade es
Suifle , fubfifteront dans leur entier & dans toute
leur force & vigueur , & feront partie de celui ci ,
à l'exception des articles , aufquels le bien public a
exigé expreffément qu'il fût derogé par le prefent
Traité , comme auffi des Articles des Traitez d'Urecht
, aufquels il a été derogé par le Traité de
Bade ; cependant le Traité d'Alliance , conclu à
Londres le 25. Mai de l'année 1716. entre la Sacrée
majefté Imperiale. Catholique , & fa Sacrée Majefté
Britanique , demeurera en pleine force & vigueur
dans toute fon étendue , auffi- bien que le Traité
'Alliance, conclu à la Haye le 4. Janvier 1717. en-
Are leurs Majeftez Trés- Chrêtienne & Britannique ,
& les Etats Generaux des Provinces Unies des Puis-
Bas.
ART . III.
3 Sa Majefté Trés Chrétienne , conjointement agec
Sa Majesté Britannique , & les Seigneurs Etats
DE JANVIER. II
Beneraux des Provinces Unies des Pays -Bas , promettent
pour eux , leurs heritiers & fucceffeurs , de
i ne jamais troubler directement , ni indirectement
fa Sacrée Maj : fté Imperiale Catholique , fes heritiers
& fuccefleurs , dans aucun des Royaumes, Païs
& Provinces qu'elle poffede prefentement , en yertu
des Traitez d'Utrecht , & de Bade , ou dont elle obtiendra
la poffeffion par le prefent Traité ; mais au
contraire , de garentir tous les Royaumes , Provinces
& Droits qu'elle poffede ou poffedera , en vertu de
ee Traité , tant en Allemagne , & dans les Pays-
Bas , qu'en Italie ; s'engageant de défendre lefdits
Royaume & Pays de la Sacrée Majesté Imperile-
Catholique , contre tous & chacuns de ceux qui
pourroient les attaquer, & de fournir à fa Sacrée majefté
Imperiale Catholique , le cas arrivant , les
fecours dont elle aura befoin , fuivant les conditions
& la repartition cy aprés ftipulées. Pareillement
leurs Majeftez Trés- Chrêtienne & Britanni❤
que, & les Etats Generaux , s'obligent expreffément,
de ne donner ou accorder aucune protection ni azile,
dans aucun endroit de leurs Etats , à ceux des Sujets
de fa Sacrée Majefté Imperiale Catholique , qui font
actuellement , ou qui feront à l'avenir déclarez rebelles
: Et en cas qu'il s'en trouve de tels dans leurs
Royaumes , Pays & Provinces , ils prome : tent fericufement
& fincerement de donner les Ordres neceffaires
, pour les en faire fortir huit jours aprés
qu'ils en auront été requis de la part de Sa Majefté
Imperiale.
ART. IV.
Sa Sacrée Majefté Imperiale Catholique promet
reciproquement pour elle, fes heritiers & fucceffeurs,
conjointement avec la Sacrée majefté Britannique ,
& les Etats Generaux des Provinces Unies des Pays-
Bas , de ne jamais troubler directement , ni indirectement
fa Sacrée majefté Trés- Chrêtienne , dans aucun
des Etats que la Couronne de France poffede
actuellement, mais an contraire de les garentir & dé-
1
116 LE MERCURE
fendre contre tous & chacuns de ceux qui pourroien
les attaquer , & de fournir en ce cas les fecours done
le Roi Trés Chrêtien aura beſoin , fuivant qu'il eft
Ripulé ci - aprés.
Pareillement fa Sacrée Majefté Imperiale - Cathofique
, fa Sacrée Majefté Britannique , & les seigneurs
Etats Generaux , promettent & s'engagent
de maintenir , garantir & défendre le droit de fucceffion
au Royaume de France , fuivant la teneur
des Traitez conclus à Utrecht le 11. Avril 1713.
s'obligeant à foutenir ladite fucceffion , fuivant la
tenonciation qui a été faite par le Roi d'efpagne
le 5.Novembre 1712. & acceptée dans lesEtats Generaux
d'Espagne , par un Acte folennel le 9. defdits
mois & an , dont en confequence il a été fait une
loi le 8. mars 1713. & qui a enfin été reglée & établie
par lefd . Traitez d'Utrecht, & cela contre tous ceux
qui voudroient troubler l'ordre de ladite fucceffion
au préjudice des Actes fufdirs , & des Traitez faits
en confequence , & fournir pour cet effet les fe-
Cours fuivant la répartition convenuë ci aprés ; &
même le cas le demande , d'y employer toutes
feurs forces , & déclarer la Guerre à celui qui tente
roit d'enfraindre , ou attaquer ledit ordre de fucfeffion
:
De plus Sa Majesté Imperiale Catholique, Sa Majefté
Britannique , & les Etats Generaux , s'obligent
auffi de ne donner ou occorder aucune protection
ni azile dans aucun endroit de leurs Erats , à ceux
des Sujets de Sa Majefté Trés Chrêtienne , qui font
actuellement , ou feront à l'avenir déclarez rebelles;
& en cas qu'il s'en trouve de tels dans les Royaumes,
'Etats & Pays de leur obéiflance , ils leur ordonneront
d'en fortir , huit jours après qu'ils en auront
été requis de la part de Sa Majefté Trés- Chrêtienne.
ART. V.
Sa Sacrée Majefté Imperiale- Catholique , fa Sa
rée Majefté Trés- Chrêtienne , & les Etats Geno
*
DE JANVIER. 117
faux des Provinces-Unies des Pays Pas , s'engagent
pour eux , leurs heritiers & fucceffeurs , à maintenir
& garentir , la fucceffion au Royaume de la Grande
Bretagne , telle qu'elle eft établie par les Loix du
Royaume , dans la Maifon de Sa Majefté Britan
nique , à prefent regnante : Comme auffi de garentir
tous les Etats & Pays que Sa Majesté Britannique
poffede , & de ne donner & accorder aucun azile
ni retraite , dans aucune partie de leurs Etats , à
Ja Perfonne , qui pendant la vie de Jacques II a pris
le titre de Prince de Gales , & depuis fa mort le
titre de Roi de la Grande Bretagne , ni aux defcendans
de ladite Perfonne , en cas qu'elle vint à
en avoir : Promettant pareillement pour eux , leurs
heritiers & fucceffeurs , de n'aider jamais ladite Perfonne
, ni fes defcendans , directement ni indirectement
, par mer ni par terre ; par confeil , fecours ,
ni affiffance quelconque, foit en argent, armes, munitions
, Vaiffeaux , Soldats , Matelots ou en
quelqu'autre maniere que ce puiffe être ; & d'oblerver
la même chole à l'égard de qui que ce foit qui
pút avoir ordre ou commiffion de ladite Perfonne
, ou de fes deſcendans , pour troubler le Gouvernement
de Sa Majesté Britanique , ou le repos de
fon Royaume; foit par une Guerre ouverte, foit par
des confpirations fecretes , ou en excitant des
feditions & des rebellions , ou en exerçant
la Piraterie contre les Sujets de Sa Majefté Britannique
, auquel dernier cas , Sa Sacrée majesté Imperiale
Catholique s'oblige , à ne pas permettre
qu'on donne retraite aufdits Pirates dans fes Ports
des Pays- Bas, & la Sacrée majesté Trés Chrêtienne,
& les Etats Generaux des provinces Unies des Païs
Bas s'obligent à la même chofe , par rapport aux
Port de leurs Etats : Tout com ne Sa мa efté Britannique
s'engage , de ne donner aucune retraite
dans les Ports de fon Royaume aux Pirates
qui croilent fur les Sujets de fa Sacrée Majeſté Imperiale
- Catholique , de fa Sacrée Majeſté TrésTr8
LE MERCURE
Chrêtienne & des Seigneurs Etats Generaux . Enfi
Sa Majesté Imperiale Catholique , Sa Sacrée Majefté
Tres - Chrêtienne & les Seigneurs Etats Generaux
s'obligent , à ne donner aucune protection ou
azile , dans aucun endroit de leurs Etats , à ceux des
Sujets de Sa Majesté Britannique , qui font actuellement
ou qui feront à l'avenir declarez Rebelles , &
en cas qu'il s'en trouve de tels dans leurs Royaumes
, Pays & Provinces, ils leur ordonneront d'en
fortir , huit jours aprés en avoir été requis de la part
de Sa Majesté Britannique.
Eren cas que Sa Sacrée Majefté Britannique fût
attaquée en quelqu'endroit que ce fût , Sa Majesté
Imperiale Catholique , comme auffi Sa Majefté
Tres Chrêtienne & les Etats Generaux des Provinces
Unies des Pays Bas s'obligent à lui fournir les
fecours ftipulez ci aprés , de même qu'à fes defcendans
, s'il arrivoit qu'ils fuflent troublez dans la
fucceffion au Royaume de la Grande Bretagne.
ART. V I.
Sa Majefté Imperiale Catholique , & leurs Ma
jefté Trés Chrêtienne & Britannique , s'obligent
pour elles , leus héritiers & fuccefleurs , à la garentie
& défenfe de tous les Etats , Pays & Droits
que les Seigneurs Etats Generaux des Provinces-
Unies des Pays- Bas poffedent actuellement contre
tous ceux qui pourroient les troubler & attaquer ,
& de leur fournir , le cas exiftant , les fecours fltipulez
ci - aprés. Sa Majefté Imperiale Catholique ,
& leurs Majeftez Tiés Chrêtienne & Britannique
s'obligent parei lement de n'accorder aucune protection
ni azile dans aucun endroit de leurs Royaumes,
à ceux des Sujets des Etats Generaux , qui font, actuellement
, ou feront à l'avenir declarés rebelles, &
en cas qu'il s'en trouve de tels dans leurs Royau
mes , Etats & Provinces , el es auront foin de les en
faire fortir , huit jours aprés qu'elles en auront été
requifes de la part de la Republique.
DE JANVIER. 1191
M
ART . VII.
Si quelqu'une des quatre Poiffances contractantes ,
toit attaquée ou troublée , foit dan la poffeffion de
fes Royaumes & Etats , foit par détention violente
de fes Sujets ou de leurs Vaiffeaux & effets , par
mer ou par terre , par quelqu'autre Prince ou Etat
que ce puifle être les trois autres Puiflances , employeront
leurs offices , d'abord qu'elles en feront
requifes , pour
lui faire donner ſatisfaction de l'injure
qu'on lui aura faite , & du dommage qu'on lui
aura caufé , & pour empêcher l'aggreffeur de continuer
les hoftilitez .
Et fi ces offices amiables n'étoient pas fuffifans
pour la reconciliation des Parties , & pour la fatisfaction
& la réparation de la Puiffance lezée , en ce cas
les Hauts Contractans fourniront à leur Allié atraqué
, deux mois aprés fa requifition , les fecours
fuivans conjointement ou féparement , fçavoir.
Sa Majefté Imperiale Catholique , huit mille
hommes de pied , & quatre mille hommes de Cavalerie.
Sa Mejefté Trés Chrêtienne , huit mille hom
mes de pied , & quatre mille hommes de Cava
leric .
Sa Majesté Britannique , huit mille hommes de
pied, & quatre mille hommes de Cavalerie.
Et les Seigneurs Etats Generaux , quatre mille
hommes de pied , & deux mille hommes de Cavas
lerie.
Que fi le Prince , ou la Partie lezée , au lieu
de Troupes , défiroit des Vaffeaux de guerre ou de
tranfport , ou même des fubfides en argent comptant
, en ce cas il lui fera libre de choifir , & on lui
fournira lefdits Vaiffeaux ou ledit argent , à proportion
de la dépenfe des Troupes. Et afin d'ôter tout
fujet d'ambiguité fur l'eftimation de ladite dépense ,
les Puiffances contractantes conviennent , que mille
hommes de pied feront évaluez à 10000. florins de
Hollande , & 100p. hommes de Cavalerie à 30000
20 LE MERCURE
par mois , en obfervant la même proportion , pas
rapport aux Vaiffeaux.
Si les fecours cy- deffus fpecifiez ne fuffilent pas
pour les befoins exiftans , les Puiffances Contractantes
conviendront fans differer des fecours ulte
rieurs à fournir , & même s'il étoit neceffaire , elles
affifteront leur Allié lezé de toutes leurs forces , &
déclareront la guerre à l'Agreffeur.
ART. VIII.
Les Princes & Etats , dont les Puiffances Contractantes
conviendront unaniment , pourront étre
compris au prefent Traité , & nommément le Koi
de Portugal.
Le Traité cy deffus fera approuvé & ratifié par
deurs Majeftez Imperiale , Trés- Chrêtienne & Britanique
, & par les Hauts & Paiffans Seigneurs
Etats Generaux des Provinces Unies des Pays Bas
& les Lettres de Ratification feront échangées à
Londres , & délivrées refpectivement , dans le terme
de deux mois , ou plûtôt s'il eft poffible.
En foi de quoi les Plénipotentiaires dénommez à la
premiere page du Traité ent figné & ont apposé le cachet
de leurs armes . Fait à Londres le 2. Août 171,8.
Collationné aux Originaux.
ARTICLE SEPARE'.
QUE &les Seigneurs Etats Generaux des Provinces
Unies des Pais - Bas trouvoient, qu'il leur
fût trop à charge de fournir leur quote part des Subfides
qui feront payez aux Cantons Suiffes , pour les
Garnifons de Livourne , de Porte - Ferraio , de Par
me & de Plaifance , felon la teneur du Traité d'Alliance
conclu cejourd'hui , il a été declaré expreffément
par cet Article feparé , & convenu entre les
quatre Parties contractantes , que dans ce cas le
Roi Catholique pourra fe charger de la portion
qu'auroient à payer les Seigneurs Etats Generaux.
Cet article feparé aura la même force , que s'i
DE JANVIER. 127
avoit été inferé mot à mot dans le Traité conclu
& figné ce jourd'huy ; il fera ratifié de la même
maniere, & les Ratifications en feront échangées
3 dans le même tems que le Traité.
En foi de quoi les mêmes P.énipotentiaires ont figné
ont appofé le cachet de leurs armes. A Londres le
2. Aouft 1718.
ART. feparé.
Comme dans le Traité d'Alliance qui doit être
figné ce jourd'huy avec Sa facrée Majesté Imperiale
Catholique , & dans les conditions de Paix qui y
font inférées , leurs facrées Majeftez Trés Chrétienne
& Britannique , & les Seigneurs Etats Generaux
des Provinces Unies des Pays - Bas donnent au
prefent poffeffeur des Efpagnes & des Indes , le titre
de Roi Catholique , & au Duc de Savoye celui de
Roi de Sicile ou de Sardaigne , & que Sa facrée
Majefté imperiale Catholique ne peut pas reconnoître
ces deux Princes pour Rois , avant qu'ils foient
auffi entrez dans ce Traité , Sa facrée Majefté Imperiale
Catholique declare & protefte par cet Article
feparé , & figné avant le Traité d'Alliance
qu'Elle ne prétend point par les titres qui y font employez
ou obmis , le caufer aucun préjudice , ni ac
corder ou donner le titre de Roi aux deux Princes
sommez cy deffus , que dans le cas feulement qu'ils
accederont auTraité qui doit être figné ce jourd'hui,
& qu'ils accepteront les conditions qui y font
ftipulées.
En foi de quoi les mémes Plénipotentiaires ont
figné & ont appofé le cachet de leurs armes. A Londres
le 2. Aouft 1718.
ART. feparé.
Comme Sa facrée Majefté Trés - Chrétienne ne
peut pas reconnoître quelques uns des titres que Sa
lacrée Majefté Imperiale prend dans les pleins pouvoirs
, ou dans le Traité d'Alliance qui doit être
Gigné ce jourd'huy , Elle déclare & proteste par cer
Article feparé , & figné avant le Traité d'Alliance
122 LE MERCURE
qu'elle n'entend nullement , par les titres employez
dans ce Traité , préjudicier à Elle- même , ou à
toute autre Puiffance , ni attribuer aucun droit à Sa
facrée Majefté Imperiale.
En foi dequoi les mêmes Plénipotentiaires ont figné
& ost appofe le cachet de leurs armes. A Londres le
2. Aouft 1718.
Declaration donnée par les Plenipotentiaires
du Roi de la Grande Bretagne.
Omme felon l'ufage , que l'on eft convena
Creciproquement de fuivre dans les Traitez
conclus entre leurs Ma eftez Britanniques & Très-
Chrêtiennes à Rifvvick , à Utrecht & à la Haye
pour la Triple Alliance , on a dreflé des Actes en
Latin pour le Roi de la Grande Bretagne , & en
François pour le Roi Trés - Chrêtien , en déclarant
que s'il y a eu précedemment un autre ufage , le
Roi Tres- Chrêtien s'y conformera dans la fuite ;
& comme l'on n'a pu obferver ledit ufage dans le
Traité figné ce jourd'huy entre l'Empereur des Romains
, le Roi de la Grande Bretagne , le Roi Tres-
Chrê ien & les Etats Generaux des Provinces- Unies
des Pays bas , fans tomber dans l'inconvenient d'en
dreffer encore plufieurs Actes , ce qui obligeroit de
differer plus long tems la fignature de ce Traité.
D'ailleurs quelques uns des Plenipotentiaires ayant
demandé avec inftance qu'il ne fût dreflé aucun
Acte du Traité de ce jour , fans être muni en même
tems de la fignature de toutes les Parties contractantes
, ce qui a fait que tous les Actes dudit Traité
ont été dreffez en Langue Latine. Dans cette vie ,
afin que cet exemple ne paffe point en ufage entre le
Roi de la Grande Bretagne & le Roi Tres-Chrêtien,
Nous plenipotentiaires de Sa Majefté Britannique,
à la requifition du Plenipotentiaire de Sa Majesté
Tres. Chrêtienne ; déclarons que tout ce qui a rap-
FORE
DE JANVIER! 123
port à la Langue dans laquelle eft écrit le Traité
de ce jour , ne pourra fervir d'exemple , ni être cité
à l'avenir , mais que l'ufage qui étoit receu auparavant
entre l'une & l'autre Couronne,aura lieu ; de
forte que ce qui s'eft fait aujourd'huy n'y derogera
en aucune maniere , & ne donnera point de nouveau
droit pour en ufer autrement.
Enfoide quoi les Plenipotentiaires de S. M. B. ont
figné cette Déclaration, & ont appofé le cachet de leurs
armes. A Londres le 22. Juillet 1718. Sunderland
P. Rorburge. J. Craggs.
Ratification du Roi pour les fufdits Traité & Articles
feparez . Donné à Paris le 31. Aouſt 1718.
Signé Louis. & plus bas , par le Roi le Duc d'Or
leans Regent prefent , figné Phelypeaux , & fcellé.
Ratification de l'Empereur pour &c. Donné à
Viennele 14. Septembre 1718. Signé Charles . Es
par mandement exprés de S. M. 1. Jean- George.
Buol , & à côté , Philippe- Louis Comte de Zinfendorff
, & fcellé .
Ratification du Roi de la Grande Bretagne pour.
& c. Donné en nôtre Palais deKenfington le 7. Août
1718 Signé George R. & fcellé.
Plein Pouvoir du Roi délivré à M. l'Abbé du Bois
pour agir avec la même autorité que le Roi feroit &
pourroit faire en cette occafion . Donné à Paris le
25. May 1718. Signé Louis. Et fur le repli , le
Duc d'Orleans Regent prefent ; figné Phelypeaux
& fcellé .
Plein -Pouvoir de S. M. I. délivré à м . Penten
rieder d'Adelshaufen , pour traiter conjointement
avec M. Hoffnan R fident de S. M. I. à Londres .
Donné à Vienne le 27. Septembre 1718. Signé Charles
. Et par mandement de S. M. I. Jean G. Buol ,
& à côté Philippe Louis C. de Zinfendorff
Plein Pouvor de S. M. B. delivré aux Plenipo
tentiaires nommez à la premiere page du Traité
pour agir & c. Donné en fon Palais de Kenfington
le 15. Juin 1718. Signé George R. & fcellé,
K
124
LE MERCURE
Plein-Pouvoir du Roi délivré à M. l'Abbé du
Bois , pour agir & figner avec les Plenipotentiaires
dénommez cy - devant , les Articles qui
fuivent.
LE
Articles feparez & fecrets.
ARTICLE PREMIER.
E Sereniffime & trés puiffant Roi Tres. Chre
tien , le Sereniffime & Tres Puiffant Roi de
la Grande Bretagne , & les Hauts & Puiffans Seigneurs
Etats Generaux des Provinces- Unies des Pays-
Bas , êtant convenus par le Traité conclu entr'eux ,
& figné ce jourd'hui de certaines conditions , conformement
aufquelles la Paix pourroit le faire entre
le Sereniffime & Tres- Puiffant Empereur des Ro
mains , & le Sereniffime & Tres- Puiffant Roi d'Ef
pagne, & entre Sa facrée Majefté Imperiale & le Roi
de Sicile , lequel on juge à propos de nommer deformais
Roi de Sardaigne , & ayant communiqué lefdites
conditions à ces trois Princes , pour fervir de
bafe fixe de la Paix à faire entr'eux , Sa Sacrée Majefté
Imperiale émée par les puiffans motifs qui ont
porté le Roi Tres Chrêtien , le Roi de la Grande
Bretagne , & les fufaits Etats Generaux à entreprendre
un ouvrage fi grand & fi falutaire , & déferant
à leurs fages & preffantes inftances , declare
qu'Elle accepte leídites Conditions ou Articles fans
en excepter aucun , comme des conditions fixes &
immuables , ſuivant lefquelles elle confent à conclure
une Paix perpetuelle entre Elle , le Roi d'ELpagne
& le Roi de Sardaigne.
ART. II.
Le Roi Catholique & le Roi de Sardaigne n'ayant
pas encore confenti aufdites conditions , leurs ma.
jeftez Imperiales, Tres- Chrêtiennes & Britanniques
& les fuidits Etats Generaux , font convenus de leur
laiffer pour y confentir le terme de trois mois , à.
DE JANVIER. 125
1
"
compter du jour de la fignature de ce prefent Traité,
eftimant cet efpace de tems fuffifant pour examiner
lefdites Conditions , pour prendre enfin leurs
dernieres réfolutions , & pour declarer s'ils veulent
les accepter auffi pour Conditions fixes & immuables
de leur Paix avec Sa Majefté Imperiale ,
comme on peut efperer de leur pieté & de leur fa
geffe qu'ils le feront , & quo fuivant l'exemple de
Sa Majefté Imperiale , ils modereront leurs reffenmens
, qu'ils auront l'humanité de préferer le repos
public à leurs vûës particulieres , & qu'en mêmetems
ils épargneront l'effufion du fang de leurs Sujets
, ils détourneront des autres Nations les calamitez
infeparables de la Guerre , Et pour cet effet leurs
Majeftez Tres Chrêtiennes &Britanniques & les Etats
Generaux des Provinces- Unies des Pays- Bas , employeront
conjointement & feparement leurs offces
les plus efficaces pour porter lefdits Princes à
ladite acceptation.
ART. III.
Mais fi , contre toute attente des Hauts Contractans
, & contre les voeux de toute l'Europe , le Roi
d'Efpagne & le Roi de Sardaigne , aprés ledit terme
de trois mois écoulé , refufoient d'accepter lefdites
conditions qui leur font propofées , pour leur Paix
avec Sa Majefté Imperiale , comme il n'eſt pas jufte
que le repos de l'Europe dépende de la renitence
cu des projets cachez defdits Princes , leurs majeſtez
Tres-Chrêtiennes & Britanniques & les Etats Generaux
, s'engagent à joindre leurs forces à celles de
Sa Majesté Imp . pour les obliger à l'acceptation
& execution des fud.conditions , & pour cet effet elles
fourniront conjointement ou feparement à Sa Majefté
Imperiale les mêmes fecours , qui font ftipulez
pour leur deffenfe reciproque , par Article feptiéme
du Traité d'Alliance figné ce jourd'hui , cenfentant
unanimement , que Sa Majefté Tres Chiêtienne
fourniffe des Subfides en argent , au lieu de
Troupes : Et fi les fecours ftipulez dans ledit Article
Kij
26 LE MERCURE
fepriéme ne fuffi oient pas pour la fin que l'on le
propole , alors les quatre Puiffances contractantes
conviendront inceffamment entre Elles des fecours
vlterieurs à fournir à Sa majefté Imperiale , & les
continueront , jufqu'à ce que Sa Majesté Imperiale
ait louis le Royaume de Sicile , & foit en pleine
fûreté pour fes Royaumes & Etats en Italie .
Il a auffi été convenu expreffement , que fi à caufe
des fecours que leurs majeftés Tre -Chrêtienne &
Britanniques & les Seigneurs Etats Generaux fourniront
à Si Majefté Imperiale , en vertu & pour l'execution
de ce prefent Traité , les Rois d'Espagne &
de Sardaigne , ou l'un d'eux , declaroient ou faifoient
la guerie à l'une defd . 3. Puiffances.contractantes
, foit en l'attaquant dans fes Etats ,foit en fatfiffant
par force fes Sujets ,ouleurs Vaiffeaux & leurs
effets par Mer ou par Terre ; en ce cas les 2. autres
Puiffances contractantes declareront & feront inceffamment
la guerre aufd . Rois d'Efp . & de Sard. ou
à celui de ces deux Rois qui l'aura declarée , ou
faite à l'un defdits Princes contractans , & ne poferont
pas les armes que l'Empereur ne foit en poffeffion
de la Sicile , & en fûreté pour fes Royaumes
& Etats d'Italie , & qu'une jufte fatisfaction ne foit
faite à celle des trois Puiffances contractantes , qui
aura été attaquée ou lefée à l'occafion du prefent
Traité..
ART . IV .
Si l'un feulement defdits deux Rois , qui n'ont
pas encore confenti aufdites conditions de Paix avec
Sa Majefté Imperiale , les accepte , il fe joindrá auffi
aux quare Puillances contractantes , pour contraindre
celui qui les aura refufées , & il fournita fa part
des fubfides fuivant la repartition qui en fera faite.
ART. V.
Si le Roi Catholique touché du bien public , &
perfuadé , que l'échange des Royaumes de Sicile &
ceSardaigne cft neceffaire pour le maintien de la Faix
generale , y confent de même qu'aux autres fufdires
DE JANVIER. 127
conditions de la Paix avec l'Empereur , & que le Roi
de Sardaigne au contraire , refufant cet échange ,
perfifte à retenir la Sicile ; En ce cas , le Roi d'Efpagne
reftituera la Sardaigne à l'Empereur, qui (lauf
fa fouveraineté fur ce Royaume) en confiera la
-garde au fereniffime Roi de la Grande Bretagne , &
aux seigneurs Etats Generaux , jufqu'à ce que la
sicile étant foûmife , le Roi de sardaigne foulcrive
aux fufdites conditions de fon Traité avec l'Empejeur
& confente de recevoir pour équivalent da
Royaume de sicle , celui de sardaigne , qui lui fera
remis pour lors par le Roi de la Grande Bretagne &
les Etats Generaux. Et fi fa Majefté imperiale ne
pouvoit parvenir à conquerir la sicile , & à la foûmettre
à fa puiffance , le Roi de la Grande Bretagne
& les Etats Generaux lui reftituëronten ce cas le
Royaume de sardaigne ; & fa majefté imperiale
joura cependant des revenas de ce Royaume qui
excederont les frais de garde.
ART. Y I.
Et s'il arrive que le Roi de sardaigne confente audit
échange , & que le Roi d'Eſpagne refufe d'y ac
quiefcer , l'Empereur en ce cas attaquera la sardaigne
, aidé des fecours des autres contractans , lefquels
ils s'engagent de lui continuer, comme la Majefté
imperiale s'oblige également de ne pas poſer
les armes , jufqu'à ce qu'elle fe foit emparée de tout
le Royaume de sardaigne , lequel elleremettra auffitôt
aprés au Roy de sardaigne .
管
ART.
En cas d'oppofition à l'échange de la sicile & de
la sardaigne , de la part du Roi d'Efpagne & de la
part du Roi de sardaigne, l'Empereur attaquera 1. le
Royaume de sicile , conjointement avec les fecours
des Alliez , & lorfqu'il l'aura conquis , il attaquera
la sardaigne , a ec tel nombre de Troupes , qu'il
jugera neceffaire pour l'une & l'autre expedition ,
outre les fecours des Alliez ; & la sardaigne êtant
Loum fe , fa Majefté imperiale en confiera la garde
118 LE MERCURE
auRoi de la Grande Bretagne , & aux Seigneurs
Etats Generaux , juſqu'à ce que le Roi de Sardaigne
foufcrive aux fufdites conditions de Paix -
vec l'Empereur , & confente de recevoir pour équivalent
du Royaume de Sicile , le Royaume de
Sardaigne , qui lui fera remis pour lors par fa Majefté
Britannique , & par les Etats Generaux, & fa
Majefté Imperiale jouira cependant des revenus de
ee Royaume , qui excederont les frais de garde.
ART . VI I F.
Au cas que le refus du Roi Catholique & du
Roi de Sardaigne , ou de l'un d'eux , d'accepter &
d'executer lefdites conditions de Paix , qui leur
font propofées , obligeât les quatre Puiffances contractantes
, de venir aux voyes de fait contr'eux ,
ou l'un d'eux , il a efté convenu expreffément D
que l'empereur devra fe contenter des avantages
ftipulez pour lui , d'un commun confentement
dans les fufdites conditions , quelque fuccés que
püffent avoir les armes contre les deux Rois ou
l'un d'eux , fauf pourtant à fa Majefté Imperiale
de revendiquer par les armes , ou par la negociation
de Paix , qui fuivroit une telle guerre con
tre le Roi de Sardaigne , les droits qu'elle prétend
avoir fur les parties de l'Etat de milan que ce
Roi poffede , & fauf auffi aux trois autres Contrac
tans , en cas qu'il leur fallût entreprendre une pareille
guerre contre le Roi d'afpagne , & contre
le Roi de Sardaigne , de convenir & de défigner
avec la Majefté Imperiale , en faveur de quel autre
Prince , elle devra difpofer alors de la partie du
Duché de Montferrat , que le Roi de Sardaigne
poffede actuellement , à l'exclufion de ce Roi , &
à quel autre Prince , ou à quels autres Princes ,
elle devra donner des Lettres d'Expectatives , contenant
l'inveftiture éventuelle des Etats pofkdez
prefentement par le Grand Duc de Tofcane , &
par le Duc de Parme & de Plaifance à l'excluhon
des fils de la prefente Reine d'Eſpagne , avec
>
DE JANVIER.
le confentement de l'Empire ; bien entendu que jamais
en aucun cas , ni fa majefté Imperiale , ni
aucun Prince de la Maiſon d'Auftriche , qui poffedra
les Royaumes , Provinces & Etats d'Italie , ne
pourront s'approprier lefdits Etats de Tofcane & de
Parme.
ART. IX.
Mais , fi Sa Majefté Imperiale , aprés avoir employé
les Troupes fuffifantes avec les moyens &
les fecours fournis par les Alliez , & aprés avoir fair
les diligences convenables , ne pouvoit fe rendre
maiſtre de la Sicile par la force des armes, ni s'établir
dans la poffeffion de ce Royaume ; les Puiffances
contractantes conviennent & déclarent
qu'en ce cas , Sa Majesté Imperiale eft & fera entierement
libre & deliée de tous les engagemens
qu'elle a pris par ce prefent Traité , en confentant
aux fuldites conditions de la Paix à faire , entr'Elle
& les Rois d'Efpagne & de Sardaigne , fans
préjudice cependant des autres Articles du prefent
Traité, qui regardent mutuellement Sa Majesté Im--
priale & leurs Majettez Trés- Chrêtiennes & Bri
tanniques, & les Seigneurs Etats Generaux des Pro
vinces- Unies.
".
ART. X.
+
Toutefois la fûreté & le repos de l'Europe ,,
étant l'objet des renonciations à faire , par Sa
Majefté Imperiale & par Sa Majefté Catholique
pour elles & pour leurs defcendans &
fucceffeurs , à toutes prétentions d'un côté ſur le
Royaume d'Espagne & des Indes , & de l'autre
fur les Royaumes , Provinces & Etats d'Italie , &
fur les Pays Bas Autrichiens , lefdites renoncia
tions feront faites de part & d'autre , de la maniere
& en la forme , qu'il eft ftipulé par les Articles 2. &
4. des conditions de la Paix à faire entre Sa Ma
jefté Imperiale , & Sa Majefté Catholique. Et quoique
le Roi Catholique refufât d'accepter les fufdites
conditions , l'Empereur fera neanmoins expe
150
LE MERCURE
dier les Actes de fes renonciations , dont la publication
féra differée jufqu'à la fignature de la
Paix entre l'Empereur & le Roi Catholique : & f
le Roi Catholique perfiftoit à ne vouloir pas foufcrire
à cette Paix , Sa Majefté Imperiale temettra
cependant au Roi de la Grande Bretagne , en
même tems que fe fera l'échange des ratifications
de ce prefent Traité , un Acte autentique.
defdites renonciations , lequel Sa Majefté Britannique
, du confentement unanime des Contractans ,
s'engage de n'exhiber au Roi Trés Chrêtien
qu'aprés que Sa Majefté Imperiale aura efté mife
en poffeffion de la Sicile : Et aprés que Sa Majeité
Imperiale fera en poffeffion de ce Royaume.
tant l'exhibition que la publication dudit Acte
des renonciations de Sa Majefté Imperiale , fe fera
à la premiere requifition di Roi Trés Chrêtien
& ces renonciations auront lieu , foit que le Roi
Catholique ait figné fa Paix avec l'Empereur ou
non ; vû qu'en ce dernier cas , la garentie des Puiffances
contractantes devra tenir lieu à l'Empe
reur de la fûreté que les Renonciations du Roi
Catholique auroient donné à fa Majefté Imperiale ,
pour la Sicile , & les autres Etats d'Italie , & pour
les Provinces des Pays - Bas.
>
>
ART X I.
Sa Majefté Imperiale promet de ne rien entreprendre
, ni tenter contre le Roi Catholique , ni
contre le Roi de Sardaigne , ni generalement contre
la Neutralité d'Italie , pendant les trois mois
qui ont été accordez à ces deux Princes , pour ac
cepter les fufdites conditions de leur Paix avec
l'Empereur, mais , fi pendant ce terme de trois mois
le Roi Catholique , au lieu d'accepter les fufdites
con litions , continuoit fes hoftilitez contre fa Mag
jefté Imperiale , ou fi le Roi de Sardaigne attaquot
à main armée les Etats qu'elle poffde en
Italie, en ce cas, leur Majeftés Trés - Chrétiennes &
Britanniques & les Seigneurs Etats Generaux
s'engagent
DE JANVIER. 131
s'engagent de fournir inceffamment à fa majesté
Imperiale pour fa défenſe , les fecous qu'ils font
convenus de fe donner mutuellement , pour la défente
reciproque de leurs Etats , par l'Alliance fignéece
jourd'hui , conjointement ou feparement , &
même fans attendre que le terme de deux mois ,
fixé par ladite Alliance pour employer des Offices
amiables , foit écoulé ; & fi les fecours fpecificz
dans ledit Traité ne fuffifoient pas pour la fin propofée
, les quatre Puiffances contractantes , conviendront
fans délais entr'elles des fecours plus con.
fiderables , à fournir à fa Majefté Imperiale.
ART. XII .
à
Les onze Articles cy- deflus , demeureront feerets
entre leurs Majeftez imperiales , tres Chrêtien
nes & Britanniques , & les tais Generaux , pendant
l'efpace de trois mois ,
compter du jour de la fignature
, à moins que les quatre Puiffances contratantes
, d'un commun confentement , ne jugeaffent
à propos d'abreger ou de prolonger ce terme ;
& quoique lefdus onze Articles cy deflus foient feparez
du Traité d'Alliance figné ce jourd'hui , entre
lesdites quatre Puiflances contractantes , ils auront
cependant la même force & vigueur , que s'ils
Y étoient inferez mot à mot , étant cenfez en faire
une partie effentielle : Et les ratifications en feront
fournies en même tems que celles du Traité.
En foi de quoi les mêmes Plénipotentiaires ont
figné ont appofé le cachet de laurs armes. A Londres
le 2. Aouft 1718.
ARTICLE SEPARE".
Omme le Traité conclu & figné ce jourd'hui
nes , & Britanniques , & qui renferme , tant les
conditions , qui ont efté eftimées les plus équitables
& les plus propres , pour établir la Paix entre
Epereur & le Roi Catholique , & entre ledig
Janvier 17191 L
532 LE MERCURE
Empereur & le Roi de Sicile , que celles de l'Alliance
conclue entre lefdites Puiffances (contractantes
, pour le maintien de la Paix , a cfé communiqué
aux Hauts & Puiffants Seigneurs , les Etats
Generaux des Provinces- Unies des Pays Bas ; &
que les Articles feparez & fecrets qui ont auffi efté
fignez ce jourd'hui , & qui contiennent les moyens ,
dont l'on atrouvé à propos de fe fervir , pour executer
ledit Traité , doivent être propofez inceffamment
aux mêmes Etats Generaux : Le zele que cette
Republique témoigne pour établir , & raffûter le
repos public , ne laiffe aucun lieu de douter , qu'elle
ne veuille d'elle - même acceder audit Traité. C'eſt
pourquoi iefdits Etats Generaux font compris nommement
dans ce Traité , comme Parties contractantes
, dans la confiance , que lesdits Etats y entre
ront auffi promptement , que les formalitez requifes
par la conftitution de leur Gouvernement pourront
le permettre.
Et fi contre l'efperance & les voeux des Parties
contractantes ( ce que cependant l'on ne doit point
foupçonner ) lefdiis Seigneurs Etats Generaux ne
prenoient point la refolution d'acceder audit Traité ,
Il a efté convenu & arrêté expreffément entre lefdites
Parties coutractantes , que ledit Traité , figné
ee jourd'hui , ne laiffera pas d'avoir fon effet , &
& d'être executé par lefdites Puiffances , dans toutes
fes claufes & Articles de la même maniere qu'il
a efté ftipulé , & que les ratifications en feront échangées
dans le tems marqué.
Cet Article feparé aura la même force , que s'il
avoit été inferé mot à mot dans le Traité conclu
& figné ce jourd'huy ; il fera ratifié de la même
maniere, & les Ratifications en feront échangées
dans le même tems que le Traité.
En foi de quoi les mêmes Plénipotentiaires ont figné
ont apposé le cachit de leurs armes , conjointement
avec les Plenipotentiaires du Roi Sicile , qui ont figné,
J: Provana , de la Perenfe.. A Londres le 2. Aouf
1718.
DE JANVIER. 133
Ratification du Roi pour les Articles feparez . Donné
à Paris le 31. Aouft 1718. Signé Louis. & plus
bas, par le Roi le Duc d'Orleans Regent prefent ,
figné Phelypeaux , & fcellé .
Ratification de l'Empereur pour & c. Donné à
Vienne le 14. Septembre 1718. Signé Charles . Et
par mandement exprés de 5. M. I. Jean- George
Buol , & à côté , Philippe- Louis Comte de Zinfendorff
, & fcellé.
Ratification du Roi de la Grande Bretagne pour
& c. Donné en fon Palais de Kenfington le 7. Août
1718 Signé George R. & fcellé .
Accesfion du Roi de Sicile an Traité.
Omme les Plenipotentiaires de fa Majefté Imperia
e Catholique , de la Majefté tres -Care.
tienne , & de fa majetté Britannique , cnt conclu
& figné , avec les formalitez requiles , à Londres le
deuxième du mois d'Août dernier un Traité entre
les Parties contractantes & des Articles feparez
& fecrets, auffi bien que quatre autres Articles feparez
, qui y ont rapport , & qui ont tous la même
force que le Traité principal ; de tous lesquels la
teneur s'enfuit ici de mot à mot.
Ici font inferez le Traité & les Articles
Séparez & fecrets .
M
Ais comme le Roi de Sicile , que l'on eft
convenu de nommer prefentement Roi de Sardaigne
, felon l'efprit du Traité , & des Articles cideffus
inferez , a efté invité de vouloir acceder pleinement
, & dans toute leur étenduë à tous & chasun
d'eux , & de fe joindre à la forme requife , aux
autres Parties contractantes , comme s'il avoit efté
lui même partie contractante dés le commencement ;
d'autant que ledit Roi de Sardaigne , aprés avoir
examiné murement les conditions portées expreffément
par le Traité, & los Articles inferez ci- deffus ,
Lij
134
LE MERCURE
a non-feulement déclaré qu'il vouloit accepter ces
mêmes conditions , & les approuver par fon acceffion
; mais , même qu'il a donné des Pleins- Pou
voirs fuffifans aux miniftres qu'il a nommez , pour
confommer cet ouvrage . Pour parvenir à une fin
auffi falutaire & auffi défirée , Nous fouffignez
Miniftres Plenipotentiaires de fa Majefté Imperiale-
Catholique , defa Majefté tres-Chrétienne & de fa
Majefté Britannique , au nom & de l'autorité de
leurfdites majeftez , avons admis , adjoins & affocié
, & par ces prefentes admettons , adjoignons.&
affocions , pleinement & entierement le fu dit Roi de
Sardaigne , au Traité inferé ci- devant , & à tous
& chacuns des Articles qui y out rapport . Promettant
en vertu de la même autorité , que leurídites
Majeftez conjointement & féparement , executeront
& accompliront entierement & exactement , à l'égard
du Roi de Sardaigne , toutes & chacunes des
conditions , ceffions , conventions , garenties &
obligations contenues & exprimées dans lefdits
Traité & Articles : Bien entendu que toutes & chacunes
des conventions , faites par les Articles fecrets
, contre ledit Roi de Sardaigne , ceffent & font
abolies , au moyen de fa prefente acceffion. Et
Nous , fouffignez Miniftres Plenipotentiaires du
Roi de Sardaigne en vertu du Plein - Pouvoir
duement communiqué & reconnu , dont la copie
eft jointe à la fin de ct Ate , atteftons de notre part
par ces prefentes , & nous engageons en fon nom ,
que le fufdit Roi , nôtre Maitre , accede pleinement
& fans referve au Traité , & à tous & chacuns
des Articles ci- deftus interez : Que par cette
acceffion folennelle , il fe joint , comme Partie ftipulante
dès le commencement , aux Parties contra
&tantes ci - deflus nommées : Qu'en vertu & par`
la force de cet Acte , la fufdite majefté du Roi
de Sardaigne , tant pour Elle que pour fes heritiers
fuccceffeurs , s'oblige & s'engage mutuellement,
Savers Sa Majefté Imperiale- Catholique , Sa Majesté
DE JANVIER Y3S
Tres - Chrêtienne , & fa majelité Britannique ,
leurs héntiers & fucceffeurs , conjointement &
fep irement , d'obferver , executer & accomplir
toutes & chacune des conditions , ceffions , conventions
, garenties & obligations contenues &
énoncées dans le Traité & dans les Articles cideffus
in´erez , à l'égard de toutes lefdites Puiffanees
conjointement , & de chacune d'elles feparement
, de la même maniere & auffi fiielement &
religieufement , que fi elle avoit efté une des parties
contractantes dès le commencement , & qu'elle
eût contracté , conclu & figné les mêmes conditions
, ceffions , conventions , garenties & obligations
, conjointement ou léparement avec SaMajefté
Imperiale Catholique , fa Majefté trés- Chrêtienne ,
& fa majefté Britannique.
Cet acte d'admiffion & d'acceffion dudit Roi de
Sardaigne , fera ratifié par toutes les Parties contractantes,
& les ratifications , expediées en bonne
forme , feront échangées & délivrées de part &
d'autre à Londres , daus l'efpice de deux mois , à
compter du jour de la fignature , ou plûtôt fi faire
& le peus.
En foi de quoi les mêmes Flenipotentiaires de
S. M. 1. ceux de S. M. B. ceux du Roi de Sardaigne
, ont figné à Londres le 8. Novembre , & celui
de S. M. T. C. à Paris le 18. Novembre 1718.
Plein Pouvoir du Roi donné en confequence
M. l'Abbé Dubois , à Paris le 25. Octobre 1718. Signé
Louis. Et fur le repli , par le Roi , le Duc d'Or-
Leans Regent prefent ; & plus bas ,;; Phelypeaux , &
fcellé .
Piein - Pouvoir du Roi de Sardaigne , donné à ſes
Plenipotentiaires , au Chafteau de Rivoles le 17. Ostobre
1718. Signé V. Amedéo. Et plus bas , Del-
Borgo
Ratification du Roi donnée en confequence à Paris
le 5. Decembre 1718. Signé Louis , & plus bas ,
par le Roi , le Duc d'Orleans Regent prefent ; -
gné Phelypeaux , & fcelié. Liij
136 LE MERCURE
LIVRE S.
Projet d'un Livre nouveau , en faveur
des Laides .
Omme Erafme a fait l'Eloge de la
Polie;que celui de la Fievre a paru ,
&c. on fouhaiteroit que la Laideur dans
les Femmes , trouvât auffi quelque illuftre
Panegirifte. L'Ouvrage pourroit être divifé
en deux Parties . Dans la premiere , on feroit
valoir les droits de la laideur fur la
beauté. Dans la feconde , les avantages
que des parens , un mari & une focieté trouveroient
à vivre avec une perfonne qui n'eft
pas belle . Ces avantages ne doivent pas être
fondez fur ce que , de la difette & du défaut
d'attraits , fuit celle des Amans. L'experience
y feroit contraire. L'on voit tous
les jours des Femmes dont l'exterieur eft
le moins charmant , allumer de grandes
paffions. Il eft aifé à une plume délicate ,
de tirer de ce fujet des veritez bien appuyées,
trés-folides & fort confolantes pour les Laides
; mais fur- tout , que ce fujet ne foit
point traité ironiquement.
On vend chez Jean Baptifte Coignard ,
Libraire rue S. Jacques , le Difcours que
M. l'Abbé Montgault , Precepteur de
Monfeigneur le Duc de Chartres , prononça
à l'Academie Françoife le 31. Decem
DE JANVIER. 137
*
bre dernier, jour de fa reception à l'Acade
mie Françoile , comme nous l'avons marqué
dans nôtre precedent Journal. La ré
ponſe à ce Difcours par M. de Sacy , faifant
ce jour les fonctions de Directeur, s'y trouve
jointe.
Le Difcours de M. l'Abbé Montgaule
peut être cité en exemple pour preuve que
Fien n'eft jamais épuifè pour un homme de
genie. En effet , quelque rebatuë que foit la
matiere des Remercimens Academiques ,
elle fe montre dans ce Difcours fous une
forme toute nouvelle.
On débite à Paris chez Claude Jombert
Libraire rue S Jacques au coin de la ruë
des Mathurins , & chez Jean Baptifte de la
Mefle Imprimeur rue de la Huchette à la
Minerve , un volume in-douze qui a pour
sitre. Nouveaux Systêmes ou nouveaux plans
de Methodes , qui marquent une route nouvelle
pour parvenir en peu de tems & facilement
à la connoiffance des Tems & des
Sciences , des Arts & des exercices du
corps.
Cet Ouvrage eft de M. de Vallange
homme d'un merite diftingué , qui non
content de gemir avec les perfonnes fenfées
de la miferable éducation l'on donne
que
en France à la jeuneffe , ofe propoſer un
nouvel art de former l'homme. Non feulement
, on doit tenir compte à l'Auteur
d'avoir inventé tant de Methodes vaine
Liiij
238 LE MERCURE
ment utiles ; mais , on doit encore lui fçavoir
gré d'avoir eu le courage de les mettre au
jour , au peril des infultes du préjugé.
On travaille à Bordeaux à donner au Public
l'Hiftoire de la Terre ancienne & mo=
derne , & de tous les changemens qui lui
font arrivez , tant generaux que particuliers ,
foit par les tremblemens de terre , innonda→
tions ou autres caufes , avec une defcription
exacte des differens progrés de la Terre
de la Mer, de la formation & de la perte
des Ifles , des Rivieres,des Montagnes, des
Vallées , Lacs , Golphes , Détroits , Caps,
& de tous leurs changemens , des Ouvrages
faits de main d'homme qui ont donné
une nouvelle face à la Terre , des principaux
Canaux qui ont fervi à joindre les
Mers & les grands Fleuves , des mutations
arrivées dans la nature du terrein & la conftitution
de l'air , des Mines nouvelles ou
perduës , de la deftruction des Forefts , des
Deferts formez par les Peftes , les Guerres
& autres fleaux , avec la caufe Phifique
de tous ces effets , & des Remarques Critiques
fur ceux qui le trouveront faux ou
fufpects.
On prie les Sçavans dans les Pays defquels
de pareils évenemens feront arrivez , &
qui auront échapez aux Auteurs , d'en donner
connoiffance : On prie auffi ceux qui
en auront examiné qui font déja connus ,
de faire part de leurs obſervations , foir
DE JANVIER
139
qu'elles démentent ces faits , foit qu'elles
les confirment . Il faut adreffer les Memoi
res à M. de Montesquieu Preſident à Mortier
au Parlement de Guienne à Bordeaux ,
rue Margaux , qui en payera le port ; &
files Auteurs le font connoître , on leur
rendra de bonne foi toute la justice qui
leur eft dûe. On les fupplie par l'amour
que tous les hommes doivent avoir pour la
verité , de ne rien envoyer legerement , &
de ne donner pour certain que ce qu'ils
auront mûrement examiné. On avertit même
qu'on prendra toutes fortes de meſures
pour ne le point laiffer furprendre , & que
dans les faits finguliers & extraordinaires ,
on ne s'en rapportera pas au témoignage
d'un feul , & qu'on les fera examiner de
nouveau.
Monfieur de Grimareft vient de donner fa
Grammaire qui paroît fous ce titre : Nou
velle Grammaire reduite en Tables , qui donment
une trés-grande facilité pour apprendre
la Langue Francoife..
La méthode dont l'Auteur s'eft fervi , eft
la plus courte , la plus facile & la plus inftructive
qu'on ait encore donnée au Public.
La difpofition des Tables eft telle , que
d'un coup d'oeil , on y trouve toutes les
inftructions dont on peut avoir befoin.
L'Ouvrage eft divifé en quatre Partics. La
premiere contient toutes les définitions de
la Grammaire ; & elles font fi préciſes &
140 LE MERCURE
fi claires , qu'elles donnent une intelligence
parfaite des préceptes compris dans les trois
autres Parties. La feconde explique l'uſage
de tout ce qui concerne les Noms . La troifiéme
comprend tout ce qui a rapport aux
Verbes , & la quatriéme renferme les autres
parties du difcours . Cette matiere a été
traitée par tant d'habiles gens , qu'il fembloit
qu'on ne pouvoit rien ajoûter à ce qui
a été écrit fur cela cependant , la méthode
& l'arrangement de cette Grammaire, la
doivent faire regarder comme un Ouvrage
nouveau , & dont les François retireront
autant d'utilité par la certitude des principes
qu'ils y trouveront , que les Etrangers
par la facilité qu'il leur donnera d'appren
dre en peu de tems à parler correctement la
Langue Françoife . Ce Livre fe vend chez
Eftienne Caneau rue S.Jacques aux Armes de
Dombes , & chez Antoine - Urbin Courellier
Quay des Auguttins .
Le fieur Pralard Libraire , fait imprimer
actuellement un Livre que la grande reputation
de l'Auteur fait attendre impatiemment.
Il eft intitulé : Defcription Hiftori
que Geographique de la France ancienne
& moderne , par M. l'Abbé de Longuerue
, avec des Cartes de Geographie par M.
Bourguignon d'A .... dedié au Roi.
Ces Cartes feront au nombre de neuf;
les trois premieres reprefenteront chacune
l'étendue des Pays décrits dans le Livre
DE JANVIER 141
de Monfieur l'Abbé de Longuerue. 1. La
Gaule ancienne ,. 2. La France pour le
moyen âge.. La France moderne avec
les Pays- Bas , les Suiffes & la Savoye .
Les fix autres feront une fubdivifion de
cette derniere.
Critique de l'Hiftoire du Concile de
Trente de Frapaolo & des Memoires de
Vergas in-quarto , au Mecenas rue Saint
Jacques.
Dictionnaire Hiftorique- Critique , Chronologique
, Geographique & Litteral de la
Bible par le Reverend Pere D. Aug. Cal
met , Abbé de S. Leopold de Nancy
deux vol. in- fol . fous preffe .
Differtations du même Auteur , en forme
de prolegomenes de l'Ecriture. 3. vol.
in- quarto , chez Pierre Emery Quay des Auguftins
à l'Ecu de France.
JOURNAL DE PARIS.
Relation abregée de l'établiffement de la
nouvelle fabrique d'Horlogerie
à Versailles.
A
le
U mois de Février de l'année 1718.
fieur Sully conçût le deffein, & forma
le projet d'un établiffement propre à mettre
l'Horlogerie fur un meilleur pied qu'elle ne
142
LE MERCURE
l'a été jufqu'ici en France ; & aprés avoir
expofé les avantages que fon deffein mis en
ceuvre , pouvoit apporter à la France , il
entreprit moyennant la protection du
Prince , de le mettre en execution .
Il s'adreffa à M Lavv , pour en faire la
propofition à S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans Regent. Ce Prince l'approuva ,
& chargea M. Lavv d'aider au fieur Sully
dans l'execution de fon projet.
Comme cet établiffement commence prefentement
à fe faire connoître dans le mon
de , on a ciû que le Public feroit bien aiſe
d'en être inftruit plus particulierement.
L'objet de cet établiffement eft le bien
de l'Etat , l'avantage des Horlogeurs François
, tant Maiftres qu'Ouvriers , & la per
fection de l'Horlogerie .
C'eft un fait connu de tout le monde ,
que l'Angleterre fournit tous les ans à la
France une grande quantité de Montres de
prix , & que ce commerce ne fe fait qu'en
pure perte pour la France ; ces fortes d'Ouvrages
êtant ordinairement achetez par
commiffion,des plas celebres Mtres . Horlo
geurs deLondres , & payez argent comptant.
A l'abri de la reputation que les Anglois
fe font fi juftement acquife , par le genie
& l'industrie qu'ils ont fait paroître en perfectionnant
l'Horlogerie , & par la bonté
& la propreté des ouvrages qui fortent des
mains de leurs meilleurs Maistres il cft
DE JANVIER 143
arrivé que nombre de gens de mauvaiſe foi
abufent du Public. Plufieurs Horlogeurs
Anglois n'envoyent dans les Pays Etrangers
que des Ouvrages de rebut : On les
a imité à Geneves , en Allemagne , & en
Hollande. Tous ces Pays de l'Europe font
inondez de ces mauvaifes montres ; on les
peut comparer à de la fauffe Monnoye
qu'on répand dans le public , à fon grand
préjudice . Les Horlogeurs François ont tellement
fouffert de cet abus , que leur commerce
en eft prefque ruiné.
Il eft encore de fait , & c'eft une fuite neeeffaire
de ce que nous venons de dire ,
que les Horlogeurs François n'ont prefentement
nul debit pour leurs Montres dans
les Pays Etrangers ; & qui pis eft , qu'ils
ne peuvent pas même fournir au dedans du
Royaume , fans tirer ou de Londres ou de
Geneves, certaines chofes dont ils ont befoin
pour établir une Montre.
Delà vient encore que le nombre des bons
Ouvriers François , eft fi diminué depuis
quelques années , que les plus habiles Maiftres
Horlogeurs, même de Paris , fe voyent
extremement embaraffez d'en trouver pour
l'execution de leurs Ouvrages , dans la perfection
à laquelle ils afpirent ; le public en
eft moins bien fervi , & la reputation de
l'Art en fouffre.
Le deffein de ce nouvel établiffement eft
de remedier à tous ces inconveniens , de
144 LE MERCURE
relever l'honneur de l'Horlogerie en France
de pouvoir fubvenir fans aucun fecours étranger
, aux befoins du dedans du Royaume
, & de pouvoir fournir au commerce du
dehors . On s'y eft pris d'une maniere qu'on
a jugé trés propre pour y réuffir.
On a amené en France , à grands frais ,
un aflortiment des plus excellens Ouvriers
Anglois en chaque branche de l'Horlogerie .
On les a établis à Versailles dans des Maifons
Royales avec des avantages confiderables
, pour leur rendre leur état plus agréable
, & pour y en attirer d'autres dont on
pourroit avoir befoin dans la fuite.
On y employe pareillement ceux des bons
Ouvriers François , qui veulent s'afſujetir
aux regles de l'établiffement dont on a ſoin
de les avertir en les recevant .
On y reçoit auffi des jeunes gens pour apprendre
l'Horlogerie dans toutes fes parties ;
& on leur enfeigne auffi bien la Théorie
que la pratique de leur Art.
Cet établiffement eft donc en mêmetems
, & une Fabrique propre dés à - prefent
à produire des Ouvrages dans la der
niere beauté & perfection ; & une Academie
propre à former des Ouvriers habiles &
fçavans pour l'avenir.
En confequence de cet établiſſement
M. Lavy a û l'honneur de prefenter au
Roi le 17. de ce mois , la premiere Montre
qui y a été faite & finie . S. M. a témoigné
1
DE JANVIER. 145
en être trés- contente . Certe Montre eft
petite & d'une beauté finguliere. La chaîne
d'or qui y eft attachée , eft d'un ouvrage
exquis . M. Lavv a prefenté en même tems
au Roi le fieur Sully Directeur en chef de
cette Fabrique , & le fieur Reith Sous- Directeur.
S. M. a reçu l'un & l'autre trésfavorablement
. Le même jour S. A. R.
agréa une belle Montre à repetition de la
même Fabrique. S. A. R. ût la bonté en
cette occafion de témoigner à M. Sully fa
fatisfaction , de la conduite qu'il avoit tenuë
jufqu'à prefent dans cette entreprife ,
dont on pouvoit efperer dans la fuite un
avantage confiderable pour le Royaume.
Copie de la Lettre du Roi , à Monfieur
l'Archevêque de Narbonne .
•
5
茶
M. I Archevêque de Narbonne . Quoique
vos indifpofitions ne vous ayent pas permis
de préfider aux Etats , votre exemple , &
vôtre zele pour le fervice de l'Etat fi longtems
éprouvez y ont également prefidé , &
ont beaucoup contribué à la refolution unanime
de la Province, touchant le Don gratuit,
& la Capitation dont j'ai eu befoin. Ves
Longs fervices & la vertu uniforme &
conftante qui les ont conduits , me font foubaiter
que vous vous conferviez long-tems
pour l'Eglife , pour l'Etat , & pour la Pro
vince, & que je puiffe vous donner de non-
ཏ
146 LE MERCURE
3
veaux témoignages de la diftinction que vons
meritez. Je prie Dieu qu'il vous ait M,
Archevéque deNarbonne, enfa fainte garde.
Signé , LOUIS.
A Paris le 30. Decembre 1718.
Au mois de Décembre dernier , en démofiffant
la Chapelle du Château de Chantilly,
on a trouvé unCercueil de plomb placé
dans le milieu de la Chapelle , vis- à - vis
l'Autelà quatre pieds de profondeur dans la
terre , fans aucune infcription , dans lequel
on a trouvé un corps dans tout fon entier ,
foit par la vertu des aromates avec lesquels
il avoit été embaumé ou autrement. Il
avoit une barbe au menton de deux doigts de
long , qui eft restée entre les mains de ceux
l'ont voulu toucher , ayant les deux bras
liez par les poignets d'un cordon de foye ; &
ce corps étoit revêtu d'une chemise de toille
blanche affez fine, & que l'on a déchirée avec
peine : Ce corps étoit envelopé d'une toille
grife cirée,& la toille fiffelée d'une corde auſſi
диг
cirée.
+
- Par l'examen que l'on a fait des Seigneurs
qui ont poffedé Chantilly , depuis le jour
que la permiffion a été accordée de bâtir
une Chapelle dans le Chateau de cette Seigneurie
, on peut pofer pour conftant que
le Cercueil qui y a été trouvé , eft de Guillaume
le Bouteillier- Senlis troifiéme du
nom , Seigneur de Chantilly , Montmélians
DE JANVIER. 147
lant & Moucy le neuf ; parce que ce fut
lui qui obtint cette permiffion le 1. May
1333. & qui la fit bâtir ; ce qui fait préfumer
que certainement il y eft enterré ,
êtant le dernier Seigneur de cette Maifon
qui foit réputé être mort à Chantilly. Ce
Cercueil a été mis dans la Paroiffe de Chantilly
, comme il a été trouvé.
On écrit de Poitiers du 28. du mois de
Decembre jour des Saints Innocens ,
qu'une Demoiſelle qui porte le grand
nom de Laval de Montmorency , âgée de
fix ans & trois mois , Penfionnaire dans
l'Abbaye Royale de Sainte Croix , avoit
prononcé dans une des Eglifes de l'enceinte
un Difcours qui charma tous les Auditeurs.
Elle étoit revêtue des habits & des marques
de diftinction de l'illuftre Abbeffe du
lieu . Outre le grand Choeur rempli par
toutes les Dames Religieufes , l'Auditoire
étoit compofé de tout ce qu'il y avoit de
perfonnes confiderables dans le Clergé , Se
culier & Regulier, dans la Nobleffe & dans
le Prefidial : Le Difcours dura une demie .
heure . Cette jeune Demoiselle a cu un applaudiffement
univerfel. Le jour fuivant ,
Madame l'Abbeffe l'envoya dans fon caroffe
remercier fes Auditeurs les plus diftin
.guez.
Le premier jour de l'An s'eft paffé à l'ordinaire
chez le Roi . Monfeigneur le Duc
Regent , les Princes , Princeffes , M. la
M
148 LE MERCURE
Garde des Sceaux, lesSeigneurs, le Parlement,
la Chambre des Comptes , la Cour des
Aides , la Ville , & c. allerent fouhaiter
la bonne année à S. M. qui continue à joüir
d'une parfaite fanté. Madame , Ducheffe
de Berry , reçut enfuite les mêmes compli
mens. Cette Princeffe fortit de fon Appar
tement , pour aller recevoir la Compagnie
dans la Galerie de Rubens . Le foir il y ût
un cercle brillant de Dames : Les Princeffes
s'y trouverent , & il y ût jeu auquel fucceda
un magnifique fouper : La Princeffe
tient Toilette les Fêtes & Dimanches , &
il y a trois fois la femaine Appartement .
M. Bory , Grand Maistre des Eaux &
Forefts de France au Département d'Or
leans , a prêté ferment entre les mains du
Roi le 4. du mois paffé , pour une des quatre
Charges de Lieutenant pour le Roi au Comté
de Bourgogne
.
Le Pere Maffillon prêta ferment de fi
delité pour l'Evêché de Clermont dans la
Chapelle du Roi , en prefence de S. A.R.
Menfeigneur le Duc Regent. M. l'Evêque
de Clermont avoit été élu precedemment par
l'Academie Françoife , pour remplir la place
d'Academicien de feu M. l'Abbé de Louvois.
M. l'Abbé de Valbelle , neveu de M.
l'Evêque de S. Omer , a été nommé pour
venir apporter au Roi les Cahiers des États
d'Artois . Il eft chargé de faire la Harangue
à S. M ,
DE JANVIER. 149
On travaille fans relâche à fabriquer des
fixiémes & des douxièmes d'écus de 6 liv.
dans les Monnoyes de Paris & du Royau
me.
M. le Comte de Provana , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Sardaigne à la Cour
d'Angleterre, après avoir executé les ordres
du Roi fon Maiftre touchant le Traité de
la Quadruple- Alliance , en arriva le 27.
Paris , d'où il reprit la pofte 3. jours aprés
pour le rendre à Turin.
à
Les Janvier. Arreft du Confeil d'Etat
concernant les Billets de la Banque Royale;
qui ordonne qu'il fera fait vingt cinq Rcgiftres
, contenant chacun huit cent Billets
de cent écus d'efpeces du poids & titre de
ce jour chaque Billet numeroté depuis le
no, un , jufqu'au no.10000 inclufivement
faifant deux millions & douze millions de
liv. 15 Regiftres contenant chacun 8co-
Billets de la fomme de mille liv. chaque
Billet numeroté depuis le numero un , juf,
qu'au numero douze mille inclufivement ,
faifant la fomme de douze millions ; &
60 Regiftres contenant chacun mille billees
de mille liv . chaque billet numeroté
depuis le no.1. jufqu'au no.60000 inclufivement
, faifant la fomme de fix millions , &
le total, celle de trente millions de livres,
Ordonne au furplus S. M. que lesdits Bil
lets feront faits & délivrez dans la forme
preferite par la Déclaration du 4. Decem
bre dernier. Mij
.
LE MERCURE
Autre Arreft du Confeil d'Etat du me
me jour , qui nomme & commet le fieur
Law Directeur de fa Banque , le fieur Fenelon
Infpecteur , le fieur Bourgeois Treforier
, & le fieur Dureveft Controlleur :
Ordonne que la Regie de ladite Banque fera
faite fuivant & conformement à fadite
Déclaration du 4. Decembre dernier.
Le 10. Arreft de la Cour de Parlement
qui déclare abufives lesLettres ou Decret du
Pape , intitulé , Sanctiffimi Domini noftri
Domini Clementis & c. Fait iteratives défenfes
de l'executer , vendre , imprimer & c.
Ordonne la fuppreffion d'une Lettre du General
des Carmes. Fait deffenfes de recevoir
ni executer aucunes Bulles ni Brefs de Cour
de Rome , ni pareillement aucuns Decrets,
Refcrits , Commiffions , &c. foit en forme
de Lettre ou autrement , des Generaux
d'Ordre , ou autres Religieux êtant hors le
Royaume , fans Lettres Patentes enregis
trées en la Cour.
Benefices donnez.
Le 6. l'Abbaye d'Effay , à Madame
Ravault d'Ombrevalle . Cette Abbaye eft
fituée dans la Ville de Semon , qui quoique
petite , a été anciennement le fejour prefque
ordinaire des Ducs d'Alençon , qui y
habitoient un Palais dont les voltiges paroiffent
encore. Cette Abbaye fut fondée
par le Duc René de Bourbon , & par fa
Femme Marguerite de France , Soeur de
François I, qui depuis époufa le Roi de
DE JANVIER. 15%
Navarre , lefquels y donnerent des fonds ,
& des Privileges confidérables : Le bâti
ment de cette Maifon eft beau ; il y a un
Enclos tres - fpacieux , où la Riviere de Vefone
paffe. Cette Abbaye a toûjours été recommandable
par la regularité , & la fainteté
des moeurs de celles qui s'y font renfer
mées . La derniere Abbeffe étoit de la Mais
fon d'Olmond , defcendue du fameux d'Ofmond
, cité avantageufement dans l'Hiftoi
re de Normandie , lequel fut Gouverneur
du Duc Richard. Il reste encore le Marquis
& le Comte d'Ofmond de ce nom.
L'Abbaye Commendatrice de Peirouze
a été donnée à l'Abbé de la Brouffe de Ver
tillac , par la démiffion de M. de la Brouffe
fon Oncle. Cette Abbaye auffi nommée
Nôtre- Dame de la Peroufe , fut fondée
le 13. Aouft de l'an 1153. huit jours avant
la mort de S. Bernard ; ce qui donna lieu
de la nommer une des trois filles pofthumes
de ce Saint . Ce fut dans la même année
que l'AbbéRobert, fucceffeur de S. Bernard,
y envoya des Religieux , & receut cette
Maifon au nombre de celle de Clairvaux..
On fait par tradition , qu'un Religieux
y a fait des miracles . Les Peuples continuënt
à reverer fa memoire. Il eft conna
fous le nom de S. Men , ou de S. Main .
On voit encore fa figure dans l'Eglife de
ce Monaftere , au coin d'un vieil Hôtel qui
lui étoit dédié.
152 LE MERCURE
Ce Saint eft particulierement invoqué
pour la guérifon d'une espece de lépre. Il
a donné fon nom à une Fontaine qui eft
dans la Cour de l'Abbaye , où les Mala
des vont le laver, lorfqu'ils font affligez de
cette lépre.
Le Prieuré de S. Martin de Poligny en
Franche-Comté , Diocefe de Lyon , a été
donné à M. Craffin , par la mort du ficur
Colombet.
Penfions accordées.
Quatre mille livres à M. le Comte de
Midelbourb , frere de M. le Prince d'Ifenghien.
3000 liv . à M.le Comte de Sourches,
frere de M. le Grand Prevôt de l'Hôtel
& 2000 liv. à M. de Contade. ,
I
Le 12. M. le Duc de Chartres, qui n'avoit
eu fimplement jufqu'à ce jour , que voix
confultative dans le Confeil de Regence
a été trouvé fi judicieux , fi éclairé & fi
fort au fait des affaires qui s'y propofent ,.
qu'il a été refolu qu'il auroit à l'avenir voir
déliberative. L'Enregistrement s'en est fait
le 24, au Parlement.
M. Dagueffeau , fils aîné de M. le Chancelier,
a acheté depuis peu la Charge d'Avocat
du Roi du Châtelet qu'avoit M. de
Fontanieux.
M. Doublet , Secretaire des Commandemens
de S. A. R. Monfeigneur le Regent
, a obtenu la Survivance de la Charge
pour fon fils âgé de 15. ans.
DE JANVIER. ISS
M. de Baleyne , Ecuyer ordinaire de
Madame , eſt mort le .... de ce mois . Sa
Charge & le Logement a été donné à M.
de Vendt.
Etat des Troupes qui compoferont l'Armée
d'Espagne.
Regimens d'Infanterie.
Picardie , 3. Bataillons. Navarre , 3
Bataillons . Normandie , 3. Bat. La Marine
, 3. Bat . Richelieu , 2. Bat . Poitou ,
2. Bat. Touraine , 2. Bat. La Reine , z ..
Bat. Limofin , z. Bat . Orleans , 2 Bar.
La Couronne , 2. Bat . Le Perche , 1. Bat.
Alface , 2. Bat . Royal Rouffillon , 1. Bat .
Royal Artillerie , 4 Bat . Caftellas Suifle ,
2. Bat. Helly Suiffe , 2. Bat . Languedoc ,
Bat. Bombardiers , 1. Bat. Soiffonnois,
1. Bat. Dauphiné , 1. Bat . D'Affigny , r
Bat. Beaujollois , 1. Bat. D'Olonne , F.
Bat. Lenek , 1. Bat . Chartres , Bat
Blaifois , 1. Bat. Conti , 2. Bat .
Mineurs.
De Valiere . 2. Bat . De Voylant , 2
Bataillons. En tout 52. Bataillons , qui font
30600. hommes d'Infanterie .
Regimens de Cavalerie .
Du Roi 2. Eſcadrons . Royal Etranger
2. Cuiraffiers 2. Royal Rouffillon z . Royal
Piedmont z. Cloys des Carabiniers 2. Verneüil
2. La Reine 2. Dauphin 2. Orleans 2-
Chartres 2. Conti 2. Villeroy z. De Luynes
154 LE MERCURE
2. Gefvres 2. LaTour 2. Heudicourt 2. Aubuflon
2. Vauldray 2. La Rocheguyon 2.
Marcillac 2.Monteil 2. Villequiers 2.Cham
bonas 2. Bezons 2. Lenoncourt 2. Bouzols
2. Charlus 2. Rottembourg 2. Noailles 2 .
De Ratfky Huffars 1. En tout 63. Efca
drons qui font 6300. hommes .
Regimens de Dragons.
Meftre de Camp General 2. Efcadrons.
Dauphin 2. Orleans 3. D'Efpinay 2. Beaurcourt
2. L'Autrec 2. Sommery 2. Goefbriant
2. Languedoc 2. Bonnel 2. En tout
21. Efcadrons qui font 2100. hommes.
Total 39000. hommes.
Le 19. S. A. S. M. le Prince de Conti
fut nommé General de la Cavalerie.
Le même jour , M. d'Harcourt fils du feu
Maréchal Duc de ce nom , fut reçû Duc
& Pair au Parlement. M. le Duc de Chartres
, M. le Duc , M. le Prince de Conti ,
tous les Ducs & Pairs , les Maréchaux de
France , & les Chevaliers des Ordres du
Roi fe trouverent à cette reception .
Le 22. le fieur Bourguignon d'A.... jeune
Geographe , ût l'honneur d'être prefenté au
Roi par S. A S. M. le Duc. Il a fait une
Carte intitulée : Civitas Parifiorum , Pagus
Comitatus Parifiacus , dediée à M l'ancien
Evêque de Frejus Precepteur de S. M.
S. A. S. M. le Duc ayant vû cette . Carte ,
honora l'Auteur de fon approbation > &
voulut
C
C
DE JANVIER. 155
oulut avoir le plaifir de la prefenter au Roi'
avec fon Ouvrage ; & afin de convaincre
toute la Cour , combien S A. S. eft portée
à favorifer les Gens de Lettres , il prit le '
tems que S. M. au retour de la Meffe , étoit
environnée de plufieurs Grands Seigneurs .
Le Roi qui avoit déja vû cette Carte quelques
jours auparavant , parut la revoir
avec plaifir ce qui prouve que les bonnes
chofes ont toûjours de nouvelles graces pour
ce Monarque. M. l'Evêque de Fréjus fit
l'honneur au fieur Bourguignon de le queftionner
, & lui demanda une explication
circonftanciée de tous les faits qu'il a fait
entrer dans fa Carte qui eft dans la petite
Chambre du Roi . Ce jeune Auteur dit qu'il
obéiroit ; & pour y fatisfaire , il fera imprimer
un petit Ouvrage , fous le titre de
Differtation Hiftorique , fur une Carte de
Geographie manufcrite , intitulée , Civitas
Parifiorum &c.
Madame de .... eft accouchée à l'âge de
70. ans d'un enfant mort , qui , fuivant le
rapport des Medecins , avoit été conçû depuis
plus de zo. ans. Cet enfant eft fort petit
, point gâté , & on l'a mis dans l'eſprit
de vin pour le conferver .
M. le Duc de S. Aignan , Ambaffadeur
extraordinaire en Espagne , ût l'honneur à
fon retour , de faluer le Roi. Le 22. il prit
féance au Confeil de Regence .
Le 21. M. le Comte de la Chaiſe .
N
fils
Iso LE MERCURE
de M. le Marquis de la Chaife Capitaine
des Gardes de la Porte du Roi , prêta ferment
entre les mains de S. M. dans le grand
Cabinet , en prefence de Monteigneur le
Regent,pour la furvivance de la Charge de
Capitaine des Gardes de la Porte du Roi.
M. de Maurepas Secretaire d'Etat , lut le
ferment , & le Roi lui remit le Bâton de
Commandement : Il alla enfuite fe faire
recevoir à la tête des Gardes de la Porte
qui fe trouvent de quartier : Ils étoient rangez
en haye dans le corps de garde & ſous
les armes .
Le 24. à la requifition & aux preffantes
inftances du Parlement , Monfeigneur le
Regent a permis que M. le Prefident de
Blammont fut remis en liberté.
Le même jour S. A. S. Madame la Ducheffe
la jeune, qui eft alitée depuis un mois
d'une fiévre continue,fe trouvant plus mal,
demanda à recevoir fes Sacremens. Le Curé
de S. Germain l'Auxerois , Paroiffe
du Palais des Tuilleries , porta le S. Viatique.
Monfeigneur le Duc & plufieurs autres
Seigneurs allerent le prendre à la Paroiſ
fe , & le fuivirent à pied , precedez de
40. flambeaux de la livrée de Condé. Madame
la Ducheffe reçût la Communion &
enfuite l'Extrême- Onction , avec beaucoup
d'édification & de fermeté , quoique fort
accablée de fon mal. Le S. Sacrement fut
reporté à la Paroiffe , accompagné par le
DE JANVIER. 157
même Prince & les Seigneurs qui y reçûrent
la Benediction , & qui donnerent en
cette occafion , des marques de leur picté
& de leur tendreffe pour la Princeffe malade.
La Banque Royale va être transportée
au grand Hôtel de Nevers , où l'on travaille
à force à difpofer tous les Bureaux pour
un établiffement fi avantageux au Public.
M.de Boisfranc, fameux Architecte , a fini
fon marché pour le jardin de l'Hôtel de Soif
fons. Il a achetté ce Terrein 600000 liv.dont
il a donné 100000 liv. argent comptant, &
il acquittera le refte , aprés que le Decret
en aura été fait. On deftine cette Place à
élever des maiſons & à y pratiquer de nou
velles rues .
y
Le 26. Arreft de la Cour de Parlement
qui ordonne la fuppreffion d'un Decret intulé
: Editto fpeciale del S. Offizio , du 19 .
Decembre 1718. affiché & publié à Rome
le 22.Decembre , & qui fait défenfes à tous
Religieux de quelque Ordre , Societé ou
Congrégation que ce foit , de fortir du
Royaume fans permiffion du Roi , même
fous prétexte d'aller aux Chapitres Generaux
ou Provinciaux de leur Ordre.
P. S. Le 13. la Lieutenance de Roi du
Havre, fut accordée à M. de la Grange, Lieutenant
Colonel de Normandie, vacante par
la mort du Sieur du Vivier.
Le 16. la Lieutenance de Roi de Greno
Nij
155
LE MERCURE
ble , fut donnée à M. Pafquet , Capitaine
en fecond au Regiment de Conti Infanterie
, par la mort de M. de Montferrat .
Le 28. Monfeigneur le Regent envoya
dire à M. le Comte de Montforeau , Grand
Prevoft de France , que le Roi lui accordoit
la furvivance de fa Charge , en faveur de
M. fon fils âgé de 7 à 8. ans .
M. Dubois ancien Huiffier du Roi
Chevalier de Saint Louis , mourut le 8. Il
avoit une Penfion de 1000 liv. & un Brevet
de retenue de 30000. liv . fur fa Charge
qui a été donnée à M. Girault , Ecuyer de
Madame la Ducheffe d'Orleans .
M. le Marquis de Pluvault , par Commillion
premier Gentilhomme de la Chame ,
bre de Madame la Ducheffe d'Orleans , ecflt
mort..
M. de la Menardie Receveur General des
Finances , a vendu fa Charge 340000 liv,
à M. Berger.
Tous les Traitans qui ont manqué de
rendre leurs Comptes, n'ont que jufqu'au
premier Mars pour y fatisfaire , fur peine de
20000. d'amande . M. Defmarefts & M. de
Bercy ont été nommez pour les recevoir.
DE JANVIER 159
***** 参釜釜釜
L
La Riviere & le Torrent
FABLE
Par M. de la Labat.
E Torrent le plus fier qu'eût jamais v
l'Eté ,
Surpris de la tranquillité
D'une pacifique Riviere ,
Lui confeilloit un jour , à fa maniere ,
De ne pas s'endormir dans cette oifiveté.
Quoi , dit-il , dans tes bords fans ceffe prifonniere ,
Veux-tu fuivre le même cours ,
Et te refoudre à voir toûjours
Tes Eaux langu ffates & mornes ?
Quitte un lâche repos où ta vertu mollit ;
Que ces champs fpacieux déformais foient ton lit
Et ces Monts éloignez , tes rives & tes bornes ?
A ces difcours de Conquerant
Le beau Fleuve répond d'un air bien different a
Mon Onde , toûjours calme & pure
De mille bien - faire miécieu
r
Enrichit ces aimables lieux
Et l'on voit l'art & la nature ,
De leur plus riante parure
Imbellir à leur tour mes bords délicieux.
Plus nous faifons de bien , plus nous donnons de
preuves
D'une veritable grandeur ;
Mais paffons là -deffus . Je veux qu'entretes Fleaves
On admire un jour ma largeur ,
Bien-tôt l'aride Canicule
Viendroit târir ces Mers fans profondeur ;
Et faire évanouir ma gloire ridicule.
Vous-même , vous en faites foi :
Vos flots unis en tombant des montagnes
Rempliffoient tout d'épouvante & d'effroi .
prefent difperfez dans ces vakes Campagnes
Niij
160 LE MERCURE
A peine peuvent ils avancer jufqu'à moi ?
Qu'a gagné vôtre orgueil à ces nobles ravages ?
Voudriez- vous me faire aller fans fruit
Détruire mes propres ouvrages
Gardez
Pour un peu d'éclat & de bruit ?
pour vos pareils qu'un tel honneur féduiz
Vôtre héroïfme chimerique.
La Riviere parloit en fage Politique ,
L'Attila des Torrens târit avant la nuit.
C
ODE
Par M. Boudier.
Loris , helas , n'eft plus au monde !
Comment depuis ce jour fatal ,
Ruiffeau plus clair que du cryftal ,
Peux-tu laiffer couler ton onde
Trouble tes eaux ou les târis ,
Après avoir perdu Cloris.
Souvent aux bords de ton rivage
Elle venoit prendre le frais :
Tu ne l'y reverras jamais ,
-Jamais tu n'auras fon image ,
Mieux peinte qu'avec le pinceau ,
Şur la furface de ton eau .
Bocage folitaire & fombre ,
Qui regne le long de ces eaux,
Seche le verd de tes rameaux ,
Où Cloris venoit chercher l'ombre :
Puifqu'elle n'y reviendra plus ,
Tes rameaux te font fuperflus.
Prairie agréable & fuperbe
Par l'émail de mille couleurs ,
Ceffe de produire des fleurs
Sur le tapis verd de ton herbe :
Cele au moins de t'enorgueillir
DE JANVIER .
167
Cloris n'en viendra plus cueillir.
Antre profond , caverne affreuse ,
Cloris de fes tendres chanfons
Ne viendra plus pouffer les fons
Vers l'Echo de ta voûte creufe ,
Qui les répandoit dans ce bois
Charmé d'une fi douce voix.
Cloris fi belle & fi cherie ,
Qui peut ne vous regretter pas ?
Pleurez avec moi fon trépas ,
Clair Ruiffeau , charmante Prairie ,
Antre profond , Bocages verds ,
yous perdez autant que je perds.
VERS PRESENTEZ
A MADAME ,
Par M. Moreau de Montour , pour la
REINE Favorite de S. A. R. Madame
, au renouvellement de l'Année 1719.
Eft dans ce premier Jour de l'An ,
CEL
Où tout Seigneur , tout Courtilan ,
Rend un nouvel hommage à l'Augufte PRINCISSE,
Qui merite fes voeux & fon attachement .
Je pourrois à mon tour lui faire compliment ,
Si j'avois , pour marquer mon zele & ma tendreffe,
Quelqu'Elope pour truchement.
Dans les tems fabuleux , à la Cour de Lydie
Mes femblables parloient : Que je leur porte envic.}
Au Palais de Crefus langage d'animal
De fes amulemens fouvent faifoit partie ,
Et le mien brilleroit dans le Palais Royal.
Mais quoi , depuis un tems , une nouvelle Secte ,
Croit que tout eft reffort jufques au moindre infecte
Nom d'une Chienne que Madame aime beaucoup.
Niiij
LE MERCURE
C'eft un bizarre fentiment ,
Que mon inftinct détruit à tout moment =
Si je n'ai pas une ame raisonnable ,
L'on voit que j'ai du moins un efprit raíonnant.
Je ne fais point careffe à tout venant ;
Mais je diftingue ceux qui d'un oeil favorable
Sont vûs de ma Princeffe : Attentive à ſa voix ,
J'en reconnois le fon , & toûjours je conçois ,
Tout ce qu'elle me dit avec fon air affable .
Je fens par les bien faits que mon bonheur eft grand
Avec tout le refpect que l'on doit à fon rang ,
Je m'apperçois, Que tout le monde l'aime.
Delà , je conclus en moi- même
Donc tout le monde m'aime auffi ,
Le proverbe le veut ainfi.
Si pour me faire honneur , on m'appelle la Reine
De mon efpece donc , je fuis la Souveraine .
Conclucz mieux , fçavans Cartefiens ;
Dans vôtre Ecole doctrinale
En fait de bête machinale ,
Tous vos railonnemens ne valent pas les mien
Parallele de l'Amour & du Tabae,
Du Tabac , de l'Amour , chacun eft entêté,
Le Soldat & l'Abbé , la Coquette & la Prude
Par le bel - air d'abord on s'y trouve porté ♣
Le bel- air du plaifir eft bien - tôt efcorté .
Le plaifir devient habitude ,
It l'habitude enfin devient neceffité .
MADRIGAL.
Ecevez ces nouvelles fleurs
Que pour vous tout exprés l'Aurore
Répandant l'émail de fes p'ears ,
Dans mon parterre a fait éclore :
Et ceffez , jeune Iris , de préferer encore
Les fleurs de vos Climats à leurs vives couleurs ;
Mais , quelque foit l'éclat des dons charmans de
Flore
DE JANVIER. 161
11 eft des fleurs , aimable Iris
Dont les beautez font immortelles ,
Par qui vous enchantez les coeurs , & les efprits ;
Vous auriez dû nous parler d'elles.
Pour produire des fleurs fi belles ,
Qui peut vous diſputer le prix ?
LE
A Parigueux ce 3. Janvier 1719 .
E Sonnet de M. de la Morelie , Avocat
au Parlement de Bordeaux, jeune homme
d'efprit & d'érudition , a remporté le Prix
des Bouts - Rimez propofez dans le Mercure
de Juillet 1718. Au refte , Monfieur
comme S. A. R. nous a fait l'honneur de
nous promettre des Lettres Patentes de
S. M. pour nôtre nouvel Etabliffement ,
nous avons cru qu'il étoit de nôtre devoir
de meriter cette grace , par quelque Oavrage
qui témoignât nôtre reconnoiffance à
ce grand Prince , à qui le Perigord eft particulierement
dévoué ; puifque cette Province
ayant été confilquée pour crime de
Felonie, fous Archambaud de Tallerand VI .
elle fut donnée en fupplément
d'Appanage par le Roi Charles VI. à Louis
fon frere Duc d'Orleans , dont les Defcen
dans en ont joui fucceffivement , jufqu'an
Regne de Louis XII . qui la réunit à la
Couronne . Pour cet effet , M. je vous envoye
de nouveaux Bouts-Rimez , pour être
remplis à la louange de S. A. R. Le Prix
fera un Bijoux donné par nôtre Académie.
du
nom ,
464 LE MERCURE
de la même valeur que les precedens , & le
Fremier jour de Mai , Fête de faint Philippe,
dont ce Prince porte le nom . Ceux qui
voudront me faire l'honneur de m'adreſſer
leurs Ouvrages , ou à tel autre de mes Confreres
qu'il leur plaira , fe fouviendront d'en
payer le port , s'ils veulent que
leurs paquets
foient retirez de la pofte. Je fuis ,
M. vôtre , &c. La Grange , Chancelier .
Genie.
Cachez .
Arracheza
Harmonie.
Finie
Attachez
Fâchez.
Unie.
Lis.
Ennoblis
Temple.
Teux .
Exemples
Ayeux.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit le Totum , & celui de la feconde
, le Spadille.
23
DE JANVIER . 165
.
ENIGME
De M.le Marquis de Neuvie.
Utrefois dans mes jeunes ans
Al'allois dans les bois , dans les champs
Mc promener avec mon pere ;
Mais , depuis qu'il eft mort par une trahifon ;
Je vais de maifon en maiſon ,
Toujours accompagné d'un frere.
En m'uniffant à lui je deviens neceffaire ,
Et l'on voit peu de gens qui fe paffent de nous.
L'homme groffier n'en a que faire ,
Mais , la beauté la plus fevere
Me tient fouvent fur fes genoux.
Elle metend la main ; à cet accueil fi doux ,
Je la lui baile & je l'embraffe ,
Sans que l'Amant en foit jaloux ,
Ni que l'Epoux s'en emberaffe.
Autre de M. le Chevalier de la Grange ,
Officier de Marine.
I je fuis fruit ou non, c'eft encore à fçavoir :
SeJe nais fans que les yeux puiffent m'appercevoir ;
Sans racine & fans tige , & fans fleur & fans feuille.
Comme on a les métaux quand on me veut avoir
Ceux qu'abhorrent les Juifs , y font bien leur devoir,
Et l'on m'arrache enfin plutôt qu'on ne me cueille.
Je fuis pour une Belle un ragoût fi charmant ,
Lorfque fon ardeur eft extrême ,
Qu'elle a plus de profit & de contentement,
A me donner à fon Amant ,
Qu'à me garder pour elle-même.
466 LE MERCURE
CHANS ON.
L nous eft venu d'Italie
I' Un Jeu rare & nouveau .
Et voyant le tableau
Avec transport chacun s'écrie :
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli ,'
Le Jeu de Biribi !
Parbleu je l'aime à la folic.
***
Ce tableau changeant nous prefente
Des objets au hazard ,
Un Singe , un Leopard ,
Un Fruit , une Rofe naiffante.
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli ,
Le Jeu de Biribi !
Quand le Lot paffe deux fois trente.
Le Banquier ne fait point de grace ;
C'eft un autre Minos .
A faffer tous les Lots
Il fe tourmente , il fe tataffe.
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli
Le Jeu de Biribi !
Quand le Minos fait la grimace.
Chacun peut à fa fantaife
Mefurer fon deftin ;
Vieux en quart , jeune en pleix,
Y met au gré de fon envie .
Qu'il eft gentil , qu'il eft jo'i ,
Le Jeu de Biribi !
L'aimeriez-vous , belle Silvie
無
Voyez vous ce Mari qui tire
Le Blazon du Sultan ?
11 croit que c'eft Saran ,
Qui vient exprés le lui prédire,
DE JANVIER. 167
Qu'il eft gentil , qu'il eft joli,
Le Jeu de Biribi !
Si l'on y perd , on y peut rire.
SPECTACLES.
Ous n'ofâmes pas rifquer dans le Mercure
precedent , nôtre jugement fur le
merite de la Déclamation de Mademoiſelle
Jouvenot. Nous nous contentâmes de dire
que cette jeune Actrice s'étoit attiré des
applaudiffemens dans le Rôle de Camille.
Aujourd'hui que le jugement public fe
réunit en fa faveur , depuis qu'elle a joüé
dans le Rôle de Phedre , nous ne craindrons
point d'avancer , qu'avec toutes les difpofitions
favorables qu'elle a reçû de la natures
elle pourra devenir dans peu l'ornement
de la Scene Françoife. Car , outre les graces
vives & aifées de l'efprit & du corps
dans un Sujet de 17 ans , elle a fingulierement
la voix nette , fonore , animée & infinuante
: Elle foûtient des yeux & de l'action
, tout ce qu'elle exprime. Qu'elle paffe
de la tendreffe à la haine , de la douleur à
la fureur , & de la crainte au deſeſpoir
on croiroit qu'elle reffent tout ce qu'elle
feint ce qui caracteriſe particulierement
l'excellente Actrice . Au refte , elle acquerefa
dans peu , par la pratique du Theatre ,
ee qui lui manque , ààccoonnddiittiioonn qu elle s'af163
LE MERCURE
fervira à éviter les piéges de l'imitation 5
il lui eft facile d'être originale .
