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NOUVEAU MERCURE
A PARIS,
M. DCCXVI.
4vecPrivitege du RoyMEIIC
TOf'H E2
GAIAHT.
* « i -",
Par le SieNr Le Fevrt.
Mois
de Fevrier
1716.
Le prix e43o. fols relié en veau, de x fols
,
broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, & J. LAMEStl;
au bouc du Pont SaintMichel,
dauucLôtievdrueMïiaorcyhaé-lN.euf, euf
j4vttAj>yii'(itioHy&Frivï2egc dsp-oi
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE'
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEU;AR ,
LE DUC DE CHARTRES.
De Perpignan.
Mmoireaccompagné de quelques
Remarques kiftoriques.
E vingt Décembre
dernieril se fie un
Service trés-solemnel
pour le feu Roy,à Perpignan,
aux dépens de Meilleurs les
Consuls de cette Ville
,
furnommée
la trés-Fideue titre
glorieux que ses
*
Habitants
meritcrenc en 147J.du Roy
d'Arragon JeanII:en mémoire
de l'extrêmefijehtc
qu'ilsavoienc marquée
en foutenant
toutes les rigueurs de
la faim durant un Siege de
huit mois. Jean Blanc, Bourgeoisnoble,
& premier Consul
de la Ville
> y commandoit
alors encette derniere qualité;
& ses Compatriotes étcrnife.
rent sa confiante fidélité par
une Inscription honorable qui
se voit encore aujourdhuy à
la porte de sa maison,qui porteces
mots: Hujus domus Dvminus,
fidehtatc cunflos ftperavit
Romanos.
Le 19. les Consuls firent
annoncer par toure laVille la
lugubre ccremonic du lendemain.
QuatreTambours, leurs
caisses couvertes de drap noir,
prcccdoient à pied douze Cavaliers
vêtus de robes noires
avec des cha perons qui leur
couvroienc la tête
,
les chevaux
tous caparaçonnez de
dciiil. Cette triste Cavalcade
sariêtoic à tous IesCarrefours:1
quatre d'iccuxionnoienc de
leurs Trompettes avec des
sourdines: les huit autres qui
portoienc des clochettes d'une
grosseur raiionnable, les fonnoicnr
par cinqfrois, à quoy
les Trompettes répondoienc
chaque fois; puis l'un de ces
Crieurs annonçait triftemenc
la mort de LoilsXIV. & invitoit
le Public au Service qui
devoit se celebrer le lendemain.
Dans ItEgltfe de S. Jean qui
fert de Cat hedrale depuis l'an
1604. que par l'autorité du
PapeClcmcntVIII.à larequi£
jfionAu Roy dEfpJgnePhilippe
1,11, le Sicgq Episcopal
fyztransfère de laVilledElne
çn cctlc de Perpignanj dans
cptteEjgUfc, dis je >on avoic
dresse un carafalque quarré,
qOht la bafe
,
large de vingt
pieds
,
s'élevait par differenrs
degrezà la hauteur de trente>
iç toutcouvert de drap noir,
bordé à chaquedegré de galons
d'argent,& dessus quantité
déeuflons
,
de trophées
d'aimcs,dc cartouches representant
les différentes aébons
du Roy, & d'autres décorations
funtbres, & garni d'une
quantité extraordinaire de
cierges
y
de flambeaux, & d'autres
tumicres. Sur lacimeétoie
unefpecc de Tombeau, façon
de mar bre noir, Les bordures
fiçon de marbre blanc, sur iequel
on voyait un Manteau
Royal,une grande Couronne
à la lete couverte d'un crêpe
noir, & les autres fymbolcs
de la Royauté; le tout furmonté
d'un dais de velours
noir avec des crcfpines d'or.
Dés le matin du 10. toutes
les ParoilTcs de laVîlle
, toutes
les Communautez de Religieux
invitées par les Consuls,
fc rendirent pioceffionnellcment,
les unes après les autres,
àla Cathedrale, pour y faire
chacune une absoute autour
du catafalque. L'heure venue,
Meilleurs du Conleil Souverain
de Rouflillon yarrivèrent
en robes rouges, ayant àleur
tête M. le Comte d'Albarcr,
Premier PréfiJent
,
(uivis des
Juges des Cours fubalrcrnes,
des Avocats, & autres Officiers
de Justice ;puis Messieurs
les Conluls vinrent en habits
de ceremonie avec une nombreufe
fuite du Corps de Ville,
aprér, l'EtatMajor delaPlacc
en Corps
,
accompagné Idc:
tous les Officiers delàGarni*
son en d,üd,& ceux qui étoienc
obligez de porter l'habit d'ordonnancc
avoienc de arandef
êcharpes decrespeen bandoly
liere;U l'Eglifc qui eli vaste
fat remplie de tout ce qu'il y a
de plus confiJerable danstoui>
les Etats. non feulement de Uf
VIlle,mais encore de la Pio-
La Meflfe celebréc poptiÉU
vincc.
ce l tbréc poiitifi,
calcment , par M>flire JeanHervieu
Bazan de Fiamanvillc
J, Eveaue d'Elne, sur chantée
par un grand choeur de mufique
: aplés l'Evangile ,, M.
Xaupi, Abbéde Jau en Rouffillon
,
Dodtcur en Theologie
de la Faculté de Paris, & de la
Màifon&Société denavarre,
natif dePerpignan, & le premier
de son Pays qui foit entré
dans la Faculté de Thcolocic
de Paris,prononça lOraifoiï
funebre avec tant de succés,
que lesConfulsont fait la dépense
de la faire imprimer.Enfin
le tout fut terminé par l'abfoute
pontficalc
, accompagnée
des regrets de toute l'At:
fembléc.
,
Le premier Consul decette
annéeeil M. dcCa-tiiprcdon
Gentilhomme très zelé pour k service du Roy, & le fécond
M. Xlupi ,le fils
,
Bourgeois
noble de Perpignan, frere de
rOrareur. Leur pere JuffiBour.
geois noble, a remply plus d'une
fois les places de premier&dc
secons Consul. Sur quoyon
peut faire remarquer que le
Corps des Gentilshommes,&
ecluy des Bourgeois nobles) occupent
ces places à l'alternative,&
que ddaans l1',anné,e ou un
Gentilhomme cft premier
Consul (ilss'éltfènt la veillei
de S. J.an-Baptiste )le Corps
-des Bourgeois nobles a la droite
sur ccluy des Gentilshommes
dans les Aflcmblées de Ville,
ce qui change l'année suivante
où c'cfi un Bourgeois noble pour
premier Consul. Les trois autres
Consuls se prennent des
autres Etats dela Ville;le dernier
,
toûjours de celuy des
Ansmechaniques. lis portenc
tous cinq lepcc durant leur
Consulat, donnent leurs Audiances
fous un dais dans l'Hôtel
deVille en qualité de Ducs
de Vcrnet, petite Terre qui
appartient à la Ville, & qui cft
située à un demyquart de
lieue de Perpignan, laquelle
étoic jadis honorée du titre de
Duché.
Le Privilègedecréer tous
lesans des Bourgeois Nobles leur
est particulier. Ils ont un jour
fixé pour cela, qui cfi le if.
Juin, & n'en peuvent prendre
unautre. Les Consuls en année
s'assemblent avec ceux des
Bourgeois Nobles qui ont este
premiers ou fécond Consuls,
& doivent cftrc au moins
quatorze en tour. Là ils onc
le pouvoir de oboinr,quand il
leur plailt, deux ou trois personnes
qui aycnt les qualités
requîtes& de lesimmatriculer
à lia plutahrc des fuffiâges dans
laLitk des Bourgrois,NObles:
cc''ceHltaaïionlsiiqquu'I'illss'ecnnuserent il
y a quelques années en faveur
dufameux MRigaild, Peintre
du Roy,leur Les personnes ainsi choisies
n'ont nul besoin de Lettres
du Prince pour jouir des honneurs
attachez à leur nouveau rang. "-' ., Ce droit si singulier que l'on
trouveétabli aVarit leregne de
Jacques111Roy JArrngon,
qiWirioma (tirle \'Tiô,-r¿ th
11^1. a este depuis confirme
par plufi urs Souverains,entrautic
par FerdinandV dit le
Catholique, en 1510. par
:
Philippes II. en Jj81. par
Phihppes III. en 1559 &
par le feur Roy LouisXIV.
r
en 1 66o. & en dernier lieu par
un Arrest du Conseil d'Erac
rendu en 1701. qui exempte
les Bourgeois Nobles de Perpignan
de toute recherche pour
les Francs Fiefs
*
Eux & leurs defeendans à
perpétuité joiïiflent de toutes
les libertez,franchises,ipnmtlnicez,
faveurs & prérogatives
des Nobles, comme si ils
avoient
avoient cité armez Chevaliers
par le Roy luy.même ( c'est
ce que porte !Acte de leurs
Piivileges) sans pourtant eftic
obligez de fcrvir dans les Armées.
Ils peuvent timbrer l'E..
eusson de leurs Armoiries, &
portent l'épéc de quelque prosession
qu'ils soient. Onlestire
ordinairement du Corps des
Avocats, de ce lui des Mede.-
cins,de celui desNoraires, & de
ceux qui exercent les ArtsLi
beraux,ou qui vivent de leur
b;cn. Si par hazard il se trouve
un quartier de Bourgeofie Noble
dans les preuves d'un Gcnti'hommequ?
vcut entrer dans
1 Ordre de admis
Mais pendant que kRouC
fillon étoit uni à laCatalogne a ils n'avoient pas le droit d'entrer
dans l'Assemblée de*»Etats,
ainsi que tour Gentilhomme
l'a, à moins que le Roy ne leur
fit l'honneur.de les y appeller ;
de plus ils restent toujours eux
& leurs descendants dans le
Corps des Bourgeois nobles jufqu'à
la porternel.i plus reculée,
à moins que le Roy ne les en
tire par d{', Lettrcs particulières
poui les faire entrer dansceluy
des gentilshommes, de quoy
ilJ a plus d'un exemple,.
t..On a crûA que ce morceau
dH<ftoirc ne feroic pas indigne
dela curiositéduPubîic.
Il eti<dcs gens qui se phifent à
éstre instruits des u (age$, des
diflForcnccsVilles duRoyaume.
.4Rome le 2.1. Decembre 171j
< Le Pape jouit prefenremenc
d'iine fanté parfaite: outre la
Promotion de fepr Cardinaux
qu'il Se dans le Confiltoire de
Lundy dernier, il fit aussi la
proposition de diver ses Eglises;
cntr'autrcs de celles de Brindefi
pour M. Perlas, de Volcerra
pour M. Pandolfy
,
& de Cortona
pour M. Pnecinc; Sa
Sainteté y dcclara aufli Lt'gac
d'UI bin leCardinal d'Avec,
Evcfque de Riminy,& confera
l'Eglise dOmette au nouveau
Cardinal Nuzzy;& celle
de d'Lfly au Cardinal Spinola.
La nuir du même jour Sa
Sainteté expedia M. Sala son
Cacnerier tècret pour porter
la calore au Cardinal Carraccioli
d'Aver sa. Comme ila lemoigné
cy. devant quelque
foi te de repugnance pour cettc
dignité, on cit dans l'attentc
de ravoir sil l'accepteraott
non."., r,éMardy SaSainteté déclara
Secrétaire de la Congrégation
des Evêques & des Reguliers
M. Petra, Napolitain
,
qui fc
démetra de la Secretaine du
Concile. On du. que le Pape
laifllra peut-estre le Gouvernement
de Rome jusques au -
Carême prochain au Cardinal
Scottyra comme aufli la Trcforctie
générale au Cardinal
Parrizy. On parle fort du Cardinal
Bussy pour le Vicariat de
Rome, en faveur duquel on
continue de faire divcrs mancgcs.
LeCâidina!Corradinydonc
f
la fumé n'dl pis fort bohne,
a cjuftrc cette Cour cL l'avis
des Mrdecms, quiluy ont confeillc
de changerd'air.
Le Ch -noineVanniny,,au.
trefois Camerier fecretdeClcment
IX. & Doyendes Chanoines
de S. Pierre , mouruc
ces jours paflfez. Sa Sainteté
donna aufTnôtfonCanonicat
aPAbbe MichclDjfte,neveu
du Cardinal de ce nom.
Dom François Alvarez,Efpignol,
Agent de 1 Empereur
en cette Cour
, a esié déclaré
par SA MujeftéRcgcncdeCollateral
deImpies.
Le Pcrc Ttatiro
,
ConfeCfcur
de tAmbjuddcur de Vc-
DlreJ qui suril y a quelque
tems conduit aux Pnfons du
S.Office par le Pere Commiffaiie
de ce Tnbunal
, a été relâché
à la puere de cette Excellence.
Ces jours passez comme la
Princesse de Monterra Altiery
rctournoitau logis,elle rencontra
à (on chemin la Marquiic
Serlupy qui refusa de
faire reculer Ion carrosse pour
lallfer le passage li bre àlaPrinccflc
Là, deflunsctllc-cy ordonna
a les Valets de pied de détacher
les chevaux du càtrolfc
de la M irquife
, ce qui fut fait
à Pinlhnt
,
le Cocher ayant
prrs la fuite: cnfuice ces Valets
de pied rangèrent euxmêmes
le carrosse
,
&letirèrent
à force de bras vers la
muraille
,
la Marquise eiant
toûjours dedans.
De Rome le18. Dcccmbre 1715-
Le Pape ordinairement tient
Chapelle le jour de Noël à
Sainte Marie majeure; mais le
mauvais temps l'empêcha ce
jour-là
jour-là d'y aller chanter la
Mcflc. Cette fonûion se fit
dans la Chapelle du Palais Quirinal
: immédiatement aprésSa
Sainteté rcccut du Cardinal
Doyen.. de la part du Sacré
Collège
,
le compliment des
bonnes Festes.
Le Courrier qui avoit esté
dépêché au Cardinal Carraccioli,
Evêque d'Aversa, est de
retour icy. Cette Eminence,
contre l'atèentepublique, a
accepté bien volontiers leCar.
dinalar.
Le Cmonicat de S. Pierre a
cfié conféré à M. Marcolini.
ce Prélat sellant démis de celui
qu'il avoir a Sainte Marie
ma jeure
,
lequel a esté donné
à M. Manti, fiere du General
des PoLles.
Les Galeres de e<n Etat font
enfin deretouràCivitaveche,
mais en rrcs- mauvais équipage
tant pour la bourasque qu"elles
ont efTuïées dans ltGolfe de
Salerne, que par la maladie qui
s'cft mHe: dans les Chiourmes,
ce qui a diminué & diminuë
chaque jour le nombre des
Forçats.
t.,
Le Pipe indigné des infultes
faites depuis quelque tems
à la Sbirrene de Rome par les
Domeftiqucs des Ambafladeurs,
qui ne veulent pas que
les Sbirres passent devant leur
Palais, Sa Saintetédéputa une
Congrégation de six Cardinaux
;sçavoir,Imperiali, Parluni,
Albani, Catoni,Origo
& Scotti, dans laquelle.,aprés
plusieursConférences, il aété
resolu que l'on ferait fignificr
aux Ambassadeurs qu'ils ayenc
à (e defirter de pareils attentacs,
sans quoy Sa Sainteté
prendroit là-dcflus des mcfures
qui ne leurs feroient
point agrcables. Cette fignification
a esté faite par M. Rafponi,
Sccrcraire d'Ambassade
deSaSainteté.
Les- nouveaux Cardinaux
après avoir rendu visire auCardinal
Doyen, n'ont pu les continuer
à cause de la gourre qui
eftfurvenue au CardinalPatrizzy.
-
On attend ici le Chevalier
MoroGni que la Republique
de Veniseenvoie au Pape en
- qualité d'Arnbalfadeur Extraordinaire;
il vient, diton,
demander des subsides aux
frais de la Guerre contre le
Turc.
,.
On attend le retour du
Courrier qui a esté dépêché à
M. Barronuy
,
Evêque de Novarra,
pour lui offnr le posse
deMaillre de Chambre de Sa
Sainteté; ontft cependant en
doute s'il l'acceptera.
*
On prétend que M Falconieri
est deftmé pour estre
Gouverneur de ilome; en cc
€as~il fcroit, dit on, obligé de
remettrelAuditoriat de Rote;
mais il ne paroît pas que cePrclat
veuille s'accommoder d'un
semblable parti.
LAmbanadcur de l'Empereur
ne fut point Vendredi
dernier à l'Audiance duPape;
l'on en attribue la cause à cc
que Sa Sainteté refuse de condefeendre
aux foJîiatations
faites par cc Miniftrc de la
part deSa Majesté Im perialeen
faveur de l'Abbé Relhni : cependant
leS Pere à quiunpareil
engagement donne assez
d'inquietude,envoï) pl ufieurs
fois demander aux Officiers de
la fale de son Appartement, si
l'on n'estok point venu faire
quelque loflance de la parc
duditAmbalTadeur pour avoir
Audiance
-
Ott trouve icy fort extraordinaire
une Ordonnance tresrigourcufe,
que le Viceroy de
Ndplcs a faitpublier, par laquelle
il deffend à toutes fortes
de personnes, fous peirie de
confiscation de biens, d: forcir
du Royaume.u**)
On écrit de Païenne que les
Jcfuites n'ayaotpas voulu fout.
frir que le Viccroy tint la Chapelle
accoutumée dans leur
Eghfe le jour de S. François
Xavier, leurs biens ont este
saisis, & leurs livres enlevez r
on ajoûte que l'Evesque de
Mazarra a écrit au Viceroy
,
&
luy a marqué que s'il ne se dcfille
des ses violences, il fera
obligéde publier l'interdit gênerai,
& que le Viceroy ayant
fait appeller le Prince de Sainte
Catherine, ncveu de cet Evêque,
il luy a ordonnéd'aller
fign:fîcr à son oncle, que s'il
cO: affz remeraire pour faire
cetce démarche,il ruinera sa
Misson julques à la quatrième
Generarion. Il fc préparé -
un feu qu'il ne fera pas facile
d'éteindre
Oi commence à cftre ici
fort inquiet des devins des
Turcs ;on tint hier, en prefence
de Sa Sainteté, une Congregation
d Etat sur cela: je
crois que les Vénitiens ne tons
pas moins inquiets, car ils y
font assezinteressez. M. Morofini
qui a elle ici Ambafladcur
de la République doit venir
incciïamment sans caraccerc.
Le Pape a p!us de bonne
volontéque de force. Il feroic
fort à souhaiter que 1 Empereur
s'cngageât plus qu'il ne
paroi st s'engager jusques à cette
heure Oi prétend que les
Turcs ne son- point difficulté
de publier qu'ils en veulent à
Rome &à Vienne:c'est beaucoup
tout à la fois.
De Rome le II. Janvier ijl6.
Le jour de l'Epiphanie le
Pape affilia à la Chpelle
,
il
v
est toujours en parfaite famé.
Le foir du même jour le
Cardinal Ottobony fie tenir
rAcadcmie des Arcades dans
son appirremcnt,ensuite il y
eût concert) & un très- beau
souperjil y avoit environ cent
per Tonnes à table jentr'autres
TAmbaffcideur de l'Empereur,
& 14 Dames tant Princesses
que Duchesses : cette feste fût
tres - magn.fique & le repas
très fplcndide. ;
Les Ambailadeurs des Couronnes
témoignent faire peu
de cas de ce qui leur a este fignifié
au fujec de l'abolition
des Franclufcs qu'ils voudroient
rétablirais refufenc de
congédier leurs braves, cela irrite
toujours davantage leP-apc
qui a fait bannir fous peine de
la vie des gens de 1 AmbaITadeur
de I-Empereur, qui donnerent
des coups de bacons à
des Sbirres
,
il y a quelques
semaines..
*
Le Cardinal 0 lefcalqui est
sur son départ, il a eu du Pape
son Audiance de congé
,
&:
tout son domeftïqiieWaifa der-
-
Snierement la pantoufle de Sa
,dc Sainteté.
LeCardinalCarraccioly,
Provicaire, a fait present au
Pape,de diverseschoses dé
prix , entre autres d'un Reliqii
lire garny de diamants
,
&
d'autres pierres precieuses ;ce
preCentefteftimé yooo. écus.
Le Cardinal Nuzzy a aussi
envoyé au Pape un Tableau
deSalvator Rosa, d'une grandeur
extraordinaire.
Dernièrement le carresse
^de Dom Antoine Colonne
tenvetfalur laPlace du Jefus,J
celui du Duc Cetarini: il y
avait dedans le iiîs & la fiiîe
dece Duc,ils furent transpor-
- tcz au Pdlais Altiery
, pour se
remettre de la peur que cet
accident leur avoir causé,Dom
Antoine Colonna congedia
auflitôt le Cocher,&le Marquis
Acciviola alla chcz lcDuc
pour lui faire Jà-dc:ssus des excufes
de la part de Dom Antoine
Colonna, dont il est demeure
(atisfait.
Mardy matin le Marquis
Magnany
3
Ambassadeur de
Bologi¡CJ fût pour la premierc
fois à rAudlancc du Pape,cc
fut le ComteAluobrandy son
predecelfeurquile pretenta.
Dimancheau foir cinquième
ducourant, un Exprés apporta
la nomination que fait la
Villede Milan, pour l'Auditoriat
de Rotedecette Nation
vacant par la promotion du
Cardinal Scotty. Les fujecs
proposez font Meilleurs Corio
j
Stampa, & Vifconry. Le
premier ayant eû plus devoix
aefté déclaré par Sa Sainteté,
& l'empioy de Rotante di
Segretaria qu'il retenoit, a eslé
donné à l'Avocat Mcfmcr
Grifon.
LePJpe anomme encore
à d'autres Charges. L'i\bbé
Qgntilonyaesté fait fécond
Collaieial du Capitole
, ce
poftevacquoit par lamort de
l'AvocatLcvidy. L'Abbé Codcbo,
Rc£heurdçCar pentras,
aura, dit-on ,rEvêché de Cita
dJyCaftc!lo,& l'AbbéGafpariny,
Auditeur de la Legation
d'Avignon, fera Rcrâ: ur en (a
plaçe
,
auquel cas l'Avocat
Calcagniny Ferrarois, lui luccederoità
TAuditorat.
On tient des fréquentes
Congregations pour pourvoir
à la seureté & à la"d,.ffi:nfe des
codes de l'Eut Eccieh(tique;
on examine les moyens propofez
pourtrouver les fonds nccefljires
pour la fublîftance des
Vatdeauxqu'on doit donner
àlaRépublique de Vcoire)on
a déjà résoludiriger un mont
qui fera intituléCh.araccallc,
& les revenus de la grosse Abbaye
de ce nom vacante par la
mort de l'EIréteur de Treves
1 serviront à en payer les interefts.
On parle aussi d'augmenter
le sel d'un quatrin par livre.
Pour implorer la protection
divinedans les conjonctures
presentes le Pape a résolu
de
de faire une nouvelle Proceffion
le jour de la feste de la
Chaire de S. Pierre qui fera le
18. du courant.
A Vewfcle11. Janvier 1ji6.
Dimanche l'on fit ici l'Election
d'un Capitaine General
,
en la place de M. Grimani pour
succeder à M. Delphin. On en
avoit proposé 18. la veille dans
le Pregady
.)
dont la plufparc
n'ont jamais vu une épée nuë.II
en resta quatre qui furent balotez
Dimanche dans le grand'
Conseil, & le fort tomba sur
M. le Chevalier Morosini
neveu du Doyen & du General
de cenom ,
qui fit dans la derniere
guerre la conquêcedela
Morée. Tout son mérite ne
confillc que d'avoir dans sa
jeunede accompagné pendant
- quatre ans son oncle en qualité
de son Ayde de Camp,il connoift
lui-même son peu de
capacité pour la guerre & il a
demandé par un Mémoire la
permission de ne point accepter
cet employ. Cette demande
cft premièrement portée
au Conseil des neufenfuite
en plein Collegc, & enfin
dans le Pregadt, Elle passa
avant hier dans le Pregadi.
M. Delpbin reliera dans
cette Chargejmaisil fcmblc
que ce foit le piquer un peu
trop vivement
)
& que c'est
donner des dégoufts trop amercs
à un homme qui est niait
tre du fort de laRépubliquc.
Les nouveaux Palfcports
pour lesAmbaflTadeursExtraordinaires
qui doivent aller en
France ne font pas encore
délivrez.
M. le Chevalier MorofimV
qui est parti pour Florence5
Rome&les autres Cours dItalie
, pourra rencontrer de
grandes diflicultcz dans le
succés des commissions dont
il est chargé.
L'on preflfe les Arts & Metiers
decette Ville de fournir
les hommes qui leur ont esté
demandez pour lesChIourmes
& l'on lève aussi avec beaucoup
plus de rigueur les différentesimpositions
quiont esté
établies sur les sujets de la
Republique. Cependant les
préparatifs pour la campagne
prochaine vont fort lentement.
Lcsobitaclcs que l'ontrouveà
lalevée des croupes étrangères
, ont fait prendre la
résolution d'employer des
Milices du Ptpe. On en doit
choisir dix mille pour les envoyer
àCorfou & dansla Dai.
nlatie. On apprend dans cette
Province que M. le General
Emo devoit se rendre à Norencoiie,
pour ypaffer le rcite
delhyver
,
&donner ses
c r.
dres dececôté-là.
M le General SchuIcmbourg,
doit dans peu recevoir
l'ordre de se rendre par
Otrante à Corfou, pour vifiter
cette Place,& paffer de-là
en Dahruue
, pour en faire
autant. -- On dit qu'en cas qud'Em.
pereur fc détermine àconclure
avec la République une
Ligue contre les Turcs, ce
Prince veut avant de la signer,
s'informer de M. Schulcmbourg
rneme ,du vérita ble
état des.forcesdelàRépublique,&
de diversion qu'elle
pourra faire de son tôfé.C'cft
ce que l'on veut éviter ici,parce
qu'il ne pouiroit pas faire un
détail bien avantageux.
jiVeniJïleil.Décembre i71j.
M. le Chevalier Morosini
quiaesté Ambassadeur à Rome
, a rfté choisi par le Senat
pour passer à cette Cour,&
dans toutes les autres d Italie,
avec ordre de tâcher de les
porrer à envoyer des secours
à la République contre les entreprifes
des Turcs dans la
Campagne prochaine, & de
leur representer combien ilc-ftde
leursinteiets de concourir
à la défense de Corfou, & des
coRes de Dalnaacie,parce que
si ces Meflkuts ci avoient te
malheur de les perdre) l'Italie
rcftrroit entièrement cxpofée
aux courses des Infidèles. M.
le Chevalier Morosini n'ira cc
pendant point à Turin
, tant
àGaule que la République n'a
point encore reconnu le Duc
de Savoye en qualité de Roy
de Sicile, que par la crainte
de déplaire à la Cour de
Vienne.
M. Grimani qui avoir cfte*
c'lû Capitaine General des Forces
de)., République en la placc
de M Delphin, dont on paroiffoit
si fort mécontent,cft
tombé
tombe depuis peu malade dune
maladie fausse ou veritable,
& ce dernier continuëra à
avoir le commandement la
campagne prochaine. M. Grimani
est allé à Padouë pour Ce
faire guérir de cette prétendue
maladie.
L'on dit que M. le Comte
Schulembourg partira dans le
mois deFévrier pour aller faire
la visîte de Corfou,de Catraro,
ôldc Cartclriuovo, & par:
fera ensuite dans la Dalmatie
ou il reliera.I! ya lieu de croire
que ce General reliera peu de
temps au fervice de ces Mcffleursci,
qui ne paroillcnr pas
contents de la manière hautaine
avec laquelle il parle du
defordrequil a trouvé ici dans
lesaffaires de la Guerre. I ne
l'eit gueres luy même de voir
que les moyens manquent
pour la commuer avec (fperaoce
de luccés. Il alla J.udi
au College, &prêta ferment
de fidélité cntre les mains du
Doge. Il avoir presente une
Caution pour recevoir 10.mil
ducats à compte de ce qu'on
doit lui fournir pour l'achat
des 6000 hommes da Roy
Augulte. Cette caution n'a
pas esté agrée, & on luy a fait
entendre d'en presenter une
autre, ou qu autrement on ne
pourroit pas luy délivrer cet
argent.
Le Ptince Electoral de Biviere
n'est point encore arrivé
sur la fromiere, parcc qu'il sest
jlfreftéquelques jours à laCour
4c l'Archevêque de Sa!rzbourg
,& à ln(pruck auprès
du Prince Palatin.
1.
L'onetticy dans l'intention
de rendre laCapitation perpetuelle
, en la modérant cependant
,afin de former un fond
folidc & certain pour païer les
interests d'un emprunt conJlderable
que l'on a dessein de
faire pour les bcfoins de la
Guerre.
-
DcVmife le t-8.Dicembre 1715.
On croyoit qu'un Courrier
qui est arrivé de Vienne cette
semaine apporteroir la dernicre
resolution de l'Empereur
que ces Meilleurs ci lui
ont fait demander sur unerupture
avec les Turcs, donc
cependant il paroît que l'on
ne se flatte plus ici. Mais ce
Courrier a apportéfeulement
l'avis que ce Prince tiendroïc
un Conseil dans le mois de Février
,dans lequel on dclibereroit
sur cette affaire.
M. le Chevalier Morosini
dévoie partir cette semaine
pour passer à Rome,& dans
lesautres Çours d'Italie, oùil
doit demander de la part de la
République des secours contre
les Turcs.
M. Vituri
,
Capitaine du
Golfe,arencontrée pris prés
de Ragufc uneBarque desDulcigrçotes.
M Lando avoit presenté
un Mémoire pour demander
d'cftrçexcalé daccepterrAm.
baflade ordinaire de France;le
Scnat n'a point approuvé sa
demande:cependant elledoit
y cftreportée encore deux
fois, & si on continue à la rigueur,
ou il faudra qu'il ffie
cette Arubitfjde, ou qu'il encoure
les peines portées contre
ceux qui refusent de pareils
emplois.
Pour faire de l'argent donc
on a ici un besoin extrême
pour les dépenses extraordinaires
de la Guerre
, un S,)ge
avoit proposé de vendre plusieurs
Dignitez de Procura-
D
teur de S. Marc; mais le Senat
a rejette cette proposicion,
par la rai son que toutes les familles
riches achèteront ces
Dignitez, & qu'il ne se trouveroit
plus pcr (onne qui pûc
remplir les Ambassades: on
parle d'envoïer à la Guerre le
vieux Procurateur Soranzo
,
tant pour servir de conseil à
M. le General Delphin ,que
pour voir s'il feroit possible de
nouer quelque negotiation
avec les Turcs
,
de qui il csi
fort cittme, à caule qu'il s'opposaàla
déclaration dcGuerre
contre eux en 1684.
? Le Traité de laBarnereest
rompu, l'Empereur refuse de
le ratifier, &a rappelle à Vienne
le Comte de Konigfec.
Quoyque toutes les Gazet.
tes portent que le Comte de
Marr a esté batru en Ecosse
par le Duc d'Argile, les Lcttres
particulières d'Angleterre
portent cependant que le premier
a eu au contraire un trèsgrand
avantage ,
& que le dernier
a este obligé de se retirer
avec le reste de sa petite Armée
à EJimbourg
,
& qu'il deni
nJe des secours prompts- si
l'on veut éviter que les Mecon
tents ne fassent de plus grands
progrez. Le Chevalier de S.
Georges estoit debarqué le 5e.
cn Ecosse.
LaRepublique, par l'entremife
du Pape, a prié le Roy
de Portugal de lui accordée
une Escadre contre les Turcs.
ALivournc lc24JanvierljlG.
1I vient d'arriver ici un VaiC.
seau Hollandois venant de
Smyme, donril est parti le1j.
duparte,parlequelonareceu
des Lettres qui portent que le
Grand Seigneur & son Armée
estoient arrivez Ir 19 Novembre
fous les murs deConlLntmoplc,
où ellepufLra1 hyver
fous les icmcsjcnun heu appelle
Azmedam, ainsi quil se
pratiqueen tems de Guerre;
le Grand Seigneur lui même ole passera dans un petit Serrait
qu'il a fait bânr prés de Conftanunople
,
& n'entrera pas
dans la Ville, non plus que le
Visir. Les Grands Seigneurs
ne font point lujets à dite déposez
tant qu'ils (ont hors de
leur Ca pitale & de leur Palais
Impérial, restant à la garde de
leur Armérqui leuraeslé toujours
fidele
,
quand ellea furtout
estéaufli bien payée que
ce Grand Seigneur paye ses
Troupes. Il forcit d'Andrinopie,
& s'avança jufquJà deux
lieues de la VilU-pour y recevoir
le grand Visir, auquel il
a fit un accueil des plus favorab!
cs,en lui donnant deux aigrettes
de diamants, & six chevaux
harnachez, dont la valeurest
estimée 500 mil écus.
Il lui remit de plus (a fille, qu'il
lui avoit promis depuis longtems,
& qui nest point encore
nubile.
Toute l'application du
grandScigneur & duVifir font
à prefcnt à augmenter les Armées
de Mer & de Terre, ôc
de faire toutes lesdilpoficions
pour une tres-grandc campagne
, sans qu'il paroisse néanmoins
aucuneenviedattaquer
l'Empereur
)
à moins qu'il ne
le prévienne.
Le Vaisseau de 104. pieces
de canons qui elioit forci cette
année de Conflantinople ne
servira pluslaproch aine ,
s'eftant
ouvert au troifiémecoup
qu'il tira de sa bjttcne baffe,
où il y a huit picccs de canon
de 104, livrés debile;mais on
travaille à Cooftantinople &
dans les Portsde la Mcr Noire
à la confiruétlon de quantité
de Bânmencs ql/on prétend
faire (eivif lacampagne prochaine.
Extrait Curieux&H'florique
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
En attendant que le temps
nous amene une fuiteraifonnablc
de nouvelles des lieux
qui intereflent davantage la
curiosité des teneurs, passons
s'il vous plaît,à lafuite des
articles dece Livre.
MORTS.
Daine Marie Guillaume de
la Vieuville
, veuve deMcffirc
Pierre Pollars,Seigneur de
Villequoy, Conseiller au Parlement)
mourut le io. du mois
pafleâgée de 31.ans,lailfant
trois filles de Ton mariage. Elle
étoit foeur de Messire Alexandre
Guillaume de la Vieuville,
ci devant Secrétaire des Commandemens
de feue Madame
la Dau pliine,de Pierre Guillaume
de la Vieuville, Abbé
& de Dame Henriette Guillau.
me de la Vieuville
,
femme
de Médire Pierre Poulietier
,
Seigneur de Nlinvilie
,
Maiftre
des Requêtes.Elle étoit
sile de Mflire Joseph Guillaume
deL Vieuville, Marquis
de MiuKs, Mailire des Requêtes
ordinaire delHôteldu
Roy,& Secretaire des Commandemens
de feue Madame
laDuchesse de Bourgogne,&
de Marie Luilher, & petite fille
de Pierre Guillaume Seigneur
de la Vieuville, Tresorier de
France en Bretagne
,
forti
d'une famille noble de la Ville
de S. Miio, où elle efteonnue
depuis l'an 1400.
Louis Doger
,
Mirquis de
Cavoye, grand Muéchal des
Logis de la Misson du Roy,
mourut le troisiéme dtFévrier
de cette année; il étoit le dernier
d'une famille îllustre de
Picardie. Sa meic sortie de la
Mlifondc Strignan, Maison
dillinguéc dans leLanguedoc,
ZD D avoir ineriré pir son eiprit &
par savertu la confiance dela
Reine Anne d' Autriche. Son
pereaprèsavoir toujours servi
avec éclat, sur tuédans lemoment
qu'il touchoit aux plus
grands honneurs de la guerre.
Deux des frercs de M. de Cavoye,
ont eu le même fort que
leur pere.
: M de Cavoye commença
de se faire connoistre fous le
nom de Chevalier de Cavoye,
par une action tres brillante.
Ilétoitavec Mcfficurs les Chevaliers
de Lorraine & de Coaflin
& M. de Bu fca, sur le bord
de l'Amiral Ruyter, à la Bataille
Navale que les Hollandois
perdirent contre les Anglois
,
l'an 1666. au mois
d'Aoult. Ruyteraccablé par le
nombre faisoit cette belleretraite
qui luy acquit plus de
gloire qu'une victoire.UiiBrulot
Angjois qui venoit à luy
alloitinfailliblement le faire
perir. M de Cavoye proposa
le seul moyen de le lauver, 8c
pria l'Amiral Hollandois de
permettre aux quatre Seigneurs
François, d'aller dani
une chaloupe couperles cables
des chaloupes du brulot :il
obtintcette permissïonSepar
une démarche si intrepide contraignit
les Anglois de mettre
eux meries le feu à leur brulot.
Ilr'pussaau travers descnnemis&
revinr joindrel'Amiral
qu'ilavoit fauve.
L' Auteur de lavie de Ruyter
avoue que la confervarion
de la F.otte & peut êcrc de
l'Etat dépendoit de ce coup
périlleux. Les Etats Généraux
voulurent recom pcn fer d une
somme confi Jerable la bravouiedes
François ; mais les
quatre Seigneurs aufli libéraux
que vaillans firent difiribuer
cetargent à l'Equipage M. le
Maréchal de Turenne qui fc
connoifloit mieux qu'un autre
en grandes actions, fut si touchécelle
du Chevalier de Cav qu'il voulut leconnoiftre&
qu'illiaavec lui une
amitié ,.que rien dans la fuite
n'a pu affoiblir.
L'attachement de M. de
Cavoye, pour le Roy défunt,
a été infiniment plus fort
J
clevéau prés de cegrand Prince
désragedefept ans3il avoic
merk-é son anvitié la plus intime,
la fermcté, la droiture du
coeur de M. de Cavoye onc
été lesliaifons de cetteamitié*
LoUIS le Grand aimoit en
lui des qualitez qu'il pofledoic iîéminemment. M. de Cavoye
luiatoujours dittaveure sans
craindre de lui déplafre
, &
quoiqu'il ait cû pour ennemis
des perfonncs qui pouvoienc
beaucoup auprès du Roy;
quoi qu'on air mis tout en ufage
pour le perdre dans (on
cfprit
, on n'a jamais pû y
réüssir,onatravcrfé safortune
,il s'en foucioit peu; mais
on n'a pû lui ôtcr le coeur ni
l'eftimcdc son maiftrç, c'est
toutcequ'ilvouloit du Roy.
Il a fUIVl cc Prince dans toutes
ses CUmp^gnes, & (on iorrepidue
luiavoir mérité le nom de
brave Cavoye.- le Roi lui donna
la Chargede grand Maréchal
des Logis, en le mariant à
Loiïifedc Coëtlogon
,
fortic
d'uneancienneMufbn deBretagne,
fille&<oeurdes Lieutenants
deRoy de cettcProvince,
Fille d'Honneur de la Reine
Marie Therese d'Autriche. Sa
vertu l'avoit rendue favorite
de la fainte Reine, & roure
la France la regarde comme un
modeleaccompli de l'amour
conjugal ; il n'cft venu de ce
mariage qu'un fils mort après
sa naissance.
