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1716, 05 (Gallica)
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MERCURE.
A PARIS, -1. M. DCCXVI.
AvecPrivilège du Rejy.
,
ME R'Gir-HE
< "i '* -. JLA"N :
.j
E:" Par le Sieur Le Fevre.
Mois
de May
1716.
Le prix est 30. sols relié en veau, 3c
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. Jollet, & J. LAMESLE,
au bouc du Pont Saint Michel,
ducôté du Marché-Neuf
au Livre Royal.
;..:.
Avtcjîfrêb*tiort;&PrivilegeduFoi
VANTque d'entrer
enmatiere
, permettez
moy,très fao-r® r? trés-éclai*rez Lecteurs, - de me congratuler un moment à part
(May, sur le merice de la gran
de & mirifique nouvelle que je
vais avoir la gloire de vous
')
conter. Soit fait ainsique
de raison.
Je me tiens donc en un
instant assez amplement felicité
, pour vous apprendre
sans plus de délay
,
quelque
chose de bien beau de l'illus
tre & merveilleux Chevalier
Caissant
)
seul & unique du
nom,s'il qui jadis eût l'honneur
d'arrêter sur luy les regards
du plus grand Roy du
monde, par la nouveauté resplendissante
d'unspectacleoriginal,
lor sque fierement mont£ DA. sur un des plus vigoureuxânes
de ce vaste & magnifique Empire
, aux oreilles duquel il
avoit adroitement substitué le
bois d'un vieux Cerf, il parut
dans la Cour ovalede Fontainebleau
sur ledit âne, harnaché
superbement comme luy,
&orné de rameaux verts & de
banderoles de papier frise &
peine aux Armes du Roy, avec
plusieurs devises engendrées
de sa seconde imaginative
)
&
chargez l'âne & luy d'une égale&
prodigieuse quantité de
petards & de fusées volantes,
qui firent, lorsque betbin en
fut,leur lumineux effet, à la
vûë& fous les croisées de l'Appartement
de ce grand Monarque.
Uduteur de la presente Histoire
se seroit biengardéde vous
faire unesi pompeuse & si longue
periode
,
de ce que vous venez
de lire, s'il n'avoit eu qu'un
sujet vulgaire à traiter; mais
pardonnez-luy si,étonné de la
singularité, entraînépar la
magnificence de la matiere, il na
pas été ajftz. maître de resister au
torrent deson éloquence, pourse
rendre meilleur menager de l'abondance
de ses expressions.Du,
reste sa memoire luy represente,
( Cm ce souvenir vient fort à
propos pour vous ) qu'il vtu^s a
suffisamment informé dans l'un
deses premiersJournaux, de l'admirable
avanture de cegrand âne
de l'illustreCaissant,& comme
quoy ce brave Chevalier & sa
noblemonturecoururent risque de
se brûlertouts vifs dans lefe/i
de l'artillerie dont ilss'étoient merveilleusement
farcis tous deux.
-Ainj'ipotir éviter les redites, dont
grace à lafaveur deson étoile il
est judicieusementl'irréconciliable
ennemy, il ne vous entretiendra
,,P-,,s plus des circonstances de l'avamureprecedente,
quesioncques
elle nefutarrivée
, pour fAUe,
avecsa legeretéaccoustumée
,
à
l'ombre de vôtre bienveillance, au
détail veritable de celle-cy.
, Voyez, Messieurs, les Babyloniens
du tems du fameux Sesostris,&
plusieurs siecles aprés
luy les Egyptiensquipassoient
avec justice pour les Peuples
du monde les plus polis & les
plus éclairez : après eux les
Grecs de Mycene ,
de Sparte,
d'Argos & d'Athenes
,
donc
les Legislateurs avoient puisé.
dans l'abîme de la sagesse des
Egyptiens, la sagesse de leur,
Gouvernement; ensuite les
Romains ces Vainqueurs du
monde, qui receurent des
Grecs cette ur banité si vantée
dans leurs écrits, après la décadence
de leur Empire les
Goths, les Germains,lesFrancs
& autres Nations qui ont
successivement jusques à nous
conservé leurs noms,aggrandi.
leurs Erats
,
& maintenu leur
Puissance ; avant disje, après,
& malgré tous ces gens là, il
ne fut
,
n'esr,&ne fera sur la
terre habitable
, un mortel
comme l'incomparable Griffant,
t,
Les uns celebrerent longtemps
des fêtes superbes en
l'honneur d'Isis & d'Osiris,les
Athéniens donnerent au Peupie1
des Spectacles de Ceste
de Lutte, de Combats d'animaux,
de Prix d'Eloquence
deCourse,en , unmot de Jeux
Olympiques
,
les Laccdemoniens
gencreux & incorruptibles
conservateurs des Loix
du sage Lycurgue, s'assembloient
dans la grande Place
de Sparte
,
où ils admiroicnt
l'amour, la vigueur & la constance
avec lesquels combattoient
à outrance les jeunes
filles & les jeunes hommes de,
leur Païs >
les Romains celebroient
superstitieusement
Orgies, Saturnales,Lupercales
, Baccanales
,
les Mysteres
de la bonne Déesse
,
& 3973.
autres Fcries tant bonnes que
mauvaises ausquelles souvent
outre le fang des Victimes
, étoit merveilleu sement répandu
defang humain. L'aneantissement
duPaganisme dé.
truisit ensuite peu à peu l'établissement
de ces Fêtes
, pour
la plûpart impudentes, ridicules
& sanglantes. On se contenta
(quoy qu'on l'eûtdéja
fait au paravant ) des representations
en Prose ou en
Vers, des plus belles actions
des Dieux ou des Héros,&
de lacensure des sotises
des hommes. Neanmoins
ces sages spectacles, quoyque
fondez, & en réputation
plusieurs siecles , avant le changement
de Culte,tomberent
par ledesordre des Guerres,
par les révolutions des Empires
,
& par l'ignorance des
Peuples
,
dans un oubli presque
universel
, ou tout au plus
degenererent en d'obscenes
&miserables farces, sansque
le retour de la politesse & lc'#
rétablissement des Arts parmi
les hommes, ayent pû au bout
de milou douze cens in»,
anéantir le déreglement& la
grossiereté de ces divertissemens.
Ce que je dis icy n'est
point un Paradoxe, je prends à
témoins de cette vérité tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
dans la France, qui est sans
contredit une Nation de l'Univers
des mieux regies & des
pluscivilisées. Cependant elle
metencore au nombre de fcs
premiers plaisirs,desrepresentations
de farces, & de quantité
de Comedies modernes
si triviales, que tout leur meri-
* te pour attirer la risée des
fp'Gcateurs, roule souvent sur
la saleté d'un équivoque, ou
sur l'effronterie d'une phrafc
impudente. L'Espagne& l'Italie,
me dira t'on, font les fécondes
meres de cesbons mots
que nous n'avons adoptez
,
que par la grande opinion que
nous avions de la delicatessede
ces Nations. Quelle raison
quelle autorité! mais évitons
les détails, & revenons s'il
vous plaît, à nôtre principal
objet.
-
Je confcns que toute cette
longue digression,que je supprimerois
peut être, si elle
n'étoit écrite
,
soit comptée
pourrien(quoyque jene l'ayc
pas fait absolument sans raison.
) Mais en même temps
je vous recommande ce que
vous allez lire. ,; Le premier de ce mois, jour
, de S. Philippes, Patron du Duc
Regent, le Chevalier Caissant
queje viens de mettre au. dejjtis
de toutce qu'ilya eu deplusbrillant
&de plus subtile au monde,
se presenta & fut introduit
,t au dîner du Roy,que sa Musiqueregaloitd'unconcert
d'instruments, où il ne manquoit
apparammcnc que des
voix pour la rendre parfaite.
Ce mortel extraordinaires'en
douta & subitement se jetta
au milieudesSymphonistes
couvert d'un habit de papier
très -
artistement chargé de
lfeurs, portant sur sonchefau
lieu de cha peau, un bonnet
d'osier en forme de pain de
sucre,auquel avec symmetrie
il avoit attaché avec unfil,
& par les pates,une douzaine
de petits oyseaux en vie de
toutes couleurs,alors sans se
mettre
mettre en peine si les doux.
acccns de sa voix, aussi melodieuse
que cette admirable
citroüille avec laquelleilavoit
autrefois inventé cet incomparable
instrument que ses
jaloux luy ont enlevé
,
si le
ramage de sesoyseaux
,
& si
la legereté de ses pas s'accordoient
avec la mufiquc qui
alloit toûjours son chemin,
il se mit à danfer & à chanter
de toutes ses forces, & avec
tant de courage, que le Roy
en fut si content que toute
l'assemblée pensa ( le respectà
part) en étouffer de rire. Voilà
meilieurs
, ce qu'on peut appeller
desfestes innocentes &
bien«concertées. Enfin aprés
avoir épuisé ses jambes& son
gosier,&tuédanscepénible
exercice, la plus grande partie
des oyseaux qu'il avoit pris le
foin de nicher sur le sommet
de son casque d'osier
,
il fit
son compliment au Roy
,
il
se recommanda à cescharitez,
il sortit de la salle
,
il traver sa
une prodigieuse foule de monde
,
descendit les escaliers au
milieu des cris d'allegresse de
ceux qui n'avoient pu le voir
dans les appartements, il se
jetta dans une chaise à porteurs.
qui l'attendoit, pour le mener
jusqu'à sonfiacrequi écoi(,àla
porte de la t" cour du Palais
des Tuilleries, par le moyen
duquel il fut transféré à bon
port au Palais Royal,oùd'abordileût
l'honneur de saluer
Madame. Tout ce que j'oserois
vous dire des qualitez éminentes
de cette auguste Princesse
,
seroit si fort audessous
des éloges que tout le monde
donne à ses ver tus, que je me
contenterayde vous apprendre
qu'elle receut le grand
Caissantavec bonté
,
qu'elle
«Ç;:ïcg#da pendant quelques
TOqnK'rus,f«Mre ses exercices
avecplaisir, qu'elle écouta ses
cuirions. ôç son compliment
ayeç i>Çjauco|up d'indulgence,
&,qu'end Elle l'écondu (î^y
avec des marques réelles de sa
generosité.
L'apresdînédumême jour
ÇaiffantseptcfentaauRegent,¡
&àMadame Duchesse de
Bcrry:il offrit à leurs Altesses
Royales ses services, c- ses
talents étonnantspourladanse&
pour lechant,& en fut reçu.
dune maniere qui le contenta
sifort qu'il alla aussitôt pu,
blier partout,la faveur d'un fr#
obligeant accüeil
,
il vint à
moy particulièrementcomme
à un fidele depositaire defpius
singuliersévenemens du monde
,& c'està cette confidence
(comme vous voyez Messieurs
) que je fuis redevable
de l'avantage glorieux que
j'aydevous faire part de cette
portion de la merveilleuse
Histoire de l'incomparable
Caissant.
Voicy une nouvelle piece
d'Eloquence qui marchera
sije ,- ne me trompe admirablement
à la fuite, de la grande
«
avanture qu'on vient delire.
R E U ESTE àNosseigneurs Nosseigncurs
les Marguilliers de
l'Oeuvre du S. Sacrement
de S. Sulpice.
MESSEIGNEURS,
Supplie trés-fortement Jean-
BaptisseRené,Bedeau Emerite
des Orphelines, ayant l'honneur
d'avoir le bonheur de servir l'Eglise
de S. Sulpice depuis huit ans,
avec distinction : Disantpoursesraisons
, que larobe de BedeauduS.
Sacrementse trouvant vacante é
parladémissionvolontaireouautrement
du fleur Brunet, il aproit
juste sujet
,
attendu ses loüabtes
fervices,d'efpererquevousvonàre^
bien le promouvoir à cette
dignité,dontilpromet de s'acquitteraussi
dignement que lafragilitéhumaine
peut le permettre.
Ce confideré, Messeigneurs,
ilplaise à vostre très-grande charité
d'enteriner la Requête dudit
Suppliant,lequel en vonfèquence
se croira obligé de prier & priera
en effet pour .14 prosperité &
santé de vos dignes Personnes é7
de vostre Oeuvre.
Pourquoy ne mettrois-je
pasàla fuire de cette Requeste
un certain détail curieux dont
OB,tl'a envoyé la copie, puisqu'il
seroit en effettrèseurieux,
s'il écoit un peu mieux
écrit; mais ilne luy manque
que cela le voicy.
DETAIL CURIEUX
Jecequis'efipaffédVincennes1
au sujetd'un Vieillard âgé
de cent quatorze ans, qui eut
l'honneur d'estre presenté aa
Roy Loüis XV. le 2,q.-
Septembre 1715.
Si jamais un nouveau Roy
sert
s'est attiré la curiosité de [orf.
Peuple,c'estsurtout celui qui
a paru pour la première fois
le Jeudy 12. Sepcembre'¡elJ.
dans la Capitale de la Monarchie
Françoise. Ce qu'il y a de
plus surptenant, c'est que
quoy qu'on ait eu l'honneur
de le voir souvent, on court
après luy avec autant d'ardeur
que jamais:les nouveaux charmes
qu'on découvre chaque
jour en sa personne Royale,
excitent une nouvelle curiosité
: le Chasteau de Vincennes
fut assiegé, sur tout les jours
•
de Festes, d'une foule innombrable
de peuple qui en rendoit
l'abord prelqu'inaccessible.
lrmile
grand concours Parmilegrandconcoursddee
monde qui s'y rendit Dimanche
-
dernier, il y parut un
Vieillardâgé decent quatoize
ans commencez, que ledesir
de voir Sa, Majesté y avoit attiré.
Il étoit accompagné de
son fils, âgé de la moitié de
son âge. Il fut d'abord con- ,
duit au Chasseau Royal, où
il eût l'honneur de faire la revcrencc
à Madame la Da.
chesse de Ventadour, qui
ordonna qu'on le fit dîner.
Il se rendit l'aprés-dînédans
la Sale desGardes, où,Il attendit
Sa Majesté, jusqu'à ce
qaElIç sortit pour atterra. la
promenade. Durant cet intervalle,
il sur environnéde
plusieurs per sonnes qui se promenoient
dans la Sale:jeme
trouvay de ce nombre.
Je fus surprisenl'abordant
de voir au travers de ses jouës
retressies, quoique peu ridées,
un visage presque aussi serein
que celui d'un jeune homme:
Sa reste montroit une chevelure
blanche, que sa caducité
avoit respectée ; il avoit avec
cela une contenanceassuree
sans la moindre infirmité de)
cellesqui suivent ordinairement
la décrepitude.Je luy
demanday,s'il avoic l'oüye.
bonne:il me répondit,jentens
foit bien quand on mé dit:
Tien, mais je fuis sourd quand
on me dit:Donne.Il fit un
petit éclat de rire, après rtTa
voir fait cette réponse Je luy
demanday s'il voyoit clair, il
me répondit qu'il ne se servoit
point de lunettes; sur quoy
une Dame fort chargéed'embonpoint
lui presenta sa main,
en le priant de luy dire si elle
l'avoitgrasse ou maigre:vois
l'avez fort doduë, luy dit-il
enriant
Aprés cela je questonnay
lé: Fils sur la manière de vivre
du Pere: 11 m'assura qu'il mangeoit
de fort bon appecit,qu'il
digeroit de même
,
dormoit
d'un profond sommeil, tenant
un verre de vin aussi ferme
qu'un jeune homme,raisonnant
fort bien sur toutes choses;
se souvenant de tout ce
qu'il avoit vû, fait ou dit depuis
son enfance. Comme
j'allais continuer à l'interroger,
les Gardes furent avertis
qitc Je Roy venoit: En effet;
un momentaprès Sa Majesté
forcic par laSale. LebonVieil.
lard serangea sur son passage;
$4a^anlc la Duchesse de Ventadoujr;
l'ayant apperçû, s'écria
fpfth^t*. Ah!voilà l'Hom-
«ne âgé de cent quatorze ans,
Avez vous vçu, le Roy?
8joûc$-i-;clle, ens'adreflam à
luymême: 001,\ Madame,
réponditil, mais je nay pas
osé m'enapprocher sans que
vousme sissier la grâce de oaa
presenter àluyAlors Madame
UDaîphefle dit sur le
mêmeton àSa Majesté, qui
:;D
marchoit devant clic, Sire,
voici un homme âgé de cents
quatorze ans, il merkevôtre
curiosité. Le Roy revire sur
ses pas aumême initant, tîn*
dis que le bon Homme s'avançoit
de son côté, soûtenu
par son Fils.
Sa Majesté voyant qu'il faisoit
sesefforts pour fléchir le
genoux devant Elle, luy donna
sa main à bâiser avec cette
grâce majestueule, qui accompagne
toutes ses actions: puis
le regardant d'un oeil plein de
bonté, Elle luy marqua une
tendre admiration pour sa
.vieillesse;,cependant elle continua
son chemin pouraller
monter-en carrosse, laissant le
bon-homme tout penetré
d'une joyc inexprimable.
Quel bonheur n'est ce pas
pourmoy,s'écriat-il,aumilieu
de Ces transports, d'avoir
cû l'avantage de voir les quatre
derniers Roys de France.
Je n'avois que neuf ans lorsque
Henry IV. mourut. Depuis
j'ay eû la satisfaction de
vivre fous le Regne de Louis
XIII. sous celuy de Loüis
XIV. Enfin j'ay la consolation
encore de voir le commencement
du Regne dc.
Loüis X V. qui met le comble
à mes contentements.Il
'ne' me reste aprés cela rien à
desirer au monde.
Fasse le Ciel que les jours du
jeune Roy se multiplient beaucoup
au- delà des miens: que
le cours de ses annéesfoittifsu
de toute sorte de bonheur
&de gloire; qu'enfin il termine
son illustre carriere
d'une maniereaussi glorieuse
que son Auguste«IMayeul ,
dont je n'oubliray jamais la
bonté avec laquelleilrecevoit
tous les ans le jour de S. Loüis,
le Bouquet que j'avois l'honneur
de luy presenter. La
grace qu'il m'a fait pcndanc
dix lins avant sa mort, de ms*
mettre au nombre de ses Pensionnaires,
demeurera éternellement
gravée dansmon ame.
Ah!plust à Dieu que je n'eusse
pas eû la douleur de survivre
à ce Monarque invincible.
C'est ainsi que ce bon Vieillard
exprimoit ses transports
au milieu de beaucoup de
gens qui étoient charmez de
l'entendre.
En sortant du Chasteau-il
suc entouré d'une si grande
foule de monde qu'il faillit
être écrasé
: il ne seroit jamais
arrivé au carrosse qui l'attendoit
sans le secours de qtFIques
Gardes qui l'y conduisirent,
mais avec bien de la
peine. Il s'en retourna à Paris
suivide mille personnes qui
crioient: voila le bon homme
âgéde cent quatorze ans qui
paffe.
J'eus la curiosité de l'aller
voir le lendemain à Paris dans
sa maison, afin de m'entreteniravec
luy paisiblement sur
ce qu'il y a de plus remarquable
dans sa vie.
Illnc dit entr'autreschoses
qu'il avoit travaillé de son
Métier de Sellier jusqu'à l'âge
decent cinq ans: que depuis
l'âge de cent six jusqu'à l'âge
de cent neuf, il étoit allé à
pied dans deux jours, unefois
chaque année, de Chasteaudun
à Versailles, pour y querir
sa Pension, faisant douze
lieuës par jour sans en estre incommodé.
Que son grand Pere étoit
mort à l'âge de cent douze
ans,& son Pere à l'âge decent
onze. Qu'il avoiteu dixensans
, cinq filles & cinq Carçons
, dont il ne luy restoit
que celuy qui demeuroit avec
luy, & celuy qui est établi à
Ver sailles, âgé de soixante&
dix ans: Qu'ilbûvoit encore
trois chopines de vin sans en
estre incommodé; ce qu'il
avoit fait le jourmême que je
luy parlay.
Que le Roy quelque temps
avant son decés, avoit accordé
une Loterie en sa faveur
qui devoit bientôt s'ouvrir.
LesSelliers de Paris l'avoient
adoptécette année pour leur
Doyen,le jour de la Fête de
saint Eloy, luy ayant donné
«" d'abord la premiere portion
de Pain- beny
; l'ayantensuite
Oé de dîner avec eux, tcfaÍtjnf
asséoir à table à la premiere
place,bûvant àsa santé
en le nommant le Doyen de
leur Corpsavec des acclamations
de joye. Qu'il eût l'honneur
de faire la révérencea.
Monseigneurje Duc d'Orleans
après la mort de Sa MajcRé':
que ce Prince l'accüeillitfort
gracieusement
,
l'asseurant de
sa pro-trâlon
,
jusqu'à la fin
de ses jours, luy promettant
d'ailleurs que sa pcnfion luy
ferolc continuée.
; Le bon Vieillard ayant fait;
sestreshumbles remercimens,
s'étoit retiré fort satisfait;mais
qu'il n, fut pas plûtost aktiyc
chez luy qu'une personne
vint de la part de Monseigneur
le Duc d'Orleans luyapporter
un present digne deSonAltesse
Royale.
On voit dans ce procedé
l'extrême. attention de cet
illustreRegent sur les besoins
des malheureux. Ilfaitconsister
sa felicité dans la communication
de ses bienfaits:mais
ne nous étendons pas d'avantage
sur cc sujet inépuisable.
f. Il ajoûta bien d'autres circonstances
de sa vie
,
qu'il seroit
trop long de içy* rapporter
Finissons donc ce détail,en
disant quelque chose des
moeurs de nostre Vieillard ;
elles font aussi pures que son
temperammcnt est fain. Il approche
tous les mois des saints
Mysteres pour expier les foiblesses
de l'humanité: Il entend
regulierement la Mette
chaque jour à genoux;en un
mot si sa mort répond à sa
vie, il peut se promettre de
finir heureusement sacourse.
On
Onnesera pas fâché sans doute
de voir la copie de l'extrait
baptistairedusieurPhilippes
Herbelot ,qui est le nomdu
Vieillard en question:la voicy
telle que jel'ay prise sur celle
qu'il avoit luy-même tirée de
l'Original.
ExtraitBaptistaire du Sieur
Philippes Herbelot.
¡, -~
;. Nous Prestre-Curéde DouleremChasteauvilliersauChêne
,
D.ocesede Toul en Lorraine, certifique
le premierJanvier1602.
a rfié baptiséPhilippes Herbelot,
FilsdeJeau Herbelot,~& Cotfl
tAnceJaccjtiemartfispere&mere^
le ParrainPhilippes le Petit, la
Afhrrdine ±ja Soeur,Damoiselle
suivante deMadame de Guyp.
Je soussigné, Curé de Dotde*
rentChasteauvilliers auChêne:
Certifie le present .ARe & Extrait
être conformeàson Original.
Rnjoy âequoy Nous avonsJtgné
le 10. Movembre iy 14. Bertau,
Curé à present de Doulerent-
Chaflt4U'TtiLJÙrs. au-Chêne.
NicolasCrespin,Juge~&Lieutenant
de Doulerent- Chasteauvilliers-
auChêne:Certifie à tous
ceux qu'il appartiendra
, que le
present CertificatduSieurBertau,
Curé, est veritable. En foy de
qucry Nous avons delivré le presint.
Signéle19. Novwnhrt
1714. Nicolas Crespin.
Il est à mon avis temps de
dire quelque chose des nouvellesétrangeres.
De Rome le 20. Mars 1716.
On a tenu une Congregation
de 15. Cardinaux sur les
secours que le Roy d'Espagne
a bien voulu accorder au Pape
contre les Turcs. Ces secours
consistent en 6. Vaisseaux de
Guerre, quatre Galeres, &
huitmille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie. Il a esté resolu
qu'on accepteroit seulement
les six Vaisseaux & les
quatre Galeres
,
& non les
huit mille hommes, pour ne
pas causer de jalousie à l'Empereur
dans la situation presente
des affaires. Le Courrier
qui avoit apporté de si agréables
nouvelles a esté renvoyé
par Sa Sainteté avec des Lettres
de remerciements & de
loüanges, & elle a fait donner
à ce Courrier cinquante écus
& un médaillon d'or. ##
Le Cardinal Orsini cft icy
de retour de la visite de son
Evêché de Porto. Ilatrouvé
lesEglises de ce Diocese tresmal
pourvûësd'ornements, &
d'habits Sacerdotaux;& comme
la plupart estoient fort
usez & même dechirez
,
illes
a fait brûler tous devant la
porte defdires Eglises, mais il
abandonne le revenu de cet
Evêché pour en acheter d'autres.
Ce Cardinal se dispose à
retourner à son Eglise de Benevent
,
où il veut être avant
la Semaine Sainte. Il n'est plus
question de saLegationàVienne,
l'Empereur ayant fait sçavoir
au Pape qu'il éroit plus
necessaire de penser serieusement
à luy envoyer des secours
réels & effectifs, qu'à
faire des dépenses pour une
pompeuse Legation.
Le nouvel Evêque de Volterra
fut consacré ces jours
passez par leCardinal Paulucci
qui le retint ensuite à dîner. Le
Comte Fede beau-frere de ce
Prelat & Ministre du Grand
Duc fut aussi de la partie. Au
commencement du repas le
Pape voulant faire honnêteté
à ceMinistre, envoya plusieurs,
plats de satable.
On dit que M. le Marquis
du BourgMinistre du Roy .de.
Sicile eû rappellé à Turin,&
que le Comte de Provana doit
venir ici en sa place; cependant
depuis peu de jours on a
publié&affichéencette Ville
des nouvelles censures contre
plusieurs Officiers & Ministres
de Sa MajestéSicilienne, &:
contre un grand nombre d'Ecclesiastiques
Seculiers & Reguliers
de Palerme, de Messine,
&deCatania.
M. Silvaaesté declaré Rotante
de Signature de Grace,&
comme cc Prelat est fort pau-
: vre,le Pape luy a accordé une
pension de 200. écus.
Le Prince Electoral de Baviere
a fait remettre iciàl'AbbéScarlati50
mille écus pour
les preparatifs necessaires à sa
venuë en cette Ville,qui fera ,
dit on ,
dans la semaine de la
PaflGon, pour pouvoir se trouver
aux fonctions de la SemaineSainte.
On prétend que
cc Prince visitera feulement le
Cardinal Doyen don*t il prendra
la gauche : on assure que la
chose a esté reglée de la sorte.
Le
Le nouveau Cardinal Spi.!.
nolaaesté obligé de fc Faite
mettre une jambe defer. Il ne
peut encore se soûtenitsur
ses pieds
,
& cela parce qu'il
n'a pas voulu durant les quarante
jours s'assujettit aux précautions
que demandent les
ruptures.
Le Cardinal Prioli perd chaque
jour de ses forces, & on
avppreihenedeb.eaucoup pour sa On continue au Palais les
Congregations militaires,on
y fait souvent intervenir !c
Chevalier Morosini qui est ici
(vdc la part de la Republique de
Venise pour solliciter du secours.
De Ityme le28. Mars 1716.
Il paroît qu'on est persuadé
de plus en plus que la Guerre
est inévitable entre l'Empereur
& la Porte. M. le Cardinal
de Scrottembach receut
avant hier un Courrier ou une
Stafette,&eût hier matin une
longue audiance du Pape. On
suppose qu'il donna des asseurances
encore plus grandes à
Sa Sainteté sur cette Guerre :
plus nous allons en avant,plus
nous en ferons éclaircis.
On dit que M.le ~Cosdjuteur
de Mayence seroit volontiers
Archevêque de Treves.
Le Marquis delBorgoest parci
pour retourner à Turin. Ila eu
audiance du Pape avant son
départ, on l'a vû partir d'ici
avec peine, & la verité est qu'il
s'y est comporté avec beaucoup
de sagesse & de prudence.
On ne sçait point au vray
ce qui se passe entre l'Empereur
& la Republique de Venise
,
car on n'entend parler que de
Courriers de Vienne à Venise
lt.de Venise à Vienne. ,
Le froid est ici plus grand
qu'a(t mois de Janvier, les
biens de la terre & les bestiaux
en souffrent du préjudice. L'Italie
n'a pas besoind'une seconde
touche, & il y a une espece
de famine dans plusieurs
endroits de l'Etat du Pape.
,
De Venise, le 18. Mars iyi6.
LeSenat a répondu aumemoire
que M. le Nonce a fait
presenter dernierement : cette
réponsecontienten substance
des grands remerciemens à Sa
Sainteté, pour tous les mouve
mens qu'elle se donne en saveur
dela République;& comme
M. le Nonce y avoitjoint
la demande des deux Viiffe*aux
pour eara: armez aux frais
du Pape, & que l'on luy a
répondu que l'on n'en avoic
aucun dont on pû se defaire,
ce Ministre en exécution de
lis ordres, est en traitéicy
avec quelques Marchands
pour en avoir deux des leurs,
pour joindre à ceux dont M.
le Commandeur Ferreti s«fi;
accommodé à Genes.
Il cil: arrivé ici Mardy un
courrier de Vienne au sujet
d'une difficulté sur l'expression
de certains termes plus forts à
inserer dans la ligue à conclure
avet l'Empereur contre les
Turcs. Le courrier a esté renvoyé
hier avec ordre à l'Ambassadeur
de la Republique dene
point s'arrester sur ces bagatelles,
& de faire inferer dans
le traité toutes les explications
qu'il jugera convenables. On,
prétend que par le même traité
le Sénat aùra la liberté de
prendre à son service & de recevoir
à (on secours telles
troupes qu'illuy plaira, sans
que l'Empereur en puisse
prendre de la jaloufic,.corn:.
me dans le mémoire de M. le
Nonce, ce Ministre donna
part des offresfaites àSa Sainteté
par le Royd'Espagne,en
faveur de la République; le
Senat jugea à proposde mettre
en délibération l'envoy d'un
Noble à Madrid, pour en remercier
le Roy Catholique;
& avant hier M. Rufini, neveu
du Provediteur de ce nom,
fut choisi pour passer en Espagne
sans caractère.
M. Emo ayant retiré les
troupes, le canon & les munitions
de Narcnta & de
Fortins,situez le long de la
riviere de cc nom, en a fait
fautes ensuite les Fortifica--
tioris,& les a abandonnez, &
aussi tost lesTurcsenontpris
possèssîon.
M. le Comte de Schulembourg
a trouvé les Fortifications
de Corfou en très-mauvais
état. Il foudroit quatre
mois pour les réparer. Il fait,
- détruire & applanir les deux
haureurs donc on a parlé, &
fait travailler à un recranche-
:
ment du costé de la Marine,
- pour s'opposer aux descentes.
M. Marcelle fut fait Dimanche
Procurateur de S.
Marc, moyennant vingt cinq
mille ducats:& demain onélevera
M. Cornaro à la même
d.
1 dignité.
On repare unouvrage couronné
ici qui couvre le Chastdeauédu
Llidoa, &bquirétoéit for.e, Legrandconvoypour Corfou
qui doit estre commandé
par MCorendau, est prest,
àmettre àla voile;ce Noble
va relever M. Pisani à Corfou.
L'on ne sçait point encore si
ce dernier a accepté la Charge
de Capitaine General.
De. Rome le 4. Avril 1716.
Ae Pape tint Lundy dernier
Consistoire, dans lequel
Sa Sainteté fit un beau Discours
sur la Guerre imminente
des Turcs, elle y parla des
diligences qu'elle avoit faites
auprés des Princes Catholiques
, pour avoir des secours
de Vaisseaux & de Galeres
,•
& s'expliquafort avantageusement
sur le sujet du Roy
d'Espagne,& avec beaucoup
de reconnoissance des secours
qu'il luy donnoit. Elle dit
<
qu'elle en attendoit aussi du
>
Roy de Portugal, qu'elle
comptoit sur les Vaisseaux
& Galeres de la Religionde
Malthe, surcelles du Grand
Duc,&parla aussi des siennes
& des Vaisseaux qu'elle a fait
noliser.Elle parla enfuitc de
la guerre contre lEmpereur
& la Porte, comme d'une
chose assurée, y donna parc
qu'elle accorde à ce Prince
hs décimes sur les biens de ses
sujetsEcclesiastiques de l'Empire&
qu'elle luy avoir permis
d'), Pl d'autres secours, même audessus
de ses forces:ajoûtant
quece Prince connoissantluymême
les besoins de s'opposer
aux progrés des Turcs
etoixassêz portez de luy même
àfaire des efforts pour les
arrester, &qu".ainsila destination
qu'elle avoit faitede M.
le
,
Cardinal desUrsinspour
luy representer lesbesoins de
la Chrétienté,devenant intitile
,il étoit juste de luy permettre
de retourner à foiv
Diosece: & fit sur cela l'éloge
de ce Cardinal qui étoit
present dans le Consistoire,
le louantsur son zele
,
sa-ru..
: bordination, & sa promptitude
à suivre les intentions de )
Sa Sainteté, dés qu'elle les luy•
avoit fait sçavoir nonobstant
ses infirmiez.Il est cçpencftfic
fort à craindre que tous ces
secoursne soient pas tous en
état pour venir à temps. On
fait aussi réparer quelques Fortifications
à Ancone
)
& on
armequelques petitsBâtimens
dans le Golfe Adriatique,
pour se preserver des Cor faires
: le Prince Electoral de
Baviere arriva hier en cette
Ville.
On ne sçait si le Pape pourra
passer au Vatican pour y faire
les fonctions de la Semaine
Sainte &deParques comme à
l'ordinaire, Sa Saintetéayant estunpeu'indisposée.
Antre Extrait de Nouvelles
de Rome du 4. Avril.
Il y eûtConsistoire Lundy
dernier, le Pape y dcclara limposition
des décimés sur tous
lesEcclesiastiques d'Italie, à
l'exception des Cardinaux. Sa
Sainteté declaraaussi la volonté
où elle étoit de donner à
l'Empereur un subside de
JOOOOO. florinspour aider ce
Prince à faire la guerre au, Turc. Ce sont les Or dinaires
des lieux qui doivent efïre
chargez du recouvrementdes
decimes.
De Rome le JO. Avril1716.
Quoyque Sa Sainteté ait
esté un peu incommodée ces
jours passez de ses jambes qui
ne fluent point à l'ordinaire,
elle voulut toutefois assister à
laChapelleDimanche dernier;
mais aprés y avoir fait la benedection
& distribution des
Palmes, elle se retira dans son
appartement.
> Le Prince Electoral de Ba.
vierc arriva sur la fin de la
semaine passée. Quantité de
pilonnes de diftînülon surent&
envoyerenc des Gentilhommes
au devant deluy
, dansdescàrofles afix chevaux.
Son Altesse avoit à sa suire
douze perfonncs à cheval, elle
fut descendre chezFAbbe
Scarlati son MlniGrc"où elle
est logée, elle y receut aussitost
des complimens de la parc
de Sa Sainteté, qui luy envoya
immédiatement après un present
decomertibles.
Ce Prince futàlaChapelle
, le
le jour des Rameaux"où il prit:
la Palme des mains de Sa Saintetéquilaluy
donnaen riant,
ensuite il en reccut une atxrc.
chez luy beaucoup mieux travaillée.
Le mêmejourapres-dîné
M. Don Charles Albani fut,
visiterce Prince, & le mena a/
la promenade dans soncarosse
dehors la Porte du Peuple)
commecela avoit esté prémédité;
il y trouva quantité de
Seigneurs & des Dames de
grande difilnébon.
Lundymatin Son Altfrte
fut Caluer Sa Saintetéqui luy.
nt un très bon accueil
,
luy
ayant temoigné beaucoup de
tendresse&d'affc<5bion
, ce
Prince fut voir enfuice le Cardinal
Albani,& le foir la Si-
- gnora Dona Teresa
,
femme
du Seigneur Don Charles chez , , qui il y cûr un très beau
concert, après lequel on sersvit
une magnifique collation.
En conlequence du céremonial
dont on étoir convenu
le Prince Electoral, fut visiter
les Cardinaux Chefs-d'Ordres
fçivoirAcciaioli, Panciatici,
& PamphlHJils le receurent en
limaric&par le grand escalier.
L'Ambassade se faisoit;
au nom de l'Abbé Scarlati
Ministre de ce Prince, qui die
que plusieurs Gentilhomifles
de distinction Etrangers, par.
milesquelsle Prince étoit fous
le nom du Comte de Draunis,
fouhaitoient avoir l'honneur
de saluer leurs Excellences.
Mardy matin Son Altesse
accompagnée de cinq Seigneurs
des plus qualifiez
s
fut
voir la belle maison de Fuca..
li
,
d'où il revint le foir du
même jour.
Mercredy SaSainteté malgré
les opposïtions de sen
Medecin, voulut se tranfporter
au Vatican pour y faire
plus commodcmentJes fonctions
de la Semaine Sainte. La
faison estneanmoins extraordinaire
& rigoureuse à cause
des neiges qui font tombées.
depuis peu aux environs de
Rome, qui produisent un
froid vif & beaucoup de maladies.
Les Hôpitaux de cette.
Ville sont remplis des pauvres
Paysans, il en meurt jusques i5.& 30. par jour.
Lundy matin on embar-,
qua pour Civitavechia 100.
hpnimes de nouvelle levée,r
quelques uns néanmoins de-»
ferterent avec leur habit avant:•
l'embarquement.
Plusieurs Bastiments de ¡Jo¡¡..
bariecommencent déja à faire,,
des incursions sur les Plages de
cet Etat, celaa obligé Sa Sain-,
tetc a ordonner qu'on armât
inccflamment deux de ses Galères
pour les envoyer en
courte le longdescoûes..
Dernièrement les gens de;
M. Molinés maltraitèrent à.
coups de bâtons un certain
Tailleur,on en fit beaucoup
de bruit au Palais, ce qui obligea
M.. Molinésà.congédier,
ceux de ses gens qui ont eu
part à cette action,&à les envoyeravec
escorte à Longon.
Le General & le Procureur
général des RR. PP. Minimes
auront leur place dans la Chapelle
du Pape oùils, doivent
prêcher le fécond jour de Pâques
: c'estleCardinal Albani
Protecteur de leur Couvent
en cette Ville, qui lcur a obtenu
cette grâcede Sa Saintete.
Une femme eût le courage
il y a quelques jours de tuer en
public un Voiturier qui l'infuîtoit
& de luy donner 17.
coups decoûteaux.
Le Connétable Colonne a
fait present au Prince de Baviere
de deux chevaux dem*-,
nege d'une grande beauté. Le
Chevalier Morosini luy a envoyé
pareillement un trèsbeau
present.
Le Pape quoyqu'un peu incommodé
n'a pas laîssé de faite
les fonctions du Dimanche
desRameaux & duJeudySainr.
Le Prince EIeé\:oraI de Baviere
y a affiflé regulierement.
Le Courrier que le Pape
avoit expedié en Portugal,
pour y demander des secours
de Vaisseaux.,eLt enfin arrivé
aujourd'huy avec les memeures
reponses du monde.
c*
9 DeV'nifileil.AwL
L'on attend ici avec impatience
le retour du Courrier;
qui fut renvoyéàVienne il y
a 9. ou 10. jours , pour sçavoir
si l'Ambassadeur de laRépublique
aura pû reiiflîr à conclure
avec les Ministres do
l'Empereur la Ligue contre les.
Turcs, on doute toujours des
dispositions de ce Prinoe,ÔC
Qjn,estpersuadé qu'il neronir.
pra
pra point avec la Porte-, si,lesh
Turcs ne commencent les pre-*
miers quelques hostilitez con-
, tre laHongrie. On croir qu'en
attendant qu'ils le fassent
l'Empereur fera naître , de tems
entemsdes difficultés pour retarder
la conclusion de cette
Ligue. On a même eeu qu'il
s'en preparoit des nouvelles
pour les plaintesqu'il forme
contrelaCour de Rome.colnme
si le Pape avoit intention
de rappeller les Espagnols en
Iralie
,
& d'y faire naître des
nouveautez. Comme l'Empereur
,à ce qu'on dit, donne occanon
à de pareils fou bçons,
( il craint effectivement qu'on
ne les mette à execution. rj}
Le Senat n'a point répondu
au'Memoire de M. le Nonce,
dans lequel ce Ministre insinuoit
qu'il étoit à propos que
la Republique fit demander au
Roy le passage pour les Troupes
qu'elle fait lever dans la
Comté d'Avignon.
J Il est arrivé ici deVerorie
les 1200. hommes qui y
croient venus d'Allemagne,
on les a déja embarquez sur
des Bastiments pour les faire
-
paffer en Dalmatic. On en attend
encore un pareil nombre
à Vérone
, & on les envoyera
dans la même Province,d'où
l'on écrit que quoyque Nlje
General Erno eue abandonné
Narenta
, & se fut retiré en
deçà de la Cetigne
,
il avoit ce- pendant confervé les F°t:ts
Norin & Opus, qui peuvent
être fecoutus par Mer, mais
dont l'air est si mauvais que dés la derniere Guerre on a de.
libcré fort longtempssi l'on
démoliroit ce dernier. M. le
Nonce a conclu ici Samedi Traité un pour le nosisement
d'un Bâtiment de 50. pieces de
Canon que le Pape veut armer
en guerre. On travaille
a le mettre en étatd'être lancé
à l'eau.
,La Republique fait traiter
chez les Grisons pour une levée
de 2000 hommes. M.
Puenti son Resident luy fait
çfpererd'ypouvoir réussir.
On a imposé une Taxe de
la dixiéme partie du loyer des
maisons sur tout l'Etat
, en
pure perte pour les locataires,
ce qui fait murmurer lePeuple
quifc voit par là prcfque seul
chargéD de cette Taxe.
»t
De Naples le 31. Mars -j\cS
Nous a pprenons queles
Turcs ont fait leur Place d'armes
à la Valona, qui n'est qu'à
60000. d'Otrante, ducôtéde
la Morée, & quiregarde presque
Corfou,& qu'ils ontenvoyé
dix mille hommes pour
applanir les chemins & pouvoir
y conduire le Canon plus
aisément ; ainsitous ces prcparatifs
font presumer qu'au
premier jour nous apprendrons
l'attaque deCorfou.
Du côtéde laDalmatie le
Seraskier a fait un Corps de
Troupes, &a marché à Gabella
qu'il a emportéed'atout
furSe champ. Il y a pensé furprendre
le Proveditcur géné- ral des Vénitiens qui a bien eu
delà peine à se sauver. Ils ont
pris encore une petite Place
qui n'efl: d'aucune consideration
La prise de Gabella leur
ouvre le partage pour aller attaquer
Terra Nouova quiest
la meilleure Place que les Vénitiens
ayent dans la Dalmatie..
Les Algériens commencent
à courir ces Mers; il yen
avoit un ces jours passez à la
vue du Golse de Naples, ila
été a bord d'un Bâtiment:
François duquel il s'est fait
montrer le passeport & lcl¡x.. ;
peditions du Bureau des Classes,&
a dit au Patron qu'il
[Gavair qu'il y avoit plusieurs
Génois& autres Etrangers qui
navigeoiem avec le Pavillon
de France,sans être François ,
& qu'il esperoit d'en prendre
quelques uns.