›
Le19. Arlequin Platon, Comedie Italienne
en trois Actes , avec des décorations , des
danfes & des airs de M. Mouret, fut reprefentée
pour la premiere fois : Elle a été
reçûe favorablement du Public , & a continué
de l'être jufqu'à ce jour.
Le deffein de cette Piece eft hûreuſement
imaginé & conduit ; l'Auteur a rappellé
les Spectateurs , par le jeu comique qu'il
a donné à Arlequin , qui comme un autre
Prothée , furprend toûjours par les differentes
formes qu'il fait prendre.
Nous avions fait un Extrait de cette
Comedie que nous avons été obligez d'abandonner
, pour y fubftituer les Nouvelles
Etrangeres. Nous fommes fort portez à inferer
dans ce Recücil tout ce qui peut le
varier ; mais fouvent le tems ne nous le
permet pas.
La Foire de Saint Germain va être enfin
privée des Spectacles qui s'y étoient introduits
depuis quelques années . On peut dire,
à la honte du ficcle , que le mauvais goût
avoit tellement prévalu en faveur de ces
fortes de Pieces , que l'on preferoit ſouvent
l'Equivoque & bas Comique qui y étoit répandu
, aux meilleures Tragedies & Comedies
que l'on jouoit fur les Théatres reglez.
Des Auteurs de reputation ne craignoient
d'avilir leur plume pour y attirer le Pu pas
DE JANVÍ ER. 169
blic , tandis qu'ils privoient ce même Public
de quantité d'autres bonnes Pieces ,
qui par leur fuccez , auroient été fuivies
de l'utile & de l'honnête.
Le 22. les Comediens du Roi reprefenterent
devant S. M. la Comedie du Malade
Imaginaire , avec tous les agrémens execu
tez par fa Mufique , & par les plus habiles
Danfeurs & Danfeufes de l'Opera. Le fpectacle
ſe fit fur le même Theatre qui fut dreſſé
l'année paffée dans l'Anti - chambre du Roi,
M. le Duc & M.le Prince de Conti s'y trouverent.
Le 26. les Comediens Italiens reprefenterent
devant le Roi , fur le même Theatre ,
Arlequin Prothée, qui fut un compofé de plufeurs
Scenes du Theatre Italien , détachées ,
& prefque fans fuite , qui furent aplaudies .
NOUVELLES ETRANGERES.
A Varfovie le 3. Janvier 1719 .
Onfieur Lierzerwki arriva le 29. du
Mmois paſſé de Peterbourg dans cette
Ville. Il fit rapport à S. M. du fuccez de
La commiffion , & de la réponſe favorable
du Czar qui enjoint par un ordre formel à
toutes les Troupes d'évacuer ce Royaume.
Il a apporté trois lettres qui lui ont été remifes
par ce Monarque ; l'une pour le Roi,
$70
MERCURE LE
l'autre pour le Primat du Royaume , & la
troifiéme pour le Maréchal de la Diette Generale.
Le 31. Ce Miniftre eft parti pour aller en
Pruffe , fignifier l'ordre de S. M. Czarienne
au Prince Repnin. On prétend cependant
que la fortie des Mofcovites dépend de deux
conditions ; la premiere , que l'affaire de
la Regence de Dantzik , concernant les
trois Fregattes promiſes au Czar par un
Traité , foit auparavant terminée : La
feconde , que celle du Duché de Curlande
alt fon effet ; c'eft - à dire , que le jeune
Prince de Curlande venant à deceder fans
enfans mâles , cette Principauté foit dévolue
au Mar- Grave de Brandebourg.
L'Envoyé du Cam des Tartares a û plufieurs
Audiences du Roi , & a été en conference
avec divers Senateurs du Royaume .
Il a declaré avoir ordre de leur offrir tous
les fecours qui dépendroient de fon maître :
Que ce n'étoit que dans cette vûë que les
Tartares fe tenoient fur les Frontieres ,
prêts à marcher au premier commandement
, pour agir contre les ennemis du
Roi & de la Republique de Pologne ;
qu'ils n'avoient qu'à examiner , s'ils vouloient
accepter ces offres. A ce difcours ,
toute l'Affemblée le remercia des bonnes
intentions du Cam , & lui dit que le Roi
prenoit fort en confideration l'amitié que
Lon Principal témoignoit en cette rencontre
&
DE JANVIER. 175
tre : Que la Republique pouroit à la verité
en avoir befoin , mais non pas fuivant
la difcipline militaire qu'obfervent les Tartares.
L'Envoyé de l'Empereur a remis un
memorial au Grand Chancelier de la Couronne
, pour porter la Republique à faire
fortir l'Epoufe du Prince Ragotfki hors du
Royaume. Cette Princeffe en effet ſe diſpofer
à aller fe refugier autre part.
/
Sur l'avis que le Roi a reçû que M. Wilelmi
fon Secretaire à la Cour de Berlin , y
avoit été arrêté, S.M. a deffendu à l'Envoyé
du Roi de Pruffe de paroître au Palais.
La Cour ayant été informée d'une rencontre
qu'il y avoit û auprés de Dantzick
entre nos Quartians & les Mofcovites
dans laquelle les premiers ont été fort maltraitez
, le Roi a depêché un Exprés avec
une lettre au Prince Repnin pour avoir fatisfaction
de cette violence .
LE
Du Camp devant Friderishal
Le Decembre 1718.
13.
เ
E 2.Novembre toute l'Armée du Roi fe
trouva formée au nombre de 2800ɔhom .
Le S. S. M. fe rendit aux environs de Vef
traidre enVermolande où elle avoit un corps
de Troupes de 8000. hommes. Le lendemain
elle marcha à la tête de ce corps, pour
entrer en Norvege au deffous du Fort Barmo.
Les Troupes qui en gardoient les pal
172 LE MERCURE
fages , ne firent aucune refiftance , & prirent
d'abord la fuite : Il y eut environ 20 .
hommes de tuez , 8o. prifonniers & 40. deferteurs.
Les Danois qui crurent d'abord
que ce n'étoit qu'un Parti , fe retirerent derriere
la Riviere de Friderishall ; mais ayant
appris que c'étoit une partie de l'Armée ,
& que l'autre devoit forcer les paffages de
Suinefund & Sunderbourg , ils fe retirerent
precipitemment par Friderishall , & allerent
fe mettre derriere la Glamer. Le corps d'Armée
que commandoit le Roi , inveftit Friderishall
, & S M. fit venir tout ce qui étoit
neceffaire pour en former le fiege . On
en ouvrit la tranchée la nuit du s . au 6.
Decembre du côté du Fort appellé Guldenlen.
Le 9. l'Artillerie y ayant fait brêche ,
le Roi fit donner l'allaut . S M. voulut
fe trouver à cette action ; elle y fat fuivie
de plufieurs Officiers. M. d'Eftran Ingenieur
François eut le malheur d'y être tué
d'un coup de canon à cartouche. Le Roi
le
regretta beaucoup . Les nuits du 9. au 10.
& du 11. au 12. furent employées à faire
une grande parallele à la petite demie portée
du fufil de la Place, entre le Fort Guldenleu
, la Fortereffe , & une communication
de cette parallele aux tranchées qui
avoient été faites pour le Fort . Cette dérniere
nuit , S M. qui avoit voulu toûjours
être prefente , lorfque l'on traçoit les travaux
, monta le long du parapet de cette
DE JANVIER.
573
parallele , & s'appuyant deffus à demi
corps découvert , il y reçût au côté gauche
de la têté une bale d'un canon charge
à cartouche , dont il mourut fur le champ,
fans parler ni faire aucun mouvement. Le
lendemain , M. le Prince Hered . de Heffe-
Caffel & Mrs. les Generaux tinrent Conſeil
prefque tous. Quoique la prife de la Place
fut fure , ils opinerent pour lever le fiege ..
On croit que la plus forte raifon qu'ils ont
â pour cela , eft qu'il eft incertain quel fera
le fucceffeur du deffunt Roi , & que
cette affaire ne peut être terminée que par
une Diette.
Par des Lettres de Gottembourg , on a
appris que le corps de ce Prince fut d'abord
tranſporté à Stromstad d'où il devoit être
conduit à Stokholm pour être inhumé dans
le Tombeau Royal. L'Infanterie Suedoife
s'êtant retirée de devant Friderishall , la
Cavalerie s'étoit démontée , pour employer
fes chevaux à tranfporter l'Artillerie , les
munitions & les bagages du fiege . Le Prince
Hereditaire de Hcffe- Caffel fit arrêter auffitôt
le Baron Goortz à Stromftad , & il a
été transferé à Stokolm fous l'efcorte de
100 Cavaliers . Le Comte Vander Nath &
plufieurs autres perfonnes du même parti
ont été faifies en même tems avec tous leurs
papiers. Auffi - tôt qu'on ût reçû à Stokholm
la trifte nouvelle de la mort inopinée
du Roi , on poſa à l'Hôtel de la Banque de
O ij
174 LE MERCURE
cette Ville, une garde compofée de 6. Com
pagnies de Bourgeois . Il y a de grandes
conteftations , touchant le droit de la fucceffion
à la Couronne , entre le jeune Due
de Holftein Gottorp & la Princefle Ulrique
fa Tante. On croit cependant que cette
Princefle foeur du deffunt Roi , & époufe
du Prince Hereditaire de Heffe Caffel ,
fera declarée Reine , conformement aux
derniers refultats des Etats du Royaume ,
& à la derniere volonté du feu Roi Charles
XI....
L
·
A Hambourg le 12 .
E Duc de Meckelbourg continuë fes
procedures violentes contre la Nobleffe
de fon Païs , malgré les divers Mandemens
de la Cour Imperiale , & la mort
du Roi de Suede . On efpere cependant que
cette affaire s'accommodera dans peu à l'amiable
, par , par la raison que l'execution militaire
projettée contre ce Prince , a été encore
fufpendue jufqu'à nouvel ordre , Ces mêmes
lettres portent qu'on faifoit de grands
préparatifs de guerre à la Porte , pour les
operations d'une Campagne. On ne doutoir
pas qu'ils ne fuflent deftinez contre la
Mofcovie la Porte paroiffant refolué à
obliger les Troupes Ruffiennes à évacuer la
Pologne & la Lithuanie , conformement
au Traité conclu fur la Pruth.
€
Il y a apparence que la mort du Roi de
DE JANVIER. 173
Suede fera fuivie de la Paix du Nord. On
parle même d'une fufpenfion d'armes entre
la Suede & le Dannemark.
A Berlin le 4º
A Cour fe donne de grands mouvepour
approfondir l'affaire qui a
mens
occafionné l'emprifonnement de plufieurs
perfonnes de diftinction. Cependant on en
ignore encore le veritable fujet , & ſuivant
toutes les apparences,les Prifonniers qui ont
été transferés à Spandan , y resteront jufqu'à
ce qu'on ait découvert ce Complot mifterieux.
Madame de Wagenitz & fa fille ;
l'une Dame d'honneur de la Margrave Albregt
, & l'autre ey- devant Dame d'honneur
de laReine , ûrent ordre defortir dans un
tems limité de Berlin , & de tous les Etats de
la domination de Pruffe . Le Secretaire du
Comte deWartenfleben a été furpris déguifé
en femme , & on s'eft faifi en même tems
de tous les papiers du Secretaite de l'Ambaffade
de Pologne. La veuve de feu M.
le Confeiller de Blafpiel a été arrêtée avec
un Confeiller Privé. C'eft un nommé Clement
, cy- devant Secretaire du Prince Ragotski
, qui êtant paffé de Vienne à Berlin,
a caulé tout ce defordre, en faisant voir
au Roi des lettres, à ce qu'on prétend , contrefaites
, par lefquelles on avoit formé le deffein
d'enlever S. M, On a pris la précaution de
376
LE MERCURE
s'affûrer de cet homme . On ne doute pas
ici que ce ne foit un calomniateur .
Le feu prit ces jours paffez au Palais
Royal. Ily a û trois beaux appartemens reduits
en cendre , avec tous les meubles qui
y étoient : On ne fait cependant monter
cette perte qu'à cinquante mille écus .
AVienne le 14
L'Aga que le Grand Vifir avoit envoyé
Vienne , après avoir û fon Audience
de congé du Prince Eugene , en partit le-
31. du mois paffé. Cet Aga eft né Chêtien.
Etant Page du feu Prince Louis de Bade ,
il ût le malheur d'être fait prifonnier à la
Bataille de Salankemen , par les Turcs
chez lefquels il a pris le Turban . Cet Aga ,
avant que de partir , a reglé le Ceremonial
& le départ des deux Ambaffadeurs , fçavoir
, de celui qui va de la part de S. M.I.
à Conftantinople , & de l'autre qui vient
de la part de la Porte Ottomane à Vienne.
L'Empereur qui avoit deflein de faire ériger
l'Evêché de Vienne en Archevêché , y trouve
plus d'obftacles qu'il ne croyoit , par
l'oppofition d'un grand nombre d'Evêques
qui refufent d'être fes Suffragans. Le Comte
de Zinfendorf a déclaré au Prince Jacob
Sobieski , que S. M. I. ne vouloit point
donner fon confentement au Mariage de la
Princeffe Scbieska fa fille avec le Préten
DE JANVIER. 177
dant. Le 8. le fieur Forner de Sonnenfeld
Interprete de S. M. I. pour les Langues Oriantales
, arriva ici de Servie , où il avoit
efté envoyé par la Cour pour regler les Limites
avec les Commillaires Turcs, M. le
Comte de Virmond eft auffi de retour en
cette Ville de la Cour de l'Electeur Palatin ..
Aprés qu'il aura fait le rapport de fa Negociation
à S. MI il fe preparera pour fon
Ambaffade de Conftantinople.
Par un Courier dépêché de Milan , on a
apris que le Prince Charles de Leuvefthein
Wertheim , Gouverneur General de cet.
Etat , y étoit mort âgé de 75 ans , ainfi
qu'à Prague , le Comte de Kinsky Grand
Maréchal hereditaire de Boheme , Confeiller
privé de l'Empereur , & Chevalier de
la Toifon d'Or.
L'Empereur délibere journellement avec
fes Miniftres , fur les moyens de pouffer la
guerre contre l'Efpagne avec la derniere vigueur
, à moins qu'elle ne fe mette dans
peu à la raison.
On parle ici d'une Négociation menagée
par le General Flemming , Miniftre du
Roi Augufte , entre l'Empereur , le Roi
fon Maître & le Roi d'Angleterre , comme
Electeur d'Hannovre . S. M. I. paroît plus
refolue que jamais , à faire executer fon Decret
contre le Duc de Meckelbourg , en y engageant
tout le Corps Germanique .
Le Diette de Ratisbonne eft toûjours fort
178 LE MERCURE
agitée par le different qui s'eft élevé entre
les Proteftans & les Catholiques , au fujet
de l'Evêché de Naumbourg. Les Proteftans
foutiennent par le cinquiéme article duTraité
de Weftephalie , que cet Evêché ne doit
point paffer entre les mains d'un Catholique.
Il a déja paru plufieurs Memoires fur
cet article , par lefquels les Lutheriens menaçent
les Catholiques , qu'au cas qu'ils
donnent atteinte au Traité de Weftephalie ,
ils ne pouront fe difpenfer d'entreprendre fur
les biens Ecclefiaftiques poffedez actuellement
par les Catholiques ; ce qui pourroit allumer
une guerre civile dans tout l'Empire .
Les Catholiques ont cependant un grand
intereft à empêcher que cet Evêché ne tombe
aux Proteftans , dans la crainte que ces
derniers n'ufaffent de reprefailles à l'avenir .
La Diette eft encore fort incertaine fur la
decifion qui doit être faite touchant les préténtions
du Prince Palatin & de l'Electeur
' Hannovre , pour la qualité d'Archi - Treforier
de l'Empire .
+
Les Proteftans de Pologne & de Lituanie,
ont porté auffi leurs plaintes à la Diette
de Grodno , prétendant qu'on attente à
leur liberté , honneur & fûreté. Non contens
de s'être plaints en Pologne , ils ont
fait paffer leurs griefs dans toute l'Allemagne
, demandant de prompts & de puiffans
fecours à tous les Proteftans de l'Empire.
1
DE JANVIER . 179
LES
A la Haye le 23. Janvier.
Es Miniftres d'Efpagne en cette Ville
continuent à fe donner de grands mouvemens
pour détourner cette Republique
d'entrer dans la Quadruple Alliance. Ils reçûrent
Mardi dernier un Exprès de Madrid ,
& depuis ce tems- là ils ont renouvellé leurs
inftances auprés des Etats Generaux fur le
même fujet . On dit même que le Marquis
Beretti- Landy, a infinué dans la Conference
qu'il ût le 16. avec les Députez de l'Etat,
que le Roi Catholique ne feroit point éloigné
d'accepter le Projet d'acommodement ,
pourvû qu'il fe fit par la voye de la negociation
, & qu'on donnât les mains à
la tenue d'un Congrès , & que S. M. C.
accorderoit par préliminaires , plufieurs des
principaux articles de ce Projet . Les Députez
en ont fait leur rapport à l'Affemblée
de L. H. P. qui ont trouvé la propofition
du Miniftre d'Espagne trop vague , & oi t
chargé leurs Députez de lui demander ure
declaration par écrit , afin de la communi-
1 quer aux Provinces particulieres & anx
Puiffances qui ont formé ce projet d'accommodement.
On affûre que c'est ce cui
a obligé Milord Cadogan à differer fon départ
pour Londres. Cependant , on co, firme
que l'Etat eft entré dans la Quadruple
Alliance , mais qu'on lui a accordé la li »
Janvier 1719.
180 LE MERCURE
berté de ne fe declarer ouvertement , que
dans trois mois , dans l'efperance qu'avant
que ce tems foit expiré , le Cardinal Alberoni
voyant tous fes defleins renverfez
donnera les mains à l'accommodement qui
lui a efté propofé , pour le rétabliffement de
la paix & de la tranquilité publique en
Europe .
>
On travaille ici à un projet pour le rétabliffement
de la paix dans le Nord. On
dit que le Baron Dalwig cft attendu dans
peu , pour veiller avec un autre Miniftre
qui doit auffi venir de Suede , aux interêts
de la Princefle Ulrique , qui , fuivant toute
apparence , fera declarée Reine . On follicite
leurs H. P. d'envoyer un Miniftre en
Suede . Les derniers avis de ce pays-là portent
que les Senateurs & autres Grands du
Royaume , font réfolus de profiter de cette
eccafion , pour rentrer dans leurs anciens
droits , & privileges qui leur ont été enlevez
fous les deux derniers Regnes , & qu'ils
ne déclareront leur choix, foit pour la Princeffe
Ulrique , foit pour le jeune Duc de
Holftein Gottorp , qu'aprés qu'on leur aura
accordé ce qu'ils demandent. On croit.
que le Baron de Goortz & ceux de fa cabale
pourroient avoir un trifte fort ; un Secretaire
qu'il avoit à Amfterdam , s'eft abſenté
, fans qu'on fçache où il est allé .
On aprend que l'affaire de Berlin , qui
a tant fait de bruit , n'eft qu'une chimere ,
DE JANVIER .
181
& que Me. de Blaefpiel & quelques autres
perfonnes qui avoient efté arrêtées fur des
ccufations mal - fondées , avoient été élargies
& étoient rentrées en grace . On ajoute
qu'il n'eft pas vrai que le Duc Ferdinand
e Curlande ait eſté arrêté à Berlin , comme
quelques avis l'avoient infinué . Quoiqu'il
foit affés difficile d'être bien informé
de ce qui fe patle en cette Cour-là , à cau e
des défenfes rigoureufes qu'on y a faites
l'écrire des nouvelles , on entrevoit qu'il y
voit quelque intelligence entre le Roi de
Pruffe & le Czar , & peut - être avec la
Suede , contre le Roi de Pologne . Ce qui
lient d'arriver à Varfovie , donne affez de
fondement à ces conjectures . On prétend
pie le féjour des Mofcovites en Pologne ,
étoit que pour favorifer les deffeins de la
Cour de Berlin, pour s'emparer de la Pruffe
Polonoife , & pour obliger le Duc Ferdiíand
à ceder la Curlande au Prince de Branlebourg
Siredt , qui devoit époufer la Duheffe
Douairiere de Curlande , niéce du
Czar.
M. Goes, ci - devant Miniftre de cet Etat
Coppenhague , eft arrivé ici . & a fait
apport à L. H. P. du fuccès de fes Negoiations
, dont on lui a témoigné être fort
atisfait. On dit que M. d'Itterfum doit aler
à la place à Coppenhague , & qu'il parira
dans peu.
On apprend de Munker , que le parti de
Pij
182
LE MERCURE
Baron de Landfberg fe fortifioit beaucoup,
& qu'il pourroit bien l'emporter fur celui
du Prince Philippe de Baviere , fi les voix de
la Maiſon de Metternick fe joignoient à
lui : L'un & l'autre offre à un des Metter
nick d'employer leur credit pour le faire é
lire Evêque de Paderborn , pour tâcher d'attirer
cette Maifon chacun dans fon parti,
On ne pourra rien dire de pofitif fur cela ,
jufqu'à ce que le Miniftre de l'Empereur foit,
arrivé à Munſter ; & il ne faut pas doute
qu'il ne faffe tous fes efforts en faveur du
Prince de Baviere.
On follite L , H. P. d'envoyer un Minif
tre en Suede. Six Provinces de cet Etat ont
donné les mains à la Quadruple Alliance
Celle d'Utrecht n'en eft pas éloignée . Le
Comte de Cadogan partira au premier jour
pour Londres. M. de Colfter fe difpofe
à paffer à Madrid , en qualité d'Ambaſſa
deur de L. H. P. pour engager la Cour d'Ef
les conditions de la Qua- pagne à accepter
druple Alliance avant le premier Mai , A
cas que cette Couronne ne veuille pas y
confentir, il eft refolu qu'on lui déclarera la
guerre de la part des Etats Generaux. L'E
leteur de Baviere a écrit une Lettre fort
gracieufe à l'Etat , pour lui recommande
les interefts du Prince Philip. Maurice for
£is , qui afpire à l'Evêché de Munſter ; le
droit d'Eligibilité qu'il a obtenu de la Cour
de Rome , devenant inutile.
DE JANVIER.
L
A Londres le 23. Janvier.
A Chambre des Communes fe forma en
grand Comité le 21. au fujet du Bill ,
ponr affurer l'intereft Proteftant dans ces
Royaumes. On propofa fi on ordonneroit
audit Comité d'admettre la claufe fuivante
; fçavoir, qu'aucune perfonne ne pourra
prêter les fermens d'abjuration & autres
rmens requis pour recevoir le Sacrement ,
qu'elle ne reconnoiffe que les Ecritures
Saintes de l'ancien & du nouveau Teftament,
ont été données par infpiration Divine
, & qu'elle ne confeffe qu'elle croit fermement
en la tres - fainte Trinité. Cette
claufe paffa à la pluralité de 215 voix ,
contre 17 aprés quoi la Chambre lût
pour la premiere fois un autre Bill pour
lever de l'argent , afin d'aneantir les Billets
Echiquier. L'Efcadre de quatre Vaiffeaux
du Capitaine Hardi , êtant partie le 10 de
Porftmouth pour la Mediterranée , avec un
Convoi de plufieurs Navires Marchands ,
a efté obligée de relâcher à Spitead par les
1
vents contraires. Les Lettres de Deal du 10 .
portent que la Fotte Hollandoife pour le
Portugal , ainfi que les Vaiffeaux des Indes
Orientales , tant Ang'ois qu'Hollandois
, étoient toûjours aux Dunes , en attendant
un vent favorable pour mettre à la
voile. Il est parti un Yacht pour la Hollan-
Pij
184 LE MERCURE
1
de , qui doit amener ici le Comte de Hoffor
qui vient en cette Cour en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Roi de Dannemarck.
Sa Comiffion, à ce que l'on prétend ,
confifte non feulement à traitter de l'accef
fion du Roi fon Maître à la Quadruple
Alliance ; mais encore , à propofer un mariage
entre le Prince Royal de Dannemarck
& la Princeffe Anne Fille aînée du Prince
de Galles . La Vicomteffe Windfor & Mademoiselle
Jeffreis fa fille qui étoient Catho
liques- Romaines , ont embraffé la Religion
Proteftante , & reçû le Sacrement fuivant
Fufage de l'Eglife Anglicanne . Plufieurs
Crieurs de papiers furent fouettez ces jours
paffez , pour avoir vendu des Libelles fédi
tieux dans les ruës .
La Cour paroît fort irritée de ce que le
Prince de Galles a voté dans toutes les divilions
qui fe font élevées contre le Bill contenu
dans l'Acte de Tolerence. On devoit
porter un Acte pour regler la Regence &
le Gouvernement pendant l'abfence du Roi,
au cas qu'il allât ce printems prochain à
Hannovre, & cela , à l'exclufion de S. A. R.
Il y a dans la Tamife 16. gros bâtimens
prêts à mettre à la voîle , pour aller croifer
dans les Indes Orientales , & on délivre
tous les jours des Commiffions pour en é
quipper d'autres deftinez à paffer dans la
Mediterranée contre les bâtimens Efpa
gnols : Deux autres vaiffeaux de guerre
DE JANVIER. 185
ayant commiffion de l'Empereur , ont fait
voile pour l'Amerique , pour aller croifer
fur ces derniers. On a embarqué une grande
quantité d'armes pour les habitans de
l'Ile de Jamaïque : Elles ferviront aux Armateurs
pour attaquer les Espagnols venant
du Perou & de Mexique , en vertu de
la Déclaration de Guerre contre l'Espagne.
Enfin , la Chambre Haute & la Chambre
des Communes , ont promis à S. M. B. de
l'affifter avec tout le zele poffible dans cette
guerre. On a délivré so . Commisions
pour lever des Matelots qui monteront les
12. vaiffeaux de guerre que l'on arme cette
année par extraordinaire.
AMadrid le 9. Janvier.
J
LA fanté du Roi a beaucoup de peine à
fe rétablir. Depuis ce qui s'cft paflé en
France , au fujet du Prince de Cellamare
on a diftribué des Commiffions pour lever
plufieurs nouveaux Regimens dans les differentes
Provinces de cette Monarchie . On
a envoyé de nouveaux ordres dans tous les
ports de Mer pour faire hâter l'équippement
des vaiffeaux deftinez à la fûreté de
Commerce du Royaume , & particulierement
de celui des Colonies en Amerique,
Le Marquis de Lede infifte de plus en plus
pour qu'on lui envoye un renfort de troupes
. La Cour a envoyé des ordres en divers
ports , & particulierement à Barcelonne
Piiij
186 LE MERCURE
pour en faire partir inceffamment un grand
nombre de bâtimens de tranfport , avec des
troupes de Cavalerie & d'Infanterie . Cependant
, on remarque qne la longueur du
fiege de Melazzo caufe de grandes inquiétudes
à la Cour. On parle de convoquer
dans peu les Cortes , autrement les Etats de
cette Monarchie , pour déliberer fur les affaires
de la conjoncture prefente ; mais quelque
refolution que l'on prenne , & quelques
efforts que l'on faffe , il y a peu d'apparence
que nos forces foient fuffifantes
pour refifter à celles de la Quadruple Al
liance . On convient à prefent qu'on auroit
beaucoup mieux fait d'accepter en tems &
lieu les propofitions que M. Stanhope avoit
offertes au Cardinal Alberoni.
O
A Barcelone le s Ianvier.
N continue à reparer toutes les Pla
ces de cette Principauté , & à lever
6. Regimens. On a commis un cruel meurtre
à Falſet Village à 6. licues de Tortofe
Voici le fait tel qu'on le rapporte.
M. de Flandre , Licutenant Colonel du
Regiment de Gueldre , qui avoit herité
beaucoup de bien du Marquis de Louvigni,
Gouverneur de Lerida , & qui avoit fon
quartier dans ce Village , fut attaqué le io.
du paflé à fix heures du foir , dans fa
maifon par une bande d'environ 20. Vo-
C
DE JANVIER. 187
feurs. Aprés qu'ils l'eurent défarmé & obligé
de fe coucher par terre , ils lui tirerent
un coup de piftolet au bas ventre , qui ne
qu'effleurer : Surquoi l'Officier contrefit
fi bien le mort , que les Voleurs le crurentain
& le dépouillerent . Ils demanderent
enfuite les clefs des coffres à fon époufe ,
fans lui faire aucun mal : Elle les leur donna
, & ils vuiderent deux coffres ; mais
dans le tems qu'ils étoient occupez au troifiéme
coffre, l'Officier poulla un foupir qui
fit découvrir la feinte & caufa fa mort ; les
Voleurs lui ayant lâché deux coups de piftolets.
On compte qu'ils ont enlevé pour
la valeur de 6000. piftoles . On ne fçait pas
où ils fe font retirez.
On eft occupé depuis deux mois à reparer
les Fortifications de Gironne , d'Oftalric
, de Cardonne , & autres Places de
cette Principauté ,
Des lettres de Rofes , portent qu'on continuoit
de travailler avec une extrême diligence
aux Fortifications de cette Place . On
croïoit que ces travaux feroient fort avancez
au commencement de Mars . Les mefures
font auffi prifes pour fortifier Caftillon
d'Ampurias , qui eft à l'extremité du Golphe
de Rofes du côté du Lampourdan . Les
nouvelles Fortifications de Denia ont été
fubmergées ; ce qui a été caufé par la violence
des vents qui avoient tellement agité
la Mer , qu'elle avoit inondé toute la côte,
188 LE MERCURE
& enfeveli quantité de perfonnes & de beftiaux.
On écrit de Cadix qu'on travailloit
avec empreffement dans le Port de cette
Place à radouber & à carêner les Bâtimens
de guerre & de charge qui étoient en état
de fervir , & particulierement ceux qui
ferviront d'efcorte aux Gallions qui
doivent partir à la fin du mois de Mars
pour la nouvelle Efpagne. Il eft arrivé dans
ee Port trois Exprés de Ceuta , qui fe font
rendus à Madrid où ils portent des dépêches
du Commandant de cette derniere
Place . On pretend que c'eft pour demander
un prompt fecours , cette Ville êtant extremement
preffée par les Maures ; ce qui
détruiroit entierement l'accommodement
que l'on avoit dit precedemment conclu entre
le Roi de Maroc & S. M. C.
Les Vaiffeaux Anglois arrêtez depuis
quelque tems ici , ont été taxez & relâchez
fous caution , de forte qu'ils ont la liberté
de fe remettre en Mer , lorfqu'ils le jugepropos
ront à
Tous les Habitans du Plat- Païs de la
Province de Bifcaye , qui entrerent armez
à Bilbao il y a quelque tems, & qui y commirent
de grands défordres , ont été deſarmez
par les Troupes reglées qui y font venuës
depuis peu . On croit qu'il y aura deformais
Garnifon en cette Ville , & qu'on
y bâtira même un Fort pour la garentir à
l'avenir de toutes infultes. On travaille
DE JANVIER. 189
<
avec empreffement aux fortifications de
Pampelune.
A Rome leg.
L'Ambaſſadeur de l'Empereur a obtenu
Pape le paffage pour sooo. Allemands
, à travers l'Etat Ecclefiaftique. Plufieurs
Cardinaux font occupez à trouver des
expediens , pour faire en forte que cette
marche ne foit point onereufe aux Habitans
du Païs. Le S Office vient de publier un
Edit , qui deffend , fous peine d'excommunication,
d'avoir , de lire ou de recevoir ,
aucun Ecrit concernant la Conftitution ; de
forte qu'il femble que cette affaire , bienloin
de s'accommoder ,s'aigriffe au contraire
de plus en plus. Le Cardinal Delgiudicé a
fait pofer fur le frontispice de fon Palais
les armes de l'Empereur. Le Pape, a déclaré
M. Albani fon neveu , Secretaire des
Memoriaux , ce qui eft le plus court chemin
pour arriver au Chapeau de Cardinal .
Le Pape a nommé Monfeigneur d'Elei ,
pour Vice - Legat d'Avignon où il doit fe
rendre inceffamment . M. Palavicini de
Cremone , a été fait Secretaire de la Vifite.
Le Chevalier de S. Georges a choi
pour fon logement les trois Palais de Monfeigneur
Muti proche les Saints Apôtres.
Comme cette Cour paroît vouloir s'accommoder
avec celle de Madrid , la vifite que
M. de Marimont Efpagnol Auditeur de la
Rote, devoit faire aux Cardinaux Delgiudicé
& Schrottenbach , a été differée.
100 LE MERCURE
Par les dernieres lettres de Naples , on a
été informé que , fuivant les ordres de la
Cour de Vienne , le Comte de Taun avoit
envoyé des Exprez aux Commandans des
principaux Ports de ce Royaume avec ordre
de la Cour Imperialle , de faire travailler
inceffamment à la conftruction de plufieurs
Bâtimens de guerre. Pour cet effet ,
on leur a envoyé de groffes remifes , pour
payer exactement les Ouvriers qui y feront
employez .
On a reçu avis par la voye de Reggio que
12. Bâtimens Efpagnols étoient fortis du
Port de Meffine , pour aller croifer fur les
Bâtimens Imperiaux & Anglois . Cette
nouvelle a obligé le Viceroi de faire tirer
plufieurs coups de canon , des Forts & des
Batteries qui font le long de la côte , pour
avertir les Bâtimens Napolitains qui font en
Mer , de rentrer dans les Ports de ce Royau
mer: Il a enfuite donné ordre à tous les Bâtimens
de guerre , d'appareiller
inceffamment
& de mettre à la voile . Ils font au
nombre de 17. tant grands que petits ,
parmi lefquels on compte 6. Bâtimens
Anglois.
On écrit de Livourne du 14. que les
Troupes Imperiales , qui étoient nouvellement
arrivées fur les dépendances de laTofcane
, avoient reçù tout à coup ordre de penetrer
dans les Etats de la Republique de
Gênes , & de s'avancer en diligence vers
DE JANVIER. 191
Bette Capitale. La marche inopinée de ces
Troupes , & le grand nombre de celles qui
font repandues dans les Etats de Parme ,
de Modene , du Mantouan & du Cremonois
, donnent beaucoup d'inquietude à
tous ces Etats ; car , on convient que ces
differens corps unis enfemble , en compoferont
un de prés de 25000. Imperiaux , fans
y comprendre les Troupes du Roi de Sard.
Il regne depuis quelques jours dans ces
Mers & le long de ces côtes un vent terrible.
Il a fait de trés grands défordres , &
caufé la perte de plufieurs Bâtimens. Deux
Vaiffeaux Portugais & une Tartane Genoi
fe ont été jettez fur des roches de cette
côte , à 10000. en deçà de Piombino où ils
ont été brifez . Deux bâtimens François &
un Napolitain ont filé fur leur Anchre ; &
un gros Navire Venitien , en entrant dans
ce Port , eft péri avec tout fon équipage
ainfi qu'une Felouque Malthoife . La pluf
part de nos Barques de Pêcheurs , ont coulé
bas. Aujourd'hui , fur les trois heures
aprés midi , 15. Bâtimens de charge Elp
gnols , fous l'efcorte de 4. Bâtimens de la
même Nation , venant de Melline , one
relâché dans ce Port pour éviter le naus
frage.
Les Bâtimens Anglois , Napolitains &
Espagnols qui croifent dans ces Mers , font
de frequentes prifes les uns fur les autres .
Le 12 au matin , deux de ces premiers en
F
F
392 LE MERCURE
trerent dans ce Port avec 4 Bâtimens EC
pagnols ; & le 13. aprés midi deux Vail
feaux de guerre Efpagnols relâcherent ici
avec 3. Tartanes Napolitaines . Comme il
a commencé à pleuvoir , on efpere que ces
Ouragans cefferont .
›
Le Pape eft dans le deffein de faire trois
nouveaux Cardinaux qui font Mgr.
Banchieri Secretaire de la Confulte , M.
Marefofchi Auditeur de S. S. & M. Ward
Chanoine de S. Pierre , le Cardinal Gualtieri
ne voulant plus être chargé des affaires
du Pretendant . Quant à la perfonne du
Pape , fa démarche , fa contenance & fon
vilage concourent parfaitement à perfuader
qu'il jouit d'une très-bonne fanté. On vient
d'apprendre la mort de l'Evêque de Munfter.
Quelque tems avant , S. S. avõit approuvé
le choix que cet Electeur avoit fait
du Prince Philippe de Baviere fon Coadju
teur.
A Génes le 16.
C
Inq Vaiffeaux de guerre Efpagnols &
deux Fregattes de la même Nation ,
qui font à Cagliari depuis environ trois
femaines , troublent journellement le commerce
des Anglois qui trafiquent le long
de ces côtes & celles du Royaume de Naples
. Ils remirent à la voile l'après midi &
firent route d'ici vers Cagliari . Ils ont
pris quelques Bâtimens Anglois &
Napolitains , qui venoient de PortDE
JANVIER. 193
Mahon pour aller débarquer à Reggio une
grande quantité de munitions de guerre &
d'agiêis pour l'Efcadre Angloife qui eit en
Italie.
Le Siege de Melazzo eft toûjours au même
état , les deux Camps fouffrant beaucoup
de part & d'autre . La Cavalerie Allemande
a été obligée , faute de fourage
de fe rembarquer pour être tranfportée en
Calabre. Il fe fait un feu continuel tant du
côté des Affiegez que des Affiegeans . Les
premiers ont environ 14. à 15coo . hommes
, & les derniers 17000. hommes . Les
uns & les autres font fi bien retranchez , qu'il
n'y a pas d'apparence qu'ils rifquent une
action décifive .
On a û nouvelle que le refte .
le refte ,du convoy
fur lequel quelques Troupes Imperiales s'étoient
embarquées , étoit arrivé à Baye , &
le S. Leopol Vaiffeau de guerre de l'Empereur
, qui les efcortoit , eft paffé à Naples.
Cette Republique a accordé 30000. piftoles
de contribution à S. M. 1. dont elle
en a payé 15000. elle n'a qu'un mois de
terme pour payer le refte. Le Comte de
Stampa a des ordres d'aller dans toutes les
Cours d'Italie pour le même fujet .
L'Amiral Bing ayant appris que cinq
Vaiffeaux de guerre Efpagnols commandez
par M. de Camock Anglois étoient entrez
dans le Port de Meffine , a détaché quatre
Vailleaux de guerre pour les aller attaquer,
194 LE MERCURE
A Peterbong le 22. Decembre.
Na tranché aujourd'hui ici la tête à
cinq gros Seigneurs , & l'on vient de
recevoir avis de Mofcon , qu'un grand nonbre
de perfonnes qui avoient û part au
dernier complot , en faveur du défunt
Czarowitz , avoit été condamné à differentes
fortes de fuplices.
IE
,
De Deux - Pons le 10. Ianvier.
E Baron de Muler Miniftre d'Etat en
Suede , dépêcha le 21. Decembre de
Gottembourg , un Exprès au Roi Staniflas
qui faifoit fa réfidence aux Deux Pons , pour
l'informer qu'un coup fatal tiré de Friderifhall
le 11 Decembre , avoit éteint la plus
belle Vie du plus grand Heros , du meilleur
Ami & du plus gracieux Maître * qui fut
jamais. Le Prince Guftave - Samuel Leopold ,
qui fe trouvoit aux Deux- Pons faifit le moment
de la reception de cette Lettre , &
ayant fait auffi tôt a ffembler tous les Corps,
& reprefenté fon droit à la fucceffion de
ce Duché , il reçût le 6 de ce mois le ferment
de fidelité du Clergé , de la Nob'effe ,
de tous les Confeillers & de toute la Bourgeoifie
.
Charles Gustave X. du nom , Roi de
Suede , Bifayeul de Charles XII. qui a
été tué , ut pour frere Adolphe Jean , de
qui eft iu le Prince Cuftave Samuel qui
vient d'être reconnu Prince des Deux- Pons,
-
C
DE JANVIER. 195
mença
à
A Luneville en Lorraine le 10.
E beau & magnifique Palais de L. A.
R. a été prefque entierement confommé
le trois de ce mois par le feu qui com-
S. heures du matin. Le vent étoit
fi violent , qu'en moins de 3. heures l'incendie
fut general dans tous les bâtimens
& quelque fecours qu'on ait pû y donner ,
il n'a pas été poffible d'en arrêter le progrés.
Tous les meubles , beaucoup de vailfelle
d'argent & quantité de bijoux de prix , ont
été la proye des flammes . On ût beaucoup
de peine à fauver les Princes & Princeffes.
On fait monter cette perte à cinq
millions. S. A. R. M. le Duc de Lorraine .
a donné fes ordres pour rebâtir un nouveau
Palais beaucoup plus regulier & plus fuperbe
que le premier.
M
MORT S.
Effire François Philippe de Carvoifin ,
Marquis d'Achy, Chevalier de l'Ordre
militaire de S. Louis , Maréchal de
Camp des Armées du Roy , eft mort à fa
terre le 29 du mois de Novembre paffé . Il
' étoit âgé de 84. ans , ayant été au Service
de Sa Majefté pendant 66. années.
La Maiſon de Carvoifin eft rés ancienne
& originaire des Marches Milanoifes . Le
premier de cette maifon qui s'est établi en
France , eft Jacques de Carvoifin Ecuyer or196
LE MERCURE
dinaire de François Premier. Ce fut ce Roy
qui l'amena en France à fon retour d'Italie
& qui en fit l'un de fes favoris. Il époufa
Marguerite de Bar.
Vefpafien de Carvoifin fon fils , Chevalier
, Seigneur de la rouë du Bois , luy ſucceda
en la Charge d'Ecuyer ordinaire du
Roy François Premier , qui le fit fon premier
Ecuyer en 1543. aprés l'avoir naturalifé
en 1539. El fut Premier Ecuyer jufqu'à
la mort de ce Prince , & pendant tout le
regne de Henry fecond fon fucecffeur : il
époufa Marguerite de Péquigny Dame
d'Achy. Jean de Carvoifin fon fils , Chevalier
Seigneur d'Achy , fut fait Chevalier
de l'Ordre du Roy par Henry fecond , &
époufa Marguerite de l'Ifle - Marivaux , dont
le pere fut auffi Chevalier des Ordres du N
Roy, & Gouverneur des Ville & Citadelle
d'Amiens. Charles de Carvoifin fon fils
Chevalier Seigneur d'Achy , époufa Marguerite
de Nollans. Gilles de Carvoifin fon
Als , Chevalier Seigneur d'Achy , épouſa
Françoife de la Marteliere. Alexandre de
Carvoifin fon fils , Chevalier Seigneur d'achy
& de Salency , époufa Marie- Anne de
Belloy d'Amy. Céfar de Carvoifin fon fils ,
a épousé Leonor Scarron de Vavres , niéce
de Madame la Marêchalle Ducheffe d'Aumont
, dont il a des enfans. François Philippe
de Carvoifin , qui vient de mourir
ft fils de Gille de Carvoihin : il avoit épousé
D'
DE JANVIER 197
Marie Budé d'une ancienne maifon , dont
il refte un fils au fervice du Roy .
Meffire François Marquis Dans d'Hautefort
, eft mort en fon Château d'Ageac en
Perigord , le 23. Decembre 1718. âgé de
91. ans . Il laiffe de fon mariage avec Ñ...
Dabzac de la Douze , Meffire Jofeph Marquis
d'Ageac , & Louis Comte d'Hautefort
de Bofein , qui fert avec diftinction depuis
l'âge de quatorze ans. Il étoit cy- devant
Colonel du Regiment de Touloufe Infanterie
, & eft à prefent Marêchal de Camp
comme nous l'avons dit , en parlant de la
derniere promotion des Officiers Generaux ,
dans laquelle nous marquâmes auffi à l'article
de M. le Comte d'Hautefort de Bo
fein , qu'il a époufé Madame la Marquife
de Verteillac. La Maifon d'Hautefort eft f
Illuftre & fi étendue , que tout le monde
la connoît affés .
Meffire Lambert Bourgoin , Seigneur de
la Grange Bateliere , Confeiller au Parlement
& Doyen de la premiere des Enquestes,
mourut le 26. Decembre.
Meffire Roger Comte d'Eftampes & de
Mauny , cy- devant Capitaine Lieutenant
des Gendarmes d'Orleans , mourut le 27.
Decembre en fa 40. année . Pour la Maiſon
d'Estampes , voyez le P.Anfelme & Moreri.
Meffire Louis Bechameil , Marquis de
Nointel , Confeiller d'Eftat ordinaire , &
Confeiller au Confeil de Commerce , mou
198. LE MERCURE
Jut le 31. Decembre âgé de 69. ans.
Meffire Florent d'Argouges , Seigneur
d'Efgreves , Urtubize & c . Maître des Requeftes
, mourut le 4. Ianvier 1719. âgé de
71. ans.
Dame Marguerite Guillemeau , Veuve de
Mcffire Iean Joyfel , Seigneur de Juilly , de
Mauny & c. Confeiller Seeretaire du Roy ,
mourut le 9. Ianvier âgée de 8z . ans , laiffant
entr'autres enfans M. l'Abbé Joyfel ,
Confeiller de la Grand' Chambre.
Dame Elizabeth de Maupcou , épouse de
Meffire Ican de Turmenics , Chevalier ,
Seigneur de Nointel , Confeiller d'Estat ,
Garde du Tréfor Royal , mourut le 22. Ian
vier 179. âgée de 36. ans
Meffire Hardy de la Haye Montbault
Marquis du Châtellier , Seigneur , Châtelain
du Perrier , la Merlatiere &c. Premier
Chambellan de S. A. R. Monfeigneur le
Duc d'Orleans , mourut le 27. Ianvier.
Charles XII. Roy de Suede , dont la valeur
éclatante & égale, les vertus Royales &
civiles , avoient fait & faifoient encore l'admiration
de toute l'Europe ; fut tué la nuit
du au 12. Decembre 1718. en faifant le
Siege de Friderifhal , en Norvege. Il étoit
né le 24. Juin 1682. de Charles XI. Roy de
Suede , & d Ulrique Eleonore , fille de Friderie
III . Roy de Danemarc. En 1697. il
fut declaré Majeur & Couronné le 1 4. De .
ecmbre de la même année. Toute la vie de
DE JANVIER. 199
ce Prince n'a été qu'une fuite de prodiges ,
foit dans la bonne comme dans la mauvaiſe
fortune. Son premier ouvrage fut la
médiation de la Paix de Rifvick. Frideric
Augufte Roy de Pologne , Electeur de Saxe,
Frideric IV . Roy de Danemarc , & Pierro
Alexeovvitz Czar de Mofcovie , s'êtant ligués
fecretement contre lui , ce Prince réfolut
de les prevenir , penêtra en Danemarc
pour en affieger la Capitale , & prêt à faire
la Conquête de ce Royaume , le Roy de
Danemarc allarmé de fes progrés , reçût la
Paix à Traven- Dahl le 18. Août 1700. Enfuite
les Mofcovites , les Polonnois & les
Saxons , ayant fait des irruptions dans fes
Etats d'Ingrie & de Livonie ; ce jeune Monarque
marcha contre le Czar & gagna la
mémorable bataille de Narva , où 800 .
Suedois défirent Soooo . Mofcovites . En
1701. il en remporta une autre contre les
Polonnois & les Saxons à la defcente de
Duna. Cette Victoire fut fuivie de plufieurs
autres avantages en Pologne jufqu'à fon entrée
en Saxe . En 1706. il obligea fes Ennemis
à accepter la Paix d'Altranſtadt . Un
des points principaux de ce Traité , fut que
Frideric Augufte Roy de Pologne , abdiqueroit
la Couronne , & reconnoîtroit en
confequence pour legitime Souverain de
Pologne , Stanislas I. Qu'il retiendroit pendant
la vie le nom & les honneurs de Roy ,
fans pouvoir cependant porter les armes ni
200 LE MERCURE
prendre le titre de Roy de Pologne . Ce
Prince ayant enfuite declaré la Guerre au
Czar de Mofcovie , il eut le malheur de
perdre le 8. Juillet 1709. la fameuſe bataille
de Pultauva. Dans cette déroute , il n'y ût
que 2 à 300. Suedois , & trois compagnies
de Valaques qui le fuivirent ; & ayant été
obligé de fe fauver par des campagnes defertes
, il arriva heureufement à Bender en
Turquie. Aprés un féjour de 5. ans , il revint
dans fes Eftats à Stralfund en Scanie ,
le 22. Novembre 1714. Cette derniere
Place ayant été prife par les Alliés du Nord
qui s'étoient ligués contre luy pendant fon
abfence , & qui luy avoient enlevé tout ce
qu'il poffedoit dans la Baffe- Allemagne , il
repafla en Suede où il n'a été occupé depuis
fon retour , qu'à faire toutes les difpofitions
neceffaires pour fe venger des Confederés.
Enfin , êtant paflé en Norvege , & ayant
furmonté tous les obftacles qui s'oppofoient
à fon entrée , il étoit prêt de fe rendre maître
de Friderifhal , & de faire la Conquête
de ce Royaume , lorfqu'il fut tué devant
cette derniere place .
Ce Prince avoit la taille haute & deliée ,
le teint naturellement blanc , l'oeil blen , les
cheveux blonds , l'air noble & gracieux , le
temperament robufte , & à l'épreuve de toutes
Les fatigues de la Guerre. Son genie, quoique
vif & pénétrant , fe fixoit aisément & donmoit
beaucoup à la reflexion : il parloit pen
DE JANVIER. 201
mais fort jufte , & Souvent avec énergie : fes
manieres étoient affables & prevenantes , fon
humeur étoit agréable & même enjoué dans
fon domestique ; il eftimoit le merite & recompenfoit
la valeur avec éclat jufques dans fes
ennemis mêmes.
: Charles XI. pere de Charles XII. a cu
les Enfans faivans. I. Hedwige Sophie
née le 26. Juin 1631. mariée le 12 .
Juin 169S. avec Frideric Duc de Holftein
Gottorp, morte à Stockholm le 12. Decembre
1708. Le jeune Prince de Holftein Gottorp
qui difpute la couronne de Suede à la
Princefle fa Tante Ulrique , eft forti de ce
mariage. II. Charles XII tué depuis peu .
III. Guftave né en 1683 mort en 1685.
IV. Ulric né le 22 Juillet 1684 mort le 10
Mai 1695. V. Frideric né en 1685 mort la
même année . VI. Charles Guſtave né en
1686. VII Ulrique Eleonore née le 21 Janvier
1688. mariée le 4 Avril 1715 au Prince
hereditaire Frideric de Heffe-Callel Genera
liffime de Suede.
APPROBATION.
"AY lû par l'ordre de Monfeigneur le Gardelâu
des Sceaux , le Mercure Galant du mois de Janvier.
A Paris le 1. Février 1719.
L
BLANCHARD.
TABLE .
Ettre de M. Gautier écrite d'Alexandrie
4. Septembre 1718,
Principes de Metaphifique ;
Hiftoire de Mademoiselle Catos ,
Manifefte fur les Sujets de Rupture entre
la France & l'Espagne , 54
Déclaration de Guerre contre l'Espagne, 74
Arrêts des Parlemens deParis& de Bordeaux
pour la fuppreffion du Manifefte d'Efpagne
,
7881
Déclaration de Guerre de S. M. Brit. con-
84
tre l'Espagne ,
Extrait du Traité entre le Roi , l'Empereur,
le Roi de la Grande Bretagne ,
Livres nouveaux ,
101*
136
141
Journal de Paris , où il eft parlé de plufieurs
faits importans ,
Poëfies ,
Bouts- Rimés à remplir à la loüange de Son
A. R. ·
Enigmes & Chanson
Spectacles
164
165.166
1167
Nouvelles Etrangeres avec an détail de ce
qui s'eft paffe de plus confiderable en Esrope
,
Morts ,
169
195
Eloge de feu Charles XII, Roide Suede. 198
Errata de Decembre 1718 .
Page 136. 1. 4. Souftractions , lifez Inftructions.
Pag. 164. 1.3 . qui a fait le dernier Traité
avec les Echelles du Levant. lifez, qui a
fait plufieurs Traitez de Paix & de Com
merce avec les Puiffances de Babaiic.
LE
NOUVEAU
MERCURE.
Février
1719.
Le prix eft de vingt fols
5b-15
A. PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
PIERRE RIBOU , Quay des Auguſtins ,
à PImage S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rae S.
Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
M. D. CC. XIX.
Avec Aprobation & Privilège du Roy .
THE NEW YOU;
PUBLIC LIBRARY
336108
ASTOR, LENON ND
AVIS.
O
prie
TILDEN' FOR CAT prie ceux qui adref
feront des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure ,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft,
A Monfieur BUCHET , Cloitre ,
S, Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci - deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. & 1718. de même
que l'Abregé de la Vie du
CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
LE
NOUVEAU
MERCURE
DISCOURS
Sur la Poëfie Paftorale qui eft à la tête
des Eglogues de M Pope ,
traduit de l'Arg'ois.
I
L n'y a rien de plus commun,
ce me femble , que ces Poëfies
que l'on nomme Poëfies
Paftorales ; & rien de fi rave,
que des Poefis à qui ce nom
convienne veritablement . Il me paroît donc
neceffaire de dire quelque chofe fur la nature
de cette cipice de Pome ; & mon
deffein eft de renfermer dans ce petit Dit
cours , toute la fubftance de cette multitude
de Differtations que les Critiques ont fait
Février 1719.
A ij
LE MERCURE
fur ce fujet , fans que mon propre interet
puiffe me faire paffer fous filence aucune de
leurs regles. Je tâcherai de les concilier
dans quelques endroits fur lefquels ils paroiffent
d'avis different ; & on trouvera
quelques remarques qui leur avoient échapé.
C'eft dans ces fiecles qui fuivirent de prés
la creation du Monde , que naquit la
Poëfie ; & comme le foin de garder les
Troupeaux, paroît avoir été le premier emploi
des Hommes , la Poëfie Paftorale cft
vrai -femblablement la plus ancienne. Il
eft naturel de penfer que ces anciens Bergers
, dans le loifir dont ils jouiffoient
avoient befoin d'amufement : Il n'y en avoit
point de plus propre à leur vie folitaire que
le Chant ; & fans doute , que dans la plupart
de leurs Chanfons ils celebroient le
bonheur de leur état . Ces idées ont fait
imaginer & enfuite perfectionner une forte
de Pocfie , dont le but principal étoit de
nous offrir une image parfaite de ces tems
heureux , de nous faire admirer ks vertus
qui regnoient alors , & de les introduire peu
peu paimi nous . Or , comme les Paſteurs
avoient choisi le genre de vie le plus tranquille
, les Poëtes jugerent à propos de les
faire parler dans ces Poëfies qui furent pour
cela appellées Paftorales.
રે
Une Paftorale eft une imitation de l'action
d'un Berger , & cette imitation eft
DE FEVRIER
fufceptible de la forme drammatique & de
la narrative. La Fable en eft fimple : La
groffiereté feroit fans doute un défaut dans
les moeurs : La politeffe du Courtifan n'en
feroit peut- être pas un moindre. Elle ne
fouffre rien de figuré ou de trop recherché
dans fes pensées ; elle y admet de la vivacité
& des fentimens , pourvû qu'ils ne la
rendent ni trop longue ni trop languiffante .
Son ftile eft naturel , mais pur ; poli , fans
être fleuri ; aifé , & cependant vif : En un
mot , fa fable , fes moeurs , fes penſées &
fon expreffion , doivent raffembler toute la
fimplicité de la belle nature.
La brieveté, la fimplicité & la délicatelle ,
conftituent tout le caractere de ce Poëme.
Les deux premieres le rendent naturel , &
c'eft à la derniere qu'il doit toutes les graces.
Si nous voulons copier exactement la
Nature , nous ne devons jamais oublier que
la Paftorale eft faite,pour nous reprefenter
ce tems que l'on nomme Age d'or ; en forte
que nous ne devons point introduire des
Bergers femblables à ceux que nous voyons
aujourd'hui mais tels que nous pouvons
nous imaginer qu'ils étoient , lorfque l'idée
noble étoit jointe à ce nom , & que les plus
diftinguez d'entre les hommes , ne dédaignoient
point de le porter. Pour que cette
reffemblance foit plus parfaite , il faut
l'on remarque dans tout le Poëme un ajr
que
A iij
LE MERCURE
de pieté envers les Dieux , tel que nous le
voyons éclater dans les ouvrages de l'antiquité.
Il eft bon auffi de conferver le foin
de l'ancienne maniere d'écrire ; que les liai
fons ne foient pas trop marquées ; que les
narrations & les defcriptions foyent courtes
, & que les periodes foient concifes. Ce
dernier precepte regarde non feulement les
phrafes , mais l'Eglogue elle-même qui ne
doit point être trop longue : Car , il ne
nous eft pas permis de fuppofer , que les
anciens Pafteurs fiffent de la Poëfie leur
principale occupation ; ils n'y employoient
que les heures de délaffement & de loifir.
Voila ce que les tems anciens nous fourniffent
d'idées pour cette forte de compofition
: Et pour qu'elle devienne une peinture
parfaite de la Nature , il eft à propos
de faire paroître de tems en tems quelque
connoiffance de l'Agriculture ; mais de façon
, que ce qu'on en dit , femble plûtôt
échapé par hazard , que rapporté à deffein :
Souvent même , il eft mieux de ne la laiffer
entrevoir que par induction ; de peur qu'en
voulant trop paroître naturel , nous ne
devenions ennuyeux par des minuties ; car,
comme l'a fort bien remarqué M. de Fontenelle
, ce que ce genre de Poëfie a de plus
attrayant , n'eft pas la peinture de la vie
ruftique en elle-même , mais l'image de fa
tranquilité. Pour rendre l'Eglogue agreable,
nous devons donc employer l'illufion , &
*
$
DE FEVRIER.
eette illufion confifte à ne montrer de la vie
Paftorale que ce qu'elle a d'aimable , & à
cacher ce qu'elle peut avoir de dégoutant.
En effet , il ne fuffit pas d'amener des Bergers
fur la fcene , fi l'on veut que leur entretien
nous intereffe & nous plaife ; ondoit
choisir un fujet qui ait en lui-même
quelque agrément particulier , & le varier
dans chaque Eglogue , auffi bien
que la
fcene ou la perfpective que chacune nous
doit prefenter. Rien ne manquera plus à
cette varieté , quand on fçaura par le fe-.
cours des comparaifons , orner l'Eglogue des
images champêtres les plus gratieufes , s'adreffer
à propos aux chofes inanimées , faite
de tems en tems des digreffion's amafantes
mais courtes ; quelquefois s'arrêter un
peu fur des circonstances dont on prévoit
que le détail pourra plaire ; & enfin , faire
choix de tours élegans & de mots propres à
rendre les noms extremement doux &
agreables. Quant à fes nombres , quoique
leur mefure foit la même que celle des vers
heroiques , ils doivent être les plus polis
les plus aifez qu'on puiffe imaginer.
Ce font- là les regles que nous devons
avoir prefentes , lorfque nous examinons
une Paftorale. Les Critiques, en lifant avec
attention Theocrite & Virgile qui font ,fans
contredit , les feuls qui nous ayent donné
de vrayes Eglogues , ont remarqué qu'ils
fuivent exactement ces regles ; & , ils ont
A iiij
LE MERCURE
cru ne pouvoir mieux faire , que de nous
propofer pour Modeles dans ce genre , ceux
qui y ont excellé .
Theocrite l'emporte fur tous les autres
par le naturel & la fimplicité. Ses Idylles
font regulierement Paftorales du côté
du fuiet ; mais , elles ne le font pas
toûjours par les Acteurs du dialogue , puifqu'il
y introduit des Moillonneurs & des
Pêcheurs auffi bien que des Bergers . Il eft
fujet à être un peu trop long dans fes defcriptions
: Celle du Vafe dans fa premiere
Idylle , en eft un exemple remarquable . Les
moeurs font auffi un peu défectueufes dans
les Poëfics de cet Auteur : Ses interlocuteurs
font quelquefois brutaux & infolens ,
& peut être en general trop groffiers. On
en peut voir des exemples dans ta quatriéme
& fa cinquiéme Idylle : Mais , il doit fuf
fire à fa gloire , que tous ceux qui ui ont
fuccedé , ne font devenus excellens qu'en
l'étudiant , & fon feul dialecte a un
charme fecret qu'aucun autre Poëte n'a fçu
donner à fa diction .
que
Virgile qui copie Theocrite , rencherit fur
fon original , & dans toutes les parties aufquelles
la fageffe de la compofition peut
feule donner la perfection , il eft fort fuperieur
à fon maître. Quelques- uns de fes
fujets n'ont rien qui convienne à la Poëfie
Paftorale , que la façon dont ils font ma-
Biez ; mais , ils ont une merveilleuſe varieté
DE FEVRIER.
.
dont fans doute le Poëte Grec ignoroit l'art .
Virgile l'emporte fur Theocrite par la regularité
& la brieveté ; il ne lui cede que
du côté de la fimplicité & de la proprieté du
ftile. Mais , Theocrite trouva l'art moins
perfectionné , & Virgile fut obligé de mettre
en oeuvre une langue moins abondante.
Entre les Modernes , ceux-la ont û le
plus grand fuccés , qui ont travaillé avec
le plus de foin à imiter ces grands Medeles;
& nul d'eux ne montra tant de genie pour
ce genre d'écrire , que le Taffe & nôtre
Spencer car, fi le Taffe furpaffa par fa
Ierufalem tous les Poëtes épiques de fa
Nation, fon Aminthe l'emporte infiniment
fur toutes les autres Paftorales. Mais , comme
cette Piece femble avoir été en Italie
l'original d'une nouvelle efpece de Poëme,
appellée Comedie Paftorale , on ne peut
gueres la confiderer comme une copie des
Anciens. Quant aux Calender de Spencer ,
fi l'on en croit M. Dryden , aucune Nation
, depuis Virgile , n'a produit un Ouvrage
auffi achevé. Il n'eft cependant pas
exempt de défauts ; fes Eglogues font un
peu trop longues , fi nous les comparons
avec celles des anciens, Quelquefois il donne
trop dans les allegories & ole traiter des
matieres de Religion dans fes Poëfies Paftorales
, comme le Mantouan avoit fait
avant lui. Il a employé la mefure lyrique ;
ec qui n'eft point conforme à la pratique dos
10 LE MERCURE
anciens Poetes : Sa Stance n'a pas toujours
la même longueur , & fouvent il n'a pas
choifi celle qui auroit mieux convenu à la
penfée qu'il y vouloit renfermer. Ce défaut
eft peut- être caufe que fouvent fon expreffion
n'eft pas affez concife ; car , voulant
remplir fon Quatrain , il a quelquefois été
obligé d'étendre en quatre vers , une penfée
qu'il cût beaucoup mieux fait de reffer
rer dans un Diftique .
Dans les moeurs , dans fes penfées &
dans les caracteres , il n'eft pas inferieur à
Theocrite ; mais , quelque foin qu'il ait
pris , il s'en faut bien qu'il ait atteint la
beauté de fa diction ; car , le Dialecte dorique
dans lequel Theocrite compofa fes
Idylles , fleuriffoit de fon tems : On le
parloit dans une partie de la Grece , & les
plus grands perfonnages l'employoient ; au
licu que l'ancien Anglois & les phrafes provinciales
de Spencer , ou n'étoient plus en
ufage , ou ne l'étoient que parmi le menu
peuple. Or , comme il y a de la difference.
entre la fimplicité & la rufticité ; ainfi
l'expreffion des penfées fimples doit à la
verité être fimple ; mais , elle ne doit pas
être groffiere. Le Calendar qu'il a ajouté à
fes Eglogues , eft rempli de grandes beautez.
La fimplicité & l'innocence des premiers
hommes y donnent occafion à une morale
qui à la verité lui eft commune avec tous
les autres Auteurs d'Eglogue ; mais , ce
DE FEVRIER TIT
•
dernier Calendar en contient une autre trés-,
ingenieufe qui lui eft particuliere : Il y
compare les changemens que l'homme éprouve
pendant le cours de fa vie , aux
differentes faifons de l'année ; & aux effets
divers qu'elles produifent fur la furface de
la terre . Cependant , la divifion fcrupuleufe
de fes Eglogues en douze mois , l'a obligé
quelquefois ou à repeter les mêmes defcrip
tions en d'autres termes ลง à les ometre
entierement , lorfque fes tours étoient
épuifez. De-là vient que quelques- unes de
fes Eglogues , comme la fixième , la huitiéme
& ladixiéme , n'ont que le titre qui
les diftingue. Il n'eft pas difficile d'en trouver
la caufe. La Nature n'eft point affez
variée dans le cours d'une année , pour que,
chaque mois fourniffe une defcription nouvelle
: Il n'y a que les faifons dont la difference
foit affez marquée .
Je ne dirai que peu de chofe fur les
Eglogues fuivantes. J'ai tâché de renfermer
dans les quatre premieres,tous les fujets que
les Critiques avoüent être convenables à la
Poëfie Paftorale. Les defcriptions des faifons
y font beaucoup plus diverfifiées que
celles de Spencer ; & pour augmenter cette
varieté , j'ai cu foin de défigner les heures
du jour , de décrire les occupations des
Pafteurs dans chaque faifon & dans chaque
heure de la journée , & de peindre les
fcenes champêtres , ou les lieux propres à
1* LE MERCURE
ces occupations. Enfin , j'ai û égard_aux
differens âges de l'homme , & aux pallions
qu'il pollede fucceffivement.
Mais aprés tout , s'il y a quelque chofe
de bon dans ces Eglogues , j'en fuis redevable
aux meilleurs Auteurs de l'Antiquité.
Je les ai lûs & relûs foigneufement , & je
me flatte de n'avoir rien negligé pour parvenir
à les imiter.
Le Mariage par Lettre de Change.
Nous avons dans nôtre İfle un de nos
Habitans , qui y eft venu fort jeune,
& qui n'en eft point forti depuis fon arrivée.
Il eft d'une fort honnête Famille , établie
dans une Province Maritime de France . Son
pere s'êtant trouvé engagé dans une mauvaife
affaire,fe vit obligé de fortir du Royaume,
& n'ût que le tems de s'embarquer à la
hâte
,
avec ce fils qui n'avoit alors que 9.
à 10. ans. Il étoit veuf, & cet enfant étoit
le feul qui lui fût refté de trois autres qu'il
avoit ûs pendant fon mariage . Le peu qu'il
avoit de bien en France , fut bientôt diffi
pé. Ses Creanciers s'en faifirent d'une par
tie , & la Juftice, de l'autre . Il ne fauva da
naufrage que quelque argent comptant . Ce
fut avec ce foible fecours qu'il débarqua
dans nôtre Inc , où il mourut dans l'année.
DE FEVRIER. 13
Le chagrin qu'il conçut de fa déroute , plus
par rapport à fon fils que par rapport
lui même , le plongea dans une mélancolie
qui le mina peu à peu , & qui jointe au
changement du climat , le mit bientôt au
tombeau. Comme l'affaire qui l'avoit obligé
de chercher un azile dans le nouveau
Monde , étoit de celles où il entre plus de
malheur que de crime qu'il lui ût même.
éte aifé de s'en tirer , s'il n'avoit û en tête
des Parties puiffantes dont le credit l'accablas
on le plaignit & on ne le vit point
mourir fans regret . Entre les amis qu'il s'étoit
fait en ce Païs - ci , il y en ût un qu'une
pareille avanture y avoit amené plufieurs
années auparavant , & que la conformité
de leur fort lui attacha plus particulierement,
Comme ce dernier étoit à fon aife ,
il l'obligea à loger chez lui , en ût tous les
foins poffibles pendant fa derniere maladie;
& pour le délivrer de l'inquietude qui le
tourmentoit le plus , par rapport à l'âge de
fon fils & à l'état où il le laiffoit dans un
Païs fi éloigné de fa Patrie cet amy l'affûra
qu'il tiendroit lieu de pere à cet enfant,
& qu'il auroit autant de foin de la fortune,
fi c'étoit le fien même . Ce fut avec une
promeffe fi confolante pour fon ami , qu'il
lui ferma les yeux. S'il ût la generofité de
le promettre , il n'ût pas moins de fidelité à
tenir ce qu'il avoit promis. Il fe trouvoit
même d'autant mieux en fituation de le
que
14
LE MERCURE
faire , qu'ayant toûjours û une averfion infurmontable
pour le mariage , il étoit reſté
garçon , aprés avoir refufé des partis fi
avantageux , qu'il n'y avoit pas d'apparence
qu'il s'en prefentât jamais qui fuffent
-capables de le tenter. Il fe chargea donc
avec plaifir du fils de fon ami , à l'éducation
duquel il ût autant d'attention que s'il
lui ût appartenu . Il s'y livra peu à peu par
inclination , avec d'autant plus de raifon
que cet enfant qui avoit le naturel fort bon ,
répondoit par fa reconnoiffance & fa docilité
, aux bontez & aux foins de fon bienfacteur
. Celui - ci le mit au fait de toutes fes
affaires , dés qu'il le vit en âge d'en prendre
connoiffance , & trouva dans lui tant
- d'intelligence & de fidelité , qu'aprés l'avoir
connu & éprouvé durant 15. ans , il le fit
en mourant , fon legataire univerfel . Voila
comme ce jeune homme , qui étoit arrivé
ici fans bien & fans reffource , & qui s'y
étoit trouvé Orphelin , fe vit à 25. ans un
des plus riches Particuliers de nos Ifles ; del
forte que la Providence fembloit s'être fervi
du malheur de fon pere , pour lui menager
une fortune infiniment plus confiderable
qu'il n'auroit pû la trouver en France.
C'eft furquoi il y auroit bien des reflexions
morales à faire ; La feule à laquelle je m'arête
, & que cent exemples dont j'ai été
témoin , ont gravé bien profondément dans
mon efprit ; c'eft que dans les difgraces , i!l!
DE FEVRIER.
IS
n'y a qu'à fe refignerà la volonté de Dieu &
faire fon devoir avec cette confiance , que
Dien fait tout pour le mieux ; qu'il fçait tirer
le bien du mal , & que tôt ou tard , il
affifte ceux qui le craignent & qui lefervent.
Je reviens à nôtre legataire : Il fembloit que
Cece jeune homme fe trouvant dans un état
d'opulence , par la riche fucceffion qu'il
venoit de recueillir , ne dût fonger qu'à
jouir de fa fortune : On lui prefenta même
de fort bons Partis , s'il ût voulu fe marier
; mais , foit que ledéfunt lui ût inſpiré
la même averfion qu'il avoit ûe toute la
vie pour le mariage , foit que l'attachement
qu'il avoit à fon negoce auquel il fe donnoit
tout entier , lui fit craindre les embarras
du mariage , il ne voulut point y entendre.
Il ne fongea qu'à faire valoir &
augmenter le bien dont il étoit en poffefllion;
ily a fi bien réuffi , que depuis 25. ans
qu'il en eft le maître , il l'a triplé ou même
1 - quadruplé . On ne peut pas cependant attribuer
ceci à avarice ni à defir d'accumuler ;
car , perfonne n'ufe plus noblement de ſa
fortune qu'il le fait : Il eſt trés -liberal, affifte
genereufement tous ceux qui ont besoin de
fecours ; il les prévient lui-même là deflus,
& fait d'ailleurs de trés - grandes aumônes .
Mais , comme il a été élevé trés- jeune dans
la pratique du commerce propre de nos Ifles ;
qu'il fait fon plaifir de tout le détail de nos
habitations & de nos plantations , & qu'il
16 LE MERCURE
n'en connoît prefque point d'autre , cela
joint à la benediction que Dieu a bien voulu
donner à fes travaux , a fait qu'il eft devenu
trés - riche , fans prefque chercher à
s'enrichir .
Cependant , comme il y a un âge où l'on
commence à fonger au repos , & où l'on
fe borne à jeüir de ce qu'on a amaflé, nôtre
legataire le voyant approcher de jo . ans ,
& regorgeant de biens qu'il ne fçavoit à qui
laiffer après la mort , vint à confiderer qu'il
ne manquoit à fon bonheur que de voir
naître de lui des heritiers dans qui il pût
revivre , en leur tranfmettant fon nom &
fes biens : Il fit reflexion d'ailleurs , que
dans le deffein qu'il avoit de fe reduire à
l'avenir à un genre de vie moins diftrait &
plus tranquille , il devoit le donner au - dedans
une focieté qui remplaçât le vuide des
Occupations qu'il alloit retrancher au- dehors.
La reflexion de fe marier étant donc
prife , il ne fut plus queftion que de chercher
une Femme . De tous les Partis qui
pouvoient lui convenir en ce Païs- ci , il
n'en trouvoit point qui fût à fon gré . On
eft moins piqué de ce qu'on voit tous les
· jours. D'ailleurs , il eft de nos Iſles comme
des petites Villes , où l'on fé connoît
trop les uns & les autres , pour ne pas s'appercevoir
des défauts de fon prochain , &
pour n'en pas prendre infenfiblement quelque
dégoût.J'ajouterai qu'il ne pouvoit pas
Le
DE FEVRIER. 17
fe marier dans le Païs,fans époufer en mê
me tems les interêts de la Famille où il prendroit
une femme ; chofe à quoi il trouvoit
des inconveniens qu'il étoit bien aife d'éviter
, auffi bien que l'inimitié qu'il pourroit
s'attirer de la part des Habitans qui avoient
des filles à établir , s'il s'ailioit à l'un plûtôt
qu'aux autres. Toutes ces confiderations
bien pefées , fon premier foin fut de tenir
fort fecrette la refolution qu'il avoit formée
de fe marier , & enfuite de fe faire venir
de France une femme telle qu'il la fouhaitoit.
Le plus für auroit été de faire la chofe
par lui même ; mais , le fouvenir du déplorable
état où il étoit reduit, lorfque fon
pere avoit été obligé de quitter la Patrie
la lui avoit renduë odieufe en quelque forte.
Il étoit d'ailleurs accoûtumé au climat de
l'Amerique , & ne fe fentoit plus en âge
de hazarder un voyage de long cours. Il fe
détermina donc à fe confier à un ami fidele ,
fur un choix qu'il ne pouvoit faire par
même . Il avoit à Paris un Correfpondant
avec qui il étoit en relation depuis 20. ans ,
& de la probité duquel il avoit û tout le
tems de s'affûrer. Il s'adreffa à lui , & comme
il ne connoiffoit guéres d'autre ſtile que
celui dont il ufoit dans fon negoce , il
traita une affaire d'amour, du même air dont
il traitoit les autres affaires . Car , à la fuite
d'un bon nombre de commiffions dont il
luichargeoit
fon Correfpondant , il mit celle-
B
1-8 LE MERCURE
aj . ans ,
ne
ci pour la derniere , à peu prés dans ces
teries. Plus ; attendu que j'ai pris la refolution
de me marier , & que je ne trouve
point ici de Parti qui me convienne
manquerez de m'envoyer auffi par le premier
Vaiffeau une Fille de la qualité & de figure
quifuit. De Dot je n'en demande point ;
du refte , d'honnête Famille , entre 20. &
de taille mediocre & bien propor
tionnée , de vifage agreable , d'humeur douce
, de moeurs fans reproche , de bonneſanté,
& de conftitution affez forte pour refifter an
changement de climat , & qu'il ne foit befoin
d'en chercher une feconde ,fi la premiere venoit
à manquer ; à quoi il faut obvier autant qu'il
Je pourra , où l'éloignement & les risques du
tranſport. Arrivant ici conditionnée comme
ci- deßus , & rapportant la prefente Lettre
endoffée de votre part , ou du moins copie
d'icelle bien & dûement legalifée , à ce qu'il
n'y ait erreur ou ſurpriſe , je m'oblige &
m'engage à acquitter ladite Lettre , en époufant
dans les fix femaines la Femme qui en
fera chargée en foy de quoi ai figné la pre-
·fente le 12. de .... N.
તે
On ne peut être plus furpris que le fut ,
à ce que j'ai fçu, le Correspondant de nôtre
Ameriquain. Lors qu'il en vint au dernier
Plus de fa lettre , il le relat plufieurs fois ;
& plus il le relifoit , plus il lui paroiffoit
nouveau. Qu'un Habitant des Ides prêt des
mefures pour faire venir de France une
DE FEVRIER 19
Femme qui lui convint , la chofe n'avoit
rien d'extraordinaire ; elle étoit dans les
regless mais que fans y faire d'autre façon,
il confondit cet article parmi les autres de
fon negoce , & mit en quelque forte la future
au rang des balots qu'on devoit lui envoyer
, le procedé ſembloit bizare & l'étoit
en effet. Le Correfpondant admiroit furtout
le ftile laconique & concis de fon ami,
dans la déduction des qualitez qu'il exigeoit
pour la future , & fur une matiere qu'on
n'a pas coûtume de traiter avec tant de précifion
; mais plus encore , dans la précaution
fage & avifée de la lettre endoßée de
lui,ou de copie d'icelle bien & duement legalifée.
Il reconnut à cela l'efprit de commer
ce naturellement défiant & accoûtumé à
prendre fes furetez.
Cependant , toutes reflexions faites
il fallut fonger à fervir fon ami felon fon
goût. Outre les foins que le Correfpondant
fe donna lui - même pour lui trouver une
femme telle qu'il la demandoit , il mit encore
des gens en quête,pour lui en découvrir
quelqu'une qui ût les qualitez requifes ; à
quoi il ne fut pas aifé de parvenir . Teile
avoit de la beauté qui manquoit de douceur;
telle avoit de la douceur qui manquoit
du côté de la beauté : L'une étoit
trop grande , l'autre trop petite ; & s'il
sen trouvoit quelqu'une qui ut tous les
autres avantages , la délicatele de fa com
Bij
20 LE MERCURE
plexion les rendoit inutiles , par rapport
la condition qu'avoit expreflément ftipulée
l'Ameriquain , qui fut telle qu'il ne fallût
pas y revenir à deux fois , vu les risques du
transport. Enfin aprés bien des recherches,
le Correfpondant crut avoir trouvé le fait
de fon ami dans une jeune Demoiſelle de
trés bonne Famille , & à qui il ne manquoit
que du bien pour être établie : Elfe
étoit bien-faite & paffablement belle , d'une
douceur inalterable , & d'un efprit poli &
trés-cultivé ; ce qui étoit plus que le futur
n'en demandoit. Elle commençoit à entrer.
dans fa 25. année, & paroiffoit d'une complexion
auffi robufte qu'on peut l'avoir à
cet âge. On propofa la chofe à la Demoifelle
& comme elle ne fubfiftoit que par
;
le
moyen
d'une vieille Fante affez chagrine,
qui l'avoit retirée auprés d'elle & avec qui
elle avoit beaucoup à fouffrir , elle accepta
de bon coeur un parti qui la tiroit d'une
captivité , qu'il n'y avoit qu'un befoin extreme
qui fût lui rendre tolerable. Elle êt
même d'autant moins de repugnance à
paffer aux Ifles , quelque effraïant que pût
être un pareil voyage pour une fille de fon
âge, & de plus Parifienne , qu'elle fe fouvenoit
d'avoir oui dire à feue fa mere , qu'elle
avoit dans ce Païs - là des Parens qui y ¿-
toient fort à leur aife .
Le Correfpondant ût à peine trouvé ce
qu'il cherchoit pour fon ami, qu'il fut avertį
DE FEVRIER. 21
qu'on chargeoit à la Rochelle un Vaiffeau
pour les Ifles , & que ce Vailleau partiroit
au plûtard dans fix femaines. Il ne manqua
pas fur cet avis ,de preparer toutes les Marchandifes
qu'il devoit envoyer à fon ami;
il ordonna fes balots qu'il fit partir pour la
Rochelle , la future brochant ſur le tout
bien équipée , bien nippée & munie furtout
d'une copie de la lettre à l'Ameriquain
, legalifée en bonne forme & endoffée
de la main du Correfpondant , fans
préjudice de la facture des Marchandiſes
qu'il envoyoit , & dont le dernier article
étoit couché en ces termes : Plus , une fille
entre 24. & 25. ans , de la qualité , figure
& condition specifiée dans le Memoire reçû,
ainfi qu'il appert par les atteftations & sertificats
qu'elle porte avec elle. Ces Pieces
furent une précaution que des perfonnes
qui s'intereffoient à la Demoiselle , crurent
ne devoir pas negliger avec un homme d'un
caractere auffi exact , & d'un efprit auffi
litteral que le paroiffoit le futur époux : Ils
confidererent qu'il étoit à propos d'aller au
devant de toute chicanne , en juftifiant que
la Demoiſelle avoit toutes les qualitez requifes
& ftipulées expreffement dans le
Memoire. A l'égard de la taille & de l'agrément
de la perfonne , la vûe feule en
faifoit foy ; l'âge étoit verifié par fon Extrait
de Bâtiftaire , & les bonnes moeurs
par l'attestation du Curé. Les Voifins ren12
LE MERCURE
doient témoignage de fa douceur par un
Acte exprés , où ils dépofoient que la Demoifelle
ayant demeuré trois ans auprés d'une
Tante infirme & d'une humeur très difficile
elle ne lui avoit jamais donné le moindre mécontentement.
Enfin , la bonté de fa conftitution
étoit certifiée par un refultat de confultation
fignée de quatre Medecins de la
Faculté.
Ce fut avec tous ces Actes dreffez dans
la meilleure forme qu'il le pouvoit , que la
Demoiſelle alla s'embarquer dans un Vaif,
feau Marchand qui faifoit route pour l'Amerique.
Les uns la plaignoient , ne doutant
point qu'elle n'ût beaucoup à ſouffrir
avec un homme du caractere de fon futur
époux , dont le procedé mécanique & groffier
dans la maniere de traiter fon mariage,
ne fembloit pas annoncer beaucoup d'agié.
ment dans le mariage même. D'autres fur
le témoignage du Coriefpondant , en jugeoient
autrement. Car , celui- ci le
garentiffoit
trés honnête homme & d'un efprit
trés - bien fait capable de focieté & fenfible
à l'amitié: Qu'abîmé dans la difcuffion dẹ
fon negoce , il n'avoit pas û grande occafion
de fe polir ; mais qu'à cela prés , il
étoit homme d'un caractere à rendre une
femme heureufe , & même à fe laiffer gouverner
par elle , pour peu qu'elle voulût
s'aider par fon attachement & fa complaifance
pour lui.
DE FEVRIER 23
En même tems que le Correfpondant fir
partir la Demoiſelle , il écrivit à ſon ami
par la voye d'Espagne , adreffant fa lettre
à un Marchand de Seville avec qui il étoit
en relation , & qui faifoit un gros com
merce à l'Amerique : Il prioit ce Marchand
d'envoyer fa lettre par le premier Vailleau
qui partiroit pour le nouveau monde , &
de faire enforte qu'elle fût rendue fidellement
à fon adreffe. C'étoit une lettre d'avis
par laquelle il l'informoit qu'il lui envoyoit
par tel Vaiffeau, une fille de l'âge , caractere
& condition, en un mot , telle qu'il l'avoit demandée
pour en faire fa femme . C'est tout ce
qu'il lui mandoit , fans lui en apprendre le
nom ni la Famille, craignant que s'il entroit
dans ce détail , fon ami ne s'informât de
ce qui pouvoit la regarder , & que , comme
fouvent on eft plus porté à dire du mal
de fon prochain , qu'à en dire du bien , il
ne fe laiffat prevenir par quelques mauvais
contes , tels que de mauvaifes langues en
font quelquefois fans fçavoir pour quoi . Le
Correfpondant lui envoya quatre ou cinq
Slettres d'avis de cette forte par des voyes
differentes ; afin que fi le Vaiffeau qui portoit
la future , tardoit en voyage , il apprîc
du moins par quelqu'une de ces lettres , que
la Demoi felle étoit en chemin , & qu'il pût
attendre fon arrivée plus tranquillement.
Il n'y avoit gueres que deux mois que la
Demoiſelle étoit en route , qu'il commen-
.
24 LE MERCURE
•
ça à courir un bruit que le Vaiffeau qui
la portoit , avoit fait naufrage & quetout
y étoit peri. Le Correfpondant écrivit à la
Rochelle pour s'informer du fait ; on lui répondit
que c'étoit le bruit commun ; mais
que comme on n'en avoit point encore de
preuve , il falloit attendre quelque nouvelle
plus pofitive , & que fi on apprenoit quelque
chofe , on ne manqueroit pas de l'en
inftruire . Effectivement deux mois aprés ,
on lui manda que le bruit qui s'étoit répan
du du naufrage du Vaiffeau dont il étoit en
peine , n'étoit que trop vrai que ce Vaiffeau
avoit été battu de la tempête durant
. 3. jours, à la hauteur des Iles du Cap vert,&
qu'au troifiéme il avoit été englouti fans
qu'il s'en fût fauvé perfonne , hors un Matelot
, qui,aprés avoir erré fur la Mer pendant
deux jours à la faveur d'une planche ,
avoit été retiré du milieu des flots par un
Vaiffeau qui l'ayant apperçu , l'envoya
prendre dans fa chaloupe , mais fi épuifé
& en fi mauvais état , qu'il étoit mort au
bout de huit jours , après avoir rapporté la
trifte catastrophe de fon naufrage dont il ne
croyoit pas qu'aucun autre que lui , fe fût
échapé. Le Cortefpondant bien affligé de
ce malheur dont il ne pouvoit plus douter,
attendit le départ du premier Vailleau ,
pour mander la chofe à fon ami qu'il connoiffoit
aflez humain & affez defintereffé ,
pour prefumer qu'il feroit encore plus toucké
DE FEVRIER.
25
ché de la perte de la Fille qui alloit pour l'é-
-poufer, , " que de celle de fes Marchandifes.
Du refte , il refolut d'attendre , en confequence
de cet avis , de nouveaux ordres
fur ce qu'il auroit à faire. Il n'attendit pas
long-tems , Sa Lettre n'étoit pas encore partie
,lorſqu'il en reçût une de fon ami qui lui
mandoit, qu'il avoit reçû trois de fes premieres
lettres d'avis ; mais que le Vaiffean qui
portoit la femme qu'il lui envoioit, êtant peri
incontestablement , fuivant toutes les nouvelles
qu'il en avoit , il falloit recommencerfur
nouveaux frais , tant pour les Marchandifes
qu'il regretoit peu , que pour la Femme dont
le malheur le touchoit d'autant plus , qu'il en
étoit l'occafion quoiqu'innocente : Que Suppofé
qu'il fe trouvât encore quelque Fille du caractere
qu'il lui avoit marqué , qui ût affez
de refolution pour courir le rifque du transport,
& que lui même ne fût point rebuté du
mauvais fuccez de la premiere tentative , il
le prioit de lui envoyer par le premier Vaiffeau
qui partiroit , une cargaison complette
& pareille à celle qu'il lui avoit envoyée par
le Vaiffeau qui étoit peri. Si les Marchandifes
furent ailées à remplacer , il n'en fut
pas de même de la Demoiselle . La trifte
avanture de la premiere en effraya plufieurs
qui , fans cet incident , auroient volontiers
accepté le parti : Enfin , il s'en trouva une
qui , à la veille d'entrer afg malgré elle.
dans nu Convcas : faute d'aunte ».louse ,
ن م
26 LE MERCURE
aima mieux s'expofer à tous les dangers de
la Mer , que d'embraffer un état que la Famille
la forçoit de prendre , & pour lequel
elle ne fentoit nulle inclination : Elle joignoit
à toutes les qualitez de la premiere, &
plus de naiffance & plus de beauté , mais
auffi un peu plus de fiereté ; ce qui ût pû
être un obftacle , fi fon bon efprit ne l'ût
rendue capable de toute la complaifance
neceffaire pour rectifier ce défaut. On prit
à l'égard de celle - ci , toutes les précautions
qu'on avoit prifes pour la precedente ; Extrait
de Bâtiftaire , Atteftations , Certifi
cats , rien ne fut oublié ; elle partit , munie
de tous ces actes authentiques , & fut fi
heureuſe dans le cours de fon voyage , que
fans avoir effuyé la moindre bourafque ,
elle arriva ici en moins de fept femaines..
Nôtre Ameriquain qui étoit dans l'attente
& dans l'impatience , fut des premiers
à fe rendre fur le Port , bien curieux d'apprendre
, s'il trouveroit dans ce Vaiffeau
celle qu'il attendoit avec tant d'ardeur.
Car , quoique fon Correfpondant lui ût
envoyé , comme la premiere fois , plufieurs
lettres d'avis , le Vaiffeau avoit fait tang
de diligence , qu'aucune de ces lettres n'avoit
pu le prevenir. Il étoit donc encore
dans l'incertitude , lorfqu'il vit defcendre
dans la Chalouppe, une jeune Demoiſelle
d'un air fi noble , & qui lui parut fi belle ,
qu'il fouhaita de tout fon coeur que ce fût
DE FEVRIER. 27
celle qu'il attendoit . Il la vit encore de plus
prés , lorfqu'êtant débarquée , elle prit le
chemin de nos Habitations , & plus il la
confidera & plus il en fut enchanté . Plufieurs
de nos Dames que la curiofité avoit
attiré fur le Port , ne virent pas plûtoft la
Demoifelle , qu'elles vinrent avec emprellement
au devant d'elle , & chacune fe difputoit
à qui lui offriroit fa maiſon ; mais ,
elles furent enfin obligées de ceder à la plus
confiderable de leur compagnie , pour laquelle
elles ne purent fe difpenfer d'avoir
cette compla fance. L'affaire qui l'amenoit
dans nôtre Ifle , étoit encore un fecret pour
tout le monde. Ce qu'on avoit pû conjecturer
dans le Vaifleau qui l'avoit apportée ,
étoit qu'elle venoit fe marier ici , mais on
ignoroit à qui. La Dame qui s'en étoit emparée
, l'emmena auffi tôt chez elle , tandis
que d'autres fe chargerent d'y faire porter
fes paquets & fes hardes . Il n'étoit
qu'une heure aprés midi lorfqu'elle débarqua
; & nôtre Ameriquain en avoit été fi
touché , depuis le moment qu'il l'ût apperque
, qu'il ne la perdit plus de vue & qu'il
la fuivit toujours des yeux ,jufqu'à ce qu'elle
fût entrée dans la maifon où on la conduifoit
. Ne pouvant plus la voir , il retourna
fur le Port pour prendre langue de ceux
qui arrivoient , & s'informer adroitement
de ce qui pouvoit regarder la jeune Demoifelle
à qui il s'interefloit déja fi fort : Mais,
Cij
28 LE MERCURE
comme il n'ofoit en demander directement
des nouvelles , il jugea que s'il y avoit des
balots pour lai fur le Vaiffeau la Fille
qu'il attendoit , & qui faifoit partie des
Marchandifes qu'il avoit demandées à fon
Correfpondant , y feroit auffi , & que ce
ne pouvoit être que la jeune Demoiselle
qu'il avoit vûë & qui avoit fait fur fon
coeur la premiere impreffion qu il ût jamais
reçue : Il s'informa donc avec grand empreffement
, fi le Vaiffeau étoit chargé de
quelques Marchandifes pour fon compte ,
& il apprit qu'il y avoit plufieurs balots
pour lui . A cette nouvelle , il ne douta prefque
plus de ce qu'il fouhaitoit tant d'apprendre
; & fe perfuadant que la Demoifelle
n'auroit pas plutôt pris un peu de repos
, qu'elle lui feroit fçavoir fon arrivée ,
il s'en retourna chez lui , fans fe mettre trop
en peine de fes Marchandiſes , & refolut
d'y demeurer jufqu'à ce que fa future pretendue
l'informât de fon arrivée ; mais tout
le refte du jour le paffa fans qu'il entendît
parler de rien. Le lendemain ne le rendit
pas plus fçavant . Le troifiéme jour enfin ,
il perdit patience , & fur quelque pretexte
pas de peine à trouver , il alla
qu'il n'où
logeoit
la
Dame
qui
faifoit
l'objet de fes defirs ; mais , il fut encore
trompé dans fon attente car , quelque
mouvement qu'il le donnât , & quoiqu'il
parcourût des yeux tout l'appartement de ia
DE FEVRIER. 29
Dame , il ne put jouir du plaifir de voir
fa nouvelle débarquée , ni rien apprendre
qui le fatisfit. Cependant , comme il ne fe
retiroit point , flottant toûjours entre la
crainte & l'efperance , la Dame de la maifon
ne put fe difpenfer de le retenir à fouper
; il s'en fit d'autant moins prier , qu'il
efpera qu'il pourroit à la fin voir la Demoifelle.
