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1718, 10-12
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Texte
LE 426081
NOUVEAU
MERCURE
Octobre 1718 .
Le prix eft de vingt fols,
OTHER
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
PIERRE RIBOU , Quay des Auguftins ,
à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë S.
Jacques , à la Fleur - de- Lys d'Or.
M. D. CC . XVIII.
Avec Aprobation & Privilége du Roy
BLIOT
LYON
1893
મેવ
O
AVIS.
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure,
d'en affranchir
le port ; fans
quoy , ils resteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur BUCHET , Cloitre
S. Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci- deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. de même que
l'Abregé de la Vie du CZAR.
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON,
rue du Petit Pout , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
1
LE
NOUVEAU
13
LYON
WUBLIO
THEE
MERCURE.
DIALOGUJE
Sur la nature de l'Amour .
On établit dans ce Dialogue , que
Amour n'eft qu'un fentiment , & on
dévelope la nature de ce fentiment .
A MADAME DE V ***
C
' EST avec plaifir , Madame,
que je vous rends compte
de la converfation que j'ay
eue avec Mademoiſelle de
S.... Rien ne peut mieux
vous marquer la délicateſſe
& la fineffe de tout l'efprit que vous luy
connoiffez : Elle m'a développé avec un
ordre & une juſtefle admirable , les ſex
A ij
4 LE MERCURE
crets du coeur humain , & fait entendre
le langage des paffions les plus imperceptibles.
Je me fens incapable de rendre
toutes les graces de fon difcrs ; tout ce
que je puis faire , c'eft de ne pas gâter
l'ordre , ni le fonds de fa doctrine.

Je ne fçai pas comme nous vinfmes
infenfiblement à parler de l'origine & de
la nature de l'Amour . J'allois étaller ce
que les Philofophes anciens ont dit de plus
magnifique & de plus doux fur ce fujer ,
lorfque Mademoiſelle de S.... fe levant
de fon Fauteuil , & me conduifant à ce
Balcon qui regarde le Jardin ; laiſlonslà
, dit - elle , ces éruditions philofophiques,
longues & affectées , & parlons naturellement.
L'Amour n'eft qu'un fentiment
agréable... Vous excluez donc de l'Amour ,
luy répondis-je , toute réflexion . Cependant
peut - on aimer fans . connoître ? Ne fautil
pas avoir un peu examiné , pour ne fe
rendre qu'à bonnes enfeignes ?.. Vous parlez
, reprit-elle , d'un Amour éclairé , ou
d'un Amour de comparaifon & de choix ;
& moy je ne parle que de l'Amour immediat
, & je prétends que la réflexion ne
le précede pas , mais le fuit. D'abord on
fent qu'on eft frappé , fans fçavoir ni
comment ni pourquoi : Voilà ce que
j'appelle fentiment . On fent en même
temps , qu'on a du plaifir de ce qu'on
été frappé : Voilà ce que j'appelle fen,
*
1
D'OCTOBRE:
un
timent agréable. A proportion qu'on fent
qu'on a du plaifir , on aime à le redou
bler ; & en effet , on le redouble par les
réflexions qu'on fait fur la beauté , fur
Pefprit , fur les graces & les manieres de
l'objet aimé. Vous vous obftinerez peutêtre
à donner le nom d'Amour , à
cercle d'idées & de fentimens agréables
que je viens de tracer : Je ferois affez .
complaifante , pour ne vous pas contefter
Fexactitude de la définition , pourvû qu'à
vôtre tour vous m'accordież que ce qu'il
ya de plus vif , de plus intereffant & de
plus immediat dans l'Amour , c'eſt le fentiment....
N'êtes vous pas tentée, Mlle. interrompis-
je de donner ce fentiment d'Amour
aux Bêtes? ... Je fuis trop Cartefienne
, répondit-elle , pour faire ce tort à
ma Philofophie ; mais , quand il feroit
vrai que les Bêtes auroient de la penfée
dans d'auties occafions , les apparences de
leur Amour marquent , que dans cellecy
elles n'ont que du fentiment ...Soyez plus
liberale , Mlle . lui répondis je ; donnez ce
même fentiment à toute la Nature... Aux
Arbres , aux Pierres , aux Métaux , reprit
- elle d'un air mocqueur ? Vous vouez
poetifer , quand il ne s'agit que de
philofopher.
Appellez- vous , m'écriai - je avec étonnement
; appellez-vous Poëtes , les meilleurs
Philofophes d'Angleterre ? L'attrac-
A iij
LE MERCURE
tion qui , felon eux , eft le principe qui
anime & qui régle la Nature , n'a- t'elle
pas du rapport au fentiment ? Je romprai
en vifiere à tous les Cartefiens du Monde
, pour foûtenir que l'Amour n'eft qu'une
attraction qui fe fait felon les loix des
corps organiques , qui apparemment ont
quelque rapport aux loix des corps brutes
.... A ce que je vois, dit - elle , vous nous
comparez à des Aimants qui s'attirent
les uns les autres . La jolie découverte ! ...
Si elle étoit parfaite , repliquai - je , je la
préfererois à toutes les découvertes de nôtre
fiécle. Les loix qui confervent l'équilibre
des Cieux , ont quelque chofe de
grand & d'admirable ; mais , elles ne font
pas combinées avec tant d'art & de fineffe
, que les loix qui font tantôt approcher
& tantôt éloigner les Aimants ;
je dis , tantôt approcher & tantôt éloigner
; car , les mêmes Phénomenes , qui
prouvent qu'il y a dans la Nature un
principe d'attraction , prouvent auffi qu'il
y a un principe de répulfion . Que fçaiton
files chagrins , les jaloufies , la trifteffe
d'un Amant , ne viennent pas du principe
de répulfion , & fi fes efperances ,
fes defirs , fa joye & fa tendreffe , ne
font que les confequences du principe
d'attraction ? .. Je n'aime , dit- elle , ni vos
attractions , ni vos répulfions , elles ne
font que des noms.... Mais , quand vos
D'OCTOBRE. 7
Cartefiens , lui répondis - je , difent que
l'Amour est ce penchant de l'ame qui l'entraîne
vers tout bien agréable ; qu'il eſt
l'impreffion naturelle qui nous porte au
plaifir ; les mots de penchant & d'impreffion
, ne font pas moins noms , que
mon attraction & ma répulfion . Ne fuffit-
il pas d'avoir démontré par les experiences
& par les Phénomenes , que tous
les corps s'attirent les uns vers les autres ;
que les attractions ne font pas des qualitez
Occultes qui émanent des termes Métaphifiques
, mais , que ce font des forces
réelles , dont les caufes nous font encore.
inconnues ? La pefanteur , l'activité , le
magnetifme , font des attractions qui
ont des loix & des Phénomenes differens .
Qui nous empêche d'y ajouter l'Amour ?
L'uniformité & la fimplicité de la Nature
ne le demande- t- elle pas ? ... Nôtre liberté
reprit Mlle de S .... gâte un peu vôtre
thefe , & vous ne vous apercevez pas , que
vous confondez mal- à propos les actions
des fubftances libres avec les actions des
fubftances neccffitées.... I cft vray Mlle.
repliquai je , que la liberté eft un principe
qui a dérangé juſqu'à prefent les meilleurs
fyftêmes ; mais , nous pouvons changer
les loix de néceffité en loix de convenance ;
l'harmonie préétablie fera le refte , & donnera
à nos Automates fpirituels toute la
1.berté que vous leur fouhaitez . Enfin ,
A iiij
LE MERCURE
l'harmonie préétablie & les loix de convenance
, peuvent auffi bien remplir la
deftination des attractions Angloifes que
des Monades Allemandes,
Avez-vous jamais jetté les yeux , Mlle.
fur ces Monades i artiftement travaillées ,
qui peuvent à leur maniere , non feulement
dire , je penfe , mais encore , j'aime?
Elles ont û en partage la connoiffance
& l'amour , dont les degrés forment
une progreffion infinie . Les termes qui
montent , tendent vers le maximum de
l'intelligence , & les termes qui defcendent
, tendent vers le maximum de ftupidité
, fans jamais parvenir à l'un nià
T'autre: Toute Monade contient tout l'Univers
en abregé , .7 .
Je n'entends point vos Monades , s'écria-
t'elle en colère , & n'en veux pas abfolument
entendre parler . Ou je m'en vais,
ou philofophons à la Cartefienne : Optez
des deux.... Je philofopherai même en
Malbranchifte , répondis je , pour avoir le
plaifir de vous écouter & de veus admirer.
Vous n'avez qu'à préparer vos
Thefes , je vous fuivrai.
Accordez- moi , dit- elle , que ce n'eft
pas l'idée , mais le fentiment qui nous
modifie & change , pour ainfi dire , les
élemens & la contexture de nôtre Ame....
C'est le principe , repris - je , de l'Auteur
de la Recherche de la Verité . Je m'étois.
D'OCTOBRE.
l'at
toûjours bien douté que vous y viendriés ;
Vous êtes trop familiere avec lui pour
bandonner un moment.... Ne vous y
oppofez pas , dit - elle , je vous en prie ....
Vous le demandez de trop
bonne grace ,
pour pouvoir vous le refufer , repliquaije
; mais , que voulez- vous en conclure ?...
Vous le verrez bien tôt , dit - elle.
Souvencz vous de la comparaifon que
mon Auteur a mife entre l'idée & le
fentiment... C'eſt - à- dire , répondis - je , entre
la perception & le fentiment. L'idée
felon lui , eft l'objet immediat de nôtre
efprit , & elle est tout - à - fait hors de nous;
mais la perception & le fentiment font
en nous , & modifient également nôtre
ame. La modification , qui vient de la
perception , cft fort legere ; celle du fentiment
eft tres- profonde . Pour exprimer
cette difference , vôtre Auteur a comparé
l'une à la figure exterieure des corps ,
& l'autre à la configuration des petites
parties. On ne change pas , par exemple ,
la nature de la cire , lorfque de quarrée
on la fait ronde . ; mais , elle devient eau .
feu , métal , lorfqu'on change fes parties
élementaires : De même on ne change pas
l'Ame , fi on la fait penfer à un Triangle ,
à un Arbre , à un Palais ; mais , on la
change entierement , fi on lui donne des
fentimens differens ; c'eft - à dire , que fe-
Jon vôtre Auteur , une Ame , qui cft afLE
MERCURE
n'eft pas , pour ainfi
fectée de douleur , n'eft
dire,de la même efpece , qu'une Ame qui
eft affectée du plaifir , à peu prés comme
une Ame qui ne voit que du rouge , &
qui par confequent , felon vôtre Auteur ,
eft rouge & fort differente d'une Ame qui
ne voit que du jaune , & qui par confequent
eft jaune ... En voila plus qu'il
n'en faut , interrompit- elle : Ecoutez moi
à mon tour.
tour
Repreſentez- vous un homme qui n'aime
point ; tout l'occupe , tout le diffipe
également , les fpectacles , les jeux , la
table , les promenades le poffedent
à tour ; il ne fait que changer de plaifir
, & tout plaifir lui eft égal. Si on pouvoit
voir fon Ame avec un Microſcope ,
on verroit comme une petite Lanterne Magique
, qui montre à tout moment ces figures
qui difparoiffent auffi - tôt qu'on les
a vûës . Tout eft dans cette Ame , fuperficiel
& exterieur , où il n'y a que des
idées.
Or , fuppofez que de beaux yeux frappent
vivement nôtre homme : Suppofezle
Amoureux : Le voila qui renonce aux
compagnies & aux fpectacles ; il ne penfe
qu'à voir , qu'à fuivre , qu'à attendre
quelque part fa Maîtreffe , il eft trifte ,
inquiet , rêveur , quand il ne la voit pas ,
eu qu'il ne peut pas lui parler. Dites--
moi , je vous prie , n'y a t'il alors de chan
D'OCTOBRE. TI
;
gement que dans fes idées ? Des idées legeres
n'ont elles excité que des fentimens
momentanées ? Tout ce qui eft en lui ,
ame & fentiment, eft entierement changé :
C'est le même homme , fi vous voulez ,
par rapport au vifage , mais , ce n'eſt pas
le même par rapport au coeur Il ne penfe
, il n'agit , il ne fent plus de la même
maniere. Tâchez de lui perfuader , qu'il
eft fou de fe tourmenter pour une Coquette
, ou pour une Pretienfe ; reprefentez
- lui le ridicule qu'il fe donne en la
fuivant par tout , il vous écoutera avec
mépris , même il vous tournera le dos :
Marque certaine , que toutes les idées les
plus folides , & les raifonnemens les plus
juftes ne font que frifer en gliffant für la
furface de fon Ame.
2 Qu'un Philofophe eft donc heureux
m'écriai - je alors! Meublez d'idées fa tête ,
autant que vous voudrez , fes idées ne
changeront pas fon ame de telle façon ,
qu'il ne puiffe s'appliquer dans un même
jour à mille chofes differentes . Après avoir
réfolu un Problême de Geometrie ou d'Algebre
, il en pourra réfoudre un autre
Aftronomie , de Méchanique & d'Optique
; il pourra s'appliquer à l'Hiftoire ,
aux Langues , au Droit , comme faifoit M.
Leibnitz ; il fuffit que fes idées foient
bien arrangées , & qu'il ait l'efprit affez
vif & leger , pour les déveloper avec or12
LE MERCURE
dre, & paffer fans peine de l'une à l'autres
Mais fi par hazard , interrompit- elle en
riant , vôtre Philofophe aimoit tout de
bon , toute fon Algebre & fa Phifique
difparoitroient ; il ne chercheroit qu'à fentir
, & il fentiroit plus vivement la moindre
faveur de fa Maîtreffe , que la découverte
des Longitudes. Je ris comme
une folle
folle , quand je pense que
les efprits animaux , qui couloient jadis fi
tranquillement par les traees que les X.
& les Z. de l'Algebre avoient formées
dans fon cerveau , ne coulent plus que
dans les yeux & dans tout fon vifage ,
pour donner cet air fombre & farouche
qui faifoit peur. Recherches affctées
froidcurs apparentes , tranfports , dédains
badinage , font fes occupations & les délices.....
Pauvre Philofophe , que je le
plains ! Son ame eft devenue bien ignorante
& bien ftupide : Car enfin , le fentiment
ne nous éclaire & ne nous tranquilife
point ; il n'eft que trouble & ténebres.
Vous feriez bien étonnée , Mlle. interrompis-
je , fi par des raifons fort Cartefiennes
, je voulois vous prouver que le
fentiment n'eft pas fi tenebreux que vous
le faites : Il n'eft qu'un affemblage de
perceptions infiniment petites ..... Voilà
dit- elle , des infiniment petits bien délicats
Je ne me rendrai pas aifément à
D'OCTOBRE. 13
Un fentiment noms. eft un leurs
néant de perception : Comment donc
mille petites perceptions pofitives pourrontelles
le produire ? ... Vous allez bien vite
, répondis je ; fufpendez vôtre jugement
pour un moment ..... Je le veux
bien , reprit- elle , pourvû qu'on parle felon
ma Philofophie.
Ne craignez , Mlle . ni attractions , ni
Monades ; vous n'aurez à la fin , que de
l'étendue intelligible & des petits tourbillons.
Avez - vous affez médité fur la
nature du fentiment ? ... Je m'en vais ,
dit-elle , vous débiter fur le champ tout
ce que j'en fçai. Le fentiment eft different
de l'idée ; l'idée eft hors de nous ;
le fentiment eft en nous : L'idée nous reprefente
l'effence d'une chofe ; le fentiment
pe nous avertit que de fon exiftence : On
ne connoît point le fentiment , à moins
qu'on ne l'éprouve ; les mots fuffifent pour
nous préfenter les idées Nous pouvons
comparer & combiner les idées , & les
rappeller à nôtre gré , nous ne pouvons
pas exciter nos fentimens avec la vivacité
& l'ordre qui feroient convenables à
nos plaifirs & à nos befoins..... Vous
êtes , Mlle . la Malbranchifte , la plus éclairée
que je connoiffe ; mais je ne me
dois pas étonner qu'une Dame qui a fi
bien étudié l'Algebre & la Géometrie ,
parle de cette Philofophie avec tant de
>
1
34 LE MERCURE
précifion & de netteté . Cependant, fixons
bien nôtre Dictionnaire & l'état de nôtre
question , pour ne nous pas égarer. Quand
on dit que l'idée eft differente du fentiment
, l'idée ne fignifie pas l'objet intelligible
, mais la perception elle-même ;
car , on ne peut comparer que les chofes
qui font dans le même genre. Telles
font la perception & le fentiment, qui font
également en nous , & qui n'ont aucun
rapport à l'idée qui eft hors de nous, felon
vôtre Auteur. L'idée ou l'objet intelligible,
touche nôtre ame , & produit en elle la
perception & le fentiment ; car nous fentons
que nous apercevons , & fans cette
confcience , il n'y auroit pas perception.
Il s'agit de fçavoir fi la perception & le
fentiment , font deux differentes modifications
de l'Ame , ou fi ce n'eft qu'une
même modification fous un même nom....
La question eft fort de mon goût , répondit
elle , vous me ferez plaifir de la
traiter.

Regardez , Mlle cette belle Tulipe
qui eft dans ce pot de fleurs . N'eft- il
pas vray que les petites parties de la lumiere
qui tombent fur la Tulipe , & qui en
font reflechies , viennent ébranler les petits
filets des nerfs qui tapiffent le fonds de vôtre
oeil ? Imaginez vous que ces filets font,
comme des petites cordes tendues , qui pinçées
par une main affez habile ; font leurs vi
1
D'OCTOBRE. 25
brations , comme les cordes d'un inftrument
ou comme des pendules fort délicats.
Les vibrations les plus courtes de vos fibres
vous font voir le Ronge le plus foncé , & les
vibrations les plus longues vous font voir le
Violet le plus-pâle , les vibrations intermediaires
vous font voir les autres couleurs, le
Jaune, le Verd, le Pourpre, &c ... C'eſt- àdire
, reprit- elle avec impatience , qu'à l'ocafion
des vibrations de mes fibres , j'ai le
fentiment des couleurs; comme, à l'ocafion
des vibrations des fibres de ma langue, j'ai le
fentiment du doux & de l'amer . Ily a longtems
que je le fçai ... Mais , vous fçavez
auffi continuai - je , que les mouvemens de
vos fibres font les caufes occafionnelles de
vos perceptions , & qu'il n'y a point de mouvement
i petit dans vos fibres , qui ne
doive exciter en vous une perception proportionnée
à fa quantité. Si on fuppofe
qu'une fibre de vôtre Rêtine , foit compofée
d'un million de points Phifiques, & que
tous ces points faffent leurs vibrations , comme
des petits poids ronds attachez à une
verge de fer dont on a fait un pendule compoſé
, il eſt évident qu'une ofcillation eſt
à une perception , comme plufieurs oſcillations
enſemble à plufieurs perceptions enfemble
; de forte que l'ofcillation d'une fibre
compofée d'un million de points , doit
exciter en vous un million de perceptions.
Le nombre des perceptions augmentera à
16
LE
MERCURE
proportion du nombre des fibres , & l'ame
fera affectée d'une infinité de perceptions à
la fois , files impreffions que les organes
du corps reçoivent , font infinies... il me
femble, dit- elle , voirun morceau de cire ,
gravé à la fois par un million de cachets
dont les figures ne feroient pas plus grandés
, que celles du cachet de Michel Ange...
Vôtre comparaiſon eſt trés jufte ; ces
empreintes expriment à merveille , les perceptions
differentes qu'a l'ame à l'occaſion
du mouvement de fes organes ; & leur confufion
reprefente affez bien ce qu'on appellefentiment
, qui , à le bien definir , n'eft
qu'une perception compofée d'une infinité
de perceptions trés fimples ; chaque perce
ption à part, eft infiniment petite, ou infiniment
legere : Mais , comme une infinité d'infiniment
petits font une grandeur finie , ainfi
, une infinité de ces petites perceptions feront
une perception totale, dont le degré de
vivacité iera toûjours proportionné aux petits
degrez de vivacité de chaque perception
élementaire. Nous ne pouvons pas démêler
les rapports de ces perceptions ; car, ils font
infinis & momentanées ; & de là vient que
le fentiment eft quelque chofe de tenebreux
& d'étourdiffant . Suppolés qu'on jette une
pierre dans un étang , les cercles qu'elle
formera ,feront trés fenfibles ; vous les pourrez
conter & fuivre jufques au bord ; mais ,
vous jettez plufieurs pierres à la fois , les
cercles
D'OCTOBRE 17
que
Cercles s'entrelafferont de maniere , que vous
ne verrez que des ondes qui s'eleveront &
s'abaifferont fans aucune regle ni figure déterminée,
... On ne peut pas mieux , répliqua
t'elle ; votre comparaifon rend vôtre
fyftême très fenfible ; j'en ai fait fur le
champ l'applications tenez vous en là . J'avoue
que la fimplicité de vôtre hypothefe
eft un préjugé en la faveur ; car enfin , de
la perception qui eft connue , vous ne faites
déduire la nature du fentiment qui eft
inconnuë ; & par là , vous ne multiplicz
pas les efpeces de modifications de l'ame...
Mais , avant que je vous propofe mes difficultez
, dites moi ; fi j'avois l'ame affez for
te & affez penetrante, pour démêler les rapports
des petites perceptions que je reçois , par
exemple, quand je regarde le Jaune ou le Rou
geique verrai - je ?.. Vous veriez, lui répondisje
les parties de vôtre étendue intelligible; ces
parties, dis- je,dont la fubftance eft parfaitement
uniforme , quoiqu'elles ayent des figures
& des mouvemens intelligiblement diffe
rens. Mais ,revenons à l'Amour , & conclués.
de ce queje viens de dire , Mile , que Gil'Amour
n'eft qu'un fentiment , il n'eft que
Falfemblage d'une infinité de perceptions
que l'ame reçoit tout d'un coup & de toute
part. Un Amant eft cxpofé aux torrens
de la matiere etherée qui fort du corps , &
de l'Atmosphere qui environne l'objet aimé.
Le bouillonnement des petits tourbil
B
1
18 LE MERCURE
lons , leurs fecouffes , & la précipitation
violente avec laquelle ils s'élancent fur un
Amant , font qu'ils penetrent jufques à fes
moindres fibres ; & quand leurs vibrations
font commenfurables , ils caufent une efpece
d'harmonie muficale dans tous les organes
qu'ils frappent .
J'aurois continué à tirer d'autres confequences
, & je me préparois à démontrer à
Mlle de S... Comment les vibrations commenfurables
des organes font les caufes occafionnelles
, qui nous font appercevoir de
la beauté & des charmes dans l'objet aimé...
Mais, voyant qu'elle ne m'écoutoit plus , &
qu'elle étoit plongée dans une profonde rêverie,
je ceffai de parler, & nous fumes quelque
tems dans le filence;mais tout à coup, revenant
à elle , & frappant des mains fur le
balcon ; oui, je conçois, dit- elle, trés- clairement
dans mon fyftême , que l'étendue intelligible
eft fans pefanteur , fans couleur
fans odeur & fans autre qualité fenfible :
Mais,je conçois auffi ,que quand par fon éfficace
elle me touche & me picque l'ame ; le
plaifir & la douleur qui accompagne la perception,
en font bien les effets , & les dépendances;
mais ne font pas la perception ellemême.
Lalperception porte nôtre ame comme
hors d'elle , pour regarder les objets ou
les idées ; mais le fentiment de plaifir , ou
de douleur , n'a aucun rapport aux chofes
exterieures ; il eft tout en nous , & n'a rap-
?
D'OCTOBRE. 19
port qu'à nous... Quand je vois le Jaune
& le Rouge , j'aperçois bien que vos couleurs
font répandues fur les corps intelligibles
que je vois ; mais je fens que je ne peux
pas apercevoir ce que le Jaune & le Ronge
font en eux - mêmes . La volonté n'eſt pas
une perception , donc , tout ce qui eft dans
nôtre ame , n'eft pas perception ; le fentiment
n'eft peut- être pas plus perception que
la volonté. La Chaleur , le froid , l'odeur
& lafaveur , n'ont pas plus de rapport entr'elles
, qu'elles en ont à la reflection , à la
pensée, au Jugement , en un mot à tout qu'on
apelle perception ou fimple ou compofée.
Ne vaut- il pas mieux augmenter le nombre
des perfections de nôtre ame pour la rendre
digne de fon Auteur , que de les diminuer
pour le vain interêt d'un ſyſtême? Mon corps
aprés la Refurrection, ſera air, ether, lumiere,
& prendra telle forme que je voudrai ; les
modifications de mon ame changeront fans
doute dans la même proportion que les modifications
de mon corps. Que cette idée
eft magnifique & confolante ! Enfin , l'Auteur
de mon être s'eft fervi de la voye courte
& vive des fentimens, pour m'avertir de
ce que j'ay à craindre , ou à efperer des objets
environnans. Si les fentimens n'étoient
qu'une foule de perceptions , n'eût- il pas été
plus fimple de m'en donner une feule , qui
me fit connoître la proportion de l'objet
avec mon corps .
B 2
20 LE MERCURE
Mlle de S....... auroit continue
fur le même ton ; mais , vous arrivâtes
Madame , & le plaifir de vous voir , interrompit
nos difcours. Vous nous dédomagâtes
par la lecture du petit Roman
de l'avanture de Malte , que nous fouhaitions
de voir depuis fi longtems. Si
jamais vous en faites part au public , it
ne fera pas inferieur à celle de la Comteffe
de Tende : Mais , le gout & le talent
que vous avez pour la Phifique &
pour la Géometrie , nous fait efperer que
vous nous donnerez quelque chofe de plus
utile . Il eft certain que fi vous étiez arrivée
un moment plutôt , vos doutes &
vos réflexions auroient fourni à nôtre Dialogue
des pensées auffi nobles & délicates
, que celles qu'on venoit de débiter.
Co
Omme nous nous engageâmes le mois dernier
, à donner indifferemment toutes les
pieces autentiques concernant la Conftitution
Unigenitus , nous entrerons en matiere par
le Mandement de M. le Cardinal de Kokan,
qui fera fuivi d'un fecond Mandement de
M. le Cardinal de Noailles , & de plufieurs
autres morceaux fur le même fujet.
D'OCTOBRE. મ
MANDEMENT
De Monfeigneur le Cardinal de Rohan ,
Evêque & Prince de Strasbourg , &c .
Au fujet de la Conftitution Unigenitus.
RMAND- GASTON DE ROHAN , par la
A permiffion divine , & par la grace du S. Sie
ge Apoftolique , Cardinal-Prêtre de la fainte Eglife
Romaine , Evêque & Prince de Strasbourg ,
Landgrave d'Alface , Prince du S. Empire , Grand
Aumônier de France , Commandeur de l'Ordre du
S. Elprit : Au Clergé feculier & regulier , exempt
& non exempt , & à tous les Fideles de nôtre Diocefe
, SALUT.
>
Nous ne doutons pas , MES CHERS FRIRES ,
que vous ne foyez penetrez d'une vive douleur
à la vue des troubles , dont l'Eglife de France eft
agitée au fujet de la Conftitution Unigenitus , pendaur
que les autres Eglifes du monde Chrétien
qui toutes l'ont reçue , jouiffent d'une parfaite
ranquilité. Nous n'avons pas ceffé de demander
à Dieu qu'il daignât faire fucceder le calme à la
tempête , & rendre à la France une paix également
neceffaire à la Religion & à l'Etat . Nous
e perions un heureux fuccés de nos voeux. Les
foins & les travaux de plufieurs de nos Confreres
, qui ont employé tout ce qu'une charité
ardente , un zele éclairé , un fincere attachement
à la foy , un amour inviolable de la patrie , ont
pû leur luggerer pour parvenir à une réunion parfaite
entre les premiers Pafteurs ; l'application.continuelle
& infatigable du Prince qui nous gouverne
, & qui , témoin lui - même de ces travaux ,
ies foûtenoit par fa prefence , & par les defi's de
paix dont il eft rempli , l'autorité de l'Eglife ,
22
LE MERCURE
qui s'expliquoit chaque jour de plus en plus en
faveur de la caufe que nous défendons Tour
fembloit nous annoncer la fin de la funefte divifion
, qui afflige & qui allarme les vrais Fideles .
Nous regardions même les playes faites à l'Eglife
, & les excés fcandaleux aufquels fe portoient
certains efprits temeraires & ennemis de toute
domination , comme un motif dont Dieu , qui du
mal fçait tirer le bien , fe ferviroit peut - être
pour attendrir & pour ramener à l'unanimité ,
ceux d'entre les Prélats qui s'en étoient éloignez.
Adorons les fecrets de la Providence ; nos efperances
ont été vaines ; les travaux entrepris pour
la reunion , ont été rendus inutiles par plufieurs
évenemens inopinez , & principalement par des
appels interjettez de la Conftitution au futur Concile
: Procedure , en pareil cas , auffi temetaire &
nouvelle , qu'elle a été en d'autres , falutaire &
autorifée.
ceur ,
Si nous avons été affligez , nous n'avons pas été
abbatus. Inftruits par l'Apôtre que la veritable
charité eft accompagnée de patience & de douqu'elle
fouffre tout & qu'elle efpere toujours
, nous nous fommes flatez que les Auteurs
de ces appels , aprés quelques reflexions , reconnoîtroient
enfin que leur conduite n'a point d'e
xemple dans l'antiquité catholique , & qu'elle eft
contraire à toutes les regles de l'Eglife : Nous
efperions même que revoquant leurs appels de leur
propre mouvement , ils nous épargneroient la
dure neceffité de faire fentir la temerité & l'injuftice
de leur entrepriſe.
Nous ofons prendre l'Eglife à témoin , de ce
que nous avons unanimement accordé à l'amour
de la paix , mais les délais , les éclairciffemens ,
nos ménagemens , nos avances une patience de
nôtre part à toute épreuve , n'ont fervi qu'à donner
le tems de multiplier les appels , de foulever
des Prêtres contre leurs Evêques , & même d'at
D'OCTOBRE. 23
taquer le caractere Epifcopal & la doctrine de J.
C. Dans ces circonftances , nous eft- il permis de
diffimuler le danger de tant d'ames qui periffent
& dont Dieu demandera compte aux Evêques qui
en font folidairement refponfables ? Et fi cet efpoir
de réunion , auquel nous ne sçaurions encore
renoncer , nous empêche d'avoir recours à des
moyens que les fentimens de nôtre coeur nous
font cavilager comme extrêmes & comme prématurez
; ne faut- il pas au moins que nous élevions
nôtre voix pour arrêter , autant qu'il eft
en nous , une ſeduction ſi ſcandaleuſe ; de crainte
que le mal , traité avec trop de lenteur , n'envelope
également & ceux qui en feroient attaquez,
& ceux qui font chargez du foin de le guerir. Il eſt
maintenant tems de parler , parce que le tems de
fe taire eft paflé ; on ne peut nous accufer de
parler prématurément , puifque nous avons filongtems
gardé le filence ; & ce filence ne peut nous
être reproché , puifque nous parlons enfin lorfque
le devoir de nôtre miniftere l'exige . Nous devions
à la charité de J. C. nôtre filence ; nous le rompons
aujourd'hui pour la caufe de J C. c'eft àdire
pour la défenfe de la doctrine & de l'autorité
de l'Eglife Catholique.
La
poupre facrée dont nous fommes
revêtus
, la
place que nous avons tenue dans l'Affemblée
du
Clergé
de France de 1714. & la part que la Providence
nous a donnée
dans les differens
évenemes
que
l'affaire
de laConftitution
a produits
jufqu'à
prefent,
font autant de motifs qui nous engagent
& qui nous
preffent
de faire une declaration
publique
des veritez
dont nous fommes
penetrez. Vous y trouverez
en même
tems , M. C. F. l'inftruction
qu'exige
neceffairement
de nous l'état prefent
de
ce Diocefe
. Ceux que les préjugez
de leur naiffance
tiennent
encore
attachez
au fchifme
& à
l'herefie
, apprendront
qu'ils
triomphent
en vain
de l'injure
qui eft faite à l'Eglife
par les propres
LE MERCURE
enfans . La barque , figure de l'Eglife , a pú ette
exposée à la tempête ; mais elle ne pouvoit être
fubmergée. Les Neophites reconnoîtront les principes
qui les ont determinez à abandonner l'erreur
, pour embraffer la verité ; & les anciens
Catholiques , fortifiez dans la foy goûteront avec
joye cette paix du coeur & de l'efprit , cette heureufe
fecurité qui eft infeparable d'un veritable
attachement , & d'une parfaite foûmiffion aux
decifions de l'Eglife.
C'est dans ces vûës que nous vous rappellons
ici , M. C. F. le fondement inébranlable de vôtre
catholicité, La même Eglife qui vous met entre
les mains les Livres faints , eft chargée par les
divines Ecritures de vous en donner l'intelligence.
Dépofitaire de la Tradition , elle en eft feule l'interprete
infaillible. Dans les doutes , dans les queftions
importantes qui naiffent fur la Religion ,
il n'appartient qu'à l'Eglife d'affûrer & de fixer
nôtre foi. Malheur à qui s'abandonneroit à l'artrait
feducteur de l'efprit particulier , à qui cederoit aux
infinuations des faux Prophetes qui blafphement
ce qu'ils ignorent , ou aux raifonnemens trompeurs
d'un nombre de Docteurs prévenus , orgueilleux ,
& qui enyvrez de leur fcience , ne reçoivent plus
les lumieres que le Pere celefte ne communique
qu'aux coeurs humbles & aux efprits dociles :
Malheur même à qui croiroit pouvoir en fûreté
preferer le fertiment de quelques Evêques à la
decifion du S. Siege , & de la multitude des Prelats
Catholiques. En matiere de Religion , il n'ekt
de fûreté qu'avec l'Eglife ; il ne faut rien écouter
au préjudice de fes decifions ; il faut l'écouter
jufqu'au point de lui tout facrifier , préjugez , affections
, propres lumieres , pretendue evidence.
Avec elle on a pour garant de fa docilité , les
promefles de J. C. qui en nous ordonnant deregarder
comme inficele , quiconque n'écoute pas
PEglife , nous affure qu'il fera roûjours avec elle ,
&
D'OCTOBRE. 25
D
& que l'Enfer ne prévaudra jamais contre cette
colomne de la verité.
Que le commandement d'écouter l'Eglife , eft
grand ! Qu'il eft admirable ! Que la voye de
L'obéiffance qu'il prefcrit , eft fûre , courte & lafutaire
! Obeiflance que l'on rend , non pis aux
talens , au zele & à la reputation des Evêques ,
mais à l'alifiance du S. E prit , qui fait entendre
fes oracles , lo que le corps des premiers Pafte rs
uni au chef de l'Eglife , foit qu'ils foient af mblez
dans un Concile , foit qu'ils te trouvent difperfez
par toute la terre , annonce aux Fideles ce
qu'ils doivent croire , & comment ils doivent exprimer
leur foi. Ce ne font point alors des
hommes qui dec dent , c'eft l'Efprit du Pere ,
' Efprit de verité qui parle par leur bouche. Ils
fent unanimes dans 1 urs fentimens & dans leurs
expreffions , toute la terre n'a qu'un langage :fi
quelques uns fe feparent en parlant autrement que
PEglife , Ils annoncent , par leur divifion même ,
leur prochaine condamnation. Dés les premiers
tems , Dieu confondit & diffipa par la diverfité
des langues l'entreprife audacieufe de ces impies
qui en élevant la Tour de Babel , prétendoient fe
mettre à l'abri de la vengeance du Ciel J. C.
dans les jours de fon abaiflement fonda l'édifice
éternel de fon Eglife fur l'unité , il le font
contre les attaques de l'herefie & des autres puiffances
de l'Enfer , par la profeffion d'une même
foi, & par le lien indiffoluble d'une même communion.
Miracle fubfiftant de fa continuelle prefence
au milieu de fon Eglife ? témoignage évident
de l'accompliffement des promeffes qu'il lui
a faites . Répandue qu'elle eft dans tout l'univers ,
malgré l'étonnante diverfité des incl nations & des
mours , malgré les jaloufies & les interêts con
traires de tant de Nations , malgré les préjugezt
les vues particulieres , & les differens motit, qui
partager tous les hommes , ceux-là mêmes qui
Octobre , 1718 . C
26 LE MERCURE
font prépofez pour enfeigner les autres , & que
leur vocation appelle aux jugemens des queſtions
qui naiffent fur la Religion : vous la verrez toû
jours cette Eglife depuis fon établiſſement , ramener
tout à la verité & à l'unité , & affurer
par fes facrées decifions , l'unanimité des fentimens
& des expreffions catholiques. Cet accord ,
qui eft l'ouvrage du s . Efprit , & qui fe trouve
toujours dans la decifion du Souverain Pontife &
de la multitude des Evêques , demande neceflairement
la foûmiffion & l'obeiflance ; fans quoi
l'autorité fouvera ne des jugemens de l'Eglife dépendroit
de la difcuffion des particuliers : difcuffion
dont la plupart des Fideles font incapables
; di cuffion qui nourroit l'orgueil & la témerité
, & qui feroit une fource de divifion &
de fchifme ; difcufion enfin , qui fourniroit aux Novateurs
un moyen d'éluder les definitions mêmes
des Conciles les plus refpectables. Remarquez ici ,
M. C. F que pour remplir les devoirs de l'obeïffance
qu'exigent les jugemens de l'Eglife , ce n'eft
pas affez qu'on fe flate de penfer comme elle ,
il faut encore parler comme elle.
S. Paul allarmé de la divifion qui commençoir
à naître parmi les Fideles de Corinthe , leur adreffoit
ces paroles : Je vous conjure mes chers
Freres , par le nom de J. C. nôtre Seigneur
d'avoir tous un même langage , qu'il n'y ait point
de fchifme parmi vous . L'Eglife dans le même
efprit , & ufant d'une rigueur falutaire à fes enfans
, & neceffaire pour la confervation du facré
dépôt , n'a jamais permis que l'on fe difpensât de
foufcrire aux formules qu'elle prefentot , & de con
damner les écrits & les perfonnes qu'elle avoit
condamnez. Comment donc pourroit - on fouffrir
l'étrange para oxe de ceux , qui en s'élevant par
tant d'excés contre la Conftitution Unigenitus ,
ofent avancer qu'au fonds ils n'ont point d'autes
fentimens fur la Religion que ceux du Pape
D'OCTOBRE. 27
& des Evêques , comme s'il étoit indifferent pour
la foy & pour l'autorité de l'Eglife de rejetter ou
de recevoir une décifion fur le dogme ; comme
s'il pouvoit y avoir une uniformité de fentimens
entre ceux qui regardent la Bulle comme le jugement
de l'Eglife univerfelle , & ceux qui foûtiennent
que cette Bulle renverfe les principaux fon
demens de la toy & de la pieté Chrétienne ?
Contradiction affreufe ! Funeftes prémices d'une fe
paration qui fera bientôt confommée , fi l'obſtination
& l'indocilité achevent ce que la préven
tion & la temerité ont commencé ! Que Dieu
éloigne de nos Freres de pareils malheurs ! Pour
nous , attachez inviolablement au precepte de la
foumiffion à l'Eglife , nous avons élevé continuellement
nos yeux vers cette nouvelle Jerufalem ,
d'où fort la loi & la parole de Dieu ; nous marchons
fans crainte fous un guid que J. C. nous
a donné lui -même , & nous pouvons dire que
nous avons mieux entendu que les Docteurs qui
nous ont enfeigné , que nous avons mieux entendu
que ceux de nos Anciens qui ont pris une au
tre route ; & quels que foient les évenemens
nous pouvons dire encore que nous ne craignons
pont les efforts de nos adverfaires , puifque nous
nous fommes propofé , & que nous avons juré da
demeurer toûjours dans cette obeiffance , qui fait
route nôtre prudence & toute nôtre force.
Appliquons , M. C. F. ces grands principes . Une
Bulle émanée du Souverain Pontife , appuyée du
fuffrage de l'Eglife Romaine , adoptée par la multitude
des Evêques , eft inconteftab ement le jugement
de l'Eglife univerfelle , & tous les Fiteles
font obligez de s'y foumettre.
Telle est la Conftitution Unigenitus. Acceptée
par plus de cent Evêques de France , revêtue de
l'autorité Royale , elle n'a pas laiffé de trouver
de la réfiftance dans quelques Prélats du Royaume
; mais cette réfiftance n'a fervi , felon les defa
Cij
28 LE MERCURE
feins de Dieu , qu'à rendre plus authentique le
Decret du S. Siege . Le bruit de la contradiction
porté dans tout le monde , a excité l'a tention &
la vigilance des Evêques des differentes nations
& par des témo gnages d'approbation & d'aquief
cement plus formels que n'en ont eu jufqu'à prefent
les Bulles les plus univerfellement reçues , ils
ont fait entendre hautement cette voix de l'Eglife qui
ne laifle plus de pretexte legitime à la défobciffance .
L'Eglife , il eft vrai , ne s'eft pas affemblée dans
un Concie pour former ce jugement ; mais fautil
toûjours des Conciles , droit S. Auguftin , pour
profcrire les erreurs ? Eft ce l'unité du lieu , n'eftce
pas l'unité de la foi qui fait les decifions ? Le
Concile n'eft pas infaillible qu'en tant qu'il reprefente
l'Eglife univerfele. Prétendre que l'opofi
tion de quelques Evêques puiffe ôter à une définition
dogmatique, le caractere de jugement irreformable
que lui imprime le fuffrage de la multitude des premiers
Pafteurs unis à leur Chef , c'eft combattre la
pratique conftante de l'Eglife dans la condamnation
des erreurs , c'eft attaquer les principes fur lef
quels la fûreté de nos dogmes et établie.
Les Decrets du S Siege , & les decifions des
Evêques d'Affrique , contre les erreurs des Pelagiens
, étoient combattus par plufieurs Evêques ,
dans le tems même que S. Auguftin affûroit que
la caute écot finie ; & qu'il rejettoit fi fortement
les clameurs de ces hereiiques , qui , fiers d'avoir
dix - huit Evêques à leur tête , avoient appellé au
Concile general , dont ils demandoient la convocation
. Le Concile d'Ephefe dans fa Lettre à l'Empereur
The dofe , traita d'abfurdité le foulevement
de trente Evéques contre la decifion de deux
cent unis aux Evêques d'Occident , & par eux au
refte de l'Eglife. La doctrine d'Elipand Archevêque
de Tolede , quoique foûtenue par d'autres Evêques
d'Efpagne , n'en fut pas moins regardée comme
condamnée par l'Eglife. ,, Loin d'approuver
D'OCTOBRE. 29
>

"
"
"
»
">
"
ور
qui
les Propofitions artificieufes de vôtre petit nom
bre , écrivoit autrefois Charlemagne à fes Prélats '
je m'attache fortement à la foi qui eft appuyéefur
le témoignage du grand nombre. Graces au Sei-
,, gneur je me joins avec confiance à leur fainte multitude
, je m'appuye fur une autorité inebranlable ;
& je n'ai garde de m'unir au peu d'Evêques que
Vous êtes & vous declarez défenfeurs de la
,, nouveauté.... Je vous conjure de, ne pas aban-.
donner l'unanimité , & de ne pas c oire que vous
foyez plus habiles que l'Eglite univerie le....
,, Aprés ces avis & ces remontrances, foûtenues par
,, l'autorité du S. Siege, & par l'unan mité des Evê-
,, ques que nous avons affembl z ( à Francfor ) fi
vou ne renoncez à vôtre erreur , fçachez que vous
ferez m's au nombre des heretiques , & que nous
n'oferons plus entretenir la communion avec vous.
Corrigez vous & hâtez- vous de vous unir à l'Eg'ife....
Car enfin étant en fi petit nombre, com
ment pourriez vous vous flatter d'avoir mieux
reuffi dans la recherche de la verité que cette Eglife
difperfée par toute la terre.
"
"
""
"
"
gs
»
H
" M.
Ainfi penfoit un Prince plus grand par fa Religion
que par les exploits. Tout Catholique
C. F. doit penfer de même En effet fi l'univerfalité
prefque entiere des premiers Pafteurs unis à leur
Chef, n'impoloit pas neceffairement à tous les Fideles
l'obligation de fe foûmettre , fi cette obligation
pouvoit être fufpendue ou balancée par la refiftance
ou l'oppofition d'un petit nombre d'Evêques ,
où en feroit la Religion dans les temps de divifion
& de trouble , & lorfque l'Eglife ne pourroit s'affembler
dans un Concile general La foy qui eft
immuable deviendroit incertaine , fans efperance
que les conteftations , qui naîtroient fur le dogme
puflent être terminées. L'Eglife repandue par toute
la terre & placée fur la montagne pour éclairer
continuellement les enfans , deviendroit fujerte à
P'erreur malgré les affûrances que J. C. lui a don
Ci
30 LE MERCURE
nées d'être avec elle jufqu'à la confommation des
fiecles. Plus de Tribunal auquel on pût avoir recours
pour reprimer des novateurs qui oferoient corrom →
pre les livres facrez , & les textes des Peres ; ou
qui en abuferoient par leurs vains raiſonnemens &
par leurs fauffes interpretations . Les particuliers
s'établiroient , pour ainfi dire , les arbitres de leur
propre croyance , & pour lors plus de diftinction
entre les fectes des heretiques & nous. Enun mot
l'Eglife feroit détruite , les promefles de J. C. an
neanties , la Religion renversée,
Confequences terribles , mais qui fuivent natu
rellement des maximes dont font remplis les libelles,
qni ont été compofez pour foulever les peuples contre
la Conftitution , & pour juftifier l'apel , qui en a
été interjetté au futur Concile. Quel funefte égarement
de fuivre fes pretentions jufqu'au point
Lébranler
, pour les foûtenir , les fondemens mêmes de
nôtre Foi!
Pour éluder la force de l'invincible argument que
nons tirons de l'autorité du corps Epifcopal uni à
fon Chef, on ole avancer que les Evêques de Fran
Le en acceptant la Bulle n'ont
les mêmes fentimens fur la doctrine qu'elle con
tient.
> pas
tous eu
Les uns , dit- on , ont accepté & publié la Bulle ,
fans yjoindre d'explication ; les autres l'ont expliquée
en l'acceptant & en la publiant . Entre fes derniers
, plufieurs declarent que leur acceptation eft
pure & fimple ; les autres affûrent que la leur eft
relative aux explications qu'ils ont données.
Que cette objection eft frivole , & qu'elle eft peu
fincere ! Qu'en retranche , répondrons-nous d'abord
, du nombre des Evêques unis au Pape , quelques
Prélats que l'on fuppofe fauflement s'être feparez
de l'unanimité ; la fainte multitude des Evêques
qui ont le fouverain Pontife à leur tête , en
en formera t'elle meins ce corps Epifcopal , cette
armée du Seigneur rangée en bataille qui donne
1
D'OCTOBRE. 31
fant de terreur aux ennemis du peuple de Dieu ?
Mais d'ailleurs ces Prélats , de la conduite defquels
on veut le prévaloir , ne s'éleveront - ils pas
eux-mêmes contre une accufation fi injurieute ? Ne
déteſteront-ils pas le fchifme qu'on leur attribue ?
Et ne protefteront- ils pas hautement qu'ils penfent
fur la Bulle comme nous , comme le fouverain
Pontife , & comme tous les Evêques du monde
Chrétien ? En effet , ils ont declaré qu'ils reconnoiffoient
dans la Conftitution Unigenitus , la doctrine
de l'Eglise. Comment l'auroient - ils pû faire ,
s'ils euffent cru que cette mêne Conftitution étoit
contraire à la verité & à la foi ? Ils ont condainné
le Livre des Reflexions Morales , & les cent & une
Propofitions qui en ont été extraites dela maniere &
avec les mêmes qualifications que le Pape les a con
damnées : comment auroient- ils pû tenir ce langage
, s'ils euffent été perfuadez que le Livre & les
Propofitions n'etoient pas reprehenfibles ? Ce font
ces deux points effentiels qui font l'uniformité d'une
acceptation , & c'eſt par cette uniformité
, que
nous fommes fûrs d'être dans les mêmes fentimens
avec le S, Siege , & avec toutes les Eglifes Catholiqnes.
Expliquer la Conftitution , en exclure tous les
fens étrangers , expofer fon veritable fens , détruire
les fauffes interpretations des perfonnes mal intentionnées
, joindre même toutes ces explications à l'ate
d'acceptation ; ce n'eft pas donner atteinte à la
Bulle ni retrancher rien de l'obeiffance qui lui eft
dûë ; c'eſt au contraire défendre la Bulle , & juſtifier
l'acceptation qu'on en fait.
Allons plus loin : Suppofons ce qui n'eft pas , que
quelques Prélats , par une précaution fcrupuleufe ,
& dont il n'y a point d'exemples dans l'antiquité,
n'euffent accepté qu'avec une relation expreffe
à leurs explications . Pourvû que ces explications.
fimples & niturelles , telles que celles qui font
renfermées dans nôtre Inftruction Paftorale , euffent
exposé le veritable fens du Décret Apoftolique ,
Ciiij
32 LE MERCURE
qu'excluant tous les mauvais fens qu'on attribue
mal à propos à la Bulle , elles n'emportaffent ni
restriction ni modification ; pourvû que la Bulle &
les explications demeuraflent telles qu'elles doivent
être , c'est à dire , que la Bulle fût toujours la regle
& la loy, & que les explications ne fuflent regardées
que comme des interpretations ; pourvû enfin
que l'acceptation reafermât la condamnation abfolue
& non conditionnelle du Livre & des Propofitons
condamnés , que cette acceptation fût entiere
& qu'elle s'étendît jufqu'aux autres fens catholiques
que la Bulle pourroit avoir , & qui n'auroient
pas été expolez dans les explications : avec toutes
ces conditions nous ne ferions aucune difficulté de
dire que ces Prélats feroient unis à nous , & on ne
pourroit fans injuftice les mettre au nombre de ceux
qui reffent de fe foûmettre à la Conſtitution . Nous
avons toûjourspenſé ainsi , & nous avons toûjours
conformé nôtre conduite à les fentimens . Quelque
defir de paix que nous ayons eu , quelque avance
que nous ayons faite pour y parvenir , nous n'avons
jamais été capables d'entrer dans aucune compofition
qui pût obfcurcir la verité ou tolerer la défo
beiffance . Nous fçavons que la Foi ne fouffre point
de partage & que la foumiffion aux decifions de
de l'Eglife fur la doctrine ne peut être l'objet d'un
traité ou d'une negotiation politique .
pre
>
Ne nous arrêtons pas davantage à éclaircir une
verité qui ne peut être douteufe ; car eft il befoin
de difcuffion pour connoître fi la Conſtitution eſt
prefentement reçûë des Evêques , en forte que tous
les Fideles foient obligez de s'y foumeatre ? Et peutil
être permis de difputer fur ce point , pendant que
le Pape & la multitude des premiers Pafteurs s'écrient
de toutes parts que la caufe eft finie , qu'il n'y
a plus lieu à l'examen , pendant que fous les peines
les plus feveres ils exigent pour la Conftitution
l'obeiflance que l'on doit aux jugemens de l'Eglife
?
D'OCTOBRE 33
On nous opio e le louievement de quelques Ecclefiaftiques.
Croit on que nous ayons oublié les reproches
que S. Celeftin faitoit à que ques Evêques de
France fur leur negligence à reprim r la temerité des
Prêtres qui , au mépris de l'autorité Epifcopale , s'arrogeoient
le droit de traitter & de decider des queftions
de Doctrine ? Et les paroles de ce grand Pape
ne confondent elles pas la conduite temeraire
de ceux qu'n ole prendre aujourd'hui pour guides
de la foi ? Où font d'ailleurs ces Ecc efi iftiques qui
refulent de fe foûmettre à a Conſtitution ? ils font
difperfez dans quelques Dioceles de France , leur
nombre n'eft rien en comparaison de cette multitu
de innombrable de Prétres repandus par toute la
terre , qui rendent tous à la Bulle une obéillance
auffi éifiante qu'elle eft jufte & neceffaire .
On nous oppole encore les clameurs du peuple: ou
les entend-on Nul mouvement dans plus de cent
Diocefes cu Royaumes, non plus que dans tous les
autres du monde Chrétien . On y fupporte au contrai
re avec impatience la contradiction que nous éprouvons
aujourd'hui, & dans les lieux où cette contradic
tion fe fait le plus fentir n'eft- elle pas improuvé par
un grand nombre de gens de bien , dont les uns gemilient
en fecret, & les autres vont ju qu'aux oppofitions
les plus éclarantes ? Ét qui fon parmi les finple
Fideles ces contradicteurs de la Bulie? Ce font
des perfonnes prévenues , féduitcs , entraînées , incapa
bles par i u état de juger des questions cù il s'agit
des dogres de la Religion . Difons. plus . Quels
font les difcours de la plus grande partie de ceux
qni font oppofez à la Conftitution ? Que contiennent
leurs libel es ? Des fophifmes , des faufletez , des
calomnies, des invectives contre les Evèques ,des injures
atroces contre le fouverain Pontife , de intultes
à l'Eglife : un tel cri peut-il être un témoignage
de l'efprit de Dieu , & de l'humble for aes Fideles?
Mas apres tout , dans l'école de J C. le difciple
n'eft pas au deffus dn maît e. C'est aux Apôtres
aux Evèques leurs fuccefleurs qu'a été donné le
$4 LE MERCURE
foin d'adminiftrer la parole par eux- mêmes , ou par
les Prêtres qui leur font foumis. Le par age du peuple
eft d'écouter les Oints du Seigneur ; ils doivent
enfeigner le peuple , & non le prendre pour
guide .
Graces au Dieu des mifericordes , des principes
fi contraires à la doctrine de J. C. & à la hierarchie
qu'il a établie , n'ont point penetré dans ce Dioceſe .
Vous écoutez toûjours la voix de vôtre Paſteur avec
re pect & avec docilité mais foûtenuë qu'elle eft
par le confentement univerfel de tous les Evêques
unis au Souverain Pontife , vous l'écouterez avec
cette confiance que la foi infpire ; & loin' que les
exemples de refiftance & de revolte dont le bruit
s'eft répandu par tout, vous affoibliffent , ou vous feduifent
, ils ne ferviront qu'à vous affermir davanta
ge, & à vous lier plus étroitement à nous ;nousn❜aurons
tous qu'un même efprit & un même coeur
puis qu'il s'agit de conſerver la foi , qui eſt une , &
qui éft attaquée
Nous demeurerons inviolablement attachez à la
Chaite de faint Pierre . C'eft dans l'Eglife de Rome
, la mere , la maîtreffe de toutes les Eglifes , la
tête de l'Eglife univerfelle , que le trouvent les principaux
fondemens de la foi & de la catholicité. C'eft
cette Eglife dont la Tradition confond tous les here
iques , parce qu'avec elle toutes les Eglifes & tous
les Fideles répandus fur la terre doivent s'accorder
à caufe de fon excellente principauté , & parce que
c'eft en elle que ces mêmes Fideles ont confervé la
Tradition qui vient des Apôtres. C'est enfin cette
mêmeEglife qui unit toutes les autres dans la communion
catholique . Elle eft felon l'inftitution de J.
C. le centre effentiel & neceffaire de l'unité , où toutes
les lignes doivent aboutir ; malheur à ceux qui
oferoient s'en écarter. Nous ne vous parlons pas ici
de nous mêmes , M. C. F nous empruntons les fentimens
& les paroles des Peres de l'Eglife , des Con-
Giles , des Evêques de Fiance ; nous fommes d'au
D'OCTOBRE
35
fant plus obligez de vous les rappeller , que nous
nous trouvons dans un temps où il femble qu'on fe
faffe un merite d'attaquer le Souverain Pontife , &
de dégrader l'Eglife Romaine. Ne croyez pas cependant
que nous en foyons moins attachez à la dé.
fenfe de nos maximes & de nos libertez . Le Prince
dépofitaire de l'autorité Royale connoit nos fentimens
, & il fçait que des témoignages autentiques
confondent ces Ecrivains temeraires qui fe font éforcez
par des difcours artificieux , & par d'indignes
calomnies,de rendre ſuſpect nôtre inviolable attachement
à la doctrine de l'Eglife Gallicane . Elle s'accorde
parfaitement cette doctrine, avec celle que nous
enfeignons touchant les divines prérogarives dela
Chaire de faint Pierre : l'une & l'autre nous ont été
religieufement tranfmifes dés les tems les plus reculez
, par les plus grands Evêques de France , l'une
& l'autre ont été conſtamment foutenues par ceux
d'entre les Princes qui ont porté le plus loin la gloire
de la Monarchie , & qui ont le plus fait éclater
leur zele pour la Religon,
Soyez donc , M. C. F. infeparablement unis au
Siege Apoftolique , écoutez la voix de l'Eglife , reconnoiflez-
la dans la Conftitution Unigenitus. Ne
doutez point que le Livredes Reflexions morales &
les 101. Propofitions qui ont été extraites , ne foient
justement condamnées ; ne mettez point de bornes
à la foûmiffion & à la confiance que vous devez à
à l'Eglife . Avec elle vous etes feurs de ne vous point
tromper ; vous vous prefenterez fans crainte au Tribunal
de Dieu ; & y portant le témoignage d'un
coeur doci'e & foumis , vous y trouverez la recompenfe
d'une foi humble & fincere. Mais en remplif
fant les devoirs que cette foi vous preferit , n'oubliez
pas ceux que la charité vous impofe . Vôtrebouche
ne doit jamais s'ouvrir que felon les regles de la fageffe
la circonfpection doit être toûjours fur vos
levres , vous devez marcher comme des enfans de
Ja lumiere, dont les fruits font la bonté , la juſtice &
16 LE MERCURE
1
la verité. C'est aujourd'hui , plus que jamais , qu'il
faut mettre en pratique ces divinesgns : Nous
parlerons , nous agirons felon rôtre miniftere . Songez
principalement à édifier par votre e emple ,
évitez toute occafin d'altercation & de difpute ; &
fi quelquefois l'interêt de l'Eglife ne vous permettoit
pas de garder le filence , ne e rompez jamais
qu'avec la douceur & la prudence , qu font le cara-
Etere des défenfeurs de la verité . Deman lez fur tout
au Seigneur qu'il daigne accorder à ceux qui en ont
befoin , le don de docilité qu'il a répandu for vous ;
& meritez d'être foûtenus contre la tentation , en
compâtiflant su malheur de ceux qu'elle a abattus
ou ébranlez . Quelle douleur pour nous . fi par des
démarches precipitées, par des écrits ou des difcours
outrez par un zele amer , aig iff nt les efprits de
ceux qui fe font éloignez de nous , vous empêchiez
leur réunion daus un tems où l'augute Regent du
Royarme fait les efforts pour la procurer ; où les
Evêques le prêtent avec en preflement à tout ce qui
peut avancer ce gran i ouvrage ; & où le Souverain
Pontife donne lui - même de grands exemples de
patience , de moderation & de charité ? Vous fui-
Vrez , M. C F. ces falutaires avert flemens : le Sacerdoce
& l'Empire l'exigent de vous , le bien de la
Religion & de l'Etat le demande , nous vous en conjurons
par les tendres liens de nôtre u ion avec J.
C. nous vous l'ordonnons par le pouvoir facré qu'il
nous a confié .
"
Aprés veus avoir fait conucître que la caufe
que
nous défendos eft conftamment la caufe de l'Eglife,
aprés vous avor rappellé ces principes de la foumiffion
& de l'obeïffance dont les veritables Catholiques
tirent toutes leur confiance , & toute leur
confolation ; aprês vous avoir prefcrit les regles de
conduite que vous devez fuivre au milieudes troubles
qui affligent l'Eglife de France, il ne nous reſte
plus que de declarer , & de prefcrire par l'autorité
attachée ànôtre catactere , ce qui eft neceffaire pour
DOCTOBRE.
37
affermir dans leur devoir ceux dont la conftante fidelité
fait nôtre joye & nôtre couronne , pour appeler
arce devoir ceux qui pourroient s'en être écartez.
A CES CAUSES , vû la Conftitution Unigenitus
de nôtre S. Pere le Pape du 8. Septembre 1713 .
& les Deliberations & l'inftruction Paftorale de l'affemblée
de 1713. & 1714. nôtre Mandement du 18.
Avril 1714. les Mandemens de plus de cent dix Evêques
de France pour l'acceptation de ladite Conftitution
; duement informez de l'acceptation des Evêques
de differentes nations Catholiques ; vû en outre
un imprimé,qui a pour titre, Inftrumentum appellatiomis
interjecte die primâ Martii 1717. & en François ,
Acte d'appel inte jetté le premier Mars 17 17. & plufieurs
libelles répandus pour la défenfe dudit impri
mé ; entr'autres celui qui eft intitulé , Confultat on…..
celui qui ett intitulé , Memoire dans lequel on exami
ne fi l'appel i trjené aufutur Concile general de la
Conftitution UNIGENITUS , & c. . eft legitime
canon que, & quels font les effets de cet appel ; & celui
qui eft intitu é , De la neceffité de l'appel des Eglifes
de France aufutur Concile general de la Conft tution
UNIGENITUS : leiques libelles font tous fans nom
d'Auteur & d'imprimeur ; aprés en avoir conferé
avec d'habiles Theologiens & Canoniftes , & aprés
eu avoir commun qué même avec plufieurs de nos
Confreres . LE SA NT NOM DE DIEU INVOQUE' ;
NOUS renouvellant & confirmant l'acceptation par
Nous faite de la Conftitution Unigenitus , vous exbortant
de nouveau à la lecture de nôtredit Mandemenc
& Instruction Paftorale de l'aflemblée de 1714
qui a été donnée pour vous faciliter l'intelligence de
ladite Bui e & pour vous prémunir contre les faufles
interpretations des perfonnes mal intentionnées ;
ORDONNONS à tous les Prêtres & Ecclefiaftiques
Seculiers & Regu'iers , exempts & non exempts , &
à tous les Fideles de nôtre Diocele, de le foûmettre à
la fufdite Conftitution Unigenitus , comme étant un
Jugement dogmatique de l'Eglife univerfelle, duquel
38 LE MERCURE
sont appel eft nul , frivo e , illufoire , temeraire,
fcandaloux , injurienx au S. Siege , & au Corps des
Evêques , contraire à l'autorité de l'Eglife , fchifma→
tique & tendant àrenouveller & à fomenter des erreus
condamnées .
Défendons à tous nos Diocefains, fous peine d'excommunication
encourue par le feul fait , dont nous
refervons le pouvor d'abloudre à Nous & à nôtre
Vicaire general , d'interjetter aucun appel de ladito
Conftitution , foit dans la forme contenue au fufdit
Imprimé intitulé Acte d'appel , &c. foit dans quelqu'autre
forme que ce puiffe eftre ; comme auffi de
rien dire , écrire & faire , qui puiffe eftre contraire
au respect & l'obeiflance due à ce jugement de l'sglife
Catholique , ou qui puiffe favorifer l'appel de
Ladite Conftitution . Enjoignons fous pareille pe ne à
ceux de nos Diocefain qui auroient fecrettement intcrjetté
appel de ladite Conftitution , s'il s'en trou
voit quelqu'un ( ce que nous ne pouvons croire ) de
retracter & revoquer ledit appel dans l'espace de
trois mois du jour de la pub'ication des Pretentes ;
leur declarons que leur appel venant à nôtie connois
ffance , nous nous trouverions obligez , ledit temps
paffé , de les denoncer pour excommuniez , fi dans
le temps ci - deffus marqué ils ne le revoquoient Défendons
enfin , de lire & de retenir le libelle intitulé
en Latin, Inftrumentum appellationis interjecte die prima
Mariii 1717. &c. & en François , Acte d'appel au
futur Concile de la Bulle UNIGENITUS , &c enfemble
les Ecrits ou Memoires imprimez ou manuſcrits
qui ont paru ufqu'ici , ou qui pourroient paroître
dans la fuite , tant pour la juftification dudit ap
pel , que contre ladite Conftitution.
ORDONNONS qu'à la diligence de nôtre Promoreur,
notre prefent Mandement fera publié & affiché
par tout où befoin, fera . Donné à Saverne dans nôtre
Palais Epilcopalle 7. Juin 1718. Signé. ARMAND
GASTON CARDINAL DE ROHAN , Evêque
& Prince de Strasbourg. Par Son Alteſſe Eminen→
tiffime , BARBIAR.
D'OCTOBRE 39
MANDEMENT
De Son Eminence Monfeigneur Le Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris.
Pour la publication de l' Appel qu'il a interjet
té le 3. Octobre 1718. au futur Concile Gèneral,
des Lettres de N. S. P. le Pape Clement
XI. adreẞées à tous les Fideles , pu
bliées le 8. Septembre 1718 & qui commencent
par ces mots , Paftoralis Officii.
>
la
OUIS ANTOINE DE NOAILLES , par
permiffion divine ,Cardinal, Prêtrede la faina
te Eglife Romaine , du Titre de fainte Marie fur la
Minerve , Archevêque de Paris , Duc de S. Cloud,
Pair de France , Commandeur de l'Ordre du Saint
Elprit , Provifeur de Sorbonne , & Superieur de la
Maiſon de Navarte : Au Clergé feculier & régulier
de nôtre Diocefe, SALUT ET BENEDICTION.
C'eft avec une extrême douleur que nous nous
trouvons encore ob igez d'élever nôtre voix , pour
porter nos plaintes au Tribunal de l'Egli e Univerfelle
, fur de nouvelles Lettres de Nôtre Saint Pere
le Pape , affichées à Rome le 8 Septembre dernier,
& adreffées à tous les Fideles .
Dans le temps que nous n'étions occupez qu'à
prendre des précautions capables de prevenir les abus
que l'on fait tous les jours de la Conftitution Unigenitus
, de mert e la verité à couvert , de foûtenir
l'honneur du Saint Siege , les droits de l'Epifcopat ,
& de retablir dans l'Eglife de France une paix folide
, ceux qui ne refpirent que le trouble & la diffention
, n'ont travaillé qu'à inſpirer au Souverain Pontife
des preventions defavantageufes de nos difpofitions
& de nos fentimens , & ils ſont enfia parvenus
à répandre dans tout le monde chrétien , fous le nom
refpectable du Chef de l'Eglife , un ouvrage dans leLE
MERCURE.
quel des Evêq es Catholiques z 1.z contre l'erreur,
pleins de refpect pour le ucceffeur du Pri ce des
Apôtres , fincerement attachez au centre de l'unité ,
font dépeints avec des traits , qui ne peuvent convenir
qu'à des Heretiques & des Schifmat ques qu'il
s'agiroit de faire rentrer dans le fein de l'Eg ife.
Quoique le foin qu'un Evêque doit prendre de fa
propre reputation , l'engage à effacer les our cons
que l'on veut faire naître contre la pureté de la Foy
& la fincerité de fon obéiffance aux décisions del'E
glife , le re pect pour celui d'où partent des traits qui
ncus font fi fenfibles , nous auroit peut- être p rté à
les diffimuler , à nous contenter de gemir devant
Dieu d'un tratament fi peu mer té , & à luy demander
qu'il fit connoître au Chef du College Epifcopal,
la droiture de nos intentions , & les calomnies
de ceux dont Sa Sainteté paroît fuivre les impreflions
& les confeits.
Mais , l'outrage fait au cara& ere dont nous fommes
revêtus, les droits les plus effentiels de l'Epilcopat
violez,les maximes fondamentales de nos libertéz
détruites , les loix de la difcipline attaquées dans leurs
principes les plus certains , le trouble & la confufion
que les dernieresletties de fa Sainteté mettroient dans
l'Eglife & dans l'Etat , par le renvericment de i ordre
des jugemens Ecclefiaftiques ,ne nous permettent
pas de garder le filence. Et quoique par nôtre Appel
du 3. Avril 1717. publié le 24. Septembre 1718.
nous foyons à couvert de toutes les entrepriſes que
l'on pourroit former contre nous nous croyons
neanmoins devoir interietter un nouvel Appel des
Lettres de Sa Sainteté du 8. Septembre dernier , pour
vous inftruire de tous les griefs & contraventions
aux Canons que ces lettres contiennent .
} En prenant cette précaution , nous vous recommandens
très particulierement , comme nous l'avens
déja fait de ne vous départir jamais du refpect
que vous devez au S. Siege Apoſtolique , & à
la perfonne facrée du Souverain Pontife , & d'éviter

>
deux
D'OCTOBRE . 41
deux excés aufquels les efprits extrêmes pourroien,
vous porter ; l'un ,de fe fervir des fentimens de foûmiffion
qui font dûs à une puiffance aufli respectable
que celle du Pape, pour vous infpi er une obéiffance
aveugle aux entreprifes de la Cour de Rome , &
Pautre , de relever ces mêmes entrepriſes , pour éteindre
, ou pour affo:blir dans vos efprits la veneration
& la deference que tous les Fideles doivent au Chef
de l'Eglife.
La puiffance de N. S. P. le Pape eft établie de
Dieu, ne cellez , Mes trés - cheres F. de la révéverer .
La Chaire de S. Pierre eft le centre de l'unité Catholique
; demeurez y toûjours inviolablement attachez
. Mais le Souverain Pontife , quoi qu'élevé
à la plus haute dignité , n'eft pas cependant exempt
des lurptifes aufquelles la foibleffe humaine , & les
paffions de ceux qui l'environnent , l'expofent ;
comme faint Bernard l'écrivoit à un grand Pape ,
& comme les plus faints Pontifes ' en font fouvent
plaints eux-mêmes . Ne recevez donc po'nt tout ce
qui peut échaper aux Officiers de la Cour de Rome,
& qui peut être contraire aux regles & à l'autorité
des Evêques.
&
Nous croyons devoir vous prop fer pour modele
, l'exemple d'un illuftre Evêque d'Angleterre ,
diftingué par fa pieté , par la fcience , par la fermeté
pour les libertez de fon Eglite , & par fon zele
pour le veritable honneur des Souverains Pontifes ,
dont la fainteté a été confirmée par des miracles ,
qui écrivoit dans un tems où le Royaume d'Angleterre
étoit fi attaché au Saint Siege . Ce Prelat fe
trouvant dans la neceffité de réſiſter à un Decret du
Pape Innocent IV. concilioit en même temps ce
qu'il devo t au caractere Epifcopal , & à la d gnité
du Souverain Pontife. ,. J'obéis , difot Ro. ert Evé-
,, que de Lincolne , avec un refpect filial aux ordres
Apoftoliques; mais , je m'oppofe , & je refifte par
zele pour l'honneur de mon Pere , aux ordres qui
font contraires à l'efprit Apoftolique ; & je rem-
D
"
""
42
LE MERCURE
(6
plis par là les deux obligations que la Loy de Dieu "
m'impofe. Il n'y a , continue ce faint Evêque , que
ce qui eft conforme à la Doctrine des Apôtres & "
de N. Seigneur J. C. le maître des Apôtres , dont "
le Pape ieprefente la perfonne , qui puifle être confi. "
deré comme un ordre Apoftolique. Le faint Siege"
peut tout pour édifier, & rien pour détruire, c'eft en e
cela que confifte la plenitude de puiffance : Or , "
la Lettre que j'ai reçûë,n'a aucune conformité avec"
la Sainteté Apoftolique ; elle y eft toute contraire "
& toute oppofée , c'eft pourquoi je n'y obéis point,
j'y refifte & je m'y oppofe dans l'efprit & avec les
fentimens d'un fils refpectueux . Non obedio, contra-‘•
dico; vous ne pouvez , ajoûte ce fçavant Evêque, en
parlant aux Cardinaux , vous ne pouvez rien or- "
donner de dur contre moi : Car,ma refiftance n'eft "
ni une defobéiffance , ni une revolte ; c'eft l'ac- "
tion d'un fils auquel l'honneur de fon Pere & le "
vôtre , fout dans une finguliere vénération . “
(8
A CES CAUSES
, le Saint Nom de Dieu invoqué
, aprés en avoir conferé avec nos Venerables
Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre de nôtre
Eglife Metropolitaine
, lefquels ont adheré à nôtre
prefent Appel , Nous ordonnons
que ledit Acte
d'Appel cy- joint , fera inferé dans les Regiftres de
nôtre Officialité avec le prefent Mandement , &
qu'il fera lû , publié & affiché par tout où beſoin
fera , Donné à Paris en nôtre Palais Archiepifcopal
le troifiéme Octobre mil fept cent dix - huit. ,
Signé , † L. A. Card. DE NOAILLES , Ar.
de Paris.
Par fon Eminence , CHEVALIER.
D'OCTOBRE. 43
ACTE D'APPEL
De Son Eminence , Monfeigneur le Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris.
Aufutur Concile General des Lettres de N,
S. P. le Pape Clement XI, adreffées à
tous les fideles . publiées le 8. Septembre
1718. & qui commencent par ces mots ,
Paftoralis Officii .
OUIS- ANTOINE DE NOAILLES , par la
Louns onTivine,Cardinal Prêtre de la sainte
Eglife Romaine , du Titre de fainte Marie fur la
Minerve , Archevêque de Paris , Duc de S. Cloud ,
Pair de France , Commandeur de l'Ordre du Saint
Efprit , Provifeur de Sorbonne , & Superieur de la
Maifon de Navarre : A tous ceux qui ces prefentes
Lettres verront , Salut en N. Seigneur JESU SCHRIST
, qui nous a apporté la verité & la paix
Quoique les Lettres de N. S. P. le Pape Clement
XI . du 28. Aouft dernier , adreffées à tous les Fideles
, ne foient point revêtues des folemnitez que
les Papes oblervent depuis plufieurs ficcles , &
qu'elles ne foient données ni en forme de Bulle ,
ni en forme de Bref , elles renferment cependant un
veritable jugement , par lequel Sa Sainteté regardant
comme criminels , les Evêques de France qui
n'ont point accepté jufqu'ici la Bulle Unigenitus ,
les declare feparez de la fainte Eglife de Rome , &
exhorte tous les Evêques du monde Chrétien à fuivre
for exemple , en fe léparant auffi de leur Com
munion.
Si cette Cenfure prononcée contre des Evêques ,
étoit executée , les liens de la Communion Ecclefatique
, qui uniffent ces Prélats à tous les Evéques
du monde Chrétien , étant rompus , ils fe
Dij
44
LE MERCURE
roient réduits à la feule Communion de leurs peuples
; peine que les Canons n'ont jamais impofée
à aucun Evêque , que pour des fautes trés - graves ,
& en obfervant l'ordre Canonique qui doit être
gardé dans les jugemens Ecclefiaftiques ; c'eft de
cette Cenfure dont nous appellons aujour ' hui au
futur Concile Oecumenique , pour pluficus motifs
qui intereflent également l'Eglife & l'Etat.
Quelque refpectable que foit le Juge qui nous a
condamné , que que éminente que foit l'au o.ité
que Jelus- Chrift lui a donnée dans fon Eglife ,
fa puiffance neantmoius eft reglée & tempeice par
les Canons , & felon les regles faintes aufquelles le
Souverain Pontife eft foûmis , & que les plus grands
Papes fe font toûjours crú obligez d'obferver religieufement.
L'Appel de la Cor ftitution du Pape interjetté au
futur Concile , fufpend tous les Actes dont on ap
pelle , il faifit le Tribunal de l'Eglife Univerfelic ,
de l'affaire qui lui eft portée par ces Appels , le
Pape en eft dépouillé de telle forte , que fi S.
vouloit au préjudice de l'Appel , u'er de Cenfures
& faire des Actes de Jurifdiction , rout ce qu'il fe--
roit en ce cas , feroit nul de plein droit , & devroit
être regardé comme une entreprife fur l'autorité de
l'Eglife Unive felle .
ces
Ces maximes font fi conformes aux Loix du
Droit Canonique , que les Docteurs Ultramontains
même en ont reconnu la verité ; & dans le Royaume
, toutes les fois que l'on s'eft crû obligé de recourir
au remedé de l'Appel au futur Concile ,
principes ont toûjours été fuppo ez , comme des regles
dont il n'étoit pas permis de douter. Sans citer
ici d'autre autorité , M. de Halay , nôtre prédeceffeur
dans le Siege de Paris , fi diftingué par fa
fcience & par fon érudition , ayant fait en 1588. pár
ordre du Roy , deux Affemblées, l'une des Prélats
qui fe trouverent alois à Paris , & le jour fuivant
des Culez & Superieurs des Communautcz de ſcn
D'OCTOBRE
49
Diocefe : Ce fçavant Archevêque établit , queperfonne
n'ignore que l'Appel aufutur Consile , de l'aveu
de tous les Docteurs , lie tellement la puissance du juge
dont on appelle , que les Cenfures qu'il fulmine ,
Tous les Actes qu'i peut faire au préjudice de-l''Appel
font absolument nu's ; que ce n'étoit point un sentiment
particu ier aux Docteurs de ce Royaume , mais une
maxime commune , avoüée par les Canoniftes & par
les Toeologiens Seculiers Reguliers de tous les Païs
& de tous les Ördres.
Les Prélats affemblez , & les Curez & Superieurs
des Communautez de Paris , applaudirent tous à ces
maximes ; en forte qu'on ne peut douter que ce ne
foit le fentiment de l'Eglife de France en general,
comme nous le juſtifieron dans l'inſtruction fur les
Appels au futur Concile que nous avons promife ;
& c'eft en particulier la Doctrine conftante de l'Eglife
de Paris , comme on peut le démontrer par les
Appels du Pape au futur Concile , qui furent interjettez
par l'Eglife de Paris fous Philippe le Bel , &
depuis en 1491. & 1501 .
Ce principe fu pofé , il eft notoire que fix Evêques
de France , la Faculté de Theologie de Paris ,
celles de Rheims & de Nantes , un grand nombre de
Corps Seculiers & Reguliers de diverfes Eglifes , &
en particulier de celle de Paris , une foule de Pafreurs
& d'autres Ecclefiaftiques de diverfes Dioce
fes du Royaume , & de ce ui- ci en part culier , ont
interjetté en 1717. des Appels au futur Concile de
la Conftitution Unigenitus , auffi -bien que de ce qui
avoit été fait & de tout ce qui pourroit être fait en
confequence ; ils n'ont pas feulement appellé pour
eux , mais , pour tous ceux qui voudroient adherer
à leur Appel.
L'affaire étant portée par ce moyen canonique
au Tribunal du Concile , le Pape ne peut plus ftatuer
fur cette matiere , ni prononcer des Cenfures :
tout ce qu'il peut faire au prejudice de cet Appel ,
cft nul de plein droit , & la matiere d'un nouveau
46
LE MERCURE
grief, dont les juftes Plaintes doiven têtre deferées
l'Eglife Univerfelle ; autrement il eft vifible que
le fecours de l'Appel , qui a toûjours été regardé
comme un remede , qui mettoit les Appellans fous
la protection de l'Eglife Univertelle & à couvert
des Cenfures , deviendroit un motif pour prononcer
des Cenfures contre ceux qui y auroient eu re
Cours.
2
Par l'Appel au futur Concile , le Pape eſt donc
devenu incompetent , pour prononcer des peines
contre les appellans , fur tout ce qui eft l'objet de
leur Appel. Le Souverain Pontife , foûmis felon
l'ordre des Canons , & par les Decrets des Conciles
de Conftance & de Bâle , auffi bien que
tous les Evêques du monde Chrétien , au Tribuna k
de l'Eglife Univerſelle , doit attendre comme nous
ce qui fera decidè touchant la Conftitution par ce
Tribunal fuprême. Or , fans attendre ce jugement
S. S. non feulement prononce par les dernieres
Lettres des Cenfures contre les Appellans ; mais
elle fait entendre que cet Appel eft un excés que
l'Eglife Romaine a toûjours détesté avec execration.
Ainfi , le doit des Appels au futur Concile , eft
non feulement attaqué par une voye de fait , mais ,
il eft combattu par un principe qui détuiroit tous
les Appels au futur Concile , & qui nous priveroit
par confequent , des moyens les plus efficaces
nous puiflions oppofer aux entreprifes de la Cour
de Rome: Nous ne pouvons donc nous difpenfer
de porter nos plaintes au faint Concile General ,
d'une démarche fi préjudiciable à l'autorité fuprême
du Concile . Nous y joignons un nouvel Appel du
Decret de l'Inquifition du 16. Février 1718. par
lequel les Appels de plufieurs Evêques de France ,
ont été cenfarez avec des qual fications propres
faire regarder tous les Appels au futur Concile ,
comme Sch matiques & Heretiques. Tel eft le
premier motif de ' Appel au futur Concile , que nous
interjettons des dernieres Lettres de Sa Sainteté.
que
D'OCTOBRE. 47
Par ces mêmes Lettres , le Pape juge en premiere
inftance des Evêques de France ; il ne leur donne
pas même des Commiffaires Déleguez fur les lieux
pour les juger ; il prononce le jugement & les Cenfures
à Rome , & il les prononce , fans avoir entendu
ceux qu'il reprefente comme criminels.
Il eft inutile de s'étendre , pour faire connoître
combien un tel jugement eft contraire à toutes les
Loix de la difcipline.
I Selon l'ordre des jugemens Ecclefiaftiques , auquel
l'Eglife de France eft toûjours demeurée inviolablement
attachée , un Evêque prévenu des plus
grands crimes , ne peut être jugé en premiere inf
tance que par le Concile de fa Province , en y appellant
, fi elle n'eft pas en nombre fuffifant , des
Evêques des Provinces voisines , pour remplir le
nombre de douze , fauf l'appel à Rome aprés le
premier jugement .
Sans citer ici tous les Canons qui prefcrivent cette
regle , & tous les exemples qui prouvent que l'on
s'y eft exactement conformé , il fuffit de renvoyer
aux Arrêts du Parlement de Paris , rendus en 1569.
& en 1710. & aux Actes du Clergé aflemblé en 1645.
& 1650, avec la Proteftation fignifiée au Nonce de
S. S. au nom des Prélats de France aflemblez , pour
faire voir que l'Eglife & l'Etat regardent cette maxime
, comme un principe inviolable , dont il n'eft
pas permis de s'écarter .
2. Prononcer à Rome des Cenfures contre des
Evêques de France, fans les juger dans le Royaume,
eft une entreprife que nos Rois n'ont jamais foufferte
, comme il paroît par tout ce qui fe paffa en
1564. au fujet des Evêques que le Pape Pie IV.
avoit condamnez .
3. Condamner des Evêques , fans les avoir enrendus
, quelque notoire que leur crime pût être , eft
une démarche contraire à toutes les Loix civiles &
Canoniques , & aux principes du droit naturel.
Or, nos peres ont toûjours crû , que le droit pu
48
LE
MERCURE
bic , violé dans un point effentiel , les regles conf
tantes de la difcipline du Royaume attaquées , é
toient un jufte motif, pour interjetter Appel des
Actes émanez du Pape , au futur Concile Oecumenique
; & c'eft en fuivant ces principes , que pour
conferver les droits de l'Epifcopat & les maximes
inviolables du Royaume , nous appellons au futur
Concile des Lettres de Sa Sainteté.
Nous interjettons le mê ne Appel des peines pro
noncées par ces Lettres , & de celles dont elles me
nacent pour l'avenir ; parce qu'outre l'incompe
tence du Juge , qui ftatue fur une caufe dont il ne
peut plus connoître ; outre que toutes les formes
ont été violées , ces peines font prononcées fans
caufe , & fans qu'il y ait de délit .
Le crime des Evêques que le Pape traite avec tant
de rigueur , confifte à n'avoir point jufqu'ici ac
cepté la Conftitution .
Les uns y ont trouvé des défauts fuffifans , pour
déclarer qu'ils ne pouvoient la recevoir , & qu'ils
en 'appelloient au futur Concile , au jugement du
quel ils étoient prêts de fe foûmettre ; & en cela ,
ils ont marché fur les traces de S. Cyprien , de faint.
Hilaire , & de tant d'illuftres Evêques de l'antiquité,
qui fe font oppofez à des déc fions des Papes,
étant toûjours prêts d'embrafier ce qui feroit décidé
par l'Eglife Univerfelle ; c'eft la conduite que le
Clergé de France , & tous les Oidres du Royaume
ont fuiviefous Boniface VIII . & en plufieurs autres
occafions , qu'ils fe font crûs obligez de recourir à
1'Appel au futur Concile , pour s'oppofer à ce que
les Papes vouloient établir .
l'on
Les autres Evêques , qui n'ont point accepté la .
Bulle , ont été juftement allarmez des abus que
pouvoit faire de la Cenfure des cent uneP opofitions,
& du foûlevement general que cette Cenfure avoit
excité ; ils ont crû que le moyen le plus fûr pour
prévenir les abus & calmer les confciences , étoit de
ne présenter la Bulle à leurs peuples qu'avec des explications
D'OCTOBRE.
explications données , ou approuvées par l'Auteur
même de la Conftitution . C'eft dans cette vûë qu'ils
ont depuis plufieurs années fupplié refpectueulement
le Pape de fixer le fens de fa Bulle , & qfiis en ont
dreflé des explications de concert avec plufieurs des
Evêques acceptans ,en affûrant qu'ils l'accepteroient ,
auffi tôt que Sa Sainteté auroit déclaré que ces explications
en contçnoient le veritable lens . Le Roy
a appuyé de toute fon autorité une demande fijufte ,
fi honorable pour le faint Siege , fi propre à rétablir
la paix ; mais quelques inftancés que l'on ait pu
faire auprés du Pape , il n'a pas été poffible de rien
obtenir.
Sa Sainteté a vu le trouble & la confufion dans
J'Eglife , les efprits partagez fur le fens de la Conftitution
, les Fideles expofez à confondre l'erreur avec
la verité,les abus fe répandre, & fe multiplier de jour
en jour les heretiques triompher de la nouvelle dotrine
qu'ils croyoient découvrir dans la Conftitution
& reprocher à l'Eglife Romaine qu'elle avoit varié
fur les dogmes importans: Ceux en qui SaSainteté
met la confiance , l'ont détournée de faire ceffer un
fi grand fcandale, en expliquant lui- même fa Bulle
ou en approuvant l'explication des Evêqués : enfin lo
Pape,aprés avoir oppofé pendant cinq années un refus
inflexible aux reprefentations lesplus preffantes
fur la neceffité des explications,fe porte aujourd'hui
jufqu'à cette extrêmité , que de déclarer , comme il
avoit déja fait dans un Bref écrit aux Evêques de
France en 1717. & qui est rappellé dans les dernie
res Lettres , que fa Conftitution eft fi claire , qu'elle
n'a pas befoin d'explications ; que ceux qui difent
qu'ils ne l'entendent pas , ferment volontairement
leurs yeux à la lumiere la plus évidente ; qu'ils demandent
des éclairciffemens pour le tenter & pour le
furprendre , & que cette demande eft un crime digne
des châtimens les plus feveres , & des plus grandes
peines que l'Eglife puifle prononcer.
Pour reconnoître l'innocence des Evêques , que
Octobre 1718
E
LE MERCURE
les nouvelles Lettres reprefentent & puniffent com
me criminels , ne fuffit- il pas d'obferver que les plus
faints Evêques de l'antiquité , comme nous le ferons
voir dans une Inftruction particuliere fur ce point
fe font fouvent adreffez aux Souverains Pontifes
pour les prier d'expliquer leurs Decrets , lorsqu'ils
paroiffoient obfcurs ? Que les plus grands Papes, & les
plus zelez pour les prérogatives du Siege Apoftoli
que , ont reçû favorablement ces demandes , & que
bien loin de les improuver , ils les ont jugées dignes
d'éloges ; que Pelage I. Pelage II . & Saint Gregoi
re ont offert non feulement à des Evêques Catholi
ques & foumis à l'Eglife , mais à des Evêques rebelles
qui s'étoient féparez de la Communion du Saint
Siege, d'éclaircir toutes leurs difficultez pour les rappeller
à l'unité; & qu'enfin , de fçavans Papes trèsjaloux
de leur dignité , ont établi comme une regle
que nous trouvons dans le Droit Canonique , que
lorfque l'on n'entend pas leurs refcripts , & que l'on
y trouve quelque inconvenient, il falloit en Inrfeoir
l'execution & s'adreffer au Saint Siege pour
fçavoir comment ils devoient eftre entendus .
Mais , la neceffité des explications dans la conjonature
prefente , n'eft- elle pas démontrée par la Bulle
même , par le jugement des perfonnes les plus
éclairées, par l'abus que l'on a fait de la Conftitution,
par la conduite de l'Affemblée de 1714. qui a employé
plus de trois mois pour dreffer des explications
capables de prémunir les Fideles contre les
mauvaises explications que l'on donnoit à la Bulle
& qui a écrit à Sa Sainteté que ces explications fe.
roient comme un rempart , & une digue que l'on
pourroit opposer à la licence des interpretations dangercules
?
Enfin , la neceffité d'expliquer la Bulle, eft juftifiée
par les fages précautions que les Parlemens du
Royaume ont prifes , en oppofant des modifications
à la cenfure des propofitions qui concernent l'excom
munication ; afin de prévenir les abus que l'on en
D'OCTOBRE.
pourroit faire , pour donner atteinte à l'autorité inviolable
que les fujes doivent à leurs Souverains , à
l'autorité qu'ils confient à leurs Miniftres , au repos
de leurs Etats , & à la fûreté de la perfonne faciée
de nos Rois.
Si c'étoit un crime de la part des Evêques , que
de demander au Pape des explications de la Conititution
, c'en feroit un bien plus grand d'en avoir
donné en l'acceptant ; ainfi , prefque tous les Evêques
de France qui ont accepté la Bulle , feroient
coupables de ce pretendu crime ; puifqu'ils n'ont ac
cepté la Conftitution qu'avec leur Instruction Pastorale
qui en contient l'explication , renfermant ces
deux Actes dans le même procez verbal , & fous la
inéme fignature, pour n'en former qu'un feul corps :
Qu'ils n'ont enfuite publié la Conftitution dans leurs
Diocefes , qu'avec les explications , & que plufieurs
d'entr'eux ont mis leur Inftruction avant leur acceptation
; marquant affez par ces mots . Ace ; cauſes ,
nous acceptons;placez aprés l'inftruction , que les explications
étoient la condition eflentielle & le fondement
de leur acceptation .
Perfonne n'ignore que trente des Evéques acceptans
, ont déclaré dans des Lettres écrites à fon Alreffe
Royale , qu'ils n'avoient reçû la Bulle , que
dans le fens de leur Inftruction Paftorale; & que ces
explications publiées par la feule autorité des Evêques
,
fans que
le Pape eût voulu les confirmer
n'ayant point donné la paix à l'Eglife , il falloit s'adreffer
à l'Auteur même de la Conftitution , pour le
fupplier d'interpreter fon Decret. Par cette conduite
, ces Prelatsferoient doublement criminels ; leur
premier crime feroit d'avoir entrepris d'expliquer
eux-mêmes la Bulle avant que de l'accepter , & ils
en auroient commis un fecond , en jugeant les expli
cations données ou approuvées par Sa Sainteté necef-
'faires.
Comme il n'y a point de nullité & d'irregularité
plus évidente dans un jugement , que de prononcer
E J
52 "LE MERCURE
des peines , fans qu'il y ait aucune faute ni aucun
delit qui les ayent meritées ; ce défaut eflentiel qui
fe trouve dans les dernieres Lettres de Sa Sainteté ,
eft un troifiéme motif pour en porter les plaintes au
futur Coucile ; à quoi nous ajoûtons , que le refus
que le Pape fait de donner des explications , dont la
neceffité eft fi évidente,eft un deni de juftice qui met
en droit de s'adreffer au Tribunal de l'Eglife Univerfelle
, pour obtenir un fecours que l'on étoit en droit
d'efperer de fa charité paternelle , comme le feul
moyen de rétablir la paix dans l'Eglife.
Enfin , le dernier motif de l'Appel que nous interjettons
des Lettres de N. S. P. le Pape , eft fondé fur
l'obeïffance pleine , entiere, fans referve , & fans exception
à la Conſtitution omnimodam obedientiam
que fa Sainteté exige, pour être mis au nombre des
enfans de l'Eglife , & pour n'être pas retranché de
la Communion de l'Eglifede Rome: Une telle obeïffance
fuppofe une acceptation pure & fimple ; elle
exclut toute modification de la Bulle , tout recours
foit au Saint Siege , foit à l'Eglife Univerfelle , pour
demander des explications ; elle emporte une foûmiffion
aveugle & fervile au Decret émané de Sa
Sainteté.
Or , la demande d'une telle obeïffance, 1. eft injurieufe
aux Evêques , & donne une atteinte´visible
à leurs droits. 2. Elle rendroit la plupart des Evêques
acceptans coupables pour avoir expliqué la
Bulle en la recevant , & la même condamnation
tomberoit fur les Parlemens , pour avoir mis des mo..
difications dans l'enregistrement de la Conftitution
.
Par raport aux droits des Evêques, celui de juger
les questions de Foy avant le Pape , avec le Pape , ou
aprés le Pape,d'accepter en qualité des Juges, & non
de fimples executeurs les Conftitutions dogmatiques
des Souverains Pontifes , eft un droit attaché par
l'inftitution de J. C. au caractere Epifcopal , dont
les Evêques ont joui dans tous les temps , qu'ils ont
>
D'OCTOBRE 53
exercé fans contradiction de la part de la Cour de
Rome , dans les aflemblées tenues au fujer du Bref
d'Innocent XII. contre le Livre des Maximes des
Saints , & que le Parlement a crù devoir mettre à
couvert des entrepriſes de la Cour de Rome en enregiftrant
la Conftitution Unigenitus.
Ce pouvoir de juger , fuppofe neceffairement un
examen pour connoître , fi la décifion du Saint Pere
ne renferme rien de contraite à la doctrine , ou à la
difcipline de leur Eglife & aprés cet examen ¡ uri-
.dique , ils font bien fondez à rejetter en tout ou
partie , les Bulles qui contiendroient des décifions ,
ou des clauſes contraires à ce qui a toûjours été crû
& pratiqué dans leurs Diocefes , ce même droit les
autorife à demander au Pape des explications fur ce
qui leur paroit obfcur , équivoque , fufceptible d'un
mauvais fens , pour declarer enfuite dans quel fens
ils reçoivent les Bulles de Sa Sainteté .
Le Pape voulant aujourd'huy par l'obéiff: nce en.
tiere & fans refervequ'il exige, dépouiller les Evêques
du droit, & de la qualité de Juges, pour les réduire à
celle de fimples executeurs de fes Decrets, conformé.
ment aux Brefs que Sa Sainteté écrivit en 1706. Cette
playe mortelle faite à l'autorité Epifcopale , engage
les Evêques à en porter leurs plaintes au Tribunal de
F'Eglife Univerfelle .
S'il eft neceffaire , pour être orthodoxe , de rendre
à la Bulle omnimodam obedientiam , la plupart
des Evêques acceptans ne l'ayant reçue qu'aprés l'avoir
expliquée & dans le fens de leur inftruction Paftorale
, ils méritetoient la même peine que le Pape
prononce aujourd'hui contre ceux qui n'ont point
accepté.
Les principes que fa Sainteté fuppofe pour exiger
cette obéiffance entiere & fans réſerve , fourniflent
de nouveaux motifs d'an Appel legitime au futur
Concile .
Le premier principe eft l'infaillibilité du Siege Romain
& du Souverain Pontife ; nous fçavons le quel
E iz
S+
• LE MERCURE
poids les jugemens dogmatiques des Papes ont tou
jours été dans l'Eglife , que les Decrets regardent
toutes les Eglifes , & que , felon le langage des Ca
nons , la prérogative du fuffrage ne fçauroit lui être,
conteſtée: Mais , fans vouloir diminuer en rien l'autorité
du Siege Apoftolique & du Pape , felon la do-
Arine du Clergé de France fi conforme aux fentimens
de la Tradition , les jugemens du fouverain
Pontife en matiere de Foy , ne deviennent irreformables
que par le confentement des Eglifes , & nous ,
ne pouvons nous empêcher de porter no plaintes à
l'Eglife Univerfelle de tout ce qui peut donner atteinte
à une doctrine fifûre & fi importante.
Le fecond fondement de l'obéiffance entiere à la
Confitution , que le Pape fuppofe dans fes Lettres
eft qu'ele eft reçue par tout l'Univers ; nous ferons
con ître par une Inftruction particuliere fur co
point décifif, que rien n'eft plus contefté & plus def
tiué de preuves ; que rien n'eft plus contraire à la
notorieté publique qu'une telle fuppofition . Il fuffit
d'oblerver icy , que les Parlemens font fi perfuadez
de la faufleté de cette fuppofition , qu'ils ont condamné
par leurs Arrefts les écrits & les Mandemens
où ce principe étoit avancé , & que le Roy fuppofe
comme le fondement de fa déclaration du 7. Octobe
, que la Conft tution ne peut être regardée com
me une loi de l'Eglife Univerfelle. Ce point fondamental
daus cette difpute nié par un grand nombre
d'Evêques, par tous ceux qui ont appellé au Concile
, & par les Magiftrats les plus éclairez , ne peut
être décidé , que par le jugement de l'Eglife Univer
fele ; ainfi , c'eft avec juftice que nous appellons de
la décifion du Pape fur ce point , à celle du Concile
Ocumenique.
Enfin , les conféquences qui feroient à craindre de
ces Lettres , le trouble & la confufion qu'elles cauferoient
dans l'Eglife , font une derniere raifon qui
oblige d'en appeller au futur Concile. Si ces Lettres
étoient executées , on verroit les Evêques du RoyauD'OCTOBRE.
SS .
mefe condamner mutuellement par les Cenfures les
plus dures ; plufieurs Pafteurs fufpens , interdits ,
excommuniez dans differens Diocefes , abandonner
leurs peuples pour demander Justice ; les Facultez ,
les Univerfitez les plus celebres , les plus attachées
aux maximes du Royaume , dont la fcience & l'autorité
ont été fi utiles à l'Etat dans les temps les plus
difficiles , rendues fufpectes : Les expeditions de
Cour de Rome , dans les affaires ordinaires qui
regarderoient les Diocefes où la Conftitution n'eft
point acceptée , ne feroient plus adreffées aux Ordinaires
des lieux , en forte qu'elles demeureroient
fans effet , où l'ordre des Jurifdictions Ecclefiaftiques
feroit renverfé , pour les mettre à execution .
Ốn verroit dans plufieurs Metropoles du Royaume
les Suffragans , ne plus reconnoître l'autorité du
Metropolitain, & les Metropolitains ne plus admet.
tre ce qui feroit émané de leurs Suffragans , foit
pour le fore gracieux ,foit pour le fore contentieux ,
& par là , les fujets du Roy éprouveroient des dif
ficultez continuelles pour avoir juftice .
A CES CAUSES, le Saint Nom de Dieu ina
voqué , renouvellant & confirmant , en tant que
befoin feroit , nôtre Appel du 3. Avril 1717. & les
proteftations que nous avons faites de demeurer toû
jous inviolablement unis au S. Siege Apoftolique &
à la fainte Eglife Romaine , fans nous écarter du
refpect & de la foûmiffion que les Canons prefcrivent
pour N. S. P. le Pape , nous appellons derechefau
futur Concile Oecumenique des Lettres de
Sa Sainteté publiées à Rome le 8. Septembre de la
prefente année du Decret de l'Inquifition du 16. Feviier
1718. & de tout ce qui pourroit être fait & entrepris
en conféquence à nôtre préjudice , ou de
nos adherans , pour les torts & griefs quenous avons
déduits cy deffus , & quenous déduirons plus amplement
, lorfqu'il aura plû à Dieu d'aff÷mbler un
Concile legitime reprefentant toute l'Eglife; & nous
emandons avec inftance.les Lettres ordinaires. ap-
E iifi
36 LE MERCURE
pellées Apoftolos ; nous mettant , Nous , nôtre Cler
gé & tous ceux qui adherent ou adhereront à nôtre
prefent Appel , fous la protection de Dieu , de la
fainte Eglife , & du Concile general. Fait à Paris
le troifiéme Octobre milfept cent dix - huit.
Signé , L. A. Card. DE NOAILLES ,
de Paris.
Par fon Eminence , CHEVALIER.
Ar.
EXTRAIT DES REGISTRES
de la Chancellerie de l'Univerfité
de Paris , du 3. Octobre 1718.
F
RANÇOIS VIVANT , Prêtre , Docteur
en Theologie de la Maifon & Societé de Sor~
bonne , Chancelier de l'Eglife & Univerſité de Paris
, & Chanoine de ladite Eglife. Son Eminence
Monfeigneur le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , nous ayant prefenté lui-même l'Acte
d'Appel qu'il a interjetté ce jourd'hui de certaines
Lettres de N. S. P. le Pape , affichées à Rome le
8. Septembre dernier , & requis de lui accorder les
Lettres accoûtumées pour le relever & le pourfuivre
quand befom fera , & auffi de le faire infcrire fur le
Registre de nôtre Chancellerie , Nous , en confequence
de pareilles Lettres déja accordées pour le
relief de l'Appel de la Conftitution Unigenitus , &
par les mêmes confiderations & motifs , avons accordé
lefdites Lettres requifes pour relever & pourfuivre
le prefent Appel ,fuite neceffaire du premier,
& qui ne tend qu'à demeurer dans la charité &
dans la Communion de N. S. P. le Pape , Ordonnons
que ledit Acte d'Appel fera infcrit au Regiftre
de nôtre Chancelerie. Fait & donné à Paris le
troifiéme Octobre mil fept cent dix - huit , dont
Acte fera délivré audit Seigneur Cardinal ; Archevêque
de Paris , Signé de nous , contrefigné par
nôtre Secretaire , & fcellé du Sceau de nôtre Chaneellerie,
Signé , F. VIYANT , Chancelier de
E.
D'OCTOBRE. 57
Paris ; Et d'us bas , Par Monfieur le Chancelier ,
Signé , YSABE Au , avec paraphe.
Extrait des Registres des Conclufions
du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine

de Paris.
Lfiéme jour du mois d'Octobre.
' AN mil fept cent dix- huit , le Lundy troi-
Les Doyen , Chanoines & Chapitre de l'Eglife
Metropolitaine de Paris : A tous ceux qui ces Prefentes
Lettres verront , SALUT en celuy qui eft
vraiment le Sauveur de tous .
Etant affemblez aujourd'hui en nêtre Chapitre
par convocation generale, à l'heure & en la maniere
accoûtumée , en execution de nôtre Conclufion du
Samedy premier jour du courant , fe font trouvez ,
& ont aſſiſté Meffires Jacques Alain de Gontault ,
Doyen ; Antoine Dorfanne , Chantre ; Jacques
Goulard , Archidiacre de Jofas ; Mathias Pecquot ,
Sous Chantre : François - Philippe Morel ; Louis
Robert ; Louis Courcier ; Armand - Victor Guïchon
; Thomas de Bragelongae ; Jean - Baptifte
Mathieu Payen de Montmor , Chambrier du Chapitre
; Louis Charlot ; Chan. de S. Aignan dans
l'Eg. de Paris ; Pierre de la Chaffe ; Pierre Gervais
le Fevre d'Eaubonne ; Guillaume Egon Tambonneau
; François Ameline , Joachim Gilbert ; Jean
Jacques de Gomer de Lufancy ; Hyacinthe Che
valier ; Bernard Coüet ; Leon Rouillé ; Auguftin
de la Vacquerie ; Jean Claude Sarafin ; Jacques
Belin ; Guillaume Menguy ; Claude- Antoine Chevalier
; Denis Rouillé du Coudray ; Jean- Baptiſte
Pajot Tous Chanoines de nôtre dite Eglife de
Paris ; Meffire Jacques Alain de Gontault , Doyen
& Chanoine , Nous a rapporté que Meffieurs les
Commiffaires nominez par la Conclufion du Samedy
premier jour du courant , s'étant affemblez hier
avec plufieurs autres de Meffieurs , & ayant fait
:
$8 LE MERCURE
lecture d'un Decret du Pape intitulé :
Sanctiffimi Domini noftri D. CLEMENTIS divin
providentia Pape XI. littera ad univerfos Chrifti fideles
data adverfus eos qui Conftitutioni Sanctitatis
fue que incipit Unigenitus .... debitam obedientiam
preftare hactenus recufarunt , aut an pofterum recufa.
verint. Mefdits Sieurs les Commiffaires y autojent
remarqué ,
1. Sur la forme exterieure de ces Lettres : Que
quoiqu'elles renferment un Jugement dans une matiere
trés-importante , cependant , elles n'étoient
pas revêtues des formes ordinaires de Bulles , Brefs ,
ou Conftitutions , & que Sa Sainteté n'y avoit pris
aucune des précautions que les Papes ont coûtume
de prendre dans des affaires d'une moindre confequence.
2. Sur les difpofitions defdites Lettres , ils ont
obfervé , 1. Que ce Jugement étoit porté aprés un
appel interjetté au furur Concile , qui faifit le Tribunal
de l'Eglife Univerfelle , & rend le Pape Juge
incompetent de la matiere dont eft appel. 2. Que
les appels au Concile general, autotifez par l'ufage
de tous les ficcles , & regardez comme un des principaux
articles de nos Libertez , yfont condamnez
comme un moyen que l'Eg ife Romaine a en execration
.
3. Que Sa Sainteté s'attribuant le privilege de
Pinfaillibilité , déclare dans ces Lettres , que dés
que le facceffeu de S. Pierre a parlé , toute l'Eglife
doit recevoir fa décifion avec une entiere obéiflance.