DeRome,le18.Avril1716.
Quoyque le Pape eut beaucoup
de peine le Jeudy Saint
afaire toutes les fonctions&
ceremonies de l'Eglise, étant
fort incommodé de ses jambes
'qui jetterent tant de matiere
ce jour-là que Ces bas en
estoient percez,il voulut néanmoins
chanter la Messele jour
de Parques dans S. Pierre, &
donner ensuite à tout le peuple
la benediction du haut
de laTribune, qui est au-dessus
du vestibule de cette Basi,
lique.
Le Prince Electoral de Bavière
assista à ces deux fonctions;
& afinqu'il pût voir
plus commodement les ceremonies
de la Messe, on avoh
eu le soin de luy préparer un 4
endroit élevé, contigu à la
Chapelle: ce Prince a
doi^pe
de grandes marques de pieté
& de devotion dans le cours de
la Semaine Sainte & de cellecy;
il a communié à la ParoHfe..
où il a laissé soixante écus
pour estredistribuez auxpauvres
honteux; a près avoir porté
le Dais à la Procession du
S. Sacrement dans l'Eglise de
l'Ara Celioùil donna encore
une bonne somme d'argent
Il fut à pied visiter trente trois
Eglises. Mr Don Charles AI.
bani luy a fait un present de
comestibles;il y avoit trente
bassins remplis de toute forte
deBonnes choses:le Prince de
Caserra luy en a fait un fcmblable.
Les deux Galeres dont le
Pape avoit ordonné l'armémenr,
sont sorties du Port de
Civita-Vechia, pour donner
la chasseauxBâtimens Barbaresques
qui commençoient à
inquieter la coste.
Par un Bref fort ample le
Pape a remercié la République
de Gencs des deux Galeres
qu'elle luy a accordées pour les
Vénitiens
.1
LePrince Electoral de Bavière
fut pour visites les Cardinaux
de la Tremoille &
Aquaviva; mais leurs Eminan.
ces ne voulurent point recevoir
sa visite, apparemment
pourluy caufer moins d'incommodité.
-
Mercredyaufoirle Marquis
Gabrieli donna une très belle
seste à ce Prince dans son Palais:
rien n'étoit plus superbe
que l'appartement où S. A. fut
reçue aussi-bien que la collation
qui fut servie. Ce Prince
a témoigné d'y avoir eu toute
la satisfactionpossible,presquetoute
la Noblesse Romai-
, ne s'eil trouvée à cette feste,
quiàcequ'onprétend ,acoû- télixmilleécus.
Le Cardinal Ottoboni
vouloit aussi luy en donner
une; il avoit en cette vûë fait
faire quelques preparatif,mais
on les a discontinuez à cause,
dit on, que son A. ne l'a point
visité. comme, elle le souhaitoit.
Ce Prince devoitincessamment
partir pour Naples, mais ilnepartira, àce qu'on prétend
,
qu'à la fin de ce mois,
fous prétexte que l'air de Rameluyestsalutairecependant
,
il prend le lait d'asnesse tous les ,
matins
Le Lundy de Pâques a^rés
la Chapelle,quelques CarTJinaux
tinrent une Congregation
particulière, ce fut,àce
que l'on croit, sur l'affaire des
Vaisseaux demandez au Roy
de Portugal. OnassurequeSa
Majesté a fait réponfc qu'elle
ne pouvoir en envoyer, en
estanc elle mêmedépourvûë,
mais qu'elle en noli seroit des
Hollandois.
Le Prince Electoral de Bavière
à l'occasion de la visice
qu'ilfit au Cardinal Doyen,
pria son Eminence de vouloir
bien l'excuser envers le sacré
College, de ce qu'ilne pouvdit2
à cause du peu de temps
qu'illuy restoit, aller en personne
l'assûrer de ses civilitez;
ce Cardinal le fit
,
& envoya
aussi-tôt chez tous les Cardinaux
leur donner parc des
sentimens deS. A. que chacun
d'eux jugea à propos d'envoyer
remercierpar l'entrémise
dumême Cardinal
Doyen, ce qui a estéexecuté deJaforte.-s
Mardy dernierece Prince fut
voir le Palais de Montées*.»
vallo, en sortant ilfit donner
centLoüis d'or pour étrenes au
Concierge.
Le Pape fait, dit-on, enrichir
de diamants & d'autres
pierresprécieuses un de ses
Portraits, pour en faire pre-
Cene à ce Prince.
Le Connestable Colonna l'a
- été voir. On a remarqué que
cette visite a estédifférente de
toutes les autres que S. A. a remues:
en effet le Connestable a
elle introduit seul, au lieu que
les autres qui ont fait la même
honnesteté à ce Prince, ont
qfié admis plusieursà la fois
& avec quelque forte de confusion
& de desordre.
«
CeVenise.- le 18. *4vril1716.
On attend icy avec impatience
l'arrivée d'un courrier
de Vienne, pour sçavoirsi la
ligue contre les Turcs aura
esié enfin concluë. On pourroit
en douter sur ce que cette
Cour dépêchale 2 1. un COUN
rier à Constantinople,ausujet,
dit on, de quelques propositions
d'accommodement, en
vertu duquelles chofcs resteront
ront en fufpcns entre la Republique&
la Porte; & l'on
croit que les Ministres de l£m- l,
pereur,avant que de prendre.
l'engagement avec les Venitiens,
voudront attendre le retour
de ce dernier
-
courrier;
-
quoy qu'il en soit, il paroît
toûjours de plus en plus que
ce Prince veuttirer de tresgrands
avantages des secours
qu'il leur fait esperer, & qu'il
ne rompra avec laPotte,qu'-
en cas que les Turcs soient les
premiers à l'attaqueren Hongrie.
M. Charles Pisani, frere
du nouveau Gcn.ral,& qui
estactuellementConseiller du
Doge, doit demander la semaine
prochaine de renoncer
à £etre Charge, pour remplir
celle de Lieutenant General de
M. son frere. Celuy-cy entend
>
assez bien la Marine dont le
Capitaine General n'a aucune
connoissance
,
n'ayantjamais
monté aucun vaisseau que
comme passager,cependant
M. le General Delphinoest
arrivéicy.
IJ ya quelques avis secrets
qu'il aesté mis aux arrests,
ce qu'il ya de certain, c'cflh
qu'a&uellcnKnt on lit chaque
semaine les informations drci-,
fées contre luy pour luy, faire
son procès. Il est arrivé fiicr
encore 1200. hommes*dc
troupes d'Allemagne que l'on'
afaitaussi tôt embarquer sur
un convoy preparé pour le
Levant. Il y a eu en cette occasion
quelques émeutes, sur ce
que les troupes vouloient que
suivant l'usage, l'onleur payât
les deuxmois d'avance.
Deux Tartanes arrivées icy
en courte, ont sur pris le 11.
du mois dernier un BârimenC
François, & luy ont enlevé
son passeport & quelques
bâles.On en a fait des plaintes,&
on ne doute pas que les
Commandans de ces Tarranes
nesoient punis comme ils le.
meritent.
Hier, au soir le courrier
qu'onattendoit de Vienne est
enfin arrivéavec l'agréable
nouvelle, que les articles de
U ligue contre les Turcs,
avoient esté signez le lundy de
Pasques, mais on ignore en- -
core sil'on est convenu que
l'Empereur commenceroit incessamment
les actesd'hostilu&-
*
De Rome le 2 5. Avril17 * *
Le froid & la secheresseï continuent toûjours en ces
quartiers étant d'un grand
préjudice aux biens de laterre
le Pape a ordonné des prieres
pour la pluyCé
Il est arrivéicyunCourrier
depêché par M. l'Internonce
à Bruxelles, on ne sçait point,
levray motif decette expedition
; mais plusieurs veulent
que ce soit pour donner avis.
qu'on avoit découvert en ce
Païs-là que la Porte Ottomane,
étoit dans le dessein d'agir CCN
te Campagne avec son Armée
Natale
contre letac Ecclesiastique
; d'autres prétendent
que ce pourroit être encore
sur l'intention où les Anglois
& les Hollandois peuvent être
aussi de faire quelque tentative
sur l'Etat de l'Eglise.
Dans cette apprehension
onordonne ici à tous les Oscî
ciers qui doivent aller garder
les costes, de partir incessamment
pour se rendre à leurs
postes, & l'on a envoyéàCivitavechia400.
juste-aucorps
pour habiller leséquipages des •
«
'\C'J
Bâtiments qu'on doit armer
dans ce Port.
Le Prince Electoral de
ha..,
vierea estévisiter Madame"h
Connétable ~Colona. M. le,
Connétable son filS'S'cfi trouvé
à cette visite.Ilfit voir le
Palais à Son Altessequi consideraavecplaisir
la belle Galerie
de cette maison.
M. Bianchini par ordre de
Sa Sainteté accompagne ce
Prince par tout , & luy fait
voir les Antiquitez de Rome
les plus remarquables.
Ilaesté au Capitole
,
les
Conservateurs s'y trouverent
fjc jour- là ,&eurent permission
du Pape de luy donner
«.urfc magnifiquecollation,ila
esté aussi à Ossiavoir lesSalines
1
ensuite à lachasse à Decima,
il montoit un des chevaux
dont le Connétable luy a saic
prefenr.
- :
V1
Un Courrier dépêché par
M. leNonceàVienne,aporté
ici la nouvelle de la conclusion
de la Ligue entre l'Em*
pereur& lesVenitiens.
Le Tribunal de la Rote a
finalement choisi, examiné&
approuvé l'Avocat Lanfredini
pour remplir leposte d'Audi- -
teur
teur qui etoit vacant. 1
Le jour de la Feste queLiC
Marquis Gabricly donnatau
Prince Ele<Storal de Bavierle
Maître de Chambre du Cardinal
Pico de la Mirandole.se
presenta pour entrer dans l'appartement;
mais il fut repoussé
avec insolence par les domestiques
de la maison. Son Eminence
offensée en la personne
de son Gentilhomme, a voulu
en avoir satisfction, le Marquis
Gabriely fut pour luifaire
ses excuses& se disculper;mais
elle ne le receut pas cette fois;
cependmLaprés avoir renyoye
quatre de lesDomestiques,&
avoir fait prier ceCar- ~~) de vouloir bien l'enten- des sa priere fut enfin écoutée
, & il fit ses excuses ; mais
illuy fallut encore en aller
faire autant au Maître de
Chambre qui avoitreceul'in.
jure.
M. Farseti est arrivé ici de
son Gouvernement,il a fait
des offres considerables pour
un des plus grands emploisde
la Chambre. Iln'estpasleseul
qui aspire à cesCharges,caril
y a beaucoup de Prelats qui
offrent aussî de grandes fontmes
pour enavoir.
M. Dominiqued'AsteayaAc'»
eu quelques paroles aveepm
Gentilhomme Napolitainde
la Maison d'Entico
,
celui-ci»"'
voulut le voir l'épée à la main
mais l'affaire ayant éclaté, ils
ont eu ordre du Gouverneur
de ne point sortir fous peine
de dix mille écus d'amende.
Le Prince Ekûorai de Baviere
a esté à des parties de
plaisirs qui se font faites dans
lesmaisonsStrozzi & Rofpi-•
gliofi ; le Prince Odescalchi a
gagné au Prince Electoral en
cette occasion une grosse fomnf;
d'argent,aussi bien qu'à
^pfufieurs Seigneurs dela suite dkA. ensaenvoyé plusieurs Bri- de Sbirresvers la Montagne
de Viterbe pour donner
la chiffe à des bandits qui
ont paru de ce côté là.
.De Venise le 25. Avril1716.
On a toûjours lieu de douter
que l'écrie figné à Vienne
avec les Ministres de l'Empereur&
l'Ambassadeur de Venife
nesoit unsimple projet
d'alliance contre les Turcs,
dont le Traité ne fera lignefejj
exccuté qu'au retour duCou
rier depeché par ce Pririçà^
Constantinople, suivantles
ponses qu'il recevra de laPort^ )
par M.Flecchement sonResident;
quoyqu'il en soit, cet
Ecrit a esté figné par le Doge
même Samedy dernier, & envoyé
ensuite à Rome pour y
être pareillement signé par le
Papecomme garant des engagements
de la Republique.
Le même jourSamedy le Senat
dépêcha deux Courriers, l'un
par Rome & Qttante à M. Pisanià
Corsou,pour luy donnfcr
part de cette bonne nou- ^vjille
,
& l'autre à Vienne avec
uïiwLettre contenant des ex-
Pteions tres-reconnoissantes
c
tr*eJ~s~-oblibgl.eances. l, à Empercur
i de ce que ce Prince venoit
d'avoir la bonté de faire
en faveur de la Republique.
-
Le General de Schulembourg
ayant trouvé le roc vif
en voulant détruire la Montagne
d'Abraham,ficuée audevant
du Château de Corfou,
a changé de dessein, & au lieu
de continuer à abaisser cette
hauteur qui auroit demandé
trop de temps à applanir, il a
jugé à proposie nouveàu cfv
faire d'autres fortifications,
de reparer ce qu'il avoitjfâr fait. Cômjne cette Place c~~t
plus importante & la plus cxposée,
on travaille icy à yenvoyer
tous les secours que l'on
peut rassembler. On prépare
un assezgrand convoy pour
l'y faire passer, lequel fera cfcorté
de six Vaisseaux de
guerre; sçavoir, la Valeur, la
Rore, le S. Paul, l'Annonciation,
le Crucifix & la Mado:
na de l' Arcenal, ce dernier cj1
tout neuf, & n'est pas encore
aAcuellemenc^hevéj cepen-
.vrfi'nt il est certain que tant sur
plesJl^uIottses qu'à Corfou)iln'y' de dix à douze mille
^b^înmes de troupes reglées,
dontmême il en meurt
quantité tous les jours par
les maladies qui se font répanduës
parmi elles : les Vaisseaux
& les Galeresne sont
pas mieux armez en Chiourmes
& en Matelots, & il y a
lieu d'apprehender de fâcheux
évenemens dans la Campagne
prochaine.
On sçait que les Turcs la
veulent commencer de bonne
heure, & qu'ils font mêmV^
travailler à un chemin dans I"
Bossinie, pour y faire pi,,,-r
leurs troupes: leur flotte SF4
aussi superieure à celle de'I~
Republique, qui, quelque1
chose qu'on puissedire,ne fera
composée tout au plus, y
compris les Alliez, que de
15. Vaisseaux &autant de Galeres,
& trois ou quatre Galeasses:
l'ontravailleaussi fortement
à mettre quelques Corvertes
fabriquées nouvellementen
état de mettreà lavoile
, pour pouvoir donner la
chasseaux Dulcignotes,&s'op*
firaux courses des Cor- cs. E L A T I O - N
k^^fdel'Entrée à VÙnne de Male
Comte du Luc
9
jémbajptdeur
deFranceauprès de fEfnpereur.
Le Dimanche ig. du moisd'Avril
M. l'Ambadadsur fc
rendit à deux heures après
midy aux Minimes du Fauxbourgde
Vienne,appellé le
Fauxbourgde la Favorire. Dés
qu'iiy fut arrivéilyreceur les
complimens du Cardinal de
Saxe, duNonce ôc de l'Ambassadeur
de VzniCc
,
qui cr}
voyerent chacun quatre
leurs Gentilshommes poulie
complimenter. Le Grand ~i~
1 réchalde la Cour vint entfuircr'
luy faire les compliments de
l'Empereur, rAmbaffadeur
luy donna la main; & quand
les Carrosses curent pris leur
rang, ils entrèrent enfemblc
dans celuy de l'Empereur.
L'Ambâuadeur seul dans le
fond
,
& le Grand Maréchal
seul sur le devant. La marche
sefit en cet ordre: lesCarrosses
des Ministres
,
des Con.
seillersd'Etat & des Chambelans
au nombre de soixantesix:
le secondCarrosse de l'Emg^
eur où étoit le Secretaire
del'Ambassade
,
deux Suisses
rùe Son Excellence à cheval,
suivis de trente Valets depied
de sa livrée : le premier Carrosse
de l'Empereur : le Majordome
de l'Ambassadeur à
cheval, ses deuxEcuyers &
dix Pages aussi à cheval
, ces
derniers vêtus de velours cramoisi
avec une broderie d'or
encartisane sur toutes les coutures
des noeuds d'épaule trcsriches&
des veHes à fonds
d'or fous l'habit : quatre Palefreniers
à cheval,& enfin le uj
cond ,letroisiéme
,
& le quav:
tnétne Carrosse de lAm
fadeur qui fermoient la mat-^
che & étoient entourez càcun
de deux Palefreniers à
pied :on se rendit en cetordre
par différentes ruës au Palais
de l'Ambassadeur
,
où il
descendit avec le grand Maréchal,
à qui il donna la rfiain
chez luy
,
& qu'il reconduisit
jusqu'à la portiere du Carrosse
de Sa Majesté Impériale.
Le lendemainl'Ambassadeur
se rendit à l'audiance avec les
mêmes ceremonies, mais en
,tfcuil avec quatre Carrosses
~Wioirs & une livrée de même,
f «\~ctte seconde Entréedans lamaniere ne parut pas moins
Magnifique
que l'autre. J'oubliois
de vous dire que le jour
precedent il y eût dans une
maison proche des Minimes
une collation super be pour
lesGentilshommes & uneautre
pour la livrée des Ministres
qui avoient envoyé leurs Carrosses
à l'Entrée;que le lendemain
lesmêmes furent traitez
au Palais de l'Ambassadeur
avec une profusion& une magnificence
qu'on n'avoit point
encorevûës à Vienne ,
&"l
n'y a personne qui n'aVOL fv
que la beauté des carrosses.~^cs
chevaux,de la livrée,t'êtes ;
gance des aj ustemens, le Bolv//
air, l'ordre & le goût qui ont
regnez dans cette cérémonie ,
égalent au moins tout ce qu*
on avoit encore veu de plus
beau dans ce genre.
Suite des Nouvelles de Londres.
Les Lettres de Londres du
13. Avril portent que le long
séjour du General Cadogan
au Camp de Blair joint aux
ftequents Courriers que cc ,iencral envoyoit à la Cour
broient croire que les Rcbcl-
^érquiéroienc encore assemjKcz
en grand nombre, fairaient
encore quelque difficulté
àmettre bas les armes, &
on disoitmême qu'ils avoient
envoyé direàce General,qu'ils
ne vouloient pas se soumettre
à moins qu'ils ne soient affeurez
de leur vie & de leur bien,
qu'ils ne pouvoient pas prendre
sa parole ni celle d'un autre
General; mais qu'ils offroient
d'entrer dans une Cue.
pension d'armes jusqu'àce
qu'on
qu'on ait receu la volonté Ojlji
Iloy sur cc sujet; & par d'a,-E
tres Lettres qu'on a tccfcHj
de ce Pays là,on mande ^5>
les bagages d'un Regiment
Hollandois, escortez par un
Sergent & plusieurs soldats
passanspar le Fauxbourg d'Edimbourg
pour revenir enAngleterre
ont esté entierement
pillezparlapopulace qui s'atroupa
en si grand nombre
qu'elle obligea le Sergent &
les Soldats à prendre ferment
&àboire la santé du Pretendant
fous le nom de Jacques
VIII. cc qui fait connoistre la
~tation des esprits du peuple
toutdecePtyslà3cepenjfeaï
les Magistratsd'Edim- ,ifg en ont fait arrester plusieurs
des principauxqu'on a
mis en prison On asseureque
le Lord Lansdown, le Lord
Duplin&leChevalierGuillaumeWlodham
devoient être inrcessamment
élargis de la Tour
où ils sont détenus depuis
long temps comme furpeffi.
Lanuit du21.au 11. le ficur
Forster un des Chefs des Rebelles
faits prisonniers àPrcf-
~ions'échapa de la prison de
Newgatte avec son valet,
dans le temps qu'on failjjifùjj
retirer tous les prilonn^s^
dans leurs chambres poïrse
coucher, le sieur TorftcHH*))
vita le Geolier à boire dans sa
chambre & appella même
quelques autres prisonniers
pour estre de la partie;& étant
un peu échauffé par la boisson,
à une heure aprésminuit Forster
dit qu'il alloit aux COMMO- ditez&sonValet prit une chandelle
pour l'éclairer, mais bien
loin d'y aller il descendit,en
bas & avec une clef qu'il avoit
dans sa pocheil ouvrit la porte
&sesauvaavecson Valet,&
Tcoyjjmecelane peut avoir esté f^jqu'avec complot, on a
war^çSéle ~Geolier qui a cfié.
examiné & envoyé en prison
& depuis on a publié une proclamation
par laquelle on promet
1000. liv. sterling à ceux
quiarresteront le sieurForster.
Ces Lettres ajoûtent que le
Marquis de Huntley, le Lord
Rollo & autres prisonniers
arriverentàEdimbourg le 13.
de ce mois & furent mis dans
les prisons.
Ces mêmes Lettres portent
une nouvelle allez extraordinaire
de Constantinople fça-1
voir, que le Grand ~Viziravoi
établi une nouvelle Milicecétoit
composée de soldats
levez dans les Pays Chrestiens,
ausquels on donne une plus
grosse paye qu'aucun Prince
Chrétien, fX.onleur accorde
l'exercice de leur Religion; il
y en aura huit mille qui doivent
prendre le ferment qu'ils
appellent d'honneur
, jurant
dene jamais deserter,ilsseront -
commandez par des Officiers
de leur Nation, Allemans
Hongrois, , & François , &c.
&dc ses derniers il yen a un
njrand nombre;qtÙl y avoit
j^'éjnjpaleptlsus de 50. Regiments , la plûpart ~Protcc.
"MIts & de l'Eglise Grecque.
Pluficurs Suedois prisonniers
en Moscovie qui ont trouvé
le moyen des'échaper, se font
enrôlez parmi eux, ils seront
habillez&armezà l'Allcma-nà
de.Une partie doit agir dans la
guerre d'Italie, & contre les
Vénitiens, une autre contre
les Moscovites&les Polonois,
& une autre doit resterdans
des Garnisons & servir à recruter
de temps en temps 1er,
autres, on a aussi fait publier
que tous les cnfans d'esclaves
Chrétiens feront enrôlez ~dan
des Regiments &qu"ilsaur(yt
leur liberté. ~,,/
Ces Lettres ajoûtent qu'on
craignoit que le secours des
Vaisseaux. qu'on dit que le
que leRoy Georges doit donner
encore cette annéeau Roy
de Dannemarck ne causequelques
broüilleries.Commeil cil
expressement porté par,l':u'ste
quiétablit la succession, que la
Grande Bretagne neprendra
aucune part dans les différents
qluei pourroient arriver entre Roy comme Electeur
cP Hannovrc & quelques Puisijànces,
on craint. quefiS. M.
~chyoye
ce secours au Roy de
'D..l)}ncmarck cela ne cause
quelque murmure parmi la Nation.Angloise.
.,
Cellesdu27. du passé portent
qu'on continuoit de dire
que le Roy Georges fera cette
année un voyageàHannover
pour des affaires de grande
importance; & on dit même
que les Gentilshommes de la
Chambre qui doivent estre de
ce ~vouge font nommez,& que .: le Comte de Berkley commandera
l'Escadre qui escortera Sa
Majesté,
;
Majesté, ce qui donne bearcoup
d'occupation aux fpeqrlatifs:
qu'on avoir envoïeordre
à tous les OfficiersdesDaiianes
du Royaume de faire visiter
exactement tous les Vaisseaux
& passagers qui voudront pasfer
au de-là de la Mer, & de
faire toutes les perquisitions
neccOEÜrcs pour empêcher que
le sieur Forster ne s'échapè
hors du Royaume,comme il
a fait de la pnfon de Newgatte
: que leComte de Torungton
estoitmort sans enfans;
illaisse son bien qui est deplus
de cinq mille livres sterlin de
( rente au Comte de Lincolst , ~jî n'en a pas 300. de revenu,
fant qu'il foit son parent. 'a'-l'
*£c Roy a encore accordé
unrepit aux trois Seigneurs
condamnez, jusqu'au15. de
May. Pluficurs Dames de la
Cour du premier rang, ont
fait une bourse d'environ
quatorze cent guinées, donc
elles ont fait present à la
Comtesse de Kenmure, dont
le mary a esté depuis peu
executé.
Le 1j. les Seigneurs reprirentle
dcbat qui avoit déjà
commencé quelques jours auparavant
, au sujet du Bill
pour prolonger la session du
Parlement, que le Comte de
Dcvonshire presenta !ou;.,,,lc
titre d'unActe pour empêcher
de si fréquentsParlements. Les
Seigneurs qui firent des ditcours
contre, representerent
que tAûe des. Parlemens
Triennaux avoit esté accordé
par le feu Roy Guillaume, aux
instances de la Nation; que les
regnes precedens avoicnt été
opprimez, & qu'on ne devoit
passer aucun Aétc pour abolir
cette Loy, & ce Bill fut rejetté
; mais les Seigneurs repreffntcrent
quaucontraire il
serviroit de moyen pour mettrela
Nation dans l'esclavage.
/ac^afe que les mal affectionnez
sont encore en grand
nombre, & n'attendent qu'-
uneoccasion favorable pour
faire de nouveaux soulevemens,
parce, que si on proccdoit
aux Elections pour un
nouveau Parlement, ils ne
manqueraient point de prendre
cette occasion pour s'afsembler
,ce qui causeroit une
guerre civile, & fourniroic
l'occasion au Prétendant de
revenir.
Sur les huit heures du foir
on proposa derechef la que::
tion,sçavoir si ce Bill passeroit,&
il fut mis en committé
& l'affirmative l'emporta de
5>6 voix, outre61. On remarqua
que de tous les Evcfques
il n'y eut queceluy de Londres
qui fit un discours, & parla
pour & contre ce Bill: il dit
que se trouvant embarrassé,il
estoit obligé de se retirer,ce
qu'il fit sans donner sa voix;
les gens les plus éclairez, &
qui veulent tout pénétrer, prétendent qu'aucun des deux
partis n'ait touché le véritable
motifde cetActe,& ils disent
•que les Ministres l'ont fait
porter pour se maintenir dans
lcujrt emplois,&que si lesToris
s'y opposent,c'est parce qu'ils
voudroient entrer dans leurs
places; ce qu'on apprendra
par la suite.
De Londres, le 4. de ce mois.
Le 28. d'Avril les Communes
firent la troifiémc lecture
du projet d'Acte, pour
mieux punir ceux qui excitent
les soldats à deserter, & les
Catholiques qui s'enrolent
dans les troupesdu Roy,l'approuverent
& renvoycrenr.
aux Seigneurs.
Le27.il y eut encore dc,,
grandes difputcs dans la
Chambre haute, pour fçavoir
si les Parlemens feroient continuez
durant septansounon,
&enfin l'affirmative l'emporta
à la pluralité des voix, &
- on a mis le rapport au lendemain
28. Ce jour-là on en
fit le rapport qui fut a pprouvé
:1
& on ordonna de le: mettre rc..
au net : suivant ce projet
d'Acte,ce Parlement durera
encore quatre ans, mais
le Roy ne pourra pas prolon-,
ger les autres au dela de sept
ans sans préjudice de son
drojj; Royal, & les casser, &
d'en convoquer d'autres avant
les sept ans expirez.
Les lettres d'Edimbourg du
21.&du23. portent quetous
les Chefs des Mecontents &
leurs gens s'étoient soumis,
& avoientrendu leurs armes:
que le General Cadogan avoic
fait un détachement de 450.
hommes pour soumettre ceux
de l'Isle de Lewis &autres de
rOueRoùle Comte de Scafort
qui y étoit s'étoit embarqué
pour revenir en France: que
le General Cadogan esperoit
que dansdouzeou quinze
jours tous les Mecontens fe-v
roient fournis, & qu'alors il
partiroit pour venir à Londres.
Le29. les Seigneurs firentla
3e. lecture du projet d'A&ff
pour les Parlemens de sepe
ans l'approuverent & l'envoyerent
aux Communes, où
l'on ne doure pas qu'il ne passe.
On connnuë à faire le procés
aux Mécontents qui font en
différentes prisons de cette
Ville. Le 2. de ce mois on
presenta aux Communes un
projet d'Acte pour obliger les
Catholiques à découvrir leurs
biens réelssur lesquelsonveut
,
mettre une taxe des deux tiers
du revenu, pour faire une
partie du subside.
On mande du Comté de
Lancastre que pluficurs Gentilshommes
Catholiques ont
vendu leurs biens pour se retirer
hors du Royaume.
La Duchesse d'Ormond
veut demander la permission
daller trouver son mary. On
travaille de nouveau au Fort
de Mardik.
Le 1..!).
il y eût encore de
grands débatsdans la Cham-
» bre des Seigneurs, au sujet
duBill pour prolonger lesSeffionsdesPar
lements;les Wigsy
proposerent que ce devoit
estre tous les sept ans, & les
Toris foûrenans au contraire
qu'il suffisoit d'en fixer le
temps à cinq ans & que l'autre
devoit finir aprés les trois
ans.
La semaine passéeontransfera
d'unePrison à une autre
plusieursRebelles faits Prisonniers
à Preston pour faire
leur Procés
, entre autres le
sieur Ratelisse
,
fiere du feu
Comre de Wentwatter
,
le
beau frere de ce Seigneur,
deux freres du Lord Widdrington
,
deux Messieurs
Cottans
,
le sieur Ewington,
le Lord Mkintoses,le Major
M kintoses
,
& le Colonel
Mkintoses. Il estoit arrivé
plusieurs chariots chargez de
Montagnards d Ecosse deceux
quiontesté faits Prisonniers à
Preston qu'on a misdans les
Prisons ; on croit qu'on les a
amenez en cette Ville pour
estretémoins contreceux
qu'on doit juger.
DuII. C~ du» Leprojetpourcontiràucr ,
Leprojet pour continuer l
les Parlements durant 7.ans,
cause de grandes divisions parmi
les Communes, où plusieursToris
se sont joints aux
Vighs qui l'approuvent, &
plusieursWighsse sont joints
aux Tons qui s'y opposent,
entreautres le si,urLrchmerc
l'un des plus ardents des
- Wighs & auieftduCommittc
; du Sccrcc ,
fit un long difcours
pour representer les inconvenients
de ce ptojet.
D'ailleurs plu ficurs Villes,
Bourgs & Communautez
comme la Ville de Hafthings,
,
les Bourgs de Mar lborough,
de Midhurlt, d:Ablogdon) de
Cambridge, de Newcastle au
Comté de Stafford, presente
rent le 5. des Requestes à la
Chambre pour le faire rejetter.
Le 6. les Bourgs de Horsham
& de Weftbury presenterent
de pareilles Requestes,
toutefois la Chambre en
grand commité l'approuva
sans y faire aucun changement
ainsion ne doute pas que ce
projet ne parte au grand mé->
contentement des Provinces. 7"
Le7onen fit latroisiéme. ,
lecture
,
il passa à la pluralité
de deux cens soixante quatre
voix contrecent vingt & une,
& il fut renvoyéauxSeigneurs.
Le 6. une partie des Troupes
Hollandoises arriva d Ecosse
présd'icy, & on attend le reste
dans peu de jours. La semaine
derniere on arresta plusieurs
femmes qui chantoient dans
les ruës des chansons contre
le present ministere, & elles !furent envoyées à une maison
de correction; ce qui n'empê-
: che pas qu'on ne publie presque
tous les jours de nouveaux
libelles. Le 7 au foir le Lord
Sommerfet mourutd'apople-
,
xie;il avoitesté Chancelier
fous le Roy Guillaume
, &
President du Confcil fous la
Reine; lesWigths perdent en
luy la meilleure cette de leur
parti. Le8.& le9.leRegiment
Suisse Hollandois arriva icy
d'Ecosse, & prit les mêmes
quartiers qu'il occupoit avant
qued'y aller.Le9.laChambre
fit la lecture du projetdacte
pour continuer l'imposition
sur le malt,le mum,lecidre&le
poiré, & pour regler diverses
autres
autres autres, on le passa & )
on l'envoya aux Seigneurs. Les
Lettres d'Edimbourg du premier
de ce mois, portentque
presque tous les Mecontents
& leurs Chefs s'estoient soûmis
&avaient rendus leurs armes,
& qu'ainsi les troubles
de ce pays-là estoient comme
finis.
Les Nouvelles de Norwe-,
ge sont toûjours incertaines.
L'Empereur a conclu une ligue
offensive & deffensive avec
les Venitienscontre les Turcs,
mais il ne leur a pas encore
déclaré la guerre.
On mande de Vienne qu'il
estoit surprenant devoir la
quantité de munitions de
guerre & de bouche qui descendent
le Danube pour aller
en Hongrie, & quoy que les
forces Impériales montent à
plus de cent mille hommes,
on est encore en traitéavec
le Roy de Prusse pour quinze
mille hommes, & on traite
avec le Prince de Hesse pour
huit mille; cependant laCour
ne s'est pas encore declarée.
On ajoute quele sieur Doria
Envoyé Extraordinaire de
- Genes yest arrivé pour faire
soûmission à l'Empereur de la
part de la République :
il.n'a
encore eu que desAudiances
particulières
,
dans lesquelles ' |
on assure que Sa Majesté Impériale
luy a fait connoistre
qu'elleestoit dans le desseinde
prendre à sa solde quatre Vaisseaux
de guerre de la Republique
pour les envoyer au
Pape.
On mande deToulon du
16. du passé que Us Galiotes
à bombes qu'on joignoit à
l'Armement qu'on avoit fait,
estoienttoutes équipées & en
estat de faire voile; cependant
* on attend toujours les ordres
de la Cour pour sçavoir leur
destination, on dit néanmoins
• que cet Armemenr passera
dans l'Ocean. Ces Lettres ajoûtent
quelanuitdu 14. on
avoit vû un phoenomene au
Ciel qui disparut au bout d'une
heure.
"i
Les Lettres de Barcelone
du 17.dupassé portent qu'on
y avoit commencé depuis huit
jours les fortifications exterieures
de cette Place & une Citadelle
pour couvrir le Port &
que c'étoit le sieur de Verboon
qui avoit la directiondestravaux,
on ne sçavoit pas encore
si on feroit le Fort Royal ,
qu'on avoit tracé entre la Ville
& le Montjoüy
, qtron
avoit arrêté divers particuliers
de cette Ville soupçonnez
d'être mal intentionnezcontre
Il Gouvernement,& on les a
envoyez au Chasteau de Lèrlda
, qu'il y avoit long temps
qu'il n'y avoit point paru de
Miquelets ; mais que depuis
quatre jours il enparoissoit
i une troupe du côté de Blanes,
& qu'aussitot qu'on en a eû
avison avoit détaché deux
Compagnies de Fufillicrs pour
aller à leur poursuite , ils les
joignirent,les attaquerent, en
tuerent 17. & en amenerent 18.parmi lesquels étoit leur
Chef qui se nomme Joseph
Pastory qui fut pendu sur le
champ avec quatre de ses
camarades & les autresétoient
encore dans les prisons.
Onmande de Toulon du
3. de ce mois qu'on armoit de
nouveau dans ce Porc cinq
Vaisseaux de guerre depuis
60. jusqu'à 80. pieces de canon,
& on y travaille en toute
diligence ; qu'on devoit les
joindre à deux qui sont armez;
que les Officiers qui doivent
monter sur cette Flotte arrivoient
actuellement
,
6rè elle
devoitmettreàlavoilevers le
20. qu'on y embarquoit delpc
mille bombes; qu'on disoit
toûjours que c'estoit pour aller
contre les Saletins, que fcpt
Vaisseaux Portugais devoient
la joindre&qu'il estoit arrivé
de grosses sommes pour payer
les équipages.
On mande de Perpignan
du 22. du pasle qu'on y avoit
reçu des Lettres de Palamos
du 18.qui portent que la veille
il fit en cette ville & aux environs
un si furieux ouragan « * que de memoire dhomme on
n'en avoit vû un semblable y
qu'à deux heures aptes midy
le temps s'efiant obfcurcy c»-
traordinairemenc, il commença
à éclairer & à faire un tonnerre
épouvenrable avec une
très grosse pluyc qui tomba
en telle abondance tant en
cette Ville qu'à la campagne
qu'en moins de deux heures
de temps toute la contrée fut
prefquc innondée, & cet ouragan
dura jusqu'à sept heuces
du foir, que le tonnerre t
les é:cl.airs & la pluye ne dif- condnuerent
commuèrentpoint, la foudre
tomba danscette Ville en cinq{
endroits, & douze personnes
furent tuées, elle tomba'aussi|
par différentes fois dans ce Porc, & y brûla quatre Bâtimens
qui y estoient : sçavoir,
deux Portugais, un Génois,
& un Mayor quin ,
aussi bien
qu'unegrande quantiré de
Barques à divers particuliers de
cette Ville qui éroient la plupart
chargées de marchandales)
& sur les huitheures il s'éleva
vn venril vioJenr que piufi-urs
maisons de la Villeontcûc
renverlees,&plufrurs pcrsonnesont
esié écrasées & ent
'fevelies fous lesruines ;enfin
cet ouragan avoic causé parj
tout où il avoic pasle, la derniere
desolation& une coniternation
générale le long de
laCosse ,ôc même beaucoup
de desordres,ces vents avaient
arrachez&abattusune grande
quantité d'arbres le longde la
Coflc & dans les Plaines particulièrement,
presque tous les
Oliviersquifaifoienc en partie
tous les revenus & la richcflc
de cette Province;ce qui caufo
des pertes
irréparables & la
ruïne entière d'une grande
étendue de pays.
Des avis de Milan portent
qu'il yestoit arrivé des ordres
de la Cour de Vienne défaire
t des magazms de fourages & de
vivres ; ce qui donne lieu de
faire des reflexions aux speculatifs.
On mande de Rofcs du 18.
du paffé que le i j. il estoie
entré dans ce Port deux Vaisféaux
Hollandois venant du
Détroit, allant au Levant, ils
y étoient allez pour fc radouber
eslans fort maltraitez 06
beaucoup endommagez dans
leurs voiles & cordages
,
l'un
ayant perdu Ion grand mars
f W. l'autre son antênc & son
beaupré dans une rude bouraf
| que qu'ilsont essuyé à la hauteur
de Blanes,ayant couru rie.
que de perir en voulant aborder
à Palamos, ils ont rapporte
avoir vu perir un gros
Navire Anglois que les vents
avoient jette contre des Rochers
entre Mataro & Palamos
où il avoir eslé brifé & avoir
peri avec tout son équipage,
sans qu'ils'en soitpu sauver
personnej'ces Lettres ajoutent
qu'on y attendoit incessimmervr
des Ingénieurs pour
faire travailler aux fortifications
de cette Place
,
& an
Fort de la Trinité
J
& on die
mêmequ'on veut conduire
un autre Fort àToppofite &
visà-visceluy de la Trinité 6C
qu'onbâcira une grosseTour
bastionnée dans le milieu du
Golfe entre lesdeux Forts par
le moyen d'une jettée qu'on y
fera
, on dit aussi qu'on fortifiera
Castillon Dampurias qui
est dans le fond du Golfe
qu'on , en fera une tres bonne
Place& un fort bon Portoil
toutes fortes de Bâtiments
pourront estre en seureté en
tout temps. N iij
Les Lettres d'Arras du iyM
de ce mois portent qu'on y
fait d'aussi gros magasins de
toutfs fortes de munitions
que si nous estions à la veille
dentrer en guerrc;il y passe actuellementdesrecruës
qui vone
joindre les Regimcns pour
lesquels elles om:esiélevées,
& les Officiers dont les Compagnies
ne feront pas compactes
à la revuë qui s'en doit faire
le ij. de ce mois,ferant caffcz.
On parle toûjours de faire
camper la Cavalerie entre
Cambray & Valenciennes, &
l'Infanterie dans la Plaine de
Lens.
On a reçu des Lettres de
Marfcillc du 1i. du pasle
,
qui,
marquentqu'on y avoit eu avis
par un Bâtiment arrivé cp ce j
Porc, venant des Echellesda
Levant, que la plus grande partic
des Bâtimens qui doivenc
composer laFlotte Ottomane, icfioit en route pour se rendre
i
V a Negrepont, où estoitlerendez
vous gênerai de toutes les
forces navalles Turques:qu'-
on disoit toujours qu'ils commcnceroient
l'ouverture de la
Campagne par l'attaque de
Cepbalonie ou Corfou, & qUct
toutes les Troupes de terra
cftoienc pajr cour en pleine marcher
& qu'à, Alexandrie où.il
avoit moiiillé en dernier lieu,
il avoic vûdans le Port de cette
Place dix sepe Bâjimens chargez
d'une grande quantité de
toutes forces de provisions,
prcflsà mectre à la voile pour
aller joindre laFlotte Ottomane.
De Paris.
Dans le prima mensis qui,
se tint en Sorbonne le i. de ce
mois la Faculté de Theologie,
y refoluc de faire une Députation
au Duc Regent sur les
affaires de la conjoncture prc-, fente. Douze Doéteurs aile- *
rent lemême jour au matinate J
Palais Royal, où M. Hideux
ancien Doéteur porta la parole
& fie un très-beau difeours
qui fut fort applaudide tous
ceux qui estoient presents
niais particulièrement du Duc
Regent à qui il representa.les
confcquenccs du Mandement
; de l'Evêque de Toulon, qui
deffcnd à Ces Dioccfains de ve- nirétudierenSorbonne. S. A.
R. répondit aprés les avoir af.
furé de sa protection qu'elle.
seroit élever le Roy dans des
sentimens favorables à la Faculté
& aux Droits & Libertez
jie l'Eglise Gallicane contre
les prétentions des Ultramontains
; qu'elletâcheroit.
d'appaisercet Evêque& de sur'
faire revoquer ses deffenses, ôc
leur promit de luy écrire incessamment
sur ce sujet. Les
Docteurs après avoir remercié
le Duc Regent, se retirerent
& firent rapport de la réponse
de S. A. R. à la Faculté
qui s'estoit rassemblée exprés
l'aprés-midy, & remit fesconclufions
à une autre Séance.
Le Roy a donné le Cor- *4
don rouge à M. le Marquis.
de Mouchy, Maréchal de
Camp; il en a donnéaussi un
à M. de Brillac Capitaine des
Grenadiers du Regiment des
Gardes, & à M. d'Armenon.
ville un Brevet de retenuë de
quatre cent mille livres sur
sa Charge de Secretaire des
Commandemens & Finances
deSaMajesté. 'JU'" --1.-q
Les deux années de deüil de
Madame la Duchesse de Berry
estant finies le 4. de May depuis
la mort de Monseigneur
le Duc de Berry
, on vit le 5.
paroître ses Gardes du Corps
habillez de neuf; ils font vêtus
d'une tres -
belle écarlate
avec un double gallon d'argent
sur les manches, & des
brandebourgsdemême des
deux costez,une veste couleur
de biche,une grande bandol.
liere bordée de deux gallons
d'argent & entre les deux une
broderie d'or en guisede gallon
noué avec unruban bleu,
des plumets blancs au chapeau
, & une épée d'argent
chacun. On luy a fait faire
un balcon à l'Opéra,où elle
va souvent,de mêmequ'à la
Comcdic ,où elle a toûjours
quatre de ses Gardes avec le
mousqueton sur l'épaule , au- <
dessous dela loge.On ne peut
pas voir une plusbelle Troupe
dans toute l'Europe.