M. de Cavoye ne s'est jamais
fcrvi de son crédit que pour
faire du bien. La France est
pleine de personnes à qui ila
rendu service
,
son plus grand
plaisirétoit detirer dei'obscu.
rirélemériteinconnu,&il n'a
jamais manqué de prendre
hautement leparti de l'innocent
opprimécontrelesPuiffances
les plus redoutables ; il
fufËfoic d'estre malheureux
pour obtenir sa recommandation
tior\.& ceux qui ne pouvaient
trouver d'accèsjusquau'foône
en trouvoienc (eurement un
- par lui. Toute la Cour jùfqu'au
plus bas Officicr lui rend
ce témoignage : M. de Vaux,
Ecuyer du Roi
, rencontrant
un jour M. de Cavoye, dit à
des personnes à qui il vcnoit de
montrer les beautez de Ver-
(ailles : Voiry ce qtïilya de plus
rare à la Cour :.regardez un horllme
quin a jamais mentI &qui ne
s'efifervideson credit que pour
-' fairepUijjra tout lemonde. L'Eloge
étoic d'autant plus sincere
que M. de Cavoyc n'a jamais
eu d'oecafion de lervir M. de
Vaut.
On peut juger qu'on s'cmpressoit
d'être ami d'un homme
si officieux, mais il n'a jamais
accordé Con amitié qu'au
rncrite. Elle étoir pour ceux
qui l'obtenaient un titre de
probité.Laconfiance des deux
derniers Princes de Condé, du
feu Due de Bour bon,& du
feu Prince de Conti pour luy
aefte sans rererve.M.Colbert
ce arand Min'stre n'en a eû
c> pour per sonne autant que
pour M deCavoyejla fidélité
de MonGeur de Cavoye pour
M"de Seignelai son filsfcroit
feule son éloge.M. leMaréchal
de Noailles) M. le Maréchal
deBouflers ,ont été ses amis
particuliers
; mais hors M. de
Turenne il n'a point eu de
liaison plus étroite qu'avec M.
le Maréchal de Luxembourg;
c'est par son conseil
, que ce
grand homme prés d'être op.
primé par un ennemi puissant
& par une accusation adroitement
concertée, prit le dtiTein
d'aller lui-meme se rendre prifonnier
à la Bartille. On ne parlera
point ici de ses amis vi.
vans , on' peut dire que les
noms detout ce quily a
d'hoftnêtes gensen France fcroienc
dans ce catalogue &
qu'il enaformé plusieurs par
ses infiruébons & par ses cxemples
qui feront gloire
d'avoikrcequ'ils lui doivent.
Un de ses plus parfaits élèves a
estéRené Guy Edouard Comte
de Tournemine
, neveu de
Madame de Cavoye, Capitaine
Lieutenant des Gensdarmes
dela Reinea mort d'une
blessure aprèslabataille de
Malplaquet. On n'a oublié ni à la Cour, ni dans les Armées
la probité) la generofiré
, la
rcrmete, 6cu religionde cec
imitateur de M de Cavoye.
M. de Cavoye n'avoic
fait aucunes études ; mais il
avoit le goût excellent, en cela
(enlblableau Roy son Maître,
& il a toujours favorisé
les gens de lettres. M. Racine
lui étoit fort attaché, & M.
l'Abbé Genefl: reconnoît qu'il
contribua beaucoup à le
faire
connoître à laCour.
Une fin Chrêtienne a couronné
tant de vertus; depuis
vingt ans il faisoit professîon
d'une pieté solide & finccre,
xachetoit ses pechez par de
grandes aumônes. Unehydropille
de poitrine l'a emporté
après un an de maladie; il pa.
roifloir guéri quand la maladie
du Roy commença: la
douleur que lui a causé la mort
de ce Prince le fit rcromber,
& a rendu son mal incurable.
Il a envisagé la morten Heros
Chtctien, avec un grand mé.
pris pour la vie, un vif regret
de ne l'avoir pas mieux employée
, une confiance entiere
dans la mifcricorde du Sauveur
Les trois derniers jours
de sa vie ont été une prière
prefquc continuelle. Il a reçu
trois fois en quinze jours le
Corps de Nôtre Sclgneur,&
ille reçut encore ta nuit. même
de sa mort : il fit dire luy- même
& se fitexpliquer la recommandation
de l'amc. Sa femme
surmontant par la religion.
& par la vertu l'extrême «S}tc.
tion qui fait craindre pour sa
vie, aeû lecourage de l'exhorter
elle-même à la mort, il
avoit deux ans moins que le
Roy, cft mort âgé de soixante
& quinze ans accomplis du
mois de Septembre pasle.
Nous reprendrons cet article
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
RELATIO N
de la Ceremoniefaite dans
l'Eghfc de la Sainte Trinité
r d'Angers, pour la consécration
de neuf Rehgieufes de l*Abbay?
du Ronceray
,
le Dimanche8.
Décembre1715.
LtAbbaÏe du Ronceray,
aliàs de Nôtre- Dame de la
Charité
Charité d'Angers, de l'Ordre
de S. Bcnoilt, cil: une des plus
anciennes & des plus illustres
Abbayes de Filles du Royaume.
Elle a esté fondée dés le
commencement du onzième
siecle par Foulques de Nera
, Comte d'Anjou,qui fit bârir
l'EghCe du Monastere tout à
neuf, dans le lieu où il y avoit
dés auparavant une très ancienne
Chapelle dediée à la
Sainte Vierge
,
& fjmeufe par
des miracles confiderablcs qui
s'y estoient faits; & là il y avoit
déjà des Vierges consacrées à
Dieu
,
quiyvivoienc dans la
retraite & dans la regulariré.
Dans cette Abbaye on
chantc tous les jours l'Office
Canonial
,
les Religieulcs fc
levent àminuic pour ydireles
Matines & les Laudes ;la grande
Mcfle y estcelebréc tous
les jours à Diacre & Soudiacrc,
par un des quatre Chanoines
qui ont esté fondez en même
tems que l'Abbaye, pour en
cftre les Directeurs, & rourensemble
Curez d'une grande
Paroissequi y est annexée, &
dont ifglife dediée à la Sainte
Trinité,c(l contiguë à celle
de l'Abbaye.
Cç qu'il y a de singulier
danscette Abbaye, &la rend
une des plus considerables du
Royaume, c'est qu'on n'y reçoit
à la Profcffion que desDemoifclles
qui font preuve de
Pnoblede dextraâion, ensorte
qu'il n'y a dans cette MaiTon
que des Filles sorties des familles
les plus nobles & les plus
distinguées de la Province
d'Anjou, des Provinces voifines.
Mais un Privilege encore
plus remarquable pour cette
Abbaye, ( puifqLnt tft prefque
unique dans le Royaume,)
c'est que la dorure & la grille
n'y ont jamais estéeltablies,
les Religieuses y ont toujours
vécu dune maniéré si reguliere
& si retenue
,
& leur reputations'eftconfcivéedepuis
tant de siecles avec tant
d'Iore-C
grire, qu'on n'a pas juge qu'elles
eussent besoin d'une autre
barriere pour empêcher la corruption
de s'y ghucr, que de
leur propre vertu r & du bon
naturel que la nobleae de leur
naiffince leurinfpire.
Nonobstant cette liberté si
difhnguéc, on ne laisse pas de
pratiquer dans cette Maison
uneaOèzgranderolterité .car1
outre la longueur de l'Office
Canonial qui occu pe ces faintes
Filles une grande partie du
jour, & qui leur fait même
interrompre leur sommeil au
milieu de la nuit. Outre lejeune
& l'abtfmence de l'Avent
& du Carême
,
qui leur cft
commun avec les autres Rcligicufes,
elles font encore abftinence
de viande tous IcsLun,
dis& Mercredis dç l'année, &
jeûnent rcguliercmenttousles
Vendredis.
Leur habit a quelque chose
de ifnçulier aussi bien que leur
état, sur tout leur coeffure qui
cft trcs majefiueufc, quoique
fort modeste : elles font toûjoursen
habit de Choeur, avec
de grandes manches jusqu'en
terre, & des queues à leurs robes
fort longues, qu'elles laiffent
traîner après elles
,
lorfqu'elles
vont à la fainte Table,
ou en certaines autres cérémonies
qui s'obfervcnt dans le
Choeurj & dans les jours des
Ftllcs (olemncllcs elles portent
une erpeee de surplis de
toile blanche ,dont les manches
(ont plissées au dedans
des grandes manches de leur
habit, ce quileur donne un
airdeChanoinessès.
Aussi fait-on l'Office dans
cette Abbaye à ces jours folemnels
comme dans lesChapitres
: le Chanoine officiant
va dans le Choeur leur donner
l'Eau- benîte & 1 Encens, le
Diacre leur porte le Livre de
l'Evangile à bai fer; on y fait
avant la grande M(Te la Procession
autour du Cloître, ou
aflirtent les quatre Chanoines
avec quatre Vicaires perpetuels
, & les Chapelains de
l'Abbaye, tous revécus de belles
Chapes, & le Diacre &
Soudiacre en Dalmatiques ;
avec deux Enfans de Choeur &
le Bedeau;les Religieuses marchant
ensuite en chantant) &
l'Abbesse après elles avec sa
Crosle portéedevantelle par
la Dame de Chambre.
Pour ce qui est du Temporelde
l'Abbaye du Roncerjy ,
on peut dire qu'elle a des revenus
considerables, mais aufli
il y a beaucoup de charges&
beaucoup de monde à faire
subsister.
Outre le revenu de l'Abbaye
qui, n en la disposition de Madame
1Abbctfe
,
il y a sepe
Prieurez confidcrablcs & un
Office qui en dépendent &
qui font possedez par des Re,)
ligieufes de la Maison qui en
ont cllé pourveuës, ou par des
refignauons enCour deRomc,
ou par la ptefentation de l'Ab.
besse qui en est la Patronc.
•
L Abbaye jouit de tresbeaux
droits
,
Con FIef & sa
jurildiâton s'étendent sur une
grande partie de la Vilie
,
&[
l'on plaide devant lesOfficiers
de la MJtron) un jour réglé de
chaque famine.
1 i
La maison Se les lieux réguliers
ont presque essé.tousbâtis
de neuf par les dernieres
Abbd!es,depu!s jo. à 60. ans,
avec beaucoup de magnifia
eencc.
L'Eglise fc reflenc encore
de son antiquitéquoique depuis
on y ait bâti un fort bel
Autel, & qu'on ait fort décoré
le dedans, & sur tout le
Choeur des Dames, quicompose
proprement la Nef de
cet ancien Bâtiment:c'est fous
le grand Autel que se trouve
presentement cette fameuse
&ancienne Chapelle fousterre
,
dcdiée à la fainte Vierge,
pour laquelle on a toujours
confervé une vénération trcsparticuliere.
Pour venir presentement à
la cercmonie dont on vient
de parler, il faut supposer qu'-
entre les beaux droits & Privilèges
de l'Abbaye du Ronccray
on y a toûjours confervé
l'ancienne pratique de l'Eglise
pour la bénédiction &
confccration des Religieuses
qui y font Profcilion, quoi.
que cetteancienne ceremonic
de la bénédiction des Vierges
ait cettedestre en usage prefque
generalernent dans toute
l'Eglise, depuisledouzième
siecle
,
enlorte qu' il n'y a plusque
les Chartreu Ces qui reçoivent
encorecette bcnedlébon
Eptfèopale, & les Dames de
l'Abbaye du Ronceray Le P.
Mibdton fuit pourtant mention
auiïi d'un Monaftcre de
Reltgieu fesBenedi£hncs deVeoire
,
ni c où l'on pratique encore ) ou
cette ceremonie,au rapport
du P. MJrtenc.
Au relie il y avoir plus de
trente ans qu'on n'avoit saic
1 cette ceremonie à RR.o)nncceerraayy
y jUfqllà l'année 1709. M idame
de Gr^monrayantelle 15.ans
Abbesse de ce Monastere (ans
y recevoir aucune Religieuse
àftkefcs voeux. Ce fut Madame
de-Caumofft de Lauzun,
feeur de M.le Duc de Lauzu,n
qui ayant succedé à Madame
de Grammant,parladétniffion
volontaire qu'ellefit'entic
les mains dù Roy de l'Abbaye-
tu Ronceray
, pour fc
retirer dans la Malfoii du Calvaire,
où ellea depuis ce temslà
mené une vie privée & cxemplairc
,
pensa d'abord à
chercher des sujets propres
pour la -Religion, afin deremplirau
plutôtlesplacesvacances
par la perte d'un grand
nombre de Religieules que la
mort avoic enlevées depuis la
reception des dernieres Professes.
Dés la premiere année il
se presenta douze Filles de
qualité
,
aufquclles Madame
de Caumont donna l'habiten
l'année1707.&au bout des
deux ans de leur Noviciat,
qui dure quelquefoisdans cette
Maison des4. 5.à6.années,
Madame de Belsunce à prefenc
Abbesse, qui a succedé à feue
Madame deCaumont deLauzun
sa tante, dont elle avoic
été d'abord la Coadj-urrlcc.,
acheva l'ouvrage que sa tante
avoit commencé )cnrecevant
les voeux de ces douze Novices
,lcfquclles furent en même
temps bernes & consacrées
par M. l'Evêque d'Angers le
fzj. Aoust de l'année 1709. Depuis ce temps là Madame
de Bellunce ayant donné
l'habit deReligion à plusieurs
autres Filles de qualité qui se
font presentées ,après qu'elles
ont paffé les unes 3. ou4 ans,
& les autres,au moins 2.ans
dans le Noviciat. v Enfinle jour de leur Prosession&
dc leur consecration
fut fixé au Dimanche fécond
dePAvent, jour de la Conception
de Nofire
-
Dame, la
derniere année17iJ.
Les jeunes Novices qui
étoient au nombre de neuf
s'étantdrfpoféesà , cette grande
ceremonie par une retraite
qu'elles ont faite pendant huit
jours, elles ont eu l'avantage
d'entendre tous les jours pendant
ce temps là M. 1 Evêque
d'A ngers ,
quileurafait chaque
jour un difeours treséloqucnt
&tres- pathetique
,
pour inspirer les difpofiuons
necessaires à l'état qu'elles vouloient
embrasser.
Il
Il a falluaufli p.ulkurs préparatifs
au dehors pour rendre
la (olemnitéplus pompeuCe)
& pour régler tout l'ordre qui
devoit s'y obCerver.
Pour cet (ff.[
, comme la
ceremonie le fait ordinairement
dans TEglifede la Sainte
Trinité, qui elt dépendante de
l'Abbaye du Ronceray
,
&
continue
, comme nous avons
dit, àcelle du Monaflereon
dit ce jour-là la grand'Messe
de Paroisse dans la Chapelle
dtrHôpital gênerai
,
qui est
dans la même Parolffe)ana
d'avoircelle de la Trinité
toute libre pour y faire la cex
remanie.
Le jour de la Conception
c1 rant d1onc arrivé, dl 1
,
dés le matin
on rint toutes les portes de
l'Eglifco de la Trinité fermées,
& on mit aux portes des Gardes
qui n'y laifloient entrer
perlonncs
, que ceux qui
avoient des bIllets, qu'on
avoit marquez du Sceau de
MadamePÀbbeflc
, pour cet
effet, & qui ne furent diftribucz
qu'aux parens des jeunes
Professes, &aux autres per fonnes
de qualité ou de famille,
qui s'empressoient de toutes
parts pour y avoir ennee ; ce
quifie que1Eglise qui cil un
fore grand vaisseau (e trouva
remplie de tout ce qu'il y
avoïc du plus beau monde
, &
des pei sonnes les plus diftinguécs
de la Ville & de la Campagne.
Onavoit dressé l'Autel où
M. d'Angers devoit celebrer)
à la portedu Choeur fous le
Crucifix, afin qu'il suc à la
vue de tout le monde, &
que le Jubé qui enferme le
Choeur n'empêchât pas ceux
qui étoient dans la Nefde voir laJceremonie.AA' cofté droit de
l'Autel étoit placé le Trofnc
de l'Evêquc, &de l'autrecofté
vis avisai) y avoir un fauteuil
& un dais au-dessuspour
rAbbcfle, au tour de l'Autel
onavoirfait une enceinte assez
grande avec des si ges autour
pour placer du collé de l'Evê-.
que les Ossi icrs qui l'accompagnoient,
& de l'autre cofté
les Dames du Ronceray avec
le Chanoine Officiant & fes-
Officiers qui les dévoient accompagner.
M.1Evêquc d'A ngers
s'étantdonc rendu à l'Abbaye,
dés huit heures dumatin)il
alla dans l'Eglise de la Trinité,
accompagné de sesArchdia"
cres &autresAfliltans&Offrcicrs
, pour se preparer, & se
revestir de ses habits pontificaux
pour la grand 'Mdfe quisuc
chantée parla musiquede
la Cathédralequ'on avoir placée
dans le Jubé
,
au-dessus &
à cofté de l'Autel, où rEvcfqiae
celebroir.
PendantquerEvêquefedifporait
à commencer la Mcffc,
les neuf Novices firent leurs
voeux entre les mams de Madame
TAbbefle
,
dans le
Ghoear de rAbbaye, Elles
etoient revenues de kurshabits
blancs, comme elles Tonc
au jourqu'elle prennent l'habit
, avec de beaux surplis de
point par dessus leurs robes
blanches. Eiles viennent en cet
état deuxàdeuxconduites par
la Doyenne du Couvent) &
precedées du Chmoine Officiant
en ch.1pe avec le Diacre
& le Soûiiacre poîtant la
Croix. Et après qu'on a chanté
le Vtm Creator ,elles vont
toutes fuccelfivement prononcer
leurs voeux aux pied- de
FAbb ne aflile dans ton si ge,
avec la Clofiè
, & luy laiflenc
en main le parchemin où ils
font écrits & figncz de leurs
o
mains.
Apres que les Novices eurent
fait leurs Voeux, toutes
CleshoeRueglri&gieuses partirent du
allèrent prendre
place dans lEgiife de la Trinité,
conduites par le Chanoine
Officiant en chape & les Officiers,
avec la Croix levée, pour
assister à la Mesle que l'Evêquc
commença pour lors. Il resta
feulement dans le Chceur lesneuf
jeunes Profeiïes avec les
neuf Religieuses qui leur fervoienc
de Paranymphes, &
Madamclabbcile qui dévoie
conduire la première.
Ce n'est qu'après le graduel
que commença la Cérémonie
de la Bcned;6tion des Vierges;
lor sque la musique eut achevé
,
de le chanter, 1Evef^IiN^s.ddecf1--
cendit de son Trofne, & alla
fc placer dans un fauteiiil sur
le marche pied de l'Autel, le
visagetourné vers la grande
porte de l'Eglise, & dans le
moment le grand Archidiacre
en chape partir de l'Autel accompagné
du Mettre des Cérémonies
aussi enchipepour
aller dans le Choeur du Ronceray
,
ray, annoncer aux RcJigicufcs
qu'elles euflenc à partir avec
luy, pour venir à l'Eglise où
1Evcfque celebroit, ce qu'il
fie en chantant rAnticnne:
Prudentes Virgines
, aptate lampaàesveflras3
ecce sponsusvenit,
exiteobviant ti; Vierges fages,
préparez vos lampes, car, voicy
l'Epoux @'arrive; allez
promptemenr au devant de
luy. Auili tost que les Vierges
eurent entendu la voix de
l'A rchidiacre, elles allumèrent
leurs cierges qu'e lles tenoienc
tout prests à la ,m.Ho, & partirent
dans le moment pour le
suivre, deux à deux,accompagnécs
de leurs Paranymphes;
Madamel'Abbesse étant à la
tête,&conduifant la premicre,
qui cO: la fille de M. le Comte
de Vanerot, petite niece de
feuë Madame de Grammonc,
sa Crosleétantportée devant
elle par la Dame de Chambre.
•
D'abord les Vierges
font entrées dans 1Eglise de
la Trinité, qui cil contiguë à
celle de l'Abbaye,il y a une
portede communication qui
fait qu'elles font à la vue de
l'Evcfquc., elles s'arrêtent& se
mettent à genoux, & pour lors
1
l'Archidiacre qui cH à leur tête
,dit à haute voix à TEvcfque
ces paroles qui font dans le
Pontifical : ReverendiJJime P.,
terJ &c. Très Reverend Perc
en Dieu, l'Eglise nôtre Sainte
Mcrc demande que vousvcütl.
lica bien Bénir & Consacrer
ces Vierges, en les époufanc
à N S J. C.
Et rEvefqueluy répond:
Scis illas aign45 cpt' ? Estes-vous
bien sur qu'elles en foienc
dignes? A quoy l'Archidiacre
répliqueiQuantùm humanafiragilitas,&
c. Auranr que la foibleflc
humaine permet de le
içavoir
,
je croy, & je puis
assûrer vostre Grandeur qu'.
elles font dignes de cet honneur.
Pour lors l'Evefquc, après
avoir adressé quelques paroles
aux Assistans, pour leur marquer
qu'ilestdans le desseinde
faire la Consecration de ces
Vierges. avec le fccours de la
C3 * Grace de N. S. Auxvtante Domino
j £rc. I! sadrefîcà elles3
& les appelle à haute voix par
ce n'ot qu'il chance;Vtmte;
venez.
Et dans Je moment les
Viergesfelevenc,&répondent
àla voix de leur Pasteur, aussi
en Ghantant ccs paroles: Etnos
fecjmmUf-i Nous allons à vous.
Ettes partent donc du bas
deTEghÉe où ellesetoient arrêtées*
mais après avoir fait
quelquespassess'arrêtent encore,
&Jc remettent à genoux,
juf-qu'à ce que 1Evesque les
appdlc une fécondé fois en
chantant d'un -ton plus haut:
Vtnitti Venez à moy.
Les Vierges se relevent, &
chantant toutes enfcmblc:Et
nunc Jequimur in toto corde ;
Nous allons à vous de tout
noftrc coeur: Elles font encore
quelques pas pour s'approcher
de iEvefqucj mais elles s'arrêtent
enluirc pour La troifiémc
fois, & se tiennent à genoux
jusqu'à ce que FEvcfquc
les rappelle encore, en chantant
d'un ton plus élevé: Veniel'fi/
ltt, &c. Venez mesfilles,
écoutez moy,& jevousenfeigneray
la crainte de Dieu.
Et pour lors les Vierges fc
relèvent, répondent par une
Anrienne qu'elles chantent en
march ant, & qu'ellesne fini(
Tau qu'en artivantdans le
Sandhmre: Etnunc (cqu!mur;
Nous allons à vous de tout
nofire coeurj nous vous craignons
Seigneur, & cependant
nous défiions de voir
voflrc
face; ne nous confondez pas,
mais traitez nous avec vollrc
douceur ordinaire,& Celan la
grandeur de vos milericordes.
Toutes ces jeunes Professes
étant arrivées dans le Sanctuaire,
& Madamel'AbbeÍf<;étant
placée dans le siege qu'on luy
avoit dresse, elles fc mirent d'abord
à genoux, & te profternerent
prcfcjne jusqu'en terre;
ensuite relevant latête
,
l'une
après l'autre,elleschanterenc
toutes fucccilivcrnent 1Antienne
ou le Verfct:Sufcipeme
Dominey &c. Recevez
- moy
Seigneur,fuivancvoilrc promtlie,
afin que jamais aucun
vice ne domine en moy.
Apres qu'elles curent chanté
cc Verser, elles Ce leverenr,
& se rangèrent toutes devant
1Evesque, en forme de dcmy
cercle: & ce fut alors que le
Prélat leur fit une Exhortauon
courte; mais vive, & pleine
des traits les plus brillants de
J'éloquence quilui est si naturelle.
: Apres que ce difeours fut
fi}l) il continua la Cérémonie,
en difanc touc haut a ces
Vierges:5Valtis in Sanélæ yirfinitttispropoflro
perfeuerarc*\
Voulez vous pcr feverer dans
le Voeu de la Sainte Virginité
que vous avez fait; & elles répondirent
toutes ensemble: - Vo/umus; Ouïnous le voulons.
Ensuite les jeunes Profcfles
vont toutes fucceflivement
l'une après l'autre se mettre
à genoux aux pieds de l' Evefcjue
*, & là tenant leurs
mains jointesentre les fiennes,
il leur fait derechef cette interrogation
à chacune en particulier
: Promittis te Virginitalem
perpetuo lervare? Prorner.
tez vous de gardertoujoursla
Virginité? A quoy chacune
répond à son tour: Promitio;
Dur je le promets, & enfuitç
s'en retournent à leur place
aprèsavoirbaisé la main de
l'Evesque, qui les interroge
derecheftoutes enfemblc, par
ces paroles:Vultis bcnedici, çyc.
Voulez vous estre benics êc
confacrécsJ-& devenir les Epoufes
de J. C. le Filsdu Très- -
Haut ?A quoy elles répondent
routes ensembler Volumusi
Ouï nous le souhaitons.
Pour lors l'Evêque & tous
les Miniftrcs de 1Autel fc mertant
à genoux,& les Vierges
fc proiternant sur les tapis la
facecontre terre)on entonna
les Litanies des Saints qui furent
chantées par la nlufiquc.
& ensuite l'Evêque commença
le Veni Creator qui fut au(si
continué par la musique.
Après que l'Hymne sur fini,
les jeunes Religieuses partirent
deux à deux pour aller
dans la Sacristie quitter leurs
surplis & leurs habits blancs
,
pour fc revêtir ensuite des ba..
bits noirs qu'on leur porra , après que l'Evêque les cut
beny.Il sir enfuire la bénédiction
de leurs voiles
,
de leurs
anneaux, & de leurs couronnes.
r
Les jeunes Professes estanc
revêrues de leur habit noir,
qui est1habit ordinaire de leur
Maison
,
elles retournèrent a
l'Aurel deux à deux toujours
accompagnées de leurs paranymphes,
enchantant leRé1
pons : Regnum mundi: Jevais
mépnfer leRoyaume du monde
,
& tous les ornemnts du
siecle
, pour l'amour de mon
Seigneur J C.que j'aime de
- tout mon coeur, & en qui j'ay
01
mis toute ma confiance;mon
coeur a proféré une bonne pa*
rolc5 c'tft que j'ay consacré
toutes mes allions au Roy des
Rois.
! LEvcque pour lors fc tournant
vers elles, il chante une
longue Préfacé
,
à la fin de laquelle
il entonne le Répons:
Vtm elefla
, que le Choeur con.
tinue: Venez ma bien aimée,
je veux établir mon TbÍônc
en vous, car le Roy des Rois
est épris de v-ostrebeauté.
LorfqueceRéponseftfini,
les Vierges se lèvent&vont
deux à deux se mettre à geDOUX
aux pieds de l'Eveque
où , elles chantent toutes les
deux enlemble rAntienne:
AnczUa CbrijîiJum, &c. Je fuis
la servante du Seigneur,& je
fais gloire de me confacrcr à
son service , & après qu'elles
ont chanté cette Antienne,
l'Eveque les interroge de rcchcf:
VI4ltisVoulez
vous pcffilkr dans le voeu
de virgmitéque vous avez fair,
& elles répondent toutes les
deux : Volumus : Oüy nous le
voulons Ensuite l'Evêque leur
met sur la tête le voile beny
,
en difanc à chacune: décape
velamen, &c. Recevez ce voile
sacré qui vous fera connokrc
que vous avez mepriséle monde
pour vous contacter à J C.
que je prie de vous prclerver
de tous maux & de vous conduire
à la vie éternelle; & incontinent
les deux Vierges
étant voilées de la main de l'E..
vêque
,
chantent à ses pieds
l'Antienne Posuit
Le Seigneur a mis un signal sur
mon vi rage,afin que je n'aye
jamais d'autre Amant que lui.
Toutes les autres viennent ainsi
fucceffivcment à 1 Eveque,
presentées par leurs pclranymphcs
pour recevoir le voile
beny de sa main,avec la même
ceremonie.j Apres que l'Evêque a die
une Oraison sur les Vierges,
illesappelle derechefpar cette
Antienne: Dejponfarp dileéîa
utnï : Venez ma bien aimée
pour époufer, &c. & dans le
moment les jeunes Profeflcs
viennent comme auparavant
,
aux pieds de l'Evêque, qui leur
met à chacune un anneau bcni
dans le doigt annulaire de la
main droite,en disant à chacune
: Defponfo teJefu-Cbriflo,
&c. Je vous épouse avec J. C.
le
leluis du Très Haut. Recevez
donc cet anneau de fidélité
,
comme le Sceau du S. Esprit,
qui vous donne le nom- d'Epoufe
de J, Ce Si vous le servez
fidellementjVousferez couronnée
dans l'Eternité au nom,
êcc. Apres qu'elles ont reeeu
l'anneau, elles chantent toutes
les deux l'Antienne ;Ipjtfum
dcfyonfata : Je fuis épousée à
celuy que les Anges adorent.
& dont le Soleil & la Lune admirent
la beauté.
Quand elles ont toutes reçû
L'Anneau beni, & qu'ellcs font
retournées dans leurs places
elles chantent l'Antienne An.'
nulo (uoen levant la main droicc
en haur, J C. mon Seigneur
m'a marquée de son Anneau,
& m'aornée d'une Couronne
comme son Epouse.
Après cela 1 Evesque ayant
dit sur ellesune Oraison,illes
appelle encore par une Antienne
qu'il commence & que
le Choeur continue: Veni
Sponsa, &c. Venez Epouse de
J. C, recevez la Couronne que
le Seigneur vous a préparée
pour lercrnité; & à rlofiant
les Vierges vont deux à deux
se mettre à genoux à ses pieds,
pour y recevoir une Couronne
de perles & de pierreries, qu'il
leur met sur la teste,en difanc
à chacune: Accipc Coronam,
Cc. Recevez la Couronne
précicufe de Virginité) afin
que comme vous cftes cou.
ronnée de noflremain sur la
Terre, vous soyezaussi couronnée
de J. C. dans le Ciel,
&c. Ensuite les deux Vierges
couronnées chantcnt aux
pieds de TEvefque l'Antienne:
Induitme Le Seigneur
m'a revêtue d'une robe
tiffiië d'or, & honorée d'une
coëffure de perles fines.
Les Couronnes qu'on donne
à ces jeunes Professes font
toutes enrichies de per les fines,
& de toutc forte de pierreries:
on prétend que les neuf Couronncs
valentplus de cent mil
livres.
Q:and elles ont toutes été
Couionnées, & que lEvesque
a dit quelques Oraisons sur
elles, elles Ce levent & chantent
toutes enfcmble rAntienne:
Eaecjvod concup:v!t, &c. Je
voy presentement ce que j'ay
souhaité; je poflldeee que j'efperois
; & je fuis unie dans le
Cid à ccluy que j'ay aime de
toute l'affection de mon coeur
sur la Terre.
Et cest icy proprement où
l'Evesquefinie laConfccration
des Vierges, par une BcnedÍIItion
solemnelle qu'il prononce
sur elles, la Mitre en teste:
Benedicatvos,&c. Ecenfuitc
ilfait lire par l'Archidiacre un
Anathême qui fulmine contre
ceux quivoudront troubler ces
Vieroges dans le Service divin.*
& dans la jouiffancc de leurs
biens:Automateomnipotentis
&c. Apres cela il continuë la
Mcffe, & le Choeur reprend à
WAMmaoxi l'on en estoie demeure.
A l'Offertoire les Vierges
consacrées vont à l'Offrande)
où elles prefentenc à l'Autel
les cierges qu'elles ont en
main, & baisent l'anneau du
PrcJat,enfuirc retournent dans
leurs places, pour se disposer
àla Communion.
Après que TEvêque a communié
,
les Vierges benites
s'approchent del'Autel &reçoivent
de sa main la communion
câpres qu'elles font retournées
dans leurs places,ellcs
chantent toutes ensemble
l'Antienne Mel gr lac, &c.
J'ay goûté le lait & le miel qui
fôrt de sa bouche,& son fang
a rougimes levres. Puis l Evêque
finie laMesse & donne à
la fin la benedlalon folemnellc
au peuple.
Enfuitcs'étant mis dans son
fauteuilles Vierges consacrées
allant encore à luy deux à
deux
,
qui leur presente le
Bréviaire sur lequel elles mettent
les deux mains pendant
qu'illeur dit :Aicisitelibrum:
Recevez ce Livre avec le pouvoir
de commencer au Choeur
lesHures Canoniales
,
&de
lire lOffice Divin dans l'Eglise,
aunomdu Ptre.,&C.
Puis l'Evêqueentonna le
Te Deum, quifut chanté par
la musique
, que le Prelat termina
par une Oraison.
La ceremonie ainsi achevée,
les Religieuses partirent dans
le moment pour s'enretourner
au Monastere conduites par
le Chanoine Officiant en chax
pe , avec la Croix devanr
PAbbcflcfaifanc , porter sa
Crosle devant elle,enCuire les
Vierges consacrées conduites
par le Maistre des ceremonies
cncha pe,quimarchoiràleur
têcc
, retournerenc pareillement
en Choeur & s'ariêtcrenc
a
à la porte, où elles fc tinrent à
genoux pour attendre l'Evêque
qui vint après ClIcs)la
Mureentefte, & sa Croflfc
marchant devant lui avec ses
Officiers & Assistans, jusqu'à
la porte du Choeur de l'Abbaye,
oùilsadressaàl'AbbeHc
parcesparoles: Videquomodo,
tftas confecratas Deo serves, cmc.
Prenez garde de bien conferver
pour Dieu ces Vierges qui
viennent de luy eftrc confacrées,
afin de les luy reprcfcnter
pures & sans tache,vous
souvenant que vous rendrez
compte d'elles au Tribunal de
leur Epoux qui fera voltre Juge;
puis l'Evêque s'en retourna
à 1 Eghfe de la Trinité pour
quitter fcs hi bits pontificaux,
en disant l' EvangileInpnneipto.
Cette augulte ccremonic
fut cxecutée de la plus belle
manière du monde, tant par
le Prelat qui fait toutes les
fonctions avec une grâce toute
parriculiere) que par les jeunes
Profcfîes consacréesqui
firent paroistre dans leur facrisice
une pieté& une modeftic
si édifiantes, que plusieurs des
afliltans en furent attendris
jusqu'à verser des larmes.
Il etoit une heure après midy,
quand la ceremonie suc
finie, il y eut un grand repas à
l'Abbaye, où plusieurs personnes
de diftmdtion furent conviées
, on y servit plusieurs
tables. Pour ce qui est de Madame
TAbbefTe
,
elle voulut
manger à latable des mariées,
où l'on servit en maigre auffibienqu'à
la Communauté dès
autres Religieuses.
- Le premier aâc d'obéïffancc
que les Vierges nouvellemontconsacrées
pratiquent c'eftde garder pendant neu,f
jours le silence que Madame
rAbbi. flc leur impose, &pendant
toutce tems là elles portent
continuellement leurs
couronnes sur la tête avec leurs
habits de cercmonie.
FaitparM.le Masson, Docteur
en Thcologic,Corrcdlcur
de l'Eglise de la Sainte Trinité
d'Angers.
Voicy un Sonnet qui vient
amerveille à la fuitede ce que
vous venez de lire. Il a cté fait
par MademoiÍèlle du Dreneuf
Padet sur la VtfturcdeMademoifellc
le Nain.
SONNET.
Enfin voicy le jour Jfage Iris,
oùlaJoy
Va d'un nouveau prodige enrichir
ton Histoire ;
C'eflpeud'avoir quittéCalvin
pour nostre Loy,
Ta retraite du monde orne encor
ta viéloire.
Acbeveton dcjjeini ilejldigne
de toyJ
Eloigne pourjamais Damon de
ta memoire,
Vn autre que ton Dieu quand
même ilferott Roy,
# De régnersurtoncoeur merite-t il
la gloiref
Amant Jeflffcré suspend tes
déplaisirs,
Par de prophancs pleurs
J par
d'indignessoupirs,
Ne ternis pas l'éclat d'une si belle
ftfle?
Jesus cft ton rival
)
apprend
joiblc mortel
Que de luy disputeratte fainte
corisjueflc
,
Ce faoitl'attaquer jufcjues sur
Ion Autel.
A ceSonnet j'ajoute une
Fable qui cft le coup d'essay
d'un jeune homme qui promet
beaucoup. CetteFable n'a aucun
rapport au^Sonnet, mais
qu'importe.
APOLLON INTERROMPU
par l'Amour.
FABLE.
En un Vallon3<vrayféjoiir du
Printems,
Vient Apollonlas de courses lointaines;
Ases regardss'offrent bofJuets
rians,
Côteaux lfeuris
, "vers galons,
&fontaines;
S'offrent aujjileursHabitans
Jeunes , SzlvAins, Nymphesjolies;
Hôtes des bois formoient à qui
mieux mieux
Concerts mignons, & vives
symphonies;
Zephirs sy promenant comme en
leurs galeries,
c Faisoientregner fraîcheur en ces
beaux lieux.
D'objetssi variez^ admirantl'affdemblage
Nôtre Dieuflmblc être enchante.
Chaque coup. doeil a sa beauté3
Quefait le Sire. Ilveut,en - haut langage
Celebrer les bcautez, que nature
ajpmbia
Dans ce (éjour. Silencej levoila
Quifait parlersa lyre enchantercfje.
Or Philomele d'écouter,
Or blanche Nymphe defauter,
Et tous d'admirerson adreff,
Et de vanter ses accords pleinï
J'attraits.
C'ejlluy,cess ApoUon
,
dit l'un
venez l'entendre;
Il chante nos ruifJrauxJ & leursrivages
frais.
IVos innoccm piafin, enfin cet
Amour tendre
Qjdiponr demeure a pris nos an.
ires, nosforPfis.
Qjuls fons!prés de Sylvie ilpeint
theureux Titire
Mais (jutfi cecif quelsoudain
changementf
Phoebus se plaint, Phoebusfoupire,
De ses mains Rechape la lyre;
Il pArle. Alnour, du il
>
cruel
Tyran
,
Que tontfait ces Bergers? chez
eux pointd'inhumaine!
Tout est heureux Amant ?
Au moinssi tu ne veux soulager
mon tourment,
Enchangeant le cceur dt Climene,
Rend moy la liberté que me ravit
ta chaîne.
L'aveugleenfant fut sourd , Apollon détala.
Tout ainji que FortuneyAmour
ases capricesj
Afedorria quefaveurs>Roland
ria quefltpplicesï
,
BSaanndke.Atuu) non sfans ratfon
x
luy
metonfourcela.
A cette Fable j'ajoute la
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
QJJEST ION.
Lequel on devroic choisir)OU
d'écrire bien&parler tuai,
oude parler bien & écrire
mal.
On peut tcrillant bien,même
aprèsletrepas
3 Vivre encor longtems dans l'histoire
3
, Et consacrer à la memoire
Les talens qui dans nous brille-
.11 rent ici bas. -
Sans lesecours heureux d'une
plume celebre,
Les plus redoutables Guerriers
Verroient leur nom gr leurs lall"
rIers
S'enterrer avec eux dans leur
pompe funebre.
Par elle un trifle Amantfiait
diminuer l'ennuy
Que luy cause une longue absence,
Et par elle on sçait ce que pense
Dans un climat lointain notre
plus cher amy.