4. Quant à la forme du Jugement , ils ont remarqué
, que contre toutes les Loix canoniques
& les maximes du Royaume , Sa Sainteté juge en
premiere inftance des Evêques de France , qu'elle
les juge à Rome , & même fans les avoir entendus
ce qui eft contre le droit naturel.
5. Sur le fonds du Jugement , ils ont obſervé
qu'il contient une féparation de communion , "toûjours
regardée dans l'Eglife comme une peine trésD'OCTOBRE.
$9
grave , qui eft prononcée contre des Evêques qui
ne font coupables d'aucune faute ; puifque le Pape
fait un crime aux uns , d'avoir appellé au futur
Concile ; aux autres , de lui avoir demandé des explications
de la Conftitution Unigenitus , & qu'il
exige de tous , fous peine d'êrre privez de fa communion
, qu'ils rendent à ladite Conftitution Unigenitus
, une obéiffance entiere , fans referve , &
fans exception , ( omnimodam obedientiam ; ) co
qui donne une atteinte vifible au droit que les Evêques
ont par l'inftitution divine , de n'accepter que
par voie de Jugement les Conftitutions des Papes
& ce qui enveloppe dans la même condamnation
tant les Evêques qui n'ont poist accepté ladite
Conftitution , que ceux mêmes qui l'ont acceptée
avec relation aux explications qu'ils ont publiées.
"
Par tous ces motifs , il leur a paru qu'il feroit à
propos d'interjetter un nouvel appel desdites Lettres
Apoftoliques au futur Concile ; & mondit Sieur
le Doyen a ajoûté , qu'il s'étoit tranfporté avec
nofdits Sieurs Commiffaires à l'Archevêché , &
avoit rapporté leur avis à Son Eminence , qui leur
avoit répondu qu'elle approuvoit cet avis , & qu'el
le croyoit cet Appel fi jufte & fi neceffaire , quelle
avoit réfolu d'en interjetter un de fa part , qu'elle
le leur a en même tems remis , pour le communiquer
au Chapitre .
Sur quoi , lecture ayant été faite à haute & intelligible
voix , tant defdites Lettres , que de l'Appel
d'icelles , interjetté au futur Concile Oecumenique
par Son Eminence Monfeigneur le Cardinal
de Noaill s , Archevêque de Paris , que, le Chapitre
a vû , loué & approuvé en tout fon contenu..
Vû auffi les appels inte jettez par le Chapitre de-
Paris les années 1491. & 1501. & autres actes concernant
lefdits appels , étant aux Archives .
L'affaire mife en déliberation , & tout attentivement
confideré , le faint Nom de Dieu invoqué
Nous difons & declarons , Qu'en renouvellant , &
60 LE MERCURE
confirmant , en tant que befoin feroit , tant l'adhé
fion à l'appel interjetté par Son Eminence Monfeigneur
le Cardinal de Noailles , notre Archevêque ,
de la Conftitution Unigenitus , que l'Appel au futur
Concile Oecumenique de ladite Conftitution , &
les proteftations de demeurer toûjours inviolablement
unis au S. Siege Apoftolique , & à la fainte
Eglife Romaine , fans nous écarter du refpect & dela
foumiffion pour Notre Saint Pere le Pape , ainfi
qu'il eft porté dans nos Actes Capitulaires des
Vingt trois , & vingt-quatre Septembre derniér
NOUS AVONS ADHERE' ET ADHERONS
par ces Prefentes , d'un confentement unanime
en la meilleure maniere & forme qu'il nous eft
poffible , à l'Appel interjetté par son Eminence
Monfeigneur le Cardinal de Noailles nôtre Archevêque
au futur Concile Oecumenique , tant du Decret
de N. S. P. le Pape Clement XI . qui commence
par fes mots , Paftoralis Officii , que du
Decret de l'Inquifition du 16. Fevrier 1718. avons
ADOPTE' ET ADOPTONS l'Acte d'Appel de
de nôtredit Seigneur Archevêque , & même avons
déclaré & déclarons , que NOUS APPELLONS
pareillement au futur Concile Oecumenique defdits
deux Decrets , & de tout ce qui pourroit être fait
& entrepris au préjudice defdits Actes d'Adhefion
& d'Appel des 23. & 24. Septembre dernier , &
du Prefent Acte d'Adheſion & d'Appel , tant contre
Nous que le Clergé qui en dépend , & contré
ceux qui ont adheré & adhereront avec Neus
pour les torts & griefs cy - deffus , & autres à déduire
plus amplement , lorfqu'il aura plû à Dieu
d'affembler un Concile legitime reprefentant toute
l'Eglife ; nous mettant Nous , nôtre Eglife , &
tout le Clergé qui nous eft foûmis , les adherans
avec nous aufdits Appels , & ceux qui voudront y
adherer , fous la protection de Dieu , de l'Eglife
Univerfelle & du futur Concile general ; & pour
l'execution des Actes Capitulaires dés´ 23. & 24 .
D'OCTOBRE. 61

Septembre dernier , & le prefent , comme tous autrès
faits ou à faire , ayant rapport aufdits Appels ,
circonftances & dépendances ; Nous avons prié ,
commis , nommé , député Meffieurs le Doyen , le
Chantre , Courcier , Guichon , Payen , d'Eaubonne
, Hyacinthe Chevalier ; Couet , & Claude-
Antoine Chevalier ; tous Chanoines de nôtre
Eglife , aufquels nous avons donné plein , fpecial
& entier pouvoir en vertu des Prefentes ,
faire au nom & pour le Chapitre , conjointement ou
féparément tous Actes & procedures , & generaleenent
tout ce qu'ils trouveront à propos , pour raifon
defdits Appels , circonftances & dépendances
d'iceux. Fait & donné à Paris en nôtre Chapitre ,
l'an de Nôtre - Seigneur 1718. le Lundy troifiéme
jour d'Octobre.
L
de
Par Meffieurs les Doyen , Chanoines & Chapitre
de l'Eglife Metropolitaine de Paris.
ANGOT.
ر
E Mardy quatrième jour du mois d'Octobre ,
mil fept cent dix- huit, la Compagnie s'étant affemblée
au Chapitre à fept heures & demie du matin
, en la maniere accoûtumée , en execution des
Conclufion & Acte du jour d'hier cy- deffus , où fe
font trouvez & ont affiftez Meffires Jacques - Alain
de Gontault , Doyen ; Antoine Dorfanne , Chantre
; Mathias Pecquor Sous-Chantre ; Louis
Robert ; Louis Courcier , Armand Victor Guichon,
Thomas de Bragelongne , Jean Baptifte Matthieu
Payen de Montmor , Chambrier du Chapitre,
Louis Charlot , Chan. de S. Aignan dans l'Eg. de
Paris ; Pierre de la Chaffe , Pierre Gervais le Fevre
d'Eaubonne , François Ameline , Jean Jacques de
Gomer de Lufancy ; Hyacinthe Chevalier , Jean-
Claude Sarafin , Jacques Belin, Claude - Antoine Chevalier
; tous Chanoines de l'Eglife de Paris . Lecture
faire des Conclufions d'hier , & des Actes d'adhefion
& d'Appel du Chapitre y contenus ; Meffieurs
, d'un fentiment unanime , ont par ces Pre62
LE MERCURE
fentes confirmé & confirment lefdits Actes d'adhefion
& d'Appel , & le contenu en ladite Conclufion.
Fait & paffé au Chapitre de l'Eglife de Paris les jour
& an que deffus , Mardy quatrième jour d'Octobre
1718.
)
Par Meffieurs les Doyen , Chanoines & Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine de Paris.
ANGOT.
ABUS DES LETTRES
de N. S. P, le Pape affichées à Rome
le huitième Septembre 1718.,
C
ES Lettres , qui ne font données , ni en forme
de Bulle , ni en forme de Bref , renferment
un veritable Jugement , par lequel le Pape declare
féparez de la Communion de l'Eglife de Rome ,
tous les Evêques qui n'ont point accepté la Conftitution
Unigenitus ; & Sa Sainteté exhorte tous
les Evêques du Monde Chrétien à fe féparer de la
Communion de ces mêmes Prelats .
Cette peine eft une cenfure affez commune dans
les anciens Canons des Eglifes d'Afrique & de
France ; & comme elle prive un Evêque des avantages
de la Communion Ecclefiaftique avec les autres
Evêques , pour le reduire à la feule Communion
de fon Peuple , elle n'a jamais été prononcée ,
que pour des fautes graves , & en obſervant l'ordre
prefcrit par les Canons pour les Jugemens Ecclefiaftiques.
Le Pape rend ce Jugement , aprés un Appel canonique
interjetté au futurConcile de fa Conftitution
par fix Evêques de France , par les Facultez de
Theologie de Paris , de Rheims & de Nantes ,
par un grand nombre de Communautez feculieres
& regulieres , & par une foule de particuliers.
C'est une maxime inviolable du Royaume , qu'un
Appel canonique du Pape au futur Concile , fufpend
tout ce que le Pape auroit fait avant l'Appel", &
D'OCTOBRE. 63
qu'il annulle de plein droit tout ce qu'il pourroit
faire depuis & au préjudice de l'Appel , qui dépouille
le Pape de la connoiffance de l'affaire dont
on appelle , pour en faifir le Tribunal de l'Eglife
Univertelle.
Suivant ce principe incontestable , tout ce que le
Pape fait aujourdihuy au mépris de l'Appel , eft
nul & contraire à l'autorité du Concile Oecumenique
.
2. Le Pape prononce un Jugement contre des
Evêques de France en premiere inſtance à Rome ,
fans les avoir entendus , ni même citez .
Selon les Canons un Evêque ne peut être jugê
en premiere inftance , que par le Concile de la
Province , en y appellant des Evêques des Provinces
voifines , pour former un Tribunal compofé de
douze Evêques. Les Arrests du Parlement de Paris
rendus en 1569. au fujet du Cardinal de Chaftillon
, & en 1710. au fujet de M. l'Evêque de S.
Pons , atteftent cet ufage certain ; & les Affemblées
du Clergé tenues en 1645. & 1650. fe font
oppofées par des actes trés- fermes aux entreprises
des Papes , qui vouloient s'attribuer le droit de
juger les Evêques en premiere inftance , par des
Commiflaires donnez dans le Royaume.
Le Jugement prononcé à Rome eft évidemment
nul , puifque , felon nos maximes inviolables
aucun fujet du Roy , pour quelque caufe que ce
foir , ne peut être jugé hors de France.
Juger des Evêques fans les avoir entendus , ni
citez , quelque notoire que foit leur prétendu crime
, c'eft un abus contraire à toutes les Loix civiles
& canoniques , & aux principes du droit naturel.
3. Le Pape en traitant comme criminels , les Prelats
qui n'ont point accepté fa Conſtitution , punit
des Evêques qui n'ont commis aucun délit.
Entre les Prelats qui n'ont point accepté la
Conſtitution, les uns y ont trouvé des défauts affez
64 LE MERCURE
effentiels pour en interjetter un Appel au futur Concile
; & le Pape declare que l'Eglife Romaine a
en execration , cet appel qui fait tout leur crime.
En quey Sa Sainteté attaque ouvertement une des
maximes fondamentales de nos Libertez , & que
nos Peres out toûjours regardée , comme le moyen
le plus für & le plus efficace que l'on pût oppofer
aux entreprifes de la Cour de Rome.
Les autres Evêques qui n'ont point reçû la Bulle
Unigenitus , allarmez des abus que l'on faifoit de la
Cenfure des 101. Propofitions , & du foulevement
general qu'elle avoit excité dans l'Eglife , ont crû
ne pouvoir accepter la Conftitution fans des explications
données ou approuvées par Sa Sainteté .
L'exemple des plus grands Evêques de l'antiquité,
qui ont fupplié les Papes d'expliquer leurs Decrets,
lors qu'ils étoient obfcurs , & les éloges que les plus
faints Papes ont donné à ces Evêques , fuffifent
pour faire connoître , qu'il n'y a rien dans cette
demande , qui ne foit regulier , & conforme au
respect dû au S. Siege.
Mais la neceffité d'expliquer la Bulle Unigenitus ,
fe démontre par la Bulle même , par tous les abus
que l'on en fait,par le Jugement des Theologiens les
plus éclairez , par les allarmes des Fideles , par la
conduite de l'Aflemblée de 1714. qui a employé
plus de trois mois pour drefler des explications capables
de prémunir les Fidéles contre les mauvaifes
interpretations que l'on donnoit à la Conftitution;
par la Lettre de trente des Prélats acceptans , qui
ont écrit à S. A. R. en 1716. qu'ils n'avoient reçû
la Bulle , que dans le fens des explications qu'ils
avoient dreffées ; mais que ces explications n'ayant
point donné la paix à l'Eglife , il falloit fupplier
'Auteur de la Bulie de l'expliquer luy- même.
Les précautions que le Parlement a prifes , en
enregistrant la Conftitution , font une nouvelle
preuve de la neceffité des explications . Cette illuftre
Compagnie , inftruite des confequences que Pon
pounoit
D'OCTOBRE.
68
,
pourroit tirer de la Cenfure des Propofitions qui regardent
l'excommunication , pour inspirer aux
Peuples des fentimens contraires à la fidelité qu'ils
doivent à leurs Souverains , à la fûreté de la perfonne
facrée des Rois , au repos de l'Etat , & à
l'autorité que les Princes confient à leurs Miniftres ,
Le fout crû obligez d'y appofer des modifications
conformes aux maximes de Royaume , & tréscontraires
aux principes des ultramontains . Lorfque
le Pape perfifte donc à refuser d'expliquer fa
Bulle , qu'il déclare comme il fait aujourd'huy
qu'elle eft fi claire qu'elle n'a pas befoin d'explications
, & qu'il fait même un crime à des Evêques
d'en demander ; Sa Sainteté ne fait- elle pas füffifamment
connoître par là , qu'elle veut que la Cenfure
, qu'elle prononce fur les propofitions qui regardent
l'excommunication , feit entendue dans fon
lens propre & naturel , que fon deflein eft d'aneantir
, s'il eft poffible , les fages précautions que le
Parlement a crû fi neceffaires , & d'élever fur la
ruine de nos Libertez , les maximes ultramontains
touchant la matiere des excommunications ,
dont l'ufage , en tant d'occafions , n'a été que trop
funefte aux Roix & aux Empereurs. Enfin , les inftances
que le Roy fait depuis long- tems auprés da
Pape , pour obtenir des explications capables de mer.
tre à couvert les maximes du Royaume & de pacifier
l'Eglife , dont Sa Majefté fait mention dans fa
Declaration du 7. Octobre 1717, font une nouvelle
preuve qui juftifie , combien tous les ordres du
Royaume ont crû ces explications neceffaires ; le
refus que le Pape fait d'accorder des explications ,
dont la neceffité eft fi évidente , ne doit- il pas ètre
confideré comme un déni de juftice , dont les Evêquesfont
en droit de porter leurs plaintes au Tribunal
de l'Eglife Uuniverſelle ?
Le jugement prononcé par les Lettres Apoftoliques
, eft donc évidemment nul , en ce que le Pape
y punt , comme un crime , une demande égales
F
66 LE MERCURE
ment jufte & Canonique , & que par couf quent
il prononce des peines , fans qu'il y ait aucune faute
ni aucun délit.
>
4. Le Pape exige pour être reconnu enfant de l'Eglite
, que l'on rnde à fa Conftitution omnimodam
obedientiam ; cft à dire , une obéiffance entiere
fans referve , fans modifications ; c'eft vifiblement
priver les Evéques du droit , & de la qualité de
Juges , en acceptant les Conflitutions des Papes ,
pour les réduire à celle de fimples executeurs des
Decrets Apoftoliques , comme le Pape l'écrivit en
1706. Si les Evêques acceptent les Conftitutions en
qualité de Juges , ils peuvent les rejetter , les modifier
, les expliquer , ou prier Sa Sainteré de les interpreter
, avant que de les recevoir ; s'ils doivent
omnimodam obedientiam , ils fent réduits à une
obeïflance aveugle & fervile.
Par ce principe , les explications données par les
Evêques acceptans , & les modifications des Parlemens
font condamnées.
5. Le Pape exige que l'on reconnoiffe l'infaillibilité
du Pontife Romain ; c'cft aux défenfeurs de nos
maximes à juger s'ils peuvent tolerer des Lettres ,
qui contiennent une doctrine fi contraire à celle du
Clergé de France.
6. Le Pape exige encore , que l'on fe foumette
à fa Bulle , comme à une loy reçûë par tout le monde
Chrétien , fait contefté , deftitué de preuves ,
contraire à la notorieté publique , qui nous apprend
que plufieurs grandes Eglifes n'ont point encore
publié la Conftitution ; aax Arrefts du Parlement
qui ont condamné dans les Mandemens de plufieurs
Évêques , le même principe que Sa Sainteté repete
dans les Lettres Apoftoliques ; à la Declaration cafin
du 7. Octobre dernier , qui fuppofe comme un
principe certain, & fur lequel elle eft appuyée toute
entiere , que la Conftitution n'eft point une loy
de l'Eglife à laquelle on foit obligé de fe foûmettre.
7. Le recours aux Magiftrats feculiers dans les
D'OCTOBRE 87
affaires Ecclefiaftiques , que l'on peut juftifier par la
pratique de tous les fiecles , eft traité de proftitution
honteuse de la dignité Ecclefiaftique à l'autorité feculiere
.
8. Si ces Lettres Apoftoliques avoient lieu , quel
trouble , & quelle confufion ne verroit - on pas dans
l'Eglife ? Les Evêques le cenfureroient mutuellement
; il s'éleveroit dans les Dioceſes des Evéques
acceptans , une foule de conteftations , par les Cenfures
qu'ils prononceroient contre leurs Curez ; un
grand nombre de Paroiffes feroient abandonnées
on verroit plufieurs Prélats confpirer pour détruire
pour rendre défertes les Univerfitez les plus fameufes
, & les plus attachées aux maximes de
P'Etat ,
&
Le Pape ne voudroit plus adreffer aucune expedition
de Cour de Rome aux Evêques oppofans ; il
faudroit donc , ou que ces expeditions demeuraffent
fans execution , ou quelle fe fit par des Evêques
étrangers :ce qui renveferoit tout l'ordre de la difcipline.
Les fuffragans ne reconnoitroient plus l'autorité
de leurs Metropolitains qui n'auroient pas
acceptéla Bulle ; le Metropolitain n'admettroit ancun
Acte de jurifdiction émané de fes fuffragans ,
& par confequent dans un grand nombre de cas
les fujets du Roy ne pourroient plus avoir juftice.
On laifle a juger à toutes les perſonnes éclairées
fi la Cour de Rome a jamais envoyé en France de
Lettres plus abufives , plus contraires aux maximes
que celles- cy ; & s'il n'eft pas du devoir des Magiftrats
de s'oppofer avec la dernierre vigueur à une
entrepriſe fi infoûtenable en elle -même , & fi dangereufe
dans fes fuittes
Fij
LE MERCURE.
CONCLUSION
De la S. Faculté de Theologie de Paris ,
portée dans l'emblée generale du 26.
Septembre 1718. & confirmée dans celle
du 27. des mêmes mois & an.
L
E 26. jour du mois de Septembre 1718 , de
l'ordre de M. Nicolas Chaudiere , Doyen de
la Faculté de Theologie , cette Faculté a tenu une
Afflemblée extraordinaire dans la grande Salle du
College de Sorbonne , dans laquelle .
2. On a lú & confirmé la Conclufion du 16. de
Courant .
2. M. le Syndic a dit ; Que perfonne de l'Affemblée
n'ignoroit ce qui venoit de fe paffer au fujet de
' Appel qu'avoit interjetté fon Eminence Monfcigneur
le Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
de la Conſtitution Unigenitus , au Concile General
& que luy Syn tic , requeroit qu'on fît lecture de
cet Appel à haute & intelligible voix. Lecture
faite ,
M. le Syndic a ajoûté ; Que tout le monde voyoit
affez que Son Eminence n'avoit rien oublié pour
conferver dans l'Eglife , la paix qu'elle a recherchée
avec tout l'empreffement poffible : & qu'il n'y
avoit que des railons trés fortes & trés- preflantes
qui cuffent pû la déterminer à recourir à la publication
d'un Appel folemnel , comme à l'unique remede
, qui , dans l'état où font maintenant les
chofes , peut feul mettre à couvert le langage confacié
dans tous les ficcles , pour s'exprimer for la
Grace gratuite du Mediateur ; conferver la pureté
de la Doctrine des moeurs & de la diſcipline ; foŵtenir
l'autorité des Miniftres que le Saint Efprit a
établis Evêques pour gouverner l'Eglife de Dieu qu'il
a acquise par fon propre Sang ; affûrer les Libertez
D'OCTOBRE . 69
de l'Eglife Gallicane & les Droits du Roy & dn
Royaume ; que déja le Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
de Paris , dont le fuffrage eft d'un fi
grand poids dans le Monde Chrétien , avoit adheré
à cet Appel ; que luy Syndic avoit harangué Son
Eminence au nom & à la tête de Meffieurs les Curez
de Paris , dont il a l'honneur d'être Doyen , &
qui avoient auffi adheré audit Appel ; & que la
Sacrée Faculté l'ayant chargé des fonctions du Syndicat
, il croit que fon devoir l'oblige à requerir
quatre chofes fur l'affaire prefente ,
1. Que la facrée Faculté renouvelle & confirme en
tous les points fon adhesion faite à l'appel interjetté
le 1. Mars 1717. par Noffeigneurs les Illuftriffimes
Evêques de Mirepoix , de Senez , de Montpellier ,
& de Bologne au Concile General , lû , approuvé
& confirmé dans une Affemblée generale tenuë
le 5 , Mars de la même année .
2. Que la Faculté , pour laiffer à la pofterité un
monument éternel de fa profonde veneration pour
Monfeigneur le Cardinal de Noailles , infcrive dans
fes Regiftres l'Appel interjetté au Concile General
par fon Eminence le 3. Avril 1717. & publié le 24.
Septembre de cette année 1718. & qu'en adherant
audit Appel de fon Eminence , elle ne déroge en
rien à celui qu'elle a interjetté le 5. Mars 1717.
3. Qu'elle députe les douze anciens , pour aller
de la part de la facrée Faculté feliciter Son Eminence
de fon zele & de fa fermeté à ſoûtenir conftamment
la Foy , la Religion, l'Eglife & fes faintes Libertez
& pour l'affûrer qu'elle fera toûjours prête à concourir
auec elle & en tout tems à cette défenſe glorieufe:
Qu'il foit neanmoins permis à tous ceux qui
le voudront , d'accompagner les anciens.
4. Qu'elle nomme auffi des Députez qui fe
chargent de faire enregistrer à l'Officialité , à l'Univerfité
, & au Parlement l'Appel de la Sacrée Faculté
, la Conclufion fur ce fujet , & celle de la
prefente Affemblée , & d'en demander A&te , & qui
70* LE MERCURE
agiffent au nom de la Faculté , pour en défendre
les Droits avec fermeté contre les ennemis , quels
qu'ils foient , & par toutes fortes d'écrits ou procedures
qui conviendront , fans cependant qu'ils puiffent
les faire imprimer que de l'ordre de la Faculté .
Ces quatre chofes propofées par M Hideux Syndic
, & miles en deliberation par M. Nicolas Chaudiere
Doyen & Prefident de l'Affemblée , cent dix
Docteurs ayant opiné , de l'avis de cent huit , la-
Faculté a fait la conclufion fuivante.
1. La Sacrée Faculté renouvelle & confirme fon
adheſion àl'Appel interjetté le premier Mars 1717.
par Nos Seigneurs les Illuftriffimes Evêques de Mi--
repoix , de Senez , de Montpellier , & de Bologne ,
au Concile General , de la Conftitution du Souverain
Pontife Clement XI . qui commence par ce mot
Unigenitus. Appel lû approuvé & confirmé dans
PAñemblée generale du 5. Mars de la même année .
"
pour
2. Elle approuve avec tout le refpect qu'elle doit
1'Appel de fon Eminence Monfeigneur le Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris , interjetté au
Concile general le 3. Avril 1717. & publié le 24:
Septembre de cette année 1718. Elle ordonne
laiffer dans ces Regiftres un monument éternel de fa
veneration pour fon Eminence , que cet Appel y foit
infcrit ; & en adherant audit Appel de fon Eminen
ce , elle ne prétend déroger en rien à celui qu'elle a
interjetté le 5. Mars 1717.
3. Elle députe les douze plus anciens Docteurs
( fans neanmoins limiter le nombre de ceux qui
voudront les accompagner ) pour aller de la part de
la Sacrée Faculté , feliciter fon Eminence de fon zele
& de fa fermeté à défendre conftamment la Foi , la
Religion , l'Eglife , & fes faintes Libertez ; pour l'af
furer qu'elle feta toûjours prête à concourir avec elle
& en tout tems à cette défenſe glorieufe ; &
pour lui prefentet une copie en forme de la Conclu-
Lion de ce jour.
4. Elie nomme & députe les trés fages Maîtres ,
D'OCTOBRE.
73

MM. Lambert , Leger , Anqueril , Jollain , Du
Pin , Favart , le Tonnelier , Bruflé , d'Asfeld , Cottin
, Davalé , Pastel , Bourfier , le Fevre , fecond ,
Sage , Rouviere , pour faire enregistrer aux Greffes
de l'Officialité , de l'Univerfité & du Parlement
Pappel de la facrée Faculté , la Conclufion fur ce fu
jet, & celle de la prefente Affemblée , & d'en demander
acte : Et pour agir au nom de la Faculté , & en
defendre les droits contre fes ennemis , quels qu'ils
foient & par toutes fortes d'écrits & procedures qui
conviendront,fans cependant qu'ils puiffent les faire
imprimer que de l'ordre de la Faculté.
5. Elle ordonne que le 27. de ce mois , il y aura
Affemblée extraordinaire pour continuer la Delibe .
Fation commencée fur les Articles de la feconde
Partie.
Lûe & confirmée dans l'Affemblée generale tenue
le 27. Septembre , & prefentée à onze heures da
matin à l'Officialité de Paris , les Députez nommez
par ladite Conclufion
ARREST
DE LA COUR
DU PARLEMENT ,
QUI reçoit le Procureur General du Roy Appellant
comme d'abus , d'un Decret du Pape , inticulé,
saniffimi Domini noflri D. CLEMENTIS divina
providentia Papa Xt. littera ad univerfos
Chrifti fideles date , adversus eos qui Conftitutioni
Sanctitatis fue que incipit UNIGENITUS . 1. debitam
obedientiam preftare hactenus recufarunt , aut in
pofterum recufaverint ; qui ordonne que les exemplaires
en feront apportez au greffe de la Cour .
Fait défenfes de l'executer ; vendre , imprimer ,
& c. & renouvelle les défenfes de recevoir , públier
, executer , vendre , imprimer , & c aucunes
Bulles ou Brefs de Cour de Rome , fans Let- `
ares patentes du Roy regiftrées en ladite Cour."
72
LE MERCURE
EXTRAIT DES REGISTRES
C
Du Parlement.
E Jour font entrez en la Cour le Procureur
General du Roy , & Maiftre Germain Louis
Chauvelin Avocat dudit Seigneur Roy ; & le Procureur
General du Roy portant la parole ont
dit :
>
Qu'aprés tous les ménagemens qu'on a cus pour
Le Pape & pour tout ce qui eft émané de la Cour de
Rome, depuis la Conftitution qui commence par ces
mots Unigenitus Dei Filius, il n'eftoit plus permis de
garder le filence: Que les Lettres publiées à Rome le
8. Septembre dernier , addreflées à tous les Fideles
, contre ceux qui ont refufé , ou qui refuferont
à l'avenir de rendre à cette Conſtitution l'obéïffance
qu'on dir lui être dûte , lont fi contraires aux Ca.
nons de l'Eglife , & aux maximes du Royaume
qu'ils ne pourroient fe taire en cette occafion ,
fans
trahir le plus important de fes devoirs .
Que dans un acte aufli irregulier , il n'eftoit pas
neceflaire de relever toutes les expreffions injurieufes
contre des Evêques qui, Juges de la doctrine par la
miffion qu'ils ont reçûë de Jesus- CHRIST , font re.
gardez entr'autres , comme féduifant les Peuples par
un mafque de pieté , comme troublant l'Eglife , " &
obfcurciffant les veritez Catholiques
Que le nombre des traits femblables répandus dans
ces Lettres , ne font que le prétexte du jugement du
Pape qu'elles renferment ; le Pape prononce ce jugement
contre tous ceux de quelque état , degté , ordre
ou condition qu'ils foient , qui ont refufé jusqu'à
prefent ou qui refuteront dans la fuite de fe foûmettre
à la Conftitution avec l'entiere obéïffance
qu'ils lui doivent. Eos omnes , cujufcumque ftatis ,
gradus , ordinis aut conditionis illi fint , etiamfi Epifcopali
Archiepifcopali, aut aliâ qualibet etiam Cardinalatas
dignitate prafulgeant , qui memerale Conftitu
tioni
D'OCTOBRE.
73
#

rioni noftra debitam & omnimodam obedientiam pra-
Stare hactenusrecufarunt , aut in pofterum recufare aufi
fuerint. Il ne les reconnoît plus comme enfans de l'Eglife
Romaine , ut veros fancta Romana Ecclefia fil os
non agnofcere ; il les regarde comme feparez de lui
de fa charité & de celle de l'Eglife Romaine , à
Nobis & ejufdem janta Romana Ecclefia charitate
prorfusfegregalos baberi. Il declare enfin qu'il n'aura
plus, ni la fainte. Eg ife Romaine , aucune commu .
nion Ecclefiaftique avec eux , jufqu'à ce qu'ils viennent
à refipifcenfe , Nullamque proinde Nobis , & ip
fi fandta Romana Ecclefia deinceps cum illis communionem
Ecclefiafticam extiram. Il addreffe ce jugement
à tous les Fideles , il le qualifie de Lettres , mais de
Lettres contre tous ceux qui n'ont pas reçu la Conftitution
, Littera ad univerfos Chrifti fideles , adverfus
eos qui Conftitutioni.... debitam obedientiam
praftare hactenus recufarunt , aut in pofterum recufaverint
; il l'addreffe en particulier aux Patriarches
Primats , Archevêques , Evêques , & tous autres
Prelars de l'Eglife I les exhorte à féparer leurs
ouailles des pâturages empoi'onnez à exciter les
rebelles de fe remettre dans l'unité de la doctrine, &
à les regarder comme entierement feparez de la charité
& de la focieté commune , à communis focietatis
charitate prorfus alienos habere ; il defire qu'ils les
feparent de leur communion ab eorum confortio penitus
abftinentibus : Et ce Decret que le Pape qualifie
d'Admonition , d'Edit , de Declaration , d'Exhortation
, de Priere & d'Acte de fa volonté , pa-
Foît publié à Rome , & affiché aux lieux ordinaires
le 8. Septembre dernier.
......

Que ce jugement dans les circonftances où il a
été rendu & prononcé à Rome contre des Sujets du
Roy , au préjudice des maximes les plus inviolables
de la France , qui ne permettent pas de les traduire
ni de les juger hors du Royaume, fous quelque prétexte
que ce puiffe eftre , feroit par ces foules raj
Ottobre , 1718. G
74
LE MERCURE
fons entierement irregulier. Qu'il eft d'ailleurs donné
non feulement fans entendre ceux contre lefquels
il eft rendu , & fans obſerver à cet égard les difpofitions
Civiles & Canoniques , & les premiers principes
du droit naturel ; mais qu'il eft donné par le
Pape contre des Evêques en premiere Inftance & de
fon propre mouvement , contre l'ancienne difcipline
de l'Eglife , qui veut que les Evêques ne puiffentêtre
jugez par d'autres que par les Evêques de leur
Province , au nombre de douze , en y appellant des
Evêques voifins, s'il n'y en a pas un nombre fuffifant
dans la Province.
Que perfonne n'ignore que le Tribunal de la Province
eftoit même dans les premiers ficcles , le feul
Tribunal des caufes criminelles des Evêques qui ne
reconnoifloient point de Tribunal fuperieur. Qu'on
fçait auffi que fi les Conciles ont établi dans la fuite
la révifion ou l'appel au faint Siege , le premier Tribunal
a confervéfon autorité & qu'elle a efté confirmée
par les Conciles pofterieurs reconnus de toute
l'Eglife.
Qu'en vain la Cour de Rome fur le fondement
des fauffes Decretales , avoit voulu interrompre cet
ufage; Que les Evêques & les Magiftrats s'eftoicot
élevéz dans tous les temps contre ces entreprifes
, & que nos Rois avoient appuyé de toute
leur autorité des principes établis & fur les Canons
de l'Eglife , & fur l'afage de tous les fiecles.
Que les inftructions que le Roy Charles IX . donna
à fon Ambaffadeur auprés du Pape Pie IV. au fujer
des Evêques alors accufez du Calvinifme; les exemples
du Cardinal de Chatillon de l'année 1569. &
les Arrests des 11. & 17. Mars de la même année
les Actes des Affemblées du Clergé de 1645. &
1659. & la proteftation qui fut faite alors en fon
nom , & fignifiée an Nonce du Pape ; l'Arreſt enfin
du premier Avril , 1710 au fujet de M. l'Evefque
de faint Pons , étoient autant de monumens refpe-
"
D'OCTOBRE 75
tables de la fermeté qu'on a toûjours ûë & qu'on aura
toûjours dans ce Royaume ,pour foutenir la pureté
des anciens Canons contre les entrepriſes de la Cour
,de kome dans une portion auffi importante de la dif
cipline de l'Eglife,quecelle du jugement des Evêques,
Qu'on voit ailément les veritab es motifs qui out
donné lieu à une pareille condamnation : Que le
pretexte du défaut d'acceptationde la Conftitution,
n'étoit pas le feul que
le Pape avoit eu en vûë : Que
cette idée d'Infaillibilité que la Cour de Rome cher
choit depuis quelque ficcles à établir , lui faifoit regarder
avec horreur les voyes les plus Canoniques :
Que fa delicateffe fur ce point alloit juſqu'à ne pou
voir tollerer qu'on cût recours à lui , pour lui demander
des explications fur les Decrets : Qu'il voulot
puair dans les Evêques de France , la temerité
qu'ils avoient eu d'embrafler les royens que les Loix
Ecclefiaftiques & les exemples de tous les temps au
torifent , pour le plaindre ouvertement d'un Juge
ment rendu , ou pour en demander l'interpretation.
Qu'avant que cette opinion d'Infaillibilité fut née ,
on voyoit fans étonnement d'illuftres Evêques refufer
de fe foûmettre aux décisions des Papes ,mais difpolez
en même- temps de marquer leur foûmiffion
& leur obéiffance à tout ce qui feroit jugé par l'Egli-
Le univerfelle: Qu'on voyoit les plus grands Evêques
s'addrefler aux Papes pour les prier d'expliquer leurs
Decrets : Qu'on voyoit les plus faints Papes , les Pe
lages & les Gregoires répondre favorablement à ces
demandes : Qu'on voyoit enfin un Pape Alexandro
III. decider que quand on n'entendoit pas les Ref
crits des Papes , ou qu'on y trouvoit quelqueincon
venient , on devoit en furfeoir l'execution ; & s'adref
fer au S. Siege , pour en connoître le veritable lens.
Que la Cour de Rome ayant voulu introduire
l'Infaillibilité du Pape , avoit tâché de détruire la
force de ces exemples par une conduite & par des
exemples contraires . Que fes démarches avoien
efté à loin 9
qu'il avoit fallu l'autorité de
Gij
76 LE MERCURE
Conciles de Conitance & de Bafle , pour oppofer
une digue à de pareilles pretentions ; mais qu'ils n'avoient
pas été capables de cétromper la Cour de
Rome Qu'elle s'étoit portée jufqu'à vouloir revoquer
en doute l'autorité de ces Conciles , & que ne
pouvant y réuffir, on avoit tenté, à mesure qu'on
s'étoit éloigné du temps où ils avoient été tenus
d'en diminuer la force, par des entreprifes qui auroien
pú être un jour alleguées par la Cour de Rome
commme autant de titres en fa faveur ; fi ceux qui
ont été chargez de la défenſe des Maximes du
Royaume , ne s'étoient fervi de temps en temps des
voyes legitimes pour s'y oppofer.
Que c'étoit un des principaux motifs qui les obligeoit
de rompre le filence , parce que c'étoit aufli
cette Infaillibilité qui paroiffoit avoir été un des
principaux motifs de tout ce qui étoit émané de la
Cour de Rome depuis la Conftitution , & fur tout
des Lettres qui venoient d'y eftre publiées .
Qu'au milieu des differentes maximes qui y étoient
répandues, la prétention de l'Infaillibilité s'y faifoit
par - tout apercevoir : Que l'on y fuppofoit l'acceptation
faite par l'Eglife univerfelle de la Conftitution
; & que pour détruire, s'il étoit poffible,l'autori
té des décifions de la Cour, on vouloit faire regarder
comme un crime , & comme un deshonneur pour
l'Ordre Ecclefiaftique, le recours aux Tribunaux feculiers
établi par tant de Conciles , & par l'uſage
conftant & uniforme de tous les ficcles ; mais , que
file Pape décidoit que la Conftitution eft la loy de
l'Eglife , ce n'étoit que pour mieux établir fon Infaillibilité
Qu'il fuppofoit l'acceptation , mais comme
une acceptation due & qu'on ne pouvoit pas refufer
, quam debito obfequio atque obedientia fufcepit.
.... quam univerfa Ecclefia veneratione debitâ
amplectitur.
Que ce nétoit point même fur le fondement de
eette acceptation , qu'on réprouvoit ce que des Evéques
ont fait encette occafion : Qu'on regardoit les
D'OCTOBRE, 17
voyes qu'ils ont prises en general , & indépendamment
des circonftances , comme un crime & un attentat
que ceux qui s'en font fervi , n'ignoroient
pas être & avoir toujours été en execration au Pape
& à l'Eglife Romaine ; quaque ipfimet qui ea perpetrarunt
a kobis , & à fanctâ Romana Ecclefiâ palam
ac perpetuò damnanda atque execranda effe non ignorabant
. Et qu'ainfi l'on renouvelloit , foit par ces
Principes, foit par ces expreffions, les Bulles de Pie
II. de Jules II . & la fameufe Bulle in Coena Domini
qui en a adopté les difpofitions.
Que ces differens moyen qui ont efté employez ,
ne pouvoient être attaquez que par le princ pe de
P'Infaillibilité du Pape ; mais qu'inutilement tentoiton
de faire pafler en ce Koyaume des principes fi
contraires à la décision des p'us celebres Conciles ,
& aux fentimens des Papes les plus illuftres . Le miniftere
public s'oppofera fans cefle à de pareilles entreprifes
, & le filence même qu'on a gardé depuis .
le temps de la Conftitution fur tout ce qui a été entrepris
en faveur de l'Infaillibilité du Pape , & contre
les droits des Evêques, eft un nouvel engagement
qui doit l'animer pour le maintien des Loix du
Royaume.
S'il a diffimulé les Brefs & les Decrets des 17. & ·
16. Mars. 1. & 8 May 1714. fi contraires aux
droits de l'Epifcopat , & fi favorables à l'infaillibilité
du Pape , s'il s'eft contenté d'empêcher qu'on
ne repandit les Brefs & Decrets des 18. & 20. No.
vembre 1716. en requerant feulement qu'il fût fait
des défenfesde recevoir aucuns Brefs ou Bulles , fans
Lettres patentes enregistrées au Parlement . Si le defir
& l'efperance de la Paix ont engagé au ſilence dans
le temps, & du Decret du 17. Fevrier. 1717. & de la
Lettre du Cardinal Paulucci , quoiqu'ils ne refpiraffent
que l'infaillibilité du Pape , & l'anéantiffement
de l'autorité des Evêques . Si l'on a eu enfin la mode .
ration de ne requerir que la fimple fuppreffion du
Decret du 16. Fevrier 1718. qui donnoit atteinte aux
G iij
78 LE MERCURE
maximes fur les appellations au futur , Concile, cette
moderation même dont on abuſe par ce dernier Acte
qui rat fie , pour ainfi dire , tout ce qui s'eft fait
jufqu'alors , qui cite même avec éloge ce Brefdu 20.
Novembre 1716. fi contraire aux maximes du
Royaume ; ce long filence dont il feroit à craindre
qu'on abusât encore à l'avenir , les oblige de recourir
à l'autorité de la Cour. C'eſt à ce filence qu'on
doit ces expreffions répandues dans ces Lettres addreffées
à tous les Fideles. Petrum per nos toquentem
, & dans un autre endroir , ut Apoftolica Sede
difcerent quid credere , quid venere , quid deure debe- \
red , ut ad illam Scripta fua examinanda & emendanda
dirigerent , ut inde lumen Catholica fidei veciperent
, ubi non poffit fides ipfa fentire def. ctum , ut nemocorum
denique fententiam fuam adversus Petri au—.
toritatem deffenderet.
Que c'eft à ce filence que nous devons ces autres
expreffions fur la Conftitution , pour laquelle on
exige une entiere & aveugle obéiffance , debitam is
omnimodam obedientiam , ces reproches faits à ceux
qui refusent d'accepter la loy que le Pape leur pro-
Fofe , qu'on regarde comme inobedientes homines
veritati non acquiefcentes.... Conftitutioni ſeſeſubjicere
detrectantes.... aberrantes qui in viam juftitis
fuaviter revocandifunt; ce crime enfin qu'on leur impute.
quadquafi peccatum aviolandi eft repugnare, &
quali felus eft nolle idolatria acquiefcere,
Que les confequences dangereufes de ces maximes
étoient évidentes ; qu'elles retomboient non feu .
lement fur les Evêques qui n'avoient point accepté
la Conftitution , mais fur ceux mêmes qui avoient
accepté non en aveugles , mais en Juges ; non avec.
une obéïffance due à la loy du Pape , mais après un
examen & des explications : Qu'elles enveloppoient
mêmes les Parlemens qui n'ont enregistré la Conftitution
qu'avec des modifications.
Que les confequences d'une pareille condamnation
n'étoient pas moins dangereules, foit par rapport aux
D'OCTOBRE
. 79
principes generaux du jugement des Sujets du Roy
& des Evêques . foit par rapport aux fuites que cette
condamnation pourroit avoir,
Que l'horreur que cet Acte veut donner des voyes
1s plus Canoniques , impofe encore une neceffité
plus indifpenfable de vanger les Loix du Royaume
qu'on s'efforce d'attaquer en tant de manieres.
Que la conduite enfin du Pape en cette occaſion,
qui refulant toute voye de conciliation , ne voulant
ni donner dex explications , ni en approuver , infenfible
aux defirs du Roy , & aux voeux des Evêqu's
, veut obiger les Sujets du Roy à recevoir fans
reft iction une Conſtitution que la Cour a modifiée
par fon Arreft d'enregistrement , eft une derniere
raifon qui les engage de à demander à la Cour qu'il
lui plaife les recevoir appellans comme d'abus d'un
Decret imprimé fous le titre , Litera ad univerfis
Fideles data adverfus eos qui Conftitutioni Sanctitatis
fua qua incipit , UNIGENITUS debitam obedientiam
praftare bactenus recujarunt aut in pofterum
recufaverint , daté du cinquiéme des Calendes de
Septembre , publié à Rome le huitiéme du mémo
mois , ordonner que fur l'appel on procedera au
lendemain de la faint Martin , & cependant enjoindre
à tous ceux qui en ont des exemplaires , de les
apporter au Greffe de la Cour , faire défenfes à toute
forte de perfonnes de les imprimer , vendre , debi
ter , ou autrement diftribuer ; faire pareilles inhibitions
& défenfes à tous Archevêques ou Evêques ,
leurs Vicaires ou Officiaux , & à tous Recteurs &
Suppofts des Univerfitez , Corps & Communautez
faire Ecclefiaftiques & à tous autres , de recevoir ,
lire , publier , citer , diftribuer , imprimer , og
autrement mettre à execution , directement ny indirectement
de quelque maniere & fous quelque
pretexte que ce puiffe être , lefdites Lettres & Decret
, ny pareillement aucunes Bulles , Brefs ou
autres expeditions émanées de la Cour deRome,fans ~
Lettres parentes du Roy enregistrées en la Cour
G iiij
80 LE MERCURE
pour en ordonner la publication , conformément
aux Ordonnances dn Royaume , Arrefts & Reglemens
de la Cour , notamment aux Arrefts des 15 .
May 1647. 9. May 1703. & 16. Decembre 1716.
à l'exception neanmoins des Brefs de Penitencerie ,
Provifions de Benefices ou autres Expeditions or
dinaires concernant les affaires des particuli rs , lefqualles
s'obtiennent en Cour de Rome , fuivant les
Ordonnances & Ulages du Royaume , fous peine
d'être traitez comme perturbateurs du repos publics
Comme auffi faire défenſes à tous L braires , Imprimeurs
, Colporteurs & autres , d'imprimer , ou
faire imprimer , vendre , debiter , ou autrement diftribuer
aucunes Bulles , Brefs , ou autres expeditions
de Cour de Rome , fans Lettres patentes du Roy
enregistrées en ladite Cour , qui en ordonnent la publication
, à peine de cinq cens livres d'amende , mê.
me de déchéance de leur Maîtriſe ou Vacation , &
autre plus grande peine s'il y échet . Ordonner que
le prefent Arreft fera envoyé dans les Baillages &
Senéchauffées du Reffort , pour y être lû , publié
& enregistré & affiché par tout où befoin fera ; en
joindre à mes Subſtituts d'y tenir la main , & d'en
certifier la Cour dans un mois,
Les Gens du Roy retirez :
Vu l'Imprimé intitulé , Sanctiffimi Domini noftri
D. CLEMENTIS divinâ Providentiâ Papa XI.
littera ad univerfos Chrifti Fideles data adverfus 105
qui Conftitutioni Saniutatis fua que incipit . U N 1-
GENITUS anno Incarnationis Dominica mi.le-
Im feptingentefimo decimo tertio , fexto Idus_Septem-
Iris dita , dobitam obedientiam praftare hactenus recufarunt
. aut in pofterum recufaverint , Roma 1718.
ex Typographia Reverenda Camera Apoftolica , daté
à la fin du cinquiéme des Calendes du mois de Septembre
78 , publé le huit dudit mois , enſemble
les Arrefts les quinze May 1647 9 , May 1703 , &
feize Decembre 1716. La matiere miſe en déliberation.
D'OCTOBRE 81
LA CHAMBRE a recu & reçoit le Procureur
General du Roy Appellant comme d'abus , ordonne
que fur l'appel on procedera au lendemain de faint
Martin en la maniere accoûtumée ; & cependant
enjoint à tous ceux qui ont des exemplaires defdites
Lettres , de les apporter au Greffe de la Cour . Fait
défenfes à toute forte de perfonnes de les imprimer
vendre , debiter , ou autrement diftribuer. Fait pareilles
inhibitions & deffenfes à tous Archevêques ou
Evêques , leurs Vicaires ou Officiaux , & à tous
Recteurs & Suppofts des Universitez , Corps &
Communautez Ecclefiaftiques , & à tous autres de
recevoir , faire lire , publier , citer , imprimer,
diftribuer , ni autrement mettre à execution direc
tement , ni indirectement , de quelque maniere &
fous quelque pretexte que ce puiffe être , lefd. Lettres
& Decret , ny pareillement aucunes Bulles ,
Brefs , ou autres expeditions émanées de la Cour
de Rome , fans Lettres patentes du Roy , enregiftrées
en la Cour , pour en ordonner la publication ,
à l'exception neanmoins des Brefs de Penitencerie ,
Provifions de Benefices , & autres expeditions ordiaires
concernant les affaires des particuliers , lefquelles
s'obtiennent en Cour de Rome , fuivant les
Ordonnances & Ufages du Royaume , fous peine
peine d'être traitez comme perturbateurs du repos
public. Comme auffi fait défenſes à tous Libraires,
Imprimeurs , Colporteurs & autres , d'imprimer ,
ou faire imprimer , vendre, debiter ou autrement
diftribuer aucunes Bulles , Brefs , ou autres Expeditions
de Cour de Rome , fans Lettres patentes
du Roy enregistrées en ladite Cour , qui en ordonneut
la publication , à peine de cinq cens livres d'amende
, même de décheance de leur Maiftrife ou
Vacation , & autre plus grande peine , s'il y échet.
Ordonne que le prefent Arreft fera envoyé dans les
Baillages & Senéchauffées du Reffort , pour y être
lů , publié & enregistré , & affiché par tout où
befoin fera , enjoint aux Subftituts du Procureur
R2
LE
MERCURE
General du Roy d'y tenir la main , & d'en certifier
la Cour dans un mois. FAIT en Parlement en
Vacations , le troifiéme jour d'Octobre mil fept cens
dix- huit . Signé , GILBERT .
ARREST
De la Cour de Parlement de Roüen .
Portant fuppreffion du Mandement de M.
l'Archevêque de Rouen du.10. Septembre
1718.
VE
Du 13. Octobre 1718.
Extrait des Legiftres de la Courde Parlement .
EU par la Chambre un Imprimé
affiché en cette Ville , intitulé Man.
dement de M. l'Achevêque de Rouen , au
fujet de la Confiitution & des Appels qui
en ont été interjettez au futur Concile , datté
à la fin du 10. Septembre 1718. la Declaration
du Roy du 7. Octobre 1717. enregiftrée
en la Cour & Arreft de la Chambre
de ce jour , concernant les Lettres Apof
toliques , dattées du cinquième des Kalendes
du mois de Septembre 1718. publiées à

Rome le 8. dudit mois & an. Les Gens du
Roy mandez , entrez , oüis & retirez. La
matiere miſe en déliberation.
LA CHAMBRE a ordonné & ordonne
, que ledit Mandement de l'Archevêque
de Rouen du 10. Septembre dernier , fera
fuprimé , comme contraire à la Declaration
du Roy du 7. Octobre 1717. & à la
tranquilité publique , & contenant les mê--
D'OCTOBRE... 83
mes Propofitions inférées dans les Lettres
Apoftoliques , fupprimées par Arreft de ce
jour : Ordonne que ladite Declaration du
Roy & Arreft de ce jour , feront executeż
felon leur forme & teneur : Enjoint audit
Archevêque de Rouen , aux Evêques de
la Province , & à toutes autres perfonnes
de s'y conformer , fous les peines au cas
appartenant : A pareillement enjoint à
tous ceux qui ont des exemplaires dudit
Mandement , de les apporter inceffamment
au Greffe de la Cour ; fauf au Procureur
General du Roy , à appeller comme d abus
dudit Mandement , comme contraire aux
Libertez de l'Eglife Gallicane ; & cependant
, a fait & fait inhibitions & défenſes
à toutes perfonnes , Imprimeurs , Libraires,
Colporteurs , & autres , d'imprimer ou
faire imprimer , vendre , debiter , ou autrement
diftribuer , & mettre à execution
ledit Mandement , fous les peines au cas
appartenant : Ordonne que le preſent Arreft
fera lû & affiché par tout où beſoin
fera ; & les copies collationnées , & envoyées
dans les Baillages & Sieges du Reffort
de la Cour , pour y être lû , publié &
enregistré Enjoint aux Subftituts du
Procureur General duRoy d'y tenir la main ,
& de certifier la Cour de leurs diligences
dans le mois . FAIT à Roüen en Parle
ment , en Vacations , le treizième jour
d'Octobre mil fept cens dix -huit .
Signé, DE BOUTIGNY.
$4
LE MERCURE
EDIT DURO Y.
Portant creation de l'Etat & Office de Garde
des Sceaux de France.
Donné à Paris au mois de Janvier 1718 .
L
OUIS , par la grace de Dieu , Roy
de France & de Navarre : A tous prefens
& à venir , SALUT. Les Sceaux de
France nous ayant été remis par nôtre tréscher
& feal Chevalier Chancelier le fieur
Dagueffeau , & la garde d'iceux êtant importante
à nôtre fervice , & confiderable
pour le bien & la tranquilité de nos Sujets,
Nous avons crû ne pouvoir faire un meilleur
ni plus convenable choix , pour s'en
acquirter dignement , que de la perfonne
de notre tres - cher & feal Marc René de
Voyer de Paulmy , Marquis d'Argenfon
Confeiller d'Etat ordinaire , & Lieutenant
General de Police , tant à caufe de fon
merite particulier , & de la grande experience
qu'il s'eft acquife dans tous les emplois
confiderables qu'il a exercés , que pour
les grands & recommandables fervices qu'il
a rendus au feu Roy nôtre tres-honoré Seigneur
& Bifayeul , & à Nous depuis nôtre
avenement à la Couronne , & qu'il
Continue journellement de nous rendre avec
une entiere fatisfaction de nôtre part . Pon
D'OCTOBRE .
$5.
1
ees caufes & autres bonnes & grandes confiderations
, à ce nous mouvant , de l'avis
de nôtre tres- cher & tres-amé Oncle le Duc
d'Orleans Regent , & de nôtre pleine puiffance
& autorité Royale ; Nous avons créé
& érigé , créons & érigeons par ces Preſentes
fignées de nôtre main , l'Etat & Office
de Garde des Sceaux de France , & icelui
avons donné & octroyé , donnons & octroyons
audit fieur d'Argenfon , aux honneurs
, autoritez & prérogatives , prééminences
, franchiſes , libertez , gages , états ,
penfions & droits dont les Gardes des Sceaux
de France ont cy- devant joui & ufé , & qui
font par Nous ordonnés & attribués , &
generallement faire toutes les fonctions qui
dépendent de ladite Charge , avec pareille
autorité & pouvoir ,que celui dont les Chanceliers
de France ont accoûtumé de jouir &
ufer, même de prefider en toutes nos Cours
de Parlement , au Grand Confeil & autres
Cours qui jugent en dernier reffort , pour
fur icelles , & fur toutes Juftices & Jurifdictions
de nôtre Royaume , avoir l'oeil &
Surintendance , comme un Chancelier de
France peut & doit faire à cauſe de fondit
Office & Dignité . Si donnons en Mandement
à nos amez & feaux Confeillers les
Genstenant nos Cours de Parlement,Grand
Confeil, Chambres de nos Comptes , Cours
des Aydes , & à tous autres nos Jufticiers
& Officiers qu'il appartiendra , qu'audit
86 LE MERCURE
ficur d'Argenfon , duquel nous nous fommes
refervés de prendre & recevoir le ferment
en tel cas requis & accoutumé , pour
raifon dudit Office de Garde des Sceaux
de France , ils obéiffent ou faffent obéir
en tout ce qui touchera & concernera ledit
Etat & Office , tout ainfi que ceux qui
ont cy-devant été pourvûs de femblable
Etat & qualité. Mandons auffi à nos amez
& feaux Confeillers les Grands Audienciers
& Controlleurs Generaux de l'Audience de
France , Gardes de nôtre Trefor Royal ,
prefens & à venir , & à tous autres qu'il
appartiendra qu'ils payent & délivrent
dorefnavant par chacun an , audit fieur
d'Argenfon Garde des Sceaux de France ,
les gages , droits , états , penfions & appointemens
à ladite Charge appartenans ,
aux termes & en la maniere accoûtumée >
& rapportant copie des Prefentes dûément
collationnées pour une fois feulement ,
avec quittance dudit fieur d'Argenfon fur
ce fuffifante ; Nous voulons iceux gages ,
penſions & droits , être payés & alloués és
comptes de tous ceux qu'il appartiendra ,
par les fufdits Gens de nos Comptes , aufquels
mandons ainfi le faire fans difficulté.
Car tel eft nôtre plaifir , & afin que ce foit
chofe ferme & ftable à toûjours, nous avons
fait mettre nôtre Scel à cefdites Prefentes .
Donné à Paris au mois de Janvier , l'àn de
grace mil fept cens dix- huit & de nôtre
D'OCTOBRE. 87
Regne le troifiéme , Signé LOUIS , &
fur le repli , par le Roy le Duc d'Orleans
Regent prefent. PHELYPEAUX.
Aujourd'huy vingt- huitiéme du mois de
Janvier 1718. le Roy étant à Paris , le fieur
d'Argenfon dénommmé aux Prefentes , a
fait & prêté entre les mains de Sa Majeſté,
en prefence de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent prefent , le ferment qu'il étoit obligé
& tenu de faire , pour raiſon de la
Charge de Garde des Sceaux de France
dont elle l'a pourvû. Moy Confeiller Secretaire
d'Etat & des Commandemens &
Finances de S. M. prefent , figné PHELYPEAUX.
Le Roy féant en fon lit de Juftice , de
l'avis du Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne que le prefent Edit fera enregiſtré
au Greffe de fon Parlement , ce requerant
fon Procureur General , & que
fur le repli d'icelles il foit mis que lecture
en a été faite , pour être executé felon fa
forme & teneur. Fait à Paris en Parlement ,
le Roy tenant fon lit de juftice au Palais
des Tuilleries le vingt- fixième jour d'Août
1718. Signé GILBERTS
88
LE MERCURE
ABREGE'
De la Vie de Monfieur Jouvenet Peintre.
J
eanJouvenet naquit à Rouen , l'an 16 44
Il étoit defcendu de plufieurs Peintres
originaires d'Italie , qui ayant pafflé en
France , s'établirent d'abord à Lion , &
enfuite à Rouen. Il aprit les premiers principes
de fon art de Laurent Jouvenet fon
pere , qui confentit que fon fils vint à Paris
perfectionner les heureufes difpofitions
qu'il avoit pour le deffin . Jouvenet arrivé à
Paris, alla voir tous les Peintres qui y excelloient
; & fans s'attacher à aucunes manieres
, il étudia fon art avec tant d'affiduité ,
qu'il y devint habile en très peu de tems .
L'acueil que la plupart des maîtres lui faifoient
, caufa une fi grande jaloufie à fes
Camarades , qu'un d'entr'eux , écrivit malignement
à fon pere , qu'il donnoit prefque
tout fon tems à la débauche, & qu'au train
qu'il menoit , il n'étoit pas poffible qu'il fît
de grands progrès dans la Peinture . Ce faux
avis affligea beaucoup fon pere, qui crut ne
pouvoir mieux faire, que de le rapeler auprès
de lui, par une lettre pleine de reproches .
Jouvenet touché du couroux de fon pere ,
s'avifa d'un expedient feur pour le détromper.
Illui envoya un tableau qu'ilvenoit d'achever.
Ala vue de ce tableau, le pere charmé
reconnûtqu'on l'avoit trompé,& fe hâta
d'écrire
D'OCTOBRE
89
J
3
& le
décrire à fon fils , pour l'exhorter , non
à changer de conduite , mais à ne point
fe relâcher de ce travail affidu dont il lus
avoit envoyé un fi bon garant Le Brun ,
qui connut fon merite l'employa aux
Ouvrages qu'il faifoit pour le Roy
preſenta luy- même à l'Academie de Peinture.
Il y fut reçû avec aplaudiffement ,
& donna pour Chef-d'oeuvre , un tableau
d'Efther évanouy devant Affuerus , que les
Academitiens regardoient comme un de
de leurs plus beaux tableaux. Ils ont rendu
témoignage de fon merite, en le faifant paffer
par toutes les charges , & en l'élifant un
des quatre Recteurs perpetuels qui furent
faits aprés la mort de Mignard. Le genie
de Jouvenet étoit de peindre en grand &
dans des lieux - fpacieux , comme on le peut
voir dans la Chapelle de Verfailles , où il a
reprefenté une Pentecôte ; dans l'Eglife des
Invalides , où il a peint à frefque les douze
Apôtres ; dans S. Martin des champs, où il
a fait quatre grands tableaux de la vie de nôtre
Seigneur, & dans plufieurs autres Eglifes.
Tous ces ouvrages atteftent , que Jouvenet
peut être mis au rang des meilleurs peintres
que la France ait produit . Il ne faut
pourtant pas penfer qu'il ait excellé à tous
égars . Il délfinoit de grand goût & d'une
maniere ferme ; niais fon deffin étoit un peu
trop chargé ; les compofitions font pleines
de feu & d'un trés grand effet ; mais ce mê-
H
90 LE MERCURE
·
me feu eft quelquefois pouflé trop loin . Ses.
expreffions font vives & aflez vrayes dans
les attitudes de fes figures ; mais elles ne difent
pas grand'chofe dans fes têtes . Son coloris
n'eft pas fort recherché, & n'eft pas fuperieur
à celui de l'école Françoife ; les ta
bleaux de Chevalet ne font pas à beaucoup
prés , fi éftimables que ce qu'il a peint en
grand la vivacité de fon efprit ne lui permettoit
pas de revenir fur fon ouvrage pour
le terminer ; auffi , en a - t il fait un très petit
nombre. Il n'a pas excellé à reprefenter
le nud ; il y a lieu de croire que le peu d'ocafon
qu'il a eu d'en peindre , lui a fait né
gliger cette partie. Il a fait beaucoup de
portraits , dont quelques uns ont été eſti❤
mez ; quoiqu'il fut trés inferieur dans ce
genre de peinture , à plufieurs de fes Contemporains
qui s'y font particulieremenɛ
attachez. Sur la fin de fa vie , il devint paralytique
du côté droit : aprés avoir inutilement
tenté le fecours des eaux minerales,
il n'éfperoit plus de pouvoir peindre , lors
qu'un jour , donnant leçon à fon Neveu
fur un tableau qu'il peignoit , il prit le
pinceau de la main gauche & effaya de lui
retoucher quelques endroits. Cette tentative
lui ayant réuffi , il en fit de nouvelles
avec fuccés ; ce qui lui fit prendre enfin la
réfolution d'achever de la main gauche
un grand plafond qu'il avoit commencé
pour la grande Salle du Parlement de
>
D'OCTOBRE. 97
1
Rouen , & un grand tableau de la Vifitation
de la Vierge pour le Choeur de nôtre-
Dame de Paris. Ces deux ouvrages ,
qui font les derniers qu'il ait faits , ne cedent
en rien à tout ce qu'il a fait de mieux.
Il est mort l'an 1717. âgé de 73. ans .
Nouveau Clepfidre pour la découverte des
Longitudes.
E fieur Ferrarois , excité par la grande
LeComptereaque recompenfe que divers ontpro- divers Etats ont promife
pour la découverte des Longitudes
fur Mer , s'eft appliqué avec foin à cette
recherche. Laiffant aux Aftronomes & aux
Marins les nouvelles découvertes qu'il reftoit
à faire , pour faciliter la pratique des
obfervations celeftes fur Mer , il ne s'eft
attaché qu'au moien qui lui a paru le plus
fimple , qui eft d'avoir une Horloge , de
l'exactitude du mouvement de laquelle on
pût être affuré , & qui marquât à chaque
point de la route , l'heure qu'il feroit au lieu
du depart. Il a rejetté pour cela les Horloges
ordinaires , l'experience ayant fait
connoître leur inutilité dans cette occafion;
mais, il s'eft imaginé que les Clepfidres, qui
ont paru jufqu'icy comme les Horloges les
plus groffieres , étoient les plus propres
pour ce de ffein. En effet , la fimplicité de
leur conttruction cft déja un avantage qui
n'eſt point à négliger ; parceque , plus une
1
Hij
92 LE MERCURE
machine eft compofée , & plus il y a a
craindre de dérangement dans fes parties :
Il n'y avoit donc qu'à réformer les défauts
des Clepfidres , & c'eft à cela que s'eft prin .
cipalement attaché M. Ferrarois Le principal
de ces défauts eft l'inegalité de l'écoulement,
caufée par les altérations que les
differentes temperies de l'air caufent au
fluide , qui le rendent tantôt plus coulant
& tantôt moins. On s'imaginera aifément ,
qu'entre tous les fluides que l'on employe
pour cela , le mercure eft le moins propre ;
c'eft cependant celui qu'a choifi M. Ferrarois
; trouvant par la grande pefanteur
de ce fluide , le moïen de fubdivifer plus
précisément le tems , & d'y rendre fenfibles
, jufqu'aux tierces que l'oreille ne
peut pas fuivre dans les Obfervations Aftronomiques
les plus fubtiles. Il reftoit à
pouver l'égalité de l'écoulement de ce fluide:
M. Ferrarois ne concevoit que deux
caufes qui puffent troubler cette égalité ,
premierement le trou par lequel fe faifoit cer
écoulement , qui , quoique percé dans un
morceau de cuivre , ne Liffe
neliffe pas d'être fujet
à s'agrandir ou s'apetifer par les impreffions
que font fur les métaux les plus
durs , les differentes conftitutions de l'air ;
mais , il avoit remedié en partie à cet inconvenient
, en faisant ce trou dans une
pierre précieufe , comme un diamant ou
un rubis qui n'eft pas fufceptible des mê .
D'OCTOBRE. 93
3
mes impreflions. La feconde caufe prove
noit de la charge du fluide , qu'il croyoit
devoir s'écouler plus ou moins promptefent
, felon qu'il auroit été plus ou moins
charge ; & c'eft en cela qu'a paru l'induftrie
de M. Ferrarois , à compofer fa machine
de differens vafes , les uns au def-
Tous des autres , & conftruits de manieré
que le dernier d'où s'écouloit immediatement
le mercure qui fervoit à la meſure du
tems , fût toûjours également plein. A ces
deux caufes effentielles de l'inégalité de
l'écoulement du mercure , M. Ferrarois a
remedié encore à quelques autres moins
confiderables , & enfin , s'en eft remis à
l'experience , pour répondre à la plus grande
objection qu'on lui pourroit faire , fondée
fur la nature même du mercure dont il ne
connoiffoit peut- être point affez les principes
qui le compofent , pour être affûré que
les differentes temperies de l'air , & fur- tout
les changemens de climats , n'en altereroient
pas la nature . On lai pourroit objecter
principalement , que Tychobrahé
grand Aftronome , qui vivoit à la fin du
fiecle paffé , & qui étoit autant Chimifte.
qu'Aftronome , & ruffi riche qu'adonné à
ces Sciences , n'avoit épargné aucune dépenſe
ni aucun foin , pour faire des Clepfidres
de Mercure ( comme il le dit luimême
dans fes Progymnaftes ) qu'il avoit
rectifié un grand nombre de fois fon mer-

94 LE MERCURE
cure , & qu'il n'avoit jamais pû parvenir à
rendre égal l'écoulement de ce fluide ; lui
qui d'ailleurs , comme grand obfervateur ,
étoit fort en état de reconnoître par les
obfervations celeftes , fi cet écoulement
étoit égal. Malheureuſement , l'experience
de M. Ferrarois , s'eft accordée avec celle
de Tychobrahé , & l'on a appris depuis
peu qu'il avoit changé de fluide , & qu'il
étoit aprés à faire les mêmes épreuves fur
l'eau .
Je vous ferai part de ce qu'il aura fait
de nouveau , auffi- tôt que j'en aurai appris
quelque chofe.
Decouverte de trois Milliaires Romains
entre Chartres & Orleans .
Umoulin faifant le dénombrement
Dde quelquesterres fituées dans la Beauce
, dit , pouren deffigner mieux la fituation
, qu'elles font aux environs du village
d'Alone , qui eft au Midi de Chartres :
Que ces Terres s'étendent jufqu'à la voye
militaire qui va de Chartres à Orleans , &
qu'elles répondent juftement à l'endroit de
cette voye où font trois miliaires Romains.
Monfieur Maillard , Avocat au Parlement
, toûjours attentif à ce qui peut être
avantageux aux belles Lettres , ayant écrit à
Chartres pour fçavoir , fi ces miliaires fubD'OCTOBRE
.
95
C
fiftent encore à prefent , a eu reponfe qu'ils
exiftent encore , & que pour lui faire plaifir
, on en fera meſurer exactement la diftance
par un Arpenteur habile. De forte que
la veritable étendue du mille Romain , fur
c lequel les fçavans ont tant varié , fera bienót
une chofe parfaitement connue.
Mémoire de M, Liebaux à M...
LE
Es voyes militaires des anciens Romains
, fe trouvent dans les Cartes de
Monfieur de Lifle , & en particulier dans
la Carte de la Generalité d'Orleans , où elles
font marquées par deux lignes paralleles
, dont l'une eft plus groffe que l'au
tre .
L'Ordre de Chrift conferé par le Roy de
Portugal à M. le Quien de la Neuville.
CE
E n'eft pas d'aujourd'hui , que les
Gens de Lettres fe plaignent que leurs.
veilles ne produisent que de la reputation :
En effet , ils en ont un fujet affez legitime .
Cela leur arrive tres - ſouvent ; mais non pas
toûjours : Témoin le fuccés que M. le
Quien de la Neuville de l'Academie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres , a eû
à la Cour de Lisbonne , où il a l'honneur
d'accompagner S. E. M. l'Abbé de Mornay
Amballadeur de France . Le Roy de
56 LE MERCURE
Portugal qui l'avoit nommé à l'Ordre de
Chriſt , aprés y avoir attaché une penſion
confiderable , pour le recompenfer du fervice
qu'il a rendu a la Nation Portugaiſe ,
en mettant au jour l'Hiftoire generale de
Portugal qu'il a compofée , a voulu qu'on
achevât de l'admettre à cet Ordre dans toutes
les formes,& qu'il fût felon la coûtume,
armé Chevalier . S.M.P. ne conferant ellemême
l'Ordre de Chrift à qui que ce foit ,
fuivant l'ufage du Païs , L. E. Mrs. les
Comtes d'Ericeira , de Coulin & de Soura
, tous Chevaliers de Chrift & Grands
de Portugal , en firent les fonctions dans
la Chapelle de fon Palais , le 26. du mois
de Juillet dernier ; le premier en qualité de
Chevalier Parrain , & les deux autres , de
Chevaliers Adjudans . L'on ne peut douter
que les gens de Lettres ne prennent part aux
avantages que cet Autheur vient de recueillir
; d'autant plus qu'ils ont lieu de penfer
que S. M. P. en l'honorant infiniment par
une faveur finguliere, ne les a pas , en quelque
forte , moins honorez tous ; puiſque
c'eft particulierement aux talens que M. de
la Neufville partage avec eux , qu'elle a
bien voulu l'accorder.
Au reste , puifque l'Ordre de Chriſt nous
fournit quelque matiere d'érudition , nous ne
le quitterons point que nous n'en ayonsfait en
pen
de mots l'hiftoire.
Cet ordre Militaire eft le principal de ceux
de
D'OCTOBRE.
97
Portugal , & celui que S, M. P. porte. Ce
fut Denis I. Roy de Portugal , qui l'inftitua
, il y a cinq Siecles , vers l'an 1318. dans
la vue d'exciter la Nobleffe Portugaise à
prendre les armes contre les Maures. Ce
Prince le fonda des biens que les Templiers
avoient poffedez dans fon Royaume , avant
que le Pape Clement V. les eût abolis par
le Jugement qu'il prononça contr'eux au
Concile de Vienne en Dauphiné ; & il y
attacha la difpofition de 500. Commande
ries , pour recompenfer ceux qui fe fignaleroient
contre les Infideles. Enfuite le Pape
Jean XXII . le confirma en 1320 & rangea
ces Chevaliers fous la regle de Saint Benoît:
depuis ce Reglement , le Pape Alexandre
VI. leur permit de fe marier. La Maiſon-
Chefde l'Ordre eft à Thomar , où eft prefentement
la refidence des Chevaliers, au lieu de
Caftro Marin où elle étoit dans les premiers
temps de leur inftitution . Lorfqu'ils.
font armez Chevaliers , ils s'engagent par
un ferment qu'ils repetent trois fois , à marcher
contre les Maures, fi tôt que le fervice
de la Religion l'exigera . Ils portent fur la
poitrine une Croix Patriarchale de gueule ,
chargée d'une autre Croix d'argent . Ce font
les armes de l'Ordre .
Octobre 1718.

LE MERCURE .
J
LETTRE
De Me... à Me...
écrite de Conftantinople.
E fuis fi aile de vous retrouver , Ma
chere Madame , que je ne puis plus
me plaindre de vous avoir perdue ; & le
plaifir que me donne cette lettre que je
viens de recevoir aujourd'huy , me fait entierement
oublier les inquietudes de dix
mois paffez.
L'Oifiveté eft la mere des vices ( comme
vous fçavez ) & n'ayant rien de meilleur à
faire , j'ai fait une fille. Je fçai que vous
m'allez dire que j'ai fort mal fait ; mais , fi
vous aviez été à ma place, je crois ( Dieu
me pardonne ) que vous en auriez fait deux
ou trois. Dans ce païs ci ,il cft tout auffi neceffaire
de faire voir des preuves de jeune
fe , pour être reçûë parmi les beautez , que
de montrer des preuves de Nobleffe pour
être reçû parmi les Chevaliers de Malte.
J'etois trés fâchée de cette neceffité ; mais ,
remarquant qu'on me regardoit avec un
grand air de mépris , je me fuis mife enfin
à la mode, & je fuis accouchée comme les
autres. Pour cette raifon là , entre une infinité
d'autres je voudrois de tout mon
coeur hâter mon retour , parce que je fuis
obligée abfolument d'acoucher tous les
ans,tant que je refterai ici . L'Ambaff.drice
de France s'en eft donné à coeur joye ; elle
>
TRECKE D'OCTOBRE
eſt accouchée & eft encore groffe . Les Da
mes du païs n'eftiment les femmes, que fefan ; «
la quantité de leurs productions ; & j'ai peine
-à leur perfuader que c'eft une excufe legitime
d'être trois mois fans groffeffe , parce que
mon Mari eft à cent lieues de moi.
Je fais tous les jours des voeux pour revoir
mon Roy , ma patrie , & mes amis .
Je fuis fort diligente de tout voir ; je parle
paffablement la langue , & j'ai eu l'avantage
de faire amitié avec des Dames Turques,
& de leur être agreable; & je puis me vanter
d'être la premiere étrangere qui ait jamais
cu ce plaifir. J'ai vifité une Sultane veuve du
feu Empereur ; & par ce moyen , je fuis inftruite
de tout le manege du Serail ; elle m'a
affuré que l'hiftoire du Mouchoir fi bien
crue chez nous , n'a pas un mot de vrai.
J'ai attrapé un billet doux Turc que je
vous porterai , & qui eft veritablement fi
curieux, que je ne puis affez admirer la ſtupidité
des Voyageurs de n'en avoir pas encore
aporté en Europe. Ma chere Madame,
Dieu vous donne ( en phrafe Turque )
le plaifir qui vous contenteroit, & à moi celui
de vous revoir.
LEERDECAD seza
SPECTACLES.
E Dimanche 9. Octobre dernier , on
Lreprefenta
reprefenta pour la premiere fois fur le
Theatre de l'Opera , le Baller des âges. Les
I ij
100 LE MERCURE
paroles font de Monfieur Fuzelier ; la Mufique
, de M Campra . Je croi ne pouvoir
donner une idée plus exacte du deflein de
l'Auteur, qu'en plaçant ici fon avertiſſement
même ,qui eft trop court pour en rien retrancher.
AVERTISSEMENT.
On verra dans ce Ballet , que j'ai cru que
Thalie avoit des droits fur la musique auffi
bien que Melpomene. Je ne ferai pas une longue
dißertation , pour prouver que le genre
Comique n'est pas incompatible avec les beautez
de l'harmonie Sile Ballet des Ages que
je prefente au public , le divertit , mon projet
eft justifié : fi la piece n'a pas le bonheur
de plaire , mon Apologie feroit pour moi un
nouveau crime, & pour mes lecteurs une furcharge
d'ennui. Je déclare aux delicats de
profeffion , aux beaux efprits Grammairiens ,
& aux Niveleurs des plans dramatiques, que
je n'ai prétendu donner qu'un tiſſu`de maximes
enjouées , liéespar une intrigue legere , qui
put occafionner des airs gracieux & des danfes
variées: C'est ce me femble , ce qui doit
Conftituer le fonds d'un Ballet. Je fcai que je
Cours rifque de déplaire à ces triftes Volup
sueux qui n'aiment que les plaifirs graves .
qui veulent qu' Apollon me paroiffe pas un
feul inftant fans fan coturne , que les Mufes
foient toujours en habit de cérémonie , & ne
leur permettent jamais les graces du deshaD'OCTOBRE
IO1
biller : Enfin , qui ont fait voeu de n'être
touchez dans un Opera , que de ces morceaux
patétiques que le dépit & la colere chantent
quelquefois avec tant de methode & de propreté.
Je me confolerai très aifément de leur cenfure
la plus aigre , fi le Public ne l'adopte
pas : Je demande feulement aux Critiques plus
judicieux & moins paffionnez , la grace de
fe fouvenir de mon intention , en examinant
mon ouvrage, & de ne pas mepunir trop ſe◄
verement d'avoir craint de les ennuyer.
a
L'Auteur s'eft trouvé Prophête dans cet
avertiffement ; on dit que les triftes volup
tueux ont confpiré contre fa piece , & que
bien d'honnêtes gens qu'ils ont ennnyé par
leurs redites, ont plus fouffert de leur conjuration
, que le Ballet qu'ils vouloient immoler
à leur bile outragée : On dit auffi
que la fameufe décifion des petits Marquis
de Moliere, a été renouvellée en faveur de
l'Auteur , & qu'il doit s'eftimer fort heureux,
de ce que quelques petits Maîtres tant
jeunes que furanez , ont condamné fa piece,
comme leurs prédeceffeurs condamnerent
L'ecole des femmes , en proférant d'un ton
de faucet; elle eft deteftable , pace qu'elle eft
déteftable. Ces Oracles reverez dans quelques
ruelles ignorantes , n'impofent pas au
public , qui ne s'embaraffe pas quand un ouvrage
le divertit , fr fes plaifirs font aprouvez
par un refte de prétieufes échapées à la
I ii
102 LE MERCURE
jufte perfecution de Moliere . On n'ignore
pas qu'à prefent les Spectacles font infectez
de Critiques profés , qui voudroient que le
Parterre n'ofat pas fe réjouir fans leur permiffion
; tfprits qui ne refpectent que leurs
fentimens ténaces, & tellement devoucz au
prejugé, que fi l'un n'entend pas chanter fa
chere Actrice , que l'on fçait être pour lui
d'un prix exorbitant ;& fi l'autre ne voit pas
dançer fon entrée favorite , auffi tôt ces petits
inconftans tournent cafaque à l'Opera,
& vont combatre aux bonnes tables pour
les interêts de la Comedie . Que Momus
leur faffe Mifericorde !
PROLOGUE.
.
LeHebe acte Deffe invite l'aimable
E Theatre reprefente les jar ins
jeuneffe foumise à fes loix , à profiter des
douceurs d'un azile agreable .
Ici le plaifirfeul exerce fon pouvoir :
Riez , dancez , chantez fans ceße :
C'est là vôtre devoir ,
Agreable jeuneffe.
Tandis que la fuite d'Hebé obéit à des
confeils fi flateurs , le Temps arrive , ſuivi
des chagrins & des inquietudes , ennemis irreconciliables
de la beauté . Pourfuivons
dit- il , la jeuneſſe.
>
Chaßons les ris errans fous ces ombrages
Otons à la beauté leur utile fecours ;
Le plaifirfcait du Temps arrêter lesravages,
D'OCTOBRE 103
ن
Pourfuivons lajeuneffe , & troublonsfes beaux

jours .
C'eſt là que M. Pécourt fi varié &
fi ingenieux dans fes compofitions , a peint
à nos yeux par un Ballet Moral , la legereté
de la jeuneffe qui recommençant fes jeux,
autant de fois que la fuitte du Temps les
interrompt , nous exprime fon caractere
toûjours prêt d'oublier les chagrins , dés
qu'ils difparoiffent. Le Tems & fa trifte
fuite font chaffez par l'Amour , Venus , &
Bachus qui rappellent la Jeuneffe éfarouchée,
& s'uniffent pour la rendre heureufe.
Pour le bien des mortels fur le char de Venus
Aujourd'huy l'amour voyage
Affis auprés de Bachus.
6Venus. 3
Soupirez , reverezle Dieu qui vous engage ,
Soupire nuit & jour
Jeunes coeurs , les foûpirs font l'encens de
l'amour :
Qu'il eft doux de lui rendre hommage !
Enfuite , elle ordonne aux jeux de retracer
la gloire de fon fils.
Plaifirs,faites briller vos charmes .
Qu'un Spectacle galand nous montre dans ce
jour a
Tous les âges foumis au pouvoir de l'amour.
Le Prologue finit par l'union parfaite de
la fuite de Venus & de celle de Bachus.
I iiij
20.4
LE MERCURE
Chantons Bachus fous l'ormeau
Chantons l'amourfous la treille.
LA JEUNESSE
ou
L'AMOUR INGEN U.
Premierè Entrée.
Scene
Eandre , amant de Florife , trés jeune
perfonne , s'eft déguifé fous les habits
d'Artemife , gouvernante incommode de
l'objet de fes voeux, pour tâcher de lui parler
dans les bals champêtres de la Foire de Be-
Zons. Il y arrive avec fon valet Zerbin auſſi
déguilé , qui est étonné de voir fon maître
fi entêté d'un enfant, Ecoutés, lui répond
Leandre.
Florife ne fcait pas encore
Le prix de fes attraits ;
Unjeune objet paré de charmes qu'il ignore,
Nen eft que plus für de fes traits.
Vous êtes donc aimé , lui dit Zerbin.
Leandre .
Helas , j'ignore même
Si l'on connoît que j'aime !
Mais j'efpere parler à Florife , fous cet
habit que j'ai fait faire d'aprés celui de fa
Gouvernante , & profiter de la confufion
du bal.
Le trouble charmant qui s'aprête
D'OCTOBRE .
105
Annonce à mon coeur mille attraits ;
Dans le defordre d'une fête
L'amour ne s'égare jamais.
On vient , retirez - vous fous ce feuillage
épais.
Scene II
gou- Florife accompagnée d'Artemife fa
vernante, effuye la Morale , & les éloges
qu'elle fe donne à elle- même , fuivant l'ufage
des Prudes qui ne manquent jamais de
mêler dans la Satyre qu'ils font des autres ,
une petite digreffion fur leur propre merite.
Scene III.
Artemife fort du Theatre , & apelle Florife
qui la fuit lentement : Leandre qui les
épioit , charge fon valet d'aller cajoler la
vieille gouvernante ,tandis qu'il va recevoir
Florife , Zerbin le quitte & fuit Artemife,
en s'écriant.
O , l'agreable employ !
Leandre arrête Florife aprés s'être maſqué
,
Scene IV .
Cette Scene ne peut s'extraire ; il faut la
fire , pour y reconnoître le tableau d'un
jeune coeur à qui fon fecret échape , fans
qu'il s'en aperçoive , & la naïveté d'une
106 LE MERCURE
premiere paffion dans l'âge de l'innocence
& de la fimplicité .
Scene V.
Artemife revient avec Zerbin, & furprend
Leandre baifant la main de Florife qui eft
fort étonnée de fa fituation : La gouvernante
veut trancher de la fevere ; mais , Zerbin
qui l'a attendrie, la démafque par des galanteris
ironiques , & la force de s'unir aux
interêts de fon maître , & de prefler fon
mariage avec Floriſe.
Scene VI.
Toute la Foire de Bezons fe remplit de
troupes de Mafques.
Jeunes coeurs , voulez- vousplaire ,
Cherchez le bal & fes attraits ;
C'est l'empire du miftere,
L'amour y répandfes bienfaite.
Icy , le masque eft plus fincere :
Qu'un Bal champêtre a de douceur ?
L'Etoile de Venus l'éclaire ;
Flore en fait l'ornement : Zephire lafraicheur.
Trop beureux , qui fur la fougere
Doit s'enflammer dans ce fimple féjour !
Le lieu qui voit naître l'amour ,
Formefouvent fon caractere.
Un petit bateau galament orné , amene,
ane Troupe choifie de mafques qui dan- .
cent un pas de trois univerfellement applau
D'OCTOBRE
107
di, Les Prôneurs zelez & fatiguans du pas
de deux , en ont fangloté.
L'AGE VIRIL.
оц
L'AMOUR COQUET.
Seconde Entrée .
Scene I.
E de Lucinde jeune veure coquette ,
Råfte , homme de plaifir , amoureux
eft allé paller l'Autonne avec elle dans fon
Château en Champagne. Il rencontre , en
fe promenant dans une avenue , Damon
petit-maître en habit de voyage , & lui dit.
Eb, que viens tu chercher dans ces climats
charmans ,
Toy que chaque beauté pour un inftant engage
?..
Eft-ce dans des Hameaux , féjour des vrais
amans ,
Que l'on doit trouver un volage ?
Damon.
Pour moy , je ne fuis point furpris
De te voir habitant de ces coteaux cheris.
Erafte.
Je varie en ces lieux les plaifirs que nous.
donne
to: LE MERCURE
Un agreable Autonne ;
Je ne me trouve point de momens fuperflus.
Tout mon temps fe pariage
Entre les Amours & Bachus :
J'aime , lorfque je vois la beauté qui m'en
gage ;
Je bois quand je ne la vois plus .
Dans la fuite de cette converfation
Erafte apprend à Damon qu'il cft amoureux
& aimé d'une beauté fidelle ; tu en ris, lui
dit - il.
Damon.
Une beauté conftante
N'eft pasfaite pour un bûveur.
Erafte.
Eh, qui m'apprendra donc l'art de fixer les
belles
Damon.
Moy , je n'ai jamais rencontre
D'inconftantes ny de cruelles ;
J'attendris les coeurs à mongré ,
J'ay corrigé mille coquettes....
Enfin , aprés quelques attaques de plaifanterie
qu'ils fe donnent l'un à l'autre ,
ils découvrent qu'ils en veulent tous les
deux à Lucinde qui a flatté Damon de
quelque efperance , avant d'écouter Erafte.
Damon fe tire d'affaire , en vray petitmaître
, & dit à Erafte , en parlant de Lucinde.
D'OCTOBRE. 109
Que je tefcay bon gré d'avoir fcû l'enflamer,
C'eft me tirer d'un embarras extrême !
Scene II.
Lucinde arrive & n'eft qu'un peu décon
certée de les trouver enſemble : Elle reçoit
Damon , en femine que la coquetterie a
renduë maîtreffe des fes mouvemens , &
Damon lui répond en homme à bonnes
fortunes que la vanité feule infpire ; Erafte
feint de ne fentir que de ces dépits railleurs ,
qui prennent la place de la colere & du défefpoir
, dans les coeurs revenus des paffions
romanefques.
Scene III.
Erafte refte feul avec Lucinde , & lui reproche
legerement fa coquetterie ; elle fe
défend avec plus d'efprit que d'amour , &
lui reproche à lui-même le partage qu'il
fait de fon tems entr'elle & la table.
Erafte.
C'est pour affermir ma conftance ,
Que j'emprunte dans votre abfence
Le fecours d'un aimable jus :
Mais , les Amans des autres Belles .
Donnent fouvent à des ardeurs nouvelles ,
Le temps que mon amour abandonne à Bas
chus,
Dans le moment qu'ils font prêts à fe ra110
LE MERCURE
commoder, on entend une fimphonie champêtre.
Erafte furpris, demande ce que c'eft;
Lucinde lui répond tranquillement , que
c'eft une Fête que lui prépare le riche Cleon
qui s'eft avisé de l'aimer : Erafte fe fàche
férieufement , veut rompre avec elle , &
aprés ce grand éclat , s'appaife fans qu'elle
fe juftifie ; foibleffe ordinaire aux Amans
qu'une coquette défarme avec un ſouris .
Scene IV.
Cleon fuivi du Bailly & autres Habitans
du Village , amene une troupe de Vendangeurs
, & donne une Fête ruftique à
Lucinde qui va s'alleoir avec Erafte , &
ne paye pas feulement d'un regard les foins
du riche Cleon . Ces Cleons là font ſujets
à donner des Bals qui fervent de rendezvous
à leurs Rivaux. Erafte content de Lucinde
, chante un air qui fait le parallele
du vin de Champagne & de l'Amour .
C'est dans ce fortuné séjour
Qu'avec tous ces attraits on voit briller la
treille ;
Jamais fur ces côteaux un buveur ne fommeille
Bachus dans ces climats a le feu de l'Amour;
Il n'est point de coeur qu'il n'éveille .
Tout le goût de M. Thevenart , trop
connu pour être préconifé , brille dans
fa maniere de débiter certe Chanfon ; &
D'OCTOBRE. ་་་
on peut avancer que les rolles de cette Entrée
ne pouvoient être mieux diſtribuez ni
mieux remplis.
LA
VIEILLESSE
ou
L'AMOUR JOUE.
Troifiéme Entrée .
Lde Padoué , préparez pour donner une
E Théatre reprefente des Jardins prés
Fête galante.
Scene I.
Silvanire , fil'e d'un noble Vénitien ,
aimée de Valere Seigneur Polonois , &
promife par fon pere au vieux Argant Gentilhomme
de campagne François , rifque
un ftratagême pour dégoûter fon antique
Amant de fon mariage : Elle fe déguiſe en
Cavalier Polonois , & avec le fecours de
- Merlin , valet de fon pere , elle s'introduit
dans les Jardins où on l'attend pour
lui donner une Fête . Merlin lui demande
envain raiſon de fon déguiſement & de fon
deffein .
Silvanire.
ignore.l'avanture Non non , Valere même ignore l'avanture
Que j'ofe rifquer en ce jour :
Laiße-moy ; ne fuis plus mes pas dans ce
Séjour
1
112 LE MERCURE
Pour témoin d'un projet dont la raifon mure
mure ,
Ceft affez de l'amour .
Mais lui a-t'il dit auparavant .
Mais , avez- vous prévû tous les hazards
fâcheux ?
Silvanire-
Sans les examiner,je les crois favorables :
Les projets les moins raifonables
Sont quelquefois les plus heureux .

L'Auteur femble avoir prévû dans ces
vers l'objection que quelques gens pourroient
lui faire fur le traveftiffement de
Silvanire , & avoir prétendu y répondre.
Je n'entrerai point dans l'examen de cette
critique ; je crois que les graces que Mile .
Antier a dans ce déguiſement Polonois, en
font une apologie fuffifante .
Scene II.
C'est un monologue de Silvanire qui
fait également triompher fa voix & fon action
.
Scene III.
Argant arrive, & Silvanire feignant d'être
un des Amans mécontens de fon mariage
, intimide & trouble fon amoureux
campagnard ,, ppaarr des emportemens quilui
font entendre que Silvanire aime & eft aimée
, & qu'il afpire vainement à l'époufer,
D'OCTOBRE 113
fer. Cette Scene eft comique & finement
executée par Argant , qui par la gradation,
de fes mouvemens , exprime les pensées
tumultueufes que font naître dans fon ef
prit les équivoques malignes de Silvanire.
Scene IV.
Valere vient chercher Argant , dans le
deffein de le forcer à lui ceder Silvanire ;
il l'attaque & le preffe de fe deffendre :
Silvanire allarmée , l'arrête ; Valere la reconnoît
& apprend d'elle que c'eft pour fa
conferver à lui, qu'elle a tenté ce déguifement
qui l'étonne. Argant les voyant s'embraffer,
& n'ayant pas eu lieu de reconoître
encore , Silvanire par fes difcours , admire
leur union , & dit ,
Voila deux Rivanx bien d'accord.
Scene V.
Fabio pere de Silvanire , paroît comptang
de fe bien divertir avec fon gendre prétendu
, qui le reçoit fort mal & lui dit nettement
qu'il ne veut plus fe marier.
Fabio
Explique - moy du moins qui caufe ce courroux
?
Argant montrant Silvanire & Valere.
Pour vous en informer , lun des deux peut
Suffire.
K
114
MERCURE LE
Adieu , je les laiffe avec vous s
Tous deux bien mieux que moy , connoißent
Silvanire .
Scene VI.
Fabio rebuté des brufqueries d'Argant,
fo me la réfolution de ne lui, plus donner fa
fille Silvanire l'en remercie ; Valere avance
, & Merlin même fe mêle de donner
des confeils à ce pere étonné.
;
Il faut d'un coeur qui soupire
Excufer les mouvemens ;
Un projet que l'amour infpire ,
Paroît toujoursfage aux Amans.
Fabio contraint la fituation préfente
par
de confentir au mariage de Valere & de fa
fille , dit
Ilfaut que pour vos feux enfin je me déclare;
Il faut que l'Himen répare
Les fautes que fait l'Amour.
Valere promet à l'Ordonnateur de la Fête
préparée pour Argant , de le recompenfer
de fes foins , & ordonne qu'on l'acheve
pour Silvanire .
Scene derniere .
Le triomphe de la Folie fur tous les âges.
La Ferme s'ouvre , & le Théatre reprefente
au fonds un Amphitheatre de verD'OCTOBRE
115
dure orné de fleurs & de Girandoles , occupé
par les âges & les fujets favoris de la
Folie. Son Trône ifolé & caracteriſe , eſt
placé au milieu Elle y eft gardée par fes
Mataffins & environnée par Arlequin ,
Polichinel & autres perfonnages comiques.
Ce
divertiffement eft rempli de dançes
d'Arlequin , Arlequine & Polichinel , toûjours
amulantes & toûjours inimitables.
M. Muraire y chante un air Itafien
, où il dévelope toute la legereté & les
graces de fon gofier , qu'il fait admirer plus
d'une fois dans les differentes Entrées que
je viens d'extraire.
L
薯紙紙: 默: 濃濃紙搭
La défolation des deux Comedies .
A folitude , qui regne depuis long-
Lems dans le Theatre François & dans
de Théatre Italien , jointe au bruit qui a`
couru , que quelques Acteurs de la Troupe
Italienne vouloient aller revoir leur
Patrie , a fourny aux fieurs Lelio & Dominique
, l'idée d'une petite Piece Françoife,
ornée de mulique & de dançes , qu'ils ont
intitulée la défolation des deux Comedies.
Le fuccés qu'elle a û jufqu'à prefent , lui
répond de la réuffice.
Le Théatre reprefente une Salle de Comedie
démeublée : Dans le fonds , l'on
voit un rideau à moitié levé , & qui laiffe
Kij
116 LE MERCURE
voir la muraille ; les côtez ou cantonades
ne font garnis que de fimples chaffis , décorations
fans toilles ; & des gagiftes avec
des échelles , paroiffent prêts à défaire ce
qui refte dans cette Salle.
Trivelin s'avance & recite un monologue
en vers , dans lequel il décrit le trifte
état où la Troupe fe trouve. Sylvia vient &
lui reproche de ce qu'il adreffe fes plaintes
aux échos , au lieu de venir encourager fes
camarades à reſter , ou à prendre une ré
folution qui leur foit profitable : Dans le
même tems , les Violons jouent une mar◄
che trifte & languiffante , & l'on voit arriver
tous les Comediens deux à deux, l'air
abbatu , & fe ranger enfuitte fur le bord
du Théatre . Là , on tient Confeil , & chacun
dit fon avis & fa dernière réfolution :
Lelio qui n'a pas perdu tout efpoir de ra
mener le public , fait des reproches à fa
femme fur la réfolution qu'elle a prife de
s'en retourner en Italie ; mais , elle per
fifte dans fon deffein , & les quitte . Lelio
voyant que quelques - uns de fes camarades
font de fon avis , les emmene avec lui
pour tâcher de mettre fa femme à la raifon.
A peine font- ils fortis , que la Muſe de la
Comedie Françoife vient voir celle de la
Comedie Italienne : Ces deux Dames fe
font beaucoup de civilitez & de complimens
fur leur mauvaiſe fanté , & fur la
difette de Spectateurs qu'elles éprouvent
D'OCTOBRE, 117

·
depuis long- tems , malgré la bonté , la
beauté & la magnificence de leurs Jeux &
de leurs Spectacles : Elles font interrompuës
par la Mufe de la Foire ( l'on peut
l'appeller ainfi qui vient pareillement
faire fes adieux à la Comedie Italienne , fur
l'avis qu'elle a eu de fon départ. Cette dixiéme
Mufe du bas Parnaffe donne ( moitié
en Vaudevilles & moitié en Profe ) des
avis à l'une & à l'autre Mufe , qu'elle a
la témerité d'appeller fes foeurs. La Muſe
Françoife lui répond en vers heroïques , &
par une Parodie de Phedre , dans laquelle
elle excite la Mufe Italienne à fe joindre à
elle pour le venger de cet ennemi commun
qui a l'infolence de les braver encore.
Mais , comme elle ne peut parler que fon
langage ordinaire , & que les baffes plaifanteries
font communément fon appanage ,
elle oblige fes deux ennemies de lui ceder
la place : Elle fe felicite de fa victoire , &
fait part de fa joye à fon coufin l'Opera
qu'elle voit arriver : Ces deux bons amis fe
font mutuellement des complimens ; l'Opera
promet fa protection à fa coufine la
Foire , & celle cy promet à l'Opera de lui
augmenter la penfion . C'eft affûrement une
chofe des plus comiques , que de voir l'Opera
ne parler qu'en chantant, la Foire en
Vaudevilles , & la Comedie Françoiſe en
déclamant des vers Alexandrins . Une Symphonie
gaye annonce l'arrivée des fuivans
1189
LE MERCURE
de la Foire , qui viennent prendre part à la
joye de leur maîtreffe : Ces fuivans qui font
un Arlequin , une Arlequine & un Scaramouche
, un
Polichinelle & une Dame
Ragonde , danſent une Chaconne ; aprés
quoy , l'on chante le Vaudeville fur le départ
de la Comedie Italienne , dont voicy
les principaux couplets , & dont on trouvera
l'air noté dans la Chanfon de ce mois .
Couplets.
Nôtre fortune eft certaine :
La Foire déformais à Paris brille,
La Troupe Italienne
Faridondaine & lon la ;
La Troupe Italienne
Faridondaine partita.
橄案
L'Opera.
Sur les rives de la Seine
L'on verra triompher la Foire & l'Opera.
La Troupe Italienne
Faridondaine & lon la ;
La Troupe Italienne
Faridondaine & c.
The th
La Foire,
A Dieu , Dame Melpomene ,
Cedés , cedés la place au Comique Opera.
La Troupe Italienne
Faridondaine & c .
D'OCTOBRE. 119
Aprés ces Couplets , Arlequin de la
Comedie Italienne, vient chanter,
Ne faites pas tant la vaine ,
Le public , malgré veus , me favorilera ,
La Troupe Italienne
Faridondaine & lon la ;
La Troupe Italienne
Faridondaine restera .
Enfuite , il chaffe l'Opera & la Foire
les reconduit à coups de lattes , & vient
au Parterre chanter le dernier couplet.
Rendez ma gloire certaine ,
Meffieurs , repetez -tous , pour braver l'Opera ,
La Troupe Italienne
Faridondaine & lon la ;
La Troupe Italienne
Faridondaine restera.
Ce qui eft fi bien reçû du Parterre , que
tout le monde repete en s'en allant се
dernier couplet.
L'amour , Maître de Langue.
Le
>
Es Comediens Italiens reprefenterent
le Dimanche 18. Septembre , une piece
nouvelle en trois actes, intitulée Amour
maître de langue , précedée d'un Prologue
qui a pour titre la Mode : Le tout en François
, excepté quelques Scenes de jeu qui
lont en Italien .
Le Prologue eft une peinture du pouvir
ablolu de la Mode , que l'Auteur a perfon120
LE MERCURE
nifiée & logée dans la Grand'Salle du Palais.
Là , differentes perfonnes viennent
implorer fon fecours , & lui demander cette
réputation brillante qui dépend de fon caprice
, & que le hazard donne plus fouvent
que le merite. Les Comediens Italiens vont
à leur tour fuplier la Mode de leur accorder
fa protection . N'ont ils point mal pris leur
temps pour lui faire cette priere ? L'Autonne
& les vacances ne font gueres propres
, pour mettre un Theatre en vogue .
La piece eft une intrigue fort fimple , &
le fonds du fujet eft tiré d'un Roman eftimé
. Qui n'a pas lû Zaïde , & qui ne l'a
pas applaudie ? On a jugé que les amours
de Gonfalve devoient produire une jolie ſituation
au Theatre , & l'on ne s'eft point
trompé .
pro-
La Marquise de Floras , aimable & jeune
Veuve Provençale , qn'une fucceffion
avoit attirée à Strasbourg , y voit à la
menade un jeune Etranger qui lui plaît :
Elle fait la même impreflion fur fon coeur .
L'Amour les deftine l'un pour l'autre , fans
l'aveu du fort qui les fépare dés qu'ils fe font
vûs. La Marquife eft rapellée en France par
fes affaires , fans avoir pû découvrir le nom
de fon cher Etranger ; elle a feulement découvert
qu'il eft Italien & de Florence. L'Etranger
n'a pas été plus heureux ; il retourne
en Italie , plein d'une tendreffe qui lui
infpire le deffein d'apprendre la fangue
Françoife
D'OCTOBRE. 12)
Françoife , dans l'intention de revenir chercher
en France l'objet qui l'a charmé , dont
il ignore le nom & la naiflance , & dont
il connoît feulement la patrie , La Marqui
fe forme en même tems le projet de s'inf
truire dans la langue Italienne , elle y fait
des progrès rapides ; l'Amour abrege fes
leçons , & la met bien- tôt en état d'expliquer
en Italien tout ce qu'il lui infpire : Im
patiente de revoir fon aimable Etranger , -
elle part d'Aix , & fe rend à Toulon , pour
de là paffer à Livourne , dans le temps que
Lelio Marquis de Rofetti , qui eft fon cher
inconnu, y eft arrivé depuis huit jours, &
a retenu une Barque pour aller chercher
à Marseille ce qu'il n'a pû trouver à Toulon.
Le Chevalier d'Egrefignac gafcon ,
attentif aux allures de la veuve, & Amant
fecret de fon Marquifat , a pénétré à Aix
une partie de fes deffeins , & s'eft rendu incognito
à Toulon , pour empêcherla Marquife
de Floras d'aller en Italie . Il tâche de
gagner Zerbine fa fuivante qui entre aifément
dans fes interêts , parce qu'ils font
mêlez avec les fiens . Elle eft devenue amou
rcufe d'Arlequin valet de Lelio , qu'elle a
vû fe promener fur le port de Toulon : Arlequin
a reffenti en la voyant , la paffion qu'il
faifoit naître chez elle. La même étoille domine
les maîtres & les valets. Arlequin Italien
& Zerbine Françoife ne s'entendent
pas & par la fourberie de Trivelin valet de
Octobre 1718 L
122 LE MERCURE
Lelio , & Rival d'Arlequin , ils fe croyent
plus à plaindre qu'ils ne font: Enfin Zerbine
, pour arrêter fa maîtreffe à Toulon ,
luy confeille d'aller voir une devinerefle
dont elle vante la capacité , pour fçavoir
des nouvelles de fon cher Italien dont elle
eft plus proche qu'elle ne penfe . La Marquife
s'en défend foiblement , & ſe réfout
d'y aller , fans en rien dire à Zerbine , qui
charmée du fuccés de fon impoſture , va
s'habiller en devinereffe;& par un feint enchantement
, annonce à la Marquife qu'elle
apprendra fur le port de Toulon même , la
deftinée de l'objet qu'elle aime . Cette reponſe
a été concertée avec le Chevalier d'Egrefignac
qui a auffi préparé une petite fable
,pour faire croire à la Marquife que fon
Amant eft mort de la pefte. Lelio prêt à
s'embarquer pour Marſeille , rencontre le
Chevalier d'Egrefignac , qui ne le connoiffant
pas pour fon Rival , l'arrête & le prie
d'affûrer à une Dame qu'il a interêt de retenir
en France , que la pefte eft à Livourne.
Lelio le lui promet , aprés avoir bien refifté à
fes inftances ; & enfin , conduit par Scapin
valet du Chevalier d'Egrefignac , il aborde
la Marquife qu'il reconnoit & dont il eft reconnu
, dans le moment que fe défiant des
prédictions de la Devinereffe , elle fe difpofoit
à partir pour Livourne. Ces Amans en
l'abordant , le fervent des langues que l'Amourleur
a fait aprendre ; & preffèz de l'éD'OCTOBRË
.
123
poufer par Zerbine qui tourne cafaque au
gafcon , dés qu'elle apprend
qu'Arlequin
qu'elle aime , eft valet de Lelio , ils conviennent
de s'unir enfemble. Le Chevalier
d'Egrefignac arrive dans cet inftant , & fe
trouve bien confus , quand il voit que lui
feul eft la dupe de fes artifices . Cadidis
dit- il en s'allant , il n'y avoit que L'amour
quiput duper un Gafcon.
E les Comédiens François repre-
Lfenterent avec succés pour lapremiere fois,
l'Ecole des Amans , Comédie en vers & en
trois Actes M. Jolly qui en eft l'Auteur,
a détrempé le plus grand nombre des Partifans
de la Foire ; qu'on ne pouvoit plus divertir
prefentement le Public qu'à force de
pointes , de plaifanteries & d'équivoques. Ces
Meffieurs, depuis la reprefentation de l'Ecole
des Amans , font revenus pour la plupart
de ce préjugé fi fatal au bon goût , & au
progrés de la veritable Comédie : Ils conviennent
même à prefent , que fi les Auteurs
du tems avoient affez de talens , pour orner
la Scene Françoife des pieces de ce caractere,
les Spectacles de la Foire feroient bientôt deferts
ou peu frequente . Mais , il faut l'avouer
, les Comédiens Francois n'ont
été bûreux depuis quelques années en pièces
pas
de Théatre , c'est la raison pour la
Lij
124 LE MERCURE.
quelle on aimoit autant rifquer les Vaudevilles
de Cp ra Comique , que d'entendre
chez les François , des piéces peu intere-
Bantes , fi elles étoient nouvelles ; ou ufées ,
fi elles étoient anciennes . ... Je reviens à
l'analyse de nôtre Comédie en question.
L n'y a gueres û au Théatre,de fujet plus
fimple que celui de l'Ecole des Amans.
L'Auteur fuppofe que Lucile & Valere, qui
font les noms des Amans épris de la plus
forte paffion , fe retirent de la Campagne
dans le Château d'un de leurs amis
qui lesy accompagne ; Cet ami qui s'appelle
Erafte , ayant été obligé d'aller à Paris
à caufe d'un Procez, revient quatre jours
aprés , & commence la premiere ſcene,
avec Scapin fon Valet à qui il rend compte
de l'avanture de ces Amans.
renfermer ;
Tous deux d'un fort amour également épris,
Formerent le deffein d'abandonner Paris ,
Et d'aller dans un lieu folitaire & tranquille,
De l'amour, difoient ils , le veritable azile,
Gouter le feul plaifir de ſe voir, de s'aimer ,
D'y borner tous leurs voeux & des'y
Comptant que l'on pouvoit fans defirs , fans envie
Employer à s'aimer tout le tems de fa vie.
Je fus le confident de ce projet nouveau ,
Et comme ami commun , leur offris mon Château ;
J'accompagnai leurs pas , applaudiffant fans peine
Cette idée, ou plûtôt cette chimere vaine ;
Et fidéle témoin de ces rares amours,
Je n'ay quitté ces lieux quedepuis quatre jours,
D'OCTOBRE. 125
Font prêt à terminer une importante affaire ,
Ton retour me ramzine.
la La raifon de ces derniers vers , eft que
Valet d'Erafte avoit accompagné Geronte ,
le Tuteur de Lucile , qui étoit allé en Baffe
Normandie pour y terminer les Procez de fa
Pupile, & qui y êtant morte, la laifſoit maîtreffe
d'elle- même.
Erafte fort du Théatre pour aller rendre
compte à Lucile de la mort de fon Tuteur;
mais il ne la trouve point ; elle étoit fortie
pour s'aller promener auffibien que Valere.
Dans le moment qu'ils reviennent par deux
differens côtez , ils fe rencontrent l'un &
l'autre,& font une ſcene enfemble, où l'ennui
qu'ils reffentent , eft marqué de même
que leur embarras : Ils parlent de chofes
differentes , & l'amour ne fait point du
tout le fujet de leur converfation ; ils fe feparent.
Valere refte un moment fur la Scene
, & finit le premier Acte par ces deux
Vers.
Le tems preffe : Sortons & renons au plutôt
Pour nous tirer d'ici les mesures qu'il faut.
Dans le deuxième Acte , Lucile avec Lifette
fa Suivante , s'applaudit fort de l'état
où elle fe trouve par la mort de fon Tuteur
qui la rend maîtreffe d'elle- même. Liſette
fui répond qu'il n'y a pas longtems qu'elle
préferoit l'amour à tout , & Lucile avoüe
qu'elle a crû qu'il n'y avoit point d'autre
monde. Liij
126
LE MERCURE
,
Il le faut avouer ; l'amour en foi affemble
Le plus parfait bonheur, les plus charmans plaifirs ,
Et re plt de nos coeurs les pius vaftes defirs :
Oui , lui feui nous fuffit , & nôtreame charmée,
Préf re la douceur d'aimer & d'être aimée ,
A tout ce qu'à fon gré , favorable aux humains,
La fortune ici bas prodigue à pleines mains :
De ce te i lufion la puiffance eft fi forte ,
Et par tint de moyens nous flatte & nous tranfporte,
Qu'elle ne permet pas de penfer autrement .
Lifette trouve cet éloge fort beau , & lui
demande la raifon de fon changement.
Lucile.
Ce changement n'eft pas difficile à comprendre.
Quoi vivre tête à tête , & le voir tous les jours ;
N'entendre , ne tenir que les mêmes difcours,
Ignorer tout le monde,
Lifette .
Et s'en voir ignorée :
Lucile.
Etre dans un Château fans ceffe retirée ,
Donner à fe paier & fon tems & fes foins ,
Lifette .
Et n'avoir tout au plus que deux yeux pour témoins,
Ou quelque oifeau perché furune paliflade,
Lucile .
Et fe trouver enfin feule à la promenade ,
N'eft- ce pas un plaifir infipide , ennuyeux?
Aprés quelques Vers qui terminent cette
D'OCTOBRE.: 127
#
Scene , Erafte vient & demande à Lucile,
fi elle aime toujours Valere . Lucile lui déclare
ingenuement qu'elle ne l'aime plus ,
& le prie en même tems de fçavoir les fentimens
de fon ami ; elle fe retire , afin de les
laiffer en liberté.
Eraſte , Liſette & Scapin retent un mament
fur la Scene ; & c'est là où Erafte qui
a appris que Lucile n'aime plus Valere , engage
Lifette à parler pourlui à fa maîtreffe;
Lifette le lui promet , & elle s'en va ayec
Scapin.
Valere entre , & embraffe fon ami qu'il
n'a point vû depuis quatre jours ; fon chagrin
eft peint fur fonvifage ; Erafte lui dit .
Du trouble où je te vois , au moins duns ce fejour ,
Je ne puis accufer que Lucile ou l'amour .
Valere.
Je ne dois,ni ne puis me plaindre de Lucile ;
Mais il faut l'avouer , l'homme eft bien imbecile ,
Lorfqu'il croit à fon gré régler fes fentimens ,
Lai , dont le coeur rempli de divers mouvemens
Suit un jour une idée , enfuite la rejette ,
Varie inceffamment dans tout ce qu'il projette ;
Foible , injufte , jaloux , tout lui plaît en autrui ,
N'aime , n'eftime rien de ce qu'il a chez lui ,
Prend toujours le parti lé plus déraisonnable,
Et n'eftjamais deux jours à foi même femblable.
Erafte.
Ce difcours philofophe & ceton ferieux ,
font ,qu'à peine j'en crois aurapport de mesyeux.
Liij
128 LE MERCURE,
Ne me trompai- je point ? Eft ce bien toi , Valere
Valere .
Que P'erreur des Amans eft ftupide & groffiere !
Egarez , tranfportez dans les premiers momens .
Ils font , fans y penfer , mil indifcrets fermens
Tout leur paroît facile ; & leur ame charmée ,
S'engage , & promet tout à la perfonne aimée,
De tous leurs entretiens l'ordinaire difcours
Confifte à fe jurer qu'ils aimeront toujours ;
Que les plus beaux objets , les fortunes brillantes
N'ébranleront jamais des ardeurs fi conflantes ,
Et qu'ils les porteront juſque dans le tombeau .
L'amour eft un tranfport qui trouble le cerveau ;
C'eft une fiévre ardente , un violent délire ,
Un air empoisonné que la raifon refpire ,
Dont tout homme fenfé devroit fe garantir.
Dans cet endroit , Erafte paroît étonné s
Valere ajoûte à ces reflexions , un portrait
charmant de Lucile qui fait croire à Erafte
qu'il eft plus amoureux que jamais ; Valere
le defabufe.
Valere.
Tu te trompes,
Erafte .
Comment ?
Valere .
A parler fans détour ,
Jel'eftime beaucoup ; mais je n'ay plus d'amour
D'OCTOBRE.
Erafte.
Je ne m'étonne plus , fi d'un ftile énergique
Tu peignois des amans le deffein chimerique.
Valere fait ici la defcription de fon deffein
chimerique , & dit après quelques vers qui
précedent ceux- ci ;
Cher ami , l'erreur eft fans feconde ,
Lorfqu'on croit que l'amour fans les autres plaifirs
Peut feul nous fatisfaire & remplir nos defirs.
Je ne puis le nier ; Lucile eft adorable ,
Même , fi tu le veux ; elle eft incomparable :
Mais je puis en tout tems la voir & lui parler ,
Ni Rivaux , ni Tuteur ne viennent me troubler.
Dans un fi trifte état l'amour perd tous les charmes,
C'eſt un Dieu de tumulte & de trouble & d'allarmes,
Il faut pour l'arrêter , manquer au rendez- vous ,
Etrefans ceffe en proie à des foupçons jaloux ,
Que le dépit nous chaffe & l'efpoir nous rameine
Qu'un monde de Rivaux nous traverſe & nous gêne
Sans quoi l'amour languit, & prêt à s'envoler,
Ne connoît plus la voix qui veut le rappeler.
.
Cette Scene finit par Valere qui apprend
que Lucile a ceffé daimer ; la bonne opinion
qu'il a de lui , lui fait croire que Lucile
fe trompe ; & malgré tout ce que lui
dit Erafte , il ne veut point le croire , & le
prie de vouloir bien fe charger d'une lettre,
pour la rendre à Lucile ; ce qu'il accepte ,
& c'est ce qui finit le ſecond Acte .
Le troisième Acte commence par Scapin
feul , qui fait des reflexions fur fa fituation
prefente, attendu que Geronte en mourant
lui a laiffé mille écus.
130
LE MERCURE
Lifette vient le trouver dans ce moment ;
il fe paffe entr'eux une Scene affez vive, qui
cft fuivie de l'arrivée de Lucile, que Lifette.
& Scapin determinent à époufer Erafte au
lieu de Valere Lucile fort du Théatre pour
aller chercher une lettre qu'elle a écrite à
Valere, & qu'elle a oubliée dans fon appar
tement ; elle ordonne à Lifette de lui envoyer
Erafte à qui elle veut parler .
Un moment aprés, Erafte entre , & Liſette
le renvoye à Lucile.
Lifette & Scapin font une Scene enſemble
, où Scapin qui doit l'époufer, lui propofe
d'être fon Amant , quoique mari ; ce
qui fait faire à Liſette un portrait naturel
du mariage
.
Valere & Erafte entrent fur la fcene: Valere
ne veut point croire que Lucile ait ceffé de
l'aimer ; & quoiqu'Erafte lui donne une lettre
de fa part , il la met dans fa poche fans
la lire ; fur quoi Lifette juftement indignée,
le defabufe & fe retire avec Scapin .
Le difcours de Lifette détermine Valere
à lire la lettre de Lucile qui lui déclare
qu'elle ne veut plus aimer : cet aveu
produit dans le moment un changement
& un vif retour d'amour dans Valere.
Dans cet inftant, Lucile . Lifette & Scapin
entrent fur la Scene ; le tranfport amoureux
de Valere les étonne fort ; mais , malgré
la douleur dont il eſt accablé , Lucilë
perfifte dans le deffein qu'elle a formé de
D'OCTOBRE. 131
ne plus aimer , & offre fa main à Erafte ,
pour punir Valere de fa préfomption : Valere
outré de defefpoir , fort du Théatre , Lucile
, Erafte , Lifette & Scapin reſtent un
moment , & fongent à retourner à Paris .
Lifette finit la piece par ces vers.
Sur lesplus beaux projets d'amour & de conftance ,
On fe trompe tré fort , & bien plus qu'on ne peufe.
Amans, pour vous guerir de vos opinions
Venez nous confulter & prendre des leçons.
C'Eft
de
Eft ici naturellement la place rap.
porter une Ode du même Auteur
adreffée à Mlle. Defmares qu'il remercie
apparemment de ce qu'elle a bien voulu jouer
le role de Suivante dans fa piece. Il me pa
roit ,fuivant cette regle , qu'il doit revenir
une autre Ode à M. Quinault , qui n'a
pas été moins applaudi dans le role de Valere:
Mais ne femble t'il pas plutôt , quec'eft
aux Acteurs & aux Altrices de remercier
en profe & en vers M. Jolly , pour les
avoir remis en honneur & en profit dans le
monde.
A Mademoiselle Defmares.
ODE.
UNique ornement de la Scene ,
A Thalie & Me'ponene
Out fait des dons fi précieux ;
Delmares , ma recondoiffance
732
LE MERCURE
Ne peut plus garder le filence ;
Elle va paroître à tes yeux.
Puifque c'eft elle qui m'infpire
Quoique j'aye beaucoup à dire ,
J'ofe me fater du ſuccés :
Mais , je ne veux dans cet Ouvrage ,
Employer que le feul langage
D'une ame fenfible aux bienfaits.
Revenez , Graces fugitives ,
Venez des couleurs les plus vives
Charger vous- mêmes mon pinceau ;
Que par vous ma main fecondée ,
Rempliffant une jufte idée ,
En fafle un fidele tableau .
Le
Que des Amateurs du Théatre ,
e grand nombre qui l'idolâtre
Le reconvoiffe à chaque trait ;
Qu'il l'applaudiffe , qu'il l'admire ;
Qu'il reflente tout ce qu'infpire
Unaffemblage & parfait.
Que l'Art imitant la Nature
Par une agréable impoſture ,
Y reprefente tes douleurs ;
Ton amour , ta haine , ta rage,
Et ton gracieux badinage ,
Qui raviffent les Spectateurs.
Sur tour , qu'en ces vers on apprenne
Que peu d'ames comme la tienne ,
Sçavent goûter le vrai bonheur 3%
D'OCTOBRE.
Et qu'au milieu de l'abondance ,
Les bienfaits que ta main diſpenſe
Sont les feuls qui flattent ton coeur,
Que vois-je ? mes voeux s'accompliffent,
Les Graces à l'envy finiffent
Ce que j'avois olé tenter ;
Elles poliffent mes pensées
Et même à te plaire empreffées ,
Elles vont teles prefenter.
Comme vous , elle eft immortelle ,
Déefles , rendez - vous prés d'elle ;
Partez , j'y confens ; mais du moins ,
Puifque vous aurez l'avantage
De lui préfenter vôtre hommage ,
Vantez lui mon zele & mes fons .
J
L'origine de la foffette du menton,
par M. D. L. C.
Adis Amour fut , aprés bien des larmes ,
L'Amant aimé d'un objet plein de charmes :
Mais , non content de ce titre fi doux ,
Il y joignit encore celuy d'Epoux.
Quelle imprudence ! Aux Amans d'ordinaire ,
Sans que l'Hymen íe mêle de l'affaire ,
Helas , on cefle aflez -tôt de s'aimer .
Or , il fallût comme on peut préfumer ,
Faire à Pfiché , ( c'eft le nom de la belle )
Un équipage , une cour d'immortelle
Pleine de jeux , de graces , & de ris ,
Train convenable à la bru de Cypris :
On manda donc Flore avec fes Compagnes ,
Nymphes des Bois , des Eaux , & des Campagnes;
>
134
LE MERCURE
Ce que la Terre a de jeux & d'amours ,
Tout fut fommé de venir au concours :
Pour en repandre encore mieux la nouvelle
Amour choifit un meflager femelle ,
Et par ainfi pas ne fut autre creux ;
Reduit fecret même d'amour heureux ,
Où ne fût bruit du mardement fuprême.
Le rendés-vous étoit Cythere même ;
Là , dans le fonds d'un bocage charmant ,
Azile propre au bonheur d'un Amant ,
Où tout fembloit annoncer la preſence
Du Dica qui tient les coeurs fous la puiſſance ;
Etoit un Temple où l'Amour adoré ,
Eft d'une oulle en tout temps imploré ;
Car , tout mortel à fon tour l'importune ,
Et , prudes même y viennent à la brune :
C'étoit-là , dis je , où tout le peuple alé
Vers le Printemps fe trouva raffemblé ;
Ils étoient tous un peu les du voyage ;
Car autrefois , ce n'étoit pas l'ulage
D'aller en pofte à la cité d'amours ;
C'étoit corvée , & traitte de long cours.
Lors , fur un char fait de rofes nouvelles ,
Qu'en fe baifant tiroient fix Tourterelles ,
L'Amour parutnon chalamment penché
Entre les bras de fa chere Pfiché ;
Leblond Hymen , tout fier de fa conquête ,
La torche en main , voltigeoit à la tête ,
Et mille Amours fo'âtrant autour d'eux ,
Entrelaffoient cent chiffres amoureux :
Chacun couroit audevant de fes traces ,
Lorique l'Amour appuyé fur les Graces ,
Sortit du char , déla fon bandeau ,
Et fit ranger chacun fous fon drapeau :
Qu'il fut furpris de voir dans fa milice
Gens hors d'état d'entrer encore en lice !
Plus d'une Nymphe au minois furanné ,
Plus d'un amour au tein bis & fanné ,
Bien en vit- il en équipage lefte ,
D'OCTOBRE.
135
!
Frais , & dodus . papillonnant de refte :
Plus d'une Grace an minois éveillé ,
Aux yeux fripons , au corfage taillé ,
Sur le deffin qui tervit de modelle
Or ce deflin , Venus l'a fait brûler ,
Pour des railons dont on n'ofe parler.
Que fit Amour en voyant ce mêlange ,
Si te mit-il à trier fa phalange ,
A mettte à part la fleur des bataillons ,
Dés qu'il trouvoit tels morceaux de Déeffe ,
Sur le menton l'Amour avec adreffe ,
Leur appliquoit fon petit doigt mignon ,
Dont en reftoit l'empreinte au compagnon :
C'étoit autant d'arrêtés á fes gages ,
Et chez Pfiché les uns étoient mis Pages ,
Ou Chambel'an , Majordome & Menin ;
Autant bt- il au troupeau feminin.
Pas ne croyés qu'il choifit la moins belle
Pour la placer auprés de fa femelle ;
Soubrette prife au choix d'un jeune Epoux ,
Ne menque pas des attraits les plus doux ;
Il acheva de decimer la trouppe ,
Dés qu'un tendron lui tombɔit fous la couppe ,
Qui meritât le petit coup de doit .
Ainfi , l'Amour au menton lui mettoit ,
Ce fceau divin de la beauté parfaite ,
Cette charmante & gentille foffette :
Tant eft qu'enfin, du nombre des élus ,
Les non-marqués fetrouverent exclus ;
Objet commun , ou Nymphe demi belle ,
Mife au rebut s'en retourna chez elle ;
Mais quel rebut? Qu'on pouvoit y glanner ?
Un honnête homme auroit pu s'y borner .
#36 LE MER CURE
$
S
TENUE DES ETATS
D U
PARNASSE
ALLEGORIE.
par M. de la feuille.
UR les befoins du Poëtique Empire
Le Dieu du PINDE affembla fes Etats :
Vous , leur dit - il , Mſes & Potentats
De l'Helicon , héritiers de ma lyre ,
Je fens tomber les lettres & les arts :
On ne voit plus , comme au temps des Cefars,
Gens de tout ordre aux rives d'Hypocrene ,
Nous invoquer : là pour falarier
De nobles dons leurs travaux & leur peine ,
A pleines mains je cueillois le Laurier.
Ce temps n'eft plus , on eft las de nous fuivre ,
Ne pourroit - on faire encore revivre
Un feu fi beau Seigneur , dit Eraton ,
Vous avez lû Jupiter le Tragique
De Lucian : quel'e ardeur petique ?
Vous le prenez fur le fublime ton :
En verité l'on rit de vos fornettes ;
Je veux pourtant vous donner un moyen ,
Et moyen feur :: tenez , retenez bien :
Faites aimer , vous aurez des Poëtes .
Si vous n'avez à donner pour Guerdon
Que du Laurier , fermez vôtre boutique :
Des Partifans de l'amoureux Brandon
Vous n'aurez ja les voeux ni la pratique.
Tailez-vous folle , interrompit Phoebus ,
Si vous avez des contes de bibus
A débiter , partez pour Amathonte ,
Vous y ferez mieux qu'ici vôtre compte.
Elle n'a tort , reprit Anacreon ,
L'art Poët que eft l'art de Citherés ,
D'OCTOBRE 137
An Dieu d'amour l'Eglogue eft confacrée ,
L'Ode Saphique et vouée à Phaos.
J'ajoûterai que pour enfler la veine ,
Befoin feroit tranfmuer l'Hypocrene
En bon Vin Grec ; Cupidon &Bachus
Font plus de Vers que Mufis & Phoebus ;
Pour moi je croi... Tafez vous maître yvr ogne ,
Dit Apo lon , je ne veux dans ma Cour
Ni de Rimeurs portans la rouge trogne
Ni de Rimeurs dévouez à l'Amour ;
Mais écoutons le fentiment d'Horaci
Seigneur . dit- il, tout l'honneur du Parnaffe
Dépen d'un point ; me fouvient qu'en montemps,
Ves fe payoient à belux deniers comptans .
Pour Protecteur nous avions MECENE ,
Il difpofoit de l'or & des Lauriers ,
L'Arbre Sacré fe donnoit aux Guerriers ,
Et la finance aux Gourmets d'Hypocrene :
Voici le fair , il faut affocier
A ' Helicon quelque bon Finucier ,
C'eft le plus feur : en Ducatons payée
Verve vaut mieux qu'en Laurier foudoyée.
Eh quoi , Plutus , devenit bel Efprit !
La chofe eft rare ! ah! qui d'entreux fe pi que
De Franc - falé dans la Gabele Antique ;
Et veut pàlir fur un fterile écrit ?
Faites donc nieux , mettez dan la Finance
Homme d'efprit , quelque gentil Rimeur,
Bien tôt verrez , pleuvoir en abondan.ce
Sur vos amis des marques de faveur.
On applaudit au di cours da Lyrique ,
Plus ne reftoit qu'à bien faire le choi x ;
·C'eft à Mareu I que je donne ma voix
Reprit le Dieu tout l'Etat Poëtique ,
Patrocina le Décret d'Apol on ,
On en chargea les Fates du vallon ,
En grand volume on en chona la Fête .
Eulez oui crier à pleine tête ,
Vive , M.... tant que d'Aganippé
M
138 LE MERCURE
MAROLIUM to o referebant flumine rip &,
Je , Relateur , fus chargé de lui dire ,
De par Phoebus , M.... telle eft la Loy ,
N'oubliez ja le Poëtique Empire,
Ni les neuf Soeurs , ni leurs amis , ni MOY.
黃博
Le mot de la premiere Enigme du mois
pallé étoit les Cifeaux , & la feconde , la
Poudre à canon.
ENIGM E.
Par M. Conftant , Ingenieur des menus
plaifirs de Sa Majesté.
Cinq femelles me font , quand le hazard les
Joint :
J'exifte par leur affemblage ,
Sans lequel je n'existe pint.
Jene vaux qu'aprés certain point ,
Quoique je vaille davantage.
J'ai de quoi mettre au defelpoir
Et faire perdre patience ,
Aqui voit dans fes mains la Royale puiffance
Reconnoître un plus grand pouvoir ;
Mais , ma cruauté n'eft pas moindre ,
Lorfque par l'effet du hazard ,
Une moitié de moi , fans pouvoir fe rejoindre ,
Se fepare de l'autre & le tient à l'écart .
A
Autre en Sonnet.
vec l'aide de fix femelles ,
Huit mâles me donnent le jour ;´
D'autres fois elles ont leur tour ,
Et le plus grand nombre eft pour elles.
****
܂
Dis
12
LYON
1893*