Onaencorearrestéaucommencement
de ce mois huit
personnes quiestoient dansles
aaffairresr, &êtouts lees jo.urs on en
Le14.onfit la benedi£fc'.on
des Drapeaux des Regiments
des GardesFrançoises & Suisses
qu'on a habillé de neuf & le
zo. ils passerent en reveuë de.
vant le Roy.
Lundy n. Messieurs de
Sorbonne s'assemblerent extraordinairementau
sujetdu
ïsseur le Rouge ,l'affaire ayant elle miseen délibération il y
fut résolu unanimement qu'il
feroiechasleôc degradé du
Doctorat & son nom rayé &
bisse des Registres de la Sorbonne
& jugé indigne de
posseder à l'avenir aucuns titres
ni charges dans laFaculté
de Sor bonne: & on va aussi
vuider le procez qu'il aau Parlement.
Le Pape a envoyé un Bref
àM. l'Abbé d'Auvergne par
lequel il le nomme General
des Carmelites ,àla place d\lt
feu Abbé de Vassé. <
Mercredy dernier l'Evêque
de Noyon perdit le grand
procez qu'il avoit au Parlement
contre lesChanoines de
Saint Quentin.
M. Atlot, Tresorier Gencral
desSuisses& du Regiment
des Gardes Françoisesmourut
subitement ces jours passez en
sa maison Place de Loüis le
Grand,la Chambre de Justice
a fait mettre le scellé sur ses
effets
,
il avoir ordre de ne
point sortir de chez luy.
Onfit il ya quelques jours
t le second Plaidoyer touchant
l'affaire de l'Archevêque de
Reims, & on dit qu'elle ne
serapas finie de trois mois
d'autant qu'elle n'estplaidée
que tous lesJeudis &qu'ily a
encore bien des Plaidoyers à
faire avant qu'elle soit finie.
Le Roy alla le 13. de ce
mois voir les Plans pour la
troisiéme fois, après qu'illes
eût vûsil semit surle balcon
qui fait faceà la Rivière
,
il
prit plaisir à regarder des petits
garçons qui se baignoient &
sautoient duhautd'un bateau
dans
dans la riviere qu'ils passerent
&repasserent à la nage, Sa'
Majesté leur fit donner dix
Loüis d'or:comme oh les
jetta du balcon en bas la populace
se jetta dessus, & les baigneurs
n'eurent presque rien
pour eux; mais ils vinrent en
chemises representer ce que
la populace venoit de faire
,
Sa Majeftc qui les vir, leur fie
donner dix autres Loüis d'or,
ils estoient six.
Voicy un fait assez particulier
arrivéàParis depuis quelques
jours. Une femmeestant
dansla ruëtomba comme
morte dans sonvoisinage, ses
enfans la firenr porter chez
clic," on alla chercherunChirurgien
qui vint aussitost ,"'i
l'ayant tastée & maniée de tous
costez
,
il asseura qu'elle estoit
veritablement morte, ses trois
enfans qui font mariez la deshabillerent
, & la mirent sur
la paille jusqu'à dix heures du
soit,ils l'ensevelirent, le lendemain
à six heures du mâtiné
ils la mirent dans une bierre
ensuite , on fit tendre la porte
de noir pour estre portée en
terre à dix heures: quelques
voisins qui allerent dans 1^
»•.
chambre où elle étoit pour y
jetter de l'eau benite & faire
leurs prieres ,
s'apperçurent
par plusieurs fois que cette
bierre remuoit & asseurerent
que cette femme n'étoitpas
morte , on envoya chercher
le Vicaire de la Paroisse qui
vint aussitost,enmême temps
une femme du voisinage& do
la connoissance de cellequ'on
croyoit morte, dit en entrant
dans la chambre, que cette
femmen'étoit pas morte
qu'elleestoit sujetteàun mal.
de mcre qui la prennoic de
temps en temps, & lorsque
cemalla prennoit elle demeuroit
sept à huit heures en létargie
, on ouvrit la bierre
, on
t'ôtade dedans & on défie le
le suaire jusqu'au sein
,
elle
avoitle visage vermeil& étoit
encore toute chaude
, & elle
avoit sur l'estomach beaucoup.
de fang meurtry. Le Vicaire
assura qu'il n'y avoir pas une
heure qu'elleestoit morte; le..
Chirurgien qui s'y trouva encore
pour lors, die la même
chose, & que le fang qui paroissoit
sur sa poitrine eftoifrune
marque tres certaine quelle,
s'estoit débatuëfort topgtems
dans sa bierre:on blâma.
fort le procedé de ses enfans *
de l'avoir sirost ensevelie &
mise dans la bierre; cette précipitation
les rendant homici-
! des de leur merc ,
qui ne fut
mise en terre que le lende-
| main: & comme on emportoit
le corps, la fille aînée de la
deffunte tomba, comme morte
du même mal que sa mere,
& fut en cet estat pendant six
heures,mais on luy ouvrit la
a
bouche à force, &on luy ne
: prendre diverses choses qui la
firent revenir.
Le Royalla aucommencement
de ce mois au Palais
Royal, de là ilalla voir le Jardin
des Plantes: Sa Majesté vasouvent
se promener au Cours,
& presque tous les jours dans
les Tuilleries. Madame la Duchesse
de Berry honora de sa
presence les Comediens Italiens
, la premiere fois qu'ils
joüerent la Comedie sur le?
Theatre de l'Opera qui fut Ici
13. Cette Princesse alla le ipv
au Cours accompagnée de fe&~
Gardes,elle menoit elle-mê~<
me sacalèche, quiesttres-brillante
: ensuite elle se promena
auxTuilleries,elle avoit don-J
ne le même jour audience ,à
Madamel'Ambassadrice de
-
i.
Portugal.
Le Roy se rendit le zo* de
ce mois accompagné de Monsieurle
Duc d'Orléansà l'entrée
de la grande allée des
Tuilieries, où Sa Majestépassa,
en revuë le Regiment des Gardes
Françoises & ccluy des
Gardes Suisses:on ne peut rien
voir de plus beau que ces deux
Troupes. Le premier avoit à
sa teste M. le Duc de Guiche
qui falua Sa Majesté-avec l'Esponton,
de même que tous
les Officiers. Le second avoit
à sa testeMonsieur le Duc dtî
Mains & Monsieur le Prince
de Dombes qui saluérentde
mêmeSaMajesté. Il y avoit
quantité de Seigneurs de la
Cour
,
l'Envoyédel'Empereur,
de même que plusieurs
autres Ministres étrangers s'y
trouverent aussi.
Le 21. Madame la Duchesse,
de Berry se rendit à l'Eglise der
S. Sulpice sa Paroisse pour y
entendre la grande Meflfc,
vingt-quatre de ses Gardes
estoient rangez en hayeau milieu
du Choeur, les Suisses avec
le tambour & le sifre à l'entré1e
crée de l'Eglise qui battirent
aux champs à l'entrée & àla
sortie. Son Prie- dieu estoit au
milieu du Choeur ayant à sa droitML'abbé deCastres
M. 1Abbf de Rouget , M.
l'Abbé Danglade ses Aumômôniers
en rochet, dernere
Mr le Marquis de la Roche,
foucault son Capitaine des
,
Gardes, entre M. le Marquis
de Coetenfao son Chevalier
d'Honneur,& M. le Cheva.
lier d'Hautefort fus wfmiet
Ecuyer; sur la droite Mela DuchessèdeS.SimonsaDame
d'Honneur& Me laMarqmf,
de Pons sa Dame d'Atour;
•M". les MarquisesdeClermont
,Beauveau, Armentiercs/
ôc Me la Comtesse d'Aidis
ses Dames du Balais. CettePrincesse
allaàl'Offrande&
donna cent livres,& fit beaucoup
de liberalitez à toutes les
Questeuses.
-
Le
15 y. l'Infant Dom Emanuel,
frere du Roy de Portugai,
arriva ici incognito, fous le
nom du Comte Dourcm. Les
Gazett<jjn,dt souvent fait mention
des belles qualitez de cc
jeune Prince. Tous les lieux
où il passera luy doivent au
moins les mêmes éloges.
Le Procès de M. l'Archevêque
de Reims avec trois
Curez & trois Chanoines de
son Diocese qui font appellans
comme d'abus d'une Sentence
de l'Official qui les excommunie
pour n'avoir pas
accepté la Constitution
,
fait
grand bruit icy ; elle a déjà te-
| nu plusieurs Audiances. M.
Chevalier fameux. Avocat a
esté tres -
applaudi; il a fait
paroître dans tous ses Plaidoyers
une grande science
dans les Canons,&cela avec beaucoup d'éloquence. M.
Prevost quia plaidé pour les
« Curez a fort bien soûtenu leur
cause;& M. Fessard, jeune
Avocat, qui a plaidé pour M.
l'Archevêque, a fait paroître
beaucoup d'esprit.
-
Voici une copie de la Prosession
de Foy que M. Chevalier
fit avant de plaider dans
cette grande Cau se.
MESSIEURS,
L'appelcommed'abussurlequel
il s'agit de prononcer,combat
une Ordonnance de Moni,tir
l'Archevêque de Reims
, une
Sentence rendueparson Official,
&un Mandementdeson Grand-
Vicaire.
L'Ordonnance introduitune
nouveautédangereuse
,
impose
unjoug arbitraire sur les Ecclesiastiquesquel'on
aura deBein de
persecuter : Ceux qui feront requis
de signer l'acceptation de la
Constitution
,
doivent obéïr fous
peine d'Excommunication encouruëipso,
fadto.
La Sentence est irreguliere&
insoutenable dans sa forme
,&
dansses dispositions
: Elle déclare
par défaut contre des Prestres
absens, qui riontpoint t'fié entendusy
qu'ils ont encouru l'Excommunication
s'ils ne souscrivent
dans deuxmois.
Le Mandement du Grand-
Vicaire efi un tissu d'erreurs cd'irrégularitéz
; il ordonne entre
autres choses
,
la publication de
la Sentence d'Excommunication
dans l'instant mêmequelle a esté
renduëyquoique l'execution enfut
suspenduë pendant deux mois.
Ainsiila produit une dénonciation
&unediffamation publique
contre mes Parties.
Vous concevez, Messieurs
,
par cette exposition
, que je parle
pour trois Prestres
, pour trois
Docteurs excommuniez ,frappe':\.
J'anathême.
Ne dois-je pas trembler en
communiquant avec eux , Ne
dois-je pas craindre
J en prenant
leur défense,d'estre envelopé dans
cette redoutable Censure? Non,
Messieurs
,
voicy mon préservatif:
Je vaisavoir l'honneur de
vous faire ma Profession de Foy.
Jesuis né,j'ay vécu &j"ef-'
pere mourir dans le Sein &dans
la Communion de l'Eglise Catholique
,Apostolique
,&Romaine.
Je reconnais & je, respecte le
Pape comme successeur de Saint
Pierre, &comme le ChefVisible
de l'Eglise Militante.
Maisjesuis en même temps
persuadé, que les Evêques sont
les successeurs des Apôtrs
, que
leur Institution estDivine
, &
que c'est de cette source de leur
MinisterequeleursJurisdictions
font émanées. En sorte qu'ils
blessent les Droits de l'Episcopat
)
Cm qu'ils avilissent leur dignité,
lorsqu'ils se contententd'obéïr&
d'executer, au lieu deseconstituer
Juges danslesmatières de Foy &
de Dogme.
Jesuisconvaincu que c'est au
Corps de l'Eglise Universelle
io'eilattaibè , le veritable Caractere
d'Infaillibilité;cejllaColomne
inébranlable,la Pierreangulaire
,contre laquelle toutes les
fjorcaes deml'Enferane priévsaudr.ont Comme la Puissance Ecclesiafstique
n'a tfté établie que pour
édifier,CY non pas pour détruire;
jecroy que les Censures qu'elle
prononce font injustes , nulles ér
abusives
,
lorsqu'ellestendent à
troubler l'ordre & la politique;
àempêcher l'execution des LoiJè)
à donner atteinte àl'autoritédes
Magistrats; &plus encore,lorsqu'ellessuspendent
la subordination
elobéïjfance des Sujets enmets
leurs Souverains:Et c'est
dans ces occasions qu'on ne doit ni
lesrespecterni lescraindre.
:si pense disseremment en l'Excommunication
lancéesurunParticulier
,
il doit supporter avec
patience cette humiliation
, ne
pointse séparer de l'Unité, &
Attendresa recompensede celui qui
quijugelesjustices ; si cette Censure
luy est imposée dans un temps
où il n'auroit peu la libertédese
défendre,ou sisa plainte pouvoit
causerduscandale.Maissil'accès
estlibre aux TribunauxSuperieurs
,il l'tut> ildoit même reclamer
contre l'injustice de l'Excommunication.
Enfin,leRoy, comme Protecteurdel'Eglise
,& Executeur
des saints Canons; Vous , JMcjifeurs ,qui exercez toute
l'Autorité du Roy, vous êtes en
droit deprononcerfut la violence,
la nullité&l'abus des Excommunications
,pouren empêcher l'cffjt.
yioilà, ma Foy & mes Principes
: C'estavec lesecours de ces
mêmes Principes, que je vais
établir les Moyens de macause,
honore% moy de vostreattention.
Ceux qui n'aiment ny les
Nouvelles du monde, ny les
Genealogies,si les Histoires
galantes ne sont pas de leur
goût,qu'ils se dédommagent
du moins par la lecture des
Pieces de Poësies que j'ay ra.
massées pour eux. A commencer
par une Epîtreadressée à
Mercure, par M. Gabriël, Capitaine
de Dragons, & Auteur
de l'Ode au Regent que
j'ay fait imprimer dans lejour
nal du mois passé.J'auray dans
un autre endroit de ce Volume
,
occasion de parler de la
netteté & de la facilité avec
lesquelles M. Gabriël écrit en
Prose& en Vers tout cequi
s'offre à son imagination.
EPITRE A MERCURE.
Mercure que les Dieux occupent
nuit &jour
Ici pour leur grandeur,& là
pour leur amour
Tereste-t il du temps dans un tel
ministere,
Pour peindre mon esprit, monstile
&caractere.
Qu'importe que l'on sçache en ce
vaste ÏJnivers,
Siquelquefoisj'écris &sijefais
des vers. - J'en ay fait ilestvray dés ma tendrejeunesse
,
Animé parBachus oupar une
«
Àdaîtreffe
J La langue du PArnAffi est cette
tdis Amans,
EnVersplus hardimentonditJes
sentiments, - Et l'ontolere en Vers une galante
rime Qui souven,t dans la Proseeût
passépour un crime.
Cettelibrefaçon depouvoirs'exprimer
M'afaitprendre du goût aufiile
de rimer.
Tantôt à la ruelle
, & tantôt a
la table
J'ay trouvé daJns ma Muse un
passe-temps aimable.
Je conviens que rimant pour mes »
amis, pour moy,
Jemefuisquelquefoisdispenséde
-
la Loy.
Mais déjà tu reponds, pourquoy
donc temeraire,
Ose-tuitercheargerd'unesigrande
Que de peindre aux mortelsd'un
trait audilcieHxJ
Lesvertus d'un Heros semblable
auxdemy-Dieux ?
Mercure
, je conviens que je ne
nefuis pas sage,
J'ay saruy reflechir entreprisces
ouvrage ;
Interprete des Dieux vous esses
«
unindiscret,
Ce Princemieuxque vous m'fllt
i gardé lesecret.
Contreunpauvre mortelen Dieu
peu charitable
Voussuscitez un Hydre ennemi
redoutable
,
Vous armez contremoy de terriblesTitans,
Vous me mettez en bute au courroux
des Traitans,
Je sçais que de leur or l'engageantepromesse
A déja contre moy
soulevé
lePermtSê.,
Parlez
Parlez donc au Regent du peril
-
que je cours,
Etrecommandez 1. moy du moins
à son secours.
Les deux pieces qui suivent
font de M. de S Auteur
du Papillon imprimé dans le
mois dernier.
PROLOGUE*
d'un divertissement chanté
devant Son Altesse Madame
la Princessed'Elbeuf,
: le jour de sa Feste.
APOLLON.
Une illustre Déeffi unie au
fangdes Dieux,
Promet à nos concerts l'honneur
, de les entendre;
MursJ dans ce séjour, hâte7,.-
- vous de nous rendre,
Et preparez, 1/05 chants les plus
melodieux. -
Jamais ScjjeinJtplein degloire
Neforma vos divins accords,
Pourcelebrerson nom,&chanter
sa memoire
Tout doit sembler possible à vos
nobles efforts.
Ra.fJemhle'{ les plaisis écartez
par la guerre,
Que les jeux regnent parmi
vous;
Et par vos concerts les plus
doux
Remportez aujourd'huy, lagloire
» deluyplaire.
Choeur des Mures'"
Rassemblons les plaisirs écarteK
par la guerre,
Que. les jeux regnent parmi
nous; Et par nos concerts les plus
doux
Remportons aujourd'huy la
gloire de luy plaire,
UN PLAISIR.
Un Triompheassûré
Suit sanscesseses charmes:
*L'amour en luy donnant 1ft
armes,
En sa faveurs'est declaré
UNE MUSE.
Sa presenceadorable
Estl'image desplus beauxjours:
Pour elle, les Amours
UAniPsseOnt cLe quL'ilsOonNtd'a,iimmaabbllee...
Divinité^ qui mefaites la
cour,
Et qui rendez hommage àJk
-
dignepresence,
L'on rtCOnnoljllIffiz deses traits
/<?fHijjdnce,
»
Célébré^ celle de l'Amour.
Choeurs
de Muses & de Plaisirs.
Rassemblons les pllJifirs, &c
LES SONGES,
CANTATE.
Air.
jtrrejle^> arrestez impatiente
Aurore,
Dans ces aimables lieux ne
regnez pas encore.
4 Un objet, qui pour moy ,
n'eut
que de la rigueur,
DltJs des songes charmans me
paroissoit sensible ; Ah! du moins qu'il me soit
possible
D'éprouver quelque temps, ce
mensonge enchanteur:
Arrestez,arrestez impatiente
Aurore
, Dans ces aimables lieux ne
regnez pas encore.
Recitatif.
Iris avec la nuit,voyantfuir
son bonheur,
Regrettoit en ces mots unesichere
erreur: •
Heureuxsommeil! dont la douce
imposture
Si tendrement avoit séduit mon
coeur,
Pour soulager le tourment que,
j'endure,
Accordez moy souvent unsecours
siflatteur:
Mapeine est si cruelle, & ma
chaîne estsi dure
Quejen'ose esperer qu'unplaisir
imposteur.
Air.
Non,toutes les douceurs que des
songes aimables
Offrentà nos desirs,
»
Nesçauroientégaler lesplusfoibles
plaisirs
Lorsqu'ilssontveritables.
Récitatif.
Iris sentit le prix de cette
véritér
Elle sçût Attendrir l'objet de sa
foiblesse;
Mais cet ingrat,bien-tostparsa
legereté,
Osa trahir Iris,l'Amour &sa
promeße.
Air.
Air.9
Les plaisirs de l'amoursont
des plaisirs charmans;
Maisils nefont souvent que
d'aimables mensonges,
Par l'inconstance des amans
Une véritémême,ainsi que de
beaux songes,
S'envole à tousamoment,- Voicy une pièce qui a fait
du bruit dans Paris, où Ion
en a vû un grand nombre de
copies defigurées: celle-cy
plus exacte que les autres
étant tombée entre mes mains,
elle me parut pleine de bon
sens, & digne de passer dans
les vostres. M. de S. qui en cil
l'Auteur, est un jeune homme
qui a beaucoupd'esprit, &
qui promet (s'il estassez simple
de quitter la fortune, pour
suivre les Muses)dereüssirun
jour dans l'art de faire des
Vers. Dieu l'enpreserve.
DECLARATION
des biens du sieur deS.
Commis employé aux'Bureaux
du Confcil des Guerres.
E P I T R E.
Jesuis né,cherDamis,d'infortunezparents
, *
Et n'osantmurmurer des miseres
du temps,
J'avois jusqu'àpresent d'une
oreille tranquille
* DeuxièmeFils dusieurL.ci-devantTresorier
-
de l'Extraordinaire des
Guerresàla suite de laCour.
Entendu publier cent Editspar
, laVille;
Soumis en Philosophe aux devoirsde
laLoy,
Je croyois ces Edits faits pour
d'autres que moy :
MAis puisqu'en ce moment la
Chambre de Juftict:
Veut d'un ingrat Bureau sonder
1 le benefice
levais , de montravailconséßer
le produit,
Et defix ansd'Employcompulser
tout le fruit.
De mon âge j'atteins la vingtneuvième
année,
Cependant ma fortune cft encore
tres bornée.
Dans le <vafte Universje ne posse
de rien,
Sousdes nomsempruntez jen'ay
mis aucun bien.
Quelque éducation me tient lieu
q.
d'heritage,
La nuit je me retireau quatrième
étage ;
Sans billets ,sans contratsje vis
aujourlejour
Avecun bon parentquifixe mon
séjour.
Dans maprofession je naj point
fait ma bource
Six cent cinquante francs font
,
paranmaressource.
On m'a veu refuser pour entrer
« au Bureau
Un bon Canonicat, * le gain
n'estilpas beau?
D'abord ad honores fj vins
prendreséance,
Du travail leplus vifj'obtins
la preserence,
Flatté d'avoir un jour de gros
appointements
Je fis long temps la guerre à mes
propres dépens :
Un ouvragebrusqué j'en reprenois
un autre,
* A Sainre Pefcinne
,
College de
S. Quentin, & une Chapelle à la Ca.
thedrale.
^'UHots tousjours à pied
, O* viawts
en Apôtre;
Souvent juAUtS aux yeux de
crotteéclaboußé,
,
Parun Cocher brutal quelquefois
renversé;
Inconnu dans lesyeux, aux Caf
fez, aux Spectacles,
A mille autres plaisirs inventant
des obstacles
Négligeant , les faveurs qui demandent
des soins,
Enfin je me plaignois mes plus
pressants besoins.
Themis par d'autres traits verroit
mon innocence
Si lhonneur du métier ne m'imposoitsilence;
<
¿ ce groupefini demon burleflut.
état,
Je n'apprehendois point que l'on
m'inquietât,
Prêt à prendre mon vol comme
1"0auquiperche,
Je ne me croyois passujet à la recherche;
Cependant trés-soûmis aux ordres
de mon Roy,
Je redis hautement que je riay
rien à, moy,
Que le nom que je porte est même
imaginaire,
Du choixd'un jeune coeur je le
pris pour luy plaire. *
Quels sont donc ces grands bienr
que reproche Themis,
Ad'innocents Captifs quov9mct'
en compromis
Avecl'Agioteur, leJuif, & les
Corsaires?
Est-ce pouravoirfait des Lettres
circulaires,
Dreßé nombre d'états f Quel eJf
donc leurbonheur?
Commission maudite! autant - (sauvons l'honneur)
Eût-il valu, Damis, endosser lit
* Ils étoient trois du même nom dan*
un même Bureau, le plus jeune fut
surnommé de S.
livrée,
jour de jôe
entrée
, L°g\>g*gê>nourry
,
riefiil pas
plus heureux
Qu'un Commis dont lesort ria
rien que d'onéreux?
L'un d'unservile état peut tirer
avantage, c) 1 Et l'autre en s'endettant perd la
fleur de son â¡.,e.
Revenons à l'Edit ? un riche
Bourvalais
Peutde la procédure avancertous
lesfrais;
Mais au deffaut d'argent,de Ifmoins,
deNotaire,
r:¿ujourcfbuy, cher Damis ,fert
moydeSecretaire,
Al'auguste Themis vadirepour
raison
Qu'envain elle m'oblige à garder
la maison, - Et que stfort credit ne me trouve
un asyle
L'Hôpital General sera mon
domicile.
Son Altesse Royale Madame,
ayant permis à M.
Grouzelier
,
Conseiller au
Parlement de Metz, de visiter
toutes ses Médaillesd'or, il a
esté si frappé dela magnificence
du Médaillier,aussibien
que des rares qualitcz de
la Princesse, qu'il luy a fait
aufli^coft ces Vers. On les a
trouvé trés- beaux, & ils sont
du goûtde la Cour.
A SON ALTESSE ROYALE
MADAME.
Sur son Medaillier.
Qu'à bon droit l'on vante en
tous lieux,
Trop illustre &grande Princesse,
Vostre Médaillierprécieux!
Tout enest riche &curieux;
Ilfaudroit l'admirersans cesse,
Si tant d'heroïques vertus
Que l'on remarque en vostre
jiltefjè3
Ne nous furprenoient encore plus.
Son Altesse Royale ayant
beaucoup applaudi à ces Vers,
& dit par une trop grande
modestie qu'ils ne luy convenoient
pas, M. Grouzelier
pour combattre l'injustice
qu'elle se fait, luy a encore
fait cette réponse.
'R.E'paNSE
à Son Altesse Royale
MADAME, sur l'injustice
qu'elle se fait,en disant
que ces Vers ne luy conviennent
pas.
Quy,se peut-ilgrande
Princesse
Que masincerité vousblejjes
Et que des Verssanscompliment
Ne vous conviennent nuUement!
La delicatesse estextrême,
Et pour la combattre aisément
je l'attaque moralement,
Et je pose icy le fyjlême
Qu'il faut se connogresoymême.
Orcesystême serieux 9
Qui désille à chacun lesyeux,
Et dont l'humilité profonde
Fait rentrer en roy tout le
monde,
Estpour vous sans presomption
Unsujetd'ostentation.
Examinez vous bien,Madame,
Et contemplez vostre belle ame,
Vos lumieres
> vos sentimens,
Que devertus&d'ornements !
Mes vers ne sont donc pas étrAnges;
Etl'on peut dire vos louanges
Avec justice & verité,
,,'
Puisqu'un precepte de morale
Qui nous remplit d'humilité,
Eftiponrvejlre4ltcffeRoyale
Unfondement de vanité.
Pour vous laisser lire de
suite tour ce que j'ay de Vers
à vous donner, Vers & Chansons
étant la même chose,
voicy la mienne.
CHANSON.
Lorsque vous me changezpour
une autre Bergere
1e
^otj-crue
qjotur tm-
!!— ge --- re Je<vcri „
I-qcvc et^hiimrc !lli'
l{tJ mon ajr/oitr,7rais !
11 pi-at,--ile
, Temp
njorur
Je voudrais me vanger de "Vôtre
humeur legere *
Etsuivre mes transports jaloux;,
Mâts helas - mon amour appaise
ma colere.
Et quand je ceffi de vous plaire,
Je me trouve cent fois plus COllpable
que vous.
MIVoicy
enfin un des plus
precieux articles du Livre.
Vous n'avez pas de peine à
>
comprendre que je veux parsi'
ler des Enigmes. Cela est vray.
Ainsi donc, vous trouverez
bon, s'il vous plaist, que je
vous dise que le mot dela premiere
du mois paueecoif, le
Caresme, & celuy de la seconde,
l'Enfant; que les noms de
ceus qui les ont deviné, font
les Hôtes gracieux de la bonne
Maison de la ruë S. Antoine,
le gros Anonime qui m'envoye
une grande piece Je Vers
pleine de mots en blanc, dont
il ne paye pas le port, le Basà,
ruë Grenier S. Lazare, Ange.
lique Sully, la Demoiselle
jeune & jolie, le jeune Procureur
de l'Abbaye S. Germain,
la Bile blanche & jaune,
& le Chicanier des Ursulines
de la Ville de Chartres, &c.
En voicy de toutes fraîches.
ENIGME
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfautpourm'engendrer beaucoup
de patience
Et se plaire à l'écart dans,un profond
(tienne.
~tojtfcertaines dents dont un art
curieux,
Belleproductiond'un homme ingenieux
Se fert pour me former g? me
mettreau grand jour.
Mon pere est foû de moy , me
donne son amour.
Que je sois beau, bien f-ait,bon.,,
( méchant, detestable,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroisse execrable ;
N'importe,il est mon pere~&
chezluy ma beauté
Merite quelquefois sur tout. la primauté.
Les meàmbrlesd*eamovn caornps traangre^e
Sont d'abord deilinck pour être à
latorture^
Car quelque temps aprés mon
pere tropcruel
Semble oublier pour moy son
amour paternel.
De mes membres épais on fait
U1).IIffemb/4!/;
Par son ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuis seré,lié, percé de mille
traits:
Agrands coups de marteau l'on
m'accable sans cesse,
Uneprison de bois me retrecitJme
frcffe.
Tout cela cependant me donne des attraits.
Car au sortir de là je fuis 'joli,
mignon,
Von medonnesouventdeshabits
magniifques,
Tantôt bruns, tantôt noirs ; tantôt
couleur d'oignon,
Et l'on me voit passer cpmmc
l'ane aux reliques.
(Ench,În' que jesuis, je vole an
boutdu monde,
Je sais seul sans estre un,je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, Cm quand
jefais ma ronde,
Je reste sur la Terre ~& je pAssi
les Afers.
J'ay plusieurs ennemis dont I&
force sccrete
Vient en s'insinuant me dévorer
* lesein;
- Si de sçavoir mon nom vous
ave% le dessein,
Je ne le diray pas: cherche£
d'autre inttrprtle.
Autre duSolitaire malgré luy
de l'Isle S. Loüis.
Bizarrementornéde plus
d'une couleur
Jesuis remplideprécipices,
Etfaisressentir mes caprices
A ceux qui n'ont point de bonheur.
Telse croit en effet prêt £Aborder
au port,
Aprés s'être tiré d'un fâcheux
tabyrintbe,
Qui dés lors qu'il ritt plus de
crainte
Vientfaire naufrage à la mort.
Tel autre croit devoir perdre
4 touteesperance
Aprés avoir long-temps languy
dans la Prison,
Et s*êtrevû tout prêt de périt
fous le Pont,
Quand un heureux retour le met
dans l'opulence.
Si mous voulez,Lecteur,en
sçavoirdavantage,
Je porte le nom d'un Oiseau
Qui vit presquetoujours dans
l'eau,.
jQuand même il seroit tout
sauvage. Autre
1
Autre encore du fideleBerget
de la Nymphe Insulaire.
Je me derobe à la lumiere,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon mystere,
On me trouve peu de beauté. S.
Enfin voicy heureusement
l'ouvrage qui comble la mesure
des matieres interessantescontenues
en ce Vol ume,
à l'exception d'une jeune &
belle Blonde, qui eut jadis, la
bonté de m'envoyer quelques
jolies Historietes de sa façon;
je n'en ay, depuis que j'ay
l'honneur d'estre vôtre Mercure,
Meilleurs& Mesdames,
reçû de personne. M. Gabriël
que je remercie du prefenc
„
qu'il m'a fait de celle cy,est venu
fort à propos au secours de
mon imagination, que l'obligation
indispensable de vous
conter tous les mois au moins
une Histoire, avoit déja presque
mise à sec. J'appelle à
mon aide, pour la satisfaction I
du Public,& pour \'allégement(
,,Jeemes travaux, tous ceux qui
sont capables de me rendre le
le même fcrvicc que luy.
1
HISTOIRE.
Dans une Cour galante;
où le bon goût du Prince
avoit
rassemblétout ce que la France
& l'Italie produisent de
somptueux & de délicat
pour les spectacles
,
les cadeaux
,les tournois, & les bals,
une jeune veuve qui par sa qualité,
ses richesses, sa beauté,
& sonespritsurpassoitentout
les autres Dames de la Cour
se proposa de se , trouver à toutes
les fêtes
,
d'en goûter les
plaisirs, & d'y conserver une
austere vertu au milieu d'un
champ où l'amour faisoit tous
les jours de nouvelles moissons.
Ce Dieu la laissa quelque temps
en paix goûter ce chimerique
bonheur:elle voyoitavec une
curieuse satisfaction attaquer
un coelir:elle suivoit avec
exactitude toutes les circonstances
des différents combats;
& ressentoit un plaisirinfini
dela défaite de la Dame &de
la victoire du Cavalier. Ces
diversitez l'avoient agréablement
occupée pendant le
cours d'une année; mais toutes
les Dames ayant rendu leurs
hommages
, au pouvoir de
l'amour,elle courroie risque
de s'ennuyersi ce Dieu vainqueur
des Dieux n'eût reservé
un trait pour rabattre la fierté
de cette mortelle. Les beautez
qui avoient sacrifié sur ses autels,
le prioient continuellement
de les délivrer de cet
Argus importun, quelques
unes même plus ficrcs que jalouses
, sollicitoient leurs
Amants à lesvanger
, en fai<*
fant succomber cette farouche
vertu; mais l'amour avoit
reservé cette victoire à un
Etranger. Le Carnaval enattira
un grand nombre à cette
Cour, où la beauté des festes
& la politesse de ceux du Pays
les incitent» chacun chercha à
se placer sur le pied d'amant
de partage; & ce fut encore
un nouveau spectacle pour
nôrre insensible ; mais elle remarqua
qu'un jeune Marquis
François parfaitement bien
fait ,adroit dans tous les exercices,
poli dans ses discours,
plein de vivacité & desprit,
disoitdes gracieusetez à tOU4
tes les Dames , sans adresser
ses voeux àaucune. Elle jugea
par sesmanieres & par l'humeur
de sa Nation que son
indifférence n'étoit point un
effet du temperamment; &
elle le trouva trop enjouépour
être occupé de quelque violente
passion. Sa seule curiosité la
porta d'abord à lierconverstion
avec luy. Illuy aveih qu'il
avoit trop de délicatesse pour
partager un coeur., & que con.
tre l'ordinaire de sa Nation il
ne pourroit se résoudre à aimer,
s'il ne fc proposoit d'aimer
toujours. Ce langage n'est
guere François, luy dit-elle;
mars pour aimer toujours,je
ne fçuy qu'un seul moyen, c'est
derenoncer au but que le pro-,
posent les amans. Puischangéant
de discours,elle l'enga-
)
gea à luy rendre quelques vifi-}
tes
pendant le séjour qu;lil¡,
seroit àla Cour. La belle veuve
de retour chez elle ne trouva
plustant degoût à s'occuper
des avantures des autres;les
sentimens délicats & la belle
maniéréde s'exprimer du Marquis
l'avoient touchée ; &,.d
l'amour luy en retraçoit une
- image encore plus agréable
que la réalité. Elle passa la
meilleur partie delajournée àsa
toilette)& prit plus de foin
deson ajustement qu'a l'ordinaire
,
attendant avec impatience
l'heuredu bal, où elle
se rendit des premières. tôt
qu'elle apperçût le Marquis,
elleluy demanda s'il avoit fait
sesreflexions surleurconversation
du soir precedent. Illuy
répondit qu'il ne croyoit pas
qu'on put mettre ses leçons en
pratique
,
& qu'il valoit mieux
ne point aimer, que d'aimer
sans esperance; maisrépondit
la belle veuve ce n'est point
aimer sans esperance,quand
en aimant on ne s'expose
point. Ah ! Madame,s'écria
le Marquis,c'est une fiction
p
de Roman qui choque le boa
sens &la raison ;il n'est point
de l'homme de courir des rie:
ques, se donner bien des pei.-
nés, sans avoir pour but la
possession ou la viékoir-t. Je
vois bien, luy die elle
, que
vos sentimensne sont pasauffi
délicats, que je me l'étoisperfuade.
& que vousêtes encore
bien loin de ma morale; mais
le lieu n'est pas propre pour
vous l'enseigner,si vous voulez
venir demain dîner avec
moi, je tâ, heray de vous convaincre.
Le Marquis accepta
l'offreavecjoye. La belle veuve
qui s'apperçût que les Da-
,,
mes l'observoient avec une
maligne attention,affectaun
air enjoué ; & s'approchant
d'elles,leur dit en badinant,
vous voyez Mesdames) que je
ne fuis pas si farouche, que je
fais bien les honneurs de la Patrie
; il n'est pas permis dans
une Cour aussilait
fer oisif un Cavalier aimable,
La convcrsation devint générale,&
chacun y fournit suir
vant la vivacité de son génie.
Aprés le bal la belle veuve & leMarquis se séparerent,l'impatience
de se revoir leur fie
sentir les premiers coups de
l'amour; le Marquis se rendit
le lendemain de bonne heure
chez la Dame qu'il trouva seule.
Je ne vous ay point donné
de compagnieluydit.elle, la
matière que nous nous sommes
proposezd'approfondir
demande un tete a [cte; nous
encrerons en propos à la fia
du repas Plusieurs servicesde.
licats se succederent en peu de
temps;on parvint au dessert,
où Iton renvoya les Domestiques.
Alors la Veuve enrama
ainsi le discours : la démarche
•
que je fais
,
Monsieur
, vous
prouve assez Tcftimc que j'ay
tt
pour vous,& ce que vous aurez
pû apprendre de ma crçnr
duire par les Dames même les
moins charitables, doit vous
convaincre que vous êtes le
premier Cavalier qui m'a plû.
Cependant je n'ay pas trouvé
vos sentiments tout-à fait
conformes à mes dtfirs; mais
je me suis flattée de vous y réduire.
Quoique j'aïe vêcu peu
de temps avec mon premier
Epoux, & quej'aïe tout lieu
de me louer de sa conduite j'aygoûté assez de l'hymen,,
pour en connoîtrelesdégouts
• La tiedeur dun amour eonjiKgal
vient peut être des trop
grands plaisirs que l'on s'êft
proposé. Ces reflexionsm'ont
fait prendre la resolution, de
gardcrma liberté jusqu'à la fin
de mes jours; & je me flatte
que vous avez trop bonne opinion
de ma vertu, pour exiger
rien qui luy foit contraire. En
verité
,
Madame, luy répondit
le Marquis d'un air passionné,
est il au monde un supplice
plus cruel que celuy ou 1
vous me destinez? vos charmes
ontpristrop de pouvoir sur
• !
l.J
mon ame ; & je ne luis plus le
maltre je ne dis pas de vous »
aimer
,
mais de vous aimer
avec moderation.Si vous aviez
resolu de me traiter si durement
, pourquoy m'ôter jusqu'à
l'esperance ? je n'ay pas
voulu vous tromper, reprit la
Dame,mais ne vous imaginez
pas être si malheureux;vous
trouverez en moy une tendre
& fidelle amie uniquement occupée
de ce qu'elle aime; j'irai
au devant de tout ce qui
pourra vous faire plaisir ; je ne
vous inquieterai point par mes
soubçons jaloux; & je ne vous
1,
ferai pas même un crime des
infidelitez où le coeur n'aura
point de part. Mais je veux
que tout le mondesçache &
soit persuadé par nôtreconduite
que nous nous aimons
avec des sentiments si délicats.
Voyez si vous voulez accepter
le marché à ce prix
, ou vous
résoudre à ne me jamais par.
1er.Jene vous défends pasdefperer
, pourvu que vous ne
me sassiez aucune proposition.
Je ne fuis pas assez téméraire
pourmettre des bornes à la
puissance de l'amour, mais je
veux le laisser agir;&s'il m'oblige
blige de sortir des bornes que
je me prescris, je romprai la
première le silence. Ces dernieres
paroles rafleurerent le
Marquis: il se flatta que l'amourrecompenseroitsaconstance,
en quoy il ne se trompa
pas. Quelques jours s'écoulerent
dans ce commerce de
coeur & d'esprit. Dans toutes
les fêtespubliques la Dame affe&
oit un air si enjoué
, & le
Cavalier etoit si respectueux,
que toute la medisance de la
Cour ne pût mordre sur la
vertu de la Dame;&. l'on se
contenta de railler sur cette
maniere d'aimer comme au
temps d'Amadis. Mais cette
contrainte coucoit trop à la
belleVeuve; & ne pouvant
plus tenir contre la violence
de sa passion, elle songea à la
concencer, en sauvant les apparences
de. vertu. Un jour
que le Marquis Ce promenoit
en rêvant, dans. un lieu écarté,
il fut abordé par une Donna
quiluy rendit un billet conçu
en ces tcimeis.;
Vous êtes tropfortementattaché,
M. pour qu'on stàsseprétendra à
aotre.coeur; mais commeonfait
quela Dame quivous aime> n'exige
de '?Jous que desltntimens,00
qu'on ne croit pas que vous ¡OYt'7;.,t
un putejpritionJebavarde à
vousproposer un commerce amoureux,
oit l'on n'exige desentimens
qu'autant que vousy trouverez
de satisfaction. La Dame qui
vousfaitcetteproposition, ne cede
ni par sa qualité, ni par ses cbar.
mes,a vojlre beroïque Mafarcjje.
Dans la necessité dese rendre i".
visible, elle estobligée defaire ce
Portrait d'elle-même. Si vous
noule^ bavarder cette anvanture,
& mous laisserconduire par celle
qui vous rendra ce billet, les
suites vous feront juger de la
irriteigr cette bifarrerie de /'4-
mour dans laquelle tous aure%
la meilleure part, tournera à (a
satisfaction des Parties interes-
Jees.
Le Genie François inspira
dabord au Marquis de tenter
une avanture si singuliere. La
delicatesse de Ces sentimens
combattit quelque temps son
penchant naturel; enfin il Ce
per fuada que sans offenser sa
Maistrede, & sanscontrevenir
à l'autorité de ses loix, il pouvoit
user de la liberté qu'clle
luy avoit donnée. Il convint
de se rendre à l'entrée dela
nuit à l'endroit qui luy fuz
indiqué par la Confidente. Ettc*
vint l'y prendre dans un carrosde,
qui, les glaces fermées
le promena une bonne heure,
sans qu'il pût le reconnoistre.
Il arriva à une petite porte
sans apparence. Après avoir
traversé sans lumière une longue
allée, il fut introduit dans
un superbe appartement bien
éclairé, & conduit dans une
fale, où l'on avoit dressé une
table magnifiquement servie.
Il n'y avoir que deux couverES.
La Confidente lui dit vous ferez
surpris que tout cet appareil
ne fou fait que pour vous
propofcr de souper tête à tête
avec moi, & vous me preiv
dres sans doute pour une Fée.
-
Il faut cependant vous y resoudre.
La matrone qui ne
manquoit pas d'efpric, fit
durer le repas assez longtemps
, entretenant le Marquis
par des discours si équivoques
& si spintuels, qu'il
ne sçavoit que penser. Le repas
fini, la Fée benigne dit au
Marquis: valeureux Chevalier
, le temps cfl venu de
mettre à fin la grande avantuie,
à laquelle vous estes deftiné.