QtSoppofe la parole a tous ces
avantages
Qiunvain ornement du difêours,
Qui Çowv<.ntparmille détours
Pour une injuste cause emporte
les f'ff'aZts»
Ce n'est qu'unfauxbrillant,
un éclatfcdufrur
Que nous tenons de la naijjancc
Qui ne Jert que pour l'apparence,,
Et qui presque toujours accompagne
un menteur.
Le don de la parole en foymê.,
me bborné
Me peut prétendredeparoiflre
Que dans le lieu qui le 'IlÚ naître
, Et des autres mortels il demeure
tgnure,-.
Mais quiconque écritbien 4 le
fortplusproprice,
Ses Ouvrages passin-t les Mers,
Et font connoistre a l'Univers
0iau sçavoir en tous lieux il
faut rendre justice. -
Je le dcclAre donc ayxnt afaire
unchoix,
J'aime mieuxfaireq'tedire,
Etje trouve que bien écrire,
Doit chez tous les Sfav.tns ejlre
d'un plus grand poids.
L'Auteur deladite Réponfc
a encore enfanté le Sonnet fuivant.
SONNET.
SONNET.
Bouts-rimez sur rEcablifTemenc
de l'Académie des Heliconides.
Se vante qui voudra d'une illujlre
origine,
Pour moy je ne. voudrois que les
donsde Phoebus, Jeméprise Bacchus & je crains
les abus
Des dejirs que fait naître une beauté
3
divine.
-- -
-
Vous qui toujours ajjis sur la
double Coline,
Enfans de TeleJJlle, évitez, les
rebus
ELt ne faites jamais ouvrages de bibus
De mon ejjrit leflntrcmonttz lltmachine.
Vous formez dans ces lieuxun
nouvel Helicon.,
Ou vous ne recevet ni l'ami du
Flacon
Ni celui que retient l'indolente
parcflfc*
Inflmitsfarlesneuffoeursdans -
leurdoÛe mérier
Du Pinde vous sçavez, jusquau
moindre sentier
Et vous faitesrevivre icy l'an- cienne, Grece.
'Enfinnousvoicy hcureufement
arrivez à l'article dcParis.
De Paris.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
Permettez moy s'il vous
pl.îc.d'interrompreicyla fuite
des Nouvelles, pour répandre
un air de gayeté sur ce Livre,
à peu prés a la place où il me
patoift qu'il doit y en avoir.
Aufli bien fuis- je dans mon
te<]î/•rn1mCfCUL det irjiOotir*t
bon quart dheure, je fouhaice
que vous soyez dans le vôtre.
CHANSON.
Tremble% Maris jaloux voici
le Carnaval
,
La Prude dans ce tems, comme
la plus Coquette
,
Sous le Masque partout va chercher
lalfeurette;
Et l'Amant malheureux fejafa
vesur le Bal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval.
Parun habitpareil Uplusfage
est fedwte ;
La Coquette à changer d'ellemêmes'invite:
Tout ce dégmfemcnten un mot'
ejifatal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval.
Cette Chanson n'est faire
que pour ces foiblesépoa*
à qui la moindre bagatellemec
la puce à l'oreille, & non pour
ces braves maris qui dans les
avanrures les plus charoütlleuses,
sçavent prendre leur parti
en grandsCapitaines.Celuj par
exemple donc je vais vousconter
une nouvelle galante, est
sans contredit, un des plus
courageux époux du monde.
NOVVELLE.
Le valeureux Dîmis pria
il y a quelques jours )[a cherc
moitié delelalfferalierau bal
del'Opcra.Ellele fit arracher
cette pcrm'fHon, & consentis
erfin après bien des inftanccs
à lui accorder cette grâce. Il
s'équipe en sa presence de tout
l'attirail du bal,pendant que
de son côté elle fc met dans
son lit, la mafearade achevée,
il embrassè Con époufc, monte
en cJrroÍft; & va droit àlOpera.
Il renvoyé ses gens,il entre
par une porte, il fort par
l'autre
,
ilfc jette dans une
chaireà porteurs & sefait mener
chez sa MJÎcreÍfc
,
qui le
vange à outrance de l'importune
tendresse de (a femme;
les bonnes gens se gauJfnt à
bon efeient de la crédulité de
la belle endormie, & son irrry
sur tout n'a garde de se méfier
qu'elle prend une revanche
complète du tour qu'on
luy joué. Il a dcimndé la permiflîond'aller
au Bal) il la obtenue
; mais on ne luy a pas
demandé la même permission
pour ce qu'on va lire -;
il n'a
quà peine eu eccms d'arriver
au bas du degré, quefacherc
Epouse députe une ad.oire
Confidente chez un preux &
gentil Cavalier de ses voisins
& son amy. A la premierc feraonce
le Galand répond, dcfcend
,
fuit la donzelle & gagne
avec elle le logis de la
Dame. Les beaux propos ne
font pas en pareille occasion
le fengage des Amants, aussi
furentils alors fupprimcz de
part & d'autre ,pour passer,
comme de railon,àl'article le
plus cflcnticldecetteHistoire;
mais tant fut proccdé à la fatisfJétton
des parties, & cette
nuit parut si longue à l'oifivc
Confidente de cette intrigue
, qu'elle s'endormit à contretems,
& les bonnes gens aufli.
Sur ces entrefaites le mary revint
du Bal, il monta à 1Appartement
de sa femme
,
qui
malheureusement n'avoit pas
encore eu la précaution de fc
séparer au moins de lit, comme
l'est la plûpart des Dames
deParis. La crainte d'interrompre
le sommeil de sa chcrc
Epouse avoieréglé sa marche
& Cesaâions sur unton sibas,
qu'il pénétra sans lumière, jufqu'à
la ruelle du ht, (ansavoir
erté ni veu, ni entendu de personne.
I. se déshabilla avec la
mêmeconfineration,& semit
enfin entre deux draps Il fc
plaça meme hureufement du
bon cané, & il y a lieu de croire
qu'il alloit s'endormir comme
il s'étoit couché, si l'imprudence
de sa femme n'avoic
gâté tout le mérite de cette
avanture. Le mouvement qu'il
fit en se couchant la reveilla^
la fote cria. 'Q:;.'cll:-cc donc,
dit-ilMadame, & qu'avezvous
à crier il forr ?ah!repritcllc,
en (e jettant à bas du lie,
fauvcz-vous, fauvcz moy 1 Monsieur, nous sommes perdus!
le Mary reconnut alors le
motifde cette incartade) il se
leva & la femme de chambre
vint au secours de ces gens effrayez
Parbleu, dit-il, en les
regardant affcétucuferncnt
tous troisa voila bien du bruic
pour une bagatelle! Il vient
de m'arriver tout à l'heure une
avanture pareille à la vôtre, &
le mary d'une jolie femme
avec qui j'ay paffé la nuit, pendant
dant qu'il estoit au Bal, m'a
surprisavecelle. Iln'aesténi
fou,niétourdi, il m'a laifle
tranquillement mhabiller, il
m'a feulement recommandé le
secret, & m'acongédié de la
meilleure grâce du monde. A
son exemple habillez-vous,
Monficur
, ne publiez point
cette avanrure; recouchezvous
,Madame,& le Ciel nous
garde d'un plus grand malheur>
Le Galant forcit ainsi charmé
de la modération de l'Epoux
de sa Malftreffètout le
monde sur content, & rien
ncft àccqu'on prétend
,
plus
uny que ce ménagé à Paris.
Je ferois de bellesréflexions
sur cette Histoire, si je n'ai.
mois mieux charger ce Volume
d'évenemenrs
, que vous
ennuyer d'une morale qui n'a
pas le don de me plaire.
La galanterie fournit le plus
beau chimp du monde pour
amuser les LeCteurs, & le Bal
fcmble s'interesser particulièrement
luy même à leur amusement,
par la multitude d'avanturesqu'il
leur prépare.
J'en ay une entre autres qui
m'a paru afllz singuliere, pour
mériter l'attention de ceux
qui voudront la lire.
Qu'on fc tourne d'un ou
d'autre coftcau Bal, ilyatoujours
& partout des gens qui
cherchent noire, & des Mafqucs
qui ne demandent pas
mieux que d'agacer les autres,
ou d'estre agacez euxmêmes.
Les timides ou les imbecilles
s'y ennuyent à la mort.Les uns
n'ont pas le courage de tenter
une avanrure ,
les autres n'onc
pas l'esprit de la foûcenir.
Avant que d'entrer plus
avanten matierc ,il ca à propos
que il donne à ceux qui
n'ont pAS rôti le balei dans ces
assemblées,quelques petites
le çons pour les aider à s'y tirer
d'JlfJirc.
Primo. I! faut qu'un Mafquc
quelqu'il foit, ait de l'audace,
& même de h ffonterie.
Secundo. QVilsçache au
moins une demie douzaine de
phrafcs impertinentes pour les.
débiter à tort& à travers:ces
phrafcs doivent efire, par
exemple
,
de l'efpecc de cellescy
Supposeau préalable, qu'il
ait le son de la voix ajuste à
l'usage du Bal, sans quoy il
n'cft, &ne fera jamais qu'un
db
for. Cet avantage consiste à
prendre un ton de fauflairc, &
à glapir dans les oreilles du
Mafquc qu'on attaque: sur ce
principe, il luy dira, bonjour
Beau, ou Belle Mafqur;la difsérence
du fcxc fjir peurcftre
celle du débur. L'un est cependant
plus en ufagc que
l'autre. Il luy dira, b jour
Beau Masque, je te félicité du
succés de cette partie,jay vû
tbrure que le jaloux ne consenti
roit jamais a te latjprvenir icy ;
mais grace a tan esprit & a la
complaisance qu'ilapour la personne
quetufiai) bien, tu es venue
à bout de sa mauvaise humeur.
Tu te trompes Masque,
reprend l'autre, tu ne me connois
pas, je ne te connois pas
non plus, £7*si personneria plus
d'envie de te connoistre que moy ,
tu peux 'vivrejufqua lafin de
tes jours3 parfaitementignoré de
tout le genre humain. Vous esses
bienfine3luy dit l'autreà l'inftant,
e vouscrgeZ me donner
le change par cette ajfélation a
'Vouloir vous masquer encore plus
que vous ne l'êtes; à la bonne
heuresi vous ne me rcconnoiîfk
pas, pour moy je sçay bien a qui
je parle, je connoisvojlre déguisement,
vous éus une telle
, <*r
nousavons *aujourd'buyfait le
•
bien & le mal ensemble. Vostre
Amant riestpas loin; c'est un animal
qui vous obsedefans cefe ;
mais le Chevalier de ** *. VA
bientôt vous delivrer de ses importunitez.
Courage, vous ne
débute% pas mal dans le monde,
ÇjT* pour une jeune personne qui
ria pas encore vingt ans, vous
ave% le goût aufitformé, tjr aufli
gourmand, quesi vous en avie7,
trente.Avoiie^ maintenant que
je fiay quelque chose de vos .f-
*Ils ont le mêmejour entendu
le même Sermon.
jaires; adieu beau Mafqtie. Hé
non Masque ne me quithZ pas,
dit la per sonne à qui on en a
tant appris
, vous me jcttez
dans une inquiétude mortelle, je
veux absolument sçavoirqui
vous esses, Adieu
, vous dis-je
J beau Masque
,
reprend brucquemenc
l'autre
, quand le
Marquis de N**nefera plus
sur les rangs pour prétendre à la
conqutfie de vostre coeur, c-lorfquevous
neprendrezplus les confeils
de cette vieille coquette qui
trompe,vous,voflre mary, çy
vas Amants
,
je pourray alors
avoir ïindulgcftce de vous deaU*
rer
rerqui je fuis. Le Mafqucs'éclypfcàl'inftanr&
va dans un
coin obscur changer de décoration.
Tertio.On le prend sur un
autre ton pour faire une déclaration
d'amour à une personne
qu'on ne connoît pas.
Sa taille efi admirable, ses yeux
brillants & bien fendus lancent
des traits de fiâmes, son teinc
efface le Lys & la Rose, le tour
de son visage est adorable,
elle a de l'cfprit comme un
diable, ôc sa gorge est divine.
Au surplus permis aux Acteurs
d'ajouter à ces belles penfées,
plusieurs douzaines de sotises
à bout portant, dont je croy
que tout le monde sçaitlaioutine
aussi-bien que moy.
Si cette petite leçon ne fuffit
pas pour voftrcinftruâion,
beaux Masques, ce ne fera
pas ma faute, si vous vous ennuyezauBal.
Cependant pour
contribuer encore de tout
mon pouvoir à déboucher l'cpaifTcur
de vostre imaginative,
lircz avec attention, si vous
pouvez TAvanture de Bal que
je vars vous conter. Les trois
quarts & demi & demi quart
de mes Lecteurs quiont del'tfs
V*
prit,& j'enréponds,riront
de ce Prélude aux dépens de
ceux à qui il appartient.
AVANTVKE.
! ;
* Le Héros de cette Hiftoirc
fut trouver il y a quelques jours
un de Ces Amis, à quiil fie
part de cette nouvelle, cet
Amy la conta à un autre, cet
autre à d'autres encore, & enfin
par bricole elle est venuë
jufqua moy, & je vous la
rends telle à peu prés qu'on
me l'a contée*, s'il n'y a ni vcrité
ni vray- semblance
J
je
m'en lave les mains, ce fera la
faute de ceux qui l'ont inventée.
Cependant je vous diray
par parenthese
,
qu'elle est
embellie de noms & de circonstances
qui luy donnent
des qualitcz que la Fable n'a
pas. Si j'avois pris la liberté
d'y mettre des faits de ma fa-,
çan, je luy aurois donné une
autre face. Que cela foit dit
en passant pour l'apologie de
la venté de cette Hifloire, &
retournons à son Heros que
nousvenonsde laiflerçhezfon
: Amy, prest à luy faire la conifdence
des choses merveillcu.
les que vous allez lire.
• Jeforcis,die-il,il yahuic
jours à minuit de chez moy,
pour me rendre au Bal de t'Opéra.
J'écois(eul,aflezmélancolique,
& non sans raison.
Enfin masqué fous un ample
domino, j'encray dans la fallc
du Bal, où je trouvay une
nombreuse & brillante Aflembléc.
J'y fis plusieurs cours sans
parler à personne
y
ennuyé à
la fin, & ires las de toutes ces
allées & venuës
,
je fus me
camper dans une loge, ou je
trouvay une place commode
pour dormir à mon aise, si le
coeur m'en diroit; je méditois
déjàferieufcmcnc cette partie
lorsque je me reconnus à côté
d'une femme, quimalgré son
extrême attention à se cacher,
me parut jeune & de bon aloy.
Le relie des Masques qui
éroient dans la loge, gardoic
aufli bien que moy un profondsîlence,
& personne ne
s'avifoit de se détacher du par.
terre pour venir nous conter
fleurette.
Piqué de me voir dans une
compagnie si dcfoejvrée, )'effayay
de lier conversation
avec le Mafquc qui étoic à
côté de moy. Il (croit inutile
& messeant même, luy dis-je,
de vous offrir des rafraîchiffemens
:vous ne m'avez pas l'air
assezéchauffé, beau Mafcjue,
pour en avoir besoins & vous
obfcrvcz icy un silence aussi
religieux que si vous étiez dans
un dortoir de Nones. Je ne
sçay pas trop bien où je fuis.
me répondit.elle, tout ce que
je voy dans cette faite me réjouie,
m'ébloiiit,métonne,
cette confusion me plaît; mais
l'ced n'y peut suivre personne,
& j'ay de puissantes raisons
pour enrager de cette inconvenienc
Ah! je vous entends,
lu.y dis je, vous faites apparemment
icy le Critique, ou l'ACtrologue.
Ouï, reprit- elle
avec vivacité, & je fuis bien
trompée si les mouvemens que
fc donne vostre femme dans
ce parrerrc, ne m'apprennent
pas le point le plus certain de
vostre horoscope. Il y a prés
de trois ans que vous l'avez
épousée, elle a de la naiflancc,
elle en jeune & johe, vous
faires le périr M.uftre, vous en
contez aux belles, elle de son
côcé, est aujourd'huy femme
à bonnes fortunes; mais elle en
a plus que vous, mon bon
amy, mais clic en a plus que
vous. Ma femme, luydis je,
Metfque, vous vous trompez,
je ne fuis pas marié.Vous mentcz,
reprit-elle biufquement,
vous elles le Marquis de **
& vous estes homme d'épée,
de robe & de Finance; mais
je ne (<jay pourquoy vous vous
ciles avilé de m'attaquer de
conversation. Je ne pensois
pas feulement que vous fuflîcz
au monde, lor sque vous avez
pris la peine de venir m'arracher
les veritez que je viens de
vous dire. Il vous a plû de
faire le fpcétateur habIle, &à
moy de vous conrcmpJer, je
vous ay reconnu, maintenant
reconnoiflcz moy ,
si vous
pouvez. Mais j'ayautrechose
à faire icy que de continuer
cette conversion, & le temps
que je perds à vous entretenir,
me dcrobe peut estre une découverte
dont le succés m'intereffe
bien plus que votreembarras
ne me divertic. Apres
ce que je viens d'entendre, luy
répondis je, il fjudroit que je
n'eusse pss le feos commun,
pour me resoudre à vous quitter
sans vous connoiltre. J ay
mauvaifc opinion, me dit-elle,
des foins que vous prendrez
pour y réiïffir. Ne vous donnez
, croyez moy , aucun
mouvement là dessus,& fongez
feulement pour vôtre propre
interert à empêcher que
vôtre femme ne forte d'icy
avec ce domino bleu qui 1uy
donne la main. Les bonnes
gens gagnent le chemin de la
porte,il n'est pas encore trois
heuresils pourroicnt bien
rentrer avant six. A la venté
vous n'en feriez ni plus mal
,
ni mieux à vollrc aise y mais
profitez de l'avis si vous voulez.
A ce rccir qui n'éroic que trop
vray ,
lesKornes me montoi.ntvifibhment
à la tête. Je ne fçavois
que dire, ny quel parti prendre&
j'ignore encore ce que
je fcrois devenu,fimonMafque
ne m'eûtaidé à cacher aux
yeux de cet Argus le desordre
de ma contenance. J Allez néanmoins
, me ditelle,
où plus d'une raison
vous appelle. J"lY pirié du
trouble où je vous voy. Faites
ce que vous avez à faire, &
foytz sur de me retrouver ici.
:J: Ces paro!es meraflurerent,
je forcis de cette loge,je fus
brufquernent me placer entre
ma femme & son amant,je
la pris par la main dont clic
s'appuyoït sur luyJe rentrainay
dans un coin de la salle,
& press à lui dire toutes les duretez
que le dépit & la honte
me metroient à la bouche,je
jettay les yeux sur la loge ou
j'avois l'aissé l'inconnue qui
I
m'avoit si cruellement infiruir,
mais ne la revoyant plus, je
quittay ma femme avec autant
de précipitation que j'avois
marqué d'empressement pour
l'arracher des mains de son
guide. Je fendislapreslea & je
me hâcay autant qu'il fut en
mon pouvoir de reconnoiftrc
toutes les avenuës d'un heuoù
je venois dapprendre deschoses
si extraordinaires; mais le
rcfultat de tous les foins que je
me donnay le reste de cette
nuit, fut que je perdis de vûë
mon masque, mon épouse &
son amant.Enragé du mauvais
succés detoutecetteavanture,
je me jettay dans unechaise&
me fis porter chez moy. Mon
laquais en entrant me donna
un billet qu'on venoit de le
charger de me rendre. Je le lûs
sur lefcalicr. En voicy lestermes.
Vous Avez eslé cette nuit au
Bltl Avec de grandsdtjpins qui
n'ont abouti a rten, en deux heures
tvousnousj/ cjltsméprisplusieursfois
,une inquiétude tffcryAbleafuiVt
ces méprifts. Eftesnous
un homme à donner dans
tous les panneaux qu'on voudra
vous tendre? eft-ce beflife f efl-ce
ignorance ? eflâyek du moins
Àêtreplus heureux LuncJy.
Il ne me manquoit que ce
billet pour achever de me tourner
la cervc lle. Cependant
j'allay à l'appartement démon
epouse
, je la trouvay dans
son lit enfevelic dans un profond
lommcil. Sa femme de
chambre
,
Ces gens couchez à
leur ordinaire: j'evclllay tout
le monde, je fis un vacarme
épouvantable. Je demanday à
ma femme à quelle heure elle
écoic rentrée, elle me répondit
froidement qu'elle ne fçavoic
ceque je lui voulois dire,&
qu'elle n'étoitpassortie. Tous
mes domestiques jurèrent
qu'ellc s'estoit couchée un moment
aprèf sm'a, voir vu partir
pour le bal,ils ajoutèrent même
qu'elle leur avoir donné
dans son lit des ordres pour le
lendemain matin.. Enfin rien
de
dece qu'on me dit chcz moy
ne s'accordoic avec ce que je
croyois qu'onm'avoic démontré
à l'Opera. La feule chofc
sur tout que je ne pouvois pas
comprendre 5c'étoitladocilrré
de ce masque qui avoir foufferc
tranquillement que je lu y arrachasse
la main de ma femme.
La raison venant à la fin au
secours demesemportemens,
j'eflTiyay de me persuader que
tout ce quej'a, vois vu1\ & entendu
n'estois qu'un tour de bal
que quelque personne quime
connoifloic particulièrement
avoir essayé de me jouer ; mais
les discours quemavoit tenus
ce maudit lutin que j'avois été
imprudemment agaccrJIX qui
m'avoit reconnu sans ctire
aidé d'aucun signal,démontoienemonraisonnement.
Je
me couchay en un mot au
milieu de tous ces embarras r'
mai,s je commençois a, peine a,
m'endormir que le démon qui
me talonnoit me fie rendre un
fécond billet par un inconnu
qui dit à un de mes gens qu'il
citoit pour moy d'une confcquence
extrême de le lire à
l'heuremême
,
& qui s'enfuie
avec tant dadrtfle & de diligcnce
pendant le temps qu'on
lTIit à me l'apporter
,
qu'il me
fut impoflible de le faire fuivre.-
Voicy le conçcnudeccc
importact biller., ;.
Voùs êtes sans douteaprefent
defimauvaife humeur,&votre
e[prit.eif-siremeli d'incertitudeque
(oyt_ ce que vqHj voyeZ&enten-
4e% ne fertquaaugmenter l'embarras
où vous ejkss maiscroje%-
tnoy -, dépiquek vous Lundj en
youj ;retrouvantau^Bal , Vous
y verre7, le Mafquc qui vous a
défilécettenuitpresl à vous ren- -
drelecalme que vousaeekperdg.-
-14
Ce billu fieun effetbizarre
sur nioiicfprIr & comme si
j'enavois deuattendre d'autres
, malgrél'extrême besoin
que j'avois derepos, cordonnay
à mesgens de me faire parler
à tous ceux qui viendroienc
me -
demander. Cet ordre
ridicule fut suivià la lettre
,
& je fus si bien interrompu de
de quart d'heure en quart
d heure par la foulédesimportuns
à qui ma por te fut ouverte
, que je ne pus fermerl'oeil ;
mais l'efperancc de retrouver
mon masque le lendemain,qui
fraie le Lundy en queflion:,
me conlola de tous ces inconvenicncs.
Enfin 1 heure du Bal
arriva. Je fus des premiers à
m'y rendre fous un dégutfement
qui ne pur pas me cacher
long temps aux yeux de la
pcitonne à qui j'avois affaire;
mais je fus encore la dupe de
certe précaution
, & la facilite
qu'on eue à me reconnoistre,
mVxpoCa à me faire chagriner,
harceler pendant deux heures
pao tous les ma fques qui me
reconnurent. En un mot ne
sçat tnnt plus comment m'y
prendre pour me sauver de ce
débordementd'importuniteZi
j'eus«coursàJa loge où j'avoiscûdeux
jours auparavanr,
un entretien si bizarre, je m'y
campay à côcé d'un petit
vieillardsi bien déguisé, qu'il
n'yavoit rien dans le bal de si
indéchirable que ce masque.
LeCiel, me dit-il
, en tremblottant
, vous gard de touc
malenconrre
,
beau Marquisj
&qu'il vous prefervc d'avoir
aujourd'huy comme avanc
hier un ennetni redoutable à
vos trousses. Ah. pour le coup,
je vous tiens"lui répondis-je,
cher masque
,
& vous ne mcchaperez
pascette fois comme
vous ave^fait l'autre. J'ay,rcprit-
il, dans les rides qui paroiffent
sur mon front, & dans
le nombre des ans qui commencent
à glacer mes veines,
un faufeonduir qui me met à
couvert de toutes vos pourfuites
: & toutccqui pourroic
vous en revenir de vos démarchcs
s ne feroit que la honte
d'avoir si malemployé vostre
temps. Croyez-moy retournez
là bas. Il s'y paffedes choses
dignes de vostre curiosité
9
& ce petit pelotonoù vous ne
voyez que trois masques s'entretient
maintenant d'affaires
très ferieufcs. En voilà deux
autres qui fc disent des douceurs
en termes de politique,
parce qu'ils ne parlent pas
d'autre langige peut estre
,
&
qui s'érrangleroient s'ils se rcconnoitloient.
Pour celuy quevous
voyez avec ce domino
feuille-morte
, gagner la
porte avec tant d'efforts,c'est
qu'il corige d'avoir donné
trop à mordre au Mifquequi
le fuit Je ne vous fais faire cespetitesobservations
que parce
que j'ay la demangcaifon des
vieilles gens, qui feroient au
desespoir de ne pas diretourcc
quelles sçavent
, pour faire
preuve
preuve de pénétration avec
tout ce qui s'osse e à leurs yeux;
maisvostre diferetion m'efl:
connue, & vous ferez un bon
usage de cette: confidence.
Non, luy dis-je, je ne defeendray
pas là bas, je n'y ai, nulle
affaire
,
& rien ne m'interesse
au monde comme le plailîr de
m'entretenir avec vous. Vous
m'avez la dcrniere fois précipité
dans un abifmc d'inquietudes
r' , 3 vous m'avez exposé a
de très fâcheuses avantures,
& si ce n'eûc été la crainte de
vous perdre
, je ne (çay comment
je ferois forci de tous les
embarras oa vous m'aviez engge1
. EEn e1\ccs vous quitte a
prefenc, me dit mon Vieillard.
Oui,luy répondis je, du moins
j'efjtercde1être bientôr)maIDtenant
que je fuis avec vous.
Que vous tftjs simple, repritil,
de chercher à vous tour*
inenter sur nouveaux frais,
vous n'êtes pas plutôt forti
d'un piège, quevous redonnez
dans un autre; &.Ji vous
-fcaviez quelle cfpccc de Mafque
je fuis, vousce(Tenezbientôt
d'estreaussi curieux que
vous l'estes.Vous avez, luy
dis-je
,
beau faire
,
soyez un
homme, une femme, un Démon
,un Ange, il faut abfolument
que je vous connoisse ;
à celane tienne) reprit ce méchant
vieillard, puirqu'il ne
faut quecela pour vous fatisfaire,
rendons nousconfidence
pour confidence, dites-moi
pourquoy vous vous donnez
tous lesjours tant de foins inutiles
pour la Maîtrcfle de ce
Duc qui ne vous aime aflurément
pas , & pourquoyvous
,voyez d'un oeil si complaifanc
les affiduitez du Chevalier de
* * auprès de vostre femme ;
après cela si vous me payez de
quelque bonne ration
,
je,nè
differeray pas davantageàvous
declarcr qui je fuis. Vous md
parlez ici, lui dis- je, des deux
choies du monde qui m'incereflenc
le plus; mais j'apprehende
que ma réponsesur les
questions que vous venez de
Ille proposer, ne me jettt: dans
un détail trop serieux, & que
cette convention,ne vous dérobe
tout le platlir que vous
vous promettiez ici.Rsfleurez
vous sur ce qui me regarde,
me dit le Masque, & toute la
<rrace que je vous demande,
c'est de n'estre avec moy ni rimide,
ni menteur. Vous mettez
à" cc que je voy J
luy répondis
je,condition sur COIldjcion
; mais puifqu'il en faut
paffer rpar cc qui vous plaist
:J ccoûctz MOY.
-r Il y a trois ans que je fuis
marié) comme vqus me l'avez
fort bien reproché avanthie*
jlay épousé par interest,
mà'fcmme,sanslaconnoiftrc;
j'ayvécu avec elle sans amour,
ôcloriquéj'ay fait le dclicat ou
le jaloux (ur ses petites affaires,
ce n'aefté que dansta crainte
du scanda-Ie,&que parce que
jiay cru fotement que le monde
ne rcfpcdtcroïc pas mon si..
lencc;niats j'ayététa dupe de
monintention, Il je n'ay paru
jaloux de ma femme qu'à
ceux qui n'ont jamais eu l'occasson
j ni la volonté de parler
d'elle J'étois avant de l'époufer
amoureux de la belle Mademoiselle
de S*** je l'ay
vû avec douleur tomber entre.
les mains du Comte de M**
qui n'a certainement jamais
paffé pour un trop honneste
homme. Le Duc de. s'cil
mis enfoire sur les rangs ,
&;!
atifluoft qu'il s'est monrré,tnu-.
te la tenduflede la bellea p-uu
eftrc la recompense de sa première
démarche. Le Cheva-
Ker que vous venez de me
nommer,& que vous me dites
eftrc si bien avec ma femme
,
voulut, à son tour, tenrcr
de luy plaire; mais foie
qu'il trouva trop d'obstacles à
furmontcr
,
foie qu'iln'eue
pbaosuatd z d'amour, il en agit au
d'un mois avec elle, en
homm: rebuté de ses foins. J'ai
moi meme favorisé sa retraite,
& j'ay mieux aimé, je vous l'avouë
,
le voir maistre du coeur
de mon Epouse
, que l'Amant
de ma Maiftrefle. Enfin de
tous les hommes que j'avois
vu soupirer pour elle) nul ne
m'avoie paru plus redoutable
que Iuy.Nc vous étonnez donc
pas t
si n'ayant pû me défaire
ducruel attachementquej'ay
pour Midemoifelle de S* * 4*
j'ay tout sacrifié pouréloigner
d'elle le rival que je craignois
& que j'efbmols davantage.Ec
voila justement ce qui fait tout
voilre crime à mon égard, reprit
mon Misque, vous venez
de me faire le plus étrange
aveu du monde, & je ferois
peut estrecapable d'un retour
de bonté pour vous, si je ne
vous regardois pas après cettc
déclaration, comme l'Auteu;
de tous mes malheurs. Jejouiroisà
present de toute la tcndresse
d'un homme qui m'est
plus cher que ma vie, je pofiedcrois'
fcule en un mot le coeur
du Chevalier, si vous n'aviez
pas vous- même
,
crud que
vous estes
,
conduit mon Amant
jufqucs dans les bras de
vostre femme. Je fus aulH
é1pouvantéd, de r cette réponse
que si la foudre fut tombée à
mes pieds. Cependant un moment
après avoir reconnu cet
impitoyable Masque,jejuy
dis tout cc que l'amour & le
dcfefpoir me mirent de plus
touchant à la bouche; mais inflexible
a mes prières, elle finie
nofirc entretien par ces dernières
paroles. Je vous ay fufiffamment
inquieté dans ces
deux bals, où je vous ay saic
un détail raisonnable de vos
affaires & des miennes. Je fuis
contente de tous les ressorts
que j'ay fait jouer pour vous
chagriner; mais je perdrois
tout le mérité de mon ftratagênie,
si je ne vous dl.ffendois
pas abfolumenr de me revoir
jamais, sans le Chevalier, & si
vous ne prenez pas doreinavant
toutes les mesures qui
vous conviennent pour luy interdire
honnêtement l'cntrée
de voflrc maison. Voila à quel
prix vous pouvez encore pretendreàmonamiiié.
Adieu Je
fis de vains efforts pour la retenir)
tUeme quitta brufquement
& me la-fla le Ioifir de
faire a mon alse les plus Cotes
reflexions du monde sur elle,
sur ses Amants, sur ma femme
& sur moy.
Voilà enfin où j'en fuis,moncher
ami,aidez moy de vos
conseils,de déterminez moy
sur le partiqueje dois prendre
dans une pareille conjoncture.
C'cftle plus grand fetvicc
Ul
Êl a Ica
que vouspuifluez rendre à
l'homme du moade qui vous
aime le mieux, , j Alorssonamiluyconfeillajf
,
d'éloigner le Chevalier, d'oublier
sa Muitreffe, & dVffayerj
de bien vivre avec sa femme5,
maisil ne fuie nil'unml'autre
de ces con feilsq^'I pouvoir
s'épargner la peinedcj.uydemander
avec tanr d'inllance:•
& je pouvoir peut estre aufli
raifonnablcment mépargner
celle de vous faire un si siJete
rccic dune pareille hliloire;
mais que voukz-vous Mèrcurc
ciYun babillard, & tant qu'il
aura desavanturcs de cette cfpece
à vous conter , on lui
couperoitpuroit la langue,
qui de l'obliger à setaire.
Pendant quenous sommes
sur lechapitre dubal,en voicy
encore des nouvtllcs-, auffibicnneftra
t-il plusttnls d'en
parler après l'ami carême.
-
Le bruit court qu'une nuit,
dont je ne fcjay pas la date, un
masque trèsaccort
,
des plus
fpiriruds,& des mieux inftruics
des affaires du monde, tomba
par hazard entre les mains d'un
Masque de certaine confîdcr
ration, qui l'interrogea avec
tant de prefcncedcfprit & de
vivacité
,
qu'il lui fie dire prefque
tout ce qu'il avoit dans
l'ame. On ajoute qu'après plulieursdécouvertcs
importantes
leMafque charmé de l'cfprit&
du bon raitonnement de celui
qui venoit de l'cnrretenir ,fie
pluficurs efforts obligeants.
pour l'ergager à fc faire coninoiflrc,
que ce Marque résista
avec une opiniâtreté invincible
aux choies graticufes que lui
disoit le Masque curieux,&
-qu'enfinaprès plu ficurs plaintes
gepereufes d'une pareille
obtlination à fccacher ;; il
avoir consenti malgré luy à le
taiff-f aller*maisqu'au même
temps il avoir dépêché deux
autres Mafqucs
, avec pricrc
de l'éclairer desiprés,qu'il lui
futjf autant que cela dépendroit
de leurs foins & de leur
vigilance ) impossibled'échaper
à leurs yeux. Le Mafquc
examiné Tentant bien par la
qualité des choses qu'ilavoic
dites, & qu'entrant dans le
bal, il avoit(ans doute à dire,
qu'onnemaneperoit pas de le
fuivrc,& dele reconnoiftrcs'il
n'y mettroit bon ordre, avoïc
pris de justes mesures contre
, larigueur de cette obligeante
recherche.Ainsichfortanrde
l'Opéra a la pointe dujour
* il enfilaà piedla rue S. Honoré
il alla julqu'auprés de S. Roch,
oùil trouva deux bons chevauxavec
un Valet qui l'artendott.
Il se saisit à Tinflant
de celuy qui luy étojc dcfliné;
il souhaita le bon jour à fcs
Argus.
Et d'unfautsurla'felle, il marqua
[ondépart.
Je ne sçay si la lecture de
ces
ces petites avantures vous en
^uy,e» pour moy je f'çay bien
que je. ne. mcnnuye pas cn-j
cojedeVQus les écrire, & je
t - .4 conctusdpia/qu'ayjnt de gré,:
beaucoup- pi:lus de peinej0que
vous n'avez de patience, je fuis
endroitdevousenconter cn- i w..i.i,i
core.* J .-11 "','1") 'Lw.J1*uh*xy P.ari -«> sest »dc >*-J-iijajilVijled^rnoni\.,lm.j.. jl.apl1v1iscommodepourroute'
forted'cfpécecfcet
eikL''honi- aj?As<Ma-.
'Y^Pîl!?(yt«,'laCo
quette, les (ôr-s raisonneurs,
les fades Comédiens & les
mauvais Auteurs, y font tous
les jours relevez par gens qui
leur ressemblent, ou qui les
imitent de si près, queles nouveaux
venus sur la Scene, y"
font lelendemain oublier ceux
qui la veille étoient sur les
rangs. En un mot dans cette
graniDdeVll'c> toujoursun
clouchdjp l'autre Il n'y tll, par
exemple , presqùe plus parlé
desAvanturcs que vous venez
de lire, quoy quViles 1 foienc
toutes fraîches; celléque je
vais vous conter y fait encore
du bruic. La voicy.
UiiEtrangerriiafqué, pouf
le moins comme le beau Berger
Céladon, s'avise une certaine
nuit, assez & trop malencontreuje
pour luy,daller au
bal de l'Opera. Il a à peine fait
le tour de la salle que ses yeux
fone ébloüis des charmes de la
divine Assée. Transporté de
l'éclat de tant d'appas, il se
jette à Ces piedsr il luy tient
dans son jargon des difeours
tendres, qu'oncqtics mortel
n'accompagnâtde pareils foupirs
dans tout l'EmpiredeCythere.
Enfin prcfqueauflienyvré
d'amour que de vin, il jure
à ce charmant objet dont les
beaux yeux l'c£JHa.:ncntJ, un
amour éternelil fc donne à
tous les diables, pour luy perfuader
l'ardeur dont il brûle
poooiunrdeelle; mais la cruelle, bien
vouloir l'en croire sur
la foy de ses sermens, s'arrache
de ses mains, après l'avoir
inhumainement maltraité, rebpté
&culbuté. Alors confus
& dcfefperé de ce barbare
ptocedé, il se releve, & court
en chancelant après cette fierc
& outrecuidée beauté. En chcÍ:
nin,un Masqueirréprochable
&i vigoureux l'anête. Qu'eftcc,
dit- ilJ écumant de courtoux,
& d'où te vierir cette
audace, Malque,de marrêter.
Je ne le fais, luy répond l'autre,
que pour vôtre inecrefl:,
vous persecutez icy un Mass
que digne d'un traitement plus
honnête. Eh que t'importe,
répond letranger? je n'ay
point là-dessus de contc a' te
rendre, luy dit l'autre, & tu
dois te contenter de la prière
que je te fais de laitier ce Mafque
en repos. Moy dit-il,
avec plus d'emportement encore,
nojjïnfirpointles Dames
moy eflretouchcufspress à bAifir
les piedsdes Madamesjnuis moy
! J : ';-
- --
ejlre bon pour les hommes, A
cette plaisante repartie,s'élève
un éclat de rire auxenvirons;
qui achevc de le mettre hors
de. rnefure :il dit aufli tost au
Marque qui lavoit arrêté, qu'il
Veut avoir raison de cet affront)
qu'en un mot il veut fc
battre avec luy. Vous navez
vraymenr pas tort, luy die
l'autre, & je fuis tout prest a
vous donner cette petite fatisfaérion;
mais outre que trop
de gens ont vu icy cette avanture,
& qu'on ne nous JailIèroit
pas le champ libre, il cft
bon de vous dire que je fuis,
avec des Dames que la bienséance
ne me permet pas de
quitter, & que j'ay à prefcnc
de fortes ratfonspour ne pas
rh'aller battre; mais fldemain
au matin vous en voulez découdre,
vous n'avezqu'à dire,
je vais écrire mon nom, ma
demeure,& l'heure du rendez-;.
vous sur vos tablettes. Alors
l'Etranger en tira desa poche
une belle paire, qu'il remit entre
les mains du Marque-qui
lu'-. partait,8z qui ne prévoyant
pas qu'une pareille
avanture pût avoir aucune fuite
, y mit à tout hazard la
demeure"d'un bravehomme
dont le nomluy étoit connu,
& rcndant les tablettes à l'E.
trangcr,tuyafEgna le rendezvousà
huit' heures du matin.
