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1717, 09
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Texte
LE
-
NOUVEAU MERCURE
A PARiS.
aifCdiez
PIERRE RIBOU, -v/ :ss
Augustins 3àl'I-;.t S. Louis.
Ili.
GREGOIRE DUPUISj:?V.
mja:cdq^r-.s,càclax:ovr:;r;t'':"::. :.
- KAvxjip'i, P. ':':.' J.su 1
1. .1

AVANT-PROPOS. cOmme on ne peut vérifiér trop
exactement une Découverte aussi
avantageuse au Public
, celle de
l'Eau de la Mer rendue potable; j'ai
crû oue je nepouroisemployerplusutilemeJnt
- , mes recherches
,
ait'a recuëillir
avec fointoutce qui concerne cette importante
matiere.Dans le Mercure.
d'Aoust
,
j'atÀonné les Procès verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Portdedes Commififaires
nommés peur les examiner. Ce
rnois-cy, je commencerai nvm Reçutilpar
soutesles objeluons qui ont étéproposées,
ti M. Gautier Auteur de l'ingénieufie
Machine, à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préfentfi considérable.
J'y joindrai en même tems les Répon-
Ces fatisfaifiantesqu'ilya données, afin
de fixer lessentimensdes moins crédules:
MaisiComme l'approbation de Meffiarrs
de Académie des Sciences eji d'un
l f" :.r.p:'f FCt.;¡,J.nfaitd~expériences nouvelt"
1¡is, leLelienrmefâftragré'sAnsdéfitds
quej:prodtiiefl'Atteflttiin qu'ils 4*1At*
ifrdee à VInventeur.
EXTRAIT
Des Régiflres de V^Académie Royale des
Sciences. Du 2:8LAotif! 1717.
Le P. Sebastien, Mrs Lémery &
Ceoffroy, qui avoient éténommé pour
examiner une Machineinventée par
M. Gautier Medecin de Nantes, pour
dessalerl'Eau dela Mer; en ayant fait
leur raport à la Compagnie,elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle il
ion ingénieuse,&que la maniere dont
la superficiedu Tambour & celle du
Chapiteau sont augmentées
,
est trés
bien pensée : ie cette Machine me- rited'etreexécutée & approuvée sur
plusieurs Vaisseaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puisse apprendre, si
l'Eau de la Merainsi dessalée
,
fera a£-
fez saine pendant un long tifaoe. Un
foy de quoi j'ai ligné le présent Certificat.
A Paris, ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetueldel'AcadémieRoyale
des Sciençes.
L E
NOUVEAU MERCURE
A l'Orient» le u.May 171-7.
A MESSIEURS
LesCommandant &Commissaire Général
Ordonnateur,&a MtJfieurf'"
les Officiers de la Marine de Port-
Louis& de l'Orient.
X.VJfcESSIEITRS.
J'ai l'honneur devousprésentertoutes
les Questions que l'on a pu me
faire sur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable
,
& les Réponses à toutes
ces Questions. Je les ai réduitesà
quatreChefs:Les unes regardent la
Machine; tes aures, le lieu & 1'ç^-
ce qu'elle occupe:Celles-ci,les effets.
& les dernières, ce que l'on consomme
pour en tirer avantage.Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vousprie,
MESSIEURS, de me les proposer;
je tacherai d'y répondre & d'en tirer
route l'utilitépossible ; n'ayant rieITf
plus à coeurque de profiter des lumieres
des personnes expérimentées
,
qui
veulent bien concourir à augmenter lé":
bien public & particulier.
,(Qy ESTIONS SUR LA MACH I N''
D EMA ND ES.
Si laMachine-e.simple?-
REPONSES.
Elle peut passer poursimple,si elîof
n'estprécisément composée que d'aucant
d'Equivalents simples,que l.Na-
Etive employe de moyens pour rendre'
l'Eau deMer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement •* On
les peut voir rous les jours. Le @encc'
lefpe&ueux-que-je doisà laC OU R,
m'empêchededivulguer le reste qui
eft- aussisimple, jU(llu'à ce qu'elleen
ait autrement ordonné.
Si elle est solide (j- a tipreuve des agitatiens
de la Alcr *
La Caisse est aussî solide que l'Ar
chi-pompe :Le Tambour n'en peut être
endommagé;puisqu'il est dans une agitation
plus grande
,
lorsque la Machine
produit son effet, que celle que la
Mer lui pourra donner.
Si elle est durable?
Lorsque'elle fera bien exécutée
,
ellepourra
durer autant qu'un VailTeai*.
Sion la peutaisementconstruire?
Il est trésfacile à tout Ouvrier de îa
construireen peu de tems: En batte,elle
n'aura qu-* le volume l'une Barrique.
On pourra,pour quelque raison que ce
foit, en porter plusieurs, & tout équipage
les pourra établir en peu d'henrcs.
Si-UfremicYe Depcnfc ejî confidlrable-?
Il ne faut rien établir sur la dépense
présente,pour plusieurs bonnes raisons.
Pour un Vaisseau du Roy, elle ne
peut passer cent pistoles : Dépense qui
diminuera à proportiondeséquipages;
de sorte qu'elle reviendra à peu prés à
trente pistoles pourun moyen Navire:
J'entens par moyen navire,celui quia
cinquante à soixante hommes d'équipage
,
tels que sont ceux de la Riviere de
Nantessur lesquels j'ai fait ma supputation.
Qu'on supputeà combien reviennent
les Futailles, pour unVaisseau
de 4bd. hommes qui fait de l'Eaupour
troismois? Combien elles durent; ce
qu'il en coutepourle radoub;& qu'on
faflfe attention qu'on perd tout, bois &
fer, quand elles deviennent inutiles?
"Q..u'on'balance ensuite cette dépense &
la durée
, avec la dépense & la durée
de ce - que je propose?
Si l'entretien est de confeqttencc.
L'entrerien est si peu de chose qu'il ne
écr, ite pas attention.
Si on peuta la Âfsr repayer ce qtti
s'en pourraitdéangerï
Le dérangement regarde, ou la Caissesqui
peut être réparée sur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puisse rompre; mais, quelque chose
qu'il arrive,on le peut aussiaisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reste est encore plus facile à
rétablir.
Si onperd-
-
tout,lorJqu'ellene peutplffsservir
?
Le Cuivre se vendra, comme le-d
autres Ustensiles duVaisseau:Le Plomb
se retrouvera tout entier & pourra servir
à plusieursVaisseaux successivement,
sans unenouvelle dépense de fonte &
de décher.Quoique la charpente foit
faite de vieux bois, elle peut servir
de la même maniere.
QUESTIONS SURLE LIEU ET L'ESPACE
QU'ELLE OCCUPE.
Si on lapeut placer en flujieurs endroity
du Vaisseau?
On la peut placer indifféremmentpartout,
pourvû qu'on observe une seule
chose; que l'Axe du Tambour foit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits duVaisseau, semble il me que leplus convenable feroit
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
poinr l'équipage, où elle n'embarasseroit
point pour la chargede la décharge
& où, (si la COUR m'honnoroit
de ses ordres pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
six défauts essentiels, )je profiteroissi
bien du vuide de l'Archi-pompe, sans
interesser le Mât& les Pompes,quela - Machine s'y établiroit presque toute: - C'est la raison qui m'avoitfait avancer
que l'endroit que je demandois,n'est
jamais occupe.
Si lagrandeurejî déterminée 2 -
Elle n'exigeaucune grandeur déterminée.
iKçe faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilicé, la diligence U
le peu de dépense & pour profiter des
himieres du Public; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
le plus convenable aux Vaisseaux &
de l'exécuter dela maniere la plussolide.
Si la configuration est déterminée
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
sont voisins, quelques irréguliers qu'ils
soient.
Si onpeutfairetoute forte d'drrjmttge
On pourra faire toute sorte d'arrimage
autour de la Caisse
,
puisqu'elle
fera aussi solidement établie que l'Aro,
chi-pompe.
Si on peut atfémentse servir de la Md..
chine, ponry mettre VEausalée &
1 la Afatiere combustible
On établira un petit Canal sur le
Pont, par lequel elle recevra l'Eau
salée. La matiere combustible fera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere, on ménage l'espace qu'exige
le service.
Oii fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
lp'luunseieurs Barriques, & on remplira
pendantqu'on vuidera l'autre.
J'ai trouvé un moyen de faire aisément
ces Citernes avec le Plomb, sans foudlir,
c- Elles ferontfûres & a l'épreuve
des agitations de la Mer.
Comment tirera-t-YJn l'Eau douce?
l'Eau douce Ce tirera entre les Ponts,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les rtfquesdufeu ?
Pour en juger,il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau est
placé.
- Oufera leJliïatelot deservice ?
Il fera placé à l'entre-Pont, d'où il
fera tourner le Tambour; & par ce
moyen,on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fomenier de quart
descendra detems en tems pour entretenir
le feu
Q..UESTJi):t(
QUESTIONSSUR SES EFFETS, -
Si elle poura faire une quantité d'Eau
fujffifàntSy pour quelque Equipage
quecefoui. 4
Lorsque la Machine sera exécutée,
comme elle doit être, on aura autant
d'Eau qu'on voudra, selon la grandeur
des Vaisseaux. La nécessité de se
servir du Plomb duMagazin qui est
trop fort des deux tiers, rend la Caisse
fort défectueuse; les Ouvriersayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus, il est plein de sable & de
.crâne de Plomb incorporés ensemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu:C'est ce qui a rendu
l'Eau salependant si long-tems &
lui a même donné un petit gout
qu'ellene doit point avoir; ce qui m'a
fait trcuver le moyen de la faire sans
soudure. Pour le Tambour, on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &C,
qui étoit trop fortde la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner q ue qn'nzc
pouces de DiamêtreauRéchar d qui
pouvoiten avoir le double; ce qui ût
produit le double de l'Eau. De plus,
ce Païsn'estpas propre pour telle Fabrique
: Le Cuivre y est d'une cherté
excessive. Une Machine de trois pieadf
de long & autant de large, donnera
quatre Barriques d'Eau par jour.
Sileau eJ1 potable& sielle défaitère>
sans ÚltérejJer la far-tf.?
Il ya plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
sans aucun changement dans leur tempérament
;& je crois que cette Expérience
feule vaut mieuxque cent raisonnemens
de Médecine& de Physique
; puisque ce sont des gens qui neboivent
ix Vin,ni Cidre «Siqui ne man-'
gent que du Pain. Les personnes qui
boivent duVinne sont pas desi bons
JugesdesEaux : Il faut avoir soifpour
les trouver bonnes.
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé-
- gumesf
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes 2c les L:u
îhès »
plus promptement que les Eaux
de Fontaine: Elle a même cuit des
Poix qui font à l'épreuve de toute
Eau. Elledessalle mieux les Viandes.
-
Si elleest bunne'à faire duPain?
Le Pain fait avec l'Eau douce, nous
aparu plus léger, plus frais & de meilJ
leur goût.
Si elle a' d'autres PrfJpri!Úi. ?
Elleest beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine.
1
Elle ne laisse nul sel Matin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle dissout mieux le Savon'& le
Sucre.
Elle bout avec le Lait sans le
faire cailler.
Elle pese moins d'un izSè que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher 6cau gcût;"
parce que,suivant les Mémoiresdel'Academie,
qui assûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaises qualités quela
salure; j'aitravailléàladépoüiller tel-
fume-nt de son ici, qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention, parce
qu'à la Mer, on respire un air salé &
eii mange beaucoup de choses salées : C'eit pourquoi, l'Eau nesçauroit être
trop douce.
Elle eH: si légére, que j'en ai bûplusieurs
fois à jeun, jusqu'à deux & trois-
Pintes
3
sans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimententaussi
tous lesjours.
-' Si ellesepeutgarder1
Toute Eau distilée étant plus simple,il
est hors de doute qu'elle se conservera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience:
Elle éxigeun trop long-tenis&me
paroîtinutile; puifqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de se passer de Barriques, d'où
procédeprincipalement la corruption
del'Eau.
QUESTION SURLES MATI ERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Maticres peut-on bruler?
Toute sorte de bois & de charbons,
& tout ce qui est combustible.
el Volume d'Eau produit certain
Volume de Aîatiere ?-
Un tiers de charbon de bois & deux
tiers de charbon de terremêlés, doilnentsixàsept
fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois seul donne près de
trois fois plus que sonVolume:Lorsqu'on
les brule ensemble, ils font cinq
fois plusque leur Volume.
-A combien; revient laiJarriquc d'Eau">
Une Barrique composée d'un tiers
<le charbon de bois &' de deux tiers
de charbon deterre, donne sixàsept
Barriques d'Ej.lf qui reviennent à peur
près
,
à dix on douze sols chacune,
avec le bois à cinq sols ou environ.
Je préférerois cependant le charboitir,
parce qu'il envolume moins.
On mettrc.-t-on la matière combustible £
Oh rneftra che charbon debois&
rti..1 charbon de terre mêlés, comme
~est qu'ongardera pour les besoins
irnpreTtrs ; On fera un petit parc ,.z
où fera la provision courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES.
Les unsregardent l'Etatparraportà
laconservation delavie &de la santé
: Les autres regardent le Roy par
raport a la dépense de ses arméniens; les Futailles montans à très haut prix.
Les avantages des Négocians sont
aauussileménagement des Futailles &
flileménagement Futai.llies leprofit que produiront les marchandises
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaisseau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois: Supposant que
la Machine & la Matiere combustible
occupentvingt Tonneaux
,
il reste 80
Tonneaux de vuide :Et deplus, lorsqu'on
a de la Matiere combustible,
on est sur d'avoir de l'Eau ; mais,celui
qui a une Barrique d'Eau, n'est pas sûr
de l'avoir un moment après. î>'il faut
plus d'Eau
, on peut ou augmenter. la
Machine , ou en établir une autre.
Lesrelâches,lecommerce des Négres
,
la lanis des Equipages, le bien
àes, Particuliers ôc beaucoup d'autres
commodités qu'il feroit trop long de
détailler, feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dit est vrai
, que le prétendu
besoin d'Eau estquelquefois un
prétexte de relache,soit afin de prolonger
le voyage, soit pour faire de petits
commences au détriment des Armateurs;
je ne doute pasquecette raison
jointe à la prévention contre les choses
nouvelles, ne fasseparoître àces*
Marins & aux Espritsprévénus -que
mes Expériences sont très défectueuses.
Ce n'dl pas leur approbation que
le dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur, qui n'ont pour
but de levtis Actions que le bien def
l'Etat, la conservation des Equipages
la perfectiondelaMarine ,&quicontribuent
par de sérieuses attentions à
rendre l'établissement de la Machine,
facile, solide & commode, convaincu.
de l'étenduëde son utilité.
J'oubliois de vous dire, Messieurs ,
que vingt-une Barriques de charbon
deterre,prisesà N mes,coûtentàprésent
vingt-une Pistoles, & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques, mesure de l'Orient, qui
vallent trente-huit Pistoles ; ce qui fei?
une différence notable pour l'estime
*- la Barrique d'Eau.
eôtre très humble & trésebfijfar.
t Serviteur,
GAUTIER, Dr. M.-
Aprés avoir peint assez naturellementle
mois dernier, le Caractére du
Peuple de Paris, on ne sera peut-être
pas faché que le nouveau Théophraste
essaye de donner quelques coups de
crayon sur les Moeurs Bourgeoises.
Si le premier Chapitre a ûdes Approbateursdegoût
,pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remar-
* que ; il faut espérer quele second n'enaura
pas moins:Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons si l'Auteurl'aura
bien miseen ccéivre,
CHAPI T RE. II. -
LE BOURGEOIS. - LEBourgeoisà Paris,Madame,
eit un Animal mixte, qui-
du Grand Seigneur & du Peuple ;
Quand il a dela Noblessedins fe&
manieres, il est presque toujours Singe :
Quand il a de la Perire, il est naturel
, ainsi, il est Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois, la cérémonie
estsans fin : Jecrois en sçavoir la raisconi',
pen esuivsan.t toujours mes Prin- Il règne parmi les Gens de Qualité
, une certaine Politesse dégagéede
toute fade affectation. Cette Politesse
n'estautre chosequ'unefaçon d'agir
naturelle, épurée dela grossiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bienimiter
cette
Politesse
; mais malheureusement,
le premier essort qu'il fait pour
cela, le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait,estcérémonie ; ainsi, dansexecutioit
; il ressemble au Peuple
qui se complimentebeaucoup
, & dans
l'intention
,
il relfecnble aux Gens de
Qualité. :
La façon mixte du Bourgeois est
cent fois plus comique que l'uniforme
grossiereté du Peuple ; demême
quel'habit p'Arlein est plus plaifant
que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans les ameublemens,
ses maisons & sa dépense
,
éft
souventaussi.magnifique que le sont
les Gens de Qualité;Mais, la maniere
dont il produit sa magnificence, à
A • to.ujours certain air lRuibaiIte-tne qui le
mec au dessous de ce qu'il possédé:
Y paroît-il indifférent?On voit qu'il
géne sa vanité : En joüit-il avec faste i,
Il s'y prend avec péciteÍfe:
Le Bourgeois est quelquefois fier
avec les gens au dessus de lui, mais il enestde , cette fierté ,comme de ces
aîles postiches dont lacire se fond au
Soleil, & le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois, que quand il veut
sortir de sa Sphère.
Un Bourgeois qui s'en tient à sa
condition
,
qui en sçait les bornes 8(
l'étendue, qui fauve sonCaractère de
la pétitesse de celui du Peuple, qui
s'abstient de tout amour de ressemblance
avec l'homme de Qualité,
dont la conduite en un mot, tient un
-
juste milieu,S3gcetehom«me seroitt mon' Gl , l ] S'aG 'P'
entralement par ant, à Paris
, vous treAvères- de- la franchise 3c di
l'amitié dans les Bourgeois; mais, il
ne faut point le tâtersursa bourse :Une
froideur subite & l'éloignement succéderont
aux marques d'affection que
vous en aurezreçu : Le Bourgeois
alors, se fait de vous fuit,un principedeSagesse
& d'habileré ;il se
croiroit votre dupe,s'il vous avoit obligé.
-e connois unhomme qui avoit été
long-temsen commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ûc un jour, un besoin
pressant de quelque somme d'argent;
Il écrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui,
quand il reçue la Lettre. Il luirépondit
qu'il lui etoitimpossible de lui faire
fe plaisir: Lorsque le Laquais fut parti:
Monsieur me demande de
l'argent àemprumer
,
medit-il : Malepeste,
qu'il est fin avec ses amiriez?
Mais,j'en sçai autant quelui. Monsieur,
répondis-je, il n'y a pas grande finesse
à avoir besoin d'argent & à en demander
à ses amis: Bon!ses Amis,reprit-il,
il en a cinquante comme moi; mais, il
n'aura garde de leur proposer la chose ilsçaitbienqu'iln'y auroitrienàfaire ,
<<kil m'a- cru plus sot qu'un autre;
peut-e"-tre pl,us gé1né1reux d" ,répondis- je :
Il n'y a plus que les Bêtes qui le sont,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoises
; car, vous avez sans doute.
plus d'envie de connoîrre les petfaiuiesde
vôtre Sexe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que le hazard
danscette Relation
,
je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce qup
j'aurois pu vous dire ailleurs.
C'est qu'ilyadifférentes BourgeoiiÏes:
Le Commerce par exemple, est
-un nêtier qui fait uneespéce de Bourgeoise;
La Pratiquefait une autre cC
péce, & dans ces deux espéces-là,il
y a encore unedifférence du plus au
moins.
-
Je fuis tenté de vous dire, que pour
l'ordinaire
,
les Bourgeoises Marchandes
sont de grossès personnes bien
nourries : Vous en trouvez de fort
brusques qui vous querellent presque
au premier Jignr;:: de difficulté que vous
faites. Vous en trouvez d'affables;
mais
,
d'une affabilité vive & bruyante.
Rien îreft épargne pour vous faire plaisir:
On devine ce qui vous plaît : Faites
un geÎ\e cie jete
, toute la Boutique
eix
est en mouvement : Cet empressement
d'actionsestentremêlé, comme je vous
l'ai dit
,
d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés.
Un jour, un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris, entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour achéter quelque chose de
considérable. D'abord, salut gracieux
, étalage empressé; la marchandise
ne lui plaisoit pas, il mâchoit im
refus de la prendre & n'osoit le pro
noncer. La reconnoissance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il hésitoit,
,
plus la Marchande chargeoitsonhomme
de nouveaux motifs de recomoissance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine & de n'avoir pas la force
d'être ingrat, il se léve & tire sa Bourse;
tenez, Madame
,
lui dit-il, vôtre
marchandise ne me convient pas&je
n'ai nulle envie de la prendre; vous
m'avez accabléd'hônêteté&j'en enrage
: Je n'ai pas le front de sortir sans
acherer. Voilà ma Bourse, je vous laisse
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce discours ne démonta pas
la Marchande
: Il crût, le pauvie Komme,
avoir trouvé le secret de se tirer
d'affaire avec Honneur: Ce que veu
me dites, est trop obligeant
,
lui ditelle
; je n'ai pastecoeur
elle moins boa ; * que vous, Monsieur
,
ôcje ne puis répondre.
mieux à la bonté du vôtres
qu'en vous vendant raa marchandise
J'en sçai la valeur & vous feriez afIù-,
rément trompé ailleurs; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La-dessus,elle ouvrit la Bourse,
en prit ce qu'il lui falloir, fit couper la
marchandise & la livraànôtre Provincial
de qui cette action avoir diffi.
péla honte; mais il n'étoitplustems
d'être «courageux.
Vous me direz la-dessus,que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profirer de la bèiife de l'autre
avec autant d'esprit mais, vous serez
biensurprise quand je vous dira qu'-
elle en avoir fort peu; quoiqu'il y ût
bien de la finesse dans sa réplique.
ilya dans lecommerce à Paris,un
certain, esprit de pratique parmi les
Marchands:Rien n'estplus adroit,
plus souple, plus spirituel que leur
façon d'offrir à qui vienr achéter. Vous
wcoycz que cette souplesseveutréelle4tîent.
de.'[prit & qu'elle êlt mieux
Óü moins bien pratiquée, par ceux ou
celles qui ont Plus-Ou moins d'esprit.
point du tout : Cette souplesse
, cet
Arcde captiver la bien-veillance,d'emfcarafler
la reconnoissance, n'est qu'un
métier qui s'apprend, comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier:Les plus
spirituels ne sontpas les plus parfaits
Dans cet Art, un Garçon de Boutique
épais & pesant d'intelled
-, y fera le
plus habile.
Il me vient unepenséeassezplaisante
sur le babil obligeant des marchands
dont j'ay parlé: Je les compare aux Chirurgiens
gui,avant de vous percer la
veine,passent longtems la main sur vôtre
bras pour l'endormir:Les Marchandes,
pour tirerl'argent de vôtre bourse,
endorment aussi vôtre interest à force
d'empressemens 82 de discours; &
quand lebras est en état
, je veux
dire, quand elles ont tourné vostre esprit
à leur profit, le coup de lancette
vient ensuite, elles disposent de vostre
volonté, elles coupent ,
elles tran
chent ,
elles vous arrachent vôtre argent.,&
vousne vous sentezblessé que
quand la saignée est faite.
La Boutique de ces Marchandesest
un vray.coupe-gorge pour lesbonnes
gens qui n'ontpasla force de dire non.
Elles vous belle & jeune? Elles vous cajulerl:
sur vos appas en déployant leurs
marchandises : Ces complimens ne font
point étrangers à la vente ; on droitqu'-
ils font partie de la marchandise R'&me.
Vous estescajollé, vousécoutez ,vous
leurs en sçavez gré, vous vous prévenez
pour elles, tout cela, sans que
vous vous en apperceviez. Estes vous
vieux ou vieille: Elles ont des recettes
de surprisespourtoutâge.Estes vous
jeune homme?Elles sont en sorte qu'un
peu de- galanterie vous amuse;pendant
lequel temps la boursese délie & l'argent
eH: jette sur la table, tout en badinant.
Vous me demanderez peut-estre,
Madame, si la bonne-foy regae dans la
boutique des Marchands.
Si vous entendez par cette bonne-foy
une exactitude de conscience sans détour,
en un mot cette bonne-foy prescrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en sçai
rien: En revanche
, je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
qui dégagée de la séveritédu Précepte
, s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner sans violer
absolument la Religion.LeMarchand
partage le différent en deu: La Religion
veut uneregularitéabsoluë
,
l'Avidité
veut un gain hors de tout scrupule.
On est Chrétien,mais.- onest Marchand
-fCe sont deuxcontraires
,
c'est
le froid & le chaud, il faut vivfe,
se sauver : Que fait-on? On cherche ua
tempérament : Comme Chrêtien je
m'abstiendrai d'un gain exorbitant,
comme Marchand, je le ferai raisonna-
-
ble:Lemalheurest que een'est. prefqùb
jamais le Chrêtien
j
mais bien le Marchand
quifixe ce raisonnable.