A peine la vieille eût-elle
parlé, que tous les serviteurs
se retirerent par des portes
dérobées avec autant de
promptitude qu'auroient pu
faire des esprits faits au commandement
de la baguette.
Alors prenant deux flambeaux
, elle commanda au
Marquis de la suivre,elle lui
fie traverser plusieurs chambres
, & ouvrit la porte d'un
cabinet, où une lampe pendue
au plancher chassoit à
peine les épaissès tenebres de
la nuit. Le cabinet furpafloic
en magnificence le reste des
apparterncns. Dans le fond
d'un alcove étoit négligemment
couchée sur un sopha
une personne marquée, dont
l'éclat des vêtemens enrichis
de pierreriesébloiïiffoitlavue.
Voici la beauté qu'il s'agir de
defenchancer
j
dit la vieille.
La Dame masquée parla en
ces termesau Marquis:aimable
Cavalier, avant que de
pousser plus avant cette avanturc,
je dois vous avertir qu'il
y va de vostre vie à me faire
la moindre violence pour me -
demasquer; tout le reste
vous cit permis; consultez
vous
vous bien; ilest encore temps
de vous retirer. Le Marquislui
promit tout cc qu'elle exigea
de luy. Alors la vieille
fc retira avec ses flambeaux.
On n'a sçû que par conjecture.,
ce qui se passa entre la belle
Invisible& le preux Marquis.
La vieille vint le reprendre une
heure avant le jour,& le reconduisit
comme elle l'avoitamené.
La belle Invisible exigea
du Cavalier le secret même
envers sa M^itrcfle. Le com- , merce dura quelque temps
de la même façon. Le Marquis
recevoir, tous les jours
dés
i
prelèms* magnifiques ôc
galans de la partde son invisible
,& filoit le parfait amour
auprés de sa severe Maîtresse.
Les faveurs de l'une luy faisoient
souffrir plus,pariem*
ment lesrigueurs de l'autre;
mais la destinée du Marquis
vouloir qu'il achetât son bonheur
du prix de son sang;&
sa curiositéluy coûra presque
aussi cher qu'à psiché pour
avoir voulu connoistre l'Amour.
Un jour que le Prince
donnoit un grand bal, le Marquis
s'étant trouvé à son rendez
vous ordinaire, la Dame
invisible luy dit qu'elle ne vouloit
pas le priver dela fête, &
le congedia de bonne- heure.
Le Marquis jugeant que la
Dame s'ytrouveroit, luy coûpaun
morceau de ruban; sans
qu'elle s'en apperçût ; & se
tenant marquéàla porte de la
salle
,
sa surprise fut grande,
quand il reconnût que cette
Maîtresse invisibleétoit la même
quirestreignoit sonamour
dans des bornes si étroites. Il
suivit son premier mouve- -
ment s'approchant de la
Dame,illuy fit des reproches
sur le peu de confiance qu'elle
avoit en luy. La Damefeignit
de ne point comprendre le
sens de son discours; il s'expliqua
plus clairement; il luy
marqua les circonstances;elle
tourna ses discoursen plaisanterie;
elle luy dit qu'ilavoir lû
cette avanture dans quelque
Rorpan, elle luy demanda où
il avoit soupé, quel vin il avoit
bû ? le Marquis fc sentant picgué,
s'échauffade plus en plus,
il parla assez haut pour être
entendu de quelques Dames
d: la compagnie,qui par cas
fortuit étoient accompagnées
d'un parent de la Dame. La
belle picquée au vif, luy dit
que c'étoit trop peu que de
le traiter d'extravagant,qu'il
cherchoit à la deshonorer ,&
que si son sexe le luy permettoit,
elle en tireroit vengeance
sur le champ, mais qu'ilfalloir
qu'il s'imaginât, qu'il n'yeût
pas un homme de coeur dans
fafamille pour s'exposer à "y
faire un tel affront. Il n'en
fallut pas davantage ; pendant
que les Dames étoient occupées
à la soulager dans une
especed'évanoüssement
,
le
parent ferra la main au Marquis;
ils sortirent ensembles
&l'on apprit presque aussitôt
qu'ils étoient tous les deux
dangercufement blessez. Cetteaffaire
fit beaucoup d'éclat,
s'étant passée presque aux
yeux du Prince. Le parent.
mourut le lendemain de ses
blessures,on desespera quelques
jours dela vie du Marquis.
La belle veuve eût tout
le temps de faire de tristesréflexions
& de se repentir de
son trop de promptitude;
c'est en perdant un bien dont
on jouit que l'on en connoît
le prix, & le coeur ne sent veri.
tablement jusqu'à quel point
il aime, que lors qu'un danger
évident luy fait tout craindre
pour l'objet aimé. Cette infortunée
Maîtresse fut sisensible
à celuy où se trouvoit son'
cher Amant, qu'elle tomba
dans une langueur qui la mit
à deux doigts de la mort; &
elle ne recouvra sa fanté que
lorsqu'on l'eût assurée que le
Marquis estoit hors de danger.
Elle fut le voir, & après avoir
versé un torrent de larmes, elle
luy tint ce discours : Le moment
est venu où l'amour aprés
avoirtriomphé de ma vertu
& de ma fierté, me force à
rompre la premiere le fiIencc.
Vaine chimere que vous me
coûtez cher.,puisque vous me
sepa.ez pour jamais d'un objetque
j'adore! Je ne viens
point., mon cher Marquis,
vous offrir ma main, ma conduite
la renduë indigne d'un
si parfait Amant. Je viens vous
dire un dernier adieu
, avant
que de m'enfermer dans un
Convent, pour y pleurer 1$
reste de mes jours les malheurs
dont je fuis la cause. Vous
voulez donc ma mort,s'écria,
le Marquis; cruelle
, venez^
vous mettrele comble à mes
disgraces ? il ne tenoit qu'à
vous de reparer tous les maux
que vous m'aviez faits; & le
prix de vôtre coeur, achevat
il en luy tendant la main, me
les auroit bientôt fait oublier.
La belle Veuve luy tendit la
Lenne, & le Marquis l'arrosoit
de ses larmes, lorsqu'on annonça
le Prince. Il surprit ces
deux Amans les yeux baignez
de pleurs. J: prends,leur ditil,
toute la part d'un fidele
amy à ce qui vous touche, &
je viens vous offrir ce qui dépend
de moy ; je crois que je
#e vous fcray pas une proposition
desagréable en vous
priant de me laisser le foin de
vosnôces. Les deux Amants
accepterent avec une respectueuse
reconnoissance l'offre
du Prince. Si tôt que le Mar..
quis fut guéri
,
leurs noces furent
celebréesavec
une magnificence
qui surpassi toutes ks
fêtes qu'on avoit déjàvûësàla
Cour. On tira un feu d'artifice
,
où l'histoire de ces deux
Amansestoitrepresentée dans
des emblêmes allégoriques
Toute la Cour imita la generosité
du Prince en faisantdes
presensàces fortunez Epoux.
Labelle Veuve trouva dans
l'hymen, pour lequel elle
avoit senti tant de repugnan.
ce le moyen d'accorder liufterité
de sa vertu avec la tendresse
de ses sentimens ; & la
parfaite union de ces Epoux
fait autant l'admiration de
cette Cour , que la bifarrcric
de leurs avantures.
Rentrons,s'il vous plaist
pour quelques instant dansle
sérieux.
Lorsque les affaires de la
Chambre de Justice feront
plus avancées qu'elles ne 1s
font, j'aury une extrêmeartention
à vous donner un détail
exact de toutes les chofcs
consîderablesqui y auront été
reglées. Enattendant permettez
moy de vous proposer la
levure de l'Article des Morts.
Cette proposition est la moindre
chose que l'on doive à leur
mémoire.
MORTS,
Dame Churchill semme
de Milord Charles Spencer,
Comte de Sunàcrland,
Pair d'Angleterre
,
Viceroy
d'Irlande
,
Membre du Conseil
Privé du Roy Georges de
la Grande Bretagne, est morre
à Londres le 23. Avril. Winftant
Churchill de Woton-
Basson dans le Comté de Dorset
(estoit son ayeul) fut fait
Chevalier par leRoyCharles
11& Clerc Controlleur du
Tapis vert, & épousa N.
Drake de la Province de Devon,
dont il eut Jean Churchill
qui fuit,N.dit le General
Churchill) Gouverneur
de l'Isle de Gernefey
, mort le
Janvier *1715.Arrabclle
Churchill maistresse de Jacques
II Roy d'Angleterre &
mere de Jacques Fitz James
Duc de Bat wick
,
Chevalier de
la Jarretiere &*dc la Toison
d'or, Pair de France & d'Angleterre,
Grand d'Espagne
Maréchal de France, & N.
Churchill épouse du Colonel
Godfrey, morte à Londres, le
Mars 1715. Jean Churchill
Comte,puis Duc de Marlbo.
rough, Pair d'Angleterre
Prince del'Empire,Barond.Aimouth
, Capitaine de la troisiéme
Compagnie des Gardes
du Corps de S. M. Britannique
Chevalier de laJarretiere,cydevant
Generalissme des Ar..
niées Anglodes né sous les
trôubles de Cromwel, lequel
s'e stmarié à. DemoisselleJaracbvjennings,
fille du Chevalier
RichardJennings, d'où
font venues N. Churchill
femme du Comte de Godelfin,
Grand-Mailtre del'Artillerie.
d'Angleterre, fils du
grand Tresorier de ce nom; N.Churchillépoufedu Duc
de Montaiguë, Capitaine des
GardesduCorps duRoyN.
Churchillqui a estémariée au
Comte de Bridgwater ; & la
Comtesse de Sunderland qui
vient de mourir.
Messire Nicplas- Frideric
Comte de Rottembourg,Maréchal
des Camps & Armées
du Roy, premier Chevalier
d'Honneur du Conseil Souverain
de Colmar, mourut le 10.
d'Avril dans saTerre de Mafveaux
en Haute-Alsace,âgé
de soixante dix ans. Il estoit
originaire de Brandebourg,
d'une des plus anciennes & des
plus illustresMaisons.S* samille
sortie de Suisse du temps
des Comtes de Hapsbourg,
par lesquels elle fut vaincue
aprèsplusieurs Combats avec
d'autres
d'autres Seigneurs, qui S'étoient
liguezensemble, pour
s'opposer a leur domination
tirannique,& qui furent con..
traints de chercher un azile
dans d'autres Etats ,avoit pos.
fedé jusqu'alors en ce pays là
le Comte de Rottcmbourg
,
qui fait à present partie du Domaine
du Canton de Lucerne,
donc les Croniques font une
mention honorable d'une
Gutta de Rottembourg) laquelle
en 12.2.3.yfonda le fameux
Convent des Cordeliers.
Les Seigneurs de Rottembourg
eurent bientost des établissemensconsiderables
dans
la Franconie où ils ont demeu-
»
ré l'espace de deux cens ans,
& nous trouvons dans l'His.
toire de l'Eglise d'Allemagne
des Evêques de Mayence, de
Wirtzbourg & de Bamberg
de u";r nom. Leur réputation
,-
dans c fait dela guerre,les
ayarc appelle dans la fuite au
ser Jiec de diffrrensSouverains;
iJ) se rendirent depuis recom-
Mandables en Silesie & en
Brandebourg, oùils ont toujours
possedé des terres confîderables
& des emplois de diftincton.
Celuy dont non* annonçons
la more,cadet de sa Mai.
son
J
actiré d'ailleurs en France
par le succés des armes de ce
Royaume & la grande Renommée
de son Roy,commença
son service dans le Regiment
du General de Rosen,
un des anciens Colonels qui
estoient resté dans le parti de la
France après la more du Duc
de Weimar. Sa première Campagne
sur celle de Lille, où il
servit d'abord en qualité de
Cornette, depuis estant parvenu
à avoir luy-même le Regiment,
il l'atoûjours commandé
avec diHinébon dans
toutes les affaires où il a esté
assez heureux de fc trouver:il
eut trois chevaux de ruez sous
luy à la Bataille de Seneff, &à.
celle deNeiwindeil eut l bon..
neur fous les ordres de S. A.
R. alors Duc de Chartres, de
charger & renverseravectrois
Escadrons cinq Escadrons des
Ennemis, à la teste desquels
estoitt en personne le Prince
d'Orange depuisRoy d'An..
gleterre.
,
Le feu Roy luy a témoigné.
plusieurs fois en termes pleins
de bonté,la satisfaction qu'il
avoir de les services, & tors
que ses grandes infirmitezl'ont
obligé de quitter, il dit au^Uréchal
de Rosen son beau pere
,
qu'il estoit tres fâché de
perdre un aussi bon Offieicr#(
Il a épousé en 1682. Dame
Anne Jeanne de Rofcn, filLç
aînée de ce Maréchal, dela
quelle il laisse cinq enfans vivans,
quatre filles dont Tune
est mariée au Comte de Vatidrey
S. Remy
,
frere du Lieutenant
général de ce nom,
& un fils unique Mettre de
Camp d'un Regiment de Ca- ~;,
vallerie Allemand
, & à present
Ambassadeur Extraordinaire
de Sa Majesté auprès du
Roy de Pruflfe,oùil donne
dansun Ministere aussi important
toutes les marques
possibles de sagesse & d'intel.-
ligencedans la conduite des
affaires au dessûs de son âge.
Le 19. mourut ici le jeune
Comte Joseph de Vale,âgé
de prés de vingt ans, fils du
Comte de ce nom, Grand
Chambellan de l'Empereur.
Ce jeune Seigneur étoit receu
"< en survivance de son pere
, pour cette Charge,&joüssoit
déja de cent mille écus de revenu
des biens de sa mere;il y
avoit un an & dcmy qu'il étoit
ici pour faire sesexerciceavec
son frere cadet,&ils devoient
partir incessamment tous deux
pour s'en retourner : il. fut
Eorté le lendemain surles si"
heures du foiràl'EgliseS.Sulpice
,
qui étoit toute tenduë
de blanc,avec un dais dans le
Choeur,fous lequel on le mit
sur une Estrade faire exprés.
Meffirc Louis François de
Vauc, Prêtre, Abbéde S Serges
lés-Angers ,
& -* Visîteur
General des Carmelites, mourut
le 12. Avril dernier.Ilétoit
sis de Messire Jacquesde Valfé,
Seigneur de S. Georges,&
de Dame Anne du Verger, &
foîtoit d'une branche cadetc
delaMaisondeVassé» l'une
desplus anciennes & des plus
illustres de U Province du
M''De.
Dame Magdelaine - Frarv
çoife Cesar,EpousedeMefsi,
e Pierre Jean Cherre. Mlître
des Comptes, mourut le
18. Avril.
Meffirc Hilaire-Guydela
Val
,
Marquis de la Plesse,
S. Clément ,
&c. mourut le
23.Avril.LaMaisondelaVal
donc
dont il sottoitestune branche
de la Maison de Montmorency
, quejevousay déja dir plusieursfoisêtresans
contredit
la plus illustre du Royaume.
Messire M iximilien François,
Comte de Frennes,Anftain,&
c.Lieutenant C neral
des Armées du Roy, le26. mourut Avrj1 :il sortoit d'u des plusanciennes,&des plus
illustresMai sons d'Arrois,cornuë
autrefois fous le nom de
du Bos, & sortie vrai semblablement
de la Maison de Fren- nes,dont étou Robcrr,Sci.
gneur de Fennes,duMoreau
fait Connétable de France par,
le Roy Jean.
Dame Marie Françoise Sevin
,Veuve de Messire Jean
Briçonnet, Seigneur desTournelles,
Conseiller de la Cour
des Aydes
, mourut le 27.
Avril: elle estoit fille de Messire
Guy Sevin
,
Seigneur de
Gaumets- laVille, Maîtredes
Comptes, & de Marguerite
Pichon:cettefamilledemême
que celle de Briçonnet
,
cft
des plus anciennes, & des plus
illustres de la Robe.
-
Messire Côme, Marquis de
Valbelle, mourut le tg. Avril
âgéde76ans:il sortoitd'unenoblesse
distinguée de Provence.
Mirc Loüis -
René des
toflez, Seigneur de Cozolles,
Chanoine de NôtreDame de
Paris, mourut le 30. Avril âgé
de 64. ans. Le nom des Fostez
est ancien & distingué en Picardie.
Messire François Huart
, eDocteur de la Maison
&. SociétéRoyale de Navarre,
Doyen de la Faculté de Theologie
de Paris, où il avoir efié
receu le 10. May 1660.cidevant
Chanoine & Grand
Archidacre de l'Eglise de
iD Coutances, mourut le 2, de
ce mois,âgé de 8 8. ans.
Dame Anne Martin, qui
avoit épousé en Octobre 1710.
Messire Philippes de Baylens,
Marquis de Poyanne, mourut
le 4. Elle estoit fille de J>an-
Loüis Martin,Seigneur d'Auzelles,
Fermier général
,
& de
Marie Magdelaine Dumas.
Elle estoit roeur deDame Marie
Therese Martin, femme de
Messire Louis de Bet hune,
Marquis de Bethune-Chabris,
& de Dame. Martin, femme
de Messire LouisGuillaume
Jubett de Bouville, Maître
des Requêtes. La Maison
de Baylcns est originaire de
Guyenne, elle cil également
distinguée par son ancienneté
& ses alliances,& elle a donné
plusieurs Chevaliers des Ordres
du Roy.
Messire Alexandre François
Richer, Chevalier Seigneur
d'Aube,Gonfeiller de la
Grand'Chambre duPar lement
de Normandie
,
mouruticy le
cinq de ce mois,laissant entre
autres enfans,un fils aussi Conseiller
au même Parlement.
Dame Jeanne de Caumont
la Force, épause de Messire
Claude Antoine de S. Simon,
Marquis de Courtomer, moufut
4e8. de ce mois.Elle étoit
foeuf de M. le Duc de la Force.
La Maison de Caumont est
une des plus anciennes & des
plus illustres du Royaume.
Pour celle de S. Simon elleest
originaire de Normandie, &
d'une noblesse tresdistinguée.
Meilire Gaspard Cotron ,
Chevalier de l'Ordre de S.
Louis )Capitaine de Galeres,
& Commandant pour le Roy
dansla Ville & Citadellede S.
Tropez,mourut le ii.de ce
mois. Il fut Capitaine des
Gardes de feu M. le Duc de
Vcndolmc.
Joseph MartindeTricaulc,
Chevalier de l'Ordre de S.
Loüis
,
Brigadier des Armées
dn Roy,&Lieutenant Colonel
du Régiment de Lyonnois,
mourut le12. decemois.
Dame GenevièveElisabeth
deVilleronde
, veuve deMessire
Loirs de Haudessens, Chevalier
Seigneur de Cluseaux Tresorier de France à Poitiers,,
mourut le 3. de ce mois.
MessireFrançois de Mafcranny
,
Prestre
,
Docteur de
Sorbonne, Chanoine,GrandVicaire
& Chancelier de PEglise
de Roüen
,
Prieur de S.
Christophe,Seigneur & Barond'Armentiers,
mourut le
13decemois. Ilétoit oncle
de Madame la Marquise de
Gesvres.
Messire Loüis de Crussol , Marquis de Florensac, Baron
de Cereix, Privas, &c. Maréchal
de Camp des Armées du
Roy
, & Menin de MtiTeigneurs
les Dauphins ,mourut
le1 5. de ce mois. La Maison
de Crussol est si ancienne,&
siillustre qu'il suffira de vous
dire icy que M. le Marquis de
florensac étoit oncle de M.
le Duc d Uzés, &que de son
mariageavecfeuë Dame Marie
Louise Therese de S. Nectaire
,il a laissé un fils unique
dont je vous appris le mariage
avec Mademoiselle Colbert
deVillacerf
,
dans,mon Journal
du moisde Janvier1715.
Dame Françoise Chovayne
veuve de Messire Charles de la
Grange, Chevalier Seigneur
de la Neufville, Maistre des
Comptes,& auparavant de
Messire Gilles de Maupeau..
Chevalier Comte d'Ableige,
Conseiller au Parlement
mourut le
1 5. de ce mois. Du
premier mariage ca forti M.
de Maupeoud'Ableige,Mal.
tre des Requêtes, & du second
est issuë Madame la Prcfidente
de Menars.
:
DameAngeliquedeBullion
épouse de Messire Christophe
dela Tour de S. Vidal, Chevalier
Marquis de Choisenet,
mourut le 16. de ce mois sans
enfans, elle étoit fille de Messîre
Claude de Bullion Marquis
de Longchesne, & petite fille
de Messire ClaudedeBullion,
Surintendant des Finances de
France, Ministre d'Etat ,
*
Commandeur,& Garde des
Sceaux des Ordres du Roy. La
Maison de la Tour S. Vidal
dont efl; M. de Choisenet est
égalementdistinguée par fou
ancienneté & par ses alliances,
M. JeanFeydeau, quiavoit
esté receu President de la Cour
des Monnoyesen 1677. mourut
le 17. Avril dernier, il
étoit d'une famille des plus
anciennes,& des plus distinguées
de laRobe.
Messire Jacques Drummond
Ducde Perth,Chevalier
de la Juretierre, Chancelier
d'Ecosse,quiavoir eû de grands
Emplois, sous les Regnes
deCharlesII. & JacquesII.
mourut àS.- Germain aprés
une longue maladie dans sa
68.année.
Le 4. de ce mois Dame
Catherine Deschamps,veuve
du Marquis de Chastres, âgée
de 64. ans ,
prit, l'habk de
Novice dans le Prieuré de la
Mere-Dieu à Loches;
Ilest de notorieté Publique
que cest le chef-d'oeuvre des
Mariages de contribuer à réparer
le tort des Morts. Cela
étant, lisezCet article
.;
vous entretiendra peutestre
plus agréablement que celuy
qui le precede.
t
MJRIAGES..
Charles, Duc de Mecklembourg-
Swerin
,
Prince des
WJodatec:, &c. épousa à Danczic
le
1 3. Avril, Anne, Princesse
Royale de Moscovie,
fille du feu Jean, Grand Duc
de Moscovie
,
& Niece du
Czar de Moscovie à present
regnant, & veuve de Frédéric-
GUlltaulncKeder, Duc de
Curlande & de Semigalla,
mort le 20. Février1713.
Le nouvel Epoux succeda aux
biens de Frédéric Guillaume,
Duc de Meckelbourg Swerin
son frere aisné, mort à
Mayence le 3 1. Juillet171 3.
Chrestien, Duc de MClkdbourg
- Swerin, Chevalier
des Ordres du Roy, qui éroit
venu en France épouser la
Duchesse de Chastillon,après
avoir répudié sa premiere
femme qui lui étoit cousine
germaine, & abjuré le Lutherani
sine,morten 1691. étoit
leur oncle, frere aisné de leur
pere,tous deux cnfans d'Adolphe
Frédéric, Duc de
Mec kelbourg-Swerin: cette
Maisonest du nombre
des cinq Alternantes d'AllemaMgne.
re de laPorte,Duc
de la Meilleraye,fils de Mre
Paul Jules de la Porte Mazarini,
Duc de la Meilleraye, Pair
de France,& de Dame Felix-
Charlotte. Armande Durfort
de Duras, a épouséle 5. de ce
mois Damoiselle de Rohan
, fille de Mre Hercules
Merriadec, Prince de Rohan
& de Soubise, Duc de Rohan,
* Pair de France;& de Dame
Anne- Geneviève Levi-Ventadour.
Ces noms sontsi illustres,
& par consequentsiconnus
tlue jen'endonneray icy
aucun détail généalogique..
4 Cet Articleme fait souvenir
quedans monJournal du mois
d'Avril, j'aurois dû vous apprendre
que le23. du mois de
Mars precedent Mre Louis-
Pierre d'Hozier de Serrigny,
Chevalier de l'Or dre du Roy,
Genealogiste de sa Maison&
Juge- d'Armes de France en
survivance, épousaDileMarie
Anne Robillard
,
fille de
Georges Robillard ,Ecuyer,
* Conseiller-
-
Conseiller-Secretaire duRoy,
& de Marie Anne le Boeuf. Le
nouveau Mariéest neveu de
Mre Charles René d'Hozier,
Genealogiste de la Maison du
Roy,Juge-d'Armes & Garde
de l'Armorial général de France,
Chevalier des Ordres de S.
Maurice & de S. Lazare de Savoye.
Il est.fils de Mre Louis
Roger d'Hozier.Chevalierde
l'Ordre du Roy
,
Genealogiste
de sa Maison & Juge general
de; Armes&Blazon de Prance
j & de Dame Magdeleinele
Bourgeois de la fosse, & petitfils
de Mre Pierre d'Hozier
aussi Chevalier de l'Ordre du
Roy, Gentilhomme ordinaire
& Genealogiste de sa Maison,
Jage général des Armes de
France, & Conseiller d'Etat,
sorti d'une noble famille de la
Ville de Sellons en Provence,
connue il y à prés de deux
cens ans.
Pour la famille de la nouvelleMariéeelleestoriginaire
de Guyenne, & descendde
Geraud Robillard J"Ecuyer,
sieur de la Pellouziere, qui de
Jeanne Gregoireau laissa Jean-
PierreRobillartAvocat general
de la Cour -
des Aides de
Bordeaux, mort sansenfans de
Beatrix de Gaumont sa femme;
Charles Robillart qui Cuie;
GeorgesRobillart dont la posterité
fera rapportée après celle
de son frere, & Antoinette-
Suzanne Robillart femme de
- Jean BoucaudConseiller au
Parlement de Bordeaux,morte
en 1711. laissant plusieursensans,
charles Robillart Ecuyer
sieur de Cantegrit ; epousa
Anne Fumat, & en eut Jean-
Pierre Robillart Avocat general
de la Cour des Aides do'
Bordeaux
,
qui de Marguerite
de RochealaisséMarieRobillart
femme de Georges Robillart
soncousin IlJu de germain.
Conseiller au Parlement de
Bordeaux, Georges Robdlart,
Ecuyer, si'"ur de Gemus troisiéme
fils de Gereau Robillart
& de Jeanne Gregoireau
épousa Catherine Royer , , il
en eut Georges Robillart , Ecuyer,Conseiller Secretaire
du Roy, Maison Couronne.
de France & de ses Finances,
qui le premier de sa famille efl;
venu s'établir a Paris, où il à,
épousé Motie Anne le Boeuf,
de laquelle il a Georges Robillard,
Conseillerau Parlement
de Bordeaux, marie avec Marie
Robillard sa cousine, isluë.
degermain;Nicolas Robillard,
Etudiant, âgé de ij#. ans
en 1716Geneviéve- Joseph-
Michel Robillard, femme de
M tEreGeoffroy de Mallevin,
Chevalier Seigneur de S. Simphorienen
Poitou ,Conseiller
au Parlement de Bordeaux, Se.
Marie Anne Robillard, qui
par son mariage avec M de
Serigny a donné lieuà cetarticle.
M. d'Hozier de Serigny,
quoique dans un âge p:u
avancé,amérité,par ses services
des marques de distinction
du feu Roy; & l'on peutdire
que rien ne luy manque pour
soûteniravec honneur la
grande réputation de Mcffieurs
d'Hozier.
M. Amelot de Chaillou,
Maistre des Requestes, fils de
M. Amelor, Maistre des Requestes,
& de Philberte de Barillon,
a épousé ces jours paffèz
Mademoiselle Bombarde,
fille de MBombarde, grand
Tresorier & Conseiller d'Etat
de Son AIrelfc Electorale
de Baviere. C'est un des plus
riches Partis qu'il y eut à ParisJ'ay
eu tant d'occasions
de vous parler de la famille
de Mrs Amelot & de Mrs de
Banllon, que je crois inutile
de vous en entretenir davantage
aujourd huy.
Article nouveau & cligne de
toute l'attention des Lecteurs.
Le 18. de ce mois les Comediens
Italiens de Son AlresseRoyale
Monseigneur le
Ducd'Or leans Regent, representeren,
pour la premiere
fois dans la Sallede 1 Opéra,
une Comedie Italienne intitulée
l'Heureusesurprise. Jamais
spectacle ne fut honoré d'une
plus belleAssemblée. Tous les
Princes & Princesses du Sang
s'y trouverent accompagnez
d'un grand nombre des premiers
Seigneurs du Royaume.
A cinq heures & un quart la
roile fut levée, & la Piece
commença. Malgré la bonne
opinion qu'on pouvoit avoir
deces Comediens,&dudiscernement
de ceux quis'etoient
mêlezde lesrassembler,
sur la foy des éloges qu'on leur.
donnoit en Italie, le Parterre
françois perperuel & impitoyable
ennemy dsesemausvaises
choies, ne le seroit contraint
pour rien au monde, à
les honorer,& à les accabler
d'appludissements
,
s'ilsn'avoient
esté en effet aussi bons
qu'ils sont; & tels en un mot
que tous ceux quiont l'avantage
de les bien entendre, ne
croyent pas qu'il y ait desormais
de parallele à faire. Pour
ceux qui ne les entendent pas
encore, & à qui il fera facile
d'apprendre l'Italien en peu de
leçons receuës de FembUblcs
Maitres,ils auront la satisfaction
, en attendant que leurs
oreilles & leur mémoire se familiarisent
avec ces fons étran.
gers ,
devoir dans toutes leurs,
Pieces un jeu continuel de
mouvements
,
d'attitudes &
d'actions si variéces, si justes,
& si naturelles, qu'elles les occuperonttoûjours
agréable..
ment, & leur faciliteront l'intelligence
des choses qu'ils representenr.
Le 20. ils joüerent
avec un succés encore plus favorablequecelui
qu'ilsavoient
eu le 18. la Comedie d'Arl,..
quinBouffon de Cour;&ilsont
tout lieud'esperer que le Public
contractera sans peine
l'habitude de les voir, tant
qu'ils s'y prendront comme
ils font pour luy plaire. On
dit que M. Octave va être aggrcgé
dans cette Troupe.Ala
bonne heure sicela cil, son
intelligence danscette Profession
parle assez pour luy. Le
Theâtre de l'Hôtel de Bour.
gogne qu'ilrétablit, & embellit
plus qu'il ne le fut jamais,
ne sera ouvert qu'après les
Fêtes.
Les Comédiens François de
leur côté après avoir feüilleté
le catalogue desPieces oubliées
sur leur Theâcre, firentenfin
vers le commencement de ce
mois, la trouvaille de la vieille
Princesse d'Elide, dont ils rassasierent
les spectateurs jusquesau
jour que les Iraliens
parurent pour la premiere fois.
Le lendemain ils servirent Astrate,
ancienneTragedie de M.
Quinaut, celebre à jamais par
ce bon mot de M.Boileau.
Sur tout l'Anneau,Royalmesemble
bien trouvée.
Cette Tragedie fut suivie
de la premiere representation
de laGuinguette de la Finance.
Tout ce qui peut donner du
relief à cette détestable Piece,
c'etf qu'elle e11 de la façon de
-
M. Dancourt.Je m'étois morfondu
sur son Verd galant
i qu'il me permette du moins
de m'éguayer à sa Guinguette.
Quelleextravagante envie
a-t-il eu dans son Prologue de
nous entretenir du courroux
de Jupiter, de sa foudre prête
à exterminer les coupables?
Qu'entend-il par si Venus ôc
ses Amours dont les graces
souverainesdétournent les redoutables
coups de ce Dieu
dans l'instant qu'il va lancer,
son tonnerre ? Quelle allasion
! Quelle pauvreté ! Passons
au corps de l'Ouvrage.
Invente t-il une Histoire pour
en faire le plan de sa Comedie
! Quelle miserable Fable!..
Mais, pardonnez moy ,
il ne
laisse pas d'y avoir du grand,
du magnifique
,
il y a même
un petit air de Cothurne. Il y a
des nombreuses& d'heureuses
reconnoissances
,
de belles sicuations,
de tendres embrassements,
& des genuflexions.
Ah mon pere! Ah ! ma fille!
Ah! ma femme!Tour cela ne
seroit-il pas des lambeaux de
plusieurs Pieces qu'il a pillées
ou reçûës de differens Auteurs,
& dont il voudroit dans cellecy
faire une espece de restitution
à leurs proprietaires. Mais
le plus beau,le voicy, Messieurs.
Il y a des moeurs!ffi-il
un plus rare sujet d'étonnement
pour tous ceux qui connoissentl'esprit
& les Ouvrages
de M. Dancourt. Du reste
son mérité à i7artil les divertissements
en font jolis. M. Moureten
acomposé la Musique,
c'est une preuve qu'elle est
bonne, r*j^3fnfo>"**rr\ ri"
- Ce qu'on peut ajoûter de
plus à la loüange des Comediens
François, qui ont vû les
Italiens,c'est que la jalousie ni
l'interêt,n'ont pas pû les empêcher
d'avoüer hautement
que ces derniers venus sont
d'excellents Acteurs. De cet
aveu que la force de la vérité
arrache de leur bouche ,peut
naître une noble émulation capable
de satisfaire un jour le
Public dans ces deux genres
de spettacles,& un succés à
peu prés égal, excitant la curiosité
des fpeéhteurs
, ne les
ramenera chez les François,
que charmez du mérite des
Italiens.
L'Opéra offre bien moins
de matiere à la critique , &
quelque droit quelle ait sur
tous lesOuvrages d'esprit,dans
lesquels la petite Comedie intitulée
la Guinguette de \a Fi-
, nance, n'aura jamais l'honneur
d'être comprise;elle trouve si
peu à mordre sur les Pieces
qu'on yrepresente,qu'elle aime
mieux garder le silence,
qu'outrer la censure. La Tragédied'Ajax
qu'on y jouë actuellement
,
dont les paroles,
font de M. Meneffon
, &.
la musique de M. Bertin, y
jouit tranquillement de l'honneur
de ses representations.
-m*'
SupplémentauxNouvelles.
V'"t -«**»-#•>*' <£•Wi 44-
,; On mande de Marseille,
qu'on y avoit appris par un
Vaisseau arrivé dans ce Port
venant de Messine, que le 11.
Avrille Mont Ethna avoit de
nouveau vomi une prodigicuse
quantité de flâmes ,& qu'il
yavoitplusde15joursqu'on
y entendoit des bruits soûterrains,&
qu'on étoit à Catane.
& dans les lieux circonvoisins
dans de continuelles appl chcnsions
de quelques funestes
tremblements de terre, donc
on avoit déja senti quelques legeres
secousses, mais qu'ils navoientcausé
aucun dommage;
que ces bruits soûterrains s'étoient
aussi fait entendre à plus
de trois mille le long delaCôte
ce qui faisoit craindre quelque
sinistreaccident;&qu'à 3.mil
de Melasso, sur le rivage de la
Mer,on avoitvûparoître dant pen- 3. joursde suite nnM<.nC.
cre marin d'une grandeur,hauteur
& de figure horribles, &
grosà proportion, étant fait à
peu prés comme un Cheval
&son hannissiment étant presque
semblable: il avoit deux
tetes,àchacune desquellesily
avoit une corne dans le milieu
du front;ses cornes étoient
courbées, & ses oreilles qui
étoient doubles à chaque têre,
étoientcomme celles d'unElephant
:il avoit six pieds, deux
devant, deux derriere
,
& un à
chaque flanc, ils étoient fendus
comme ceux des boeufs, son
liMrm»(I%ment étoit si horrible
àentendre
, que plusieurs personnes
pour l'avoir vû & entendu
de trop prés, en sont
mortes de frayeurs, Ce Monttre
sortoit de la Mer tous le*
joursà9. heures dumatin,& se
promenoir sur la terre le long
du rivage durant 4. heures,
après quoy il s'élarrçoic dans la
Mer avec une telle précipitation
,que l'endroit où il te jectoit
à la Mer,enbauillonnoit
encore un gros quart d'heure
aprèsL'apparition deceMonstre
,
joint à plusieurs autres de
différentes especes qui ont parus
depuis peu deteme, n. presage
pour le Royaume deSicile
que d'étranges&fonestes choses:
ce qui fait que les peuples
decertIsle sonttoûjours dans
de continuelles frayeurs.
Le 18. de ce mois M.le Marquis
Mari, EnvoyéExtraordinaire
de Genes,eûtsapremiere
audiance publique dcMadamc
& de Monsieur le Duc d'Orcaas.
Le 24. M. le Comte de
Spaar,Ambassadeur Extraordinaire
deSuede en France, fit
son Entrée publique en cette
Ville, suivant l'usageaccoûtuft~
c d;tnc ces ceremonies. Le
d"iiil où Ion est icy ôta à cette
Entrée cequ'elle eût pû avoir
de pluséclatant sans cette conjoncture.
Cependant les cinq
Carrosses deM.l'Ambassadeur
à 8. & à six chevaux
J
furent
ornez aussi magnifiquement
qu'ils pouvoient l'être. Il y
avoir 22. Gentilshommes de
sa suite, ses Pages, & plusieurs
de ses Dolestiques à cneval.
Il se rendit accompagne des
Carrosses du Roy, des Princes
& Princesses du Sang, à l'Hôtel
des Ambassadeurs dans
l'or dre accoûtumé.
Avis que VOUS Itrc^ e5-tl vous
plaist,sinon il ne vous plaira
pas.
Le sieurChevillard fils, soy
disant Gencalogiste & Historiographe
de France
,
& non
pas seulement Graveur ,comme
les envieux de ion merite
s'efforcent de le faire croire ) vient de donner au Public une
Carre contenant les noms .,.
surnoms, qualitez, Aïhïes &
Blasons de Meilleurs de la
Chambre de Justice : l'exJQ:itude
avec laquelle elle est finie,
#
peut la faireregarder comme
Une pièce achevée dans son
espece
,
les noms de Famille y
sont dans leur entier contre
l'ordinaire de ceux qui gravenc
ces sortes d'Ouvrages, sans
trop s'y entendre ; mais ce
qu'il y a de surprenant, c'est
que dans le nombre d'environ
trente
trente Armoiries qui rempliddent
cette Planche, il n'y en a
pasune seulequi ne foit selon
toutes les regles de l' Art Heraldique.
L'Auteur auroit
bien vouluépargner aux yeux
des Curieux, le de sagrément
d'y voir un peutrop de chevrons
; mais comme toutesles
pieces qui entrent dans le Bla-
•
son, ont été regardées depuis
l'origine de cette admirable
science,comme chosessacrées,
il n'auroit pû se dispenser de
les admettre,sans encourir la
censure des Maîtres de l'Arr IlestfilsdeM.Chevillard,Genealogistedu
Roy & Historio
graphe de France,qui demeure
prés Nôtre. Dame; & sa demeure
à luy est ruë du Petit-
Pont,Ch.,-z un Teinturier
,
à la
Ville de Lyon,de Dijon
, ou
de Riom
,
&c.
AVIS.
Il y a quelquefois autant
de peril à dire trop hardiment
la verité, quil y a de ballelIè
à luy fubHuuer des mensonges
Le silence rient le milieu
des deux: mais si j'eusse gardé
le secret dJns une chose de
importance de celle dont il
s'agit, le Public devroit me sçavoir
éternellement mauvais
gré dema discretion.J'ay par.
lé, j'ay dit la vérité:ce que j'ay
dit m'a attiré un nombre infini
de reproches & d'objections
ridicules, & c'til sur
moy qu'ont tombé les clameurs
dela moitié du monde.
Hé bien, Messieurs les incredules
je vous le répété encore
avec la même fermeté je vous
ay annoncé l'Eau de M. de
Villars comme le remede le
plus certain & le plus infaillible
qu'il y eut dans la nature,
sur la foy de cent témoins
irrecusables, gueris parluy
des maladiesles plus cruelles.
Er je croy avec ex petience:&
avec connoissance profonde,
que c'est se declarer l'ennemi
des hommes, que de n'oser
leur dire avec autant d'éclat
que de bonne foy que toutes
les raisonsdu monde doivent
les porter à ne pas mépriser
l'usage d'un Eau si falutairc.
Qu'ilsmecroyent maintenant
s'ils veulent, je les tiens pour
dûëment avertis Leur salut
crt en leurs mains. Qu'ils
profitent de l'avis.Amen.
APOSTILLE.
Les Mémoires Litteraires.
\knJronL quand il plaira à la
fortune. Tous lesesprits fenvblent
être à present pour ces
fortes d'ouvrages dans une létargie
inconcevable.
Cependant pluficurs Sçavants
Anonimes des Pays E-
-
trangers,m'ont fait l'honneur
de m'écrire, qu'ils avoientdes
Dissertations curieuses & instrudfc
ves dans plusieurs genles,
qu'ils ne me lesenvoïolent
point,parce qu'il ne leur coilvenoir
pasd'en payer les ports,
J? lesdispense de toute consideration
à cet égard ,& je les
p/ie de me les adresser sans se
mettre en peine d'affranchir,
leurs Lettres. Je leur en feiay
tous jours obligé.
J'auray la mêmeobligation
à ceux qui, instruits des Genealogies
des plus illustresFamilles
des Royaumes Etran,
gers, m'envoyeront ( comme
a fait depuis peu M. Roger
que je remercie ) les changements
qui se feront par Morts
ou par Mariages
,
dansces
grandes Maisonsdistinguées
W Europe, par les noms, emplois
& qualitez des Personnes
qui en sont. Pour le resteje
recommande l'affranchisseRéludeéblouissant,
suivid'une exploit ffUY"
veilleux de l'incomparable Chevalier Caiffant,
i
JRecfuefle original* 4 JVoffeiçneurs NojÇet^neurs
les Marpullters de l'Oeuvre du S.6 xremtnt
deS Sulpice, ib n Détail cuneux ( ou foit dfant tel ) de ce qui s'I{I
tajJÍ a VmcoQm, a*jujet d'un yietllard âgé
de cet quatVÊm ans, frc. 14
Neuve"esdeRtme, 43
De Vm'set si
De Rom*, 58
De Vtnife, ix
Relation ti, l'E»trée aVienne, de M. hCotpte
du Lue, Ambassadeurdt Frant* auprès de
l'Em',ep,ur
, 106
suiU dei.N'tu-vdlltjd.xuràdruo, III te Vienne, ijft,
D. T»ulont 13P
DI Barcelonet 140-
TDJePe>rp&Rian,°fes 143 ,14T
D'Arras, JT.
De Matfetlle, DeParS,IS1i51 Prefeffton de Foy de M. chevalier,célébré
AvocatduParlement, 771
Prologue d'un divertissement,chanté devant
-MIIafdfamJee dlaeprineeffe d'ELeus, le jour defit Y.D:S,. I8j
Les jonges. Cantate du même tuteur, 189
Diel,tation des biensdu Steur deS. Commis
employéaux BureauxduConseil des Guerres >
f. "ç
Vers Il Son eitqe Royale, Madame,sur fin
Alédad er, 1C4
fté1pon.fme al,mSn,sAUltesJseeRt,oiyalf'iradame, sur 2.06 ch nfon, 2.08
Chatii re dis Enigmes, eu VAuteur"parunexcès
d'étowdene a manqué de vous d're que la
ffïrituelle é. infortunée Lyonnoift. le
Zrospa,,, de la rué de la Potterie d'jirge
tun dtvtaélesEnigmes,
A PARIS, -1. M. DCCXVI.