De quoi remplir nos vaites tonneaux .
Ce Dieu fenfib'e à nos defirs
Afare & fagloire & nos plaifirs.
珊譁
r
M
Mij
ubr
ro:
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222
gronie de moi , " muɔ fouvon terėjomnutęSen
Se fepare de l'autre & le tient à l'écart .
A
Autre en Sonnet.
vec l'aide de fix femelles ,
Huit mâles me donnent le jour ;'
D'autres fois elles ont leur tour ,
Et le plus grand nombre eft pour elles.
**R
L
139 D'OCTOBRE
Dans les cercles , dans les ruelles ,
Deux de leurs fruits dignes d'amour ,
Partageant la ville & la Cour,
Firent jadis maintes querelles.
J'excelle difficilement ,
Et merite fi rarement
Une veritable loüange ,
Que, lorfqu'on me trouve à fon gré ,
On ne doit pas trouver étrange
Si le Phoenix m'eſt comparé,
CHANSON.
Marche des Vendangeurs;
VEnés , venés tous vendanger chez nous ;
Bachus , protecteur de ces lieux ,
yous offre ici raifins délicieux :
Chantés d'un air joyeux.
Les bienfaits du plus grand des Dieux.
C'eft par fon appuy,
Que nous recueillons aujourd'huy ,
Sur ces doux & riants côteaux ,
De quoi remplir nos vaites tonneaux .
Ce Dieu fenfib'e à nos defirs
Afare & fa gloire & nos plaifirs.
MIHE
Mij
140 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS.
DEPARTEMEN'S
De Meffieurs les Secretaires d'Etat
fuivant leur rang.
M. LE M. DE LA VRILLIERE ,
Secretaire d'Etat.
Les Affaires generales de la Religion pretendue
Reformée .
L'exp: dition des Benefices.
Les Dons & Brevets , autres que des Officiers
de Guerre ou des Etrangers , pour
les Provinces de fon Departement .
LES PAYS D'ETATS
Scavoir
Le Languedoc haut & bas.
Provence.
Bourgogne , Breffe , Bugey , Valromey &
Gex.
Bretagne.
Navarre , Bearn , Bigorre & Nebouzan .
Comté de Foix & Rouffillon .
Flandres & Pays de Hainault divifez en
deux Intendances quoyque compris
dans la Generalité de Iſle.
+
DOC TOBRE.
141
PROVINCES ET GENERA LÍTEZ
Picardie , Artois & Boulonnois.
La Guyenne haute & baffe jufqu'à Fontarabie
; ce qui comprend les Intendances
de Bordeaux , Montauban &
Auch .
Moulins , qui comprend le Bourbonnois ,
le Nivernois & la haute Marche.
Touraine , le Maine , Anjou & le Comté
de Laval , ce qui compofe la Generalité
de Tours .
L'Auvergne , qui comprend la Generalite
de Riom .
Normandie , qui comprend les Generalitez
de Rouen , Caen & Alençon , en y
comprenant la partie du Pays du Perche
, qui dépend de la Generalité d'Alençon.
蛋黃
M. LE COMTE DE MAUREPAS
Secretaire d'Etat.
La Maiſon du Roy.
Le Clergé.
Les Dons & Brevets , autres que des Officiers
de Guerre ou des Etrangers, pour
les Provinces de fon Departement.
PROVINCES ET GENERALITEZ
Paris , qui comprend l'Ile de France &
partie de la Brie,
142 LE MERCURE
Soiffons.
Orleans , avec la partie du Pays du Perche
qui en depend .
Berry.
Poitou .
Limoges , qui comprend l'Angoumois &
la bafle Marche.
La Rochelle , qui comprend la Saintonge
, le Pays d'Aunis , Brouage , les
Ifles de Ré & d'Oleron .
M.
琳※
D'ARMENONVILLE
La Marine .
Secretaire d'Etat,
Les Galeres .
Le Commerce Maritime.
Les Colonies
Etrangeres.
Les Dons & Brevets , autres que des Of-
' ficiers de Guerre ou des Etrangers , pour
les Provinces de fon Departement .
PROVINCES ET GENERALITEZ,
Les trois Evêchez de Metz , Toul & Verdun
.
La Lorraine & le Barrois .
L'Alface , y compris Strafbourg.
La Franche -Comté .
Le Dauphiné.
La Champagne , & la partie de la Brie ,
qui depend de la Generalité de Châlons.
D'OCTOBRE.
143
La Souveraineté de Sedan .
La Ville & Generalité de Lyon
樂味
M. L'AB BE DU BOIS ,
Secretaire d'Etat,
Les Affaires Etrangeres , avec toutes les
Penfions & Expeditions qui en dépendent.
黃景
M. LE BLANC ,
La Guerre
Le Taillon .
L'Artillerie .
Secretaire d'Etat.
Les Penfions des Gens de Guerre .
Tous les Etats Majors , à l'exception des
Gouverneurs Generaux des Provinces ,
des Lieutenans Generaux des Provinces
& des Lieutenans de Roy des Provinces.
LE
MERCURE
ORDONNANCE
Du Roy
ortant Reglement , au sujet des Départemens
du Confeil de Finances.
Du 13. Octobre 1718.
DE PAR LE ROI.
A MAJESTE' , par l'Article dernier de
fon Ordonance du 14. Novembre 1715.
fervant de Reglement pour le Confeil de Finances
, ayant ordonné que Monfieur le
Duc d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer , ainfi qu'il le jugeroit
à propos , les Departemens des membres
dudit Confeil ; Elle a de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , Ordonné
& ordonne que lefdits Départemens
feront reglez à l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT en qualité d'Ordonnateur,
aura feul la Signature de toutes les Ordonnances
, concernant les Dêpenfes comptables
& les Comptans , tant pour Dêpeníes
fecrettes , remifes , interefts , qu'autres de
toute nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément à
la Declaration du 23. Septembre 1715.
LE RIGENT aura pareillement le Trefor
Royal , & les Parties Cafuclles , fuivant
qu'il eft porté par l'Ordonnance fervant de
Reglement
D'OCTOBRE
145
Reglement pour le Confeil de Finances du
14. Novembre 1715. Et il a commis le fieur
lE COUSTURIER , pour tenir feul fous fes
ordresles Regiſtres du Roy,luy rendre compte
directement des Placets qui feront pre.
fentez pour demander des Payemens, enfemble
pour expedier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LE GARDE DES SCEAUX aura la Direction
& principale Adminiſtration des Finances,
Et pourra diftribuer aux Membres dudit
Confeil , ainſi qu'il le jugera à propos ,
affaires qui ne font pas compriſes dans les
Departemens cy- aprés fpecifiez .
les
Ladite Ordonnance du 14. Novembre
1715. fera au furplus executée en ce qui
concerne le Chef & le Prefident dudit Confeil.
A l'égard des Départemens .
LE Sr AMELOT aura Entrée , Seance, &
voix deliberative audit Confeil , tant par
rapport aux affaires du Commerce , qu'aux
differens Bureaux de Finances dont il eſt
chargé.
LE ST . LE PELETIER DES FORTS aura
les Domaines , les Eftats des Domaines
la Capitation , les impofitions des Provinces
de Flandre & de Franche Comté , les
Eftats des Finances de Provence , & le Cam
hier de l'Affemblée des Communautez du◄
dit Pays.
N
146 LE MERCURE
LE ST. LE PELLETIER DE LA HOUSSAIE
Conf. au Confeil royal de Regence pour les
Finances, prefidera en cette qualité au Bureau
établi pour l'adminiftration des Recet
tes Generales par l'Arreft du Confeil du 17.
Juin 1716. en confequence de la Declaration
du 10.dud. mois de Juin ,Et il rapportera au
Confeil de Regence les affaires qui concerneront
ladite adminiftration , & celles dont il
fera chargé : Il aura en outre le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface & de
Metz , les Fonds & Eftats au vray de l'Extraordinaire
des Guerres , du Pain de Munition
, des Vivres , de l'Artillerie , des Bâtimens
& Maifons Royales , Et de la Marine
du Levant & du Ponent.
LE Sr. FAGON , Confeiller au Confeil
Royal de Regence pour les Finances , prefidera
en cette qualité au Bureau établi pour
l'adminiftration des Fermes Generales par
l'Arreft du Confeil du 3. Septembre 1718.
Et il rapportera au Confeil de Regence les
Affaires qui concerneront ladite Adminif
tration & celles dont il fera chargé : Il aura
en outre les Eaux & Forefts , les Etats des
Bois,les Chambres des Comptes du Royaume
, les Debets , Et toute autre nature de
Deniers & revenants bons , à la pourfuite
& diligence du Controlleur des Reftes &
autres.
La Sr. D'ORMESSON aura la Ferme du
Tabac , la Ferme des Poudres & Salpêtres ,
D'OCTOBRE. 147
les Eftats au vrai des Comptes à rendre du
Dixième.
LB Sr. GILBERT DE VOISINS aura les
Generalitez des Pays d'Elections pour la
Taille , le Taillon & les Etats des Finances
defdites Generalitez .
Le Sr DE GAUMONT aura les Aydes &
Papier Timbré , les Octroys des Villes
& dettes des Communautez .
LEST DE BAUDRI aura tous les Etats de
Dépenfe de la Maiſon de Sa Majeſté, les
Penfions , les Etats de Dépenfe des Maifons
de Me. Ducheffe de Berri , de Madame,
du Regent , &de Madame la Ducheffe
d'Orleans , les Ponts & Chauffées , Turcies
& Levées , Barrage & Pavé de Paris en
ce qui eft de Finance , les Petites Chancelleries
, les Ligues Suiffes.
LE Sr. DODUN aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes ,
Amortiffemens , Francs- Fiefs & nouveaux
Acquets , celle du Controlle & des Infinuations
, la Ferme des Huiles , Et les Etapes.
LE ST. DE FOURQUEUX aura le Domaine
d'Occident , le Grand Confeil , les Bus
reaux des Finances.
Fait à Paris le treifième jour d'Octobre
milfept cens dix - huit . Signé LOUIS. Es
plus bas PHELIPEAUX .
Nij
148
LE MERCURE
Extrait d'une Lettre écrite par M. Pivard,
Curé de Villiers S. Georges , Diocese de
Sens , à l'Auteur du Mercure , an fujet
d'un Cadavre trouvé tout entier &c.
Loccafion de Mademoifelle de grand-
E Mercredy 7. Septembre dernier , à
Maiſon morte au Château de Villiers S.
Georges, en creufant une foffe pour l'enterrer
, on trouva un cercueil de plomb duquel
il s'épancha une liqueur fort abondante.
L'on yvit, en prefence de plufieurs perfonnes
dignes de foy , un corps d'homme
tout entier ,. âgé de quarante cinq à cinquante
ans ; la tête couverte d'un petit
bonnet , les yeux beaux , le nez aquilin
la bouche un peu ouverte , la barbe crûe
& rouffe , le col plein , l'eftomac coufu où
la coûture paroiffoit comme nouvelle ; les
parties , les cuiffes & les jambes, à la referve
de la droite , un peu décharné , ce pied
de laquelle jambe n'étoit point détaché,
êtant trés rouge & trés beau ; il paroiffoit
feulement quelque tumeur ou contufion
, le tout en veritable chair vermeille
& os maniable & palpable , le linceüil
linges & chemife à petite dentelle ancienne
, en état de fervir.
Sur un bruit fi extraordinaire, on y vient
de toutes parts en pelerinage ; plufieurs per-
Fonnes m'ont affûré avoir été foulagées &
D'OCTOBRE. 24%
gueries de leurs maladies.Il n'y a cependant
encore jufques ici aucun fait furnaturel
qui foit bien conftant , prouvé & averé.
S'il arrive quelque chofe d'extraordinaire
je me ferai un plaifir , M. de vous en avertir
pour en donner part au public ,
Raport de deux Chirurgiens.
و
Nous fouffignez , Charles Defcottes , co
Gafpard Gouelle, ous deuxMres.Chirurgiens
demeurant dans le Baillage de Provins , Cerfions
qu'a la requifition de M. le Comte de
Bellejoyeufe Marquis, Seigneur de Villiers
S. Georges , & de Mc. Pierre Pivard Curé
dudit Villiers , nous nous sommes transportez
en l'Eglife dudit lieu où êtant aurions
trouvé un cercueil de plomb dans lequel
aprés ouverture faite , en prefence defdits
Sieurs & autres , avons veu un corps d'homme
entier , fans aucune corruption , finon une
jambe droite qui eft décharnée ; lepied de laquelle
jambe entiere, en chair vermeille , &
os, ainfi que tout le reste du corps, les linges,
fains & entiers , même la Chemife qui touche
Tedit corps en état de fervir; ce que nous certifions
véritable , le7 . Septembre 1718. Signé
, Defcottes , & Gouelle .
En prefence defdits Chirurgiens, l'on a vifité
dans la cave des Seigneurs dans laquelle
en a trouvé cinq cercueils de plomb ; & aprés
ouverture faite du plus ancient des cinq , qui
ft de Meffire Matthien de Verdelot , mors
t
Niiij
150 LE MERCURE
le 23.Novembre 1649 : Nous avons trouvé fox
corps embaumé , deſſeiché ,pouri , & confommé
entierement.
INSCRIPTION DE LA TOMBI .
Cy gift Guillaume de Rieux , Ecuyer en
fon vivant,Seigneur dudit Kieux & de Villiers
S. Georges , Confeiller d'Etat du Roy
Louis onzieme de ce Nem , lequel trépaßa
le 29. Juillet 1502. priez Dieu pour l'ame de
lui . Sur la même tombe , ci git Damoiselle
Jeanne de Verdelot , en fon vivant_femme
dudit fieur de Rieux , laquelle trepaffa le 13-
jour du mois d'avril 1513.
Lettre de Monfeigneur le Cardinal de Biffi .
Je vous fuis obligé, Monfieur , de m'avoir
fait part d'un evenement extraordinaire , arrivé
chez vous ; il y a quelquefois des terres
qui ne corrompent point les corps , ce fait eft
tres fingulier; il y a bien des chofes qu'ilfaut
laißer au jugement de Dieu . Je fuis toûjours,
Monfieur, votre parfait Serviteur. Le Cardinal
de Biffy.AParis le 21. Septembre1718 .
Lettre de Monfieur le Commandeur de
Chévreu .
Je vous fuis infiniment obligé, M. de la relation
que vous avez pris la peine de m'enwoyer.
J'en ai tiré une copie , & vais en❤
D'OCTOBRE. Isi
voyer l'original à Maltes étant une piece trés
eurieufe pour moi , je l'attribuë plûtôt an
miracle qu'aux parfums. Je fuis avec bien
du respect.
Monfieur >
Vôtre trés humble & trés obeïffant
ferviteur.
F.F. Ancelot Commandeur de Chevreu .
le 23. Septembre 1718 .
I
Festes de Chantilly
E Dimanche 25. Septembre dernier ,
S. A. R. Madame Ducheffe de Berri,
arriva à Chantilli fur les fix heures du foir.
S. A. S. Monfeigneur le Duc alla à che
val au devant de cette Princeffe , fort avant
dans la Forêt , accompagné d'un grand
nombre de Seigneurs. S. A. S. la conduifit
dans fon Appartement , ooùù iill y eut
grand jeu & mufique jufqu'à l'heure du
fouper. La table étoit de vingt - quatre
Couverts , M. le Duc étant feul d'homme.
Cela a duré pendant tout le féjour. Il
y a eu quatre autres tables dans d'autres
pieces pour tous les Seigneurs. M. le Vi
comte de Tavannes , premier Gentilhomme
de la Chambre de S. A. S. Monfeigneur
lė Duc, a fervi Madame Duchefle de Berri
pendant tout le féjour.
Le Lundy , l'agrément du lieu invita
Madame Ducheffe de Berri , à fe prome-
N iiij
152 LE MERCURE
dans les Jardins qui font fi magnifiques ,
par les feules beautez prefque de la nature .
Sa promenade fe termina fur les cinq heures
du foir au fortir de Silvie ) aŭ labirinthe.
Lorsque les Dames y entrerent ,
M. le Duc pour les furprendre plus
agréablement , avoit diftribué les Muficiens
par troupe dans plufieurs cabinets du
labirinthe ; de forte que les Dames attirécs
par la diverfité des Inftrumens , qui fe
faifoient entendre en differens endroits ,
couroient avec empreffement où elles
croyoient entendre la Simphonie . Par cet
ingenieux artifice , elles s'engagerent inſenfiblement
dans de faufles routes , & s'é
garerent fi plailament qu'elles ne pûrent demêler
la veritable. M. le Duc avoit
même donné des ordres précis à tous les
Suiffes qui étoient poftez de diftance en
diftance , que lorfqu'elles leur demande
zoient le chemin, de ne leur répondre qu'en
Allemand ; ce qu'ils executerent à la lettre
Enfin , aprés bien des circuits , elles
arriverent au centre du labirinthe . M. le
Duc y avoit fait préparer une magnifique
collation , pendant laquelle toute la
Mulique fe raffembla ; & ce fut dans ce
lieu folitaire & charmant où on executa lá
Cantatille fuivante , dont les paroles & la
mufique furent compofées impromptu , le
même jour. la Mufique eft de M. Coche
D'OCTOBRE. 153
CANTAT E.
De quels nouveaux attraits font embellis ce
lieux ?
C'est l'augufte prefence
D'une Princeffe que la France'
Voit au deffus de tous ces demi Dieux .
Fille du Heros glorieux ,
Par qui la paix & l'abondance
Rendent nos champs délicieux :
Son port & fon air gracieux
Surpaffent fa magnificence ;
L'amour triomphe dans fes yeux.
Rendez vos hommages'
Afes brillans appas :
Veneztous furfes pas ,
Quittez vos bocages
Dieux des Eaux & des bois ,
Accourez à ma voix.
Que la terre & l'onde
Confpire à fes plaifirs ;
Qu'ici tout feconde
De Condé les defirs.
Chantilli raßemble pour plaire
Toutes les graces en ce jour
Rend jaloufe Cythere
De la beauté de ton féjour :
Comme l'eft la mere d'Amour
De celle
que tu vois regner dans cette Cour
154 LE MERCURE
Le même foir , de retour au Château's
il y eût appartement , c'eſt à dire plufieurs
tables de jeux & mufique . M. Valette ,
Maître de Mufique de la Cathedrale de
Senlis , y a fait chanter des moters à voix
feule, avec fimphonie, qui n'ont pas moins
plû que le refte.
Le Mardi , il y eut chaffe dans la Forêt
. Madame Ducheffe de Berri &
Madame la Ducheffe Douairiere , monterent
à Cheval . Deux Cerfs furent pris fuc
ceffivement dans les Etangs , & donnerent,
tant par la beauté du lieu , que par la
magnificence de l'Equipage de M. le
Duc , un des beaux fpectacles que ce divertiffement
pût fournir. De retour au
Château , dés qu'il fut nuit , on fit la curée
aux flambeaux , fous les fenêtres de l'appar
tement de Madame Ducheffe de Berri ,
à quoi fucceda un feu d'artifice des mieux
ordonnez & des mieux executez.
Le Mercredi , Madame Duchefe de
Berri voulut voir la Menagerie , qui en eft
fi digne par le grand nombre des animaux
les plus rares , & par la diverfité des lieux -
où ils font. Entre les animaux que la Princeffe
a vû , elle a paru donner quelque
attention au manége d'un grand Lion enfermé
dans une loge avec une Chienne qui :
l'a alaitté Ils jouent & badinent enfemble
; le Lion fouffre tout de ſa mère nourice
qui femble être la maîtreffe. Au fortir
D'OCTOBRE. ISS
de -là , fur les fix heures , la Princeffe revint
par la Galerie des Cerfs au Palais Doronthée
, où on avoit dreffé un Théatre
fur lequel la Troupe Italienne reprefenta
une piece entre trois petits actes , avec des
intermedes de dançes executées par Mrs.
Blondi , Marcel & Mario , & Miles. Menés
, Flaminia & Silvia. Le fpectacle étant
fini,la gallerie des Cerfs fe trouva illuminée
par un nombre infini de Girandoles ; &
les Parteres des environs éblouiffoient
les regards par la multitude des lampions
qu'on y avoit placez. Le fouper fut fervi
dans la piece du bout de la Gallerie pour
les Princelles , & les Seigneurs fouperent
dans la Gallerie.
Le Jeudi & le Vendredi , il y cut appartement
, & aprés fouper , bal en mafques.
Le Samedy , il y eut chaffe dans la Forêt
de Halatte où le Cerf fut forcé , aprés
s'être fait chaffer pendant cing heures . On
avoit eu foin de répandre dans plufieurs
endroits de la Forêt toutes fortes de rafrai
chiffemens.
Le Dimanche , Madame Ducheffe de
Berri partit pour Paris aprés avoir donné
des marques de fa liberalité .
Le 1. Octobre , M. le Marquis d'Harcourt
a été fait, par extraordinaire , Brigadier
des Armées du Roy.
Le 2, le Roy a donné le Gouvernement
de Rocroy, vacant par la mort du Marquis
156 LE MERCURE
de Bertillac , ancien Lieutenant General ,
à M. de Baliviere , & l'Abbaye de Saint-
Avi dans le Maine , vacante par la mort de
Madame d'Iliers , à une Scar de M. le
Marquis de Simianes,
Le 4. M. Roujault qui étoit du Confeil
du dedans du Royaume , conferve fes appointemens
, & paffe dans le Confeil de
Commerce .
Le 6. On continue par ordre de S. A. R.
de remettre de femaine en femaine , aux
Payeurs des rentes , un fuplément audelà
des fommes qu'on avoit coûtume de leur
fournir, afin que tous les debets puffcnt être
acquitez au nouvel an 1719
Le 8. M. l'Evêque de Viviers , à la têt et
des Députez des États de Languedoc , alla
à Sceaux complimenter M. le Duc & Ma
dame la Ducheffe du Maine.
Le 13 , la furvivance du Gouvernement de
Mas d'Azile , dans le Païs de Foix , a été
accordée par la Cour à M. le Marquis de
Bonnac , Ambaffadeur à Conftantinople.
Ce Gouvernement , actuellement poffedé
par M. de Bonrepos oncle de M. de Bonnac,
rapporte dix mille livres de rentes . M.
de Bonrepos a obtenu en même tems le Brevet,
pour la premiere place vacante de Confeiller
d'Etat.
Le 11. Le Roy donna la Commiffion de
de Mestre de Camp de Cavalerie , à M.
de Catrou premier Lieutenant de la Coms
D'OCTOBRE. 157
pagnie des Grenadiers à cheval de S. M. ; &
le Roy a accordé la même grace à M. de
Gault fecond Lieutenant de la même Compagnie.
S. M. a donné en même tems la
Commiffion de Capitaine à deux Marê--
chaux des Logis de cette Compagnie : La
paye de chaque Grenadier a été augmentée
d'un fol par jour.
Le 12. M. le Marquis de la Vrilliere eft
chargé de la feuille des Benefices , pour
l'expedition des Brevets ; & M. l'Abbé de
The feu recevra les Placets , en fera l'extrait
& le rapport à S. A. R.
Le 14. M. le Duc Surintendant de l'éducation
de S. M. & Madame la Ducheffe,
occupent à prefent l'appartement qui leur
a été meublé au Louvre: Il ya table tous les
jours chez le Prince & la Princeffe .
Le 16. M. l'Abbé Dubois & M. le Marquis
de Canillac furent admis dans le
Confeil de Regence. Le Prince de Tonay-
Charente, fils de M. le Duc de Mortemart,
prêta ferment entre les mains du Roy, pour
la Charge de premier Gentilhomme de la
Chambre ; ainfi que M le Marquis d'Ancenis
, fils de M. le Duc de Charot , pour
la Lieutenance Générale de la Province de
Picardie , & M. le Marquis de la Fare ,
Capitaine des Gardes du Corps de Monfeigneur
le Duc Regent, pour la Lieutenance
Générale de la Province de Languedoc.
4
·258 LE MERCURE
Le 17. M.le Chevalier d'Or eans partit
de l'Academie de Longpré pour Marſeille
Il eſt accompagné de deux Chevaliers de
Malthe , dont M. de Grieux en eft un ; de
fon Gouverneur, d'un Valet de chambre &
de deux Valets de pied feulement : Il court
la poſte à 10 chevaux. Aprés que ce Seigneur
fe fera fait connoître en qualité de
Général des Galeres de France , il doit s'embarquer
pour paffer à Malthe où il fera fes
caravannes.
M. le Blanc Secretaire de la guerre , ayant
propofé au Roy la création de 28 nouveaux
Chevaliers de S. Louis , S. M. en
fit la cérémonie.
Le 18. Meffieurs de S. Maurice Bernage,
Amelot de Chaillou , M. de S. Aubin & M.
Bidet de la Graville , Maîtres des Requêtes
, auront leur entrée dans le Confeil des
Finances où ils affifteront fans avoir voix
déliberative .
Le 19. M. Hop , fils de M. Hop Tréfo
rier des Etats Généraux , arriva le 19 d'Hollande
dans cette Capitale , pour y exercer
la fonction d'Ambaffadeur en cette Cour.
Le lendemain ce Miniftre informa M.
l'Abbé du Bois de fon arrivée.
Le Roy a donné en échange du Domaine
de Belle - Ifle , qui appartenoit à Mrs. Fouquet
, les Comtez de Vernon, d'Andely, la
Terre de Longueüil , & le Domaine de
Beaucaire .
D'OCTOBRE. 259
Le 20. on a vû 2. Arrefts duParlement de
Rouen ; le premier a été rendu pour la fuppreffion
d'un libelle , qui a pour titre à la
premiere page. Premiere Conference de l'autorité
du Pape dans les affaires de Religion ;
& à la page 19. 2. Conference: Eft on obligé
de croire defe foumettre avec une perfuafion
interieure & fincere , à toutes les décifions
dogmatiques du fouverain Pontife , lorfqu'elles
font recûës & acceptées dela plupart
des autres Evêques Catholiques.
L'auteur de ce libelle pofe 1. pour principe
, que l'Eglife eft un état Monarchique
, fondé fur ces paroles de J. C. fiet
unum ovile & unus Paftor. 1. que quand le
fouverain Pontife pourroit tomber dans quelque
erreur, comme homme il ne le pourroit
pas, commejuge : 3. qu'il n'y a û que l'Heréfie,
l'interêt , le defir de l'impunité , ou la
Rebellion , qui ayent fait prendre le parti
d'appeler.... Sans entrer dans un plus long
détail, il a été ordonné que ledit libelle fera
laceré par l'Huiffier du fervice , & c.
Le ſecond Arreſt reçoit le Procureur General
appellant comme d'abus d'un Decret
du Pape intitulé fantiffimi Domini noftri
Domini Clementis &c . qui ordonne que les
exemplaires en feront apportez au Greffe de
la Cour ; fait défenfes & c .
Le Prince Emanuel de Portugal , frere
de Jean V. Roy de Portugal , lequel s'eft
fignalé par tant d'actions d'éclat & de ge860
LE MERCURE
nerofité, pendant les Campagnes qu'il a faites
en Hongrie contre l'ennemi du Nom
Chretien , eft arrivé de Hollande dans cette
Capitale ; il a pris fon logement à l'Hôtel
de Bretonvillers , chez M. le Comte de Ribeira
Ambaffadeur de S. M. Portugaife.
M. le Duc a donné la charge de premier
gentil homme de fa chambre vacante par
la mort de M. de l'Epinac, à M. le Vicomte
ds Tavanes ; & celle de Capitaine de fes
Gardes qu'avoit M de Tavannes, à M le
Marquis de Teffé 3 fils de M. le Maréchal
3€
de Tellé .
Par la mort de M. d'Altermatt Colonel
Suiffe, M. Hefly a eu fa penfion de 3000. L
& M. de Fénelon , Colonel du Regiment de
Bigors,for infpection d'infanterie en Flan
dre , qui a été échangée contre celle de
Dauphiné , & qui avoit été ci- devant donnée
à M. de Maubourg.
M. le Duc de la Force conferve fa place
de Préfident au Confeil des Finances , &
M. le Pelletier des Forts , le département
qu'il avoit du Domaine & de la Capitation,
pour en faire le raport au Confeil de Regence.
Le 21. il yût une nouvelle députation
du arlement de Paris , pour redemander à
Monfeigneur le Régent le rapel de leurs Confreres
; SA R. fit entendre à Meffieurs les
Députez , qu'elle pourroit leur en donner
des nouvelles à la S. Martin .
M. le Blanc
D'OCTOBRE. 161
M. le Blanc , comme Secretaire de la
Guerre , eft allé vifiter les Invalides : Il
fut reçû à fon arrivée par le Gouverneur de
cette Maiſon Royale , qui ayant pris la
pique de l'Officier en garde , vint au devant
du nouveau Miniftre ; & aprés être
defcendu de carolfe , il lui ôta gracieufement
de la main le fponton , & le rendit
à l'Officier en garde. M. le Blanc vifita
enfuite tous les Appartemens de cette fuperbe
Maifon ; & aprés s'être exactement
informé de tout , il vit dîner les Soldats
Invalides aufquels on donna double portion
; ce qui fait dans de pareilles occafions
, une augmentation de 1500 liv . M.
le Blanc a ordonné un détachement de so .
Invalides & de 150 Suiffes, pour fe rendre à
Peronne où ils font deftinez à faire la chaffe
aux Faux- Sauniers qui font fort frequens
dans ces cantons.
Le 22. Madame fe rendit de S Cloud
au Palais des Tuilleries , où cette Princeffe
falua S. M. à l'iffuë de la Meffe . Elle alla
diner enfuite au Palais Royal. •
Le même jour, Mademoiſelle de Soiffons ,
fille de Madame la Comteffe de Soiflons
& Niece du Prince Eugene arriva de
Turin ( n Cette Ville ; l'Amballadeur
de S. M. Sicilienne , alla au devant d'elle
& la conduifit au Couvent de Belle- Chaffe,
où elle restera , en attendant qu'elle
862 LE MERCURE
foit mariée .
M. Pelletier de la Houffaye & M. Fagon
, qui entrent dans le Confeil de Regence
pour rapporter les Affaires de Finances
, ne veulent point opiner les derniers ,
à caufe de leur rang de Confeiller d'Etat.
A l'égard des Finances , il n'y a aucune
difficulté , par ce qu'en qualité de Rapporteurs,
ils donnent leurs avis les premiers.
Comme on a parlé des Lettres de Cachet,
envoyées par la Cour à onze Membres du
Parlement de Bretagne , on en verra la
preuve par les noms de ceux à qui elles
ont été adreffées , fcavoir à Mrs. de la Daguerie
& du Pleffis Prefidents ; M. de'Francheville
Avocat General ; Mrs, le Chat ,
Dandenier , la Motte-Jacquelot , Dernoton-
de- Pont , Lambily , Queranpuil , &
Gueri Confeillers , & M. de Bon- Amour
Gentilhomme Breton . Depuis l'execution
de ces Lettres , la Cour en a rappellé deux,
qui font Mrs. de Lambilly & la Motte-
Jacquelot.
Le 23 : M. le Comte de Kiniglegg
Chambellan de S. M. I. fon Confeiller de
Guerre , General de l'Artillerie dans fes
Armées , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, & fon Ambaffadeur prés de S. M.
T. C. fit fon entrée publique.
Depuis le Regne de Charles- quint , on
n'avoit pas vû arriver à la Cour de France
D'OCTOBRE, 163
aucun Ambaffadeur de la Cour Imperiale:
Ces deux Puiflances ne s'envoyoient re.
ciproquement que des Envoyez. Aprés la
derniere Paix de Bade , le feu Roy nomma
M. le Comte du Luc pour fon Ambatladeur
à la Cour de Vienne , & S. M. I.
nomma M. le Comte de Kinigſegg , pour.
fon Ambaffadeur à la Cour de France . Cette
entrée a été une des plus magnifiques
qu'on ait vû. L'ordre de la Marche s'eft
fait à l'ordinaire. Les Valets de pied de fon
Excellence marchoient en 2. files ; l'Ecuyer
de S. E. & fes Pages à cheval M. l'Ambaffadeur
étoit dans le caroffe du Roy,avec
Mile Maréchal de Tallard & M.de Saintot.
Les Princes & Princeffes du Sang y avoient
envoyé leurs caroffes , ainfi que M. le
Maréchal de Tallard , M. l'Abbé du Bois
Miniftre & Secretaire d'Etat pour les affaires
étrangeres , & l'Introducteur des Ambaffadeurs.
A une diftance de 30 à 40.
pas , les deux Suiffes de S. E. étoient à la
tête de fes 4. caroffes . Nous aurions donné
avec plaifir une defcription des principaux
attributs , des peintures & de la fculpture
de ces 4. caroffes de l'Ambaffade Imperiale;
mais , comme il en a paru une Rélation
imprimée , nous nous contenterons de dire
, que le grand Caroffe de M. l'Ambaffadeur
eft un des plus beaux , des plus
riches & d'un travail le mieux executé
qui ait encore paru . Les Equipages & les
O ij
164
LE MERCURE
huit Chevaux dont il étoit attelé , étoient
fuperbes. Le fetond Caroffe eft une Caleche
enrichie & ornée de peintures , de
velours , de Cartizane & de franges d'or, atlée
de huit Chevaux fins Napolitains grispomelez.
Le troifiéme Caroffe à deux fonds,
eft enrichi de même , d'un goût different
& attelé de huit Chevaux , comme le
quatrième, fait en Caleche , qui ne le cede
point aux deux derniers , en peintures, dorures
, & c .
La livrée de S. E. eft d'un jaune jonquille
, doublée d'un rouge écarlatte , galonnée
d'un galon d'argent façonné & entourée
d'une campane mêlée de rouge . Les
Habits des Pages font de velours jonquille,
ornez de points d'Efpagne d'argent , avec des
veftes de drap d'argent : Cette livrée , au
nombre de 54. Habits , eft affortie de beau
linge , de plumets , de cocardes & de
noeuds d'épaules ; les Gentilshommes étoient
magnifiquement parez ; quelques Seigneurs
Allemands qui fe font trouvez à Paris , ont
augmenté ce cortege.
Le 25. M. l'Ambaffadcur fut conduit
à fa premiere Audience publique , avecies
ceremonies accoutumées, par M. le Chevalier
de Lorraine & M. de Saintot . Il
fut reçu au dedans de la Salle des Gardes
du Corps , par M. le Marquis d'Harcourt
Capitaine des Gardes de S. M. Le difcours
que S. E. fic au Roy , étoit en latin. Aprés
D'OCTOBRE. 165
l'Audience du Roy , il fut reconduit , ainſi
qu'il fe pratique
Le même jour , il ût au Luxembourg fa
premiere audience publique de Madame
Duchelle de Berry qui le reçûtce jour-là au
fonds de la belle Galerie de Rubens , au milieu
de fa Cour qui étoit extremement brillante
Le 26. Le Roy a gratifié M. de la Ro
que Secretaire du Confeil du Dedans , de
4000 livres de penfion ; M. de Courtau
mer premier Commis de M. le Duc d'Antin,
de 2000 livres , & M. Goëflard Con.
feiller au Par ement , de 6000 livres...
Le 27, on a rétabli la Charge de Tréforier
des Ambaffadeurs , en faveur de M. Adam ,
ci-devant premier Commis du Dedans .
DEPEDE RIA
· NOUVELLES ESTRANGERES
L
POLOGNE .
De Grodno les Octobre.
E trois au matin , tous les Nonces
s'êtant rendus à la Chambre des Députez
ou de la Noblefle , & chacun ayant pris
place , felon fon rang , M. Leduchovski
Nonce du Palatinat de Volhinie ,fit l'ouverture
de la Diette par un beau difcours qu'il
termina par cette queftion ; fi l'on vouloit
commencer l'élection d'un Maréchal , par
166 LE MERCURE

fuivant la Loy & l'ufage . Aprés quelques
debats , on convint qu'on devoit proceder
inceffamment à l'élection d'un Marêchal
& que ce Maréchal devoit être de Lithua
nie. M. Szembek donna fa voix pour le
Comte de Zawisza Starofte de Minfcki ;
mais , un Gentilhomme qui n'étoit pas
Nonce , protefta d'abord contre ce choix ,
& fut appuyé par leComte de DenhofPorte :
Epée de la Couronne. Le Roy ayant prié
le Comte de fe defifter de fon opinion , &
d'y engager le Gentilhomme , le Comte
fe rendit aux preffantes follicitations de S.
M. mais le Gentilhomme ayant toujours
perfifté , on fut obligé de renvoyer la féance
au lendemain. Le quatre M. Leduchowicki
ayant demandé à l'Affèmblée ,
fi l'on continueroit à receüillir les voix pour
l'élection d'un Maréchal , on y confentit
d'un commun accord , & la pluralité ayant
pallé en faveur du Comte de Zawisza, M.
Leduchowski remit aufitót fon Bâton de
Maréchal au Comte. L'Affemblée s'ajourna
enfuite au lendemain .
La Nobleffe continue à faire des députations
vers le Roy de Suede & le Czar ,
pour engager le premier à renoncer à toutes
les prétentions qu'il a deffein de former
contre la Pologne , & pour obtenir du dernier
, qu'il retire fes Troupes hors des terres
de la Republique ; ce qui pourroit bien
faire transferer la Diette Generale à Lublin
3
D'OCTOBRE. 167
#
ou à Varsovie même . Cependant , les
Troupes Mofcovites augmentent journelle.
ment en Pologne ; il y a actuellement une
Armée de 100 mille Cofaques , laquelle
s'eft avancée fur la frontiere de Pologne vers
Kiof : Les Mofcovites continuent à ne laiffer
entrer ni fortir perfonne de leur Païs
dans ce Royaume ; ce qui fait qu'on ne peutpas
pénetrer leur veritable deffein . Comme
on ne doute plus que la Paix d'Aland ne
foit conclue, & de plus ratifiée le Païs eft
à la veille d'être en proye aux Potentats du
Nord confederez : Le Roy Augufte qui
n'y eût pas , felon toutes les apparences ,
compris , follicite vivement l'Empereur
de le fecourir dans un fi preffant danger . On
fe fatte d'un autre côté , que la Porte jaloufe
de la puiffance du Czar , eft dans la
refolution de declarer la Guerre la campagne
prochaine , à ce Monarque , au cas
qu'il perfifte à ne vouloir pas retirer fes
Troupes de ce Royaume ; mais toutes ces
efperances paroiffent encore fort éloignées,
& néanmoins le danger eft trés proche &
trés preffant ; car il y atout à craindre ,
que nôtre miferable Patrie ne foit tout à
coup envahie de toutes parts , pardes Armées
formidables qui pourront s'approprier
les Provinces qui feront à leur bienséance .
Le Maréchal de Renfchild repaffe en
Suede avec 2500 Officiers & 9000 Soldats
Sucdois, triftes débris de la journée de Pul

168 LE MERCURE
tauva; ils étoient reftez prifonniers en Mofcovie,
depuis cette défaite arrivée en 1705 .
On voit ici les Articles des propofitions
que le Czar a fait au Roy Auguſte , avant
que de faire fa paix avec la Suede , 1o . Que
le Roy lui cedera entierement le Territoire
de Mohilaw. 1o. Qu'il le remboursera des
frais de guerre qu'il a faits pour foutenir la
Guerre contre la Suede. 3º . Que S. M. Po
lonoiſe renoncera aux prétentions qu'elle
peut avoir fur Smolensko , la Kiovie & autres
Provinces. 40. Qu'on rendra au Grand
General de la Couronne le Commandement
abfolu des Troupes , comme il en
étoit pourvû auparavant . 5o. Que le Duché
de Lituanie fera démembré de la Pologne
& gouverné , conjointement avec la
Curlande , par un Prince particulier. Le
dernier Article femble regarder le Prétendant
. Les propofitions ont paru fi peu raifonnables
au Roy & à la République , que
S. M. lesa rejettées avec indignation .
A Hambourg le 20.
Quelque fecrette qu'ait été la conclufion
de la Paix entre le Roy de Suede , le Czar
& la Prufle , on fçait , à n'en plus douter,
qu'elle a été ratifiée le 20. de Septembre
à Aland.Ce qui a retardé la conclufion de ce
Traité, c'eft que le Czar prétendoit que le
Roy Auguftey fût compris. Comme le Roy
de Suede
D OCTOBRE 169
de Suede n'y a jamais voulu confentir , S.
M.Cz. par des raifons d'état , a enfin figné la
Paix fans y comprendre S. M. Pol . Le Roy
de Danemarck , fuivant quelques avis de
Copenhague , a propofé des conditions fi
raifonnables au Roy de Suede , que ce Prin
ce les a acceptées ; on affûre même que S.
M. S. pouroit bien engager S. M. D. à entrer
dans l'alliance du Nord; à quoi il y a
peu d'apparence , attendu les engagemens
qui lient cette derniere Puiffance au Roy
d'Angleterre , dont elle a reçû des fecours G
éficaces .
Le Colonel Levenhor eft parti de Copen
hague , par ordre du Roy , pour fe rendre
à Peterbourg ; afin d'y ménager les interêts
de S. M. Le Confeiller privé Wiebe fe
prepare auffi à paffer à la Cour de Pruffe
pour le même fujet .
Un Corps de 8. à 10000. Suedois a fait
une irruption en Norvege. Avant que d'y
penetrer, il ya û 2. actions, la premiere prés
de Sevefegord,& l'autre auprés de Stein, où
les Danois , au nombre de 6000. hommes
avoient été batus . Le General Budde qui
commandoit ces derniers , a û un cheval
tué fous lui , & a été contraint de fe retirer
à Dronthem: Des avis pofterieurs marquent
que les Suedeis continuoient leur marche
fur la plaine de Dromthem pour aller à
BergenCapitale de la Norvege .
Le General Reinfchild faifant route vers
Яobre , 1 718 .
P
170. LE MERCURE
l'ifle d'Aland , & le Czar qui étoit deffus fa
Flotte , en ayant û avis , invita cé General
à venir à bord de fon Vaiffeau ; il en fut
reçû avec bonté . Après lui avoir fait voir fa
Flotte & l'avoir embraffé , il le pria de manger
à fa table : Le dîner fini , ce Prince tira
P'Epée qu'il portoit à ſon côté , & la mit à
celui de ce General. Il fut enfuite eſcorté
par le premier Capitaine des Gardes du
Czar jufqu'à fon Brigantin , au bruit des
Tambours & des Trompettes . On remarqua
que M. de Reinfchild baifoit de tems en
par tems reconnoiffance , l'Epée dont lui
avoit fait prefent ce Monarque.
Le Roy de Suede eft retourné à Stromftadt
, où ce Prince a difpofé toutes fes forces,
de maniere qu'au moindre fignal , elles
peuvent penetrer par quatre endroits differens
en Norvvege. Il y a à Carelfcron 13 .
Vaif. Sued . prêts à mettre à la voile , & 8.
Regimens en quartier dans le voifinage de
cette Place , pour y être embarquez au premier
ordre. Il y a plus de 24000. hommes
prés de Schvvinefund.
La Ville de Dantzick n'eft pas fans inquietude
. D'un côté , le Roy de Pruffe
fait revivre une prétention de 200 mille
florins , dont il demande le payement dans
15 jours ; & d'une autre part , les Mofcovites
font tout-à - fait dans le voisinage de
cette Place. Le Prince de Repnin qui les
commande en Chef, a donné au Magiſtrat
D'OCTOBRE
.
191
un terme fort court , pour fatisfaire le Czar
fur les griefs qu'il forme contre cette Ville ,
qui a neanmoins fait offre de payer la fomme
d'argent que le Czar luy avoit fait demander
ey devant ; mais ce Prince la refufe
aujourd'huy,
LE
Vienne le 18,
E Mariage du Chevalier S. Georges
avec la troifiéme fille du Prince Jacques
Sobieski , eft tout - à fait conclu . Cette
Princeffe pafle en Italie pour confommer
fon mariage. C'eft le Pape , dit- on , qui l'a
propofé : le Roy de Suede & le Czar n'y
ont peut - être pas moins de part , s'il eft vrai
que ces deux Puiffances ayent permis qu'on
ait publié dans leurs Etats , des manifeftes
qui juftifient le droit de la fucceffion du
Pretendant à la Couronne d'Angleterre . Ce
qui eſt de certain , c'eft que cette Cour ne
paroift point du tout contente de ce mariages
on dit même qu'il y a des ordres expediez
, pour prier la Princeffe de faire quelque
fejour à Infpruck , ou à Trente , avant
que de paffer à Rome . M. S. Sephorin Minitre
d'Angleterre , a demandé à l'Empereur
par ordre du Roy fon Maître , de deffendre
l'entrée de fes Etats au Pretendant ,
& de s'affûrer de fa perfonne au cas qu'il y
contrevint.
On ne peut encore rien avancer de poff-
Pij
172 LE MERCURE
tif du progrés de la negociation du Duc de
Savoye , ny de la reuffite des affaires de
Sicile , d'où l'on aura peine à chaffer les
Efpagnols aprés la prife de la Citadelle de
Meffine ; puifque l'on n'ignore pas que les
peuples de cette Ifle , leur font entierement
devoüez.
On attend avec impatience des nouvelles
de Pologne , pour apprendre ce qui ſe ſera
paffé à la Diette generale de Grodno Les
Mofcovites au nombre de 40. mille, fe paragent
en divers quartiers du Royaume ;
une partie a déja penetré jufques fur les
frontieres de Silefie , & l'autre marche à
prefent vers le Mexelbourg pour foûtenir le
Duc de ce nom dans fes pretentions contre
fa Nobleffe , & pour le mettre en état de ne
rien craindre du mandement Imperial. Les
chofes en cet état , nôtre Cour ne poura fe
difpenfer de former une armée auxiliaire
Four s'oppofer aux defleins de la Ligue du
Nord. Comme l'on croit le mariage du
Prince Electoral de Saxe avec une Archiduchefle
, prêt à fe conclure , fans doute
que l'on eft dans la réfolution de foûtenir
la gagûre pour faire fucceder ce Prince au
Trône de Pologne , à quelque prix que ce
foit.
Le Prince Electoral de Baviere partit en
pofte d'icy pour Munik , afin d'être
prefent à une Fête magnifique qui doit s'y
faire le 12. de ce mois , jour de l'anniverD'OCTOBRE
173
faire de l'Electeur fon pere ; aprés quoy
fe Prince Electoral reviendra en cette Cour,
pour y paffer l'hyver. On eft de plus en
plus perfuadé que ce Prince époufera l'aî
née des Archiducheffes, fille du feu Empereur
Jofeph.
Les Députez de la N. Grecque qui s'eſt
mife fous la protection de l'Empereur , ont
obtenu de la Cour les patentes & paffeports
qu'ils demandoient pour pouvoir negotier en
Turquie , fous la banniere de S. M 1. Ils
font actuellement occupez à dreffer un plan ,
pour établir un grand commerce à Buchari,
à Porto Re & à Fiumé , Ports de mer dans
la Croatie : Ils promettent de faire avoir à
trés bon marché , les Huiles , Epiceries &
autres Marchandifes qui viennent d'Ita
lie ; fed Grecia mendax. Buchari eft actuellement
une tres - jolie Ville ; elle a un tresbeau
Port qui peut aifément contenir 500
voiles , & il eft fi profond, que tous les Bâtimens
peuvent s'approcher fort prés du rivage
fans rien rifquer . Cette heureuſe fituation
& ces favorables difpofitions , ont
porté S. M. I. à y envoyer des Ingenieurs
pour y bâtir deux Forts ; l'on y a même
déja commencé la conftruction de plufieurs
Bâtimens de differentes grandeurs .
Pij
174
LE MERCURE
A Londres le 20%
N affure icy que les Efpagnols ont
faifis en divers Ports de leur Monarchie
, 40. Vaiffeaux Marchands , 1 .
Fregattes , avec 4. Vaiffeaux de guerre ,
depuis 60. jufqu'à 70. pieces de canon :
Nos Negocians font de plus dans une extrême
inquietude de la deſtinée de plufieurs
autres Vailleaux dont ils n'ont aucune
nouvelle , & pour lefquels ils offrent de
grandes affûrances , fur tout pour le Maid-
Stone & pour le Smirniota qu'ils attendent
de Turquie , tous deux richement chargez.
M. le Marquis de Monteleon Ambaſſadeur
d'Efpagne , fe difpofe à partir . Le
14. il alla à Hamptoncourt pour notifier
on rapel aux Miniftres de S. M. B. El dîna
chez le Comte de Sunderland avec le
Comte de Stanhope , mais , il ne vit pas
le Roy ; ayant ordre de la Cour de Madrid
de fortir d'Angleterre , fans prendre
congé de S. M. B. pour fe retirer enfuite
en Hollande. Le 18. il fit publier un Avertiffement
dans le Dally courant , par lequet
il fait annoncer fon départ , afin que ceux
à qui il doit , ayent à fe préfenter pour
recevoir leur payement . Depuis ce jour
il fait payer tous ceux à qui il eft dû ; il
a reçu pour cela une remife de plus de
aopo liv, fterlins.
D'OCTOBRE 175
L'Amirauté a ordonné de louer inceffamment
25. Navires de tranfport , pour por
ter des provifions & des munitions à l'Amiral
Bing , qui doit hiverner avec fa
Flotte à Port- Mahon . On a remis depuis
peu des fommes confiderables en lettres
d'échange , pour le fervice de la Flotte Angloife
dansla Mediterannée.
Le Roy a accordé la grace au Lord
Bolinbrook , qui rentre par cette faveur
dans tous les biens.
Lettre du Cardinal Alberoni au Marquis
de Monteleon.
MONSIE ONSIEUR. ·
Dans le tems que je comptois , que vôtre
Excellence étoit informée de l'action indigne
que l'Amiral Bing a commife contre l'Efcadre
du Roy , j'ay receu la copie de la Lettre
que V.E. a écrite fur cefujet au S. d'E.M.
Craggs: C'est avec raifon que vous lui donniez
à connoître , qu'aprés une hoftilité fi peu attenduë,
vous étiez obligé de vous abftenir des
fonctions de votre Miniftere pacifique, & que
&
pour maintenir l'honneur du Roy & celuy de
vôtre caractere , vous deviez vous éloigner
de tout commerce. J'en ai rendu la copie à
SM. qui a fort approuvé que . E. l'ait
écrite , & les termes avec lesquels vous vous
expliquez , lui ont paru fort juftes. Vous
V.
376 LE MERCURE
expofe au grand jour la mauvaiſefoy de ce
Miniftre, par rapport au procedé trop prématuré
de l'Amiral Bings dans le temsfur
tout qu'il ne s'agiffoit que d'une mediation
pourfaciliter le projet de Paix , ou tout au
plus , pour deffendre les Etats poffedés actuellement
par l'Archiduc en Italie : dans le tems
que Milord Stanhope fe trouvoit en Eſpagne
à une petite diftance de la Cour , pour
y propofer des projets de Paix & unefufpenfion
d'armes ; & enfin , dans le tems même
que le Roy nôtre maître , pour donner de
nouvelles preuves de fon attention Koyale ,
avoit ordonné qu'on ne touchât point aux
effets des Anglois , arrivés à Cadix avec la
derniere flote des Indes , & qu'on rendît à
chaque particulier de cette Nation , ce qui
pouvoit respectivement lui appartenir.
le
Certainement,toute perfonne defintereffée ne
pourra entendre qu'avec étonnement que l'armée
navale de S. M. Br. commandée
par
Chevalier Bing ait attaqué l'armée Navale
d'Efp . dans le deßeinfeul de faire échouer
l'expedition de Sicile , & cela fans aucun
motif, pretexte on neceffité . En agiffant ainsi,
c'eft avoir renoncé au titre de paifible Mediateur
que fon Maître s'attribuë , & aux
veritables interêts de la Grande Bretagne .
Mais , qui ne fcait qu'une action fi criante
avoit été concertée à Naples avec le Comte
Daun; que le Chevalier Bing avoit receu de
groffes remifes d'argent pour des arrerages
D'OCTOBRE.
177
Suppofe ; & qu'enfin, aprés toutes ces mesu
res prifes , il avoit fait approcherfa Flotte de
Meffine , & avoit û la perfidie d'envoyer des
Officiers de fa confiance , pour conferer avec
les Chefs de l'Armée du Roy , & les affurer
qu'il ne commettroit aucun acte d'hoftilité.
La plus grande partie de l'Europe eft
dans l'impatience d'apprendre , comment le
Miniftere Britannique pourra fe juftifier
d'une violence fi precipitée . S'il employe le
foible pretexte de dire , que les inftructions
de l'Amiral Bing portoient qu'il ût à maintenir
la neutralité d'Italie ; qui peut ignorer
à prefent qu'il y a long- tems que cette neutralité
eft détruite , & que les Princes ga
rans du Traité d'Utrecht , font entierement
libres & déchargez de leur garantie ? Il oft
connu à chacun que la garantie de l'armistice
d'Italie, eft revoquée & annullée , non feulement
par les infractions & attentats confecutifs
que les Autrichiens commirent dans
l'évacuation mal-obfervée de Catalogne & de
Mayorque ; mais auffi , parceque fuivant
le fens litteral de cette garantie , elle n'abligeoit
que jufques à ce que la Paix fut conclue
avec la France ; dans lequel cas , les
Princes garans ne devoient la maintenir que
par leurs offices reciproques.
Sur ces principes incontestables , on eft à
prefent en état de faire fes reflexions. Mais
que penfera- t'on , lorsqu'on viendra à confiderer
que la neutralité objectée eft éteinte de178
LE MERCURE
puis quatre ans par les raifons alloguées ? Le
Miniftere de Londres a voulu reffufciter &
deffendre cette neutralité , non , par la negociation
d'une médiation amiable , mais à
force ouverte , en abuſant par un artifice
indigne , de notre fûreté & de nôtre confance.
Cefait eft fi évident, que l'Amiral
Bing embaraßé de pouvoir pallier une conduite
fi injufte , s'eft prévalu dans la Relation
qu'il a donnée de ce Combat , de fuppofer
, contre toute verité , que les Vaiffeaux
du Roy ont commencé les premiers à fe ranger
en bataille , & à faire feu fur les Anglois
; reconnoiffant qu'il n'avoit aucun motif
raisonnable pour en venir aux mains avec
La Flotte Espagnolle. Ce qui furprend le plus,
c'est qu'ilpofe en fait , qu'il a envoyé ordre à
fes Vaiffeaux de ne point tirer contre les Ef
pagnols. S'il n'avoit pas û l'intention de les
attaquer , s'il vouloit les traiter en amis ,
pourquoy les a t'il poursuivis depuis le détroit
du Fare jufqu'à la hauteur de Siracufe ?
Pourquoy détacha- t'il en toute diligence 4.
Vaißeaux des meilleurs voiliers de fon Armée
, avec ordre de joindre les Espagnols ?
& pourquoy lesfuivit il auffi - tôt avec le refte
de fa Flotte, aprés avoir donné aux premiers
les fanaux que l Amiral a accoûtumé de porter,
finon dans le deßein de ne pasperdre de
vûë l'Armée Espagnole pendant la nuit ?"
Cette manoeuvre fi extraordinaire , ne fe
faifoit certainement pas à deffein de faluer
D'OCTOBRE. 179
fimplement l'Armée Espagnole dans une conjoncturefi
critique & fi délicate : fur tout ,
aprés avoir efcorté proche Rixole en Calabre,
une partie confiderable de l'Infanterie
Autrichienne.
le
S. M. C. qui confidere le Roy de la
Grande Bretagne comme un Prince fage ,
prudent & moderé , qui n'ignore pas que
fuccez des Armes eft journalier , qui fcait
enfin à combien de révolutions & d'accidens
la felicité humaine est exposée , &
que Dien
protege la jufte caufe , ne peut pas fe perfuader
qu'une action fi énorme ait été executée
par
les ordres de S. M. B. Le Roy nôtre
maître en est d'autant plus convaincu , qu'il
croit qu'il eft incompatible avec la reconnnif
fance des fouverains , & principalement de
S. M.Br. d'oublier fi legerement l'amitié fincere
dont elle a recê tant de preuves , & qui
afcû laluy témoigner pendant la fituation la
plus perilleuse de fon Regne , & pendant les
derniers troubles d'Angleterre.
S. M. ne peut pas non plus fe perfuader ,
qu'une violence fi injufte & fi generalement
defaprouvée , ait été fomentée par la Nation
Britannique, parce qu'elle est toujours fidelle
amie de fes alliez , reconnoiffante des bienfaits
qu'elle a reçûs de l'Espagne , des liberalitez
des bonnes intentions de S. M. C.
D'un autre côté , des experiences bien fondées
font connoître au Roy nôtre Maître , que cet
évenement est l'ouvrage de quelques efprits
180
LE
MERCURE
du
inquiets & turbulens , ennemis de la paix &
& de la gloire Britannique, des avantages &
repos de la Nation & du bien public en
general ; voulant élever leur maison & leur
fortunefur la ruine generale de leur Nation ,
& aux dépens des funeftes fuccés & de leurs
malheureufes confequences .
Tous ces motifs joins à celui que S. M. a
de voir, quoiqu'à regret , le mauvais uſage
qu'onfait de fes graces , la reflexion fur fon
honneur infulté , par une hoftilité & une offenfe
fi inesperée , la reprefentation du caractere
& du miniftere de V. Ex. qui devient
inutile & peu refpectable en cette Cour , aprés
ce qui vient d'arriver : toutes ces ccnfiderations
ont obligé le Roy de m'ordonner de vous
dire defa part , qu'auffi tôt que V. Ex. recevra
cette Lettre , elle parte d'Angleterre.
S.M.C. Payant ainfi refolu.
ESPAGNE.
ONécrit que deuxdjeoCurasdiaxup,ardauva1n0t. Octobre
, § . Vaiffeaux
de guerre & 2. Fregattes mirent à la
voile de ce Port, fervant d'eſcorte à 25. Bâ
timens Ils font chargez d'une trés grande
quantité de munitions , d'artifices , &
de machines de guerre. Ils ont fait route
avec un vent favorable, pour fe rendre dans
les Ports de la côte de Guipuscoa . Le
Commandant de cette Place fit hier commencer
D'OCTOBRE. 181
mencer à travailler , par ordre de la Cour ,
à l'équipement des nouveaux Bâtimens.
plats & des nouvelles Tartanes , lefquels
doivent être prêts à mettre à la voile vers
le 15. ou le 20. de ce mois au plus tard .
Il entra hier dans ce Port , 22. Bâtimens
de charges de tranfport , fous l'efcorte de
4. Vaiffeaux de guerre , & de 3. Fregattes
venant de la Corogne. Il y a deffus ces
Bâtimens 4500 hommes , la plufpart Infanterie.
Les Vaiffeaux Marchands qu'on
a icy armé en guerre , &, les deux autres
armez à Vigo , font arrivez depuis quel
ques jours avec une Fregatte & 2 Brulots.
Deux Fregattes qui gardent la côtes viennent
de recevoir les ordres d'appareiller ,
pour mettre à la voile demain matin. On
travaille icy avec tout l'empreffement poffible
à la conftruction des 8 nouveaux
Bâtimenside guerre pour la fabrique defquels
on a reçû de la Cour de Madrid de groffes remifes.
Deux Bâtimens chargez d'agrêts , de
mats,de voiles & de cordages, fous l'escorte
de 2. Fregattes venant de Hollande, arriverent
pareillement hier .
On mande de Vigo du 11. Octobre qu'on
y faifoit un grand amas de Bâtimens de
charges. Depuis quinze jours ,on eft occupé
à la conftruction d'un grand nombre de
Barques plattes , ainfi que d'une grande
quantité de doubles Chaloupes d'une nouvelle
invention, en forme de Galiottes. On
€82 LE MERCURE
commencera la ſemaine prochaine à mettre
fur les chantiers , 2 nouveaux Vaiffeaux
de guerre, & 2. Fregattes pour la coſtruction
defquelles on attend demain les Ouvriers
qui font prefque tous étrangers. 2 .
de nos Vaiffeaux de guerre , Garde-côtes
amenerent dans ce Port 2. Armateurs Of
tendois , qui avoient enlevé un gros Vaiffcau
Marchand de Cadix que l'on a repris.
Par les lettres d'Alicant du 8. Octobre,
on apprend que le Commandant de cette
Place donne tous fes foins , pour preffer la
conſtruction de 4. Vaiffeaux de guerre ,
d'une Fregatte , de 2. Galeres & d'une Ga
liotte , qui font fur les chantiers depuis un
mois. La Cour de Madrid a expedié des
ordres pour lever des milices,tant icy que
par tout le Royaume de Valence . Les 12.
mille hommes de nouvelles Troupes qui
avoient pris la route d'Andaloufie , ont
reçû un contre - ordre en chemin , pour
marcher vers Bilbao , où 6000 hommes de
vieilles troupes devoient pareillement le rendre.
Les deux Vaiffeaux conftruits à Malaga
font entrez dans ce Port , où ils refte
ront jufqu'à nouvel ordre ; on en attend encore
un gros Vaif. de guerre , & deux Fregat
tes qui y ont été nouvellement fabriquées.
On a augmenté à la Corogne , le nom →
bre d'ouvriers pour avancer les 5 nouveaux
Bâtimens de guerre , qui font depuis fix
femaines fur les chantiers : On efpere qu'ils
D'OCTOBRE. 183
pourront être mis en mer vers le vingt de ce
mois , de même que 12. Bâtimens de tranf
port. On a embarqué dans le même Port
depuis 15. jours fur 16. Bâtimens de charges,
plufieurs pieces de canon de campagne,
des mortiers , des bombes & des boulets ,
pour être tranfportez, dans les nouveaux
Forts élevez depuis 15. mois le long de cette
côte : Ils font garnis aquellement de
munitions de guerre , & de bouche , & generalement
de tout ce qui eft neceffaire pour
la deffenfe de ces Ports , & pour la fubfiftance
des Troupes qu'on y a mis : On
veut fe mettre par- là en état de s'oppofer
aux defcentes qu'on pourroit tenter de faire
le long de ces côtes. Deux Vaiffeaux de
guerre Gardes côtes de la Corogne, fe rendirent
maîtres le 24. du mois paffé , de 3.
gros armateurs portant Pavillon Imperial ;
ils rentrerent le même jour dans ce Port
avec leurs trois prifes,
O
A Barcelone le x. Oftobre.
N n'a pas de nouvelles plus fraîches
de Barcelone ,que celles dues qui portent
que le grand convoy qu'on attendois
avec impatience de Cadix , moüilla le 20.
Septembre dans nôtre rade , où il a été retenu
depuis par les vents contraires ,
zainfi que celuy que l'on a preparé icy,
à la referve de 22. Bâtimens de charges qui
ont fait voile il y a 15. jours, fous l'efcor-
Qij
184 LE MERCURE
te de 4. Vaiffeaux de guerre & de 2. Fre
gattes , pour aller à Palerme d'où l'on a
nouvelle qu'il eft heureuſement arrivé. Si
tous les Bâtimens qui compofent ces deux
Convoix ,mettent enſemble à la voile pour
l'Italie , ils feront au nombre d'environ
160, tant Vaiffeaux de guerre que Bâtimens
de charges & de tranfport, fur lefquels on
a embarqué plufieurs pieces de canon , de
mortiers & quantité de munitions de guer
re , avec tout ce qui eft neceffaire pour radouber
les Bâtimens Efpagnols qui font en
Sicile .
UN
A Rome le 15. Oftobre.
N Commiffaire de l'Armée d'Efpagne
, dépêché par M. de Léde
au Cardinal Aquaviva , a apporté la nouvelle
que le 13 du mois paffé , les Affiegés
firent une fortie fur les Afliegeans , dans le
deffein d'enclouer l'Artillerie du Siege =
mais qu'ils furent reçûs fi vivement par
Efpagnols , que ceux- cy les repouffesent
& les obligerent à fe retirer précipitament
avec une perte conſiderableles
Le 25 les Allemans en firent une autre
avec 600 hommes , dans le deffein d'encloüer
le canon des Affiegeans ; ce qu'ils ne
purent executer , puifque les Efpagnols les
previnrent & les pourfuivirent de fi prés ,
jufqu'aux Portes de la Citadelle , que les
D'OCTOBRE. 189
Affiegez aprehendant que leurs Ennemis
ne penetraffent en même temps ,
baifferent la, herce
avant que tous leurs
gens fuffent rentrez. Par cette précipitation
, ils laifferent dans les dehors un Marêchal
de Camp , avec so. hommes qui
furent faits Prifonniers .
Le 28. l'Artillerie , tant de la Batterie
Royale que des autres Batteries , firent un
feu fi extraordinaire , que le 25. au matin
les Affiegez demanderent à capituler : Deux
heures aprés , la capitulation ayant été re
glée , on donna des otages de part & d'au- ·
tre ; le foir , les Troupes Efpagnoles commencerent
à prendre poffeffion des deux
Forts. Voicy en fubftance les articles de la
Capitulation ; que la Garniſon fortirait par
la Porte des Grecs , pour paffer par mer à
Regio avec armes , bagages &c. moyennant
que la Citadelle & tous les Farts feroient remis
aux Espagnols dans le même état qu'ils
Je trouvoient actuellement ; qu'on remettroit
les deux Vaiffeaux de guerre qui étoient dans
lePort deMeffine: Que l'on donnera tout le tems
neceffaire à la Garnifon d'évacuer la Place
& de s'embarquer pour ſe retirer en Calabre.
Suivant ces mêmes avis les Efpagnols
n'ont perdu que 1000 : hommes depuis qu'ils
ont débarquez en Sicile , jufqu'à la prife de
la Citadelle. Il y avoit 14. mille Siciliens
au Siege , dont 8 mille volontaires & 6
mille autres qui étoient à la folde du Roy :
Qiij
186 LE MERCURE
Il s'en trouve 10 mille autres de la même
Nation joins à 3 mille Efpagnols , qui
continuent de bloquer Siracufe. Il y a plufieurs
autres Corps de Milices Nationales
qui font diftribuez fur les côtes de ce Royaume
, pour s'oppofer aux defcentes que pour
roient tenter les Allemands. M. le Marquis
de Léde , le lendemain de la reddition
de la Citadelle , a détaché le Regimentd'
Artillerie avec quelques autresTroupes,
pour afficger Melazzo qu'on dit même
avoir éré abandonné par les Imperiaux ;
mais ce dernier Fait merite confirmation ,
comme celui d'un Vaiffeau de guerre Anglois
, enlevé par les Vaiffeaux Efpagnols
à la hauteur de Malthe.
Le Chevalier S.Georges qui fait toûjours
fa refidence à in, attend de jour à autre
la Princie sobieski pour l'époufer . Le
bruit fe répand qu'elle avoit été arrêtée auprés
de Trente par ordre de l'Empereur.
M. le Comte de Charolois , aprés avoir
été à Parme , où il a reçu du Prince & de
la Princeffe tous les honneurs dûs à fa
haute naiffance , est allé enfuite à Milan ,
d'où l'on croit qu'il paffera à Venife & de
à à Munick.
On écrit de Londres du 24. Octobre
que M. Nericault Deftonches Secretaire
de l'Ambaffade de France , a receu de
Paris par un exprés , la ratification du Roy
fon Maître pour le Traité de la Quadruple
Alliance . Cette Cour a delivré aufli - tôt les
D'OCTOBRE, 187
ratifications du même Traité avec la Franre
& l'Empereur. Milord Stanhope eft de
retour de Bath : On croit que ce voyage
avoit moins pour motif , de voir Madame
fon époufe , que de gagner des Membres
du Parlement. Jacques Jolias Mellener ,
Robert Afton & Paul Durand,trois fameux
Banquiers,ont manqué ; ce qui entraînera
plufieurs autres banqueroutes : M. de Montheleon
a pris fon audience de congé du Roy
qui l'a reçû trés gracieuſement . Ce Miniftre
paffera en Hollande où il reſtera . M. Wefeloufcki
Miniftre du Czar , aprés avoir infifté
qu'on envoyât un homme de confiance
à Peterbourg en confequence de fa de-.
mande , le Roy a expedié des ordres à l'Amiral
Noris de renvoyer l'Efcadre Angloiſe
qu'il commande dans la Mr. Baltique :
Cet Amiral doit paſſer enfuite la Cour
du Czar , avec M. Joffreis qui y reftera
en qualité de Refident de la Grande Bretagne
; Il paroît que le Czar fouhaitte ardemment
d'entretenir une bonne corref
pondance entre cette Couronne & la fienne:
Cette démarche donne matiere de raifonnement
aux Politiques , qui fe perfuadent à´
prefent que la paix du Nord n'eft pas conclue
, comme tant d'avis l'avoient affûré .
Des lettres de Livourne du 14 de ce mois,
portent qu'un Patron de Barque Françoiſe,
arrivée en vingt jours de Corinthe en ce
Port , avoit declaré que le bruit s'y étoit
188 LE MERCURE
que
répandu à fon départ , que le Grand Sei
gneur Achmet III. avoit été déposé , &
le Grand Vifir & le Mufti avoient été
étranglez Que les Mécontens avoient
élevé en fa place fur le Trône,fon Neveu
âgé de 13 ans , qui avoit choifi pour Grand
Vifir, un Officier du Serrail qui paroiffoit
fort porté à recommencer la Guerre ; les
Peuples témoignant du mécontentement
de la paix qui vient de fe faire avec les Imperiaux
Ce Patron ajoûte que la Flotte
des Turcs avoit û ordre de refter à Napoli"
de Romanie avec les Barbarefques , & que
les Troupes d'Afie qui étoient en marche
pour s'en retourner, avoient reçû un contreordre
pour demeurer.
On mande de Genes du 26 , qu'un Vaif
feau de Guerre Anglois & un autre de Naples
, etoient entrez dans ce Port , pour y
escorter 25 Bâtimens de tranſport , fur lefquels
quatre Regimens Allemands doivent
s'embarquer , pour être tranfportez en Sicile
ou plûtôt à Regio.
SUPPLEMENT DE PARIS
M
Du 31 Octobre.
Onfieur de Mezieres
a
Lieutenant
General des Armées du Roy a été
nommé pour aller commander en Picardie
& en Champagne , où l'on doit envoyer
des Troupes , pour arrêter le commerce public
du faux- faunage que fait une quantité
D'OCTOBRE. 189
prodigieufe de Vagabonds qui courent dans
ces Provinces.
On compte actuellement 20 Evêques de
France , qui ont interjetté appel au futur
Concile , de la Conſtitution , & de la Leetre
du Pape publiée à Rome le 8 Septembre
dernier . Outre les Curez de Paris au nombre
de prés de 50, ceux du Dioceſe ont fait
la même chofe dans leur conférence , à la
referve de fept ou huit. Les trois Maifons
des Benedictins , celles des Feuillans , de
l'Oratoire , de Sainte Geneviève , des Carmes
de la Place Maubert , des Jacobins de
la rue Saint Jacques & de Saint Honoré ,
ont imité des premiers cet exemple ; ainfi
que les Maiſons des mêmes Ordres qui font
dans le diftric du Dioceſe de Paris. L'Univerfité
de Paris a fait paroître pareillement
fon Acte d'appel.
Le Roy a donné à M: Bontems , l'un
-de fes premiers Valets de Chambre , Capitaine
des Chaffes de la Varenne du Louvre,
une Lieutenance de Roy dans la Province
de Guyenne.
M. leMarquis de Sorel a été nommé par le
Roy Gouverneur General des Ifles S. Domingue
; il va relever M. de Château - Mo-
-ran.
M. le Duc de Louvigni, Colonel au
Regiment des Gardes Françoiſes , a été fait
Brigadier des Armées du Roy le 3 Octobre.
Le Roy a confenti qu'Amboife qui étoit
190
E
LE MER
un des appanages de Madame Ducheffe de
Berry , fut échangé pour Mendon.
Avis
important.
Etat en general des effets & Marchandifes,
qui font dans les Magafins de M. Prieur,
& du fieur Bourguignon Tapiffier ,
rue S. Sauveur.
Plufieurs Miroirs , Trumeaux , Glaces
de cheminée , Miroirs & Garnitures de
Toilette , de differentes fortes , & de differens
prix.
Bureaux , Commodes unies & couvertes
de marbre; Bureaux de travail couverts de
maroquin & autres fortes.
Luftres de cristal de roche , de bronze
& bois doré , & girandolles.
Bras dorés , d'or moulu , & en couleur ,
à deux & fimples branches , de differentas
grandeurs.
Flambeaux de Table , mouchettes & portemouchettes
, avec des bougeoirs dorés d'or
moulu & en couleur.
Feux de cuivre , dorés d'or moulu & en
couleurs , argentés & autres , avec des feux
de fer poly , de differentes groffeurs
Tables de marbre,& pieds dorés, à quatre
pieds & à confolles , gueridons & confolles
de bois doré , de differentés grandeurs.
Pendules de toute maniere à repetition , à
quarts & autres.
Montres à boëttes d'or , d'argent de méD'OCTOBRE
19T
tail doré , & à boëctes de chagrin piquées
de clouxd'or à repetition , à revcil & autrement.
Tableaux , tant originaux que copies , de
differens Maîtres ,
Vafes de bronze & de marbre avec des
figures de bronze de differentes grandeurs.
Clavefins , & Cabinets d'orgues de differentes
grandeurs & de differens prix.
Diamans , Pierres fines de couleur , &
perles fines en bagues , croix & colliers ,
de differens prix.
Dentelles de Maline , & autres de differentes
fortes .
Fufils de chaffe , de differens prix.
Carroßes à deux fonds & coupez ; Ber
lines, Caleches & Chaifes à Porteurs , doublées
de velours , de drap ou autrement .
On y trouve auffi des Chevaux de Carrolle
& autres.
Plufieurs Tentures de toutes fortes de tapifferies,
& de differens prix .
Lits de Damas , galonnez , unis & de
Serge de plufieurs grandeurs.
Fanteuls des Gobelins , Sophas , Chaiſes
de Table de mocquette , fauteuils & chaile
couvertes de maroquin.
Ecrans de bois doré & autres.
Rideaux de feneftre de toille damaffée.
Portieres des Gobelins & autre forte .
Plufieurs fortes de Vins fins de beaune,de
Volnay , Pomar, Chaffagne , Chambertin ,
1941 LE MERCURE
& autres en gros, par muids ou par feuillettes
à vendre à jufte prix.
Ja
Ai lû par l'ordre de Monfeigneur le
Garde des Sceaux ,le Mercure galant du
mois d'Octobre . à Paris le 31. Octobre
1718.
TABLE
BLANCHARD
Dialogue fur la nature de l'Amour.
Mandement de M. le C. de Rohan
2. Mand de M. le C. de Noailles.
Autres pieces fur la Conſtitution
3.
21.
39.
72 .
Ab.de la vie de M. Jouvenet Peintre . 83.
Nouveau Clepfidre. 91
Ordre de Chrift & c. 04.
Lettre curieufe de Conftantinople.
98.
Spectacles.
99..
Poëlies. 131.
Enigmes. 138.
Chanfon . 139.
Extrait d'une Lettre écrite à l'Auteur du
Mercure.
Festes de Chantilly.
Journal de Paris.
Nouvelles Etrangeres.
Suplement.
Avis important.
148.
151
155 .
·165.
188 .
190
Fautes à corriger dans le Dialogue , &c.
Page 1. Ligne 8. de ct , lifez du P. 1. L. 16. tout
lifez cet. P. 6 L. 19. aimant lifez Amant P. 7 L. 15.
activité lifez e'ectricité . P , 8 , L. 14, maximum lifez
minimum P , 8 , L. 25 , preparer lifez propofer P,
12 L. 15 do: ner lifez adoucir , P. 15 L. 3 courtes
lifez longues P. 15 L, 5 longues fez courtes P, 19.
L. 13 à tout qu'on lifez à tout ce qu'onLE
NOUVEAU
MERCURE
Novembre 1718.
Le prix eft de vingt fols.
GOTHEAVE
DE
LYON
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
PIERRE RIBOU , Quay des Auguftins ,
à l'Image S. Louis
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë Se
Jacques , à la Fleur - de- i ys d'Or,
M. D. CC. XVII .
Avec Aprobation & Privilège du Roy.
AVIS.
Ο
N prie ceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure,
d'en affranchir
le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut .
L'Adreſſe de l'Auteur , eſt.
A Monfieur BUCHET , Cloitre
S. Germain de l'Auxerrois .
On donne avis , qu'on trouve
chez les Libraires ci - deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. de même que
l'Abregé de la Vie du CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or .
1.
3
LE
NOUVEAU
MERCURE.
Principes de Métaphifique ,
fondez en railons.
Par M. de Leibnitz.
A fubftance eft un être capable
d'action : Elle eſt ſimple
ou compofée. La fubftance
fimple eft celle qui
n'a point de parties : La
compofée cft l'affemblage des fubtances
fimples ou des Monades . ( Monos eſt un
mot grec qui fignifie l'unité ou ce qui eft
un. ) Les compofez ou les corps , fontdes
multitudes ; & les fubftances fimples ,
les vies , les ames , les efprits , font des
unitez ; & il faut bien qu'il y ait des fubftances
fimples par tout , parceque , fans les
A ij
LE MERCURE
fubftances fimples , il n'y auroit point de
compofez , & par confequent toute la nature
eft pleine de vies.
2. Les Monades n'ayant point de parties
, ne fçauroient être formées ni détruites
Elles ne peuvent commencer ni finit
naturellement , & durent par confequent
autant que l'Univers qui fera changé , mais
qui ne fera point détruit . Elles ne fçauroient
avoir de figures , autrement elles auroient
des parties ; & par confequent une
Monade en elle- même & dans le moment ,
ne fçauroit être difcernée d'une autre ,
que par les qualitez & actions internes , lefquelles
ne peuvent être autre chofe que fes
perceptions ; ( c'eft- à- dire , fes reprefentations
du compofé , ou de ce qui eft dehors
, dans le fimple; ) & fes appetitions,
( c'est- à- dire , fes tendences ou tendences
d'une perception à une autre ) qui font les
principes du changement : Car , la fimplicité
de la fubftance n'empêche point la
multiplicité des modifications qui fe doivent
trouver enſemble dans la même fubftance
fimple , & elles doivent confifter dans la
varieté des rapports aux chofes qui font dehors
: De même , dans un centre ou point
tout fimple qu'il eft , fe trouve une infinité
d'angles formez par les lignes qui y concourent
.
3. Tout eft plein dans la Nature ; il y a
des fubftances fimples par tout, feparées efDE
NOVEMBRE.
fectivement les unes des autres par des actions
qui changent continuellement leur
rapport & chaque fubftance fimple ou Monade,
qui fait le centre d'une fubftance compofée
, comme par exemple,d'unAnimal , eft
le principe de fon unité , & eft environnée
d'une maffe compofée d'une infinité d'autres
Monades , qui contiennent le corps
de cette Monade centrale , fuivant les affections
duquel elles reprefentent , comme
dans une maniere de centre les choſes qui
font hors d'elles ; & ce corps eft organique
, quand il forme une maniere d'automate
ou de machine de la nature , qui eft
machine non feulement dans le tout ; mais
encore , en confiderant les plus petites parties
qui fe peuvent faire remarquer : Et ,
comme à caufe de la plenitude du monde ,
tout eft lié , & que chaque corps agit fur
chaque autre corps , plus ou moins felon
fa diſtance , & en eft affecté par réaction ,
il s'enfuit que chaque Monade eft un miroir
vivant , ou doüé d'une action interne ,
reprefentatif de l'univers , fuivant fon point
de vûë , & auffi reglé que l'Univers même:
& les perceptions dans les Monades , naiffent
les unes des autres par les loix des appetits,
& des caufes finales du bien & du mal
qui confiftent dans les perceptions remar
quables , reglées ou dereglées ; comme les
changemens des corps & des Phénomenes
au dehors , naiffent les uns des autres par
A iij
6 LE MERCURE
les loix des caufes efficientes ; c'est - à- dire ,
des mouvemens. Ainfi , il y a une harmonie
parfaite entre les perceptions de la Monade-
& les mouvemens des corps , entre le fyfte
me des caufes efficientes , & celui des caufes
finales préétablies d'abord ; & c'eft en cela
que confifte l'accord & l'union Phifique de
l'ame & du corps , fans que l'un puiffe
changer les loix de l'autre .
4. Chaque Monade avec un corps parti
culier , fait une fubftance vivante : Ainfi
il n'y a pas fulement de la vie par tout
jointe aux organes ; mais même , il y en
a une infinité de degrez dans les Monades ,
les unes dominant plus ou moins fur les autres
: Mais , quand la Monade a des organes
fi ajustez ; par leur moyen , il y a du
relief diftingué dans les impreffions , & par
confequent dans les perceptions qui les reprefentent
; comme par exemple , lorſque
par le moyen de la figure des humeurs des
yeux , les raions de la lumiere font concentrez
& agiffent avec plus de force , cela
peut aller jufqu'au ſentiment ; c'eſt - à - dire,
jufqu'à une perception accompagnée de
memoire , fçavoir , dont un certain êcho
demeure longtems pour fe faire entendre.
dans l'occafion .
Un tel vivant eft appellé animal , comme
la Monade eft appellée une ame , &
quand cette ame eft élevée jufqu'à la raifon ,
elle cft quelque chofe de plus fublime , &
DE NOVEMBRE י
on la compte parmi les efprits , comme il
fera expliqué tantôt. H eft vrai que les animaux
font quelquefois dans l'état des fimples
vivans , & leur ame dans l'état des fimples
Monades ; fçavoir , quand leurs perceptions
ne font pas affez diftinguées , pour que
l'on s'en puille fouvenir , comme il arrive
dans un profond fommeil fans fonge , ou
dans un évanouiffement : Mais , les perceptions
devenue's entierement confules , fe
doivent redevelopper dans les animaux , par
les raifons que je dirai. Ainfi , il eft bon
de faire diftinction entre la perception qui
eſt l'état interieur de la Monade reprefentative
des chofes externes , & l'apperception
qui eft la confcience ou la connoiffance
reflexive de cet état interieur , laquelle
n'eft point donnée à toutes les ames , ni
toujours à la même ame ; & c'eft faute de
cette diftinction , que les Cartefiens ont
manqué , en comptant pour rien les perceptions
dont on ne s'apperçoit pas , comme
le Peuple compte pour rien les corps infenfibles
: C'eft auffi ce qui a fait croire
aux mêmes Cartefiens que les feuls efprits
font des Monades ; qu'il n'y a point d'a
me des bêtes, & encore moins d'autres principes
de vie ; & comme ils ont trop choqué
l'opinion commune des hommes , en réfafant
le fentiment aux bêtes , ils fe font trop
accommodez.au contraire , aux préjugés du
vulgaire , en confondant le long étourdiffe-
A j
LE MERCURE
ment qui vient d'une grande confufion de
perceptions , avec une mort à la rigueur où
toute perception cefferoit ce qui a confirmé
l'opinion mal fondée de la deftruction
de quelques ames , & le mauvais fentiment
de quelques efprits forts prétendus qui ont
combattu l'immortalité de la nôtre.
7
5. Il y a une autre liaifon dans les perceptions
des animaux , qui a quelque reffemblance
avec la raifon ; mais , elle n'eft
fondée que dans la mémoire des faits , &
nullement dans la connoiffance des caufcs :
C'eft ainfi qu'un Chien fuit le bâton dont
il a été frappé , parceque fa mémoire lai
reprefente la douleur que le bâton lui a
caufée ; & les hommes en tant qu'ils font
Empiriques, c'eft-à - dire, dans les trois quarts
de leurs actions , n'agiflent que comme des
bêtes ; par exemple , l'on s'attend qu'il fera
jour demain , parcequ'on l'a toujours experimenté;
cependant, il n'y a qu'un Aſtronome
qui le prévoye, & même cette prédiction
manquera , quand la caufe du jour ,
qui n'eft point éternelle , ceffera . Mais , le
raifonnement veritable dépend des veritez
neceffaires ou éternelles , comme font celles
de la Logique , des Nombres , de la
Geometrie , qui font la connexion indubitable
des idées & les confequences immanquables.
Les animaux où les confequences
ne fe remarquent point , font appellez
bêtes ; mais , ceux qui connoillent les veDE
NOVEMBRE.
ritez necellaires , font proprement ceux
qu'on appelle animaux raiſonnables , &
leurs ames font appellées efprits purs : Les
ames font capables de faire des actes reflexifs
, & de confiderer ce qu'on appelle moy,
fubftance , Monades , ames , efprits , en
un mot , toutes les chofes & les veritez interieures
; & c'est ce qui nous rend ſufceptibles
des fciences & des connoiffances
démonftratives.
6. Les recherches des Modernes nous
ont appris , & la raiſon l'approuve , que
les vivans dont les organes nous font connus
, c'est -à- dire , les plantes & les animaux
, ne viennent point d'une putrefaction
ou d'un cahos , comme les anciens
l'ont crû ; mais des femences preformées ,
& par confequent de la transformation des
vivans préexiftants. Il y a de petits animaux
dans les femences des grands , qui
par le moyen de la conception , prennent
un vêtement nouveau qu'ils s'approprient ,
qui leur donnent moyen de fe nourrir & de
s'aggrandir , pour paffer fur un plus grand
theatre , & faire la propagation du grand
animal . Il eft vrai que les ames des animaux
fpermatiques- humains , ne font point raifonnables
, & ne le deviennent que lorfque
la conception détermine les animaux à`la
nature humaine ; & comme les animaux ne
naiffent point entierement dans la conception
ou generation , ils ne periffent pas en-
'
ΤΟ LE MERCURE
tierement , non plus dans ce que nous ap
pellons morts car , il eft raifonnable que ce
qui ne commence pas naturellement , ne
Anifle pas non plus dans l'ordre de la nature.
Ainfi , quittant leurs mafques ou
leurs guenilles , ils retournent feulement à
un théatre plus fubtile, où ils peuvent pourtant
être plus fenfibles & bien reglez , que
dans le plus grand ; & ce qu'on vient de
dire des grands animaux , a encore lieu dans
la generation ; & la mort des vermiffeaux
fpermatiques , c'est-à -dire les animaux ,
font les accroiffemens d'autres fpermati
ques plus petits , à proportion defquels ils
peuvent pafler pour grands ; car l'on va à
l'infini dans la nature. Ainfi , non feulement
les ames, mais encore les animaux , font
ingenerables & imperiflables , & ils ne font
que développez , enveloppez , revêtus
dépoüillez , transformez : Lesames ne quittent
jamais tout leur corps , & ne paffent
pas d'un corps dans un autre qui leur foit
entierement nouveau . Il n'y a donc point de
Metempsycofe, mais il y a Metamorphofe :
Les animaux changent , prennent & quittent
feulement des envelopes ; ce qui arrive
peu à peu & par petites parcelles infenfibles,
mais continuellement dans la nutrition &
tout d'un coup notablement ; mais rarement
dans la mort , qui fait acquerir &
Ferdre beaucoup tout à la fois .

>
7. Jufques icy , nous n'avons parlé qu'en
DE NOVEMBRE. II
fimples Phificiens ; maintenant, il faut s'élever
jufqu'à la Metaphifique , en nous
fervant du grand principe peu employé
communément , qui porte que rien ne fe
fait fans raifon fuffifante ; c'eft-à dire que
rien n'arrive,fans qu'il ne fût poffible à ce
lui qui connoîtroit affez les chofes , de rendre
une raifon qui fuffife , pour déterminer
pourquoi il en eft ainfi & pas autrement.Ce
principe pofé , la premiere queftion que
l'on a droit de faire , fera pourquoi il y a
plûtôt quelque chofe que rien ; car , le
rien eft plus fimple & plus facile que quelque
chofe. De plus , fuppofé que des chofes
doivent exifter , il faut que l'on puifle
rendre raison pourquoi elles doivent exifter
ainfi & non autrement ,
8. Or, cette raifon fuffifante de l'exiftence
de l'Univers , ne fe fçauroit trouver
dans la fuite des chofes contingentes, c'eftà-
dire , des corps & de leur reprefentation
dans les ames ; parceque la matiere êtant
indifferente en elle-même au mouvement
& au repos , & à un mouvement tel ou à
un autre ; on n'y fçauroit trouver la raiſon
du mouvement , & encore moins d'un tel
mouvement : & quoique le prefent mouvement
qui eft dans la matiere , vienne du
precedent , & celui- ci encore d'un precedent
, on n'eft pas plus avancé quand on
iroit auffi loin que l'on voudroit : Car , il
refte toûjours la même queftion . Ainfi , il
LE MERCURE
faut que la raifon fuffifante qui n'ait plus
plus befoin d'une autre raifon , foit hors de
cette fuitte des chofes contingentes , & fe
trouve dans une fubftance qui en foit la
caufe , & qui foit un être neceflaire, portant
la raifon de fon exiftence avec foy ;
autrement on n'auroit pas encore une
raiſon ſuffiſante où l'on puiffe finir ; & cette
derniere raison des chofes , cft appellée
Dicu.
>
9. Cette fubftance fimple,primitive, doit
Fenfermer unanimement les perfe&ions contenues
dans les fubftances derivatrices qui
en font les effets. Ainfi , elle aura la puj
fance , la connoiffance & la volonté parfaite
; c'eft- à- dire , elle aura toute puiffance
, omniscience & une bonté fouveraine ;
& comme la juftice prife fort generalement,
n'eft autre chofe que la bonté conforme à
la fageffe , il faut bien qu'il y ait auffi une
juftice fouveraine en Dieu . La raison qui
a fait exifter les chofes par lui , Jes fait encore
dépendre de lui , en exiftant & en
operant ; & elles reçoivent continuellement
de lui ce qui les fait avoir quelque perfection
; mais , ce qui leur refte d'imperfection
, vient de la limitation effentielle &
originale de la Creature .
1o. Il fuit de la perfection fuprême de
Dieu , qu'en produifant l'Univers , il a
choifi le meilleur plan poffible où il y ait
la plus grande varieté avec le plus grand
DE NOVEMBRE.. 13
ordre , le terrain , le lieu , les temps les mieux
menagez , le plus d'effts produits par les
regles les plus fimples, le plus de puiẞance, le
plus de connoiffance , le plus de bonheur &
de bonté dans lesCreatures que l'Univers pouvoit
admettre. Car , tous les poffibles pretendant
à l'existence dans l'entendement de
Dieu , à proportion de leurs perfections ,
le refultat de toutes ces pretentions doit
être le monde actuel , le plus parfait qu'il
foit poffible ; & fans cela , il ne feroit point
poffible de rendre raifon , pourquoy les cho-
Les font allées plûtôt ainfi qu'autrement.
11. La fagcffe fuprême de Dieu , lui a fait
choifir fur tout les loix du mouvement
les mieux ajustées , & les plus convenables
aux raiſons abftraites ou Metaphifiques . Il
s'y conferve la même quantité de la force
totale & abfoluë , ou de l'action ; la même
quantité de la force refpective , ou de la
reaction ; la même quantité enfin de la
force directive . De plus , l'action eſt toûjours
égale à la reaction , & l'effet entier eft
toûjours équivalent à fa caufe pleine : Et
il eft furprenant que par la feule confideration
des caufes efficientes ou de la matiere ,
on ne fçauroit rendre raifon de ces loix du
mouvement, découvertes de nôtre temps, &
dont une partie a été découverte par moymême
; car , j'ai découvert qu'il faut recourir
aux caufes finales , & que ces loix
ne dépendent point du principe de la ne14
LE MERCURE
ceffité , comme les veritez Logiques
Arithmetiques , Geometriques mais ,
du
principe de la convenance , c'eſt à dire du
choix de la fageffe ; & c'eft une des plus
efficaces & des plus fenfibles preuves de
l'existence do Dieu , pour ceux qui peuvent
approfondir ces chofes .
12. Il fait encore de la perfection de l'Auteur
fuprême , que non feulement l'ordre
de l'Univers eft le plus parfait qui fe puifle ;
mais auffi , que chaque miroir vivant reprefentant
l'Univers , fuivant fon point de
vûë , c'eſt à dire , chaque Monade ; chaque
centre fubftantiel doit avoir ſes perceptions
& fes appetits les mieux reglez , qu'il
eft compatible avec tout le refte . D'où il
s'enfuit encore que les ames , c'ift - à · dire
les Monades les plus dominantes , ou plutôt
les animaux mêmes , ne peuvent manquer
de fe reveiller des affoupiffemens où
la mort, ou quelque autre accident les peut
mettre.
13. Car , tout eft reglé dans les chofes
( une fois pour toutes ) avec tant d'ordre
& de correfpondance qu'il eft poffible ;
la fuprême fageffe & bonté ne pouvant agir
qu'avec une parfaite harmonie . Le prefent
eft gros de l'avenir ; le futur de pouvoir lire
dans le paffé ; l'éloigné eft experimenté
dans le prochain . On pourroit connoître la
beauté de l'Univers dans chaque ame , fi
l'on pouvoit dépcüiller tous les replis qui
DE NOVEMBRE.
15
ne fe développent fenfiblement qu'avec le
temps : Mais , comme chaque perception
diftincte de l'ame, comprend une infinité de
perceptions confufes qui enveloppent tout
l'Univers , l'ame même ne connoît les chofes
dont elle a perception , qu'autant qu'elle
en a des perceptions diftinctes & relevées ;
& elle a de la perfection , à mesure de fes
perceptions diftinctes. Chaque ame connoît
l'infini , connoît tout , mais conformement.
Comme en me promenant fur les rivages de
la Mer , & entendant le bruit qu'elle fait ,
j'entends les bruits particuliers de chaque
vague dont le bruit total eft compofé mais
fans le difcerner. Nos perceptions confufes
font le refultat des impreffions que tout
l'Univers fait fur nous : il en eft de même
de chaque Monade. Dieu feul a une connoiffance
diftincte de tout car il en eft la
fource. On a fort bien dit qu'il eft comme
centre par tout , mais que fa circonference
ne le peut tout lui êtant prefent
immediatement , fans aucun éloignement
de ce centre .
14. Pour ce qui eft de l'ame raiſonnable
ou de l'efprit , il y a quelque chofe de
plus que dans les Monades ou dans les fimples
ames: Il n'eft pas feulement un miroir
de l'Univers des Creatures, mais encore
une image de la Divinité . L'efprit n'a pas
feulement une perception des ouvrages de
Dieu ; mais , il eft encore capable de pro16
LE MERCURE
duire quelque chofe qui leur reffemble ,.quoiqu'en
petit . Car , pour ne rien dire des
merveilles des fonges , où nous inventons
fans peine ( mais auffi fans en avoir la vo
lonté des chofes aufquelles il faudroit
penfer longtems , pour les trouver quand on
veille , nôtre ame eft architetonique même
dans les actions volontaires ; & découvrant
les fciences fuivant lefquelles Dieu a reglé
les chofes ( pondere , menfurâ , numero )
elle imite dans fon département ou dans
fon petit monde , où il lui eft permis de
s'exercer , ce que Dieu fait dans le grand.
15. C'eft pourquoi tous les efprits , foit des
Hommes, foit des Genies , entrant, en vertu
de la raifon & des veritez éternelles , dans
une espece de focicté avec Dieu . font des
membres de la Cité de Dieu ; c'est- à- dire ,
du plus parfait Etat formé & gouverné par
le plus grand & le meilleur des Monarques,
où il n'y a point de crime fans châtiment ,
point de bonnes actions fans recompenfe
proportionnée ; & enfin , autant de vertu
& de bonheur qu'il eft poffible ; & cela ,
non pas par un dérangement de la Nature ,
comme li ce que Dieu prepare aux ames
troubloit les loix des corps ; mais , par l'ordre
des mêmes chofes naturelles , en vertu
de l'harmonie préétablie de tout temps entre
le regne de la nature & celui de la gra
ce ; entre Dieu comme Architecte , & Dicu
comme Monarque ; enforte que la nature
.
même
DE NOVEMBRE. 17
même mene à la grace , & que la grace perfectionne
la nature en s'en fervant .
16. Ainfi , quoique la raifon ne nous
puiffe point apprendre le détail du grand
avenir , refervé à la revelation , nous pouvons
être alfûrez par cette même raifon ,
que ces chofes font faites d'une maniere qui
paffe nos fouhaits . Dieu auffi êtant la plus
parfaite , la plus heureufe, & par confequent
la plus aimable de toutes les fubftances ;
& l'amour pur , veritable , confiftant dans
l'état qui fait goûter de plaifir dans les perfections
& dans la felicité de ce que l'on aime
cet amour nous doit donner le plus
grand plaifir dont on puiffe être capable
quand Dieu en eft l'objet.
17. Il cft aifé d'aimer comme il faut fi ...
conjecture , comme je viens de dire ; car ,
quoique Dieu ne foit pas fenfible à nos fens
externes , il ne laifle pas d'être aimable &
de donner un trés- grand plaifir. Nous
voyons combien les honneurs font plaifir aux
hommes , quoiqu'ils ne confiftent point
dans les qualitez des fens externes , Les Martyrs
& les Fanatiques ( quoique l'afiection
de ces derniers foit mal reglée ) montrent
ce que peut le plaifir de l'efprit ; &
qui plus eft , ceux des fens fe réduisent à
des plaifirs intellectuels , confufement connus.
La Mufique nous charme , quoique
fa beauté ne confifte que dans les convenances
des nombres , & dans le compte
B
18 LE MERCURE
&
que
dont nous ne nous appercevons pas ›
l'ame ne laille pas de faire des battemens ou
vibrations qui fe rencontrent par certains
intervalles. Le plaifir que la vûe trouve
dans les proportions , font de la même nature
; & ceux que caufent les autres fens,
reviendront à quelque chofe de femblable ,
quoique nous ne puiffions pas
diftinctement.
* e
l'expliquer
a- 18. On ne peut même nier que dés
prefent l'amour de Dieu nous fait jouir de
l'avant - goût de la felicité future ; & quoi.
qu'il foit des intereffé , il fait par lui - même
nôtre plus grand bien & interêt , quand
même on ne l'y chercheroit pas , & quand
on ne confidereroit que le plaifir qu'il donne
, fans avoir égard à l'utilité qu'il produit
: Car , il nous donne une parfaite confiance
dans la bonté de nôtre Auteur &
Maître, laquelle produit une veritable tranquilité
de l'efprit , non pas comme chez
les Stoiciens , réfolus à une patience par
force mais , par un contentement prelent
qui nous affure même un bonheur futur; &
outre le plaifir prefent , rien ne fçauroit être
plus utile pour l'avenir . Car , l'amour de
Dieu remplit encore nos efperances ,& nous
mene dans le chemin du faprême bonheur
; parce qu'en vertu du parfait ordre
établi dans l'Univers , tout est fait le mieux
qu'il eft poffible , tant pour le bien genexal,
qu'encore pour le grand bien particuDE
NOVEMBRE. 19
Fier de ceux qui en font perfuadez , & qui
font contens du divin gouvernement ; ce
qui ne fçauroit manquer dans ceux qui fçavent
aimer la fource de tous biens. Il eft
vrai que la fuprême felicité , de quelque
vifion beatifique ou connoillance de Dieu
qu'elle fuit accompagnée , ne pourroit ja
mais être pleine , parceque Dieu êtant infini
, ne fçauroit être connu entierement .
Ainfi , nôtre bonheur ne confiftera jamais ,
& ne doit point confifter dans une pleine
jouillance , où il n'y auroit plus rien à defirer
, & qui rendroit nôtre efprit ftupide ;
mais, dans un progrés perpetuel à de nouveaux
plaifirs & de nouvelles perfections .
*£**
J
*3 *£ *£3 £ 3
'Annoncai dans le Mercure d' Avril 1718.
une Traduction Francoife , de l'Italien des
Voyages du Docteur Gemelli Careri , que le
fieur Ganeau fameux Libraire de la ruë S.
Jacques , doit faire paroître au commencement
de l'année prochaine. On peut affiner
par avance, que ce fera une Edition complete,
tant par la beauté du papier , de l'impreffion
que desplanches. En attendant que le Public
puiffe en juger lui- même , nous croyons
lui faire plaifir , que de le prévenir par l'extrait
fuivant : C'est à M. G. D , L. L. à
qui j'en fuis redevable.
Bij
ΣΟ LE MERCURE
Extrait du Voyage au tour du Monde ,
du Dodicur Jean. François Gem lli
Careri , par M. G. D. L. L.
I
A plupart des Voyageurs veulent nous
le
courfes eft l'utilité que le Public en doit
retirer leur interêt , felon eux ,, y tient
le moindre rang. M. Gemelli eft plus fincere
; il nous apprend que quelques infultes
infuportables à tout honnête homme , &
dont il n'avoit pû tirer fatisfaction , le
déterminerent à s'éloigner de Naples fa
Patrie , d'où il partit le 13 Juin 1693 .
Il commence fes Voyages par l'Egypte ;
il va enfuite dans la Palestine , & retournant
à Alexandrie , il s'y embarque pour
Conftantinople : Le Vaiffeau fur lequel il
étoit , ayant relâché à Rhodes , on lui fit
aprehender d'y être retenu Efclave , &
peut être fe repentit- il alors d'avoir voulupromener
fes chagrins hors de fon païs :
Il en fut cependant quitte pour la peur ; il
arriva heureufement à Smyrne delà
paffant à Andrinople , il y vit la Cour Ortomane
, & fut enfuite à Conftantinople ,
où fa curiosité l'expofa à de nouveaux rifques.
En fortant d'une Mosquée , dit nôtre
Auteur , oùje m'étois amufé à regarder les
DE NOVEMBRE. 21
Tombeaux de quelques Sultans , j'apperca
un Janiffaire qui m'appella . Comme j'avois
40. fequins dans ma bource , & que le lien
êtoit folitaire, la crainte d'être volé me fit
rebrouffer chemin . Le Janifaire courant pour
me joindre , je doublai le pas un de fes
Camarades fe trouvant fur mon paßage , il
lui cria de m'arrêter , ce qu'il me fut impoffible
d'éviter. Ces deux Turcs , aprés
m'avoir fouillé par tout , & ne m'avoir rien
trouvé , me conduifirent à l'Efqui- Odolar
le plus proche , & me prefentant à un bomme
que je pris pour un Officier , ils lui dirent
que j'étois un Efpion : Cet Officier m'ayant
interrogé en bon Italien , je lui répondis
que la curiofité fenle m'avoit engagé à voir
ces Tombeaux ; il me repliqua que les Turcs
portoient leursfoupçons au point de ne pas
vouloir que l'on vit leurs Mosquées ; qu'il
m'excufoit , & que j'en avois l'obligation à
ma qualité d'Etranger ; mais , que j'enffe
a me retirer promptement à Galata , & à ne
pas revenir à Conftantinople. Je ne me fis
pas deux fois repeter fa harangues je croi
que cet Officier étoit un Renegat Italien, car,
il parlait cette Langue auffi correctement que
moy.
Cette avanture ne rendant pas M. Gemelli
plus circonfpect , il tomba dans un
nouveau péril plus fâcheux que le premier.
Dans le deffein où il étoit de pafler en
Perfe , il avoit loué une Saïque qui le de22
LE MERCURE
voit porter à Trebizonde , fes hardes memes
étoient déja embarquées fur ce petit
Bâtiment. L'envie l'ayant pris , avant de
partir , de voir 24. Brigantins , & 6. Galottes
deftinées à fervir en Hongrie contre
l'Armée Imperialle , & qui devoient remonter
dans le Danube par la Mer noire ,
il fut fur le Port pour fe fatisfaire ; il examina
enfuite deux carcaffes de Galeres qui
étoient commencées depuis plufieurs années
, & qui étoient reftées imparfaites :
Il vouloit aller plus avant , lorsqu'un Turc
l'arrêta, & le conduifit à la Tente d'unCapit.
Renegat François de Nation , qui renvoya
nôtre Voyageur au Capitan - Bacha Mezzomerto
. Quoiqu'il répondît pertinement ,
on le mena au Bain parmi les autres Ef
claves , où pour lui faire confeffer qu'il
étoit un Efpion Venitien , on fe mit en
devoir de lui donner la baftonade fur la
plante des pieds : Cependant , on en demeura
à la menace ; on lui attacha enfuite
au pied gauche une chaîne de 14. anneaux,
& on le fit travailler comme les autres Eclaves
Sa captivité dura cinq jours , au
bout defquels il fut remis en liberté par le
credit des Confuls de France , qui firent entendre
à Mezzomorto que M. Gemelli étoit
un homme de leur Nation dont ils répondoient
. Une Vefte de brocard , qui lui
couta 46. piaſtres , & dont il fit prefentau
Capitan Bacha , frrent agréer ces raiſons ;
:
-
DE NOVEMBRE. 23
& par là , il fe vit en état de poursuivre
fon voyage qu'il continua par Trebizonde
& Eztzerum ; il arriva enfin en Perfe
ayant encore receu fur la route quelques
dégouts de la part des I urcs.
Le Rélateur fe plaint beaucoup de la
tyrannie des Rhadars de Perfe ; ce font des
gens prépofez pour la fûreté des chemins ,
en confideration de quoy les Voyageurs leur
donnent une médiocre gratification . Etant
à Tauris , il y remarqua une fuperftition
finguliere des Perfannes . On avoit pendu
quelques Criminels dans la grande Place
& les femmes fteriles paffoient fous les potences
, pendant que les cadavres y étoient
encore attachez ; fe figurant que l'influense
de ces corps morts devoit leur communiquer
une vertu generative. De Tauris ,
M. Gemelli va à Ipahan , où peu de jours
apiés , le Roy Solyman 111. meurt. Son
fils Huffein , dont nous avons vû un Amballadeur
en France , il y a trois ou quatre
ans , lui fuccede . L'Auteur eft d'accord
avec tous les Voyageurs qui ont été en Perfe
fous le regne de Solyman , des mauvaiſes
qualitez de ce Prince ; il en rapporte cependant
une action de bonté qui mérite
d'être racontée.
Lorfque le Roy fort avec les Dames
de fon Seirail , il eft défendu aux hom
mes , fous peine de la vie , de fe trouver à
deux lieuës à la ronde, à la rencontre du Ha
14 LE MERCURE
ram : Cet ordre qui fe publie ordinairement
deux jours auparavant , s'appelle faire
Courrouk ; & des Eunuques armez . de fabres
, marchent devant les Dames , & maf
facrent fans quartier tous les hommes qui
fe trouvent fur leur paffage. Un jour que
Solyman avoit fait une de ces parties , un
Païfan qui conduifoit un Afne chargé de
pêches , & qui fans doute ignoroit qu'il y
eût courrouk , fut rencontré de ce Prince.
A peine eût- il aperçu le Roy , que fermant
les yeux , il fe jetta le vifage contre
terre. Par bonheur pour le Païfan , Solyman
fe trouvant dans un moment de joye ,
il ordonna à ce malheureux de fe lever ; ce
que l'autre fit enfin, aprés en avoir reçû trois
ordres réiterez . Le Roy commanda à toutes
les Dames de fa fuite de prendre des
pêches , & de donner chacune un fequin
au Manant , auquel , pour derniere bonté ,
il permit de choifir pour fa femme , colle
des Sultanes qui lui plairoit le plus.
Aprés avoir parlé des obfeques de Solyman
& du couronnement d'Huffein , M.
Gemelli paffe à une defcription geographi
que de la Perfe , tant ancienne que moderne
; & je ne craindrai point de dire qu'il
s'y prepare un procés avec M. De l'Iſle .
Voicy quelques uns des chefs de la difpute.
Nôtre Auteur veut que la Sufiane foit ce
que nous connoiffons aujourd'huy , fous
le nom de Dagueftan ; que Tauris foit l'ancienne
DE NOVEMBRE.
25
cienne Ecbatane ; il paroît auffi panché à
croire qu'Ifpahan eſt bâti fur les ruines
d'Hecatompyle , & c. Cependant , M. De-
' Ife place la Sufiane ( aujourd'huy le
Chufiftan , dont la capitale eft Soufter , )
à côté de la Province de Babylone. Il eit
certain que Tauris n'a changé de nom que
par le renversement de quelques lettres
puifque c'eft l'ancienne Gabris de Prolemée
; & que Ifpahan , que la riviere de
Zeuderoud traverſe , a û la même fortune ;
cette Ville fe nommant autrefois Spada ou
Afpadana qui étoit arrofée par le Fleuve
Gindes. Il eft bon d'obſerver icy que le
Zenderond d'aujourd'huy & le Gindes des
anciens , font la même chofes Roud en
Perfan , fignifiant Fleuve ou Riviere . Je remarquerai
encore que notre Voyageur n'a
fait
que copier en tout cecy Ortelius
xeira, Minadoi , & quelques autres , fans
fe donner la peine d'éxaminer les choſes par
lui- même. Jomets le furplus des autres fautes
qui me conduiroient dans un détail trop
long, & par confequent. ennuyeux . Je ne
dirai rien pareillement de la lifte que le Relateur
donne des Roys de Perle , depuis le
commencement de cette Monarchie , &
des differentes révolutions arrivées dans ce
Royaume , c'est trop peu de choſe pour
s'y arrêter ; tout ce que je puis conjecturer
là- dellus , c'eft qu'il a voulu que fon
fecond tome égalât les autres en groffeur
Novembre 1718 .
.
C
> Te26
LE MERCURE
*
Aprés avoir féjourné environ deux mois
à Ifpahan , M. Gemelli continua fon voyage
pour l'Indoftan ; il vit en paffant les
fameufes ruines de Perfepolis , & il en
donne une defcription allez conforme à
l'ample relation que Chardin en a inferée
dans fes Voyages . Je ne fçache que Taver
nier , Juge peu competent en pareille matiere
, qui ait témoigné du mépris pour ces
reftes de l'antiquité . L'Auteur finit fon
fecond volume par fon embarquement au
Bander Congo , d'où il paffe fur un Bâtiment
More à Daman , Ville Portugaife des
Indes.
Ce fut au commercement de Janvier
1695. que nôtre Voyageur arriva à Daman ;
au bout de trois jours , il en partit pour
voir la fameufe Ville de Surate , où le Directeur
de la Compagnie de France l'obligea
de prendre un logement chez lui . Comme
il ne couroit aucun rifque à fatisfaire
facuriofité , il s'y livra tout entier : fl vifitatous
les Pagodes qui font en cette Ville
: Il ne demeura pas peu furpris des
aufteritez que les Fakirs pratiquent.
M. de Tournefort , dans fon Voyage du
Levant , dit que nos Moines de la Trape
ne font que des apprentifs en fait de jeûnes
, en comparaiſon de ceux que les Georgiens
& les Armeniens obfervent ; mais
ceux qui ont vu ou lû les pénitences que
* Religieux Indiens.
*
DE NOVEMBRE. 27
les Fakirs s'impofent , conviendront fans
peine que ces derniers l'emportent fur tous
ceux qui s'en mêlent les jeûnes outrez
êtant leur moindre partie : Les uns demeurent
toûjours couchez fur le dos ; leurs bras
leur fervant de chevet , fans jamais changer
de fituation : D'autres reftent debout'
avec les bras élevez en l'air au deffus de leur
tête ; & comme leurs nerfs fe roidiffent au
bout d'un certain tems , il leur eft enſuitte
impoffible de les abaiffer. On en a vû
un qui employa plufieurs années à mefurer
avec fon corps les Etats du Mogol
dans toute leur étendue ; il fe couchoit à
terre ; fes Difciples faifoient une marque à
l'endroit où fa tête touchoit ; aprés , il fe
levoit , & mettant les pieds où on avoit
marqué , il continuoit ainfi , ne faifant au
plus qu'une lieuë par jour. Ces dévots
perfonnages font toûjours tout nuds ; les
Gentils ont une veneration infinie pour eux,
& l'on peut dire que les femmes outrent la
matiere à cet égard . Voyons comme M.
Gemelli s'en explique. Le donne ( dit - il )
vanno a baciar loro , per divozione , quelle
parti che non è lecito di nominare. Ed eglino
prendendole elle con le dita , non Sentono alcun
movimento di fenfualità , e , ſenza riguardar
le giran gli occhi d'una maniera Spaventevole
: Siccome ne vidi uno intorniato.
da alcune femplici donne Gentili che con molta
umiltà lo veneravano.
"
Cij
28 LE MERCURE
C'eſt aux Indes que Pytagore a puifé fon
fyftême de la Metempsycole ; il y fubfifte
encore parmi les Idolatres dans toute fon
étendue ; & l'Auteur fut vifiter un Hôpital
deftiné uniquement pour les animaux ;
il fut édifié du foin que l'on en prend &
fur tout des Invalides . Après avoir vû Surate
à fon aife , il alla à Baçaïm , d'où il
paffa dans l'Ile de Salcete qui n'en eft qu'à
fix milles , pour y voir le fameux Temple
que les Portugais nomment le Pagode du
Canarin. Il dit qu'il eft le premier Voyageur
qui en ait fait mention ; & là - deflus ,
il fait le procez à Pietro della-Vallé de
n'avoir point été vifiter ce Temple , non
plus que les ruines de Perfepolis. Je dirai
fur le premier chef , que Lavallé « êtant
arrivé le foir à Baçaïm , & en êtant
parti la nuit même avec la Flotte Portugaffe
, il lui eût été impoffible de voir ce
monument prétendu antique ; & je foupçonne
même que les curieux de ce tems - là
n'y avoient pas fait grande attention , puifque
ce Voyageur qui eft tres - exact , ne
dit feulement pas en avoir entendu parler ,
quoiqu'il eût relâché à l'ifle de Salcette .
A l'égard des ruines de Perfepolis , le fait
eft abfolument faux ; Lavallé ayant cmployé
deux jours à les vifiter , & en donnant
une defcription tres - detaillée . Continuons
l'extrait ; nôtre Relateur fait une
fort belle defcription de ce Temple , & il
prétend que c'est un ouvrage d'Alexandie
DE NOVEMBRE. 29
le Grand. J'oubliois de dire que le Prieur
des Auguftins de Baçaïm , ayant fçû que
M. Gemelli étoit Jurifconfulte , woulut
l'engager à refter dans cette Ville ; offrant
de lui faire époufer une perfonne qui lui
apporteroit vingt mille pieces de huit en
mariage , ce qu'il refufa par tendreffe pour
fa Patrie. Comme il vouloit aller à Goa
il trouva heureufement une petite Flote
fur laquelle il fe mit ; il craignoit de faire
ce trajet fur un feul Bâtiment à caufe des
Malabares ( ce font des Corfaires qui volent
fur ces côtes ; ) & pour voir fi les Pal
fagers n'ont point avalé leur or ou leurs
pierreries , ils leur donnent une medecine fi
violente que la plupart en meurent.
Nôtre Auteur n'eût pas cru avoir vû les
Indes , s'il n'eût été à la Cour du Mogol ;
il partit donc de Goa dans cette intention ,
& au défaut des bêtes de fomme , il fit
porter fon bagage par trois Canarins qu'il y
contraignit à coups de bâton : Ces gens- là
font tres-pareffeux , & l'on ne gagne rien à
avoir de bonnes manieres pour eux ; mais,
quand les coups s'en mêlent , ils fe chargent
comme des Mulets. Aprés beaucoup
de fatigues , il arriva à Galgala dans le
Païs de Ballagate où le Mogol étoit campé.
Il dit que , fans des raiſons tres - fortes , il
ne fe feroit point exposé à tous les perils
qui fe trouvent fur cette route ; il falloit
que ces raifons fuffent auffi tres - fecretes ,
Cij
30 LE MERCURE

puifqu'il ne les découvre point : Il fut admis
à l'audience d'Aurengzeb ; il le harangua
; & ce Prince lui ayant demandé , s'il
vouloit s'attacher à fon fervice , il lui repondit
à - peu-prés , comme il avoit fait au
Prieur des Auguftins de Baçaïm.
3 tou-
Aurengzeb a beaucoup d'étrangers à fa
folde , fur tout des Européens ; rien n'eft
plus commode que le fervice de ce Monarque.
Quand , dans un jour de bataille , un
Soldat ne veut pas marcher au combat , ou
qu'il manque d'ailleurs à fon devoir
te fa punition eft de perdre fa paye le jour
qu'il a commis quelque faute ; & , comme
les apointemens qu'on leur donne font tresforts
, ils deviennent riches en peu de tems:
Mais auffi , un Etranger qui fe met au
fervice du Mogol , doit fe determiner à
paffer fes jours aux Indes ; lui êtant impoffible
d'obtenir fon congé , & la fuite
êtant tres- difficile.
M. Gemelli donne l'hiftoire d'Aurengzeb,
& repetant une partie des faits que Bernier
& Tavernier ont écrit , il nous apprend que
ce Prince ayant détrôné fon pere Scha- Gehan
, & craignant la même chofe de la
part de les enfans , au lieu de leur donner
des Gouvernemens , il les gardoit auprés
de lui , & entretenoit toûjours fur pied une
puiffante Armée , pour éviter toute furprife.
On peut appliquer à tous les Princes
Orientaux ces deux vers de Juvenals
DE NOVEMBRE. 31
Adgenerum Cereris fine cade & vulnere
pauci
Defcendunt Reges , aut ficca morte
Tyranni. *
Aurengzeb avoit 86. ans , lorfque nôtre
Voyageur le vit ; il y en avoit 15. qu'il
avoit quitté Agra fa Capitale , pour camper
avec fon Armée en differens endroits ;
& depuis 4. ans , il étoit à Galgala. Ses
terreurs n'étoient pas mal fondées , puifque
de cinq enfans , il s'étoit vû obligé de
prevenir le premier en le faifant mourir ; le
fecond , que cet exemple ne rendit pas
plus fage , en fut quitte pour fix ans de
prifon ; & le quatrième fuivant les traces
de fes ainez , fut contraint de fe fauver en
Perfe , où Scha Solyman lui donna un
azile .
M. Gemelli ayant vû à fon aife la Cour
du Mogol , & ne voulant pas perdre l'oc
cafion du voyage de la Chine , dont la
faifon commençoit à fe paffer , prit le parti
de retourner à Goa . Les défagrémens
qu'il avoit eus en entreprenant ce voyage ,
ne furent rien en comparaifon de ceux qu'il
effuya au retour il fut obligé de fe mettre
en chemin tout feul , de courir les riſques
d'être volé , & peut- être tué dans une route
tres fufpecte : Il avoit compté trouver à
la premiere couchée une Caravanne de
Boeufs ou quelques Chrétiens de Goa ; mais
* Satira X.
C
32
LE MER CURE
il fut trompé dans fon efperance : En étant
parti le lendemain , il arriva au Village de
Rodelki , où il fit entendre par fignes à un
Gentil de lui faire du pain ; le fourbe , au
lieu de fe fervir de farine de grain , employa
une racine noire nommée Nacini , qui donne
des vertiges , & qui eft d'un goût extremement
délagreable : I mangea pourtant de
ce pain tant qu'il fut frais ; mais quand il
fut raffis , il fut impoffible à nôtre Voyageur
d'en avaller un morceau ; il effuya tous les
fymptômes que cette racine cauſe ordinai
rement , & il fut réduit à la trifte neceffité
d'être trois jours fans manger : Au bout de
ce temps , il joignit une Caravanne , avec
laquelle il fut jufques auprés de Goa . Etant
de retour en cette Ville , il s'embarqua fur
le Vaiffeau le Rofaire , d'où il palla à Malaca
fans aucune avanture digne de remarque
; de Malaca , il continue fon voyage à
la Chine : En paffant fur les côtes de la
Cochinchine,il prend occafion de parler du
gouvernement de ce Royaume & de celui
de Tunquin ; enfin , il débarque à Macao.
Macao eft une Ville & Port de Mer ,
fituée à l'extremité meridionale de la Chine.
Il y a environ iso . ans que les Portugais
trafiquant dans cet Empire , & perdant
beaucoup de Vaiffeaux , faute de råde,
où ils puffent fe mettre à l'abri , obtinrent
du Roy l'écueil où cette Ville eft aujourd'huy
bâtic , & qui dans ce tems - là , ferDE
NOVEMBRE.
voit de retraite à des Bandits qu'ils en
chafferent . Ils n'y bâtirent d'abord que des
cabanes convertes de chaume ; mais enfuite ,
ayant gagné des Mandarins à force de prefens
, ils éleverent non feulement des Maifons
d'une ftructure folide , mais encore de
belles Fortifications : Le commerce du Japon
rendit cette Ville la plus riche des
Indes pendant un trés long tems ; mais ,
elle eft fort déchûë de cet état floriffant
depuis qu'on a banni de ces Ifles les Chrétiens
Romains , fous les peines les plus
terribles : ils. ont fait diverfes tentatives
inutiles pour s'y rétablir , dont la derniere
fut en 1685 .
Un petit Bâtiment Japonois chargé de
tabac , êtant échoué au commencement de
cette année aux environs de Macao , &
tout l'Equipage s'étant fauvé avec les Marchandifes
, les Portugais les reçûrent humainement
, leur firent vendre leur Barque
avec fa charge fur un pied avantageux , &
voulant mettre à - profit cette occafion de fe
reconcilier avec les Japonois , ils équiperentun
Vaiffeau chargé de Marchandifes
tant au dépens de la Ville de Macao , que
des Jefuites qui s'y interefferent. Le Bâtiment
arriva à bon port à Nauguefacque, au
commencement de Juillet de la même année
; & fur le champ un Mandarin vint à
bord avec un Interprete & quatre Secre- *
taires. On fit cent queftions differentes aux