Icy finit la première feene, Se
teparties s'en allerenr.
Le lendemain à l'heure marquée,
l'Etranger viÇr'éTes tablettes,&
le faitgUid^rjuf-[
qu'à la .porte de thomme a.
qui il: croit avoir affaire. Il
monte à sa chambré
,
il le.
trouve dans fôn lit encore,
bien endormi.Comràcnt
Adoyifieur,luydit-il,vousdor- me^,encore!nevousfoHvene^- *- , vous
vouspas 4e la paroleque vous
triave-^donnée hier au Bal. Ma
foy, Monsieur,luydit l'aucrc,
je ne vous connois pas fcu lcmentje
ne vous ay envéritéjamais
vu Mauvaise défaite,
reprend l'Etranger,vous
m'ave'{ promis de vous battre
contre moy , &vous netes qu'un
poltron. Si vous ne forte^ du lit
touta l'heure,je vais vous passer
mmoonnéeppéeer.aauu,trtAra1vJeCrsrSduucocorprpss..
Attendez, Monsieur
,
luy répondit
l'homme si bien atta,
que, vous av(z raison, je ne
m'en fouvenois pas; & quoyque
je n'ayc pas mis les pieds
dans le Bal
,
cela n'empêche
pasqueje n'aye tres- 1ericiiCernent
affaire avec vous. Aittn.
dtzdonc
,
s'il vous plailt, un
momentque je (ois h.ibille, &
nous irons ensemble ouil vous
plaira. Alotsil le jetca du haut
en bas de son ht, & au bout
d'un momentildekcndit dans
la rue, en chauflc & en pourpoint
;& l'épée au côté,il
luivit son aggrctfeur.
Non loin de cette misson
ils trouvèrent une place où ils
dégénèrent en gens que de
grands inrerefts animoient à
soûtenir leur bon droit. Le
combat fut vif&langlant,&
après pluficurs belles cftocades,
où les combattants-donnerent
des preuvesd'uneadreffc
& d'une valeur .siafipie ).le
malheureux Etranger,reccuc
trois coups d'épee dans le
corps de la main d'un homme
quine l'avoit jamais veu ,
qui
* ne lui avoit jamais parlé .&
quiluidit enfinr-ns'cfforçint
de luy rendre tous lestons
officesqui dépendoicnt de ses
foins ; le diable m'emporte,
Monsieur,sije vous cannOIs.
Le masque qu'on dit avoir
donné, sans nuldeifein 3-occa.
fion à cette avanture, & qui-a
du cofté du mérité
,
de rcfprit&
de la valeur perTonnelle,
la réputation d'un homme
sans reproche, envoya avertir
celui dont il avoirdonné l'a.
dreflç,dene porter l'affaire i
aucune extrémité
,
supposé
qu'il prie envie à 1 JEtranger de
lui rendrevisite
, ce qui ne lui
paroiflbit pas vrày fcmblable,
ÔCencasdefaillie4defufpendietout
jusqu'àcequ'ileût
autrement de ses nouvelles.
Mais le viéèorieuxlui fit direl
Tinftanc pour toute réponse
s qu'ilrecevoit ravis trop tard
,
& que l'affaire étoit faite.
Pour moy je ne donne cette
nouvelle que pour un bruit de
Ville qui peut n'avoir aucun
fondement devérité, & que je
conte feulement sur le rapporc
-du public. Je vous réponds
plus hardiment de la vérité de
celle-ci, j'en ferois même caution
,
s'ilenétoit besoin.
Lanuit de l'avanture preccdente
,
arriva celle qui fuir.
Le portrait de mon Héros,
est d'abord h piece la plusnccelTjire
à l'intelligence de cctrc
hltoire. M. Verno
,
jeune
homme de cette VIlle,à crins
noirs, fils d'un perequi a fait
& qui fart encore bien du bruit
dans la robe,peut avoir i J.
à z6. ans, sa taillecfi un peu
au dessous de la mediocrc,mais
bien priffc, sa phïfionomieest
desplusrevenantes,ses yeux
font noirs &bien ouverts, sa
bouche est belle, vermeille &
bien meublée,lçs coukurs de
sonvifarge font vives' & frai..
ches
,
& toute sa figure est
a(Hzreguliere
,
joint à cela
qu'il a la jambe belle, le bon
air du monde, &lefprit fort
drné. M'. de Verno
,
dis je,se
, trouvant [clon sa coûtumc,
au feal4c l'Qpe.U'j fous un
domino de
:
tafetaj rayé,
qu',une Dcmoifellccharmantc
bienfaite& très aimable lui
^yovi prêté iSi.quidepuis par
1-JiabiLpde qu'onamendetercvoir
açftesurnommél'^fne
?ay<â,apfésa.voirgalopé»!a»fallc
cSllUenfin,àTcxcmplcide
Je»^laïquesquivontàïçeBtoauls,
&.placer. dans uneilag£, où
après quelques çiviliicz fort
cav.iliçrcs&. ircsèufuécs dans
ce pays ,il attaquaisDame
qui Ce trouva fous sa.main. La
grande experience qu'il a dans
cesaflembléeSjluy mit d'abord
un joli compliment à la bouche;
la Dame y répondit ca
femme defpric, & la converfanon
fut Joûcenue avec tant
de vivacité de part & d'autre
qu'ils t en vinrent jusqù-à fedésir
de (e demafqucr;, ce que
la Dame ne voulut pas faire la
première. Cependant elle le
pna d'ôter son M .fqu,= & luy
dit pour le déterminer àavoir
cette complaisance
,
si je vous
reconnois
,
je vous Tavoikray
debonne foy,& je vousdonne
ma parole de me démasquer à
mon tour. Vcrno bien assuré
que la vue de sa figure ne l'expoferoit
point au,malheur de
n'cltre pas regardé de bonoeil,
ne fcle.tic pas dire davantage,,
il osta ton ma sque, & montra,
une mine si gracieuse
v que la
Dame ne pûc s'empêcher de
luy marquer toucie gi équ'elle,
se (çivoit dc(acurioficéi néanmoins
elle luy dit d'un ton de
voix-mal afiûé
,
qu'elle ne le.
connoilïoitpas. Qiumporte*,
luyirépondicVerno
J.
le malheur
que j'ay de neftie pas
connu de vous, n'ôtc rten de
nos conditions,& vous n'en
estes pas moins obligcede vous
démasquer, puifquc vous m'avtz
donnévostre parole dclc
£n>e
,
des que je vous en amrois
donné l'exemple. Je ne
vous réfuteray pas, luy répondit-
elle, avec toute la douceur
imaginable, de Citisfaireà cet
ar&icfe denostre traité ; mais
que vous en reviendra c ilautre
chose que le malin plaifode
me priver de t'avantage que
me donne le masque. Vous
mêliez fpÏf dés que vous maurez
vûc,croyezmoy ,nefou,
haitez pas de mevoir. Non,
Madame, luy dit Verno, tous
ces détours font inutiles. Vous
avez sur voftrc parole conrracte
avec moy un engagement
auquel il faut absolument que
vous vous soumettiez
,
& je
ne vous laifleray pas un moment
de repos, que vous n'y
ayiez latisfait Hé bien, Moniteur,
vous-le voulez, il faut
vous contenter ; & en ôtant
son malquc-, mer reconnoiffcs.
vous,ajouta-1 elle: Oüy,
Madame, loy dit-il, d'un air
d'impatience, je vous recon.
nois pour la plus charmante &
la plus aimable personne du
monde, je vous ay vûë cent
fois,&j'ay toute ma vie foucalté
de vous revoir -, je me
souviens même qu il y a quelques,
années, un Dimanche de
la Puffion,je danfayavec vous
dans un Bal aux chandelles;
chez un Maistre à danser qui
demeuroit alors au troifiemc
Appartement d'une petite maison
dans la rue Djuphine. Madame
de * * dont le nom &
les appas ont fait depuis beaucou
pde fracasà Paris, eftoic
avec vous; vous estiez bien
belle alors, mais vous l'cftes
encore mille foisdavantage.La
Dame convint de cette circonfiance,&
de quelques autres
dont Verno luy rafraichic
lamémoire ,& ci surces
petits détails, h.confunce s'é.
tablit si bien entre eux,qu'ils
se promirent de bonne foy de
se revoir, & se tinrent parole.
Entffjt,désle lendemainmatin
l'heureuxVernoreccut un
billet dontvoicy le conttnu.
Jt' confinsque vous me voyie%
-aujourd'huycomme je vous l'ay
promis hier; mais il faudra que
lafille que je vous envoyév^us
amene ce joir a six heures chez,
rnoy , em, je vousdtjf.nds devous
faire future par vofire Laquai?.
Si vous pouviez vous imaginer
combien fayde mesures à garder,
Dous me Ifaurit^ ungré infinide
cette démarche. Réponde^moy
sur le dos de ce biUer.
Verno mit auflicoft la plume
à la main,& sur le dos dudit
billet il écrivit ces tendres
mots.
Je baise, ma belle Reine, avec
mille transports d'amour les obli.
géantes ryprétieujeslignes que
i/oflre main a daignemécrire.
feray tout ce que vous m"ordonnez
de faire; mais vous esses
bun cruelle, en me redemandant
ce billet; de me ravir cr cher (y
unique gage de toute ma tendre/Te.
Le double billetfut rendu
frWemcntvla Soubrerte rcvint
à i'hurc marquée,cilo
monta en siicrc avec Verno,
& enfin ilsarrivèrent au logis
deU Dume quiles rcq-jt de la
ttùillfure^race du monde.
: La prcraiere chose que fit
Verno en entrant dans l'appartenunrde
laDame
,
fut
d'en confiJerer les meubles.
Ils luy parurent d'un go.,il exquis
, & ne contribuèrent pas
peu à augmenter la bonne opinion
qu'il avoir conçuë au bal
de la bellepersonne dont la
douceur luy failoit esperer en
si peu de temps, de si grands
avantages, qu'ils'étourdifToic
d'avancedel'image de sa félicice
Laconversation de cette
beauté charmoicXesoreilles,
ses. grâces ébloiïifloient ses
yeux; tout celadloit beau&
bon, mais il y avoit dans cette
chambre bien autrechofequi
fervoir à émouvoirsa concupi
scence. Deux gros bras d'argent
fortement attachez aux
deux costez d'un trumeau
,
sur
la cheminée où ils se éhdUffÓJcnr"
attiroienc de temps en
temps toute son attention, un
beau diamant au doigt de sa
cherc
cherc & charmante maiflrcffc.
une montre d'or,destabaticres
du même métal, tout cela
luy Câusoit des diftra&ions fréquentes,
qu'on prenoit heureu
sement en bonne parr. En*
fin après bicades protestations
d'un amour éternel
,
l'heure
de (e separer estant venuë
)
il
exigea son entrée franche &
libre dans cette maison quand
bon luy sembleroit,il l'obtint
à condition qu'il feroic roûjours
bien-fagCj ille promit à
la mode des Amans, & s'en
alla. Le lendemain au matin
on luy envoya dire de ne pas
manquer d'y retourner à la
même heure qu'il y avoir este
la veille, ce qu'il fie avec plaisir.
Souperons-nous aujourd'huiy
ensemble, Madame
, die-il, en entrant, & aurezvous
lat cruauté de me renvoyer
sans souper comme
touS riez fait hier.Si je foupc
fcy;jdvais congédier mon la-
°..qtrais & luy dire de venir me
reprendre à l'heure qu'il vous
Oaita, sinon, ce n'est pas la
peint qu'il s'en aille. Mais,
Monsieur, luy ditelle, je ne
ftis nullement preparée à cela:
Madimoifcllc Dupons, appellanç
sa Fille de chambre, Monsieur
me demande à souper,
voyez si la Cuifinierc a quelquechofe
à nousdoqncr
)
&
dites-luy quelle, vienne me
parler.La Cuisiniere arriva &
répondit qu'il y avoir raifonnoblement
deqqpy manger.
-,Vernore.fta,& (onValet gnaçqijU.piudence tdc
la Fillç dpjçhwbre.
Jene.sçay
ce qu'ils dirent&
firent en attendant le souper
P4^n$n*ç après *r.)aisjefç*j§
bien que vers les- deux heures
après minuit, la Dame trouvantfnpins
de vivacité dans la
converfanon de sonAmant,
jetca les yeux sur une Montre
qui cftoitattachécîà un clou
de sa cheminéef & fie. remarquer
à Vernoqti'H efidit dêja
bien tard ,"& par cohfccjucnç
temps de s'en aller. Vous faites
là une belle oblervation :
luy dit il, Madamejvoila à
present la plus belle- hefuredu
bal, donnons nous*en le plai- J
Íir sans, sortir d'icy, & commençons
par mettre cette
Montre en Masque. Aussi roll:
illa prit & tourna du cossé de
•
Ja muraille Jecoftê quimarquoit
les heures. Alors il s'émancipa
julqu'à prendre Lie
petites ou de grandes hbertez
dont on nes'offensa point. Il
fut chemin failanr, grondé,
caresse, menacé, repoûsse doucement
)
& le jà'ur vint. Dés
que la Dame s'en apperçur,elle
le fâcha vrayment bien fort*
Comment, Monsieur,luy.dic-.
elle, courant.à sa M-oncrc,,ori
vous verra sortir de chez moy
à.sept heures du matin L que
dira-mut le voifinaçe.? Vous
voil a bien allarraée,Madame,
reprit-il. je n'ay qu'àenfortic
à fepr heures du foir ; mais
/ous avez- là une maudite
Montreque je veux punir des
mauvais avis qu'elle vous donne
, & de dépit se jettant sur
çllc,comme s'il eue voulu la
bxifer
: Non,u1,
l'i.,
mage des heures que l'imprudence
vous annonce, ncmpoifonnera
plus ma felicité.
Ah,Monneur, luy dit cette
Bellecfltayéede (on emportés
ment, je consens à ne lare*
voir de ma vie, maisépargnezla
ne:1a brifez pas, & dérobez-
la iplutoft pour jamais à
mes yeux. Non, Madame,
non, reprit il, vous ne la rcverrezplus
: mais après tout,
est ce à (es caprices a decider
de mon fort, & parce qu'elle
vous a annoncé quil cfioit
sept heures,quoy qu'iln'y ait
au gré de mon coeur qu'uiv
inllant que je fuis avec vous
me condamnerez
- vous sur sa
depositionîNon, mon cher,
luy dit la Dame,aussi bien puis- ne je me resoudre à vous
lmeettre à l'heure qu'ilcft hors mamaison.
-
La montre étoicdéja à bon
compte dans la poche de Verio;
mais les bras d'argent luy
enoient furieufetnent
au
oeuf, & il avoit dans sa
cbambreuncheuftrumeau auquel
par le secours de ces bras,
il foubaitoic de piêccr main
forte; il dit là dellus Icsc hofcs
du monde les plus éloquentes
Il dormir enfuie, il s'éveilla,
reparla damour, dina
& rejoupira. pour lesdits bras
avec tant de (uccrs, que son
valec fut chargé du foin d'efi
aller renforcer fon- trumeau.
Dix mille proreftations- d'une
fiJclité étemelle firent les honneurs
de son remerciement
mais il n'avoir ny diamant ny
tabatierc, & la conque fie de
ces chofcs écoic rclcrvéc pour
le
le jour au quel sa Dame dévoi-e
aller voir l'effet que (es bras
faisoient sur sa cheminée. Ce
qui fut executé dans l'ordre
suivant.
Il y a cinq jours qu'en un parfait négligé elle lerendit
surles onze heures du matin
au logis de son amant, qui la
reçûtavec justice comme la
Reine des Amours; elledîna
chezluy,oùileutavecelle des
procédez si obligeants, qu'elle
luy auroit donnéjusqu'à sa
chemise. oh!pourcelailfaut
avouer que cette Dame n'a pas le vice des autres, qui font
devrayes lang suëssrien n'est
si genercux qu'clleellaa depuis
son avanture du bal, nippé
& nippe encore de toutes
picces son heureux amant, il
eil: jeune,almable & tendre;
elle est riche, belle & amoureuse
à la rage. Que de charmes
! que de plaisirs! & quel
bonheur pour ce coupleamoureux
,
pourvû que cela dure
J'ay appris tant d'autres
avantures singulieres qui onc
pris naissance aux bals de l'Opera
qu'il faudroit faire un
recueil particulier pour les
conter. Ce qui mcrcfteàvous
c a ce sujet;c'clt qu'il n'y a
rfonnc qui ait esté à ces bals,
i ne louë Mcflicurs de Chauit
& Duchesne Syndics de
)pera, sur les commodieez; :agréments & le bon ordre
cet établiflement. Les foins
les attentions qu'ils prenne
pour leurs fpeétaclcs
,
jr attirent generalerncnt les
êmes louanges. Ils ont rcmis
:puis cinq semaines sur leur
heatre la Tragedie d'Alceste.
teR un Opera de M.de Lulîy,
Jnt tout le monde admire &
Imirera toûjours la beauré.
y arriva un Jeudy 10. de ce
mois, un événement des plus
-
extraordinaires.
Al'endroit de cet Opéra,
oùun Aâteur chante, rost ou
tard ilfautpajSer dans maBaf(ji4ei
un Machmifteselaifli tomber
du haut d'un pont au-dessus
des décorations
,
sur l'une des
planches qui fervent à former
les flots sur lesquels est la Barque
à Caron. Ses reins & sa
tête essuyerent le choc, avec
tant de violence qu'une planv
che en fut brifée
,
& soncrâne
entammé,onl'emporta à Pinftant
& on le saigna : on lemit>
çnfuite dans une chaise à por.
tcurs; mais tous les malheurs
de cette journée n'étoient pas
finis pour luy : à peine ses porteurs
furent au tournant' du
cul de sac de FOpcra
, que la
chaise dans laquelle il écoir,
se défonça enticremcnr ; & le
pauvre homme se trouva fubitement
,& par une féconlde
chûce
,
aflîssurle pave: on le
remit dans une autre chaise
qui à la fin le porta chez luy.
Voilà ce qu'il y a de plus
commun dans cetteavanturc,
quoy que cela foit assez rare:
en voicy l'extraor dinaire. Ccc
homme a 77. ans, & mainteuanc
il se porte àmerveille.
Je ne peux mieux finir ce
chapitre
,
qu'en vous donnanc
une Cantate que j'ay receue
sur le bal de l'Opéra,.Elle est
de la ficon de M. de * * qui
a beaucoup de légèreté
,
de
goût
J
détude & d'efpric.
LE BAL DE L'OPERA,
CANTATE.
ou
ODE ALLEGORIQUE
Recirauf
DAns unséjour brillant, con-
Jacrépar les Belles,
L'ingeniehx Cm faverMt d.
mour3
Pour combler ses sujets de ses
grâces nouvelles,
Vient d'établir une nouvelle
Cour.
Là le déguisement des aimablesmortelle
Eflfatal aux Epoux:mais propice
aux Amant;
Et la divinitéqui prejide sur elles
Invite les coeurs asesamufemens*
Air.
Amans
t accoure% à nosfêtcs,
Leurs plaîfrs ne font que pour
vous,
Mine tendresbeaute^fontprêtes
A 'Vous lesfairegoûter tous.
Les Ris, les Amours, e les
Graves>
Yvolent au gré des drfirs,
Suives de si0charmantes traces
ElUs contyifent aux pUtfirs.
Amans, &c.
Récitatif.
L'amour qui dans ces lieuxA
forméson EmpIre,
jdrme des plus doux traits vole
dans tous les coeurs :
Quipourroitreiffleraux tranfyorts
quilinfyireï ",
Quand devant luy les jeux an*
noncent sesfaveurs.
-
Sous mille diverjes images,
Si l'amour vous paroît hideux , Rajfàre^-vous
; ce, Dieu ne voile
les vijages
Que pour recompenser plus [ûre.
mentvos feux.
Air.
Mille heatite% habites
Sous un mafcjue trompeur, N)font les difficiles
Que pourmieux prendre uncoeuA
Sous, un masquef/opicc. --.à,p
Qui cache la laideur,
Plus-d'une Cleonicc
Satisfait son ardeur.
-
Chaque Amant syJeguije
Pour Je comcbre mieuxt
Il nejt point de méprise
Qui n'aitunfort heureux.
La, de leur dessinee,
Les Epoux font inflruits :
Sujets de fHymenie
Ils en trouvent les fruits.
Mille beautez, &c.
Récitatif.
Ce Templese conjacre a la félicité.
LAmoury fait goûter sa plus
vive tendrejji
, -
Hebcrépand par tout un NtElar
enchanté,
Therpjtcorejregne sans cesse,
Momusyfait briUer l'art en luy
si vanté.
Dans ces lieux enchanteurs*
tout charme, tout tngage )
Tous les Dieux de la volupté
Yrevivent fms cesse un éclatant
hommage;
Le Dieu de l'Hymenée efl leful
maltraité.
Air.
Dansce séjourfertile
L'amour Offreunakile
Pour s'aimer.
Tout (flutile
Pours"exprimer,
Le secrettfîfacile
De s'enflamer;
Et l'on en trouve mille
Pour charmer.
Voicy une autre petite
Chanson sur l'air du Gagne-
Petit; c'cft comme tout le
monde fçaie, une contre-danfenoavelle,&
fort jolie, qu'on
2 prouigieuietiienc danle pendant
tout ce Carnaval. Les
paroles decette Chinion font
d* M. Fcrand. C'cft en dire
tout le bien imaginable, que
d'en nommer l'Auteur.
CHANSON.
Sur ItAir du Gagne-Petit
,
ou de la Rémouleuse, "4
Je vais par tout le Monde,
Sur la Terre, &l'Onde,
Lanuit, lejour, ¡.,
Tout me fait la Cour: *8!
Jefuis Rémouleur d%amourfK?
Vene^tenàra coeurs.,
Amants en langueurs,
]OÜZT de mes faveurs ; jf rémoudray
féguifmty, ,
Pour VW ma Aïeule tONrnt,
Tourne&retournes
Mon Art efi an Art ajptré*
Je donne à la Vieillejje
L'air de la JeuneJJe.,
Par moy les ris
DeRosesjdeLys, -
Couronnent les cheveux gris:
Viens doncfroid VieillardM
Amant roupillard,
Et ma main par mon Art
T( rémuuafa)
T'é^mfera#
Pourtoy ma Adeuletourne
Ctjlfaity & retourne,
Ta belle te méconnoîtra.
Mxtraits,i/*figure,
En vain la nature
Jointchaquejour
L'esprit&letour,
Ce n'eflpas tout en amour: Viens donc foible Amant,
En moins dun moment
Dessus mon instrument,
Je t'émoudray,
Téguijeray; Pour toymaMeule tourne,
C'ejlfaityretourne,
Ta Maiflrtfl: menfçaura gré.
Je rends force, £?*courage,
A l'amant peufage
Dont les soupirs
SuivisdepUifîrs
Ont épuisé les Qefirs;
Viens jeune insensé
Toncoeurémpuffc
Songe A peine au pAfft:
Je lémoudrttyJ
~TT-'ér~guiferay,
pour toy ma MMeeuullee tourne,
Oeflfaity retourne,
Tout le dommage est reparé.
,
ge r-epa
Disons
Ditons maintenant, sil
vousplain, quelque chose des
autres fpcâacles. Les Comediens
Italiens ( je ne ÍClJY par
quelle fatalité pour leurs ému.
ks ) attirent tout le monde
chez eux, les François ont perdu
leur étalage cet hyver.
Pendant le cours de ce mois,
ilsont remis sur leur Theatre
avec peu de (uccés,TInconnu
& le Malade imaginaire,*,maisils
vont inccflammcnt prendre
leur revanche, & Mardytroisiéme
jour du mois de Marsprochain
,ils doivent donner
la premicre reprefentatioiv
-
&Ath(dies Tragédie de i'ilIuC
trc M. Racine. Je me trouve
enccc endroie de mon recic
obligé en conscience de faire
une humble amande honorable
a M D-ancourt, & de me
rcrr¡¡¿ter de toures lesveritezdefobligeàntcs
que j'ay dites
des Festes du Coursy du Vert
Galant,&de tant d'autres mau.
vasses pieces dont il a la gloire
d'estre Auteur. Quel triomphe
, M-eflieurs, pour M Dancourt
! YAthalie de Racine va
briller sur la Scenc
,
rcvcuë
îU^meméc,embellie &
corrigée par M. Dancourc/
l'erprit deM.Dancourt va ranimer
les Vers de ce grand homme.
Racine enfin va forcir du
tombeau rouecouvert dc gloire,
ou piûtoft faMufe va ne rcparoistre
à nos yeux,que pour
partager ses nouveaux Lau- -
riersavec M. Dancouft !!!
Je fuis tellement greffé par
le temps, & les Avanturcs de
Bal que je vous ay contées ,
m'ont jette si loin, qu'clles
m ôrent la liberté de vous donner
un détail cxaa des Mariages
& des Morts de ce mois
Contentez vous d'en spprchdre
aujourdhuy les noms, le
mois prochain je vous en apprendray
les qualirez.
M.AR.1AGES.
Messire Loiiis de MeIeun,
Prince d'Epinoy, Duc de
Joyeuse, Pair de France, a
épouse le 13 de ce mois Madcmoifclle
d'Albret Armande
de la Tour de Bciiîilon, &c.
Mcflire François le Camus,
Seigneur de Bligny,Maréchal
des Camps & Ar mées du Roy,
a épouse le Mademaiielle
Eanllon,&c.
MORTS.
Dame Paulc-Marguerite-
FrançoisedeGondy
, veuve de
Messire Frnnçois-Timanuel de
Crcquy Duc deLefdiguieres,
&c. mourut le ri. dumois
pasle, &c.
Dame Victoire Rouxel de
Mcdavy de Grancey,&c. mourut
le 13.Jaavier dernier,&c.
Dame Marguerite Auzaner)
veuve de Mtiïire Antoine le
Fevre,Seigneurdela Malmaison
& de Bifly, &c. mourut 1c
13. du mois pallè.
,
M. Charles Gaspard Dôdun,
ConfeiHei honoraireau
Par lement
) mourut le 14.
Janvier, &c.
M Jeun de Marillon, Conseiller
nu Parlement, mourut
le 29 Janvier, &C.
M. Nicolas Henry de la
Michod!ere,Gon{eillerauParlementmourut
le25* Janvier,
&C.
M. Philippcs* Emanuël de
Colanges) Maistre des Rcquêtes
honoraire, si célébré par
ses chanfonnctes, mourut le
31. du mois pasle.
Dame Loiiife Goret,epouse
le M. Melchior François
:ourren, Colonel Suiflfe &
higadierdesArmées du Roy,
fiotirur leiS Janvier dernIer" kc. M Charles Purifot., Prorureur
General de la Cour
les Comptes, Aides & Finan-
:es de Normandie, mourutle
du mois pasle, &c.
Damoiselle Lucie de Cofcentin
de Tourville, mourut
le 14.Janvier dernier., &c.
Dame Bonne Mirie Bachelier
de Beaubourg, femme da
Mtflire Denis Noël Brularr ,
Marquis de Rouvray, mourut
k de ce mois) &c.
Mtflîre Cesar Alexandre
de Beaudeau, Comte de Para
bere & de Pardailian, &c.
mourut le
1 3. de ce mois,
&c. 1
Le 5. de ce mois M. d'Armenonville
,
Conleillerd'EtatK
cy devant Directeur général
des Financcsi-Prta fermententre
les mains du Roy
,
de la
Charge de Secretaire d'Etac
des Commandements & Finances
de Sa Majette dont il
a cfié porvû sur la dem(Tion
de M. le Marquis de Torcy.
Le choix que Monsieur le
Duc
)uc d'Orléans a fait de M.
1"Armenonville pour remplir
:cttc Charge fait son éloge,
54 son expérience & sa capacité
dans cous les différentsemplois
qui luy ont este confiez
fous le feu Roy, répondent
au public de la fatisfaaion
qu'il en attend.
Le 8. de ce mois, M. de
Verthamon prêta ferment entre
les mains du Roy, de la
Charge de Commandeur Secrétaire
des Ordres de Sa Majeftéjdc
laquelle Charge il n'a
confervé que les honneurs.
Le 11. Février MeflireClaude
le Bas de Monrargis, Confetllerdu
Royen fesConfeils
r- Garde du Tresor Royal, prêta
ferment entre lesmains du
Roy, de la Charge de Commandeur
Secrétaire des Ordres
du Roy
, en prefencc de S.A.
R Monseigneur le Duc dOrléans
,
Rrgenc du Royaume4
de Nofifcigneurs les Princes du
Sang, & des Seigneurs de la
Cour.
M. rAmbaÍfadeur d'Efpagne
a donné le 18. de ce
mois, en 1 honneur de la Naifrance
du Prince Don Carlos,
un des plus fupcrbes & des plus
magnifiques Bals qu'on puisse
donner.
M. de Robincau, cy-devanc
Intendant de M. le Maréchal
de Tallard, & avant la réforme
Commiffairc des Guerres, réfidant
à Dole,a donné un Bal
magnifique, en l'honneur de
la Naiflfance du Fils de M. le
Duc de Tallard.
Il ne nous reste plus enfin
que le chapitre des Enigmes.
Le mot des Enigmes du mois
paffé étoit l'Or, & le Bled. Les
noms de ceux qui les onc deviné,
font: le parclTcux Etranger
de la rue S. Nicaise, le petit
Chariot dela pointe,la grande
Chauve- souris, l'Ane-rayé,
la queue de cheval,l'étendart
de l'Hcrmite, la Coquete folitairc
& le Favory desLozanges.
ENIGME.
Estre d'une forme invisible,
Je comble defaveurscelai quimA
clansfoy ;
Mais quand on nesçaitpasfcfervir
demoy
,
Souventon me trouve nuisible.
Je fuis eslimé des Sçavans,
Tçut le monde efl contraint de
reverermes charmes,
Et les plus grandsHéros me fonmettent
leursarmes,
Vaincusfarmes traits décevant.
Je m'étends partoute la terre,
Du moins je vay souvent de l'un
à l'autre bout:
Enfin je n'ay point d'yeux
,&
pourtant je vois tout
Jufcjues au d¡./fIlJ du Tonnerre.
Plufittits perdront ici lfUn, Pas [
j4chercherqui fuis par mille foin^tsetremî,*
Carilefi assaré,s'ils ne doW
dans e^xmêmes
Qiiilsne , le devinerontpas.
1
Cette Enigme est fuite par
l'aimable Guibour, de la rue
S. Honoré.
AU T R E.
Mon nom, ma forme & ma
demeure
Produisent différents effets.
Soit qu'un mortel nAijJe ou qu'il
meurey
On l'apprendau bruitque jefais.
Ici l'on mevend,l'on macbete;
Jefais également &le mal &le
bien.
Les peuples d'Orient me jugent
bonne à rien
3 Et nefont de moynulle emplette.
Enfinpourmlformtron m'ôte
dé laterre.
Jefers quand on m'afairt, aux
Sujets comme aux Rois,
Je rend divers accens , je fuis
comme le verrey
Etje meplainstoujours descoups
que je reçois.
AVIS.
Messieurs
,
Mcfdames &
Mesdemoiselles, vous vous
ticndrcz,s'il vous plaist, pour
avertis, que le Sieur René
Boutrct, Marchand Limonadier
Diftillatcur à Paris; vend
les plus belles & les meilleures
Liqueurs de France, & par
excellence toutes fortes de
fruitsconfits à 1Eau de Vie.
Il demeure ruë de l'Arbre. sec,
auCaffé d'Orleans, vis-à-vis
la porte de Saint Germain
l'Auxerrois.
JVTKE.
Le Sieur Garneflon, demeurant
à present ruedu Batoir,
en sa maison; est prefquc le
seulquisçache mieux déraciner
les Corps des pieds, &
guérir entièrement ceux qui en
ont depuis un long temps, sans
faire faigncr ny fouffnr la
moindre douleur. L'experience
quil a dans cet Art, jointes
aux différences operations qu'il
a faites, & qu'il fait encore
aujourd'huy avec succés,nont
pas peu contribué à luy procurer
la connoilîancc de plu-
Ceurs per sonnes de qualité
qu'il a gucrics; mais encore à
a. -
accompagné de remarques hif toriques,3 Nouvelles de Rome919'
Secona article de Rome, 14
DxFtnife. 41
De Livourne, S7
Extrait curieuxbiflorique,
des Nouvelles de Lisbonne,
4l
Premier article des Morts, 750
Relation dr la Ceremonie faite
dans ÏEghfe de la Sainte
Trinité d'Angers
, pour la
Consécrationdeneuf Rrligteufcs
de l*Ahbaye du Ronceray>
le SDécembre tyly.
96
Sonnet sur la Vrfiurt de Afademoiselle-
leNain, I42
dpolloninterrompupari'Amour,
-
Fable, ijt
Jfponfe àune vieilleQueflion,
-: 157
bonnet en Bouts- rime%sur l'établiffiment
de l'Academiedes
Heliconides161
lopie de lafeiiille des Bénéficese
desPensions signée par Monseigneur
le Duc d'Orléans le
xo. dumois passe. 163
A PARIS,
M. DCCXVI.
4vecPrivitege du RoyMEIIC
TOf'H E2
GAIAHT.
* « i -",
Par le SieNr Le Fevrt.
Mois
de Fevrier
1716.
Le prix e43o. fols relié en veau, de x fols
,
broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, & J. LAMEStl;
au bouc du Pont SaintMichel,
dauucLôtievdrueMïiaorcyhaé-lN.euf, euf
j4vttAj>yii'(itioHy&Frivï2egc dsp-oi
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE'
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEU;AR ,
LE DUC DE CHARTRES.
De Perpignan.
Mmoireaccompagné de quelques
Remarques kiftoriques.
E vingt Décembre
dernieril se fie un
Service trés-solemnel
pour le feu Roy,à Perpignan,
aux dépens de Meilleurs les
Consuls de cette Ville
,
furnommée
la trés-Fideue titre
glorieux que ses
*
Habitants
meritcrenc en 147J.du Roy
d'Arragon JeanII:en mémoire
de l'extrêmefijehtc
qu'ilsavoienc marquée
en foutenant
toutes les rigueurs de
la faim durant un Siege de
huit mois. Jean Blanc, Bourgeoisnoble,
& premier Consul
de la Ville
> y commandoit
alors encette derniere qualité;
& ses Compatriotes étcrnife.
rent sa confiante fidélité par
une Inscription honorable qui
se voit encore aujourdhuy à
la porte de sa maison,qui porteces
mots: Hujus domus Dvminus,
fidehtatc cunflos ftperavit
Romanos.
Le 19. les Consuls firent
annoncer par toure laVille la
lugubre ccremonic du lendemain.
QuatreTambours, leurs
caisses couvertes de drap noir,
prcccdoient à pied douze Cavaliers
vêtus de robes noires
avec des cha perons qui leur
couvroienc la tête
,
les chevaux
tous caparaçonnez de
dciiil. Cette triste Cavalcade
sariêtoic à tous IesCarrefours:1
quatre d'iccuxionnoienc de
leurs Trompettes avec des
sourdines: les huit autres qui
portoienc des clochettes d'une
grosseur raiionnable, les fonnoicnr
par cinqfrois, à quoy
les Trompettes répondoienc
chaque fois; puis l'un de ces
Crieurs annonçait triftemenc
la mort de LoilsXIV. & invitoit
le Public au Service qui
devoit se celebrer le lendemain.
Dans ItEgltfe de S. Jean qui
fert de Cat hedrale depuis l'an
1604. que par l'autorité du
PapeClcmcntVIII.à larequi£
jfionAu Roy dEfpJgnePhilippe
1,11, le Sicgq Episcopal
fyztransfère de laVilledElne
çn cctlc de Perpignanj dans
cptteEjgUfc, dis je >on avoic
dresse un carafalque quarré,
qOht la bafe
,
large de vingt
pieds
,
s'élevait par differenrs
degrezà la hauteur de trente>
iç toutcouvert de drap noir,
bordé à chaquedegré de galons
d'argent,& dessus quantité
déeuflons
,
de trophées
d'aimcs,dc cartouches representant
les différentes aébons
du Roy, & d'autres décorations
funtbres, & garni d'une
quantité extraordinaire de
cierges
y
de flambeaux, & d'autres
tumicres. Sur lacimeétoie
unefpecc de Tombeau, façon
de mar bre noir, Les bordures
fiçon de marbre blanc, sur iequel
on voyait un Manteau
Royal,une grande Couronne
à la lete couverte d'un crêpe
noir, & les autres fymbolcs
de la Royauté; le tout furmonté
d'un dais de velours
noir avec des crcfpines d'or.
Dés le matin du 10. toutes
les ParoilTcs de laVîlle
, toutes
les Communautez de Religieux
invitées par les Consuls,
fc rendirent pioceffionnellcment,
les unes après les autres,
àla Cathedrale, pour y faire
chacune une absoute autour
du catafalque. L'heure venue,
Meilleurs du Conleil Souverain
de Rouflillon yarrivèrent
en robes rouges, ayant àleur
tête M. le Comte d'Albarcr,
Premier PréfiJent
,
(uivis des
Juges des Cours fubalrcrnes,
des Avocats, & autres Officiers
de Justice ;puis Messieurs
les Conluls vinrent en habits
de ceremonie avec une nombreufe
fuite du Corps de Ville,
aprér, l'EtatMajor delaPlacc
en Corps
,
accompagné Idc:
tous les Officiers delàGarni*
son en d,üd,& ceux qui étoienc
obligez de porter l'habit d'ordonnancc
avoienc de arandef
êcharpes decrespeen bandoly
liere;U l'Eglifc qui eli vaste
fat remplie de tout ce qu'il y a
de plus confiJerable danstoui>
les Etats. non feulement de Uf
VIlle,mais encore de la Pio-
La Meflfe celebréc poptiÉU
vincc.
ce l tbréc poiitifi,
calcment , par M>flire JeanHervieu
Bazan de Fiamanvillc
J, Eveaue d'Elne, sur chantée
par un grand choeur de mufique
: aplés l'Evangile ,, M.
Xaupi, Abbéde Jau en Rouffillon
,
Dodtcur en Theologie
de la Faculté de Paris, & de la
Màifon&Société denavarre,
natif dePerpignan, & le premier
de son Pays qui foit entré
dans la Faculté de Thcolocic
de Paris,prononça lOraifoiï
funebre avec tant de succés,
que lesConfulsont fait la dépense
de la faire imprimer.Enfin
le tout fut terminé par l'abfoute
pontficalc
, accompagnée
des regrets de toute l'At:
fembléc.