AvecPrivilège du Rejy.
,
ME R'Gir-HE
< "i '* -. JLA"N :
.j
E:" Par le Sieur Le Fevre.
Mois
de May
1716.
Le prix est 30. sols relié en veau, 3c
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. Jollet, & J. LAMESLE,
au bouc du Pont Saint Michel,
ducôté du Marché-Neuf
au Livre Royal.
;..:.
Avtcjîfrêb*tiort;&PrivilegeduFoi
VANTque d'entrer
enmatiere
, permettez
moy,très fao-r® r? trés-éclai*rez Lecteurs, - de me congratuler un moment à part
(May, sur le merice de la gran
de & mirifique nouvelle que je
vais avoir la gloire de vous
')
conter. Soit fait ainsique
de raison.
Je me tiens donc en un
instant assez amplement felicité
, pour vous apprendre
sans plus de délay
,
quelque
chose de bien beau de l'illus
tre & merveilleux Chevalier
Caissant
)
seul & unique du
nom,s'il qui jadis eût l'honneur
d'arrêter sur luy les regards
du plus grand Roy du
monde, par la nouveauté resplendissante
d'unspectacleoriginal,
lor sque fierement mont£ DA. sur un des plus vigoureuxânes
de ce vaste & magnifique Empire
, aux oreilles duquel il
avoit adroitement substitué le
bois d'un vieux Cerf, il parut
dans la Cour ovalede Fontainebleau
sur ledit âne, harnaché
superbement comme luy,
&orné de rameaux verts & de
banderoles de papier frise &
peine aux Armes du Roy, avec
plusieurs devises engendrées
de sa seconde imaginative
)
&
chargez l'âne & luy d'une égale&
prodigieuse quantité de
petards & de fusées volantes,
qui firent, lorsque betbin en
fut,leur lumineux effet, à la
vûë& fous les croisées de l'Appartement
de ce grand Monarque.
Uduteur de la presente Histoire
se seroit biengardéde vous
faire unesi pompeuse & si longue
periode
,
de ce que vous venez
de lire, s'il n'avoit eu qu'un
sujet vulgaire à traiter; mais
pardonnez-luy si,étonné de la
singularité, entraînépar la
magnificence de la matiere, il na
pas été ajftz. maître de resister au
torrent deson éloquence, pourse
rendre meilleur menager de l'abondance
de ses expressions.Du,
reste sa memoire luy represente,
( Cm ce souvenir vient fort à
propos pour vous ) qu'il vtu^s a
suffisamment informé dans l'un
deses premiersJournaux, de l'admirable
avanture de cegrand âne
de l'illustreCaissant,& comme
quoy ce brave Chevalier & sa
noblemonturecoururent risque de
se brûlertouts vifs dans lefe/i
de l'artillerie dont ilss'étoient merveilleusement
farcis tous deux.
-Ainj'ipotir éviter les redites, dont
grace à lafaveur deson étoile il
est judicieusementl'irréconciliable
ennemy, il ne vous entretiendra
,,P-,,s plus des circonstances de l'avamureprecedente,
quesioncques
elle nefutarrivée
, pour fAUe,
avecsa legeretéaccoustumée
,
à
l'ombre de vôtre bienveillance, au
détail veritable de celle-cy.
, Voyez, Messieurs, les Babyloniens
du tems du fameux Sesostris,&
plusieurs siecles aprés
luy les Egyptiensquipassoient
avec justice pour les Peuples
du monde les plus polis & les
plus éclairez : après eux les
Grecs de Mycene ,
de Sparte,
d'Argos & d'Athenes
,
donc
les Legislateurs avoient puisé.
dans l'abîme de la sagesse des
Egyptiens, la sagesse de leur,
Gouvernement; ensuite les
Romains ces Vainqueurs du
monde, qui receurent des
Grecs cette ur banité si vantée
dans leurs écrits, après la décadence
de leur Empire les
Goths, les Germains,lesFrancs
& autres Nations qui ont
successivement jusques à nous
conservé leurs noms,aggrandi.
leurs Erats
,
& maintenu leur
Puissance ; avant disje, après,
& malgré tous ces gens là, il
ne fut
,
n'esr,&ne fera sur la
terre habitable
, un mortel
comme l'incomparable Griffant,
t,
Les uns celebrerent longtemps
des fêtes superbes en
l'honneur d'Isis & d'Osiris,les
Athéniens donnerent au Peupie1
des Spectacles de Ceste
de Lutte, de Combats d'animaux,
de Prix d'Eloquence
deCourse,en , unmot de Jeux
Olympiques
,
les Laccdemoniens
gencreux & incorruptibles
conservateurs des Loix
du sage Lycurgue, s'assembloient
dans la grande Place
de Sparte
,
où ils admiroicnt
l'amour, la vigueur & la constance
avec lesquels combattoient
à outrance les jeunes
filles & les jeunes hommes de,
leur Païs >
les Romains celebroient
superstitieusement
Orgies, Saturnales,Lupercales
, Baccanales
,
les Mysteres
de la bonne Déesse
,
& 3973.
autres Fcries tant bonnes que
mauvaises ausquelles souvent
outre le fang des Victimes
, étoit merveilleu sement répandu
defang humain. L'aneantissement
duPaganisme dé.
truisit ensuite peu à peu l'établissement
de ces Fêtes
, pour
la plûpart impudentes, ridicules
& sanglantes. On se contenta
(quoy qu'on l'eûtdéja
fait au paravant ) des representations
en Prose ou en
Vers, des plus belles actions
des Dieux ou des Héros,&
de lacensure des sotises
des hommes. Neanmoins
ces sages spectacles, quoyque
fondez, & en réputation
plusieurs siecles , avant le changement
de Culte,tomberent
par ledesordre des Guerres,
par les révolutions des Empires
,
& par l'ignorance des
Peuples
,
dans un oubli presque
universel
, ou tout au plus
degenererent en d'obscenes
&miserables farces, sansque
le retour de la politesse & lc'#
rétablissement des Arts parmi
les hommes, ayent pû au bout
de milou douze cens in»,
anéantir le déreglement& la
grossiereté de ces divertissemens.
Ce que je dis icy n'est
point un Paradoxe, je prends à
témoins de cette vérité tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
dans la France, qui est sans
contredit une Nation de l'Univers
des mieux regies & des
pluscivilisées. Cependant elle
metencore au nombre de fcs
premiers plaisirs,desrepresentations
de farces, & de quantité
de Comedies modernes
si triviales, que tout leur meri-
* te pour attirer la risée des
fp'Gcateurs, roule souvent sur
la saleté d'un équivoque, ou
sur l'effronterie d'une phrafc
impudente. L'Espagne& l'Italie,
me dira t'on, font les fécondes
meres de cesbons mots
que nous n'avons adoptez
,
que par la grande opinion que
nous avions de la delicatessede
ces Nations. Quelle raison
quelle autorité! mais évitons
les détails, & revenons s'il
vous plaît, à nôtre principal
objet.
-
Je confcns que toute cette
longue digression,que je supprimerois
peut être, si elle
n'étoit écrite
,
soit comptée
pourrien(quoyque jene l'ayc
pas fait absolument sans raison.
) Mais en même temps
je vous recommande ce que
vous allez lire. ,; Le premier de ce mois, jour
, de S. Philippes, Patron du Duc
Regent, le Chevalier Caissant
queje viens de mettre au. dejjtis
de toutce qu'ilya eu deplusbrillant
&de plus subtile au monde,
se presenta & fut introduit
,t au dîner du Roy,que sa Musiqueregaloitd'unconcert
d'instruments, où il ne manquoit
apparammcnc que des
voix pour la rendre parfaite.
Ce mortel extraordinaires'en
douta & subitement se jetta
au milieudesSymphonistes
couvert d'un habit de papier
très -
artistement chargé de
lfeurs, portant sur sonchefau
lieu de cha peau, un bonnet
d'osier en forme de pain de
sucre,auquel avec symmetrie
il avoit attaché avec unfil,
& par les pates,une douzaine
de petits oyseaux en vie de
toutes couleurs,alors sans se
mettre
mettre en peine si les doux.
acccns de sa voix, aussi melodieuse
que cette admirable
citroüille avec laquelleilavoit
autrefois inventé cet incomparable
instrument que ses
jaloux luy ont enlevé
,
si le
ramage de sesoyseaux
,
& si
la legereté de ses pas s'accordoient
avec la mufiquc qui
alloit toûjours son chemin,
il se mit à danfer & à chanter
de toutes ses forces, & avec
tant de courage, que le Roy
en fut si content que toute
l'assemblée pensa ( le respectà
part) en étouffer de rire. Voilà
meilieurs
, ce qu'on peut appeller
desfestes innocentes &
bien«concertées. Enfin aprés
avoir épuisé ses jambes& son
gosier,&tuédanscepénible
exercice, la plus grande partie
des oyseaux qu'il avoit pris le
foin de nicher sur le sommet
de son casque d'osier
,
il fit
son compliment au Roy
,
il
se recommanda à cescharitez,
il sortit de la salle
,
il traver sa
une prodigieuse foule de monde
,
descendit les escaliers au
milieu des cris d'allegresse de
ceux qui n'avoient pu le voir
dans les appartements, il se
jetta dans une chaise à porteurs.
qui l'attendoit, pour le mener
jusqu'à sonfiacrequi écoi(,àla
porte de la t" cour du Palais
des Tuilleries, par le moyen
duquel il fut transféré à bon
port au Palais Royal,oùd'abordileût
l'honneur de saluer
Madame. Tout ce que j'oserois
vous dire des qualitez éminentes
de cette auguste Princesse
,
seroit si fort audessous
des éloges que tout le monde
donne à ses ver tus, que je me
contenterayde vous apprendre
qu'elle receut le grand
Caissantavec bonté
,
qu'elle
«Ç;:ïcg#da pendant quelques
TOqnK'rus,f«Mre ses exercices
avecplaisir, qu'elle écouta ses
cuirions. ôç son compliment
ayeç i>Çjauco|up d'indulgence,
&,qu'end Elle l'écondu (î^y
avec des marques réelles de sa
generosité.
L'apresdînédumême jour
ÇaiffantseptcfentaauRegent,¡
&àMadame Duchesse de
Bcrry:il offrit à leurs Altesses
Royales ses services, c- ses
talents étonnantspourladanse&
pour lechant,& en fut reçu.
dune maniere qui le contenta
sifort qu'il alla aussitôt pu,
blier partout,la faveur d'un fr#
obligeant accüeil
,
il vint à
moy particulièrementcomme
à un fidele depositaire defpius
singuliersévenemens du monde
,& c'està cette confidence
(comme vous voyez Messieurs
) que je fuis redevable
de l'avantage glorieux que
j'aydevous faire part de cette
portion de la merveilleuse
Histoire de l'incomparable
Caissant.
Voicy une nouvelle piece
d'Eloquence qui marchera
sije ,- ne me trompe admirablement
à la fuite, de la grande
«
avanture qu'on vient delire.
R E U ESTE àNosseigneurs Nosseigncurs
les Marguilliers de
l'Oeuvre du S. Sacrement
de S. Sulpice.
MESSEIGNEURS,
Supplie trés-fortement Jean-
BaptisseRené,Bedeau Emerite
des Orphelines, ayant l'honneur
d'avoir le bonheur de servir l'Eglise
de S. Sulpice depuis huit ans,
avec distinction : Disantpoursesraisons
, que larobe de BedeauduS.
Sacrementse trouvant vacante é
parladémissionvolontaireouautrement
du fleur Brunet, il aproit
juste sujet
,
attendu ses loüabtes
fervices,d'efpererquevousvonàre^
bien le promouvoir à cette
dignité,dontilpromet de s'acquitteraussi
dignement que lafragilitéhumaine
peut le permettre.
Ce confideré, Messeigneurs,
ilplaise à vostre très-grande charité
d'enteriner la Requête dudit
Suppliant,lequel en vonfèquence
se croira obligé de prier & priera
en effet pour .14 prosperité &
santé de vos dignes Personnes é7
de vostre Oeuvre.
Pourquoy ne mettrois-je
pasàla fuire de cette Requeste
un certain détail curieux dont
OB,tl'a envoyé la copie, puisqu'il
seroit en effettrèseurieux,
s'il écoit un peu mieux
écrit; mais ilne luy manque
que cela le voicy.
DETAIL CURIEUX
Jecequis'efipaffédVincennes1
au sujetd'un Vieillard âgé
de cent quatorze ans, qui eut
l'honneur d'estre presenté aa
Roy Loüis XV. le 2,q.-
Septembre 1715.
Si jamais un nouveau Roy
sert
s'est attiré la curiosité de [orf.
Peuple,c'estsurtout celui qui
a paru pour la première fois
le Jeudy 12. Sepcembre'¡elJ.
dans la Capitale de la Monarchie
Françoise. Ce qu'il y a de
plus surptenant, c'est que
quoy qu'on ait eu l'honneur
de le voir souvent, on court
après luy avec autant d'ardeur
que jamais:les nouveaux charmes
qu'on découvre chaque
jour en sa personne Royale,
excitent une nouvelle curiosité
: le Chasteau de Vincennes
fut assiegé, sur tout les jours
•
de Festes, d'une foule innombrable
de peuple qui en rendoit
l'abord prelqu'inaccessible.
lrmile
grand concours Parmilegrandconcoursddee
monde qui s'y rendit Dimanche
-
dernier, il y parut un
Vieillardâgé decent quatoize
ans commencez, que ledesir
de voir Sa, Majesté y avoit attiré.
Il étoit accompagné de
son fils, âgé de la moitié de
son âge. Il fut d'abord con- ,
duit au Chasseau Royal, où
il eût l'honneur de faire la revcrencc
à Madame la Da.
chesse de Ventadour, qui
ordonna qu'on le fit dîner.
Il se rendit l'aprés-dînédans
la Sale desGardes, où,Il attendit
Sa Majesté, jusqu'à ce
qaElIç sortit pour atterra. la
promenade. Durant cet intervalle,
il sur environnéde
plusieurs per sonnes qui se promenoient
dans la Sale:jeme
trouvay de ce nombre.
Je fus surprisenl'abordant
de voir au travers de ses jouës
retressies, quoique peu ridées,
un visage presque aussi serein
que celui d'un jeune homme:
Sa reste montroit une chevelure
blanche, que sa caducité
avoit respectée ; il avoit avec
cela une contenanceassuree
sans la moindre infirmité de)
cellesqui suivent ordinairement
la décrepitude.Je luy
demanday,s'il avoic l'oüye.
bonne:il me répondit,jentens
foit bien quand on mé dit:
Tien, mais je fuis sourd quand
on me dit:Donne.Il fit un
petit éclat de rire, après rtTa
voir fait cette réponse Je luy
demanday s'il voyoit clair, il
me répondit qu'il ne se servoit
point de lunettes; sur quoy
une Dame fort chargéed'embonpoint
lui presenta sa main,
en le priant de luy dire si elle
l'avoitgrasse ou maigre:vois
l'avez fort doduë, luy dit-il
enriant
Aprés cela je questonnay
lé: Fils sur la manière de vivre
du Pere: 11 m'assura qu'il mangeoit
de fort bon appecit,qu'il
digeroit de même
,
dormoit
d'un profond sommeil, tenant
un verre de vin aussi ferme
qu'un jeune homme,raisonnant
fort bien sur toutes choses;
se souvenant de tout ce
qu'il avoit vû, fait ou dit depuis
son enfance. Comme
j'allais continuer à l'interroger,
les Gardes furent avertis
qitc Je Roy venoit: En effet;
un momentaprès Sa Majesté
forcic par laSale. LebonVieil.
lard serangea sur son passage;
$4a^anlc la Duchesse de Ventadoujr;
l'ayant apperçû, s'écria
fpfth^t*. Ah!voilà l'Hom-
«ne âgé de cent quatorze ans,
Avez vous vçu, le Roy?
8joûc$-i-;clle, ens'adreflam à
luymême: 001,\ Madame,
réponditil, mais je nay pas
osé m'enapprocher sans que
vousme sissier la grâce de oaa
presenter àluyAlors Madame
UDaîphefle dit sur le
mêmeton àSa Majesté, qui
:;D
marchoit devant clic, Sire,
voici un homme âgé de cents
quatorze ans, il merkevôtre
curiosité. Le Roy revire sur
ses pas aumême initant, tîn*
dis que le bon Homme s'avançoit
de son côté, soûtenu
par son Fils.
Sa Majesté voyant qu'il faisoit
sesefforts pour fléchir le
genoux devant Elle, luy donna
sa main à bâiser avec cette
grâce majestueule, qui accompagne
toutes ses actions: puis
le regardant d'un oeil plein de
bonté, Elle luy marqua une
tendre admiration pour sa
.vieillesse;,cependant elle continua
son chemin pouraller
monter-en carrosse, laissant le
bon-homme tout penetré
d'une joyc inexprimable.
Quel bonheur n'est ce pas
pourmoy,s'écriat-il,aumilieu
de Ces transports, d'avoir
cû l'avantage de voir les quatre
derniers Roys de France.
Je n'avois que neuf ans lorsque
Henry IV. mourut. Depuis
j'ay eû la satisfaction de
vivre fous le Regne de Louis
XIII. sous celuy de Loüis
XIV. Enfin j'ay la consolation
encore de voir le commencement
du Regne dc.
Loüis X V. qui met le comble
à mes contentements.Il
'ne' me reste aprés cela rien à
desirer au monde.
Fasse le Ciel que les jours du
jeune Roy se multiplient beaucoup
au- delà des miens: que
le cours de ses annéesfoittifsu
de toute sorte de bonheur
&de gloire; qu'enfin il termine
son illustre carriere
d'une maniereaussi glorieuse
que son Auguste«IMayeul ,
dont je n'oubliray jamais la
bonté avec laquelleilrecevoit
tous les ans le jour de S. Loüis,
le Bouquet que j'avois l'honneur
de luy presenter. La
grace qu'il m'a fait pcndanc
dix lins avant sa mort, de ms*
mettre au nombre de ses Pensionnaires,
demeurera éternellement
gravée dansmon ame.
Ah!plust à Dieu que je n'eusse
pas eû la douleur de survivre
à ce Monarque invincible.
C'est ainsi que ce bon Vieillard
exprimoit ses transports
au milieu de beaucoup de
gens qui étoient charmez de
l'entendre.
En sortant du Chasteau-il
suc entouré d'une si grande
foule de monde qu'il faillit
être écrasé
: il ne seroit jamais
arrivé au carrosse qui l'attendoit
sans le secours de qtFIques
Gardes qui l'y conduisirent,
mais avec bien de la
peine. Il s'en retourna à Paris
suivide mille personnes qui
crioient: voila le bon homme
âgéde cent quatorze ans qui
paffe.
J'eus la curiosité de l'aller
voir le lendemain à Paris dans
sa maison, afin de m'entreteniravec
luy paisiblement sur
ce qu'il y a de plus remarquable
dans sa vie.
Illnc dit entr'autreschoses
qu'il avoit travaillé de son
Métier de Sellier jusqu'à l'âge
decent cinq ans: que depuis
l'âge de cent six jusqu'à l'âge
de cent neuf, il étoit allé à
pied dans deux jours, unefois
chaque année, de Chasteaudun
à Versailles, pour y querir
sa Pension, faisant douze
lieuës par jour sans en estre incommodé.
Que son grand Pere étoit
mort à l'âge de cent douze
ans,& son Pere à l'âge decent
onze. Qu'il avoiteu dixensans
, cinq filles & cinq Carçons
, dont il ne luy restoit
que celuy qui demeuroit avec
luy, & celuy qui est établi à
Ver sailles, âgé de soixante&
dix ans: Qu'ilbûvoit encore
trois chopines de vin sans en
estre incommodé; ce qu'il
avoit fait le jourmême que je
luy parlay.
Que le Roy quelque temps
avant son decés, avoit accordé
une Loterie en sa faveur
qui devoit bientôt s'ouvrir.
LesSelliers de Paris l'avoient
adoptécette année pour leur
Doyen,le jour de la Fête de
saint Eloy, luy ayant donné
«" d'abord la premiere portion
de Pain- beny
; l'ayantensuite
Oé de dîner avec eux, tcfaÍtjnf
asséoir à table à la premiere
place,bûvant àsa santé
en le nommant le Doyen de
leur Corpsavec des acclamations
de joye. Qu'il eût l'honneur
de faire la révérencea.
Monseigneurje Duc d'Orleans
après la mort de Sa MajcRé':
que ce Prince l'accüeillitfort
gracieusement
,
l'asseurant de
sa pro-trâlon
,
jusqu'à la fin
de ses jours, luy promettant
d'ailleurs que sa pcnfion luy
ferolc continuée.
; Le bon Vieillard ayant fait;
sestreshumbles remercimens,
s'étoit retiré fort satisfait;mais
qu'il n, fut pas plûtost aktiyc
chez luy qu'une personne
vint de la part de Monseigneur
le Duc d'Orleans luyapporter
un present digne deSonAltesse
Royale.
On voit dans ce procedé
l'extrême. attention de cet
illustreRegent sur les besoins
des malheureux. Ilfaitconsister
sa felicité dans la communication
de ses bienfaits:mais
ne nous étendons pas d'avantage
sur cc sujet inépuisable.
f. Il ajoûta bien d'autres circonstances
de sa vie
,
qu'il seroit
trop long de içy* rapporter
Finissons donc ce détail,en
disant quelque chose des
moeurs de nostre Vieillard ;
elles font aussi pures que son
temperammcnt est fain. Il approche
tous les mois des saints
Mysteres pour expier les foiblesses
de l'humanité: Il entend
regulierement la Mette
chaque jour à genoux;en un
mot si sa mort répond à sa
vie, il peut se promettre de
finir heureusement sacourse.
On
Onnesera pas fâché sans doute
de voir la copie de l'extrait
baptistairedusieurPhilippes
Herbelot ,qui est le nomdu
Vieillard en question:la voicy
telle que jel'ay prise sur celle
qu'il avoit luy-même tirée de
l'Original.
ExtraitBaptistaire du Sieur
Philippes Herbelot.
¡, -~
;. Nous Prestre-Curéde DouleremChasteauvilliersauChêne
,
D.ocesede Toul en Lorraine, certifique
le premierJanvier1602.
a rfié baptiséPhilippes Herbelot,
FilsdeJeau Herbelot,~& Cotfl
tAnceJaccjtiemartfispere&mere^
le ParrainPhilippes le Petit, la
Afhrrdine ±ja Soeur,Damoiselle
suivante deMadame de Guyp.
Je soussigné, Curé de Dotde*
rentChasteauvilliers auChêne:
Certifie le present .ARe & Extrait
être conformeàson Original.
Rnjoy âequoy Nous avonsJtgné
le 10. Movembre iy 14. Bertau,
Curé à present de Doulerent-
Chaflt4U'TtiLJÙrs. au-Chêne.
NicolasCrespin,Juge~&Lieutenant
de Doulerent- Chasteauvilliers-
auChêne:Certifie à tous
ceux qu'il appartiendra
, que le
present CertificatduSieurBertau,
Curé, est veritable. En foy de
qucry Nous avons delivré le presint.
Signéle19. Novwnhrt
1714. Nicolas Crespin.
Il est à mon avis temps de
dire quelque chose des nouvellesétrangeres.
De Rome le 20. Mars 1716.
On a tenu une Congregation
de 15. Cardinaux sur les
secours que le Roy d'Espagne
a bien voulu accorder au Pape
contre les Turcs. Ces secours
consistent en 6. Vaisseaux de
Guerre, quatre Galeres, &
huitmille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie. Il a esté resolu
qu'on accepteroit seulement
les six Vaisseaux & les
quatre Galeres
,
& non les
huit mille hommes, pour ne
pas causer de jalousie à l'Empereur
dans la situation presente
des affaires. Le Courrier
qui avoit apporté de si agréables
nouvelles a esté renvoyé
par Sa Sainteté avec des Lettres
de remerciements & de
loüanges, & elle a fait donner
à ce Courrier cinquante écus
& un médaillon d'or. ##
Le Cardinal Orsini cft icy
de retour de la visite de son
Evêché de Porto. Ilatrouvé
lesEglises de ce Diocese tresmal
pourvûësd'ornements, &
d'habits Sacerdotaux;& comme
la plupart estoient fort
usez & même dechirez
,
illes
a fait brûler tous devant la
porte defdires Eglises, mais il
abandonne le revenu de cet
Evêché pour en acheter d'autres.
Ce Cardinal se dispose à
retourner à son Eglise de Benevent
,
où il veut être avant
la Semaine Sainte. Il n'est plus
question de saLegationàVienne,
l'Empereur ayant fait sçavoir
au Pape qu'il éroit plus
necessaire de penser serieusement
à luy envoyer des secours
réels & effectifs, qu'à
faire des dépenses pour une
pompeuse Legation.
Le nouvel Evêque de Volterra
fut consacré ces jours
passez par leCardinal Paulucci
qui le retint ensuite à dîner. Le
Comte Fede beau-frere de ce
Prelat & Ministre du Grand
Duc fut aussi de la partie. Au
commencement du repas le
Pape voulant faire honnêteté
à ceMinistre, envoya plusieurs,
plats de satable.
On dit que M. le Marquis
du BourgMinistre du Roy .de.
Sicile eû rappellé à Turin,&
que le Comte de Provana doit
venir ici en sa place; cependant
depuis peu de jours on a
publié&affichéencette Ville
des nouvelles censures contre
plusieurs Officiers & Ministres
de Sa MajestéSicilienne, &:
contre un grand nombre d'Ecclesiastiques
Seculiers & Reguliers
de Palerme, de Messine,
&deCatania.
M. Silvaaesté declaré Rotante
de Signature de Grace,&
comme cc Prelat est fort pau-
: vre,le Pape luy a accordé une
pension de 200. écus.
Le Prince Electoral de Baviere
a fait remettre iciàl'AbbéScarlati50
mille écus pour
les preparatifs necessaires à sa
venuë en cette Ville,qui fera ,
dit on ,
dans la semaine de la
PaflGon, pour pouvoir se trouver
aux fonctions de la SemaineSainte.
On prétend que
cc Prince visitera feulement le
Cardinal Doyen don*t il prendra
la gauche : on assure que la
chose a esté reglée de la sorte.
Le
Le nouveau Cardinal Spi.!.
nolaaesté obligé de fc Faite
mettre une jambe defer. Il ne
peut encore se soûtenitsur
ses pieds
,
& cela parce qu'il
n'a pas voulu durant les quarante
jours s'assujettit aux précautions
que demandent les
ruptures.
Le Cardinal Prioli perd chaque
jour de ses forces, & on
avppreihenedeb.eaucoup pour sa On continue au Palais les
Congregations militaires,on
y fait souvent intervenir !c
Chevalier Morosini qui est ici
(vdc la part de la Republique de
Venise pour solliciter du secours.
De Ityme le28. Mars 1716.
Il paroît qu'on est persuadé
de plus en plus que la Guerre
est inévitable entre l'Empereur
& la Porte. M. le Cardinal
de Scrottembach receut
avant hier un Courrier ou une
Stafette,&eût hier matin une
longue audiance du Pape. On
suppose qu'il donna des asseurances
encore plus grandes à
Sa Sainteté sur cette Guerre :
plus nous allons en avant,plus
nous en ferons éclaircis.
On dit que M.le ~Cosdjuteur
de Mayence seroit volontiers
Archevêque de Treves.
Le Marquis delBorgoest parci
pour retourner à Turin. Ila eu
audiance du Pape avant son
départ, on l'a vû partir d'ici
avec peine, & la verité est qu'il
s'y est comporté avec beaucoup
de sagesse & de prudence.
On ne sçait point au vray
ce qui se passe entre l'Empereur
& la Republique de Venise
,
car on n'entend parler que de
Courriers de Vienne à Venise
lt.de Venise à Vienne. ,
Le froid est ici plus grand
qu'a(t mois de Janvier, les
biens de la terre & les bestiaux
en souffrent du préjudice. L'Italie
n'a pas besoind'une seconde
touche, & il y a une espece
de famine dans plusieurs
endroits de l'Etat du Pape.
,
De Venise, le 18. Mars iyi6.
LeSenat a répondu aumemoire
que M. le Nonce a fait
presenter dernierement : cette
réponsecontienten substance
des grands remerciemens à Sa
Sainteté, pour tous les mouve
mens qu'elle se donne en saveur
dela République;& comme
M. le Nonce y avoitjoint
la demande des deux Viiffe*aux
pour eara: armez aux frais
du Pape, & que l'on luy a
répondu que l'on n'en avoic
aucun dont on pû se defaire,
ce Ministre en exécution de
lis ordres, est en traitéicy
avec quelques Marchands
pour en avoir deux des leurs,
pour joindre à ceux dont M.
le Commandeur Ferreti s«fi;
accommodé à Genes.
Il cil: arrivé ici Mardy un
courrier de Vienne au sujet
d'une difficulté sur l'expression
de certains termes plus forts à
inserer dans la ligue à conclure
avet l'Empereur contre les
Turcs. Le courrier a esté renvoyé
hier avec ordre à l'Ambassadeur
de la Republique dene
point s'arrester sur ces bagatelles,
& de faire inferer dans
le traité toutes les explications
qu'il jugera convenables. On,
prétend que par le même traité
le Sénat aùra la liberté de
prendre à son service & de recevoir
à (on secours telles
troupes qu'illuy plaira, sans
que l'Empereur en puisse
prendre de la jaloufic,.corn:.
me dans le mémoire de M. le
Nonce, ce Ministre donna
part des offresfaites àSa Sainteté
par le Royd'Espagne,en
faveur de la République; le
Senat jugea à proposde mettre
en délibération l'envoy d'un
Noble à Madrid, pour en remercier
le Roy Catholique;
& avant hier M. Rufini, neveu
du Provediteur de ce nom,
fut choisi pour passer en Espagne
sans caractère.
M. Emo ayant retiré les
troupes, le canon & les munitions
de Narcnta & de
Fortins,situez le long de la
riviere de cc nom, en a fait
fautes ensuite les Fortifica--
tioris,& les a abandonnez, &
aussi tost lesTurcsenontpris
possèssîon.
M. le Comte de Schulembourg
a trouvé les Fortifications
de Corfou en très-mauvais
état. Il foudroit quatre
mois pour les réparer. Il fait,
- détruire & applanir les deux
haureurs donc on a parlé, &
fait travailler à un recranche-
:
ment du costé de la Marine,
- pour s'opposer aux descentes.
M. Marcelle fut fait Dimanche
Procurateur de S.
Marc, moyennant vingt cinq
mille ducats:& demain onélevera
M. Cornaro à la même
d.
1 dignité.
On repare unouvrage couronné
ici qui couvre le Chastdeauédu
Llidoa, &bquirétoéit for.e, Legrandconvoypour Corfou
qui doit estre commandé
par MCorendau, est prest,
àmettre àla voile;ce Noble
va relever M. Pisani à Corfou.
L'on ne sçait point encore si
ce dernier a accepté la Charge
de Capitaine General.
De. Rome le 4. Avril 1716.
Ae Pape tint Lundy dernier
Consistoire, dans lequel
Sa Sainteté fit un beau Discours
sur la Guerre imminente
des Turcs, elle y parla des
diligences qu'elle avoit faites
auprés des Princes Catholiques
, pour avoir des secours
de Vaisseaux & de Galeres
,•
& s'expliquafort avantageusement
sur le sujet du Roy
d'Espagne,& avec beaucoup
de reconnoissance des secours
qu'il luy donnoit. Elle dit
<
qu'elle en attendoit aussi du
>
Roy de Portugal, qu'elle
comptoit sur les Vaisseaux
& Galeres de la Religionde
Malthe, surcelles du Grand
Duc,&parla aussi des siennes
& des Vaisseaux qu'elle a fait
noliser.Elle parla enfuitc de
la guerre contre lEmpereur
& la Porte, comme d'une
chose assurée, y donna parc
qu'elle accorde à ce Prince
hs décimes sur les biens de ses
sujetsEcclesiastiques de l'Empire&
qu'elle luy avoir permis
d'), Pl d'autres secours, même audessus
de ses forces:ajoûtant
quece Prince connoissantluymême
les besoins de s'opposer
aux progrés des Turcs
etoixassêz portez de luy même
àfaire des efforts pour les
arrester, &qu".ainsila destination
qu'elle avoit faitede M.
le
,
Cardinal desUrsinspour
luy representer lesbesoins de
la Chrétienté,devenant intitile
,il étoit juste de luy permettre
de retourner à foiv
Diosece: & fit sur cela l'éloge
de ce Cardinal qui étoit
present dans le Consistoire,
le louantsur son zele
,
sa-ru..
: bordination, & sa promptitude
à suivre les intentions de )
Sa Sainteté, dés qu'elle les luy•
avoit fait sçavoir nonobstant
ses infirmiez.Il est cçpencftfic
fort à craindre que tous ces
secoursne soient pas tous en
état pour venir à temps. On
fait aussi réparer quelques Fortifications
à Ancone
)
& on
armequelques petitsBâtimens
dans le Golfe Adriatique,
pour se preserver des Cor faires
: le Prince Electoral de
Baviere arriva hier en cette
Ville.
On ne sçait si le Pape pourra
passer au Vatican pour y faire
les fonctions de la Semaine
Sainte &deParques comme à
l'ordinaire, Sa Saintetéayant estunpeu'indisposée.
Antre Extrait de Nouvelles
de Rome du 4. Avril.
Il y eûtConsistoire Lundy
dernier, le Pape y dcclara limposition
des décimés sur tous
lesEcclesiastiques d'Italie, à
l'exception des Cardinaux. Sa
Sainteté declaraaussi la volonté
où elle étoit de donner à
l'Empereur un subside de
JOOOOO. florinspour aider ce
Prince à faire la guerre au, Turc. Ce sont les Or dinaires
des lieux qui doivent efïre
chargez du recouvrementdes
decimes.
De Rome le JO. Avril1716.
Quoyque Sa Sainteté ait
esté un peu incommodée ces
jours passez de ses jambes qui
ne fluent point à l'ordinaire,
elle voulut toutefois assister à
laChapelleDimanche dernier;
mais aprés y avoir fait la benedection
& distribution des
Palmes, elle se retira dans son
appartement.
> Le Prince Electoral de Ba.
vierc arriva sur la fin de la
semaine passée. Quantité de
pilonnes de diftînülon surent&
envoyerenc des Gentilhommes
au devant deluy
, dansdescàrofles afix chevaux.
Son Altesse avoit à sa suire
douze perfonncs à cheval, elle
fut descendre chezFAbbe
Scarlati son MlniGrc"où elle
est logée, elle y receut aussitost
des complimens de la parc
de Sa Sainteté, qui luy envoya
immédiatement après un present
decomertibles.
Ce Prince futàlaChapelle
, le
le jour des Rameaux"où il prit:
la Palme des mains de Sa Saintetéquilaluy
donnaen riant,
ensuite il en reccut une atxrc.
chez luy beaucoup mieux travaillée.
Le mêmejourapres-dîné
M. Don Charles Albani fut,
visiterce Prince, & le mena a/
la promenade dans soncarosse
dehors la Porte du Peuple)
commecela avoit esté prémédité;
il y trouva quantité de
Seigneurs & des Dames de
grande difilnébon.
Lundymatin Son Altfrte
fut Caluer Sa Saintetéqui luy.
nt un très bon accueil
,
luy
ayant temoigné beaucoup de
tendresse&d'affc<5bion
, ce
Prince fut voir enfuice le Cardinal
Albani,& le foir la Si-
- gnora Dona Teresa
,
femme
du Seigneur Don Charles chez , , qui il y cûr un très beau
concert, après lequel on sersvit
une magnifique collation.
En conlequence du céremonial
dont on étoir convenu
le Prince Electoral, fut visiter
les Cardinaux Chefs-d'Ordres
fçivoirAcciaioli, Panciatici,
& PamphlHJils le receurent en
limaric&par le grand escalier.
L'Ambassade se faisoit;
au nom de l'Abbé Scarlati
Ministre de ce Prince, qui die
que plusieurs Gentilhomifles
de distinction Etrangers, par.
milesquelsle Prince étoit fous
le nom du Comte de Draunis,
fouhaitoient avoir l'honneur
de saluer leurs Excellences.
Mardy matin Son Altesse
accompagnée de cinq Seigneurs
des plus qualifiez
s
fut
voir la belle maison de Fuca..
li
,
d'où il revint le foir du
même jour.
Mercredy SaSainteté malgré
les opposïtions de sen
Medecin, voulut se tranfporter
au Vatican pour y faire
plus commodcmentJes fonctions
de la Semaine Sainte. La
faison estneanmoins extraordinaire
& rigoureuse à cause
des neiges qui font tombées.
depuis peu aux environs de
Rome, qui produisent un
froid vif & beaucoup de maladies.
Les Hôpitaux de cette.
Ville sont remplis des pauvres
Paysans, il en meurt jusques i5.& 30. par jour.
Lundy matin on embar-,
qua pour Civitavechia 100.
hpnimes de nouvelle levée,r
quelques uns néanmoins de-»
ferterent avec leur habit avant:•
l'embarquement.
Plusieurs Bastiments de ¡Jo¡¡..
bariecommencent déja à faire,,
des incursions sur les Plages de
cet Etat, celaa obligé Sa Sain-,
tetc a ordonner qu'on armât
inccflamment deux de ses Galères
pour les envoyer en
courte le longdescoûes..
Dernièrement les gens de;
M. Molinés maltraitèrent à.
coups de bâtons un certain
Tailleur,on en fit beaucoup
de bruit au Palais, ce qui obligea
M.. Molinésà.congédier,
ceux de ses gens qui ont eu
part à cette action,&à les envoyeravec
escorte à Longon.
Le General & le Procureur
général des RR. PP. Minimes
auront leur place dans la Chapelle
du Pape oùils, doivent
prêcher le fécond jour de Pâques
: c'estleCardinal Albani
Protecteur de leur Couvent
en cette Ville, qui lcur a obtenu
cette grâcede Sa Saintete.
Une femme eût le courage
il y a quelques jours de tuer en
public un Voiturier qui l'infuîtoit
& de luy donner 17.
coups decoûteaux.
Le Connétable Colonne a
fait present au Prince de Baviere
de deux chevaux dem*-,
nege d'une grande beauté. Le
Chevalier Morosini luy a envoyé
pareillement un trèsbeau
present.
Le Pape quoyqu'un peu incommodé
n'a pas laîssé de faite
les fonctions du Dimanche
desRameaux & duJeudySainr.
Le Prince EIeé\:oraI de Baviere
y a affiflé regulierement.
Le Courrier que le Pape
avoit expedié en Portugal,
pour y demander des secours
de Vaisseaux.,eLt enfin arrivé
aujourd'huy avec les memeures
reponses du monde.
c*
9 DeV'nifileil.AwL
L'on attend ici avec impatience
le retour du Courrier;
qui fut renvoyéàVienne il y
a 9. ou 10. jours , pour sçavoir
si l'Ambassadeur de laRépublique
aura pû reiiflîr à conclure
avec les Ministres do
l'Empereur la Ligue contre les.
Turcs, on doute toujours des
dispositions de ce Prinoe,ÔC
Qjn,estpersuadé qu'il neronir.
pra
pra point avec la Porte-, si,lesh
Turcs ne commencent les pre-*
miers quelques hostilitez con-
, tre laHongrie. On croir qu'en
attendant qu'ils le fassent
l'Empereur fera naître , de tems
entemsdes difficultés pour retarder
la conclusion de cette
Ligue. On a même eeu qu'il
s'en preparoit des nouvelles
pour les plaintesqu'il forme
contrelaCour de Rome.colnme
si le Pape avoit intention
de rappeller les Espagnols en
Iralie
,
& d'y faire naître des
nouveautez. Comme l'Empereur
,à ce qu'on dit, donne occanon
à de pareils fou bçons,
( il craint effectivement qu'on
ne les mette à execution. rj}
Le Senat n'a point répondu
au'Memoire de M. le Nonce,
dans lequel ce Ministre insinuoit
qu'il étoit à propos que
la Republique fit demander au
Roy le passage pour les Troupes
qu'elle fait lever dans la
Comté d'Avignon.
J Il est arrivé ici deVerorie
les 1200. hommes qui y
croient venus d'Allemagne,
on les a déja embarquez sur
des Bastiments pour les faire
-
paffer en Dalmatic. On en attend
encore un pareil nombre
à Vérone
, & on les envoyera
dans la même Province,d'où
l'on écrit que quoyque Nlje
General Erno eue abandonné
Narenta
, & se fut retiré en
deçà de la Cetigne
,
il avoit ce- pendant confervé les F°t:ts
Norin & Opus, qui peuvent
être fecoutus par Mer, mais
dont l'air est si mauvais que dés la derniere Guerre on a de.
libcré fort longtempssi l'on
démoliroit ce dernier. M. le
Nonce a conclu ici Samedi Traité un pour le nosisement
d'un Bâtiment de 50. pieces de
Canon que le Pape veut armer
en guerre. On travaille
a le mettre en étatd'être lancé
à l'eau.
,La Republique fait traiter
chez les Grisons pour une levée
de 2000 hommes. M.
Puenti son Resident luy fait
çfpererd'ypouvoir réussir.
On a imposé une Taxe de
la dixiéme partie du loyer des
maisons sur tout l'Etat
, en
pure perte pour les locataires,
ce qui fait murmurer lePeuple
quifc voit par là prcfque seul
chargéD de cette Taxe.
»t
De Naples le 31. Mars -j\cS
Nous a pprenons queles
Turcs ont fait leur Place d'armes
à la Valona, qui n'est qu'à
60000. d'Otrante, ducôtéde
la Morée, & quiregarde presque
Corfou,& qu'ils ontenvoyé
dix mille hommes pour
applanir les chemins & pouvoir
y conduire le Canon plus
aisément ; ainsitous ces prcparatifs
font presumer qu'au
premier jour nous apprendrons
l'attaque deCorfou.
Du côtéde laDalmatie le
Seraskier a fait un Corps de
Troupes, &a marché à Gabella
qu'il a emportéed'atout
furSe champ. Il y a pensé furprendre
le Proveditcur géné- ral des Vénitiens qui a bien eu
delà peine à se sauver. Ils ont
pris encore une petite Place
qui n'efl: d'aucune consideration
La prise de Gabella leur
ouvre le partage pour aller attaquer
Terra Nouova quiest
la meilleure Place que les Vénitiens
ayent dans la Dalmatie..
Les Algériens commencent
à courir ces Mers; il yen
avoit un ces jours passez à la
vue du Golse de Naples, ila
été a bord d'un Bâtiment:
François duquel il s'est fait
montrer le passeport & lcl¡x.. ;
peditions du Bureau des Classes,&
a dit au Patron qu'il
[Gavair qu'il y avoit plusieurs
Génois& autres Etrangers qui
navigeoiem avec le Pavillon
de France,sans être François ,
& qu'il esperoit d'en prendre
quelques uns.
