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MERCURE
A PARIS, ,-
M. DCCXlfl
Avec Privilègedul{oj%„
ME JflGU RE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
-
£Octobre
Jji6.
Leprix efl:$o. sols relié en veau, Se
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, Se J. LAMESLE,
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
A\ccjtpr9bAtioni&PrivilègedaFti
-MERCURE NOUVEAU
DED1Et
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
T L estoit possible de
sonner une Traducion
enticre d'une Comedie
Italienne,cel e quia
pourtitre:l'Amante d;jjiLiUou
l'amant constant
,
qu'on jouë
depuis peu de jours sur le
Théâtre de l'Hostel de Bourgogne
,
quelque soin qu'elle
pût coûter, meriteroit qu'on
n'épargnâc rien pour la traduire
entièrement;mais la façon
dont les Comédiens Iralienscompofenc
,apprennent
& representent leurs Comedies
, estant inexprimable., &
si je l'ose dire
,
inconcevable
par laquantité d'agrements &
de discours nonétudiez qu'ils
y ajoutent, je prie les Lecteurs
de se contenter des essor ts que
j'ay faits pour leur donner
une juste idée, & ensuite une
explication presque litterale
de cette Comédie, dont voicy
la premiere origine.
M. Raymond, jeune homme
de merite & de beaucoup
d'esprit
, ayant fait un projet
de Comedie, sous le titre de
Lelio
,
vainqueur des épreuves
de la Constance, il en vint faire
la lecture au Caffé ; M. de la
Motte, Auteur indulgent
pour tous les travaux d'autrui,
se prêta à cette ébauche; il
soûtint que l'idée en estoit
bonne, & qu'elle pouvoit
estre suivie joyeufemenc
,
il
luy fcmbla que dans chacun
des cinq Aâcs il falloit menager
une épreuve à l'Amant sidele
, que ces épreuves devoient
tenir les unes auxautres
,& faire paroître avec gradation
le caractere de l'Amant
;il donna pluficurs idées
de détail, & entr'autres
,
les
épreuves placéesau quatriéme
Acte & au cinquiéme ; on
agaça le Censeur
, en force
qu'ilcr ût devoirachever l'Ouvrage
commencé ; il y pensa
à loisir,&le lendemain il apporta
au Caffé la Piece toute
faite,qu'il recita publiquemem
;elle fit un grand plaisir
à tonte l'Assemblée, le premier
Auteur qui estoit present
àcettç recitation,l'excita fort
à donnercette Piece aux Italiens,
ce que M. de la Motte
ne fit néanmoins qu'après
avoir exigé de la Troupe
9
les
entréesfranches pour l'Auteur
à qui appartenoit l'idée
generale de la Piece.1
Il seroit à souhaiter que
des hazards semblables se rc.
petassent en faveur des Italiens;
M. dela Motte devroit
quelquefois choisir ce genre de
travail pour son delassement.
Il donna dans sa jeunesse
trois petites Comedies à la
Troupe Françoise ; les trois
Gascons, la Matroned'Ephese,
& le Port de Mer; ces trois
Pieces ont été imprimées par
M. Ribou
,
Quay des Augustins,
dans un Recuëil auquel
on a donné pour titre: LE
THEATRE DE M. BOINDIN.
Puisque M. de laMotte
abandonne sesOuvrages à qui
veut s'en parer, il me prend
envie de faire imprimer fous
mon nom,quelques-unes de
ses Fables que ma memoire
luy a escamotées
,
qu'il me
fasse ce sacrifice, il n'aura pas
oblige un ingrat. Si j'acquiere
parlà quelque consideration
dans la Republique des Lettres
)
je n'en feray usage que
pour le deffendre plus utilement
contre ceux que sa ré.
putation irrite.
ACTEURS.
PANTALON,Pere deFlaminia.
FLAMINIA.
VIOLETTE, Suivante de
Flaminia.
LE LI0 ,
Amant de Flaminia.
ARLEQUIN,ValetdeLelio.
S Y LVI A, Amie de Flaminia.
SCAPIN,Valetde Sylvia.
MARIO, Airatu de Sylvia.
La Scette essa Ecorne,
L'AMANTE
DIFFICILE,
COMEDIE.
.???'A?K~C!''t<tT{t<~Ef<:? '?'?-?? 1.
SCENEPREMIERE.
Le Théâtrerepresente une Place.
ARLEQUIN(èf4/.
RLEQU INdit qu'on
a vrayment raison
dedire que l'amour cft
l une espece de maladie contagieufe,
que son Maître aime
depuis deux ans Flaminia
J qu'il ne fait jour & nuit que
soupirer
,
languir & gemir
pour elle, qu'il est sans celTe
témoin de ses pleurs & de ses
soupirs& qu'à force de le voir
&parcompagnie il est devenu
aussi amoureux de Violette
qu'ill'est de Flaminia ; mais
quela différence qu'il ya, c'est
qu'il s'apperçoit tous les jours
que l'amourle polit
,
qu'il le
façonne
,
qu'il le rend àveuë
d'oeil calaiit si galant,
qu'il a ce matin envoyé un
bouquet à Violette pour le
jour de sa fête.
SCENE II.
LELIO, VIOLETTE,
ARLEQUIN.
1
Violette rapporte à Lelio,
qu'elle voit entrer, une Lettre
cachetéequ'ilavoit envoyée
àFlaminia
,
& qu'elle n'a pas
même voulu ouvrir. Lelio
croit d'abord que c'est la réponse
de sa Lettre, il l'ouvre
dans cette pensée
, & commence
à la lire; mais voyant
quec'estla sienne queFlaminia
luy renvoye ,il se plaint de
ses mépris, & illa relit encore.
Alors il s'étonne que les sentiments
dont elle est pleine,
n'obtiennent pas plus de retour
4
& il s'afflige, dans les
termes d"unanianr deseeperé,
des rigueurs de sa Maîtresse.
Dés le commencement de
cette Scene Arlequin entendant
lire une Lettre à sonMaître,
& voyant qu'elle parle
d'amour, croit que c'est Flaminia
qui la luya écrite
,
& il
veut l'obligerà se rejoüir de
ce bonheur. Cependant enbadinant
autour de Violette,il
s'apperçoit que le bouquet
qu'elle a a ion costé n'est pas
le sien. Illuy en demande la
saon : elle luy répondqu'il
n'est qu'un stupide, qu'un ignorant
qu'il choisit mal les
fleurs
,
qu'il ne luy a envoyé
que despavots, desgratecols,
&c. & qu'elle a préféré celuy
de Scapin au sien. Arlequin
après avoir dit douloureusement
qu'il a fait quatre lieues
de chemin dansles champs
pour cueillir son magnifique
bouquet, prend le pathétique
de lonKiaiftre.IlquerellcVio
lettedans les mêmes termes
que Lelio vient d'employer
pour & plaindre des rigueurs
& des mépris de Flaminia.
Alors Violette éclate de rire,
& Arlequinse met à pleurer,
parce qu'il ne sçait pas ce qu'il
faut dire en pareil cas. Cependant
Leliointerroge Violette,
& luy fait plusieurs questions
pour tâcher d'apprendre d'elle,
s'il n'échape rienàFlaminia
qui foit favorable à son amour
; & n'apprennant rien
qui le console, il fortavecArlequin
,en s'abandonnant à sa
douleur,&en priant Violette
de direàFlaminia qu'elle n'est
pas encore debarrasseede luy,
ÔC
& qu'ill'aimera avec tant de
confiance & de fidélité, qu'il
pourra à la fin s'en faire aimer.
Arlequin revient sur ses
pas& charge aussi Violette
de dire à elle même Violette
,
que malgré sa fierté, sa cruauté
,
sa dureté
,
il l'aimera jufqu'au
dernier soupir.
SCENE III.
r 1 PANTALON,FLAMINIAI
VIOLETTE.
Pantalon presle Flaminia
de fc rendre à l'amour deLelio,
illuy dit qu'il s'étonne que la.
curiosité du mariage ne la touche
pas, il luy saic un beau
portrait des bonnes qualitcz
de sonAmanr,&ilajoûce qu'il
n'est pas dans toute la Ville
un homme qui foie plus digne
d'elle. Flaminia après avoir
exagéré tous les inconveniens
d'un pareilengagement, tous
les foins du mariage, les dégours
qui l'accompagnent,
ôc l'attention qu'exige des
peres & meres l'éducation des
enfans, luy dit qu'elle est plus
timide que curieuse, & qu'elle
le prie d'attendre que la curiolice
de se marier luyvienne
,
il consent enfin à ne la pas forcer
,& la laisse la maîtresse de
son choix.
SCENE IV.
VIOLETTE, FLAMINIAVioletteapitié
du fort de
Lelio, elle dità sa Maîtresse
qu'elle feroit touchée de ses
larmes si elle lesavoitvû cou- lercomme elle, & qu'il faut
qu'elle ait l'ame bien dure
pour resister à tant d'amour.
Tu ferais bien étonnée,luy
répond Flaminia,sijet'avouois
que je fuis la personne du monde
la plus sensible
,
& que je
l'aime de tout mon coeur; je
n'en croirois riendit Violette:
Quoy vous l'aimez, & vous ne
le voulez point voir? vostre
pere vous le donne
,
& vous
ne voulez pointconsentir à l'é.
poufer : c'est justement
, reprend
Flaminia, parce que je
veux l'aimer toute ma vie.que
je veux m'assûrer parfaitement
de ma conquête & que je
veux éprouver, autant que
cela dépendra de moy, s'il est
digne de ce coeur dont il cil
déja le maistre ; aussitost elle
luy ordonne de frapper à la
porte de Sylvia savoisîne,&
son amie.
SCENE V.
SYLVIA,FLAMINIA,
VIOLETTE.
Flaminia avouë à Sylvia
son amour pour Lclio
,
& la
craintequ'elleade n'en être
pas aimée assez constamment,
elle la prie d'employer tous
ses charmes pour tenter sa fidélité
î Sylvia luy répond
qu'elle ne doit pas craindre
que d'autres appas puissent
porter la moindre atteinte à
laconfiance d'un coeur que les
siens ont engagez, & pour
moi,ajoûte-t-elleje me garderois
bien de vous prier de faire
pour moy une pareilletentative
au près de Mario,japprehenderois
trop de le perdre.
Enfin sur les instances de Flaminia
,
Sylvia luy, prometde
s'acquitter lemieuxqu'elle
pourra de cette convmission
ajourant, à , parte ,
qu'elle la
servira d'autant plusvolontiers
0 qu'elle aimçefl secret
Lelio.
SCENE VI.
Le Théâtre reprejente la chimère
de Lelioavecunetable (y un
soupétout préparé.
ARLEQUIN, LELIO.
Arlequin invite son Maître
à manger ; il luy donne un
fauteuil,Lelio semet à table
mais il ne parle que de Flaminia:
on luy apporte à boire,
il prend le portrait de sa Maitrèsse,
il en exagère la beauté,
il dit que tant de charmes, &
tant de graces promettoient
plus de tendresseil demande
une écritoire) il médité les
choses qu'il veut luy écrire
pour l'attendrir; enfin il fc
levé de table sans avoir ni bû,
ni mangé,& après avoir dit à
Arlequinqu'ilpeutmanger,
s'il veut, & luy avoir com.
mandé de l'aller joindre,aussi.
tost qu'il aura soupé, il fort
pouraller donner une ferenade
à sa betteinhumaine; alors
Arlequin e plaignant des rigueurs
de Violette, semes a
table,il mange de dépit tant
qu'il peut, & en beuvant à la
santé de Violette & de ses
beautez
beautez
,
cheveux, front,
yeux, né., bouche, gorge,
poitrine, &c. il s'endort
,
&
en rêvant il croit voir tantôt
Violette qu'il va carresser
tantôt , Scapin qu'il veut battre
, & en pourfuivanr Scapin-
il tombe, se réveille, &
fort pour aller trouver fom
Maître. II y a dans toute cette
Scene un jeu infini.
<
,
Fin du premier Acte.
ACTEII.
Le Theatrerepresente une Place.
SCENEPREMIERE
LELIO, & des Musîciensfous
les fenejînsdeFlaminia.
ELIO anime les Musiciens,
il leurrecommande
de chanter des
airs tendres
,
il les fait changer
d'airs pour en prendre de
plus touchants: mais sa niusique
ne fait aucun effet &
il est desolédece qu'elle ne
peut pas attirer un moment
Flaminiaàsafenêtre.
SCENE II.
SYLVIAàsonbalcon.
LELIO, ARLEQUIN arrive
avecun Flambeau,
Sylvia felicite Lelio sur le
choix de sa Musique
,
elle lc.
prie de vouloir bien approuver
qu'elle en profite, elle lie
conversation avec luy ; mais
il s'interrompt toûjours ,
croyant entendre du bruit à
la fenêtre de Flaminia
*
il prie
Sylviaen revenant àelle d'excurer
les fautes que l'amour
luy fait faire. Sylvia en prend
occasion de blâmer la cruauté
de Flaminia ,&luyfait entendre
que s'il faisoit pour elle la
moindre des choses qu'il fait
pour son ingratte Maîtresse,
elle ne seroit pas si cruelle.
SCENE III.
SYLVIAàson Balcon:
LELIO, ARLEQUIN avec
SonFlambeau.MARIO.
Mario appercevant Sylvia
en conversation avec Lelio
, le prend pour son rival. &:
transporté de jalousie, ill'attaque
, ils mettent l'épée à la
main, Arlequin
,
& les Musicienss'enfuient
,Sylvia sort
avec Scapin son Valet pour
appaiser cette querelle,elle Ce
metentre les combattans: &
après en avoir obtenu la trêve
qu'elle demande, elle dit à
Mario, qu'ayant entendu la
serenade dont leSignor Lelio
régaloit Flaminia sa voisine
,
elle n'a pas pû se refuser le
plaisïr de se mettre à son Mlcon
, & d'entretenir Lelio au
défaut de sa ÑlaÎtrcire : Mario
ne se contente pas de cette
raison ,& répond à Sylvia des
choses qui luy font connoître
qu'illuy re ste encore quelque
soupçon de la verité : ce qui
engage Sylvia à prendre un
air de hauteur, & à luy dire,
oüy, j'aime Lelio, & puifquc
Vousestessi pressé d'entendre
des choses desagréables ; sça.
chez que je veux essayer de
l'enlever à Flaminia ; Mario
prend cetteréponse impetueuic
pour un dépit amoureux ,
il lit prie de n'en pas dire davantage
,&il fort en s'a bandormant
à sa sincerité. Sylvia
piêcede rentrer chezelles'ap-
,
perçoit que Lelios'envelope ia
main dans son mouchoir ;elle
revient à luy effra yée, luy demander
ce que c'est, il dit que
ce n'est qu'une legere égratigneure;
ce que Sylvia feint de
regarder comme une blessure
tres-dangereuse; elle marque
une frayeur excessive
,
& fait
semblant de s'évanoüir dans
ses bras; Lelioest obligé de la
reconduire chez elle,& dit en
sortant du Théâtre:Que jesenis
heureuxsi Flaminia prenoit
autant d'intérêt à ni* vie i
SCENE IV.
FLAMINIA, VIOLETTE; seules.
Flaminia qui a tout vû, &
tout entendu, fort. Elle goutc
les dernieres paroles de Lelio,
qu'ellerepete avec un extrême
plaisir. Mais cependant, ditelle,
par un retour de jalousie,
il est entré chez Sylvia, sa
beauté, sa coqueteriem'allarme,&
sans douteelleva pour
mon malheur le tenter plus
que je ne voudrois. Violette
lu; reproche que c'est sa faute
& qu'elle devoit bien prévoir
ce danger. Dans ces mouvements
de jalousie elleestprête
d'entrer chez Sylvia pour les
aller troubler, mais sa fierté la
retient.
SCENEV.
SYLVIA,LELIO,SCAPIN,
ARLEQUIN.FLAMINIA,
ÔC VIOLETTEcachées.
Sylvia se plaint à Lelio de
l'avoir secouruë, clic sjcûcc
qu'ellen'en fera que plus malheureuse
,
qu'ellt n'a pû luy
cacher son amour, & que cependant
ilneluy laisse aucune
esperance deretour;Lelioluy
répond qu'il n'est plus le maître
de son coeur, & qu'elle mérite
unAmant qui n'ait soupiré
que pour elle, &c.Cepen.
dant Arlequin fait des niches
à Scapin, & le tient toûjours
en respect avec son flambeau;
Sylvia
-
rentre desolée de ne
pouvoir gagner Lelio.
SCENE VI.
nu • LELIO,ARLEQJJIN,
FLAMINIA,VIOLETTE. * • 1 0'" Flaminia que Lelio apperçoit
luy dit que le bruit l'avoit
attiré, qu'elle craignoit presque
pour luy ;mais qu'elle voit
qu'il n'y a point de danger ;
ellelefélicite du bonheur qu'il
a d'être receu chez les Dames
aux heures les plus favorables;
Lelio se veut justifier ; mais
Flaminia continue à le plaisanter
sur sa bonne fortune,
elle rentre sans quitter ce ton
là
,
& laisseainsi son Amant
desolé à l'ordinaire. Lelioprie
l'Amour de luy. prêter son
flambeau pour éclairer, &
pour dissiper les soupçons de
Flaminia. Arlequin luy presente
le sien, Lelio le repousse
& fort. Arlequin reste sur la
Scene. Il dit qu'il veut aussi
donner à Violette une serenade
proportionnée à ses
moyens, il va chercher une
guittare, avec laquelle il revient;
il (e trouve fort embarrassé
de sonflambeau qui luy
sert à faire plusieurs lazzis;enfinille
passe entre ses jambes,
la lumiere derriere luy , &
après qu'il a chanté
,
Scapin
arrive,& éteint le flambeau:
Arlequinest fort surpris de se *
trouver dans l'obscurité ; cependant
Scapin contrefait la
voix deViolette;Arlequin va
à luy pour l'embrasser, illuy
prend la main;mais alors ille
connoît pour Scapin:il se pre- ti
pare à luy donner une pistolezada
dans le même temps que
Scapin luy donne un souflet;
ainsi ils tombent tous deux du
coup qu'ilsreçoivent ,ils serelevent
,
ils s'enfuyent
)
&
l'Actefinit.
ACTE III.
Le Theâtre represente le Jardin
de Sjyivia.
SCENEPREMIERE.
SYLVIA, SCAPIN.
YLVIA fait confidence
Scapin de son amour
pour Lelio
,
elle, luy
dit CJQelle brûle de l'enlever
a Flaminia,qu'elle luy amandé
de se rendre dans son Jardin
pour une affaire importance,&
qu'elle l'attend, Scapin
luyparle de l'amour deMario,
dont elle dit qu'elle n'est plus
touchée, &que d'ailleurs il ca
bond'avoir toujours plus d'un
Amant;elle est fort inquictrc
de sa parure, elle demande à
Scapinsi elleest bien coëffée.,
si elle a choisi l'habit qui luy
sied le mieux ,
&si ses mouches
font bien mires; elle ne
luy a pasplutôt fait toutes ses
questions, qu'on entend frapper
à la porte du Jardin. Sylvia
ravie croit quec'estLelio;
mais elle en fort surprise de
voir entrer Mario.
SCENE
SCENE II.
SYLVI A, MARIO,
SCAPIN.
Mario se plaint que ne l'attendant
pas, elle soit danscet
air deconquête;itluydemande
ce qu'elle médite ,elleluy
dit que c'est apparemment sa
presence qui la pare. On frappeencore
, & c'estLelio qui
entre.
SCENE III.
SYLVIA, MARIO, SCAPIN,
LELIO
,
ARLEQUIN.
Sylvia un peu deconcertée
d'abord de ce que Mario
voïant entrer Lelio reprend
ses soupçon; de la nuir passée,
lerasseure du mieux qu'elle
peut,elleluydirqueFlaminia
étoit inquiété des fuites de
leurcombat; qu'etie l'a chargée
de les réünir & de mettre
la paix entre eux ,
& que c'elt
pour cela qu'elle a mandé Lelio;
Mario témoigné quelque
inquiétude de ce qu'elle ne la
pas mandé pour cette reconciliation;
Sylvia luy dit qu'il y
auroit eû de l'imprudence à
faire trouver ensemble deux
ennemis
J
qu'elle a voulus'asseurer
de Lelio; parce qu'elle
comptoit pouvoir répondre
de luy;&qu'ellecroyoitavoir
a ssez de pouvoir sur luy,Mario
pour Ce per suader qu'il ne la
dediroit jamais d'une avance
faire à saconsideration; Lelio
& Mario n'ont point de peine
à se donner la main
,
& à se
jurer une amitié fidelle , après
quoy Sylvia dit à Mario de
monter dans son cabinet,&
d'écrire luy-mêmeàFlaminia
lesuccés dc cette négociation.
SCENE IV.
LELIO
,
SYLVIA, SCAPIN,
ARLEQUIN.
Sylvia tente encore de dégager
Lelio de l'amour de Flaminia
, elle la louë en finissant
toujours par quelque trait de
satire sur son indifférence, sur
sa fierté, sur la poësie
,
les
Sciences, la Philofophic donc
elle s'occupe & qu'elle traite
de foins peu convenables à
son sexe. Lclio prend de-là
une nouvelle occasion de faire
l'éloge de Flaminia donc il
paroist plus charmé que jamais
Mario revient, & donne la
Lettre à Sylvia.
SCENE V.
LELIO,SYLVIA, SCAPIN,
ARLEQUIN. FLAMINIA,
VIOLETTE, & LA CHANTEUSE
en Bohemiennes, dr
un Danseur en Bohemien.
Les Bohemiennes entrent
en chantant
,
danfanc
,
&
jouant du tambour debas-
«
que ,
Flaminia recommande
la joye
,
elle s'offre à dire la
bonneavanture à Sylvia,elle
luy parle de sa coquetterie,
& sur tout de son amour pour
Lelio. Elle dit à Mario qu'il
devroit se deffier des femmes,
qu'il aime plus qu'il n'est aimé
,
qu'on luy jouë quelquefois
de bons tours. A Lclio
qu'il est amoureux;cela n'est
pas bien étonnant, ditilvous
aimez depuis deux ans,reprend
Flaminia
, tout lemonde
lesçait
,
dit Lelio
,
la personne
du monde qui paroist
laplus indifférente
, ajoûte
la Bohêmienne
a : son indifference
est aussi celebre que
mon amour ,
repond Leilo,
je vous apprends moy, dit
Flaminia, que c'est la plus sensible
personne du monde t
,quoL! elle aimeroit
, repart
Lelio ; & qui !le plus amoureux
de tous les hommes
, dit Flaminia:helas se devroit
être moy ,
s'écrie Lelio, & le
plus aimable, a joûte Flaminia
, ah! vous me desesperez,
dit Letio;mais vôtre passion
finira, reprend Flaminia, ah!
pour cela, dit encore Lelio
vôtre , arcest un imposteur ; je
f
l'aimeray toûjoursmalgré ses
rigueurs, & ses mépris. Non,
non,vousdis-je, répond Flaminia,
cela finira
,
& il vous
importe que cela finisse.La fortune
n'attend quecemoment
pour vous combler de ses faveurs
,
& dés ce jour songez
bien à ce que je vous dis; vous
devez être à même des dignitez
& des richesses. Il ne vous en
coûtera que d'oublier Flaminia
; il m'en coûteraplûtôtla
vie, dit Lelio, rien ne peut me
la faire oublier
3
& je traite
tous vos discours de mensonges&
de chimeres.
Arlequin
Arlequin veut aussi se faire
dire sa bonne avanture, il
donne sa main droite à Violette,
qui n'y voit que ses friponneries
passées & à venir,
& les cou ps de bâton receus &
à recevoir. Quoy ? c'est cela,
ditArlequin, que vousappellez
la bonne avanture; mais
c'est peut-être la faute de ma
main,changeons en,&voïons
si l'autre nem'apprendra pas
des chofcs plusagréables;alors
ilselafait dire de lamain gauche
, où Violette nevoit que
des larcins de macarons ,
de
fromages, & tout ce qui peut
flatter la gourmandise d'Arlequin
qui croit déja y estre iilest
au comble de sa joyc
,
il
baise sa main gauche, & l'érablit
désormais pour sa main
droite.
L'Acte finit par un Branle
que Flaminia conduit, en emmenant
tous les Acteurs.
ACTEIV
LfTheâtrcreprejentv la decorationdu
premier -.ARe.
SCENE PREMIERE.
LELIO, ARLEQUIN.
RLEQUINrend àLelio
un Billet anony me ,
par lequel il apprend
que Pantalon a souffert une
banqueroute qui luy fait perdre
tout son bien;ilesttouché
de ladisgracedeFlaminia; 0 & à peine s'en consolet il par
l'esperancequ'il voudra bien
l'épouser ; il fait frapper à la
porte dePantalon.Eij
SCENE II.
PANTALON,LELIO,
ARLEQUIN.
Pantalon dit àparte, qu'il se
doute de ce que Lelio veut luy
dire, qu'il sçait le tour que sa
fille luy jouë, & qu'il est obligé
de. s'y prêter par complaisance
; Lelio luy declare qu'il
est informé de sa disgrace;qu'il
fera son bonheur d'êtreagréé
pourressource,qu'il voudroic
que sa fortune fut plus grande,
&c. Pantalon le remercie, &
dit qu'il a toûjoursporté sa fille
à répondre à son amour ;
mais que sa foiblesse e11 de ne
pouvoir la contraindre en
rien;il l'appelle, afin qu'elle
luy réponde Hle même.
SCENE III.
PANTALON,FLAMINIA ;
1ELIO ,VIOLETTE, ARLEQUIN.
Lelio se jette aux genoux
de Flaminia
,
illa presse de se
rendre à sa constance, & de
vouloir bien partager sa fortune.
Flaminia luy répond séchement,
que moins elle luy
a marqué d'amour,plus elle
ca resoluë de ne le pas charger
de sa misere. Lelio sort desesperé
d'être si odieux àFlaminia
qu'elle luy prefere l'indigence.
¡, SCENE 1V. u
ARLEQUIN, VIOLETTE; SCAPIN.— *
Arlequin arrête Violette,
qui rentroit avec Flaminia
,
il
la presse de conclure son mariage,
il dit quesonamourest
pressé de ses necessitez. Scapin
tire Violette des mainsd'Arle
quin, & la mene à l'autre côté
duTheâtre pourluy faire le
mêmecompliment. Aprés se
l'être arraché plusieurs fois des
mains,Scapinveutvuidercette
rivalité par un combat dont
Violette fera Juge:il va chercher
deux épées, il en donne
une à Atlcqljin & prêt de se
battre, Arlequin s'interrompe
toûjours,pour arrêter plaisamment
les conditions du
combat : sçavoit
, parexemple,
si c'etfle mort ou le vivant
qui épousera Violette,en demandant
toûjours des précautions
pour sauver les interêts
de sa chere Violette. Violette
enfin les interromptelle-même
,
elle leur dit que Pantalon
cÍl: ruiné par une banqueroute
& que par consequent toutes
(ci esperances & ses gages sont
perdus;& enfin qu'ellen'a rien.
Scapin & Arlequin sont fort
étonnez, & Arlequin trouvant
extravagant de se battre pour
rien, Scapin & Arlequinse séparent
fort honnêtement
,
&:
laissent sur le TheâtreViolette
qui se promet de se vanger
d'eux.
SCENE V.
LELIO, ARLEQUIN.,
j,
* Lelio revient, ne pouvant
rester en aucun autre endroit
de la Ville
,
qu'autour de la
maifondefa MaîcrelfeJils'occupe
des dédains de Flaminia
& se dit enfin qu'il devroit
secouërunjougaussi pesant
que celui qu 'il porre pour
l'ingrate quile mépri se, à quoi
Arlequin l'exhorte en luy remontrant
le mieux qu'il peut
les inconveniens dela misere,
&c.
SCENE VI.
FLAMINIAenVeuve voilée.
LELIO, ARLEQUIN.
Flaminia suivie de deux
ou trois femmes seint d'aborder
avec quelque embuas
Lelio J'ay
,
luy dit-elle
, un
secret important à vous ap"',
prendre: aidez moy à vous le
dire.alors elle luy déclare
qu'elle brûle pour lui d'une
passion qu'elleavoulu vaincre
inutillement
, & qu'elle se sent
forcée de luy découvrir. si
je n'avois point de voile, ajoûte
t-elle
, vous m'entendriez
encore mieux. Lelio reconnoistla
prediction de la Bohêmienne
,il veut se faireeffort
pour se prêter à sa bonne fortune.
Flaminia se donne pour
une femme de grande condition
,
&lui offre de le mettre
en polîcflîon detoutes ses dignirez,
&de sesrichesses. Lelio
lui répond pendant quelque
temps favorablement; ce qui
desespere Flaminia. Elles'embarrasse
,
sa voix change,elle
tire son mouchoir pour
essuyer ses larmes. Lelio lui
en demande le sujet. Elle lui
ditque malgré le retour qu'elle
lui laisse esperer
,
elle n'etf
point contente. Vous aimez
Flaminia
,
ajoûte telle, & si
elle vous laissoit voir la moindre
tendresse. ah ! que je
serois heureux, s'écrie Lelio,
en l'interrompant. Pourquoi
donc me flattiez-vous de quelque
retour, replique la veuve; ilne faut point nous abuser
ni l'un ni l'autre, dit Lelio
,
je
faisois desefforts surmoi même
pour vaincre ma passion;
mais je sens bien qu'elle est
invincible,& que mon sort
est de n'aimer jamais que Flaminia.
Vous me percez le
coeur, répond la fausse veuve;
mais je ne fçaurois vous en
moins estimer;je vous prie seulement
de recevoir du moins
ce diamant pour gage des fcntimens
que j'ai pour vous.Lelio
veut s'en deffendre;mais elle
le con jure de ne pointajoûter
cet affront volontaire aux chagrins
qu'il luy cause malgré
luy, il prend enfin le diamanc
«. n^m'nia se retire.
SCENEVII.
LELIO, ARLEQUIN, VIOLETTE.
Lelio aprés avoir appelle
Violettela prie d'engager Flaminia
à recevoir ce present,
comme un gage dt tout son * amour pour elle,ilajoûte pour
l'y résoudre que cc diamant
renferme un mystere important,
qu'il lui developpera un
jour. Violette lui promet d'y
faire de son mieux. Lelio se
retire. Arlequinarrête Violette
,
il lui propose de garder ce
>
diamant pourses gages,&de
finirl'affaire avec lui. Elle l'envoye
promener, &c.
ACTE V.
SCENEPREMIERE.
ARLEQINseul.
VEC la barecce
, &. le
manteau deScapin, il
veut voir comment son
Rival fera reçüdesa Maitresse
apréscequis'estpeé;ilf-c , trouve
fort bien deguisé, au visage prêt;
mais il croit que c'est une bagatelle
qui ne le fera pas reconnoître.
Il appelle Violette, qui loin
de s'y méprendre,le reconnoît
d'abordjil la veut carresser,mais
our se mieux moquer deluy,elle
l'injurie;ilsefait reperer toutes
les injures qu'elle luy dir, dont il
rie de tout son coeur.Songes-tu
bien, luy demande-t-il toujours,
que jefuisScapin. Oüy,oüy,lui
dit Violette, je sçais bien que tu
es Seapin,& de plus que ta- n'est
qu'un Coquin,& qu'un lâche,
&c.Arlequin redoublant toujourssa
joye
,
Violettepasseau
coups;&le rouëde coupsdebâtau.
Il tombe alorsenriant, &
en s'écriantche.ptftoJcbecmfiUtion
! Violette craint de l'avoir
blessé, elle le veut secourir.Arlequin
d'un tontriste luy demande
si elle a pitié de luy, cile feint de
s'atteiidrir; mais songes-tu bien
queje fuis Scapin., repete t-il
toujours
a
&: Violette ne cessant
de marquer de rarcendrinctueac
pourcenom,ArlequinCelève,6c
tuy fair degrands reproches donc
ellecreve deriuc,&pleiadedépit
i il s'en va.
SCtNE 11.
VIOLETTE&FLAMINIA
deguiséé en homme. 1
Violette luy demande si tout
cela finira bientôt, & si Lelio n'a
pas été assez lutiné. Flaminia luy
dit qu'elle a encore une delicatesse
à contenter. ~-~-~~-~'M~~*.4*,Ud SCENE III.
-
SYLVIA &FLAMINIA.
Sylvia apperçoit le faux Cavalier
,frappeede sa bonne grace , elle le trouve encore plus aimable
que Lelio, & medite sa conquête.
Elle fait un faux pas qui
engage lefaux Cavalieràluypresenter
la main:il rend grâces à la
fortune
fortune de l'occasion qu'elle luy
offre de luy être utile. Sylvia se
felicite de sa chute qui luy fait
connoître un Cavalier aussi parfait.
Flaminia luy die qu'elle se
trompe beaucoup,qu'il n'y a pas
de Cavalier moins parfait dans la
Ville;Sylvia luy répond qu'il doit
être bien disputé par les Dames qu'il , ne doit sçavoir à laquelle
entendre. Le faux Cavalier luy
répliqué qu'il ne sçaitce quec'est
que d'être aimé des Dames, qu'-
elle seroit la premiere qui en feroic
la folie. Sylvia le trouve d'autant
plus aimable,qu'il est bien
éloigné de la satuité ordinaire
auxjeunes gens. Flaminia dit qu'-
elle n'a pas de quoy appuïer la
moindre petitevanité de ce côré.
la ; mais vous, Madame ,contiDLIC-
T-CIIciil mesemblequevous
avez furieusement de goût pour
les conquêtes nouvelles; com-
Jncne) luy repart Sylvia, que voulez-
vous dire ? le faux Cavalier
luy dit alors qu'elle aime déja,
Mario donc elle vient de luy faire
une peinture assez defavanrageu.
se. Vous ne vous conteocez pas
de cela
,
ajoûte-t-il
, vous attaquez
encore Lelio, &: vous voulez
le deroberàFiaminia. Sylvia
avoue qu'elle avoir assez de goût
pour luy avant que de l'avoir vu;
mais que sa presence luy fait
trouver dans Lelio bien des désauts
qu'elle n'avoit point a pperceus;
elleen ditmêmedumal,&:
ilsurvient après l'avoir entendu.
SCENE IV.
LELIO,FLAMINIA,SYLVIA.
LeliofemontreàSylvia dauslfc
moment qu'elle parle à son defavantage
;maisilnefait que rire
de tout ce qu'il vient d'entendre.
Vous avez bienfoufFerc
,
luy dit
Sylvia déconcertée ;mais je sçavois
que vous m'écoutiez ,&je
n'ay dit ce que vous avez entendu
que parce que vous estiez là;
en même temps elle s'en va pour
cacher son trouble.
SCENE V.
LELIO,FLAMINIA toujours
en habits de Cavalier.
C'est donc à ce Lelio si sameux
par sa confiance que j'ay
l'honneur de parler,dit Flaminia.
Elle le plaisante sur cetteobftination
si mal récompensée&attribuëson
malheur à ce qu'il s'y
prend mal pour plaire, elle luy
donne des leçons d'amour en
homme à bonne fortune ; enfin
elleluy demande qu'elle estl'objet
decette paffiÕn)iI nommeFlaminia
; lefaux Cavalier luy demande
encore s'il connoît bien
cette Flaminia;Lelio luy répond
,
qu'illaconnoît pourlafeulepersonne
du monde qui merice
d'être aimée sans recompense.
mais si je vous disois
,
ditFlaminia
, que je l'aime moy,& que
j'en fuis, recompense
, que répondriez-
vous à cela ? avez-vous
,., jamais pu vous imaginer que Je
coeur d'une personne de son âge
pût demeureroisif? &nesçavezvous
pas qu'il faut de l'amusement
aux filles? non je ne crois
rien detource que vous dites-y
réprendLelio. Eh bien,sçachez
pourtant ,
pourfuic Flaminia
)
que jefuis lemaître de soncoeur,
quec'est moy qui regle toutes
sesdémarches, qui luy inspire ses
sentimens,ôc qui luy dicte jusqu'à
ses paroles. C'est à moy.
que vous devez tous les mauvais,
traitemens que vous en avez
essuyé, je ne luy ay pas permis de
lire la derniere Lettre que vous
luyavez écrite;&je l'ay obligé
à vous la renvoyer sans l'ouvrir.
J'étois avec ellîelorsque vous luy
avez donnezcecce serenade, 3c
je n'ay pasvoulu soussiir qu'elle
vous donnât la.consolation de e
mettre un moment à sa fenêtre.
En un motc'est par mon conseil
qu'elleaseint la banqueroute de
son perepour vouséloigner. Entre
nous son coeur disoit quelque
chose en vôtre faveur,&je
crois, Dieu me le pardonne,que
vous auriez esté aimé, si je ne
m'étoismis entre vous deux. Lelio
est surpris de le voir si bien
instruitde ses affaires;&.Flaminia
luy faisant toujoursle portrait
de la liaison la plus intime, il
s'échape enfin à luy donner un
démenti. Doucement
,
dit Flaminia
J
connoissez-vous ce diament:
elle luy fait voir en même
tempsà sondoigt le diamant de
la fausse veuve, qu'il avoit donnéàViolettepour
Flaminia.Vous
luyenaviezfait unegalanterie,
continue le Cavalier, &elle m'en:
a fait un sacrifice.Nort ')Qit Lelio,
revenant de son saisissement, cela
ne petitpasêtre , vous êtes ué
menteur, & déplus me voleur il i mec l'épée à la main avance
fut luy pour le forceràTedédire
de toutes les calomnies dontila
flêtrieFliminia.Dans,ce moment,
il ote sa moustache, &,fodécouvrantàLelio,
jen'ay point decalomnies
à reparer ,
dit-elle
mais j'ay , une vericeat'avouerje
t'ay toujours aimée
,
& je Vaime
plusque jamais; dans les transports
de sa joye,Lelio se jetteà
ses genoux & les embrasse. Pantalon
arrive, &Flaminia luy dit
voilà Lelio telque jelevoulois
je fuispté-ceà , vous obéir. Violee.
te accourt au bruit qu'elle vient
d'entendre. Arlequin&Scapin
semettent àses genoux, &.la
prient de choisir. Elle pardonne
à Arlequin pour se vanger deScapin.
Mario arrive, Sylvia répou.
se, & dit J'pllrte qu'elle l'aime
encore assez pour un mary. La
décoration change &: represente
.la maison de Flaminia.
Flaminia danse enCavalieravec
Sylvia,&Arlequin avec Violette
,
la Chanteuse y mesle quelques
chansons, & la Comedie hnit
par une jolie contredanse.
Il y alieu de croire que
nous ne manquerons pas d'occassons
de parler encore des
Spectacles dans quelques endroits
dece Journal, & Je
bruit que commence à faire
le petit préambule, que j'ay
di scretement placéàlatête de
etVolume,nesera apparemment
pas un bruit sansconsequence.
Maisqu'ilsedissipe,
ou que la nuë grossisse cela
m'est indifferent,& à la satisfaction
du Public & pour ma
gloire, je diray de ces petites
veritez, autant qu'il s'en ptCw
sentera.Je permets à ceux que
ce propos réveille, d'en prendre
telle revanchequ'il leur
plaira, & même je les en prie
d'autant plus que cecy , comme
dit fort bien Frété Jean, rieft
matiere de Breviaire. En attendant,
si je ne metrompe t un
petit Chapitre de belles &
bonnes Nouvelles ne gâtera
rien,dumoins ilm'aideraàgagner
dutemps& du terrain.
DeRarnc le 26Septembre 171C-
• Le Pape est toûjours en
parfaite fanté. Il doit aller le
8.du mois prochain prendre
l'air à Castel Gandolphe.
SamEdy dernier 19. le BarigeldeRomeaccompagné
de
ses Sbirrcs passa devant le Palais
d'Espagne, & le jour d'aprésdevantceux
del'Ambassadeur
del'Empire, de Portugal,
& deVenise. On dit que
cela s'est fait du consentement
desdites Cours pour éviter à
l'avenir les disputes qui furvenoient
au sujet de la franchise
des quartiers.
A l'instance du Cardinal
Imperialis, le Pape a accordé à
M. Caraccioli, Nonce en
Suisse, la Charge de Clerc de
la Chambre Apostolique
, vacante
par la mort de M. Gomez,
c'est dit-on, en vûë de le
faire passer à celle d'Auditeur
de la même Chambre, poste
d'autant plus considerable
qu'ilmene ordinairement celui
qui en est pourvû, au Cardinalat.
On parle de M.Firrao pour
la Nonciature de Lucerne.
Les conventions matrimoniales
entre le Duc de Braccia-
, no & la fille du Prince Borghcfc,
ont été signées. Le mariage
doit se faire dans le mois
de Novembre prochain.
Le General de l'Escadre des
Vaisseaux Portugais qui ne
font arrivez devant Corfou
qu'aprés la retraite del'Armée
Navale Turque, a envoie icy
un Officier à rAmbafl'ideur de
Portugal pour recevoir les inr.
tructions sur ce qu'il conviendra
de faire à l'avenir. Ledic
Ambassadeuraété à l'Audience
du Pape, Sa Sainteté a voulu
tenir une petiteCongrégation
pour les réponses qui furent
expédier par le retour du
mêmeOfficier.On prétend que
ces réponses roulent sur quelque
entreprise que l'Armée
auxiliaire doit faire pour remporter,
s'il est possible, quelque
avantage sur les Infidelles
avant que la saison soit plus
avancée.Cependant on dit que
la Republique de Venise doit
envoyer icy. le Chevalier Grimani
pour justifier la conduire
des Officiers Generaux de sa
Flotte & pour supplier leSaint
Pere d'interposer son autorité
,
afin que lesBâtimentsauxiliaires
de Portugal & dËspagne
restent dans les Ports de - laMediterranée,&qu'ils soient
par-là plus à portée de s'unir
aux autrcs la Campagne prochaine.
Le Duc Caëtani ayant fait
difficulté de satisfaire la Duchcflc
Doüairtiere de ce nom,
surcequ'illuy revient pour sa
dot&ses autres droits, cette
-
*Damea eu recours auViceroy
de Naples j lequel a fait saisir
tous les Fiefs & les Effets appartenants
de ce Royaume à
la MaisonCaëtani.
Par les Lettres de Naples
decet ordinaire
, on apprend
qu'un VaisseauAnglois y avoit
debarquélaPrincesse de Valachie
avec deux de ses fils,cette
Princesse aïant eu le bonheur
de se sauver de Constantinopleoù
elle étoit Prisonniere.
Lundy dernier un Char de
triomphe parur dans les ruës
de Rome;l'on y voyoit le
Portrait de l'Empereur,celuy
du Prince Eugene & de plusieurs
autres Generaux de Sa
Majesté Imperiale; ce Char
étoit precedé de quantité de
gens a cheval avec desétendarrs
,
des trompettes & des
tambours.
m
AVenise le 12. Septembre1716.
On a receu avis cette semaine
par deux Courriers de la levée
du Siege de Corfou,la
nuit du21. au IL. du mois
-
dernier: le premier de ces
Courriers dépêché par M.
DuodoAmbassadeurde la Republique
à Rome , portoit
que le Pape avoit receu par M. le Chevalier Ferreti
lanouvellede la levée de , ce
Siege, cet Ambassadeur y
avoir joint quantiré de fausses
circonstances ausquelles on
ajoutoit tant plus facilement
foy, que l'on avait receu par
la Dalmatie & par le rapport
de deux Bâtiments qui avoient
passé à la hauteurde Corfou,
des avis qui paroissoient les
confirmer:le second Courrier
arriva icy avant hier dépêché
par les Generaux de
la Republique avec des Lettres
du 22. & un pojîfcriptum
du 28. Aoust,ellesportent
que le Grand Seigneur ayant.
envoyé ordre à ses Generaux
de lever le Siege de Corfou
lanuit, si ellen'estoit pas prise,
ils l'avoient executé
,
ainsi la
nuit du 11. au 22. laissant
dans leur batterie avancée 40.
pieces de canon, 6. mortiers &
dans leur Camp tout ce qu'ils
n'avoientpû emporter,qu'ils
s'estoient embarquez sur leur
Flotte
â
avoient mis à lavoile
& estoient sortis du Canal
par le Cap blanc du Ponant,
faisant route vers Constantinople
, que le Capitaine Generalles
avoit suivisavec saFlotte
pour observer leurs mouvements,
& que le 1 8. ils.
estoient rentrez dans le Canal
de Corfou.
Quelque grande que soit
cette nouvelle
, on n'en a
point estécontent,parcequ'on
s'étoitflatté que la Flotte des
Turcs aurait esté défaite; mais
comme il aurait fallu risquer
celle de la Republique; les Generaux
n'ont pas jugé à propos
de l'hazarder. On a [on.
né les Cloches pendant trois
jours &fait des feux deréjouissances
pendantcinqsoirées.
Les 200.Allemands qui
s'estoient mutinez sur un
Vaisseau & qui se sont fait debarquer
prés d'Ancone
,
se
font dissipez sansaucuns opposition.
A Venise le 26. Septembre,
Comme on a remarquéicy
que toute la Chrestienté se
plaignoit de ce que M. le General
Pisani n'avoit pas combattu
la Flotte Ottomane,on
a changé icy de note, & les
amis dece General ont répandu
le bruit qu'en cas que
les ennemis levassentnaturellement
le siege de Corfou, il
avoit ordre des Inquisiteurs
d'Etat de ne point courrir le
risque d'une bataille toûjours
incertaine, pour conserver la
Flotte de la Republique, qui
certainement faute d'argent
fcroit pendant de longues annéeshorsd'état
de larétablir.
On n'apoint eu de nouvellesdeceGeneral
cette semaine.
, On sçaitseulement qu'ilestoit
auZanteavecles Galeres, que
celles du Pape, du Grand Duc
& de Genes Se même celles
d'Espagne ert estoient parties
pour retourner prendre des
quartiers d'hyver~&: queces
Vaisseaux s'estoient avancez
vers l'Archipel dont ceux de
Malthe
,
du Pape & d'Espagne
se sépareront ,& ceux de
la Republique retourneront
ensuitehyverner à Corfou.
A l'égard de l'Escadre de
Portugal elleétoitallée jusquaCorfou
;mais les Cornmandants
ont esté fore dégoûterda
peu deréception qui
leur a tfit faite par M. Loredan^
corumc leurGeneraln'y
a trouvéqu'uneLettre de M.
leCapitaine Generalavecun
Compliment à lavérité, mais
jointsàunordre de le suivre
vers Lepante : picquécontre
les Venitiens, il apris leparti
deretourner àOttante, pour
y attendre les ordres du Pape
àquiseulilaordre d'obéïr.
Onest occupéici des moïens
de faire de l'argent pour survenir
aux dépensesextraordinaircs
de la Campagne proar
chaine;ce n'est pas une petite
affaire, on en manque absolument,&
les peuples sonttout
à fait épuisez. Il faudra se
resoudre à faire de nouveaux
Procurateurs de S. Marc & de
nouveaux Nobles., ce qui
pourra produire 6. ou 7000;
ducats tout ou plus; foible
somme pour ces dépenres-cztraordinaires.
M. le General
Emo cil allé de Spalatro àCattaro
pour observer un Corps
de Turcs qui fait quelques
mouvemens dansl'Albanie.
Faisons icy,s'il vous plaît,
une
une petite trêve avec les Nouvelles.
Le temps & l'occasion
enrameneront peutêtre plus
que vous n'en voudrez lire.
M. le Baron de S. Martin,
,
cy devantIngenieur des Armées
du Roy, servantenEspagne,
doit donner incessamment
au Public un nouveau
TraitédesFortifications, fous
letitre d'Ingenieur moderne,
dedié à S. A. R. Monseigneur
le Duc d'Orleans M. deSaint
Martin est un ancien Officier
d'Infanterie qui a une grande
experience sur le terrain & sur
le papier.CetOuvrageestre- -
garde comme un des plus parfaits
qui ait paru dans ce genre.
Voicy la copie d'une Epître
qu'il a eu à ce fqjed'honnciH;
de prçfenîoi? à Monseigneur
le Rcgcnt.
EPITRE
A Son Altesse Royale Mon-
; seigneur Petit Fils de France,
Regent du Royaume,
Duc d'Orléans.
MONSEIGNEUR,
•
J'aurois un double reproche à
>
ni-rfairtsi l'Ouvrage que je
donne au Public
,
paroissoit fous
unautre nom que celuy de Vostre
Altesse Royale; quand voflre
NItf; ne m'eût pas fait un devait
d'un choix si glorieux
, vos /.-
mieres m'y devoient engagerpar
jnltrét. Je nefç.,jJ mêmeJïïbon.
nettrde votremr '.Mit point estremoins cher
, qux
celay de voflrefrjfrdgt. Onfiait
qu'auxgrandes qualitez quifont
les
Heros, vous joignez unepénétration
digne de toute tefiime det
Sçavans, Il n'est point descience
dont vous ignoriez les secrets.
Vous avezfaitl'étonnement des
Msiflresen*chaque Art. Mau
personne ne sçait mieux que moy
jusques où vont vos connoissances
dans celuy,dont je tâche icy
de perfectionner l'usage. J'ay
souvent été témoin de celuy que
Vostre dltejfi Royaleenfaitdans
l'occasion. Tant deVilles enlevées
ensi peu de jours &réduites par
tuosfoinsfousl'obéïssancede leur
Souverain legitime
, ont veu
~~M ~Y ~T~f a~f dansleursattaques &
avec quelle
habileté voussçaviezvous-même
ordonner, conduire&perfectionner
les Ouvrages. Lerida
moinsfiere encore de l'avantage
desa situation
, que de la levée
des sieges ;qu'elle avoitfoutenus,
feraparsa premierereduction un
monument éternel de la valeur
J' &de la prudenceconsomméedu
Heros qui (fût laforcer.C'éjoii'
par de si mémorables exploits que
vous affermifjte^ le Trône chancelant
d'un Roy, quel'amour&
lagloire de votreSang vous interessoientàconserverà
l'Espagne.
Il ne manquoit a celle de Vostre
jdltefjeRoyale que d'avoirafor*
mer lejeuneMonarque qui doit
nousgouverner. La Francequi
font tout le prix de ce que vous
faites pour elle
, trouve dans la
sagessedevostre Regence un presage
heureux du Regne quidoit
lasuivre ; &pour la consoler de
tous ses malheurs ptfftz
3
il tlly
fuffitque sonsort presentsoit entrevos
mains. Le frn.essoutiens
ses esperances. Lesmaux que vos
soins ont deptifmlage^, luy répondent
queson attente ne sera
pas longue,& qu'il ne manque
plus qu'un peu de temps au ré/A.
ihjjcmentparfaitdefonbonkeut,
Unedeftmee que Ufin du dernier
Gouvernementne lity pro*
mettoit point,redoublesonzele
tp4ses voeuxpour le Prince'qui
la luyprocure
,
&jevois apec
plaisirregner dans lecaw de tous
lesFrançoisilesfentmtns<tad?
miration,derefpeét,0*aattachementaveclefijuebfaytoujours
été, de Vostre Alïefff
Royale,
MONSEIÇNEVR,
Le trés-humble& trés-fîdele
férvireurLF. Baron
DES. MARTIN.
Ennuyé à la fin de routes
les peines que je me dooftis
inutilement tousles mois pour
vous trouver quelque jolie
pièce de Poesie,jecommençois
à renoncer au foin d'en
chercher davantage
,
lorfquc
par bonheur le plus obligeant
& le plus genereux amy
que j'aye, me fit le plaisir de
m'envoyer il y a quelques
jours, avec les plus gracieuses
circonstances du monde, la
copie d'une Lettre que M.
Aroüet a écrit à Monsieur le
GrandPrieur. La réputation
de M. Aroüet répond suffisamment
du merite de ses
Ouvrages.
Lettre deM. Aroüetà Monsieur
le Grand Prieur.
Dc SulJy,salUI, & bon vin,
An
Au plus aimablede nos Princes,
De la part de l'Abbé Courtin
Et d'un Poêle des plus minces,
Qu'un ajftz bizare destin
A confiné dans ces Provinces.
Vous voyez, Monseigneur,
que l'envie de faire quelque
chose pour Vostre Altessea
réüni deux hommes bien differens.
L'ungras, gros, rond, court,
sèjournéJ
Citadin de Papimanie,
Porte un teint de predestiné
Avec la troupe rebon die.
Despretmieersjomurs depsonPsrin- Entretient la fleur éternelle:
L'autre dans Pape-figueestné,
Maigre, long:lfie & decharné,
N'ayant vicroupe de sa vie ,
Bien moins matin qu'onnele dit,
Et sans doute de Dieu maudit,
Puisque toûjours ilversifie.
Nôtre premier desseinétoit
de vous envoyer cet Ouvrage
dans les formes moitié Prose,
& moitiéVers.
L'Abbé,comme il estparesseux,
Seretenoit laProse àfaire,
Abandonnantàson Confrere
L'employflatteur gr dangereux
Derimerquelques Versheureux,
Qui peut être auroient pû déplaire
Acertain Censeurrigoureux -
Dont le nom doit icy se taire.
Nous eussions peint les jeux voltigeantssur
vos traces,
Et cet esprit charmant ausein
d'un doux loisir,
Agréable dans le plaisir
Heroïque dans les disgraces.
Nous vous eussionsparlé de ces
bienheureux jours
confacrt7, à la tendresse
) Nous vous eussions av^cadrtjje
* M. d'Argenson.
Fait la peinture des Amours,
Et des Amours de toute espece:
Vous en eussiez vû de Paphos,
Vous en evjfjie% vu de Florence,
Mais avec tant de bienséance
Que leplusâpre des Devots
N'eneûtpointfait la difference;
Bacchus auroitparu de Toscane
échauffé,
D'un bonnet de pampres coëffé
;
Celebrant avec vous mainte
joyeuse Orgie,
Ayantsanscesse à son côté
Les plaisirs&la liberté,
Quelquefoismême la folie,
Petits soupers, jolisfestins,
Cefutparmi vous que nâquirent
Mille Vaudevilles malins,
Que les Amours à rire enclins
Dans leursottiserrecuëillirent,
Etquej'ayvûs entre leurs mains.
O!quej'aime ces Vers badins,
Ces riens charmants,&pleins de
graces,
Tels que l'ingenieux Horace
En eûtfait l'ame d'unrepas,
Lorsqu'à table il avoitsa place
Avec Auguste &Mecenas.
-
Voilà un foible crayon du
Portrait que nous voulions
faire.
Ilfaut être inspiré pour de
pareils écrits,
Nous ne sommes pas beaux
Et nôtreflageolet timide
Doitceder cet honneur charmant
jiu luth aimable, au luthgalant
De ce successeur de Clement,
QuidansvotreTemple reside;
Sçachant donc que l'oipueté
Fait icy nôtre unique affaire;
Nous bûvons à vôtresanté
Dans ce beauséjour enchanté,
Nousfaisons excellente chere,
Etvoilà tout en verité,
Vousave% la mine d'en faire
Tout autant de vôtre côté.
Comme on étoit prêt de
'fermer ce paquet, le pauvre
petit Poëte vient de recevoir
la permission de revenir à Paris,
& demande à V. A. celle
devenir l'asseurerde son profond
refpcâ.
Autre piece de Poësie ; je
fuis fortobligé à celuy qui
m'enafaitpresent,& graceà
sestravaux
,
j'espere que la
source desVers qui vont doresnavantdécorer
le Mercure,
netarira pas sitost
,
il s'agit
maintenant de vous proposer
la lecture d'une Ode de la
composition de M. D.. , Professeur de Rhetorique de
l'Université deParis,connu par
le Panegyrique de l'Ignorance
&parplusieurs autres Ouvrages
enVersFrancois&Latins.Il
nous a promis de nous donner
tous les mois la traduction
d'une Ode d'Horace. On va
imprimer chez M. Barbou,
ruë S. Jacques
, un nouveau
Commentaire sur Horace du
même Auteur, On y trouvera
quantité de recherches curieuvsesc,
l&lcd'isnt.erpretations nouA
MECENE,
ODE.
Mtctne, dontl'illustre race
Des Toscans gouverna le sort,
Qui fûtes toujours lesupport
Et l'honneur du Poëte Horace ;
Voussçavezqueplusieurs mortels
Pensent meriter des Autels.
Lorsqu'ilsontfourny la carriere;
Etquandsur leurs chars entraîne,
Z Maigre la ,borne & la poujjierer
Ilsysont enfin couronnez.
D'autres peut-être aujjt peu
fagcs
Aspirent au premier honneur,
Etseplaindroientdeleur malheur
S'il leurmanquoit quelquessuf
fragrs.
Quand d'autres moinsAmbitieux
Recherchent d'un oeil curieux
Où font les moissons les plus
belles :
Eune sont jamais des derniers
Quand Cerés abat les javelles
A remplir leurs vastes greniers.
Avec tous les tresorsd'Attale
Vous ne
detournerez jamais
Celvy qui bornesessouhaits
Adéfricher unenovale
Jamais à lafureur des eaux
Surquelquesfragiles Vtijfeaux
Il riira confiersa vie;
Loin du trouble il aime bien mieux.
Entretenir la Metairie
Que luylaïsserentsesAyeux.
Un Marchand qui craint le
naufrage
Par les Aquilons emporté,
Regrette lA tranquillité
Dont on joüit dans son bocage:
Ne pouvant toutefoissouffrir
La pauvreté qui vient s'offrir,
Il radoubeaussi-tôtsa Barque;
Et ne cesse de trafiquer
Que quandle ciseau de la Parque
Luy deffenddese rembarquer.
Celuy-cyse plaîtsous la treille
Ou sur le bord d'un clair ruijfeait
Apasser quandletempsestbeau,
Les jours à ~vuider la- bouteille;
Celuy-làcherche les hazards
Ausquels sur les pas du Dieu
Mars
S'exposent les ames hautaines,
Et le Chasseur passe la nuit
Loin Jesi moitié-dans les Plaines
Apoursuivre unCerfquile fuit.
Le prix dontApolloncouronne
-
Le rimeur qui l'amérité,
Mepromet l'immortalité
QiSàcesfavoris ce Dieu donne. ••
Charmezdesaccens demavoix,
Déja les Sylvains dans les bois
Viennent en foule pour m'entendre:
Apres ces divins entretiens
Le vulgaire ose en vain prétendre
Que je mabaisse jusqu'auxsiens.
Si lesDéesses du Parnasse
Daignent applaudiràmes chants,
De lafatalité des ans
Je ne craindray point la menace.
EtsiMeceneavecplaisir t »
Reçoit ce fruit de mon loisirJ
Rien ne peut égaler magloire:
Bientôt d'un vol audacieux
Aidé des Filles de mémoire,
Je mclcveray jusqu'aux Cieux.
Sint Mascenates non déerunt
~flaccc Marones.Juven.
L'Ode suivanteest dumême
Auteur. 11 la fit lorsqu'il
apprit que Madame Duchcfse
de Berry
,
alloit demeurer
au Luxembourg, & la luy
presenta peu de jours aprés
qu'elle eût établi sa demeure
djnsceP.iijis. il ignoreencoredequel~
oeil sonouvrage au- *
ra. esté veu de son Auguste
Héroïne.
La Nymphe du Luxembourg.
A MADAME,
DUCHESSE DE BERRY.
ODE.
Princesse la plusaccomplie
Qui parûtjamaissous les Cieux,
Vous qui répandez en tous lieux
&éclat dontvous esses remplie,
Pui/que je goûte lesptatfirs
De voir augré de mes djîts
w
Cettequifait toute ma gloire,
Souffrez qu'unfidelle discours.
Vous trace en peu de mots l'histoire
Des tempspassez&de nos jours.
Lorsque /4 discorde infernale
Sortant desessombres cachots
Vint pour troubler nostrerepos
Chasser de ces lieux sa rivale;
Tristes victimes du Dieu Mars
L'honneur, lavertu, les beaux
Arts
Se deroberent àsa rage,
Et pour me garantir des maux
Dontjevoyaisgrossir l'orage
Je m'ensevelis sous mes eaux.
z.~
La
,
consultant le Dieu Prothée
Sur les causes de ces malheurs,
Apprenez,dit-il, les fureurs
Dont nostre France estagitée.
Ici la fiere ambition
Fomente la division
A l'aide de l'hypocrisie,
Et la noire malignité
De plus d'une affreuse barpie.
Assouvit son avidité.
A tant de périlsexposér
La France était preste à périr
Sans qu'aucun pour lasecourir
OJat luy promettre un Thesée.
Mon coeur en fremissoit d'effroy;
Quandce Dieus'adressant àmoy,
Nymphe, dit -il, sechez vos
-
larmes,
Les maux excessifssontpeulongs,
Le. calmesuccede aux allarmes
y Et les Zephirs aux Aquilons.
•
Un Prince digne de l'Empire
Et des coeurs de tout l'Univers,
Veut qu'après tant de maux soufferts
Le monde sousses loix respire.
Déjà la vertu, l'équité,
Les beaux Arts, la sincerité
Font voler leur nom jusqu'aux
nues,
Le bon ordre, C la bonne foy
Vertus si long temps inconnuës ,•
Reprennent icy leur employ.
Les Saints Ministres des
Temples
Osentdire la vérité,
On peut suivre avecsûreté
Aujourd'huy leurs pieux exempIfs,
L'hypocrite,le seducteur,
Le traistredénonciateur
Ont perdu tout credit en France:
Et le digne objet de nos VOEUX
Va fous son Auguste Regence
Rendre tous les Peuples heureux.
Que vos destinssontagreables
,
Et qu'ils vousferont de jaloux,
Nymphe,le Ciel versesurvous
Sesfaveurs les plusdesirables,
L'astre le plus beau de la Cour
Vient d'éclairer le Luxembourg
Desafavorablepresence,
Vous possederez letresor
Le plus precieux de la France
Et reverrez le Siecle d'or.
Il dit: & mon ame charmée
De tant de prodiges nouveaux
Perdit lesouvenir des maux
Qui l'avoient sifort allarmée.
.AujJi tost de mon lit natal
Quittant le liquide criflal
J'apperçus le Cielsansnuage;
Vous parûtes, & la vertu
Sortant deson triste esclavage,
Triompha du vice abbatu.
AUTRES VERS.
Un Chansonnier qui avûle
couplet nouveau adressé à Son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d'Orleans,a fait les
observations qu'on lira si l'on
veut, à la suite de ce coupler.
Tu tiensles rênes de l'Empire,
Onta chargéde nousconduire,
Tout autre auroit dû, s'effrayer
D'uncheminJiremplj d'ornieres;
Mais,Prince, tusçais quartayer,
Tusçauras nous tirerd'affaires.
Premierement aprés avoir
loué le zele & les efforts de
l'Auteur, il a critiqué qu'au
repos de l'air, le son n'est
point fini, que la metaphore
n'est point soûtenuë jusqu'à
lafin, & que le mot tirer
d'affairesest bas &rampant,&
même ne rime qu'imparfaitement
avec ornieres &que ces
petits couplets n'ont de sel
qu'autant qu'ils font reguliers;
maisne voulant point se borner
àune Critique sterile
j
le
Chansonnier croit que la penfée
de l'Auteur estplus régulierement
& plus noblement
renduë en ces termes.
Par tesfoins la France respire,
Tutiens les rênes de l'Empire,
Tout autre auroit dû s'effrayer ;
Mais
y
Prince
, grace a tes lumieres
,
Te voyantsi-bien quartayer 3 Mous ne craignons plus les or- nieres.-
On a jugé à propos de
changer le secondVers, parce
qu'outre que l'expression,on ta
chargé, n'est pas respectueuse,
il semble que la Regence n'appartienne
à S. A. R.que par
notre choix, au lieu qu'elle
luyaesté deferée par le droit
de sa naissance ; si l'on a supprimé
le mot de conduire,ce
n'est pas qu'il ne fut dans sa
place; maison a crû que le
mot tu tiens les rênes y fup-,
pleoit,& que d'ailleurs la rime
cft plus riche;la Satire n'a
point de part à cette Critique,
& loin de rallentir le zele de
l'Auteur
,
elle doit l'engager
à s'exercer encore sur un sujet
sidigne de nos hommages.
Aprés avoir esté plusieurs
fois sollicité de donner au Public
Itic un extrait de tous les Arrêts
& Edits qui se publient
tous lesmois,je me suis rendu
aux remontrances qui
m'ont esté faites à ce sujet ; &
en consideration de l'utilité
qu'on peut tirer de ces extraits
& en faveur de ceux qui fc
despensent d'acheter lesoriginaux
dont ils feront detachez
,jè donneray reguliere-
-
ment chaque mois un precis
exact de tous les Arrêt:>iEdirs
& Declarations du Roy;le
feray enforte que cet AIHele
devienne un des plus necessaires
deceJournal
, en Laluanr
aux Lecteurs la connoissance
de toutes les nouveautez qui
se publient pendant le cours
de chaque mois, à l'avantage
de l'Etat,&auprofitdesParticuliers.
LeChapitrequifuit
est une épreuve de ce dessein,
le succésqu'elle aura en déterminera
ou en supprimera la
continuation.
,
L'Edit du Royqui porte
suppression de tous les Offices
de Maistres des Ponts & Pertuis,&
Aides ausditsMaistres
des Ponts créez par Editdu
mois d'Avril1704. par le feu
Roy de glorieuse memoire,
éteint & fupprimc la moitié
des Droits attribuez ausdits
Offices,àcommencer du premier
Janvier 1717.
Il éteint pareillement Se
supprime pour toûjours le
<!roic de quart en fus en entier
attribué tant aux anciens Maîtres
des Ponts & Chableurs,
&à leurs Aides, qu'autres Seigneurs&
Particuliers.
Les Pourveus& Proprietaires
desdits Offices & Droits
supprimez font tenus de rapporter
dans six mois leurs Titres
& Quittances de Finances
pardevant les Commissaires
qui feront nommez pour liquider
lafinance desdits Offices&
Droits, & pour compter
du produit desdits Droits depuis
qu'ilsont commencé d'en
joüir jusqu'au premier Janvier
prochain, pour que lesdits
Commissaires imputent la
joüissance des gages& droits
qui ont excedé le denier dix
de la finance qui ena été payée
sur le remboursement qui doit
estre fait. A faute dequoyils
demeureronr décheus déjoue
rembour sement.
L'autre moiné des droits attribuez
tant ausditsMaistres
des Ponts, & à ours Aides
créezpar l'Edic du mois d'Avril1704.
qu'auxOfficesd'Aides
créez par le même Edit
auxanciens MaistresdesPonts
& Chableurs
,
fera levée au
profit du Roy dés le premier
Janvier1717. pour que les
deniers qui en proviendront,
soient employezau remboursement
du principal & interêts
au denier25. qui se trouveront
dûs tant aux Propriétaires
desdits Offices supprimez
qu'aux anciens Maistres
des Ponts,&c. le quart en sus
demeure pareillement supprimé.
Liij
Il est expressement deffendu
aux Propriétaires des Offices
fupprlrncz)'ut,,c. des'immiscer
dans aucune fonction de Maître
,
& Aide des Maîtres des
Ponts&Chableurs,nide percevoir
aucuns droits y attribuez,
& aux Proprietaires des
Officesd'anciens Maistres des
Ponts, &c. même aux Seigneurs
de lever ledit quarten
fus après le premier Janvier
prochain, à peine de restitution
du quadruple, de 3000.
liv. d'amende, & d'estre poursuivis
extraordinairement;&
au moyen de la suppression
duditquarten sus, lesdits anciens
Maîtres des Ponts &
Chableurs, &c. ne pourronc
lever autres droits que ceux
dont ils joûissoientavantl'Editdumois
d'Avril1704.
-m-
L'Ordonnance du Roy du
7. Septembre1716. porte
que Sa Majesté ayant été informée
que malgré les dessenses
faites de chercher des moules
, huistres, &c. le long des
Quais,Jettées, &Forts construits
dans la Mer popr la
deffense des Ports; plusieurs
particuliers continuent d'y
fairecette force de pêche, nonobstantles
Sentinelles. S. M.
voulant remedier à un abus si
préjudiciable aux Fortifications,&
si concraire au service,
a fait de nouveau de tres expresses
deffenses d'aller chercher
des moules, huistres, &c.
le long des Quays,&c. à peine
contre les contrevenans de
quinze jours de prison pour
la premicre fois,&de la perte
des batteaux, qui feront brûlez
, & de plus grande punition
en cas de récidive.
Ily a un Arrêt du Conleifc
d'Etat du Roy, enregistré le
1 5. Septembre, qui commet
les Sieurs Pagan, Conseiller
d'Erat , de Gaumont & de
Baudry
J
Maîtres des Requêtes,
& Dodun, Président aur
Enquêtes duParlement, pour
Commiss'}ires,& le sieur Jacques
Passelaigue
, pour Greffier
delaCommission; devant
lesquels Sieurs Commissaires
*
les Proprieraires des Offices
de Jurez Inspecteurs, & Controlleurs
des Porcs, fupprimez
par l'Edit du mois de
Juillet dernier, feront tenus
derepresenter leurs quittances
de Finances principales, &
d'augmentations de gages, provisions, &c. pour sur icelles
être procedé à la liquidation
desdites Finances & ensuite à"
leur remboursement.
Il y a un autre Arrêt dUI
Conseild'Etatdu tt. Aoust
qui commet le Sieur Simon
Cailleau pour Greffier de la,
liquidation des Officessupprimez
de Commissaires &
Greffiers aux Scellez& Inventaires:,
de Tresoriers, Controlleurs
, &Caissiersde l'EJCtraordinaire
des Guerres,&
de Receveurs & Controlleurs
des Amendes de la Cour des-
Monnoyes.
L'Arrêt qui concerne les
anciennes especes, & matieres
d'or & d'argent, contient
en substance que S. M. ordonne
que les especes d'or &
d'argent tant à reformer qu'à
fabriquer, feront reccuës
pendant les mois d'Octobre
ôc de Novembre de la pre.
fente année dans les Monnoyes
-, & dans les Bureaux des
Changes,& par tous les Receveurs
des deniers Royaux, sur
le pied porté par l'Edit du
mois de Décembre dernier.
Qua commencer du premier
Décembre suivant, jusqu'au
dernier jour dudir mois,
elles neferont plus receuës que
sur le pied,sçavoir de
1 5 liv.
15.fols, le Louis à reformer,
&de 3. liv. 18. fols9. deniers,
l'Ecu, les doubles
,
demis
, ,quarts,&c. à proportion.
Qu'à commencer du premier
jour de Janvier 1717. &
jusqu'au dernier dudit mois
elles ne feront plus receues
que sur le pied:sçavoir de15.
liv. le Louis à reformer
,
&
de 3.liv. 1 5. sols,l'Ecu, & le
reste à proportion.
La Declaration du Roy du
18. Septembre 1716. qui
accorde un nouveau délay
aux Justiciables de la Chambre
de Justice, pour fournir
ou rectifier les Declarations
de leurs biens, & qui
décharge de toutes recherches
ceux qui auront payé les
taxes pour lesquelles ils feront
compris dans les Rolles qui
doivent estrearrêtez; porte
que par ia recherche que la
Chambre de Justice a ofire
jusqu'à present de laconduire
de ceux qui ont esté fournis à
son autorité, il paraît évidemment
que l'épuisement general
où étoit le Royaume doit
estre bien moins attribué à la
longueur de la guerre qu'-
aux abus, & aux differentes
malversations commifcs dans
les Finances, & après un long
détail de tous les moyens que
les Traitans ont employez
pour augmenter leurs richesses,
& se maintenir dans leur
opulence; c'est ainsi, continuë
cette Declaration, que
prositant du malheur public,
opprimant les peuples, gagnant
toûjours, & ne risquant
jamais, ils se sont annoncez
comme les colonnes & les
Soûtiens de l'Etat, eux donc
le credit ruïneux étoit attaché,
non pas à leurs personnes,
mais aux affaires qu'ils
avoient à exploiter, & dont
les ressources ont été plus funmesteês
àmla Feran.ce que la guerre - Passant ensuite à un détail
exact de toutes les malversations
commises par les gens
qui ont été employez & interessez
dans les affaires, & des
peines dûës à leurs prevarications,
quoy qu'ils ne dussent
plus esperer aucune grace:
Sa Majesté veut bien encore
leuraccorderundernier délai,
après lequel ceux qui auront
perseveré dans leurs contraventions&
leur désobéïssance,
feront traitez dans toute la
rigueur des peines portées par
la Déclaration du 17. Mars
dernier; n'étant pas juste qu'
après avoir tant defoisméprisé
la Loi,ils ayent un fort auni
favorablequeceux quis'y sont
soumis. Ainsi la Chambre de
Justice établie par l'Edit du
mois de Mars dernier,tubsistera
tcra pendant le temps qui fera
necessaire, non feulement
pour faire executer les Rolles
qui feront arrêtezauConseil,
& pour instruire les procès qui
auront cfté commencez aux
coupables avant que d'avoir
payé leurs taxes, mais encore
pour procéder à la recherche
exacte de ceux qui n'auront
point fourni les Declarations
de leurs biens, & à la vérification
de celles qui ont esté
fournies, afin de decouvrir ce
qu'il peut y avoir de faux, de
captieux, ou d'infidele, soit
par rapport à l'obmission de
leurs effets, ou à la supposition
de leurs dettes; & elle
ne discontinuëra point de revoir
& d'examiner les comptes
jusqu'à ce que ses differen
tes opérations ayentesté achevées.
A ces Causes, Sa Majesté
déclaré:
1°. Qu^il soitincessamment
procedé au Conseil à la confection
des Rolles qui contiendront
les taxes qu'elle prétend
estre faites à toutes les personnes
qui ont esté declarées sujettes
à la Chambre de Justice
par son Edit portant établissement
de ladite Chambre,
&à qui il a été ordonné de
fournir des états circonstanciez
de leurs biens par les Declarations
des 17. Mars & zS.
Avril,& 9. May de la prcfcnte
année,lesquelles taxes tiendront
lieu de restitution & de
condamnation, pour lesquelles
S. M. aura Privilege, conformement
à l'Edit du mois
d'Aoust 1669. sur lesmeubles
des Justiciables de ladite
Chambre par preference à
tous Créanciers, & sur les immeubles
par eux acquis par
preference à toutes les dettes
qu'ils pourroient avoir contriées
depuis le premier jour
qu'ils sont entrez dans les affaires,
ou dans le maniement
des Finances & des deniers
publics; à moins que les
Créanciers sur les immeubles
n'ayent un Privilege preferable
suivant ledit Edit du mois
d'Aoust 1669. & qu'ils ne
l'ayent fait juger par ladite
Chambre de Justice. Lesdits
Rolles feront executez à la
Requeste du Procureur Gene.
ral en ladite Chambre par
corps, & par saisieréelle &
mobiliaire; & dans la confection
desdits Rolles, les taxes
, i
é
feront faites, eu égard o aux biens que lesdits Justiciables
ont gagnez & acquis depuis
qu'ils sont entrez dans les
affaires:Etnéantmoins lesdits
Justiciables ne pourront estre
employez dans les Rolles qu'-
après que laverification de le*
tat de leurs biens aura esté
faite en la maniere qui fera
expliquée par la presente Declaration.
i°. Les procès criminels
commencez en ladite Chambre
de Justice avant la publication
des Presentes, seront
incessamment faits & parfaits
aux accusez; ainsi qu'à ceux
à qui le procès aura été commencé
par ladite Chambre
avant que d'avoir payé leur
taxe. A l'égard de ceux qui
auront entierement payé leur
taxe, & les condamnations
qui se trouveront avoir esté
prononcées contre eux jusqu'au
jour du payement
desdites taxes, S. M. quitte,
remet, pardonne, & abolie
tous les crimes, mal verfarions
& abus par eux commis à
l'occasion des Finances & -
deniers publics depuis le
premier Janvier 1689,jusquau
jour de la datte de la
quittance de la taxe qu'ils auront
payée, sans qu'eux, leurs
enfans, veuves, ou heritiers
puissent pour raison desdits
crimes, malvetsations & abus,
estre recherchez ni inquietez
à l'avenir en leurs personnes,
& biens civilement ou criminellement
en quelque forte&
maniere que ce puisse estre;
imposant sur ce silence aux:
Procureurs Generaux, presens
&àvenir, & a tous autres.
De plus, elle les décharge de
toutes recherches, & solidité
pour raison des condamnations
qui pourront intervenir
contre leurs associez, aprés
qu'ils auront payé leur fdites
taxes & condamnations antérieures
:& pour joüir du benefice
du present article, elle
leur permet de se pourvoir à
ladite Chambre ou d'y obtenir
un Arrest qui prononcera
la decharge portée par cesPresentes,
lequel Arrest leur fera
accordé sur la representation
de la quittance du Receveur
General de ladite Chambre,
par laquelle il paroistra qu'ils
auront payez leurs taxes &
lescondamnations prononcées
cées contre eux jusqu'au jour
du payement desdites taxes;
en ces Presentes toutefois
non compris, à l'égard des
comptables, le simple desobmissions
de Recettes, faux&
doubles Emplois, fausses rcprises
& erreurs de calcul,pour
lesquelles néanmoins les prevenus
ne pourront estre poursuivis
que civilement.
3°. Pour connoitre & approfondir
la verité ou la fau tfeté
de chaque declaration de
biens, il fera procedé - par les
Commissairesqui feront pour
ce nommez par ladite Chambre
de Justice, àl'examendes
déclarations & dénonciations
qui ont ra pport les unes aux
autres, & à l'interrogation
de ceux qui les ont faites pour
avoir l'explication des decIa,
rations qui paroistront captieuses,
obscuresouinfidelles,
même à l'examen des pieces
justificatives de leurs biens de
patrimoine, & des titres de
leurs prétendus Créanciers,
lesquels titres lesdits Créanciers
feront obligez de representer
dans les temps qui leur
feront preferit par lesdits
Commissaires, & qui leur feront
declarez par des significations
faites à leurs personnes
ou domiciles; & faute par
les Créanciers de representer
leurs titres dans lesdits délais,
on n'aura aucun égard à leurs
prétendues créances.
4°. Et quoique S. M. foit
bien informée qu'entre les
états de biens qui ont étédon
nez, il y en a un grand nombre
qui font faux, que la
pluspart des croupiers & participes,
quoique declarez par
les principaux interessez, n'en
ont même fourni aucun; &
qu'ainsi les peines corporelles
& pecuniaires portées par les
Declarations, soient par eux
encouruës, & tous leurs biens
acquis à l'Etat; en forte que
s'ils subissoient dés à present
la rigueur desdites peines, ils
ne pourroient les imputer
qu'à euxmêmes
,
après les
differens délais qui leur ont été
cy-devant accordez; Cependant
S. M. veut bien les rendre
encore une fois les Maîtres
de leur fort, en accordanc
comme elle accorde par ces
Presentes pour derniere gracc
à tous ceux qui sont obligez
de donner des états de leurs
biens aux termes desdites Declarations
des 17. Mars, 2 5.