Mais , quel fut fon chagrin, lorf
qu'au moment qu'on fervit , en vint faire
des excufes de l'aimable Etrangere , qui
fe trouvant un peu indifpofée , ne pouvoit
avoir l'honneur de fouper avec la Compagnie.
Ce contre- tems le démonta fi fort
que la Dame qui l'obſervoit , lui demand
s'il étoit indifpofé lui - même . Cette quel
tion à laquelle il ne s'attendoit pas , acheva
de le déconcerter encore davantage . Enfin
on fe mit à table , & il ne parut fe ranimer
, que quand la Dame du logis fe mit
à s'étendre fur les louanges de la jeune
Hôteffe , fans paroître d'ailleurs inftruite
de ce qui l'attiroit dans nôtre Ifle . Elle
l'étoit pourtant , & voici comment elle
l'avoit été. La future qui avoit l'efprit un
peu prevenu fur le chapitre de celui à qui
on l'avoit deſtinée pour femme , & qui
craignoit que ce ne fût un homme bifarre
& propre à la rendre malheureuſe ; étoit
partie de France dans la refolution de ne
le point époufer , fuppofé qu'elle lui trouvât
des manieres trop groffieres. Prevenue
C iij
30
LE
MERCURE
un peu ou beaucoup pour elle - même , fuivant
l'ufage des Parifiennes , elle fe flattoit
qu'il pourroit s'en prefenter quelqu'autre
qui lui conviendroit davantage : C'eft ce
qui fit qu'elle ne voulut pas d'abord fe déclarer
. Son premier foin fut de s'informer
de la Dame chez qui elle logeoit des caracteres
des principaux Habitans de nôtre
Ifle. Celle - ci lui en fit un petit détail affez
inftructif ; & quand fe vint à l'article de
nôtre homme , elle s'étendit fort fur fes
grands biens , & plus encore fur la generofité
& fur fes autres bonnes qualitez , ajou
tant qu'il n'avoit jamais voulu fe marier ,
& que c'étoit dommage , parce qu'elle ne
connoiffoit perfonne plus propre à rendre
une femme heureufe. La Demoiſelle ût
bientôt pris fon parti fur ce portrait ; elle
fit confidence à la Dame du fujet de fon
voyage , & on fongeoit déja à preparer le
dénouement , & à l'attirer dans la maifon
pour le faire voir à fa future , lorfqu'il
vint s'y prefenter de lui-même. Quoiqu'elle
ne fe montrât pas , elle ne laiffa pas de
Pobferver à travers une porte vitrée. Sa
figure ne lui parut pas defagreable ; & l'ayant
fait retenir à fouper , elle convint avec la
Dame chez qui elle étoit , de la manierè
dont fe feroit ce dénoücment. Comme on
en étoit au fruit , la Dame du logis porta
aux Conviez la fanté de fa charmante Hôteffe
; toute la compagnie y répondit avec
DE FEVRIER.
3r
joye ; mais , perfonne ne le fit d'une maniere
plus demonftrative que nôtre Amoureux
; regretant fort que la Demoiſelle ne
fut pas prefente. En verité , dit la Dame
j'en fuis plus fâchée que qui que ce foit
& je vais faire une tentative auprés d'elle ,
pour l'engager à paroître à table au moins
pour un moment ; je fuis perfuadée que fi
elle le peut , elle ne fe refufera pas aux defirs
de la compagnie . La Dame fortit effectivement,&
rentra un inftant aprés avec
l'aimable Parifienne qu'elle tenoit par la
main : Elle lui fit prendre place à table à
côté d'elle , & vis-à - vis de fon futur, dans
les yeux duquel l'amour fe lifoit tout crud
au travers de l'étonnement & de la furprife
. On recommença à boire à la fanté de la
jeune Demoiselle ; & la Dame du logis la
porta à nôtre homme , en l'appellant par
fon nom. A ce nom , la Demoiselle fit
l'étonnée , & lui adreffant la parole ; vraiment
, lui- dit'elle , Monfieur , d'un air ingenu,
je ne fçavois pas que vous fuffiez ici,
je devois envoyer demain chez vous pour
un affez mauvais compliment que j'ai à
vous faire. Ah Mademoiselle , reponditil,
avec embaras , il ne m'en fçauroit venir
de mauvais de vôtre part ! Mais encore, de
quoi s'agit il Il s'agit , reprit'elle , d'une
Lettre de Change que j'ai à tirer fur vous.
Vous fçavez que dans des voyages de long
cours , tel que celui que je viens de faire >
Cij
32
LE MERCURE
on ne fe charge pas de beaucoup d'argent .
En difant cela , elle foüilloit dans fa poche,
& ayant tiré un papier de fon Porte- lettre,
elle le lui prefenta. Nôtre Iflois le prit avec
empreffement , & jettant les yeux deflus ,
y vit une copie bien legalifée de la lettre
qu'il avoit écrite à fon Correfpondant , &
au dos étoit écrit de la main de celui- ci ,
que la perfonne qui la lui prefenteroit , étoit
l'Eponfe qu'il avoit demandée. A cette lecture
, il ne fut pas maître de lui- même, &
fe levant avec tranſport : ah , Mademoiſelle
lui dit'il , tout enflammé ! je n'ai jamais.
protefté de Lettre de Change en ma vie ,
& je vous jure bien que je ne commencerai
pas par celle- ci : Je fuis le plus heureux
des hommes , fi vous voulez bien confentir
à la ratifier Oy , Monfieur , repondit
elle, & j'y confens d'autant plus volontiers,
que je le fais avec connoillance de caufe ;
& qu'aprés avoit fait toutes mes informations
fur vôtre chapitre , je n'ai rien appris.
qui ne m'infpirât une eftime parfaite pour
vous. Un confentement fi gracieux mit
nôtre homme hors de lui - même ; il fortit
de table tout tranfporté , & alla prendte
la main de fa future qu'il baifa avec toute
la tendreffe d'un Amant de Roman . Tout
le monde le felicita fur fon bonheur , & il
s'en felicitoit lui- même. Il auroit voulu que
le mariage fe fût fait dés le lendemain ;
mais , fa Maitreffe ayant demandé un dé-
:
DE FEVRIER. 3*
lai de huit jours , pour le remettre des fatigues
de la Mer, ce ne fut pas fans fe faire
beaucoup de violence , qu'il confentit à
voir differer fon bonheur : Il ne s'en confola
qu'en employant ces huit jours à ordonner
les preparatifs d'une nôce magnifique
il envoyoit tous les jours de nouveaux
prefens à fa Maitrelle , & en paffoit une
partie avec elle. Il touchoit prefque au
terme de fa felicité , lorfqu'il le vit differé
par une avanture à laquelle il ne s'attendoit
pas. La veille du jour auquel il devoit celebrer
fon mariage, on vit arriver le matin
un Vailleau dans le Port . Entre les perfonnes
qui débarquerent les premieres , it
y avoit une jeune Femme qui ne fut pas
plûtôt defcendue fur le Port , qu'elle demanda
la demeure de nôtre Ameriquain ,
& qu'elle fe fit conduire à fon Habitation .
Comme il étoit prés de 11. heures du matin
, il s'étoit déja rendu dans la maiſon où
demeuroit fa promife , chez qui il venoit
d'envoyer les habits de nôces qu'elle devoit
porter le lendemain jour de la ceremonie
du mariage. C'est ce que repondirent
Les gens
à la Dame inconnuë , qui fort furprife
de la nouvelle qu'on lui apprenoit ,
fe fit mener auffitôt à la maiſon qu'on lui
avoit indiquée , & où elle demanda à parler
à l'homme en queftion . Il vint la trouver
dans une Salle où elle l'attendoit ; ik
refta interdit à la lecture d'un papier qu'elle
34 LE MERCURE
lui remit entre les mains . C'étoit une Let
tre de Change de la même espece que la
premiere , mais de plus ancienne datte. 11.
interrogea laDame fur ce que cela fignifiok;
elle lui repondit qu'il devoit le fçavoir encore
mieux qu'elle ; qu'il ne pouvoit pas
ignorer à quoi il s'étoit engagé par l'écrit
dont elle lui apportoit une copie bien lega .
lifée , & munie d'atteftations & de certifieats
tels qu'il pouvoit les fouhaiter : Que
c'étoit fur la foi de fon écrit qu'elle avoit
quitté fa Patrie , & avoit expofé à tous les
dangers de la Mer une vie qu'elle avoit à
peine fauvée de la fureur des flots , pour
le venir chercher au bout du monde & luk
donner la main . Les papiers étoient en bonne
forme , & la datte plus ancienne de prés
de huit mois , que celle de la Demoiſelle
que notre Commerçant devoit épouser lo
fendemain. Il comprit fans peine que cette
Dame étoit precifement celle qu'on lui avoit
adreffée la premiere ; mais il ne concevoit
pas comment avec toutes les certitudes.
qu'il croyoit avoir de la perte du premier
Vailleau , & de tout ce qui étoit dedans
elle avoit pû fe tirer fi brufquement du
fonds de la Mer , pour venir troubler malàpropos
les plus douces efperances de fon
coeur. Mademoiſelle , lui- dit'il , avec une
furpriſe mêlée de quelque chagrin : Cominent
avez-vous pû échaper à un naufrage
qu'on nous a affûré avoir enveloppé tout le
DE FEVRIER.
3.5
Feſte duVaiſſeau ? Je m'aperçois bien , repritelle
, que dans la difpofition où yous êtes ,
il feroit beauecup plus à propos que j'ûffe
peri avec les autres : Mais, quoiqu'il puiffe
en arriver , permettez- moi de n'être point
fachée que Dieu ait û pitié de mes jours ,
en favorifant les foibles efforts que je fis
pour me fauver. Je m'étois attachée à une
planche du bois de nôtre Vaiffeau ; les flots
me poufferent en cet état vers les Illes du
Cap verd : Il y avoit déja plufieurs heures
que je luttois contre les vagues , lorſque le
Ciel permit que des Pêcheurs qui m'apperçurent
de loin , vinrent me fecourir au moment
que je n'en pouvois prefque plus , &
que mes forces étoient épuifées. Ils me
menerent dans leurs Ifles , où touchez de
compaffion de mon état , ils me donnerent
un afile & une retraite chez eux ; je fus
même acueillie de leurs femmes avec bonté,
& j'en ai éprouvé la continuation durant
une petite verole qui m'y eft furvenuë &
dont je porte encore quelques marques legeres
La charité fcule & non l'intereft
puifque j'avois tout perda ) étoit l'unique
motif qui les engageok à me procurer tous
les fecours qui dépendoient de ces bonnesgens
. tant il eft vrai que cette vertu habite
moins dans les Palais que dans les Cabanes,
Pleine de reconnoiffance de leur zele offi
cieux , j'ai attendu moins impatiemment.
qu'il pallat quelque Vaiffeau qui touchât
LE MERCURE
vers ces côtes. Celui dans lequel je fais
venue , eft le premier qui y ait abordé &
dont j'aye pu me fervir pour me tanfporter
ici , où je croi m'apercevoir , Monfieur ,
que j'arrive trop tard & affez à contretems.
A ces mots , nôtre Ameriquain , pour
reparer la brufquerie de fon premier compliment
, le prit fur un ton plus doux &
plus gracieux ; il lui raconta naturellement
tout ce qui s'étoit paffé ; l'impatience avec
laquelle il l'avoit attendue ; l'affliction qu'il
avoit eu au bruit qui avoit couru de fa
mort ; que fur la certitude qu'il avoit cru.
en avoir , il avoit écrit à fon Correfpondant
pour lui envoyer une autre Femme ;
qu'elle n'étoit arrivée que depuis 8. jours ,
qu'il devoit l'époufer le lendemain , qu'il
lui avoueroit même que fon coeur étoit pris;
& que comme on ne fe défait pas , quand
on veut , des premieres impreffions , il ne
voyoit pas qu'il pút s'en jamais détacher :
Que cependant , comme elle étoit venue
fur fa parole , qu'elle avoit même couru rifque
de perdre la vie à fon fujet , il étoit
jufte qu'il entrât dans ces confiderations ,
& qu'il lui offroit tous les dédommagemens
raifonnables qu'elle pourroit fouhaiter.
C'eft ce qu'il lui fit entendre à fa maniere ;
& à quoi elle lui répondit, que la chofe étoit
affez de confequence pour en deliberer ;
qu'elle prendroit conſeil là deffus , & que
cependant elle le prioit de ne pas trouver
DE FEVRIER. 37
,
mauvais qu'elle formât oppofition à fon
mariage : Elle le quitta fur cela fans qu'il
pût la retenir , & s'êtant informée de la
demeure d'un habitant de cette ifle , que
feue fa mere lui avoit dit être de fes parens
, elle apprit qu'il étoit mort depuis
un an , & qu'en mourant , il avoit laiffé
-ce qu'il avoit de bien à un de fes amis javec
qui il étoit en focieté : Elle fe fit conduire
chez cet habitant , à qui elle fe fit
connoître comme patente de celui dont il
avoit herité , & lui expofa fon affaire . Celui-
ci étoit un homme de 35 ans qui n'é
toit point encore marié ; il fe crut obligé
par reconnoiffance , de prendre les interets
de la Parente de fon Bienfacteur ; il la mena
d'abord chez le Curé pour former oppofition
au mariage ; & l'ayant logée chez
une Dame de fon voifinage , il mit les fers
au feu , en lui faifant prefenter en Juſtice
une Requefte , dans laquelle elle concluoit ,
felon la Coûtume , à des dédommagemens
exorbitans. Comme il fallut produire les
papiers du procez , toute l'Ile fut imbue
dela maniere extraordinaire dont l'Intimé
s'y étoit pris pour fe faire venir une femmes
particularités que la Demoiselle arrivée
la premiere , avoit fagement diffimulées ,
pour fauver le ridicule qui en devoit retomber
neceffairement fur fon futur Epoux.
Pendant que le Procez s'agitoit , celui qui
avoit pris en main la Caule de la Demande38
LE MERCURE
reffe ; la voyoit tous les jours , & il ne put
le faire longtems , fans prendre de l'inclination
pour elle . Quoy qu'elle ût moins de
beauté que celle qui l'avoit fupplantée, elle
ne laiffoit pas cependant , malgré la petite
verole qui l'avoit peu endommagée , d'avoir
encore beaucoup d'agrément ; elle joignoit
à cela beaucoup d'efprit & de douceur ;
fon ami lui offrit fa main qu'elle accepta
avec reconnoiffance ; ce qui les difpoſa l'un
& l'autre à écouter plus favorablement
qu'ils n'avoient fait jufqu'alors , les propofitions
que leur faifoit faire leur Partie . On
convint de la Dot que celui- ci donneroit
en dédommagement à celle des deux Demoifelles,
qui , quoique la premiere en datte,
étoit arrivée la derniere ; & toutes les Parties
êtant d'accord , & les oppofitions êtant
entierement levées , les deux Mariages fe
firent le même jour & de concert . Nôtre
Americain voulut faire même les frais des
deux Nôces , difant agréablement , que
comme les deux femmes étoient venues
pour lui , c'étoit à lui à mettre la nappe
pour toutes les deux . Les Parties ont vêcu
depuis en bonne intelligence , & les deux
femmes ont été húreufes dans leur mariage.
On fait quelquefois la guerre à nôtre
homme fur cette avanture : Quand il arrive
quelque Vaiffeau , on l'invite à aller
voir s'il ne vient point encore quelque
femme par Lestre de Changes ce qu'il prend
DE FEVRIER.
39
en galant homme , & il eft le premier à en
rire : Et lorfqu'au débarquement on voit
defcendre quelque jeune Demoiselle , qui
paroît de taille à venir chercher un Epoux ,
elle ne manque gueres de trouver fur le port
quelque Plaifant qui lui dit , en paflant.
Mademoiselle , fi vous apportez une Lettre
de Change pour Monfieur .... je vous
donne avis qu'il ne peut l'accepter , & que.
· Vous venez trop tard.
UM
de
дне
l'on con-
Ne Relation nouvelle , fidelle & bien
circonftanciée d'un Païs
noist pen , eft un prefent digne du Mercure.
Je me fuis attaché jusqu'à preſent à varier
de tems en tems ce Recueil , des morceaux
de Voyages qui m'ont paru contenir des faits,
des découvertes qui ne fe trouvoient pas
dans les Relations ordinaires. Je ſuis perſuaque
les Amateurs de Voyages & les Geographes
furtout , me feront gré de cette attention.
Il feroit à fouhaitter pour l'utilité
Publique , que tous ceux qui ont de ces fortes
de Manufcrits , vouluffent bien me les
communiquer , je les déroberois peut - eftre
aux injures du tems par l'impreffion. Car ,
combien d'ex lentes chofes perdues , par la
negligence de ceux qui les poffedoient , lef
quelles auroient pas û ce fort , s'ils les a
voient mis en dépoft dans un Ouvrage Periodique
? Je rifque donc cet Avertiff.ment ,
40 LE MERCURE
pour inviter les perfonnes qui ont en leur
pouvoir des Pieces Fugitives , de quelque nature
qu'elles foient , d'avoir la bonté de me
les addreffer ; je me ferai honneur de les inferer
dans ce Livre. Il eft inutile prefentement
que je parle du merite de la Relation
manufcrite que je prefente ici. Par la lecture
, il fera facile de reconnoiftre qu'elle a
efté écrite par un homme trés- bien inftruit ,
qui ne cherche pas à en impofer , & qu'elle
eft auffi nouvelle que curienfe.
Defcription du Détroit & de la Baye
d'Hudfon , avec la maniere dont ces
Pays ont efté découverts.
•
A M... par M. Jeremie.
Our commencer mon Memoire par fon
.9
telligence , je dirai que ces Païs furent decouverts
par les Dangis , il y a environ
80. ans.
Le Détroit que nous nommons d'Hudson,
a pris ce nom de Henri Hudſon Anglois
qui le découvrit l'an 1612. Il a 120. lieues
de long & 16. ou 18. de large. Il eft bordé
des deux côtez , de rochers efcarpez
d'une hauteur prodigieufe , tous entrecoupez
de collines fombres où le Soleil ne
communique jamais fa lumieres la neige &
les glaces s'y voy.nt toute l'années ce qui *
coule
DE FEVRIER. 4
caufe des fraîcheurs terribles ; & fi l'on
ne profitoit pas des tems où elles font
moins fortes qu'en d'autres , il feroit impoffible
d'y naviger .On ne peut y paffer que
depuis le 15. Juillet jufqu'au 15. Octobre ;
encore dans ces faifons là , on eft quelquefois
obligé de donner dans des bancs de
glaces ; & il n'eft pas aifé de s'imaginer ,
comment un Navire peut s'y faire paffage ;
car , elles font quelquefois fi preffées les
unes contre les autres , qu'autant que la
vûe peut s'étendre , on ne voit pas une
goute d'eau. On fe grapine , c'eſt-à - dire ,
on faifit les Navires contre ces glaces com
me contre une muraille ; & lorfque par la
force des vents & des courans qui font
trés- violens dans ces endroits - là , il fe fait
quelqu'ouverture au travers de ces glaces ,
alors on met les voiles au vent , lorfqu'il eft:
favorable , pour fe faire paffage avec des
longs bâtons ferrez , Pour cet effet , on
pouffe ou on écarte ces glaces ; mais malgré
tous ces efforts , on y refte quelquefois
plus d'un mois embaraffe fans pouvoir a
vancer ; ce qui caufe la difficulté de ces
voyages. Car d'ailleurs , avec certaines pré--
Cautions on ne court pas plus de rifque
que dans les autres Mers.
>
Quoyque ce Détroit ſoit un pays tout à
fait inculte , & le plus ingrat de tous les
pays du monde , il y a cependant des Sau
vages que nous nommons Efquimaux, qui
D
42 LE MERCURE
habitent dans ces malheureux defetts. Ils
ont cela de commun avec le pays qu'ils occupent
, qu'ils font fi farouches & fi intrai
tables , que l'on n'a pas pû juſqu'à prefent
les attirer à aucun commerce . Ils font la
guerre à tous leurs voifins , & lorfqu'ils
tuent ou prennent quelques- uns de leurs
ennemis , ils les mangent tout crus , & en
boivent le fang. Ils en font même boire à
leurs enfans qui font à la mamelle , afin de
leur infinuer la barbarie & l'ardeur de la
guerre , dès leur plus tendre jeuneffe.
a
Ils font prefque toujours fans feu ,
caufe de la rareté du bois . Le froid y eft
cependant extraordinaire en quelque faifon
que ce foit . Ils logent pendant l'hyver
dans les creux des rochers où ils fe renferment
avec leurs familles : ils couchent
tous enfemble fans diftinction de fexe &
de parenté . Ils y reftent plus de huit mois ,
fans voir ni l'air , ni rien qui approche de
la lumiere. Ils ont la précaution pendant
les trois ou quatre mois d'Eté , d'amaffer
des viandes de balene , de vaches marines
& de loup marin , dont il s'en trouve beaucoup
dans tous ces pays là . Ils font toutes
leurs chales & tuent toutes fortes d'animaux
avec des fléches , à quoi ils font
fort adroits . Ils n'ont jamais eu l'ufage
d'aucunes armes à feu ni d'aucun ferrement
, à moins qu'ils ne furprennent quel
ques-unes de nos Chaloupes pêcheufes
DE FEVRIER . 43
Après qu'ils ont déchiré & mangé nos
pauvres matelots , ils fe fervent de ces
petits bâtimens pour aller d'un lieu à l'autre
; & lorfque ces chaloupes font hors
de fervice , ils les brifent ; afin de profiter
des cloux qu'ils forgent entre deux cailloux
pour leur ufage . Ils font des efpeces de
Bifcayenes , qu'ils couvrent de peau de loup
marin , au lieu de bordage. J'ai vû ces
Bifcayennes affez grandes pour porter plus
de cinquante perfonnes ; ils font auffi de
la même maniere des petits Conots , où ils
ne laiffent qu'une petite ouverture au milieu
pour la place d'une homme affis : cette
ouverture eft entourée d'une bourse
qui fe lie au travers du corps , de maniere
que les vagues leur paffent par deflus la
tête , fans que le canot s'empliffe d'eau .
Ils ont de grandes pagayes ou avirons plats
par les deux bouts ; ce qui leur fert comme
de balancier , fans lequel ils auroient
peine à fe tenir dedans , tant ces canots font
'petits .
9°
Ces Peuples different des autres Sauvages
, en ce que les Sauvages communement
n'ont point de barbe , & que ceux- ci aus
contraire en ont jufqu'aux yeux ; ce qui
a fait dire à quelques perfonnes qui ont
voulu penetrer leur origine , qu'il faut que
ce foit quelque Navire Bafque qui êtant à
la pêche , ait fait naufrage dans ces endroits
là & s'y foit multiplié depuis ce tems
Dij
44
LE MERCURE
Leur langage , quoique très- corrompu , a
cependant quelque rapport avec la langue :
Bifcayenne , ce qui donne lieu à cette conjecture
. Cette grande barbe qu'ils ne coupent
jamais , les rend fi affreux & fi hideux
qu'ils ont plûtôt la figure de quelque bête
farouche , que de celle d'homme ; car ils
n'ont que les bras & les jambes qui leur
donnent quelque reffemblance avec les autres
hommes .
A l'extremité de ce Détroit du côté du
Nord , il y a une Baye que nous nommons
Baye de l'Affomption , de laquelle on n'a
pas encore de connoiffance certaine . Quelques-
uns de nos Navigateurs s'êtant enga
gez infenfiblement dans cette Baye , environ
go . ou 40. lieuës , ils s'apperçûrent que
leurs compas n'avoient plus leurs mouvemens
ordinaires ; ce qui fait préjuger qu'il
y a infailliblement quelque Mine le long
de cette Baye , qui attire l'Aimant de
tous côtez On croit qu'il y a communication
du fonds de cette Baye au Détroit de
Davis. C'eft de cette Baye d'où fortent
prefque toutes les glaces qui fe déchargent
par le Détroit d'Hudfon . On ne fçait pas
encore comme ces glaces fe forment . Il y
en a de fi groffes , que leur fuperficie audeffus
de l'eau , furpafle l'extrémité des
mats des plus gros Navires . Nous avons û
une fois la curiofité de fonder au pied d'une
qui étoit échouée , où on fila cent braffes
DE FEVRIER.
de ligne fans trouver le fonds. Plus avans :
du côté de l'Queft , il y a une grande 10e
que nous nommons Phelipeaux , où il y a
quantité de vaches marines , & fans doute
que fi la faifon permettoit d'y faire defcente
, on pourroit y ramaffer beaucoup
d'ivoire ; ce qui ne laifferoit peut- être pas
d'être affez lucratif. Les dents de ces va
ches marines ont une coudée de long , &
font groffes comme le bras , d'une ivoire
prefqu'auffi belle que celle de l'élephant.
Cette Ifle n'eft point élevée comme le refte
du Détroit ;-au contraire , elle est fort pla
te, & fon rivage fablonneux caufe une af
pect tout à fait agréable. A l'oppoſite de
cette Ifle , il y a une terre fort plate que
nous appellons Cap de l' Affomption; duquel
je ne dirai aucunes particularitez , parce
qu'on ne l'approche pas d'affez prés pour y
faire aucune remarque.
Il faut prefentement revenir à notre premier
deffein , & dire que les Danois , aprés
avoir paffé tout le Détroit dont je viens
de faire la defcription , continuant toûjours
leur ronte vers le Nord , aborderent
enfin la Terre ferme à une Riviere que l'on
a nommée Riviere Danoife , & que les Sauvages
nomment Manoteoufibi , qui fignifie
Riviere des Etrangers. Là , ils mirent leurs
Vaiffeaux en hyvernement , & fe logerent
auffi du mieux qu'ils purent , comme gens
qui n'avoient nulle experience de ce pays >
46 LE MERCURE
& qui ne le défioient pas du grand froid
qu'ils avoient à combatre : Enfin , ils ef
fuyerent tant de miferes , que la maladie
s'étant mife entr'eux , ils moururent tous
pendant l'hyver , fans qu'aucun Sauvage
en ût connoiffance.
Le Printems venu , les glaces déborderent
avec leur impetuofité ordinaire , &
emporterent leur Vailleau avec tout ce
qui étoit dedans , à la referve d'un canon
de fonte d'environ 8. livres de balle , qui
y refta , & qui y eft encore tout entier ,
excepté le tourillon de la culaffe que les
Sauvages ont caffé à coups de pierres.
Les Sauvages furent bien étonnez l'Eté
fuivant , lorfqu'ils arriverent dans ce lieu ,
de voir tant de corps morts , & des gens
dont ils n'en avoient jamais vû de femblables
. La terreur s'empara d'eux , & les obligea
de prendre la fuite , ne fçachant
que s'imaginer en voyant un tel fpectacle.
Mais , lorfque la peur ût fait place à la
curiofité , ils retournerent dans le lieu où
ils auroient fait , felon eux , le plus riche
pillage qui jamais ait été fait . Mais malheurcufement,
il y avoit de la poudre dont
ils ne fçavoient pas les proprietez ni la vertu:
ils y mirent imprudemment le feu qui
les fit tous fauter , brûla la maifon & tout
ce qui étoit dedans ; de maniere les
que
autres qui vinrent après cux, ne profiterent
que des cloux & autres ferremens qu'ils
DE FEVRIER.
47
ramaffoient dans les cendres de cet incendie.
La Riviere Danoife dans fon embouchû
re , n'a pas plus de 500. pas de largeur &
eft fort profondes ce qui forme un grand
courant , lorfque la Mer entre & fort à tou
tes les marées avec beaucoup de rapidité :
Ce détroit n'a pas plus d'un quart de lieuë´
de long , enfuite dequoy cette Riviere s'élargit
& continue fon cours, êtant pendant
l'efpace de 150. licuës fort navigable. Tour
ce pays eft prefque fans bois , hors les lfles
dont cette Riviere eft toute entrecoupée.
Au bout des 150 lieuës , ily a une chaîne:
de hautes montagnes qui rendent cette Riviere
impratiquable , à caufe des chûtes
d'eau & des rapides continuels qui s'y ren
contrent aprés quoy , elle reprend fon
cours ordinaire & tranquile , & a communication
avec une autre Riviere que l'on
nomme Riviere du Cerf, dont je parlerai
par la fuite.
Pour revenir à notre but , & pour don
ner toutes les connoiffances poffibles de
tous ces pays-là , il faut redefcendre à la
Mer , & continuer nôtre Route vers le
Nord.
A 15 lieues de la Riviere Danoife , fe
trouve la Riviere du Loup- Marin , parce
qu'effectivement il y en a beaucoup dans
cet endroit. Entre ces deux Rivieres , il
a une espece de Boeuf que nous nommons
y
48 LE MERCURE
وہ
Boeufs mufque à cauſe qu'ils fentent f
fort le mufc , que dans certaine faiſon de
l'année , il eft impoffible d'en manger . Ces
animaux ont de très belle laine , elle eft plus
longue que celle des Moutons de Barba-
Fic. J'en avois apporté en France en 1798 .
dont je m'étois fait faire des bas qui étoient
plus beaux que des bas de foye : J'ai même
encore ici un petit refte de cette laine , que
j'aurai l'honneur de vous envoyer , fi je
croyois que cela vous fit plaifir , pour en
faire faire l'effai par d'habiles ouvriers .
Ces Boeufs , quoyque plus petits que les
nôtres , ont cependant les cornes beaucoup
plus grotles & plus longues ; leurs racines
fe joignent fur le haut de la tête , forment
comme un gros bourlet , & defcendent à
côté des yeux prefqu'auffi bas que la gueule
; enfuite le bout remonte en haut , qui
forme comme un croiffant. Il y en a de fi
groffes , que j'en ai vû , êtant féparées du
crâne , qui pefoient les deux enfembre 60 .
livres. Ils ont les jambes fort courtes , de
maniere que cette laine traîne toujours par
terre lorfqu'ils marchent ; ce qui les rend
fi difformes , que l'on a peine à diftinguer
d'un peu loin de quel côté ils ont la tête .
Il n'y a pas une grande quantité de ces
animaux ; ce qui feroit que les Sauvages
les auroient bien- tôt détruits , fi on en faifoit
faire la chaffe , joint à ce que, comme
ils ont les jambes trés -courtes , on les tue
>
lorfqu'il
DE FEVRIER.
lorfqu'il y a bien de la neige , à coups de
lance , fans qu'ils puiffent fuir . Cette Riviere
du Loup - Marin va jufqu'au Pays d'u
ne Nation que l'on nomme Plafcôtez de
Chiens , lefquels ont guerre contre nos Savanois
, c'est- à- dire , ceux avec qui nous
traitons ; & comme ils n'ont aucun ufage
d'armes à feu, non plus que les Efquimauxs
lorfqu'ils entendent quelques coups de
fufils , ils prennent tous la fuite , abandonnent
leurs femmes & leurs enfans , que nos
Sauvages emmenent prifonniers , & les font
fervir d'efclaves. Ils prennent très - peu
d'hommes , parce qu'ils ont la jambe plus
fine que les nôtres. Il ont dans leur pays
une Mine de Cuivre rouge abondante
& fi
pure , que fans le paffer par la forge,
tel qu'ils le ramaffent à la Mine , ils ne
font que le frapper entre deux pierres , &
en font tout ce qu'ils veulent. J'en ai vû
fort fouvent , parce que nos Sauvages en
apportoient toutes les fois qu'ils alloient en
guerre de ces côt‹ z là .
Toute cette Nation eft d'une fifionomie
fort douce & fort humaine ; ce qui me fait
croire que fi l'on pouvoit les attirer à quelque
commerce , on auroit de l'agrément avec
eux. Leur pays eft fort ingrat ; il n'y a
point de Caftor ni d'autres pelleteries ; ils
ne vivent que de poiffons & d'une espece
de Cerfque nous nommons Cariboux , qu'ils
tuent avec des fleches . Ils en pennent auffi
Février 1719. E
LE MERCURE
avec des collets. Il y a des Liévres qui
font beaucoup plus grands que ceux de
France. Ils font blancs l'hyver, & gris l'étés
ils ont de fort grandes oreilles toûjours
noires. La peau en hyver , eft fort belle &
d'un poil fort long , qui ne tombe pas
comme aux autres Liévres de l'Europe
de maniere que l'on en feroit de trés- beaux
manchons.
l'on
Je ne dirai rien de pofitif des Remarques
que peut faire , en continuant le long
de la Mer vers le Nord , finon que nos
Sauvages rapportent que dans le fonds de
cette Baye , il y a un Détroit où l'on découvre
les terres facilement d'un bord à
l'autre.Il sn'ont pas encore pénetré jufqu'au
bout de ce Détroit : Ils difent qu'il y a des
glaces toute l'année, que les courans tranfportent
tantôt d'un côté, tantôt de l'autre,
Suivant toutes les apparences , il eft à croi
re que ce bras de Mer a communication
avec la Mer de l'Oüeft ; & ce qui donne
lieu à cette conjecture , c'est que lorsque les
vents dépendent du Nord , la Mer dégorge
par ce Détroit en fi grande abondance ,
que l'eau augmente dans toute la Baye
d'Hudſon , quelquefois de 10. pieds à pic
plus que
fon cours ordinaire ; auffi remar
que- t'on que lorfque l'on voit la Mer en-
Aer , on cherhe havre pour le mettre à l'ap
bry du vent du Nord .
Les Sauvages difent , qu'aprés avoir
DE FEVRIER
SI
marché plufieurs mois à l'Oüeft - Sudoüeft
ils ont trouvé la Mer fur laquelle ils ont vu
de grands Canots ( ce font des Navires ) a
vec des hommes qui ont de la barbe & des
bonnets , qui ramaffent de l'Or fur le bord
de la Mer c'eft- à - dire, à l'embouchure des
Rivieres. 1
Les Platfcoftez de Chiens dont je viens
de parler , n'ont point d'autres ferremens
que ceux qu'ils viennent ramaffer dans les
débris de l'incendie des Danois . Ils ne plaignent
pas leurs peines , lorfqu'ils peuvent
trouver trois ou quatre petits cloux longs
comme le doigt tout roüillez ; ils viennent
cependant quelquefois à pied de plus de
400. lieues ; car ils n'ont point l'ufage des
Canots . Les Efquimaux du Détroit d'Hudfon
, y viennent auffi quelquefois pour le
même fujet. Ils traverfent la Baye d'Hudfon
avec ces Bifcayennes faites avec des
peaux de Loups marins dont j'ai parlé cidevant
.
Il faut prefentement nous approcher du
Fort Bourbon , diftant de la Riviere Danoi .
fe de 60. lieues. Il n'y a rien de remarquable
dans tout cet efpace , fi non que pen
dant tout l'Eté , il y a des quantitez prodigieufes
de Cariboux , qui êtant chaffez des
bois par la grande multitude de ce que nous
appellons Maringoins & Tons , viennent ſe
rafraîchir au bord de la Mer : On en voit
des troupeaux de plus de dix mille , & cela
E ij
52 LE MERCURE
continuellement pendant l'efpace de 40
ou so. lieues . Si les peaux de ces animaux
étoient propres à quelque chofe , on en fefoit
amaffer par les Sauvages autant que
l'on voudroit ; mais , nos Chamoifeurs de
Niort difent qu'elles font trop foibles pour
fouffrir l'apprelt * Il y a auffi de toute forte
de gibier, comme Cygnes, Outardes , Oyes ,
Gruës , Canards , enfin toute forte d'autre
menu gibier , en fi grand nombre , que
lorfque toute cette volatille s'éleve , elle
fait tant de bruit , qu'il eft impoffible de
s'entendre parler , & incontinent l'air en
devient fi obfcur , qu'à peine peut- on voir
le ciel au travers . Ceci paroîtra peut - être
fabuleux , auffi bien que quelqu'autre circonftance
que je ne puis me difpenfer de
marquer , pour ne rien omettre de ce qui
doit fatisfaire la curiofité ; mais je puis
proteſter que je ne marque rien , qu'aprés
l'avoir vu & examiné par moi- même ; &
afin de ne rien rifquer fur le rapport d'autrui,
je me fuis tranfporté prefque dans tous
les lieux dont je parle.
La Riviere Bourbon , que les Sauvages
nomment Paouiriniouagaon , qui fignifie Deſ
cente des Etrangers , fut découverte quelques
années aprés la Riviere Danoife . Ce fut
* Les peaux
de
Cariboux
fe
peuvent
paffer
& font très belles ; j'en ai vu un morceau
paßé par des Sauvages de Canada.
DE FEVRIER. 33
·
un Anglois nommé Nelfon dont cette Riviere
porte le nom . Il y arriva en Autonne
fort tard , & fit defcente dans cette Riviere
du côté du Nord ; mais comme pour lors,
tous les Sauvages s'étoient retirez dans la
profondeur des bois ; que Nelfon ne voyoit
perfonne qui lui donnât connoiffance du
Pays , & apprehendant qu'il ne lui arrivât
le même accident qu'aux Danois , il fe contenta
de planter un poteau auquel il arbora
les armes d'Angleterre pour titre de poffeffion
, avec un grand carton fur lequel étoit
deffiné un Navire ; & il pendit à une
branche d'arbre une grande chaudiere pleine
de menuës marchandifes , dont les Sauvages
profiterent au Printems , lorfqu'ils revinrent
au bord de la Mer . Comme ils avoient
déja quelques indices de ces fortes
de marchandifes , par l'avanture qui étoit
arrivée aux Danois , ils ne douterent pas
que les mêmes perfonnes qui leur avoient
laiffé un fi riche dépôt , ne revinffent l'année
ſuivante ; ils attendirent jufqu'à la derniere
failon . Et effet les Anglois arriverent,
trouverent ces Sauvages qui les reçûrent amiablement
, & les conduisirent avec leur
Navire dans des Ifles qui font à fept lieues
dans la Riviere , où les Anglois firent leur
premier établiffement.
M. de Groifeliez Citoyen de Canada ,
homme entreprenant & grand Voyageur ,
tant avec nos Sauvages de Canada dans le
E iij
14 LE MERCURE
pays des Outaouas , pouffa fi loin , qu'il ût
connoiffance de la Baye d'Hudfon . Etant
de retour à Quebec , il fe joignit à quelques
Bourgeois , arma une Barque & entreprit
de la découvrir par Mer ; il y réuffit, & alla
aborder à une Riviere que les Sauvages
nomment Pinafoüetchionen, qui veut dire,
Riviere Rapide , qui n'eft diftante que d'une
lieue de celle dont je viens de parler, Il fit
fon établiflement du côté du Sud , dans
des Ifles qui font à trois lieues dans la Riviere
Pendant l'hyver , les Rivieres êtant
glacées , les Canadiens que M. de Groiſeliez
avoit avec lui , gens fort alertes & agiles
dans les bois, étant à la chaffe le long
de la Mer à l'embouchûre de la Riviere de
Nelson , que nous nommons prefentement
de Bourbon , trouverent un établiſſemene
d'Europeans , ce qui les furprit fort . Ils
retournerent promptement , fans fe faire
découvrir pour en donner avis à leurCom
mandant qui ne manqua pas auffitôt de faire
armer tous les gens & de fe mettre à leur
tête , pour fçavoir ce que c'étoit. Ils firent
leurs approches , & ne voyant qu'une peti
te mauvaiſe chaumine , couverte de gazons,
& trouvant la porte ouverte , ils y entrerent
les armes à la main , & y trouverent
5. Matelots Anglois qui mouroient de faim
& de froid. Ils ne fe mirent point en défenfe
, au contraire , ils s'eftimoient fort
heureux de le voir prifonniers des François
DE FEVRIER
puifque par ce moyen , ils avoient leur vie
en fûreté.
Ces 5. Matelots avoient été dégradez
par un Navire qui avoit armé à Bafton ,
Nouvelle Angleterre , & qui n'avoit aucune
connoiffance des premiers qui avoient
armé à Londres . Voici la maniere dont ils
furent dégradez . Ils étoient arrivez fort
tard , & ayant mouillé l'ancre à l'embouchûre
de la Riviere Bourbon , le Capitaine
envoya fa Chaloupe à terre avec cinq
hommes pour chercher un lieu d'hyverne
ment. La nuit , il fit un fi grand froid , que
les glaces qui defcendoient de cette Riviere,
entraînerent le Navire , dont on n'a jamais
oüi parler.
Pendant le cours de l'hyver, il vint quelques
Sauvages chez M. de Groiſeliez , qui
lui dirent qu'il y avoit un autre Etabliffement
d'Anglois à fept lieues dans la Riviere
Bourbon. Auffitôt il fe difpofa à les al
ler attaquer ; mais , comme ils étoient fortifiez
, il prit fes meſures , & choifit un jour
qu'ils pourroient être en réjoüiffance : En
effet , il les attaqua le jour des Rois , & les
furprit dans une telle yvrefle , qu'il les prit
fans qu'ils puffent fe défendre , quoiqu'ils
fuffent 80. Anglois , & que nos François
ne faffent que 14. Ainfi , M. de Groiſeliez
refta maître de tout le pays.
"
L'Eté fuivant , lorſqu'il voulut retourmer
en Canada , rendre compte de fes Ex-
E iiij
96 LE MERCURE
ploits & de fa découverte , il laiſſa ſon Fils
nommé Chouart avec 5. hommes , pour
garder le pofte qu'il avoit conquis , & repafla
en Canada avec fon beau frere nominé
Ratiffon , bien chargez de pelleteries &
d'autres marchandifesAngloifes . Mais quoique
, felon les apparences , ils ûffent allez
bien fait leur devoir pour être bien reçûs ,
on les chagrina, cependant beaucoup fur
quelque prétendu pillage dont ils n'avoient
pas donné connoiffance aux Armateurs ; ce
qui obligea M. de Groifeliez de faire paffer
fon beau frere Ratiffon en France , pour fe
plaindre de l'injuftice qu'on leur faifoit ;
mais , il fut encore plus mal reçu qu'en
Cinada ; ce qui le mit dans un tel défefpoir,
qu'il projetta de paffer en Angleterre,
pour y propofer un armement & aller retirer
fon neveu Chouart , qu'il venoit de
laiffer à la Baye d'Hudfon , ce qu'il fit.
Car , il fournit des mémoires fi pofitifs ,
qu'on lui donna un Navire bien armé avec
lequel il alla reprendre le lieu que l'on pommoit
pour lors Port- Nelfon.
Les Anglois font reftez poffeffeurs de ces
Poftes , jufqu'en 1694. que M. d'Iberville
arma deux Navires , le Poli & la Charante ,
qui étoient commandez par M. de Serigny
fon frere. Il paffa par le Canada pour fe fortifier
de 100. Canadiens, afin d'aller reprendre
la Baye d'Hudſon , mais ce projet ne
réüffic
pas.
C
DE FEVRIER:
Nous partîmes de Quebec le 10. Aouft ,
jour de faint Laurent , & nous arrivâmes à
la rade du Port Nelfon le 24. Septembre.
Auffi- tôt M. d'Iberville fit defcendre fout
fon monde à terre , avec les canons de campagne
, mortiers & autres munitions de
guerre. Nous commençâmes par faire de
bonnes batteries & plateformes , où nous
plaçâmes nos canons & nos mortiers , à
environ 5oo. pas des paliffades du Fort. Ce
Fort étoit compofé de quatre baftions qui
formoient un quarré de 30. pieds , où étoit
un grand magazin haut & bas. Dans l'an
de ces bastions , étoit le magazin de la traitte
; un autre fervoit de magazin aux.vivres ,
& les deux autres fervoient de corps degarde
pour loger la garnifon ; le tout bâti
de bois. En ligne de la premiere paliffade ,
il y avoit deux autres baftions , dans l'un
defquels logeoient les Officiers , & l'autre
fervoit de cuifine & de forge pour la garnifon
. Entre ces deux baftions , étoit une
efpece de demie -lune où il y avoit 3. canons
de 8.liv . de balles , qui défendoient du côté
de la Riviere & au bas de cette demie- lune,
une plateforme à ras- d'eau , défendue par
6. pieces de gros canons. Il n'y avoit point
de batterie rangée du côté du bois ; tous
les canons & pierriers étoient fur les baf
tions . On comptoit dans tout ce Fort qui
n'étoit que de deux paliffades de pieux debout
, 32. canons & 14.picrriers. Ils étoient
58
LE
MERCURE
53. hommes dedans. Nous les harcelâmes
depuis le 25. Septembre que nous mîmes
pied à terre , jufqu'au 14. Octobre que
fe voyant affiégez de toutes parts , ils ire
pouvoient plus réfifter à nos bombes, joint
à ce qu'ils étoient continuellement chagrinez
par nos füfeliers qui tiroient fans ceffe
dans leurs meurtrieres; ils furent en fin obligez
de fe rendre , & ne demanderent que d'ag
voir la vie fauve ; ce qu'on leur accorda facilement
. M. d'Iberville fit fon entrée le 15.
Le Fort fut nommé Fort Bourbon , & la
Riviere fur laquelle il eſt ſitué, fut nommée
Riviere Sainte Therefe , à caufe que le Fort
fut réduit fous l'obéïffance des François le
jour de fainte Thereſe 14. O &obre. Nous
perdîmes dans cette occafion un Frere de
M. d'Iberville . Le Fort étoit affez bien
fourni de toutes fortes de marchandifes &.
de munitions , tant de guerre que de bouthe
Nos Navires hyvernerent- là , parce
que la faiſon étoit trop avancée pour repafder
en Europe.
En 1695. le 20. Juillet , M. d'Iberville
partit avec les deux Vaiffeaux , & nous
Taiffa au nombre de 67. hommes , fous le
commandement d'un nommé M. de la Foreft
; M. de Martigny étoit Lieutenant , &
moi Enſeigne & Interprete des langues des
Sauvages , & Directeur du Commerce.
Le 2. Septembre de l'année 1696. les Anglois
arriverent au nombre de 4. Vaiſſeaux
DE FEVRIER.
3
de guerre & une Galiotte à bombes . M. de
Serigny qui étoit parti de la Rochelle avec
deux petits Navires , fçavoir le Hardi & le
Dragon, arriva deux heures aprés les Anglois
; mais , comme ils occupoient la rade
, il ne put nous donner de fecours ; it
fut obligé de retourner en France où il arriva
heureufement , & le Hardi commandé
par M. la Motte-Egron fit naufrage en ali
lant en Canada. Les Anglois commencerent
à nous attaquer le s . du mois , avec
leur Galiote qu'ils avoient fait avancer
une portée du canon du Fort, avec 2.Navires
pour la foûtenir.
Le 6.nous nous apperçûmes qu'ils faifoient
quelque mouvement pour y faire def
cente. M. de la Foreft m'envoya avec 14.
hommes à deffein de m'y oppofer : Ils étoient
400. hommes prépofez pour cette
entreprife . Ils firent plufieurs tentatives ;
mais , comme nous étions embufquez dans
des buiffons épais, & que j'avois le foin de
faire tirer mes gens à propos les uns aprés
les autres ; fi - tôt que je voyois paroître
quelque Chaloupe armée , les Anglois retournoient
promptement à leur bord , n'o
fant rifquer de nous forcer , par ce qu'ils ne
fçavoient pas le nombre que nous étions
dans nôtre embufcade. Cependant , ils tiroient
continuellement des bombes , dont
il en tomba 22. dans le Fort , qui manquerent
plufieurs fois à y mettre le feu. A la:
60 LE MERCURE
>
fin , n'ayant prefque plus de vivres & de
munitions de guerre, & voyant que nous ne
pouvions plus efperer de fecours de France ,
nousfumes obligez de capituler. Hs nous ac
corderent tout ce que nous leur demandâ
mes ; les articles de la capitulation étoient
des plus avantageux . Mais ils faufferent
leurs promeffes ; car , au lieu de nous mettre
fur les Terres Françoifes avee tous nos
effets , comme ils nous l'avoient promis
ils nous emmenerent en Angleterre , &
nous jetterent en prifon , pendant que nos
Pelleteries & autres effets furent mis au pil
lage. Quatre mois aprés , nous repaffâmes
en France , où on faifoit un armement de
quatre Vaiffeaux de guerre pour aller re
prendre le pofte que nous venions de perdre.
On nous fit tous embarquer deffus , & nous
allâmes joindre M. d'Iberville qui étoit
pour lors à Plaiſance , & qui y prit le
commandement des quatre Vaiffeaux pour
retourner à la Baye d'Hudfon . Il s'embar
qua fur le Pelican de jo . canons. M. de
Serigni fon frere , commandoit le Palmier,
de 40. canons le Profond étoit commandé
par M. Dugué , & M. Chartrié commandoit
le Vefpe.
1
Lorfque nous fumes entrez dans le Détroit
d'Hudſon , les glaces nous contaigni
rent de nous feparer. M. d'Iberville prit le
devant , & M. Dugué fut pouffé par les
courans , tout à fait du côté du Nord , où
DE FEVRIER.
il rencontra trois Navires Anglois contre
lefquels il fe battit depuis huit heures du
matin jufqu'à onze heures du foir , fans
que les Anglois le puffent prendre , quoiqu'ils
fuflent fuperieurs en force , mais non
pas en courage.
Comme j'ai déja dit que M. d'lberville
avoit pris le devant , il arriva à la Rade du
Fort-Bourbon les . Septembre . Auffitôt ilenvoya
fa Chaloupe à terre avec 25. hom
mes de l'élite de fon équipage..
Le6 . les Navires Anglois arriverent . M.
d'Iberville fe difpofa à les recevoir.. Il leva
les ancres & fut au devant d'eux. Ils fe flatoient
de l'enlever , le voyant feul contre
trois ; mais ils furent bien étonnez , lorf
qu'ils virent l'intrepidité avec laquelle il
alla les attaquer. Des fai premiere volée , il
en fit arriver un qui fe rendit fans ofer plus
remuer. Enfuite , il prêta le côté à l'Amiral
qui étoit de so. canons, contre lequel il
fit tirer fa volée fi à propos & avec tant de
fuccez , qu'avant qu'ils euffent le tems de
changer de bord , ils virent la moitié des
voilures de l'Anglois dans l'eau, & couler à
fonds devant fon autre compatriote, qui ne
penfa plus qu'à fe fauver , voyant un tel
debrit. M. d'Iberville lui donna la chaffe,
mais il le fauva à la faveur de la nuit . M.
d'Iberville retourna prendre paffeffion de
fa prife , que l'on dit en terme marin
amarinerfu prife,
62 LE
MERCURE
La nuit du 7. au 8. il s'éleva une tem
pête du ventde Nord & furieufe , que M.
d'Iberville & fa prife furent jettez à la
côte , fans pouvoir l'éviter . Les deux Navires
furent perdus avec 25. hommes qui
fe noyerent. Tous les autres fe fauverent
à terre lorfque la marée fut baffe.
Quand tous nos Navires furent arrivez,
nous commençâmes à affieger le Fort. Ils
ne firent pas grande refiftance. Ils fe rendirent
fans capituler , lorfqu'ils fçurent par
leurs gens mêmes qu'ils ne pouvoient efperer
de fecours de l'Europe , & la maniere
dont leurs Navires avoient été traitez .
Aprés que M. d'Iberville ût fait fon entrée
dans le Fort , & qu'il ût mis ordre
toutes chofes , il ne fongea plus qu'à repaffer
en Europe . Il s'embarqua fur le Profond
, & mit à la voile le 24. Septembre ,
accompagné du Vefpe. Il laiffa le commandement
du Fort à M. de Serrigny fon
frere , parceque le Palmier qu'il commandoit
, avoit caffé fon Gouvernail en rouchant
fur une barre.
En 1698. il vint un autre Navire appor
ter un gouvernail , parceque dans tout ce
Païs qui n'eft que de fapinage , on ne pou
voit trouver des bois propres pour cela.
Pour lors les deux Navires repafferent en
France , & M. de Serrigny donna le commandement
du Fort à M. de Martigny fon
parent ; pour moi je fuis refté Lieutenant
DE FEVRIER.
avec ma qualité d'Interprête. Il y ût trois
Commandans alternativement les uns aprés
les autres , fous lefquels il ne fe paffa rien
qui foit digne de recit .
En 1707. aprés avoir demandé plufieurs
fois mon congé à Meffieurs de la Compagnie
pour paffer en France , ils me l'accor
derent enfin . Arrivé à la Rochelle , je fus
propofé à la Cour pour aller relever celui
qui commandoit au Fort Bourbon , qui
étoit un nommé M. Delifle , frere de M.
de S. Michel qui étoit autrefois Capitaine
de Port à Rochefort.
En 1708. nous partîmes de la Rochelle
où j'avois levé une nouvelle Garniſon
mais , lorfque nous fùmes à l'entrée du De
troit d'Hudſon , les vents nous contrarierent
fi long- tems , que nous fumes obligez
de relâcher à Plaifance , où jû l'honneur
de vous écrire , pour vous demander la permiffion
de tirer des vivres de Canada , &
vous ûtes la bonté d'y donner vôtre confentement.
En 1709. nous nous rendîmes au lieu
deftimé , où j'ai trouvé M.. Delifle & toure
La Garnifon fort en peine , parce qu'ils é
toient à la veille de manquer de vivres &
de munitions . Comme nous y étions arrivez
fort tard , joint à ce que le Navire s'étoit
beaucoup endommagé dans les glaces , il
fallut faire un fecond hivernement ; ce qui
caufa une groffe perte à Meffieurs de la
64 LE MERCURE
Compagnie , en ce qu'ils avoient tout à la
fois deux Garnifons & un gros Equipage à
payer & à nourrir . Pendant l'hiver M. Deifle
fut attaqué de l'afme dont il mourut,
Je fuis refté Commandant pendant fix années
dans le Fort Bourbon , où jû l'honmeur
d'être établi par ordre precis du Roi
dont je garde encore les Commiffions : Aucun
de ceux qui m'avoient precedé , n'en
avoit û de femblables .
En 1714. je reçû des ordres de la Cour
avec des lettres de M. le Comte de Pontchartrain
, pour remettre le pofte aux Anglois
, ainfi qu'il étoit porté par le Traité
d'Utrecht.
Je m'aperçoi que c'est abufer de vôtre
bonté , Monfieur , de vous parler fi longs
tems de chofes inutiles : Il faut revenir à
nôtre premier deßein qui eft de vous donner
toutes les connnoiffances poffibles de la fituation
en general du Fort Bourbon , & des
avantages qu'on peut tirer par fon commerce.
Quoique le Fort foit bâti fur la Riviere
Sainte Therefe , c'eft par la Riviere Bourbon
d'où defcendent tous les Sauvages qui
viennent en traite . Cette Riviere eft d'une
fi grande étendue , qu'elle paffe par plus
fieurs grands Lacs dont le premier , diftant
de la Mer d'environ 150. lieuës , a environ
100. licues de circonference . Les Sauvages
le nomment Tatufquoyaon fecabigan , qui
veut
}
་
DE FEVRIER. 65
T
veut dire Lac des Forts , dans lequel Lac du
côté du Nord , il fe décharge une Riviere
que l'on nomme Quififquatchiouen , autrement
grand Courant . Cette Riviere prend
fa fource d'un Lac , diftant du 1.de plus 300
lieues , qui fe nomme Michinipi ou grande
Eau , parce qu'en effet , il est le plus grand
& le plus profond de tous les Lacs Il a plus
de 600 lieues de tour , & reçoit la décharge
de plufieurs Rivieres , dont les unes ont
correspondance avec la Riviere Danoife ,
& les autres , dans le Païs des Placôtez
de Chiens . Autour de ce Lac & le long de
toutes ces Rivieres , il y a quantité de Sauvages
dont les uns fe nomment Gens de la
grande can , & les autres font Affiniboüels.
Il faut remarquer qu'autant que les Efquimaux
font farouches & barbares , autant
ceux- ci font ils humains & affables , auffibien
que tous ceux avec lefquels nous avons
commerce dans toute la Baye d'Hudfon ;
ne traitant jamais les François que de leurs
peres & de leurs patrons. Ils n'ont pas la
même attache pour les Anglois , parce
qu'ils difent qu'ils font trop diffimulez
& ne difent jamais la verité ; ce qu'ils n'aiment
pas parce que , quoique Sauvages
ils font tout - à- fait ennemis du menfonge ;
ce qui cft affez extraordinaire pour des Ñations
qui vivent fans fubordination ni difcipline.
On ne peut leur imputer aucun
vice , fi ce n'eft qu'ils font un peu médi-
F
"
66 LE MERCURE
fans . Ils ne jurent jamais , & n'ont pas
même de termes dans leur langue , qui ap
proche du jurement .
A l'extremité du Lac des Forts , la Riviere
Bourbon reprend fon cours, qui proçede
d'un autre Lac nomme Anifquaoüiga.
mon , qui veut dire jonction des deux
Mers ; parceque dans fon milieu , les terres
fe joignent prefque toutes . La partie du côté
de l'Eft de ce Lac qui eft fitué en long
à peu près Nord & Sud , eft un Païs de
Forêts épaiffes où il y a beaucoup de Caf
tors & d'Orignaux . C'eſt cù commence le
Païs des Cristinaux . Le climat commence
à y être beaucoup plus temperé qu'au Fort
Bourbon . Le côté du Oueft de ce Lac eft
rempli de fort belles Prairies , dans lesquelles
il y a quantité de ces gros Boeufs dont j'ai
parlé. Ce font des Affiniboüels qui occupent
tous ces Païs. Ce Lac a environ 400
lieues de tour , & eft diftant du premier ,
de 200. lieues.
A cent licues plus , dans l'Oü : ft Sudoüeft,
toûjours le long de cette Riviere , il
y a un autre Lac qu'ils nomment Ouenipigouchib
ou la petite Mer . C'eſt à peu près te
même Pais que le precedent. Ce font des
Affinibouels , des Cristinaux , & des Sauteurs
qui occupent les environs de ce Lac.
Il a environ 300 lieues de tour. A fon extremité,
il y a une Riviere qui fe décharge
dans un autre Lac que l'on nomme TacaDE
FEVRIER 67
mamionen. Il n'eft pas fi grand que les autres
. C'eft dans ce Lac que fe décharge la
Riviere du Cerf , qui eft d'une fi grande
étendüe , que nos Sauvages n'ont pas encore
pû aller jufqu'à fa fouce. Par cette
Riviere , on peut aller joindre une autre
Riviere qui porte fon courant du côté du
Oneft ; au lieu que toutes celles dont je
viens de parler , ont leur décharge , ou dans
la Baye d'Hudfon , ou bien dans la Riviere:
du Canada . J'ai fait tout mon poffible pendant
que je fuis refté au Fort Bourbon ,
pour envoyer des Sauvages de ce côté - là ,
fçavoir s'il n'y auroit point quelque Mer
dans laquelle fe déchageât cette Rivierre ja
mais , ils ont guerre contre une Nation qui
leur barre ce paffage . J'ai interrogé des
prifonniers de cette Nation , que nos Sauvages
avoient amenez exprés pour me les
faire voir ; ils m'ont dit avoir guerre avec
une autre Nation beaucoup plus éloignée
qu'eux dans l'Oueft. Ceux- là difent avoirs
pour voifins , des hommes barbus qui fe
fortifient avec de la pierre , & fe logent de
mêmejufage que les Sauvages n'ont point .
Ils difent que ces hommes portant barbe ,
ne font point habillez comme eux , &
qu'ils fe fervent de chaudieres blanches..
Je leur montrai une taffe d'argent , & ils
me dirent que c'étoit de cela même done
les autres leur avoient parlé. Ils difent auffi
que ces gens-là cultivent la terre avec des
Fij
68 LE MERCURE
outils de ce metal blanc . De la maniere
qu'ils dépeignent le grain que ces gens
cultivent , il faut que ce foit du Maïs .
Pendant que j'étois à Quebec , il y a 4.
ou 5. mois , M. Begon Intendant de Canada
, me fit l'honneur de m'envoyer querir,
pour que je lui donnafle les connoiffances
que j'avois de ce Païs- là , pour faire entreprendre
cette découverte par le Canada :
Mais , je croi qu'elle feroit beaucoup plus
facile par les routes que je viens de marquer
, fi nous poffedions encore le Fort
Bourbon , en ce que le chemin feroit beaucoup
plus court , & que ce font prefque .
toûjours de beaux Païs , où l'on ne manqueroit
point de chaffe , par la quantité
d'animaux & de gibier qu'il y a dans toutes
ces Contrées, outre les fruits qui y viennent
fans les cultiver , comme des Prunes , des
Pommes , des Railins , & quantité d'autres
petits fruits que je ne nomme pas.
Au bout duSud- oueft de ce Lac Tacamamiouen
, il y a une Riviere qui fe décharge
dans un autre Lac appellé Lac des Chiens ,
qui n'eft pas fort éloigné du Lac fuperieur,
& où nos Voyageurs vont tous les jours par
la Riviere de Montreal.
Je vais prefentement parler de la Riviere
Sainte Therefe dont j'aurai bientôt fait le
détail. Cette Riviere n'eft pas d'une grande
étendue à fon (mbouchure où eft fitué le
Fort Bourbon ; elle n'a pas plus d'une demie
licue de laige .
DE FEVRIER. 69
En 1700. à deux lieues du Fort du côté
du Sud , on a fait bâtir un Fort nommé le
Fort Phelipeaux , & un grand Magalin
pour fervir de retraite , en cas d'attaque des
Ennemis. C'eft - là où cette Riviere commence
à être entrecoupée d'Ifles.
A vingt lieues du Fort , la Riviere fe
partage en deux , & le bras qui vient du
côté du Nord , que les Sauvages appellent
Apitfibi, ou Riviere du Battefeux , a communication
avec la Riviere Bourbon , &
c'eft par là que la plupart des Sauvages qui
viennent en traite , defcendent , par le
moyen d'un portage qu'ils font du Lac des
Forefts à cette Riviere.
A vingt lieues au deffus de cette premiers
fourche , il y en a une autre qui vient du
Sud , que les Sauvages nomment Guiché-
Mataouang , qui veut dire grande Fourche.
Celle là a communication avec la Riviere
des Saintes Huiles dont je parlerai
dans la fuite. Le bras qui vient du Queft ,
quoiqu'il porte toûjours le nom de Sainte
1 herefe , n'a pas cependant grande étendue.
Elle fe difperfe en plufieurs petits.
ruiffeaux d'où elle prend fa fource , & dans
tous lefquels il y a quantité de Caftors , de
Loups- Cerviers, Martres & autres menues
Pelleteries.
Entre les deux Forts de Bourbon & de
Phelipeaux , il y a une petite Riviere appellée
de l'Egarée , par laquelle on tire
70* LE MERCURE
quelquefois du bois de chauffage ; ce qui
ne laifle pas d'être fort rare autour du Fort.
Plus bas , tout à fait à l'ouverture de la
Mer , il y a une autre petite Riviere nommée
de la Gargouße , dans laquelle lorfque
la marée eft haute , il y entre quantité de
Marfoins. Il feroit fort facile d'y tendre
une pêche , en ce que la Riviere eft fort
étroite. Si cette pêche étoit une fois bienétablie
, on y feroit tous les ans plus de fix
cent bariques d'huile . Les premiers frais de
cette pêche ne monteroient peut - être pas
à 2000 écus , & il n'en couteroit pas tous
les ans 2000 liv. pour la bien entretenir ;
ce qui feroit cependant d'un gros profit , en
ce que les huiles valent toûjours de l'argent
en France .
રે
Il n'y a aucune remarque à faire le long
de la Mer , tirant vers le fonds de la Baye
d'Hadfon , que la Riviere des Saintes Huiles,
éloignée du Fort Bourbon de 100 lieues
du côté du Sud , où les Anglois avoient
autrefois fait un établiffement pour la traite
avec les Sauvages ; mais le voyant attaquez
par les François , ils mirent eux-mêmes le
feu à leur Fort , & brulerent tout ce qui
étoit dedans. Ils efperoient fe refugier par
terre au Fort Bourbon ; mais , les Canadiens
les pourfuivirent fi vigoureufement ,-
qu'ils les joignirent , avant qu'ils ûffent fait
la moitié du chemin , & les emmenerent.
prifonniers en Canada . Pour lors ce poke
DE FEVRIER 71
fut abandonné jufqu'en 1702. que M. de
Flamanville Commandant au Fort Bour
bon , reçût ordre de Meffieurs de la Com--
pagnie de Canada d'envoyer M. de Beaumenil
fon frere rectifier ce pofte . Il fit conf
truire une petite maifon ; mais , on ne put
entretenir ce pofte que deux années , parce
qu'il coutoit plus à la Compagnie qu'il ne
donnoit de profit . Quoique dans le haut de
eette Riviere , il y ait beaucoup de Caſtors
& quantité de Sauvages qui y viendroient
en traite , on pourroit même y attirer une
grande partie de ceux qui trafiquent avec
les Anglois , & qui font établis au fonds
de la Baye. Cette Riviere eft fort platte dans
fon entrée , par confequent il n'y pourroit
entrer que des Bâtimens de 50. à 60 tonneaux.
Il feroit affez facile de s'y loger
parceque le bois y eft plus commun qu'en
tous les autres endroits dont j'ai déja parlé.
Je ne dirai rien du continent de cette Bayetirant
vers le pofte que les Anglois occupent,
appellé communement le fonds de la Baye ;
parceque je n'en pourrois parler que par tra
dition , n'y ayant jamais été ; mais fi vous
fouhaitez , Monfieur , lorsqueje ferai en Canada
, j'en confererai avec quelques perfonnes
qui ont été plufieurs fois dans ce Pais-làs &
à mon retour , j'aurai l'honneur de vous donner
les connoiffances que j'en aurai tirées.
Pour finir mon projet, je reviendrai au
?
72 LE MERCURE
Fort Bourbon , premier objet de mon Me
more ; & je dirai que ce pofte eft trésavantageux
pour fon commerce lorfqu'il eft
bien entretenu . On traite avec les Sauvages
à trés bonnes conditions , lorfqu'on a
des Marchandiſes telles qu'ils les demandent.
Ce Fort eft fitué par 57. degrés de latitude
Nord , par confequent il y fait extre
mement froid pendant l'hiver qui commen
ce à la S. Michel , & ne finit qu'au mois
de May. Le foleil fe couche dans le mois
de Decembre à 2. heures . & fe leve à 9.
heures Lorfqu'il fait quelque belle journée
& que le froid eft un peu temperé , les
Chafleurs tuent autant de Perdrix & de
Lievres qu'ils en veulent . Une année que
M. de la Grange Capitaine de Flute du Roi,
hyvernoit au Fort de Bourbon avec fon
Equipage , nous ûmes la curiofité de compter
combien il en feroit apporter au Fort
pendant l'hyver : Le printems êtant venu ,
nous contamés avoit mangé à 80. hommes
que nous étions , tant de Garnifon que d'Equipage
, so. mille Perdrix & 25. mille
Lievres .
l'on veut;
Ala fin d'Avril , les Oyes , les Outardes
& les Canards , arrivent & y reftent prés
de deux mois. Il y en a une fi grande quanité
, que l'on en tue autant que
& lorfque les Chaffeurs de la Garniſon font
occupez au travail , on envoye des Sauvages
à la challe , aufquels on donne une livre
' de
DE FEVRIER. 73
de poudre & quatre livres de plomb , pour
vingt Oyes ou Outardes qu'ils font obligez
d'apporter au Fort .
Il y a auffi pendant ce tems - là quantité
de Cariboux . Ces animaux paffent deux
fois l'année , fçavoir la premiere fois dans
le mois de Mars & d'Avril . Ils viennent
du Nord & vont au Sud . Il y en a un nombre
prefqu'innombrable. Ils occupent en
profondeur le long de ces Rivieres plus de
foixante lieues d'étendue , à commencer au
bord de la Mer. Les chemins qu'ils font
dans la nege par où ils paffent , font plus
entrecoupez que les rues ne le font dans Paris.
Les Sauvages font des barrieres avec
des arbres qu'ils entalfent les uns fur les
autres , & laiffent par intervalle des ouvertures
où ils tendent des colets avec lef
quels ils en prennent quantité . Ces animaux
retournent au Nord dans le mois
de Juillet & d'Aouft & lorfqu'ils paflent
les Rivieres à l'eau , les Sauvages en tuent
de leurs canots , à coups de lance , autant
qu'ils veulent. On a auffi la douceur de la
pêche pendant l'Eté . On tend des filets avec
lefquels on prend de trés - bons . Poiffons ,
comme du Brochet , de la Truite , de la
Carpe & de ce nous appellons , Peißons
blancs. Il eft fait à peu prés comme le Harang
blanc; mais c'eft ,fans contredit , le meil
leur Poiffon qu'il y ait dans tout l'Univers.
On en fait des provifions pour l'hyver
G
74 LE MERCURE
que l'on met dans la nege auffi-bien que la
viande que l'on veut conferver. Lorfqu'ils
font gelez , ils ne fe gâtent plus jufqu'à ce
qu'il degele . On conferve auffi de cette
maniere, des Oyes , des Canards & des Outardes
que l'on met à la broche pendant
l'hyver ,, pour accompagner les Perdrix &
les Lievres ; de façon que ce Païs , quoique
fous un mauvais climat , eft cependant
fort bon pour la vie , lorfque par le fecours
d'Europe , on a du pain & du vin . Quoique
l'été foit fort court , nous avions cependant
un petit Jardin qui ne laiffoit
de produire de fort bonnes laituës , des choux
verds , & autres menues herbes que nous
falions pour faire de la foupe pendant
l'hyver.
pas
Quoique les Peuples qui habitent tous
ces Païs , foient fort dociles & naturellement
amis des François ; cependant en
1712. je me trouvai dans l'obligation d'envoyer
une partie de mes gens à la chaffe
de ces Cariboux qui paffent dans le mois
de Juillet & d'Aouft , parce que je n'avois
point reçû de fecours de France ,depuis que
j'en étois parti en 1708. & que je manquois
de vivres & de poudre , pour faire chaffer
au gibier avec des fufils, J'avois député
mon Lieutenant , les deux Commis & les
meilleurs hommes de ma Garniſon , aufquels
je m'étois efforcé de donner une aff z
bonne provifion de poudre & de vivres franDE
FEVRIER. 75
çois. Ils fe camperent malheureuſement
proche un camp des Sauvages qui jeunoient
beaucoup & manquoient de poudre , parce
que je ne voulois pas leur en traiter , la
confervant pour m'affürer la vie & celle de
mes gens. Ces Sauvages fe voyant bravez
par les miens qui tiroient inconfideremmene
fur toute forte de gibier , & qui faifoient
bonne chere à leur barbe , fans leur en faire
#part , projetterent de les tuer pour profiter
de leur pillage . Il y avoit deux des François
qu'ils redoutoient plus que les autres.
Pour s'en défaire plus facilement , ils les
inviterent à une rejouiflance qu'ils devoient
faire la nuit dans leurs Cabanes . Les deux
François s'y rendirent fans fe défier du
piege qu'on leur tendoit. Les autres fix fe
coucherent tranquillement , croyant être
en toute fûreté ; mais, ils ne fçavoient pas
la trahison qui fe tramoit contr'eux . Lorfque
nos conviez à ce funefte Banquet vou-
E lurent entrer dans leurs Cabanes , ils trou→
verent ces perfides rangez des deux côtez en
haye , avec des bayonnettes à leurs mains ,
& des grands couteaux avec lefquels ils
les poignarderent , fans qu'ils fe puffent
mettre en défenſe , parce qu'ils n'avoient
point d'armes. Lorfqu'ils ûrent tué ces
deux , ils ne fongerent plus qu'à prendre
leurs mefures pour aller égorger les fix autres
qui dormoient . Ils aprêterent leurs armes
à feu & leurs bayonnettes , & fur ne
Gij
76 LE MERCURE
attaquer ces pauvres gens endormis . Ils
commencerent par faire leurs décharges de
fufil , & fe jetterent enfuite fur eux la
bayonnette à la main , & les égorgerent
avant qu'ils fuffent bien éveillez . Il y en ût
cependant un qui n'ayant reçû qu'un coup
de balle de fufil à travers d'une cuiffe , feignit
d'être mort . Les meurtriers le voyant
fans mouvement , fe contenterent de lui
ôter la chemife de deffus le corps , comme
ils faifoient à tous les autres , en fe depêchant
le plus qu'ils pouvoient , de piller
ce qu'ils trouvoient , afin de prendre auffitôt
la fuite , crainte d'être furpris.
pour
Lorfque ce mort imaginaire ût un peu repris
fes fens , & qu'il n'entendit plus de
bruit , il leva la tête & vit tous ces pauvres
compatriotes étendus morts. Il fe
traîna comme il put , jufqu'à l'entrée du
bois. Il effaya de fe lever , & s'aperçût
lors qu'il n'avoit reçû le coup que dans les
chairs. Il boucha fes playes avec des feuilles
d'arbre, parce qu'il perdoit tout fon fang,
& s'achemina vers le Fort à travers des
ronces & des épines , nud comme l'enfant
qui vient de naître .
Il arriva au Fort à neuf heures du foir
aprés avoir fait 10. lieues dans ce trifte équipage
, tout en fang & fon pauvre corps tout
déchiré. Jugez , Monfieur , quelle fut nôtre
firpife , & dans quel embarras je me
trouvai , lorſqu'il nous annonça la mort de
DE FEVRIER.
77
tous fes camarades. Auffitôt je ne penſai
plus qu'à me tenir fur mes gardes & à faire
mettre toute l'artillerie en état , parceque
j'apprehendois que ces perfides ne fiffent
quelque tentative fur le Fort.
Comme nous ne reftions plus que neuf
hommes , y compris l'Aumônier , un Chirurgien
& un petit garçon , il m'étoit impoffible
de pouvoir garder les deux poftes .
Je rappellai auprés de moi le petit nombre
de Garnifon qui me reftoit , pour faire
bonne garde nuit & jour , fans ofer fortir
de nôtre Fort . Ces Barbares affamez de
Marchandifes, vinrent au Fort Phelipeaux
où ils ne trouverent perfonne. Ils pillerent
& ravagerent tout ce qu'ils rencontrerent.
Ils y prirent onze cent livres de poudre que
je n'a pas le tems de faire tranfporter au
Fort Bourbon ; c'étoit tout ce qui nous
reftoit. Ainfi , nons paflâmes tout l'hiver
dans le Fort fans ofer fortir , fans vivres &
fans poudre , & où nous penfâmes mourir
de faim & de mifere , toûjours dans
l'apprehenfion de revoir ces malheureux
meurtriers à nôtre porte , mais ils n'ont
pas paru depuis.
En 1713. Meffieurs de la Compagnie envoyerent
un Navire qui nous apporta toute
forte de rafraichií. & des Marchand. pour
la traite dont les Sauvages avoient grand
befoin ; car , il y avoit quatre ans qu'ils
étoient en fouffrance , parceque je n'avois
G. iij
78 LE MERCURE
•
plus de Marchandifes à leur traiter ; ce qui
étoit cauſe qu'il en étoit mortbeaucoup par
la faim , ayant perdu l'ufage des fleches depuis
que les Europeans leur portent des armes
à feu Ils n'ont d'autre reffource pour
la vie , que le gibier qu'ils tuent au fulil ou
à la fleche. Ils ne fçavent aucunement ce
que c'est que de cultiver la terre pour faire
venir des legumes. Ils font toujours errans
& ne restent jamais huit jours dans un même
endroit .
Lorfqu'ils font tout à fait preffez par la
faim , le pere & la mere tuent leurs enfans
pour les manger ; enfuite , le plus fort des
deux mange l'autre ; ce qui arrive fort ſouvent.
J'en ai vû un qui , aprés avoir dévoré
fa femme & fix enfans qu'ils avoient , difoit
n'avoir été attendri qu'au dernier qu'il avoit
mangé parce qu'il l'aimoit plus que les antres
, & qu'en ouvrant la tête pour en man◄
ger la cervelle , il s'étoit fenti touché du naturel
qu'un pere doit avoir pour fes enfans ,
qu'il n'avoit pas û la force de lui caffer les
os pour en fucer la mouelle. Quoique ces
gens- là effuyent beaucoup de mifere , ils vivent
cependant fort vieux ; & lorſqu'ils
viennent dans un âge tout à fait decrepit &
hors d'état de travailler , ils font faire un
banquet , s'ils ont le moyen , auquel ils
convient toute leur Famille . Après avoir
fait une longue harangue dans laquelle il
les invite à fe bien comporter & à vivre en
DE FEVRIER. 79
bonne union les uns avec les autres , il
choifit celui de fes enfans qu'il aime le
mieux , auquel il prefente une corde qu'il fe
paffe lui-même dans le cou , & prie cet enfant
de l'étrangler pour le tirer de ce monde
où il n'eft plus qu'à charge aux autres.
L'enfant charitable ne manque pas auffitôt
d'obéir à fon pere , & l'étrangle le plus
promptement qu'il lui eft poffible. Les
vieillards s'eftiment heureux de mourir dans
cet âge , parce qu'ils difent que lorsqu'ils
meurent bien vieux , ils renaiffent dans l'autre
monde comme jeunes enfans à la
mamelle , & vivent de même toute l'éternité
, au lieu que lorfqu'ils meurent jeunes,
ils renaiffent vieux , & par confequent
toûjours incommodez comme font tous les
vieils gens.
Ils n'ont aucune espece de Religion cha
cun ſe fait un Dieu à la mode à qui ils ont
recours dans leur befoin , fur tout lorſqu'ils
font malades . Ils n'implorent que ce Dieu
imaginaire qu'ils invoquent en chantant &
en heurlant autour du malade , en faisant
des contorfions & des grimaces capables
de le faire mourir. Il y a des Chanteurs de
profeffion parmi eux, aufquels ils ont autant
de confiance que nous en avons à nos Medecins
& Chirurgiens. Ils croyent avec tant
d'aveuglement ce que ces Charlatans leur difent
, qu'ils n'ofent rien leur refufer ; de
maniere que le Chanteur a tout ce qu'il
Gij
LE MERCURE
veut du malade ; & lorfque c'eft quelque
jeune femme ou fille qui demande la guerifon
, ce Chanteur ne le fait point qu'il n'en
ait reçû quelque faveur. Quoique ces genslà
vivent dans la derniere des ignorances ,
ils ont cependant une connoiffance confuſe
de la creation du monde & du deluge , dont
les vieillards font des hiftoires tout à fait
abfurdes aux jeunes gens qui les écoutent
fort attentivement. Ils prennent autant de
femmes qu'ils en peuvent nourrir , & furtout
toutes les foeurs , parce qu'ils difent
qu'elles s'acommodent mieux enfemble que
fi elles étoient étrangeres .
Ils font fort charitables envers les veuves
& les orphelins ; ils donnent tout ce qu'ils
ont avecun grand defintereffement ; auffi ,
font'ils tous auffi riches les uns que les autres
, tous les meubles êtant pour ainfi dire
communs . Leurs tentes font de peaux d'Orignal
ou de Cariboux , qu'ils portent l'été
fur leur dos lorfqu'ils décampent d'un endroit
pour aller dans un autre, & l'hyver
ils les traînent fur la neige. Ils fe fervent
de raquetes l'hyver pour marcher fur la
neige , comme font les Sauvages de Canada.
Il y a beaucoup de Caftors dans ces Païslà
, meilleurs que ceux qui viennent de
Canada ; mais , il eft furprenant de voir la
peine que les Sauvages ont à les prendre
l'hyver , parceque la peau n'en vaut rien
DE FEVRIER.
l'été, en ce qu'elle n'a point de poil . Il
faut qu'ils rompent les glaces à coups de haches
& autres ferremens , quelquefois en
plus de cent endroits , quoique les glaces
ayent dans le fort de l'hiver plus de quatre
à cinq pieds d'épaiffeur . Ces animaux ont
un instinct tout particulier pour fe loger.
Ils choififfent une petite Riviere qu'ils barrent
dans l'endroit le plus étroit , pour ar
rêter l'eau qui leur fert d'étang , au bord
duquel ils font une cabanne qu'ils couvrent
de terre aflez épaiffe , crainte que le froid
ne paffe à travers . Ils font leurs amas de
branches d'arbres , pour en manger l'écorce
pendant l'hiver.
Ils ont divers appartemens dans ces Cabannes.
Ils ne mangent point où ils couchent
, crainte d'y faire quelque falleté . Le
jour , ils n'approchent point de leurs lits
que lorfqu'ils ont envie de dormir. Ils font
ordinairement dans ces Cabannes , deux ,
quatre ou fix , toûjours nombre pair , mâles
& femelles , parmi lefquels il y a un
maître qui a foin de faire travailler les autres
: Et s'il fe rencontre quelque pareffeux,
les autres le battent tant , qu ils le contraignent
d'abandonner & de chercher parti
ailleurs .
Les Caftors ont les jambes fort courtes, de
maniere que leur ventre traîne toûjours à
terre. Ils ont quatre dents fort grandes
deux deffous , deux deffus , avec lesquelles
>
82 LE MERCURE
ན་
ils coupent le bois avec tant de facilité
qu'en trés- peu de tems ils ont abbatu un
arbre auffi gros qu'un homme l'eft par le
corps . Ils ont la queue platte comme une
truelle de Maçon avec laquelle ils portent
la terre , & maçonnent leurs cabannes &
éclufes , avec plus d'induftrie que les hommes
ne pourroient faire. Outre le Caftor
dont il y en a beaucoup , il fe trouve des
Loups- Červiers , des Ours , des Martes ,
des Pequans des Orignaux ou Elans , enfin
, de toute forte d'Animaux dont les
peaux font fort recherchées en France ,
Suivant l'experience que j'ai de ce commerce
, fi ce pofte étoit bien entretenu de Marchandifes
, & qu'il fût encore aux François,
je croi que tous frais payeż ,
il donneroit
tous les ans plus de 100000 liv. de profit .
En 1713. on ne m'avoit pas envoyé 8000
liv. de cargaifon en tout , & j'ai fait en
17 : 4 pour plus de 120000 liv. que j'ai ap
porté avec moi , lorfque j'ai été relevé
par les Anglois. Ce pofte eft , felon moi ,
un des meilleurs qu'il y ait dans l'Amerique
, pour peu qu'on y fît de dépenſe.
DE FEVRIER . 83
EPITRE
De LEANDRE à HERO , imitée d'Ovide.
Par Mademoifelle de ...
REçoi ,charmante Héro , de mon amour extrême
,
Des voeux , que toh Amant te porteroit lui- même
Si la Mer en couroux n'oppofoit triftement
Un invincible obftacle à fon empreffement.
Plûrau Ciel , qu'au récit de mes vives allarmes ,
Tes beaux yeux attendris verfaffent quelques lar- mes !
Mais, comment me flater que le Ciel foit pour moi ,
Lorfqu'il m'ôte l'efpoir de me rendre vers toi
Qu'il ſe montre toûjours couvert d'affreux nuages ,
Et qu'il trouble nos Mers par d'éternels orages ?
Nos plus fiers Matelots effrayez du danger ,
Sur les Flors agitez n'oferoient s'engager.
Un d'entr'eux plus hardi , peut-être téméraire ,
Te porte de ma foi cette marque légere.
Je me préparois même à partager fon fort ;
Mais , un Peuple infini l'a vu fortir du Port.
Craignant de découvrir le feu qui me confume ,
J'ai pour te l'exprimer , eu recours à la plume ;
J'ai tracé cette Lettre , & voulant commencer :
Trop heureuſe , ai - je dit , tu vas me devancer
Tu vas toucher la main de celle qui m'enchante,
Et peut- être approcher de fa bouche charmante
,, Quand , pour rompre tes laz , fes dents , les bel
les dents
""
"
""
"" Serviront à fon gré les voeux impatiens,
Un foûpir auffi tot a coupé ce murmure.
Mon coeur a confié le reste à l'écriture.
;
Mais , Dieux ! Que cet emploi convient mal à mê
main !
LE MERCURE
"
Bien mieux de l'Onde amére elle fendroit le fein ,
Et bravant la fureur de ces vagues hautaines ,
Laifferoit à ma bouche à te conter mes peines.
Déja fept longues nuits ont couvert l'horifon ,
Sins qu'on ait vu changer cette horrible faifon ,
Ni que pour adoucir le mal qui me tourmente
Le fommeil ait fermé ma paupiere brûlante.
Sur quelque roche affis & contemplant tes bords,
Vers toi mon efprit vole , au défaut de mon corps.
En ce penfer flateur quelquefois je m'égare ,
Il me femble en effet que rien he nous ſépare ;
Et tout , jufqu'à ce feu , qui brille far ta tour ,
Entretient dans mon coeur , celui de mon amour.
Trois fois regardant Sefte, une ardeur infenfée,
M'a de tenter les flots , fait prendre la penſée ;
Et trois fois me livrant à cet affieux danger
J'ai vu ces mêmes flots prêts à me fubmerger.
Ahfufpens tes rigueurs , implacable Borée ,
La Mer , bien moins que moi , gémir de leur durée.
D'un Amant malheureux ne romps plus les prejets
;
Et fouviens- toi des biens qu'Amour jadis t'a faits ;
Qu'il coula fes doux feux dans ton ame de glace ;
Que de ravir ta Belle , il te donna l'audace :
Songe enfin , à la rage où tu fçais te porter ,
Pour peu que dans ta courfe on ose t'arrêter.
Par ton exemple inftruit , mets fin à mon fupplice,
Et qu'Eole à jamais ainfi te foit
propice.
Mais , le barbare eft fourd à mes vives douleurs ,
Et femble par dépit redoubler fes fureurs.
Ainfi donc , pour reffource à mes langueurs mortelles
,
De Dédale fouvent je défire les afles ,
Et voudrois , comme lui , par la route des Cieux ,
Prendre , pour t'aller voir , un vol audacieux.
D'autrefois tu reviens à ma trifte penſée ,
Objet de mes défirs , felicité paffée ;
Tems heureux , dont l'idée écarte mes ernuis ,
Et que vit commencer la plus belle des nuits,
DE FEVRIER,
85
A peine fon bandeau couvroit nôtre hemifphére ,
L'Amour me vit courir aux bords de l'Onde amére ;
Je m'élançai tout nud dans fon humide ſein .
La Lune fecondant mon amoureux deſſein ,
Répandoit fur les flots une douce lumiere ,
Et fembloit me guider en ma noble carriere .
Alors la regardant : ô Déefle , en ce jour
Sois propice , ai-je dit , à mon fidele amour !
En faveur de mes feux , rappelle en ta mémoire
Le bel Endym on par toi comblé de gloire.
"
"
"
91
Comme un Mortel des Cieux , te fit defcendre
alors ,
Une Divinité me fait quitter mes bords.
,, Oui , je croi à bon droit pouvoir la nommer
92
telle !
Sa prefence n'a rien qui foit d'une Mertelle :
Son Efprit , fa beauté , fon air , je le foûtiens ,
,,Egalent les attraits de Venus & les tiens .
""
"
"
""
Ainfi
tres ,
que dans les Cieux tout doit ceder aux vô-
Ceux d'Héro fur la Terre effacent tous les antres
;
Et fi tu crois mes fens un peu trop prevenus ,
J'en fais, juges , tes yeux , ou bien ceux de Venus.
A ces mots plus ardens , vers Sefte je m'avance
Et je fens la Déeffe à ſa vive influence.
Tout m'infpiroît d'ailleurs un courage nouveau,
Un doux calme regnoit fur la face de l'eau ;
Des triftes Alcyons la voix plaintive & tendre ,
De l'un à l'autre bord fe faifoit feule entendre :
A mon bonheur enfin tout fembloit conſentir ;
Je fentois cependant mes bras fe ralentir .
Mais ton brillant fanal s'offre à peine à ma vûë ,
Que d'un nouvel effort ma vigueur s'evertue.
,, C'eft - là , dis -je , c'eft là que luit le feu divin ,
Qui confume mon coeur & regle mon deſtin .
Oui , déja fa chaleur chaffe le froid de l'Onde ;
Mes bras plus aifément fendent la Mer profonde ;
Et je fens qu'en effet par de fecters refforts ,
"
""
86 LE MERCURE
" Mon ardeur fe redouble en approchant fes bords,
En achevant ces mots , je t'apperçoi toi - même :
Je me lens tout de flâme en voyant ce que j'aime ;
Et mes bras rani nez par de nouveaux elprits ,
De leurs travaux déja te demandent le prix.
Mais, que vois je ? Grands Dieux ! accourant du
rivage ,
Héro , pour m'embraffer , cherche en l'onde un
paffage :
>
Sa Nourrice effrayée envain veut l'arrêter ;
Je viens de voir les pieds dans les flots fe jetter.
Tu m'aidas à fortir de la pleine liquide ;
Ta main même effuya ma chevelure humide ;
Et quand tu m'eus prêté tes propres vêtemens
Ciel quel fut le tianfport de nos raviſſemens ?
Quels bailers je reçû de ta bouche vermeile ?
Qui pourroit exprimer leur douceur nonparcille !