DeRome,le18.Avril1716.
Quoyque le Pape eut beaucoup
de peine le Jeudy Saint
afaire toutes les fonctions&
ceremonies de l'Eglise, étant
fort incommodé de ses jambes
'qui jetterent tant de matiere
ce jour-là que Ces bas en
estoient percez,il voulut néanmoins
chanter la Messele jour
de Parques dans S. Pierre, &
donner ensuite à tout le peuple
la benediction du haut
de laTribune, qui est au-dessus
du vestibule de cette Basi,
lique.
Le Prince Electoral de Bavière
assista à ces deux fonctions;
& afinqu'il pût voir
plus commodement les ceremonies
de la Messe, on avoh
eu le soin de luy préparer un 4
endroit élevé, contigu à la
Chapelle: ce Prince a
doi^pe
de grandes marques de pieté
& de devotion dans le cours de
la Semaine Sainte & de cellecy;
il a communié à la ParoHfe..
où il a laissé soixante écus
pour estredistribuez auxpauvres
honteux; a près avoir porté
le Dais à la Procession du
S. Sacrement dans l'Eglise de
l'Ara Celioùil donna encore
une bonne somme d'argent
Il fut à pied visiter trente trois
Eglises. Mr Don Charles AI.
bani luy a fait un present de
comestibles;il y avoit trente
bassins remplis de toute forte
deBonnes choses:le Prince de
Caserra luy en a fait un fcmblable.
Les deux Galeres dont le
Pape avoit ordonné l'armémenr,
sont sorties du Port de
Civita-Vechia, pour donner
la chasseauxBâtimens Barbaresques
qui commençoient à
inquieter la coste.
Par un Bref fort ample le
Pape a remercié la République
de Gencs des deux Galeres
qu'elle luy a accordées pour les
Vénitiens
.1
LePrince Electoral de Bavière
fut pour visites les Cardinaux
de la Tremoille &
Aquaviva; mais leurs Eminan.
ces ne voulurent point recevoir
sa visite, apparemment
pourluy caufer moins d'incommodité.
-
Mercredyaufoirle Marquis
Gabrieli donna une très belle
seste à ce Prince dans son Palais:
rien n'étoit plus superbe
que l'appartement où S. A. fut
reçue aussi-bien que la collation
qui fut servie. Ce Prince
a témoigné d'y avoir eu toute
la satisfactionpossible,presquetoute
la Noblesse Romai-
, ne s'eil trouvée à cette feste,
quiàcequ'onprétend ,acoû- télixmilleécus.
Le Cardinal Ottoboni
vouloit aussi luy en donner
une; il avoit en cette vûë fait
faire quelques preparatif,mais
on les a discontinuez à cause,
dit on, que son A. ne l'a point
visité. comme, elle le souhaitoit.
Ce Prince devoitincessamment
partir pour Naples, mais ilnepartira, àce qu'on prétend
,
qu'à la fin de ce mois,
fous prétexte que l'air de Rameluyestsalutairecependant
,
il prend le lait d'asnesse tous les ,
matins
Le Lundy de Pâques a^rés
la Chapelle,quelques CarTJinaux
tinrent une Congregation
particulière, ce fut,àce
que l'on croit, sur l'affaire des
Vaisseaux demandez au Roy
de Portugal. OnassurequeSa
Majesté a fait réponfc qu'elle
ne pouvoir en envoyer, en
estanc elle mêmedépourvûë,
mais qu'elle en noli seroit des
Hollandois.
Le Prince Electoral de Bavière
à l'occasion de la visice
qu'ilfit au Cardinal Doyen,
pria son Eminence de vouloir
bien l'excuser envers le sacré
College, de ce qu'ilne pouvdit2
à cause du peu de temps
qu'illuy restoit, aller en personne
l'assûrer de ses civilitez;
ce Cardinal le fit
,
& envoya
aussi-tôt chez tous les Cardinaux
leur donner parc des
sentimens deS. A. que chacun
d'eux jugea à propos d'envoyer
remercierpar l'entrémise
dumême Cardinal
Doyen, ce qui a estéexecuté deJaforte.-s
Mardy dernierece Prince fut
voir le Palais de Montées*.»
vallo, en sortant ilfit donner
centLoüis d'or pour étrenes au
Concierge.
Le Pape fait, dit-on, enrichir
de diamants & d'autres
pierresprécieuses un de ses
Portraits, pour en faire pre-
Cene à ce Prince.
Le Connestable Colonna l'a
- été voir. On a remarqué que
cette visite a estédifférente de
toutes les autres que S. A. a remues:
en effet le Connestable a
elle introduit seul, au lieu que
les autres qui ont fait la même
honnesteté à ce Prince, ont
qfié admis plusieursà la fois
& avec quelque forte de confusion
& de desordre.
«
CeVenise.- le 18. *4vril1716.
On attend icy avec impatience
l'arrivée d'un courrier
de Vienne, pour sçavoirsi la
ligue contre les Turcs aura
esié enfin concluë. On pourroit
en douter sur ce que cette
Cour dépêchale 2 1. un COUN
rier à Constantinople,ausujet,
dit on, de quelques propositions
d'accommodement, en
vertu duquelles chofcs resteront
ront en fufpcns entre la Republique&
la Porte; & l'on
croit que les Ministres de l£m- l,
pereur,avant que de prendre.
l'engagement avec les Venitiens,
voudront attendre le retour
de ce dernier
-
courrier;
-
quoy qu'il en soit, il paroît
toûjours de plus en plus que
ce Prince veuttirer de tresgrands
avantages des secours
qu'il leur fait esperer, & qu'il
ne rompra avec laPotte,qu'-
en cas que les Turcs soient les
premiers à l'attaqueren Hongrie.
M. Charles Pisani, frere
du nouveau Gcn.ral,& qui
estactuellementConseiller du
Doge, doit demander la semaine
prochaine de renoncer
à £etre Charge, pour remplir
celle de Lieutenant General de
M. son frere. Celuy-cy entend
>
assez bien la Marine dont le
Capitaine General n'a aucune
connoissance
,
n'ayantjamais
monté aucun vaisseau que
comme passager,cependant
M. le General Delphinoest
arrivéicy.
IJ ya quelques avis secrets
qu'il aesté mis aux arrests,
ce qu'il ya de certain, c'cflh
qu'a&uellcnKnt on lit chaque
semaine les informations drci-,
fées contre luy pour luy, faire
son procès. Il est arrivé fiicr
encore 1200. hommes*dc
troupes d'Allemagne que l'on'
afaitaussi tôt embarquer sur
un convoy preparé pour le
Levant. Il y a eu en cette occasion
quelques émeutes, sur ce
que les troupes vouloient que
suivant l'usage, l'onleur payât
les deuxmois d'avance.
Deux Tartanes arrivées icy
en courte, ont sur pris le 11.
du mois dernier un BârimenC
François, & luy ont enlevé
son passeport & quelques
bâles.On en a fait des plaintes,&
on ne doute pas que les
Commandans de ces Tarranes
nesoient punis comme ils le.
meritent.
Hier, au soir le courrier
qu'onattendoit de Vienne est
enfin arrivéavec l'agréable
nouvelle, que les articles de
U ligue contre les Turcs,
avoient esté signez le lundy de
Pasques, mais on ignore en- -
core sil'on est convenu que
l'Empereur commenceroit incessamment
les actesd'hostilu&-
*
De Rome le 2 5. Avril17 * *
Le froid & la secheresseï continuent toûjours en ces
quartiers étant d'un grand
préjudice aux biens de laterre
le Pape a ordonné des prieres
pour la pluyCé
Il est arrivéicyunCourrier
depêché par M. l'Internonce
à Bruxelles, on ne sçait point,
levray motif decette expedition
; mais plusieurs veulent
que ce soit pour donner avis.
qu'on avoit découvert en ce
Païs-là que la Porte Ottomane,
étoit dans le dessein d'agir CCN
te Campagne avec son Armée
Natale
contre letac Ecclesiastique
; d'autres prétendent
que ce pourroit être encore
sur l'intention où les Anglois
& les Hollandois peuvent être
aussi de faire quelque tentative
sur l'Etat de l'Eglise.
Dans cette apprehension
onordonne ici à tous les Oscî
ciers qui doivent aller garder
les costes, de partir incessamment
pour se rendre à leurs
postes, & l'on a envoyéàCivitavechia400.
juste-aucorps
pour habiller leséquipages des •
«
'\C'J
Bâtiments qu'on doit armer
dans ce Port.
Le Prince Electoral de
ha..,
vierea estévisiter Madame"h
Connétable ~Colona. M. le,
Connétable son filS'S'cfi trouvé
à cette visite.Ilfit voir le
Palais à Son Altessequi consideraavecplaisir
la belle Galerie
de cette maison.
M. Bianchini par ordre de
Sa Sainteté accompagne ce
Prince par tout , & luy fait
voir les Antiquitez de Rome
les plus remarquables.
Ilaesté au Capitole
,
les
Conservateurs s'y trouverent
fjc jour- là ,&eurent permission
du Pape de luy donner
«.urfc magnifiquecollation,ila
esté aussi à Ossiavoir lesSalines
1
ensuite à lachasse à Decima,
il montoit un des chevaux
dont le Connétable luy a saic
prefenr.
- :
V1
Un Courrier dépêché par
M. leNonceàVienne,aporté
ici la nouvelle de la conclusion
de la Ligue entre l'Em*
pereur& lesVenitiens.
Le Tribunal de la Rote a
finalement choisi, examiné&
approuvé l'Avocat Lanfredini
pour remplir leposte d'Audi- -
teur
teur qui etoit vacant. 1
Le jour de la Feste queLiC
Marquis Gabricly donnatau
Prince Ele<Storal de Bavierle
Maître de Chambre du Cardinal
Pico de la Mirandole.se
presenta pour entrer dans l'appartement;
mais il fut repoussé
avec insolence par les domestiques
de la maison. Son Eminence
offensée en la personne
de son Gentilhomme, a voulu
en avoir satisfction, le Marquis
Gabriely fut pour luifaire
ses excuses& se disculper;mais
elle ne le receut pas cette fois;
cependmLaprés avoir renyoye
quatre de lesDomestiques,&
avoir fait prier ceCar- ~~) de vouloir bien l'enten- des sa priere fut enfin écoutée
, & il fit ses excuses ; mais
illuy fallut encore en aller
faire autant au Maître de
Chambre qui avoitreceul'in.
jure.
M. Farseti est arrivé ici de
son Gouvernement,il a fait
des offres considerables pour
un des plus grands emploisde
la Chambre. Iln'estpasleseul
qui aspire à cesCharges,caril
y a beaucoup de Prelats qui
offrent aussî de grandes fontmes
pour enavoir.
M. Dominiqued'AsteayaAc'»
eu quelques paroles aveepm
Gentilhomme Napolitainde
la Maison d'Entico
,
celui-ci»"'
voulut le voir l'épée à la main
mais l'affaire ayant éclaté, ils
ont eu ordre du Gouverneur
de ne point sortir fous peine
de dix mille écus d'amende.
Le Prince Ekûorai de Baviere
a esté à des parties de
plaisirs qui se font faites dans
lesmaisonsStrozzi & Rofpi-•
gliofi ; le Prince Odescalchi a
gagné au Prince Electoral en
cette occasion une grosse fomnf;
d'argent,aussi bien qu'à
^pfufieurs Seigneurs dela suite dkA. ensaenvoyé plusieurs Bri- de Sbirresvers la Montagne
de Viterbe pour donner
la chiffe à des bandits qui
ont paru de ce côté là.
.De Venise le 25. Avril1716.
On a toûjours lieu de douter
que l'écrie figné à Vienne
avec les Ministres de l'Empereur&
l'Ambassadeur de Venife
nesoit unsimple projet
d'alliance contre les Turcs,
dont le Traité ne fera lignefejj
exccuté qu'au retour duCou
rier depeché par ce Pririçà^
Constantinople, suivantles
ponses qu'il recevra de laPort^ )
par M.Flecchement sonResident;
quoyqu'il en soit, cet
Ecrit a esté figné par le Doge
même Samedy dernier, & envoyé
ensuite à Rome pour y
être pareillement signé par le
Papecomme garant des engagements
de la Republique.
Le même jourSamedy le Senat
dépêcha deux Courriers, l'un
par Rome & Qttante à M. Pisanià
Corsou,pour luy donnfcr
part de cette bonne nou- ^vjille
,
& l'autre à Vienne avec
uïiwLettre contenant des ex-
Pteions tres-reconnoissantes
c
tr*eJ~s~-oblibgl.eances. l, à Empercur
i de ce que ce Prince venoit
d'avoir la bonté de faire
en faveur de la Republique.
-
Le General de Schulembourg
ayant trouvé le roc vif
en voulant détruire la Montagne
d'Abraham,ficuée audevant
du Château de Corfou,
a changé de dessein, & au lieu
de continuer à abaisser cette
hauteur qui auroit demandé
trop de temps à applanir, il a
jugé à proposie nouveàu cfv
faire d'autres fortifications,
de reparer ce qu'il avoitjfâr fait. Cômjne cette Place c~~t
plus importante & la plus cxposée,
on travaille icy à yenvoyer
tous les secours que l'on
peut rassembler. On prépare
un assezgrand convoy pour
l'y faire passer, lequel fera cfcorté
de six Vaisseaux de
guerre; sçavoir, la Valeur, la
Rore, le S. Paul, l'Annonciation,
le Crucifix & la Mado:
na de l' Arcenal, ce dernier cj1
tout neuf, & n'est pas encore
aAcuellemenc^hevéj cepen-
.vrfi'nt il est certain que tant sur
plesJl^uIottses qu'à Corfou)iln'y' de dix à douze mille
^b^înmes de troupes reglées,
dontmême il en meurt
quantité tous les jours par
les maladies qui se font répanduës
parmi elles : les Vaisseaux
& les Galeresne sont
pas mieux armez en Chiourmes
& en Matelots, & il y a
lieu d'apprehender de fâcheux
évenemens dans la Campagne
prochaine.
On sçait que les Turcs la
veulent commencer de bonne
heure, & qu'ils font mêmV^
travailler à un chemin dans I"
Bossinie, pour y faire pi,,,-r
leurs troupes: leur flotte SF4
aussi superieure à celle de'I~
Republique, qui, quelque1
chose qu'on puissedire,ne fera
composée tout au plus, y
compris les Alliez, que de
15. Vaisseaux &autant de Galeres,
& trois ou quatre Galeasses:
l'ontravailleaussi fortement
à mettre quelques Corvertes
fabriquées nouvellementen
état de mettreà lavoile
, pour pouvoir donner la
chasseaux Dulcignotes,&s'op*
firaux courses des Cor- cs. E L A T I O - N
k^^fdel'Entrée à VÙnne de Male
Comte du Luc
9
jémbajptdeur
deFranceauprès de fEfnpereur.
Le Dimanche ig. du moisd'Avril
M. l'Ambadadsur fc
rendit à deux heures après
midy aux Minimes du Fauxbourgde
Vienne,appellé le
Fauxbourgde la Favorire. Dés
qu'iiy fut arrivéilyreceur les
complimens du Cardinal de
Saxe, duNonce ôc de l'Ambassadeur
de VzniCc
,
qui cr}
voyerent chacun quatre
leurs Gentilshommes poulie
complimenter. Le Grand ~i~
1 réchalde la Cour vint entfuircr'
luy faire les compliments de
l'Empereur, rAmbaffadeur
luy donna la main; & quand
les Carrosses curent pris leur
rang, ils entrèrent enfemblc
dans celuy de l'Empereur.
L'Ambâuadeur seul dans le
fond
,
& le Grand Maréchal
seul sur le devant. La marche
sefit en cet ordre: lesCarrosses
des Ministres
,
des Con.
seillersd'Etat & des Chambelans
au nombre de soixantesix:
le secondCarrosse de l'Emg^
eur où étoit le Secretaire
del'Ambassade
,
deux Suisses
rùe Son Excellence à cheval,
suivis de trente Valets depied
de sa livrée : le premier Carrosse
de l'Empereur : le Majordome
de l'Ambassadeur à
cheval, ses deuxEcuyers &
dix Pages aussi à cheval
, ces
derniers vêtus de velours cramoisi
avec une broderie d'or
encartisane sur toutes les coutures
des noeuds d'épaule trcsriches&
des veHes à fonds
d'or fous l'habit : quatre Palefreniers
à cheval,& enfin le uj
cond ,letroisiéme
,
& le quav:
tnétne Carrosse de lAm
fadeur qui fermoient la mat-^
che & étoient entourez càcun
de deux Palefreniers à
pied :on se rendit en cetordre
par différentes ruës au Palais
de l'Ambassadeur
,
où il
descendit avec le grand Maréchal,
à qui il donna la rfiain
chez luy
,
& qu'il reconduisit
jusqu'à la portiere du Carrosse
de Sa Majesté Impériale.
Le lendemainl'Ambassadeur
se rendit à l'audiance avec les
mêmes ceremonies, mais en
,tfcuil avec quatre Carrosses
~Wioirs & une livrée de même,
f «\~ctte seconde Entréedans lamaniere ne parut pas moins
Magnifique
que l'autre. J'oubliois
de vous dire que le jour
precedent il y eût dans une
maison proche des Minimes
une collation super be pour
lesGentilshommes & uneautre
pour la livrée des Ministres
qui avoient envoyé leurs Carrosses
à l'Entrée;que le lendemain
lesmêmes furent traitez
au Palais de l'Ambassadeur
avec une profusion& une magnificence
qu'on n'avoit point
encorevûës à Vienne ,
&"l
n'y a personne qui n'aVOL fv
que la beauté des carrosses.~^cs
chevaux,de la livrée,t'êtes ;
gance des aj ustemens, le Bolv//
air, l'ordre & le goût qui ont
regnez dans cette cérémonie ,
égalent au moins tout ce qu*
on avoit encore veu de plus
beau dans ce genre.
Suite des Nouvelles de Londres.
Les Lettres de Londres du
13. Avril portent que le long
séjour du General Cadogan
au Camp de Blair joint aux
ftequents Courriers que cc ,iencral envoyoit à la Cour
broient croire que les Rcbcl-
^érquiéroienc encore assemjKcz
en grand nombre, fairaient
encore quelque difficulté
àmettre bas les armes, &
on disoitmême qu'ils avoient
envoyé direàce General,qu'ils
ne vouloient pas se soumettre
à moins qu'ils ne soient affeurez
de leur vie & de leur bien,
qu'ils ne pouvoient pas prendre
sa parole ni celle d'un autre
General; mais qu'ils offroient
d'entrer dans une Cue.
pension d'armes jusqu'àce
qu'on
qu'on ait receu la volonté Ojlji
Iloy sur cc sujet; & par d'a,-E
tres Lettres qu'on a tccfcHj
de ce Pays là,on mande ^5>
les bagages d'un Regiment
Hollandois, escortez par un
Sergent & plusieurs soldats
passanspar le Fauxbourg d'Edimbourg
pour revenir enAngleterre
ont esté entierement
pillezparlapopulace qui s'atroupa
en si grand nombre
qu'elle obligea le Sergent &
les Soldats à prendre ferment
&àboire la santé du Pretendant
fous le nom de Jacques
VIII. cc qui fait connoistre la
~tation des esprits du peuple
toutdecePtyslà3cepenjfeaï
les Magistratsd'Edim- ,ifg en ont fait arrester plusieurs
des principauxqu'on a
mis en prison On asseureque
le Lord Lansdown, le Lord
Duplin&leChevalierGuillaumeWlodham
devoient être inrcessamment
élargis de la Tour
où ils sont détenus depuis
long temps comme furpeffi.
Lanuit du21.au 11. le ficur
Forster un des Chefs des Rebelles
faits prisonniers àPrcf-
~ions'échapa de la prison de
Newgatte avec son valet,
dans le temps qu'on failjjifùjj
retirer tous les prilonn^s^
dans leurs chambres poïrse
coucher, le sieur TorftcHH*))
vita le Geolier à boire dans sa
chambre & appella même
quelques autres prisonniers
pour estre de la partie;& étant
un peu échauffé par la boisson,
à une heure aprésminuit Forster
dit qu'il alloit aux COMMO- ditez&sonValet prit une chandelle
pour l'éclairer, mais bien
loin d'y aller il descendit,en
bas & avec une clef qu'il avoit
dans sa pocheil ouvrit la porte
&sesauvaavecson Valet,&
Tcoyjjmecelane peut avoir esté f^jqu'avec complot, on a
war^çSéle ~Geolier qui a cfié.
examiné & envoyé en prison
& depuis on a publié une proclamation
par laquelle on promet
1000. liv. sterling à ceux
quiarresteront le sieurForster.
Ces Lettres ajoûtent que le
Marquis de Huntley, le Lord
Rollo & autres prisonniers
arriverentàEdimbourg le 13.
de ce mois & furent mis dans
les prisons.
Ces mêmes Lettres portent
une nouvelle allez extraordinaire
de Constantinople fça-1
voir, que le Grand ~Viziravoi
établi une nouvelle Milicecétoit
composée de soldats
levez dans les Pays Chrestiens,
ausquels on donne une plus
grosse paye qu'aucun Prince
Chrétien, fX.onleur accorde
l'exercice de leur Religion; il
y en aura huit mille qui doivent
prendre le ferment qu'ils
appellent d'honneur
, jurant
dene jamais deserter,ilsseront -
commandez par des Officiers
de leur Nation, Allemans
Hongrois, , & François , &c.
&dc ses derniers il yen a un
njrand nombre;qtÙl y avoit
j^'éjnjpaleptlsus de 50. Regiments , la plûpart ~Protcc.
"MIts & de l'Eglise Grecque.
Pluficurs Suedois prisonniers
en Moscovie qui ont trouvé
le moyen des'échaper, se font
enrôlez parmi eux, ils seront
habillez&armezà l'Allcma-nà
de.Une partie doit agir dans la
guerre d'Italie, & contre les
Vénitiens, une autre contre
les Moscovites&les Polonois,
& une autre doit resterdans
des Garnisons & servir à recruter
de temps en temps 1er,
autres, on a aussi fait publier
que tous les cnfans d'esclaves
Chrétiens feront enrôlez ~dan
des Regiments &qu"ilsaur(yt
leur liberté. ~,,/
Ces Lettres ajoûtent qu'on
craignoit que le secours des
Vaisseaux. qu'on dit que le
que leRoy Georges doit donner
encore cette annéeau Roy
de Dannemarck ne causequelques
broüilleries.Commeil cil
expressement porté par,l':u'ste
quiétablit la succession, que la
Grande Bretagne neprendra
aucune part dans les différents
qluei pourroient arriver entre Roy comme Electeur
cP Hannovrc & quelques Puisijànces,
on craint. quefiS. M.
~chyoye
ce secours au Roy de
'D..l)}ncmarck cela ne cause
quelque murmure parmi la Nation.Angloise.
.,
Cellesdu27. du passé portent
qu'on continuoit de dire
que le Roy Georges fera cette
année un voyageàHannover
pour des affaires de grande
importance; & on dit même
que les Gentilshommes de la
Chambre qui doivent estre de
ce ~vouge font nommez,& que .: le Comte de Berkley commandera
l'Escadre qui escortera Sa
Majesté,
;
Majesté, ce qui donne bearcoup
d'occupation aux fpeqrlatifs:
qu'on avoir envoïeordre
à tous les OfficiersdesDaiianes
du Royaume de faire visiter
exactement tous les Vaisseaux
& passagers qui voudront pasfer
au de-là de la Mer, & de
faire toutes les perquisitions
neccOEÜrcs pour empêcher que
le sieur Forster ne s'échapè
hors du Royaume,comme il
a fait de la pnfon de Newgatte
: que leComte de Torungton
estoitmort sans enfans;
illaisse son bien qui est deplus
de cinq mille livres sterlin de
( rente au Comte de Lincolst , ~jî n'en a pas 300. de revenu,
fant qu'il foit son parent. 'a'-l'
*£c Roy a encore accordé
unrepit aux trois Seigneurs
condamnez, jusqu'au15. de
May. Pluficurs Dames de la
Cour du premier rang, ont
fait une bourse d'environ
quatorze cent guinées, donc
elles ont fait present à la
Comtesse de Kenmure, dont
le mary a esté depuis peu
executé.
Le 1j. les Seigneurs reprirentle
dcbat qui avoit déjà
commencé quelques jours auparavant
, au sujet du Bill
pour prolonger la session du
Parlement, que le Comte de
Dcvonshire presenta !ou;.,,,lc
titre d'unActe pour empêcher
de si fréquentsParlements. Les
Seigneurs qui firent des ditcours
contre, representerent
que tAûe des. Parlemens
Triennaux avoit esté accordé
par le feu Roy Guillaume, aux
instances de la Nation; que les
regnes precedens avoicnt été
opprimez, & qu'on ne devoit
passer aucun Aétc pour abolir
cette Loy, & ce Bill fut rejetté
; mais les Seigneurs repreffntcrent
quaucontraire il
serviroit de moyen pour mettrela
Nation dans l'esclavage.
/ac^afe que les mal affectionnez
sont encore en grand
nombre, & n'attendent qu'-
uneoccasion favorable pour
faire de nouveaux soulevemens,
parce, que si on proccdoit
aux Elections pour un
nouveau Parlement, ils ne
manqueraient point de prendre
cette occasion pour s'afsembler
,ce qui causeroit une
guerre civile, & fourniroic
l'occasion au Prétendant de
revenir.
Sur les huit heures du foir
on proposa derechef la que::
tion,sçavoir si ce Bill passeroit,&
il fut mis en committé
& l'affirmative l'emporta de
5>6 voix, outre61. On remarqua
que de tous les Evcfques
il n'y eut queceluy de Londres
qui fit un discours, & parla
pour & contre ce Bill: il dit
que se trouvant embarrassé,il
estoit obligé de se retirer,ce
qu'il fit sans donner sa voix;
les gens les plus éclairez, &
qui veulent tout pénétrer, prétendent qu'aucun des deux
partis n'ait touché le véritable
motifde cetActe,& ils disent
•que les Ministres l'ont fait
porter pour se maintenir dans
lcujrt emplois,&que si lesToris
s'y opposent,c'est parce qu'ils
voudroient entrer dans leurs
places; ce qu'on apprendra
par la suite.
De Londres, le 4. de ce mois.
Le 28. d'Avril les Communes
firent la troifiémc lecture
du projet d'Acte, pour
mieux punir ceux qui excitent
les soldats à deserter, & les
Catholiques qui s'enrolent
dans les troupesdu Roy,l'approuverent
& renvoycrenr.
aux Seigneurs.
Le27.il y eut encore dc,,
grandes difputcs dans la
Chambre haute, pour fçavoir
si les Parlemens feroient continuez
durant septansounon,
&enfin l'affirmative l'emporta
à la pluralité des voix, &
- on a mis le rapport au lendemain
28. Ce jour-là on en
fit le rapport qui fut a pprouvé
:1
& on ordonna de le: mettre rc..
au net : suivant ce projet
d'Acte,ce Parlement durera
encore quatre ans, mais
le Roy ne pourra pas prolon-,
ger les autres au dela de sept
ans sans préjudice de son
drojj; Royal, & les casser, &
d'en convoquer d'autres avant
les sept ans expirez.
Les lettres d'Edimbourg du
21.&du23. portent quetous
les Chefs des Mecontents &
leurs gens s'étoient soumis,
& avoientrendu leurs armes:
que le General Cadogan avoic
fait un détachement de 450.
hommes pour soumettre ceux
de l'Isle de Lewis &autres de
rOueRoùle Comte de Scafort
qui y étoit s'étoit embarqué
pour revenir en France: que
le General Cadogan esperoit
que dansdouzeou quinze
jours tous les Mecontens fe-v
roient fournis, & qu'alors il
partiroit pour venir à Londres.
Le29. les Seigneurs firentla
3e. lecture du projet d'A&ff
pour les Parlemens de sepe
ans l'approuverent & l'envoyerent
aux Communes, où
l'on ne doure pas qu'il ne passe.
On connnuë à faire le procés
aux Mécontents qui font en
différentes prisons de cette
Ville. Le 2. de ce mois on
presenta aux Communes un
projet d'Acte pour obliger les
Catholiques à découvrir leurs
biens réelssur lesquelsonveut
,
mettre une taxe des deux tiers
du revenu, pour faire une
partie du subside.
On mande du Comté de
Lancastre que pluficurs Gentilshommes
Catholiques ont
vendu leurs biens pour se retirer
hors du Royaume.
La Duchesse d'Ormond
veut demander la permission
daller trouver son mary. On
travaille de nouveau au Fort
de Mardik.
Le 1..!).
il y eût encore de
grands débatsdans la Cham-
» bre des Seigneurs, au sujet
duBill pour prolonger lesSeffionsdesPar
lements;les Wigsy
proposerent que ce devoit
estre tous les sept ans, & les
Toris foûrenans au contraire
qu'il suffisoit d'en fixer le
temps à cinq ans & que l'autre
devoit finir aprés les trois
ans.
La semaine passéeontransfera
d'unePrison à une autre
plusieursRebelles faits Prisonniers
à Preston pour faire
leur Procés
, entre autres le
sieur Ratelisse
,
fiere du feu
Comre de Wentwatter
,
le
beau frere de ce Seigneur,
deux freres du Lord Widdrington
,
deux Messieurs
Cottans
,
le sieur Ewington,
le Lord Mkintoses,le Major
M kintoses
,
& le Colonel
Mkintoses. Il estoit arrivé
plusieurs chariots chargez de
Montagnards d Ecosse deceux
quiontesté faits Prisonniers à
Preston qu'on a misdans les
Prisons ; on croit qu'on les a
amenez en cette Ville pour
estretémoins contreceux
qu'on doit juger.
DuII. C~ du» Leprojetpourcontiràucr ,
Leprojet pour continuer l
les Parlements durant 7.ans,
cause de grandes divisions parmi
les Communes, où plusieursToris
se sont joints aux
Vighs qui l'approuvent, &
plusieursWighsse sont joints
aux Tons qui s'y opposent,
entreautres le si,urLrchmerc
l'un des plus ardents des
- Wighs & auieftduCommittc
; du Sccrcc ,
fit un long difcours
pour representer les inconvenients
de ce ptojet.
D'ailleurs plu ficurs Villes,
Bourgs & Communautez
comme la Ville de Hafthings,
,
les Bourgs de Mar lborough,
de Midhurlt, d:Ablogdon) de
Cambridge, de Newcastle au
Comté de Stafford, presente
rent le 5. des Requestes à la
Chambre pour le faire rejetter.
Le 6. les Bourgs de Horsham
& de Weftbury presenterent
de pareilles Requestes,
toutefois la Chambre en
grand commité l'approuva
sans y faire aucun changement
ainsion ne doute pas que ce
projet ne parte au grand mé->
contentement des Provinces. 7"
Le7onen fit latroisiéme. ,
lecture
,
il passa à la pluralité
de deux cens soixante quatre
voix contrecent vingt & une,
& il fut renvoyéauxSeigneurs.
Le 6. une partie des Troupes
Hollandoises arriva d Ecosse
présd'icy, & on attend le reste
dans peu de jours. La semaine
derniere on arresta plusieurs
femmes qui chantoient dans
les ruës des chansons contre
le present ministere, & elles !furent envoyées à une maison
de correction; ce qui n'empê-
: che pas qu'on ne publie presque
tous les jours de nouveaux
libelles. Le 7 au foir le Lord
Sommerfet mourutd'apople-
,
xie;il avoitesté Chancelier
fous le Roy Guillaume
, &
President du Confcil fous la
Reine; lesWigths perdent en
luy la meilleure cette de leur
parti. Le8.& le9.leRegiment
Suisse Hollandois arriva icy
d'Ecosse, & prit les mêmes
quartiers qu'il occupoit avant
qued'y aller.Le9.laChambre
fit la lecture du projetdacte
pour continuer l'imposition
sur le malt,le mum,lecidre&le
poiré, & pour regler diverses
autres
autres autres, on le passa & )
on l'envoya aux Seigneurs. Les
Lettres d'Edimbourg du premier
de ce mois, portentque
presque tous les Mecontents
& leurs Chefs s'estoient soûmis
&avaient rendus leurs armes,
& qu'ainsi les troubles
de ce pays-là estoient comme
finis.
Les Nouvelles de Norwe-,
ge sont toûjours incertaines.
L'Empereur a conclu une ligue
offensive & deffensive avec
les Venitienscontre les Turcs,
mais il ne leur a pas encore
déclaré la guerre.
On mande de Vienne qu'il
estoit surprenant devoir la
quantité de munitions de
guerre & de bouche qui descendent
le Danube pour aller
en Hongrie, & quoy que les
forces Impériales montent à
plus de cent mille hommes,
on est encore en traitéavec
le Roy de Prusse pour quinze
mille hommes, & on traite
avec le Prince de Hesse pour
huit mille; cependant laCour
ne s'est pas encore declarée.
On ajoute quele sieur Doria
Envoyé Extraordinaire de
- Genes yest arrivé pour faire
soûmission à l'Empereur de la
part de la République :
il.n'a
encore eu que desAudiances
particulières
,
dans lesquelles ' |
on assure que Sa Majesté Impériale
luy a fait connoistre
qu'elleestoit dans le desseinde
prendre à sa solde quatre Vaisseaux
de guerre de la Republique
pour les envoyer au
Pape.
On mande deToulon du
16. du passé que Us Galiotes
à bombes qu'on joignoit à
l'Armement qu'on avoit fait,
estoienttoutes équipées & en
estat de faire voile; cependant
* on attend toujours les ordres
de la Cour pour sçavoir leur
destination, on dit néanmoins
• que cet Armemenr passera
dans l'Ocean. Ces Lettres ajoûtent
quelanuitdu 14. on
avoit vû un phoenomene au
Ciel qui disparut au bout d'une
heure.
"i
Les Lettres de Barcelone
du 17.dupassé portent qu'on
y avoit commencé depuis huit
jours les fortifications exterieures
de cette Place & une Citadelle
pour couvrir le Port &
que c'étoit le sieur de Verboon
qui avoit la directiondestravaux,
on ne sçavoit pas encore
si on feroit le Fort Royal ,
qu'on avoit tracé entre la Ville
& le Montjoüy
, qtron
avoit arrêté divers particuliers
de cette Ville soupçonnez
d'être mal intentionnezcontre
Il Gouvernement,& on les a
envoyez au Chasteau de Lèrlda
, qu'il y avoit long temps
qu'il n'y avoit point paru de
Miquelets ; mais que depuis
quatre jours il enparoissoit
i une troupe du côté de Blanes,
& qu'aussitot qu'on en a eû
avison avoit détaché deux
Compagnies de Fufillicrs pour
aller à leur poursuite , ils les
joignirent,les attaquerent, en
tuerent 17. & en amenerent 18.parmi lesquels étoit leur
Chef qui se nomme Joseph
Pastory qui fut pendu sur le
champ avec quatre de ses
camarades & les autresétoient
encore dans les prisons.
Onmande de Toulon du
3. de ce mois qu'on armoit de
nouveau dans ce Porc cinq
Vaisseaux de guerre depuis
60. jusqu'à 80. pieces de canon,
& on y travaille en toute
diligence ; qu'on devoit les
joindre à deux qui sont armez;
que les Officiers qui doivent
monter sur cette Flotte arrivoient
actuellement
,
6rè elle
devoitmettreàlavoilevers le
20. qu'on y embarquoit delpc
mille bombes; qu'on disoit
toûjours que c'estoit pour aller
contre les Saletins, que fcpt
Vaisseaux Portugais devoient
la joindre&qu'il estoit arrivé
de grosses sommes pour payer
les équipages.
On mande de Perpignan
du 22. du pasle qu'on y avoit
reçu des Lettres de Palamos
du 18.qui portent que la veille
il fit en cette ville & aux environs
un si furieux ouragan « * que de memoire dhomme on
n'en avoit vû un semblable y
qu'à deux heures aptes midy
le temps s'efiant obfcurcy c»-
traordinairemenc, il commença
à éclairer & à faire un tonnerre
épouvenrable avec une
très grosse pluyc qui tomba
en telle abondance tant en
cette Ville qu'à la campagne
qu'en moins de deux heures
de temps toute la contrée fut
prefquc innondée, & cet ouragan
dura jusqu'à sept heuces
du foir, que le tonnerre t
les é:cl.airs & la pluye ne dif- condnuerent
commuèrentpoint, la foudre
tomba danscette Ville en cinq{
endroits, & douze personnes
furent tuées, elle tomba'aussi|
par différentes fois dans ce Porc, & y brûla quatre Bâtimens
qui y estoient : sçavoir,
deux Portugais, un Génois,
& un Mayor quin ,
aussi bien
qu'unegrande quantiré de
Barques à divers particuliers de
cette Ville qui éroient la plupart
chargées de marchandales)
& sur les huitheures il s'éleva
vn venril vioJenr que piufi-urs
maisons de la Villeontcûc
renverlees,&plufrurs pcrsonnesont
esié écrasées & ent
'fevelies fous lesruines ;enfin
cet ouragan avoic causé parj
tout où il avoic pasle, la derniere
desolation& une coniternation
générale le long de
laCosse ,ôc même beaucoup
de desordres,ces vents avaient
arrachez&abattusune grande
quantité d'arbres le longde la
Coflc & dans les Plaines particulièrement,
presque tous les
Oliviersquifaifoienc en partie
tous les revenus & la richcflc
de cette Province;ce qui caufo
des pertes
irréparables & la
ruïne entière d'une grande
étendue de pays.
Des avis de Milan portent
qu'il yestoit arrivé des ordres
de la Cour de Vienne défaire
t des magazms de fourages & de
vivres ; ce qui donne lieu de
faire des reflexions aux speculatifs.
On mande de Rofcs du 18.
du paffé que le i j. il estoie
entré dans ce Port deux Vaisféaux
Hollandois venant du
Détroit, allant au Levant, ils
y étoient allez pour fc radouber
eslans fort maltraitez 06
beaucoup endommagez dans
leurs voiles & cordages
,
l'un
ayant perdu Ion grand mars
f W. l'autre son antênc & son
beaupré dans une rude bouraf
| que qu'ilsont essuyé à la hauteur
de Blanes,ayant couru rie.
que de perir en voulant aborder
à Palamos, ils ont rapporte
avoir vu perir un gros
Navire Anglois que les vents
avoient jette contre des Rochers
entre Mataro & Palamos
où il avoir eslé brifé & avoir
peri avec tout son équipage,
sans qu'ils'en soitpu sauver
personnej'ces Lettres ajoutent
qu'on y attendoit incessimmervr
des Ingénieurs pour
faire travailler aux fortifications
de cette Place
,
& an
Fort de la Trinité
J
& on die
mêmequ'on veut conduire
un autre Fort àToppofite &
visà-visceluy de la Trinité 6C
qu'onbâcira une grosseTour
bastionnée dans le milieu du
Golfe entre lesdeux Forts par
le moyen d'une jettée qu'on y
fera
, on dit aussi qu'on fortifiera
Castillon Dampurias qui
est dans le fond du Golfe
qu'on , en fera une tres bonne
Place& un fort bon Portoil
toutes fortes de Bâtiments
pourront estre en seureté en
tout temps. N iij
Les Lettres d'Arras du iyM
de ce mois portent qu'on y
fait d'aussi gros magasins de
toutfs fortes de munitions
que si nous estions à la veille
dentrer en guerrc;il y passe actuellementdesrecruës
qui vone
joindre les Regimcns pour
lesquels elles om:esiélevées,
& les Officiers dont les Compagnies
ne feront pas compactes
à la revuë qui s'en doit faire
le ij. de ce mois,ferant caffcz.
On parle toûjours de faire
camper la Cavalerie entre
Cambray & Valenciennes, &
l'Infanterie dans la Plaine de
Lens.
On a reçu des Lettres de
Marfcillc du 1i. du pasle
,
qui,
marquentqu'on y avoit eu avis
par un Bâtiment arrivé cp ce j
Porc, venant des Echellesda
Levant, que la plus grande partic
des Bâtimens qui doivenc
composer laFlotte Ottomane, icfioit en route pour se rendre
i
V a Negrepont, où estoitlerendez
vous gênerai de toutes les
forces navalles Turques:qu'-
on disoit toujours qu'ils commcnceroient
l'ouverture de la
Campagne par l'attaque de
Cepbalonie ou Corfou, & qUct
toutes les Troupes de terra
cftoienc pajr cour en pleine marcher
& qu'à, Alexandrie où.il
avoit moiiillé en dernier lieu,
il avoic vûdans le Port de cette
Place dix sepe Bâjimens chargez
d'une grande quantité de
toutes forces de provisions,
prcflsà mectre à la voile pour
aller joindre laFlotte Ottomane.
De Paris.
Dans le prima mensis qui,
se tint en Sorbonne le i. de ce
mois la Faculté de Theologie,
y refoluc de faire une Députation
au Duc Regent sur les
affaires de la conjoncture prc-, fente. Douze Doéteurs aile- *
rent lemême jour au matinate J
Palais Royal, où M. Hideux
ancien Doéteur porta la parole
& fie un très-beau difeours
qui fut fort applaudide tous
ceux qui estoient presents
niais particulièrement du Duc
Regent à qui il representa.les
confcquenccs du Mandement
; de l'Evêque de Toulon, qui
deffcnd à Ces Dioccfains de ve- nirétudierenSorbonne. S. A.
R. répondit aprés les avoir af.
furé de sa protection qu'elle.
seroit élever le Roy dans des
sentimens favorables à la Faculté
& aux Droits & Libertez
jie l'Eglise Gallicane contre
les prétentions des Ultramontains
; qu'elletâcheroit.
d'appaisercet Evêque& de sur'
faire revoquer ses deffenses, ôc
leur promit de luy écrire incessamment
sur ce sujet. Les
Docteurs après avoir remercié
le Duc Regent, se retirerent
& firent rapport de la réponse
de S. A. R. à la Faculté
qui s'estoit rassemblée exprés
l'aprés-midy, & remit fesconclufions
à une autre Séance.
Le Roy a donné le Cor- *4
don rouge à M. le Marquis.
de Mouchy, Maréchal de
Camp; il en a donnéaussi un
à M. de Brillac Capitaine des
Grenadiers du Regiment des
Gardes, & à M. d'Armenon.
ville un Brevet de retenuë de
quatre cent mille livres sur
sa Charge de Secretaire des
Commandemens & Finances
deSaMajesté. 'JU'" --1.-q
Les deux années de deüil de
Madame la Duchesse de Berry
estant finies le 4. de May depuis
la mort de Monseigneur
le Duc de Berry
, on vit le 5.
paroître ses Gardes du Corps
habillez de neuf; ils font vêtus
d'une tres -
belle écarlate
avec un double gallon d'argent
sur les manches, & des
brandebourgsdemême des
deux costez,une veste couleur
de biche,une grande bandol.
liere bordée de deux gallons
d'argent & entre les deux une
broderie d'or en guisede gallon
noué avec unruban bleu,
des plumets blancs au chapeau
, & une épée d'argent
chacun. On luy a fait faire
un balcon à l'Opéra,où elle
va souvent,de mêmequ'à la
Comcdic ,où elle a toûjours
quatre de ses Gardes avec le
mousqueton sur l'épaule , au- <
dessous dela loge.On ne peut
pas voir une plusbelle Troupe
dans toute l'Europe.