-Ce discours sur le Commerce commence
a m'ennuyer:Changeonsde sujet
sanschanger d'objer.Tous les plaisirs,
tous les délices de la viesontàParis
tellement à portée de celuiquiles , peut
prendre, qu'il faut esrte d'un tempérament
bien insensible pour ne point
abuser de la possîbilité delesgoûter.Les
riches Marchands ici ne s'en refusent
gueres. Il est surtout unagrémentfort
goûté du Bourgeoisopulent, c'est ne
vous en déplaise,Madama,l'agrément
d'aimer unepersonnequi n'estpointleur
femme, mais qui les traire avec autantde
bonté que leurs Epouses mêmes.
A propos de ces femmes si bonnes,
puisquej'en suis à elles : Détaillons un
peu les dmerens degrez de bontéque
comprend le métier de femme obligeante.
Paris, Madame
,
est aujourd'huirempli
de femmes excessivement bonnes,
dont la charité ne fait acception de per-
, sonne Cette fortedefemme pofTëdè*
se degré de bonté le plus éminent. Il
yena d'autres d'une charitéplus inférieure
, & que j'appellerai, pour quitter
lfealanigatgee fsigu.re, des Coquettespar-
- Ce sont de ces femmes qui n'assichent
point, pour ainsi dire, l'excés dô:
leur coquetterie, quinela promenent
pas dans les ruës nvvs qui, sans beaucoup
de façon,la monrenttoute entiereàceux
à qui le hazard la fait deviner.
Ilyena d'une autre especeencore,
qui sont celles à qui les Bourgeois donnent
volontiers le superflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles sont
sans doute les plus honorables. & le
défaut qui setrouve dans leurconduite,
est à present, parmi la plupart des femmes,
un si petit objet,que depuis le peuple
jusqu'aux femmes de qualité,tout
s'en mêle & personne n'en rougit.
Je me trouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles personnes de
la Ville; je m'approchai d'elle dans le
desseinde la féliciterde ses appas iclic
me recût honnêtement:, mais elle avoit
des distractions qui me sembloientestre
de commande:J'apperçû. dans un coin
un homme de cinquante ans & en rabat-,
il fronçoit le sourcil Se jettoit de
nôtre côté de noirs regards quifignifioient
méchante humeur.
Un de mes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduire*lc ceux
qui composoient la compagnie,vint me
tirer pit la manche & m'arrachad'auprès
le ma t>el!e, fous pretexte de me
dire quelque chose: Vous ne sçavez pas,
me dit-il,que vous causiez de l'inquiétude
à deux personnes, à la Demoiselle
à qui vous partiez ôe à celui que vous
voyez dans le coin, ajouta-t-il, en me
montrant mon homme à rabat: En-ce
son Mari,répondis-ie ? Nonc'est apparemment
son Pere
,
repris le;cc n'est ni
l'un ni l'autre, me dit-il ; mais , c'est
un Ami
,
cest un brutal dont elle a- bcsoin.
Mademoiselle de.n'a pas de
bien&elle est oblige d'avoir des rmmagemens
pour cet hommelà qui luy
fait plaisir.
j'entens, répondis-je -- Elle fait avec
luy un troc de ce qu'ellea, contre ce
lui luy manque & qu'il-possede;mais,
-"cwmmcnc n'a-t-elle pas honte de se
montrer en si bonne compagnie? Puis-
:-que. l'on sçait lesecretde son petit ménage
& comment celles qui sont ici,
,-fi)nr-nCs aussi peu de difficulté de la
'jvoir?VQUS vous moquez, me dit-il:
Si une si petite bagarelle deshonoroit îln'y auroit pas une femme ici qu'on ne dû.tfui'On vità presentplus aisément
.dans le Mondeviarareté dp l'argent
a diminue les scrupules de sagesse qui
tcûoLenc parmi le sexe; les femrmes
entr'elles se sont confidence de leurs
intrigues;elles n'ont plus rienà sereprocher
après : Seconserverun Amant
utile,est prudence.Une femme regarde
mêmecome un bienfait, l'amour qu'un
.homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je
,
l'h&nnem.
Bon l'honneur! Me dit-il,enm'interrompant
: Sçavez-vousbience quec'est
que l'honneur dans la plupart des femmes
:Vous imaginez-vous que ce soit
vertu de sentiment ? Non ; c'est un respect
pour l'opinion publique. Le Public
à present, n'est plus scandalise des complaisancesd'une
femme pour un homme
utile. Adieu l'honneur
,
les femmes seront
tout aussilibertines qu'on voudra:
Otez le scandaleil n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne sçai plus où j'en suis; je parloir
des Bourgeoises ou des Marchandes.
Disons encore un mot sur ces' dernieres.
Le Comptoir estune place d'une dangereuse
consequence pour un mari,
quand sa femme est belle &qu'elle l'occupe
, les regards des curieux qui la
contemplent
,
donnent aux siens une
hardie(Te qui desyeux, pasTe dans le
discours & du discours dans les actions.
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui !.t,regardent, répond aisément
à ceux qui luy parlent.
Les Marchandes à Paris,peuvent au
comptoir avoir impunément auprès
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence.
S'il estoit possîble que la coquetterie
se perdit parmi lesfemmts
, on laretrouveroit
chez les filles des Marchan--
des : Je ne c.o:s pas- qu'on soit obligé de
l'y aller chercher; les Bourgeoises. de
toute espèce en ont bonne provision.
Par exemple, quelle conduire croyez
vous qu'observent {bayent les Moitiés
des gens de Palais?Leurs maris accoutumez
à chicaner, chicanent toujourssur
lesajustemens qu'ellesdemandent: En
attendant que-le Proces se vuide:, on
achete toujours les ajustemens en question;
mais,avec quoy, me direz-vous
voilà l'affaire , , ne la comprenez- vous
pas - Aussi. de quoy s'avise un mari d'obliger
saàporter des ajustemens
qu'il ne pave point, La paÛÎjitlaplus dominante des Bourgeoises,
c'est la vanité: Elle est: la tige
de tous les autres menus défauts .qu'elles
contractent. Sans la -vanité elles
n'aimeroient pasla bonnechere; sans la
vvaanniittéé,,eelllleess ne feroient point aavviiddeess de
plaisirs.
La vûë d'une Bourgeoisëmagnifiqquuee,,
qquuooiiqquuee r~-aglaalnatnete)vatrrrÍiooim-npplhieèrrddee
la vertu de cinquante de ses semblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
plus certaine qu'elles voudroient estre
àsa place,c'est le mépris qu'elles témoigneront
pour elle.
Parmi les Bourgeoises, la médisance
n'eil: qu'une expression de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'esprit desBourgeoises
c'estlefastecontinuel qui s'offre à leurs,
yeux: Chaque carosse que rencontre en
chemin une femme à pied,porte en son
cerveau une illiprrflontle douleur& de
plaifii", de douleur,en se voyantàpied,
de plaisir
, en se figurant celui qu'elle
aurait, si elle possèdoit une pareille
voiture : Le moyen q.:e le cerveau
¡¡l\:n femme soûtienne tant d'impressions
sans se déranger,
Après avoir donné, dans les Mercures
précedens
,
plusieurs Extraits des
Mémoires -du Cardinal de Rets qui ont
esté favorablement reçu du Public;
je fuis persuadé que ce même Public
me fçaura gré de luy faire connoistre
ce grand homme plusparticulièrement,
en luy presentantsonPomair. Ses
moeurs, son efJr.i.t
,
efsralems^ fesdésauts
mêmes y sont si bien peints,
qu'on feroit tenté de soupçonner qu'il
enestl'Auteur.
-
CARACTERE LV CARDINALE RETZ.
Aul de (jondyCardinaldeRetZj,
efl néavec beaucoupd'esprit&de
courage; il avoït une mémÕJre extraordinaire
s plus de force que de politesse
4ansses paroles, lhumeur douce ,unt admirable
doalttéàsouffrir Usplaintes &
les reproches de ses amis, peu de pieté
& beaucoup de Religion. Il paroiji plus
ambitieux qu'il né l'est en eJjèt; la vanité:
eule luj afaitentreprendre degrandes
choses presque toutes opposées a sa
profcjfton yil a fufcitéles plusgrands défordres
de l'Etat : Ce n'eflpascependant
qu'il aitfongé a occuper la place dû Cardinal
Ma'tarin; ilprétendoit feulement
luy paroifire redoutable &sevengerdu
mépris que Maz^arin avoit fait de-son -
enrremife dans le temps des barricàdes. Il
s',11 servi enfuite des malheurs.publics
avec beaucoup d'ùttl-té pour"sefaire Cardtnal
, riafoujfertlaprifon aveifcr;u-:fZ
d A 'lb -' 7"r;adû ira liberté'prer.sonne qnafarj,oar-
,dieJfe. Le pareeautant îw lafcrccVont
soûtenu
fotttenu avecgloire dans l'obscuritéd'une
retraite de jix années. Il n'a voulu se
démettred? [en .Arch!vêché de Paris
qu'après la mort du Cardtnal Afa&artn.
Il eji entré dans divers Conclaves &
sa conduitej a toujoursaugmentéfa réputation:
Uoifivetéejisapentenaturelle*
Il travaifle néanmoins dans ies grandes
Itjfaires, comme s"il ne pouvoitsouffrir
le repos, & il se repose quand ellesfine
finies, comme s'tl ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence.dfefprit.
Il ffdit tellement tourner À JOli
avantage les occafons que la fortune
lui présente, qu'il semble qu'il les ait
prévues ou défrées. Il aime a conter
ce qu'il a vu çjr souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
lut fournit. Il eflpeu fenfbleala haine
C7' à l'amitié
,
bien qu'il ait paru occupé
de ['unI & de l'autre. Il sçait donner
fin beaujourafes défauts 0 souvent
il croit êtretelquil veut aux
autres. Ila plus empruntédeses amu
qu'un particulier ne devoU espés er 4:
leur pouvoir rendre: Il ;'tfl nfan-moins
Acquitté envers eux avec beaucoup de
jujtice &defidélité. Saretrait- cfi la
plus éclatante A2t<n de sa vie. Ilse
démet gentreufement de siDignité de
Cardinal
>
ilpartage ce oui lui rejlc de
hiens àsesAmis) a [es Domcfliqucsçjaux
PaIttTCS ; mais , eyi renon çant a
tout, il demeure encore exposéàla malignite
des jugement du monde cr il
laisse en doute,si c'est la Put/, eu la
foiblesse humaine qui lui a fait entreprendre
CR exécuter un si grand deffcin.
PORTRAITDE CLIMENE.
ODE ANACREONTIgVE,
PARM. DE MARIVAUX.
7 LLf¡a: foÎ,i't nUit, quandJsar :!1 ,c;1e ll" at:r,able
Climéne
Je voulupeindre un foir te/prit & les
appasI
Vains efforts
, peur prixde via peine J lt j~yj,?-o 1 Je1tvtlours (7 ne la peignas
pas.
Apollonvint a moi; ce Dieu par [4,
présence
fritbrillerunéclat dans les l.tI/x d'àlenteur
1
fins beau que neflïJat du jour.
Foible Afortel
,
dit-il5 connois ton ira- rr Le Portrait de Climrne cjl/'ouvrage
desDieux:
Le foin de le tracer eji un foin digne
d'eux.
ui ces mots, Apollon le commençoit luimêilme
kand l'A'f,iouràl'infant ,
parût &
Vint à nous:
Cet air Ji charmant cr si doux
Jjïttibrille dans sesyeux auprès de ce
qu'il aime , Eflott bannipar le courroux.
CeJfezjydït-il, ctjîe à'cxc.îcr -". coL )} !,.,"-1' t - , 'j' Apollon, .-..J L" (" l ! (/; ¿ f t: , qu'ttsz, Ii'; âefcr-t ?/?/- fi<, V "'j"I1I.,,} 101.:,;, {:.. ¿"'I"
raire : Le Portrait de Cliuicvecll'o^vraO^s JdesDieux
, Dites-vous; mais
,
¡,)-vil., ".:.J,;,"je, fa,JiI.s.) encore "fI L. tC
dessus a-J./eulx;J"c.w, Etfide ce Jforte!Centreprife fut va';:;,
Sçachez,, quand vous voulez, peindre
Clnncy.e,
J^u'ilestautant de dijrance entre nous, 6)u'fl. ILl' ~-c ;~j jQjfr e-i estd'unAfortel avrus.
Ce dijeours narien qui mé:o;-r,:e,
Dit Apollc:i, au Dieu desc^urs5
L'Amour e) jeune, on luipar,ionns
iYunpeude vanitélesifateufes douceurs.
J'aime a voir un débat que Chméne A faitnaître; Sansypenfer, Ici nousfaijbns son Portratt
Et plus noble dl' plus grandquenous ne
l'ciif(sfiioncf.¡a: it.
O.i ! Ce débat fera connoître
Ca/id'ten , nous {('(fimoils tous deuxi
Et le fpettacle de deux Dieux,
Jdoax de peindre une Mortelle,
Ej; un Eloge du modéle
jQut le met presque au-dessus d'eux.
EPITRE
Aux Muses.
FIHts du Ctei
3
scavantes immo
telles,
yom qui donnâ les poétiques Aisles"
Pour s'eleversur ce Mont redouté,
Des beaux Esprits feulement habité :
Mufes
,
pour vous un Inconnu soupire
Et par ces vers cze, enfin vous l'ecrire.
JVuoy ? Dire{vous, quel eji cet insensè
Jihti nous aprend que nous l'avons bltjJ'n
Pour Héltcon quelle nouvelle ^loîrt !
Nousignorons une telle v.uJ¡re :
Cs vers nous font inconnus comme lui.
Ille sçanbien,maisenf.-iauj^wuhuj, S'tlfait l'aveu de fin sen t'm/','{ï
, 7,fv.es, doit-ilpource!s.v0«;d.epla:re~i
Il a longtemps combattu Ion amour.
A)[c's d'Auteurssans lui, vous font L:
Cvur , .Aff.'zauffi ne vous ccnnoiffent guère.
De ces derniers d veut star la baniere
3 Puis qu'il n'a pû s'empéeloer de rmer.
Pardonnerai, daig?!etmême l'aimer:
Vohs trouverez,,peut-être
,
fo;t genie
Quelquepeupropreauxfaveursd'tirante.
Connoijfrz, le, son nom e/t Qo.u.i ,f'{"" , A, T7' 1 « rime afe-, à vôtre fis XAaro*,
Bon pré, âge.Sa fortune cji'petrte,
C'efïunmojen pour avoirJxmérite
.J'!prés de vou'- Ou du n,'o!;z) vor,tfatut!
jtYr-j-fnt Centrée au TempledePlutus
Ert Jje'sp.ireHts inj{lr]u..its a,Avotre 'cEole.,
;,.¡'n' J l <,., r N'omd-l.:tr visencerf(é'; sÎo. n I1d.1ol1e". Im::- pisy t.int-miettx,Je!cn que l'agrérez*
T, -: vôrre cour, ou lerebuterez,.
JiPujnt an J-uivorr, ma"roy
,
Cefi peu de
doje ;
/.> «' U'pend J î:'.ur:nu'ei7;H;,':"t-:-'^:o'r:p;K'io::"e;.,
Jguil ne vu onc livregrec nilatiH
jftfarot,dit-on
,
avoit même disette
Et cependant iffutvotreJnterprett,e
Jïialherbe attjfi , ; mais,cen'efl pas nez, titre
Pourle Clientqui vous faitcette Epi--
tre:
Trop bien le voit. Il est honny de tous,
Point de latin, point d'esprit parmy
nous.
Surson exempleilpourrait bien le crairf:
jMaisachevons. Une heureuse Mémoire
fait qu'on le voit toujours un livre en
main.
.Moye;) peu sur pour faire fan chemin
, JJijènt les sots ; mais la Philofophte
Coutreux & l'or, soutient affc^favte»
Il a du gout potir ces fameux Auteurs ;dans ce siecle, ont tant de deserteurs.
Boileau,Racine,héritiers de leur Lyre,
Lui font souvent gomerun beau délire j
Et la Bruyère assis A vos cope','
Rend son Esprit souple aux MoraliteZJ.
En lesUsant il fûtfaire sa course;
sciais,deiEfpritinépuisablesource :
JLfufes,toujours objet deses délices
y Agec bonté recevez ses services.
ZU voila peintsans en êtrefâché«.
.f2.!!,'; que lui même il ne foit qa-tbauché
:
Dans le dessein de vous être fidele
II attend font de vous Ó. de'fan z,eU^
LANAISSAN CE D'IRIS
EPIGRAMME
PAR M. DE MO-NCIl1P.
v Emu un jourufanî du droit de
Mire)
Contrefonfils se mit en grand couroux t
OU) ydit le Dieu eh bien * je wfMvais
faire
Une Beauté plus aimableque vous. or, admiresjusqu'oùfutsa rancune;
Voila d'abord lepetit traître .A.Dur'
A- rassembler les trois Graces en une
Ce fut aiftji qu'Iris reçut le jour.
EPITRE EN VERS SEMES*
JIA Il M.
A M.DE PALAPRAT. vOus venez de vous [mpflcrr dans
les Vers que ^eus avez fait pour
Madame la Marcchalle de * il n'appartient qu'à vous d'écrire en
moins de 24 heures , tant & de si
belles choses.
Il faut que du MontAUX deux Cimes,
Le Dieu des vers ait à grands Flots
Verféfurvous ces toursnouveaux
Et ce débordement de Rimes,
Ou vous ffCiVls joindre à propos
Les traits badins, aux tons sublimes?
Le haut-bois, a nos chalumeaux.
D'une veine bien moins rapide
Dans Rome chantoit autrefois,
Le galant & célèbre Ouide ;
Jguand Phecbus lui prctoit sa voix.
Je ne sçai de quelle maniéré Monsieur
ic Madame la Marechalle réCpan",
dront à vôtre Epitre, mais je sçai bien
qu'ils en paroissent desarmés. ?
-ui mojs'adresse l'Apoflille '.<
D'un efcrtt plein dyenchantements
,
.f2.!!; de graces &d'agréments
Dans chacun de vos vers psttlle,
Et dont chaque page fourmille;
Ou, par des termes féduifans, ç
V7.1"o4 tre mat;i pro_dJ'!;tv li''cnccvs
f,
,D'une façon noble <jrgentilley
Maisjqui tourne la tête auxgens.
J'enferois des remerciments -
Car. ma Mufe par -foisbahdie,
-Mais l'éclat dont la votre brille,
Ces attraits e!;. ces ornements
D'ont Phoebus la pare & L'habille,
Etonne mes acpords tremblants ,
JEt je rentre dans ma coquille :
Je pourrois faire de ces vers
Où la rimemétamorphose
Tant bien que mal, la ftmple Prose
7
-
Comme Jadts faisoit Nevers y
Mais,je tiens qu'il vaut mieux mt taire3
jf>ue de tomber dans cet abus;
Car rimer n'efl pas mon dftire.
A moins que ie fils de Vénus,
Tour une Deité plus belle que sa Mere-y
Ne m'inspire l'ardeur d'en faire.
Alors,sansattendrePhoelrtiS,
On m'entend d'un air téméraire
Chanter ËartGlllie nom de Clairefous
les auspices de' Baccus.
A propos Seigneur Palaprat,vpiîà jus*-
temêt celle qui me tient au coeur depuis
un tems infini, &qui n'a pas daigné
jusques à présent accorder,pour la valeur
d'une épingle derécampense,ama
fidélité Il me semble que vous lui
promettes monts & merveilles du côté
du Parnasse, en cas qu'elle me soit savorable
, & que vous là menacés de
vôtre indignation, en cas d'inhumanité.
Cependant, toute insensible que
je la trouve , je vous prie de lui faire
grace , car entre nous, ce n'est pas sa
faute.
N'allés donc pas d'an vers Tambe,
Pour me venger de ses reuts
La traiter comme Archilocus
Traita [on Beau-pere Lycambe,
Qu'il mit au nombre des fendus.
Je ne fçaurwis me plaindre d'elle,
Eh ! Comment parois-je a ses yeux;
C'est en vain qu'un Amant fidelle
,
pour toucher le c(&ur dlune Belle,
S'exprime en tours ingenieu.'l:
Toue n'ca que baoattelle. - cela n'eq J
Un pei-i- de jetmeffe vaut mielliC,
EttoutSoupirant,s'ilest vieux,
Fourplaire cft un méchantAioâelU,
EPITRE
DEMADAMEDE.
A MADAME LA COMTESSED •
QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS. v Ous voulCZoJ, dites vous, mepreter
notre Bain
Et mtmc le secours d. votre billemain :
T):eux! 9nel nouveauSpectacle on verraitsurmes
traces , Eff.lir. d'Amoursyvolerait :
/Ojioi, Vénus quefervent les Grâces,
Venus mê,nt me serviroit !
YAL,r:j,.ï. 1 - 1 ,duÏTOIKS on le croiroit Etla Déefft de , Cit1)ere
D( cette erreur shonorerait,
Ou s'en meltroit fort en coler.? ;
Ce qui pour votre gloire au même ~J
viendrait:
Adais le cas estdouteux elh selivreroit
A lajalonfie i?nplu. a iele,
Ettantde maldevots dtroit, -c-etteunique preuve onvous (roi- 1 raitai.m*t/1e.
Sa Cour alors défertereit
Dieux & Aforttls , tout voussuivrois.
Jadis, quand rebelle a sa A-fére,
Cupidon pOllrJlftchéconftamentfotÎptroit,
Je gagequePaphos étottmoins folttaire:
.9,-Ultnt a préjent
, en [fait que Mars
n'y reste guère;
Et vous mé diriez, bien où l'on le trosivéroit.
Si,pourvous dilpstterune ViHoire fure
9 Vénus joignait -";Jés .rppas
Tous les fecom-j que Art accorde a LA
N.itare Belle , Cmteffe,sans parure
Vous roexg 'l'UJ:J bien-tôt & Junon &
Pâlia
L'Artprés devous ne trouve rien *
faire
, En bonnet enfantinparZéphire arrllntl,
En Robe volante & légére
, , Le prix de 1.1 bewté-eousJcroitadjuge:
Vous n'avez, pas btjotn de *Ceinture
rour plaire.
MAîsje n'y forge pas ,je prédisle passI,
Jeparoitra'(ans dente tir. c plaijante Fie ,
Je parle de détruireun Trônerenversé,
La Ceinture de Venus croit un
charmelouverain. 0.



^uipourvousnefiplusqu'untrophée:
Venus vitsagloire étouffée
, Aupremier traitque vos yeux ont Idnc?. , nE-j- ANCIENS SlEGES DE BELGRADE.
BELGRADE ou Albe-grecque
Ville de Servie,Capitale de la Rai:
cie.&: non de la Hongrie
,
est bâtie sur
le Commet d'une Coline, au confluant
de la Save avec le Danube: Elle est la
résidence d'un Sangiac.Cette Place
importante appartenoit aux Despottes
de Servie, quicraignans de ne pouvoir
la conserver contre la puissance formidable
des Ottomans, la vendirent à
l'infotuné Sigismond Empereur&:Roy
de Hongrie,qui,n'oublia rien pour
la bien fortifier. Amurath II. t'afsiegea
inutilement en 1442. -, & quoique
avec des pieces de 100 livres de balles ilûtfait une large brèche, ilfut obligé
de lever honteusemenr le Siège avec
une pertetrèsconsidérable. Mahomet
II. son fils s'en liraencore plusmalheuruiemerr.
-, car, ayantasîse.^-cette Place
en 1456 & couvert le Danube de
plus de 200 Voiles, le fameux Jean
Corvin Huniades, Vaivode de Transilvanie
& Gouverneur de la Hongrie,
contraignit cette nombreuse Flotte à (è
retirer, à laquelle Mahomet fit mettre le feu, craignant que lesChrétiens en
la poursuivant ne s'en saisissent. Malgré
cet Echec ,ce Sultan battoit la Ville en
brêche&l'élargit si fonll que les Trouves
qu'il envoya à l'aHaut
, entrèrent
tans presque aucune résistance dans la
Place où Huniades s'estoitjetté. Lorsqu'il
parut àce Grand Capitaine qu'il
estoitàpropos de les charger , le Gouverneur&
Jean de Capifi:ré!Jl!Codelier
à la tête d'une partie de laGarnison,son.
dirent sib-ruifquel-peiitsur les Infidèles,
qu'ils lestaillèrenten pièces. D'un autre
côté Huniades ayant couru à la occihe,
repoussa & renversa les Ennemis s'efforçoient d'entrer. Jean de Capistran
non contentdu premier avantage
,
les étantforti par une porte avec tous
Soldats de laGarnison& tous les
Habitans,massacra tout ce qui osas'opposer
à son courage, s'empara de l'artilerie
du Turc,là fit tourner contre lesMusulmans&soutint avec uneintrépiditéqui
tenoit du prodige,unMonde
d'Ennemis qui vinrent fondre iuc
luy. Il aurait cependant succombé,malgré
le miracle, il Huniades n'avoir fait
avancer la plus grande partie de l'Ar.
jnée Hongroise,qui par bonheur voloit
au secours deBelgrade &avoit déjà
pasle le Danube. c Mahomet perdit
50000 Hommes dans cette journée &
leva le Siège lanuit suivante, après
y avoir û un oeilcrevé d'un coup de
flêche:Le braveHuniadesmourut deux
jours après de ses blessures.