O bailers ! digne objet , digne prix de mon feu ;
Pafler pour vous les Mers , me femble encor trop
peu :
De nos plaifirs pourtant vous ne fûtes que l'ombre,
Des fables de la Mer ils pafferent le nombre.
Mais , ces biens , dont les Dieux pourroient être jaloux
,
Ne doivent être fçûs que des Murs & de nous.
L'Aurore par malheur y mit trop tôt des bornes ;
Tu fçais combien alors nos yeux triftes & mornes
A nos tendres baiſets vinrent mêler de pleurs ;
Et combien ta Nourrice accufa nos lenteurs .
La cruelle à la fin me fit rentrer dans l'onde ,
A m'yvoir on cût dit que ma douleur profonde ,
A mes bras engourdis ôtoit tout mouvement ,
Et que 'allois toucher à mon dernier moment.
Mes yeux , fans s'effrayer de ce danger funefte ,
Ne fembloient occupez qu'à fe tourner vers Sefte.
Abide auffi dés lors n'eut plus pour moi d'appas ,
Et j'abhorre les lieux où je ne te vois pas.
En effet , chere Héro , par quel deftin bizare ,
Faut-il , qu'unis de cecur , une Mer nous sépare ?
DE FEVRIER . 87
De ton Climat , du mien
mieux ,
voi lequel te plaît
Et cherchons deformais à vivre aux mêmes lieux,
Le moindre vent s'oppoſe au bonheur de ma flâme.
La Mer en fe troublant , met le trouble en mon
ame ;
Et quand un calme heureux ramene les Zéphirs ,
Toujours un long trajet arrête mis défits.
Dieux Combien à mes bras a- t'il coûté de pefne ?
La trace en eft marquée en la liquide plaine ;
Et les poiffons furpris admiroient chaque jour
Les travaux , où pour toi m'expolot mon amour.
Cependant cette peine , autrefois mon martyre ,
Helas ! Eft au urd'hui le feul bien où j'aſpire .
Mais envain. Tous les vents à me nuire obftin^ z ,
Toujours fur l'Hellefpont fe montrent déchaînez .
Tel il fut , quand d'Io fayant l'injufle rage ,
Hellé rendit les flots fameux par fon naufrage.
Mon triste fort au fien pourroit bien reffembler ;
Et je ne fçai pourquoi j'en fens mon coeur trembler.
O trop beureux Phryxus , dont le Belier agile
Se fe vit à paffer cette Mer indocile !
Quoique j'envirois peu cet utile fecours ,
Sia Mer à mes bras laiffoit un libre cours :
Eux feuls me tiendroient lieu de Rames , de Navires
;
Eux feu's me conduiroient au Port que je défire.
Que tout autre Pilote au milieu des hazards ,
Sur quelque Etoille fixe arrête fes regards.
Uu autre Aftre ici bas plus fúrement me guide :
Eclairé de fes feux , j'rois jufqu'en Colchide ,
Et des plus grands Nageurs effaçant le renom ,
J'oferois en cet art défier Palémon .
Aprés ce que j'ai vu , je ne puis m'y méprendre.
Souvent mon bras laflé fembloit prêt à fe rendre ;
,, Courage , lui difois- je , & fonge à t'avancer ;
,, Le fein d'Héro s'apprête à te recompenfer.
Soudain , tel qu'un Courier qui part de la Bagriere
88 LE MERCURE
Je le fentois fougueux pour fuivre la carrierę .
Ainfi , tu fers de Pole & d'Etoile à mes yeux ,
Beauté, digne en effet de briller dans les Cieux .
Mais, ne te preffe pas d'aller y prendre place ;
Ou'dis , pour y monter ce qu'il faut que je faſſe .
Que dis je , & quels projets viennent me décevoir
Un peu
d'eau nous fépare , & je ne puis te voir ;
Et du fier Aquilon la rigueur fans égale.
M'empêche de franchir ce leger intervale.
Ah ! plûtôt pour ôter tout espoir à mes feux ,
Puiffe le monde entier nous féparer tous deux.
Car enfin , prés de toi , que me fert - il de vivre ?
A mille affreux ennuis ce vain bonheur me livre.
De défirs plus ardens je me fens enflâmé ;
D'un feu beaucoup plus vif je me fens conſumié ;
Et plus je me crois piés du bien que je defire ,
Plus de m'en voir privé mon trifte coeur foûpire :
Semblable au malheureux , qui fans ceffe alteré
Ne peut atteindre à l'Eau dont il eft entouré.
Hé quoi ? faudra t'il done , que pour voir ce que
j'aime ,
Toujours je m'en rapporte à l'inconftance même ?
Que mon bonheur dépende & des vents & des
Mers ,
E que mon coeur frifonne au moindre bruit des
Airs ?
Si même dans l'Eté j'éprouve ces difgraces ,
Que dois - je attendre , ô Ciel , de la faifon des
glaces !
Mais , n'importe , & mon coeur , s'il s'y faut expofer
,
Pour te voir , chere Hero , s'apprête à tout ofer ;
Et ne crois point qu'ici , digne de tes reproches,
Hrdi loin du danger , je tremble à fes approches.
Si la fureur des vents dure encor quelques jours ,
Tu verras les effets répondre à mes difcours .
Et Leandre au travers des flots de l'Onde émûë ,
Ou fe rentre à tes pieds , ou perir à ra vûë .
Heureux , fi periffant en de fi doux efforts ,
DE FEVRIER . 82
Neptune par pitié me pouffe vers tes bords ;
Et de tous les Amans fi plaignant le plus tendre ,
Héro , de quelques pleurs daigne honorer ma cendre
:
Mais pourquoi , t'annonçant un funefte avenir ,
De finiftres difcours vais - je t'entretenir ?
Pardonne cette faute au trouble qui m'agite
Et m'aide par les voeux à calmer Amphitrite.
Pour paffer l'Hellefpont , il me faut peu d'inftans,
Puiffe Borée au moins m'en accorder le tems .
Que fur les flots enfuite il exerce la rage ,
Tranquille dans le port , je rirai de l'orage ;
Et quelque long qu'il foit , bien loin d'en murmurer
,
Je rendrai grace aux Dieux qui le feront durer.
De tes embra femens goûtant la douce étreinte ,
Te quitter , chere Héro , fera ma feule crainte ;
Et mes bras dans les tiens oubliant à nager,
Trouveront à partir toûjours quelque danger.
Mais, tandis que j'attens que cet heureux tems
vienné ,
Souffre qu'ici pour moi ma Lettre t'entretienne.
Si Neptune à mes voeux accorde un doux fuccès ,
Guidé par ton flambeau , je la fuivrai de près.
Prévoyance Bachique.
Corax rieur de fon Quartier
Auffi facétieux
qu'yvrogne ,
Avec geus du mê ne métier ,
Alloit à déjeuner boire fur le Chantier
D'un excellent vin de Bourgogne.
Il tira deffous fon manteau ,
Certain , je ne fçai quoi , qu'on crut être une gourde
Mais l'ayant mis fur le tréteau ,
On connut que c'étoit une Lanterne fourde.
Que fais tu de cet inftrument ,
Lui dir , en riant , Timagêne
H
90 LE MERCURE
A
Te crois-tu plus heureux que ne fut Diogêne ,
Qui , pour trouver un homme , en ufa vainement
Non , reprit Corax foidement :
Bien que je fois du fel attique
Le Partifan , l'Admirateur ;
De cette impudence Cinyque
Tu ne me verras point le fade imitateur.
Quand je marche en plein jour armé d'une Lanterne
>
Un foin plus raifonnable à le faire m'induit ;
C'eft que , dés qu'une fois j'entre dans la Taverne ,
Je n'en fors plus qu'aprés minuit.
D
EPIGRAMME.
Par Monfieur de Som ...
Ans un coeur bien épris , qu'un doux penchant
entraîne,
La frivole Railon ne doit pas fe pefer ;
Ses importunitez nous caufent plus de peine
Que celles dont l'Amour peut nous embaraffer.
L'Amour attire , plaît , charme , engage , tranf
porte ;
La Raifon tiranife & contraint chaque jour ;
le tout bien compenfé , la raifon la plus forte
Ne vaut pas te plus foible amour .
DECLARATION DU ROY ,
Concernant le Condamnez aux Galeres ,
Bannis , & Vagabonds.
LE
E Roi par ces Prefentes , dit, ordonne
& déclare , que les Déclarations, des 31.
May 1682.29 . Avril 1687. & 27.Aoust 1701.
DE FEVRIER. 91
que
foient executées felon leur forme & teneur .
PERMETTONS néanmoins à toutes nos
Cours & Juges , fuivant l'exigence des cas ,
d'ordonner dans les cas preferits par
lefdites Déclarations contre ceux qui ne
gardent pas leur ban , & contre les Vagabonds
& gens fens aveu ; les hommes fe
ront tranſportez dans nos Colonies , pour
y fervir comme engagez , & travailler à la
culture des terres , ou aux autres ouvrages
aufquels ils feront employez , fans que ladite
peine puifle être regardée comme une
mort civile , ny emporter confifcation .
Voulons en outre que tous ceux qui ont été
ou feront ci-après condamnez aux galetes
ou au baniffement , par quelques Juges , &
de quelques lieux que ce puiffe être , ne
puiffent en aucun tems ni en aucun cas ,
même après le tems de leur condamnation
expiré , fe retirer dans nôtre Ville de Paris ,
Fauxbourgs & Banlieuë d'icelle , ce qui
n'aura lieu cependant par rapport aux bannis,
dont le tems de la condamnation feroit
expiré , que pour ceux qui auroient été
auffi condamnez au Carcán ou à d'autres
peines corporelles , pour ceux qui auroient
été condamnez deux fois au banniffement,
ou qui auroient fuby quelque autre condamnation
, faute d'avoir gardé leur ban :
Enjoignons à cet effet à tous ceux & celles
qui ont été ci - devant condamnez aux peines
ci deffus énoncées , de fe retirer defdits
H ij
92* LE MERCURE
•
•
lieux dans un mois du jour de la publica
tion des Prefentes , finon & à fau ede ce
faire dans ledit tems , & icelui paffé , ils feront
condamnez , enfemble ceux qui contreviendront
à l'avenir à la prefente Déclaration
; fçavoir , les hommes à eſtre envoyez
dans nos Colonies , pour y fervir
comme engagez, & les femmes à eftre renfermées
dans l'Hôpital General de noſtre
bonne Ville de Paris , pendant le tems que
nos Juges eftimeront convenable , à l'effet
dequoi , leur procés leur fera fait & parfait
par le Lieutenant General de Police , ou le
Lieutenant Criminel de Robbe - courte
concurremment & par prévention , & le
Jugement par eux rendu en dernier reffort
avec les Officiers du Châtelet, au nombre
de fept au moins , fans que le Lieutenant
Criminel de Robbe courte puiffe connoître
de ceux contre lefquels le Lieutenant
General de Police aura decreté avant lui ,
ou le même jour. Voulons qu'en cas de
conteftations entre lefdits Officiers pour la
competence , elle foit reglée par nôtre
Cour de Parlement de Paris , fans qu'ils
puiffent fe pourvoir au Grand Confeil ni
ailleurs : Ne pourront neanmoins le fdits
Officiers connoître defdites contraventions,
fi les Jugemens de condamnation ont été
rendus par nôtre Cour de Parlement de
Paris , foit en infirmant ou confirmant les
Sentences des premiersJuges , même lorſque
DE FEVRIER.
l'execution des Sentences auroit été renvoyée
devant lefdits Juges , dans tous lefquels
cas le procez fera fait aux contrevenans
par noftredite Cour ; & lefd. Lieutenant
General de Police , & Lieutenant Criminel
de Robe courte feront tenus de lui en
délaiffer la connoiffance ; & fi les coupables
avoient été arrêtez dans les prifons du Châtelet
, ils feront tenus de les faire transferer
dans les prifons de la Conciergerie , pour le
procez leur être fait & parfait à la Requeſte
de nôtre Procureur General. Voulons que
ceux qui auront été condamnez à cftre envoyez
dans nos Colonies , conformement
aux Prefentes , foient inceffamment renfermez
dans l'Hôpital general de nôtre bonne
Ville de Paris , pour y être nourris & gardez
juſqu'à ce qu'ils foyent conduits dans
nos Ports , pour y être embarquez & tranfportez
dans nos Colonies. Voulons en outre,
que ceux qui aprés y avoir été trrnſportez
en vertu defdites condamnations , feroient
depuis rentrez dans nôtre Royaume ,foient
condamnez au carcan & aux galeres à perpetuité
, ou à tems , par les mêmes Juges,
& en la même forme prefcrite par la prefente
Declaration , fi nos Juges ne jugent
plus à propos d'ordonner qu'ils foient tranf
de nouveau dans nos Colonies. Sr
DONNONS EN MANDEMENT, & C. DONNE
à Paris le huitiéme jour de Janvier , l'an
de grace mil fept cent dix- neuf , & de nôportez
94 LE MERCURE
tre Regne le quatrième. Signé , LOUIS,
Et plus bas , Par le Roi , LE Duc d'Or-
LEANS Regent , prefent , PHELY PEAUX .
Et fcellée du grand Sceau de cire jaune.
Registré en Parlement le 20. Janvier 1719.
Signé , GILBERT.
ARREST
De la Cour de Parlement .
que
le
Qui ordonne la fuppreffion d'un Imprimé
contenant quatre pieces : La premiere
intitulée, Copie d'une Lettre du Roy Ca
tholique , écrite de fa main , &
Prince de Cellamare fon Ambaffadeur
avoit ordre de prefenter au Roi trés-
Chreftien , datée du 3. Septembre 1718,
La deuxième intitulée , Copie d'une · Lettre
circulaire du Roi d'Espagne , que le
Prince de Cellamare fon Ambaſſadeur
avoit ordre d'envoyer à tous les Parlemens
de la France, datée du 4. Septembre 1718.
La troifiéme intitulée , Manifefte du Roi
Catholique , adreẞée aux trois Eftats de
la France , datée du 6. Septembre 1718.
La quatrième intitulée , Requeste prefentée
au Roi Catholique au nom des trois
Eftats de la France ; & qui faic deffenfes
à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, & à toutes autres perfonnes , de
l'imprimer , vendre , debiter , ou autreDE
+
95
FEVRIER
ment diftribuer , fous peine d'être pourfuivis
, comme perturbateurs du repos
public , & criminels de leze Majeſté.
Extrait des Regiftres du Parlement.
CE JOUR font entrez en la Cour
le Procureur General du Roi , &
Maiftre Pierre Gilbert , Avocat dudit Seigneur
Roi , & le Procureur General du
Roi portant la parole , ont dit à la
Cour.
MESSIEURS.
La publication de l'Ecrit que nous apportons
à la Cour , eft un nouvel effort
pour allumer , s'il étoit poffible , la divifion
dans le Royaume , pour infpirer aux Peuples
des maximes contraires aux Loix les
plus certaines de l'Etat , & pour exciter les
Sujets du Roi à la revolte contre l'autorité
legitime du Gouvernement.
Le même efprit qui a dicté l'Imprimé
qui portoit pour titre , Déclaration du Roi
Catholique , fe fait fentir dans chacune des
quatro pieces differentes , dont ce dernier
ouvrage eft composé .
Le premier n'étoit , pour ainsi dire, que
le fommaire & l'abregé de celui.ci ; il eft
rempli des mêmes principes , mais ils y font
plus développez ; on y trouve les mêmes
traits injurieux , mais encore avec moins
de ménagement , & nous ne doutons point
que les mêmes vues qui ont excité l'attenLE
MERCURE
tion de la Cour fur le premier Ecrit , n'animent
tout fon zele contre celui - ci .
Nous n'avons garde d'attribuer au Roi
d'Espagne un pareil ouvrage . En vain at'on
mis fous fon nom la premiere piece qui
porte pour titre , Copie d'une Lettre du Roi
Catholique , écrite de fa main , & que le
Prince de Cellamare fon Ambaßadeur avoit
ordre de prefenter au Roi trés Chretien.
Si nous y reconnoiffons le Roi d'Efpagne
aux fentimens de tendreffe qu'il marque &
pour le Roi & pour le Royaume , tout le
refte dément cette premiere idée, & les maximes
que cet Ecrit ſuppoſe , en parlant des
Etats Generaux du Royaume , ne nous permet
pas d'y reconnoître les veritables fentimens
d'un Prince élevé dans le fein de la
France .
En vain veut- on faire regarder comme
fon ouvrage , la deuxième Piece qui porte
pour titre , Copie d'une Lettre circulaire
du Roi d'Espagne , que le Prince de Cellamare
fon Ambaffadeur avoit ordre d'envoyer
à tous les Parlemens de la France.
Nous ne croirons jamais ce Prince capable
d'employer les éloges les plus flateurs
pour féduire les Parlemens , pour femer la
divifion entr'eux & Monfieur le Regent
pour les porter à donner atteinte à l'autorité
Royale , eux dont la fermeté s'eft tant de
fois fignalée pour la maintenir.
La troifiéme Piece qu'on intitule , Ma
nifefti
DE FEVRIER.
nifefte du Roi Catholique , addreſſé aux trois
Etats de la France , pourroit- elle être attribuée
à un Prince , qui fçait que les trois
Ordres du Royaume ne forment aucun
Corps dans l'Etat , que lorsqu'ils font af
femblez ; qui fçait qu'ils ne peuvent l'être
que par permiffion du Roi ; qui fçait enfin
que les Etats affemblez peuvent reprefenter,
mais ne decident point; qu'ils peuvent faire
des remontrances , & non pas des Loix
Pourroit-on foupçonner qu'un Souverain ,
fous pretexte d'un Manifefte , qui ne doit
regarder que l'intereft de fon Etat , voulût
exciter les Peuples contre l'autorité legitime
qui les gouverne ?
Croira- t'on enfin qu'un Prince dont la
fageffe eft connue de toute l'Europe , puiffe
avouer les expreffions injurieufes , les traits
envenimez , contre la perfonne de Mon-
Geur le Duc d'Orleans , & la cenfure la
plus amere de fa conduite , qui font prodiguez
dans cet Ecrit'?
Oferions- nous même penfer qu'auçun
Sujet du Roy ait pû foufcrire à la Piece intitulée
, Requeste prefentée au Roi Catholique
au nom des trois Etats de la France ? Le
feul titre eft un attentat contre l'autorité
Royale tout l'Ecrit répond au Titre ;
tout y refpire la rebellion ; on y attaque ouvertement
le pouvoir de Monfieur le Regent
; on ne fe contente pas d'attaquer une
autorité fi legitime , on attaque & fa con-
I
98 LE MERCURE
duite & fa perfonne ; on fe porte jufqu'aux
dernieres invectives ; on invente des faits ;
on nous appelle nous mêmes en témoigna -
ge ; on attefte la foi de vos Regiftres , qui
démentiront à jamais auffi bien que nous,
de pareilles impoftures.
Nous ne rapportons que la moindre
partie de ce qui eft contenu dans ces quatre
Pieces , la lecture vous fera plus d'impreffion
que tout ce que nous pourrions vous
en dire.
Pourrions- nous demeurer dans le filence ,
quand nous voyons attaquer les Loix de
PEtat , l'autorité du Roi & celle du Regent
du Royaume ? C'eft ce qui nous engage
de requerir que cet Ecrit foit & demeure
fupprimé , fuivant & aux termes
de l'Arreft du 16. Janvier dernier. Et c'eſt
dans cette vûë que nous avons pris les
Conclufions par écrit que nous laiffons à
la Cour , avec un Exemplaire de cet Imprimé.
Et ont mis fur le Bureau un Exemplaire
dudit imprimé , & les Conclufions du Procureur
General du Roi.
Les Gens du Roi retirez . Vû ledit Imprimé,
& l'Arreft du 16. Janvier 1719. enfemble
les Conclufions du Procureur General
du Roi ; La matiere mife en déliberation.
LA COUR faifant droit fur le requifitoire
du Proc . Gen.du Roi, ordonne que led ,
DE FEVRIER.
;
Imprimé contenant lefd . quatre pieces ,fera
& demeurera fupprimé , comme féditieux ,
tendant à revolte , & contraire à l'autorité
Royale à cet effet enjoint à tous ceux qui
en ont ou en auront des Exemplaires, de les
apporter au Greffe de la Cour , dans la buitaine
au plus tard du jour de la publication
du prefent Arreft , pour y être fupprimez :
Fait défenfes à tous Imprimeurs ,Libraires,
Colporteurs , & toutes autres perfonnes , de
l'imprimer , vendre, debiter , ou autrement
diftribuer, en quelque maniere que ce puiffe
être , fous peine d'être pourfuivis comme
perturbateurs du repos public , & criminels
de lez - Majefté . FAIT en Parlement le
quatrième jour de Fevrier mil fept cent dixneuf.
Signé , GILBERT .
ARREST
Du Parlement de Bordeaux ,
Portant fuppreffion d'un Ecrit contenant
quatre Picces , &c.
Extrait des Regiftres de Parlement .
E JOUR , la Grand'Chambre &
Fournelle affemblées , le Procureur
General eft entré à la Cour, & a dit.
MESSIEURS.
Vous avez fait connoître vôtre zele & vô
tre attachement pour le fervice du Roi ,
I ij
330108
100 LE MERCURE
le bien de l'Etat , & la perfonne de S. A.
R. par l'Arreft que vous avez rendu le 7 .
de ce mois , qui ordonne la fuppreffion d'un
Ecrit qui fe debitoit dans le Public fous le
titre de Déclaration faite par le Roi Catholique.
Les mêmes raifons qui vous ont déterminé
à rendre cet Arrêt, doivent vous élever plus
fortement contre un nouvel Ecrit qui pa-
Foît dans le Public , dont nous vous apportons
un Exemplaire .
Il contient quatre Pieces , dont une eſt
fous le titre de Lettre du Roi Catholique ,
écrite à S. M. La feconde une Lettre circulaire
pour
tous les Parlemens de France.
La troiliéme, un Manifefte adreſſe aux trois
Etats du Royaume. La quatriéme & la
derniere de ces Pieces , eft une Requeste
prefentée au Roi Catholique , au nom des
trois Etats de la France.
Tous ces Ecrits nous étoient déja annoncez
dans les Lettres interceptées , qui ont été
rendues publiques, comme une chofe neceffaire,
pour répandre dans le Royaume dans
le tems que la confpiration feroit executée ,
& que l'on mettroit le feu aux mines ,pour
me fervir des mêmes expreffions portées par
ces Lettres , c'eft- à- dire , dans le tems que
l'on vouloit répandre dans le Royaume
l'efprit de difcorde & de divifion , & que
l'on comptoit d'y faire naître une guerre
civile.
DE FEVRIER.. IOT
C'eft ce qui fait mieux connoître le venin
répandu dans cet Ecrit ; il attaque particulierement
l'autorité & la perfonne de S.
A. R. Nous y fommes foûmis : Nous la
reconnoiffons auffi legitime que neceffaire ,
pour le bien & l'utilité du Royaume , &
elle n'eft pas differente du pouvoir qu'ont û
entre leurs mains tous ceux qui ont été Regens
dans les differentes Minoritez qu'il y
a û dans cette Monarchie.
Cet Ecrit attaque directement l'autorité
du Roi , en voulant infinuer que l'on doit
avoir recours aux Etats Generaux , & donnant
par- là , contre l'ufage le plus établi
dans le Royaume , un pouvoir abſolu à
une Affemblée qui n'a jamais penſé , toutes
les fois qu'elle s'eft tenue , être en droit
de rien decider , mais de reprefenter fes
Cahiers de doleances , fur letqueis nos
Rois ont toûjours ordonné ce qu'ils ont
jugé à propos.
Enfin , Meffieurs , cet Ecrit introduit
une pernicieufe maxime , en farfant parler
les trois Ordres du Royaume , quoique rien
ne puiffe venir de leur part que lorsqu'ils
font affemblez ; & ils ne peuvent jamais
être cenfés affemblez que par permiffion du
Roi.
La malignité répandue dans cet Ecrit ,
nous fait allez connoître qu'il vient de la
même main que la Déclaration du 25. Decembre
dernier : Nous pourrions nous
4
I iij
102 LE MERCURE
tromper & le croire du Roi d'Espagne , fi
nous ne nous arrêtions qu'aux fentimens
de tendreffe & d'affection qu'il marque
avoir pour la France ; mais , tout le refte
fait connoître la fauffeté de cette idée ;
les vertus & les merites de ce Prince font
nos garants , qu'il feroit le premier à défayouer
tout ce qu'il contient . C'eft pourquoi
, nous requerons que ledit Imprimé
fera & demeurera fupprimé , comme feditieux
, tendant à revolte , & contraire à
l'autorité Royale : Qu'il foit enjoint à tous
ceux qui en ont ou qui en auront des
Exemplaires , de les apporter au Greffe de
la Cour , dans la huitaine au plus tard du
jour de la publication de l'Arrêt qui interviendra
, ou dans les Greffes des Séné,
chauffées du reffort ; & qu'il foit fait dé
fenfood!tous imprimeurs , Libraires , Colporteurs
, & toutes autres perfonnes , de
l'imprimer , vendre & debiter , ou autre↓
ment diftribuer , de quelque maniere que
ce puiffe être , fous peine d'être pourſuivis
comme perturbateurs du repos public &
criminels de leze- Majefté : Qu'il lui foit
permis d'informer à fa Requeſte pardevant
les Commillaires , qui feront députez par la
Cour , ou pardevant le Lieutenant Criminel
des Baillages ou Senechauffées du
reffort , pourfuittes , diligences de les Subftituts
, contre tous ceux qui ont vendu ,
distribué ledit Imprimé, ou qui pourroient
DE FEVRIER.
103
le vendre , diftribuer , imprimer on garder
à l'avenir : Qu'il lui foit auffi permis de
faire proceder par cenfures & fulminations
Ecclefiaftiques en forme de Droit . Pour le
tout fait , à la Cour rapporté & à lui communiqué
, être ordonné ce qu'il appartiendra
, & qu'il foit en outre ordonné que
l'Arrêt qui interviendra , fera envoyé dans
les Baillages & Senechauffées du reffort ,
pour y être lu , publié , enregistré & affiché
par tout où befoin ; être enjoint à fes
Subftituts de tenir la main à l'execution de
PArreft , & de certifier la Cour de leurs
diligences dans le mois. Signé , Davigier.
LA COUR faifant droit fur la requifition
du Procureur General du Roi , a ſupprimé
& fupprime ledit Imprimé comme
feditieux , tendant à revolte , & contraire
Paremmin m 1. Enjoint . & c. Fait à
Ime Noyale :
Bordeaux en Parlement , Grand'Chambie
& Tournelle aflemblées , le 27. Janvier
1719. Signé , M. De Gilet de la Caze ,
premier Prefident . Collationné , figné ' ,
Roger , Greffier . Pro Rege.
LOUIS, par la grace de Dieu , Roi
de France & de Navarre : Au premier
nôtre Huiffier ou Sergent fur ce requis. A
la Requeſte de notre Procureur General en
nôtre Cour de Parlement de Bordeaux ; te
mandons mettre l'Arrêt de nôtre - dite Cour
dont l'extrait eft cy fous le contre - feel de
I iiij
·T04 LE MERCURE
:
nôtre Chancellerie attaché , à dûë & en
tiere execution , de point en point , felon
fa forme & teneur , à l'encontre de tous
ceux qu'il appartiendra , & dont ſeras requis;
leur fais les inhibitions y contenuës;
publies , affiches & enregiftres ledit Arrêt
par tout où befoin fera , afin que perſonne
ne l'ignore , & leur fais les enjonctions requifes
& neceflaires. Mandons en outre aux
fleurs Evêques Diocefains de proceder à la
Requeſte de nôtre Procureur General par
Cenfures & Fulminations Ecclefiaftiques en
forme de Droit. Donné à Bordeaux en nôtre
- dit Parlement le 27. Janvier , l'an de
grace 1719. & de nôtre Regne le quatrième.
Par la Chambre. Collationné , figné d'Al
leneft , pro Rege.
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roi ,
Concernant la Loterie de l'Hôtel de Ville
de Paris , établie en confequence de la
Déclaration du 21. Aouft 1717. du 4.
Fevrier 1719 .
Extrait des Registres du Confeil d'Estat.
E ROY s'êtant fait repreſenter fa
Déclaration du 21. Aouft 1717. par
laquelle Sa Majesté auroit ordonné qu'il
feroit tiré tous les mois en l'Hôtel de Ville
DE FEVRIER.
TO'S
de Paris , une Loterie de vingt -cinq fols
chaque Billet , pour parvenir à l'extinction
des Billets de l'Etat & de la Caiffe commune
des Recettes Generales , & qu'on feroit
tenu d'en raporter pour une fomme pareille
à la valeur des Lots ; Et l'Arreft rendu en
fon Confeil le 7. Aouft dernier , qui ordonne
qu'on ne fera plus tenu d'en rapporter
que moitié . Mais Sa Majefté êtant
informée qué les Actionnaires qui mettent
ordinairement à la Loterie , defireroient
qu'elle ne fût compofée que de Lots en
argent , comme auffi que les Billets demeuraffent
réduits à vingt fols , pour les
faire mieux quadrer au prix courant des
efpeces : Sa Majesté a refolu d'y pourvoir,
& en donnant une nouvelle forme à ladite
Loterie , d'accorder trois pour cent fur le
total de la recette , qui feront refervez
pour des oeuvres de pieté & de charité : Oui
le Rapport , Sa Majesté êtant en ſon Confeil
, de l'avis de Monfieur le Duc d'Or
leans, Regent , a ordonné & ordonne qu'il
fera obfervé ce qui fuit pour la Loterie de
PHôtel de Ville qui fera ouverte le 16. du
prefent mois de Fevrier , pour être tirée le
15. de Mars ,
ART. I. Les Billets de la Loterie demeu
reront reduits à vingt fols chaque Billet.
II. Ladite Loterie fera toute compofée
à l'avenir de Lots en argent comptant :
Mais,comme on ne fera plus tenu de rap106
LE MERCURE
porter aucuns effets pour en recevoir les
Lots , Sa Majesté voulant bien ſe priver de
ce benefice : Elle ordonne qu'il fera prelevé
quinze pour cent fur tout le produit de
chaque Loterie , dont Sa Majesté ſe reſerve
de difpofer de trois pour cent qui feront
employez à des oeuvres de charité & de
pieté , & les douze autres feront appliquez
au remboursement des dettes de l'Etat.
III. Outre la Loterie qui fera toûjours
tirée le 15. de chaque mois , il en fera
tiré une autre tous les trois mois , dont le
fonds fera compofé des douze pour cent ,
faifant partie des quinze qui auront été
prelevez fur le produit des trois Loteries
precedentes , lefquels douze pour cent demeureront
en dépôt audit Hôtel de Ville ,
pour fervir au remboursement des dettes
de l'Etat , ainsi qu' fera indique .
IV. Pour parvenir au remboursement
defdites dettes , tous ceux qui en feront
proprietaires , feront tenus de faire enregiftrer
leurs Titres fur des Regiftres qui feront
cottez & paraphez par le Prevoft des Mar
chands , & tus par le fieur le Virloys Receveur
General de ladite Loterie , far lefquels
il fera fait mention des dartes & des
Lommes des Effets Royaux à rembourfer ,
& des noms & furnoms des Proprietaires
defdits Effets .
V. Deux jours avant qu'on tire ladite
Loterie , il fera fait un Extrait exact &
DE FEVRIER 107
fidelle de chacun des Articles defdits Regiftres
: Et tous ces Extraits , aprés avoir
été bien verifiez par les Prevoft des Marchand
& Echevins , feront roulez & cachetez
feparement en leur prefence , pour
être enfuite publiquement tirés au fort,aux
jour & heure qui feront indiquez , juſqu'à
concurrence du fonds de ladite Loterie.
VI. Les Proprietaites defdits Effets à qui
il fera échû d'être rembourfez ,feront tenus
de rapporter leurs Titres de proprieté au
Garde du Trefor Royal en exercice , & leurs
Quittances en l'acquit de Sa Majefté , & à
la décharge dudit Garde du Trefor Royal ,
avecles autres Pieces neceffaires ; aprés quoi
ledit Garde du Trefor Royal leur fournira ,
pour le montant defdits Effets , fes mandemens
fur ledit fieur le Virloys , qu'il acquitèra
le jour même , des fonds de ladite
Loterie.
2
VII. Les Interefts ou Rentes des Effets
qui feront rembouriez, ccicront du premier
jour de la demie année courante , au tems
où chacune defdites Loteries aura été tirée .
VIII. Les trois pour cent qui resteront
feront remis par ledit fieur le Virloys és
mains de la perfonne qui fera à cet effet
commife par Sa Majefté, pour être employez
& diftribuez ainfi qu'il lui plaira de l'or
donner.
XI. Au furplus ladite Declaration du 21 ,
Aouft 1717, & les Arrefts rendus en con
108
LE MERCURE
fequence , feront executez felon leur forme
& teneur , en ce qui n'eft point contraire au
prefent Arreft , pour l'execution duquel
toutes Lettres neceffaires feront expediées.
FAIT au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majefté
y êtant , tenu à Paris le quatriéme
jour de Fevrier mil fept cent dix neuf.
Signé PHELYPEAux .
L
IZ paroît depuis peu un Livre qui a pour
titre , Avantures Paftorales mêlées de
vers mis en Mufique. Il fe vend chez le fieur
Ribou à la defcente du Pont neuf, à l'Image
S. Louis , & chez le fieur Foucault
Marchand,rue S. Honoré à la regle d'or.
M. Campion Maistre de Theorbe & de
Guitare, neft l'Auteur. Pour mieux executer
fon deffein , il a imaginé une Hiftoriete Paf
torale , dans le plan de laquelle il a introduit
des vers de differente espece de differens
caracteres ; à mesure qu'ils y étoient amenez
par certains évenemens . Il a conduit fon
projet avec tant d'art , qu'il a trouvé le
moyen , fans trop forcer le fens de fes recits ,
d'employer toute forte d'airs de fa compofitions
ce quiforme un Livre tres-fingulier &
tres amufant. Le tendre , le galant , l'enjoué,
le Paftorale , le Bachique , &c. y font
placez à propos. Pour donner une idée plus
complette de la chofe , nous donnerons un leger
Extrait de la Fable qui amene les vers.
DE FEVRIER. 109
D
Extrait d'Avantures Paftorales.
E toutes les Bergeres qui paroient autrefois
les bords du Lignon , Philis étoit avouée la
plus belle , mais en même tems la plus indifferente.
Damon , nouveau Berger , mais étranger , qui
jufqu'alors avoit mépriſe les beautez les plus fieres ,
n'ût pas plûtôt jetté les yeux fur les attraits de Philis
, qu'il fut épris de la paffion la plus vive. Un
Parent de l'aimable Bergere l'avoit introduit chez
elle. Dámon , aprés la premiere entrevûë , ne fut
plus occupé que du defir de plaire ; & Philis depuis
ce moment , ajouta chaque jour quelques nouveaux
ornemens à la parure. Damon n'avoit encore declaré
les feux que par fon affi luité . Damon fçavoir
la Mufique : Ce talent n'étoit pas extraordinaire
dans les Paſteurs de ces Contrées ; ils aimoient , &
que ne peut enfeigner l'Amour ? Couché au bord
d'un Ru ffeau qui traverſoit un Bofquet , il chantoit
un foir ces paroles :
Je vous trouble à regret du recit de ma peine ,
Bois charmant ! aimable Fontaine !
E 具
Sejour fi tranquille & fi doux !
Helas ! Cephife eft trop cruelle ,
Pour écouter ce que je fens pour elle ,
Je ne puis le dire qu'à vous.
Philis fe promenoit pour lors avec fa Mere dans
le même Bolquet. La Bergere reconnut la voix de
fon Amant ; mais , quel trouble n'éprouva t'elle
pas lofqu'ele entendit prononcer un autre nom
que Philis ? Elle rougit , & reffentit pour la premiere
fois qu'elle ne verroit qu'avec peine fon devouement
pour une autre. Damon ayant apperçu
fa Maitreſſe , ne tarda pas à la joindre . Nous fom
110 LE MERCURE
t
mes enfin convaincuës , dit la Mere ,
de ce que nous
foupçonnons depuis quelque tems. Vôtre arrivée
dans ces Contrées n'eſt- elle pas la ſuite d'un dépit
amoureux ? Vous venez de prononcer un nom qui
déclare vos feux. Si j'avois aimé , avant que d'embrafler
la vie paftorale , reprit Damon , en regardant
tendrement Philis , il eft ici des yeux charmans qui
m'auroient bientôt forcé d'être infidelle . La jeune
Beauté feignir de ne pas faire attention à cette réponfe.
Quelques jours aprés cette promenade , Damon
fut obligé de quitter le Hameau pour un voyage
indipenfable. La Bergere apprit que dans la
route , il avoit été furpris d'un mal viol: nt qui faifoit
craindre pour la vie de fon Berger. Philis fe
perfuada qu'il étoit mort , & qu'on vouloit lui cacher
la perte de ce cher Amant. Comme elle étoit
en proye aux plus cruelles inquietudes , la Mere &
Damon entrerent tout à coup dans la chambre :
Philis penfa expirer de joye ; elle cacha cependant
fes tranſports , du moins , elle ne lui donna aucune
marque qui pút l'en convaincre. Aprés la fortie du
Berger , Philis refta feule ; il lui fembla que fa
fanté qui avoit été fort alterée par la crainte de la
mort de Damon , lui avoit été tout à fait renduë
par la prefence. Elle reconnut qu'elle n'étoit plus
infenfible : Cette penfée fur pour elle accablante ;
elle paffa plufieurs jours dans cette agitation . Une
vifite de Cidalis . Berger paffionné pour elle , augmenta
la melancolie de cette jeune Beauté . Cidalis
s'étant retiré , & Philis ne pouvant plus fe cacher ,
que la paffion qu'elle avoit pour Damon , n'avoit
été un fecret que pour elle , fentit qu'il étoit tems
de fe tenir en garde contre elle même : Elle prévoyoit
que les Parens confentiroient avec peine ,
à la voir Epoufe d'un homme qui s'obſtinoit à taire
fa naiflance & le nom de fa Patrie. Cette jeune
Beauté craignant de fe donner , fi elle continuoit de
voir fon Amant , des chaînes que peut- être un jour
elle ne pourroit plus rompre , elle refolut de s'inDE
FEVRIER.
terdire pour toujours la vûë du Berger. Depuis ce
jour , il ne put obtenir de lui parler . Cependant , la
Mere voulut qu'elle fût d'une fête que les principaux
Bergers de ces cantons fe preparoient à celebrer . Ils
étoient convenus de choifir quelques Seenes paftorales
& de les executer . Philis ût beau s'en deffendre
, il fallut obeïr. Le Berger avec qui elle devoir
chanter , feignit par complaifance pour Damon
d'être malade le jour- même de la fête . I a Scene
s'ouvrit entre Philis & Damon , & finit ainfi..
Tircis.
Iris , mon extreme langueur
A paflé jufqu'en vôtre coeur !
Parlez Il n'eft plus tems de feindre :
Aurois je le malheur de plaindre
Un mal que je ne caufe pas ?
Iris.
J'ai juré mille fois de ne jamais aimer ,
Et je ne croyois pas que rien pût me charmer :
Mais , alors que je fis ce ferment temeraire ,
Berger , vous n'aviez pas entrepris de me plaire :
Ma fiereté contre vous ne fait plus fon devoir ,
Et de l'Amour enfin je connois le pouvoir .
Pendant la Scene entiere , tous les yeux furent
atta: hez fur Philis & Damon . La paffion du Berger
étoit connuë : On foupçonnoit celle de la Bergere.
Les regards de Damon exprimoient tout ce que fon
coeur fentoit. Ceux de Philis dirent moins ; mais ,
l'embarras où elle parut être , laiffa beaucoup à deviner
: Elle ne put même s'empêcher de rougit , en
chantant ces derniers vers.
Mais , alors que je fis ce ferment temeraire ,
Berger , &c.
1.3.2 'LE MERCURE
Philis qui regardoit l'Amour , comme un ennemi
qu'on ne doit combattre qu'en fuyant , fe crut
trop prés de Damon pour pouvoir fitôt l'oublier .
Elle prit le parti d'éviter cet Amant , en allant chez
Lucile une de fes Parentes , qui demeuroit dans un
Bocage à plufieurs mille du Hameau. Pendant fon
fejour , un Seigneur riche , jeune & galant qui s'y
marioit , donna une fête magnifique. Lucile & Philis
al erent le foir déguifées , dans l'endroit où les
Nôces fe celebroient : Elles arriverent quelque tems
avant le Bal. Le premier objet qui s'offrit , étoit
Damon avec une trés belle Fille qui s'appuyoit fur
le bras du Berger. En un moment elle les perdit dans
la foule ; mais , à force de le chercher des yeux ,
elle l'entrevit à côté de la même Bergere alle n'ûr
pas de peine à fe perfuader qu'il étoit infidelle , mais,
elle fit de vains efforts pour calmer l'agitation de
fon coeur. Damon qui l'avoit reconnue , le défit
adroitement de la jeune Beauté que Philis avoit pris
pour la Rivale , & alla s'affeoir auprés de fa Maîtreffe
; & s'êtant fait connoître : Ne devrai -je donc
plus qu'au hazard , lui dit- il , d'avoir le doux
plaifir de vous voir & de vous entreten r? Je ne fuis
point , reprit brusquement la Bergere , la perfonne
que vous avez conduite en ces lieux. Si celle pour
qui vous paroiffiez avoir tant d'égards , vous entendoit
me faire quelque déclaration galante , vôtre
erreur pourroit avoir des fuites dangereufes pour
vôtre paffion. Damon inconftant ! Damon perfide !
De quel lâcheté me foupçonnez - vous ? Quels foar
les impofteurs ? Mes yeux , dit Philis . Elle lui dépeignit
fa pretendue Rivale , & bientôt il ſe juſtifia.
Oui , divine Philis , je brule pour vous feule !
Ah , trop aimable Damon , dit la Bergere en foupiwant
! Que me difent ces foupirs , continua fon Amant
transporté? Que je ne fcaurois être à vous , reprit
Philis Damon frappé de ces dernieres paroles .
comme d'un coup de foudre , demeura immobile,
Philis ( afiflant ce moment , s'échapa de lui , &
retourna chez Lucile fa Parente.
DE FEVRIER. 119
Le lendemain , un Italien qui fe difoit Marchand
de Bijoux , demanda la permiffion de montrer à
lucile diverfes raretez qui pourroient lui convenir .
Lucile & Philis voulurent le voir . Une longue
barbe cachoit une partie du vifage de ce Marchand ;
mais,quelle fut la furpriſe de la jeune Bergere , lorfqu'elle
reconnut la voix de Damon ? Lucile êtant
paflée dans une chambre voifine pour y prendre de
l'argent , Damon profita de ce moment & lui dit :
Je fais donc condamné , divine Philis, à vous aimer
fans efpoir Pour vous poffeder faut il me faire
connoître ! .... Oubliez - moi pour toûjours , répondit
la Bergere. Ma Mere s'oppose à vos voeux :
Et fi fes deffeins tendent à vous rendre malheureuſe,
dit Damon.... J'obeirai , continua la Bergere . Le
retour de Lucile interrompit les deux Amans ; Damon
fortit. Cependant , Cidalis n'oublioit rien pour
engager la Mere de Philis à favorifer la paffion qu'il
avoit pour fa file. On informe auffitôt la jeune
Bergere,que bientôt elle fera l'époufe de cet Amant.
Cet avis la reduit dans un état plus affreux que la
mort-même. Damon allarmé de cette nouvelle accablante
, trouve le moyen de fe faire introduire.
auprés de Philis , par une veuve amie commune
des deux. Je viens fçavoir , dit Damon , en entrant,
ce que vous ordonnerez de ma vie . Vous avez dû:
lire dans mes yeux tout mon amour & tout mon defefpoir.
Il eft tel que je ne pourrai ſurvivre à vôtrez
mariage avec Cidalis J'efpere même que ma douleur
me donnera la mort avant cet hymenée funefte .
Ces paroles prononcées du ton le plus paffionné ,
arracherent des larmes & des foupirs à Philis. La
cruelle situation où elle fe troaroit , ne lui laiffa pasla
force de répondre. Incapable d'aucune reflex : ou
dans cet état violent , elle rejoignit la Compagnie
fans avoir parlé que par fon trouble & par la trifteffe
, au tendie Damon . Le Berger inconfolable
mais fûr qu'il étoit aimé , prit le parti de ne poing
quitter l'Aflemblée , fe flattant qu'il pourroit recone
K
114
LE MERCURE
vrer l'accafion de rejoindre la Bergere En effet ,
aprés le louper , on defcendit dans les Jardins pour
jouir de la promenade. Philis , heureuſement pour
Ivi & peut être à, deſſein , s'étoit un peu écartée.
Damon profita de cet inftant , & l'ayant abordée ;
Eh bien , charmante perfonne , lui dit- il , Cidalis
fera- t'il heureux ? Un foupir de la Bergere interrompit
Damon. Vous ne répondez pas , continua,
t'il. Que vous m'êtes cruel , * répondit Philis ! Vous
le haiffez ce Rival , reprit Damon , & vous confentirez
d'être fon poufe . J'en mourrai de douleur ,
dit la Bergere. Ah , mes maux augmentent , ajouta
fon Ament Ceffez de troubler mon repos. Je
n'oublitai rien pour differer un mariage que j'abhorre
; c'est tout ce que je puis vous promettre. En
prononçant ces mots , elie fe fepara du Berger . Philis
retirée dans fa chambre , chercha les moyens
d'éloigner le coup fatal cont elle étoit menacée ;
elle écrivit cette lettre à fa Mere. J'apprens , ma treschere
Mere , que vous avez diſpoſe de ma main : Il
m'en contera la vie pour vous obeir ; mais , quoiqu'il
arrive , je vous marquerai combién je refpečte vas ordres
.Je vous demandefeulement quelque 1 ms pour me
preparer auSamifice que vous exigez de moi.
Sa Mere lui fit one qu'e le ne lui accordoit
qu'un petit nombre de jours , & le terme fatal étoit
prêt d'expirer , lorsqu'un h zard empêcha le bonheur
de Cidalis Un cue Etranger , dont le port
majestueux & la fuite nombreufe faifoit foupçonner
la haute na ffance , paffa par ce Hameau , il vit
Damon & lui marqua tant de tendreffe & tant de
jose de le retrouver , que ' ous les Be+gers crurent
voir un frere à qui un frere chori étoit rendu aprés
une longue bfence. Il s'agit , dit Damen au jeune
Etranger , de me fauver la vie. J'aime une fimple
Bergere , mais qui eft digne du trône ; mon Rival
eft prêt d'être heureux : Aidez moi à cétuire fon
efperance. Le jeune Etranger confentit à tout ce
qu'exigea de lui Damon. Ils allerent enſonible chez
DE FEVRIER.
IT'S
"
la Mere , & l'Etranger ayant fait briller aux yeux
de la bonne femme , une fomme confiderable en or
& en pierreries: Si la fortune , lui dit- il , que Cidalis
fait efperer à vôtre fille , furpaffe celle que nous
venons vous offrir , il ne nous fera pas difficile de
tenir plus encore que nous ne promettons : Peutêtre
craignez vous de faire d'un inconnu vôtre gendre?
mais , Damon eft d'un fang qui honorera vôtre
Famille , & fi que'que action indigne de lui avoit
terni la vertu , j'aurois ceffé d'être fon ami. Les
richeffes que voyoit cette Mere , la confiance avec
laquelle le jeune Etranger louoit Damon , acheva de
la déterminer. Elle promit que fa fille feroit à ce
tendre Paſteur ; & Philis apprit avec les transports
qu'il eft aifé d'imaginer , un changement fi peu
attendu. Pour comble de joye , Philis avoit un frere
qu'on avoit cru affiffiné à Venife : 1 arriva dans
Je tems qu'on faifoit les preparatifs des nôces de ces
deux heureux Amans Tous les Bergers du Hameau
accoururent chez Philis Four l'en feliciter . Damon
s'y rendit des premiers. Quelle fut la furpriſe d
frerede Philis , en voyant fous un habit paſtoral ,
le Prince cadet de la maifon Fornaro.
Vous êtes fans doute ſurpriſe , aimable Philis ,
de me trouver ici travefti en Berger . Sulpect à mes
Conc toïens , & méprifant des honneurs qu'il faur
acheter par tant d'allarmes , je m'étois retiré dans
ce fejour charmant. Mon frere aîné , qui feul fçavoit
le lieu de ma retraite , m'y est venu trouver
pour m'affûrer qu'il me feroit facile de triompher
des brigues que mis ennemis on formé pour me
rendre odieux. Jufqu'à prefent je n'a ois defité que
ma juftification. Si je feuhaite maintenant de remonter
aux honneurs aufquels j'avois renoncé ; ce
n'eft , chere Philis , que pour les partager avec vous,
Comme la nuit avançoit , le jeune Venitien pric
congé de fa maitreffe , la laiffant partagée entre mille
diverfes reflexions . Le Prince êtant retou : né le lendemain
chez elle ; Seigneur , lui dit « ll » ,' en le
Kij
116 LE MERCURE
voyant , je voudrois envain vous chacher des fen
timens qui ne vous font que trop connus. Vôtre
coeur m'eft precieux , & pour m'en affûrer la poffeffion
, je facrifie en ce jour ce que j'ai aprés lui de
plus cher : En trouvant un Epoux , je pourrois perdre
un Amant.... Serez vous fans ceffe injufte ,
s'écria le Prince ? Banniffez des foupçons qui m'outragent.
Le Prince Fornaro fera toûjours pour vous
le même que fut Damon Non , dit- elle Tout ce
que je puis vous prometere , c'est qu'en renonçant
a vâtre main , je ne donnerai jamais la mienne à
d'autre. Vous devez à vôtre Maifon des Princes
qui foûtiennent la nobleffe de vôtre fang . Choififfez
une Epoufe digne de vous. Il continua de vouloir
flechir la Bergere . Offres , la mes , fermens , toat
fut inutile. Phil'is le défiant toujours d'elle - même,
partit fans voir le Prince ; mais ,
elle ne put
refufer de lui écrire ce billet,
Ne me reprochez point que je fuis fans defirs ,
Ma flamme n'eft que trop ardente ;
Mais , je crains l'écueil des plaifirs.
Tircis , je crains de perdre un bonheur qui m'en
chante :
!
fe
Ah pourquoi me preffer par des tranſports fi deuxs
Ne vous fuffit-il pas que mon coeur les partage ?
De mes refus , helas , je fouffre autant que vous.,
Et peut être encor davantage !
qu:
Le jeune Fornaro n'ayant rien de plus cher
le fouvenir de fa charmante Maîtreffe
traînot des jours languifans dans les lieux qul
avoient été témoins des feux du tendre Damon .
Un foir rêvant à fon infortune , il fit abordé par
plufieurs Cavaliers. Au milieu d'eux , il vit dans
un Char un homme d'un âge refpectable
paro ffient attentifs à lui obeir. Le nom de Philis,
ditle Viellard au jeune Venitien , ne vous eft peutêtre
pas inconnu. Si mes yeux ne m'abulent , rejt
Tous
DE FEVRIER. 117
Prince Fornaro , voila la mere de la perfonne que
vous demandez , qui fe promene dans la Prairie
voifine. Le Vieillard en le quittant, joint dans l'inf
rant cette femme, & la faifant monter dans fon Char
ils vont enſemble chez Lucile. Le Prince incertain
encore de ce qu'il devoit efperer ou craindre , vit
fa Maitreffe arriver le matin du jour fuivant , avec le
Vieillard & la femme qui avoit paffé jufqu'alors
pour la mere de la jeune Beauté. La petite fille da
Duc de la Valteline , dit le Vieillard au Prince , ci
l'embraffant , a- t'el'e pour vous les mêmes charmes
qu'ût autrefois Philis ? Quoi Seigneur ! Philis .
Le jeune Fornaro ne put achever . Je fuis l'aycul
de cette aimable perfonne , continua le Duc , & je
me repens de ne lui avoit pas fait plûtôt justice,
Lorfqu'il ût achevé le recit des avantures de Phi
lis , le Duc confentit avec joye à rendre ces deux
illuftres Amans heureux , en les rendant Epoux..
N trouve chez François Robinot ,
à l'Ange Gardien , Quay des Auguftins
, un Livre intitulé , Maniere de
cultiverlaVigne de faire le Vin en Cham
pagne ,
& ce qu'on peut imiter dans les autres
Provinces pour le perfectionner.
L'Auteur de ce Livre prétend que la raifon
pour laquelle on boit de fi mauvais vin,
dans des lieux fur-tout où il pourroit être
excellent , vient de la negligence avec laquelle
on fait le Vin . Les Champenois , fe
lon lui , font à couvert de ce reproche ,
puifqu'ils ont été dans tous les tems fort induftrieux
à le rendre plus exquis que dans
les autres Vignobles du Royaume. Il fait
T18 LE MERCURE
remarqueren paffant , qu'il y a à peu prés
cinquante ans qu'ils fe font étudié à faire
du Vin gris & prefque blanc : Qu'auparavant
leur Vin , quoique rouge , étoit fait
avec plus de foin & de propreté , que tous
les autres Vins du Royaume . L'Auteur
déclare qu'il ne veut point entrer dans l'ancienne
& nouvelle difpute , fur la preference
entre les Vins de Champagne & de Bourgogne
: Il fe contente d'obferver tous les
moyens que les Champenois ont imaginé ,
pour donner à leur Vin toute la finele &
l'agrément poffible . Il entre dans des détails
qui font le fruit reflechi de toutes les
attentions qu'il a donné au fujet qu'il traite.
Son intention ,en rendant publiques fes
remarques . n'a été 10. que d'obliger les
honnêtes gens qui font amateurs du bon
Vin- 20. D'animer une infinité de Proprietaires
à donner plus de merité & plus
de qualité à leur Vin , en prenant quelque
foin pour le perfectionner. Enfin , de
fournir les moyens de faire valoir le commerce
des Vins des Provinces éloignées.
Nous ne nous étendrons pas davantage fur
cette matiere , êtant par elle-même affez
piquante, pour qu'on ait recours au Livre
original.
DE FEVRIER. 139
L
E fieur Fremy de Mirfay, qui par
une meditation de vingt années , a
trouvé le fecret d'enfeigner le Latin d'une
maniere plus aifée & plus expeditive , que
toutes celles dont jufqu'à prefent on ait
connu l'uſage , aprés s'en être affûré par
plufieurs experiences & par l'approbation
des plus habiles ; s'eft enfin determiné à
prendre des Penfionnaires , dans la vûë de
Le rendre plus utile au Public.
que
Son Systême ne roule fur deux Regles
auffi courtes & auffi claires qu'on puifle fe
l'imaginer , qui fuppléent au nombre prodigieux
des preceptes ordinaires , tant pour
la compofition des Thêmes , que pour l'explication
des Auteurs & la quantité des
Syllabes.
Une efpece de démonftration proportionnée
à la capacité des moins intelligens , regne
dans toutes fes leçons , & fait que
lés
Difciples deviennent , i l'on peut parler
ainfi , imperturbables dans les principes de ta
Latinité.
Cette Methode foulage extremement
Pimagination & la memoire : Elle convient
à tout âge,à tout fexe & à toute condition ,
fans aucune incompatibilité avec d'autres
Grammaires qu'on auroit apprifes par le
paffé. La pratique en eft fi amuſante &
Blatte fi fort l'inclination des enfans , qu'ils
120 LE MERCURE
mettent l'étude au nombre de leurs jeux
les plus recreatifs ; ce qui peut merveilleufement
contribuer à rendre plus rares que
jamais, ceux qu'on appelle communement ,
teftes dures ou efprits tardifs ; puifqu'il y a
lieu de préfumer que la plupart fe trouvent
dans cette difgrace, moins par un défaut de
nature, que par les dégouts qu'ils ont éprou
vé. C'eft pourquoi , l'Auteur ne fait point
de difficulté d'entreprendre l'inftruction de
cette forte de Sujets , & de garantir de les
rendre capables de Rethorique ou de Philo
fophie en moins de deux ans , pourvû qu'ils
ayent atteint leur douzième année , & qu'ils
fçachent lire & écrite. Que perfonne donc,
faute de Latin , ne perde point l'efperance
d'un établitlement dans l'Eglife , ou dans la
Judicature & dans d'autres Profeffions où le
titre d'homme lettré tient lieu de tous les
biens du monde .
Il s'applique auffi à donner par lui- méme
ou par des Maîtres particuliers , une
teinture de plufieurs autres connoiflances
qui concourent à la perfection de la Jeuneffe
, telles que font le Grec , la Sphere ,
la Geographie , la Chronologie , l'Hiftoire
facrée & prophane , la Mythologie , le Blafon,
&c. L'Arithmetique n'eft point negli
gée , ni même la belle Ecriture ; de maniere
que le Latin , qui en effit fert de fondement
à l'Orthographe du François , fournit encore
ici aux Etudians , contre la commune
experience,
DE FEVRIER. 121
experience , une occafion favorable de fe
former & d'entretenir une bonne main ; afin
que ceux qui le plaisent à cet exercice , ou
qui, peut- être ,le jugent plus intereflant pour
leur état que
la Langue Latine , trouvent
réunis dans le prefent Syftême tous les avantages
qu'ils defirent .
La demeure du fieur Fremy eft à Paffy
derniere Maison , fur la droite , pres la
Porte du Bois de Boulogne , & à côté du
Chateau de la Meute.
粉帶
SPECTACLES.
Es Comediens Italiens , dans la Defo-
Llation des deux comedies & dans le
Procez des Theatres , avoient affez maltraité
la Foire pour qu'elle en tirât une
prompte vengeance. Ils s'y attendoient
avec d'autant plus de raifon , que le Compofiteur
de l'Opera Comique , annonçoit
dans le Public une Piece qui devoit être le
Triomphe de la Foire , & dont l'idée étoit
peu differente de celle dont je veux parler.
Pour prevenir le coup , les fieurs Lelio &
Dominique travaillerent à mettre au Theatre,
avant le tems de l'ouverture de la Foire,
une Piece qui affoiblît celle de leur adverfaire
, en lui ôtant la grace de la nouveauté
: C'est ce qu'ils ont executé dans la pe
Février 1719. L
122 LE MERCURE
tite Comedie de la Foire renaiffante. Mais ,
comme elle fe trouve liée par le fujet, avec
la Defolation des deux Comedies & le Procez
des Theatres , ils l'ont fait preceder
de ces deux Pieces qu'ils ont réunies enfemble
, dans lesquelles ils ont fait des cor
rections convenables au tems prefent . Une
entre-autres , merite , je croi , d'être remarquée.
C'eft dans la Scene de la Defolation
des deux Comedies , où là Muſe
Françoife & la Mufe Italienne , fe font
des complimens de condoleance fur leur
mauvaiſe fanté & fur leur commune langueur
: Mais , cette plaifanterie n'eft plus
de faifon , du moins pour la Mufe Françoife
, qui depuis quelque tems fe porte fi
bien , qu'elle double fon ordinaire. Cependant
, celle- cy ne fait que rappeller fes infirmitez
paffées , & dit qu'un jeune Medecin
qui lui a fait prendre trente prifes d'Oëdipe
, l'a tirée d'affaire. Cet exellent fpecifique
fait fouhaitter à la Mufe Italienne ,
que ce Medecin voulût pareillement lui
donner quelques prifes d'Oedipe , ou quelque
autre remede convenable à la foibleffe
de fon temperemment. Je viens preſentement
à la Piece nouvelle.
La Foire n'ayant pû furvivre à là honte
de fe voir condamnée à un éterfiel filence ,
defcend au Royaume fombre. Là , elle trouve
d'abord Caron , qui furpris de voir une
Ombre fi gaye dans les Enfers , s'informe
DE FEVRIER. 123
du fajet qui l'y a fait defcendre. Elle fatiffait
à toutes fes demandes, & le prie de l'introduire
chez Pluton , pour fçavoir du moins
à quoi elle doit s'en tenir lorfque Minos
furvient , qui pareillement étonné de voir
une fi plaifante figure , lui fait à peu prés
les mêmes queftions qu'à Caron . Celle - ci
y répond fur fon ton ordinaire ; ce qui indifpofe
tellement contre elle le Juge infer
nal , qu'il lui refufe impitoiablement une
place dans les Champs Elifées , malgré
l'offre qu'elle fait d'y établir un Opera Čos
mique pour divertir Pluton & toute fa
Cour. Elle ne fe confole d'être excluë de
ce lieu , que parce qu'elle ne manqueroit
pas d'y trouver l'ame de quelques Comediens
François, qui la chicanneroit encore.
Enfin , Minos lui ordonne de retourner fur
terre , parce qu'en y corrompant les moeurs
par le libertinage de fon fpectacle , l'Enfer
en profitera. Elle fort, en proteftant de n'épargner
dans fes couplets mordans , ni ſes
Ennemies , ni l'Enfer , ni Minos - même .
Cependant les Comediens Italiens , qui
avoient appris fa mort precipitée , fe rejouiffoient
d'un fi heureux évenement, & pour
mieux faire éclatter leur joye , ils avoient
fait élever un arc de triomphe , où la Foire
paroît terraffée par un Acteur heroique &
par Arlequin . Pentalon , le Docteur &
Scaramouche, viennent voir fi l'execution
du trophée répond à leur intention . Dans
Lij
124 LE MERCURE
le tems qu'ils le confiderent , ils entendent
pouffer des cris de joye qui leur prefagent
quelque chofe de finiftre. En effet , ils
voient arriver Flaminia plongée dans la
trifteffe , qui leur fait en ftile tragique un
recit de la renaiffance de leur commune ennemie
. Une pareille nouvelle eft un coup
qui commence à les accabler. Mais , larrivée
de la Foire acheve de les déconcertér:
Elle vient conduite par l'Opera dont la ſuite
chante en choeur , laFoire a vaincu le trepas,
l'Enfer ne lui refifte pas, &c. En vain ,
les Italiens tâchent de la flechir ; elle eft
trop fiere de fon retour , & ce n'eft qu'au
nom refpectable de l'Opera fon couſin
qu'elle veut bien fe relâcher des droits de
vainqueur. On auroit pû même pretendre
à une paix entiere , fi en s'en retournant ,
elle n'avoit apperçû le trophée élevé fur fes
ruines. A cette vue , fon courroux ferallume
, & reprenant toute fon infolence , elle
ordonne à fa fuitte d'abbatre & de reduire
en poudre un objet fi odieux . L'on obéit ,
l'arc tombe , & l'on apperçoit la Foire qui
s'avance au fon des trompettes , fur un char
orné de drapeaux. Elle fait attacher à ce
char , les quatre Acteurs Italiens qui ont
été témoins de fa honte ; & pour mieux
celebrer fa victoire , elle chante un couplet
auquel fa fuitte répond par d'autres couplets
* Parodie du cinquième Acte d'Alceste.
DE FEVRIER. 125
par des danfes. Un triomphe de cette
nature auroit trop enflé fon orgueil , & elle
ne s'en feroit pas tenue là , fi Lelio &
Mario qui venoient trouver leurs Camarades
, n'euffent , en les voyant ainſi enchaînez
, fondu , l'épée à la main , fur toute la
cohorte foraine, & ne l'euffent mis en fuite.
Aprés quoi revenant rompre les chaînes de
leurs amis , chacun témoigne fon allegreffe
par des couplets & par des dances . Et Arlequin
monté fur le char de la Foire , chante
fon couplet de remerciment & la Comedie
finit.
Quelques jours aprés la premiere reprefentation
de la Foirerenaillante, on y ajoûta
un Prologue nouveau qui roulle fur la défenfe
des Spectacles de la Foire. C'eft un
Gafcon , qui fecondé d'une femme à la
mode , fe plaint de la fupreffion d'un Spectacle
qui pouvoit feul le rejouir. Une autre
femme qui fe trouve prefente à cette
converfation , leur fait entendre les juftes
raifons de cette défenſe ; mais , cette ro
fiftance ne fait que les échauffer davantage ,
& il faut que Lelio pour les accorder ( car
la Scene eft dans le Foyer de la Comedie
Italienne ) vienne leur promettre qu'ils feront
fatisfaits , puifque les Pieces qu'ils
vont donner , reflembleront fort à celles de
la Foire , à la referve de ce qui peut bleffer
la modeftie . Sur cette affurance , cha
cun fe retire ; mais le Gafcon fort , en ju-
Liij
126
LE MERCURE
rant de fe vanger , fi l'on ne trouve pas le
moyen de le divertir.
MORT S.
Ame Marie Françoise de Paule de
>
Antoine de Levis,Comte de Charlus , Marquis
de Pouligny , Seigneur de Bequien ,
&c. Lieutenant General pour le Roi en la
Province de Bourbonnois , mourut le 30.
Janvier 1719 , laiffant entre autres enfans ,
Meffire Charles Eugene Marquis de Levis,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de Charleville , de Mezieres ,
& de Befançon en Franche - Comté , qui a
nonté le 27. Janvier 1698. Dame Marie
Françoife d'Albert , fille de feu Meffire
Charles Honoré d'Albert , Duc de Chevreufe
, Chevalier des Ordres du Roi , &c ,
& de Dame Jeanne Marie Colbert . Voyez
la Maifon de Levis dans le Pere Anfelme.
Meffire Alfonfe Henri Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt , Comte de
Montlaur , & c. mourut le ... Fevrier,
laiffant entre autres enfans de Dame Françoife
de Brancas , morte le 13. Avril 1715 .
fille aînée & heritiere de Meffire Charles
Comte de Brancas , Chevalier d'honneur
de la feue Reine , Mellite Anne Marie Jofeph
de Lorraine , Comte de Guife , & c.
qui a épouſé le 2. Juillet 1705. Dame Ma-
>
DE FEVRIER . 127
rie Louiſe Chriftine de Caftille , fille unique
de Meffire Gafpard de Caftille , Marquis
de Montjeu , Baron de Dracy , & c.
& de Dame Louife Diane Dauvet Defmareft
. Voiez la Maifon de Lorraine dans le
P. Anfelme & Moreri.
Melfire Louis Foucault , Marquis de
S. Germain Beaupré, Comte de Dun le Palleteau
, Gouverneur & Lieutenant General
de la haute & baffe Marche, mourut le ...
Fevrier 1719. laiffa entre autres Enfans
de Dame Helene Ferrand , fille de Meffire
Jean Ferrand , Seigneur de Janvry , Confeiller
au Parlement , & de Dame Helene
Gillot, Mre. François Foucault, Marquis de
S.Germain Beaupré, &c. qui avoit la furvif.
vance du Gouvernement de la naute &
balle Marche , & qui a épousé le 11. Mars
1711. Dame Anne Bonne Doublet de Perfan
, fille de Meffire Nicolas Doubler , Seigneur
de Perfan , Confeiller de la Grand'-
Chambre , & de Dame Bonne Urfule de
Salins. Voyez le Pere Anfelme.
Mre. Gabriel Couftard , Confeiller Secretaire
du Roi , Controlleur de la Grande
Chancellerie de France , mourut le premier
Fevrier, laiffant un fils Confeiller au Parlement
, & deux filles dont la premiere a
épousé M. Aubry , Confeiller au Parlement
, & la feconde eft veuve de M. de
Jaffaud , Prefident de la Chambre des
Comptes.
Liiij
128 LE MERCURE
Meffire Jean Romanet , Secretaire du
Roi , mourut le 4. Fevrier en fa 79. année ,
laiffant un fils unique Confeiller au Parlement
, qui a épousé Dame
d'Eftrades .
•
M. Paul Poiffon de Bourvalais , auffi
Secretaire du Roi , connu par les Traitez
dans lefquels il étoit entré , mourut le 6 .
Fevrier fans pofterité.
Dame Marie Claude Therefe Turgot de
Soufmont , époufe de Meffire Jean François
de Creil , Marquis de Creil , Bournezcau
, Baron de Buillac , & c. Maiftre
des Requeftes & Intendant de la Generalité
de la Rochelle , mourut le 15. Fevrier.
Dame Anne de la Tour Taxis , fille de
Meire François Comte de Valfaffine &
du S. Empire, Lieutenant General des Armées
de l'Empereur , & Gouverneur des
Ville & Duché de Limbourg, & de Dame
Anne Duval , qui avoit époufé le 11. Mars
1717. Meffire Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , mourut le ....
Fevrier 1719.
M. l'Abbé Antoine fils de M. Antoine
Ecuyer , Porte Arquebufier du Roi , mourut
à S. Germain en Laye le 15. Fevrier
dans la Chancellerie . Il laiffe par fa mort
l'Abbaye de la Noce , Dioceſe d'Evreux ,
de 8000 liv. de rente , & celle de Grand-
Champs, de 1500liv.
Dame Françoise d'Aligre , Abbeffe de
DE FEVRIER . 129
l'Abbaye Royale de S. Cyr , mourut le 3-
de ce mois , âgée de 85. ans . Elle étoit fille
& petite- fille de Meffieurs d'Aligre Chanceliers
de France .
Mina ,
Morts Etrangeres.
Arie Gabrielle de Caretto de Gra
fille d'Oton Henry , Marquis
de Grana , & veuve de Charles François
Comte de Hoyos , Confeiller Aulique de
l'Empereur , mourut le 1. Janvier 1719-
âgée de 44. ans.
Henri Damofen , Capitaine Imperial
des Vaiffeaux de guerre , mourut à Vienne
le 2. Janvier âgé de 46, ans .
Anne Chriſtine de Herbst , épouse de
Laurens Michel Dizent de Felfental , Chevalier
du S. Empire & Confeiller Aulique
de l'Empereur , mourut à Vienne le s-
Janvier âgée de 49. ans .
Marie Françoife Comteffe de Kingfmaul,
veuve de N. Comte d'Hamilton , mourut
à Vienne le 7. Janvier âgée de 58. ans.
Dom Jofeph Molinés , cy devant Doyen
des Auditeurs de Rote , qui avoit été pendant
quelques années chargé des affaires
d'Efpagne à la Cour de Rome , & qui
avoit été pourvû de la Charge de Grand
Inquifiteur d'Espagne , mourut à Milan
le 10. Janvier , dans le College Helvetique
qu'on lui avoit donné pour priſon ,
110 LE MERCURE
depuis qu'il avoit été arrêté par ordre de
l'Empereur, en paffant par cette Ville pour
retourner en Espagne .
Jean François Comte de Thun , Chambellan
de l'Empereur , & Lieutenant du
Royaume de Boheme , mourut à Prague
le 23. Janvier en fa 34. année .
Jean Dominique Comte de Hocburg ,
Confeiller de l'Empereur , & Regent de
la Bafle - Autriche , mourut à Vienne le 23 .
Janvier âgé de 42 ans .
E
Charges & Gouvernemens Etrangers.
N Decembre 1718. le fieur Molara fut
nommé Prefer de l'Annonce . comme
Administrateur , en forte que le Pape ne
lui accorda que le revenu cafuel qui eft attaché
à cette Charge , & les appointemens
de cinquante écus par mois , furent retranchez
.
Et le fieur Nicolas Negroni , neveu du
feu Cardinal de ce nom , fut nommé pourvû
de la place de Clerc de Chambre , vacante
par la mort du fieur d'Afte .
-Emanuel Barbon , Colonel d'un Regiment
de l'Empereur , qui s'étoit fignalé en
Efpafgne & à Naples , fut nommé le 3 .
Janvier General de Bataille.
En Janvier l'Empereur donna le Gouver
nement du Milanez , vacant par la mort
du Prince de Louvenftein-Wertheim , à
DE FEVRIER
131
Hierôme Comte de Colloredo , Capitaine
Provincial du Marquifat de Moravie .
Et le Gouvernement de Bruges , à Maximilian
Jofeph Comte de Lalain , Vicomte
d'Oudenarde , cy- devant Gouverneur de
Lieres.
L5
MARIAGES.
E fieur Jules Imperiali , Genois , ayant
quitté l'Etat Ecclefiaftique , & ayant
donné la démiffion de la Charge de Clere
de Chambre , & de celle de Prefet de l'Annonce
, & pris la qualité de Prince de Santo
Angelo , époufa par Procureur le ....
Decembre N. fille de Nicolas Marie Pallavicini.
Le s . de ce mois , le Prince Ferdinand
de Baviere , fecond fils de S. A. Electorale
de Baviere , époufa en Boheme la Princeffe
de Saxe Lawenbourg, veuve du Prince Jean
Gafton de Toſcane.
Le Comte de Caftiglione , fecond fils du
Marquis de Prié , Commandant dans les
Pais - Bas Autrichiens , époufa à Anvers
le .... Fevrier N. Princelle de Squilace ,
Ducheffe de Montréal , Marquife douairiere
de Taracene , Grande d'Espagne , &
prit le nom de Prince de Squilace..
Paris.
M. de l'Ecuffans , premier Sous -Lieutenant
des Moufquetaires noirs du Roi ,
âgé de 8o. ans , a épousé le lundy gras 20.
de Feyrier , Mademoiſelle de la Suriere ,
112 LE MERCURE
fille de feu M. de la Suriere , premier Enfeigne
des Moufquetaires noirs , de S M.
Meffire Geofroy Macé Camus de Pontcarré
, Confeiller au Parlement , fils aîné
de Meffire Nicolas Camus , Seigneur de
Pontcarré , premier Prefident du Parlement
de Rouen & de Dame Marie-Anne
Claude Augufte le Boullanger de Viarme ,
fa premiere femme , a époufé le 25.
Fevrier 1719. N. de Jaffaud , fille aînée de
feu Meffire André Nicolas de Jaffaud ,
Prefident en la Chambre des Comptes ,
& de Dame Marie - Anne Couftard .
JOURNAL DE PARIS.
E
13.
Benefices Donnez .
Février La 1719. l'Abbaye Commen .
dataire de faint Marian d'Auxerre , Ordre
de Premontré , vacante par la demiffion
pure & fimple du fieur Henry Barail ,
dernier Titulaire , en faveur du fieur Nicolas
Jofeph Racine . . . . du Diocefe
Confeiller- Clerc au Parlement
de Paris , à la charge de 1200. liv.
de penfion pour ledit fieur Barail , à prendre
fur les fruits & revenus de ladite Abbaye.
de •
La Coadjutorerie de l'Abbaye RegulieDE
FEVRIER. 133
re de faint Martin de Mondaye , de l'Etroite
Obſervance , de l'Ordre de Prémontré ,
Dioceſe de Lizieux , dont le Perc Philippe
1 Ermite eft Abbé , en faveur du Pere Olivier
Jahoüel Prieur de l'Abbaye d'Ardeine.
Le Canonicat de l'Eglife Royale & Collegiale
de N. D. de Melun , vacant par
le décès du fieur Guibert , dernier Titulaire
en faveur du fieur Claude Fouillette Prêtre
du Dioceſe de ...
Le Canonicat de l'Eglife Collegiale de S.
Aubin de Guerande , Dioceſe de Nantes ,
vacant en Regale par la réfignation du
fieur Coü:ffin dernier Titulaire , en faveur
du fieur Jean Chauveau Prêtre dudit Diocefe
.
Le Prieuré de Grammont de Rouen, Or
dre de Grammont , poffedé par les Jefuites
de la Ville de Rouen , auquel le Roi a droit
de nommer , faute d'union faite fuivant
les formalitez prefcrites par les Ordonnances
, & des Lettrès Patentes enregistrées
conformément à l'Edit du mois de Septembre
1718. en faveur du fieur Guillaume
Guinot Prêtre du Dioceſe d'Autun ?
Clerc de Chappelle de Madame Ducheffe
de Berry ,
Le 22. Février l'Abbaye Commendataire
de Grand Champs , Ordre de S. Bernard
, Diocefe de Chartres , vacante par
le decès du fieur Abbé Antoine dernier Ti134
LE MERCURE
tulairé , en faveur du fieur Michel - Georges
Fournier , Prêtre du Dioceſe de ...
Le premier de ce mois , M. Coffin Recteur
de l'Univerfité , accompagné des Officiers
des Nations & de platfieurs Députez
des Facultez , prefenta au Roi un Cierge
fuivant l'ancien uſage , & harangua S. M.
avec beaucoup d'éloquence. Il alla enfuite
au Palais Royal, accompagné de même,
& en prefenta un à M. le Duc d'Orleans
auquel il fit un difcours qui fut fort approuvé.
Le 2. Fête de la Purification , le Roi
affifta à la Benediction des Cierges & à la
Proceffion . S. M. entendit la Grand' Meffe
chantée par la Mafique . L'après- midi , lë
Pere Surian , Prêtre de l'Oratoire , prêcha
devant le Roi , pour l'entrée de fon Carême
.
Le Prince Don Emanuel de Portugal
aprés un féjour d'environ deux mois en
cette Cour , où il a été incognito , en eft
parti pour retourner à celle de Vienne . Cé
Prince a toujours été logé chez M. lé
Comte de Ribeira , Ambaſſadeur de Portugal.
M. le Couturier a obtenu la penfion de
1500. liv.comme Maiftre des Comptes.
M. de Monticourt , ancien Exempt des
Gardes de la Prevosté , attaché à M. le
Garde des Sceaux , en qualité de Capitaine
at fes Hoquetons , a eu un Brevet de reté-
}
DE FÉVRIER.
135
nue de 2000. liv. fur cette Charge qui
dépend de M. de Montforeau Prevôt de
l'Hôtel , & Grand Prevôt de France .
Of Le s.la Lieutenancé de Roi de Metz , a
ta é‹é donnée au ſieur Abel qui étoit Major
par la mort du fieur Belloy. Le fieur de Ca-
Ṁ ny Ayde Major , a monté à la Majorité,
Le Gouvernement de Briençon a été conferé
le 16. à M. de Cheyladet Lieutenant
General , par la mort du fieur de Saint Silveftre.
Ce Gouvernement rapporte environ
dix mille livres de rente.
La Majorité de Mont- Louis à été donnée
au fieur de Cantagrel Commandant le
fecond Bataillon du Regiment d'Orleans .
Infanterie , par la mort du fieur de Bacqueville
.
Le s. Milord Stairs , Ambaffadeur Extraordinaire
, & Premier Gentil- homme du
Roi de la Grande Bretagne , fit fon entrée
publique en cette Ville. Le Roi , les Princes
& les Princeffes du Sang , y envoyerent
leurs Caroffes à l'ordinaire , ainfi que M.
le Duc de Chartres. Le 7. le Prince de
Lambefc & le Chevalier de Sainctot Introducteur
des Ambaffadeurs allerent
prendre ce Milord à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires , dans le Caroffe du
Roi , & le conduifirent à fa premiere Au- .
dience publique de S. M. où tout le paffa
fuivant les ceremonies accoûtumées .
,
Le 11. il eut au Luxembourg , fa premie136
LE MERCURE
re Audience publique de Madame Ducheffe
de Berry ; & le 15. de Madame , & de
M. le Duc d'Orleans . Ce Milord a été regalé
fplendidement foir & matin , à l'Hôtel
des Ambaffadeurs , depuis le Dimanche
au foir jufqu'au Mercredi fuivant . Il y avoit
des couverts à chaque repas pour 160.
perfonnes. On renvoye le Lecteur à une
Relation imprimée de l'Entrée de cette Excellence
, où on trouvera un détail de toute
la Marche , de la magnificence des Caroßes,
de la Livrée & des Equipages , &c.
Le Confeil de Regence a été transferé du
Palais des Tuilleries au Louvre , dans l'appartement
de la Feuë Reine Mere . Monfeigneur
le Regent a jugé à propos de prendre
cette précaution pour la fanté du Roi , à
caufe d'une petite verole volante dont Mademoiſelle
de Chartres a été attaquée .
M. le Blanc , Secretaire d'Etat pour la
Guerre , a envoyé des ordres, à tous les Of
ficiers dont les Regimens font en marche
pour la Frontiere d'Espagne , de s'y rendre.
M. Girault Ecuyer de Madame la Ducheffe
d'Orleans , ayant obtenu la Chard'Huiffier
de la Chambre du Roi, de feu
M. Dubois , a revendu cette charge 40000.
liv . à M. Pouget.
ge
Le 12. le Roi entendit la Meffe de Requiem
, où le Deprofundis fut chanté par la
Mufique , pour l'Anniverfaire de Madame
la Dauphine fa Mere.
Le
DE FEVRIER. 737
Le 15. le Roi entra dans fa dixiéme an
née, & reçût les complimens des Princes &
Seigneurs de la Cour. S. M. entendit la
Melle dans fa Chapelle , qui fut chantée
par la Mufique. A fon dîner , il y eut un
grand concert d'Inftrumens , & le foir il
vit la repreſentation d'une Comedie Italienne.
Le 16.Madame de la Force Abbeffe d'Iffy,
a été benite dans la Chapelle de l'Archevêché
par M. le Cardinal.
› vacante
a été con-
La Commanderie de Boncourt
par la mort de M. Sevin de Bendeville ,
Grand Prieur de Champagne
ferée à M. le Bailli de Mefmes Ambaffadeur
de Malthe ; elle rapporte 15. à 16000
liv. de rentes .
M. le Maréchal de Tallard a vendu
220000 liv. la Lieutenance Generale de
Dauphiné à M. le Marquis de Saffenage.
M. Marêchal premier Chirurgien du Roi ,
a vendu 6000 liv. avec l'agrément de
S. M. & de M. le Regent , la furvivance
de cette Charge , à M. de la Perronie celebre
Chirurgien , à qui le Roi a accordé
un Brevet de retenue de 40000 liv . Le Fils
de M. Maréchal , Gentilhomme ordinaire
du Roi , & Maître d'Hôtel de S. M. a obtenn
une penfion de 3000 liv . pour la ceffion
qu'il a faite de la furvivance de cette
Charge dont il étoit revêtu.
Le 18. M. le Duc de Chartres reçût la
M
138 LE MERCURE
vifite de l'Amballadeur d'Angleterre , à qui
ce Prince avoit envoyé quelques jours auparavant
, M. de Marmagne fon premier
Gentilhomme , pour le complimenter.
Le 18, le Roi entendit la Melle de l' Anniverfaire
de feu M. le Dauphin fon pere, &
le De profundis chanté par la Mufique .
Le même jour , Madame alla voir Madame
la Ducheffe la jeune qui fe porte mieux.
le 19. le Roi accompagné du Duc de
Bourbon & du Maréchal Duc de Villeroy,
alla prendre l'air à la porte S. Antoine, A
fon retour , il y eut un Bal aux Tuilleries,
fur les fix heures du foir , dans le grand
Cabinet de Sa Majefté, Les jeunes Seigneurs
qui ont l'honneur d'être ordinairement
auprés du Roi , eurent celui d'y danfer
devant lui , & fa Majefté commença
Elle même e Bal par un Menuet qu'elle
danfa avec le Duc de Bouflers. Sa Majesté
danfa auffi plufieurs entrées de Balet , avec
toute la grace , la propreté , & la juſtelle
poſſible ; on danla enfuite plusieurs contredanfes.
Ce petit Bal dura une heure & demie
, en prefence de Monfeigneur le Duc ,
de Madame la Ducheffe de Ventadour , &
de M. le Maréchal de Villeroy. Ce Bal fut
public.
Voici les noms des jeunes Seigneurs qui ont
en l'honneur de danfer devant le Rai
& avec lui.
M. le Duc de Bouflers , M. le Duc de
Montmorency , M. le Comte de Ligny , fils
DE FEVRIER. 239
de M. le Duc de Luxembourg, M. le Prince
de Tarente , M. le Prince de Bouillon ,
Mrs, de Goudrin & d'Epernon , petits fils
de M. le Duc d'Antin , M. le Marquis de
Cruffol , d'Uzez , M. le Chevalier de la
Valiere , M. le Marquis de Villars , M. le
Marquis de Bezons , M. de Coigny , M.
le Marquis de Courcelles , Grand Maréchal
des Logis M. le Marquis de Châteauneuf
fils de M, de la Vrilliere , M. de
Croifly fils de M. de Tarcy , M. le Chevalier
de Chambonas.
Le Mardi Gras Sa Majefté alla dans les
Galleries du Louvre vifiter l'appartement
& le cabinet du fieur Bidaut , & celui du
StArmand, qui font remplis de curiofitez de
Mécanique. Sa Majefté vifita auffi en paffant
l'Imprimerie Royale.
Voici les Comedies qui ont été jouées de- ·
vant le Roi, pendant le mois de Février.
Le Malade Imaginaire , avec fes Intermedes.
Arlequin Prothée , Comedie Italienne.
Pourceaugnac avec fes Intermedes.
Le Medecin malgré lui , Comedie Françoife.
Arlequin Medecin volant , Comedie
Italienne .
Oedipe , Tragedie Françoiſe.
Arlequin Pluton , Comedie Italienne.
Le Roi de Cocagne, Comedic Françoile .
Le Port à l'Anglois , Comedie Italienne.
Mij
140 LE MERCURE
Arlequin dans l'Ifle de Ceylan , Comedie
Italienne.
.
Le 23. Meffire Jean - Baptifte Maffillon
Evêque de Clermont , fut reçû à la place
vacante par le decès de M. l'Abbé de Louvois
, dans l'Académie Françoife . Il prononça
un difcours Académique qui ne
démentit point la réputation qu'il s'eft
faite par l'éloquence de la Chaire. M. l'Abbé
de Fleury , Confeffeur du Roi , &
Chancelier de l'Académie , répondit à ce
difcours . M. de la Motte un des 40. y récita
4. de fes Fables qui plûrent beaucoup
à cette celebre Affemblée.
On continue à faire partir pour le Miffiffipi
, de jeunes garçons & de jeunes filles ,
tirez de differens Hôpitaux du Royaume.
En arrivant à la Rochelle où ils doivent
s'embarquer , on compte so. liv. à chacun .
On mande de Caën , qu'on en avoit fait
-partir 250.
Lorfqu'ils feront arrivez à la Loüifianne,
on leur donnera en propre des Terres à
défricher qu'ils cultiveront à leur profit.
On y fait auffi paffer beaucoup de Deferteurs
, fuivant l'Ordonnance du Roi . On
ne doute pas à prefent que cette Colonie ne
foit trés avantageufe à l'Etat , par l'attens
tion & les vûës juftes de Meffieurs les Directeurs
; furtout , depuis la réunion del a
Compagnie du Senegal à la Compagnie
d'Occident , dont cette derniere a fair
DE FEVRIER. 141
l'acquifition moyennant feize cent mille
livres.
Penfions accordées .
10000 liv. à M. de Bouzols Vicomte de
Beaune , Beau - frere de M. de Torcy. 6000
livres à M. de Lignerac Colonel ... , .
4000 liv. à M. de Damas, frere de M.Ruffec
Sous- Gouverneur du Roi.
Le 24. M. Bofc Procureur General de la
Cour des Aydes , a acheté la Charge de Secretaire
du Cabinet, de M.de Valincourt Secretaire
des Commandemens de M. le Comte
de Toulouſe & de la Marine .
Le 25. M. de Cronftrom n'a pas encore
reçu les ordres de la nouvelle Reine de
Suéde , pour notifier la mort du feu Roi fon
frere. Comme il a péri un Vaiffeau Suédois
à l'entrée du Texel , on croit que ces
ordres y ont péri y ont péri en même- tems. Cet Envoyé
en attend lé Duplicata inceflamment.
Le 27, on a brûlé à l'Hôtel de Ville cinq
mille cinquante-cing Billets d'Etat ; ce
qui joint avec les précedens , monte à la
fomme de 73. millions 17800 liv.
Les Fermiers Generaux ont loué le bel
Hôtel de Bretonvilliers à la pointe de l'Ifle,
pour y transporter leurs Bureaux , & ils
quittent l'Hôtel de Charny où ils étoient
établis depuis fi longtems.
M. de Saint Silveftre a laiffé par fa
#42 LE MERCURE
mort un grand Cordon rouge de 4000
4000 liv.
de rente .
Les principaux Habitans d'un canton de
la Generalité d'Auch , nommé Fezenzaguet
, de 48. Jurifdictions, y compris la
Ville de Mauvoifin , ont envoyé le mois
dernier une Requête , pour fupplier le Roi
de leur accorder la même grace qu'il a
accordée à l'Election de Niord ,par l'Etabliffement
de la Taille fuiv . le nouv.Tarif.
La Ville d'Orbeq en Normandie , a demandé
& a obtenu un Arrêt pour y établir
pareillement la Taille comme ci -devant.
1
Les Commiffaires ont entierement adjugé
les Baux de l'Election de Niort ; ils
continuent avee fuccès à adjuger les Baux
de la Generalité de la Rochelle.
AU ROY ,
Sur le jour de fa Naiffance.
Compliment envoyé par M. le Comte
d'Auvergne , Penfionnaire du College
de Louis le Grand.
D Epuis cinq ou Ex jours , site , maint Ecoline
Grand & petit de toute forte
Soit que j'entre en Claffe ou j'en forte,
Me tire par la robe , & puis vient me crier :
Souvenez- vous , Monfieur le Comte ,
Que mercredi prochain eft , felon nôtre compie ,
DE FEVRIER.
$43
Le quinziéme de Février.
Vous devez au Roi nôtre Sire
Pour nous un petit Compliment.
J'entend bien ce qu'ils veulent dire ,
Et vôtre Majefté l'entend parfaitement.
La jeunefle , Sire , eft plaifante !
Parceque l'an paſſé vous nous fîtes du bien ,
Elle veut deformais que ce foit une rente ;
Yous fçavez qu'à nôtre âge on ne doute de rien.
Mais il faut fe rendre juftice :
On craint
Nous avons de droit le Jeudy.
Y joindre encore le Mercredy ,
que ce ne fût un peu trop d'exercice.
Des gens même peut- être en gronderoient tout bas ,
Et diroient comment donc à moins de maladie ,
Tous les jours que Dieu fit , le Roi même étudie ,
Et ces petits Meffieurs feront plus délicats !
L'argument feroit bon , Sire , & pourroit conclure,
Si nous avions reçû tous ces dons excellens ,
Cette facilité d'efprit , cette ouverture ,
Quelque partie enfin de ces rares talens
Dont pour notre bonheur vous dota la nature.
L'Etude qui vous coûte peu
Pour vous en être fait une douce habitude ,
N'eft plus pour vous étude , c'eft un jeu ;
L'étude pour nous eft étude ,
Il nous faut quelque reconfort ;
Mais fur le choix du jour on n'eft pas bien d'accord.
L'un rejette en ceci ce que l'autre conſeille ;
Le Mercredi de vrai caufe quelque embarras;
Le Mardi viendroit à merveille ;
Et faufmeilleur avis , je croi qu'en pareil cas ,
Lorfque le jour ne convient pas ,
On peut fort bien chommer laveille :
Quoiqu'il en foit , pourvu qu'en ce petit canton
Nous puiffions de vôtre licence
Chanter & ce'ebrer vôtre heureuſe naiffance ;
Le jour , la veille , tout eft bon .