Onaencorearrestéaucommencement
de ce mois huit
personnes quiestoient dansles
aaffairresr, &êtouts lees jo.urs on en
Le14.onfit la benedi£fc'.on
des Drapeaux des Regiments
des GardesFrançoises & Suisses
qu'on a habillé de neuf & le
zo. ils passerent en reveuë de.
vant le Roy.
Lundy n. Messieurs de
Sorbonne s'assemblerent extraordinairementau
sujetdu
ïsseur le Rouge ,l'affaire ayant elle miseen délibération il y
fut résolu unanimement qu'il
feroiechasleôc degradé du
Doctorat & son nom rayé &
bisse des Registres de la Sorbonne
& jugé indigne de
posseder à l'avenir aucuns titres
ni charges dans laFaculté
de Sor bonne: & on va aussi
vuider le procez qu'il aau Parlement.
Le Pape a envoyé un Bref
àM. l'Abbé d'Auvergne par
lequel il le nomme General
des Carmelites ,àla place d\lt
feu Abbé de Vassé. <
Mercredy dernier l'Evêque
de Noyon perdit le grand
procez qu'il avoit au Parlement
contre lesChanoines de
Saint Quentin.
M. Atlot, Tresorier Gencral
desSuisses& du Regiment
des Gardes Françoisesmourut
subitement ces jours passez en
sa maison Place de Loüis le
Grand,la Chambre de Justice
a fait mettre le scellé sur ses
effets
,
il avoir ordre de ne
point sortir de chez luy.
Onfit il ya quelques jours
t le second Plaidoyer touchant
l'affaire de l'Archevêque de
Reims, & on dit qu'elle ne
serapas finie de trois mois
d'autant qu'elle n'estplaidée
que tous lesJeudis &qu'ily a
encore bien des Plaidoyers à
faire avant qu'elle soit finie.
Le Roy alla le 13. de ce
mois voir les Plans pour la
troisiéme fois, après qu'illes
eût vûsil semit surle balcon
qui fait faceà la Rivière
,
il
prit plaisir à regarder des petits
garçons qui se baignoient &
sautoient duhautd'un bateau
dans
dans la riviere qu'ils passerent
&repasserent à la nage, Sa'
Majesté leur fit donner dix
Loüis d'or:comme oh les
jetta du balcon en bas la populace
se jetta dessus, & les baigneurs
n'eurent presque rien
pour eux; mais ils vinrent en
chemises representer ce que
la populace venoit de faire
,
Sa Majeftc qui les vir, leur fie
donner dix autres Loüis d'or,
ils estoient six.
Voicy un fait assez particulier
arrivéàParis depuis quelques
jours. Une femmeestant
dansla ruëtomba comme
morte dans sonvoisinage, ses
enfans la firenr porter chez
clic," on alla chercherunChirurgien
qui vint aussitost ,"'i
l'ayant tastée & maniée de tous
costez
,
il asseura qu'elle estoit
veritablement morte, ses trois
enfans qui font mariez la deshabillerent
, & la mirent sur
la paille jusqu'à dix heures du
soit,ils l'ensevelirent, le lendemain
à six heures du mâtiné
ils la mirent dans une bierre
ensuite , on fit tendre la porte
de noir pour estre portée en
terre à dix heures: quelques
voisins qui allerent dans 1^
»•.
chambre où elle étoit pour y
jetter de l'eau benite & faire
leurs prieres ,
s'apperçurent
par plusieurs fois que cette
bierre remuoit & asseurerent
que cette femme n'étoitpas
morte , on envoya chercher
le Vicaire de la Paroisse qui
vint aussitost,enmême temps
une femme du voisinage& do
la connoissance de cellequ'on
croyoit morte, dit en entrant
dans la chambre, que cette
femmen'étoit pas morte
qu'elleestoit sujetteàun mal.
de mcre qui la prennoic de
temps en temps, & lorsque
cemalla prennoit elle demeuroit
sept à huit heures en létargie
, on ouvrit la bierre
, on
t'ôtade dedans & on défie le
le suaire jusqu'au sein
,
elle
avoitle visage vermeil& étoit
encore toute chaude
, & elle
avoit sur l'estomach beaucoup.
de fang meurtry. Le Vicaire
assura qu'il n'y avoir pas une
heure qu'elleestoit morte; le..
Chirurgien qui s'y trouva encore
pour lors, die la même
chose, & que le fang qui paroissoit
sur sa poitrine eftoifrune
marque tres certaine quelle,
s'estoit débatuëfort topgtems
dans sa bierre:on blâma.
fort le procedé de ses enfans *
de l'avoir sirost ensevelie &
mise dans la bierre; cette précipitation
les rendant homici-
! des de leur merc ,
qui ne fut
mise en terre que le lende-
| main: & comme on emportoit
le corps, la fille aînée de la
deffunte tomba, comme morte
du même mal que sa mere,
& fut en cet estat pendant six
heures,mais on luy ouvrit la
a
bouche à force, &on luy ne
: prendre diverses choses qui la
firent revenir.
Le Royalla aucommencement
de ce mois au Palais
Royal, de là ilalla voir le Jardin
des Plantes: Sa Majesté vasouvent
se promener au Cours,
& presque tous les jours dans
les Tuilleries. Madame la Duchesse
de Berry honora de sa
presence les Comediens Italiens
, la premiere fois qu'ils
joüerent la Comedie sur le?
Theatre de l'Opera qui fut Ici
13. Cette Princesse alla le ipv
au Cours accompagnée de fe&~
Gardes,elle menoit elle-mê~<
me sacalèche, quiesttres-brillante
: ensuite elle se promena
auxTuilleries,elle avoit don-J
ne le même jour audience ,à
Madamel'Ambassadrice de
-
i.
Portugal.
Le Roy se rendit le zo* de
ce mois accompagné de Monsieurle
Duc d'Orléansà l'entrée
de la grande allée des
Tuilieries, où Sa Majestépassa,
en revuë le Regiment des Gardes
Françoises & ccluy des
Gardes Suisses:on ne peut rien
voir de plus beau que ces deux
Troupes. Le premier avoit à
sa teste M. le Duc de Guiche
qui falua Sa Majesté-avec l'Esponton,
de même que tous
les Officiers. Le second avoit
à sa testeMonsieur le Duc dtî
Mains & Monsieur le Prince
de Dombes qui saluérentde
mêmeSaMajesté. Il y avoit
quantité de Seigneurs de la
Cour
,
l'Envoyédel'Empereur,
de même que plusieurs
autres Ministres étrangers s'y
trouverent aussi.
Le 21. Madame la Duchesse,
de Berry se rendit à l'Eglise der
S. Sulpice sa Paroisse pour y
entendre la grande Meflfc,
vingt-quatre de ses Gardes
estoient rangez en hayeau milieu
du Choeur, les Suisses avec
le tambour & le sifre à l'entré1e
crée de l'Eglise qui battirent
aux champs à l'entrée & àla
sortie. Son Prie- dieu estoit au
milieu du Choeur ayant à sa droitML'abbé deCastres
M. 1Abbf de Rouget , M.
l'Abbé Danglade ses Aumômôniers
en rochet, dernere
Mr le Marquis de la Roche,
foucault son Capitaine des
,
Gardes, entre M. le Marquis
de Coetenfao son Chevalier
d'Honneur,& M. le Cheva.
lier d'Hautefort fus wfmiet
Ecuyer; sur la droite Mela DuchessèdeS.SimonsaDame
d'Honneur& Me laMarqmf,
de Pons sa Dame d'Atour;
•M". les MarquisesdeClermont
,Beauveau, Armentiercs/
ôc Me la Comtesse d'Aidis
ses Dames du Balais. CettePrincesse
allaàl'Offrande&
donna cent livres,& fit beaucoup
de liberalitez à toutes les
Questeuses.
-
Le
15 y. l'Infant Dom Emanuel,
frere du Roy de Portugai,
arriva ici incognito, fous le
nom du Comte Dourcm. Les
Gazett<jjn,dt souvent fait mention
des belles qualitez de cc
jeune Prince. Tous les lieux
où il passera luy doivent au
moins les mêmes éloges.
Le Procès de M. l'Archevêque
de Reims avec trois
Curez & trois Chanoines de
son Diocese qui font appellans
comme d'abus d'une Sentence
de l'Official qui les excommunie
pour n'avoir pas
accepté la Constitution
,
fait
grand bruit icy ; elle a déjà te-
| nu plusieurs Audiances. M.
Chevalier fameux. Avocat a
esté tres -
applaudi; il a fait
paroître dans tous ses Plaidoyers
une grande science
dans les Canons,&cela avec beaucoup d'éloquence. M.
Prevost quia plaidé pour les
« Curez a fort bien soûtenu leur
cause;& M. Fessard, jeune
Avocat, qui a plaidé pour M.
l'Archevêque, a fait paroître
beaucoup d'esprit.
-
Voici une copie de la Prosession
de Foy que M. Chevalier
fit avant de plaider dans
cette grande Cau se.
MESSIEURS,
L'appelcommed'abussurlequel
il s'agit de prononcer,combat
une Ordonnance de Moni,tir
l'Archevêque de Reims
, une
Sentence rendueparson Official,
&un Mandementdeson Grand-
Vicaire.
L'Ordonnance introduitune
nouveautédangereuse
,
impose
unjoug arbitraire sur les Ecclesiastiquesquel'on
aura deBein de
persecuter : Ceux qui feront requis
de signer l'acceptation de la
Constitution
,
doivent obéïr fous
peine d'Excommunication encouruëipso,
fadto.
La Sentence est irreguliere&
insoutenable dans sa forme
,&
dansses dispositions
: Elle déclare
par défaut contre des Prestres
absens, qui riontpoint t'fié entendusy
qu'ils ont encouru l'Excommunication
s'ils ne souscrivent
dans deuxmois.
Le Mandement du Grand-
Vicaire efi un tissu d'erreurs cd'irrégularitéz
; il ordonne entre
autres choses
,
la publication de
la Sentence d'Excommunication
dans l'instant mêmequelle a esté
renduëyquoique l'execution enfut
suspenduë pendant deux mois.
Ainsiila produit une dénonciation
&unediffamation publique
contre mes Parties.
Vous concevez, Messieurs
,
par cette exposition
, que je parle
pour trois Prestres
, pour trois
Docteurs excommuniez ,frappe':\.
J'anathême.
Ne dois-je pas trembler en
communiquant avec eux , Ne
dois-je pas craindre
J en prenant
leur défense,d'estre envelopé dans
cette redoutable Censure? Non,
Messieurs
,
voicy mon préservatif:
Je vaisavoir l'honneur de
vous faire ma Profession de Foy.
Jesuis né,j'ay vécu &j"ef-'
pere mourir dans le Sein &dans
la Communion de l'Eglise Catholique
,Apostolique
,&Romaine.
Je reconnais & je, respecte le
Pape comme successeur de Saint
Pierre, &comme le ChefVisible
de l'Eglise Militante.
Maisjesuis en même temps
persuadé, que les Evêques sont
les successeurs des Apôtrs
, que
leur Institution estDivine
, &
que c'est de cette source de leur
MinisterequeleursJurisdictions
font émanées. En sorte qu'ils
blessent les Droits de l'Episcopat
)
Cm qu'ils avilissent leur dignité,
lorsqu'ils se contententd'obéïr&
d'executer, au lieu deseconstituer
Juges danslesmatières de Foy &
de Dogme.
Jesuisconvaincu que c'est au
Corps de l'Eglise Universelle
io'eilattaibè , le veritable Caractere
d'Infaillibilité;cejllaColomne
inébranlable,la Pierreangulaire
,contre laquelle toutes les
fjorcaes deml'Enferane priévsaudr.ont Comme la Puissance Ecclesiafstique
n'a tfté établie que pour
édifier,CY non pas pour détruire;
jecroy que les Censures qu'elle
prononce font injustes , nulles ér
abusives
,
lorsqu'ellestendent à
troubler l'ordre & la politique;
àempêcher l'execution des LoiJè)
à donner atteinte àl'autoritédes
Magistrats; &plus encore,lorsqu'ellessuspendent
la subordination
elobéïjfance des Sujets enmets
leurs Souverains:Et c'est
dans ces occasions qu'on ne doit ni
lesrespecterni lescraindre.
:si pense disseremment en l'Excommunication
lancéesurunParticulier
,
il doit supporter avec
patience cette humiliation
, ne
pointse séparer de l'Unité, &
Attendresa recompensede celui qui
quijugelesjustices ; si cette Censure
luy est imposée dans un temps
où il n'auroit peu la libertédese
défendre,ou sisa plainte pouvoit
causerduscandale.Maissil'accès
estlibre aux TribunauxSuperieurs
,il l'tut> ildoit même reclamer
contre l'injustice de l'Excommunication.
Enfin,leRoy, comme Protecteurdel'Eglise
,& Executeur
des saints Canons; Vous , JMcjifeurs ,qui exercez toute
l'Autorité du Roy, vous êtes en
droit deprononcerfut la violence,
la nullité&l'abus des Excommunications
,pouren empêcher l'cffjt.
yioilà, ma Foy & mes Principes
: C'estavec lesecours de ces
mêmes Principes, que je vais
établir les Moyens de macause,
honore% moy de vostreattention.
Ceux qui n'aiment ny les
Nouvelles du monde, ny les
Genealogies,si les Histoires
galantes ne sont pas de leur
goût,qu'ils se dédommagent
du moins par la lecture des
Pieces de Poësies que j'ay ra.
massées pour eux. A commencer
par une Epîtreadressée à
Mercure, par M. Gabriël, Capitaine
de Dragons, & Auteur
de l'Ode au Regent que
j'ay fait imprimer dans lejour
nal du mois passé.J'auray dans
un autre endroit de ce Volume
,
occasion de parler de la
netteté & de la facilité avec
lesquelles M. Gabriël écrit en
Prose& en Vers tout cequi
s'offre à son imagination.
EPITRE A MERCURE.
Mercure que les Dieux occupent
nuit &jour
Ici pour leur grandeur,& là
pour leur amour
Tereste-t il du temps dans un tel
ministere,
Pour peindre mon esprit, monstile
&caractere.
Qu'importe que l'on sçache en ce
vaste ÏJnivers,
Siquelquefoisj'écris &sijefais
des vers. - J'en ay fait ilestvray dés ma tendrejeunesse
,
Animé parBachus oupar une
«
Àdaîtreffe
J La langue du PArnAffi est cette
tdis Amans,
EnVersplus hardimentonditJes
sentiments, - Et l'ontolere en Vers une galante
rime Qui souven,t dans la Proseeût
passépour un crime.
Cettelibrefaçon depouvoirs'exprimer
M'afaitprendre du goût aufiile
de rimer.
Tantôt à la ruelle
, & tantôt a
la table
J'ay trouvé daJns ma Muse un
passe-temps aimable.
Je conviens que rimant pour mes »
amis, pour moy,
Jemefuisquelquefoisdispenséde
-
la Loy.
Mais déjà tu reponds, pourquoy
donc temeraire,
Ose-tuitercheargerd'unesigrande
Que de peindre aux mortelsd'un
trait audilcieHxJ
Lesvertus d'un Heros semblable
auxdemy-Dieux ?
Mercure
, je conviens que je ne
nefuis pas sage,
J'ay saruy reflechir entreprisces
ouvrage ;
Interprete des Dieux vous esses
«
unindiscret,
Ce Princemieuxque vous m'fllt
i gardé lesecret.
Contreunpauvre mortelen Dieu
peu charitable
Voussuscitez un Hydre ennemi
redoutable
,
Vous armez contremoy de terriblesTitans,
Vous me mettez en bute au courroux
des Traitans,
Je sçais que de leur or l'engageantepromesse
A déja contre moy
soulevé
lePermtSê.,
Parlez
Parlez donc au Regent du peril
-
que je cours,
Etrecommandez 1. moy du moins
à son secours.
Les deux pieces qui suivent
font de M. de S Auteur
du Papillon imprimé dans le
mois dernier.
PROLOGUE*
d'un divertissement chanté
devant Son Altesse Madame
la Princessed'Elbeuf,
: le jour de sa Feste.
APOLLON.
Une illustre Déeffi unie au
fangdes Dieux,
Promet à nos concerts l'honneur
, de les entendre;
MursJ dans ce séjour, hâte7,.-
- vous de nous rendre,
Et preparez, 1/05 chants les plus
melodieux. -
Jamais ScjjeinJtplein degloire
Neforma vos divins accords,
Pourcelebrerson nom,&chanter
sa memoire
Tout doit sembler possible à vos
nobles efforts.
Ra.fJemhle'{ les plaisis écartez
par la guerre,
Que les jeux regnent parmi
vous;
Et par vos concerts les plus
doux
Remportez aujourd'huy, lagloire
» deluyplaire.
Choeur des Mures'"
Rassemblons les plaisirs écarteK
par la guerre,
Que. les jeux regnent parmi
nous; Et par nos concerts les plus
doux
Remportons aujourd'huy la
gloire de luy plaire,
UN PLAISIR.
Un Triompheassûré
Suit sanscesseses charmes:
*L'amour en luy donnant 1ft
armes,
En sa faveurs'est declaré
UNE MUSE.
Sa presenceadorable
Estl'image desplus beauxjours:
Pour elle, les Amours
UAniPsseOnt cLe quL'ilsOonNtd'a,iimmaabbllee...
Divinité^ qui mefaites la
cour,
Et qui rendez hommage àJk
-
dignepresence,
L'on rtCOnnoljllIffiz deses traits
/<?fHijjdnce,
»
Célébré^ celle de l'Amour.
Choeurs
de Muses & de Plaisirs.
Rassemblons les pllJifirs, &c
LES SONGES,
CANTATE.
Air.
jtrrejle^> arrestez impatiente
Aurore,
Dans ces aimables lieux ne
regnez pas encore.
4 Un objet, qui pour moy ,
n'eut
que de la rigueur,
DltJs des songes charmans me
paroissoit sensible ; Ah! du moins qu'il me soit
possible
D'éprouver quelque temps, ce
mensonge enchanteur:
Arrestez,arrestez impatiente
Aurore
, Dans ces aimables lieux ne
regnez pas encore.
Recitatif.
Iris avec la nuit,voyantfuir
son bonheur,
Regrettoit en ces mots unesichere
erreur: •
Heureuxsommeil! dont la douce
imposture
Si tendrement avoit séduit mon
coeur,
Pour soulager le tourment que,
j'endure,
Accordez moy souvent unsecours
siflatteur:
Mapeine est si cruelle, & ma
chaîne estsi dure
Quejen'ose esperer qu'unplaisir
imposteur.
Air.
Non,toutes les douceurs que des
songes aimables
Offrentà nos desirs,
»
Nesçauroientégaler lesplusfoibles
plaisirs
Lorsqu'ilssontveritables.
Récitatif.
Iris sentit le prix de cette
véritér
Elle sçût Attendrir l'objet de sa
foiblesse;
Mais cet ingrat,bien-tostparsa
legereté,
Osa trahir Iris,l'Amour &sa
promeße.
Air.
Air.9
Les plaisirs de l'amoursont
des plaisirs charmans;
Maisils nefont souvent que
d'aimables mensonges,
Par l'inconstance des amans
Une véritémême,ainsi que de
beaux songes,
S'envole à tousamoment,- Voicy une pièce qui a fait
du bruit dans Paris, où Ion
en a vû un grand nombre de
copies defigurées: celle-cy
plus exacte que les autres
étant tombée entre mes mains,
elle me parut pleine de bon
sens, & digne de passer dans
les vostres. M. de S. qui en cil
l'Auteur, est un jeune homme
qui a beaucoupd'esprit, &
qui promet (s'il estassez simple
de quitter la fortune, pour
suivre les Muses)dereüssirun
jour dans l'art de faire des
Vers. Dieu l'enpreserve.
DECLARATION
des biens du sieur deS.
Commis employé aux'Bureaux
du Confcil des Guerres.
E P I T R E.
Jesuis né,cherDamis,d'infortunezparents
, *
Et n'osantmurmurer des miseres
du temps,
J'avois jusqu'àpresent d'une
oreille tranquille
* DeuxièmeFils dusieurL.ci-devantTresorier
-
de l'Extraordinaire des
Guerresàla suite de laCour.
Entendu publier cent Editspar
, laVille;
Soumis en Philosophe aux devoirsde
laLoy,
Je croyois ces Edits faits pour
d'autres que moy :
MAis puisqu'en ce moment la
Chambre de Juftict:
Veut d'un ingrat Bureau sonder
1 le benefice
levais , de montravailconséßer
le produit,
Et defix ansd'Employcompulser
tout le fruit.
De mon âge j'atteins la vingtneuvième
année,
Cependant ma fortune cft encore
tres bornée.
Dans le <vafte Universje ne posse
de rien,
Sousdes nomsempruntez jen'ay
mis aucun bien.
Quelque éducation me tient lieu
q.
d'heritage,
La nuit je me retireau quatrième
étage ;
Sans billets ,sans contratsje vis
aujourlejour
Avecun bon parentquifixe mon
séjour.
Dans maprofession je naj point
fait ma bource
Six cent cinquante francs font
,
paranmaressource.
On m'a veu refuser pour entrer
« au Bureau
Un bon Canonicat, * le gain
n'estilpas beau?
D'abord ad honores fj vins
prendreséance,
Du travail leplus vifj'obtins
la preserence,
Flatté d'avoir un jour de gros
appointements
Je fis long temps la guerre à mes
propres dépens :
Un ouvragebrusqué j'en reprenois
un autre,
* A Sainre Pefcinne
,
College de
S. Quentin, & une Chapelle à la Ca.
thedrale.
^'UHots tousjours à pied
, O* viawts
en Apôtre;
Souvent juAUtS aux yeux de
crotteéclaboußé,
,
Parun Cocher brutal quelquefois
renversé;
Inconnu dans lesyeux, aux Caf
fez, aux Spectacles,
A mille autres plaisirs inventant
des obstacles
Négligeant , les faveurs qui demandent
des soins,
Enfin je me plaignois mes plus
pressants besoins.
Themis par d'autres traits verroit
mon innocence
Si lhonneur du métier ne m'imposoitsilence;
<
¿ ce groupefini demon burleflut.
état,
Je n'apprehendois point que l'on
m'inquietât,
Prêt à prendre mon vol comme
1"0auquiperche,
Je ne me croyois passujet à la recherche;
Cependant trés-soûmis aux ordres
de mon Roy,
Je redis hautement que je riay
rien à, moy,
Que le nom que je porte est même
imaginaire,
Du choixd'un jeune coeur je le
pris pour luy plaire. *
Quels sont donc ces grands bienr
que reproche Themis,
Ad'innocents Captifs quov9mct'
en compromis
Avecl'Agioteur, leJuif, & les
Corsaires?
Est-ce pouravoirfait des Lettres
circulaires,
Dreßé nombre d'états f Quel eJf
donc leurbonheur?
Commission maudite! autant - (sauvons l'honneur)
Eût-il valu, Damis, endosser lit
* Ils étoient trois du même nom dan*
un même Bureau, le plus jeune fut
surnommé de S.
livrée,
jour de jôe
entrée
, L°g\>g*gê>nourry
,
riefiil pas
plus heureux
Qu'un Commis dont lesort ria
rien que d'onéreux?
L'un d'unservile état peut tirer
avantage, c) 1 Et l'autre en s'endettant perd la
fleur de son â¡.,e.
Revenons à l'Edit ? un riche
Bourvalais
Peutde la procédure avancertous
lesfrais;
Mais au deffaut d'argent,de Ifmoins,
deNotaire,
r:¿ujourcfbuy, cher Damis ,fert
moydeSecretaire,
Al'auguste Themis vadirepour
raison
Qu'envain elle m'oblige à garder
la maison, - Et que stfort credit ne me trouve
un asyle
L'Hôpital General sera mon
domicile.
Son Altesse Royale Madame,
ayant permis à M.
Grouzelier
,
Conseiller au
Parlement de Metz, de visiter
toutes ses Médaillesd'or, il a
esté si frappé dela magnificence
du Médaillier,aussibien
que des rares qualitcz de
la Princesse, qu'il luy a fait
aufli^coft ces Vers. On les a
trouvé trés- beaux, & ils sont
du goûtde la Cour.
A SON ALTESSE ROYALE
MADAME.
Sur son Medaillier.
Qu'à bon droit l'on vante en
tous lieux,
Trop illustre &grande Princesse,
Vostre Médaillierprécieux!
Tout enest riche &curieux;
Ilfaudroit l'admirersans cesse,
Si tant d'heroïques vertus
Que l'on remarque en vostre
jiltefjè3
Ne nous furprenoient encore plus.
Son Altesse Royale ayant
beaucoup applaudi à ces Vers,
& dit par une trop grande
modestie qu'ils ne luy convenoient
pas, M. Grouzelier
pour combattre l'injustice
qu'elle se fait, luy a encore
fait cette réponse.
'R.E'paNSE
à Son Altesse Royale
MADAME, sur l'injustice
qu'elle se fait,en disant
que ces Vers ne luy conviennent
pas.
Quy,se peut-ilgrande
Princesse
Que masincerité vousblejjes
Et que des Verssanscompliment
Ne vous conviennent nuUement!
La delicatesse estextrême,
Et pour la combattre aisément
je l'attaque moralement,
Et je pose icy le fyjlême
Qu'il faut se connogresoymême.
Orcesystême serieux 9
Qui désille à chacun lesyeux,
Et dont l'humilité profonde
Fait rentrer en roy tout le
monde,
Estpour vous sans presomption
Unsujetd'ostentation.
Examinez vous bien,Madame,
Et contemplez vostre belle ame,
Vos lumieres
> vos sentimens,
Que devertus&d'ornements !
Mes vers ne sont donc pas étrAnges;
Etl'on peut dire vos louanges
Avec justice & verité,
,,'
Puisqu'un precepte de morale
Qui nous remplit d'humilité,
Eftiponrvejlre4ltcffeRoyale
Unfondement de vanité.
Pour vous laisser lire de
suite tour ce que j'ay de Vers
à vous donner, Vers & Chansons
étant la même chose,
voicy la mienne.
CHANSON.
Lorsque vous me changezpour
une autre Bergere
1e
^otj-crue
qjotur tm-
!!— ge --- re Je<vcri „
I-qcvc et^hiimrc !lli'
l{tJ mon ajr/oitr,7rais !
11 pi-at,--ile
, Temp
njorur
Je voudrais me vanger de "Vôtre
humeur legere *
Etsuivre mes transports jaloux;,
Mâts helas - mon amour appaise
ma colere.
Et quand je ceffi de vous plaire,
Je me trouve cent fois plus COllpable
que vous.
MIVoicy
enfin un des plus
precieux articles du Livre.
Vous n'avez pas de peine à
>
comprendre que je veux parsi'
ler des Enigmes. Cela est vray.
Ainsi donc, vous trouverez
bon, s'il vous plaist, que je
vous dise que le mot dela premiere
du mois paueecoif, le
Caresme, & celuy de la seconde,
l'Enfant; que les noms de
ceus qui les ont deviné, font
les Hôtes gracieux de la bonne
Maison de la ruë S. Antoine,
le gros Anonime qui m'envoye
une grande piece Je Vers
pleine de mots en blanc, dont
il ne paye pas le port, le Basà,
ruë Grenier S. Lazare, Ange.
lique Sully, la Demoiselle
jeune & jolie, le jeune Procureur
de l'Abbaye S. Germain,
la Bile blanche & jaune,
& le Chicanier des Ursulines
de la Ville de Chartres, &c.
En voicy de toutes fraîches.
ENIGME
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfautpourm'engendrer beaucoup
de patience
Et se plaire à l'écart dans,un profond
(tienne.
~tojtfcertaines dents dont un art
curieux,
Belleproductiond'un homme ingenieux
Se fert pour me former g? me
mettreau grand jour.
Mon pere est foû de moy , me
donne son amour.
Que je sois beau, bien f-ait,bon.,,
( méchant, detestable,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroisse execrable ;
N'importe,il est mon pere~&
chezluy ma beauté
Merite quelquefois sur tout. la primauté.
Les meàmbrlesd*eamovn caornps traangre^e
Sont d'abord deilinck pour être à
latorture^
Car quelque temps aprés mon
pere tropcruel
Semble oublier pour moy son
amour paternel.
De mes membres épais on fait
U1).IIffemb/4!/;
Par son ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuis seré,lié, percé de mille
traits:
Agrands coups de marteau l'on
m'accable sans cesse,
Uneprison de bois me retrecitJme
frcffe.
Tout cela cependant me donne des attraits.
Car au sortir de là je fuis 'joli,
mignon,
Von medonnesouventdeshabits
magniifques,
Tantôt bruns, tantôt noirs ; tantôt
couleur d'oignon,
Et l'on me voit passer cpmmc
l'ane aux reliques.
(Ench,În' que jesuis, je vole an
boutdu monde,
Je sais seul sans estre un,je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, Cm quand
jefais ma ronde,
Je reste sur la Terre ~& je pAssi
les Afers.
J'ay plusieurs ennemis dont I&
force sccrete
Vient en s'insinuant me dévorer
* lesein;
- Si de sçavoir mon nom vous
ave% le dessein,
Je ne le diray pas: cherche£
d'autre inttrprtle.
Autre duSolitaire malgré luy
de l'Isle S. Loüis.
Bizarrementornéde plus
d'une couleur
Jesuis remplideprécipices,
Etfaisressentir mes caprices
A ceux qui n'ont point de bonheur.
Telse croit en effet prêt £Aborder
au port,
Aprés s'être tiré d'un fâcheux
tabyrintbe,
Qui dés lors qu'il ritt plus de
crainte
Vientfaire naufrage à la mort.
Tel autre croit devoir perdre
4 touteesperance
Aprés avoir long-temps languy
dans la Prison,
Et s*êtrevû tout prêt de périt
fous le Pont,
Quand un heureux retour le met
dans l'opulence.
Si mous voulez,Lecteur,en
sçavoirdavantage,
Je porte le nom d'un Oiseau
Qui vit presquetoujours dans
l'eau,.
jQuand même il seroit tout
sauvage. Autre
1
Autre encore du fideleBerget
de la Nymphe Insulaire.
Je me derobe à la lumiere,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon mystere,
On me trouve peu de beauté. S.
Enfin voicy heureusement
l'ouvrage qui comble la mesure
des matieres interessantescontenues
en ce Vol ume,
à l'exception d'une jeune &
belle Blonde, qui eut jadis, la
bonté de m'envoyer quelques
jolies Historietes de sa façon;
je n'en ay, depuis que j'ay
l'honneur d'estre vôtre Mercure,
Meilleurs& Mesdames,
reçû de personne. M. Gabriël
que je remercie du prefenc
„
qu'il m'a fait de celle cy,est venu
fort à propos au secours de
mon imagination, que l'obligation
indispensable de vous
conter tous les mois au moins
une Histoire, avoit déja presque
mise à sec. J'appelle à
mon aide, pour la satisfaction I
du Public,& pour \'allégement(
,,Jeemes travaux, tous ceux qui
sont capables de me rendre le
le même fcrvicc que luy.
1
HISTOIRE.
Dans une Cour galante;
où le bon goût du Prince
avoit
rassemblétout ce que la France
& l'Italie produisent de
somptueux & de délicat
pour les spectacles
,
les cadeaux
,les tournois, & les bals,
une jeune veuve qui par sa qualité,
ses richesses, sa beauté,
& sonespritsurpassoitentout
les autres Dames de la Cour
se proposa de se , trouver à toutes
les fêtes
,
d'en goûter les
plaisirs, & d'y conserver une
austere vertu au milieu d'un
champ où l'amour faisoit tous
les jours de nouvelles moissons.
Ce Dieu la laissa quelque temps
en paix goûter ce chimerique
bonheur:elle voyoitavec une
curieuse satisfaction attaquer
un coelir:elle suivoit avec
exactitude toutes les circonstances
des différents combats;
& ressentoit un plaisirinfini
dela défaite de la Dame &de
la victoire du Cavalier. Ces
diversitez l'avoient agréablement
occupée pendant le
cours d'une année; mais toutes
les Dames ayant rendu leurs
hommages
, au pouvoir de
l'amour,elle courroie risque
de s'ennuyersi ce Dieu vainqueur
des Dieux n'eût reservé
un trait pour rabattre la fierté
de cette mortelle. Les beautez
qui avoient sacrifié sur ses autels,
le prioient continuellement
de les délivrer de cet
Argus importun, quelques
unes même plus ficrcs que jalouses
, sollicitoient leurs
Amants à lesvanger
, en fai<*
fant succomber cette farouche
vertu; mais l'amour avoit
reservé cette victoire à un
Etranger. Le Carnaval enattira
un grand nombre à cette
Cour, où la beauté des festes
& la politesse de ceux du Pays
les incitent» chacun chercha à
se placer sur le pied d'amant
de partage; & ce fut encore
un nouveau spectacle pour
nôrre insensible ; mais elle remarqua
qu'un jeune Marquis
François parfaitement bien
fait ,adroit dans tous les exercices,
poli dans ses discours,
plein de vivacité & desprit,
disoitdes gracieusetez à tOU4
tes les Dames , sans adresser
ses voeux àaucune. Elle jugea
par sesmanieres & par l'humeur
de sa Nation que son
indifférence n'étoit point un
effet du temperamment; &
elle le trouva trop enjouépour
être occupé de quelque violente
passion. Sa seule curiosité la
porta d'abord à lierconverstion
avec luy. Illuy aveih qu'il
avoit trop de délicatesse pour
partager un coeur., & que con.
tre l'ordinaire de sa Nation il
ne pourroit se résoudre à aimer,
s'il ne fc proposoit d'aimer
toujours. Ce langage n'est
guere François, luy dit-elle;
mars pour aimer toujours,je
ne fçuy qu'un seul moyen, c'est
derenoncer au but que le pro-,
posent les amans. Puischangéant
de discours,elle l'enga-
)
gea à luy rendre quelques vifi-}
tes
pendant le séjour qu;lil¡,
seroit àla Cour. La belle veuve
de retour chez elle ne trouva
plustant degoût à s'occuper
des avantures des autres;les
sentimens délicats & la belle
maniéréde s'exprimer du Marquis
l'avoient touchée ; &,.d
l'amour luy en retraçoit une
- image encore plus agréable
que la réalité. Elle passa la
meilleur partie delajournée àsa
toilette)& prit plus de foin
deson ajustement qu'a l'ordinaire
,
attendant avec impatience
l'heuredu bal, où elle
se rendit des premières. tôt
qu'elle apperçût le Marquis,
elleluy demanda s'il avoit fait
sesreflexions surleurconversation
du soir precedent. Illuy
répondit qu'il ne croyoit pas
qu'on put mettre ses leçons en
pratique
,
& qu'il valoit mieux
ne point aimer, que d'aimer
sans esperance; maisrépondit
la belle veuve ce n'est point
aimer sans esperance,quand
en aimant on ne s'expose
point. Ah ! Madame,s'écria
le Marquis,c'est une fiction
p
de Roman qui choque le boa
sens &la raison ;il n'est point
de l'homme de courir des rie:
ques, se donner bien des pei.-
nés, sans avoir pour but la
possession ou la viékoir-t. Je
vois bien, luy die elle
, que
vos sentimensne sont pasauffi
délicats, que je me l'étoisperfuade.
& que vousêtes encore
bien loin de ma morale; mais
le lieu n'est pas propre pour
vous l'enseigner,si vous voulez
venir demain dîner avec
moi, je tâ, heray de vous convaincre.
Le Marquis accepta
l'offreavecjoye. La belle veuve
qui s'apperçût que les Da-
,,
mes l'observoient avec une
maligne attention,affectaun
air enjoué ; & s'approchant
d'elles,leur dit en badinant,
vous voyez Mesdames) que je
ne fuis pas si farouche, que je
fais bien les honneurs de la Patrie
; il n'est pas permis dans
une Cour aussilait
fer oisif un Cavalier aimable,
La convcrsation devint générale,&
chacun y fournit suir
vant la vivacité de son génie.
Aprés le bal la belle veuve & leMarquis se séparerent,l'impatience
de se revoir leur fie
sentir les premiers coups de
l'amour; le Marquis se rendit
le lendemain de bonne heure
chez la Dame qu'il trouva seule.
Je ne vous ay point donné
de compagnieluydit.elle, la
matière que nous nous sommes
proposezd'approfondir
demande un tete a [cte; nous
encrerons en propos à la fia
du repas Plusieurs servicesde.
licats se succederent en peu de
temps;on parvint au dessert,
où Iton renvoya les Domestiques.
Alors la Veuve enrama
ainsi le discours : la démarche
•
que je fais
,
Monsieur
, vous
prouve assez Tcftimc que j'ay
tt
pour vous,& ce que vous aurez
pû apprendre de ma crçnr
duire par les Dames même les
moins charitables, doit vous
convaincre que vous êtes le
premier Cavalier qui m'a plû.
Cependant je n'ay pas trouvé
vos sentiments tout-à fait
conformes à mes dtfirs; mais
je me suis flattée de vous y réduire.
Quoique j'aïe vêcu peu
de temps avec mon premier
Epoux, & quej'aïe tout lieu
de me louer de sa conduite j'aygoûté assez de l'hymen,,
pour en connoîtrelesdégouts
• La tiedeur dun amour eonjiKgal
vient peut être des trop
grands plaisirs que l'on s'êft
proposé. Ces reflexionsm'ont
fait prendre la resolution, de
gardcrma liberté jusqu'à la fin
de mes jours; & je me flatte
que vous avez trop bonne opinion
de ma vertu, pour exiger
rien qui luy foit contraire. En
verité
,
Madame, luy répondit
le Marquis d'un air passionné,
est il au monde un supplice
plus cruel que celuy ou 1
vous me destinez? vos charmes
ontpristrop de pouvoir sur
• !
l.J
mon ame ; & je ne luis plus le
maltre je ne dis pas de vous »
aimer
,
mais de vous aimer
avec moderation.Si vous aviez
resolu de me traiter si durement
, pourquoy m'ôter jusqu'à
l'esperance ? je n'ay pas
voulu vous tromper, reprit la
Dame,mais ne vous imaginez
pas être si malheureux;vous
trouverez en moy une tendre
& fidelle amie uniquement occupée
de ce qu'elle aime; j'irai
au devant de tout ce qui
pourra vous faire plaisir ; je ne
vous inquieterai point par mes
soubçons jaloux; & je ne vous
1,
ferai pas même un crime des
infidelitez où le coeur n'aura
point de part. Mais je veux
que tout le mondesçache &
soit persuadé par nôtreconduite
que nous nous aimons
avec des sentiments si délicats.
Voyez si vous voulez accepter
le marché à ce prix
, ou vous
résoudre à ne me jamais par.
1er.Jene vous défends pasdefperer
, pourvu que vous ne
me sassiez aucune proposition.
Je ne fuis pas assez téméraire
pourmettre des bornes à la
puissance de l'amour, mais je
veux le laisser agir;&s'il m'oblige
blige de sortir des bornes que
je me prescris, je romprai la
première le silence. Ces dernieres
paroles rafleurerent le
Marquis: il se flatta que l'amourrecompenseroitsaconstance,
en quoy il ne se trompa
pas. Quelques jours s'écoulerent
dans ce commerce de
coeur & d'esprit. Dans toutes
les fêtespubliques la Dame affe&
oit un air si enjoué
, & le
Cavalier etoit si respectueux,
que toute la medisance de la
Cour ne pût mordre sur la
vertu de la Dame;&. l'on se
contenta de railler sur cette
maniere d'aimer comme au
temps d'Amadis. Mais cette
contrainte coucoit trop à la
belleVeuve; & ne pouvant
plus tenir contre la violence
de sa passion, elle songea à la
concencer, en sauvant les apparences
de. vertu. Un jour
que le Marquis Ce promenoit
en rêvant, dans. un lieu écarté,
il fut abordé par une Donna
quiluy rendit un billet conçu
en ces tcimeis.;
Vous êtes tropfortementattaché,
M. pour qu'on stàsseprétendra à
aotre.coeur; mais commeonfait
quela Dame quivous aime> n'exige
de '?Jous que desltntimens,00
qu'on ne croit pas que vous ¡OYt'7;.,t
un putejpritionJebavarde à
vousproposer un commerce amoureux,
oit l'on n'exige desentimens
qu'autant que vousy trouverez
de satisfaction. La Dame qui
vousfaitcetteproposition, ne cede
ni par sa qualité, ni par ses cbar.
mes,a vojlre beroïque Mafarcjje.
Dans la necessité dese rendre i".
visible, elle estobligée defaire ce
Portrait d'elle-même. Si vous
noule^ bavarder cette anvanture,
& mous laisserconduire par celle
qui vous rendra ce billet, les
suites vous feront juger de la
irriteigr cette bifarrerie de /'4-
mour dans laquelle tous aure%
la meilleure part, tournera à (a
satisfaction des Parties interes-
Jees.
Le Genie François inspira
dabord au Marquis de tenter
une avanture si singuliere. La
delicatesse de Ces sentimens
combattit quelque temps son
penchant naturel; enfin il Ce
per fuada que sans offenser sa
Maistrede, & sanscontrevenir
à l'autorité de ses loix, il pouvoit
user de la liberté qu'clle
luy avoit donnée. Il convint
de se rendre à l'entrée dela
nuit à l'endroit qui luy fuz
indiqué par la Confidente. Ettc*
vint l'y prendre dans un carrosde,
qui, les glaces fermées
le promena une bonne heure,
sans qu'il pût le reconnoistre.
Il arriva à une petite porte
sans apparence. Après avoir
traversé sans lumière une longue
allée, il fut introduit dans
un superbe appartement bien
éclairé, & conduit dans une
fale, où l'on avoit dressé une
table magnifiquement servie.
Il n'y avoir que deux couverES.
La Confidente lui dit vous ferez
surpris que tout cet appareil
ne fou fait que pour vous
propofcr de souper tête à tête
avec moi, & vous me preiv
dres sans doute pour une Fée.
-
Il faut cependant vous y resoudre.
La matrone qui ne
manquoit pas d'efpric, fit
durer le repas assez longtemps
, entretenant le Marquis
par des discours si équivoques
& si spintuels, qu'il
ne sçavoit que penser. Le repas
fini, la Fée benigne dit au
Marquis: valeureux Chevalier
, le temps cfl venu de
mettre à fin la grande avantuie,
à laquelle vous estes deftiné.
A peine la vieille eût-elle
parlé, que tous les serviteurs
se retirerent par des portes
dérobées avec autant de
promptitude qu'auroient pu
faire des esprits faits au commandement
de la baguette.