,
Le premier Consul decette
annéeeil M. dcCa-tiiprcdon
Gentilhomme très zelé pour k service du Roy, & le fécond
M. Xlupi ,le fils
,
Bourgeois
noble de Perpignan, frere de
rOrareur. Leur pere JuffiBour.
geois noble, a remply plus d'une
fois les places de premier&dc
secons Consul. Sur quoyon
peut faire remarquer que le
Corps des Gentilshommes,&
ecluy des Bourgeois nobles) occupent
ces places à l'alternative,&
que ddaans l1',anné,e ou un
Gentilhomme cft premier
Consul (ilss'éltfènt la veillei
de S. J.an-Baptiste )le Corps
-des Bourgeois nobles a la droite
sur ccluy des Gentilshommes
dans les Aflcmblées de Ville,
ce qui change l'année suivante
où c'cfi un Bourgeois noble pour
premier Consul. Les trois autres
Consuls se prennent des
autres Etats dela Ville;le dernier
,
toûjours de celuy des
Ansmechaniques. lis portenc
tous cinq lepcc durant leur
Consulat, donnent leurs Audiances
fous un dais dans l'Hôtel
deVille en qualité de Ducs
de Vcrnet, petite Terre qui
appartient à la Ville, & qui cft
située à un demyquart de
lieue de Perpignan, laquelle
étoic jadis honorée du titre de
Duché.
Le Privilègedecréer tous
lesans des Bourgeois Nobles leur
est particulier. Ils ont un jour
fixé pour cela, qui cfi le if.
Juin, & n'en peuvent prendre
unautre. Les Consuls en année
s'assemblent avec ceux des
Bourgeois Nobles qui ont este
premiers ou fécond Consuls,
& doivent cftrc au moins
quatorze en tour. Là ils onc
le pouvoir de oboinr,quand il
leur plailt, deux ou trois personnes
qui aycnt les qualités
requîtes& de lesimmatriculer
à lia plutahrc des fuffiâges dans
laLitk des Bourgrois,NObles:
cc''ceHltaaïionlsiiqquu'I'illss'ecnnuserent il
y a quelques années en faveur
dufameux MRigaild, Peintre
du Roy,leur Les personnes ainsi choisies
n'ont nul besoin de Lettres
du Prince pour jouir des honneurs
attachez à leur nouveau rang. "-' ., Ce droit si singulier que l'on
trouveétabli aVarit leregne de
Jacques111Roy JArrngon,
qiWirioma (tirle \'Tiô,-r¿ th
11^1. a este depuis confirme
par plufi urs Souverains,entrautic
par FerdinandV dit le
Catholique, en 1510. par
:
Philippes II. en Jj81. par
Phihppes III. en 1559 &
par le feur Roy LouisXIV.
r
en 1 66o. & en dernier lieu par
un Arrest du Conseil d'Erac
rendu en 1701. qui exempte
les Bourgeois Nobles de Perpignan
de toute recherche pour
les Francs Fiefs
*
Eux & leurs defeendans à
perpétuité joiïiflent de toutes
les libertez,franchises,ipnmtlnicez,
faveurs & prérogatives
des Nobles, comme si ils
avoient
avoient cité armez Chevaliers
par le Roy luy.même ( c'est
ce que porte !Acte de leurs
Piivileges) sans pourtant eftic
obligez de fcrvir dans les Armées.
Ils peuvent timbrer l'E..
eusson de leurs Armoiries, &
portent l'épéc de quelque prosession
qu'ils soient. Onlestire
ordinairement du Corps des
Avocats, de ce lui des Mede.-
cins,de celui desNoraires, & de
ceux qui exercent les ArtsLi
beraux,ou qui vivent de leur
b;cn. Si par hazard il se trouve
un quartier de Bourgeofie Noble
dans les preuves d'un Gcnti'hommequ?
vcut entrer dans
1 Ordre de admis
Mais pendant que kRouC
fillon étoit uni à laCatalogne a ils n'avoient pas le droit d'entrer
dans l'Assemblée de*»Etats,
ainsi que tour Gentilhomme
l'a, à moins que le Roy ne leur
fit l'honneur.de les y appeller ;
de plus ils restent toujours eux
& leurs descendants dans le
Corps des Bourgeois nobles jufqu'à
la porternel.i plus reculée,
à moins que le Roy ne les en
tire par d{', Lettrcs particulières
poui les faire entrer dansceluy
des gentilshommes, de quoy
ilJ a plus d'un exemple,.
t..On a crûA que ce morceau
dH<ftoirc ne feroic pas indigne
dela curiositéduPubîic.
Il eti<dcs gens qui se phifent à
éstre instruits des u (age$, des
diflForcnccsVilles duRoyaume.
.4Rome le 2.1. Decembre 171j
< Le Pape jouit prefenremenc
d'iine fanté parfaite: outre la
Promotion de fepr Cardinaux
qu'il Se dans le Confiltoire de
Lundy dernier, il fit aussi la
proposition de diver ses Eglises;
cntr'autrcs de celles de Brindefi
pour M. Perlas, de Volcerra
pour M. Pandolfy
,
& de Cortona
pour M. Pnecinc; Sa
Sainteté y dcclara aufli Lt'gac
d'UI bin leCardinal d'Avec,
Evcfque de Riminy,& confera
l'Eglise dOmette au nouveau
Cardinal Nuzzy;& celle
de d'Lfly au Cardinal Spinola.
La nuir du même jour Sa
Sainteté expedia M. Sala son
Cacnerier tècret pour porter
la calore au Cardinal Carraccioli
d'Aver sa. Comme ila lemoigné
cy. devant quelque
foi te de repugnance pour cettc
dignité, on cit dans l'attentc
de ravoir sil l'accepteraott
non."., r,éMardy SaSainteté déclara
Secrétaire de la Congrégation
des Evêques & des Reguliers
M. Petra, Napolitain
,
qui fc
démetra de la Secretaine du
Concile. On du. que le Pape
laifllra peut-estre le Gouvernement
de Rome jusques au -
Carême prochain au Cardinal
Scottyra comme aufli la Trcforctie
générale au Cardinal
Parrizy. On parle fort du Cardinal
Bussy pour le Vicariat de
Rome, en faveur duquel on
continue de faire divcrs mancgcs.
LeCâidina!Corradinydonc
f
la fumé n'dl pis fort bohne,
a cjuftrc cette Cour cL l'avis
des Mrdecms, quiluy ont confeillc
de changerd'air.
Le Ch -noineVanniny,,au.
trefois Camerier fecretdeClcment
IX. & Doyendes Chanoines
de S. Pierre , mouruc
ces jours paflfez. Sa Sainteté
donna aufTnôtfonCanonicat
aPAbbe MichclDjfte,neveu
du Cardinal de ce nom.
Dom François Alvarez,Efpignol,
Agent de 1 Empereur
en cette Cour
, a esié déclaré
par SA MujeftéRcgcncdeCollateral
deImpies.
Le Pcrc Ttatiro
,
ConfeCfcur
de tAmbjuddcur de Vc-
DlreJ qui suril y a quelque
tems conduit aux Pnfons du
S.Office par le Pere Commiffaiie
de ce Tnbunal
, a été relâché
à la puere de cette Excellence.
Ces jours passez comme la
Princesse de Monterra Altiery
rctournoitau logis,elle rencontra
à (on chemin la Marquiic
Serlupy qui refusa de
faire reculer Ion carrosse pour
lallfer le passage li bre àlaPrinccflc
Là, deflunsctllc-cy ordonna
a les Valets de pied de détacher
les chevaux du càtrolfc
de la M irquife
, ce qui fut fait
à Pinlhnt
,
le Cocher ayant
prrs la fuite: cnfuice ces Valets
de pied rangèrent euxmêmes
le carrosse
,
&letirèrent
à force de bras vers la
muraille
,
la Marquise eiant
toûjours dedans.
De Rome le18. Dcccmbre 1715-
Le Pape ordinairement tient
Chapelle le jour de Noël à
Sainte Marie majeure; mais le
mauvais temps l'empêcha ce
jour-là
jour-là d'y aller chanter la
Mcflc. Cette fonûion se fit
dans la Chapelle du Palais Quirinal
: immédiatement aprésSa
Sainteté rcccut du Cardinal
Doyen.. de la part du Sacré
Collège
,
le compliment des
bonnes Festes.
Le Courrier qui avoit esté
dépêché au Cardinal Carraccioli,
Evêque d'Aversa, est de
retour icy. Cette Eminence,
contre l'atèentepublique, a
accepté bien volontiers leCar.
dinalar.
Le Cmonicat de S. Pierre a
cfié conféré à M. Marcolini.
ce Prélat sellant démis de celui
qu'il avoir a Sainte Marie
ma jeure
,
lequel a esté donné
à M. Manti, fiere du General
des PoLles.
Les Galeres de e<n Etat font
enfin deretouràCivitaveche,
mais en rrcs- mauvais équipage
tant pour la bourasque qu"elles
ont efTuïées dans ltGolfe de
Salerne, que par la maladie qui
s'cft mHe: dans les Chiourmes,
ce qui a diminué & diminuë
chaque jour le nombre des
Forçats.
t.,
Le Pipe indigné des infultes
faites depuis quelque tems
à la Sbirrene de Rome par les
Domeftiqucs des Ambafladeurs,
qui ne veulent pas que
les Sbirres passent devant leur
Palais, Sa Saintetédéputa une
Congrégation de six Cardinaux
;sçavoir,Imperiali, Parluni,
Albani, Catoni,Origo
& Scotti, dans laquelle.,aprés
plusieursConférences, il aété
resolu que l'on ferait fignificr
aux Ambassadeurs qu'ils ayenc
à (e defirter de pareils attentacs,
sans quoy Sa Sainteté
prendroit là-dcflus des mcfures
qui ne leurs feroient
point agrcables. Cette fignification
a esté faite par M. Rafponi,
Sccrcraire d'Ambassade
deSaSainteté.
Les- nouveaux Cardinaux
après avoir rendu visire auCardinal
Doyen, n'ont pu les continuer
à cause de la gourre qui
eftfurvenue au CardinalPatrizzy.
-
On attend ici le Chevalier
MoroGni que la Republique
de Veniseenvoie au Pape en
- qualité d'Arnbalfadeur Extraordinaire;
il vient, diton,
demander des subsides aux
frais de la Guerre contre le
Turc.
,.
On attend le retour du
Courrier qui a esté dépêché à
M. Barronuy
,
Evêque de Novarra,
pour lui offnr le posse
deMaillre de Chambre de Sa
Sainteté; ontft cependant en
doute s'il l'acceptera.
*
On prétend que M Falconieri
est deftmé pour estre
Gouverneur de ilome; en cc
€as~il fcroit, dit on, obligé de
remettrelAuditoriat de Rote;
mais il ne paroît pas que cePrclat
veuille s'accommoder d'un
semblable parti.
LAmbanadcur de l'Empereur
ne fut point Vendredi
dernier à l'Audiance duPape;
l'on en attribue la cause à cc
que Sa Sainteté refuse de condefeendre
aux foJîiatations
faites par cc Miniftrc de la
part deSa Majesté Im perialeen
faveur de l'Abbé Relhni : cependant
leS Pere à quiunpareil
engagement donne assez
d'inquietude,envoï) pl ufieurs
fois demander aux Officiers de
la fale de son Appartement, si
l'on n'estok point venu faire
quelque loflance de la parc
duditAmbalTadeur pour avoir
Audiance
-
Ott trouve icy fort extraordinaire
une Ordonnance tresrigourcufe,
que le Viceroy de
Ndplcs a faitpublier, par laquelle
il deffend à toutes fortes
de personnes, fous peirie de
confiscation de biens, d: forcir
du Royaume.u**)
On écrit de Païenne que les
Jcfuites n'ayaotpas voulu fout.
frir que le Viccroy tint la Chapelle
accoutumée dans leur
Eghfe le jour de S. François
Xavier, leurs biens ont este
saisis, & leurs livres enlevez r
on ajoûte que l'Evesque de
Mazarra a écrit au Viceroy
,
&
luy a marqué que s'il ne se dcfille
des ses violences, il fera
obligéde publier l'interdit gênerai,
& que le Viceroy ayant
fait appeller le Prince de Sainte
Catherine, ncveu de cet Evêque,
il luy a ordonnéd'aller
fign:fîcr à son oncle, que s'il
cO: affz remeraire pour faire
cetce démarche,il ruinera sa
Misson julques à la quatrième
Generarion. Il fc préparé -
un feu qu'il ne fera pas facile
d'éteindre
Oi commence à cftre ici
fort inquiet des devins des
Turcs ;on tint hier, en prefence
de Sa Sainteté, une Congregation
d Etat sur cela: je
crois que les Vénitiens ne tons
pas moins inquiets, car ils y
font assezinteressez. M. Morofini
qui a elle ici Ambafladcur
de la République doit venir
incciïamment sans caraccerc.
Le Pape a p!us de bonne
volontéque de force. Il feroic
fort à souhaiter que 1 Empereur
s'cngageât plus qu'il ne
paroi st s'engager jusques à cette
heure Oi prétend que les
Turcs ne son- point difficulté
de publier qu'ils en veulent à
Rome &à Vienne:c'est beaucoup
tout à la fois.
De Rome le II. Janvier ijl6.
Le jour de l'Epiphanie le
Pape affilia à la Chpelle
,
il
v
est toujours en parfaite famé.
Le foir du même jour le
Cardinal Ottobony fie tenir
rAcadcmie des Arcades dans
son appirremcnt,ensuite il y
eût concert) & un très- beau
souperjil y avoit environ cent
per Tonnes à table jentr'autres
TAmbaffcideur de l'Empereur,
& 14 Dames tant Princesses
que Duchesses : cette feste fût
tres - magn.fique & le repas
très fplcndide. ;
Les Ambailadeurs des Couronnes
témoignent faire peu
de cas de ce qui leur a este fignifié
au fujec de l'abolition
des Franclufcs qu'ils voudroient
rétablirais refufenc de
congédier leurs braves, cela irrite
toujours davantage leP-apc
qui a fait bannir fous peine de
la vie des gens de 1 AmbaITadeur
de I-Empereur, qui donnerent
des coups de bacons à
des Sbirres
,
il y a quelques
semaines..
*
Le Cardinal 0 lefcalqui est
sur son départ, il a eu du Pape
son Audiance de congé
,
&:
tout son domeftïqiieWaifa der-
-
Snierement la pantoufle de Sa
,dc Sainteté.
LeCardinalCarraccioly,
Provicaire, a fait present au
Pape,de diverseschoses dé
prix , entre autres d'un Reliqii
lire garny de diamants
,
&
d'autres pierres precieuses ;ce
preCentefteftimé yooo. écus.
Le Cardinal Nuzzy a aussi
envoyé au Pape un Tableau
deSalvator Rosa, d'une grandeur
extraordinaire.
Dernièrement le carresse
^de Dom Antoine Colonne
tenvetfalur laPlace du Jefus,J
celui du Duc Cetarini: il y
avait dedans le iiîs & la fiiîe
dece Duc,ils furent transpor-
- tcz au Pdlais Altiery
, pour se
remettre de la peur que cet
accident leur avoir causé,Dom
Antoine Colonna congedia
auflitôt le Cocher,&le Marquis
Acciviola alla chcz lcDuc
pour lui faire Jà-dc:ssus des excufes
de la part de Dom Antoine
Colonna, dont il est demeure
(atisfait.
Mardy matin le Marquis
Magnany
3
Ambassadeur de
Bologi¡CJ fût pour la premierc
fois à rAudlancc du Pape,cc
fut le ComteAluobrandy son
predecelfeurquile pretenta.
Dimancheau foir cinquième
ducourant, un Exprés apporta
la nomination que fait la
Villede Milan, pour l'Auditoriat
de Rotedecette Nation
vacant par la promotion du
Cardinal Scotty. Les fujecs
proposez font Meilleurs Corio
j
Stampa, & Vifconry. Le
premier ayant eû plus devoix
aefté déclaré par Sa Sainteté,
& l'empioy de Rotante di
Segretaria qu'il retenoit, a eslé
donné à l'Avocat Mcfmcr
Grifon.
LePJpe anomme encore
à d'autres Charges. L'i\bbé
Qgntilonyaesté fait fécond
Collaieial du Capitole
, ce
poftevacquoit par lamort de
l'AvocatLcvidy. L'Abbé Codcbo,
Rc£heurdçCar pentras,
aura, dit-on ,rEvêché de Cita
dJyCaftc!lo,& l'AbbéGafpariny,
Auditeur de la Legation
d'Avignon, fera Rcrâ: ur en (a
plaçe
,
auquel cas l'Avocat
Calcagniny Ferrarois, lui luccederoità
TAuditorat.
On tient des fréquentes
Congregations pour pourvoir
à la seureté & à la"d,.ffi:nfe des
codes de l'Eut Eccieh(tique;
on examine les moyens propofez
pourtrouver les fonds nccefljires
pour la fublîftance des
Vatdeauxqu'on doit donner
àlaRépublique de Vcoire)on
a déjà résoludiriger un mont
qui fera intituléCh.araccallc,
& les revenus de la grosse Abbaye
de ce nom vacante par la
mort de l'EIréteur de Treves
1 serviront à en payer les interefts.
On parle aussi d'augmenter
le sel d'un quatrin par livre.
Pour implorer la protection
divinedans les conjonctures
presentes le Pape a résolu
de
de faire une nouvelle Proceffion
le jour de la feste de la
Chaire de S. Pierre qui fera le
18. du courant.
A Vewfcle11. Janvier 1ji6.
Dimanche l'on fit ici l'Election
d'un Capitaine General
,
en la place de M. Grimani pour
succeder à M. Delphin. On en
avoit proposé 18. la veille dans
le Pregady
.)
dont la plufparc
n'ont jamais vu une épée nuë.II
en resta quatre qui furent balotez
Dimanche dans le grand'
Conseil, & le fort tomba sur
M. le Chevalier Morosini
neveu du Doyen & du General
de cenom ,
qui fit dans la derniere
guerre la conquêcedela
Morée. Tout son mérite ne
confillc que d'avoir dans sa
jeunede accompagné pendant
- quatre ans son oncle en qualité
de son Ayde de Camp,il connoift
lui-même son peu de
capacité pour la guerre & il a
demandé par un Mémoire la
permission de ne point accepter
cet employ. Cette demande
cft premièrement portée
au Conseil des neufenfuite
en plein Collegc, & enfin
dans le Pregadt, Elle passa
avant hier dans le Pregadi.
M. Delpbin reliera dans
cette Chargejmaisil fcmblc
que ce foit le piquer un peu
trop vivement
)
& que c'est
donner des dégoufts trop amercs
à un homme qui est niait
tre du fort de laRépubliquc.
Les nouveaux Palfcports
pour lesAmbaflTadeursExtraordinaires
qui doivent aller en
France ne font pas encore
délivrez.
M. le Chevalier MorofimV
qui est parti pour Florence5
Rome&les autres Cours dItalie
, pourra rencontrer de
grandes diflicultcz dans le
succés des commissions dont
il est chargé.
L'on preflfe les Arts & Metiers
decette Ville de fournir
les hommes qui leur ont esté
demandez pour lesChIourmes
& l'on lève aussi avec beaucoup
plus de rigueur les différentesimpositions
quiont esté
établies sur les sujets de la
Republique. Cependant les
préparatifs pour la campagne
prochaine vont fort lentement.
Lcsobitaclcs que l'ontrouveà
lalevée des croupes étrangères
, ont fait prendre la
résolution d'employer des
Milices du Ptpe. On en doit
choisir dix mille pour les envoyer
àCorfou & dansla Dai.
nlatie. On apprend dans cette
Province que M. le General
Emo devoit se rendre à Norencoiie,
pour ypaffer le rcite
delhyver
,
&donner ses
c r.
dres dececôté-là.
M le General SchuIcmbourg,
doit dans peu recevoir
l'ordre de se rendre par
Otrante à Corfou, pour vifiter
cette Place,& paffer de-là
en Dahruue
, pour en faire
autant. -- On dit qu'en cas qud'Em.
pereur fc détermine àconclure
avec la République une
Ligue contre les Turcs, ce
Prince veut avant de la signer,
s'informer de M. Schulcmbourg
rneme ,du vérita ble
état des.forcesdelàRépublique,&
de diversion qu'elle
pourra faire de son tôfé.C'cft
ce que l'on veut éviter ici,parce
qu'il ne pouiroit pas faire un
détail bien avantageux.
jiVeniJïleil.Décembre i71j.
M. le Chevalier Morosini
quiaesté Ambassadeur à Rome
, a rfté choisi par le Senat
pour passer à cette Cour,&
dans toutes les autres d Italie,
avec ordre de tâcher de les
porrer à envoyer des secours
à la République contre les entreprifes
des Turcs dans la
Campagne prochaine, & de
leur representer combien ilc-ftde
leursinteiets de concourir
à la défense de Corfou, & des
coRes de Dalnaacie,parce que
si ces Meflkuts ci avoient te
malheur de les perdre) l'Italie
rcftrroit entièrement cxpofée
aux courses des Infidèles. M.
le Chevalier Morosini n'ira cc
pendant point à Turin
, tant
àGaule que la République n'a
point encore reconnu le Duc
de Savoye en qualité de Roy
de Sicile, que par la crainte
de déplaire à la Cour de
Vienne.
M. Grimani qui avoir cfte*
c'lû Capitaine General des Forces
de)., République en la placc
de M Delphin, dont on paroiffoit
si fort mécontent,cft
tombé
tombe depuis peu malade dune
maladie fausse ou veritable,
& ce dernier continuëra à
avoir le commandement la
campagne prochaine. M. Grimani
est allé à Padouë pour Ce
faire guérir de cette prétendue
maladie.
L'on dit que M. le Comte
Schulembourg partira dans le
mois deFévrier pour aller faire
la visîte de Corfou,de Catraro,
ôldc Cartclriuovo, & par:
fera ensuite dans la Dalmatie
ou il reliera.I! ya lieu de croire
que ce General reliera peu de
temps au fervice de ces Mcffleursci,
qui ne paroillcnr pas
contents de la manière hautaine
avec laquelle il parle du
defordrequil a trouvé ici dans
lesaffaires de la Guerre. I ne
l'eit gueres luy même de voir
que les moyens manquent
pour la commuer avec (fperaoce
de luccés. Il alla J.udi
au College, &prêta ferment
de fidélité cntre les mains du
Doge. Il avoir presente une
Caution pour recevoir 10.mil
ducats à compte de ce qu'on
doit lui fournir pour l'achat
des 6000 hommes da Roy
Augulte. Cette caution n'a
pas esté agrée, & on luy a fait
entendre d'en presenter une
autre, ou qu autrement on ne
pourroit pas luy délivrer cet
argent.
Le Ptince Electoral de Biviere
n'est point encore arrivé
sur la fromiere, parcc qu'il sest
jlfreftéquelques jours à laCour
4c l'Archevêque de Sa!rzbourg
,& à ln(pruck auprès
du Prince Palatin.
1.
L'onetticy dans l'intention
de rendre laCapitation perpetuelle
, en la modérant cependant
,afin de former un fond
folidc & certain pour païer les
interests d'un emprunt conJlderable
que l'on a dessein de
faire pour les bcfoins de la
Guerre.
-
DcVmife le t-8.Dicembre 1715.
On croyoit qu'un Courrier
qui est arrivé de Vienne cette
semaine apporteroir la dernicre
resolution de l'Empereur
que ces Meilleurs ci lui
ont fait demander sur unerupture
avec les Turcs, donc
cependant il paroît que l'on
ne se flatte plus ici. Mais ce
Courrier a apportéfeulement
l'avis que ce Prince tiendroïc
un Conseil dans le mois de Février
,dans lequel on dclibereroit
sur cette affaire.
M. le Chevalier Morosini
dévoie partir cette semaine
pour passer à Rome,& dans
lesautres Çours d'Italie, oùil
doit demander de la part de la
République des secours contre
les Turcs.
M. Vituri
,
Capitaine du
Golfe,arencontrée pris prés
de Ragufc uneBarque desDulcigrçotes.
M Lando avoit presenté
un Mémoire pour demander
d'cftrçexcalé daccepterrAm.
baflade ordinaire de France;le
Scnat n'a point approuvé sa
demande:cependant elledoit
y cftreportée encore deux
fois, & si on continue à la rigueur,
ou il faudra qu'il ffie
cette Arubitfjde, ou qu'il encoure
les peines portées contre
ceux qui refusent de pareils
emplois.
Pour faire de l'argent donc
on a ici un besoin extrême
pour les dépenses extraordinaires
de la Guerre
, un S,)ge
avoit proposé de vendre plusieurs
Dignitez de Procura-
D
teur de S. Marc; mais le Senat
a rejette cette proposicion,
par la rai son que toutes les familles
riches achèteront ces
Dignitez, & qu'il ne se trouveroit
plus pcr (onne qui pûc
remplir les Ambassades: on
parle d'envoïer à la Guerre le
vieux Procurateur Soranzo
,
tant pour servir de conseil à
M. le General Delphin ,que
pour voir s'il feroit possible de
nouer quelque negotiation
avec les Turcs
,
de qui il csi
fort cittme, à caule qu'il s'opposaàla
déclaration dcGuerre
contre eux en 1684.
? Le Traité de laBarnereest
rompu, l'Empereur refuse de
le ratifier, &a rappelle à Vienne
le Comte de Konigfec.
Quoyque toutes les Gazet.
tes portent que le Comte de
Marr a esté batru en Ecosse
par le Duc d'Argile, les Lcttres
particulières d'Angleterre
portent cependant que le premier
a eu au contraire un trèsgrand
avantage ,
& que le dernier
a este obligé de se retirer
avec le reste de sa petite Armée
à EJimbourg
,
& qu'il deni
nJe des secours prompts- si
l'on veut éviter que les Mecon
tents ne fassent de plus grands
progrez. Le Chevalier de S.
Georges estoit debarqué le 5e.
cn Ecosse.
LaRepublique, par l'entremife
du Pape, a prié le Roy
de Portugal de lui accordée
une Escadre contre les Turcs.
ALivournc lc24JanvierljlG.
1I vient d'arriver ici un VaiC.
seau Hollandois venant de
Smyme, donril est parti le1j.
duparte,parlequelonareceu
des Lettres qui portent que le
Grand Seigneur & son Armée
estoient arrivez Ir 19 Novembre
fous les murs deConlLntmoplc,
où ellepufLra1 hyver
fous les icmcsjcnun heu appelle
Azmedam, ainsi quil se
pratiqueen tems de Guerre;
le Grand Seigneur lui même ole passera dans un petit Serrait
qu'il a fait bânr prés de Conftanunople
,
& n'entrera pas
dans la Ville, non plus que le
Visir. Les Grands Seigneurs
ne font point lujets à dite déposez
tant qu'ils (ont hors de
leur Ca pitale & de leur Palais
Impérial, restant à la garde de
leur Armérqui leuraeslé toujours
fidele
,
quand ellea furtout
estéaufli bien payée que
ce Grand Seigneur paye ses
Troupes. Il forcit d'Andrinopie,
& s'avança jufquJà deux
lieues de la VilU-pour y recevoir
le grand Visir, auquel il
a fit un accueil des plus favorab!
cs,en lui donnant deux aigrettes
de diamants, & six chevaux
harnachez, dont la valeurest
estimée 500 mil écus.
Il lui remit de plus (a fille, qu'il
lui avoit promis depuis longtems,
& qui nest point encore
nubile.
Toute l'application du
grandScigneur & duVifir font
à prefcnt à augmenter les Armées
de Mer & de Terre, ôc
de faire toutes lesdilpoficions
pour une tres-grandc campagne
, sans qu'il paroisse néanmoins
aucuneenviedattaquer
l'Empereur
)
à moins qu'il ne
le prévienne.
Le Vaisseau de 104. pieces
de canons qui elioit forci cette
année de Conflantinople ne
servira pluslaproch aine ,
s'eftant
ouvert au troifiémecoup
qu'il tira de sa bjttcne baffe,
où il y a huit picccs de canon
de 104, livrés debile;mais on
travaille à Cooftantinople &
dans les Portsde la Mcr Noire
à la confiruétlon de quantité
de Bânmencs ql/on prétend
faire (eivif lacampagne prochaine.
Extrait Curieux&H'florique
des Nouvelles de Lisbonne.
Il y a dans lesnouvellesqui
tiennent de Goabeaucoup de
chofcs- qui nous font souvenir
des premieres actions des Portugais
lor[qu)ils se rendirent
maistre des Indes Orientales.
Le Roy de Canara qui estvoifin
deGoa, ayant manquéà
la foy des Traitez anciens, &
refusé de payer le tnbuc accoutumé
au Roy de Poitugal
J
le
Viceioy Vasco Fernandcs Ccfar
mit une Armée sur pied
qui s'empara des principales
de Ces Places, & ayant mis en
même rcmps une Flotte en
Met fie des Je fcentes danstous
fc* Porrsde Mer, & après les
avoir saccagé &. brûlé mit le
feu pu coula à foncU plus de
80.de (es Vaisseaux parmi lefquels
il y en avoir pluficurs de
guerre,&retira touteIArtillerie
tant des Places, que' des
Vaisseaux
, ce qui obligea le
Canara à demander la Pa.x par
un Ambaffudcur
, aux conditiens
qu on luy voudroir im-* -porer:Çcpcoddnt apiéskTraitéfiçrnéîlvouluc
encorernan-
,
quer a l'obleiver,mais le Viceroy
ayant invertide nouveauune
de fès'Placc:s,ll prit le
parti d'envoyerunnouvel Afnhafladeur
, pour demander
pardon d'avoir manqué dr pa.
role,& consentit à unTiailé
qui nous fut encore plus avantageux
que le premier. 'r
L'Angria quiestunfameux
Pirate de ces M.rs, qui les ioquietoit
depuis long temps , & quis'éfeoit formé unecfpecc
de Royauté., ayantentrepris
•quelque choielur nos Vaiffeaux
Marchands, le Viceroy
y envoya une Escadre qui
-
après avoir donné la chasle à
sesVaidéaux
,
les avoit obligé
de fc renfermer dans ses Ports
où ils avoicntété bloquezplusieurs
mois sans qu'il y enrrâc
ni en (ortie aucun Vaisseau,
& on cfperoit qu'on les iroic
attaquer même dans les Ports,
quoyque d'une entréealrez
-difficile, après l'arrivéed'un
renfort qui devoit partir de
Goa.
L'Arabe qui caIa.puissance
maritimelaplus .confidcrablc
'é-. -. dans
dans les Indes, a de tout temps
eula guerre avec nous. LeVu
ccroy sçachant que la principale
partie de leursVaiffcaux de
guerre étoienc à la rade de
Surrate) &ayant pris d'abord
laréfolucion de les aller brûler
dans le Port ireme ,
il changea.
d'avis par rapporta l'amitle
que nous avons toujours
confcrvéavec le Grand Magol
a qui appartient le Port, &hc
attendre l'Armée Navale qu'il
y envoya ,
hors de la rade)
jusqua ce que les Vaissèaux
fulîent fortis
,
après quoy les
ayantcannoné deux jours durant
,
il en coula deux des
-
principaux à fonJs,en rua p!us
de 1300. sans les blessez
,
&
sans lanuit qui leur permit de
s'échaper & de se sauver à
Mafcite,ils ne s'en feroient pas
tirez àsi bon marché.
Ces succésaugmentèrent
tellement la réputation denos
Armes, & de la bravoure de
nôtre Viceroy, que la pluspart
des Princesvoisins y cnvoyerent
desAmbassades. LeGrand
Mogol lui écrivit une Lettre
b
fort obligeante dans laquelle
après lui avoir témoigné l'amitIé
qu'il conservoit pour les
Portugais
,
il lui dit qu'il avoit
dtffendu à sa consideration
dorefnavanc aux VaiflTeaux
Arabes
,
l'entrée dans ses
Ports; ce qui (si d'autant plus
clhmable, qucc'cft le Prince le
rplAusllreic.hl-eie&&lleepplulussppuuiisfsfainntt de
Le Roy de la Cochinchine
y a envoyé le Pere Arnedo
(on Mandarin des Mathématiques,
enqualité de sonAmballadeur
auprès du Viceroy y
de qui il sur magnifiquement
rccü,& défrayé durant son
séjour £ Goa. Il offroit aux
Portugais, un libre commetce
dans les Ports, &la ptrmiffion
d'envoyer des Missionnaires
pour y prêcher l'Evangile. Il
venoit encore chargé de pre-
[cnrs pour le Roy de Portugal;
fnais s'étant embarqué pour
ce voyage,il mouruc en chemin.
Il n'estpas hors de propos de
dire ici quelque chofc de ce que
leRoi dePortug d poli: de dans
rAGe, l'Afrique&l'Alnerique
qui comprend cent fois plusde
Pui\ qu'il n'en porteJe cnEuro.
pe.Cefurent Ie^Portugais qui
découvrirent les premiers, le
pafluge du Capde Bonne Efpcrancc
, l'an 1498 (oue; le
règne du Roi Emmanuel. Ils
y firent des exploits si memorables
,
& des conquêtes si fur- ;
prenantesn'é,tantqu'u, ne poignée
d'hommes,contre tous
les Rois de l'Afie, qu'ils furpaf:
ferent de beaucoup tour ce qui
a esté dit des anciens. Les deux
Sieges de Dio
, ceux de Chaul
& de Goa, soutenus par 300.
Portuogais, contre trois cent
ZD milledes Ennemis munis de la
plus grolTeArtillerie qu'on aie
jamais vu portant plus de
deux cent livres de baie,la
durée des Sieges&la fureur
des affûtsioutcnus avec une
fermeté pus que naturelle
,
&
une infinité de conquêtes qui
les rendirent les nuilt* es d'une
étendue de plus demille lieues
de Côtes , & des Places les
plus importantes & pour les
Fortifications & pour le Commerce,
enfin tant de batailles
gagnées par Mer &par Terre,
mirent le non, Portugais à un
si h IlH point,qu'il cft difficile
de trouver dans toute l'hiftoirc
aucune çxcmple de l'importançe
&dela rapidité de leurs
ccnqueres.
Dans toutes les Costes de
TAfic on n'entend point d'autre
langue dansle commerce
que laportugalue, &tant les
Hollandois & autres- Nitions
d'Europe , que les naturels du
pïs, fontobligez de l'apptendre
pour pouvoir trafiquerr
dans leurs mêmes Ports, cette
langue étant devenuë commulne'Oporuiretonutte.
s lleessNN-o.mtitolonnssddee
* Dans l'Afrique le Roy de
Portugal possede les RoyaO"
mes dAngola de Congo, &
de Banguella) & plusieurs
Places Maritimes sur toute la
cofte du Ponant, sans compter
Mafagan qui elt dans le Roïaume
de Maroc:au delà du Cap
de Bonne Esperance il possede
Mozarobique,Sofala, &un
P.iïstrès- riche en or dansla
Riviere deSena.
Dans l'Amérique il poflfedc
cette vaste & belle érendue de
Pays qu'on nommr Bresis, plus
grand lui fcul qu'un des plus
grands Royaumes d'Europea
& très confiderabfe par les richefles
dont route l'Europe Ce
riflentvTes Sucres & ses Ta.
bacs en étant les délices; &
son or le soûtien par son con1,
rnercc"
i
Comme
Comme toute l'Europe est
attentive à ce qui se passe en
Ecosse,vousferez bien-aise
queje vous en sa(Te parr. M.
leChevalier de SGeorges après
avoir esté repoussé pluficurs
fois par la tempêce,s'elnbarqua
le i7.D:cembre 171 y. à Dunkerque,
sur un Vaisseau d'un
Mâichand d'eau-de-vieàaPres
avoir pasle en revue devant le
Gommifliire Anglois, ce Vaifseau,
avoic un Paffcporc de
M*"Stairsj il débarqua la nuit
du x.au Janviera Petcrhead
au Nord d Ecosse:ce VaiflTeau
ne parue pas plustost au Port
portant Bannière de France,
qu'une infinité d Ecossois y accoururent
pour s'informer des
nouvelles du Roy Jacques, s'il
arriveroit bientost; plusieurs
de fcs fujccs s'adresserent à
luymême; encreautre un
grand Montagnard quile conduifit
dans un cabaret où ils
mangèrent une épaule de mputon
; & le Montagnard beuc
& fit boire toute la compagnie
à la fante du Roy Jacques. Au
milieu du repas ayant examiné
leRoy,il seressouvintd'un de
ses Portraits qu'il avoir vu, &
qui lui rcflfcmbloic, il se leva
& se tint debout derrière la
chaise du Roy, sans qu'on pûc
plus le faire asseoir, quoy qu'-
on l'en preflâc : à la fin il en dit
la raison, en se jeetant à genoux
& baisant la main de
son Maistre. Le Roy alla erv*
fuite à Feteroffjoù il eut quelque
accès de fievre: & le 17.
à Dundee, où il fit son Entrée
pu blique, habillé en Montagnardy
c'est-à-dire avec un
manteau de velours & un bonet
de même, orné de pierreries
: il resta deux heures entieres
à cheval, donnant sa
main à baiser à tout lemonde;
il y en avoit un nombre prodigieux
qui étoir accouru de
toute t'Econe
, pour le voir,
& qui avoit fait des feux de
joye par tout aussi tost qu'on
eûtappris (on arrivée: de
Dundée il alla à Scoon, & de
Scoon à Penh
,
où il fie auffitost
Ton Entréepublique le
11. de Perth il retourna à
Scoon, qui est la Ville où l'on
a toûjours couronné les Rois
d'Ecoflfe,& où la pluspart des
Dames Ecofloifes luy ont envoyé
leurs pierreries pour or-
,ner sa Couronnejc'etf à Scoon
où il a cité couronné. Il a
donné plusieurs Declarations:
La première porte qu'on fera
des Prtcrespubtiqucs dans tous
fcs Royaumes, pour son heureuse
arrivée: La feconde que
tous Ces fujecs,depuis l'âge de
i6. ans jusqu'à 6o. en état de
porter les armes les prendront:
La troisiéme qu'il convoque
un Parlement libre à Perth
pour le 4. de Février, rompant
l'union qu'on en avoir
fait à celui d' Angleterre, & le
retablilLnt dans Ces anciens
Privilèges:La quatrième porte
qu'ild;ffnd, (ur peine de la
'vie, d'attentcr à la personne
dupucd Hanovre, quoyqu'il
luy aie usurpé la Couronne de
fesPvoyaumes,Déclaration qui
marque la magnanimiré de ce
Prince, le Par lement j'Angleterre
ayant mis satête à ccnt
cinquante mille livres sterlin.
Le Roy Georges a esté déjà
deux fois au Parlemenr, pour
demander du fccours, & pour
representer les besoins prcfsans,
difanc qu'il ne pouvoic
plus douter que le Prétendant
ne fut à la tcce des Re belles.
Le Roy J eques a fait le
Comte de Marr Chevalier de
la Jarretière, &le Vicomte de
Bullinbrok Comte.