Quand vous plaira t'il qu'on commence ?
C'est à vous , Sire , à nous donner le ton.
144
LE
MERCURE
VERS
.
Adreßez au Roi le quinziéme Fevrier
jour defa naiẞance, par M. Chanfierges.
P
Rince qui fçais charmer nos coëurs & nos efpiirs
;
Toi que le Ciel a voulu faire naître
Au milieu des jeux & des ris ;
Que l'on voit tous les ans en ces jours reparoitre.
Ne pourrois- je par là dévoiler l'avenir ?
De fi favorables aufpices ,
Préfagent bien que tu vas devenir
De tes Sujets ' a joye & les delices.
De nôtre elpoir fo'ide appui ,
Nous devons célebrer ton heureuſe naiffance ,
Puifque c'eft enfin aujourd'hui
Que pour le bonheur de la France ,
Le jour vit naître un Prince encor plus beau que
lai.
Par lui commencera ce grand nombre d'années ,
Que te doivent encor filer les deftinées ;
Et le Ciel comblant nos defirs ,
Par lui commenceront nos plus tendres plaifirs.
Sur le départ de M. le Comte de ... i
pour les Ifles , par Madame V ....
Sur l'air , Quand le peril eft grand.
C Her Comte , pour vôtre Voyage ,
Le verre en main je fais des voeux.
Que les Amours , les Ris , les Jeux
yousfuivent à la nage
Que
DE 145 FEVRIER.
Que le Dieu du vin faffe boire
De fon nectar au Dieu des eaux ;
Afin qu'il rende fes canaux
Plus unis que l'yvoire.
Que le vent fur l'humide plaîne
Vous faffe arriver promtement ;
Mais , qu'un plus favorable vent
Bien vite vous rameine.
Sur le Menuet de Mademoiſelle Antier,
O
N fuit en vain le danger
De s'engager ;
L'Amour vient fans y fonger.
J'ay bû de la main d'Iris.
Cette faveur m'a furpris.
Que de charmes !
Quelles allarmes !
Belle Iris , verfez- moi plein :
Triomphez la bouteille en main.
Je vous aime ,
Bachus même ,
Vous cede ici par honneur
Tous les droits qu'il a fur mon coeur.
- AL- DAG- DAS- THE DOG- ODE DELDHE• THE THE C
Le mot de la premiere Enigme du mois
pallé étoit les Gants , & celui de la feconde
, la Trufe.
N
Février
1719.
346 LE MERCURE
ENIGME
Par M. l'Abbé de Souillac.
E me produis chez les humains
Sous des formes bien differentes :
Lorfque je fuis aux champs , les plus ruftiques
mains
Sont pour me faire affez fçavantes .
Là , mon habillement eft de laine cu de fil .
Dans les grandes Citez , il eft fouvent de foye.
Je m'y cacho par fois fous un voile fubtil ;
Et par fois toute en feu , j'aime que l'on m'y voye.
Aux champs le plus fouvent tête à - tête je fuis
Avec une jeune Bergere ,
De qui je fais pour l'ordinaire
Ou les plaifirs ou les ennuis .
A force de monter , à force de defcendre ,
Mon corps le fait par dégrés differens ,
Mais , quand je fuis parmi les grands
Sans me manifefter , la difcorde m'engendre.
Quelquefois de la nuit chaffant l'obſcurité ,
Je luis pour tout un peuple , un figne d'allegreffe ;
Et d'autres fois je le confefle ,
Je
fuis mere du meurtre & de la cruauté.
Quand ma naiffance eft invifible ;
Je produis d'ordinaire un defordre terrible.
Par un vaillant Eunuque on me vit fignaler :
Dans ces occafions je mets tout pêle mê e ;
Et l'on ne peut me demêler
Que bien du monde ne s'en mêle.
AUTRE.
Eux à qui je parois le moins confiderable ,
Auroient beaucoup de peine à fe pafler de moi ,
Je touche de fort prés la perfonne du Roi ,
Je monte en fon caroffe, & me place à fa table.
-ik
DE FEVRIER . 147
Les beautez qu'ici bas on nomme des merveilles,
Souffrent avec plaifir que je fuive leurs pas ;
Et je verrois de prés leurs plus fecrets appas,
Si j'avois auffi bien des yeux , que des oreilles .
On me trouve à la noce , on me porte à la dance.
Je brille dans les Bals paré de diamans ;
Vous qui cherchez mon nom,Belles aux traits charmans
,
1
Devinez , c'eft affez le mettre en évidence.
CHANSON.
>
U'il eft propre à fe faire aimer ,
L'aimable Berger qui m'enflâme !
Tout ce qui peut plaire & charmer
Eft dans les yeux & dans fon ame .
Ah , que fes doux regards , & fes tendres foupirs
Servent bien les delirs !
************
NOUVELLES ETRANGERES.
POLOGNE.
A Varfovie , le 12. Février 1719.
Es Evêques de Cujavie, de Pofnanie &
& Senateurs du Royaume , ont tenu diverfes
Conferences avec le Prince Dolhorulky
, Ambaffadeur Extraordinaire de Mofcovie.
Ce dernier , aprés leur avoir temoigné
la fatisfaction qu'il reffentoit des affŷ-
Nij
148 LE MERCURE
rances d'amitié que le Roy & la Republique
avoient données au Czar fon Maître ,
les avoit reciproquement affûré , au nom de
S. M. Cz. qu'elle n'avoit rien tant à coeur ,
que d'entretenir avec ce Royaume la bonne
Intelligence, & l'harmonie fi folidement établie
par les traités : Que c'étoit pour ce fujet
, qu'elle venoit d'envoyer ordre à fes
Troupes d'évacuer la Pologne. Cet Ambaffadeur
a infinué aux Senateurs , que comme
le Czar paroiffoit fort porté à approuvet
le mariage projeté entre le Margrave
de Brandebourg avec la Ducheffe Douairiere
de Curlande , S. M. Cz. fe flattoit que
cette alliance ne feroit point improuvée par
les Eftats du Royaume , ou que tout au
moins leur défaveu n'y pouroit point préjudicier
; attendu que le Margrave , à l'imitation
de fes Predeceffeurs , demeureroit
Vaffal de la Republique , par raport à la
poffeffion de cette Duché qu'il tiendroit en
fief de la Pologne : Maisque , fi la Repu
blique refufoit abfolument de donner les
mains à cette affaire , ainfi qu'aux pretentions
de S.M.Cz. contre laVille de Dantzik,
le Czar fon Maître feroit obligé de prendre
des meſures convenables à fes interefts . On
répondit à ce Miniftre qu'on feroit raport au
Roy de ce qu'il venoit de leur declarer. En
attendant , on a expedié du Bureau de la
Chancelerie une Lettre au Czar , pour le
prier de nouveau de faire retirer , avant
DE FEVRIER. 149
toutes chofes , fes Troupes hors du Royaume;
puifque ce feroit agir contre l'honneur
de la Nation , que de prendre des réfolution
fur des demandes auffi importantes
pendant qu'uneArmée étrangere feroit dans
le fein de leur Pays.
Le Roy n'ût pas plûtôt appris la mort du
Roy de Suede , qu'il partit le 19. du mois
paffé en Pofte , pour fe rendre dans fes Eftats
Hereditaires de Saxe, accompagné du Colonel
Veans. S. M. doit retourner aux mois
de Mars prochain à Frauftadt , pour y reprendre
les Conferences de la Diette generale
de Grodno , & pour y donner , à ce que
Pon pretend , au jeune Duc de Curlande
l'inveftiture de cette Duché . Le Roy a pour
cet effet invité par des Lettres circulaires ,
plufieurs Senateurs & grands Seigneurs du
Royaume , à affifter à la ceremonie de l'inftallation
de ce jeune Prince . L'Envoyé du
Khan des Tartares , dont le principal fujer
de la Commiffion étoit de découvrir la fi
tuation des affaires de ce Païs , s'en retourne
à petite journée . Les Tartares qui s'étoient
avancé fur la Pruth , fe font retirés ,
aprés avoir agi en Tartares dans la Moldavie
& dans Valachie. Le Prince Lubomirski
que l'on a vû à Paris , a époufé la Comteffe
de Denhoff .
Le départ du Roy a donné lieu à divers
raifonnemens ; mais , l'on fçait à préfent que
S. M. en s'en retournant fi promptement
'N iij
Iso LE MERCURE
dans fes États , n'a û pour objet que les
grands preparatifs qui s'y doivent faire , à
f'occafion du mariage projetté du Prince
Electoral fon fils avec une des Archidu
cheffes.
Les Senateurs & les Miniftres d'Etat , ont
û une nouvelle conference avec le Prince
Dolhorousky , à qui ils ont communiqué
de bouche & par écrit , la reponfe aux demandes
du Czar . Elle contient en fubftance
, que comme la Republique n'étoit entrée
dans aucun engagement avec S. M- Cz.
pour lui fournir du fecours par Mer , la
Ville de Dantzik n'étoit pas pat confequent
obligée de lui donner les Fregattes en quef
tion : Que ce Prince feroit en état d'en
conftruire 40. de toutes les fommes qu'il a
exigées de cetteVille Ar featique : Que pour
ce qui regardoit la Curlande , la Republique
n'en pouvoit nullement difpofer , attendu
que Prince Ferdinand , le legitime
Vaffal , vivoit encore : Que même , aprés
la mort de ce Prince , elle feroit encore
bien moins en pouvoir d'en difpofer ; puifqu'en
vertu d'une conftitution paffée en
1589. entre la Republique de Pologne &
la Nobleffe de la Curlande , cette Duché
devoit retourner à la Pologne , être convertie
en un Palatinat , & refter unie au corps
du Royaume.
DE FEVRIER
*151
A Peterbourg, le 1. Fevrier.
M. Tolfton a été élevé à la Charge de
Gouverneur General de toute la Ruffie , &
a été en même tems honoré le Czar de
par
l'Ordre de S. André , avec une penfion annuelle
de 4000. Ducats . On a expolé fur
une Roue les Corps de ceux qui ont été
executés à mort pour le crime de Felonic.
S. M. Cz, eft , dit on , refoluë d'aller au
Printems prochain vifiter diverfes Cours de
F'Europe , pour ôter à fes alliés l'ombrage
qu'ils pouroient avoir juftement conçû des
-négociations fecrettes qu'elle avoit pratiquées
avec la Suede . Les Plenipotentiares
Mofcovites font arrivés de l'ifle d'Aland ;
ils ont fait raport au Czar de toutes les
conferences qui s'y étoient tenues avec les
Miniftres Plénipotentiaires Suedois . Ce
Monarque depuis la nouvelle de la mort du
Roy de Suede , a donné ordre de faire marcher
par précaution 10000. Hommes en
Livonie , & autant en Finlande .
SUEDE.
A Stokholm, le 28. Janvier 1719.
N reçût le 16. de Decembre les
mieres nouvelles de la mort du Roy
de Suede ; elles furent aportées par le General
Ajudan Sieker qui le trouva prés de
Niiij
252 LE MERCURE
ce Prince lorfqu'il fut tué. Auffi tôt que le
Senat en ût été informé , la Princeffe Ulrique-
Eleonore fut reconnue Reine. Le 18.
cette trifte nouvelle fut publiée dans toutes
les Eglifes , ainfi que l'avenement de la Princeffe
à la Couronne ; & il a été réfolu que
la ceremonie du Couronnement ſe fairoit à
Upfal , à 7. lieues de cette Ville , le 19.
Février. La nouvelle Reine ayant mandé
tous les Confeils , leur promit de renoncer
au pouvoir arbitraire . Če Royaume joüit à
prefent d'une parfaite tranquillité. La Reine
a établi 7. nouveaux Confeillers d'Eftat .
La plupart des Deputés , qui doivent aſſifter
à l'Affemblée des Eftats Generaux , font
arrivés dans cette Capitale. La Reine a déclaré
que fon intention étoit de rétablir les
Senateurs dans leurs anciens droits. Le Baron
de Goortz eſcorté par un détachement
de 300. Gardes du Corps , fut amenè dans
cette Ville le 8. de ce mois : Il a été renfermé
dans une des Prifons de l'Hôtel de
Ville. Le Comte de Vendernath , M. Hagen
Confeiller de la Cour & M. Eckelof Secretaire
, ont été mis en Arrêt . Le 10. de ce
mois , le Confeil établi pour examiner le
Baron de Goortz , a commencé à s'affembler
11 eft compofé de deux membres de
chaque Etat & de chaque College , y compris
deux Miniftres . On fait de grands préparatifs
pour les funerailles du Roy. Le
Corps de S. M. doit être inhumé peu aprés
DE FEVRIER
la tenue des Etats . Les Armateurs Suedois
& Etrangers qui portoient Pavillon de
Suede , ont reçû des ordres de ne plus continuer
leurs courſes . On a relâché ici deux
Vaiffeaux Hollandois qui avoient été arrêtés
l'Eté dernier ; & on écrit de Gottembourg
, que quelques Vaifleaux qui avoient
été pris & menés dans le port de cette Ville ,
avoient û la liberté de s'en retourner.
Nôtre Armée a û le bonheur de fortir de
Norwege , fans avoir été pourſuivie dans
fa retraite ; le Prince hereditaire de Heffe-
Caffel ayant fait défiler toutes les Troupes
devant lui , jufqu'à ce qu'elles fuffent à l'abri
de toutes infultes. On aprehende fort
que les Juges que l'on a nommé au Baron
de Goortz , ne lui foient pas favorables ;
ce Miniftre s'étant fait beaucoup d'ennemis
, pendant qu'il a û la confiance du feu
Roy. On dit que lorfqu'il fut arrêté prés
de Stromftatd, il parut fort furpris. Lorſque
l'Officier qui avoit cet ordre , lui demanda
fon épée , il répondit , en la lui remettant
: Voilà , M. la recompenfe de tous les
Services importans quej'ay rendus à la Suede.
On écrit du Holftein que le General Suédois
Ahrenfeld , n'étoit point encore forti
du Baillage de Dronthem , & qu'il avoit
reçû ordre du Senat de Stokholm , de n'en
partir qu'à la derniere extrémité , mais ,
cette nouvelle ne paroît pas fe confirmer .
Le jeune Duc d'Holftein Gottorp a falué
154 LE MERCURE
la Reine , & l'a complimentée fur fon a
venement à la Couronne. Le Corps du
feu Roi fera expofé dans le Palais de Karliberg
, jufqu'au tems de fes Obfeques
pour lefquelles on fait des préparatifs extraodinaires.
Veritable Portrait du Roi de Suede , tel
qu'il nous a été envoyé de Stokholm.
Ca
"
Harles XII . Roi de Suede avoit eu 36.
vans accomplis au mois deJuin dernier.
Il avoit le Corps droit ; la taille au- deffus
de la mediocre , menue & bien prife ; les
cheveux bruns , courts & négligez le
front élevé , les yeux vifs & penetrans le
nez grand la bouche agreable , le vifage
long & bien proportionné . Il étoit d'une
complexion robufte , qui s'étoit encore for
tifiée par les fatigues continuelles dans
lefquelles il s'étoit endurci ; & rien n'éga
loit fon adreffe dans tous les exercices du
Corps. Il portoit ordinairement un habit
bleu , tout uni , avec les manches ferrées
comme celles de la vefte , une culotte de
peau , un ceinturon de euire , une épée
affez longue , des bottes d'une vache molle
fans genouilleres , & une cravate de taffetas
noir , qu'il ne quittoit que deux fois
la femaine , en changeant de chemife . Il ne
portoit ni manchettes , ni dentelles . Il é-
Loit prefque toujours à cheval , & en chan
DE FEVRIER.
155
geoit plufieurs fois par jour. Il n'y en avoit
point de fi fougueux , qu'il ne domptât aifément
: La felle , la houffe , & les chaperons
des pistolets étoient de cuir & à l'antique.
Il vivoit dans une frugalité extraordinaire
; on ne lui fervoit que fept plats
accommodez à la Suedoife , & qui ne confiftoient
qu'en groffes viandes. Il ne demeu
roit tout au plus qu'une demie- heure à table
; pendant le repas il parloit fort peu ,
de même que ceux qui mangeoient avec
lui : Il n'y avoit ordinairement que fept ou
huit perfonnes. Il ne bûvoit que de la petite
bierre , & jamais de vin . La plupart du
tems , lorfqu'il étoit en marche , il cou
choit fur la paille , ayant un carreau de
drap bleu qui lui fervoit de chevet , fans
fe deshabillier , ni fans ôter fes bottes ; ou
s'il les quittoit , on les mettoit auprés de
lui avec fon épée. Il fe couchoit d'ordinaire
à dix heures du foir , & fe levoit à cinq du
matin. Pour fon déjûner il prenoit du Bieren-
broot , ou foupe à la bierre ; aprés quoi
il montoit à cheval . Il faifoit obferver une
Difcipline admirable parmi fes Troupes
& étoit fi exact à faire faire la priere deux
fois par jour , qu'il faifoit arrêter fon Armée
, lorfqu'elle étoit en marche , pour y
vaquer aux heures prefcrites ; aprés quoi
l'on continuoit la marche . Il étoit d'une retenue
incroyable à l'égard des femmes ; &
comme elles ne font qu'amollir le courage
356 · LE MERCURE
des Soldats , il n'en vouloit fouffrir aucune
dans fon Armée . S'il s'y en trouvoit , illes
faifoit chaffer honteufement . Il parloit par
faitement bien Latin , & portoit prefque
toujours les Commentaires de Céfar. Ennemi
de la flatterie , content de faire des chofes
dignes de loüanges , il ne vouloit pas
même être loué. Genereux & charitable , it
faifoit des prefens mediocres aux Grands
pour leur marquer fon eftime , & répandoit
de grandes liberalitez fur ceux qui
voient befoin de fon fecours , avant qu'ils
l'imploraffent . On ne peut voir des gens
mieux faits , ni d'un meilleur air , que les
Officiers & les Soldats Suedois. Il y a toujours
eu un fi grand ordre , & une fi belle
diſcipline parmi fes Troupes , que dans les
divers avantages qu'elles ont remporté fur
lesMofcovites, les Soldats n'ofoient dépouil
ler les morts , jufqu'à ce qu'ils en euffent
la permiffion. C'eft une chofe digne d'ad
miration , qu'une poignée de Suedois ait fi
fouvent remporté des victoires fignalées
fur de nombreufes Armées de Moscovites.
Les grands Echecs que ce Prince a reçûs
depuis ce tems, n'ont fervi qu'à faire éclatter
encore plus éminemment fon courage,
& celui de fes Soldats, & à le faire regarder
comme le Heros de fon ficcle.
DE
DE FEVRIER. 157
Lettres Patentes & ordres de Sa Majesté
Suedoife aux Etats du Royaume , pour les
convoquer dans une Affemblée generale , le
30. Janvier de l'annéefuivante 1719. Don
nées à Stokholma le 15. Decembre 1718 .
vieux ftile. & 26. n. ft .
N
:
OUS Ulrique Eleonore , par la
Grace de Dieu Reine de Suede , des
Gots , des Vandales , grande Princefle de
Finlande , Ducheffe de Schonen , Eſtonie ,
Livonie , Carelic , Bremen , Verden , Stetin
, Pomeranie , Caffubie & Vvendens ,
Princefle de Rugen ; Dame d'Ingetmerlande
& de Vvilmar , Comteffe Palatine du
Rhin & de Baviere , Ducheffe de Juliers
de Cleres & de Bergues , Land. grave &
Princeffe hereditaire de Heffe , Princeffe de
Hirschfeld , Comteffe de Catzenelbogen ,
Dietz Ziegenhem- Nidda & Schaumburg
Bc. A tous mes Amés Feaux & Fideles fujets
, les Etats du Royaume , Comtes , Ba
rons , Evêques , Chevaliers , Nobleffe &
gens d'Eglife , aux Officiers Militaires ,
Bourgeois , Communautés de Villes , &
Habitans dans nos Domaines de Suede , &
dans la grande Principauté de Finlande ,
nôtre faveur particuliere & bonne volonté
par le Dieu tout- Puiffant C'eft avec plaisir
que nous vous faifons fçavoir à tous en geLE
MERCURE
neral , & à chacun en particulier , que comme
par le paffé , le Dieu tout- Puiffant a vifité
ce Royaume qui eft nôtre chere patrie ,
de pufieurs châtimens & calamités à cauſe
de nos pechés ; de forte qu'il nous a depuis
peu fait fentir le poids de fon indignation ,
lui ayant plû par une fuite de fes decrets &
Confeils immuables , & à nôtre extrême
douleur & perte , & à celle de la famille
Royale , auffi bien qu'à la vôtre , de nous
enlever par une mort non attendue & foudaine
, nôtre trés honoré & cher Seigneur
& Frere , le trés- Puiffant Prince Charles
XII- Roy de Suede , des Gots & Vandales ,
grand Prince de Finlande, Duc de Schonen ,
d'Eftonie , de Livonie , de Carelie , Bremen
, Verdin , Stetin , Pomeranie , Caf
fubie & Venden , Prince de Rugen , Seigneur
d'Ingermerlande & de Vvifmar
Comte Palatin du Rhin & de Baviere
Duc de Juliers , de Cleves & de Bergues ,
feu nôtre trés gracieux Roy & le vôtre .
佛
Quoique nous ne doutions point que cette
mort lamentable ne vous ait penetré juf
qu'au coeur auffi -bien que nous , parce
que vous favez qu'elle eft arrivée dans un
tems où le Royaume eft attaqué & environné
de tous côtés ; au dehors , par des ennemis
fort animez & puiffans ; & qu'au
dedans , il eft par tout fi affoibli & déchû
par de longues Guerres , & par les divers
malheurs & incommodités qui en proce
DE FEVRIER . 159
nôtré
dent , qu'il ne nous reftoit aucune efperance
que dans la grande mifericorde & tout-
Puiffance deDieu , pour furmonter les embaras
& les dangers extrêmes où il fe trouvoit
réduit , cependant , nous ne devons
pas abandonner toute réfolution & toute
force ; mais , nous devons premierement
fuplier Dieu avec confiance & humilité ,
qu'il nous infpire & nous beniffe de fes
Confetls, comme il fera plus expedient, dans
cette trifte fituation d'affaires
, pour
chere patrie ; & enſuite, dans l'efperance de
la faveur de la bonté de Dieu , mettre courageufement
la main à l'oeuvre, afin que nos
adverfaires voyent que nous ne perdons pas
courage , & que nous ne nous abandonnons
pas nous-mêmes . Dans cette fituation d'affaires
, vous ne pouvés apprendre qu'avec
- plaiſir , qu'étant duëment touchée du foin
de nôtre bien & avantage , auffi bien que
du vôtre , nous n'avons point été éfrayée
par les circonftances dificiles de ces tems ,
de monter fur le Trône , qui , par la funefte
mort de Sa Majefté , nôtre trés honoré
& bien aimé Seigneur & frere , par nôtrẻ
droit de naiffance , nous eft devolu : Et au
nom du Dieu tout Puiffant , & aprés l'avoir
fuplié de nous accorder fon fecours &
fa protection , nous avons actuellement pris
le Gouvernement en main . Nôtre intention
& deffein eft dans une vûë fincere du bien ,
de la profperité & du bonheur de nos
A
!
160 LE MERCURE
Royaumes & de nos fideles fujets , comme
nous l'avons déja declaré en Confeil , &
que nous vous le déclarons publiquement
par ces prefentes : nôtre defféin eft de corriger
& reformer toutes les nouveautez qui
fe font introduites , & d'abolir entierement
la fouveraineté abſoluë & deſpotique à laquelle
nous renonçons pour jamais pour
nous & nos fucceffeurs. Au contraire en
fuivant les loüables exemples de nos Ancêtres
, les trés renommés Rois de Suede , qui
ont mis ce Royaume & nôtre Chere patrie
dans un Etat floriffant , nous contribuërons
de tout nôtre pouvoir a rétablir le Gouvernement
du Royaume , dans l'ancienne forme
& dignité dont il joüiffoit par le paflé ,
étant perfuadée que nôtre pouvoir Royal eft
dans la plus grande vigueur , lorfque par la
Juftice & par la clemence , nous l'aurons
fondé dans les coeurs de nos Fideles fujets.
D'un autre côté , nous nous confions que
vous tous en general & en particulier
comme des raifonables Seigneurs & Ha
bitans Suedois , conformément à vôtre ancienne
fidelité pour le Gouvernement , concourrerés
avec fidelité , affection & unanimité
avec nous , dans un filoüable deffein ,
& que vous aiderés à fuporter le fardeau
dont nous nous fommes chargée au nom du
Dieu tout Puiffant : Et pour que nous ayons
occafion de prendre vôtre avis dans la fâcheufe
circonftance des affaires de ce Royau-
>
me ,
DE FEVRIER. 161
y
me , de confulter enfemble , & de prendre
les mefures les plus convenables pour rétablir
les forces du Royaume au dedans , par
des difpofitions propres & des provifions ,
pour notre défenfe & pour obtenir au dehors
une paix fi defirée par nos ennemis :
Nous avons trouvé à propos de convoquer
nos fideles fujets & les Etats de ce Royaume
, pour une affemblée generale qui eft
fixée au 30. Janvier 1719. lequel terme
quoique court , & que la depenfe & l'embaras
où chacun de vous eft exposé dans
un cas de cette nature , vous caufent de
l'incommodité ; cependant , la chofe étant
à plufieurs égards neceffaire & inévitable
vous y donnerés aifément les mains par un
motif de confideration pour nous , & d'intereſt
pour le Royaume. C'eft pourquoi ,
nous commandons trés gracieufement par
ces prefentes , à tous Comtes , Barons , Chevaliers
, Vaflaux & Bourgeois qui font en
âge , & habitans de ce Royaume , à moins
d'empêchement legitime , comme auffi à tous
Evêques & Sur- Intendans , avec deux dignes
Membres de chaque Confiftoire , & à
un Prédicateur de chaque district ; comme
auffi à tous Colonels avec un Capitaine de
chaque Regiment , qui n'ont point d'em
pêchement legitime ; comme auffi à un
Bourgmestre de chaque Ville , avec un du
Confeil Commun ou autre Bourgeois de
mife ; & enfin, à un homme de la Commu-
O
162 LE MERCURE
nauté de chaque Jurifdiction , de fe rendre
à Stokholm le 30 Janvier , fans excufe ni
délay , avec un pouvoir fufifant de ceux qui
les auront envoyé , chacun étant pourvû
par fa Ville ou diftrict , & chacun , fuivant
fon Rang , fon Etat & fes moyens d'habits
de Deüil feants dans cette trifte conjoncture
; afin que nous puiffions ouvrir l'Affemblée
alors , & vous expofer à tems nos propofitions
, & aprés une heureufe conclufion,
vous laiffer retourner chez vous. Donné
Stokholm le 15. Decembre v .ft . 1718. Signé ,
Ulrique Eleonore C. L. S.
Imprimé dans l'Imprimerie Royale de
Stokholm , avec permiffion & Privilege defa
Sacrée Majefte Royale par J.H. Iverner ,
Imprimeur de Sa Majefté & de l'Academie
'Upfal , l'an 1718 .
A Hambourg le 18. Fevrier.
Epuis la mort du Roi , M. Rumpf ,
Réfident des Etats Generaux des Provinces-
Unies , a eu la permiffion de reprendre
les Fonctions & de paroître à la
Cour. On a même promis de donner fatisfaction
aux Hollandois , au fujet des
Vaiffeaux qui leur avoient été enlevez par
les Armateurs Suédois. Le Duc Charles-
Frederic d'Holftein , neveu de la Reine
Regente , a été nommé provifionellement
Prince Royal de Suede , & le Prince HereDE
FEVRIER. 163
ditaire de Heffe - Caffel , Epoux de la Rei-
Generaliffime des Forces de cet Etat ,
par mer & par terre . Le Roi de Dannemarck
a rappellé une Partie des Troupes
qu'il avoit fait paffer en Norwege pour la
défenfe de ce Royaume ; & il a ordonné à
celles qui fe trouvoient en Zelande & dans
le Holftein , de fe tenir prêtes à marcher
au premier ordre . On dit que le Roi de
Pruffe s'entremet amiablement , pour em
pêcher l'execution projettée contre le Duc
de Mekelbourg , qui eft déterminé à rétablir
la Nobleffe de ce Duché dans tous fes
biens , libertez & prérogatives ; ce Prince
êtant refolu de faire une réduction dans fes
Troupes , dont il a déja caffé dix hommes
par Compagnie depuis la mort du Roi de
Suede ; s'engageant de renvoyer les Troupes
auxiliaires de Mofcovie qu'il a actuellement
à fon fervice : De forte qu'on a
lieu d'efperer plus que jamais , de voir la
tranquilité rétablie dans ce pays.
Le z . de ce mois, le Duc de Mekelbourg
Swerin arriva ici incognito , & le Dimanche
fuivant , il en partit avec une fuite
de 4. perfonnes feulement , pour le rendre
à la Cour du Land- Grave de Heffe-
Caffel pår le Duché de Brême.
On vient d'apprendre par les Lettres de
Gottembourg , que tous les Officiers & les
Domestiques du Duc de Holftein - Gottorp,
avoient été mis aux arêts , excepté le
O ij
164 LE MERCURE
Baron de Banniers & deux autres : Que
le Baron de Goortz ayant tâché de ſe ſauver,
avoit été referré plus étroitement : Que
l'on avoit trouvé chez fon Secretaire plufieurs
barils de Carolines . Ces Lettres ajoutent
qu'on avoit auffi arrêté un Vailleau
chargé de feize mille plaques de cuivre , &
de toutes fortes d'efpeces d'argent qui lui
appartenoient . On a auffi trouvé chez le
Comte Wendernath 47000 Ducats d'or ,
avec trois barils & demi de Risdales.
Les differends du Roi de Pologne & du
Roi de Pruffe , viennent d'être terminez à
l'amiable .
P. S. On vient dans ce moment de recevoir
des Lettres de Stokholm , qui portent
que le Baron de Goortz avoit été condamné
à avoir la tête tranchée : Que l'execution
fe devoit faire la veille du Couronnement
de la Reine : Que tous les bruits.
qui s'étoient répandus de l'évafion du Duc
de Holftein Charles Frederic , fe trouvoient
faux. Qutre le titre de Prince Royal de
Suede qu'on lui a donné , on y a ajouté
celui de Grand Duc de Finlande : Que
cette A. R. refteroit en Suede jufqu'à la
paix : Qu'il lui feroit enfuite permis d'aller
voyager dans les Pays Etrangers.
Le Prince de Menzicof & le Comte Apraxin
, dont le premier avoit été condamné
à 300. mille écus & à perdre fes
Emplois ; & le fecond , à perdre la vie ,
out enfin obtenu leur grace . S. M. Cz. a
DE FEVRIER. 169
1
rétabli le Prince dans tous les honneurs &
emplois , & le Comte a eu fa grace ,
moyennant le payement d'une fomme confiderable
.
le
On écrit de Coppenhague du 7. Fevrier,
que le Corps de Troupes commandé par
General Ahreinfeld qui avoit invefti Dron
hem , ayant été informé de la mort du
Roi de Suéde , avoit fait crever les canons
& brifer les affuts qui étoient dans un
Fort dont il s'étoit emparé : Qu'il avoit
enfuite pris fa route par des montagnes
couvertes de neige, où il étoit peri un grand
nombre de Soldats : Que malgré ces difficultez
, il avoit cependant ramené la plus
grande partie de fes Troupes , fans que le
Comte Sponnek qui le fuivoit avec les Danois
, ait jugé à propos de s'engager dans
des paffages fi difficiles , où il couroit rifque
de perdre beaucoup de monde , outre que
les Suedois marchoient en fi bon ordre ,
qu'il y avoit fujet de craindre quelque em
bufcade de leur part . On ne fçait pas neanmoins
encore tout le détail de leur marche
, ni de la perte qu'on dit qu'ils ont
faite, finon qu'elle n'eft pas fi grande qu'on
L'avoit cru d'abord .
1 .
A Vienne le 15. Fevrier..
Ilord Forbés Amiral de S M. I.
Mfe difpofe à partir pour se rendre à
Naples ; il commandera dans ces Mers
I'Elcadre Imperialle qui doit agir contre
166 LE MERCURE
Efpagne, independemment de la Flote de
PAmiral Bing. Ce Milord a û plufieus
Conferences avec le Prince Eugene fur les
affaires de la Marine . S. M. 1. a fait réi
terer les ordres à tous les Regimens qui
font en route pour paffer en Italie , de preffer
leur marche . Depuis la mort du Roi de
Suede , elle a ordonné aux Troupes qui
font fur les Frontieres de Silefie , d'en fortir
pour fe rendre auffi en Italie ; S. M. I.
êtant refolue d'augmenter cette campagne,
fes Troupes de 12000 hommes .
Le Comte de Colloredo , nouveau Gouverneur
du Milanois , aprés avoir refigné
fa Charge de Capitaine General de Moravie
au Comte d'Altheim , eft parti pour
fe rendre à Milan , afin d'y exercer fa nouvelle
fonction. M. le Comte General de
Flemming a quitté cette Cour , pour aller
trouver le Roi Augufte fon maître en Saxe :
S M. I. lui a fait prefent de fon portrait
enrichi de diamans. On croit que ce départ
precipité regarde le mariage du Prince
Electoral fon fils avec une Archiducheffe.
On tient ici de frequentes conferences fur
les conjonctures prefentes . Il paroît que
S. M. I. eft plus refoluë que jamais ,
pouffer la guerre en Italie , & qu'e le y
aura une Armée de 40000 , hommes. Cette
Cour eft auffi dans le deffein de faire marcher
25000. hommes en Flandre , pour
y contenir les Peuples dans la foumiffion
qu'ils doivent à S. M. I.
DE FEVRIER.
167
On parle beaucoup d'un Traité conelu
entre l'Empereur, le Roi d'Angleterre & le
Roi de Pologne , par lequel , ces Puiflances
s'engagent mutuellement de fe maintenir
dans la poffeffion de tous leurs Etats.
On prefume que fi ce Traité a lieu , il ne
pourra être que trés avantageux au Prince.
Electoral de Saxe. L'Empereur preſſe le Roi
d'Angleterre, comme Electeur d'Hannovre,
& le Duc de Brunfvick Wolffembutel
d'executer la commiffion qu'il leur a donné
pour agir contre le Duc de Mekelbourg ,
& obliger ce Prince à ne plus troubler la
Noblefle de fon Païs dens la poffeffion de
fes biens : Cela a donné lieu à un Ecrit qui
eft répandu dans toute l'Allemagne , par
lequel l'Auteur tâche de prouver que tous
les Princes de l'Empire ont un pouvoir abfolu
de traitter leurs Sujets fuivant leur vo →
lonté , & que par confequent , l'Empereur
n'a pas droit d'inquietter ces Souverains fur
un point auffi important . On craint que fi
on paffe à l'execution du Mandement Imperial,
cet acte d'hoftilité n'engage plufieurs
Princes d'Allemagne à prendre la deffence
du Duc de Mckelbourg; ce qui pourroit
troubler le repos de l'Empire .
C
On attend dans peu un Ambaffadeur
pour donner part à S. M. I. de la mort du
Roi de Suede , & pour notifier l'avenement
de la Princeffe Ulrique à cette Couronne.
Ondit auffi qu'il aura ordre d'offrir àS… ..M . Iş
168-
LE MERCURE
la mediation de la paix generale du Nord.
Le Roi de Perfe a écrit une lettre trés-gracieufe
à l'Empereur , dans laquelle il felieite
S. M. I. fur fes dernieres victoires .
La Princeffe Sobieski qui avoit été promiſe
au Pretendant, eft toûjours à Infpruck.
Le Prince Philippe de Baviere eft déja affûré
de vingt -huit voix dans le Chapitre
de Munster , & l'on attend à tout moment
la nouvelle de fon élection à cet Evêché.
L'Empereur a pris à fon fervice quelques
uns des Regimens congediez par la
Republique de Venife . On a mis de nouveaux
impôts fur les vins & autres denrées,
pour fubvenir aux moyens de pouffer la
guerre contre l'Espagne . L'Abbé de Saint
Gall reçût le 24..de l'autre mois par les
Plenipotentiaires de S. M. I. l'inveftiture
de cette riche Abbaye.
4
On écrit de Belgrade que le Prince . Ragotzi
fait toujours fa refidence par ordre du
Grand Seigneur , à Madara , à lieuës
de Conftantinople , Château appartenant
au Kaimacan . Le Sultan a donné ordre à
fon grand Treforier de compter à ce Prince
& à fa fuitte une certaine fomme d'argent.
On cft ici d'autant plus étonné du procedé
de la Porte , qu'il a été ftipulé en termes
exprés dans le Traité de Paix de Paffarovitz,
que le Sultan ne donneroit à ce
Prince aucune retraite dans les Etats .
On écrit de Ratisbonne , que M. de Meternick
DE FEVRIER. 169.
ternick Miniftre du R. de Pruf. à la Diette ,
a reçû ordre de ce Prince de répondre à ceux
qui lui demanderoient des nouvelles de la
confpiratión deBerlin : Que le Roi , après avoir
fait examiner cette affaire, n'avoit découvert
anire chofe , finon que le danger pour la perfonne
facrée de S. M. n'étoit pas fi grand,
comme le bruit, s'en étoit repandu d'abord :
Que cependant il paroißoit qu'il s'étoit paffé
à cette Cour de certaines intrigues qui auroient
pu être très- prejudiciables au Roi & à
fes interests : Qu'elles tendoient à infpirer à
S. M. Pruffienne des foupçons & de la méfiance
contrefes Alliez à la Cour de Vienne:
Qu'en attendant que le Roi ait reçu de plus
grands éclaircißemens fur une affaire auffi delicate,
S.M.ajugé à propos de faire faire cette
déclaration: Que cependant elle continuëra fes
perquifitions que l'on communiquera en tems
& lien au public. Comme c'eft un nommé
Clement Hongrois de Nation , qui eft
l'auteur de tous les mouvemens arrivez à
la Cour de Pruffe , on ne doute point qu'il
ne foit puni trés feverement d'avoir chargé
une certaine Cour d'un pareil artentat. On
croit même que cetre Cour fe trouve trop
engagée dans les fuppofitions de cet homme,
pour ne pas en exiger une fatisfaction proportionnée
à l'énormité de fon accufation.
I tâche de pallier fon crime en rejettant la
faute fur un autre impofteur qui a été arrêté
dans un autre Cour ; ce qui pourroit faci-
Février 1719. P
170
LE MERCURE
liter la découverte de quelques autres intrigues.
A Londres le 2. Fevrier.
L s'eft tenu un grand Confeil dans lequel
le Roi a nommé le Duc de Kenfgton
pour être Prefident du Confeil , à
la place du Comte de Sunderlan qui a été
fait premier Gentilhomme de la Chambre :
Le Duc de Kent Garde du Sceau privé , a
û la place du Duc de Kenfgton , & с
Duc d'Argile , grand Maître de la Maiſon
de S. M. a û la place du Duc de Kent .
Le Comte de Ila frere du Duc d'Argile ,
doit étre admis dans le Confeil du Roi , &
il aura une penfion jufqu'à ce qu'on le
pourvoye d'une Charge. On dit que le
Comte de Kenfgton fera revêtu de l'Ordre
de la Jaretiere qu'avoit le Comte d'Albermale
que le Comte fon fils a rendu au
Roi.
. La Reine de Suede a écrit une Lettre au
Roi fort obligeante , defirant vivre en amitié
avec S. M. B. qui a donné ordre au
Lord Cateret de s'embarquer inceffament
pour la Suede.
On doit publier une proclamation par
laquelle le Roi declarera qu'il donne aux
Armateurs la part des prifes qu'ils feront fur
les Efpagnols . Le Prince de Galles a nommé
le Lord Lumelay , fils aîné du Comte
"
DE FEVRIER .
170
de Scarbouroug , premier Gentilhomme
de fa Chambre , à la place du Duc d'Argile.
On travaille avec empreflement à preparer
la Salle de Weftminster , pour y continuer
la fceance des Seigneurs. Auffitôt
qu'elle fera en état , le Roi s'y rendra pour
donner fon confentement Royal à plufieurs
Bills.
Le 9. le Comte de Cadogan arriva ici
d'Hollande , avec le Comte d'Albermale
qui rapporte l'Ordre de la Jarretiere dont le
feu Comte fon pere étoit revêtu Ces jours,
paffez , il arriva un Exprés de Vienne avec
le Traité conclu entre l'Empereur , le Roi
de Pologne & le Roi de la Grande Bretague,
en qualité d'Electeur d'Hannovre . L'on
affure toujours que le Roi partira pour Hannovre
ce Printems. Le Capitaine Hardi
qui avoit été obligé par les vents contraires
de rentrer dans le Port de Spithead ,
remit à la voile à la fin du mois paflé pour
le détroit avec les quatre Vaiffeaux de
re , ainfi que les Bâtimens Marchands qui
font fous fon convoi ; & l'on écrit de Deal,
que les Vaiffeaux Marchands Hollandois
deftinez pour le Portugal , étoient auffi
partis. Le Chevalier Garth Medecin de .
I'Armée ,fi connu par plufieurs Ouvrages de
Poëfie qu'il a donné au Public , mourut le
29.du mois paffé . LeColonel Bailewits a été
envoyé depuis peu à la Cour de Suede
pour s'informer de la fituation des affaires
guer-
Pij
172 LE MERCURE
de cette Couronne , & pour prier en mê
me tems la Reine d'envoyer des Plenipotentiaires
à Brunfwick , pour y traiter de
la Paix du Nord dans un Congrés . Il a
ordre de paffer à la Cour de Dannemarck,
pour y executer auffi ane certaine commif
fion. Le Prince Frederic Duc de Cambri
fils du Prince de Galles , êtant entré
Fe jo. du mois paffé dans fa creiziéme année,
on celebra fon anniverſaire avec beau
coup de magnificence,
Le Bureau general des affûrances pour
les Vaiffeaux , fera ouvert le 5. Avril pro
chain. Il doit fe tenir à la Bource : On y
établira douze Commis pour y vaquer. Lo
Lord Onflow eft nommé Gouverneur de
cette Compagnie.
Un Armateur Hollandois venant d'Amf
terdam , deftiné pour les Indes Orientales,
a peri fur la côte de l'Ile de Wight , avec
feize cailles d'argent qui étoient fur fon
bord. Il s'eft perdu au même endroit un
Bâtiment chargé de poudre ; ainfi qu'un
Armateur Efpagnol nommé le folide, de
vingt pieces de canon & dé cent hommes
d'équipage. On a frappé à Londres une
médaille ſur la victoire que PEſcadre Angloife
a remportée prés de Siracufe fur la
Flote d'Espagne.
DE FEVRIER, 173
A la Haye le 23. Fevrier.
Outes les Provinces ayant donné leur
Tconfentement à la Quadruple Alliance
, excepté la Ville d'Utrecht , Leurs
H. P. ont refolu d'y adherer , & ont envoyé
des ordres à M. Van-Borfellen , leur
Envoyé à Londres , de figner ce Traitté.
Avant que d'en être venu à cette refolution
, elles avoient ftipulé que la Republique
auroittrois mois de tems , avant que
d'être obligées de fe déclarer contre l'Ef.
pagne , dans l'efperance qu'avant l'expiration
de ce terme , la Cour de Madrid accepteroit
enfin le projet d'accommodement
& qu'on trouveroit les moyens d'établir une
paix folide & durable.
Le 14 de ce mois , l'Etat envoya une dé “
putation folennelle au Marquis Beretti-
Landi , pour lui communiquer cette refo
Intion , & les raifons qui y avoient porte
L. H. P, de même que la condition qu'elles
avoient ftipulée , pour ne fe déclarer que
dans trois mois , l'affûrant que pendant ce
tems- là , elles employeroient volontier $
leurs bons offices , pour terminer les diffe-
Lens entre les Cours de Vienne & de Mar
drid , par une paix qui pût rétablir le repos
dans toute la Chretienté . Sur cela , le Marquis
a dépêché un Exprés à la Cour de
Madrid pour lui en donner avis ; il s'eft
Pij
174
LE MERCURE
plaint cependant , mais avec moderation
& en termes honnêtes , de ce qu'on avoit
tardé fi long- tems à lui faire part de cette
refolution ; mais , que cela ne l'empêcheroit
pas de continuer à employer fes bons
offices pour entretenir la même harmonic
entre le Roi fon maître & cet Etat.
On ne croit pas que M. Colfter, nommé
à l'Amballade d'Elpagne , parte avant le
retour de l'Exprés dépêché à Madrid par
le Marquis Beretti - Landi , afin d'être inf
truit auparavant des intentions du Roi Catholique.
Les Etats d'Hollande doivent examiner
cettesemaine un nouveau plan de Lotterie,
par lequel on prétend que la Province
pourroit gagner quatre millions. Cependant
, on a établi de nouveau le centiéme
& le deux centiéme fur tous les biens
fonds.
C
1
Le Secretaire de M. Rumpf , Refident
de l'Etat à Stokholm , eft arrivé ici avec
des dépêches importantes pour L. H. P.
Ce Refident marque entr'autres qu'il y a û
un acccül trés - favorable de la Reine de
Suede , avec des affurances qu'elle ne fouhaitoit
rien plus que de cultiver une par
faite intelligence & une étroite union avec
les Etats Generaux , & qu'elle étoit entierement
difpofée à favoriler le commerce de
leurs Sujets en Suede . S. A. R. le Prince
de Heffe lui avoit fait les mêmes proteſta.
DE FEVRIER. 175
tions , en lui recommandant d'affûrer leurs
H. P. de fes intentions finceres pour le
bien & la profperité de la Republique .
Suivant ces avis , les affaires du Baron de
Gortz prennent un fort mauvais train. Le
Comte de Revenflavy fon beau- frere , & le
jeune Baron de Gortz , fils du Prefident
de la Chambre Electorale à Hanovre , proche
parent du prifonnier , font partis en
pofte pour folliciter en fa faveur. Comme
on a découvert depuis fa détention , de
fommes confiderables qu'il avoit deffein de
faire paffer dans les Païs Etrangers, on croit .
que le Pecular eft le principal crime dont
il eft charge . On a entr'autres découvert
120 mille écus qu'il avoit remis en dépôt à
un Ajudant General qui a été arrêté , &
pour 140 mille en cuivre , & une autre
fomme confiderable en fer, qui étoient dans
quatre Vaiffeaux prêts à mettre à la voile.
On affûre que M. Haffelaar , Echevin
de la Ville d'Amfterdam , fera nommé à
l'Ambaffade de Suede , & que M. Buys ,
cy-devant Ambaffadeur en France , ira en
Efpagne en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
, au cas qu'il y ût apparence d'accommodement.
A Madrid le 10. Février.
Ette Cour a envoyé des Ordres à Capour
faire partir 22. Bâtimens de
Charge , fur lefquels on a embarqué beaudix
,
Piiij
876 LE MERCURE
coup de munitions de Guerre & de bouche
avec 5. Bataillons . Ils devoient mettre à la
voile le 8. de ce mois pour Malaga , où ils
doivent fe joindre à d'autres bâtimens qui
les attendent dans ce dernier Port : aprés
cette jortion , ils ont ordre de fe rendre
partie à Melila & partie à Ceuta. On dit
qu'il y aura fur ce Convoy plus de 12000 ..
Hommes , tans vieilles que nouvellesTroupes
, deftinées pour renforcer les Garnifons
des Places Efpagnoles qui font en Affrique
fur la côte de Barbarie.
"
Cette Cour a depêché un Exprés au :
Commandant de la Corogne avec de groffes ,
remifes , pour faire continuer les nouvelles
Fortifications que l'on a ajoûté depuis un
an à certe Place , ainfi qu'en differens endroits
le long de la côte : il y a dans ces
Mers 3 gros Forbans & 4 ous Armateurs
Oftendois , qui ont fait plufieurs prifes depuis
environ un mois , entr'autres celle de
deux gros Navires Espagnols venant de
Lisbonne , qui étoient richement chargés.
३. Vaiffeaux de Guerre & 2. Fregates Ef
pagnoles , font partis de Bilbao pour aller
audevant de plufieurs de nos Bâtimens que
l'on attend du Mexique.
On aprend de la Frontiere , que les Of
ficiers Efpagnols étoient fort intrigués à
lever du monde , pour recrûter leurs compagnies
qu'ils doivent avoir complettes
pour le 8. Mars , à peine d'être caffès. On
ne delivre point de nouvelles commiffions
DE FEVRIER. 177
pour former de nouveaux Regimens ; on
le contente feulement d'augmenter les com
pagnies de ceux qui font fur pied . On ne
fçait pas encore le nombre des Vaiffeaux de
Guerre , Galeres & antres Bâtimens que l'on
aura en mer, cette Campagne. Ce qui eft de
certain , c'eft que les Hommes deviennent
fort rares dans ce Païs.
On a reçû des Lettres de Vigo , qui portent
qu'il y étoit arrivé un Vaiffeau de la
nouvelle Eſpagne fous l'escorte d'une Fregatte
de 35. pieces de Canon , fur lequel
il y avoit quantité d'effets pour les Négocians
Efpagnols , & furtout soo , mille Piaftres
que le Vice Roy de la nouvelle Efpagneenvoye
à S. M. C. La Fregatte eft auffi
richement chargée ; car , outre les marchandifes
qu'elle a apporté , il y avoit 400000%
pieces de 8. & pour 200000, écus de poudre
d'Or.
,
On mande de Cadix qu'on travailloit avec
une extrême diligence dans le Port de
cette Place à équiper des Vaiffeaux de
Guerre qui doivent escorter les Galleres pour
la nouvelle Elpague. Le 2. de ce mois , deux
Vaiffeaux de Guerre du fecond rang, & une
Fregatte de 40. pieces de Canon , en étoient
fortis , pour aller joindre 3. autres Bâtimens
de guerre qui croifoient dans le détroit fur
tous les armateurs portant Pavillon Imperial,
qui troublent fort le commerce des Efpagnols
, & qui font de fréquentes prifes
fur ces derniers.
178
LE MERCURE
>
L
A Rome le 7. Fevrier..
E Tribunal de l'Inquifition fit faire
amende honorable ces jours paffès dans
l'Eglife de la Minerve , à cinq perſonnes
convaincues de differens crimes : On en a
condamné deux à une prifon perpetuelle ,
& les 3. autres , pour quelques années feulement
, qui font Julius Legni Gentilhomme
, dont le pere poffede de grands bien's ,
Bonnaventura Arrigoni & Bernard Salviati
, tous trois natifs de Veletri , & acculés
d'Atheisme. Le Pape a fait prefent , le
premier jour de l'an de neuf beaux
Chevaux de caroffe au Prétendant . Le 27.
de l'autre mois , le Cardinal Dada mourut
en cette Ville , âgé de 69. ans . Le 29. il
fut enterré dans l'Eglife de S. Charles, Il
s'appelloit Ferdinand Dada Milanois. II
étoit né en 165o . avoit été Nonce en Angleterre
en 1688. Cardinal en 1690. Legat
,
Ferrare en 1698. Il vaque par cette mort
une feptième place dans le Sacré College ,
Il auroit û beaucoup de droit à la Papauté ,
fi la Chaire S. Pierre étoit devenuë vacante.
Cette Eminence à laiffé à fon Neveu tous
fes biens paternels qui le monnent à 50000.
écus Romains Il a legué le reste au College
de Propaganda Fide. Il a donné au
Pretendant fix mille onces d'argent à choisir
dans toute fa vaiffelle : 4000 écus au Cardinal
Scotti , pour être diftribués aux pauvres
de Milan , & a fait plufieurs autres
DE FEVRIER. 179
legs pies . M. Deley a été nommé Vice-
Legat d'Avignon . Le Pape qui devoit renir
le 6. un Confiftoire , l'a renvoyé au 8 .
Le grand Convoy eſcorté de plufieurs
Vaifleaux de Guerre Anglois & Napolitains
, eft enfin arrivé le 19. devant Melazzo.
On a été occupé juſqu'au 22. à débarquer
les farines & les vivres dont le
Camp Imperial avoit grand befoin ; les Soldats
Allemands étant réduit à 3. onces de
pain par jour. Le 29. 35. Tartanes ou bâtimens
chargés à Tropea , & à Ste. Euphemie
, de toute forte de provifions & de munitions
de Guerre pour les Troupes Impe -`
rialles , fuccederent à ce premier Convoy ;
ce qui a aporté l'abondance dans le Camp
des Imperiaux . Les Allemands attendent.
4. nouveaux Regimens d'Infanterie . Ils
font occupés actuellement a établir des Magazins
pour la fubfiftance de leurs Troupes.
Ils continuent toûjours dans le deffein de
faire diverfion aux Efpagnols par Siracufe .
On dit même que le Regiment de Gronfeld
a ordre de fe tenir prêt pour y être tranf--
porté. Quelques Lettres portent que les Efpagnols
ont reçû deux Regimens d'Infan
terie qui ont debarqué à Palerme & à Meffine
. Le Camp de ces derniers a été preſqu'i
nondé par la fonte des neges ; ils ont été obligés
par cette raifon de renvoyer une par
tie de leurs Chevaux fur leurs derriers . I
leur eft arrivé des remifes d'argent , que l'on
180 LE MERCURE
-
fait monter jufqu'à 200000. Piftolles. 16 ba
timens de tranfport , fous l'escorte d'un
Vaiffeau de Guerre & de deux Frégattes de
la même nation , venant d'Alicant , font
entrés dans le Port de Cagliari, Hy a fur
ces Bâtimens une grande quantité de munitions
de Guerre , & de toute forte de provifions
pour remplir les Magazins de cette
Place , que l'on avoit vuidé pour tranſpor
ter en Sicile.
Le Gouverneur de Civitavechia a refufé
l'entrée de cette Place aux Recrues que
le Cardinal Aquaviva avoit fait pour la Sicile
.CetteEminence en a porté fes plaintes à
S. S, qui fe trouve fort embaraffée du parti
qu'elle a à prendre dans les circonftances
prefentes,
de
A Naples le 8. Février.
Na apris par l'arrivée d'une Tartane
venant de Regio , que deux Vaiſſeaux
guerre Anglois , y étoient entrez avec
5. Tartanes Espagnoles , que ces premiers
avoient pris à l'entrée du Fare de Melline,
3 autres Armateurs portant Pavillon
Imperial , y ont auffi amené trois grofles
Barques Siciliennes , chargées de munitions
de bouche pour la Garniſon de Porto, Longone,
Deux Fregattes Imperiales , qui
croifoient dans la Mer Adriatique , ont enlevé
, aprés un combat de 4 heures , un
gros Corfaire de Tunis , & un autre de
Tripoli , & un 3 cft fauté en l'air avec
DE FEVRIER. $181
four fon équipage Ces Fregattes ont con
duit leur prife à Brindiſi. On a été informé
que trois gros Vaiffeaux de guerre Efpagnols
, 4 Fregattes , autant de Galeres &
2 Balandres de la même Nation , croifoient
depuis peu dans les Golphes Adriatiques
, du côté de Manfredonia & de Brin
difi. On a fçu par un Bâtiment Venitien
que 3 Vailleaux de guerre Napolitains ,
deux autres Anglois & deux Fregattes
donnoient la chaffe de fort prés à 3 autres
Bâtimens de guerre Efpagnols en deçà du
Fare de Melline. Plufieurs Bâtimens Eſpa
gnols ont été portez par des coups de
vent , à If ou 20 mil du Cap d'Iftrie fur
des rochers , où la plûpart font péris avce
leurs équipages. 13 Bâtimens de tranſport
partirent d'ici le 24 de l'autre mois , fous
l'efcorte de 4 Bâtimens de guerre , pour
Orbitello où ils font arrivez .
D
A Livourne le 14 Fevrier.
Eux Armateurs Napolitains entrerent
le 6 dans nôtre Port avec deux
groffes Barques Siciliennes qu'ils ont pris
à la vue de Porto Longone. Le 7. trois
Vaiffeaux de guerre Espagnols & 2 Fregattes
venant de Cagliari , & fervant d'ef
corte à 12 Bâtimens de charge de la même
Nation , ont été obligez de relâcher ici
caufe des vents contraires. Le 9. ils ont
remis à la voile pour ſe rendre à Meffine,
182 LE MERCURE
•
& y debarquer des munitions de guerre &
de bouche.
Le Conful Imperial a fait frêter 10 Bâtimens
des Négocians de cette Ville ,
pour y faire charger des grains , des farines
, des poudres & d'autres proviſions
deftinées pour les Troupes de l'Empereur
qui défendent Melazzo . Les Efpagnols
font ici un grand amas de viandes falées ,
pour les faire paller en Sicile à la premiere
occafion .
On mande de Milan , que fur les plaintes
que divers Princes & Etats d'Italie ,
ont fait au Comte General de Stampa , au
fujet des Contributions qu'il exigeoit
d'eux , de la part de l'Empereur , il leur avoit
répondu , Qu'il n'y avoit rien de plus
injufte que leur demande , puifqu'ils devoient
contribuer à la défenſe de leur pays ,
contre les entreprises des Espagnols.
I
A Génes le 18 Fevrier.
arriva ici le 11. une Tartane Efpagnole
& gros Armateurs Catalans, ve-
3
nant de Barcelone . La Tartane a débarqué
un Exprés , qui a apporté des dépêches
de Madrid , au Marquis de Saint
Philippe Envoyé de cette Cour auprés de
la Republique. Ce Miniftre les communiqua
le 12 au matin au Senat qui doit s'affembler
au premier jour à ce fujet . On a
apris par ces Bâtimens que , fuivant les
ordres de la Cour de Madrid , le départ du
DE 183
.
FEVRIER.
و
grand Convoi qui étoit prêt de mettre à la
voile de la rade de Barcelonne pour la Sicile
, avoit été differé jufqu'à nouvel ordre :
Que la veille de leur départ de la rade de
cette Place , il y étoit arrivé 6. Armateurs
d'Alicant & de Cartagene , avec deux deubles
Brigantins Mayorquains , pour ſe joindre
ce à Convoi , & pour aller croifer dans
les Mers de Sicile fur tous les Bâtimens portant
Pavillion Imperial , & autres qui . font
en guerre avec l'Espagne . Un autre Bâtiment
parti le 2 de ce mois de Cartagene
& qui vient de relâcher ici , a raporté que
les deux nouvelles Galeres , la nouvelle Galiote
, les deux Balandres , un Vaiffeau de
o pieces de canon , à la conftruction def
quels on travaille depuis plus de 3 mois ,
ne feront en état de mettre à la voile qu'à
la fin du mois de Mai : Que les nouvelles
fortifications que l'on a commencé l'année
derniere à l'embouchure du Port de
Cartagene , ne pourront être achevées
qu'au commencement de Juin : Que la
garnison de cette place avoit été renforcée
de 2 nouveaux bataillons , & qu'il y étoit
arrivé plufieurs Artificiers qui étoient occupez
à préparer une grande quantité de
toutes fortes d'artifices, à charger des bombes
& des grenades , & à y faire des fafcines
gaudronnées : Que l'on en devoit embarquer
le 25 de ce mois , la plus grande partie
avec de la poudre & des boulets de ca184
LE MERCURE
non , pour en fournir les magazins d'Alicant,
de Denia,Penfacola Tarragone , Barcelonne
, Palamos , Rofes , & autres Places
fur la côte de Catalogne , qui fe trouvent
dénuées de munitions & de provifions, depuis
qu'on les a transporté en Sicile & en
Sardaigne .
Le nombre des Troupes Imperiales qui
groffiffent tous les jours aux environs de
Savone & d'Albengas , inquiette extrêmement
cette Republique . Les mouvemens
des Troupes du Roi de Sardaigne , qui
femble vouloir s'approcher de Final , aug.
mentent encore fa crainte . Dans cette apprehenfion
, le Senat a réfolu de renforcer
les garnifons de ces places , & d'ajouter à
leurs fortifications quelques ouvrages extericurs.
On a pris la précaution, d'y faire
paffer depuis quinze jours une vingtaine de
Tartanes avec beaucoup de munitions de
guerre & de bouche pour les pourvoir de
toutes chofes neceffaires , en cas d'attaque.
On ne voit dans ccs Mers & le long de la
côte , que des bâtimens de guerre Anglois ,
Napolitains & Efpagnols , qui croifent les
-uns far les autres . Ils en viennent même
fouvent au mains .
Le Miniftre du Roi de la Grande Bretagne
, a porté les plaintes au Senat , & l'a
prié en même tems de défendre l'entrée
des Ports de cette Republique aux Armateurs
Efpagnols qui amenent fouvent des
Prifes
DE FEVRIER.
185
Priles Angloifes. Il prétend que le Senat
doit les traiter comme des Pirates ; mais
on doute que le Senat en convienne .
P. S. On mande d'Hambourg , du 20 .
que le Duc de Mekelbourg étoit de retour
dans les Etats , & qu'il eft plus refolu que
jamais , d'attendre l'execution du mandement
Imperial. Les Troupesd'Hannovre &
de Lunebourg , qui y doivent être em
ployées , font à prefent en marche pour paf-
Ter l'Elbe à ce deffein . Les lettres de Stokholm
, portent que le Courronnement de
la Reine devoit le faire à Upfal le 23. Fcvrier
, & que l'Archevêque de ce nom en
devoit faire le Sacre.
On aprend par les lettres du dernier ordinaire
de Genes ,que tous les Bâtimens Siciliens
& autres qui étoient dans le Port de
Villefranche , venoient de recevoir ordre
de la Cour de Turin de mettre inceffament
à la voile .
FRANCE .
Es Lettres de Marfeille du 18. Fe-
Drier,portent qu'un Bâtiment de ce
Port , à fon retour de Malte où il a débarqué
M. le Chevalier d'Orleans , étoit peri
fur les côtes de Barbarie avec 40. Greradiers
de nôtre garnifon & deux Officiers qui
avoient fervi d'efcorte à ce Chevalier. Les
Efpagnols ont enfin commencé leurs hoftilités
fur les Bâtimens portant Pavillon de
France. Ils en ont pris un de cette Ville
Q
186 LE MERCURE
qu'ils ont conduit à Porto- Longône. Sur cet
avis , il eſt ſotti de Toulon 4. Fregattes
pour aller en courfe à leur pourfuite , &
divers particuliers arment pour le même
fujet. Un Bâtiment arrivé ce matin de Na-›
ples , a rapporté que le 10. de ce mois
jour de fon depart de cette Place , il s'y
étoit repandu un bruit qu'il y avoit û une
action entre les Allemands & les Efpagnols
à Melazzo ; mais , qu'on ne favoit point
qui des deux partis avoit û l'avantage.
·
On écrit de Strasbourg du 22. que la
garnifon de cette Place avoit été augmentée
jufqu'à 10000. Hommes ; ce qui furprend
d'autant plus, qu'elle n'a pas été fi nombreufe
en tems de Guerre. On remplit nos Magazins
de toutes fortes de munitions & de
fourages. On augmente auffi les garniſons.
du Fort Louis & du Neuf- Brifack. Le
Roy Stanillas qui fe tient toûjours à Savernes
, a congedié la plus grande partie de
fes domeftiques. On croit qu'il ira dans
peu faire fa refidence à Landavv . 1l y a
quelque tems que ce Prince fut informé
qu'un parti Saxon avoit paffé le Rhin , pour
l'enlever à Berzaben où il étoit pour lors . I
s'eft mis depuis en lieu de fûreté. Un Regiment
d'Infanterie de Fribourg & deux de
Phil bourg , font fortis de ces Places par
ordre de la Cour Imperialle , pour aller dans
les Païs bas Autrichiens . Ils feront remplacés
par d'autres Regimens qui viennent
de l'Empire.
DE FEVRIER. 187
Les lettres de Perpignan du 16. Fevrier ,
portent qu'il étoit arrivé à Canet 34. Tartanes
, la plufpart chargées d'avoine pour la
fubfiftance de nôtre Cavalerie , & de nos
Dragons qui ferviront cette Campagne en
Catalogne. Ces grains doivent être tranfportés
par terre à Perpignan qui n'en cft
éloigné que de deux lieuës . On y fait auffi
de gros amas de Fourage. On travaille à
force aux Ecuries pour les Mulets qui
doivent porter les provifions pour l'armée.
On a marqué un Camp au Boulon pour les
Troupes qui doivent compofer l'armée de
France. Il eft arrivé à Collioure 30. Bâtimens
chargés de grains venant de Languedoc
pour les Magazins de l'Armée.
On a û avis de Mont- Louis, que les Efpagnols
faifoient travailler à relever les fortifications
de Puiferda , pour couvrir la Cerdaigne
& leurs Places de la Segre. Ils ont
aufli renforcé les Garnifons de Belver , de
la Seu d'Urgel , & autres Places fituées fur
cette Riviere. Ils travaillent auffi avec un
grand empreffement aux Fortifications de
Gironne.
A Nantes le 20. Fevrier-
A Mariane , Navire de cette Ville
Commandée par le fieur Dubois , fur
attaquée le... de ce mois à 7. lieuës du
Cappar un Forban monté de 140. Hommes
à la vue d'un autre Pirate. Le petit Vaiffeau
Francois étoit du Port de 150. Ton
"
Qij
188 LE MERCURE
neaux , armé de 20. Canons , & de 30. hom-
-mes d'équipage , ayant fur fon bord 15.
femmes & 6. engagés pour S. Domingue .
Le Combat dura depuis 4. heures aprés
midy , jufqu'à dix heures du foir , à la portée
du Piftolet. Le Forban ne pouvant foûtenir
le grand feu de la Marianne , la quitta
pour aller joindre fon camarade à onze
heures , ayant été feparé par un grand vent.
Le calme étant furvenu , le premier Forban
fe fit remorquer par fon Brigantin , & rejoignit
enfuite la Marianne à 9. heures du
matin . Il tira un coup de Canon avant que
de l'approcher , & arbora le Pavillon noir
avec les têtes de morts , pour marquer qu'il
n'y avoit point de quartier. La Marianne
l'ayant vû à portée , luy lâcha fa bordée &
évita pendant plus de 2 heures l'abordage ,
à bas bord & à ftribord , faifant un feu continuel
; de maniere que le Forban fut obligé
de s'éloigner honteufement . Le fieur Dubois
avoit promis à fon Equipage , un mois
gratis & la liberté aux engagés. Les femmes
n'ont point été inutiles dans cette action
, puifqu'elles chargeoient les Gargouf
fes. Ce Navire est entré en Triomphe dans
le Cap , n'ayant û feulement que deux hom
mes de bieffés.
M
SUPPLEMENT.
Onfieur Marandon Confeiller Treforier
General des Maifon & Fimances
de Madame Ducheffe de Berry , a
DE FEVRIER. 178
acquis la Charge de Confeiller du Roi ReceveurGeneral
des Finances de la Generalité
de Bourges , du frere & heritier du deffunt
fieur Guerdon dernier titulaire d'icelle , decedé
depuis trois ans , & à l'exercice de
laquelle avoit été commis par Arreft du
Confeil, M. Barathon de Villeneuve ; lad.
Charge acquife moyennant la fomme de
200600 liv. comptant.
Le 17. le Provincial des Cordeliers fe
tranfporta par ordre de la Cour , dans le
Couvent des petites Cordelieres du Fauxb.
S. Germain, pour ordonner aux Religieufes
de cette Communauté oppoſées à Madame
Salo leur Abbeffe , de la reconnoître pour
leur Superieure , conformement à l'Arreft
du Parlement rendu en 1717. Que celles
qui refuferoient de s'y foumettre , feroient
obligées de fortir de cette Maifon ; auquel
cas il leur donneroit une obédience , pour
paffer dans d'autres Maiſons du même Ordre.
Il y ût quatorze Soeurs de Choeur , &
trois Soeurs Converfes qui accepterent ce
parti . Aprés cet aveu , elles ont été transferées
feparement dans differens Couvens.
Mariage.
Onfieur Croifet Seigneur d'Eftiau Confeiller
au Parlement , fils de M. Croilet , Conſeiller
d'honneur au Pericment & cy devant Prefident des -
Enquêtes,éponfa le 25.Fev. N. Feydeau ,file deMefhire
Feydeau Seigneur de Marville,& de Dame Bone
Courtin, fille de Meffire Louis Courtin Maiſtre des
Requêtes.
190 LE MERCURE
On trouve chez les fieurs Pierre Ribon Quai
des Auguftins , M chel Bruner au Palais, & Eftienne
Ganea aux Armes de Dombes , l'Hiftoire de la
Mufique & de fes effets depuis fon origine jufqu'à
prefent , dediée à S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans Regent de France , vol. in - 12 ., 50 fols ,
Avis envoyé à l'Auteur du Mercure .
E croirois derober au Public ce que je
offrir plus
Si par timidité
, par ignorance
, ou par ingratitude
, je balançois
davantage
à lui faire le récit de l'obligation
éternelle
que j'ai à M. Gamare
. Il y avoit 18. ans que je
portois am bras droit un Ankilofe
qui m'en interdifoit
abfolument
l'ufage , & qui me caufoit des douleurs
effroyables
. Epuifé enfin des peines , & de remedes
, & abandonné
des
Medecins
& Chirurgiens
, je n'attendois
plus de fecours que du Ciel , ou la mort , lorfque l'on m'indiqua
M: Gamare
, comme
mon unique reffource
: Il examina
mon mal plus d'une fois , avant que de s'engager
à le guerir
; il pria enfuite M. Silva , dont la répu tation eft connue de tout le monde , de l'exa- miner avec lui ; il voulut bien s'en donner
la peine , & un mal fi extraordinaire
lui fit
juger qu'il étoit prefque
incurable
. Cepen- dant A1. Gamare m'entreprit
; M. Martin
fils , Maître Chirurgien
, & des plus expe-. rimentez
,fuivit exactement
le cours , & les incidens
de ladite maladie. M. le Premier
Medecin
du Roi ayant bien voulu enfin m'e-`
xaminer
connoître
la nature
de mon mal,
DE FEVRIER. 191
en fçavoir les circonstances & le tems , me
trouva fi parfaitement gueri , qu'il ne put
s'empêcher d'admirer l'excellence des remèdes
qui avoit produit un effet fi merveilleux ,
que non -feulement ils me rendirent l'entiere
liberté de ma main & de mon bras ; mais
même , que j'en ai depuis l'usage des nerfs,
plus fouple , & auffi naturel que de l'autre s
joint à cela que m'a vie étoit dans un danger
prefqu'évident , & que ma fanté eft entiement
rétablie plufieurs perfonnes , même
diftinguées , dont les atteftations ne doivent
fervir de rien ici pour donner plus de credit ,
à l'efficacité de ce remede , affirmeront en
tems & lieu , qu'il a la vertu de guerir radicallement
les Obftructions Vapeurs ,
Ecroüelles , Affections fcorbutiques dégenerans
en Cancers , & generalement toutes
les Maladies fecretes.
›
Ledit Sieur Gamare , demeure ruë des
Prouvaires , prés S. Eustache , à Paris.
APPROBATION.
" AY lû par l'ordre de Monfeigneur le Gar
des Sceaux, le Mercure Galant du mois de Févier
. A Paris le 1. Mars 1719 .
Dia
BLANCHARD.
TABLE..
Ifcours fur la Poëfie Paftorale qui eft
à la tête des Eglogues de M. Pope ,
raduit de l'Anglois 68
2
3
Le Mariage par Lettre de Change , nous
velle toute nouvelle, 12
192 LE MERCURE
Relation nouvelle & fidelle du Détroit & de
la Baye d'Hudson , par M. Jeremie , 40
Epître de Leandre à Héro & autres Poëfies,
83
Declaration du Roi contre les Vagabonds, 90
Arrests des Cours de Parlement de Paris &
de Bordeaux , portant fuppreffion des a
pieces venant d'Espagne ,
94
Autre Arreft pour la Lotterie de Paris , 104
Extrait d'Avantures Paftorales ,
Livre nouvean
109
117
Nouveau Systême de M. l'Abbé Fremypour
l'éducation de la Jeuneſſe ,
Spectacle ,
119
Morts de Paris , & Morts Etrangeres , 126
& 129.
Charges Etrangeres ,
Mariages Etrangers & de Paris ,
Journal de Paris ,
!
130
331
Benefices donnez , 132
134
Poëfies prefentées au Roifur le jour deſa naiffance
, &c. 142
Enigmes & Chanson ,
146 147
Nouvelles Etrangeres , 147
Supplément ,
188
Avis , 190
P.
Errata du mois de Janvier 1719.
P. 137. 1. 31. vainement , lifez vraiment.
1577..1. 10. Boisfranc , 1. Beaufranc
P. 148. 1, 21. tous les Traitans &c article en
tiereft faux. P. 164 1. 22 exemples ôtez l's - 1039Légal.
F.
LE
NOUVEAU
.
MERCURE.
Mars 1719.
Le prix eft de vingt fols.
ناكد
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
PIERRE RIBOU , Quay des Augußins ,
à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue S.
Jacques , à la Fleur - de- Lys d'Or.
M. D. CC. XIX .
Avec Aprobation & Privilège du Roy .
PUBLIC
LIBRARY
!
385109
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
ON
AVIS.
N prie ceux qui adref
feront des Paquers ou
Lettres à l'Auteur du Mercure ,
d'en affranchir le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloitre
S. Germain de l'Auxerrois .
On donne avis , qu'on - trouve
chez les Libraires ci- deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. & 1718. de même
que l'Abregé de la Vie du
CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
› **************
AVANT- PROPOS.
+
Ompoſer continûment un bon Mercure,
ce n'eft pas une entreprise d'une fi facile
execution , qu'on fe le perfuade communément
: J'en fais de mois en mois la penible experience.
Cependant le Public , fans trop fa
prêter à l'embaras de l'Auteur , exige ,
moyennant fes vingt fols , qu'on lui fourniße
tout ensemble & à point nommé , de quoi
fatisfaire fa curiofité à tous égards : Il veut
qu'on l'inftruife & qu'on l'amufe en même
tems ; mais , il eft plus difficile qu'on ne
penfe , d'arriver à ce but : Car , telle partie
du Mercure peut être approuvée dans une
Societé , qui ne le fera pas dans une autre.
D'où vient cette diverfité de gout ? C'est
fuivant le genie & le caractere des Lecteurs .
Les uns ne feront touchez que des Pieces lit
teraires , ferieufes & critiques , tandis que
d'autres ne feront fenfibles qu'aux Vers à
FHiftoriette, aux Relations de Voyage, &c.
Une troisième espece d'hommes n'aime que les
nouvelles & les faits . Que doit- il refulter de
cette varieté de fentimens ? Que ce Recueil ,
fut- il afforti de tout ce qu'il y a de plus excellent
dans chaque genre , trouveroit encore
des Cenfeurs. Je ne mets pas en ligne de
compte,ces Redreffeurs de phrafes , ces Eplu
= cheurs de points & de virgules , ces gens
qui vous prodiguent leur inimitié pour la
{
moindre omiffion. Il faut bien que chacun
exerce fes talens , à proportion de ceux qu'il
a reçû de la Nitre. Comme ceux - ci font
´ordinairement injuftes , je les recuſe pour mes
Juges : Mais , pour un certain ordre choisi
d'hommes , qui libres de préjugez , ne donnent
leur estime qu'à ceux qui la meritent ,
je déclare que je ferai toujours mes efforts
pour me la concilier. J'ofe me flatter qu'ils
voudront bien prendre ma défenfe , dans les
occafions où je ferai attaqué injuftement :
Ce fera un puiffant motif , pour exciter mon
émulation à ne rien negliger de ce qui pourra
concourir à perfectionner ce Livre. C'eft-là
ma vocation, &c'est à moi à la remplir.
Le morceau inferé à la tête de ce Recueil,
appartient à M. de Marivaux , Auteur aаpр--
prouvé. On a vû de lui dans quelques- uns
de nos Mercures , plufieurs autres Pieces
qui n'ont point échapé à un Lecteur delicat.
Je croi que l'on ne fera pas moins
content , & peut- être le fera -t'on davantage
de ce que l'on va lire ? On pourra être
un peu furpris de voir que M.de Marivaux
apporte en preuve des exemples tirez de M,
Crebillon plûtôt que de Meffieurs Corneille
& Racine, Qu'importe de quelle fource
on puife le fublime, l'excellent , le bon, poursû
que c'en foit effectivement ? Les noms
ne prouvent rien : Ce font les chofes qui
doivent être la regle de nos jugemens.
LE
NOUVEAU
MERCURE
Penfees fur differents fujets ,
L
Par M. de Mariyaux .
Sur la clarté du Difcours.
Exacte clarté , Madame
eft le premier, & le plus effen- ,
tiel devoir de l'Auteur ; mais ,
il faut fe faire une idée nette
& non mal entendue , de ce
qu'on entend par clarté , & ne pas fe mettre
en danger de fuppofer à la vraye,certaine
clarté pedantefque , qui ne laiffe , il eft
vrai, nulle obfcurité dans le difcours , mais,
qui en ruine la force & la vivacité .
Voyons donc ce que c'est que l'exacte clarté
dans le Difcours.
A iij Mars 1719.
6 LE MERCURE
A la regarder , Madame , dans toute for
étendue , & par rapport à l'Auteur , c'eft
Fexpofition nette de notre penfée , au degré
precis de force & de fens dans lequel nous
l'avons conceuë ; & fi la penfée ou le fentiment
trop vif , paffe toute expreffion , ce
qui peut arriver , ce fera pour lors l'expofition
nette de cette même penfée , dans un
degré de fens propre à la fixer, & à faire entrevoir
en même tems toute fon étendue
non exprimable de vivacité .
Ceft comme i l'ame, dans l'impuillance
d'exprimer une modification qui n'a point
de nom , en exprimoit , en fixoit une de la
même efpece que la fienne , mais inferieure
à la fienne en vivacité , & l'exprimoit de
façon que l'image de cette moindre modification
pût exciter dans les autres , une
idée plus ou moins fidele de la veritable
modification qu'elle ne peut produire.
oilà de quelle façon un Auteur doit
être clair : Voilà la clarté qu'il lui convient
d'avoir , quand il veut fe faire honneur de
tout ce qu'il fent de beau.
Mais , la clarté prife plus fimplement &
dans fon fens étroit , eft une expofition de
nos pensées , qui fait que tout le monde les
apperçoit , les entend dans le même feus,
Il n'eft pas neceffaire , pour être clair
d'avoir exprimé tout ce que vous penfezi
mais , il eft neceffaire que ce que vous
exprimez , foit entendu de tous également:
A
1
DE MAR S 7
Tant pis pour vous , fi vous perdez à l'expofition
: En ce cas , vous êtes exact &
clair , quant à ce que vous devez aux autres
; mais vous pechez , quant à ce que
Vous vous devez à vous - même ; & comme
on ne fe doute pas du tort que vous vous
faites , on n'a rien à vous reprocher.
Cette derniere clarté que j'ai définie , eft
donc la feule qu'on doive exiger d'un Auteur.
Bien des gens , trop fcrupuleux , reprochent
aux Auteurs un défaut de clarté ,
dont l'homme qui a du bons fens fans fantaifie
, ne fe plaindra jamais : Un feul
exemple donnera pleine idée de ce défaut
reproché ; deux vers de M. de Crebillon
me le fourniffent.
Agenor , Heros , mais d'une maiffance
inconnue , aimoit la fille du Prince Belus .
-Belus eft choqué de cette audace , dans un
homme né peut- être d'un fang obfcur ; il
lui parle avec hauteur. Agenor lui répond
avec toute la fierté d'un Guerrier qui fe
fent de vrais & de refpectables avantages ,
je veux dire , fon extreme valeur & fa vertu
: Il ferme fa repartie courageufe par ces
deux vers.
Et quand j'ai recherché vôtre augufte alliance ,
J'ai compté vos vertus , & non vôtre naiflance,
La naiffance fe compte - t'elle , difent une
infinité de gens , dans le fens qu'on peut
A iiij
8 LE MERCURE
compter des vertus une par une ? Cette
critique n'eft pas jufte , ce me femble.
Quand j'ai recherché vôtre alliance ; vos
vertus , & non vôtre naiffance , me la fi
rent regarder comme honorable.
Voici à peu prés , je penfe , ce que fignifient
ces deux vers , encore laiffai-je bien
de la hauteur & de la fierté de refte ; mais
de bonne foi , n'eft- ce pas là le fens uniforme
de fens que tout le monde a tout
d'un coup fenti là dedans ? Nôtre Auteur
ici s'eft donc acquitté de fon devoir envers
autrui. Quant à celui qu'il fe doit à luimême
, a-t'on lieu de fuppofer un inftant
qu'il s'eft fait tort ? Eſt - il aifé de donner
à ce fonds de fens une gradation fuperieure?
On ne compte point la naiffance , à la
prendre comme un jetton qu'on va ajouter
à un autre ; mais on peut la compter , à la
prendre ainfi qu'on nous l'offre ici , comme
un motif d'intereft , qu'on pourroit
ajoûter à d'autres motifs de faire quelque
chofe. Ce calcul même des vertus que fait
Agenor , fans y faire entrer la maiffance
fert à mieux marquer le peu d'impreffion
qu'elle fait fur lui , & corrige plus precifément
l'erreur de Belus à la croire un grand
avantage : En un mot , c'eft une façon de
penfer , qui met en image courte & vive ,
le mépris genereux qu'il a pour cet avantage
.
On
prouvera bien que ces vers ne doiDE
MAR S.
vent point fignifier ce que je dis ; mais , on
n'empêchera pas qu'ils ne le fignifient pour
tout le monde .
En fait d'expofition d'idées, il eft un certain
point de clarté , au delà duquel toute idée
perd neceffairement de, fa force ou de fa
délicateffe. Ce point de clarté eft aux idées ,
ce qu'eft à certains objets , le point de diftance
auquel ils doivent être regardez , pour
qu'ils offrent leurs beautez attachées à cette
diſtance. Si vous approcheż trop de ces
objets , vous croyez l'objet rendu plus net ;
il n'eft rendu que plus groffier. Un Auteur
va- t'il au- delà du point de clarté qui convient
à fes idées , il croit les rendre plus
claires ; il fe trompe , il prend un fens diminué
, pour un fens plus net ?
L'exemple que j'ai rapporté de l'inexactitude
reprochée , peut en montrer l'efpeces
mais , comme après tout , il peut y avoir
des inexactitudes qui fortent de cette efpece
, & pour lesquelles , je n'aurois tout
au plus que de l'indulgence , fuivant le degré
d'obfcurité qu'elles jetteroient dans un
fens vafte & diftingué ; voici , ce femble
, fur quoi l'on pourroit fe regler pour
faire juftice à tout Auteur.
Toute penſée a fa clarté fuffifante ,
quand tout le monde l'entend de même ;
je veux dire , quand le fens qui s'en preſente
à vôtre efprit , eft celui qui fe prefente à
tout le monde, foit que l'Auteur ait appuyé
LE MERCURE
,
d'une image la chofe principale qu'il a vou
lu dite. Quand cette image regardée ſepa
rément n'auroit aucun rapport avec la
chofe ; fi vous fentez que cette image unie
à la chofe , fert à la rendre plus vivement
intelligible , à vous comme à tout le monde
, vous pouvez , je penfe , en toute fû
reté ne faire aucune attention à la critique
qu'on feroit de l'expofition de cette penfèe
ou de cette chofe , puifqu'elle a ce qu'il
lui faut pour être bonne.
Mais , s'il vous en coûte à vous comme
à d'autres , le moindre embaras , pour ſaifir
le fens fixe de cette penfée ; fi vous avez
de la peine à demêler le rapport dés idées
qui la compofent , le nombre de ceux qui
n'y trouveroient rien à redire , ne juſtifie
pas l'Auteur , parce qu'il y a des gens dont
T'efprit remedie tout d'un coup aux défauts
d'une expofition , & voit ce qu'un Auteur
a penfé d'aprés ce qu'il a mal exprimé
mais , ces gens- là ne font qu'une trés petite
portion d'hommes . L'Auteur eft obfcur pour
les autres ; ainfi , il n'a fatisfait que trèsimparfaitement
à fes devoirs. C'eft lui faire
grace de l'excufer , fi ce n'eft dans des idées
concernant des matieres fçavantes & philofophiques
; auquel cas , fon public , je
croi , eft reftraint au nombre de ceux à
qui l'étude ou une capacité diftinguées
donne la clef de ces matieres ; mais fon
devoir alors , fera toujours d'être clair
pour tout ce public là.
DE MAR S.
S
Il feroit aifé de fe regler fur ce que je
viens de dire ; mais , il faut s'y regler de
bonne foi ; & je fuis bien aife d'ajoûter ,
que mille gens font fouvent les duppes des
fcrupules de clarté , que leur jettent dans
l'efprit une infinité de gens , qui , par leur
capacité , ont effectivement droit de juger,
mais , qui s'entêtent fouvent eux-mêmes ,
& qui en reflechiffant fur ce qu'ils ont
d'abord compris , comme tout le mondei,
trouvent le fecret de fe prouver qu'on pour
roit ou qu'on devroit ne le pas comprendre
ainfi . Ils énervent fouvent eux- mêmes leurs
penſées par des fatigues peu neceffaires de
etteté ; ils font affez malheureux pour y
Loupçonner des imperfections de clarté qui
n'y font pas ils fe chicanneut fur une
hardieffe de rapports , qui kur eft venuë ;
ils s'excitent à en être choquez , & jugent
les autres , comme ils le jugent.
思
L'amour de la clarté dans d'autres , eft
une marotte dont ils fe font honneur ; ils
ne la defirent pas tant, parce qu'elle eft neceffaire
, que parce qu'il y a préjugé qu'on
a l'efprit bon quand on la defire. Je fuis
ipefant ; il me faut une extrême clarté ,
difent- ils : Ce, jefuis pefant , eft l'éloge de
la bonté de leur jugement ; cela leur établit
parmi le's credules un caractere de Juges
exacts . Quels Juges , grands Dieux !
Et comment demêleroit -on le vrai d'avec
le faux , tandis que les hommes feront mu12
LE MERCURE
*
tuellement les duppes de mille fantaiſies
pareilles ?
D'autres defirent encore la clarté , non ,
qu'elle ne foit où ils la defirent ; mais ,
elle
découvre un fens magnifique , & le plaifir
qu'il fait , fcandalife leur amour propre.
Quand ils ont dit , cela n'eft pas clair , les
voilà non feulement difpenfez de louer le
fens , mais fouvent , ils alterent encore
l'opinion avantageufe que les autres en
avoient.
Il eft des gens qui font de bonne foi , &
qui diront auffi d'une penfée , qu'elle eft
obfcure , mais voici pourquoi ?
Cette penſée peint un fujet par des côtez
extremement fins ; l'image de ces côtez
s'apperçoit aifément ; mais , elle eft de
difficile confiftance aux yeux de l'efprit ;
fa délicateffe la fait perdre de vûë à cet ef
prit ; & ces perfonnes appellent obfcurité,
ce qui ne vient que de la difficulté qu'ils ont
de continuer d'appercevoir l'objet d'abord
bien apperçû .
Je parle ici d'une méprife de la part da
Lecteur , qu'il avouëroit lui-même , s'il y
prenoit garde , & que tout homme qui
connoîtra l'effet de l'objet delié fur l'efprit
humain , avouera poflible .
Cependant , à tout prendre , l'Auteur
pourroit être en faute ; & certainement il
y fera , fi dans ces occafions , on peut fe
convaincre interieurement qu'on n'apper
DE MAR S.
13
çoit rien de net Car , comme je l'ai dit ,
il y a des pensées qui font d'abord bien
apperçues , mais dont les rapports font fi
fins , fi peu familiers , qu'on a peine à les
même en les voyant.
Ceux qui éprouvent ces difparitions d'objets,
ne peuvent fe plaindre que d'eux- mêmes
& non de l'Auteur.
contenir à fes
yeux ,
Sur la penfee fublime.
L'idée fublime n'eft dans fon principe
qu'une idée commune , à qui la chaleur de
Fefprit donne une croiffance de force ; j'appelle
principe de l'idée fublime , fon fonds
commun , qui eft à tous les hommes. Dans
ce fonds commun , elle eft idée vulgaire.
Quand elle devient fublime , elle conferve
fon fonds , & ne fait que changer de forme;
mais,il y a bien loin de fon fonds commun
ou de fa forme vulgaire , à fa forme fublime
; & ce font deux extremitez entre lefquelles
fe jouent les Auteurs ordinaires ,
& dont l'efpace peut être rempli par une
infinité d'autres formes fynonimes , plus ou
moins diftinguées , fuivant qu'elles s'approchent
ou s'éloignent de l'une des deux
extremitez.
Voulez-vous un petit exemple de l'une
& l'autre extremité . Le vieil Horace s'irrite
de ce que fon fils a fui contre trois. Et
que vouliez- vous qu'il fit , lui dit- on ? Il
Lépond , qu'il mourût..
14 LE MERCURE
Trouvons le fonds groffier de ce fentiment
fublime : Que voulez - vous qu'ili
fît contre trois ? Je voulais qu'il perit
qu'il fe fit tuer : Voila l'idée dans
les proportions communes du fentiment.
Voila de la matiere propre à devenir fublime.
Le , qu'il mourut , la rend telle.
>
Le fublime enferme donc un fonds de
penſée ou de fentiment , qui eft à la portée
de tous les hommes , qui pourroit leur être
familier , qui eft enfin de toute capacité.
C'est par la proportion de ce fonds de penfée
avec toute capacité , que cette même
penſée rendue fublime , eft apperçûë , qui
plus qui moins , par l'homme épais , ainſi
que par l'homme délicat
Ainfi cette penfée, dans fon fonds , porte
une nature de fens que tous les hommes
pourroient trouver ; mais , ce fens ne reçoit
pas dans tous les hommes, l'augmentation
de qualité & de quantité qui le rend fubli
me: Ce n'eft que par cette augmentation
que ces hommes different entr'eux .
Si tout ce que je dis, étoit vrai , ne pour
roit-on définir le fublime en general , une
expofition exacte de toute espece de penſées ,
dans toute la gradation de fens & de vrai
dont elle eft fufceptible ?
Il me femble enfin , que le fublime eft à
l'ame le point de vue le plus frappant de
toute nature de penfées . Celui dont l'efprit
fe tourne à cette façon de voir , n'apDE
MARS.
IS
perçoit rien dont il ne faififfe le vrai original.