Comme la défense & la conservation
decetteplace futattribuéeàla vaelrr
&: aux priétes de Capistrane,enyoyé par
le Pape en Hongrie, pouranitnerles
Peuples à prendre les armes contre les
Ennemis du Nom Chrétien
,
les Peuples
Purent du depuis dans une extréme
vénération
,IL comme
l'Ange exterminateur des Infidèles:
Aussi. fut-ilbéarifié dans le 16eSiécle
,
par Leon X. & canonisé par le Pape
AlexandreV III. en 1590. Je dirai en
panant, que ce nouveau Saint est tellement
honoré à Vienne,que le 24 Juillet
de cette année, l'Imperatrice se
«endit avec les Archiduchesses à i'EJ!
glise de Saint Jérômedes Peres Cocdeliers,
cùelleassistaà la Neuvaine qui
s'y est faite en l'honneur de ce Bienheureux
Prorecteur, \pour demander
par son intercession, la Bénédiction de
Dieu sur les Armes Impériales & un
heureux succés du Siège de Belgrade.
Leurs Voeux ontesté exauce.
Soliman11. l'ayant assiegé en Ip.t,
durant les troubles dont la Hongrie
estoit agirée, l'emporra par la mesintelligence
des Chrétiens ; Les Turcsen
lesterentles Maîtresjusqu'en 1688,que
les Impeiiauxle prirent sous la conduite
de Maximilien Marie Eleveur de
Baviere, qui commandoit pour lors
l'Arméedel'Empereur Leopold.
La Tranchée fut ouverte la nuit du
12 au 13 d'Aoust. Le hxdu mois fl-livant,
S. A. E. fit donner l'assaut à neuf
heures du matin:Le combat dura jus-
.qu'à une heure après midi, avant que
les Chrétiens pussent se loger sur la
hauteur de la bréche
,
ayant été repoussé
troisfois parles Infidéles.
Après s'en être empare au quatrième
aflaur ils trouvérent encore un sossé
très profond & revêtu. Cependant.
ils furent tellement encourage pal:
l'exemple de l'Electeurquiy descendit
des premiers, l'épée à la main,qu'ils
contraignirent les Ottomans à se sauver
en confusion dans le Château Se
dans la Ville haute,011 ils les pourfuiviren:,&
entrèrent pèle-mêle avec eux.
Tçmre la Garnison & tous les Habitans
furent pafré.111 fil de t'pée, sans épargner
les femmes ni lesenfans Le carnage
dura jusqua 5 heures du loir. On ne
fit quartier qu'à 1300 Tares retirés sur
le Donjon du Château
,
qui avoient
fait ranger devant eux sur trois lignes,
tous les Chrêtiens Esclaves & les Prisonniers
qu'ils avoient fait durant le
Siége ; afin desemettre à couvert de
la fureur des Vainqueurs & d'obtenir
-
quartier par leur moyen. Ils se jettérent
d'abord à terre en criant
miséricorde. L'Electeur leur donna généreufement
la vie, l'ayant accordée
auparavant au Bâchaia. l"Ag1 des
Janissaires qu'ilfit lui même Prisonniers.
CePrince fut blessélégèrement
d'une pierreâ la jolie & d'une fléche
à la main pendant qu'il animoir les
Soldats à la Brèche où il monta le
premier. Il y avoit dans la Place 7à8
milie corps mons de forte queles E11-
voyez de la Porte y étant arrivé,
avant qu'on ût jetté ces Cadavres dansle
Danube, ils demeurerent consternés
à ce spectacleaffeevix.iesChrétiens
perdirent à cet Assaut plus de 150©
hommes,avec plusieurs braves Ossi
, ciers & un grand nombre de Volontai
res deDiftinétion. On trouva quantité
de Munitions, 70 Pièces de Canon&
plusieurs Mortiers. Les Soldats s'y enrichirent
presque tous, a yant découvert
en diversendroits les meillcursfeffcts
des Turcs & surtout,un Trésorconfidérable
qui,appartenoit aux Juifs. Le
Comte Guy de Staremberg fut mis
èans la Place pour, y commander.
En 1690, Belgrade fut repris pat
l'Armée du Grand Seigneur, commandée
par le Grand Visir qui investit cette
Place le premier Octobre.La Garnïson
nombreuse&composée de vieilles
Troupes Impériales, paroissoit disposée
à une vigoureuse deffense. Elle
étoit commandée en Chef par le Duc
Charles Eugène de Croy Général de
Réputation, lequel nonobllant son
grand âge,avoir û ordre de s'y jettera
C'estce qu il exécuta le 8 OetobtC.
Le même jour de son-arrivée à quatse
heures du loir, une Bombe des Tunes
étant tombée fortuitement sur la
grande Tour ,
elle mir lefeu aux poudres
& sit sauter cette Tour en l'air avec
une partie de la Courtine & les Canons
qui croient deflus} ce qui Se une
bréche si spacieuse que les Infidèles
'P_ouvoienty entrer en Escadrons. Les
Troupes -qui, croient au Corps de
Garde voisin&celles qui les relevoient,
surentlaplupartentevelies fms les
ruines.Plus de mille Soldats qui étoient
dansla Place d'Armes
,
surent tue ou
bîelTé. Le Duc de Croy 5: le Comte
d'Apremont se sanvérent avec beaucoup
de risque par Les flhres dans
la rue. Eedite, quelque foin qu'onapportât
pour empêcher que le sèu ne {e,
communiquât aux autres Magasins de
poudre,ils furent embrazé
,
& siutérent
demême que le premier.
L'Incendie -eÍ\:.lnt devenue bientôtgénérale
& épouvenrable, le désordre
augmenta encore,parceque la fu-,
mée estoit si épaisse que l'on ne pouvoit
plus se reconnoistre pour donner les
ordres nécessaires
, afin de s'opposér
aux Ennemis: Ainsi, les Turcs prosîrans
de la confusion extrême dans laquelle
les Généraux, les Soldats &les Habitans
se crouvoient, entrèrent sans aueunc
oppofîrion, Toute la Garnison
£cmpofée de plus de 6000 Hommes,
fut taillée en pièces
, excepte trois oa
400 qui se sauvérent dans des bateaux
ou à la nageavec le Duc de Croy, le
Comte d'Apremont, le Comte Architv
ptso & quelques autres Officiers qui se
retirerent àEsseck.
Cette Ville fut ralîîegée trois ans
après par l'Armée Impériale
,
sous
le Commandement dumeme Ëuc de
•Croyz Onouvrit la tranchée la nuit
du13 au 14d'Acuft;le10Septembre
fuivnjjt-, les Allemans, après
avoir û 8 ou 10000 Hommes de tués
oude blclics.^ fuient obligé de lever le Siège à l'approche de l'Armée Otromar-
e forte de plus de 100000Hommes.
Enfin lePrince Eugene vient de venperle
Sang Chrétien paruneVictoire
ccmp'etre qu'il a remportre le 16. Aoust
dernier & qui futsui vie le lenJemaiw
de ii Capitulation de ce rempart des
Insîdélcs.
Apres ce préliminaire lT/lorjque,
il est de notre devoir de reprendre lafaite
du Journal de Hongrie que nous avons
sousséjufquaii 6. d'AiJuj!L
DAns la Fabrique qui fut enlevée
le 4. du même mois,il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déferteursavoit aver-ti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
iz* pièces: Mais, l'avantage lt
plus considerable
,
c'est que t'en n'y a
pas perdu un seul homme:On y a con- struituneRedoute & l'on y a élevévin-
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons, pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
de la baffe Ville. On voir souvent des
signaux de [ufées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choses.
Les Turcs ont une Batterie au dehors
vis-à-vis le centre de nos rctranchemens
, qui nous maltraite fort & tuebeaucoup
d'hommes & de Chevaux-
Le Prince Eugene se'laffin-, de voir
qu'ils a'entreprçnoient rien,leuracLawne
un coup d'éperon : Il commanda le"
5.le Comte de Beuve Générald'Infanterie
, avec 8.Bataillons
, 10. Compagnies
de Grenadiers, 500. Carabiniers
& iioo. Chevaux,ponr occuper
les hauteurs vis-a-vis de l'ouvrage a
corne,&leur ôrer la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Savejusqu'au Danube ;
Ce qui ayant été exécuté; on a tiré
une parallele dela Save au Danube,
pour soutenir nos Travailleurs & em- pêcher les sorties de l'Ennemi:C'est
dans ce travail queM. leComted'ECtrades
a û la jambe emportée &unPage
de M.le Prince de Dombes,lepied.Le
Prince Emanuel de Savoyea été for.-
ce de se retirerà Petervaradin étant
tombédecheval: On avoit négligé
sa chute qui lui a causé divers accidents
, entre autres, un crachement de
sang& lasievre. La brèche ducôtéde
la Save est si grande,qu'il y a plus de6 jours que l'on auroit pu y passer à cheval,
cependant l'on ne sepresse point
^e s'yprésenter. Le Chevalier de l'AÏ..
sic,Françoiseest mort de maladie.
Le6.lesTurcs continuent de ca'*
oner avec surie la droite de nôtre
Camp , sans cependant y causer
beaucoup de desordres, depuis sur tout
qu'on a fait des Epaulemens & que lesTroupes Ce sont raproehées des ré-
-tranchesvens.L'o-n atrsnfporté leQuartier
général à l'aile gauche ou il est
plus en fûreré.
Le 7. on ût avi-s que les Jannissaires
s'ecoienc Soulevé de nouveaudans la
place, & avoient déclaré que sile G.
- Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inccflamment ,ils prendroient
le parti de capituler. On se rendit
maître la nuit du 7. au 8. d'une Mosquée
, entre le Camp & laVille, onen
a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prisonier par
un de nos Partis, assûra que le G. Vizir
avoic arrêté dans un Conseil, d'attaquer
nosrétranchemens avec toutes
ses forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fascines.
Le 9. l'Ennemiayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save, y dressa une nouvelle
batterie
,
afin de canoner plusfortement
la partie du Camp de nôtre aîle
droite.
Le 10. on perfectionna la coramu
nication de la Mosquée dont nous nous
étions emparéjusqu'àla Redoute située
derriere.
Le II. au soir 5. Bataillons, 6.Compagnies
de Grenadiers soutenus de350,.
Chevaux avec quelques pièces de Lanon,
fous les ordres du Général Comte
de Merci &du Prince de Lobcowitz,
ayant à leurtêtele Colonel Neubergh,
assaillirent le fort de l'HIe du petit Donawitz
vis-à-vis la forteresse:L'infanterie
forca en moins de-2 heures les 2.Recoures
situées à la droite & à la gauche
de l'embouchure de cette Riviere, &
la Cavalerie de son coté
, ayant mis
pied à terreenbottes& encuirasses ,
.emporta- un ouvrage à Etoile dans le
milieu. Les Infideles aunombre deplus
de 2000. hommes,furent contraintsde
gagner avec la derniere précipitation,
leurs fregattes&leurs Saicques : On en
tua ou poussa plus de 660, dans le
Danube, l'onfit 60. Prisoniers&l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avons eu dans
cette action qu'un Lieutenant tré, &
environ60. Soldats morts ou b'essés.
l'Armée des Infidéles fut renforcée ce
jour
jour là d'un Corpsde 26000. Tartares
que le Cham y amena.Le Comte clt
lReéTsaàI mourut le matin de ses bleffu- tes à SSeemmlliimm..
Le 12. on prit un Ingénieur des Turcs
qui mesuroit nos lignes : Par son raport
&celui de tous les Déserteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premier jour nos lignes Nous
pourons peut-être le prévenir, toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
& d'êtreexposées (ans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autre. Le13.onacommencé d'attaquer
-de nouveau la forteresse 8c nous avons
•pris poste dans le Fauxbourg, afind'être
plusàportée de la battre.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin sur un
Magazm de Poudre, de Bomkss
, & de Grenades qui étoient dans
le Château lrffet- en fut si terrible
,
quetoutsautaenl'air,pulvéirsa troB
Mosquées & acheva d'anéantir, pour -
Clinfi dire, le veste de labasse Viile
ecrasa , ou enleva plus de trois mille
Turcs &: renversa une partie de la rni-i
raille : Trois heures apréscet effrayant
ipe€tacle
,
l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
son Artillerie &s'étant avancée jusqu'à
laportée du fusil,de nos lignes., nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager;
mais leur Armée se contenta sur le soir
«l'yprendreposte.
-
Le 15. le feu continuel de leursBatteries
de Canon & de Mortiers défefpera
si fort nos Troupes, qu'elles
demandérent unaniment avec instance
de sortir des lignes, pourattaquer les
Infideles dans leurs retranchemensle
Prince Eugéne profitant e**rand Général
de cette disposition des esprits.
fit assembler le Conseil où il fut resolu
que le lendemain à la - pointe du jOU1".1
wn marcherait à l'Ennemi.
A Venije le25Aonfi 1717.
LES Lettres que l'on a reçûës ici
cette semaine duCapitainePisani
dattées du 8 Aoust,détruisent non feulement
la prétenduëVictoire remportée
sur la Flotte des Turcs par celle
des Vénitiens jointe aux Vaisseaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
desavantage à la Flote confédérée.Elles
portent en substance que le 19Juillet
, les Infidéles étant venu attaquer à
sept heures du matin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans lepetit Golphe
qui est entre le Cap Matapan &
& 1isle de Cérigo, ons'estoit battu de
part & d'atme avec beaucoup d'opiniâtretéjusqu'àcinq
heures du soir :
Que les Barbares s'étoient surtout atta- *
chés auxGaléres qu'ils.avoient fort,
maltraitées
,
principalementla Batarde
sur laquelle estoit le CapitaineGénéral,
dont la Poupe & la Proue avoient
presque esté rasées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & blesse
beaucoup de monde dessus. Ilsestoient
même sur le point de s'en rendre les
Maîtres, lorsque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'estant
apperçû du péril qu'elle couroit ,étoit
forti de sa Ligne avec son Vaisseau
,
l'a-* voit couverte & mise en état de se retirer
: Ce mouvement ne pût se faire sans
causer quelque désordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne. Les Turcs YCHItent
en profiter. l'inveftiem & l'eilfermerent:
demaniere qu'ils la poufsoient
& la presoientvivement contre
terre enMorée:Ils coulèrent même à
fond la Marguerite petit Vaisseau 8L le
Lion triomphant, Se enlevèrent quelques
Bâtimensde charge. Dans le
tems qu'il n'y avoir presqueplus de resource
pour. sedégager d'un si mauvais
pas, il s'éleva tout à coup un ventsi
favorable que la Flore l'elit païsage à
traverslesEnnemis & regarda comme
uiic Victoire, le moyen des'estre ouvert
une route pour pouvoir se sauver:
Comme lesVaisseaux & les Galères
pe faisoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conserve auZante,lieuduRendez-vous
général, on jugea a propos de se séparer
&de chercherquelque retraite. Les
Vaisseaux se refugierent à Malthe & à
Messine
,
après avoir esté fOJe- endommagés&
laplûpart démâtez
: LesGalères
n'ayant pû arriver auCap-Grosse
pour y faire de l'Eau,le Général Pisani
qui les commandoit, leur en fit prendre
àl'IsledeCérigooùil nerestaque
très peu detems, sur l'avis qu'il uc
que quelques Galere&Galiotes Tjjr-r
quess'étoient postéesderriere cette
Isle pour l'y suiprendre au passage. Cela
le fitrésoudre denaviger du côté dq
la Barbarie , mais cftun arri vé à la hauteur
de l'lsle de Candie,il s'éleva subitement
un vent orageux qui fit courir
de nouveaux risques à sa Flote ,ce
qui l'ob igea de relâcher au Cap de
Spatrtivento. Enfin, après bien des fatigues,
il au le bonheur de regagner Zante
avec la plupart des Galeres, ne feachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenues. Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape, a
ramené quatre jours après le combat, sa
Galére sur lesCôtes deCalabre. On
compte plus de 1000 Morts de nôtre
côté sans les blessez. Toutes les Lettres
font honorable mention de M. de
Bellefontaine François: Il montoit la
Capitale Portugaise qui a tiré 2300
coups de Canon: L'Armée subtile luy
doit son salut.
JOURNAL DE PARIS.. LE 28Aoust M.leDucdeNoailles
Président du Conseil des Finances,
avant mandé les quatre plus anciens des
dix Huissiers de la Chaîne
,
leur remit
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or,dites de la R égence,frapées
d'un côte au coin du Roy & de l'autre
à celui de Mgr le Duc Regent, pour les
subsister à celles de Louis XIV; Ils les
porteront dans les fonctions de leurscharges
au bout deleurschaines d'or.
M.le Duc de Luynes a acherté avec
permission*ck la Cour, le Régiment de -
Fléché qui estun des plus anciens Regimensquiairétélevé
par des Gentils-
hommes. -
Madame de Bellefont Abbesse Jc"
Montmartre,étant morte la nuit du 29
au 30 du mois pafTc
,
açftés unelangue
maladie, les Religieuses firent supplier,
avec instance Madame III Duchessed-
Orléans deleur accorderMademoiselle
, pour succeder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite àMademoiselle
,
-eUe lesremercia par
cette réponse toute Chrêtienne, qu'il
fallaitqu'elle apprit a obéir avant que
de commander. Sur ce rcflt, Mada-,
medeMontpipeau de la Roche-Ouairr,
Grande Prieure deFontévraud, a été"-
choisie pouroccuper cette place.
Le30. il y ûtjine députation au PalaisR.
oyaîjyde 17. tant Présidents que
Conseillers du Parlement, à la tête degs
fqauierels étoit M.le premier Président,pour
leurs remontrances trés-humbles
au sujet de quelques Edits d'arangement
des finances;Avant que de les enrégistrer,
M. le premier Président fità
S. A. R.undiscourstrès court&
trés-respectueux.
Le sieur de Cantorby Chefde Go-*
belet, mourut le menrre jour d'apoplexieâgé
de80.ans: Ilavoitûl'honneur
de servir leRoy deux jours auparavant.
Il est parti plusieursPierres du
Séminaire Etranger, pour aller faire
des Millions en F.uflîe avec la permission
du Czar. M.leFort Agent de;
ce Monarquecontinuëd'engager des
Ouvriers de toute forte de professions
& de métiers, pour les faire passer à1
Pétersbourg.Il en part de temps à autre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
On a même reçu doc Lettres de Fin--
scînde
, par lesquelles
on a appris
qu'un Bâtiment parti du Havre de Gra--
ce, il y a environ 5. remaines,en avoit
; débarquéàPétersbourg plus de çoe.
de l'un & de l'autre sexe Ce Vaisseau.
n'amis que 5. jours &4.nuits pourfaire
le trajet qui cft de 850. lieuës.
Le I. de ce^-nois, on célebra dans
l'Eglise de l'Abbaye Royale de Saint
Denis, l'Anniversaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque deMontauban officia.Mgrle
Duc du Maine, le Corned'Eu, plusieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy, assistèrent à cette Cérémonie
, demême que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats:
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais, on leur en refusa & ils en
• ont porté leurs plaintes.
Le 3. M. le Prince de Chalais a obtenu
la permission deMgr le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Espagne.
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne, a
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti, dont étoit revetu
M. de Meusé.»
Madame Duchesse de Berry ctantï
revenue de la Meutteici le 3 ; leDimanche
5 du même mois,cette Princesse tint
toilette à midi, à laquelle se trouvèrent
Mesdames les Duchesses de S. Simon, de La.u{uD,Me la Princesse de Montauban
& plusieurs autres Dames, de
même que MIIles Ambassadeurs & Ministres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour : Madame la Marquise
de Mouchi, à la fin de la toilette
,
prêta ferment de fidélité pour la
Charge d'une seconde Dame d'atours
& M. le Comte de Rions prêta
aussi ferment defidélité pour une
seconde Charge de premier Ecuyer,&
cela,en présence de tous les Seigneurs &
Dames de la Cour: Cette Cérémonie
étant finie,cotte PiinceiteaUa enten- dre la Messe dans sa Chapelle. Au.
retourelle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs : Messieurs les
Ducs dz la Force & de Lausun écoient
du nombre, Madame laMarquise de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais, y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquise de Brassac vient
aussid'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princesse
: La premiere
cil soeur de M.le Chevalierd'Haurefort
premier Ecuyer,& Epouse du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
seconde est Fille-de feuM.leMarêchal
de Tourville.Epouse de M.le Marqui.
deBrassac du nom de Gallard originairedu
Querci : M. leChevalier de
Courtemer a été fait Lieutenantde la
la Compagnie des Gardes, à la place
ÂQ M.1e Comte de Rions: M. le Chevalier
deSabran a été fair Enseigne Be
M. le ChevalierdeBrassac,Exemptde
la même Compagnie.
Les Commissaires du Parlement
nomméspourl'examen du fameuxEdit
qui doit bientôt, paroître
, ont fini
leur travail, &le Parlement a enregistré
les Aritles' contestéssur lesquels
til ravoait nfait caueRoys. se.s remon- Le 6. lesLettres de Meaux
-
portent
que le4. Septembre,laCompagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
parun coupjoignant la broche, celle
de Crecy gagna le second par uncoup
de broche en plain, ce qui lui fit adjugerle
1r.prix. La Compagnie deChalons
sur Marne ût le troisieme Ponton
par un coup de broche,& celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
:Les Chevaliers qui ont
gagné des prix-jusqu'au 4 de ce mois,
sont M. Pierre Girard Grand-Jean Seigneur
de l'Espine,Président
,
Lieutexanc
Général de laVille, Bailliage feChâtellenie
de Crecy en Brie ,Capitainedu
Noble Jeu de l'Arquebuse due
dit Crecy, & Maître Jean François
Greffier en Chef des Eaux & Forets Chevalier , - de l'Arquebuse de la raêmç
Ville .: Comme ce dernier a faitle demier
coup de broche,il a gagné une .épee enrichie de diamants avec un
un grand haffin d'argent : De plus, M»
le Prince de Soubise Gouverneur de
la Province, lui a faitprêtent d'une
-montre d'or éstimée7. à 800. livres.
Les Tireurs ont donné 11. liv..
pour tirer chacun 2. coups.
J'asistai Lundy sixiéme Septembre
à un exercice qui se faisoit au College
des Jesuîtes. C'estoit une Cause plaidée
-
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne seriez pas fâché d'avoir
une,légere idée de cetexercice qui
peut-estre,sera nouveau pour vous,
llJme il le fut ",our moi; quoiqu'il
sondéjà en usagedepuis plusieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis
, ayant
la mémoire fraîche dece que j'avois entendu.
Je visd'abordentrer cinq jeunes Gtn.~
dontl'un qui devoitjugerla Cause, prit
sa place dans un fauteüil élevé sur une
estrade: Les quatre autres s'assirent
sur des chaises, deux à la droite&deux
à la gauche du Juge. C'estoit les Avocats
qui devoientplaider pour eux mêlq-
c Juge commença par un petit discours
préliminaire,sur les inquiétudes
que peuvent avoir les personnes qui
daissent degrands biensenmourant, &
sur l'effet ordinairedes riches succesfrons.,
qiti est de faire des dissipateurs,
ou du moins des hommes oisifs & inutiles.
Ce début préparoit à l'exposition
delaCause&des précautionsqu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais,
pour empêcher que ses biens ne tom-
.baaènt en dcsm-iiis indignes de les
possederou incapables d'en user.Dom
Emanuel de Mendoce (c'estlenom
du Gentilhomme) s'estoit enrichi aux
Indes & songeoit à retourner en Europe
,
lorsqu'il futattaquéd'une maladie
mortelle qui l'obligea de faire son Testament.
Il avoitenPortugal quatre Neveux
ses plus proches héritiers,dont il
ne woir point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
son bien & légua la troisiéme partie
à celui qui seroit jusç azpir embrassé
i'éta.cj
l'état de la vie le plus utile à la Patrie
& le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que si quelqu'un d'eux vouloit
vivre sans Employ
,
la portion de biens
qui luy seroit échûë, retourneroit aies
Cohéritiers. Quand le Testament fut
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuël avoient déjà pris
leur parti; l'un pour l'Epée
,
l'autre
pour la Robe, le troisiéme dans l'Eglise
&le quatriéme à ta Cour. Chacun prétendit
que la troisiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en considération
de son état. Cette prétention sur le sujet
des quatre Plaidoyers qui suivirent
le Discours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commençasonDiscours avec beaucoup
de fierté & d'assûrance. Il avoua
sa honte, de se voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
-,
sa surprise, de trouverdes Concurrents
dans des personnes dont la prosession
n'étoit pas celle des Armes; &
sa peine, d'être obligé de faire servir
sa voix à sa défense,après n'y avoir employé
que son Epée. Cependant,comme
il trouvoit encore d.e la gloire à soûtenir
la prééminence de sa condition ;
comme il vouloir fermer pour toujours
la bouche à ses Concuirents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir besoin des
ornements de l'Eloquence, il s'engagea
à montrer,combien la profession
des Armes contribue a la gloire & à
la conservation d'un Etat -,
combien
elle sert à illustrer & à immortaliser
-
une Famille.
