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NOUVEAU MERCURE
A PARIS,
M.DCCXV.
AvecPrivilege du Roy.
M ERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
d'Octobre
X7IJ.
Le prix est 30. sols relié en veau,&
zj. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, & J. LAMESLE,
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
j4recj4probation}&Privilège dupsi
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
ONSEIGNEUR,
Si vostre Altesse Royale n'a
que deladisposition à ne pas
s'ennuyer, (ce qui est d'autant
plus vraysemblable dans un
Prince de son âge,qu'en cela
tous les hommes luy ressemblent)
jelasuppliede me permettre
deluy dédier dorcfnavant
mes ouvrages. Je feray
pour son amusement
, en dépit
de tous les obstacles que
pourroit m'opposer la fortune
ennemie,une si grande provision
de gayeté
, que la source
en fera desormais intarissable.
Je feray un traité solidaire
avec les Grâces, les Muses&
les beaux Arts, pour entretenir
Vôtre Altesse Royale du bonheur
de la France, sous la
glorieuse Regence. de Vôtre
AugustePere, & je me menagcray
soigneusementdesintelligences
chez toutes les Nations
du monde, pour recuëillir
les suffrages & les applaudissements
quelles donnent &
donneront toûjours à ses
royales vertus.
Voila, Monseigneur
, un
magnifique projet. Je ne sçay
pas trop bien dans le fonds,
si ce n'est par une temérité à
moy de vous promettre de
sigrandes choses, par l'impossibilité
de vous tenir ma parole,
cù sans doute me réduiront
les brillantes actions d'un si
grand Prince; mais du moins
je sçayque je me contenteray
de foire simplement l'Historien
fidele, dans les occasions
où je ne pourray peindre le
Heros de qui Vôtre Altesse
Royale areceu le jour.
Rien ne peut promettre à
la posterité plus de merveilles
& plus de vertus en vous,que
l'avantage glorieux d'avoir un
tel Pcre. Qu'il soit donc l'unique
modele de ce que vous
ferez, & vous ferez un jour,
comme luy, pour le reste de
vostre vie,l'objet de l'amour &
de la benedittion des peuples.
J'ay l'Univers entier pour
garant de ce que j'avance :
il en gouverne le premier,le
plus riche,& le plus florissant
Royaume; dites luy
,
Monseigneur
, au nom de tous les
François, qu'il apprenne à les
gouverner long temps, & à
menager des jours si précieux,
dont ses soins infatigables
pour nostrerepos, pourroient
abreger le cours. C'est de leur
durée & de sa santé que dépend
nostre félicité. M. Dufrcfny
mon devancier a bien
sceu luy dire làdessusenvers,
ce qu'à chaque moment nous
luy disons tous en prose. Je ne
douce pas que vous n'ayez veu
cette piece ; mais sur ce point
fcs VoeLHC & les jaefitcs ne
sçauroient estre trop publics.
VERS DE M. DUFRESNY
presentez à Son Altesse
Royale Monseigneur le
Duc d'Orléans,Regent de
France.
Lebonheur de la Franceest
ton unique objet.
Oserois-jegrand Prince entrer
dans ton projet ?
Je voudrois à l'Etat me rendre
necessaire
,
Comme tant d autres voudroient
faire.
Ton Médecin déjàsans doutes'est
'Vante
D'être utile à l'Etatensoignant
ta santé;
Sije prenoissoinmoy
,
de lafaire
bien rire,
Je dis bien, avec goût, par l'esprit,
c'cft à dire,
D'un rire convenable aux Princes
tels quetoy S'il , en fut on",s'entend) mais revenons
à moss
Pour le bien de l'Etat>Prince je
tesupplie
Que jesoisMedecin deta melanco
lie.
J'entre en polfèffton., j'ordonne
gravement,
Pour tasanté queje te fasse rire.
Il tefaut du delassement
Sans celapourrois-tusuffire
Arenouveller un Empire.
Ce riefl quun jeu pour toy, d'accord
,je le comprends.
Pour des conseils tous differens,
Toujours tes decisions prêtes,
Toutes justes maigré tant de diversué!
Le Cielt'a donnéplusieurs têtes>
Mais tu n'ascommenous,qu'une
seulesanté:
Eh! quelle encor? ce rieflJante de
Susse,
Il estbon qu'on t'enavertijîe.,
Ton genie est plus fort que ton
temperament.
Sur ce pointseul aveuglement
Soûmets tes lumieres aux nôtres,
Sur ta santéconsulte nous nous
autres,
Car nousyprenons sur ma foy
,
Beaucoup plus d'interêt que toy.
Je remplirois au moins un
volume comme celui-cy de
pieces de Poësies,si je pouvois
me résoudre à vous faire part
de tous les Eloges en vers que
j'ay receus à la loüange de
Monsieur le Duc d'Orleans.
Je ne croy pas que les esprits,
dans toutes fortes d'Etats
,
CC:
soient jamais plus exercez sur
aucun sujet, qu'ils le font aujourd'huy
sur l'abondance
, le repos & le bonheur que
nous promet la Regence. Personneen
France nevoitmaintenant
de plus prés que moy,
le zele des François. De cent
Villes de Province
,
des Seculiers
,
des Curez, des Maîtres
d'Ecole,des Docteurs ,
des Médecins, des Poëtes,
m'ont envoyé par )apo(~e~o~
par leurs amis, des complimentsen
vers, & en prose,
en Latin, en François, & mêmeen
Allemand
, pour Monsieur
le Regent. Parlez luy
, s'il vous plaît, la première fois
que vous le verrez, du double
employ où ses vertus m'engagent.
Il me fait en vérité
passer les jours & les nuits à
lire tous les paquets qu'on
m'envoye pour luy. Qu'ilsçache
quelque chose en passant
de ce que j'ay l'honneur de
vous dire,c'est tout ce que je
demande. Il comprend à demi
mot ; mais voici encore un paquet
qui m'arrive, je parie qu'il
est de la même espece que les
autres. Justement. C'est une
Ode. Je l'ay lûë) & je vous la
presenteà lire.
ODE.
Quel malheurcausela triflcjje°i
Que j'apperçois de toutes parts;
Peuples quelle douleur vous
presse,
Et pourquoy ces tristesregards ?
Mais NIA/gré mon impatience
Vous gardez un morne silence ; -
0 fort! ô regretssuperstus;
Lesgrandes douleurssont muettes
Mais nos pleurs sont vos inter.
prêtes,
Je les entens! Louis n'est plus.
Ainsicet Auguste Monarque
De ses ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'Immuable fatalité.
Ce Soleilfinitsa carriere!
O toy qui reprenssa lumière,
Ciel! nous implorons sa bonté;
Mais déjàsa mainsecourable
D'unnouvel astre favorable
Fait luiresur nous la clarté.
Que vois-je! quelprodige en
core
Parotj'li en croirayje mesyeux
La Divinité qu'onimplore
17itnaroÏt-e./le habiter ces lieuxt
Vois-jedescendre sur la Terre
Lafille du Dieu du Tonnerre
Faut-illuy dresser des Autels?
N'endoutons plus;desa presence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.
Ainsi
Ainsise dissipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros;
Ferme appuy d'un peuplefidèle
Pour récompense de son zele
Il va luj rendre le repos.
Les temps de Saturne (y de
Rbee
Se renouvellent parsessoins,
Déjà Themis autorisée
Luy represente nos besoins.
Il est touché de nos Allarmes
Sa maindaigneessuyer nos larmes
Ilprévient, comble nos souhaits
Qu'àjamais le Ciel qui l'anime,
Fasse à ce Heros magnanime
VajôrtÙgne d sesbienfaits.
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats,
On at'VÛ ce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats;
Etmaintenant infatigable
Par un travailinexprimable
Il cherche un remede à nos maux,
Déjà l'iniquité proscrite,
-
Les emplois donnez au mérité,
Illustrentses premiers travaux.
Par une maximesisage,
p,upICi heureux vous rccc'Ve
&infaillible eprécieuxgage
Des biens quivous sont reservez
VQiry lasaison desirée
De Themis, ainsiqued' djlrée>
Les saints Autels sontrétablis.
Lavaleurjointe à la prudence
là Fontsous une augusteRegence
Fleurir le rejetton des Lys.
Venez Rois,-prenez le modele
Qui vous esticypresenté,
Du bonheurd'un peuple fidele
Faites vostrefélicité
Et vous puissances immortelles,
S'il est quelques graces nouvelles
Que vous reserviez, à nos "JOEUX,
Que de ce Heros les années
De gloire ,& d'honneurs couronetenacnl
jusquà nos neveux.
Mais quefais-tu, Muse in
discrete?
Desifobles expressions
Ne sont qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis un sujet moinssublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des effortsimpuijsans;
Arrête,abandonne la Lire
Aux Auteurs qu'Apolloninspire;
Dis si tu peux ce que je sens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
A chanter son nom,ses vertus.,.
Méritezs'ilsepeut,l'estime
D'un Prince plus grandque
Titus.
Tracez, vous des routes nouvelles,
Le passen'a plus de modeles
Si dignes de vous êtreofferts;
Mais craignez le destin d'Icare?
Que d'Auteurs ensuivantPindare
Iront se perdre dans lesairs!
Prince que la France revere,
Moins par le sang&le pouvoir,
Que par le sacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir,
Daignez excuser mon audace,
Le respect dans mon coeur fait
place
Aa 7,ele que vous m'inspirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes L'Image,
Nos voeux nesont point rebute.
Comme la lecture de ce
Livre ne vous est,je pense, encore
guere familiere
, avant
que vous en lisiez davantage,
ilest bon de vous dire que la
liberté est l'ame de ce volume,
que tout ce qui s'offre de passablc
fous ma main & à mon
imagination
, y trouve indistinctement
sa place, & que le
dessein n'en paroist suivi qu'à
proportion du rapport qu'ont
entre eux les ouvrages qui
fervent à le remplir. Ce rapport
dépend de la diligence
,
ou de la lenteur de ceux qui
lecomposent, & de là naît la
necessité de suppléer par des
faillies, à l'arrangement qu'on
pourroit exiger de moy,si les
honnêtes gens qui me prêtent
des secours avoient le loisir
de me fournir des pieces qui
pussent marcher à la queuë de
cellesqu'il leur conviendroit
de suivre; nuis alors la mierefantaisie pre-
, une Histoire
galante,par exemple, m'aide
souvent à me tirer d'affaire
Témoin celle-cy. --
HISTOIRE.
Ces admirables Heroïnes
donc les Romans nous font
de si brillants porrtaits ,étoient
autrefois dans l'usage commode
de courir le monde dans
des chars,ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux, un
Ecuyer fidele
, une aimable
Compagne, ou du moins ,
une
une Suivante discrete
,
les
accompagnoient dans tous les
hazards où les exposoit à chaqueinstant
leur excellente
beauté. Un monstre
, un barbare
, un geant , un lâche
ravisseur,& souvent un rival
infortuné, les rencontroient
dans un defilé, aufonds d'une
forêt,aupied d'une montagne,
ouau passage d'un fleuve. Là.
il étoit sans doute question de
faire preuve de valeur. Lesang
couloit de toutes parts, & la
Princesse alloit estre la proye
d'un perfide ennemi, ou d'un
tigre affamé.,si le Ciel n'eût
envoyé l'intrepide. Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat change bien de face
le monstre tfillur le champ
immolé à sa juste fureur, Vin*
fame ravisseur a déja mordu
la poussiere
, ou le geant est
exterminé.Le Heros quitte
à l'instant les écriers, descend
précipitamment de cheval,&
d'un air extasié de la beauté de
la divine personne qu'il vient
d'arracher à ses cruels ennemis,
il va se prosterner à ses pieds,
& la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il aen ce
jour d'être son libérateur.
C'est aux voeux qu'elle a faits
pour luy, qu'est dû l'éclat de
sa victoire. Desoncôté la
Dame le felicite,&après maint
& maint complimens
,
il la
mene dans un superbe Palais
qui est environ à un mille du
champ de bataille. Là ils se
content par interpretes les differentes
avantures de leurs
vies, & bientost par bricole
tous les liens du fang & de
l'amitié les unissent à jamais.
On a , grace au temps qui
détruit tout, & à des reflexions
fortsages, bien abregé maintenant
toutes ces façons. Aujourd'huy
les belles courent
le monde sans tant de ceremonies,
& serencontrent heureusement
sur les grandes routes,
comme desPelerins. Envoicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfosse
deux Villagessituez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris, un beau jour du mois
d'Aoustvers les quatre heures
du matin
, une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Païfan
, au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtuë d'un habit de
tafetasrayé, son juppon étoit
de tafetas couleur de rose, avec
un point d'Espagne d'argent,
pour sa coëffureelleavoit une
garniture à dentelles negligée,
elle avoit une jambe chaussée
d'un bas de soye verte & l'autrenuë
,elle porroit ses souliersen
pantoufle, & se promenoit
tristement sur un tendre
gazon.