Avril & 9. May de la presente
année, un nouveau délay de
dix jours, à compter du jour
de la publication des Prcfcnces
dans chaqueBaillage ou
Scnecnaufle,efcU.o* rciiunr nuëment
en ses Cours de Parlement
où ils font leur demeure,
pour satisfaire au contenu
en sesdites Declarations, soit
en donnant des états de leurs
biens,s'ils ne font pas encore
faits, soit en ajoûtant à ceux
qu'ils ont donnez ou en les
rectifiant, & en distinguant
les parts 6c portions dont ils
font tenus dans les dettes solidaires
qu'ils ont contractées, *
& dans les billets de Compagnie
qu'ils ont signez; le tout
fous les peines portées par lesdites
Déclarations, lesquelles
peines demeureront irrevocablement
encourues sans
pouvoir estre remises ni moderées
en quelque maniere ,
& fous quelque prétexte que
ce puisse estre.
L'ArrestduConseil duiC*
Septembre qui proroge jusqu'au
premier Novembre
1716. le delay porté par celui
du premier Aoust de la même
anné:.: pour le VIF* des Billets
des Entrepreneurs Generaux
&; particulierssous-Entrepr
neurs des Vivres,Fourages,
fciapes, Hôpitaux, & autres
chargez de pareilles fournitures;
Ordonne que tous les dénommez
depuis & compris
l'année 1706. jusques & comprisl'année
derniere IJIJ.
feront tenus de remettre dans
un mois, du jour de la publication
dudit Arrest, és mains
des SieursCommissairesydénommez
des états certifiez du
montant de leurs fournitures
& des sommes par eux dues
pour raison desdites entreprises,
& que leurs Créanciers
feront tenus dans le même
délay de presenter devant lesdits
Sieurs Commissaires du
Conseil,&Intendans dans les
Provinces, les Titres de leurs
créances avec leurs déclarations
au dos pour estre procedé
à la liquidation, & pourvu
au payement des sommes
quise trouveront legitimement
dûës, à peine d'être déchûs
de leurs demandes &
prétentions, &c.
L'Arrêt de la Chambre de
Justice du huit de ce mois contre
Jean Lempereur, Subdelegué
en titre d'Offices de la
Ville & Eléction de Montdidier,
par lequelil est condamné
à faire amende honorable,
& aux Galères pour neufans,
en 60000. liv, d'amende, &c.
aestérendu en consideration
des plaintes contre ledit Lempercur
,
ses complices, & adherans
au su jet de pluficurs
Concussions,Exactions, Gains
illicites,abus,&malvet sations
par eux commises à l'occasion
des Envoys
, pour les Pionniers,
Milice, Convoys,Voi
tures-, & autres. &c. -
» L'Arrêtdu Conleil dEtat
du dix Octobre nomme
des Commissaires pour procéder
à la liquidation des sommes
financées par les Cornmunautcz
des Officiers sur les
Ports, Halles & Marchez de
la Ville de Paris pour l'acquï.
sition ou réunion de tous les
droits qui leur ont été attribuez
avant ou depuis le pre- v
mier Janvier I68p. & S. M.
commet Messieurs le Pelletier
des Forts & Fagon Conseillers
d'Ecât, & au Conseil de Finances
)
Meilleurs d'Ormesson
,
de Gaumont, Taschereau
de Baudry
,
Maîtres des
Requestes & Conseillers au
Conseil de Finances; & M.
Dodun
,
Président au Parlement
& Conseilleraumême
Conseil, pour procéder à la
liquidation des sommes que
ladite Communauté ou leurs-
Créanciers ont financées pour
l'acquisition ou réunion de
tous les droits qui leur ont été
attribuez avant ou depuis le
premier Janvier de ladite année
16 S 9. S M. ordonne à cet
effet que lesditesCommunautez
ou leursCréanciers feront
tenus derepresenter pardevanc
lesdits sieurs Commissaires
leurs quittances de Finances,
& autres Titres de propriété
dans les termes qui leurs feront
indiquez par lesditsCommissaires
,
lesquels à cet effet
rendront telles Ordonnances
qui feront par eux trouvées
necessaires, &c.
L'Arrest duConseil du dix
Octobre qui ordonne que les
Intendants nommeront des
Collecteurs d'Offices pour
l'année prochaine1717. dans
les Paroisses où les Tableaux
n'auront point été faits en la
forme preferite par la Declaration
du mois d'Aoust dernier;
porte entr'autres choses
que dans chaque Paroisse des
Generalitez du Royaume,où
la Taille cft personnelle, il seraincessammentdressé
un Tableau
ou Etac des Habitans,
suivant lequel ils viendront à
la Collected'années en années
à commencer pour l'année
prochaine 1717. S. M.
étant informée que lesSyndics
,& Habitans de plusieurs Paroisses
négligent de faire Jefdits
Tableaux
ou afféctent de
les faire d'une maniéré contraire
aux dispositions de ladite
Déclaration
, ou se font
inscrire induement dans la
Colomne des Exempts,elle
ordonne que les sieurs Intendants
& Commissaires départis
dans la Généralité ou la
Taille est personnelle, nommeront
des Collecteurs d'exces
pour l'année prochaine
1717- & ce pour cette année
seulement,&c.
Un autre Arrest du même
jour du Confcil d'Erat,com.
met le sieur Simon Cailleau
pour Greffier de la Commisbon
de la liquidation des Offices
sur les Ports, Quais
Halles , ,Chanciers
,
Places.
Foires&Marchez de laVille,
&c.
L'Arreudu Conseil du dix
Octobre permet aux Greffiers
des Electionsdepercevoir 3.C
pour le Certificat qu'ilsdélivreront
delaremiseen leurs
Greffes de chaque Tableau de
Collecteurs,ou Actes de Rccollement
en vertu de la Déclaration
du premier Aoust
dernier concernant les Collecteurs,&
c.
L'Arrest de la Chambre de
Justice du 13. de ce moisacon
damné René Gallois dit d'Amiens,
Sous Entrepreneur des
Fourrages dans la Province de
Picardieau bannissementpour
trois ans du ressort du Par lement
de Paris, & en 60000.
liv d'amende;& JeanneLombard,
veuveDumont,aublâme
,
me.)&en dix livres d'amende
en consideration des malverfations
dont ilsontestéconvaincus,
&c.
Un Arrêt de la mêmeCham.
bre du 14. Octobrecondamne
JeanPennot le jeune,Huis
fier des Tailles de la Ville &
Election de Gueret
,
à estre
pendu à titre de concussionnaire&
faussaire, &c.
Un autre Arrest de la même
Chambre du20 O&obrç
met les Plaignans
J
Denon.
ciateurs & Témoins fous la
„
protection & lauvc garde du
Roy & de la Chambre
, &
porte peine de mort contre
ceux qui les intimideront, menaceront,
sequestreront
,
féduiront&
détourneront directement
ou indireétcmcnr,tant
contre les principàux Auteurs
que contre les complices, &c.
Le Lecteur indulgent à son
ordinaire
,
fera de l'Article
suivant l'usagequ'illuy plaira.
NOUVELLES.
On mande de Londres du
26. Septembre qu'on y avoic
eu avisd'Edimbourg du iy.
qu'on amenoit encore à Cartille
d'autres Prisonniers pour
faire leurs Procez ; qu'on y
avoit aussi appris d'Aberdéen
que tous les MinistresEpiscopaux
s'estoient retirez de cette
Ville, où il y en avoit une
grande quantité depuis la rcvolution
& dont le nombre
estoie fort peu considerable
ailleurs
,
excepté ceux qui
estoient dans les Prisons d'Edimbourg
: On avoir appris
deSchwsbury qu'un Ministre
decette Ville avoit esté jugé
aux dernières Assises pour
avoir dit que le Roy Georges
n'avoit aucun droit à, la Couronne
, &tenu d'autres discours
injurieux contre S. M.
mais que le pere Pavoit déclaré
non coupable: la Commission
pour faire le procès aux PrisonniersEcossois
qui ont été
conduits à Cartille, y a elle envoyée.
Il y a un ordre pour
amener à Preston25. à 30.
Rebelles tous Gentilhommes
& de bonnes familles, qui font
Prifonnicrs à Chester, pour y
estre jugez.
Cinq jeunes hommes étant
allé entendre le Sermon dans
l'Eglise des non- Jureurs &
ayant entendu que leMinistre
prioit Amplement pour leRoi.
ils dirent tout haut qu'il falloit
prier pour le Roy Georges;
en même temps il s'éleva un
grand murmure parmi l'AC.
qemblée, dont plusieurs qui
avoient des bâtons&des cannes
leurs en donnèrent plusieurscoups
;ceuxcy en ayant
porté leurs plaintes au Juge
de Paix,il donna ordre de les
faire venir devant luy;maisles
accusez ayant gagné le Connétable
)
il trouva moyen de
les décharger &condamna les
autres aux dépens.
L'Irlandois dontona parlé
ci devant, & qui avoit esté arresté,
passant de France en Angleterre
des Livres Papistes,
se nomme Omfrcvillc
, quia
cfté réclamé par l'Ambassadeur
d'Efpagnc pour qui il
apportoit ces Livres, de sorte
qu'on croit qu'il sera relâché.
Les grands vents qui ont regné
depuis quelques jours ont
causé beaucoup de dommages
encette Ville&repoussé avec
tant de violence la Marée, que
sur lessix heures du foir du
dernier jour, un grand nombre
de Peuple avoir traversé
la Tamise vis-à-vis de Witheall
n'ayant de l'eau que
jusqu'à myjambe; cela étoit
d'autant plus remarquable
,
qu'on dit que pareille chose
n'estoit pas arrivée depuis la
derniere année du Regne de
Charles II. & que cette tempête
avoit causé beaucoup de
desordres à la Campagne &
ailleurs: On asseure que Lord
Widringon Prisonnier dans
la Tour,a presenté une Requeste
au Prince de Galles, le
priant d'avoir égard au mauvais
estat de sa fanté & à la mifere
où il se trouve réduit par
une longuePrison,&devouloir
bien l'en faire sortir par
un bannissement ou autrement.
Les autres Seigneurs
condamnez qui font dans cette
Prison font aussi réduits à
la derniere misere
,
jusqu'à
coucher sur la paille faute d'argent
pour subveniràleurs besoins
, le peu qu'ils avoient
estant fini par les grosses sommes
qu'ils ont esté obligé de
payer à cause des repis qu'on
leur avoit accordez
Les Lettres de Londres du
5. de ce mois portent que depuis
quatre jours le bruit s'étoit
répanduque la semaine
passée on avoit figné un Traité
avec la France,par lequel le
Regent promet de ne donner
aucun refuge ni secours au
Prétendant, de démolir & de
combler entièrement le Canal
de Mardick;& l'on veut que
la France s'est soumise à cela
pour certaines considerations
qu'on ne dit pas;mais les plus
éclairez ne croyent pas cela
veritable on sçait bien qu'un
des principaux Ingénieurs de
France est venu ici & qu'ila
même eû des conférences avec
nos Ministres&desIngenieurs
pour chercher les moyens de
satisfaire les deux Nations au
sujet deceCanal: mais on croit
que s'il y a un Traité, comme
on le dit, ce n'estseulement
que pour régler la profondeur
que ce Canal doit avoir &
pour engager les François,afin
qu'à l'avenir ils ne puissent y
faire aucunes Fortifications;
car ilest certain que les François
ne peuvent pas se passer
de ce Canal pour écouler les
leseaux puisque sans cela
elles incommoderoient tout
le Pays. La semaine passéeun
Messager arrêta dans une allée
un Ministre Ecossois nonJureur,
quatre Imprimeurs,&
une femme, il saisit aussi une
partie du Libelle imprimé du
sieur Howel
,
Ministre qui est
en prison dans Newgatte , intirulé:le cas duSchisme dans
l'Eglise d'Angleterre verirablement
établi Comme aussi
plusieurs manuscrits,les caractères
&la presse&il emmena
tout avec luy.
Les Lettres d'Edimbourg
du 26 du passé portent que
les Commissaires établis pour
faire la recherche des biens
consisquez de certains Rebelles,
&c. avoient fait publier
un avertissement par lequel
ils font sçavoir que tous ceux
qui ont des biens, foit réels
ou personnels, ou qui en découvriront
à ces Commissaires,
on leur promet qu'ils
recevront la quatrième partie
de ce qu'ils auront déclaré ou
découvert; mais que le temps
porté par l'acte du Parlement
quiestle24. de Novembre
1716. pour ceux qui possedent
des biens réels appartenans
aux Rebelles, & le 24. Juin
1717. pour les biens personncls
,
estant passé sans qu'ils
ayent fait leur déclaration,ils
encoureront la peine suivant&
conformémentaudit a£te,&c.
maison n'apprend pas qu'ils
ayent encorefaitd'autres progrezen
cette affaire & ils s'étoient
ajournez jusqu'au premier
Octobre prochain. On
aexecutécinq jeunes hommes
convaincus de tumulte,
: Sur lesavisquelesEcolicrs de
l'Universitéd'Oxsord étoient
toûjours mutins
,
& qu'ils
avoient gagné la plûplart des
soldats qui font en quartier
dans cette Ville,on y envoyé
un Regiment de Dragons à la
place de cette Infanterie pour
mettre ces Ecoliersàla rai son.
Ces Lettres ajoûtent que six
des Rebelles avoient estécondamnez
à mort à Preston.
On asseure que le premier
de ce mois on signa un Traité
d'Alliance dessensive entre la
France
5
l'Angleterre & la
Hollande, pour maintenir la
Paix d'Utrech,& on dit que
par ce Traité la France abandonne
pour toûjours les interests
du Pretendant, &
qu'elle doic mettre le Canal
de Mardick en tel état qu'il
ne pourra recevoir des Vaisseaux
que de 60. à 80. tonneaux.
On mande de Londres du
8.qu'ony avoir eu avis d'Edimbourg
du 29que le sieur
Stewart sut ramené de Carlille
&remis dans laPrison duChâteau.
Le ficur de Moyenville,
Chef des Ingénieurs qui ont
travaillé au Canal deMardick
& qui estallé de France à Londres
avec le sieur d'Yberville
estoit party pour s'en retourner
) ce qui confirme que les
Negociations, par rapportà
ce Canal, sont finies, & depuis
on continue à dire que le
Traité d'Alliancedeffensive
entre la France,l'Angleterre
& laHollandeaestésigné,par
lequel la France s'engage de
remettre ce Canal dans l'estatqu'il
ne pourra y entrer aucun
Bâtiment de plus de Go?à So.
Tonneaux. Pour ce qui regarde
le Pretendant on assûroit
que la France avoit consenti
à tout ce que la Cour d'Angleterre
avoir souhaité;qu'elle
s'engage de ne luy donner aucun
fccours ni assistance,& au
contraire d'agir contre luy en
cas qu'il voulut entreprendre
encore sur la grandeBretagne:
suivant ce qui est porté par
cette Alliance qui a esté faite
uniquement pour maintenir
la Paix d'Utrech; de forte
qu'on peut dire avec assûrance
que cette Alliance rasseuroit
entierement la Nation des
craintes qu'elle avoit d'estre
de temps en temps inquiétée
par le Prétendant & ses adherans
tant dedans que dehors
le Royaume;il n'y avoit qu'
une chose à craindre,qui étoit
que comme on ne dit pas qu'il
doit s'embarquer pour Uralie,
qu'il pourroit bien avoir
dessein d'aller joindre le Roy
de Suede qui seroit sa derniere
ressource, & alors il pourroic
en cette occasiontâcher dmquieter
encore l'Angleterre -r
cependant il n'y a pas grande
apparence, le Roy de Suede
estant assez embarrassé de luymême:
cette Alliance chagrine
beaucoup les Jacobircs qui
fonrmaliffcâtonnezaugouvernement
; ils font d'autant
plus surpris devoir que la
France, de laquelle ils esperoient
un grand secours dans
l'occasion en faveur du Pré-
9
tendant, le declare aujourd'huy
contre luy &s'engage
de maintenir le Roy Georges
sur le Trône,que cetteAlliancc
les fait dechaîner contreM.
lé Duc d'Orleans.
L'Envoyé de l'Empereur
s'est plaintauComte cleTawnsend,
Secretaire d'Etat, de ce
qu'on faisoit cc Traité d'Alliance
avec la France; ce qui
ne pouvoit enré que tres defavantageux
à S. M. I. & que
ce Secretaire luy avoit répondu
qu'on n'avoit nullement
dessein,en faisant cette Alliance,
de porter préjudice
aux interêts de ion Ivialft-rey
puisqu'elle n'estoit que pour
maintenir la Paix d'Utrech.
On a eû avis d'Edimbourg
du deux de ce mois que les
Magistrats de laVille de Perth.
avoientfaitexecuter une Sentence
contre une centaine de
Bourgeois de cette Ville-là
dontles titres avoient esté déchirez
par la main duBourreau
dans la place du Marché
,
&
qu'il avoit été ordonnéqu'ils
sortiroientde la Ville avant la
S.Marrin, pour avoir favorisé
les Rebelles lors qu'ils y
étoient, & qu'on en devoit
faire de même dans toutes les
autres Villes où la Rebellion
étoit cy-devant,particulierement
à Aberdéem & à Dundée.
Onavoitapptis de Dorchester
du deux qu'onyavoit
arrêté deux Bourgeois accusez
de haute trahisonaussi bien
qu'un Echevinde cette Ville,
&comme on les menoit en
prison
,
la populace se soûleva
ce qui obligea les Connestables
d'appeller des Dragons
à leurs secours qui y vinrent
&appaiserent le trouble. On
asseuroit que les Sieurs Radeliffe,
Basile
,
Hamilton,Torton,&
cinq autresRebelles qui
étoient condamnez, devoient
dans peurecevoir leur pardon.
On ajoûte qu'on avoit receu
ordre à Carlisse de fairecesser
les procedures contre cinq
Rebelles qui y avoient été
amenez depuis peu d'Edimbourg
; qu'on avoit informé
le Gouvernement qu'il y
avoit un grand nombre de
Jurcurs qui étoient assemblez
secretement dans la Ville de
Londres & aux environs,où
ils ne nommoient point le
RoyGeorges dans leursPriéres
dont plusieurs pcrfonncs de la
Religion Anglicanne ayant
eû avis se transporterent dans
leurs assemblées &y entrerent
l'épée à la main crians le Roy
Georges, &c. ce qui obligea
cesassemblez de se séparer.
Le sieur Don Jean-Baptiste
Uzardi ,Jurisconsulte Espagnol
, a obtenu une pension
de 500.liv. fierling par an en
recompensedes bons services
qu'il a rendus aux Anglois
dans l'affairedu Commerce à
Madrid.
Onmande de Venisedu 26.
du passeque cette semaineon
n'y avoit receu aucune nouvelle
du Levant, ainsi on ne
sçait ce qui s'y est passé,on
avoit seulement appris que le
Capitaine General étoit au
Zante avec les Galcrcs
, que
celles du Pape
,
d'Efpagnc
1 de Genes & du Grand Duc
s'en étoient séparées pour retourner
dans leurs Ports
, que
les Vaisseauxs'étoient avancez
vers l'Archipel; mais les Auxiliaires
s'en devoient séparer
pour s'en retourner ; que les
Vaissaux de l'Escadre de Portugal
étoientrevenus àOtrante
,1e Commandant de cette
Escadre n'était pas content
des
des Venitiens qui ne luy ont
fait aucune reception convenable
lorsqu'il étoit arrivé à
Corfou,ilytrouva seulement
une simpleLettre duCapitainc
General qui après un court
compliment luy marquoit de
le suivre du côté de Lepante,
& celui cy luy répondit qu'il
nerecevoit point ses ordres.
Le Comte de Livry ,a co.
la survivance de la Charge de
premier Maistre d'Hôtel du
Roy, qu'exerce le Marquis
son pere.
On mande de Venisedu j.
qu'on y avoitreceu des Lettres
des Generaux dela Flotte dti
dcuxSeptembre, & qu'un Capitaine
de Vaisseauétoit arrivé
le4.en neuf jours de Zante,
enaussi apporté des nouvelles
qui contiennent en substance
que laFlotteVenitienne
s'étoit toujours tenuëau Zante&
à Cephalonie
,
les Générauxn'étant
pas convenus entre
eux de suivre celle des
Turcs qui s'étoient arrestez
quelque temps aux Isles de
Sapicnce pOlir voir si les Venitiens
les attaqueroient, que
les Vaisseaux Auxiliaires & les
Galeres s'étoient séparez ôc
s'en retournoient; que la veille
du départ de ce Vaisseau de
Zante les Venitiens avoient
misà la voile sans qu'on sçût
où ils alloient,&qu'il y avoit
une grande division parmi les
Generaux. Le General Schulembourg
avoit fait débarquer
les premiers jours du
mois dernier sept hommes du
côté de la Tour de Bucrinto
qu'ils avoient trouvée abandonnée&
vuide
j
ils se font
avancez contre une autre
Tour où il y avoit quelques
provisions ; mais 40. ou JO.
Turcs qui le gardoient ont
mis le feu a tout & le sont retirez
, & les Venitiens sont
retournez chez eux.
Des Lettres de Genes du
30. du passé, portent qu'on
y prenoit beaucoup d'ombrage
sur des avis qu'on y avoir
receus qu'il y avoir quantité
de Troupes Piemontoises qui
estoient en InOUVcmcnr, &
qui sembloient diriger leur
marche vers la Coste d'Oneglia,&
que d'autres Troupes
estoient aussien marchecomme
pour aller dans le Comté
de Nice. ainsi que dans le
Mont-serrat; & comme quelques
avis assûrent qu'elles dévoient
estre fuivics par d'autres
qui font en plus grand
nombre,ce qui donnoit beaucoup
d'inquietude
,
d'autant
plus qu'on disoitque dans peu
il devoir arriver à Villefranche
plusieurs Bâtimens Siciliens
avec des Troupes nationales
de ce Royaume-là,qui dévoient
y estre debarquées, &
c'est sur ces avis qu'on a resolu
de renforcer les Garnisons de
cet Estat
,
particulierement
celles de Savone où on envoïe
1000. hommes, & 800. à
Final.
Onassûre qu'il est arrivé à
Milan de nouveaux ordres de
la Cour de Vienne, par lesquels
on demande de grosses
sommes à cet Etat pour les
frais de la Guerre qu'on est
obligé de soûtenir contre les
Turcs & de faire incessamment
de nouvelles levées des
Regiments nationaux que
l'Empereur a ordonné de faire
dans ce Duché: toutes ces
nouvelles taxes qu'on doit imposer
sur les peuples & la levée
de ces Troupes font murmurer
ces Peuples.
Des Lettres de Villefranche
b
du 24. du passé, portent qu'il
y estoit arrivé deux Ingénieurs
qui revenoient de visiter les
FortificationsdeNice & qu'ils
devoient aller au Fort de S.
Alban & de S. Hospice
, aux
Fortifications desquels ondevoit
travailler, ainsi qu'à d'autres
Places du Piemont & du
Mont- ferrat ; que le bruit
courroit qu'on alloit construire
quatre nouvelles Galeres à
Villefranche pour joindre æ
celles de Sicile: on y avoit eu
avis de Turin qu'il y avoit
beaucoup de Troupes prêtes
à marcher vers le Mont-ferrat
&le Milanois pour renforcer
les Garnisons des Places qui
appartiennent au Roy de SU
cile, sur l'avis qu'on avoit eu
que les Troupes Impériales
faisoient de grands mouvements
,
principalement du
costéde Valence, c'est pourquoy
on prenoit toutes les
précautions necessaires pour
éviter toutes surprises.
On a appris ici par des Let-
, tres de Lisbonne du n. du
passé qu'on y estoit fore en
peine de la Flotte du Bresil
dont on n'avoir pas eu de
nouvelles depuis l'arrivée du
Bâtiment
Bâtiment qui estoit venu donner
avis de son départ & on
l
avoit envoyé quatre Vaisfeaux
de Guerre deux Portugais&
deux Anglois pour en
apprendre des nouvelles &
pour luy servir d'escorce:
que les deux Vaisseaux qu'on
attendoit de Goa estoient arrivez
,
mais que leurs charges
n'estoient pas de plus de six
cens millelivrespesant;qu'ils
avoient essuïé de rudes bourasques
surleur route , & il y
en avoit même un qui estoit
tout desemparé &amaré avcc
des cordes ; que le Roy estoit
toûjours valetudinaire, & que
lesfiévres causées par les grandes
chaleurs del'Esté,avoient
emporté beaucoup de monde
de toutâge & sexe; qu'on
avoit envoyé de grosses remi
ses au Prince Ferdinand, frere
du Roy de Portugal, quiétoit
en Hongrie en qualité de volontaire
dans l'Armée de l'Empereur.
On mande de Vienne du
16. que les Turcs menaçoient
de faire ausieur Flecheman
J Resident de l'Empereur à la
Cour Ottomane, retenu [oû.
joursà Belgrade, le même
traitement qu'on fera au Marquis
de Langalery qu'ils ont
reclamé pour leur General; cependant
on continuoit toujours
de travailler à son procés,
& on avoit donné la question
à son Secretaire qui persiste
toûjours de dire qu'il n'a
eu nulle connoissance du prétendu
Traité que son Maître
a fait avec le grand Seigneur;
qu'on avoit aussi interrogé le
Comte de Linange, qui desavouë
aussi d'estre entré dans ce
Traité, &on menace son V&-
let de chambre de le mettre à
la torture s'il n'avouë le fait.
On mande de Bruxelles du
28. du passé
, que le Général
Cadogan y estoit de retour du
Fort de Mardick
,
qu'il avoit
apporté avec luy le plan du
Canal & des Forts que les
François doivent construire
sur la Coste
,
& il doit incessamment
passer à laHaye pour
en faire son rapport.
Je vous ay par lé le mois
dernier de M. l'Abbé de Lafargue
au sujet du sçavant &
solideOuvrage qu'il a mis au
jour pourrépondre à la Critique
qu'ona fait de l'Eloge
funèbre du Roy prononcé
par le R. P. Poréc jesuite. Je
profite avec plaisir de l'occasion
qui se presente de vous
en parler encore aujourd'hui.
Le 2. 7. de ce mois on celebra à
l'Abbaye Royale de Chelles
l'Anniversaire du feu Roy
LouisXIV.M.l'AbbédeLafargue
y prononça avec beaucoup
d'éloquence l'Oraison
funebre devantMademoiselle:
il la prononça encore le 29.
fuivanc dansl'Eglisede l'Abbaye
Royale du Fauxbourg
S. Antoine,où on fit un Service
pour l'Anniversaire du
feu Roy. Le Public qui a reçu
avec tant d'applaudissements
celle qu'il prononça à S. Cyr i
le 6. Decembre dernier, attend
cette seconde avec d'autant
plus d'impatience qu'il se
trouve très peu d'Auteurs,
qui ayent traité deux foisavec
une égale dignité
, un sujet si
difficile.
Article rempli de circonstances
curieuses & interessantes,
que le Lecteur est autant
obligé à )uc
, que l'Auteur
l'est à le donner. Mais avant
de vous embarquer dans cette
lecture, il est bon de vous dire
qu'il ne faut pas que le titre de
ce Chapitre vous rebute. Pour
être intitulé Nouvelles deRome
,
cela ne luy ôte rien de
son merite
, & jevoudrois
avoir souvent de pareilles
Nouvelles à vous communiquer
fous un même titre.
ARome le6Octobre.
Mercredy 13. de Septembre
, la Princesse de Valaquie
arriva icy avec deux desesfils,
l'un âgé de 14. ans, l'autre de
17. Cette Princesse a échapé
à la cruauté du Turc, qui a
fait étrangler son beau-pere,
son filsaîné & son mary pour
luy avoir refusé des Troupes
dont apparemment il avoit
aidé l'Empereur contre la foy
des Traitez.CommecePrince
relevoit du Grand Seigneur,
ill'a traité sans misericorde
a peine la Princesse a t- elle pû
fc sauver à la faveur d'un VaisseauAngloisqui
la débarquée
à Messine ;la soeur du Cardinal
Rufo fc fit honneur de luy
donner des Lettres pour son
frere qui logeici dans un beau
Palais où la Princesse vint def^
cendre, s'imaginant y trouver
giste ? mais ce Cardinal la refusa,&
secontenta de luy indiquer
l'Auberge du Mont d'or
en Place d'Espagne: le Cardinal
Scrottemback la regala de
quelques rafraîchissemens,elle
envoya ses fils pour le remercier
;ceMinistreluy offritenfuite
son Palais
, ce qu'elle
n'a pas accepté.Le Samedy26.
accompagnée de ses fils elle
eûtAudiance du Pape qui la
receut assez froidement
, ne
se souvenant pas sans doute
que ces jeunes Princes sont de
l'ancienne & Impériale Mai- !
jr
son des Caracuzenes; mais
en revanche Dimanche27.
par ordre exprés de Sa Sainteté
son neveu Dom Carles
Albani alla visiter cette Princesse
3
& le lendemain la Dona
Thercfa sa femme alla luy ren.
dre la mêmecivilité. On die
que le Saint Pere a été d'abord
mécontent d'apprendre que
cette Princesse & sa famille
estoient de la Religion Schismatique
Grecque.
Par additionàcette nouvelle
il n'est pas hors de propos
de dire que le Grand Seigneur
a donné l'investiture de
la Valaquie à MauroCardato,
sujet de la Republique de
Venise:ce Mauro a un frere
't Jesuite,lequel a esté élevé à
Rome au College des Grecs
donc les Jesuites sont Su périeurs;
il étoit destiné pour les
Millions de Constantinople ;
onestmal payé ici des dépenses
qu'on a faites pour ce
Missionnaire qui joiiic à bon
compte &de compagnie avec
son frere des Appanages de
la Principauté de Valaquie. La
Princesse de ce nom doit incessamment
partir d'icy pour
se rendre à Florence & de
Florence à Ventre, d'où on dit
quelleiraétablir sa résidence
à Vienne.
Vendredy au foir 25. le
Sieur deJunnillac deLimoges,
Chevalier de Malthe, tut arrêté
par ordre de l'Inquisition
sans qu'on pût en deviner la
raison; il plaidoit à la Rote
contre le Chevalier de **
pour le grand Marechalat de
Malthe:ce qu'il y a de particulier
,
c'efl; que sa Partie en
fut avertie dans le moment,
&assez à temps pour ne pas
manquer l'ordinaire de Malthe;
nôtre Ministre au contraire
ignoroit encore le tout
le lendemain au foir; ce qui
fait croire à bien des gens que
son competiteur pourroit
avoir eu bonne part à sa détention.
Il en est cependant forti le
2. Octobre, c'est n'y avoir
pas estéhuit jours) & sans
certaines formalitez essentielles
à ce Tribunal, il n'y fut
jamais ressé vingt - quatre
heures. Comme cette histoire
regarde deux François de dif-•
tinction, plaidant l'un contre
l'autre à la Rote pour le grand
Maréchalat de Malthe,ilest à
propos d'encirconstancier le
fair.
On ne doute point icy que
cette disgrace ne provienne
des ennemisdeM.deJunnillac,
& par malheur pour sa Partie,
on n'en connoist pas d'autres
ni de plus acharné queM.de**
tout le monde aujourd'huy
luy jette la pierre, & ses protecteurs
les plus zelez l'abandonnent,
toutes les apparences
font contre luy, en effet
il efl:à remarquer que le Samedi
26. jour auquel on ne
sçavoit encore ce qu'étoit devenu
M. de Junnillac, son ennemi,
certifioit qu'il étoit au
S.Office, & prenoit à parti
quiconque lui disoit que cela
ne pouvoir pas cflrc-itout le
monde l'ignoroit dans Rome,
qu'ill'avoit déia écrit à Malthe.
Il y a plus, il circonfiancioit
pourquoy, & afluroic
que c'étoic pour avoir cherché
des treCorsi & malgré le
secretdu S. Office, l'on a fçû
positivement qu'il avoit rencontré
juHe; car il y a environ
deuxans que M. de Junnillac
étant à Romeàla poursuite
de son procès, y fit connoissance
avec un Medecin &
unautre quidam:un jour qu'-
ils avoient dîné ensemble dans
une vigne, le Medecin& son
associé se mirent à chercher
des tresors, M. de Junnillac
étoit present, les vit faire en
se moquant d'eux, & d'autant
plus qu'ils ne trouvèrent rien.
Il està remarquer que depuisle
départ de M. dejunnillac,
le Medecin à ces causes
sur arrêtéparl'Inquisition, ou
il est mort. M. de Junillac de
retour à Rome pourlemême
procès, contoit cette histoire
en badinant, & comme n'ajoûtant
aucune foy aux forciers,
ciers ; cependant les convives
du dîné mentionnéétants venus
pour le revoir depuis son
retour, & pour tâcher de lier
avec luy,M.de Jannillac les
congedia brusquement, les
traitans d'infenfez,avecqui il
ne vouloitaucuncommerce;
l'un d'eux le menaça, & lui
dit qu'il s'en repentiroit. Ces
friponsluy ont tenu. parole,
ont été trouver sa PJrCIC, & 1 à son instigation l'ont deccIf
au S. Office. C'est une noirceur
dont on a toutes les pei. i
nes du monde à croire un*
François capable; mais la suite
de l'histoire semble le confirmer.
Les Sbirres.,ou Archers
étoient conduits par un valet
qui vint frappera la porte de
Mdé Junniliac, disant qu'un
de ses amis lui vouloir parler
à deux pas de sa maison; M.
de Junnillac n'en voulue pas
sortir, & sit réponse que cet
ami n'avoit qu'à monter. Le
valet la porta au Barigel Commandant
dessbirres, lesquels
aussi toits'approcherent pour
executer leurs ordres. Junnil.
lac surpris du compliment,
demanda auBarigel s'il fçavoic
qu'il étoit Chevalier de Mai.
the, grand Croix, & grand
Maréchal de l'Ordre. LeBarigel
surpris à son tour ne
répondit autre chose, sinon
qu'il falloir obéir: il ne conduisoit
sa proye qu'en tremblanc
de s'être mépris; mais
il fut rassuré par le valet qui
conduisoit la troupe, & que
M. dejunnillac alors reconnut
à l'habit & à la livrée pour
un valet de sa Partie.
M. de Junnillac arrivé au
S. Office, comparoic devant
le Commissaire, & en consequence
des dépolicions, il lui.
demande s'il n'est pas vray quil
ait cherche des tresors, qu'-
il air abusé pour cela des choses
faintes se servant d'un
Crucifix, & autres choses consacrées
dans la Religion; à
quoy le Sieur de Junnillacrépondit
qu'à lavérité il s'étoit
trouvé present & de
compagnie avec gens qui
cherchoient des trerors; le
Commissaire sur le champ ,&
sans laisser au Sieur de Junnillac
le temps d'achever sa réponse:
Ecrivez, dit-il, au Secretaire,
Dominum deJunnillac
incidisse inCensurasEcclesiasticas,
queM. deJunnillac aencouru
les Censures Ecclesiastiques.
Le bon Chevalier qui finale
encoreassez de Latin pour entendre
la force de ces mots,
se récria contre l'injustice du
Commissaire, & lui remontra
qdue'al n'avoiioic autre chose que
s'estre trouvé avec gens qui
cherchoient des trelors, &
protesta qu'il n'avoit jamais
vû employer pour cela ni
Crucifix ni autre chose sainte.
Il demanda ensuite qu'on luy
fit lecture deladéposition des
témoins. Les deux premiers le
chargeoient; il s'inserivit en
faux contre eux, &se plaignit
de ce que le Commissaire ne
luy avoic pas fait faire lecture
des dépositions du troisiéme;
leCommissaire ne pût reculer,
& cette derniere dépoficion se
trouvant à l'avantage de M.
dejunnillac,il le plaignit ame;o.
rement de l'injistice qu'on lui
faisoit.
Nota, que ce Commissaire
du S. Office est un Dominicain
qu'on sçait estre ami de
son adversaire, &, à qui il
échapamême dans l'interrogation
de parler au sieur de
Junnillac du procès qu'il a
avec sa Partie.
Dés le Vendredy au soir
que Junnillac fut arrêté, son
valet courut en donner avis à
son Procureur, homme d'esprit
& trés-accredité
,
lequel
aussi tost en informa le Cardinal
Ministre, en lui representant
que les ennemis de M.
de Junnillac pourroient bien
luy avoir suscité cette affaire.
Le Cardinal en informa le
Pape sur le champ, & le S.
Pere donna les ordres pour
estre instruit dés le foir même
& avant de se coucher, de ce
qu'écoit devenu M. de Junnillac,&
par qui il avoit esté arrêté.
Le Pape comprit aussitostqu'ily
avoit de laméprire
& de la malice.
Pour lamépriseelleestclaire,
car le Samedi matin, jour auquel
il y avoit Chapelle pour
l'anniversaire d'Innocent XII.
le Pape seignit de ne pas sçavoir
ce qu'étoit devenu M. de
Junnillac,& demanda auxCardinaux
de la Congregation
du S. Office des nouvelles du
dit Chevalier, & s'ilavoitété
arresté par un decret de l'In-
,
quisition; aucun d'eux,quoiqu'ils
eussent signez la capture,
ne sçavoit pas avoir signé
la
lacapture de Junnillac.LePape
ne cessoit de les presser là-dessus,
les relevant du secret du
S.Office, & leur reprochant
parlà d'avoir figné si indiscretement,
& de s'estre laissé
surprendre si mal à propos.
La méprise est des plus claires:
la malice, dit tout le monde,
l'est autant; mais au bout du
compte qu'en seroit il revenu
à sa Partie. C'est sur quoy l'on
ne demeure pis court ; car,
dit -on3. MD** avoiteuavis
que le grandBaillage de Lyon
étoit vacant, & qu'il a ppartient
au grand Maréchal de
Malthe,il esperoit que la
Langue l'en mettroit en possession,
voyant sa Partie prisonniere
au S. Office, d'où
l'on ne sort qu'après de longues
années,si innocent qu'on
puHfe estre. D'ailleurs sa
Partie devenant odieuse, il
rassembloit tous les suffrages
en sa faveur, & esperoit
par là une décision favorable.
On dit même qu'il
avoit pris pour cela sesmesures,
& que sa Requeste éroic*
toute dressée pour faire
declarer Junnillac infâme, &
incapabledeposseder jamais
aucune Charge dansl'Ordre:
enfin on a beau prendre à
corps &à cris le parti de son
adversaire
, on ne trouve pas
de deffenses qui le lavent
,
il
faut convenir du moins qu'il
est bien malheureux d'être
soupçonné partout le monde
de pareille noirceur ycc qu'il
ya de seur
)
cest que Junnillac
est blanc comme neige
, &
que l'on fait l'autre plus noir
quelediable. On ne sçait pas
même si le Pape ne poussera
pas lachofe plus loin en faveur
de Junnillac;car il a fait
pour luy chose sans exemple,
ayant tenu une Congrégation
extraordinaire du S. Office
pour le faire relâcher
,
sans
en avoir estésollicité par qui
que ce foir. Une justice si
prompte, & si vive de la parc
du S. Pere, fait croire à tout
le monde qu'ilest pleinement
instruit des souterrains que la
malice des ennemis de Junnillac
avoit mis en oeuvre; car
on sçait que pour accelerer la
capture de ce Chevalier
, &
que pour empêcher une plus
ample information sur son
compte l'on avoit malicieusemcnrdebue
qu'il s'enfuyoir.