Pour prouver sa premiere proportion,
ilen avança une autre;que c'est au?.
Armes , que les plus-florissants Empires
ont été redevables de leur naissance&
de leurs progrés. Le Portugallui
en fournit le principal exemple L'Orateur
remonta jusqu'aux premiers
temps de la Monarchie
,
ôc fit voir
qu'elle devoit son origine à la valeur
de les premiers Héros. De là
, parcou.
rant l'ancien & le nouveau Monde
éprenant le Soleil à témoin ,il demanda
si ce n'é toit pas encore à la force des
Armes,que la Nation Portugaise de- -
voit les p rogrés étonnants qu'e lle avoit
fait dans des Régions jusqu'alors inconnues.
Enfin, supposant que les Empires ne
peuvent Cemaintenirdans le point d'érationoù
ils sont prycnu, que par
les ressorts qui les y ont fait monter,il
conclut qu'il n'y avoie que la profession
des Armes qui put assurer au Portugal
sa conservation & sa perpétuité:
Il s'adressa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gagede ses bontés,
.£les Héros tels qu'il enavoit déja tant
Jonne à la Monarchie.
La preuve de sa sécondé proportion
fut, que de toutes les voyes qui mènent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eil: 1°. La plus abbrégée :
:i.QLaplus sûre3°Lapluséclatante
Il suivit ce Plan dans toute son étendue
& s'arrêta principalement à exposer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat surune Maison
; comment elle s'étend jufqtia la

Postérité la plus reculée, & par un privilége
bien singulier,confére aux Héros
& aux Familles qui les ont fait naître
, une espèce d'immortalité.
Tout le discours qui étoit somé de
pensées vives Si fortes, & orne des figures
les plus hardies & les plus convenables
au géniePortugais,se soûtime
jusqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
son épée, & en la montrant à ses Ju-,
gïs- & à ses Concurrents. Le voila, dit-
Gif
tl
, cer instrument glorieux de tant de
services rendus à l'Etat! Voilà le Désenseur
dela Patrie; l'Appui du Trône,
le Protecteur des Lobe, l'Introducteur
de laloy dans le nouveau Monde,l'Artisan
de la vraye gloire, la Ressource
des Esprits possèdés du désir de l'lm
mortalité &c. Refuseriez-vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquérir
l'Univers entier? Apresquot,il remit
son épée, comme s'il eut rougi dela
prostiruet à l'usage auquel ill'emplovoit
, en la faisantsupplier avec lui.
L'a&Loiv de l'Orateur quirépondoità
la composition du discours, fut applaudie
de rout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epéeeut fini de
parler, l'homme de Robe se leva. Il
sentit bien qu'on pouvoir naturellement
avoir un préjugé contre lui, & qu'ayant
à plaider devant des Juges en faveur
de la judicature
,
il avoit trop
d.àvantage sur Tes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des sujets
d'appréhension dans ce qui lui devoir
inspirer le plus de confiance.
L'honneur d'êtreassocié avec ses Juges
par l'union des mêmes employa, lui
fit appréhender qu'à force d'être en garic
contre la faveur, ils ne donnassent
pas ailes à l'Equité : 1/interecque ses
Juges avoient eux mêmes dans la cai e
qu'ilsoûtenoit
,
lui sit craindre qu'ils
ne [e défiassent trop de leurs propres lumières
& qu'ils ne se refusassent la
justice qu'ils se dévoient. Il n'dt- pas
rare, dit-il,devoir des personnes équitables
enversles autres, injustes envers
elles-mêmes,se condamner avec li(llieur
dans leur propre cause, pour n'êrre pas
soupçonnéçsde se faire grâce.
L'Orateur le rassura bien-tôt après-, _• sur le caractère de ses Juges qu'il sçavoit
être incapablesdeprévention 8:
inébranlables dans les décisionsque leu&
dictoit l'Equicé. Ainsi, sens-rienappréhender
davantage
, ou de leur part.
ou de [a propre foiblesse,dans uneCarre
: qui sesoûtenoit )elIe-!nn:-: il avarça
ces deux proportions, que la Judiciaire
cft la profession d'où la Patrie retire
le plus d'milités & laFamille, leplus
d'avantages-
Avant que d'entrer en preuve,il
convint en partie dece que l'homme
d'Epéeavoit dit a la loüangede la pro - session des Armes ; mais, pour faire voit
la. préférence que méritoient iesf>çA&
de Robe, il montra que ceux - 'cy
étoient utiles) & dans tous les temps & atous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit-il,n'est utile à la République
que dans ces jours de trouble &
deconfusion que nous voudrions ne
jamais voir, 6c que le Guerriermême
ne peut souhaiter sans crime. Il prétendit
que le Magistrat au contraire sert la Patrie dans , tous les remps,dans
les jours ténébreux & dans les jours sereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de les fonctions paisibles,
tant que la Discorde nes'est point
emparée du coeur de letar: Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer,pourdécider les querelles de la
Nation, l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peser les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens.L'Orateur POUlfl ce parallele
& poursuivir l'homme d'Epée jusque
dans ses Quarriersd'hiver,jusqu'auprés,
de son Foyer où il est contraint de
demeurer inutile une grande partie de
rannée, malgré l'ardeur de son courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
à des affaires qui Ce succédent sans
interruption,voit couler presque tousles
moments de sa vie, loin du danger &
du tumulte : Il est vrai, mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordres de l'Etat.
C'est ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les personnes
de la condition la plusobscure
& remontant jusqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que selon les régies de la
justice
, remettent Couventl'examen de
leurs droits entre les mains des Juges
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité.
Ce premier point fut terminé par
en sécond parallèle, entre les Exploits
du GuerrierSe les occupations du Magistrat
considérées par raport à l'utilité
qu'en retire la République.
Mais, l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avanrage sur l'homme
pee) par raport aux intérêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire& à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes. Celui-ci, aprés
avoirdéclaré qu'il ne vouloit point
entrer en contestation,sur la gloire attachée
à deux Professions honorables
par elles-mêmes, mais, trop différenres
entre elles,
-
pour qu'on fut comparer
l'honneur qu'on acqucroit dans
l'une ou dans l'autre exposa en peu
de mors ce qui pouvoit relever l'éclat
deljRobe«Se s'étendit sur ses autresavantages.
Ilnelui sur pas difficile de peiTuaderce
que l'Expérience démontre tous
lesjours; que les Armes ruinent sou-
- vent les Familles qu'elles illustrent.
Il se garda cependant bien d'insulter
à la misére de ces hommes généreux
qui consacrent au flilut de l'Erat, leur
Patrimoine aussi bien que leur vie.
Il dl:) dit-il ; dans l'ordre Civil, si
l'on peut parler ainsi# comme dans
l'ordre Evangélique
, une pauvreté
honorable ; mais
,
il prétendit que
c'écoit vouloir imposer, que deréduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous, à jene sçai queilh
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laiffc
envain un grand Nom à des enfans,
si on ne leurdonne de quoi lesoutenir
& que pour soutenir un grand Nom
avec honneur , il fautordinairement
-
de grands biens. Que le Magistrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de sa Charge; mais, qu'il
peut au moins conserveraisénient ceux
qu'il a reçû de ses Peres. Que si la dignité
de son rang exige des dépenses,la
bien-séancemême du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté, se répare
&: rentre par un autre; & qu'ainsi ,
il voit sa Maison dans un degré de
splendeur presque toujours égale.
L'autorité & le crédit font encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être supérieur a l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magistrac
qui paroît en Public,revêtu des marques
de sa Dignité & comme accompagnédela
saintetédes Loix. Le Crime
qui fuit à son approche, l'Innocence
qui se rassûre, l'Audace qui se déconcerte
, la Fierté qui tombe &c.
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dit
sur le crédit de l'homme de Robe, à
qui les personnes les plus élevées aiment
à faire plaiur, parce qu'il leur
enafait ou qu'il leur en peut faire;
mais, je vous ai promis un Extrait &
non pas un Discours.
L'Orateur en finissant,tâcha une
sécondé fois, delever le scrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de se dedarer
pour une Professionqu'ils ~-
voient embrassée. Il leur reprefensa
que c'étoit une affaire déjà jugée & par
leur propre conduite; puisqu'ils donnoienr
tous les jours la préférence à la
Robe par la destinationqu'ils en faisoient
aux Aînés de leurFamille, & par
le jugement desDieux dans la farneufe
Contestation,où le Symbole de la Paix
& des occupations pacifiques l'emporla
sur leSymbole de la guerre Ôrdes
exercices militaires. Le Discours fut
prononcéavec beaucoup de seu j mais
ependant,avec la modération qui convenoir
aucaradére que l'Orateur airoii
à soutenir.
L'homme d'Eglise parla en troifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
séculier, pour y faire valoir ses
droits sur des biens vils & périssables
; lui quifait profession de n'espérer
que des richeues spirituelles, céleltes
&étemelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ses prétentions les plus
justes, s'ileût pu demeurer dans le silence,
sans trahir les intérêts de la Religion
& de ses Minières
,
dans une
eccasion où l'on fembloic donner at..
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'interesseraussi ses Jyges dans
sa Cause,en leur remontrant qu'il étoit
d'une extrême conséquence pour eux, qu'on fut bien instruit de la place qu'ils
donoient dans leur estime àla Religion
&à ceux qui entretiennent son
culte par undévouement particulier
au service desAutels. Afincependant
qu'on ne s'imaginât pas qu'un respect
aveugle pour leSacerdoce les ût .en..
gagé a prononcer en sasaveur, il promitdedémontrer
en premier lieu qu'il
s'ya point d'état si utile à la Patrie que
le Sacerdoce,parce qu'il y maintient
le plus grand des biens, en sécond lieu,
qu'il n'ya point d'état si avantageux
à la famille
,
parcequ'il lui procure
le plus grand de tous les avantagés.
On ne peut douter que la Réligioa
ne fait de tous les bienle plus utile,
ou même le plusnecessairea. un Ecu;
c'est. pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
suffiroit de montrer que le Ministere
desPrêtres avoir, un raport essentiel
Religion,& que l'unene pouvoir
1..,; conserver sans l'aube.
Pour conserver la soy dans un Etat,
fuit des hommes qui Cz succédent
dans tous les temps, pour empêcher son
flambeaude s'éteindre ; qui s'instruisent
de nos Misteres, pour en faire des
leçons aux Peuples,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dusiécle,comme
aux plus simples & aux plusignotans.
* #
Si donc les Jurisconsultes fervent l'Etat,
par le soin qu'ils prennent d'y conserver
& perpétuer la connoissance du
Droit & des Loix
combien les Prêtres
lui rendent-ils un service plus considérable,
en y perpétuant la
science
de la
Religion ? Science,
qu'il est si funeste
d'ignorer, où il est si aisé de se tromper,
dans laquelle il est si dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne se borne pas à maintenir
la pureté de la foy. Son Ministere
exige encore de lui d'autres soins également
utiles au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles, instruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indispensables
envers Dieu, envers le Prochain, envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre ,
l'avarice du Jug,-'
l'ambirion du Courtisan&c. Porterles
plusinsensibles à la pratique des vertus,
par
-par les motifs les plus intéressants :Voîlà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Ecclésiastique.
On estime la fonction des Juges,
parcequ'ils sont chh-sés d'administrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Ministres que le Seigneur
a revêtu de son autorité!Qu'il
a établi comme les Juges de Ton Peuplé
& comme les Interprêtes de ses
volontés:Qu'il a choisi pour éclairer,
pour conduire
) pour reprendre tousles
îi#nimes & pour annoncer ses ordres
aux Roys mêmes.
Dans le dénombrement des autres
fonctionsSacerdotales, l'Orateurn'obmit
pas l'administrationde nos Mysteres
,
mais ce futavcdesexpressionsfigurées
quis'éloignoient
du
stile de la Chaire,aurant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit sur la fin de
ce premier point,le parallele des services
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglise rendent à la Patrie; &
comparant la qualitédes Ennemis que
l'un & l 'autre ont à combattre,les maux
dont l'Ul' l'autre nous préserve
,
le
salut &c la gloire qu'ils nous procurent,
il mit le Sacerdoce infiniment audet..
sus de la profession des armes.
Il n'étoit pasaisé de s'étendre sur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglise. Aussi,
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat,
& qu'il a toujours û dans l'esprit des
Nations policées ou barbares, vint aux
richessesspirituelles que le Prêtre peut
attirer sur ceuxqui lui appartiennent,
& dit que lePrêtre est luimême unTrésor
inestimable dans le sein d'une iamille
; qu'il y est un Médiateur
, un
Intercesseur perpetuel, un Ange de
paix&c. Une maisons'estime heureuse,
quand elle posséde un homme qui
par
,
les droits charge,a un facile
accès auprès
Prince.
Combien
doit-elle estimer davantage son bon-
J^eur
,
si elle a donné un homme aux
Autels,qui léve sans cesse les mains
au Ciel pour el!e, & dont la profession
est un titre pour être écouté du
Tout-Puisant.
L'Orateur fruit, craignant toujours
que les Vérirés Saintes qu'il
exposoit ne sussent déplacées dans
le Barrwu- D'ailleurs? il crut en avoir
assés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon.
Sun Discours & sa maniéré de prononcer
qui renoit un peu du Prédicateur,
fit plaisir à l'Assèmblée. On s'imaginoit
voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ses Talents au jour,
avec cette différence, que l'Avocat
Ecclésiastiquecherchoit à prouver; &
qu'on sentoit qu'il avoit un plus grand
intérêtque celui de plaire à ses Auditeurs.
Il ne restoir plus que l'homme de
Ceur qui n'eût point fait valoir ses
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aisé, malgré l'embaras où il seignit
d'être d'abord, sur ce qu'élevé dans un
Païsoù les longs Discours& les demandes
hardies ne sont point d'usage ;
il lui falloir y avoir recours dans l'occasson
présente & oublier pour un tems
la modeste retenuë dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il protesta
cependant, qu'il n'imiteroit point la
confiance de ses Ri vaux; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ses Juges, la portion
d'héritage qui étoit encontestation;&
que lJ. bonté de saCause ne diminuêvoit
rien de sa reconnoissance. Aprés
cetExordeflateur,il demanda qu'il lui fût permis d'exposersimplement &
sans artifice
,
les raisons sur lesquelles ilappuyoit sa prétention.
On ne voyoit pas trop, comment ils'y prendroit pour prouver que sa
wndicion étoit la plus utile à l'Etar.
Mais
,
il posa pour principe, que qui
fert le Monarque, sert la Monarchie;
demême que quisauve la tête, conserve
en quelque manière tout le corps.
Cela posé,il demanda, si parmi les
Sujets du Prince,il y.en avoit qui le
îërvifient plus immédiatement
,
plus
assidûment & plus utilement que
l'homme de Cour. Il entra dansle détail
des soins que prend un habil Courtisan
)., pour délasser l'esprit de son
Maître;afin qu'il ne succombe pas
sousle poids des affaires; pour tliiliper
les ennuis qui pourroient altérer
une santé si précieuse
-, pour le refaire
'de sesfatigues 6c le disposer à en soûtenir
de nouvelles.A ces soins plus importans
qu'ils ne paroissient en euxmemes,
il ajouta celuid'être toujours
atrentifaux Ordres du Souverain,pour „
les annoncer oules exécuter, & par là ,
devenir l'organe ou l'instrument de la
félicité publique. Il alla plus loin Si
prétendit que le Courtisan en étoit
souvent le mobile; que souvent fcm
habileté étoit laCauseprincipale de ces
ordres salutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple jouit du bien-fait, sans en
connoître le premier Auteur ; mais,
qu'il bénit son Roy *,& que c'estallez
pour le Courtisan quine cherche qu'à
rendre sonPrinceaimableà ses Sujets
, & à servir sa Patrie.
L'Orateur prit dell occasion de justifierles
Courtisans,& de les deffendre
contre ces Censeurs aveugles qui
les accusent de mener une vie oisive;
pircequ'ils ne sçavent pas démêler l'activitédesveuës
d'avec une inaction
apparente.Il peignit l'homme de Cour
alîîiu auprès de son Maître:, étudiant
son humeur & son caractère
,
changeant
lui-même de caractère àtout moment,
selon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeur du Maître ; épou-
Un:: ses inclinations vertueuses pour
les fortifier
,
s'opposant aux vicieuses
pour les redresser ; .ne combattant pas
toujours ouvertement ses enflions
»
de
peur de les révolter; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
insensiblement fous l'Empirede
la Raison. Est-il un Arc plus pénible
,
s'écria-t-il, que de manier ainsi
le coeur du Souverain?En est -il un
plus utile?
Il ne dissimula point qu'il s'etoit
trouvé & qu'il se trouvoit encore des;
Narcisses parmi les Burrhus & les Senecques.
; c'est-à-dire
, que parmi der
vertueux & fidèles Courtisans, il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dal
le coeur duPrince, que pour le tourner
au crime; mais;il soûtint qu'il
ne falloir pas faire rejaillir la honte
des fautes personnelles, sur ceux de la
mêmeprofession qui les avoient en
horreur. Qu'autremeet le Magistrat
nepourroir se justifier des injustices les
plus criantes, ni le Guérier des vexarions
les plus iniques, ni l'Ecclésiasti-
(Jlre du trafic le plus hoateux des choses
sacrées; puisque,dans tous ces FrratSj
on a vu des hommes trahir lâchement
leurs, devoirs. Enfin, il affilra
sur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir,. qu'un Courtilan vertueux,comizz
ille doit ue, & habile cotnirc
il peut l'être , portera son Prince plus
efficacement au bien par une seule parole,
& quelquefois par ton silence,
que les plus sages Magistrats,par leurs
remontrancesréïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs discours les
plus éloquents. D'où ilconclut, qu'hll'.
reux étoit le Prince dont la Cour est
composée d'hommes vertueuxdévoués
à ses intérêts ; plus hûreuse la Patrie
qui posséde un Prince environné de
tels Courtisans.
Pour ce qui est des avônMgcî qife
l'homme de Cour procure à saFamille,
ils lui parurent si evidents, qu'à peines
cru-t-ilque tes Rivaux pûssent entrer
avec lui en contestation sur ce point.
Ils les réduisit à deux, à l'Honneur
êc au Crédit.
Rien de plus glorieux
,
à son avis,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince, dont sa Couronne répand l'éclat
de ses rayons sur tous ceux qui
par devoir, sont attachés à sa Personne.
Il compara le Courtisan à l'Aigle que
les Poëtes
, pour marquer sa prééminence
sur tous les autres oiseaux
, orlc
placée auprès du Roy des Dieux.
Mais, il auroir compté cet honneur
pourunlégeravantage, si le crédit
n'y ût été joint. Il s'étendit fut les deuxeffets
de cecrédit
,
dont l'un est de
mettre une Famille à couvert de toute
insulte ; l'autre, de lui procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtisan n'est pas
seulement pour sa Maison
, unmur de
deffense que l'autorité & la faveur du -
Prince rend inébranlable; il est encore
comme le canal, par où les prières de
la Famille passent juiqu'a l'oreille du
Prince,& les faveurs sorties des mains
du Prince,s'écoulent dans le sein de la
Famille.
Il convint qu'il y avoit d'autres
Voyes plus courtes, pour arriver jusqu'aux
pieds du Trône;mais, il (o.
tint que le chemin le plus direct & W
plus court pour parvenirjusqu'au Dispensateur
des Graces
,
n'étoit pas
toujours leplus sûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre jusqu'au bien-fait. Que
les. détours que prend le Courtisan
,
vont bien plus sûrement &mêmeplus
vite au but. Il le compara à un Général
habile quiveut se rendra Maître
d'une. Place,&qui en fait les approches
par des lignes obliques & quelquefois
par des Soûverains. Sa marchéenest
plus lente, mais plus sûre;
sesattaques moins hardies, mais plus
hûreuses,& le succés sa it voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court, ^obe
s'a ssûrer sa conquête.
Il offrit à sesConcurrentsde leur
donner des preuves sensibles de ce
qu'il avançoit. Qu'ils n'avoient qu'à
s'adresserà lui
, comme il espéroit
qu'ils s'yaddresseroientun jour, poût
faire valoir leurs services auprès du
Prince: Qu'illes convaincroit bientôt
par leurs propres avanrages, dece
qu'un Coutisan zélé peut faire en
faveur de sa Famille.Ilsitlamêmeosfre
à ses Juges; mais, avec plus de
reserve&d'artifice:& comme s'il eût
déjà été sur de leurs suffrages
,
il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement,
pour en aller fairerendre conte
au Prince & lui faire leur Eloge.
Tout le Discours sur prononcé d'une
manière polie, sans dfft.éta-rion &
avec unairde Courtisan.
Lorsque les 4Orateurs ûrent plaidé
leur Cause, le Juge qui pendant
tout ce rems, étoit demeuré dans un
silence attentif, prenant alors la parole
-
,
& parlant toujours au nom des
Assistans, comme s'il ne recueilli les
voix, prononça ainsi.
Il seroit à souhaiter, Mrs que tous
les Citoiens ûssent autant d'amour &
d'estime pour leurs Emplois.qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat,
ceux donc nous venons d'entendre les
Discours. Nous avions cru jusqu'ici,
moins sur la foy du Poëte, que sur
le témoignage de ceux avec qui neus:
vivons, que personne n'étoit content
de sa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuse plus
les dangers & les travauxstériles de la
Guérie ; Un nomme deRobe qui n'est
plus dégoûté des fonctions pénibles
de sa charge; un Ecclésiastique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne semblent
plus onéreux; un Courtisant qui
ne plaint plus ses assiduités & ses fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'est point dicté par l'interest
, nous
les félicitons & nous souhaitonsqu'ils
conservent toujours cette haute idée
de leur profession.L'estime & l'amour
d'un employ sont de puissantsmotifs
pour en remplir les devoirs.
, Nous estimons nousmêmes )&-
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont exposé
les avantages. Peut-être leur partagerions-
nous égalementlatroisiéme
partie des biens duTestateur,si ces biens
étoient à nôtre disposition
-, persuadés
que nous sommes, qu'une prosession
n'est avantageuseà la Patrie ou
à la Famille, qu'autantque les personties
qui l'exercent, veulent se rendre
utiles; & que le mérite ell moins dans
le choix d'un Employ
, que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un -
est souvent l'effet du bonheur; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
vertu.
Mais, puisquele Testament est fait
dans toutes les formes, & que nous
devons suivre les Loix receuës dans
ce Royaume, nous sommes obligez
d'adjuger à un seul, la portion d'héritage
qui est en contestation.
Il est évident que Doni, Emanuël
Mendoce a eu deux objets en vûe;
l'utilité de la Patrie & les avantages de
-
la Famille. SonTestament les renferme
tous deux, & nous ne pouvons'les fér
parer dans nôtre jugement. -Ain{Ï)un état de vie qui seroit ou utile
à la Patrie,sans l'être à la Famille,ou
avantageux à la Famille fins l'être à
la Patrie
, ne mériteroit point nos
suffrages : Nous les devons à celui
qui réunit a ces deux Qualitez dans le
degré le plus éminent.
JVGEMENT.
Cela posé, nous donnons d'abord
l'exclusion à l'homme de Cour. Qu'il
soit, nous y consentons, utile à sa Famille.
Qu'ilsoit pour elleun Solliciteur
assidu auprés du Prince. Qu'il
fasse valoir en tems & lieu les services
de l'homme d'Epée
,
les vertus de
l'Ecclésiastique, l'application du
Magistrat;nous l'y exhorrons; mais,
qu'estil avec tout cela,par raportà la
Patrie ? Sinon, un homme qui consacre
tous ses momens à un loisir pénible
, qui fait son affaire des embarras
d'autrui, qui est assidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer,
qui dépense son bien pour en acquerir,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à sa propre fortune ? Un homme de
ce caractère est il fort utile à la République;
Nous
Nous fçavonsqueDom Alphonse
'.:
outre la douceur& la politessequi conviennent
à un Courtisan,possédetoutes
lesqualités qui font l'honnêtehomme
&qui peuvent le rendre utile auPrince
& par conséquent à la Patrie; mais,
sa droiture,sa bonne-soy & toutes ces
qualités qui lui sontnaturelles & comme
héréditaires
,
sont
-
elles propres
Afocittat ~î le dis plus: Etsiles Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidèles;si pour s'yavancer ,il faut du
déguisement, de la dissimulation
,
de
l'artifice :Digne des plus grandes faveursparsesvenus,
nouspouvons ;lfsûrerqu'il
n'y sera jamais rOfttmc.
Le- défaut d'titilicé pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtisan. Le
.dLàut d'avantagespour la Famille,
nous fait exclurel'Ecclésiatique
,
sans
que nous croyons manquer au respectque
nous devons à la Religion &c
& à sesMinistress & sans que nous
prétendionsrien diminuer de l'estime
particulière que nous faisons del'esprit
vif, du bon coeur& des autres excéldouter
: Un Ecclésiastiqueest un
homme utile -& nieme nécessaire
dans tout Etat & danstout Païs. Il est
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Consciences
,
le Ministre du Seigneur.