Celui qui s'écarte de cette façon , ne
peut trouver l'afpect unique d'une chofe
Il voit ou trop loin , au -deffous, ou à côté ;
cependant , il voit quelquefois confufément
cet afpe&t vrai de fon fujet ; il l'a chez lui,
mais non à lui ; & s'il s'exprime , c'est avec
les diminutions qui diftinguent une copie
foible d'avec l'original.
•
Prefque tous les Efprits errent au tour
de la chofe qu'ils veulent exprimer , fans
aller jufqu'à elle , ou fans l'entamer entie
re . De- là vient peut- être , qu'en matiere
d'Efprit , on a nommé fublime , ce qui n'eft
que cet excellent vrai toûjours manqué .
Voulez-vous , Madame , que je hazarde
encore une explication de ce vrai.
Il me fouvient de vous avoir entendu dire
, que certaine Dame s'ajuftoit de fort
mauvais goût ; il eſt donc un arrangement
propre à la parure . Cet arrangement en fait
l'agrément , & cet agrément , c'est l'excellent
, c'est le fublime de la parure.
Une idée dans l'efprit d'un Auteur ,
eft , je dis , à peu près , eft donc un habit
entre les mains d'une femme . Cette femme
a certaine efpece d'habillement à mettre
; cet Auteur a certain fonds d'idées à
exprimer Cet habit fans grace , quand il
eft vêtu par cette femme , devient charmant,
vêtu par une autre. Ce fonds d'idées ,
froid & vulgaire dans cet Auteur , pre16
LE MERCURE
fente un fens neuf dans celui-ci ; toutes
les façons de mettre cet habit , font des
copies de la façon originale ; ces copies
font muettes, l'original parle au coeur ; toutes
les faufles expofitions de ce fonds d'idées
, font des imitations fans ame de la
vraye. Les fauffes répetent à l'efprit du
Lecteur ce qu'il a fouvent penſé lui- même
, ou, ne lui montrent que ce qu'il pourroit
penfer ; tout lui paroît neuf dans
la vraye.
Peut- être , & ce n'eft ici qu'une conjecture
, que les charmes de l'habit , font
comme égarez ou difperfez dans toutes les
mauvaiſes façons de le vêtir. Peut être ,
dans tous les fens informes qu'on peut
ner à cette idée , le vrai fens eft- il partagé
comme en lambeaux , & que le vrai fens
n'eft qu'un vif abregé de toutes ces parcelles
.
don-
A prefent que nous avons défini le fublime
en general , examinons - en l'efpece la
plus applaudie ; c'est le fublime tragique.
Car , quoique toute idée , expofée dans
toute la gradation de vrai qu'elle peut recevoir
, ait tout le fublime dont elle eft
fufceptible , il eft des idées dont le vrai dans
fa gradation , eft d'un caractere plus vif ,
& dont par confequent le fublime eft plus
frappant.
Les fentimens impetueux qu'infpire le
fublime tragique , marquent fa fuperiorité.
L'ame
·
DE MAR S. 17
t
L'ame eft agréablement amufée par les autres
fublimes ; elle leur rit en paix.
Un vifage joli , par exemple, je veux dire,
avec une forte de graces inferieures aux
graces majestueufes & touchantes , invite
agréablement à l'amour , à la familiarité.
Vous fçavez , Madame , fi vous le voulez ,
combien les impreffions de certain vifage ,
different de celles- ci il frappe de refpect ,
d'étonnement & de tendreffe ; cela remue
l'ame & la penetre Il eft donc preferable
à tous les plus jolis vifages du monde.
Nous devons penfer de même du fublime
tragique ; & c'eft ainfi qu'il l'emporte fur
les autres fublimes , dont les impreffions ne
font que plaire ou divertir , & que par- là
je compare au vifage fimplement joli .
Bien des gens femblent établir deux fortes
de fublime tragique ; ils vous difent ,
c'est ici , fublime de fentiment , c'eſt là , ſu.
blime de penfée .
Vous entendez bien Madame , qu'il
s'agit ici du fublime d'Auteur ; & je dis
en ce cas , que la diftinction myfterieufe
qu'on fait de ces deux fublimes , peut avoir
deux faces.
Je croirois donc , qu'en fait de compo
fition , lefublime de penfée feroit une image
de la façon de l'efprit ; je veux dire, de
la façon de l'ame reflechillante , qui médite
un abregé fubtil de fes vues , ou qui
cherche à voir des côtez finguliers , & qui
B
+8 LE MERCURE
;
s'excite oifivement à des tours d'imaginat
tion à moins qu'on entende par fublime
de penfée , certaines idées conçues fur des
fujets d'une impreffion moins vive , & plus
ferieux que d'autres Tels font les fujets
de politique , de déliberation , & c .
Mais , en regardant le fublime du premier
côté , c'est l'image des efforts de l'ef
prit Auteur : Ce fublime nous peint ce
qu'un Auteur fe fait devenir ; il eft l'effet
des impreffions qu'il appelle à lui , qu'il
cherche.
Par le fublime de fentiment au contraire
l'Auteur nous peint ce qu'il devient il eft
l'effet des impreffions qu'il reçoit & qui le
furprennent.
La diftinction du fublime de penfee &
de fentiment , peut avoir encore une autre
face .
Je veux dire , que l'on a peut- être fait
deux parts de la matière qui eft du reffort
de la Tragedie .
la
L'on a , je croi , entendu par fentiment,
cette matiere expoſée d'un façon relative à
trempe du coeur en general. On a nommé
, penfée , cette même matiere , traitée
dans un gout de fentiment particulier.
Quelques hommes chaimez de voir les
fingularitez de leur ame , faifies par cette
derniere façon , & tirées du caractere general
, ont peut- être par ce motif , preferé
Corneille Racine , fans forger que la
DE MAR S. 19
fimple connoiffance des caprices de la mature
, eft bien moins vafte que le fentiment
continu de fa methode generalle , & n'eſt en
fait de talent , que ce que la partie eſt au
prix du tout.
Mais il ne s'agit pas ici de ces deux
grands hommes ; revenons.
Le fublime de fentiment , pris dans ce
fens , c'eft donc cette matiere qui traitte ,
ou plûtôt , qui peint le coeur en general.
Le fublime de penfée , c'eft cette matiere
qui peint les differences du coeur : Ces dif
ferences font dans leur efpece , comme un
objet Metaphyfique ; elles ont leur hauteur
& leur délicateffe de fentimens , qui ne font
crûs plus rafinez , que parce qu'ils font
une exception du fentiment general ; exception
plus curieufe qu'inftructive ; hauteur
dans le fonds , grotesque , hors de la
ligne du vrai d'ufage , & qu'on pourroit
appeller fanatifme de fentiment , dans ceux
dont l'ame fe tourne de ce côté.
Ce fanatifme a cependant fon vrai ; mais
vrai vitieux , quant à nous , quant aux
autres hommes à qui il ne peut , & ne doit
même fervir que de fpéculation.
Suivant ma réflexion fur ces deux fortes
de fublimes , vous voyez bien , Madame ,
que
les Auteurs de l'un & de l'autre n'ont
tous qu'un même objet ; mais qu'ils voyent
par des côtez differens: Envifager cet objet
par des côtez convenables on relatis à tous
Bij
20 LE MERCURE
les hommes , eft fans doute le meilleur.
Oubliant à prefent toute difference de
fublime , de fentiment & de penſée , je
dis qu'en general , on pourroit avec raifon
remarquer deux efpeces de fublime tragique.
Le premier, eft le fublime de la nature;
le fecond, eft le fublime de l'homme.
Celui de la nature , eft une expofition du
fujet , rendu tel que l'efprit l'a vû , rendu
dans l'audace & le feu de la perception
daus cet indiviſible tiffu de parties ; ouvra
ge de la chaleur de l'efprit ; tilfu dont nous
ne connoiffons pas la façon , qui fe fait en
nous , non par nous ; fur qui l'ame a, comme
empreint fon caractere , & qui eft enfin
le fruit de la liberté que nous lui laillons.
Le fublime de l'homme , eft l'expoſition
d'un fujet apperçu par l'ame , & rendu ,
non tel qu'il fe prefente à elle , mais tel
qu'il devient par fon retardement à le faifir;
tel qu'il devient par des additions ou des
fouftractions de parties , par des corrections
étrangeres , dont l'ufage lui vient , ou de
l'envie de briller , ou des préjugez d'exacti
tude , qui l'empêchent d'êtic l'arbitre de
fon idée : De forte qu'on voit la mécanique
de fon ouvrage ; elle y a , comme imprimé
les marques de fon travail.
Et voilà ce que n'a pas le genie ferme
& fuperieur. Ce n'eft pas qu'il ne refle
chiffe fur fon travail ; mais , quand il eft
a vrai diftingué de fon idée , il le conDE
MARS. 21
noît ; ce vrai le domine '; il n'y defire plus
rien .
que
Vous jugez bien à prefent , Madame ,
le fublime de la nature , eft le feul digne
de nôtre admiration , & ce fublime ,
le tragique fuperieur l'employe de plufieurs
manieres.
Il y a , ce qu'on appelle le trait fublime,
ou le trait marqué : En voici un exemple :
Il eft pris de Rhadamifte qui parle à Zenobie
qu'il croyoit avoir tué autrefois , &
qu'il avoit jetté dans un Fleuve , pour empêcher
qu'elle ne tombât vivante entre les
mains d'un Rival. Au bout de quelques
années , il la retrouve ; & voici ce qu'aprés
les premiers momens de la furprife , il lui
dit , penetré d'amour & de remords , en la
preffant de le fuivre en Armenie .
Cefar m'en a fair Roi ; viens me voir deformais ,
A force de vertus , réparer mes forfa ts :
Ou bien, quand fe reprochant fes fureurs
paffées , à la vûe de Zenobie captive alors,
& qui témoigne le retrouver avec plaifir.
O , de mon defefpoir , victime trop aimable !
Que tout ce que je voy, rend vôtre époux coupable?
Voilà , Madame, ce que j'appelle un trait
fublime. Le premier eft l'expofition d'un
fentiment de l'ame rendue à la vertu , qui
appuye fes projets de changement , de l'horreur
de fes crimes ; qui prend ces crimes
22
LE MERCURE
même
pour garans d'une converfion conf
tante, & qui femble meriter qu'on la croye
par l'aveu franc qu'elle en fait.
Le fecond trait , eft l'expofé d'un fenti
ment de l'ame coupable & touchée , qui
peint fes remords avec d'autant plus de force
& de verité , qu'elle expofe à fes yeux ,
avec une ingenieufe cruauté pour elle , les
differens motifs qui la rendent haillable &
criminelle.
Il y a le fublime de continuité en voici
un exemple : Il eft de trente quatre vers 5.
mais , ne vous en allarmez pas ; car j'espere
qu'il ne vous ennuyera point.
C'eft Electre , Efclave d'Egifte meurtrier
d'Agamemnon fon pere , qui prête d'être
forcée à époufer le fils de ce meurtrier ,
( qu'elle aime en fecret cependant , )
conjure Orefte fon frere , ( mais qu'elle ne
connoît point pour tel , ) de lui montrer ,
de lui rendre ce frere même qu'elle foupçonne
être à la Cour , & de qui elle attend
du fecours. Orefte qui paffe pour le fils de
Palamede , fous le nom de Tidée , lui dit,
fans le découvrir , que ce frere a péri dans
les flots. Voici ce qu'elle répond.
Eh , n'avez vous pas cru , Seigneur , qu'avec Órefte
Palamede avoit vu cet Empire funefte !
Il revoit cependant la clarté qui nous luit :
Mon frere eft-il le feul que le deftin pourſuit ?
Vous-même fans efpoir de revoir le rivage ,
Ne trouvâtes vous pas un Port dans le nauffrage?
DE 4 23 MARS.
Orefte,comme vous , peut en être échappé ;
Il n'eft point mort , Seigneur , vous vous êtes
trompé.
J'ai vu dans ce Palais une marque affûrée
Que ces lieux ont revû le petit - fils d'Atrée :
Le tombeau de mon pere , encor meüllé de pleurs;
Qui les auroit verfez ? qui l'eût couvert de fleurs ?
Qui l'eût orné d'un fer ? quel autre que mon frere,
L'eût ofé confacrer aux Mânes de mon pere ?
Mais quoi vous vous troublez . Ah , mon frere
eft ici !
Helas , qui mieux que vous , peut en être éclairci !
Ne me le cachez pont , Orefte vit encore.
Pourquoi me fuir, pourquoi vouloir que je l'ignore?
J'aime Orefte , Seigneur : Un malheureux amour
N'a pu de mon efprit le bannir un feul jour.
Rien n'égale l'ardeur qui pour lui m'intereffe ,
Si vous pouviez fçavoir , jufqu'où va ma tendreffe ,
Votre coeur fiemiroit de l'état où je fuis ,
Et vous termineriez mon trouble & mes ennuis.
Helas , depuis vingt ans que j'ai perdu mon pere ,
N'ai- je donc pas affez éprouvé de mifere ?
Elclave dans les lieux , où le plus grand des Rois
Al'Univers entier fenibloit donner des loix ;
Qu'a fait aux Dieux cruels fa malheureuſe fille ?
Quel crime contre Electre armé enfin fa Famille :
Une mere en fureur la hait & la pourfuit ;
Ou fon frere n'eft plus , ou le cruel la fuit .
Ah , donnez- mci la mort , cu me rendez Orefte !
Rendez- moi par pitié le feul bien qui me reſte.
Voila , Madame , un fublime continus
d'autant plus eftimable à mon gré , qu'il eft
compofé de fentimens d'une genealogie
naturelle, doux à l'ame , & qui la penetrent
par un progrés fourd dont elle ne s'eft
prefque pas doutéc
24
LE MERCURE
Imaginez - vous bien la fituation d'une
jeune Princeffe abandonnée par fa mere ,
dans les fers d'un tyran infolent , qui n'a
qu'un frere pour toute reffource , un frere
qu'elle cherit , & qui pourroit finir les malheurs
, s'il venoit , s'il vit encore , & s'il
arrive. Imaginez- vous qu'elle foupçonne
qu'il eft venu , mais qu'il fe cache ; la reffource
eft donc près d'elle . Confrontez à
prefent ce qu'elle doit dire à ce qu'elle dit
icis ou bien , mettez- vous à fa place & effayez
vôtre ame à fes difcours.
:
Elle vous peint d'abord une ame avide
d'efperance . La nature dans tous les malheureux,
en a fait le contre- poids de leur affliction
Une ame , dis- je , à qui rien de
ce qui peut lui donner de l'efpoir , n'échap
pe Ingenieufe à prouver qu'elle a raifon
d'efperer ; non fpirituelle en le prouvant :
je veux dire ingenicufe , comme Electre
infortunée doit l'être , & non , comme le
Poëte auroit pû la rendre .
Vous-même , fans efpoir de revoir le rivage ,
Ne trouvâtes -vous pas un port dins le naufrage?
Orefte , comme vous , peut en être échappé ;
Il n'eft point mort , Seigneur , vous vous êtes
trompé.
Voila les promptes confequences qu'une
lueur d'efpoir fait tirer dans l'infortune ;
c'eft -là le langage de l'ame ardente à la fin
de fon malheur. La raifon les defavoueroit,
ces
DE MAR S.
25
*
રે
ces confequences ; elle ne fçait conclure
qu'à coup feur ; elle ne diroit pas , il n'eft
point mort , vous vous êtes trompé ; mais
l'ame dans fon affliction , a fes principes
à part ; & l'impreffion qui la porte à fouhaiter
fon bonheur , eft comme un charme
heureux , qui lui garantit & qui lui fournit
fes efperances . Electre conclut donc que
fon frere n'eft point mort , & le conclut
d'une façon fi féduifante, ou que l'on penfe
qu'elle ne fe trompe pas , ou que l'on voudroit
au moins qu'elle ne fe trompât point.
Ce n'eft point allez pour elle : Des preuves
de la vie de fon frere , elle paffe aux preuves
de fon arrivée : Il n'eft point mort ,
il eft ici ; voilà l'excès de l'ame affligée
dans ces fentimens fubits de confolation ;
nous voilà generalement peints .
Le tombeau de mon pere encore mouillé de pleurs !
Qui les auroit verfé ? Qur l'eût couvert de fleurs ?
Qui l'eût orné d'un fer ? Quel autre que mon frere,
L'eût ofé confacrer aux manes de non pere ?
Examinez ce qui fuit ces vers , Madame:
Electre n'a jufqu'ici conclu que fur de legeres
apparences : Une fecourable illufion
les avoit rendues certitudes ; mais , il cft
refté dans ces certitudes mêmes , comme
un levain de doute ; l'ame les a plus exprimées
, comme des erreurs qui la flattoient,
que comme des veritez qui l'ayent convain-
Cue. Non , Orefte n'eit point mort ; on
Mars 1719. C
26 LE MERCURE
s'eft trompé. Quel autre que mon frere ,
auroit pû mettre fur le tombeau de mon
pere ce que j'y ai vû ? Qui n'apperçoit pas
dans ce difcours l'ame qui croit fans fondement
? Entendez - là s'exprimer , quand
elle croit fur des preuves .
Mais quoi , vous vous troublez ? Ah , mon frere
eft ici !
Ne mele cachez point ; Orefte vit encore.
Pourquoi me fuir ? Pourquoi vouloir que je l'ignore
?
J'aime Oreste , Seigneur : Un malheureux amour
N'a pû de mon efprit le bannir un feul jour .
Rien n'égale l'ardeur qui pour lui m'interelle :
Si vous pouviez (çavoir jufqu'où va ma tendreffe ,
Vôtre coeur fremiroit de l'état où je fuis ,
Et vous termineriez mon trouble & mes ennuis.
Voyez- vous dans ces vers , l'ame abfolument
convaincuë , franche de tout doute
? Sa certitude eft ici l'ouvrage de l'évidence
& non le fien propre : Vous vous
troublez ? Ah , mon frere eft ici ! Rien n'eft
plus fimple que ce fentiment , mais auffi
rien de plus judicieux. Ektre n'intertoge
point Tydéé fur fon trouble : Il s'eft troublé
, Electre fçait tout ; intelligence impetucufe
, digne de fa tendrelle pour fon frere,&
bien naturelle dans la douleur. Pourquoi
me fuir , dit- elle , pourquoi vouloir que
j'ignore qu'il eft ici ? Voyez , Madame ,
avec quelle foupleffe fon impatience & fa
joye la font parler ; elle écarte la question
DE MARS. 27
de fçavoir fi fon frere eft à la Cour : Il paroît
à l'entendre , que cette quction eft
vuidée , pourquoi me fuir ? Je vous avouë,
Madame , que ce piege qu'Eltre tend à
Tydée , me femble admirable ; j'y reconnois
les tours féduifans qu'enfeigne à l'ame
un interêt cher , cer art de l'amour propre
à tromper la referve de ceux de qui
nous voulons apprendre quelque chofe ;
art inimitable au travail reflechi , & que
le Po te ne peut faifir , que quand par
emportement d'imagination , il devient
lui- même ce qu'cft la perfonne dont il
parle .
L'ame fçait plus d'un tour dans les occafions
dont il s'agit : Remarquons- le .
Nôtre propre attendriflement fur nos malheurs
, eft encore un de ces innocens ftratagemes
de l'ame : Ajoutez à cela que cot
attendriflement eft comme une crife , qui
foulage l'ame du poids de mille fentimens
douloureux qui la chargeoient .
Helas , depuis vingt ans que j'ai perdu mon pere !
N'ai-je donc pas affez éprouvé de mifere ?
Efclave dans les lieux , où le plus grand des Rois
A l'Univers entier fembloit donner des loix :
Qu'a fait aux Dieux cruels fa malheureuſe fille ?
Quel crime contre Electre arme enfin la Famille ?
Une mere en fureur la hait & la pourfuit ;
Ou fon frere n'eft plus , où le cruel la fuit .
Ah , donnez- moi la mort , ou me rendez Oreft :;
Rendez-moi par pitié le feul bien qui me reste.
c ij
28 LE MERCURE
Cette douleur , Madame, ne plaide t'elle
pas bien pour elle ? Quelle expolition de
l'état d'Electre ! Ses fers me pefent ; trifte
effet du malheur ; elle en a contracté jufqu'aux
fentimens humiliez dont il marque
les coeurs les plus fiers . Electre ne fe refpecte
plus ; elle ne rougit pas de faire compaffion,
N'ai-je donc pas affez éprouvé de mifere ?
Quel langage pour une Princeffe ! Mais ,
qu'il convient bien à fa jeuneſſe , à ſon
état , & qu'il eft bien vrai que l'orgueil
plie fous l'infortune . Je ne dis rien du contrafte
qu'elle expofe , de ce qu'elle étoit &
de ce qu'elle eft : Pourfuivons.
Une mere en fureur , la hair ou la pourfuit ,
Ou fon fiere n'eft plus , ou le cruel la fuit .
L'ame en de certains momens , s'afflige ,
fe décourage avec excès , du plus petit ab .
ftacle qu'elle trouve à ce qu'elle veut : Tout
lui eft fucceffivement matiere de douleur ou
de joye , d'efperance ou de defefpoir; point
de milieu pour elle , & cela doit être : Car ,
tous fes excès vont à fon profit , par la
compaffion qu'ils infpirent.
Ou fon frere n'eft plus , ou le cruel la fuit .
Ah , deanez moi la mort , cu me rendez Orefle !
Rendez moi par pitié le feul bien qui me refte !
A Quelles contradictions de jugemens
Non , mon frere n'eft point mort, mon frere eſt
DE MARS. 29
ici. Electre fur tout cela ,demandoit un aveu
franc ; on ne lui refufe pas , on fe taît feulement
: C'en eft fait ; efperance , certitude
, tout s'évanouit ; ce ne font plus que
des éclats de douleur . Si le portrait de l'ame
n'eft original ici , voilà du moins la plus
grande copie que je connoille.
Rendez- moi par pitié le feul bien qui me refte.
Il eft difficile de demander plus violemment.
J'aime le fentiment , Madame : Ces vers
qui en font pleins , m'ont peut-être trop
amufé ; vîte à autre chofe.
Il eft une troifiéme forte de fublime, qui
regarde la combinaifon des évenemens de la
Tragedie mais , comme il faudra l'examiner
ailleurs , je n'en dirai rien ici .
Il nous refte un quatriéme fublime . Par
ce dernier, j'entend, l'expofition des détails
les plus indifferens d'une Tragedie par leur
côté le plus excellent. En voici un exemple :
Heft de Rhadamifte qui raconte à Hieron ,
comment Corbulon le fauva des mains de
ceux qui vouloient le tuer.
Ce même Corbulon , armé pour m'accabler ,
Conferva l'enne ri qu'il venoit immoler.
De mon funefte fort touché , fans `me connoître ,
Ou de quelque valeur que j'avois fait paroître ;
Ce Romain par des foins dignes de fon grand coeur,
Me fauva , malgré moi , de ma propre fureur.
Senfible à la vertu , mais fans reconnoiffance >
Cij
30 LE MERCURE
Je lui cachai long-tems mon nom & ma naiffance .
Traînant avec horreur , & c .
Ces idées ont tout le fublime qu'elles
peuvent porter ; j'entend toûjours par- là ,
que leur fonds dans fon efpece , a reçû
tout l'accroiffement de fens qu'il pouvoit
recevoir ; & ce font là les chofes que j'ap
pel e indifferentes : Matieres de détails qui
conduifent aux fujets fublimes , mais qui ,
malgré leur peu de valeur , peuvent être
annoncées fous des faces , dignes d'accompagner
les matieres vraiment hautes ; de
forte que l'on conferve le ton majestueux de
la Tragedie , en donnant à ces détails, aux
difcours des Confidens , une proportion de
dignité qui les allie fans contrafte au ſujet
grand .
Figurez-vous de hauts Seigneurs , fuivis
de leur train. Si ce train eft lefte , s il a bon
air , leurs Valets n'offrent- ils pas aux yeux
une grandeur de proportion avec la majeſté
de leur Maître ? Il en eft de même de ce
dernier fublime dont il s'agit , fi vous le
comparez aux autres.
Voilà , Madame , les efpeces de fublime
que le genie fuperieur employe dans la
Tragedie.
Permettez- moi de m'arrêter ici , pour
difcuter une queſtion que j'ai vù fouvent
agitée . C'eft de fçavoir , fi un trait ſublime
devroit frapper également , non tous les
DE MAR S. 31
hommes , mais les hommes en general .
Obfervez , Madame , que je ne parle pas
du fublime de la façon de l'efprit Auteur :
Ce fublime , dont j'ai déja donné l'idée ,
eft un jeu de reflexion trop combiné, pour
fe laiffer faifir par l'homme ordinaire , qui
difficillement pourroit être au fait des fentimens
qu'un Auteur a reçûs , en cherchant
à fe frapper d'impreffions fingulieres. Les
fentimens qui refultent de ces impreffions ,
font pour l'homme ordinaire , comme des
objets étrangers , prefqu'inconnus ; ce font
des fentimens d'étude : Eff ctivement , il
n'arrive jamais que l'ame, dans la vie civile,
foit remuée ou modifiée dans ce goût ; il
n'y a que l'homme trés fin , qui fe prête
beaucoup à ces façons d'être de l'ame , à
ces jeux d'imagination .
Je parle ici d'une penfée , d'un fentiment
fublime que reçoit un Auteur vif , qui s'eſt
mis à la place d'un perfonnage , & qui dans
cet état , acquiere des idées d'une reffemblance
franche , foncière & generale , avec
celles que pourroit avoir l'homme réellement
intereffe.
Je dis donc , à propos de nôtre queftion ,
qu'il ne me paroît pas poffible qu'un trait
fublime , dans ce caractere , foit generalement
fenti avec le même plaifir ; non que
l'obftacle en foit dans le plus ou moins d'étenduë
de vûë qui fe trouveroit parmi les
hommes : Car enfin , chacun fentiroit à la
C iiij
32 LE MERCURE
mefure de fon étendue ; bien des gens fentiroient
davantage , fans être, dans un fens ,
plus frappez que celui qui fentiroit moins.
Si ce dernier fourniffoit vingt degrez de
fentiment , & qu'il n'ût que cela , ce feroit
comme un Nain, qui ne pouvant porter que
vingt livres pefant , en feroit auffi chargé
que le feroient les Geans mêmes de deux
mille.
L'homme le plus délicat , & de la conformation
d'organes la plus heureuſe , porte
fa vûe & fon fentiment , plus loin que
l'homme ordinaire : Voilà tout.
Tous les hommes peuvent être amoureux,
vindicatifs , jaloux , perfides , vains , fu
perbes , hypocrites. Ils font tous fufceptibles
de fentimens vitieux , lâches & vertucux,
fuivant la nature des impreffions qui
les frappent le plus dans l'occafion . Or
les fpectateurs recoivent des impreffions à
la Tragedie , ils fentent ce que chaque perfonnage
paroît fentir ; leur ame eft comme
l'écho qui repond à la fienne ; mais , qui
répond plus ou moins exactement , avec
plus ou moins d'étendue , dans tel ou tel
fpcctateur.
S'il s'agit , par exemple , d'un fentiment
délicat de jaloufie , l'homme épais n'en reçoit
pas toute la fineffe ; il ne s'en fait chez
lui qu'un imparfait écho ; & pour quitter
toute comparaifon , il ne voit pas dans
tout fon jour cette délicate efpece de jaDE
MARS. 33
loufie.Mais , comme cette efpece eft toujours
jaloufie , & qu'elle en porte le caractere generique
, il reçoit l'impreffion du caractere .
D'ailleurs , il apperçoit le fonds groffier
de cette penfée ; il peut même appercevoir
quelque chofe de la quantité de fens qu'elle
reprefente , & cela , par une vue d'inftinct,
qui fouvent le dédommage de l'intelligence
totalle qu'il perd par le malheur de fes organes.
Ainfi , une penfée fublime pourroit frap
per également tous les hommes , malgré
la difference de leur étendue de fentiment;
mais , je vois un inconvenient qui me paroft
rendre la chofe abfolument impoffible :
le voici , Madame.
Pour qu'un trait fublime puiffe frapper
également le gros des fpectateurs , dans les
proportions de leur capacité , il ne fuffic
pas qu'ils foient fufceptibles du même genre
d'impreffions ; il faudroit encore que le
hazard des organes , ne rendît pas ces hommes
plus dépendans d'une impreffion que
d'une autre , & que la nature tint là - deffus
dans leur cerveau , la balance égalle ; il
faudroit qu'allant à la Tragedie , comme
amoureux d'impreffions , ils y portaflent
une ame en difpofition d'être également
frappée de tels exemples ou de tels fentimens
de vice & de vertu , & même de telle
efpece de vice ou de vertu .
Une comparaifon familiere , achevera de
mettre là- deffus ma pensée au net.
34 LE MERCURE
Imaginez - vous , Madame , un banqueť
de trente Convives. Tel d'entr'eux, diftinguera
des fineffes de ragoût dans les mets
qui échapperont à celui - ci , dont l'appetit
peu délicat ne faifira que le goût principal
. Qu'en arrivera - t'ille friand eft plus
flatté , fans être plus content ; chacun
d'eux a fa charge de plaifir.
Ces deux Convives font l'image des
Spectateurs , de l'homme à fentiment groffer
, & de l'homme à fentiment fin. S'ik
n'y avoit à prefent que la difference de fineffe
de goût dans nos deux Convives, elle
n'empêcheroit pas que tous les excellens
mets du repas ne leur paruffent également
bons ; fi vous leur fuppofez un appetit
commun , je veux dire , une difpofition
commune à manger qui les détermine éga
lement pour toutes les fortes d'affaifonnemens
fublimes , fans les faire pancher
pour aucun mets préferablement à l'autre .
Cependant dans nôtre banquet , chacun
d'eux fe déclare pour certains mets , &
néglige les autres d'où vent cela , Madame
, le voici.
La difpofition à manger , eft bien generale
entr'eux ; auffi mangeront- ils tous ?
Cette difpofition dans les uns , a de fines
qualitez qui manquent à la di pofition des
autres. Delà vient cette diftance de friandife
que j'ai marquée ; diftanee qui ne leur
rendroit aucun mets préferable à l'autre *
DE MAR S. 35
fi elle étoit l'unique inconvenient de leur
difpofition generale à manger ; mais , cette
difpofition toute generale qu'elle eft , fe
tourne à des efpeces favorites d'affaiſonnement.
Voilà ce qui fait , qu'avec un goût generique
pour tout mets excellent , nos Convives
en ont cependant de choix , qui leur
font négliger les autres.
Ainfi , Madame , le Cuifinier ne pour
ra fe flatter d'avoir fait un plat d'une excellence
generalement aimée .
Vous me demanderez peut être , fi par..
mi nos Convives il n'y aura pas quelqu'un
d'une difpofition fi heureufe , qu'elle
le mette au fait de l'excellence de chaque
mets , fans l'entraîner à des goûts amis.
Oui , Madame , il eft poffible qu'il fe trouve
un Convive de cette délicateffe , à qui
la difpofition generale fourniffe un amour
d'équilibre pour tout ce qui fera vraiment
excellent dans fon efpece ; mais , ce convive
eft bien rare.
Retournons maintenant aux Spectateurs
de la tragedie. J'ai fait choix pour les figurer
, de l'image la moins ennuyeufe : achevons
le parallele en quatre mots .
Nos Convives ont une difpofition generale
à manger de tous mets excellens ; nos
Spectateurs en ont une à fentir en tout
genre de fentiment il eft de tous dégrez,
des convives plus friands les uns que
36 LE MERCURE
les autres , en fait d'étendue de fentiment ?
Nos Spectateurs auffi ne font pas égaux ; la
difpofition generale à manger de nos convives
, ne rend pas à chacun d'eux , tour
mets excellent , également agréable : La
capacité de fentir en tout genre de nos
fpectateurs, n'affujettit pas chacun d'eux à
toute efpece de fentiment également : De
même enfin que nos Convives ont plus
d'appetit pour un ragoût que pour un autre
, de même auffi , nos Spectateurs fe
prêtent- ils plus volontiers à certaines impreffions
qu'à d'autres.
En effet , Madame , ce font de ces préferences
que l'ame au gré de fes organes ,
fait d'un fentiment à un autre , de qui
vient l'impoffibilité , qu'un trait fublime
fe concilie l'admiration de tous les honnê
tes gens enfemble ."
Le Cuifinier, par aucun art, ne peut préparer
un plat excellent le pour tout monde;
mais fon art , s'il le poffede bien , eft
de faire que chacun de ces mets foit du
moins au goût general des Convives ; fon
art eft à raffembler dans le nombre de fes
plats , tout ce qui peut affortir l'appetit
d'un chacun.
Le grand Poëte ne peut compofer une
Tragedie , dont chaque partie fublime
frappe chaque Spectateur ; mais heureux
fi la nature a mis fon ame au point de fentir
generiquement ! Par - là , Madame , il
DE MAR S. 37
accommodera tout le monde , & peut- être ,
trouvera t'il quelque Spectateur fuperieur ,
qui , fans avoir le goût general au dégré
de capacité qu'il faut pour être Auteur ,
d'aura du moins au dégré qu'il faudra
pour
fentir le vafte genie de l'Auteur .
Par tout ce que nous venons de dire ,
Madame , vous voyez qu'il ne peut y avoir
de trait fublime d'une approbation vise &
generale ; mais qu'il peut y avoir une Tragedie
d'un fublime generique , & par confequent
, un Auteur , d'une capacité de
genie allez heureufe , pour rencontrer le
goût non de tous les honnêtes gens , mais
de ces honnêtes gens en general , pour combiner
dans fon travail les goûts particuliers
de fentimens , & donner à chacun ,
comme fa partie d'ame à fentir . Nous parlerons
ailleurs de cela plus amplement.
Je fuis à prefent tenté de vous donner
un exemple de certain point que j'ai avancé
: C'est un petit épifode qui ne gâtera rien
à nos réflexions J'ai dit que l'homme le
plus délicat , fentoit au delà de l'homme
épais ; voilà tout .
Zenobie dit à Rhadamifte qui l'avoit traittée
cruellement. Va , je te pardonne.
Sûre que les remords qui déchirent ton coeur ,
Naiffent de ta vertu plus que de ton malheur.
Qu'appercevroit l'homme délicat là dedans
? Oui , diroit - il : Le malheur rallen38
LE MERCURE
tit la fureur de l'ame qui s'abandonne au
crime ; le crime veut des efforts dont l'homme
infortuné fe laffe & fe dégoutte , quand
ils font fans profit fon courage en cet état
le quitte ; il s'attendrit tur lui même , à
l'afpect des coupables tranfports dont il cft
la victime Cet attendriffement a fa fource
dans fon infortune . S'il étoit heureux , il
feroit encore méchant ; mais , il eft épuisé
de fureur ; il a la foiblefle de fe repentir.
Ce ne font pas à les difpofitions que Zenobie
fouhaite à Rhadamifte ; elle lui veut
un remords pur , qui ne doive rien au
hazard des circonftances ; elle veut un
homme rendu à la vertu par la voye de
l'horreur pour fes crimes , non terraffé par
la fatigue infructueufe de fes forfaits . D'ail
leurs dans ces vers , Zenobic fait une leçon
à Rhadamifte ; elle lui marque ce qu'il doit
être , en cas qu'il ne le foit pas .
Ce font -là les delicateffes du trait , ou du
moins je le fuppofe , dont voici les impreffions
groffieres que pourroit recevoir l'homme
épais.
, Effectivement Rhadamifte pourroit
bien n'être converti , que par ce qu'il n'a
pû rien gagner à être méchant.
Comparez à prefent , Madame , le fentiment
de l'homme épais avec celui de
l'homme délicat ; vous ne trouverez dans
ce dernier qu'un développement de principes
, à railon d'une impreffion plus comDE
MAR S.
39
plette qu'il a receuë du trait ; vous verrez
que l'homme épais en a faifi le fonds fuperficiel
, la verité groffiere ; mais , verité
fans extention.
Semblable à celui qui voyant une machine
, en démêleroit les refforts principaux
fans, fe douter de l'infinité de refforts fins
& cachez qui contribuent à la force & à
la juftefle de la machine entiere .
Je dis , Madame , que cet homme épais
n'a faili du trait , que l'image groffiere ;
& remarquez effectivement , qu'il y a dans
ce trait une infinité d'autres petites images
fous-entendues , qui peignent les agitations
de l'ame criminelle & malheureute , à la
vue de fa mifere , de fes crimes & de fa
vertu pallée , & qui de leur affemblage tumultueux
, forment un fentiment marqué
de découragement , & un fentiment de remords.
Ce découragement & ce remords
font clairement annoncez dans le trait
dont il s'agit. L'homme épais en reçoit
l'impreffion comme de chofes expofées
dans un point de vûe fublime pour fon
ame. Le refte , je veux dire , ces agitations
dont fe compofent le découragement & le
remords , ce font des fineifes du trait qui
le paffent , qui ne fe développent point en
lui , & dont le Poëte dans une adroité expofition
des fentimens principaux , a fçû
menager l'intelligence à l'homme délicat.
Cependant , quand je dis que l'homme
40 LE MERCURE
épais n'apperçoit que le découragement &
le remords , il faut encore m'expliquer s
j'entend , qu'il ne voit clairement que ces
deux chofes ; car , au moment qu'il apperçoit
que le méchant peut ceffer de l'être,
ou par découragement ou par vertu , Pafpect
net de ces deux motifs de converfion
qu'il lie enfemble , fous - entend neceflairement
chez lui , un fentiment d'inftin&
des agitations qui forment ces deux motifs
dans l'homme méchants ce ne peut être
même , qu'en confequence de ce fentiment
d'inftinct , qu'il approuve ces motifs expoicz
par le Poëte , & les fens vrays : Car ,
il ne jugeroit pas que ce méchant pût devenir
bon par telle ou telle raifon , fi fon
ame ne voyoit confufément comment .
Cet inftinct eft donc connoiffance , direz-
vous , Madame ; non , c'eſt une forte
de fentiment qui porte inftruction fans
clarté c'eft une vûe trouble de l'ame embaraffée
dans fes organes ; en un mot ,
l'inftinct eft à l'ame humaine un fentiment
non déployé , qui lui prouve la verité des
chofes qu'elle apperçoit nettement , en lui
montrant un myftere obfcur des dépendances
qu'elles ont avec d'autres .
Cette définition , Madame , peut même
expliquer l'inftinct de l'homme fuperieur ;
car , il a le fien auffi dans bien des chofes ,
LA
DE MAR S. 41
***** *****
A fçavante & curieufe Traduction
que M. l'Abbé Renaudot a donnée depuis
quelque tems de deux anciens Voyages
faits à la Chine , merite bien que nous contribuions
à faire connoître ce Livre. C'est ce
qui nous a engagé à en inferer un Extrait
raifonné , qui pût avoir la grace de la nowveauté
. Comme l'Analife entiere de cet Ouvrage
auroit pris trop de place dans un feul
Mercure on a jugé à propos de n'y admettre
pour cette fois que la Preface.
M
Onfieur l'Abbé Renaudot a fait
prefent au Public de deux anciennes
Relations des Indes & de la Chine , écrites
par deux Voyageurs Mahometans du neuviéme
fiecle . Il les a traduites fur un Manufcrit
de la Bibliotheque de M. le Comte
de Seignelay . Ce Manufcrit cft datté ou
indiqué du regne du Sultan Noraddin mort
l'an de l'Hegire 629. qui répond à l'an
1173. de l'Ere Chretienne. Mais les deux
Auteurs font beaucoup plus anciens que la
datte de ce Manufcrit , puifque le fecond
qui a fait des corrections & des additions
fur le premier , place ce premier en 237.de
l'Hegite ( 851. de J. C. ) & raconte lui-même,
comme recente, la revolution de laChine
arrivée en 464. de l'Hegire ( 877. de J. C.I
D
42 LE MERCURE
Cependant nous avons beaucoup moins
d'obligation à M. l'Abbé Renaudot de
nous avoir donné ces deux Arabes , que
nous n'en avons à ces deux Arabes d'avoir
donné lieu à M. l'Abbé Renaudot de
Hous apprendre & dans fa Preface & dans
fes Remarques , une infinité de chofes
curieufes fur la Geographie , fur l'Hiftoire,
en un mot fur toute la Litterature Orientale.
La Preface à laquelle nous nous bornons
pour cette fois , nous offre un plan abregé
des Auteurs Arabes qui ont fait des Relations
de Voyages , ou qui ont parlé de Geographie.
Elle est écrite dans le même efprit
que la Lettre qui fe trouve dans l'Hipocrate
de M. Dacier qui avoit autrefois confulté
nôtre fçavant Abbé fur le fecours qu'on
pourroit tirer des Commentateurs ou des
Medecins Arabes cift- à- dire qu'elle réduit
à leur jufte valeur ces Ecrivains rendus
fameux par des Ouvrages trés -peu lûs ,
& dont l'ignorance de la plupart du monde
a foûtenu & augmenté la reputation .
M. l'Abbé Renaudot n'eft point du nombre
de ces Sçavans vulgaires , qui préferant
la gloire de l'érudition à celle du jugement,
croiroient avoir perdu le fruit de leurs veilles
, s'ils ne louoient avec excez les Auteurs
& les Ouvrages qui en ont été l'objet.
Superieur à fon fçavoir même , il l'a employé
non à confirmer mais à détruire l'admiration
outrée que des Sçavans entêtez
DE MAR S. 43
ont tranſmiſe à des ignorans credules. Il
ne faut pas croire même que les Sçavans
dont nous parlons , ayent tous également
connu les Livres Arabes qu'ils ont vantez
, & M. l'Abbé a le courage d'ébranler
fur cela la réputation de differens Auteurs
des derniers tems , qui ont allegué ou même
traduit ces fortes de Livres . Il nous
donne une notion auffi fidelle de ces Auteurs
que de leurs Originaux ; & il n'excepte
de la feverité de fa critique que Gohus
, Cyrarius , M. d'Herbelot , & l'Auteur
trés- recent de la Defcription de l'Arabie
heureufe . Schickart par exemple ,
plus fçavant en Hebreu qu'en Perfan ou en
Arabe, s'eft rendu celebre par un Ouvrage
qu'il intitula Tarikh Regum Perfia , Anmales
ou Table Chronologique des Rois
de Perfe. Il avoit trouvé fur une longue
feuille qu'il erut fort rare , quoiqu'elle ne
le foit guéres , une Genealogie qui commençoit
à Adam & finiffoit à un Prince
Mahometan : Il la copia en lifant mal
quelques noms , & en ramaffant de côté
& d'autre ce qui pouvoit avoir rapport
ces Princes : Mais à l'égard des Rois de
Perfe , tout ce qu'il en dit , eft tiré de Texeira
Auteur Portugais , qui a fait fur les
Hiftoriens Perfans , un Abregé d'Hiftoire
très exact , & d'un autre Livre appellé Fuchaffin
qui ne contient rien d'original . On
n'a qu'à lire Texeira ou fa Traduction ,
के
Dij
44 LE MERCURE
faite par M. Gaulmin , & imprimée dans le
quatrième volume des Recueils de M.
Thevenot, pour être convaincu que Schickart
n'ayant aucune connoiffance des Auteurs
de la Nation qui ont écrit l'Hiftoire
de Perfe fabuleufe jufques vers les derniers
Rois , n'étoit nullement capable de donner
I'Hiftoire des Tartares Ginghizchanides
qu'il s'étoit hazardé de promettre.
Il avoit promis aufli de traduire Abulfeda
ce fameux Arabe qui mourut l'an de
JC. 1345. Mais il trouva tant d'imperfactions
dans le Manufcrit de Vienne , fur
lequel il vouloit travailler , qu'il n'acheva
pas fon entreprife . La perte n'eft pas gran
de , felon M. l'Abbé Renaudot , ni par
rapport à l'Original,ni par rapport à la Traduction
, dent on trouve quelque chofe
écrit de la main de Schickart , dans la copie
qu'il avoit faite de l'original , & qui a pallé
dans la Bibliotheque du Roy. L'Ouvrage
d'Abulfeda eft une Geographie écrite avec
une negligence ridicule car il ne marque
les dégrez de longitude des cinq ou fix cent
Villes dont il fait mention , que par par deux
ou trois nombres indeterminez , qui les
porte quelquefois à deux cent licues plus
prés ou plus loin. Medine même , confa-
Ciée chez les Mahometans par le tombeau
de leur Prophete , n'eft pas exemte de cette
indetermination , & Abulfeda la pofe tranquillement
au 65. ou au 67. degré de lon
DE MAR S.
44
gitude , qui font fo. lieues de difference..
Cette incertitude eft d'autant plus inexcufable,
qu' Abulfeda étoit pofterieur au Sultan
Cyclaleddin Melikchah fous lequel il y
avoit û de grands Aftronomes, & qui avoit
donné le commencement & le nom à l'Epoque
Gelanéenne. Ainfi les deux climats
que Grarius a plûtôt corrigez que traduits
fur Abulfeda , font la feule partie
curicufe de la Geographie de cet Arabe , &
nous avons lieu de regretter la traduction
ou la correction entiere qu'il en avoit faite ;
parce qu'outre la connoiffance profonde que
ce fçavant Anglois avoit des Auteurs Orientaux
& de leurs Langues, il avoit voyagélui-
même dans le Levant , & étoit grand
Mathematicien . Mais ayant prêté de l'argent
au Roi Charles II . il fut emprisonné
par la faction des Parlementaires , & fon
Ouvrage fut perdu dans le pillage de fa
maifon.
Si Abulfeda étoit fi peu inftruit de ce
qui regardoit l'Arabie même , on peut juger
de fes ignorances & de fes infidelitez
fur la Chine , où il déclare lui- même qu'il
n'a jamais été , d'où il n'a vû venir perfonne
, & fur laquelle il s'en rapporte à
* Voyez l'Hiftoire des Patriarches d'Alexandrie
de M. l'Abbé Renaudot p. 448. où
il'explique cette Epoque qui n'étoit propre
ment qu'une reforme du Calendrier.
46 LE MERCURE
des Auteurs qui fe font copiez les uns les
autres , & dont le premier n'en fçavoit pas
plus que le dernier. En effet , excepté quelques
endroits d'Yacuti , d'Eben-Werdi , de
Marachi & de la Geographie Perfienne
aucun Auteur n'a parlé ferieufement de
eette Contrée fi diftante des autres Peuples
qui ont û des Lettres & de la curiofié .
M. L'Abbé Renaudot prend neantmoins
la défenſe du Juif Benjamin de Tudele
contre fes propres Traducteurs , Arias , Montanus
&Conftantin l'Empereur. Le premier
ayant mal lû les noms des Peuples & des
Villes , les a rendu méconnoiffables , nous
donnant la Province imaginaire d'Eliman
pour l'Iemen , qui eft l'Arabie heureufe
les Dougziin que perfonne ne connoît pour
les Drouziin les Drufes & ainfi des autres.
Mais enfin, il ne prefente qu'une traduction
& il n'autorile pas fes fautes . Mais Conf
tantin l'Empereur , avec un grand air de
capacité, accompagne la fienne d'un nombre
infini de citations Arabes & Hebraiques
tirées d'autres Citateurs , ne connoiffant
d'Originaux qu'Elmacin traduit fort
negligemment par le fçavant Erpenius &
la Geographie Nubienne .
M. l'Abbé rend juftice à ce dernier Ou
vrage qu'on attribue au Cherif Edriti , qui
a été composé en Sicile , & que plufieurs
Auteurs ont appellé le Livre de Roger
parce qu'il fut fait pour Roger 11. Roi de
DE MAR S.
47
Sicile. C'eft la plus ancienne Geographie
Arabe que nous ayons . Elle eft divifée par
climats à la maniere de Ptolemée , que
kes Arabes avoient traduit en leur Langue ,
& elle ne donne aucune pofition de Ville
non plus que les autres Geographies Orientales
, frl'on en excepte les Tables de Naffireddin
& celles d'Olugbeg publiées & traduites
par Grarius. Mais d'ailleurs la Geographie
de Nubie contient plufieurs chofes
curicules concernant les moeurs & les coutumes
des Indes & de la Chine , l'Hiftoire
naturelle de ces vaftes Païs & la Navigation
de l'Ocean Oriental . Les Ecrivains
tant Arabes que Perfans , pofterieurs à cet
Ouvrage , l'ont copié ; mais M. l'Abbé
Renaudot prétend que fon Auteur a tiré
lui même de nos deux Voyageurs la plupart
des chofes qu'il rapporte.
Une des principales eft fans doute la route
de la Navigation aux Indes & à la Chine ,
que tenoient autrefois les Arabes & les Perfans
qui partoient de Baffora & de Siraf , &
eelle que tenoient les Chinois pour venir
aux Mers d'Arabie & de Perfe.. On ne
trouvera cette route en aucun ancien Arabe
auffi exactement décrite que dans nos deux
Auteurs . Plufieurs Sçavans ont cru fur le
témoignage du P.Martini Jef.dans fon Hift.
de la Chine, que les Chinois avec le fecours
de la Bouffole navigeoient par hauteurs juſqu'en
l'Ile de Ceilan,d'où ils inferent que les
48
LE MERCURE
Arabes actifs & induftricux , comme ils
l'étoient , avoient emprunté d'eux cet inf
trument , feul guide des Voyages de long.
Cours & des Navigations en haute Mer.
Mais nos deux Auteurs ne parlant jamais
de la Bouffole , & marquant precifément
que les Vaiffeaux Indiens & Chinois ne
paffoient jamais au delà de Siraf, détruiſent
cette prévention trop favorable aux Chinois.
L'Invention même de la Bouffole a fait
abandonner l'ancienne route comme trop
longue & trop perillcufe .
Nos deux Voyageurs ferviront encore à
-juftifier fur plufieurs articles la relation du
fameux Marco Polo Venitien , qui revint
de la Chine en 1295. & le premier des
modernes qui ait parlé exactement de ce
grand Royaume. La nouveauté des choſes
qu'il en rapportoit , le rendit fufpect : Car
les hommes les plus credules pour les Fables,
font fouvent les difficiles fur les chofes
les plus vrayes . Nos deux Arabes ont dit
avant Marco- Polo ce que le P. Martini a
dit aprés lui . Et à dire le vrai , les Relateurs
mentent rarement fur les chofes qu'ils ont
vûes ; & on n'a lieu de fe de fier que des
Voyageurs de Cabinet ou de ceux, qui dans
leurs Voyages mêmes font plus d'ufage de
leurs oreilles que de leurs yeux.
M. l'Abbé Renaudot fe tient dans de
très juftes bornes fur les deux Auteurs qu'il
nous donne il convient que leur Relation
contient
DE MARS .
49
contient plufieurs chofes fabuleufes & d'autres
qu'il eft comme inpoffible d'éclaircir
par les changemens de noms ou même dé
prononciation & d'ortographe que le tems
amene neceffairement dans toutes les Langues.
Il remarque que leur ftile eft fans
affectation & par- là fort different du ftile
ordinaire des Orientaux . Pour dire le vrai ,
la fimplicité n'en eft peut- être que trop
grande , & les Voyages modernes font or
dinairement plus amufans . M. l'Abbé
prévoit auffi que la maniere dont fes Auteurs
parlent de la Chine , ne fatisfera pas ceux
qui fe font formé une idée trop avantageufe
des connoiffances des Chinois. M. Voffius
a introduit pour ainfi dire cette prevention
qui s'eft fort accrue depuis par les Hiftoires
de la Chine que de fçavans Miffionaires
ont données au Public . Ceft le fujet d'une
des Differtations de nôtre fçavant Auteur`,
dont nous renvoyons l'Extrait à une autre
fois , auffi bien que celui des Voyageurs
mêmes. Mais , on peut s'affûrer par avance
, qu'Ifaac Voffius , homme profond
dans la Litterature Grecque & Latine , ne
fçavoit pas un mot de la Langue terrible
des Chinois , qu'il trouvoit pourtant admirable
, & la plus parfaite de toutes . Ce
qu'il dit même de la Langue Cofte qu'il
prétend être un idiome barbare né depuis
le douzième fiecle , prouve qu'il ignoroit
entierement l'Hiftoire Mahometane & celle
Mars 1719. E
so LE
MERCURE
des Chrétiens d'Egyptes & qu'ainfi il étoit
encore moins en état de parler fçavamment
des Païs plus Orientaux que ceux-là.
O
华东
N me faura peut- être gré de faire
fucceder à l'Extrait qu'on vient de lire,
un Ecrit concernant un nouvel établiſſement
à l'embouchure du Fleuve S. Laurent. La
Cour en ayant examiné le projet , l'a trouvé
fi utile , qu'elle l'a approuvé. Une Nation
auffi induftrienfe & laboricufe que celle - ci ,
a de grandes reßources dans quelque Païs
qu'on l'eennvvooyyee, fur- tout lorsqu'elle vit fous
la protection d'un Prince qui n'a pour objet
quefon avantage , & qui n'accorde la permiffion
aux Sujets de l'Etat de fe tranfplanter
dans des Colonies Etrangeres , qu'aprés
avoir reconnu le profit qui en doit revenir au
Royaume.
Nouvel établißement dans l'Ifle Royale ,
accordé le 2 de ce mois par la Cour
à M. de la Boularderie .
L'
' Ifle Royale eft fituée par les 45e d.
45 m. de latitude- Nord , à l'embou
chure du Fleuve S. Laurent , route de
Quebec en Canada . Le climat de ce Païs
eft plus froid l'hiver qu'en France , & chaud
l'été comme en France.
DE MARS ..
Le Port de Louis Bourg , cft le plus frequenté
, tant par la Garnifon que la Cour
y a envoyé , que par les Habitans qui y font
la pêche , & par les Navires qui y viennent.
Le terrein de cet endroit eft le plus
ingrat de l'Ifle , n'y ayant point de bois,:
Les terres y font entièrement fteriles ; &
de quelque maniere qu'on les travaille , elles
le feront toûjours. A 12. lieues de-là , en
entrant dans le Golphe S. Laurent , eft fituée
une Baye , nommée à prefent la Baye
Royale , autrefois la Brador. Les terres en
cet endroit font fertiles , comme en France
puifqu'il y croît toutes fortes de grains
& de graines pour la vie. Outre cet avantage
, elles font unies & remp ies de trésbeaux
& bons bois , qui font propres pour
la conftruction de toutes fortes de Navires,
pour les Charpentes , Menuiferies, & pour
faire des Meubles . ; ce qui a déterminé le
fieur de la Boularderie , à demander à la
Cour des terres en Seigneurie en cet endroit,
pour y faire un grand établiſſement.
Son deffein eft de faire défricher ces
terres , & d'établir une pêche fedentaire au
Port d'Orleans qui n'eft qu'à 4. lieues delà
on environ . La pêche y eft abondante ,
& jamais perfonne n'a même manqué à la
faire complette : Cet endroit et le meilleur
de l'ifle. Pour cela , la Cour a û la
bonté d'accorder en Seigneurie au fieur de
la Boularderie , une Ile qui eft à l'entrée
E ij
52
LE MERCURE
de la Baye Royale , avec les terres qui font
vis-à- vis cette Ifle , du côté du Sud Fft ,
& une Place pour trente équipages de Chaloupes
dans le Port d'Orleans .
Pour profiter de ces avantages , & rendre
cet établiflement floriffant , il eft neceflaire
de s'y prendre comme on l'a dit ci deffus ,
& il fera aifé de voir le profit confiderable
que l'on peut en tirer , & cela , à perpetuité.
1. Son deffein cft de faire paffer cette
année , cent Laboureurs propres à défricher
les terres , lefquels ne doivent être occupez
qu'à ce travail. Ils feront engagez pour
cinq ans au fervice du fieur de la Boular
derie ; il eft certain que dans un an , un
homme peut défricher deux arpens de terre
; ainfi en cinq ans , le Proprietaire en
aura prés de mille de défrichez , qui feront
enfemençez de Bled , de Seigle , d'Or.
ge de Chanvre , de Lin & de toutes fortes
de grains & de graines pour la vie . Par
ce moyen le fieur de la Boularderie en
pourra fournir à toute la Garnifon de l'ifle
Royale , à tous les Habitans , & aux Navires
qui en manqueront ; ce qui donnera
un profit confiderable en Moruë. Pour
cela , il fera conftruire des Moulins à
Bled .
Le fieur de la Boularderie fe propofe
auffi d'y faire tranfporter cette année prés
de 200 Beftiaux qu'il tirera de Canada &
DE MARS. 53
de l'Acadie avec toutes fortes de Volailles
; ce qui donnera des viandes pour tout
le Païs. Il fe propofe de plus de faire femer
des Chanvres , pour y faire faire tous
les cordages propres aux Bâtimens qui vont
en pêche ce qui fera trés facile , en y
faifant paffer des Cordiers. Il a ' auffi en
vue d'y envoyer des Tifferans , pour faire
dès toiles à voile. Il menera avec lui des
Mallons Menuifiers Taillandiers
Tourneurs , & autres Ouvriers neceffaires.
و <
En coupant les Bois , il refervera ceux
qui feront propres à la conftruction des
Vaiffeaux , afin d'en pouvoir conftruire à
peu de frais . Il en fournira même pour
les Vaiffeaux qui viendront apporter les
effets du Roi en ce Païs , & qui pourront
en s'en retournant , charger ces Bois. Il
conſtraira des Moulins à fcie , pour faire
toutes fortes de bordages , madriers &
planches.
Pour bien reuffir dans cette entrepriſe
il lui faut un fonds de 200000 liv. qui fera
employé , comme il eft marqué ci-deffus.
La Cour a approuvé cette entrepriſe , &
elle a bien voulu accorder au fieur de la
Boularderie des Lettres du Confeil , pour
le foûtenir dans cette entrepriſe , & pour
empêcher qu'il ne fût troublé en aucu
ne maniere dans fon établiſſement .
Outre cela , elle lui a accordé un Navire
E iij
54 LE MERCURE
un
du Roi pour deux ans , afin de paffer les
Hommes & les Beftiaux neceffaires pour
cette nouvelle Colonie : De plus ,
Vaiffeau de 300. tonneaux , chargé de vivres,
de fel & de Gréemens pour la péche,
avec un autre de 100. tonneaux , pour envoyer
en Guinée prendre 300. ou 250.
Noirs ; un Dogre de 69. tonneaux , pour
porter les Morues de rebut avec les Huiles
aux Ifles.
Le deffein du fieur de la Boularderie eft
de faire venir des Negres , pour les établir
à perpetuité fur fa Terre. Une partie fervira
à la terre ; l'autre , aux graves pour
faire la fecherie , afin d'épargner les gros
gages que l'on donne aux Graviers.
Outre cela , ceux même qui feront pour
la terre , ferviront auffi à la labourer & à
la défricher , tout cela fans gages , ce qui
fera d'un grand avantage. Les Engagez de
France feront obligez pendant les cinq années
de leur fervice , de montrer à tous ces
Negres les Metiers neceffaires à l'établiffement.
Tous ces Navires viendront chaque .
année en France , chargez de Moruë , à
la referve du Dogre qui ira de l'lfle Royale
à la Martinique , &.qui reviendra à la même
Ifle , apporter les Melaffes & Guildives
neceffaires pour les Bierres & Boiffons des
Ouvriers & Pêcheurs. Le fieur de la Bonlarderie
y fera venir tous les ans , cent Pêcheurs
, pour faire les Pêches d'Autonne .
DE MARS. I
55
N
Ous avons fait mention dans nos Mercures
precedens des Eglogues & autres
Poëfies que M. Richet a données au Public.
& qui fe vendent chez le fieur Ganeau , ruë
S. Jacques aux Armes de Dombes. On fçait
que cet Ouvrage a été favorablement reçu ,
puifque l'édition en eft prefque finie. Voici
deux Fables nouvelles du même Auteur >
dont la premiere fera juger que cet Ecrivain
ne manque pas de talens pour réussir dans ce
genre d'écrire.
Les deux Arbres.
FABLE.
DEux Rejettons avoient même racine ,
Quand par le fort de leur fouche écaE,
tez ;
Ioin du lieu de leur origine
Ils fe trouverent tranfplantezz
L'un échut fur le tuf & fur terre damnée ;
Ce qui rendir trifte fa deſtinée.
Il ne tiroit de cet endroit maudit
Que peu de fucs , trés-maigre nourriture
Par tel malheur peu loin il étendit
De les rameaux la mourante verdure.
Trifte avorton, fans graces, fans figure ,
11 ne portoit que des fruits raboteux ,
Et dont Vertume étoit honteux.
C'étoit le jouet de l'orage ,
En bute à tous les vents , exceptez les Zephirs ,
E iiij
16
LE
MERCURE
Dont jamais les tendres foupirs
Ne carefferent fon feuillage.
Jamais un Silvain amoureux
N'y conduifit la Dryade à l'ombrage ,
Pour lui concer fon tourment rigoureux.
L'autre Rejetton au-contraire ,
Planté non loin de fon Confrere ,
En gras terroir échut heureufement ;
Et profitant d'une terre féconde ,
En peude tems prit tel accroiffement ,
Qu'il devint Arbre , & le plus beau do
monde.
Verdoyant , baut & fpacieux ,
Il fembloit né pour le plaifir des yeux ;
Portant des fruits en abondance ,
Vermeils , unis , & bons par excellence ,
Tels qu'on les fert fur la table des Dieux.
Souvent les Nymphes des Montagnes
Formoient des danfes à l'entour.
Les Faunes y menant leurs aimables Compagnes ,
Le dédierent à l'Amour.
Là,chaque Aman: fufpendoit fes offrandes,
Tous les rameaux étoient parez
Et de rubans & de guirlandes ,
Prefents ou voeux à ce Dieu confacrez.
L'Arbre divin que Zephire careffe ,
Devint présomptueux & rempli de fierté.
Gens trop heureux ont fouvent la foibleffe
D'oublier ce qu'ils ont été.
Le pauvre Rejetton l'ofe appeller fon frere.
A l'inftant nôtre ambitieux
Lui répondit tout en co'ere ,
Foible Avorton , opprobre de ces lieux,
Qui t'a rendu fi temeraire
D'uler de ce nom familier ?
Jamais à tes pareils je ne pûs m'allier :
Je n'en veux d'autre témoignage
DE MARS.
57
Que ton bois fec, & que mon verd feuil-
Jage .
Toi pauvre Here , & moi grand Perfonnage
,
Qui couvre deux arpens de l'ombre de mes bras ,
Je ledéclare net , je ne te connois pas.
Dieux ! Jufqu'où va ton infolence
,
Repart l'Arbre chetif du mépris irrité
C'eft le hazard dont tu tiens ta beauté ,
Tun'y peux rien. La feconde ſubſtance
D'un bon terroir fait ta fertilité ,
Et te rend Arbre d'importance.
Si deux jours feu'ement fur le fable planté ,
Des alimens tu fouffrois l'indigence ,
Modefte alors & rempli d'équité ,
Je ferois de ta parenté.
味
L'Arbre hautain n'eft que vôtre figure :
Hommes puiffans , reconnoiffez vos traits.
Sur vous le fort qui regit la nature ,
Fait pleuvoir l'or , épuife fes bienfaits ,
Dont acquerez agrémens , politeffe ,
Emplois , honneurs , fçavoir , délicateffe ,
Superbes fruits du metal precieux ,
Qui des Mortels jadis a fait des Dieux :
Mais àquelqu'un fi Plutus en eft chiche ,
Dans fon bourbier il refto enseveli ;
Confequemment fon efprit eft en friche :
Par la mifere on le voit avili ,
Groffier , ftupide , aprochant de la bête;
Dont nos Crefus voudroient le mettre en tête
Qu'ils font petris d'un plus noble limon ,
Et le ranger fous effece étrangere.
Mais , c'eft orgueil que la noire Alecton ,
Pour les furprendre , à deffein leur faggere.
Les uns font Rois , les autres fort Bergers ,
Du genre humain attributs paffagers ?
Mais , quoiqu'ils foient de diverfe fortune ,
Tous font iffus d'une fouche commune.
DO
LE
MERCURE
Mercure & le Sculpteur.
UN
FABLE.
N jour le Meffager Mercure ,
Pouffé par un defir fortement curieux ,
Voulut fçavoir ce qu'humaine Nature
Penfoit de lui . Rien alors dans les Cieux
Ne l'occupoit. Il vole en ce bas lieur ,
Change de forme , & va par avanture
Chez un Sculpteur , où trouvant la figüre
De l'augufte lunen & du Maître des Dicux ,
11 s'informia s'ils valloient groffe fomme.
Combien , dit- il, s'adreflant à cet homme,
Le Jupiter ? Deux obolės fans plus.
( Le drôle rit tout bas de voir Monfieur fon
pere ,
Non plus prifé que quelqu'un du vulgaire)
Et la Junen ? Rien que deux Carolus.
Enfin , il apperçoit le feul objet qu'il aime ,
C'eſt-à- dire , il ſe voit lui- même.
Chacun penfe valoirfco prix.
Par le Stix , fe dit il , je ferois bienfurpris ,
Moi qui rends les mortels induſtrieux , habiles ,
Dieu des beaux Arts , & qui prefide at
gain ;
Si j'avois le même deftin
De ces Dieux qui ne font utiles ,
Ainfi que nous au genre humain.
Prefumant valoir davantage ,
A demande ; combien ce gentil perfonnage,
Que dans un coin je vois niché ?
Pour celui ci , repart le Polyclete ,
N'aurons débat ; & fitu fais emplette
De l'un des deux , il fuivra le marché.
1
DE MAR S.
19
Le genre humain eft femblable à Mercure :
Depuis Japer , en vain Dame Nature
A vû toûjours empirer les Neveux .
Nous méprifons la vertu de nos Peres ;
Et les miferes , clos fur nos propres
yeux
Nous nous plaçons fouvent au- deffus d'eux .
EPIGRAMMES .
Par le même.
ALyfandre Iris eft rebelle ,
Si l'on écoute cette Belle ;
Mais , je n'en croi rien entre nous.
Je fçai que la fauffe femelle
Jura cent fois à fon Epoux ,
Qu'elle me fur toujours cruelle.
La nouvelle Philofophie confondue.
Sage nouveau ,je lifois cet Ouvrage
Qui des objets fépare les couleurs ;
Et me railen fortant de l'esclavage ,
De leur émail privoit déja les fleurs ;
Même Phoëbus ne m'effroit qu'une image
Sans nul éclat , quand j'apperçu Philis .
Alors , mes fens repritent l'avantage ,
Et j'admirai fes rofes & les lys.
LE MERCURE
S
L'AVARE.
CONTE.
Ans le grand art de jouir de fon bien ,
Tous les Trefors ne nous fervent de rien.
Un homme étoit étrangement avare
Par confequent défiant & bizare ;
Toûjours rêveur , n'ayant autre penfer
Qu'à croître un bien propre à l'emba:affer.
Le Dieu Plutus riant du perfonnage ,
Pour l'affouvir , fic un dernier effort .
De trois Coufins le nombreux heritage
Tout en un jour comble fon Coffre- fort.
Lors en effet , il fentit quelque joye ,
Mais pour Plutus , bien fcut-il le dupes?
Car , tout ravi d'une fi belle proye ,
L'Avare alla fe coucher fans fouper.
Imitation de l'Italien.
Pouffez
un veut fubtil dans de doux chalumeaux
,
A leurs accens Echo reponera d'un air tendre,
Du même fouffle enfuite enflez d'aigres pipeaux ,
Pan fuira dans les Bois de peur de les entendie.
Ce fouffle cft nôtre efprit Des organes parfeits
Laiffent voir fon genie & fes divins effets.
S'ils font mal difpolez , it languit , miferabie ;
L'ame eft égale en tous ; peu lont parfaits de corps ;
Et dans cette union à l'homme impenetrable ,
L'ame veut exprimer de celeftes accords ;
L'organe manque . Helas ! Qui des deux eft coupable
!
DE MAR S. 6.1
Ja
E fai que
bien
des gens
trouvent
à redire
que
les Edits
, Arrefts
& Déclara
tions
, faßent
un des articles
de mon Livre
.
Je n'ai point
d'autre
raison
à alleguer
, finon
que le Mercure
eft un Recueil
qui doit
contenir
toutes
fortes
de Pieces
, & que ce
qui ne convient
point
aux uns , peut être utile
aux autres
. Les Provinces
furtout
exigent
de moi cet article
. D'ailleurs
, nous
n'inferons
que les Arrefts
les plus notables
les plus neceffaires au Public : Nous nous
contenterons de donner feulement le titre de
tous les autres qui feront imprimez dans le
cours du mois, & cela, en vue d'indiquer ces
fortes de Pieces à ceux qui peuvent en avoir
befoin.
ARREST
Du Confeil d'Etat du Roy ,
Qui permet la fortie des Grains hors du
Royaume , jufqu'au premier Septembre
de la prefente année 1719.
E ROY s'étant fait reprefenter en fon
Confeil , l'Arreft du s . Septembre 1718.
par lequel Sa Majesté auroit permis jufqu'au
premier Mars de la prefente année
1719. la Sortie hors de fon Royaume des
Bleds , Fromens , Seigles & Meteils , des
62 I E MERCURE
à une
Orges , Baillarges , & Bleds d'Efpagne ou
d'Inde , des Feves , Poids & autres Legumes
feches , fans payer aucuns Droits de
Sortic Et auroit pareillement permis pendant
ledit tems de tranfporter librement
lefdits Grains & Legumes d'une Province
autre dans toute l'étenduë du
Royaume , avec exemption des droits
d'Entrée , & de Sortie : Et Sa Maj . fté étant
informée que cette Permiffion & celles
qu'elle avoit accordées precedemment,
ont procuré une utilité confiderable à fes
Sujets , Et les mêmes raifons fubfiftant
aujourd'hui de favorifer le débit de leurs
Grains & Legumes : Oui le Rapport . Le
RÓ ESTANT EN SON CONSFIL , de l'avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent,
permis & permet jufqu'au premier Septembre
de la prefente année , de tranfporter
hors du Royaume par tous les Poits,
Bureaux & Pallages , les Bleds , Fromens ,
Seigles & Metcils , les Orges , Baillarges
& Bleds d'Espagne ou d'Inde , les Féves ,
Poids & autres Legumes feches , fans payer
aucuns Droits de Sortie , ni autres generalement
quelconques qui fe levent au profit
de Sa Majesté , à la referve feulement des
Droits unis & dépendans de la Ferme des
Aydes , à la charge par ceux qui feront
fortir lefdits Grains & Legumes par cau
& par terre , de les déclarer aux Bureaux
établis , tant dans l'étendue des cinq grof
DE MARS . 63
es Fermes , que dans les Provinces réputées
étrangeres , laquelle declaration contiendra
la quantité & qualité defdics Grains
& Legumes , & le lieu de la deftination ,
à peine de cinq cens livres d'amende , &
de confifcation defdits Grains & Legumes
en cas de fauffe declaration , ou faute d'en
avoir fait. Veut Sa Majefté que ceux qui
feront des envoys dans les Pays Etrangers
defdits Grains ou Legumes , des Provinces
d'Alface & des trois Evêchez où les Burcaux
des Fermes ne font point établis ,
donnent aux Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans lefdites Provinces , ou
aux Subdeleguez les plus prochains , une
declaration exacte contenant la quantité &
qualité defdits Grains & Legumes qu'ils
voudront faire fortir hors du Royaume , &
le lieu de la deftination , fous les mêmes
peines portées cy- deffus : Permet pareillement
Sa Majesté jufqu'audit jour premier
Septembre prochain , de faire tranſporter
librement lefdits Grains & Legumes , des
Provinces de l'étendue des cinq groffes Fermes
dans les Provinces reputées Etrangeres
, & des Provinces reputées étrangeres ,
dans celles des cinq groffes Fermes , fans
payer aucuns Droits d'Entrée ni de Sortie ,
& autres generalement quelconques qui fe
levent au profit de Sa Majefté , à l'exception
feulement de ceux unis & dépendans
de la Ferme des Aydes , à la charge d'en
64
LE
MERCURE
faire pareillement la declaration aux Bureaux
d'Entrée & de Sortie , fous les peines
ci devant exprimées . Fait Sa Majefté
deffenfes à l'Ajudicataire de fes Fermes ,
fes Commis ou Prepofez , de percevoir
pendant ledit tems aucuns Droits d'Entrée
ni Sortie fur lefdits Grains & Legumes ,
foit qu'ils foient tranfportez hors du Royaume
ou qu'ils paffent d'une Province à
l'autre , à peine de reftitution du quadruple
, & de tous dépens , dommages & interefts.
Enjoint Sa Majefté aux Sieurs Intendans
& Commiffaires départis , de tenir
la main à l'Execution du prefent Arreft .
Fait au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté
y eftant , tenu à Paris le 18. Février
1719. Signé , PHELY PEAUX, Collationné
à l'Original .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , qui
ordonne que Jacques Lheritier , Fermier
General des Droits de Courtiers-Jaugeurs ,
payera aux anciens Adjudicataires defdits
Droits , & aux Porteurs de fes Billets , la
feconde moitié du payement échû au premier
Octobre 1716. Fait au Confeil d'Etat
du Roy , S. M. y eftant , tenu à Paris le
vingt- cinquième jour de Février 1719. Signé,
PHELY PEAUX .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , qui
nomme des Commillaires , pour juger en
dernier
DE MAR S. 65
dernier reffort toutes les Conteftations nées
& à naître, au fujet de la Succeffion du feu
fieur de Bourvalais , & qui ordonne que
les Scellez feront levez à la requeſte du
fizur Ravot Dombreval , par le fieur d'Ormeffon
Maître des Requêtes , Commif
faire au Confeil des Finances. Fait au
Confeil d'Etat du Roy , le 28. de Fevrier
1719. Signé , PHELY PEAUX.
ARRES T.
Du Confeil d'Etat du Roy ,
En faveur des Rentes affignées fur les Tailles
& Recettes Generales des Finances.
Du 3. Mars. 1719.
Extrait des Registres du Confeil d'Etat .
LE
E ROY s'étant fait reprefenter en fon
Confeil l'Arreft rendu en icelui le 29.
Septembre 1718. par lequel Sa Majesté auroit
ordonné que les Particuliers qui feroient
la Converfion des Rentes au Denier
vingt à eux appartenantes , en autres Rentes
au Denier vingt- cinq , en execution de
l'Edit du mois de Decembre de 1713. avant
le premier Decembre de ladite année 17 : 8 .
auroient la joüiffance des arrerages de la
demie année courante , qui leur avoit efté
accordée par autre Arreft du 3. Avril 1716.
F
66 LE MERCURE
lequel fubfifteroit jufqu'audit jour premiet
Decembre feulement , aprés lequel jour les
Rentiers qui feroient en demeure de faire
ladite Converfion , feroient déchûs de ladite
jouillance , laquelle n'auroit plus cours
que du premier Janvier de l'année 1720.
en quelque tems que ladite Converfien fût
faite jufqu'audit jour : Comme auffi que
les fonds qu'il conviendroit de faire pour
le Payement des arrerages de la prefente
année 171. de toutes les Rentés , tant
perpetuelles que viageres , Tontines & Lotteries
, affiguées fur les Droits d'Aydes ,
Gabelles & cinq groffes Fermes ; fur les
Fermes des Poftes , du Contrôlle des Actes
des Notaires , Petits Sceaux & Infinuations
Laïques ; du Contrôlle des Exploits,
des Greffes réunis , des Suifs & des Cartes;
& fur les Tailles & Recettes Generales des
Finances , feroient diftribuées également
dans les Soixante -dix Parties de Rentes établies
fur ledit Hôtel de Ville , par l'Etat
qui en feroit arrêté au Confeil pour ladite
prefente année , afin que les Payeurs defdites
Rentes fuflent à l'avenir égaux en maniement
, & que les arrerages defdites Rentes
fullent payez par chacun d'eux dans un
même tems par ordre alphabetique ; &
qu'à l'égard des arrerages defdites Rentes
qui feroient converties avant ledit jour
premier Decembre 1718. le Payement de ladite
demi-année, courante , avec ce qui éDE
MARS:
toit arrieré des Rentes cy- devant conver
ties , feroit fait par les Payeurs defdites
Rentes , fuivant les Eftats qui en avoient
été ou feroient arrêtez au Confeil , des
fonds qui leur avoient été ou feroient re
mis du produit des Quatre fols pour livre
ordonnez être levez en execution de l'Arrêt
du Confeil du 18. Mars 1718. & autres
rendus en confequence , & que
les arrera
ges de la prefente année 1719. defdites
Rentes arrierées , & de celles qui feroient
converties jufqu'audit jour premier Decembre
, feroient compris dans l'Etat qui ſeroit
auffi arrêté au Confeil pour ladite année
1719. Qu'au furplus l'emploi des arrerages
des Rentes qui feroient converties
aprés ledit jour premier Decembre jufqu'au
premier Janvier de l'année 17 10. ne feroit
fait que dans l'Etat qui feroit pareillement
arrêté au Confeil pour la même année 1720.
enforte que les Proprietaires defdites Rentes
demeureroient privez de la joüiſſance
des arrerages de ladite année 1719 même
de ceux dudit mois de Decembre 1718 .
Et quoyque Sa Majesté ait entendu
comprendre dans ledit Arreft du 29. Septembre
dernier , toutes les Rentes fans aucune
exception dont le Payement doit fe
faire audit Hôtel de Ville , lefquelles fe
trouvent à cet effet rappellées en dérail
dans ledit Arreft , elle a été cependant informée
que quelques Particuliers , Propris
Fij
68
LE MERCURE
•
taires des Rentes affignées fur les Tailles ,
Recettes generales des Finances & autres
fonds , dont la converfion a efté ordonnée
en nouvelles Rentes au denier vingt - cinq
par Edit du mois de Decembre 1715. lef
quels n'ont pas fait encore ladite converfion
, pretendent être exempts de la peine
portée par ledit Arreft , attendu qu'il a été
obmis d'y faire mention expreffe dudit
Edit de Decembre 1715. Et Sa Majesté
voulant faire connoître d'une maniere
precife fa volonté à cet égard , & neanmoins
accorder une diftinction particulie
re aux Proprietaires des Rentes affignées
fur les Tailles & Recettes generales des
Finances feulement , qui les employeront
à acquerir des Actions furles Fermes Unies
dans le delai porté par l'Arreft du Conſeil
du 31. Decembre dernier . Oui le Rapport.
Sa Majesté étant en fon Confeil , de l'avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent,
a ordonné & ordonne que les Proprietaires
des Rentes affignées fur les Tailles , Recettes
generales des Finances & autres
fonds , dont la converfion a efté ordonnée
en nouvelles Rentes au denier vingt- cinq
par ledit Edit du mois de Decembre 1735.
lefquels n'ont pas fait ladite converfion
dans le dernier Novembre 1718. feront &
demeureront privez des arrerages deſdites
Rentes , tant pour la prefenteannée 1719.
que pour les precedentes : Et neanmoins
DE MARS. 69
,
voulant traiter favorablement les Proprie
taires des Rentes affignées fur les Tailles
& Rentes generales des Finances , Ordonne
Sa Majesté que ceux defdits Proprietai
res qui n'en ont pas fait la converfion au
premier Decembre 1718. & qui les cmployeront
à acquerir des Actions fur les
Fermes Unies avant le premier jour du mois
d'Avril prochain conformément audit
Arreft du 31. dudit mois de Decembre ,
joüiront des interefts defdites Actions
à commencer du premier Janvier de la
prefente année 1719. Et pour l'execution
du prefent Arreft , toutes Lettres neceffaires
feront expedieées . Fait au Confeil d'Etat
du Roy , Sa Majefté y étant , tenu à Paris
le troifiéme jour de Mars mil ſept cent
dix- neuf. Signé , Phelypeaux .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roy , portant
Reglement pour la Fabrique des Bas
de Filofele , de Fleuret & de Soye qui fe
font au métier . Fait au Confeil d'Etat du
Roy , S. M. y étant , tenu à Paris le fixiéme
Mars 1719. figné,Phelypeaux , Collationné
à l'Original.
B
1
70 LE MERCURE
ARREST
De la Cour de Parlement ,
Qui ordonne la fuppreffion d'un Libelle
intitulé , Inftruction familiere fur la foûmiffion
due à la Conftitution UNIGENITUS
; & qui ordonne qu'une information
commencée au fujet de la diftribution
& publication de ce Libelle ,
fera continuée .
VE
Eu par la Cour la Requcfte à elle
prefentée par le Procureur General
du Roy , contenant qu'il a appris qu'au
préjudice de l'Arreft du 14. Janvier dernier
, qui ordonne la fuppreffion de plufieurs
Libelles , & de celui entr'autres intitulé
: Inftruction familiere fur la foùmiſſion
due à la Conftitution UNA GENITUS on
avoit continué à repandre ce Libelle en
plufieurs lieux ; que fon Subftitut au Baillage
de Montdidier avoit cfté obligé , fuivant
la difpofition dudit Arreft , d'en faire
informer ;que la Cour verra par l'information
, le pretexte fur lequel on a pretendu
execufer une entreprife aufli temeraire ;
qu'à l'abri de deux Editions du même Libelle
l'une qui porte le nom de la Ville
d'Arles, & l'autre de laVille d'Avignon , on
a crû pouvoir fe mettre à couvert de la rigueur
de l'Arreft , en foûtenant que l'EdiDE
MAR S.
71
tion condamnée n'eft pas la même qu'on
a diftribuée depuis l'Arreft dans le Public;
qu'on s'eft porté même jufqu'à dire qu'on
ne trouve point dans celle , qu'on fuppofe
avoir efté imprimée à Arles , les Propoli
tions dont l'Arreft fait mention ; que fi de
pareilles fraudes étoient tolerées , il n'y a
point de Libelle qui ne pût trouver des dé
fenfeurs , point d'Arreft qu'on ne pût violer
, point de coupables qui ne trouvaflent
l'impunité de leur crimes ; qu'il fuffiroit de
retrancher d'un Livre , les termes qui fe
trouveroient énoncez dans l'Arreft de condamnation
, pour pouvoir , fans craindre ,
repandre dans le Public les plus pernicieux
Ecrits ; que fans examiner laquelle de ces
deux Editions a precedé , ce qu'il feroit
difficile de juftifier , il fuffifoit que la Cour
cût proferit un Libelle intitulé , Inftruc
tion familliere fur la foûmiffion dûë à la
Conftitution UNIGENITUS , pour exiger
l'obéiffance de tout Sujet du Roy , & pour
empêcher qu'on ne fût affez t . meraite
pour publier aucun écrit fous ce même
titre,; mais qu'on ne peut d'ailleurs prétendre
avec la moindre apparence , que quelques
Propofitions fupprimées ayent pû
changer la nature , l'objet & les principes
de ce Libelle ; qu'en lifant l'Arreft de la
Cour , on y trouvera que les Auteurs de
l'Ecrit condamné , en voulant prouver que
la Conftitution doit estre recenë par tous les
72 LE MERCURE
que met-
Fideles , fe fondent fur des principes qu'on ne
peut admettre, fans détruire les maximes les
plus certaines du Royaume qu'en lifant ce
Libelle ,qu'on repand comme imprimé dans
Ville d'Arles , on n'y trouve d'autre objet
que celui de prouver que la Conftitution
doit être reçue par tous les Fideles : ce feul
tite , Inftruction familiere fur la fomiffion
due à la Conftitution UNIGENIUS , ne
peut
renfermer une autre idée ; l'avertiffement
apprend que l'Auteur ne veut
tre à la portée de tout le monde les raiſons
qui établiffent incontestablement l'obligation,
qu'ont tous les Fideles de fe foumettre à la
Conftitution : il n'y a pas une page dans le
corps de l'Ouvrage , qui ne foit dans la
même vûë. La premiere demande eft de
fçavoir fi tous les Fideles font obligez de ſeſoûmettre
à la Conftitution du Pape ? La reponponfe
porte que , Oui. Dans la page feptiéme
, on demande fi ceux , qui dans les
Propofitions condamnées en trouvent plu
fieurs qui leur paroißent conformes à quelques
paffages de l'Ecriture , ou des Peres ,
font obligez de fe foûmetre à la Conftitu
tition ? On repond de même que , Oni.
Sur la fin de cet écrit on demande , s'il ne
Suffixoit pas an commun des Fideles de ne
prendre aucunparti dans les conteftations qui
fe font élevées au fujet de la Conftitution ?
Et l'on foûtient que Nons fi l'on entre
dans les principes fur lefquels fe fonde
que
cet
DE MARS. 73
cet Ecrit , on ne peut douter qquu''iillss ne tendent
à détruire les maximes les plus certaines
du Royaume. L'Arreft regarde ce
Libelle condamné comme un Ouvrage qui
établit ou qui fuppofe l'Infaillibilité du Pape
dans les Décifions qu'il rend fur les matieres
de Doctrine . L'Inftruction familiere
dont il s'agit , refpire par tout l'Infaillibilité
du Pape ces expreffions dont parle
l'Arreft , que le fentiment commun de toutes
les Nations du monde Chrêtien ( dont l'Au -
teur excepte la France ( eft que le Pape eft
infaillible dans les Décifions dogmatiques
qu'il propofe à toute l'Eglife , font en termes
précis dans la pag haitiéme de l'Edition
qu'on prétend faite à Arles. On y avouë
que le fentiment commun de la France est
aujourd'hui , que le Pape eft faillibles mais
cette expreffion aujourd'hui , fait donc entendre
que c'eft un fentiment nouveau .
L'Auteur veut donc démentir les monumens
de tous les fiecles ? Il veut donc appuyer
l'infaillibilité de la Conſtitution für
la faillibilité des Conciles ecumeniques de
Conftance & de Bafle ? Cet Auteur va encore
plus loin ; il oppofe au fentiment de
la France celui de toutes les autres Nations
du mondeChrétien , lui qui réduit tout dans
fon Ecrit à la pluralité des fuffrages on ne
peut donc douter qu'il ne veille regarder
le fentiment de la France comme une erreur:
cet Ecrit qui détruit nos principes les plus
De Mars 1719. G
74
LE MERCURE
1
inviolables qui établit l'Infaillibilité du
Pape , eft donc veritablement condamné,
par l'Arreft du 14. Janvier , comme contraire
aux Loix fondamentalles de la Frances
que fi dans l'Edition qui paroît faite à
Arles , on n'y trouve pas en termes exprès
ce parallele odieux entre ceux qui rejettent
les Conciles oecumeniques , qui nient l'Incarnation
du Verbe , la Divinité de Jeſus-
Chriſt , fa prefence réelle dans le Saint Sacrement
, & ceux qui rejettent la Conſtitu
tion en tout ou en partie , on peut dire
qu'il s'y trouve dans la fubftance même
de l'Ecrit & dans fes principes. Un feul
exemple fuffit pour en convaincre : il eft
dit dans la page vingt - troifiéme : Puifque
la Décifion du Pape eft devenue la Décifon
de l'Eglife ; quiconque refuſe de ſe ſoûmettre
à la Conftitution , ne peut pas dire
qu'il croit tout ce que l'Eglife croit & enfeigne
; ou s'il le dit , c'est un impofteur qui
ment au Saint Efprit , ne refufât - il de fe
foumettre qu'à un feul article de la Conf
titution , c'eft fauffement qu'il affûre croire
sont ce que l'Eglife croit enseigne ; il
s'enfuit évidemment que l'on ne peut eftre
fauvé ,fi l'on ne fe foumet point à la Conf
titution dans tous fes chefs . Que c'eft par ces
principes que finit cet Ecrit ; cette dernie
re réponſe qui termine l'Ouvrage , en eft
comme le précis & le refultat ; & que c'eft
cette Inftruction qu'on débite ouvertement
DE MAR S.
79
dans plufieurs Diocefes , qu'on met entre
les mains des Grands & des Petits , des
Paſteurs & des Peuples comme un Catechifme
important & neceffaire qu'on fait
lire aux Enfans pour les inftruire . Que fi
cependant on le compare avec l'Edition
dont parle l'Arreft du 14 Janvier dernier ,
on y trouve les mêmes demandes & les
mêmes réponſes ; on y t les mêmes maximes
, & prefque par tout les mêmes expreffions
; que fi on le compare avec la
condamnation portée par l'Arreft , on découvre
dans ce Libelle le même efprit ,
les mêmes vûës , les mêmes principes , les
mêmes termes condamnez par l'Arreft :
Que c'eft ce qui oblige le Procureur General
du Roy , de recourir à l'autorité de
la Cour , pour qu'il lui plaife y pourvoir
fuivant les Conclufions qu'il a priſes par
ladite Requefte , fignée de lui Procureur
General du Roi : Oui le Rapport de Maître
Louis de Vienne , Confeiller ; la matiere
mife en déliberation . LA COUR
faifant droit fur la Requeſte du Procureur
General du Roi , ordonne que le Libelle
intitulé , Instruction familiere fur la foûmiffion
dûë à la Conftitution UNI GENITUS,
imprimé le vingt - cinquième Novembre mil
fept cent dix- huit , par ordre de Monfieur
Archevêque à Arles , chez Gafpard Mefnier,
fera & demeurera fupprimé ; qu'il fe
ra informé à la Requefte pardevant Mai-
G ij76
MERCURE LE
ftre Louis de Vienne , Confeiller Rapporteur
, de la contravention faite à l'Arreſt
du 14. Janvier dernier , & aux Loix du
Royaume , par la vente , diſtribution &
publication dudit Libelle faite en cette
Ville , & pardevant les Lieutenans Generaux
, ou autres premiers Officiers de Police
, pourfuite & diligence de fes Subſtituts,
pour les contraventions faites dans les autres
lieux ; qu'à cet effet l'information commencée
devant le Lieutenant General du
Baillage , Juge de Police de la Ville de
Montdidier , fera continuée , pour le tout
fait , rapporté & communiqué au Procureur
General du Roy , eftre fur fes Conclufions
ordonné par la Cour ce qu'il appartiendra
Ordonne que le prefent Arrest
fera envoyé dans les Baillages & Sénéchauffées
du Reffort , pour y être lû , publié
& enregistré : Enjoint aux Subſtituts
du Procureur General du Roi d'y tenir la
main , & d'en certifier la Cour dans un
mois. Fait à Paris en Parlement le onziéme
Mars mil fept cent dix- neuf. Signé,
YS ABEAU..
L
E premier de ce mo's , le Roy fit une Promotion
de fix Lieutenans Generax , de foixantedouze
Maréchaux de Camp , cy aprés denommés
, & de cent quatre-vingt- feize Brigadiers
dont on donnera le mois prochain une Lifte détai
DE MARS.
77
Hée , & dans le même Ordre que celle des Lieutemans
Generaux , & c .
LIEUTENANS GENERAUX.