En attendant que le temps
nous amene une fuiteraifonnablc
de nouvelles des lieux
qui intereflent davantage la
curiosité des teneurs, passons
s'il vous plaît,à lafuite des
articles dece Livre.
MORTS.
Daine Marie Guillaume de
la Vieuville
, veuve deMcffirc
Pierre Pollars,Seigneur de
Villequoy, Conseiller au Parlement)
mourut le io. du mois
pafleâgée de 31.ans,lailfant
trois filles de Ton mariage. Elle
étoit foeur de Messire Alexandre
Guillaume de la Vieuville,
ci devant Secrétaire des Commandemens
de feue Madame
la Dau pliine,de Pierre Guillaume
de la Vieuville, Abbé
& de Dame Henriette Guillau.
me de la Vieuville
,
femme
de Médire Pierre Poulietier
,
Seigneur de Nlinvilie
,
Maiftre
des Requêtes.Elle étoit
sile de Mflire Joseph Guillaume
deL Vieuville, Marquis
de MiuKs, Mailire des Requêtes
ordinaire delHôteldu
Roy,& Secretaire des Commandemens
de feue Madame
laDuchesse de Bourgogne,&
de Marie Luilher, & petite fille
de Pierre Guillaume Seigneur
de la Vieuville, Tresorier de
France en Bretagne
,
forti
d'une famille noble de la Ville
de S. Miio, où elle efteonnue
depuis l'an 1400.
Louis Doger
,
Mirquis de
Cavoye, grand Muéchal des
Logis de la Misson du Roy,
mourut le troisiéme dtFévrier
de cette année; il étoit le dernier
d'une famille îllustre de
Picardie. Sa meic sortie de la
Mlifondc Strignan, Maison
dillinguéc dans leLanguedoc,
ZD D avoir ineriré pir son eiprit &
par savertu la confiance dela
Reine Anne d' Autriche. Son
pereaprèsavoir toujours servi
avec éclat, sur tuédans lemoment
qu'il touchoit aux plus
grands honneurs de la guerre.
Deux des frercs de M. de Cavoye,
ont eu le même fort que
leur pere.
: M de Cavoye commença
de se faire connoistre fous le
nom de Chevalier de Cavoye,
par une action tres brillante.
Ilétoitavec Mcfficurs les Chevaliers
de Lorraine & de Coaflin
& M. de Bu fca, sur le bord
de l'Amiral Ruyter, à la Bataille
Navale que les Hollandois
perdirent contre les Anglois
,
l'an 1666. au mois
d'Aoult. Ruyteraccablé par le
nombre faisoit cette belleretraite
qui luy acquit plus de
gloire qu'une victoire.UiiBrulot
Angjois qui venoit à luy
alloitinfailliblement le faire
perir. M de Cavoye proposa
le seul moyen de le lauver, 8c
pria l'Amiral Hollandois de
permettre aux quatre Seigneurs
François, d'aller dani
une chaloupe couperles cables
des chaloupes du brulot :il
obtintcette permissïonSepar
une démarche si intrepide contraignit
les Anglois de mettre
eux meries le feu à leur brulot.
Ilr'pussaau travers descnnemis&
revinr joindrel'Amiral
qu'ilavoit fauve.
L' Auteur de lavie de Ruyter
avoue que la confervarion
de la F.otte & peut êcrc de
l'Etat dépendoit de ce coup
périlleux. Les Etats Généraux
voulurent recom pcn fer d une
somme confi Jerable la bravouiedes
François ; mais les
quatre Seigneurs aufli libéraux
que vaillans firent difiribuer
cetargent à l'Equipage M. le
Maréchal de Turenne qui fc
connoifloit mieux qu'un autre
en grandes actions, fut si touchécelle
du Chevalier de Cav qu'il voulut leconnoiftre&
qu'illiaavec lui une
amitié ,.que rien dans la fuite
n'a pu affoiblir.
L'attachement de M. de
Cavoye, pour le Roy défunt,
a été infiniment plus fort
J
clevéau prés de cegrand Prince
désragedefept ans3il avoic
merk-é son anvitié la plus intime,
la fermcté, la droiture du
coeur de M. de Cavoye onc
été lesliaifons de cetteamitié*
LoUIS le Grand aimoit en
lui des qualitez qu'il pofledoic iîéminemment. M. de Cavoye
luiatoujours dittaveure sans
craindre de lui déplafre
, &
quoiqu'il ait cû pour ennemis
des perfonncs qui pouvoienc
beaucoup auprès du Roy;
quoi qu'on air mis tout en ufage
pour le perdre dans (on
cfprit
, on n'a jamais pû y
réüssir,onatravcrfé safortune
,il s'en foucioit peu; mais
on n'a pû lui ôtcr le coeur ni
l'eftimcdc son maiftrç, c'est
toutcequ'ilvouloit du Roy.
Il a fUIVl cc Prince dans toutes
ses CUmp^gnes, & (on iorrepidue
luiavoir mérité le nom de
brave Cavoye.- le Roi lui donna
la Chargede grand Maréchal
des Logis, en le mariant à
Loiïifedc Coëtlogon
,
fortic
d'uneancienneMufbn deBretagne,
fille&<oeurdes Lieutenants
deRoy de cettcProvince,
Fille d'Honneur de la Reine
Marie Therese d'Autriche. Sa
vertu l'avoit rendue favorite
de la fainte Reine, & roure
la France la regarde comme un
modeleaccompli de l'amour
conjugal ; il n'cft venu de ce
mariage qu'un fils mort après
sa naissance.
M. de Cavoye ne s'est jamais
fcrvi de son crédit que pour
faire du bien. La France est
pleine de personnes à qui ila
rendu service
,
son plus grand
plaisirétoit detirer dei'obscu.
rirélemériteinconnu,&il n'a
jamais manqué de prendre
hautement leparti de l'innocent
opprimécontrelesPuiffances
les plus redoutables ; il
fufËfoic d'estre malheureux
pour obtenir sa recommandation
tior\.& ceux qui ne pouvaient
trouver d'accèsjusquau'foône
en trouvoienc (eurement un
- par lui. Toute la Cour jùfqu'au
plus bas Officicr lui rend
ce témoignage : M. de Vaux,
Ecuyer du Roi
, rencontrant
un jour M. de Cavoye, dit à
des personnes à qui il vcnoit de
montrer les beautez de Ver-
(ailles : Voiry ce qtïilya de plus
rare à la Cour :.regardez un horllme
quin a jamais mentI &qui ne
s'efifervideson credit que pour
-' fairepUijjra tout lemonde. L'Eloge
étoic d'autant plus sincere
que M. de Cavoyc n'a jamais
eu d'oecafion de lervir M. de
Vaut.
On peut juger qu'on s'cmpressoit
d'être ami d'un homme
si officieux, mais il n'a jamais
accordé Con amitié qu'au
rncrite. Elle étoir pour ceux
qui l'obtenaient un titre de
probité.Laconfiance des deux
derniers Princes de Condé, du
feu Due de Bour bon,& du
feu Prince de Conti pour luy
aefte sans rererve.M.Colbert
ce arand Min'stre n'en a eû
c> pour per sonne autant que
pour M deCavoyejla fidélité
de MonGeur de Cavoye pour
M"de Seignelai son filsfcroit
feule son éloge.M. leMaréchal
de Noailles) M. le Maréchal
deBouflers ,ont été ses amis
particuliers
; mais hors M. de
Turenne il n'a point eu de
liaison plus étroite qu'avec M.
le Maréchal de Luxembourg;
c'est par son conseil
, que ce
grand homme prés d'être op.
primé par un ennemi puissant
& par une accusation adroitement
concertée, prit le dtiTein
d'aller lui-meme se rendre prifonnier
à la Bartille. On ne parlera
point ici de ses amis vi.
vans , on' peut dire que les
noms detout ce quily a
d'hoftnêtes gensen France fcroienc
dans ce catalogue &
qu'il enaformé plusieurs par
ses infiruébons & par ses cxemples
qui feront gloire
d'avoikrcequ'ils lui doivent.
Un de ses plus parfaits élèves a
estéRené Guy Edouard Comte
de Tournemine
, neveu de
Madame de Cavoye, Capitaine
Lieutenant des Gensdarmes
dela Reinea mort d'une
blessure aprèslabataille de
Malplaquet. On n'a oublié ni à la Cour, ni dans les Armées
la probité) la generofiré
, la
rcrmete, 6cu religionde cec
imitateur de M de Cavoye.
M. de Cavoye n'avoic
fait aucunes études ; mais il
avoit le goût excellent, en cela
(enlblableau Roy son Maître,
& il a toujours favorisé
les gens de lettres. M. Racine
lui étoit fort attaché, & M.
l'Abbé Genefl: reconnoît qu'il
contribua beaucoup à le
faire
connoître à laCour.
Une fin Chrêtienne a couronné
tant de vertus; depuis
vingt ans il faisoit professîon
d'une pieté solide & finccre,
xachetoit ses pechez par de
grandes aumônes. Unehydropille
de poitrine l'a emporté
après un an de maladie; il pa.
roifloir guéri quand la maladie
du Roy commença: la
douleur que lui a causé la mort
de ce Prince le fit rcromber,
& a rendu son mal incurable.
Il a envisagé la morten Heros
Chtctien, avec un grand mé.
pris pour la vie, un vif regret
de ne l'avoir pas mieux employée
, une confiance entiere
dans la mifcricorde du Sauveur
Les trois derniers jours
de sa vie ont été une prière
prefquc continuelle. Il a reçu
trois fois en quinze jours le
Corps de Nôtre Sclgneur,&
ille reçut encore ta nuit. même
de sa mort : il fit dire luy- même
& se fitexpliquer la recommandation
de l'amc. Sa femme
surmontant par la religion.
& par la vertu l'extrême «S}tc.
tion qui fait craindre pour sa
vie, aeû lecourage de l'exhorter
elle-même à la mort, il
avoit deux ans moins que le
Roy, cft mort âgé de soixante
& quinze ans accomplis du
mois de Septembre pasle.
Nous reprendrons cet article
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
RELATIO N
de la Ceremoniefaite dans
l'Eghfc de la Sainte Trinité
r d'Angers, pour la consécration
de neuf Rehgieufes de l*Abbay?
du Ronceray
,
le Dimanche8.
Décembre1715.
LtAbbaÏe du Ronceray,
aliàs de Nôtre- Dame de la
Charité
Charité d'Angers, de l'Ordre
de S. Bcnoilt, cil: une des plus
anciennes & des plus illustres
Abbayes de Filles du Royaume.
Elle a esté fondée dés le
commencement du onzième
siecle par Foulques de Nera
, Comte d'Anjou,qui fit bârir
l'EghCe du Monastere tout à
neuf, dans le lieu où il y avoit
dés auparavant une très ancienne
Chapelle dediée à la
Sainte Vierge
,
& fjmeufe par
des miracles confiderablcs qui
s'y estoient faits; & là il y avoit
déjà des Vierges consacrées à
Dieu
,
quiyvivoienc dans la
retraite & dans la regulariré.
Dans cette Abbaye on
chantc tous les jours l'Office
Canonial
,
les Religieulcs fc
levent àminuic pour ydireles
Matines & les Laudes ;la grande
Mcfle y estcelebréc tous
les jours à Diacre & Soudiacrc,
par un des quatre Chanoines
qui ont esté fondez en même
tems que l'Abbaye, pour en
cftre les Directeurs, & rourensemble
Curez d'une grande
Paroissequi y est annexée, &
dont ifglife dediée à la Sainte
Trinité,c(l contiguë à celle
de l'Abbaye.
Cç qu'il y a de singulier
danscette Abbaye, &la rend
une des plus considerables du
Royaume, c'est qu'on n'y reçoit
à la Profcffion que desDemoifclles
qui font preuve de
Pnoblede dextraâion, ensorte
qu'il n'y a dans cette MaiTon
que des Filles sorties des familles
les plus nobles & les plus
distinguées de la Province
d'Anjou, des Provinces voifines.
Mais un Privilege encore
plus remarquable pour cette
Abbaye, ( puifqLnt tft prefque
unique dans le Royaume,)
c'est que la dorure & la grille
n'y ont jamais estéeltablies,
les Religieuses y ont toujours
vécu dune maniéré si reguliere
& si retenue
,
& leur reputations'eftconfcivéedepuis
tant de siecles avec tant
d'Iore-C
grire, qu'on n'a pas juge qu'elles
eussent besoin d'une autre
barriere pour empêcher la corruption
de s'y ghucr, que de
leur propre vertu r & du bon
naturel que la nobleae de leur
naiffince leurinfpire.
Nonobstant cette liberté si
difhnguéc, on ne laisse pas de
pratiquer dans cette Maison
uneaOèzgranderolterité .car1
outre la longueur de l'Office
Canonial qui occu pe ces faintes
Filles une grande partie du
jour, & qui leur fait même
interrompre leur sommeil au
milieu de la nuit. Outre lejeune
& l'abtfmence de l'Avent
& du Carême
,
qui leur cft
commun avec les autres Rcligicufes,
elles font encore abftinence
de viande tous IcsLun,
dis& Mercredis dç l'année, &
jeûnent rcguliercmenttousles
Vendredis.
Leur habit a quelque chose
de ifnçulier aussi bien que leur
état, sur tout leur coeffure qui
cft trcs majefiueufc, quoique
fort modeste : elles font toûjoursen
habit de Choeur, avec
de grandes manches jusqu'en
terre, & des queues à leurs robes
fort longues, qu'elles laiffent
traîner après elles
,
lorfqu'elles
vont à la fainte Table,
ou en certaines autres cérémonies
qui s'obfervcnt dans le
Choeurj & dans les jours des
Ftllcs (olemncllcs elles portent
une erpeee de surplis de
toile blanche ,dont les manches
(ont plissées au dedans
des grandes manches de leur
habit, ce quileur donne un
airdeChanoinessès.
Aussi fait-on l'Office dans
cette Abbaye à ces jours folemnels
comme dans lesChapitres
: le Chanoine officiant
va dans le Choeur leur donner
l'Eau- benîte & 1 Encens, le
Diacre leur porte le Livre de
l'Evangile à bai fer; on y fait
avant la grande M(Te la Procession
autour du Cloître, ou
aflirtent les quatre Chanoines
avec quatre Vicaires perpetuels
, & les Chapelains de
l'Abbaye, tous revécus de belles
Chapes, & le Diacre &
Soudiacre en Dalmatiques ;
avec deux Enfans de Choeur &
le Bedeau;les Religieuses marchant
ensuite en chantant) &
l'Abbesse après elles avec sa
Crosle portéedevantelle par
la Dame de Chambre.
Pour ce qui est du Temporelde
l'Abbaye du Roncerjy ,
on peut dire qu'elle a des revenus
considerables, mais aufli
il y a beaucoup de charges&
beaucoup de monde à faire
subsister.
Outre le revenu de l'Abbaye
qui, n en la disposition de Madame
1Abbctfe
,
il y a sepe
Prieurez confidcrablcs & un
Office qui en dépendent &
qui font possedez par des Re,)
ligieufes de la Maison qui en
ont cllé pourveuës, ou par des
refignauons enCour deRomc,
ou par la ptefentation de l'Ab.
besse qui en est la Patronc.
•
L Abbaye jouit de tresbeaux
droits
,
Con FIef & sa
jurildiâton s'étendent sur une
grande partie de la Vilie
,
&[
l'on plaide devant lesOfficiers
de la MJtron) un jour réglé de
chaque famine.
1 i
La maison Se les lieux réguliers
ont presque essé.tousbâtis
de neuf par les dernieres
Abbd!es,depu!s jo. à 60. ans,
avec beaucoup de magnifia
eencc.
L'Eglise fc reflenc encore
de son antiquitéquoique depuis
on y ait bâti un fort bel
Autel, & qu'on ait fort décoré
le dedans, & sur tout le
Choeur des Dames, quicompose
proprement la Nef de
cet ancien Bâtiment:c'est fous
le grand Autel que se trouve
presentement cette fameuse
&ancienne Chapelle fousterre
,
dcdiée à la fainte Vierge,
pour laquelle on a toujours
confervé une vénération trcsparticuliere.
Pour venir presentement à
la cercmonie dont on vient
de parler, il faut supposer qu'-
entre les beaux droits & Privilèges
de l'Abbaye du Ronccray
on y a toûjours confervé
l'ancienne pratique de l'Eglise
pour la bénédiction &
confccration des Religieuses
qui y font Profcilion, quoi.
que cetteancienne ceremonic
de la bénédiction des Vierges
ait cettedestre en usage prefque
generalernent dans toute
l'Eglise, depuisledouzième
siecle
,
enlorte qu' il n'y a plusque
les Chartreu Ces qui reçoivent
encorecette bcnedlébon
Eptfèopale, & les Dames de
l'Abbaye du Ronceray Le P.
Mibdton fuit pourtant mention
auiïi d'un Monaftcre de
Reltgieu fesBenedi£hncs deVeoire
,
ni c où l'on pratique encore ) ou
cette ceremonie,au rapport
du P. MJrtenc.
Au relie il y avoir plus de
trente ans qu'on n'avoit saic
1 cette ceremonie à RR.o)nncceerraayy
y jUfqllà l'année 1709. M idame
de Gr^monrayantelle 15.ans
Abbesse de ce Monastere (ans
y recevoir aucune Religieuse
àftkefcs voeux. Ce fut Madame
de-Caumofft de Lauzun,
feeur de M.le Duc de Lauzu,n
qui ayant succedé à Madame
de Grammant,parladétniffion
volontaire qu'ellefit'entic
les mains dù Roy de l'Abbaye-
tu Ronceray
, pour fc
retirer dans la Malfoii du Calvaire,
où ellea depuis ce temslà
mené une vie privée & cxemplairc
,
pensa d'abord à
chercher des sujets propres
pour la -Religion, afin deremplirau
plutôtlesplacesvacances
par la perte d'un grand
nombre de Religieules que la
mort avoic enlevées depuis la
reception des dernieres Professes.
Dés la premiere année il
se presenta douze Filles de
qualité
,
aufquclles Madame
de Caumont donna l'habiten
l'année1707.&au bout des
deux ans de leur Noviciat,
qui dure quelquefoisdans cette
Maison des4. 5.à6.années,
Madame de Belsunce à prefenc
Abbesse, qui a succedé à feue
Madame deCaumont deLauzun
sa tante, dont elle avoic
été d'abord la Coadj-urrlcc.,
acheva l'ouvrage que sa tante
avoit commencé )cnrecevant
les voeux de ces douze Novices
,lcfquclles furent en même
temps bernes & consacrées
par M. l'Evêque d'Angers le
fzj. Aoust de l'année 1709. Depuis ce temps là Madame
de Bellunce ayant donné
l'habit deReligion à plusieurs
autres Filles de qualité qui se
font presentées ,après qu'elles
ont paffé les unes 3. ou4 ans,
& les autres,au moins 2.ans
dans le Noviciat. v Enfinle jour de leur Prosession&
dc leur consecration
fut fixé au Dimanche fécond
dePAvent, jour de la Conception
de Nofire
-
Dame, la
derniere année17iJ.
Les jeunes Novices qui
étoient au nombre de neuf
s'étantdrfpoféesà , cette grande
ceremonie par une retraite
qu'elles ont faite pendant huit
jours, elles ont eu l'avantage
d'entendre tous les jours pendant
ce temps là M. 1 Evêque
d'A ngers ,
quileurafait chaque
jour un difeours treséloqucnt
&tres- pathetique
,
pour inspirer les difpofiuons
necessaires à l'état qu'elles vouloient
embrasser.
Il
Il a falluaufli p.ulkurs préparatifs
au dehors pour rendre
la (olemnitéplus pompeuCe)
& pour régler tout l'ordre qui
devoit s'y obCerver.
Pour cet (ff.[
, comme la
ceremonie le fait ordinairement
dans TEglifede la Sainte
Trinité, qui elt dépendante de
l'Abbaye du Ronceray
,
&
continue
, comme nous avons
dit, àcelle du Monaflereon
dit ce jour-là la grand'Messe
de Paroisse dans la Chapelle
dtrHôpital gênerai
,
qui est
dans la même Parolffe)ana
d'avoircelle de la Trinité
toute libre pour y faire la cex
remanie.
Le jour de la Conception
c1 rant d1onc arrivé, dl 1
,
dés le matin
on rint toutes les portes de
l'Eglifco de la Trinité fermées,
& on mit aux portes des Gardes
qui n'y laifloient entrer
perlonncs
, que ceux qui
avoient des bIllets, qu'on
avoit marquez du Sceau de
MadamePÀbbeflc
, pour cet
effet, & qui ne furent diftribucz
qu'aux parens des jeunes
Professes, &aux autres per fonnes
de qualité ou de famille,
qui s'empressoient de toutes
parts pour y avoir ennee ; ce
quifie que1Eglise qui cil un
fore grand vaisseau (e trouva
remplie de tout ce qu'il y
avoïc du plus beau monde
, &
des pei sonnes les plus diftinguécs
de la Ville & de la Campagne.
Onavoit dressé l'Autel où
M. d'Angers devoit celebrer)
à la portedu Choeur fous le
Crucifix, afin qu'il suc à la
vue de tout le monde, &
que le Jubé qui enferme le
Choeur n'empêchât pas ceux
qui étoient dans la Nefde voir laJceremonie.AA' cofté droit de
l'Autel étoit placé le Trofnc
de l'Evêquc, &de l'autrecofté
vis avisai) y avoir un fauteuil
& un dais au-dessuspour
rAbbcfle, au tour de l'Autel
onavoirfait une enceinte assez
grande avec des si ges autour
pour placer du collé de l'Evê-.
que les Ossi icrs qui l'accompagnoient,
& de l'autre cofté
les Dames du Ronceray avec
le Chanoine Officiant & fes-
Officiers qui les dévoient accompagner.
M.1Evêquc d'A ngers
s'étantdonc rendu à l'Abbaye,
dés huit heures dumatin)il
alla dans l'Eglise de la Trinité,
accompagné de sesArchdia"
cres &autresAfliltans&Offrcicrs
, pour se preparer, & se
revestir de ses habits pontificaux
pour la grand 'Mdfe quisuc
chantée parla musiquede
la Cathédralequ'on avoir placée
dans le Jubé
,
au-dessus &
à cofté de l'Autel, où rEvcfqiae
celebroir.
PendantquerEvêquefedifporait
à commencer la Mcffc,
les neuf Novices firent leurs
voeux entre les mams de Madame
TAbbefle
,
dans le
Ghoear de rAbbaye, Elles
etoient revenues de kurshabits
blancs, comme elles Tonc
au jourqu'elle prennent l'habit
, avec de beaux surplis de
point par dessus leurs robes
blanches. Eiles viennent en cet
état deuxàdeuxconduites par
la Doyenne du Couvent) &
precedées du Chmoine Officiant
en ch.1pe avec le Diacre
& le Soûiiacre poîtant la
Croix. Et après qu'on a chanté
le Vtm Creator ,elles vont
toutes fuccelfivement prononcer
leurs voeux aux pied- de
FAbb ne aflile dans ton si ge,
avec la Clofiè
, & luy laiflenc
en main le parchemin où ils
font écrits & figncz de leurs
o
mains.
Apres que les Novices eurent
fait leurs Voeux, toutes
CleshoeRueglri&gieuses partirent du
allèrent prendre
place dans lEgiife de la Trinité,
conduites par le Chanoine
Officiant en chape & les Officiers,
avec la Croix levée, pour
assister à la Mesle que l'Evêquc
commença pour lors. Il resta
feulement dans le Chceur lesneuf
jeunes Profeiïes avec les
neuf Religieuses qui leur fervoienc
de Paranymphes, &
Madamclabbcile qui dévoie
conduire la première.
Ce n'est qu'après le graduel
que commença la Cérémonie
de la Bcned;6tion des Vierges;
lor sque la musique eut achevé
,
de le chanter, 1Evef^IiN^s.ddecf1--
cendit de son Trofne, & alla
fc placer dans un fauteiiil sur
le marche pied de l'Autel, le
visagetourné vers la grande
porte de l'Eglise, & dans le
moment le grand Archidiacre
en chape partir de l'Autel accompagné
du Mettre des Cérémonies
aussi enchipepour
aller dans le Choeur du Ronceray
,
ray, annoncer aux RcJigicufcs
qu'elles euflenc à partir avec
luy, pour venir à l'Eglise où
1Evcfque celebroit, ce qu'il
fie en chantant rAnticnne:
Prudentes Virgines
, aptate lampaàesveflras3
ecce sponsusvenit,
exiteobviant ti; Vierges fages,
préparez vos lampes, car, voicy
l'Epoux @'arrive; allez
promptemenr au devant de
luy. Auili tost que les Vierges
eurent entendu la voix de
l'A rchidiacre, elles allumèrent
leurs cierges qu'e lles tenoienc
tout prests à la ,m.Ho, & partirent
dans le moment pour le
suivre, deux à deux,accompagnécs
de leurs Paranymphes;
Madamel'Abbesse étant à la
tête,&conduifant la premicre,
qui cO: la fille de M. le Comte
de Vanerot, petite niece de
feuë Madame de Grammonc,
sa Crosleétantportée devant
elle par la Dame de Chambre.
•
D'abord les Vierges
font entrées dans 1Eglise de
la Trinité, qui cil contiguë à
celle de l'Abbaye,il y a une
portede communication qui
fait qu'elles font à la vue de
l'Evcfquc., elles s'arrêtent& se
mettent à genoux, & pour lors
1
l'Archidiacre qui cH à leur tête
,dit à haute voix à TEvcfque
ces paroles qui font dans le
Pontifical : ReverendiJJime P.,
terJ &c. Très Reverend Perc
en Dieu, l'Eglise nôtre Sainte
Mcrc demande que vousvcütl.
lica bien Bénir & Consacrer
ces Vierges, en les époufanc
à N S J. C.
Et rEvefqueluy répond:
Scis illas aign45 cpt' ? Estes-vous
bien sur qu'elles en foienc
dignes? A quoy l'Archidiacre
répliqueiQuantùm humanafiragilitas,&
c. Auranr que la foibleflc
humaine permet de le
içavoir
,
je croy, & je puis
assûrer vostre Grandeur qu'.
elles font dignes de cet honneur.
Pour lors l'Evefquc, après
avoir adressé quelques paroles
aux Assistans, pour leur marquer
qu'ilestdans le desseinde
faire la Consecration de ces
Vierges. avec le fccours de la
C3 * Grace de N. S. Auxvtante Domino
j £rc. I! sadrefîcà elles3
& les appelle à haute voix par
ce n'ot qu'il chance;Vtmte;
venez.
Et dans Je moment les
Viergesfelevenc,&répondent
àla voix de leur Pasteur, aussi
en Ghantant ccs paroles: Etnos
fecjmmUf-i Nous allons à vous.
Ettes partent donc du bas
deTEghÉe où ellesetoient arrêtées*
mais après avoir fait
quelquespassess'arrêtent encore,
&Jc remettent à genoux,
juf-qu'à ce que 1Evesque les
appdlc une fécondé fois en
chantant d'un -ton plus haut:
Vtnitti Venez à moy.
Les Vierges se relevent, &
chantant toutes enfcmblc:Et
nunc Jequimur in toto corde ;
Nous allons à vous de tout
noftrc coeur: Elles font encore
quelques pas pour s'approcher
de iEvefqucj mais elles s'arrêtent
enluirc pour La troifiémc
fois, & se tiennent à genoux
jusqu'à ce que FEvcfquc
les rappelle encore, en chantant
d'un ton plus élevé: Veniel'fi/
ltt, &c. Venez mesfilles,
écoutez moy,& jevousenfeigneray
la crainte de Dieu.
Et pour lors les Vierges fc
relèvent, répondent par une
Anrienne qu'elles chantent en
march ant, & qu'ellesne fini(
Tau qu'en artivantdans le
Sandhmre: Etnunc (cqu!mur;
Nous allons à vous de tout
nofire coeurj nous vous craignons
Seigneur, & cependant
nous défiions de voir
voflrc
face; ne nous confondez pas,
mais traitez nous avec vollrc
douceur ordinaire,& Celan la
grandeur de vos milericordes.
Toutes ces jeunes Professes
étant arrivées dans le Sanctuaire,
& Madamel'AbbeÍf<;étant
placée dans le siege qu'on luy
avoit dresse, elles fc mirent d'abord
à genoux, & te profternerent
prcfcjne jusqu'en terre;
ensuite relevant latête
,
l'une
après l'autre,elleschanterenc
toutes fucccilivcrnent 1Antienne
ou le Verfct:Sufcipeme
Dominey &c. Recevez
- moy
Seigneur,fuivancvoilrc promtlie,
afin que jamais aucun
vice ne domine en moy.
Apres qu'elles curent chanté
cc Verser, elles Ce leverenr,
& se rangèrent toutes devant
1Evesque, en forme de dcmy
cercle: & ce fut alors que le
Prélat leur fit une Exhortauon
courte; mais vive, & pleine
des traits les plus brillants de
J'éloquence quilui est si naturelle.
: Apres que ce difeours fut
fi}l) il continua la Cérémonie,
en difanc touc haut a ces
Vierges:5Valtis in Sanélæ yirfinitttispropoflro
perfeuerarc*\
Voulez vous pcr feverer dans
le Voeu de la Sainte Virginité
que vous avez fait; & elles répondirent
toutes ensemble: - Vo/umus; Ouïnous le voulons.
Ensuite les jeunes Profcfles
vont toutes fucceflivement
l'une après l'autre se mettre
à genoux aux pieds de l' Evefcjue
*, & là tenant leurs
mains jointesentre les fiennes,
il leur fait derechef cette interrogation
à chacune en particulier
: Promittis te Virginitalem
perpetuo lervare? Prorner.
tez vous de gardertoujoursla
Virginité? A quoy chacune
répond à son tour: Promitio;
Dur je le promets, & enfuitç
s'en retournent à leur place
aprèsavoirbaisé la main de
l'Evesque, qui les interroge
derecheftoutes enfemblc, par
ces paroles:Vultis bcnedici, çyc.
Voulez vous estre benics êc
confacrécsJ-& devenir les Epoufes
de J. C. le Filsdu Très- -
Haut ?A quoy elles répondent
routes ensembler Volumusi
Ouï nous le souhaitons.
Pour lors l'Evêque & tous
les Miniftrcs de 1Autel fc mertant
à genoux,& les Vierges
fc proiternant sur les tapis la
facecontre terre)on entonna
les Litanies des Saints qui furent
chantées par la nlufiquc.
& ensuite l'Evêque commença
le Veni Creator qui fut au(si
continué par la musique.
Après que l'Hymne sur fini,
les jeunes Religieuses partirent
deux à deux pour aller
dans la Sacristie quitter leurs
surplis & leurs habits blancs
,
pour fc revêtir ensuite des ba..
bits noirs qu'on leur porra , après que l'Evêque les cut
beny.Il sir enfuire la bénédiction
de leurs voiles
,
de leurs
anneaux, & de leurs couronnes.
r
Les jeunes Professes estanc
revêrues de leur habit noir,
qui est1habit ordinaire de leur
Maison
,
elles retournèrent a
l'Aurel deux à deux toujours
accompagnées de leurs paranymphes,
enchantant leRé1
pons : Regnum mundi: Jevais
mépnfer leRoyaume du monde
,
& tous les ornemnts du
siecle
, pour l'amour de mon
Seigneur J C.que j'aime de
- tout mon coeur, & en qui j'ay
01
mis toute ma confiance;mon
coeur a proféré une bonne pa*
rolc5 c'tft que j'ay consacré
toutes mes allions au Roy des
Rois.
! LEvcque pour lors fc tournant
vers elles, il chante une
longue Préfacé
,
à la fin de laquelle
il entonne le Répons:
Vtm elefla
, que le Choeur con.
tinue: Venez ma bien aimée,
je veux établir mon TbÍônc
en vous, car le Roy des Rois
est épris de v-ostrebeauté.
LorfqueceRéponseftfini,
les Vierges se lèvent&vont
deux à deux se mettre à geDOUX
aux pieds de l'Eveque
où , elles chantent toutes les
deux enlemble rAntienne:
AnczUa CbrijîiJum, &c. Je fuis
la servante du Seigneur,& je
fais gloire de me confacrcr à
son service , & après qu'elles
ont chanté cette Antienne,
l'Eveque les interroge de rcchcf:
VI4ltisVoulez
vous pcffilkr dans le voeu
de virgmitéque vous avez fair,
& elles répondent toutes les
deux : Volumus : Oüy nous le
voulons Ensuite l'Evêque leur
met sur la tête le voile beny
,
en difanc à chacune: décape
velamen, &c. Recevez ce voile
sacré qui vous fera connokrc
que vous avez mepriséle monde
pour vous contacter à J C.
que je prie de vous prclerver
de tous maux & de vous conduire
à la vie éternelle; & incontinent
les deux Vierges
étant voilées de la main de l'E..
vêque
,
chantent à ses pieds
l'Antienne Posuit
Le Seigneur a mis un signal sur
mon vi rage,afin que je n'aye
jamais d'autre Amant que lui.
Toutes les autres viennent ainsi
fucceffivcment à 1 Eveque,
presentées par leurs pclranymphcs
pour recevoir le voile
beny de sa main,avec la même
ceremonie.j Apres que l'Evêque a die
une Oraison sur les Vierges,
illesappelle derechefpar cette
Antienne: Dejponfarp dileéîa
utnï : Venez ma bien aimée
pour époufer, &c. & dans le
moment les jeunes Profeflcs
viennent comme auparavant
,
aux pieds de l'Evêque, qui leur
met à chacune un anneau bcni
dans le doigt annulaire de la
main droite,en disant à chacune
: Defponfo teJefu-Cbriflo,
&c. Je vous épouse avec J. C.
le
leluis du Très Haut. Recevez
donc cet anneau de fidélité
,
comme le Sceau du S. Esprit,
qui vous donne le nom- d'Epoufe
de J, Ce Si vous le servez
fidellementjVousferez couronnée
dans l'Eternité au nom,
êcc. Apres qu'elles ont reeeu
l'anneau, elles chantent toutes
les deux l'Antienne ;Ipjtfum
dcfyonfata : Je fuis épousée à
celuy que les Anges adorent.
& dont le Soleil & la Lune admirent
la beauté.
Quand elles ont toutes reçû
L'Anneau beni, & qu'ellcs font
retournées dans leurs places
elles chantent l'Antienne An.'
nulo (uoen levant la main droicc
en haur, J C. mon Seigneur
m'a marquée de son Anneau,
& m'aornée d'une Couronne
comme son Epouse.
Après cela 1 Evesque ayant
dit sur ellesune Oraison,illes
appelle encore par une Antienne
qu'il commence & que
le Choeur continue: Veni
Sponsa, &c. Venez Epouse de
J. C, recevez la Couronne que
le Seigneur vous a préparée
pour lercrnité; & à rlofiant
les Vierges vont deux à deux
se mettre à genoux à ses pieds,
pour y recevoir une Couronne
de perles & de pierreries, qu'il
leur met sur la teste,en difanc
à chacune: Accipc Coronam,
Cc. Recevez la Couronne
précicufe de Virginité) afin
que comme vous cftes cou.
ronnée de noflremain sur la
Terre, vous soyezaussi couronnée
de J. C. dans le Ciel,
&c. Ensuite les deux Vierges
couronnées chantcnt aux
pieds de TEvefque l'Antienne:
Induitme Le Seigneur
m'a revêtue d'une robe
tiffiië d'or, & honorée d'une
coëffure de perles fines.
Les Couronnes qu'on donne
à ces jeunes Professes font
toutes enrichies de per les fines,
& de toutc forte de pierreries:
on prétend que les neuf Couronncs
valentplus de cent mil
livres.
Q:and elles ont toutes été
Couionnées, & que lEvesque
a dit quelques Oraisons sur
elles, elles Ce levent & chantent
toutes enfcmble rAntienne:
Eaecjvod concup:v!t, &c. Je
voy presentement ce que j'ay
souhaité; je poflldeee que j'efperois
; & je fuis unie dans le
Cid à ccluy que j'ay aime de
toute l'affection de mon coeur
sur la Terre.
Et cest icy proprement où
l'Evesquefinie laConfccration
des Vierges, par une BcnedÍIItion
solemnelle qu'il prononce
sur elles, la Mitre en teste:
Benedicatvos,&c. Ecenfuitc
ilfait lire par l'Archidiacre un
Anathême qui fulmine contre
ceux quivoudront troubler ces
Vieroges dans le Service divin.*
& dans la jouiffancc de leurs
biens:Automateomnipotentis
&c. Apres cela il continuë la
Mcffe, & le Choeur reprend à
WAMmaoxi l'on en estoie demeure.
A l'Offertoire les Vierges
consacrées vont à l'Offrande)
où elles prefentenc à l'Autel
les cierges qu'elles ont en
main, & baisent l'anneau du
PrcJat,enfuirc retournent dans
leurs places, pour se disposer
àla Communion.
Après que TEvêque a communié
,
les Vierges benites
s'approchent del'Autel &reçoivent
de sa main la communion
câpres qu'elles font retournées
dans leurs places,ellcs
chantent toutes ensemble
l'Antienne Mel gr lac, &c.
J'ay goûté le lait & le miel qui
fôrt de sa bouche,& son fang
a rougimes levres. Puis l Evêque
finie laMesse & donne à
la fin la benedlalon folemnellc
au peuple.
Enfuitcs'étant mis dans son
fauteuilles Vierges consacrées
allant encore à luy deux à
deux
,
qui leur presente le
Bréviaire sur lequel elles mettent
les deux mains pendant
qu'illeur dit :Aicisitelibrum:
Recevez ce Livre avec le pouvoir
de commencer au Choeur
lesHures Canoniales
,
&de
lire lOffice Divin dans l'Eglise,
aunomdu Ptre.,&C.
Puis l'Evêqueentonna le
Te Deum, quifut chanté par
la musique
, que le Prelat termina
par une Oraison.
La ceremonie ainsi achevée,
les Religieuses partirent dans
le moment pour s'enretourner
au Monastere conduites par
le Chanoine Officiant en chax
pe , avec la Croix devanr
PAbbcflcfaifanc , porter sa
Crosle devant elle,enCuire les
Vierges consacrées conduites
par le Maistre des ceremonies
cncha pe,quimarchoiràleur
têcc
, retournerenc pareillement
en Choeur & s'ariêtcrenc
a
à la porte, où elles fc tinrent à
genoux pour attendre l'Evêque
qui vint après ClIcs)la
Mureentefte, & sa Croflfc
marchant devant lui avec ses
Officiers & Assistans, jusqu'à
la porte du Choeur de l'Abbaye,
oùilsadressaàl'AbbeHc
parcesparoles: Videquomodo,
tftas confecratas Deo serves, cmc.
Prenez garde de bien conferver
pour Dieu ces Vierges qui
viennent de luy eftrc confacrées,
afin de les luy reprcfcnter
pures & sans tache,vous
souvenant que vous rendrez
compte d'elles au Tribunal de
leur Epoux qui fera voltre Juge;
puis l'Evêque s'en retourna
à 1 Eghfe de la Trinité pour
quitter fcs hi bits pontificaux,
en disant l' EvangileInpnneipto.