Alors prenant deux flambeaux
, elle commanda au
Marquis de la suivre,elle lui
fie traverser plusieurs chambres
, & ouvrit la porte d'un
cabinet, où une lampe pendue
au plancher chassoit à
peine les épaissès tenebres de
la nuit. Le cabinet furpafloic
en magnificence le reste des
apparterncns. Dans le fond
d'un alcove étoit négligemment
couchée sur un sopha
une personne marquée, dont
l'éclat des vêtemens enrichis
de pierreriesébloiïiffoitlavue.
Voici la beauté qu'il s'agir de
defenchancer
j
dit la vieille.
La Dame masquée parla en
ces termesau Marquis:aimable
Cavalier, avant que de
pousser plus avant cette avanturc,
je dois vous avertir qu'il
y va de vostre vie à me faire
la moindre violence pour me -
demasquer; tout le reste
vous cit permis; consultez
vous
vous bien; ilest encore temps
de vous retirer. Le Marquislui
promit tout cc qu'elle exigea
de luy. Alors la vieille
fc retira avec ses flambeaux.
On n'a sçû que par conjecture.,
ce qui se passa entre la belle
Invisible& le preux Marquis.
La vieille vint le reprendre une
heure avant le jour,& le reconduisit
comme elle l'avoitamené.
La belle Invisible exigea
du Cavalier le secret même
envers sa M^itrcfle. Le com- , merce dura quelque temps
de la même façon. Le Marquis
recevoir, tous les jours
dés
i
prelèms* magnifiques ôc
galans de la partde son invisible
,& filoit le parfait amour
auprés de sa severe Maîtresse.
Les faveurs de l'une luy faisoient
souffrir plus,pariem*
ment lesrigueurs de l'autre;
mais la destinée du Marquis
vouloir qu'il achetât son bonheur
du prix de son sang;&
sa curiositéluy coûra presque
aussi cher qu'à psiché pour
avoir voulu connoistre l'Amour.
Un jour que le Prince
donnoit un grand bal, le Marquis
s'étant trouvé à son rendez
vous ordinaire, la Dame
invisible luy dit qu'elle ne vouloit
pas le priver dela fête, &
le congedia de bonne- heure.
Le Marquis jugeant que la
Dame s'ytrouveroit, luy coûpaun
morceau de ruban; sans
qu'elle s'en apperçût ; & se
tenant marquéàla porte de la
salle
,
sa surprise fut grande,
quand il reconnût que cette
Maîtresse invisibleétoit la même
quirestreignoit sonamour
dans des bornes si étroites. Il
suivit son premier mouve- -
ment s'approchant de la
Dame,illuy fit des reproches
sur le peu de confiance qu'elle
avoit en luy. La Damefeignit
de ne point comprendre le
sens de son discours; il s'expliqua
plus clairement; il luy
marqua les circonstances;elle
tourna ses discoursen plaisanterie;
elle luy dit qu'ilavoir lû
cette avanture dans quelque
Rorpan, elle luy demanda où
il avoit soupé, quel vin il avoit
bû ? le Marquis fc sentant picgué,
s'échauffade plus en plus,
il parla assez haut pour être
entendu de quelques Dames
d: la compagnie,qui par cas
fortuit étoient accompagnées
d'un parent de la Dame. La
belle picquée au vif, luy dit
que c'étoit trop peu que de
le traiter d'extravagant,qu'il
cherchoit à la deshonorer ,&
que si son sexe le luy permettoit,
elle en tireroit vengeance
sur le champ, mais qu'ilfalloir
qu'il s'imaginât, qu'il n'yeût
pas un homme de coeur dans
fafamille pour s'exposer à "y
faire un tel affront. Il n'en
fallut pas davantage ; pendant
que les Dames étoient occupées
à la soulager dans une
especed'évanoüssement
,
le
parent ferra la main au Marquis;
ils sortirent ensembles
&l'on apprit presque aussitôt
qu'ils étoient tous les deux
dangercufement blessez. Cetteaffaire
fit beaucoup d'éclat,
s'étant passée presque aux
yeux du Prince. Le parent.
mourut le lendemain de ses
blessures,on desespera quelques
jours dela vie du Marquis.
La belle veuve eût tout
le temps de faire de tristesréflexions
& de se repentir de
son trop de promptitude;
c'est en perdant un bien dont
on jouit que l'on en connoît
le prix, & le coeur ne sent veri.
tablement jusqu'à quel point
il aime, que lors qu'un danger
évident luy fait tout craindre
pour l'objet aimé. Cette infortunée
Maîtresse fut sisensible
à celuy où se trouvoit son'
cher Amant, qu'elle tomba
dans une langueur qui la mit
à deux doigts de la mort; &
elle ne recouvra sa fanté que
lorsqu'on l'eût assurée que le
Marquis estoit hors de danger.
Elle fut le voir, & après avoir
versé un torrent de larmes, elle
luy tint ce discours : Le moment
est venu où l'amour aprés
avoirtriomphé de ma vertu
& de ma fierté, me force à
rompre la premiere le fiIencc.
Vaine chimere que vous me
coûtez cher.,puisque vous me
sepa.ez pour jamais d'un objetque
j'adore! Je ne viens
point., mon cher Marquis,
vous offrir ma main, ma conduite
la renduë indigne d'un
si parfait Amant. Je viens vous
dire un dernier adieu
, avant
que de m'enfermer dans un
Convent, pour y pleurer 1$
reste de mes jours les malheurs
dont je fuis la cause. Vous
voulez donc ma mort,s'écria,
le Marquis; cruelle
, venez^
vous mettrele comble à mes
disgraces ? il ne tenoit qu'à
vous de reparer tous les maux
que vous m'aviez faits; & le
prix de vôtre coeur, achevat
il en luy tendant la main, me
les auroit bientôt fait oublier.
La belle Veuve luy tendit la
Lenne, & le Marquis l'arrosoit
de ses larmes, lorsqu'on annonça
le Prince. Il surprit ces
deux Amans les yeux baignez
de pleurs. J: prends,leur ditil,
toute la part d'un fidele
amy à ce qui vous touche, &
je viens vous offrir ce qui dépend
de moy ; je crois que je
#e vous fcray pas une proposition
desagréable en vous
priant de me laisser le foin de
vosnôces. Les deux Amants
accepterent avec une respectueuse
reconnoissance l'offre
du Prince. Si tôt que le Mar..
quis fut guéri
,
leurs noces furent
celebréesavec
une magnificence
qui surpassi toutes ks
fêtes qu'on avoit déjàvûësàla
Cour. On tira un feu d'artifice
,
où l'histoire de ces deux
Amansestoitrepresentée dans
des emblêmes allégoriques
Toute la Cour imita la generosité
du Prince en faisantdes
presensàces fortunez Epoux.
Labelle Veuve trouva dans
l'hymen, pour lequel elle
avoit senti tant de repugnan.
ce le moyen d'accorder liufterité
de sa vertu avec la tendresse
de ses sentimens ; & la
parfaite union de ces Epoux
fait autant l'admiration de
cette Cour , que la bifarrcric
de leurs avantures.
Rentrons,s'il vous plaist
pour quelques instant dansle
sérieux.
Lorsque les affaires de la
Chambre de Justice feront
plus avancées qu'elles ne 1s
font, j'aury une extrêmeartention
à vous donner un détail
exact de toutes les chofcs
consîderablesqui y auront été
reglées. Enattendant permettez
moy de vous proposer la
levure de l'Article des Morts.
Cette proposition est la moindre
chose que l'on doive à leur
mémoire.
MORTS,
Dame Churchill semme
de Milord Charles Spencer,
Comte de Sunàcrland,
Pair d'Angleterre
,
Viceroy
d'Irlande
,
Membre du Conseil
Privé du Roy Georges de
la Grande Bretagne, est morre
à Londres le 23. Avril. Winftant
Churchill de Woton-
Basson dans le Comté de Dorset
(estoit son ayeul) fut fait
Chevalier par leRoyCharles
11& Clerc Controlleur du
Tapis vert, & épousa N.
Drake de la Province de Devon,
dont il eut Jean Churchill
qui fuit,N.dit le General
Churchill) Gouverneur
de l'Isle de Gernefey
, mort le
Janvier *1715.Arrabclle
Churchill maistresse de Jacques
II Roy d'Angleterre &
mere de Jacques Fitz James
Duc de Bat wick
,
Chevalier de
la Jarretiere &*dc la Toison
d'or, Pair de France & d'Angleterre,
Grand d'Espagne
Maréchal de France, & N.
Churchill épouse du Colonel
Godfrey, morte à Londres, le
Mars 1715. Jean Churchill
Comte,puis Duc de Marlbo.
rough, Pair d'Angleterre
Prince del'Empire,Barond.Aimouth
, Capitaine de la troisiéme
Compagnie des Gardes
du Corps de S. M. Britannique
Chevalier de laJarretiere,cydevant
Generalissme des Ar..
niées Anglodes né sous les
trôubles de Cromwel, lequel
s'e stmarié à. DemoisselleJaracbvjennings,
fille du Chevalier
RichardJennings, d'où
font venues N. Churchill
femme du Comte de Godelfin,
Grand-Mailtre del'Artillerie.
d'Angleterre, fils du
grand Tresorier de ce nom; N.Churchillépoufedu Duc
de Montaiguë, Capitaine des
GardesduCorps duRoyN.
Churchillqui a estémariée au
Comte de Bridgwater ; & la
Comtesse de Sunderland qui
vient de mourir.
Messire Nicplas- Frideric
Comte de Rottembourg,Maréchal
des Camps & Armées
du Roy, premier Chevalier
d'Honneur du Conseil Souverain
de Colmar, mourut le 10.
d'Avril dans saTerre de Mafveaux
en Haute-Alsace,âgé
de soixante dix ans. Il estoit
originaire de Brandebourg,
d'une des plus anciennes & des
plus illustresMaisons.S* samille
sortie de Suisse du temps
des Comtes de Hapsbourg,
par lesquels elle fut vaincue
aprèsplusieurs Combats avec
d'autres
d'autres Seigneurs, qui S'étoient
liguezensemble, pour
s'opposer a leur domination
tirannique,& qui furent con..
traints de chercher un azile
dans d'autres Etats ,avoit pos.
fedé jusqu'alors en ce pays là
le Comte de Rottcmbourg
,
qui fait à present partie du Domaine
du Canton de Lucerne,
donc les Croniques font une
mention honorable d'une
Gutta de Rottembourg) laquelle
en 12.2.3.yfonda le fameux
Convent des Cordeliers.
Les Seigneurs de Rottembourg
eurent bientost des établissemensconsiderables
dans
la Franconie où ils ont demeu-
»
ré l'espace de deux cens ans,
& nous trouvons dans l'His.
toire de l'Eglise d'Allemagne
des Evêques de Mayence, de
Wirtzbourg & de Bamberg
de u";r nom. Leur réputation
,-
dans c fait dela guerre,les
ayarc appelle dans la fuite au
ser Jiec de diffrrensSouverains;
iJ) se rendirent depuis recom-
Mandables en Silesie & en
Brandebourg, oùils ont toujours
possedé des terres confîderables
& des emplois de diftincton.
Celuy dont non* annonçons
la more,cadet de sa Mai.
son
J
actiré d'ailleurs en France
par le succés des armes de ce
Royaume & la grande Renommée
de son Roy,commença
son service dans le Regiment
du General de Rosen,
un des anciens Colonels qui
estoient resté dans le parti de la
France après la more du Duc
de Weimar. Sa première Campagne
sur celle de Lille, où il
servit d'abord en qualité de
Cornette, depuis estant parvenu
à avoir luy-même le Regiment,
il l'atoûjours commandé
avec diHinébon dans
toutes les affaires où il a esté
assez heureux de fc trouver:il
eut trois chevaux de ruez sous
luy à la Bataille de Seneff, &à.
celle deNeiwindeil eut l bon..
neur fous les ordres de S. A.
R. alors Duc de Chartres, de
charger & renverseravectrois
Escadrons cinq Escadrons des
Ennemis, à la teste desquels
estoitt en personne le Prince
d'Orange depuisRoy d'An..
gleterre.
,
Le feu Roy luy a témoigné.
plusieurs fois en termes pleins
de bonté,la satisfaction qu'il
avoir de les services, & tors
que ses grandes infirmitezl'ont
obligé de quitter, il dit au^Uréchal
de Rosen son beau pere
,
qu'il estoit tres fâché de
perdre un aussi bon Offieicr#(
Il a épousé en 1682. Dame
Anne Jeanne de Rofcn, filLç
aînée de ce Maréchal, dela
quelle il laisse cinq enfans vivans,
quatre filles dont Tune
est mariée au Comte de Vatidrey
S. Remy
,
frere du Lieutenant
général de ce nom,
& un fils unique Mettre de
Camp d'un Regiment de Ca- ~;,
vallerie Allemand
, & à present
Ambassadeur Extraordinaire
de Sa Majesté auprès du
Roy de Pruflfe,oùil donne
dansun Ministere aussi important
toutes les marques
possibles de sagesse & d'intel.-
ligencedans la conduite des
affaires au dessûs de son âge.
Le 19. mourut ici le jeune
Comte Joseph de Vale,âgé
de prés de vingt ans, fils du
Comte de ce nom, Grand
Chambellan de l'Empereur.
Ce jeune Seigneur étoit receu
"< en survivance de son pere
, pour cette Charge,&joüssoit
déja de cent mille écus de revenu
des biens de sa mere;il y
avoit un an & dcmy qu'il étoit
ici pour faire sesexerciceavec
son frere cadet,&ils devoient
partir incessamment tous deux
pour s'en retourner : il. fut
Eorté le lendemain surles si"
heures du foiràl'EgliseS.Sulpice
,
qui étoit toute tenduë
de blanc,avec un dais dans le
Choeur,fous lequel on le mit
sur une Estrade faire exprés.
Meffirc Louis François de
Vauc, Prêtre, Abbéde S Serges
lés-Angers ,
& -* Visîteur
General des Carmelites, mourut
le 12. Avril dernier.Ilétoit
sis de Messire Jacquesde Valfé,
Seigneur de S. Georges,&
de Dame Anne du Verger, &
foîtoit d'une branche cadetc
delaMaisondeVassé» l'une
desplus anciennes & des plus
illustres de U Province du
M''De.
Dame Magdelaine - Frarv
çoife Cesar,EpousedeMefsi,
e Pierre Jean Cherre. Mlître
des Comptes, mourut le
18. Avril.
Meffirc Hilaire-Guydela
Val
,
Marquis de la Plesse,
S. Clément ,
&c. mourut le
23.Avril.LaMaisondelaVal
donc
dont il sottoitestune branche
de la Maison de Montmorency
, quejevousay déja dir plusieursfoisêtresans
contredit
la plus illustre du Royaume.
Messire M iximilien François,
Comte de Frennes,Anftain,&
c.Lieutenant C neral
des Armées du Roy, le26. mourut Avrj1 :il sortoit d'u des plusanciennes,&des plus
illustresMai sons d'Arrois,cornuë
autrefois fous le nom de
du Bos, & sortie vrai semblablement
de la Maison de Fren- nes,dont étou Robcrr,Sci.
gneur de Fennes,duMoreau
fait Connétable de France par,
le Roy Jean.
Dame Marie Françoise Sevin
,Veuve de Messire Jean
Briçonnet, Seigneur desTournelles,
Conseiller de la Cour
des Aydes
, mourut le 27.
Avril: elle estoit fille de Messire
Guy Sevin
,
Seigneur de
Gaumets- laVille, Maîtredes
Comptes, & de Marguerite
Pichon:cettefamilledemême
que celle de Briçonnet
,
cft
des plus anciennes, & des plus
illustres de la Robe.
-
Messire Côme, Marquis de
Valbelle, mourut le tg. Avril
âgéde76ans:il sortoitd'unenoblesse
distinguée de Provence.
Mirc Loüis -
René des
toflez, Seigneur de Cozolles,
Chanoine de NôtreDame de
Paris, mourut le 30. Avril âgé
de 64. ans. Le nom des Fostez
est ancien & distingué en Picardie.
Messire François Huart
, eDocteur de la Maison
&. SociétéRoyale de Navarre,
Doyen de la Faculté de Theologie
de Paris, où il avoir efié
receu le 10. May 1660.cidevant
Chanoine & Grand
Archidacre de l'Eglise de
iD Coutances, mourut le 2, de
ce mois,âgé de 8 8. ans.
Dame Anne Martin, qui
avoit épousé en Octobre 1710.
Messire Philippes de Baylens,
Marquis de Poyanne, mourut
le 4. Elle estoit fille de J>an-
Loüis Martin,Seigneur d'Auzelles,
Fermier général
,
& de
Marie Magdelaine Dumas.
Elle estoit roeur deDame Marie
Therese Martin, femme de
Messire Louis de Bet hune,
Marquis de Bethune-Chabris,
& de Dame. Martin, femme
de Messire LouisGuillaume
Jubett de Bouville, Maître
des Requêtes. La Maison
de Baylcns est originaire de
Guyenne, elle cil également
distinguée par son ancienneté
& ses alliances,& elle a donné
plusieurs Chevaliers des Ordres
du Roy.
Messire Alexandre François
Richer, Chevalier Seigneur
d'Aube,Gonfeiller de la
Grand'Chambre duPar lement
de Normandie
,
mouruticy le
cinq de ce mois,laissant entre
autres enfans,un fils aussi Conseiller
au même Parlement.
Dame Jeanne de Caumont
la Force, épause de Messire
Claude Antoine de S. Simon,
Marquis de Courtomer, moufut
4e8. de ce mois.Elle étoit
foeuf de M. le Duc de la Force.
La Maison de Caumont est
une des plus anciennes & des
plus illustres du Royaume.
Pour celle de S. Simon elleest
originaire de Normandie, &
d'une noblesse tresdistinguée.
Meilire Gaspard Cotron ,
Chevalier de l'Ordre de S.
Louis )Capitaine de Galeres,
& Commandant pour le Roy
dansla Ville & Citadellede S.
Tropez,mourut le ii.de ce
mois. Il fut Capitaine des
Gardes de feu M. le Duc de
Vcndolmc.
Joseph MartindeTricaulc,
Chevalier de l'Ordre de S.
Loüis
,
Brigadier des Armées
dn Roy,&Lieutenant Colonel
du Régiment de Lyonnois,
mourut le12. decemois.
Dame GenevièveElisabeth
deVilleronde
, veuve deMessire
Loirs de Haudessens, Chevalier
Seigneur de Cluseaux Tresorier de France à Poitiers,,
mourut le 3. de ce mois.
MessireFrançois de Mafcranny
,
Prestre
,
Docteur de
Sorbonne, Chanoine,GrandVicaire
& Chancelier de PEglise
de Roüen
,
Prieur de S.
Christophe,Seigneur & Barond'Armentiers,
mourut le
13decemois. Ilétoit oncle
de Madame la Marquise de
Gesvres.
Messire Loüis de Crussol , Marquis de Florensac, Baron
de Cereix, Privas, &c. Maréchal
de Camp des Armées du
Roy
, & Menin de MtiTeigneurs
les Dauphins ,mourut
le1 5. de ce mois. La Maison
de Crussol est si ancienne,&
siillustre qu'il suffira de vous
dire icy que M. le Marquis de
florensac étoit oncle de M.
le Duc d Uzés, &que de son
mariageavecfeuë Dame Marie
Louise Therese de S. Nectaire
,il a laissé un fils unique
dont je vous appris le mariage
avec Mademoiselle Colbert
deVillacerf
,
dans,mon Journal
du moisde Janvier1715.
Dame Françoise Chovayne
veuve de Messire Charles de la
Grange, Chevalier Seigneur
de la Neufville, Maistre des
Comptes,& auparavant de
Messire Gilles de Maupeau..
Chevalier Comte d'Ableige,
Conseiller au Parlement
mourut le
1 5. de ce mois. Du
premier mariage ca forti M.
de Maupeoud'Ableige,Mal.
tre des Requêtes, & du second
est issuë Madame la Prcfidente
de Menars.
:
DameAngeliquedeBullion
épouse de Messire Christophe
dela Tour de S. Vidal, Chevalier
Marquis de Choisenet,
mourut le 16. de ce mois sans
enfans, elle étoit fille de Messîre
Claude de Bullion Marquis
de Longchesne, & petite fille
de Messire ClaudedeBullion,
Surintendant des Finances de
France, Ministre d'Etat ,
*
Commandeur,& Garde des
Sceaux des Ordres du Roy. La
Maison de la Tour S. Vidal
dont efl; M. de Choisenet est
égalementdistinguée par fou
ancienneté & par ses alliances,
M. JeanFeydeau, quiavoit
esté receu President de la Cour
des Monnoyesen 1677. mourut
le 17. Avril dernier, il
étoit d'une famille des plus
anciennes,& des plus distinguées
de laRobe.
Messire Jacques Drummond
Ducde Perth,Chevalier
de la Juretierre, Chancelier
d'Ecosse,quiavoir eû de grands
Emplois, sous les Regnes
deCharlesII. & JacquesII.
mourut àS.- Germain aprés
une longue maladie dans sa
68.année.
Le 4. de ce mois Dame
Catherine Deschamps,veuve
du Marquis de Chastres, âgée
de 64. ans ,
prit, l'habk de
Novice dans le Prieuré de la
Mere-Dieu à Loches;
Ilest de notorieté Publique
que cest le chef-d'oeuvre des
Mariages de contribuer à réparer
le tort des Morts. Cela
étant, lisezCet article
.;
vous entretiendra peutestre
plus agréablement que celuy
qui le precede.
t
MJRIAGES..
Charles, Duc de Mecklembourg-
Swerin
,
Prince des
WJodatec:, &c. épousa à Danczic
le
1 3. Avril, Anne, Princesse
Royale de Moscovie,
fille du feu Jean, Grand Duc
de Moscovie
,
& Niece du
Czar de Moscovie à present
regnant, & veuve de Frédéric-
GUlltaulncKeder, Duc de
Curlande & de Semigalla,
mort le 20. Février1713.
Le nouvel Epoux succeda aux
biens de Frédéric Guillaume,
Duc de Meckelbourg Swerin
son frere aisné, mort à
Mayence le 3 1. Juillet171 3.
Chrestien, Duc de MClkdbourg
- Swerin, Chevalier
des Ordres du Roy, qui éroit
venu en France épouser la
Duchesse de Chastillon,après
avoir répudié sa premiere
femme qui lui étoit cousine
germaine, & abjuré le Lutherani
sine,morten 1691. étoit
leur oncle, frere aisné de leur
pere,tous deux cnfans d'Adolphe
Frédéric, Duc de
Mec kelbourg-Swerin: cette
Maisonest du nombre
des cinq Alternantes d'AllemaMgne.
re de laPorte,Duc
de la Meilleraye,fils de Mre
Paul Jules de la Porte Mazarini,
Duc de la Meilleraye, Pair
de France,& de Dame Felix-
Charlotte. Armande Durfort
de Duras, a épouséle 5. de ce
mois Damoiselle de Rohan
, fille de Mre Hercules
Merriadec, Prince de Rohan
& de Soubise, Duc de Rohan,
* Pair de France;& de Dame
Anne- Geneviève Levi-Ventadour.
Ces noms sontsi illustres,
& par consequentsiconnus
tlue jen'endonneray icy
aucun détail généalogique..
4 Cet Articleme fait souvenir
quedans monJournal du mois
d'Avril, j'aurois dû vous apprendre
que le23. du mois de
Mars precedent Mre Louis-
Pierre d'Hozier de Serrigny,
Chevalier de l'Or dre du Roy,
Genealogiste de sa Maison&
Juge- d'Armes de France en
survivance, épousaDileMarie
Anne Robillard
,
fille de
Georges Robillard ,Ecuyer,
* Conseiller-
-
Conseiller-Secretaire duRoy,
& de Marie Anne le Boeuf. Le
nouveau Mariéest neveu de
Mre Charles René d'Hozier,
Genealogiste de la Maison du
Roy,Juge-d'Armes & Garde
de l'Armorial général de France,
Chevalier des Ordres de S.
Maurice & de S. Lazare de Savoye.
Il est.fils de Mre Louis
Roger d'Hozier.Chevalierde
l'Ordre du Roy
,
Genealogiste
de sa Maison & Juge general
de; Armes&Blazon de Prance
j & de Dame Magdeleinele
Bourgeois de la fosse, & petitfils
de Mre Pierre d'Hozier
aussi Chevalier de l'Ordre du
Roy, Gentilhomme ordinaire
& Genealogiste de sa Maison,
Jage général des Armes de
France, & Conseiller d'Etat,
sorti d'une noble famille de la
Ville de Sellons en Provence,
connue il y à prés de deux
cens ans.
Pour la famille de la nouvelleMariéeelleestoriginaire
de Guyenne, & descendde
Geraud Robillard J"Ecuyer,
sieur de la Pellouziere, qui de
Jeanne Gregoireau laissa Jean-
PierreRobillartAvocat general
de la Cour -
des Aides de
Bordeaux, mort sansenfans de
Beatrix de Gaumont sa femme;
Charles Robillart qui Cuie;
GeorgesRobillart dont la posterité
fera rapportée après celle
de son frere, & Antoinette-
Suzanne Robillart femme de
- Jean BoucaudConseiller au
Parlement de Bordeaux,morte
en 1711. laissant plusieursensans,
charles Robillart Ecuyer
sieur de Cantegrit ; epousa
Anne Fumat, & en eut Jean-
Pierre Robillart Avocat general
de la Cour des Aides do'
Bordeaux
,
qui de Marguerite
de RochealaisséMarieRobillart
femme de Georges Robillart
soncousin IlJu de germain.
Conseiller au Parlement de
Bordeaux, Georges Robdlart,
Ecuyer, si'"ur de Gemus troisiéme
fils de Gereau Robillart
& de Jeanne Gregoireau
épousa Catherine Royer , , il
en eut Georges Robillart , Ecuyer,Conseiller Secretaire
du Roy, Maison Couronne.
de France & de ses Finances,
qui le premier de sa famille efl;
venu s'établir a Paris, où il à,
épousé Motie Anne le Boeuf,
de laquelle il a Georges Robillard,
Conseillerau Parlement
de Bordeaux, marie avec Marie
Robillard sa cousine, isluë.
degermain;Nicolas Robillard,
Etudiant, âgé de ij#. ans
en 1716Geneviéve- Joseph-
Michel Robillard, femme de
M tEreGeoffroy de Mallevin,
Chevalier Seigneur de S. Simphorienen
Poitou ,Conseiller
au Parlement de Bordeaux, Se.
Marie Anne Robillard, qui
par son mariage avec M de
Serigny a donné lieuà cetarticle.
M. d'Hozier de Serigny,
quoique dans un âge p:u
avancé,amérité,par ses services
des marques de distinction
du feu Roy; & l'on peutdire
que rien ne luy manque pour
soûteniravec honneur la
grande réputation de Mcffieurs
d'Hozier.
M. Amelot de Chaillou,
Maistre des Requestes, fils de
M. Amelor, Maistre des Requestes,
& de Philberte de Barillon,
a épousé ces jours paffèz
Mademoiselle Bombarde,
fille de MBombarde, grand
Tresorier & Conseiller d'Etat
de Son AIrelfc Electorale
de Baviere. C'est un des plus
riches Partis qu'il y eut à ParisJ'ay
eu tant d'occasions
de vous parler de la famille
de Mrs Amelot & de Mrs de
Banllon, que je crois inutile
de vous en entretenir davantage
aujourd huy.
Article nouveau & cligne de
toute l'attention des Lecteurs.
Le 18. de ce mois les Comediens
Italiens de Son AlresseRoyale
Monseigneur le
Ducd'Or leans Regent, representeren,
pour la premiere
fois dans la Sallede 1 Opéra,
une Comedie Italienne intitulée
l'Heureusesurprise. Jamais
spectacle ne fut honoré d'une
plus belleAssemblée. Tous les
Princes & Princesses du Sang
s'y trouverent accompagnez
d'un grand nombre des premiers
Seigneurs du Royaume.
A cinq heures & un quart la
roile fut levée, & la Piece
commença. Malgré la bonne
opinion qu'on pouvoit avoir
deces Comediens,&dudiscernement
de ceux quis'etoient
mêlezde lesrassembler,
sur la foy des éloges qu'on leur.
donnoit en Italie, le Parterre
françois perperuel & impitoyable
ennemy dsesemausvaises
choies, ne le seroit contraint
pour rien au monde, à
les honorer,& à les accabler
d'appludissements
,
s'ilsn'avoient
esté en effet aussi bons
qu'ils sont; & tels en un mot
que tous ceux quiont l'avantage
de les bien entendre, ne
croyent pas qu'il y ait desormais
de parallele à faire. Pour
ceux qui ne les entendent pas
encore, & à qui il fera facile
d'apprendre l'Italien en peu de
leçons receuës de FembUblcs
Maitres,ils auront la satisfaction
, en attendant que leurs
oreilles & leur mémoire se familiarisent
avec ces fons étran.
gers ,
devoir dans toutes leurs,
Pieces un jeu continuel de
mouvements
,
d'attitudes &
d'actions si variéces, si justes,
& si naturelles, qu'elles les occuperonttoûjours
agréable..
ment, & leur faciliteront l'intelligence
des choses qu'ils representenr.
Le 20. ils joüerent
avec un succés encore plus favorablequecelui
qu'ilsavoient
eu le 18. la Comedie d'Arl,..
quinBouffon de Cour;&ilsont
tout lieud'esperer que le Public
contractera sans peine
l'habitude de les voir, tant
qu'ils s'y prendront comme
ils font pour luy plaire. On
dit que M. Octave va être aggrcgé
dans cette Troupe.Ala
bonne heure sicela cil, son
intelligence danscette Profession
parle assez pour luy. Le
Theâtre de l'Hôtel de Bour.
gogne qu'ilrétablit, & embellit
plus qu'il ne le fut jamais,
ne sera ouvert qu'après les
Fêtes.
Les Comédiens François de
leur côté après avoir feüilleté
le catalogue desPieces oubliées
sur leur Theâcre, firentenfin
vers le commencement de ce
mois, la trouvaille de la vieille
Princesse d'Elide, dont ils rassasierent
les spectateurs jusquesau
jour que les Iraliens
parurent pour la premiere fois.
Le lendemain ils servirent Astrate,
ancienneTragedie de M.
Quinaut, celebre à jamais par
ce bon mot de M.Boileau.
Sur tout l'Anneau,Royalmesemble
bien trouvée.
Cette Tragedie fut suivie
de la premiere representation
de laGuinguette de la Finance.
Tout ce qui peut donner du
relief à cette détestable Piece,
c'etf qu'elle e11 de la façon de
-
M. Dancourt.Je m'étois morfondu
sur son Verd galant
i qu'il me permette du moins
de m'éguayer à sa Guinguette.
Quelleextravagante envie
a-t-il eu dans son Prologue de
nous entretenir du courroux
de Jupiter, de sa foudre prête
à exterminer les coupables?
Qu'entend-il par si Venus ôc
ses Amours dont les graces
souverainesdétournent les redoutables
coups de ce Dieu
dans l'instant qu'il va lancer,
son tonnerre ? Quelle allasion
! Quelle pauvreté ! Passons
au corps de l'Ouvrage.
Invente t-il une Histoire pour
en faire le plan de sa Comedie
! Quelle miserable Fable!..
Mais, pardonnez moy ,
il ne
laisse pas d'y avoir du grand,
du magnifique
,
il y a même
un petit air de Cothurne. Il y a
des nombreuses& d'heureuses
reconnoissances
,
de belles sicuations,
de tendres embrassements,
& des genuflexions.
Ah mon pere! Ah ! ma fille!
Ah! ma femme!Tour cela ne
seroit-il pas des lambeaux de
plusieurs Pieces qu'il a pillées
ou reçûës de differens Auteurs,
& dont il voudroit dans cellecy
faire une espece de restitution
à leurs proprietaires. Mais
le plus beau,le voicy, Messieurs.
Il y a des moeurs!ffi-il
un plus rare sujet d'étonnement
pour tous ceux qui connoissentl'esprit
& les Ouvrages
de M. Dancourt. Du reste
son mérité à i7artil les divertissements
en font jolis. M. Moureten
acomposé la Musique,
c'est une preuve qu'elle est
bonne, r*j^3fnfo>"**rr\ ri"
- Ce qu'on peut ajoûter de
plus à la loüange des Comediens
François, qui ont vû les
Italiens,c'est que la jalousie ni
l'interêt,n'ont pas pû les empêcher
d'avoüer hautement
que ces derniers venus sont
d'excellents Acteurs. De cet
aveu que la force de la vérité
arrache de leur bouche ,peut
naître une noble émulation capable
de satisfaire un jour le
Public dans ces deux genres
de spettacles,& un succés à
peu prés égal, excitant la curiosité
des fpeéhteurs
, ne les
ramenera chez les François,
que charmez du mérite des
Italiens.
L'Opéra offre bien moins
de matiere à la critique , &
quelque droit quelle ait sur
tous lesOuvrages d'esprit,dans
lesquels la petite Comedie intitulée
la Guinguette de \a Fi-
, nance, n'aura jamais l'honneur
d'être comprise;elle trouve si
peu à mordre sur les Pieces
qu'on yrepresente,qu'elle aime
mieux garder le silence,
qu'outrer la censure. La Tragédied'Ajax
qu'on y jouë actuellement
,
dont les paroles,
font de M. Meneffon
, &.
la musique de M. Bertin, y
jouit tranquillement de l'honneur
de ses representations.
-m*'
SupplémentauxNouvelles.
V'"t -«**»-#•>*' <£•Wi 44-
,; On mande de Marseille,
qu'on y avoit appris par un
Vaisseau arrivé dans ce Port
venant de Messine, que le 11.
Avrille Mont Ethna avoit de
nouveau vomi une prodigicuse
quantité de flâmes ,& qu'il
yavoitplusde15joursqu'on
y entendoit des bruits soûterrains,&
qu'on étoit à Catane.
& dans les lieux circonvoisins
dans de continuelles appl chcnsions
de quelques funestes
tremblements de terre, donc
on avoit déja senti quelques legeres
secousses, mais qu'ils navoientcausé
aucun dommage;
que ces bruits soûterrains s'étoient
aussi fait entendre à plus
de trois mille le long delaCôte
ce qui faisoit craindre quelque
sinistreaccident;&qu'à 3.mil
de Melasso, sur le rivage de la
Mer,on avoitvûparoître dant pen- 3. joursde suite nnM<.nC.
cre marin d'une grandeur,hauteur
& de figure horribles, &
grosà proportion, étant fait à
peu prés comme un Cheval
&son hannissiment étant presque
semblable: il avoit deux
tetes,àchacune desquellesily
avoit une corne dans le milieu
du front;ses cornes étoient
courbées, & ses oreilles qui
étoient doubles à chaque têre,
étoientcomme celles d'unElephant
:il avoit six pieds, deux
devant, deux derriere
,
& un à
chaque flanc, ils étoient fendus
comme ceux des boeufs, son
liMrm»(I%ment étoit si horrible
àentendre
, que plusieurs personnes
pour l'avoir vû & entendu
de trop prés, en sont
mortes de frayeurs, Ce Monttre
sortoit de la Mer tous le*
joursà9. heures dumatin,& se
promenoir sur la terre le long
du rivage durant 4. heures,
après quoy il s'élarrçoic dans la
Mer avec une telle précipitation
,que l'endroit où il te jectoit
à la Mer,enbauillonnoit
encore un gros quart d'heure
aprèsL'apparition deceMonstre
,
joint à plusieurs autres de
différentes especes qui ont parus
depuis peu deteme, n. presage
pour le Royaume deSicile
que d'étranges&fonestes choses:
ce qui fait que les peuples
decertIsle sonttoûjours dans
de continuelles frayeurs.
Le 18. de ce mois M.le Marquis
Mari, EnvoyéExtraordinaire
de Genes,eûtsapremiere
audiance publique dcMadamc
& de Monsieur le Duc d'Orcaas.
Le 24. M. le Comte de
Spaar,Ambassadeur Extraordinaire
deSuede en France, fit
son Entrée publique en cette
Ville, suivant l'usageaccoûtuft~
c d;tnc ces ceremonies. Le
d"iiil où Ion est icy ôta à cette
Entrée cequ'elle eût pû avoir
de pluséclatant sans cette conjoncture.
Cependant les cinq
Carrosses deM.l'Ambassadeur
à 8. & à six chevaux
J
furent
ornez aussi magnifiquement
qu'ils pouvoient l'être. Il y
avoir 22. Gentilshommes de
sa suite, ses Pages, & plusieurs
de ses Dolestiques à cneval.
Il se rendit accompagne des
Carrosses du Roy, des Princes
& Princesses du Sang, à l'Hôtel
des Ambassadeurs dans
l'or dre accoûtumé.
Avis que VOUS Itrc^ e5-tl vous
plaist,sinon il ne vous plaira
pas.
Le sieurChevillard fils, soy
disant Gencalogiste & Historiographe
de France
,
& non
pas seulement Graveur ,comme
les envieux de ion merite
s'efforcent de le faire croire ) vient de donner au Public une
Carre contenant les noms .,.
surnoms, qualitez, Aïhïes &
Blasons de Meilleurs de la
Chambre de Justice : l'exJQ:itude
avec laquelle elle est finie,
#
peut la faireregarder comme
Une pièce achevée dans son
espece
,
les noms de Famille y
sont dans leur entier contre
l'ordinaire de ceux qui gravenc
ces sortes d'Ouvrages, sans
trop s'y entendre ; mais ce
qu'il y a de surprenant, c'est
que dans le nombre d'environ
trente
trente Armoiries qui rempliddent
cette Planche, il n'y en a
pasune seulequi ne foit selon
toutes les regles de l' Art Heraldique.
L'Auteur auroit
bien vouluépargner aux yeux
des Curieux, le de sagrément
d'y voir un peutrop de chevrons
; mais comme toutesles
pieces qui entrent dans le Bla-
•
son, ont été regardées depuis
l'origine de cette admirable
science,comme chosessacrées,
il n'auroit pû se dispenser de
les admettre,sans encourir la
censure des Maîtres de l'Arr IlestfilsdeM.Chevillard,Genealogistedu
Roy & Historio
graphe de France,qui demeure
prés Nôtre. Dame; & sa demeure
à luy est ruë du Petit-
Pont,Ch.,-z un Teinturier
,
à la
Ville de Lyon,de Dijon
, ou
de Riom
,
&c.
AVIS.
Il y a quelquefois autant
de peril à dire trop hardiment
la verité, quil y a de ballelIè
à luy fubHuuer des mensonges
Le silence rient le milieu
des deux: mais si j'eusse gardé
le secret dJns une chose de
importance de celle dont il
s'agit, le Public devroit me sçavoir
éternellement mauvais
gré dema discretion.J'ay par.
lé, j'ay dit la vérité:ce que j'ay
dit m'a attiré un nombre infini
de reproches & d'objections
ridicules, & c'til sur
moy qu'ont tombé les clameurs
dela moitié du monde.
Hé bien, Messieurs les incredules
je vous le répété encore
avec la même fermeté je vous
ay annoncé l'Eau de M. de
Villars comme le remede le
plus certain & le plus infaillible
qu'il y eut dans la nature,
sur la foy de cent témoins
irrecusables, gueris parluy
des maladiesles plus cruelles.
Er je croy avec ex petience:&
avec connoissance profonde,
que c'est se declarer l'ennemi
des hommes, que de n'oser
leur dire avec autant d'éclat
que de bonne foy que toutes
les raisonsdu monde doivent
les porter à ne pas mépriser
l'usage d'un Eau si falutairc.
Qu'ilsmecroyent maintenant
s'ils veulent, je les tiens pour
dûëment avertis Leur salut
crt en leurs mains. Qu'ils
profitent de l'avis.Amen.
APOSTILLE.
Les Mémoires Litteraires.
\knJronL quand il plaira à la
fortune. Tous lesesprits fenvblent
être à present pour ces
fortes d'ouvrages dans une létargie
inconcevable.
Cependant pluficurs Sçavants
Anonimes des Pays E-
-
trangers,m'ont fait l'honneur
de m'écrire, qu'ils avoientdes
Dissertations curieuses & instrudfc
ves dans plusieurs genles,
qu'ils ne me lesenvoïolent
point,parce qu'il ne leur coilvenoir
pasd'en payer les ports,
J? lesdispense de toute consideration
à cet égard ,& je les
p/ie de me les adresser sans se
mettre en peine d'affranchir,
leurs Lettres. Je leur en feiay
tous jours obligé.
J'auray la mêmeobligation
à ceux qui, instruits des Genealogies
des plus illustresFamilles
des Royaumes Etran,
gers, m'envoyeront ( comme
a fait depuis peu M. Roger
que je remercie ) les changements
qui se feront par Morts
ou par Mariages
,
dansces
grandes Maisonsdistinguées
W Europe, par les noms, emplois
& qualitez des Personnes
qui en sont. Pour le resteje
recommande l'affranchisseRéludeéblouissant,
suivid'une exploit ffUY"
veilleux de l'incomparable Chevalier Caiffant,
i
JRecfuefle original* 4 JVoffeiçneurs NojÇet^neurs
les Marpullters de l'Oeuvre du S.6 xremtnt
deS Sulpice, ib n Détail cuneux ( ou foit dfant tel ) de ce qui s'I{I
tajJÍ a VmcoQm, a*jujet d'un yietllard âgé
de cet quatVÊm ans, frc. 14
Neuve"esdeRtme, 43
De Vm'set si
De Rom*, 58
De Vtnife, ix
Relation ti, l'E»trée aVienne, de M. hCotpte
du Lue, Ambassadeurdt Frant* auprès de
l'Em',ep,ur
, 106
suiU dei.N'tu-vdlltjd.xuràdruo, III te Vienne, ijft,
D. T»ulont 13P
DI Barcelonet 140-
TDJePe>rp&Rian,°fes 143 ,14T
D'Arras, JT.
De Matfetlle, DeParS,IS1i51 Prefeffton de Foy de M. chevalier,célébré
AvocatduParlement, 771
Prologue d'un divertissement,chanté devant
-MIIafdfamJee dlaeprineeffe d'ELeus, le jour defit Y.D:S,. I8j
Les jonges. Cantate du même tuteur, 189
Diel,tation des biensdu Steur deS. Commis
employéaux BureauxduConseil des Guerres >
f. "ç
Vers Il Son eitqe Royale, Madame,sur fin
Alédad er, 1C4
fté1pon.fme al,mSn,sAUltesJseeRt,oiyalf'iradame, sur 2.06 ch nfon, 2.08
Chatii re dis Enigmes, eu VAuteur"parunexcès
d'étowdene a manqué de vous d're que la
ffïrituelle é. infortunée Lyonnoift. le
Zrospa,,, de la rué de la Potterie d'jirge
tun dtvtaélesEnigmes,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères