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1716, 07
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A PARIS,
M. DCCXVI
AvecPrivilege du Roy.
M ERGOR JE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
deJuillet
1 716.
Le prix est30. sols relié en veau, &
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET,&J. LAmEstr,
au bout du Pont Saint Michel,
ducôté du Marche-Neuf,
au Livre Royal.
uii'ecAj>robation}&PrivilègeduF.**1
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR.
LE DUC DE ÇHARTRES.
N dit que ce jour-là
tous les humains semblerent
s'être donnez
le mot pourrire; & qu'à l'exception
d'une poignée de gens
ils publierent qu'ils alloient
desormais jouir dans une paix
profonde, & au milieu de
l'abondance des charmes
d'une vie tranquille.
On ajoute que chacun porta
ses voeux sur l'Autel, où il
s'imagina trouver le Dieuqu'-
il se croyoit le plus favorable.
De toutes parts, de toutes
111ajns, l'encens fumoit ; prières,holocaustes, victimes
agréables: & loüanges immortelles
à l'Auteur de nostre
felicité. Enfin tous d'une voix
chantoient ces mots en l'honneur
d'un seul.
* Hic ames dici Pateratque
Princeps
Diuque
LltfUS interjis populo Quirini.
Ecoûtez Prince avec plaisir
Un Peuple qui vous nomme
& son Pere& son Maître:
Et joüissez long-temps de cet
heureux loisir
Que vos seulesvertuspeuvent
luy faire naître.
Telle, & si grande étoit,
dit-on, l'allegresse publique,
que rien dans leshistoirespasfées,
presentes & à venir ne
* Her. Od. 2. L. 1.
luy peut estre comparé; lorsque
ceux, qui par chagrin,
par crainte, ou par mécontentement
,n'avoient pas esté
du nombre des rieurs, saviferent
de se difpcrfer danscette
foule prodigieuse de peuples,
& de faire parmi eux les vaticinateurs.
Vous vous estes,
disoient les uns, donnez tous
aujourd'huy le mot pourrire,
prenez garde d'estreobligez
demain de vous le donner
pour pleurer. Ce fera chose
bien plaisante, &il sera beau
voir un monde entier rire &
pleurer ainsi alternativement.
Ce que nous vous prédisons
néanmoins arrivera,
D'autres s'y prenoient plus
finement pour remplir les esprits
de défiance & de frayeur:
dans les retraites les plus clandestines
de leurs maisons, ils
composoient Prose outrageante
& Verssanglants, &
de-là les semoient dans le
monde. Leur probité connuë,
disoient-ils, leur confciencc
timorée, & l'interest des peuples
& de la Religion les forçoient
de rompre le silence,
admajorem Dcigloriam. D'autres
plus retenus, quoy qu'ils
ne le fussentcertainement pas
assez,faisoient des Odes à
peu prés de la nature de cellecy.
ODE.
Aux maux les plus affreux le
Ciel nous abandonne.
La discorde
,
la faim, la mort
nous environne; Et les Dieux contre nous souleveztant
de fois,
Equitables vangeurs des crimes
de la terre .,
Ont frape"{ du Tonnere
Lespeuples Cr les Rois.
Des rivages de l'Ebre aux
bords duBoristêne
, Mars a conduit sonCharattelé
par la haine :
Les vents contagieux ont volé
surses pas,
Etsoufflant de lamortlessemences
funestes
, - Ont dévorélesrefies
Echapez aux combats.
D'un Monarquepuissant la
racefortunée
Remplissoit de leur nom l'Europe
concernée.
îdy passésur la terre
<
ils étoient
-diffar"!J v
Etlepeuple abattu quesa miferc
étonne,
Lescherche auprés du Trôn:
> Et ne les trouveplus.
Peuples reconnoissez la main
qui vous accable.
Ce n'estpoint des Destins l'arrest
irrevocable
C'estlecouroux des, Dieux;mais
facileàcalmer;
Merite:{ d'estre heureux, osez
quitter le vice,
Rome en sages Héros autrefois
sifertile
Quifut des plus grands Rois la
terreur ou l'agile :
Rome fut vertueuse & dompta
l'Univers;
Mais l'orgueil& le luxe, ensans
de la Victoire,
Du comble de la gloire
La plongerent auxfers.
Quoy verra-t- on toujours de
ces Tyrans serviles,
Oppresseurs insolens des veuves,
des pupiles,
Elever des Palais dans nos
champsdesolez!
Verrons nous cimenter leurs portiques
durables
Dusang des miserables
Devant eux immolez.!
Elevez dans le fein d'un infame
avarice,
Leurs enfans ont fuccé le lait de
l'injustice
Et dans , nos Tribunaux vont juger
les humains!
Malheurà qui fondésur lafoible
innocence,
A missonesperance
Dans leurs indignes mains.
Des Nobles cependantl'ambition
captive,
S'endort entre les bras de la molejfe
oifive
,
Et ne porte aux combats que des
coups languijjants :
Cessez
,
abandonnez à des mains
plus vaillantes
Cespiques trop pesantes
Pour DOS bras impuissants.
Voye% cettebeautésous les
yeux desa rnere,
Elle apprend en naissant l'art
dangereux de plaire
Et d'irriter en nous nos funestes
penchants:
Son enfance provient le temps
d'estrecoupable,
Le vice trop aimable
Instruitses premiers ans.
Bientost bravant les yeux de
l'époux quelle outrage,
Elle abandonne aux mains d'un
courtisan volage
Desestrompeurs appas le charme
empoisonneur.
Que dis-je
, cet époux à quil'Hymen
la lie
Trafiquant l'infamie
La livre au deshonneur
AinsivousoutragezlesDieux
0* la nature.
Oh que ce n'étoit point de cette
sourceimpure
Qu'on vîtnaistre des Francs, des
Scithessuccesseurs
,
Qui du chard'Attila détachant
la fortune,
De la cause commune
Furent les deffenseurs.
Le Citoyenalorssçavoit porter
les armes,
Safidelle moitié quinégligeoitses
charmes,
Pourson retour heureux preparoit
des lauriers;
Recevoit dansses mains sa cuirassesanglante,
Et sa hachefumante
Du trépas des Guerriers
Au travail endurci leursuperbe
courage
Ne prodigua jamais un imbecile
hommage
A de vaines beautez qui ne les
touchoient pas,
Et d'un sexetimide & né pour
la molejjey
Ils plaignoient lafoiblesse,
Et ne l'adoroient pas.
De cessauvagestemps tbe.
roïquerudesse
Leur refusoit encor la délicate
adnjje
D'excuser les forfaits par un
subtil détour:
Jamais on n'entendu leur bouche
peu sincere
,
Donner
Donner à l'adultère
Le tendre nom d'amour.
Z/or qui naît sous sespas s'écoule
ensapresence
Lefolorgueillesfuitcompagnon
de l'erreur,
Ilsappe des Etats la grandeur
Souveraine,
De leur chûte prochaine
Brillantavant-coureur.
Voila le fondement imaginaire
des plaintes des derniers;
mais les plus sages & les plus
éclairez de cerre multitude
innombrable de gens zelez
pour lavérité, pour la justice,
& pour la gloire de leur patrie,
chantoient à la louange de
leurs Maistres, des Hymnes
qu'après eux tout le monde a
chantées. Ces chants, ces
concerts universels avoient
pour principal objet les vertus
de l'Auguste Prince, à qui le
Ciel a confié le soin d'élever
le jeune Monaque du plus
riche & du plus florissant
Royaume du monde, & celui
de gouverner ses Etats, jusqu'à
ce qu'il puisse luymême
prendre lesrênes de son Empire.
Mercure vit ces choses à
mesure qu'elles parurent au
jour, & en Messager diseret,
après s'êstre emparé de toutes
ces nouveautez, il choisie celles
qu'il trouva plus raisonnables
& mieux raisonnées, il en fit
un partage égal, & tant qu'-
elles durerent, il en dressa
chaque Lune un petit monument.
A. LA. VERITE.
pour le reste il le flétrit, & le
précipita dans un tonneau, où
se moisissent, en attendant les
Chiquanaus, quil'exploiterent
vilainement (comme il vous l'a
dit le mois pasle) pour sa capitation
,
les 1997. pièces
d'écritures qu'il conserve pour
eux, au grand profit de leur
Charge, & a l'acquit de ia
conscience & de ses débets. Ce
que aïant entendu le Receveur,
il se courrouça ,& dit, non par
la ventre de bois, rienn'en prendray
, rien n'en recevray, ainsi
retournezpromptement,je levous
commande, &surce luyannonce7,
mon vouloir. Qu^il donne
beaux & bons écus au Soleil>
à faute de quoy saisissez -fis t4-
lonieres, son petit Chapeau &
son caducé,&me le amenez dans
la Geole. Vraiment voire, bieny
retournerions, reprirent les Belistres,
si Maistre François ne
luj cwoit appris sa Game, O*
ferions aises comme un Roy ou
deux,siaprès nous avoir copieusement&
devotement donné
des noces de Basché, il pouvoit
au moins nous en revenir un bel
écu d'or, mais pour rien n'y consentirons,
par la raison que rien
il n'a que fermes propos de nous
éconduirecouraigieusement, &
peut-estre même mandibule à
nous démancher.
Ainsi, comme il appert parce
que vous venez de lire
c'est , à la sage resistance de
ces bonnes gens que Mercure
doit aujourd'huyle repos qu'-
ils lui laissent,& non à d'autres.
Et c'est à cette heureuse tranquillité
de corps & d'esprit
que vous devrez, très judicieux
Lecteurs, toutes les varietez
qui vont servir à remplir
ce Volume,
Articletirédu Journalde Veniser
datédu29.May 1716.
Messieurs les Nobles Deputez
decette Serenïssime Republique
pour le servicc de
M. le Comte de Lusace,continuënt
à se distinguer également
par leurs attentions à le
bien servir, & par le bon goût
qu'ils fontéclater dans routes
les parties de pleisir, & dans
tous les sestins, dont ils le regalent
assez siequemment.
Le 21. de ce mois, jour de
l'Ascension, M. le Comte de
Lusace assista à la Ceremonie
des épousailles, que le Doge
fait chaque année au nom de
de laRepublique avec la Mer
Adriatique, dont elle prétend
la souveraine domination.
Les quatres Nobles ses Deputez
lui envoyerent ce jour-là
une très belle * Peotte avec
une livrée fort bien aÍÍortic
* Espece de Gondoles.
pour
pour voir cette Feste,& le traiterentensuite
splendidement
à dîner à * Murano, où l'on
sit ce même jour le Cours:
des Masques en abondance en
augmcnterent la beauté, &
ce divertisement fut suivi
sur le foir d'un Bal magnifique
dans un Palais, que Messieurs
les Deputez avoient eu foin
de faire orner d'emmeublemens
fort riches, & de belles
illuminations. Toute la première
Noblesse de cette Ville
s'y trouva pour en augmen
ter l'écl at.
* Fauxbourg de Venise.
Le 27. on fit à M. leComte
de Lusace une superbe a Regate.
Elle a été remarquable
par le grand nombre de prix,
par labeauté des b Bjônes-3
& par la nouvelle & très belle
invention des desseins. On
avoicconstruit dix su per bes
Peottes toutes dorées ou argentéesellesaccom
pagnoient
les gens destinez à courir le
prix. M. le Comte de Lutaco
pour les animer en personne
se mit dans une Bißone, revestuë
de damas cramoisy
aFeste.
b Espece de grande Barque pour la
parade..•
avec force galons d'or, sur laquelle
la livrée des Rameurs
étoit de brocardd'or, & failoïc
un assortiment merveilleux.
Cette Fête se termina
par ce Bal, auquel intervint la
Noblesse laplus distinguée de
laVille. '1:
Exposition du Sujet Poëtique
de chaque Peotte avec les
noms de Afejjteurs lesNobles
qui les sirent construire à leurs
dépenspour honorer cette Fête.
PremiersPeotte de M. Nani,
Députédela Serenissime Republique
auprés de M. le
Comte de Luftcc.
Representoit le Printems,
ou la Déesse Flore sur un Char
tiré par deux Lions dans la
Compagnie des Plaisirs, qui
se joüent avec des pots de
de fleurs, & se récréent dans
la diverficé de différents fruits
dela saison.
Seconde Peotte de M.Daniel
Bragadin, Député.
Representoit la Joye conduite
en triomphe entre la
generosité &la magnisicence
au premier degré delaGloire,
dont joüisient les Nymphes.
Thetis & Galathée qui president
sur la Mer representés
sur la même Peotte.
Twjtéme Peotte de M. Aloyfa
Mocenigo
3
Député.
Representoit la Reine de
la Mer Adriatique, qui est accompagnée
de toutesa majesté,
& assise sur un Lyon :
Elleembrassedans cette attitude
la Rivicre d'Elbe, laRenommée
qui se trouve audessus,
publie avec sa trompe
la solemnité de ce jour d'allegresse;
le Pô dépeint par un
Vieillard porté sur un Cigne
y rend son tribut à la Mer
Adriatique.
Quatrième Peotte de M. LIMÂT*
>, do Pesaro
,
Député.
Representoit le Triomphe
de laRoyale Majesté, cour-
..tifée par le merité & l'honneur;
il est guidé parla Renommée
qui apprend ses actions
à la Posterité;il s'y
trouve encore leCheval Pegase
arrêté par le frein de Mercure
Dieu des Arts.
Cinquiéme Peotte de M. Ca,
Tiepolo.
Representoit un Jardin delicieux,
enrichi de beaux vases
de fleurs, de fontaines, &
de quantité d'orangers.
Sixiéme Peottede M. Fcrige
Cornero.
':. Celle-cy a été des plus faperbes,
& son invention, sa
grandeur, &sa richesseont été
admirées de tout le monde:
Elle representoit l'Asie qui
mene le Royaume de la
Chine à des fêtes & des réjoüissances
publiques qu'on
luy prepare sur laMer; un
grand nombre de Statuës &
ses Rameurs habillez à la
Chinoise,& sous des Pavillons
à la mode du Pays
artistement travaillez, representoient
son Peuple.
Septième Peotte de M. Armor,
Grimani.
Representoit la Richesse
guidée par la Renommée avec
ses embellissemens de couronnes,
sceptres, lauriers ÔC
d'autres ornemens de cette nature
dont elle est environnée. ¡ HuitièmePeotte de M. Pierre
Duodo.
Representoit des Arcs sabriquesenforme
de bérceilli
avec desfleurs & des palmes
entrelasseésd'unetrèsagréable
consusion.
hlcmimt Peottede M.Girl" '-
1"
- :
lamo Fini.
Representoit JunonDéesse
de l'air,tirée sur un char par
des Paons vivans; elleyparoit
jalouse de Caliste, &Lr poursuir;
mais cette Nymphe pour
éviter sa rage se cache dans
un bois admirablement bien
representé.
Dixiéme Peotte de M. Jlhijiê
Martin.
Representoit la Reine de
la Mer, avec la Renommée
couronnée par le metite; cette
Pcotte étoit remarquable par
ion travail bien fini, par la
quantité de sescristaux,&les
fontaines d'eau vive qu'elle
jettoit de toutes parts.
La Machine où l'on donnoit,
les Prix.
Representoit le Palais &
la Cour de Neptune ornée de
quantité de cristaux, de Statuës
dorées, & de cascades &fontaines
d'eau cristaline,qui repre
sentoient les douze heures
du jour. Cette Machine étoit
d'une grandeur & d'une hauteur
surprenante, & fort artistement
travaillée.
Chacune de ces Peottes de
même que la Machine, étoit
garnie de trompettes, de
corps de chasse;& celle de
Cornaro entre autres avoit 4.
Trompettes avec un Timballier;
toutes les livrées répondoienc
à la magn ficence du
sujet de chaque Peotte.
La seconde Fête de la Pentecoste,
c'est- à- dire le premier
de Juin, M. Foscari invita le
Prince à samaison de Campagne
sur la Brenta, où il le
traira magnifiquement en
grande compagnie de la Noblesse
laplus distinguée pendant
deux jours: Le premier
jouril fit une course de plusieurs
gens à cheval à la bague,
avec des simphonies fore
agréables
, &^des machines
qu'ilfit constuire avec bien
de la dépense pour orner la
Fête; tous les gens à cheval
avoient des habits uniformes,
.& les Maures masquez bien
habillez tenoient la bride à
tous leschevaux. Ce spectacle
avoit attiré baaucoup de
monde, & bien de la Noblesse
qui n'étoit pas de la Fête: Le
second jour ilfit unechasse de
plusieursTaureaux, entre eux
& avec les chiens. Enun mot
il n'a épargné ni peines ni dépenses
pour bien divertir M.
le Comte deLusace.La maison
Mocenigolui donne la Comedie
deux soisla semaine sur un
Théâtre qu'elle a faitcxprcl.
sement bâtir; ce qui attire
aussi toute la Noblesse, Les
autres jours font partagez
entre les fimphonies de Musiqué,
lesBals & les convcrfations.
De Rome, le6. Juin 1716.
LeBien-heureuxJean François
Régis,Jesuite, lut béatifié
à S. Pierre le 44. du mois passé.
La fonction s'enfit en la maniere
&avec la solemnité accoûtutumée.
Les Cardinaux &
Consultateurs de la Congregation
des Rires y assisterent.
Le Ponce de Baviere s'y trouva
; mais il sen alla aussitost
que la Ceremonie de la Beatification
fut achevée, &n!entendit
point la Messe que l'on
chanta aprés immediatement.
Pour subvenir en partie aux
besoins d'un nombre prodigieux
de pauvres de la Campagne
qui sont venus mandier
en cette Ville
, on donne à
ceux qui sont extenuez ,
des
billets pour estre receus à la
Trinité desPelerins oùilssont
logez & nourris pendant quelques
jours. -
Le Pape a voulu voir le
pain que les Boulangers ont
ordre de faire pour faciliter la
subsistance
substance de ces pauvres paï-
[.ans,&lnêmc en goûter, ôc
comme il luy a esté rapporté
que plusieursBoulangersnonseulement
ne faisoient cuire
ce pain qu'à moitié: mais encore
y méloientde mauvaises
choses pour en augmenter le
poids, Sa Sainteté les a fait
mettre en prison
, & veut qu'il
soient punis rigoureusement.
La vieille Princesse Pansili
,
mourut en cette Ville Dimanche
dernier
,
elle estoit de la
Maison Fachineti de Bologne
qui se trouve entierement
éteinte par sa mort,ellealaissé
pour heritier le Prince son fils
aîné
,
& au cas que celui-cy
vienne à mourir sans enfans,
elleappelle à la succession l'aîné
de son autre fils le Prince
faine Martin. Cependant les
legs portez par le Testament
font en si grand nombre, qu'ils
VDnt a ce qu'onprétend audelà
de ce qu'ellepossedoit.
Entre autres elle legue à la
Connestable Colomnaunpetit
Palais situé à Albano pour
en joüir sa vie durant
,
plus
3000.écus d'argent comptant
&uncollier de perle de la valeur
de 9000. écus,à M. Aldourani,
elle laisse le revenu
d'un autre petit Palais, plus
1500. écus de comptant,&
un grand poële d'argent. Les
obseques de cette Princesse se
font faites à sainte Agnés avec
beaucoup de pompe & de
magnificence.
Ces jours passez sur les Plages
deCorneto,un Bâtiment
Corsaire de 12. pieces de
canon prit deux grosses barques,
qui alloicnt à vuide charger
des grains, ceux qui les
conduisoientse sont sauvez,
& deux Galeres duPape ayant
donné lachasse à ce Bâtiment
le joignirent vers llfledepon*
zî ,
& reprirent les Barques;
maiselles craignirent l'abordage
& sur toutle Capitaine d'une
de ces Galetesappellé le
Chevalier Saladini. On veut
ici luyfaire son procés,& il a
déja renoncé à sa Charge.
Lundyaprésmidy, le Pape
fut à l'Eglise neuve aux premieresVespres
de saint Philippes
de Neri, delàaux Religieuses
de sainte Marie Magdelaine
de Razzi
,
Sa Sainteté
s'arrêta longtemps à parler
avec une Religieuse de ce Monastere
,
sa niece,
, M. le Patriarche Boromée
qui étoit sur le point de partir
pourvenir iciexercer la Charge.
de Maistre de Chambre
de Sa Sainteté
, a eû ordre dc.
cette. Cour de differer son dé.
part.
Le Cardinal Ferari aune retention
d'urine qui fait ap- prehender pour sa vie.
Le Cardinal Paulucci, Secretaire
d'Etat, esttoûjours à
Albani pour retablir parfaitement
sa santé. Il n'ira point à
Civittavechla donner la benediction
à l'Armée de Mer. Le
Piapç l'ena dispensé, &aeavoyé
à sa place le Cardinal
Patrizzi. Celui ci est parti hier
pour faire cette fonction, toute
la Flotte devant partir de
main pour le Levant.
On dit que l'Evêqued'Qviedo
accusé de Quiestisme, est,
parti de l'Inquisiton d'Espagne
, pour estre transferé à
celle de Rome
, & y eftrc examiné.
LeCardinalProuvaire étant
sur le point de céder le Palais
de sa residence au nouveau
Vicaire,la maison Carpegna
luya accordé le premierafortement
du Palais qu'avoit feu
le Cardinal Carpegna. ;
Mercredy le Prince Eleéèo
ral de Baviee fut prendrele
divertissement delachasle &..
de la joute que la Maison
Borghese luy, avoit préparé à.
VillaPinicana. Ilyeûtaussiun.
splendide repas& ensuitele bal
qui dura prcfquc toute la nuit.
Tout cela s'est. fait avec la
derniere magnificence&une
dépenseconqiderable. S. A. E.
n'avoit fait inviter à cette fête
que cinq Princes &deux Princesses
,
les premiers furent les
Princes d* Pionbino, Justiniani,
Monterano, & Chigi
lesPrincesDom Charles Alba.,
ni& Chigi. On a estésurpris
de voir les Dames invitéessans.
leurs maris, à la reserve de la
Princesse Chigi. On l'a este
aussi de ce que Madame Albani
femme de Dom Charles,
ne s'y est point trouvée.
Le Prieuré de fainte Marie.
-
in Vialala vacant parla more
du Prieur Staicoli
,
aesté conféré
par Sa Sainteté au Chanoine
de Pretis, Auditeur du Cardinal
Paulucci.
De Rome
,
le ij Juin1716. • ) Le Pape est en parfaitefamé,
il
il intervint à la Chapelle du
jour de la Pentecoste & le lendemain
à la Procession accoutumée.
Sa Sainteté y alla à pied
depuis saint Pierre, juflu-à
l'EglisedusaintEspritenSaffia
accompagné du SacréCollege, Le Cardinal Patrizi est ici
de retour de Civicavectua ou
il a esté en qualité de Legat a
Latere
, pour donner la benediction
à l'Armée de Mer Ec..
clesiatique Son Eminence
étoit accompagnée de plusieurs
Prélats:sçavoir, de M.
l'Auditeur de Sa Sainreté, de
Messieurs Batteli Banihieri,
&de Meilleurs les Commissai.
res desArmées.MDasteGene.
ral de laMer, qui par cctr:(
qualité devoit estre naturelle.
ment du voyage, a eu ordre
du Pape de demeurer à Rome.
Il estoit sur le point de partir
pour Civitavechia.
,
lors qu'il
receut cet ordre.
, "1 La ceremonie de la bene..
diction aesté précédée par des
Misions que l'on a faites vers
toutes les Troupes qui doivent
s'embarquer. Douze Jesuites
avoient esté envoyez pour cet
effetàCivitavechia. On a donné
à chaque Bâtiment une
couronne avec des medailles
inarticullomortis. Les susdits
Prélatsont une inspection des.
Bâtimens
,
ils ont trouvé un,
des Vaisseaux nolisez touc
fait hors d'état de naviger..
les soldats qui devoient le
monter font revenus à Rome.
Le Bâtiment Corfaire donc
on a parlé dans lesavispréccdents,
a fort endommagé laGalere
que commandoit le ChevalierSaladini,
dont les canonades
Turques ont ruïné la
poupe, le premier coup de canon
ayant emporté les armes
du Pape, & les chassis de la
chambre de poupe on prérend
que si l'autre Galere commandée
parleChevalier de la
Motte, ne suc accouruë au
secourselleestoit en grand
risque d'estre priseparceCor-
Faire,cependant on continuë
laprôcedure contre le Chevalier
Saladini pour le punir de
sa mauvaise manoeuvre.
-
Les Carmes ont élû pour
leur General, le Pere Cornachioli,
Milanois,les Mmiftres
d'Espagneayant préveu cette
élection,le sieur Dom Jean
Diez
,
Agent
,
s'introduific
fort adroitement dans leChapitre
assemblé
,
le Cardinal
Sacripanié, Protecteur decette
Religion, l'ayant apperceu,
loydéclara qu'il estoit inutile
qu'il fit aucune protestation
> puisqu'on n'y auroit nul égard,
l'Election devant estre libre-,
& les Couronnes ne devant
point yavoirparti mais seulement
les Religieux du Chapitre
à qui ce droit appartenoit
uniquement. L'Agent ne fie
aucune réponse à ce discôurs
& s'en alla ; mais on a sceu
depuis queM. Molirtés^pfotesté
contre ladite Eleéfion&
parceque les Religieux Efpa*
gnols & Portugais ont refufé-"
de reconnoistre ce nouveau
General & vouloient s'en retourner
sans lui faire hommage
;le Pape leur a fait dire qu'ils
prissent. garde de sortir de
Rome sans sa permissions &
Mardy M. Ansidefut envoyé
de la part de Sa Sainteté pour
obliger ces Religieux àreconfîoure
ce General pour leur
Supérieurlégitime,jil
Mercredy. matin, le Prince
de Baviere fut à Frefcati où
ila été traité dans la Villavifconti
par leCardinascrottem.
bach;le lendemain le Papeluy
fit donner un magnifiqueroi
pas par Don Charles Aban!
dans le Palais Apostolique drf
Castelgandolfe. Le départ dé
Rome de ce Prince a été fîxâ
au 1 5. de ce mois, lequel jousÊ
il est parti. Il veut estie à Flo*
rence pour la Fête de S. Jean*
Baptiste, qui à la conifderation
de S. A. Royale fera folcniiiiâ
fée avec plus de magnificence
qu'à l'ordinaire. '.,fL
Le mal du Cardinal Ferrari
semble vouloir donner bonne
esperance pour sa guenfori;
Sa Sainteté a envoyé offrir à
ce Cardinal le Palais Aposto.
lique de Castelgandolfe pour
yaller prendre l'airlorsqu'il
fera en état de forcir.
On écrit de Novica qu'un
tremblement de terre donc il
yavoit eu pluficurs secousses
assez grandes, avoit tellement
épouvanté les habitans de
cette Ville, que la plufparc
étoient dans le dessein de se
retirer à la Campagne.
Mercredi dernier au matin,
lePape fut au Capitole voir
le Salon qui étoitrichement
orné,&où l'onavoitélevé un
trés- beau Trône pour l'Academie
des beaux Arts qui se
tint ce jour-là.L'Abbé Li**
chefini y prononça le Discours.
I-1
Suite des Nouvelles de Rome,
du zi.Juin 1716.
Le Cardinal Altierimalade,
depuis quelques temps, fetrouvantDimanche
fore acca.
blé, voulut communier. Uiie
fièvre lente qui ne le quitte
point fait craindre beaucoup
pour sa vie. Le S. Sacrement
cO: exposé dans plusieurs Eglises
pour le recouvrement de
sa fanté..
1
On a publié de nouvelles
censures contre plusieurs Prêtres
& Religieux dePalerme,
qui nonobstant l'interdit ont
celcbré & officié publiquement
dans leur Eglise.
Dans leConsistoire deLundy
dernier, l'Eglise d'AtM
fut preconisée par M. Pulmerini,
suffragant de Sabine;
cclfc de Citradi-Castello par
l'Abbé Codebo, & celle d~
Nocera par l'Abbé Borgia.
Dans le mêmeConsistoire le
Cardinal Grimaldy opta l'ordre
des Pi êtres, avec le Titre
de S. Sixte, & le Cardinal.
Albani a laissé le Titre de S.
Eustache pour ôter ccluy de
Sainte Marie, remis par l'option
duCardinal Grimaldi.
M. Coiro, nouvel Auditeur
de Rotte, Milanois, fou*
tint saThese Mardy dernier
à laChambre.
L'Evesque d'Oviedo,venu
d'Espagne depuis quelques
jours, & conduit ici par utu
Inquisiteur de Morviedo, cit
en prison au Château S. Ange;
où il restera à la disposition de
la Congregation du Office.
Le Cardinal Innico Caraccioli
d'Aversa, a envoyé am
Cardinal Albani une piece de
beau damas de 150. canes.
L'Abbé Luchefini qui prononça
le Discours dans l'Aca,,
demie qui fut tenuë dernierement
au Capitole, a esté declaré
Camerier d'honneur de
Sa Sainteté, qui en lui faisant
cettegrace, luy aassigné vingt
écus de provision par mois,
& un appartement dans le
Palais.
L' Ambassadeurde Portugal
est ici de retour dela Sainte
Maison de Lorette; on dit
qu'il a laissé pour Pre sent dans
une boëte d'argent un morceau
de Miniere d'or dei.
grosseur d'un oeuf: cette raréité
est estimée 800. écus.
Le Pape dernierement fit
appeller le Barigel de Rome,
on crûtque ce pouvoit ccrc
pour luy donnerordre de
passer avec toute la Sbirrerie
par la place d'Espagne;dans
cette apprehension lesGar des
du Palais d'Espagne demeurerent
toute la nuit fous les
armes, résolus de faire une
décharge de toute leur mousqueterie
sur les Sbir-[Cs,/ en
cas qu'ils entrassentdans la place; mais jusques*à cette
lieure ils ne se sont point prt,1
sentez, & l'on n'a pû [avoir
le veritable motif pourquoy
le Pape a fait appeller le Barigel.
Lundy par ordre du grand
Duc* la Croix de S. Estienne
sur donnée au Chevalier Eroli,
parent du Cardinal Sacripanté:
la ceremonie s'en fit dans
l'Eglise des Religieuses de
Saint Dominique, & tous les
Chevaliers de cette Religion
qui font icy y assistèrent.
Le Pape avoit fait sçavoir
au Cardinal Stalli qu'il auroit
bien voulu luy donner pour
suffragant de Sabinel'Evesque
de Cacaro qui ne subsiste icy
que des liberalitez de Sa Sainteté,
& cela pour quatremois
seulement, en attendant qu'il
fut pourvû de quelque autre
chose;mais ce Cardinal
craignant quecet interdit
n'alla à l'infini, & desirent
d'ailleurs avoir pour suffragant
le P. Flaminiod'Araceli
son grand ami & confident,
son Eminence s'est dit ou declarée
qu'au casque le Pape
voulut en nommer unt luy
comme Evesque de Sabine,
ira en personne administrer
ledit Evesché.
De Venisele1 1. Juin 1716.
Le Decret passéilya quelques
jours dans le Pregadi
pour l'aggregation pendant
uneannéede quelques familles
à la Noblesse Venitienne
,
moyennant cent mille ducats
chacune,a esté porté Lundy
dans le grand Conseil
,
& le
besoinque l'on a ici d'amasser
de l'argent pour les dépenses
de la guerre, y a fait agréer ce
Decret à la pluralité de 800.
balles, il n'y en a eû qu'une
cinquantaine de contraires.
Le
Le même jour il arriva un
Courrier de Londres dépêché
par l'Ambassadeur de la Republique
; il a apporté les offres
de la médiation du Roy d'Angleterre
, pour procurer la
Paix entre l'Empereur, & la
Republique d'une part; Se les
lTeurdces de l'autre;ajoûtantcel- le de ttââccl.lhcer rddeepprrooccuurreerrune un
suspension d'armes pendant
quatre mois. Ces offresne peuvent
estre quetres desavantageusesaux
Venitiens dans cette
conjoncturevûë l'esperance
cù ils estoient de ladéclaration
de l'Empereur contre les
Turcs,&ilest à craindre pour
eux qu'ils ne restent seuls en
guerre pendant cette campagne
,puifqu'elle sera finie
avant que l'on ait pu convenir
d'une suspension. Comme on
traitoit Jeudy dans le Pregadi
sur lesoffres du Roy d'Angleterre
, il y arriva un second
Courrier de Londres avec un
plus grand détail sur cette
affaire
,
ainsi elle fut remi se à
un Pregadi extraordinaire qui
se tint hier au soir,on ne sçait
point encore ce qui a esté réfo
lu ;mais on cil: persuadé qu'il
en faudra pluficurs avant que
l'on ypuisseprendre unerésolution
stable & certaine.;""tT
M. le Chevalier Mocenigo
nommé pour passer sans caractere
à la Cour de Madrid;faie/\
de grands preparatifs pour ce
voyage, on doute cependant
toûjours qu'il y aille,& l'onest
sur que ce ne font que des fausfcs
apparences pour voir si par
U on pourroit engager le Roy
d'Efpagnc àenvoïerenLevan
le secours qu'il a promis au Pape. Il n'y a rien de particulier
cette fcmaine ni deDalmatie,
ni de Corfou. L'on a seulement
appris que les deux Escadres
qui estoient allées au
Zante, s'y tenoient toûjours
pour recevoir les auxiliaires
qui doivent venir joindre la
Flotte deVenise. Ily a quatre
Bâtimens deDulcignoducôté
d'Ancone depuis quelques.
jours.
LesCorvetes fabriquées ici.
ne font point encore parties,
faute de Matelots.
Le Senat dépêcha hier au
foir un Courrier à Vienne,
au su jetde la mediation du
Roy d'Àngliterre,
DeVenise lei?.Juinljl6.
L'on est fort mécontent ici
de M.. Tron
,
Ambassadeur
de la Republique à Londres
à l'occasion des offres faites
par le Roy d'Angleterre de la
médiation de ce Prince pour
procurer la paix entre tes'
Turcs, & lesVenitiens. On
dit qu'il a fait deux fautes considerables,
surtout dans la conjoncture
presente, de la Ligue
entre l'Erapereur,&laRépublique.
La premiere d'avoiraccepté
cette mediation avant
que d'en avoir receu l'ordre
de ses Malflrcs& la seconde
d'avoir fait confidence au
Comte de Wolkand
,
Envoyé
del'Empereur à Londres,
du détail des conférences qu'il
avoit eues surce sujet avec les
Ministres d'Angleterre. On
prétend que pour luy marquer
le ressentiment que l'on a d'une
conduite aussipeucirconlpeste,
il doit estre balottédemain
pour un employ des plus
inférieurs de ce Pays ci.
Cependant on expedia le
cinq de ce moisun Courrier a
Vienne , avec ordreà M. Gernani
deredresser lafaussemariie
de M. Tron
, & de rc^
rt-efenter à l'Empereur que la
Republiqueneveut rienfaire
que de concertavec ce Prince.
On souhaiteroit fort si cette
médiation peutréüssir, que du,
moins la Cour de Vienneeût
commencé des hostilitez elb
Hongrie, dansl'esperance
qu'alors la Republique trouveroir
mieux son compte dans
lanegotiation dela Paix. :. LesDulcignotes continuent
à courrir & à faire des prises,
ils ont enlevédepuis peu deux
grosses Barques Papalines
,
&/
- ils ont unis plusieurs de leurs
Galiotcs pour chercherleCat
piraine du GoU. qui par précaution
a renforcél'Escadre
d'une Galere. J j - Les Corveresdestinées pour
donner la chasseàces Corfaircs
ne font point encore parties
de cePort faute d'équipage susfifanr.
On devoir cependant
payer hier les Commandants
destrois Corvctcs pour les
disposer àmettre à la voile. - Le feu se prit Jeudi dernier
par un cas fortuit, à l'Arcenal
de cette Ville
,
& y a causé
un dommage de 10.à itoo.
écus. Suite
Suite des Nouvelles de Venise,
du 30. Juin- ,L'on a appris que les Turcs
faisoient un grand chemin à
la Sayade,situéevis à-vis Corfou
pour y faire passer la grosse
artillerie & les troupes destinées
pour le Siege de Corfou:
qu'il étoit arrivé sur leur frontierc
400 mineurs avec leurs
outils, & un très grand nombre
de vivandiers, qu'ils
avoient dresse des grands magasins
du codé de Prenasta &
de Carca,situez prés de l'Hle
de Sainte Maure, que l'on y
attendoit 6000. hommes pour
les garder, qu'ils y faisoient
conltruire cinquante barques
plattes capables de contenir
cinquante chevaux pour servir
au passage de la Cavalerie dans
rifle de Corfou, qu'ils en
ffAi[oÏent fabriquer 100. autres
destinées pour former des
Ponts pour la communication
de la terre ferme dans la même
Isle, & qu'enfin ils avoient
deffendus fous despeines trésseveres
toute forte de commercedes
vivres avec cette
Ilbipoury augmenter la
disette qui y regne depuis
long. temps, quoique cccorra*
merceeutété permis jusques
à present fous la Bannicre de
France.
Permettez- moy d'interrompre
icy les Nouvelles
étrangères pour commencer
à vous parler d'un article qui
aura plus d'une fois lieu dans
ce Volume. Le rapport qu'il
a avec les petitescompositions
Italiennes que jeme fuis engagé
à vous propo ser tous les
mois, me détermine à vous
presenter d'abord
ce Sonnée
Italien, en attendant que je
vous donne dans la même
langue des choses plus faciles
à entendre& plus necessaires
à lire.
SONETO.
D'al Sig. D. A. Priteli.
Ché l'anima se bene in tutti
ielquate, opera secundo temperanlento.
Quale in bosso sonoro aura -v gentile
Dolce mentepercotejsensi, CT
alleta3
Tale in vilestromento,&stride,
(jr abietta
RefiaJqaji nonfxtrajèfw.
mile.
A punto e l'alma,entrodis-
-
corde, evite
Sogetto non tra luce, (7 fla-nt.
gletta,
Ne dardi se puo qurU- idea per*
setta
Fatta per accidente, egra e servile.
O profondosecreto? ogn' um
ailfossio
Pochibanno il fegno armonico, c
douria
Esser forze sotil, quando cht
dopio.
Penso, e sensoché ilspirito njorria,
Enfiar suonicelesti, il cuor mi
scoppio
Chesalsointono,
e non e
miA colpa
,
M. l'AbbeDurand a traduit
ce Sonnet en latin d'une
manière siélégante & si juste,
qu'il me paroît ne rien devoir
à son original.Voici la traduction.
Quod Amma
Et Jt in omnibuseadem, prrJ
diversitate organorum,
Diversimode operetur.
EPIGRAMMA
exltalo convcrfum.
Influat in buxum spirabilis
aura canorum,
Saxa
,
seras, homines allicit
atque Deos.
Influat hæc vilem in stipulam,
tunc ipsanec ipsa est:
Saxa, fcras, homines ffigat atque Deos.
Aurahominis mens est,aptæ itif-
-
pirata figura
MtmbrorumJpropiis igrubus us- quemicat.
Q&Am sibi dissimilisdiscordent
nassaifguram!
Carcere in obscuro servit, &
agra jacet.
Prob dolor! harmonia est paYCÎsJ
cadem omnibus aura:
Neesatis est tantæ cognita causa
rei.
Mensmea sponte quidem cAeftes
intonat bymnos:
Organa discordant: sentio.Quis
Reus est?
Le Sonnet Italien de Mb
Pritelli, & cette traduction de
M. l'Abbé Durant érant tombez
entre les mains de M. Gabriel,
de qui j'aydéjà eu l'hol1
neur de vous parler plusieurs
fois, il n'a pu voir ces nouveautcz
étrangères sans se
laisseraller à la tentation de
les mettre en nofire langue.
Quelque difficile que fut l'executionde
ce projet, voicy
néanmoins comme il en est
venu à bout.
SONNET
-
de M. Gabriel, Capitaine
de Dragons.
Que l'âme la même dans tous
les corps agit suivant la
difpoficion des organes.
Comme le ment poupé dans
une bonne jîuie
Rend des sons merveilleux
d'harmonieux accents,
Ce vent qui nous charmoit nous
choque ~e nous rebute,
Quand il nous rend ses sons par
de vilsinstrumens.
JJameparfaiteensoy, dans le
corpsexecute
Suivant la faculté de tous fil
ligament,
Contre tant de dessauts,l'ame
sans cesse lute,
Mais cette lime estsujette à tous
les accidens.
Secret impenerrable, unsousse
fifubltmt,
Dans tout ce qu'il anime également
divin,
Rend des sons diffirens suivant
lecorps humain,
Je veux rendre lessons du
souflequimanime;
Cesont-là les desirs de mon ifPrit
hautain,
J'yfais tous mes efforts, mais je
le veux en vain.
M. Gabriel aenvoyé à une
fort belle Damoiselle, ce
Sonnet avec l'ingenieuse Lettre
que je vous presente.
Lettre à Mademoiselle C*.
MADEMOISELLE,
Vous me demandez raison du
sistéme du Sonnet Italien du sieur
Pritelly au sujet de l'Arne
, vous
pretendez que quoiqueje ne Joli
pas le pere de cette pensee je ïay
adopté en la rendant dans riojlrc
langue, c- que c'est à moy à la
justifier.Je satisfais Avecplaisirà
vosordres;jevous avouëque l'idée
m'en a paru sublime,raisonnable
~& élegamment exprimées
vous fcave^ que la langue Italienne
quisembleestre celle de l'amour
ta degentilles expressions&
difficiles à rendre avec la même
grace dans la nôtre; c'efi par cette
raison que dans la traduction de
ce Sonnetje ne me fais pas assujetti
à lasubtilité des mots pour
rendre la pensee conforme a lA
lrAJitédt laLangueFrançoise,
Avant que de prouver
quece
sistême de l'jdme n'a rien de con.
traire àla MoraleChrétienne
ni à la Religion,permettez moy
de vous dire ensafaveur qu'il
estsiavantageux à votre Jexe
qu'il méritésa protection.
La Genese nous apprend que
Dieu ayant crée l'homme de boué
l'anima d'un sousse divin, ~e
qu'ensuite il tira la femme du
coté de l'homme; l'homme efl
fait de bouë, la femme de chair,
donc la femme est formée d'une
matièreplus noble cm plus subtile
que l'homme;parconsequent
ilneji: pas étonnant que cesouste
divin rende des fons plus mélodieux
dans un instrument plus
parfait. Cerissl point la fade
adulation d'un galand, c'est un
témoignage que les Sçavansont
rendu au beau sexe dans tous les
temps, & nous voyons que les
Dames de nos jours qui se font
donné la peine d'écrire, ont pensé
avec beaucoup plus de vivacité
que les hommes,&rendu leurs
idées dans des termes plus délicats
& plussubtils:je ne m'étendray
pas davantage sur une si belle
matiere, ccuxquicow>oiJJ:rtmon
caractere,m'accuseroient de partia- lité.
: Nevous imaginezpas MA-

demoiselle, que parce que Madame
Dacier donne à Homereles
attributs d'unTheologien&d'un
\.Philosophe
, un Poëtë comme
moy ait ces vertus.
Je vous declare quepourjustifier
le Jifiême du sieur Pritelly,
touchant l'Ame,jenapprofondiray
point une matiere que les
plus grands Theologiens ont regardécomme
au-dessus de l'entendement
humain
, & respecté
comme un mystere. Je vous ditay
seulement que je crois que cefîftême
ne détruit point le libre arbitre;
que par t'me il entend
l'ejprit,
Frfprit, que lespassionsviennent
du coeur, & que l'esprit ne sert
qu'àreprimer le vicieux excès
des affections outrées. Que tout
au plus l'on peut croire suivant
ce sistême, quesil'esprit riyreùffit
pas, ce n'estpas par insuffisance ,
mais par la mauvaise disposition
des organes qui donnent la victoire
"tAmeftnfitiverur ïefpru'
raisonnable.
En recherchantl'origine du
mal, ily a bien moins d'inconvenient
à penserqu'il vient pld.
tostde la mauvaise disposition des
organes du corps que de /'znjû/ftsance
de l'esprit qui
-
l'anime; il
paroîtbienplus jujie & raisonnable
deperser que Dieu ayant
créé toutes les Ames d'une même
nature, laisse agir les causessecondes
& les accidens naturels,
que de croire qu'il les ait fait
d'unevaleur différente; ilestplus
probable que l'Ecritureparle de la
constitution du corps que de la
qualité de l'Ame,quand elle dit,
Gaudeant bene nati. Plusprobable
qt4- Dieu ayantchoisi des
gensgrojjlcrs&ignares dans un
âge déjaavancé pour en faire
ses Apostres & prêcher sa Loy3
en leur donnant la science de
toutes les langues & l'éloquence
persuasive,disposési-bien les
organes de leur corps, que l'Am
ait en la faculté d'agir suivant
toute l'étenduë deson origine di-
'Vine,que de croire qu'il l'ait rhan..
gé ou qu'ilen ait augmenté la
qualité, ily a plus d'apparence
que c'estde cette façon que la grace
agitsur les hommes pourleurfalut,
ce ritfi pas une nouvelle lumierequ'elle
leurdonne, maiselle
develope de la mariere,celle qui
reside dans leur corps depuis le
moment de leur naissance, & ce
soufle divin rend des sons plus
ou moins harmonieuxsuivant la
disposition del'instrument.
Insensiblement
,
Mademoiselle,
je mesuis engagé dans une matiere
biendelicate ; je ne croispas
cependant avoir rien avancé de
contraire à la Religion
, &je
vous connois un sibon r/frit que
je ne crains point de vous avoir
donné de mauvaises impressions.
Je vais tâcherde vous prouver
physiquement ou me/phyfique.
ment, quel'ame estlamême dans
tous lés corps des hommes; &
bien que le ne foispas mieux
versé dans cette science que dans
la Theologie,je vous enparlerai
comme ilconvient a un Capitaine
de Dragons, le tout pourvoussatisfaire,
efans confluence.
Le premier homme fut animé
par unsousse divin, c'est pourtes
Chrétiens un article de Foy, &
ça été le sentiment des Philosophes
Payens les plussages, &les
mieux éclaire.Ou cesouffle par
la générations'estperpetué, C,si
perpetuëradepuis le premier homme
jusqu'au derne', ou Dieu
fait à la conception de chaque
homme ce qu'd'a fait à la création
dupremier. Que la chosesefasse
d'une façon ou d'une autre,l'ame
émane de la divinité, 0* la divinité
étantparfaite dansson tout,
l'tftdans toutesses parties. Mais
l'onme répondra peut- être, quojr
que toutes les Amessoient émanées
de la diviniti, les portionsenpeu
vent être inégales dans les COls'S' ,
par confisquent rendreplus ou
moins de lumiere.
Si l'ameagissoitdansle corps
suivantqu' lle a plus ou moins de
Cesoufle divin,elle feroit égale
dans ses fonctions depuis la naisfiancé
de l'hommejusquàsa fin , quand on l'assujetit à croîtreavec
le corps, à déclineravecluy,
on ne pourroit pas concevoir ses
mutations
,
suivant les accidens
qui surviennent au corps, outre
ceux qui arrivent par des maladies,
par des blefures
,
qui quelquefois
rendent ébeté tout-a coup
l'homme le plus spirituel,l'yvresse
ôte pour un tems la raifonà l'homme,
& il l'a recouvré le lendemain
;est-ce le corps, ou l'ame qui
s'estenyvré.N'est-il pas plus
raisonnable d'attribuer tous ces
deffauts au corpsanimal
, & pr.
rissable,
,
qu'à l'ame immortelle.
L*homme sage dans la forces
de sonjugement pensant que son
ame non feulement peut s'avilir
par les accidens, mais quelle est
encore dans l'absoluë necessité de
dechner avec l'âge, se donneroit
avecraison la mort pour laisser
HPame.a.Jns toutesa valeur.
-,,;
Quandvostre belle main tom.
tbevostreClavecin qui est de la
fabriquedumeilleur Ouvrier, il
rend dessons melodieux qui charment
les oreilles; si parquelqu'-
accident une cordese relâche, un
plumasseause dérange;siquelqu'
ordure s'y introduit, vous n'en
pouvez plus tirer que des sons disi
coras (y* desagréables. Vifcoppia
il cuorechéintonate salsoc
non é vostra colpa consolezvous,
Mademoiselle, l'Ouvrier
y remediera; & quand il l'aura
rétabli il rendra lesmêmessons;si
far hasard le timbre estfelé, &
que
que vous soyezobligéde toucher
Clavecin défectueux;ne penfeK
pas quejem'imagine parce
qu'il ne rendra passa même harmonie,
quevous esses moinsadroite
"J
habile ; rendes la même
justice a mon esprit si vous le
trouvcquelquefois dérangépar
des accidens dont lescharmes nous
séduisent, ne cro-iez pas pour cela
qu'il ait perdu de sa qualité.
Il est des accidens qui suspendent
pour un temps les fonctions
de l'ame raisonnable,il en tif qui
les affaiblirent9 quelques-uns
qui dérangentsifort les organes,
qu'ilnenpeutplus faireaucunes.
Il est des remedes à tous les accidens
, vous concevez facilement
que ces remedes operentsurle corps
&. non pas sur tam.
Lesfacultez& vertus de l'efprit
font des dons de la nature,
ainficjtie la beauté;ilestdansles
corps des beautevisibles,&des
beautez cachées, la beautéapparente
charme nosyeux, & l'interne
nos oreilles.Vous possedez
Maiemoifelle> l'un &* l'Autre à
un tel degré, dans un âgesipeu
Avancé, quesile Cielfavorable
vous preserve des accidens, vous
re,,, unjour un prodige de la nature.
Avant que definir jevous
dirayque je pense que toutes les
âmes étans d'unemême nature,
eIlesfympatifentensemble,c- que
ce que nous appellonssympatie qui
fiait l'amitié, & les inclinations
mutuelles procede de la conformi..
té des organes qui font le même
ejfit que les instrumens dans un
concert, quoyque dedifférentesespeces.
Que les unssassent le deffus,
(7 lesautres la basse; quand
ilsfont tous bons & d'accord ,ils
fyormentuneharmoniequilesen- rment une harmonie qui les
en- chante reciproquement , & ces
instrumens se plaisent àconcerter
cnfiemble.Zincvielle & une musettenousrejouissentdans
un ha~
meau ,
ils nous choqueroient autant
dans l'Orqueste de l'Opéra
3
que nous ferionsfâche'{ dans le
hameau de voir quelques violons
de l'Opérase mêler avec lavielle
la musette.
Je riay point prétendu dans
tous ces raisonnemens entrer en
lice avec lesPhilosopheseTheo.
logiens, &je nemerendspas plus
garandenvers vousdece
de l'am:
, que M. Fontnelle de
celuy de lapluralité des mondes
envers sabelleMarquise ;cefont
des idées plaisantes & agréables
qui amusent, & divertissent ;
elles sont consolantes pour ceux
qui ne sontpas doteZ. d'ungrand
génie9 &n'ont rien de desavantageux
pour ceux & pour celles
qui,comme vous , en font si bien
partagez.
Il ne me reste qu'à vous prkf
de mefaire part de vos lumieres,
&vous donner lapeine de mettre
par écrit vos objections; je meritt
cette faveur de ruous par maparfaitefoumtjjlon
àvos ordres
, par
mon estime
, par mon respect,si
mon esprit trop borné eût pûs'exprimer
avec plus d'énergie
, (7
qu'ileûtsecondémonzele
, vous
ferick plus contente. Cette deriiièrcstrophe
de mon Sonnet me
servirad'excuse.
Je veux rendre les sons du
-- souflequi m'anime,
Ce font-là les desirs de mon
esprit hautain,
J'y fais tous mes efforts, mai*
je le veux en vain.
Suite des Nouvelles de Londres.
Copie d'une Harangue que
Sa Majesté Britannique
prononça aux deux Chambres
du Par lement, le 26.
du mois passé.
Milords & Messieurs,
Je ne ffauroÍJ" mettre fin à
cettecession sans vous exprimer
la satisfaction que fay de la
conduite de ce Parlement. Les
Saintes Loix quiyontpassé avec
tant de fermeté & de resolution
unanimes, répondront aux bonnes
fins que vous ave eû de réduit't
l'esprit de nos ennemis en encourageant-
nos amis, É7 d'élever
* Il merite Cm la réputation drllVl
amis de dehors à un tel degré
,
que nous pouvons raisonnablement
en attendre tous les fruits
d'un Gouvernement établi par un
Parlement aufit Zelé que vous
ïefles pour la prosperité de ces
Royaumes C- pour les interests
protestans de l'Europe.
entJreasvuaiisllaasnstûaréétqouue fmfearconduite
la Re-
AdJjon, justifiesuffisamment toutes
mes actions; le sang des coupables
que fay épargné prouve 'fJè que j'ay plûtôt desiré diminuer
leur nombre en les réclamant
que d'en faire de justes
exemples de severité; maisje fuis
fâché que le nombre des graces que
fay accordén'aitservi qu'à en*
courager lafaction duPrétendant,
qu'àmultiplier les insultes qu'on
a faites à mon autorité & aux
Loix du Royaume, & qu'à
remplir d'une grandeinsolence
les esprits deceux qui se sijs;h
"guant du nombre de mes bons
em fideles Sujets, ont agiavec
autant d'extravagance que s'ils
avoientvoulu convaincre le
monde, que mon inclination àlk
clemence ne pouvait lessoumettre
à mon Gouvernement. •
Messieurs de la Chambre
des Communes.
Je vous remercie en mon particulier
dessubsides que vous m'a?
we^donnc%, quoi qu'ils soient
moindres que les sommes que vous
.!Ve ifxées, comme necrffiirrj
pour le service de cette année;
je souhaitequ'ilssoientsuffisans sibien menagez qu'ily en ait
.ffi'{. pour les besoins courans
jusqu'à une nouvelle cessiondu
Parlement.
Adilords &ÂfeJJîcursy
Cr,'r afl -. Je jçais qu'ilyaaefVam^, ïOfà
des affaires d'une grandeconsequence
qui nesont pas terminées,
parce qu'il vous en est survenu
d'une nature plus prejjé'ey qui regardoient
la Paix & là sûreté
de la Nation; néanmoins je crois
que la saison del'année demande
que je suspende vos procedures
jufqua la prochainecession dans
laquelleje nedoutepoint que vous
ne mettiez tout en usage pour
maintenir la Paix dans ce
Royaume, & pour en deraciner
tous les desordres ,
abus, tumultes,
&débauches quis'ysontglissées,
gr qui ne Ûf~~f~f tendrequ'à
fomenter dans les elPrÍts d'une
faction remuante & preste à recommencer
la rebellion, les projets
de renverserlaReligion, les
Loix & la libertéde leurs Payk
Je fuis obligé de partir incessamment
pour aller visiter mes
Etats d'Allemagne,& de vous
laisserpourla Paix &suretéde
mon Royaume pendant mon absence,
mon bien aimé Fils le
Prince de Galles, queje constituë
Gardien du Royaume; & mon
Lieutenant.
Cette Harangue finie, Milord
Chancelier, par ordre de
Sa Maiesté, dit ces mots:
Milords O* Messieurs,
C'estle bon plaisirde SaMx*
jesté que ce
Parlementsoitproroge}
ufqt*aui%.d^ouftprochain,
0* qu'ils'assemble le 7. dumême
mois. *
A Londres6.Juillet1716,
Vendredy dernier il arriva
des Lettres d'Irlande, qui
portent que le12. la Chambre
des Communes du Parlement
,resolut de communiquer
à l'avenir les chefs des
Bills, qu'ellevoudroit porter,
à la Chambre des Seigneurs
pour avoir leur agréement
avant de les remettre aux Seigneurs
Justiciers pour les envoyer
à la Cour, pour faciliter
à les faire passer,&députa
un Membre pour faire sçavoir
leur resolution aux Seigneurs
& pour leur donner une consérence
là dessus
, ce que les
Seigneurs accordcrent
, & le
1 4. on tint cette conférence,
&M.Ivard un desDeputez
rapporta avoir délivré auxSeigneurs
dans cette conférence
les raisons
, avec la resolution
de la Chambre prise sur ce
sujet. Le 1
5e. la Chambre
reprit laconsideration du rapport
concernant les griefs que
la Ville de Dublin a receu
fous le dernier Ministere,&
après avoir examinél'Aiderman
Surdeville
, & le lieur;
Aidneh qui estoient dcfî ce
temps-la Sherifs de ladite Ville
le sieurJean Colduell Député
Clerc de la Couronne dans
la Cour du Banc du Roy,
& le sieur Louis Roberts,
Sergent de la Cour de l'Echiquier,
on resolut d'une commune
voix de presenter une
Adresse aux SeigneursJusticiers
, pour les prier de vouloir
remettre la trés- humble
Requeste de la Chambre, devant S. M.afin que les
originaux de larepresentation
du dernier ConseilPrivé,&
le rapport des derniers Juges;
comme aussi les autres rap -
ports des derniers Juges,& du
Conseil de la deffunteReine
dans le cas des Aldermans &
Sherifs de laditeVille Envoyez
à S. M. & quiontesté
rapportez en Ir lande puissent
servir de preuves contreles
personnes qui les ont fJltSJ
& que la Chambre puisse procédercontre
eux, pour les
hauts crimes&malversations
dont la Chambre reconnoist
qu'ils font coupables. Ce même
jour on parcourut le Bill
de la Milice,& on ordonna
de le mettre aunet ,
de sorte
que
que ce Bill n'est pas rejetté
Comme on a dit.
Les dernieres Lettres de
Lisbonne font datées du 12.
decemois,elle portent qu'on
y avoit receu avis que les Corfaires
de Salé avoientencore
pris trois VaisseauxMarchands
Anglois
, & deux Irlandois;
que leur Amiral étoiten Met
& qu'il montoir un Vaisseau
de 24. pieces de canon,&de
400. hommes d'équipages
, & qu'un autre Cor faire de
même force étoit prest à sortirdu
Port de Salé, que trois
Vaisseaux- de guerre Anglois
continuoient à croiser sur eux;
que le jour anniversaire de la
naissance du Roy Georges
M. Ivorsley Envoyé de Sa
Majesté Britannique,àla Cour
de Portugal,donna un grand
regal à pluficurs Marchands
Anglois deLisbonne,que ce
même jour le Vaisseau de guerre
nomméla Couronneyétoit
arrivé, on croit qu'il aordre
d'aller joindre les trois Vaisseaux
qui croisent sur les Corsaires
, la Cour de Portugal
éroic impatience de voir revenir
le Prince Don Emmanuël
,
qu'on attendoit à toute heure
de Paris; on ne disoit rien du
voyage du Roy,S. M.avoit
fait équiper cinq Vaisseaux de
guerre qu'elle envoye au secours
du Pape contre les
Turcs.