Tous ces Tities nous le rendent
précieux & vénérable. Mais, qu'est-il
ordinairement dans une Famille?Un
membre comme séparé du reste du
corps. Il en est, comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu, ou pour
lui-même.
Il nJ peut faire entrer les richesses
sans se rendre coupable. Ses dignitez
passent& s'éteignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illustrent que sa Personne;
& après avoir longtemsoccupéune place
parmi les fleiis, il meurt & sans avoir
aggrandi sa Maison, & sans y laisser
presqu'aucun vuide.
Il nous reste à examiner qui doit
l'emporter, ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe: Nous trou-
- vons de part& d'autre beaucoup d'utilité;
& delà naîtnostreembaras.
Donner la Loyànos Ennemis,ou la
faire observer parmi les Peuples, terminer
les querelles étrangères ou décider
les differens domestiques ; maintenir
la sûrété de l'Etat ou y faire regner
la Justice: Voilà une partie des
services que le Guerrier ou le Juge rendent
à laRépubliquc. -
Le Guerrier n'est pas utile à la Pa-

trie dans tous les temps,mais illuy est
quelquefoisnécefaire. Rarement le
Juge est il absolument nécessaire à l'Etat
,
mais.illuy est toujoursutile.
Nous trouvons donc plus de nécessîté
d'une part, &de l'autre, plus d'utilité
pour la République.
Mais la Famille,d'où retire-t-elle plus
d'avantage? Est-ce de l'Epée? Elle
donne plus d'éclat. Est-ce de la Robes
Elle donne plus de crédir.
L'Homme de Guerre peut enrichir,
sa Maison ; mais, il arrive souventqu'il
la naine. Le Magistrat ne peut gueres
augmenter ses revenus, mais il arrive
rarement qu'il les diminue.
En un mot, la réputation de celuila
est plus éclatante;a fortune de celuiciest
plussolide.
: Ainsi, pour nous conformer à l'efprir
du Testateur qui nous paroist avoir eu
plûtost en vue un établissement solide,
pourvu qu'il fut honorable, qu'une
Profession plus éclatante, maisplus roi*
JieuÍe.: Nous adjugeons la troifit'rÎH'
part de l'hérirage
de
DomAlvDomaEmraneuel.
-
Nous ne craignons pas que ce Juge-
- ment ne ralentissevostre ardeur pour
la gloire, jeune Guerrier: Cette ardeur
a son principe dans le noble fang
qui coule dansvos veines & nes'éteindra
jamais. Aprèsavoir esté couronné l des lauriersd'Apollon sur le Parnasse,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ce que nous craignons, c'est que vous
ne suiviez trop cette impetuosité qui
en faisant la réputation des Héros, fait
souvent le deuil des Familles.Songez
que vous elles cher à unPerequi depuis
longtems vous tient lieu de Meie*.
Ignorez,onvous le permet,cerre douce
vivacité,cette candeuringcivieule
, cet
agrément naturel qui vous rend siaima.
ble àses yeux : Mais, I\'Qu!iez jamais
la place que vous occupez dans ion.
cceur. Pensez qu'il vit dans vous plus
que dans lui-même; aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye,ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
suffrages de vos Juges en faveur de
vostre Cause
,
justifiez leur Jugement
envous rendant utile à vostre Patrie,
3c en soutenan: l'honneur de vostre Famille
:Tout vous y excite,& les talens
que vous avez reçû de la Nature3 Be
les exemples domestiques. Vous avez
vu entrer dans vostre Maison la premiere
dignité de la Magistrature
,
& ce
-qui est encore plusglorieux,toutes les
vertus avec elle; je veux dire, la
Probité
,
l'Honneur, l'Equité,le Zéle
la Justice &la Religion. Celui qui les
possedoitn'est plus: Que de pertes dans
un seul homme! Mais, épargnons vôtre
sensibilisé & la nostre. Ces vertus subsistent
encore dans la personne du monde
qui vous touche de plus prés, &dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands,maux : Faire tout le
bien qu'on peut, & s'affiige. ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut:Ne
connoistre d'autres interests que celui
du Peuple & luy consacrer sespropres
interests : Suffire à la muripliciré desaffaires
, en semul tipliant en glC:1qu e sa
coupât son application & son afîiduitc
Avoir beaucoup d'autorité par sa charge,
en avoir encore plus par favertu.Voilà
quel est son caractere&voilà quel citvôtre
Modèle : Plus vous en approcherez
,
plus vous deviendrez utile à l'Erat
& précieux à vostre Famille. Plus encore
servirez-vous de preuve à la juftice
de nostreArrest.
L'Auditoire a voit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il sur surpris,
ce la prononciation duJuge •. Sa gravir,
son agrément & sa délicatessefirent une
impression extraordinaire;&je doute
qu'on puisse rien souhaiter de plusparfait
en ce genre.
Il ne me reste plus qu'à vous dire le
nom desActeurs.
Le Juge estoitM. deMachault,Fils
deM.de MachaultMc dsRequdles.
Les Avocats estoient pour l'Epée,
M. de Leffeville 'e ,det, Fils de M.
de LessevilleMe des Comptes.
Pour laRobe,M.Tiudaine Fils aîné
deMTrudaineConseiller d'Etat &
Prevost desMarchands.
Pour l'Eglise,un jeune homme appelle
le Seigneur, qui ce jour là s'eftoir métamorphosé
en Abbé.
Pourla Cour, M. de la Pierre de la
Forest, fécond fils de M. de la Pierre
Maiftredes Eaux & ForestsenBretagne.
ble Le 7 de ce mois, leProcèsde l'A
cadémie Royale des Sciences contre
rheritier de feu M. RouilledeAleflay
, fut !ugt À l'Audiance par Mu
dela premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie,
la délivrance de deux Legs
énoncez.. aw Tefiament de feu M.
Rouilléde Mejlay.
Une gratification de 11S000 livres
qui a pour objet le progrésdesSciences,
eg un Phoénomcn assésJtngulier en
France, pour rt,ériter que je lui donne
place ici entre les évenemens les plus
remarquables.
Voici les termes du Testament sur
cette libéralité.
Item je donne à l'Académie desSciencesàParis,
la Rente de quatre mille
livres, au principal de cent mille livres,
constituée à mon profit par les Prevost
des Marchands& Echevins de la Ville
de Paris,à prendre sur les Aydes & Gabelles
par Contrad parte devant Angot
&son Collègue Notaires auChitelec
le 10 Février 1714. à condition que Mesieurs
de l'Académie des Sciences proposeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite ren, pour estreaussi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura le mieux réiïffi par Raison & non par
Eloquence:Mais, en quelque Langue
& style que ce foit au jugement de Messieurs
de l'Académie; partie d'icelle,
-ou des Commissaires par elle nommez*
furun Traité Philofophicjue ou Dijfertation
,
dont le sujet fera touchant ce
qui contient, soutient & fait mouvoir
enfortordre les Planettt-rd- autres fubjtancescontinuésen
l'Univers :
Lefond
premier &général de leursproductions
& formations
; Les principes de la Iiimiere&
du mouvement.Mes méditations
m'ont ce me semble
,
conduit à cette,
importante découverte,& approché les
yeux de mon entendement de lacon-,
noissance de l'éternel& le premier
Estre:Mais,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conséquences
, je m'en remets
aux Scavans, &j'esperequ'en
suivant ces recherches,ils dévoileront
des veritez autant essentielles que manifeftes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit àDieu. Et sur l'autre
moitié de ladite rente, il en fera em
ployé le quart auTotal,pour les rétribu
tions ou épices de MeilleurslesJuges
l'autre quart à Monsieur le secretaire
de l'Academiepour les frais des An -
nonces & Publications & Copies des
Traités qui feront faits& d'en fournir
deux Exemplaires du plus prisé,avec.
Extrait des principaux,un pour le Châ
teau de Meslay le Vidame aux Sei
gneurs Comtes & leurs Successeurs ,
l'autre, pour les Propriétaires de ma
Maison ruë du Temple,& de Meslayà
Paris y adressé
: Et en cas de remboursement
de ladite rente, remploy en
fera fait en tbndsiuicc aux mêmes
charges: Et si cela manquoit d'estre
exécuté pendant quelques années,le
revenu accumulé grossiroit d'autant le
prix & rétribution jusql'au double
triple. M^is
,
si quatre années se passoient
sans esser desdites conditions, le
Contract de cent millelivres, ou le
fonds quiluyauroit servi de remploy,
retourneroità mes Heritiers en ligne
directe, & à leur défaut auxSeigneurs
de Meslay, pour deux tiers, & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison À
Paris, ruë du Temple & de Meslay;
laquelle condition j'appose au dit Legs;
8c encore, qu'il ne pourra être changé
ni proposé aucun aurre sujet 011 matiere
pour ledit Prix: Faute de quoy,
je révoque ledit Legs qui n'estfait que
sous toutes les claules y portées.
Item, je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris, la rente de
mille livres au principal de vingr-cinq
mille livres,constituée à mon profit par
Mrs les Prévôt des
Marchands
&
Echevins de la Ville de Paris,à prendre
sur les Aydes & Gabelles par Contract
passé devant Angot & son Confrere
Notaires au Châtelet, le 19 Février
1714. à condition que Mrs de l'Académie
Royale proporeront tous les
ans: un Prix de la moitié de la
dite rente ,pour être par eux donné
tous les ans à celui qui. aura mieux
rétijJi en une méthode & régleplus courte-
&facile,pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez, de Longitudes
en Mer, & en des Découvertes utiles
a la Navigation &grands Voyages.
Et au cas que ces matiéres se trouvassent
épuisées, ou poussées à leur
perfection, ilseraproposéde faire par
Cantons commencez* aux choix de iV"
de l'Académie, des Tables Topographiques
marquans le niveau des terrains dl' cours
deseaux,parraport au niveau de la Me
-a mi-marée, & lia ordinaire;enforte
queces Cartes rassemblées dans la suite
des temps, on puisse s'enservir pour lei
desseins de Canaux &communication de
navigation, ménage d.- utilitéde torrens
perdus,ou nuisibles & autres avantages
que le bienpublicfait tenter,dont. les
succez ou projets peuvent avoir besoin
de ce principe des niveaux, qui peuvent
diriger le choix des entreprises ;
Le niveau des puits ou sources vives,
D'étant pas suffisant. Je substituë dans
ce Legs plusieurs sujets ; celui des longitudes
m'a occupe envain par raport
àla Sphère celeste, les constellations,
leshauteurs& les Phoenomenes paroissent
les mêmes à pareilles heures fut
toute la longitude,quand on ne change
pasde latitudeLes Scavans peuvent aller
plus loin: Maisje me trompé fort,
si le hazard mis àprofit ne fournit plus
pour cette découverte que l'Astronomie,
ou RéglesdeMathématiques:Peut
être que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crûqu'il se pourroit qu'un Cocq, par
exemple
,
de Portugal accoutumé dechanter
à minuit, ne chanteroit en
France qu'à une heure du marin; &
quelques épreuves & recherches me
persuadoient de ladiversité que je n'ai
pu approfondir avec les expériences
réquises. Les Montres, les Pendules
& Horloges m'ont donne plus de jour
pour ce point obscur
, en ayant une
bonne
, ou plusieurs montéesurl'heure
de dégré de longitude où l'onest 8C
qu'on va quitter :L'aiguille doit deticl
iner jour par jour, d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quitté
, & déclinaison cette avec l'dliroe du cours de
f la navigation, est tout ceque j'ai pu
imaginer de plus précis, & je demande
des réglés plus sûres peur le prix
proposè.
Onreconnoit ici dans le Testateur
un zéleardent pour différentesdécouvertes
utilesau Commerce & à la Navigation
, mais, comme il a le courage
de ramener l'émulation des Sçavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez,
pour ainsi dire,avec désespoir ; l'Héritier
du Testateur aprisdelà occasion
de
de contester l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail proposé,inutilitédémontrée
par l'impossibilité d'arriver
auxconnoissances dont le Testateur
avoit esperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de raisons
pour justifier les espérances que le
Testateur avoit conçues d\m travailque
sa libératitéalloit rendre persévérant.
-On avoit par exemple regardé côme
une Tentative inutile, la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable cependant
, contre toute attente ,
M.-
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prérendu impossible
, non
par un cas fortuit auquel souventnous
sommes-redevables des plus beaux Secrets
de la Nature;mais, par des Principes
tirez de la Phisîque, sur lesquels
il a travaillé conséquerament.
D'ailleurs, les recompenses n(étant
proposées que pour des Traitez où Dissertations
sur des sujets accessibles à
l'esprit humain; les verités cherchées.,
s'obstnassent-elles a,secacher ? Ces
mêmesTravauxinutiles,àla fin indiqués
, pourroientdevenir- utiles àd'autres
égards.
Au reste, l'on ne doit pas omettre
de rendre témoignage an ST Roüillé
fils, que l'interest ne lui a pas commandé,
au point de le faire user d'aucun
moyen qui ne se conciliât parfaitement
avec les égards que laPiéré &
la Bien-séanceprescrivent à un Fils envers
un Pere. Le Testateur lui laisse
de grands biens dont il est très digne,
& il ne tardera pas à regarder cette disposition
paternelle comme un Monument
honorable à sa famille.
Le8, le Parlement fut prorogé par
ordre du Roy, jusqu'au 14 de ce mois
?
pour affaires dEtat.
Le 9 ,
les Dépurez du Parlement
ayant à leurTête M.le Premier Président,
firent au Roy leurs remontrances
, sur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance par M.leMarquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Etat,
&par M. Desgranges Maître des Cérémonies.
Le 14jon publia l'Editdu Roy registré
en Parlement-
, portant Suppression
du Dixiéme revenu des Biens, Fonds-
& autres Immeubles qui y font sujets
, avec un Règlement sur plusieurs
parties concernants l'Administration
des Finances,donné a Paris. au mots
d'Aoust dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le soulagement des Peuples
épuisés par les efforts des deux dernières
Guerres, a été le premier objet de
ses voeux dès le commencement deson
Regne;mais, que le Mal étoit si
enraciné, qu'il a faAlu depuis le Ier
Septembre 1715jufqn'aprcfenc,pour
en découvrir la cause & y apposer le
remède. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an sur l'Etat, de ses dépenses,
par les payemens effettifs au Trésor
Royal &à l'Hôtel de Ville, qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années, par la suppression de
plusieurs Chargesonéreuses ou inutiles
à l'Etat; par la remise de 4 sols pour
livres sur les Droits des Fermes; & par
la supression & la rédudion de plusieurs
autres Droits également onéreux.
Après ce prélude
,
dont on ne
présènte ici que la substance, suivent.
'18 articles, dont nous donnerons fidèleExtrait un
Le premier Article porte ,
qu'a commencer
au premier Janvier 1718.-Nos
Sujets demeureront déchargésduDixiémeétabli
sur les Revenus de tous
les biens, Fonds& autres Immeubles
qui y sont sujets ; mais non, du Dixième
qui se retient actuellement
sur les Parties qui sont payées de nos
deniers.
Le .lc.Qu'il fera arrêté en nôtre Conseil
un Etat des dèpenses à faire pour
l'Année prochaine & les Années sui-
Ynte. avec uneapplicationsingulière
desFonds qui composent nos Revenus
aux différentes Parties desdites
dépenses; & l'on suivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede cesFonds.
Le 3e confirme la Déclaration du 39
Janvier de la présente aline, concernant
la réduction des Pensions & Gratifications
ordinaires; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiémesurlesdites
Pensions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration; & ce, tant pour ce
qui est du passé que pour l'avenir.
Dela présente disposition, font exceptées
les Pensionsde 600 liv.&audessous,
à quelques personnes qu'elles
ayent-esté accordées:Celles-de 1000-l.
& audessous, accordées aux Officiers
denos Trpupes ; & les Pensions qui
tiennent lieu degages oud'a ppointemensà
quelquesomme qu'elles montem;
car,sur lesdites Pensions,le Dixteme
feulement sera retenu à la maniére accoutumée.
Le 4e éteintgénéralement tous Priviléges
&Exemptions particuliéres des.
droits de Gabelle., réservant seulement
d'indèmniser en deniers les;
Hôpitaux, suivant les liquidations qui.
en feront faites: Ordonne que s'ila
été payé quelque somme pour la joüissance
desdits Priviléges,elles tiencent
lieu aux Officiers d'augmentation
de Ficances.
Le 5e éteint la Révocation portre
pat l'article. précédent
,
à tous les.
autresPrivilèges & Exemptions d'Aydes
, Entrées. & Sorties ,
de- quelquemanièrequ'elles
ayent étéaccordées;
sans préjudicenéanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de1680&
1681 , concernans les droits. d'Aydes
&. des Edits.&Déclarations données,
en* - conséquence, qui feront exécutées
sélon leur forme & teneur.
:. Le 6e porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris,
pour l'entretien des Lanternes & le
nettoyement des Rues
,
à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7eLeBénéfice qui revient,tant de la
réduéction que de l'extinction& du remboursement
desRentesassignees sur les
Tailles, sur la Ferme du Contrôlle des
Aâr-s &autres,tant pour le passé que
pour l'avenir,entrera dans la partie4e
nôtreTrésor Royal, comme étant un
fonds neccessaire pour servir à acquittelles
Charges & dépenses courantes.
Le 8e confirme la Déclaration du 10
Juin 1716
, concernant les Receveurs
Généraux, &l'Arrêt du Conseil du
24 Juillet dernier, attaché sous le contre-
scel du présent Edit.
Le 9e. Qu'il fera procédéennôtre
Conseil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans nôtre Conseil ; afinde
prévenir lesfaux&doublesEmplois
dans lesdits Etats.
Le 10e ordonne que tous les Ossi
xierssupprimésprocéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtien-
..drom des Ordonnances de rembourfemens,
pourerre par- Nous pourvu an
payement des interêtsdesdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
cesse de jouir des gages & droits qui
îefir étoient. attribués, jusqu'au tems
que nous serons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le ÎIs ordonne une Création de rentes
viagères au denier seize, qui se-
-ronr àcquises en Billets d'Erat
,
& un
Etablissement des Compagnies de
Commerceront les Actions feront pa-
: reillement acquises en Billets de l'E-
- tat & une Loterie, dont les Billets
feront de i~. [ob, & les Lots payés -
en argent, en remettant pour pareille
some des Billets de l'Etat pour lesquels
il fera en outre constitué des rentes via- gères au denier iS.Veut que tous lesd.
Billets retirés par ces différentes Voyes,
soient brûlez à l'Hôtel de Ville, à
-mesure qu'ils rentreront. Le12ealiène une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
dédtlaché1s ddenosForècs, pour être acquise
en Billets d'Etat ; à condition
qu'ils ne pourront être vendu au dessous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13epotte qu'à commencer au
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns intérêts de ceux defdtîs
Billets qui n'auront pas été confervéspar
différents moyens marqués
cy-dessus.
Le 14e. Les Rescriptions & Billets
signés par les Receveurs généraux de
nos Finances, & visésenexécution de
nôrre Déclaration du 24 Mars 1716,
feront converties pendanr le mois,
de Seprembre prochain en billets de
même valeur de la Caisse commune
desRecettes générales;&lesdits bolets
de là Caute commune- feront fignés
par le sieur Geoffroy & visés par
les sieursCarqueville&Loubert.
Le 15e. Lesdits billets de la Caisse
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainsi&delamême
manière que nous avons ci-deum
marqué pour les Billets de l'Ecrir.
• Le 16e. Que les intérêts deftirs bil-
JetS, après leur conversîon
,
soient
payésde (îx mois en Cix mois, à raison
de 4. pour cent: Entendons qu'il soit
tenu compte au Porteur de ces billets,
des intérêts qui pourront être dus au
premier Juilletde la présente année,
à raison de 7 &c demi pour cent; auquel
effet lesditsintérêts feront compris
dans les nouveaux billets de la
Caisse commune.
Le 17e. Ordonnons qu'il fera incessament
procédé en notre Conseil des
Finances ,
à l'examen des moyens
de Amplifier les droits qui composent
nos Fermes & d'endiminuer les frais
deRégies.
Le lje. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enrégiflrement de roue
présent Edit, il ne soit plus expédié
aucuns Passe-ports, fous quelque prétexte
que ce soit, à l'exceprion feuler
ment des Minières des Princes Etrangers
revêtus de caractères [.c. de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangères.
-Extrait d'un Arreftdu14Juillet 1717-,
I-atta-chéfEousdle Ciotntr.e-feel dufrefent L est ordonné par cet Arrest à tous
les Officiers Comptables,Tré(oders, -
Receveurs, Fermiers, Sous-Fermiers,
leurs Caissiers, Conmis&c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois, -
copie de leurs Registres journaux au
Conseil des Finances; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
desTailles des Pays d'Election, ils
continuerontd'envoyerlesdites copies,
comme il!s ont fait jusqu'à present.Après
quoy s'enfuir une Déclaration du Roy
du 9 Septembre,en interprétation de
l'Edit dontnous venons de donner J'Extraie.
Le Roy déclare qu'après avoir
fait examner en son Conseil les très
humbles Remontrances que sa Cour
de Parlement lny avoit faites sur les
Articles VI.X111.X1V.XV.&c
XVI. Elle vouloir qu'il fut procédé
en sonConseil à l'Examen des moyens
lesplus convenables,pour fourniraux
fonds nécessaires pour l'enrrerien des
lanternes & le nétoyement des rues de
Paris; & que l'on sursit quant à present
l'exécution de l'Article VI. Ordonne
que l'imereft des Billets de l'Erat
continuëra d'estre payé mêmepar-delà
le premier Janvier de l'année prochaine
,
sur lè pied de 4 pour cent, jusqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs desRescriptions ou
Billecs signez par les Receveurs Généraux
desFinances, qui voudront lesconvertir
en Billets dela Caisse commune
des Recettes Générales, y feront
recûs conformémentaux Articles XIV. XV.& XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois desditsBillets
quiont esté marquez par l'Edit en
faveurdes Porteurs des Billets de l'Etat;
& que ceux qui préféreront de les
garder sansenfaire la convernon, seront
payez des interests par les Receveurs
Généraux quiles ont ligrez, &
ce,à raison de 4 pour cent, à commenter
du premier Juillet de la presente
année 1717.
DECLARATION DU ROT..
Portant établijfemevt d'une Loterie
pour parvenir 4Fextinttion des Biliusae
l'Etat &de la Caisse commune
des Recettes Générales. Donnée à Paris
le 11 Aoust.
pA Rcctte Déclaration
,
chaqueBillet
sera deiS sols; & comme cette
Loterie fera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre prochain,
en quelque état que la Recette
se trouve au dernier jour d'icelui; il
y aura au moins74 lots à chaque Lo-*
terie :Le gros lot ne pourra jamais estre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun:Ceux
quiraporteront lesdits Billetsausquels
le sort fera échu, avec des Billets de
l'Etat ou de la Caisse commune des Recettes
Générales, pour une Comme pareille
à la valeur de chacun desdits
lots, joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére auxinterests desdits
Billets rembourrez, c'est à dire au denier
vingt-cinq. Les Actionaires pourront
partager lesdires remes viagéres
enplusieurs Contrats,au profitde telles
personnes qu'ils voudront choisîr
& nommer; pourvu néanmoins que lesdites
rentes ne soient point audessous
de 40 livres de joüissance actuelle par
chacun an : Les arrérages desdites rentes
viagères ne pourront estre saisis pour
quelque cause que ce soit,même pour
lespropres deniers & affaires du Roy.
EDIT
EDIT DU.ROY,
Portant créationde .dotfe- cent. mille livres
de rentes viagères, pour retirer
lesBillets de Etat.-DonnéàPdris
mmoiïd'Aonjl1717.
pA R cet Edit,le Roy vend & aliène
la somme de douze centmille livres
de rentes viagéres araison du denier
seize du Capital
,
alignées sur le
produit des Fermes,des 3 sols par ÇOiltrolle
d'Exploirs,des Grèvesréunisdes
Cartes & des Suifs : Le Garde du Trésor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquisition
desdites .re-mes, viagères autans
autres effets que des Billers de l'Etatou
des Billets de la Caisse commune
des Recettes Générales,non pas même
aucun denier comptant en cédant
la somme de seize li vres. Les Contricts-
deConstitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüissncepar
sn , &. les arréragés ne pourront estre
saisis pour quelque causequece soit
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Trésor Royal,seront
biffez dans l'instant qu'ils seront
reçus,& brûlez à l'Hôtel de Ville. &c.
EDIT DU ROY,
Tour lA vente & engagement despetits
Domaines. LE* -
Roy par
cet
Edit, vend & engage
tous les petits Domaines, Moulins,
Pressoirs, Halles, Marchez,Bon
tiques, Echopes, Places à étaler T.,
res vaines & vagues,communes,Landes
, Briéres
,
Garrigues, Pâtis, Pâluds
, Marais, Etangs
,
Prez, Isles &
Iflotes
, Terres labourables, Boccquéteaux
réparez des Forets, Bacs, Ponts
Péages, Travers, Partages Droits de,
Minaye ,
Mesurage
,
Aunage, Poids,
Controlledes Toiles& autres Ouvrages,
Tabellionages, Portions deDo.
maines&généralement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy; pour en jouir
par les Acquereurs, leurs Successeurs,
héritiersou ayantcauseà Titre d'engagement,
&à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans , A condition
de payer sur les Quittances du
Trésor Royal, le prix principal des
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat, ou de la Caisse
commune des Recettes générales;
pourvu
*
toutefois
, que le prix ne soit
au-dessous du denier 30 du Revenu
de ce qui feraadjugé. Donné à Paris)
au mois d'Aoust 1717.