Cette augulte ccremonic
fut cxecutée de la plus belle
manière du monde, tant par
le Prelat qui fait toutes les
fonctions avec une grâce toute
parriculiere) que par les jeunes
Profcfîes consacréesqui
firent paroistre dans leur facrisice
une pieté& une modeftic
si édifiantes, que plusieurs des
afliltans en furent attendris
jusqu'à verser des larmes.
Il etoit une heure après midy,
quand la ceremonie suc
finie, il y eut un grand repas à
l'Abbaye, où plusieurs personnes
de diftmdtion furent conviées
, on y servit plusieurs
tables. Pour ce qui est de Madame
TAbbefTe
,
elle voulut
manger à latable des mariées,
où l'on servit en maigre auffibienqu'à
la Communauté dès
autres Religieuses.
- Le premier aâc d'obéïffancc
que les Vierges nouvellemontconsacrées
pratiquent c'eftde garder pendant neu,f
jours le silence que Madame
rAbbi. flc leur impose, &pendant
toutce tems là elles portent
continuellement leurs
couronnes sur la tête avec leurs
habits de cercmonie.
FaitparM.le Masson, Docteur
en Thcologic,Corrcdlcur
de l'Eglise de la Sainte Trinité
d'Angers.
Voicy un Sonnet qui vient
amerveille à la fuitede ce que
vous venez de lire. Il a cté fait
par MademoiÍèlle du Dreneuf
Padet sur la VtfturcdeMademoifellc
le Nain.
SONNET.
Enfin voicy le jour Jfage Iris,
oùlaJoy
Va d'un nouveau prodige enrichir
ton Histoire ;
C'eflpeud'avoir quittéCalvin
pour nostre Loy,
Ta retraite du monde orne encor
ta viéloire.
Acbeveton dcjjeini ilejldigne
de toyJ
Eloigne pourjamais Damon de
ta memoire,
Vn autre que ton Dieu quand
même ilferott Roy,
# De régnersurtoncoeur merite-t il
la gloiref
Amant Jeflffcré suspend tes
déplaisirs,
Par de prophancs pleurs
J par
d'indignessoupirs,
Ne ternis pas l'éclat d'une si belle
ftfle?
Jesus cft ton rival
)
apprend
joiblc mortel
Que de luy disputeratte fainte
corisjueflc
,
Ce faoitl'attaquer jufcjues sur
Ion Autel.
A ceSonnet j'ajoute une
Fable qui cft le coup d'essay
d'un jeune homme qui promet
beaucoup. CetteFable n'a aucun
rapport au^Sonnet, mais
qu'importe.
APOLLON INTERROMPU
par l'Amour.
FABLE.
En un Vallon3<vrayféjoiir du
Printems,
Vient Apollonlas de courses lointaines;
Ases regardss'offrent bofJuets
rians,
Côteaux lfeuris
, "vers galons,
&fontaines;
S'offrent aujjileursHabitans
Jeunes , SzlvAins, Nymphesjolies;
Hôtes des bois formoient à qui
mieux mieux
Concerts mignons, & vives
symphonies;
Zephirs sy promenant comme en
leurs galeries,
c Faisoientregner fraîcheur en ces
beaux lieux.
D'objetssi variez^ admirantl'affdemblage
Nôtre Dieuflmblc être enchante.
Chaque coup. doeil a sa beauté3
Quefait le Sire. Ilveut,en - haut langage
Celebrer les bcautez, que nature
ajpmbia
Dans ce (éjour. Silencej levoila
Quifait parlersa lyre enchantercfje.
Or Philomele d'écouter,
Or blanche Nymphe defauter,
Et tous d'admirerson adreff,
Et de vanter ses accords pleinï
J'attraits.
C'ejlluy,cess ApoUon
,
dit l'un
venez l'entendre;
Il chante nos ruifJrauxJ & leursrivages
frais.
IVos innoccm piafin, enfin cet
Amour tendre
Qjdiponr demeure a pris nos an.
ires, nosforPfis.
Qjuls fons!prés de Sylvie ilpeint
theureux Titire
Mais (jutfi cecif quelsoudain
changementf
Phoebus se plaint, Phoebusfoupire,
De ses mains Rechape la lyre;
Il pArle. Alnour, du il
>
cruel
Tyran
,
Que tontfait ces Bergers? chez
eux pointd'inhumaine!
Tout est heureux Amant ?
Au moinssi tu ne veux soulager
mon tourment,
Enchangeant le cceur dt Climene,
Rend moy la liberté que me ravit
ta chaîne.
L'aveugleenfant fut sourd , Apollon détala.
Tout ainji que FortuneyAmour
ases capricesj
Afedorria quefaveurs>Roland
ria quefltpplicesï
,
BSaanndke.Atuu) non sfans ratfon
x
luy
metonfourcela.
A cette Fable j'ajoute la
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
QJJEST ION.
Lequel on devroic choisir)OU
d'écrire bien&parler tuai,
oude parler bien & écrire
mal.
On peut tcrillant bien,même
aprèsletrepas
3 Vivre encor longtems dans l'histoire
3
, Et consacrer à la memoire
Les talens qui dans nous brille-
.11 rent ici bas. -
Sans lesecours heureux d'une
plume celebre,
Les plus redoutables Guerriers
Verroient leur nom gr leurs lall"
rIers
S'enterrer avec eux dans leur
pompe funebre.
Par elle un trifle Amantfiait
diminuer l'ennuy
Que luy cause une longue absence,
Et par elle on sçait ce que pense
Dans un climat lointain notre
plus cher amy.
QtSoppofe la parole a tous ces
avantages
Qiunvain ornement du difêours,
Qui Çowv<.ntparmille détours
Pour une injuste cause emporte
les f'ff'aZts»
Ce n'est qu'unfauxbrillant,
un éclatfcdufrur
Que nous tenons de la naijjancc
Qui ne Jert que pour l'apparence,,
Et qui presque toujours accompagne
un menteur.
Le don de la parole en foymê.,
me bborné
Me peut prétendredeparoiflre
Que dans le lieu qui le 'IlÚ naître
, Et des autres mortels il demeure
tgnure,-.
Mais quiconque écritbien 4 le
fortplusproprice,
Ses Ouvrages passin-t les Mers,
Et font connoistre a l'Univers
0iau sçavoir en tous lieux il
faut rendre justice. -
Je le dcclAre donc ayxnt afaire
unchoix,
J'aime mieuxfaireq'tedire,
Etje trouve que bien écrire,
Doit chez tous les Sfav.tns ejlre
d'un plus grand poids.
L'Auteur deladite Réponfc
a encore enfanté le Sonnet fuivant.
SONNET.
SONNET.
Bouts-rimez sur rEcablifTemenc
de l'Académie des Heliconides.
Se vante qui voudra d'une illujlre
origine,
Pour moy je ne. voudrois que les
donsde Phoebus, Jeméprise Bacchus & je crains
les abus
Des dejirs que fait naître une beauté
3
divine.
-- -
-
Vous qui toujours ajjis sur la
double Coline,
Enfans de TeleJJlle, évitez, les
rebus
ELt ne faites jamais ouvrages de bibus
De mon ejjrit leflntrcmonttz lltmachine.
Vous formez dans ces lieuxun
nouvel Helicon.,
Ou vous ne recevet ni l'ami du
Flacon
Ni celui que retient l'indolente
parcflfc*
Inflmitsfarlesneuffoeursdans -
leurdoÛe mérier
Du Pinde vous sçavez, jusquau
moindre sentier
Et vous faitesrevivre icy l'an- cienne, Grece.
'Enfinnousvoicy hcureufement
arrivez à l'article dcParis.
De Paris.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
Permettez moy s'il vous
pl.îc.d'interrompreicyla fuite
des Nouvelles, pour répandre
un air de gayeté sur ce Livre,
à peu prés a la place où il me
patoift qu'il doit y en avoir.
Aufli bien fuis- je dans mon
te<]î/•rn1mCfCUL det irjiOotir*t
bon quart dheure, je fouhaice
que vous soyez dans le vôtre.
CHANSON.
Tremble% Maris jaloux voici
le Carnaval
,
La Prude dans ce tems, comme
la plus Coquette
,
Sous le Masque partout va chercher
lalfeurette;
Et l'Amant malheureux fejafa
vesur le Bal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval.
Parun habitpareil Uplusfage
est fedwte ;
La Coquette à changer d'ellemêmes'invite:
Tout ce dégmfemcnten un mot'
ejifatal.
Tremble% Maris jaloux voicy
le Carnaval.
Cette Chanson n'est faire
que pour ces foiblesépoa*
à qui la moindre bagatellemec
la puce à l'oreille, & non pour
ces braves maris qui dans les
avanrures les plus charoütlleuses,
sçavent prendre leur parti
en grandsCapitaines.Celuj par
exemple donc je vais vousconter
une nouvelle galante, est
sans contredit, un des plus
courageux époux du monde.
NOVVELLE.
Le valeureux Dîmis pria
il y a quelques jours )[a cherc
moitié delelalfferalierau bal
del'Opcra.Ellele fit arracher
cette pcrm'fHon, & consentis
erfin après bien des inftanccs
à lui accorder cette grâce. Il
s'équipe en sa presence de tout
l'attirail du bal,pendant que
de son côté elle fc met dans
son lit, la mafearade achevée,
il embrassè Con époufc, monte
en cJrroÍft; & va droit àlOpera.
Il renvoyé ses gens,il entre
par une porte, il fort par
l'autre
,
ilfc jette dans une
chaireà porteurs & sefait mener
chez sa MJÎcreÍfc
,
qui le
vange à outrance de l'importune
tendresse de (a femme;
les bonnes gens se gauJfnt à
bon efeient de la crédulité de
la belle endormie, & son irrry
sur tout n'a garde de se méfier
qu'elle prend une revanche
complète du tour qu'on
luy joué. Il a dcimndé la permiflîond'aller
au Bal) il la obtenue
; mais on ne luy a pas
demandé la même permission
pour ce qu'on va lire -;
il n'a
quà peine eu eccms d'arriver
au bas du degré, quefacherc
Epouse députe une ad.oire
Confidente chez un preux &
gentil Cavalier de ses voisins
& son amy. A la premierc feraonce
le Galand répond, dcfcend
,
fuit la donzelle & gagne
avec elle le logis de la
Dame. Les beaux propos ne
font pas en pareille occasion
le fengage des Amants, aussi
furentils alors fupprimcz de
part & d'autre ,pour passer,
comme de railon,àl'article le
plus cflcnticldecetteHistoire;
mais tant fut proccdé à la fatisfJétton
des parties, & cette
nuit parut si longue à l'oifivc
Confidente de cette intrigue
, qu'elle s'endormit à contretems,
& les bonnes gens aufli.
Sur ces entrefaites le mary revint
du Bal, il monta à 1Appartement
de sa femme
,
qui
malheureusement n'avoit pas
encore eu la précaution de fc
séparer au moins de lit, comme
l'est la plûpart des Dames
deParis. La crainte d'interrompre
le sommeil de sa chcrc
Epouse avoieréglé sa marche
& Cesaâions sur unton sibas,
qu'il pénétra sans lumière, jufqu'à
la ruelle du ht, (ansavoir
erté ni veu, ni entendu de personne.
I. se déshabilla avec la
mêmeconfineration,& semit
enfin entre deux draps Il fc
plaça meme hureufement du
bon cané, & il y a lieu de croire
qu'il alloit s'endormir comme
il s'étoit couché, si l'imprudence
de sa femme n'avoic
gâté tout le mérite de cette
avanture. Le mouvement qu'il
fit en se couchant la reveilla^
la fote cria. 'Q:;.'cll:-cc donc,
dit-ilMadame, & qu'avezvous
à crier il forr ?ah!repritcllc,
en (e jettant à bas du lie,
fauvcz-vous, fauvcz moy 1 Monsieur, nous sommes perdus!
le Mary reconnut alors le
motifde cette incartade) il se
leva & la femme de chambre
vint au secours de ces gens effrayez
Parbleu, dit-il, en les
regardant affcétucuferncnt
tous troisa voila bien du bruic
pour une bagatelle! Il vient
de m'arriver tout à l'heure une
avanture pareille à la vôtre, &
le mary d'une jolie femme
avec qui j'ay paffé la nuit, pendant
dant qu'il estoit au Bal, m'a
surprisavecelle. Iln'aesténi
fou,niétourdi, il m'a laifle
tranquillement mhabiller, il
m'a feulement recommandé le
secret, & m'acongédié de la
meilleure grâce du monde. A
son exemple habillez-vous,
Monficur
, ne publiez point
cette avanrure; recouchezvous
,Madame,& le Ciel nous
garde d'un plus grand malheur>
Le Galant forcit ainsi charmé
de la modération de l'Epoux
de sa Malftreffètout le
monde sur content, & rien
ncft àccqu'on prétend
,
plus
uny que ce ménagé à Paris.
Je ferois de bellesréflexions
sur cette Histoire, si je n'ai.
mois mieux charger ce Volume
d'évenemenrs
, que vous
ennuyer d'une morale qui n'a
pas le don de me plaire.
La galanterie fournit le plus
beau chimp du monde pour
amuser les LeCteurs, & le Bal
fcmble s'interesser particulièrement
luy même à leur amusement,
par la multitude d'avanturesqu'il
leur prépare.
J'en ay une entre autres qui
m'a paru afllz singuliere, pour
mériter l'attention de ceux
qui voudront la lire.
Qu'on fc tourne d'un ou
d'autre coftcau Bal, ilyatoujours
& partout des gens qui
cherchent noire, & des Mafqucs
qui ne demandent pas
mieux que d'agacer les autres,
ou d'estre agacez euxmêmes.
Les timides ou les imbecilles
s'y ennuyent à la mort.Les uns
n'ont pas le courage de tenter
une avanrure ,
les autres n'onc
pas l'esprit de la foûcenir.
Avant que d'entrer plus
avanten matierc ,il ca à propos
que il donne à ceux qui
n'ont pAS rôti le balei dans ces
assemblées,quelques petites
le çons pour les aider à s'y tirer
d'JlfJirc.
Primo. I! faut qu'un Mafquc
quelqu'il foit, ait de l'audace,
& même de h ffonterie.
Secundo. QVilsçache au
moins une demie douzaine de
phrafcs impertinentes pour les.
débiter à tort& à travers:ces
phrafcs doivent efire, par
exemple
,
de l'efpecc de cellescy
Supposeau préalable, qu'il
ait le son de la voix ajuste à
l'usage du Bal, sans quoy il
n'cft, &ne fera jamais qu'un
db
for. Cet avantage consiste à
prendre un ton de fauflairc, &
à glapir dans les oreilles du
Mafquc qu'on attaque: sur ce
principe, il luy dira, bonjour
Beau, ou Belle Mafqur;la difsérence
du fcxc fjir peurcftre
celle du débur. L'un est cependant
plus en ufagc que
l'autre. Il luy dira, b jour
Beau Masque, je te félicité du
succés de cette partie,jay vû
tbrure que le jaloux ne consenti
roit jamais a te latjprvenir icy ;
mais grace a tan esprit & a la
complaisance qu'ilapour la personne
quetufiai) bien, tu es venue
à bout de sa mauvaise humeur.
Tu te trompes Masque,
reprend l'autre, tu ne me connois
pas, je ne te connois pas
non plus, £7*si personneria plus
d'envie de te connoistre que moy ,
tu peux 'vivrejufqua lafin de
tes jours3 parfaitementignoré de
tout le genre humain. Vous esses
bienfine3luy dit l'autreà l'inftant,
e vouscrgeZ me donner
le change par cette ajfélation a
'Vouloir vous masquer encore plus
que vous ne l'êtes; à la bonne
heuresi vous ne me rcconnoiîfk
pas, pour moy je sçay bien a qui
je parle, je connoisvojlre déguisement,
vous éus une telle
, <*r
nousavons *aujourd'buyfait le
•
bien & le mal ensemble. Vostre
Amant riestpas loin; c'est un animal
qui vous obsedefans cefe ;
mais le Chevalier de ** *. VA
bientôt vous delivrer de ses importunitez.
Courage, vous ne
débute% pas mal dans le monde,
ÇjT* pour une jeune personne qui
ria pas encore vingt ans, vous
ave% le goût aufitformé, tjr aufli
gourmand, quesi vous en avie7,
trente.Avoiie^ maintenant que
je fiay quelque chose de vos .f-
*Ils ont le mêmejour entendu
le même Sermon.
jaires; adieu beau Mafqtie. Hé
non Masque ne me quithZ pas,
dit la per sonne à qui on en a
tant appris
, vous me jcttez
dans une inquiétude mortelle, je
veux absolument sçavoirqui
vous esses, Adieu
, vous dis-je
J beau Masque
,
reprend brucquemenc
l'autre
, quand le
Marquis de N**nefera plus
sur les rangs pour prétendre à la
conqutfie de vostre coeur, c-lorfquevous
neprendrezplus les confeils
de cette vieille coquette qui
trompe,vous,voflre mary, çy
vas Amants
,
je pourray alors
avoir ïindulgcftce de vous deaU*
rer
rerqui je fuis. Le Mafqucs'éclypfcàl'inftanr&
va dans un
coin obscur changer de décoration.
Tertio.On le prend sur un
autre ton pour faire une déclaration
d'amour à une personne
qu'on ne connoît pas.
Sa taille efi admirable, ses yeux
brillants & bien fendus lancent
des traits de fiâmes, son teinc
efface le Lys & la Rose, le tour
de son visage est adorable,
elle a de l'cfprit comme un
diable, ôc sa gorge est divine.
Au surplus permis aux Acteurs
d'ajouter à ces belles penfées,
plusieurs douzaines de sotises
à bout portant, dont je croy
que tout le monde sçaitlaioutine
aussi-bien que moy.
Si cette petite leçon ne fuffit
pas pour voftrcinftruâion,
beaux Masques, ce ne fera
pas ma faute, si vous vous ennuyezauBal.
Cependant pour
contribuer encore de tout
mon pouvoir à déboucher l'cpaifTcur
de vostre imaginative,
lircz avec attention, si vous
pouvez TAvanture de Bal que
je vars vous conter. Les trois
quarts & demi & demi quart
de mes Lecteurs quiont del'tfs
V*
prit,& j'enréponds,riront
de ce Prélude aux dépens de
ceux à qui il appartient.
AVANTVKE.
! ;
* Le Héros de cette Hiftoirc
fut trouver il y a quelques jours
un de Ces Amis, à quiil fie
part de cette nouvelle, cet
Amy la conta à un autre, cet
autre à d'autres encore, & enfin
par bricole elle est venuë
jufqua moy, & je vous la
rends telle à peu prés qu'on
me l'a contée*, s'il n'y a ni vcrité
ni vray- semblance
J
je
m'en lave les mains, ce fera la
faute de ceux qui l'ont inventée.
Cependant je vous diray
par parenthese
,
qu'elle est
embellie de noms & de circonstances
qui luy donnent
des qualitcz que la Fable n'a
pas. Si j'avois pris la liberté
d'y mettre des faits de ma fa-,
çan, je luy aurois donné une
autre face. Que cela foit dit
en passant pour l'apologie de
la venté de cette Hifloire, &
retournons à son Heros que
nousvenonsde laiflerçhezfon
: Amy, prest à luy faire la conifdence
des choses merveillcu.
les que vous allez lire.
• Jeforcis,die-il,il yahuic
jours à minuit de chez moy,
pour me rendre au Bal de t'Opéra.
J'écois(eul,aflezmélancolique,
& non sans raison.
Enfin masqué fous un ample
domino, j'encray dans la fallc
du Bal, où je trouvay une
nombreuse & brillante Aflembléc.
J'y fis plusieurs cours sans
parler à personne
y
ennuyé à
la fin, & ires las de toutes ces
allées & venuës
,
je fus me
camper dans une loge, ou je
trouvay une place commode
pour dormir à mon aise, si le
coeur m'en diroit; je méditois
déjàferieufcmcnc cette partie
lorsque je me reconnus à côté
d'une femme, quimalgré son
extrême attention à se cacher,
me parut jeune & de bon aloy.
Le relie des Masques qui
éroient dans la loge, gardoic
aufli bien que moy un profondsîlence,
& personne ne
s'avifoit de se détacher du par.
terre pour venir nous conter
fleurette.
Piqué de me voir dans une
compagnie si dcfoejvrée, )'effayay
de lier conversation
avec le Mafquc qui étoic à
côté de moy. Il (croit inutile
& messeant même, luy dis-je,
de vous offrir des rafraîchiffemens
:vous ne m'avez pas l'air
assezéchauffé, beau Mafcjue,
pour en avoir besoins & vous
obfcrvcz icy un silence aussi
religieux que si vous étiez dans
un dortoir de Nones. Je ne
sçay pas trop bien où je fuis.
me répondit.elle, tout ce que
je voy dans cette faite me réjouie,
m'ébloiiit,métonne,
cette confusion me plaît; mais
l'ced n'y peut suivre personne,
& j'ay de puissantes raisons
pour enrager de cette inconvenienc
Ah! je vous entends,
lu.y dis je, vous faites apparemment
icy le Critique, ou l'ACtrologue.
Ouï, reprit- elle
avec vivacité, & je fuis bien
trompée si les mouvemens que
fc donne vostre femme dans
ce parrerrc, ne m'apprennent
pas le point le plus certain de
vostre horoscope. Il y a prés
de trois ans que vous l'avez
épousée, elle a de la naiflancc,
elle en jeune & johe, vous
faires le périr M.uftre, vous en
contez aux belles, elle de son
côcé, est aujourd'huy femme
à bonnes fortunes; mais elle en
a plus que vous, mon bon
amy, mais clic en a plus que
vous. Ma femme, luydis je,
Metfque, vous vous trompez,
je ne fuis pas marié.Vous mentcz,
reprit-elle biufquement,
vous elles le Marquis de **
& vous estes homme d'épée,
de robe & de Finance; mais
je ne (<jay pourquoy vous vous
ciles avilé de m'attaquer de
conversation. Je ne pensois
pas feulement que vous fuflîcz
au monde, lor sque vous avez
pris la peine de venir m'arracher
les veritez que je viens de
vous dire. Il vous a plû de
faire le fpcétateur habIle, &à
moy de vous conrcmpJer, je
vous ay reconnu, maintenant
reconnoiflcz moy ,
si vous
pouvez. Mais j'ayautrechose
à faire icy que de continuer
cette conversion, & le temps
que je perds à vous entretenir,
me dcrobe peut estre une découverte
dont le succés m'intereffe
bien plus que votreembarras
ne me divertic. Apres
ce que je viens d'entendre, luy
répondis je, il fjudroit que je
n'eusse pss le feos commun,
pour me resoudre à vous quitter
sans vous connoiltre. J ay
mauvaifc opinion, me dit-elle,
des foins que vous prendrez
pour y réiïffir. Ne vous donnez
, croyez moy , aucun
mouvement là dessus,& fongez
feulement pour vôtre propre
interert à empêcher que
vôtre femme ne forte d'icy
avec ce domino bleu qui 1uy
donne la main. Les bonnes
gens gagnent le chemin de la
porte,il n'est pas encore trois
heuresils pourroicnt bien
rentrer avant six. A la venté
vous n'en feriez ni plus mal
,
ni mieux à vollrc aise y mais
profitez de l'avis si vous voulez.
A ce rccir qui n'éroic que trop
vray ,
lesKornes me montoi.ntvifibhment
à la tête. Je ne fçavois
que dire, ny quel parti prendre&
j'ignore encore ce que
je fcrois devenu,fimonMafque
ne m'eûtaidé à cacher aux
yeux de cet Argus le desordre
de ma contenance. J Allez néanmoins
, me ditelle,
où plus d'une raison
vous appelle. J"lY pirié du
trouble où je vous voy. Faites
ce que vous avez à faire, &
foytz sur de me retrouver ici.
:J: Ces paro!es meraflurerent,
je forcis de cette loge,je fus
brufquernent me placer entre
ma femme & son amant,je
la pris par la main dont clic
s'appuyoït sur luyJe rentrainay
dans un coin de la salle,
& press à lui dire toutes les duretez
que le dépit & la honte
me metroient à la bouche,je
jettay les yeux sur la loge ou
j'avois l'aissé l'inconnue qui
I
m'avoit si cruellement infiruir,
mais ne la revoyant plus, je
quittay ma femme avec autant
de précipitation que j'avois
marqué d'empressement pour
l'arracher des mains de son
guide. Je fendislapreslea & je
me hâcay autant qu'il fut en
mon pouvoir de reconnoiftrc
toutes les avenuës d'un heuoù
je venois dapprendre deschoses
si extraordinaires; mais le
rcfultat de tous les foins que je
me donnay le reste de cette
nuit, fut que je perdis de vûë
mon masque, mon épouse &
son amant.Enragé du mauvais
succés detoutecetteavanture,
je me jettay dans unechaise&
me fis porter chez moy. Mon
laquais en entrant me donna
un billet qu'on venoit de le
charger de me rendre. Je le lûs
sur lefcalicr. En voicy lestermes.
Vous Avez eslé cette nuit au
Bltl Avec de grandsdtjpins qui
n'ont abouti a rten, en deux heures
tvousnousj/ cjltsméprisplusieursfois
,une inquiétude tffcryAbleafuiVt
ces méprifts. Eftesnous
un homme à donner dans
tous les panneaux qu'on voudra
vous tendre? eft-ce beflife f efl-ce
ignorance ? eflâyek du moins
Àêtreplus heureux LuncJy.
Il ne me manquoit que ce
billet pour achever de me tourner
la cervc lle. Cependant
j'allay à l'appartement démon
epouse
, je la trouvay dans
son lit enfevelic dans un profond
lommcil. Sa femme de
chambre
,
Ces gens couchez à
leur ordinaire: j'evclllay tout
le monde, je fis un vacarme
épouvantable. Je demanday à
ma femme à quelle heure elle
écoic rentrée, elle me répondit
froidement qu'elle ne fçavoic
ceque je lui voulois dire,&
qu'elle n'étoitpassortie. Tous
mes domestiques jurèrent
qu'ellc s'estoit couchée un moment
aprèf sm'a, voir vu partir
pour le bal,ils ajoutèrent même
qu'elle leur avoir donné
dans son lit des ordres pour le
lendemain matin.. Enfin rien
de
dece qu'on me dit chcz moy
ne s'accordoic avec ce que je
croyois qu'onm'avoic démontré
à l'Opera. La feule chofc
sur tout que je ne pouvois pas
comprendre 5c'étoitladocilrré
de ce masque qui avoir foufferc
tranquillement que je lu y arrachasse
la main de ma femme.
La raison venant à la fin au
secours demesemportemens,
j'eflTiyay de me persuader que
tout ce quej'a, vois vu1\ & entendu
n'estois qu'un tour de bal
que quelque personne quime
connoifloic particulièrement
avoir essayé de me jouer ; mais
les discours quemavoit tenus
ce maudit lutin que j'avois été
imprudemment agaccrJIX qui
m'avoit reconnu sans ctire
aidé d'aucun signal,démontoienemonraisonnement.
Je
me couchay en un mot au
milieu de tous ces embarras r'
mai,s je commençois a, peine a,
m'endormir que le démon qui
me talonnoit me fie rendre un
fécond billet par un inconnu
qui dit à un de mes gens qu'il
citoit pour moy d'une confcquence
extrême de le lire à
l'heuremême
,
& qui s'enfuie
avec tant dadrtfle & de diligcnce
pendant le temps qu'on
lTIit à me l'apporter
,
qu'il me
fut impoflible de le faire fuivre.-
Voicy le conçcnudeccc
importact biller., ;.
Voùs êtes sans douteaprefent
defimauvaife humeur,&votre
e[prit.eif-siremeli d'incertitudeque
(oyt_ ce que vqHj voyeZ&enten-
4e% ne fertquaaugmenter l'embarras
où vous ejkss maiscroje%-
tnoy -, dépiquek vous Lundj en
youj ;retrouvantau^Bal , Vous
y verre7, le Mafquc qui vous a
défilécettenuitpresl à vous ren- -
drelecalme que vousaeekperdg.-
-14
Ce billu fieun effetbizarre
sur nioiicfprIr & comme si
j'enavois deuattendre d'autres
, malgrél'extrême besoin
que j'avois derepos, cordonnay
à mesgens de me faire parler
à tous ceux qui viendroienc
me -
demander. Cet ordre
ridicule fut suivià la lettre
,
& je fus si bien interrompu de
de quart d'heure en quart
d heure par la foulédesimportuns
à qui ma por te fut ouverte
, que je ne pus fermerl'oeil ;
mais l'efperancc de retrouver
mon masque le lendemain,qui
fraie le Lundy en queflion:,
me conlola de tous ces inconvenicncs.
Enfin 1 heure du Bal
arriva. Je fus des premiers à
m'y rendre fous un dégutfement
qui ne pur pas me cacher
long temps aux yeux de la
pcitonne à qui j'avois affaire;
mais je fus encore la dupe de
certe précaution
, & la facilite
qu'on eue à me reconnoistre,
mVxpoCa à me faire chagriner,
harceler pendant deux heures
pao tous les ma fques qui me
reconnurent. En un mot ne
sçat tnnt plus comment m'y
prendre pour me sauver de ce
débordementd'importuniteZi
j'eus«coursàJa loge où j'avoiscûdeux
jours auparavanr,
un entretien si bizarre, je m'y
campay à côcé d'un petit
vieillardsi bien déguisé, qu'il
n'yavoit rien dans le bal de si
indéchirable que ce masque.
LeCiel, me dit-il
, en tremblottant
, vous gard de touc
malenconrre
,
beau Marquisj
&qu'il vous prefervc d'avoir
aujourd'huy comme avanc
hier un ennetni redoutable à
vos trousses. Ah. pour le coup,
je vous tiens"lui répondis-je,
cher masque
,
& vous ne mcchaperez
pascette fois comme
vous ave^fait l'autre. J'ay,rcprit-
il, dans les rides qui paroiffent
sur mon front, & dans
le nombre des ans qui commencent
à glacer mes veines,
un faufeonduir qui me met à
couvert de toutes vos pourfuites
: & toutccqui pourroic
vous en revenir de vos démarchcs
s ne feroit que la honte
d'avoir si malemployé vostre
temps. Croyez-moy retournez
là bas. Il s'y paffedes choses
dignes de vostre curiosité
9
& ce petit pelotonoù vous ne
voyez que trois masques s'entretient
maintenant d'affaires
très ferieufcs. En voilà deux
autres qui fc disent des douceurs
en termes de politique,
parce qu'ils ne parlent pas
d'autre langige peut estre
,
&
qui s'érrangleroient s'ils se rcconnoitloient.
Pour celuy quevous
voyez avec ce domino
feuille-morte
, gagner la
porte avec tant d'efforts,c'est
qu'il corige d'avoir donné
trop à mordre au Mifquequi
le fuit Je ne vous fais faire cespetitesobservations
que parce
que j'ay la demangcaifon des
vieilles gens, qui feroient au
desespoir de ne pas diretourcc
quelles sçavent
, pour faire
preuve
preuve de pénétration avec
tout ce qui s'osse e à leurs yeux;
maisvostre diferetion m'efl:
connue, & vous ferez un bon
usage de cette: confidence.
Non, luy dis-je, je ne defeendray
pas là bas, je n'y ai, nulle
affaire
,
& rien ne m'interesse
au monde comme le plailîr de
m'entretenir avec vous. Vous
m'avez la dcrniere fois précipité
dans un abifmc d'inquietudes
r' , 3 vous m'avez exposé a
de très fâcheuses avantures,
& si ce n'eûc été la crainte de
vous perdre
, je ne (çay comment
je ferois forci de tous les
embarras oa vous m'aviez engge1
. EEn e1\ccs vous quitte a
prefenc, me dit mon Vieillard.
Oui,luy répondis je, du moins
j'efjtercde1être bientôr)maIDtenant
que je fuis avec vous.
Que vous tftjs simple, repritil,
de chercher à vous tour*
inenter sur nouveaux frais,
vous n'êtes pas plutôt forti
d'un piège, quevous redonnez
dans un autre; &.Ji vous
-fcaviez quelle cfpccc de Mafque
je fuis, vousce(Tenezbientôt
d'estreaussi curieux que
vous l'estes.Vous avez, luy
dis-je
,
beau faire
,
soyez un
homme, une femme, un Démon
,un Ange, il faut abfolument
que je vous connoisse ;
à celane tienne) reprit ce méchant
vieillard, puirqu'il ne
faut quecela pour vous fatisfaire,
rendons nousconfidence
pour confidence, dites-moi
pourquoy vous vous donnez
tous lesjours tant de foins inutiles
pour la Maîtrcfle de ce
Duc qui ne vous aime aflurément
pas , & pourquoyvous
,voyez d'un oeil si complaifanc
les affiduitez du Chevalier de
* * auprès de vostre femme ;
après cela si vous me payez de
quelque bonne ration
,
je,nè
differeray pas davantageàvous
declarcr qui je fuis. Vous md
parlez ici, lui dis- je, des deux
choies du monde qui m'incereflenc
le plus; mais j'apprehende
que ma réponsesur les
questions que vous venez de
Ille proposer, ne me jettt: dans
un détail trop serieux, & que
cette convention,ne vous dérobe
tout le platlir que vous
vous promettiez ici.Rsfleurez
vous sur ce qui me regarde,
me dit le Masque, & toute la
<rrace que je vous demande,
c'est de n'estre avec moy ni rimide,
ni menteur. Vous mettez
à" cc que je voy J
luy répondis
je,condition sur COIldjcion
; mais puifqu'il en faut
paffer rpar cc qui vous plaist
:J ccoûctz MOY.
-r Il y a trois ans que je fuis
marié) comme vqus me l'avez
fort bien reproché avanthie*
jlay épousé par interest,
mà'fcmme,sanslaconnoiftrc;
j'ayvécu avec elle sans amour,
ôcloriquéj'ay fait le dclicat ou
le jaloux (ur ses petites affaires,
ce n'aefté que dansta crainte
du scanda-Ie,&que parce que
jiay cru fotement que le monde
ne rcfpcdtcroïc pas mon si..
lencc;niats j'ayététa dupe de
monintention, Il je n'ay paru
jaloux de ma femme qu'à
ceux qui n'ont jamais eu l'occasson
j ni la volonté de parler
d'elle J'étois avant de l'époufer
amoureux de la belle Mademoiselle
de S*** je l'ay
vû avec douleur tomber entre.
les mains du Comte de M**
qui n'a certainement jamais
paffé pour un trop honneste
homme. Le Duc de. s'cil
mis enfoire sur les rangs ,
&;!
atifluoft qu'il s'est monrré,tnu-.
te la tenduflede la bellea p-uu
eftrc la recompense de sa première
démarche. Le Cheva-
Ker que vous venez de me
nommer,& que vous me dites
eftrc si bien avec ma femme
,
voulut, à son tour, tenrcr
de luy plaire; mais foie
qu'il trouva trop d'obstacles à
furmontcr
,
foie qu'iln'eue
pbaosuatd z d'amour, il en agit au
d'un mois avec elle, en
homm: rebuté de ses foins. J'ai
moi meme favorisé sa retraite,
& j'ay mieux aimé, je vous l'avouë
,
le voir maistre du coeur
de mon Epouse
, que l'Amant
de ma Maiftrefle. Enfin de
tous les hommes que j'avois
vu soupirer pour elle) nul ne
m'avoie paru plus redoutable
que Iuy.Nc vous étonnez donc
pas t
si n'ayant pû me défaire
ducruel attachementquej'ay
pour Midemoifelle de S* * 4*
j'ay tout sacrifié pouréloigner
d'elle le rival que je craignois
& que j'efbmols davantage.Ec
voila justement ce qui fait tout
voilre crime à mon égard, reprit
mon Misque, vous venez
de me faire le plus étrange
aveu du monde, & je ferois
peut estrecapable d'un retour
de bonté pour vous, si je ne
vous regardois pas après cettc
déclaration, comme l'Auteu;
de tous mes malheurs. Jejouiroisà
present de toute la tcndresse
d'un homme qui m'est
plus cher que ma vie, je pofiedcrois'
fcule en un mot le coeur
du Chevalier, si vous n'aviez
pas vous- même
,
crud que
vous estes
,
conduit mon Amant
jufqucs dans les bras de
vostre femme. Je fus aulH
é1pouvantéd, de r cette réponse
que si la foudre fut tombée à
mes pieds. Cependant un moment
après avoir reconnu cet
impitoyable Masque,jejuy
dis tout cc que l'amour & le
dcfefpoir me mirent de plus
touchant à la bouche; mais inflexible
a mes prières, elle finie
nofirc entretien par ces dernières
paroles. Je vous ay fufiffamment
inquieté dans ces
deux bals, où je vous ay saic
un détail raisonnable de vos
affaires & des miennes. Je fuis
contente de tous les ressorts
que j'ay fait jouer pour vous
chagriner; mais je perdrois
tout le mérité de mon ftratagênie,
si je ne vous dl.ffendois
pas abfolumenr de me revoir
jamais, sans le Chevalier, & si
vous ne prenez pas doreinavant
toutes les mesures qui
vous conviennent pour luy interdire
honnêtement l'cntrée
de voflrc maison. Voila à quel
prix vous pouvez encore pretendreàmonamiiié.
Adieu Je
fis de vains efforts pour la retenir)
tUeme quitta brufquement
& me la-fla le Ioifir de
faire a mon alse les plus Cotes
reflexions du monde sur elle,
sur ses Amants, sur ma femme
& sur moy.
Voilà enfin où j'en fuis,moncher
ami,aidez moy de vos
conseils,de déterminez moy
sur le partiqueje dois prendre
dans une pareille conjoncture.
C'cftle plus grand fetvicc
Ul
Êl a Ica
que vouspuifluez rendre à
l'homme du moade qui vous
aime le mieux, , j Alorssonamiluyconfeillajf
,
d'éloigner le Chevalier, d'oublier
sa Muitreffe, & dVffayerj
de bien vivre avec sa femme5,
maisil ne fuie nil'unml'autre
de ces con feilsq^'I pouvoir
s'épargner la peinedcj.uydemander
avec tanr d'inllance:•
& je pouvoir peut estre aufli
raifonnablcment mépargner
celle de vous faire un si siJete
rccic dune pareille hliloire;
mais que voukz-vous Mèrcurc
ciYun babillard, & tant qu'il
aura desavanturcs de cette cfpece
à vous conter , on lui
couperoitpuroit la langue,
qui de l'obliger à setaire.
Pendant quenous sommes
sur lechapitre dubal,en voicy
encore des nouvtllcs-, auffibicnneftra
t-il plusttnls d'en
parler après l'ami carême.