Le jourque les Communes
envoyerent auxSeigneurs leurs
répliques aux deffenses que le
Comte deStrafford avoir produit
contre les articles d'Accufation
que la Chambre avoit
exhibé contre luy, ce Seigneur
fit un violent discours sur ce
fujec
,
se plaignant que la
Chambre Basse par ses prétendues
répliqués qui necontenoientautre
chose rinort,
qu'elle s'en rapportoit auxarticles
daccufation
,
témoignoit
agir par une pure animosité
, & avec partialité
contre luy
,
qu'elle était de
concert pour celaavec le Ministere
,
qui continuoit dans
le pernicieux dessein
,
qu'il
avoir formé
j
qu'elle venoic
de tirer six Membres des,
Communes ses parties, pour
les faire monter à la Chambre
des Pairs, pour estre ses Juges,
dont l'un étoit son ennemi
mortel ; ilparloitdu General
Cadogan;mais j'espere,dit-il,
que mon innocence paroistra
àla très honorable Chambre
des Pairs de même qu'à toute
l'Europe ,&il demanda d'être
jugé, il fut soutenu par plû-*
sieursSeigneurs,entre autres le
Lord Travert qui fitun tresbeau
discours danslequel ilbi
ma beaucoup le procedé de la
Chambre Basse, &du Ministere,
jusqu'à dire que la violence
avec laquelle ils agissoient dany
l'administration des affaires,
causoit de grands murmures
parmi le peuple; le Comte de
Sunderland
,
Garde du Sceau
Privé
, Un des plus zelez du
parti Whigc
,
blâma aussï le
procédé de la Chambre,&di*
Ministere, ce qui surprit beaucoup.
Le Vicomte de Tounfend
, Secretaire d'Etat,répondit
à tout cela qu'il ne sçavoit
pas en quoy les peuples
avoient raison de se plaindre
des Ministres. Le Duc de Bukingham
luy dit,Milord les
sourds l'entendent, les aveugles
le voyent ,
& les muets-.
le disent,& se remit sur son
siége, le Comte de Strafford
voyant que quelques Seigneurs
infinuoient de laisser
tomber cette affaire ,& de ne
parler plus, perisista à demanderjugement;
mais le Chancelier
luy dit que cela n'étoit
pas possibledans cetteséance ;
mais qu'à la prochaine on jugeroit
son affaire.
On die que M. Meneziésde
Caldare, jeune Gentilhomme
d'environ dix neufans, qui a
estétrouvé coupable de haute
trahison
,
mais qui fut recommandé
à la Cour par les Jurez
avant qu'elle luy prononçât
sa Sentence;doit avoir sa grace.
M. Dalton aussi un des Rebelles
qui a esté condamné à
la Maréchaussée, aobtenu un
répit pour un mois, & on croit
qu'il en obtiendra un pour
ans; plusieurs deceuxquisont
dans Newgate n'ont de répit
que jusqu'àMécredy,maison
croit qu'on leur enaccordera
de nouveaux.
Vendredy dernier le Lord
Makintosh sur jugé à la Cour
de l'Echiquier àW'eftminfter,
& fut déchargé; M. Pitcairn
sur aussï jugé & trouvé coupable,&
la Cour luy prononça
saSentence demort.
Le même jour la Chambre
des Communes reçutun MeC.
sager des Seigneurs pour leu*
faire
fairesçavoir qu'ils avoieat
agréé le Bill pour assurer la
Paix dans les Montagnes, &
dans le Nord d'Ecosse avec
quelques changemens que la
Chambreagréa après en avoir
fait la lecture; ce Bill porte
entr'autrechose qu'on bâtira
deux Citadelles, une à Perth,
& l'autre à Invernesse; qu'on
augmentera les ouvrages du
Fort Guillaume, & qu'on y
bâtira des çasernes pour y
pouvoir tenir une plus grosse
Garnison ; qu'on dera sixRedoutes
qui contiendront 200.
hommes chacune de Garnison
, par le moyen desquelles
on pourra avoir la communication
de l'une à l'autre de ces
Citadelles,& empêcher les
Rebelles des'assembler. Outre
cela generalement, toute l'Ecossedoit
estre desarmée, & il
n'y aura personne qui porte
jusqu'à l'épée sans une permission;
ce même jour la
Chambre ayant été informée
que M. Carnegie, un de ses
Membres,avoirété actuellement
en armes contre le Roy,
tant à Perth qu'à d'autres
Places, résolut d'une commune
voix de presenter une
Adresse à S. M. pour la prier
d'ordonner à son Procureur
General de le poursuivre.
Les Seigneurs passerent ce
jourlàleBill pour nommer
des Commissaires pour faire
la recherche des biens confifquez,
&c.
Le Lord Polword qui a
cy-devant éténommé pour
aller en qualité d'Envoyé Extraordinaire
à la Cour de
Prusse, doit aller en cette qualité
en celle de Dannemarck
, & S. M. a nommé M. Cohitworth
qui est à Ratisbonne
pour aller en qualité de son
Envoyé Extraordinaire à la
Cour de PrulfcJ & le sieur
Thomas Burnet,fils du dernier
Evesque de Salisbury pour
aller en qualité de son Secre.
taire à Ratisbonne.
Le Comte de Southerland,
& le General Cadogan,ont été
créez Chevaliers de S. André
à la place des Comtes de
Perth& de Mar, & Vendredy
dernier ilsreceurent de la
main du Roy le Cordon vert,
dqui iegst lna miatrqéue.de cette
-, M. Hampdena été fait un
des Receveurs de l'Echiquier
à la place du Chevalier Roger
Mortin,gendre du Comte de
Nottingham, & on dit que le
sieurRichard Edgeomf fera
fait un des Seigneurs de la
Tresorerie à la place du Lord
Finch fils de ce Comte.
: On parle de plusieurs changemens.
On dit que les
Comtes d'Owery & d'Orkney
& deSilker k,serontdémis.
de leurs Charges de Gentilshommes
de la Chambre, &
que ces places seront données
aux Comtes de Westmorland
& de Leicester, & au Lord
Howard de Essingham. j
On dit que le Comte de
Portland fera fait Duc, & le
sieur Robert Molworth,
Membre de la Chambre des
Communes, Vicomte d'Irlande.
Les Seigneurs Commissaires
de la Tresorerie ont
nomméle Chevalier Guillaume
Fazafzerley, Chambellan
de la Ville de Londres, Repe.
veur General de lataxe sur les
Terres pour les Villes de
Londres & de Westminster,
& la Comté de Middlessex
pour l'année courante; il a
donné des furetez & areçû sa
commission.
Le Capitaine Paddon, qui
depuis long temps a été envoyé
à la Cour de Maroc pour
tâcher de faire quelque accommodement
avec ces Infidelles,
est rappellé de cet employ qui
a été donné au Lieutenant de
Royde Gibraltar.
M.Methwinaété nommé
Secretaire d'Etat à la place de
M. Stanhope, & on
dit
qu'au
retour d'Allemagnece dernier
fera mis à la place du Lord
Tounsend qui fera fait PrWdent
du Conseil.
Samedy les Seigneursapprouverent
plusieursBills, en-
,
ttefaurres pour obliger les Pa- àdeclarer leurs noms &
leurs biens avecplusieurs changemens,
& les renvoyerent
aux Communes qui travaillerent
quelque-temps à examiner
ces changemens, & renvoyerent
cette affaire à aujourd'huy
; les Seigneurs envoyerent
aulÇ aux Communes un
Bill pour rendre nul un Bill
d'attenter contre le deffunc
Comte de Macclefields donc
elle Se la premiere lecture;on
croit que demain le Roy viendra
au Parlement approuver
: les Aacs, & qu'il le prorogera;
on dit qu'il n'y arien de
changé pour le départ du Roy,
& que ce fera Jcudy au soir,
ou Vendrcdy que S. M.
partira.
Aujourd'huy quatre des
nouveaux Pairs ont été introduits
dans la Chambre des
Seigneurs en la maniere usitée,
sçavoir, le Lord Conningsby
par le titre de Baron de Conningsby,
le General Cadogan
par le titre de Baron de Reading,
M Nieuport par le
titre de Baron de Torringron,
& le Chevalier Robert MashamparletitredeBaron
de
Rumney.
Les Communes ont agrée
les changemens que les Seigneurs
ont faits au Bill pour
obligerlesPapistes à enregistrer
leurs noms, &c. & elles
ont fait la seconde lecture du
Bill pour annuller le B111 d'attenter
conrre le dcffunt
Comte de Macclefields.On ne
doute pas que le Roy ne se
rende demain dans la Chambre
des Seigneurs, mais on
croit que S. M. ne partira que
Lundy.
Si j'ay jamais eû quelque.
chose de bien interressant à
ous conter, c'est cc que vous
llez lire.
Le23. du mois passé vers
es deux heures aprèsmidy,
un bruit épouventableallarma
tout Paris. La Renommée en
pleurs ( s'il m'est permis de.
me servir de cette figure ) annonça
presque cri un même
instant
,
à tous les Habitans
de cette grande Ville, l'effrayante
nouvelle de la maladie
de M. le Duc. Les grands, les
petits,le peuple, tout le monde
enfin accoûruten foule au
Fauxbourg S. Germain où est
l'Hôteldece Prince. Ledestin
de tant de gens parut avec tant
d'éclat attaché à les jours, que
la consternation se répandant
danstous les coeurs, l'amour
sur,si puissant, ou l'allarme
fut telle, qu'il semblaque
jamais peril ne pouvoit estre
plus grand.
Ces temoignages glorieux
& publics de l'afftbon qui
lie ce peuple à ce Prince, ne
peuvent estre comparez qu'-
aux soins continuels, aux
veilles, aux voeux & aux larmes
de route sa famille. Son
Ayeule, sa Mre) son Epoufc
ne l'abandonnent pas unraog
nent, la fiévre qui le consume,
es transports quelle luy cause,
apetite veroie qui sedéclare
le font pas des obstacles suffisant
pour ôrer à Monsieur. le
Comte de Charolois son frere,
& aux jeunes Princesses lps
soeurs, la resolution de le voir.
Leur jeuncffe & leur beauté
font en cette occasion à 1epreuve
dumauvais air; & la
crainte de la contagion n'est
pour elles qu'un prétexte frivole
dont la tendresse du fang
n'admet point les raisons. En
vain il prie, il exige, il commande
qu'on leséloigne,
elles ont fait voeu de luy desobéïr
pour tout le temps de sa
maladie.
Cependant les Parisiens ennuyez
de la lenteur des remedes
ordinaires,vont à toutes
les Eglises, invoquer tous les
Saints, pour obtenir de Dieu
la guerison de ce Prince.
Au bouc de quinze jours
leurs VOEUX font exaucez,&
& une heureuse convalescence
leur promet l'entier rétablissement
de sa santé. Enfin
le 8. dece mois on fut, grace
au Ciel, délivré de toute apprchcnfion
pour luy; le p. le
10. le ii. & le 1
a,,il se porta
tous les jours de mieux en
mieux,& le 13. il partie vers
les trois heuresaprès midy de
cette Ville pour aller prendre
l'air à Chantilly. La joye &
les exclamations d'un nombre
infini de gens qui le virent
passer dans les ruësde Paris,
font inexprimables. Le c hemin
de Paris à Chantilly fut
rempli de monde;les habitans
de Luzarches se mirent fous
les armes, & allerent une demie
lieuë au- devant de Son
AltesseSerenissime : les Chanoines
de cette Ville le
-
complimenterentlur
le retour de
"sa santé, la Ville en fit de mê- me par un de ses piincipaijjc
Officiers, & rous allerent en
--àébons de graceChanter le
Te Deam. Ces marques de
zele & de pieté furent suivies
le même soir d'un Feu d'artisice
public,de Feux aux portes
de chaque particulier, Ôc de
toutes les autres démonstrations
de joye. Tous les
Bourgs & Villages depuis Paris
jusqu'à Chantilly imiterent
les habitans de Luzarches.
Jenevous entretiendray point
de ce qu'ont fait pour le Inme
me sujet les principaux domestiques
de ce Prince. Leur interest
& le bonheur d'estre attachez
à mi tel Maistre,répondent
assez d'eux,pour donner
lieu de croire que leur contentement
n'a point eu de
bornes.
Les Peres Cordeliers du
grand Convent, & tout le
Clergédel'EglisedeS.Sulpice
en ont chanté des grandes
Messes, & le Te Deum en mu<
figue.
Monsieur le Duc a répondu
par d'éclatantes generositez
à un grand nombre de ceux
qui luy ont marqué la joye
qu'ils ont du rétablissement
de sa santé.
Mrs Sylva, du Moulin, &
Helvetius le fils, ont gouverné
Monfiour le Duc pendant sa
Ittaladic.
Enfin je le répété tant de
personnes différentes ont fait
éclater publiquement la joyc
qu'clles avoient de voir ce
Princeéchappé d'un si grand
danger, qu'il m'est impossible
de faire separémentl'éloge de
leur zele;M. de SarobertCapitaine
des Chines de Chantilly
cil le seul que je détache
de cette multitude infinie de
gens charmez du salut de,"
Monsieur le Duc, pour vous
donner un leger détail des
principalescirconstances de
la fête magnifique dont il a régalé
Son Altesse Serenissime,
les Princesses
,
les Princes du
Sang
, & les Dames & Seigneurs
de sa Cour.
Un Dimanche19. de ce
mois àtrois heures a près midy,
une salve de trente coups de
canon donna le signal pour
le commencement de cette
fêrjç. Aussitost pluficurs fontajnes
de vinjaillissantesplacées
à une égaledistance vis a-vis
la maison de M. de Saroberr,
coulerent au gré & au grand
1 contentement detouslesassistans
habitans du lieu & de
plusieurs lieuës à la ronde.
.,
Ces aimables & intarrissables
'fonraines se livrerent de si
bonne grâce ,
& avec un si
grand épanchement de coeur
<m'H fut facile à tous buveurs
,- de tout sexe & de tout âge
d'en approcher,& de s'y desalterer
sans peine. Un peu
plus loin sur un verd gazon
; que plusieurs grands ar bres
rafraichissoient & couvroient
sans ccttt de leur, ombre,
étoient des tables accablées
du poids des viandes dont elles
étoient chargées, où chacun
alloit à son aise chercher dequoy
s'exciter à boire. Enfin
pour resultat de cette premiere
entréeimaginez vous voir
Charlotte & Lucas,Claudine
& Mathurin, après s'être amplement
bourré la bedaine,
remplir leurs poches des succulents
débris des pieces qui ont
rebuté leur appétit
, & delà
aller innocemment sur l'herbette,
batisoler) chanter, &
dormir ensemble. Cette ébauche
des plaisirs de la vip champêtre,
est une legere peinture
de ce que faisoit tout ce peuple
qui prenoit de cette façon
sa part de cette xfête.
D'un autre coilé sur la
terrasse des petites cascades
du jardin de Chantilly étoient
deux orquestes remplis
de Joüeurs d'instruments
occupez à faire danser tous
ceux & celles 3. qui la danse
plaisoit. Les Princes & Princesses
qui étoient allez ce jour
là prendre le plaisirde lachade
du Cerf
,
honorerent à leur
retour, le Bal, de leur presence.
LeursAltesses Serenissimes
danserent
,
& aprés elles les
Seigneurs & Dames de leur
Cour. Madame la Duchesse
la jeune, fit dans ce Bal une
action fort singuliere. Elle
apperceut dans le nombre des
spectateursun bon vieux Paysan,
grandsyeux ouverts, bouche
beauté, l'extase où elle le
vit, lui parut digne de quelque
récompense. Aussi ne balança
t-elle pas à luy donner sur
le champ la plus belle marque
de distinction qu'un mortel
puisse recevoir d'une grande
& genereuse Princesse comme
elle. Elle luy donna la main,
& luy dit quelle vouloic danfer
avec luy. Le bon homme
ému de joye, de crainte, de
confusion & de reconnoissance,
la receut de son mieux,
dansa de même, & finit par
des actions de graces & des
reverences qui dureroient
peut-estre encore, si un present
de belles & bonnes especes
d'argent, ajoûté à tant
d'honneurs, n'avoit été le
sceau glorieux de sa bonne
fortune.
Le Bal finit à neuf heures,
& fut suivi d'un spectacle,
non
noiq moins digne de curiosité.
Sousune tente d'une grandeur
prodigieuse,&ornée d'une
frailiée faite avec tout tarc
imaginable étoient deux
tables de vingt-quatre couverts
chacune, elles furent occupéesparlaNoblesse,
& fcrvies
avec toute l'abondance êt
toute la
-
délicatesse possibles.
Je ne vous parle point des illuminations
capables de f4re
honte à la lumiere du jour, s'il
fut venu lutter de clarté contre
elles; je supprime auiïï de
ce recit tout ce qui fut de
l'officedesSimphonistes pendant
ce repas; toutes ces choses
font des circonstances ordinaires,
ausquelles tout Lecteur
supplée, il n'a pas même
besoin qu'on lui dite qu'un
grand nombre de petites tables
dressées en differens endroits
du voisinage des grandes,
leur servirent de troupes
auxiliaires pour la multitude
& la commodité des Convives.
Mais il convient de luy
apprendre que M. deSarobert
ayant à haute voix porté à
route l'assemblée, la fanté de
Monsieur le Duc, tout le
monde le leva le verre à
lamain
, & y répondit avec
acclamation au bruit d'une
falve de toute l'artillerie. Cet--
te santé fut suivie decelles de
Madame la Princesse, de Mesdames
les Duchesses
, & des
Princes & Princessesfreres &
soeurs de Monsieur le Duc.
Leurs Altesses furent curieuses
de voir ce fplcndide regal &
elles se satisfirent. A minuit il
finit pour amener un aurre
genre de divertissement.Vingt
coups de canon servirent alors
de signal pour l'execution d'un
nouveau dessein: on ne les cüc
pas plûtôt tiré
,
qu'on vit sur
l'eau du fossé du Château un
édifice tout en feu.
Un Historien plus propre
aux détails que moy^ous conteroit
icy jusqu'aux moindres
circonstances de ce spectacle.
S'il ne sçavoit pasau juste le
nombre & la forme des Emblêmes
qui servirent d'ornement
à ce feu d'artifice
,
il y
suppléroit par des devises de
son imagination ; les fusées
, les boëtes, les petards, les feux
gregeois &les fcrpcncaux.touc
passeroit par son examen , &
l'Artificier luy-même trouveroit
, comme de raison, son
éloge dans son recit
,
mais il
n'est pas dans l'usage d'être si
exact, & il se contente de vous
dire que ce feu qui fut magnifique,
fut parfaitement executé.
Maintenant. Dicmihi, Musa,
virum.C'esticy
,
ô Apollon,
mon tres cher & tres- honoré
frere aîné, que j'ay befoin
de cette sainte fureur,de
ces enthousiasmes divins donc
vous rechauffez si souvent la
tiedeur de vos nourrissons.
Faites pour moi plus que pour
eux,toutes les Loix divines &
humaines, les liens du fang
,
& mon amour pour vous vous
y engagent. Sans vous,sans
vôtre secours, monéloquence
va devenir un langage inepte,
, & si vous ne vous unissez à nos
disertes soeurs pour medicter
ce que je dois écrire, vous allez
, mon cher frere
, me reduire
à la honteuse necessité
d'abandonner la plume.
jinimo, courage, Phoebus,
courage, mon amy. Je commence
à sentir le feu de cette
ardeur divine dont vous animez
ces grands hommes à qui
vous confiez le foin glorieux
d'immortaliser les Heros. Je
fuis hors de moy! je brule! &
je vais chanter.
Peu de moments avant que
l'Amante deCephale vint annoncer
au monde le retour du
jour, on entendit dans le Château
de Chantilly denouveaux
concerts. Qu'est-ceJ dirent les
mortels heureux que Morphée
n'avoit pas encore livré au silence
& aux songes, quel efi:
ce bruit charmant qui frappe
nos oreilles? Echo,la plaintive
Echo
, ne se lasse-t-elle pas de
repeter les aimables sons dont
a retenti ce delicieux séjour
depuis la derniere fois que le
Soleila achevé sa carriere pour
seprecipiter dans l'onde?Veutelle
jusqu'àson retour nous feficiter
encore sur le bonheur
qui nous enchante. Ecoutons?
Cependant s'avance dans
un ordre admirable
,
fous les
auspices de Diane,&à la clarté
des flambeaux, une troupe
de jeunes &charmantesNayades
, tenant chacune d'une
main leur aimable Faune, &
de l'autre une guirlande de
fleurs: à leur tête marchoit
un mortelaussi rare qu'ingenieux
,
& à qui ces tendres
Amants avoient confié le foin
de leur enfance. Tous le cherissoient
& l'appelloientavec
respect leur bien aimé Magister.
Il portoit à sa main aussi
gravement que siç'eût été un
sceptre, la redoutablemarque
de sa dignité
,
je veux dire ce
terrible instrument qui sert à
vanger les Maistres des fautes
de leurs Eleves. La simplicité
de ses vestemens ne nuisoit
nullement à sa qualité: & son
air doux & riantne déconcertoit
point sa modeste severité.
Enfin suivi d'une douzaine
d'aimables disciples, de l'un &
de l'autre sexe, marchant deux
à deux, dont le plus jeune avoir
quinze ans, & le plus vieux
dix huit ans, e scorté à l'arriere
garde d'une troupe d'excellents
Joüeursd'instrumens, il
se rendit de la maison du Curé
au Chasteau de Chantilly.
On ne l'eût pas plustostannoncé,
que Monsieur le Duc
voulut le recevoir luy même
c
à la teste de route sa Cour.
Subito le Magi',.Icr luy fit son
compliment assaisonné de remarques
si magistrales, qu'elles
firent à plus d'une reprise, éclatter
de rire toute l'assemblée;
& après avoir longtemps
parlé à propos,toûjours
par impromptu,il chanta
ces paroles, sur l'air, Vivons
comme le Voisin vit.
De Chantilly le Magifler,
Autrement dit le Mattre,
Duque le Prince est Mugis-ter
Que Afefjïeurs ses Ancestres.
En voicy la preuve, ajoûtat
il.
Ala chase ilsonne du Cor9
IleflPrinceaUVille9
Dans les Conseils ceflun Neflor,
A Fribourg un Achzlle,
- Tout cela, continua-t-il,
n'est rien sans les qualicez du
coeur.
IIj-aitdej autres le vonheur;\
Il nefonge qu'àplaire,
Et quoy quil foit fort grand
Seigneur,
Ilejl amyfiYJcere.
Ces couplets furent chantez
accompagnez de violons & de
chorus de deux en deux Vers.
En voicy d'autres, dit- il encore,
sur 1air, Tout cela mesl
indiffcrent, quoy que cecy ne le
foit point du tout.
Aux Champs, a la Ville -
a la Cour,
Tout chante à L'envi le retour
De la fanté de voflre Altcjje.
Ainsi le Peuple Grec ravi
Pouffadegrands cr1saallegrefe,
Quand Alexandrefutgueri.
Il finit- par ce couplet) sur
l'air de Joconde.
Quel charmant séjour j'appnçoy,
C'est dans ces lieux qu'habite
Du fameux vainqueur de
Rocroy
La Mimphefavorite :
Ce Heros la gloire des Lys
En est encore le Mattre,
Dansson arriéré Petit Fils
Nous levoyons renattre.
Ce couplet cft de la composition
de M. le Curé de
Liancourt.
Tout cela fui iuivi demille*
amitiez pour le Magister. Mrs
les Comtes d'lisés, le Marquis
de Lafley
,
le ChcvJier de
Luynes, les Abbz de Turmeny
& de Brogiio, & tous les
Officiers de leurs AJtelfcs Sereniffimesallèrent
l'embrlfer.
Alors pour finir de bonne
grace comme il avoir commencé,
il mit toute sa troupe
en mouvemenr, les violons
joiierenr toute forte de danses,
& il fut dansé tant qu'à des
Noces.
Si vous n'estes pas contents
de cette petite description, ce
n'ctf pas ma nuie Je vous réponds
d'avarice que vous ne
trouverez pas moins ciequoy
vous amulci dans lauicle luivanc.
SONGE.
Damon,quuneAmitiésincere
Iriterejf dans mes mAlheurs,
Qui jouvent de mes tristes pleurs
Cherche à tarir la fluree amere , Ne viens plus par de vains discours
M'engager a quitter Corine.
Plus que jamais mon coeur /obfline
A luy conjacrcr ses beaux jours.
Ce ncfi qu'unfonge
, une cbimere,
Quifait rmaîtremonespoir3
Cependant je crois entrevoir
L'heureufin de ma mistre. rens donc lefongeflatteur
Par qui je sens calmer mes peinés,
Et qui de mes cruelles chaînes
Afoulage la pesanteur.
Çuoyquilfoitafje% difficile Qun Amantgote le repos,
Cependantun sommeil tranquille
Eflvenu suspendre mes maux.
Apeinesa douce puissance
Commençoit a regnersur moy ,
Que
?ue faycru sentir lapresence
De celle dont je fuis la Loy.
Une Emotion,Amoureuse
ilflHdAin agite mon coeur,
Avant*courriere trop heureuse
D'unprochain0*parfait bonheur.
En effet,la jeune Corine,
Ce chis-d'ClU'tJre accompli des
Cieux,
Avec une grace divine
S*efld'abordofferteamesjeux.
Cesse,cher Amant, me dit-tUe;
De déplorer tontriste fort,
Je viens aujourd'hui moins
cruelle
En ta faveurfaire un effort.
Jay toujours caché dans mon ame
7Jn feu par le temps augmenté,
Mais ta rarefidélité
Malgrémoy découvre maflâme.
Tes soûpirs m'ont fait (oûpirer,
Et tes pleurs, répandre des larmes,
Tes chagrins mont fait desirer
De perdre mesfuneftes charmes;
Tu lefais,faymis ton amour
A mille épreuves douloureuses ,
Maistoujours mes Loix rigoureufes
Me faisoient encore mieux ta
cour.
EnfiYl,je cede à ta confiance
Lajje de te persecuter,
Et je ne sçaurois plus dompter
Le Dieu qui mefaitviolence,
jiu vray plaisir d'cjlreejlimé
Joins un plus grandplaijîrencore.
Tu peux dire ,je fuis aimé
Dufidele objet que j"adorr.
Mais c'estsur un Amant discret
Que mon coeur aujourd'hui se
fonde,
Je t'ay confié monsecret
Qu'il foit caché pour tout le
monde.
Acet aveu tendre &* charmant
Juge quellefut mAsurprise
, Damon 1je crus de ce moment
La reconnoissance permise,
Je veux embrasserses genoux
Transportéd'amour cr deflâme;
Mais l'emportement de mon ame
Meprive d'un bonheursi doux.
Trop d'empressement me reveille
Etjereconnois monerreur.
Grands Dieux,fautilquejesommeille
Pour voir Corinesans rigueur;
Mais
,
cjuojcjuil ensoit, de ce
fonge
J'espereun heureux,avenir,
jémj,cherche à m'entretenir
Dans la douceur de ce mensonge.
Cependantparl'espoirséduit
Je vaissçavoir chez ma Mattresse
Si lejour tiendralapromesse
Quem'afaitune heurese nuit.
A MADAME.
En luy envoyant un petit
Amour deguisé en Philosophe.
BOU Q.U E T
De l'Auteur du Songe que
vous venez de lire.
Sous le voile imposteur de Ils
Philosophie
Jecache,Iris,depuis longtems
Desfeux amoureux &constans
Dont personne ne se défie,
SçAcbezfeule en ces lieuxlesecret
demoncoeur
D'une noble fiertésuspendez la
vengeance,
Ou ne punissez mon offense
Que d'une éternelle rigueur.
Depuisl'instant heureux où mon
ame éperduë
Devos premiers regards éprouva
la douceur,
J'ay cherchévainementma liberté
perduë,
Rien n'a pû vaincre mon ardeur.
Ni l'espace qui noussépare,
Ni tous les maux que lefort me
prépare
N'ont pû rappeller ma raison,
Je me plais aux langueurs d'un
Amant qui soupire,
Etj'avale à longs traits l'agréable
poison
Dont ilfautunjour que j'expire.
Sous les coups de l'Amour mon
esprit abatu
Nepeutsegarentird'uneaveugle
foiblesse
Semblable à , ces sages de Grece
Qui,sous les fauxdehorsd'une
auflere vertu
Livroient leur ame à la tendresse,
J'entretiens dans mon coeurunfen
seditieux
Queje voudrois cacher à toute la
nature,
En vain lasagesse en murmure
J'en ay3charmanteIris,l'excufc
dans vosyeux.
C'est monsortde brûler, de languir
pour vos charmes,
Tout /"Univers ressent leur pouvoirabsolu,
Je les ay voulu fuïr, je ïavois
résolu
Vain projet, la raison loin de
m'offrirses armes
M'a fait verser de tristes larmes
Pour l'avoir seulement voulu.
M'aisJ ne troublay-jepoint lejour
de vostre Feste
Par un aveu trop indiscret!
Non, le plaisir d'une conqueste
Vaut bien le plus joli bouquet.
Je
Je ne vous fais point l'éloge
de l'Auteur deces deux petites
Pieces de Poëfic: il suffit de
les lire pour luy rendre la justice
qu'elles meritent. Pour
moy je vous avoüe que je feray
fort content )si j'en peux
souvent trouver de semblables.
L'article qui suitest d'une
nature differente & trés-serieuse.
MORTS.
La Princesse Pamphile
Doüairiere eil: morte à Rome
vers lafin du mois deMay. La
pompe funebre de son enterrement
a esté faite avec de
grandes ceremonies & magnificences
en l'Eglise de Sainte
Agnés Place de Navone, bâtie
par la Maison Pamphile.
Elle a institué le second enfanc
du feu Prince Pamphile, son
heritier. La Maison de Fachinetti
dontcettePrincesse étoit
est originaire de Bologne d'une
ancienneté & d'une illustration
sans reproche. Cesar Fachinetti
son frere Gentilhomme
Bolonnois, neveu du Pape
Innocent IX. fut honoré de
la Pourpre Romaine le 13.
Juillet 1643.il futArchevê -
que Titulaire de Damiette &
Evêque effectif de Spolette.
Quant à celle de Pamphile,
elledoit son élevation à Jean-
Baptiste Pamphile fait Cardinal
le 16. Juillet 1630. dont
le merite l'éleva sur la Chaire
de S. Pierre le 15. Septembre
1644. fous lenom d'Innocent
X. sa mort arriva le 7. Janvier
1655àl'âgede81.ans,celle
qui donne occasion à cet~article,
avoit épousé le neveu de
cePontife dont elle eût lePrince
Pamphile,&BenoistPamphile
Prefet dela Signature de
Grace,Cardinal de la Sainte
Eglise Romaine l'an 1681. à
present vivant.
Messire Matthieu Ysoré
d'Hervault
,
Archevêque de
Tours,est mort le 9. Juillet
1716. dans sa 69e. année & la
23e. desonEpiscopat.Ilavoit
esté Auditeur de Rote à Rome
durant 14.ans,ilestoitfils de
Mcffire Georges Yforé ChevalierMarquis
d'Hervault
,
& de Dame Marguerite de
Roncherolles fille de Messire
Pierre de Roncherolles ChevalierBarondePontS.
Pierre,
Chevalier des Ordres du Roy,
Capitaine de 50. hommes
d'armes de ses ordonnances,
Gouverneur d'Abbeville &
Pays dePonthieu & de Dame
[ Marie deNicolaïsa femme, < La Maison de Roncherolles
l'une des plus anciennes & des
plus illustres Maisons du
Royaume,a pris son nom A:
la Terre de Roncherolles
1
CÍ..
tués dans la Province de Normandie
,
qu'elle possede de
temps immémorial;c'est une
deces Maisons
,
dont il n'etf
pas possiblede trouver l'origine
,
quelque recherche qpuc l'onfasse.Lesfondations,les
donations ,les monumens
& dansla suite les titres domestiquessont
voir que depuis
plus de 800 ans, elle sert
toujours soûtenuë par les dignitez
dont ellea esté decorée
dans tous les temps , par ses
biens considerables ,par ses
grandesalliances&par le mente
des Seigneurs qu'elle a produits.
C'est ce que le feu Roy
Louis XIV. a reconnu par ses
Lettres Parentes du mois de
février1692.. dans lesquelles
SaMajesté dit en termes formels
que: 'voulant gratifier (7
favorablementtraiter rBUS ceux
de la Maison de Roncherolles ,
tres-illustre, tantparsa très-haute
Noblesse & son ancienneChevalerie,
que parlesgrandesCbarges
que plusieurs qui en ont étét
ont possedé dans le Royallmtc/fpuis
plusde 800. ans , & les
importansftrices qu'ils ont rendusàla
Couronne avec un zele
&une fidélitétoujours inviolables
dans les tems même les plus
difficiles: elle confirme & accorde
auxaînez de cette Maison
le droit & prérogative de
Conseiller d'honneur nenu
Parlement de Roüen, pour y
avoir pelptucllement&àroûjoursentrée
,séance, voix &
opinion deliberative
, toutefois
& quantes ils voudront
y aller. Cet honneur qui leuc
avoit déjà été accordé parLettres
Patentes du Roy Henry
III.en 1577. & confirmé pac
celles de Louis XIII. marque
une dHlinébon particulière
que nos Rois ontfaite de cette
Maison,puifquiln'y a que les
Princes du Sang & les Pairs de
France qui joiïiflent par leur
naissance dela même prérogative.
Quelque glorieuse que soit
cette prerogative) elle fertï^
blôit ëcfe dûë àla Maison de
Roncherolles
, en consideration
de ce que l'aîné de cette
Maison, comme premier Baron
de Normandie,avoir eu
l'honneur de présider à laCour
Souveraine que PhilippesleBel l'
avoit infticuée à Roüen Tan4
1301. fous le nom d'Echiquier
,
où toutes les affaires
étoient décidées par les Barons
de cette Province,&que depuis
que le Parlement avoit
succcdé à cet EchiquierJ il y
avoit toûjours conservé entrée
,
séance , opinion & voix
deliberative.
Cette Maison subsisteaujourd'huy
en trois branches: la
branche aînée d'où est sortie
la mere de feu M. l'Archcvèque
de Tours & qui porte le
nom de Pont S. Pierre
,
de la
Terre du Pont S. Pierre située
sur la rivière dAndelle à quatre
lieues de Rouen,qu'Yïabeau
d'Hangeft, hcriucre de
MelIircAubert d'Hangeft
grand Arbalétrier de , France,
ion frere
, mort sans enfans,
apporta dans cette Maisonpar
son mariage avec MdurcJ. an
de Ronchcrolles
,
Chevalier
des Ordres du Roy: la branche
du Marquis de Roncherolles
& celle du Comte de
Planquery
,
& de d'Aubeuf.
Ce qui doit passer pour un
avantage fort honorable, ÔC
dont peu de Maisons peuvent
se vanter, c'est que pendant
une aussi longue fuite d'années
il n'y a jamais eu de mesalliance
dans celle-ci,&queMessire
Michel de Roncherolles, Chevalier
MarquisduPontS.Pierre
,
premier Baron de Normandie
& Conseiller dhon
neur né au Parlement de ladite
Province, qui estle chef de la
branche aînée & par confequenr
detoute laMaison de
Roncherolles, a en main des
titres autentiques ,pour prouver
une filiation successive &
sans interruption par 18. mariagesqui
se font faits depuis
l'an 115 1.jusqu'à luy
, avec
des filles sorties de 18. Maisons
différentes tres-distinguéespar
leurancienneté &
par leur illustration,telles que
font, Marie de Melun, Ysabeau
de Montfort,Agnès de
Lusignan
,
Nicole Clement,
Ysabelle de Crequi, GuillemetteLalain,
Mahaut deChelles,
Ysabeau d'Hangeil, Mar..
guerite de Leon
,
Ysabeau de
Rouville, Marguerite de Châtillon
,
Françoise d'Hallwin
, Sufanne deGuisencourt,Charlote
deMoüy
,
Marie de Nicalaï,
Françoise de Lamer-
Bussy
,
Catherine le Vencur-
Tillieres,& Marie Anne Dorothée.
Erard le Gris, heritiere
des Marquisats de Montreuil
& d'Echaufou & de la Comté
de Cizey ,descenduë du Capitaine
Erard
,
lequel dés l'an
985. amena les Danois au secours
de Richard Duc deNormandie.
C'estMadame laMarquifc
dePont S. Pierre dau-^
jourd'huy.
La Maison de Roncherolles
a encore l'honneur d'être
alliée à l'auguste Maison de
France, à celles de Lorraine
de Courtenay
,
de Rohan
d'Harcourt, de Gamache, de
Vieuxpont
, du Bec, d'O,
d'Anglures, de Bourbon Rubempré
,
de Mailly, de Gonnelicu
, d'Ettrées,de Bassompierre,
d'Espinay en Bretagne,
deBreauté, d'Espmay-Bois- 1.
groult,de Gouffier deThois,
de Lhôpital,d'Heudrcourt, de
Pardieu deMaucomble, d'osmont
,deCourseules, de Bussy
,
de Boniface,de Guemadeuc
,& à quantité d'autres
qu'il feroit trop long de détailler.
Pour trouver la plûpartdes
preuves de cette Maison
, on
peut consulter l'histoire de
Normandie,les Mémoires de
Monsieur de Thou
,
l'histoire
d'Angleterre, la Chronique de
Normandie
,
la Roque dans
son histoire de la Maison
d'Harcourt ; Duchêne
,
histoire
de la Maison de Châtillon,
le P. Anselme, les Manuscrits
de M. de Clairambault,
de M. d'Hozier& de plusieurs
autres Genealogistes.
Georges Ysoré,Chevalier
Marquis d'Hervault,sieur de
Pleumartin
,
&c. Lieutenant
pour le Roy en Touraine,
pere de feu M. l'Archevêque
de Tours étoitchef de la noble
& ancienne Maison des
yroréJ dont on trouve des
monumens dés l'an 1145. cette
Maison a estéhonorée de la
Charge de Chambellan fous
les Rois Loüis XI. & Charles
VIII. & a donné à la France
plusieurs grands Ca pitaines,
des Chevaliers des Ordres du
Roy,
Roy ,& d'illustresPrélats.
La qualité d'Auditeur de
Rote que M. l'Archevêque de
Tours a exercé pendant 14.
ans à Rome, donne lieu à 1article
qui fuit, cela fondé sur
ce qu'il n'y a qu'un très-petit
nombre de gens en France qui
sçache ce que c'est que letitre
d'Auditeurde Rote.
UnAuditeur de Rote cft
un des douze Magistrats qui
composentle Tribunal qu'on
appelleà Rome la Rote,à
cause que le pavé de la chambre
,
où il se tenoit autrefois
estoit de porphire & taillé en
forme de rouë. Ce Tubunat
fut établi par le Pape Jean
XXII. il juge de toutes les
cau ses bénéficiales&profanes
tant de Rome que des Provinces
de l'Etat Ecclesiastique en
cas d'appel, & de tous les procés
des Etats du Pape au dessus.
de cinq cent écus. Les Magistrats
qui le composent font
pris d'entre les quatre Nations
d'Italie,France, Efpacyne,
Allemagne. Il y en a trois Romains
, un Toscan, un Milanois,
un Bolonois
, un FerrarOIS,
un Venitien,un François,
deux Espagnols,unAllemand,
Ils ont la qualité de Chapelains
du Pape
, ayant succedé aux
anciens Juges du Sacré Palais
qui jugeoient dans sa Chapelle,&
quand le Pape va prendre
possession de l'Eglise de S. Jean
de Latran ,
le Doyen & les
Auditeurs de Rote ont la droite
sur le Doyen du Sacré Palais
& sesOfficiers.
Suite des Morts.
Kfrffire Gilles le Maistres
Marquis de Ferrieres, Seigneur
Doplessis Châssié,&c. mourut
le27. Juin17 16. Ilcftoit.fils
de Jean leMaistre, Seigneur de
Ferrieres, Conseiller au Parlement,
& de Renée Davy de
laFaudriere. GillesleMaistre
son quatriéme ayeul éroit PremierPrésident
du Par lement
de Paris, & mourut le 5. Décembre
issi. La famille de le
Maistre est une des plus anciennes,
des plus illustres, ÔC
des mieux alliées de la Robe.
Messire Jacques le Febvre,
Doreur de Soi bonne,grand
Vicaire de Bourges, ci-devant
Archidiacre de Lizieur, mourut
le premier Juillet1716.
Messire Achilles François
Baréntin, Seigneur de Montsrob
& Prieur Commendataire dsrrô
Jauron
, mourut le .m de ce mois: Il estoit fils de
Messire Achiles Barentin, Seigneur
de Monts, Conseiller
au Parlement, morten I6,S.-)b
& de Marie Quatrechommes,
& petit fils de Charles Barentin,
Président de la Chambre
des Comptes de Paris, & ar.)t
riere petit fils de Charles Barentin,
reçû Maistre des Rc-CI
quelles en 1605. & fait Con-V
seiller d'Estat ordinaire enA
1620.
Joseph Sauveur,Maistre
des Matemathiques du Roy
d'Espagne, &de Nosseigneurs
les Enfans de France, Examinateur
des Ingénieurs de France
, Lecteur & Professeur
'- Royal, & de l'Academie des
Sciences, mourutle10. de
ce mois.
*c Messîre Jean-Baptiste de
Venderers,Chevalier Comte
d'Arbouville, cy - devant
Major General des Armées du
Roy,mourut le 15.decemois:
Il estoit d'une Noblesse des
plus anciennes de la Province
de Normandie; & la Terre
d'Arbouville est dans sa si.
mille depuis l'an 1456qu'elle
fut acquise par Oudiner de
Venderets,septiéme ayeul de
celuy don: je vous apprens.
la mort.
Messire Jacques de Brcti.
nieres, Seigneur de S. Germain
le Vieil, Cor bril, &c. Confeiller
honoraire au GrandConseil,
mourut le
1 J. de cc mois.
Messire de la Porte, Premier
Président du Parlement
de Metz, mourut le 16. de cc
mois:Il sortoit d'une ancienne
fpamihlleoriigoinaiére .du DJu.
Messire Michel Chamillart,
Marquis de Cany
,
Grand Maréchal
des Logis de la Maison
du Roy, & Colonel du Regiment
de la Marine, & cy dc<
vant Secretaire d'Estat pour la
guerre en furvivancc de M.
Chamillartc son pere, mourut
le de ce mois, généralement
regretté, laissant plusieurs
enfans de son mariage
avec Dame Françoise de Rochechouart
,
soeur de M. le
Duc de Mortemart.
Dame Marie Françoise Celeste
de Voyer de Paulmy
, femme de Mre Charles-Yves-
Jacques de la Rivière, Comte
de
de la Rivière, Gouverneur de
S. Brieux, mourut le de ce
mois; elle estoit proche parente
de M. d'Argenson,& fortoit
comme luy de la Maison
de Voyer, l'une des plus anciennes
de la Province de Touraine.
Pour la Maison de la
Riviere, elle est originaire de
Bretagne, & également distinguée
par son ancienneté&par
ses alliances.
Après pvoir cherché dans
ce Pays cy quelque mariage de
consequence à vousannoncer,
voyant que mes soins estoient
inutiles & que personne envoit
eû pendant tout le cours
de ce mois la gloricufc fantaifîe
de se marier, j'ay esté obligéd'avoir
pour cet Article,
recours aux Pays étrangers, &
l'on m'a enfinécritde Madrid
que l'on y raisonnoit beaucoup
sur la publication du mariage
de la Senora. Dona Ifabella.
Ponce, veuve de M. le
Ducd'Albe qui mourut il y a
quelques annéesAmbassadeur
d'Espagne en cette Cour. Cette
Dame épouse M. l'Abbé
Dom François de Gonzague
cadet du. Prince de Castillon
de Lestevere.
On dit qu'il y a une grande
différenced'âge entre ceux qui
s'engagent fous les loix de cet
hymen; mais on ajouteen
même temps que le nouveau
marié qui est d'une tres-illustrc
Maison
,
n'ayant pour
tout bien au monde que deux
mille pistoles de rente Ecclesiastique
, que S. Majesté Catholique
luy a assigné sur l'ArchevêchédeTolede
,
il n'avoit
pas dequoy vivre, & que
ce mariage accommode fort
sesaffaires. Au resteon dit
qu'il a apporté des Bulles de
Rome, par lesquellesilluyest
donné un plein pouvoird'établirenCommanderie
sonrevenu
sur ledit Archevêché.
On ajoûte que le Roy d'Espagne
luy a encore offert la
riche Commanderiede Totana
de l'Ordre de S. Jacques,
vacante par la mort du Comte
de la Rose. Cependant malgré
tous ces avantages ,
Mcfsieurs
les Ducs d'Arcos & de
Baños font très fâchez de la
resolution de Madame leur
foear>quoyqui"il n'y ait rien à
dire aux conditions &àlaqualité
de M son Epoux. Si quelqu'un
doute decette grande
nouvelle,je luy en teray
quand illuy plairavoir l'original
enEspagnol
, que j'ay fidelement
traduit en Francois
ne varietur.
Autre petite,neuve,& jolie
description d'une Fenc.
Fragmentd'une Lettre de M.
Palaprat
,
du 26.Juillet, à
un deses amis de Province.
Le 23. de ce moisM. le
Grand Prieur eût l'honneur de
donner à Couper dans sa maison
de Clichi à Monseigneur
k Duc d'Orléans. Cette maisonquiesttoute
riante d'elleipêuie,
futembellieparl'illumination
la plus gentille & la
plus gracieuse qu'on puisse
imaginer. L'effet qu'elle fit
, surprit même ceux qui lavoient
conduite: il est vray
que tout concourut à en relever
l'éclat; la figure &la saçade
de la maison
,
les proportions
& la symmetrie du terrein
, & surtoutunenuit qu'-
on auroit crû faite exprès. Si
Jupiter redoubla autrefois la
longueur de la nuit qui favo
risa la naissance d'Hercule,on
pourroit oser penser que le
Ciel redoubla la noirceur &
l'obscurité de celle cy , pour
augmenter le plaisir que M. le
Grand Prieur souhaitoit de
donner à S. A. R. Le vent qui
avoit regnétout le jour & qui
avoit fort inquiété les Ordonnateurs
de cette petite galanteric
,
tomba tout-à-coup à
l'arrivée de Monseigneur ICT
Duc d'Orléans;& dés l'instant
qu'on en eût besoin
,
la
Ciel devint tout d'ébene ; jamaisune
bagatelle de cette especen'a
été si heureuse,la majesté
& -la- magnificence ont
beau imposer, elles n'ont pas
cet agrémentqui fut uniquement
l'ouvrage de lasimplicité
& des graces. Auquel propos
1JOHS estesinvitezparM. PaUprat,
qui a une trés- heureuse me*
moire, de vous souvenirde cette
charmante maxime de la Fontaine,
Que la grace est plus belle encor
que labeauté, &c.
S. A. R. continuë l'Auteur
de cette Lettre ,fut surprisede
me trouver aussi grossi que je
le fuis ,elleeût la bonté de me
demander depuis quand j'avoissi
fort engraissé
, j'eus
l'honneur deluy faire laréponse
simple & naturelle qui
a donné lieu à l'Epigramme
suivant & qui en fait le dernier
Vers.
Telque jadis dans monSonnet
au Bufle* f
Je me suislpeint,maigre, sec
, languissant,
Je vivotois tandis qu'un fort
injuste
- -
De ces beailk lieux tenoit mon
Maistreabsent;
Mais tout-à-coup lajoye& 14-
bondance
Tout le mondesçait ce Bout-rimé qui
commence ainsi : It maigris tous lesjours, Ó,ço;-
Meranimantavec toute laFrance
Qui d'engraiffir avoit bejoin urgent;
Nous l'avons fait, grace à la
Providence,
Depuis le jour que vous estes
Regent,
Retournons s'il vous plaist
aux Nouvelles en attendant
mieux.
On mande de Rose du 2 8.
Juin que !e sur les 10.
heures du matin il y fit un si
furieux vent que de memoire
d'homme il ne s'en estoit vû
un pareil, & la Nier était tellement
agitée qu'elle sortit
fort loin hors de ses bornes,
& à une heure aprés midy le
Ciel s'étant couvert il devint
si obscur qu peine pouvoiton
lire sans chandelle
, & peu
de temps après il commença
à faire des éclairs & des coups
de tonnerre si épouventables,
qu'une grosse pluye mêlée de
grêles innonda en moins de
trois heures de temps toutes
les Campagnes des environs
de cette Ville; cet orage dura
jusqu'au lendemain cinq
heures du matinque le tonnerecessa;
mais le vent,la pluye
& la grêle ne cesserent que sur
le midy; & cet orage a causé
beaucoup de dommages par
tout où il a passé; le tonnerre
tomba au Fort de la Trinité,
où il tua un Officier; il tomba
encore en quatre endroits dans
la Ville, où il a mis le feu à
deux maisons qui ont été confumées
avec les bestiaux ôc
tout cc quiétoit dedans; quatre
hommes & trois femmes ont
auIII été tuez; Timpctucsité
des vents a submergé une partic
des barques des habitans,&
&pc Vaisseaux; sçavoir, un
François, un Espagnol, deux
Anglois, un Hollandois, &
deux Portugais qui estoient
dans ce Portont filé sous leurs
ancres; cet orage a causéencore
de grandsdesordres du
costé de Gironne,où letonnerre
estoit aussi tombé sur le
Fort du Connestable & sur le
Fort Rouge.
- On mande de Turin du 17.
Juin, que ce jour làleRoy&
toute sa Cour devoient aller
de la Vennerie à Rivoly, pour
y faire quelque séjour; que
Madame Royale devoit aller
à Montcallier,& le Prince de
Carignan devoit aller àVaconi
avec la Princesse & toute sa
fuite, & une partie de la Noblesse
le suivra aussi.
L'AbbéDelmare, cy- devant
Ambassadeur du Roy de
Sicile à Rome, a esté nommé
pour aller en Espagne.
Par des Lettres de Barcelonne
du ig. du passé, on apprend
quon continuoit toûjours
les travaux tant interieurs
qu'exterieurs, & que
pour les avancer plus promptementon
avoir augmenté le
nombre des ouvriers qu'on
saisons venir à la corvée des
environs de cette Principauté;
que les Massons & autres Ouvriers
François qui y estoient
employez gagnoient de
grosses journées;& que pour
les encourager & les retenir
en Catalogne jusqu'à la perfection
de ces ouvrages, on
leur donnoit le double de ce
qu'ils pouvoient gagnerrien
France:il est vray qu'il en
estoit mort beaucoup, & plusieurs
s'en estoient retournez;
mais qu'un grand nombre
d'autres estoient venus en leurs
places par rapport au gain, &
qu'ilsestoient payez exactement
;quele 16. on y avoit
pendu quatorze Miquelets
avec trois de leurs Chefs qu'on
yavoit amenez de Tarega, &,
que les Miquelcts quis'estoient
répandus faisoienttoûjours
beaucoup de desordres.
L'armement qui est à Toulon
n'a pasencore mis à la
voile, excepte trois Fregattcs
qui sont allez relever celles qui
croisent sur les Corsaires de
Bar barie qui commençaient à
courir nos Mers, & donnoient
la chasse à nos baflimens.
DesLettresde Cadiz du24.
du paue, portent qu'il y étoit
arrivé
arrivé dans ce Port cinq Fregattes
Françoises qui ont esté
armées à Toulon, & qu'elles
avoient rencontré en débouchant
le Détroit quatre Corsaires
de Salé; elles en ont pris
un, & les autres ont pris le
large pour se retirer du costé
de Tanger, & elles n'ont pû
les suivre à caufc de la proximité
de la nuit: ces Lettres
ajoûtent qu'il arrivoit en
cette Ville beaucou p de Deserteurs
Anglois de la Garnison
de Gibraltar, disant qu'-
elle manquoit generalement
de toutes choses, & qu'elle
O:fioit pas payée.
,.
Onmande de Strasbourg
du25. Juin, qu'on veilloit
&oû:oursforeexa&emejn dans
toute TAUace sur le transport
des especes d'or & d'argent
dans l'Empire;qu'on y avoit
arresté un particulier de cette
Ville qui en a fair passer pour
plus d'un million en especes
d'or non réformées;on a mis
Je scellé sur tops ses cflFcts, &
on ne doute point qu'il ne
soit puni suivant la rigueur des
Loix. Il avoit des correspontkiices
avec desM'irch^nds-ije
Francfort ausquels tilcs envoyoir,
Elles ajoûtentqu'on avoit
amené en cette Ville des Bois
de Haguenau, six voleurs de
grands chemins, où ils se rcr
tiroient, trois sont Allemands,
& les trois autres Francomtois.
Des passa gers venus de Baviere
avoient assuré que S. A.
E. avoir encore donné des
commissions pour la levée de
quatre Regimens d'Infanterie,
& qu'elle avoit fortifié les
places du haut Palatinat.
- Des Lettres de Turin du 16.
du passé, portent que depuis
peu il estoit arrivé un Exprés
-
dela Cour deFrance,quiapporta
des dépêches à l'Ambassadeur
de cette Couronne, &
il fut à l'instant à la Venerie
où tft la Cour,&un jour aprés
il en arrivaunautrede Madrid
à l'Ambassadeur d'Espagne,
qui se rendit aussi à la Venerie,
où ces Ministres sont encore;
& le ij. il y avoit un grand
Conseil, ce qui faisoit parler
diversement sur l'arrivée de
ces deux Courriers & de ceux
qui les ont precedez, d'autant
que les troupes qui estoient
commandées pour alleren Savoye,
avoienteu un contreordre
, & qu'elles devoient
marcher le mois prochain vers
Cazal
,
où le Roy de Sicile en
devoit faire la revûe. Ces Lettres
ajoûtent qu'il faisoiten ce
Pays là un temps si sec que les
biens de la terre en (ouft*oienfc
beaucoup, & qu'on avoit ordonné
des Processions & des
Prieres publiques pour avoir
de la pluye, que les fourages
estoient fort rares; cependant
on en remplissoit les magasins
pour la subsistance de la Cavalerie.
On mande deGenesdu14,
dupasséqu'il y estoit arrivé un
BâtimentItalien qui avoit sur
:,- son bord le Donatif Annuel
-
de ce Royaume au Roy de iSicile,& l'Envoyé de cePrini
ce qui est en cette Ville
,
s'est
charge de l'envoyer à Turin;
- ce Bâtiment avoit rapporté
qu'en plusieurs endroits le
long de la colle au dessus de
Palerme, on y avoit ressenti
plufisurs secousses sanscauser
aucun dommage
,
cependant
-
les peuples estoient dans de
continuelles craintes à cause
des bruits soûterrams qui continuoient
de temps en temps
à se faire entendre en plusieurs
endroits de cette Ifls,
particulièrement du côté de
Catanc,&que vers le Cap de
Sparcivento, il y avoit eu
un furieuxouraganmeslé de
vents, de pluyes
, gri sles
éclairs, , & tonnerres, qui avoic
durévingt espt heures
,
le
, vent estoit si impétueux qu'il
a arraché une prodigieu Ce
quantité d'ar bres, enrre autres
beaucoup de meuners, le ron-
., nerre a tombé en plusieurs endroits
& a cause un grand
desordre )aYJnr tué plusieurs
personnes & des beftiaux- &
mis le feu en différents endroits.
",
Un autre Bâtiment venu
Port, avoit
rapportéqu'à son départ de
cette Nie, on y avoir appris
par un bâtiment que laFlotte
des Turcs commençoit à paroistre
vers les cottesdeDalmatie
, & que les Algériens
avoient renvoyé un Vaiseau
François qu'ils avoient pris
dans le Canal detlhhc)&
l'avoicnt mené à Alger;mais
qu'a prés avoir examiné ses
Passeportsils luy avoient donné
la liberté ,ils en avoient
fait autant à un bâtiment
d'Antibes qu'ils avoient abordé
,
dé,&aprés avoir vû les PaflV
ports ils l'ont aussi relâché.
D'autres Lettres de Genes(
du1 o. de ce mois , portent
que les chaleurs y estoient si
excessives quil y regnoit des
fièvres malignes qui emportoient
les personnes en trois
jours de temps&qu'on yavoit
appris de Milan qu'elles y
estoient encore beaucoup plus
frequenccs,puilqu"ilymouroic
par jour jusqu'à 800. personnes.
Ces Lettres ajoutent
Q9ton y avoit eu avis de Turin,,
que le Roy de Sicile tenoit
de frequents Conseils à la
Vénerie dans lesquels estoient
appeliez les Ambassadeurs de
France & d'Espagne, & qu'il
passoit & repassoit souvent
des Courriers dans ces Cours,
ce qui saisoit juger qu'il s'y
trairoit de quelques affaires
secretes.
Des Lettres de Barcelonne
du 8. portent que les chaleurs
y estoientexcessives, & avançoient
beaucoup la récoltéqui
fera abondante en grains & en
vins; mais elles causent beaucoup
de maladies qui font
mourir bien du monde, particulièrement
des fièvres malignes
:elles ajoutent qu'onfgtitinuoic
de travailler aux fortifications
, & que comme on
manquoit d'ouvriers, on étoit
obligé de faire venir desPaïsans
pour travailler à la corvée
de ce rétablissement sur tous
les travaux de la Place:la pluspart
des Ouvriers venus de
France s'en font retourne ne
pouvant s'accommoder à l'air
du Pays.
On a reçu des Lettres de
Naples du premier de ce mois,
qui portent qu'il y a eu dans
plusieurs Villes de ce Royaume
de grands desordres caufez
par la chertédes vivres, à
laquelle on cherche tous les
moyens possibles de remedicr,
& qu'on estoit en traité avec
des Negocians François pour
en faire venir une certaine
quantitépar mois jusqu'à la
recolte qui fera tardive à cause
du grand liyver&de la séchcresse.
On écrit de Montpellier que
plusieurs Religionnaires François
qui avoientpasle dans les
Paysétrangers, lorsque Louis
XIV. révoqua le fameux Edit
de Nanres, ayant fait solliciter
depuis peu le Duc Regent pour
rentrer dans leurs biens, sur le
refus que S. A. R. a fait de les
y rétablir,à moins qu'ils no
changeassent de Religion, ils
avoient pénétré par le Port de
Cece en Languedoc, & s'étoient
joints aux Fanatiques
des Sevennes qui menaçoient
du fer & du feu toute la Province,
si on ne leur permettoit
le libre exercice de leur Religion,&
ilsavoient même déja.
commencé leurs hostilitez par
déch arger leur rage sur plulieurs
Catholiques Romains
hommes, femmes,& enfans,,
à qui ils ont fait souffrir des
cruautez inoüies, comme ils
sirent au commencement de
la derniere guerre; c'est ce que
l'Intendant de Languedoc a
mande en Cour, qui a au(Htost
envoyé des ordres pour
faire avancer en ce Pays-là un
Regiment de Dragons & un
d'Infanterie, pour aller châtier
ces rebelles, &. y rester jufqu'à
ce qu'ils soient réduits ion
dit mêmequ'ils y resteront
toujours, ou d'autres Troupes
qu'on y envoyera alternativement,
pour contenir les peuples
dans leur devoir. L'Intendant
avantle départ du Courner
qui a apporte cette nouvelle,
avoit fait défiler vers les-
Sevennes la pluspart des Archers
& des Troupes Bour-r
geoifes qui font dans les Villes
voisines.