LETTRES PATENTES
EN FORME D'EDIT,
Portant établissement d'une Compagnie
de Commerce, fotfs le nom de Compagnie
d'Occident. - Jamais Compagnie n'a eu des Privilèges
plus considérables qn: celle-ci. Le
Roy ne se reftrved'antresdroits, ni de..
voirs, que la feule foy & hommageJige.
Comme nous ne pouvons pas donnertoitS
lesarticles en entier, nous tâcherons
d'en donner exactement leprécis.
Le Royaccorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüisianeou Mississippi,
exclusivementà tous Commerçans
pendant l'eipatffc de , 15 ans, avec le
Privilègederecevoir,à l'exclusionde
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous- les Castors gras & secs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines.&
Minières qu'elle fera ouvrir pendant
son Privilège : Elle pourra traiter&
faire alliance au nom du Roy, avec - toute la Nation du Païs, vendre &
aliéner les Terres de sa concession à
tels cens & renres qu'elle jugera à propos,
mêmelesaccorder en franc-aleu,
sans Justice, ni Seigneurie. Elle pourrafaire
construire tels Forts3 Châteaux.
& Places qu'elle jugera nécessaires
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y font présentement,
pourront y demeurer : Ceux
qui sont actuellement en France pourront
y passer fous le bon plaisîr du
Roy, pour y servir sur les Commissions
de la Compagnie, sans que pour raisons
de ce service, ils perdent les rangs
&gradés qu'ils peuvent avoiraalle
lement en France. Le Roy promet -a.
ladite Compagnie de la protéger Se
deffendre, & d'employer la force de
ses Armes, s'il est besoin,pour la main.
tenir dans la liberté estiérede.son,.
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui passeront dans les Païs concéder
à laditeCompagnie
,
joüiront des mêmes
libertez & franchises que s'ils
étoient demeurants en Francey & que
ceux qui naîtropt d'Habitans François
dudit Païs & même des Etrangers
Européens, faisansprofession de la
RéligionC. A. & Romaine,qui pourront
s'y établir, soient censez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandises que la Compagnie aura
destinées pour les Païs de sa concession,&
celles dont elle aura besoin pour
la construction
, armement & ravitaillement
de ses Vaisseaux
,
feront
exempts des droits appartenants au
Roy & aux Villes de sa dépendance.
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de
France pour son compte,des-Païs de
saconcession ne payeront pendant les.
dix premières années de son Privilège,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandi ses venants desMes;
& Colonies Françoises de l'Amérique,,
doivent payer. Le Roy fera délivrer dç:
ses Magazins à laditeCompagnie tous;
les ans, pendant le tems de son Privilégequiest
de vingt-cinq année,.
quarante millions de poudre à fusil qu'elle , payera au Roy sur le prix.
qu'elle lui aura coure.
Les Fonds de cette Compagnie seront
partagez en adions de 500 livres
chacune, dont la valeur fera fournie
en Billets d'Etat, desquels les intérêts
feront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'annèe prochaine. Les
Billets defdires Avions feront payables
au Porteur,signez par le Caissier
de la Compagnie & visés par l'un des
Directeurs.
Tous les Etrangers pourront acquierirtel
nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos, & les Actions a ppartenantes
aux Etrangers ne feront sujettes ni
au droit d'aubaine, ni à aucune confiscation
, pour cause deguerre ou au,.
trement..
Toutes lesdites Actions pourront être
venduës ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de- 50 Avions , aura
voix déliberative aux Assemblées ; U
s'il est Porteur de 100 Avions,il aura
deux voix auissi par augmentation.
Les Billets d'Etat recens pour le fond
.es AaiODS, feront convertis en rentes
au Denier 25 ,
donc les interêts
coureront ,
à commencer du premier
Janvier 1718, sur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Insinuationdes Laïcs, lesquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie, ies arrérages dûs
de la présente année, dec Contrats
qui feront expédiés au profit de la
Compagnie ; .& il leur est très expressémentdeffendu
d'y employer aucune
partie des intérêts des années suivantes.
Les Directeurs ancreront tous les
ans à la fin du mois deDecembre,le
Bilan général des Affaires de la Compagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Assemblée générale
de toute la Compagnie, dans laquelle
les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront resoluës & arrêtées.
Les Rentes desd. Actions,ensemble
les Répartitions des profits provenans
des profits de commerce,feront
payés suivant les Numéros desdites
Adtions ; en commençant par la
premiere
,
sans qu'il puisse y etre fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie, ni
les effets d'icelle ne pourront être saîsis,
fous quelque prérexte que cepuisse
être.
cOmme je finijfois cet Extyait) il
m'cft tombé a point nommé une Relation
fort curieuse de la Loutjianne,
autrement M:ffiffipi : Les intérêts du
Public ont*une telle liaison avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel établissement
de la Compagnie d'Occ:dent,
que je crois tut faire un présent de fat-
Jon, que de lui mettre jous les yeux
une Relationpre'cisedrfidelc de cegrand
Continent. Ilferadifficile d'entrou-ver
une depINSfraîche datte,puifquelle
4Lété écrite du Port Dauphin au Fort-
Louis, à la fin de Mayàe cette année
1717 NOUVELLE RELATION
DELA LOUISIANNE. LE Mississippi appelle maintenant
le FleuveSaint Loùis,se déchargedansle
Golphe du Mexique. Le Court
en sur découvert en 1681 par le ficiiride
la Salle, qui ût le malheur d'être
afDflîné par ses gens-mêmes en 1587,
dans le tems qu'il étoit le plus animé
à chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvéesurement
qu'en 16gi, par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien, Capitaine des
Vaiileaux du Roy, fameux par sesentreprises
& ses succez surles Anglois
dans la Baye d'Hudson ez dans les
Isles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoir donnésonnom à cegrand.
Continent qui en est arrosé, jusqu'en
1682
, que le sieur de la Salle lui imposa
celui de la Loiiisiane, en l'honneur
de Louis XIV. Ce Païs est borné
à l'Est par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établissementtrès
considerable à l'Ouest par le nouveau
Mexique, dont les Espagnois font en
possession & par le FleuveMissouri *
qui traverse, un vaste Païs
,
dont on
ne connoît point les bornesï&
qui peur-êrre tient au Japon, s'il est
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Aftjfouri plus de
400 lieuës sans rencontrer aucune habitationEspagnole,
& C~?~<0~
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qUI ftnt
in Guerre contre eux. »
soit qu'une presqu'Isle. Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada, en sont les limites
au Nord, comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüisiaine va du Nord au Sud, depuis
le 29edegré de latirude jusqu'au 45e ;
& de l'Est a l'Ouest,son étendue est
tout-a-fait inconnuë.
On a feulement appris par des Sauvages,
que cette derniert Partie éroit
hiWiée partout, & que la Chasle y
croit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages, tes Fleuves
ont toujours leur cours à l'Occident; & le Climat y cft très temperé $C
très sertile,étant situé depuis le ;5e dégré
jusqu'au 45e. Ils sont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuse,
de laquelle ils sont contraints de détacher
à coup de Flèches, de certaines
Pierres vertes ,
fort dures & fort
belles
,
semblablesà l'Eméraude dont
ils ornent leurlèvre supérieure qu'ils
perçent à cet effet. Il y a apparence
* Elle efl si efearpee, qu'on ne fettP
monter Jttr jon sonmes.
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Iflinois feront toutes ces
riches découvertes, lorsque la Colonie
sera plus nombreuse.
Les flinois nommésaussi les Catz)oc.
cupent les bords d'uneRiviere*quitombe
dans le Mississipi : Elle tire ses eaux
auprès des Lacsquiformentla source
du Fleuve S. Laurent. Ce Païs,outre
la beauté de son climat,est d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes, Pesches,Abricotiers
, Noyers, &c.Légumes, Herbes,
Bled d'Indes, Bled de France &c. Ces
Peuples ont l'obligation de cesse abondance
aux Jesuites du Canada quisont
venu habiter parmi eux;car, enmèmetems
que ces Peres leur professoientla
Religion chrêticntie,ils leur aprenoient
à cultiver la tetre : De forte qu'ils
recueillent à présentplus de grains
qu'ils n'en peuvent consommer -: La
terre y produit naturellement des- Vi-
- gnes jauvages dont le Raisin est de très
bon goût, -6c il y a lieu de croire que si.
ces Vignes étoient transplantées
,
le
* Elle porte le mm de Riviere ].;
Jsltfiois.
vin y seroit fort bon & fort commun.
Il s' y éleve partout une espéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort sur la cime d'un
rocher élevé de prés de 200 pieds,au
bas duquel coule la Riviere des islinois.
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages, en l'un desquels
sont les Jesuîtes & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui sont le commerce des
Pelleteriesavec les Sauvages:On sçait
par expérience que ce Canton renferme
deX mines d'or & d'argent, de cuivre
& de plomb;onen tire actuellement
beaucoup de ce dernier, sans presque
aucun travail:Les Mûriers y sont
très communs,comme dans tout le reste
du Pays, & l'on fitavec succés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers-à
foye; Cette Contrée est à 450 lieuës
de l'endroitoù les François ontle Fort
Saint-Louisplacé à la tête de lajliviere
de la Mobile:Elle en:à 40 liellës dans
l'Est du Fleuve Saint-Louis; à 14lieuës
dans rOueu: d'un Fort Espagnol appelle
Pansaxola. Le Gouverneurdela
Loüisiane y fair sa résidence avec
quatre
<natre Compagnies de <50 hommes de
Garnison
, outre plus de 109 Habitans.
A lieües en Mer, est l'Isle Dauphine,
aurefois l'isle Massacre , nommée
ainsi à cause d'une Batailletrès sanalante
qui s'y donnaencre deux Natriioonnss
Sauvages.Nousyavonsétabli Z)Nous y a VOp.s eta i
un Fort pour la déffense du Pour qui est
à couvert des venrs du Large par l'Ide
Espagnolette
, & de ceux de la Terre
par les grands bois de l'isleDauphine
Il pouvoit recevoir 15 ou 30 gros Batimens
; mais, par un accident imprévu
,
l'entrée de ce Port où il y avoit
encore.14 à15piedsd'eau, les derniers
jeurs d'Avril de cetteannée 1717, Te.
trouva tout à coup bouchée le) du
isois suivant, par une Digue de sable
Irfige de 14 toises, & égale en hauteur
à l'Isle à laquelle elle est jointe. Le
Paon l'un des deux Vaisseaux du Roy
quiestoit alors à la Loüisiane : & un
Vaifleaiii Marchand furent prcfque interceptés
dans cePort;ilsûrentcependant
le bonheur de débaucher en prenant
de très grandes précautions par un
autre petit passage qui n'avoit que 1Q à II pieds d'eau:Au défaut de ce Poitqui
ne peut plus servir que pour des
Brigantirs
,
les Bâtimensauront toujours
pour azile,l'Isle aux Vaisseaux
quiestà14lieuësdansl'Oüest de rIfle.
Dauphine vers leMissipipi,oùil sera
facile aux plus gros Vaisseaux d'entrer
& estre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par lasuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis, sur lequel il y a encore 11 a
12 pieds d'eau : Cetobstacle surmonté,
le Fleuve qui a un très bon fond partout&
qui est fort droit jusqu'à 25lieuës,
forme une anse après cette distance,propre
à construire un trés beau PQrr.
Le Portde Pensacola, aprésceluide
la Havanne, peut passer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique:
Les Espagnols qui s'en sont emparés,
l'appellent Présidio de Santa Maria
de Galva ou de Sauto Carolo de
Austria : Il estsur la Côte,4 lieuës à
l'Est de la Rivière Perdide; c'est un
grand Fort de Pieux qui a présentement-
500 hommes de Garnison:On y envoyé
du Mexique tous ceux qui ont méritéla
corde, & c'est,pour ainsidire,les Galéres
par terre de la nouvelle Espagne :
Ces Gens, avçc la Garnison&les riits
restes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans par les AlJbarnous, composent
le nombre d'environ 3oo personnes,
en ycomprenant les Officiers& - lesfemmes.L'air est tréssain le long de
la Gôre. Environ100 lieuës de la Mer,
le Pays est d'une température charmante;
c'est chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres;
cene sont que Plaines à perte devûë;
iln'ya qu'à mettre la charuë & ensuite
femer. -
Il y a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres ju(qu'àJSO lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas desMontagnes d'Ecaillesd'huitres.
Ilnous est fevèmi par des Sauvages
du haut du Missouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chezqui
-tous les ans, des Hommes blancs vien-

nenttraiter& enlever sur des chevaux,
du fer jaune; c'estainsi que ces Peuples
appellent l\)r, & ces hommes
blancs font sans doute les Espagnols.
De plus, la même chaine des Monta-
- gnes où se trouve l'or & l'argent dans
le Pérou & dans lç Méxique, passe par
le luiu de la Loüisiane.
J La coutume d'applatir la tre des
enfans par une planche qu'on leur ir-et
sur le front, n'est commune qu'aux Nations
voisines de la Mer. Lesprincipales
Nations qui sont autourde nous font , ou sur la Riviere de la Mobile ,
ou sur celle du Mississipi, ou entre ces
deux Rivieres.
Sur la Mobile, sont les Appallaches
de 20 Familles.
LesChattauxouChattasfamilles.attauxouCbatta,sddee1ia0.
Les Taouachas de 8ou 9Familles..
lesMobiliens,de 50 Familles.
Les Thomés jointsavec quelques
Chattas
,
de 4Q Familles, à quelques
100 lieuës du Fort-Loiiis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Mississippi,vers
le Nord d'Ouest du Forr-tc-Lus ,
sont
les Chattas divisés en plusieurs Villages
; cette Narion est composée de
plus de 600 Hommes.
-
-
A Sa lieuës plus haut, vers le même
Rhombe de vent,sont les Chicachas
en deux Villages
,
qui font 6 à 700
-
Hommes.
A l'Est de la Riviere de la Mobile,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loüis ,
sont les Alibarnous, sur le compte desquels
ou a coutume de mettre presque
toutes tes Expéditions de Guerre qui
se font sur Pensacole 8csur nos Alliés.
Les Albikas& Cof'tcha^ûss leurs Voisins,
se fervent d'eux pour Guides,
toutes les fois qu'ils marchent contre
Les Mobiliens & Thomés.
Les Albikas&Conchaquesfcmt deux
puissantesNations qui peuvent faire
ensemble quelques 8000 hommes,
Nous les aurions pour amis, sans les
Anglois de la Caroline qui lesfréquentent
& qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous servons utilement,
pour découvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étendue
sur la Mobile
,
il y a 4 Langues
différentes.
La première Nation qui se rencontre
à l'Embouchure du Mississippi, font les
Bilocci
,
dont il ne reste plus que 5 ou
6 Familles. A quelques 60 lieües plus haut, sont
les Oumas qui ont u autrefois un
Pere Jesuîte pour Missionaire. Ils composent
bien 100 Familles.
En remontant environ 4^> lieües,
font les TOl1¡as.dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'aurre
bord du Mississippi, font les S:(:machas
qui s'étendoient autrefois jusque
sur les rivages de la Mer; mais depuis la , guerre cruelle qui leur est
faite par nos Alliez, pour venger la
mort d'un de nos Missionaires ;elle n'a
plus de terrain certain,& erre vagabonde
, tantôt sur les bords du Mississippi
& tantôt sur les côtes de la Mer.
Il yavoituneautre Nationalliée cidevant
à celle-ci, laquelle, pour n'être
pas enveloppée dans la guerre qu'on
faisoitaux Sitimachas,s'estséparée
d'eux pour faire Villageavec les Our- nas. Environ azoo lieües de l'Embouchure
du Mississippi, sont les Natchez.
d'environ 6 à 700 Familles, gouvernez
aprésent parune Femme qu'ilsdisent
descendre
du Soleil. C'est le
Peuple le plus civilisé du Mississippi,
& le seul où on remarque quelque
vestige de Réligion:On y voit un
Temple de tems immémorial,où on
conferve un feu perpétuel
,
à peu prés,
comme dans le Temple de Vestachez
les Romains. A quelque 100 lieües
des Natchez en remontant, on trouve
les Akuncas:Ce Peuple autrefois (i
puissant
, ne fait gueres aprésent que
4 à 400 hommes.
Apris avoir donné une idée générais
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions da
Païs.
On voit dans le haut des Terres
une quantitéprodigieuse de Boeufssauvages,
quiau lieudepoil, sontcouverts
d'une laine très fine, de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de service, Ces Animaux ont
ure bosse élevée sur ledos
, comme le
Chameau. On n'a pu encore jusqu'aprésent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en estiment fort la chair.
Les Forets sont pleines de Pouletsd'Inde
sauvages, d'Outardes, de Perdrix
d'une espéce particulière, de
Canars& de Chevreuils, de Cochons,
de Lièvres & de toutes fortes de Gibiers.
Il y a entr'autres, des Rats gros
comme des Chats,qui ont sousla gorge
un sac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands sont
fort gras & leur chair a le goût de
cetted'unCochon delait. Les Fen*-
quecs y sont dans une extrême vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni nWit
élévent "ancuns:t ayant la superstition
de croire que s'ils les dénichoient, ils perdroent la vûë.
On sçait par expérience
, que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , excepté
sur lesbords de la Mer, lesquels
étant presque tous fablés
,
doivent
moins raporter que les autres; quoiqu'il
soit vrai cependant, que tians
les Jardins dont on a û foin, rous les
Légumes de France
,
Peschers, Abricotiers
, Poiriers, Pomiers, Mufcars
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo sauvage, qui croît partout
comme la Vigne, ne demanderait que
les soins de la culture, pont y venir
- aussi bon que dansl'Islede S. Domingue
; il en feroit de même du Tabac.
Outre les Mars pour les Vaissèaus
dont on en pourrait tirer telle quantité
qu'on voudrait ; le boisyëfircn
propte pour la constructiin des yaiG
seaxtoutestrempli de Chesnesd'une
hauteur & d'une grùr étonnnamty
à peu près semblablesàceux de FraiitfcJ
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
& plusieurs autres espéces d'arbres
n'attendent , que des Ouvriers pour être,
employés à toutes fortes d'u(àges-..
Le Cédre y dl. si. fort fous la main,
que les François établis dans la Louiïîanpe,
y ont élevés des Maisons a£
fés commodes, toutes construites de
planches de ce bois de. iciiteur;rnais-,
un des plus grands,avantages qui puisse
revenir à l'Etat de cette Colonie, doit
provenir sans doute des Meuriers: Cet
Arbre y est très commun, particulièrement
sur les bords du Fleuve S. Loüis
où on en voit des Foretsentières; dont
la feuille est double de celles de nos
Meuriers de France. Les Vers à soye la
dévorent
>
& la soye qui en a él:
tirée, paroît plus fine quecelle d'Ir.a..-.
lie. -
Les Peaux de Castors
,
de Che*-
vreüils&deBoeufsfont le commerce
principal & ordinaire des Sauvages avec
nous. Nous leur donnons en troc
des balles de fusil, de la poudre. à tirer de. grosses couvertures de laine:J'
des fusils, de la Rassade
, * des gros
draps rouges & bleux dont ils se couvrert.
On peut assûrer que parmi une infinité
de Nations sauvagesqui sont dans
ta Loüisiane,il n'yen a point qui ne
s'accorde trèsbien avec nos Voyageurs
François,en leur faisant quelque
présent
: Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambassadesqu'ils luy envoyent,ils
luy promettent sincérement beaucoup
de dévouement& de fidélité, & d'estre
toujours prests à porter la guerre où il
le jugera à propos: On ne peur même
lent faire plus de plaisir ,Lle de leur
donner ordre decourir sur des Nations
voisines.
Il n'y à qu'une feule Nation dans
toute laLoüisianequi nous soit opposée;
il est vray qu'elle esttrès considérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle est alliée des Anglois de la Caroline
, & habite àlà source de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre y
Couleur de Turquoises) dont-un fdlt-des
gra'ns de Chapelet en France d- dofft
les Sauvages se font desColiers.
d'Ouabache qui grossie de plusieur sautres
,
se décharge dans le Fleuve :..aint-
Ecüis à 40 lieuës des istinois.
Les Charaquis descendent par-là dans « grand fleuvepour surprendre ou nraquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile,qui est un voyage de
plusde 800 lieuës:Il ya sans qu'ilsruèrent-
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains, parmi lesquels
estoientdeux Officiers du Canada. Le.
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête pour
venger la mort de ces François:On apprit
àlaMobile au moisd'Avril que ces
Jjioquois en avoient déjàmangé trois.
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de IaL..¡üi..
siane se préparoit de son côté à faire
.aunqll<lr ces Sauvages ennemis.
DE'PrT POETIQ1UE.
PAR M. LE GI\;A..N D.
SIles Rimeurpar leurs tendres accords
Pouvoient fléchir le Roy du sombre
Empire7
pour m'affranchir du tribu dejès bords;
Du dotte Mont j'enccuferois le S¡"e,
Puisau Bejotn
,
faisant jO¡-Plcr sa Lyre 5 Je me rirois desdejfcr/is d'Atropos:
Mais) puifqu'enfin, en d'ptt du Lierre,
Enfcvehs fous la jur-ébrePierre,
Nousdevons tous rendre compte àMinos.
Pourquoi Mortel:,Pajfagerssur laTtrre
Précipiter par de rudes travaux ,
DnJoursJiLourts (y plus fréslesqu'un
Verre ?
Plutôt oiffs, "t tombre du Repos,
Peuuxd'un fiérde mente,
A pas comptés marchons ïers leCocyie:
Tom le Renom des antiques Hcros
Ne vaut l fiant ou jevois la Ltir/i:ere\
Et quand unjourp-ar la main mcy.:-tnere,
Serairayé du Livre des Vivants ,
Ce tv'cj:rontun quesurmarbre ou poufsere
,
MOI1 nom tracé resse OH s'envole aux
Vents.
Envain Phébns contre la faulx du tems,
D-fendencoreceuxd'Horace & d'Ho-
,
nttre-, « D<'' ~<«~' )
LeursdouxEcrits ou puisa DefprUll/X,
ne font pour eux qtiiv-ntlesT^éros :
ue4;njly qu'importea de leur sel nous forons réjouis ?
Si pour jamais sourds à tous nos Eloges,
Le bruit épars du PArterre & des Loges
Nefrapeplus leurssensév* anoùis;
Ofotblcs lots desRimeurséblouis!
Tas de Lauriers sur leur Tombe on ap*
preste,
Et rarement a leurs yeux on les fête.
Trottant toujours,Envie à leurs cotetj,
Est ù tout prest qui leur gloire intercepte
;
Et quandenfin, le bon goût les accepte,
Et que leurs vers font lus & débitez,
, Ja font pleurans aux bords de l'Onde
noire,
Leurs jours perdus pour l'Immortalité.
Heureux celui quitémoindesa gloire9
Efl de Fortune & de Afufes flaté!
Troupe d'Ennuis jamais ne le lutine,
Essainde Ris le hante & le dodtne :
Pourluy Vénus n'a pointdecruauté.
Le Dieu du Vin de Cornus efcortéy
Pattrit sa panse &sa trogne enlumine;
Mais, quel Rïmettr en ce temp t, effronté,
Est de fortune cr de joye aero/lé:
Plûtofl voit-on pauvreté qui l'affole
On lit son livre, on trépigne,on 'accole:
Plusd'unHéros de ses vers s'éjoùit,
Tandis qu'a jeun l'Auteu? r'év.mo;;it:
Fuis infinIe;;.! Tuons noussur de., Odes;
j4lionsplutostencenjer des Pagodes.
Bêlions ansi que tous jèsCourrifans
Recèleuncoeur plus dur que fatuirafe;
Et le fier Mars qui mortssur morts entasse
,
Souvent moins dosse en l'art de nos accens
, Voit sans pitié PhébusÀ la besace,
Et sur sonfront écrits besoins pressans:
Depuis que vont les Mentns des neuf
Fées,
Vanter ses Faits,terra[es TrophècSj
Encore leur doit ce Vainqueur ihhuma:n
L'ancre & la plume avec le parchemin.
LA MORT,
PARMONSIEURBOUDIER.
U E cette tête eji naturelle!
Disois-je en noyant Aiarc-Aurelle,
Surle médaillon le plus net £>utfeujfe dans mon cabutet.
Et rappellant en ma mémoire
Toute la fuitede PHifto;re
D'un E.foreur Ji floriffwtj
S bon, sifige & Ji pussant ,
Je: fisalorsd'un coeur tranqmlt
Cette réflexion utile.