De Paris, ce 29. Octobre.
Jeudy22 decemois,àune
heure aprèsmidy,unhomme
de fort bonne mine&bien mis
qu'on duêtre deconsequence,
passant sur le Qijay des Theatins
, estant vis à vis l'Ho!1el
d'Hollande,apperceut dans
un carrosse sa femme accompagnée
d'une autre Dame
avec chacune leur Galant
le M. , courrut après le carrosse
l'épée nuë à la main, criant
auCocher d'arrêter, ce qu'il fie
& pendant que le M. ouvrit
la portiere du carrosse du côté
où estoit sa femme,les deux
Galants ouvrirent l'autre &
prirent la fuïtecraignant la
pointe de l'épée du M. qui
prit sa femme par le bras &
lasie fauter hors du carrosse,
il luy donna plusieurs coups
de plats d'épée
,
ensuite il luy
dechira & mit en piece son
écharpe & sa garniture qui
valoient. plus de 500. livres
&une partie de seshabits qui
estoientmagnifiques; les porteurs
& porteuses d'eau profitèrent
de ces débris, aprés
4boy le M. remonta dans le
carrosseavec sa femme & s'en
alla chez luy au quartier de S.
Honoré, où il demeure,&
l'autre Demoiselle s'en alla par
la rue des Petits Augustins ;
,
les Galants gagnerent le Pont
t
Royal, suivis d'une quantité
de peuple qui faisoient de
grandes huées après eux,en
les appellans lâchas
, 6c pol-
4 trons. ; Le 13. M. leL~. ancien
Procureur auxChâtelet,6cM.
N**fameux Comedien du
Roy prirent querelleàl'Hôtel
le de Nassau sur quelque inci-
»
dent du jeu,& la dispute s'échauffant
insensiblement
, le Comédien die ces tendres
paroles au Procureur. Qui dit
unProcureur,dit un fripon. Qui
dit un Comédien, reprit le Procureur
,dituninfâme,unhomme
sans honneur, & par addition
, va mon ami tu n'ésqu'un
baladin, pour mes vingt fols
tu és obligé de me divertir, &
tu ne peux pas venir chez moy,
qu'ilnet'en coûte dix pistoles,
encore les employeroisje à te
faire pendre. A ces mots ,tu
n'és qu'un insolent, luy répondit
le Comedien ,il ne te convient
pas de parler devant un homme
Je ma forte
, QT tu devroissçauoir
que je fuis un Officier du
Roy. Il dit, & chacun rit, j'en
ay avec vostre permission ~ri,
riez en aussi.
L'Articlesuivantsuffiroit
seul pour remplir ce Volume,
si j'entreprenois de vous donner
l'histoire genealogique de
toutes les personnes de distinction
qui sont mortes pendant
le cours de ce mois; mais ce
n'est pas mon dessein, au con-
, traire je vais l'abbreger autant
qu'il me fera possible. Je voudrois
même chaque mois le
voir upprimé tout entier,
faute de Morts.
MORTS.
Messire Nicolas-Auguste
delàBaume, Marquis deMontrevel
,
Marêchal de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
Commandant en Chef dans
les Provinces d'Alsace& Franche
Comté, Gouverneur du
Mont Royal, Lieutenant General
pourSa MajestéenBourgogne,
esr mort le ii. de ce
mois en sa soixante-onziéme
année. Sa, valeur & Ces services
ont toujoursparu avec éclat,
.& il. a jointà lagloire qu'il
avoit acquise,celle d'une grande
pieté quiaparticulièrement
éclaté avec tout son courage
dans les derniers joursde sa
vie. Il avoit cy- devant esté
Commandant pour le. Roy.
* dans la Province de Languedoc,
où il fournit lesRebelles,
& depuis en Guyenne,où il
estoit autant aimé que respecté.
Il se disposoit à aller en
Alsace
,
dont M. le Regent
luy avoit donnéle Commandement
avec la Patente de General
d'Armée) lorsqu'ilest
mort. La Maison de Montrevel
est si connuë & si diftitvguée
par Ces services, ses emplois
& ses Alliances, & particulièrement
par le Bâton de
Maréchal de France dont fut
anciennement honoré- un
Montrcvel
3 que je ne diray
rien de plus sur l'illustration
de cette Maison.
DameHenriette Julie de
Castelnau, Epouse de Messire
Nicolas Comte de Murat,
Chevalier Seigneur de Varillettes
,
Villeneuve
,
Brousse,
Comte de Gilbertez
,
Baron
de Cronces & de Pleaux, Colonel
d'un Regimet d'Infanterie,
mourut d'hydropisie le
19. Septembre dernier dans
son Chasteau de la Buzardiere
au Maine;elle estoit fille de
Messire Michel Marquis de
Castelnau
, Gouverneur des
Ville &• Citadelle de Brest ,
Colonel d'un vieux Corps,tué
enHollandeen1672.àlatète
de son Régiment, & de Dame
Loüise Foucault de S.Germain
Beaupré, & petite fille de
JacquesMarquisdeCastelnau,
Maréchal de Francegouverneur
des mêmes Ville& Citadelle
de Brenl mort des bIef.
,•
fures qu'il reçûtau Combat
des Daties, & au siege & prise
deDunkerqueen1658 &de-
Dame Marie Girard de l'Efpinay.
Loüise Foucault,Marquise
deCastelnau,estoit fille
de Messire Loiïf* Foucault de
S. Germain,Comte du Dognon,
Vice Amiral & Marechil
de France, Gouverneur
de Broüage, de l'iAc de Rhé
du , Pays d'Aunis & de la Rochelle,&
de Dame Marie
Fourré de Dampierre. Madame
la Comtesse de Murat
n'alaisse qu'un fils qui en M.
le.Marquis de Murât,Colonet
d'Infanterie. Je n'entrerai
pas dans un plus long détail
de la Généalogie de la Maison
de. Castelnau
,
elle est assez ramplement
traitée par le sieur
le Laboureur dans son excellent
Livre des Additions auJC)
Mémoires de Messire Michel
deCastelnau,SeigneurdeMauvissiere,
Ambassadeuren Angleterre
, & employé en plusieurs
Négociations sous les
Rois Chades IX. & Henry
III. Madame la Comtesse de
Murat qui vient de mourir
joignoit à sa naissance beaucoup
de delicatessed'esprit, &
,
l'élevation de ion génie a paru
particulièrement au moment
de sa mort, par Ces pieux fentimens
& saresignation parfaite.
A l'égard de la Maison de
Murat, comme elle est assez
connue, je me contenteray de
dire pour marquer son ancienneté
& son illustration, qu'elle
a pris son nom de la Vicomté
de Murât en Auvergne, vers
l'an 1000. Les Vicomtes de
Carilat & de Murat estoient
Licurenants des Comtes de
Rhodez dans le temps que les
Comtez
j
les Gouvernements
&
& les Fiefs n'éstoient que des
bénéfices à vie. Guillaume Vicomte
de Murat fils de Guybert
de Carlat a esté un des
Fondateurs de l'EglisePrieu.
rédeBredon l'an1050. Pierre
Vicomte deMurat épousavers
l'an1215.Gaillarde de laTour
fille de Bertrand de la Tour &
de Jeanne de Toulouse
,
&
soeur deMarguerite de laTour
femme d'Ebles, Vicomte de
Ventadour. La Vicomté de
Murat fut consisquée en 1414.
sur Renaud Vrcomtc de Murat,
& donnée à Bernard d'ArmagnacConnetable
de Fran.
ce ; cette Vicomté & celle de
Carlat furent encore consis
quées en 1477. sur Jacques
d'Armagnac, Duc de Ne,
mours J
& puis données par
échange au Duc Pierre de
Bourbon en 1493. & depuis
confisquées sur leConnétable
de Bour bon en 152.7. & jointes
au Domaine:lalignedire
¿b: de Murat a continué
par Armand de Murat, fils de
Guillaume Vicomte deMurat
marié vers l'an 1380. avec
Marguerite de Rochemaure,
fille de Pierre-de Rochemaure,
Clievaller,, & de Beatrix de la
Roche Dame de Tesfonniere,
& d'eux estoit desceendu successivementMessire
Claude
de Murat, Chevalier Seigneur
de Villeneuve&de Varrillettes
,
Mestre de Camp général
de Cavalerie & Lieutenantgénéral
des Armées du Royen
1651. pere de M.le Comte
de Murac, mary de Madame
la Comtesse de Murat qui
vient de mourir, & aujourd'buy
le seul Chef des Noms
& Armes de Murar.
Il ya une Branche de Murat
sortie des Vicomtes de Murat
avant l'an1300. establie en
Roüergue & qui a pasé depuis
en Dauphiné, dont Mesficurs
les Marquis de l'Etang
en Dauphinéétoient lesChers
& ont toûjours porté leNom
& les Armes de Murar.
La Maison de Murat est alliée
à celles de la Tour d'Auvergne,
de Caumont, de Peyre,
de Cardaillac, de Pons, de
Caylus
,
de Chasteauneus,
d'Apcher, de Langheac,de
Bretons
,
de Pierrefort & de
Soudeillcs,&c.
Dame Marie-Magdelaine
Ollier deBeffat veuye de Mcffire
Aymar le Cocq ,Conseilletau
Parlement, dont je vous
appris la mortau mois d'Août
dernier,est morte le. Octobre.
Elle étoit fille de M. Oli
lier de Bessat ancien Maistre
des Comptes à Paris, & d'une
familleoriginaired'Auvergne.
Dame Bonne-Angelique
de Mornay de Monrchevreüil
épouse de Messire Estienne-
Joseph Comte de Manneville,
Marquis de Charlemesnil
Gouverneur des Ville & Château
de Dieppe
, mourut le
22.Septembre laissant des
cnfans ; elle étoit fille de
Messire-Henry de Mornay,
Marquis de Montchevreüil,
Chevalier des Ordres du Roy
Capitaine & Gouverneur de
S. Germain en Laye
,
& de
Dame Marguerite Boucher
d'Orçay:elleétoitsoeur de M.
leComtede Mornay Marquis
de Montchevreüil
,
Liturenan
General desArméesdu
Roy, Capitaine, & Gouverneur
de S. Germain en Laye,
de Messieurs les Abbez de
de Mornay,& de Montchevreüil
Capitaine deVaisseaux,
& de Madame la Marquise
dePracontal
,
Veuvedu Mar-
*
quis de ce nom, Lieutenant
general des Armées du Roy.
La Maison de Mornay estune
des plus anciennes duRoyaume
,
ses alliances font toutes
distinguées,&elle a donné
plusieurs Chevaliers des Ordres
du Roy. Pour la Maison
de Manneville elle est originaire
de Normandie, & elle
n'est pas moins connuë par
son ancienneté que par sesalliances.
Messire Pierre - Jofeph-
François de la Croix,Comte
de Castries
, mourut le iç.
Septembre âgé de 2. 3. ans: Je
vous parlay assez amplement
de sa Maison à l'occasion de
son mariage avec feu Mademoiselle
de Nolent, dont je
vous ay appris la mort depuis
peu, pour ne vous en pas dire
icy davantage.
Dame Elizabethdu Noyer,
Epouse de Messie Nicolas
Boulet, Conseiller au Parlement,
mourut le zp-, Septembre,&
lesieurBouletest mort IciS.-Odobre. Elle estoitfille
de Claude du Noyer,Seigneur
desTouches, Payeur desRentes
de la Ville de Paris, &
d'Anne-Elizabeth du Molin,
petite
petite-fille de Claude du
Noyer Secretaire du Roy, &
deMarie Dumas, arriere petite
fille de Nicolas du Noyer
Payeur des Rentes de la Ville
de Paris, & Maistre d'Hostel
du Roy
,
lequel étoit fils de
François du Noyer, Ecuyer
pour-suivant d'armes duRoy,
demeurant à Fontenelles-Vicomte,
mort le 12. Novembre
1615. Pour feu M. Boulet
son mary, il étoit fils & petitfils
de Messieurs Boulet d'Ouchamps,
Tresoriers de France
àChâlons,dont laFamilleétoit
originairedelaVille deRheims
Messire Pierre Descasaux,
Seigneur du Halley, qui avoit
esté reçû Conseiller au Parlement
le
2, 3. May dernier
,
mourut le octobre. Il
éroit originaire de Bretagne.
Messire Augustin Servien,
Abbé de S. Joüin de Marne &
de Perray-neuf, & Prieur de
fainte Catherine du Val des
Ecoliers, mourut le six cao.
bre.Ilétoit frere de feu M. le
Marquis deSablé, & de feuë
Madame laDuchessedeSully
merede M. le Duc de Sully
daujourd'huy
,
& il étoit fils
d'Abel Scrvicn Marquis de
Sablé & de Chasteauneuf,
Ministre & Secretaire d'Etat,
Sur-Intendant des Finances de
France, Commandeur &
Chancelier desOrdres duRoy,
mort l'an 1659.& d'Augustine
le Roux de la Roche des
Aubiers. La Famille deServien
est originaire de Dauphiné,&
elle subsiste encore dans la personne
des Seigneurs de Cotfcy,
&de la Balme.
Messire Pierre Charles Regnault
d'Angennes, Comte
de Graville, Seigneur de Fontaine-
Ryant, Colonel du Regimentde
Normandie ,mourut
le 7 Octobre. Il étoit le
dernier de la Branche des Seigneurs
de Fontaine- Ryant, &
a eu pour heritiere Madame
la Maréchale de Montesquiou
sa cousine. La Maison d'An.
gennes est, une des plus illoftrées
du Royaume tant par les
Charges que par ses alliances.
Damoiselle Marie Catherine
Elisabeth Nicolai mourut le J1.Oétobre. Elle étoit fille
de Messire Jean-Aymard Nicolai
,
Marquis de Goussainville
,
Premier Président de la
Chambre des Comptes de Paris,
& de Dame Marie Cathe-
.j ris,i
rine leCamus sa premiere femme.
La Famillede Nicolaiest
une des plus illustres de la Ro
* be
,
& sans vous en faire icy
aucun détail,ilsuffirade vous
faireressouvenir que M. lePrésident
Nicolai estleseptiéme
de son nom qui ait possedé la
mêmeCharge dePremierPrésident
de la Chambre des
Comptes de Paris.
Messire Loüis de Br-a-n.c,a-s,
Abbé de Nôtre-DamedesAlleurs,
frere de M. le Duc de
Villars, mourut le 12. Octobre.
Je ne vous diray rien icy
de sa Maison, vous en ayant
allez entretenu lorfcjuc M.
l'Abbé de Brancas
,
frcre du
Marquis de ce nom, fut nom:;
méàl'Evêché deLisieux.
Dame Jeanne Gabriële de
Ruault,Veuve de Messire Jules
d'Arnolphini
,
Comte de
Magnac
,
Lieutenant general
des Armées du Roy, Inspecteur
general de la Cavalerie,
& Gouverneur deMont- Dauphin
,mourut le 12.OCtobre.
Feu M. de Magnac avoit servi
avec beaucoup dediflinâion,
& il estoit d'une Famille originaire
de Florence.
DameMarieAnne Aymée
Geneviéve Jubert de Chailly,
Epousede Messire René le
Vaillant, Seigneur deCauville,
ancien Consciller de la Cour
des Aydes, mourut le 16.Octobre.
Jeremets au mois prochain
à vous parler de la mort de
Madame la Duchesse d Olonne&
de Madamed'Armenonville.
Qu'un Mariage du moins
nous aide à sortir de ce triste
Chapitre.
MJRIJGE.
M. de Verthamon d'EmbJoy,
Consceiller au Parlement,
a épousé Mademoiselle
Perrelle le trois de ce mois
dans l'Eglise Royale de S.
Germain l'Auxerrois Paroisse
de la Demoiselle. Ces deux
aimables moitiez ont mis ensemble
tous les agrémens qui
peuvent rendre lavieheureuse,
biens, naissance, éducation
avec l'assaisonnement de l'esprit
& ce qui m'en plaît davantage
Tous deux sont en fleur de
jeunesse :
Aimabletemps, aimableyvresse!
Puissent ces fortunez époux
En cüeillir les fruits lesplus
doux.
Certain Anonyme m'a envoyé
le mois passé un paquet
où j'ay trouvé une Satyre à la
laquelle j'ay ci û faire justice
en la mettant au feu:l'Auteur
de ce calomnieux ouvrage a
bien mauvaise opinion de
moy,s'il a soupçonné que
jefusse capable de luy donner
place dans mon Recuëil.Je le
prie de ne plus m'envoyer à
l'avenir de Poësies dece genre,
jene luy conseille pasmême
de sefaire connoistre à moy 3
parce que je ferois homme à
le livrer à l'indignation publique.
Il y a dans Paris quelques
Poëtes seelerats qui ont pour
maxime,qu'ilfaut à bon compte
calomnierl'ennemy
,
parce que la
calomnie la moins probable & la
plus mal concertée trouve toûjours
foy dans quelques esprits.
La raison de cette infâme
maxime est plusvraye qu'on
ne s'imagine
, en voicy la
preuve tirée d'un exemple qui
merite d'êtrecité.
Aprés que Rousseau
,
le
Prince de nosSatyriques, eût
esté banni du Royaume par
Arrêt du Parlement, certain
personnage à cervelle ardente
, rêva que Rousseau n'estoit
point Auteur des couplets
satyriques qui avoient donné
lieu à sa proscription ; il n'en
demeura pas là, il crût avoir
cû revelation que cet infâme
ouvrage avoit esté composé
par une certaine per sonne
universellement estimée pouf
ses bonnes moeurs, le zele de
la veritééchauffa nostre Fanatique,
le voilà en campagne,
il se répand de costez & d'autres
dans Paris, ilsefaitça&là
de petits auditoires ausquels
il dénonce le veritable criminel
échapé aux recherches de
la Cour : la justice de Dieu
va suppléer à celle des hommes
, on écoute, on attend
du zelé Missionnaire des preuves
claires de l'étonnante verité
qu'il annonce : contentezvous
,
Messieurs, de la
vive per suasion du saint Harangueur
,
il seroit injuste de
demander d'autres preuves à
unhommeinspiré.
Mais à propos, de quoy me
suis-jeavisé de parler de ces
Hatangues qui ont donné la
Comedie à tout Paris ? le voicy.
Des gens tressensez ont
prétendu que l'homme en
question n'étoit point dans le
cas des calomniateurs dangereux
dont nous venons de
parler, parce qu'il n'a pû en
imposer à personne. Je sçais
bon gré à qui pense aussi bien
des hommes en general
,
mais
je veux bien que ces Messieurs
sçachent quenoftre visionnaire
n'a pas prêché sans fruit ;
dans le temps de sa mIllion)
j'ayvûdes sots qui le croïoient
bonnement
, & des fourbes
qui feignoient malignement
de le croire.
De-là je concluds, qu'on
ne calomnie jamais en vain,
& que tout calomniatcur devroit
estre puni comme un
empoisonneur.
Je vous ay promis en quelque
endroit de ce Volume
,
une reprise deSpectacles, il cft
temps de songer à vous tenir
parole. Vous sçaurez donc
qu'il va desormais êrre facile
au Public de voir une fois la
semaine en un même lieu,
tous les differents Spectacles
qui le répresentent à Paris. La
Salle de l'Operaest destinée
à ceMinistere. Les Tragedies
& les Ballets qu'on jouë sur
ceTheâtre, y serontrepresentez
à l'ordinaire, c'est à-dire
le Dimanche, le Mardy
,
le
Jeudy & leVendredy pendant
l'hyver,&leJeudy supprimé
pendant l'Eté.Les Comediens
Italiens y joüeront le Mercredy,
& les François le Samedy.
A propos deceux-cy jl convient
de vous apprendre les
suites qu'a eu la Scene qui se
*
passa chez eux le 5. du mois
passé, à la lecture de laJoiïenfè
de M.Dufresny. J'ay eu l'honneur
de vous dire dans mon
dernier Journal de quelle maniere
odieuse se termina cette
Assemblée au grand scandale
des honnêtes gens spectateurs
de cctre Scene. En voicyle resultat.
Plusieurs personnes
qu'épouvanta peutêtre pour
eux mêmes un pareil procedé,
se plaignirent à Messieurs les
Premiers Gentilshommes de
la Chambre,malstres&Juges
nez des Comediens, de leur
licence effrenée & des insultes
fréquentes
fréquentes qu'ils faisoient aux
Auteurs. Monsieur le Duc
d'Aumont& MonsieurleDuc
de la Tremoille écouterent favorablement
les plaintes de
M. Dufresny
,
8; eurent la
bontédeluy assigner un jour
pour entendre la lecture de sa
Comedie. Ils envoyerent en
même tems à quatre des principaux
Comediens un ordre
de ne pas manquer d'assister à
cette lecture le jour marqué.
Cette Assemblée extraordinaire
où devoit être décidé le
fort de la Joüeuse,setint chez
M. le Febvre Tresorier des
Menus. Quelques amis de M.
Dufresny & un grand nombre
de gens de Lettres &
d'esprit qu'il n'avoit pas invitez,
s'y rendirent; Monsieur
le Duc d'Aumont qui avoic
déja entendu la Jeéture de
cette Comedie ,jVy alla pas;
M. le Duc de la Tremoilley
arriva à quatre heures. Il eut
l'indulgence
„
dans l'attente
des Comediens qu'il avoit
mandez, de faire suspendre
pendant plusd'un quart
d'heure cette lecture ; mais ce
fut peine&temps perdu. Nul
d'eux,à l'exception de MademoiselleGauthier,
ne se prcsenta
àcette Assemblée.Je me
garderay bien de leur faire un
crime de cette desobéïssance.
Un pareil examen ne m'appartient
pas, & Messieurs les Premiers
Gentilshommes de la
Chambre connoissent assez
bien sans moy,lesconsequences
de ces prévarications : Je
me contenterai de dire en passant,
que les Comediens en
vertu de la qualité d'Officiers
du Roy qu'ils prennent ,
se
croyent dispensez d'obéïr aux
premiers Gentilshommes, en
ce qui concerne leur Théâtre,
& qu'ils disent qu'ils n'ont
d'autorité sur eux, que pour lechoixdesPieces qui doivent
être joüées devant le Roy, &
que pour le payement de leur
Pension. Ils pourroient &devroient
certainement, sans
craindre d'avilir leurdignité,
faire plus d'honneur à la qualité,
à l'esprit & au bon goût
de leurs Maistres.Mais,comme
je vous l'ay déjadit,cen'est
pas là mon affaire. Revenons
-
àlajoiïeufe. Malheureusement
pour les Comediens,cettePiece
n'eût pas ce jour-là pour
Juges de son mérité
, une
•
Troupe d'auditeurs degoûtez
d'elle avant de l'entendre
,
comme elle l'avoit euë le jour
que M. Dufrcfny en lût deux
Actes dans la Salle de la Comedie.
Au contraire cette lecturc
ne fut interrompuë souvent
que par un grand nombre
d'applaudissements, & ne
finit que pour recevoir tous
les éloges qu'elle meritoit.Ensin
Monsieur leDuc de laTremoille,
ainsi que toute laCompagnie,
sortit de cette Assemblée
tres-content de la Comedie
)& fort mécontent des
Comediens. Je leur rends encorc
la justice de ne les pas.
croire assez temeraires pour
oser nier que cetteAssemblée
étoit composée de connoisseurs,
& de gens du meilleur
zour. 00
Cecy n'est point Conre
tiré des Dames Illustres de
Brantome, cest un fait veritable
& nouveau, en un mot
c'est un geste insigne de courage
& de vertu avenu le 20.
dumois passé à Londres en la
personne d'une belle & gencreuse
Dame Angloifc.
Un jeune Fermier de la
Douane de Londres
,
beau,
bienfait & riche
,
vit il y a
quelque temps dans l'Eglise
de S. Jamesla belle Madame
de.** (c'est dommage
- que
le nom de cette Heroïne ne
foit pasconsacréà l'immortalité,
maislapostérité me permettra
de luy dire que je ne
fuis point coupable de cette
négligence, & elle s'en prendra,
si bon luy semble
, aux
concitoyens de cette illustre -
Dame. ) Le jeune Fermier ,
vous dis-je ,la vit & l'aima.
Cela est fort naturel
, & jusqu'icylachoseva
le mieux du
monde. Illa suivit,il s'informa
d'elle ,il apprit qu'elle
étoit l'épouse d'un GentilhommeEcossois,
absent alors
de Londres, & pour cause de
grande importance. Il s'imagina
&sepersuada qu'il ne luy
seroit pas difficile de profiter
de l'absence du Gentilhomme.
Il mit tout enusage pour
amener son dessein à une bonne&
heureusefin Ilfitconnoissance
avec les Dames que
frequentoit le plus souvent
celle dont il étoit éperduëment
amoureux. Il proposa
cadeaux
J
promenades, Spectacles
tacles & fcftins
,
qui furent
acceptez,ainsi que cela se pratique
communement&familierementen
Angleterre, enfin
il trouva un jour le moyen
de joindre sabelle Maîtresse,
& del'entretenirtêteàtête. I)
luyfit d'abord un magnifique
étalage de ses divins appas , de-làilpassa au tendre amour
qu'ilsavoient allumés dans son
coeur ,
puis aux prieres, aux
soupirs& aux larmes; mais la
voyant inflexible, inexorable,
insensible à l'ardeur de ses
voeux, de la contenance la
plushumble &la plus respectueuse
il passaaux menaces &
à la violence, ses yeux s'enflammerent,
son visage rougir, &
pâlit
,
& ses mains agirent si
outrageusement que la Dame
eûtbesoin de toute sa force
&de tout son courage, pour
se deffendre & se dérober enfin
toute éfrayée
,
tremblante
& presque à demy morte, à
la fureur de cet audacieux
amant. Echapée d'un si grand
peril, elle se promit de ne plus
se trouver desormais en aucune
compagnie où ce temeraire
pourroit se presenter à ses
yeux. Sesprécautions luy
reussirent pendant quelque
temps; mais dégoûtéeàlafin
de l'ennuy auquelle foin de
l'éviter l'exposoit tous les
jours,elle ne pûc se deffendre
de revoir ses amies ; le Fermier
alors ne manqua pas de la revoir
aussi; & dans le premier
entretien qu'il eût avec elle, il
luy demanda un million de
pardons de ce quis'estoitpassé
cntre eux. La Dame ne luy
pardonna son crime, qu'à
condition que de sa vie il ne
s'aviseroit d'aller chez elle. Il
luy promit tout ce qu'elle exigea
de luy, & illuy tint parole
pendant huit jours, au bouc
desquels une nouvelle importante
qu'il eut à luy communiquer
,
servit de pretexte à sa
désobéissance. Ilsurenfinchez
cette belle personne,il luydit
ce qu'il avoir à luydire,& se
trouvant sans témoins à costé
d'elle,iljugea à propos deluy
parler encore de son amour.
La belle trembla,l'amant s'encouragea
: & pour ne pas manquer
une occasion qu'il crut
ne pouvoir retrouver de sa
vie
,
il l'attaqua en Lyon
,
il redou bla ses efforts,& malgrélarésistance&
lescris inutiles
de sa malheureuse Maîtresse
,
il auroic peut- être
triomphé de soncourage & de
sa pudeur, si par bonheur
pour elle, presque réduite aux
derniers abois, elle n'avoit
trouvé fous sa main une paire
de pistolets que son mary renoit
toûjours chargez dans la
ruelle de son lit
,
elle en prit
un, letira,&cassa un bras à
cet insolent
,
quecetteblessuremit
dansune sigrandefurie
-
qu'il alloitluy passer son épée
au travers du corps,side l'autre
coup de pistolet, ellene
l'eut étendu mort sur la place.
Tout ce vacarme enfin fut entendu
, en accourut de toutes
parcs, clic conta son avanture
& chacun donna,donne,&
donnera toujoursmille éloges
à sa vertu.
Autre trait non moins genereux
peut-être que celui-ci, quoyque
d'une nature bien différente.
Malgréladilated'elpeçes
où l'on dit que nous sommes
depuislongtemps, (disette
autem parfaitement verifiée
,
prouvée,& démontrée c hez
moy)ilestbonde vous dire
qu'il y a encore ici des modeles
de generosité qui ne se trouvent
peut être en aucun Pays
du monde. En voicy un entre
autres, & celui cy cil pour
le present le seul que je sçache.
Pardevant Messires Machurin
Chavancs
,
N. de Bellemonr,
N. de Changy,Nicolas
Burec
,
Colonel des Archers
de cette tant bonne Ville de
Paris, Nicolas Camus, Major
de ce Régiment
,
Claude
de Romancan Tresorier, Receveur
Caissier des deniers
dont le Publicindulgent gra.
tisie la Troupe des Comédiens
François, & Hirdouin
le Febvre deFontenay tres-distingué&
tressageAuteurdu
present Livre, parut le quinze
de ce mois, en l'Hôtel de la
petite Chaise
, renomme Cabarec
és. environs du grand Châtelet
de Paris,lesieurAmbroise
Heberc
,
Lieutenant Colonel des
Archers de Ville
,
Procecteur
de l'Enseigne des Quatre Fils
Aymons, lequel Ambroise Hebert
par trop abondant en joïaux,
voire même en argent , après
avoirtrès honorablement regalé
les dénommezcy-dessus, auroit
en vertu d'un petit compliment
à luy fait par ledit Romancan sur
la beauté & richesse de son épée,
tiré sadite épée de son costé , & d'elle faiten pur don un notable
present aulouangeur d'icelle.
Item ledit Nicolas Camus se
souvenant souvent pendant le repas
,à songrand dam & regret,
qu'un fientonneau devin de la
valeur de quatre-vingt francs sse
seroie défoncé & perdu danssa
cave,&ne pouvant pource etre
joyeux
,
ainsi que le requeroic
l'assemblée,ledit Ambroifc
Hebert dépité de l'entendre
geindre sur le malenconbre de
son tonneau ,auroit tiée de son
escarcellelesdits quatre-vinge
francs, & les auroit libéralement
donné au susdit plaignant,
pour avoir aise, paix & joye. Et
notammentledit&reditAmbroise
Hebert auroit promis pour le
lendemain matin,à moy Historiographe
fidele de la presente
Histoire
,
deux bonnes voyes d<r
bois bien cordé avec la perche,
pour m'inciter à la rendre publique,
mais ilm'auroit laisse vilainementla
peine de l'écrire gratis:
Ce que jefais, ami Le¿}curJ
moule fâché néanmoins de m'être
inutilement trouvé à û bonne
fête.
Pour vous maintenir en belle
humeur,autant que faire sepourra
, le reste de ce Volume va êcre
assaisonné deVers jolis & de jolis
Vers, d'une Chanson gentille
& de nouvelles Enigmes.
JLa salosiie tendre & mortelle.
A Mademoiselle P * * *.
rOUsm'aimet,he/leIris)411tanl
queje vous aime;
Mais ce bonheur pour moy rieft
qu'un fatal poison,
Lorsque je pense,helas!que vous
, avez, de même
AimelevolageDamon.
Pendant deux ans entiers, une
amoureuseflame
Vousfitsuivre le char de la tendre
Venus.
Vous m'avet cent fois dit qu'il
régna dans votre ame
En disant qu'il ny regnoit fins,
Mais s'il en efi banni, de quoy
viens-je meplaindre,
Tiens-je icy les discours d'un jaloux
insensé,-
jb sipourlepresentDamon ness
plus à craindre,
Il l'est dumoinspour le passé.
®
son image a*mesyeuxsepresente
sanscesse,
il jette dans moncoeur les plus
cruelssoupçons ;
Iris de moy, dit-il, aux douxjeux
de tendrejje
Refut lespremières leçons.
Pour calmer mes transports qtte
'Vous fert de me dire
Jgue la Vertu toujours JiNt l".
chaîner vos f'"fEl¿X
Qu'unbaiser innocent un regard,
unsourire
Etoient tout leprix de ses feux.
~t~
Laissez, dans vos Romans ces
phrasesfuranées,
ï?Amour pour subster veut un
autre entretien.
Cet- enfant efi goulu. J$uoy/pen~
dant deux années
Auroit-ilpu vivre de rien?
A vos moindres faveurs toute
autre faveur cede.
MaisrAmanta CAvare ejlJemblableen
cepoint
Qu'ilestmoins riche,Iris, de tout
ce qu'ilpossede,
Jjyuepauvre de ce qtfil n'apoint.
Vainqueur ilveutsurtout étendresa
conquête,
Un triompheparfait peut seul v
£enorgueilliry 1
gue font tous ces lauriers qui
couronnentsa tête
S'il-en resse encore a cueillir?
,lu--
Pouviez* - vous refujer en vôtre
ardeur extrême
Un bien doux à donner autant
quarecevoir,
p-onvie'{;voUJ dans Damon vous
combattre vous même,
Pouviez,-vousmême le vouloir..
Ah!sij'enprens Iris, laraison
pourarbitre,
Ne me regardezplus comme un
futur Epoux.
E"lle mefaitsentirquun injurieux
titre
Bfljoint avec un nom sidoux.
f*
Mais non. L'Amour doit seul
reglerma destinée,
il va de nôtre hymen allumer le
flambeau.
Mais ma mortde bienpréssuivra
cet hymenée,
J'iray de l'Autel au Tombeau.
Dixain du jeune Tircis de 81.
ans à sa Philis de 70.
Tircis à Philis, après une
absence de43.ans.
J'étlis dans monEté, vous dans
vostre Printemps)
Philis,quandle hasard vont offrit
à ma veieë
Voui me vîtes brûler des fettxUs
plus ardents.
Sans que vôtreameenfut émellë: -
Le fort qui m'amène en ces lieux
Une seconde fois vous offrantà
mesyeux)
Le retour du périlm'étonne;
Et mon coeursemblem'avertir,
Zue des appas devotre Automne
A peine mon hyver pourra le ga.
rantir.
Matiere dedépense pour les
Musiciens qui voudront prendre
la peine de noter ces
paroles.
Unjour la jeune Annette,
A traversun buisson,
Vit Colinsur l'herbette
Zui donnoit à Lisette
Une tendre leçon
Au doux jeu d'amourette.
Depuis ce temps Annette
tA des ennuis secrets i -
Elle rêveseulette
Elle erre en nos Forêts,
Et l'Amourl'inquiette ,
Pour l'avoirvû deprés,
CHANSON.
ceffiz devousflatterd'une vaine
esperance,
Les charmes de l'Amour n'ontpour
moy rien de doux,
Rien nepourrajamaisébranlerma
constance,
Je ne puis meresoudre à choisir
Hn Epoux.
REPONSE.
CtlJez de vous picquer d'une
fausse confiance,
Si l'Amour a presentn'a pourvous
rien de doux,
Vous sentirez un jour l'effet dest
puissance, il
ilfçâura. vous resoudre a choisir
un Epoux.
Voicienfin le veritable & essentiel
Chapitre de ce Livre.
Le mot des Enigmes du mois
passé-étoit lesCizeaux & lePeigne.
Le nom de ceux qui les ont deviné
, sont, la sçavante & genereuseMademoiselle
de Pradine,
sa tres-redevable l'Infortunée
Lyonnoise, l'aimable Comtesse
-
& ses deux Associées, lesDemoiselles
de bon air
,
l'heureuse &
trop inconstante Me. Baillif, & sa
chere Compagne, les Curieux
Voyageurs, M. de Courtiere, Se
M. Saunier, la Marraine à gredin
de la rue des Bernardins, le gros
Rougeault de la ruë de la vieille
Monnoye,les deux inféparablcs
amis duMarais,Orestes&Pilades
& le Baron de Courtes oreilles. ENIGME.
Frivole amusementd'unefolle
jeunesse
On mefait le joüet du vent,
Etpour memettreenmouvement
L'on m'abandonneàmafoiblesse.
Maforme estparfaitement ronde,
Etmoncorps estautant formépar
le hasard,
<>)uepar aucun effet de l'Art
De celuy qui me met au monde.
Je pourrois ajoûter qu'image de
la vie
Nonéclatpasseenuninstant,
Que je nais & péris prefquau
mêmemoment,
Maiss*dmtifer à moyseroit pure folie.
AUTRE ENIGME.
Rien n'estplus commode que moi,
Je reçois tout ce qu'on me donne,
chacunsi range fous maIOY.,
Et je ne refusepersonne.
'È
Dans toutes les maisons je trouve
de l'employ,
Par tout on me met en usage,
Dans le Louvrefay davantage
D'assujettirmême leRoy,
Aces traits nepeux-tu, Lecteur,
me deviner.
Jesuis un pied d'estat dont tu fais
la Jlatuc
y Tafemme biensouventmefait voir
sa chair nuë,
Sansque tupuisel'empêcher. a
Onvend chezM.Lamesle,à
l'entrée de la ruë du Foin,du côté
de la ruë S. Jacques, l'Oraison
funebre du feu Roy,prononcée
en l'Hôtel Dieu de Lyon par M.
l'Abbé Briguer. Cette Piece est
une des bonnes qu'on ait faites
dans ce genre.
PROGRAMlrfE
de l'Académie Royale des Belles
Lettres, Sciences& Arts ,pour
un Prix d'Anatomie.
M. de Montesquiou,President
à Mortier du Parlement de Bordeaux,
& ordinaire de l'Academie
Royale de lamême Ville,
propose à tous les Sçavansde
l'EuropeunPrix qui fera distribue
le jour de S. Loüis 1 y. du
mois d'Aoust 1717. c'est une
Médaille d'or de 300.liv.
Il destine ce Prix à celuy qui
au jugement de l'Academie aura
donné la découverte d'Anatomie
la plus considerable &: sur tout
la plus interressante par son utilité
foit prochaine foit éloignée.
Les Prétendans qui n'auront
pas esté couronnez ne doivent
pas craindre que leur découverte
puisse leurêtre enlevée, ce fera
au contraire un moyen surpour
que la gloire leur en foit reservée:
les Registres de l'Academie
font un dépost public où ils pourront
avoir recours en cas de befoin
teoufe trouveront à l'abry
de tout soupçonlenomde l'Auteur
& la date de l'Ouvrage.
Il fera libre d'envoyer les dissertations
en François ou en Latin
,
elles ne feront reçûës que
jusqu'au premier jour de May
t
prochain inclufivementcelles qui
arriveront plus tard n'entreront
pas en concours. Aubas des Dissertations
il y aura une Sentence
&l'Auteurmettra dansun billet
separé&cacheté la mêmeSentence
avec son nom & son adresse.
Ceux qui enverront leurs ouvrages
,
les adresseront à Messieurs
de l'Academie Royale de
Bordeaux,ouausieurBrun,Imprimeur
de cette Compagnie
,
ruë S. James. On aura foin de
faire affranchir de port les paquets
sans quoyils ne feront pas
retirez du Courrier. A Bordeaux
le premier Octobre 1716.
Navarre
,
Secretaire perpetuel
de l'Academie Royale des
Edits qui ont été fublttz. pendant le cours de
cemois.110 fJouvelles de Londres & antreslieux. te1
Articlerempli de circonjlances curiestfts &e inte- (rejfantes, &c. 198
Morts. ~-~~
fdaria^e. 147
TABLE.