M. Gafpard Scipion Armand , Marquis de Polignac
& de Chalençon , qui aprés avoir été Capitaine
dans le Regiment du Roy , fut nommé Colonel
du Regiment d'Aunis en 1684. Gouverneur de la
Ville Dupuy en 1690. Brigadier en 1702 Marêchal
de Camp en 1704. & Gouverneur du Pays de
Velay en 1718 Il a épousé Dame Françoile de
Mailly , Fille de Louis Comte de mailly.
M. Louis des Moulins , Comte de l'ifle , qui a
prés avoir été Lieutenant Colonel du Regiment de
Limoges , fut nommé Colonel du Regiment de
Barrois en 1692. Brigadier en 1702. Maréchal de
Camp en 1704. & Commandant à l'Iдe en ....
M. N. de Chouly , Seigneur de Permangle
qui aprés avoir été Capitaine dans le Regiment
Dauphin , fut fait Colonel d'un nouveau Regiment
de fon nom en 1695. Colon : 1 du Regimen: d'Infan
terie de Saulieu en 1703. Brigadier en 1704. Marêchal
de Camp en 1708. & Gouverneur du Fort-
Louis du Rhin en 1712. Il a époulé N. fille de mi
Defgranges maître des Cérémonies.
M. N. Guifelin Seigneur de la Vierüe , qui aprés
avoir été marêchal des Logis de la Cavalerie en Allemagne,
fut nommé Brigadier en 1703. Commandeur
de l'Ordre de S. Louis en 1705. marêchal de
Camp en 1759. & Gouverneur de Nifmes en 1717.
M. Antoine de la Fitte , Seigneur de Pelleport ,
qui aprés avoir été major du Kegiment de Cavalerie
de fon pere , en fut nommé Colonel en 1694
Brigadier en 1704 Marêchal de Camp en 1709. &
Gouverneur de montlouis en ...
M. N. des Fourneaux , qui après avoir été Enfeigne
, puis Lieutenant des Gardes du Corps , fur
G iij
78 LE MERCURE
nommé Brigadier en 1704 Marêchal de Camp en
1709. & Gouverneur de Belle- Iſle en ...
MARESCHAUX DE CAMP.
M. N. Frickau , Seigneur de Clodoré , qui aprés
avoir efté major Genreal dans les Armées du Roy ,
fut nommé Brigadier en 1702 , puis Gouverneur de
Villeneuve-les- Avignon-
هللا
M. Gilles Marquis de Treceffon , qui aprés avoir
été Capka ne au Regiment Royal Artillerie , eut un
nouveau Regiment en 1695. qui fut reformé à la
Paix de Rifvvick , & remis für pied en 1702. fut.
nommé Brigadier en 1704. & Colonel du Regiment
d'Agenois. Il a époufé N. le Nain , niéce du
Doyen des Confeillers du Parlement.
M. François Gilbert Colbert , Marquis de Saint
Pouange & du Chabanois , qui après avoir efté Co-
Jonc d'un Regiment de Cavalerie en 1697. fut nommé
Brigadier en 1704. Il a épousé en mars 1701 .
Angelique d'Efcoubleau , fille Unique de François
Comte de Sourdis , Prince de Chabanois , Chevalier
des Ordres du Roy ; & c.
M N Tardif , Ingenieur , qui fut nommé Brigadier
en 1704.
M. N. de Brillac , qui aprés avoir efté Enſeigne
au Regiment des Gardes en 1689. Lieutenant en
1691 Capitaine en 1696. & Capitaine des Grenadiers
au même Regiment en 1706. fut nommé Brigadier
en 1708. Il eft frere de M. le Premier Prefident
du Parlement de Rennes.
M. N Seigneur de Buffi , qui aprés avoir efté
fait major du Regiment de Foix en 1693. fut nommé
Brigadier en 1708. pour s'être diftingué à la
prife de Lille.
M. N. Johanne , Marquis de Saumery , qui aprés
avoir efté Cornette des Chevaux - Legers de la
Garde du Roy, fut nommé Baigadier en 1709. Il
DE MAR S. 79
eft fils de M. de Saumery , Sous-Gouverneur de Sa
Majesté .
M. N. Marquis de Poulpry , Cornette des Chevaux
Legers de la Garde du Roy , qui fut nommé
Brigadier en 1709.
M. N. de monſtiers , Marquis de merinville , qui
aprés avoir efté Capitaine de Carabiniers , fut Colonel
d'un Regiment de Cavalerie en 1701. Sous-
Lieutenant des Gens d'Armes de Bourgogne en
704. Capitaine Lieutenant des Gens d'Armes de
la Reyne , & nommé Brigadier en 1709. pour la
famille. Voyez le P. Anfelme.
·
M. N. de Verneüil du Rozel , qui aprés avoir
Lieutenant Colonel , puis metre de Camp d'une
Brigade du Regiment Royal des Carabiniers , fut
nommé Brigadier en 1769. Il eft neveu de Meffieurs
du Rozel , Lieutenans Generaux , par leur foeur.
M. Louis-Jean Baptifte de matignon , Comte de
Gacé , fils de m. le ma êchal de Matignon , aprés
avoir efté Colonel du Regiment de Cavalerie de
Tolofe en 1702. puis mestre de Camp du Regiment
Dauphin Etranger en 1706. Il fut nominé
Brigadier en 1709. Voyez le P. Anfelme .
M. Armand - François de Bretagne , Comte de
Vertus , Guidon , puis Enfeigne des Gens d'Armes
de la Garde du Roy , qui fut nommé Brigadier
en 1709 Voyez le P. Anfelme.
M. N. Seigneur d'Auger , qui aprés avoir efté
Exempt des Gardes du Corps , fut nommé major
de la Gendarmerie en 1708. puis Brigadier en 1709
11 eft fils du Lieutenant General des Armées du
Roy, qui fut tué à la Bataille de Leuze.
M. Charles le Gendre , Seigneur de Berville ,
qut après avoir efté Cornette de Dragons dans le
Regiment du Heron en 1694. fut Enfeigne au Regiment
des Garde en 1696 , Colonel du Regiment
Colonel general des Dragons en 1702, & nommé
Brigadier en 1709. Il eft frere de M. de Colandre
dont il fera parlé cy aprés.
Giij
8.0 LE MERCURE
M. N le Cirier, Marquis de Neuchelies, qui étant
Exempt des Gardes du Corps , fut nommé Gouverneur
de Sainte Menehoud en 1691. Enfeigne , puis
Lieutenant des Gardes du Corps , & Brigadier
d'Armée en 1709 , Il eft fils du Lieutenant dos
Gardes du Corps , tué à la Bataille de Leuze en
4
1691.
M. N. de Rochemontais , Seigneur de Vernaffal ,
qui aprés avoir efté Exempt , puis Enfeigne des
Gardes du Corps , fut nommé Brigadier d'Armée
en 1709.
M. N le maire , Seigneur de Parifi -Fontaine ,
qui après avoir efté Exempt , puis Ayde- major des
Gardes du Corps en 1707. fut nommé Brigadier
d'Armée en 1709.
M. André -Jofeph Comte d'Aubuffon , qui aprés
avoir efté Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
de la Feuillade , en fut fait Colonel en 1702
& nommé Brigadier en 1709 & Mestre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie. Voyez le P. Anfelme.
M. N. de Tarneau , qui aprés avoir efté Capitaine
dans le Regiment de Cavalerie de Berry en 1690 en
fut fait major en 1701. puis Colonel d'un nou
vean Regiment de Cavalerie en 1702 , nommé Brigadier
en 1709 & Inspecteur General de Cavalerie
en ...
M. N. de la Baftie , Seigneur de Verceil , qui aprés
avoir efté maréchal des Logis des Armées du Roy ,
& Enfeigne des Gardes du Corps , fut nommé Brigadier
d'Armée en 1709 .
M. N Sublet , marquis d'Heudicourt , qui aprés
avoir efté Colonel d'un Regiment de Cavalerie en
1702. fut nommé Brigadier en 709 & meftre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie . Il eft fils de M.
le marquis d'Heudicourt , Grand Louvetier de France.
Voyez le P. Anſelme.
M. N. de Johanne , Comte de Saumery , qui
aprés avoir efté Capitaine dans le Regiment DauDE
MAR S. 81
phin Etranger Cavalerie , fut fait Colonel d'un
Regiment de Cavalerie en 1702, puis du Regiment
Royal Rouffi lon en 1706, & nommé Brigadier en
1709 , Il eft à preſent Envoyé en Baviere , & eft frere
du marquis de Saumery , dont il eft parlé cy- deffus.
M. Charles Bretagne Duc de la Tremoille , qui
aprés avoir efté Capitaine de Cavalerie , fut fait
Colonel d'un Regiment de Cavalerie en 1702 , nommé
Brigadier en 1709 , & Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy en la même année. Voyez le P.
Anfelme.
M. N. Flahaut , Seigneur de la Billarderie , qui
aprés avoir efté Cornette de Cavalerie en 1684 fut
fait Capitaine en 1686 , major en 1693, Lieutenant
Colonel en 1699 , Colonel en 1702 , Enfeigne des
Gardes du Corps en 1706, nommé Brigadier d'Armée
en 1709, & Lieutenant des Gardes du Corps
en ...
M. N. de Garagnol , qui aprés avoir efté Exempt
des Gardes du Corps , en fut fait Enfeigne , puis
Lieutenant & nommé Brigadier d'Armée en
1709.
M N. de Beaujeu , qui aprés avoir efté. Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment du Pieffis en
1688. en fut fait major en 1691 , мeftre de Camp
de Cavalerie en 1702 , Marêchal des Logis de la
Cavalerie en Allemagne en ... & nommé Briga
dier en 1709.
M. N. Badier , Seigneur de Verceil , qui aprés
avoir efté Colonel de Huffars en 1706 , fut fait ma
rêchal General des Logis des Camps & Armées du
Roy en 1708 , & nommé Brigadier en 1709 .
M. N. de marteville , qui aprés avoir efté Lieu
tenant Colonel du Regiment de Cavalerie de Villeroy
, fut fait meftre de Camp de Cavalerie en 1704 ,
& nommé Brigadier en 1709.
M. N. Groffetefte , Seigneur de Jouy , qui aprés
avoir efté major du Regiment de Cavalerie d'Or
82 LE MERCURE
leans , en fut fait Colonel en 1705 , & nommé Brigadier
en 1709.
M. Antoine Gallior marquis de S. Chamans , qui
aprés avoir efté premier Capitaine du Regiment
Royal Etranger , fut fait Colonel du Regiment de
Cavalerie de Quintin en 170s ,du Royal Etranger en
1706 ,nommé Brigadier en 1709, Enſeigne des Gardes
du Corps en 1710 , & Gouverneur de la Ville
de Puy- Laurens. Il a épousé en 1712 Marie- Louife
Larcher , fille de Michel , marquis d'Olifi , Prefident
de la Chambre des Comptes.
M. N. de marfillac qui aprés avoir efté Capitaine
dans le Regiment des Cuirafliers , fut Exempt des
Gardes du Corps , puis Colonel du Regiment de
Ruffez en 1704 , & nommé Brigadier en 1709.
M. N. de Gondrin , marquis de Bonas , qui étant
Lieutenant Colonel du Regiment de marfillac , fur
nommé Colonel en 1709 .
M. N. de Carbous , qui aprés avoir eflé fait
Cornette dans le Regiment de Richelieu en 1677,fut
Lieutenant & Ayde major dans le Regiment du
Roy en 1688, Lieutenant de la mestre de Camp en
1690,Capitaine dans ce Regiment en ... Lieutenant
Colonel dans le Regiment de Duras en 1703 , Colonel
de Cavalerie en 1705 , & nommé Brigadier en
8709.
M. N. de Marbeuf, fils d'un Prefident au Parlement
de Rennes , qui aprés avoir efté Lieutenant
Colonel du Regiment de Dragons de Bretagne , fut
fait Colonel de ce Regiment en 1705 , & nommé Brigadier
en 1709.
M. N. Belanger , Seigneur de Tourotte , qui aprés
avoir cfté major d'une Brigade de Carabiniers , fut
fait Colonel d'un Regiment de Cavalerie en 1705,
& nommé Brigadier en 1709.
.M. N. Freville , Ingenicur , qui fut nommé Brigadier
en 1709 .
M. N. Sieur de Fontaine , qui aprés avoir efté
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment Dauphin
DE MARS. 83
en.1685 , fut fait Lieutenant Colonel du Regiment
du Chatelet en ... Colonel de Cavalerie en 1696
& nommé Brigadier en 1709.
M. N. Redinp , lequel eftant Capitaine au Regi
ment des Gardes Suiffes , fut nommé Brigadier en
1710 .
M. N. Mergeret , qui aprés avoir efté Enſeigne au
Regiment des Gardes Françoifes en 16 89 , en fut Sous-
Lieutenant en 1690,Lieutenant en 1691 , Capitaine en
1696 & nommé Brigadier en 1710.
M. Antoine-Jacques de Berault , Baron de Villiers
, qui aprés avoir efté Enfeigne au Regiment des
Gardes Françoiles, en fut Sous- Lieutenant en 1692,
Lieutenant en 1694 , Capitaine en 1696 , & nommé
Brigadier en 1710 .
M. N. de Beauverger , Seigneur de Montgon , qui
aprés avoir cité Sous Lieutenant au Regiment des
Gardes Françoiles en 1685, en fat Sous - Ayde Major
en 1689, Ayde major en 1693 , Capitaine en 1698 ,puis
Capitaine des Grenadiers , & nommé Brigadier en
1710. Il eft frere de м. de Monrgon , Lieutenant
General.
M. Pierre Armand Comte de Gaffion , qui aprés
avoir efté Colonel duRegiment de Gaffion en 1702 ,
fut Colonel du Regiment de Navarre en .. & nommé
Brigadier en 1710. Il a épousé Dame N. Fleu
riau , fille de M. d'Armenonville, Secretaire d'Eſtat.
Voyez le P. Anfelme.
M. N. Marquis de Voluire , qui aprés avoir efté
Guidon des Gens- d'Armes de la Garde du Roi, en
fut Enfeigne , puis Sous- Lieutenant , & nommé Brigadier
en 1710.
M. N. du Bois , Chevalier de Givry , qui fut fait
Colonel du Regiment de la marcheen 1702 ,& nommé
Brigadier en 1710.
M. Charles- Louis de Mont - Saunin , marquis de
Montal , qui fut fait Colonel du Regiment de Poitou
en 1702 , & nommé Brigadier en 1710. Voyez le P.
Anfelme.
$4 LE MERCURE
b
M Thomas 1 Gendre , Seigneur de Colandre ,
qai aprés avoir efté Officier dans le Regiment des
Gardes Françoiles , fut fait Colonel du Regiment de
Flandres en 1702 ,du Regiment Royal des Vaiffeaux
en 1705, & nommé Brigadier en 1710. Il a épousé
Dame N de Voyer , fille de M. d'Argenfon , Garde
des Sceaux de France , & eft frere de M. de Barville ,
dont il a efté parlé cy deflus,
M. Louis Athanafe de Pechepertou deComenges ,
Comte de Guitaud , qui aprés avoir efté Lieutenant
dans le Regiment du Roy , fut fait Colonel du Regiment
de Guitaud en 1702, puis de celuy de Roüergue,
& Infpecteur d'Infanterie en . . & nom é Brigadier
en 1710. Voyez le P. Anfelme .
}
M. N. Marquis de Laval- montmorency , qui aprés
avoir efté Colonel d'un Regiment d'infanterie en
1702 ,le fu de celuy de Bourbon en 1705 & nommé
Brigadier en 1710 Voyez le P. Anfelme.
M. N. Marquis de Lannion , fils du Comte de
Lannion Lieutenant General , après avoir été fait
Colonel du Regiment de Lannion en 1702 ; il fat
Colonel du Regiment de Saintonge en 1705 , & fut
nommé Brigadier en 1710.
M. Anne Jacques de Bullion , marquis de Fervaques
, fils de M. de Bullion Prevoft de Paris .Aprés
avoir efté fait Colonel du Regiment de Baffigny en
1702,le fut de celuy de Piedmont en 1705, Lieute
nant de Roy du Pays Chartrain en 1706, & nommé
Brigadier en 1710. Voyez le Pere Anfelme.
M. N. Comte d'Aubigné , neveu de M. l'Archevêque
de Rouen , aprés avoir efté fait Colonel du
Regiment Royal en r704. fut Infpecteur d'Infante
rie , nommé Brigadier en 1710 & Gouverneur du
Saumurois & de la Ville de Saumur en ...
M. Franço's Berthelot , Seigneur de Reboureau ;
fils de M. Berthelot Secretaire des Commandemens
de Madame la Dauphine , aprés avoir efté Capitaine
dans le Regiment Royal Etranger , il fut fait Colo-
"
DE MARS. 8.5
nel du Regiment de Bragelongne en 1702 , de celuy
de Bretagne en 17c5 & nommé Brigadier en 1710.
M N. de Montauban de la Chau , qui ayant cité
fait Colonel du Regiment de la Chau en 1702 , fut
ammé Brigadier en 1710,
M. N. de Montaigu , Comte de Bouzols , qui
aprés avoir efté Capitaine dans le Regiment Royal
Rouffillon , fut fait Colonel du Regiment de Cavalerie
de du Bordage en 1704, & nommé Brigadier
en 1710. Il eft frere du marquis de Bouzols , Lieupant
General.
M. N. Verjus , Comte de de Crecy , fils de м .
de Crecy Plenipotentiaire à Rifvvick ; aprés avoir
efté Colonel du Regiment de Boulonnois en 1703,
il fut nommé Brigadier en 1710 ,Gouverneur de la
Ville & Pays de Toul en 1714 , Capitaine des Gensd'Armes
de Berry.en ..& мaiftre de la Garderobbe
de M. le Duc d'Orleans.en 1717.
M. N Skelton , Anglois , fils du Lieutenant General;
apiés avoir efté Capitaine dans le Regiment
de Nugent , il fut fait Colonel à la fuite de ce Regiment
, & nommé Brigadier en 1710.
M N. Tektu , marquis de Balincourt , qui aprés
avoir efté Lieutenant dans le Regiment du Roy , fut
fait Colonel du Regiment d'Artois en 1703 , nom-
&
mné Brigadier en 1710 Il a époufé N. Aileman , fille
du marquis de Montmartin .
M. Hierofme François Flahaut , Seigneur de la
Billarderie, qui aprés avoir efté Capitaine de Cavalerie
Exempt des Gardes du Corps du Roy , Ayde
major d'une des Compagnies des Gardes du Corps ,
fut nommé Brigadier en 1710.
M. N. de Cambis , Marquis de Velleron , neveu
du Cardinal de Janfon ; aprés avoir cfté Exempt
des Gardes du Corps du Roy, il en fut fait Enfeigne
en 1709 & nommé Brigad er en 1710.
M. Paul Sanguin , marquis de Livry , fils du marquis
de Livry , Premier Maiftre d'Hoſtel du Roy;
869 LE MERCURE
aprés avoir efté Colonel d'Infanterie en 1703 , il fut
fait Colonel du Regiment de Nivernois en 1704 &
nommé Brigadier en 1710.
M. Paul François de Bethune , marquis d'Ancenis
, qui aprés avoir efté Capitaine de Cavalerie dans
le Regiment de Bourgogne , fut fait Colonel de ce
Regiment en 1704 , Gouverneur de Dourlens en
1708,nommé Brigadier en 1710, & Capitaine d' ne
Compagnie des Gardes du Corps du Roy. Voyez le
P. Anfelme.
M. N. de Soubeiran , Seigneur Darifat , qui aprés
avoir efté Brigadier , puis marêchal des Logis ,
Cornette & Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , fut nommé Brigadier en 1710.
M.N.O-Brien , qui étant Colonel d'un Regiment
Irlandois , fut nommé Brigadier en 1710.
M. N. Perrin, qui aprés avoir efté Lieutenant Cclonel
du Regiment de Boisfermé , en fut fait Colonel
en 1706 & nommé Brigadier en 1710 .
M. N. de S. Morel , lequel eftant Lieutenant Colonel
du Regiment de Poitou , fut nommé Brigadier
en 1710.
M. N Seigneur de Curty , lequel eftant Lieutenant
Colonel du Regiment de Provence , fut nommé
Brigadier en 1710.
M. Emanuel de Loupiat , Seigneur de la Deveze ,
lequel aprés avoir efté Lieutenant d'Artillerie , fut
fait Lieutenant Colonel du Regiment des Bombardiers
en .. & nommé Brigadier en 710.
M N. de Quiquebeuf , Seigneur de Roiffi , lequel
après avoir efté major du Regiment de leuvil
le , puis ma or General en italie , fut nommé Brigadier
en 1710.
M. N. de S. Perier , lequel eftant Lieutenant
d'Artillerie , & la Commandant en Elpagne , fut
nommé Brigadier en 1710.
M. N Favart , Ingenieur , qui fut nommé Brigadier
en 1710.
M. N. de Valliere , lequel étant Capitaine de la
DE MAR S. 87
premiere Compagnie de mineurs , fut nommé Bri-,
gadier en 1710.
M N. Marquis de Chaftillon , qui aprés avoir
efté Colonel de Dragons , fut fait Commiffaire General
de la Cavalerie Legere de France , puis meftre
de Camp General de la Cavalerie , & nommé Bri
gadier en 1711. Il a époufé N. Voyfin , fille du feu,
Chancelier. Voyez le P. Anfeline.
DAG DIE NAG SKE THE AL AL AL ALBIG TITSTO ING
LA
Les deux Domino doubles.
Avanture du Bal.
A Marquife de .... avoit à fon fervice
depuis quelque tems une Femme
de Chambre , de celles qui fe contentent
de peu de gages , lorfqu'elles comptent que
les charmes de leurs Maitrcffes doivent y
fupléer.
La Dame étoit belle ,jeune & vertueufe .
Cette derniere qualité étoit de trop pour la
Suivante qui efperoit tirer profit des deux
autres. Heureulement pour les vûës , le
Chevalier de .... jeune Seigneur étranger
& fort liberal , s'enflamma vivement pour
la Marquife. Mais foit timidité ou refpect
car la Dame étoit auffi fiere que polie , il
n'ofa jamais lui faire l'aveu de fa paſſion .
La Suivante qui étoit fine & pénetrante
devina bien -tôt l'état fouffrant du Chevalier.
Cette fille adroite , qui avoit fouvent
88 LE MERCURE
7
occafion de lui parler fans confequence ,
lui fit entendre qu'elle avoit furpris le fecret
de fon coeur. Le Chevalier , bien loin d'en
être offenfé , fe trouva beaucoup plus à fon
aife par la confidence qu'elle venoit de lui
faire. Sans perdre de tems , il lui dit que
fi elle vouloit le fervir en amie auprés de
la Marquife , il n'y auroit point de gratification
qu'elle ne dût attendre de fa generofité
& de fa reconnoiffance. Dans le
moment , dix louis donnez pour arrhes
dans la main de cette fille , firent promettre
au Chevalier beaucoup plus qu'elle ne
pouvoit lui tenir . Mais , ce qui acheva de
la charmer , c'eft que comme il étoit fort
amoureux , il lui fit efperer le double , s'il
faifoit quelque progrès dansfon amour ; &
fortune complette , fi la fienne le devenoit.
La Suivante l'ayant quitté , ne penfa plus
qu'aux moyens de mettre à profit une occafion
fi favorable. Aprés plufieurs expediens
que fon imagination intereffée lui
fournit , elle n'en trouva pas un plus infaillible
que celui - ci.... Comme fa Maî
treffe fe picquoit quelquefois au jeu , juf
qu'à perdre tout ce qu'elle avoit d'argent
Comptant , mais encore à jouer fur fa parole
, ( c'étoit fon unique défaut ) elle perfuada
à cet Amant timide qu'une fomme
d'argent offerte à propos en de pareilles
circonftances à la Marquife , lui épargneroit
l'embaras d'une déclaration. Elle s'engagea
DE MAR S. 89
:
gagea en même tems envers le Chevalier
de venir l'inftruire de quelle maniere il
devoit fe conduire, au cas que fa Maitreffe
fit quelque perte confiderable . Deux jours
aprés , nôtre intriguante entra avec un vifage
riant dans la Chambre du Chevalier ,
& lui dit , que ce qu'elle avoit prévû , étoit
arrivé : Que la Marquile ayant paffé la
nuit à jouer au Biribi , & n'êtant revenuë
qu'à cinq heures du matin , elle s'étoit
jettée d'abord dans un fauteuil , comme
une femme accablée de quelque violent
chagrin Qu'après avoir beaucoup ſoupiré
, elle n'avoit pû s'empêcher de lui
avouer qu'outre cent louis qu'elle avoit perdu
, elle en avoit encore emprunté deux
cent , avec promeffe de les rendre dans
trois jours. Et , comment pouvoir les ren
dre ? m'a- t'elle ajouté ; je fuis fans efpoir
de les trouver : Et ce qui met le comble à
mon malheur , c'eft que ne les rendant pas ,
mon mari en fera bien-tôt informé . Que lui
diranje Tu connois fon humeur ; quelque
liberté qu'il me donne en apparence ,
il ne feroit pas fâché au fonds d'avoir un
pretexte plaufible de me la retrancher cette
liberté , & peut être de me confiner dans
une de fes Terres . Aprés t'avoir confié
mes juftes allarmes , connois- tu aprés cela
une femme plus à plaindre que moi ?
Vous jugez bien , Monfieur , que j'ai
paru entrer dans toute fa fenfibilité , j'ai
H
90 LE MERCURE
paffé en revûë tous les moyens qui ne pouvoient
être d'aucune reffource pour la tirer
d'intrigue : Enfin , j'ai rifqué , Monfieur ,
de vous nommer , & de lui infinuer adroi
tement que je ne connoiffois que vous, affez
de fes amis pour lui offrir vôtre bource.
Elle m'a d'abord impofé filence , & cela ,
d'un air qui m'a prefque fait defefperer
qu'elle voulût avoir recours à vous. Cepen
dant , aprés une fcene muette de quelques
minuttes entre ma Maîtreffe & moi , elle
cft tout à coup fortie, comme d'une léthargie
profonde , & m'a dit d'un ton radouci:
Mais , quelles affurance as- tu qu'il voulût
me faire ce plaifir ? C'eft , Madame, parce
qu'il vous aime. Que viens tu de prononcer
? Retire-toi de ma prefence. Je préfererois
la mort plutôt que de ..... Non ,
Madame , ai-je repris ; je ne vous abandonnerai
pas dans l'extremité ou vans êtes
reduite Pardonnez- moi , je vous prie , mon
indifcretion ; mais , j'ai crû que je pouvois
tout rifquer dans la fituation cruelle où vous
êtes plongée . Soit qu'elle ait été touchée
de la bonté de mon coeur , & de la part
qu'elle croyoit que je prenois à fon infortune
, ou plus vraisemblablement , qu'aprés
avoir balancé les inconveniens des deux côtez,
elle a fait tout à coup ceder fa vertu , ou
pour mieux dire , les dehors , à la dure neceffité
de fon fort. Je te pardonne , m'a-
' elle dit , par la tendre pitié que tu prens
DE MAR S. 91
de mon infortune. Il y a long tems , je ne
t'en ferai point un miftere , que je m'apperçois
que le Chevalier m'aime ; je lui en ai
fçû gré : Mais , quand je reflechis qu'un
homme ne donne rien pour rien, cette penfèe
m'accable. Car enfin , quelle eftime
veux-tu qu'il ait de moi , lorfqu'il fçaura
le motif qui m'a pouffé à faire cette lâche
démarche ? Vous pouvez bien vous imaginer
, Monfieur , que j'ai employé tous
mes talens pour lui infpirer une meilleure
opinion de vos fentimens à fon égard ; j'y
ai réuffi & cela fuffit. Il ne s'agit plus
que de vous mettre en lieu où vous puiffez
lui parler librement. Il y a Bal ce foir à
l'Opera. La partie eft liée depuis deux jours
avec quelques- unes de fes amies . C'eft le
lieu que j'ai choisi pour moyenner vôtre
entrevue , convenir de vos faits & vous
rendre heureux . Vous connoillez le Dominode
caprice de ma Maîtreffe ; vous ne ſçauriez
vous y méprendre : Mais furtout n'ou
bliez pas les deux cent louis . Je l'y accompagnerai
, & je prend fur mon compte de
ménager fi bien toutes chofes , que vos
defirs feront comblez . Le Chevalier extafé
de la felicité prochaine à laquelle il afpiroit
depuis fi long tems , croit ne pouvoir trop
bien payer les foins de cette habile médiatrice
; il lui donne en effet de nouvelles
marques de fa liberalité . Cette fille perfuadée
que la fin répondroit à de fi heureux
b ij
92 LE MERCURE
commencemens , prend congé de nôtre
Amant & va tout préparer pour parvenir
à fon but. Elle n'oublia pas furtout de
commander le même jour un Domino qui
fût tout femblable à celui de fa Maîtreffe.
Nôtre Amant plein d'une ardente impatience,
trouva le jour plus long qu'à l'ordinaire
; il prit onze heures pour minuit ,
& entra par confequent un des premiers au
Bal . Il y avoit prés de deux heures qu'il
examinoit tous les Mafques qui venoient
en foule , lorfqu'à la fin fa Divinité parut.
La Suivante qui connoiffoit le Domino du
Chevalier , l'eut bien- tôt demêlé : Elle l'aborde;
& l'ayant tirée à quartier, lui fit tout
efperer. Elle lui ordonne de monter au Paradis
: Qu'elle étoit convenué de ce rendez
- vous avec fa Maîtreffe , qui prevenuë
de fon arrivée & de fon déguifement , ne
feroit autant de tems à l'aller joindre, qu'il
lui en faudroit pour pouvoir fe féparer fans
affectation de la Compagnie. Que là , elle
lui parleroit pu plûtôt fe laifferoit parler ;
car , ajouta t'elle , ma Maîtreffe n'aura
pas , je croi , la force de vous répondre .
Le Chevalier qui étoit dans la bonne foi
autant que la Femme deChambre étoit dans
la mauvaiſe , obéit aveuglément & gagna
auffi-tôt le Paradis , en fe plaçant à l'endroit
le moins éclairé . Pendant qu'il en jouë
fon imagination de toutes les douceurs de
l'Amour , la Suivante qui venoit de Le
DE MAR S. 93
montrer à lui avec un Domino noir , ne
I'ût pas plûtôt perdu de vûë , qu'elle s'en
débarafla avec une promptitude étonnante ,
le cacha adroitement fous un autre de caprice
qui étoit pareil à celui de la Marquife
. Ainfi métamorphofée en fa Maîtreffe
, elle va jouer fon rôle au Paradis.
Nôtre Amant qui avoit l'oeil au guet , fut
comme ébloui de cette charmante apparition
; il fit mine de vouloir fe lever pour
lui aller donner la main ; mais on lui fit
figne de ne point remuer . Aprés quelques
façons misterieufes , on s'affied à côté de
luí d'un air déconcerté , & l'on ne fonna
mot. Le Chevalier qui avoit reçû fes inftructions
, crut pour fon honneur qu'il
devoit entammer la converfation . Quoiqu'homme
d'efprit , il s'embaraffa ſi fort
dans fon compliment , qu'il fut tenté plus
d'une fois de commencer par donner les
deux cent louis , convaincu que rien n'étoit
plus éloquent ni plus décifif que le langage
muet de l'argent . Il fallut cependant s'expliquer,
mais il s'en tira fi mal, que la feinte
Marquife n'ût pas de peine par la voye
de l'imitation , à le tromper plus aifément .
Comme elle étoit fort preffée d'être nantic
de cette fomme, il ne lui fut pas fort difficile
dans cet état d'amener fon homme au
point principal . En effet , il s'en défaiſit
auffi volontiers qu'elle le prit. Cette rufée
ayant fon compte , ne penfa plus, qu'à
94 LE MERCURE
échaper au plus vite des mains du Chevahier.
Elle abregea tant qu'elle put la converfation
; & le levant brufquement , lui
dit : Ce n'eft pas fans regret & fans quelque
confufion , que je me vois forcé de me
détacher de vous , mon cher Chevalier.
Je ne peux cependant m'en difpenfer ; vous
comprenez bien que ma Compagnie feroit
en peine de moi . Il eft de ma, prudence
de l'aller rejoindre ; aprés quoi je fuis abfolument
à vous dans une demie heure.
Pardon , Chevalier ; je n'ufe de cette précaution
que pour avoir le refte de la nuit
à nous, afin d'en profiter plus à nôtre aife....
Ceci fut prononcé d'un ton fi cordial , que
nêtre Etranger agréa fes raifons. La rulée
Soubrette ne lui donnant pas le tems de la
reflexion , ût bien - tôt regagné l'efcalier
& dans le détour des Secondes , elle remet
fon Domino noir qui fervoit , comme de
houffe à l'autre , & rentre dans le Bal .
Il eft tems ou jamais , de parler du mari
de la Dame au Domino de caprice . Ce
mari étoit jaloux à la rage ; nulle paffion
n'étoit en lui plus dominante, hors la vanité
de ne le point paroître ; il laiffoit à fa femme
la liberté de tout faire , & fe refervoit
celle d'examiner fi dans tout ce qu'elle fai
foit , elle conferveroit cette vertu dont elle
fe paroit , & dont il ne fe défioit que par
foiblefle. Car fa raifon l'en affûroit , mais.
Lon penchant à la jouloufic , l'en diflua»
DE MARS !
95
doit. Nôtre Marquis fe trouvoit incognito
prefque dans tous les Bals où fa femme alloit.
Il avoit remarqué en plufieurs rencon
tres que le Chevalier étoit prefque de toutes
les parties de la. Marquife ; il conclut de- làque
ce jeune Etranger aimoit ſa femme , &
qu'il en étoit peut - être aimé. Son efprit dé
fiant lui confeilla d'épier toutes les démar
ches, de l'un & de l'autre , & lui fuggera.
de fe donner un déguisement pareil à celui
du Chevalier , dans le deffein de mettre
à l'épreuve fon époufe à la premiere occafion
. Il fe figura que le Bal de l'Opera:
la lui fourniroit . S'y êtant rendu , il obſerva
une partie de tout ce qui s'étoit paffé entre
la Femme de Chambre & le Chevalier;
on croit aisément ce que l'on craint. Nôtre
jaloux fe perfuada pour lors que fes foupcons
n'étoient pas mal fondez. Dans le tems
qu'il étoit le plus occupé à fuivre de prés
toute cette intrigue , un gros de Maſques
furvint , qui fe partageant de côté & d'autre
dans la Salle , les lui fit perdre de vûë.
Quelques recherches qu'il fit , fes peines.
furent inutiles ; fa femme même le trouva
perdue : Il prit enfin le parti d'aller fe placer
dans quelques loges pour tâcher de démêler
les perfonnes qui lui tenoient fi fort
au coeur ; mais les premieres & les fecondes
êtant entierement remplies , il monta au Pa
radis.Mais , quelle fut fa furprife? Le premierobjet
qui le frapa , fut une Eemme fous le
96 LE MERCURE
même déguiſement que la fienne , dans un
tête à tête avec le Chevalier. Il ne douta
pas un moment que ce rendez- vous ne dûr
être la fuite de l'entretien dont il avoit été
témoin en bas. Il manqua d'éclater &
d'emmener fur le champ cette perfide chez
lui. Un moment de reflexion le fit changer
de fentiment, il aima mieux differer fa vengeance,
que de la rendre infructueuse dans
un lieu public. Il fentoit bien que le deshonneur
de fa femme, ainfi dévoilé, rejailliroit
du moins autant fur lui que fur elle.
On ne pouvoit neantmoins être dans
une plus grande perplexité d'efprit , pour
fçavoir à quoi cette entrevue fe termineroit.
Son embaras augmenta bien davantage , lorf
qu'il vit que la fauffe Marquife, après avoir
pris congé du Chevalier , & lui avoir promis
qu'elle ne feroit pas long- tems fans le
rejoindre , tira en defcendant un autre Domino
noir deffous le premier ,& le mit par def
fus l'autre . Ce double manege acheva de le
déconcerter ; il fe trouble , il veut la fuivre;
il n'en a pas la force , & refte immobile . La
Suivante qui ne s'étoit point apperçûë
d'avoir un homme qui l'éclairât de fi prés,
ût à peine fait un tour dans la Salle , qu'elle
remonta fous pretexte de demander au jeune
Etranger , s'il avoit lieu d'être fatisfait
de fa Maîtreffe. Cette fille non contente
des 200. louis qu'elle venoit de toucher , com.
me Marquife , voulut encore en tirer vingt
autres
DE MARS. 97
autres, comme Médiatrice , fuivant la promeffe
du Chevalier. Elle alloit cu fon interêt
la guidoit , lorfqu'elle voit au milieu
de l'escalier , le Marquis en Domino jaune,
qu'elle prit pour le Chevalier , & qui lui
avoit échapé la premiere fois. Trompée par
la reffemblance : Eh bien , Monfieur ,
fçai- je bien fervir mes amis ? Ne méritai -je
pas les 20. Louis que vous m'avez promis ?
Retourne , vous dis je au Paradis , & ma
Maitreffe viendra bientôt vous donner des
preuves qu'elle n'est point ingratte : En un
mot , je fuis chargée de tenir une voiture
prête pour vous conduire en lien de fûreté.
Comme elle parloit au Mari à vifage dé
couvert , il ne pût pas s'y méprendre . Un
moment auparavant , il l'avoit crue fa
femme , & la retrouve un inftant aprés , fa
Femme de Chambre. Ce que venoit de lui
reveler cette fille , le mettoit aux : abois.
Quelque avare qu'il fût , il étoit encore plus
jaloux. Il oublia le premier point pour fatisfaire
au fecond . Il s'imagina qu'en facrifiant
ces 20 louis , il en feroit bien dédommagé
par le plaifir qu'il fe faifoit de fe
fubftituer à la place du Chevalier . Cette
idée lui plût fi fort , qu'il tire fa bource &
lui compte d'une main tremblante cette
femme. Aprés ce genereux effort ; Puifque
ta Maîtreffe , lui dit- il , veut bien
' accorder cette faveur , il n'est pas proi
pos qu'elle fe donne la peine de remonter. Il
Mars 1719. I
à
98 LE MERCURE
faut que tu la conduifes dans le Caroße deftiné.
Tu viendras enfuite m'avertir , & nous
irons enfemble la trouver. Cette fille naturellement
pénetrante , & qui avoit autant
de fineffe & de manege , que les Poëtes
modernes en donnent aux Suivantes de Comedie
, foupçonna que cet homme pourroit
bien n'être pas le veritable Chevalier ; &
cela , fur la confequence qu'elle n'étoit pas
la veritable Marquife dans le rôle qu'elle
avoit joué precedemment. Il lui paroifloit
à la verité tel par l'exterieur ; mais , ayant
confideré que celui -ci n'avoit pas tout à fait
l'air content , & ne tenoit pas le langage
d'un homme bien charmé d'un rendez- vous,
elle craignit avec raifon qu'à force de du
per , elle ne fut dupée elle-même . Son erreur
ne fut pas de longue durée ; elle reconnut
par degrés le Marquis dans le Chevalier
Mais , comme, tout étoit dit , &
qu'elle avoit fon compte , fa retraite ſuivit
de prés la reconnoiffance , fous pretexte
d'aller inftruire fa Maîtrelle des intentions
du faux Chevalier , & de venir enfuite le
reprendre. Ravie pour lors d'avoir réuffi à
tromper le Mari & l'Amant , elle s'en tintlà
& n'ofa pas pouffer l'avanture plus loin .
En fille prudente , elle ne penfa plus qu'à
mettre fon argent & fa perfonne en fûreté;
ce qu'elle fit heureufement, en fe refugiant
fecretément chez une de fes amics qui avoit
toute fa confiance.
DE 99 t MAR S.
- Pendant que le Marquis attend avec des
tranfports plus que jaloux , la fuivante pour
l'embarquer avec la maitreffe dans quelque
voiture , & qu'il fe fait un cruel plaifir de
demafquer toutes les perfidies & les
horreurs de fa femme , le Chevalier ne joüi£
foit pas d'une plus grande tranquillité . Il
y
avoit plus de deux heures qu'il étoit en fen
tinelle , dans le même pofte où la foûbrette
l'avoit laiffé , fans avoir û aucune nouvelle
ny d'elle , ny de fa maîtreffe. Sa patience à
la fin épuifée , il defcendoit dans la fale
du Bal pour s'en plaindre au moins à la médiatrice.
Il n'étoit pas au quart de l'escalier ,
qu'il vit un Mafque dont le déguiſement ne
differoit en aucune forte du fien . Après s'être
paffé l'un & l'autre en revue , le Chevalier
s'enfonça dans le Bal pour tâcher de demêler
la fuivante : à force de percer les rangs ,
la Marquife lui apparut . Cette rencontre
calma un peu fes inquiétudes ; il ne favoit
encore s'il devoit l'aborder avec un vilage
riant ou faché . La Marquife l'ayant furpris
entre ces deux paffions , & l'ayant reconnu.
Quoy , c'est vous Chevalier ! Je m'étois
flatté jufqu'à prefent que quand vous veniés
au Bal , j'y avois quelque part : vous me détrompés
aujourd'huy, vous ne merités pas qu'on
vous aime ; allez , vous êtes un ingrat . Ce
pauvre garçon qui croioit n'être pas
fon tort , fut prêt , malgré tout fon r fpec
& fon amour , de prendre cette plaifante-
I ij
dans
335109
$100 LE MERCURE
rie en mauvaiſe part. Il fe contint , ſe perfuadant
que la Marquife avoit fes railons
pour tourner ainfi la choſe en badinant. Le
mary cependant , qui avoit trouvé une
place libre dans une des premieres , y étoit´
entré pour avoir l'oeil fur la fortie de fa
femme & de fon prétendu Galant ; il ob- ,
ferva de- là , comme d'une jalousie , que
l'Amphitrion Chevalier étoit allé joindre
fa Marquife. Il ne put davantage être le
maître de fon reffentiment : & fans s'embarafler
du retour de la femme de chambre,
il courut au plus preffé . Tandis qu'il defcend
, un de fes amis avec qui il étoit ve
nu & dont il s'étoit feparé , le rencontrant
au paffage , l'arrête par la manche • &
riant de tout fon coeur : je te prie , lui ditil
, remontons , & nous ferons témoins de
la Scene la plus originale qui ait jamais
paru au Theatre . C'eſt , ajoûta - t'il , un
homme moitié robe & moitié épée , qui
donne le fpectacle du monde le plus comique
c'eft un échapé de Bailli de Village ;
fi infatué du merite de fa danfe , qu'il s'eft
mis en tête de n'avoir pas fon égal : c'eſt
fa marote. Quelques jeunes gens qu'il frequente,
bien loin de l'en diffuader ,l'ont ens
core fortifié dans fa manie , & l'ont enfin
engagé de venir au Bal. Ils ont cû la
malignité de prevenir quelques Dames de
leur connoillance fur le foible de ce Provincial
; elles font entrées volontiers dans
DE MAR S. for
leur complot , bien refolués de le fatiguer
au point qu'il leur demandât quartier.
Toute la falle en eft avertie , & l'on s'eft
donné le mot pour l'applaudir. Allons
nous affeoir , afin que nous entrions en
communauté de plaifir. Le defolé Marquis
qui étoit occupé de tout autre foin
s'en excufa ; & fe delivrant des mains de
fon ami , il refolut d'arrêter à fon tour la
Marquife à fon paffage . 11 en fut encore
une fois la dupe ; car cette Dame étant
fortie avec fa compagnie , étoit remontée
dáns fon Caroffe , durant l'intervalle qu'il
avoit été obligé d'effuyer le fatiguant recit
de fon importun.Son imagination plus alterée
& plus derangée qu'auparavant par ce
contretemps , ne lui permit plus de douter
qu'on ne fût allé immoler fon honneur au
même endroit dont la fuivante lui avoit
parlé. Comme on ne le lui avoit point indiqué
, il ne fçavoit à quoy fe determiner.
Le dernier parti auquel il s'abandonna , fut
d'aller attendre fa femme chez lui , meditant
une vengeance proportionnée à la
grandeur de l'affront. En rentrant , il apprend
du Suiffe , que Madame venoit d'arriver.
Quoique cela dût le pacifier un peu , il
monta precipitament , avec des yeux étincelans
de fureur à l'appartement de la Marquife.
Qui vit-il en entrant le Chevalier
en Domino jaune qui s'entretenoit avec elle.
fur l'abſence de fa femme de chambre dont
?
I iij
102 LE MERCURE
l'un & l'autre étoit fort en peine par des
vûes differentes : Car nôtre amant eut alors
de violens foupçons qu'il ne fe fût laiffé
furprendre par cette fille . Nôtre Marquis,
étoit un peu poltron par nature ; je croi
ayoir déja fait cette remarque le de faut
de courage lui fit diffimuler fon mécontentement
, ce jufqu'à ce que le Chevalier fût
forti ; ce qu'il fit un inftant aprés . Se
voyant pour lors le maître : ch bien , A1adame
, croïez - vous que j'aye fujet d'être
content de la conduite que vous avez te◄
nue au bal ? Aprés ce que j'ai vu & enten,
du , auriés - vous le front de me nier que
vous êtes la plus indigne de toutes les fem
mes ? il n'omit aucune des particularitez
pour l'en convaincre & l'en faire convenir,
La Marquife avec tout le fang froid &
toute la ferenité d'efprit que donne une
bonne confcience , foûrit à fon emportement.
C'eft à la verité la premiere fois ,
Monfieur, que vôtre jaloufie éclatte ; mais
ce n'eft pas la premiere fois que je vous en
ai vù. Je fuis ravie que vous ayez pardevers
vous tant d'indices & des preuves fi
convaincantes d'un fait qui n'a pas le moindre
fondement. Cela vous apprendra à
L'avenir que l'on ne doit pas même croire
ce que l'on croit voir fans équivoques,
Quelques furprenantes que foient pour moi
toutes les circonstances qui vous ont fait il-
Lufion , il eft impoffible qu'avec un peu de
DE MAR S.
103
prudence , nous ne découvrions le fauffeté
d'un préjugé qui m'eft fi injurieux . Vous
avez autant d'interêt que moi à le verifier ,
fans en venir à un éclat qui vous donneroit
un travers dans le monde dont les fui-
Ites ne pourroient plus s'effacer. Croiez
moi , mon cher Mari ; tout s'éclaircira ; un
jour fuffit pour cela . Ma tranquilité doit
vous rallurer ; faites en de même fi vous
pouvez. Je foupçonne ma Femme de
Chambre ; elle n'eft pas revenue comme
vous voyez , & ne reviendra pas fuivant
toutes les apparences. Il faut à petit bruit
découvrir le lieu de fa retraite , & je me
charge d'en faire la recherche & d'y réuf
fir. J'ai grand befoin de dormir . Permet
tez-moi de vous laiffer dans vos foupçons
jufqu'à demain au foir ; c'eft la punition
que vous meritez ...Cette maniere courte de
le juftifier , le frapa au point qu'il s'en rapporta
plus à la douceur avec laquelle fa
femme l'avoit écouté & lui avoit répondu ,
qu'au témoignage de fes yeux. Il ne repliqua
pas un mot , & laiffa fa femme en
repos.
Je ne dirai point par quels moyens ils
ont deterré la Suivante. La Dame à qui il
importoit beaucoup pour fa tranquilité &
pour celle de fon Mari , d'avoir revelation
de cette Fille , la fit chercher fi exacte
ment que dans la journée même elle fut
enlevée & conduite en la prefence & celle
I iiij
104 LE MERCURE
de fon mari. On la menaça de la prifon &
de la faire punir fi elle ne déclaroit pas tout
fon manege. Une jufte frayeur s'êtant emparée
de fon ame , elle decela tous les refforts
fecrets qu'elle avoit employés pour arriver
à fes fins : Elle n'oublia pas les 200 .
louis du Chevalier & les 20. louis du Marquis
. La preuve fut fi complette pour la
juftification de la Marquife , que le pauvre
Mari fut obligé à fon tour de fe juftifier
lui- même. Tout fe paffa à l'amiable;la paix
fut rétablie entre les deux Epoux . Le Marquis
fut gueri en même tems de la jaloufie .
Il fit rendre à la Suivante tout l'argent
qu'elle avoit ufurpé . La Marquife indignée
du procedé du Chevalier , lui renvoya
fes 200. louis avec la fille & lui deffendiť
fa Maifon . Voilà l'unique vengeance que
cetre Dame prit du Mari, de l'Amant & de
la Femme de Chambre:
******
O
1
ร
滋味味燉
N vend à Paris chez Pierre Ribou
Quay des Auguftins , un volume inoctavo
contenant la nouvelle Tragedie d'Oëdipe
de Monfieur de Voltaire , avec
plufieurs Lettres critiques de l'Auteur , tant
fur l'Oedipe de Sophocle , que fur celle de
Corneille & fur la fienne propre..
Le grand accueil , dont le Public a honoré
la nouvelle Oedipe au Theatre FranDE
MAR S.
Γιός
1
çois , n'a point fermé les yeux de l'Auteur
aux défauts de fa Piece ; il a la generofité
de ne vouloir tirer aucuh avantage du zele
outré d'un certain Peuple qui faifoit hommage
à cette Tragedie , comme à une Piece
parfaite à tous égards. M. de Voltaire détrompe
ces Meffieurs , en leur decelant luimême
plufieurs défauts de fon Ouvrage
avec un courage qui n'a d'exemples que.
chez les Auteurs du premier ordre.
N'attendons rien de parfait de l'homme.
La meilleure de nos Tragedies , fera celle
dont les beautez compenferont plus richement
les défauts . Or , s'il y a neceflaire-.
ment des défauts dans la meilleure, de nos
Tragedies , penfez -vous que fon Auteur
dût être beaucoup flatté du fuffrage de bonnes
gens , qui l'affûreroient que fa Piece eft
inacceffible à la critique la plus fine & la
moins indulgente ? Non fans doute ; il
n'y a que l'Ecrivain tres - fubalterne qui'
pourroit s'enorgueillir fur la foi de pareils
loüangeurs .
L'Ecrivain fuperieur defire , au moins
confulément , une plus grande perfection
dans fon Ouvrage il éprouve lui- même
une certaine langueur , en lifant les endroits
où fon efprit moins actif n'a pas employé
toutes les reffources ; il eft d'abord tenté de
retoucher à ces endroits ; mais la pareffe
l'en déconfeille, en lui promettant que fes
Juges , moins clairvoyans & moins délicats
106
LE
MERCURE
que lui , pafferont pour bon ce qu'il erouve
tout au plus mediocre.
Il feroit important à un Auteur du premier
ordre , de s'être bien perfuadé que
rien n'échappe aux yeux du Public ; que
non feulement ce Public voit autant que
lui , mais beaucoup au- delà : Que toutes
fes negligences feront fenties ; que toutes
fes fautes feront cenfurées . Loin que la
haute idée qu'il fe feroit faite de fes Juges,
le follicitât au découragement , elle exciteroit
au contraire ſon émulation , & rendroit
continûment fon genie attentif à ne jamais
defcendre , du vrai au déraisonnable , de
l'excellent au mediocre . J'ai des Juges dignes
de moi, dirait il : Ces Juges fçauront
fentir & qualifier les fautes qui m'échaperont
contre mon gré dans mon Ouvrage ;
tant mieux : Ils en fentiront par confequent
toutes les beautez , & fçauront en faire une
jufte appreciation .
Il y a apparence que M. de Voltaire a
compofè fa Tragedie dans l'efprit que je
defire ici à tous les Auteurs ; mais je ne
fçai , fi le prodigieux fuccés de cette Tra
gedie ne lui a pas caufé quelque fcandale ,
& n'a pas fait baiffer un peu fon eftime pour
le Public. Je croi donc qu'il eft à propos
de l'avertir que fa Piece a mérité ce fuccés
tout grand qu'il eft & que le Public a dû
faire tout cet accueil à un effai qui promet
au Theatre François de nouveaux Modeles
DE MAR S. 107
dans le genre. On n'a pas méconnu les
vrais défauts de la nouvelle Oedipe ; mais
on a cru devoir faire grace à ces défauts ,
en faveur des beautez infiniment dominantes
qui les rachettent . M. de Voltaire
femble croire que le Public n'a apperçu
dans fa Piece , que le petit nombre de défauts
fur lefquels il paffe condamnation.
dans fa propre critique ; il feroit dangereux
de le laiffer dans cette erreur ; c'eft
pourquoi je vais lui dénoncer, entre toutes
les Remarques critiques que j'ai recueillies
de côté & d'autre , celles qui m'ont paru
les plus fenfées . Je juge affez bien de lui ,
pour me promettre qu'il me fçaura gré de
les avoir fait paffer jufqu'à lui-
REMARQUES CRITIQUES
fur la nouvelle Qëdipo , dénoncées
à M. de Voltaire.
1. Ans la feconde Seene du premier
Acte , le Peuple fouffrant de Thebes
accourt au Temple , & par fes gemiffemens
effaye de calmer le courroux du Ciel.
Le Grand Prêtre dit aux Thebains que
leurs cris font montez juſqu'au trône de
Dieu , & que dans la journée même ils
verront finir leurs malheurs .
Et les cris des Thebains font montez vers fon trône.
Le Roi vient , par ma voix le Ciel va lui parler ,
Les Deftins à fes yeux doivent le dévoiler.
108 . LE MERCURE
Les Tems font arrivez : Cette grande journée
Va du Peuple & du Roi changer la deſtinée.
Aprés qu'on a entendu ces paroles adreffées
au Peuple , le Roi arrive au Temple ,
& nôtre Grand Prêtre parle ains.
Roi , Peuple , écoutez- moi Cette nuit à ma vûë
Du Ciel fur nos Autels la flamme eſt deſcenduë ;
L'ombre du grand Laius a paru parmi nous
Terrible , & refpirant la haine & le couroux.
Les Thebains de Laïus n'ont point vengė la cendre
;
Le meurtrier du Roi refpire en ces Etats ,
Et de fon fouffle impur infecte vos climats.
Reconnoiffez cc Monftre , & lui faites juftice ;
Peuples , vôtre falut dépend de fon fupplice.
Voilà un difcours qui s'accorde mal avec
le premier.. Car enfin , fi le falut des Thebains
dépend du fuplice du Meurtrier de
Laïus; comment le Grand Prêtre parlant au
Peuple dans la precedenteScene, a- t'il fû lui
annoncer la fin de fes malheurs dans le jour
même ? Les Dieux ont la cruauté de ne
point défigner le Meurtrier ; ils difent feulement
que ce monftre infecte les climats
de Thebes . Mais , eft - il bien aifé de découvrir
ce monftre On a fait pour cela de
vaines recherches dans le tems même où le
meurtre étoit recent . Ainfi le Grand Piêtre
, à qui le Cicl n'a rien revelé au- delà
des paroles divines qu'il vient de rapporter s
le Grand Prêtre , dis - je , n'a pas dû dire
aux Thebains que le courroux des Dieux
DE MARS. 109
eft calmé , & que ce jour même verra finir
leurs maux.
2. Dans la premiere Scene du fecond Acte,
Hidafpe Confident d'Oedipe , vient dire à
Jocafte que le Peuple accufe Philoctete du
meurtre de Laïus.
Oui , ce Peuple expirant , dont je fuis l'Interpréte ,
D'une commune voix accufe Ph.loctete ,
Madame , & les Deftins dans ce trifte féjour ,
Pour nous fauver , fans doute ont permis fon retour.
L'Interprête du Peuple fonde fon accufation.
A que autre en effet pourroit-il imputer
Un meurtre qu'à nos yeux il fembla méditer ?
Il haïflot Laïus ; on le fçait ; & fa haine
Aux yeux de vôtre Epoux ne le cachoit qu'à peine.
1a Jeune fe imprudenté ailément fe trahit ,
Son front mal déguilé découvroit fon dépit.
J'ignore quel fujer animoit la colere ;
Mais au feul nom du Roi , trop prompt & trop.
fincere ,
Efclave d'un courroux qu'il ne pouvoit dompter ,
Jufques à la menace il ofo't s'emporter.
Il partit , & depuis , fa deftinée errante ,
Ramena fur nos bords fa fortune flottante ;
Même il étoit dans Thebe en ces tems maineureux
Que le Ciel a marquez d'un Parricide affreux.
Depuis ce jour fatal avec quelqu'apparence
De nos Peuples fur lui tomba la défiance.
Que dirai-je ? Affez longtems les foupçons des
Thebains
Entre Phorbas & lui flotterent incertains.
110 LE MERCURE
Voilà bien des préjugez réunis contre le
pauvre Philoctete . Jocaite confonduë n'a
rien à répondre en faveur de l'accufé ; elle
n'y fçait que de chaffer l'accufateur , & ne
répond à tout cela que le feul mot... Sortez.
Hidafpe fe retire , & laiffe Jocaſte ſeule
avec Egine fa Confidente . Ecoutons- la.
Lui , qu'un affaffinat ait pu foüiller fon ame ?
De lâches Scelerats c'eft le partage infâme.
11 ne manquoit , Egine , au comble de mes maux,
Que d'entendre d'un crime accufer ce Heros.
Apprens que ces foupçons irritent ma colere ,
Et qu'il eft vertueux , puifqu'il m'avoit fiçû plaite.
Je ne voi pas bien , comment Jocafte
comprend qu'un Heros qui a fçului plaire,
ne pût avoir tué Laïus . Phorbas n'a
point falcifié les circonstances
de ce meurtre
; le Roi a été attaqué de bonne grace ,
il a été tué dans toutes les regles de l'honneur
& comme il convenoit à un Heros
tel que Philoctete .
Il ne s'agit donc point ici de fcavoir , fi
Philoctete eft un infame Affaffin ; mais ,
il eft queftion de juger s'il eft probable que
Philoctete ait tué Laïus. Or, je fuis étonné
que Jocafte ne fe fouvienne pas ici , que
Phorbas qui accompagnoit le Roi dans la
fatale journée , & qui combatit à fes côtez
contre l'Affaillant que ce Phorbas , disje
, ne reconnût point le vainqueur. Voilà
la reflexion qui devroit perfuader à Jocaſte
*
DE MARS . in
l'innocence de Philoctete . Car enfin >
Phorbas Miniftre de Laïus , n'auroit pû
méconnoître un Heros auffi celebre , autant
connu de fon Maître & de tous les
Thebains .
Voici comment Jocafte elle-même , a
parlé de la mort de Laïus dans la troifiéme
Scene du premier Acte.
Lorfque de fes Etats parcourant les Frontières ,
Ce Heros ( uccomba fous des mains meurtrieres ,
Phorbas en ce voyage étoit feul avec lui ,
Pherbas étoit du Roi le confeil & l'appui .
Laius qui connoiffoit fen zele & fa prudence ,
Partageoit avec lui le poids de fa puiffance .
Ce fut lui qui du Prince à fes yeux maffacré
Rapporta dans nos murs le corps défiguré .
Percé de coups lui - même il fe traînoit à peine ;
11 tomba tout fanglant aux genoux de la Reine.
Des Inconnus , dit-il , ont porté ces grands coups;
Ils ont devant mes yeux maffacré vôtre époux ;
Ils m'ont laiffé mourant , & lepouvoir celefte
De mes jours malhûreux a ranimé le refte .
Il me fouvient à propos de ces quatre
derniers vers , que M. de Voltaire dans fa
critique contre Corneille , fait la remarque
fuivante. Comment fe pent'il faire
qu'Oedipe ait tué feul Laius , & que Phorbas
qui a été bleffé à côté de ce Roi , dife
pourtant qu'il a été tué par des Voleurs.
Il étoit difficile de concilier cette contradiction
, & Jocafte pour toute réponse , dir
que.
112 LE MERCURE
C'eftun conte
Dont Phorbas a retour voulut cacher fa honte.
M. de Voltaire fe felicite de n'être pas
tombé dans la même faute ; mais il me
femble qu'il y a ici , foit de la part de
Phorbas , foit de la part de Jocafte , un
artifice du même genre ; c'eft à dire , un
menfonge à la faveur duquel on veut fauver
la honte des Vaincus. M. de Voltaire
auroit pû changer ainfi les quatre vers .
Un Inconnu , dit - il , a porté ces grands coups ;
Il a devant mes yeux maflacré vôtre Epoux ,
Il m'a laiffé mourant , & le pouvoir celeſte
De mes jours malhûreux a ranimë le refte .
3. Dans la quatriéme Scene du fecond
Acte , Philoctete accufé , parle ainfi à
Oedipe.
Je fçai de quels forfaits on veut noircir ma vie ;
Seigneur , n'attendez pas que je m'en juftifie.
J'ai pour vous trop d'eftime , & je ne penfe pas
Que vous puiffiez defcendre à des foupçons fi bas.
Si fous les mêmes pas nous marchons Tun & l'au
tre ,
Ma gloire d'affez près eft une à la vôtre.
Thefée , Hercule , & moi, nous avons montré
Le chemin de la Gloire où vous êtes entré .
Ne deshonorez point par une calomnie
La fplendeur de ces noms où vôtre nom s'allie ,
Et meritez enfin par un trait genereux
L'honneur que je vous fais de vous mettre ave
eux .
Oedipe
DE MAR S. 113
Oedipe répond à Philoctete qu'il n'a aucun
penchant à le croire coupable ; qu'il
fait des voeux finceres pour fa juftification ;
mais qu'en tout cas , le Peuple ne l'accuſe
d'aucun trait infame...
Ab ! je ne penfe point qu'aux exploits confacrées
Vos mains par des forfaits fe foient deshonorées ,
Seigneur ! Et fi Laius eft tombé fous vos coups ,
Sans doute , avec honneur il expira fous vous :
Vous ne l'avez vaincu qu'en Guerrier magnanime ;
e vous reads trop juſtice ...
Philoctete replique.
ii.
ji
Eh , quel feroit mon crime ?
ile fer chez les Morts eût fait tomber Laïus ,
Je n'eût été pour moi qu'un triomphe de plus .
Philoctete n'a donc plus à fe juftifier d'un
oir affaffinat ; il n'eſt plus queſtion pour
que d'un exploit guerrier digne de tout
on heroifme. Il doit certainement s'apercevoir
ici qu'Oedipe ne meritoit pas le
proche qu'il vient de lui faire , d'avoir
affement imputé au compagnon d'Hercule .
naffaffinat infame . Comment donc pen-.
z-vous que nôtre Heros va reparer fa fan-
En devenant lui-même un veritable
ilomniateur en accufant le bon Oedipe:
ntre le témoignage de fa confcience
avoir affaffiné Laïus pour envahir fa counne.
I meurtre de Larus Oedipe me foupçonne .
, ce n'eſt point à vous d'en accufer perfonne !
K
LE MERCURE
Son Sceptre & fon Epoufe ont paffé dans vos bras ;
C'est vous qui recueillez le fruit de fon trépas ,
Et je n'ai point , Seigneur , au tems de fa difgrace ,
Difputé la dépouille & demandé la place :
Le Trône eft un objet qui ne peut me tenter.
J'ai pretendu que Philoctete accufoit ici
Oedipe contre le témoignage de fa propre
confcience. Pour le prouver , je renvoyeà
la premiere Scene du premier Acte , où
Philoctete apprend de fon ami Dimas toutes
les revolutions de Thebes , la mort du
Roi , le monftre vangeur qui dévore les
Thebains , le falut de Thebes procuré par
Oedipe fils du Roi de Corinthe, cet Oedipe
couronné.
Le Monftre chaque jour dans Thebe épouvantée
Propofoit une enigme avec art concertée ;
Et fi quelque Mortel vouloit nous fecourir ,
11 devoit voir le Monftre , & l'entendre , ou perir .
A cette loi terrible il nous fallut fouferire ;
D'une commune voix Thebe offrit fon Empire.
A l'hûreux Interpréte infpiré par les Dieux
Qui nous dévoileroit ce fens misterieux ,
Nos Sages , nos Vieillards féduis par l'efperance ,
Oferent fur la foi de leur vaine ſcience
Du monftre impenetrable affronter le couroux.
Nul d'eux ne l'entendit ; ils expirerent tous ;
Mais Oedipe heritier du Sceptre de Corinthe , [te;
Jeune,& dans l'âge heureux qui méconnoit la crain-
Vint , vit le monftre affieux , l'entendit & fut Roi :
Il vit , il regne encor ...
Philoctete eft donc parfaitement inftruit
ici des hazards qui ont conduit Oedipe au
DE MAR S.
trône de Thebes. Ainfi il ne peut , fans
une mauvaiſe foi qui tient de la baffeffe ,
reprocher à ce même Oedipe qu'il a bien
l'air d'avoir tué le Roi , parceque fun Sceptre
& Son Epouse on paffé dans fes mains.
4. Le fecond Acte finit par une Scene
entre Oedipe & Hidafpe . Oedipe rei d
compte à fon Confident du peu de penchant
qu'il a à croire Philoctete coupable ;
il a donné des ordres pour faire venir de la
Campagne le feul témoin du meurtre de
Laïus ; il attend donc impatiemment l'ar
rivée de Phorbas ; il efpere tirer de lui
quelque éclaircillement.
Mais ,, que Phorbas eft lent pour mon imparience ;
C'eſt ſur lui feul enfin que j'ai quelqu'efperance ;
Car les Dieux irritez ne nous répondent plus ,
Ils ont par leur filence expliqué leur refus .
Les Dieux s'obſtinent à ne vouloir point
nommer le meutrier de Laius Oedipe a
recours aux moyens purement humains ,
pour découvrir , s'il eft poffible, un miltere
dont dépend le falut de fon Peuple . Cela
me paroît dans l'ordre : Voyons comment
Hidafpe penfe fur cela .
Tandis que par vos foins vous pouvez tout ap.
prendre ,
Quel befoin que le Ciel ici fe faffe entendre !
Ces Dieux dont le Poutife a promis le fecours ,
Dans leurs temples , Seigneur , n) n'habitent pint
toûjours .
K ij
116 LE MERCURE
1
On ne voit point leur bras fi prodigue en miracles
;
Ces antres , ces trépieds qui rendent leurs oracles ,
Ces organes de rien que nos mains ont formez ,
Toujours d'un foufflele pur ne font pas an mez .
Ne nous endormons point fur la foi de leurs Pretres
, 9mm 1
Au pied du Sanctuaire il eft fouvent des traîtres ,
Qui nous afferviffant fous un pouvoir facré ,
Fout parler les Deftins , les font taire à leur gré.
Voyez , examinez avec un foin extrême ,
Philoftere , Phorbas , & Jocafte elle - même.
Ne nous frons qu'à nous ; voyons tout par nos yeux;
Ce font là nos Trepieds , nos Oracles nos Dieur.
Tout ce difcours d'Hidafpe me paroît
B
peu
1
fenfé. Comment l'entend-t'il en effet ?
On n'a , dit- il , aucun befoin que les Dieux
décelent le meurtrier de Laius , il eft aifé
de découvrir fans eux ce miftere impor
tant,il ne faut pour cela dit - il , qu'examiner
avec foin Philoctete , Phorbas & Jocafte
même ? Mais, ne pent il pas arriver , qu'aprés
leur avoir fait fubir l'interrogatoire le
plus rigoureux, on ne fe trouvera pas plus
éclairci Le feul Phoibas a été témoin de
la mort de Laïus ; it a déclaré ne point
connoître l'Auteur du meurtre: cette décla
ration deviendra la juftification de Philoc
tete , & par confequent celle de Jocafte ,
que le Confident d'Oedipe accufe ici , ce
me femble , avec trop pcu de circonfpeetion,
Phorbas fe trouvera donc feul en cau
fe. Oh , que voilà une affaire bien éclair
cie ! Oedipe a donc bonne grace à fe défie.
DE MAR S. 117
fe
que
trømper
de fes perquifitions ; il craint avec raifon de
dans le choix de la Victime
le couroux des Dieux exige . Ainfi , non
feulement li a dû leur demander qu'ils lui
indiquent le vrai coupable ; mais , il aura
bonne grace à charger le Grand Prêtre du
foin de leur demander avec importunité
cette favour , tandis que de fa part , lui Oedipe
, fera toutes les recherches & toutes les
perquifitions que fon devoir lui impoſe . La
faftueufe déclamation d'Hidafpe contre le
Pontife , ne fe concilie pas bien avec fa
propre conduite il fait l'efprit fort , &
agit de la meilleure foi du monde fur la parole
de ce prétendu fourbe . En effet , le
Grand- Prêtre n'a pas plûtôt déclaré aux
Thebains dans le premier acte , que les
Dieux demandent le fang du meurtrier dé
Laius , quele même Hidafpe plein de foi
pour l'Oracle faint , cherche ce Meurtrier ,
& bientôt accufe Philoctete au nom du
Peuple. Le bon homme croit que les Dieux
ont conduit leur Victime à point nommé
dans Thebes , pour hâter le falut du peuple.
Oui , ce Peuple expirant dont je fuis l'Interpréte ;
D'une commune voix accufe Philoctete ,
Madame * ; & les Deftins dans ce trifte féjour ,
Pour nous fauver , fans doute , ont permis fon retour.
* Hidafpe à jocaftey Acte 2. ſcene - F.
1'8 LE MERCURE
C
Hidafpe ne fe fouvenoit pas alors .
Qu'au pied du fanctuaire il eft fouvent des traires,
Qui nous afferviffant fous un pouvoir facré ,
Font parler les Deftins , les fout taire à leur gré.
Mais , dans le moment même que le
Docteur donne cette importante leçon au
Roi , il poursuit avec vivacité le Meur
trier de Laius ; il croit fermement que le
falut du Peuple dépend de la mort du Coupable
, & le tout fur la parole du Pontife .
Oedipe répond affez mal à Hidafpe ; il
devroit le reprimer avec dignité ; il devroit
lui demander fur quel fondement il
accufe Jocafte du meurtre de Laius : Rien
de cela. Il va , dit- il , effayer de fléchir les
Dieux , & ordonne au Docteur de hâter le
retour de Phorbas .
De Phorbas que j'attends , cours hâter la lenteur.
Dans la quatriéme Scene du troifiéme
Acte , le Pontife vient doulourcufement
dire à Oedipe que les Dieux le déclarent
coupable du meurtre de Laius . Oedipe entre
en fureur contre le Grand - Prêtre , & le
Grand - Prêtre de fon côté effaye de reprimer
les excès d'cédipe , en lui annonçant
de nouvelles horreurs , en l'accablant des
plus affreufes maledictions ,
Le Grand- Prêtre.
Ma vie eft en vos mains , vous en êtes le maître
Profitez des momens que vous avez à l'êtte.
DE MARS. 119
Aujourd'hui , vôtre arrêt vous fera prononcé ,
Tremblez , malheureux Roi , vôtre regne eft paflé.
Une invifible main fufpend fur vôtre tête
Le glaive menaçant que la vengeance apprête.
Bientôt de vos fo: faits vous-même épouvanté ,
Fuyant loin de ce Trône où vous êtes monté ,
Privé des feux facrez & des eaux faluraités ,
Rempliffint de vos cris les antres folitaires
Par tour du Dieu vengeur vous fentirez les coups ;
Vous chercherez la mort , la mort fuira de vous.
Le Ciel , le Ciel témoin de tant d'objets funebres
N'aura plus pour vos yeux que d'horribles tene
bres.
Au crime,, au chatiment , malgré vous deſtiné ,
Vous feriez trop heureux de n'être jamais né.
Oëdipe.
J'ai forcé jufqu'ici ma colere à t'entendre ;
Si ton fang méritoit qu'on daignât le répandre ,
De ton jufte trépas mes regards fatisfaits
De ta prédiction préviendroient les effets.
Va ,fui , n'irrite point le tranfport qui m'agitte ,,
Et refpecte un courroux que ta prefence irrite ,
Fui d'un menlonge infigne abominable Auteur.
Le Grand Prêtre.
Vous me traittez toûjours de traître & d'impof
teur.
Votre Pere autrefois me croyoir plus fincere.
Oedipe
Arrête ....Quedis- tu ? Quoi Polibe... mon pere !
1
Le Grand- Prêtre.
Vous apprendrez trop- tôt vôtre funefte fort ,
Ce jour va vous donner la naiffance & la mort .
Vos deftias font comblez , vous allez vous connoître
,
Malhûreux ; fçavez-vous quel fang vous donna
P'être
120 MERCURE LE
Entouré de forfaits à vous feul refervez ,
Sçavez- vous ſeulement avec qui vous vivez ?
O Corinthe ! O Phocide ! Execrable hymenée !
Je voi naître une Race impie , info :turée ,
Digne de fa na flance , & de qui la furcur
remplira l'Univers d'épouvante & d'horicur.
Sortons ...
Ici le Grand Prêtre fe retire > & laiffe
furla Scene le malhûreux Oedipe qui n'a
pas la force d'exiger de lui le moindre éclairciffement
Comment le Roi ne revientil
pas à la charge , pour avoir au moins le
commentaire de ces paroles ?
Votre pere autrefois me croyoit plus fincere
Si ce point feul étoit éclairci entre Oëdi
pe & le Pontife , il ne refteroit plus de matiere
pour le 4. & le st . acte. Ainb , l'Auteur
a dû violer ici la vraisemblance , en
feparant fes interlocuteurs au point du plus
grand interêt de la Scene ; mais , il me
femble qu'il auroit beaucoup mieux fait
de fe mettre hors de neceffité de commettre
cette faute Il falloit pour cela faire
parler le Pontife avec plus de retenue fur
les horreurs qui ne doivent être mifes en
évidence que dans les Actes fuivans . Dans
le plan de la Piece , Oedipe accufé par le
Grand - Prêtre dans le ze . Acte d'avoir tué
Laius ; Oedipe , dis- je , traitte d'impofteur
le Miniftre des Dieux & ne peut fe perfua
der qu'il ait commis ce meurtre. Ce n'est
10
que
DE MAR S.T 121
que dans la feconde Scene du 4. Acte
qu'il prend enfin ce meurtre fur fon comp
te ; Phorbas & lui s'y reconnoiffent mutuellement
, & l'avanture de la Phocide
y
eft parfaitement éclaircie ; mais Oedipe ne
foupçonne encore rien de l'Incefte & du
Parricide : Ces horreurs font deftinées au
se . Acte ; le dénouement finiftre s'y doit
faire la double reconnoiffance entre
par
Phorbas & le Vieillard de Corinthe . Šuivant
ce plan qui eft judicieux , M. de Voltaire
ne devoit rien laiffer échapper au
Grand- Prêtre dans le 3. Acte , qui carac-
- terifât fi diftinctement le Parricide & l'Incefte
dont la manifeſtation est l'objet du
se. Lorfque dans la premiere Scene du
4c. Acte , Oedipe fait à Jocafte le récit
de l'Oracle qui lui fut prononcé à Corinthe
, il ne s'avife pas de réflechir fur la
conformité de cet Oracle avec les vimprécations
prophetiques que lui vient de
faire le Grand- Prêtre ; le Spectateur fent
toute la force de cette conformité , & trouve
fort étrange que le bon Oedipe n'y faffe
- aucune attention. Pour remedier à tous ces
inconveniens , je propose un moyen facile .
Finillons la Scene qui eft ici tranfcrite à
ces deux vers.
Va , fui n'irrite point le tranfport qui m'agitte ,
Et ref ecte un couroux que ta prefence irrite.
- En fupprimant le reste de la Scene, M.
Mars 1719. L
122 LE MERCURE
de Voltaire perdra de beaux vers ; mais fa
Piece ne perdra rien. Je croi même qu'elle
gagnera quelque chofe .
6. Dans la derniere Scene du 4c. acte ,
on vient avertir Oedipe qu'un Etranger
qui fe dit de Corinthe , demande à le voir ;
il répond.
Allons , dans le moment je vais le recevoir.
Le Spectateur fent combien Oedipe doit
être impatient d'apprendre des nouvelles
du Roi de Corinthe , dont il fe croit le fils
& l'heritier. Amfi , lorsqu'il quitte -la Seene
à la fin de l'acte , le Spectateur intelligent
conclut avec raifon , qu'il ne fera
pas témoin de la premiere converſation
entre le Roi & le Corinthien , Il fuppoſe
qu'elle fe doit paffer dans l'espace intermediaire
du 4e. & du je . acte. Voilà
la vraye allure du Theatre ; mais rien de
cela. La premiere entrevûe ne fe fait que
dans la 2e. fcene du se. acte ; j'ofe die à
M. de Voltaire que ce procedé eft repréhenfible
, il ne falloit point faire annoncer
le Corinthien à la fin du 46. acte , fi l'entrevûe
ne devoit le faire qu'à la ze, fcene
du se. Il falloit donc faire annoncer l'Etranger
à la premiere fcene du se, acte ,
& l'introduire à la feconde.
Je croi avoir raſſemblé ici ce qu'ily avoit
de plus important à reprendre dans la conduite
de la nouvelle Oddipe. C'eft finguliereDE
MARS.
723
ment à cet égard qu'il faut critiquer un genie
riche & faillant , tel qu'eft celui de nôtre
jeune Auteur. On doit tout attendre d'un
talent auffi marqué que le fien , pourvû que
ce talent foit continument dirigé par la droi
te raison.
***********************
NOUVELLES ETRANGERES.
L
POLOGNE .
à Varfobie le 8. Mars 171
Infanterie Moſcovite a paſſé à 7. lieuës
de cette Ville prenant la route du côté
de Riga , & la Cavalerie cft en marche
vers la Lithuanie ; & cela , fur un ordre
précis que ces troupes ont reçû du Czar
d'evacuer cet Etat à la fin de ce mois. Le
Prince Repnin ainfi que le Prince Woltkousky
font arrivés depuis deux jours ici
pour s'aboucher avec le Prince de Dolhorusky
, Ambaffadeur extraordinaire du
du Czar , au fu et de la fortie des troupes
Ruffiennes de cet Etat . Le Commillaire
Leziesky , nommé par le Roy pour conduire
les troupes Mofcovites hors du Royaume
, s'eft plongé par defefpoir un coup de
poignard dans le ventre dont il eft mort
peu de temps aprés. Le Roy arriva le 2.
de ce mois de Drefden en Saxe à Neuſtad-
Lij
124 LE MERCURE
tell ; & le 3. il s'eft 30 rendu à Fraudftat où
le Prince Dolhorusky eft attendu , ainfi
que le Nonce du Pape , l'Evêque de Pofnanie
, les Palatins de Cracovie, de Ruffie ,
Kiovie , de Smolensko , le Chancelier de
Lithuanie , tous les Officiers & Miniftres
de la couronne , pour affifter au grand
Confeil que S. M. y a convoqué . Les cing
compagnies du Regiment du Prince Royal,
& 3. autres venues de Pofnanie , ccntinuent
leur route pour le rendre dans cette
derniere Ville. Le Prince Dolhoru : ky infifte
toûjours fortement fur ce que la Ville
de Dantzic fournille les 3. Fregates dont on
a fi fouvent parlé , & que la Republique
cede pour dot à la Ducheffe Doüairiere de
Curlande le Duché de ce nom , en faveur
du mariage de cette Princeffe projetté
avec le Marquis de Brandebourg Swedt.
La Republique ne paroît pas goûter les
raifons de ce Miniitre , attendu que ce
qu'il demande , va directement contre les
engagemens qu'il y a entre la Pologne &
la Mofcovie, puifque le Czar s'eft obligé
de rendre & de reünir la Finlande à ce
Royaume , auffi- tôt qu'il l'auroit conquife.
Le Czar a fait dire aux Deputés de
Curlande , de ne pas comparoître devant
le grand Confeil convoqué à Fraudſtat . Il
y a apparence que cette affaire tournera
en negotiation. Quoyque le motif du
voyage du Roy fembie n'avoir pour objet
DE MAR S. 125
> que la Curlande ou le payement actuel
des fommes qui font dûës par ce Duché à
la Maiſon de Brandebourg & à la Ducheffe
Doüairiere ,, il fervira auffi à faire ratifier
le 1 raité conclu en dernier lieu avec l'Empereur
& le Roy de la grande Bretagne .
La Porte a donné des ordres pour établir
de grands magazins fur les Frontieres
de Mofcovie ; ce qui fait prefumer que Sa
Hauteffe a deffein de déclarer la guerre au
Czar . Les avis de Turquie confirment le
re our du Sultan avec la Cour d'Andrincple
à Conftantinople où S. H. faifoit réedifier
les Mofquées qui ont été détruites
par l'embrazement arrivé l'année derniere.
Elle a nonimé Ibrahim Balla pour fon
Ambaffadeur extraordinaire auprés de l'Empereur
; ce qui femble détruire tous les
bruits qui s'étoient repandus , que le G.
S. alloit rentrer en guerre avec la Cour de
Vienne. Il paroît qué la mort imprevûë
du Roy de Suede a fort allarmé la Porte ,
par rapport à quelques millions dont elle
pretend que ce Prince lui eft redevable .
Un Marchand grec établi à Chockim ,
dont feue S. M. Suedoife avoit emprunté
une fomme confiderable pendant qu'il
étoit refugié à Bender , eft mort de chagrin
en apprenant le malheur qui étoit ar
rivé à ce Prince. L'envoyé de la Porte arrivé
depuis peu à Leopol , a demandé la
permiffion d'aller à Fraudſtat, pour expofer
Liij
126, LE MERCURE
la commiffion dont il eft chargé devanɛ
Le Confeil des Senateurs , particulierement
fur ce qui regarde les nouvelles fortifications
de Chockim , qui fe continuent non
cbftant les plaintes qu'on en a faites au
Commandant , comme une contravention
au Traité de Carlorwitz . Condemir- Myt
fa Envoyé du Kam des Tartares , eft enfin
parti aprés avoir eu une derniere conferen- ,
ce avec quelques Senateurs. Ils lui ont repondu
par ordre du Roy que le Czar ayant
promis de retirer les troupes , on efperoit
que les ordres que ce Prince avoit envoyés
fur ce fujet , feroient executés ; mais que
s'il arrivoit quelque occafion où les Polonois
euffent befoin de fecours étranger , le
Roy & la Republique en donneroient avis
au Kam dont il recevroit les offres avec reconnoiffance.
L'Aga qui eft à Leopol , eft
chargé de faire au Roy & à la Republique
des offres femblables à celles qui ont été
faites par l'envoyé du Kam.
L
SUEDE.
à Stokolhm le 4. Mars.
I regne une parfaite harmonie entre la
Reine & le Duc de Holstein - Gottorp.
fon neveu. La joye eft univerfelle dans toute
l'étendue de ce Royaume , par rapport
au retabliffement qui s'y eft fait des charges
principales de la Couronne , & de la
DE MARS ! 127
renonciation folemnelie que la Reine a fai.
te du pouvoir arbitraire de ce Royaume.
Le Comte de Guldeftiern , cy- devant Gouverneur
general du Duché de Bremen , a
été fait grand Maréchal , & le frere de ce
Comte Grand- Maître ; le General Reinf
chil , Amiral ; le Comte Armede de Horn ,
Chancelier ; le Comte de Cronhielm
grand Treforier du Royaume ; les Generaux
Dacker , Tauber , de la Gardie , Sparr,
le Comte Nicolas Bonde & le Baron Axel
Bannier , ont été nommés Ministres d'Etat.
On a lien de fe flater par de fiheureux commencemens
, de voir bien-tôt fucceder le
calme aux horreurs de la Guerre dans le
Nord par une paix generale . On pretend
même qu'ily a une fufpenfion d'armes con
clue pour fix mois entre cet Etat , le Danemarcx
& la Mofcovie. Le General Poniatowsky
, cy - devant Gouverneur des
deux Ponts , eft arrivé ici pour veiller aux
interêts du Roy Staniflas à qui l'on a envoyé
quelques remifes d'argent à Wiflem .
bourg où il fait fa refidence.
Quayque les conferences de l'Ifle d'Aland
ayent été interrompues par rapport à
l'arrêt du Baron de Gorta , on ne peut pas
dire cependant que l'on ne reprenne les negotiations
dont la fin paroillait fi prochai
ne lors de la mort du Roy de Suede ; puifqu'outre
les Miniftres Plenipotentiaires
Mofcovites qui y fontenegre , le Comte
.
Liiij
#28 LE MERCURE
de Gillemborg y eft retourné par ordre de
S. M. Suedoife . Les Commiffaires établis
pour examiner les papiers & les comptes
des Miniftres d'Etat arrêtés , ont exécuté
leur commiffion . Comme M. Stanpe
Secretaire du Baron de Görtz , a emporté
les papiers les plus importans , on n'en a
pas pu tirer de grandes lumieres. Les Pacifiques
continuent toûjours à fe flater que
le congrés qui a été proposé pour rétablir
la paix dans le Nord , fe tiendra à Brunswick,
Il paroît ici un plan imprimé des
conditions que l'on, fupofe qui peuvent
fervir de fondement à la negociation : en:
voicy la copie. ***
་
I.
A Princeffe Ulrica doit fucceder in
conteftablement ; mais , parce qu'un
trop grand defpotifme a fait fouvent entre-:
prendre aux Rois de Suéde des chofes fa
tales , tant à ce Royaume qu'à toute l'Europe
,comme l'exemple du feu Roi , de fon.
grand Pere & de Guſtave Adolphe l'ont
prouvé ; ainfi le Senat limitera ce pouvoir
arbitraire des Rois futurs , par de fages regles
déja ci devant ufitées , à quoi ne contribuera
pas peu la reftitution des biens pris
injuftement à l'ancienne Noblefle par la
Chambre Royale de Réunion in
II.
Et vû que les Provinces d'Allemage ont
été plus à charge qu'à profit au Royaume.
DE MARS. 129
de Suede , à fes Privileges & à fon repos ;
parce que leurs Rois ont eu par là toûjours
des occafions ou de former des entrepriſes
pour s'étendre en Allemagne , ou en le mêlant
dans les querelles des Puiffances voi
fines à ces Provinces , on en difpofera en faveur
de ceux ,qui les poffedent actuellement
avec l'addition ci-deffous mentionnée , felon
qu'on le reglera dans le Congrès à
Brunsvvic , afin d'engager par là lefdites
Puiffances auffi bien que leurs amis à s'employer
unanimement & efficacement , pour
faire rendre à la Couronne de Suede , la
Livonie & la Finlande , Provinces qui leur
font d'autant plus néceflaires que fans elles
, le Royaume de Suede manqueroit de
pain & d'une infinité de denrées indifpeniables
, & fur tout de Barriere contre les
peuples les plus formidables , je veux dire ,
les Ruffiens.
111.
Sur ce principe fufdit on laiffera au Roy
d'Angleterre , comme Electeur d'Hanovre,
les Duchez de Bremen & Verden , comme
il les poffede actuellement.
IV.
Au Roi de Dannemark Stralfund , fon
Diſtrict jufqu'à la Riviere de Pene & l'Ifle
de Rugen .
V.
Au Roi de Pruffe Stettin & le Diſtrict
jufqu'à la Pene.
ΤΖΟ LE MERCURE
VI.
Le Duc Charles Frederic de Holſtein fera
mis en poffeffion du Duché de Gottorp
& de Slesvvick , de la même maniere que
fes Ancêtres en ont joui avant la Guerre
auffi bien que l'Adminiftrateur. Mais il y
aura amniftie & abolition du paffé &
aucun compte , ni liquidation des revenus
ne devra fe faire : ledit Duc reconnoîtra la
Reine de Suede Ulrica , & parce qu'en
cas & au défaut d'heritier de ladite Reine
la fucceffion du Royaume de Suede doit
venir fur ledit Duc de Holftein ; ainfi pour
le repos de l'Allemagne il ne fera pas
permis audit Duc de rebatir la Forterelle
de Tonninge , ni aucune autre en Holſtein.
VILA RA
Au Ray de Pologne , comme Electeur de
Saxe , on donnera les Terres & revenus
Royaux de Territoire de Wismar. & de.
l'Ile de Pole ; & comme ledit Roy a porté
le plus grand fardeau de la guerre , &
que fon. Païs hereditaire de Saxe a le plus
fouffert par l'invafion des Suedois & par
les groffes fommes d'argent qu'ils en ont.
tiré ; & qu'en comparaifon de tout cela fa
fufdite part des conqueftes fur la Suede , eft
incomparablement inferieure à celle des
autres Alliés ; & ainfi pour dedommager
en quelque maniere. lá Saxe de la grande
effufion de Finances qu'elle a foufferte , les
Rois d'Angleterre , de Dannemark & de
DE MARS. · IJE
Pruffe fe cotiferont entr'eux tous pour la
fomme d'un million & demi d'écus , qui
fera donné au Roy de Pologne pour un
equivalent de toutes les reftantes préten
tions.
VIII.
On remettra à la difpofition de la Republique
de Pologne le Duché de Courlande
ainfi qu'il lui appartient.
IX.
Le Duché de deux Ponts reviendra au
Prince de deux Ponts fon legitime heritier
X.
La nobleffe de Meklenbourg fera remiſe
dans les anciens Privileges & Libertez , &
cette Nobleffe fera dedommagée fur les revenus
des Domaines du Duc de Merlenbourg
, ce qui fera reglé felon la juftice
par une Commiffion de l'Empereur & du
Cercle inferieur de Saxe .
XI.
La Ville de Roftock fera Ville Imperiale
Hanfeatique libre dans l'Etat de fes fortifications
, Munitions , Canons , Magafins,
comme le Duc de Mcxlenbourg l'a mife ,
fans que ledit Duc puiffe dorefnavant pour
foi ou fes fucceffeurs exercer le moindre
droit de protection ou avoir la moindre
pretention fur elle , & cela par la raifon
des troubles qu'il a fait & a. cu envie de
faire .
132 LE MERCURE
XII.
>
La Livonie , la Finlande & toutes les conqueftes
que le Czar de Mofcovie a faites
fur les Suedois , feront rendues à la Couronne
de Suede , hormis Petersbourg Cronf
chlot & Nerva avec leurs dépendances ,
qui refteront au Czar pour le dedommager
de la guerre , bien entendu avec condition
, qu'il accepte le fafdit Fraitè : mais
fi contre toute efperance,fa Majefté Czarienne
ne vouloit pas confentir à cette
paix , & que par là la Couronne de Suede
fut obligée de pourfuivre la guerre avec
fes garans & Alliés , pour exccuter ce plan
de paix , & que par- là il arrive une grande
effufion de fang chrétien auffi bien
que des depenfes immenfes , & que la Suede
& la Pologne feroient le plus expofées
aux maux que cette guerre traîneroit aprés
elle ; ainfi il fera ftipulé qu'en cas que le
Czar oblige les Alliés auxdites extremités
de poursuivre la guerre , qu'alors on tachera
de faire tant de conqueftes fur les
Mofcovites , qu'on les reduite à rendre outre
les Provinces fusnommées, Petersbourg,
Cronfchlot , Narva avec leurs dependances
, l'Ingrie & la Carelie à la Suede , afin
que leurs limites foient retablies de ce côté->
là comme devant la guerre , & à la Republique
de Pologne, Smolensko & Kioff
avec leurs dependances , par où cette Republique
fera en partie dedommagée de la
DE MAR· S . 133
ruïnenfe guerre qu'elle a été obligée de
fouffrir fi long- temps chez elle , laquelle
lefdits Molcovites lui ont uniquement attirée
& des immenfes fommes que leur
entretien forcé a coûté à cette Republique,
& la Pologne aura par là une Barriere ,
afin de n'être plus fi facilement exposée
aux infultes & vexations des Ruffes.