Puisque tout ptrit ici bas,
E quelamortn'épargne pas
Le mérite des plus grands Hommes:
Pourquoi vilsMortls que nous femmes
, Au prix de ces Héros fameux,
Craignons-nousdemourircommeeux?
Scipton,Ce'far, Aléxandre , Ne font que poussiere & que cendr,, ; Et tout ces grands NomsferaientVaint
Sans lesecours des Ecrivains,
Et des Arts qui les font revivre
Sur le papier & sur le cuivre.
Mais aufond, en font-ils moins morts,
Et brillantsd'un pompeux dehors,
Ont ils dans les Royaumes sombres
Place au dessusdes autresombres?
T connoit-on le Sang Royal ?
Rien mlJi;;s : Touty devient égal
Et ~tVfy<<~ de même
La houlette & le Diadème.
Incorruptible &sans merci
Pour tous ceux qui partent d'ici,
B les punit ou récompense
Selon le mérite ou l'offence.
Si l'on croitles Faiseursdevers
Dans leurs peintures des Enfers:
Ce ne font qu'horreurs
, que tortures
Et que monflreufes Figures.
G/rgonne aux crins de serpens ,
Drumens qui couvrent trente arpens,
,Spi),xs Affreux, Hidres A cent têteJ,
Et mille autres terribles Bêtes
qui se jettent de tous cotez,
Sur les Aiânes épouvantes.
Tin Fleuve defiâme & dej'oufre
Tourneautour d'un horrible goufre
,
..f2..!!,i retentit de hurlemens
tfr de piteux gémissemens.
£,a, le Défefpotr & la Rage
Etla Peur au pale v!Iage
uivecle R:p"ntirtardif,
Perches sur les branches dfun If
qui regne au milieu d'une Plaine,
Infectent l'air de leur haléne.
On ne doit pas eflresurpris
De ce que les foiblesclr-,fr Elevedés leur tendre élanc,e
Dans cette commune croyance »
Se sentant proche de la mort
Viennent as'éfraj/erJtfort.
D'.l,'U're que le Presentenyvrey
Ne forgeant pas plus loin qu'à vivre,
Se troublent au fettl souvenir
De la mort & de l'avenir.
Vn Afortelqui penseatoute heure
$*j£ïln'estpoint dejour qu'on ne maure , Et que naître est le premier pas
jQuinous conduit vers le trépas;
Le voit approcherfans le craindre,
Et bienclo-gnéde s'en plaindre,
Il l'envi[aJe de même oeil
£h£nn long & patjllplefommeiLAiais,
cette heureuse confiance
Piafrtudietla bonne conscienceIp lemal& fait le bien
En vrai Philosophe Chrétien.
CONTRE NOSTRE SIECLE
PARLE MESME. p .Al'm; ta::t dYHomme; scélerats, Td: I\i:;faro*j<. Ptits-Mitres
.I)' p• -j•'wptuetixMagrats
D" L'r'o s,d'tn>îrnc.<Prêtres - S-f-isco.intcries Fwbis
,
les Tr.utru;
,- lU ) -
,J ! - f :.. t b
'J L. L,.. ,t.X (jries Efpnts bus-:..
C:J;fJiiJ.C..:t peut- on fejfrir la vie,
J- ,',.,'i'!, evo r l'horrible envie : D pr»lo-'Oiy d's ,:'ours ingrats ?
Al'ons dans le, demeure<sombres,
Putfque fous la clarté des Cieux
Lef Vivans font Jî vicitux
Chercher la , vertu chez, les Ombres.
SUR LA FORTUNE.
PARLE Mêe ME. LA fortune a de grand revers.,
Dit Ausone en de certains Vers
Cet exemple seul peut l'apprendre.
Un pauvre Diable s'allott pendr"
L(rs qu'aperçtvant un Trésor,
J1se chargea d'Argen & d'Or)
J'tttna sa corde & prit la fuite. arriva-t'il dans 11<1 fuite î
L'Avare quil'avoitcacb",
Au heu du Afagotdénichey
Trouvant a propos cette corde ,
Ae pendit sans misericorde.
Le Conte n'eg guèreétendu
• Pour un Incident si biare :
Ce que j'en aime, efi qu'un Avare
En peu de mots, s'y voit pendu.
AUX CRITIQUES.
PAR LE MêME.
MA Satyre) ArmeJlfenfive,
Dont la Paix ejl l'unique objet,
N'ajamais, funs jfifre fujet9
Offenfl personne qui We.
Mais, quiconque m'attaqueray
jMalheur au fou qui le fera!
Pour un trait en recevra mille;
Et crible de piquants Lardonsy
il fera par toute la Ville
Chanté sur l'air des Rigaudons.
A MADEMOISELLE***
Sur une extinctiondevoix pour Ïaquelle
elle avoir inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT. CLoris, vôtre intérêtm'inspire
Les Vers que je vous trace ici ; Amour, dont vous ornésVEmpire,
Le tendre Amourm'inspireaajji;
Gardés,.vous bien d'être rebelle
A i'utile leson qtteje vais v&us donnerj
Ce n'est pas
assesd'être Belle,
Parde prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au piedes Hêtrts,
Vous chanfonnies Naguére en un bois
consacre
A des Divinités champétrer,
Si que par vor accenPanlui-mê>ne a*tiré,
Laissa tomber sa Flûte & ne pÛtfdéfendre
D'abandonner pour vous entendre>
Driades unpeu bru..(qu?mer.t:
( Deesses ainji que Afo:c]'?s
Pardonnent rarement aux Def'cs
£hù leur enlé've'-t un Am.mt )
Vôtre voix avoit jaï: letTime
.!2.!!i les irrita contre vouf ;
Elle eg aU"ourd'hu} la V-cîane
Sur qui s'epuise leur cournux.
C'ons,vous ê"s Belle c S:?e : M'js cepe: dantyVous vîtes.regreta
La perte d'un tel avant.1,r¿e;
Et pour en recouvrer Vu[age>
Aux D'essesdes E.uxallâtes en l'o'cf
oTr,r des voeux&:faire unz .JV;;Jvar/
ic: CrV.es-a
,
!o:'7 d'alfa" VC-*.,
S :--'¡.;:'
.J L f, 'J. t t ,) - j' , C,\: ^n>i-::pourellesr.H'.jej .rt
.!!.!!.'tl'1Joient éprouve lei Dryadec *, Et que Tritons pourvousnequittaient
Nayades,
Rirtterent vosvoeux» & n'eurent pas
grand tort:
Avec des Traitç que rien n'égale,
Et cette voix do,,:: Pan Fut "nchanté,
JHhtand vous voudrés,ilnl 'ejll point de
Beauté
Dont vous ne deveniésRivale : 0* donc, si m'en croyéstCloris,changés
d'Autels,
Essayésal'Amour defaireuneNeuvaine,
Il ejf/tpluf pfii/Tmt detous leslmmortdJ;
Vôtreoffrande ne fera vaine,
Ou je me trompe fortj vos triomphant
appas
Ont assés de nos jours augmentéfon Domainey
Pour qu'il nevousrefuse par.
Tourvû qu'à ses Faffaux cejficz, d'être
inhumaine
Carcp. Dieu Tout pu.Jfant,Cloris,vêut
du retoury
Or donc, si m'en croyez, ,recourez* a
a l/<'Amour.
DA
Le mot de la premiere Enigme du
mois p.{Te, étoitl'Oeuf
,
& celui de
la seconde, le Pistolet de poche.
ENIGME.
L Es anciens Grecs, dit-on, ne me
connoissoient pas, Et se pajfotent de moi) mettant lasa :
en bas ;
Mais tête haNte) on vient me rendre
hommage,
Hommage, non,c'est trop me prévaloir ;
Car très souvent)lorsque l'on vient me
voir,
Ce n'est pas moi qu'on' envisage;
Mais tirons du moins avantage
De ce que quelques Dieux m'ont
obligation
, Si je do'sà Vulcain quelque
perfection
Sans moi l'on ne pouroit atteindre
Arendre fÕmrtueux les Palais dePlutus;
Et si Mrr've;r,'a'de Ilpeindre,
En r(r"-ypnfeaajfiij,aide * peindre
a Venus
AUTRE
D E plus de troisfo-s fep, est la
Ciith'/gorie,
Dont François & hat-'ns m'ont mis
tour le derner;
Quoi qu'en France mon rang dut être
le premier:
Est-ceVrge:Ca.priClIJ ou pureAllégorie?
Oh,oh, dit un PédantiTorstCrochu,
Aîal biti,
Mforinstbi-in?que L'Om!ga tu te crots af-
,
l'on fcpaflê de rege Zé'shilare apart,l'onfepajfe refic
De toj -,
caràRaison tu ne fers pas d'un
\J(se.
Dans l'Hifloire de France on remarque
cinqRois
Distingués par moiseul j'aiservimême
a trois
Tout de fuite, depuis le décés d'Henri
Quatre, Vingt & un Lustre gr plus,sans qu'on
pUlfJe en rabatre.
De nôtrejeune Roy monfort eji dependant,
L, long cours de son Rigne étend mA
dessinée :
Pu;Jfe-t'elle par lui n'ttyeiamais bornle
Jï^utlforpajfe du moins le Règne précédent.
CHANSON.
Donc la Musique est de M. de FRANCE
DE NOLA.
LE vaste Empire d'Orient cj¡' celui
d'Occident,
Se fontauourd'huj/ la Guerre;
St l'Aigle détruit le Crotjfant,
Sfue de Ruisseauxdefang vont couler
sur la Terre!
Amis,imitons VAlleman, Tandis qu'avec son Cimeterre,
Il va renverser l'Ottoman;
Avec la bouteille 0' le verre,
Allons chasser l'Amour de l'Ijle de
Cythére ;
Detruisons pour jamais l'Empire de
Vénus, Et que l'un (jr l'autre Hemisphére
B,evlreJeulementceluidu Dieu Bacbus.
Comme



cOmme la Relation suivante venue
en droiture de- Bt/grade, est écrits
pAr un homme impartiale,&qu'elle contient
quantité de circo,,{lances différentes
de celles qui ont ejlépubliées jusqux
présent ; on a jugéa propos, en favettr
de la variété, de lui donner lapréférence
sur quantité d''aut,eJ Lettres
qui semblent avitr esiécopiées, sur le
même Original.. -
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE- s Ur les nouvelles que le Prince Eugène
recevoit chaque jour, que le
Grand Vizir s'avancoit avec une armée
formidable, pour venir au secours de
Belgrade, il suspendit le dessein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchéedevant sa
Contrevallation, & d'attaquer cette
Place en forme. Il se contenta seulement
de faire ouvrir un seul boyeau
deTranchéevis- à visde la Ville.
d'Eau (laSaveentre deux,) appuyée
par de bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piécès de Canon &20 Mortiers,qui
battoient en brèchele flanc de la Ville
basse& le chemin couvert de la haure
a revers;mais, cette attaque devenoic
inutile, en ce que le chemin pour aller
à cette brèche, n'étoit pas accessible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
sa Circonvallation par des redoutes
frézées dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûe étoit feulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir
,
il vouloit
assûret son Camp par des Retranchemens
presque inataquables & ne point
risquer une Batai lle. Enfin, l'Armée Ottomane
dontonnousménaçoit depuis
JOllg-erns-) commençaàparoître le1S
du mois pasle ,_&. se grossissant pendant
4 jours
,
vint se camper en front
de baniére le31, sur des hauteurs,àla
portée denotre Canon. Nous vîmes
un Camp & des Gardes sur leurs flancs
qui nous parurent prodigieuses
,
sans
pouvoir jamais découvrir au juste leur
force par aucuns Déserteurs ni Prisonniers.
On jugea feulement qu'ils pouvoient
allerà oooo hommes. Nous
crûmes d'abord que cegrand nombre
de Peuple ne pouvoit se soûtenir huit
jours dans ce Camp, n'ayant ni eau ni
fourage; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencèrent à lever
terre la même nuit de leur campement
,
& avançant vers nous des
tranchées & des paralleles, ils élevèrent
des Batteries de Bombes & de
Canons soûtenuës par des Redoutes
à moitié de distance entre eux & nous
Le front de leurs paralleles oscupoit
un térrein à déboucher jusqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon&
35 Mortiers qui nous battoient dés le y
de cemois dans presque toute eter-i
duë de notre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller secouvrir des parapers de nos
retranchemens par des traversés. Le
Quartier du Roy fut dans la même nécessité.
ils continuërent ensuite fous le
feu de leurs Canons,de travailler aux
approches de nôtre fossé, par une io.,
finité de rameaux assés mal concertez;
mais, d'où ils ne laissoient pas de tirer
beaucoup. Les travaux&les paralleles
qu'ils joignirent au bout, nous faisoient
voir nôtre Année aussiréguliérement
assiégée, qu'onassiégeune Place. Le
13 -,
le feu de leur Mousquéterie passoit-
-
bien loin au delà de nos parapets :Désqu'ilsfut
étàportée,&qu'ilsyit étquenous
n'avions fait aucun mouvement pourles
interrompre,leuraudace augmenta
& ils portèrent en deux jours denouvelles
pralleJt5, à la portée du pistolet
de nos retranchemens. Ils [e prépa-
*oiîot à faire la descente du fossélle 17 )
en faisant rouler de gros gabions dcvant
eux, qui les auroientmis àCOLLvert;
-
d'autant mieuxqu'ils les auraientsoûtenus
par le feu de leurs paralleles•,
& les mêmes gabions auraient
eombx le fosse dans toute la largeur
& la distance ce c;ur attaque.
Le Prince Eugène se voyant si fort referré
& pressé,malgré la résolutionquil
avoit prise de ciainienir ses renanchemens,
se trouva cependant dansla
céeéiïuélui-même de sortir& de les
attaquer. il tint Conseil de guerre le
1). où'ilfut décidé deles combarrre
le lendemain au point du jour. La dif,
pofuion de cette entreprise fut, vque
nous aurions une première ligne composée
de 30 Bataillons àc de
-
Z4 Régimens
de Cavalerie, de 6 Escadrons, -
chacuns partagés sur la droite & sur la
gauche de l'Infanterie : Quecette premiere
ligne seroit soûtenue par une
seconde de 27 Bataillons, le tout,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palsi, du PrinceAlexandre
de Virtemberg & du Comte -e Mercy:
Que le reliedes Troupes destinées à
la circonvallation, bor..;eroienc le
parapet des Retranchemens
, en cas
qu'on eut été forcé de se retirer. Il
sur donc résolu qu'on commenceroit
à défiler à2heures apr,.. par
différentes barrieres
, pour être formé
devant l'Ennemi
, avant que le jour
pût descouvrir nôtre manoeuvre;5c
que lorsqu on verroit partir trois Bombes
à la fois de nos Mortiers,on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droire & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on se proposeroit de nettoyer
,
s'il étoit possible, toutes ces Tranchées„ pénétrerjusqu'à leurs batteries,
& si on pouvoit y parvenir, de
se former là en bonne ordre de bataille
& de faire donner,jusqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comptant
faire beaucoup,si avec 25000 hommes
effectifs dans ce que nous étionsà
cette sortie, on pouvoir parvenir à y
réussir Nous avions cependant 80000
Janissaires en The à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes destinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille, pour s'opposer
aux sorties-que les assiégez pouvoient
faire, pendant qu'on feroit
aux mOlins; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté
,
si leurs gens nous
avoient prévenus, mais,ilsfurent furpris
& comme déconcertez,nepouvant
deviner ceque ce pouvoit-être,quelquesmesures&
quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependantêtre forméau
jour & nous étionsen trc's grand
danger,si par un bonheur imprévû.
,
un Broüillard fort épais ne s'étoit élevé,&
qui nous sur sifavorable,que nous
désirâmes dans les dehors, entre nôtre
fossé
-
de circonvallation & rt^nemi,
sans qu'il nous aperçût, ce qui donnale
tems aux dernières Troupes qui
ordinairementdemeurentforten arrière
dans des défilez
,
de joindre du
de seformer aux premières ; sans quoi,
la moitié de la première ligne auroit ,
été coupée. A peine fûmes nous, forInes
) que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du pistolet, &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu, & nous
mirenten nécessité de les attaquer dans
l'epaisseur du brouillard
,
sans pouyoir
distinguer les objets à ;o pas devant
nous. On fut dans la confusion
plus d'une heure, sans se reconnoître;
mais, le tems s'étant tout a coup
éclairci, nous nous trouvâmes avoir
déja gagné sur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées; SC
deplus un grand intervalle dans nôtre
centre, entre nôtre droite&nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre,nous gaignonstoûjours
en avant quelques-uns de leurs.
Rameaux de Tranchées. Cette quantitédefossez
faisoit que la Cavalerie
ne pouvoir paffer que difficilement,
& qu'elle se trouvoit exposée à un
grand feu, pendant qu'elle se formoit ;
mais,ni le grand feu'du Canon &de
la Mousquéterie,nilegrand nombre
d'hommes & deRetranchemens
, ni leshurlemens & cris effroyables que
ces Barbares font en pareilles occasions
pour nous Cpouventer,n'étonna
point nôtre Soldat; au contraire, comme
s'ilûteu laVictoiredéja (Ure.,ilmatcha
toujours en avant, en changeant -
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, fautant de Tranchéesen
tranchées
,
aussi facilement
que s'il avoit combattu en raze
campagne. Les Ennemis seenvoyant repoussés
jusqu'à leur derniere barriere la confusion , & la terreur se mit parmi
eux ; & quoiqu'aunombre deplus de
2.00000 hommes qui nous faisoient
tête,ilsn'eurent plus l'assûrance de pouvoir
former une seule troupede100 hômes
en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumesque plusieurs de leurs
principaux Officiers, après de vains efforts
pour les rallier,levoient les bras
au Ciel comme de désespoir ; & tout à
coup cette puissanteArmée s'évanoüit,
abandona son Camp,Bagages & Munitions,
& prit honteusement la fuite.
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlèrent la Ville de
Semendria en passant;le Prince Eugepe
ayant mis de la Cavalerie & des
Houssards à leur trousse,ils en tuèrent
ungrand nombre.On ntpeut affczkàkr
l'InfanterieBavaroise qui contribua
beaucoup augain de la Bataille. Cette
Troupeemportéeparl'ardeur duCombat,
se répande lapremièreligne oùelleétoit,
sansquelesGénérauxde cette aîle
là pussent la retenir,elle perça toûjours
en avant fuis l'Ennemi, ouvrit les premiers
paflQges3&: en mettant en fuite ce
qui se rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les suivoient
de se former&de se mettre enBataille:
Lorsque de Poste en Poste elle se
voyoit jointe,elle recommençoit à s'avancer
de nouveau, ce qu'elle continüa
jusqu'au point du gain & de la décision
dela Bataille; toutel'Armée en a
été témoin. Le Prince Electoralqui,
comme lesautres Volontaires
, IÎ
accompagné le Prince Eugène partout,
fut si transporté de joye, qu'il JCQ1!.'
rut à la fin du dernier choc,embrasser
M. dela Colonie Colonel deson Régiment.
, OR compte environ 20000 Turcs res- tés sur la Place;de nôtre côté nous y
avons perdu-prés de SOOD hommes.
• Le Prince Labkowitz
,
le Prince Taxis
, le Général Hauben
,
le fils du Gé-.
néral Passi, le Marquis de Caretti Co-
lonel Bavarois, le Marquis de Bona
- (olond,& plusieurs bravesOfficiels
- f 1 yontété tuez.
On a trouvé dans le Camp de Infidèles
1 36 Canon de bronze 37Mortiers. , 20000 Boulers de Canon,
3000 Grenades. 1600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales deMousquets :
On leur a. pris53 Drapeaux, 9 Queuës
de Cheval,4 Trompettes, cinq Tambours
des Janissaires, quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c.. Le
Prince Eugène fit chanter le Te Deum
dans laTente du Grand Vizir, au tour
de laquelle il avoir fait arranger les
Drapeaux &autres Trophées de cette
Victoire signalée. C'estlatroisiéme
Tente des Grands Visirs que ceGrand
Généralagagnée. La première,auPont
d'Esseck, la deuxiéme à la journée de
Semlim, & celle-cy qui est encore plus
riche que les deux autres. -
-.
Le lendemain 17 de la Bataille, la
Garnison de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoir plus,comptersur aucun secours
, força le Séraskier à parlementer
le mêmejour
, pour obtenir une
Capitulation plus favol'a-lle.
-
On convint presque de tous les articles.
Le dix huit, on prit poste dans
les Ouvragesextérieurs, & on occupa
un poste avec 10 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20, 'on
nous remit tous nos Prisonniers
,
les
Déserteurs & les Rebelles Hongrois.
Le il. la Garnison sortit en vertu de
la Capitulation, au nombrede 25000
hommes
,
parmi lesquels il y avoit
un quart de Janissaires; le reste étoit
composé de Risciens Bosniens ôc
Valachiens, sans compter 5000 Spahis.
Cette Garnison a été conduite en partie
par eau à Freteslaaw&en partie
par terre a Nissa. L'Ingénieur du Régiment
de Holstein qui avoit déserte
au commencement du Siége, avec un
Canonier &trois autres , ont été empalez
& les Deserteuts pendus.
L'Artillerie prise tant sut l'Armement
Naval des Turcs, que dans la
Ville & la Forteresse,consiste en 534
Canons de bronze ôcde fer, & 69 Mortiers,
sans ceux qui sont enterrez sous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui sauta le 14 d'Aoust. C'est ainsi
quecette Ville qui avoit gémi195 ans,
presque sans interruption
,
fous le joug
des Infidèles
J
estretournée tous la
Domination de la Maison d'Autriche.
Le Comte d'Od-,,,,ier Major Général,
a été établi par intérim, Commandant
dans Belgrade, avec une Garnison de
huit Bataillons &-de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 Sabaz
surla Save, yayantlaissé 12. Piéces
<le Canon ôi beaucoup d'attirailles de
guerre &c,
DO Camp Impérial, proche Semltm*
le 5 Septembre.
Nous occupons aprésent un nouveau
Camp,entre la Save & le Danube
,
ayant etejoblïgesacauie de l'infection,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
& oji n'entend plus parler des Ennemis.
Il estsurprenant qu'avec une poignée
de monde,nous ayonspu nousemparer
de tous les Postes considérablés
de l'un & de l'autrecôté du Danube,
depuis Belgradejusqu'à Vidin; puisque
nous sommes maîtres actuellement
,de Sémendrie, de Ram
,
d'Ipek,de
Dobra, de Sip, de Bissa, de Vidin
&au Nord dece Fleuve,de VipalanKa,
d'OrsovadeMeadia.
Le
Le Prince Eugène a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée,n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ;àcause de l'épouvente où se
trouvent les Troupes Ottomanes,
qui sont tellement dissipées qu'on ne
sçait ce qu'elles sont devenues. Le
Comte Joseph-Simon d'Estherasi. informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
est tombédessus
,
les a battu
,
mis
enfuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153chariots de munitions de
guerre & de provisions de bouche,
Ila fait sabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janissaires à qui
on a fait quartier; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des choses
-
de la dernicre conséquence. LeGénéral
Major Spleni les a poursuivi jusqu'à
Orsavaqu'ils ont abandonné de
même-que l'Isle voisine :LeComte Estherasi
MichelCzalli, Adam Vay & le
jeune Bérézini a y ant rassemblé environ
15 000 hommes deMécontens
, ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
IlsontpasseparRadua & pénétréjusqu'à
Bistrirz dont ils ont""brûlé
le Fauxbourg; enfuira"5 ils ont tiré
sur la gauche à Maros & sefont avancé
jusqu'à Iroye, en saccageant M
pillanttout le Païs.Le Général Steinville
est à leur trousse ; on ne sçaits'il
pourra les joindre
, tant ils se retirent
avecprécipitation. Le Prince Eugène
a détaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie, fous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The,
mesvar, &afaitencore quelques au- tresdétachemens.
NOUVELLES ETRANGERES,
LEs Lettres deVenise du11 de ce
mois portent, qu'oncommençoità
paroître fort intrigue sur les Projets
de la Flote d'Espagne. La Noblesse
publie hautement que la République
étoit prête d'exécuterledernierTraité
Allianceconclu avec la Maison d'Autriche,
en vertu duquel le Sénat s'etf
engagé de fournir 4000 hommes & un
certain nombre de Vaisseaux à l'Empereur
-Ciles Etats que ce Prince posséde
en Italie,étoient attaqués par quelqueautre
Puissancependantla Guerre
du Turc. Ce secours doit être même
plUS ou moins considérable félon le lieu
o l'Emper. sera attaqué.LesChefs du
gouvernement ont interrogéle Capeiloqui
est revenu depuis peu de Li Residence
de Naples, touchant les sentimens
des Peuples de ce Royaume ;
il leur a répondu qu'il croyaitq;;e si
les Espagnols s'en approchoient, il y
auroit dans ce Pays-là un soulevement
presque générale en leur faveur:Que
deux jours auparavant, onavoitreçu,
un Courier de Corfou, avec des Lettres
du Capitaine Général,dattées du
17 Aoust, qui partoient que les Turcs
assembloient un Corps de Troupes s:
qu'ayant avec eux du Canon, ll. ) t
à craindre qu'ils n'eussent formé I2
dessein de faire le Siège de cette e. .te ce soupçonétoit comit le
voisinage de leurFlote qui s'approchoic
du Zante au nombre de48 voiles carées,
dont 8 Galéres & 14 ue.nieGalères
ouGaliotes s'éjroien.tmeme avancées
aifqn'aux Istes de Sapienza. Difficilement
lesVénitiens pourront-ils s'opposer
à cette entreprise.
Le peuple a fait ici de grands Feux
de joye, à l'occasion de la Victoire
remportée par i'Atmce du Prince Eugène
sur celle des Turcs : Il y a lieu de
présumerque le PrinceEugèneprofitant
de la terreur où ils sont, s'avantera
vers Nissa &au delà:Que par des j1il s'eraparera de la Bofnie
&ensera couler jusque sur la Côte
du GolpheAdriatique, pourserendre
maître de Santary ,de Dulcigno & autres
lieux,afin d'établir par
ce Golphe
une communicationavec le Royaume
coNaples& riralie: Cette grande
Victoire a fait changer la résolution
puise de faire passer 3000 hommes de
Dalmade au Levant.
AHem*le - Scftcm&rc 177
Le Conre dt Gatris AmWfîadeur
eut étrouver bon que l'Empereur fit
couler des Troupes d..ns le Royaume
de Napies parl'EtatEcclesiastique,
«'ayantpasd'aune route à leur faire
tenir: Cette proposition a dûembarasfer
le S. Peie. S. M. I. a donné
ordre à ce qu'on s(Turc
,
de faire paSTer
25000 hommes dans le Milanais,dont
une partie ccnsiste en Troupes Saxone".
Selon toutes les apparences,le Roy
d Lspagne bornera sa Conquête à la
Sardaigne, & nous n'ayons pas ér-ylc;
qu'il fasse aucune, tenrative pour se
rendre maître de Naples. On prépare
au ChâteauS.Ange une Girandole,
en iéjoui{fonce de la Vidoire remportée
sur les Turcs:Elle se tirera le Jour
qaon chantera le Te Deum.
Suite duJournal de Paris.
L E 9 ausoir, le Roysoupa chez
Madame la Duchesse de Vantadour
japres lesoupé,il eut le divertisfeent
d'unfeu d'Artifice. On abandonna
un gros Chienqui courant après
toutes les.fuCtc:s,!es saisissoit malgré la
violencedu feu,&en (.:1tltc:notr l'effet
sans 'es lâcher; ce qui réjouit beaucoup
S M.
M. le Comte deKinigfegkAmbassadeur
de l'Empéreur,a donnéplusieurs
fêtes magnifiques, à l'occasion de la
Victoire remportée p:tr les Armes Impériales
sur les Infidèles.
La 14., cet Ambassadeur ût Audiance
particulière du Roy
,
dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire-
-
remportée sur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade:
Le 17 ,
le Roy nomma à l'Evèché de.
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Tressans premier Aumônier
de M.le Duc dOrléans: Il avoit
éténommé cy-devantavece-de
Vannes,, vacant par la mort de Messire
Gilles deBeauveau AbbédeTréport,
qui arri va ie. 6 de ce mois.
0& M. l'Abbé de Caumartin Abbé de-
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tonrs, & un desGrands Vicaires du
'lege vacant, a esté nomme à l'Eve..
ché de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conseiller cl^Etat
ordinaire., eit parti enpolie pour Lon..
-
dres, où il ya exécuter quelques Comsniffions
de la part de S. M. Il neprendra
point de Caractére.
Mr le- Prince de Dombes, après,
avoir donné des preuves d'une valeur
ex. d'une condoere supérieurà IOn âge,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il est encore Incertain quandMgrle
Comte de Charolois le rendra ici :..
une Lettre écrire de Vienne à Paris,
en parle en ces termes. OnA raison
devoirestédans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolots
*, car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'ils'expôsat par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne, ont rapporté que le
Prime Généralissime, avoit estéoblige
de se servir.de toute sonautorite pour
» Arrêter l'ardeur de ce jeune Héros. On
ne sçait pas si en s'en rétournant en
France, il restera du tems a Vienne;
mais, il est sur qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons, M. le Chevalierde
Lorraine son frere, & presque
tous les Volontaires de France
font de retour de laCampagne de
Hongrie.
M.le Marquis d'Alincourt petit fils de
M-le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs, reviendra en
France par l'Italie.
On a estéinformé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend sans
manger, mais non sans boire, étoit mort
dans sa Prison à Vienne, le 7 de ce
mois.
M. l'Abbé de Brancasfrere du Marquis
de cenom, a eu l'agrémentpour
occuper la place d'Aumônier du Roy
qu'avoir M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Mortault de l'Ordre de Cluny qui
vaut Sooo li vres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouili ; d'un autre
côré
,
M- l'Abbé d'Auvergne qui
s'en piérend le Titulaire, a nomné
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier.
Le ,Madame Duchesse de Ferry
a choisi Madame la Marquise de
Béthune pour Dame du Palais, à la
place de seüe Madame la Comtesse
d'Aydie.
L'Archevêché de Besànçonvient,d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambàssadeur en Portugal.
,
L'Abbaye de Quimperlay raporranc
8000 livres dç rentes, a essé.donnée a
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydesayantesté
résiliés par Arrêt du Conseil
,
il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
annéesqui restent; a commencer au
premier Octobre de cette année1717.
Le tout a esté donné a 3 Com^ngnies.
La premiere, a lesGénéralites de Paris,
Rouen
,
Amiens,SoHfons,Ghalons,
Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent du
Royaume.
Elle est composée de Messieurs
Teiffiej:,Chalmette de Beaufort, de
la Haye, de Durdent
,
Meulan, Albert,
Savalette, Monpellier, Villemûre.,
Perrinet ,
Thoinard.
L; Bureau, rué des Petits-Champs.
La deuxiéme
,
de Messieurs Maugras
, Colin, Roblastre , l'Huillier,
Souchet, Theveninde Verneüil Huë,
Dauffeur Michaur.
Elle. CÀèn, Poitiers , 1. Rochelle
&Lyon. Bureauj, rué Parte-Fatn.
La troisieme
,
de Messieurs de S.
Léon,Raflefils , Daugny, leTexier
de Jean, Harte deChevremont,Char-,
liere
,
Hauffroy
,
des Hayes) Lam-age
fils.
- Elle a Tourst Alençon, Bourges&
- < Moulin. '*
LeBureau, ruéRoyale*
Le Roya donné le Gouvernement
de Lourde en Bigorre
,
à M. le Comte
de Cardeillac d'une Noblesse distinguée
dans ce Païs-là.
Il piroit un Arrest duConseild'Etat
du Roy duii Septembre 1717 y qui ordonne que tous les Officiera
Comptables, Fermiers, Soufermiers
Receveurs, Commis, &cenéralement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville & Faurbourgs de Paris, seront
tenus de faire leurs Recettes 8c
Payemens en Billetsde la Banque Génerale.
ÂvÎS trIs 'l:JtÙv:aùP#b/.ic..
Etant du Ressort du Mercure d'annoncer
au Public les Etablissemens quise
sont dans Paris à j'avantage de
la Société Civile,on aprendra sans
- doute avec plaisir, que le Bureau
général privilégié
y
d'adresse & de
rencontre, doit s'ouvrir incessamment
dans la rue S. Sauveur.
Quiconque a
1
ht lésElsass de Montctgfh
, aura pu ok/è:rv:r aH Chapitre
dn deffant de nos Polices, le premier
projet de cet Etabhffement F né::efJaire
a tout Etat. Feu mon Pere (die-il )
homme pour n'être aidé que de l'Expérience
& du Naturel,d'unJHgement bien
net, m'a dit autrefois qu'il avoit deji- refmettreoen train,qu"i1ly eut es yr'l"ilel s ,
certain liu déjigné auquel Ciux qui
auroient besoin de quelque chose, se
pûssent rtndrê ou adresser&faireenrég:(
îrer leur affaire à un Officier établi
pour cet effet.Commeje cherche avendre
des Perles,jecherche des Perles à
vendre. Tel s'er.qmertd'un Serviteur
de tellequalité', tel d'un maitrc
,
tel
dïmande M'? Ouvrier. ceci, qui ce Vt
chacunselan son besoin : Ce femhle que
ce moyen de nom entr'avertir aportroit
non légat commoditè au Commerce
public ; car à tous coups,ily a desconditions
qui s'cntre-cherchent, & pourne
r s*entre-entendre, laljJeJft les honneurs
en extrême vécejftte.
Voilà proprement le Texte sur lequel
le Plan de ce Bureau a été dressé : Il
parut il utileaprés son Etablissement
,
epe les Rois Henry 1V ,
Louis
XIII, & Louis X 1 V, lui ont toujours
ellefavorables:Les BrevetsSeles
Privilèges qu'ils lui ont accordé & qui
viennent d'être renouvelle par Louis
Quinze,en sont des preuves incontestables.
En effe, pour peu qu'on y sa(Te
attention, on fera obligé de reconnoître
qu'il y. s peu d'Etablissemens qui
doivent être plus unanimement aprouvés
que celui-ci. Comme les hommes
ont naturellement besoin les uns des
autres, il arrive tous les jours& presqu'à
tout moment, que les unsrecherchentunechose
dont lesautres seroient
bien-aises de se deffaire
, & qu'au contraire
les uns vcu1cm[débarafIr
decertainseffets dont d'autres défireroient
de s'accommoder. Ce qui peut
donc être le plus utile dans le commerce
de la vie, c'est que chacun de ceux
qui voudroient vendre quelques meubles
ou immeubles, fçût à point nomme'
quelles sont les personnes qui en
auroient besoin, & que pareillement
ceux qui louhaiteroient s'accommoder
d'autre choses
,
fussent instruits d'un
lieu assuré où ils pourroient s'adresse;
Voilà ce qui a donnéoccasion à l'établissement
d'un Bureau Général d'acLrefTe
& de rencontre ,
auquel ce nom
n'a estè imposé que parce que tout le
mondepouvant toujours s'y adresser
,
"':
chacun
chacun y peut rencontrer ce qu'il chercheroit
vainement ailleurs.
Ce Bureau estoit autrefois (1 fréquenté,
qu'un ancien Mémoire du tems
de Louis XII1. fait mention de cinq
Cordons Bleux qui s'y trouvèrent en
même tems pour leur utilité particulière
: On Y-Iernarqne que ce Prince
après plusieurs recherches inutiles, pour
découvrir un cheval de poil Isabelle
qui pût assortir à un de ceux qui craînoient
son petit caroire, ut recours
au Bureau d'adresse qui luy en indiqua
un; c'est ce qui engagea Louis XIII.
à lire les liftes du Bureau, & cette lecture
a souvent mis en place des personnes
qui n'estoient redevables de leurs
Emploi qu'à cet établiraient.
Laréputation de ce Bureau continua
d'estre en honneur jusqu'à la mort de
celui qui par son intelligence luyavoit
donné tant de crédit; mais,depuis cette
époque & particulièrement dans ces
derniers temps, cet Ouvrage qui avoit
coûté tant de soins, est tombé. dans
une espèce d'oubli, faute de Sujets
capables d'en entretenir le bon ordre.
Heureusement, les fondemens qui en
cftoient solides n'ont pas û le même
tort; c'est sur ces mêmesfondemens
qu'aujourd'hui des personnes zélées
pour le bien, public, travaillent à leremettre
dans son premier état. ilferaencore plusaiséde juger de son
utiliré&. desavantages qui en reviendront
si on met fous les yeux toutes
les parties qui y ont du raport.
-
Chacun aura la liberté de s'adresser
au Bureau général pour tout ce qu'on a
droit de vendre
, emprunter, troquer , acheter, loüer) comme maisonsde la
Ville ou de la Campagne,Terres,Héritages,
Charges,Fonds, Rentes ,Baux
Fermesgénérales ou particulières, Bois
à tailler, pêhes;chasse.,fruits
,
vins,
meubles, hardes, équipages,livres
rares, manuscrits, tableaux, bijoex,
à Paris ou en Province.
Pour cet effet on recevra dans ce
Bureau,tous Mémoires& toutes propositions
raisonnables, soit en offrant
ou en demandant,comme aussi toutes
sortes d'offres, de marchez, commissions
àfaire, fournitures a entreprendre
, avis de l'arrivée-Sc du départ des
Vaisseaux, &c. avec l'état des marchandises
qu'ils apporrt,ou de celles
dont ils ont besoin
, comme au0ïceex
qui défirent estre employé dans quelqueécac
,
art,profeilion ou condition
que ce puisse estre.
-
Enfin, on peut s'adresses: dan ce
Bureau universel ,pour toutes les choses
licites& permises qui entrent dans le
Commerce général de la Société civile,
& pour tout ce qui regarde les nécessités
de la vie ; afin que par cet innocent
moyen,chacun puisse y rencontrer facilement
à point nomme &à choix, tout
ce qu'il désire, & que par-là, il soit
promprement foulagé dans Tes affaires
& aidé dans Ces plus pressans besoins.
L'on distribuëra journellement une
brochure,sous le titre deLit~fce universelledu
Bureau général d'adresse de France.
contenant les proportions & demande,
avec l'état de tout cequiaura été enregistré
aud. Bureau ; dans laquelleListe
il ne sera nommé personne : Et pour
les affaires qui doiventestretraitées
en particulier; elles resteront dans un
Registre secret. ARTICLE DESMORTS.
MEssire Paul Estienne Brunet de
Ranci Seigneur d'Evry-les-Châteaux,
mourut le 19 Aoust laissant de
son mariage avec Geneviéve Colbert
fille de Michel ColbertMaître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel duRoy,
entre autres enfans, Gilles Brunet
de Rancy Maistre des Requêtes
mariéavecFrançoise Sufanne Bignon,
fille de Messire Armand Roland
BignonIntendant de Justice en la Généralité
de Paris, & d'Agnes Françoise
Hebert du Buc. Joseph Brunet de Rancy
Capitaine au Régiment des Gardes
Françoises, Françoise Marguerite Brunet
de Rancy Femme de Pierre Armand
de la Briffe Maistre des Requêtes&
Marie Brunet de Rancy mariée
depuisl'An 1711 ,avec Loüis François
Henri Colbert Comte deCroissy, Lieutenant
Général des ArméesduRoy, cidevant
Ambassadeuren Suéde. Messire-
Bruner de Rancy qui vient de mourir
avoir pour freres ( Jean-Baptiste Brunet
Seigneur de Chailly, Garde du Trésor
Royal -iiiort en 1703,perede M.
Brunet de Chailly Président en la
Chambre des Compte de Paris,& de
MesdamesduTillet delaBussiere de
Villarceaux & Bignon de Blanzy. )
-
Gilles Brunet Conseiller au ParI..
ment de Paris, mort en 1709. François
Brunet Seig^cat de M,ont-F-erl'.anr.
Président en la Chambre des Comptes
de Paris mort,sans estre marié en1696.
Jxxfeph Brunet Abbéde. Nostre-Dame
4e Rangerais., puis de Saint Crespin
leGrand de Soissons, Adminiftratcur
4e la Cure de Saint Roch. Claude Brunet
Abbé de Nostre-Dame du Boucher,
m-ort ei) 1655. Philberte Brunetfem- de Philbert Alexis Durand Seigneur
de Chaumont,Président de la Chambre
des Comptes en Bourgogne, &
JeanneMagdelaine Brunet femme de
François Pierre Durey Secrétaire du
- Roy, Trésorier Général de la Maison
du Roy, morten 1710,&elleen 1706.
3jfc)us enfans de Philbert nrunt reçu SerqÜtc duRen 166/,&. de Jeanne
Tavau.
MessreFrançois Joseph de GrammontArchevêque
de Besançon
, mourutle21
Août. Ilavait succedéen1698,à
Messire Antoine Pierre de Grammont
for:Onc\t: duquel il estoit Coadjuteur:Il
estoit frere de Messieurs les Marquis
ôc Comte de Grammont, tous deux
Lieutenans Générauxdes Armées du
Roy, & sortoit d'une Maison originaire
de Franche-Comté égalementdistingueé
par son ancienneté depar ses a-tliances.
Il vaque par la mort de M.
de Grammont l'Abbaye de Sainte Marie
du Mont de 12 à 15000livres de rente
, & le Prieuré de Mortault qui cm
vaut autant.
-
MreGeoffroy-Dominique de Bragclongne
,
ci-devant Conseiller en la
Cour des Aydes de Paris, mourut le
21 Septembre, en sa 6eannée. Il estoit
fils de ThomasdeBragelongne, Sei-
- gneur d'Engenville, d'Issi & du petit
Tinionville, mort PremierPrésident
du Parlement de Metz en 168"1 : Et de
- Dame Marie Hector de Marle
, .&
petit-fils deJean-François de Bragelongne
Seigneurdela Norville;re-
(û Conseiller au Parlement de Paris
en 1601 & d'Anne l'Eschassier; 8c
arriérepetit-fils de Thomas de Bragelongne,
Seigneur de U Norville
, ancien
Président des Trésoriers de-
France à Paris & Sécrétaire du Roy, -mon en iSrj, sorti d'une Famille
des plus distinguées
,
des plus érenduës
& dNes mie.ux alliées de la Robe. d~'Av.'e femme de Mre
Antoine Comte d'Aydie & Dame du
Palais de Madame Duchesse de Béni*
mourut le 18 de ce mois, à l'âge
de 19 ans. Elle étoit soeur de M. le
Marquis deRibérac&deM. le Comte
de Rions; dd fille d'Ame-blaise
d'Aydie Comte d'Aydie
,
Seigneur
des Bernardieres, & de Moncheüil,
Comte de seroge, &deMarguerite-
Loüise
-
Thérese- Marie -
Charlotte -
Dianne mautvu de Nogent. Elle avoit
épousé son proche parent ; & la Maison
d'Aydie dont elle fOHoir)dl une
des plus illustres de searn.
Mre Gilles de beauveau Evêque de
Nantes depuis l'an 1677
, mourut le
six de ce mois. LaMaison deBeauveau
dont il sortoit, est originaire
d'Anjou & l'une des plus iHuft.rs.&:
des plus anciennes de cette Province.
Mre Pierre Gaillard Conseiller enla
Cour desAydes de Paris, mourut le20
Aoust dernier, laissant des enfans.
MarieElisabethleFeuvre de Caumartin,
femme de Mre Pierre Delpech,
Seigneur de Cailli , Avocat Général
de la Cour des Aydes
, mourut le 29
Aoust dernier. Elle é&pit fille de Loüis-
François le Feuvre de Caumartin,
Marquis de Cailli
,
& de Francoife-
Elisabeth de Brion sa seconde femme,
petite-fille de Jacques le Feuvre Seigneur
de Saint- Port & Marquis de
CaiHi AmbassadeurenSaisse&ConfciHer
d'Etat
,
&de Genéviève de la
Barré ; &arriere petite-fille de Loüis
le Feuvrebaronde Saint Port, Seigneur
èçCauraartinSe de soi®> mort Gr-
- de des Sceaux de France en ;Sç
elle étoitcousme issue de germain de rs 4e Caumartin&de soissi.Voyez
pour cette Généalogie
,
l'HtlfQhe d^es
grands OfficiersdelaCouronne, au
Chapitre des Chanceliers , Gaide'sdes
Sceaux de France.
DameMarguerite Felice de Le/y
YiltàoUf. - veuve de," Mrc Jacques
Henry de Durfort Duc de Duras,
PaitrXMareehab deFrance
,
Chevalier
des Ordresdu Roy , Gouverneur
daComté de xourgo--foourut le
deux
-
decemois.
Je remets au mois prochain à parkr
dela mort dç M. leDuc deVantadour
(Un [ere> auivrelenj comseç
ausside la mort de M.le Marquis
de Mencault Lieutenant Général des
Armées du Roy, dont M. le Marquis
d'Hautrey (on fils,a épouséMlledArmenonville,
comme je le marque ci-al.'res..
MARIAGES.
Messire Jacques de Verthamon Conseiller
auParlement de Bordeaux, fils
de M. de Verthamon aussiConseiller en
ce Parlement, a épousé le Il dece mois
Dlle Catherine de Verthamon, fille de
feu Antoine deVerthamon Comte de
Villemenon,Conseiller au Parlement
deParis, & de Dame Catherine du
Maits de Goinpy. La Famille de Verthamon,
de laquelle ils sortent
,
est
originaire de la Ville de Limoges, k
l'une des plus anciennes. des plusdistinguées
& des mieuxalliées de laRobe
Mrc , FabryMarquis d'Autrey
fils de Mre Louis Fabry Com e der.olilcatlt
Lieutenant Général des Armées duRoy,Gouverneur
de la Girade le de Besançon,&deDamc
• • d'Atibarede,aépouséle xz Septembre,
DlleTherese Fleuriau d'Armenonville,
fille deMreJoseph-Jean-sapriste Fleurian,
Seigneur d'Armenonville
, Marquis de Rambouillet,
Secrétaire d'Etat & ci-dcvant
Directeur General des Finances, & de feue
Dame Marie Jeanne Gilbert. Cectcl!I()n"cle mariée est soeur de M. de MorvilleProcureur
General au Grand Conseil.
On a été mal informé, lorsqu'ona
avancé Page 176, que Madame la
Marquise de Behtune avoitété choisie
Dame du Palais, à la Place de feüe
Madame la Comtesse d'Aydie. Cette
Princesse ne s'est point encore déclarée
sur cechoix. Page 69. ligne 7. lisés Brevet.
PROGRAME
DeVAcadémieRoyale des Sciences
& Arts.
TOUR UNPRIX D'ANATOMIE
LE Prix de la Médaille d'Or de trois
cent livres proposé l'année derniere
pour une découverte danatomte,
n'a point été distribué ; parce que
les Ouvrages envoyez pour l'obtenir,
n'ontpas paru il'Académie remplir tout
son objet
,
quiest d'acquérir au Public
dunouveau & de l'utile.
Cette Compagnie destine ce même
Prix,pour le jour de SaintLoüis, 25. du
mois d'Aoust 1718, à celui qui expliquera
de la maniere la plus vrai-semblable
l'usage des Glandes renales
nommées , autrement, Reinssuccenturic.
HX, ou Capsulesatrabilaires.
Il fera libre d'envoyer les Differta-
•®ns en François ou en Latin. Elles ne
feront reçues que jusqu'au premier jour
die May prochain inclusivement. Celles arriveront plus-tard, n'entreront
pas en concours. Au bas des Dissertations,
il y aura une Sentence, & l'Auteurmettra
dans un Billet separé & cacheté,
la même Sentence avec sonnom
& sonadresse.
Ceux qui enverrontleursOuvrages,
les adresseront à Messieurs de l'Academie
Royale de Bordeaux, ou au Sieur
Brun-Imprimeur de cette Compagnie,
ruë Saint Jâmes. On aura foin de faire
affranchir de port les paquets, sans quoi
ils ne feront pas retirez du Courier.
A Bordeaux le vingt-cinq Août mil
sept cens dix-sept.
NAVARRE SecretAirefsrpetuelde
VAcadémieRoyaledesBelles-Lettres,
Sciences cf¡' Arts.
Antoine Coutelier Libraire,Quay des Augustint, contin.
e de vendre l'Edition nouvelle duTérence dcWeDaci..
il n'y a rien à désirer dans cette Edition
, tant parla
beauté des Caractéres & du p piet, que par 50 Figures
tirées desplusanciensManuscrits de la Bibliothequedu
Rcy qui ont esté gravées par Picard.
on trouve chez EstienneRobiuotlibraireQuai des
Augustins Le Journal Historique du dernier Voyage
q e feu M de la Sale fit dans le Golfe de Mexique,
pour découvrir l'embouchure & la coursde laRiviere de
Mi Tïssip's
Cette relation devient interessante autant parles circor>.
stmw présentes quepar la curiosité de la mauere.
Il paroitun livre quia pourTitre s-egle artificielle
du Tems ou Traité de la division Nitute"lc & Anisic;
e le du Tems ,
des Horloges ti des Ivion re- de difftrentesconstructionsde
lamaniéré de 1. cennoitre 9cdelas
icglçi avec justesse. Avec la description d'une Montre de
nouvelle construction, presentéeàl'Acidemie Royale des
Sciences an mois de Juin 17tf par nemy Sully Anglois,
Ce Livre quiestde16.feuilles in 12. se Loiàc chez
GrégoireDupuis,rue SaintJacques à a Fontaine d'Or.On
endonnera le mois, prochain un Ixirait plus étendu.
cet Ouvrage continceoit a«re agréable au p,)l'lj,F.Lità
Parisce30Septembre1717.TARRASSON. A TABLE. Vant-Propos.
MObje.ctiCons & Raéponuses suir laiMeachinre in.vefntée par Chapitre 1. duBourgeois de Paris parleTheophrafte
moderne. Je.
Caradere du Cardinal de Rctr. zé r~tfïei js
Atibregé hiftoriqne des Swges de Belgrade, 49
Suite du Journal lie Hongrie. 57
nelîtkn dela Bataille Navalle entre Ici Vénitiens& les
Turcs. ,,,
JournalGeurÍl.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le