L'Empereur a accordé au
- 4 Comte deKonigfek son Ambassadeur
extraordinaire qui
vient en cette Cour soixante
mille florins pour se mettre en
équipage pour son entrée,six
mille livres par mois pour sa
table, avec le Gouvernement
de Tournay,&luy a confervé
son Regiment ; ce fera le premier
Arabafladeur de l'EmpeJ
reur qu'on aura vu en cette
Cour depuis Charlequint qui
avoir réüni la Couronne d'E{:
pagne & l'Empire dans sa famille.
De Paris.
Le 15. du mois passé le
brevet de l'Abbaye Royale de
Benoitevaux, Ordre de Citeaux,
Diocese de Toul, a.
esté accordé à Dame Anne-
Marguerite Certain de Germay
, Religieuse de l'Ordre
de S. Benoist.
Le 17. du même mois
y
Madame la Duchessed'Orleans
accoucha d'une PrinceÍfc.
Il passe actuellementicy des
SeigneursAnglois&Ecossois,
qui vont serendreenAvignon
auprès du Prétendanr. La
Cour de ce Prince est àpresent
fort grosse.
Le Prince héréditaire de
Wirtemberg,ayant achevé Ces
exercices) partit il y a quelques
jours de cette Ville pour re."
tourner dans ses Etats.
Le Nonce du Pape fit kf
la veille de S. Pierre de grandes
réjouissances avec des illuminations
& feux d'artifices devant
son Hostel.
On dit que l'Empereur a
reçu M. de Pleneuf dans
la Direction des Vivres, des
fourrages&de l'artillerie pour
ses Armées en Hongrie,& qu'il
luyaccorde une pension annuelle
de 30000.liv. de rente.
On a établi en Alsace une
Chambre de Revision des
Comptes de ceux qui ont
manié les deniers Royaux depuis
1689. & il est ordonnéà
tous ceux qui ont fourni des
voitures, chevaux, fourrages
& étapes aux troupes, d'y produiteleursMémoires.
M. l'Abbé de Sourches;
Evesque de Dol, fut sacré le
II. de ce mois dans l'Eglise
des Peres Jacobins du Noviciat
par l'Archevesque de
Bordeaux,ayantpourassistans
Messieurs les Evesques de
Chartres& de S. Brieux: il y
eut beaucoup de per sonnes de
qualité à cette Cérémonie, oii
l'on entra que par billet, & la
porte de cette Eglise fut gar-*
dée par des Suisses.
Le 4. de ce mois le Roy re- ût à la teste de la seconde
Compagnie des Mousquetaires,
M. le Marquis de Canillac,
dans la Charge de Capitaine
Commandant de cette
Compagnie, par la demission
de M. le Marquis de Vins.
Le même jour, M. Crozat,
Baron deChastel, fils de M.
Crozat, Commandeur &
Grand Tresorier des Ordres
du Roy, fut receu dans la
Charge de Cornette de la me,
me Compagnie.
Le lendemain, M. le Duc
d'Antin donna en son Hôtel,
la Comedie & un magnifque
souper à M.le Duc d'Orléans, àMadame DuchessedeBerry,
aux Princes, Princesses, Seigneurs
& Dames de la Cour;
il y eut un tres-beauFeu d'artlifaice,
n&uunBiatl.qui dura toute
La Sor bonneest fortirritée
contre Université d'Angers
qui insera dans sesconclusions
du mois passé les termes suivants
(quod prudenteracceptaient
ytmprudentissimè retractavit)
ce quia obligéla Faculté
de Théologie à deputer douze
Docteurs vers le Duc Regent,
à qui M. Rafchet Syndic representa
les consequences de
cestermes injurieux à laSocieté,&
le pria très-humblement
d'obliger cette Université à
les rayer,de même que tout
l'articleoù cesmots font inserez
& contraires aux intentions
de la Faculté au sujet de
la Constitution. S. A. R. répondit
quelle en écriroit à
l'Evêque d'Angers & que s'il
ne leur donnoit pas satisfaction
,
il leur permettoit de
convoquer cette affaire au
Parlement de Paris. Les Docteurs
se retircrent après avoir
remercié le Duc Regent qui
fit écrire le lendemain à ce
Prelat & au Recteur de l'Université.
Tous les discours du
prima mensis ont roulé sur cc
sujet.
Le premier de ce mois
Meffirc Loüis François Ménard
de Tissange a esté reccu
Conseiller au Parlement
,
il
est fils de deffuntMessite François
Ménard de Tiffange
Conseiller , du Roy, son Procureur
General des Eaux &
Forests de France, à la Table
de Marbre, comme ill'eroit
aussi à la Chambre de l'Arcenal
,
dont Messieursd'Aguesseau,&
de Pomercu, Conseil-
-
lers d'Etat, estoient Presidents.
Cette ancienne famille originaire
de Poitou, & de
Touraine,s'est étenduë ici,
&ailleurs,& a fait plusieurs
alliances. Le Conseiller nouvellement
receu,avoit un frere
aîné qui ne s'est, ce semble,
monrré au monde que pour
s'y faire regretter, il avoit tant
de talents pour les Sciences, &C
les belles Lettres, qu'à 26.
ans ,
Docteur deSor bonne,
il avoit déjà rempli,avec succés,
les principales Chaires,
& estant allé à Bordeaux y
prendre possession du grand
Archidiaconé, & de la Chancellefic
cellerie de cette Eglise il y
mourut ily a deux ans, au
grand regret de ce cher frere,
& de M. l'Abbé Ménàrd leur
oncle.
Le 19.du mois passéla Maison
de Sorbonne s'assembla
pour l'Election d'unProfesseur
en Ecriture Sainte. Tous les
suffragesseréunirent enfaveur
de M.Mareüil, Doé}:,.-ur desa.
Maison&SociétédeSorbonne.
Ce choix fait par tant d'habi
les gens quise connoissent
si bien en mérite
, en suppose
beaucoup dans ce jeune Docteur,
à qui d'ailleurs laFaculté
avoit accorde en peu demois,
pardistinction,cequepersonnen'avoit
obtenu jusqu'ici
qu'en plusieursannées.
Ce nouvel employ convient
d'autant mieuxà M. Mareüil,
qu'il jointà un esprit net &
solide
, une grande étendue
d'érudition, la connoissance
des Langues Grecque ôcHébraïque
,
& une facilité extraordinaire
de s'énoncer,
comme il l'a bien fait voir
dans un grand nombre de
discours publics où brilloient
également l'esprit & l'éloquence.
L'Infant Don Emanuël frere
du Roy de Portugal
, qui
depuis quelques jours estoit à
Paris incognito fous le nom de
Comte d'Ourem
,
partit le 7.
de ce mois en poste de cette
Ville, pour aller joindre l'Armée
de l'Empereur qui campe
en Hongrie. Ce Prince estoit
forti de Portugal dans le dessein
d'aller à la guerre contre
le Turc, & comme les Jcmicres
nouvelles de Vienneassuroient
cette guerre indubitable,
il n'a pas balancé un momtenit
àoprendrencette r.esoluLe
Regiment de M. de Greder
a esté donné au neveu de
M. le Baron deSpaar, Ambassadeur
de Suede en France : il
estoit Capitaine dans le Inmc)
Regiment, & sa Compagnie
aestédonnée à M. deMonlon.
din son parent.
M. de Bruzacaesté fait Major
des Gardes du Corps, sur
la démission de M. Davignon
Le Gouvernement de Belle-
Iflc qui vaut dix huit mille livres
de rente, aestédonné à
M. Desfourneauxancien Lieutenant
des Gardesdu Corpsj-
&la Charge de premier Ecuyer,
de la grande Ecuriequ'avoitfeu
M. le Comte de Lionne,
à M. le Comte de Sainte-
Maure.
On mande de Neracdu 18-j
du passé que le 11. une femme
y accoucha d'un monstre, ellea
esté huit jours en travail; ce
monstre avoit la figure d'une
fille,il avoit deux certes bien
formées sut le col; quatre bras,:
deux naturels & deux autresqui
finissoient par uneespece
de pattes de grenoüilles, l'un
estoit plus long que l'autre ;
il avoit trois jambes, deuxnaturelles,&
une finissant en pattes
de grenoüilles. Il a esté ondoyé
par le Chirurgien qui a
assisté sa mere pendant sonaccouchement
, & a vécu une
heure & demie.
Aprés tant d'Articles singuliers
& sérieux
,
il est bien
juftc de vous en donner quelques-
uns qui vous dédommagent
un peu de la complaisance
que vous venez d'avoir.
Geluy-cy me paroît assez propre
à cela.
PLACET ORIGINAL.
A MonseigneurleSuperieur
General des Orphelines.
Gedeon le Bas., Clercminoré,
Balayeur de chambres, faiseur
decommissions, Ecrivain de Registres,
Précepteurpour lesbasses
Classes, Substitut du Bedeau des
Orphelines du Fauxbourg S.
Germain, &c. 9-devant Portier
de Sainte Geneviève, Brasseur
de bierre,Soldat, Frere d'un
Monastere de l'Ordre de S. Benoist.)
Domestique infirmier des
infirmitez de feu M. Boucher,
BibliothecaireduSeminaire deS.
Sulpice, Garde desel dans plusieurspataches
du Royaume, &c
dans touteslesquellesCharges
susdites &Autres, ilproteste n'avoir
jamais prévariqué. Supplie
leditGedeon le Bas, Monseigneur
le Superieur General des Orphelines,
¿'Ja'V()irpouTa!,r/bl qu'en
consideration de sa suffisance &
capacitédans tant & de sidifferens
emplois de lasocietehumaine,
l'investiture de laditeCharge,
honorée & honorable de B(..
deau des Orphelines lui soit octfojée
j de laquelle lesieurJean-
Baptisse
Baptiste René est actuellement révêtu
, & se flatted'en faire U
demissionpardesvûësbien ou mal
fondées , Cm à luy seul connuës.
Au demeurant, ledit Gedeon le
BAS promet de remplir toutes les
fonctions de ladite Charge autant
que la fragilité humaine lui en
donnera le loisir. Ce lui accordant,
ledit Suppliantprierapour vostre
prosperité& santé, & même
pour l'augmentation des Orpheline
Voicy une place qui paroît
faite exprés pour ma Chanson.
CHANSON.
Iris devoit m'aimer d'une
amour éternelle.
Maismalgréses serment d'estre
àjamaisfidele,
La parjure a manqué de soy.
Quecess une peine cruelle,
Quandson coeur efi changé pour
.moy,
De sentir que le mienbrûle toijours
pourelle.
.- Les paroles & la musique
de cette Chanson, font de
l'Auteur du Songe & du Bouquet.
Pour ne vous pas faire languir
plus long-temps, Messieurs,
à qui la sagacité de deviner
subtilement les Enigmes
a esté donnée, permettez moy
d'abord de vous dire en faveur
de ceux qui ne fonr pas
comme vous, versez dans cette
sablime science, que le mot
de la prcmiere Errgme du
mois passé estla Bouteille, &
celuy de la seconde, le Fruit
de Vie; & que les noms de
ceux qui les ont deviné, sont
l'aimable Comtesse & ses associez,
les deux soeurs de bon
air, M. de Virty & sa belle
écoliere, l'Archevelque Turpin
,
la belle louche de la ruë
Aubry- Boucher, l'enfant
perdu au Carousel,laMarraine
à Gucrdin de la ruë des Bernardins
,la petite brune aux
grands yeux, au né retroussé,
aux ~terons de la rue S. Antoine,
la petite Colombe du
Fauxbourg S Germain, l'invisible
& spirituelle Lyonnoi
se, & moy.
Passons aux nouvelles.
ENIGME.
,
Bien qu'un simple mortel m'ait
donné la naissance
D'une fille du Ciel,j'aypourtant
l\t[>[>afencey
Car des, dons qu'aux humains
firentjamais lesDieux,
Jesuis quoy que commun l'un des
-
fins precieux.
Tous les siecles ont fait en moy
quelque reforme;
Mon corps extenuéneparoîtpoint difforme:
Dans un petit recoin ilse tient
aisementy,
Remplit un vasse lieu sans peint
également:
Sous diverses couleurs on me peut
voitparée,
Jesuis noiresouvent, etquelque
fois dorée,
Et sans trop de beauté, je sçay
d'un curieux,
Satisfairel'attente & m'attirer
lesyeux:
Tous lesjours il mevoit,quelque
Cependfaontiislrilevs'eiennlta,fmfee,
merepasse. revoit, re-.lol't,
Ma figure bien peu sujette au
cj changement,
Est de la nouveauté l'ordinaire
instrument.
J'aybiend'autres vertus qui
prouvent ma Noblesse
Tous les Peintresfameux»d'Italie
& de Grece
,N'ont jamais fçâ porter cet Art
ingénieux,
,zu:atirer un objetpresent devant
leursyeux:
Mes efforts ont tenté de faire
l'impossible :
Miracle sans pareil
, je dépeins
l'invisîble, ; Mon délicat pinceaupard'admirablestraits,
Donne unsolidecorps a qui n'en
eutjamak : ,. Par rnoj l'on sefait jour dans
l'obscure science
J'en , perce le cahos, j'elaircis l'ignorance
;
Du Prince industrieux qui liut
me mettre aujour,
La mémoire par moy subsistera
toûjour;
C'est ajji% contenter l'ambition
d'un pere,
Je ne me pique pas d'une vertu
severe
C'cji là le seul défaut dont on
peutm'accuser,
Et sans doute cduy qui mefait
moins priser ;
Maispour m'encorriger mapeine
seroitvaine,
La route efl maintenant prés de
moy trop certaine:
De mafacilité,voicy quel estle
fruit;
Tout le monde me voit
,
nienfanteetmeproduit.
AUTRE ENIGME
Du fidèle Bergerde la Nymphe
insulairc.
A deux chosesinanimées
En genre féminin toutes deux
exprimécs,
Qvj n'ont entrelles nul raptort,
Convientun même nom qtiUH
chacun cnnoitfort.
LApremiereauxmortels ninf.
pire quelacrainte,
Et renferme foulent l'objet de
nostreplainte,
La féconde a pour nous quelque
foisdes appas,
,Et plaist à certain peuple en fis
meilleurs repas.
Dans les Bois&Eorefts cellelà
prend naissance9
Et cellery des Champs tire Ion
existance,
Celle-là doit unjour terminer noi
malheurs
Et celle-cy nous fert dans les
grandes chaleurs.
Toy dont L'esprit. tfla la
gêne,
Lecteur pour te tirer de peine,
Vune se voit souvent au pied
d'unemaison,
De l'autre sur la porte on voit
écrit le nom.
Je ne vous vanteray pas
davantage le merite du
chapitre
que vousallez lire. Ja
me conrcnteray simplement
de vous faire souvenir en peu
de mots des Comedies dont
vous avez vu avec tant d'applaudissemens
les representations
aux Italiens.
Jay fait un extrait de leurs
principales pièces, que je donne
d'un costé dans leur langue
naturelle, &de l'autre en françois
pour la commodité de
ceux qui n'entendent pas l'Italien.
Je n'ay à la verité pas
suivi scrupuleusement l'original
dans ma traduction; j'ay
même quelquefois égayé ôc
étendu la matière; mais je ne
me fuis nullement écarté de
l'espnt des Comedies dont je
parle. A vous permis maintenant
d'en juger par les récits
que je vous presente à lire.
','
LELIO PRODIGO.
Questa Comedia non eregolare
in quanto alla sua condorta,
mà fructuosa per il
costume. In èífa si vede un
giouane che prddigamenrcdifíìpa
il suo patrimonioeprc{fo
questo caraétcre, ne vedumo
alpjdue, d'un amico adulatorc,
che si af>prcffica del di fui
danaro, e J'una donna qualc
con lufinghc c male arti Jo
rende per lei sola quasi mJfero.
Alfine non rcfta il libcrrtno
giouanc feiiza la iua punizioLE
PRODIGUE.
La conduite de cette Comédie
rieft pas àla véritésort reguliere;
mais en recompense elle renferme
une morale sortutile. Onyvoit
un jeune homme Prodigue qui
dissipe toutfon bien en débauches ,
un Flatteur & une Coquette ,
profitentdesasoiblesse
,
(y*s*enrichissentdesadépouille.
L'exmêmemisereoù
ils le réduisent
n'est pas laseulepunitiondeson
libertinage;il ce entrepris par la
justice & mené en prison pouf
neridotto en pouertà, e nel-
Ie forze della giustizia, c da
quella condannato per cetto
commeslo delicto. Onde non
perde questa Comedia il suo
primo instituto ché su di dilettare,
ma castigare il costume.
La Moglie virtuosa , ed il
Maritovitiofo.
Tuttoil viluppo di questa
Comediavien facto daunMarito
vicioso, e perduto nel
mal costume della galanteria,
del gioco, e del vino, per 10
certain
tain-délit dontil rfiAccu{é, q.
làil serepentàloisirde l'excèsde
fort« déreglement. Son châtiment
eflleprincipal but de cette Cornediey
qui
.0
tend à corriger les
moeurs en récréantl'esprit. ¡
La Femme vertueuse, &
le Mary débauché.
Tout le fond de cette Comedie
roule sur la mauvase conduite
d'un Maryabandonnéà lavolùptéyaujeu
&au vin.L'ex.-
de'sondcregl(r,iefttluiatii>'ii'o!tde
qualene gli vcrebbcro mol-
~tidanni se la di lui prudente
Moglie sempre non cercasse di
fottrarlo darischio, sino a
* vestirsi in abito di mafchio per
d ffender glila vita da nemici,
ad impoverirsi delle sue gioic
per liberarlo di prigione. E
per ultimo avendo il vicioso
Matito per una perdita al gio-
'co empegnata sino la propria
Mog!ie, oltre ogni suo avcre,
fatto gli credere da un ingegnosocsedele
suo servicoreché
lasua Moglie si e tolta la vi-
<ra, doppo diversi piacevoli
fc|icrzi, espaventi fattigli, 10
grandsmalheurs si la sagesse de
safemme ne le tiroitpastoujours
à propos des perils ausquelsses
desordres l'exposent. Ellese déguïse
en homme pour deffendresa
vie contreses ennemis,elle consent
à s'appauvrir& à vendre
ses joyaux pour le délivrerde
prison.Enfinaprès que le vitieux
Mary a dans une partie de bassette
perdu tout son bien, & engagé
jusqu'àsa femme, Scapin
son fidele serviteur arrive, &
luy dit que sa trop vertueuse cr
malheureuse épouse ne pouvait
plussupporterses débauchés,les
déplaisirs eles frayeurs anil
riduce pentito a riccvere la
sua Moglie ancor viva. Dandoci
coíì tutta la Comedia il
vero esemplare d'una Moglie
prudente, e d'un scostumato
Marito punito peri suos rimor
si, e riddotto al sua dovere.
LaCasa con due porte dificilmerits
si guarda.
E questa Comedia levata
dalloSpagnvolo. Tuttoilgiro
di lei non é ché una vicenluyfaitcontinueHement,
(y /es!
mépris dont ill'accable, amieux
aiméJe donner lamort que survivreà
son infoitune., Cette,
nouvelle l'épouvante, çy le fait
rentrer en luy même. Scapin
voyant son repentir luy rend sa
femme vivante, dont la vertu
aidée de ses propres remords, le
rameneàson devoir.
La Maisonà deux portes,
autrement
La Maison mal gardée.
Le sujetde cette Comédie est
tiré del'Espagnol, elle roule
devole zelosia, chépassa fra
due Amanti,della quale cerca
ogn'uno diffendesi, Fra
l'atere, mirabile riesceil vedete
una volta ché la Donna pee
compiacere un arnica comparisce
mancante presso il di lui
Amante, ché ha veduto un
huomo in casa dilei, e crede
uno suo rivale, e ché doppo
avere con replicate bugie confeguico
alla fine di render 10
persuaso al contrario, fcnza
scoprirel'amica
,
ché é del
Amante sorella, viene impro
visamente una serva ché porta
un aviso, col quale scopra
,, -
toutesurdesincidents qui donnent
lieu à des transports de Jalousie
entre deux Amants, desapparencesd'infidélitéyfontnaître
à chaque
moment des embarras dont
Us- ont toutes lespeines du monde
àfe tirer. Vn des plus brillants
traits de cette Comedie efl dans
une Scene particulièreentre Lelio
Flaminia. Celle cypourfaite
plaisiràSilviasonamieamoureuse
de Mario, consent à le cacher
danssa maison.Alors Lelioarri-
,ve , & le premier objet qu'il
rencontre, est justement l'homme
quesa Maîtresse vient de cacher
<he%elle, il ne doute pas que ce
~tuna la falfita erende chiarito
l'Amante della sua semplice
credulita. Seguita cosiruttoil
resto della condotta fino a ridursi
l'amata a fcoprirc per
sincerarsi a l'Amante suo, ché
la di lui sorella é causad'ogni
passato sospetto, c direstarne
schernita negandol'amica ogni
suo derto
,
che perviene
chiarito d'alla venuta del altro
Amante ché non conoscendo
la per forella del' amico,
il tutto paleza. -.-',

Da cjucfta Comedia abbiamo
il documento d'apprendere
quanto l'amorosa
ne
ne soitson rival
,
Flaminia
pour le désabuser luy dit en vain
me douzaine de mensonges ingenieux
, admirablement propres
pour apprendre aux femmesàse
tirer d'affaire en pareille ou pire
occasion;sitant est qu'elles ayent
besoindeleçons ladessus.Alafin
cependant elle luy persuade ce
qu'elle veut luyfaire croire sans
lui declarer le secretdeson amie,
qui efl lasoeurdeson Amant. Sur
ces entrefaites une maudite Servante
arrive, Cr dit brusquement
à Flaminia( sans voir Lelio)
quelle a fait sortir l'homme qui
efioit caché dans la maison. Cet
pamone ne transporti, e dob
biamo esser cauti per non foggiocere
a tutti quei mali ché
da Ici ne dcrivano.
Avis imprudent qui découvre a
Lelio la fausséde tout ce qu'il
vient d'entendre
,
le rendconfus
& desesperédesasotte credulitE.
Tout le reste de la Comedie roule
surdes éclaircissementsréciproques,
suivis de plujteursévénements
trèsinteressants, Enfin Flaminia
voyant qu'elle n'aplusd'autre
ressource pour convaincre son
Amant de son innocence, que celle
de luy declarer la vérité
,
luy
avoüe que sa soeur efll'unique
cause de ses soupçons
,
l'accusée
entre , & nie tout devant son
frere ; mais l'arrivée de son
Amant qui ne la connoistpaspour
.La Ddma Amante per
invidia.
E fimilmente questa Comedia
cavata dallo Spagnvolo.
In eiTa abbiamo il carattere
ta soeur de Lelio
,
découvre en
tout le mystere
, alors la paix &
l'Hymen les raccommodent ensemble.
Cette Comedie tfl une vive
image des transports de l'amour,
& ce seroit une belle chosesielle
pouvoit nous apprendre à nous
precautionner contre les maux.
qu'il enfante.
La Dame amoureuse par
envie.
Cette Comedieestaussi tirée de
l'Espagnol. Ony voitlecaracte-
Je lune Dame qui ne delient
d'una Dama che invidiofa de
gli amori che passano fra il di
leiSecretario&unasua damigella
s'invaghisce diquello c gli
sa concepire qualché speranza
ché poi si disperde. Pentita
la Dama delta sua facilita. E
vago il vedere il giouancSecrctario
mosso d'allambitione , abbandonare il primo amore
, e questo abbraciar di
nuovo quando disperato rimane.
In fine d'a una finta agnizionc
ordita da un di lui fcrvo
per far lo credere di gran fangue
, c degno, delle nozzc del
la Dama se ne ricava la vera
amoureusedeson Secretaire,que
parce qu'il est Amoureux de sa
Demoiselle qui l'aime. Tantostelle
s'applaudit
,
tantotelle se
repent desafacilite. Cependant
le jeune Secretaire
,
instruit des
bonnes intentions desa Maîtresse
~& déjapleind'ambition,consent
à renoncer à son amour pour s'abandonner
à la fortune. Ses efpcrancessedétruisent
c:.cr renaissent
alternativement
; ~refontmeffet
charmantdans cetteComedie. Enfin
ila obligation àson Serviteur
de l'heureuxsuccés deses desseins.
, Ce Serviteur le fait passer pour
un homme d'unenaissance illtfftrr,
dello scoprimento de suoi
gran natalichegli fannoconseguire
la Dama per Moglie.
Da questa Comedia ne viene
l'ensegnamento di quanto
dobbiamoefferemoderati nelle
nostre speranze; ché bene
spesso ne Lasciano il dolore di
restar Dduzi ne nostri desidcrii
non adempiti.
Lelio Povero Cabalista.
Vcdiamo in questa Come~&
il en publie adroitement tant
de biens, quesa Mttrrffi charmée
de cette Metamorphose le
croit digne d'êtreson Epoux. Par
un excès de bonheur la seinte
devient une vérité
, & cet hymen
s'acheve.
Cette Comedie nous opprend*
à conserver au milieu des plus
grandesesperances ioute la moderation
necessairepournous épargner
la honte ~& la douleur d'avoir
échouédansungranddessein.
Lelio Pauvre & Fourbe.
On voit dans cette Camedie
dia il carattere d'un huomo
povero ma ingegnoso nella
malitia per farficreder grande,
c doppo il giro di molte forberie
scoperte restando deriso
da due donne,che con doppio
nome ingannaua mortificato
c confuso c ridotto fino
al segno di veder si da tutti dcriso
e spogliato de gli ~sbiti
proprii. Se v'ha comedia
alcuna che corrego mal costume,
questacerramente ne
ottiene il vanto sopra tuue.
le caractère d'un miserable
, effronté (p* sçavant dans l'artde
sefairepasserpour un homme
de consequente ;mais touteson
adrejft devient inutile, ~& après
un grand nombre defourberies
découvertes, il a la honte de se
voir marqué par deux femmes
qu'il trompoitfous un double nom. -
Enfin il essuye la mortification de
se laisserdépouiller de Jes propres
habits ~9&il ne luy resse pour
recompense de toutessessouplesses,
qu'unehorrible confusion.
CetteComedie est remplie de
sagesmaximes ~& de sentiments
excellents pour lA correction des
moeurs.
I due Leli e due Ar/ichini.
Qucfta Comedia tirata da
Menemi di Plautoaggiuntovi
la duplicita de servi, oltre
quella de patroni riesce di
gioco gustosissilo, il vedere
piu volcccncontrarsi il padro.
ne forestiero, col seritore
cittadino, & il cittadino par
trone col forestiero servitore;
che vicendenvolmente si parlano
di affari, chc l'uno non
comprendc l'altro
, o pur si
confundono. Questa Comedia
non morde alcuna pasLes
deux Lelio & les deux
Arlequins.
CetteComédie est tirée des
Menechmes dePlaute JO/lire la
duplicité des Maîtres
> ony a
ajouté celle des Valets. Ily a dans
cette Piece un jeuinfini.Ony
voit à chaque Scene le Maître
Etranger avec le Serviteur de
Ville, (jr le Maîtrede Ville avec
le ServiteurEtranger
,
s'entretenir
de chosesoù ils ne comprennent
rien ni les uns ni les Autres
Cequ'ily a de plus singulier
.c'est que Lelio jouëseul admirasione
o vitio, ma c ben anchc
cosi inocente chc non da minimo
cativo documento,tutto
vertcndo in un continuato
cquivoco ché in fine si riducc
ad una doppia agnizionc.
Ululiano Maritato a Parigi.
Questa Comedia tutta consiste
nel carattere d'un Gelozo,
a cui ogni ombra sa gran sospetto.
: L'episodiché la fanno gustosa
fono il vedcr lo una volta
perdere la propria moglic
blement bien
,
le rôle des deux
Lelio
, & qu'Arlequin joüe de
même celuy des deux Arlequins.
Toute cetteComedie qui n'attaque
ni vices ni passions, roule surun
équivoque continuel qui aboutit
enfin à une double reconnoissance.
L'Italien Marié à Paris.
Cette Comedie roule entierementsur
lecaractere d'unJaloux
à qui tout eftfttfyeély &que tout
épouvante.
Les endroits quifont le plus de
plaisir dans cette Piece font a)
voir le Jaloux perdre sa femme
nella confufionc d'un reatro,
..: un altra lo fcoprire ché una
sua cugina ospite insua casa
alla quale laconsegnatala propria
moglie, non e Donna,
ma huomo, & per ultimo il
vedersi fugire la moglic assistitadal
di lei padre; per toglicrfi
alla sua tirannia. La
catastrofe non riesce meno
vaga vedendosi il geloso costretto
per ricuperar la suamoglie
,
ad accorder le ogni
onesto divercimento,anzi trovando
la en un ballo cmpegnata
,
essere obligato lui
stesloacompiacer la ballando.
dans
dans lafoule des fpeftaieurs>aunc
representation de Comedie, où
aprèsbiendes peines, ilaconsenti
a la mener, d'y voir de quelle
maniere il reçoit l'avis qu'onluy
donne qu'unesienneparente qu'il
a gracieusement receuë dans sa
maison, & alaquelle ilauniquementconfiéson
Epouse
,
n'estpas
une femme,mais un homme.
ctest enfin d'y voir sa femme
djjifîée de son pere ,
fuïr de sa
maison poursedéroberàla tirannie
desonmary,~£pour dénouëment
le Jaloux condamnéàaccorder
àsonépouse toute sorte de divertissementshonnêtes
,s'ilveut
La Comedia é priva d'Amore
, essendo ogni sospetto
del geloso senza fondamento,
e questo la rende d'ottimo
coftumc
, non avcndo altra
intsnzionsché di corregere la
passione dclla gelosia; cpero
pare che si accostiaquella seconda
sorta di Comedia, ché
doppo la prima correttione,
tanto su applaudira da greci.
la ravoir
,
jusques-làqu'elle
l'oblige à avoir la complaisance
de danser dans un Bal où il la
trouve. Ily a un art infini &
tout le jeu imaginable dans cette
Comedie.
Quoy qu'on n'yvoye point
d'intrigue amoureuse
, parce que
lessoupçons duJalouxsonttoujourssansfondement
, ony estsi
agréablement occupe
,
qu'on ne
songe passeulement àysouhaiter
rien au-delà de cequ'ony trouve ;
cefl d'ailleurs une Critique prA
faite de la jalousie,~&dans toutes
[es. parties,une Comedie dignede
tous les applaudissements
qu'elle areceus. Aaij
Approuvez,s'il vous plaist,
que pour cemoiscy ,tous ces
extraits de Comedie me tiennent
lieu d'histoire.LeMercure
prochain m'acquittera de cette
dette. En attendant, lisez ( si
le coeur vous en dit) ce qu'il
meresteàvous dire.
La Comedie Françoise languit
àlaverité bien fort,
d'autres disent qu'elleest àl'agonie,
d'autres ajoûtent qu'-
elleexpire, d'autresenfin font
courir le bruit qu'elle n'est
plus Pourmoy jevousavoüe
que quelque droit que j'aye sur
les nouvelles,je pense qu'il
faut qu'il y ait prodigieusement
loin d'icy au logis de la
deffunte, tant j'ay de peineà
trouver dans lemondequelqu'un
qui puisse m'apprendre
le détail de ses funerailles. Il
yavoir déjalong-temps que
je sçavois qu'elle ne pouvoit
pas aller loin,mais du moins les
Auteurs qui furent ses Medecins
,nous faisoient encore cC:
perer qu'elle pourroit traisner
d'avantage. Deh!Piangeteal
pianto mio. Ce qu'il y a de plus
certain dans cette Avanture,
c'est que les Partisans de ses
Manes nous promettent, nous
garantissent, nous jurent de
lafaire ressusciter glorieuse au
commencement du prochain
hyver. Il y a de bonnes gens
parmi eux qui vont ( si nous
les en croyons) mettre à feu
&à sangCorneille, Racine,
Crebillon, la Grange, Moliere,
Renard & Dufreny.
Ils vont à bon escient tirer la
quinte essence de tous ces Auleurs,
ils vont dispenser ce
qu'il nous reste de ces hommes
qui ont fait tant d'honneur à
nostre Theâtre, de la honte
d'aller en esclaves tremblants
se morfondie dans leurs antichambres,
en attendant qu'ilplût
à leurs Excellences accepter
les rôles qu'ils prenoient la'
liberté de leur presenter. Enfin
ils vont faire écrire en belles
grosses lettres d'or cette
Devise au frontispice de leur
Palais:
MULTA RENASCENTUR.
QUÆ JAM CECIDERE.
En un mot ils promettent
de faire tous leurs efforts imaginables
pour nous séduire
y
ou pour nous ramener.
Item. Le 24 de ce mois
Monsieur le Lieutenant de Police,
suivi desComnuffaircsdc
cette Ville, fit l'ouverture de
la Foire S. Laurent selon l'usage
ordinaire, & le lendemain
les Jeux furent ouverts. Celuy
du Sieur Dominique fut
honoré le même jour de la
plus brillante assemblée du
monde, & on dit qu'il ne
manqua à cet Acteur pour
faire des merveilles, que la revocation
d'un Arrest donné
fous le regne du feu Roy, en
faveur des Comédiens François
, contreles Troupes des
Foires. On a joute que leurs
Comedies, qu'on leur permet
.w: representer en Vauxdevilles
perdent
perdent beaucoup de leurs
agréments par cette contrainte.
-
Chez les fleurs Baxter & Sorin,
ou les choses font égales,
il y a eu plus de bonheur &
plusde prévoyance:ils se sont
attendus à ne jouer que comme
ils joüoient l'année passée,
& l'espoir d'avoir plus de liberté
, ne les a pas mis en
défaut. Ajoûtez à cela qu'ils
ont aveceux uneColombine
excellente. Mademoiselle de
LiDo, qui a pendant quelques
années joüé avec applaudissementàl'Opera
de Lyon,vint
ily a environ un an,icy se
presenter à l'Opera de Paris;
mais je ne sçay quel obstacle
s'opposa à l'execution de son
dessein. Cequ'ilyade certain
c'est qu'elle fut sollicitée d'entrer
dans la Troupe oùelleest,
& où elle joue tous les jours
avec tant de succés, que touc
le monde convient que la ComedieFrançoise
& l'Opera
auroient de la peineà trouver
chereux une meilleureActrice.
Supplément aux Nouvelles -,
de Paris.
Le 7. M. le Baron de
Bettendorff Envoyé Extraordinairedel'Electeur
deMayence
,
eût sa première Audiance
publiquedu Roy,dans laquelle
il complimenta Sa Majesté
sur la mort du feu Roy,
& sur son avenement à I,
Couronne
,
il luy presenta
une Lettre de l'Electeur son
Maître surcesujet.
Le 8. M. le Marquis Corsiny
Envoyé Extraordinaire
du Grand Duc de ToCeane)
accompagné du Comte Bardy
,
aussi Envoyé Extraordinaire
du même Prince, ~cût sa
premiere Audiance publique
du Roy,ilfit des Compliments
à Sa Majesté sur le me"
me sujet & lui presenta une
Lettre duGrand Duc de Toscane
son Maître.
Le .9. M. le Comte de Rivasso,
Envoyé Extraordinaire
du Duc de Parme,eût Audiance
de congé de Madame,
àS. Cloud Le 10. il cùt une
pareille Audiance de Monsieur
le Duc d'Odeans au Palais
Royal.
Le 12. M.leMarquis d'Entremont
de Bellegarde
,
Ambassadeur
ordinaire du Roy
de Sicile,fit son Entrée publique
en cette Ville. M.le Marechal
de Chateauregnaud
, ul
M. leChevalier deSainctot,
Incroducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre dans
le Carrosse du Roy
, au Monastere
des Picpus d'où la
marche se fit jusqu'à son HÔa
tel selon l'ordre accoûtumé.
Le deüil où l'on est en cette
Cour,&qui fut observé dans
cette Entrée ne diminua rien
de son éclat,elle fut brillante,
magnifique & parut en tout
d'un goût riche, & nouveau.
Le 14. M. le Prince de
tambrc) & M. le Chevalier
de Sainctot allerent prendra
M.l'Ambassadeur à son Hôtel
dans leCarrosse du Roy,&
le conduisitent à sa première
Audiance publique de S. M.
Le 15. il eût au Luxembourg
sa premiere Audiance
publique de Madame DuchcLIè
deBerry, & le 20. à
S. Cloud il eût pareille Audiance
de Madame.
Le l. M. le Marquis de
Velleron
,
Député des trois
Etats du Comtat Vexin,
cüt Audiance publiquedu Roy
qu'il complimenta sur son
avenement à la Couronne.
Le 18.Madame la Baronne
Spaar Ambassadrice de Suede
eût Audiance de Madame à.
S. Cloud.
AVI S
Où chacun trouvera aisément
sonutilité.
Le Public est averty qu'il
cfl arrivé dans Paris une personne
qui distribuë les veritables
& fameuses Courroyes
chymicales pour éguiser les
rasoirs, lancettes, canifs,&c.
au lieu d'une pierre; une invennon
tres-utile pour les Chirurgiens
,
Barbiers, Marchands,
Ecrivains, ou autres personnes
quise fervent de ces forces
d'instruments
,
puisqu'illeur
donne le trcnchant le plusfin
& durant long temps; la maniere
de laquelle l'on doic se
servirest imprimée & affichée
aux planches desdites Courroyes.
L'Auteur qui en donne
des épreuves de leur valeur,
loge presentement ruë de la
Parcheminerie
3
à l'Enseigne
de l'Hôtel de Vendosme, proche
l'Eglise de S. Severin,à
Paris.
Le prix de ceux pour les
rasoirs en à cinquante fols,
celuv pour les lancettesàquaT
ABLE
Relation d'une Fejle dwnec au
Prince Electoral de Pologne,
tiréeduJournaldeVenise) z3
Nouvelles de Rome, 39
De Venise, 64,
Sonnet Italien du S. D. A.
Pritelli, 76
Traduction latine de ce Sonnet.
Epigrame de M. l'AhhE
Durand, 72
TABLE.
Traduction du même Sonnet
en François, Sonnetde M.
Gabriel, 8a
Lettre du même Auteur à Madnemoiseelle
Ct*,*8sur c4e So,n- Copie d'une Harangue desa
Majesté Butanniquuee atuuxx
ddeeuuxxcChhaammbbrreess du Parlement 101
Suite des Nouv Iks de Londre
io>
Extrait des Réjouissances qui
ont estéfaites pour le retablis
sement de la santé de Monteur
le Duc. Relation qui
vaut la meilleure Histoire que
TABLE.
puisse vous donner l'Auteur
deceJournal,130
Songe, 152
Bouquet à Madame **1Cj
Morts, 169
Explication du titre d'Auditeur
de Rote) pour ceux qui
ignorent lesfonctions de ceux
qui font revêtus de cette
dignité, iSJ
Suite des Morts, 187
Autre petite, neuve&jolie Relation
d'une Fête, 197
Reprise de Nouvelles de tous les
Païs du monde, 10l
DeParis, 214
Placetoriginal, 139
TABLE.
Chanson,
«
241
Chapitre des Enigmes, 243
Argument historique des principales
Comedies Italiennes qui
ont étéjouéessur le Theatre
de l'Hostel de Bourgogne,
• 2ji
DiscoursItalien&Françoispouf
la satisfaction des Curieux
2.54.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le