XIII.
Le Traité fera conclu par une Alliance
offenfive & defenfive tant entre les parties
interreffées , qu'entre ceux qui y voudroient
entrer, & à qui il importe , on y prendra les
melures necellaires pour l'execution du fufdit
Traité de paix , & contre ceux qui
voudroient s'y oppofer & ne pas s'y conformer.
Precis de la difpofition Teftamentaire faite
Le 13. Août 1695. par le Roy Charles XI.
pour le reglement de la Succeffion à la
Couronne de Suede , en vertu de laquelle
la Reine Vlrique Eleonore a fuccedé au
feu Roy ſon frere , & a été preferée an
jeune Duc de Holftein- Gottorp , fils de
fenefa foeur aînée,
Omme les Etats du Royaume ont
C defire , & trouvé qu'il convenoit
qu'on abolît le Droit d'Election , & qu'on
établit une Succeffion hereditaire & immuable
, pour l'affermiffement de la tran134
LE MERCURE
quillité dans le Royaume : & que pour
prevenir toutes conteftations à l'avenir , on
a jugé à propos d'étendre les refolutions
prifes en 1604. & enfuite en 1627. 1633 .
1634. en faveur de la Reine Chriftine
& des Defcendans jufqu'à ordonner , que
les femmes feroient habiles à fucceder ,
au defaut de la ligne maſculine .
A ces caufes , Nous établiſſons & ordonnons.
I. Que la ligne maſculine aura toûjours
la preference dans la fucceffion à la
Couronne , & dans nos Royaumes hereditaires
, en la maniere fuivante ; que le
Prince aîné de la famille Royale & fes
Defcendans mâles fucceffivement , & auffi
long - temps qu'il y aura un heritier mâle ,
fera reçu & reconnu comme le feul & legitime
heritier , ainfi qu'il a été établi &
ordonné en 1604. fuivant la difpofition teltamentaire
du Roy Guftave 1. de glorieufe
memoire. II. Mais en cas que la ligne
mafculine vienne à manquer , & qu'il n'en
refte aucun , le droit Hereditaire viendra
à la ligne feminine , en vertu du fufdit ordre
établi pour la fucceffion. III . Dans
le fufdit cas , nos filles qui feront en vie ,
feront admifes à la fucceffion à la Couronne
& preferées aux Defcendans femelles de
nôtre Fils , & premierement l'aînée & fes
defcendans mâles , & ainfi de fuite com
me ci-deffus. ' IV . Mais s'il arrivoit qu'aucune
de nos filles ne fût en vie , & qu'elles
!
DE MAR S. I
235
laiffaffent neanmoins des enfans , en ce caslà
, les Defcendans de nôtre Fils en ligne
feminine , tant mâles que femeles , feront
preferés , & auffi fucceffivement , en verta
& fuivant la teneur du Teftament du Roy
Guftave I. Pourvû qu'on fe conforme à
ce Reglement , & qu'on n'y apporte aucun
obftacle , il y a lieu d'efperer , avec le fe-
Cours de Dieu qu'il n'y aura aucune incertitude
ni difficulté , touchant la fucceffion
à la Couronne.
,
IN GERMANI E.
A Petersbourg le ro . Fevrier.
L
E Czar partit le 2. pour aller prendre
les eaux à Olonicz accompagné du
Major general Jagofchinfxi & de quelque
autres favoris . Le Refident que 1'Empereur
a envoyé en cette Cour , arriva le
4. M. Jeffreis Refident du Roy de la grande
Bretagne , fut conduit le 15. de l'autre
mois par le grand Chancelier à l'Audience
de S. M. Czarienne , à qui il fit un difcours
en Allemand , contenant en fubftan-
•ce : Que rien ne pouvoit être plus agreable an
Roy Jon Maître , que les affûrances d'une
parfaite amitié & d'une bonne intelligence
que S M. Czarienne lui avoit données par
-M. Vveffélovvški fon Reſident à la Cour
-Britannique:que dans cette vue S. M. Bri-
*
116 LE MERCURE
tannique avoit pris la refolution de lui envoyer
le Chevalier Jean Norris avec le caractere
d'Envoyé extraordinaire : qu'en attendant
que ce Chevalier qui avoit été arrêté dans
fon voyage par un accident imprevû , pût
executer fa commiffion auprès de S. M.
Czarienne , le Roy fon Maître lui avoit
ordonné d'ouvrir les inftructions deftinées
pour le Chevalier Norris , fuivant lesquelles
il étoit chargé de declarer à S. M. que ls
Roy de la grande Bretagne n'avoit rien plus
à coeur , que d'établir une entiere confiance
entre les deux Cours , & d'entrer dans des
engagemens d'une amitié fincere & _durable.
Le Czar repondit qu'il feroit tous les efforts
pour la cultiver.
Sa Majefté Czarienne vient de créer
quelques nouveaux Confeils à l'établillement
defquels on avoit travaillé depuis
long- temps. Le 12. le Confeil de guerre
qui en eft un , s'affembla pour la premiere
fois. Le Czar y fit un fort beau difcours ,
aprés quoy donna un fuperbe feftin à
tous les Membres de ce Confeil & à tous
les Miniftres Etrangers. Les Confeils d'Etat
, de Finances , de Commerce , de la
Juftice , de la Chancellerie , des Mines ,
des Manufactures , & le nouveau Bureau
de la Secretairerie , doivent fucceder. Par
l'erection d'un fi grand nombre de Confeils
, l'ancien Senat & les anciennes procedures
dans les affaires , feront entierement
·
abolis
DE M.ARS. 137
abolis . Depuis la mort du Contr'Amiral
Paddon Anglois , qui étoit entré depuis
quelque tems au fervice du Czar , ce Monarque
a fait une promotion de quatre
Contr' Amiraux , qui font le Prince Men
Zicoff Contr' Amiral de l'Efcadre blanche ;
M. Sibers de l'Escadre blenë ; M. Gordon
de l'Efcadre rouge , & M. IfmailoffContr-
Amiral des Galeres .
Voici la traduction de la Harangue que
S. M. Cz . prononça le premier jour de cette
année v. fti . en s'adreffant aux Senateurs
& Miniftres , au fujet du Tribunal , ou
Chambre de Justice, qu'Elle a jugé à propos
d'établir , pour examiner l'adminiftration
& la conduite des perfonnes qui ont malverfé
dans leurs employs .
MES FRERES ,
Je ne croi pas qu'il y ait un feul parmi
vous qui ne fsache , par les lumieres de la
nature & les connoißances acquifes dans les
affaires du monde , que les deux premiers &
principaux devoirs de ceux que Dieu a établis
pour gouverner des Royaumes & des
Peuples , font , de proteger leurs Sujets contre
les Ennemis publics , en menant en perfonne
leurs Armées au combat en tems de
guerre , & de maintenir la paix domestique
des Peuples, en rendant à chacun une prompte
impartiale juftice , & en puniffant les
M
138 LE MERCURE
い
mauvaises actions dans les perfonnes de la
plus haute condition , foit. par leur naiffance
ou par la fortune , également comme le moin➡
dre Paifant. Vous fçavez ce que j'ai fait par
rapport au premier de ces devoirs depuis le
commencement de mon Regne : Et à l'égard
du fecond je vous ai donné un exemple des
plus remarquables du pouvoir que Dieu m'a
donné , de mettre à côté tous les égards &
toutes les confiderations du monde, quand il
s'agit de faire juſtice , & quand la fûreté de
mes Peuples & le bien de l'Etat exige que je
ta faffe fans délai & avec rigueur. Vous
m'avez vu punir les crimes d'un fils qui étoit
un ingrat , un hipocrite , un pervers & un
méchant au delà de ce qu'on peut imaginer :
J'ai puni auffi les crimes de ceux qui étoient
les complices de fa méchanceté & j'espere
par la d'avoir aẞûré mon chefd'oeuvre, qui
eft de rendre pour toujours la Nation Ruffienne
puiffante & formidable , & les Etats.
de ma domination florißans : Ouvrage qui
m'a couté tant de peine, & à mes Sujets tant
`de fang, tant de trefors , & qui dés la pre
miere année aprés ma mort , auroit été entierement
renversé & foulé aux pieds , fi
-jen'en avois pas pris ſoin de la maniere que
j'aifait.
Cette grande affaire êtant par
la grace de
Dieu finie , il eft tems que je tourne mon attention
à reprimer l'infolence de ceux qui ont
afé abuſer du pouvoir que je leur avois donné
DE MAR SI 739
de gouverner les Provinces de mon Empire &
mes Sujets , in qualité de Gouverneurs . Plufieurs
violant leur ferment , ont opprimé au
dernier point mes pauvres Pouples , & fo
font enrichis aux dépens dufang & de lafueur
des derniers.
Or,comme ces Peuples ont tant merité pan
tout de qu'ils ont été obligé de fournir en ar
gents en recruës , en Chevaux & Provifions,
pour fautenir majufte caufe contre l'Ennemi
avec qui je fuis depuis 18. ans en guerre ,
pour fubvenir à mes autres befoins preßans ;
il me semble jufte que j'intervienne pour les
faulager contre ces fang fues. Dans ce def
fein , j'ai refolu d'établir un Tribunal , dont
mon General d'Infanterie Adam Adameriz
Weide , que je n'ai jamais trouvé en faute,
fera Prefident: Les Lieutenans Gineraux ,
Routerlin Schlippenbach , les Generaux
16
Majors Gallizin & Jugoufchinfki; & les
BrigadiersWolkes & Uſtafföld , feront . Af
feffours.
Ce Tribunal examinera rigoureuſement
Padminiftration & la conduite des perfonnes
dont je leur mettrai les noms entre les mains, “´´
ils doivent prononcer la Sentence contre ceux
qui feront trouvez, criminels. Jiefpere que
Pétablissement de ce Tribunal fera un moyen
de tenir chacun pour l'avenir dans les bornes :
defes devoirs , & de le porter à executer
avec justice le pouvoir qui lui fera confit.
Mija
149 5 LE MERCURE
O
ན་
A Hambourg le 20. Mars.
N ne fcait pas encore fi le couronnement
de la Reine de Suede s'eft fait,
ni fi les Etats allemblez à Stokolhm , ont
fini leurs Seances. Le Colonel Baffovvitzs
qui avoit apporté les ordres de la Cour
Britannique pour la marche des Troupes
d'Hannovre deftinées à l'execution du Mandement
Imperial, a communiqué à la Cour
de Dannemarck fes inftructions , 11 en eft
parti pour celle de Stokolhm où il doit faire
quelques propofitions de paix Les Troupes
d'Hannovre & de Wolffembutél , ` au
nombre de 13000 hommes , fous le commandement
du General Bulavy , font entrées
fur trois colonnes dans le Mekelbourg.
Elles ont d'abord pris poffeffion de
la Ville de Boitenbourg , & y ont affiché
le Decret Imperial. Sur la nouvelle de
l'arrivée de ces Troupes , le Duc de Me
Kelbourg affembla fon Confeil , pour déliberer
s'il falloit fe foûmettre ou fe deffendre
: La pluralité des voix & même celle
du Duc , ayant été pour le premier fentiment
, on avoit dépêché un Exprés pour
informer de cette refolution le General Bu
lavv ; mais cet Exprés êtant arrivé trop
tard , les Troupes Roffiennes qui font au
fervice du Duc , marcherent droit vers le
pofte de Wellmulen , fous le commande,
DE MAR S 141
ment du General Major Schvverin. A leur
approche , des Troupes d'Hannovre ayant
voulu deffendre ce paffage , cela donna licu
à une vive elcarmouche dans laquelle les
Hannovriens curent un Colonel , un Lieutenant-
Colonel , un Major , plufieurs Officiers
& Soldats tuez ; le refte fut fait
prifonnier de guerre , & ce pofte emporté
par les Ruffiens. Le 6. au matin , le General
Bulavv à la téte de trois Regimens
de Cavalerie , vint fondre fur les Troupes
Mofcovites qui n'en furent point ébranlées
. Le combat fut fanglant , & la victoire
long- tems difputée . Ces trois Regimens
furent à la fin obligés de fe retirer avec perte
de quelques Officiers de diftinétion &
de 1500. Soldats fur la Place,fans compter
les prifoniers de guerre. Les Ruffiens
n'y ontra qu'un Lieutenant - Colonel & un
Major de Cavalerie bleffez & 200 hommes
de tuez. Le General Major Schvverin ,aprés
être refté quelques heures fur le champ de
bataille , marcha vers Scauvverin où l.s
prifonniers faits en cette action , ont été
amenez. Ceft ainfi que les Lettres de Ber-
Jin du 11 en parlents mais celles de Foczebourg
& de Zechlind du 9. & 10. Mars
font bien oppofées à cette Relation Elles
s'expliquent ainfi fur ces deux actions.
Le à une heure aprés minuit , les Trou
pes du Duc de Melbourg fe prefenterent
pour forcer le pofte de Wefmulen auprés
1421 LE MERCURE
de Pitzenbourg. Le Regiment de la Lihe
les reçût avec tant de bravoure , qu'aprés
une action trés vive , ces Troupes prirent
le parti de fe retirer avec perte du Colonel
Holstein & de 30 Soldats , outre un Colonel
, un Major , plufieurs bas Officiers
& Soldats bleffez. Le lendemain 6. it y ûo
une feconde action plus chaude qui s'ile
paffée à deux lieues de Svverin Notre Cavalerie
commandée par le General Bulavy,
attaqua le matin le Regimentde Waldavy
& quelques autres Regimens Mofcovites.
Le premier a été entièrement défait! Un
Prince de Lunebourg Brunfvvich & le
Lieutenant Colonel Oyvelling au fervice
du Duc, ont été faits prifonniers de guerre
Un grand nombre de Mofcovites ont été
paffé au fil de l'épée , & le débris des Trous
pes du Duc scft reciré à Wilman. La
Ducheffe de Mekelbourg eft à Ovvistock ,
où elle attend des ordres de fon Epoux qui
s'étoit retiré à Berlin par précaption . Il a
declaré qu'il n'avoit point donné d'ordre à
fes Troupes pour commencer les hoftilitez.
Suivant les derniers avis de Suede , le
Baron de Gortz a û la têre tranchée le 2.
de ce mois , & le Comte Van - der Nath,
a été condamné à une prifon perpetuelle.
Le premier a fait paroître jufqu'au dernier
moment de fa vie une fermeté de courage
& une prefence d'efprit extraordinaires on
lui attribue l'Epitaphae fuivante...
DE MARS. 1:43
Mors Regis , fides in Regem , eft
mea.
mors
La mort du Roi , ma fidélité à ſon égard,,
caufent ma mort.
Ces avis ajoutent que toutes les apparen
ces étoient que le Prince de Helle feroit
declaré Roi , avec d'autant plus de fondement
, que les Etats de Suede ont declaré
que la Reine fon épouse n'étoit point par
venue au trône par droit hereditaire , mais
par droit d'élation.
Le bruit vient de ſe répandre que la Reine.
de Suede avoit cefin confenti , que Peters
bourg reftât au Czar , & que S. M. Cz.
rendroit en échange tout ce qu'il avoit
conquis fur la Suede tant en Livonie qu'en
Finlande. On parle auffi d'une quadruple
ailiance , pour oppofer à la triple alliance
de l'Empereur , du Roi de Pologne & du.
Roi d'Angleterre.
On a reçu quelques circonstances touchant
les intrigues de Clement . Les Minif
tres Pruffiens & la Dame d'Honneur de la
Reine , qui avoient été arrêtez fur fa dépofition
, ont été reconnus innocens , enfuite
élargis , & font rentrez dans les bonnes
graces de S. M. P. Il n'y a û qu'un
Miniftre qui a été condamné à Porter La
chaîne aux pieds & rouler une brouette pendant
deux ans , pour avoir revelé des fearets
du Confeil à l'Envoyé du Roi de Pos
144 LE MERCURE
logne . A l'égard de Clement , on travaille
à fon Procés , comme un fauflaire & un
impofteur.
A Vienne le 14 , Mars.
L'Empereur a enfin déclaré que le Mariage
du Prince Electoral de Saxe avec
l'Archiducheffe Anne - Jofephine , avoit été
conclu . Le Futur , aprés avoir été regalé
magnifiquement par la Cour , partit le 7.
pour fe rendre auprés du Roi de Pologne
fon pere à Fraudftat . S. M. I. accorde à la
Princefle une penfion de dix mille Rifdals.
Le Prince Don Emanuel de Portugal arrivé
de Paris depuis peu en cette Cour , a été
reçû d'une maniere fort diftinguée & fort
tendre par L. M. I. regnantes , par les deux
Imperatrices Douairieres , & par les Sereniffimes
Archiducheffes . Le Prince Electoral
de Saxe lui envoya un Gentilhomme
de fa Suite , pour lui faire compliment fur
fon arrivée. Le General Comte Ottochar
de Staremberg & le Comte de Merci , fe
difpofent à partir pour fe rendre en Sicile.
Le Marquis de Spinola , Envoyé de la Republique
de Genes , auquel le Marquis
d'Orria doit fucceder , a pris congé de la
Cour. Le jour du départ du Prince Eugene
pour Bruxelles , n'eft pas encore fixé . Le
General Comte de Flemming , qui a conelu
ici le Traité de la Triple Alliance au
nom
DE MAR S..! 145
nom de S. M. Polonnoife , a paffé de Drefden
en Pologne , pour en demander la Ratification
à la Republique. Ce Traité : &
l'union intime qui regne à prefent entre ces
deux Cours , femble devoir faire perdre
l'efperance au Czar , de difpofer de ce Duché
en faveur de la Ducheffe Douairiere
de Curlande ; puifque l'on prétend qu'ap
partenant au Duc Ferdinand de ce nom
il doit être réüni aprés la mort à la Cou
ronne de Pologne , & converti en Palatinat
. La Ville de Dantzick trouvera auffi
une protection particuliere dans ce Traité.
Par tous les avis que l'on reçoit ici , il paroît
que la Porte étoit tout à fait refolue
de rompre avec la Mofcovie , & que fuivant
ce projet , elle avoit ordonné aux
Tartares de fe tenir prêts aux premiers ordres
, pour faire une execution militaire
dans les Etats du Czar.
L'on prétend qu'il le trouve quelque difficulté
à l'acceffion de la Republique d'Hollande
à la Quadruple Alliance , par rap
port à la condition d'accorder à L. H. P.
le terme de trois mois aprés la fignatures,
avant que de fe déclarer contre l'Efpagne.
S'il faut s'en rapporter à quelques avis de
Berlins le Roi de Pruffe a rejetté toutes les
propofitions du Duc de Mekelbourg , en
faveur duquel S. M. Pruffienne avoit feulement
accordé le paffage aux Ruffiens pour
fe retirer dans leur pays par les Etats,
Mars 1719.
N
146 LE MERCURE
Le feur Clement ayant été examiné à
Berlin en prefence du Refident de l'Empereur
, eft enfin convenu de la fauſſeté de
fes accufations contre plufieurs perfonnet
de diftinction. Il accufe un nommé Lech
man d'avoir contribué à inventer toutes
ces faulletez. Ce Lechman qui s'étoit ſauvé
de Berlin , a été arrêté depuis en Saxe.
Les Peres Jefuites de la Maifon profeffe
de cette Ville , qui font chargez de la direction
des Miffions établies dans les Païs
conquis fur la Porte Ottomane , ont envoyé
à leurs frais fix groffes cloches , trois
à Temefvvar & trois à Belgrade ; elles feront
placées dans les Mofquées qui ont été converties
en Eglife.
L'on n'a pas feulement deffendu la Cour
à M. Weffelofski Refident de Mofcovie ;
mais il a û ordre de plus de fe retirer des
Etats de S. M. I. dans le terme de quinze
jours qui lui a été accordé comme une gra
ce fpeciale . On pretend que l'on n'en a ufé
ainfi , qu'en revanche du même traitement
fait precedemment au Refident de l'Empereur
auprés du Czar. S'il y a un Congrés
à Brunfvvick pour le Traité de la paix du
Nord , M. le Comte de Methuin ira en
qualité de Miniftre Plenipotentiaire de S.
M. I.
Le Prince Philippe Maurice de Baviere fut
élu le 14. par le Chapitre de Paderborn ,
Evêque de cette Ville . On fe flatte que le
DE MAR S.
147
Chapitre de Munſter lui fera égallement favorable,
tant à caufe de fa naiffance , que par
les fuffrages du Pape & de l'Empereur: Il a
cependant pour Concurrens le Comte de
Schonborn proposé par l'Electeur de Mayence
, & le Prince Meternick né à Munf
ter , & Chanoine de cette Eglife . Ce der
nier cft favorisé par les Hollandois & les
Princes voisins. L'élection de l'un de ces
trois Candidats eft fixée au 21. On doit
agiter dans peu à la Diette l'affaire de
l'Evêché de Naumbourg que les Protef
tans ont deffein d'ôter'au Prince Electoral
de Saxe , & d'en donner l'adminiftration
à un Prince Lutherien. Le Roi de Pologne
informé de ces démarches , a ordonné
à M. de Manteusfel & à un autre Miniftre
de fa Cour , d'y foûtenir fes droits.contre
ce projet d'innovation . Les mêmes
Proteftans continuent à faire de grandes
plaintes contre les atteintes qu'ils pretendent
que les Catholiques donnent au Traité
de Weftphalie , en s'emparant de tems
en tems de biens Ecclefiaftiques qui leur
ont été cedez par ledit Traité. Il paroît
qu'on ne fait pas beaucoup d'attention aux
Memoires qu'ils épandent dans toute
l'Allemagne.
Nij
148 LE MERCURE
A Amfterdam le 26, Mars.
A fignature de la quadruple Alliance
de la part de cette Republique , demeure
fufpendue jufqu'à ce que les Etats
Generaux ayent auffi pris la refolution d'acceder
aux articles fecrets des Traitez de
Londres. Ces articles ont été envoyez aux
Provinces , pour en avoir leur avis .
M. de Colfter , qui eft parti pour l'Efpagne
, a ordre de fuivre S. M. C. par
tout , foit en Arragon ou ailleurs , & de
ne point épargner les Couriers, en cas qu'il
fe palle quelque chofe de confiderable Il
doit s'arrêter quelques jours à Paris pour
conferer avec M. Hop & les Miniftres de
France & de la Grande Bretagne , touchant
les moyens de réuffir dans les négociations
dont il eft chargé : On efpere
toûjours qu'il trouvera la Cour de Madrid
dans des difpofitions pacifiques .
L'Echange des ratifications du no veau
Traité de Barriere , n'eft pas encore fait ,
& l'on croit qu'il ne fe fera qu'en même
tems que l'Etat fera figner la quadruple
Alliance & les articles fecrets par M.
Wanborfelen , fon Miniftre à Londres .
Cela n'a pas empêché L. H. P. d'ordonner
à M. Pefters leur Refident à Bruxelles,
d'exiger le payement du premier terme des
400. mille êcus par an accordez à la ReDE
MAR S. ! 149
publique pour l'entretien de fes Garnifons
dans les Places de la Barriere .
L. H. P. ne fe font pas encore déter
minées fur le nombre d'Ambaffadeurs
qu'on doit envoyer en Suede, y ayant quelque
difpute fur ce fujet entre les Provinces .
La Frife , entr'autres , prétend que c'est àa
elle à en nommer un , & s'oppofe à la
nomination de M. Haffelaer par la Hollande.
Cette derniere Province foûtient
qu'elle y eft plus intereffée qu'aucune autre
, à caufe de fon Commerce dans la
Mer Baltique ; ce qui demande un Mi
niftre qui foit bien inftruit du commerce.
On croit pourtant que cette difpute fera
bientôt terminée , quoiqu'on ne fe profle
pas beaucoup for cette Amballade , parce
que la Reine n'a point encore notifié dans
les formes la mort du Roi fon frere , & fon
avenement à la Couronne .
left certain que les Etats de Suede ont
déclaré , que la Reine étoit parvenuë au
trône par droit d'Election , & non par celui
de Succeffion , & que S. M. a confirmé
cette refolution .
Le Marquis Beretti- Landi défavouë que
le Prétendant ait efté invité par la Cour de
Madrid à paffer en Efpagne; mais, il avoue
en même tems que s'il s'y retiroit , S.M.C.
ne pourroit pas lui refufer fa protection .
Le Marquis Beretti - Landi a notifié à
l'Etat qu'il avoit reçû ordre du Roi fon
N iij
140 LE MERCURE
Maitre , de propofer à L. H. P. de fufpendre
pour quelque tems leur acceffion à
La Quadruple Alliance , puifque S. M. C.
étoit fur le point de faire des ouvertures :
pour un accommodement qui ne leur fe-›
roit pas moins agréable qu'aux autres Al-
Lez. Les Députez lui repondirem qu'il n'étoit
pas au pouvoir de L. H. P. de défaire .
ce qui étoit fait ; mais , qu'ils continuesoient
d'agir par des offices pendant le ter
me qui avoit efté ftipulé , pour lailler au
Roi Catholique le tems d'entrer dans les
propofitions qui lui ont efté faites.
M. le Comte de Morville Ambassadeur
du Roi T. C. fit le 22. fon Entrée publique
à la Haye ; elle a paru magnifique, Cer Am
baffadeur s'attire l'eftime & la confideration
de tout le monde par fes manieres
gracieufes & affables .
4
On croit que la Lotterie de 75. millions,
dont le plan paroîc fi avantageux à l'Etat
& aux particuliers , aura fon execution .
On mande de Bruxelles du 20. qu'on y
arrêta le 14. de ce mois cinq Doyens de
Mêtiers. Lors que cette execution le fit ,
on avoit eu la precaution de faire mettre la
garnifon fous les armes , & de lui faire occuper
toutes les grandes places ; afin de
prevenir les attroupemens & les defordres.
La populace ne lailla pas de s'atrouper fur
le marché , d'abbatre & brûler l'échaffaut
qui avoit été dreffé pour punir les feditieux.
DE MARS
Le 16. on éleva une potence au même en
droit où avoit été dreflé cet échaffaut : la
populace entreprit le lendemain d'en enlever
l'échelle , mais elle fut auffi -tôt difperfée.
Les Doyens des Corps de Mêtiers.
ayant demandé la permiffion de faire une
deputation au Marquis de Prié pour lui re
demander les 5. Doyens arrêtés , Son Excellence
ne jugea pas à propos d'accorder
leur demande , & il a été deffendu au Geo .
kier de la prifon où ils font renfermés
de les laiffer parler à perfonne fous peine de
la vie. Il y a une garde de 40. hommes devant
la prifon .
L
A Londres le 23. Mars.
E 11. les Seigneurs étant retournés à
la Salle de leurs fceances ordinaires ,
un d'eux propofa d'examiner l'état de la
Pairie. Il reprefenta que le nombre des
Pairs étoit devenu fi exceffif , qu'il paroiffoit
à propos de le fixer , pui que l'on en
comptoit actuellement plus de 200. , en
y comprenant les 16. d'Ecoffe qui ont feanée
au Parlement depuis la reunion des 2.
Royaumes. Il fut refolu que cette propofition
feroit examinée , & que pour proce
der dans cette deliberation avec plus de regularité
, tous les Pais feroient avertis de
fe trouver le 13. à la Chambre . S'y étant
rendus au jour marqué , M. le Comte de
Niiij
Aft LE MERCURE
Stanhope , Secretaire d'Etat , apporta de
la part de S. M. à la Chambre des Pairs,
le meffage fuivant du Roy , touchant les
Pairies .
GEORGES , ROY.
S. M. étant informée que la Chambre des
Pairs a mis en deliberation l'Etat des Pairies
de la grande Bretagne , elle a bien vou¬
lu leurfaire fçavoir qu'elle a fi fort à coeur
l'Etat des Pairies de tout le Royaume fur un
fondement qui puiße affürer lá liberté & la
conftitution du Parlement dans tous les âges
futurs , qu'elle veut bien que fa prerogative
n'empêche pas un ouvrage fi neceffaire. Auf
fitôt que cet envoy fat delivré à la Chambre
, il s'y eleva un grand debat. Le parti
oppofé pretendit que le Roy devoit ignorer
ce qui fe paffoit dans leur Chambre :
qu'à la verité S. M. pouvoit approuver ou
rejetter les Actes quand on les lui prefentoit
: mais , qu'elle avoit été mal confeillée
d'envoyer ce metlage . Le Comte de Sunderland
repondit qu'll y avoit des exemles
en pareils cas . Le Comte d'Orford du
parti oppofé, lui repartit , & preffa le Com
te de Sunderland à vouloir, feulement citer
un de ces exemples . La difpute entre ces
deux Seigneurs fut vive . Aprés ce debat ,
la Chambre refolut de prefenter une adrefle
de remerciement à S. M. Le 14. les SciDE
MAR'S.
133
gneurs en en grand Comité, examinerent les
Pairies de la grande Bretagne ; il y eut de
grands debats touchant celles d'Ecoffe . , &
fur l'augmentation des Pairs Ecoffois qui
doivent avoir feance au Parlement , ainfi
que leurs. Defcendans à perpetuité . On refolut
enfin à la pluralité de 83. voix contre
36. qu'aulieu de 16. Pairs electifs qui ont
feance dans la Chambre des Pairs de la
part d'Ecoffe , on y en admettra 25. que le
Roy declarera avant la prochaine feance
du Parlement , lefquels y auront droit de
feance hereditaire que 9. de ces 25. feront
établis par S. M. pour y avoir un droit
immediat : que fi aucuns des 25. Pairs &
leurs heritiers.viennent à manquer, S.M.en
établira d'autres pour leur fucceder ,
que ce droit hereditaire ne defcendra pas
en faveur des femmes . Le 15, les Seigneurs
continuerent à deliberer fur l'Etat des Pairies,
& prirent les refolutions fuivantes touchant
celles d'Angleterre qui contiennent
en fubftanec : 10. que le Roy aura pouvoir de
créer fix. Pairs de plus dont le nombre demeurera
pour toûjours fixé que S. M. &
fes fuccelleurs ne pourront jamais en
créer davantage , finon des Princes de la
Maifon Royale . II. Que S. M. aura la
prerogative de remplir les titres qui viendront
à être éteins . III . Que cette dignité
ne fera jamais conferée à des femmes. Le
16. on fit rapport des dernieres refolutions
&
134 LE MERCURE
que la Chambre des Seigneurs agrea fans
aucune divifion , aprés quoy elle ordonna
de porter le Bill en conformité. Voici au
long les refolutions . 1. Que le nombre dest
Pairs de la grande Bretagne , ne fera augmenté
fans un droit precedent , que du
nombre de 6. 2delà de ceux qui le font
prefentement. 20. Que fi aucun desdits
Pairs ou des fix nouveaux , vient à manquer
, leur nombre pourra être remplacé
par de nouvelles créations de fujets nés de
ce Royaume. 30. Qu'à l'avenir , il ne fera
créé aucun Pair par Commiffion , ni au
cune Pairie accordée par Lettres patentes.
4.Qu'il n'y aura aucune reariction à la
Couronne , pour la création des Princes
du fang Pairs de la grande Bretagne avec
le droit de feance au Parlement. so . Que
lorfque quelques Seigneurs qui ont prefen
tement feance au Parlement , & dont les
fils ont été appellés par commiffion , viendront
à mourir , il fera permis au Roy , à
fes heritiers & fucceffeurs , de créer un
Pair pour remplir fa place. Enfin , chaque
création d'un Pair qui fe fera à l'avenir
contre ces refolutions prifes & arrêtées ,
fera abfolument nulle.
Le 21. le Roi fe rendit dans la Chambre
des Pairs avec les ceremonies ordinaires ;
& ayant mandé les Communes, S. M. fi
le difcours fuivant aux deux Chambres.
DE MARS.
Milords & Meffieurs.
Ayant reçû de nôtre Confrere & Allie
Le Roi Trés - Chtêtien , des avis réïterez
que l'Espagne veut tenter par furpriſe une
invafion contre mes Etats en faveur du
Prétendant j'ai jugé à propos de vous en
informer , & de mon côté , je prendrai
toutes les mesures neceffaires pour faire
échouer les deffeins de nos Ennemis .
munes.
Meffieurs de la Chambre des Com-
Cette entreprise , fielle eft poursuivie ,
m'engagera à de plus grandes dépenfes par
Mer & par Torre, que celles aufquelles on
a pourvû. C'est pourquoi je vous recom
mande de me mettre en état de la maniere
que vous trouverez à propos , de faire les
difpofitions neceffaires pour notre fûrété ;
& vous pouvez être affûré que dans cette
occafion & dans toutes autres , j'aurai
tous les égards pour le foulagement de
mon Peuple qu'il conviendra à fa fûreté.
Milords & Meffieurs.
J'ai eu tant de preuves de l'affection &
de la fidelité de ce Parlement , que je n'ai
aucun lieu de douter de vôtre ferme &
vigoureufe continuation à foûtenir , & ma
perfonne & mon gouvernement dans cette
occafion.
156 LE MERCURE
Les Communes êtant revenues dans leur
Chambre , & l'Orateur ayant fait la lecture
du Difcours du Roi , on propofa auffitôt
de prefenter une adreffe de remerciment
à S. M.fur cela. M. de Pultney , ci - devant
Secretaire de la guerre , fit un long difcours
dans lequel , aprés avoir declaré qu'il ne
s'oppofoit pas à ce que la Chambre remerciât
. S. M. fit plufieurs remarques qui reflechiffoient
contre la conduite du Miniftere.
On n'y fit aucune réponſe. La Chambre
enfuite refolut unanimement de prefenter
une humble Adreffe au Roi , pour le remer
cier d'avoir fait la grace à fon Parlement de
lui communiquer les avis que S. M. avoit
reçûs touchant les deffeins : que l'Espagne
avoit de faire une invafion dans les
Royaumes de la Grande Bretagne , & pour
l'affûrer en même tems que la Chambre le
foutiendra avec la derniere vigueur, & fera
tous les efforts pour faire échouer une entrepriſe
fi extraordinaire : Qu'cile le prieroit
de donner les ordres necellaires pour
renforcer & augmenter fes forces par Mer
& par Terre , ainfi qu'elle le jugera à propos
, affùrant S. M. que la Chambre ap
prouvera toutes les augmentations des dépenfes
pour ce fujet , & mettra en état S.
M. non feulement de rendre inutiles les
deffeins de fes Ennemis au dedans & au
dehors ; mais auffi , de les faire tourner
avec la benediction de Dieu à leur confuDE
MAR S. 157
fion. La Chambre convint que cette refolution
feroit prefentée à S. M. par la
Chambre en corps . Les Seigneurs ayant
pris à peu prés la même refolution , prefenterent
l'Adreffe fuivante au Roi.
Nous les trés humbles & trés- fideles
Sujets de V. M. les Seigneurs Spirituels
& Temporels en Parlement affemblez , demandons
permiffion de rendre à V. M. nos
trés- humbles remercimens de fa trés - gratieufe
Harangue de deffus le trône , dans
laquelle il a plû à V. M. de communiquer
àion Parlement , qu'elle avoit reçû des
avis réiterez du Roi Trés - Chrêtien que
l'Espagne a deffein de faire une invafion
dans les Etats de S. M. en faveur du Pretendant
à vôtre Couronne , & vous demandons
auffi permiffion d'aflurer V. M.
que cette Chambre dans cette occaſion &
dans toutes autres , foûtiendra & affiftera
V. M. avec tout le zele imaginable pour
la deffenfe de vôtre facrée perfonne & de
gouvernement vôtre contre tous vos Ennemis.
Réponse du Roi.
Je vous remercie de bon coeur de cette
marque que vous me donnez fi à propos
de vôtre zele pour ma perfonne & mon
gouvernement ce qui ne manquera pas
d'encourager nos Amis , & de décourager
nos Ennemis.
#58 LE [
५
MERCURE
On doit lever fix Regimens de Dragons
& fix d'Infanterie ; & l'on commence à
travailler aux Commiffions des Officiers .
On doit auffi former un Regiment d'Invalides
qui fera compofé de dix Compagnies
outre dix autres independantes des mêmes
Invalides ce qui fera une augmentation
de plus de 6000 hommes . Le 12. au matin
, le Duc de Bolton Viceroi d'Irlande ,
envoya un Exprés à Dublin avec ordre de
faire immediatement embarquer quatre Regimens
d'Infanterie pour les paller dans
Oueft d'Angleterre . Toutes les Troupes
qui marchent vers l'Oueſt , ainfi que les 27.
Compagnies des Regimens des Gardes ,
camperont , à ce que l'on prétend , dans la
Plaîne de Salisburi , jufqu'à ce qu'on ait
reçu des nouvelles certaines des Ennemis.
On ne doute point que ce ne foit le Comte
de Cadogan qui les commandera. On affûre
que l'Amiral Norris a mis à la voile pour
aller reconnoître les forces des Espagnols ,
au cas qu'ils paroiffent fur nos Côtes . Le
Regiment du Marquis de Winchefter, celui
de Pith , d'Ouade , & d'Irovvins , Cavalerie
, les Dragons de Kerr , Euoëus ,
Honyvvoo & de Gore , doivent être partis
par differentes routes . L'Infanterie a ordre
de marcher à Exctter. Tous ces mouvemens
ont fait bailler les actions fur les
fonds publics. Celles de la Compagnie de
la Mer du Sud , qui étoient la lemaine
DE MARS.
159
paffée à 118. ont baiffé aujourd'hui à
110. un deuxième , & les autres à
tion.
LA
propor
A Perpignan le 18. Mars,
A plupart des Troupes qui doivent
compoſer nôtre Armée , font arrivées
au Boulon & aux environs de cette Place,
Tous les Officiers qui s'étoient rendus ici ,
en font partis pour aller joindre leurs Regimens
cantonnez dans tous les lieux cir
convoifins. On envoye d'ici le pain de
munition que l'on diftribue depuis quelques
jours à ces Troupes. Un détachement
de 7 ,. hommes de la garnifon de Belgarde,
a furpris du côté de Baſcara , à une demie
lieue de Ripolfe , deux nouvelles Compagnies
de Miquelets Espagnols. Il eft tombé
fi brufquement fur elles la bayonnette
au bout du fufil , qu'il ne leur a pas donné
le tems de fe reconnoître . Outre les tuez
& les bleffez , il a emmené 62. prifonniers ;
ces deux Compagnies étoient de 60. hommes
chacune. On apprend auffi de Prats-
Molhou qu'un autre parti François de 60.
hommes de la garnifon de cette place , en
avoit entierement défait un autre de Mi
quelets : Qu'il en avoit lafffé 27. fur la
place, bleflé 9. & obligé le refte au nombre
de 35. à mettre les armes bas & à fe
endre prifonniers , parmi lefquels fe trou
3
160 LE MERCURE
went deux Officiers de tronpes reglées & 3 .
Capitaines de Miquelets. Tous ces prifone
niers ont été amenez hier ici .
On écrit de Ville- Franche , que depuis
environ 15 jours , il s'étoit venu rendre
dans cette Place , ainſi qu'à Collioure plus
de 120 , déferteurs , la plupart Miquelets ,
qui tous ont pris parti dans les Regimens
de Miquelets que l'on forme dans le Rouf
Gillon. On mande de Mont - Louis qu'un détachement
de la garnifon de cette Place
avoit pénetré jufques à Belvere dans la
Cerdagne Espagnole , où ils avoient enlevé
quantité de beftiaux qu'ils avoient conduis
à Mont- Leüis , fans être pourfuivis.
Les Lettres de Cette en Languedoc , portent
qu'il y avoit plus de 60. bâtimens chargez
de grains prêts à mettre à la voile pour
Collioure & Canette , d'où ils feront voiturez
par terre à Perpignan .
LE
pour
A Barcelonne le 12. Mars.
Es Troupes qui étoient en quartier aux
environs de cette Place , ont commencé
depuis 8. jours à fe mettre en marche
fe rendre fur les Frontieres du Rouf
fillón . Comme on apprehende que les
Troupes Françoiles n'infultent nos petites
Places de la Segre , on y va faire entrer des
garnifons . Tous les Convois partis d'ici
font heureufement arrivez à Cagliari . Il y
a
DE MARS. 161
a encore dans ce port 43. bâtimens chargez
gez de provifions ; c'eft la quatriéme &
la derniere partie du grand Convoi qu'on
y avoit préparé. Il arrive ici quantité de
petits bâtimens de Blane , de Mataro , de
San Filiou & autres Places de cette Côte ,
que l'on charge de toutes fortes de munitions
de guerre & de bouche , à mesure
qu'ils entrent dans ce port . Ces bâtimens
Catalans doivent mettre à la voile
fous l'escorte de quatre Vaiffeaux
de guerre & de trois Fregattes , pour
aller débarquer à Roles toutes ces provifions
, d'où elles feront voirurées par
terre jufqu'à Gironne où eft le Quartier
d'affemblée des Troupes on compte dé
ja prés 18. mille hommes cantonnez aux
environs de cette Place. Les deux nouveaux
Regimens de Miquelets ou Fufiliers
Montagnards , font prefque complets : Ils
feront habillez uniformement comme les
Troupes reglées ; mais , ils feront armez
à leur maniere ordinaire . Les fortifications
de nôtre Citadelle & de la Ville font pref
qu'entierement rétablies ; l'on acheve celles
du Fort que l'on conftruit entre le Montjouy
& cette Capitale.
:
"
162 LE MERCURE
J
A Bayonne le 18. Mars,
IL artive fucceffivenient des Troupes que l'on diftribue dans les Villages circonvoifias
, juſqu'à ce que l'on les faffe
camper dans le Plat païs entre cette Ville
& S. Jean pied de port. On fait ici de gros
Magalins de grains & de fourages pour la
fubliftance de ces Troupes . Le 9. il entra
dans ce Port fous l'escorte de trois Fregat
tes quinze Bâtimens chargez de farine , de
poudre , & de plusieurs pieces de canon de
campagne. Les Espagnols de leur côté font
des retranchemens dans les paffages & par
ticulierement fur la côte ; ils y ont élevé
quelques redoutes . Un Bâtiment Portugais
venant de Vigo , nous a appris qu'à fon
départ du Port de cette Place , un Exprés
de la Cour de Madrid y avoit apporté des
dépêches au Commandant , de faire partir
inceffamment les deux nouvelles Fregattes
pour le rendre à la Corogne , où eft le ren
dez- vous de plufieurs autres Bâtimens de
guerre Efpagnols qui doivent s'y être af
femblez pour tenter une entrepriſe confide
rable.
La Reine Douairiere d'Efpagne a été fort
incommodée , elle f porte beaucoup mieux
depuis quelques jours.
On attend ici le 23. M. le Prince de Cellamare
pour paffer de là en Espagne.
DE MARS. 163
A Rome le 7. Mars.
LE 7. du mois paffé , le Chevalier de
S. George , autrement le Prétendant ,
fut enfermé plus de deux heures avec un
Officier inconnu & affez mal vêtu , « qui
venoit d'arriver en pofte . L'aprés midi ,
il alla à un grand concert où il invita quelques
Seigneurs à venir le lendemain dîner
avec lui. S'étant retiré dans fon Palais , il
partit en pofte de grand matin avec le Duc
de Perth , le Comte de Marr , & M. Hill
fon Grand Ecuyer. L'on apprit quelques
jours aprés , que le Prétendant n'avoit fait
que le tour des murailles de Rome , pour
fe rendre à Albano où le Cardinal Acquaviva
Protecteur des affaires d'Espagne qui
l'artendoit , l'accompagna jufqu'à Neituno
, petit Port à quelques mil des bouches
du Tibre: Qu'en y arrivant,un Pinque étoit
venu le prendre , pour le conduire à bord
de l'un des deux Vaiffeaux de Guerre qui
étoit à une certaine hauteur de ce Port ,
pour le transporter jufqu'à Rofes . Le
Chevalier de S. George laiffa en partant
nn billet pour le Pape , dans lequel il informoit
fa Beatitude des motifs qui l'avoient
- engagé à prendre ce parti.
Ce qui avoit occafionné la nouvelle de la
detention du Pretendant ,dont les Gazettes
ont parlé , eft qu'en effet on avoit arrêté
O ij
164 LE MERCURE
le 17. dans le Milanez trois Chaifes de
pofte , dans l'une defquelles on avoit crû
que le Pretendant étoit . On n'a
pas laiffe
de conduire les perfonnes qui étoient dedans
à Milan , où elles font étoitement
gardées , mais traittées avec diftinction ,
fans qu'on fçache encore ni leurs noms
ni leurs qualitez ..
Les Lettres de Naples marquent qu'un
Convoi Imperial compofé de plus de so
Tartanes , efcorté par 14. bâtimens de
guerre tant Anglois que Napolitains , avoit
mis à la voile pour aller rafraîchir Siracufe
& Trapani de tout ce qui pouvoit manquer
à ces deux Places que de plus on
preparoit à Naples un tranfport de 9. ou
10. mil hommes , qui font cantonnés au
tour de cette Capitale , & nourris par les
Bourgeois . On croit que leur deftination
regarde Siracufe & Trapani , afin de faire
par là une puiffante diverfion aux Elpas
gnols , qui feront obligés en ce cas d'affor
Blir leur armée de Melazzo , pour s'oppofer
à ce corps de troupes Imperiales.
Le Cardinal Acquaviva a fait diftribuer
de l'argent aux domestiques du Pretendant
qui font reftés ici . Il fe trouve dans cette
Capitale un Prince de Heffe Caffel qui
doit fe rendre inceffamment à Naples pour
y commander fon Regiment . Le Gouvernement
a envoyé ordre au Vice Legat de
Bologne d'y faire une rigoureufe juſtice ,
DE MARS. 165
au fujet du meurtre commis par le Commandant
des Shires , fur la perfonne du
Marquis de Graffy , & l'on vient d'apprendre
que toute la Nobleffe de cette Ville a
pris les armes pour venger cet affafin ; ce
qui pourroit avoir des fuites fâcheufes , fi
l'on ne donnoit pas une prompte fatisfaction
à cette nobleffe.
On mande de Milan que le Comte Col
loredo Gouverneur de cet Etat , arriva le 4 .
en cette Ville .
t
A Genes le 17. Mars.
T
de-
N n'eft pas fans inquietude
puis que le Marquis de S. Philipe ,
Envoyé de la Cour de Madrid ici , a menacé
cette République de s'en retirer avant
la fin de ce mois , file Senat ne donnoit
pas une promte fatisfaction au Roy fon
Maître fur les griefs qu'il a contr'elle : il a
été refolu qu'on feroit une depuration vers
S. M. C. pour reprefenter à ce Monarque
l'impoffibilité où cet Etat fe trouve de pouvoir
fatisfaire aux demandes que fon Envoyé
a faites de fa part au Senat. On a appris
par l'arrivée d'un de nos bâtimens
venant de Malaga , qu'à fon depart du port
de cette Place , le Convoy preparé pour paffer
à Ceuta & à Melilla , avoit mis à la
voile le premier de ce mois fous l'efcorte
de cinq Vaiffeaux de guerre & de deux
G
166 LE MERCURE
Fregattes. Il est compofé de plus de 30.
bâtimens de charge , fourni de troupes ,
de munitions de guerre & de bouche
de toutes fortes de provifions.
D
Morts Etrangeres .
>
&
Om Sebaftien Carvalho de Mello , Com
mandeur de l'Ordre de Chrift , mourut à Lif
bonne le 19. Janvier dernier , âgé de 94.ans.
Jean Erbolde Baron de Fulgraf , Seigneur de
Schendorf , Confeiller de la Chambre Aulique de
l'Empereur , mourut à Vienne le premier Fevrier ,
âgé de 73. ans.
Marie Chriftine Comteffe de Trautfen & Falckenftein
, veuve de Sigifmond Georges Prince de
Dietrichftein , Grand- Chambellan de l'Empereur,
dont elle étoit la feconde Femme , mourut à Vienne
le 9 Fevrier , âgée de 69. ans .
Le Comte de Hohenzollern , mourut à Dreſde le
11 Fevrier.
François-Marie Ca¶ni , natif d'Arezzo, Capucin,
Prédicateur du Palais Apoftolique , qui avoit efté
nommé Cardinal du Titre de fainte Prifque par le
Pape Clement XI le 18. mai 1712. mourut à Rome
le 14. Fevrier , en réputation d'une grande vertu . ,
Nicolas Acciaioli , Florentin , Evêque Poftie ,
& Doyen des Cardinaux , mourut le 23. Fevrier.
Par la mort vaque un neufviéme Chapeau.
Le Comte de Lottum , Gouverneur de V vezel, &
General des Armées de l'Electeur de Brandebourg,
Roi de Pruffe , mourut le 24. Fevrier.
Paris.
Meffire Jean le Maire , Chevalier , Seigneur de
Montlivaut , ancien maître des Comptes ; moufur
le Fevrier. J
DE MAR S. 167
Meffire François le Gras , Chevalier , Seigneur du
Luart , des Loges , & c. qui avoit efé reçu Confeiller
au Grand Confeil en Aouft 1659. en mourut
Doyen le 6. Mars 1719. Iriffant pofterité.
Meffire Jacques - André de la Valogne . Chevalier
de l'Ordre de faint Lazare , ci devant Capitaine de
Cavalerie , mourut le 6. Mars.
Meffire Jean - François du Bois du Menilles ,
Prieur de faint Eftienne d'izé , mourut le 6. mars.
Il étoit fils de feu M du Bois du menillet Confeiller de
la Grand Chambre , & frère de M. du Menillet ,
Maitre des Requeftes.
Meire Jacques- Louis de Valon , Marquis de
Mimeure , Chevalier de l'Ordre de faint louis ,
maréchal des Camps & Armées du Roi , l'un des
Quarante de l'Académie Françoife , & qui avoit
été élevé Page de Monfeigneur le Dauphin , moufut
en Bourgogne te Mars.
Mehre Henry Bourdon , Correcteur des Comptes
, mourut le ra . Mars , laiffant une fi'le unique ,
mariée à M. Parent , Confeiller de la Cour des Aydes.
Meffire Huguet Baudouin , Chevalier , Seigneur
de Chamenft , Meftre de Camp de la Cavalerie Le
gere de fa Majefté , & Enfeigne des Gens- d'Armes
de la Reine , mourut le 15. Mars.
Dame Elizabeth le Fevre de Caumartin , veuve
de Meire Antoine de Belloy , marquis de Francicres
, Capitaine au Regiment des Gardes Françoifes,
mourut le 16 , Mais .
Meffite Gafton Jean -Baptifte Terrat , marquis de
Chantofme , &c. Commandeur des Ordres du Roi ,
Chancelier , Garde des Sceaux & Chef du Confeil
de S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans, Regent
de France , mourut le 19. mars , âgé de 78. aus
fans pofterité.
Meffire Pierre Clement , Evêque de Poigneux ,
y mourur le 6. Janvier 1719.
Meffire Emery Simon de Vizé , Seigneur d'Ar
168 LE MERCURE
cueil , Confeiller au Grand Confeil , mourut le 17.
de ce mois.
Charges & Gouvernemens.
En Fevrier 1719. le Sieur d'Elci , Clerc de Chambre
du Pape , fut déclaré Vice- Legat d'Avignon.
Dans le Confiftoire du 8. Fevrier le Cardinal Pau.
lacci fut propofé pour l'Evêché d'Albano , vaquant
par la mort du Cardinal d'Adda .
Le 3. Fevrier le Comte de Vveltz prêta ferment
de la Charge de Grand - Maître de la Maiſon de
l'Archiducheffe Elizabeth d'Autriche.
Le Fevrier le Comte de Mercy fut nommé
par l'Empereur General de la Cavalerie.
Le Prince Claude de Rafin & de faint Maurice ,
Gouverneur de Cremone , & General de Bataille ,
fut nommé Lieutenant maréchal general de Camp
Et le Comte de Stratman , Cap Prov. de la P.
de Breslau , fils du feu Comte de ce nom , Confeiller
d'Etat & Chancelier de la Cour de l'Empereur, fat
nominé Confeiller d'Etat.
En Fevrier le Roi d'Efpagne donna la Charge
d'Ingenieur General des Armées & des Places
d'Andaloufie à Dom Pedro Borraz , maréchal de
Camp.
Le Gouvernement de me illa en Afrique , à Dom
Francifco Ibanez , Maréchal de Camp.
Celui de Cartagene , au Comte de Riviere , maréchal
de Camp.
Celui de Portolongone , à Dom Diego maniqué.
y- Octo, Bigadier d'Armée.
La Lieutenance de Roi de la Citadelle de Pamplune
, à Don Diego de Canto, Colonel.
Celie de Tarragone , à Dom Philippe Freyré ,
Colonel.
1
Celle de Sarragofle , à Dom Francifco de Ibero,
Colonek h
Celle de la Ville de Pamplune , à Dom Fran
cifco de Efcobar , Colonel.
La
DE MARS . 169
•
La majorité de Cad'z , à Dom Gomez de Maraver,
Lieutenant- Colonel.
Er la Lieutenance de Roi de Palma , à Dom м2-
nuel Feliz Odorno , Brigadier.
Le 17. Fevrier N Spencer , Comte de Sunderland
, qui étoit Prefident du Conſeil Privé , fut
no nmé par le Roi d'Angleterre , Premier Gentilhomme
de fa Cambre.
N. Pierrepont , Duc de Kingfton , qui étoit Garde
du Sceau Privé , fut nommé Préfident du Confeil
Privé.
N. Duc de K nt , qui étoit Grand - Maître de
la maifon du Roi , fut nommé Garde du Seau Privé .
N. Duc d'Argile , qui étoit premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Galles , fut nommé
Grand- maitre de la maifon du Roi.
Et le Prince de Galles donna la Charge de Premier
Gentilhomme de fa Chambre à Milord Lumlay,
fils du Comte de Scarboroug.
Mariages Etrangers .
Le Prince Ferdinand , troifiéme fi's de l'Electeur
de Baviere , époufa le s . Fevrier en Bohëme , N.
Fille de feu Philippe Guillaume- Augufte de Baviere
, Comte Palatin du Rhin , Frere de l'Electeur ,
& d'Anne Marie- Françoife Ducheffe de Saxe- Lau
vembourg , laquelle eft remariée à Jean Gafton de
Medicis Prince de Tofcanne.
Frederic Comte de Harrach , Chambellan de
l'Empereur , fils de Louis Comte de Harrach , Maréchal
de la Baffe Autriche , épouſa à Vienne le 5 .
Fevrier , Eleonore Princefle de Liechtenſtein , Dame
de la Cour Imperia e , & fille d'Antoine Prince
de Liechtenſtein , Grand- Maiftre de la Maifon de
l'Empereur.
Paris.
Le 27. mars Monfieur le Prince de Bournonville,
Mars 1719.
P
170 LE MERCURE
·
fils de feu Alexandre Albert François Barthelemy
Prince de Bournonville , & c. & de Charlotte Victoire
d'Albert I uynes , ép ufa mademoiſelle de
Guiche , fille d'Antoine- Charles de Grammont ,
Duc de Guiche , Pair de France , Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes , & c. & de Marie-
Chriftine de Noailles. Je ne vous dirai rien des
Maiſons de Grammont & de Noailles , qui font rapportées
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , du Pere Anfelme ; mais pour vous don⚫
ner une idée de celle de Bournonville , je ne la rapporterai
que depuis
Oudart de Bournonville , Comte de Henin - Lietard
, Seigneur de Capres , & autres Terres confiderables
de Flandres , qui fut Chef des Finances du Roi
d'Efpagne : il époufa marie Chriftine d'Egmond ,
fille de Lamorat d'Egmond , Prince de Gaure , Chevalier
de la Toifon d'Or, Gouverneur de Flandres &
d'Artois , & de Sabine de Baviere , fille de Jean
Comte Palatin du Rhin , Prince de Simmeren , &
de Beatrix de Bade , dont il eut
Alexandre Duc de Bournonville premier du
nom , Comte de Henin , & c . Chevalier de la Toifon
d'Or , mort le 22. Mars 1656. âgé de 70. ans .
Il avoit épousé le s . Septembre 1611. Anne de
Melun , fille de Pierre de Melun , Prince d'Efpinoy ,
& c. & d'Hypolite de Montmorency Bours , morte
le 18. Octobre 1666 âgée de 75. ans , dont il eut
entre autres enfans , Ambroife Duc de Bournonville ,
Chevalier d'Honneur de la Reine Marie- Thereſe
d'Autriche, & Gouverneur de Paris , mort en 1693.
Ja ffant de Lucrece Françoife de la Vieuville , fille
de Charles Duc de la Vieuville , Chevalier des
Ordres du Roy , & Sur- Intendant des Finances ,
qu'il avoit époulée en 1655. mort le 22. Janvier
1678. pour fille unique, Marie Françoife de Bour
nonville , née en 1658. mariée le 13. Aouft 1671.
à Anne Jules Duc de Noailles , Pair & Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi, grandDE
MAR S.. 17 [
Pere de la nouvelle Epoufe , & Alexandre fecond
du non , qui fuit ,
Alexandre 2. du nom , Prince de Bournonville ,
Comte de Henin , & c. Chevalier de la Toifon
d'Or , General de Bataille des Armées de l'Empereur
, puis de celles du Roi d'Eſpagne , & Viccroi
de Catalogne & de Navarre, avoit époulé en 1656.
Erneftine-Françoife Princeffe d'Aremberg & du s.
Empire , fille de Philippe Charles Prince d'Areme
berg , Duc d'Aricot , Chevalier de la Toifon d'Or ,
& d'Ilabelle Claire de Berlaymont , morte en cou¬
ches le 10. Octobre 1663 , ayant eu entre autres enfans
, Alexandre- Albert François-Barthelemy , qui
fuit >
Alexandre- Albert- François Barthelemy , Prince
de Bournonville , Comte de Henin , &c . aprés avoir
fervi la France en qualité de Sous - Lieutenant des
Gens d'Armes de la Garde du Roy , & de marée
chal de Camp , mourut à Bruxelles , aprés une lone
gue maladie , en Acuft 1705. il avoit épousé la
29. Adult 1682. Charlotte- Victoire d'Albert , fills
de Louis- Charles Duc de Luynes , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , & c . & d'Anne de
Rohan , fa feconde femme , morte en couches le
22. Mai 1701. en fa 34. année , ayant eu entre autres
enfans M. le Prince de Bournonville , qui vient
d'époufer Mademoiselle de Guiche ; & Angelique
Victoire de Bournonville , mariée le 5. Janvier
1706. à Jean de Durfort , Duc de Duras .
Meffire Antoine- Arnaud de la Briffe , Confeiller
au Parlement , fils de feu Meffire Arnaud de la
Briffe Procureur General du Parlement , & de Dame
Boane de Barillon , la feconde femme, époufale
Mars Damoiſelle N. Quantin de Richebourg , fille
de meffire Charles- Bonaventure Quantin , Seigneur
de Richebourg , Maitre des Requêtes & de Dame
Catherine Jeanne de Ragareu.
Meffire Louis- Emanuel de Loftanges , Marquis
de Saint Alvaire , Senéchal & Gouverneur de Quer-
Pij
172 LE MERCURE
&
ci , a épou'é Damoifelle N. de Longa , d'une des
plus nobles & anciennes Familles du Perigord ,
trés-riche heritiere . La Maifon de Loftanges eft
divifée en quantre branches ; cel'e des marquis de
Saint Alvaire en Perigord ; des Marquis de Beduer
en Querci ; des Comtes de Pai hez en Xaintonge ;
des Marquis de Felzins en Rouergue. Voyez pour
la Genealogie de M. le marquis de Loflanges ,
la derniere édition de moreri,
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit la Fufée , & celui de la feconde
, le Soulier.
ENIG ME.
O
Vous les Oedipes du tems
Developpez moi ce myftere !
Je fuis comme le Sphinx cu comme la Chimere ,
Compo'é d'Eftres differens.
D'une quadrupede machine
Ma têe pread fon origine ,
Le refte , d'animaux volan's :
D'une chofe vegetative
Mon corps s'allonge extrêmement.
Ma profeffion eft etive ,
Et copen ant
Sans le fecours d'autrui je fuis fans mouvement .
Mais auffi par mon miniftere
Subfifte une Divinité ,
Dont en dit qu'Amour est le Pere.
Par neuftraits differens d'une extrême beauté
On reconnoît fon caractere .
Princes & Rois lui font la cour ;
Piuficurs de qualité vulgaire
La lui font de même à leur tour :
Use herbe metamorphofée
te doucde
66
b
mefairen
ju
41 6
Mais
encou
6
то
DE
173
MAR S.
J
Ef fon ordinaire féjour .
Au tems de Saturne & de Rhée ,
Je n'étois pas encore au jour.
AUTRE.
E parviens rarement à l'âge de vie lleffe ;
Mon pe chant naturel et de finir bientôt ..
On donne pour leçon qu'il faut veiller fans ceffe
Afin de conferver mon importun dépôt .
"Ces foins font fuperflus , j'échappe & je m'envole;
Je fuis déja bien loin lorfqu'on croit me tenir ;
En vain à fa fureur en croit que l'on m'immole ;
Car louvent je fuis mort , lorfque je dois moutir.
CHANSON .
?
Gutons la charmante douceur
De nous engager l'un à l'autre.
Iris , je vous donne mon coeur
Daignez me faire un don du vôtre.
Je fai qu'il faudroit du retour
Si l'on jugeoit par le menite
Mais envers vous je ferai quitte ,
Si l'on en juge par l'Amour.
>
JOURNAL DE PARIS.
Benefices Donnez .
E 2. Mars 1719 La Coadjutorerie de
LI Abbaye de Gif , Ordre de S. Benoift
D.ocefe de Paris, à Madame de Segur Re- ››
Piij
374 LE MERCURE
ligieufe Profeffe de ladite Abbaye."
Le Canonicat prebendé de l'Eglife Collegiale
& Paroiffiale de S. Hypolite de
Poligny , Diocefe de Befançon , au feur
Claude- Denis - Jofeph Martin Prêtre dud.
Diocefe.
Le 6. l'Abbaye de Bourgueil Ordre de
S. Benoist Diocefe d'Angers , du revenu
de 17000 liv. vacante par la mort de M.
l'Abbé de Louvois , a été donnée à M.
l'abbé Dubois Miniftre & Secretaire d'Etat
des Affaires Etrangeres .
Le 11. l'Abbaye commend. de Megemont
Ordre de Ciftcaux , Diocefe de Clermont,
au Geur Jacques Antoine de Segonzac
Prêtre & Chanoine de l'Eglife de Chartres,
& Grand Vicaire de l'Evêché de Nante .
L'Abbaye de la Joye Diocefe de Vannes
Ordre de S. Bernard , à Madame Dufay
d'Athy de Cilly Religieufe Profefle dudit
Ordre.
L'Abbaye de S. Remy des Landes Ordre
de S. Benoist , Dioceſe de Chartres , à Madame
Marie- Anne de Thubiers de Caylus,
Religieufe profeffe du même Ordre.
Le Doyenné de l'Eglife Royale & Collegiale
du Puy N. D. Diocefe de Poitiers,
au fieur Charles Blondé.
Le 14. l'Abbaye de Vauluifant , Ordre
de Cifteaux , Diocefe de Sens , de 12000
liv. à M. l'Archevêque de Sens .
Le 17. Le Prieuré fimple & commen--
DE MARS. 175
dataire de S. Gobert , Diocefe de Laon ,
au ficur P. Jacques Lefcot.
Le 26. l'Abbaye de Villeneuve , Ordre
de Cifteaux Diocefe de Nantes , donnée à
M. l'Abbé Montgault Precepteur de Monfeigneur
le Duc de Chartres , & l'un des
quarante de l'Academie Françoife .
Le premier Mars , le Roi a accordé une
penfion de quarante mille livres à Mademoifelle
de Charolois.
M. le Comte de Nogent a vendu cent
15. mille à livres M. le Vicomte de Beau
ne , la Lieutenance generale de la balle
Auvergne .
On a û nouvelle que le Prince de Cella -
mare étoit parti le 18. du paffé de Blois ,
pour repaffer en Efpagne. M. du Lybois
l'accompagnera jufques fur la frontiere . La
Cour a envoyé des ordres à Bayonne pour
rendre les honneurs dûs à fon caractere.
On doit tirer le canon à fon entrée & à fa
fortie on lui prefentera le vin de Ville ;
& il aura une garde de so. hommes à fa
pórte avec un Drapeau .
M. le Marquis du Chelart a vendu for
Guidon de Gendarmes cent mille livres à
M. le Marquis de Colbert.
La Cout a gratifié M. le Duc de Trefmes
Gouver. de Paris, d'une penfion de 20000l ..
M. Moreau Procureur du Roi , a été honoré
d'un Brevet de Confeiller d'Etat .
Le 4. M. le Duc de Mortemart a û l'as
Piiij .
176 LE MERCURE
grément de vendre à M. le Duc de S. Aignan
, le Gouvernement du Havre de
Grace.
Le 7. M. le Cardinal de Rohan fe mit
en chemin pour retourner à Savernes .
Avant fon départ , il a obtenu de S. A.
K. que M. Baile Chanoine de S. Germain
l'Auxerrois , fe démettroit de la Charge
de Chapelain ordinaire du Roi , en faveur
de M. l'Abbé Baile fon neveu .
Le 8. la Ville de Paris eft en traité pour
acheter l'Hôtel de Clugni rue des Mathurins
, pour y établir des Prifons publiques .
Le petit Châtelet fera démoli , & le terrein
fera cedé à l'Hôtel-Dieu qui pouffera le
Bâtiment neuf jufqu'à cet endroit .
Le 12. on enleva par ordre de la Cour
17. perfonnes de l'un & l'autre fexe au
fortir des Hôtels des Ambafladeurs d'Angleterre
& de Hollande où elles étoient allées
ent udre le Prêche. On les conduifit en
prifon d'où elles ont été élargies quelque
tems aprés.
On executera bientôt le deffein que l'on
a pris d'aggrandir la place du Palais Royal,
en abbatant un certain nombre de maifons
qui appartiennent au Roi. On y élevera
un grand Refervoir d'eaux , pour les diftribuer
aux Tuileries . Le bas du Refervoir
doit être décoré d'une magnifique Fontaine.
M. de Dillon Irlandois & Lieutenant
DE MARS. 177
General des Armées du Roi , nommé par
la Cour depuis quelque tems pour aller
commander les Troupes en Provence , a reçû
un contr'ordre.
*
Les cinq millons dont on avoit fait propofer
des foufcriptions pour la conftruction
d'un Canal de Lyon à Marſeille , font entierement
remplis . Les actions font hauffées
à quinze pour cent de profit . On fe difpofe
à travailler à ce Canal le mois prochain ,
& l'on fait état qu'il fera achevé à la fin
de l'année 1710.
Le 16. Madame alla à l'Abbaye Royale
de Chelles , pour y voir Madame d'Orleans
fa petite fille.
Le 17. M. le Comte de Ribeira Ambaffadeur
extraordinaire de Portugal , ût audience
particuliere du Roi , dans laquelle
il prefenta à S. M. Mr. le Comte d'Acun- .
ha ci-devant Ambaffadeur du Roi de
Portugal en Angleterre , qui doit paffer à
la Cour de Madrid en cette même qualité.
Le 20. Madame Ducheffe de Berri ,
partit du Luxembourg , accompagnée de
M. le Duc d'Orleans , des Princefles du
Sang , & de quarante- huit Dames de la
Cour pour aller à l'Opera. Cette Princeffe
qui étoit couverte de pierreries , ainsi que
les Dames qui l'accompagnoient , fe plaça
à l'Amphiteatre fur un tauteuil que l'on
avoit û foin d'y preparer avec un grand
tapis , & fic à l'iffue du Spectacle un pre173
LE MERCURE
fent de cent piftoles aux Acteurs & aux
Actrices.
Le 22. M. le Baron de Hop Ambaſſadeur
ordinaire des Etats Generaux des Provinces-
Unies , eut auffi audience particuliere
du Roy , dans laquelle il prefenta à S. M.
Mr. Colfter qui va pareillement en Efpagne
en qualité d'Ambaffadeur des mêmes.
Etats Generaux .
M. Pelletier de la Houffaye Confeiller
d'Etat , & au Confeil des Finances , a été
nommé Chevalier , Garde des Sceaux ,
Chef du Confeil & Surintendant des Maifons
& Finances de S. A. R. Il remplace
dans cette Charge M. Terrat , mort le 19.
Le Roi a donné à M. le Marquis de
Prie , ci- devant Ambaffadeur de Turin ,
Neveu de Madame la Ducheffe de Ventadour
, le titre de Seigneur attaché à l'Education
de S. M. avec toutes les Entrées
dans la Chambre & le Cabinet . Monfeigneur
le Regent a donné l'ordre aux Offi
ciers des Gardes de la Porte du Roi , de
laiffer les honneurs & les entrées du Louvre
, libres à M. le Prince de Bade- Dourlac
.
M. Balon Maiftre à Danfer du Roi , a
obtenu la Charge de Compofiteur des Balets
de S. M. aux appointemens & gages de
3600. liv . Cette Charge étoit occupée cidevant
par M. de Beauchamps .
4
DE MARS.
179 1
La Charge de Maiftre d'Hôtel du Roy ,
du quartier d'Avril , a efté venduë à M. de
la Folenne qui en a prêté ferment entre
les mains de M. le Duc , Grand Maiſtre
de la Maifon du Roy. Cette même charge
avoit été vendue l'année derniere , par M.
de Verton nommé Envoyé auprés du Czar
de Mofcovic , à M. Godin qui n'a pas jugé
à propos de s'y faire recevoir.
M. de la Vallette Maiftre d'Hôtel de
Madame Ducheffe de Berry , fils de M. de
la Vallette, Huiffier de la Chambre du Roi,'
a acheté la charge de Gentilhomme ordinaire
du Roi , que M. Mefiers Maiftre
d'Hôtel de S. M. avoit vendu à M. d'Apougny
.
M. de Bofc frere de M. le Procureur General
de la Cour des Aydes , a achetté de
M. de Beaurepaire la charge d'Ecuyer du
Roy.
Meffieurs Croifillac & la Fage , anciens
Exempts des Gardes du Corps , ont cedé
leurs Bâtons à M. de Villemont & à M. le
Marquis
d'Hautichamps Capitaine de Cavalerie
. Le Roy a continué aux deux premiers
la penfion de 1500. liv. qu'il accorde
ordinairement à la fortie du fervice .
S. M. a en même - tems gratifié les deux
anciens Brigadiers qui prétendoient à ces.
deux Bâtons , d'une penfion de 600 , livres
chacun..
Le Roy a accordé à M. le Premier
180 LE MERCURE.
Prefident du Parlement de Bordeaux , une
penfion de 2000. écus , & une autre pareille
à M. le Gendre Intendant de Tours.
Madame la Princeffe de Conty feconde
Douaniere , eft rentrée dans la belle Terre
du Duché de Mercoeur , eftimée près de
900. mille liv . Cette Terre fort de la Maifon
de Vendofme.
M. le Marquis de Livry premier Maître
d'Hôtel du Roy, & M. fon fils reçû en furvivance
, ont obtenu les grandes entrées
chez le Roy.
Le General Ranck Suedois , qui vient
notifier la mort du Roy de Suede au Roy,
reftera ici en qualité d'Ambaffeur de cette
Couronne.
Le 25. jour de l'Annonciation , Monfcigncur
le Duc Regent , alla entendre la Mcffe
à Notre - Dame , précidé de M. l'Evêque
de Nantes & de fcs Aumôniers . M.
le Cardinal de Noailles fuivi de tout fon
Chapitre , vint recevoir ce Prince juſqu'au
Parvis, & lui prefenta avec le goupillon de
l'eau benîte . Cette Eminence accompagna
S. A. R. au Choeur. A l'iffûe de la Mille,
M.le Cardinal de Noailles reconduifit M.
le Regent avec les mêmes ceremonies , juf.
qu'à la portiere de fon caroffe.
Le 26. M. le Marquis de Montforeau, fils
de M. le Marquis de Sourches , Prevôt de
l'Hôtel & Grand Prevôt de France , prêta
ferment entre les mains du Roy , en preDE
MARS. 181
fence de le м. Duc d'Orleans , pour cette
Charge dont S. M. lui a accordé la furvivance
.
Le 27. les Députez des Etats d'Artois
ûrent audience du Roy , & prefenterent le
Cahier de la Province à S. M. Ils furent
prefentez par le Prince Charles de Lorraine
Gouverneur de la P.ovince , & par M. le
Marquis de la Vrilliere. La Députation étoit
compofée de l'Abbé de Valbelle Aumônier
du Roy pour le Clergé , du Baron
de Greincourt pour la Nobleffe , & du
Sieur de Groifillier Avocat pour le Tiers,
Etat .
Meffire Roger Brulart Marquis de Puyfieux
& de Sillery , Chevalier des Ordres du
Roy , L. Gen. de fes Armées , Confeiller
d'Etat d'Epée , Gouverneur d'Huningue &
d'Epernay , ci - devant Ambaffadeur de
France vers les Cantons Suiffes , mourut
en cette Ville le 28. du mois dernier , âgé
de 79. ans. Le Roi a donné le Gouver
nement d'Huningue à M. Fouquet de
Belle- Ifle, Maréchal de Camp des Armées
du Roy.
Le 26. Monfeigneur le Duc Regent vint
faluer le Roi pour la premiere fois , depuis
les
quarante jours qu'il s'eft abftenu de voir
S. M. à caufe de la petite verolle de Mademoifelle
de Chartres .
Le 29. M. le Duc de Richelieu & M.
le Marquis de Saillant , Colonel dur Regi
182 LE MERCURE
ment de ce nom , reçûrent chacun un ordre
du Roi pour fe rendre à la Baſtille .
Le 30. il parut fur les 8. heures & demie
du foir , un globe de feu qui couroit du
Nordau Sud. La lumiere qu'il répandit ,
fut firefplandiflante, que tout l'Amotſphere
en fut éclairé comme en plein midi . Nous
pourrons rendre raifon le mois prochain de la
caufe de ce Phenomene. Les Journaux ont
parlé depuis peu d'une espece de Comete ,
qui parut à enife le 22. Fevrier fur les
3. heures aprés minuit : Elle décrivit un
cercle du Nord au Sud. Une heure aprés
elle difparut , laillant dans fa route une
corde de feu qui s'évanouit un moment
aprés.
Le 31. M. le Marquis de Senneterre , L.
General des Armées du Roi, nommé par la
Cour à l'Ambaflade d'Angleterre , partit
en pofte pour en aller faire les fonctions.
Un Enfant de Famille de cette Ville ,
âgé de 13. à 14. ans , mais petit pour fon
âge , affez beau de vifage , & qui a les
cheveux d'un chatein brun , eft forti le 15 .
de ce mois de la maison paternelle fans qu'on
puiffe fçavoir où il s'eft retiré. Comme il
n'aura pas manqué de déguiſer ſon nom &
fa famille , fes Parens qui font dans une extrême
affliction , prient les perfonnes qui le
reconnoîtront au portrait qu'on en donne ici,
de le garder à vie , & d'en donner avis fur
le champ , ou de le ramener dans un caroße ,
DE MAR S. 183
pour qu'il ne leur échappe pas , à M. le
Vicaire de S. Louis eu l'Ile
Le .... on a joué pour la premiere fois
au Théatre François la Reconciliation Nor
mande , Comedie en vers & en cinq Actes
de M. Dufrefny : Cette Piece fut recûë du
Public trés favorablement , & a été jouée
avec un fuccés égal , juſqu'à la cloture du
Theatre On la reprendra aprés ces Fêtes ,
parce qu'il s'en faut beaucoup que le goût
du Public pour cette Piece , foit ralenti .
Je n'en donne point d'extrait ici , pour ne
pas violer l'engagement que j'ai pris avec les
Auteurs , de n'examiner leurs Pieces , que
lorfqu'elles font dévoluës aux Comediens.
Le 11. Mars , le Roi vit pour la derniere
fois la reprefentation du Bourgeois Gentilhomme
, mêlée d'iutermedes , de danſes &
de mufique. Les Princeffes du Sang & plufieurs
autres Dames de la Cour y parurent
en robes,& accompagnerent le Roi jufques
dans fon Cabinet .
Le 3. Avril on a brûlé à l'Hôtel de Ville
1056. Billets de l'Etat , montant à la fomme
de 1229 mil 300 liv . ce qui fait avec
les autres Billets brulez jufqu'à ce jour
98232. Billets , montant à la fomme de
foixante-dix neuf millions 9,6 mil 190 liv.
Le lendemain de la Quafimodo les Fables
nouvelles dediées au Roy , par M. de
la Motte de l'Academie Françoife , feront
en vente chez Gregoire Dupuis , ruë faint
Jacques à la Fontaine d'or.
184 LE MERCURE
J
E remercie la perfonne inconnuë qui a
bien voulu me communiquer la Lettre
fuivante. Quoyque écrite naturellement , elle
n'en eft pas moins curieufe par certains petits
détails que l'on ne trouve point dans les Relations
ordinaires . Nous la donnons telle que
nous l'avons reçûë . C'eſt un Mari qui écrit
à fa femme.
A LA NOUVELLE ORLEANS
Province de la Louifiane fur le
J
Le
5.
Miffiffipi.
Novembre 17.8.
E n'ay pu vous écrire jusqu'aprefent ,
faute du retour de Vaiffeaux
J'arrivai en ce Pays- ci le 25. Août dernier
jour de S. Louis . Vous m'avez demandé une
legere defcription du Païs : la voicy . ..
C'eft un Terroir charmant qui commence
à fe peupler ; je me fuis retiré à l'endroit
où l'on établit la Capitale de ce Pays que
l'on nomme la nouvelle Orleans ; elle aura
de circuit une lieuë de tour , elle eft fituée
fur le bord du Fleuve de Miffiffipi qui à
prés de 800. lieues de cours. Le Païs qui
a une très grande étendue , eft rempli de
Mines d'or , d'argent , de cuivre & de
plomb en differens endroits. J'ai voulu
m'attacher à la Capitale de cette Province
par
DE MAR S. 185
par le monde qu'elle va contenir , par le
centre du commerce & l'affemblée des
Chefs. J'efpere de ne m'en point repentir.
Je fuis avec un bon ami , en attendant
que M. le Gouverneur m'ait fait marquer
mon terrein , qui doit être de trois arpens
de face , fur quarante de long , faifant
120. arpens de terre. Ces terres me feront
données en propre à moy & aux miens ,
avec les grains pour les enfemencer. Je fuis
aidé dans mon travail par mon ami a charge
de revanche. De 900. perfonnes embarquées
il n'en est mort que fept , & encore gens
d'àge & malades . Il y avoit avec nous
quarante cinq femmes ou filles . Il y a trente
licuès à remonter par eau pour venir à
la nouvelle Orlcans ; l'on couche à terre
toutes les nuits . Je fuis actuellement dans .
les dépendances de la Ville , plus en fûrereté
que dans une Citadelle , quoiqu'entouré
de Sauvages & de François , avec
lefquels on ne court aucun rifque. La bonne
foy eft telle , que chacun laiffe fes portes
ouvertes , s'entr'aidant les uns les autres .
Les Maifons font fimples , baffes comme
dans nos campagnes , couvertes de grandes
écorces d'arbres & de groffes cannes . Les
habilemens à la volonté de chacun , mais
fort fimples ainfi que les ameublemens
chaifes , lits , tables , coffres , batterie de
cuifine car les tapifferies & les beaux lits
font inconnus. L'on y prefere le Commer186
LE MERCURE
ce , la culture des terres , des arbres & des
plantes, à toutes les chofes vaines & inutiles.
La nourriture confifte en farines venant de
France , & en bled d'Indes qu'on recueille
en abondance . La terre y eft excellente &
d'un grand raport . Elle produit toutes fortes
de legumes , & des fruits beaucoup
meilleurs qu'en France , & en plus grand
nombre. L'on a à fort bas prix des vaches ,
cochons , poulets , &c.Il cft facile pour peu
de chofe de garnir une baffe cour. Le Pays
eft fertile en boeufs fauvages , Chevaux ,
Ours , Léopards , Reptiles & autres Auimaux
qui fuyent devant les Hommes ,
& ne leur font aucun mal. Tous les Gi .
biers de France , & d'autres qui n'y font
pas connus , y abondent ; ils fent de trésbon
goût ; les Sauvages en fournillent
tant que l'on veut pour trés peu de chofe .
Il fait toûjours chaud ici ; mais la grande
chaleur ne dure que depuis dix jufqu'à
trois heures . On travaille pendant ce
tems dans les Maifons ; l'en fe porte bien
& l'on voit de belles vicilleffes . A peine
étions nous débarquez , que les filies que
nous avions , ont été promptement & bien
mariées. La tranquilité cft ici fort grande,
& la focieté agréable. Il ne s'y paye aucun
impôt On ne vous demande rien ; tout
vôtre bien eft à vous , & vous vivez independant.
Voilà tout ce que je puis vous dire
ala hâte de cePais : Tachez d'y venir au re
DE MARS. 187
3
F
tour du Capitaine Japy , qui doit partir
inceffamment d'ici pour aller recharger en
France La Compagnie donne gratis le
paffage & celui des hardes & uftenciles ,
&c. Vous engagerez les Ouvriers qui nous
font neceffaires , pour trois années du jour
de leur arrivée , feulement pour leur pain ,
nourriture & entretien , tant fains que malades
, à charge , au bout des trois années,
de leur faire donner une Conceffion par la
Compagnie , de trente arpens de terre ; ce
que je ratifierai quand vous fercz arrivée .
Je ne puis faire mon travail de l'Amidon ,
que dans les mois d'Avril & de May , &
que je n'aye découvert plufieurs plantes &
beaumes dont j'efpere faire un commerce
folide. On m'a appris qu'il y avoit au Miffifipi,
un nomme Duval, trés habile Chimister
venu de Paris de la part du Roi , pour
prendre connoiffance des fimples & des
curiofitez du Païs : Tout le monde va à lui
pour être gueri : J'ai auffi pris la qualité
de Chimifte ; je diftile des fimples , & je
me fuis joint à un fameux Chirurgien qui
me communique tous fes fecrets . Je fuis
dans la difpofition de mettre en ufage l'établiffement
des Amidons de racines qui
font ici en grand nombre , & même des .
grains , quand on en recuci lera une quant
tité fuffifante ; ce qui fera un commerce
confiderable dans cette Provinces, & mês
me trés avantageux à la Compagnie. Jee
Qin
188 LE MERCURE
vous attend pour vous aller recevoir à l'Ifle
Dauphine. Je fuis vôtre fidele époux , Fr.
Duval.
ques pour
P. S.
Ilya à l'Ile Dauphine un Fort avec
Garnifon Francoife , & une centaine de
Maifons le long du Port. Cette Ifle eft à
neuf ou dix lieues de la terre ferme de la
Loüilianne , où l'on defcend dans des Baraller
au nouveau Fort - Louis fitué
fur la rive gauche de la longue & large
Baye, qui eft à l'embouchure de la Riviere
de la Mobile dans la Mer ; la rive droite
de cette Baye eft de la domination Efpagnole
. Nôtre établiffement du nouveau Fort
Louis de la Mobile , cft plus confiderable
que celui que nous avons chez les Natchez
où nôtre Fort cft nouvellement conftruit .
Les Natchez font une Nation affez confiderable
, fituée fur le Mifliffipi à cent
lieues ou environ au deflus de la nouvelle
Orleans . Ils vivent dans un fort beau & bon
Païs , mais les Oumas qui font auffi fur le
Miffiffipi , entre les Natchez & la nouvelle
Orleans , habitent des plaînes charmantes
& dont les terres font trés- propres
pour y femer toutes fortes de grains .
M. Odier Premier Prefident de la Cour
des Monnoyes , & M. Herault Procureur
General du Grand Confeil , obtinrent chacun
le mois dernier un Brevet de Confeil
lord'Etat
.
DE MAR S. 189
f
***** MINI Mini Ini ! TRIKIN
SUPPLEMENT
aux Nouvelles Etrangeres.
On a appris que le Prince Philippe Maurice
de Baviere , qui depuis fon Election à
l'Evêché de Paderbon , avoit été encore
proclamé Evêque de Munfter le 21. étoit
mort le 12. à Rome de la petite verole. Le
P. Clem . fon frere & 4. fils de lElecteur ,
lui a fuccedé , ayant été élû le z6 . & le 27-
Extrait des Lettres de Londres du 27.
Le 2 l'Orateur de la Chambre des
Communes , rapporta la réponse que le.
Roy avoit faite le jour précedent à leur adreffe
, dont voici la copie.
Meffieurs.
E reçoi cette Adreffe comme une nou
velle marque de ce devoir & de cette affction
que vous avez fi fouvent témoignée
pour ma Perfonne & mon Gouvernement.
Jefpere avec la benediction de Dieu, qu'elle
me mettra en état de faire échouer les
defleins de nos Ennemis , & de pourvoir
efficacement à la fûreté & à la profperité de
mon Peuple, n'ayant rien de plus cher que
lui.
La Flotte d'Espagne n'a point encore paru
dans ces Mers ; on fit cependant partir la
femaine paffée un Exprés , pour demander
aux Etats Generaux quatre Bataillons en
190 LE MERCURE
cas de befoin. Outre cela , on a avis que
dix mille hommes des Troupes Françoiles ,
font en marche pour fe rendre fur les Côtesde
Normandie. L'Envoyé de l'Empereur
a cu ordre d'offrir au Roy une partie des
Troupes que S. M. I. a dans les Pays - Bas
pour le même effet ; mais bien des gens
croyent que le deffein des Efpagnols regarde
plûtôt l'Amerique pour attaquer une .
de nos Ifles. On craint pour la Jamaïque .
Le 25. il arriva un Exprés de France avec
avis que le Duc d'Ormond s'étoit cmbarqué
le 12 , ce de mois au Port du Pallage
prés de Fontarabie , avec 4. Compagnics de
Grenadiers à bord de deux Fregattes , pour :
aller joindre , à ce qu'on croit , à une
cerraine hauteur le Convoi de Cadix.
Les Doyens des Corps de Métiers de Bruxelles,
ont été enfin forcez de confentir à
la levée des deux vingtiémes deniers dans
la Ville , & des trois vingtiémes dans le
plat Pays . Le refus qu'ils en avoient fait
jufqu'à prefent , avoit occafionné tous
les troubles dont on a ci- devant parlé.
Quoyque l'on ait mandé de Berlin que
le General Bulavy avoit eu du défavanta
ge dans l'action qui s'eft paffée le 6 dans
le Mckelbourg , il paroît cependant qu'il
eft le Maiftre du pays car , après avoir
laillé garnifon dans la Ville de Svverin , il
prit poneffion le 14. de Guftrovv , & le
19.de Rofto.k, de forte que le Duc de Me.
:
DE MAR S. 191
kelbourg fe voit à la veille d'être dépouillé
de fes Etats-
Par les dernieres Lettres de Naples , l'on.
a appris qu'il fe faifoit un grand feu de part
& d'autre devant Melazzo : Que les Efpagnols
, aprés avoir ruiné à coups de canonun
ouvrage avancé , avoient fait une breche
confidérable ; mais , que les affiégez
l'avoient reparée avec des facines , & avoient
fait plufieurs retranchemens derrier ;
de forte qu'il paroilloit difficile qu'ils puffent
y donner l'affaut . Les Efpagnols ont
reçu depuis peu un renfort de 3000. hommes
, qui ont été tranfportez da Portolongone
& 2000. autres de Sardaigne. La preniere
colonne des Regimens Imperiauxqui
marchent par l'Etat Ecclefiaftique , efti
entrée dans le Royaume.
J APPROBATION.
" AY la per l'ordre de Monfeigneur le Gar
des Sceaux , le Mercure Galant du mois de Mars.
A Paris le premier Avril 1719.
BLANCHARD.
TABL E. 1
Enfées fur differens fujets par M. de
Marivaux. PE
page s
Extrait de deux anciennes Relations des Indes
de la Chine.
4[
Nouvel Etabliffement dans l'Iße Royale ascordé
à M. de la Boularderie.
Poëfies.
Arrefts notables du mois,
955
192 LE MERCURE
Promotion des Lieutenans Generaux & Ma
rêchaux de Comp.
Les deux Domino Avanture du Bal.
Remarques critiques fur la nouvelle Oedipe
de M. de Voltaire
Nouvelles Etrangeres.
77
87 .
104
123
166
Charges & Gouvernemens Etrangers. 168
Morts Etrangeres & de Paris .
Mariages Etrangers & de Paris.
Enigmes
Chanfon.
Journal de Paris.
Enfant perdu.
Supplement.
Errata du mois de Fevrier.
169
172
173
173
182
189
Pages 1. 27. lorfque l'idée , lifez lo fqu'une
idée: P. 7.lig. 2. Noms ,'. Nombres P. 7.1 25. les
plus aifez, ajoûtez & les plus coulans P.12.1.3.qu'il
poflede , lifez qui les poffedent.
L'Epître de Leandre à Hero que nous avons inferée
le mois paffé , eft de M Bouhier Prefident au
Paiement de Bourgogne, Voici les fautes qui fe font
gliées dans cette Epître.
ies
P. 85. vers 12. mes bords , lifez nos bords. Idem
vers 21 plus ardens , lifez plus ardent. P. 87. vers
20. fe fervir , lifez te fervir. P. 89. vers 7. par
vaux , lifez par tes voeux . P. 137 Article lig 10.
a vendu 60000 liv. lifez 45000. liv. l. 14.40000. h
lilez 60000. liv.
Errata de Mars.
P. 43. 1. 10. Cyranus , lifez Gravius . P. 44.1.rs.
porte , lifez portent. P 45. 1. 2. Cydaleddin , lifez 45.1.2.
Gellaleddin. Idem 1.5 Gelanéenne , lilez Gelaléenne.
Idem Crarius , lifez Gravius. P. 46. 9 , Arias!
retranchez la virgule aprés ce mot . Idem 1. 2. Edrit
lifez Edrifi . P. 47.1 . 7. Grarius , lifez Gravius. P
18.1.5 le , lifez nôtre.
P
FEB 19 1931
Presented by
the Century Association
to the
New York
Public
Library
Qualité de la reconnaissance optique de caractères