-
Le bruit court qu'une nuit,
dont je ne fcjay pas la date, un
masque trèsaccort
,
des plus
fpiriruds,& des mieux inftruics
des affaires du monde, tomba
par hazard entre les mains d'un
Masque de certaine confîdcr
ration, qui l'interrogea avec
tant de prefcncedcfprit & de
vivacité
,
qu'il lui fie dire prefque
tout ce qu'il avoit dans
l'ame. On ajoute qu'après plulieursdécouvertcs
importantes
leMafque charmé de l'cfprit&
du bon raitonnement de celui
qui venoit de l'cnrretenir ,fie
pluficurs efforts obligeants.
pour l'ergager à fc faire coninoiflrc,
que ce Marque résista
avec une opiniâtreté invincible
aux choies graticufes que lui
disoit le Masque curieux,&
-qu'enfinaprès plu ficurs plaintes
gepereufes d'une pareille
obtlination à fccacher ;; il
avoir consenti malgré luy à le
taiff-f aller*maisqu'au même
temps il avoir dépêché deux
autres Mafqucs
, avec pricrc
de l'éclairer desiprés,qu'il lui
futjf autant que cela dépendroit
de leurs foins & de leur
vigilance ) impossibled'échaper
à leurs yeux. Le Mafquc
examiné Tentant bien par la
qualité des choses qu'ilavoic
dites, & qu'entrant dans le
bal, il avoit(ans doute à dire,
qu'onnemaneperoit pas de le
fuivrc,& dele reconnoiftrcs'il
n'y mettroit bon ordre, avoïc
pris de justes mesures contre
, larigueur de cette obligeante
recherche.Ainsichfortanrde
l'Opéra a la pointe dujour
* il enfilaà piedla rue S. Honoré
il alla julqu'auprés de S. Roch,
oùil trouva deux bons chevauxavec
un Valet qui l'artendott.
Il se saisit à Tinflant
de celuy qui luy étojc dcfliné;
il souhaita le bon jour à fcs
Argus.
Et d'unfautsurla'felle, il marqua
[ondépart.
Je ne sçay si la lecture de
ces
ces petites avantures vous en
^uy,e» pour moy je f'çay bien
que je. ne. mcnnuye pas cn-j
cojedeVQus les écrire, & je
t - .4 conctusdpia/qu'ayjnt de gré,:
beaucoup- pi:lus de peinej0que
vous n'avez de patience, je fuis
endroitdevousenconter cn- i w..i.i,i
core.* J .-11 "','1") 'Lw.J1*uh*xy P.ari -«> sest »dc >*-J-iijajilVijled^rnoni\.,lm.j.. jl.apl1v1iscommodepourroute'
forted'cfpécecfcet
eikL''honi- aj?As<Ma-.
'Y^Pîl!?(yt«,'laCo
quette, les (ôr-s raisonneurs,
les fades Comédiens & les
mauvais Auteurs, y font tous
les jours relevez par gens qui
leur ressemblent, ou qui les
imitent de si près, queles nouveaux
venus sur la Scene, y"
font lelendemain oublier ceux
qui la veille étoient sur les
rangs. En un mot dans cette
graniDdeVll'c> toujoursun
clouchdjp l'autre Il n'y tll, par
exemple , presqùe plus parlé
desAvanturcs que vous venez
de lire, quoy quViles 1 foienc
toutes fraîches; celléque je
vais vous conter y fait encore
du bruic. La voicy.
UiiEtrangerriiafqué, pouf
le moins comme le beau Berger
Céladon, s'avise une certaine
nuit, assez & trop malencontreuje
pour luy,daller au
bal de l'Opera. Il a à peine fait
le tour de la salle que ses yeux
fone ébloüis des charmes de la
divine Assée. Transporté de
l'éclat de tant d'appas, il se
jette à Ces piedsr il luy tient
dans son jargon des difeours
tendres, qu'oncqtics mortel
n'accompagnâtde pareils foupirs
dans tout l'EmpiredeCythere.
Enfin prcfqueauflienyvré
d'amour que de vin, il jure
à ce charmant objet dont les
beaux yeux l'c£JHa.:ncntJ, un
amour éternelil fc donne à
tous les diables, pour luy perfuader
l'ardeur dont il brûle
poooiunrdeelle; mais la cruelle, bien
vouloir l'en croire sur
la foy de ses sermens, s'arrache
de ses mains, après l'avoir
inhumainement maltraité, rebpté
&culbuté. Alors confus
& dcfefperé de ce barbare
ptocedé, il se releve, & court
en chancelant après cette fierc
& outrecuidée beauté. En chcÍ:
nin,un Masqueirréprochable
&i vigoureux l'anête. Qu'eftcc,
dit- ilJ écumant de courtoux,
& d'où te vierir cette
audace, Malque,de marrêter.
Je ne le fais, luy répond l'autre,
que pour vôtre inecrefl:,
vous persecutez icy un Mass
que digne d'un traitement plus
honnête. Eh que t'importe,
répond letranger? je n'ay
point là-dessus de contc a' te
rendre, luy dit l'autre, & tu
dois te contenter de la prière
que je te fais de laitier ce Mafque
en repos. Moy dit-il,
avec plus d'emportement encore,
nojjïnfirpointles Dames
moy eflretouchcufspress à bAifir
les piedsdes Madamesjnuis moy
! J : ';-
- --
ejlre bon pour les hommes, A
cette plaisante repartie,s'élève
un éclat de rire auxenvirons;
qui achevc de le mettre hors
de. rnefure :il dit aufli tost au
Marque qui lavoit arrêté, qu'il
Veut avoir raison de cet affront)
qu'en un mot il veut fc
battre avec luy. Vous navez
vraymenr pas tort, luy die
l'autre, & je fuis tout prest a
vous donner cette petite fatisfaérion;
mais outre que trop
de gens ont vu icy cette avanture,
& qu'on ne nous JailIèroit
pas le champ libre, il cft
bon de vous dire que je fuis,
avec des Dames que la bienséance
ne me permet pas de
quitter, & que j'ay à prefcnc
de fortes ratfonspour ne pas
rh'aller battre; mais fldemain
au matin vous en voulez découdre,
vous n'avezqu'à dire,
je vais écrire mon nom, ma
demeure,& l'heure du rendez-;.
vous sur vos tablettes. Alors
l'Etranger en tira desa poche
une belle paire, qu'il remit entre
les mains du Marque-qui
lu'-. partait,8z qui ne prévoyant
pas qu'une pareille
avanture pût avoir aucune fuite
, y mit à tout hazard la
demeure"d'un bravehomme
dont le nomluy étoit connu,
& rcndant les tablettes à l'E.
trangcr,tuyafEgna le rendezvousà
huit' heures du matin.
Icy finit la première feene, Se
teparties s'en allerenr.
Le lendemain à l'heure marquée,
l'Etranger viÇr'éTes tablettes,&
le faitgUid^rjuf-[
qu'à la .porte de thomme a.
qui il: croit avoir affaire. Il
monte à sa chambré
,
il le.
trouve dans fôn lit encore,
bien endormi.Comràcnt
Adoyifieur,luydit-il,vousdor- me^,encore!nevousfoHvene^- *- , vous
vouspas 4e la paroleque vous
triave-^donnée hier au Bal. Ma
foy, Monsieur,luydit l'aucrc,
je ne vous connois pas fcu lcmentje
ne vous ay envéritéjamais
vu Mauvaise défaite,
reprend l'Etranger,vous
m'ave'{ promis de vous battre
contre moy , &vous netes qu'un
poltron. Si vous ne forte^ du lit
touta l'heure,je vais vous passer
mmoonnéeppéeer.aauu,trtAra1vJeCrsrSduucocorprpss..
Attendez, Monsieur
,
luy répondit
l'homme si bien atta,
que, vous av(z raison, je ne
m'en fouvenois pas; & quoyque
je n'ayc pas mis les pieds
dans le Bal
,
cela n'empêche
pasqueje n'aye tres- 1ericiiCernent
affaire avec vous. Aittn.
dtzdonc
,
s'il vous plailt, un
momentque je (ois h.ibille, &
nous irons ensemble ouil vous
plaira. Alotsil le jetca du haut
en bas de son ht, & au bout
d'un momentildekcndit dans
la rue, en chauflc & en pourpoint
;& l'épée au côté,il
luivit son aggrctfeur.
Non loin de cette misson
ils trouvèrent une place où ils
dégénèrent en gens que de
grands inrerefts animoient à
soûtenir leur bon droit. Le
combat fut vif&langlant,&
après pluficurs belles cftocades,
où les combattants-donnerent
des preuvesd'uneadreffc
& d'une valeur .siafipie ).le
malheureux Etranger,reccuc
trois coups d'épee dans le
corps de la main d'un homme
quine l'avoit jamais veu ,
qui
* ne lui avoit jamais parlé .&
quiluidit enfinr-ns'cfforçint
de luy rendre tous lestons
officesqui dépendoicnt de ses
foins ; le diable m'emporte,
Monsieur,sije vous cannOIs.
Le masque qu'on dit avoir
donné, sans nuldeifein 3-occa.
fion à cette avanture, & qui-a
du cofté du mérité
,
de rcfprit&
de la valeur perTonnelle,
la réputation d'un homme
sans reproche, envoya avertir
celui dont il avoirdonné l'a.
dreflç,dene porter l'affaire i
aucune extrémité
,
supposé
qu'il prie envie à 1 JEtranger de
lui rendrevisite
, ce qui ne lui
paroiflbit pas vrày fcmblable,
ÔCencasdefaillie4defufpendietout
jusqu'àcequ'ileût
autrement de ses nouvelles.
Mais le viéèorieuxlui fit direl
Tinftanc pour toute réponse
s qu'ilrecevoit ravis trop tard
,
& que l'affaire étoit faite.
Pour moy je ne donne cette
nouvelle que pour un bruit de
Ville qui peut n'avoir aucun
fondement devérité, & que je
conte feulement sur le rapporc
-du public. Je vous réponds
plus hardiment de la vérité de
celle-ci, j'en ferois même caution
,
s'ilenétoit besoin.
Lanuit de l'avanture preccdente
,
arriva celle qui fuir.
Le portrait de mon Héros,
est d'abord h piece la plusnccelTjire
à l'intelligence de cctrc
hltoire. M. Verno
,
jeune
homme de cette VIlle,à crins
noirs, fils d'un perequi a fait
& qui fart encore bien du bruit
dans la robe,peut avoir i J.
à z6. ans, sa taillecfi un peu
au dessous de la mediocrc,mais
bien priffc, sa phïfionomieest
desplusrevenantes,ses yeux
font noirs &bien ouverts, sa
bouche est belle, vermeille &
bien meublée,lçs coukurs de
sonvifarge font vives' & frai..
ches
,
& toute sa figure est
a(Hzreguliere
,
joint à cela
qu'il a la jambe belle, le bon
air du monde, &lefprit fort
drné. M'. de Verno
,
dis je,se
, trouvant [clon sa coûtumc,
au feal4c l'Qpe.U'j fous un
domino de
:
tafetaj rayé,
qu',une Dcmoifellccharmantc
bienfaite& très aimable lui
^yovi prêté iSi.quidepuis par
1-JiabiLpde qu'onamendetercvoir
açftesurnommél'^fne
?ay<â,apfésa.voirgalopé»!a»fallc
cSllUenfin,àTcxcmplcide
Je»^laïquesquivontàïçeBtoauls,
&.placer. dans uneilag£, où
après quelques çiviliicz fort
cav.iliçrcs&. ircsèufuécs dans
ce pays ,il attaquaisDame
qui Ce trouva fous sa.main. La
grande experience qu'il a dans
cesaflembléeSjluy mit d'abord
un joli compliment à la bouche;
la Dame y répondit ca
femme defpric, & la converfanon
fut Joûcenue avec tant
de vivacité de part & d'autre
qu'ils t en vinrent jusqù-à fedésir
de (e demafqucr;, ce que
la Dame ne voulut pas faire la
première. Cependant elle le
pna d'ôter son M .fqu,= & luy
dit pour le déterminer àavoir
cette complaisance
,
si je vous
reconnois
,
je vous Tavoikray
debonne foy,& je vousdonne
ma parole de me démasquer à
mon tour. Vcrno bien assuré
que la vue de sa figure ne l'expoferoit
point au,malheur de
n'cltre pas regardé de bonoeil,
ne fcle.tic pas dire davantage,,
il osta ton ma sque, & montra,
une mine si gracieuse
v que la
Dame ne pûc s'empêcher de
luy marquer toucie gi équ'elle,
se (çivoit dc(acurioficéi néanmoins
elle luy dit d'un ton de
voix-mal afiûé
,
qu'elle ne le.
connoilïoitpas. Qiumporte*,
luyirépondicVerno
J.
le malheur
que j'ay de neftie pas
connu de vous, n'ôtc rten de
nos conditions,& vous n'en
estes pas moins obligcede vous
démasquer, puifquc vous m'avtz
donnévostre parole dclc
£n>e
,
des que je vous en amrois
donné l'exemple. Je ne
vous réfuteray pas, luy répondit-
elle, avec toute la douceur
imaginable, de Citisfaireà cet
ar&icfe denostre traité ; mais
que vous en reviendra c ilautre
chose que le malin plaifode
me priver de t'avantage que
me donne le masque. Vous
mêliez fpÏf dés que vous maurez
vûc,croyezmoy ,nefou,
haitez pas de mevoir. Non,
Madame, luy dit Verno, tous
ces détours font inutiles. Vous
avez sur voftrc parole conrracte
avec moy un engagement
auquel il faut absolument que
vous vous soumettiez
,
& je
ne vous laifleray pas un moment
de repos, que vous n'y
ayiez latisfait Hé bien, Moniteur,
vous-le voulez, il faut
vous contenter ; & en ôtant
son malquc-, mer reconnoiffcs.
vous,ajouta-1 elle: Oüy,
Madame, loy dit-il, d'un air
d'impatience, je vous recon.
nois pour la plus charmante &
la plus aimable personne du
monde, je vous ay vûë cent
fois,&j'ay toute ma vie foucalté
de vous revoir -, je me
souviens même qu il y a quelques,
années, un Dimanche de
la Puffion,je danfayavec vous
dans un Bal aux chandelles;
chez un Maistre à danser qui
demeuroit alors au troifiemc
Appartement d'une petite maison
dans la rue Djuphine. Madame
de * * dont le nom &
les appas ont fait depuis beaucou
pde fracasà Paris, eftoic
avec vous; vous estiez bien
belle alors, mais vous l'cftes
encore mille foisdavantage.La
Dame convint de cette circonfiance,&
de quelques autres
dont Verno luy rafraichic
lamémoire ,& ci surces
petits détails, h.confunce s'é.
tablit si bien entre eux,qu'ils
se promirent de bonne foy de
se revoir, & se tinrent parole.
Entffjt,désle lendemainmatin
l'heureuxVernoreccut un
billet dontvoicy le conttnu.
Jt' confinsque vous me voyie%
-aujourd'huycomme je vous l'ay
promis hier; mais il faudra que
lafille que je vous envoyév^us
amene ce joir a six heures chez,
rnoy , em, je vousdtjf.nds devous
faire future par vofire Laquai?.
Si vous pouviez vous imaginer
combien fayde mesures à garder,
Dous me Ifaurit^ ungré infinide
cette démarche. Réponde^moy
sur le dos de ce biUer.
Verno mit auflicoft la plume
à la main,& sur le dos dudit
billet il écrivit ces tendres
mots.
Je baise, ma belle Reine, avec
mille transports d'amour les obli.
géantes ryprétieujeslignes que
i/oflre main a daignemécrire.
feray tout ce que vous m"ordonnez
de faire; mais vous esses
bun cruelle, en me redemandant
ce billet; de me ravir cr cher (y
unique gage de toute ma tendre/Te.
Le double billetfut rendu
frWemcntvla Soubrerte rcvint
à i'hurc marquée,cilo
monta en siicrc avec Verno,
& enfin ilsarrivèrent au logis
deU Dume quiles rcq-jt de la
ttùillfure^race du monde.
: La prcraiere chose que fit
Verno en entrant dans l'appartenunrde
laDame
,
fut
d'en confiJerer les meubles.
Ils luy parurent d'un go.,il exquis
, & ne contribuèrent pas
peu à augmenter la bonne opinion
qu'il avoir conçuë au bal
de la bellepersonne dont la
douceur luy failoit esperer en
si peu de temps, de si grands
avantages, qu'ils'étourdifToic
d'avancedel'image de sa félicice
Laconversation de cette
beauté charmoicXesoreilles,
ses. grâces ébloiïifloient ses
yeux; tout celadloit beau&
bon, mais il y avoit dans cette
chambre bien autrechofequi
fervoir à émouvoirsa concupi
scence. Deux gros bras d'argent
fortement attachez aux
deux costez d'un trumeau
,
sur
la cheminée où ils se éhdUffÓJcnr"
attiroienc de temps en
temps toute son attention, un
beau diamant au doigt de sa
cherc
cherc & charmante maiflrcffc.
une montre d'or,destabaticres
du même métal, tout cela
luy Câusoit des diftra&ions fréquentes,
qu'on prenoit heureu
sement en bonne parr. En*
fin après bicades protestations
d'un amour éternel
,
l'heure
de (e separer estant venuë
)
il
exigea son entrée franche &
libre dans cette maison quand
bon luy sembleroit,il l'obtint
à condition qu'il feroic roûjours
bien-fagCj ille promit à
la mode des Amans, & s'en
alla. Le lendemain au matin
on luy envoya dire de ne pas
manquer d'y retourner à la
même heure qu'il y avoir este
la veille, ce qu'il fie avec plaisir.
Souperons-nous aujourd'huiy
ensemble, Madame
, die-il, en entrant, & aurezvous
lat cruauté de me renvoyer
sans souper comme
touS riez fait hier.Si je foupc
fcy;jdvais congédier mon la-
°..qtrais & luy dire de venir me
reprendre à l'heure qu'il vous
Oaita, sinon, ce n'est pas la
peint qu'il s'en aille. Mais,
Monsieur, luy ditelle, je ne
ftis nullement preparée à cela:
Madimoifcllc Dupons, appellanç
sa Fille de chambre, Monsieur
me demande à souper,
voyez si la Cuifinierc a quelquechofe
à nousdoqncr
)
&
dites-luy quelle, vienne me
parler.La Cuisiniere arriva &
répondit qu'il y avoir raifonnoblement
deqqpy manger.
-,Vernore.fta,& (onValet gnaçqijU.piudence tdc
la Fillç dpjçhwbre.
Jene.sçay
ce qu'ils dirent&
firent en attendant le souper
P4^n$n*ç après *r.)aisjefç*j§
bien que vers les- deux heures
après minuit, la Dame trouvantfnpins
de vivacité dans la
converfanon de sonAmant,
jetca les yeux sur une Montre
qui cftoitattachécîà un clou
de sa cheminéef & fie. remarquer
à Vernoqti'H efidit dêja
bien tard ,"& par cohfccjucnç
temps de s'en aller. Vous faites
là une belle oblervation :
luy dit il, Madamejvoila à
present la plus belle- hefuredu
bal, donnons nous*en le plai- J
Íir sans, sortir d'icy, & commençons
par mettre cette
Montre en Masque. Aussi roll:
illa prit & tourna du cossé de
•
Ja muraille Jecoftê quimarquoit
les heures. Alors il s'émancipa
julqu'à prendre Lie
petites ou de grandes hbertez
dont on nes'offensa point. Il
fut chemin failanr, grondé,
caresse, menacé, repoûsse doucement
)
& le jà'ur vint. Dés
que la Dame s'en apperçur,elle
le fâcha vrayment bien fort*
Comment, Monsieur,luy.dic-.
elle, courant.à sa M-oncrc,,ori
vous verra sortir de chez moy
à.sept heures du matin L que
dira-mut le voifinaçe.? Vous
voil a bien allarraée,Madame,
reprit-il. je n'ay qu'àenfortic
à fepr heures du foir ; mais
/ous avez- là une maudite
Montreque je veux punir des
mauvais avis qu'elle vous donne
, & de dépit se jettant sur
çllc,comme s'il eue voulu la
bxifer
: Non,u1,
l'i.,
mage des heures que l'imprudence
vous annonce, ncmpoifonnera
plus ma felicité.
Ah,Monneur, luy dit cette
Bellecfltayéede (on emportés
ment, je consens à ne lare*
voir de ma vie, maisépargnezla
ne:1a brifez pas, & dérobez-
la iplutoft pour jamais à
mes yeux. Non, Madame,
non, reprit il, vous ne la rcverrezplus
: mais après tout,
est ce à (es caprices a decider
de mon fort, & parce qu'elle
vous a annoncé quil cfioit
sept heures,quoy qu'iln'y ait
au gré de mon coeur qu'uiv
inllant que je fuis avec vous
me condamnerez
- vous sur sa
depositionîNon, mon cher,
luy dit la Dame,aussi bien puis- ne je me resoudre à vous
lmeettre à l'heure qu'ilcft hors mamaison.
-
La montre étoicdéja à bon
compte dans la poche de Verio;
mais les bras d'argent luy
enoient furieufetnent
au
oeuf, & il avoit dans sa
cbambreuncheuftrumeau auquel
par le secours de ces bras,
il foubaitoic de piêccr main
forte; il dit là dellus Icsc hofcs
du monde les plus éloquentes
Il dormir enfuie, il s'éveilla,
reparla damour, dina
& rejoupira. pour lesdits bras
avec tant de (uccrs, que son
valec fut chargé du foin d'efi
aller renforcer fon- trumeau.
Dix mille proreftations- d'une
fiJclité étemelle firent les honneurs
de son remerciement
mais il n'avoir ny diamant ny
tabatierc, & la conque fie de
ces chofcs écoic rclcrvéc pour
le
le jour au quel sa Dame dévoi-e
aller voir l'effet que (es bras
faisoient sur sa cheminée. Ce
qui fut executé dans l'ordre
suivant.
Il y a cinq jours qu'en un parfait négligé elle lerendit
surles onze heures du matin
au logis de son amant, qui la
reçûtavec justice comme la
Reine des Amours; elledîna
chezluy,oùileutavecelle des
procédez si obligeants, qu'elle
luy auroit donnéjusqu'à sa
chemise. oh!pourcelailfaut
avouer que cette Dame n'a pas le vice des autres, qui font
devrayes lang suëssrien n'est
si genercux qu'clleellaa depuis
son avanture du bal, nippé
& nippe encore de toutes
picces son heureux amant, il
eil: jeune,almable & tendre;
elle est riche, belle & amoureuse
à la rage. Que de charmes
! que de plaisirs! & quel
bonheur pour ce coupleamoureux
,
pourvû que cela dure
J'ay appris tant d'autres
avantures singulieres qui onc
pris naissance aux bals de l'Opera
qu'il faudroit faire un
recueil particulier pour les
conter. Ce qui mcrcfteàvous
c a ce sujet;c'clt qu'il n'y a
rfonnc qui ait esté à ces bals,
i ne louë Mcflicurs de Chauit
& Duchesne Syndics de
)pera, sur les commodieez; :agréments & le bon ordre
cet établiflement. Les foins
les attentions qu'ils prenne
pour leurs fpeétaclcs
,
jr attirent generalerncnt les
êmes louanges. Ils ont rcmis
:puis cinq semaines sur leur
heatre la Tragedie d'Alceste.
teR un Opera de M.de Lulîy,
Jnt tout le monde admire &
Imirera toûjours la beauré.
y arriva un Jeudy 10. de ce
mois, un événement des plus
-
extraordinaires.
Al'endroit de cet Opéra,
oùun Aâteur chante, rost ou
tard ilfautpajSer dans maBaf(ji4ei
un Machmifteselaifli tomber
du haut d'un pont au-dessus
des décorations
,
sur l'une des
planches qui fervent à former
les flots sur lesquels est la Barque
à Caron. Ses reins & sa
tête essuyerent le choc, avec
tant de violence qu'une planv
che en fut brifée
,
& soncrâne
entammé,onl'emporta à Pinftant
& on le saigna : on lemit>
çnfuite dans une chaise à por.
tcurs; mais tous les malheurs
de cette journée n'étoient pas
finis pour luy : à peine ses porteurs
furent au tournant' du
cul de sac de FOpcra
, que la
chaise dans laquelle il écoir,
se défonça enticremcnr ; & le
pauvre homme se trouva fubitement
,& par une féconlde
chûce
,
aflîssurle pave: on le
remit dans une autre chaise
qui à la fin le porta chez luy.
Voilà ce qu'il y a de plus
commun dans cetteavanturc,
quoy que cela foit assez rare:
en voicy l'extraor dinaire. Ccc
homme a 77. ans, & mainteuanc
il se porte àmerveille.
Je ne peux mieux finir ce
chapitre
,
qu'en vous donnanc
une Cantate que j'ay receue
sur le bal de l'Opéra,.Elle est
de la ficon de M. de * * qui
a beaucoup de légèreté
,
de
goût
J
détude & d'efpric.
LE BAL DE L'OPERA,
CANTATE.
ou
ODE ALLEGORIQUE
Recirauf
DAns unséjour brillant, con-
Jacrépar les Belles,
L'ingeniehx Cm faverMt d.
mour3
Pour combler ses sujets de ses
grâces nouvelles,
Vient d'établir une nouvelle
Cour.
Là le déguisement des aimablesmortelle
Eflfatal aux Epoux:mais propice
aux Amant;
Et la divinitéqui prejide sur elles
Invite les coeurs asesamufemens*
Air.
Amans
t accoure% à nosfêtcs,
Leurs plaîfrs ne font que pour
vous,
Mine tendresbeaute^fontprêtes
A 'Vous lesfairegoûter tous.
Les Ris, les Amours, e les
Graves>
Yvolent au gré des drfirs,
Suives de si0charmantes traces
ElUs contyifent aux pUtfirs.
Amans, &c.
Récitatif.
L'amour qui dans ces lieuxA
forméson EmpIre,
jdrme des plus doux traits vole
dans tous les coeurs :
Quipourroitreiffleraux tranfyorts
quilinfyireï ",
Quand devant luy les jeux an*
noncent sesfaveurs.
-
Sous mille diverjes images,
Si l'amour vous paroît hideux , Rajfàre^-vous
; ce, Dieu ne voile
les vijages
Que pour recompenser plus [ûre.
mentvos feux.
Air.
Mille heatite% habites
Sous un mafcjue trompeur, N)font les difficiles
Que pourmieux prendre uncoeuA
Sous, un masquef/opicc. --.à,p
Qui cache la laideur,
Plus-d'une Cleonicc
Satisfait son ardeur.
-
Chaque Amant syJeguije
Pour Je comcbre mieuxt
Il nejt point de méprise
Qui n'aitunfort heureux.
La, de leur dessinee,
Les Epoux font inflruits :
Sujets de fHymenie
Ils en trouvent les fruits.
Mille beautez, &c.
Récitatif.
Ce Templese conjacre a la félicité.
LAmoury fait goûter sa plus
vive tendrejji
, -
Hebcrépand par tout un NtElar
enchanté,
Therpjtcorejregne sans cesse,
Momusyfait briUer l'art en luy
si vanté.
Dans ces lieux enchanteurs*
tout charme, tout tngage )
Tous les Dieux de la volupté
Yrevivent fms cesse un éclatant
hommage;
Le Dieu de l'Hymenée efl leful
maltraité.
Air.
Dansce séjourfertile
L'amour Offreunakile
Pour s'aimer.
Tout (flutile
Pours"exprimer,
Le secrettfîfacile
De s'enflamer;
Et l'on en trouve mille
Pour charmer.
Voicy une autre petite
Chanson sur l'air du Gagne-
Petit; c'cft comme tout le
monde fçaie, une contre-danfenoavelle,&
fort jolie, qu'on
2 prouigieuietiienc danle pendant
tout ce Carnaval. Les
paroles decette Chinion font
d* M. Fcrand. C'cft en dire
tout le bien imaginable, que
d'en nommer l'Auteur.
CHANSON.
Sur ItAir du Gagne-Petit
,
ou de la Rémouleuse, "4
Je vais par tout le Monde,
Sur la Terre, &l'Onde,
Lanuit, lejour, ¡.,
Tout me fait la Cour: *8!
Jefuis Rémouleur d%amourfK?
Vene^tenàra coeurs.,
Amants en langueurs,
]OÜZT de mes faveurs ; jf rémoudray
féguifmty, ,
Pour VW ma Aïeule tONrnt,
Tourne&retournes
Mon Art efi an Art ajptré*
Je donne à la Vieillejje
L'air de la JeuneJJe.,
Par moy les ris
DeRosesjdeLys, -
Couronnent les cheveux gris:
Viens doncfroid VieillardM
Amant roupillard,
Et ma main par mon Art
T( rémuuafa)
T'é^mfera#
Pourtoy ma Adeuletourne
Ctjlfaity & retourne,
Ta belle te méconnoîtra.
Mxtraits,i/*figure,
En vain la nature
Jointchaquejour
L'esprit&letour,
Ce n'eflpas tout en amour: Viens donc foible Amant,
En moins dun moment
Dessus mon instrument,
Je t'émoudray,
Téguijeray; Pour toymaMeule tourne,
C'ejlfaityretourne,
Ta Maiflrtfl: menfçaura gré.
Je rends force, £?*courage,
A l'amant peufage
Dont les soupirs
SuivisdepUifîrs
Ont épuisé les Qefirs;
Viens jeune insensé
Toncoeurémpuffc
Songe A peine au pAfft:
Je lémoudrttyJ
~TT-'ér~guiferay,
pour toy ma MMeeuullee tourne,
Oeflfaity retourne,
Tout le dommage est reparé.
,
ge r-epa
Disons
Ditons maintenant, sil
vousplain, quelque chose des
autres fpcâacles. Les Comediens
Italiens ( je ne ÍClJY par
quelle fatalité pour leurs ému.
ks ) attirent tout le monde
chez eux, les François ont perdu
leur étalage cet hyver.
Pendant le cours de ce mois,
ilsont remis sur leur Theatre
avec peu de (uccés,TInconnu
& le Malade imaginaire,*,maisils
vont inccflammcnt prendre
leur revanche, & Mardytroisiéme
jour du mois de Marsprochain
,ils doivent donner
la premicre reprefentatioiv
-
&Ath(dies Tragédie de i'ilIuC
trc M. Racine. Je me trouve
enccc endroie de mon recic
obligé en conscience de faire
une humble amande honorable
a M D-ancourt, & de me
rcrr¡¡¿ter de toures lesveritezdefobligeàntcs
que j'ay dites
des Festes du Coursy du Vert
Galant,&de tant d'autres mau.
vasses pieces dont il a la gloire
d'estre Auteur. Quel triomphe
, M-eflieurs, pour M Dancourt
! YAthalie de Racine va
briller sur la Scenc
,
rcvcuë
îU^meméc,embellie &
corrigée par M. Dancourc/
l'erprit deM.Dancourt va ranimer
les Vers de ce grand homme.
Racine enfin va forcir du
tombeau rouecouvert dc gloire,
ou piûtoft faMufe va ne rcparoistre
à nos yeux,que pour
partager ses nouveaux Lau- -
riersavec M. Dancouft !!!
Je fuis tellement greffé par
le temps, & les Avanturcs de
Bal que je vous ay contées ,
m'ont jette si loin, qu'clles
m ôrent la liberté de vous donner
un détail cxaa des Mariages
& des Morts de ce mois
Contentez vous d'en spprchdre
aujourdhuy les noms, le
mois prochain je vous en apprendray
les qualirez.
M.AR.1AGES.
Messire Loiiis de MeIeun,
Prince d'Epinoy, Duc de
Joyeuse, Pair de France, a
épouse le 13 de ce mois Madcmoifclle
d'Albret Armande
de la Tour de Bciiîilon, &c.
Mcflire François le Camus,
Seigneur de Bligny,Maréchal
des Camps & Ar mées du Roy,
a épouse le Mademaiielle
Eanllon,&c.
MORTS.
Dame Paulc-Marguerite-
FrançoisedeGondy
, veuve de
Messire Frnnçois-Timanuel de
Crcquy Duc deLefdiguieres,
&c. mourut le ri. dumois
pasle, &c.
Dame Victoire Rouxel de
Mcdavy de Grancey,&c. mourut
le 13.Jaavier dernier,&c.
Dame Marguerite Auzaner)
veuve de Mtiïire Antoine le
Fevre,Seigneurdela Malmaison
& de Bifly, &c. mourut 1c
13. du mois pallè.
,
M. Charles Gaspard Dôdun,
ConfeiHei honoraireau
Par lement
) mourut le 14.
Janvier, &c.
M Jeun de Marillon, Conseiller
nu Parlement, mourut
le 29 Janvier, &C.
M. Nicolas Henry de la
Michod!ere,Gon{eillerauParlementmourut
le25* Janvier,
&C.
M. Philippcs* Emanuël de
Colanges) Maistre des Rcquêtes
honoraire, si célébré par
ses chanfonnctes, mourut le
31. du mois pasle.
Dame Loiiife Goret,epouse
le M. Melchior François
:ourren, Colonel Suiflfe &
higadierdesArmées du Roy,
fiotirur leiS Janvier dernIer" kc. M Charles Purifot., Prorureur
General de la Cour
les Comptes, Aides & Finan-
:es de Normandie, mourutle
du mois pasle, &c.
Damoiselle Lucie de Cofcentin
de Tourville, mourut
le 14.Janvier dernier., &c.
Dame Bonne Mirie Bachelier
de Beaubourg, femme da
Mtflire Denis Noël Brularr ,
Marquis de Rouvray, mourut
k de ce mois) &c.
Mtflîre Cesar Alexandre
de Beaudeau, Comte de Para
bere & de Pardailian, &c.
mourut le
1 3. de ce mois,
&c. 1
Le 5. de ce mois M. d'Armenonville
,
Conleillerd'EtatK
cy devant Directeur général
des Financcsi-Prta fermententre
les mains du Roy
,
de la
Charge de Secretaire d'Etac
des Commandements & Finances
de Sa Majette dont il
a cfié porvû sur la dem(Tion
de M. le Marquis de Torcy.
Le choix que Monsieur le
Duc
)uc d'Orléans a fait de M.
1"Armenonville pour remplir
:cttc Charge fait son éloge,
54 son expérience & sa capacité
dans cous les différentsemplois
qui luy ont este confiez
fous le feu Roy, répondent
au public de la fatisfaaion
qu'il en attend.
Le 8. de ce mois, M. de
Verthamon prêta ferment entre
les mains du Roy, de la
Charge de Commandeur Secrétaire
des Ordres de Sa Majeftéjdc
laquelle Charge il n'a
confervé que les honneurs.
Le 11. Février MeflireClaude
le Bas de Monrargis, Confetllerdu
Royen fesConfeils
r- Garde du Tresor Royal, prêta
ferment entre lesmains du
Roy, de la Charge de Commandeur
Secrétaire des Ordres
du Roy
, en prefencc de S.A.
R Monseigneur le Duc dOrléans
,
Rrgenc du Royaume4
de Nofifcigneurs les Princes du
Sang, & des Seigneurs de la
Cour.
M. rAmbaÍfadeur d'Efpagne
a donné le 18. de ce
mois, en 1 honneur de la Naifrance
du Prince Don Carlos,
un des plus fupcrbes & des plus
magnifiques Bals qu'on puisse
donner.
M. de Robincau, cy-devanc
Intendant de M. le Maréchal
de Tallard, & avant la réforme
Commiffairc des Guerres, réfidant
à Dole,a donné un Bal
magnifique, en l'honneur de
la Naiflfance du Fils de M. le
Duc de Tallard.
Il ne nous reste plus enfin
que le chapitre des Enigmes.
Le mot des Enigmes du mois
paffé étoit l'Or, & le Bled. Les
noms de ceux qui les onc deviné,
font: le parclTcux Etranger
de la rue S. Nicaise, le petit
Chariot dela pointe,la grande
Chauve- souris, l'Ane-rayé,
la queue de cheval,l'étendart
de l'Hcrmite, la Coquete folitairc
& le Favory desLozanges.
ENIGME.
Estre d'une forme invisible,
Je comble defaveurscelai quimA
clansfoy ;
Mais quand on nesçaitpasfcfervir
demoy
,
Souventon me trouve nuisible.
Je fuis eslimé des Sçavans,
Tçut le monde efl contraint de
reverermes charmes,
Et les plus grandsHéros me fonmettent
leursarmes,
Vaincusfarmes traits décevant.
Je m'étends partoute la terre,
Du moins je vay souvent de l'un
à l'autre bout:
Enfin je n'ay point d'yeux
,&
pourtant je vois tout
Jufcjues au d¡./fIlJ du Tonnerre.
Plufittits perdront ici lfUn, Pas [
j4chercherqui fuis par mille foin^tsetremî,*
Carilefi assaré,s'ils ne doW
dans e^xmêmes
Qiiilsne , le devinerontpas.
1
Cette Enigme est fuite par
l'aimable Guibour, de la rue
S. Honoré.
AU T R E.
Mon nom, ma forme & ma
demeure
Produisent différents effets.
Soit qu'un mortel nAijJe ou qu'il
meurey
On l'apprendau bruitque jefais.
Ici l'on mevend,l'on macbete;
Jefais également &le mal &le
bien.
Les peuples d'Orient me jugent
bonne à rien
3 Et nefont de moynulle emplette.
Enfinpourmlformtron m'ôte
dé laterre.
Jefers quand on m'afairt, aux
Sujets comme aux Rois,
Je rend divers accens , je fuis
comme le verrey
Etje meplainstoujours descoups
que je reçois.
AVIS.
Messieurs
,
Mcfdames &
Mesdemoiselles, vous vous
ticndrcz,s'il vous plaist, pour
avertis, que le Sieur René
Boutrct, Marchand Limonadier
Diftillatcur à Paris; vend
les plus belles & les meilleures
Liqueurs de France, & par
excellence toutes fortes de
fruitsconfits à 1Eau de Vie.
Il demeure ruë de l'Arbre. sec,
auCaffé d'Orleans, vis-à-vis
la porte de Saint Germain
l'Auxerrois.
JVTKE.
Le Sieur Garneflon, demeurant
à present ruedu Batoir,
en sa maison; est prefquc le
seulquisçache mieux déraciner
les Corps des pieds, &
guérir entièrement ceux qui en
ont depuis un long temps, sans
faire faigncr ny fouffnr la
moindre douleur. L'experience
quil a dans cet Art, jointes
aux différences operations qu'il
a faites, & qu'il fait encore
aujourd'huy avec succés,nont
pas peu contribué à luy procurer
la connoilîancc de plu-
Ceurs per sonnes de qualité
qu'il a gucrics; mais encore à
a. -
accompagné de remarques hif toriques,3 Nouvelles de Rome919'
Secona article de Rome, 14
DxFtnife. 41
De Livourne, S7
Extrait curieuxbiflorique,
des Nouvelles de Lisbonne,
4l
Premier article des Morts, 750
Relation dr la Ceremonie faite
dans ÏEghfe de la Sainte
Trinité d'Angers
, pour la
Consécrationdeneuf Rrligteufcs
de l*Ahbaye du Ronceray>
le SDécembre tyly.
96
Sonnet sur la Vrfiurt de Afademoiselle-
leNain, I42
dpolloninterrompupari'Amour,
-
Fable, ijt
Jfponfe àune vieilleQueflion,
-: 157
bonnet en Bouts- rime%sur l'établiffiment
de l'Academiedes
Heliconides161
lopie de lafeiiille des Bénéficese
desPensions signée par Monseigneur
le Duc d'Orléans le
xo. dumois passe. 163
Qualité de la reconnaissance optique de caractères