L'Air doit regarder lapage280
A PARIS, ,-
M. DCCXlfl
Avec Privilègedul{oj%„
ME JflGU RE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
-
£Octobre
Jji6.
Leprix efl:$o. sols relié en veau, Se
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, Se J. LAMESLE,
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
A\ccjtpr9bAtioni&PrivilègedaFti
-MERCURE NOUVEAU
DED1Et
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
T L estoit possible de
sonner une Traducion
enticre d'une Comedie
Italienne,cel e quia
pourtitre:l'Amante d;jjiLiUou
l'amant constant
,
qu'on jouë
depuis peu de jours sur le
Théâtre de l'Hostel de Bourgogne
,
quelque soin qu'elle
pût coûter, meriteroit qu'on
n'épargnâc rien pour la traduire
entièrement;mais la façon
dont les Comédiens Iralienscompofenc
,apprennent
& representent leurs Comedies
, estant inexprimable., &
si je l'ose dire
,
inconcevable
par laquantité d'agrements &
de discours nonétudiez qu'ils
y ajoutent, je prie les Lecteurs
de se contenter des essor ts que
j'ay faits pour leur donner
une juste idée, & ensuite une
explication presque litterale
de cette Comédie, dont voicy
la premiere origine.
M. Raymond, jeune homme
de merite & de beaucoup
d'esprit
, ayant fait un projet
de Comedie, sous le titre de
Lelio
,
vainqueur des épreuves
de la Constance, il en vint faire
la lecture au Caffé ; M. de la
Motte, Auteur indulgent
pour tous les travaux d'autrui,
se prêta à cette ébauche; il
soûtint que l'idée en estoit
bonne, & qu'elle pouvoit
estre suivie joyeufemenc
,
il
luy fcmbla que dans chacun
des cinq Aâcs il falloit menager
une épreuve à l'Amant sidele
, que ces épreuves devoient
tenir les unes auxautres
,& faire paroître avec gradation
le caractere de l'Amant
;il donna pluficurs idées
de détail, & entr'autres
,
les
épreuves placéesau quatriéme
Acte & au cinquiéme ; on
agaça le Censeur
, en force
qu'ilcr ût devoirachever l'Ouvrage
commencé ; il y pensa
à loisir,&le lendemain il apporta
au Caffé la Piece toute
faite,qu'il recita publiquemem
;elle fit un grand plaisir
à tonte l'Assemblée, le premier
Auteur qui estoit present
àcettç recitation,l'excita fort
à donnercette Piece aux Italiens,
ce que M. de la Motte
ne fit néanmoins qu'après
avoir exigé de la Troupe
9
les
entréesfranches pour l'Auteur
à qui appartenoit l'idée
generale de la Piece.1
Il seroit à souhaiter que
des hazards semblables se rc.
petassent en faveur des Italiens;
M. dela Motte devroit
quelquefois choisir ce genre de
travail pour son delassement.
Il donna dans sa jeunesse
trois petites Comedies à la
Troupe Françoise ; les trois
Gascons, la Matroned'Ephese,
& le Port de Mer; ces trois
Pieces ont été imprimées par
M. Ribou
,
Quay des Augustins,
dans un Recuëil auquel
on a donné pour titre: LE
THEATRE DE M. BOINDIN.
Puisque M. de laMotte
abandonne sesOuvrages à qui
veut s'en parer, il me prend
envie de faire imprimer fous
mon nom,quelques-unes de
ses Fables que ma memoire
luy a escamotées
,
qu'il me
fasse ce sacrifice, il n'aura pas
oblige un ingrat. Si j'acquiere
parlà quelque consideration
dans la Republique des Lettres
)
je n'en feray usage que
pour le deffendre plus utilement
contre ceux que sa ré.
putation irrite.
ACTEURS.
PANTALON,Pere deFlaminia.
FLAMINIA.
VIOLETTE, Suivante de
Flaminia.
LE LI0 ,
Amant de Flaminia.
ARLEQUIN,ValetdeLelio.
S Y LVI A, Amie de Flaminia.
SCAPIN,Valetde Sylvia.
MARIO, Airatu de Sylvia.
La Scette essa Ecorne,
L'AMANTE
DIFFICILE,
COMEDIE.
.???'A?K~C!''t<tT{t<~Ef<:? '?'?-?? 1.
SCENEPREMIERE.
Le Théâtrerepresente une Place.
ARLEQUIN(èf4/.
RLEQU INdit qu'on
a vrayment raison
dedire que l'amour cft
l une espece de maladie contagieufe,
que son Maître aime
depuis deux ans Flaminia
J qu'il ne fait jour & nuit que
soupirer
,
languir & gemir
pour elle, qu'il est sans celTe
témoin de ses pleurs & de ses
soupirs& qu'à force de le voir
&parcompagnie il est devenu
aussi amoureux de Violette
qu'ill'est de Flaminia ; mais
quela différence qu'il ya, c'est
qu'il s'apperçoit tous les jours
que l'amourle polit
,
qu'il le
façonne
,
qu'il le rend àveuë
d'oeil calaiit si galant,
qu'il a ce matin envoyé un
bouquet à Violette pour le
jour de sa fête.
SCENE II.
LELIO, VIOLETTE,
ARLEQUIN.
1
Violette rapporte à Lelio,
qu'elle voit entrer, une Lettre
cachetéequ'ilavoit envoyée
àFlaminia
,
& qu'elle n'a pas
même voulu ouvrir. Lelio
croit d'abord que c'est la réponse
de sa Lettre, il l'ouvre
dans cette pensée
, & commence
à la lire; mais voyant
quec'estla sienne queFlaminia
luy renvoye ,il se plaint de
ses mépris, & illa relit encore.
Alors il s'étonne que les sentiments
dont elle est pleine,
n'obtiennent pas plus de retour
4
& il s'afflige, dans les
termes d"unanianr deseeperé,
des rigueurs de sa Maîtresse.
Dés le commencement de
cette Scene Arlequin entendant
lire une Lettre à sonMaître,
& voyant qu'elle parle
d'amour, croit que c'est Flaminia
qui la luya écrite
,
& il
veut l'obligerà se rejoüir de
ce bonheur. Cependant enbadinant
autour de Violette,il
s'apperçoit que le bouquet
qu'elle a a ion costé n'est pas
le sien. Illuy en demande la
saon : elle luy répondqu'il
n'est qu'un stupide, qu'un ignorant
qu'il choisit mal les
fleurs
,
qu'il ne luy a envoyé
que despavots, desgratecols,
&c. & qu'elle a préféré celuy
de Scapin au sien. Arlequin
après avoir dit douloureusement
qu'il a fait quatre lieues
de chemin dansles champs
pour cueillir son magnifique
bouquet, prend le pathétique
de lonKiaiftre.IlquerellcVio
lettedans les mêmes termes
que Lelio vient d'employer
pour & plaindre des rigueurs
& des mépris de Flaminia.
Alors Violette éclate de rire,
& Arlequinse met à pleurer,
parce qu'il ne sçait pas ce qu'il
faut dire en pareil cas. Cependant
Leliointerroge Violette,
& luy fait plusieurs questions
pour tâcher d'apprendre d'elle,
s'il n'échape rienàFlaminia
qui foit favorable à son amour
; & n'apprennant rien
qui le console, il fortavecArlequin
,en s'abandonnant à sa
douleur,&en priant Violette
de direàFlaminia qu'elle n'est
pas encore debarrasseede luy,
ÔC
& qu'ill'aimera avec tant de
confiance & de fidélité, qu'il
pourra à la fin s'en faire aimer.
Arlequin revient sur ses
pas& charge aussi Violette
de dire à elle même Violette
,
que malgré sa fierté, sa cruauté
,
sa dureté
,
il l'aimera jufqu'au
dernier soupir.
SCENE III.
r 1 PANTALON,FLAMINIAI
VIOLETTE.
Pantalon presle Flaminia
de fc rendre à l'amour deLelio,
illuy dit qu'il s'étonne que la.
curiosité du mariage ne la touche
pas, il luy saic un beau
portrait des bonnes qualitcz
de sonAmanr,&ilajoûce qu'il
n'est pas dans toute la Ville
un homme qui foie plus digne
d'elle. Flaminia après avoir
exagéré tous les inconveniens
d'un pareilengagement, tous
les foins du mariage, les dégours
qui l'accompagnent,
ôc l'attention qu'exige des
peres & meres l'éducation des
enfans, luy dit qu'elle est plus
timide que curieuse, & qu'elle
le prie d'attendre que la curiolice
de se marier luyvienne
,
il consent enfin à ne la pas forcer
,& la laisse la maîtresse de
son choix.
SCENE IV.
VIOLETTE, FLAMINIAVioletteapitié
du fort de
Lelio, elle dità sa Maîtresse
qu'elle feroit touchée de ses
larmes si elle lesavoitvû cou- lercomme elle, & qu'il faut
qu'elle ait l'ame bien dure
pour resister à tant d'amour.
Tu ferais bien étonnée,luy
répond Flaminia,sijet'avouois
que je fuis la personne du monde
la plus sensible
,
& que je
l'aime de tout mon coeur; je
n'en croirois riendit Violette:
Quoy vous l'aimez, & vous ne
le voulez point voir? vostre
pere vous le donne
,
& vous
ne voulez pointconsentir à l'é.
poufer : c'est justement
, reprend
Flaminia, parce que je
veux l'aimer toute ma vie.que
je veux m'assûrer parfaitement
de ma conquête & que je
veux éprouver, autant que
cela dépendra de moy, s'il est
digne de ce coeur dont il cil
déja le maistre ; aussitost elle
luy ordonne de frapper à la
porte de Sylvia savoisîne,&
son amie.
SCENE V.
SYLVIA,FLAMINIA,
VIOLETTE.
Flaminia avouë à Sylvia
son amour pour Lclio
,
& la
craintequ'elleade n'en être
pas aimée assez constamment,
elle la prie d'employer tous
ses charmes pour tenter sa fidélité
î Sylvia luy répond
qu'elle ne doit pas craindre
que d'autres appas puissent
porter la moindre atteinte à
laconfiance d'un coeur que les
siens ont engagez, & pour
moi,ajoûte-t-elleje me garderois
bien de vous prier de faire
pour moy une pareilletentative
au près de Mario,japprehenderois
trop de le perdre.
Enfin sur les instances de Flaminia
,
Sylvia luy, prometde
s'acquitter lemieuxqu'elle
pourra de cette convmission
ajourant, à , parte ,
qu'elle la
servira d'autant plusvolontiers
0 qu'elle aimçefl secret
Lelio.
SCENE VI.
Le Théâtre reprejente la chimère
de Lelioavecunetable (y un
soupétout préparé.
ARLEQUIN, LELIO.
Arlequin invite son Maître
à manger ; il luy donne un
fauteuil,Lelio semet à table
mais il ne parle que de Flaminia:
on luy apporte à boire,
il prend le portrait de sa Maitrèsse,
il en exagère la beauté,
il dit que tant de charmes, &
tant de graces promettoient
plus de tendresseil demande
une écritoire) il médité les
choses qu'il veut luy écrire
pour l'attendrir; enfin il fc
levé de table sans avoir ni bû,
ni mangé,& après avoir dit à
Arlequinqu'ilpeutmanger,
s'il veut, & luy avoir com.
mandé de l'aller joindre,aussi.
tost qu'il aura soupé, il fort
pouraller donner une ferenade
à sa betteinhumaine; alors
Arlequin e plaignant des rigueurs
de Violette, semes a
table,il mange de dépit tant
qu'il peut, & en beuvant à la
santé de Violette & de ses
beautez
beautez
,
cheveux, front,
yeux, né., bouche, gorge,
poitrine, &c. il s'endort
,
&
en rêvant il croit voir tantôt
Violette qu'il va carresser
tantôt , Scapin qu'il veut battre
, & en pourfuivanr Scapin-
il tombe, se réveille, &
fort pour aller trouver fom
Maître. II y a dans toute cette
Scene un jeu infini.
<
,
Fin du premier Acte.
ACTEII.
Le Theatrerepresente une Place.
SCENEPREMIERE
LELIO, & des Musîciensfous
les fenejînsdeFlaminia.
ELIO anime les Musiciens,
il leurrecommande
de chanter des
airs tendres
,
il les fait changer
d'airs pour en prendre de
plus touchants: mais sa niusique
ne fait aucun effet &
il est desolédece qu'elle ne
peut pas attirer un moment
Flaminiaàsafenêtre.
SCENE II.
SYLVIAàsonbalcon.
LELIO, ARLEQUIN arrive
avecun Flambeau,
Sylvia felicite Lelio sur le
choix de sa Musique
,
elle lc.
prie de vouloir bien approuver
qu'elle en profite, elle lie
conversation avec luy ; mais
il s'interrompt toûjours ,
croyant entendre du bruit à
la fenêtre de Flaminia
*
il prie
Sylviaen revenant àelle d'excurer
les fautes que l'amour
luy fait faire. Sylvia en prend
occasion de blâmer la cruauté
de Flaminia ,&luyfait entendre
que s'il faisoit pour elle la
moindre des choses qu'il fait
pour son ingratte Maîtresse,
elle ne seroit pas si cruelle.
SCENE III.
SYLVIAàson Balcon:
LELIO, ARLEQUIN avec
SonFlambeau.MARIO.
Mario appercevant Sylvia
en conversation avec Lelio
, le prend pour son rival. &:
transporté de jalousie, ill'attaque
, ils mettent l'épée à la
main, Arlequin
,
& les Musicienss'enfuient
,Sylvia sort
avec Scapin son Valet pour
appaiser cette querelle,elle Ce
metentre les combattans: &
après en avoir obtenu la trêve
qu'elle demande, elle dit à
Mario, qu'ayant entendu la
serenade dont leSignor Lelio
régaloit Flaminia sa voisine
,
elle n'a pas pû se refuser le
plaisïr de se mettre à son Mlcon
, & d'entretenir Lelio au
défaut de sa ÑlaÎtrcire : Mario
ne se contente pas de cette
raison ,& répond à Sylvia des
choses qui luy font connoître
qu'illuy re ste encore quelque
soupçon de la verité : ce qui
engage Sylvia à prendre un
air de hauteur, & à luy dire,
oüy, j'aime Lelio, & puifquc
Vousestessi pressé d'entendre
des choses desagréables ; sça.
chez que je veux essayer de
l'enlever à Flaminia ; Mario
prend cetteréponse impetueuic
pour un dépit amoureux ,
il lit prie de n'en pas dire davantage
,&il fort en s'a bandormant
à sa sincerité. Sylvia
piêcede rentrer chezelles'ap-
,
perçoit que Lelios'envelope ia
main dans son mouchoir ;elle
revient à luy effra yée, luy demander
ce que c'est, il dit que
ce n'est qu'une legere égratigneure;
ce que Sylvia feint de
regarder comme une blessure
tres-dangereuse; elle marque
une frayeur excessive
,
& fait
semblant de s'évanoüir dans
ses bras; Lelioest obligé de la
reconduire chez elle,& dit en
sortant du Théâtre:Que jesenis
heureuxsi Flaminia prenoit
autant d'intérêt à ni* vie i
SCENE IV.
FLAMINIA, VIOLETTE; seules.
Flaminia qui a tout vû, &
tout entendu, fort. Elle goutc
les dernieres paroles de Lelio,
qu'ellerepete avec un extrême
plaisir. Mais cependant, ditelle,
par un retour de jalousie,
il est entré chez Sylvia, sa
beauté, sa coqueteriem'allarme,&
sans douteelleva pour
mon malheur le tenter plus
que je ne voudrois. Violette
lu; reproche que c'est sa faute
& qu'elle devoit bien prévoir
ce danger. Dans ces mouvements
de jalousie elleestprête
d'entrer chez Sylvia pour les
aller troubler, mais sa fierté la
retient.
SCENEV.
SYLVIA,LELIO,SCAPIN,
ARLEQUIN.FLAMINIA,
ÔC VIOLETTEcachées.
Sylvia se plaint à Lelio de
l'avoir secouruë, clic sjcûcc
qu'ellen'en fera que plus malheureuse
,
qu'ellt n'a pû luy
cacher son amour, & que cependant
ilneluy laisse aucune
esperance deretour;Lelioluy
répond qu'il n'est plus le maître
de son coeur, & qu'elle mérite
unAmant qui n'ait soupiré
que pour elle, &c.Cepen.
dant Arlequin fait des niches
à Scapin, & le tient toûjours
en respect avec son flambeau;
Sylvia
-
rentre desolée de ne
pouvoir gagner Lelio.
SCENE VI.
nu • LELIO,ARLEQJJIN,
FLAMINIA,VIOLETTE. * • 1 0'" Flaminia que Lelio apperçoit
luy dit que le bruit l'avoit
attiré, qu'elle craignoit presque
pour luy ;mais qu'elle voit
qu'il n'y a point de danger ;
ellelefélicite du bonheur qu'il
a d'être receu chez les Dames
aux heures les plus favorables;
Lelio se veut justifier ; mais
Flaminia continue à le plaisanter
sur sa bonne fortune,
elle rentre sans quitter ce ton
là
,
& laisseainsi son Amant
desolé à l'ordinaire. Lelioprie
l'Amour de luy. prêter son
flambeau pour éclairer, &
pour dissiper les soupçons de
Flaminia. Arlequin luy presente
le sien, Lelio le repousse
& fort. Arlequin reste sur la
Scene. Il dit qu'il veut aussi
donner à Violette une serenade
proportionnée à ses
moyens, il va chercher une
guittare, avec laquelle il revient;
il (e trouve fort embarrassé
de sonflambeau qui luy
sert à faire plusieurs lazzis;enfinille
passe entre ses jambes,
la lumiere derriere luy , &
après qu'il a chanté
,
Scapin
arrive,& éteint le flambeau:
Arlequinest fort surpris de se *
trouver dans l'obscurité ; cependant
Scapin contrefait la
voix deViolette;Arlequin va
à luy pour l'embrasser, illuy
prend la main;mais alors ille
connoît pour Scapin:il se pre- ti
pare à luy donner une pistolezada
dans le même temps que
Scapin luy donne un souflet;
ainsi ils tombent tous deux du
coup qu'ilsreçoivent ,ils serelevent
,
ils s'enfuyent
)
&
l'Actefinit.
ACTE III.
Le Theâtre represente le Jardin
de Sjyivia.
SCENEPREMIERE.
SYLVIA, SCAPIN.
YLVIA fait confidence
Scapin de son amour
pour Lelio
,
elle, luy
dit CJQelle brûle de l'enlever
a Flaminia,qu'elle luy amandé
de se rendre dans son Jardin
pour une affaire importance,&
qu'elle l'attend, Scapin
luyparle de l'amour deMario,
dont elle dit qu'elle n'est plus
touchée, &que d'ailleurs il ca
bond'avoir toujours plus d'un
Amant;elle est fort inquictrc
de sa parure, elle demande à
Scapinsi elleest bien coëffée.,
si elle a choisi l'habit qui luy
sied le mieux ,
&si ses mouches
font bien mires; elle ne
luy a pasplutôt fait toutes ses
questions, qu'on entend frapper
à la porte du Jardin. Sylvia
ravie croit quec'estLelio;
mais elle en fort surprise de
voir entrer Mario.
SCENE
SCENE II.
SYLVI A, MARIO,
SCAPIN.
Mario se plaint que ne l'attendant
pas, elle soit danscet
air deconquête;itluydemande
ce qu'elle médite ,elleluy
dit que c'est apparemment sa
presence qui la pare. On frappeencore
, & c'estLelio qui
entre.
SCENE III.
SYLVIA, MARIO, SCAPIN,
LELIO
,
ARLEQUIN.
Sylvia un peu deconcertée
d'abord de ce que Mario
voïant entrer Lelio reprend
ses soupçon; de la nuir passée,
lerasseure du mieux qu'elle
peut,elleluydirqueFlaminia
étoit inquiété des fuites de
leurcombat; qu'etie l'a chargée
de les réünir & de mettre
la paix entre eux ,
& que c'elt
pour cela qu'elle a mandé Lelio;
Mario témoigné quelque
inquiétude de ce qu'elle ne la
pas mandé pour cette reconciliation;
Sylvia luy dit qu'il y
auroit eû de l'imprudence à
faire trouver ensemble deux
ennemis
J
qu'elle a voulus'asseurer
de Lelio; parce qu'elle
comptoit pouvoir répondre
de luy;&qu'ellecroyoitavoir
a ssez de pouvoir sur luy,Mario
pour Ce per suader qu'il ne la
dediroit jamais d'une avance
faire à saconsideration; Lelio
& Mario n'ont point de peine
à se donner la main
,
& à se
jurer une amitié fidelle , après
quoy Sylvia dit à Mario de
monter dans son cabinet,&
d'écrire luy-mêmeàFlaminia
lesuccés dc cette négociation.
SCENE IV.
LELIO
,
SYLVIA, SCAPIN,
ARLEQUIN.
Sylvia tente encore de dégager
Lelio de l'amour de Flaminia
, elle la louë en finissant
toujours par quelque trait de
satire sur son indifférence, sur
sa fierté, sur la poësie
,
les
Sciences, la Philofophic donc
elle s'occupe & qu'elle traite
de foins peu convenables à
son sexe. Lclio prend de-là
une nouvelle occasion de faire
l'éloge de Flaminia donc il
paroist plus charmé que jamais
Mario revient, & donne la
Lettre à Sylvia.
SCENE V.
LELIO,SYLVIA, SCAPIN,
ARLEQUIN. FLAMINIA,
VIOLETTE, & LA CHANTEUSE
en Bohemiennes, dr
un Danseur en Bohemien.
Les Bohemiennes entrent
en chantant
,
danfanc
,
&
jouant du tambour debas-
«
que ,
Flaminia recommande
la joye
,
elle s'offre à dire la
bonneavanture à Sylvia,elle
luy parle de sa coquetterie,
& sur tout de son amour pour
Lelio. Elle dit à Mario qu'il
devroit se deffier des femmes,
qu'il aime plus qu'il n'est aimé
,
qu'on luy jouë quelquefois
de bons tours. A Lclio
qu'il est amoureux;cela n'est
pas bien étonnant, ditilvous
aimez depuis deux ans,reprend
Flaminia
, tout lemonde
lesçait
,
dit Lelio
,
la personne
du monde qui paroist
laplus indifférente
, ajoûte
la Bohêmienne
a : son indifference
est aussi celebre que
mon amour ,
repond Leilo,
je vous apprends moy, dit
Flaminia, que c'est la plus sensible
personne du monde t
,quoL! elle aimeroit
, repart
Lelio ; & qui !le plus amoureux
de tous les hommes
, dit Flaminia:helas se devroit
être moy ,
s'écrie Lelio, & le
plus aimable, a joûte Flaminia
, ah! vous me desesperez,
dit Letio;mais vôtre passion
finira, reprend Flaminia, ah!
pour cela, dit encore Lelio
vôtre , arcest un imposteur ; je
f
l'aimeray toûjoursmalgré ses
rigueurs, & ses mépris. Non,
non,vousdis-je, répond Flaminia,
cela finira
,
& il vous
importe que cela finisse.La fortune
n'attend quecemoment
pour vous combler de ses faveurs
,
& dés ce jour songez
bien à ce que je vous dis; vous
devez être à même des dignitez
& des richesses. Il ne vous en
coûtera que d'oublier Flaminia
; il m'en coûteraplûtôtla
vie, dit Lelio, rien ne peut me
la faire oublier
3
& je traite
tous vos discours de mensonges&
de chimeres.
Arlequin
Arlequin veut aussi se faire
dire sa bonne avanture, il
donne sa main droite à Violette,
qui n'y voit que ses friponneries
passées & à venir,
& les cou ps de bâton receus &
à recevoir. Quoy ? c'est cela,
ditArlequin, que vousappellez
la bonne avanture; mais
c'est peut-être la faute de ma
main,changeons en,&voïons
si l'autre nem'apprendra pas
des chofcs plusagréables;alors
ilselafait dire de lamain gauche
, où Violette nevoit que
des larcins de macarons ,
de
fromages, & tout ce qui peut
flatter la gourmandise d'Arlequin
qui croit déja y estre iilest
au comble de sa joyc
,
il
baise sa main gauche, & l'érablit
désormais pour sa main
droite.
L'Acte finit par un Branle
que Flaminia conduit, en emmenant
tous les Acteurs.
ACTEIV
LfTheâtrcreprejentv la decorationdu
premier -.ARe.
SCENE PREMIERE.
LELIO, ARLEQUIN.
RLEQUINrend àLelio
un Billet anony me ,
par lequel il apprend
que Pantalon a souffert une
banqueroute qui luy fait perdre
tout son bien;ilesttouché
de ladisgracedeFlaminia; 0 & à peine s'en consolet il par
l'esperancequ'il voudra bien
l'épouser ; il fait frapper à la
porte dePantalon.Eij
SCENE II.
PANTALON,LELIO,
ARLEQUIN.
Pantalon dit àparte, qu'il se
doute de ce que Lelio veut luy
dire, qu'il sçait le tour que sa
fille luy jouë, & qu'il est obligé
de. s'y prêter par complaisance
; Lelio luy declare qu'il
est informé de sa disgrace;qu'il
fera son bonheur d'êtreagréé
pourressource,qu'il voudroic
que sa fortune fut plus grande,
&c. Pantalon le remercie, &
dit qu'il a toûjoursporté sa fille
à répondre à son amour ;
mais que sa foiblesse e11 de ne
pouvoir la contraindre en
rien;il l'appelle, afin qu'elle
luy réponde Hle même.
SCENE III.
PANTALON,FLAMINIA ;
1ELIO ,VIOLETTE, ARLEQUIN.
Lelio se jette aux genoux
de Flaminia
,
illa presse de se
rendre à sa constance, & de
vouloir bien partager sa fortune.
Flaminia luy répond séchement,
que moins elle luy
a marqué d'amour,plus elle
ca resoluë de ne le pas charger
de sa misere. Lelio sort desesperé
d'être si odieux àFlaminia
qu'elle luy prefere l'indigence.
¡, SCENE 1V. u
ARLEQUIN, VIOLETTE; SCAPIN.— *
Arlequin arrête Violette,
qui rentroit avec Flaminia
,
il
la presse de conclure son mariage,
il dit quesonamourest
pressé de ses necessitez. Scapin
tire Violette des mainsd'Arle
quin, & la mene à l'autre côté
duTheâtre pourluy faire le
mêmecompliment. Aprés se
l'être arraché plusieurs fois des
mains,Scapinveutvuidercette
rivalité par un combat dont
Violette fera Juge:il va chercher
deux épées, il en donne
une à Atlcqljin & prêt de se
battre, Arlequin s'interrompe
toûjours,pour arrêter plaisamment
les conditions du
combat : sçavoit
, parexemple,
si c'etfle mort ou le vivant
qui épousera Violette,en demandant
toûjours des précautions
pour sauver les interêts
de sa chere Violette. Violette
enfin les interromptelle-même
,
elle leur dit que Pantalon
cÍl: ruiné par une banqueroute
& que par consequent toutes
(ci esperances & ses gages sont
perdus;& enfin qu'ellen'a rien.
Scapin & Arlequin sont fort
étonnez, & Arlequin trouvant
extravagant de se battre pour
rien, Scapin & Arlequinse séparent
fort honnêtement
,
&:
laissent sur le TheâtreViolette
qui se promet de se vanger
d'eux.
SCENE V.
LELIO, ARLEQUIN.,
j,
* Lelio revient, ne pouvant
rester en aucun autre endroit
de la Ville
,
qu'autour de la
maifondefa MaîcrelfeJils'occupe
des dédains de Flaminia
& se dit enfin qu'il devroit
secouërunjougaussi pesant
que celui qu 'il porre pour
l'ingrate quile mépri se, à quoi
Arlequin l'exhorte en luy remontrant
le mieux qu'il peut
les inconveniens dela misere,
&c.
SCENE VI.
FLAMINIAenVeuve voilée.
LELIO, ARLEQUIN.
Flaminia suivie de deux
ou trois femmes seint d'aborder
avec quelque embuas
Lelio J'ay
,
luy dit-elle
, un
secret important à vous ap"',
prendre: aidez moy à vous le
dire.alors elle luy déclare
qu'elle brûle pour lui d'une
passion qu'elleavoulu vaincre
inutillement
, & qu'elle se sent
forcée de luy découvrir. si
je n'avois point de voile, ajoûte
t-elle
, vous m'entendriez
encore mieux. Lelio reconnoistla
prediction de la Bohêmienne
,il veut se faireeffort
pour se prêter à sa bonne fortune.
Flaminia se donne pour
une femme de grande condition
,
&lui offre de le mettre
en polîcflîon detoutes ses dignirez,
&de sesrichesses. Lelio
lui répond pendant quelque
temps favorablement; ce qui
desespere Flaminia. Elles'embarrasse
,
sa voix change,elle
tire son mouchoir pour
essuyer ses larmes. Lelio lui
en demande le sujet. Elle lui
ditque malgré le retour qu'elle
lui laisse esperer
,
elle n'etf
point contente. Vous aimez
Flaminia
,
ajoûte telle, & si
elle vous laissoit voir la moindre
tendresse. ah ! que je
serois heureux, s'écrie Lelio,
en l'interrompant. Pourquoi
donc me flattiez-vous de quelque
retour, replique la veuve; ilne faut point nous abuser
ni l'un ni l'autre, dit Lelio
,
je
faisois desefforts surmoi même
pour vaincre ma passion;
mais je sens bien qu'elle est
invincible,& que mon sort
est de n'aimer jamais que Flaminia.
Vous me percez le
coeur, répond la fausse veuve;
mais je ne fçaurois vous en
moins estimer;je vous prie seulement
de recevoir du moins
ce diamant pour gage des fcntimens
que j'ai pour vous.Lelio
veut s'en deffendre;mais elle
le con jure de ne pointajoûter
cet affront volontaire aux chagrins
qu'il luy cause malgré
luy, il prend enfin le diamanc
«. n^m'nia se retire.
SCENEVII.
LELIO, ARLEQUIN, VIOLETTE.
Lelio aprés avoir appelle
Violettela prie d'engager Flaminia
à recevoir ce present,
comme un gage dt tout son * amour pour elle,ilajoûte pour
l'y résoudre que cc diamant
renferme un mystere important,
qu'il lui developpera un
jour. Violette lui promet d'y
faire de son mieux. Lelio se
retire. Arlequinarrête Violette
,
il lui propose de garder ce
>
diamant pourses gages,&de
finirl'affaire avec lui. Elle l'envoye
promener, &c.
ACTE V.
SCENEPREMIERE.
ARLEQINseul.
VEC la barecce
, &. le
manteau deScapin, il
veut voir comment son
Rival fera reçüdesa Maitresse
apréscequis'estpeé;ilf-c , trouve
fort bien deguisé, au visage prêt;
mais il croit que c'est une bagatelle
qui ne le fera pas reconnoître.
Il appelle Violette, qui loin
de s'y méprendre,le reconnoît
d'abordjil la veut carresser,mais
our se mieux moquer deluy,elle
l'injurie;ilsefait reperer toutes
les injures qu'elle luy dir, dont il
rie de tout son coeur.Songes-tu
bien, luy demande-t-il toujours,
que jefuisScapin. Oüy,oüy,lui
dit Violette, je sçais bien que tu
es Seapin,& de plus que ta- n'est
qu'un Coquin,& qu'un lâche,
&c.Arlequin redoublant toujourssa
joye
,
Violettepasseau
coups;&le rouëde coupsdebâtau.
Il tombe alorsenriant, &
en s'écriantche.ptftoJcbecmfiUtion
! Violette craint de l'avoir
blessé, elle le veut secourir.Arlequin
d'un tontriste luy demande
si elle a pitié de luy, cile feint de
s'atteiidrir; mais songes-tu bien
queje fuis Scapin., repete t-il
toujours
a
&: Violette ne cessant
de marquer de rarcendrinctueac
pourcenom,ArlequinCelève,6c
tuy fair degrands reproches donc
ellecreve deriuc,&pleiadedépit
i il s'en va.
SCtNE 11.
VIOLETTE&FLAMINIA
deguiséé en homme. 1
Violette luy demande si tout
cela finira bientôt, & si Lelio n'a
pas été assez lutiné. Flaminia luy
dit qu'elle a encore une delicatesse
à contenter. ~-~-~~-~'M~~*.4*,Ud SCENE III.
-
SYLVIA &FLAMINIA.
Sylvia apperçoit le faux Cavalier
,frappeede sa bonne grace , elle le trouve encore plus aimable
que Lelio, & medite sa conquête.
Elle fait un faux pas qui
engage lefaux Cavalieràluypresenter
la main:il rend grâces à la
fortune
fortune de l'occasion qu'elle luy
offre de luy être utile. Sylvia se
felicite de sa chute qui luy fait
connoître un Cavalier aussi parfait.
Flaminia luy die qu'elle se
trompe beaucoup,qu'il n'y a pas
de Cavalier moins parfait dans la
Ville;Sylvia luy répond qu'il doit
être bien disputé par les Dames qu'il , ne doit sçavoir à laquelle
entendre. Le faux Cavalier luy
répliqué qu'il ne sçaitce quec'est
que d'être aimé des Dames, qu'-
elle seroit la premiere qui en feroic
la folie. Sylvia le trouve d'autant
plus aimable,qu'il est bien
éloigné de la satuité ordinaire
auxjeunes gens. Flaminia dit qu'-
elle n'a pas de quoy appuïer la
moindre petitevanité de ce côré.
la ; mais vous, Madame ,contiDLIC-
T-CIIciil mesemblequevous
avez furieusement de goût pour
les conquêtes nouvelles; com-
Jncne) luy repart Sylvia, que voulez-
vous dire ? le faux Cavalier
luy dit alors qu'elle aime déja,
Mario donc elle vient de luy faire
une peinture assez defavanrageu.
se. Vous ne vous conteocez pas
de cela
,
ajoûte-t-il
, vous attaquez
encore Lelio, &: vous voulez
le deroberàFiaminia. Sylvia
avoue qu'elle avoir assez de goût
pour luy avant que de l'avoir vu;
mais que sa presence luy fait
trouver dans Lelio bien des désauts
qu'elle n'avoit point a pperceus;
elleen ditmêmedumal,&:
ilsurvient après l'avoir entendu.
SCENE IV.
LELIO,FLAMINIA,SYLVIA.
LeliofemontreàSylvia dauslfc
moment qu'elle parle à son defavantage
;maisilnefait que rire
de tout ce qu'il vient d'entendre.
Vous avez bienfoufFerc
,
luy dit
Sylvia déconcertée ;mais je sçavois
que vous m'écoutiez ,&je
n'ay dit ce que vous avez entendu
que parce que vous estiez là;
en même temps elle s'en va pour
cacher son trouble.
SCENE V.
LELIO,FLAMINIA toujours
en habits de Cavalier.
C'est donc à ce Lelio si sameux
par sa confiance que j'ay
l'honneur de parler,dit Flaminia.
Elle le plaisante sur cetteobftination
si mal récompensée&attribuëson
malheur à ce qu'il s'y
prend mal pour plaire, elle luy
donne des leçons d'amour en
homme à bonne fortune ; enfin
elleluy demande qu'elle estl'objet
decette paffiÕn)iI nommeFlaminia
; lefaux Cavalier luy demande
encore s'il connoît bien
cette Flaminia;Lelio luy répond
,
qu'illaconnoît pourlafeulepersonne
du monde qui merice
d'être aimée sans recompense.
mais si je vous disois
,
ditFlaminia
, que je l'aime moy,& que
j'en fuis, recompense
, que répondriez-
vous à cela ? avez-vous
,., jamais pu vous imaginer que Je
coeur d'une personne de son âge
pût demeureroisif? &nesçavezvous
pas qu'il faut de l'amusement
aux filles? non je ne crois
rien detource que vous dites-y
réprendLelio. Eh bien,sçachez
pourtant ,
pourfuic Flaminia
)
que jefuis lemaître de soncoeur,
quec'est moy qui regle toutes
sesdémarches, qui luy inspire ses
sentimens,ôc qui luy dicte jusqu'à
ses paroles. C'est à moy.
que vous devez tous les mauvais,
traitemens que vous en avez
essuyé, je ne luy ay pas permis de
lire la derniere Lettre que vous
luyavez écrite;&je l'ay obligé
à vous la renvoyer sans l'ouvrir.
J'étois avec ellîelorsque vous luy
avez donnezcecce serenade, 3c
je n'ay pasvoulu soussiir qu'elle
vous donnât la.consolation de e
mettre un moment à sa fenêtre.
En un motc'est par mon conseil
qu'elleaseint la banqueroute de
son perepour vouséloigner. Entre
nous son coeur disoit quelque
chose en vôtre faveur,&je
crois, Dieu me le pardonne,que
vous auriez esté aimé, si je ne
m'étoismis entre vous deux. Lelio
est surpris de le voir si bien
instruitde ses affaires;&.Flaminia
luy faisant toujoursle portrait
de la liaison la plus intime, il
s'échape enfin à luy donner un
démenti. Doucement
,
dit Flaminia
J
connoissez-vous ce diament:
elle luy fait voir en même
tempsà sondoigt le diamant de
la fausse veuve, qu'il avoit donnéàViolettepour
Flaminia.Vous
luyenaviezfait unegalanterie,
continue le Cavalier, &elle m'en:
a fait un sacrifice.Nort ')Qit Lelio,
revenant de son saisissement, cela
ne petitpasêtre , vous êtes ué
menteur, & déplus me voleur il i mec l'épée à la main avance
fut luy pour le forceràTedédire
de toutes les calomnies dontila
flêtrieFliminia.Dans,ce moment,
il ote sa moustache, &,fodécouvrantàLelio,
jen'ay point decalomnies
à reparer ,
dit-elle
mais j'ay , une vericeat'avouerje
t'ay toujours aimée
,
& je Vaime
plusque jamais; dans les transports
de sa joye,Lelio se jetteà
ses genoux & les embrasse. Pantalon
arrive, &Flaminia luy dit
voilà Lelio telque jelevoulois
je fuispté-ceà , vous obéir. Violee.
te accourt au bruit qu'elle vient
d'entendre. Arlequin&Scapin
semettent àses genoux, &.la
prient de choisir. Elle pardonne
à Arlequin pour se vanger deScapin.
Mario arrive, Sylvia répou.
se, & dit J'pllrte qu'elle l'aime
encore assez pour un mary. La
décoration change &: represente
.la maison de Flaminia.
Flaminia danse enCavalieravec
Sylvia,&Arlequin avec Violette
,
la Chanteuse y mesle quelques
chansons, & la Comedie hnit
par une jolie contredanse.
Il y alieu de croire que
nous ne manquerons pas d'occassons
de parler encore des
Spectacles dans quelques endroits
dece Journal, & Je
bruit que commence à faire
le petit préambule, que j'ay
di scretement placéàlatête de
etVolume,nesera apparemment
pas un bruit sansconsequence.
Maisqu'ilsedissipe,
ou que la nuë grossisse cela
m'est indifferent,& à la satisfaction
du Public & pour ma
gloire, je diray de ces petites
veritez, autant qu'il s'en ptCw
sentera.Je permets à ceux que
ce propos réveille, d'en prendre
telle revanchequ'il leur
plaira, & même je les en prie
d'autant plus que cecy , comme
dit fort bien Frété Jean, rieft
matiere de Breviaire. En attendant,
si je ne metrompe t un
petit Chapitre de belles &
bonnes Nouvelles ne gâtera
rien,dumoins ilm'aideraàgagner
dutemps& du terrain.
DeRarnc le 26Septembre 171C-
• Le Pape est toûjours en
parfaite fanté. Il doit aller le
8.du mois prochain prendre
l'air à Castel Gandolphe.
SamEdy dernier 19. le BarigeldeRomeaccompagné
de
ses Sbirrcs passa devant le Palais
d'Espagne, & le jour d'aprésdevantceux
del'Ambassadeur
del'Empire, de Portugal,
& deVenise. On dit que
cela s'est fait du consentement
desdites Cours pour éviter à
l'avenir les disputes qui furvenoient
au sujet de la franchise
des quartiers.
A l'instance du Cardinal
Imperialis, le Pape a accordé à
M. Caraccioli, Nonce en
Suisse, la Charge de Clerc de
la Chambre Apostolique
, vacante
par la mort de M. Gomez,
c'est dit-on, en vûë de le
faire passer à celle d'Auditeur
de la même Chambre, poste
d'autant plus considerable
qu'ilmene ordinairement celui
qui en est pourvû, au Cardinalat.
On parle de M.Firrao pour
la Nonciature de Lucerne.
Les conventions matrimoniales
entre le Duc de Braccia-
, no & la fille du Prince Borghcfc,
ont été signées. Le mariage
doit se faire dans le mois
de Novembre prochain.
Le General de l'Escadre des
Vaisseaux Portugais qui ne
font arrivez devant Corfou
qu'aprés la retraite del'Armée
Navale Turque, a envoie icy
un Officier à rAmbafl'ideur de
Portugal pour recevoir les inr.
tructions sur ce qu'il conviendra
de faire à l'avenir. Ledic
Ambassadeuraété à l'Audience
du Pape, Sa Sainteté a voulu
tenir une petiteCongrégation
pour les réponses qui furent
expédier par le retour du
mêmeOfficier.On prétend que
ces réponses roulent sur quelque
entreprise que l'Armée
auxiliaire doit faire pour remporter,
s'il est possible, quelque
avantage sur les Infidelles
avant que la saison soit plus
avancée.Cependant on dit que
la Republique de Venise doit
envoyer icy. le Chevalier Grimani
pour justifier la conduire
des Officiers Generaux de sa
Flotte & pour supplier leSaint
Pere d'interposer son autorité
,
afin que lesBâtimentsauxiliaires
de Portugal & dËspagne
restent dans les Ports de - laMediterranée,&qu'ils soient
par-là plus à portée de s'unir
aux autrcs la Campagne prochaine.
Le Duc Caëtani ayant fait
difficulté de satisfaire la Duchcflc
Doüairtiere de ce nom,
surcequ'illuy revient pour sa
dot&ses autres droits, cette
-
*Damea eu recours auViceroy
de Naples j lequel a fait saisir
tous les Fiefs & les Effets appartenants
de ce Royaume à
la MaisonCaëtani.
Par les Lettres de Naples
decet ordinaire
, on apprend
qu'un VaisseauAnglois y avoit
debarquélaPrincesse de Valachie
avec deux de ses fils,cette
Princesse aïant eu le bonheur
de se sauver de Constantinopleoù
elle étoit Prisonniere.
Lundy dernier un Char de
triomphe parur dans les ruës
de Rome;l'on y voyoit le
Portrait de l'Empereur,celuy
du Prince Eugene & de plusieurs
autres Generaux de Sa
Majesté Imperiale; ce Char
étoit precedé de quantité de
gens a cheval avec desétendarrs
,
des trompettes & des
tambours.
m
AVenise le 12. Septembre1716.
On a receu avis cette semaine
par deux Courriers de la levée
du Siege de Corfou,la
nuit du21. au IL. du mois
-
dernier: le premier de ces
Courriers dépêché par M.
DuodoAmbassadeurde la Republique
à Rome , portoit
que le Pape avoit receu par M. le Chevalier Ferreti
lanouvellede la levée de , ce
Siege, cet Ambassadeur y
avoir joint quantiré de fausses
circonstances ausquelles on
ajoutoit tant plus facilement
foy, que l'on avait receu par
la Dalmatie & par le rapport
de deux Bâtiments qui avoient
passé à la hauteurde Corfou,
des avis qui paroissoient les
confirmer:le second Courrier
arriva icy avant hier dépêché
par les Generaux de
la Republique avec des Lettres
du 22. & un pojîfcriptum
du 28. Aoust,ellesportent
que le Grand Seigneur ayant.
envoyé ordre à ses Generaux
de lever le Siege de Corfou
lanuit, si ellen'estoit pas prise,
ils l'avoient executé
,
ainsi la
nuit du 11. au 22. laissant
dans leur batterie avancée 40.
pieces de canon, 6. mortiers &
dans leur Camp tout ce qu'ils
n'avoientpû emporter,qu'ils
s'estoient embarquez sur leur
Flotte
â
avoient mis à lavoile
& estoient sortis du Canal
par le Cap blanc du Ponant,
faisant route vers Constantinople
, que le Capitaine Generalles
avoit suivisavec saFlotte
pour observer leurs mouvements,
& que le 1 8. ils.
estoient rentrez dans le Canal
de Corfou.
Quelque grande que soit
cette nouvelle
, on n'en a
point estécontent,parcequ'on
s'étoitflatté que la Flotte des
Turcs aurait esté défaite; mais
comme il aurait fallu risquer
celle de la Republique; les Generaux
n'ont pas jugé à propos
de l'hazarder. On a [on.
né les Cloches pendant trois
jours &fait des feux deréjouissances
pendantcinqsoirées.
Les 200.Allemands qui
s'estoient mutinez sur un
Vaisseau & qui se sont fait debarquer
prés d'Ancone
,
se
font dissipez sansaucuns opposition.
A Venise le 26. Septembre,
Comme on a remarquéicy
que toute la Chrestienté se
plaignoit de ce que M. le General
Pisani n'avoit pas combattu
la Flotte Ottomane,on
a changé icy de note, & les
amis dece General ont répandu
le bruit qu'en cas que
les ennemis levassentnaturellement
le siege de Corfou, il
avoit ordre des Inquisiteurs
d'Etat de ne point courrir le
risque d'une bataille toûjours
incertaine, pour conserver la
Flotte de la Republique, qui
certainement faute d'argent
fcroit pendant de longues annéeshorsd'état
de larétablir.
On n'apoint eu de nouvellesdeceGeneral
cette semaine.
, On sçaitseulement qu'ilestoit
auZanteavecles Galeres, que
celles du Pape, du Grand Duc
& de Genes Se même celles
d'Espagne ert estoient parties
pour retourner prendre des
quartiers d'hyver~&: queces
Vaisseaux s'estoient avancez
vers l'Archipel dont ceux de
Malthe
,
du Pape & d'Espagne
se sépareront ,& ceux de
la Republique retourneront
ensuitehyverner à Corfou.
A l'égard de l'Escadre de
Portugal elleétoitallée jusquaCorfou
;mais les Cornmandants
ont esté fore dégoûterda
peu deréception qui
leur a tfit faite par M. Loredan^
corumc leurGeneraln'y
a trouvéqu'uneLettre de M.
leCapitaine Generalavecun
Compliment à lavérité, mais
jointsàunordre de le suivre
vers Lepante : picquécontre
les Venitiens, il apris leparti
deretourner àOttante, pour
y attendre les ordres du Pape
àquiseulilaordre d'obéïr.
Onest occupéici des moïens
de faire de l'argent pour survenir
aux dépensesextraordinaircs
de la Campagne proar
chaine;ce n'est pas une petite
affaire, on en manque absolument,&
les peuples sonttout
à fait épuisez. Il faudra se
resoudre à faire de nouveaux
Procurateurs de S. Marc & de
nouveaux Nobles., ce qui
pourra produire 6. ou 7000;
ducats tout ou plus; foible
somme pour ces dépenres-cztraordinaires.
M. le General
Emo cil allé de Spalatro àCattaro
pour observer un Corps
de Turcs qui fait quelques
mouvemens dansl'Albanie.
Faisons icy,s'il vous plaît,
une
une petite trêve avec les Nouvelles.
Le temps & l'occasion
enrameneront peutêtre plus
que vous n'en voudrez lire.
M. le Baron de S. Martin,
,
cy devantIngenieur des Armées
du Roy, servantenEspagne,
doit donner incessamment
au Public un nouveau
TraitédesFortifications, fous
letitre d'Ingenieur moderne,
dedié à S. A. R. Monseigneur
le Duc d'Orleans M. deSaint
Martin est un ancien Officier
d'Infanterie qui a une grande
experience sur le terrain & sur
le papier.CetOuvrageestre- -
garde comme un des plus parfaits
qui ait paru dans ce genre.
Voicy la copie d'une Epître
qu'il a eu à ce fqjed'honnciH;
de prçfenîoi? à Monseigneur
le Rcgcnt.
EPITRE
A Son Altesse Royale Mon-
; seigneur Petit Fils de France,
Regent du Royaume,
Duc d'Orléans.
MONSEIGNEUR,
•
J'aurois un double reproche à
>
ni-rfairtsi l'Ouvrage que je
donne au Public
,
paroissoit fous
unautre nom que celuy de Vostre
Altesse Royale; quand voflre
NItf; ne m'eût pas fait un devait
d'un choix si glorieux
, vos /.-
mieres m'y devoient engagerpar
jnltrét. Je nefç.,jJ mêmeJïïbon.
nettrde votremr '.Mit point estremoins cher
, qux
celay de voflrefrjfrdgt. Onfiait
qu'auxgrandes qualitez quifont
les
Heros, vous joignez unepénétration
digne de toute tefiime det
Sçavans, Il n'est point descience
dont vous ignoriez les secrets.
Vous avezfaitl'étonnement des
Msiflresen*chaque Art. Mau
personne ne sçait mieux que moy
jusques où vont vos connoissances
dans celuy,dont je tâche icy
de perfectionner l'usage. J'ay
souvent été témoin de celuy que
Vostre dltejfi Royaleenfaitdans
l'occasion. Tant deVilles enlevées
ensi peu de jours &réduites par
tuosfoinsfousl'obéïssancede leur
Souverain legitime
, ont veu
~~M ~Y ~T~f a~f dansleursattaques &
avec quelle
habileté voussçaviezvous-même
ordonner, conduire&perfectionner
les Ouvrages. Lerida
moinsfiere encore de l'avantage
desa situation
, que de la levée
des sieges ;qu'elle avoitfoutenus,
feraparsa premierereduction un
monument éternel de la valeur
J' &de la prudenceconsomméedu
Heros qui (fût laforcer.C'éjoii'
par de si mémorables exploits que
vous affermifjte^ le Trône chancelant
d'un Roy, quel'amour&
lagloire de votreSang vous interessoientàconserverà
l'Espagne.
Il ne manquoit a celle de Vostre
jdltefjeRoyale que d'avoirafor*
mer lejeuneMonarque qui doit
nousgouverner. La Francequi
font tout le prix de ce que vous
faites pour elle
, trouve dans la
sagessedevostre Regence un presage
heureux du Regne quidoit
lasuivre ; &pour la consoler de
tous ses malheurs ptfftz
3
il tlly
fuffitque sonsort presentsoit entrevos
mains. Le frn.essoutiens
ses esperances. Lesmaux que vos
soins ont deptifmlage^, luy répondent
queson attente ne sera
pas longue,& qu'il ne manque
plus qu'un peu de temps au ré/A.
ihjjcmentparfaitdefonbonkeut,
Unedeftmee que Ufin du dernier
Gouvernementne lity pro*
mettoit point,redoublesonzele
tp4ses voeuxpour le Prince'qui
la luyprocure
,
&jevois apec
plaisirregner dans lecaw de tous
lesFrançoisilesfentmtns<tad?
miration,derefpeét,0*aattachementaveclefijuebfaytoujours
été, de Vostre Alïefff
Royale,
MONSEIÇNEVR,
Le trés-humble& trés-fîdele
férvireurLF. Baron
DES. MARTIN.
Ennuyé à la fin de routes
les peines que je me dooftis
inutilement tousles mois pour
vous trouver quelque jolie
pièce de Poesie,jecommençois
à renoncer au foin d'en
chercher davantage
,
lorfquc
par bonheur le plus obligeant
& le plus genereux amy
que j'aye, me fit le plaisir de
m'envoyer il y a quelques
jours, avec les plus gracieuses
circonstances du monde, la
copie d'une Lettre que M.
Aroüet a écrit à Monsieur le
GrandPrieur. La réputation
de M. Aroüet répond suffisamment
du merite de ses
Ouvrages.
Lettre deM. Aroüetà Monsieur
le Grand Prieur.
Dc SulJy,salUI, & bon vin,
An
Au plus aimablede nos Princes,
De la part de l'Abbé Courtin
Et d'un Poêle des plus minces,
Qu'un ajftz bizare destin
A confiné dans ces Provinces.
Vous voyez, Monseigneur,
que l'envie de faire quelque
chose pour Vostre Altessea
réüni deux hommes bien differens.
L'ungras, gros, rond, court,
sèjournéJ
Citadin de Papimanie,
Porte un teint de predestiné
Avec la troupe rebon die.
Despretmieersjomurs depsonPsrin- Entretient la fleur éternelle:
L'autre dans Pape-figueestné,
Maigre, long:lfie & decharné,
N'ayant vicroupe de sa vie ,
Bien moins matin qu'onnele dit,
Et sans doute de Dieu maudit,
Puisque toûjours ilversifie.
Nôtre premier desseinétoit
de vous envoyer cet Ouvrage
dans les formes moitié Prose,
& moitiéVers.
L'Abbé,comme il estparesseux,
Seretenoit laProse àfaire,
Abandonnantàson Confrere
L'employflatteur gr dangereux
Derimerquelques Versheureux,
Qui peut être auroient pû déplaire
Acertain Censeurrigoureux -
Dont le nom doit icy se taire.
Nous eussions peint les jeux voltigeantssur
vos traces,
Et cet esprit charmant ausein
d'un doux loisir,
Agréable dans le plaisir
Heroïque dans les disgraces.
Nous vous eussionsparlé de ces
bienheureux jours
confacrt7, à la tendresse
) Nous vous eussions av^cadrtjje
* M. d'Argenson.
Fait la peinture des Amours,
Et des Amours de toute espece:
Vous en eussiez vû de Paphos,
Vous en evjfjie% vu de Florence,
Mais avec tant de bienséance
Que leplusâpre des Devots
N'eneûtpointfait la difference;
Bacchus auroitparu de Toscane
échauffé,
D'un bonnet de pampres coëffé
;
Celebrant avec vous mainte
joyeuse Orgie,
Ayantsanscesse à son côté
Les plaisirs&la liberté,
Quelquefoismême la folie,
Petits soupers, jolisfestins,
Cefutparmi vous que nâquirent
Mille Vaudevilles malins,
Que les Amours à rire enclins
Dans leursottiserrecuëillirent,
Etquej'ayvûs entre leurs mains.
O!quej'aime ces Vers badins,
Ces riens charmants,&pleins de
graces,
Tels que l'ingenieux Horace
En eûtfait l'ame d'unrepas,
Lorsqu'à table il avoitsa place
Avec Auguste &Mecenas.
-
Voilà un foible crayon du
Portrait que nous voulions
faire.
Ilfaut être inspiré pour de
pareils écrits,
Nous ne sommes pas beaux
Et nôtreflageolet timide
Doitceder cet honneur charmant
jiu luth aimable, au luthgalant
De ce successeur de Clement,
QuidansvotreTemple reside;
Sçachant donc que l'oipueté
Fait icy nôtre unique affaire;
Nous bûvons à vôtresanté
Dans ce beauséjour enchanté,
Nousfaisons excellente chere,
Etvoilà tout en verité,
Vousave% la mine d'en faire
Tout autant de vôtre côté.
Comme on étoit prêt de
'fermer ce paquet, le pauvre
petit Poëte vient de recevoir
la permission de revenir à Paris,
& demande à V. A. celle
devenir l'asseurerde son profond
refpcâ.
Autre piece de Poësie ; je
fuis fortobligé à celuy qui
m'enafaitpresent,& graceà
sestravaux
,
j'espere que la
source desVers qui vont doresnavantdécorer
le Mercure,
netarira pas sitost
,
il s'agit
maintenant de vous proposer
la lecture d'une Ode de la
composition de M. D.. , Professeur de Rhetorique de
l'Université deParis,connu par
le Panegyrique de l'Ignorance
&parplusieurs autres Ouvrages
enVersFrancois&Latins.Il
nous a promis de nous donner
tous les mois la traduction
d'une Ode d'Horace. On va
imprimer chez M. Barbou,
ruë S. Jacques
, un nouveau
Commentaire sur Horace du
même Auteur, On y trouvera
quantité de recherches curieuvsesc,
l&lcd'isnt.erpretations nouA
MECENE,
ODE.
Mtctne, dontl'illustre race
Des Toscans gouverna le sort,
Qui fûtes toujours lesupport
Et l'honneur du Poëte Horace ;
Voussçavezqueplusieurs mortels
Pensent meriter des Autels.
Lorsqu'ilsontfourny la carriere;
Etquandsur leurs chars entraîne,
Z Maigre la ,borne & la poujjierer
Ilsysont enfin couronnez.
D'autres peut-être aujjt peu
fagcs
Aspirent au premier honneur,
Etseplaindroientdeleur malheur
S'il leurmanquoit quelquessuf
fragrs.
Quand d'autres moinsAmbitieux
Recherchent d'un oeil curieux
Où font les moissons les plus
belles :
Eune sont jamais des derniers
Quand Cerés abat les javelles
A remplir leurs vastes greniers.
Avec tous les tresorsd'Attale
Vous ne
detournerez jamais
Celvy qui bornesessouhaits
Adéfricher unenovale
Jamais à lafureur des eaux
Surquelquesfragiles Vtijfeaux
Il riira confiersa vie;
Loin du trouble il aime bien mieux.
Entretenir la Metairie
Que luylaïsserentsesAyeux.
Un Marchand qui craint le
naufrage
Par les Aquilons emporté,
Regrette lA tranquillité
Dont on joüit dans son bocage:
Ne pouvant toutefoissouffrir
La pauvreté qui vient s'offrir,
Il radoubeaussi-tôtsa Barque;
Et ne cesse de trafiquer
Que quandle ciseau de la Parque
Luy deffenddese rembarquer.
Celuy-cyse plaîtsous la treille
Ou sur le bord d'un clair ruijfeait
Apasser quandletempsestbeau,
Les jours à ~vuider la- bouteille;
Celuy-làcherche les hazards
Ausquels sur les pas du Dieu
Mars
S'exposent les ames hautaines,
Et le Chasseur passe la nuit
Loin Jesi moitié-dans les Plaines
Apoursuivre unCerfquile fuit.
Le prix dontApolloncouronne
-
Le rimeur qui l'amérité,
Mepromet l'immortalité
QiSàcesfavoris ce Dieu donne. ••
Charmezdesaccens demavoix,
Déja les Sylvains dans les bois
Viennent en foule pour m'entendre:
Apres ces divins entretiens
Le vulgaire ose en vain prétendre
Que je mabaisse jusqu'auxsiens.
Si lesDéesses du Parnasse
Daignent applaudiràmes chants,
De lafatalité des ans
Je ne craindray point la menace.
EtsiMeceneavecplaisir t »
Reçoit ce fruit de mon loisirJ
Rien ne peut égaler magloire:
Bientôt d'un vol audacieux
Aidé des Filles de mémoire,
Je mclcveray jusqu'aux Cieux.
Sint Mascenates non déerunt
~flaccc Marones.Juven.
L'Ode suivanteest dumême
Auteur. 11 la fit lorsqu'il
apprit que Madame Duchcfse
de Berry
,
alloit demeurer
au Luxembourg, & la luy
presenta peu de jours aprés
qu'elle eût établi sa demeure
djnsceP.iijis. il ignoreencoredequel~
oeil sonouvrage au- *
ra. esté veu de son Auguste
Héroïne.
La Nymphe du Luxembourg.
A MADAME,
DUCHESSE DE BERRY.
ODE.
Princesse la plusaccomplie
Qui parûtjamaissous les Cieux,
Vous qui répandez en tous lieux
&éclat dontvous esses remplie,
Pui/que je goûte lesptatfirs
De voir augré de mes djîts
w
Cettequifait toute ma gloire,
Souffrez qu'unfidelle discours.
Vous trace en peu de mots l'histoire
Des tempspassez&de nos jours.
Lorsque /4 discorde infernale
Sortant desessombres cachots
Vint pour troubler nostrerepos
Chasser de ces lieux sa rivale;
Tristes victimes du Dieu Mars
L'honneur, lavertu, les beaux
Arts
Se deroberent àsa rage,
Et pour me garantir des maux
Dontjevoyaisgrossir l'orage
Je m'ensevelis sous mes eaux.
z.~
La
,
consultant le Dieu Prothée
Sur les causes de ces malheurs,
Apprenez,dit-il, les fureurs
Dont nostre France estagitée.
Ici la fiere ambition
Fomente la division
A l'aide de l'hypocrisie,
Et la noire malignité
De plus d'une affreuse barpie.
Assouvit son avidité.
A tant de périlsexposér
La France était preste à périr
Sans qu'aucun pour lasecourir
OJat luy promettre un Thesée.
Mon coeur en fremissoit d'effroy;
Quandce Dieus'adressant àmoy,
Nymphe, dit -il, sechez vos
-
larmes,
Les maux excessifssontpeulongs,
Le. calmesuccede aux allarmes
y Et les Zephirs aux Aquilons.
•
Un Prince digne de l'Empire
Et des coeurs de tout l'Univers,
Veut qu'après tant de maux soufferts
Le monde sousses loix respire.
Déjà la vertu, l'équité,
Les beaux Arts, la sincerité
Font voler leur nom jusqu'aux
nues,
Le bon ordre, C la bonne foy
Vertus si long temps inconnuës ,•
Reprennent icy leur employ.
Les Saints Ministres des
Temples
Osentdire la vérité,
On peut suivre avecsûreté
Aujourd'huy leurs pieux exempIfs,
L'hypocrite,le seducteur,
Le traistredénonciateur
Ont perdu tout credit en France:
Et le digne objet de nos VOEUX
Va fous son Auguste Regence
Rendre tous les Peuples heureux.
Que vos destinssontagreables
,
Et qu'ils vousferont de jaloux,
Nymphe,le Ciel versesurvous
Sesfaveurs les plusdesirables,
L'astre le plus beau de la Cour
Vient d'éclairer le Luxembourg
Desafavorablepresence,
Vous possederez letresor
Le plus precieux de la France
Et reverrez le Siecle d'or.
Il dit: & mon ame charmée
De tant de prodiges nouveaux
Perdit lesouvenir des maux
Qui l'avoient sifort allarmée.
.AujJi tost de mon lit natal
Quittant le liquide criflal
J'apperçus le Cielsansnuage;
Vous parûtes, & la vertu
Sortant deson triste esclavage,
Triompha du vice abbatu.
AUTRES VERS.
Un Chansonnier qui avûle
couplet nouveau adressé à Son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d'Orleans,a fait les
observations qu'on lira si l'on
veut, à la suite de ce coupler.
Tu tiensles rênes de l'Empire,
Onta chargéde nousconduire,
Tout autre auroit dû, s'effrayer
D'uncheminJiremplj d'ornieres;
Mais,Prince, tusçais quartayer,
Tusçauras nous tirerd'affaires.
Premierement aprés avoir
loué le zele & les efforts de
l'Auteur, il a critiqué qu'au
repos de l'air, le son n'est
point fini, que la metaphore
n'est point soûtenuë jusqu'à
lafin, & que le mot tirer
d'affairesest bas &rampant,&
même ne rime qu'imparfaitement
avec ornieres &que ces
petits couplets n'ont de sel
qu'autant qu'ils font reguliers;
maisne voulant point se borner
àune Critique sterile
j
le
Chansonnier croit que la penfée
de l'Auteur estplus régulierement
& plus noblement
renduë en ces termes.
Par tesfoins la France respire,
Tutiens les rênes de l'Empire,
Tout autre auroit dû s'effrayer ;
Mais
y
Prince
, grace a tes lumieres
,
Te voyantsi-bien quartayer 3 Mous ne craignons plus les or- nieres.-
On a jugé à propos de
changer le secondVers, parce
qu'outre que l'expression,on ta
chargé, n'est pas respectueuse,
il semble que la Regence n'appartienne
à S. A. R.que par
notre choix, au lieu qu'elle
luyaesté deferée par le droit
de sa naissance ; si l'on a supprimé
le mot de conduire,ce
n'est pas qu'il ne fut dans sa
place; maison a crû que le
mot tu tiens les rênes y fup-,
pleoit,& que d'ailleurs la rime
cft plus riche;la Satire n'a
point de part à cette Critique,
& loin de rallentir le zele de
l'Auteur
,
elle doit l'engager
à s'exercer encore sur un sujet
sidigne de nos hommages.
Aprés avoir esté plusieurs
fois sollicité de donner au Public
Itic un extrait de tous les Arrêts
& Edits qui se publient
tous lesmois,je me suis rendu
aux remontrances qui
m'ont esté faites à ce sujet ; &
en consideration de l'utilité
qu'on peut tirer de ces extraits
& en faveur de ceux qui fc
despensent d'acheter lesoriginaux
dont ils feront detachez
,jè donneray reguliere-
-
ment chaque mois un precis
exact de tous les Arrêt:>iEdirs
& Declarations du Roy;le
feray enforte que cet AIHele
devienne un des plus necessaires
deceJournal
, en Laluanr
aux Lecteurs la connoissance
de toutes les nouveautez qui
se publient pendant le cours
de chaque mois, à l'avantage
de l'Etat,&auprofitdesParticuliers.
LeChapitrequifuit
est une épreuve de ce dessein,
le succésqu'elle aura en déterminera
ou en supprimera la
continuation.
,
L'Edit du Royqui porte
suppression de tous les Offices
de Maistres des Ponts & Pertuis,&
Aides ausditsMaistres
des Ponts créez par Editdu
mois d'Avril1704. par le feu
Roy de glorieuse memoire,
éteint & fupprimc la moitié
des Droits attribuez ausdits
Offices,àcommencer du premier
Janvier 1717.
Il éteint pareillement Se
supprime pour toûjours le
<!roic de quart en fus en entier
attribué tant aux anciens Maîtres
des Ponts & Chableurs,
&à leurs Aides, qu'autres Seigneurs&
Particuliers.
Les Pourveus& Proprietaires
desdits Offices & Droits
supprimez font tenus de rapporter
dans six mois leurs Titres
& Quittances de Finances
pardevant les Commissaires
qui feront nommez pour liquider
lafinance desdits Offices&
Droits, & pour compter
du produit desdits Droits depuis
qu'ilsont commencé d'en
joüir jusqu'au premier Janvier
prochain, pour que lesdits
Commissaires imputent la
joüissance des gages& droits
qui ont excedé le denier dix
de la finance qui ena été payée
sur le remboursement qui doit
estre fait. A faute dequoyils
demeureronr décheus déjoue
rembour sement.
L'autre moiné des droits attribuez
tant ausditsMaistres
des Ponts, & à ours Aides
créezpar l'Edic du mois d'Avril1704.
qu'auxOfficesd'Aides
créez par le même Edit
auxanciens MaistresdesPonts
& Chableurs
,
fera levée au
profit du Roy dés le premier
Janvier1717. pour que les
deniers qui en proviendront,
soient employezau remboursement
du principal & interêts
au denier25. qui se trouveront
dûs tant aux Propriétaires
desdits Offices supprimez
qu'aux anciens Maistres
des Ponts,&c. le quart en sus
demeure pareillement supprimé.
Liij
Il est expressement deffendu
aux Propriétaires des Offices
fupprlrncz)'ut,,c. des'immiscer
dans aucune fonction de Maître
,
& Aide des Maîtres des
Ponts&Chableurs,nide percevoir
aucuns droits y attribuez,
& aux Proprietaires des
Officesd'anciens Maistres des
Ponts, &c. même aux Seigneurs
de lever ledit quarten
fus après le premier Janvier
prochain, à peine de restitution
du quadruple, de 3000.
liv. d'amende, & d'estre poursuivis
extraordinairement;&
au moyen de la suppression
duditquarten sus, lesdits anciens
Maîtres des Ponts &
Chableurs, &c. ne pourronc
lever autres droits que ceux
dont ils joûissoientavantl'Editdumois
d'Avril1704.
-m-
L'Ordonnance du Roy du
7. Septembre1716. porte
que Sa Majesté ayant été informée
que malgré les dessenses
faites de chercher des moules
, huistres, &c. le long des
Quais,Jettées, &Forts construits
dans la Mer popr la
deffense des Ports; plusieurs
particuliers continuent d'y
fairecette force de pêche, nonobstantles
Sentinelles. S. M.
voulant remedier à un abus si
préjudiciable aux Fortifications,&
si concraire au service,
a fait de nouveau de tres expresses
deffenses d'aller chercher
des moules, huistres, &c.
le long des Quays,&c. à peine
contre les contrevenans de
quinze jours de prison pour
la premicre fois,&de la perte
des batteaux, qui feront brûlez
, & de plus grande punition
en cas de récidive.
Ily a un Arrêt du Conleifc
d'Etat du Roy, enregistré le
1 5. Septembre, qui commet
les Sieurs Pagan, Conseiller
d'Erat , de Gaumont & de
Baudry
J
Maîtres des Requêtes,
& Dodun, Président aur
Enquêtes duParlement, pour
Commiss'}ires,& le sieur Jacques
Passelaigue
, pour Greffier
delaCommission; devant
lesquels Sieurs Commissaires
*
les Proprieraires des Offices
de Jurez Inspecteurs, & Controlleurs
des Porcs, fupprimez
par l'Edit du mois de
Juillet dernier, feront tenus
derepresenter leurs quittances
de Finances principales, &
d'augmentations de gages, provisions, &c. pour sur icelles
être procedé à la liquidation
desdites Finances & ensuite à"
leur remboursement.
Il y a un autre Arrêt dUI
Conseild'Etatdu tt. Aoust
qui commet le Sieur Simon
Cailleau pour Greffier de la,
liquidation des Officessupprimez
de Commissaires &
Greffiers aux Scellez& Inventaires:,
de Tresoriers, Controlleurs
, &Caissiersde l'EJCtraordinaire
des Guerres,&
de Receveurs & Controlleurs
des Amendes de la Cour des-
Monnoyes.
L'Arrêt qui concerne les
anciennes especes, & matieres
d'or & d'argent, contient
en substance que S. M. ordonne
que les especes d'or &
d'argent tant à reformer qu'à
fabriquer, feront reccuës
pendant les mois d'Octobre
ôc de Novembre de la pre.
fente année dans les Monnoyes
-, & dans les Bureaux des
Changes,& par tous les Receveurs
des deniers Royaux, sur
le pied porté par l'Edit du
mois de Décembre dernier.
Qua commencer du premier
Décembre suivant, jusqu'au
dernier jour dudir mois,
elles neferont plus receuës que
sur le pied,sçavoir de
1 5 liv.
15.fols, le Louis à reformer,
&de 3. liv. 18. fols9. deniers,
l'Ecu, les doubles
,
demis
, ,quarts,&c. à proportion.
Qu'à commencer du premier
jour de Janvier 1717. &
jusqu'au dernier dudit mois
elles ne feront plus receues
que sur le pied:sçavoir de15.
liv. le Louis à reformer
,
&
de 3.liv. 1 5. sols,l'Ecu, & le
reste à proportion.
La Declaration du Roy du
18. Septembre 1716. qui
accorde un nouveau délay
aux Justiciables de la Chambre
de Justice, pour fournir
ou rectifier les Declarations
de leurs biens, & qui
décharge de toutes recherches
ceux qui auront payé les
taxes pour lesquelles ils feront
compris dans les Rolles qui
doivent estrearrêtez; porte
que par ia recherche que la
Chambre de Justice a ofire
jusqu'à present de laconduire
de ceux qui ont esté fournis à
son autorité, il paraît évidemment
que l'épuisement general
où étoit le Royaume doit
estre bien moins attribué à la
longueur de la guerre qu'-
aux abus, & aux differentes
malversations commifcs dans
les Finances, & après un long
détail de tous les moyens que
les Traitans ont employez
pour augmenter leurs richesses,
& se maintenir dans leur
opulence; c'est ainsi, continuë
cette Declaration, que
prositant du malheur public,
opprimant les peuples, gagnant
toûjours, & ne risquant
jamais, ils se sont annoncez
comme les colonnes & les
Soûtiens de l'Etat, eux donc
le credit ruïneux étoit attaché,
non pas à leurs personnes,
mais aux affaires qu'ils
avoient à exploiter, & dont
les ressources ont été plus funmesteês
àmla Feran.ce que la guerre - Passant ensuite à un détail
exact de toutes les malversations
commises par les gens
qui ont été employez & interessez
dans les affaires, & des
peines dûës à leurs prevarications,
quoy qu'ils ne dussent
plus esperer aucune grace:
Sa Majesté veut bien encore
leuraccorderundernier délai,
après lequel ceux qui auront
perseveré dans leurs contraventions&
leur désobéïssance,
feront traitez dans toute la
rigueur des peines portées par
la Déclaration du 17. Mars
dernier; n'étant pas juste qu'
après avoir tant defoisméprisé
la Loi,ils ayent un fort auni
favorablequeceux quis'y sont
soumis. Ainsi la Chambre de
Justice établie par l'Edit du
mois de Mars dernier,tubsistera
tcra pendant le temps qui fera
necessaire, non feulement
pour faire executer les Rolles
qui feront arrêtezauConseil,
& pour instruire les procès qui
auront cfté commencez aux
coupables avant que d'avoir
payé leurs taxes, mais encore
pour procéder à la recherche
exacte de ceux qui n'auront
point fourni les Declarations
de leurs biens, & à la vérification
de celles qui ont esté
fournies, afin de decouvrir ce
qu'il peut y avoir de faux, de
captieux, ou d'infidele, soit
par rapport à l'obmission de
leurs effets, ou à la supposition
de leurs dettes; & elle
ne discontinuëra point de revoir
& d'examiner les comptes
jusqu'à ce que ses differen
tes opérations ayentesté achevées.
A ces Causes, Sa Majesté
déclaré:
1°. Qu^il soitincessamment
procedé au Conseil à la confection
des Rolles qui contiendront
les taxes qu'elle prétend
estre faites à toutes les personnes
qui ont esté declarées sujettes
à la Chambre de Justice
par son Edit portant établissement
de ladite Chambre,
&à qui il a été ordonné de
fournir des états circonstanciez
de leurs biens par les Declarations
des 17. Mars & zS.
Avril,& 9. May de la prcfcnte
année,lesquelles taxes tiendront
lieu de restitution & de
condamnation, pour lesquelles
S. M. aura Privilege, conformement
à l'Edit du mois
d'Aoust 1669. sur lesmeubles
des Justiciables de ladite
Chambre par preference à
tous Créanciers, & sur les immeubles
par eux acquis par
preference à toutes les dettes
qu'ils pourroient avoir contriées
depuis le premier jour
qu'ils sont entrez dans les affaires,
ou dans le maniement
des Finances & des deniers
publics; à moins que les
Créanciers sur les immeubles
n'ayent un Privilege preferable
suivant ledit Edit du mois
d'Aoust 1669. & qu'ils ne
l'ayent fait juger par ladite
Chambre de Justice. Lesdits
Rolles feront executez à la
Requeste du Procureur Gene.
ral en ladite Chambre par
corps, & par saisieréelle &
mobiliaire; & dans la confection
desdits Rolles, les taxes
, i
é
feront faites, eu égard o aux biens que lesdits Justiciables
ont gagnez & acquis depuis
qu'ils sont entrez dans les
affaires:Etnéantmoins lesdits
Justiciables ne pourront estre
employez dans les Rolles qu'-
après que laverification de le*
tat de leurs biens aura esté
faite en la maniere qui fera
expliquée par la presente Declaration.
i°. Les procès criminels
commencez en ladite Chambre
de Justice avant la publication
des Presentes, seront
incessamment faits & parfaits
aux accusez; ainsi qu'à ceux
à qui le procès aura été commencé
par ladite Chambre
avant que d'avoir payé leur
taxe. A l'égard de ceux qui
auront entierement payé leur
taxe, & les condamnations
qui se trouveront avoir esté
prononcées contre eux jusqu'au
jour du payement
desdites taxes, S. M. quitte,
remet, pardonne, & abolie
tous les crimes, mal verfarions
& abus par eux commis à
l'occasion des Finances & -
deniers publics depuis le
premier Janvier 1689,jusquau
jour de la datte de la
quittance de la taxe qu'ils auront
payée, sans qu'eux, leurs
enfans, veuves, ou heritiers
puissent pour raison desdits
crimes, malvetsations & abus,
estre recherchez ni inquietez
à l'avenir en leurs personnes,
& biens civilement ou criminellement
en quelque forte&
maniere que ce puisse estre;
imposant sur ce silence aux:
Procureurs Generaux, presens
&àvenir, & a tous autres.
De plus, elle les décharge de
toutes recherches, & solidité
pour raison des condamnations
qui pourront intervenir
contre leurs associez, aprés
qu'ils auront payé leur fdites
taxes & condamnations antérieures
:& pour joüir du benefice
du present article, elle
leur permet de se pourvoir à
ladite Chambre ou d'y obtenir
un Arrest qui prononcera
la decharge portée par cesPresentes,
lequel Arrest leur fera
accordé sur la representation
de la quittance du Receveur
General de ladite Chambre,
par laquelle il paroistra qu'ils
auront payez leurs taxes &
lescondamnations prononcées
cées contre eux jusqu'au jour
du payement desdites taxes;
en ces Presentes toutefois
non compris, à l'égard des
comptables, le simple desobmissions
de Recettes, faux&
doubles Emplois, fausses rcprises
& erreurs de calcul,pour
lesquelles néanmoins les prevenus
ne pourront estre poursuivis
que civilement.
3°. Pour connoitre & approfondir
la verité ou la fau tfeté
de chaque declaration de
biens, il fera procedé - par les
Commissairesqui feront pour
ce nommez par ladite Chambre
de Justice, àl'examendes
déclarations & dénonciations
qui ont ra pport les unes aux
autres, & à l'interrogation
de ceux qui les ont faites pour
avoir l'explication des decIa,
rations qui paroistront captieuses,
obscuresouinfidelles,
même à l'examen des pieces
justificatives de leurs biens de
patrimoine, & des titres de
leurs prétendus Créanciers,
lesquels titres lesdits Créanciers
feront obligez de representer
dans les temps qui leur
feront preferit par lesdits
Commissaires, & qui leur feront
declarez par des significations
faites à leurs personnes
ou domiciles; & faute par
les Créanciers de representer
leurs titres dans lesdits délais,
on n'aura aucun égard à leurs
prétendues créances.
4°. Et quoique S. M. foit
bien informée qu'entre les
états de biens qui ont étédon
nez, il y en a un grand nombre
qui font faux, que la
pluspart des croupiers & participes,
quoique declarez par
les principaux interessez, n'en
ont même fourni aucun; &
qu'ainsi les peines corporelles
& pecuniaires portées par les
Declarations, soient par eux
encouruës, & tous leurs biens
acquis à l'Etat; en forte que
s'ils subissoient dés à present
la rigueur desdites peines, ils
ne pourroient les imputer
qu'à euxmêmes
,
après les
differens délais qui leur ont été
cy-devant accordez; Cependant
S. M. veut bien les rendre
encore une fois les Maîtres
de leur fort, en accordanc
comme elle accorde par ces
Presentes pour derniere gracc
à tous ceux qui sont obligez
de donner des états de leurs
biens aux termes desdites Declarations
des 17. Mars, 2 5.
Avril & 9. May de la presente
année, un nouveau délay de
dix jours, à compter du jour
de la publication des Prcfcnces
dans chaqueBaillage ou
Scnecnaufle,efcU.o* rciiunr nuëment
en ses Cours de Parlement
où ils font leur demeure,
pour satisfaire au contenu
en sesdites Declarations, soit
en donnant des états de leurs
biens,s'ils ne font pas encore
faits, soit en ajoûtant à ceux
qu'ils ont donnez ou en les
rectifiant, & en distinguant
les parts 6c portions dont ils
font tenus dans les dettes solidaires
qu'ils ont contractées, *
& dans les billets de Compagnie
qu'ils ont signez; le tout
fous les peines portées par lesdites
Déclarations, lesquelles
peines demeureront irrevocablement
encourues sans
pouvoir estre remises ni moderées
en quelque maniere ,
& fous quelque prétexte que
ce puisse estre.
L'ArrestduConseil duiC*
Septembre qui proroge jusqu'au
premier Novembre
1716. le delay porté par celui
du premier Aoust de la même
anné:.: pour le VIF* des Billets
des Entrepreneurs Generaux
&; particulierssous-Entrepr
neurs des Vivres,Fourages,
fciapes, Hôpitaux, & autres
chargez de pareilles fournitures;
Ordonne que tous les dénommez
depuis & compris
l'année 1706. jusques & comprisl'année
derniere IJIJ.
feront tenus de remettre dans
un mois, du jour de la publication
dudit Arrest, és mains
des SieursCommissairesydénommez
des états certifiez du
montant de leurs fournitures
& des sommes par eux dues
pour raison desdites entreprises,
& que leurs Créanciers
feront tenus dans le même
délay de presenter devant lesdits
Sieurs Commissaires du
Conseil,&Intendans dans les
Provinces, les Titres de leurs
créances avec leurs déclarations
au dos pour estre procedé
à la liquidation, & pourvu
au payement des sommes
quise trouveront legitimement
dûës, à peine d'être déchûs
de leurs demandes &
prétentions, &c.
L'Arrêt de la Chambre de
Justice du huit de ce mois contre
Jean Lempereur, Subdelegué
en titre d'Offices de la
Ville & Eléction de Montdidier,
par lequelil est condamné
à faire amende honorable,
& aux Galères pour neufans,
en 60000. liv, d'amende, &c.
aestérendu en consideration
des plaintes contre ledit Lempercur
,
ses complices, & adherans
au su jet de pluficurs
Concussions,Exactions, Gains
illicites,abus,&malvet sations
par eux commises à l'occasion
des Envoys
, pour les Pionniers,
Milice, Convoys,Voi
tures-, & autres. &c. -
» L'Arrêtdu Conleil dEtat
du dix Octobre nomme
des Commissaires pour procéder
à la liquidation des sommes
financées par les Cornmunautcz
des Officiers sur les
Ports, Halles & Marchez de
la Ville de Paris pour l'acquï.
sition ou réunion de tous les
droits qui leur ont été attribuez
avant ou depuis le pre- v
mier Janvier I68p. & S. M.
commet Messieurs le Pelletier
des Forts & Fagon Conseillers
d'Ecât, & au Conseil de Finances
)
Meilleurs d'Ormesson
,
de Gaumont, Taschereau
de Baudry
,
Maîtres des
Requestes & Conseillers au
Conseil de Finances; & M.
Dodun
,
Président au Parlement
& Conseilleraumême
Conseil, pour procéder à la
liquidation des sommes que
ladite Communauté ou leurs-
Créanciers ont financées pour
l'acquisition ou réunion de
tous les droits qui leur ont été
attribuez avant ou depuis le
premier Janvier de ladite année
16 S 9. S M. ordonne à cet
effet que lesditesCommunautez
ou leursCréanciers feront
tenus derepresenter pardevanc
lesdits sieurs Commissaires
leurs quittances de Finances,
& autres Titres de propriété
dans les termes qui leurs feront
indiquez par lesditsCommissaires
,
lesquels à cet effet
rendront telles Ordonnances
qui feront par eux trouvées
necessaires, &c.
L'Arrest duConseil du dix
Octobre qui ordonne que les
Intendants nommeront des
Collecteurs d'Offices pour
l'année prochaine1717. dans
les Paroisses où les Tableaux
n'auront point été faits en la
forme preferite par la Declaration
du mois d'Aoust dernier;
porte entr'autres choses
que dans chaque Paroisse des
Generalitez du Royaume,où
la Taille cft personnelle, il seraincessammentdressé
un Tableau
ou Etac des Habitans,
suivant lequel ils viendront à
la Collected'années en années
à commencer pour l'année
prochaine 1717. S. M.
étant informée que lesSyndics
,& Habitans de plusieurs Paroisses
négligent de faire Jefdits
Tableaux
ou afféctent de
les faire d'une maniéré contraire
aux dispositions de ladite
Déclaration
, ou se font
inscrire induement dans la
Colomne des Exempts,elle
ordonne que les sieurs Intendants
& Commissaires départis
dans la Généralité ou la
Taille est personnelle, nommeront
des Collecteurs d'exces
pour l'année prochaine
1717- & ce pour cette année
seulement,&c.
Un autre Arrest du même
jour du Confcil d'Erat,com.
met le sieur Simon Cailleau
pour Greffier de la Commisbon
de la liquidation des Offices
sur les Ports, Quais
Halles , ,Chanciers
,
Places.
Foires&Marchez de laVille,
&c.
L'Arreudu Conseil du dix
Octobre permet aux Greffiers
des Electionsdepercevoir 3.C
pour le Certificat qu'ilsdélivreront
delaremiseen leurs
Greffes de chaque Tableau de
Collecteurs,ou Actes de Rccollement
en vertu de la Déclaration
du premier Aoust
dernier concernant les Collecteurs,&
c.
L'Arrest de la Chambre de
Justice du 13. de ce moisacon
damné René Gallois dit d'Amiens,
Sous Entrepreneur des
Fourrages dans la Province de
Picardieau bannissementpour
trois ans du ressort du Par lement
de Paris, & en 60000.
liv d'amende;& JeanneLombard,
veuveDumont,aublâme
,
me.)&en dix livres d'amende
en consideration des malverfations
dont ilsontestéconvaincus,
&c.
Un Arrêt de la mêmeCham.
bre du 14. Octobrecondamne
JeanPennot le jeune,Huis
fier des Tailles de la Ville &
Election de Gueret
,
à estre
pendu à titre de concussionnaire&
faussaire, &c.
Un autre Arrest de la même
Chambre du20 O&obrç
met les Plaignans
J
Denon.
ciateurs & Témoins fous la
„
protection & lauvc garde du
Roy & de la Chambre
, &
porte peine de mort contre
ceux qui les intimideront, menaceront,
sequestreront
,
féduiront&
détourneront directement
ou indireétcmcnr,tant
contre les principàux Auteurs
que contre les complices, &c.
Le Lecteur indulgent à son
ordinaire
,
fera de l'Article
suivant l'usagequ'illuy plaira.
NOUVELLES.
On mande de Londres du
26. Septembre qu'on y avoic
eu avisd'Edimbourg du iy.
qu'on amenoit encore à Cartille
d'autres Prisonniers pour
faire leurs Procez ; qu'on y
avoit aussi appris d'Aberdéen
que tous les MinistresEpiscopaux
s'estoient retirez de cette
Ville, où il y en avoit une
grande quantité depuis la rcvolution
& dont le nombre
estoie fort peu considerable
ailleurs
,
excepté ceux qui
estoient dans les Prisons d'Edimbourg
: On avoir appris
deSchwsbury qu'un Ministre
decette Ville avoit esté jugé
aux dernières Assises pour
avoir dit que le Roy Georges
n'avoit aucun droit à, la Couronne
, &tenu d'autres discours
injurieux contre S. M.
mais que le pere Pavoit déclaré
non coupable: la Commission
pour faire le procès aux PrisonniersEcossois
qui ont été
conduits à Cartille, y a elle envoyée.
Il y a un ordre pour
amener à Preston25. à 30.
Rebelles tous Gentilhommes
& de bonnes familles, qui font
Prifonnicrs à Chester, pour y
estre jugez.
Cinq jeunes hommes étant
allé entendre le Sermon dans
l'Eglise des non- Jureurs &
ayant entendu que leMinistre
prioit Amplement pour leRoi.
ils dirent tout haut qu'il falloit
prier pour le Roy Georges;
en même temps il s'éleva un
grand murmure parmi l'AC.
qemblée, dont plusieurs qui
avoient des bâtons&des cannes
leurs en donnèrent plusieurscoups
;ceuxcy en ayant
porté leurs plaintes au Juge
de Paix,il donna ordre de les
faire venir devant luy;maisles
accusez ayant gagné le Connétable
)
il trouva moyen de
les décharger &condamna les
autres aux dépens.
L'Irlandois dontona parlé
ci devant, & qui avoit esté arresté,
passant de France en Angleterre
des Livres Papistes,
se nomme Omfrcvillc
, quia
cfté réclamé par l'Ambassadeur
d'Efpagnc pour qui il
apportoit ces Livres, de sorte
qu'on croit qu'il sera relâché.
Les grands vents qui ont regné
depuis quelques jours ont
causé beaucoup de dommages
encette Ville&repoussé avec
tant de violence la Marée, que
sur lessix heures du foir du
dernier jour, un grand nombre
de Peuple avoir traversé
la Tamise vis-à-vis de Witheall
n'ayant de l'eau que
jusqu'à myjambe; cela étoit
d'autant plus remarquable
,
qu'on dit que pareille chose
n'estoit pas arrivée depuis la
derniere année du Regne de
Charles II. & que cette tempête
avoit causé beaucoup de
desordres à la Campagne &
ailleurs: On asseure que Lord
Widringon Prisonnier dans
la Tour,a presenté une Requeste
au Prince de Galles, le
priant d'avoir égard au mauvais
estat de sa fanté & à la mifere
où il se trouve réduit par
une longuePrison,&devouloir
bien l'en faire sortir par
un bannissement ou autrement.
Les autres Seigneurs
condamnez qui font dans cette
Prison font aussi réduits à
la derniere misere
,
jusqu'à
coucher sur la paille faute d'argent
pour subveniràleurs besoins
, le peu qu'ils avoient
estant fini par les grosses sommes
qu'ils ont esté obligé de
payer à cause des repis qu'on
leur avoit accordez
Les Lettres de Londres du
5. de ce mois portent que depuis
quatre jours le bruit s'étoit
répanduque la semaine
passée on avoit figné un Traité
avec la France,par lequel le
Regent promet de ne donner
aucun refuge ni secours au
Prétendant, de démolir & de
combler entièrement le Canal
de Mardick;& l'on veut que
la France s'est soumise à cela
pour certaines considerations
qu'on ne dit pas;mais les plus
éclairez ne croyent pas cela
veritable on sçait bien qu'un
des principaux Ingénieurs de
France est venu ici & qu'ila
même eû des conférences avec
nos Ministres&desIngenieurs
pour chercher les moyens de
satisfaire les deux Nations au
sujet deceCanal: mais on croit
que s'il y a un Traité, comme
on le dit, ce n'estseulement
que pour régler la profondeur
que ce Canal doit avoir &
pour engager les François,afin
qu'à l'avenir ils ne puissent y
faire aucunes Fortifications;
car ilest certain que les François
ne peuvent pas se passer
de ce Canal pour écouler les
leseaux puisque sans cela
elles incommoderoient tout
le Pays. La semaine passéeun
Messager arrêta dans une allée
un Ministre Ecossois nonJureur,
quatre Imprimeurs,&
une femme, il saisit aussi une
partie du Libelle imprimé du
sieur Howel
,
Ministre qui est
en prison dans Newgatte , intirulé:le cas duSchisme dans
l'Eglise d'Angleterre verirablement
établi Comme aussi
plusieurs manuscrits,les caractères
&la presse&il emmena
tout avec luy.
Les Lettres d'Edimbourg
du 26 du passé portent que
les Commissaires établis pour
faire la recherche des biens
consisquez de certains Rebelles,
&c. avoient fait publier
un avertissement par lequel
ils font sçavoir que tous ceux
qui ont des biens, foit réels
ou personnels, ou qui en découvriront
à ces Commissaires,
on leur promet qu'ils
recevront la quatrième partie
de ce qu'ils auront déclaré ou
découvert; mais que le temps
porté par l'acte du Parlement
quiestle24. de Novembre
1716. pour ceux qui possedent
des biens réels appartenans
aux Rebelles, & le 24. Juin
1717. pour les biens personncls
,
estant passé sans qu'ils
ayent fait leur déclaration,ils
encoureront la peine suivant&
conformémentaudit a£te,&c.
maison n'apprend pas qu'ils
ayent encorefaitd'autres progrezen
cette affaire & ils s'étoient
ajournez jusqu'au premier
Octobre prochain. On
aexecutécinq jeunes hommes
convaincus de tumulte,
: Sur lesavisquelesEcolicrs de
l'Universitéd'Oxsord étoient
toûjours mutins
,
& qu'ils
avoient gagné la plûplart des
soldats qui font en quartier
dans cette Ville,on y envoyé
un Regiment de Dragons à la
place de cette Infanterie pour
mettre ces Ecoliersàla rai son.
Ces Lettres ajoûtent que six
des Rebelles avoient estécondamnez
à mort à Preston.
On asseure que le premier
de ce mois on signa un Traité
d'Alliance dessensive entre la
France
5
l'Angleterre & la
Hollande, pour maintenir la
Paix d'Utrech,& on dit que
par ce Traité la France abandonne
pour toûjours les interests
du Pretendant, &
qu'elle doic mettre le Canal
de Mardick en tel état qu'il
ne pourra recevoir des Vaisseaux
que de 60. à 80. tonneaux.
On mande de Londres du
8.qu'ony avoir eu avis d'Edimbourg
du 29que le sieur
Stewart sut ramené de Carlille
&remis dans laPrison duChâteau.
Le ficur de Moyenville,
Chef des Ingénieurs qui ont
travaillé au Canal deMardick
& qui estallé de France à Londres
avec le sieur d'Yberville
estoit party pour s'en retourner
) ce qui confirme que les
Negociations, par rapportà
ce Canal, sont finies, & depuis
on continue à dire que le
Traité d'Alliancedeffensive
entre la France,l'Angleterre
& laHollandeaestésigné,par
lequel la France s'engage de
remettre ce Canal dans l'estatqu'il
ne pourra y entrer aucun
Bâtiment de plus de Go?à So.
Tonneaux. Pour ce qui regarde
le Pretendant on assûroit
que la France avoit consenti
à tout ce que la Cour d'Angleterre
avoir souhaité;qu'elle
s'engage de ne luy donner aucun
fccours ni assistance,& au
contraire d'agir contre luy en
cas qu'il voulut entreprendre
encore sur la grandeBretagne:
suivant ce qui est porté par
cette Alliance qui a esté faite
uniquement pour maintenir
la Paix d'Utrech; de forte
qu'on peut dire avec assûrance
que cette Alliance rasseuroit
entierement la Nation des
craintes qu'elle avoit d'estre
de temps en temps inquiétée
par le Prétendant & ses adherans
tant dedans que dehors
le Royaume;il n'y avoit qu'
une chose à craindre,qui étoit
que comme on ne dit pas qu'il
doit s'embarquer pour Uralie,
qu'il pourroit bien avoir
dessein d'aller joindre le Roy
de Suede qui seroit sa derniere
ressource, & alors il pourroic
en cette occasiontâcher dmquieter
encore l'Angleterre -r
cependant il n'y a pas grande
apparence, le Roy de Suede
estant assez embarrassé de luymême:
cette Alliance chagrine
beaucoup les Jacobircs qui
fonrmaliffcâtonnezaugouvernement
; ils font d'autant
plus surpris devoir que la
France, de laquelle ils esperoient
un grand secours dans
l'occasion en faveur du Pré-
9
tendant, le declare aujourd'huy
contre luy &s'engage
de maintenir le Roy Georges
sur le Trône,que cetteAlliancc
les fait dechaîner contreM.
lé Duc d'Orleans.
L'Envoyé de l'Empereur
s'est plaintauComte cleTawnsend,
Secretaire d'Etat, de ce
qu'on faisoit cc Traité d'Alliance
avec la France; ce qui
ne pouvoit enré que tres defavantageux
à S. M. I. & que
ce Secretaire luy avoit répondu
qu'on n'avoit nullement
dessein,en faisant cette Alliance,
de porter préjudice
aux interêts de ion Ivialft-rey
puisqu'elle n'estoit que pour
maintenir la Paix d'Utrech.
On a eû avis d'Edimbourg
du deux de ce mois que les
Magistrats de laVille de Perth.
avoientfaitexecuter une Sentence
contre une centaine de
Bourgeois de cette Ville-là
dontles titres avoient esté déchirez
par la main duBourreau
dans la place du Marché
,
&
qu'il avoit été ordonnéqu'ils
sortiroientde la Ville avant la
S.Marrin, pour avoir favorisé
les Rebelles lors qu'ils y
étoient, & qu'on en devoit
faire de même dans toutes les
autres Villes où la Rebellion
étoit cy-devant,particulierement
à Aberdéem & à Dundée.
Onavoitapptis de Dorchester
du deux qu'onyavoit
arrêté deux Bourgeois accusez
de haute trahisonaussi bien
qu'un Echevinde cette Ville,
&comme on les menoit en
prison
,
la populace se soûleva
ce qui obligea les Connestables
d'appeller des Dragons
à leurs secours qui y vinrent
&appaiserent le trouble. On
asseuroit que les Sieurs Radeliffe,
Basile
,
Hamilton,Torton,&
cinq autresRebelles qui
étoient condamnez, devoient
dans peurecevoir leur pardon.
On ajoûte qu'on avoit receu
ordre à Carlisse de fairecesser
les procedures contre cinq
Rebelles qui y avoient été
amenez depuis peu d'Edimbourg
; qu'on avoit informé
le Gouvernement qu'il y
avoit un grand nombre de
Jurcurs qui étoient assemblez
secretement dans la Ville de
Londres & aux environs,où
ils ne nommoient point le
RoyGeorges dans leursPriéres
dont plusieurs pcrfonncs de la
Religion Anglicanne ayant
eû avis se transporterent dans
leurs assemblées &y entrerent
l'épée à la main crians le Roy
Georges, &c. ce qui obligea
cesassemblez de se séparer.
Le sieur Don Jean-Baptiste
Uzardi ,Jurisconsulte Espagnol
, a obtenu une pension
de 500.liv. fierling par an en
recompensedes bons services
qu'il a rendus aux Anglois
dans l'affairedu Commerce à
Madrid.
Onmande de Venisedu 26.
du passeque cette semaineon
n'y avoit receu aucune nouvelle
du Levant, ainsi on ne
sçait ce qui s'y est passé,on
avoit seulement appris que le
Capitaine General étoit au
Zante avec les Galcrcs
, que
celles du Pape
,
d'Efpagnc
1 de Genes & du Grand Duc
s'en étoient séparées pour retourner
dans leurs Ports
, que
les Vaisseauxs'étoient avancez
vers l'Archipel; mais les Auxiliaires
s'en devoient séparer
pour s'en retourner ; que les
Vaissaux de l'Escadre de Portugal
étoientrevenus àOtrante
,1e Commandant de cette
Escadre n'était pas content
des
des Venitiens qui ne luy ont
fait aucune reception convenable
lorsqu'il étoit arrivé à
Corfou,ilytrouva seulement
une simpleLettre duCapitainc
General qui après un court
compliment luy marquoit de
le suivre du côté de Lepante,
& celui cy luy répondit qu'il
nerecevoit point ses ordres.
Le Comte de Livry ,a co.
la survivance de la Charge de
premier Maistre d'Hôtel du
Roy, qu'exerce le Marquis
son pere.
On mande de Venisedu j.
qu'on y avoitreceu des Lettres
des Generaux dela Flotte dti
dcuxSeptembre, & qu'un Capitaine
de Vaisseauétoit arrivé
le4.en neuf jours de Zante,
enaussi apporté des nouvelles
qui contiennent en substance
que laFlotteVenitienne
s'étoit toujours tenuëau Zante&
à Cephalonie
,
les Générauxn'étant
pas convenus entre
eux de suivre celle des
Turcs qui s'étoient arrestez
quelque temps aux Isles de
Sapicnce pOlir voir si les Venitiens
les attaqueroient, que
les Vaisseaux Auxiliaires & les
Galeres s'étoient séparez ôc
s'en retournoient; que la veille
du départ de ce Vaisseau de
Zante les Venitiens avoient
misà la voile sans qu'on sçût
où ils alloient,&qu'il y avoit
une grande division parmi les
Generaux. Le General Schulembourg
avoit fait débarquer
les premiers jours du
mois dernier sept hommes du
côté de la Tour de Bucrinto
qu'ils avoient trouvée abandonnée&
vuide
j
ils se font
avancez contre une autre
Tour où il y avoit quelques
provisions ; mais 40. ou JO.
Turcs qui le gardoient ont
mis le feu a tout & le sont retirez
, & les Venitiens sont
retournez chez eux.
Des Lettres de Genes du
30. du passé, portent qu'on
y prenoit beaucoup d'ombrage
sur des avis qu'on y avoir
receus qu'il y avoir quantité
de Troupes Piemontoises qui
estoient en InOUVcmcnr, &
qui sembloient diriger leur
marche vers la Coste d'Oneglia,&
que d'autres Troupes
estoient aussien marchecomme
pour aller dans le Comté
de Nice. ainsi que dans le
Mont-serrat; & comme quelques
avis assûrent qu'elles dévoient
estre fuivics par d'autres
qui font en plus grand
nombre,ce qui donnoit beaucoup
d'inquietude
,
d'autant
plus qu'on disoitque dans peu
il devoir arriver à Villefranche
plusieurs Bâtimens Siciliens
avec des Troupes nationales
de ce Royaume-là,qui dévoient
y estre debarquées, &
c'est sur ces avis qu'on a resolu
de renforcer les Garnisons de
cet Estat
,
particulierement
celles de Savone où on envoïe
1000. hommes, & 800. à
Final.
Onassûre qu'il est arrivé à
Milan de nouveaux ordres de
la Cour de Vienne, par lesquels
on demande de grosses
sommes à cet Etat pour les
frais de la Guerre qu'on est
obligé de soûtenir contre les
Turcs & de faire incessamment
de nouvelles levées des
Regiments nationaux que
l'Empereur a ordonné de faire
dans ce Duché: toutes ces
nouvelles taxes qu'on doit imposer
sur les peuples & la levée
de ces Troupes font murmurer
ces Peuples.
Des Lettres de Villefranche
b
du 24. du passé, portent qu'il
y estoit arrivé deux Ingénieurs
qui revenoient de visiter les
FortificationsdeNice & qu'ils
devoient aller au Fort de S.
Alban & de S. Hospice
, aux
Fortifications desquels ondevoit
travailler, ainsi qu'à d'autres
Places du Piemont & du
Mont- ferrat ; que le bruit
courroit qu'on alloit construire
quatre nouvelles Galeres à
Villefranche pour joindre æ
celles de Sicile: on y avoit eu
avis de Turin qu'il y avoit
beaucoup de Troupes prêtes
à marcher vers le Mont-ferrat
&le Milanois pour renforcer
les Garnisons des Places qui
appartiennent au Roy de SU
cile, sur l'avis qu'on avoit eu
que les Troupes Impériales
faisoient de grands mouvements
,
principalement du
costéde Valence, c'est pourquoy
on prenoit toutes les
précautions necessaires pour
éviter toutes surprises.
On a appris ici par des Let-
, tres de Lisbonne du n. du
passé qu'on y estoit fore en
peine de la Flotte du Bresil
dont on n'avoir pas eu de
nouvelles depuis l'arrivée du
Bâtiment
Bâtiment qui estoit venu donner
avis de son départ & on
l
avoit envoyé quatre Vaisfeaux
de Guerre deux Portugais&
deux Anglois pour en
apprendre des nouvelles &
pour luy servir d'escorce:
que les deux Vaisseaux qu'on
attendoit de Goa estoient arrivez
,
mais que leurs charges
n'estoient pas de plus de six
cens millelivrespesant;qu'ils
avoient essuïé de rudes bourasques
surleur route , & il y
en avoit même un qui estoit
tout desemparé &amaré avcc
des cordes ; que le Roy estoit
toûjours valetudinaire, & que
lesfiévres causées par les grandes
chaleurs del'Esté,avoient
emporté beaucoup de monde
de toutâge & sexe; qu'on
avoit envoyé de grosses remi
ses au Prince Ferdinand, frere
du Roy de Portugal, quiétoit
en Hongrie en qualité de volontaire
dans l'Armée de l'Empereur.
On mande de Vienne du
16. que les Turcs menaçoient
de faire ausieur Flecheman
J Resident de l'Empereur à la
Cour Ottomane, retenu [oû.
joursà Belgrade, le même
traitement qu'on fera au Marquis
de Langalery qu'ils ont
reclamé pour leur General; cependant
on continuoit toujours
de travailler à son procés,
& on avoit donné la question
à son Secretaire qui persiste
toûjours de dire qu'il n'a
eu nulle connoissance du prétendu
Traité que son Maître
a fait avec le grand Seigneur;
qu'on avoit aussi interrogé le
Comte de Linange, qui desavouë
aussi d'estre entré dans ce
Traité, &on menace son V&-
let de chambre de le mettre à
la torture s'il n'avouë le fait.
On mande de Bruxelles du
28. du passé
, que le Général
Cadogan y estoit de retour du
Fort de Mardick
,
qu'il avoit
apporté avec luy le plan du
Canal & des Forts que les
François doivent construire
sur la Coste
,
& il doit incessamment
passer à laHaye pour
en faire son rapport.
Je vous ay par lé le mois
dernier de M. l'Abbé de Lafargue
au sujet du sçavant &
solideOuvrage qu'il a mis au
jour pourrépondre à la Critique
qu'ona fait de l'Eloge
funèbre du Roy prononcé
par le R. P. Poréc jesuite. Je
profite avec plaisir de l'occasion
qui se presente de vous
en parler encore aujourd'hui.
Le 2. 7. de ce mois on celebra à
l'Abbaye Royale de Chelles
l'Anniversaire du feu Roy
LouisXIV.M.l'AbbédeLafargue
y prononça avec beaucoup
d'éloquence l'Oraison
funebre devantMademoiselle:
il la prononça encore le 29.
fuivanc dansl'Eglisede l'Abbaye
Royale du Fauxbourg
S. Antoine,où on fit un Service
pour l'Anniversaire du
feu Roy. Le Public qui a reçu
avec tant d'applaudissements
celle qu'il prononça à S. Cyr i
le 6. Decembre dernier, attend
cette seconde avec d'autant
plus d'impatience qu'il se
trouve très peu d'Auteurs,
qui ayent traité deux foisavec
une égale dignité
, un sujet si
difficile.
Article rempli de circonstances
curieuses & interessantes,
que le Lecteur est autant
obligé à )uc
, que l'Auteur
l'est à le donner. Mais avant
de vous embarquer dans cette
lecture, il est bon de vous dire
qu'il ne faut pas que le titre de
ce Chapitre vous rebute. Pour
être intitulé Nouvelles deRome
,
cela ne luy ôte rien de
son merite
, & jevoudrois
avoir souvent de pareilles
Nouvelles à vous communiquer
fous un même titre.
ARome le6Octobre.
Mercredy 13. de Septembre
, la Princesse de Valaquie
arriva icy avec deux desesfils,
l'un âgé de 14. ans, l'autre de
17. Cette Princesse a échapé
à la cruauté du Turc, qui a
fait étrangler son beau-pere,
son filsaîné & son mary pour
luy avoir refusé des Troupes
dont apparemment il avoit
aidé l'Empereur contre la foy
des Traitez.CommecePrince
relevoit du Grand Seigneur,
ill'a traité sans misericorde
a peine la Princesse a t- elle pû
fc sauver à la faveur d'un VaisseauAngloisqui
la débarquée
à Messine ;la soeur du Cardinal
Rufo fc fit honneur de luy
donner des Lettres pour son
frere qui logeici dans un beau
Palais où la Princesse vint def^
cendre, s'imaginant y trouver
giste ? mais ce Cardinal la refusa,&
secontenta de luy indiquer
l'Auberge du Mont d'or
en Place d'Espagne: le Cardinal
Scrottemback la regala de
quelques rafraîchissemens,elle
envoya ses fils pour le remercier
;ceMinistreluy offritenfuite
son Palais
, ce qu'elle
n'a pas accepté.Le Samedy26.
accompagnée de ses fils elle
eûtAudiance du Pape qui la
receut assez froidement
, ne
se souvenant pas sans doute
que ces jeunes Princes sont de
l'ancienne & Impériale Mai- !
jr
son des Caracuzenes; mais
en revanche Dimanche27.
par ordre exprés de Sa Sainteté
son neveu Dom Carles
Albani alla visiter cette Princesse
3
& le lendemain la Dona
Thercfa sa femme alla luy ren.
dre la mêmecivilité. On die
que le Saint Pere a été d'abord
mécontent d'apprendre que
cette Princesse & sa famille
estoient de la Religion Schismatique
Grecque.
Par additionàcette nouvelle
il n'est pas hors de propos
de dire que le Grand Seigneur
a donné l'investiture de
la Valaquie à MauroCardato,
sujet de la Republique de
Venise:ce Mauro a un frere
't Jesuite,lequel a esté élevé à
Rome au College des Grecs
donc les Jesuites sont Su périeurs;
il étoit destiné pour les
Millions de Constantinople ;
onestmal payé ici des dépenses
qu'on a faites pour ce
Missionnaire qui joiiic à bon
compte &de compagnie avec
son frere des Appanages de
la Principauté de Valaquie. La
Princesse de ce nom doit incessamment
partir d'icy pour
se rendre à Florence & de
Florence à Ventre, d'où on dit
quelleiraétablir sa résidence
à Vienne.
Vendredy au foir 25. le
Sieur deJunnillac deLimoges,
Chevalier de Malthe, tut arrêté
par ordre de l'Inquisition
sans qu'on pût en deviner la
raison; il plaidoit à la Rote
contre le Chevalier de **
pour le grand Marechalat de
Malthe:ce qu'il y a de particulier
,
c'efl; que sa Partie en
fut avertie dans le moment,
&assez à temps pour ne pas
manquer l'ordinaire de Malthe;
nôtre Ministre au contraire
ignoroit encore le tout
le lendemain au foir; ce qui
fait croire à bien des gens que
son competiteur pourroit
avoir eu bonne part à sa détention.
Il en est cependant forti le
2. Octobre, c'est n'y avoir
pas estéhuit jours) & sans
certaines formalitez essentielles
à ce Tribunal, il n'y fut
jamais ressé vingt - quatre
heures. Comme cette histoire
regarde deux François de dif-•
tinction, plaidant l'un contre
l'autre à la Rote pour le grand
Maréchalat de Malthe,ilest à
propos d'encirconstancier le
fair.
On ne doute point icy que
cette disgrace ne provienne
des ennemisdeM.deJunnillac,
& par malheur pour sa Partie,
on n'en connoist pas d'autres
ni de plus acharné queM.de**
tout le monde aujourd'huy
luy jette la pierre, & ses protecteurs
les plus zelez l'abandonnent,
toutes les apparences
font contre luy, en effet
il efl:à remarquer que le Samedi
26. jour auquel on ne
sçavoit encore ce qu'étoit devenu
M. de Junnillac, son ennemi,
certifioit qu'il étoit au
S.Office, & prenoit à parti
quiconque lui disoit que cela
ne pouvoir pas cflrc-itout le
monde l'ignoroit dans Rome,
qu'ill'avoit déia écrit à Malthe.
Il y a plus, il circonfiancioit
pourquoy, & afluroic
que c'étoic pour avoir cherché
des treCorsi & malgré le
secretdu S. Office, l'on a fçû
positivement qu'il avoit rencontré
juHe; car il y a environ
deuxans que M. de Junnillac
étant à Romeàla poursuite
de son procès, y fit connoissance
avec un Medecin &
unautre quidam:un jour qu'-
ils avoient dîné ensemble dans
une vigne, le Medecin& son
associé se mirent à chercher
des tresors, M. de Junnillac
étoit present, les vit faire en
se moquant d'eux, & d'autant
plus qu'ils ne trouvèrent rien.
Il està remarquer que depuisle
départ de M. dejunnillac,
le Medecin à ces causes
sur arrêtéparl'Inquisition, ou
il est mort. M. de Junillac de
retour à Rome pourlemême
procès, contoit cette histoire
en badinant, & comme n'ajoûtant
aucune foy aux forciers,
ciers ; cependant les convives
du dîné mentionnéétants venus
pour le revoir depuis son
retour, & pour tâcher de lier
avec luy,M.de Jannillac les
congedia brusquement, les
traitans d'infenfez,avecqui il
ne vouloitaucuncommerce;
l'un d'eux le menaça, & lui
dit qu'il s'en repentiroit. Ces
friponsluy ont tenu. parole,
ont été trouver sa PJrCIC, & 1 à son instigation l'ont deccIf
au S. Office. C'est une noirceur
dont on a toutes les pei. i
nes du monde à croire un*
François capable; mais la suite
de l'histoire semble le confirmer.
Les Sbirres.,ou Archers
étoient conduits par un valet
qui vint frappera la porte de
Mdé Junniliac, disant qu'un
de ses amis lui vouloir parler
à deux pas de sa maison; M.
de Junnillac n'en voulue pas
sortir, & sit réponse que cet
ami n'avoit qu'à monter. Le
valet la porta au Barigel Commandant
dessbirres, lesquels
aussi toits'approcherent pour
executer leurs ordres. Junnil.
lac surpris du compliment,
demanda auBarigel s'il fçavoic
qu'il étoit Chevalier de Mai.
the, grand Croix, & grand
Maréchal de l'Ordre. LeBarigel
surpris à son tour ne
répondit autre chose, sinon
qu'il falloir obéir: il ne conduisoit
sa proye qu'en tremblanc
de s'être mépris; mais
il fut rassuré par le valet qui
conduisoit la troupe, & que
M. dejunnillac alors reconnut
à l'habit & à la livrée pour
un valet de sa Partie.
M. de Junnillac arrivé au
S. Office, comparoic devant
le Commissaire, & en consequence
des dépolicions, il lui.
demande s'il n'est pas vray quil
ait cherche des tresors, qu'-
il air abusé pour cela des choses
faintes se servant d'un
Crucifix, & autres choses consacrées
dans la Religion; à
quoy le Sieur de Junnillacrépondit
qu'à lavérité il s'étoit
trouvé present & de
compagnie avec gens qui
cherchoient des trerors; le
Commissaire sur le champ ,&
sans laisser au Sieur de Junnillac
le temps d'achever sa réponse:
Ecrivez, dit-il, au Secretaire,
Dominum deJunnillac
incidisse inCensurasEcclesiasticas,
queM. deJunnillac aencouru
les Censures Ecclesiastiques.
Le bon Chevalier qui finale
encoreassez de Latin pour entendre
la force de ces mots,
se récria contre l'injustice du
Commissaire, & lui remontra
qdue'al n'avoiioic autre chose que
s'estre trouvé avec gens qui
cherchoient des trelors, &
protesta qu'il n'avoit jamais
vû employer pour cela ni
Crucifix ni autre chose sainte.
Il demanda ensuite qu'on luy
fit lecture deladéposition des
témoins. Les deux premiers le
chargeoient; il s'inserivit en
faux contre eux, &se plaignit
de ce que le Commissaire ne
luy avoic pas fait faire lecture
des dépositions du troisiéme;
leCommissaire ne pût reculer,
& cette derniere dépoficion se
trouvant à l'avantage de M.
dejunnillac,il le plaignit ame;o.
rement de l'injistice qu'on lui
faisoit.
Nota, que ce Commissaire
du S. Office est un Dominicain
qu'on sçait estre ami de
son adversaire, &, à qui il
échapamême dans l'interrogation
de parler au sieur de
Junnillac du procès qu'il a
avec sa Partie.
Dés le Vendredy au soir
que Junnillac fut arrêté, son
valet courut en donner avis à
son Procureur, homme d'esprit
& trés-accredité
,
lequel
aussi tost en informa le Cardinal
Ministre, en lui representant
que les ennemis de M.
de Junnillac pourroient bien
luy avoir suscité cette affaire.
Le Cardinal en informa le
Pape sur le champ, & le S.
Pere donna les ordres pour
estre instruit dés le foir même
& avant de se coucher, de ce
qu'écoit devenu M. de Junnillac,&
par qui il avoit esté arrêté.
Le Pape comprit aussitostqu'ily
avoit de laméprire
& de la malice.
Pour lamépriseelleestclaire,
car le Samedi matin, jour auquel
il y avoit Chapelle pour
l'anniversaire d'Innocent XII.
le Pape seignit de ne pas sçavoir
ce qu'étoit devenu M. de
Junnillac,& demanda auxCardinaux
de la Congregation
du S. Office des nouvelles du
dit Chevalier, & s'ilavoitété
arresté par un decret de l'In-
,
quisition; aucun d'eux,quoiqu'ils
eussent signez la capture,
ne sçavoit pas avoir signé
la
lacapture de Junnillac.LePape
ne cessoit de les presser là-dessus,
les relevant du secret du
S.Office, & leur reprochant
parlà d'avoir figné si indiscretement,
& de s'estre laissé
surprendre si mal à propos.
La méprise est des plus claires:
la malice, dit tout le monde,
l'est autant; mais au bout du
compte qu'en seroit il revenu
à sa Partie. C'est sur quoy l'on
ne demeure pis court ; car,
dit -on3. MD** avoiteuavis
que le grandBaillage de Lyon
étoit vacant, & qu'il a ppartient
au grand Maréchal de
Malthe,il esperoit que la
Langue l'en mettroit en possession,
voyant sa Partie prisonniere
au S. Office, d'où
l'on ne sort qu'après de longues
années,si innocent qu'on
puHfe estre. D'ailleurs sa
Partie devenant odieuse, il
rassembloit tous les suffrages
en sa faveur, & esperoit
par là une décision favorable.
On dit même qu'il
avoit pris pour cela sesmesures,
& que sa Requeste éroic*
toute dressée pour faire
declarer Junnillac infâme, &
incapabledeposseder jamais
aucune Charge dansl'Ordre:
enfin on a beau prendre à
corps &à cris le parti de son
adversaire
, on ne trouve pas
de deffenses qui le lavent
,
il
faut convenir du moins qu'il
est bien malheureux d'être
soupçonné partout le monde
de pareille noirceur ycc qu'il
ya de seur
)
cest que Junnillac
est blanc comme neige
, &
que l'on fait l'autre plus noir
quelediable. On ne sçait pas
même si le Pape ne poussera
pas lachofe plus loin en faveur
de Junnillac;car il a fait
pour luy chose sans exemple,
ayant tenu une Congrégation
extraordinaire du S. Office
pour le faire relâcher
,
sans
en avoir estésollicité par qui
que ce foir. Une justice si
prompte, & si vive de la parc
du S. Pere, fait croire à tout
le monde qu'ilest pleinement
instruit des souterrains que la
malice des ennemis de Junnillac
avoit mis en oeuvre; car
on sçait que pour accelerer la
capture de ce Chevalier
, &
que pour empêcher une plus
ample information sur son
compte l'on avoit malicieusemcnrdebue
qu'il s'enfuyoir.
De Paris, ce 29. Octobre.
Jeudy22 decemois,àune
heure aprèsmidy,unhomme
de fort bonne mine&bien mis
qu'on duêtre deconsequence,
passant sur le Qijay des Theatins
, estant vis à vis l'Ho!1el
d'Hollande,apperceut dans
un carrosse sa femme accompagnée
d'une autre Dame
avec chacune leur Galant
le M. , courrut après le carrosse
l'épée nuë à la main, criant
auCocher d'arrêter, ce qu'il fie
& pendant que le M. ouvrit
la portiere du carrosse du côté
où estoit sa femme,les deux
Galants ouvrirent l'autre &
prirent la fuïtecraignant la
pointe de l'épée du M. qui
prit sa femme par le bras &
lasie fauter hors du carrosse,
il luy donna plusieurs coups
de plats d'épée
,
ensuite il luy
dechira & mit en piece son
écharpe & sa garniture qui
valoient. plus de 500. livres
&une partie de seshabits qui
estoientmagnifiques; les porteurs
& porteuses d'eau profitèrent
de ces débris, aprés
4boy le M. remonta dans le
carrosseavec sa femme & s'en
alla chez luy au quartier de S.
Honoré, où il demeure,&
l'autre Demoiselle s'en alla par
la rue des Petits Augustins ;
,
les Galants gagnerent le Pont
t
Royal, suivis d'une quantité
de peuple qui faisoient de
grandes huées après eux,en
les appellans lâchas
, 6c pol-
4 trons. ; Le 13. M. leL~. ancien
Procureur auxChâtelet,6cM.
N**fameux Comedien du
Roy prirent querelleàl'Hôtel
le de Nassau sur quelque inci-
»
dent du jeu,& la dispute s'échauffant
insensiblement
, le Comédien die ces tendres
paroles au Procureur. Qui dit
unProcureur,dit un fripon. Qui
dit un Comédien, reprit le Procureur
,dituninfâme,unhomme
sans honneur, & par addition
, va mon ami tu n'ésqu'un
baladin, pour mes vingt fols
tu és obligé de me divertir, &
tu ne peux pas venir chez moy,
qu'ilnet'en coûte dix pistoles,
encore les employeroisje à te
faire pendre. A ces mots ,tu
n'és qu'un insolent, luy répondit
le Comedien ,il ne te convient
pas de parler devant un homme
Je ma forte
, QT tu devroissçauoir
que je fuis un Officier du
Roy. Il dit, & chacun rit, j'en
ay avec vostre permission ~ri,
riez en aussi.
L'Articlesuivantsuffiroit
seul pour remplir ce Volume,
si j'entreprenois de vous donner
l'histoire genealogique de
toutes les personnes de distinction
qui sont mortes pendant
le cours de ce mois; mais ce
n'est pas mon dessein, au con-
, traire je vais l'abbreger autant
qu'il me fera possible. Je voudrois
même chaque mois le
voir upprimé tout entier,
faute de Morts.
MORTS.
Messire Nicolas-Auguste
delàBaume, Marquis deMontrevel
,
Marêchal de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
Commandant en Chef dans
les Provinces d'Alsace& Franche
Comté, Gouverneur du
Mont Royal, Lieutenant General
pourSa MajestéenBourgogne,
esr mort le ii. de ce
mois en sa soixante-onziéme
année. Sa, valeur & Ces services
ont toujoursparu avec éclat,
.& il. a jointà lagloire qu'il
avoit acquise,celle d'une grande
pieté quiaparticulièrement
éclaté avec tout son courage
dans les derniers joursde sa
vie. Il avoit cy- devant esté
Commandant pour le. Roy.
* dans la Province de Languedoc,
où il fournit lesRebelles,
& depuis en Guyenne,où il
estoit autant aimé que respecté.
Il se disposoit à aller en
Alsace
,
dont M. le Regent
luy avoit donnéle Commandement
avec la Patente de General
d'Armée) lorsqu'ilest
mort. La Maison de Montrevel
est si connuë & si diftitvguée
par Ces services, ses emplois
& ses Alliances, & particulièrement
par le Bâton de
Maréchal de France dont fut
anciennement honoré- un
Montrcvel
3 que je ne diray
rien de plus sur l'illustration
de cette Maison.
DameHenriette Julie de
Castelnau, Epouse de Messire
Nicolas Comte de Murat,
Chevalier Seigneur de Varillettes
,
Villeneuve
,
Brousse,
Comte de Gilbertez
,
Baron
de Cronces & de Pleaux, Colonel
d'un Regimet d'Infanterie,
mourut d'hydropisie le
19. Septembre dernier dans
son Chasteau de la Buzardiere
au Maine;elle estoit fille de
Messire Michel Marquis de
Castelnau
, Gouverneur des
Ville &• Citadelle de Brest ,
Colonel d'un vieux Corps,tué
enHollandeen1672.àlatète
de son Régiment, & de Dame
Loüise Foucault de S.Germain
Beaupré, & petite fille de
JacquesMarquisdeCastelnau,
Maréchal de Francegouverneur
des mêmes Ville& Citadelle
de Brenl mort des bIef.
,•
fures qu'il reçûtau Combat
des Daties, & au siege & prise
deDunkerqueen1658 &de-
Dame Marie Girard de l'Efpinay.
Loüise Foucault,Marquise
deCastelnau,estoit fille
de Messire Loiïf* Foucault de
S. Germain,Comte du Dognon,
Vice Amiral & Marechil
de France, Gouverneur
de Broüage, de l'iAc de Rhé
du , Pays d'Aunis & de la Rochelle,&
de Dame Marie
Fourré de Dampierre. Madame
la Comtesse de Murat
n'alaisse qu'un fils qui en M.
le.Marquis de Murât,Colonet
d'Infanterie. Je n'entrerai
pas dans un plus long détail
de la Généalogie de la Maison
de. Castelnau
,
elle est assez ramplement
traitée par le sieur
le Laboureur dans son excellent
Livre des Additions auJC)
Mémoires de Messire Michel
deCastelnau,SeigneurdeMauvissiere,
Ambassadeuren Angleterre
, & employé en plusieurs
Négociations sous les
Rois Chades IX. & Henry
III. Madame la Comtesse de
Murat qui vient de mourir
joignoit à sa naissance beaucoup
de delicatessed'esprit, &
,
l'élevation de ion génie a paru
particulièrement au moment
de sa mort, par Ces pieux fentimens
& saresignation parfaite.
A l'égard de la Maison de
Murat, comme elle est assez
connue, je me contenteray de
dire pour marquer son ancienneté
& son illustration, qu'elle
a pris son nom de la Vicomté
de Murât en Auvergne, vers
l'an 1000. Les Vicomtes de
Carilat & de Murat estoient
Licurenants des Comtes de
Rhodez dans le temps que les
Comtez
j
les Gouvernements
&
& les Fiefs n'éstoient que des
bénéfices à vie. Guillaume Vicomte
de Murat fils de Guybert
de Carlat a esté un des
Fondateurs de l'EglisePrieu.
rédeBredon l'an1050. Pierre
Vicomte deMurat épousavers
l'an1215.Gaillarde de laTour
fille de Bertrand de la Tour &
de Jeanne de Toulouse
,
&
soeur deMarguerite de laTour
femme d'Ebles, Vicomte de
Ventadour. La Vicomté de
Murat fut consisquée en 1414.
sur Renaud Vrcomtc de Murat,
& donnée à Bernard d'ArmagnacConnetable
de Fran.
ce ; cette Vicomté & celle de
Carlat furent encore consis
quées en 1477. sur Jacques
d'Armagnac, Duc de Ne,
mours J
& puis données par
échange au Duc Pierre de
Bourbon en 1493. & depuis
confisquées sur leConnétable
de Bour bon en 152.7. & jointes
au Domaine:lalignedire
¿b: de Murat a continué
par Armand de Murat, fils de
Guillaume Vicomte deMurat
marié vers l'an 1380. avec
Marguerite de Rochemaure,
fille de Pierre-de Rochemaure,
Clievaller,, & de Beatrix de la
Roche Dame de Tesfonniere,
& d'eux estoit desceendu successivementMessire
Claude
de Murat, Chevalier Seigneur
de Villeneuve&de Varrillettes
,
Mestre de Camp général
de Cavalerie & Lieutenantgénéral
des Armées du Royen
1651. pere de M.le Comte
de Murac, mary de Madame
la Comtesse de Murat qui
vient de mourir, & aujourd'buy
le seul Chef des Noms
& Armes de Murar.
Il ya une Branche de Murat
sortie des Vicomtes de Murat
avant l'an1300. establie en
Roüergue & qui a pasé depuis
en Dauphiné, dont Mesficurs
les Marquis de l'Etang
en Dauphinéétoient lesChers
& ont toûjours porté leNom
& les Armes de Murar.
La Maison de Murat est alliée
à celles de la Tour d'Auvergne,
de Caumont, de Peyre,
de Cardaillac, de Pons, de
Caylus
,
de Chasteauneus,
d'Apcher, de Langheac,de
Bretons
,
de Pierrefort & de
Soudeillcs,&c.
Dame Marie-Magdelaine
Ollier deBeffat veuye de Mcffire
Aymar le Cocq ,Conseilletau
Parlement, dont je vous
appris la mortau mois d'Août
dernier,est morte le. Octobre.
Elle étoit fille de M. Oli
lier de Bessat ancien Maistre
des Comptes à Paris, & d'une
familleoriginaired'Auvergne.
Dame Bonne-Angelique
de Mornay de Monrchevreüil
épouse de Messire Estienne-
Joseph Comte de Manneville,
Marquis de Charlemesnil
Gouverneur des Ville & Château
de Dieppe
, mourut le
22.Septembre laissant des
cnfans ; elle étoit fille de
Messire-Henry de Mornay,
Marquis de Montchevreüil,
Chevalier des Ordres du Roy
Capitaine & Gouverneur de
S. Germain en Laye
,
& de
Dame Marguerite Boucher
d'Orçay:elleétoitsoeur de M.
leComtede Mornay Marquis
de Montchevreüil
,
Liturenan
General desArméesdu
Roy, Capitaine, & Gouverneur
de S. Germain en Laye,
de Messieurs les Abbez de
de Mornay,& de Montchevreüil
Capitaine deVaisseaux,
& de Madame la Marquise
dePracontal
,
Veuvedu Mar-
*
quis de ce nom, Lieutenant
general des Armées du Roy.
La Maison de Mornay estune
des plus anciennes duRoyaume
,
ses alliances font toutes
distinguées,&elle a donné
plusieurs Chevaliers des Ordres
du Roy. Pour la Maison
de Manneville elle est originaire
de Normandie, & elle
n'est pas moins connuë par
son ancienneté que par sesalliances.
Messire Pierre - Jofeph-
François de la Croix,Comte
de Castries
, mourut le iç.
Septembre âgé de 2. 3. ans: Je
vous parlay assez amplement
de sa Maison à l'occasion de
son mariage avec feu Mademoiselle
de Nolent, dont je
vous ay appris la mort depuis
peu, pour ne vous en pas dire
icy davantage.
Dame Elizabethdu Noyer,
Epouse de Messie Nicolas
Boulet, Conseiller au Parlement,
mourut le zp-, Septembre,&
lesieurBouletest mort IciS.-Odobre. Elle estoitfille
de Claude du Noyer,Seigneur
desTouches, Payeur desRentes
de la Ville de Paris, &
d'Anne-Elizabeth du Molin,
petite
petite-fille de Claude du
Noyer Secretaire du Roy, &
deMarie Dumas, arriere petite
fille de Nicolas du Noyer
Payeur des Rentes de la Ville
de Paris, & Maistre d'Hostel
du Roy
,
lequel étoit fils de
François du Noyer, Ecuyer
pour-suivant d'armes duRoy,
demeurant à Fontenelles-Vicomte,
mort le 12. Novembre
1615. Pour feu M. Boulet
son mary, il étoit fils & petitfils
de Messieurs Boulet d'Ouchamps,
Tresoriers de France
àChâlons,dont laFamilleétoit
originairedelaVille deRheims
Messire Pierre Descasaux,
Seigneur du Halley, qui avoit
esté reçû Conseiller au Parlement
le
2, 3. May dernier
,
mourut le octobre. Il
éroit originaire de Bretagne.
Messire Augustin Servien,
Abbé de S. Joüin de Marne &
de Perray-neuf, & Prieur de
fainte Catherine du Val des
Ecoliers, mourut le six cao.
bre.Ilétoit frere de feu M. le
Marquis deSablé, & de feuë
Madame laDuchessedeSully
merede M. le Duc de Sully
daujourd'huy
,
& il étoit fils
d'Abel Scrvicn Marquis de
Sablé & de Chasteauneuf,
Ministre & Secretaire d'Etat,
Sur-Intendant des Finances de
France, Commandeur &
Chancelier desOrdres duRoy,
mort l'an 1659.& d'Augustine
le Roux de la Roche des
Aubiers. La Famille deServien
est originaire de Dauphiné,&
elle subsiste encore dans la personne
des Seigneurs de Cotfcy,
&de la Balme.
Messire Pierre Charles Regnault
d'Angennes, Comte
de Graville, Seigneur de Fontaine-
Ryant, Colonel du Regimentde
Normandie ,mourut
le 7 Octobre. Il étoit le
dernier de la Branche des Seigneurs
de Fontaine- Ryant, &
a eu pour heritiere Madame
la Maréchale de Montesquiou
sa cousine. La Maison d'An.
gennes est, une des plus illoftrées
du Royaume tant par les
Charges que par ses alliances.
Damoiselle Marie Catherine
Elisabeth Nicolai mourut le J1.Oétobre. Elle étoit fille
de Messire Jean-Aymard Nicolai
,
Marquis de Goussainville
,
Premier Président de la
Chambre des Comptes de Paris,
& de Dame Marie Cathe-
.j ris,i
rine leCamus sa premiere femme.
La Famillede Nicolaiest
une des plus illustres de la Ro
* be
,
& sans vous en faire icy
aucun détail,ilsuffirade vous
faireressouvenir que M. lePrésident
Nicolai estleseptiéme
de son nom qui ait possedé la
mêmeCharge dePremierPrésident
de la Chambre des
Comptes de Paris.
Messire Loüis de Br-a-n.c,a-s,
Abbé de Nôtre-DamedesAlleurs,
frere de M. le Duc de
Villars, mourut le 12. Octobre.
Je ne vous diray rien icy
de sa Maison, vous en ayant
allez entretenu lorfcjuc M.
l'Abbé de Brancas
,
frcre du
Marquis de ce nom, fut nom:;
méàl'Evêché deLisieux.
Dame Jeanne Gabriële de
Ruault,Veuve de Messire Jules
d'Arnolphini
,
Comte de
Magnac
,
Lieutenant general
des Armées du Roy, Inspecteur
general de la Cavalerie,
& Gouverneur deMont- Dauphin
,mourut le 12.OCtobre.
Feu M. de Magnac avoit servi
avec beaucoup dediflinâion,
& il estoit d'une Famille originaire
de Florence.
DameMarieAnne Aymée
Geneviéve Jubert de Chailly,
Epousede Messire René le
Vaillant, Seigneur deCauville,
ancien Consciller de la Cour
des Aydes, mourut le 16.Octobre.
Jeremets au mois prochain
à vous parler de la mort de
Madame la Duchesse d Olonne&
de Madamed'Armenonville.
Qu'un Mariage du moins
nous aide à sortir de ce triste
Chapitre.
MJRIJGE.
M. de Verthamon d'EmbJoy,
Consceiller au Parlement,
a épousé Mademoiselle
Perrelle le trois de ce mois
dans l'Eglise Royale de S.
Germain l'Auxerrois Paroisse
de la Demoiselle. Ces deux
aimables moitiez ont mis ensemble
tous les agrémens qui
peuvent rendre lavieheureuse,
biens, naissance, éducation
avec l'assaisonnement de l'esprit
& ce qui m'en plaît davantage
Tous deux sont en fleur de
jeunesse :
Aimabletemps, aimableyvresse!
Puissent ces fortunez époux
En cüeillir les fruits lesplus
doux.
Certain Anonyme m'a envoyé
le mois passé un paquet
où j'ay trouvé une Satyre à la
laquelle j'ay ci û faire justice
en la mettant au feu:l'Auteur
de ce calomnieux ouvrage a
bien mauvaise opinion de
moy,s'il a soupçonné que
jefusse capable de luy donner
place dans mon Recuëil.Je le
prie de ne plus m'envoyer à
l'avenir de Poësies dece genre,
jene luy conseille pasmême
de sefaire connoistre à moy 3
parce que je ferois homme à
le livrer à l'indignation publique.
Il y a dans Paris quelques
Poëtes seelerats qui ont pour
maxime,qu'ilfaut à bon compte
calomnierl'ennemy
,
parce que la
calomnie la moins probable & la
plus mal concertée trouve toûjours
foy dans quelques esprits.
La raison de cette infâme
maxime est plusvraye qu'on
ne s'imagine
, en voicy la
preuve tirée d'un exemple qui
merite d'êtrecité.
Aprés que Rousseau
,
le
Prince de nosSatyriques, eût
esté banni du Royaume par
Arrêt du Parlement, certain
personnage à cervelle ardente
, rêva que Rousseau n'estoit
point Auteur des couplets
satyriques qui avoient donné
lieu à sa proscription ; il n'en
demeura pas là, il crût avoir
cû revelation que cet infâme
ouvrage avoit esté composé
par une certaine per sonne
universellement estimée pouf
ses bonnes moeurs, le zele de
la veritééchauffa nostre Fanatique,
le voilà en campagne,
il se répand de costez & d'autres
dans Paris, ilsefaitça&là
de petits auditoires ausquels
il dénonce le veritable criminel
échapé aux recherches de
la Cour : la justice de Dieu
va suppléer à celle des hommes
, on écoute, on attend
du zelé Missionnaire des preuves
claires de l'étonnante verité
qu'il annonce : contentezvous
,
Messieurs, de la
vive per suasion du saint Harangueur
,
il seroit injuste de
demander d'autres preuves à
unhommeinspiré.
Mais à propos, de quoy me
suis-jeavisé de parler de ces
Hatangues qui ont donné la
Comedie à tout Paris ? le voicy.
Des gens tressensez ont
prétendu que l'homme en
question n'étoit point dans le
cas des calomniateurs dangereux
dont nous venons de
parler, parce qu'il n'a pû en
imposer à personne. Je sçais
bon gré à qui pense aussi bien
des hommes en general
,
mais
je veux bien que ces Messieurs
sçachent quenoftre visionnaire
n'a pas prêché sans fruit ;
dans le temps de sa mIllion)
j'ayvûdes sots qui le croïoient
bonnement
, & des fourbes
qui feignoient malignement
de le croire.
De-là je concluds, qu'on
ne calomnie jamais en vain,
& que tout calomniatcur devroit
estre puni comme un
empoisonneur.
Je vous ay promis en quelque
endroit de ce Volume
,
une reprise deSpectacles, il cft
temps de songer à vous tenir
parole. Vous sçaurez donc
qu'il va desormais êrre facile
au Public de voir une fois la
semaine en un même lieu,
tous les differents Spectacles
qui le répresentent à Paris. La
Salle de l'Operaest destinée
à ceMinistere. Les Tragedies
& les Ballets qu'on jouë sur
ceTheâtre, y serontrepresentez
à l'ordinaire, c'est à-dire
le Dimanche, le Mardy
,
le
Jeudy & leVendredy pendant
l'hyver,&leJeudy supprimé
pendant l'Eté.Les Comediens
Italiens y joüeront le Mercredy,
& les François le Samedy.
A propos deceux-cy jl convient
de vous apprendre les
suites qu'a eu la Scene qui se
*
passa chez eux le 5. du mois
passé, à la lecture de laJoiïenfè
de M.Dufresny. J'ay eu l'honneur
de vous dire dans mon
dernier Journal de quelle maniere
odieuse se termina cette
Assemblée au grand scandale
des honnêtes gens spectateurs
de cctre Scene. En voicyle resultat.
Plusieurs personnes
qu'épouvanta peutêtre pour
eux mêmes un pareil procedé,
se plaignirent à Messieurs les
Premiers Gentilshommes de
la Chambre,malstres&Juges
nez des Comediens, de leur
licence effrenée & des insultes
fréquentes
fréquentes qu'ils faisoient aux
Auteurs. Monsieur le Duc
d'Aumont& MonsieurleDuc
de la Tremoille écouterent favorablement
les plaintes de
M. Dufresny
,
8; eurent la
bontédeluy assigner un jour
pour entendre la lecture de sa
Comedie. Ils envoyerent en
même tems à quatre des principaux
Comediens un ordre
de ne pas manquer d'assister à
cette lecture le jour marqué.
Cette Assemblée extraordinaire
où devoit être décidé le
fort de la Joüeuse,setint chez
M. le Febvre Tresorier des
Menus. Quelques amis de M.
Dufresny & un grand nombre
de gens de Lettres &
d'esprit qu'il n'avoit pas invitez,
s'y rendirent; Monsieur
le Duc d'Aumont qui avoic
déja entendu la Jeéture de
cette Comedie ,jVy alla pas;
M. le Duc de la Tremoilley
arriva à quatre heures. Il eut
l'indulgence
„
dans l'attente
des Comediens qu'il avoit
mandez, de faire suspendre
pendant plusd'un quart
d'heure cette lecture ; mais ce
fut peine&temps perdu. Nul
d'eux,à l'exception de MademoiselleGauthier,
ne se prcsenta
àcette Assemblée.Je me
garderay bien de leur faire un
crime de cette desobéïssance.
Un pareil examen ne m'appartient
pas, & Messieurs les Premiers
Gentilshommes de la
Chambre connoissent assez
bien sans moy,lesconsequences
de ces prévarications : Je
me contenterai de dire en passant,
que les Comediens en
vertu de la qualité d'Officiers
du Roy qu'ils prennent ,
se
croyent dispensez d'obéïr aux
premiers Gentilshommes, en
ce qui concerne leur Théâtre,
& qu'ils disent qu'ils n'ont
d'autorité sur eux, que pour lechoixdesPieces qui doivent
être joüées devant le Roy, &
que pour le payement de leur
Pension. Ils pourroient &devroient
certainement, sans
craindre d'avilir leurdignité,
faire plus d'honneur à la qualité,
à l'esprit & au bon goût
de leurs Maistres.Mais,comme
je vous l'ay déjadit,cen'est
pas là mon affaire. Revenons
-
àlajoiïeufe. Malheureusement
pour les Comediens,cettePiece
n'eût pas ce jour-là pour
Juges de son mérité
, une
•
Troupe d'auditeurs degoûtez
d'elle avant de l'entendre
,
comme elle l'avoit euë le jour
que M. Dufrcfny en lût deux
Actes dans la Salle de la Comedie.
Au contraire cette lecturc
ne fut interrompuë souvent
que par un grand nombre
d'applaudissements, & ne
finit que pour recevoir tous
les éloges qu'elle meritoit.Ensin
Monsieur leDuc de laTremoille,
ainsi que toute laCompagnie,
sortit de cette Assemblée
tres-content de la Comedie
)& fort mécontent des
Comediens. Je leur rends encorc
la justice de ne les pas.
croire assez temeraires pour
oser nier que cetteAssemblée
étoit composée de connoisseurs,
& de gens du meilleur
zour. 00
Cecy n'est point Conre
tiré des Dames Illustres de
Brantome, cest un fait veritable
& nouveau, en un mot
c'est un geste insigne de courage
& de vertu avenu le 20.
dumois passé à Londres en la
personne d'une belle & gencreuse
Dame Angloifc.
Un jeune Fermier de la
Douane de Londres
,
beau,
bienfait & riche
,
vit il y a
quelque temps dans l'Eglise
de S. Jamesla belle Madame
de.** (c'est dommage
- que
le nom de cette Heroïne ne
foit pasconsacréà l'immortalité,
maislapostérité me permettra
de luy dire que je ne
fuis point coupable de cette
négligence, & elle s'en prendra,
si bon luy semble
, aux
concitoyens de cette illustre -
Dame. ) Le jeune Fermier ,
vous dis-je ,la vit & l'aima.
Cela est fort naturel
, & jusqu'icylachoseva
le mieux du
monde. Illa suivit,il s'informa
d'elle ,il apprit qu'elle
étoit l'épouse d'un GentilhommeEcossois,
absent alors
de Londres, & pour cause de
grande importance. Il s'imagina
&sepersuada qu'il ne luy
seroit pas difficile de profiter
de l'absence du Gentilhomme.
Il mit tout enusage pour
amener son dessein à une bonne&
heureusefin Ilfitconnoissance
avec les Dames que
frequentoit le plus souvent
celle dont il étoit éperduëment
amoureux. Il proposa
cadeaux
J
promenades, Spectacles
tacles & fcftins
,
qui furent
acceptez,ainsi que cela se pratique
communement&familierementen
Angleterre, enfin
il trouva un jour le moyen
de joindre sabelle Maîtresse,
& del'entretenirtêteàtête. I)
luyfit d'abord un magnifique
étalage de ses divins appas , de-làilpassa au tendre amour
qu'ilsavoient allumés dans son
coeur ,
puis aux prieres, aux
soupirs& aux larmes; mais la
voyant inflexible, inexorable,
insensible à l'ardeur de ses
voeux, de la contenance la
plushumble &la plus respectueuse
il passaaux menaces &
à la violence, ses yeux s'enflammerent,
son visage rougir, &
pâlit
,
& ses mains agirent si
outrageusement que la Dame
eûtbesoin de toute sa force
&de tout son courage, pour
se deffendre & se dérober enfin
toute éfrayée
,
tremblante
& presque à demy morte, à
la fureur de cet audacieux
amant. Echapée d'un si grand
peril, elle se promit de ne plus
se trouver desormais en aucune
compagnie où ce temeraire
pourroit se presenter à ses
yeux. Sesprécautions luy
reussirent pendant quelque
temps; mais dégoûtéeàlafin
de l'ennuy auquelle foin de
l'éviter l'exposoit tous les
jours,elle ne pûc se deffendre
de revoir ses amies ; le Fermier
alors ne manqua pas de la revoir
aussi; & dans le premier
entretien qu'il eût avec elle, il
luy demanda un million de
pardons de ce quis'estoitpassé
cntre eux. La Dame ne luy
pardonna son crime, qu'à
condition que de sa vie il ne
s'aviseroit d'aller chez elle. Il
luy promit tout ce qu'elle exigea
de luy, & illuy tint parole
pendant huit jours, au bouc
desquels une nouvelle importante
qu'il eut à luy communiquer
,
servit de pretexte à sa
désobéissance. Ilsurenfinchez
cette belle personne,il luydit
ce qu'il avoir à luydire,& se
trouvant sans témoins à costé
d'elle,iljugea à propos deluy
parler encore de son amour.
La belle trembla,l'amant s'encouragea
: & pour ne pas manquer
une occasion qu'il crut
ne pouvoir retrouver de sa
vie
,
il l'attaqua en Lyon
,
il redou bla ses efforts,& malgrélarésistance&
lescris inutiles
de sa malheureuse Maîtresse
,
il auroic peut- être
triomphé de soncourage & de
sa pudeur, si par bonheur
pour elle, presque réduite aux
derniers abois, elle n'avoit
trouvé fous sa main une paire
de pistolets que son mary renoit
toûjours chargez dans la
ruelle de son lit
,
elle en prit
un, letira,&cassa un bras à
cet insolent
,
quecetteblessuremit
dansune sigrandefurie
-
qu'il alloitluy passer son épée
au travers du corps,side l'autre
coup de pistolet, ellene
l'eut étendu mort sur la place.
Tout ce vacarme enfin fut entendu
, en accourut de toutes
parcs, clic conta son avanture
& chacun donna,donne,&
donnera toujoursmille éloges
à sa vertu.
Autre trait non moins genereux
peut-être que celui-ci, quoyque
d'une nature bien différente.
Malgréladilated'elpeçes
où l'on dit que nous sommes
depuislongtemps, (disette
autem parfaitement verifiée
,
prouvée,& démontrée c hez
moy)ilestbonde vous dire
qu'il y a encore ici des modeles
de generosité qui ne se trouvent
peut être en aucun Pays
du monde. En voicy un entre
autres, & celui cy cil pour
le present le seul que je sçache.
Pardevant Messires Machurin
Chavancs
,
N. de Bellemonr,
N. de Changy,Nicolas
Burec
,
Colonel des Archers
de cette tant bonne Ville de
Paris, Nicolas Camus, Major
de ce Régiment
,
Claude
de Romancan Tresorier, Receveur
Caissier des deniers
dont le Publicindulgent gra.
tisie la Troupe des Comédiens
François, & Hirdouin
le Febvre deFontenay tres-distingué&
tressageAuteurdu
present Livre, parut le quinze
de ce mois, en l'Hôtel de la
petite Chaise
, renomme Cabarec
és. environs du grand Châtelet
de Paris,lesieurAmbroise
Heberc
,
Lieutenant Colonel des
Archers de Ville
,
Procecteur
de l'Enseigne des Quatre Fils
Aymons, lequel Ambroise Hebert
par trop abondant en joïaux,
voire même en argent , après
avoirtrès honorablement regalé
les dénommezcy-dessus, auroit
en vertu d'un petit compliment
à luy fait par ledit Romancan sur
la beauté & richesse de son épée,
tiré sadite épée de son costé , & d'elle faiten pur don un notable
present aulouangeur d'icelle.
Item ledit Nicolas Camus se
souvenant souvent pendant le repas
,à songrand dam & regret,
qu'un fientonneau devin de la
valeur de quatre-vingt francs sse
seroie défoncé & perdu danssa
cave,&ne pouvant pource etre
joyeux
,
ainsi que le requeroic
l'assemblée,ledit Ambroifc
Hebert dépité de l'entendre
geindre sur le malenconbre de
son tonneau ,auroit tiée de son
escarcellelesdits quatre-vinge
francs, & les auroit libéralement
donné au susdit plaignant,
pour avoir aise, paix & joye. Et
notammentledit&reditAmbroise
Hebert auroit promis pour le
lendemain matin,à moy Historiographe
fidele de la presente
Histoire
,
deux bonnes voyes d<r
bois bien cordé avec la perche,
pour m'inciter à la rendre publique,
mais ilm'auroit laisse vilainementla
peine de l'écrire gratis:
Ce que jefais, ami Le¿}curJ
moule fâché néanmoins de m'être
inutilement trouvé à û bonne
fête.
Pour vous maintenir en belle
humeur,autant que faire sepourra
, le reste de ce Volume va êcre
assaisonné deVers jolis & de jolis
Vers, d'une Chanson gentille
& de nouvelles Enigmes.
JLa salosiie tendre & mortelle.
A Mademoiselle P * * *.
rOUsm'aimet,he/leIris)411tanl
queje vous aime;
Mais ce bonheur pour moy rieft
qu'un fatal poison,
Lorsque je pense,helas!que vous
, avez, de même
AimelevolageDamon.
Pendant deux ans entiers, une
amoureuseflame
Vousfitsuivre le char de la tendre
Venus.
Vous m'avet cent fois dit qu'il
régna dans votre ame
En disant qu'il ny regnoit fins,
Mais s'il en efi banni, de quoy
viens-je meplaindre,
Tiens-je icy les discours d'un jaloux
insensé,-
jb sipourlepresentDamon ness
plus à craindre,
Il l'est dumoinspour le passé.
®
son image a*mesyeuxsepresente
sanscesse,
il jette dans moncoeur les plus
cruelssoupçons ;
Iris de moy, dit-il, aux douxjeux
de tendrejje
Refut lespremières leçons.
Pour calmer mes transports qtte
'Vous fert de me dire
Jgue la Vertu toujours JiNt l".
chaîner vos f'"fEl¿X
Qu'unbaiser innocent un regard,
unsourire
Etoient tout leprix de ses feux.
~t~
Laissez, dans vos Romans ces
phrasesfuranées,
ï?Amour pour subster veut un
autre entretien.
Cet- enfant efi goulu. J$uoy/pen~
dant deux années
Auroit-ilpu vivre de rien?
A vos moindres faveurs toute
autre faveur cede.
MaisrAmanta CAvare ejlJemblableen
cepoint
Qu'ilestmoins riche,Iris, de tout
ce qu'ilpossede,
Jjyuepauvre de ce qtfil n'apoint.
Vainqueur ilveutsurtout étendresa
conquête,
Un triompheparfait peut seul v
£enorgueilliry 1
gue font tous ces lauriers qui
couronnentsa tête
S'il-en resse encore a cueillir?
,lu--
Pouviez* - vous refujer en vôtre
ardeur extrême
Un bien doux à donner autant
quarecevoir,
p-onvie'{;voUJ dans Damon vous
combattre vous même,
Pouviez,-vousmême le vouloir..
Ah!sij'enprens Iris, laraison
pourarbitre,
Ne me regardezplus comme un
futur Epoux.
E"lle mefaitsentirquun injurieux
titre
Bfljoint avec un nom sidoux.
f*
Mais non. L'Amour doit seul
reglerma destinée,
il va de nôtre hymen allumer le
flambeau.
Mais ma mortde bienpréssuivra
cet hymenée,
J'iray de l'Autel au Tombeau.
Dixain du jeune Tircis de 81.
ans à sa Philis de 70.
Tircis à Philis, après une
absence de43.ans.
J'étlis dans monEté, vous dans
vostre Printemps)
Philis,quandle hasard vont offrit
à ma veieë
Voui me vîtes brûler des fettxUs
plus ardents.
Sans que vôtreameenfut émellë: -
Le fort qui m'amène en ces lieux
Une seconde fois vous offrantà
mesyeux)
Le retour du périlm'étonne;
Et mon coeursemblem'avertir,
Zue des appas devotre Automne
A peine mon hyver pourra le ga.
rantir.
Matiere dedépense pour les
Musiciens qui voudront prendre
la peine de noter ces
paroles.
Unjour la jeune Annette,
A traversun buisson,
Vit Colinsur l'herbette
Zui donnoit à Lisette
Une tendre leçon
Au doux jeu d'amourette.
Depuis ce temps Annette
tA des ennuis secrets i -
Elle rêveseulette
Elle erre en nos Forêts,
Et l'Amourl'inquiette ,
Pour l'avoirvû deprés,
CHANSON.
ceffiz devousflatterd'une vaine
esperance,
Les charmes de l'Amour n'ontpour
moy rien de doux,
Rien nepourrajamaisébranlerma
constance,
Je ne puis meresoudre à choisir
Hn Epoux.
REPONSE.
CtlJez de vous picquer d'une
fausse confiance,
Si l'Amour a presentn'a pourvous
rien de doux,
Vous sentirez un jour l'effet dest
puissance, il
ilfçâura. vous resoudre a choisir
un Epoux.
Voicienfin le veritable & essentiel
Chapitre de ce Livre.
Le mot des Enigmes du mois
passé-étoit lesCizeaux & lePeigne.
Le nom de ceux qui les ont deviné
, sont, la sçavante & genereuseMademoiselle
de Pradine,
sa tres-redevable l'Infortunée
Lyonnoise, l'aimable Comtesse
-
& ses deux Associées, lesDemoiselles
de bon air
,
l'heureuse &
trop inconstante Me. Baillif, & sa
chere Compagne, les Curieux
Voyageurs, M. de Courtiere, Se
M. Saunier, la Marraine à gredin
de la rue des Bernardins, le gros
Rougeault de la ruë de la vieille
Monnoye,les deux inféparablcs
amis duMarais,Orestes&Pilades
& le Baron de Courtes oreilles. ENIGME.
Frivole amusementd'unefolle
jeunesse
On mefait le joüet du vent,
Etpour memettreenmouvement
L'on m'abandonneàmafoiblesse.
Maforme estparfaitement ronde,
Etmoncorps estautant formépar
le hasard,
<>)uepar aucun effet de l'Art
De celuy qui me met au monde.
Je pourrois ajoûter qu'image de
la vie
Nonéclatpasseenuninstant,
Que je nais & péris prefquau
mêmemoment,
Maiss*dmtifer à moyseroit pure folie.
AUTRE ENIGME.
Rien n'estplus commode que moi,
Je reçois tout ce qu'on me donne,
chacunsi range fous maIOY.,
Et je ne refusepersonne.
'È
Dans toutes les maisons je trouve
de l'employ,
Par tout on me met en usage,
Dans le Louvrefay davantage
D'assujettirmême leRoy,
Aces traits nepeux-tu, Lecteur,
me deviner.
Jesuis un pied d'estat dont tu fais
la Jlatuc
y Tafemme biensouventmefait voir
sa chair nuë,
Sansque tupuisel'empêcher. a
Onvend chezM.Lamesle,à
l'entrée de la ruë du Foin,du côté
de la ruë S. Jacques, l'Oraison
funebre du feu Roy,prononcée
en l'Hôtel Dieu de Lyon par M.
l'Abbé Briguer. Cette Piece est
une des bonnes qu'on ait faites
dans ce genre.
PROGRAMlrfE
de l'Académie Royale des Belles
Lettres, Sciences& Arts ,pour
un Prix d'Anatomie.
M. de Montesquiou,President
à Mortier du Parlement de Bordeaux,
& ordinaire de l'Academie
Royale de lamême Ville,
propose à tous les Sçavansde
l'EuropeunPrix qui fera distribue
le jour de S. Loüis 1 y. du
mois d'Aoust 1717. c'est une
Médaille d'or de 300.liv.
Il destine ce Prix à celuy qui
au jugement de l'Academie aura
donné la découverte d'Anatomie
la plus considerable &: sur tout
la plus interressante par son utilité
foit prochaine foit éloignée.
Les Prétendans qui n'auront
pas esté couronnez ne doivent
pas craindre que leur découverte
puisse leurêtre enlevée, ce fera
au contraire un moyen surpour
que la gloire leur en foit reservée:
les Registres de l'Academie
font un dépost public où ils pourront
avoir recours en cas de befoin
teoufe trouveront à l'abry
de tout soupçonlenomde l'Auteur
& la date de l'Ouvrage.
Il fera libre d'envoyer les dissertations
en François ou en Latin
,
elles ne feront reçûës que
jusqu'au premier jour de May
t
prochain inclufivementcelles qui
arriveront plus tard n'entreront
pas en concours. Aubas des Dissertations
il y aura une Sentence
&l'Auteurmettra dansun billet
separé&cacheté la mêmeSentence
avec son nom & son adresse.
Ceux qui enverront leurs ouvrages
,
les adresseront à Messieurs
de l'Academie Royale de
Bordeaux,ouausieurBrun,Imprimeur
de cette Compagnie
,
ruë S. James. On aura foin de
faire affranchir de port les paquets
sans quoyils ne feront pas
retirez du Courrier. A Bordeaux
le premier Octobre 1716.
Navarre
,
Secretaire perpetuel
de l'Academie Royale des
Edits qui ont été fublttz. pendant le cours de
cemois.110 fJouvelles de Londres & antreslieux. te1
Articlerempli de circonjlances curiestfts &e inte- (rejfantes, &c. 198
Morts. ~-~~
fdaria^e. 147
TABLE.
L'Air doit regarder lapage280
Qualité de la reconnaissance optique de caractères