34 LEC
..
MERCURE
Portugais , pour leur faite avouer qu'ils
fçavoient les Ordonnances qui deffendent
fur peine de la vie , à tous Chrétiens d'aborder
aux côtes du Japon ; mais eux , qui
reconnurent le piege , fe retrancherent
toûjours fur la negative. Aprés qu'on eût
écrit leurs réponfes , le Mandarin les fit
garder foigneufement , & donna ordre
qu'on leur fournit abondament toutes les
chofes dont ils auroient befoin ; ce qui
fut fait . Pour lui , il alla à Meaco rendre
compte à l'Empereur de fon procés verbal :
Au bout d'environ fix femaines , il revint de
la Cour , & fe tranfportant fur ce Vaiffeau
avec les mêmes perfonnes qui l'y avoient
déja accompagné , il diffimula fon voyage
aux Portugais , & leur dit que l'Empereur
& fon Confeil ignoroient leur arrivées qu'il
en avoit feulement communiqué à un Secretaire
d'Etat , par l'avis duquel on leur
donnoit la vie & la liberté de s'en aller ,
en recompenfe des bonnes manieres qu'ils
avoient eues pour les Japonois ; mais ,
qu'ils fe gardaflent bien de retourner de
nouveau au Japon , parcequ'il n'y auroit
plus de quartier pour eux ; c'eft tout le
fruit qu'ils en rapporterent.
M. Gemelli voulant connoître la Chine
plus particulierement , partit de Macao
pour aller à Pekin ; il paffa par la Ville
de Canton où il féjourna quelques jours ;
il fut furpris du nombre prodigieux de peuDE
NOVEMBRE.
5 $
J
ple qui habite cette Ville ; en lui dit qu'il
montoit à plus de quatre millions d'Habitans.
Canton eft divifé en vieille & nouvelle
Ville ; chaque moitié de Ville a fon
Gouverneur particulier. La prefence de nôtre
Auteur inquietta les Religieux Miffionaires
établis en cette Ville ; ils le prirent
pour un Commiffatre député par le Pape
qui venoit s'informer de leurs querelles .
Quelques raifons qu'il leur dît , il ne fut
pas en fon pouvoir de les défabufer , difant
que depuis que la Chine étoit ouverte aux
Européens , aucun Italien feculier n'en
avoit entrepris le voyage . De Canton , il
continue fa route & arrive à Nankin ;
cette Ville fut la Capitale de la Chine fous
la Famille de Min. Ce que nôtre Relateur
dit de la Ville de Nankin , ne trouvera pas
aifément croyance dans l'efprit de la plûpart
des Lecteurs , & lui- même ne le donne
que comme des ouy- dire dont il n'eſt
pas trop perfuadé : Voicy comme il s'en
explique. Le Pere Le Comte donne à cette
Ville quarante-buit milles de tour ; fes murailles
luy paroiffant plûtôt les extremitez
d'une Province que d'une feule Ville : Pour
moy , autant que j'ay pû le remarquer , je ne
croi pas qu'elle ait plus de 30. milles d'Italie
quoique Monseigneur d'Argoli Evêque de
cette Ville , lui en donne quarante. Dans
cette vafte enceinte , il y a beaucoap de Jardins
& de Champs inhabitez; M'étant ...
36 LE MERCURE

informé au même Prélat à combien pouvoient
monter les Habitans de Nankin , il me répondit
qu'il avoit ouy dire à plufieurs Mandarins
que l'on avoit compté jufqu'à buit
millions de Maifons qui payoient le tribut
ce qui feroit trente- deux millions d'Habitans,
વે ne mettre que quatre perfonnes par maifon
: Cela me parut incroyable , & foupçonnant
de menfongecelui qui me le difoit , quoiqu'il
fut Miffionnaire Apoftolique , Religieux
Reformé de l'Ordre de S. Francois
& Evêque. Quand je fus à Pekin , je vou
In Scavoir ce qu'en penfoient les Peres Jefuites
établis en cette Cour furquoi , le Pere
Oforio Portugais , me répondit que je ne
devois point traiter ce difcours de fable ,
puifque peu d'années , auparavant , un Religieux
de leur Societé , Francois de Nation,
paffant par Nankin , lui avoit dit que cette
Ville feule , fans y comprendre fes Fauxbourgs
, contenoit plus d'Habitans que tout
le Royaume de France . Je ne fais que rapporter
ce que m'ont dit des gens dignende foy,
fans pretendre forcer perfonne à le croire....
Je ne fuis pas non plus du fentiment du P.
Bariholi qui avance que la Chine contient
plus de trois cens millions d'hommes.
Nôtre Voyageur employa plufieurs jours
à voir ce qu'il y avoit de plus curieux à
Nankin , il vifita l'Obfervatoire qui cft fur
une montagne , auffi bien que le Temple
de Pao- ughem-fou ; il eft fitué dans le FauxDE
NOVEMBRE. 37
- bourg de Nan Muen , c'est - à - dire , le
Fauxbourg du Sud. Dans une des cours de
ce Temple , il y a une Tour toute incruftée
de porcelaines par dehors & par dedans
les carreaux en font jaunes , verds ,
bleus , &c. avec differentes figures d'Idoles
: Cette Tour eft octogone , & peut
avoir 40 pieds de circonference ; elle eſt
à neuf étages diftinguez par un cordon trés
bien travaillé : A chaque étage , il y a 4.
grandes fenêtres qui regardent les quatre
vents cardinaux. Le fommet de la Four
eft couvert de bronze avec un globe doré.
M. Gemelli monta jufqu'au dernier étage
d'où il découvrit toute la Ville de Nankin ;
il dit que cet édifice eft le plus fuperbe & le
mieux entendu qui foit dans tout l'Orient .
Lés Miffionnaires de Nankin le voulurent
détourner de fon voyage de Pekin ;
lui remontrant que les Jefuites Portugais
qui y font , ne veullent point qu'aucun
Européen fçache le détail de leurs affaires
en cette Cour , & que fans doute ils lui fcroient
effuyer quelque affront : A quoy il
repliqua que n'allant point à Pekin comme
efpion , mais par la curiofité de connoître
la Chine , il craignoit fi peu de chofe de la
part de ces Religieux , qu'il iroit defcendre
& prendre un logement chez eux .
De Macao julqu'à Nankin , nôtre
Voyageur étoit venu par eau : De cette
dernierre Ville jufqu'à la Capitale , il con38
' LE MERCURE
tinua fon voyage par terre en compagnie
d'un Docteur Chinois Chrêtien , dont les
ceremonies outrées le penferent faire expirer
d'ennuy. J'aurai occafion de parler plus
bas des civilitez Chinoifes ; le recit en eft
auffi divertiffant que la pratique en eft infuportable
; & je croi que c'est tout dire ,
puifqu'elles ont rebuté un Italien.
Pekin eft fitué au 40e . degré de latitude
& au 134. de longitude : Cette Ville eft
divifée en deux parties , dont la premiere fe
nomme la Ville des Tartares , & l'autre ,
la Ville des Chinois : Dans celle des Tartares
, eft le Palais Imperial ; les Miniftres
tant de Police que de Guerre , y font leur demeure
, auffi bien que les Troupes Tartares
divifées en huit Bannieres. On a affûré
à M. Gemelli que Pekin avec les feize Fauxbourgs
, renferme feize millions d'ames :
Il fut defcendre dans le quartier des Tartares
chez les Jefuites : Ces Peres lui dirent
qu'ils ne pouvoient le recevoir dans leur
Maiſon , avant que d'en avoir donné avis à
l'Empereur ; en attendant , ils lui firent
trouver un appartement dans la Ville des
Chinois , & l'y firent fervir par leurs Domeftiques
. Au bout de quelques jours , le
P. Grimaldi Prefident du Confeil de Mathematiques
, allant prefenter à Cam- hi
( c'eft le nom de l'Empereur regnant ) un
Calendrier pour l'année 1696 , en langues
Chinoife & Tartare , mena M. Gemelli à
DE NOVEMBRE. 39
1
+
faudience de ce Prince . Toutes les Maifons
Chinoiſes n'ont qu'un rez de chauffée ;
on ne les éleve point à plufieurs étages comme
en Europe . Nôtre Voyageur étant arrivé
au Palais , traverfa un nombre infini de
Cours de Jardins , & d'Appartemens ;
il parvint enfin au Trône de l'Empereur ;
il étoit affis fur un Soffa & entouré d'Eunule
P. Grimaldi & M. ques : D'abord que
Gemelli furent à la porte de l'Appartement
où étoit Cam-hi , ils coururent jufqu'au
fonds de la Chambre vis- à - vis de ce Prince
; ils s'arrêterent debout un inftant , tenant
les bras étendus ; ils fe mirent enfuite
à genoux , ayant les mains jointes fur la
tête , de façon que leurs coudes en étoient
au niveau : En cette pofture , ils fe courberent
trois fois jufqu'à terre , ils ſe releverent
de la même maniere ; & retournant
à l'entrée de la Salle , ils firent trois fois le
même ceremonial ; aprés quoi on les fit
avancer , & ils fe remirent à genoux devant
l'Empereur qui demanda à l'Auteur de ce
Voyage , s'il étoit Medecin , Chirurgien ,
ou Mathematieien ; il répondit que non ,
ayant auparavant été averti par le P. Grimaldi
qui lui fervoit d'Interprête , que s'il
parloit autrement , ce Prince le retiendroit
à fon fervice , fans efperance de congé :
Ils fortirent enfuite de l'Audience , mais
fans aucunes nouvelles genuflexions.
M. Gemelli étoit trop proche de la fa40
LE MERCURE
meufe muraille de la Chine pour ne la pas
voir il compte environ 60. milles depuis
Pekin jufqu'à ce prodigieux travail
nous apprend qu'il y a environ 1800. ans
que l'Empereur Chioan- ti fit bâtir cette
muraille Elle peut avoir soo. lieuës de
leng, ( y compris tous les coudes qu'elle
fait. ) Elle traverfe un grand nombre de
montagnes tres - hautes & tres - efcarpées ;
& en ces endroits - là , elle n'a pas plus de
15. ou 20. pieds d'élevation : mais dans les
vallées , elle eft beaucoup plus haute . Sur
quoi , l'Auteur remarque qu'il étoit fort
inutile de fortifier les montagnes , dont
Paccez eft fi difficile , qu'il n'y avoit pas
à craindre que la Cavalerie Tartare y pût
penetrer; & qu'en tout cas , s'ils euffent
voulu tenter par là un paffage à la Chine ,
cette muraille de plus , étoit une digue trop
foible à leur oppofer . Elle eft flanquée de
Tours d'efpace en efpace on dit que fous
les Empereurs Chinois , elle étoit deffendue
par un million de Soldats . Comme le Prince
qui regne aujourd'huy , eft maître de la
plus grande partie de la Tartarie , il fe contente
de tenir de bonnes Garnifons aux endroits
les plus foibles.
M. Gemelli ne mit que quatre jours à
ce voyage , & revint à Pekin au bout de ce
tems ; il nous donne une defcription de
cette Ville , & un détail des Miffions Etrangeres
dans toute l'étendue du Royaume
DE NOVEMBRE.
41
1
me , qui eft tres- curieux . Il y a dans cette
Capitale trois Maifons de Jefuites , une de
François , & deux de Portugais . Les François
y pafferent aprés la mort du Roy de
Siam , arrivée en 1688. & foit jaloufie de
mêtier ou de nation , les Jefuites Portugais
leur fufciterent toutes les traverfes imaginables
; cependant , les François les furmonterent
, & l'Empereur leur donna un logement
dans la premiere enceinte de fon Palais
. Selon le Relateur , nos Religieux y
vivent trés-pauvrement ; & quoique Camhi
fe foit plufieurs fois informé de leurs befoins
, ils en ont toûjours caché la connoiffance
à ce Prince ; il témoigne beaucoup
de bonté à tous les Jefuites en general.
La Religion Chrêtienne y fait des progrez
confiderables ; mais auffi , ils achetent ces
faveurs par une gêne & une contrainte perpetuelle
car , fans compter qu'ils font
obligez de fe rendre tous les jours de grand
matin à l'audience de l'Empereur , où ils
reftent juſques aprés midy , ce Prince les
employe comme Mathematiciens , Horlogeurs
, Diftilateurs , Maîtres de Langues
& de Mufique ; ils ont même été Ambaffadeurs
de Cham - hi , pour faire la Paix avec
les Mofcovites. Les Miffionnaires Seculiers
& des autres Ordres Religieux , ont avoué
à l'Auteur que , fans le cr dit de ces Peres ,
ils ne pourroient pas foûtenir leurs établiffemens
à la Chine.
D
42
LE
MERCURE
M. Gemelli paffe enfuite aux fciences &
aux arts que les Chinois profeffent ; il en
parle avec éloge en beaucoup d'endroits ; &
comme ces éloges ne font point outrez , je
les croi plus juftes que ceux de Voffius qui a
fait un Traité de l'excellence de la Chine ,
quoiqu'il n'en fçût rien que par les relations.
J'ai promis de parler de leur politeffe ;
en voici un échantillon . Lorsqu'un Chinois
veut rendre vifite à un de fes amis , il lui envoye
le matin , une feuille de papier
rouge ; fur laquelle leurs qualitez communes
font écrites, & où il lui marque qu'il
aural'honneur de lui rendre fes devoirs l'aprés
midi. Quand l'étranger eft arrivé , le
Maître de la maifon lui prefente une chaiſe,
& ils en ont pour une heure de complimens
& de reverences , à ſe l'offrir mutuellement;
enfin l'étranger ecde , & quand il eft preft
de s'affeoir, quoique la chaife foit trés propre
, fon ami l'arrête & nettoye la chaife
avec fa manche , pour en ôter la pretenduë
pouffiere qui fe trouve deffus : Yût- il cens
perfonnes dans la chambre , tous auront
leur part de cette céremonie : Aprés cela ,
les complimens recommencent à quis'affeoira
le premier ; on apporte enfuite le thé qui
fait la ronde trois fois ; à la derniere , c'eft
un avertiffement qu'il faut prendre congé
de la compagnie. Nouvel affaut de civilitez
& de reverences , pour fe feparer à la porte
de la chambre ; le Patron de la caze veut à
DE NOVEMBRE. 43
toute force yoir remonter fon ami à cheval ;
celui ci ptotefte fi fort que le mondeperira ,
avant qu'il commette une telle impolitefle,
qu'enfin il faut lui ceder : Celui qui a reçû la
vifite, fe cache derriere la porte ; & d'abord
que l'étranger eft à cheval , il fe montre &
lui dit adieu de nouveau ; l'ami lui rend la.
pareille , & ils fe feparent . Peut être le Lecteur
croit - il qu'ici finit le ceremonial ? point
du tout. A peine font ils éloignez l'un de
l'autre de vingt pas , qu'ils s'envoyent reciproquement
des domeftiques , pour fe remercier
fur nouveaux frais. Je croi que cet
article doit fuffire , & je ne m'étendrai pas
davantage là deffus , de peur
d'être moymême
ennuyeux.
J'omets auffi tout ce qui concerne le gouvernement
& les moeurs de ces Peuples , ce qui
me meneroit trop loin . Je dirai feulement
que cet Empire qui fubfifte depuis plus de
quatre mil ans , n'a jamais û à craindre
que les Tartares fes voifins , Lous la domination
defquels il eft actuellement . L'Empereur
qui regne aujaurd'hui à la Chine
tire fon extraction d'un petit Chef de Horde
qui vivoit au commencement du fiecle paffé,
& dont le fils n'étoit fuivi en tout , que de
huit mil hommes , lorfqu'il commença cette
fameufe conquête ; il eft vrai que fes
Troupes s'accrûrent prodigieufement en peu
de tems .
D 1)
44
LE MERCURE
M. Gemelli ayant fatisfait la curiofité
Pekin , revint à Macao par la route qu'il
avoit tenue en allant ; il y féjourna quelques
jours , en attendant qu'il pût paffer
aux Philippines , & il employa ce tems à
voir les environs de cette Ville. Un jour,
dit- il , étant allé me promener fur l'Ifle verte
, éloignée feulement d'un mille de Macao
, & appartenant aux Peres de la Compagnie
de Jefus , j'y trouvay un Frere Jefuite
qui me raconta l'hiftoire d'un naufrage
affez particulier. Il étoit matelot fur un petit
vaiffeau de la côte de Coromandel ; ce bâtiment
monté d'environ foixante hommes ,
Mahometans , Gentils & Portugais , partit de
Manille en 1682. Le Pilote qui ne connoiffoit
point deux bancs de fable qui font à la
tête des Ifles Calamianes , fut donner für
l'un de ces bancs ; ce qui fit rompre le vaiffeau
& perdre toutes les marchandifes. Les
Mores & les Gentils ayant voulu fe fauver
dans une Ifle voifine , il furvint un coup de
vent qui les fit tous perir , avec la chaloupe
dont ils s'étoient emparez comme les plus
forts ; mais les autres ayant attendu le calme,
joignirent,le mieux qu'ils pûrent , des tables
& des bancs dont ils formerent une espece
de coffre dans lequel ils pafferent peu à peu
& en plufieurs voyages dans un Ifle qui
nétoit qu'à environ deux milles: N'y ayant
point trouvé d'eau , ils pafferent at nombre
de dix- huit perfonnes, dans un autre diſtan
·
DE NOVEMBRE. 45
te de trois milles : Cette feconde Ale étoit
trés baffe & dépourvûe également d'eau &
de bois , fi bien qu'ils furent obligez pendant
quatre jours de boire du fang de tortue;
mais enfin, la neceffité leur aiguifant l'efprit ,
ils firent des foffes jufqu'au niveau de l'eau ,
& quoique fomache , ils furent trop hûreux
d'en boire. Les tortues qui venoient pondre
fur cette Ifle pendant fix mois confecutifs
de l'année , leur fervoient de nouriture : Ils
prenoient une telle quantité de ces animaux,
qu'ils en fubfiftoient commodément . La faifon
en étant paffée , il arrivoit de grands
oyfeaux que les Espagnols & les Portugais
appellent Paxaros Bobos ; c'est à dire , oyfeaux
imbecilles,dont ils tuoient un fi grand
nombre à coups de bâton , qu'ils en confer
voient , en les faifant fecher au foleil. Comme
ils n'avoient ni pots ni marmites pour
faire cuire leurs viandes , la neceffité leur
en fit faire de terre qui ne fervoient qu'une
feule fois. Ils pafferent fept ans dans ce déplorable
état , & leurs habits s'étant confumez
dans un fi long intervalle , ils prirent
le parti d'écorcher les oyfeaux , & d'en coudre
les peaux avec des éguilles & du fil ,faits
de petites branches d'arbres, pour ſe couvrir
du mieux qu'ils pouvoient. En hiver , ils fe
garantiffoient du froid , en fe retirant dans
des efpeces de grottes qu'ils avoient faites :
Pendant tout cet espace de tems il paffa
plufieurs Vaiffeaux, aufquels ils ne manque
46 LE MERCURE

rent pas de faire des fignaux , foit en allumant
du feu , foit en les appellant ou autrement;
mais, aucun ne voulut aborder à leur
Ifle , peut- être à caufe des bancs de fable
dont elle étoit environnée : Enfin , ils prirent
le parti de fe perdre tout à fait , ou de
fortir de cet excès de mifere , d'autant plus
que les oyfeaux effarouchez ne ſe laiffoient
prefque plus prendre ,& que l'eau étant trés
mauvaife , ils étoient devenus comme de
vrais fqueletes. Ils firent donc une petite
barque , ou pour parler plus jufte , un coffre
de differentes planches qu'ils calfeutrerent
avec le coton d'un matelas qui leur
étoit retté ; de la graiffe de tortue leur tint
lieu de poix ; ils compoferent leurs cordages
des fils les plus forts des arbres , & leurs voiles
, de plufieurs peaux d'oyfeaux coufuës
enfemble. Ainfi, guidez par leur défefpoir
ils s'embarquerent fur ce frêle bâtiment, fans
avoir même une provifion fuffifante de vivres
, en mettant tout leur recours en, la
Providence qui, au bout de huit jours , les
fit aborder à l'Ifle d'Aynan. Ils y mirent
pied à terre au nombre de feize matelots ,
deux des leurs étant morts fur l'Ifle deferte .
Les Chinois les voyant avec leurs habits bizarres
, les prirent pour des fpectres & s'enfuirent
; mais , ces infortunez leur ayant
conté leurs defaftres , le Mandarin de l'lfle
leur fit fournir des vivres , & tout ce qui
étoit néceffaire pour retourner en leur Païs
DE NOVEMBRE. 47
Ils firent voile vers Macao, où l'un d'entre
eux trouva fa femme mariée en fecondes nôces
, dans la fuppofition qu'il étoit mort ;
elle retourna avec lui , & peut-être le fecond
mari n'en fçût- il point mauvais gré au
prétendu défunt.
Je dirai hardiment que l'hiftoire de ce.
naufrage fait paroli à celle rapportée à la fin
des voyages fabuleux de Jean Struys , &
qu'ainfi , Il creder è cortesia.
Retournons à M. Gemelli ; il partit de
Macao au commencement d'Avril 1696, &
un mois aprés , il arriva à Manille , capita
le des Philippines : Quelques bourafques &
quelques calmes font tous les incidens de
cette traverfée ; il nous donne enfuite un
détail de ce qu'il a vû ou appris de plus fingulier
touchant ces Ifles . Entr'autres chofes,
il rapporte que le P. Borgia Jef. lui avoit
dit , qu'en 1680 , une Efpagnole accoucha
à Manille aprés deux ans de groffeffe , &
que l'enfant fut declaré legitime . L'Auteur
auroit dû nous expliquer, fi cette femme étoit
veuve , ou fi fon mari étoit abfent depuis ce
tems ; il ût encore dû nous apprendre fur
quelles raifons les Medecins & les Juges fonderent
leur décifion . M. Andry dans fon
Traité des vers PP . 292 , & 293 , de la derniere
Edition , dit qu'on a vu des groffelles
aller à onze & douze mois , tout au plus
jufqu'à treize ; il en donne des raifons ; mais
il ne dit point qu'on ait jamais oui parler
48 LE MERCURE
de groffelles de deux ans-
Nôtre Voyageur paffe enfuite au difcours
des Ifles Philippines en general ; les anciens
les connoiffoient fous le nom des Ifles Manioles
habitées par des Antropofages . Elles
furent découvertes en 1521. par Ferdinand
Magellan, & en 15 41. felon quelques uns,
ou 1564, fuivant le plus grand nombre , on
les nomma Philippines , en l'honneur du
Roy d'Efpagne Philippes II . Les Efpagnols
n'en poffedent que les côtes ; l'interieur
du Païs où ils n'ont jamais pû pénetrer,
eft rempli de bois & de montagnes , &
eft habité par des Indiens qu'ils n'ont jamais
pû affujetir.
La Religion de ces Sauvages confifte à
adorer le Soleil , la Lune , les bêtes , les arbres
, & fur le tout, une Divinité qu'ils appellent
Barbala - May Capalic'cft à dire,
le Dieu Fabricateur. A l'égard de leurs
loix , elles font fort fimples & fort claires ,
& cela , faute de Jurifconfultes. Lorsque
deux Indiens , par exemple , font en Procés .
pour quelques prétentions , ils vont trouver
le Chef de leur Village , qui , avec un
certain nombre des plus anciens , écoute les
Parties ; d'abord, ils tâchent d'accommoder
les Conteftans ; & quand ils ne peuvent en
venir à bout , ils les font jurer d'acquiefcer
à la Sentence ; & lorfque les raifons font
égales , les Juges partagent le differend en
deux , finon, ils décident en faveur de celui
qui
DE NOVEMBRE. 49
qui fournit les meilleures preuves . Dans les
caufes criminelles , comme le meurtre , ils
ne condamnent à mort le coupable , que
quand il n'eft pas affez riche pour fatisfaire
la Partie civile. Lorsqu'un Indien eft furpris
en adultere , il en eft quitte de même , en
payant une certaine quantité d'or au mari
offenfé , qui retourne enfuite avec la femme
, & n'en eft pas moins eftimé pour cela.
A l'égard d'un commerce galant avec une
fille , ils le regardent commeun grand honneur
qu'on lui fait ; ils fuppofent qu'elle
doit manquer de merite , lorfqu'elle a fa
virginité en le mariant; & ils s'en plaignent
amerement. Anciennement même, il y avoit
parmi eux des gens gagez , pour preparer
les voyes à l'époux , qui confideroit cette
peine comme opera de Facchino . Entre les
maladies aufquelles ces Indiens font fujets,
il
y en a une qu'ils appellent Sutan , & les
Elpagnols Tabardillo ,qu'ils gueriffent d'une
façon trés originale. Cette maladie n'eft autre
chofe que de grandes douleurs de tête
& d'eftomac , qui caufent infailliblement
la mort Pour en fauver le malade , ils lui
donnent force coups de bâton , fur les cuiffes,
les jambes , les bras , & fur le côté
droit de la poitrine ; ils frottent aprés cela
les parties meurtries avec du fel ; afin que
le fang forte en abondance quand on coupe
les chairs ; ils les baffinent enfuite avec du
vinaigre , & pendant trois jours , on ne
Novembre 1718 . E
LE MERCURE
nourrit le malade qu'avec du ris cuit dans
de l'eau fans fel . Je doute qu'Hypocrate &
& Galien ayent jamais pratiqué une paeille
méthode .
Aprés fept femaines de féjour,nôtre Voyageur
s'embarqua fur le Galion qui part tous
les ans de Manille pour le Mexique , & fur
lequel le Gouverneur des Philippines lui
donna une place. Il dit que c'eft le plus ennuyeux
& le plus terrible voyage que l'on
puifle faire on y employe effectivement
fept ou huit mois , quoiqu'il n'en faille pas
plus de trois pour le retour , & cela, à cauſe
des vents contraires & des calmes aufquels
on eft exposé en allant ; inconvenient qui
ne fe rencontre point en revenant . Le Galion
partit du Port de Carite le 29 Juin , & ie
fix Septembre fuivant ils furent à la vûë des
Ifles Marianes .
Les Ifles Marianes ou des Larrons, ( ainfi
nommées par les Efpagnols ; parce que les
Infulaires leur voloient tout ce qu'ils pouvoient
, lorsqu'ils relâchoient à ces Ifles en
allant ou revenant de la Nouvelle Eſpagne)
ces Ifles, dis - je , s'étendent du Nord au Sud
depuis le Tropique du Cancer jufqu'au treifiéme
degré , la principale eft celle de Guan
ou Iguana , fur laquelle les Efpagnols ont
bati un Fort , gardé par environ quatre - vingt
dix foldats. Miguel Lopez de Legaſpy en
prit poffeffion pour le Roy d'Efpagne en
1565 : Les Jefuites qui font les MiffionnaiDE
NOVEMBRE.
res de ces Ifles , content dix de leurs Religieux
qui y ont fouffert le martire; ils n'ont
trouvé aucun veftige de Religion dans les
Habitans, mais feulement un grand reſpect
pour la memoire de leurs anceftres , dont ils
gardent les crânes dans leurs maiſons , &
qu'ils invoquent dans leurs befoins .
Le 10 du même mois de Septembre , le
premier Pilote commença fa neuvaine à la
Vierge pour l'hûreux fuccez du voyage ; ce
qui fut fuivi de rafraichiffemens , de confitures,
de bals , d'illuminations & autres divertiffemens
: Les Sous - Pilotes pratiquerent
auffi la même choſe, en faiſant la leur dans
le mois d'Octobre fuivant ; ils effuyerent des
tempêtes perpetuelles , & outre cela , une
infinité de monde tomba malade par la mauvaiſe
qualité des vivres. Le Relateur fait un
portrait trés pathetique desmaux qu'il fouffrit
en fon particulier pendant cette longue
traversée, & il les compare aux playes dont
Dieuafflgea l'Egypte fous Pharaon.Se trouvant
à la hauteurduJapon ,ilfait une defcription
de ce Royaumes mais, comme ce qu'il en
rapporte , eft copié d'aprés lesVoyageursHollandois
& Portugais , je n'en diraiten . Le
deux Decembre fuivant , les Matelots apperçûrent
une herbe avec de grandes racines , ce
qui leur fit croire qu'ils étoient proche de
terre, en quoi ils fe trompoient cependant .
Sur cette fuppofition , ils établirent , fuivant
eur coûtume , une Chambre de Juftice , où
E ij
LE
MERCURE
ne
payoient
point
affez
fier
;
&
en
commençant
par
le
General
chocolat,
du
bifcuit
,
du
vin
&c.
Ce
qu'il
rachetoit,
en
leur
donnant
de
l'argent,
du
leurs
Arrêts
alloient
à
la
mort
,
dont
on
fe
ils
firent
le
Procez
à
tout
le
monde
tous
un
Prefident,
deux
Auditeurs,
&
un
Grefception
,
furent
foumis.
Ils
élurent
entr'eux
tous
les
Gens
du
Galion
,
fans
aucune
exy
avoit
de
plus
original,
eft
que
ceux
qui
qui
ne
donnoient
pas
bonne
&
fuffifante
caution
,
recevoient
des
coups
de
corde
au
moindre
figne
du
Prefident,
&
cela
fans
une
pareille
ceremonie
,
il
en
couta
autre
aucun
quartier
;
on
dit
même,
que
dans
promptement
,
ou
fois
la
vie
à
un
paffager
:
L'Audience
dura
jufqu'à
la
niers
partagerent
les
épices
entr'eux.
Conv
M
d'une
Tous
les
B
I
que
dans
D
cendant
e
dans
le
Port
d'Acapulco,
que
M.
Gemelli
dit
qu'on
devroit
plûtoft
nommer
un
petit
Village
de
Pêcheurs,
que
la
premiere
place
de
la
Mer
du
Sud
;
d'autant
plus
qu'il
n'y
tient
à
l'arrivée
du
Galion
des
Philippines
,
demeure
perfonne
,
aprés
la
Foire
Enfin
le
19
Janvier
1697,
le
Galion
ancra
*
&
des
Vaiffeaux
du
Perou
:
II
qui
fe
partit
dela
Nôtre
defcendit
inquace
S
coi
qu'il
ven
Millerskaé
ce
pendiculate
Wuches
de
difta
par
de
gr
curs
qui
brifoi
pied,
Quand
pour
Mexique,
&
en
chemin
il
fentit
deux
tremblemens
de
terre.
&
faite
milles
de
tour
;
elle
centient
environ
cent
comme
un
échiquier;
elle
n'a
pas
plus
de
fix
La
Ville
de
Mexique
eft
carrée
mille
Habitans,
la
plupart
Negres
&
Mu-
QU
a
apsones
Sp
pendant
deux
eurs
morceaux
minieres.
sabbatu
pa
a
jam
DE NOVEMBRE
53
lâtres ; il y a dans cette Ifle vingt-deux
Couvens de Religieufes , & vingt- neuf de
Moines de differens Ordres , qui font tous
d'une richeffe immenfe ; ce qu'on n'aura
pas de peine à croire , quand on fçaura que
tous les biens fonds de cette Ville, font poffedez
par le Clergé . Le Viceroy de Mexique
dans le tems de cette relation , étoit
Dom Pedro Marquis de Montezume, defcendant
en droite ligne de Montezume I I.
dernier Souverain de ce puiffant Empire .
Nôtre Auteur fut voir les Mines de Paciuca
à environ vingt lieues de Mexique . Il
defcendit dans une Mine qui avoit , dit- il,
cinquante Stades de profondeur ; mais , je
croi qu'il veut dire jo toifes ; d'autant plus
qu'il évalue cette mefure fur le pied de trois
aunes efpagnoles. On defcend dans ces
Mines par de grands & gros mats , pofez
perpendiculairement , & où l'on a fait des
des auches de diſtance en diſtance pour met
tre le pied. Quand il fut au bas , il vit les
Mineurs qui brifoient la pierre metallique .
à grands coups de pic ; ils lui en donnerent
plufieurs morceaux . Il les régarda travailler
pendant deux heures , & enfuite remonta
trés abbatu par les vapeurs qui s'exhalent des
minieres. Il dit que dans fes voyages , il
n'a jamais couru un rifque pareil à celui auquel
il s'expofa en y defcendants il y a des
mines qui ont jufqu'à 100 toifes de profondeur
, & où l'eau fait perir beaucoup de
travailleurs. E iij t
54
LE MERCURE

2
M. Gemelli fut enfuite vifiter l'Hermitage
des Carmes Déchauffez , à quelques
lienes de Mexique fon tour eft de prés
de fept lieues . Toute cette vafte enceinte eft
fermée de murs : Un Particulier en fit prefent
aux Religieux de cet Ordre en 1605.
Enfin , l'Auteur partit de Mexique , pour
revenir en Europe ; il s'embarqua à la Vera-
Crux le 14 Decembre 1697, & il arriva
à la Havanne le 28 du même mois. Le 13
de Mars 1698 , il fe rembarqua fur le Galion
de Dom Fernand Chacon qui lui donna
genereufement une place dans fon bord, &
ils arriverent à Cadix le 4 Juin fuivant. De
Cadix, M. Gemelli futà Seville il y vit
dans une rue un demi - bufte de Dom Pedre
le cruel Roy de Caſtille. On lui dit que ce
Prince courant les rues incognito pendant la
nuit , rencontra un Eſpagnol qui lui vour
fut difputer le pavé ; ils le bâtirent & le Roy
le tua : Le jour fuivant , le cadavre ayant été
trouvé , le Roy commanda au Lieutenant
Criminel d'informer contre le meurtrier &
de le punir feverement : Ce Magiftrat ayant
decouvert que Dom Pedre étoit l'homicide,
il lui dit qu'il ne pouvoit aller pouvoit aller plus avant
dans cette affaire , parce que celui qui avoit
commis le crime , étoit une perfonne trop
puiffante;mais le Roy luy ayant commandé
de nouveau de proceder felon les Loix , le
Lieutenant Criminel le fit décapiter en effigie
; & c'eft en memoire de cette action qu'-
DE $$
\
NOVEMBRE.
on a placé ce demi - bufte .
De Seville , le Relateur va à Madrid ; &
delà traverfant la Haute Navarre , il entre
en France par S. Jean Pied - de- Port . Il paffe
par le Languedoc & la Provence , & s'embarque
à Marseille pour Génes : De cette
derniere Ville , il va à Milan , Boulogne ,
Florence , Rome ; enfin , il arrive à Naples
le 3 Decembre 1698. aprés avoir employé
prés de cinq ans & demi à faire le tour
du monde. Je ne m'arrête point à toutes
les remarques qu'il fait depuis Cadix juſqu'à
fon retour de Naples ; ce n'eft qu'une èrudition
trés commune.
Je ne dirai rien non plus dumerite de cette
Relation, elle va bien- tat paroître en François,
& le Public en décidera. Outre que j'ignore
file Traducteur n'y a pas fait de changemens,
je remarquerai feulement que dans l'original
on peut reprocher à l'Auteur d'avoir
obfervé une trop grande uniformité dans la
facon dont il traite fes matieres. J'ajouterai
encore que M. Gemelli ( antant que j'en puis
juger ) aimoit beaucoup l'architecture ; il donne
un détail de tout ce qui y a rapport : &
comme les Couvens & les Eglifes font des
lieux où tout le monde peut entrer , il n'y en
apoint furfa route, pourpetite foit - elle, dont
il ne faße la defcription . Les voyages , qui
dans les efprits legers , dérangent quelquefois
les idées de Religion , n'ont fait qu'affermir
nôtre Auteur dans fa pieté ; il affiftoit tous
E nij
$6 LE MERCURE
lesjours au Service divin, & faifoit trèsfouvent
fes dévotions , comme on peut le remarquer
dans presque toutes lespages de fa Relation
DEUX PROBLES MES
L
d'Horlogerie, proposez pour résoudre,
A Geometrie & l'Algebre ont été plus perfectionnées
depuis un fiécle ou deux , qu'elles ne
Pont été en huit ou dix précédens , parceque ceux
qui s'appliquent à ces Sciences , fe font propole z pub'iquen
et des Problêmes à réfoudre . On pourroit
les miter & faire la même chofe dans les beaux
Arts , qui , par ce moyen , deviendroient des Arts
liberaux , & parviendroient en peu de tems à leur
perfection. C'eft dans cette vue que l'on propofe
ces Enigmes d'Horlogerie à deviner aux Savans
aux Curieux & aux habiles Horlogeurs , qui leur
donneront lieu de trouver d'autres Inventions utiles.
Faire une Montre on Horloge , fans Cordo
fans Chaine , dont le grand Reßort
pouffe les Dents des Roues , des Pignons

des Palettes du Balancier , avec une force
égale , lorfqu'il tire dans fa plus grande
violence, & quand il eft an bas & qu'il tire
foiblement.
Ο
N voit encore d'anciennes Montres à fimple-
Balancier , fans Corde & fans Chaîne , dont
la force du grand Reffort eft temperée par une Platine
d'une certaine figure , contre laquelle preffe un
autre petit reffort , qui oblige le Barillet de pouffer
également toutes les roues , depuis le haut jufqu'au
bas. On a abandonné cette Invention ; quo qu'ingeniculement
imaginée , parce qu'on a trouvé deDE
NOVEMBRE
. 57
,
puis , la Fufée , qui eft plus fimple & plus exacte.
i faut auffi em-
Pour réfoudre ce Problême
ployer la fufée , mais au lieu des Pas & de la Rénure,
y mettre des Dents , rangées & difpofées d'une
maniére convenable , pour produire l'égalité dans
la force inégale du grand Reffort. Les Horlogeurs
qui ont fait des montres à Spiral , fans Corde &
fans Chaîne , n'ont pas réüffi dans 1 jufteffe , par- ce que les Virations de ce petit Reffort , font inca
pables de moderer la trop grande inégalité de celui
qui eft enfermé dans le Barillet .
SECOND
PROBLES
ME.
Conftruire
une Pendule à fecondes , dont
toutesles Vibrations
foient précisément
d'une même largeur.
C
Ette pendule peut être faite de plufieurs, manie
res ; j'en ai imaginé trois ; dans l'une , il n'y a point de roue de Rencontre , de Palette & de Four- chette : Dans la feconde , on conferve la roue à
Rocher , mais on fuprime l'Arc & fa Fourchette. Dans la troifiéme , on ſe fert de la reite de Ren- contre fans Fourchette. Par ces trois manieres , les
Dents de la derniere Roue pouffent immediatement
le poids du Pendule, & lui ôtent un certain tremouffement
que la Fourchette imprime à la Verge , qui
altere la regularité des Vibrations.

Aufi- tôt que le celebre Galilée ût publié l'éxac- te mefure du temps , par le mouvement
d'un poids fufpendu
à une corde , les Savans de toutes les Na- tions s'appliquerent
à en faire des Experiences
. En
France , le Pere Merfenne
Minime , Inventeur
de
la Cyclo- ide M. Mouton , Chanoine
de Saint Paul à Lyon , & quelques
autres en firent un grand
nombre.
>
Comme on n'avoit point encore apliqué le Pen58
- LE MERCURE
dule à l'Horloge , ils étoient obligez d'en continuer
le mouvement avec la main , & de compter , une
à une , les Vibrations ; ce qui étoit un travail fort
fatiguant & trés fufceptible d'erreur Ces Savans
curent bien la peníée de faire une Machine qui pût
produire cet effet , Galilée en aperçût la néceffité , &
qu'il falloit abfolument fefervir de l'Horlege ; fon
fils Vincent Galilée , fuivant le témoignage de l'Académie
de Florence , y appliqua le Pendule .
Quelques uns difent qu'un Horlogio Serrurier
s'avifa de coucher fur le côté une vieille Horloge ,
d'apliquer au Cercle du Balancier une Verge , &
un poids à fon extremité avec quelques poulies ; ce
qui produifit la premiere Pendule , dont cet Ourierne
connut po m le merite:Que M. Hughens l'a.
yant vue, apperçu auffi - tôt l'excellence de ce te Invention
qu'il cherchoit depuis long- tems . Le hazard
fait quelques- fois , ce que les plus profondes
méditations ne prodaifent point . 11 perfectionna en
peu de tems cette Horloge , donna une autre fitua
tion aux Roues , y mit une Fourchette & des aiguilpour
marquer les minutes & les fecondes, & publia
en 1658. un Ecrit en Latin , dans lequel il explique
la construction & raporte les utilitez que le
Public en retirera , & particuliérement des Aftronômes
pour l'exactitude de leurs obſervations ."
les
Sans l'imagination de cet Horlogeur groffier,M.
Hughens auroit long-temps cherché ce te application
du Pendule à l'Horloge , & ne l'auroit peutêtre
jamais trouvée. Il est beaucoup plus difficile
d'inventer que de perfectionner , quoique fouvent
les premieres inventions foient moins ingenieufes &
moins utiles que les chofes perfectionnées.
J'ofe dire par occafion, que cet habile Mathematieien
n'auroit jamais penfé au Reffoit Spiral , fije
n'avois point parlé des Vibrations du Reffort droit,
& de leur application aux Horloges portatives, qu'il
conçût promptement , lorfque je propofai cette Invention
à Mrs. de l'Academic Royale des Sciences ,
Su 1674:
DE HOVEMBRE.
M. L'Abbé Picard parut ne la point entendre par
la réponſe qu'il me fit , que cette Invention avoit été
trouvée en Angleterre , & que je la pouvois voir
chez M. du Hamel l'Avocat , frere du Sécretaire de
cette Académie. M. Hughens , ayant pris la parole,
expliqua la fabrique de la Pendule de M. du Hamel,
& dit qu'elle avoit une Lentille aubas de la Verge,
qui étoit fufpendue , non avec de la Soye ou de perires
Chaînes , mais avec une Lame du Reffort fort
mince ; que la Lame de Reffort queje propofois n'étoit
pas la même choſe , & il s'étendit fur la différence
des Ofcillations du Pendule & fur celle des
Vibrations du Reffort , que mon intention étoit
d'appliquer aux Montres & aux Horloges portatives
, pour leur donner la jufteffe des Pendules immobiles
. Toute l'Affemblée approuva cette Inven
tion , & M. l'Abbé Gallois qui faifoit alors la fonetion
de Secretaire , eut ordre de la mettre dans les
Regiftres.
J'apris trois mois aprés , que M. Hughens l'avoit
perfectionnée , & changé le Reffort droit en Reffort
Spiral , dont la proprieté eft de contenir une grande
longueur ca peu d'efpace. J'ai bien connu depuis,
que je m'étois trop preflé d'aller à l'Académie ,
que j'avois agi comme un jeune homme , ambitieux
, impatient de faire connoiftre cette production
de fon efptit , & qui defirant d'entrer dans cette
Compagnie , vouloit donner des preuves de fon inclination
& de fes Talens pour la Phifique experimentale.
Si j'avois differé , il m'auroit été facile ,
ayant fait plus de la moitié du chemin , de penfer au
Reflort Spiral & aux autres Figures ; j'ai inventé
depuis des chofes plus difficiles à imaginer.
"
J'ai lu depuis peu le favant & curieux Traité
d'Horlogerie , intitulé , Regle artificielle du tems
par Henry Sully , Horlogeur Anglois , imprimé en
1717. Cet ouvrage qui fait connoiftre la capacité
de fon Auteur , doit donner de l'émulation aux
Horlogeurs François , & les engager à s'inftruire:
60
LE
MERCURE
de la Speculation de leur Art & à le perfectionner'.
mais, je ne puis approuver ce que M. Sully dit
l'occafion du Reffort Spiral ; voici les propres termes
, page 14. " C'est une invention admirable
.""
;
dont le Docteur Hoor , de fon tems , Profeffeur ·
" en Geometric au Collège de Gresham à Londres,
61 a été l'Auteur , & par fa direction , M. Tompion
, fameux Horlogeur de Londres , encore vi
vant , l'apliqua le premier à une mentre de po
che , qui fut prefentée au Roi Charles ( fi je ne
me trompe ) en l'année 1669. avec cette infcrip→
" tion Hook invenit , Tompion fecit.
"
Ce temoignage d'un Anglois , en faveur dé
fa Nation , eft fufpect de partialité , & n'eft
point une preuve folide & authentique . Heft faci
Je de faire graver ce que l'on veut fur une Montro
-La pofteriténe croira jamais que cette invention admirable
ſoit demeurée inconnue & dans l'obſcurité; -
depuis 1669 jufqu'en 1674. puis qu'elle a été divulguée
& mile en pratique dans toute l'Europe ,
cinq ou fix mois aprés que j'eu été à l'Académie
& que M. Hughens l'eut fait mettre dans le Journal
des Savans:
Il m'a paru furprenant , que M. le Baron de
Leibnitz , dans fes remarques fur le livre de M.
Sully , ait mis ces paroles . " Un François , nom-
" mé M. Haute- Feuille , intenta même un procez
au Parlement de Paris à M. Hughens , prétendant
que c'étoit fon Invention ; mais il fut debouté.
Ce procez n'a jamais été iugé ; il fut apointé &
diftribué à M: Mandat Confeiller de la Grand-
Chambre, qui ne l'a jamais raporté . M. de Harlay
, alors Procureur Général , & depuis Premier
Piéfident , refufa de donner les conclufion's Le
Privilege & l'Arreft du Confeil , que M. Hughes
avoit obtenu par faveur , & par fon crédit , demeurérent
inutiles. Tous les Horlogeurs de Paris fi'ent
des Montres à Spiral , fins payer le Droit d'un
Lou's d'Or qu'il avoit impofé (ur chacunes, & que
DE NOVEMBRE . 61
quelques- uns avoient déja payé . Tout ce qui concerne
cette invention , eft déduit fort au long dans
le Factum que je publiai en ce tems là , dont je
donnai un exemplaire à M. de Leibnitz que je
connoiffois particulierement .
mes "
La haute réputation de M. Hughens lui a attiré
l'honneur de cette Invention . Richelet dans fon
Dictionnaire , au mot Spiral , ea prie en ces ter-
Quelques uns attribuent l'invention de cette
" Montre à M. PAbbé de Haute- Feuille , mais la .
plupart , à M. Hughens cé ébre Mathématicien
" de l'Académie Royale.
"
ont
Les honneftes gens m'ont rendu juftice , & tous
ceux qui ont eu connoiffance de cette affaire
blâme ce Savant de s'eftre dit inventeur , puis qu'il
n'étoit que Perfectionateur , & de n'avoir pas fait
mention dans le Journal des Savans , du Mémoire
que j'avois prefenté à l'Académie. C'est un jufte
fujet de plainte que j'ai eu à faire contre lui .
M. Hughens ayant fait quantité d'experiences
fur ces nouvelles Horloges & Pendule , remarqua
que les Vibrations qui décrivent un Arc de 60. 80 .
100. degrez ou davantage , & celles qui en parcourent
un moindre , ne font point ifochrones ; que
plufieurs grandes , prifes enfemble , ne durent pas le
même tems qu'un pareil nombre de petites : il lui
vint en penfée de fufpendre , avec deux fils de Soye
ou de petites chaînes trés- délicates , la Verge du
Pendule ; entre deux portions de Ciclo.ide , qui
obligent ces fils de s'accourcir , & le poids de décrire
, non , un Arc de cercle , mais une veritable figure
de Ciclo- ide , dont la proprieté eft de rendre
les grandes & petites Vibrations ifochrones , c'eftà
dire , d'un tems préciſement égal . Ce Savant
publia en 1672. fon Livre de Horologio Oscilatorio,
où il démontre les effets de cette figure.
Tous les Horlogeurs appliquerent la Ciclo ide
à leurs Pendules ; ceux qui igno oient fa construction
, la mirent au hazard & en apparence , mais el62
LE MERCURE
les n'avoient point la jufteffe que l'on y defire. Cela
me donna lieu d'inventer un nouveau Balancier à
longues Palettes , que je publiai en 1678. dans un
petit ouvrage , intitulé Pendule perpetuelle , &c.
Lequel , fans rien changer à la difpofition de
l'Horloge , & en confer ant la Roue de Rencontre,
fait les Vibrations fort petites & la Lentille , ne
parcourant que peu de degrez , rend l'Horloge plus
jufte que celles qui ont une Ciclo- ide . Je ne fai point
en quel tems on a inventé la Roue à Rocher avec
fon Arc qui produit le méme effet ; mais depuis
long tems , prefque toutes les Pendules à Secondes,
ont été faites à petites Vibrations.
Quelques uns fe font declarez les Défenfeurs de
la Ciclo-ide , & prétendent avor experimenté
qu'une Pendule , dont l'Anchre , ou la Lentille ne
peze qu'un quarteron , fufpendue entre deux por
tions de Ciclo - ide faites par quelque habile Horlogeur
, dirigé par un Geometre , atoutes les Vi
brations Ifochrones & rend l'Horloge fort juste.
Je ne puis être de leur fentiment , plufieurs expériences
m'ayant convaincu que l'exacte regularité
d'un Pendule cft fondée far trois principes. Le premier
, fur fa longueur ; plus un Pendule eft long
& plus il eft jufte. On fait que toutes les Horloges,
dont le Pendule n'a que 2. 4. 6. 8. ou . , pouces ,
font trés inégales ; que celles , qui batent les fecondes
, font plus juftes ; qu'elles le feroient davantage
,
fleurs Vibrations duroient deux fecondes , &
que le Pendule ût quatorze pieds . Il eft certain que
fion pouvoit commodement luy donner cinquantefix
pieds , une Pendule de cette maniere feroit parfaitement
jufte , & ferviroit à vérifier ces prétenduës
Expériences faites à la Cayenne & en d'autres lieux ,
fous la Ligne & aux environs , dont j'ai toûjours
douté de l'éxactitude , parce qu'il eft trés- facile de
fe tromper fur la meſure de trois pieds & en d'autres
circonftances.
Le fecond principe d'égalité conſiſte dans la peDE
NOVEMBRE. 63
fanteur du poids apliqué an bout de la Verge ; plus
il est pefant , plus la jufteffe de l'Horlogeeft gran
de. Le défaut principal de celles dont le Pendule eft
court , provient de la legereté de leur poids , auffi
bien que des pendules à Secondes , qui n'eft d'or.
dinaire que de deux ou trois livres , & fouvent
les Ouvriers ne rempliffent pas la Lentille de
plombfondu , par une épargne mal entendue .
La fufpenfion de la Verge avec de petites chaînes
ou à une lame de reffort , eft , à mon fens , une imperfection.
Elle doit étre ſuſpendue comme les Clo .
ches , fur des Tourillons , non pas de figure ronde,
mais triangulaire, & dont l'angle d'en bas foit fort ai.
gu , qui apuyeront dans une fente ou coche faite exprés
; par ce moyen on poura y mettre un poids de
10. , 15. , 08 20. livres & davantage , fans aucun
danger de rupture.
Le troifiéme principe de Régularité eft fondé ſur
la petiteffe des Vibrations ; moins elles auront de largeur
& plus l'Horloge fera jufte. Le P. Merfenne
dit , en quelque endroit , que les Ofcillations d'un
Pendule , qui n'auroient que la largeur d'un pied de
mouche , & celles qui parcoureroient plus des trois
quarts da demi cercle , font 1fochrones ; la même
Longueur fapofée . Aparemment cet habile Geometre
n'avoit pas alors reconnu l'inégalité des grandes
& des petites Vibrations , & les proprietaires de la
Ciclo-ide , quoi qu'il en fût l'Inventeur . Il eft évident
que moins les Vibrations d'an Pendule ont de
largeur , & moins il y a de différence entre les grandes
& les petites , & elles pourroient en avoir fi peu,
qu'il n'y auroit aucune difference entre les unes &
les autres.
Les Horloges dont je propofe la conftruction dans
ee Problême , poffédent ces trois principes .
On pourrafaire des Pendules à reßort qui batrent les
Secondes.
La Lentille qui eft au bout de la Verge , poura éire
fort pefante.
ваг
lesLE
MERCURE
nations
auront
très
-
peu
de
largeur
,au
foit
precifement
égale
,
la
tre
plus
grande
que
celle
des
Rolies
,
Roues
doit
ê
re
plus
grande
que
celle
le
.
Ces
deux
propofitions
paro
flent
condu
Pend
&
afine
!!
tradictoires
,
cependant
,
elles
font
véritables
.
Lofque
le
Pendule
eft
en
repos
,
les
Roues
ne
doivent
mettre
en
mouvement
,
il
Point
d'elles
mêmes
doit
leur
refifter
&
eftrele
plus
fort
;
lors
qu'il
a
été
mis
en
branle
,
les
Roues
doivent
avoir
la
force
de
Jui
continuer
fon
mouvement
,
&
être
plus
fortes
que
le
Pendule
.
De
cette
maniere
fes
Vibrations
fe-
Font
fenfiblement
d'une
même
largeur
,&
l'Horloge
fans
s'écarter
que
de
quelques
Secondes
,
&
elles
feront
connoitre
avec
éxactitude
la
difference
da
tems
laile,
égal,
moyen
ou
des
Etoiles
fixes
.
On
pourra
Solaire,
vrai
ou
apparent
,
&
celle
du
tems
Pendale
Cadran
eur
faire
l'Horloge
à
Pendule
iront
enfemble
pendant
plus
d'une
année
entiere
parfaitement
jufte
On
en
pourra
avoir
plufieurs
qui
s'en
fervir
3
dont
rectiligne
&
les
heures
montrées
,
par
grande
précifion
dans
leur
Niveau

ou
leur
ligne
sarhorizontal,
que
je
publiai
l'année
derniere
,
dans
un
une
ou
deux
Figures
qui
fe
meuvent
fur
un
Plan
Petit
Ouvrage,
intitulé
,
Inventions
nouvelles
,
&
c
.
Horloges,
eft
qu'elles
doivent
être
placées
avec
une
La
feule
Objection
que
l'on
peut
faire
contre
ces
reter
par
le
moindre
mouvement
exterieur
.
On
re-
Perpendiculaire
,
&
qu'elles
feront
fujet
:
es
à
médiera
à
cet
inconvénient
,
pour
peu
que
l'on
augpoids
qui
donne
le
mouvement
à
toutes
les
Rües
,
dont
la
pefanteur
eft
cinq
ou
fix
fois
moindre
dans
ces
Horloges
,
que
dans
celles
qui
font
à
grandes
mente
la
puiffance
propagative
Vibrations.
c'estàdire
,
le
&
lors
que
le
Reffort
tire
avec
violence
ou
lors
qu'il
de
la
Fufée,
foit
égal
dans
toutes
les
Révolutions
,
yens
de
faire
que
le
frotement
du
Pivot
d'en
haut
,
Je
publierai
quelque
jour
,
Dieu
aidant
,
les
mocft
Un
bonv
non,
je
Lomme
ну
avais
finge De
m'en
aller,
y
DE NOVEMBRE. 65
eft au bas ; de donner aux Pivots de toutes les Roues
un frotement égal , foit que la Montre foit fufpendue
, cu couchée fur le plat : La conſtruction d'un
nouveau Balancier , & quelques autres additions
confidérables pour la perfection des Montres de po
che.
A MADEMOISELLE
***
Pour le jour de S. René fa Fête:
BOUQUET.
Vin
OSTRE Fête , belle Renote ,
Vient dans un tems où l'on grelote ;
Flore n'a plus dans fes jardins
Que le choux verd & la carote :
L'ambre des Galcons , l'échalote
Y remplace les doux jafmins :
On m'offre des navets en botte,
Lorfque je demande un bouquet ;
Le Panier même de Babet
Eft vuide : La Nimphe en jurote
Lâchant maint chafte quolibet .
de nous ,
Dans quels Parcs faut- il qu'on le crotte
Pour trouver fleurs dignes de vous ?
Ma foy , vous vous moquez
Me dira - tʼon ; Phoebas vous dore
De fes talens : Chantez Renote,
Chantez les apas , fa douceur ;
Un bon vers vautbien une fleur:
Non non , je fâcherois la Motte
De m'en aller, vil Chanfonier,
Mauvais finge de Hagu : nier,
Comme un vrai chantre de marmote ,
Chamarer un de ces vieux airs
Que chante fille qui tricote ,
Et que méprifent nos Experts ,
11 faut qu'un Pote radote
F
66
LE MERCURE
Pour le rifquer à crayonner
Appas qu'on ne doit trop lorgner ;
Trop hûteux pourtant qui s'y fro:te !
Quoique porter une marotte
Ne foit honteux, quandCupidon
Eft celui qui nous en fait don ;
Je ne veux qu'on me numerote
Parmi tels fous : Fous amoureux
Sont fort fots , fi ne font hûreux !
Fi d'une tenáreffe manchote ,
Fi d'un amant, s'il n'a par fois
Un coup d'éventail fur les doits !
fe note ;
Autant vaudroit porter la hotte
Quede porter des fers fournois
Qu'on cache comme une anecdote :
Mais , on les cache vainement ,
Tout s'explique dans un amant:
Son defir dans fes. yeux
Par la plus novice beauté
Son filence eft interpreté:
Qu'on foit du Pays d'Herodote ;
Qu'on foit François , Italien ,
Ou bien du Peuple qui firote ,
Tous les climats n'y font de rien,
Loy de Cithere cft Poliglote ;
On l'entend par tout clairement ,
Et toûjours d'un objet charmant
L'amour est le compatriote.
Mais il faut, charmante Renote,
Dans ma theſe me renfermer ,
reviens : Que l'on me garote
Si pour vous on me voit rimer :
Qui vous peindroit fans vous aimer,
Pareroit une belle botte !
J'Y
Prude raifon envain complote ,
Et prétend de vôtre priſon
Tirer quelque honête garçon,
A qui vous mettez la menote ;
Envain , criant d'un aigre ton ,
DE NOVEMBRE.. 67
Elle lui dit , cours donc pagnote ,
N'ofes tu fair ? Prude raifon
Sur ce point là n'eſt qu'une fotte.
Je fçai le pouvoir de vos traits.
L'art , qui les autres papillote ,
Doit chez vous épargner fes frais.
Plus de graces qu'en fon Palais ,
Venus même à Paphos n'en cotte :
Ua embonpoint de Gelinote ,
Des yeux vifs & doux , un teint fais
Que l'indifference dorlote ,
Une haleine de bergamotte ,
C'est l'abregé de vos attraits.
Silence ; fermons l'épiglote ,
Aufli bien, quand Maître Apollon ,
Pour vous chanter,me donne un ton ,
L'amour me fait changer de note.
LES SAISONS
ODE
E quelle brillante ſtructure
DEL'Univers frape t'il mes yeux !
Quel charme embellit la nature !
Roulle-t'elle fous d'autres Cieux ?
L'hiver n'eſt plus , l'air fe parfume ,
L'horifon s'éloigne & s'allume ,
Que vois je , eft- ce un autre Soleil
Tout rit aux yeux qu'il fait éclore ,
la Terre s'ouvre , les devore ,
Et fort d'un fterile fommeil.
Eccuton ' ; de cette verdure
S'épand un melodieux bruit.
Une lumiere douce & pure
Eteint les foleils de la nuit ;
Déja l'Aurore au teint de roſe,
En perle fe métamorphofe ;
Que de fleurs tapiffent ces champs !
Fij
68 LE MERCURE
Là , les Bergers & les Bergeres
Par leurs voix , leurs dances legeres ,
Confacient un culte au Printems.
Quelle autre faifon renaiffante
Vient remplir nos plus chers fouhaits ?
Quoi la nature n'eft changeante
Que pour nous combler de bienfaits !
Du foleil la terre échauffée,
De moiffons lui dreffe un trop hée
Pour prix de festayons lancez.
Ceres , oh favorable excmple ,
Chaque cité n'eft plus qu'un tempfe
Ou tes préfors font entaffez !
Où fuis - je , quelle horrible guerre ?
Les vents combattent dans les airs .
Le Ciel femble étouffer la Terre ,
La nuit engloutitl'Univers.
Quels coups , quels éclats retentiffent ?
Tout tremble , les mortels gemiffent ,
Quel cahos , quel ravage affreux !
Le bruit redouble & fe divife ,
Le nuage s'ément , fe brife ,
Et vomit des torrens de feux.
Mais déja, je voi la Déeffe
Se parer de mille couleurs .
Iris paroît , l'orage cefe ,
Mortels oubliez vos douleurs :
Une douce vapeur s'exhale,
I es voiles que la nuit étale
Du chaud pefant bornent le cours
Diane fur cette onde errante
Peint une lumiere tremblante
Rivale de nos plus beaux jours.
K*X
Au Dieu de Naxos devoüécs ,
Menades ,vollez fur mes pas ;
Que de vos fureurs enjonées
DE NOVEMBRE
Bachus entende les éclats .
Formons une fêre folâtre ;
Sur un champêtre Amphithéatre,
le Dieu fe manifefte à nous.
Froide ra fon , fageffe auftere ,
Vous profaneriez le miftere,
Bachus prefide , éloignez - vous.
O Bachus, quel charmant melange!
Que ces travaux font gracieux !
Merveille ! Le Dieu le change
En des Torrens delicieux.
Des plaifirs la troupe attraïante
Les jeux , la liberté riante ,
Naiffent dans ce Flateur poifon .
Quels chants , quelle vive allegreffe !
Mortels, eft ce donc que l'yvreffe
Vous traite mieux que la raifon ?
Fuyez tous cherchez un azile
Jufqu'au centre de l'univers :
Je tremble , l'Aquilon fterile ,
Jette un froid cuifant dans les airs.
Sous les frimats ensevelie,
Envain la nature affoiblie
Refifte à ce fouffe fatal:
Que vois -je, ce fleuve rapide
Tout à coup devenu folide ,
N'eft plus qu'un rocher de criftal?
Quel fort p'us cfuck nous menace ?
Les Climats font ils dérangez ?
L'eaufe gonfle & brife la glace,
Quels vaftes Païs fubmergez !
Les Forêts font défacinées.
O Dieux ,les Citez entraînées
N'offrent plus que d'affreux debris .
Le fi's meurt en fauvant le pere ,
Là, l'on voit expirer la mere,
**70
LE MERCURE
Emportant fes deux Jeunes fils.
*****
Jufqu'au fein de l'Empirée
Elevez vos timides yeux;
Mortels, reconnoiflez Aftrée
A ce concours harmonieux
D'où vient cet ordre élementaire
Pourquoi ce flambeau faiutaire
Derobe où répand - il fes feux ?
Il luit , la nature eft féconde ;
L'accord de l'olimpe & du monde
N'eft donc que pour vous rendre hûreur?
FRAGMENS.
Antôt , je fens que la peine eft plus vive
Tantôt auffi je fens l'alternative ;
D'où-vient , Mirtis , ce divers fentiment ?
Si tu réponds , qu'en te voyant fans cefle ,
Je n'aurois p'us ni ſouci ni trifteffe;
Tu flaterois ta vanité ,
Mais tu dirois la verité.
De mon efprit , Iris , fortez une heure,
Pour que j'écrive avec tranquillité :
Mais en fortant du mica, que le vôtre y demeure ,
Pour que j'éctive avec vivacité.
Quelques momens en faveur du grand Maître;
Laiffez-moy feul & dans ma belle humeur :
Crainte de me troubler , en venant m'apparoître ,
Allez dormir dans le fonds de mon coeur,
EPIGRAMME
Par M. B. ***.
Uand Santerrefe mit à peindre
QuLa jeune & brillante Clotis :
DE NOVEMBRE.
1
L
Voilà , dit-il , un coloris ,
Où mon arene fçauroit atteindre .
Voilà des traits que mon pinceau
N'a point encore mis en ufage :
Je n'ai jamais peint de vifaget
D'un teia ni d'un contour fi beau.
Ce feroit trop m'en faire accroire
Que de vouloir m'y hazarder .
Mais , lorfqu'il vint à regarder ,
Son fein plus blanc que de l'yvoire ;
Quelle émotion fe trouva
Dans le coeur du pauvre Santerre !
Son pinceau lui tomba par terre ,
Que bientôt l'amour releva .
忍古
Nouvelle , traduite d'un Livre Eſpagnol
intitulé , Relaciones de la vida del Efcudero
Maries de Obregon... Des canfo
quinto.
J
E m'en allois à Milan dans le deffein
de paffer enfuite à Venife . Pour adoucir
la fatigue du voyage , en changeant de
voiture , je n'étois mis fur l'eau , en convenant
avec mon Muletier , d'un Village
où il devoit me rejoindre ; mais , le coquin
me trompa vilainement , & je ne trouvai
ni lui , ni cheval ni mulet ; de forte
- qu'il me fallut continuer ma route à beau
pied fans lance. Je marchois donc affez
triftement ; & aprés avoir arpenté tout le
jour les plaines de la Lombardie , je ne
fçavois où donner de la tête , lorsque j'apde
loin
un
Cavalier
qui
traverfoit
le
chemi
Percu
LE
MERCURE
ayant
un
Faucon
fur
le
poing
.
Ce
reta
ce
qui
ne
fut
pas
fitor
fait
,
parceque
dans
répondu
qu'il
ne
fe
trompoit
pas
,
il
me
pour
me
donner
le
tems
de
le
joindres
n'étois
pas
Soldar
Efpagnol
:
A
quoi
ayant
encore
bien
du
chemin
à
faire
Cavalier
m'
ayant
apperçu
de
fon
côté
,
sarl'abbatement

étois
,
je
ne
marchois
pas
portée
de
l'entendre
,
il
me
demanda
fi
je
d'un
air
fort
delibere
.
Des
qui
me
vit
à
avant
que
Pembaras

j'étois
,
&
me
dit
que
j'avois
prevint
de
luimême
,
comme
s'il
ût
devine
de
pouvoir
trouver
gite
;
que
fi
je
voulois
qu'il
avoit
dans
le
voifinage
,
il
me
donneroit
le
couvert
jufqu'au
lendemain
.
Quoile
fuivre
dans
une
Maifon
de
campagne
pas
de
bon
augure
que
la
mélancolie
profonde

je
le
voyois
la
neceffité
me
fit
cependant
accepter
la
plongé
,
ne
me
propofition
parût
avec
des
gens
de
condition
,
tel
que
me
paroifd'autant
plus
aifement
,
que
je
fis
reflexion
Je
m'y
déterminai
même
qu'il
n'y
ce
Gentil- a
gueres
de
rifque
à
courir
foit
&
qu'étoit
effectivement
homme.
be
y
croiffoit
de
toutes
parts
,
comme
dans
affez
grand,
mais
fort
mal
en
ordre
.
L'E
Nous
entrâmes
chez
lui
par
un
bloit
mieux
à
une
Terre
en
Decret
.
Quand
une
campagne
en
friche
,
&
rien
ne
reflemous
fumes
à
2.
pas
de
la
Maifon
,
il
en
fort
arde
ac
on;
c'er
propos
DE NOVEMBRE.
73
}

fortit quelques Valets qui vinrent au devant
de nous , mais tous , d'un air abbatu , la
triftelle peinte fur le vifage , fans dire
un feul mot . La Maiſon étoit affez belle ;
mais , on n'y trouvoit rien qui quadra
parfaitement avec le fombre chagrin , & le
morne filence qui fe remarquoit, & dans le
Maître & dans le Domestique . Un ſpectacle
fi extraordinaire ne lailloit pas. de me
donner quelque forte d'inquietude & je ne
fçavois que penfer de tout ce que je voyois .
Le Gentil-homme paroiffoit porter dans
fon coeur un fonds de mélancolie la plus
noire Il ne parloit que rarement à ſes
gens , & il le faifoit ordinairement par gef
tes , & d'un air brufque & chagrin . Enfin ,
l'heure du fouper vint , de quoi j'avo s
grand befoin , n'ayant pas mangé depuis le
matins de forte que, malgré les inquietudes
du Maître & celles de toute fa maiſon , je
ne laiffai pas de manger de grand appetit ;
mais cependant, dans un filence profond ,
autant de ma part que de celle du Gentilhomme:
& je peux dire que la Regle à cet
égard , n'eft pas mieux obfervée que dans
un Refectoire de Chartreux. Je n'avois
garde de m'ingerer d'ouvrir la converfation
; c'étoit à lui à le faire, s'il le jugeoit à
propos. Quand on eft en maifon étrangere
& avec gens au deffus de foy , il faut s'accommoder
à leur humeur , & fur tout ne
témoigner nulle curiofité fur leurs affaires.
Novembre 1718 .
G
74 LE MERCURE
Qu'ils foient gays , qu'ils foient triftes , il
faut fuppofer qu'ils ont leurs raifons pour
l'un & pour l'autre , & s'en tenir- là .
Aprés que le fouper fut fini , & que les
Valets fe furent retirez , le Gentil - homme
ceffa d'être muet , & d'un ton de voix baffle
&fepulchrale, il dit ces paroles en foupirant:
Heureux ceux qui naiffent dans une condition
obfcure ! Ils paffent leur vie bien on mal
Jans s'embaraffer de ce qu'on peut dire ou
penfer d'eux. Le pauvre Soldat , quand il
a rempli fon devoir , va se reposer fans aucunfouci,
J'en dis autant de l'Artifan & de
tout ce qu'il y a de gens de cette forte , qui ,
aprés avoir fini leur journée , vont fe cousher
fans inquietude ; mais, il n'en va pas de
même de ceux , qui , par leur naiſſance ou
leur fortune,fe trouvent expofe aux yeux
du
Public , ayant autant de Juges de leurs actions
, qu'il y a de gens qui ont la vûë attachée
fur eux. En proye à leurs murmures ,
victimes de leurs médijances & de leurs
Loupçons , tout est pris en mauvaise part.
Enfuite , fe tournant vers moi , j'ai fouhaité
, dit- il , Monfieur , de chercher quel
que foulagement à ma jufte douleur , par
Ta confidence que je veux vous faire de ce
qui en fait le trifte fujet : non que j'aye
faute d'amis dans le fein de qui je puille
répandre les fentimens de mon coeur ;
mais ce que j'ay à vous confier , eft de
telle nature , qu'on aime mieux en faire
DE NOVEMBRE.
75
part à un étranger , qu'à des pefonnes
qu'on voit tous les jours , & qu'on auroit
enfuite pour témoins perpetuels de fon
malheur & de fa confufion . Auffi , puis je
vous affûrer qu'aucun de mes domestiques
ne connoît le motif de mon affliction ; & fi
vous les voyés fi triftes & fi abbatus leur
trifteffe ne vient que de celle où ils me
voyent , fans qu'ils en fçachent davantage.
Un
,
Je vous dirai donc , Monfieur , que je
fuis affez accommodé des biens de la for-
Itune pour vivre heureux , file bonheur ne
dépendoit que des richeffes. Mon inclina
tion ne m'a jamais porté à frequenter le
grand monde , ni à entrer dans les Charges
publiques , j'aime la folitude de la Campagne
, & j'y paffe ma vie dans les exercices
qui conviennent à un Gentil- homme :
peu d'Agriculture , un peu de Jardina
ge , la Pêche , la Chaffe , c'eft à quoi j'ai
employé fort agréablement plufieurs années;
ayant d'ailleurs affez bonne table , & recevant
avec plaifir les Etrangers qui me fai
foient l'honneur de paffer par chez moy .
Les premieres années de ma jeuneffe fe font
paffées de la forte , fans que je fongeaffe
au mariage , que j'avois toûjours regardé
comme une charge trop pefante , & incompatible
avec la maniere de vivre que j'avois
prife , & où je trouvois tant de douceur.
Mais , comme on ne peut éviter fa deſti-
Gij
76 LE MERCURE
née , il auriva qu'un jour que j'allois à la
chaffe avec un Faucon fur le poing , men
coeur fut frapé foudainement de la vûë d'un
objet qui me lailla une impreffion fi tendre
& hi vive , que rien n'a jamais pû l'effacer
& que rien ne le pourra jamais . Je paffois
proche des Fauxbourgs de Crême , lorfque
je vis paroître à la porte d'un Jardin , un
des plus beaux vifages qui fe foit peut - être
jamais vû Je voulu dans mon premier
tranfport aller joindre la perfonne ; mais ,
elle rentra auffi - tôt dans le Jardin , en
fermant la porte fur elle . Enchanté au
point que je l'étois de ce charmant objet ,
je n'û point de patience que je ne fuffe informé
de fa condition , de fon caractere
de fon humeur , & de tout ce qui pouvoit
la regarder. Aprés des perquifitions fort
exactes , je fçû que cette jeune perſonne
n'étoit point mariée ; qu'elle appartenoit à
des gens de baffe extraction , mais que
d'ailleurs , elle étoit d'une fageffe extrême.
Je me flattai, malgré cette dernierre circonf
tance , quà force de prefens & de promef
fes , il ne feroit pas difficile d'en venir à
bout & de la réduire . J'employai pour
cela quelques femmes que j'engageai à fe
rendre chez elle pour la târer : Elles y allerent
en caroffe , fous pretexte de vouloir
fe promener dans le Jardin ; mais , elles
ûrent beau la tourner de toutes les manieres,
& employer tout leur art pour la preffentix
DE NOVEMBRE. 77
de loin , elle éluda toûjours toutes leurs
propofitions , & le tint dans une referve qui
leur ôta toute efperance d'en rien obtenir.
Malgré l'inutilité de cette tentative , com
me ma paffion ne me laiffoit point de repos,
je réfolu d'aller tenter l'avanture en perfonne
; & parceque la vûë d'un homme auroit
pû cffaroucher la jeune Païfanne
j'engageai les mêmes perfonnes que j'y
avois déja envoyées , à m'y mener avec
elles , déguifé en femmes ce qui me fut
d'autant plus aifé , que je n'avois point encore
de barbe , & que j'avois d'ailleurs
une fleur de jeuneffe qui laiffit peu de
difference entre moi & les femmes qui m'accompagnoient.
Cette vifite acheva de me
perdre car , me voyant auprés d'elle fous
ce déguisement , elle ût pour moi des maniers
encore plus polies que pour les autres
, & m'embraza de nouveau par le
charme des paroles obligeantes qu'elle me
dit , en me louant fur ma beauté , fur ma
douceur , & en écartant avec adreffe tout
ce qui avoit l'air un peu trop libre. Je revins
donc de cette vifite, plus charmé & plus
enflammé qu'auparavant , & je fus fi touché
d'avoir touvé tant de beauté avec tant
de vertu dans un état fi pauvre , tant d'efprit
, d'enjouement , avec tant de referve ,
que cela joint à mille autres perfections
que je découvris en elle , me força enfin à
recourir au dernier remede & à l'époufer.
G iij
78 LE MERCURE
Malgré l'inégalité de nos conditions , je le
fis & je me retirai avec elle dans cette Terre
, où nous avons vécus enſemble dans l'union
la plus tendre & la plus parfaite
fans qu'il y ait û de part ni d'autre un
inftant d'alteration . Les jours que j'allois à
la chaffe , & que je revenois un peu tard ,
je la trouvois à mon retour,les yeux encore
mouillez de larmes , dans l'apprehenfion
qu'il ne me fût arrivé quelque accident ; de
forte que fon attachement & fa tendreffe ,
dont elle me donnoit tous les jours de nouvelles
marques , redoubloient de plus en
plus mon affection . Six années que j'ay
paffé dans ce contentement , peuvent bien
être enviées par tout ce qu'il y a jamais û ,
& tout ce qu'il y aura jamais d'Epoux .
Enfin , Dieu a permis qu'un trait d'ingrati
tude , qui ne pouvoit partir que d'un coeur
as & mal né , ait miné de fonds en comble
de fi heureux commencemens.
1.
Il y avoit dans ces Cantons un homme
de peu de chofe , mais qui ne laiffoit pas
d'avoir quelque forte d'efprit , & quelques
talens qui fervoient à couvrir beaucoup de
mauvaiſes qualitez : Il fe mêloit un peu
de Mufique & de Poëfie ; il fe prifoit beaucoup
plus qu'on ne faifoit dans le lieu qu'il
habitoit. Je l'atttirai chez moy pour me
tenir compagnie dans la folitude où ie
vivois avant mon mariage ; je l'habillai ,
je lui donnai ma table , & je le traitai avec
DE NOVEMBRE.
79
tant de confideration & d'égards, qu'il étoit
auffi maître que moy dans ma maison.
Avant & depuis mon mariage , lorfque
j'allois à la chaffe , il y venoit avec moy ,
monté fur un de mes.chevaux , & quand il
en étoit las , il s'en retournoit avant moy
à la maison : Il n'en ufa cependant ainsi ,
que depuis que je fus marié , parce qu'alors
il étoit en liberté , & avoit le loifir de caufer
avec ma femme . Cela pouvoit naturellement
me donner quelque foupçon ; mais,
le peu de merite du perfonnage fit que je
n'en pris nulle allarmes il étoit petit , malfait
, avoit de vilaines dents , des mains
groffieres homme fans manieres , fans
meurs & fans verité. Quoique je fufle
fort éloigné de prendre aucun ombrage
d'un homme de ce caractere , je ne laiffai
pas cependant , plus par égard pour la
bien-feance que pour aucune autre raifon
de lui faire entendre qu'il me feroit plaifir
de ne point quitter la chaffe. Depuis ce
tems - là , il arriva que toutes les fois que
j'étois allé à la challe , il paroiffoit la nuit .
fuivante un Fantôme qui mettoit tous les
chiens en rumeur , & jettoit l'effroy dans
l'ame de tous mes domestiques . Je me
levois auffi tot tout fatigué que j'étois, & je
courrois chercher le fantôme dans le Jardin
dont je ne revenois , qu'aprés en avoir parcouru
& examiné tous les coins & recoins.
Or , toutes les fois que je fortois de ma
>
Giiij
80 LE MERCURE
>
chambre pour pareille expedition , ma fem
me ne manquoit pas de fermer la porte fur
elle en dedans , & ne l'ouvroit point à
mon retour , que lorfqu'elle reconnoifſoit
à ma voix que c'étoit moy ; ce qu'elle faifoit
, difoit elle , par crainte du fantôme.
Cette apparition fe renouvella plufieurs
fois pendant quelques mois ; ce qui me
donna lieu de faire une remarque, qui étoit,
que lorfque mon homme m'avoit quitté
à la chaffe , il n'y avoit point d'apparition
la nuit fuivante ; & je ne pouvois m'imaginer
ce que devenoit le fantôme , jufqu'a
ce qu'un jour étant revenu de la chaffe
j'ordonnai à un de més gens de fe tenir la
nuit fuivante à la porte du Jardin , & d'obferver
exactement la marche du Revenant.
Aprés cette précaution , je m'enfermai dans
ma chambre avec ma femme ; bien curieux
de voir fi le fantôme paroîtroit cette nuit ,
comme les précedentes. J'étois dans l'attente
, lorfque j'entendis aboyer les chiens ,
qui le faifoient avec plus de vacarme qu'à
l'ordinaire ; parceque le fantôme qui avoit
pris une taille gigantefque , touchoit aux
fenêtres & prefque jufqu'au toit : Je me
levai auffi- tôt avec le plus de hâte que je
pû , & j'allai droit au Valet que j'avois mis
au guet à la porte du Jardin : Ne faites
point de bruit M. me , dit- il , dés qu'il
m'apperçût le fantôme n'eft rien autre
chofe que vôtre grand favori Cornelio , qui
·
DE NOVEMBRE.
fait jouer cette machine ; parceque, tandis
que vous courés au Jardin , il va tenir
compagnie à Madame , & vous des - honnorer
: De dire comment & par où il entre
, c'eft ce que je ne fçai point , à moins
que quelque Démon ne s'en mêle : Ce que
je fçai , eft que mon rapport eft vrai , &
qu'il y a déja long tems que je m'apperçois
de tout ce manége. Je fus fi outré &
fi tranfporté de fureur à ce difcours , que
faififlant ce Malheureux au colet , je lui
donnai trois ou quatre coups de poignard ,
en lui difant , c'eft afin que tu ne le difes
point à d'autres , & pour t'apprendre à me
le déclarer fi tard. Aprés l'avoir fait tomber
mort à mes pieds , je l'entraînai dans
un petit caveau qui étoit là proche. Ayant
fermé la porte avec la groffe clef , & voulant
cacher le defefpoir où m'avoit jotte ce
qu'on venoit de me reveler touchant la
trahifon qu'on me faifoit , je m'en retournai
pas pas pour me donner le tems de
calmer mon trouble , & pour paroître
moins émû en rentrant dans ma chambre .
Dés que je fus à la porte , je fis entendre
ma voix ; ma femme qui fe tenoit derriere ,
& qui affectoit d'être fort éffrayée , demandoit
fi ce n'étoit point le fantôme , & ne
m'ouvrit enfin , que quand elle fe fût bien
affûrée que c'étoit moy. Comme je ne pû
pas fi bien cacher mon émotion , qu'il
n'en parût quelque nuance fur mon viſage :
à
m'nunit iertá
82 LE MERCURE
Eh , mon Dieu , dit- elle ! Monfieur ,
qu'avez- vous ? Je vous trouve tout changé.
Que maudit foit le fantôme & celui qui l'a
inventé , pour vous caufer tant de trouble
auffi bien qu'à moy . Je diffimulai le mieux
qu'il me fut poffible , en difant que ce
n'étoit rien , & je me remis au lit avec
elle. Comme elle n'oublia rien pour tâcher
de diffiper mon trouble & pour me calmer,
de forte que je me vis au point de ne fçavoir
plus ce que je devois penfer de mon malheur
& du fien , je repofai peu cette nuit , comme
vous pouvez juger. Les triftes reflexions
dont mon coeur étoit combattu, me
reveilloient à tout moment d'une maniere
cruelle. Je me levai enfin dés que le jour
parut , & diffimulant le chagrin qui me
dévoroit , j'appellai d'un air déliberé , &
Cornelio & mes Valets de chaffe, Je fortis
aux champs avec eux , & je ne pû rien faire
de toute la journée , ni avec mes chiens ,
ni avec mes oifeaux ; ce que je pris à
mauvais augure. Sur le foir , le traître de
Cornelio feignant de fe trouver mal , pour
avoir un pretexte de retourner au logis ,je l'y
envoyai , en le chargeant de dire à ma femme
qu'elle ne m'attendît pas cette nuit , parceque
je voulois aller aprés un de mes oiſeaux
qui s'étoit égaré à trois lieues de - là , & que
je comptois de le reprendre fur le matin.
Mon homme s'en alla fort content de fa
commiffion , & me laiffa dans un grand
DE NOVEMBRE. 83
embarras d'efprit fur le parti que j'avois à
prendre.
Dés que je vis que la nuit approchoit ,
je me défis de mes gens , en les envoyant
à la pourfuite de l'oyfeau que j'avois perdu.
Quand il fut pleine nuit , je me rendis
chez moy par une fauffe porte du jardin
dont j'avois pris la clef. Je m'en allai
droit à la chambre de Cornelio ; & l'ayant
ouverte , je trouvai qu'il n'y étoit pas ; il
y avoit feulement fur fa table une bougie
allumée que je pris en main , & paflai
dans une falle qui joignoit fa chambre, où
je cherchai de tous côtez , pour voir s'il
n'y paroîtroit point. Lorfque je fus au bout
de cette falle qui rendoit dans une falle baſfe
, au deffus de laquelle étoit ma chambre
& celle de ma femme , je remarquai une
échelle appuyée contre la muraille , & qui
terminoit à une ouverture dans le mur , à la
groffeur du corps d'une homme , & qui
étoit couverte d'un tableau du Titien où
étoit repreſenté l'adultere de Venus avec
Mars. Jufques là , je n'avois pù bien croire
mon malheur ; je mis d'abord l'échelle à
quartier , afin que mon perfide ne la trouvât
pas quand il voudroit defcendre : Je
montai enfuite avec grand bruit à ma chambre
, en criant d'une voix forte qu'on m'ouvrit
la porte au plus vite : Ma femme en
effet ne me tint pas longtems dans l'impatience
, puifqu'elle vint m'ouvrir prefque
84 LE MERCURE
dans l'inftant. Alors, le traître Corneliovoulant
fe fauver , & croyant mettre les pieds
fur l'échelle , tomba du haut de la chambre
en bas , & fe rompit les deux jambes à la
jointure du genouil . Je fortis , & refermant
auffitôt la porte, je defcendis en bas , pour
aller recevoir celui que j'avois entendu tomber
; je trouvai mon homme qui fe traînoit
comme un taureau à qui on a coupé les jarets
. Ah , traitre ,dui dis- je ! Ah , trop méconnoiffant
des biens que je t'ai faits ? Voilà
ce que merite ton ingratitude. A ces mots ,
je lui donnai plufieurs coups de dague , &
je le pendis enfuite à l'échelle même dont
il s'étoit fervi pour me trahir. Delà tranf
porté de la même rage , je remontai pour
en faire autant à ma femme ; mais à fa vûë
feule , le poignard me tomba des mains ; &
toutes les fois que j'ai voulu tenter la chofe,
il m'en eft arrivé de même,fans que jamais
j'aye û la force de percer ce beau
corps dont le charme l'emporte fur tous mes
reflentimens . A la fin , je pris le parti de
l'enfermer dans une efpece de fepulchre avec
le cadavre de fon amant ; n'ayant pas la
force de lui faire d'autre mal . Je lui ,liai les
pieds & les mains ; & aprés avoir arraché,
en fa prefence, le coeur à fon amant , je le
plaçai entr'eux deux , afin qu'elle ût toûjours
fous les yeux ce coeur qu'elle avoit
tant aimé. Je traînai encore dins
le même lieu le corps du valet que
DE NOVEMBRE. 85
j'avois poignardé ; lui difant , le voici le
témoin de vôtre crime. Je fuis retourné plu
fieurs fois dans la refolution de la tuer mais
toujours en vain : jamais il ne m'a été polble
d'executer ce que j'avois le plus fortement
refolu, Il a donc fallu me détermi
ner à la miner peu à peu par la faim & la
foif; ne lui donnant chaque jour pour toute
nourriture , qu'une demie livre de mauva's
pain & un peu d'eau . Il y a aujourd'hui 15
jours qu'elle n'a vû la lumiere ; qu'elle n'a
entendu une parole de moy, ni qu'elle m'en
dit une feule , lorfque je vais lui porter
moy même ce miferable foutien de fa
vie. Il n'y a que 15 jours , M. , mais 15
jours qui me paroiffent quinze mille années
, qui me font mourir quinze mille fois
chaque jour : Voilà , M. , quel eſt le déplorable
état , qui me feroit fouhaiter d'être
d'une condition qui ne me rendit point
comptable de mes actions aux yeux du Public
, & qui me laiffât la liberté de m'enfuir
dans un defert où je n'entendiffe jamais
parler de qui que ce foit ; & puifque j'ai
tant fait que de m'ouvrir à vous, & de vous
declarer ce qui n'étoit point encore forti de
ma bouche je fuis bien aife que vous
voyez de vos yeux , cet objet fatal qui a
bleffé fi indignement les miens , & avec
qui je ne puis plus efperer de vivre. A peine
m'ût- t'il fait cette propofition , qu'il
prit en main un flambeau , en me priant
86 LE MERCURE
de le fuivre : Aprés avoir traversé enfemble
un petit jardin , il ouvrit la porte de
ce trifte lieu dépofitaire de tous fes malheurs.
Je fus faifi d'abord à la vûë du plus affreux
fpectacle qu'on pût envifager : D'un côté,
un cadavre étendu à terre , & criblé de
coups de poignard ; de l'autre , un fecond
cadavre mis en pieces; le côté étoit tout ouvert
, & le coeur qu'on en avoit tiré , étoit
pofé fur une planche , & fous les yeux d'un
des plus beaux vifages que la nature ait jamais
pû former. Et , comme fi ce fpectacle
n'ût pas été affez touchant par lui-même
il arriva que lorfque la porte fut ouverte ,
des chiens de la maiſon qui nous avoient
fuivis , coururent à leur infortunée Maîtreffe
, lui lêchant tendrement les mains &
le vifage : Ils lui firent tant de carefles , que
je ne pû pour lors retenir mes larmes . Le
mari lui-même en fut emû jufqu'au fonds
des entraillés .
>
Je faifis ce moment où je le vis attendri ;
& profitant de fa difpofition : Jufqu'ici ,
lui dis-je , je vous ai écouté , M. , fans
vous interrompre , & fans rien répondre à
tout ce que vous m'avez fait l'honneur de
me confier ; je l'ai fait , autant , parce que
je ne vous jugeois pas en état de m'entendre
, que parce que j'attendois qu'il vous
plût de me permettre de parler. Eh bien M.
reprit- il , vous le pouvez , & je fuis prêt
de me prêter à tout ce que vous jugerez à
propos de me dire ! Ralluré par ces paro-

DE NOVEMBRE. 87
les , & par l'effet que je m'appercevois que
fa tendreffe ranimée avoit fait dans fon
coeur , je perdis toute crainte , & lui parlai
en ces termes . Vous m'avez avoüé, M.
que le premiertrait de l'amour que vous reffeniîtes
pour vôtre épouse , dés que vous la vites
, fit fur vous une impreffion que rien n'a
jamais pu effacer depuis , & que rien n'effacera
jamais. Je n'entre point icy dans le fonds
de cette déplorable avanture . Que vos soupcons
foient juftes ou non ; il eft toûjours für ,
vous me l'avez avoué vous-même , qu'à
la referve de ces deux malhûreux que voilà
étendus, & qui font hors d'état de reveler l'affaire
, perfonne au monde n'en a connoiffance.
Vous n'ignorez pas que l'honneur ou le deshonneur
ne confifte point dans ce que nous fcavons
par nous- mêmes , mais dans ce que les autres
en fcavent ; qu'autrement il faudroit que
la plupart des hommes s'allaffent cacher au
bout du monde, en renoncant"à toute focieté.
La mort de ces deux hommes vous répond
dunfilence éternel fur ce malhûreux évene- .
ment. Voilà vôtre épouse encore pleine de vie;
peut étre eft - elle innocente , & tous les vains
efforts que vous avez tenté ppoouurr lui percer
fein , fans pouvoir vous y refondre , mepa.
roißent une forte de prejugé en fa faveur ?
Je ne vous alleguerai point d'autres raifons ;
mais , faites feulement attention à la tendre
pitié de ces pauvres chiens que vous voyezautour
d'elle , attachez à la careffer & à la
fatter.
le
88
LE
MERCURE
Avant que le mari pût répondre une parole
, fa femme le prévint , & faifant ſortir
avec peine , comme du fonds d'un tombeau,
une voix lugubre : Non , Monfieur , me
dit- elle ; ne vous employez point icy inutilement
; je ne veux plus vivre : & pour
tous les biens qui font fous le Soleil , je ne
pourois me réfoudre à jouïr de fa lumiere.
Mais , commeun évenement auffi étrange
que celui- cy , ne fortira pas aifément de
vôtre mémoire , & que vous pourez le raconter
à d'autres , je fuis bien aife que vous
foyez inftruit de la vérité ; afin que d'un
côté , vous n'accufiez point mon mari de
cruauté, & que de l'autre, vous ne me chargiez
pas d'un infamie que je n'aipas méritée.
Ces deux hommes que vous voyez icy
fans vie , ont mérité tous deux la mort
qu'ils ont reçue l'un , pour avoir fauſlement
raporté des chofes qu'il n'a n'y vûës
ny pû voir ; & l'autre , non pour le mal
qu'il a fait , mais pour celui qu'il a voulu
faire , en trahilfant par l'ingratitude la plus
noire , mon Epoux fon bienfaiteur , qui
l'avoit comblé de fes bontez . Je ne difconviendrai
pas que ce malheureux ne foit venu
quelquefois m'entretenir , en l'abſence
de mon Époux ; mais , comme il ne s'eft
jamais émancipé à me déclarer la moindre
chofe , dont la vertu la plus fevere pût
s'offenfer , je n'ai û garde d'en prendre d'allarmes.
Il eft vrai que la nuit qu'eſt arrivé
nôtre commun defaître , je le vis pour la
DE
NOVEMBRE.
89
premiére fois avec effroi, fortir de derriere un
tableau , fans favoir par où il avoit pû en- ·
trer dans ma chambre : Je n'eu que le tems
de lui demander dans l'extréme furpriſe où
j'étois , ce qu'il venoit faire à telle heure ;
j'allois appeller du fecours , lorfque la voix
de mon Epoux fe fit entendre dans ce moment.
Puis qu'il vous a amené, M. lui-mê
me icy , il peut , s'il ne l'a déja fait , vous
mettre au fait de tout le refte . Je lui laiffe
à juger fi la conduite que j'ai tenue depuis
plus de fix ans que j'ai l'honneur d'eftre fa
femme , peut autorifer des foupçons de
ctte nature ; & fuppofé que j'eufle été affez
malheureufe pour vouloir me deshono
rer , en trahiffant un Epoux , à qui pour
toutes les couronnes du monde , je ne vou
drois pas devenir infidelle ; je demande à
lui- même , s'il me croit affez dépourvûë de
bon fens & de jugement , pour employer
des artifices auffi groffiers que ceux qui ont
été mis en ufage , pour commettre le crime
qu'il m'impute ; & fi même, dans l'intelligence
ou le commerce dans lequel l'on
préſuppoſe que je vivois avec ce miſerable ,
il en eût été befoin : Il cft inutile de vouloir
me juftifier davantage . Voi à donc , M.
tout ce que j'alleguerai contre les préfomptions
violentes qui ont d'abord faili
mon Epoux , & qui juftifient
quelque forte , le traitement qu'il m'a
fait. Après cela , Monfieur , j'ole vous con-

H
, en
୨୦ LE MERCURE
jurer par ces fentimens de compaffion que
vous infpire l'état où vous me voyez , &
par la fincérité avec laquelle je vous ai par
lé , de vouloir bien vous employer auprés
de mon Epoux & mon Seigneur; de vouloir
bien obtenir de lui qu'il termine ma vie au
plûtôt , qu'il abrege cette mort qu'il me fait
cadurer , afin que je puille aller prefenter à
Dieu ce martire que j'ai fouffert en fa
La pre
fence.
C'est ainsi que s'expliqua cette infortunée
beauté. Les larmes que fon Epoux laiffa
cculer durant ce difcours, & qui augmentoient
, à mesure qu'elle parloit , ne me
laifferent pas licu de douter qu'il ne fût
vivement touché de tout ce qu'elle avoit
dit , & de tout ce qu'il avoit fait . Je me
tournai donc vers lui , en reprenant la
parole: Eh bien , Monfieur , que vous femble
de tout cecy? A quoi il merépondit d'u
ne voix entre coupée de fanglots : La même
liberté que je vous avois laiẞée pour me dire
tout ce qu'il vous plairoit , je vous la laiſſe
encore pour faire tout ce que vous croirez de
mieuxpour moy. A peine eut il prononcé ces
paroles,que je coupai avec mon poignard les
hiens de cette pauvre Andromede qui fe trouva
fi affoiblie, que n'ayant plus de foutien
elle tomba entre mes bras , & fe laiffa aller
par terre où elle s'affit , comme pour reprendre
ces forces abatues , aprés le long
fuplice qu'elle avoit fouffert. Le Mari pe
>
DE NOVEMBRE, 91
C
netré de l'état douloureux où il l'avoit réduite
, & pour lors auffi prévenu de fon
innocence qu'il l'avoit été auparavant de fa
faute , fe jetta à fes genoux tout baigné de
Jarmes ; & lui baifant tendrement les mains
& les pieds , la conjuroit de lui pardonner
fon injuftice , & la barbarie ; mais, il pric
à cette pauvre femme une foible ffe qui l'em
pêcha de répondre ; & la foibleffe fut telle
, que je la crû quelque tems morte : Le
Mari pour lors le colant à la bouche , manqua
d'expirer lui-même de douleur ; il fit
cependant un effort fur lui- même, & fe détachant
de cet objet plus aimé que jamais ,
il courut lui chercher du fecours ; il lui fit
prendre quelques liqueurs qui eurent un fi
prompt effet , que le vifage de fa chere &
innocente Epoufe , reprit une couleur vermeille.
Ayant ouvert pour lors les plus beaux
yeux du monde , elle les tourna languiffamment
vers fon mari. Helas , Monfieur ,
pourquoy me rappellez- vous à cette miferable
vie ? C'eft pour fauver la mienne qui dépend
de la vôtre , répondit l'Epoux ; &
fans de plus longs difcours , l'ayant prife
entre nos bras , nous la tranfportâmes de ce
lieu funefte dans fon appartement , où
force de foins & de remédes confortatifs
nous la tirâmes du moins , du péril pro
chain où elle avoit paru être pendant for
évanouiffement , & nous la vîmes en a
de fe rétablir peu à peu ; tout cecy le palla
Hij
92
LE
MERCURE
fans qu'aucun domeftique s'apperçut de
rien. Le lendemain , je voulu prendre
mon congé , pour continuer mon voyage ;
mais , l'un & l'autre me firent tant d'inftances
pour m'arrêter , & d'une maniere
fi preffante , qu'il me fallut condefcendre
à leur volonté . Je reftai encore
trois femaines avec eux , pendant lesquelles
l'embonpoint revint à la femme , la joye au
mari , la parole aux domestiques , & la
parure aux Jardins ; aprés quoi je continuai
mon chemin , fans rencontrer ny bonne
ny mauvaiſe avanture .
On peut foupçonner que l'avanture précédente
a pu être imaginée ; il n'en eft pas
de même de la fuivante , que l'on peut affurer
être tres véritable dans toutes fes parties.
On ne nemme point pour raifon , le Royaume
ni la Ville où cette catastrophe s'eft
paffée ; le Lecteur aura la bonté de fe contenter
des circonftances du Fait.
Extrait d'une Lettre écrite du .... le 23 .
Octobre 1718 ,
U
Ne des plus aimables femmes de nôtre
Province , jeune & vertueufe ,
avoit épousé depuis environ an an , un Navigateur
qui en étoit extremement amou
Jeux. Cet homme , au retour d'un voyage
DE NOVEMBRE.
93
J
qu'il avoit été obligé de faire à la Mer, informé
que fon époule avoit reçû deux fois
chez elle M…….. fut atteint d'une jaloufic
fi effrenée , qu'il n'y eut point de mauvais
traitemens que cette infortunée n'effuyât de
ce brutal. Aprés l'avoir outrée de coups ,
depuis le Jeudy Saint dernier jufqu'au jour
de Pâques , il l'emmena à fa Maifon de
campagne , où l'ayant mife toute muë , il
l'enferma pendant huit jours dans une étable
où elle ne fubfifta que d'un peu de pain
& d'eau. Cette cruauté ne parut pas fuffifante
pour affouvir la barbarie , cet indigne
la tire de fa prifon , la rameine de nuit
à la Ville , s'enferme avec elle dans une
chambre ; & allumant du feu , il la menace
de l'y jetter, fi elle ne convient point d'avoir
û commerce avec M... Comme elle vit ,
que fans être attendri de fes larmes , ni des
proteftations de fon innocence , elle touchoit
au moment d'être brulée toute vive ;
la crainte d'un fupplice fi prochain, l'effraya
au point , qu'elle avoua , contre le témoignage
de fa confcience , un crime prétendu
qu'elle n'avoit jamais commis. Aprés cette
déclaration , la fureur de ce barbare redoublant
, il la fufpendit toute nuë , par
les pieds au plancher : Dans cet état fouffrant
, il exerça fur le plus beau corps du
monde toutes fortes d'indignitez ; & aprés
avoir outragé ce qu'on ne peut nommer
avec pudeur , il coupa les cordes avec lef
$94
LE MERCURE
quelles elle étoit attachée , & la laiffa tom
ber fur le carreau , fans prefque aucune
connoiflance. Ce malheureux fortit enfuite
Y
brufquement , & refermant la porte , il lui
dit qu'il alloit chercher du bois fec , pour
achever d'expier par le feu le deshonneur
qu'elle lui avoit fait. Cette patiente fe
voyant pour un moment fans fon boureau
appella du fecours : Heureuſement quelques
perfonnes du dehors étant accouruës
,
empêcherent que ce furieux n'éxecutât fon
cruel deffein. On la mit au lit , fans qu'elle
fit aucune plainte de la maniere inhumaine
avec laquelle elle avoit été traitée : Elle
endura pendant quelques jours avec conftance
les douleurs les plus vives & les plus
aiguës . Il y avoit encore efperance qu elle
en échaperoit , fi la petite verole n'étoit
pas tout à coupfurvenuë : foit que ce nou¬
vel accident fût caufé par l'émotion mortelle
qu'elle avoit reffentie , ou par la corruption
d'une partie qui avoit été fi maltrai
tée : Perfuadée enfin qu'elle n'en pouroit re
venir,elle fit prier fon Epoux de la venir voir.
Lors qu'il fut proche de fon lit , elle lui dit,
""
Monfieur , Dieu s'eft fervi de vôtre main,
pour expier mes fautes paffées ; mais ,
,, toute coupable que je fuis pour l'avoir of
fenfé je proteste cependant que je
meurs innocentedu crime dont vous m'avéz
accusée. Je n'ai jamais aimé que vous,
, & je me fuis toujours fait un rigoureux
و د
>
DE NOVEMBRE.
9 ;
6.6
و و
99
devoir de vous complaire , & d'aller au ,,
devant de tout ce que vous fouhaitiez.Il
eft vrai qu'à la vûë du fuplice épouventa- ››
ble que vous me deftiniez , vous m'avez
forcée là d'avouer une faute que je ,,
par
n'ai point , non feulement commife de ,,
corps , mais encore de penfée . Souvenez- ,,
vous , M. que la perfonne avec qui vous ,
prétendez que j'ai trahi la foi conjugale ,,,
eft un homme qui vous avoit prêté quel- ,,
qu'argent qu'il eft venu redemander ; ,,
dans ces deux occafions , je ne me fuis ,,.
point trouvée feule avec lui. Je dois ce , »
témoignage à la vérité , à vôtre honneur ,,
& au mien. Je demande donc pardon à
Dieu du menlonge que j'ai fait pour fauver
ma déplorable vie . le lui demande ,,
grace pour vous , & je prie fes miféricordes
de vous l'accorder auffi volontiers ,,.
que je le fais à prefent . S'il eſt vrai , M.
que permette quelquefois aux ames ,,.
de reparoître aprés la mort du corps , je ‚ »
ne defire rien tant que de venir vous cer- »»
tifier que je ne vous en impofe nullement.
Adieu M. . ne vous remariez point, vous ,
ne pouvez être hûreux dans cet état , & ,,
Vous ne pouvez que rendre une femme trés ,,
malhûreufe : Je meurs à prefent contente . ,,
Quelques heures aprés , elle expira en prefence
d'une affemblée nombreufe qui fondoiten
larmes, & qui rendit hautement juf
sice au merite & à la vertu de cette jeune
Dieu
و و
.96 LE MERCURE
femme. On l'ouvrit le lendemain , & on
en tira un enfant mort qui commençoit à fe
corrompre. Ce qu'il y a d'étonnant , c'eft
que le mari croyant n'avoir rien à craindre
des pourfuites de la Juftice , fous prétexte
de la petite verole , ut l'affeurance le lendemain
22. Octobre dernier,
d'accompagner
le convoy : Pendant qu'il le fuivoit ,
les femmes de la ville inftruites des cruautez
qu'il avoit faites à la défunte , ne ſe contentérent
pas de l'outrager de paroles ; elles
s'attroupérent au nombre de prés de
3000 , & inveftirent l'Eglife bien réfoluës
de le mettre en piéces lors qu'il en refortiroit.
On fut contraint de fermer les portes,
& de le faire fauver déguifé : On ne
fait ce qu'il eft devenu , & l'on ne croit
point qu'il ofe jamais reparoiftre dans cette
ville.
EXTRAIT
D'un Livre nouveau , intitulé la jufteffe de
la Langue Francoife , ou les differentes
fignifications des mots qui paßent pour
Synonimes.
I
pas
A matiere de ce Livre ne paroîtra
d'abord fort intereflante à plufieurs,
ni propre à devenir un fujet de Mercure ;
mais ceux qui fe donneront la peine de
lire nôtre Extrait avec quelque attention ,
trouveront
DE NOVEMBRE. 97

J
trouveront que l'Auteur qui n'a qui n'a pas moins
de jugement que d'efprit , ni l'efprit moins
orné que folide , a fçû donner à une matiere
affez féche d'elle-même , de l'agrément
& de l'utilité : Il a fçû trouver l'art
de réunir deux chofes qui ne le font pas
toûjours . Plaire & inftruire , ce font deux
chofes , dit l'Auteur , que je tâche de ne
point feparer , autant que j'en fuis capable
& que la matiere le permet : En cela mon
efprit tient de mon coeur. Comme celui- cy me
porte à joindre le plaifir à la vertu dans ce
que je fais ; l'autre me dicte d'être également
utile & enjoué dans ce que j'écris.
L'Auteur s'en rapporte au jugement du
public , pour fçavoir s'il a réuffi : Si le public
pouvoit parler par nôtre bouche , nous
l'affûrerions du fuccés . La jufteffe dans le
langage fait le merite effentiel & fondamental
du difcours ; mais , cette juftelle ne
peut s'acquerir que par une parfaite connoiffance
de la force des mots ; enforte
qu'on puiffe faire un jufte difcernement de
leur propre valeur , & qu'on fçache bien
diftinguer la difference des idées qu'ils prefentent
.
Ces differences font plus ou moins fene
fibles ; quelquefois elles font grandes ,
claires & connues de tout le monde ; telles
que feroient celles qui fe trouvent entre for
ce & violence, entre amour & amitié . D'au
trefois ces differences font plus petites ,
Novembre 1718 ,
Į
198 LE MERCURE
difficiles à remarquer, & apperçues de peu
de gens , comme feroient celles de battre
& de frapper , de gain & de profit , ďA .
mant & d'Amoureux . Ce font ces differences
qu'il eft important de bien caracteriſer ,
par ce qui leur eft propre & particulier ;
afin qu'on apprenne à ne les employer qu'à
propos , à ne les point confondre , & à les
mettre précisément en leurs places : c'eft ce
que l'Auteur a tâché de faire dans cet
Ouvrage , où , &c.
L'Auteur , en parlant de la jufteffe des
mots , s'eft appliqué lui -même à écrire
avec une grande jufteffe de termes ; & it a
donné dans fon Livre le modele de ce qu'il
vouloit faire fentir.
Avant que d'entrer en matiere , il définit
dans un diſcours préliminaire ce qu'on doit
entendre par Synonimes: Il eft clair que ce
terme peut être pris en deux fens : "L'un
plus étendu , l'autre plus refferré . On peut
entendre par Synonimes , des mots qui
prefentent tous une même idée principale ,
mais de façon , que chacun d'eux y ajoute
neanmoins quelques idées acceffoires qui
diverfifient la principale ; en forte qu'elle
paroiffe dans ces differens mots , comme
une même couleur paroît fous diverfes
nuances . On peut auffi entendre par Synonime
, une reffemblance de fignification
fi entiere & fi parfaite , que le fens pris
dans toute fa force & dans toutes fes cirTHERE
DE

LYON
1893
DE NOVEMBRE.
conftances , foit toûjours & abfolumen
le même en forte qu'un des Synonimes
ne fignifie ni plus ni moins que l'autre.
L'Auteur a raifon de prétendre qu'il n'y a
point de Synonimes dans nôtre Langue ,
pris dans ce dernier fens ; & ileft vray- fem
blable qu'il n'y en a dans aucune Langue:
Cette multitude de mots qui fignifiesoient
tous la même chofe , ne contribuëroit en
rien à la richeffe d'une Langue . On doit
juger de la veritable richelle d'une Langue
par rapport au nombre des penfés
qu'elle peut exprimer , & non , par rap
port au nombre d'articulations de la voix
qu'elle peut faire entendre : Elle fera veritablement
riche , fi elle a des termes pour
diftinguer non feulement les principales
idées ; mais encore leurs differences ,
leurs délicateffes le plus ou le moins d'étendue
, de préciſion , de compofition , &
de fimplicité qu'elles peuvent avoir : Mais,
elle n'en fera pas moins pauvre , quoique
chargée d'une grande quantité de mots , fi
elle ne peut exprimer qu'un petit nombre
d'idées . Nous n'avons befoin que d'expref
fions & non pas de fons. Ces fortes de
Synonimes font plus propres à fatiguer la
memoire , qu'à faciliter l'art de la parole ;
& il femble que ceux qui les protegent
confondent l'abondance avec la fuperfluité .
On ne sçauroit mieux comparer leur goût
fur la Langue, qu'à celui d'un Me. d'Hotel ,
>
2
I ij
100 LE MERCURE
qui croiroit que dans un feftin le nombre
des plats feroit l'abondance plûtôt que le
nombre des mets . Il eft donc fort indifferent
d'avoir plufieurs termes pour une feule idée ;
mais , il eſt trés- avantageux d'avoir des termes
pour toutes les idées ; & , il est bien
probable que ce qui déplait dans la repetition
des mots , n'eft pas la repetition des
fons , mais celle des idées .
Il eft vrai pourtant qu'il y a des occafions
où il eft indifferent de fe fervir d'un Synonime
plûtôt que de l'autre , & il n'eft pas
difficile de deviner pourquoi cela arrive :
Car , comme ces Synonimes expriment tous
une certaine idée principale , lorfque la
perfonne qui parle , ne doit ou n'a deffein
que de faire entendre cette idée generale ,
fans y joindre ni en exclure les idées acceffoires
; elle peut employer indiftinctement
l'un ou l'autre de ces mots , puifqu'ils
font tous deux propres à exprimer cette
idée ; mais , cela n'empêche pas que chacun
d'eux n'ait une force particuliere qui le diftingue
de l'autre , & à laquelle il faut avoir
egard fi le fujet l'exige. On peut fe convaincre
de la verité de ces remarques , en
lifant les réflexions que l'Auteur a faites
fur differens mots de nôtre Langue. Nous
en choifirons icy quelques - uns , & nous
nous attacherons à ceux qui peuvent être
plus du reffort du Mercure ,

DE NOVEMBRE. 101
Amant. Amoureux.
Il fuffit d'aimer pour être Amoureux ;
il faut témoigner qu'on aime pour être
Amant.
On eft fouvent trés- Amoureux , fans
ofer paroître Amant : Quelquefois on fe
déclare Amant , fans être Amoureux.
Attache. Attachement. Dévouement.
A
On a de l'attache pour une Maitreffe ;
de l'attachement pour un Amy , & du dévouement
pour un Protecteur ou pour un
Superieur.
On dit de l'attache , qu'elle eft forte ;
de l'attachement , qu'il eft fincere ; du dévouement,
qu'il eft fans referve.
L'ufage de nôtre fiecle eft , de ne fe point
piquer d'attache pour les Femmes ; de faire
paroître beaucoup d'attachement pour fes
Amis , & de n'être dévoué qu'à la Fortune
.
Attraits. Appas . Charmes.
Il femble qu'il y a quelque chofe de plus
naturel dans les attraits ; quelque chofe qui
tient plus de l'art dans les appas , & quelque
chofe de plus fort & de plus extraordinaire
dans les charmes.
On fe taille aller aux attraits d'une belle
femme on le laille prendre par fes appas,
& l'on fe laiffe vaincre par fes charmes.
I iij
102 LE MERCURE
L'amour commence d'attaquer un coeur ,
en faifant briller fes attraits ; il s'en rend le
maître , en mettant fes appas en ufage ;
& il s'y maintient en établilfant fes charmes.
Avare. Avaricieux.
Le mot d'Avare femble plus propre ,
quand il s'agit de l'habitude & de la paffion
même de l'Avarice : Le mot d'Avaricieux
paroît mieux convenir , lorsqu'il
eft queftion d'un acte ou d'un effet parti
culier de cette paffion.
L'Avare fe refufe toutes chofes ; l'Avaricieux
ne fe les donne qu'à demy. -
; Beau.
Joly.
Le beau eft grand & regulier , il fe fait
regarder avec attache ; on l'aime , on l'admire
Le joly eft délicat & mignon ; il
fe fait regarder avec plaifir ; on le goûte ,
on le louë.
4
Le beau eft rare ; le july n'eft pas commun
; les Dames font belles dans les Ro .
mans ; les Bergeres font jolies dans les
Poëtes.
Circonfpition. Moderation . Retenuë.
Egards. Ménagemens.
La circonfpection eft principalement dans
les difcours ; la moderation eft dans les
paffions ; la retenuë eft dans les actions ;
DE NOVEMBRE. 103
les égards & les ménagemens font pour les
perfonnes avec cette difference que les
égards font plus pour l'état , & pour la
qualité des perfonnes ; & que les ménagemens
regardent plus particulierement leur
humeur & leurs inclinations .
>
il ne
L'homme fage eft circonfpect ; il ne parle
qu'à propos ; le vertueux eft modere , il
n'outre rien ; le prudent eſt retenu
fe commet pas ; l'homme bien élevé a des
égards , il fçait vivre ; l'homme entendu ne
manque point de mémagemens , il connoît
les gens .
Il faut être circonfpect fur le chapitre du
Gouvernement & de la Religion ; moderé
dans l'ufage des plaifirs ; retenu dans les
compagnies & en public ; plein d'égards
pour les Dames , & de ménagemens pour
les Grands.
Colere.
Emportement.
La colere dure plus que l'emportement ;
mais , l'emportement fait plus de bruit que
la colere.
Un homme fujet à la colere , a plus de
peine à pardonner ; un homme fujet aux
emportemens, eft plus prompt à fe venger.
La colere diffimule quelquefois , & l'emportement
éclate toûjours : Il faut ſe défier
des gens dans leur colere , & les éviter dans
leurs emportemens.
I iiij
104 LE MERCURE
Dans l'Idee. Dans la Téte.
On a dans l'idée ce qu'on penfe ; on le
croit : On a dans la tête ce qu'on veut ;
on y travaille.
Nos imaginations font dans l'idée , &
nos deffeins font dans la tête .
J'ay dans l'idée qu'une grande Princeffe
me fera du bien & jay en tête de le
meriter.
Elegance.
>
Eloquence.
L'Elegance eft dans le choix des mots &
dans la grace de leur arrangement : L'Eloquence
confifte dans la force du diſcours , &
dans une adroite oeconomie de toutes les
parties qui le compofent.
Un élegant Orateur parle en beaux
termes , fes expreffions font propres &
polies ; il plaît. Un Orateur éloquent donne
du tour à ce qu'il dit ; fon difcours cft
noble & vehement ; il perfuade.
Efprit. Raifon. Bon -fens. Intelligence.
Jugement. Entendement. Conception.
Genie.
L'efprit donne du tour à ce qu'on dit , &
de la grace à ce qu'on fait : La raifon met
de la jufteffe dans les difcours , & de la
droiture dans les actions. Le bon fens parle
naturellement , & agit d'une maniere conforme
à l'ufage ordinaire ; L'intelligence
DE NOVEMBRE.
105
fe fert de termes propres , & rend l'execution
reguliere : Le jugement infpire un lan
gage difcret & une conduite refervée . L'entendement
fait qu'on s'explique d'une façon
fçavante , & qu'on travaille d'une maniere
profonde. La conception met de la clarté
dans les expreffions , & de la propreté dans
les ouvrages. Le genie caracterife le ftile , &
donne du goût aux productions .
Il faut de l'efprit avec les Dames , de la
raifon avec les honnêtes gens , du bon fens
avec tout le monde , de l'intelligence avec
les Ouvriers , du jugement avec les Grands ,
de l'entendement avec les Sçavans , de la
conception avec les gens d'efprit , & du
genie avec les Courtilans.
Fameux. Iluftre.
On peut dire en bonne & mauvaiſe part,
qu'une chofe eft fameufe ; mais on ne peut
dire qu'en bonne part qu'elle eft illuftre .
La Bataille de Cannes fut une journée fameufe
pour les Romains battus , comme
pour les Cartaginois vainqueurs ; mais, elle
ne fut illuftre que pour les derniers. Un
Tyran peut devenir fameux ; mais , il n'y
a jamais qu'un grand Prince qui devienne
illuftre .
Faute. Crime .. Peché.
La faute tient un peu de la foibleffe humaine
; elle va contre les regles du devoir.
Le crime part de la malice du coeur , il
1
тоб LE MERCURE
eft contre les loix de la Natute . Le peché
ne fe dit que par rapport à Dieu ; il va proprement
contre les mouvemens de la confcience
.
C'est une faute de parler trop librement ;
c'eſt un crime de calomnier , & c'eft un peché
de medire .
Fin. Subtil.
Une perfonne fine va par des voyes cachées
; une perfonne fubtile va par des voyes
promptes .
Les Normands paffent pour fins , & les
Gafcons pour fubtils.
Garder. Retenir.
On garde ce qu'on ne veut pas donner
on retient ce qu'on ne veut pas rendre
Nous gardons nôtre bien , nous retenons le
bien d'autruy.
L'Avare garde fes tréfors ; le Débiteur
retient l'argent de fon Creancier.
Nôtre fiecle a vû l'honnête homme bien
en peine , pour garder contre l'adreffe des
fripons , ce qu'il poffedoit ; & le fripon
bien en peine à fon tour , pour retenir, malgré
les recherches de la Juftice , ce qu'il
avoit pris.
Habile. Scavant . Docte.
Les connoiffances qui fe réduifent en
pratique , rendent habile ; celles qui ne
DE NOVEMBRE. 107 .
demandent que de la fpeculation , font le
Sçavant ; & celles qui rempliffent la memoire
, font l'homme Docte.
Le Predicateur & l'Avocat font habiles ;
le Philofophe & le Geomêtre font Sçavans ;
l'Hiftorien & le Juris -Confulte font Doctes.
Nous devenons habiles par l'experience ,
fçavans par la méditation , doctes par la
lecture.
Pour devenir habile , il faut joindre la
pratique à la fpeculation ; pour être fçavant ,
il faut que l'étude foit accompagnée de la
jufteffe de l'efprit ; pour être docte, il ne
fuffit pas d'être Docteur.
Méchant. Malicieux.
Les hommes font quelquefois plus méchans
que les femmes ; mais, les femmes
font toûjours plus malicieufes que les hommes.
Moment. Inftant.
Un moment n'eft pas long : Un inftant
eft encore plus court .
En voila affez pour juger du goût & du
prix de ce petit Ouvrage . On auroit pû
expliquer les differences de ces mots , par des
notions plus precifes & peut- être plus marquées
; au lieu de cela , on s'eft fervi d'exemples
qui inftruifent mieux fouvent que
108 LE MERCURE
des définitions féches , à la maniére des
Grammairiens & des Scholaftiques , & qui
furement plaifent toujours davantage . Ce li
vre fe vend chez M d'Houri , ruë de la Harpe,
Il y avoit long tems que le Public fçavant
attendoit une traduction fidele de l'inf
titution de l'Orateur par Quintilien ,M. l'Ab
bé Gédoyn Chanoine de la Sainte Chapelle
de Paris,& de l'Academie des Infcriptions,
vient d'en donner une , non feulement exac
te,mais encore d'un ftile fr poli & fi élégant,
qu'elle paroît moins une traduction qu'un
original. L'accueil favorable que les gens
de goût & les fçavans en font , prouve affez
le merite de cet ouvrage. Nous remettons
au mois prochain à en parler plus amplement.
On avertit , en attendant , que ce
livre fe vend chez Gregoire Dupuis , ruë S.
Jacques, à la fontaine d'or.
3.
3+ 34 34 3434 38+34 34 36 363€ 10 36
du
Ous ne donnâmes
mens
dans le Mercure de
, que les noms des douze
Lieutenans Generaux faits dans la promotion
32 du même mois : Nous croyons qu'en
ajoutant dans ce mois ci les degrez , par où
ils font parvenus à cette dignité , cela ne
pourra que plaire an Public.
ME
Effire Eftienne Louis Texier, Comte
d'Hautefeuille , qui fut fait Colonch
du Regiment des Dragons de la Reine en
DE NOVEMBRE, 109
·
1692. Brigadier. en 1702. Mestre de Camp
General des Dragons en 1703. & Marê
chal de Camp en 1,04 . Il eft fils de Meffire
Germain Texier , Seigneur de Malicorne
, Chevalier de l'Ordre de S. Michel,
& de Dame Jeanne de Courtalvert de S.
Remy ; & a époufé en 1689 , Dame Marie
Françoife Elifabeth Rouxel , fille de Meffire
François Benedict Rouxel Marquis de
Grancey, Lieutenant G. des Armées Navales,
& de Dame Jeanne Aimée de Rabodanges
, remariée à M. de Montrevel , Marêchal
de France.
N. Comte d'Ourches , Lorrain , qui aprés
avoir été Lieutenant Colonel du Regiment
d'Humieres , en fut nommé Colonel en
1693. Brigadier en 1702. & Maréchal de
Camp en 1704 .
Meffire Charles Renold Comte de Rozen
, qui aprés avoir été Capitaine de Cayalerie
dans le Regiment de S. Valeri , fut
nommé Colonel du Regiment de Rottembourg
en 1696. Brigadier en 1704. & Maréchal
de Camp en 1709. Il a époufé en
1698 , Dame Marie Beatrix de Gramont ,
fille de Meffire Jean Gabriel Comte de
Gramont , Chevalier d'honneur au Par
lement de Befançon , & de Dame Helene
Aimée de Montaigu .
Mcffire N. de Canonville , Marquis de
Raffetot , qui fut fait Colonel du Regiment
de Brie en 1690. Brigadier en 1704
110 LE MERCURE
& Maréchal de Camp en 1509. Il eft fils
de Meffire Alexandre de Canonville , Marquis
de Raffetot, & de Dame Henriette Catherine
de Gramont ; & a épousé N. de
Pertuis, fille de M. de Pertuis , Maréchal
de Camp & Gouverneur de Menin , & de
Dame N. de Canonville Raffetot , dont il
a ,entr'autresenfans , M. le Marquis de Raffetot
, Colonel du Regiment de Brie aprés
fon pere.
M. N. de la Fond , Comte de Savines ,
qui aprés avoir été Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Gefvres , fut fait Colonel
du Regiment, de Pujol Cavalerie en
1695. Gouverneur d'Embrun , Enfeigne
des Gardes du Corps en 1702 , Brigadier
d'Armée en 1704. Marêchal de Campen
1709, & Lieutenant des Gardes du Corps
en 1710.
Meffire N. de Quadt , qui étant Major
du Regiment de Cavalerie de Quadt , fut
pourvû de ce Regiment en 1693. fut nommé
Brigadier en 1704. Maréchal de Camp
en 1709. & Colonel d'un Regiment Allemand.
11 eft fils de M. de Quadt , Brigadier
de Cavalerie , tué à la bataille de Nerwinde.
Meffire François de Cruffol , Comte d'Uzez
, qui fut fait en 1697. Colonel du Regiment
de Merinville Cavalerie , de celui de
Bercourt en 1698.Brigadier en 1704. & Marêchal
de Camp en 1799,
DE NOVEMBRE. 111
Meffire Pierre Hyacinte de Pefteils de
Levi , Marquis de Caylus , qui êtant Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment de
Noailles , fut fait Colonel du Regiment
de Dragons de Languedoc en 1694. Brigadier
en 1702. & Marêchal de Camp en
1709. Il eft fils de Meffire Jean de Pefteils
de Levi , Marquis de Caylus , & de Dame
Yfabel de Polignac .
Meffire N. de S, André , Marquis de
Marnais , qui aprés avoir été Capitaine ,
puis Major du Regiment Royal Etranger ,
fut fait Colonel d'un Regiment de Cavalerie
en 1695. Enſeigne des Gardes du Corps
en 1701. Lieutenant en 1704. Brigadier
d'Armée la même année , & Maréchal de-
Camp en 1709.
Meffire N. d'Hautefort , Comte de
Bruflac , qui aprés avoir été Ayde- Major
des Carabiniers , fut fait Ayde- Major des
Gardes du Corps en 1702. Brigadier d'Armée
en 1704. Gouverneur d'Obernheim
en 1705. & Marêchal de Camp en 1709.
Il eft fils de M. le Comte de Bruffac Lieutenant
des Gardes du Corps & Brigadier de
Cavaleric.
Meffire N. de Dyenne , Comte de Cheladet
, qui aprés avoir été Lieutenant Colonel
du Regiment de Cavalerie de Noailles
, fut fait enfeigne des Gardes du Corps
en 1702. Brigadier d' Armée en 1704. Lieutenant
des Gardes du Corps en 1706. &
Marechal de Camp en 1799 ,
112 LE MERCURE
Mcffire N. Comte de Croy , qui fut fait
Colonel du Regiment d'Infanterie de Solre
en 1696. Brigadier en 1704. & Marêchal
de Camp en 1709. Ileft fils de M. le
Comte de Solre , Lieutenant General &
Chevalier des Ordres du Roy.
D
MORT S.
Amoifelle Antoinette Therefe Deshoulieres
, mourut le 29. Août dernier
, âgée d'environ 60. ans : Elle étoit
fille de Mre. Guillaume de la fon, de Boisguerin
, mort en 1693. & de Dame Antoinette
de la Garde morte en 1694. âgée pareillement
, d'environ 60. ans . Mademoifelle
fa fille dont nous annonçons la mort,
avoit hérité de fon efprit & de fes mêmes
talens. Ses belles qualitez lui avoient attiré
l'eftime d'un nombre d'amis de diſtinction
, & de gens de Lettres. On a publié
les Poëfies de la mere & de la fille dans un
même Recueil , Imprimé chez Jean Villette
en 1707. M. Moreau de Meautour a
pris foin d'honorer la mémoire de cette. Illuftre
fille , par une petite piece de vers qui
parut le mois dernier dans le Journal de
Verdun .
Mre. Joachim Gilbert , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Chanoine de l'Eglife de
Paris , & Grand Vicaire de Monf. le Cardinal
de Noailles ; meurut le 22. Octor
bre
DE NOVEMBRE. 113
bre. Il étoit frere de Mre . Louis Charles
Gilbert , Prefident en la Chambre des Com
pes , & de feue Dame Ieanne Gilbert époufe
de Mre. Jofeph Jean Baptifte Fleuriau
Chevalier Seigneur d'Armenonville , Morville
, Hanches &c . Confeiller en fes Confeils
d'Etat; Secretaire d'Etat , & des Commandemens
de Sa M.
M. Roger Sirnet , Correcteur des Comptes
, mourut le 20. Octobre.
M. Gaſton , Jean Baptifte Bouthillier
Marquis de Chavigny , &c. mourut le
24. Octobre. Il eftoit fecond fils de M.
Leon Bouthillier , Comte de Chavigny
Miniftre & Secretaire d'Etat , Commandeur
des Ordres du Roy , & de Dame Anne
Phelypeaux de Ville - Savin , dont -les
anciens & la pofterité fe trouvent dans le
P. Anfelme & Moreri.
;
M. Camille le Tellier de Louvois , prẻ-
tre , Docteur en Theologie de la Maiſon
de Sorbonne , Abbé de Bourgueil & de
Vauluifant Bibliotecaire du Roy , Intendant
du Cabinet des Médailles de fa Majeté
, Marquis de Barbefieux , l'un des
quarante de l'Académie Françoife , & Académicien
honoraire de celles des Sciences,
& des Infcriptions & belles Lettres , &
qui avoit été nommé en Octobre 1717 .
l'Evêché de Clermont , qu'il n'accepta pas
à caufe de fes infirmitez , mourut de l'operation
de la Taille le 5. Novembre en
k
à
114 LE MERCURE
fa 44. année. Voyez fes Ancêtres dans
PHift . des Chanceliers , par le P. Anfelme
& Moreri .
८ Dame Nicole de la Motte Epoufe de M.
Berbifey Premier Prefident au Parlement
de Bourgogne , eft décédée le S Novembre
1718 , âgée de 43. ans , avec les regrets de
toute la Province.
La Famille de Berbifey eft des plus
anciennes , & des plus illuftres de la Bourgogne
: Il eft juftifié par un titre qui eſt
dans les Archives de la Chambre des Comptes
de Dijon , qu'en 1337. Guy de Berbi-.
fey étoit Confeiller d'Etat d'Eudes Duc de
Bourgogne. Les fucceffeurs de Guy ont
toûjours furvi , fous la derniere Race des
Ducs de Bourgogne , le parti des armes , &
ont pris alliance dans les meilleures maiſons
du Royaume. En 1477. , Charles le Hardy
, dernier Duc , êtant mort , Thomas
de Berbifey fuivit le parti de Louis onze ,
contribua à la réunion du Duché de Bourgogne
à la Couronne , & perdit les terres
qu'il avoit dans le Comté , lefquelles furent
confifquées par Maximilien Roy des Romains.
C'eft depuis ce tems qu'une branche de
cette famille a pris des établiffemens au Parlement
de Dijon , où il y a eu das Prefidens
à mortier , des Confeillers , des Procureurs
generaux , & M. le Premier Preſident d'aujourd'huy
qui eft le feul qui refte de cette
famille.
DE NOVEMBRE.
115
Dame Elifabeth , Marguerite de Bragelongne
, Epoufe de M. Marie François Tofeph
Guillemeau de Freval , Seigneur de S.
Souplet , Confeiller au Châtelet , mourut
le 9. Novembre : Elle étoit fille de M. Nicolas
de Bragelongne , Treforier de France
à Paris , & de Dame Marguerite alifabeth
Plaftrier de la Croix. La Génealogic
de Bragelongne fe trouve dans Moreri .
Dame Bonne de S. Chamant , Epoufe de
Mre Gabriel Bernard , Seigneur de Rieux ,
Confeiller au Parlement , mourut en couches
le 12, Novembre.
Mre. Henry Duc d'Harcourt Pair & Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du
Roy, Capitaine d'une Compagnie des Gardes
du Corps , Lieutenant Général au Gouvernement
de Normandie , Gouverneur du
Vieux- Palais de Rouen , & Lieutenant General
en Franche- Comté , mourut à Paris
le 19. Octobre âgé de 64. ans. Il commença
en 1673. n'étant âgé que de dix huit
ans , à fervir en qualité de Cornette , dana
le Regiment du Marquis de Thury fon oncle
, & en qualité d'Ayde de Camp en
1674 , fous les Maréchaux de Bellefont &
de Turenne , dans l'Armée du Rhin. Il fe
trouva la même Année aux Combats de
Zeintzen & de Turkein : fut fait Colonel
d'un Régiment d'Infanterie en 1675. à la
tefte duquel il fervit au Siege de Valenciennes.
Il fut pourvû en 1677 , du Regiment
k z
1
116 LE MERCURE
de Picardie , avec lequel il fe trouva au
Siége de Cambray , & y fut bleffé ; commanda
deux Bataillons au Siege de Fribourg
la même année : fut nommé Lieutenant
général de Normandie en 1678. Brigadier
des Armées du Roi en 168 ;. & Maréchal
de Camp en 1688. Servit au Siege de Philisbourg
la même année fous les ordres de
Monfeigneur le Dauphin , où il fe diftingua
: En 1690. il eut le Commandement
dans la Province de Luxembourg : défit un
corps de Cavalerie commandé par le Comte
de Welen qu'il fit prifonnier , mit à
contribution les pays de Juliers & de Cologne
, & prit la Ville d'Huy. Il fut fait
Lieutenant Général , Gouverneur de Tournay
& Chevalier de l'Ordre de St. Louis
en 1694. L'heureux fuccez qu'eut fa marche
, avec le Corps qu'il commandoit
pour joindre le Maréchal de Luxembourg ,
contribua beaucoup au gain de la Bataille
de Nerwinde . Il fut choifi pour commander
l'Armée qui devoit paffer en Angleterre
avec le Roi Jacques II ,, ce qui n'eut point
d'effet ; & eut le commandement de celle
qui fut envoyée fur la Mofelle en 1695. &
1696. pour s'opposer à l'Armée Impérialle,
& au Corps commandé par le Landgrave de
Heffe. En 1697. il fut envoyé Amballadeur
Extraordinaire en Espagne, où il refta trois
ans . A fon retour , le Roy érigea en fa faveur
le Maquifat de Thury en Duché, fous
,
DE NOVEMBRE. 117
le titre de Harcourt , par Lettres du mois
de Novembre 1700. Aprés l'avenement de
Philippe à la Couronne d'afpagne , il fut
choifi une feconde fois commeAmbafladeur
Extraordinaire pour accompagner ce Prince
,
lors qu'il alla prendre poffeffion de fes
Royaumes , & le fuivit jufqu'à Madrid ,
d'où fes indipofitions continuelles l'obligerent
de revenir en France en 1701. Ce Prin
ce lui offrit en 1702. le Collier de fon Ordre
de la Toifon d'Or , qu'il accepta pour
le Comte de Sefanne fon frere . En récompenfe
de fes fervices le Roy le nomma Ma
réchal de France par Lettres du 14. Ianvier
1703. , dont il prêta ferment le 28. & Capitaine
des Gardes du Corps le 10. Février
de la même année , fut nommé le 2. Février
1705. Chevalier des Ordres du Roy dont il
reçeut le Collier le 8. Mars fuivant. Le Roi
le nomma en Mars 1709. pour commander
fur le Rhin , où il reprit Hagenbach en
Aouft de la même année ; fut fait Pair de
France par Lettres du mois de Novembre
1709- registrées au Parlement le 28. Février
1710 & fut reçeu le 9. Aouft fuivant : & au
mois de Septembre de la même année , il
fut nommé pour commander en Flandres .
Il eftoit fils aîné de Mre. François d'Harcourt
Marquis de Beuvron , & c . Chevalier
des ordres du Roi , Gouverneur du
Vieux Palais de Roüen & Lieutenant Général
au Gouvernement de Normandie ,
118 LE MERCURE
dont les Ancêrres font raportez dans l'Hiftoire
de la Maifon d'Harcourt , par le Sieur
de la Rocque , & par le Pere Anfelme dans
fon Hiftoire des grands Officiers de la Cou
ronne au Chapître des Maréchaux de France,
& de Cath , le Tellier Dame de Tourneville
fa premiere femme ; il avoit épousé
le 31. Iuillet 1687 Dame Marie - Anne - Clau
de Brulart , fille de Charles , Marquis de
Genlis , & de Dame Angelique de Fabert ,
feconde femme de fon pere , dont il a en
François qui fuit . Louis Henry Comte de
Beuvron , Chevalier de la Toifon d'Or ,
Lieutenant General au Gouvernement de
Normandie , Gouverneur du vieux- Palais
de Rouen , & Colonel du Regiment d'Auxerois
Infanterie , mort fans Alliance le
18. Sept. 1716. âgé de 24. ans. Louis Abraham
né en 1694. Charles Hardouin , mort
jeune. Anne Pierre , né le 2 Avril 17 01.
Henri Claude , né le . Ianvier 1703. Louis
né le 3. Déc . 1706. mort le 30. Mai 1711 .
Charlotte Henriette Françoife Ele , onore ,
Religieufe à la Vifitation de Caen . Claude
Lydie N. né à Burgos , mort fans être
nommé & Louife Angelique d'Harcourt née
à Madrid , lors que fon pere y étoit Ambafladeur
... François devenu Duc d'Harcourt
, Pair de France , par la mort de fon
pere , né le 4. Novembre 1690 , fut nom- ⚫
mé Lieutenant General de la Province de
Franche-Comté , puis Capitaine des Gardes
F.
DE NOVEMBRE. 119
I
du Corps en furvivance , dont il a prêté
ferment le 26, Iuin 1718. Il a époufé I. le
14 Janvier 1716. Marguerite Loüife Sophie
de Neufville- Villeroy , fille de François
Duc de Villeroy &c & de Marguerite
le Tellier , morte le 4 Juin fuivant en fa
18 année. 2. le 31 May 1717. Marie Ma.
delaine le Tellier , fille de Louis François
le Tellier , Marquis de Barbefieux , Minif
tre & Secretaire d'Etat , & de Marie Therefe
Dauphine d'Alegre fa feconde femmes
Suite de la vie des Peintres parM.Malafaire.
Mch
-
Ichel Ange Buonarotti , ou Bonarotte
, fameux Peintre , Sculpteur
& Architecte , étoit fils de Bonarotti Simoni
de l'ancienne maifon des Comtes de
Canoffes. Il naquit l'an 1474, dans le Château
de Chinfi du territoire de Tofcane.
On lui donna une nourrice dont le mari
étoit Sculpteur ; cela fit dire à Michel-
Ange qu'il avoit fuccé l'art de la ſculpture
avec le lait. La grande paffion qu'il marqua
dans fa jeuneffe pour le deffin , détermina
fes parens à le mettre chez Dominique
Ghiolandar , Sculpteur fameux. Ily fit
de fi grands progrez, que fa fuperiorité trop
marquée , lui attira la haine de fes Camarades
: L'un d'eux le frapa un jour & violemment
au vifage , qu'il en a porté des marques
toute la vie. A l'âge de feize ans , il ſe
120 LE MERCURE
mit à tailler des figures en marbre, qui don
nerent une fi grande idée de lui , que Laurent
de Medicis le prit chez lui, & lui don
na la direction d'une nouvelle Academie de
peinture & de ſculpture , qu'il érigea en ce
tems- là à Florence. Michel Ange donnoit
fes foins à cette .Academie avec fuccés ,
lorfque les troubles de la maifon de Medicis
, l'obligerent de fortir. Il fut à Bologne,
delà à Venife , où il demeura peu de tems ;
il fut enfuite à Rome, où il porta la figure"
d'un Cupidon de marbre, qu'il avoit faite
pour tromper les amateurs outrez de l'antique
. Pour y parvenir, il caffa un bras à fa
figure qu'il garda par devers lui , & enterra
la figure mutilée dans un lieu où il fçavoit
qu'on devoit bien tôt foüiller : Elle fut en
effet déterrée peu de tems aprés & les Con
noiffeurs qui l'admirerent comme antique,
en dirent tant de bien au Cardinal de Saint
Gregoire, qui l'acheta un très grand prix.
Une feule chofe embaraffoit le bon Cardinals
où trouver, difoit - il , un homme , capable
de faire un bras qui réponde à la beauté
de mon antique : Mais, Michel - Ange le
tira bien - tôt de peine , en lui apportant le
bras qu'il avoit refervé. Quoique la réputation
de Michel Ange augmentât de plus
en plus à Rome, & qu'il fût eftimé & cheri
du Pape Jule II . qui l'avoit fait venir
pour travailler à fon tombeau , il voulut
cependant s'en retourner à Florence ; préendant
DE NOVEMBRE. 121

tendant avoir été maltraité par le Pape ,
qui le fit pourtant revenir à quelque tems
de là ; mais , ce ne fut qu'aprés avoir envoyé
plufieurs Brefs à la Seigneurie de Florence,
pour l'obliger de l'obliger de le renvoyer. Michel-
Ange êtant revenu trouver le Pape qui étoit
à Bologne , le Pape le regarda avec un air
dédaigneux , & ne voulut prefque point recevoir
fes excufes ; cela engagea un Evêque
, qui l'avoit conduit aux pieds de Sa
Sainteté , de lui repreſenter qu'Elle devoit
pardonner au coupable , parce que , lui
dit-il , des perfonnes de pareille profeffion
étoient d'ordinaire trés impolies, & que ,hors
ce qui regardoit leur art , ils étoient-incapables
de tout , & méconnoiffoient tous
égards. A ces difcours de l'Evêque , le Pape
entra dans une trés grande colere , & lui
dit , vous êtes vous - même un impertinent , &
vous lui faites injure , tandis que nous ne vou-
Lons pas l'offenfer Il commanda qu'on fit fortir
l'Evêque de fa chambre, & donna fa benediction
à Michel- Ange. Les ouvrages de
peinture qu'il fit à Rome , & les Avis
de Bramante, fufcitez par Raphaël qui
croyoit le voir échouer, déterminerent le Pape
à lui faire peindre fa Chapelle : Mais ,
l'ouvrage achevé , trompa l'attente de beaucoup
de Peintres , & furtout de Raphaël ,"
qui n'auroit pas crû devoir en tirer lui même
de grandes lumieres pour fon art . Le
Pape fut trés fatisfait de Michel Ange ; &
Novembre 1718 .
L
122 LE MERCURE:

quoiqu'il le traitât quelquefois affez injųrieufement
, il avoit neanmoins beaucoup
d'eftime & d'amitié pourlui, & lui en donnoit
fouvent des marques par des largeffes;
tâchant de reparer par- là fes emportemens.
Un jour que Michel Ange lui demandoit
permiffion d'aller à Florence , il lui répondit
, & cette Chapelle , quand fera - t'elle
achevée ? Quand je pourrai , Saint Pere,
lui répondit- il. Quand je pourrai ; quand
je pourrai lui repliqua le Pape ; je te la
ferai bien finir , & dans le même tems le
frapa de fon bâton . Michel- Ange fe retira
auffi - tôt chez-lui , mais , à peine y étoit- il
arrivé, que le Camerier du Pape lui apporta
scens écus pour l'appaifer. Aprés la mort
de Jule II. il alla à Florence , où il fit cet
ouvrage admirable de fculpture des Ducs
de Florence : Il fut interrompu dans ce travail
pendant la Guerre , pour travailler aux
Fortifications de la Ville ; mais les jugeant
infuffifantes , il fortit de Florence pour aller
à Ferrare , & de là à Venife , où il laiffa
un deflin pour le Pont de Rialto. Etant
retourné à Florence , il compofa plufieurs
tableaux de chevalet, c'eft-à dire , de moyenne
grandeur. Il fit, entr'autres, celui d'une
Leda avec Jupiter en Cygne , pour le Duc
de Ferrare Mais , comme il vit qu'on ne
faifoit pas affez de cas de cet ouvrage, il l'en
voya en France par Minie fon difciple, qui
Je vendit auRoy François premier . Cette LeDE
NOVEMBRE. 125
da étoit reprefentée d'une maniere fi laſcive
, que M. Defnoyers , Miniftre d'Etat
fous Louis XIII. l'a fait bruler par principe
de confcience . Michel - Ange fit par
ordre de Paul III. la peinture du Jugement
univerfel , qui eft d'un goût de deffin excellent
; il peignit auffi au Vatican , en
deux tableaux , la Converfion de S. Paul ,
& le martire de S. Pierre . San- Gallo qui a
voit la conduite du Bâtiment de l'Eglife de
S. Pierre, êtant venu à mourir, Michel- Ange
ût fa place ; où il foutint dignement la
reputation que lui avoient donnée le Palais
Farnefe & le Capitole , qui ont été bâtis
fur les deffins, en demeurant d'accord
de la grandeur du genie de Michel- Ange,
& de fon grand goût pour le deffin , quoique
trop chargé. On peut remarquer dans
fes ouvrages de peinture , que fes penfées ,
& fes expreffions font peu naturelles ; que
fes attitudes font la plupart defagrables ; que
fes drapfoyés font trop adherantes ; qu'il
ignoroit tout ce qui dépend du bon coloris
& qu'il y auroit lieu d'être furpris que fa
reputation fe foit confervée jufqu'à nous
dans un fi grand éclat , s'il ne l'avoit meritée
par fon habileté dans la fculpture &
dans l'architecture civile & militaire . Aprés
avoir vécu 90 ans , aimé & eftimé de tous
les Souverains de fon tems, il mourut à Rome
l'an 1564. Le Duc Côme de Medicis,
le fit déterrer la nuit , & fit porter fon
Lij
124
LE MERCURE
*
corps à Florence , où il fut mis dans l'Eglife
de Sainte Croix avec des obfeques
magnifiques . Son tombeau eft de marbre
orné de trois figures admirables qui font de
fa main Elles reprefentent la Peinture ,
la Sculpture , & l'Architecture.
NOUVELLES ETRANGERES .
A Varfovie le 1. Novembre 1718 .
E Grand Treforier de la Couronne a
LEGrand Treforier de
reçû avis de Grodno , que la Diette
generale y avoit été prorogée jufqu'au 5. de
May prochain ; que pendant ce temps - là ,
on mettroit en execution les refolutions prifes
pour terminer les differends que l'on a
avec le Czar , & que l'on traiteroit avec
les Miniftres Etrangers des affaires qui font
fur le tapis. On en eft même venu , jufqu'à
y faire diverfes propofitions concernant
la fucceffion de ce Royaume ,
faveur du Prince Electoral de Saxe . Comme
une grande partie des Députez avoit
fait goûter , par des raifons folides , l'avantage
que le Royaume en retireroit , fi cette
fucceffion tomboit fur ce Prince ; les autres
Députez avoient répondu qu'ils examineroient
eette importante affaire. Il
pourroit bien arriver que ces Meffieurs y
donneront leurs mains , fur ce qu'on leur a
en
DE NOVEMBRE.
125
1
remontré que l'Empereur ne fouhaitoit rien
tant que cette élection ; laquelle fe faifant,
S. M. I. promettoit & s'engageoit de maintenir
ce Prince fur le Trône de Pologne, &
d'obliger les Ruffiens de fe retirer hors des
Frontiercs de cet Etat. On ne s'entretient
icy que du difcours que le Primat fit le 15 .
d'Octobre . Il y donna au Roy le titre de
Confervateur & de Propagateur de la Foy ,
au fujet de la converfion du Prince Royal
fon fils ; & celui de Roy pacifique , pour
avoir rendu la paix à la Republique , &
rétabli l'ancienne forme du Gouvernement.
Le Roy fe prepare à retourner en Saxe .

POLOGNE.
A Grodno le 23. Octobre 1718.
LEs3. chois de la Nobleffe,
Es 2. Députez de chaque Province , &
fe rendirent le 23. Octobre auprés du Prince
Dolharoucki , Ambaffadeur Extraordinaire
de Mofcovie. Ils lui ont fait la propofition
fuivante : Pourquoi le Czar fon
Maître , fe difant ami du Royaume , continuoit
depuis tant d'années à opprimer la
Republique & à y vexer les Sujets. Ii leur
a fait la même réponſe qu'aux Deputez de
Cracovie ; que S. M. Cz. ne feroit point
fortir fes Troupes des dépendances de la
Pologne , que préalablement , la Republique
ne lui ût remboursé 20. millions qu'il
Liij
$26 LE MERCURE
a employez à la confervation de ce Royau
me , contre l'invafion des Suedois.
Les efprits paroiffent fort aigris , & il
s'en eft peu fallu que tous les Députez
n'ayent confenti dans la dernierre Sceance ,
J
un foulevement general contre les
Mofcovites ; mais , cette refolution a été
fufpendue jufqu'au retour de l'Envoyé
qu'on a depêché à S. M. Cz. Le Starofte
de Murski a accufé en pleine Affemblée le
Staiofte de Samogitie , d'entretenir une ſes
crette correfpondance avec les Ruffiens
& de n'avoir pas peu contribué à les attirer
dans les terres de la Republique . Sur cette
déclaration on a envoyé des Députez au
Roy pour ordonner que ce Starofte fût
arrêté , comme un traitre à la Patrie . Le
Roy ayant donné fon confentement , on
a nommé 12. Députez du Royaume & 24
de Lituanie , pour examiner ces chefs d'ac
cufation . Toutes ces difpofitions font "voir
que l'on perfifte de plus en plus dans la réfolution
de ne traiter d'aucune affaire , que
les Mofcovites n'ayent évacué auparavant
le Royaume. Le Grand Chancelier du
Trône a répondu que S. M. étoit prête
procurer à la Republique l'effet de fes demandes
; à condition que la Republique
concoureroit de toutes les forces avec les
fiennes , pour parvenir à cette fin principale;
mais que le Roy , dans les conjonctures
prefentes , n'entrevoyoit encore aucun
moyen pour y arriver fitôt .
E
DE NOVEMBRE. 127
On n'attend plus que le confentement du
Primat du Royaume , des Evêques de Cujavie
, de Pofnanie , de Varmie & de tout
le refte du Clergé , pour mettre en execution
les déliberations qui ont été prifes jufqu'à
prefent dans la Diette. Ces Prelats
ont inferé dans les voix qu'ils ont données,
les neuf points fuivans . 1. D'écrire avane
toutes chofes , au nom du Roy , du Senat
& de la Nobleffe , au Czar , fur la
fortie de fes Troupes hors du Royaume .
2. Qu'en cas de refus , on devoit luy envoyer
une Ambaffade , pour folliciter non
feulement cette évacuation ; mais encore ,
la reftitution de la Livonie , touchant les
canons appartenant à la Couronne , & les
fommes promiſes à la Republique ; comme
auffi de renoncer aux prétentions qu'il
forme fur la Curlande : Qu'enfin fi S. M.
Cz. perfiftoit à vouloir laiffer plus long- tems
fes Troupes dans le Royaume , on devoit
publier un Arriere - banc general, & demander
du fecours aux Puiffances Etrangeres . 3.
Qu'on devoit remercier le Roy pour les
bons offices qu'il avoit employez au congrez
de Paffarovvitz fur la démolition prochaine
de Chocim & de Bender. 4. De rétablir
dans tous fes anciens droits & prerogatives
, le Grand General de l'Armée de
la Couronne. ) . De mettre fur un meilleur
pied les affaires de la Monnoye . 6. De
payer l'Armée de la Couronne . 7. De fixer
Liiij
128. LE MERCURE
le petit nombre dès Juifs qui auront permiffion
de demeurer dans les Villes. 8. De
chercher les moyens, pour retirer d'entre les
mains du Roy de Pruffe la Ville d'Elbin .
9. Qu'il falloit s'informer qui avoit reçû
la fomme de 100000 florins pour l'Artillerie
, & de l'emploi qu'on en avoit fait par
ordre du Czar ; & que , fi cet argent ne
fe
trouvoit pas , il falloit que l'Artilleric fe
trouvât .
L'Evêque de Pofnanie a montré un ordre
qu'il avoit reçû du Czar , pour reprendre.
Biala- Zai- Zievve & Poleno.
Extrait des Lettres de
quatre
Ordinaires
arrivez de
Norvegue à
Coppenhague.
le 2.
Novembre 1718.
Dronthem le 24.
Septembre 1718.
' Ennemi ayant franchi les rochers prés
de
Langftein , s'eft pofté avec toute
fon Armée dans le Bacq de Stordale , à
deux lieuës de cette Ville. Son Armée confifte
en 4. mille chevaux & 7. mille fantaffins
, fans y
comprendre les malades &
les bleffcz dont il y a grand nombre . Elle
eft
commandée en chef par le
General
Carl
Gustave
Arnfeld ; ayant fous lui le
Lieutenant
General de la Gardie , & les
Generaux
Majors
Wittinghof , Oygeld ,
Ziengen, Horn, Hittingen & Meyden . Ils
1
DE NOVEMBRE. 129
#
ont enterré prés de l'Eglife de Sticle , le
Lieutenant Colonel Horn , tué au paffage.
de Stene . Le General Major Budde , aprés
avoir fait embaraffer tous les paffages , entre
cette Ville & Stordale , eft entré icy
avec la plus grande partie du corps des
Troupes qu'il commande , confiſtant en
4. mille Fantaffins, soo. Chevaux, 2. mille
Dragons , & environ 3. mille hommes de
milice . Le fecours de Chriftiania arrivera
bien- tôt auffi . En attendant , le General
Major Budde eft occupé à mettre cette
Ville en état de défenfe , ayant fait conftruire
des Baftions , & drefler des Batteries
du côté de la Riviere & au tour de la Ville.
Du 1. Octobre 1718 .
L'Ennemi eft encore pofté à Werdale ,
Chongue & Stordale , au nord de la Riviere,
où le trouvent les Fortins de Stene & de
Chongue. Il avoit déja fait conftruire plufieurs
Flots & Ponts , y ayant employé le
bois de quelques maifons qui fe trouvoient
aux ' environs , afin de paffer la Riviere ;
mais un orage furvenu , a tout détruit &
diffipé. Le 25. du mois dernier , il a fait
enterrer au cimetierre de Wornes 48. tant
hauts que bas Officiers , morts de la dif
centerie qui fait un étrange ravage parmi
eux , fur tout parmi les Soldats , dont on
ne fçait pas le nombre des morts , parce=
13༠ LE MERCURE
qu'on les enterre fur le lieu où ils viennent
d'expirer. On croit que les grandes marches
qu'ils ont faites pour paffer en Norwegue
, ont beaucoup contribué à cette
mortalité . Les Fortifications de cette Ville
font déja en bon état , & pourvûës de canons
par tout . L'on a appris par un Suedois
rendu , que l'ennemi attendoit un
renfort de 5. mille hommes ; mais , il y
a une grande famine dans leur Camp ,
faute de Moulins que les nôtres ont û foin
de détruire . Ils fe nourriffent de feigle
bouilli : Nous avons au contraire les vivres
en grande abondance icy ; parce qu'outre
ceux que nous avions déja , une grande
partie de nos Vaiffeaux qui viennent d'arriver
d'Irlande , en ont apporté de toute
forte ce qui nous eft venu d'autant plus
à-propos , que nous attendons à tout moment
un grand corps de Dragons , venant
du côté de Bergue.
Du 8. Octobre 1718.
Dans une attaque que nous fimes le 122
dans des Batteaux & des Chalouppes ,
nous tuâmes à l'ennemi 40. hommes . Le
4. il vuida entierement Stordale , & fe retira
à Chongue où il eft encore . Des Suedois
rendus , nous rapportent que le General
Suedois avoit reçû ordre de fe retirer.
Il en eft venu 19. à la fois , du nombre
DE NOVEMBRE.
131
*
defquels fe trouvent 2. Sergens & 1.
Trompette , qui difent unanimement que
files Suedois ne fortoient au plus vite
du Royaume , la famine & les maladies
les auront bien- tôt tous détruits . Dans ce
moment nous apprenons , qu'un parti de
150 Suedois s'amufant à butiner à Yfte-
-roé , y avoit été furpris par un des nôtres ,
qui a diffipé les ennemis , aprés avoir pris
2. Capitaines & 50.
Soldats.
Du 11. Octobre 1718.
Le fecours venant de Chriftiania , eft
déja arrivé à Ronas , & nous l'attendons
icy dans deux ou trois jours . L'ennemi ſe
trouve encore à Chongue , & nous le tenons
continuellement en allarme , tant par mer
que par terre. Douze differens partis ont
été détachez aujourd'hui. Les Prifonniers
Suedois pris à Yfteroé , viennent d'arriver
icy ; il y a 2. Capitaines , 3. Sergens
1. Caporal , 2. Tambours & 49. Soldats ;
mais , on les fera bien - tôt paffer avec tous
les autres Prifonniers & rendus Suedois ,
du côté de Chriftiania , car icy , ils nous
feroient à charge.
Le 24. du paflé , on publia à Copenhague,
un ordre qui enjoint à tous les Capres de
la Nation , de n'infulter , ni de ſe ſaiſir
d'aucun bâtiment étranger , à la réferve de
ceux qui auront à leur bord des marchan132
LE MERCURE
difes de contrebande , ou des effets apparte
nant aux Suédois ; l'on a même relâché
tous ceux qui avoient été pris, entr'autres,
48. Batimens Hollandois arrêtez , tant en
Norvege qu'en Dannemarck , & l'on a rendu
les fommes qui étoient provenues de la
vente des marchandifes que l'on avoit
trouvées deffus . Les Vaiffeaux de guerre
Danois , Anglois & Hollandois , font
dans la rade devant cette Capitale .
Du Holftein le 4. Novembre.
Es 3. Chaloupes qu'on avoit envoyées
LESen Scanie au Colonel Obaniwiz , & à
plufieurs autres Officiers , arrivérent le 2 .
à Roftock. Les Lettres que l'on a reçûës
par cette voye , ne s'accordent nullement
avec celles qui font écrites de Copenhague.'
Elles portent en fubftance , que le Roi de
Suede avoit paffé le Swinefund , & que s'étant
rendu Maistre de ce petit détroit , les
Danois qui étoient fous Fridericksball ,
avoient été obligez de fe retirer ; que le
Prince Héréditaire de Hefe - Caffel avoit
fait irruption par la Wermeland , & que.
le General Ahrenfeld Suedois , ayant attaqué
le Géneral Major Bude dans un pofte
fort avantageux , il avoit été affez hûreux,
aprés un fanglant combat , de défaire enticrement
les Danois , de faire ce General , divers
Officiers , &un grand nombre de SolDE
NOVEMBRE.
133
dats , prifonniers de guerre ; & qu'ayant
enfuite attaqué Dronthem , cette fortereffe
s'étoit rendue par capitulation . Par la
varieté de ces avis , on ne peut encore rien
affirmer fur la fituation prefente des affaires
de Norvvege ; de forte qu'il eft plus prudent
de fufpendre fon jugement fur les avantages
que les 2. Partis s'attribuent , que de
décider pour l'un préférablement à l'autre .
L
A Hambourg le is . Novembre,
2
Es derniers avis de Peterbourg , portent
que le Czar en étoit parti le 25,
d'Octobre pour fe rendre à Revel ; afin d'y
voir par lui -même , fi les nouveaux travaux
qu'on fait au Port de cette Place , font conformes
à fon plan . M. le Chancelier Ofterman
doit s'y eftre rendu de l'Ile d'Aland ,
pour communiquer à S. M. Cz . les dernie
res inftructions que le Baron de Gortz avoit
apportées du Roy de Suede fon Maître
touchant la négociation de Paix entre ces 2.
Monarques. On doit conclure de cette
derniere démarche , que ce n'eft pas encore
un ouvrage tout à fait fini ; il eft vrai qu'on
foupçonne depuis long- tems que ces deux
Puiffances font convenues de leurs faits ;
& qu'elles ont leurs raifons de n'en pas manifefter
fi - tôt les articles. mais , quoi qu'on
en publie , les plus fenfez attendront fans
impatience que ce miftere feptentrional foit
134
LE MERCURE
entierement développé , avant que de rifquer
leur jugement . Le Czar paroît perfifter
dans la réfolution , de laiffer non-feulement
fes troupes en Pologne , mais d'en
faire hiverner d'autres dans le territoire de
Dantfick . L'on écrit de Copenhague ,
que dans une audience que l'Ambaffadeur
de Moſcovie avoit euë le 10 du paffé du
Roi de Danemarck , ce Miniftre lui avoit
déclaré que, comme S. M. D. n'avoit pas
voulu joindre fa Flotte à celle du Czar
fon maître , il avoit ordre de lui décla
rer de la part de S. M. Cz. qu'elle
étoit réfoluë de conclure une paix particuliere
avec le Roi de Suede : D'un autre
côté , on ne fait que penfer des deffeins du
Roi de Pruffe, Ce qui eft de pofitif , c'eſt
qu'on compte actuellement à ce Monarque
65000. hommes , tant Cavalerie qu'In
fanterie des plus belles Troupes de l'Europe,
exactement payées & trés bien entretenuës.
De plus on fait que le Prince a dans fes
coffres des fommes trés confidérables , &
qu'ainfi , il eft en état par tous ces moyens ,
de fe faire redouter & refpecter. Des
forces fi nombreufes donnent fur- tout
de la jaloufie à la Pologne. On fe taît depuis
quelque tems fur les engagemens qu'il
avoit , dit- on , pris avec L. M. S. & Cz.


Le Magiftrat de la Ville de Dantic eft
enfin convenu de payer en deux termes , la
fomme de 200000, florins qu'en a exigé le
DE NOVEMBRE, 135
Roi de Pruffe. Quoi que le Prince de Repnin
ût promis au même Magiftrat , de quitter
le voisinage de cette ville avec la divifion
des Troupes Ruffiennes ; on dit à
prefent qu'elles feront renforcées d'un plus
grand nombre. L'on écrit de Caminiec
qu'il étoit parti des environs de cette ville
10. milles Mofcovites qui étoient en pleine
marche vers la Podolie.
On mande de Drefde , que le Duc Maurice
de Saxe- Zeitz , qui avoit embraffé la
Religion Romaine l'avoit abandonnée
pour rentrer dans la Luteriene .
>
Le Roi de Dannemarck a dépêché un
Exprés au Czar , pour reprefenter à ce Monarque
que la Norvege étoit en danger d'être
fubjuguée par les Suédois , S. M. D. a
fait faire de pareilles remontrances à fes autres
Alliez .
Le Duc de Mekelbourg continue de faire
enlever tous les chevaux , ainfi que le
gros & menu betail qui fe trouve fur les
terres de la Nobleffe ; deforte qu'il ſemble
que ce Prince a deflein de hâter la ruine entiere
des biens & maiſons des Gentils-hommes
fes fujets, pour leur ôter à l'avenir toutes
les reffources de lui nuire. Les Troupes
de Hannovre & de Brunfvvic- Vvolfembu
tel font en pleine marche,pour aller occuper
le Camp formé auprés d'Ulzen ; mais , on
doute qu'elles executent encore fitôt le projet
concerté contre le Mexelbourg.
136
LE
MERCURE
Le Roy de Pologne a envoyé des ordres
en Saxe, pour rendre complets tous les Regimens
qui font dans cet Electorat , &
pour reparer les fortifications de toutes les
Places frontieres de fes Etats.
Le
A Vienne le 11 Novembre.
E premier de ce mois , M. le Comte
de Sinzendorf , Grand Chancelier
de la Cour, s'êtant rendu chez M. le Marquis
de S. Thomas , ût avec ce premier
Miniftre du Duc de Savoye une conférence
de plus de deux heures.
On affûre que la Cour avoit fait notifier
précedemment à ce Marquis , que fi le Duc
fon Maître ne vouloit pas s'en tenir à ce
qui avoit été reglé pour l'entiere évacuation
de la Sicile,& pour l'équivalent qu'on
lui offroit, il pouvoit s'en retourner à Turin.
Sur cette declaration , on prétend que le
Traité fut figné le 7 de ce mois ; ce Minif
tre êtant muni d'une carte blanche , ou
d'un plein pouvoir figné de la propre main
du Duc de Savoye . Ce Prince a été auſſi
admis dans la quadruple Alliance : Il ne s'agit
donc plus à prefent que de nous rendre
maîtres de la Sicile , & d'en chaffer les Efpagnols
: C'eft à quoi on fe difpofera la
campagne prochaine. On prétend engager
à cette entreprife le Duc de Savoye , qui
aura deformais le titre de Rey de Sardaigne;
pour
DE NOVEMBRE. 137
pour agir de concert avec nous. Le refte
dépend de la Cour d'Angleterre , qui paroît
être cependant un peu embaraffée fur
le parti qu'elle a à prendre dans la continuation
de cette guerre , le vil interêt des Negocians
de ces Ifles êtant incompatible avec
les fentimens genereux de leur Roy.
L'Empereur dépêcha le 29un Exprés à Londres
pour allurer Sa MajefteBritannique qu'il
n'avoit aucune part dans le mariage conclu
entre la Princefle Sobieski & le Prétendant
qu'auffi - rôt qu'il en avoit été informé,
il avoit expedié des ordres pour en empêcher
l'effet ; qu'on avoit fuivi de fi prés
cette Princeffe, qu'elle avoit été arrêtée à
Infpruck : Que comme cependant , on ne
pouvoit pas raisonnablement mettre empêchement
à ce mariage , S. M. I. attendoit
de S. M. B. une réponſe pofititive , pour
fçavoir à quoi s'en tenir ; d'autant plus que
la Maifon de Baviere, & l'Electeur Palatin
s'y trouvoient intereffez de trop prés , pour
ne pas demander fon élargiffement : Qu'au
refte, la Cour Imperiale n'affifteroit jamais
directement ni indirectement le Pretendant.
>
Il vient d'arriver un Exprés du Pape, avec ,
des lettres trés preflantes de S. S. pour folliciter
la liberté de cette Princelle . Mais
nos Speculatifs font perfuadez , que la confideration
que cette Cour a pour S. M. B.
l'emportera fur toutes les autres raifons .
M
138 LE MERCURE
Il regne à prefent un grand filence fur les
deux mariages des deux Archiducheffles Jofephines,
avec les Princes Electoraux de Baviere
& de Saxe. Il paroît qu'ils font encore
differez pour des raifons d'Etat trés impor
tantes .
L'Empereur a tiré deux millions de la
Banque de cette Ville , pour envoyer en
Italie : L'on eft occupé actuellement à imaginer
les moyens de faire un fonds de dix
milions pour les befoins de la
guerre d'Italie
. On cft auffi en traité avec l'Angleterre,
pour que cette Couronne laiffe hiverner un
certain nombre de Vaiffeaux de fa Flotte
dans la Méditerannée ; & l'on doit armer
quantité de Galeres à Naples , afin d'attaquer
conjointement, au commencement de
la Campagne , le Royaume de Sicile.
L'Empereur a remercié les troupes Bavaroifes
& Saxones de leurs fervices , par ce
que les Païs hereditaires lui fourniront vingt
mille hommes.
On a eu la confirmation , que dans le dernier
Incendie qui eft arrivé à Conftantinople
depuis le 17 Juillet jufqu'au 21 du même
mois , il y a û 51000 maiſons , 2483
boutiques , 170 Mofquées , 120 fours , 1 50
moulins , 120 fours banaux , 150 moulins
à cheval , 80 fours , 78 écoles publiques
116 bains publics , outre les particuliers , &
14 à 15000 perfonnes peries par le feu . Une
Sultane qui avoit autrefois fait les delices
>
DE NOVEMBRE. $39
du Sultan Mustapha I I. * y a perdu des
richelles immenfes , qui confiftoient principalement
en pierreries & en joyaux d'un
tres-grand prix. Cet embrafement a couté à
un Joüaillier Armenien 4000 bourfes de
soo écus chacune.
500
Il y a û deux jours aprés, un Incendie confiderable
à Andrinople , quia duré fept heu
res,fans qu'on en ait encore appris le détail .
Le bruit qui s'étoit répandu que le G. S.
regnant avoit été déposé , eſt faux & fans
fondement . Les Lettres de Turquie portent
au contraire , que S. H. avoit été reçûë à
Conftantinople avec de grandes démonftrations
de joye de la part des Habitans de cette
Capitale , par rapport à la paix avec l'Empereur
; & qu'on travailloit fans relâche
à la reparation & au rétablitlement des
Mofquées , Palais , & maifons endommagées
ou reduites en cendres.
L'Evêque de Paflau Prince de l'Empire
eft attendu au premierjour en cette Ville,
pour facrer nôtre Evêque , Archevêque de
Vienne ; le Pape ayant confenti à cette érection
fur les inftances preffantes de S. M. I.
La Cour a fait partir un Courier pour
l'Italie , avec la repartition des Quartiers
d'hiver pour les troupes Imperiales qui y
font. L'on affure que ce fera dans l'Etat Ec-
* Il étoit frere d' Achmet III. qui regne
à prefent. Ce Mustapha fut déposé aprés
un Regne de buit ans & demi.
Mij
140 LE MERCURE
clefiaftique , la Tofcane , le Parmefan & la
République de Génes . On tient toujours
pour certain que le General Comte de Fleme
ming , eft chargé de la part du Roy & de
la République de Pologne , de demander
à L'Empereur un puiffant fecours de troupes,
pour l'oppofer, en cas de befoin,aux deffeins
des Mofcovites.
Le Comte de Colliers Ambaffadeur des
Etats Generaux , & ci- devant Plenipotentiaire
de L. H. P. au congrez de Paffarovits
, arriva le 19 de Septembre à Andriople.
Le 21.le Chiaoux Bafla prefenta
cette Excellence à l'audience du Grand Vizir.
Le 23. il ût audience du Muphti &
du Caimacan de cette Ville ; le 26. ce Miniftre
ût une nouvelle audience du Grand
Vifir , dans laquelle il reçût les Lettres de
remercîment du Sultan & du G. V. aux
E. G. au fujet de leur mediation . Il en
partit le 3 d'octobre pour continuer fon
voyage à Conftantinople , & le Sultan le
fuivit le 17 du même mois avec toute fa
Cour.
On confirme les deux mariages des Princes
de Modene & de Guaftalle avec les deux
Princeffes Sobieski.
Le Comte de Virmond , qui étoit premier
Plenipotentiaire de l'Empereur à Paffarovits
, eft deftiné pour aller en qualité d'Ambaffadeur
de S. M. I. àla Cour Ottomane.
Le Chevalier Ruzini eft parti en pofte pour
tourner à Veniſe.
DE NOVEMBRE 14t
L
HOLLANDE.
A la Haye le 20. Novembre:

Es Conferences commencerent le 24.
du mois paffé à fe tenir ici , au fujet
de l'execution du Traité de Barriere , & de.
la liquidation des fommes prêtées fur les
revenus des Païs - Bas Autrichiens , fous la
garantie de l'Etat : Mylord Cadogan & M.
Vvithuortk y affiftent en qualité de médiateurs
: Quoi que ce Lord à fon retour , eût
affûré à l'Etat , que le Marquis de Prié ne
viendroit point à la Haye , fans avoir un
ordre pofitifde la Cour Impériale , d'accorder
à l'Etat la moitié des arrérages du fubfide
annuel de soo . milles Ecus , ftipulé
dans le traité de Barriere ; cependant , on
dit que les inftructions de ce Marquis ne
portent point du tout cela ; ce qui fait.
craindre que cette affaire ne traîne encore
fort en longueur , & ne rencontre de grandes
difficultez , d'autant plus que l'Etat eft,
dit- on , réfolu de ne fe point relâcher fur
cet article.
Les Etats de la Province de Hollande
doivent continuer leurs feances pendant
toute cette femaine . Jufqu'icy on n'y a
fait que difputer, fans être convenu de rien.
On y cft occupé à déliberer fur trois points
d'importance
10. L'Affaire de la Quadruple Alliance ¿
$42 LE MERCURE
fur quoi les Villes ne font pas encore d'un
parfait accord , quei que la Provin
ce en général y ait adheré . Quelques Villes
voudroient prefentement qu'on acceptât
les offres de l'Efpagne , touchant la médiation
de L. H. Puiffances, pour terminer les
differends entre les Cours de Vienne & de
Madrid . Les autres qui font en plus grand
nombre , veulent qu'on agiffe en toutes
chofes de concert avec le Roi de la Grande
Bretagne , celui de tous les Princes de
l'Europe , que l'Etat a le plus de raiſon de
ménager. Ainsi , voila une nouvelle difpute
furvenue dans cette Province , au fujet de la
Quadruple Alliance ; mais on ne croit pas
qu'elle foit d'aucune influence.
Le fecond point eft la nouvelle Convention
qu'on doit faire avec le Marquis de
Prié , & le troifiéme regarde le redreBement
-des Finances , & le rétabliffement du crédit
public , qui tombe de plus en plus , aulieu
de fe relever. Entr'autres expédiens , on a
propofé d'établir un fonds affùré , pour acquiter
de tems en tems les obligations de
cette Province,qui perdent préfentement 9.
pour cent. On eft impatient fi cette Propofition
aura quelques fuites , & fi elle fera
portée à une heureufe fin ; ce qui feroit
fort à fouhaiter pour le bien de cet
Etat.
M. Van Borfelen , Miniftre de cet Etat
à Londres , écrit qu'il ne pouvoit obtenir
DE NOVEMBRE.. 143

aucune réponſe pofitive des Miniftres Anglois
, au fujet du payement des arrérages
dûs à l'Etat ; quoi qu'il ne diſcontinuât
point de les folliciter fortement à cette occafion
: nouvelle difficulté qui pourroit retarder
l'adhesion de la République à la
Quadruple- Alliance.
Extrait d'une Lettre de Stroemſtad
du 29. Septembre 1718.
N
Ous attendons icy nôtre fort. S. M•
Suedoife fe trouve actuellement dans.
cette Wille Elle a fait expedier des ordres
pour renforcer fa petite Armée : Les Trouppes
font en marche de tous côte , & arriveront
inceßamment pour le Siege de Fredericfladt
en Norvegue. La faifon fera un peu
mauvaiſe , puifque nous ne pourrons commencer
qu'au mois de Novembre. Voicy le
détail d'une action qui s'est paßée prés de
ce Port il y a huit jours. Les paffages de
Norvegue êtant exactement gardez par les
Ennemis , fa Majefté prit la refolution de
prendre poffeffion d'un petit Port devant
Frederishall . Pour cet effet , le Roy fit partir
une Galere deßus un Lac , pour aller fe
prefenter aux Danois . S'êtant approchez en
affez grand nombre pour canoner nôtre Gails
s'y amuferent pendant une heure s
aprés quoy , Sa Majesté fit partir deux Aks
lere ,
144 LE MERCURE
>
tres Galeres , 4. groffes Chalouppes , trois
grands Radeaux , tous garnis d'artillerie ,
& des troupes fur tous les Bâtimens. Le
Roy , à la tête , commandoit cette expedition
; s'expofant infiniment. Les Ennemis,
quoique fuperieurs en Bâtimens & en artillerie
n'ont tenu ferme que deux heures ,
fe retirant infenfiblement . Sur les 7. heures du
foir, ils fe font éclipfez , & fe font refu
giez fous Frederishali . Le Roy a fait paßer
fa Flotille, s'eft emparé du Port vis- à vis
cette Place , où je crois que nous pafferons
pour aller en Norvegue. Si la nuit n'étoit
pas venue , le Roy les auroit fait attaquer.
RR
Lo
Nove work
I

ن ا و
a ort à afpagne , fait
geurs en on publique , & l'on
n'eft plus en doute qu'elle ne caufe de
grands debats dans les 2. Chambres d'a Par
lement puis qu'on eft affûré que leembres
du Parti pofé s'y préparent Les di”-
po tions de la part des Mécontens & de
Ngocians , n'intriguent pas peu le Minftere
are qu'on luy impate d'être la cau
fe di qui ont été envoyez à l'ira
a taquer la flotte d'Effe
8- il eft cra dre que fi cette affairt.
eamie à fonds par le pariment , com
me il atoute apparence , de ne vare des }
Bin
chanDE
NOVEMBRE. 143
ANGLETERRE.
A Londres le 21. Novembre.
Les Mal-Intentionnez tâchent par toute
forte d'endroits d'aigrir l'efprit du Peuple ,
en éxagerant les pertes des Négocians par
la faifie de leurs effets en Espagne : D'un
autre côté , les Partifans du Ministére ne
manquent pas de bonnes raifons pour ſe
deffendre ; ils font voir la neceffité qu'il y
avoit d'arrêter l'accroiffement des forces
navalles d'Espagne , qui commençoient à
fe faire redouter : Pour cet effet , on releve
toutes les infultes des Efpagnols avant l'action
de Siracufe , & leurs infractions aux
traitez , fur tout par raport au commerce
de l'Amerique ; mais, il y a lieu de croire
qu'elles prendront bien tôt une nouvelle face
, fur tout , fi le Parlement prend des re- file
folutions fermes & conformes aux bonnes
intentions de S. M. Br . , & au bien de toute
l'Europe en general . Depuis que la Cour
eft revenuë de Hamptoncourt , il y a prefque
û tous les jours Comité de Confeil au
Cockpitt dans la Secretairerie du Comte'
de Stanhope Secretaire d'Etat l'on y prepare
les matieres pour être portées au Grand
Confeil , & pour être enfuite prefentées au
Parlement.
Le Capitaine Walton , commandant le
Cantorberi , dans le combat naval contre
Novembre. 1718.
N
2
346
LE MERCURE
la Flote d'Espagne , a été fait Amiral à la
place du feu Amiral Cornvvall , qui eft
mort à Lisbone des bleffures qu'il a reçûës
dans cette action.
L'Amirauté reçût le même jour avis par
un Expiés, que le Chevalier Noris , & neuf
Vaiffeaux de guerre venant de la Mer Baltique
avec le refte de nos Vaiffeaux Marchands
, étoit arrivé à Buoy - de- nore ; ce qui
fait croire qu'on n'apprehende rien de la
part du Czar. Le lendemain , il arriva un
Exprés de Plimouth , avec l'avis qu'il y étoit ly
entré quatre Vaiffeaux de guerre venant
de la Méditeranée . On a reçu avis que
les Vaiffeaux l'Empereur & le Neptune de
360. tonneaux, avoient été pris par les Pirates
en venant de la Caroline .
Mift , l'Imprimeur du Papier , intitulé la
Pofte du Samedy , a û l'imprudence d'imprimer
un Poëme , ou Libelle le plus fcandaleux
qui ait encore paru contre le Gouvernement.
Il a été arrêté le 11. au foir par
trois Meffagers qui avoient faifi un grand
nombre d'exemplaires dans fa maifon . Cependant
, il a été relâché le 16. ayant accufé
deux de fes ouvriers d'avoir imprimé
ces Libelles à fon infçû.
On a envoyé des copies du Traité de
quadruple Alliance , figné le S. ce de mois
par
les Miniftres du Roi de Sicile , à Paris
à Vienne & à Turin , pour y être ratifiées .
M. Wiffelovvocki Refident de Mofcovie,
DE NOVEMBRE . 147
ût la femaine paflée audience du Roi , à
qui il communiqua les nouveaux ordres du
Czar fon Maître , pour offrir à S. M. Britanique
d'entrer avec elle dans une étroite amitié
afin d'obliger le Roi de Suède d'ac-
- cepter des conditions raifonnables de Paix ;
yayant toute apparence que les Conferences
qui fe tiennent à Aland , feront infructucufes.
.
Le George , Vaiffeau appartenant à la
Compagnie de la Mer du Sud , eft arrivé à
Plimouth de Buenos Ayres ; ayant à bord
130000. pieces de huit & quantité d'autres
marchandifes.
Le Mary , Yacht , ayant à bord le Marquis
de Monteleon , fit voile de Greenvich
le 13 pour la Hollande , d'où le même
Yacht doit ramener le Comte de Cadogan
dans ce païs- ci.
a
On apprend par les dernieres Lettres de
Turquie, que la Porte eft dans le deflein de
renouveler la Trêve avec le Czar, étant reconnoiffante
de ce que ce dernier Monarreligieufement
obfervé le tous les traitez,
tems que la Porte Ottomane étoit
en guerre avec S. M. Imperiale , il paroît
que le Sultan ne trouve point mauvais
que S. M. Czarienne cherche à fe faire
payer par voye militaire , des fommes .
qui lui font dûes par la Pologne.
par
La Cour a jugé à propos de caffer quatre
Regimens de Dragons ; fçavoir , Terrill ,
Nij
148 LE MERCURE

Hotham, Stanhope & Moulfworth.
Un vailleau de 40 Canons & de 300
hommes d'équipage , ayant commiffion
de l'Empereur qui a été équipé à Wolvvich,
a mis à la voile pour aller croifer dans la
Mer du Sud contre les Espagnols.
La femaine paffée , les Seigneurs de l'Amirauté
reçûrent la confirmation que les
Efpagnols avoient faifi une petite fregatte
& 25 vailleaux marchands dans leurs ports .
Les Miniftres du Roy de Sicile ont confir⚫
mé les avis qu'on a reçûs , que leur
Maître avoit livré Melazzo aux Imperiaux
pour en faire une place d'armes. M. Joffreys
partit le 25 d Octobre , pour fe rendre à
Peterbourg auprés du Czar.
On tient pour certain que Sa Majeſté
Catholique à refufé le projet qu'on lui a
prefenté, & que le Marquis de Nancré s'eft
retiré , fuivant les ordres de la Cour de
France. Il paroît par les lettres que nous
recevons d'Hol . que les négociations , par
rapport à la Barriere & à la quadruple Alliance
avec les E. G. ne font pas encore terminées.
A Solfone le ro. Novembre.
Nde la garnifon de
Mequinença , que
Ous avons appris par deux Officiers
la Bête monftrucufe , dont on a parlé dans
DE NOVEMBRE. 149
le Mercure de Septembre, avoit été tuée le
ro. de l'autre mois , à 5. lieues dans les
montagnes entre Tortole & Mequinença .
C'est un détachement de Grenadiers & de
Dragons qui ont delivré le païs des ravages
de cette bête feroce. Il est étonnant.
combien elle a étranglé & devoré de perfonnes
& de beftiaux : Elle s'eft fait voir dans
prefque toutes les montagnes d'Arragon ,
& en plufieurs endroits du Royaume de
Valence & de Navarre . Ce monftre a été
apporté le 11. à Tortofe où on l'eft venu
voir de toutes parts par curiofité.
Inant
A Naples le 6. Novembre.
Larriva icy le 26. du paffé un Lieutenant
depêché de Melazzo , par le General
Comte de Caraffa , avec avis qu'ayant
été refolu dans un Confeil de Guerre d'attaquer
les Espagnols ; nos Troupes , com
polées de 8. Bataillons & 6. Efcadrons ,
avoient attaqué les ennemis le is . du paffé
à la pointe du jour : Elles étoient commandées
par le General Caraffa ; & les
Piemontois , au nombre de 500. par le
Chevalier Borola . Le combat fut d'abord
fort fanglant & fort opiniatre ; mais , mal.
gré la bravoure des Efpagnols , les nôtres
les pouflerent d'abord de toutes parts , for
cerent leurs lignes, & fe rendirent maîtres de
leurs canons & de leurs tentes : Pen-
Nij
250 LE MER CURE
dant que nos Troupes victorieufes s'otcupoient
à encloüer le canon des ennemis ,
à miner quelques maifons fortifiées , & à
s'abandonner au pillage , ils donnerent le
tems aux Efpagnols de fe r'allier . Ceux- cy ,
ayant été heureufement renforcez à tems
par 5. Bataillons , ils obligerent à leur tour
les Imperiaux & les Piemontois à reculer ,
& ils poufferent fi vivement leur pointe ,
qu'ils les forcerent à fe retirer la plupart en
defordre dans Melazzo , & culbuterent le
refte dans la Mer. Il ne fut pas poffible à
nos Generaux de rétablir ce defordre qui
nous a couté Soo hommes & plus de 200 .
prifonniers , parmi lefquels fe font trouvez
le General Veterani & le Chevalier Borola.
On faifoit état que les Efpagnols avoient
perdu dans cette action prés de 2000 hommes
, tant tuez , bleffez , que faits prifonniers.
Entre ces derniers , fe trouve le
General Comte de Zaveghem qui eft auffi
bleffé , outre un Lieutenant Colonel & 20.
Officiers. Le 16. nos Troupes continuoient
à travailler aux fortifications de Melazzo , &
les Efpagnols à tirer une ligne jufqu'à la
Mer , fe tenant toûjours en ordre de bataille
. Comme on ne ceffe pas de faire paffer
des Troupes dans la prefq'Ifle ou Cap
de Melazzo , tant des côtes de Calâbre
que de Génes , on s'attend à tout moment
qu'il y aura une feconde action qui décidera
pour l'une ou l'autre partie du fort de la
Sicile .

DE NOVEMBRE.
A Livourne le 8. Novembres
Idecor, pava le 3. icy au nombre de
E convoi parti de Génes le 28. Octobre
17. Bâtimens , efcortez par 2. Vaiffeaux
de guerre Anglois & un Napolitain. Ils
ont beaucoup fouffert depuis leur départ ,
tant par le mauvais tems qu'ils ont elluyé ,
que par les maladies. On a vû pendant
quelques jours flotter le long de cette côte,
quelques débris de Vaiffcaux & des cadavres
d'hommes & de chevaux . Il y a apparence
que ce font quelques Bâtimens de
cette Flotte , qui ayant été difperfcz par
la tempête , ont été jettez fur des rochers,
entre cotte. Ville & Gennes , où ils ont été
brifez & font péris avec leurs charges.
D'autres ont été portez vers les côtes de
F'Etat Ecclefiaftique , & quelqu'uns même
vers les côtes de Barbarie. On n'a point û
nouvelle qu'aucun de ces Bâtimens foit arrivé
en Sicile , où ils devoient aller débarquer
ces Troupes ; & l'on ne fera informé
au jufte du detail de ces naufrages , que par
le retour de plufieurs de nos Bâtimens qui
font attendus icy inceffamment de Naples,
de Sicile , des Ports de France & de Génes.
Il y avoit environ 5000. hommes embarquez
fur cette Flotte : On ne fçait point
encore s'ils iront en Calabre , ou s'ils rifqueront
de paffer à Melazzo ; on affùre
Niiij
152 LE MERCURE I
cependant qu'il y a des ordres précis de la
Cour Imperiale pour les aller debarquer
dans cette derniere Place .
Relation de ce qui s'eft .paffe an Siege de
Melazzo , depuis la prife de Meffine
les Espagnols , traduite de l'Efpa- par
gnol.
A Meffine le 1. Novembre.
A Citadelle de Meffine & le Château
Lde S. Sauveur , ayant été obligés de fe
Tendre aux efpagnols par capitulation , le
29. Septembre dernier , la Garniton qui
étoit compofée de Troupes Allemandes &
Piemontoifes , fut tranfportée , fuivant les
articles convenus , à Regio en Calabre.
Aprés la reddition d'une Place fi importante
, M. le Marquis de Lede , Viceroy
de Sicile , & General en chef des Troupes
de S. M. C. difpofa toutes chofes pour la
reduction de Melazzo qui étoit déja bloquée.
Pour cet effet , il donna fes ordres
pour y conduire un train d'artillerie qui
devoit toûjours cotoyer la Mer. Pendant
qu'elle étoit en marche , les Vaiffeaux ennemis
s'étant approché de la côte pour
l'interrompre , on tourna cette artillerie
contr'eux , & on les contraignit bientôt à
s'en éloigner avec perte. Les Troupes qui
en faifoient le blocus , commencerent alors
DE NOVEMBRE, 133
les travaux devant cette Place pour l'affieger
dans les formes. Cependant, il arrivoit de
Meffine au Camp de jour à autre des
Troupes , tant Infanterie que Cavalerie , avec
toute forte d'attirails de guerre.
La Ville haute & le Château font deffen- ..
dus par les Piemontois , & la Ville baffe
par
les Allemands , au nombre de 2000. qui
font les mêmes Troupes qui ont évacué la
Citadelle de Meffine : Car , à l'égard de
celles de Savoye , elles font pallées de
Regio , partie à Siracufe , partie à Trapani,
Le 13. pendant que l'Armée Espagnole
difpofoit tous les travaux , pour placer les
batteries , nôtre artillerie étoit déja arrivée
à la hauteur de Caftania , entre la Tour
du Fare & Melazzo . Deux Bâtimens Anglois
& 3. Galeres de Naples , qui eſcortoient
plufieurs Tartanes chargées de Troupes
Allemandes , fe firent voir , & firent
encore une nouvelle tentative pour troubler
la marche de cette artillerie : Mais ,
nos gens ayant braqué,comme la premiere
fois , nôtre canon contre ces Navires ,fit un
fi grand feu , que l'ayant mis à un de ces
Bâtimens , il fauta en l'air avec 300. Imperiaux.
Il ne s'en fauva que 13. qui vinrent
à terre fe rendre à nôtre difcretion
parmi lesquels il y en avoit quelqu'uns à
demi- brulez .
D'un autre côté , les ennemis voulant
fe vanger des Liparotes qui vont continuellement
en courfe contr'eux , plufieurs
154
LE MERCURE
Vaiffeaux Anglois , Galeres & Balandres ,
parurent devant Lipari le 6. d'Octobre .
Les Commandans de cette Flote propoſerent
d'abord aux habitans de fe foûmettre
à Charles VI. qu'autrement , ils feroient
expofez à voir leur Ville reduite en cendres.
Les Liparotes répondirent qu'ils nè
connoiffoient point d'autre Maître ni d'autre
Souverain que Philippe V. & qu'ils
étoient bien refolus de fe deffendre . Aprés
cette reponte , les ennemis jetterent quelques
bombes fur cette Place ; mais quelque
tems aprés , ils furent obligez de s'éloigner
par le feu du canon des remparts ,
fans retirer d'autre fruit de cette expedition,
que d'avoir quelques- unes de leurs Balandres
maltraitées , & d'avoir engagé ces
Infulaires à continuer leur courfe avec plus
d'animofité qu'auparavant.
Nôtre Viceroy ayant eu avis que 40. au
tres Tartanes chargées de Troupes Allemandes
, venoient de Naples à Melazzo ,
partit la nuit du Jeudy 13 pour fe rendre
devant cette derniere Place : Il donna
fes ordres auparavant de continuer tous les
préparatifs qui étoient deftinez pour le
nouveau Camp. La nuit du 13. & 14. au
matin , les annemis débarquerent leur convoi
de Troupes au couchant de cette Ville .
Il faut remarquer qu'on avoit déja dreffé
nos batteries du côté du levant . Voicy la
fituation de Melazzo. Cette place eft comme
attachée à la terre ferme , à la tête
DE ISS.
7
NOVEMBRE.
3
d'une espece de peninfule qui avance 2000
en Mers & c'est ce qui forme le promontoir
ou cap de cette Vlle : Mais , elle a
peu de largeur. La Ville haute , [ Città
murata eft placée fur la premiere coline
de ce cap proche la terre ferme. Elle eft commandée
parun Chateau planté fur une éminence.
A l'entrée fe trouve un Fauxbourg
où eft la Ville baffe , qui eft baignée des
deux Mers du levant & du couchant ; &
c'eft vis- à - vis cette Ville baffe que nous
faifons prefentement nos attaques.
Le 14. les Generaux Allemans , informez
qu'un corps compofé feulement de
6000. Efpagnols , s'étoit mis en marche
aprés la prife de la Citadelle de Meffine
pour affiéger Melazzo , prirent la refolution
de transporter toutes leurs Troupes ,
diftribuées fur la côte de Calabre , à la
pointe du cap de cette Place : Ils y joi
gnirent encore le refte de la Garnifon qui
avoit deffendu les Forts de Meffine. Toutes
ces Troupes confiftoient en 8000. hommes.
Lorfquelles y furent affemblées , leurs
Generaux porterent l'aîle droite vers la
Mer ; & en appuyant leur ligne gauche du
côté de la Place ils laiflerent dans le
centre le Couvent de S. Pepin. Cette derniere
ligne étoit défendue par un grand
retranchement de terre. Par cette difpofi
tion ils avoient formé le deffein d'attaquer
& de renverfer le corps de Troupes
>
156
LE MERCURE
fpagnoles , qui occupoit & embra floit fur
une même ligne la Place depuis une Mer
jufqu'à l'autre. Is croyoient pouvoir reuffir
dans leur projet , avant que les autres
Troupes de l'Armée Espagnole cuflent le
tems de fortifier cette ligne : Ils reſclurent
en mêmetems de fe fortifier dans leur camp,
non feulement pour empêcher les operations
du Siege ; mais encore , pour tenter quelque
entrepriſe confiderable.
Ce deffein , quoique bien imaginé , &
cependant mal executé , fut bientôt com.
pris par les Generaux Efpagnols , lorfqu'ils
eurent vû debarquer un convoi fi nembreux.
Pour faire échouer cette entrepriſe
M. le Marquis de Lede , accompagné de
plufieurs Officiers Generaux , marcha fur le
minuit avec un Regiment de Cavalerie , après
avoir donné ordre que la Brigade d'Irlande
& les Gardes Walones le fuiviffent.
Cette Infanterie l'ayant joint le 14. les En
nemis fortirent le 15. de leur camp , avant
le jour : Ils fe rangerent en ordre de bataille
, à la tête de leurs retranchemens
avec un corps d'onze bataillons Allemans ,
d'un bataillon Savoyard , & de 8. à 900 .
chevaux ; le tout commandé par le General
Caraffa. Le Comte Veterani Lieutenant
General qui commandoit la Cavalerie
, fit approcher de terre , à la gauche de
la ligne des Efpagnols , quelques Galeres &
Troupes de débarquement ; afin de pou
>
DE
NOVEMBRE.
157
voir incommoder cette ligne du feu de l'artillerie.
A la droite , il fit faire la même -
manoeuvre à quelques Bâtimens légers
fuivis de plufieurs Felouques , dans la vûë
d'allarmer & de tenir en échec de toutes
parts , les afpagnols , en feignant un débarquement.
A la pointe du jour , les Allemans
attaquerent nos poftes avancez , qui
étoient défendus par differens Piquets tirez:
de plufieurs Regimens . Ceux- ci , aprés une
vigoureuſe reſiſtance , ſe trouvant accablez
par la fuperiorité des ennemis , furent défaits.
Ils firent prifonniers une partie des
Piquets qui refterent , & l'autre partie cut
le tems de regagner le camp .
Aprés ce premier avantage , les Allemans
marchant en bon ordre , tomberent avec
beaucoup d'audace fur la gauche des Ef- .
pagnols & fur leur centre. Les Regimens
de Milan , de Guadalaxara , de Caftille
ďArragon , & d'Utrecht occupoient ces
poftes. Ils attendirent l'Ennemi de pied
ferme , & le repoufferent avec une égale
valeur ; jufqu'à ce que fe trouvant accablez
par le grand nombre des Allemans ,
ils fe virent dans la neceffité d'abandonner
deux fois leur terrein . Les Ennemis
s'étant avancez pour l'occuper , ils en furent
repouffez & chaffez autant de fois ;
les Espagnols retournant toûjours à la charge
pour le regagner. Enfin , cette ligne
gauche ayant été forcée pour la troisième
158
LE MERCURE
fois , la Cavalerie ennemie eut la facilité
de pénétrer jufqu'au camp des Efpagnols .
Son intention étoit de s'avancer jufqu'à
nôtre droite , pour prendre nôtre Infanterie
par derriere, en même tems que l'Infanterie
Allemande l'attaqueroit par le flanc :
C'eft ce que la Cavalerie & l'Infanterie-
Allemande exécuterent,faifant l'une & l'autre
des efforts extraordinaires , pour enfon-
-cer nôtre ligne. Mais , le Regiment de Milan
ayant fait une décharge de toute fa
moufqueterie fur cette Cavalerie Imperiale,
la maltraita de maniere , qu'elle ne put
point executer fon deflein.
L'Infanterie ennemie qui fe croyoit déja
victorieuſe , ayant forcé nôtre gauche , s'avançoit
fierement pour attaquer , fuivant
fon premier plan , le centre de nôtre ligne .
Dans cet intervalle , les Gardes Elpagnoles
ayant quitté leur pofte de la gauche,
marcherent en corps de bataille , pour
s'emparer des poftes avancez où nos Piquets
avoient été battus au commencement de
Faction . La Brigade d'Irlande eut auffi ordre
de s'avancer , pour arrêter l'impetuofité
des Ennemis : Elle fit une décharge de
fa Moufqueterie à travers le flanc de leurs
bataillons ; nos gens dégarniffant toûjours
leur droite , pour pouvoir attaquer & cou
per le centre des Ennemis , ainfi qu'on en
étoit convenu ; cela fut exécuté fi à propos
avec tant de courage qu'ils mirent la
DENOVEMBRE.
159
confufion & le défordre parmi les ennemis .
Peu aprés , ils furent inveftis par le Regi
ment de Cavalerie Farneze , commandé par
Je Duc d' Atri i par celui deSalamanque , les
Dragons d'Hollande & de Portugal. Quoique
ce fut dans un terrein planté de vignes,
& que nos troupes euffent affuyé 3. groffes
charges , ils forcerent l'ennemi à fe refugier
dans fon camp & dans la place de Melazzo
, où les Efpagnols les menerent battant
à grands coups de bayonnettes & d'épées
, avec un grand carnage.
A l'égard des Gardes Elpagnoles , elles
attaquerent deux bataillons que les ennemis
avoient placés dans les poftes avancez, &
d'où ils avoient chaffé nos Piquets afin
de pouvoir foûtenir leur compagnons , &
accourir où il feroit neceffaire. Mais , ils
furent encore mis en deroute , & pourfuivis
par nos Gardes à coups de bayonnettes
jufques dans leurs propres retranchemens.
Et comme les Allemans qui avoient été
battus par la Brigade d'Irlande , avoient
été contrains de paffer , en fuïant , devant
les poftes occupez par les Gardes Efpagnoles
; ils en furent fi mal reçûs par le feu
continuel qu'elles faifoient fur eux , qu'elles.
fe trouverent dans la neceffité de fe jetter
dans la Mer par la gauche de nôtre ligne .
Car , tous ceux qui ne purent ou n'curent
le tems de fe jetter dans la Place ou
dans leurs retranchemens , n'eurent point
pas
160 LE MERCURE
d'autres reffources pour tâcher de fe fauver
que le chemin de la gauche. Leur Infanterie
& leur Cavalerie y fouffrit beaucoup
, malgré le feu que faifoient leurs
Galeres fur la droite du camp rfpagnol ,
comme nous l'avons déja dit .
Le combat a duré prés de trois heures
avec beaucoup de courage & d'habileté de
part & d'autre ; de maniere que la poudre
& les munitions ayant manqué aux deux
Armées , quoique quelqu'uns des Imperiaux
euffent 60. coups à tirer , on s'eft battu
pendant long-tems à coups de bayonnettes
& d'épées ; ce qui a couté beaucoup de
fang aux uns & aux autres .
La perte des Ennemis , fuivant leur propre
aveu , fe monte à 3000. hommies , tant
morts , bleffez , que prifonniers 5, en y comprenant
800. Grenadiers , qui étant d'abord
au nombre de rooo . entamerent le combat.
On eftime que leur perte eft encore plus
grande On en juge par l'affectation qu'ils
ont à la diminuer .
:
Leur Cavalerie a perdu environ 300.
hommes , tant tucz , bleffez que prifonniers
, avec 150. chevaux puiſque l'on
fçait qu'il eft entré dans la Place 200.
chevaux démontez . Tous les Piémon
tois qui font fortis de la Ville pour combattre
, font reftez fur le champ de bataille
.
On ne peut pas fçavoir précisément au
jufte.
DE NOVEMBRE. 161
jufte le nombre des prifonniers ; parce que
plufieurs ayant pris , auffi tôt aprés le combat
, parti dans differens Regimens de nôtre
Armée , il eft difficile d'en fçavoir le
conte . Mais , on fuppofe qu'ils vont
1000. y compris 250. bleffez qui font dans
les Hôpitaux. Il y a de plus , 58. Officiers
pris de tous dégrez , avec le Comte Veterani
Commandant General de la Cavalerie.
Le nombre des Officiers morts n'eſt
pas peu confidérable. Il y a entr'autres 'un
Maréchal de Camp on leur a enlevé
deux Drapeaux , & ils conviennent en avoir
perdu trois ou quatre , ainfi que quelque
Etendarts.
La perte des Espagnols ne fe monte pas à
1030. hommes . On en compte environ joo..
de tuez, prés de 400. bleffez , 100. priſonniers
& autant que les ennemis ont pris au
piquet.
Entre ceux des nôtres qui fe font le plus
diftingué dans cette glorieufe Journée , aprés
M. le Marquis de Lede Capitaine General
, qui s'eft fait voir par- tout dans le
plus grand feu , tant à la tête de l'Infanterieque
de la Cavalerie ; on nomme I.M. de
Lede , Lieutenant General de Cavalerie ,
qui eft frere cadet de M. le Marquis de Le de
Capitaine General , & qui a été dangereufement
bleffé d'une balle qui lui a traversé
en même tems le bras & le côté. II. D. Jo
feph d'Armandaris Lieutenant General, qui
0
162 LE MERCURE
étant de garde,fut le premier qui fe trouvang
à l'action, accourant par tout, & donnant les
ordres néceffaires . III . D. Jerôme de Solis
Marêchal de Camp , qui a toûjours été à la
tête de l'Infanterie. IV . Le Comte deClims
Lieutenant General qui s'étoit mis à la tête
du Regiment des Gardes Walones dont
il eft Lieutenant Colonel . V. Le Comte de
Roy de Villé qui a fait la même chofe
ainfi que M. de Réves Marêchal de Camp .
VI. M. le Comte de Zaveghem Marêchal
de Camp , lequel , comme nous l'avons dit,
a défendu avec les Piquets de l'Armée les
poftes avancez,avec toute l'intrépidité imaginable
, jufqu'à ce qu'il ait été bleffé &
fait prifonnier. VII. D. François d'Eboli
& D. François, Michel de Pueyo, Colonels
des Regimens de Milan & de Caftille..
D. Emanuel de Sada Colonel du Regiment
d'Arragon , & particulierement D. Joſeph
d'Almazan Colonel du Regiment de Guadalaxara
, qui ayant été accablé par les
Ennemis , a été mortellement bleffé , ainfi
que fon Lieutenant Colonel & fon Sergent-
Major. D. Carlo Francefco Doctigghem
qui a été auffi mortellement bleffé . D. Lucas
Ferdinand Patigno Colonel du Regiment
d'irlande qui a commandé , comme
le Colonel le plus ancien , la Brigade Ir-
Jandoife qui s'eft fi fort diftinguée ; fon
Lieutenant Colonel ayant été dangereufement
bleffé avec trois Capitaines tuez . Le
DE NOVEMBRE. 165
Duc d'Atri Colonel du Regiment de Cavalerie
de Farneze , a reçu une profonde
bleffure au bras.
Il n'eft pas poffible que dans une action
fi fanglante , & fi opiniâtre , il n'y ait cu
de tuez ou ble ffez plufieurs Capitaines &
Officiers fubalternes , tant Efpagnols qu'Irlandois.
Nôtre Infanterie s'y eft furpaffée',
& elle a forcé par fa valeur & fon intrepi
dité , l'ennemi à convenir qu'il n'avoit ja
mais vû des troupes fe battre avec plus de
courage & faire un plus bean feu.
Il faut remarquer que les Ennemis fe
croyoient fi furs de la victoire , qu'ils retinrent
quelques Patrons de Barques Malthoifes
, afin qu'ils portaffent auffi-tôt lá
nouvelle de la deffaite de l'Armée Efpagnole
à Meffine & autre part. Peu de tems
aprés cette action , les Gardes Walonnes ,
la Brigade de Savoye , & autres corps de
Cavalerie , Dragons & Infanterie , commencerent
à arriver au Camp.
Nombre des Officiers pris , tuez on bieffer
dans l'Infanterie Espagnole.
Deux Officiers Generaux ; un bieffé &
un prifonnier.
Officiers des Gardes Espagnoles .
Un mort , & deux prifonniers .
Du Regiment de Caftille.
Trois bleffez & un prifonnier.
O ij
164
LE
MERCURE
Du Regiment de Guadalaxara .
Quatre morts , 13. bleffez & 3 prifonniers
Du Regiment de Bourgogne.
Huit bleffez.
Du Regiment de Milan.
Cinq bleffez.
Du Regiment d'Arragon
Un mort , 5. bleffez .
Du Regiment d'Irlande.
Un mort , 5. bleflez .
Du Regiment d'Ultonia,
Quatre morts , 5. bleffez.
Du Regiment d'Ibernie.
Quatre morts , 10. bleffez.
En tout 16. Officiers morts , 52 bleffez
& 7. Prifonniers.
Nombre des Officiers pris , tuez on bleffez
dans la Cavalerie & les Dragons.
Regiment de Farnefe .
Le Duc d'Atri Colonel , bleffé , 7. au
tres bleffez & 2. morts.
Regiment de Salamanque.
Cinq bleffez & 2. morts.
Regiment de Batavia ou d'Hollande.
Trois bleflez , 2. morts & un prifonnier
En tout 19. bleffez , 11 , morts & un
prifonnier.
DE NOVEMBRE. 165
Officiers ennemis & Soldats bleffez.
Trois Capitaines , un Lieutenant , quatre
Sous -Lieutenans & 250. Soldats .
Officiers prifonniers.
· Le Comte Veterani Lieutenant General ,
5. Capitaines , 8. Lieutenans , 2. Sous-
Lieutenans & un Maréchal des Logis.
En tout 8. Officiers & 250. Soldats blefſez
, avec 17. Officiers prifonniers.
SPECTACLES.
N reprefenta pour la premiere fois le
18. Novembre , la Tragedie nouvelle
Oedipe par M. Arouet : je crois
devoir attendre le mois prochain pour en
donner l'Extrait. Pierre Corneille , comme
on fçait , a traité le même fujet ; mais ,
fans faire tort à ce grand homme , fi refpectable
par tant d'autres endroits, on peut
dire que la Piece du jeune Auteur a par
plus nette , & moins chargée d'évenemens
que la fienne. Aprés tout , il faut l'avouer ;
les fautes de Corneille étoient des preceptes
pour M. Arouet , & des preceptes d'un
ufage fûr. Ainfi, ce n'eft pas en les évitant
ces fautes , qu'il a le plus montré fon habileté
, puifqu'on ne fait pas ce qu'il en
166 LE MERCURE
feroit arrivé , fi le peu de fuccez d'un autre,
ne lui avoit été comme un exemple du
mieux. Il brille cependant tant d'art & tant
genie dans la nouvelle Piece , qu'on n'eſt
peut - être pas bien fondé à croire qu'il ait
û befoin que celle de Corneille ait precedé
la fienne. Nombre d'honnêtes gens & de
bon goût , difent que cette Tragedie eft
admirable , tous les Spectateurs en generat
l'eftiment beaucoup ; & tous les Caffez la
critiquent Les plus beaux Ouvrages n'ont
jamais û un fort plus avantageux.
LA
Le Procés des Théatres.
A défolation des deux Comedies ,
dont le fuccés fait l'éloge , a donné
l'idée d'une autre petite Piece fur le même
fujet , qui a été reprefentée le 20. Novembre
fous le titre du Procés des Théatres:
On feint que la Mufe de la Comedie
Françoife & celle de la Comedie Italienne
juftement irritées contre la Foire , vont
porter leurs plaintes au Dieu du Pinde , des
manieres outrageantes que cette Mufe pretendue
a euës pour elles , & du dommage
confiderable qu'elle apporte par fa licence,
aux deux principaux Theatres qu'Apollon
ait fous fon Empire , que ces deux Comedies
font fur le point de tomber dans les
mépris & dans l'oubli , fi pár fou équité il
me punit cette infolente , en la reduifant
DE NOVEMBRE. 167
dans un état à ne pouvoir leur nuire ni
faire tort au bon goût . Apollon leur promet
de leur rendre juſtice , & leur dit de
fe retirer pour un moment . Il appelle Mo
mus , & lui dit d'aller chercher le Genie
de la Foire. Momus part , & pendant co
tems-là , Apollon le fait inftruire par Ar◄
lequin de l'origine & des raifons qui ont
fait naître ce procés. Arlequin les lui déduit
d'une maniere fort embrquillée , &
lui dit qu'il peut juger quand il lui plaira ,
puifqu'on décide tous les jours des affaires
dont les Juges ne font pas mieux inftruits
que lui. Momus revient avec la Foire .
Apollon s'affit & ordonne à Momus de
faire entrer les deux Comedies , elles vien
nent fuivies , l'une , d'un Sganarelle & d'un
Crifpin & l'autre , d'un Arlequin & d'un
Scaramouche. Apollon fait mettre la Foire
fur la fellette , lui dit de répondre aux
chefs d'accufation que l'on va propofer
contre elle ; & ordonne à la Mufe Françoife
de plaider : Celle- cy , entre auties
raifons , dit que fon Theatre eft le centre
de la majesté & de la grandeur ; que c'eft,
à elle feulle qu'appartient de remuer les
paffions , & pour le prouver , elle declame
des vers de Racine , en joignant à la dé,
clamation la grace de la charge ou de l'i
mitation. La Foire répond à cela qu'elleémeut
les paffions auffi bien qu'elles que ,
par exemple , lorfqu'il faut infpirer de la
LE MERCURE
compaffion, un or, écoutez petits & grands,
eft immanquable ; & que pour donner' de
la joye , il n'eft rien tel qu'un flon flon fion
la rira don daine. A ces mots , la Comedie
Françoife s'évanoüit , en affûrant Apollon ,
que proteger la Foire , c'eft lui donner la
mort. La Mufe de la Comedie Italienne
prend enfuite la parolle , & foûtient qu'on
doit l'interdire à l'Accuſée , puiſqu'elle ne
s'en fert que pour des traits groffiers & fatiriques
; que c'eft elle qui eft feulle en poffeffion
de chaffer le chagrin & l'ennuy , &
quelle ne veut pour le prouver , que le
proverbe ordinaire qui dit , que quand on
voit un homme au partere de la Comedie Italienne
, on peut dire qu'il a laißé fon chagrin
chez lui , pourvû qu'il ait laillé fa
femme; que d'ailleurs , la Foire n'étant qu'une
ufurpation , & une nouveauté fortie des
ruines de l'ancienne Comedie Italienne, elle
ne doit pas avoir la temerité de paroître &
de parler ; mais plûtôt , de garder un jufte
& parfait filence. Enfin , elle conclud à
ce quelle foit reduite à fa premiere inftitution
; c'est-à- dire , qu'elle foit condamnée
aux fauts & à la corde.
Apollon fuffifament inftruit des raisons
de l'une & de l'autre partie , & confiderant
l'équité qu'il a de fupprimer un fpectacle ,
dont les productions ne peuvent être que
comme les bons intervalles d'un infenfé , &
de foûtenir deux Theatres égallement vrays
&
DE NOVEMBRE. 169
.
& raifonnables ; Apollon , dis- je , pro
nonce fon Arreft , & condamne la Foire
á un éternel filence , fans qu'il lui foit permis
d'en appeller. Les 2. Comedies triomphantes
remercient Apollon & fortent
avec lui. La Foire s'étoit imaginée , qu'un
Juge auffi équitable & auffi éclairé que
celui qui la vient de condamner , fe laiffe
foit éblouir par quelques brillans que le
hazard feul lui avoit fourni;mais le voyant
defabusée , & fçachant d'ailleurs que tous
les moyens de faire retracter ce Dieu , font
interdits , quand l'équité & la raifon luy
ont dictés fes Arrefts ; elle refte feule confufe
& defolée : Mais paffant bien- tôt,
du chagrin au depit , & du depit à la fureur
, elle s'exhale en reproches & en injures
, contre l'ingratitude de fon coufin l'Opera
,qui , malgré tout le bien qu'elle lui a
fait , & la focieté où ils ont été fi longtemps
, l'abandonne dans le moment où
fon fecours lui feroit fi neceffaire pour
deffendre fes droits , en confervant les fiens
propres. Son defefpoir ne lui permet pas
de refter plus long- tems , elle fort pour
chercher fon perfide coufin , & jure de le
bien étriller , elle le rencontre .
L'Opera qui avoit appris le fort de fa
coufine , vient pour la chercher ; & ne
la trouvant point , fe plaint de fon abfence,
& la demande , felon fa coûtume , aux bois
& aux échos d'alentour . Ses voeux font .
Novembre 1718.
P
170 LE MERCURE .
exaucez , elle revient , & fait à fon coufin
tous les reproches que la paffion lui fuggere
: Son defefpoir la jette dans une efpece
de frenefie qui lui caufe des fureurs ;
puis revenant à elle , & fentant à fa foibleffe
qu'elle eft proche de fa fin ; elle
pardonne à fon coufin tout le mal qu'il lui
a fait , & le prie de fe fouvenir d'elle ; mais
les forces lui manquant , & voulant mourir
fur le grand ton , elle recite heroique .
ment plufieurs vers , & finit par celui - cy ,
en fe jettant dans les bras de l'Opera .
Reçois , mon cher coufin, l'ame de ta
confine.
Elle lui rend l'efprit , & l'Opera par reconnoiffance
, l'emporte avec lui. Dans le
même moment , les deux Comedies viennent
avec leurs fuittes , apprennent la
nouvelle de la mort de la Foire leur commune
ennemie , & fe jurant une amitié
fidelle , elles témoignent leur joye par des
chants & par des dances , où les deux
fuittes , pour marquer leur union , s'embraffent
& fe meflent les unes avec les autres.
Ee divertiffement eft terminé par un
Vaudeville, dont voici les couplets, & dont
on trouvera l'air noté aprés l'air ordinaire.
du mois.
VAUDEVILLE .
Nous n'avons plas de voeux à faire
Chez nous Paris abondera ,
DE NOVEMBRE 171
Notre galere laire lanlaire , oh gué lon la
Notre galerefans vent contraire voguera .
Une Actrice Italienne .
La Foire eft contrainte à fe taire ,
Notre Troupe triomphera ,
Notre galere , &-.
La Comedie Françoiſe
Long - tems de ma jufte colere
La Foire fe reffentira
Notre galere , &c.
La Comedie Italienne.
Au public nefongeons qu'à plaire
Abon port il nous conduirá.
Nôtre galere , & c.
Arlequin.
Notre Apollon eft le partere ,
Quand pour nous it decidera .
Notre galere , &c.
味蘿

wit
Pij
172 LE MERCURE
EPITRE
A M. le Chevalier de S. Jory ,
contre l'Opinion.
Par Mlle. de Lu.
Oi , dont l'efprit par la raifon guidé,
TN'adopte rien s'il n'eft perfuade ;
A qui jamais la ferville habitude
N'a tenu lieu de lumiere & d'étude.
Damon , dis moi , d'où vient que les mortels .
Pour de faux biens quittent des biens réels ;
Toûjours au vrai préferent l'impofture ;
Et méprifant de la fage Nature
Les riches dons , les plaifirs innocens ,
Plaifirs de l'ame , auffi bien que des fens ,
Courent aprés de frivoles chimeres ,
Dont fi fouvent les faveurs font ameres ?
Ces mouvemens qui maîtrifent nos coeurs ,
Ces vains defirs de gloire , de grandeu : s ,
Ces fentimens de tendreffe & de haine ,
Qui chaque jour nous mettent à la gêne
Dont les plaifirs ne font qu'illufion ,
Ne naiffent tous que de l'opinion .
Par mille foins , par mille facrifices ,
Nous confacrons fes bizares caprices :
Voila , Damon , la fource de nos maux ;
De là font nez nos chagrins , nos travaux .
L'opinion , habile à nous feduire ,
Sur nôtre efprit établit fon empire ;
Et s'emparant de ces premiers momens
Où l'inftinct feul conduit nos jugemens ,
Elle nous force à ne voir que par elle :
C'eftfur la foi de ce guide infidelle
Que nôtre efprit du poifon de l'erreur ,
Ole avec art infecter nôtre coeur.
DE NOVEMBRE. 173
L'homme confent qu'une folle manie
Regle fon fort , captive fon genie ;
D'un vain elpoir fe laiffant éblouir
Il aime mieux efperer que jouir.
L'opinion le flatte , mais l'égare :
Pourquoi , foamis à fon pouvoir bizare ,
Veut-il toûjours au jugement d'autrui
Devoir des biens qui dépendent de lui ?
Pour être heureux , il n'a qu'à vouloir l'être ,
De fon bonheur l'homme n'eft - il pas le maître ?
Qu'il ofe avoir un mépris genereux
Pour de faux biens , indigne de les voeux ;
Voila , pour lui , le bonheur veritable ,
Le feul enfin qui ſoit réel & ftable .
Que diroit- il , fipour un feul moment
11 revenoit de fon égarement ?
Lorfqu'il verroit qu'au fein de l'abondance
L'opinion le livre à l'indigence ,
Et fait en lui renaître avec furcur
De vains defirs qui déchirent fon coeur :
Que quelque foit l'éclat d'un rang fupré.ne ,
L'homme qui fçait fe fuffire à foi même ,
Eft plus heureux & plus grand mille fois
Que ne le font les Heros & les Rois ?
Noa, ce n'eft point hors de nous que refide
Et le bonheur & la gloire folide.
On n'eft point grand par un fafte emprunté ,
L'homme doit-il en tirer vanité?
Qu'il fçache mieux fentir de fon efpece
La dignité , la grandeur , la nobleffe.
Loin de courir aprés de vils honneurs ,
Qu'il regle en lui les fentimens , les moeurs :
Qu'independant des coups de la fortune ,
11 fe refufe à cette erreur commune
Qui l'afferyit fous fon joug inhumain ;
Et qu'au deffus des revers du deft n ,
Sans fe parer d'une vaine conftance ,
Il les foûtienne avec indifference .
Qu'il fçache enfin reprimer la fureur
4
P iij
$74
LE MERCURE
Des paffions qui regnent dans fon coeur.
Non , que fans cefle avec exactitude
Il s'aille faire une penible étude
De les combattre , il peut , mais avec choix
Ies fatisfaire , & donner quelquefois ,
Autant par goût que par feconnoiffance ,
A la Nature une fage licence.
Car , je ne puis des Cratés , des Zenons ,
Dont le vulgaire adore encore les noms
Prifer l'excés du barbare heroïfie
Où les pouffoit le zele du Stoïsme.
Cedons fans crainte à d'innocens defirs ;
Souvenons- nous enfin que les plaifirs
Sont les enfans cheris de la Nature ;
Les méprifer feroit lui faire injure.
Quoi qu'on en dife , à de faux jugemens
N'immolons pas fes plus doux mouvemens.
C'eft bien affez qu'obſtinée à nous nuire,
L'opinion travaille à les détruire ;
Et qu'en public le fage quelquefois
Daigne plier fous fes bizares loix .
Le mot de la premiere Enigme du mois
paflé étoit la Quinte major , & celui de la
feconde , le Sonnet.
J'
ENIGM E.
E fuis utile en toutes les faifons ,>
A la Ville comme au Village ;
Mais , c'eft dans le temps des glaçons
Que je fuis le plus en ufage .
Ma taille eft mince , & mes deux bras
Sont quelquefois auffi longs que ma taille ;
Quelquefois moins ; quand celui qui travaille ,
Croit me donner ou plus ou moins d'appas.
Ce
M
DE
TA
VILLE
LYON
1893 *
CHanlons Hanfons , que la table a vil naftreg
Vous avez cru peut- être
Que Bacchus vous donnoit le jour :
Bachus , fa fuite a beau paroître ;
l'ingrate Iris n'eft plus ce qu'elle devoit être.
Mon efprit ni ma voix n'ont plus le même tour.
Helas Chanfons ! Je commence à connofthe
Que vous étiez des enfans de l'Amour.
Piiij
1, Sa
J
ENIUM E.
WE fuis utile en toutes les faifons ,
A la Ville comme au Village ;
Mais , c'eft dans le temps des glaçons
Que je fuis le plus en ufage.
ح ر م
Ma taille eft mince , & mes deux bras
Sont quelquefois auffi longs que ma taille ;
Quelquefois moins ; quand celui qui travaille ,
Croit me donner ou plus ou moins d'appas .
la
DE NOVEMBRE.
175
On pourroit même fans reproche ,
Appeller ces bras , pieds on mains ,
Pour embrafler un corps qu'avec eux je foûtiens
On les écarte , ou les aproche.
Je garde toûjours la maiſon ;
Un nouveau Maior pour raiſon ,
voudroit me garder dans fa poche.
Par fon difcours , vous fçaurez qui je fuis ;
De mes talens & non de ma figure
Il fait une exacte peinture.
Me nommerai je ? Je ne puis ,
Feuilletez le nouveau Mercure .
AUTRE.
Par M. D. O. L. V.
Cionnu fous le nom d'un grand Roy ,
Je fais faire la paix à qui me fait la guerre ;
Cependant, quoique tout ploye deffous ma loy ,
Celle d'un Roi plus craint pour moi que le Tonnere ,
Me baunit & m'oblige à me cacher d'effroy .
CHANSON.
CHaHnafnfoonns , que la table a vil naftre ;
Vous avez crú peut- être
Que Bacchus vous donnoit le jour :
Bachus , fa fuite a beau paroître ;
I'ingrate Iris n'eft plus ce qu'elle devoit être.
Mon efprit ni ma voix n'ont plus le même tour.
Helas Chanfons ! Je commence à connoftra
Que vous étiez des enfans de l'Amour.
Piiij
876
LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
Ar le decés de M. l'Abbé de Louvois
arrivé le S. de ce mois , la place de
Bibliotecaire du Roy êtant vacante , S.
M. l'a accordée à M. l'Abbé Bignon .
Cet Abbé étoit à la campagne , lorfque
cette mort fut annoncée au Regent à fon
reveil . S. A. R. déclara dans le moment
même M. l'Abbé Bignon ; pour remplir
ce pofte litteraire , & donna ordre qu'on
le lui allât annoncer . Le Prince ayant enfuite
fait reflexion que M. l'Abbé Bignon
n'étoit pas à Paris , changea l'ordre qu'il
venoit de donner , en celui de depêcher un
Exprés pour lui porter cette nouvelle. Le
lendemain , l'Abbé s'étant prefenté à S.
A. R. pour lui en rendre graces , elle lui
dit avec beaucoup de bonté , qu'en lui donnant
cette place , elle avoit crû lui faire un
prefent plus confiderable : Que ce qu'elle
avoit appris du Brevet de retenue de 42 .
mille écus , le diminuoit beaucoup ; mais
qu'elle y avoit fupplée , en lui accordant un
Brevet de pareille valeur. S. A. R. ajoûta
à ce difcours obligeant , tout ce que pouvoit
attendre M. l'Abbé Bignon d'un
Prince plein d'eftime pour lui , perfuadé
que perfonne ne meritoit mieux cette
DE NOVEMBRE. 177
place. En effet , outre que l'étendue de fes
connoiffances & de fes talens , l'en rendoient
digne , la place de Bibliotecaire du
Roy lui appartenoit en quelque forte par
droit de fucceffion . Son ayeul , le celebre
Jerome Bignon & fon pere enfuite , l'ayant
poflcdée , auffi- tôt , la Cour & la Ville
applaudirent au choix du Regent .
Il y a quelques jours qu'un particulier
fut enlevé de nuit proche l'Hôtel du Duc
d'Antin par des gens inconnus ; qui ,
aprés l'avoir fait monter en caroffe , lui
banderent les yeux ; & aprés l'avoir promené
quelque tems , le firent entrer
dans une maifon où ils l'enfermerent dans
une chambre grillée . On le foüilla ,dans l'efperance
de trouver des papiers qui avoient
occafionné fon enlevement ; mais cet homme
plus mort que vif , ayant proteſté qu'il
ne fçavoit ce qu'on lui demandoit
qu'apparament on l'avoit pris pour un autre
, ils reconnurent à la fin qu'ils s'étoient
trompé : Ils le firent remonter en caroffe,
avec le même bandeau fur les yeux , & le
remenerent dans fon quartier. On n'a pû
découvrir jufqu'à prefent de quelle main ce
coup provenoit.
1
&
Tout Paris s'eft entretenu d'une autre
nouvelle , qui , quoique munie de toutes
ces circonstances , ne peut encore trouver
de creance parmi les perfonnes fenfées.
Voici le fait. Madame de.... êtant feule
178 LE MERCURE
à la toilette , fut fort furpriſe de voir entrer
un homme de bonne mine dans fon cabinet.
Il lui dit , aprés les premiers complimens
, qu'il croioit ne pouvoir mieux
s'adrefler qu'à elle . pour la prier de vouloir
bien être la dépofitaire d'une groffe
fomme d'argent & de billets dont il vouloit
avantager une Niece qu'il avoit dans la
Province : Que pour cet effet , il auroit
l'honneur de revenir , pour les lui remettre
entre les mains ; mais qu'auparavant , il
exigeoit d'elle furtout de ne point reveler
à qui que ce fût, ce fecret . 11 fortit un moment
aprés . La Dame un peu furpriſe de
cette vifitte , commença par gronder fes
gens, d'avoir laiffé monter cet homme fans
l'annonçer. Ils lui affirmerent qu'ils n'avoient
vû entrer ni defcendre perfonne :
Elle ût beau les interroger, elle n'en pût tirer
d'autres éclairciffemens .
L'aprés -midi , cette Dame étant allée
rendre vifite à Madame la Comteffe de ..
oublia ce que l'Inconnu lui avoit recommandé
, & ne put s'empêcher de lui conter
fon avanture du matin. Le lendemain, pendant
qu'elle étoit feule dans fon appartement
, le même Perfonnage en ouvrit toutà-
coup la porte , & lui reprocha en entrant
, l'infidelité qu'elle avoit commiſe à
fon égard : Qu'il excufoit cependant fon
imprudence ; mais , qu'il vouloit la mettre
à un autre épreuve. Il lui remit en mêDE
NOVEMBRE. 179
me-tems une boëte d'or , qui renfermoit ,
felon lui , le bonheur ou le malheur de la
Dame. Il l'affûra que fi elle avoit la patience
de ne l'ouvrir , que dans quelque extrémité
preffante où elle fe pourroit trouver
pendant le cours de fa vie , elle trouveroit
un foulagement prompt & efficace , qui la
délivreroit de quelque accident que ce pût
être . Il prit congé d'elle un inftant aprés .
Cette Dame plus effrayée que la premiere
fois , interrogea de nouveau tous fes domeftiques
& s'emporta fort contre eux , de
ce qu'aprés leur avoir défendu la veille
de la laiffer parler à qui que fe foit , fans
l'avertir , ils n'avoient pas cependant ſaivi
fes ordres. Ils foûtinrent , comme le jour
précedent , qu'ils n'avoient pas plus vû , ni
monter ni defcendre l'homme en queftion ,
que la veille , & qu'apparemment c'étoit
un Revenant. Cette Dame allarmée d'une
feconde apparition fi extraordinaire , s'eft
enfin déterminée à prendre le parti de gar
der foigneufement la boëte , & de ne point
l'ouvrir qu'en tems & lieu & avec confeil .
Malgré tous ces détails , on eft fort tenté
de croire que c'est un Conte fait à plaifir ,
& je crois qu'on doit le donner auffi pour
tel .
M. le Cardinal de Noailles a prefenté
au Regent , l'Abbé d'Orfannes & l'Abbé
Coüet de Montbayeux , ci devant Secretaires
du Confeil de Confcience. Le premier
180 LE MERCURE
a obtenu une penfion de 1000. écus , &
l'autre , une de 2000. liv.
L'Abbaye de Preaux en Normandie , de
12000. liv. de rentes, qu'avoit M. d'Eftrées
Archevêque de Cambray , a été donnée à
l'Abbé Striklan Irlandois.
L'Archevêque de Bordeaux a û le beau
Prieuré d'Evron qu'avoit M. l'Abbé d'Ef
trées. C'eſt l'Abbé de Saint Joüin qui le
lui a conferé , quoiqu'il fût uni à la Congrégation
de Saint Maur. C'eft ce qui a
donné lieu à l'Edit du Roi contre les
Unions des Benefices , parce qu'il avoit été
réüni à cette Congrégation fans Lettres
Patentes.
Le 6. la Compagnie Colonelle Suiffe de
feu M. d'Altermatt , dont le revenu eft de
29000. livres de remtes , a été donnée à
M de Surbec , & celle de M. de Surbec
au fils de M. d'Altermatt âgé de neuf ans.
La Veuve a obtenu une penfion de deux
mille liv.
Le 8. Il y a actuellement trente Perfonnes
qui compofent le Confeil de Regence .
L'ordre de la fceance fe tient au tour d'une
Table quarrée oblongue. Dans la partie
fuperieure, eft le fauteuil du Roi. A la droite
du Regent , & à la gauche de Monfeigneur
le Duc de Chartres , font Monfeigneur
le Duc de Bourbon & Monfeigneur le
Prince deConti.Aux deux flancs de laTable,
DE NOVEMBRE. 181
ily a neuf ficges de part & d'autre , pour autant
de Perfonnes. Les Raporteurs font
affis au bas vis- à - vis le fauteuil de S. M.
M. Pelletier des Forts , M. de la Houffaye
& M. Fagon , les trois nouveaux . Raporteurs
, n'entrent point dans ce Confeil
en Robe de Confeillers d'Etat , mais en
Manteau court & en Rabat.
M. Renau , M. de Creil Intendant de la
Rochelle , M. le Comte de Château-
Thyers , & M. l'Abbé de Saint Pierre ,
fe font rendus à Saintes pour y établir la
Taille proportionelle , telle qu'elle a été
faite à Niort . M. l'Abbé de Saint Pierre fe
prépare à paffer en Normandie , pour travailler
à un pareil établiſſement .
M. Dufrene Capitaine des Gardes de
M, le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de Fécamp , Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , a obtenu la Lieutenance de Roi
de Guyenne.
On a û nouvelle que le Grand- Maiſtre de Malthe
a relâché les cinq Galeres de Sicile ; l'Amiral
Bing les lui ayant demandées au nom de l'Empereur.
Le Grand- Maiftre s'y oppofa d'abord ; mais
fur les menaces que l'Amiral fit de bombarder la
Place , les Galeres furent relâchées fur le champ.
M. l'Abbé Portocarero Efpagnol & le filsde M. le
Marquis de Monteleon font arrivez à Paris.
Madame la Duchefle d'Hanovre qui eft à Modene
, fait reparer & embelir fa Maiſon & fes Jardins
d'Anieres. Cette Princeffe fe diſpoſe à y ve
mir réfider au Printems.
182 LE MERCURE
Ler . le Roi accorda quinze Brevets de Cava
Ierie à quinze anciens Lieutenans- Colonels .
Le ra . la Lieutenance de Roi de Thionville ,
été donnée à M. Lory ancien Lieutenant- Colonel
du Regiment de Miromeny , par la mort de M.
Joubert.
Le 15, M, Houck Ecoffois , va en qualité d'Envoyé
du Roi , à la Cour de Pruffe. If remplacera
M. le Comte de Rotembourg qui en eft de retour
à Paris.
Les Treforirs Generaux de la Marine & des
Galeres , ont été rétablis .
Le 20 Ce font prefentement des Prêtres Seculiers
, nommez par M. le Cardinal de Rohan , qui
font chargez de donner les Ornemens & de dire
les Meffes dans la Chapelle du Roi , à la place des
Feuillans qui l'avoient fait depuis l'arrivée du Roi
à Paris.
Le 27. M. le Duc de Montmorenci prêta ferment
pour la furvivance du Gouvernement de Nor❤
mandie.
Commiffions de Meftres de Camp de Cavalerie
données par le Roi , pendant les derniers jours
de ce mois.
Gardes du Roi.
Compagnie de Noailles . Meffieurs de Choifea
fas , la Velque , Chabâne , de Sentis.
Compagnie de Villeroy .. Mis . d'Aurichamp
Torfac , Guiry , Menou.
Compagnie de Charôt . Mrs, Danjony , Boifandré
, des Bournais.
Compagnie de Harcourt .. Mrs. Digoëne , Beltefonds
, Mongibaud, Ligneri.
Gendarmerie
Mrs le Chevalier de S. Jar , le Marquis de S. Jal ,
de Grare , de Lyon , de Bryor , de Martel , de Ruviacz
DE NOVEMBRE. 183
viacz , Vilaine : Deux Maréchaux de Camb des Lom
gis de la Gendarmerie : M. du Lau du Peyas. Trois
Commiffions de Lieutenans - Colonels, 12. Commis
fions de Capitaines , 20. Lieutenans.
Cavalerie.
Mrs, Langey , Lieut-Colonel des Cuiraffiers,
Colombet Regiment de Conti , Marcilliac , Reg.
de S. Simon , Valigni Reg , de Villars , S. Maur
Reg. de Chambonas , S. Fargeux reformé dans Bre.
tagne , Blangi Reg. de Bouzol , Defbordes dn
Mestre de Camp general de la Cavalerie , Lordat
Reg. d'Heudicourt , Rambuteau Reg . de Villeroi,
de Rouvray incorporé dans le Reg. du Roy , de
Lamberli Capitaine dans le Colonel general , de
Saluces Capit. reformé dans le Reg. de Noailles ,
Pilot Reg. de Courcillon , de Monftier incorporé
dans le Dauphin étranger , Chartogne Reg. de
Bourbon , Mouchi Reg. d'Anjou , Bezinval Cap.
dans Orleans , le Chevalier le Blanc reformé dans
le Reg, de Conti , Courtai Reg, de Chartres , le
Chevalier de Simianes , des Hayes Capitaine dans
Bourbon, d'Uxelles Lieutenant- Colonel de la Tour.
Dragons.
Mrs. de Sailli Lieutenant -Colonel de l'Autrec ,
de la Morte reformé , Vernecourt reformé , Rielle,
le Chevalier de Pons Lieut. -Colon. du Royal Dra
gons , Cheviré Lieut - Colonnel de Languedoc ,
Cilli du Colonel general des Dragons .
2
M. le Marquis de Nancré ayant â ordre de ſe retirer
de la Cour de Madrid , arriva le à Bayon¬
ne : 11 s'eft arrêté à Preffigny en Poitou chez Me.
de Nancré fa tante , & arriva le 29. à Paris , M.
de Beauvilliers S. Aignan , lefuivra de prés : il aura,
à fon arrivée , une place dans le Confeil de Regence,
a
Un Courier depêché de Rome par M. l'Abbé de
Gamaches Auditeur de la Rote , à M. le Marquis de
Gamaches fon pere , Lieutenant General , a appor
té la nouvelle de la mort du Cardinal de Bichi , qui
184 LE MERCURE
1
laiffe vaquer l'Abbaye de Mont - majour Diocefo
d'Arles , eftimée 15oco mil liv . de rentes. Comme
ce Cardinal n'avoit point de Lettres de non Vacando
, le Pape nomma d'abord à cette Abbaye M.
l'Abbé de Gamaches. Cet Auditeur n'ayant pas
voulu accepter la nomination fans le confentement
du Roy , S. A R. a confirmé auffi- tôt la nomination
du Pape.
M. le Comte de Stairs reçût le même jour un
Exprés de Londres , avec la nouvelle que le 22.
jour de l'ouverture du Parlement , la Chambre des
Seigneurs & des Communes dans leur Adreffe
prefentée
au Roy, avoit approuvé tous les engagemens
de S. M, B avec les Aliez , au fujet de l'Eſpagne
ainfi que le Combat naval de Siracufe.
Le 29 à 4 heures & demie , le Roy eft reallé ndre
vifite à Madame. M. le Duc Regent fe trouva
au milieu de l'escalier pour recevoir Sa Majesté ,
S. A. R. reconduifit le Roy jufqu'à fon caroffe.
&
M. le Garde des Sceaux mena dans fon carroffe
M. le Prefident Feydeau au Palais Royal & le prefenta
au Regent.
M. Chauvelin Avocat General , a acheté la Charge
de Prefident à mortier de m . de Bailleul , 650000.
liv, & Mr Gilbert de Voifin a acheté 450000. liv .
celle de M. Chauvelin.
M. Kguelen Trémarec Gentilhomme de baffe
Bretagne , deceda à Quimper le 7. Novembre.
• Illuftriffime Seigneur F. Charles Sevin de Bandeville
, Bailli , Grand-Croix de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , Commandeur de Boucour , & Grand
Prieur de Champagne mourut le 24. il étoit allié
aux maifons de Rocheouart , de Rieux , de Gamachés
, de Chemereau , d'Alegre , &c.
Le P. D. Jean Liron Religieux Benedictin de
la C. de's Maur , va achever de faire imprimer le
premier volume de la Biblioteque gen. de tous les
Auteurs de France qui ont écrit jufqu'à preſent ,
il fe vendera chez le ficur Garni xImp, Lib. ruë du
Fouare,
DE NOVEMBRE .' 185
Voi
AVIS.
Oici la fpecification desdifferentes operations ,
que 14 de Vyoolhoufe oculifte Anglois , pratique
aux yeux : l'Académie des curieux de la nature
les a fait entrer dans lesEphemerides d'Allemagne de
l'année 1717. A l'Exemple de cette fçavante Affemblée
, je les public ici volontiers en françois , fçachant
de bonne part , que beaucoup d'Etrangers
confidérables , venus à Paris pour chercher guéri
fon , s'en font retournez fans foulagement ; s'eftant
adreflés à des perfonnes qui ignoro ent ces operations
oculaires , & qui , par jaloufie , renvoyoient 'ees
malades chez eux , comme incurables .
Art. 1. L'excifion ; refcifion , défaite , ou accrochement
du Pterigion , ou onglet , ou onglade , &
pannicule , appellé communément taye ou toile en
françois ; En quelques Provinces de france , on
nomme cette operation , deſcharner , defvoiler , ou
peller l'oeil.
Art . II . Le dépaiffißement & débrouillement de
la vifiere , ou l'exfolation de la cornée , attaquée
d'un grain de la petite verole , ou de tout autre ulcere
& abcez , comme de l'onyx de l'ulcus fubnafcens
, communément appellée en François ,Dragon
& maille , ou albago naiffante de l'oeil.
Art. 111. L'apotripfis ou la moucheture de la pru.
nelle ou l'erugation , polifement & abfterfion du
miroir ou pupon de l'oeil , taché & offuſqué des
Crefpes & des Refeaux que les Auteurs nomment
brouillards , macules , tacheures , cicatrices , fillons
, perles , & c.
Art. IV. Le remboitement ou reduction de l'uvée
déplacée dans tontes fes efpeces ] comme au ftaphylome
pepin de raifin ] ou moucephalon
I ou tefte de mouche ) &c. qui ne font qu'autant
de differends degrez de l'Hernie ou defcente de l'Isis
quand il y a rupture ou breche à la cornée. ?:
Art V. La Diarefis ou difclufion & ouverture
de la Sunizefis , quieft , quand le trou de l'Itis eft
Q
186 LE MERCURE
entiérement bouché , tiraillé en bourfe , & tout à
fait fermé , ou quand on ne voit aucune ouverture
de la prunelle dans l'oeil du malade.
Art VI. La defunion , ou feparation de l'Iris d'a
vec la cornée , la conjonction de ces deux membra
nes arrivant [ tres fouven : ] dans les ulcerations ou
de l'une ou de l'autre de ces deux parties de l'oeil .
Art. VII. Le rabaissement , ou reformation &
modification de l'oeil boflu ou de la boffe & relief
énorme & de agréable de l'oel , quand la cornée
eft relâchée , émincée & forjettée hors de la pors
tée des paupières , par la maladie nommée Pommette
, & même dans la proprofie [ ou exopthalmie,
& oeil de boeuf ] quand le globe de l'oeil eft fort
avancé hors l'orbite , & c.
Art . VIII . La Conduite ou manimens divers de
la fiftule lacrimale en tous fes degrez & progrets
foit par le dégorgement & dépuration fimple du fac
lacrimal , & du conduit nazal , par de fimples injections
aux points lacrimaux ( fans incifion ) foit
par une petite incifion fur le trou lacrimal pour des
fiftu'es naiffantes , borgnes , & pour des fimples
cbftructions , ou ulcerations du fac lacrimal & du
Canal nazal ; foit pour la hernie dedit fac , & pour
la prétendue hydropific de ces parties délicates [
letquels fimptomer , les anciens confondoint tous
fous le nom d'anchylops ] foit que le traitement de
mande l'operation du grand appareil , pour ce que
les Auteurs nomment ægylopes tant avec la carie des
os , que fans carie . "
Art . IX . La Scarification , d'echiqueture ou dégourdiflement
, dégouflement & dégagement ophthalmique
; operation indifpenfablement neceffaire
[ le plus fouvent aprés toutes fortes de playes .
meurtriffures , bleffûres , brûleures & c. , & en toutes
' ortes de vieilles inflammations & ulcerations
comme auffi apiés toutes les autres operations , faises
à l'oe 1 .
: Art. X. L'entamen: e ou déciſion & aperture de la
DE NOVEMBRE. 187
groffeur ou grande tumeur , ou l'expulfion de l'a
pofteme du blanc de l'oeil , qui est une espece de ma
tiére purulente épanchée entre la conjonctive & la
fclerotique , que quelques uns appellent ( impro
piement ffafio tunica adnata : d'autres la nomment
bydropthalmia conjun&iva.
Art. XII . La Kenembatefis ( qui veut dire l'entrée
dans le vuide ) ancien terme Grecque pour la
ponction & abbatement ou dépolition & précipitation
de la cataracte en toutes les efpéces : ce qu'on
nomme vulgairement en france , elgui leter l'oeil.
M. de Vvoolhoufe vient de faire cette operation a
vec merveilleux fuccez à M. l'Abbé .. Aumônier de
Monfeigneur l'Evêque de .. âgé de 34. ans , qui
vint au monde borgne d'une cataracte à l'oeil gauche
citte operation fe fit chez un freie des 15.
ving: nommé l'Anglois , c'eft la 36. perfonne néc
aveugle de cataracte à qui M. de Vvoslhouſe a donné
la vie. Le fils de M. Langlois [ Md . de Carmine
& Peintre de la rue d'Orléans Fauxbourg St.
Marceau eft un Exemple Eclatant de cette heurufe
operation faite fur un aveugle né.
Art. XIII. Cet Oculiste tire auffi la cataracte &
le glaucome hors l'oeil même , quand ces corps one
paflé par le trou de la prunelle , giffans entre la
cornée & l'Iris , & c. empêchant la vûë , & tour.
mentant fort le malade , &c .
Art. XIV. Il pratique la culbute ou loubrefault de
la cataracte glaucomatique , felon l'ancien terme ,
qu'on appelle aujourd'huy le renversement, fubverfion
, évolution ou repriſe de la cataracte revenuëj
adherente &c. Il met auffi en ufage , felon les occafions
, l'operation délicate de la confciture de Cel
fus , ou le découpement , comminution , brifement
& diffipation de la cataracte opiniatre , remontée ,
Elaftque & c.
Art. XV . Le cantonnement , on ageançement du
rai glancome , quand en déniche I humeur criftal-
Line du Ginus de l'humeur vitrée , pour la gucci-
Q ij
$188- LE MERCURE
I
fon palliative , ceux qui abbatent les criſtallins pour
des cataractes , doivent quitter cette pratique dangerenfe
, tant à caufe du ombre d'aveugles qu'on
a vû faire à Lyon ce printemps paffé , par un défenfeur
de cette nouvelle opinion , qu'à caufe qu'on
vient d'avoir des experiences certaines que la catarate
eft une membrane contradiftincte du corps
alteré du crift allin naturel.
Art. XVI . La Piffure ou écartement des fibres
& exploration ou depuration de la cornée purulen-
, ou le percement de la cornée pour l'abcez qu'on
appelle ongurs en toutes les efpécès .
Art. XVII. La pertufion & perforation de l'oeil
fuppuré , dans l'Empiofis du . tourbillon de l'humeur
aqueule , & la fouftraction , fubduction &
éduction du puron , ou de l'abcez de l'Iris , derriere
la cornée qu'on nomme hypopyon avec rétabiiffement
de la vûë.
Art. XVIII. La Pigeure des Phlyctaines , puftules
ou veficules , bubettes , hydatides , & autres enleveres
fur le miroir & fur le blanc de l'oeil , & c .
Art XIX. L'extirparon cu colliquation , fonte
& guerifon radicale de l'oeil chancreux qu'en nomme
le champignon oufungus carinomatixx du globė
de l'oeil .
Art XX. Le dévelopement (pecial & exhibition
de l'abcez de l'erbite &c , maladie auffi commune
que funefte aux enfans , & jufques icy inconnuë aux
oculiftes.

Art. XXI. Le Recouvrement , reſtauration ou reftitution
de la vue perdue dans le détraquement de
l'oeil , ou en de certaines efpèces de goutes frenes,
&c. , par differentes fortes d'operations felen la
caufe antecedente ou conjointe du mal en queftion
cette indifpofition a paffé pour incurable trés mal à
propos Le R. P. d'Aumal des Carmes de la Place
Masbert a été le dernier malade que M, de vvoolhouse
a guéri radicalement de cet accident terrible.
Ait. XXII. La Blepharoxyfis , ou fuffrication ,
DE NOVEMBRE. 189
friction , attrition & levigation des paupieres devenuës
calleufes , épaifles , rudes & raboteuſes interieurement
& dans toutes les efpeces de trachoma
fchirres , ulcerations des glaudules ciliaires , eraillement
& renversement de la paupiere inferieure
qu'on nomme Ectropion & avec rougeure opiniâtre,
& difformité des bords des paupie es , & de les cartilages.
Art . XXIII , La Mondification , confolidation ,
& perfanation de la petite fiftule aux tarfes & peignes
des paupieres , maladie fort commune aprés
la petite verole .
Art. XXIV. & XXV . La Phlebophthalmotomie,
ou faignée du bulbe de l'oeil en différentes occafions,
cu les vailleaux capillaires des yeux font extrêmement
dilatez & gonflez , & devenus variquex par
la ftagnation des liqueurs. Item la cauterifation &
brûlure des uritides ou barrement defdits Vaifleaux
devenus livides & -menaçans du carcinoma & c.
cette operation eft fort approuvée d'Hypocrate dans
fon petit eílay de vifu .
·
Ait . XXVI . & XXVII La diffection & ablation
des petites loupes enkyftées de toutes les efpéces
, & grandeurs , & d'autres tumeurs & duretez
qui moleftent les paupieres ( tant interieurement
qu'exterieurement ) comme l'orgeolet , les poireaux
fufpendus , les chalazions , meliceris , atherome,
Steatome , & c.
la
Art. XXVIII. Ľ’Anarraphé ( qui eft la couture
eu future palpebrale ) qu'on peut nommer l'abbre
viation , contraction ou collection & fufpenfion de
la paupiere fuperieure pour la phalangofis , pour
ptofis on chalafis de laditte paupiere relâchée , tombée
, allongée , & c au lieu de cette operation ancienne
mal entendue , longue & douloureufe des
Haftelles, M. de Vvool houfe a fubftitué une legere
cauterifation ou brûleure.
Art . XXIX . De la même Paupiere pour la raccourcir
& la rehauffer dans tous les pareils maux
790 LE MERCURE
& pour la paralifie , atonie ou hippe & mouvement
convulfif & perpetuel de ladite paupiere fuperieure.
Art. XXX. L'Allongiffement ou operation de la
Lagophthalmic (& oeilde liévre , quand la paupicte
d'enhaut eft trop courte pour couvrir la prunelle ,
& pour bien fermer & deffendre les yeux en dor→
inant.
Art. XXXI. & XXXII . L'anabrochiſme , củ
illaqueation & infibulation des cils , ancienne operation
des Grecs , à laquelle a fuccedé fort naturellement
l'évulfion ou érad cation & l'inuftion on
brufleure des poils ciliaires , derangez ou multipliez
ou retrouffez au dedans de l'oeil contre nature.
Art. XXXIII . & XXXIV . L'enlevement , l'a- -
brasion ou excifion des pladarotes , qui font des petites
excroiffances de chair , baveufes & molles , de
la groffeur des lentilles au deffous de la paupiere
fuperieure le plus fouvent quelques oculiftes les
appellent verruës fanguilonentes : d'autres les nomment
les meures de Cellus. Item la fonte & diffipation
du petit farcome & charnue , ou excroiffance
du blanc de l'oeil qui arrive fous ent aprés des playes ,
aprés l'operation de la cataracte , & c. , & quelques
fois , toure feule,
Art . XXXV . & XXXVI . La Separation , Divifion
, disjonction & decillement de l'anchyloblepharon
ou union & coherence des paupieres en tou
tes fes efpeces , fot par fimphifie , foit par profphyfie
&c. , c'eft à dire , quand la paupere eft attachée
au blanc de l'oeil ou à la vfiere .
Art . XXXVII. L'affermiffement , ou repofition,
affomption & reddition du tonus à la glande innomminée
, gonflée, relâchée, déplacée, defcendue & c.
Art . XXXVIII . Le Redreffemen , ou rectification
& correction des yeux d'Enfans louches & bigles
& c.
Art. XXXIX . L'incarnation , ou cicatrisation
& curation radicale & effective de la fiftule dans la
cornée de l'oeil , & de la fiſtule aux bords des paupieres.
DE NOVEMBRE. 191
la cata
Art. XL. La Parakentefe ou ponction , & le fe
ton ophthalmique fait à travers le globe de l'oeil ,
invention chinoife , pour la guerifon de l'hydro.
phtalmie interne du globe de l'oeil , &pour
rafte & le glaucome naiflant , & pour plufieurs autres
maux facheux de l'organe de la vûë , comme
pour l'apocataftafia ou renovation de l'humeur a
queufe vitiée , troublée & croupie , en des perfonnes
igées & ayant la vie éblouie & embraffée des
bluettes , atomes , & d'autres petits foetus &c.
1
Monfieurde Vvoolhoufe façonne auffi toutes fortes
d'yeux gatez & pourris , & il fait faire des yeux
artificiels d'Email ou d'autre matiere , ayantla tournure
& le mouvement naturel ; avec bien d'autres
efpeces des yeux poftiches , felon les Cas Requis ,
pour l'agrément & enbeiliffement cu vifage.
11 guerit auffi tous coups, playes , brûleures meurtiffeures
& autres accidens imprévus , qui affligent
l'oeil , & fes parties externes.
Monfieur de Vvoo houfe demeure dans l'hôpital
Royal des Quinze vingt à la grande aumonerie ,
attenant M. Roffignol ti célébre pour l'Ecriture par
toute l'Europe.
SUPPLEMENT.
A Romele 8 , Novembre.
Le Pape paroît fort mortifié de l'avis que le Pretendant
lui a envoyé par un de les Gentilshommes,
touchant la detention de la Princeffe Sobieski fa
fiancée à Infpr ch S S. a été pendant 4 jours fans
vouloir donner audiance,n'étant occupée qu'à chercher
les moyens de porter l'Empereur à faire relâcher
cette Princeffe , qui , comme on l'affure , a lá
permition de fe retirer à munïck dans un Couvent,
Le Chevalier de S. Georges a envoyé un Exprés à
Viente , pour prier S. M. Imp. de vouloir remettre
en liberté cette Princeffe, Il restera à Boulognejuf192
LE MERCURE
qu'à ce qu'il ait û reponſe de l'Emp. La penſion
annuelle de 36000 écus que le Pape faifoit à ce
Chevalier , a été augmentée de 12000 autres écus,
pour lui & fes defcendans .
I'
APPROBATION.
"AY lú par l'ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure Galant du mois de Novembre.
A Paris le 30. Novembre 1718.
BLANCHARD;
TABLE .
Rincipes de Metaphifiquefondez en raifons
Extrait du Voyage au tour du Monde ,
Deux Problemes d'Horlogerie ,
Poëfies ,
3
20
56
.
65
Hiftoire , 71
Hiftoire veritable , 92
Livres nouveaux ,
96
Promotion de Lieutenans Generaux , 108
Morts ,
712
Suite de la Vie des Peintres , 119
Nouvelles Etrangeres ,
124
Relation du Siége de Melazzo 152
Spectacles ,
165
Epître , 172.
Enigmes ,
174
Chanfon , 175
Journal de Paris,
176
Avis ,
Supplément ,
185
191
LE
NOUVEAU
MERCURE
Decembre 1718.
DE
WE
Le prix eft de vingt fols.
YON
19
VILLE
A PARIS,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais,
PIERRE RIBOU , Quay des Auguſtins ,
à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue S
Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
M. D. CC . XVIII.
Avec Aprobation & Privilége du Ray :
O
AVIS.
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure ,
d'en affranchir
le port ; fans
quoy , ils refteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
Cloitre
A Monfieur BUCHET ,
S. Germain de l'Auxerrois.
On donne avis , qu'on trou
ve chez les Libraires ci - deffus
nommez , tous les Mercures
de l'année 1717. de même que
l'Abregé de la Vie du CZAR .
De l'Imprimerie de JACQUES CHARDON ,
rue du Petit Pont , proche le petit Châtelet ,
à la Croix d'Or.
LE
NOUVEAU
LYON
MERCURE
DE
LA
VILLE
Traduction de la premiere partie de la.
Preface de l'Homere Anglois
de M. Pope.
N convient généralement
qu'Homere ût en partage
le genie de l'invention , dans
un degré plus éminent
qu'aucun autre Ecrivain .
Virgile lui a difputé , à juste titre , la
gloire d'une fage compofition ; d'autres
peuvent fe flater d'avoir atteint la perfection
dans quelques genres particuliers :
Mais , quant à l'invention , perfonne ne
l'a encore égallé . L'on ne doit done pas
s'étonner qu'il ait toûjours été regardé
comme le plus grand des Poëtes , puifqu'il
a fur-tout excellé dans ce qui eft le verita
A ij
LE MERCURE
ble fondement de la Poëfie. C'eft en effet
le talent de l'invention qui fepare en differentes
claffes tous les grands genies , &
qui leur affigne leurs places . Par les fecours
d'une étude opiniatre & d'un fçavoir profond
, foutenus de l'art & de l'induftrie ,
on peut fe flater de furmonter toutes les
difficultez ; on peut pretendre à tout , excepté
à la gloire d'Inventeur . Mais , celui
qui poffede le genie de l'Invention , a en
même tems les materiaux & l'art neceffaire
pour les bien mettre en oeuvre , & , fans
ce genie , le jugement ne peut tout au plus
que le tirer adroitement d'affaires. L'art
' eft qu'un habile econome , qui difpenfe
propos les trésors de la Nature. Quelques
éloges que l'on puiffe donner aux
ouvrages du jugement , au moins , eft- il
certain qu'ils n'ont pas une feule beauté
dont ils ne foyent redevables à l'invention
; comme les Jardins les plus reguliers
aufquels l'art a donné l'arrangementle
plus parfait & le plus élegant , n'ont
pas un feul arbre, une feule fleur qui ne foit
un don de la Nature. Tout ce que peut
faire l'art , c'eft de nous prefenter les beautez
de la Nature dans un ordre qui nous
frape , qui attire nos regards , & dont nos
yeux puiffent s'occuper fans fe fatiguer.
Cette penfée me fait imaginer la raiſon qui
porte plufieurs Critiques à preferer un gemie
judicieux & methodique , à celui qui

DE DECEMBRE.
af élevé & fertile . Ils trouvent fans doute
plus ailé de promener leurs obfervations
dans an Jardin fimetrifé & borné , ouvrage
de l'art , que de leur faire parcourir
Fétendue vafte & variée de la Nature.
L'Ouvrage d'Homere eft un Paradis
brute , où l'on rencontre des beautez de
toute efpece , en fi grand nombre , qu'il ne
faut pas s'étonner , fi elles ne fe prefentent
pas auffi diftinctement que celles d'un
Jardin fimetrifé. On peut encore le comparer
à une abondante pepiniere , qui con
tient les femences & les premieres pro
ductions de chaque efpece : Ceux qui s'y
promenent , peuvent choifir , felon leur
goût , quelques- unes de ces plantes , pour
les cultiver & les faire venir à leur point
de perfection. Si quelques-uns de ces jeunes
arbres ont pouffé trop de bois & de
feuilles , la fertilité du Sol en eft la feule
caufe : Si au contraire quelques uns n'ont
pas affez profité , c'eft qu'ils ont été preffez
& étouffez par d'autres.
C'est la vehemence de cet efprit d'invention
, qui allume dans les Ecrits d'Homere
, ce feu dont la rapidité tranfporte
hors de lui- même tout homme d'un efprit
vraiment poétique : Il anime toutes les
* L'Anglais fe fert du mot do Paradis,
dans la même fignification que les Grees
L'ont employé.
A iij
LE MERCURE
chofes qu'il décrit ; il leur donne le mou
wement , la vie & l'action. S'il eft queſtion
d'un confeil de guerre ou d'une bataille ,
Homere ne nous informe point froidement
de ce qui s'y dit , ou de ce qui s'y
fait mais par la force de fon imagination
, ce divin Poëte enleve fon
Lecteur de fa place , & le met dans
celle d'Auditeur ou de Spectateur. Il marche
comme l'Armée qu'il décrit ; * & ,
comme il s'exprime lui- même , il embraze
tout ce qu'il rencontre . Cependant , quoique
fon imagination foit partout fi vive &
fi forte , elle ne brille point à nos yeux
avec tout fon éclat dés le commencement
du Poëme Mais , femblable à la roue
d'un char qui s'enflame par
fa
propre rapidité
, fa chaleur croît avec le fujet , c'est
bientôt un feu qui emporte egallement le
Poëte & le Lecteur . L'exactitude de l'ordre
, la jufteffe des penfées & la beauté du
mettre , tout cela s'eft peut- être rencontré
dans une infinité de Pcëmes : Mais , on ne
voit que dans un petit nombre de Poëtes
ce feu poëtique , & cet antouhafme qui eft
le plus noble effet de l'imagination . Sans
cela cependant , que fervent à un Poëme
ces autres qualitez , à quelque point de
perfection qu'elles foient portées ? Au eontraire
, fi dans un Ouvrage où elles feront
~
* Οι δ' αν ίσαν , ώσει τε πυρί χθὼν παρα acl
νεμοιτος
DE DECEMBRE.
>
negligées , on voit briller ce beau feu , il
les mettra au - deffus de la critique , &
nous forcera d'admirer , dans le tems même
que nous defaprouverons . Partout où
il brille , quoiqu'accompagné de défauts
nous ne voyons que fa fplendeur ſemblale
au foleil , dont la lumiere éclatante ne
nous laiffe point apercevoir fes taches.
Ce feu paroît dans Virgile , comme reflechi
par un miroir , plus propre à éclai
rer qu'à échaufer ; mais toûjours égal &
conftant : Dans Stace & dans Lucain , il
jette de tems en tems des flames de peu de
durée : Dans Milton , il reffemble à celui
d'un fourneau , dont l'ardente chaleur eft
fans ceffe entretenue par l'art : Dans Sha
kefpear, femblable au feu du Ciel , il frape
nos yeux au moment que nous nous y attendons
le moins : Mais , dans Homere
& dans lui feul , il repand partout une
lumiere vive & pure , il embraze tout ,
& ne trouve jamais rien qui lui reſiſte.
Puifque le talent de l'invention cft ce
qui domine dans le caractere d'Homere ,
& qui le diftingue particulierement des
autres Auteurs , je tâcherai de faire voir
ici la fuperiorité qu'il lui donne fur eux ,
dans la compofition des principales parties
qui conftituent fon Ouvrage .
Comme une Planette , dont la puiffante
attraction entraîne dans fon tourbillon les
corps les plus éloignez , Homere , par la
A iiij
LE MERCURE
force de fon imagination , fit entrer daris
fon Poême tout ce que la Nature a de
plus fingulier & de plus magnifique . Mais,
non content d'avoir emprunté des Arts &
des Sciences,toutes les formes exterieures &
les images des chofes,pour former ce nombre
infini de deferiptions differentes , toutes fi
juftes & h exactes : Non content d'avoir
compofé les differens caracteres de fes Heros
, de toute la varieté qui fe trouve dans la
Nature , foit pour les moeurs ,
foit pour
les paffions ; l'activité de fon efprit le
forçant à parcourir une plus grande Sphere
, il ouvrit à fon imagination une route
nouvelle & fans bornes ; il créa pour fon
afage un monde mouvant en inventant la
Fable. Homere fut le premier qui donna
ala Poefie ce qu'Ariftote en appelle l'ame.
Je commencerai donc à le confiderer comme
Inventeur de la Fable , cette partie fe
rencontrant naturellement la premiere :
Et j'en traiterai , en tant qu'elle fignifie le
deffein d'un Poëme , & en tant qu'elle eft
prife pour fiction.
On peut divifer la Fable en probable ,
allegorique & merveilleuse. La probable eſt
le recit d'actions qui euffent pû être une
faite du cours ordinaire de la Nature , ou
de faits réels & veritables qui deviennent
Fables par l'ufage qu'on en fait . De ce
genre, eft l'Hiftoire fondamentale du Poëme
Epique , comme le retour d'Uliffe , l'arrivée
DE DECEMBRE.
des Troyens en Italie , &o. La colere d'Achile
eft le fujet de l'Iliade , fujer le plus
court & le plus fimple qu'aucun Poëte ait
jamais choifi . Mais , Homere l'a fçû varier
par tant d'incidens & d'évenemens , qui
tous femblent y tenir neceffairement , &
qui font naître naturellement tant de déliberations
, de harangues & de batailles ;
en un mot , tant d'épifodes de toute ef
pece , que ces autres Poëmes , dont le
plan eft fi étendu & fi peu affujetti aux Re
gles , n'offrent rien qui nous intereffe auffi
vivement & auffi continûment que les
Poemes d'Homere : On y voit toûjours
l'action courir à fa fin ; la durée de l'Iliade
n'eft, que d'environ so jours. Virgile
ne fe fentant ni cette chaleur , ni eette fecondité
, crut y fuppléer , en prenant un
fujet qui embraffat plus de tems & de faits ;
& refferrant en un feul deffein ceux de l'Iliade
& de l'Odiffée , il fit un Poeme qui ce
pendant ne contient pas plus de vers que
le
quart de ceux d'Homere. Les autres Poetes
Epiques en ont ufé de même ; moins ils ont
û de feu poetique , plus ils ont entaffé de
Fables. Par- là , ils ont détruit l'unité d'action,
& leurs Lecteurs s'égarent dans cette multiplicité
d'évenemens qui donnent à leur
Poeme une durée exceffive . Mais , ce n'eft
pas feulement lorsqu'il s'agit d'imaginer le
plan d'un Poeme , que ces foibles Imitateurs
font inferieurs à Homere ; ils font
10 LE MERCURE
reduits à prendre de lui les idées de leurs
épiſodes- Si Homere nous donne un dénombrement
exact d'une Armée , ils em◄
ployent toutes leurs forces à une fembla
ble énumeration. S'il ordonne des jeux funebres
pour Patrocle , Virgile en fait ce
lebrer pour Anchife ; & Stace aime mieux
détruire fon action , par ceux d'Archemerus
, que de manquer à l'imiter . Si Uliffe
va vifiter les Ombres , l'Enée de Virgile
& le Scipion de Silius en font autant. Si
les charmes de Calipfo retardent fon retour
, Ænée eft retenu par Didon , & Renaud
par Armide. Achille irrité contre
Agamemnon , s'abfente de l'Armée pendant
la moitié du Poëme . Renaud mécontent
de Godefroy , eft pendant le même
tems éloigné du Camp. Homere donne
à Achille des armes divines. Virgile &
le Talle font le même prefent à leurs Heros
. Virgile , non feulement a fuivi pas à
pas Homere ; mais , lorfqu'il a voulu entrer
dans des routes que ce grand homme
ne lui avoit pas ouvertes , il a pris pour
guides d'autres Poëtes Grecs . Dans fon
Hiftoire de Sinon & de la prife de Troye ,
il a copié mot à mot Pizandre , fi l'on en
croit Macrobe qui nous affùre auffi que
les amours de Medée & de Jafon dans
Apollonius , font l'original du quatriéme
livre de l'Eneide .
3
Venons maintenant à la Fable Allego
DE DECEMBRE. TR
1
rique . On croit communément qu'Homere
a enveloppé dans fes allegories , les fecrets
de la nature & de la Philique . Quel nouveau
fujet détonnement ! Quelle ample
matiere à nôtre admiration ! Quelle ferti
lité d'imagination devoit avoir le Poëte ,
qui le premier , a perfonifié les proprietez
des Elemens , les modifications de l'ame
les vertus & les vices ; qui les a fçû revêtir
de formes & d'habits convenables à leurs
caracteres , & leur faire jouer des rôles conformes
à la nature des chofes que ces nouveaux
Perfonnages reprefentent ! Aucun
Poëte des ficcles fuivans a- t'il rien fait de
comparable en ce genre ? Non , fans doute
; & , on les a loüé plûtôt d'avoir
retranché avec jugement que d'avoir
ajouté avec fécondité. Car dans les âges
fuivans , la Methode ayant changé , &
la ſcience ayant été réduite à une plus grande
fimplité , les Poëtes modernes n'eurent
pas moins de raifon d'abandonner l'ancienne
façon de compofer , qu'Homere en
eut de la mettre en ufage : & peut - être ,
ne fuft- ce pas une circonftance malheureufe
pour Virgile , d'être né dans un fiecle
qui ne lui demanda point tout l'efpric
d'invention neceffaire , pour remplir toutes
les parties allegoriques d'un Poëme ?
, que
,
La Fable merveilleufe contient tout ce
qui eft furnaturel , & particulierement ce
qu'on appelle la machine du Poëme.. Si Ho
mere, ( comme Herodote fe l'imagine )
LE MERCURE
n'a pas introduit le premier des Divinitez
dans la Religion des Grecs , il femble qu'il
en a le premier fait ufage, pour jetter plus
de merveilleux dans la Poëfie ; & il y a fi
bien réuffi , qu'ils en font le plus bel ornement
& la principale dignité : Car , les
Auteurs qui font le plus choquez de la no
tion litterale des Dieux , ne portent point
leur accufation contre Homere , comme
inventeur de ces brillantes chimeres .
Quelques raifons qu'on puiffe avoir de
blâmer ces fortes de machines , felon des
vûës philofophiques & religieufes, elles font
un fi grand effet dans la Poëfie , que depuis
, les hommes ont toûjours pris plaifir
les y voir employées. On n'en a point
encore pû imaginer qui produififfent un
fpectacle plus magnifique ; & tous ceux
qui ont voulu en fubftituer de nouvelles
ont vû leur tentative fans fuccès. Enfin
après tant de revolutions dans les Empires
& dans les Religions , les Dieux d'Homere
font encore aujourd'hui les Dieux de
la Poefie.
Examinons à préfent les caracteres de
ces Perfonnages , & nous trouverons que
jamais Auteur n'en a mis fur la Scene un
fi grand nombre qu'ils font tous extraordinairement
variez , & qu'ils nous affectent
avec une force & une vivacité infinie.
Chacun de fes Heros a quelque chofe qui
lui eft & fingulierement propre , qu'aucun
DE DECEMBRE *3
Peintre n'auroit pû les rendre plus differens
par leurs traits , qu'Homere l'a fçû faire
par leurs moeurs . On ne peut rien voir de
plus exact , que la façon dont il diftingue
les differens dégrez de vices & de vertus.
La feule qualité de Courage eft prodigieufement
diverfifiée dans les caracteres de
l'Iliade , quoiqu'en fi grand nombre. Le
courage d'Achille le rend furieux & intraitable
; celui de Diomede eft impetueux,
& cependant ne l'empêche pas d'écoûter
les avis , & de fe foûmettre aux ordres
de fes Generaux . La valeur d'Ajax a quelque
chofe de pefant & de préfomptueux ;
celle d'Hector eft active & vigilante. L'amour
du commandement & l'ambition ,
font les principes du courage d'Agamem
non ; celui de Menelas eft mêlé de bonté
& de tendreffe pour fon peuple. Nous trouvons
dans Idomenée, un Heros fimple & naturel;
& dans Sarpedon , un courage adou
ci par la politeffe : Cette admirable & judicieufe
diverfité ne fe rencontre pas feulement
dans la principale qualité qui
conftitue l'effentiel de chaque caractere ;
elle fe remarque encore dans les parties
fubordonnées du caractere , fur lefquelles
Homere a foin que la principale qualité air
une influence marquée . Ainfi , la prudence
eft le caractere dominant d'Uliffe & de
Neftor. Dans l'un , elle eft artificieuse &
déguisée ; dans l'autre , elle eft naturelle ,
14 LE MERCURE
ouverte , & ne connoît que les voyes légitimes
; & cette differente forte de prudence
rend leur courage different . Car dans
la guerre , l'un fonde toûjours , les entreprifes
fur la précaution, & l'autre ſur l'ex- .
perience . On ne finiroit point, fi on vouloit
apporter tous les exemples de ce genre.
Virgile ne nous offre point des caracteres
décidez d'une maniere fi diftin&te . Leur varieté
eft prefque imperceptible ; & dans
ceux où elle eft la plus marquée , elle ne
nous affecte point auffi vivement que dans
Homere. Tous ces caracteres de valeur font
prefque femblables ; celle de Turnus même
n'a rien qui lui foit particulier , qu'un dégré
fuperieur à celle des autres : &nous ne voyons
rien qui differentie le courage de Menesthée,
Sergefte , Cloanthe , &c. On peut de même
remarquer qu'un même air d'impetuofité.
domine dans tous les Heros de Stace. Un
courage farouche & fauvage paroît dans
Capanée , Tydée , Hyppomedon , &c. Enfin
, ils font fi femblables entr'eux , qu'on
les croiroit tous freres . Cette réflexion fur
les caracteres , me paroît pouffée affez loin .
Si le Lecteur veut la fuivre & examiner de
ce côté-là tous les Poetes Epiques & Tragiques
, il fera aifément convaincu que
l'invention d'Homere en ce point , eft infi
niment fuperieure à celle des autres .
Les harangues doivent être confiderées ,
comme les fuites & les dépendances des
DE DECEMBRE.. 11
saracteres ; puifqu'elles font parfaites ou
défectueuſes , felon qu'elles font confor
mes au caractere de ceux qu'on fait parler.
Dans l'Iliade , la varieté des difcours répond
à celle des caracteres ; elle eft plus
grande que dans aucun autre Poeme ;
chaque chofe y a des moeurs , comme dit
Ariftote , c'est - à- dire , tout eft action ou
difcours. On auroit de la peine à imaginer
le petit nombre de Vers qu'Homere dans
un Ouvrage de cette longueur , employe
en narration. Dans Virgile , la Partie
Drammatique eft moindre que la Narrative
; & fouvent fes harangues font des réflexions
ou pensées generales , qui pourroient
également convenir dans la bouche
de toute autre perfonne dans la même occafion.
Mais , comme la plupart de les perfonnages
n'ont point de caractere marqué,
on peut juftifier les harangues par le principe
de convenance. Lorfque nous lifons
Virgile , nous avons bien plus fouvent ,
l'Auteur devant les yeux , que quand nous
lifons Homere . Tous ces défauts font les
effets d'une imagination plus froide , qui
nous interrefle moins à l'action décrite :
Homere nous fait Auditeurs , & Virgile
nous laiffe Lecteurs .
Si nous venons enfuite à examiner les
fentimens , nous y voyons briller cette
même imagination par la fublimité & la
la fineffe de fes penfées, L'opinion de Lon35
LE MERCURE
gin eft qu'Homere excella principalement
dans cette partie. Faut il d'autre preuve de
la grandeur & de l'excellence des fentimens
d'Homere , que leur reffemblance avec
ceux de l'écriture. Duport , dans fa Gnomologia
Homerica , a raffemblé une infinité
d'exemples de cette efpece ; & c'eſt avec
juftice qu'un excellent Ecrivain moderavoue
que fi Virgile n'a pas un fi
grand nombre de penfées un peu bailes &
communes , il s'en faut bien auffi qu'il en
ait autant de nobles & de relevées ; &
que
de Poete Latin s'éleve rarement à fes fentimens
fublimes , lorfqu'il n'eft pas animé ·
par les exemples de l'Iliade .
ne ,
Si nous confidérons fes defcriptions .
fes images & fes comparaifons , nous y ver
rons encore dominer le genie d'invention .
Car , à quel autre talent attribuer cette
prodigieufe quantité d'images de toute efpece
, où nous trouvons chaque circonftance
& chaque particularité de la nature,
raffemblées par l'étendue & la fécondité de
fon imagination , qui pouvoit à ſon gré
fe rendre les objets préfents , fuivant leurs
differens points de vue , & en prendre une
empreinte diftincte & marquée Homere ne
fe contente pas de nous donner une perfpective
parfaite de chaque chofe , fouvent
il nous en montre en détail les differentes
faces , qu'aucun Peintre n'a jamais
obfervées fi exactement que lui. Rien n'eſt
DE DECEMBRE. 17
plus furprenant que fes defcriptions de Batailles
; elles occupent la moitié de l'I
liade, & elles font remplies d'une fi grande
varieté d'incidens , qu'il n'y en a point qui
fe reffemblent , & que jamais deux Heros
ne font bleffez de la même maniere . Enfin ,
les idées nobles y font répandues avec tant
de profufion , que toujours la derniere bataille
l'emporte fur la précedente , en grandeur
, en horreur , & en confufion. Il eft
certain que vous ne trouverez dans aucun
Poeme Epique , un fi grand nombre d'images
& de defcriptions , que tous les
Poetes qui font venus après Homere , en
ont empreunté une infinité de lui ; & que
Virgile en particulier , n'a prefqu'aucune
comparaison qui ne foit tirée de fon.
Maître .
Si nous defcendons à l'expreffion , nous
voyons l'imagination brillante d'Homere ,
lui fournir les tours les plus animez. Nous
ne pouvons nous empêcher d'avouer qu'il
eft le Pere de la Diction Poetique , & qu'il a
le premier enfeigné aux hommes le langage
des Dieux. On pourroit comparer fon expreffion
au coloris de quelques grands
Maîtres , qui les fait reconnoître dans leurs
Ouvrages les moins parfaits : Ses expreffions
font fortes , pleines de feu & maniées avec
tout l'efprit imaginable. Ariftote avoit
raifon de dire que ce Poete feul avoit inventé
des paroles vivantes. On trouve dans
B
38 LE MERCURE
fon Poeme des figures & des métaphores
plus hardies que dans aucun autre . La flé
che eft impatiente de fendre les airs : Une
épée eft alterée du fang ennemi ; ainfi du
refte . Cependant , fon expreffion n'eft jamais
trop élevée par la chofe qu'il veut
peindre ; mais , elle lui eft toûjours exactement
proportionnée : C'eft toûjours le
fentiment qui nourrit & enfle la Dicton .
En un mot , le ftile d'Homere eft toûjours
conforme à ce qu'il décrit .. Autant une
penfée eft pleine de feu , autant l'expreffion
qui y correfpond , eft brillante ; autant la
penfée eft forte , autant l'expreflion eft
claire. Ainfi on voit dans une fournaife
la maffe de cristal fe rare fier , & devenir
plus tranſparente, à proportion que le fouffle
& le dégré de chaleur font plus violens
.
"
Ce fut fans doute pour rendre fon ftile
infiniment fuperieur à la Profe, qu'Homere
affecta les Epithetes compofées . Cette
compofition eft particulierement propre
la Poefie , non feulement , en ce qu'elles
relevent & annobliffent la diction ; mais
en ce qu'elles rempliffent davantage les
nombres , leur donnent plus de fon &
de pompe ; & en les rendant imitatifs , les
fait contribuer à la force des images. Tous
-ces avantages , ce me femble , font les
fruits de l'imagination féconde du Poëte ;
puifqu'il a employé fi adroitement ces
DE DECEMBRE. 19
Epithetes compofées , qu'elles font une
forte de peinture furnumeraire des Perfonmages
, & des chofes dont elles font les
attributs. Nous voyons le mouvement des
plumes & Hector dans l'épithete Kopulsionos.
& l'agitation des bois qui couvrent le
Mont Nerite , dans celle de Evosquares ,
& ainſi du reſte. Homere n'eût pû s'arrêter
à fes images particulieres , fans trop détourner
l'attention du Lecteur de la principale
action ; quand même il n'eût employé
qu'un feul Vers à les décrire . C'eft
pourquoi , il ût recours aux Epithetes compofées
; car de même qu'une métaphore cft
une courte comparaiſon , ainfi , ces fortes
d'épithetes font de petites defcriptions.
>
Enfin , fi nous confiderons la verfification
de l'Iliade nous fentirons qu'elle
doit une partie de fon mérite à l'invention
de fon Auteur. Homere ne le contenta pas
du langage qu'il trouva établi dans quelques
Provinces de la Grèce en particulier ;
mais , il choifit entre les differens Dialec- .
tes , les mots qui lui parurent les plus propres
à embellir& à perfectionner les nombres
: Il les confideroit , en tant qu'ils avoient
un plus grand mélange de voyelles
& de confonnes ; & dans cette vûë , il les
employoit fuivant que fes Vers demandoient
ou plus de douceur ou plus de force.
Le Dialecte dont il fit le plus d'ufage , fut
l'Ionique qui a une grace particuliere , en
Bij
20 LE MERCURE
Ce qu'il n'ufe jamais de contractions , &
qu'il réfout les diphtongues en deux fillables
; ce qui rend fes mots plus coulans &
plus fonores. Il y joignit l'Attique avec fes
contractions , le Dorique plus fort , &
l'Eolique plus foible , dont il rejetta fouvent
les afpirations & adopta les accens ;
il rendit enfin cette varieté complete , en
fuprimant quelques lettres par une licence
poëtique. De forte que la mefure des Vers ,
bien loin de gêner le fens , fut toûjours
prête à fuivre le feu de la verve , & à rendre
les images plus vives & plus parfaites ,
par le raport de fes fons avec les chofes reprefentées.
De tous ces avantages , naît
cette merveilleufe harmonie, qui nous contraint
d'avouer qu'Homere ût non -feulement
le genie le plus fécond ; mais encore
l'oreille la plus délicate dont la nature
ait jamais fait préfent à un homme.
Une grande preuve de cette verité , c'eft
qu'à ne confulter que les tons de fes Vers
mêmes , fans en entendre le fens , ( comme
nous voyons tous les jours pratiquer
aux Operas Italiens ) on y trouvera des
fons beaucoup plus doux , plus varicz &
plus majestueux , que dans aucune autre
compofition , foit en profe foit en vers . Les
Critiques conviennent que Virgile n'a imité
que foiblement la beauté de les nombres;
mais, ils rejettent ce défaut fur la nature de
la Langue Latine. A la verité , la Grecque
DE DECEMBRE. +27
*
a quelqu'avantage , tant par le fon naturel
de fes mots , que par le tour & la cadence
de fon vers , qui a beaucoup de con
formité avec le genie de nôtre langue.
Virgile le connut bien , & mit tout en oeu
vre , pour donner à cette langue fi diffici-
Je à manier , toutes les graces dont elle étoit
capable ; & fur-tout , il ne manqua jamais
de donner à fes vers un fon qui ûc
rapport à leurs fens . Au refte , G le Poete
Grec n'a pas à un fi grand nombre d'ad
û
mirateurs dans cette partie , que le Poëte
Latin ; il ne faut pas s'en étonner : Moins
de Critiques ont été en état de juger d'une
langue que de l'autre.Denis d'Halycarnaffe
dans fon Traité de l'arrangement des
mots , a rapporté un grand nombre de paffages
d'Homere , où l'on rencontre des
beautez de cette efpece ; & nous en ferons
remarquer plufieurs dans le cours de ces
Notes. Il fuffit à préfent de faire obferver
en general , que fes nombres marchent avec
tant d'aifance , qu'on s'imagineroit
qu'Homere n'a û d'autre foin que de les écrire
, à mesure que les Mufes dictoient ;
& qu'en même tems , ils ont tant de force
& font fianimés, qu'ils nous réveillent &
nous animent , comme le fon éclattant de
la trompette. Ils roulent , comme un fleuve
dont les eaux toujours dans un mouvement
égal , rempliflent toûjours le lit ;
* Cela doit s'entendre de laLangue Angloiſe.
LE MERCURE
tandis que nous fommes emportez par un
flot de vers le plus rapide ; mais , en même
tems le plus doux qu'on puiffe imaginer.
Ainfi , de quelque côté que nous regardions
Homere , c'est toujours l'invention
qui nous frappe davantage ; c'est ce
qui fait le principal mérite & le caractere
de chaque partie de fon ouvrage : Car ,
nous trouvons fa fable plus étendue & plus
abondante que celle d'aucun autre Poete ;
fes caracteres plus vivement & plus fortement
marquez, les difcours plus touchans &
plus vehemens ; fes fentimens plus remplis
de feu & de nobleffe; fes images & fes defcriptions
plus complettes & plus animées ;
fes expreffions plus élevées & plus hardies ;
& fes nombres plus rapides & plus varicz.
J'efpere que dans tout ce que j'ai dit de
Virgile fur chacun de ces articles , on ne
trouvera rien que de conforme à fon carac
tere , & qu'on ne m'accufera point de l'avoir
altere. Rien n'eft plus abfurde & plus
vague que la methode ordinaire de comparer
les grands Auteurs, en détachant des
paffages particuliers que l'on oppofe les uns
aux autres , & fur lefquels on prétend juger
de leur merite dans la compofition du
tout. Ce n'eft point de cette maniere que
nous devons conduire.nôtre examen nous
devons , en lifant de fuite chaque Auteur,
nous former une idée jufte & fixe de fon
>
DE DECEMBRE. 23
caractère & de fon excellence diftinctive :
C'eft cette qualité principale que nous devons
foigneufement confiderer , & dont le
dégré de perfection doit regler celui de nôtre
cftime .
On ne voit point qu'aucun Auteur , ni
même aucun homme , l'emporte fur les
autres par plus d'une faculté ; & fi Homere
les furpalle tous par l'invention , Vir
gile a le même avantage par la fageffe de
fa compofition : Non , que je pense qu'Homere
en ait manqué, parce que Virgile en
a û plus que lui ; comme auffi , je ne pré:
tens pas dire que Virgile ait été dépourvû
du genie d'invention , parce qu'Homere en
a û davantage. Chacun de ces grands hommes
réunit ces deux qualitez dans un dégré
plus eminent peut- être , qu'aucun autre
Ecrivain, Ce n'eft qu'en les comparant l'un
à l'autre , qu'on peut dire celui - ci ût
moins d'art , & celui- là moins d'imagination
: Homere fut le plus grand genie ,
Virgile , le meilleur Artifte. Dans l'un ,
nous admirons l'ouvrier , & dans l'autre
l'ouvrage . Homere nous entraîne , & nous
tranfporte avec une impetuofité qui n'attend
point nôtre confentement . Virgile
nous attire à lui par une majefté pleine
de charmes . Homere répand avec une
genereufe profufion . Virgile donne avec
magnificence ; mais , fans prodigalité . Homere
pareil au Nil , verfe fes tréfors par
i
24 LE MERCURE
de foudains débordemens . Virgile eft comme
ces fleuves qui ne fortent jamais de leur
lit , & dont le cours eft toûjours égal &
conftant. Lorfque je lis leurs Batailles , il
me paroît que les Poetes reffemblent aux
Heros qu'ils celebrent . Homere eft femblable
à fon Achille , que rien ne retient ,
à qui rien ne réfiſte , & qui fait tout fuir
devant lui. Plus le tumulté & la confufion
augmentent, plus fon imagination eft vive,
nette & brillante. Virgile fagement hardi ,
comme fon Enée , paroît de fang froid
dans la chaleur de l'action , arrange &
difpofe toutes choſes ; enfin , gagne
la bataille
tranquillement. Si nous jettons les
yeux fur leurs machines , nous trouverons
qu'on peut comparer Homere à fon Jupiter
ébranlant l'Olympe ; faifant briller les
éclairs & gronder la foudre , & remplif
fant l'Univers de terreur. Virgile reffemble
à la même Divinité pleine de bien veillance
pour les hommes; déliberant avec les Dieux;
leur propofant fes projets , & ordonnant
avec fageffe la fondation & l'accroiffement
des Empires.
"
Mais aprés tout , il en eft des grands
talens comme des grandes vertus ; ils font
naturellement voifins de quelque imperfection
; & il eft trés- difficile d'en fixer les
limites ; c'eft- à- dire , de déterminer précifément
, où le bon finit & où le mauvais
commence. Comme la prudence approche
quelquefois
DE DECEMBRE.
25
quelquefois du foupçon ; trop de jugement
rend quelquefois un Poëte froid : &,
comme la magnanimité peut aller juſqu'à
la profufion ou à l'extravagance ; trop d'imagination
fait dire fouvent des chofes
fuperfues ou même outrées. Ce principe
pofé , fi nous examinons Homere & les
fautes qu'on lui impute
qu'elles procedent de ce noble défaut, ou ,
pour mieux dire , de l'excès de cette brillante
faculté . '
, nous verrons
Entr'autres reproches qu'on a fait à
Homére , les Critiques fe font fort étendus
fur quelques- unes de fes fictions merveil
leufes , dans lefquelles ils l'accufent d'avoir
paflé les bornes du vrai- femblable .
Mais , il en eft peut être des grands genies,
comme de ces hommes à taille Gigantefques
: Lorfqu'ils mettent en oeuvre toutes
leurs forces , ou pour mieux dire , lorfqu'ils
veulent fe furpaffer eux mêmes , ils font
des actions dont leur énorme gtandeur ne
juftifie qu'à peine la vrai femblance . Cette
penfée doit fuffire pour nous empêcher de
blâmer Homere d'avoir introduit des Chevaux
parlant , & Virgile, les Mirtes diſtillant
du fang ; & il n'eft pas neccffaire de
recourir à une Divinité pour fauver la probabilité
de cette fiction.
C'eft encore cette vafte imagination qui
tend fes comparaifons trop étendues &
trop chargées de circonftances, Rien ne
C
26 LE MERCURE
peut mieux faire voir combien elle étoit vi
ve & forte en lui , que l'impoffibilité où il
fut de la reftraindre à la circonftance fur
laquelle étoit fondée la comparaifon . Elle
s'empreffe d'y ajoûter tous les embelliffemens
& toutes les images qui y ont quelque
raport ; mais , elle les difpofe avec
une fi parfaite gradation , qu'elles ne l'emportent
jamais fur la principale . Ses comparaifons
reffemblent à ces tableaux , où
non-feulement la figure principale a fes
proportions données conformes à l'original
; mais , qui de plus , font embellis
par les perfpectives & les ornemens occafionez
par le fujet . On peut par la même
raiſon , l'execufer d'avoir fouvent entaffé
un grand nombre de comparaifons tout
de fuite, lorfque fon imagination lui fourniffoit
une infinité d'images differentes &
convenables. Le Lecteur peut facillement
étendre cette obfervation aux autres objections
de la même efpece.
4
Il y en a d'autres qui lui reprochent plûtôt
le défaut & la petiteffe d'efprit , que
l'excés. Mais , aprés un meur examen , on
trouvera que ces prétendus défauts doivent
être rejettez entierement fur la nature du
tems auquel il vivoit. Tels font ceux d'avoir
reprefenté les Dieux groffiers , & les Heros
vicieux & imparfaits. J'examinerai ces deux
chefs d'accufation dans l'Efay fuivant , &
je dirai ici feulement en paffant , qu'à l'ocDE
DECEMBRE. 27
cafion du dernier , les Cenfeurs & les deffenfeurs
d'Homere ont porté les choſes à
l'extreme car , n'eft- ce point porter trop
loin l'admiration pour l'antiquité , que de
trouver ces tems anciens d'autant plus beaux
qu'ils reffemblent moins au nôtre ? Què
de louer le bonheur de ces fiecles , fans fonger
qu'un efprit de vengeance & de cruauté
regnoit alors dans le monde ; qu'il n'y avoit
alors de quartier à la guerre qu'à force
d'argent ; enfin , que les plus grands Princes
étoient paffez au fil de l'épée fans mifericorde
, & leurs femmes & leurs filles
faites efclaves & concubines ? D'un autre
côté , je ne voudrois pas pouffer la déli
cateffe auffi loin que ces critiques modernes
, qui font choquez de voir les Heros
d'Homere occupez à des exercices qu'ils
Jugent trop bas & trop ferviles. Je trouve
au contraire du plaifir à confiderer la fimplicité
de ce fiecle , en oppofition avec le
fafte & le luxe des ficcles fuivans. J'aime
à voir des Monarques fans leurs Gardes ,
des Princes gardant leurs Troupeaux , &
des Princeffes puifant de l'eau dans les
fontaines. Lorfque nous lifons Homere ,
nous devons nous reffouvenir que nous
avons entre les mains le plus ancien Auteur
du monde payen , & cette reflexion
doublera nôtre plaifir. Que les Critiques
fe mettent donc une bonne fois dans la
tête , qu'ils vont faire connoiffance avce
C ij
28 LE MERCURE
des Nations qui ne fubfiftent plus ; qu'ils
Vont remonter dans l'antiquité la plus
reculée , & qu'ils vont avoir devant les
yeux des chofes qu'ils ne trouveront point
reprefentées ailleurs. Enfin , qu'ils penfent
que les Ouvrages d'Homere font les feuls
tableaux autentiques qui nous reftent de
cet ancien Monde. Par ce feul moyen ,
leurs grandes difficultez difparoitront fur
le champ , & ce qui caufoit leur dégout ,
ferá leurs délices.
Cette même confideration peut de plus
fervir à excufer Homere fur l'ufage conftant
qu'il fait des mêmes épithetes , tane
pour les Dieux que pour fes Heros : Tels
font celles de Phoebus dardant de loin ; de
Pallas aux yeux bleux , & d'Achille au
pied leger , &c. qu'on l'accufe d'avoir ridiculement
& faftidieufement repetées .
Quant à celles des Dieux , elles avoient
rapport au pouvoir & aux employs qu'on
croïoit communement leur appartenir ; &
les ceremonies publiques , auffi bien que
les facrifices dans lefquels on avoit coutume
de s'en fervir , leur avoient donné tant
d'autorité , & y avoient attaché tant de
veneration , qu'elles étoient devenuës une
forte d'attribut de ces Divinitez , dont on
étoit obligé de leur rendre homage dans
toutes les occafions ; autrement , c'eût été
manquer à un devoir effentiel de la Religion,
Pour ce qui regarde celles des Heros ,
DE DECEMBRE. 29
:
feu M. Defpreaux croïoit qu'elles étoient
de la nature des furnoms , & repetées comme
telles Car , les Grecs ne portant point
le nom de leurs peres , il falloit , quand ils
parloient de quelqu'un , qu'ils trouvaffent
quelque façon de le diftinguer. Ainfi , ils
nommoient ou les parens , ou le lieu de
fa nailfance , ou fa profeffion , comme
Alexandre fils de Philippe , Herodote d'Ha
licarnaffe , Diogene le Cynique , &c. Homere
donc fe conformant aux coûtumes de
fon Païs , mit en oeuvre
oeuvre les épithetes
comme des défignations plus poëtiques.
Nous avons même encore parmi nous
quelque chofe de femblable : Tels font les
noms de Harold pied de Lievre . Edmont
côte defer. Edouard longue jambe. Edouard
Prince noir , & c. Toutefois , fi l'on trouve
que ces raifons puiffent plûtôt fervir à
montrer la proprieté , qu'à excufer la repetition
des épithetes , j'y ajoûterai une
conjecture.Hefiode dans fa fiction des âges
du monde , en a placé un quatriéme entre
celui d'airain & celui de fer , pendant lequel
vivoient ces Heros , enfans des Dieux , qui
combattirent devant Thebes ou devant Troye,
qui furent appellez Demi- Dieux , & qui par
les foins de Jupiter , menent une vie delieicufe
dans les Illes fortunées . Cela poſe ,
ne fe pourroit- il pas qu'entre les honneurs
divins qui leur furent decernez , ils ûffent
obtenu , ainfi que les Dieux , qu'on ne
Cij
30 LE MERCURE
prononceroit jamais leur nom , fans l'accom
pagner d'une épithete qui leur fût agreable ,
en rendant celebres leurs familles , leurs actions,
ou leurs vertus ?
,
Toutes les autres chicanes que l'on a fait
à Homere , font de nature à meriter rarement
d'être refutées : Je les examinerai cependant
lorsque l'occafion s'en prefentera .
Ces mauvaifes difficultez pour la plupart
font les fruits du defir peu judicieux qu'ont
& plufieurs Critiques d'élever Virgile aux
dépens d'Homere ; & c'eft précilement ,
comme fi quelqu'un , pour louer un Architecte
, s'avifoit de vouloir prouver que
les fondemens de fon édifice ne valent
rien : On ne s'imagineroit jamais , en
lifant leurs paralleles , qu'ils ûffent même
entendu dire qu'Homere ait écrit le premier :
Reflexion qui doit être prefente à l'efprit
de quiconque entreprend de comparer ces
deux Poëtes . On en trouve qui blâment
en lui les mêmes chofes qu'ils loüent &
qu'ils admirent dans Virgile ; on les voit
fouvent preferer la fable & la morale de
l'Eneide à celles de l'Iliade ; parce que dans
la premiere , le Heros eft plus prudent &
plus moderé , & fon action plus utile à fa
Patrie ; mais , ils ne fongent pas apparemment
que les mêmes raifons devroient les
conduire à mettre l'Odiffée au- deffus de
l'Eneide . Il y en a qui voudroient qu'Homere
ût fait ce que jamais il n'a dû fe
DE DECEMBRE, 31
propofer de faire Is trouvent mauvais ,
par exemple , qu'il ne nous ait pas reprefenté
Achille auffi bon & auffi parfait
qu'Enée ; & ils ne voyent pas que la morale
de fon Poëme demandoit un caractere
tout contraire à celui d'Enée. C'eſt ainfi
que le P. Rapin raifonne dans fa comparaifon
d'Homere & de Virgile. D'autres
détachent des paffages d'Homere , moins
travaillez que ceux qu'ils tirent de Virgile ,
& les comparent enfemble ; voila tout le
manege de Scaliger dans fa Poetique . Vous
en voïez d'autres qui lui cherchent querelle
fur des expreffions qu'ils trouvent
ou trop baffes ou trop foibles , quelquefois
par une fauffe délicateffe & un rafinement
ridicule , & plus fouvent encore , parcequ'ils
ne font pas en état de connoître les
beautez de l'Original. Ils triomphent alors ,
mais c'eft de la groffiereté de leurs traductions
telle eft la conduite de Perrault.
Quelques- uns enfin , fe picquant d'un procedé
plus noble , diftinguent entre le merite
perfonnel d'Homeie & celui de fon
ouvrage Mais , lorfqu'il s'agit d'affigner
la caufe de la grande reputation que
liade lui a acquife , ils foûtiennent qu'elle
n'a d'autres fondemens , que l'ignorance
de fon tems & le préjugé des ficcles fuivans;
ils pouffent même plus loin cette penſée ,
& felon eux , il n'eft devenu celebre , que
par les difputes élevées entre des Citez en-
PI-
+
Cij
320 LE MERCURE
tieres à fon occafion , quoique réellement
ces difputes fuffent l'effet de l'admiration
que l'on avoit déja pour ce grand homme.
N'en pourroit- on pas dire autant de Virgile
ou de quelque autre Auteur qui excelleroit
dans quelque genre que ce pût être ? Il
eft prefque impoffible que ces ouvrages ne
faffent naître une infinité d'incidens qui
rendront fon nom plus fameux ; & ne feroit'il
pas injufte de les croire redevables
ces feuls incidens ; de la gloire qu'ils auroient
acquife ? La methode dont nous venons
de parler , eft celle qu'a fuivie M. de
la Motte , qui au refte , convient en general
, que dans quelques fiecles qu'Homere
ût vecu , il ût été le plus grand Pocte de
fa Nation , & qu'en ce fens , on peut dire
qu'il eft le maître de ceux qui l'ont furpaffé
Dans toutes ces objections , nous ne
voïons rien qui affoibliffe la validité des
titres qui mettent Homere en poffeffion
du nom glorieux de premier Inventeur ;
& puifque l'invention eft la marque caracteriftique
de la Poefie , tant que ceux qui
le fuivront , ne l'égaleront pas de ce côtélà
, il leur demeurera toûjours fuperieur . Un
moindre genie eft peut-être fujet à moins
de défauts , & pourra fe faire admirer de
certains critiques ; mais , ce feu d'imagination
entraînera toûjours des acclamations
plus éclatantes & plus univerſelles , qui
DE DECEMBRE. 3.3
enchanteront le Lecteur par un charme
beaucoup plus puiffant. Homere , non ſeulement
eft l'inventeur de la Poefie ; it
l'emporte encore fur tous les autres inventeurs
, en ce qu'il a , enlevé à ceux qui
font venus aprés lui , tons les moyens de
s'acquerir le merite de l'invention . Il leur
a laillé à retrancher ou à difpofer , mais
rien à ajouter Il montra à la fois tout ce
que peut produire l'imagination la plus fublime
& la plus feconde : Et , fi quel
ques- uns de fes efforts ne font pas également
foutenus , c'eft qu'il en voulut tenter
de tous les côtés. Un ouvrage de cette
nature peut fort bien être comparé à un
arbre , qui êtant cultivé avec tous les
foins & toute l'induſtrie imaginable , fleurit
& produit les fruits les plus exquis. La
nature & l'art ont confpiré pour le faire
croître le plaifir & l'utilité concourent
à en augmenter le prix ; & fi l'on y peut
raifonnablement trouver quelque défaut,,
c'eft d'avoir pouffé trop de branches , qu'il
feroit neceffaire de couper , pour lui donner
une forme plus reguliere , & ce défaut même
ne vient que de fa trop grande fécondité.
;
34
LE MERCURE
1363434343434360 36
ES TRENNES
Pour le Jour de l'An.
Illules de requife
PUContre la friandife ;
Ou , fi ce titre ne plait pas ,
Ayant quelque chofe de bas ;
C'est une Satyre abrégée
Contre les Friands de dragée.
Gracieux Jour de l'An , paré de friandife ,
Sans trop bleffer les Loix que toi même autorife;
Permets moi de tromper fous de feintes douceurs
De tes morceaux fucrez les Friands amateurs :
Gens grignottant fans ceffe , & dont la bouche
avide
De pâte ou de biſcuit n'a jamais été vuide.
J'aurai certains bonbons droguez de chicottin
Ma poche en fera pleine ; & dès le grand matin ,
Me conformant aux Loix de la bonne coûtume
De mon lit fans regret je quitterai la plume ,
Pour donner le bon jour & baifer un chacun ;
Homme ou femme , il n'importe , aujourd'hui
c'eft tout un :
Car pendant tout ce jour , la femme la plus fage:
N'o'eroit aux bailers refuſer fon vi‘age .
Tout baile en ce grand jour , vieux , jeune , petit ,
grand ;
I a gravité s'en mêle , & le Sage eft galand.
L'ufage en eft reçû ; la vertu la plu forte
Ne fçauroit refifter au torrent qui l'emporte ;
Et ces embrafemens qu'on le donne à foilon ,
Ne vont point fans fouhaits , complimens de faifon
.
De bon jour & bon an chacun fait fon langage ,
Et fans un tel jargon vous paffez pour fauvage..
DE DECEMBRE. 38
Aprés tant d'amitiez vient le petit préſent;
L'un tire de fa poche un bijoux tout plaifant ;
L'autre montre à travers fa petite bouteille
De menus grains fucrez de couleur non - pareille ;
C fui - ci moins galant , donne pour fon bonbon ,
Cu du Cottignac rouge ou des Pains de mouton
Un bon - chrétien doré d'une greffeur étrange ,
Prétend le difputer à la plus belle Orange ;
Divers Sucres glacez & le Croquet friand ,
Préfentez tour à tour , brü flent fous la dent ;
Aprés , blanche Dragée & vermeille Prâline ,
Et petits Choux lardez d'écorce tendre & fine :
Ma's , certain Curieux offre un rare bifcuit ,
Travaillé tout autour & d'un ample circuit :
Tous enfin font des dons , & chacun feroit niche
A qui dans un tel jour oferoit être chiche
Moi donc qui n'aime point à paroifte villain ,
Montrant mes poix fucrez , j'en donne à pleine
main ;
Auffi - tôt , vous verriez enfans , filles & meres.
Rechigner , en croquant mes pillules ameres.
Courir pour fc vanger ; mais craignant le fracas
Je faute les dégrez & m'efquive à grands pas.
A
,
M. Boudier Auteur de l'Ode fuivante
fe fert de ces termes , en envoyant cette
piece à M. Boucon à qui elle étoit adreffée .
A prefent que je fuis quitte de ma crainte
je vous envoye mon Ode , afin de ne la pas
perdre ; non que je la croye bonne mais
feulement , pour vous témoigner que je pense
à vous. Si vous la trouvés caduque , foible
& traînante , pardonnés à une Muſe de 17.
Luftres entiers au moins , respect ez- la
parfes cheveux blancs & par fes rides.
LE MERCURE
D
'Où vous
ODE.
vient cette folle envie
De voir les païs étrangers ,
Et d'aller par mille dangers
Rifquer d'accourcir vôtre vie ?
Contemplant de vôtre mailon
La Seine en de vaſtes campagnes ,
Et fur les fins de l'horizon
Le Ciel joint avec les montagnes ;
Croyez , fans changer de zenit ,
Que c'eft où le Monde finit .
黃埔
Dans un petit coin de la France
Vous le voyez en racourci :
Ailleurs ., c'eft de - même qu'icy ,
Du moins , c'eft peu de difference.
Par-tout où vous vous trouverez ,
Aprés des travaux difficiles ,
Comme où vous êtes , vous verrez
Des Fl: uves , des Champs & des Villes,
Qi ne meritent pas le foin
De les aller chercher fi loin.
Vous brûlez de voir l'Italie ;
Et depuis long- tems entêté
Vous nourriffez cette folie.
Penfez-vous voir de vos yeux
y
Les anciens Vainqueurs de la Terre ?
Non , au lieu de ces demi- Dieux ,
Ce font des Racleurs de Guterre ,
Pour des Heros , des Arlequins ,
pour des Brutus , des Tarquins. Et
but th
Je le repete , & vous fouvienne
Que je vous l'ai prôné toûjours :
Rome , l'objet de vos amours ,
'eft qu'un Squelette de l'ancienne,
DE 32
DECEMBRE.
La fameufe & vieille Cité ,
Dont à peine on voit quelque trace
De ce qu'elle a jadis été ,
N'a plus que le nom & la place :
Le Tibre eft fon feul monument ,
Qui refte & coule tristement.
**L -0
Ses Arcs pompeux , fes Bains fuperbes,
Ses Tours , fes Cirques orgueilleux ,
Et les Aqueducs merveilleux ,
Sont couverts de ronces & d'herbes .
Les blocs de marbre répandus
Dans d'épaiffes touffes d'épines ,
Tant d'excellens morceaux perdus
Sous ces effroyables ruines ,
Quand leur afpect vient vous faifir ,
Font plus d'horreur que de plaifir.
Les Châteaux de Tibur , de Bayes ,
Dans les Hiftoires fi vantez ,
Ne font aujourd'huy frequentez
Que des Hiboux & des Orfrayes.
Brollant des fentiers mal -aiſez ,
On trouve dans ces champs funeftes
Destroncs fecs , des canaux briſez ,
Qui font les miferables reftes
Des parcs charmans , où vos Heros
Goûtoient le frais & le repos.
He att
Pour voir dans Rome triomphante -
Les Scipions & les Cefars ,
J'aurois pû franchir les hazards
Qu'un voyage penible enfante :
Pour y voir le fage Senat
Qui gouvernoit ce grand Empire ;
Pour y voir la pompe & l'éclat
De l'or , du jafpe & du porphire ;
Enfin fes ornemens divers ,
Dêpouilles de tout l'Univers.
米椰
38
.
LE
MERCURE
Mais , pour voir des pans de murailles ,
Et de pito , ables débris ,
Quitter vôtre Epoule, Paris ,
Et l'incomparable Verſailles :
Paffer des mers , grimper des monts
Que la Nature nous o; pofe :
De bonne foy nous vous fommons
De nous en dire une autre cauſe ,
Ou de nous laiffer perdre à tous
Les fentimens qu'on a de vous .
麻籽
Je vais droit à vôtre penſée :
Vous voulez repaître vos yeux ,
Non de mazures , mais des lieux
Ou telle action s'eft paffée :
Où Camille fur les Gaulois
Vangea fa Patrie enflamée
Où Coclés fur un pont de bois
Arrêta feul toute une armée ;
Et d'autres lieux , malgréle temps ,
Connus par des faits éclattans .
;
Sans s'embarraffer la cervelle ,
Ny prendre le foin d'y rêver ,
Gens attitrez vous font trouver
L'ancienne Rome en la nouvelle.
Pompée avoit là la maiſon :
C'eft icy qu'habitoit Salufte :
Là, logeoit Brutus , là , Pifon :
Icy fut le Palais d'Augufte ;
Et mille autres abfurditez
De ces Rêveurs d'Antiquitez.
A chaque mot , chaque fadaife ,
De l'Antiquaire prétendu ,
Je vous vois furpris , éperdu ,
Rouler les yeux , treffaillir d'aile.
Vous donnerez entier credit
A les fabuleules fornettes ;
DE DECEMBRE. 39
Et pour retenir ce qu'il dit ,
Vous P'écrirez fur vos tablettes :
Tout nous paffe pour verité ,
Quand nôtre goût en eft flaté.
Si la Peinture vous attache ,
Rome aura pour vous de réel
Les ouvrages de Raphaël ,
De Michel Ange & du Carache .
Mais baniffant les préjugez ,
Qui les élevent fur les autres ,
Ces vieux Peintres fi loüangez ,
Comparez à beaucoup des nôtres ,
N'auront que l'avantage heureux
D'avoir le droit d'Aînez ſur eux .
Vous dévorerez de la vûë
Jufqu'au moindre trait de leurs mains :
Le nom des vieux Peintres Romains
Eft un reffort qui vous remuë .
Je le fçay ; mais que la raison
Sur votre paffion l'emporte.
Pourquoy quitter vôtre maison ?
De Troye eft prefque à vôtre porte ;
Et l'ami Bouys , fans le vanter ,
Devroit affez vous contenter .
Puifqu'enfin ny moi ny perfonne ,
Ne pouvons arrêter vos pas
Adieu donc : mais n'oubliez pas
Deux bons avis que je vous donne,
Quand vous ferez à caqueter ,
Gardez que rien ne vous échappe
Qu'on puiffe mal interpreter ,
Ny des Cardinaux ny du Pape ;
Et pour la Conftitution
Montrez pleine foûmiffion.
***
LE MERCURE

NOUVELLE HISTORIQUE
U
tante nouvelle .
N jeune homme de bonne famille ,
d'une des plus confiderables Provinces
de France , ayant perdu fon pere &
fa mere , auroit û bien de la peine à fubfifter
d'une maniere convenable à fa condition
, s'il n'ût trouvé dans la protection
de quelques perfonnes puiffantes , à qui
fa famille étoit de tout tems attachée ,
de quoi fuppléer au peu de bien que fes
parens lui avoient laiffé . Il obtint par leur
credit un Emploi honorable qui le mettoit
à fon aife. Quoiqu'il vécut affez noblement
par raport à fon état , il ne laiffa
pas par fa bonne conduite , d'amaffer
quelque argent comptant qui fervit un
peu à rétablir les affaires de fa fucceffion
qu'il avoit trouvé aflez delabrées. Deforte
que cela le mit en reputation d'homme entendu
, & le fit regarder comme un parti
affez raifonnable pour le prefent , & qui
pouvoit devenir excellent dans la fuite .
Il n'y avoit point de pere qui ne le propofât
pour exemple à fon fils , ni de mere
qui ne le couchât en jouë pour ſa fille .
Comme il étoit de bon commerce , d'une
humeur agréable & d'un caractere amufant
DE DECEMBRE.
fant il y avoit preffe à qui l'attireroit
chez foy.
Il y avoit déja cinq ou fix ans qu'il vivoit
de la forte , & que , malgré les attaques
qu'on avoit tâché de lui porter , il confer- .
voit toûjours fa liberté ; fe difant à luimême
& répondant à ceux qui lui propofoient
de fe marier , qu'il étoit encore trop.
jcune pour une affaire fi ferieufe . Il croïoit
fon coeur en fûreté , lorfque le hazard l'engagea
dans une paffion qui ût des fuites trés
avantageufes pour lui.
Il avoit foupé ce jour- là dans une maifon
, où on l'attiroit d'autant plus volontiers
qu'on avoit quelques vûës fur fa
perfonne par rapport à une fille aflez bien
faite qu'on fongeoit à établir . Les amis
de la maiſon prenoient plaifir , lorfqu'ils
l'y rencontroient , de lui faire de tems en
tems la guerre fur fon indifference : Il s'en
deffendoit toûjours avec une politeffe qui
ne paffoit point la galanterie ; mais d'une
maniere cependant , à laiffer foupçonner
que
fa referve venoit moins d'infenfibilité
que de prudence : Qu'il attendoit pour fe
déclarer , que fes affaires fuffent un peu
mieux arrangées , & qu'il vît fa fortune en
état de pouvoir rendre heureufe une femme.
Tout cela eft fort poli & fort galand , lui
répondit un de ceux qui l'attaquoient le plus
fouvent ; mais on a le coeur bien libre ,
quand il eft fufceptible de toutes ces refle-
D
42 LE MERCURE
xions oeconomiques . Ecoutez , ajouta- t'il,
j'ai bien lû des Romans & des Comedies en
ma vie ; mais je n'y ai jamais remarqué
que ces vues de fagefle & de précaution
entrallent pour rien dans un coeur bien atteint
; ni qu'un Amant , avant que de voir
fi le lit étoit fait , allât s'affûrer fi la broche
tournoit à la cuifine . Toutes ces attentions
de prévoyance pour l'avenir , font le partage
des peres & des meres . C'eft à eux à
jauger le coffre- fort , & à difcuter les
peces ; voila leur perfonnage dans la
piece & fans cela , qu'y auroient'ils à
faire, ces bonnes gens ! Mais pour l'Amant
& la Maîtreffe , ils ont bien autre cboſe
à penfer.... Croi- moi , quand on aime bien,
il ne vient point en penfée qu'on puiffe
mourir de faim. Et comment le craindroit
ón ? On perd l'appetit , on ne mange prefque
pas , on ne fe nourrit que de foupirs ;
auffi , voyons-nous que les Amans déperiffent
& perdent leur embonpoint , à proportion
du progrès que l'Amour fait chez
eux : Et rien ne me prouve mieux , continua-
t'il , que tu n'aimes pas ou que tu n'aimes
que foiblement , que ce tein vermeil ,
& ce vifage de benediction que tu n'as pas
honte d'étaller effrontement aux yeux de
toutes les beautez de la Ville . Tu es de belle
humeur , tu ris , tu badines dans la converfation
, nulle diffraction confiderable au
jeu , grande attention au Gane , pas un
DE DECEMBRE .
43
>
Matador ni un fans prendre qui t'échape :
Avec cela , tu manges comme un Diable
& d'un grand jugement.... Qu'est- ce que
tout cela prouve nôtre ami ? C'eft que -ton
heure n'eft pas encore venue ; elle viendra :
& alors , dit- il , en fe tournant vers le
Maître de la maifon, vous pourrez en toute
fûreté fupprimer ce chapon ou une couple
de poulets , quand Monfieur foupera
ici. Alors , quand il lui faudra un tiers
pour l'Hombre , je fuis à fon fervice , quelque
mal habile que je fois , parceque je
fes diftractions compte bien que lui feront
faire des bévues qui nous mettront au niveau.
Toute la foirée fe pafla en agacerie
de cette.nature ; jufqu'à ce que l'heure de
fe retirer étant venue , nôtre Indifferent reprit
le chemin de fa maifon . Il s'en alloit
de fon pas , chantant à demie voix , lors
qu'en détournant pour entrer dans fa rue ,
il entendit de loin venir une voiture qu'il
jugea bien n'être pas un carofle non feulement
, parceque le train en paroiffoit plus
leger , mais encore plus , parceque dans la
Ville où il refidoit , l'ufage n'étoit pas d'y
faire rouler des caroffes la nuit . Pour le
jour,c'étoit autre chofe , quoique pourtant
avec quelque forte de moderation ; car de
huit carolles que l'on comptoit dans la
Ville , il n'y en avoit que deux qui roulaffent
reguliere.nent. Pour les 6. autres
ils reftoient ordinairement fous la remife
Dij
244 LE MERCURE
ad honores ; placés en perfpective vis- à- vis .
de la porte de la rue , pour donner dans la
vûe aux Paffans ; & ils ne fortoient guéres
de là , que lorfque les chevaux du labourage
êtant inutiles à la campagne , on les
faifoit venir faire leur quartier à la Ville
en quittant le collier pour prendre le harnoix
: Ils tiroient le caroffe d'un pas grave
& avec toute la dignité que leur infpiroit
le brillant de leur métamorphofe . Le Cocher
de fon côté quadroit parfaitement
avec l'attelage ; c'étoit un guide à deux
mains , Chartier à la campagne , & Cocher
à la Ville. Changeant d'état en même tems
que fes chevaux, un habit de livrée qu'on
renouvelloit tous les dix ans , prenoit la
place du furtout de toile , & operoit la
métamorphofe. Il eft vrai que comme les
gens les plus fages font fujets à des abftractions
, il arrivoit fouvent au Cocher de
dire des dia buro , qu'il avoit retenu du
Chartier Chofe qui faifoit rougir Monfieur
& Madame, & qui attiroit au malheureux
des épithetes de Butor , de Bouvier
c. Mais à cela prés , avec un peu d'ufage
& à la faveur de la moderation & de
la gravité des chevaux , le Cocher fe tiroit
d'affaire ; on s'appercevoit même que ceux
dont les Maîtres avoient fait quelques
voyages à Paris , étoient bien mieux ftilez
que les autres ; cela furtout fe remarquoit
au bon air avec lequel ils crioient gare
DE DECEMBRE.
45
gare , lors même qu'il n'y avoit pas un chat
dans la rue. Ea digreffion eft un peu lon
gue , je fupplie le Lecteur de me la pardonner
je fuis accoûtumé à m'arrêter à
tous les bouchons , & il me faut paffer ce
foible , ou je renoncé à conter de ma vie.
Je reviens à la voiture qui a donné lieu
à la digreffion : Elle arriva vis à- vis de la
maifon de l'Indifferent , que j'ai dit qui
s'en retournoit chez lui , dans le même
tems qu'il y arrivoit lui- même ; & comme
il fe rangeoit contre la muraille , pour laiffer
paffer la chaiſe , ( car c'en étoit une )
Punique cheval qui la tiroit , s'étant abbatu
dans un endroit où le terrein étoit
inégal , la chaife alloit verfer , fi mon
homme ne fe fût trouvé- là tout à point
pour la foûtenir. Il ne put cependant le
faire fibien,que des deux Dames qui étoient
dans la chaile , la plus jeune qui fe trouva
du côté qui verfoit , ne vint heurter de la
tête contre la fienne , & lui appliquer un
baifer forcé , que l'Amour ne mit point
fur fes Regiftres. A ce choc imprevû , la
Demoiſelle & le Monfieur jettérent de part
& d'autre un cris de ah , men Dien ! Mais
qui , du côté de la Demoifelle , partoit
d'un fonds de voix fi plein de douceur
que le Monfieur en fut frapé jufqu'au fonds
du coeur. Comme il fe trouvoit vis- à - vis
La porte , il ût affez de prefence d'efprit
pour yfraper d'une main , en même tems
46 LE MERCURE
qu'il foûtenoit la chaife de l'autre. Un
Valet à demi- éveillé , parut auffi- tôt à la
porte avec un flambeau qu'il pofa d'abord
à terre , pour aider fon maître dans l'embaras
où il le trouvoit . Celui- cy invita les
Dames à defcendre au moins pour un moment
, à quoi elles confentirent dans lat
crainte du nouveau danger où pourroient
les mettre les efforts que feroit le cheval en
fe relevant Elles ne purent même ſe deffendre
d'entrer dans une falle baffe , tandis
qu'on mettoit ordre à leur équipage .
A peine furent- elles entrées , que la plus
âgée qui paroiffoit une femme de quarante
ans , dit à la plus jeune : Mon Dieu ,
ma fille , n'êtes vous point bleffée ? & en
même tems , pour s'en éclaircir elle- meme,
elle lui releva fes coeffes qui étoient baiffées
, & découvrit par- là aux yeux du
Maître de la maifon , un vifage dont la
blancheur extrême & un air de langueur
qui s'appecevoit dans les plus beaux yeux
du monde , fit fur fon ame une impreffion
auffi vive que fubite . Ses empreffemens &
fes inquietudes redoublerent à cette vûe ;
& remarquant que la Demoifelle tenoit la
main à l'endroit de la tête qui avoit fouffert
le choc il prefenta à la mere une bouteille
d'eau de la Reine de Hongrie , dont
elle baffina la partie offenfée. Il offrit aux
Dames de leur ceder fa maifon pour cette
nuit , & de fe retirer chez un de fes amis ,
>
DE DECEMBRE. 47
pour les mettre en état de refter chez lui
avec plus de bienfeance ; mais , il ne tira
de les offres que de grands remercimens de
la part de la mere , qui voulut aller abfolument
coucher à l'Hôtellerie . Il la pria
fur cela de vouloir du moins accepter le
fecours d'un ou de deux de fes chevaux ; le
leur ne paroiffant pas en état de marcher
le lendemain , La Dame lui fit entendre que
la traite qui leur reftoit à faire , étoit fi
peu tonfiderable ,, que le cheval qui étoit
bon de lui - même , y fourniroit de refte :
Enfin , tout ce qu'il en put obtenir , fut
qu'il les conduiroit à pied jufqu'à l'Hôtellerie
dans une rue voifine , & qu'il les
laifferoit à la porte ; à quoi il fallut qu'il fe
rendît. La féparation fe fit avec de grands
complimens de part & d'autre ; & la Dame
l'ayant prié de leur apprendre , avant que
de fe féparer , à qui elles avoient obligation
de tant d'honnêtetez , il leur dit qu'il
s'appelloit des Bois , & què fi elles le ju
geoient jamais digne de leur rendre quelque
fervice , elles pouroient compter fur
un dévouement entier de fa part . Comme
il n'avoit pas moins de curiofité de fçavoir
qui étoient les Dames , il alloit prendre
fon tournant pour y parvenir , lorfque la
mere qui s'en apperçut , le prevint , en le
priant de les difpenfer de fe faire connoî
tre , ayant des raifons trés - particulieres de
ne le pas faire pour le prefent ; l'affurant
48
LE
MERCURE
d'ailleurs, & que leur eftime & leur recon
noiffance pour lui , n'en feroit pas moins
vive. Tout cela fut dit & reçû avec une
certaine affection qui avoit quelque chofe
de plus particulier que le compliment . La
Demoiselle parla peu ; mais , des Bois ne
laiffa pas d'entrevoir dans fes regards &
dans les manieres pour lui , un air de bienveillance
qui ne fervit qu'à l'enflammer da
vantage. Rien n'eft plus violent que l'impreffion
que fait l'amour dans un coeur
encore neuf; & ceux qui ont paflé par ces
épreuves , fçavent quels ravages y a cau
fé la vivacité de fes premiers traits .
Le pauvre des Bois , qui jufques - là ,
avoit regardé d'un ceil affez philofophe
les naufrages de fes voifins , & qui s'étoit
fouvent moqué en lui - même des foibleffes
des Amans , qu'il avoit toûjours traitées de
puerilitez , commença à reconnoître qu'il
ne falloit pas juger fi légerement les autres
fur des chofes dont on n'avoit point fait
l'experience. 11 étoit furpris lui même du
defordre étrange , que caufoit dans fon
ame la paffion qu'il fentoit pour une perfonne
quà peine prefque avoit-il vûë. Il
fe rappella ce qu'on lui avoit dit le foir
même , dans la maiſon où il avoit ſoupé ;
que fon heure viendroit un jour , & qu'alors
il changeroit bien d'allure & de lan-
Il ût honte de lui même d'avoir cedé gage.
aifément ; il fe reprefenta par avance les
railleries
DE DECEMBRE. 49
railleries, qu'il auroit à effuyer de la part
de ceux qui lui avoient fait la guerre fur
fon indifference . Cette confidération même
l'engagea à faire des efforts pour furmonter
fa paffion dans fa naiffance : Mais ,
plus il s'efforçoit d'effacer de fon imagination
les traits qui l'avoient bleflé , plus
l'idée de la charmante perfonne dont il
étoit épris , s'y gravoit profondément . De
forte qu'il falloit qu'il fe bornât à cacher
du moins une paffion dont il ne pouvoit
fe deffaire : Et dant le peu d'ufage qu'il avoit
en cette matiere , il ofa fe flatter de
pouvoir aimer , fans que perfonne s'en apperçût
; c'est- à - dire , qu'il fe promit l'impoffible.
Il commença par impofer filence
à fon Valet fur l'avanture de la Chaife qui
avoit.verfé à la porte ; ainfi en allant
au-devant de ce qu'il ne vouloit pas que
l'on fçût , il fit de fon côté tout ce qu'il
falloit , pour apprendre à ce garçon que
l'avanture avoit pour lui quelque chofe de
fort intereffant. De façon que fi celui - cy
ne s'en apperçut pas , le Maître n'en út
l'obligation qu'à la fimplicité du Valet .
La feconde précaution qu'il prit , fut de
partit le lendemain pour la Campagne ;
& d'y paffer quelques jours , pour le don
ner le tems de calmer les premieres émotions
de l'Amour , & de s'agguerir un peu
fur cette nouvelle paffion. Ce fut dans
ces diverfes réflexions que fe pafla une
E
30 LE MERCURE
>
nuit , pendant laquelle on juge bien qu'il
ne lui fut pas poffible de faimer l'ail . Le
lendemain fur je ne fçai quel prétexte
qu'il lui fut aifé de fuppofer , & qu'il vou,
lut bien dire au Domestique qu'il lailloit
pour garder fa- maifon , il partit pour la
Campagne dans le deffein d'y pafler trois
ou quatre jours , qu'il crut plus que fuffifans
pour fe remettre & compaffer au
moins fon exterieur . Comme ces fortes
d'excurfions lui étoient affez ordinaires ,
fes amis ne firent pas plus d'attention que
la chofe le meritoit . Les premiers jours de
fa retraite fe pafferent dans de fi grands
troubles , qu'il fe vit obligé de prolonger
un peu le terme qu'il s'étoit prefcrit , pour
fe mettre en état de paroître en public ,
fans fe déceler ; il pouffa donc la choſe julqu'à
huit jours ; & comme une plus longue
abfence cût pû donner à parler , &
qu'il crue d'ailleurs s'être affez affermi &
avoir affez étudié fa contenance , il fe hazarda
de revenir : Il ne rentra dans la Ville
que fort tard, pour fe donner encore une
nuit à fe fortifier.
Le lendemain , il fe déroba à la plus
part des vifites qu'on vint lui rendre , fous
prétexte des lettres & des affaires preflées
qu'il avoit trouvées à fon retour ; mais , il
ne put parer à une invitation qu'on lui
envoya faire , pour fouper le foir dans la
même maiſon où il avoit foupé la veille de
DE DECEMBRE.
SI

fon départ Il fe prépara à cette partie ,
comme on le prépare à un jour de bataille
; il minuta fa démarche , il concerta fes
attitudes , il médita fes réponſes ; c'eſt- àdire
, que frappé de la même prévention
que ceux qui ont fait un mauvais coup , &
qui croyent que tout le monde les devine ;
il fit fi bien à force de précautions pour
fe cacher , qu'il s'expofoit à fe découvrir
lui même. La vivacité des premiers complimens
qui font toujours un peu tumultueux
, lui fervit d'abord à fe dérober au
premier coup d'oeil ; & quoiqu'il parût un
peu abbattu , & le vifage moins frais qu'il
n'avoit coutume de l'avoir , on attribua ce
petit déchet à la fatigue des affaires & à
celle du voyage : On propofa une repriſe
d'hombre , dans laquelle il s'engagea d'autant
plus volontiers , qu'il crut que l'attention
à laquelle le Jeu devoit l'obliger, l'occuperoit
tout entier , & l'empêcheroit de
donner prife d'ailleurs ; mais , il s'appli
qua fur tout à ne point laiffer échapper de
bevûe qui pût marquer de la diftraction
; & l'attention extraordinaire qu'il
ût de ce côté la , fut juftement ce qui lui
fi commettre des fautes qu'on ne lui avoit
jamais vû faire jufqu'alors. On lui paffa la
premiere , fans y faire beaucoup de réflxion
, & cela d'autant plus ailément
qu'elle ne préjudicioit qu'à lui feul ; mais
à la feconde befte qui intereffoit le tiers
E ij
32
LE MERCURE
celui - ci fe recria & gronda même un peu.
Comme la Compagnie étoit à peu près la
même que celle de huit jours auparavant,
& que celui furtout , qui lui avoit fait la
guerre fur fon indifference & qui fe nommoit
la Roche , s'y trouvoit encore ; il s'ap
procha des Joueurs , pour fçavoir ce qui
caufoit le grabuge , & fut fort furpris d'apprendre
que la bevûe qui en faifoit le fujet,
étoit du fait de des Bois. Cela l'étonna
d'abord , & rappellant ce qu'il lui avoit
dit la derniere fois qu'ils s'étoient trouvez
dans cette même maifon , il commença à
foupçonner quelque chofe ; il ne dit mot
pourtant ; mais , fans faire femblant de
rien , il fe mit à l'obferver du coin de
l'oeil . Comme les gens qui craignent d'être
découvert , font toujours en garde , des
Bois s'apperçût auffi - tôt de la manoeuvre ;
Cette remarque le troubla & l'embaraffa ;
il redoubla fon attention pour ne point
donner de nouvelle prife ; mais , quoiqu'il
pas de grandes fautes , on s'appercevoit
affez qu'il ne joüoit pas avec fa liberté
ordinaire . La préfence de la Roche le
gênoit ; il l'agaçoit quelquefois fur ce qu'il
quittoit les Dames pour voir jouer , & faifoit
de tems en tems des tentatives pour
l'écarter ; plus il en faifoit , plus il fortifioit
l'autre dans fes foupçons. Celui- ci fin
Gourmet en ce genre , vit bien - tôt de quoi
il s'agiffoit ; & ne croyant pas avoir befoin
ne fît
.
DE DECEMBRE. $3
d'en apprendre davantage , il fe leva enfin &
alla rejoindre la Compagnie. Il fortit un
moment aprés pour parler à quelqu'un qui
le demandoit , & ne rentra que dans l'inf
tant que la prife venoit de finir . Il faut
avouer , difoit des Bois , que je ne fuis
point aujourd'hui dans mon jeu ... Cela eft
vrai , reprit la Roche ; & je vous y trou
ve même fi peu , que je fuis bien aife d'en
profiter Il ne tiendra qu'à vous d'avoir
vôtre revanche avec moi aprés fouper . La
compagnie ne fit pas autrement d'atten
tion à la propofition , toute extraordinaire
qu'elle étoit dans celui qui la faifoit , &
qui ne joüoit gueres ; mais, des Bois en fentit
toute la malignité : Il diffimula cependant
& éluda la propofition , en difant
qu'il étoit en malheur , & en jettant la
converfation fur les nouvelles . On fervit
enfin & on fe mit à table. Des Bois qui
s'apperçût que fon homme l'obfervoit- là
auffi malignement qu'il l'avoit fait au jeu ,
s'efforçoit de manger , quoique fans appetit
& faifoit affez belle montre , pour
en impofer à ceux qui ne fe doutoient de
rien , mais non pas , pour en faire accroire
à gens qui fullent prévenus. Il y avoit
dans fa manoeuvre une affectation qui ne
pouvoit échaper à des yeux clairs- voyans .
Il arriva fur le milieu du fouper , que le
Maître de la maifon s'apperçût qu'il manquoit
un Lapin à l'ordonnance de fon re-
E iij
$4
LE MERCURE
pas , fuivant qu'il l'avoit reglé . Il envoya
fçavoir à la cuifine , pourquoi on ne le fervoit
pas en reçût pour réponse qu'il
avoit fait dire de ne le point mettre à la
broche . Etonné de cette réponſe , il fe
mit en colere & voulut fçavoir qui avoit
porté l'ordre de fa part. C'eft moi - même,
dit alors la Roche ; & fi vous trouvez
mauvais que j'aye pris la liberté de me
fervir de vôtre nom & d'envoyer cet ordre
, comme de votre part ; fouvenez -vous
que je vous en ai demandé la permiffion.
Alors , il leur rappella ce qu'il leur avoit
annoncé huit jours auparavant , fur le
fujet de des Bois ... Hé quoi , Meffieurs
& Mefdames , dit- il , en adreflant la parole
à la Compagnie ! Etes- vous fi aveugles
que vous ne vous apperceviez pas , que
ce pauvre malhûreux , continua- t'il , en
montrant des Bois , cft justement dans le
cas où j'avois dit , que je ferois fupprimer
quelque piece au fouper Et fi vous n'avez
fait nulle réflexion aux bevûes qui lui
font échapées à l'hombre , ne voyez - vous
pas que quelque bonne contenance qu'il
falle ici , il ne mange point à fon ordinai
re , & n'eft nullement dans fon naturel ...
Mon pauvre Ami , ajouta- t'il , en fe tournant
vers lui , caches- toi , tant que tu voudras
aux autres ; mais à mon égard , tous
les artifices font inutiles ; je lis dans ton
coeur , tu en tiens fur ma parole . Le
DE DÉCEMBRE.
$5
difcours & l'apoftrophe de la Roche , firent
tourner les yeux fur celui qui l'attaquoit ,
& l'embaras où celui- ci fe trouva , donna
une nouvelle force aux foupçons qu'avoit
jettés l'autre . Des Bois tâcha cependant
de fe tirer d'affaire ', en raillant fon
Adverfaire fur fa prétendue penetration ;
avouant cependant pour dépaïfer fon monde
, qu'il avoit trouvé à fon retour des
Lettres qui lui caufoient de l'inquiétude.
On fit femblant de prendre pour bon ce
qu'il donnoit ; mais , il fentit bien que
perfonne n'en étoit la dupe ; & il s'en retourna
chez lui , plus embaraffé & plus occupé
de la découverte qu'on avoit faite
de fa paffion , que de fa paffion même . '
Comme des Bois ne pouvoit pas s'abfenter
fouvent , & qu'il n'ofoit même rien
changer à fa maniere de vie ordinaire ,
qui étoit d'aller dans la pluspart des bonnes
maifons de la Ville ; il avoit tous les
jours de nouvelles attaques à effuyer :
Tout le monde étoit convaincu , qu'il aimoit
; mais , perfonne ne pouvoit deviner
qui étoit l'objet de fon amour. De toutes
les beautez de la Ville fur qui le foupçon
pouvoit tomber , on ne remarquoit point
qu'il y en ût aucune , pour qui il ût plus
d'affiduité & de prévenance qu'à l'ordinaire
, ni qu'il ût plus de particulier pour aucune
que pour les autres . Cela mettoit en
défaut jufqu'au malin & pénetrant la
E iiij
LE MERCURE
"
Roche, qui, malgré toutes fes perquifitions
& les foins ; n'avoit garde de toucher au
but ne fçachant point l'avanture nocturne
de la Chaife verfée ; des Bois ne
manqua pas de fe prévaloir de l'ignorance
où l'on étoit fur ce Fait capital , & s'en faifoit
fort , fur-tout contre la Roche , en
lai difant , fi j'aime , apparemment j'aime
quelque objet. Or , nomme -moi cet objet ,
di- moi qui il eft, & je conviendrai auffi- tôt
de tout ce que tu veux ... Ne confondons
point les chofes , répondit l'autre. Pour
que tu aimes, c'eft de quoi il eft inutile de
difputer , la chofe eft fûre ; elle eft même.
vifible & palpable : De déterminer quel
eft cet hûreux objet qui a triomphé de ton
indifference , j'avcüe que de ce côté- là tu
caches bien ton jeu , & que je n'en ai encore
pû rien découvrir ; mais patience ; ce
qui ne fe découvre pas d'abord , le découvre
à la fin , & toutes chofes viendront dans
leur tems .
Il y avoit bien quinze jours que Pavanture
de la chaife étoit arrivée , lorfque
des Bois reçût une lettre de remercîment
de la Dame qu'il avoit fecourue. Il y avoit
même au bas de cette lettre deux ou trois
lignes de la main de la fille , par lesquelles
elle lui marquoit ,, Qu'encore que
fa recon-
,, noiffance fût renfermée dans celle de fa
,, mere , elle avoit été bien aife de pouvoir
lui en donner des affûrances en fon parti-
و د
DE DECEMBRE.
37
"
"
,, culier . ,, Au refte la lettre n'étoit point fignée.
LaDame lui marquoit ,, qu'elle avoit
des raifons preffantes d'en ufer ainfi : elle
ne lui cachoit pas d'ailleurs qu'elle & fa
fille , étoient à Paris pour un Procés où
il s'agiffoit de tout leur bien , & d'où dependoit
l'établiffement de la Demoiselle :
& afin qu'il fçût où adreffer fes lettres ,
en cas qu'il ût quelque chofe à leur faire
fçavoir , elle lui donnoit une adreffe par
le moyen de laquelle, & fous un nom emprunté
, fes lettres leur feroient renduës ,
Des Bois ne manqua pas de profiter de
cette adrefle , pour lier commerce avec ces
Dames. Il offrit à la mere tout fon credit ,
celui des amis qu'il avoit à Paris , & tour
ce qui pourroit dépendre de lui , par rapport
au Procés important dont elle lui par
loit dans cette lettre : Il en joignit une autre
pour la fille ; mais d'un ftile fi embaraffé
& fi different de celui de la lettre qui étoit
pour la mere , que ce defordre feul en faifoit
plus entendre que la déclaration la
plus pofitive n'auroit pû faire. Six femaines
Le pafferent fans qu'il apprît de nouvelles
des Dames , lorfqu'il reçût une lettre de
la mere, qui lui marquoit ,, qu'elle ne vouloit
pas quitter Paris , fans le lui faire
fçavoir ; que fon Procès n'étoit point terminé
, parce qu'elle ne fe trouvoit pas en
état de faire les avances neceffaires pour le
faire juger , & qu'elle comptoit de s'en re58
LE
MERCURE
tourner dans dix ou douze jours , pour
vendre une Métairie qui la mettoit en état
de fortir entierement d'affaire. ,, Des Bois
n'ût pas plûtôt lû cette lettre , que fans
autre reflexion , & que n'écoutant que fon
amour , il manda à la Dame , que puifqu'elle
étoit dans la refolution de vendre la
Metairie dont elle parloit , il s'offroit pour
achetcur , afin de lui épargner & la fatigue
du voyage , & le préjudice que fes affaires
pourroient fouffrir de l'interruption de la
pourfuitte de fon Procés : Qu'aprés le jugement
de cette affaire , ils difeuteroient à
Hoifir celle de la Metairie dont il fe portoit
pour acquereur, & fur le prix de laquelle , il
envoioit par avance une lettre de change de
cent piftolles. Des Bois n'avoit jamais fait
d'action dont il fe fyût meilleur gré que de
celle- cy , & , comme un Amant s'ennuye
à la fin de ne parler qu'aux rochers & aux
forêts, & qu'il lui faut tôt ou tard le fecours
d'un Confident ; des Bois s'ouvrit à un de
fes amis , mais fous un grand fecret de
l'état où étoit fon coeur: Il lui raconta l'occafion
& les fuites de fon amour lui fit
le plus beau portrait du monde de la jeune
perfonne dont il étoit fi fort épris , & ne
manqua pas de lui faire valoir la délicateffe
du tour qu'il avoit pris pour envoyer les
cent piftolles à la mere , fans qu'elle pût
faire difficulté de les recevoir. Son ami
L'avoit écouté affez tranquillement juſqu'à
DE DECEMBRE.
$
l'article des cent piftolles ; mais , quand il
en fat venu là , l'autre fe mit à l'envifager
d'un grand fens froid , fans lui dire
mot... Que fignifie cette furprife & cet
oeil de pitié que je remarque en vous , lui
dit des Bois?... Ce que cela fignifie , répondit
l'autre ; c'eft que j'ai bien connu des Amans
foux & extravagans ; mais , que je n'en ai
jamais vû qui fût fr dupe que vous l'êtes.
Je ne connois point vos Dames ; & comment
les connoîtrois- je puifque vous ne
les connoiffez vous- même que de vûe , &
que vous ne fçavez d'ailleurs qui elles font?
Mais , à en juger fur tout ce que vous
m'avez dit vous- même , il me paroît que
cefont des Avanturieres qui en fçavent plus.
long que vous. Vous voila déja en avance
de cent piftolles fur la prétendue Metairie,
qui m'a toute la mine d'être dans les efpaces
imaginaires , ou dans le Royaume de la
Lune . Je vous tiendrai heureux , fi vous en
êtes quitte pour ces avances : Mais je fuis
le plus trompé du monde , fi on en demeure
là , & fil'on ne vous fait configner tout le
prix de la Metairie avant que vous en ayez
vû le premier buiffon .... Des Bois convint
de bonne foi, que ce que lui difoit fon ami,
étoit dans le bon fens , & que la reflexion
étoit fi jufte , qu'il n'y avoit que la préoccupation
de fon amour , qui ut pû l'empê ût
cher lui- même de la faire ; mais , il lur
ajoûta pourtant qu'il étoit perfuadé que ces
60 LE MERCURE
Dames n'étoient pas des Avanturieres com
me; il penfoit que s'il les avoit vûës, il en
jugeroit comme lui ; & qu'enfin, il s'en tenoit
à ce que lui en difoit fon coeur qui dépoſoit
entierement en leur faveur. A quel
ques jours de là , il reçût une lettre de
remerciement de la Dame , qui au travers
de bien des façons , ne laiffoit pas de lui
donner à entendre qu'elle acceptoit la lettre
de change , comme faifant partie du prix
de la Metairie dont il vouloit bien fe rendre
l'acquéreur ; lui marquant d'ailleurs
qu'elle fentoit , comme elle devoit, la délicateffe
& la nobleffe de fon procedé , dont
elle efperoit lui témoigner un jour toute la
reconnoiffance qu'il avoit lieu d'en attendre.
,, Il fut informé quelque tems aprés ,
qu'un Voyageur qui avoit couché dans la
même Hôtellerie où il avoit conduit les
Dames inconnues , avoit paru s'informer
avec grand foin de ce qui le regardoit , que
d'abord il n'avoit demandé qu'en general
des nouvelles des perfonnes les plus diftinguées
de la Ville ; mais qu'il s'étoit fi
fort arrêté fur lui , qu'il y avoit lieu de
juger qu'il y avoit en cela quelque chofe de
plus particulier à fon égard : Que ce Voyageur
n'avoit pas témoigné grande curiolité
fur ce qui pouvoit toucher les biens ; mais,
qu'il avoit paru appuyer davantage fur fon
caractere & fon humeur.
Cette nouvelle donna à des Bois une forDE
DECEM BRE. 61
te d'inquietude qui n'avoit pourtant rien
de trifte , & qui flattoit même fa vanité.
Deux mois fe pafferent depuis , fans qu'il
entendît parler de rien de la part des Dames,
nón pas , fans avoir à efluyer dans l'occafion
des railleries de fon Confident, qui lui
demandoit de tems en tems & même en prefence
de gens qui n'étoient point du fecret,
s'il n'avoit point de nouvelles de fa Metairie
. Les autres qui n'y entendoient po nt
de myftere , demanderent fi des Bois avoit
fait quelque acquifition à la campagne....
Non pas encore tout à - fait , repondit fon
Confident ; mais , il eft en traité & a même
pris quelque forte d'engagement ; &
je vous dirai de plus , ajoutoit- il , c'eft que
fi cette Metairie lui rapporte autant qu'aux
perfonnes qui la lui vendent , il n'a jamais
fait de meilleure affaire Tout le monde
vouloit fçavoir en quel lieu elle étoit fituée;
mais le Confident leur fermoit la bouche,
en difant que des Bois qui lui avoit confié
tout le refte , avoit toûjours été d'une referve
infinie fur ce point , & qu'apparemment
, il craignoit qu'on n'allật fur fon
marché. Enfin , au bout de deux autres
mois qu'il avoit été , comme je l'ai dit
fans entendre parler de fes Inconnues ,
reçût une lettre cachetée de cire noire , &
dont le deffus ne lui paroiffoit pas de la
même main que les precedentes . Il fut
d'abord frapé & allarmé de ces deux diffeil
52 LE MERCURE
rences ; & ayant ouvert la lettre avec em
preffement , il trouva que ce n'étoit plus
la mere , mais la fille qui lui écrivoit , &
qui lui apprenoit deux nouvelles les plus
affligeantes du monde pour elle , & par
contre- coup , pour un homme qui s'interrefloit
auffi tendrement qu'il le faifoit , au
fort de la Demoiselle.
La premiere de ces deux nouvelles étoit
la perte de ce grand Procès , d'où dépendoit
la fortune de la Mere & l'établiffement de
la Fille ; & la feconde, encore plus trifte que
la premiere , étoit la mort de la Mere qui
n'avoit pû furvivre à la perte de fon Procès
, & qu'une maladie violente,caufée par
le chagrin qu'elle en avoit conçu , avoit
enlevée en peu de jours. A ces deux nouvelles
fi accablantes , elle en ajoûtoit une
troifiéme , qui étoit encore plus cruelle
pour des Bois ; c'eft que dans la défolation
où l'avoit jettée ces deux malheurs , elle avoit
pris le parti de fe retirer du monde
en fe faifant Religieufe ; qu'elle avoit même
déja fait choix de la Maiſon où elle
vouloit fe retirer , & qu'elle n'attendoit
pour y entrer , que deux mille francs
qu'une Dame du premier Rang & fort
charitable , lui avoit fait promettre de fa
part , pour concourir à une fi bonne oeuvres
Qu'au refte , avant que de s'engager , elle
auroit foin de le fatisfaire fur les cent pif
toles qu'il avoit prêtées fi noblement à fa
DE DECEMBRE. 63
*
Mere , en lui envoyant une obligation.en
bonne forme , & qui le mêt en droit de
traiter avec fes heritiers , foit pour la Métairie
quelle lui défigneroit àlors , foit
pour fon remboursement ; fuppofé que fes
heritiers voulullent conferver ce petit bien
qui étoit depuis long - tems dans la famille
.
Si la plus grande partie de la Lettre l'affigea
beaucoup , la fin jetta encore plus de
trouble dans fon coeur ; mais d'un trouble
qui l'allarmoit plus du côté de la tendreffe,
que de celui de l'interêt . Tout ce que lui
avoit dit fon Confident au fujet des Dames
inconnues , les foupçons qu'il avoit voulu
lui donner fur le mifterieux affecté de
leur procedé , les railleries qu'il lui avoit
faites fur la fimplicité avec laquelle il fe rendoit
groffierement la dupe de deux Avantarieres
, & plus encore l'accompliffement
de ce qu'il lui avoit prédit fur les tentatives
nouvelles qu'on devoit faire , pour tirer de
lui quelque nouvelle fommes tout cela lui
repafla dans l'efprit en un inftant , & lui
fit craindre que la jeune perfonne à laquel
le il s'étoit attaché , & pour ainfi dire , livré
de fi bonne foi , ne fe trovật indigne
de fon attachement. Mais d'un autre côté,
quand il fe rappelloit fon air & fes manieres
, où dans le peu tems qu'il l'avoit vûë ,
il avoit remarqué tant de candeur & de
nobleſſe , & qu'aprés cela , il venoit à con64
LE MERCURE
fulter fon coeur , il lui étoit impoffible de
donner créance à des foupçons fi contraires
à l'idée avantageufe qu'il s'en étoit formée.
Il fe détermina donc à écouter plûtôt
les fentimens de fon coeur , que les réfléxions
de fa raifon ; & quoique la fomme
qu'on fembloit vouloir tirer de lui , ne
laiflat pas d'être un objet confidérable ,
par rapport à la modicité de fa fortune
il réfolut de la facrifier. Comme il étoit
affez éclairé , pour reconnoître qu'il n'y avoit
que le coeur d'un Amant qui pût juftifer
une démarche , qui dans l'efprit de
tout autre , pafferoit pour une extravagance
, il prit le parti de la faire , fans en inf
truire fon Confident. Il écrivit donc à la
Demoiselle la Lettre du monde la plus
tendre fur la fituation où elle fe trouvoit,
par la perte de fon Procès & par la mort
de fa Mere : ,, Il lui difoit enfuite , que fi
fa vocation à la retraite , n'avoit d'autre
fondement que le chagrin de ces deux pertes
, il la conjuroit de ne s'y point livrer ;
qu'il ne doutoit pas qu'avec tout le mérite
qu'elle avoit , & qui pouvoit tenir lieu
d'une tres-riche Dot , elle ne trouvât des
Partis fort au-deffus de lui , fi elle vouloit
y entendre : Que ce n'étoit qu'à leur défaut
, qu'il prendroit la liberté de s'offrir à
elle , fi elle ne l'en jugeoit pas indigne ;
qu'il la préfereroit fans biens aux plus riches
Partis du Royaume ; que cependant .
afin
DE DECEMBRE.
afin qu'elle ne pût pas foupçonner qu'il
voulût abuſer de l'état où elle étoit , pour
la forcer à un engagement qui ne fût pas
fuivant fon inclination , il lui envoyoit en
Lettres de Change , les 2000. livres dont
elle avoit befoin pour entrer en Religion :-
Qu'il vouloit qu'elle fût maîtreffe de fon
choix , afin que , s'il n'avoit pas la confolation
de la poffeder , il ût du moins celle
d'avoir contribué à ce qu'elle regardoit
comme fon bonheur : Qu'il feroit au défefpoir
qu'elle en ût obligation à d'autre
qu'à lui qui ne l'aimoit que pour elle- même
, & qu'il éprouvoit une fatisfaction infinie
dans fon coeur , de pouvoir lui donner
en cette occafion des preuves réelles de
la paffion du monde la plus vive & la plus
refpectueufe ; mais en même tems , la plus
pure & la plus définterefléc . ,,
Il attendoit avec toute l'impatience de
l'Amant le plus paffionné , la réponse à
cette Lettre elle ne fe fit pas attendre
long- tems , & fe trouva telle qu'il la défiroit.
On lui marquoit qu'on n'avoit pû tenir
contre un procedé auffi genereux que le
fien qu'on partiroit dans huitjours pour aller
mettre quelque ordre à des affaires que
L'abfence & enfuite la mort de la Mere, avoit
fort dérangées dans la Province ; qu'on fe feroit
connoître à lui fur le paßage ; & qu'alors
, s'il perfistoit dans les mêmes fentimens
il reconnoîtroit qu'on avoit pour lui tous ceux
F

66 LE MERCURE
qu'un procedé tel que le fien devoit infpirer
à la perfonne du monde la plus reconnoiffante .
Cette Lettre mit des Bois au comble du
bonheur ; il parut depuis ce moment tout
autre qu'il n'avoit été depuis fix mois
que l'incertitude du fuccès de fes Amours:
troubloit fon coeur. Tout le monde s'apperçût
du changement fubit qui s'étoit
fait dans fon humeur , qui étoit devenue
beaucoup plus enjcüée qu'elle n'étoit encore
dans le tems de fon indifference . On-
Fen railloit avec d'autant plus de liberté ,
qu'on étoit perfuadé qu'agiffant ainſi avec
lui , c'étoit lui faire plaifir . Son ancien
Confident ne put s'empêcher de lui dire
qu'il falloit qu'il ût reçû debonnes nouvelles
de fa métairie... Très bonne en effet , répondit
der Bois , & fi bonnes , que je ne
erois pas que je puiffe jamais en recevoir de
meilleures en ma vie.
Cependant , il comptoit les heures & les
momens , ily avoit déja douze jours de paffez
depuis la datte de la derniere lettre qu'il
avoit reçûe : De forte qu'il ne doutoit pas
que la Demoifelle ne fût en chemin & même
fur le point d'arriver , lorfqu'il reçût
une lettre dont le deffus étoit d'une main
qui lui étoit inconnue , & qui portoit en
diligence. Ayant ouvert la lettre avec autant
d'inquietude que d'empreffement , il reconnut
au bas une ligne du caractere de la Demoifelle
, & la même fignature dont elle
DE DECEMBRE. 67
>
avoit coûtume de fe fervir . S'êtant mis à
la lire , il trouva que la Demoiſelle lui mandoit
que s'êtant mise en chemin , feløn qu'elle
lui avoit promis , elle étoit tombée dangereufement
malade dans une Hôtellerie qu'elle lui
marquoit à 10. lieuës de Paris : Que comme
on apprehendoir que ce ne fût la petite
verolle , & qu'on ne pouvoit répondre des
fuittes de cette maladie , elle feroit inconfolable
fi elle n'avoit le contentement de le voir
avantfa mort : Qu'elle avoit des chofes trésimportantes
à lui dire , & qu'elle le conjuroit
de prendre la pofte auffitôt la lettre recenë.
Ce qu'elle avoit ajoûté de fa main, étoit ences
termes. Partez fur le champ , vous ne
fcauriez venir trop tôt . Des Bois ne fe donna
que le tems de s'équipper pour fonvoyage
, & ayant pris la pofte fur le champ ,
il arriva le foir même dans l'Hôtellerie:
qu'on lui avoit indiquée . Au lieu de la
Demoiselle , il trouva une lettre de la même
main que la dernierre , par laquelle elle
lui marquoit , que fa maladie ne s'êtant pas
trouvée fi dangereufe qu'on l'avoit crû d'abord
, elle avoit pris le parti de fe faire reporter
à Paris en litiere : Que comme rien
ne preßoit , elle le prioit de venir à Paris par
une voiture plus douce qu'un cheval de pofte..
que l'Hôte du lieu s'étoit chargé de lui
'en trouver qu'il vint defcendre dans un
Hôtel qu'elle lui marquoit , avec la rue , au
Fauxbourg S. Cermain . Comme c'étoit
Fij
6-8 LE MERCURE
l'Hôte même qui lui avoit rendu la lettre ,
il lui en parla , mais ce ne fut qu'aprés
Favoir long- tems queftionné fur l'état où
Le trouvoit la Demoifelle qu'il venoit chercher
, & dont la maladie caufoit toutes les
plus vives inquietudes. L'Hôte le raffùra
en lui faifant entendre que les jeunes perfonnes
prennent ailément l'allarme ; .qu'un
jour de repos avoit fuffi pour diffiper la
fiévre , & qu'elle étoit partie la veille en
affez bon état , pour donner lieu de croire.
que cette maladie n'auroit pas de fuittes
fâcheufes. Il lui ajoûta qu'il auroit été affez
embarallé à lui trouver une voiture , f
heureufement , il n'étoit arrivé ce jour - la
même chez lui , un Caroffe à quatre chevaux
qui avoit conduit les enfans d'une
Dame à une Terre qui étoit à 6. lieuës delà
, & qui s'en retournoit à Paris à vuide.
Il appella fur cela le Cocher qui s'effrit à
tout de la meilleure grace du monde. Des
Bois lui demanda le nom de fa Maîtreffe
que l'autre lui dit , & la rue où elle demeuroit
, qui fe trouva la même que celle de
l'Hôtel où il devoit defcendre . Aprés quel
ques autres queftions , il fe retira dans
La chambre , aprés avoir jetté au Cocher
un écu pour boire , & lui avoir fait promettre
de partir dés la pointe du jour.
Tous ces dérangemens arrivez coup fur
Coup , intriguoient tellement l'efprit du
voyageur , qu'il auroit û peine à fermer
DE DECEMBRE. 69
L'oeil , fi la laffitude , extrême où il fe
trouvoit , n'avoit aidé au fommeil. Comme
il s'étoit couché , plein de l'idée du plaifir
qu'il auroit de voir enfin le lendemain
la perfonne qu'il aimoit paffionnement,
cette imagination fur laquelle il s'endormit
, lui procura un fonge , dans lequel il
crut voir la mere de fa Maîtreffe dont on
lui avoit mandé la mort , & qui fe montrant
à fa fille , lui difoit en riant , le voila. Il
étoit dans cet inftant de fon fonge , dont:
il goutoit toute la volupté , lorfqu'on vint
lui ravir cette douce illufion , en l'éveillant
en furfault , pour l'avertir qu'on mettoit
les chevaux & qu'il étoit tems de partir . Il
fe leva au plus vite , monta en caroffe ;
s'occupant , durant tout le chemin , du
bonheur auquel il le voyoit tout prêt de
toucher. Les chevaux n'alloient point affez.
vîte à fon gré. A peine laiffa-t'il au Cocher
deux heures pour les faire repofer à la.
dinée : Mais celui ci , qui apparemment.
avoit fes raifons pour n'entrer dans Paris
que la nuit , fit fi bien , fous differens
pretextes , qu'à force de s'arrêter à prefque:
tous les Villages , il n'arriva à Paris qu'
nuit fermée , & alla defcendre dans une
maifon allez apparente du . Fauxboug S
Germain.
Des Bois erut d'abord qu'on l'avoit mené
dans l'Hôtellerie qu'il avoit marquée ;
mais , il fut détrompé par un Laquais qui
LE MERCURE
lui ouvrit la portiere , & qui s'offrit de le
conduire à telle Hôtellerie qu'il voudroit.
Des Bois lui nomma celle qu'on lui avoit
indiquée dans fa lettre ; Sur quoi le Laquais
lui dit , qu'il n'auroit pas loin à aller , &
qu'elle étoit à deux pas dans la même ruë :
fit donc prendre fa valife , & alloit fortir
, lorfqu'un autre Laquais vint lui diret
que la maîtreffe du logis ayant fçu qu'il
étoit venu dans fon équipage , le prioit de
lui faire l'honneur de monter jufquà fon
appartement. Il voulut d'abord s'en excufer
, fur ce qu'il n'étoit pas en état de fe
prefenter devant des Dames , & promettant
de revenir, dés qu'il feroit un peu ajusté,
dans l'Hôtel où il devoit aller : Mais , on
le preffa fi fort de la part de la Dame , qu'il
ne put fe deffendre d'obéir. Il monta donc,
conduit par un Domestique , qui portoit
devant lui un flambeau d'argent , & qui ,
aprés lui avoit fait traverser une grande
falle & une anti- chambre fort éclairée , le
fit entrer dans une chambre , où à peine
ût- il mis le pied , qu'il vit fortir d'un cabinet
qui étoit au fonds de la même chambre
, une Dame en habit de deuil , & qu'il
reconnut auffi -tôt pour la mere de fa maitreffe
. L'apparition d'une perfonne qu'il
eroioit morte , & le fouvenir de fon fonge ,
le faifirent tellement , qu'il jetta un grand
Gri , & manqua de tomber à la renverse ....
Raffure vous M. lui cria la Dame , graces
DE DECEMBRE.
a Dieu , je ne fuis pas fi morte qu'on vous
l'a fait croire. Ces paroles & la prefence de
deux ou trois Domestiques qui Favoient
fuivi dans la chambre , le raffûrerent en
effet ; mais bien plus encore , l'air ferein
& le vifage riant avec lequel la Dame l'aborda
, en le prenant par la main qu'il·
avoit tremblante , & en lui diſant , venez
M. vous affeoir avec moi fur un Sopha ; un
moment de converfation vous éclaircira bien
• des mysteres. Ayant fur cela fait retirer tout
le monde , à la referve d'une fille de chambre
en qui elle avoit toute confiance , elle
lui parla ainfi. Hy a longtems M. que nous
nous mafquons à vôtre égard , il eft tems
de nous faire voir à visage découvert , & de
nous faire connoître effentiellement à vous.
Nous fommes d'une Province voisine de la
vôtre , & d'une condition au- deffus de la
Bourgeoifie ordinaire , Sur cela elle lui dit le
nom de la Province celui de fa famille .
Nos biens , ajoûta t'elle , ne répondoient pas
à notre condition ; mâis , la Providence
fupplée au de- là de nos fouhaits. Ce n'a point
été un Procés qui nous a fait venir à Paris,
mais les ordres d'un de mes Oncles qui y étoit
arrivé depuis pen ; aprés avoir paſſe 30.
ans dans les Indes où nous le croyons mort
depuis longtems ; car perfonne de la famille.
depuis plus de 20. années , n'avoit u de fes
nouvelles. Ce qui nous empêcha de nous faire
connoître à vous dans l'avanture que vous
Y
ya
9 .
72 LE MERCURE
Scave , ce fut l'ordre précis qu'il nous avoit
donné de nous rendre auprés de lui , le plus
incognito qu'il nous feroit poffible. Nous ne
paßâmes que 15 jours avec lui, au bout defquels
il mourut entre nos bras ; laißant à ma
fille cent mille écus , & me faifant du reste
fa legatrice univerfelle ; ce qui va beaucoup
an-de- là de ce qu'ila laißé à ma fille. Ainfi,
M. vous jugez que ce n'a pas été le befoin
qui nous a fait accepter pour 3000 liv. de
lettres de change , que vous avezfi noblement .
bazardées, fans nous connoître : Voilales 2.
lettres de change que je vous remets entre les
mains,telles
que
vous nous les avez envoyées;
la premiere à moy , & la feconde à ma fille :
Vous me demanderez à prefent , pourquoi
nous en avons ufé de la forte , au rifque
même de paffer pour des Avanturieres qui
vouloient vous duper. En voici la raiſon :
Si ma fille vous avoit plu , comme je m'en
apperçû aisément à notre paffage , dans le
peu de tems que vous nous vîtes, vous nous
plûtes auffi de vôtre côté ; & nous ne
doutâmes pas que , fi le refte répondoit à
ce qui nous avoit paru dans nôtre entrevûë,
vous ne fuffiez un trés-honnête homme , &
que vous ne puffiez rendre une femme
heureuſe. C'est pourquoi ma fille , que les
malheurs de plufieurs mariages mal - afforis
, dont elle entendoit fouvent parler ,
avoient toujours détourné de vouloir prendre
aucun engagement , ne fe vit pas plu-
14
Lot
DE DECEMBRE. 73
tôt en état de faire la fortune d'un galand
homme & de fe choisir un Epoux , qu'elle
jetta les yeux fur vous . Le premier pas que
nous fimes , fut de nous faire informer exactement
de tout ce qui vous regardoit ; & je
yous montrerai quelque lour fur cela des
memoires fi détaillez , que vous en ferez furpris
. Non contentes de ces informations ,
nous voulûmes , pour nous affùrer encore
mieux, en venir à quelques épreuves & nous
vous tentâmes d'abord du côté de l'interêt,
& d'une maniere même à vous donner des
foupçons de nôtre probité : Car enfin ,
nous vous reftions toûjours inconnues , &
vous rifquiez vôtre argent en nous l'envoyant.
Je m'oppofai quelque tems à cette.
épreuve , par la raifon qu'on pouvoit être
trés galant homme , fans l'être jufqu'à riſquer
de devenir dupe . Ma fille en convint ;
mais , elle m'ajoûta que l'amour n'étoit pas
fi circonfpect , & que fi vôtre paffion étoit
auffi forte qu'il le paroiffoit , vous . pafferiez
deffus toutes ces reflexions . L'évene
ment juftifia ce qu'elle avoit penfé là def
fus. Ce fut alors , que par une délicatelle
outrée , elle voulut connoître fi vous l'aimiez
veritablement pour elle même , &
jufqu'à preferer fon bonheur au vôtre. Car,
difoit elle , il n'y a rien qu'un Amant ne
facrifie pour poffeder l'objet qu'il aime :
Mais je veux voir , s'il y en a d'affez dé-
Lintereffez, pour faire en faveur d'une pér-
G
par
74 LE MERCURE
fonne qu'il aime & qu'il va perdre , ce
qu'il feroit dans l'efperance de la poffeder.
Ce fut dans cette vie , qu'elle fuppofa ,
& la perte du prétendu Procés , & ma mort ,
& qu'elle vous tendit un piege fur les 2000
livres qui lui manquoient pour entrer en
Religion La réponſe que vous lui fîtes , en
lui faifant tenir une lettre de change de cette
fomme , nous charma l'une & l'autre , &
elle résolut dans le moment de n'être jamais
à perfonne qu'à vous . Teut ce qui s'eft paffé
depuis fon voyage , & fa maladie dans
P'Hôtellerie ', n'a été qu'un jeu pour vous
furprendre plus agréablement . Le caroffe
que vous avez cru de rencontre , eft le mien
que j'avois envoyé exprés pour vous prendre
à 10. lieues d'ici. Voila M. la fuitte
& les raifons de toutes nos démarches mifterieuſes
; & s'il vous refte quelque difficulté
dont vous fouhaitiez d'être éclairci
je vais vous adreffer à une perfonne qui
pourra vous fatisfaire .
Entrez ma Fille , ajoûta- t'elle. A ces
mots , la Demoiſelle qui avoit écouté tout
le difcours du dedans du Cabinet , dont la
porte étoit restée à demie ouverte , parut
dans la Chambre : Elle étoit auffi parée
qu'une jeune perfonne le peut être dans
un habit de deuil , & cette habillement
ne fervoit qu'à donner encore plus d'eclat à
la blancheur extraordinaire de fon . teint .
Des Bois qui avoit été enchanté de fa beauDE
DECEMBRE. 75
té dans l'habit le plus fimple & en coëffure
de campagne , fut fi ébloui de fes
charmes , dès qu'il la vit paroître , qu'il
en perdit prefque la parole , & ne ſe fauva
de tout le défordre qu'elle venoit de lui
caufer , qu'à la faveur de plufieurs profondes
reverences. La Fille confirma ce qu'avoir
avancé la Mere , & ajoûra qu'avant
de rien conclure , il falloit laiffer à M. des
Bois le tems de s'informer particulierement
de la verité de tout ce qu'on lui avoit dit ,
& de tout ce qui concernoit leurs perfonnes
; & que , comme la bienfeance ne
permettoit pas qu'il logcât dans leur maifon
, on lui avoit retenu un appartement
dans l'Hôtel porchain , où on le feroit conduire
, & où il feroit auffi commodément
que dans la Maifon des Dames- mêmes ...
Quelques remontrances&quelques inftances
que pût faire des Bois , pour s'oppoſer aŭ
délais de huit jours qu'on propofoit , il fallut
qu'il en paffàt par-là . Mais au bout
de ce terme , le Contract fut drellé & le
Mariage fait dans toutes les formes , au
grand regret de plufieurs Soupirans , qui
furent fort furpris de voir un homme tomber
comme des nuës , pour leur enlever un
parti qui faifoit , fur- tout depuis la mort
de l'Oncle , l'objet de leurs défirs : Mais
il meritoit de leur être préferé , en qualité
d'Amant plus genereux & plus défintereffé
, que tous les Soupirans équivoques
Gij
76 LE MERCURE
qui étoient légitimement fufpects , d'en
vouloir pour le moins autant aux écus qu'à
la perfonne même .
泡咖泡泡瑤瑤¥ 368 ****
ORDONNANCE DU ROY ,
Portant Amnistie pour les Forbans.
Sa étant informés , Soldats &
A Majefté êtant informée que plufieurs
Habitans qui ont quitté le Royaume & les
Colonies foumifes à fon obéïffance , commettent
journellement dans les Mers des
Indes Occidentales differentes Pirateries &
volerics , prennent fans diftinction les Navires
de toutes les Nations , & caufent un
grand préjudice au Commerce de l'Europe
, Elle a fait armer le nombre de Vaiffeaux
qu'elle a crû fuffifant pour donner la
chafle à ces Forbans & pour reprimer leur
Piraterie. Mais , ayant appris que plufieurs
de fes Sujets qui naviguent avec cesPirates,
ont été engagez par force ; que d'autres qui
s'y font laiffe entraîner par une legereté criminelle
, font repentans de leur faute , &
fouhaiteroient pouvoir revenir dans leur patrie
, s'il leur étoit permis d'y rentrer fans
être expofez aux peines portées par les Loix :
Sa Majefté voulant mettre en ufage tous
les moyens qui peuvent faire ceffer un fi
grand defordre, & dans le deffein de favo
DE DECEMBRE. 77
rifer le retour de fefd. Sujets que la crainte
des peines retient , elle a cru devoir préferer
la clemence à la rigueur & à la feve
rité de la Juftice. A cet effet Sa Majesté,
de l'avis de M. le Duc d'Orleans Regent ,
a ordonné & ordonne , veut & entend que
ceux de fes Sujets de la ReligionCatholique
Apoftolique & Romaine ,ou ceux qui ayant
été élevez dans les erreurs de la Religion
pretendue reformée , auroient deffein de fe
convertir , qui fe trouvent prefentement
engagez dans le nombre defdits Pirates &
Forbans , jouiffent de l'Abolition , Pardon
& Amniftie des vols & pirateries par
eux exercées ; pourvû que dans un an , à
compter du jour & datte de l'enregistrement
de la prefente Ordonnance , touchez d'un
fincere repentir,ils rentrent dans le nombre
⚫ de fes bons & fidelės Sujets, & viennent de
bonne foy s'habituer dans fes Colonies de
l'Amerique , aprés avoir fait leur déclaration
à ceux qui commandent en fon nom
dans lefdites Colonies : Vent Sa Majesté
qu'ils ne puiflent être inquietez ni recherchez
en quelque maniere que ce foit , pour
raifon defdites Pirateries , impofant fur ce
filence à fes Procureurs Generaux & autres
fes Procureurs : Fait deffenfes à tous fes
Sujets de leur faire aucun reproche à cee
égard , fous peine de réparation & de dommages
& interêts . A l'égard de ceux de
Les Sujets qui fe trouvent parmi lefdits
Giij
78 LE MERCURE
Forbans , & qui aprés ladite année expirée,
continueront leurs vols & brigandages , au
qui pendant icelle feront pris les Armes à
la main ; Sa Majefté ordonne qu'ils foient
punts de mort fuivant la rigueur des Ordonnances
, & leurs biens confifquez ,auffi
bien que ceux de leurs Fauteurs , complices
& adherans qui feront condamnez aux.
Galeres à perpetuité . Ordonne Sa Majeſté,
à tous Gouverneurs generaux & particuliers ,
& autres fes Officiers fervant dans fes Colonies
, à fes Officiers Generaux & Capitaines
commandant fes Vaiffeaux , & generalement
à tous fes Sujets , de courre fus ,
faifir , prendre & arrêter ceux defdits Forbans
qui n'auront point profité de ladite
Amniftie : Et pour engager & exciter ceus
de fes Sujets qui voudroient armer contre
lefdits Pirates , Sa Majefté a declaré &
declare de bonne prife, tous les Vaiffeaux &
Bâtimens de Mer que fefdits Sujets pourront
prendre fur lefdits Forbans , enfemble
leurs chargemens à telle fomme qu'ils
puiffent monter ; à l'exception néanmoins
des Navires & Effets repris fur lefd . Forbans
qui fe trouveront en nature lors de la
prife , & qui feront verifiez appartenir à
fes Sujets ou à fes Alliez , qui leur feront
reftituez,pourvû qu'ils foient reclamez dans
Fan & jour , en payant le tiers de la valeur
defdits Navires & Effets , pour tenir
lieu des frais de Recouffe , le tout confor
DE DECEMBRE, 79
> que
mement aux Articles IV . V. & X. du Titre
des Prifes de l'Ordonnance du mois
d'Aouft 1681. laquelle par rapport aufdites
Prifes , fera executée felon fa forme & teneur
ainfi le Reglement de 1669 .
Mande & ordonne Sa Majefté à M. le
Comte de Toulouſe Amiral de France , aux
Gouverneurs & fes Lieutenans Goneraux en
l'Amerique , Gouverneurs particuliers , Officiers
des Confeils fuperieurs des Colonies ,
& autres fes Officiers qu'il appartiendra ,
de tenir la main chacun en droit foy à
Fexecution de la prefente Ordonnance , qui
fera regiftrée aufdits Confeils Superieurs
lue , publiée & affichée par tout où beſoin
fera , à ce que perfonne n'en ignore . FAIT
à Paris le cinquième jour de Septembre mil
fept cent dix-huit. Signé LOUIS . Et plus
bas PHELYPEAUX . Collationné à l'Original.
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
LE
E ROY ayant par refultat de fon Confeil
du 16. du prefent mois , fait Bail
de la Ferme Generale de la Vente exclufive
des Tabacs de toute nature dans l'étendue
du Royaume , à la Compagnie d'Occident
fous le nom de Jean Ladmiral , pour neuf
années confecutives & revoluës , qui commenceront
au premier Octobre prochain ,
& finiront à pareil jour de l'année 17 27
G iiij
80 LE MERCURE
aux prix , clauſes , charges & conditions
contenues ; Et Sa Majesté voulant pourvoir
à ce que ladite Compagnie prenne poffeffion
de ladite Ferme audit jour premier
Octobre prochain , Oüy le Rapport ; Sa
Majefté en fon Confeil , de l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne que le refultat du 16. du prefent
mois , portant Bail de ladite Ferme Generale
de la Vente exclufive des Tabacs de
toute nature dans l'étendue du Royaume ,
à ladite Compagnie d'Occident fous le nom
de Jean Ladmiral , pour neuf années confecutives
& revolues , à commencer du
premier Octobre prochain , fera executé
iclon fa forme & teneur , aux prix, claufes,
charges & conditions y portées , & que
conformement à icelui ladite Compagnie
jouira de ladite Ferme Generale fous le
nom de Ladmiral , pendant lefdites neuf
années , fuivant l'Ordonnance du mois de
Juillet 1681. Déclarations des 18. Septembre
1703. & 6. Decembre 1707. Bail de
Pierre Domergue , Reglemens & Arrefts
rendus en confequence . Permet Sa Majefté
à ladite Compagnie d'Occident , de regir
fous le nom dud .Ladmiral, ou de fous fermer
les droits & facultez de ladite Ferme , ainfi
que bon lui femblera, fans qu'elle foit ten: ë
-de faire publier & afficher les Sous fermes
qu'elle jugera à propos de faire de partie de
ladite Ferme Generale , nonobftant ladite
DE DECEMBRE . 81
Ordonnance du mois de Juillet 1681. à laquelle
Sa Majesté a dérogé pour ce regard .
Permet pareillement Sa Majefté à ladite
Compagnie , fous le nom dudit Ladmiral ,
de dépoffeder les Receveurs & Entrepofeurs
de Tabac en titre , que bon lui femblera
, & de commettre fous ledit nom en
leur lieu & place aprés une fimple fommation
, fauf aux Titulaires dépoffedez à fe
pourvoir au Confeil pour la liquidation de
leur Finance , dont le remboursement leur
fera fait enfuite par ladite Compagnie , qui
en fera rembourfée à la fin de fon Bail par
le Fermier qui lui faccedera , ainfi qu'elle
eft tenue de faire à l'égard de Guillaume
fils , ci - devant Adjudicataire de ladite Ferme
Generale ; faute de quoi , ladite Compagnie
jouira fous le nom dudit Ladmiral
defdits Offices par elle remboursés jufqu'à
fon actuel remboursement , fans qu'elle foit
tenue d'en faire expedier aucunes Lettres de
Provifions , conformement à l'Arreft du
Confeil du 11. Mars 1689. Fait Sa Majefté
deffenfes audit Guillaume fils , fes
Soufermiers ou fes Commis , de vendre &
debiter du Tabac que pour l'ufage neceffaire
, jufqu'au premier Octobre prochain
auquel jour les plombs & cachets dudit
Guillaume fils , dont les Tabacs tant en
corde qu'en poudre fe trouveront marquez,
demeureront nuls & de nul effet , & les
peines portées par les Déclarations & Ar-
?
82 LE MERCURE
refts , encouruës ; & ne feront plus aprés ledit
jour premier Octobre prochain , vendus ni
debitez aucuns Tabacs , foit en corde ou en
poudre, qu'ils ne foient marquez des plombs
& cachets de ladite Compagnie , à peine
de confifcation defdits Tabacs , & de fix
mil livres d'amende , à l'effet de quoi Sa
Majefté permet à ladite Compagnie,fous le
nom dudit Ladmiral , d'en faire faire de
nouveaux , à condition de les faire registrer
& d'en mettre l'empreinte aux Greffes des
Jurifdictions qui connoiffent de ladite Ferme
en premiere inftance ; & ne fera payé
pour tous droits , frais de dépôt & enregiftrement
de l'empreinte defdits plombs &
cachets , & pour l'expedition de l'acte, quetrente
fols , & pour la preftation de ferment
de chaque Commis & Expedition de
l'Acte, pareils trente fols ; & en cas de refus
par les Officiers defdites Jurifdictions
ladite Compagnie pourra leur faire faire
fous le nom dudit Ladmiral une fommation
qui lui tiendra lieu d'enregistrement de
l'empreinte defdits plombs & cachets. Enjoint
Sa Majefté aux fieurs Intendans &
Commiffaires départis dans les Provinces &
Generalitez du Royaume , & aux Juges
ordinaires des Fermes , de mettre ladite
Compagnie fous le nom dudit Ladmiral ,
fes Procureurs & Commis, en poffeffion de
ladite Ferme au premier jour d'Octobre
prochain , & de tenir la main à l'execution
DE DECEMBRE. 83
du prefent Arreft , nonobftant oppofitions
ou empêchemens quelconques , pour lefquels
ne fera differé , & dont fi aucuns interviennent
, Sa Majefté s'eft refervée & à
fon Confeil la connoiflance , & a icelle
interdite à toutes fes Cours & autres Juges .
FAIT au Confeil d'Etat du Roy , tenu à
Paris le vingt- feptiéme jour de Septembre
mil fept cent dix- huit. Signé RA NCHIN.
Collationné à l'Original.
ORDONNANCE DU ROY ,
Portant Reglement au fujet des Départemens
du Confeil de Commerce.
A Majesté voulant expliquer fes intentions
au fujet des changemens arrivez
dans le Confeil de Commerce Elle a , de
l'avis de M. le Duc d'Orleans Regent ,
reglé & ordonné que ledit Confeil fera à
l'avenir compofé du Garde des Sceaux , du
fieur Marêchal Duc de Villeroy Pair de
France , Chef du Confeil de Finances , du
fieur Duc de la Force Pair de France , Prefident
du Confeil de Finances , du fieur
Maréchal d'Etrées Prefident du Confeil de
Marine , des ficurs Amelot & de Nointel
Confeillers d'Etat ordinaires , des fieurs
Ferrand, de Machault & Ronjault Maîtres
des Requeſtes.
Les fieurs Le Gendre de S. Aubin , &
84 LE MERCURE
Orry de Vignory , auffi Maîtres des Reque
tes , auront entrée , iccance & voix déliberative
pendant deux ans audit Confeil .
Pour ce qui regarde les Départemens
Sa Majefté les a reglez ainsi qu'il enfuit .
Le fieur Amelot aura le Commerce & les-
Manufactures des Provinces de Picardie ,
Artois , Flandre Françoife , trois Evêchez,
Alface & Franche - Comté.
Le Commerce avec les Pays- Bas appel
lez Efpagnols , avec la Hollande , l'Angleterre
, l'Ecoffe & l'Irlande.
Le Commerce avec le Nord , qui comprend
la Suede , le Dannemarck , les
Etats du Czar de Mofcovie , de DanzicK ,
les Villes Anfeatiques , & autres Pays de
la Mer Baltique .
La Direction du Commerce des Compagnies
de Commerce établies & à établir ,
& des entrepriſes & voyages de long cours
pour des objets de Commerce.
Les Chambres de Commerce établies
en differentes Villes du Royaume.
Les permiffions ou deffenfes de la fortie
des Bleds , & autres Grains & Legumes
fécs .
Les Reglemens des Tarifs.
Le fieur de Nointel aura le Commerce &
les Manufactures des Provinces de Bretagne
, Touraine , Maine , Anjou , Champagne
, Brie & Sedan , Poitou , Saintonge;
de la Generalité de la Rochelle &
DE DECEMBRE.
56
Pays d'Aunix , & de la Generalité d'Orleans,
Les Pêches de la Morue , du Harang
de la Baleine & autres , & le Commerce du
Poiffon de Mer.
Le Commerce des Colonies , Ifles Françoifes
, & autres Pays de l'Amerique de la
domination du Roy,
Le Commerce avec les Côtes d'Efpagne
de côté de l'Ocean , & avec le Portugal ,
& tout ce qui dépend de ces deux Couronnes.
Le fieur de Machault aura le Commerce
& les Manufactures des Provinces de Languedoc
, Provence , Dauphiné , Lyonnois,
Bourgogne & Breſſe.
Le Commerce de la Mer Mediterannée,
ce qui comprend les Echelles du Levant &
tous les Etats du Grand Seigneur , les Etats
du Roy de Peife , les Côtes de Barbarie ,
l'Italie & les Côtes d'Efpagne dans la Mer
Mediteranée.
Le Commerce avec la Suiffe & Geneve.
Le Commerce interieur de Paris , & tout
ce qui regarde les fix Corps & Communautez
des Arts & Mêtiers .
Les Manufactures des Glaces établies à
Paris , à Tour- la- ville & à faint Gobin ,
& ce qui en dépend .
Le Commerce & les Manufactures de
l'Ile de France ,
Les Manufactures des Verreries établies
?
86 LE MERCURE
dans les Provinces de l'Ile de France
Normandie , Picardie , Champagne &
Orleannois .
L'Execution des deffenfes de l'ufage des
Toiles Peintes , & autres Toiles & Etoffes
des Indes & de la Chine , dans toute l'étendue
du Royaume.
Le ficur Ronjault aura le Commerce &
les Manufactures des Provinces de Normandie
, Berry , Bourbonnois , Auvergne,
des Generalitez de Bordeaux , de Montauban
, d'Auch & de Limoges , de Rouffillon
, Comté de Foix , Bearn & Návarre.
La Direction du Commerce de France
aux Indes Orientales & Côtes d'Affrique ,
depuis le étroit de Gilbraltar , juſqu'au
Cap de Bonne Efperance , & au - de- là dudit
Cap du côté de l'Afie.
Dans les quatre Départemens cy - deffus ,
chacun dans l'étendue des Provinces du
Royaume dont il eft compofé , feront.compris
les projets & propofitions de nouveaux
Canaux de jonctions , communications &
navigations de Rivieres , & d'autres ouvrages
publics , tendant à l'utilité du Commerce.
f
Les fieurs Le Gendre & Defvieux , Intereffez
dans les Fermes Royales unies , affifteront
& auront Seance au Confeil de
Commerce , pour être oüis dans les affaires
qui auront rapport aufdites Fermes .
L'Ordonnance du Roy fervant de ReDE
DECEMBRE , 87
glement pour le Confeil de Commerce , du
4. Janvier 116. fera au furplus executée
felon fa forme & teneur. FAIT à Paris le
vingt quatrième jour d'Octobre mil fept
cent dix - huit. Signé LOUIS. Et plus
bas PHELY PEAUX,
EDIT DU ROY ,
Portant Création de quatre millions de livres
de Rentes an denier 25. fur les Tailles .
Regiftré en Parlement le 26 .
DECLARATION DU ROY ,
Donnée à Paris le 29. Octobre 1718 .
Regifirée au Parlement le 3. Decembre.
LFrance & de Navarre : A tous ceux
par la
par
de Dieu Roy de
qui ces prefentes Lettres verront , Salut.
Par nôtre Déclaration du 17. Mars 1717.
Nous avons ordonné que nos Fermiers generaux
demeureroient à l'avenir déchargez
de toutes recherches de Chambre de Juftice
, & ne pourroient être taxez pour rai
fon de l'exploitation & de la regie qu'iis feroient
de nos Fermes , conformement aux
Baux qui leur ont été ou feroient faits ; de
laquelle exemption Nous avons ordonné
qu'ils jouiroient à l'avenir , fans pouvoir y
88 LE MERCURE
être troublez , fous quelque pretexte que
ce puiffe être ; & comme l'exploitation des
fous -Fermes dont Nous avons ordonné la
publication , conformement à l'Ordonnance
de 1681. ne doit pas expofer ceux qui
s'en rendront Adjudicataires , à des recherches
dont Nous avons cru devoir
exempter nos Fermiers Generaux. A ces
canfes , de l'avis de nôtre tres - cher & tres--
amé Onc'e le Duc d'Orleans , Petit Fils de
France , Regent , de nôtre tres - cher &
tres amé Coulin le Duc de Bourbon , de
nôtre tres- cher & tres - amé Coufin le Prin=
ce de Conty , Princes de nôtre Sang , de
de nôtre tres - cher & tres-amé Oncle le
Comte de Toulouſe , Prince legitimé , &
autres Pairs de France , Grands & Notables
Perfonnages de nôtre Royaume,Nous avons
par ces Prefentes fignées de nôtre main, dit,
ftatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
voulons & Nous plaît, que ceux
qui fe rendront à l'avenir Adjudicataires
des fous- Baux de nos Fermes , foient &
demeurent exempts de toutes recherches
des Chambres de Juftice qui pourroient être
etablies , & qu'ils ne puiffent être taxez ,
pour raifon de l'exploitation & de la regie
qu'ils feront de nos Fermes , conformement
aux foux-Baux qui leur en feront faits , &
aux Ordonnances & Reglemens concernant
la perception de nos droits ; de laquelle
exemption Nous voulons qu'il joüiffent à
l'avenir ,
DE DECEMBRE. 89
l'avenir , fans pouvoir y être troublez fous
quelque pretexte que ce foit , pourvû neanmoins
qu'ils ne fe foient mêlez directement
ni indirectement d'aucunes affaires qui puif
fent d'ailleurs les affujettir à des recherches
ou à des taxes , comme auffi à la charge que
lefdits fous Fermiers tiendront & feront
tenir exactement par leurs Caiffiers , Receveurs
& Commis comptables, des Livres
journaux , en la forme prefcrite par nôtre
Edit du mois de Juin 1716. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux Confeillersles
Gens tenant nôtre Cour de Parlement ,
Chambre des Comptes & Cour des Aydes
à Paris , que ces Prefentes ils ayent à faire
lire , publier & enregistrer , même en tems
de Vacations , & le contenu en icelles executer
felon leur forme & teneur : Car tel
eft nôtre plaifir ; en témoin de ce , Nous
avons fait mettre nôtre fcel à cefdites Prefentes.
Donné à Paris le vingt- neuviéme:
jour d'Octobre ; l'an de grace mil fept cent
dix huit , & de nôtre Regne le quatrième .
Signé , LOUIS . Et plus bas , Par le Roy,
LE DUC D'ORLEANS , Regent , preſent .
PHELIPEAUX . Vû au Confeil , VILLEROI
& fcellée du grand fceau de cire jaune ,
H
90
LE MERCURE
ORDONNANCE DU ROY ,
Contre les Vagabons & Gens fans aven.
A Majefté êtant informée qu'il s'eft
répandu dans fes Provinces & Pays de
Picardie , Artois , Haynault , Cambrefis ,
Soiffonnois , des trois Evêchez , de Champagne
& Brie , & même en la Generalité
de Paris , un grand nombre de Vagabonds
& Gens fans aveu , qui s'attroupant avec
port d'armes , forcent les Habitans de la
Campagne à les recevoir dans leurs maiſons.
& à leur fournir des Vivres , empêchent
les Fermiers de Sa Majefté de percevoir les
Droits de fes Fermes , s'oppofent, à main
armée, à l'execution des ordres de la Juftice,.
& commettent continuellement des défordres
& violences qui intereffent également
l'autorité de Sa Majefté , la feurté
publique & le repos des particuliers ; à
quoi êtant neceffaire de pourvoir avec toute
la feverité que demande l'importance de
cet objet : Sa Majefté de l'avis de M. le
Duc d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne
, veut & entend.
ARTICLE PREMIER.
Que par les foins des Gouverneurs & fes
Lieutenans Generaux en fefdites Provinces,
des Officiers Generaux & particuliers comDE
DECEM BRE. 91
mandant les Troupes que Sa Majesté y a
fait affembler , & des Intendans defdits.
Pays & Generalitez . il foit fait inceffamment
dans toutes les Villes , Bourgs , Villages
, Paroiffes & Communautez defditss
Pays & Generalitez , une perquifition exacte
des vagabonds & gens fans aveu qui
pourront s'y rencontrer , pour être lefdits .
vagabonds & gens fans aveu arrêtez &
conftituez prifonniers dans les Prifons Royales
les plus prochaines du lieu où ils auront
été arrêtez .
I. I.
Veut Sa Majefté , que par les Prevôts des
Marêchaux , il foit envoyé toutes les femaines
des états de tous les vagabonds &
gens fans aveu , arrêtez fans attroupement ni
port d'armes dans l'étendue de leur reffort,
au Secretaire d'Etat de la Guerre ; enfemble
un Memoire détaillé de leur caractere
âge , taille , forces ou infirmitez , afin que
que fur le compte qui en fera rendu à Sa
Majefté , elle puiffe donner fes ordres pour
faire paffer aux Colonies ceux qui feront
en état d'y fervir , & pourvoir à la puni
tion des autres.
III
4
و
Declare Sa Majesté vagabonds & gens
fans aveu, ceux qui n'ont ni profeffion , ni
métier , ni domicile certain , ni bien pour
fubfifter , & generalement ceux qui ne font:
avoüz,& ne peuvent faire certifier de leurr
H. ij,
Gr LE MERCURE
bonne vie & moeurs par perfonnes dignes
de foy.
I V.
Veut Sa Majefté que pour faciliter de
plus en plus cette perquifition , tous les
Payfans Artifans & Marchands du plat
Pays des Generalitez de Paris , Amiens ,
Soiffons & Châlons , foient tenus dans l'efpace
du jour de la publication de la Prefente
, de prendre chacun un Certificat des
Intendans ou de leurs Subdeleguez , contenant
leur nom , âge , qualité , domicile ,
taille & les fignes particuliers aufquels on
pourra les reconnoître , lefquels certificats
leur feront delivrez gratuitement : Sa
Majefté fe refervant de dedommager lefdits.
Subdeleguez des frais qu'ils feront tenus de
faire pour leur Expedition.
V.
Tous Payfans , Marchands ou Artiſans,
qui aprés ledit terme d'un mois, feront arrêtez
à une lieuë de diftance de kur domicile
, fans être porteurs dudit Certificat ,
feront mis en prifon pour y refter juſqu'à
ce qu'ils ayent juftifé de leur bonne conduite
, & payé vingt livres d'amende qui
fera delivrée par l'ordre de l'Intendant à
celui qui les aura arrêtez.
V I.
Les Payfans domiciliez dans le Pays
d'Artois , dans le Cambrefis en Haynault ,
dans les Evêchez circonvoifins , foit qu'ils
DE DECEMBRE.
93
foient établis fous une domination étrangere
ou fous celle de Sa Majefté , ne pourront
entrer dans lefdites Generalitez , fans
Etre porteurs pareillement d'un certificat de
leur Curé , legalifé par le Juge des lieux ,
& expedié en la forme cy- deffus preferite.
fous les peines portées dans l'Article precedent
.
VII.
Tout particulier porteur d'un certificat
faux ou expcdié pour un autre , fera reputé
vagabond , & comme tel , conftitué prifon
nier pour être tranfporté aux Colonies .
VIII.
Au cas que lefdits vagabonds & gens
fans aveu , s'attroupent avec armes pour
courir dans lefdites Provinces & Pays ;
mande & ordonne Sa Majefté aux Officiers
Generaux & particuliers commandant les
Troupes qui y font ou feront cy- aprés , dé
leur courir fus , de les attaquer à force
d'armes partout où ils les trouveront
de faire main baffe fur eux.
IX.
&
Veut Sa Majesté que lorfque quelqu'un
defdits vagabonds armez & attroupez, aura
été arrêté par fefdites Troupes ou autres
fes fujets , le procés lui foit fait ſuivant
les ordres de l'Officier generalcommandant
lefdites Troupes , pour être ledit procés
jugé militairement par le Prevoft ou fes
Lieutenans qui feront départis par Sa
94 LE MERCURE
Majefté à la fuite d'icelles , en la forme obe
fervée dans fes Camps & Armées.
X.
Lorfqu'un defdits Vagabonds armez &
attroupez , aura été jugé en la forme cideffus
preferite , celui ou ceux qui en aùront
fait la capture, feront payez par les
ordres de l'Intendant de la fomme de Cent
livres , en rapportant une expedition du jugement
de condamnation, & un certificat
comme ils auront fait ladite capture.
X I.
Défend Sa Majesté à tous particuliers,
de quelque condition qu'ils foient, de donner
retraite dans leurs Chafteaux , Maifons
, Granges , Moulins & autres dépendances
aufdits Vagabonds attroupez , &
de leur y fournir aucuns vivres , à peine de
la vie ; Voulant Sa Majefté que dans le
cas où ils s'y trouveroient obligez par force
, ils ayent à en donner avis dans les
vingt- quatre heures , au Commandant des
Troupes établi dans le lieu le plus voiſin
de celui où lesdits Vagabonds auront logé.
XII.
Enjoint pareillement Sa Majefté , fous la
même peine, aux Gardes des Bois appartenant
à Sa Majefté ou à des particuliers fes Sujets ,
de donner avis audit Commandant du
nombre des Vagabonds & gens fans aveu
qui fe retireront ou pafferont dans les Bois
dont ils auront la garde..
BE DECEMBRE.
95
XIII.
Défend Sa Majefté , fous la même peine
, à tous les Fermiers des Ponts & Paffages
, Meuniers , Lavandiers & autres ,
ayant Bacs ou Batteaux fur les Rivieres ,
de paffer ou laiffer paffer lefdits Vagabonds
attroupez leur Enjoignant Sa Majefté en
cas de violence pour les y obliger , d'en
donner avis audit Commandant dans les
24. heures.
XIV.
Les Cavaliers , Dragons & Soldats qui
feront trouvez en la Compagnie defdits Vagabonds
, qui leur donneront fecours ou
affiftance , ou qui s'écarteront dans le plat
Pays defdites Generalitez avec du faux Sel,
du faux Tabac , ou des Marchandifes de
contrebande , feront mis au Confeil de
Guerre & condamnez à mort , quand bien
même ils feroient porteurs de Congez expediez
en la forme prefcrite par l'Ordonnance
du 2. Juillet 1716. Veut au furplus-
Sa Majesté que ladite Ordonnance , celle
du 27. Septembre 1711. & autres anterieu
res, concernant ceux de fes Troupes qui
frauderont les droits de fes Fermes , foient
executées felon leur forme & teneur.
X.V.
Et afin que les défenfes portées par la
prefente Ordonnance , foient connues de
tous ceux qu'il appattiendra ; Vent Sa Mafté
que par les Commillaires ordinaires de
3
96 LE MERCURE
fes Guerres , elle foit publiée à la tête des
Troupes dont ils auront la Police , Et que
par les foins des Intendans defdites quatre
Generalitez & de ceux de Flandre , Artois
Haynault & des Evêchez , elle foit publiée
pendant trois Dimanches confecutifs , à
l'iffue des Meffes Paroifliales , & affichée
par tout où befoin fera.
Mande & Ordonne Sa Majefté aux Gouverneurs
& à fes Lieutenans Generaux en
fes Provinces & Armées , Intendans en
icelles , Gouverneurs de fes Villes & Pla-
Directeurs & Infpecteurs Generaux
fur fes Troupes , Baillifs , Prevofts , Juges
, leurs Lieutenans , aux Commiffaires
de fes Guerres & à tous autres fes Officiers
& Sujets qu'il appartiendra , de s'employer
& tenir la main à l'exacte obfervation de
la prefente. Fait à Paris le dixième jour
de Novembre mil fept cent dix-huit . Signe
LOUIS. Et plus bas , LE BLANG,
ORDONNANCE DU ROY,
Pour défendre le port d. Armes.
SA
A Majefté eftant informée que les ate
troupemens avec port d'Armes s'augmentent
journellement dans les Generalitez
d'Amiens , de Soiffons & de Châlons ,
au moyen des Payfans defdites Generalitez ,
lefquels abufant de la tolerance qu'on a eue
par
DE DECEMBRE.
97
par
par le paffé de leur laiffer des Armes dans
leurs maifons , fe joignent aux vagabonds
& gens fans aveu qui fe repandent dans
lefdites Provinces : A quoy eftant neceffaire
de pourvoir, Sa Majefté, de l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , a fait trés
expreffes inhibitions & deffences aux Pay
fans defdites Generalitez
, de garder à l'avenir
& aprés le terme cy- deffous prefcrit ,
en leurs maiſons , aucuns Fufils , Piftolets ,
Poudre ny Plomb , à peine d'eftre mis en
Prifon & envoyez aux Colonies fans aucune
forme de Procés : Voulant Sa Majesté
que ceux qui en ont actuellement, foient tenus,
fous lefdites peines , de les remettre dans
le terme d'un mois ; à compter du jour de
la Publication
de la prefente pour tout delay
entre les mains dès Efchevins & Syndics
des Bourgs , Paroiffes & autres lieux dans
lefquels ils feront habituez & feront leur
demeure , pour eftre lefdites Armes & Munitions
portées aux lieux qui feront ordonnez
aufdits Efchevins & Syndics , par les
Officiers Generaux commandant les Troupes
de Sa Majefté dans lefdites Generalitez.
Mande & Ordonne Sa Majefté aux
Gouverneurs & Lieutenans Generaux ou
Commandans
pour Elle dans le fdites Provinces
& Generalitez , comme auffi aux
Intendans & Commiffaires
départis pour
l'Execution de fes Ordres en icelles , auxPreyofts
des Maréchaux & tous autres fes Of
I
LE MERCURE
par
ficiers & Sujets , de s'employer & tenir la
main à l'Execution de la préfente Ordonnance
, laquelle fera publiée & affichée
tout où il appartiendra , à ce qu'aucun n'en
ignore . Fait à Paris le quatorziéme jour
de Novembre mil fept cent dix huit . Signé
LOUIS . Et plus bas , LE BLANC. A
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat .
IERoy ayant ordonné par Arreft de fon
L
و Confeil du s . Fevrier dernier qu'il
feroit impofé pendant la prefente année ,
outre la Capitation , les deux fols pour livre
d'icelle ; Et Sa Majesté voulant que la mê
me Impofition foit continuée pendant l'année
prochaine 1719. Oüy le Rapport : Sa
Majefté en fon Confeil, a ordonné & ordonne
que les particuliers qui feront compris
dans les Eftats de Repartition de la Capitation
de l'année prochaine 1719. feront tenus
de payer , outre la portés de leurs Taxes ,
les deux fols pour livre d'icelle : Qu'à cet
effet il fera fait mention de ladite augmentation
au bas de chacun defdits Eftats de
Repartition , par les fieurs Intendans ou
autres Commiffaires à ce deputez , Et qu'au
payement d'icelle , les Redevables feront
contrains , ainfi & dans les mêmes termes
que pour le Capital de leurs Taxes , defquels
deux fols pour livre , les Receveurs
de la Capitation feront tenus de fe charger
DE DECEMBRE . 99
YON
#
1893
en Recette dans leurs Comptes , ainfi que
des autres deniers de leur recouvrement ;
Et pour l'execution du prefent Arreft , toutes
Lettres neceffaires feront Expediées .
FAIT au Confeil d'Eftat du Roy , tenu
à Paris le dix huitiéme jour de Novembre
mil fept cent dix huit. Collationné . Signé
DELAIST RE.
Extrait des Regiftres de la Cour des
Monnoyes.
S T
UR ce qui a efté reprefenté à la Cour
par le Procureur General du Roy , que
des perfonnes mal - intentionnées , & qui
cherchent uniquement leur utilité particuliere
aux dépens de celle de l'Eftat , ont repandu
depuis quelques jours , & fait femer
dans le Public , qu'il y auroit inceffament
une diminution confiderable fur les Efpeces
nouvellemeut fabriquées ; Et comme ces
bruits n'ont aucun fondement , & ne peu
vent eftre inventez que par des gens qui ,
pour augmenter leurs ufures , ont intereft
d'allarmer le Public , Et empechent en même
temps par ces bruits qu'on ne porte les
Billets de l'Eftat aux Monnoyes du Roy , ce
qui leur donne occafion d'en profiter plus
facilement par des voyes injuftes & illicites
, au prejudice du bien Public , en tâchant
de détruire par cette conduite l'execution
des intentions du Roy , futfifament decla-
I ij
100 LE MERCURE
:
rées par l'Edit du mois de May dernier ; ledit
Procureur General requeroit qu'eftant
important de faire celler ces faux difcours
en puniffant les Auteurs , il luy fût permis
de faire informer des faits mentionnez dans
fa plainte Luy retiré , la matiere miſe en
deliberation . LA COUR faifant droit fur
le Requifitoire du Procureur General , a
fait trés expreffes inhibitions & deffences à
toutes perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles puiffent eftre, d'infinuer , dire
ni faire entendre directement ni indirectement
, que les Efpeces nouvellement fabriquées,
diminueront , ny de repandre aucun
bruit dans le Public & dans le particulier ,
contraire à ce qui eft porté par les Ordonnances
Ordonne qu'à la Requefte dudit
Procureur General , il fera informé pardevant
Maiftres Charles Mareüil & Jean Baptifte
Collin Confeillers que la Cour a com.
mis à cet effet , contre tons ceux qui repandront
des bruits capables de detourner les
Particuliers de porter leurs Billets de l'Eſtat
aux Monnoyes & de détruire l'execution des
intentions de Sa Majefté , declarées par l'Edit
du mois de May dernier ; pour les informations
faites , raportées & communiquées
audit Procureur General , eftre ftatué ce
qu'il appartiendra . Ordonne ladite Cour que
le prefent Arreft fera lû , publié & affiché
par tout où befoin fera , à ce que perfonne
en ignore. FAIT en la Cour des Mo
DE DECEMBRE. ΙΟΙ
noyes le neufviéme jour de Decembre mil
fept cent dix-huit . Collationné .
Signé GUIUDRre' .
LETTRE
Ecrite de Paris par M. le Comte de N. N.
à Monfieur N. N. à la Haye.
Au fujet de l'invafion de la Sicile par les
Troupes Efpagnoles.
MONSIEUR ,
J'ai vu le Memoire que M. le Marquis
Beretti Landi a remis en Hollande , & que
vous m'avez envoyé avec vôtre Lettre du
13. du mois dernier , pour juftifier l'irruption
inopinée que les Armes du Roy Catholique
ont faite en Sicile , & j'ai vû que
Vous êtes furpris que l'on veuille fonder
les motifs de cette irruption fur la conduite
du Roi de Sicile , qui fe confiant à la foi
facrée & publique de la Paix d'Utrecht
& à la Neutralité d'Italie établie par cette
Paix , & confirmée par celle de Raftad , a
toûjours confervé un empre ffement fincere
& une attention conftante d'entretenir cette
Neutralité & cette Paix , d'obferver religieufement
fes Traitez , & de contribuce
au repos de l'Italie & de l'Europe .
I iij
302 LE MERCURE
Cela étant , je fuis perfuadé , que ce
Memoire n'a fait aucune impreffion fur
vous , & qu'il n'en peut faire fur aucune
perfonne de bon fens , qui voudra faire les
reflexions convenables fur le dépôt de la
Sicile entre les mains du Roi d'Efpagne ,
que le Memoire propofe comme l'unique
expedient & recours qui reftoit au Roi de
cette Ifle, pour le conferver ce Royaume ,
& comme un des motifs qui ont dû porter
le Roi Catholique à s'en faifir par les Armes
; & je fuis perfuadé de plus , que ce
qui eft arrivé depuis cette irruption faite
par les Efpagnols en Sicile, fuffit pour faire
évidemment connoître la violence & l'injuftice
de cette même irruption .
Le Roi de Sicile furpris fans aucun Traité
avec l'Empereur , fans aucun concert
avec les Puiflances Mediatrices, fans qu'aucun
de fes Miniftres fût inftruit , ni autorifé
pour accepter le projet de Paix , n'ayant
cn Sicile que fes feules Troupes , fans l'union
d'aucun Allié , font des faits fi notoires
& fi pofitifs , qu'ils fuffisent pour éclaircir
entierement la conduite reguliere de ce
Roi,& pour détruire toutes les fauffes fuppofitions
fur lefquelles le Memoire d'Efpagne
elt fondé.
Cependant , puifque vous fouhaitez que
je vous communique mes fentimens particuliers
, j'efpere que vous me pardonnercz
fi j'ai tardé à le faire ; car j'ai employé ce
DE DECEMBRE. 103
3
tems à chercher des lumieres pour bien
éclaircir les faits , & il m'a réüffi d'avoir
des connoiffances juftes & détaillées par
une perfonne qui eft des mieux inftruites ,
& que je vais vous communiquer, vous affurant
que vous pouvez y ajoûter foi.
Avant néanmoins toute chofe , permettez
que je vous demande, s'il n'eft pas vrai
qu'il eft notoire , que le Projet d'échanger
le Royaume de Sicile , a été formé non feulement
fans aucune participation ou conni
vence du Roi de Sicile , mais même à fon
infcû , & pour me fervir des termes du
même Projet , citra affenfum eorum quorum
interest .
Je fçai bien que vous ne pouvez pas difconvenir
de cette verité , qui eft un fait inconteftable
, & qui prouve affez qu'un Projet
formé par des Puiffances tierces , à l'infçu
de S. M. Sicilienne , ne peut pas donner
motif, ni pretexte au Roi Catholique de
fe plaindre de celui de Sicile , & encore
moins de l'attaquer avec violence , & de le
dépouiller d'un Royaume qu'il eft obligé
de lui garantir.
Mais vous devez fçavoir auffi , que la
regularité de la conduite du Roi de Sicile,
eft une verité qui a été reconnue par le
Cardinal Alberoni , & avouée par lui- même
au Comte Lafcaris dans une Conference
que l'on m'a affuré que ce
lui le 13. du mois de Mai
Comte ût avec
dernier , dans
I iiij
104 LE MERCURE
laquelle le Cardinal parlant dudit Projet ,
déclara qu'il étoit très - content des offices &
des démarches du Roi de Sicile ; & vous
devez fçavoir , que ce Cardinal confirma
encore plus fpecifiquement la même déclaration
par des Lettres écrites au Prince de
Cellamare Ambaffadeur du Roi Catholique
à Paris , le 1. & le 21. dudit mois de
Mai , & que le Prince de Cellamare fit lire
à la perfonne de laquelle je tiens ce que je
vous en écris.
>
La conduite du Roi de Sicile jufqu'au
24. de Mai , eft donc à tous égards pleinement
éclaircie par l'aveu même de la Cour
d'Espagne , par celui de fes Ambaffadeurs ,
& par celui du Cardinal Alberoni ; & cependant
le Courier qui a porté l'ordre à
Barcelone à la Flote d'Efpagne de mettre
à Voile , & de faire le débarquement en
Sicile , fut dépêché par le Cardinal vers la
fin du même mois de Mai , c'eft à dire dans
le tems qu'il fçavoit , à n'en pouvoir pas douter
, & qu'il confeffoit que la conduite
de S. M. Sicilienne étoit fans reproche .
Voyons maintenant fi le droit de Reverfion
que l'Efpagne s'eft confervé fur la Sicile
, lui a donné celui de l'attaquer .
Pour que l'Espagne fût en droit de fe
fervir de la violence des Armes pour revendiquer
la Sicile , il auroit fallu que le Roi
de cette Ifle eût donné lui- même une cauſe
à la révocation de la Ceffion que le Roi
DE DECEMBRE. 705
Catholique lui en a faite : Il auroit fallu
pour donner lieu à la reverfion , que le Roi
de Sicile ût cedé , échangé , ou autrement
difpofé du Royaume de Sicile , & qu'il ne
l'eût pas confervé.
Vous venez de voir au contraire , que fur
tous ces points , la conduite du Roi de Sicile
eft fans reproche ; vous avez vû que
le Cardinal Alberoni a lui même avoué au
Ministre du Roi de Sicile en Efpagne , a
lui- même écrit au Miniftre de fon Roi à
Paris , que veritablement celui de Sicile
vouloit religieufement obferver le Traité ,
& par confequent il ne me refte qu'à vous
dire , que puifque le Roi de Sicile n'a donné
aucun motif pour la revocation de la
Ceffion , puifqu'il n'a rien fait , & qu'il n'a
pas même confenti à rien de contraire au
droit de reverfion ; vous devez certaine
ment m'avouer , que l'invafion de la Sicile
fondée fur des motifs qui font inſoutenables
, bien loin de juftifier le Roi d'Eſpagne
, le prive au contraire de la reverfion
qu'il s'étoit refervée par l'acte de la
Ceffion de ce Royaume , dans la paiſible
poffeffion duquel il a promis de maintenir
le Roi de Sicile .
Vous m'avez cependant témoigné par
vôtre- dite Lettre du 13. Novembre , quelque
curiofité fuf ces propofitions de Ligue,
que le Memoire de M. le Marquis Beretti
nomme des Monftruofitez extravagantes
To6 LE MERCURE
Pour éclaircir ce fait , je dois vous dire ,
que le Cardinal Alberoni voyant au commencement
de l'hiver dernier , que le Roi
de Sicile fans fe donner aucun mouvement
qui pût infpirer de la jaloufie à fes Voifins,
ne s'occupoit que du foin de payer les dettes
qu'il avoit contractées pour foûtenir le
poids de la Guerre paffée , & vous connoîtrez
, Monfieur , les Puiflances qui en ont
tiré les plus grands avantages , & d'établir
les moyens pour faire goûter à fes Sujets les
biens de la Paix , lui fit des infinuations
éloignées & vagues , pour l'engager à une
Guerre offenfive contre l'Empereur , &
appuya ces infinuations par des affurances
artificieufes que le Duc Regent de France
feroit de la partie , & que Meffieurs les
Etats Generaux fe déclareroient en tems
& lieu.
Le Roi de Sicile , qui avoit jufte fujet
de croire dans le Regent de France des
fentimens bien oppofez à ceux de trouble
& de guerre , & qui ne pouvoit pas fe
perfuader , qu'il convînt à la prudence &
à la fageffe de Meffieurs les Etats Generaux
d'en allumer une nouvelle , & qui fût ge
nerale , regarda , il eft vrai , comme fufpectes
ces infinuations vagues , & l'évenement
a bien fait connoître , qu'il ne s'étoit
pas trompé , puifque le Cardinal , aprés
plufieurs infinuations de paréille nature ,
toutes tendantes à avoir la Sicile entre fes
DE DECEMBRE..
107
mains , s'étant enfin déclaré dans une Conference
qu'il ût avec le Comte Lafcaris
le 21. du mois de Mai , fit à ce Comte
les propofitions fuivantes , & les accompa
gna d'une Lettre de fa main au Roi de Sicile
, dont il ne m'a pas été poffible d'avoir
la copie.
I. Qu'il y auroit une Ligue offenfive &
deffenfive entre les deux Rois , pour le tems
que celui de Sicile fouhaiteroit .
II. Que l'Espagne , aprés avoir conquis
le Royaume de Naples , & pas plûtôt ,
donneroit & entretiendroit à fes dépens ,
pendant la guerre en Lombardie , trois mille
chevaux & douze mille hommes de pied
pour faire la conquête de l'Etat de Milan
conjointement avec les Troupes du Roi de
Sicile , & s'obligeroit de plus d'entretenir
fa Flote dans les Mers d'Italie .
III. Que l'Espagne cederoit & remet
troit au Roi de Sicile l'Etat de Milan.
IV. Qu'elle continueroit la guerre jufques
à ce que tout l'Etat de Milan fût con-
-quis , & pendant tout le tems que le Roi
Ade Sicile voudroit.
V. Qu'en attendant & par maniere de
dépôt,le Roi de Sicile remettroit le Royaume
de Sicile entre les mains du Roy d'Ef
-pagne.
VI. Que lorfque l'Etat de Milan feroit
conquis , & feroit cedé & remis au Roi de
Sicile , le Royaume de Sicile refteroit à
l'Espagne.
108 LE MERCURE
Et peu de jours aprés , il ajoûta l'offre d'un
million d'écus pour que le Roi de Sicile pût
pendant l'hiver prochain faire des levées
dans la Suiffe , demandant que ce Prince
envoyât inceflamment fes ordres en Sicile ,
pour que l'on y reçût des Troupes Efpagnoles
, même avant la conclufion du
Traité.
Il
n'eft
pas neceffaire
que je vous
falle
remarquer
, que
la nature
de ces propofitions
ne les rendoit
pas acceptables
, puifque,
ce que l'Espagne
vient
de faire
,fait
aifément
juger
du deffein
que
le Cardinal
avoit
en faifant
de telles
propofitions
, par
lefquelles
, loin
de fe borner
à tirer
de ce
Royaume
l'utilité
convenable
pour
les deffeins
qu'il
affectoit
, il en recherchoit
la
poffeffion
.
Il eft cependant bon de remarquer deux
circonftances : l'une , que ces propofitions
ont été faites quelques heures aprés que
l'ordre avoit été envoyé à la Flote de partir
pour attaquer la Sicile ; & l'autre ,
qu'elles ont été faites dans la même Conference
dans laquelle le Cardinal a protefté
qu'il étoit entierement convaincu de la
bonne foi du Roi de Sicile , & de la régularité
à obferver les Traitez , & à entretenir
une fincere amitié avec le Roi Catholique
.
Et agréez qu'à cet égard je vous deman
de fi c'est un motif, qui ayt quelque omDE
DECEMBRE. 109
bre de juftice pour entrer à main armée
dans les Etats d'un Prince , & pour envahir
un Royaume dont on eft garand , parceque
ce Prince n'a pas accepté des propofitions
captieufes qu'on lui a faites . Ce motif
de guerre n'a
pas encore été mis en pratique
, pas même par les Puiffances les plus
fuperieures. Vous jugerez vous- même s'il
eft autant jufte qu'il eft nouveau.
Je me perfuade , Monfieur , que vous
trouverez également foible , & infubfiftant
celui que l'Efpagne voudroit fonder fur les
Négociations que le Roi de Sicile faifoit
à Vienne .
Quand un Souverain fait avec un autre
an Traité d'Amitié & d'Alliance perpe
tuelle , il ne perd point la liberté de cultiver
, ni de rechercher d'autres Amitiez
& d'autres Alliances ; & il eft incontefta-
⚫ ble
, que le Roi de Sicile a pû rechercher
l'Amitié & l'Alliance de S. M. Imperiale,
fans que la Cour de Madrid ait pu s'em
formalifer , pourvû qu'en le faifant , il n'ait
donné aucune atteinte aux engagemens qu'il
avoit avec cette même Cour.
Un Traité d'Amitié & d'Alliance perpetuelle
, engage les Princes qui le font à
n'être jamais Ennemis l'un de l'autre , &
à ne rien faire contre leurs interêts reciproques
; mais , un tel Traité ne les engage
pas à ne pouvoir point avoir en même tems
d'autres amis ; à être ennemis de tout le
110 LE MERCURE
refte du genre humain , & à ne pouvoir
point terminer par des voyes amiables les
interêts particuliers qu'ils ont avec des autres
Princes .
Je me perfuade que l'Efpagne eft convaincuë
de cette verité , puifque , nonobftant
ce même Traité d'Amitié & d'Alliance
perpetuelle avec le Roi de Sicile qu'elle
allegue & qui eft reciproque , j'entens dire
qu'elle a negocié avec le Marquis de Nancré
& avec le Colonel Stanhope , qu'elle a
fait faire par le Pere Salerno des propofitions
à Vienne , & qu'elle en a fait faire
aux Puiffances du Nord.
Les interêts du Roi de Sicile avec l'Empereur
, ne font pas ignorez ni inconnus à
Madrid ; ils viennent en confequence du
Traité que le Duc de Savoie a conclu en
1703. avec l'Empereur Leopold & n'ont
aucune connexion avec l'Acte de la Ceffion
de la Sicile faite par la Couronne
d'Espagne à ce Prince .
Le Roi de Sicile a donc pû envoyer à
Vienne des Miniftres pour regler fes interêts
: Il convenoit à l'Espagne qu'il les ût
reglez avec avantage , & elle n'a aucun.
droit de s'en plaindre , bien loin d'avoir
celui de s'en vanger par les armes ; elle n'en
a pas même un pretexte apparent ; car que
direz- vous , quand vous fçaurez qu'avant
l'invafion des Espagnols , les Miniftres du
Roi de Sicile à Vienne , n'ont rien fait de
DE DECEMBRE. III
contraire à fes Traitez avec la Couronne
d'Efpagne, & que bien loin delà , ils y ont
déclaré le Roi leur Maître vouloit inque
violablement obſerver ces mêmes Traitez
& qu'il n'en pouvoit faire avec l'Empereur,
qui ûffent pour fondement l'inobfervation
de ce qui a été ftipulé avec l'Efpagne touchant
la Sicile ? Que direz - vous enfin
quand je vous affûrerai avec verité que
même aprés l'infraction auffi violente que
manifefte des Efpagnols , les affaires des
Cours de Vienne & de Turin étoient encore
fur le même pied , que le Traité d'Utrecht
& la Ceffion de Sicile les avoient
laiffées ?
En effet , fi le Roi de Sicile ût offert la
Sicile à l'Empereur , s'il ût offert de lui facrifier
les Traitez faits avec l'Espagne, vous
ne doutez pas , que la réunion de l'Empereur
& du Roi de Sicile feroit immediatement
fuivie ; & puifque cette réunion à
laquelle les feuls Traitez faits avec l'Ef
pagne ont fervi d'obſtacles , n'eſt point
faite , l'on ne peut point difconvenir , que
jufques à la rupture faite injuftement par
l'Efpagne , le Roi de Sicile n'a rien propo
fé & rien negocié à Vienne , dont l'Efpagne
puifle fe plaindre.
Il eft donc bien mal ailé de comprendre
comment l'Espagne , qui , pour autorifer les
traitemens qu'elle fait au Roi de Sicile, eft
obligée de recourir à des foupçons volon112
LE MERCURE
taires , à des deffeins cachez , à l'intention
qu'elle fuppofe que le Roi de Sicile avoit
d'attendre , comme dit le Manifefte , que
les Etats poffedez par l'Empereur en Italie ,
fuffent attaquez par les Armes d'Efpagne
afin d'en tirer un meilleur parti , puiffe
prétendre d'établir , que ce prince a contrevenu
directement & notoirement au premier
article de l'Acte de la Ceffion faite en
La faveur.
par
que
Mais direz - vous , fi cette
fi cette Eſpagne,
qui dans le tems- même qu'elle a attaqué la
Sicile , a avoué , ainfi que je vous l'ai prouvé
des faits inconteftables , que la conduite
du Roi de Sicile étoit fans reproche ,
avoit encore aprés l'irruption executée contre
la Sicile , reconnu & déclaré d'une maniere
des plus authentiques , qu'elle ne prétend
rien à ce Royaume , & que le Roi
de Sicile en eft toûjours le légitime Roi .
Pour vous mettre au fait de ceci , vous
devez fçavoir , qu'aprés que la nouvelle
de l'entrée des Efpagnols dans Palerme &
du Siege de Caftellamare ,fut arrivée à Madrid
cette Cour dépêcha au Marquis de
Villamajor qui refidoit à Turin , la déclaration
& les ordres contenus dans la
Lettre fuivante du Secretaire d'Etat & de
Guerre, Don Michel Fernandes Durand du
25. Iuillet.
Voici
DE DECEMBRE.
113
Voici la Traduction de cette Lettre.
Naura receu en cette Cour l'avis de
F'endroit où nôtre Flote s'est arrêtée
& du débarquement qu'elle a fait en Sicile,
ayant pris poffeffion de la Ville de Palerme
les , du courant , & le Roi nôtre Maître
ordonne à V. E. que dés qu'elle aura receu
celle- ci, elle ayt à reprefenter & affûrer S. M.
Sicilienne que le deffein qu'il a pris de faire
paffer fon Armée dans cette Ifle , ne procede
d'aucun fujet que S. M. ayt jamais
youlu , ni penfé manquer à la bonne foi ,
ou au Traité de la Ceffion de ce Royaume ,,
mais qu'elle y a étë feulement portée &
obligée par l'affûrance phifique & notoire
qu'elle avoit , que l'on avoit formé le deffein
& pris les mefures ,pour ,fans le moindret
fondement de raifon & de juftice, dépouiller
S. M. Sicilienne de ce Royaume , pour le
remettre entre les mains de l'Archiduc , &
augmenter par là fa trop grande puiflance fi
préjud ciable & fi fatale à l'Europe , à la
liberté de l'Italie & au bien public . Un
projet fi extraordinaire & fi fatal à toute
l'Europe , foûtenu par des fins particulieres ,
& la jufte & indifpenfable neceffité qui
oblige le Roi nôtre Maître de s'opposer à
l'agrandiflement de fon Ennemi , fçachant
d'ailleurs que S. M. Sicilienne n'étoit pas
- en état de refifter à la violence des Puiffances
Médiatrices , lefquelles conjoints .
K
14 LE MERCURE
ment avec l'Archiduc vouloient la dépouil
ler de ce Royaume , font les motifs puiffans
& inconteftables , qui ont porté S.
M. à diriger les armes en Sicile ; protef
tant de n'avoir jamais eu la moindre inten
tion d'offenfer S. M. Sicilienne .
Le Roi eft convaincu que la realité de
cesexpreffions , perfuadera ce Souverain des
folides raifons & des motifs preffans qu'il
a çu de prendre une telle refolution , s'affû.
rant que nonobftant ce qui vient d'arriver,
S. M. Sicilienne cultivant la bonne harmonie
& correfpondance avec l'Efpagne , il lui
en reviendra de fignalez & glorieux avantages
& le Roi nôtre Maître concourera
toûjours avec fa grandeur d'ame , avec ſes
forces & avec les moyens , à folliciter les
fatisfactions de fa Majefté Sicilienne & à
augmenter les noeuds d'amitié , d'intereft &
de parentage, qui établiffent & doivent conferver
la plus parfaite union entre les deux
Cours & les deux Nations. Le 25. Juil
Jet , & c ..
L'on voit par cette Lettre , que l'on ne
reproche rien au Roi de Sicile , que l'on le
reconnoît toujours Roi de cette Ifle , &
que S. M. Catholique déclare , qu'elle ne
veut point manquer au Traité de Ceffion
de ce Royaume.
Comment combiner ce que le Roi Ca
holique écrit par le canal de fon Secretai
DE DECEMBRE. 119
re d'Etat , & ce qu'il ordonne à fon Ambaffadeur
à Turin de déclarer, avec ce qu'il
ordonne au Marquis de Lede d'executer
en Sicile , & avec ce qu'il ordonne au Mar
quis Berretti fon Ambaſſadeur , de dire en
Hollande ?
Vous ferez fans doute furpris & avec:
raifon , de voir que l'Efpagne dans le tems
qu'elle fe déclare convaincue de la conduite
reguliere & de la bonne foi du Roi
de Sicile , attaque fes Etats , & que dans
le tems qu'elle exerce dans les Etats de ce
Roi les plus injuftes hoftilitez , elle déclare
qu'elle n'eft point fon ennemie .
Elle accufe maintenant le Roi de Sicile:
d'avoir manqué à la bonne foi. Y en a
til dans une conduite fi contradictoire ,,
& dans des affûrances & des déclarations,
qui font toûjours contredites par des
faits publics & inconteftables ? Je vous
laiffe juger, fi c'eft à Turin ou à Madrid .
que la bonne foi regne le plus . Je fuis
&C.
Kij
116 LE MERCURE
A UN AMI LETTRE
A LA HAYE >
Au fujet de la Quadruple Alliance.
In tempore venire omnium rerum eft primum
MONSIEUR ,
Je vous rend mille graces de la Piece im
primée que vous avez û la bonté de me
communiquer ; mais , permettez- moi de
vous dire , que la raifon que vous m'alléguez
peur me perfuader que l'Auteur e
bien fondé dans ce qu'il avance me paroît
feul capable d'en diffuader quiconque
voudra réfléchir ; car , qui ne fçaît pas que
le jugement du Public eft un mauvais garand
de la verité ? Pour juger d'une chofe
ce qu'elle eft en elle- même , il faut écarter
toutes les préventions & les embaras de Cabales
Vous n'ignorez pas , que la verité
ne fait jamais tant de bien dans le monde ,
que les apparences de la vérité font de mal;
les erreurs publics ont quelquefois un auffi
long cours que les opinions les plus véritables
, & l'on embraffe aveuglement tout ce
quiles entretient, en négligeant d'examiner
ce qui pourroit les détruire.
Permettez-moi de vous dire d'abord, que
DE DECEMBRE. 117
cette Lettre n'eft pas d'un Ami de la Répupublique
; mais qu'elle fort de la plume d'un
ennemi d'autant plus dangereux qu'il eft
déguifé & adroit.
Son premier foin eft de femer la méfiance
, & par - là , il inſpire la crainte , & de la
crainte il va à la défunion par où il cherche
d'affoiblir le parti qu'il affecte d'embraffer ,
pour donner plus beau jeu à celui dont il
eft l'ami & l'organe .
La vérité pure & fimple n'a pas befoin
ni d'invective , ni de calomnie pour or
nement il n'appartient qu'au menfonge
d'emprunter de l'ironie & de la fatyre , pour
amorcer les efprits qui fe laiffent enyvrer
de ces fortes de licences .
Si j'avois l'honneur d'être connu de mes
Seigneurs & Maîtres, comme j'ai celui d'être
un de leurs Sujets , je ne ferois nulle
difficulté de leur parler comme à vous.
N'allez pas me taxer d'amour propre, comme
fi je vouluffe m'ériger en Confeiller
d'Etat on peut fans montrer le devoir à
an Prince , lui faire fouvenir ce qu'il pourroit
avoir oublié : Après tout , rien n'eft fi
maturel que de porter la main à la tête lors
qu'on la fent embarallée ; de même , je croi
qu'un Sujet qui eft confideré comme un
Membre du Corps de la Societé , peut fans
témerité prefenter au Chef, fi ce n'eft des
moyens de fecours , du moins un défir machinal
de l'affifter . Quoi qu'il en foit, vous
118 LE MERCURE
êtes mon Ami , & en cette qualité, je m'en
vais vous dire naïvement mes pensées fur
les conjonctures prefentes , pour autant
qu'elles regardent nôtre chere Patrie.
,
Je prétend vous faire voir clair comme
le jour , qu'il importe à cette République
d'entrer dans la Quadruple Alliance , pour
l'avantage de fon Commerce & pour le
repos de fes Provinces ; & fi Elle ne concourt
pas avec les trois autres Puiffances à
la Paix de l'Europe en general , que de toute
neceffité les trois Puiffances troubleront
fon Repos & fon Commerce en particulier.
Je vous demande d'abord , fi le Traité
qui eft proposé à . l'Eſpagne , n'eft pas un
de ces Traités où regne une égalité admirable
? Je vous avcüe que j'ai été charmé à
la lecture de ce Projet , qui eft partout rempli
de claufes équivalentes , & où tout eft fi
équitablement diftribué pour éteindre toutes
les querelles & prétextes de Guerre entreles
Princes de l'Europe.-
que
Le motifen eft encore plus beau; ce Traité
& cette Alliance n'a pour but la Paix
& la tranquilité de toute l'Europe , & par
conféquent de tout l'Univers ; il faut être
ennemi de la Paix pour refufer des condi
tions fi juftes.
Un Prince Chrêtien peut- il fe difpenfer
d'entrer dans des vûës auffi falutaires , fans
encourir l'indignation des autres Princes
DE DECEMBRE. 119
Selon Ariftote, la Paix procure le repos &
la felicité d'un nombre infini de Peuples ; .
elle conferve la Juftice dans les Villes , la
Sécurité dans les Campagnes , le Trafic fur
la Terre & dans les Mers , & par le lien du
Commerce & des Alliances , le Monde for--
me prefque une même Province..
Mais , fi ce Plan eft auffi genereux que
les Rois qui l'ont projetté , font puiflans
pour le faire valoir , il ne refte plus qu'à
examiner fi la juſtice & l'équité en eſt le
fondement.
La veritable effence qui conftitue la nas
ture des Contracts , eft fans doute l'égalité ,
& lorfque cette oeconomie y eft obfervée ,
dès lors il prend le nom de Jufte , & celui
qui n'y veut pas aquiefcer , eft déclaré injufte
, & l'on doit le méfier de fes deffeins;
& d'autant que fes deffeins allarment toute
l'Europe , toute l'Europe auffi doit concourir
à fa tranquilité , & cela par toutes fortes
de voyes , même par les Armes.
Le Roi d'Angleterre qui préfere la Palme
au Laurier , eft un de ces Princes , qui , après
que les autres fe font repus de vaine
gloire , veut fe diftinguer par des vertus
- dont les récompenfes font plus durables ; la
paix , la concorde & l'union : Un Prince
a plus de droit de faire la guerre en tout cas
pour un fujet pareil , que celui qui y eft
porté par des Miniftres qui ne cherchent
qu'à faire connoître leurs talens aux dépens
120 LE MERCURE
du repòs de l'Europe, & qui facrifient peutêtre
les Sujets & les trefors de leur Maître
à la vaine gloire d'immortaliſer leurs Noms,
& d'être un jour comparez aux Richelieus
& aux Mazarins .
Plus les élemens font éloignez , moins
ils fe combattent ; fur ce principe le Roi
de la Grande- Bretagne a voulu par un
Traité féparer deux Princes qui feront toujours
en guerre , tant qu'ils feront voisins ,
parce que l'un ne peut fouffrir de Superieur
, & l'autre ne peut fouffrir de Compagnon.
Il importe à L. H. P. de conferver la
paix dans l'Europe , autant qu'au Roi de la
Grande- Bretagne de la procurer ; l'un &
l'autre y font également intereffez.
Le motif qui a fait agir le Roi d'Angleterre
, cft le même que nous devons avoir
dans les conjonctures préfentes : Tous les
bons Patriotes confidereront , comme le plus
grand malheur qui puiffe jamais arriver à
cette République , fi elle fe fépare de l'Angleterre
par un principe de crainte & de
méfiance ; & les ennemis de l'une & de
l'autre Nation auront gagné affez , quand
ils pourront féparer deux Etats qui ne peuvent
fubfifter que par une mutuelle confiance
, bonne harmonie , & unanimité de
fyftême . Si le paffé peut faire juger de l'avenir
, cette verité n'a pas befoin de plus
de preuves & d'argumens pour l'appuyer &
pour la foûtenir.
La
DE DECEMBRE. 727
La crainte groffit le danger , on ne doit
pas fe livrer à des maux certains pour n'éviter
que des dangers fort éloignez , au contraire
la confiance qui eft fondée fur les
Traitez , rend formidables des Allicz qui
fans cela, perdent une partie de leur pouvoir
en défuniflant une partie de leurs
forces.
Si la Hollande foupçonne l'Angleterre
d'avoir ménagé les interefts au moyen de
la Quadruple Alliance , l'Angleterre aura
tout lieu de foupçonner la Hollande de
vouloir ménager les fiens au moyen de la
Neutralité.
› de
Mais fi d'un côté , il fe trouve faux que
Je Roi d'Angleterre fe foit ftipulé des avantages
préjudiciables aux Hollandois
l'autre côté, il fera toûjours vrai qu'on nous
pourra reprocher avec raiſon , d'avoir témoigné
un efprit plus intereffé, que L'Angleterre
, & nous ne voulons pas facrifier
au repos de l'Europe en gencral l'intereft
peut- être d'une Ville en particulier , tandis
que l'Angleterre facrifie pour un tems tout
un Commerce où elle a tant d'avantages,
même plus que nous.
Qui des deux , dites-moi , vous paroît en
ce cas - là le plus animé pour profiter des
circonftances préfentes ?
Mais ,fuppofons que l'Espagne accorde
aux Hollandois une partie du Négoce des
Anglois , foit par un Traité fecret , ou que
L
LE MERCURE
pour fe vanger des Anglois , l'Espagne leur
accorde quelques avantages préferablement
aux autres Nations , en voilà affez pour
exciter toute la Nation Angloife , non - feulement
à avoüer le procedé de fon Roi, &
à lui accorder tout ce qu'il faut pour foûtenir
la guerre ; mais à réunir les differens
Partis qui font dans le Miniftere auffi bien
que dans le Peuple , pour obliger l'Eſpagne
de lui rendre ce qu'on nous auroit accor
dé à fon préjudice ; après quoi il ne nous
en refteroit que ce que l'Angleterre nous
voudroit bien laiffer de forte que nôtre
moderation dans le cas préfent, ne peut nous
procurer que du mépris & de la jalouſie.
Au contraire , fi nous concourons conjointement
avec Sa Majefté Britanique ,
tout l'avantage qui en reviendra , devra néceffairement
être partagé entre l'Angleterre
& la Hollande ; & alors l'Angleterre
n'aura pas plus de droit de ftipuler des avantages
que nous , & de cette maniere , on fea
en état de faire obferver un équilibre
dans la ceffion du Commerce .
D'un autre côté, l'Efpagne aura fortрpеeцu
d'égard & encore moins de reconnoiffance
de nôtre Neutralité, lors qu'elle fe verra
preffée d'aquieffer à la Quadruple Alliance
, & on eftimera les Hollandois affez
heureux d'avoir joui du Commerce d'Efpagne
feul , pendant que l'Angleterre en a
Leprivée; & fuppofons quel ' Efpagne vou,
DE DECEMBRE. 4123
4ût reconnoître le fervice qu'on lui rend , je
viens de vous dire , que les Anglois en qualité
& en vertu du droit du plus fort , ne les
fouffriront pas , fi cela diminué en rien le
droit qu'ils ont acquis fur ce Commerce
par des Traitez de Paix & de Commerce.
Après vous avoir dévelopé les inconveniens
qui doivent arriver par les conféquen
ces naturelles que j'ai tirées de la fituation
préfente des affaires , nous examinerons les
raifons avec lefquelles l'Angleterre pent
juſtifier fon procedé à nôtre égard .
C
La raifon pourquoi le Roi d'Angleterre
a équipé une Flotte , fans attendre le confentement
des Hollandois, eft que le tems preffoit
, & qu'il falloit empêcher le mal dans
fon commencement , pour ne pas trouver
trop d'obstacles dans la fin. S'il a pris le devant,
c'est parce qu'il croyoit & qu'il eſperoit
, que les Hollandois le fuivroient , comme
un ami fuit l'autre, lorfqu'il s'agit de leur
intereft commun . Le Roi fe faifoit en quel
que façon fort de nous attirer dans ce parti ,
parce qu'il ne prévoyoit nulle raifon pour
nous en éloigner ; ainfi, c'eſt à tort que l'on
fait une espece de crime au Roi de la Grande-
Bretagne d'avoir agi fecrettement dans
une affaire de cette nature & de cette importance.
Aprés cela , on foupçonne encore le
Roi d'Angleterre d'avoir trop d'égard à fon
intereft particulier dans cette affaire , & que
Lans cela, il n'auroit pas été fi prompt dans
Lji
124 LE MERCURE
t
·
l'équipement d'une Efcadre ; mais confiderez,
je vous en prie , qu'on tombe dans une
autre extrémité oppofee & bien plus dangereufe
, quand on traîne les déliberations ,
& perd le tems fans rien conclure ; & avoüez
franchement , que comme la crainte
mal fondée nous difpofe à interpréter les
chofes conformément à l'opinion dont elle
nous a prévenue; de même, quand ce charme
eft rompu , les affaires nous paroiffent
ordinairement fous une toute autre face .
Cependant il eft fort à craindre , qu'il n'arrive
du préjudice à la République plûtôt
que de la faveur, de cette irréfolution & inaction
.
Car premierement , il y a beaucoup
d'apparence que l'Angleterie êtant plus
forte que l'Espagne , la réduira fur Mer ,
& favorifera les moyens aux Imperiaux de
la réduire par Terre . En fecond lieu , qu'elle
obligera l'Espagne à lui accorder des avantages
pour la dédommager des frais de cet
Armement , & que ces avantages feront
au préjudice de la Hollande; ce qui eft d'autant
plus à croire , qu'il eft à craindre que
l'Angleterre ne foit animée de reffentiment
contre nous ; Et que l'Efpagne ne nous
craignant point , n'aura aucun égard à ce
que nous pourrons avoir fait en la faveur
par nôtre Neutralité.
Me direz - vous que la Hollande fera promettre
à l'Espagne de ne fe deffaifir des aDE
DECEMBRE. 125
vantages du Commerce fans notre partici
pation , ou qu'elle prendra fes meſures avec
elle ? Je répons , que telle mefure que
l'on puifle prendre , l'Angleterre forcera
l'Eſpagne à lui ceder , fi ce n'eft pas tout,
ce fera du moins la plus confiderable partie
du Commerce , & garantira , s'il en eft
befoin , l'Espagne contre tout ce qui en
pourroit arriver; de forte que , quand nous
voudrons avoir raifon de 1 Eſpagne , nous
aurons à faire en même- tems à l'Angleterre
qui prendra fait & caufe .
Vous me direz qu'en ce cas l'on oppofera
la force à la force , je vous entends.
c'eft à- dire , qu'aujourd'hui vous voulez
qu'on évite une Alliance où il n'y a point
de rifque ni péril de guerre , parce que vous
craignez mal- à- propos une guerre , tandis
que vous voulez qu'on fe prépare à la guerre
même contre l'Angleterre : De grace , ne
vaut il pas mieux éviter la guerre conjointement
avec fes Amis , & s'épargner.
des fuites fi funeftes , en accedant à la Quadruple
Alliance que nous pouvons figner
fans rien craindre :
Outre cela , fi je regarde cette affaire à
l'égard de l'Empereur , je vous avoue que
je trouve beaucoup de préjudice pour nous
dans la Neutralité ; car , fuppofé que l'Empereur
ne fuit état de nous faire autant
de bien que l'Espagne , je vous demande
s'il n'eft pas en état de nous faire plus de malpas
en
Liij
326 LE MERCURE
que l'Efpagne ne nous fçauroit faire de bien ?
Il eft notre Voifin le plus prés , l'Angleterre
eft fon Allié , & l'un & l'autre feront
difpofez à la vengeance : Se faire un ennemi
tacite par terre, & avoir yn Concurrent
jaloux par mer , qui perdra l'amitié qu'ik
nous a portée jufques ci par le même efprit
de vengeance , font, à mon avis, des inconveniens
qu'on doit éviter autant qu'il eft
poffible.
De plus , fouvenez - vous qu'on défoblige
la France qui cft engagée pour les interefts
également comme les autres Princes ftipulaus,
dans la Quadruple Alliance : ne croyezyous
pas , que ces trois Puiffances nous regarderont
comme favorifant le parti contraire
, & par conféquent comme ennemi
non déclaré ?
+
Vous vous flattez peut être , que l'Eſpagne
offrira la Médiation à la Hollande
d'accord ; mais croyez - vous , que l'Empereur
fera cet affront à la France & à l'Angleterre,
que d'y confentir ; croyez vous qu'il
renoncera à la médiation de la France & de
l'Angleterre , pour accepter celle des Hollandois
, qui ne voudront pas employer deux
Vaiffeaux de guerre pour contraindre la
partie opiniâtre D'ailleurs , qu'eft ce que
c'eft proprement que la Quadruple Alliance
, fi ce n'eft une Déclaration amiable des
Princes Neutres , qui font un plan de Paix ,
& qui, en qualité d'amis communs , l'offrent
aux Parties qui font en different ? N'est- ce
DE DECEMBRE. 127
"
pas un plan d'accommodement qui bute à
la même fin que la Médiation ? C'eft proprement
un plan de Médiation , qui abrege
les Conferences , les Affemblées , les Difcuffions
à l'infini , & les embaras qui accompagnent
ordinairement les voyes ordinaires
des Négociations. Vous voyez bien ,
Monfieur , que la France & l'Angleterre
veulent être Médiatrices , & que celles - là
invitent la Hollande de l'être conjointement
avec elles. Que fi la Hollande refuſe
de l'être à la réquifition de l'Empereur , elle
ne peut, fans empiéter fur le droit des deux
Couronnes de France & d'Angleterre , accepter
celle que
que lui propofe l'Espagne . Mais,
je veux pour un moment yous accorder, que
l'Empereur & l'Espagne , qui font les deux
parties en difputes, de même que l'Angleter
re & la France, vous laifferont & vous offriront
même la Médiation : de quoi feroit- il
question ? De terminer une guerre entre
L'Empereur & l'Espagne ; on y a pourvû par
ce Traité de la Quadruple Alliance .
De forte que, de quelle maniere que j'examine
l'affaire , je ne vois pas de plus court
chemin pour notre République , que d'entrer
fans foupçon & fans plus de délai dans
la Quadruple Alliance : Il n'y a plus rien
à craindre pour la confifcation des Vaiffeaux
Hollandois en Espagne ; ils ont
affez de tems pour le mettre à l'abri des
Lailies.
Liiij
128 LE
MERCURE
Je vous dirai encore bien plus , c'eft que
pôtre Commerce d'Efpagne fouffre® par
la lenteur & par l'irréfolution où nous fommes
dans cette affaire ; car , tandis que
nous laifferons nos Marchands dans l'incertitude
, perfonne n'ofera entreprendre ce
Commerce , & il ne prendra vigueur que
lorfque L. H. P. fe feront déclarées Neutres.
Mais alors je crains fort , que fous
prétexte de porter en Espagne des poudres
& des
contrebandes ,
l'Angleterre ne fafle
rafle fur nos Vaiffeaux auffi- bien que fur
ceux d'Espagne , à l'exemple du Roi de
Suéde. Le peu de raifon qu'on a pû tirer de
cet affront commis de la part d'un Ror
maintenant des plus foibles , nous eft un
fûr garant , que nous en
moins d'un Roi des plus forts , au cas que
cela arrivât, ainſi, que le Marchand fouffrira
toûjours de quelque maniere qu'il fe
tourne.
aurons encore
Il faut opter dans ces deux extrémitcz :
ou il faut le mettre en état de devenir refpectable
& de fe faire rendre raifon foi- même
; ou il faut s'allier avec ceux qui propofent
des moyens pour conferver la paix &
la tranquilité en Europe.
Le premier ne nous convient pas préfen
tement par l'épuiſement de nos finances ;
il n'y a donc que le fecond qui nous refte ,
& qu'il faut d'autant moins rejetter , que
nous n'y rifquerons , pour ainfi dire y rien :
tout délai nous porte préjudice , les conDE
DECEMBRE. 129
jonctures peuvent changer de telle maniere,
qu'on ne nous fçaura plus fi bon gré de
nôtre acceffion , que maintenant. Ainfi , je
conclus en vous faifant fouvenir que les
plus anciens amis font les meilleurs . "Je
fuis , &c.
3658364 365 366 36€ 29636 36 28
Aquel fondement Sa Majefté a pris la
le Public foit inftruit für
réſolution le neuf du prefent mois de Decembre
1718. de renvoyer le Prince de Cellamare
Ambaffadeur du Roy d'Espagne ,
Et d'ordonner qu'un Gentilhomme ordinaire
de fa Maiſon l'accompagnât jufqu'à la
Frontiere d'Espagne ; on a fait imprimer
les Copies de deux Lettres de cet Ambaffadeur
à M. le Cardinal Alberoni , des
mier & deuxième du prefent mois , fignées
par ledit Ambaffadeur, & entierement écri
tes de fa main & fans chiffres .
LETTRES
pre-
Du Prince de Cellamare Ambaffadeur dur
Roy d'Epagne en France , dont l'une
avoit pour fufcription , Para S. Em . "
Et l'autre , En mane propria de S. Em ."
Et toutes deux recouvertes d'une enveloppe
fans fufcription.
LE MERCURE
M.
>
1
J'ai trouvé plus neceffaire d'ufer de précaution
, que de diligence dans le choix du
moyen de faire paffer à V. E. les papiers
que j'ai renfermé ici ; ainfi , j'ai mis ce paquet
entre les mains de Don Vincent Porto.
carrero frere du Comte de Montijo qui va
où vous êtes en le chargeant avec
grand foin de le rendre à V. E. je l'ai cacheté
doublement & j'y ai mis deux enveloppes.
V. E. trouvera dans ce paquet deux dif
ferentes minuttes de Manifeftes cotteZ Nº.
10. Ở 20. que nos ouvriers ont composées
croyant que quand il s'agira de mettre le feu
à la mine , elles pourront fervir de prelude à
l'incendie. Une de ces minuttes eft relative
aux inftances de la Nation Francoife , dont
j'envoyai un Exemplaire à V. E. par mon
Courrier extraordinaire: L'autre, fans avoir
rapport à ces inftances , expofe les griefs que
Souffre ce Royaume , en appuyant fur ce fondement
les résolutions de S. M. & en demandant
la convocation des Etats. En cas
que pour notre malheur , nous foyons obligez
de recourir aux remedes extrêmes , & de
commencer les entrepriſes , il fera bon.
que Sa
Majefté choififfe une de ces deux voyes &
qu'Elle examine l'écrit cotté No. 30. dans
lequel nos Partifans prennent la liberté de lui
و
DE DECEMBRE. 13t
?
propofer avec refpect tous les moyens qu'ils
jugent convenables, ouplutôt neceßaires pour
l'accompliffement de nos défirs , pour éviter
les malheursque l'on prévoit être prefts d'arriver
, & pour affurer la vie de Sa Majefte
Trés Chrétienne & le repos public. L'Ecrit
cotté N° . 40. eft un abregé de differentes
chofes arrivées dans le tems d'autres Minoritez
; il peat fervir d'inftruction fuffifante
pour regler plufieurs des mesures que l'on
doit prendre dans le cas préfent . Enfin , j'en➡
voye à V. E. en feuilles feparées fous le N⚫ .
54 un Catalogue des noms des qualitez de
tous les Officiers Francois qui demandent de
l'emploi dans le fervice de S. M. Aprés que
V. E. aura vû tous ces Mémoires, Elle pourra
donner fon avis fur ce qu'ils contiennent,
Et fa Majefté prendra les réfolutions qu' Elle
eftimera les plus convenables à fon Service.
Si la guerre & les violences Nous forcent à
mettre la main à l'oeuvre , il faudra lefaire,
avant que les coups que l'on nous portera,
nous affoibliffent , & que nos ouvriers perdent
courage , fans épargner , ni le tems , ni
les offres , ni l'argent . Si Nous fommes obligez
d'accepter une Paix fimulée , il faudra,
pour entretenir ici le feu fous la cendre , lui
donner quelque aliment moderé : Et fi la divine
Mifericorde appaifoit les jaloufies &
les mécontentemens préfens , il fuffira par la
reconnoiffance à laquelle nous fommes obligez,
de proteger & de favorifer les principaux
132 LE MERCURE
Chefs qui s'intereßent prefentement avec tant
de zele pour le fervice de nos Maiftres , en
méprisant les dangers aufquels ils s'expofent.
En attendant les réfolutions décifives deS.M.
je tâche d'entretenir leur bonne volonté , &
j'éloigne tout ce qui pourroit la rallentir. Jè
fuis avec refpect de V. E.
A Paris le premier Decembre 1718 .
P.S. Outre les écrits ci - deẞus, je remets à
V. E. celui qui eft cotté N. 50. dans lequel
on fait paroître la force & le poids des deux
differentes minuttes des Manifestes , & j'avertis
V. E. qu'à caufe des changemens qui
font arrivez , on a jugé à propos de s'éloigner
de celle que j'ai envoyée par un exprés ,
dattée du premier Aouft . De V. E. Trésbumble
, & c. N. P. DE CELLAMARE .
M.
Le principal Auteur de nos deffeins me
chargea avec empreßement , il y a quelques
mois , defaire paffer à V. E. la Lettre cijointe
& d'accompagner les instances de M...
des témoignages & des offices les plus preffans.
J'ai differé d'executer cette Commiffion
jufqu'à ce que j'aye û une occafion fure pour
ne point expofer le fecret à quelque danger.
Je dirai prefentement à V. E. que j'entens
parler de ce fujet , comme d'une perſonne de
DE DECEMBRE. 133
.
que
J
grand merite , & l'interest que prend
tout le parti à ce qui le regarde, eft grand . Il
m'a été proposé d'introduire au fervice de Sa
Majefte M.... homme de qualité , & parce
qu'il m'eft recommandé par nos ouvriers
je l'ai diftingué du Catalogue general quo
j'envoye à V.E. Au refte, ces Meffieurs m'ont
dit qu'ils peuvent difpofer de la volonté de
M... qui eft celui qui fut mandé ici par le
Regent , pour foulever , comme ils le difent
les Miquelets de Catalogne , & ils voudroient
s'en aẞûrer encore davantage par quelque
gratification annuelle ou par une penfion.
Pour ce qui regarde les réponses que V.E.
donna à mes propofitions du premier Aouſt
dernier , je dois lui marquer que les Lettres
l'on demandoit , devoient avoir
lien pour les offres , les demandes les propofitions
que j'aurois à faire felon les conjonctures
, aux Parlemens , au Corps de la
Nobleffe , & aux Eftats Generaux ; & que
pour cet effet, elles devoient eftre dreffées comme
enforme de Plein pouvoir , qui feroit en
même tems limité par les inftructions de Sa
Majefté pour ma conduite.
de creance
que
Quand il s'agira de mettre la main à l'oeu
vre , ilfera neceßaire que S. M. écrive à
tous les Parlemens , conformément à la Lettre
qu'elle a déja écrite au Parlement de Pavis
, & qui eft demeurée en dépoft entre mes
mains, & j'envoyerai par
la voye ordinaire
à V. E. un catalogue du nombre de ces Par134
LE
MERCURE
lemens , & de la maniere dont on doit fe rea
gler pour les Sufcriptions.
que
Il pourroit arriver dans les agitations préfentes
, ce que Dieu veuille détourner , quelmalheur
à S. M. T. C. & je ſupplie
V. E. de faire réflexion que la vie précienfe
de ce Monarque , venant à manquer, je me
trouverois embarraßé , manquant des inftructions
neceffaires pour agir. Il pourroit auſſi
arriver, que M.le Duc d'Orleans vint à manquer
, dans lequel cas je me trouverois dans
de trés -grands embarras par rapport à la nouvelle
forme que pourroit prendre la Regence
& à fes vues qu'il conviendroit de faciliter
ou non de la part de S. M.
M. le Duc de Chartres pourroit prétendre
d'entrer à la place du Pere , & pour furmonter
les obftacles de fa jeuneffe , fe foûmet-
"tre à un Confeil ſemblable à celui que le feu
Roi avoit inftitué dans fon Teftament. M.
Le Duc de Bourbon pourroit auffi prétendre ,
à l'exclufion du jeune Duc de Chartres ,
Tautorité abfoluë qu'exerce prefentement
M. le Duc d'Orleans , & il nous convient
de prévoir ces cas , & de choisir les
partis qui font les plus utiles pour le fervice .
de S. M.Ses Zelez ferviteurs François penchent
plus pour le premier que pour lefecond.
Je fuis avec refpect deV. É.
Trés-dévoué & trés- obeißant ferviteur.
N. Pe. DE CELLAMARE .
A Paris le 2. Decembre 1718.
DE DECEMBRE.
735
pour
Lorfque le fervice du Roi & les précautions
neceffaires la fûreté & le repos
de l'Etat permettront de publier les Projets,
Manifeftes & Memoires cottez dans ces
deux Lettres , on verra toutes les circonftances
de la déteftable conjuration trâmée
par ledit Ambaffadeur , pour faire une révolution
dans le Royaume .
COPIE
De la Lettre écrite , de la part de Monfeigneur
le Regent , aux Archevêques
Evêques Premiers Préfidens & Gouverneurs
du Royaume.
Cvient de fe paffer a l'égard de M. le
Omme il n'est pas poffible que , ce qui
Prince de Cellamare Ambaffadeur du Roy
d'Espagne , prés de Sa Majefté , n'excite
l'attention du Public ; Monfeigneur le Regent
a jugé à propos de faire imprimer les Lettres
qui ont donné lieu aux résolutions que le Roy
a prifes à cet égard . Ces Lettres font fignées
par cet Ambaffadeur & écrites entierement &
fans chiffres , de fa main.
S.A. R. m'ordonne , Monfieur , de vous en
envoyer des exemplaires. Leur fimple lecture
fuffira pour faire connoître , que cet Ambaffadeur
abufant du caractere public dont il
eft revêtu , travailloit depuis long-tems à féduire
les Sujetsdu Roy , & à caufer dans le
136
LE MERCURE
*
"
Royaume une révolution totale. Après cette
preuve de la prévarication de ce Ministre ,
& toutes celles qui fe trouvent encore dans les
Projets , Memoires & Suftractions , qui étoient
joins aux mêmes Lettres , & qu'il
n'eft pas encore tems de rendre publies ; Sa
Majesté auroit pu justement le regarder
comme abfolument déchû des prérogatives ajtachées
au caractere d' Ambasadeur: mais ,
elle a voulu , par les confeils de Monseigneur
le Duc d'Orleans , donner en cette occafion
une marque de fa moderation , auffi bien que
des égards qu'elle aura toujours pour la Perfonne
du Roy d'Efpagne ; & elle s'eft contentée
de prendre les mesures qu'elle a cru neceffaires
, pour diffiper les pernicieux deffeins
des Miniftres de ce Prince . C'est dans cette
vue , qu'elle a mis auprés de fon Ambaßadeur
un Gentilhomme ordinaire defa Maiſon,
pour obferver fa conduite , & l'accompagner
jufqu'à la Frontiere d'Espagne , & qu'elle a
ordonné que l'on fcellât , en prefence de l'Ambaffadeur
& avec fon cachet , joint à celui
du Roy , les papiers de fon Ambaſſade ,
afin d'empêcher qu'ils ne foient interceptez
.
S. A. R. avoit reçû en plufieurs occafions
, depuis fa Regence , des avis qui
fembloient ne devoir lui laiffer aucun donte
que M. le Cardinal Alberoni, Miniftre tout
puiffent du Roy d'Espagne , n'ût formé , à
L'infcû de fon Maître , le deßein de troubler
a
DE DECEMBRE, 137
la tranquilité du Royaume , & que l'Ambaf
fadeur de ce Prince ne für le canal dont il fe
fervoit pour en préparer les moyens : Mais
elle n'en avoit pas encore une affez grande
certitude , lorfque Dieu , en mettant tout le
miftere au jour , a bien voulu donner à ce
Royaume une marque d'une protection particuliere,
En même tems que S. A. R. m'a ordonné
de vous inftruire de cette découverte
importante , elle m'a preferit auffi de vous
marquer , que connoißant vôtre Zele pour
le fervice du Roi , Elle eft perfuadée que fi ,
contre toute vrai - femblance , quelques - uns
des Sujets de Sa Majesté avoient été
capables d'écouter des propofions fédia
tienfes , vous n'oublierez rien pour les contenir
dans leur devoir , & pour maintenir
en tout ce qui dépend de l'autorité qui
vous a été confiée , le bon ordre & la
tranquilité publique . Je vous ſupplie , &c.
y a
SPECAT CLES.
By
Ien des gens font dans l'opinion qu'il
de la temerité à expofer fur la Scene
un fujet fujet connu , furtout , lorfqu'il a
déja été traité par quelque Ecrivain du
premier ordre. En effet , foit que l'on foit
prevenu en faveur de cclui , qui le premier
l'a fait paroître , ou que l'on foit perfuade
M
1381
LE
MERCURE
>
que Fon ne peut pas mieux faire ; il fant
convenir que l'on n'a point encore vû , de
nôtre tems , d'Auteurs Drammatiques qui
ne fe foient repentis d'avoir ô é courrir la
même carriere . Mais , où cette difficulté
eft aifé à démontrer c'eft dans les
caracteres tels que ceux de l'Avare , du
Tartuffe , du Menteur , &c . Car on peut
avancer , qu'outre tous les traits qui fervent
à les peindre , il y a un choix de couleurs à
faire . Le choix une fois fait par un homme
de goût , on regarde pour lors comme une
chofe prefqu'impoffible , de retracer , fi
l'on peut dire , le même caractere , fans
tomber dans l'inconvient de l'imitation ou
des repetitions
.
Cependant , le Théatre a vu depuis peu
ee préjugé doublement démenti , & cette
prétendue impoffibilité furmontée à tous
égards. 1. l'Oedipe de M. Aroner , dont le
fuccés a toûjours acru jufqu'à ce jour , eſt une
preuve bien fenfible que l'on pourroit encore
égaler , ou même furpaffer , fi j'ofe le dire,
le grand Corneille , en travaillant fur le
même texte : Il me paroît que c'est aujourd'hui
le fentiment du plus grand nombre.
20. Le nouveau Joueur , que les Comediens
Italiens ont rifqué fur leur Théatre , a dû
convaincre par la réuffite qu'il a cu , que.
le même titre fi heureufement rempli &
executé par feu M. Renard , pouvoit être
encore prefenté fous un nouvel aſpect . On
DE DECEMBRE. 139
pourroit encore citer la Jonenfe de M. Dufrefni
, Comedic cn 5. Actes en vers : Mais,
comme elle n'a point encore para , il faut
attendre que le Public en décide. On peut
cependant déclarer ici par avance que quoique
ce foit le même fujet , on n'y remar
quera cependant aucune affinité de reffemblance....
Je reviens prefentement au nougean
Joueur. Ceux qui entendent l'Italien ,
reconnoiffent qu'il eft continuement Joueur
dans les actions : Elles tendent toutes à le
faire connoître tel par le Spectateur éclairé ::
Son Valet eft le feul à qui la paffion dominante
de fon maître pour le jeu , foit
connue ; fa Maîtreffe même ignore ce foibles
au contraire , elle s'imagine qu'il aime
paffionnement l'étude de la Philofophio &
des Belles Lettres , & que ce n'eft que par
modeftie ou par une efpece de bienféance
qu'il refufe de l'avouer. Elle tourne de ce
Côté toutes les actions qui pourroient déceler
fa veritable inclination . Il n'y a au
cun Perfonnage épifodique , mais tous concourent
à faire valoir le caractere du Joueur:
L'intrigue eft fimple , pleine d'action , &
dont la chaleur augmente jufqu'à la fin de
la Piece. Comme je croi que le meilleur
extrait que que l'on puiffe donner d'une Comedie
de caractere , eft d'en rapporter les prin
eipaux traits & d'en crayonner la Fable
jen uferai de même à l'égard de celle- ci .
Dans le premier Acte , le Foueur tour
Mij
140 LE MERCURE
chant prefque au moment de fe marier,
l'Oncle de fa femme prétendue vient avec
Te Notaire pour lui faire figuer fon Contract
de mariage. Le Notaire lui demande
fes honoraires ; mais , comme il a tout
perdu la nuit precedente , il ne trouve pas
de moyens plus prompts pour s'en défaire ,
que de lui promettre une tabattiere d'or , &
le renvoye ainfi fort content. A peine le
Notaire eft-il forti , qu'un Creancier vient
lui demander vingt- cinq piftoles qu'il lui a
autrefois prêtées : Autres embaras , autres
civilitez : Le Creancier tient bon ; il veut
de l'argent : Que faire ? Le Joueur , pour
s'en débaraffer , lui donne fon Contract de
mariage , en nantiflement de ce qu'il luk
doit , l'affûrant que ce fera le premier pris
& payé fur la dot . Quelque tems aprés on
lui annonce fa Maîtreffe ; l'interêt qu'il a
de ne point paroître Joueur , l'oblige à
mettre promptement dans fa poche un jeu
de carte qui eft fur la table ; mais par mal
heur , en tirant fon mouchoir , il fait tomber
une partie de ces cartes aux pieds de fa
Maîtreffe , qui , bien loin de prendre la
chofe en mauvaiſe part , l'excufe obligemment
fur l'ufage que les Gens de Lettres
font ordinairement des cartes : Elle le crois
Homme de Lettres en effet.
Dans le fecond Acte , il donne une Fête
fa Maîtrefle ; & lorſque le Bal eft prêt de
commencer , un Marin de ſes amis furvieng
DE DECEMBRE. 1417

Cet homme qui n'a nul goût pour la danfe
, engage infenfiblement le Joueur à
paffer dans une chambre voifine , pour y
carabiner pendant un quart d'heure . Mon
homme qui avoit fait une refource confi
derable , aimant encore plus le Jeu que'
fa Maîtrelle , la prie de vouloir bien faire
commencer le Bal , l'affûrant qu'il eft à '
elle dans un moment. Il lui tient en effet
parole ; mais il revient fi dérangé , & avec
des yeux fi égarés fi égarés , qu'on devine aifément
qu'il a tout perdu . Sa Maftreffe qui ne
Loupçonne nullement la caufe de fon trouble
& de fon agitation , le force dans cet
état de fouffrance , à danfer un menuet
avec elle. Il a beau s'en deffendre , elle lui ?
allegué pour raifon que rien n'eft plus capable
que la danfe pour lui faire oublier la
difpute philofophique qu'il vient d'avoir :
avec fon ami le Marin . Le Joueur , pour
cacher le veritable motif de fon trouble ,
donne enfin la main à fa Maîtreffe ; mais ,
la diſtraction devenant la plus forte , il interrompt
par intervalle fa damfe , n'étant
pour lors occupé que de fa perte. Tantôt ,
il parle à l'oreille d'Arlequin fon Valet ,
en fe déteftant quelquefois ; il cherche dans *
fes poches, pour voir s'il ne lui eft rien refté
; enfin , il fe livre tellement au malheur
qui vient de lui arriver , qu'il finit fon
menuet , en danfant feul fur le bord du
Théatre , pendant que fa Maîtrelle danfe
A
142
LE MERCURE
de fon côté toute feule dans le fonds , ce qui
fait un jeu de Théatre fort plaifant . A peine
le joueur eft -il forti de cet embaras , qu'il
rentre dans un autre. Arlequin , qu'il avoit
envoyé avant fa perte chez le Traiteur pour
commander un grand fouper aprés le bal ,
vient lui annoncer triftement que le maudit
Traiteur ne veut abſolument rien fournir
, qu'il ne foit payé de quelques autres
repas précedens Que tout ce qu'il a pû
faire , a été de l'engager à vouloir bien lui
venir parler. Le Traiteur arrives le Maître &
le Valet le prient tout bas , le preffent, mais
inutilement ; il eft inexorable . Sa Maitreffe.
simpatiente pendant tout ce débat , & regardant
à la montre, elle la trouve arrêtée ;
elle la donne au Joueur , pour fçavoir de
lui fi effectivement elle ne va point. Le
Joueur la prend , & retournant vers le
Traiteur pour tâcher de le flechir , celui-ci
à la vûë de la montre , lui demande tout à
fi c'eft un gage qu'il veut lui donner.
Le Joueur regardant cet homme comme
infpiré , fe voit par - là tiré d'embaras : 11
lui remet dans le moment la montre , &
retournant à fa Maîtreffe , lui dit qu'en:
effet fa montre eft arrêtée ; mais quefi alle
fouhaite , il va la donner à cet homme ( en
lui montrant le Traiteur qui eft ,felon lui,
le meilleur Horlogeur du Pais. La jeune
perfonne y confent , & le Joueur charmé
de s'être tiré i heureufement d'embaras ,
coup
DE DECEMBRE. 143
laiffe la montre au Traiteur , en l'affûrant
qu il n'a qu'à la rapporter le lendemain ,
& qu'il fera payé fur le champ.
9
Le troifiéme Acte commence par une
Scene de defefpoir de la part du Joueur
qui aprés avoir été fi long- tems contraint
& fe trouvant feul chez lui en liberté , jare
alors tout à fon aife , en maudiffant fa
mauvaiſe fortune . Arlequin , comme un
bon Valet , s'ingere à lui faire des remontrances
fur fa conduite ; mais , il lui coupe
la parole , en lui proteftant que fon parti
eft pris , & qu'il a fait ferment de ne plus
jouer Que depuis cette réfolution formée,
il jouit de la plus grande tranquilité du
monde ; mais dans le même moment , il
marque par Les geftes & par fes yeux , unt
defefpoir interieur qui dément ce qu'il
vient de dire . Dans cette affùrance , il
projette , pour remplir les vuides que le dé
faut du Feu lui laiffera , de fe donner à la
Poëfie . Aprés en avoir examiné les differentes
efpeces , il choifit la Partie Dram--
matique- Comique ; il fe détermine à ce
choix par les avantages & le plaifir que
doit avoir un Auteur , lorfqu'il voit fes
euvrages applaudis du public & expofez
au grand jour. Pour mettre fon efprit fur
ée ton , il envoye chercher un Livre de
Poêle. Arlequin lui en apporte un qui a
pour titre , Le Joueur , Comedie par M.
Renard. A peine Lelio a t'il jetté les yeux
144 LE MERCURE
fur ce titre , qu'il le jette tout en colere ,
& fait des imprécations contre l'infolence.
des Auteurs qui ofent mettre fur le Théa
tre un auffi galand homme que le Joueur.
Dans l'inftant , arrive le frere de fa préten
due Maîtreffe qui vient lui demander ,
s'il ne pourroit pas lui faire avancer le
payement d'une lettre de change de 4000..
livres. Celui- ci qui envifage qu'avec cet
argent il pourroit faire refource , d'autant
plus qu'il vient de faire paſſer dans ſon cabinet
deux nouveaux Joueurs , n'a garde de
ne point promettre à Mario fon beau - frere
futur , qu'il le fera avec plaifir ; & ayant
la lettre de change par devers lui , il entre
au jeu. Le Creancier dont j'ai parlé , à qui
le Joueur avoit donné fon Contract de mariage
pour nantiflement , vient s'informer
de la Suivante de Flaminia , fi eff. &tivement
fa Maîtreffe époufe Lelio. Ce Créancier
ne fait point difficulté de lui apprendre que
Lelio , pour fûreté de cette fomme , lui a remis
ce Contract entre les mains . Violette en
avertit auffi tôt fa Maîtrefle ; celle - ci toûjours
prévenue en faveur de Lelio , n'y
donne aucune creance, & commence à n'en
être bien détrompée , que par le retour du
Traiteur , qui lui apprend ce qu'il eſt , lui
compte enfuite l'hiftoire de Lelio , & le
déclare le plus déterminé Joueur qui foit
au monde. Elle en eft pleinement convaincue
, lorfqu'elle voit fortir de la Maiſon de
the
Lelio
DE DECEMBRE. 145
Lelio deux Joueurs qui emmenent l'argenterie
& les étoffes qu'elle avoit envoyées à
fon futur . Elle prend le parti de payer le
Traiteur pour r'avoir fa montre , & promet
aux deux Joueurs de retirer fa vaiffelle d'argent
& les étoffes. Lelio arrive , confterné
, & penetré de fa nouvelle difgrace ;
& pour comble d'infortune , il fe trouve
entre fa Maîtreffe , l'Oncle & Mario à qui
il avoit attrapé la lettre de change . Chacun
d'eux prend congé de lui d'une manicre
infultante , & telle qu'une vie auffi dereglée
que la fienne le merite . Il refte muer
& fans deffenfe Heureufement pour lui ,
un ami vient le dégager de cet embarras
en lui difant , que comme il étoit prêt de
sembarquer pour paffer au Peron , il vient lui
dire adieu. Lelio , fans lui rien repliquer ,
va fur le champ chercher fonépée,fon manreau
& fon chapeau , & le prie de le prendre
pour compagnon de fon voyage . L'ami
y confent volontiers ; il fort aptés avoit
fait fes adieux à Arlequin à qui il laiffe le
peu de meubles qui lui reftoient , & le prie
d'allurer fes Créanciers qu'il ne les oubliera
pas au Perou.
t
Le 27. les Italiens reprefenterent pour la premiere
fois fur leur Théatre , l'Amante Capricieuſe,
Comedie Françoife en cinq Actes . La compofition
de cette Piece eft de M. Atereau qui a donné ci- dewant
le Porr à l'Anglois. Les Divertiffemens fost de
M. Loures qui a compofé tous ceux qui ont pein
N
146 LE MERCURE
fur le Théatre Italien dans le cours de l'année 1718,
On en a fait un Recueil qui fe vend chez l'Auteur,
place du Palais Royal proche le Caffé de la Regence
, chez le Sieur Foucault ruë faint Honoré à la
Regle d'or , & à la porte de la Comedic Italienne .
Le même Auteur vient de donner au Public 1
Livre d'Airs ferieux & à boire, qui ſe vend aux mêmes
adreffes.
JE
un
E devrois , felon nôtre Methode ordinaire , donner
ici un Extrait du Poëme de l'Opera de semiramis
, dont les paroles font de M. Roy, & a Mufique
de M. Deftouches : Mais , comme il me refte
encore beaucoup d'autres matieres à traiter , je me
contenterai d'en donner l'argument , & de dire que
le fuccés n'a point mal répondu à la réputation de
ces deux Auteurs .
eft peu de noms plus celebres
I
celui de Se- que
miramis . Tous les Auteurs ont parlé de fon ambition
, de fa magnificence & de fa mort : Elle perit
par la main de fon Fils pour qui elle avoit con
çu une paffion criminelle . C'eft cet évenement
qu'on met fur la Scene . On a cherché , pour l'amener,
les moyens les moins odieux & les plus interrelfans.
On feint que le Ciel eft irrité des crimes de Semiramis
, qui menacée d'être tuée par fon Fils , l'avoit
fait expofer au moment de fa naiffance . Maftreffe
du Trône , elle y veut placer Arfane jeune Inconnu
qu'elle aime , & en éloigner Ameftris fa
Niece, heritiere de l'Empire: Elle Poblige à fe confacrer
au Culte des Dieux , & fe fert du prétexte
de les appaifer par le choix d'une Prêtreffe du Sang
Royal. Le Ciel n'y confent pas il veut une victime.
L'ambiguité des Oracles , fi conforme aux détours
par lesquels il conduit fes vangeances , fait
tomber l'apparence du peril fur Ameftris . C'eft
pour la délivrer qu'Arfane fon Amant , fait des
DE DECEMBRE. £47
efforts qui ab uiffent , malgré lui , à la mort de
Semiramis. Outre le foin qu'on a pris de cacher '
au fils & à la mere ce qu'ils font l'un & l'autre , on
a rejeté une partie de l'action fur Zoroastre Roy
de la Bactriane , Inventeur de la Magie , rem
porain de Semiramis , & trahi par elle. I end
Arfane furieux ; & le de efpoir de l'un & le trouble
de l'autre , fervent à executer l'Arreft du Ciel con.
tre la Reine.
Les remords dont elle combat fa paffion , ceux
qu'elle témoigne , en reconnoiffant fon fils & en
mourant , font les fecours par lefquels le Theatre
concilie la pitié aux perfonnages les plus coupables,
On parle avec éloge de Mademoiselle Fouvenot, qui
parut le 20. de ce mois fur le Theatre François , &
qui a joué trois fois avec applaudiflement le Rôle
de Camille dans les Horaces .
泡咖泡泡泡洗泡泡
A MADEMOISELLE.
ENvNavaiinn ,, par mon zele emporté ,
J'entreprens de chanter d'une sugufte Princeffe
La Jeuneffe , l'Eprit , la Grace , la Beauté :
Mon file , qui fe fent de ma fombre trifteffe ,
Deshonore par fa baffeffe
L'Auteur & fa Divinité.
Ah Si vous finiffez mes mortelles allarmes ;
Si vous rendez mon fort plus doux ;
Par des traits , auffi vifs , auffi brillans que vous
Princeffe , je peindrai vos charmes.
Nij
148
LE MERCURE
A MADEMOISELLE.
Eune Princefle , que les Graces
Et les Jeux innocens , accompagnent toujours ;
Vous verriez marcher fur vos traces
Toute la Trouppe des Amours.
Mais , helas ! vos mépris arrêtent leur audace,
Je ne plan trai point leur difgrace ;
Ces Dieux auront bient- tôt leur tour ,
Et fous les Loix d'Hymen rempliront vôtre Cour .
Tandis que vôtre coeur les bannit & les chaffe
Souffiez que j'y demande place
Pour une autre Divinité ;
C'eft Princefle pour la Bonté,
Cette Deéffe vous eft chere ;
Vous fuivez les Conſeils , vons écoutez fa Voix :
Fuiffe-t'elle par vous , infpirant vôtre mere
Fixer en ma faveur , fes bienfaits & fon choix
WWWHEWWWWWWWIN WI
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit les Pincettes , & celui de la feconde
, le Pharaon.
ENIG ME.
E langage François ne me fait point con-
LE noître ,
Il faut étudier pour fçavoir qui je luis .
On a beau m'agiter , je ne cours ni ne fuis;
Car , mon unique emploi me fait toûjours paroître,
Mon corps dur & pefant, eft fans bras & fans mains,
Quoiqu'il ne foit privé ni de pied ai de tête ,
Et fuis encore moins du nombre des humains .
Par mon activité , dans un inftant j'indique ,
DE DECEMBRE.
749
Le Troyen , le Danois , le Ponant & l' Affrique ,
Le Point nommé Zenit , le Point nommé Nadir.
Laffé d'être debout êtant prêt à finir ,
Je chancelle . en yvrogne ; & tombant fans rien
dire ,
Je donne à tous fujet de s'affiger ou de rite.
AUTRE.
De
'Une famille affez connuë
Jefuis , & le Maître & le Roi ;
Mon frere me reffemble , & fouvent avec moi
S'unit , pour partager la puiflance abfoluë .
S'il en eft féparé , je lui donne la loi ;
Et quand je le rencontre, auffi-tôt je le tue:
Mais , quand de quatre de nos foeurs
Nous nous joignons tous deux pour en épouser une ,
C'eft alors qu'on nous voit preſque toûjours vaine
queurs',
Triompher & faire fortune.
Parmi les noms dont on m'appelle
Il en est un qui porte & l'horreur & la mort ;
Cependant je connois mainte beauté cruelle
Qui , malgré la fierté , me baiſe avec tranſport.
LA
CHANSON.
A jeune Bergere Annette ,
En conduifant fon troupeau ,
L'autre jour êtant feullette ,
Difoit au bord d'un Raiffeau :
Que c'eft un malheur extrême
Qu'un trop tendre engagement !
Ah , quand on perd ce qu'on aime
Dieux , qu'on fouffre de tourment !
Nôtre chaîne étoit trop belle ;
Les Dieux en furent jaloux :
Mon Berger m'étoit . fidelle ,
Que nos plaifirs étoient doux !
Que c'eft un malheur , &c ..
Niij
150
LE MERCURE
MB
MORT S.
Effire Guillaume de Jaffaud , Seigneur de la
Borde , Vernou , Confeiller de la Grand-
Chambre du Parlement , mourut le fix Decembre
1718.
Dame Jeanne des Bordes , Epouſe de Meffice
Charles des Chiens de la Neuville , Maire des
Requêtes , Intendant des Ordres de fa Majefté , &
Intendant de la Province de Franche - Comté , mou-
Fut le 8. Decembre .
Meffire Guillaume Dorington , Lieutenant Ge
neral des Armées du Roy , mournt le 11. Decembre
-Meffire Charles le Fournier , Seigneur de Bernaville
, Gouverneur du Château de la Baftille ,
mourut lere Decembre.
Mre Philippe Emanuel Ferdinand - François de
Croy , Comte de Solre , Chevalier des Ordres du
Roys, Lieutenant General de fes Armées , & Gouverneur
de Peronne , mourut le 22. Decembre
Voyez le Pere Anfelme.
MARIAGES,
M Michel-Efrendle
Effire Michel- Eftienne Turgot , Chevalier,
Préfident en la feconde Chambre des Requê
tes du Palais , époula le 24 Novembre dernier
Damoifelle Magdelaine Françoife Martineau. Monfieur
Turgot eft fils de Meffire Jacques - Estienne
Turgot , Chevalier , Seigneur de Sousmons, Bons ,
Uffy , Brucourt , & c. fucceffivement Avocat General
aux Requêtes de l'Hôtel , Intendant des trois
Evêchez de Touraine & de Bourbonpois , Commiffaire
des Limites de la Lorraine en 1697. & Maître
des Requêtes honoraire ; & de Dame Marie Claude
le Peltier , Fille de Meffire Michel le Peletier ,
Chevalier, Seigneur du Souzy , du Mefail - Montant ,
is
Lajeunen troupeau ,
L'autrejun ruisseau :
Que c'endre engage-ment
H
Ahiquand souffre detourment!
Notre en furentjaloux
Mon berlaisirs etoientdoux.
*
Que Cestidre engagement!
Ah ! quasouffre de tourment!
ave'par F. du Plessy#
189
BIBLIO
NOAT
DE DECEMBRE 45%
&c . Confeiller d'Eftat ordinaire & du Confeil de la
Regence , & de Dame Marie Guerin ; & Soeur de
Meffire le Peletier des Forts , Seigneur de S. Fargeau,
Confeiller d'Eftát , & au Confeil de la Regence
pour les Finances , lequel a épousé Ñ, de Lamoignon
de Bafville.
Jacques Eftienne Turgot eft fils unique de Dominique
Turgot , Chevalier, Seigneur de Sousmons,
Bons , &c. Confeiller au Grand Confeil, Maître des
Requêtes en 1665. mort le 14. Septembre 1678. &
d'Antoinette Marie Daurat , fille aînée de meffire
d'Eftienne, Chevalier , Seigneur de Doix en Poitou;
mort Doyen des Confeillers du Parlement de Patis
en 169 1. & de Claude le Breton Dame de Front-
Briant la premiere femme , foeur de madame de
S. Conteft. La Veuve de Meffire Dominique Turgot
s'eft remaliée à мre Hyacinthe- Guillaume Foulé ,
Chevalier , Seigneur de Martangis , maître des Requêtes,
Ambaffadeur en Danemarck ; & elle en a
Mre Eftienne Foulé , Chevalier , Seigneur de Martangis
, Maître des Requêtes , Intendant de Berry ,
Jequel a épousé N. le Rebours.
Dominique Turgot étoit le treifiéme Fils de
Jacques Turgot , Chevalier , Seigneur de S. Clair ,
de Bons , de Sousmons , du melnil Gondoüin , de
Bellou & Noron , Maitre des Requêtes en 1619.
Commiffaire du Confeil dans les Provinces d'Or
leans , Blois , Berry, Bourbonnois, la marche, Bourgogne
; puis au Maine , en injou , en Touraine, &
Intendant de Normandie ; Confeiller d'honneur &
Prefident au Mortier du Parlement de Rouen , &
mort Confeiller d'Etat ordinaire & de la Direction
des Finances , le 23. Mai 1659. inhumé en l'Egliſe
des Incurables ; & d'Anne Favier , fille de Jacques
Favier , Chevalier , Vicomte de Nogent-le-
Roy , Seigneur de Grand - Bofne , & du Boulay-
Thierry ,Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roy, Confeiller en fon Confeil d'Eftat ; & d'Anne
de Bainaft fa feconde femme , d'ancienne No-
Ni
tr LE MERCURE
·
bleffe de Picardie . La Soeur d'Anne Favier épouā
le Marquis de Paléfe u ; & fon Frere , Pere de Mefdames
de Tilliers & Prefidente le Talon , fut мàître
des Requeftes & Intendant d'Alençon.
Le Fils aîné de Jacques Turgot Confeiller d'Etar,
eft mort fans avoir été marie , en 1684. Prefident
á Mortier au Parlement de Normandie , où il avoit
fuccedé à Nicolas Turgot Seigneur de Lanteüil
fon Oncle.
Le fecond Fils étoit meffire Antoine Turgot de
S. Clair , mort Sous- Doyen des Maistres des Requêtes
en Fevrier 1713. lequel avoit épousé N. du
Tillet de la Bufftere.
Jacques Turgot Confeiller d'Etat , étoit fils
d'Antoine Turgot Seigneur du Mefil- Gondoüin ,
Bons , & c. mort en 1616. qui avoit épousé Damoifelle
Barbe d'Augé d'une ancienne Nobleffe de Normandie
Antoine Turgot avoit an frere cadet ,
nommé Charles Turgot Seigneur de Bons , Prieur
de Saint Victor prés le mans , & Conſeiller au Par◄
lement de Normandie.
Meffire Antoine Turgot était le fecond fils de
Louis Turgot Seigneur des Tourailles, de Bons , du
Méfnil- Gondouin & de Dame Valdrine duTrollay .
La Famille de Meffieurs Turgot eft depuis longtems
, confidérable parmi la Nobleffe de Normandie
, où l'on en trouve des veftiges fuivis depuis
plus de 400 ans Elle eft partagée en fix ou fept branches
qui ont été reconnues dans les trois recherches
conſecutives pour les Nobles d'ancienne extraction
, & alliés à la meilleure Nob'effe de
ce Pays. Meffieurs Turgot ont été reçus en differens
Ordres de Chevalerie : Celui de malthe exa
mina & reçut les preuves de Nobleffe en 1637 de
Meffire Antoine Turgot de Saint Clair , mort depuis
Maitre des Requeftes en 1713. dans la Réforme
de l'Ordre de Saint Michel , en 16 6 5. & Réduction
à cent Gentilshommes de noms & d'armes;
les Commiffaires dn Confeil reſerverent avec dif
DE DECEMBRE. 1.53
tinction Meffire JeanTurgot, Chevalier, Seigneur des
Tourai les , tiges des Armes de cette famille . Et ledit
meffire Jean Turgot fut admis , comme fon
pere Claude Turgot des Tourailles , dans l'Ordre
de Saint Michel. Čes Meffieurs fubfiftent en Normandie
avec confideration . Ils fe font également
diftinguez , foit dans la profeffion des Armes , en
divers emplois de la Guerre & de la marine ; l'un
d'eux êtant mort Capitaine des Gensdarmes & maréchal
de Camp en 1652. foit dans la magiftrature
dont ils ont toujours rempli les principales Charges
dans leur Pays , à Paris , & au Confeil où il y en
ad un grand nombre jufqu'à prefent : Dans le
Clergé même , où ils ont encore.Meffire Dominique
- Barnabé Turgot Evêque de Sécz.
Je ne dis rien des grandes Terres entrées dans
leur Famille , & qui y font poffedées depuis tréslongtems
, & en particulier , de la Baronnie des Toutailles
, que leurs Ainez ont poffedée fucceffivement
de pere en fils pendant trois fiécles ; depuis
l'an 1440. qu'elle y entra par alliance avec N. de
Neuville , heritiere du nom & des armes , que les
aînez ont depuis écartellées au 2. & 3. quartier
avec les leurs propres , qui font d'hermines frettées
de gueulle , & qui paroiffent indiquer une ancienne
origine de la Province de Bretagne , où ils peuvent
être venus des Pays volfins.
Mademoiſelle Martineau , eft fille unique de feu
Meffire Gabriel Guillaume Martineau , mort en
1706. & de Dame Angelique de Montaut , dont
Ia mere étoit de la Famille de Meffieurs le Gras ,
où il y a û pluficurs Confeillers au Parlement de
Paris . Elle eft petite fille de Meffire Pierre Martineau,
mort en 1689. Doyen de la premiere des Requeſtes
du Palais , & de Dame N. de Bordeaux , decedéc
en 1708.. Ce Doyen ne laiffa alors que deux enfans
dont le fecond eft actuellement Maître des Comptes
, & il étoit fils de Jean Martineau Officier en
la Chambre des Comptes , & de N. des Landes154
LE MERCURE
Payen fon époule , de trés bonne Famille de la
Robe.
Le Doyen des Requeftes du Palais avoit aufli
deux foeurs , dont l'une époufa M. de la Grange-
Trianon , Prefident au Parlement de Paris , & fur
mere de Meffieurs de la Grange , dont il y en aun
actuellement Confeiller Cleic à la Grand Chambre,
' de Madame la Prefidente de Graville & autres :
L'autre fut mariée à M. le Marquis de Gouffier
d'Ailly , dont le fils qui étoit Lieutenant des Gendarme
de la Garde , fut tué à Ramilly , & avoit
époufé Mademoiſelle de Luynes , dont il a û un
fils & une fille .
La Famille de Meffieurs de Bordeaux , lui donne
auffi des alliances prochaines avec Meffieurs de
Pommereu , mort Gouverneur de Douay , & M.
de Marival fon neveu , Meffieurs de Livry, Meffieurs
du Coudray Genier , & Madame de Fontaine Mar.
tel , qui a marié la fille avec le fils de M. le Comte
d'Eftain : Elle a auffi des alliances avec Meffieurs
Dreux , Canaye , Confeillers de la Grand'Cham
bre à Paris , de la Broffe & autres : Ses armes font
d'azur à trois tours d'argent.
Meffire René Louis de Voyer d'Argenlon , maitre
des Requeftes , fis aîné de Meffire Marc- René
de Voyer de Paulmy ,Marquis d'Argenfon , Garde
des Sceaux de France , & de Dame Marguerite le
Févre de Caumartin , a épousé le 30 Novembre.,
Demoiselle Marie- magdelaine- Françoife Meliand
fille de meffire Antoine François meliand , maître
des Requeftes , & Intendant de Life en Flan.ire .
Meffire Gafpard de Real , Chevalier Seigneur de
Curban , Chanfey , la . Cofte , Vaux , &c. &
grand Sénéchal de Forcalquier , épousa le premier
de ce mois , Damoiſelle Marguerite Genevieve
de Grieu .
M. de Real' eft fils de feu meffire François de
Real , Ecuyer , Seigneur de Curban , & c . & de
Dame Lucreffs de Lidet , & eft forti d'une Famille
noble de Provence.
DE DECEMBRE. 195
Mademoiſel'e de Grieu eft fille de feu meffire Jerôme
de Grieu , Chevalier , Seigneur de S. Aubin ,
&c. & de Dame Elifabeth de Grieu Il y a eu dans
la Famille de Grieu un Chevalier des Ordres dụ
Roy , un Prevôt des Marchands de la Vile de Paris
, & elle a fourni plufieurs Chevaliers de Malthe ,
des Magiftrats au Parlement , & un grand nombre
d'Officiers qui ont fervi avec diftinction dans les
Armées du Roy.
quis
JOURNAL DE PARIS.
On. Alteffe Royale Monfeigneur le Duc d'Or
es
de Hulator & de Sommery de faire une Loterie
de la Maifon , Jardins & Orangerie de feu m le
-Prefident Carrel de Rouen , dont ils ont épousé les
filles.
Cette Loterie a été ouverte en la maifon de Ville
de Rouen le 1. Decembre 1718. Les Billets font
au nombre de 11966. d'un écu neuf en efpece valant
fix livres .
Elle eft composée de fix Lots.
Le gros Lot , comprend la grande & belle maifon
tous les Jardins , Parterres , Bofquet & Fruitiers. ,
Le deuxième Lot , l'Orangerie , les Orangers , Citronniers & autres A buftes , les Bâtimens ufage
de Serre , le Colombier & Fief de la Mare du
·Parc , évalué 1-7000 liv.
Le troifiéme Lot . une jolie petite maifon , Remifes
de Caroffe , & une place de Jardin , avec un jet
d'eau , évalué foco live
Le quatrième Lot , quatre beaux Jardins légumiers
& fruitiers , avec un petit logement , affermez 190
liv. evalué soso - liv.
I
Le cinquième , un Jardin- Marais légumier affer
mé 60 liv . évalué 1200 liv.
·Le fixiómo ¿ dernier , dix- huit acres de terre laLE
MERCURE
bourables , contigus à tous ces Jardins affermez
180 liv . évaluez 3600 liv .
Le premier Lot a le choix de retirer tous les cinq
autres , en payant les fommes fixées à chacun :
Aprés lui , le deuxième a le même droit fur les quatre
autres : Il eft à la liberté & au choix de ceux
qui gagneront les cinq derniers Lots , de recevoir
en argent les fommes fixées à chacun d'iceux , où
de garder en effence ce qui leur fera échu ; & ily
a quinze jours pour déclarer fon option . Meffieurs
le Couteux Banquiers feront les payemens , ayant
été nommez dépofitaires du fonds de la Loterie
par M. l'Intendan . Cette Loterie ſera tirée fort
exactement en l'Hôtel de Ville de Rouen , en prefence
de M. l'Intendant & de Meffieurs les maire
& Echevins, publiquement : Elle ne tardera guéres
à être remplic.
Il y a plufieurs Bureaux à Rouen , où l'on délivre
des Billets : Ceux qui en voudront à Paris , s'adref
feront chez M. le marquis d'Hou letot , rue de
Grenelle Fauxbourg S. Germain , prés le Corps
de Garde , où Fon trouve tout au long le plan &
devis des conditions de ladite Loterie.
Charges & Employs donnez par S. A. R.
E 27. Septembre dernier , la majorité de la
Rochlie,mbante par la mort du ficut de la
Billoniere , au fieur Puget Commandant du fecond
Bataillon de Chartres Infanterie.
Le 1. Octobre la Lieutenance de Roi de Riblemont
au fieur de Brémont , Capitaine au Regiment
de Cavalerie de Chartres.
Idem , La Capitainerie des Portes de Landrecy ,
par la retraite du fieur Beti le au feur Dubois ancien
Lieutenant de Grenadiers au Regiment de S.
Simon Infanterie .
Le 4. Le Gouvernement du Fort-Barraux , par
DE DECEMBRE.
$ 57
la demiffion du Marquis de Bachevilliers , au Comte.
d'ßville fon frere , Lieutenant General & Lieutenant
de la premiere Compagnie des Gardes du
Corps .
Le 13. La furvivance de la Charge de Lieutenant
de Roi au Baillage d'Alençon , que poffede
M. le marquis de Laigle , à M. le Comte de Laig'e
fon fils.
Le 18, La Charge de Lieutenant de Roy an
Pays du мayne , à M. François : Nain.
Le zo. Le Roi a accordé à M. Palifot de Varlu
zel , un Brevet de premier Prefident du Confeil
Provincial d'Artois , avec la permiffion pour lui
Meffieurs fes freres & leurs defcendans , "d'ajoûter
une Couronne de Comte à leurs armes .
Le 10 Novembre la majorité de Bellegarde , par
la retraite du fieur Darfay au fieur de l'Efpiniere ,
cy.devant Capitaine au Regiment de Solre.
Idem. Le Commandement du Fort de Laprée)
par la mort du fieur du Bouze! au fieur de Leautault
Capitaine au Regiment Danphin Infanterie.
Idem . La majorité de Mont -Louis au Geur de
Bacqueville , Aide- major de la Citadelle de Dunkerque
, par la promotion du Chevalier Dolive major
dudit Mont-Louis , à la Lieutenance de Roy de
la Place.
Idem. La Lieutenance de Roy de Mont - Louis ,
par la retraite du freur Commins au Chevalier Dolive.
Le 1 La Lieutenance de Roy de Strasbourg ,
pár la mort du fieur de la Baftic au fieur de Montmirail
Lieutenant Colonel du Regiment Dauphin
Infanterice
Le 12. la majorité de la Citadelle de metz , par
la retraite du fieur de Rochechouart , au fieur de
S. Supery Capitaine de Grenadiers au Regiment de
Gaftinois .
Le 15. Novembre , le Gouvernement des Châteaux
d'Uffon & de Kerigeu , au Pays de DonneLE
MERCURE
zan , au Comte de Benribos Confeiller d'Etat.
Idem La Lieutenance de Roy de Caen , par la
démiffion du fieur de Laubert , au fieur Mathan
Major du Regiment Dauphin Infanterie,
Idem Le Gouvé nenient de Riblemont , par la
mort de M. de Monthiers , au fieur de l'Ecuffan Sous-
Lieutenant de la deuxième Compagnie des moufquetaires.
Le 21. le Gouvernement de Dôle à M. de Vercel
Enfeigne des Gardes du Corps dans la Compagnie
de Charôt.
Le 25. Ayde- Majorité de Lictemberg , par le
decés du fieur Dubeuf au fieur de Ronti Capitaine
reformé au Regiment d'Orleans Infanterie.
Le 4. Decembre . Le Gouvernement de la Ville
du Puis en Velay , à M. le Vicomte de Polignac.
Les Le Gouvernement de Concarneau en Brétagne
, au heur jauffand , cy- devant commandant
fe fecond Bataillon de Baifois , par la mort du ficur
de Vaucouleur.
le 1. Le Gouvernement de la Baftille , par la
mort de M. de Bernaville , au fieur Jourdan de Lan
nay qui en étoit Lieutenant de Roy.
La Lieutenance de Roy de la Baſtille a été donnée
à м , de мaifon rouge ancien major du Regiment de
Cavalerie de Cfmont du Chatelet,
Le 12. La majorité de la Citadelle d'Olleron
par la mort du fieur Colombe , au ficar de Villefaux
Capitaine en fecond au Regiment de Normandie
.
Le 20. Commiffion de major de Lyon au fieur
Difrefne cy- devant Capitaine au Regiment de Lyon.
nois , par le decés de M. de Valorges.
Le 21. La Lieutenance de Roy au Gouvernement
de Dunkerque , à M. Charles Nicolas le Nain ,
Chevalier de l'Ordre militaire de S. Louis & Colonel
reformé d'infanterie .
M. d'Avaré Ambaffadeur en Suiffe , Lieutenant
General des Armées du Roy , a eu le Gouverne
DE DECEMBRE,
159
ment de Peronne , vacint par la mort de M. le
Comte de Solre , Chevalier des ordres du Roy , &
Lieutenant General de fes Armés.
LA
10
Abbayes vacantes.
' Abbaye de Bolbone O. de C. D. de Mirepoix.
L'Abbaye de l'Abfie , D. de Poitiers . L'Abbaye
d'Evron , O. de S , Maur , D. du mans , vacante
par la mort de M. d'Eftrées Archevêque de
Cambrai. (On s'eft trompé lorsqu'à a page 180.
du mercure de Novembie on a avancé que cette der.
niele Abbaye avoit été donnée à M. l'Archevêque
de Bordeaux ; il falloit cire le Prieuré de Vertou. )
S. Pierre de Bourgueil , O. de S. M. D. d'Angers ,
vacante par la mort de м - l'Abbé de Louvois , ainfi
que l'Abbaye de yaulüifant , O. de C D. de Sens,
vacante par la mort du même Abbé . L'Abbaye de
Villeneuve , D. de Nantes , vacante par la mort de
M. l'Archevêque de Cambrai . Le Prieuré de Campagnac
, O. de S. Aug. D. d'Uzés , vacant par la
mort du ficur de Spinville .
Le Roy a nommé le fieur Doros , fi's du Procureur
General au Parlement de Befançon , au Prieuré
de S. Criftophle de Champlit , D. de Langres , vacant
par la mort de M. l'Archevêque de Befançon.
M Doros eft aufli Abbé deGoüel en Franche-Comté,
M. l'Abbé de Sommeri a été nommé à l'Evêché
de Rieux , & Madame de Cannillac , à l'Abbaye de
Vandive , Dioceſe de S. Flour , vacante par la mort
de Madame d'Angennes :
Ic28. du paffé M. le Chevalier de Sainctot Introducteur
des Ambaffadeurs , alla prendre dans le
Carofle du Roy , madame la Comteffe de Kinigleg ,
époufe de M. le Comte de Kinigfeg Ambafladeur de
SMI. Il la conduifit à l'Appartement du Roy ,
où Madame la Ducheffe de Ventadour la reçût , &
l'accompagna dans le Cabinet de S M. qui la falua.
160 LE MERCURE
Enfuite Madame l'Ambaffadrice vint au dîner du
Roy , où elle : le Tabouret , & de Sainctor la
ramena dans le même Carofle .
Le premier de ce mois , Madame l'Ambaffadrice
fe rendit au Palais du Luxemborg à fix heures du foir,
où l'on tenoit appartement , Madame la Ducheffe de
Saint Simon , Dame d'Honneur de madame la Du
cheffe de Berry , alla la recevoir à la po te de la
Chambre où étoit le Cercle , & la préfenta à cette
Princeffe qui lui fit l'honneur de la baifer , & elle
it le Tabouret. Le Cercle levé , elle fut reconduite
par le Chevalier de Sametot , qui étoit allé ja prendre
ca fon Hôtel , dans le Caroffe de Madame la Ducheffe
de Berry. Cetre Princeffe tient Toilette toutes
les Fêtes & Dimanches , & il y a trois fois Apparteiment
par femaine , où l'on joue .
Le 3. Madame la Comteffe de Kinigleg , út audience
de madame : Madame la D. de Brancas fa
Dame d'Honneur , la reçût à l'entrée de la Chambre
d'Audience , lui donna la main, & la prefenta
à Madame qui lui fit l'honneur de la baifer , & elle
ût le Tabouret. Le Cercle levé , elle fut reconduite
par le Sieur мarpré , Introducteur des Amb ffeurs
prés S. A. R. qui étoit allé la prendre en fon Hôtel ,
dans le Caroffé de madame.
Mademoiſelle de melun foeur de Mademoiſelle d'Epinoy
, a obtenu de S. M. une penfion de 6000 liv .
M..le Marquis de meuze en a û une de 4000 liv . m.le
Marquis de Bethune a été gratifié de la même fomme
, & M. le Marquis de la Vaire , frere du Prince
de Chimé , en a obtenu une de 10000 liv.
La Dixme Royale continue à s'établir avec fuccés
dans plufieurs Elections . Il y avoit d'abord û pour
cet établiffement quelques difficultez à Saintes , de
la part de quelques Gentilshommes ; mais , le bien
public l'a eniporté fur l'intereft particulier . M. de
Beaumont ayant voulu s'y oppofer , a reçû une Lettre
de Cachet , par laquelle il lui a été ordonné de
S'aller enfermer au Château-Trompete , à quoi il
a obéi fu le champ.
Le
DE DECEMBRE. 161
Le Roi , à la priere du Czar , a été Parrain d'une
Princefle dont la Czarinne eft accouchée .
Par la mort de M. le Baillif de Bandeville , Meffire
Charles Charboneau de Fortécuiere , Chevalier de
l'Ordre de faint Jean de Jerufalem , Commandeur
d'Amboile & de Theval , Grand Hofpitalier de la
Langue de France , eft devenu Grand Prieur de
Champagne.Comme il fut reçu de minorité dans cet
Ordre, c'eft ce qui l'a fait paffer à cette dignité dans
un âge qui n'eft pas fort avancé . Il eft d'une Famille
originaire du Pays des marches .
4C'eft à ceux de fon nom fuivant le dernier
Hiftorien de Bretagne , qu'eft dûë la confervation
des Privileges & Exemptions de tous
Impots , dont jouiflent les Peuples de ce petit Pays .
La Noblefle de ce nom eft militaire ; cette famille
n'ayant jamais donné de Sujets à la Robbe. L'on
prouve fon and enneté par les plus vieux Actes du
tems des premiers Tabellions , & par d'autres nomumens
, anciennes Fondations , & Edifices qui
fubfiftent depuis plusieurs fiécles. Ils ont pris allian
ce dans les maifons de Rohan, Volvyre, de Rochefort
, de la Roche Foucault , de Chabannes , de Rouhault
, de Jarnac , d'Avogour , de Plover de Cadaran
, de Tiracqrau, de la Touche , Limouziniere , de
Sourdis & de мaune .
M.l'Abbé de Fortécuiere, Abbé de Fontaine- Jean,
Docteur de la Maifon de Navarre , ci devant Maître
de l'Oratoire de teu Monfieur , & de S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans , eft neveu de M. Charbonneau
de Fortécuiere, actuellement Grand Prieur
de Champagne..
On a appris la mort de M. de Silvecane , nommé
par la Cou , pour exercer la fonction d'Intendant à
la Martinique.
M. le Comte de Rotembourg , qui étoit revenu
depuis peu de la Cour de Prufle , eft reparti le fept
pour s'en retourner à Berin . On aflûre qu'il y réidera
ea qualité de Miniftre Plenipotentiaire de la
France.
162 LE MERCURE
Le Roy ayant fait prefent aux Théatins, des Pil
fiers de marbre fur lefquels étoient pofées les Lanternes
qui éclairoient autrefois la Place des Victoires
, a permis qu'on transferât ces colomnes à la
maifon de ces Religieux : Elles feront employées à
décorer le maître- Autel de leur Eglife nouvellement
bâtie.
Sur la découverte qui a été faite par des Lettres de
l'Ambafadeur d'Efpagne auprés de S.M. fignées de
lui , & entierement écrites de la main , & par plufieurs
autres preuves convaincantes , qu'il avoit des intelligences
& faifoit des mouvemens pour caufer du
trouble dans. ' Erat , S. M. a pris la refolution de le
renvoyer en Espagne , & de le faire accompagner
jufqu'à la Frontiere , par le Sieur Delybois l'un des
Gentilshommes ordinaires de fa maifon ; de faire
fceller les papiers en fa prefence , de fon cachet
joint acelui de S. M. & de les faire dépofer au Palais
du louvre pour y être gardez en toute fûreté.
L'Ambaffadeur partit de cette Ville le 13. de ce
mois.
ན་
Un Particulier de cette Capitale , qui fe croyoit
infpiré & avoir des révelations , crut qu'il avoit une
vocation particuliere du Ciel de faire un facrifice
fang ant. La vit me qu'il choifit pour fon deffein
fut une de fes parentes , fille âgée d'environ 40.à.
45. ans , qui demeuro't avec lui depuis quelques
années. En effet , ce Vifionaire ne pouvant refifter
à cette noire tentation , alla droit au lit de fa coufine
, tenant d'une main un Crucifix , & de l'autre
un piftolet avec une lanterne. Cette pauvre malhûreu
es étant éveillée en furfaut , à l'approche de
Get hon
on me , fut fort furprife de le voir en cet état ;
be fauta de fon lit & âcha de fe fauver dans la
montée. Ce furieux courut aprés ; & comme elle:
descendoit , i . lui caffa la cuiffe d'un coup de pif .
to er ; aprés quoi , il fe faifit d'un poignard & tui
en plongea plufieurs coups. Voyant qu'elle pouffoit
des cris pitoyables , il ût recours à fes pistolets ave
DE DECEMBRE. 16 季
Tefquels il fit plufieurs décharges fur eile ; & termina
enfin la vie de cette infortunée par plufieurs autres
coups d'épée qu'il lui porta . Aprés cette fanglante
caraftrophe , il chargea à balles fepr ou huit piftolets
qu'il avoit toujours dans fa chambre , continuini
à en tirer de tems en tems quelques coups fur
les montées ; ce qui fit qu'il ne fe trouva perfonne
du voisinage affez haidi pour avoir la curiofité de
voir ce qui fe paffoit dans cette ma fon. Il s'occuppa
jufqu'au jour à chanter plufieurs Hymnes en action
de graces. Le Commiffaire du Quartier , le lieute
nant Criminel, le Procureur du Roy, & les Archers
s'y étant tran portez , entrerent dans la chambre
de ce fanatique , en criant të, të ; ce qui lui fit
prendre la ré olution de s'élancer par la fenêtre a
vec fon crucifix , en difant , facrifice , facrifice. Sa
chûte fat fi rude , qu'il fe caffa la cuiffe , & fe fit
une large bleffure à la tête , on le releva & on le
porta dans fa chambre , pour être interrogé : 11
déclara à Meffieurs de la Juftice que ce n'étoit point
à eux à qui il devoit rendre compte de l'action mé
ritoire qu'il venoit de faire , mais à Dieu qui étoit
fon unique Juge , & à qui il devoit cet holocaufte
On n'en put tirer d'autres railons . H fut transporté
enfaite au Châtele . On lui a trouvé un Cilice fur
le corps : Il den eurot depuis quelques années , ruë
des Coupeaux , Fauxbourg S Marcel , Paroiffe faint
Eftienne du mont . La fille a été enterrée dans cette:
derniere Eglife.
Le 19. on brûla dans la grande Salle de l'Hôtel
de Ville 1563. Billets de l'Etat , qui joins aux au
tres qui ont été fupprimez de la même maniere ,
fe montent à la fomme de 60 millions 6 7400 liv.
Monfieur le Duc & Midame la Duchefle du
Maine quittent Seaux , pour venir demeurer à l'Hô
tel Colbert , occupé cy- devant par M. de Cellamare
Amballadeur d'Eſpagne. Ce Prince & cette Princeffe
y resteront en attendant que la belle maifon
qu'ils ont achetée de Madame la Princeffe de Conti
O ij
164: LE MERCURE
feconde Douairiere , foit achevée .
"M. d'Uffault , cy-devant , Envoyé à Alger , &
qui a fait le dernier Traité avec les Echelles du
Levant , y a eté renvoyé par ordre de la Cour ,
pour terminer quelques differens furvenus au fujet .
du commerce avec ces Infideles & pour le renouveller
en même tems.
Le fieur Padery , cy- devant Interprete de l'Ambaff
deur du Roi de Perfe , & Chevalier de l'Ordre
de S, Lazare , a été nommé Conſul pour Schi
raz en Perfe.
On a géré informé que le 15. de ce mois , l'ouverture
des Etats de Languedoc fe fit à Montpellier.
Le 20 SA. R. Madame la Ducheffe d'Orleans ,
êtant retablie de fa derniere ind fpofition , reçût
les vifites de plufieurs Dames , Seigneurs & Miniftres
étrangers , qui vinrent lui en faire com .
pliment.
Le 21. le Pere Maffillon , Prêtre de l'Oratoire ,
fut facré Evêque de Clermont dans la Chapelle des
Tuilleries , en prefence du Roi. La ceremonie fut
faite par l'ancien Evêque de Frejus , Précepteur de
S. M. & il ût pour alliftans l'Evêque de Nantes &
l'Evêque de Vannes. Le Roi a fait prefent au nouveau
Prelat d'un anneau & d'une croix . Aprés la
ceremonie , M. le Maréchal de Villeroy donna un
grand diner aux Prelats & Seigneurs qui y avoient
été invitez , & Madame la Ducheffe d: ventadour
regala les Dames.
Le 12 , de ce mois , le R. F. Porrée , Profeffeur
d'Eloquence au College de Louis le Grand , pro
nonça un difcours latin contre ceux , ou qui ne
font point ulage de leur efprit , ou qui en abu´ent :
Adverfus eos qui vel non utuntur ingenio vel abutuntur
.
fa
L'Orateur prépara fa matiere , & annonça
divifion par un Exorde auffi noble que fimple.
L'homme qui ne fait point ufage de fon elprit,
y fut comparé à l'Avarc qui poffede en
DE DECEMBRE.: 165
pure perte , pour la focieté & pou lui -même , des
trésors dont il ne veut point ufer . Celui la prive la
Locieté d'un bien fans comparaifon plus eſtimable
que ne le font les richeffes ; & par confequent , il
eft plus coupable , il eft plus odieux que l'Avare
même. L'Avare eft la dupe d'une fauffe prudence ,
qui lui cachant les befoins prefens , l'occupe tout
entier d'un faux avenir pour lequel fes trésors acquis
ne fuffifent pas . Confeillez à ce malheuteur
d'en faire actuellement ufage , il vous refiftera par
la confideration de les befoins futurs ; il n'a garde
de le rien ôter de fes reffources : Ne lui parlez que
des moyens de les augmenter . Mais , de quelle illufion
peut naître l'obftination de tant d'hommes à
ne point ufer de leur efprit ? Car , il m'en eft pas
des talens de l'efprit comine des dons de la fortune :
Ceux-ci décroiffent par l'ufage ; ceux-la au contraire
croiffent & fe multiplient par l'uſage même.
Comme il y a des Avares dans la focieté , il y
a auffi des Diffipateurs. Comme il y a des hommes
qui ne font aucun ufage de leur efprit , il y en a
auffi qui en font un fol ufage. Le Prodigue à confpiré
fa propre ruine ; mais , fes excés tournent en
quelque maniere au profit de la focieté generale . Il
.n'en eft pas de même de ces gens qui foot un mauvais
ufage de leur efprit ; ils s'aviliffent & fedégradent
fans procurer aucun bien à la focieté ; au con
traire , elle en reçoit toûjours un grand dommage.
On s'apperçoit fans doute ici que le difcours le
divife neceffairement en deux Parties , Que dans la
premiere on fe propofe d'encourager ces hommes
timides & pareffeux , qui fe con plaifant dans l'inaction
, ne veulent pas foupçonner leur efprit d'être
capable du moindre exercice : Que dans la feconde ,
on détermine le bon ou le mauvais ulage de l'efprit .
& qu'on y porte des jugemens feveres contre ces
hommes dignes de profcription , dont les talens
pernicieux tournent toûjours au grand dommage de
la focieté.
168 LE MERCURE
L'Orateur me doit tenir compte de ne pas tenter un
Extrait plus étendu de fon Difcours , il y perdroit
wap.
les. M. de Meran , Gentilhomme de Beziers
& affocié à l'Academie de Bordeaux , eft entré affocié
à l'Academie des Sciences de Paris .
M. le Comte de Charolois , aprés avoir vu toutes
les Cours d'Italie , eft parti en dernier lieu de celle
de Turin pour retourner à Munik ,
étoit fort defiré par S. A. E. de Baviere .
LIVRE S.
où ce Prince
'Art de dreffer des Bibliotbeques , ou Catalo
a tous
eles où l'on a fçû fa re ufage de la Litterature .
L'accueil favorable que le Public a fait au grand
nombre d'ecrits de cette nature qu'on a publiez en
differens tems , & le fruit qu'il en a iré , en font
des preuvres éclattantes qui ne fouffrent point de
repliques. On peut cependant affarer ic , que de toutes
les Methodes que l'on a enviſagées , on n'en a
point jugé de plus propres que celles que le R. P.
Don Jan Liron R. B. de la C. de faint Maur , và
faire paroître Ce fçavant Benedictin a díviſé l'Ouvrage
en prefque autant de Livres , que le Royaume
de France comprend de differens Pays , & il n'y
travaille que par parties Cette Methode a plufieurs
avantages confiderables 1º . C'est qu'en ne fe propofant
que quelques Provinces à la fois , il y a lieu.
d'efperer que cet Auteur en pourra plus ailément
venir à bour , & qu'il pourra executer fon projet
avec plus d'ordre & plus d'exactitude 1. Les Provinces
feront ravies d'avoir féparément ; en un
même volume , les grands Hommes qu'elles ont
donné à la Republique des Lettres . 3º. Si ceax
qui travavaillent à ce Ouvrage, ne peuvent pas le
continuer jufqu'à la fin , on doit s'attendre que
DE DECEMBRE.
7167
quelques mains habiles & fçavantes en entreprendront
la continuation .
I refte quelque chofe à dire de l'economie particuliere
de cette Bibliotheque generale . Chaque Auteur
y aura fon tirre , & y fera placé felon Pordre
Chronologique . On donnera d'abord une nosion
hiftorique de la perfonne de chaque Ecrivain
en particulier avec un Catalogue des Ouvrages
qu'il a compofé en tout ou en partie & le dénom
brement des Editions qui s'en font faites . Le R. P.
Liron a jugé à propos de commencer fon premier
Volume par le Pays Chartrain. Voilà ca
peu de mots ce que l'on a cru devoir dire fur le projet
d'une Bibliotheque generale des Auteurs François.
On trouvera à la tête du premier volume une
Préface étenduë.
qui
éclaircira toutes les difficultéz
qu'un lecteur judicieux peut prévoir. Ce Livre fe
vend chez le sieur Garnier Imprimeur- Libraire , rue
du Fonare , prés le petit Pont de l'Hôtel- Dien ,
à Paris.
Он
Le R. P. Buffier Jelaite , toutours attentif à ce
qui peut inftruire la Jeuneffe , vient de faire
paroître un Volume in 12. fous le titre de Nouveaux
Elemens d'Fiftoire & de Geographie. On peut
affûrer que ce petit Ouvrage n'eft pas moins utile
à la Jeuuefle , qu'aux perfonnes avancées en âge.
A fin d'en convenir , il fuffira d'avancer, que fi l'on
avoit prefent à l'efprit ce qu'il renferme , on fçauroit
plus de geographic & d'hiftoire , je ne dis pas,
que n'en ( çavent la plus part des honnêtes gens ,
mais la plus part même des gens de Lettres. Ceux
qui en ont l'experience , avoueront qu'il s'en faut
bien qu'on exagere. Pour s'en convaincre , ils n'ont
qu'à faire ufage de ce Livre qu'ils trouveront à
Paris chez Nicolas le Clere rue faint Jacques , vis -
à- vis faint Yves & Jofeph Mongé , rruueë faint Jacques
, vis-à- vis le College des Jefuites .
Pierre Emery Libraire rue faint Jacques , à l '
mage laint Benoist , vend depuis peu un Livre , in
168 LE MERCURE
1
titulé , Summula Conciliorum Generalium fande
Romans Catholica 1èc'efia autrement , abregé des
Conc les Generaux. Ce v lume contient un précis
trés- exact de tout ce qui s'eft paffé de plus remarquable
dans l'Eglife , foit pour ce qui regarde
les Herefies , que leurs Aureus , & leur condamnation
; enfin , tout ce qui concerne la Difcipline
Ecclefiaftique , & les principaux Canons de chaque
Concile. M. l'Abbé Bouchard Docteur en Thcologie,
& en Droit & Proto-Notaire Apoftolique , en
faire eft l'Auteur. Cet Ouvrage ful (uffroit pour
fon éloge ; mais , nous avons de plus de la main
du même Auteur , plufieurs autres Traitez de
Theologie , de Droit & de Picté,
************
NOUVELLES ETRANGERES .
L
POLOGNE..
A Varsovie le 3.
Decembre
A Diete Generale de Grodno a été prorogée :
Elle confervera toûjours fon même Maréchal
& les mêmes Députez , mais , il a été refolu d'un
commun accord , de ne fe raffembler qu'aprés que
les Mofcorites auroient entierement évacué le
Royaume. Cependant , avant que de fe feparer , on
y a fat la conftitution fuivante , qui confifte en s ,
points. I. De convequer l'arriere- Ban de tout l'Ordre
de la Nob effe , malgré l'oppofition qu'en a faite
le Primat , pour en exempter les biens du Clergé. II.
D'obferver tout ce qui a été conclu & ratifié dans la
précedente crnftitution . III . Que chacun ait la liberté
de donner lon fuffrage ou sa voix. IV . Que la Diette
prorogée fera a la difpofition du Roi . V. De nommer
enfin , comme il a été arrété , le Palatin de
Mafovis Ambassadeur vers le Czar.
DE DECEMBRE. 169
Le Starofte Biganſki , contambé d'avoir la tête
tranchée , pour avoir diftribué de fanx univerfaux,
& avoir contrefait le feing du Roi , & pour faire
aflemb er les Diettes , s'eft fauvé d'un Cloitre ou
il s'étoit refugié , par le moyen d'un tonneau dans
lequel il s'étoit caché. Le Roi à la verité lui avoit
fait la grace de commuer ce fuplice en un an de
prifon , mais , ce Starofte ayant apprehendé qu'on
de lui înt pas parole , s'eft allé jetter parmi les
Mofcovites.
Les affûrances de Paix, que leurs Majeftez Cz.
& Pruf. viennent de donner au Roi & à la Republique
, font efperer de plus en plus que cet Etat
recouvrera fa tranquilité. Voici fa Lettre que le
Roi de Pruffe a écrite à S. M. Polon. laquelle dćtruit
le faux bruit qui s'étoit répandu dans toutes
les Cours de l'Europe , que S. M. Pruffinne avoit
fait une alliance avec le Czar de Mofcovie , contre
da Republique de Pologne.
Lettre du Roi de Pruffe , traduite du Latin.
F
Rideric Guillaume , par la grace de Dieu , Roi
de Pruffe , & c au Seigneur Augufte II. Roi de
Pologne , &c. Frere & trés -cher Coufin , quoique
nôtre attachement & nôtre confideration pour vôtre
Majefté & la trés Sereniffime Republique de Pologne
, ne puiffe être ignorée de qui que ce foit , il
eft cependant arrivé que des efprits tu bulens &.
mal intentionnez , avoient û la temerité de publier
par toute l'Europe , que nous avions conclus un
Traité avec le Czar de Mofcovie , pour envahir &
détruire l'illuftre Republique de Pologne : Que
nous n'attendions pour cet effet qu'une favorable
occafion , pour vous déclarer la guerre , & tom.
ber enfuite avec nos forces jointes enſemble , fur
vôtre Royaume , en vue d'y faper les fondemens
de la liberté de fes habitans , d'en démembrer les
P
170 LE MERCURE
plus riches Provinces , & de les réunir à nos Etats ,
comme un tribut de nos victoires.
Nous fommes pleinement convaincus que de pareils
bruits fi malignement inventez & fi follement
répandus, n'ont fait aucune impreffion fur l'efprit de
V. m. ainfi , il nous fuffiroit de ne les entendre
qu'avec un genereux mépris , puifque perfonne jufqu'à
prefent , n'a pu encore fournir la moindre
preuve que Sa Majesté Czarienne & Nous , ayons
jamais formés un tel projet : mais , afin que nous
puiffions nous juftifier d'une & injurieufe calomnie
auprés de ceux qui ont pu s'y prêter , Nous & Sa
Majefté Czarienne , pour laquelle nous nous offrous
d'être toûjours garans de les bonnes intentions
envers la Sereniffime Republique , déclarons
par ces Prefentes , que nous n'avons jamais conçus
de pareils deffeins , ni encore moins , faits aucuns
préparatifs qui puffent donner atteinte à la bonne
harmonie & à la fincere bienveillance qui regne
depuis fi long tems entre nous ; vous affûrant d'ailleurs
que nous n'avons rien tant à coeur que d'entretenir
& de fortifier le noeud facré qui nous lic
fi étroitement aveela République : Que nous employerons
pour la deffenſe de ſa liberté & la confervation
, les forces que Dieu nous a mifes antre les
mains ; & cela , pour montrer à toute la Terre
que le falut & le bien de la Republique ne nous
touchent pas moins que le nôtre . Quoiqu'il y ait
quelques legers interêts à démêler entre la Republ .
& nous, nous proteftons cependant de demeurer
toûjours fermes dans notre premier fentement ?
Que nous ne les reglerons point autrement , que
fuivant la tencur & les conventions des nouveaux
& anciens Traitez Au refte , V. M. peut être affurée
de tout ce que nous lui avançons ; Notre pa
role Royale que nous lui en donnons , en,eft un fur
garand : Nous fommes , mon Coufin , & c. Frideric
Guillaume. Donné à Berlin le 12. Novenibic.
DE DECEMBRE
171
Hambourg le
15. Decembre.
Es dernieres Lettres de Peterbourg portent
Life les Conferences pour la Paix du Nord ,
Continuoient toujours dans l'ffle d' Ahland: Qu'elles
n'avoient pas éré rompues , ainfi qu'on l'avoit cru
depuis quelque tems : Que comme M. Ofterman
Miniftre Plenipotentiaire de Sa Majefté Czarienne,
y étoit arrivé avec de nouvel es inftructions de la
part du Czar fon Maître , il y avoit lieu de fe- flater
d'un heureux fuccés , &
l'on y
que avoit envoyé
de Livonie des proviſions de bouche pour trois
mcis .
On ne croit pas que les Siedois , qui ont formé
le deffein de faire le Siege de Friderishall en Norvegue
, puflent facilement y réuffir ; & cela
faute d'artilleries : L'on croit plutôt qu'en l'atten
dant , ils tâcheront de fe rendre maîtres de Chrif
tiania. On apprend cependant que la plus grande
partie de l'Armée Sacdoife en Scenie , étoit déja
arrivée à Ecbat ; que le refte marchoit jour & nuit,
& que les Troupes de la vieille Suede & de Bahus ,
s'étoient pareillement mifes en mouvement. On ap
prend d'un autre côté de Copenhague , que les Danois
cherchoient tous les expediens poffibles , pour
faire tête aux Sue ois qui ont fait une irruption en
Norvegue par trois en droits differens . Ces derniers
ont deffein de paffer à Indeshiom , pour fe pourvoit
de fourages dont il y a grande difette dans leur
Armée , ainfi que de vivres ; êtant obligez de donner
à chaque Soldat par jour , un pot de feigle bouil
li . I eft à craindre qu'ils ne s'emparent de la Villé
d'Itteroë , pour couper par-là les provifions aux
premiers. Le General Suedois Ahreinfeld a reçû
de Sede un renfort de 4000 hommes & beaucoup
de munitions de Guerre & de bouche ; ce qui pourra
le mettre en état de fe rendre maître de Dron
Pij
172 LE MERCURE
them , à la faveur de la gelée . Le Baron de Goortz
eft parti de Stockholm le 5. Novembre , aprés y
avoir reglé pour un an l'ordinaire & l'extraordi
naire de la guerre ; il s'eft enfuite mis en chemin
pour fe rendre à Ahland : D'autres difent que c'eft
pour aller trouver de nouveau le Roi de Suede fur la
frontiere de Norvegue. On écrit de Caminice du
15 Novembre qu'il étoit arrivé à Chochim un Officier
dépêché exprés , pour donner avis au Commandant
de cette Fortereffe que 10c000 Tartares
s'étoient mis en campagne , & avoient fait une
irruption en mofcovie.
A Vienne le 15. Decembre
.
Omme la Cour de madrid refufe d'accepter les
Cdernieres propofitions de paix qu'on lui a fai
tes , la Quadruple Alliance a pris fes mesures pour
obliger cette Couronne à ne plus troubler la paix
de l'Europe : Pour cela , il a été convenu de fixer
un terme qui êtant expiré , les Conféderez l'obligeront
par la force des armes , à ceffer toutes hof-
Tilitez.
Il arriva ici lere, un Aga Turc avec dés dépêches
du Grand Vizir pour remettre au Prince Eug ne :
Elles contiennent quelques plaintes & des remontrances
fur les Limites des deux Empires , Tuivant le
dernier Traité de paix. On regale magnifiquement
cet Aga , & on lui rend tous les honneurs poffibles
.
La Diette generale des Etats d'Hongrie eft remife
au Printems prochain. En attendant , on travaille
à regler les limites des Places voisines que
l'on veut joindre aux Pays Hereditaires , en réünffant
les diftricts de Belgrade & de Themeſvvar au
Royaume d'Hongrie. L'on parle toujours d'un
Traité d'alliance offenfive & défenfive , entre l'Empercur
, la Pologne & l'Angleterre, On prétend
DE DECEMBRE. 173
qu'il s'agit de faire céder à la Maifon de Pruffe le
Duché de Curlande afin de l'engager dans cette
Alliance. A l'égard du Dannemarck , on ne doute
pas que cette Couronne n'y entre également 11 y a
des avis de Turquie qui portent que le Miniftre du
Czar eft regardé de trés- mauvais oe à la Porte ,
& qu'elle l'a même obligé de fe retirer de deffus
les Terres de l'Empire Ottoman ; c'est ce qui fait
préfumer aux plus éclairez que l'Aga dont on vient
de parler , eft chargé d'une commiffion importante
par raport aux conjonctures prefentes de la Pologne
& de la molcovie . Les Etats de la Baffe- Autriche
affemblez en cette Ville , continuent leurs Sceances ,
pour déliberer fur les moyens de fatisfaire à la de
mande de S. M. I. qui , outre la fomme de 100000
florins en argent , leur demandé encore 2000 hommes
de recrue & quelques centaines de chevaux ,
pour la remonte des Cuiraffiers & des Dragons.
S. M. I. a donné ces jours- ci l'inveftiture du Coad
jutorat de Freffingen au Prince Clement de Baviere ,
Evêque de Ratisbonne . Ilfe tient presque tous les
jours confeil à la Cour , pour pouffer la guerre avec
p'us de vigueur que par le paffe : Il a été réfolu
de rendre de bonne heure complets les Regimens
qui doivent agir en Italie contre les Efpagnols . On
a reçu la confirmation qu'une partie des 6000 hom
mes embarquez à Genes , dont le Convoi avoit effuyé
une rude tempête , étoit arrivé à Melazzo
On a remis depuis peu des groffes fommes en Italic
, & 300000 florins ca Hollande .
Il y a des Lettres de Copenhague qui
confirment l'irruption des Suédois en Nor
vege , & leur approche auprés de Friderif
ball: Que pendant que les Danois les atx
tendoient vers le Suinefund , où le Roi de
Suéde étoit , les Suédois avoient tourné fur
la droite , & étoient paflé à travers d'une
Piij
174
LE MERCURE-
10
montagne , dont le paffage a été inconnu
jufqu'à prefent au lus vieux habi
tant des environs : Qu'il s'y trouvoit actuellement
un Corps de 12000. Suédois, &
que comme le General Luzan Danois , avoit
ramaffé toutes les troupes dans l'intention
d'attaquer les Suédois , on étoit à
la veille d'entendre bien- tôt parler d'une
fanglante action.
On mande d'Hanovre que les Troupes
deftinées pour l'execution projettée contre
le Duc de Mekelbourg , fe tiennent prêtes
à marcher , immediatement aprés qu'elles
auront reçu leur derniers ordres du Roi de
la Grande Bretagne, comme Electeur d'Ha-
Hovre.
Sur
1
A Londres le 21. Decembre.
Ur le bruit qui fe répandit la femaine
derniere , que les Allemands au nom
bre de onze mille , étoient débarquez à
Melazzo, les Actions de la Compagnie de
la Mer du Sud haufferent d'abord jufqu'à
110 & celle des autres fonds publics à
proportion . Elles viennent encore de monrer
plus haut , depuis la nouvelle que l'on a
reçue de ce qui s'eft paffé en France, à l'occafion
du Prince de Cellamare Ambaffadcur
d'Efpagne. Le Parti oppofé à la Cour fe
trouve par- là fort éloigné des efperances
dont il s'étoit vainement flaté.
DE DECEMBRE. 175
Le Clerc de la Couronne prépare des or.
dres pour envoyer à tous les Sherifs des
Comtez du Royaume ; afin de publier la
Declaration de guerre contre l'Efpagne .
Le 1s on examina en grand Commité
la Taxe fur les Terres ; on y fit divers changemens,
& on y ajoûta la clauſe d'emprune
ordinaire pour la fûreté des Particuliers qui
prêteroient leur argent. Le 14. il fut réfolu
pareillement en grand Commité , de lever
une fomme futhlante pour r'acheter la rente
de 76 mille huit cent trente livres Aer
lins,
Le Capitaine Hardy , qui doit commani
der les quatre Vaiffeaux de guerre dont deux
de so, pieces de canon & deux de 60. deſtinez
à renforcer l'Efcadre de l'Amiral Bing
dans la Méditeranée , eft allé à la Buoyde
Nore pour en preffer l'armement. Ces
Vaiffeaux xviront d'eſcorte à plufieurs Bâtimens
chargez de provifions & d'agrefts
pour l'Efcadre Angloife & pour les Garnifons
de Gibraltar & de Port - Mahon-
"
Il eft arrivé deux Vaiffeaux de Smirne
trés -richement chargez dont l'un eft
pour le compte de la Compagnie de Turquie
, & l'autre , pour celle de la Mer dir
Sud.
du
On a publié un Ordre du Roi qui enjoint
à tous les Vaiffeaux de guerre de S. M.
d'ufer de reprefailles envers tous les bâtimens
Eſpagnols. Il a été en même tems
Piiij
17.6 LE MERCURE
ordonné à tous les Officiers dont les Regi- :
mens font en garnifon à Minorque & à
Gibraltar , de fe rendre inceffament à leurs
poftes , fous peine d'être caffez. Le Lord
For beck qui commandoit dans le Fort S.
Philippe à Minorque , eft parti pour la
Cour de Vienne qui doit lui expedier
une commiffion , pour aller commander
l'Efcadre Imperiale qui agira la Campagne
prochaine dans la Mediterannée . On dit
même que le Roi d'Angleterre vend à S.
M. I. tous les Vaiffeaux que l'Amiral
Bing a pris cette Campagne. fur les Eſpagnols.
Oay
A Madrid le 13. Decembre.

N écrit de Cadix qu'on travailloit.
à y radouber les Vaiffeaux de guerre
venus de Sicile de la que
quelques autres qui ne font plus en état
de fervir. Les Troupes deftinées pour
paffer en Affrique , ont reçû ordre de fe
tenir prêtes à marcher à la fin de ce mois.
On prepare à Barcelone un autre convoi
pour la Sicile , qui , felon toutes les appa
rences , ne partira pas fi tôt , attendu que
les nouvelles levées ne fe font qu'avec beaucoup
de difficultez , & que l'argent commence
à devenir rare . On ne difcontinue
pas à mettre les nouvelles fortifications de
cette derniere Place , en bon état , & à
DE DECEMBRE. 177
perfectionner plufieurs nouveaux ouvrages
que l'on a ajouté à ceux de la Citadelle &
au Mont-Joui. On éleve auffi un nouveau
Fort entre celui de Mont-Joui & cette Vil-.
le. Les pluyes continuelles ont fait déborder
les Rivieres de l'Ebre , de la Segre & du
Ter. La violence des eaux a fort endommagé
les fortifications de Lerida , de Tortole
& de Girone . Celles que l'on avoit
commencées à Mequinença , ont été détruites
par la rapidité de la Segre qui a enlevé
le pont & plufieurs maifons de cette
Ville , caufé de grands défordres dans la
baffe Cerdaigne , où elle a emporté des
Villages entiers , & entraîné un grand
nombre de perfonnes & de beftiaux qui ont
été noyez . Les Ponts de Lerida & de Tortofe
ont beaucoup fouffert , & le Ter a
fait ébouler plufieurs ouvrages de Gironne
dont deux baftions font tombez dans l'eau,
ainsi qu'une demie- lune & une contregarde
.
On commence à être fort inquiet ici du
Gege de Melazzo. Les dernieres nouvelles
que nous en avons reçues , portent que la
Garnifon fe deffendoit avec une extrême
valeur , & que l'on craignoit avec raifon
que la refiftance des Affiegez , jointe au
grand nombre de Troupes qui leur arrivent
tous les jours , ne nous oblig ât d'en lever
le fiege ; ce qui pourroit entraîner, la perte
de ce Royaume.
178 LE MERCURE
T
A Naples le 6. Decembre.
Ous les Bâtimens du Convoi qui
avoit écé battu par la tempête , dont
la plupart fontarrivez dans nôtre Port , font
prefentement en état de remettre à la voile ,
& de faire route vers la Sicile . Ils y doivent
transporter 6 à 7000 hommes de renfort ,
avec une grande quantité de vivres , de
provifions & de munitions de guerre.
Ees Bâtimens feront eſcortez par 6. Vaiffeaux
Anglois , avec un Vailleau de guerre
& 2. Fregattes Imperialles qui font dans
le Port de cette Capitale . Les nouvelles levées
fe continuent par tout le Royaume
avec fuccés : Elles feront employées à recruter
les Regimens nationnaux qui ont fait
la Campagne . On parle de former quatre
nouveaux Regimens Napolitains , dont 2 .
d'Infanterie , & z . de Cavalerie . Le bruit
court que la plupart des Matelots qui ont
fervi dans l'Armement du Danube , feront
employez fur l'Eſcadre Imperiale que l'on
formera la Campagne prochaine , pour agir
de concert avec la Flote Angloife contre
les Efpagnols . Une Fregatte Napolitaine
amena la femaine derniere à Regio 2. Tar
tanes Efpagnoles qu'elle avoit enlevées à
Fentrée du Fare de Melline. Un Vailleau
de guerre Anglois a pareillement conduit
dans le même Port trois Bâtimens Génois
chargez de provifions pour les Efpagnols
DE DECEMBRE. 179
N
A Génes le 12. Decembre.
que
Ous venons d'être informé les
2 Regimens de Cavalerie & celui
d'Infanterie , arrivez depuis peu du Milanois
fur nos dépendances , avoient ordre
de fe rendre ici en diligence , pour s'y
embarquer fur plufieurs Vaiffeaux Napolitains
qui arriverent hier au foir dans ce
Port , pour les tranfporter en Sicile . Les
Troupes Piémontoifes , dont le rendésyous
étoit à Piombine & à Poo- Ercole ,
n'attendent qu'un vent favorable pour met
tre à la voile. Un Bâtiment François arrivé
du Levant , a rapporté qu'ayant abordé
dans un petit Port de l'Ile de Chipre , il
avoit appris que la Ville de Famagonfte ,
Capitale de cette Lfle , avoit été prefqu'en
tierement détruite par un tremblement de
terre : Que la plupart des Habitans de cette
Ville avoient été enfevelis fous les ruines
de leurs maifons , & que plufieurs autres
lieux de cette Ifle avoient éprouvé le même
fort.
reformen
A Turin le 15.
A reforme des Troupes Siciliennes eft
entierement achevée ; elles feront tou
jours fur le même pied pour la paye ; mais,
elles feront deformais habillées ainfi qué
les Troupes Sayoyardes. Les nouvelles levées
180 LE MERCURE
fe continuent par tout le Piedmont & la
Savoye avec fuccés . Les 3. nouveaux Regimens
d'Infanterie font prefque complets.
On leve auffi dans les Comtez de Nice
de Tende & d'Onélia plufieurs Compagnies
franches de Fufiliers . On efpere aufli que
le Regiment de Cavalerie & celui de Dragons
que l'on formoit dans le Montferrat ,
feroient prefque fur pied au commencement
de l'année . On dit que le Prince de Piedmont
pourroit bien aller fervir la Campagne
prochaine dans les Armées de l'Empereur,
pour commander lesTroupes du Roi
de Sardaigne fon pere .

SUPPLEMENT.
Lclaration du Roy, qui porte en fubftance
: Que le prix des Ecus , dont la fabrication
a été ordonnée par l'Edit du
mois de May dernier , demeure fixé à fix
livres piece , conformement audit Edit ,
Et qu'au lieu de continuer celle des quarts,
dixiemes & vingtiémes d'Ecus , il foit fabriqué
des fixiémes & douziémes du même
titre de onze deniers de fin , fçavoir , des
fixièmes d'Ecus à la taille de foixante au
marc , au remedé de 24 d'Ecu par marc ;'
lefquels fixièmes auront cours pour vingt
fols tournois chacun , & des douzièmes
E 28. Decembre , on publia une De-
3
DE DECEM BRE. 181
d'Ecus à la taille de cent vingt au mare ,
au remede de 4. lefquels auront cours pour
dix fols , les empreintes defquelles efpeces
feront figurées dans le cahier attaché fous
le contre fcel des Prefentes .
Registrées en la Cour des Monnoyes , le
vingt neufviéme jour de Decembre mil fept
cent dix- huit. Signé GUEUDRE ,
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat ,
du 27. Decembre.
L
Concernant la Banque Royale .
E Roi s'êtant fait, reprefenter en fon Confeil
fes Letttes Patentes du 20. May 1716. regiftrées
au Parlement le 23. du même mois , portant
Privilege en faveur du fieur Lavv & de la Compagnie
pour l'établiffement d'une Banque Generale ,
fa Déclaration du 25. Juillet 1716. fur les endoffemens
des Billets de ladite Banque , enſemble les
Arrests de fon Confeil d'Etat fucceffivement rendus
pour perfectionner ledit établiflement à l'avantage
du Commerce , & en vue de procurer à fes Sujets
une plus grande facilité dans l'arrangement de leurs
affaires perticulieres ; & Sa Majeſté ayant acquis
toutes les Actions de la Banque , a crû qu'il étoit
du bon ordre qu'elle fût connue & declarée Royale
, & s'en feroit ainfi expliquée par fa Déclaration
du 4. du prefent mois envoyée au Parlement de
Paris le 12. d'icelui , & par confequent reputée &
tenue pour enregistrée aux termes de l'Article 11.
des Lettres Patentes du 26. Aouft dernier , regiſtrées
au Parlement le même jour , le Roi y feant en fon
Lit de Justice. Et d'autant que pour reprimer les
bruits malicieufement répandus par gens ma - inten
sionnez , foit en vue de le maintenir dans l'ufage
18:2 LE MERCURE
des Ufures exceffives dont ils le font fait une espece
de profeffion , foit à deff in de diminuer le credit
que ladite Banque s'eft acquis dans le Royaume &
dans les Pays Etrangers , malgré les divers obftacles
qu'on a affecté d'y oppofer ; il eft neceffaire
que les intentions de Sa Majefté , tant fur la tege
interieure , la forme & l'adminiftration de ladite
Banque , qu'à l'égard du credit que doivent avoir
fes Billets , loient entierement connues du public :
Sa Majesté à jugé à propos de s'en expliquer par
le prefent Arreft , d'une maniere à ne laifler plus aucun
doute à fes Sujets fur l'objet dudit établiſſement
ni fur les moyens qu'elle a deflein d'employer pour
y concourir , persuadée qu'ils y trouveront de tels
avantages , qu'il ne fe peut que l'experience qu'ils
en feront, ne prevale fur les preventions contraires.
Sa Majefté êtant auffi informée que la rareté apparente
des efpeces de Billon & des Monnoyes de
cuivre dans les payemens , & le haut prix de l'argent
dans le Commerce , ne proviennent pas du manque
d'efpeces , dont il y a une grande quantité dans le
Royaume , mais du deffaut de regle & d'ordre dans
les payemens , & de ce que les Billets de la Banque
n'ont pas la même faveur que dans les autres Pays
& Villes de Commerce , où de pareilles Banques
font établies , a cftimé qu'il convenoit d'y pourvoir ;
à l'effet de quoi , Sa Majellé étam en fon Corfeil ,
de l'avis de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a
ordonné ce qui fuit.
ARTICLE PREMIIR.
La Déclaration de Sa Majefté du 4. du prefent
mois portée au Parlement de Paris le 12 & par
confequent réputée & tenue pour regifiée aux ter
mes de l'Article II des Lettres Patentes regiftiées
audit Parlement , le Roi y feant enfon Lit de ju
tice le 26. du mois d'Aouft dernier , fera execurée
felon fa forme & ¡ eneur , & attachée fous le ConDE
DECEMBRE. 183
tre feel du prefent Arrêt , ainfi qu'une expedition
des Lettres Patentes dudit jour 26. Aouft , & de
l'Arreft du to. Avril 1717. Four le tout être envoyé
aux Baillages & Senéchauffées du Reffort
dudit Parlement de Paris , afin qu'il y foit enregiftré
conjointement , & le contenu obfervé fous les
peines y portées .
II.
3
Veut Sa Majesté que dans le premier Mars prochain
, outre le Bureau General de Paris , il fojt
établi dans les Villes de Lyon , la Rochelle , Tours,
Orleans &Amiens, un Bureau particulier deBanque,
compofé de deux Caffes , une en argent pour acquitter
à vue es Billets qui y feront prefentez , &
l'autre en Bil ets pour fournir à ceux qui en demanderont.
III.
Ordonne pareillement Sa Majeſté que dans fa bonne
Ville de Paris , à commencer du jour de la publication
du prefent Arreft , & du premier Mars
prochain dans les Villes cy deffus nommées , les efpeces
de Billen & Monoyes de cuivre , ne pourront
être données ni receues dans les payemens qui pafferont
fix livres , fi ce n'eft pour les appoints.
IV.
Et à l'égard des efpeces d'argent , veut Sa Majefté
qu'à commencerdu jour de la publication du
prefent Arrest pour la Ville de Paris , & dudit
jour premier Mars pour lefdites Villes où il y aura
des Bureaux particuliers de Banque , elles ne puif.
font être receues ni donuées dans les payemens qui
excederont la fomme de fix cent livres , excepté pour
les appoints ; & que pour les fommes excedentes ,
le payement en foit fait en efpeces d'or, ou en Billets
de la Banque.
V.
Et attendu que les Billets de Banque feront toujours
payez à vue , Sa Majefté deffend apres lef tits
jours, à tous Notaires , Sergens & Huifliers de faire
184 LE MERCURE
aucuns prorêts ni autres Actes contre ceux qui offiiront
lefdits Billets en payement , à peine contre les
contrevenants, de perte de leurs Charges & Offices;
& neantmoins ne fera la prefente difpoficion executée
dans lesdites Villes où il que y
aura des Bureaux
de Banque établis , & fous l'expreffe condition
de l'Article fuivant.
V I.
1 & con-
Pour prevenir tous les bruits que les gens mal intentionnez
pourroient encore répandre
vaincre de plus en plus les perfonnes qui defirent veritablement
l'avantage & la facilité du Commerce ,
que ledit établi ffement ne fera fufceptible d'aucun
inconvenient , ni pour le prefent ni pour l'avenir ,
Sa Majefte vent & entend qu'au cas qu'il arrivat
dans quelqu'un des Bureaux de ladite Banque ,
`que les Billets d'icelle ne fuflent pas payez fur le
champ & à vûë , il foit permis aux Notaires ,
Huiffiers & Sergens de protefter contre les offres
qui feroient faites de payer en Billets de Banque ,
& de faire à cet effet tous Actes qu'il appartiendra.
VII.
Pour faire ceffer les abus qui fe coinmettent dans
les payemens , fous pretexte da droit qui eft retenu
fur les facs d'argent , Sa Majefté ordonne qu'à
l'avenir les facs d'argent feront faits de fix cent
livres complets , fans qu'il puiffe y entrer aucune
perne Monoye , ou qu'il pu.fle être rien retenu pour
les facs , excepté dans les Bureaux de la Banque ,
où il fera permis aux Caiffiers de retenir quatre
fols feulement pour chaque partie de fix cent livres
qu'ils payeront en efpeces , & feront lefdits Caiffers
tenus pareillement de faire bon des mêmes
quatre fols à ceux qui apporteront des facs d'argent
à la Banque.
VIII.
Mane & ordonne Sa Majesté aux fieurs Intendans
& Commiffaires départis dans les Provinces
pour
DE DECEMBRE, 185
pour l'execution de fes ordres , d'envoyer lesdites
Déclaration , lettres Patentes & Arrests , ainfi
que le prefent Arreft , aux Baillages , Sénéchauífées
& Sieges Royaux de leur Département , pour
y être lûs , publiez , affichez & enregistrez conjoin--
tement , & le contenu en iceux executé felon leur
forme & teneur , même de tenir la main à leur
entiere execution : Ordonne auffi que le prefent
Arreft fera executé nonobftant toutes oppofitions
& tous autres empêchemens que conques , pour
lefquels ne fera differé , & dont fi aucuns interviennent
, Sa Majesté s'en reſerve & à ſon Confeil
la connoiffance , & l'interdit à tous autres Juges.
Fait au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majefté y êtant,
tenu à Paris le vingt - feptiéme jour de Décembre
mil fept cent dix huit . Signé PHELY PEAUX .
L
OUIS par la grace de Dieu Roi de France
& de Navarre : A nos amez & feaux Conféillers
en nos Confeils , les fieurs Intendans &
Commiffaires départis pour l'execution de nos ordres
dans les Provinces & Generalitez du Reffort !
de nôtre Cour de Parlement de Paris , chacun en
droit foy , salut. De l'avis de nôtre tres cher &
tres amé Oncle le Duc d'Orleaus Regent , Nous
vous mandons & ordonnons par ces Prefentes fignées
de notre main , que vous ayez à envoyer
nôtre Déclaration du 4. du prefent mois , quis
convertit la Banque Generale en Banque Royale ;
enfemb'e nos lettres Patentes du 26. Aouft 1718.
regiftrées le même jour en Parlement , Nous y !
féant en nôtre Lit de Juftice ; l'Arreft de nôtre-
Confeil do 10. Avril 1717. & celui de cjourd'huy, ›
le tout cy attaché fous le Contre- fcel de nôtre
Chancellerie , aux Baillages , Sénéchauffées &
Sieges Royaux de vos Départemens , pour y être :
lûs , publiez , affichez & enregistrez conjointement,
& le contenun iceux executé felon leur forme
teneur , même de tenir la main à leur entiere exc
c
186 LE MERCURE
cution. Or lennons que le fit Arreft de nôtre Confeil
de cejourd'huy, fera executé nonobſtant toutes
oppofitions & tous autres empêchemens quelcon.
ques , pour lefquels Nous ne voulous étre differé, &
dont fi aucuns interviennent, Nous nous en refervons
& à notre Confeil la connoiffance , & l'interdifons
à tous autres Juges. Commandons au premier rô
tre Huiffier ou Sergent fur ce requis de fignifier
1- dit Arreft à tous qu'il appartiendra à ce que perfonne
n'en ignore , & de faire pour fon entiere
execution tous Actes & Exploits neceflaires fans autre
permiffion. Voulons qu'aux Copies collationnées
par l'un de nos amez & feaux Confeillers Sccretaires
, foy foit ajoûtée comme aux Originaux.
Cart left notre plaisir. Donné à Paris le vingt teptiéme
jour de Decembre ; l'an de grace mil fept
cent dix huit , & de nôtre Regne le quatrième . Signé
LOUIS Et plus bas , par le Roi , le Duc d'Orleans
Regent prefent. PHELYPEAX . Et fcelé du grand
Sceau de cire jaune . Collationné pour le Roy aux
Originaux.
DECLARATION DU ROY ,
Pour convertir la Banque Generale
en BANQUE ROYALE.
L &
OUIS par la grace de Dien Roi de France
& de Navarre : A tous ceux qui ces prefentes
lettres verront , Salut. Peu de tems apiés nôtre
avenement à la Couronne , le Sieur Lavy nous
ayant fait prefenter un Projet pour l'Etabliffement
d'une Banque , dont le fonds feroit fait de nos Deniers,
& adminiftrée en noftre nom & fous nôtre autorité,
Nous aurions fait examiner ce Projet en nôtre
Confeil de Finances : Mais , les conjonctures da
DE DECEMBRE. 187
tems nepermirent pas alors de l'accepter. Le Sieur
Lavv nous ayant enfuite fait fupplier de lui accorder
la permiffion d'établir une Banque pour fon
sonte , & celui d'une Compagnie qu'il formeroit:
Aprés avoir fait examiner ce nouveau Projet en
nôtre Confeil , Nous aurions accordé audit Sieur
Lavv , & à la Compagnie des Lettres Patentes des
2. & 20 Mai 1716. portant Privilege d'établir une
Banque Generale dont le fonds feroit compofé de
x millions de livres , faifant douze cent Actions
de mille écus de Banque chacune , payables au
Porteur , à laquelle tous nos Sujets & les Eftrangers
pourroient s'interefer . Et par nôtre Déclaration
du 25. Juillet 1716. Nous aurions ordonné que
rous les Endoffemens qui feroient mis fur les Billets
de Banque, n'engageroient point les Endofleurs , à
mois qu'ils n'cuflent ftipulé la garentie , auquel
cas la garentie ne fubfifteroit que pour le tems porté
par l'Endoffement. L'importance de cet Etabliſſement
nous auroit porté à lui accorder nôtre
protection , ayant reconnu par experience l'utilité
que Nous & nos Sujets en retireroient , par la faclité
de faire venir à Paris les Deniers Royaux fans
frais , & fans dégarnir les Provinces d'Efpeces. Les
particuliers ont trouvé par- là le moyen d'établir
des fonds dans tous les lieux du Royaume & dansles
Places étrangeres , dans un tems cù la confiance
étoit entierement perdue . L'interêt modique auquel
la Banque a efcompté les Lettres de Change,
a fait diminuer l'ufure , & a empêché nos Sujets
d'emprunter en Pays étrangers. Et les fommes que
la Banque a prêtées auxManufacturiers & Negocians,
en a foûtenu le credit & augmenté les affaires. Depuis
l'Etabliffement de la Banque , on a vû cefferies.
dérangemens dans de Commerce , les Changes étrangers
ont été foûtenus en faveur de nos Sujets , &
les Etrangers fe font fer vis des Billets de la Banque
pour faire leurs fonds dans toutes les parties dus
Royaume pour leurs achats de Marchandiles &
Qij
788 LE MERCURE
2
:
Denrées , dont la fortie eft fi avantageule & fi neceffre.
Le fuccés de cet Etabliffement nous a porté
à faire exami er de nouveau le premier Projet dudit
Sieur Lavy Et ayant été pleinement informé
qu'il convenoit au bien general du Commerce &
de nos Sujets , que la Banque für continuée fous
le Titre de BANQUE ROYALE . Et que la Regie s'en
fit en nôtre nem & fous nôtre autorité : Nous aurions
pour y parvenir , fait acquerir pour nous les
Actions de ladite Banque , dins nous avons fait
rembour er aux Actionnaires en deniers effectifs
leurs capitaux , qu'ils avoient portez en - Billets
de l'Etat pour former le fonds de la Banque , lefquels
ont été depuis convertis en Actions de la Compagnie
d'Occident ; & en confequence de ces Rembourfemens
qui ont été faits aux actionnaires de
nos Deniers nous fommes devenus feu's proprie
taires de toutes les Actions de ladite Banque que
nous avons refolu de declarer BANQUE ROYALE :
Enforte qu'il eft neceflaire d'expliquer nos intentions
, tant au fujer de la Regie qui doit être faite
de ladire Banque , que par rapport à l'ordre qui
doit être obfervé pour la reddition des Compres
d'icelle A CES CAUSES & autres à ce Nous mouvans
de l'avis de nôtre très cher & trés amé Oncle
le Duc d'Orleans petit Fils de France Regent
de notre trés cher & trés amé Coufin le Duc de
Bourbon , de notre rrés- cher & trés- amé Confin le
Prince de Conty Princes de- nôtre Sang , de notre
trés cher & tres amé Oncle le Comte de Toulouſe
Prince legitimé , & autres Pairs de France , grands
& notables Perfonnages de nôtre Royaume , Nous
avons dit , declaré & ordonné , & par ces prefentes
fignées de nôtre main , difons déclarons & ordonnos
, voulons & nous plaît , ce qui enſuit.
ARTIICLB
.
PREMIER.
Nous avons converti & convertiffons la Banque
DE DECEMBRE. 489
Generale établie par nos Lettres Patentes des 2. &c
25. Mai 1716, en BANQUE ROYALE ., Vou'ons qu'à '
Pavenir , & à compter du premier Janvier 1719. la^
Regie & l'adminiftration en fot faite en nôtre nom
& fous nôtre autorité , fuivant les ordres qui en
feront donnez par nôtre trés-cher & tres - amé Oncle
le Duc d'Orleans , qui en fera le feul Ordonnateur ,
ainfi que de nos Finances.
I I.
Veu'ons que les fix millions de liv . provenant du
fonds des douze cent Actions , dont ladice Banque
generale étoit composée , le quelles nous appartien
nent prefentement au moyen du remboursement
qui en a été fait de nos deniers aux Actionnaires,
& qui font actuellement dans la Caffe generale de
ladite Banque, en Billets d'Actins de la Compagnie
d'Occ dent , demeurent dans ladite Caifle genela'e
pour fervir de fonds à ladite Banque Royale
, & en-affûrer d'autant plus les opérations au
public.
IFI
11 fera par nous commis & établi un Directeur
de ladite Banque Royale , qui recevra les ordres de
nôtredit Oncle le Duc d'Orleans , les fera executer,
& l'informera journellement de l'état & fituation
de la tite Bauque ; & ferent auffi par nous commis
un Inspecteur , un Trefotier , un Controlleur
& tels autres Officiers que nous jugerons à pro-
Pos.
I V.
Le Treforier recevra tous les fonds qui feront
apportez à la Banque , & fignera feul les Billets ,
lefquels feront viſez par l'inspecteur & controllez
par le Controlleur , & le Treforier fera toutes les
Recettes & Dépenfes concernant la Banque , & cn
comptera feul , tant en notre Confei qu'en nôtre
Chambre des Comptes , dans le tems & en la forme
& maniere accoûtumée , qui feront ci- aprés cxpliquées.
LE MERCURE
V.
Tous les Billets de la Banque qui feront fairs
àl'avenir, feront fcellez d'un Cachet particulier, où
Dos Armes feront gravées avec ces mots , BANQUE
ROYALE , lequel Cachet fera déposé dans la Caffe
generale où il restera enfermé ,
attendu que
preintes en feront faites fur lefdits Billets dans ladite
Caifle generale & acn ailleurs , en pretence de
L'infpecteur , du Treforier , & du Controlleur.
V 1.
les Em-
: La Caiffe Generale continuüera d'être fermée
comme elle l'a été juſqu'à prefent avec trois clefs
differentes , qui demeureront entre les mains ; Sçavoir
, l'une du Directeur , l'autre de l'Infpecteur ,
& la troifiéme du Treforier ; & ne pourra ladi
te Caifle generale être ouverte qu'en leur
fence.
VI I.
pre-
I re fera fait à l'avenir aucun Billet de ladite
Banque , qu'en vertu des ordres que nous donnerons
par des Arrefts de nôtre Confeil , en vertu defquels
lefdirs Billets pourront être faits au choix du
Porteur , payables en écus de Banque ou en livres
tournois , ainfi qu'il fera porté par lesdits Arreſts ;
Et il fera tenu trois Regiftres defdits Billets , l'un
par l'inspecteur l'autre par le Treforier , & le troifiéme
par le Controlleur.
VIII.
Il fera en outre tenu un quatriéme Regiftre par
le Treforier feulement , lequel Regiftre contiendra
les Profits & Benefices provenant des efcomptes des
Lettres de Change & autres operations de ladite
Banque , lefquelles auront été approuvées par nôtredit
Oncle ; & ledit Regiftre fera vifé au moins
toutes les femaines par l'Iafpecteur & par le Controllcur.
I X.
11 fera par nous commis & député un Commiſfaire
de nôtre Confeil pour parapher les quatre ReDE
DECEMBRE. 1ST
giftres ci dellus mentionnez & pour faire la Vilite ,
Examen & la Verification des vres & des Caf
Les tant generales que particulieres , au moins une
fois tous les trois mois , & pus fouvent s'il euge
à propos , fans avoir aucun jour marqué ; comme
suffi pour veriffier tous les fix mois un Etat de profits
& ben fices de la Banque , fuivant le Regiftie:
qui en aura été tenu par le Trforier , & pour faire
porter a Trefor Roral les deniers qui proviendront
deldits profits & benefices , déduction faite des appointeinens&
frais de regie,du reftant defquels profis
& benefice il fera expedié par le Garde du Trefor
Royal des Quittances comptab es à la décharge
dudit Treforier , lefquelle feront controllées dans
le tems , & en la maniere accoûtumée.
X.
Les appointemens & frais de Regie feront reglez
& payez fur les Ordonnances de notredit Oncle le
Duc d'Orleans , & fuivant les Etats qui en auront
été par lui arrêtez , conformément aufquels il ca
Lera fii: Employ dans l'Etat de Recerte & Dépense
qui fera arrêté à la fin de chaque année en nôtre
Confeil , fur lequel Etat ledit Treforier comptera en
'nôtredit Confeil , & enfuite en nôtre Chambre des
Comptes , ainfi qu'il fera ci aprés expliqué .
X I.
Et comme notre intention eft de nous charger
de la Banque Generale en l'état qu'elle eft à préfent
, & de faire entrer dans celle prefentement éta
blie en nôtre nom , tous les effets qui compofent
actuellement ladite Banque generale , fans aucune
exception : Volens & ordonnons , que par le Commiffaire
de pote Confeil , que nous commettrons &
cet effet , il foit fait inceffamment une verification
generale en prefence du Directeur , de l'inspecteur ,
& du Treforier de ladite Banque , de tous les deniers
comptants , Billets de Banque biffez & non biffez ,
Lettres de Change & autres Effets qui fe trouveront
dans ladite Caifle Generale , & dans les Cailles par
192 LE MERCURE
ticulieres de Idite anque , dont fera dreffé Proces
verba par ledit Sieu Commiflaire , le quel fera figné
par ie Dir &teur , l'In pecteur , & le Treforier , dans
lequel Procés verbal fera fait mention du nombre
& du montant des Billers de Banque , qui auront
été faits depuis fon Etab flement jufqu'au jour du
dit Procés verbal , par lequel ledit Treforier fera
chargé de tous lefdits Effet qui fe trouveront dans
la Banque , pour en rendre compte , tant en nôtre
Confeil , qu'en Lôtre Chambre des Comptes en las
maniere ci aprés expliquée , la minutte duquel Procés
verbal fera déposée au Greffe de nôtre Confeil ,
dont il fera délivré par le Greffier trois Expeditions,.
une au Directeur , une antre à l'Infpecteur pour être
par lui portée au Greffe de nôtre Chambre des
Comptes , & la troifiéme au Treforier pour fervir à¹
la reddition de fon compter
X II.
L'infpecteur fera tenu de remettre au Greffe de
nôtre Chambre des Comptes l'Expedition qui lui aura
été délivrée du Procés verbal du Commiffaire
de nôtre Confeil ; comme auffi l'Infpecteur & Is
Controlleur feront tenus de remettre audit Greffe ,
à la fin de chaque année , chacun une Copie d'eux
certifiée veritable des Regiftres qu'ils auront tenus
des Billets de Banque qui auront été faits , & qu'ils
aurort viféz & controllez , dont ils fourniront les
Actes de remiſes au Treforier, pour les rapporter fur
fes Comptes.
XII I.
11 fera arrêté en nôtre Confeil , à la fin de cha
que année , un Etat des Recettes & Dépenfes de la -
Banque , fur lequel le Treforier comptera par Etat
au vrai en nôtre Confeil , & enfutte en none Chambre
des Comptes , un an aprés la fin de chaque année,
conformément à l'Edit du mois d'Aouft 1669. dans
lefquels Etats de Recette & de Dépente il fera fait
fonds de la fomme de trente mille livres , à laquelle
Nous avons fixé les Epices , Façons , Vacations &
frais
DE DECEMBRE. 193
Frais de reddition de chaque Compte à rendre en
nôtre Chambre des Compies.
XIV.
Il fera fait dans ledit Etat au vrai & Comptes
trois Chap tres de Recette ; le premier des fommes,
contenues aux Billets de Banque qui auront été
faits , laquelle Recette fera admife en rapportant par
ledit Treforier les Arrêts du Confeil , en vertu defquels
lefdits Billets auront été faits , & une Copie
de lui certifiée veritable du Reg ftre qu'il aura tenu
deldits Billets , le fecond des profits & benefices des
operations , dont la Recette fera pareillement ad.
mife en rapportant par ledit Treforier une copie de
lui certifiée veritable dudit Regiftre , avec l'Etat qui
en aura été arrêté par le Commiffaire de notre
Confeil; & le troifiéme des Interêts des fix millions
d'Actions de la Compagnie d'Occident , dont la Recette
fera pareillement admife , en rapportant par
ledit Treforier un Etat de lui certifié des Interêts
qu'il aura reçûs . Il feia fait pareillement dans ledit
Etat trois Chapitres de Dépenfes , le premier
des fommes payées par ledit Treforier , pour le
contenu aux Biles de Banque qui auront été dé.
liyrez pendant l'année dudit Compte lequel fera
paffé en rapportant les Originaux defdits Billets ,
qu'il aura retirez & biffez lorfqu' en aura fait le
payement , fans qu'il foit befoin d'autre acquit ni
endoffement ; le deuxième des fommes payées pour
les frais de Regie & Appointemens des pertonnes
employées pour le fervice de la Banque , lefquelles
Dépenfes feront paffées conformement à l'Employ
qui en aura été fait dans l'Etat du Roy , en rapportant
les Quittances des dénommez en celui ;
& le troifiéme des deniers payez au Trefor Royal,
lequel fera paflé en rapportant les Quittances da
Ga de du Tiefor Royal , dûement controllées.
X V.
Dans le premier Compte qui fera rendu par ledit
Treforier , lequel Compte fera celui pour l'an-
R
194 LE MERCURE
".
née 1719. Et dans les autres Comptes qu'il
rendra pour l'Exercice des années fuivantes , il fe
chargera en Recette par advertatur ſeulement , de
fix millons en Actions de la Compagnie d'Occident,
compofant le fonds de ladite Banque , & qui doi
vent demeurer dans ladite Caiffe Generale , comme
il eft dit ci-devant , & il fe chargera en Recette à
jet des fommes qu'il aura reçues pour les interefts
defdits fix millions d'Actions de ladite Compagnie
d'Occident lefquels interefts feront par lui , comme
dit eft , portez au Trefor Royal , avec les autres
profits & benefices de la Banque , dont la Dépenfe
ferá paffée en rapportant les Quittances du Tiefor
Royal dûement controllées .
X V I.
Pour établir davantage l'ordre , & mettre la
Banque en eftat de rendre aux particuliers la valeur
des Billets qu'ils auront perdus ou égarez ,
nous déclarons que les Billets de la Banque feront
preferits aprés cinq années du jour de la datte ,
faute d'en avoir fait la demande au Treforier pendant
ledit tems , fans que les Pourvûs des Billets
puiffent audit cas en exiger le payement.
XVII
Comme par l'Article XVI des Lettres Patentes
du 20. mai , il eft dir que la Banque pourra fe charde
la Caiffe des Particuliers , tant en Recerte ger
qu'en Depenfe , moyennant cinq fols de Banque par
mille Ecus ; Nous ordonnons que lesdits Comptes feront
tenus par la Banque fans aucun frais : Et comme
il ne feroit pas jufte que ceux qui feront leurs Recettes
& Payemens par des Comptes en Banque ,
ne jouiffent pas de la faculté que nous avons donnée
à ceux qui fe fervent des Billets de la Banque
lefquels Billets étant payables au Porteur ,ne peuvent
être expoſez à des faifies , le Porteur n'en étant pas
connu , Nous voulons & ordonnons que les Comptes
en Banque ne puiffent être faifis , fous quelque
pretexte que ce puiffe être , pas même pour nos
DE DECEMBRE
195
propres deniers & affaires ; & en cas qu'il fut fait
des faifies fur les fonds que les Particuliers pourzoient
avoir en Compte à la Banque au prejudice de
nôtre prefente Declaration , nous les avons declaré
& declarons nulles & comme non avenues . Permettons
neanmoins en cas de faillite ou de banqueroute,
anx termes de l'Article premier du Titre xr.
de l'Edit du mois de Mars 1673 , ou en cas de deced's,
de faire faifir & arrêter entre les mains de la Banque
les fonds que les Particuliers Banqueroutiers
on decedez , y pourroient avoir en Compte fur les
Livres ; auquel cas de faifie , la Banque ne fera ter
nuë que de faire fignifier aux Saififlans , dans huis
taine dujour de la faifie , au domicile par eux élû ,
& ce par une fimple declaration fignée du Treforier,
& vifée par l'afpecteur & le Controlleur , de ce qui
eft de aux perfonnes fur qui la faifie aura eſté faite ,
quoi faifant la Banque ne fera tenuë de conftituer
procureur ni de défendre à aucunes affignations ou
demandes ; mais feront les Creanciers obliges de fe
rapporter à ladite Declaration , fans que la Banque
foit obligée de faire voir fes Livres , ni que les
Créanciers puiffent établir des Commiffaires ou
Gardiens defdits Effets faifis , declarant nul tout ce
qui pourroit eftre fait au prejudice du prefent Ar
ticle , ainfi & de la même maniere qu'il a été ordonné
en faveur de la Compagnie d'Occident par l'Arti
cle XII. de nôtre Edit du mois de Decembre 1717.
Ordonnons au furplus que lesdites Lettres Paten
tes des 2. & 20. Mai de l'année 1716. & nôtre
Declaration du 25. Juillet enfuivant , feront execu→
rées felon leur forme & teneur en ce qui n'y eft
point derogé ni innové par la prefente Declaration
derogeant à toutes Lettres & difpofitions contraires
aux Prefentes .
Si donnons en Mandement , &c. Cartel eft nôtre
plaifir. En témoin de quoi Nous avons fait mettre
nôtre Scel à ccfdites Prefentes . Donné à Paris le
quatrième jour de Desembre , l'an de grace mil
Rij
196 LE
MERCURE
fept cent dix-huit ; & de notre Regne le quatrième.
Signé , LOUIS. Et plus bas , Par le Roy , le Due
D'ORLEANS Regent prefent ,
PHELYPEAUX. Et
fcellé du grand Sceau de cire jaune .
3
Extrait des Regiftres du Confeil d'Etat.
du 19. Decembre.
Le Roy étant en fon Confeil , de l'avis de monfeur
le Duc d'Orleans Regent , a prorogé & proroge
pour la derniere fois le cours des demis
quarts , dixiémes & vingtiémes d'Ecus de huit au
Marc jufques au premier jour de Février prochain ,
paffé lequel tems ils feront décriez de tout cours &
mife , ainfi que toutes les autres anciennes Efpecès
d'or & d'argent : Ordonne Sa Majesté qu'à commencer
dudit jour premier Fevrier prochain , conformement
aux precedens Reglemens , & notamment
aux Declarations des 24. Octobre 1711. & 10. Decembre
1712. & Arreft de Confeil du 24. Avril
3717. Toutes les anciennes Efpeces d'or & d'argent
de France ou Etrangeres , qui fe trouveront en la
poffeffion des Particuliers ,
Communautez , &
eralement de toutes perfonnes de quelque qualité
ge-
& condition qu'elles foient ,même parmi les Meubles
& Effets des Parties faifies , ou des perfonnes decedées
, feront &
demeureront confifquées au profit
de Sa Majefté , & portées aux Hoffels des monnoyes
pour y eftre converties en nouvelles Especes ,
fans que la main levée en puiffe eftre accordée fous
quelque pretexte que ce foit , quand même lesdites
Efpeces
proviendroient de depoft, fauf audit cas le
recours des Proprietaires ou Parties intereffées , contre
les biens & effets des
Depofitaires qui auront
negligé de les convertir . Enjoint Sa Majesté aux
Officiers qui feront les faifies , appoleront & leveront
les Scellez , & drefferont les Inventaires ou Procez
verbaux , de faire un exact Examen des Efpeces,
DE DECEMBRE. 1979
& de donner avis aux Procureurs Generaux és
Cours des monnoyes ou à leurs Subftituts dans les
Provinces , defdites Efpeces anciennes , décriées ou
Etrangeres , de quelque nature qu'elles foient , quifè
feront trouvées , à peine d'interd.ction : Et en ou
tre d'eftre condamnez en leurs propres & privez
noms à payer la valeur des Efpeces qui auront été
recellées , & en l'amende qui ne pourra être moindret
que du quadruple , fans que lesdites peines ni les
precedentes paillent eftic reputées comminatoires.
Veut Sa Majesté qu'en cas de denonciation contre
lefdits Officiers contrevenans , la moitié defdites
confifcations & amendes, foit payée aux Denonciateurs
par les Directeurs des Monnoyes , auffitôt que
le fonds leur en aura été remis , & ce fur les fim .
ples Certificats qui feront délivrez par celui defdits
Procureurs Generaux ou Subftituts qui aura reçu
lefdites Denonciations , fans qu'il foit neceffaire d'y
dénommer les Denonciateurs , ni qu'ils puiffent étre
tenus de donner d'autres acquits que lesdits Certifi
cats , en vertu defquels la moitié qui aura efté payéeaux
Porteurs d'iceux , fera paffée & allouée dans la
Depenfe des Comptes defdits Directeurs & par
tout ailleurs fans difficulté : Entend S. M. que les
Edits , Declarations , Arrêts & Reglemens touchang
les Monnoyes , foient au furplus executez felon leurs
förme & teneur & enjoint aux Officiers des Cours
des Monnoyes , ainfi qu aux Sieurs Intendans &
Commiffaires départis dans les Provinces & Gene
raluez du Royaume , de tenir la main à l'Execution'
du prefent Arieft , qui fera la , publié & affiché:
dans toutes les Paroiffes , à ce que perfonne n'en
ignore. Fait au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté
y eltant , tenu à Par s le dix neuf iéme jour de Decembre
mil fept cent dix- huit. Signé , PHELYPEAUX,
Registré en la Cour des Monnoyes le 29
>
) .
Rij
198. LE MERCURE
L'acis d'Août prochain 1719. le prix.
'Academie Françoife donnera le 25. dù
d'Eloquence , dont le fujet fera : Que le
Trône du Roi qui juge les Pauvres dans la
verité , fera affermi pour toûjours , Et celui
de Pofie dont le fujet fera : Que jamais
Simple Particulier n'a eu tant de bontez pour
fes Domestiques , que Louis le Grand en
avoit pour ceux qui avoient l'honneur de le
fervir.
Le 29. de ce mois , le Duc du Maine
fut arrêté par ordre du Roi , dans fon:
Château de Sceaux , par le fieur de la Billarderie
Lieutenant des Gardes du Corps ,
pour être conduit dans la Citadelle de Dour
lens , & la Ducheffe dn Maine a été arrêtée
en même tems à Paris par le Marquis
d'Ancenis Capitaine des Gardes du Corps,
pour être conduite au Château de Dijon .
Le même jour , le Cardinal de Polignac a
a eu ordre de fe rendre dans fon Abbaye.
d'Anchin , accompagné du fieur de Moncheny
Gentilhomme ordinaire de le Maiſons
du Roi .
Le 31. M. l'Abbé de Mongault Precepteur
de Monfeigneur le Duc de Char--
tres , fut reçû à l'Academie Françoife , à
la place de feu M. l'Abbé Abeil. Le Dif
cours que prononça le nouvel Academicien
inftruifit & plût beaucoup . M. de Sacy un
DE DECEMBRE. 199
des 40. qui s'étoit chargé de faire la réponſe,
fatisfit amplement au devoir d'ami , en
s'étendant fort au long fur toutes les
qualitez de feu M. l'Abbé Abeil . M. de la
Motte recita enfuite quelques unes de fes
Fables qui furent écoutées auffi favorablement
que celles dont il a regalé plufieurs fois
cette fçavante Affemblée .
Le même jour , il parut fur le Théatre
François , une Comedie en vers de trois
Actes , précedée d'un Prologue , fous le
titre du Roy de Cocagne . La piece eft de la
façon de M.le Grand un des Comediens de
la Troupe. Le feul titre de cette Comedie,
annonce que c'eft une Piece remplie de
divertiffemens , & d'un Spectacle trés
amufant. Elle a paru bien écrite , & l'on
y a remarqué quantité de traits qui font
honneur à l'Auteur Les airs qui font de
la compofition de M. Quinault , ne font
pas un des moindres ornemens de cette
piece.
Compliment fait au Roy , par M..
de la Motte de l'Academie Françoiſe
, au commencement de l'année
1719.
Toy qu'on inftruir si bien dans la
haute feience
De nous rendre heureux par tes
Loix :
200 LE MERCURE
Prince , tu fçais déja quelle fainte
alliance
Unit les Peuples & les Roys .
La Nature unit moins le fils avec le
pere
Les Epoux font encor moins liez par
leur foy:
Rien n'égale le caractere
Du naud facré qui nous unit à toy.
Dans ces jours où l'antique ufages
de reciproques Dons
Soient de nos fentimens l'affûré témoi
Veut
gnage s
que
Prepare- nous les biens que nous te demandons
;
Remplis une efperance & fi jufte & fil
chere:
Quand d'un ardent amour & d'un zele
Sincere
Ton Peuple t'offre les tributs
Le prefent qu'il attend & que tu vas
lui faire
P. S.
C'est le progrés de tes vertus .
A Amfterdam le 26. Decembre
N'a donné des ordres aux Amirautez
de ce Pais d'arrêter tous les Vaiffeaux
qui fe trouveront chargez de munitions de
guerre pour l'Efpagne .... Depuis que la
nouvelle convention pour le Traité de la
DE DECEMBRE. 201
Barriere , a été figné , on ne doute plus
que la Republique n'adhere inceffammenst
à la Quadruple Alliance. La Ville d'Amſterdam
qui s'y étoit oppolée jufques icy ,
y a donné fon confentement le 22. & depuis
la découverte du complot Efpagnol en
France ,les Provinces qui paroiffoient y être
les plus oppofécs , femblent être d'un tout
autre fentiment.
On dit que dans la nouvelle convention
de la Barriere, Ruremonde a été cedé en toute
Souveraineté à l'Etat , qui aura ain
tout le cours de la Meufelibre jufqu'à Maf,
tricht , & qu'en échange,on cede à l'Empereur
Menin & Furnes avec leurs dépendances
; c'eft de quoi l'on fera mieux inftruit
dans peu.
Suivant les derniers avis du Nord , il y a
toute aparence que les conferences d'Abland
font entierement rompues. Le Czar eft
parti de Peterbourg pour aller paffer l'hiver
à Moscou .
On apprend de Berlin que le Roi de Pruffs
a fait arrêter plufieurs de fes Miniftres ; on
ne fçait pas encore pour quel fujet : On
nomme Meffieurs de Kaameke , Printzer ,
Dankelman , Kruyz & Creviz
On a ú nouvelle que M. le Duc de S.
Aignan Beauvilliers , étoit arrivé le 18.
à S. Jcan Pied- de - Port-
-
202 LE MERCURE
AVIS IMPORTANT.
Etat en general des effets & Marchandiſes ;
qui font dans les Magafins de M. Prieur
& du fieur Bourguignon Tapiffier , ruë
S. Sauveur.
Plufieurs Miroirs , Trumeaux , Glaces
de cheminée , Miroirs & Garnitures de
Toilette , de differentes fortes , & de differens
prix.
Bureaux , Commodes unies & couvertes
de marbre ; Bureaux de travail, couverts de
maroquin & autres fortes.
Luftres de cristal de roche , de bronze
& bois doré , & girandolles.
Bras dorés , d'or moulu , & en couleur ,
à deux & fimples branches , de differentes
grandeurs.
Flambeaux de Table, mouchettes & portemouchettes
, avec des bougeoirs dorés d'or
moulu , en couleur & argentez.
Feux de cuivre , dorés d'or moulu & en
couleurs, argentés , & autres , avec des feux
de fer poly, de differentes groffeurs.
1 Tables de marbre , & pieds dorés , à quatre
pieds & à confolles , gueridons & confolles
de bois doré , de differentes grandeurs.
Pendules de toute maniere à repetition , à
quarts & autres.
Montres à boettes d'or , d'argent , de
métail doré, & à boëttes de chagrin, piquée s
de cloux d'or , à repétition , à réveil & au.
trement.
DE DECEMBRE. 203
Tableaux , tant originaux que copies , de
differens Maîtres .
Vafes de bronze & de marbre avec des
figures de bronze de differentes grandeurs.
Clavefins, & Cabinet d'orgue."
Diamans , Pierres fines de couleur , &
perles fines en bagues , croix & colliers de
differens prix . Tabatieres d'or , Cannes à
pommes d'or.
**
t
Dentelle de Maline , & autres de differentes
fortes. Toilles de plufieurs fortes.
Fufils de chaffe , de differens prix.
Caroffes à deux fonds & coupez , Berlines,
Caleches & Chaifes à Porteurs , doublées
de velours , de drap ou autrement.
On y trouve auffi des Chevaux de Carroffe
& autres.
Plufieurs Tentures de toutes fortes de tapifferies
, & de differens prix.
Lits de damas , galonnés , unis & de
Serge de plufieurs grandeurs .
Fauteuils des Gobelins , Sophas , Chaiſes
de Table de mocquètte , fauteuils & chaifes
couvertes de maroquin &autres.
Ecrans de bois doré & autres .
Rideaux de feneftre de toille damaffée,
Portieres des Gobelins & autre forte .
Plufieurs fortes de Vins fins de Beaune ,
de Volnay , Pomar , Chaffagne , Chambertin
& autres, en gros , parmuids on par
feuillettes , à vendre à jufte prix.
·
Onfieur de Launay , Maitre Chirurgien
Juré pour
les maladies fecretes
& les Dêcentes , a établi chez lui une
Manufacture de Bandages pour les perfonnes
incommodées des Décentes : il demeure
au coin de la rue de Nevers , prés la rue
Guenegault , à la décente du Pont- neuf
APPROBATION,
T'AY lú par l'ordre de Monfeigneur le Garde
Ides Sceaux , le Mercure Galant du mois de De
Cembre. A Paris le 1. Janvier 1719.
BLANCHARD. Τ
TABL
DE
Ա
TRa
' Raduction de la pre. par
face
de l'Homere Anglois 1893 3
Estrennes & pofies.
34
Nouvelle toute nouvelle
40
Edits &c. remarquables
75
Lettre écrite de Paris à la Haye , au fujet
de l'invasion de la Sicile ΙΟΙ
Lettre à un Ami au sujet de la Quadruple
Alliance .
-Lettres du Prince de Cellemare
Spectacles
Poëfies
Enigmes & Chanfon
Morts & Mariages
Nouvelle Loterie
106
129
136
147
148 149
150
155
Charges données & Abbayes vacantes 15 6.159
Journal de Paris
Livres
Nouvelles Etrangeres
160
166
168
Compliment au Roi par M. de La Motte. 200
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le