Dés que lePaysanl'eûtapperceu,
sa curioficé le conduifie
vers elle;hé mon Dieu!ILiy
dit-il, Mademoiselle
, que faites-
vous si matin sur cette pelouze
,
il y a une demie heure
que je vous examine de loin,
vous devriez êtrebientôt lasse
de vous promener. Il est vray ;
mon amy ,
luy dit-elle, qu'il y
a déja longtems que je me promene
,& j'ay envie de me promener
encore. Je n'aurois pas
pris la libertéde vous parler
,
luy répondit-il,si jevousavois
creu habitante de ces lieux ;
mais je suis oela imi son de
M. de H**qui est Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez leChâteau;une per sonne
mise comme vous, ne peut
ici demeurer que chez luy, &£
vous n'y demeurez pas. Cela
cft encore
vray,repritlabelle;
mais M. deH**ne sçauroit
trouver mauvais qu'on se promene
sur ces térres: passez vôtre
chemin,mon amy ,
&me
laissez en repos. Le Paysan qui
alloit à sa Ferme quitte saroute,
au lieu d'aller à son travail,
& retourne sur ses pas pour
annoncer cette avanture à son
Village: en chemin il rencontre
un Garde chasse de son
Maistre,&le mene à l'endroit
où il avoit laissé cette belle inconnuë.
Le Gardechasseluy
fait le même compliment que
le Paysan luy avoit fait. En verité,
luy dit elle, les gens de
ce Païs cy sont étrangement
curieux, je me promené, vous
dis-je, & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais,Madcmoirelie
,
reprend l'autre, vous
vous tuez à force de vouspro-,
mener;& que vous importe
luy dit-ellebrufquement/oncce
làvosaffaires,&n'est il pas
permis de chercher le silence
& le repos au milieu d'un
champ, err un mot vous navez
rien à voiràce que je fais
ici, & vôtre curiofiréefl; une
curiofiré extravagante. Cest
vostre intérêt, luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
questions
,
le Soleil est deja
haut, je crains que sa chaleur
ne vous foit nuisible
,
& vous
me feriez un vray plaisir de
vouloir bien accepter unasyle
dans ma maison. Ala bonne
heure, Monsieur, luy die-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
se laissa conduire au Château
de morfontaine,dont le pere
de ce Garde-chasse étoit le
Concierge. Ill'introduitdans
une grande chambre,où d'abord,
après l'en avoir mis de.
hors, & en avoir fermé la porte,
elle se jette sur un lit, ou.
elle s'endort tranquillement.
Pendant son, sommeil
,.
la
Concierge entre
,
s'approche
du lit sansbruit, & va de prés
examiner les traits de cette
jeune personne. Tant de gra*
ces citant de charmes l'étonnent
si agréablement, qu'elle
attend ion reveil en l'admirant.
Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux, vous venez
, lui dit-elle, Mademoiselle
,
de dormir d'un sommeil
assez doux,n'auriez vous pas
maintenant besoin demanger.
Oiiy
,
Madame
,
lui répond
cette aimable inconnue
,
je
mangeray volontiers,& tour
ce que vous voudrez bien me
donner me fera plaisir, parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
sert aussitost tout ce qui peut
satisfaire son goût & son appetit.
A la fin de ce repas, la
Concierge la questionne
, que
saisiez vous,luy dit-elle, aune
heure aussi induë
,
dans le
champ où on vous a trouvée.
Je me promenois,Madame,
lui répond elleàson ordinaire.
Mais qui vous a conduit en
ces lieux? mon étoile. Y connoissezvous
quelqu'un? personne.
Etes vous des environs
dece Village?nonD'où êtesvous
donc? de loin. A qui ap
partenez-vous ? à ma Famille.
Où demeurent vos parents?
chez eux. Eil ce là tout ce que
vous mevoulez dire? oüy. La
Concierge rebutée de ces monofyllabes
va trouver Madame
de H**qui faisoitalors
une reprise d'ombre avec des
Dames de ses amies qu'elle
avoit invité à venir passer les
beaux jours à sa campagne. La
nouveauté des choses qu'eHe
entend la détermine àquitter
sur le champ son jeu,pour aller
voir l'extraordinaire personne
dont on vient de luy
faire un si bizarre récit.LesDames
avec qui elle étoit, aussi
curicuses qu'elle
,
la suivent
aussitost, & elles entrent ensemble
dans la chambre où
l'on avoit mis l'inconnuë. La
belle à qui il manquoitunbas,
& qui Serolt apparemment attendue
à une pareille visite
, avoit profité de l'abfcnce de la
Concierge pour se mettre en.
tre deux draps.
Le lit est aujourd'hui, comme
ila,je penses,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
leur fert de cabinet de toilette,
de salle d'audience, de bureau
de nouvelles, comme de
theâtre à la galanterie. Celle-ci
qui n'était asseurement pas
une bête,s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôllc
qu'on va lui voirrepresenter.
Dés qu'elle vit Madame de H.. & les Dames qui l'accompagnoient
,
elle leur fie
donner des sieges par les Domestiques
qui les avoient suivies
, elle les pria fort civilement
de s'asséoir
,
& après
quelques compliments généraux
, elle adressa particulierement
la parole à la Maistresse
d; la paison. Madame
,
luy
dit elle
,
oserois-je vous demander
quel est précisement le
motifde lavisite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit sans doute des
chosessisingulieres de moy ,
que vous n'avez pu vous rcfuser
à la curiosîtéd'examiner
vous- mrnc l'objet de ces nouveautez.
Heureuse encore si
on ne m'a pas fait passer dans
vostreesprit pour une folle.
Mon avanture eil rare, mais
elleest naturelle; & tous les
évenemens que l'amour fait
mure quelquq yernis de
dérèglement qu'ils puîssent
répandre sur nôtre conduire)
font,selon moy,justifieztoûjours
par l'amour. Je croy Mademoiselle, luy dre , Madame
de H. que dans toutes
les actionsdela vie,chacun a
la mêmeindulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àse disculper
d'avance de tout ce qu'on
appelle faute
,
à Dieu ne plaire
néanmoins que je veuille dire
par-là, que vous ayez besoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le monde s'efforcedautosiser
sa conduite. Nous ne
concevons.
concevons, ny ces Dames, ny
moy ; aucun préjugé qui vous
foit desavantageux ,&. nous
sommes persuadées que vôrrc
jcuneHe,vostreesprit,&vostre
beauté (quoy que ces avantages
soient souvent funestesà
celles qui en joüissent)ne font
aucun tort à vostre sagesse. Je
ne vous par le que de ce que je
voy de charmant en vous, Mademoilelle.
dc grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne sçavons pas & que nous
souhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire,
reprit elle, que ion le dérail
des choses que vous me demandez
, je n'ay garde de
vous refuser de vous conter
une histoire dont le recit
& vostre indulgence addouciront
sans doute mes peines.
Ecoutez moy & soyez persuadées
de la vérité de tout ce que
vousallezentendre.
J'ay reçu le jour à Dijon, *
mes parentsy ont distinguez
prla robe,ils y possedent de
grands biens, & mon perc est
* Elle les nomma,& leurs noms &
leurs qualitez furent connus de toute la
Compagnie.
Je Chefdetoute nôtre famille.
Yay un fiere de qui je fuis
l'aînéç, &je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neufon me
mil au Couventde ** où
j'ay restéjusqu'a,ma quinzième
année, que ¡"on m'en retira
pour me donner en masiage
àun^'uneGentilhommc
dont leperc'étoitamidumien
Avant denous marier on voulut
examiner si nos inclinations
sympathisoient ensemble,&
S'il y avoitlieu d'esperer de
nôtreunion, toutes les fuites
d'un bon ménage. Mon
pré, tend,us,yprit-apparemment
fort mal., ou je neme crouvay
point dedispositionàl'aimer,
auni ne l'aimayje jamais.
Enfin il m'ennuya, me
rebuta, & me dégoûra tellement
de sa personne pendant
une année couere, que je
fuppliay mon pere de me remener
au Convent Le jour
quejeluy fis cette priere
j'effuïay de luy & de ma mère
un oraged'injures.
Les peres veulent être obéïs,
ilsveulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'est leur manie, & ce fera
peut estre la nôtre, lorsque
nous aurons des enfanscomme
eux.- Mon pere est violent; mais
bon, & ma merc est toujours
d'une humeur intraitable:elle
n'a que trente-cinq ans, &il
y a long-temps que je m'apperçois
que je fuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
plaifirdc me voir luy ravir
tous lesjours sans dessein des
hommages quelle avoit la
bonté de croire merirer
mieux quemoy je nevoulais
absolument pas entendre parler
du parti qu'elle me propÓ.
foit. Une mere jeune ne pardonne
jamais ces desobéissances.
Pendant tout letempsque
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ses soupirs.,
un jeune Cavalier qui
venoit assiduementaulogis,
pour qui ma mere avoit toute
la consideration imaginable
avoit trouvé le chemin de mph
coeur. L'mtclfigcdce parfaite
que par son esprit & sa discre
tion il entretenoit avec moy,
au milieu tîelliffteufecon*'
trainte ou nous vivions, m'a.
voit fait concevoir une si tendre
estime de son mérité,que
je fongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vîmes ,
l'époux
qu'on me destinoit fut la
vidime des sentimens qu'il
m'inspiraLuyfaisois aucun
tort? j'imitoisence seul point
l'exemple que me donnoit ma
mere
Ce ne fut en un mot qu'à
la consideration de ce nouvel
amant que j'eus la patience d'écouter
si long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
son rival se rebuteroitdes mauvais
traitemens qu'il recevoit
de moy ,
& qu'à la fin il se lafferoit
de m'importuner; mais
le contraire arriva, & son opiniâtreté
fit avorter toutes nos
espérances.
Je fus ainsi, après bien d'inutiles
instances, remenée au'
Convent où j'avois passé les
premières années de ma vie.
Mon Amant sur quelque tems
inconsolable de mon absence,
il cessa de voir ma mere qui en
pensa mourir de douleur; mais
la raison & l'amour se réunie
fant, il songea à tous les expédients
pédants qui pouvoient lerapprocherde
moy ,& le rasseurer
contre les perils ausquels
pouvoit m'exposerl'éclat de
les visites.-1'•<
Que les précautions des Amants
font vaines! après bien
desréflexions ôc des mesures
qu'ils croyent bien ju stes, ils
ne [c donnent souvent la main
que pour se précipiter ensem- bîe! Cleante ( souffrez,Mesdames,
que je nomme ainsi ce
cher objet de mon amour,
Cleante, dis je, m'écrivit une
Lettre qui me fut rendue par
une Tourriere, qu'une femme
inugenieuse & ardente à nous
servir) avoit adroitement mis
dans nos intrerests.
Voicy les propres termes de
sa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie queje
vous voye ou que je meure. S'il
vous reste quelque envie defaunet
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mesuresqueje
vaisprendre pourm'af.
Jeurer du bonheur devous revoir.
J'ay le Carnaval dernier ejjayé
plusieurs fois vos habits, ils
malloientsibien(vous lefjave)
qu'au Bal, tout le monde me prit
pour vous, J'ay esté en posse à
Paris oùj'enayfaitfaire qui me
nom à merveille;avec le secours
& par le moyen de Dorinne, je
vais me mettre en pension dans
vostre Convent. Ne vous revolte
point contre cette proportion?
ne craignez rien? ma discretion
vous est connue; je ne vous demande
que de l'amour cm du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre j'envisageaien un moment
toute l'horreur des pé
rilsoù se precipitoit mon malheureux
amant,&je fus vingt
fois sur le point deluy répondre
d'une maniere CJpie de
le dégouter de latémérité de
son entreprise
,
& peut eue
même de l'amour dontil bluloit
pour moy ; mais ce même
amour plus fort en mon ame
mille fois, que toute ma raison
,
vint l'offrir à mes yeux,
gemissant, fondant en larmes,
desesperé, mourant; mon
couragesuccédant alors à ma
timidité,mes frayeurs s'évanoüirent,
& je me
fis
une gloire
inconsiderée de partager avec
luy les dangers presque évidents
aufcjuels l'exposoit mon
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots.
Soit foiblesse, amour ,
oufer
meté jenebalance plus, cruel ,à
vousaccorder le consentement que
vous éxigcZ de moy , ma tendresse
pourvousvous lerefuse
,
vostre
amourme l'arrache ry je ne me
rends que parce qu'une amante
éprisè comme moy , ne peut rien
que ceàer aux volontez d'un
amanttel quevous.
J - V0US laisseà penser sicette
Lettre flatta ses desirs impetueux.
Elle fit twa si prompc
effet, que le même jour Dorinequiétoit
nostre confidente
le vint presenter sous le nom
de sa niece à la Supérieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Pensionnaire
,
qui
avoit,à ce qu'elle disoit, beaucoup
de vocation. La Supérieure
leur fit le plus obligeant
accuëil du monde, & la nouvelle
Pensionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire,mangea le
mêmesoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur, la blancheur
de (on teint, sa modestie,
sa douceur, les grâces la firent
bien tost passerentre nous
pour une fille paifaite
, nous
restâmes ainsi quelques jours
ensemble,sans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la presencedemonAmant.
La sympathie qui étoitentre
nous deux nous rapprocha
bientost, Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha à moy,
& je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Pensionnaire
du Convenr. Deux mois s'écoulcrent
ainsi dans lesplaisirs
de la pluscharmante union du
monde, & nous joüirions
peut être encore de la même
maniere,& dans la mêmeMaison
,de la douceur d'être ensemble
, si une de nos Compagnes
, plus claire-voyante
que les autres,n'avoit pasdémêlé
malheureusement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit rien moins qu'une fille.
Cette funestedécouvertela
rendit amoureuse de monAmant,
elle devint ma rivale,
elleeût même la cruautéde me
faire saconfidente, bienaffeurée
que je netrahirois jamais
son secret Je déclaraiaussitost
à Cleante les frayeurs mortelles
dont m'agitoirla-craintç
quo ce terrible déguisement
n'allât jusqu'àla Supérieure,
& je le déterminai à se sauver
au plus tard dans deux jours
par une demie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je consens
, me dit il
,
à tout
ceque vous voulez; mais je
veux qu'à vostre tour, vous
consentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me sauve de ces
lieux, il faut absolument que
vousm'accompagniezdansma
fuite. Que deviendriez vous
ici, dje vous y laissois? quelles
persecutions n'auriez vous pas àessuïer de vos Compagnes
*
des Religieuses
, & de vostre
Famille ? je vais faire avertir
Dorinc detoutcequi se passe,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent, pour estre plus à
portée de nous servir, je vais
luy écrire de venir incessamment
ici, & je conviendrai
avec elleau Parloir, detoutce
qu'il faudra qu'elle fasse pour
nostre delivrance.
Le même jour Dorinearriva
, il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez,
&lui ordonna d'envoïer
le surlendemain à onze heures
du soir
,
derriere les murs du
Jardin du Convent, son Valet
de chambre& son Laquais
avec deux chevaux demain
pour luy& pour moy, & deux
autres pour eux Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure destinés
pour nostre fuite, fut arrivée.
je descendis dans le Jardin, &
à la faveur des tenebres je me
rendis en tremblant au lieu où
Cleante m'attendoit mais au
lieu del'y rencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
nostre repos Elle me prir par
la main,m'embrassa & me dit
en pleurant:Non, belle Julie
vous ne vous sauverez pas sans
moy. J'ay examiné toutes vos
démarches,j'ay deviné vostre
complot. Je vais mourir si
vous m'abandonnez; mais non
je ne vous perdrai pas, vous ne
me quitterez point, & vous ne
me laisserez pas ici la feule &
malheureuse victime de mon
funeste amour, ou si vous avez
formé ce cruel dessein
, mes
cris vontattirer tant de monde
en ce lieu, qu'il vous fera
impossible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaires
Cleante arriva. Sa presence
nous rasseura toutes
deux,&;il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmesenfin
lamuraille,non
sans beaucoup de peur & de
peine: dés que nous fûmes de
l'autre costé, nous montâmes
à cheval, Cleante me mit en
croupe derrier e lui, & nous arrivâmesainsiàun
Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleanre y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit,nous y receut le
mieux qu'illuy fut possible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée, & la nuic
suivante nous continuâmes
gôrrc: route avec un cheval de
plus. Le troisiéme jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoir un amy ;
qui, asseurement, nous aideroir
à nous défaire de mon importune
rivale;mais en verité
peut-on faire le moindre compte
, & établir aucun fondement
sur lafoydes amis d'aujourd'huy.
Acaste
,
cest le nom que
vous me permettrez,s'il vous
plaît, de donner à ce perside
amy. Acaste, dis. je, ne m'eût
pas plustost vûë, qu'ilfit, à Tégard
de Gteantc,ce que ma rivale
faisoit au mien. En un
mot ilm'aima
,
& bien loin de
servir son amy , comme il le
lui avoir promis, il fit tout le
contraire. Pour vous défaire,
lui dit-il
,
de cette personne,
dont latendresse vous gêne,
absentez-vous d'ici pour que
ques jours, allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Pensionnaires
qui se font sauvez duConvent
de Les soupçons ne tomberont
certainement pas sur
vous, qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
vous a pas vû à Dijon. Voyez
vostre famille, mettez quelque
ordre à vos a
ffaires que vostre
amour&vostre neg,ligenceont sans doute fort dérangées:
rendez même quelque visite
aux parens de Julie,& sçachez
d'eux jusqu'où les porte leur
ressentimentcontreelle. Enfin
determinez vous par toutes
les raisonsquejeviens de vous
dire, à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous, lesoin de
vos interests&celoyde vostre
amour, font les motifs qui
doiventvous y resoudre.
Je fus témoin de cette conversation
versation qui me parut fort
raisonnable
,
& j'encourageai
moy-même Cleante à me quitter,
dans l'e sperance delerevoir
bien-tost. Il fut enfin
résolu à l'heure même,qu'il
partiroit le lendemain matin :i
& cela fut executé avec toutes
les circonstances douloureuses
qui accompagnent la
separation de deux amants.
Le même jour Acaste pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'ilreservoit à son
éHny ,sir monterbongré malgré
,marival e à chevJI.) & h fitinhumainement conduire.
chez une tante qudie avoit
à deuxlieuës d'Auxerre
,
sans
que ses cris, ses prieres & ses
larmes pussent le détourner
de l'execution d'un dessein qui
la menaçoit,àce qu'elle disoir,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy representer
qu'il sacrisïoit nostre
secret à l'indiscretion
,
à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuse fille
,
il ne
tintcompte dema remontran.
ce&sesgens remmenerentoù
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ses nouvelles. Aprésce bel
exploit,il vint me prorester
qu'il n'avoir envisagé que
mon interest & mon repos, en
me défaisant d'une compagne
si dangereuse,il me dit adroitement
qu'il avoit remarque
qu'ellen'étoitpasaussi indifférente
à Cleante
, que je le
croyois. au reste
,
s'il
m'inpottoit que mon amant
aimât ma rivale
,
il ne seroit
pas difficile de les réünir: que
pour luy
,
illuy étoit impossiblede
faire à costé de moy un
si aveugle choix Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoir aimé dés
le premier instant qu'il m'avoit
vue
,
& qu'il me consacroit
le relb de sa vie. Jefrémis à
cetteépouvantable declaration,
tousmes sens furent saisis
d'un si grand étonnement que
je ne pus m'empècher de luy
dire toutes les injures que la colerc&
le desespoir me mirent à
la bouche. Jele trairaid hom*
me sans foy ,sans honneur
,
de persideami. Arrêtez
,
ditil,
belle Julie, & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeurune infidélité à mon
ami, en vous aimant. Cen'est
pas ma faute si vous estes infi.
niment aimable,& la raison
qui me rend amoureux ne doit
pasme faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vousattestez tant de fois,
est un foible titre contre une
passion plusforte. J'eûsse fait
plus après vous avoir vûë,
je vous aurois sacrifié jU[9u'à
ma Maîtresse
,
si j'en avois eû
une, lorsque le soit vous con'.
duifit icy. J'y ay un crédit qui
ne vous fera pas inutile. Profitez,
si vous m'en croyez, de
l'occasion ,acceptez l'offreque
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Nostrehymen
ne dépend que de Vous,
sivous contentezàmépou fer.
Vous ne répondez rien. Non
lâche,luy dis-je, si,je[crpondois,
je te dirois que je gemis
de me voir ex posée comme
je le fuis aux fureurs du
plus indigne de tous les hommes.
Allez, reprit-il
,
belle
J iic,avcc une douceur cruelle,
quelque jours appaiseront cc
grand courroux; mais puisque
Cleante devoir vous mener à
Paris, je vais en sa place prendrece
foin, disposez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy ,voilà pour aujourd'huy
tout ce qui me reste à vous dire.
Il alla sur le champ donner
ses or dres à ses domestiques,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laissee. Le lendemain
à la pointe du jour, il me fit
éveiller pg-une femme qui
m'aida à m'habiller, & qui me
conduisir jusques dans la cour,
où je trouvay une chaise attelée
& preste à partir. Acaste
vint me forcer d'y monter, &
y monta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un postil-
Ion composoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourdhuy que nous sommes
en route, & c' c £t..}»avan[ure
qui nous est arrivée hier au
soir que je suis redeva ble de
l'hospitalité genereuseque
vous m'accordez si obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguisez en
Paysans,nous ontarressé sur le
grand chemin,ils ont détourné
nôtre chaise, & l'ont menée
dans un bois qui est environ
à trois lieuës d'icy; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
saisi le premier a esté lié à un
arbre,Acaste & le postillon à
deux autres; pour moy ils
meditoient
meditoient de m'emmener
avec eux lorsque des coups de
siflets qu'il s ne connoissoient
pas, & qu'ils ont pris, autant
que j'ay pû le comprendre,
pour des signaux d'A rchers,
les ont fait changer de desein.
Ils ont pris sur le champ le
parti de regagner le grand chemin
, & m'ont laissé en liberté
au milieu du bois, après nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre.Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir fileperfide Acaste
& ses domestiques étoient
liez d'une manière à ne pouvoir
Ce détacher sans le seçours
des gens-que leur bonne ou
mauvaise étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fik tous
les reproches quemeritoitson
infidélité, & ma harangue finie,
je me suis courageusement
derobée à sa vûë, pat un petit
fenrier que j'ay suivi, jusqu'à
ce que j'aye trouvée laCampagne.
J'ay marché encore au
moins unebonne heure à travers
les champs,tant j'apprehendois
de me retrouver sur
les grandes routes,& même
d'entrer dans aucunVillage.
La nuit enfin a ialltinti mon
ardeur Jeme luisarrêtéeac*
câblée de soif & de lassitude
à uiicpetitci maison au
milieu de la Campagne environ
à un quart de lieuë
dICt ;une bonne femme qui
eanvétoeitcla Maitresse m'y a toute l'humanité
possible , j'y ay passé la nuit
asseztranquillement, quoique
fort mal à mon aise, & ce matin
à lapointe du jour,j'en fuis
sortie pour me promener sur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque, je l'ay cherché en
m habillant, je ne l'ay pas
trouve&je m'en luis pa fse'c.
Voilà, Madame, cpntlnUJ.,
t-elle, en adressant la parole à
la MJÎrrcLTe du Chaseau
, cc
qui m'etf arrivé de plus coi si.
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne soit
veritable,la bonne femme qui
m'a recuëill y hier ausoir, vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un asyle chezelle, & si
l'on envoyoir dans le bois, il
seroir peut estre encore temps
de delivrer l'infideleAcaste.
Mais, Madame, je vous prie
de n'en rien faire, à moins que
vous ne deffendiez absolument
aux gens à qui vous pourriez
donner cettecommission, de
luy parler de moy. Du reste
n'imputez qu'à l'amour,tout
ce que vous pouvez trouver de
blâmable dans ma conduite,
trop heurcu se si mon hymen
avec Cleante, peut un jour en
justifier les fautes. Non, belle
Jilie, luy dit Madame de H
Ne craignez pas que nous vous
sassions icy des remontrances
qui vous assigent, pour moy
je veux vous servir, d'une
maniere qui ne vous laisse rien
à souhaiter. Ecrivez une lettre
à Cleante, mandez luy, la
pesidie d'Acafte^ôidaffendcz
luy expressement de seranger
d'un cf-Íinc donc la fortune à
pris, foin de le punir. Pressezle
de serendre icy le plû-tost
qu'il pourra , afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymcm
Pour moy je vais écrire à quelquesamis
puissants que j'ay
en Bourgogne, & les prierde
mettre tout en tenirince{hmmuesnatgleepcoounrsoebrvtenirincessament
tement de vos parents pour
vôtremariage. Enattendant,
vous vivrez icy commenous,
& vous nous trouverez tôujours
disposées à vous donner
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honnestetez &
des caresses donc ces Dames la
combloient, les remercia de
cet excès de generosité,avec
tout l'esprit & toute la politesse
imaginable. Elles sortirent
en fuite de sa chambre ;
pour luy laisser la liberté d'ccrire
à Cleante; sa lettre finie
Hc. l'envoya toute ouverte à
Madame de H. qui la fit
mettre àla posteavecla sienne.
Et au bout de huit jours le
:r:ap heureux Géantsarriva à
Marfontaine avec le consentement
du pcre de Julie, une
lettre de sa main pour sa fille,
& une autre de remerciement
pour Madame de H qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants se fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans sa maison un grand nombre
dhonnestes gens qui assisterent
à cette fête,dontl'abondance,
la delicate&la magnificence
firent les honneurs
comme elle.
C'est de deux des convives
même quej'ay appris cette
Histoire, les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
dans un Roman fait à plaisir,
mais il est certainementagréable
de trouver de veritables
avantures de Roman,dans un
récit ou la ttion n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penser
comme moy, ne seront pas
fâchez de voir une jeune fille
sortir du Convent avec tant
d'erprit.,fàctifi'--riépoux qu'on
luy destine à un Amant qu'elle
choisit, retournerauConvent
pour se dérober à la per secution
de ses Parens attirer &
cacher sonAmant au milieu de
trente fillescomme elle,escalader
des murs, se faire enlèver
traverser des Campagnes, perdre
son Am.1nc"',J devenir la
proye d'un amy perside, tomber
énrrc les mains des:volcurj
s'enéchaper, vie & bague sauves
marcherseule lanuitau
mijieu d'un bois,arriver le
fendemrn dans ur>b^ai^Gha-t
teau,yestrereçûë à merveille;
& y épouser à lafinl'ob^t do
tsroon uavmeoutro;^uPotciref laFAjooyl,ij,e
néanmoinsje ne conseille à
aucune Demoiselle d'imiter
celle- cy.
aP1i°pPts Romans, jesçqypourquoy
prodigieusementchicaonnnmél'ae1}
TOift, ffe sur celuy de la
Gqnwlïe 'dcf?!V9Y. ji n'ây a)réppIn4ççaux re- faits à ce sujet.Jen'enconnoissois pas ["4\y'tE.f,4;iijçJe)nbI:avoi
jamaislû^je çtayrpiy(ccuiime
jfclç-çtQy encore) qu'il estoit
du domaine4çMejquçç. ;He fç
saisir detoutes, lesidéesqu'pa
luidonne indifferemmentsur
toute forte de sujets
,
& que
son employ ne le rendoit pas :rclvc, des Àiweurs; qualité
dont jej|* me ferois néanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComtesse de Savoye;&
c'est à sa feule consideration
que je supprime,en dépic
de mes plus chers corres
pondans, une demie douzainc
de nouvelles lettres à Mendoce,
à condition cependant
onne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette réponsede
Mendoce à la Comtesse
de Savoye.
:
Pourfairevoir
,
belle Princejje
t avec quelleprécaution il est
bon d'admirer les Anciens, je rapporterai
un exemple d'une expres
sion d'Horace,qu'on m'afaitautrefois
admirer en Rhetonque,&•
que le célébréMDespreauxa
trouvési beUt
,
qu'ill'a enchassé
comme me pierreprécicufe dans
son Art Poétique, C'est le fameux
festina lente,hâtezvous
lentement. De bonne soy je ne
sçattroiscomprendrecommenttant
d'habiles Professeurs d'Eloquence
, & M. Despreauxmême,
hommesisage &siéclairé? nese
sontpas apperceu que cette expression
est un
purgalimathias&
un
franccolifichet; car que veuton
direpar là,onveutdire,que
quand on travailleàunouvrage,
il n'yfaut pointperdre de temps ,
mats cependantse donner toute lt
patience necessaire pour le perfectionner
; cette pensée là est fort
juste &fort vraye ,
mais il ne
falloit pas l'exprimerde la forte
ilfalloit dite:
Necessez de marcher, mais
allez nrcfficnt)ou quelquechose
d'équivalent, sans prétendre la
rendreJublime en eeprimant-par
deuxcontradictoiresquinesçaUroientjamaisformerunerentable
beauté.Mais,dira-t-on, n'entendon
pas biencequecesPoètesvexlent
dire
;
;jçn ,ae-,"eüre' dta'(cbfd
par là raisonq'i'èI' devine souvent
unefou mauvaise Enigme
!Ji. ''Lo:/a ce quia trompé. Pour
me munird'uneautoritérespectable3
ensoûtenant monf?ntiment,
je rapporte l'exemple des deux
derniers Vtrs du Sonnet du Mi..
santrope.
Belle Philis on desespere,
Alors qu'on espere toujours.
Ne voit on pas. que cette exfrejjion
que M. de Moliere a sijudicteusement
critiqué
,
&qu'il a.
tnifè avec raissonan rang des eoli*.
fichets,dont le bonsens murmtW:.
esten effet la mêmequecelle d'Horace&
dzJJf,Deffr^uù ;car
pourmoy ,je ne IV15 jamais de difsérence
entre un desespoir qui espere
> une lenteur quise hâle, £7*
de l'aigre doux; ces trois expressions
là font également vitieuses.
Il ne m'appartient pas de donner
des réglés,cependantjose direque
l'on ne doit jamais se servir de
deux contradictoires pour rendre
une pensée sublime, on ne fera
jamais qu'un phoebus ridicule. Si
on trouve que j'ay raison
,
à la
bonne heure,sion dit quej'extravague
,c'est un reproche injuste
quel'onfait à bien des gens &
jetacheray de m'en consoler. Je
suis dùnc-t en attendant l'honneur
de
devous voir, (7 devous venger,
Belle Princesse,
Vostre
très-h
umble
3
très-hunible &
:J
trés-obéïssantserviteur
MENDOCE.
On me dira peut être que
cctcc Lettre ne revient que
mediocrement à l'histoire de
la Comtesse de Savoye : je
soutiens moy qu'elle n'y revient
point du tout, mais c'est
la faute de Mendoce,& non
la mienne il devoit répondre
ad rem, ilne l'a pas fait,tant
pis pour luy :&ce n'est pas
à moy à justifier son indolence.
S'il Ce ravi le à la bonne- heure,
aussi tost jevousenferay part.
En attendant trouvezbon que
je vous presente encore une
Odequia son merite ,elle est
dela façonde M.l'AbbéPelegrin.
Ellea disputé le prixde
l'Academie Françoise à M.
Roy,& ne l'apas remporté,
foie malheur
,
soit équité, je
vous fais juge du droit qu'elle
a eû d'y pretendre.
ODE
Sur les avantages de la Paix,
& sur les obligations que
nous avons au Roy de nous
l'avoir procurée.
Du haut de lavoute azurée,
Quel éclat vient frapper mis
yeux!
Est ce toy 2Àplaix tant desirée?
',Eftwce toy qui descends des Cieux?
Maisdois-jehesiteràlecroire
Aprés le* doux chants de victoire
Dontce rivage a retenti?
Loüis atoûjoursfait laguerre
Pmx rendre la Paix à la terre:
Loüis ne s'estpas démenti.
Epargnetoy,noireDiscorde,
L'horreur de voir le monde heureux:
Les biens que Loüis nous accorde
Seroient pour toj des maux af-
-
freux:
Fuy. C'en estfait;rien ne l'arrête:
Ses frpents,ifflantsursa tête3
Nous confirment nôtre bonheur:
Ses adieux sont des crisfunebres;
Parmyd'éternelles tenebres,
Elle va devorer son coeur.
Que pour jamais elle s'exile
Deces lieux où triomphoit Mars;
Queses cris respectentl'asyle
Et dcsMuJeSjCm des beaux Arts!
Que vois-je ? quel fort nous appelle!
Toutfleurit
,
tousse renouvelle :
Accourez
,
Enfansd'Apollon :
Que la Paix icy vous ramene; Et vous ,
bords heureux de la
Seine Changez-vous , en sacré Vallon.
Quelfeu dans mes veinesse
glee1
Jevois un champ&desRivaux:
On ouvre une brillante lice
Pour les ingenieuxtravaux.
Auxjeux d'un TribunalAuzufleà
Aussiredoutable que jtijle
, Enfoule on se metsur les rangs:
Mon émulation s'irrite;
Mais je tremble à voir le merite
DesFûges & des Concurrent?.
D'oùnaissentme-s-frayeursextrêmes!
Ay-je oubliévuedans ces lieux>
Ca Concurrents , ces Fuges mêmes
, M'ont-déjàvû victorieuxf
Quoy ?j'envisageaisans allarmes
Le premier champ qu'aubruit des
• aYlnrr
La victoire me vintouvrir;
Erjerefitroïsenarriéré
Dans cette nouvelle carriere
Où la Pûx m'invite, à courir.
Ttifezvous^guetrierestrom?
pâtesy >. 1 Ne venez plus mMer nos jeux.
7aime%#voir,aufin des,mosettes,
Danser les Faunesamoureux :
LesMoutons bon dçs SçrgsttfF,
Sur le vert tapisdes Prairies
LBeoBndeirrgteurçdrireedehtirs,dcfir$: àlaBerrere, :
C'estunRoy tendre&debonnaire
Quinousfait ces heureuxloisirs.
Quel objetpmr mes yeux
avides!
Que d'épics couvrent nos guerets.
Les champs de Mars nesemblent
vuides
Que pourremplir ceux de Cerés.
Nos Soldats
,
si fiers dans la guerre,
Dans la Paix labourent la terre
Ils font tels que les vieux Romains
:
Bellonne à peine est disparuë,
QiSon lesrevoitsur la charruë,
Porter leurs triomphantes mains
Aux épicsque l'Etémoissonne
Sejoignentdes tresors nouveaux
Lesfruits que doit meurir lAutomne
Fon
Font brillervergers (7 côteaux.
Jamais,pour enrichir le monde
La terre ne futsifeconde;
Non;rien n'égale unsibeaujour.
Douce Paix,toute la nature
S'épuise à tracer la peinture
Des biens que produitton retour.
Quelart en miraclefertile
Rassemble cent Peuples divrrs,
Et neforme plus qu'une Ville
aDuuvasxtesein de l'Univers. rives dontnoussepare
L'Ocean trop longtems avare
La Paix nous ouvre des chemins:
Les biens que laguerre disperse
Sont réünis par lecommerce
3
Et fmblent croître sous nos
mains.
Peupleschantez dans l'abondance
Le Vainqueur qui vous rend la
Paix:
Reglez vostre reconnoissance
Sur la grandeurdeses bienfaits ;
Goûtez lefruit de ses conquêtes;
Queson nom dans toutes vosfêtes
Soit repeté par les échos :
Vostre bonheur estson ouvrage;
qu'àjamais le plus tendre bommage
Vous acquitte enversce Heros.
Omnes gences, plaudite
manibus. Ps 40.
Prière pour le Roy.
GrandDieu
,
dont la main
favorable
Nous fit le don inestimable
D'un Monarque sélon ton coeur
Acheve de nous faire un fort
digne d'envie:
Prolonge une si belle vie; :
C'estprolonger nostreonheur
Voicy une piece de Poësie
toute:nouvelle,c'estunconte
de la façon du R. P. de Clery
Professeur d'Eloquence à Tou-,
laure) & qui a remporté plufleurs
prix.Ceconteaesrtéfait
à la loüange de M. de la Motte,
il n'est point d'Eloge que M.
de la Motte ne merite. Et 11
l'on a quelque chose à luy reprocher,
c'estla trop serupuleuseattention
aveclaquelleil
refuse les loüanges qu'on luy
donne,& les soins&la peine
qu'il faut prendre pour luy
dérober les chosesobligeantes
qu'on luy écrit. C'estsouvent
une perte pour lepublic;mais
Mercureala main souple
,
&.
jevaisluyfaire part de ce dernier
larcin que je luy ay fait.
AM Houdart de la Motte,
Auteur dela nouvelle lliade.
Í
CONTE.
Jadis en Grece étoit un Staluttire,
De grand renom. Il s'appelloit
Hamere.
Il avoit fait cent Héros> & cent
Dieux:
Et comme alors, même les meilleursyeux
, Etoient sujets à d'étranges berlues>
JHe/Tunrs les Grecs trouvoient
danssesStatuës
, Portraitsfinis, vrais ,chefsd'oeu-
- vres de l'Art.
C'étoientpourtant, au moins
pourla plûpart
Vilains Magots. L'un ,étoit Cudejatte;
L'autre manquoitd'un tiers d'une
omoplatte ;
L'autre d'unoell; qui defront;
qui de nés.
Il en étoitdemanchots,d'errennés
,
De pourfendus. Leur Troupe
mutilée
Sembloit encore sortir de la
mêlée.
Helas combien étoit changéNestor?
Combien Enée? avoir le pauvre
Hector,
Et Jupiter, Cr Mars, O* les
Atrides
,
Vous auriez dit L'Hoftr:l des Invalides,
Maissussentilsplusperclus,
(7 plusfaux,
On adoroit jusques à leurs désauts.
Je le crois bien. Habiles Personnages
Disoient en Grec, quec'etoient
beaux Ouvrages,
Glanconsur tout tant (7 tantles
vanta ,
Que de les voir à Rome on fôu,
haita.
On lesy porte : & l'on juges
dans Rome,
Qu'en les faisant
,
Homere fit
maint somme,
Et qu'ilfalloit, que les ciseaux
parfois
Lourds,ou mutinsJuivissement
ses doigts.
Rien ne le mit à l'abri des censures.
Les Connoisseurs rirent de ses
Figures.
Même dit-on
, que Virgile les
vit,
Et que sous cappe a son tour il en
rit.
Mais tostaprès, sa bonté naturelle
En leur saveur changeasonrire
en Zele.
Il eûtpitié de tant d'Estropiats.
Il leur donna des jambes & des
bras,
Leurfit desjeux
,
mit des nés à
leursfaces
Ilrétablit leurs membres en leurs
places,
Etsàns la mort, qui luy ravit le
jour,
Ils s'en alloient
, tous estrefaits au
tour,
Mais, ce quen vain les vieux
siecles tenterent,
Ces derniers tems enfin l'executerent
O! utilssont beaux, ces Dieux
& ces Heros
Dans l'jitellier du Docte HOIIdart
; éclos!
Rerire'{. vous,Savantar,
Scholiastes
Laissezmoy voir leurs merveilleux
contrastes,
Leur vraye Image,Avoient-ils
meilleurair
Ces Champions,lorsqu'habille
de fer,
Las de languir dans une oisive
Tente
Ils combattoient sur les Rivesdu
Xante?
Tel sut jéjax> ulisse,Merion,
Tel Menelas Tels des Murs
d'Ilion,
Sans sa lorgnette, Hèlene encor
peut-estre,
Avec Priam pourroit les reconnoistre
Houdartleur rend la vieavec
leurs traits
Oiiy
, ce font eux. ,
ptujhjl que
leurs portraits.
IlHs voontmparleer,rerenonçant t -X
Fameux Houdart
,
ils te nom.
ment leur Pere.
C'est de toyseul,qu'ils tiennent
-• leur beautéy :1 Etqu'ils tiendront leurimmortalité.
Maissuffit-il, que ces Masses
enormes
Ayent sous tes mains ,pris de
charmantes Formes?
c'estpeu pour toy ,
d'estre Reformateur.
Ilfaut encor, que tu fois Crea- teulr.
va4Jpix>lacrnoistmioyq;uru,eun tra-
S'estexercétontalentheroïque.
Rends loy justice Il faut de tes
ciseaux
Fairesortir des Heros,tout nonveaux.
En telles gens nos Climatsfont
fertiles.
Dans nos Bourbons la France a
des Achiles.
La Seine en voit
,
plus que le
Simoïs.
Les Rois futurs te demandent
-
Louis.
Fais-le, non tel
,
qu'illançoit le
1 Tonnerre,
1 Mais tel,qu'il fit lebonheur de
la Terre.
Pour LouisfuI) le Ciel t'a reservé.
Et ta main doit ce Modelle
achevé.
Taille ce bloc, CM qu'auplûtôt
en naisse
Ce Roygrand,que les Dieux
de la Grèce.
jamais par toy ,
leur gloire ne
mourra:
Par luy tOúJouri
y
Houdart, ton
nom vivra.
Il me paroitpendant que
je suientraindevousdonner
des vers,qu'il n'est pas necessaire
d'en interrompre la [uttc;;
jevous offre cette lecture avec
d'autant plus de confiance i,
que ce qu'il y a demeilleur &
de plus commode dans ce
livre, c'est qu'on n'en prend
que ce qu'on en veut prendre;
onn'est pasobligé(au moins
ne vous y trompez pas) de le
lire d'un bout à l'autre. J'ay
moymême ,qui prends tous
lesmois le foin de le faire, &
d'en composer quel que fois
au moinsla moitié pour ma
part ,fouuncallèz de peine,
à lelire.Ce n'est pas que je
nie mésie du merite des picces
que je rends publiques; mais
bien du choix que je fais des
des-ouvrages qu'onm'envoye.
Il n'y a pas julqu'aux miens
que je mets au rebut lor sque
je m'apperçoi le lendemain que
la veille jen'étois pas monté
sur la bonne corde; mais cette
justice que jemerendsàmoymême
, ne m'apprend pas à
estre aussi équitable que je le
devrois, à l'égard des autres:
& peu s'en faut que le Mercure
Galant ne se fasse bien-tost
par
par compere & par commère.
*mIleft naturel de souhaitter
d'avoir de l'esprit
,
de l'exercer,
& de le montrer quand on
En a ornais il n'est pas raisonnable
de briguer, pour un
miserable morceau de PoëGeJ
des preferences d'un Auteur
aussi graveque moy ,à moins
qu'on ne veuille se mettre sur
le pied d'achetermes suffrages;
Il cela m'efi: encore offert
,
je
rendray ma reconnoissance
éclatante &ejpublieray juf-
Ilu)JUx noms de ceux qui m'auront
im pitoy ablement follilité
pour se faire enregistrer
dans mon Livre aux dépens
de maconscience & de ma
réputation. Ce petit article a
Tonapplication,&àban entendeursalut.
Mais revenons, s'il
vous plaît, à nos moutons; j'avoissi je ne me trompe, des
vers àvous offrir. En voicy
donc vous ferez l'usageque
bon vous semblera
,
ils m'ont
plû & je pense qu'il vous plairont
aussi.
Lettre à Mademoiselle de L* *
Demoiselle aussi aimable
qu'elle est ingenieuse à se
tourmenter elle-même.
Charmante Iris quisans chercher
à plaire,
Scavezsibien le secret de charmer,
Vous dont le coeur genereux &
sincere,
Pourson repossçut trop bien l'art
d'aimer,
Vous dont l'esprit formé par la
lecture
Ne parle pas toujours mode &
coëffure,
Sotljfe'{ Iris que ma Muse au- jour uy
Cherche à tromper un moment
vojîre ennuy.
Auprès de vous l'on voit toûjours
les Grâces,
Pourquoy bannir lesPlaisirs&
les Jeux3
L'Amour les veutrassemblersur
vos traces,
Pourquoy chercher à vous éloigner
d'eux.
Du noir chagrin volontaire. victime,
vousseule Irisfaitesvostre tourment,
Et vostrecoeur croiraitJe faire un
crime,
S'il se prêtoit à la joj/e un moment.
De vos malheurs jescay toute
l'histoire,
l'Amour,l'Hymen ont trahi vos
desirs,
Oubliez les. Ce n'est que des
plaisirs
Dont nous devonsconserver la
mémoire.
Les maux passez ne font plus de
vraismaux,
Le présentseul est de nostreappanage,
Et l'avenir peut consoler le
sage,
Mais ne sçauroit alterer son
repos.
Du cher objet que vojlre coeur
adore
Necraignez rien? compte sur
'Vos attraits?
Il vous aima
,
son coeur vous
Aime encore,
Etson amour ne finira jamais.
Pour son bonheur bien moins que
pour le vostre,
De la fortune il brigue les faveurs
y Elle vous doit après tant de rigueurs
,
poursonhonneurrendre heureux
l'un & l'autre.
En voicy d'autres encore ,
que je fuis indispensablement
obligé de vous presenter:ce
sont desBoutsTimez remplis
quej'ay propose le mois passé
& qu'on m'a envoyez ce moiscy
dans la forme suivante.
Sonnet d'une Dame dépitée
( je ne sçaypourquoy )
contre l'Amour.
Jjhion exercesurmoi les r0igueurs
- de Neron,
Qu'onmefasse passer mes jours en
Il
J solitude, éprouveray dufort ce qu'il a de,
plus rude,
Plutôt que d'imiter le tendre
Anacreon.
Si j'élPevoais anux tDiheuxeunonounveau j'enbannifoisl'amour &fin
inquiétude,
-
Il
1I ne me cause plus la moindre
in certitude,
Maintenant que je vis & dors
commeun Lyron.
oûi, dût-il me livrer une immortelle
Guerre,
Dût-il pour m'accableremprunter
le
• tonnerre,
Mon ame sans courroux méprisera ses traits.
Jamais de ses plaisirs je ne veux
me re paître,
On me le vante en vairy, ses effrayants
portraits,
Ont dégoûtémon coeur duJein dele,
connaître.
AUTRE.
Prince qui penetrez, quand quelqu'un
est Néron,
Que riaveT^jvousp-oint fait dans
votre solitude,
Pour adoucir nos maux dans un
temsaussi rude,
Chacunpour vous lotti't ixut être
Anacreon.
Vôtre nom vapasser de-là le
Pantheon,
La gloirea l3avenir n'aura d' inquiétude,
Que ^annoncer pcaer trotuit tauvecdquee
Jgue vous travaillez plus que ne
dort au Lyron.
vosveilles ont misfin à toutgenre
de Guerre, Ladiftorde en tremblant a quitté
fin tonnerre,
Et nous ne craignonsfins que l'amostr&
ses traits.
Les Bergers en repos vont voir leurs
brebis paître,
Et tous vosdescendans admirant vos , portraits,
Diront, ah ! quel bonheurd'avoir pule connoître.
Jen'ay que deux mots Latins
à vous dire sur ce Sonner,
LaudoConatum,mais en voicy
encoreun autre sur les mêmes
rimes.
SONNET.
JONblie ici les noms de Claude &
de
-
Néron,
Les tranquilles plaisirscharment
ma solitude,
L'échon'y rendjamaisunsonguerrier
ny rude,
On y chante les airsdu tendre
Anacreon.
Baochus«est le premier de nôtre Pantheon,
Sur l'avenir objèNr exempt d'
inquiétude,
JSlotre coeur du vray bien goûte la
certitude
Et des erreurs du tems on dit lire » Liron,
Nous livrons aux ennuisuneéter- fnette,<{ Guerre
Philippesde ces lieux écarte le
tonnerre,
Vamourejlle Dieu seul dont on
ressent les 1 M. Gtraits
c'st lui qui de Philis mene les
Detouscesdgrémensiln'ejqpoint
De touscesagrémens il ness point ndoevuï•s •-portraitsy- sommes ytimi
,
viens y
pour les connaître.
DE BONNEYAL,
Voicy encore deux Sonnets
surles premiersBouts rimez.
J'en ay perdu deux qui mtont
paru fort bons, &que je prie
leur Auteur de me renvoyer.
Pour ce mois cy-Vous"Wèn
aurez pas davantage.
SONNET.
L'Homme coëffé.
Je iûnnois un galant plus fer que
Le Sophy
Sans songer que l'amour est un
traître qui cingle,
J9ui femmefion[Qnd,ftns garderune
épingle,
Pourposeder Cloris qui lui fit un
défi,
Lebien deses AJcltxpoftrtONtautre
Cllt suffi
,
Maispour l'endétourner prissiez
voos nni tringle,
£)uand vous l'assommeriez, plus
refaite que Zuingle,
Lapassion l'emporte, il en devient
bouffi.
Ab ! qu'ildira bien-tôt,falloit-il
quef allasse,
Prendrefemme qui fait urgent de
sa paillasse
Vendses meubles habits,jusques
aufin? ginguet:
Il se verr-a forcé de s'enfuir à
Ligourne,
Etpourfinir fin fortdemonterau
trinquet,
Le malheurfuit toujours celui qui
mal enfourne.
LE FAINEANT.
Ilfaut être bien fou, pourvoir le
Grand Sophy,
De risquer le courroux d'un orage
qui cingle,
Se voir perir en Mer, sans sauver
une épingle,
Et faire avec Neptune un si triste
défi
L'emsprit &'rto'ndunjlrietentout tems suffi,
Je dors dans tous les lits, quand
ils seroient sans tringle,
Etsans m'embarra~fer des docu*
ments de Zuingle,
Je nesongequ'à ceux de feu Pillot
Boussî:
Héquoi, vous voudriezmes IImist
que~f allatre;
M'affligerden'avoirpour lit qu'u- ne paillasse,
Etpour toute boissonlevin leplus
gmguec3
zu4léudje fçdurois trouverma fortune
à Ligourne,
Je vis commeje puis, & mrgut
dtê trinquet,
Bien ou mal, c'estainsichaquejour
quej' enfourne.
Pour un Bouquet ,vous ne
sçauriez le rcfufer ! ayez donc
s'il vous plaIn) la bonté de lire
1hiltoirc de ce Bouquet.
Le jour de Saint François4e.
Octobre ,une Dame d'un
rang & d'un merite distingué
étant à sa Terre aux environs
de Paris, y receut un nombre
de Bouquets de plusieurs personnes
de consideration Un
honneste homme qu'elle honore
de son estimen'ayant pas
voulu laisserpasser la feste de
de cetteDame, sans luy donner
des marques de sa reconnoissance
&
de
son rc(pc£b,
luy presentaaussi un bouquet,
& y joignit ces vers.
BOUQUET
à Madame **0
Je m'abandonne à mon zele
indiscret,
r:rfi <tfe^ admirer vos charmes
en secret.
Il est temsqu'àmon tour j'en celebre
lagloire.
Olympe, jeveux en ce jour
Où l'on lfmprtJfi à vous faire
sa cour,
Surmes jeunes rivauxremporter
la victoire,
Esperer de vous plaire en vous
offrant desfleurs
Epsturnoobpjetoqu'esn evai,n l'on si
Vous efface^ par vos belles couleurs
Etla blancheur du lys & l'éclat
de la rose.
Ces ornementspour vous 'mffm.. ,b'¡'nt fupetjlus,
Maispeindre au naturel vos aimables
vertus
Est un projet plus raisonnable.
Montrons de vos desseins la conduite
admirable,
Ce fond de pieté
,
cette bonté de
moeurs,
Quisousses douces loixajpijcttrt
les coeurs.
Cetair vif&brillant, cetteame
noble & fiere
Quevoftfe illustre Epouxpossede
toute entiere
Et qui sur ses devoirs reglant
tous ses desirs
Dans un heureux repos jouit des
vraisplaisirs.
Ma Musen'oseroit en dire davantagey
Pourla premierefoisqu'elle vous
rend hommage.
Ma Chanson, si je ne me
trompe ,
n'ira pas mal icy,
daignez en essayer.
CHANSON.
A la plus delicate Yvrejje
Livrons nos coeUYj dans ce~feflin
Meslons aux jeux de la ~tendrejj
Les Chansons, les ris et le vin
Les Dieux en bûvant à la ~ronà
Ne pensent point au genre hllt
main,
Oublions comme eux tout le ~moq
deà
Et nargue des coups du destin.
Des charmes dont brille ~l,
terre
Cette Table estun racourcy,
yhr de --,ff Deon
Esprit,beauté,bonvin,grand
chere
, Belle humeur, toutsetrouveicy.
Laissons les Dieux boire à la
ronde,
Amis n'ensoyons point jaloux.
Nous pouvons comme eux dans
ce monde,
Goûter les plaisirs les plus doux.
Que chacun boive à ce qu'il
aime,
Et qu'ily boive tendrement.
De cette voluptésuprême
Rappellons centfois le moment.
C'estainsiquesefaitla ronde
Au celeste banquet des Dieux:
Imitons les Maistres du monde.
jimts pouvons nous faire mieux.
A tasantébelle Silvie,
Acequi te touche le coeur;
Que mon ameseroit ravie,
Sicétoitmasincereardeur.
Les Dieux en bûvantàla ronde,
N'auroient pas un plus grand
bonheur;
Je croirois estre Roy du monde,
, Sije devenois ton vainqueur.
C'est asseurement icy la
place des Enigmes
, ou elles
n'en doivent point avoir dans
ce volume ;mais un Mercure
sans
sansEnigmes,neseroit pas bon
à jetter au feu. Donc en voicy.
Neanmoins avant qu'elles
paroissent sur l'horison,ilest
bon de vous dire que le mot
de celles du moispasséétoit
le Miroir& le Sceptre, que les
noms de ceux qui les ont deviné,
sont
,
la Poupée de la
Place Dauphine,l'aimable &
genereuseTherese
,
la belle
brune de la ruë Tibotaudé
Saint Alvar, le Marquis de,
B. C.enami la, M Simon,
lie groscourtaut de la rue de la
Harpe
,
l'inconsolable brune
kJu Cloître S Thomas du Lou,
vre, l'amant discret,&ihabilc
Mendoce qui sepique de les
deviner toutes, & n'en a pu
deviner qu'une. : jENIGME]
de M. T. RE. T. 1
Fe vaissans me lasserplus Iqin
qu'on nedesire.
Je marche1 en insensé1sans sçavoir
ON je alS,
Etsemblable au Soleilqui riarrête
jamais,
Je "Jaissansm'a,êt(r,si l'on ne
meretire.
Le bien que l'onmefaitsembleroit
un Martire.,
Of) me tire, on m'attache
, on me
charged'unfaix,
On me piquedepointe, lebien
que je fais,
Sans un troplongdiscours nese
pourroit ecrzrt.
Souvent jesuis couvert en la
faison d'Esté,
Sans moy quelquePaïsseroit inhabité;
Celle qui me détruit je la rends
habitable,
Oùje vais suel,sans moy pas un
n'osevenir.
Ilarrivesouvent qu'on mevondroit
tenir,
Poursortir d'un dangerquisemble
inevitable.
AUTRE
du Prisonniervolontaire.
Je fuis un instrument d'assez
longue figure
Estimé chez beaucoup de gens :
Selon qu'on change ma posture,
Je produis des effets tout-à-fait
differens.
Soit qu'on m'éleve vers les
deux,
Soit qu'on mabaifiesur la terre,
Mon unique but rft de plaire,
JÎUX Sçavants comme aux CHrieux.
Je ne feray peut- être pas
mal de vous annoncer à present,
avantque de passer aux
nouvelles du mondequelques
Livresnouveaux;
Le Journal Historique de
toures- les circonstances qui
ont précèdela mort du Roy
Louis XIV. & de l'avenement
duRoy Louis XV. àla Couronne
de France,estun Livre
sicurieux, si interessant, & si
nouveau que tout le monde
est en conscience obligé de
l'acheter. Tous les grands évenemens
qui servent à le rempliront
été ramassez avec toute
l'exactitudeimaginable,par
l'Auteur du Mercure Galant.
Il se Carrer telle fin que de raison,
que son nom & son paraphe
qui font à la tête du
Journal, pourront contribuër
à en précipiter le débit. Il en
donneroit volontiers un extrait
dans leMercure, s'il n'apprehendoit
pas qu'on s'en tint
là : & pour cause facile à deviner
, il se contente d'annoncer
au Publicqueledit Journal se
vend chez les Sieurs Jollet &
Lamesse les Imprimeurs
, au
Livre Royal, au bout du Pont
S.Michel, du côté du Marché
neuf : ceux qui le trouveront
sans son paraphe, font trésinstamment
priez de lelui envoyer
comme un Livre contrefait,
afin qu'il foit (comme
de justice) procédé par lui à
l'examen de la contravention.
Ce paraphe est composé d'une
L. & de deux doubles F. enlasfées
ensemble, & fermées par
un D. d'une façon inimitable,
nevarietur.
AUTRE LIVRE.
Le R. P. Raphaël Bluteau,
Theatin de la Divine Providence
à Lisbonne, né en France
, oùil a fait Profession de
Religion
,
est Auteur d'un
Dictionnaire Porrugais & Latin,
en huit tomes in folio. Ce
Dictionnaire est un Livre universes,
oul'on trouve une érudition
presque sans exemples;
Toutes les matieres qui fervent
àle remplir y font traitées
à fonds,avectoutes les
citations des Anciens & des
Modernes,
Modernes, qui ont rapport
aux choses dont ilest question
dans l'ordre al pha betique. Ce
Livre qui est d'un travail immense,
est un chef d'oeuvre
descience
,
de, recherches &
d'etud
Mais à propos de Livres,
on revient encore à la charge
sur moncompte, onrecommence
à me reprocherque je
parle trop souvent de moi,
dans le mien: est cepour me
loüer? j'aytort: sinon, j'ay
raison. Dequi ont parlé
,
s'il
vous plaît, Messieurs les Censeurs,
tous les saiseursde Memoires
du monde?n'est-ce pas
d'eux-mêmes, la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne, apres
les Gazettes de Roterdam
d'Amsterdam,deLeyden ,
,
de
Verdun &de France, detout
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
Vousvoulezapparemment
que je devienne le Copiste,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
gardcray bien,cessortes de
pillages ne font permis que
lorsqu'on ne peut sedispenser
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvellisteréglé..J'ay
senti dés les premiers jours
que j'ay étéinstallé dans mon
emploi, la sccheresse de ce langage,
& j'y ay suppléé autant
que j'ay pu, par mon attention
à ramasser de bonnes pieces &
des Mémoires curieux. Quand
ils m'ont manqué, j'ay raison.
néàmafantaiie, &tantqu'ils
rot manqueront jc._rajfon',
nesay demême; d'autant
plusvolontiers que je sçay de
bonne part que mesaisonnemcnCoRtàmusélesDaines&
tous les honnêtes gensjui ne
cherchent qu'à s'amuser
: ÎCÇ
que vous allez lire par exemple
estde cette nature.
LesSpectacles quiavoienc
été fermezpendant trente
quatre jours, en consideration
de la maladie & de la mort du
Roy, furent enfin rouverts le
premier de ce mois.
L'Academie Royale de Musiqueregala
d'abordlePublic
de l'Europe Galante, qui fut
reçûëcomme le-meritoitun
Opera dont le succés ne fut
jamais douteux. '¡,
Proferpinc qui cft un Opera
magnifique & très interessant,
fut remis quelques jours après
sur le même Theatre, où on
le reprefenre maintenant a!-
ternativement, avec l'Eurpi)c
Galante, en attendant Thconoé
Opéra nouveau, dont 011;diç
beaucoup de bien.
Le même jour les Danseurs
de corde, les Marionnettes
& les. Animaux sauvagesrouvrirent
leurs Loges, avec des
fucez bien différents. Dominique
attira tous les fpcaareurs
chez lui, & les autres
joüerentsouvent pour leur
plaisir.
LaComedie de son côténe
demeura pas les bras croisez,
au contraire elle fit un vacarme
enragé dans Paris.
Quand tous les Membres
quiavoient étédispersez pendant
l'espace de 34. jours,
vinrent à se réünir, on prit
cet assemblage pour la confusiondeBabel
: quelques uns
demanderent à entrer dans cette
Tour,d'autres à y rester,&
pas un à en sortir. Ceux que
l'orage menaça crierent merci;
mais le Ciel sourd à leurs voix,
se ferma l'oreille à leurs cris.
Enfin,
* iVous dinay-je les npms de ces
grands Performages,
De ces fameux froscrits,
JQuc nous. îajvons tantd-e
foisvûsl'ouïepâle., & l'oreille
plate, maudire le partere
entre leurs dents. Non,Meffreurs,
n'insultonspasaux malheureux,
regardons les plutôt
comme des victimes infortunées
de linconrtance du fort :
& admirons la generosîté de
M. de la Thoriliere, qui suc
jusqu'aux pieds duRegent, lui
faire une humble,tendre eg
inutile priere pour eux. Quel-
* Cinna.
ques joursauparavantqu'ilfie
cettedémarche, le Public eut
bien une. autre allarme : lei
bruit couruqueM.Beanbour
s,'e,t.oift. cafrf~é^T11a' tête',( &, vqu',ilk
étoit en grand danger.Cette
nouvelle effraya avec justice
tout ce qu'd y a degens intc-î!
ressezà la conservationd'un si
grand Acteur. Tout le monde
l'est sans doute, & l'allar—
me étoit bien fondée. Cependant
on assûre que ce ne fera
rien, &onditqu'il en sera
quitte pour une balafre
,
qui
ne Ir; rendra pas plus.beau.
Le douze de ce mois les Comediens
reprelenterent la Tragedie
d' Heraclius., où MdcmoiselleDuclos
& Mademoi
selle Desmartsreçûrent à leur
ordinaire, miiV applaudissements.
-
M.d. Ponteüil &
M". Quinaut s'y surpasserent
eux mêmçs,,Ççuç Tragédie
fut suiviede la Ipremirere:
presentationde la Comédie
du Cadet; de Çascogne, que
Mad('m.o\(fj,ds Brosses ôc-
M. Qtiinausle jeune soutinrcnt
aurantqu'ils purent;mais
elletomba malgréeux. avanc
que d'être achevée,&trop tard
encore au gré du Public, qui
-:.; De griace,encoreune petite
nouvelle, & peut être encore
une autre: que sçay-je
TrenteLouis d'orà gagner
cVftà peu prés l'histoire de la
Comediedu Galant Jardinier,
qu'on remet-,f& tecapis. Le
public est prie par cetteaffiche
dechercher&trouver,s'il peut,
une Demoiselle de dixneuf
à vingt ans, égarée ou perdue.
Voicy comme la chose est
arrivée.
Mademoiselle Yma, jeune,
belle, grande&bienfaite,receut
il ya quelques années,
de son pere le commandement
de considerer, d'estimer
&deregarder M. de commeun
homme qu'illuy dcfli
moit pour estre unjour son
époux.Mde..a du mérité,
MademoiselleYma fittout ce
qu'il plût à son pere , & même
audelà. Les affaires de son
amant avoient paru en allez
bon état lorlqu'on luy avoic
fait le commandement del'aimer
;mais depuis ila paru que
le temps les avoit délabrées. Le
pere de la Demoiselle n'a plut
voulu entendre parler de M.
de en un mot illuy a deffen
du sa maison. Toutes ces pré
cautions font bonnes; mais
l'amour ne va pas commo
la tête des peres. Les deux
amants se font aimez dans la
contrainte, mille fois,plus que
lorsqu'ils joüissobient d'une
pleine liberté. Quoy donc -1,
ont ils dit, un père forme les
noeuds qui doiventnous unir,
il les reffere même pendant plu
sieurs années, & au premier
caprice qui luy prend, il s'avise
de vouloir les rompre ,
il en
aura par bleu le démenti, & il
n'y a que la mort qui puisse
nous sé parer.Alors visitesclaniieftines,&
billets réciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour; enfin ils en viennent
au point de se jurer fous la
cheminée
, &
en en presence
d'un Prestre., une éternelle foy.
Ils joutuenc alors, & en toute
seureté de conscience, autant
que l'Occasion,peut s'en pre-
[cnter.J dedroitsde lguc by:
men. Cependant une partie de
l'intrigue estdécouverte. Le
pere fulmineeoçrtree;sa fiJJc
&la menace de l'enfermer si
elle revoit jamais M. de.. clic
informeaussitost son cher
époux des malheurs dontelle
est menacée,& le lendemain
(qui étoit le premier ou le
secondjour du present mois
d'Octobre)elles'eclypse. On
la demande à tout le monde,
on la cherche par tout, onvisite
la maison de M. de..on
informe contreluy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle.On propose a ce
su jet lestrente Louiscy
-
dessus
à gagner;maission latrouve,
jene fuis-f&S'gafâlflt.qri'onles
paye.
Sortons maintenant de Paris
&allons faite un tour en Afrique;
à vous dire vray ,il ya un
peu loin;mais de la manière
dont je vous feray voyager,
vous n'aurez jamais lieu de
vous plaindre.
AMehlla,lelZ.Oftobre 1715.
:
Par ma Lettre du 10. de cc
mois, je vous informay de
mon arrivéeen cette Place.
Après avoir souffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'iraaginer
: a mon arrivéej'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureurement
de toutes parts par une
paralelle qui passe à 10.coles
de nostre chemin couvert:Ils
paroissent en vouloir à une
redoute au pied de nostre glacis
, qui s'appellesaintMichel,
dans laquelle on a mis cinquante
(* Desterados) à qui
on promet la liberté s'ils se
dessendent, ainsi qu'ils font
parfaitement bien
*,
ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis &nous
-* Bannis.
pa.
pareillement tirons nuit &
jour, les uns sur les autres,
cependant ils n'ont point encore
decanons, & bien nous
en prend ,car s'ils en avoient
ils nous desoleroient à car
que tous nos parapets ne font
que d'une simple muraille;
dont l'éclat des pierres blesseoit
tout nostre monde..
Je fais travailler continuellement
à faire des para pets de
:erre , parce qu'on asseure que
es Maures,attendent du canon
& des mortiers
,
& quoy
Aue cet ouvrage soit de longue
Dakine, jene veux pasattendreà
l'extremité, à lefaire
c'ctf pourquoy je préviens le
coup,au moins on pourra fc
triir derriere
, ce qu'on n
peut faire sans grand
risques
derrière ceux qui fubfiftenc,
J'ayexaminéaussi les Fortifications
de cette Place, qui
JfeJ1 faite que de pieces & dd
morceaux,les uns- sur les autres,
parce qu'ils ont este bâtis
par différentes mains, cependant
il n'y a pas un ouvragequi
n'ait un profond fossé
taillé dans le roc; plût à Dieu
que les parapets correrpondissont
aux fossez.
Tous les ouvrages font pareillement
contreminez, ainsi
que les chemins couverts, ce
qui devroit faire trembler l'En..
neny ; cependant il va toûjours
son train,&s'il s'amuse
vouloir prendre la redoute
de saint Michel) comme il y a
apparence) on le fera fauter en air plus haut qu'il ne pense.
.: Nous avons nos Mineurs,
qui travaillent pardessous terre
en grande diligence, part le
plaintqu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
11 y a quatre jours que la
Garde de sant Michel fie une
petite sortie la nuit, sur les:
tranchées des Maures,& leur
prit deux fusils
,
bulaun & demantigabion
duparapet de
latranchée,& le porta dans la
redoute, les Soldatsl'ont placé
sur le sommet d'une guerite la
plus haute de la redoute, afin
qu'il soit veu des Ennemis, cc:
qui les delespere ; car on die
que quand l'Alcaïdecommandant
le Camp,fera de retour
d'unvoyage qu'ilest allé faire,
qu'il les assommera de coups
de bâton, ce qui n'est pas
épargné chez eux non plus
que de faire traîner les hommes
par des mulles, quand ils
manquent, c'est le déjeuné
de l'Alcaïde, commandant
chaquejour.
- On prétend que le voyage
decet Alcaïde est pour presser
l'arrivée du Canon, des Mortiers
,& pour faire presser aussi
le gros de son Armée. Ainsi
il ne manquera pas de Morailles,
ce qu'il y a de plus fâcheux
est qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que jusques à
la fin de ce mois. Jugez du secours
qu'on aapporté;le Gouverneur
qui en un fort brave
homme & bien entendu, écrie
forcement par le retour deces.
bastimens
,
mais la lenteur
avec laquelle on va en toutes
choses, nous peut causer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plan de cettc
Place, car le travail que je fais
journellement, eil: de beaucoup
plus de consequence,
ainsi la Cour prendra patience.
Mais j'espere que Sa Majesta
Catholique ne desapprouvera
pas ma conduite ni ma manoeuvre
sinecessaires pour son
servicc.
Du 22.. du même mois.
Je ne veux point laisser partir
la Barque, sans vous dire
que nous avons icy deux Maures
ou Afriquains,qui de temps
en temps sortent de cette Place
secretement, & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui se passe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaisir, parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,&il n'y a que 3.
mourons dans la Place pour
l'Hospital
,
& rienpour nous
que du podfanJ jugez en quel
état nous sommes réduits; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez,a
promis à l'Alcaïde de son Arméé
qui est comme le General,
ayant quatre freressous luy,
qui luy fervent de Lieutenans
Généraux, qu'illuy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel, que
l'Alcaïde a pris cela à coeur, &
qu'il est de son honneur de la
prendre au plustost ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
tant par dessus que par dessous
terre, pour réüssir à son dessein,
de maniéré que si l'on ne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ira mal. On compte en
cette Place 1000, hommes, il
cil: vray que ce font des hommes,
mais ce ne font pas des
soldats, ceux qui le croyent
autrement se trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous, si on ne nous envoye
incessamment les secours
dont nous avons besoin
,
le
plus honneste homme y perdroit
son latin & son honneur;
il est certain que le Gouverneur
est bien plus à plaindre qu'on
ne pense, c'est un très brave
homme & fore entendu, on
ne peut rienajoûter à sonzele,
mais il n'a pas de quoy se pouvoir
deffendre; & si Sa Majesté
n'y remedie, il s'ensui
vra de f âcheuses fuires.
D'une extrêmité de l'Afrique
, passons à une extrémité
de l' Europe.
Les dernieres lettres de Con..
sfantinople portent que dans
l'incendie qui yest arrivée le
mois de Juillet dernier, neuf
grandes Mosquées, & quatre
petites ont été brûlées, treize
Ecoles, & huit grands Caravansarais,
édificespublics destinez
à loger les étrangers,
trois grands bains publics, &
trois bâtimens avec plusieurs
fontaines publiques, treize
fours pubcs,deux mil six cens
maisons de Turcs, & sept mi
centcinquantesept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont aussi
péri dans cette incendie.
De Londres le 20. Septembre.
Le Duc de Roxborougpartir
hier pour l'Ecosse.-
Le Duc d'Argile cO: parti
ce matin a 4. heures de Londres
, pour se rendre à Hamptoncourt
,
où la Cour efl: à
present. Il a reçuhie«r.(8sifl^-
.Hruébons & des remisespour
dix mil livres sterlin ,qu'il employera
où il jugera à propos.
On dit qu'il marchera Contre
les Montagnars, avec une armée
de dix mil hommes
, en
cas qu'ils refusent de se soumettre
au Roy.
Milord Powics
,
Catholique
Romain.)qui aétéarrêté,
doitêtre transferé à la Tour.
De Venise le 14 Septembre.
,
Les Turcs sont occupez à
faire le siege de Modon, & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ilsont aussi fait avancer
un nouveau corpsversla Dalmasse
,pour attaquer cette
Province.Il ya troisjours que
six Vaisseaux font partis d'ici
avec quatre ccrit hommes
,
pour renforcer nôtrearmée.
Dt Vienne le 28, Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour se rendre à Belgrade,
après avoir terminéles
commissions donc il étoit
chargé par le Grand Visir Aly
B:\cba Le 18.l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort du General
de Vaubonnc, au Baron de
Tige Commandant de Cron.
stad en Transilvanie. Le19.le
Comte Louis de Harrach prit
possession de la Charge de
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la basse
Autriche, dans la maison des
Etats qui y étoient assemblez
pour ce fujct. Le 22. on publia
dans toutes les Eglifcs un Jubilé
accordé par le Pape, pour
demanderà Dieu son assistance
dans la guerre contre les
Turcs : il commencera Dimanche29.
par une Proces-
Jon generale
,
& il durera
quinze jours. Le Prince Macimilien
Char les de Lewestein
Worsheim. Conseiller d'Etat,
principal Commissaire Impérial
à la Dicte de l'Empire,
partit d'ici le même jour pouj
fc rendre à Ratisbonne. Le
15,leComtedeWolkra
tit en poste de cette Vile, ait
lant en Angleterre,enqualité
te d'Envoyé Extraordinaire,
- pour complimenter le Roy fui
son avenement à la
-
Courofti
ne. On continuë avec succés
a travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur; & on employe
la même diligence à rdr
parer & à perfectionner les
fortifications des Places dfe.
Hongrie & de Transilvanie,
comme aussi à remplir les magafinsde
vivres, & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions se prennent,
de peur que les Turcsaprés le
succés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
chose du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font pasfer
beaucoup detroupes,pour
prendre le quartier d'hiver sur
le Danube.
-
Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
cene pourra tre qu'au
Printemps prochain, & que
jusqu'à ce tems-là, le Sieur
Flechmans Resident de l'Empereur
demeurera en Turquie
pour continuer ses négotiations.
Ondit que S. M. impériale
a nommé l'EI('é}:eurde
Baviere Generalissime de Ces
Troupes.
De Hambourg le 4, Octobre.
Les dernieres lettres de
Dresde portent que le Roy de
Pologne y étoit arrivé le 26.
du mois dernier, étant parti
le20. de Warsovie: il doit
passer l'Hiver en Saxe, & faire
un voyage en Pomeranie,pour
être present à l'attaq ue des retranchemens
des Suedois. La
Reine son épouse qui étoit
evenuë des bains de Teplitz
Dresde,en partie le 2,J.pour
ller à Torgau. Les dernières
ttres du Camp des Alliez deant
Stralzund
,
qui font du
,.. de ce mois, portent que le
Vice-Amiral Scestede ayant bligé les Armateurs Suedois
ui deffendoient les approches
le Ruden, à se retirer, aprés
n combat de dix heures, en
eux jours differens, dans leuelles
Danois n'avoient eu
u'environ cinquante horcu
les tuez ou blessez
,
avoit
onné ses ordres pour relever
les bâtimens que les SuedoiAl
avoient coulé à fond
l, pour
rendre la descente plusdifficile.
Il étoit ensuite venu
au
Camp, pour faire lerapportde
son expedition au Roy de
Dannemarc k
,
qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit qe comme on a
appris que les troupes qui def
fendenr l'Isle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
lc contentera de la tenir 0.
quée, & qu'on attaqueracelle
de Rugen
,
à cau rClque Tapproche
de l'hyver. pourroit
rendre cette entrepriseplus
•difficile,& en en dévoie tenter
l'exeçutlon le12.ou le15. de
cemois.Le Roy deSuede avoit
mis la plÛPdI[ de ses meilleures
troupes dans lesretranchemens
de cette Ifl:, qu'il veut
kkffcrtdre jusqu'à la derniere
extrémitéOn écrit de Coppenhague
que le Comte de
tGuldenltVI Amiral General
•devôk , monter la Flote Danoise
; à cause qu'il avoit eu
avis que l'Amiral Spar avoit
u<i&sordres exprés du Roy
de Suede son Maître, de partir
deCarelscroon avec saFlote
&.- les Vaisseaux qui étoient
venus le joindredediver
Ports de Suede
, pour s'approo
cher de Mue de Rugen, Qn(
allure que huit Vaisseaux dfc
Guerre Anglois avoient jaïna
la Flote Danoise
, ce qui n'etl:
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Sue
doiseétoitarrivée à Stralzuno
de la Province deSchonen
d'où on attendoit encore d'au
tres troupes:que le Vice Ami
ral Lewenhaupt quiétoit sort
de GottembourgavecuneEfl
cadre pour quelque dessein,yj
étoit rentré sans l'avoir execu
té. & qu'un grand Corps cfat
Moscovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
guinze jours ou trois semaines.
D'Edimbourg le 1. Octobre.
Le Duc d'Argyle partit le
a. 8 pour le Camp de Sterling,
accompagné du Duc de Roxborough
,
duComtede Handengton
,
& du Colonel Middelton.
LeComtedeRhotes
s'est aussi rendu au Camp ou
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vasfaux
armez. Le onze de ce
mois jour auquel expire le
terme accor de aux rebelles
pour retourner à l'obc'i*flàncey
le Duc d'Argyle doit se mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre lesquels
ily a IJOO. chevaux. On a
envoyéduCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'Edimbourg
,
de Glasgow
,
& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y est entré
d'Angleterre deux Compagnies
deDragons duRegiment
de Kerr
,
qui vont au Camp
deSterling. On apprend de
Dundee
Di'trJéequ'un Gentilhomme
nommé Graham, qui se dit
heritier dufeuComte deDundée
, crane entré avec un grand
nombre de gens à cheval, y
avoit proclamé lePrétendant,
sous le nom de Roy Jacques
VII.& fait fêlure dela proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverness que les
Lords Macknistosh & Beslam
deux Chefsdes Montagnards,
accompagnez aussi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même chose
;
après quoy ils étoient allez à l.
Doüane
,
d'où ils avoient enlevé
tout l'argent & les effets
qui y étoient pour le service du
Prétendant.LeComtedeMarr a
fait piller & saccager les maisons
& biens de son Stuard, &
de quelqu'uns de ses sujets qui
ont refusé de le venir joindre.
VoicylaDeclaration de ce
Comte adressé au Bailly, &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kldrummy. ::
Nôtre Roy legitime, 0* naturel
Jacques VIII. par la grace
de Dieu, qui vientpresentement
nous delivrer de nos oppressions,
ayantbien voulu nous confier la
àtreflion de ses affaires
,
£7*7e
commandement de ses forces dans
son ancienRoyaume d'Ecosse ; &
quelquesuns de ses fideles sujets
&serviteurs affirnblez à Boyne,
sçavoir, le Lord Huncley,leLord
Tullebardine
,
le Comte Mareschall
,
le Comte de Southesan
,
Glingary; de la part des C[ans,
Glenderale; de la part du Comte
de Broudalbine,&Gentilhomme
de la Province d'Argile, M.Patrich
Lion d'Auscherbouse, le
Lordd'Auldlair, le Lieutenant
General Georges Hamilton, le
Major General Gordon,&moi
,
ayant pris enconsiderationles derniers
ordres de S. M. trouvons
que cej} maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Atnfi il nous semble absolument
necessaire pour leservice de S.M.
~& pour la délivrance de nostre
Patrie,que toussesfideles&bons
Sujets, & ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incessamment les
armes.
Ces Presentes font donc ( au
nom , e7 en l'autorité de S. M.
& en vertu du pouvoirsusdit
, &par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir&autoriser de leverincéssamment
vos gens militairesavecleurs
meilleuresarmes,
,£T de les faire marcher d'abord
pour me venirjoindre, & quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart, Lundy prochain,afin
de poursuivre nostre marche
, &
nous rendresous l'Etendart duRoi
avecses autres forces.
Le Roy voulant quesesTroupes
soient payées dés le temps de
leur départ f /- 'F
,
il espere
,
ainsiqu'il
l'ordonne expressementqu'elles
se comporteront civilement
, cqu'elles
ne commettront aucunpillage
, ni d'autres desordres ,sous
les peines les plus severes
, (y*
d'encourirsa disgrace; ons'attend
quevousferez observercetordre.
C'estàpresentque les bonnêtes
gens doivent témoigner leur zele
pour leservice de S. M. dont la
eauje est si interessante
,
afin de
délivrer nostrePatrie de l'oppression
d'un joug étranger, trop pesantpournous,
& nostre posterité
pour le porter, &de tâcher
de rétablir, non feulement nostre
Roy légitime
, & naturel
,
mais
aussi nostre Patrie dans son ancienne,
libre, & indépendants
constitutionsous celuy dont lesAncêtres
ontregne surnouspendant
tant de générations.
Dans une causesi honorable
3
sibonne,sijuste,nous ne pouvons
douter de ltajJiftanc de la direction,&
de la benediêhonduDieii
Tout-puissant, qui a si souvent
sauvé la Famille Royale de
Stuard
, (7 nostre Patrie, defuccomber
fous l'oppression.
On s'attend que vous observerr':(
ponctuellementses ordres,&
ces Presentes vous doiventsuffire
pour cet effet
,&à tous ceux que
vous {'mpfyrrc'{ pour les executer.
DonnéàBracmart le20Septembre
17 1 5.
STGNÉ, MARR.
Cette Déclarationétoitaccompagnée
d'une Lettre du
Comte de Ivhrr auBaillyde
Kildrumenycontenanten substance
: Q:!.e ce Bailly avoit bien
fait de n'être pas venu le joindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoya de nuit, puisqu'il en
avoitattendu quatrefois autant.
Qu*il étoit fort surprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecosseprenoient les armes en
faveur deleurRoy, & leur Patrie,
les Vassaux de ce Comtefussent
les seuls en arriere.Que le
moment tant desiré depuis 16.
ans étoitpresenternent arrivé,&
qu'ainsiil étoit temps deprendre
les armes pourleRoy & pour la
Patrie
Patrie ; que c'est dans cette vue
qu'illuyadressesa D.c'aration,
pour la communiquer à tous ses
Vassaux
, avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obeissentpas incessamment
il fera brûler (y
saccager leurs biens &terrespour
servir d'exemple aux autres.
Extrait d'une Lettre de Copenhague
ausujet de l'Am
bassadeur de Perse.
Nous avons icy l'Ambassadcur
de Perse, qui de France
devoit aller à Petersbourg; mais
fatigué de la Mer, il a voulu
qu'on le mit à terre. La Fregate
Françoise qui l'a amené
ayant sur cela pris le parti de
s'en retourner, l'Ambassadeur
s'est ravise trop tard de vouloir
continuer sa route par
Mer: de force qu'il faudra
qu'il aille par terre, sM ne veut
attendre la bonne saison. On
ne rait s'il demeurera icy, 01*
à Hambourg.
Extrait de quelques Lettres
de Londres du 8. Octobre.
Mr Edoüard Harvey, l'un
des six membres du Parlement
que le Roy avoir ordonné
d'arrêter, & quiest fous la
garde d'un ~Messager d'Etat,
fut examiné avant hier au
Conseil, devant S. M. on lui
[fit diverses questions au sujet
du noir complot qui a esté découvert
:maisilnia dc-ftrcen.
tré en aucune confpiration
contre le Roy & le Gouvernement,&
ne voulut rien découvrir,
sur quoy on luimontra
une Lettre écrite de sa
propre main qui prouvoit sa
trahison, cela lemit dansuns
grande confusion,& il promit
d'avouer tout le Icndemâin,
Là-dessus on le renvoya fous
la garde du Messager; mais
hier au matin il tenta des'ôter
la vie,&se donna 3. coups
deganifqui luy ont causé une
grande perte de fang
, cependant
on ne croit pas que le
playes soient mortelles; quelque
temps après le Comte d,:
Nottingham
,
Président du
Conseil, alla le trouver pour
l'examiner & prendre ses depositions;
illuy dit entr'autres
choses
: QjSil s'étoit laissé induire
follement à entrer dans la
conspiration
, & qu'il en étoi,;
bien fâché; maisquevoyan:
qu'on won de telles preuves con
tre luy,&qu'il ne pouvoit pat
échapera la Justice
,
il avoÍt,
voulu se tuerpour ne pass'expo
feràtrahirses amis.
On n'est point encor-e bien
instruit des particularitez de
cet horrible complot. Quelques
uns direntquil devoir
s'executer avant hier, & que
pendant que ledit Harvey à
la tête de400. con jurez devoit
fairemainbasse sur la garde
deS. James
,
& mettre le feu
au Palais, &c. un autre party
aussi nombreux devoits'asseurer
de la Banque, & de l'Echiquier
; & mettre le feu en
diversendroits de la Ville,
pour causer de la cc)nsuCion-'
parmy le, peuple. D'autres
affeurent que le dessein des
conspirateurs étoit d'exciter
des revoltes en 2. ou 3.Provinces
d'Angleterre pour y
attirer les troupes du Roy,à
fin de favoriser l' Invasion du
Comte de Marr en Angle-.:
terre , à la tête des rebelles
Ecossois ;
mais que le grand
coup devoit se frapper du côté
de rOiieft
,
où les rebelles se
croyoient les plus forts, & où
le Prétendant
,
devoit débarquer.
Quoyqu'il en soit la
conspiration étant découverte,
& les mesures prises, pour en
prévenir les fuites,on ne doute
plus que tous les projets
&complots desrebelles ne s'en
aillent en fumée.
On asseure qu' on a receu
avis que le Prétendant, a refusé
de passeten Angleterre ,avant
que ses amis eussent assemblé
des forces fufif santes pour soûtenir
son débarquement
, qu'enattendant il pressoit le
Duc d'Ormond &le Vicomte
de BullinbrocK
,
de passer en
ce Pays pour y faire soulever
leurs amis. On apprend d'EcaGe
que les rebellesn'ontpas
encore assemblé toutes leurs
forces
, & que le Comte de
Marr n'a tout au plus que
2.000. hommes auprès deluy,
On va publierune proclamation
contre ce Comte, par laquelle
on promet 10000.livres
sterlin de recompense à ceux
qui pourront s'affeurer de sa perfbnne.3
Le Lord Poowis doit être
jugé par une commission par*
licul'icte
,
fous le nom de M.
Har bet; il est accusé d'avoir
agi en qualité de Tresorierdu
p,mi du Prétendant, ayantreceu
200. mille livres sterlin de
quelques PaysEtrangers, dont
il en adistribué 150. milleaux
Conspirateurs. On dit qu'un
nombre considérable de Seigneurs,
Gentilshommes
,
ôc
autres,sont entrez dans
ce noir
complot. Le Chevalier Guillaume
Windham a estéarrêté.
De Paris.
Le Roy a accordé à M.IQ
BarondeBreteüllapermission
de se défaire de sa Charge
d'Introducteur des Ambassadeurs,
&en a donné l'agrément
à M. le Marquis de Magny
,
fils de M. Foucault
Conseiller d'Etat. ,
,.
M.le Marquis de Simiane,
premier Gentilhomme de la
Chambre de Monsieur le Duc
d'Orleans, a cité pourvcu de
la Charge de Lieutenant General
de Provence, vacantepar
le decés du Comte deGrignan,
avec un brevet de retenuë de
deux cent mille liv-resiparciià
celuy qu'avoit le Comte de
Grignan. -
M. le Comte de Simiane,
Mestre de Camp de Cavalerie
& Brigadier des Armées
du Roy,prêta ces jours pasfez
le ferment entre les mains
de Madame pour laCharge
de son premier Ecuyer.
M. Bontemps, Gouverneur
des Tuilleries, & Capitaine des
Chasses de la Garenne duLouvreya
obtenu du Roy la survivance
de sa Charge de premier
Valet de Chambre de Sa
Majesté,poursonfils.
Madame la Comtesse de Ribeira,
Epouse de M. le Comte
de Ribeira
,
Ambassadeur de
Portugal en France,accoucha
le 12. du mois passé d'un fils
qui fut tenu sur les Fonds de
Baptême par M.le Cardinal de
Rohan son grand oncle.
DeVernonntnNormandie.
Lesieur Demarre, ancien
Brigadier des Gardes du Corps
du Roy
, a fait faire un Service
solemnel pour le repos
de l'ame de LouisXIV. Il
a fait celebrer une grande
Messe de Requiem
, & dire
plusieurs Messes basses pour
la mêmeintention; une gran.
de Mciïe pour la santé ,conservation
& prosperitéduRoi
LoüisXV.regnant
,
& une
grande Messe du Saint Esprit
pour la con servation de Son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d Orléans, Regent du
Royaume.
Ilca au moins bien juste -
de dire, maintenant quelque
chose des morts.
Dans l'article du mois passé
qui concerne la Maison de
Longüeil, j'ayoublié de vous
dire que
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres,
Maisons,Lavaudoire&Cerny fut , en grande estime auprès du
Roy Henry III qui le fit son
premier Maistre d'Hôtel en
1575.Chevalier del'Ordre en
Jj77. & MaistredesComptes
dés la même année.Ilépousa
Catherine de Montmirail, fille
de Thierry de Montmirail &
de Denise de Harlay, de laquelle
il eût un fils unique &
deux fiiles. L'aînée desquelles,
Denise de Longüeil épousa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier
President , és ressorts de Mets,
Toul & Verdun, Chancelier
de Catherine de Bourbon Duchesse
deBar,soeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épousa Nicolas de Que,.
lain, Conseiller au Parlement.
Charles Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoire
& Cerny
,
Lieutenant General
des Armées du Roy, épousa
Loüise Seguier fille de Pierre
Seguier Seigneur de S. Cyr,
Conseiller au Parlement,coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France.
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre soeurs,
desquelles Marie- Loüise épousa
Michel de Champrond ,
President aux Enquestes dont
estissuëMagdelainedeChamprond
épouse de Messire
Philippes de la Tremoüille
Marqu , is de Royan Comte
d'Olonne,Senechal de Poitou,
Anne,épouse de M. de MauricConseillerd'Etat,
doncest
issue Loüise de Mauric, épouse
de Messire de Car bonel Marquis
de Canizi ; Loüise de
Montmirail épouse de Messire
René de Lhopital Comte de
Sainte Même; & Anneépouse
du Marquis de Frenoy, dont
est Hru le Grand Prieur de
Champagne dernier mort- : Nicolas de Longueil fils de
Charles, Chevalier Seigneur
de Sevres, Grand Prevost &
General de Champagne &de
Brie,lequel épousa Denise de
la Robertiere fille de Gilles de
laRobertiereSecretaire duRoi,
&de DenisePapillon, dontest
issu
issu Charles de Longüeil Capitaineau
RegimentdePiemont,
tué en Hollande au passagedu
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere,
lequel a commandé unBatail-
Ion du Regiment dePiémont,
&a serviSa Majesté des l'âge
de dix- sept ans, &s'esttrouvé
dans toutes les occasions
,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant e-fté bleflc en
plusieurs occasions
, notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg
,
lequel a.
épousé Anne le Braconier de
laTourfille de Loüis leBraconier
Seigneurd'Ancy les Soignes
,
prés Metz, sans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'est point marié.
Messire Pierre Bouchu Chevalier
Seigneur de Pluniers,
Fontangy
,
&c. premier President
au Parlement de Dijon,
mourut le Aoust1715.
sans posterité, âgé de 72. ans.
Il remplissoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPresident
de la Chambre des
Comptes de la mêmeVille:
il étoit fils de Messire Jean
Bouchu mort premier President
du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu,sieur de Lessart Intendant
de laditeVille, pendanc
plus de 20.années, pere de
Messire Estienne Bouchu Sieur
de LessartConseillerd'Etat
cy-devant Intendant de Dauphiné
& des Arméesd'Italie
pendant un espace de temps
pareilàceluy de M. son pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé de Clairvaux, qui quoyque
dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de saint
Bernard à ses Religieux,&
leur est, comme ce Saint,un
exemple vivant de pieté d'o-
~boïssance& d'humilité.
Messire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle,Archidiacre
de Mande, Deputé à l'Assemblée
du Clergé, pour la
Province d'Albi, mourut le
2.5. Septembre :il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louise Sandrier, femme
de-Medire Philippes Langlois,
Seigneur de Pommerse,
grand Audiancier de France,
mourut le 3. de ce mois. M.
Langlois son mari est frere de
M. Langlois President de la
Chambre des Comptes, donc
je vous parlay dans mon dernier
Journal
,
à l'occasion du
mariage de Mademoiselle sa
fille,avec M. deFourcy Conseiller
au Parlement.
Dame Anne le Goux de la
Berchere,Veuve de Messire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg, tuéau passage du
Rhinen -1"71. mourut le4.
de ce mois, le-Be étoit fille de
Pierre le Goux, Seigneur de la
Berchere, P.I'rcfiJciit duParlement
deGrenoble, & de
Dame Louise Jolly de Blaisy
,
& petite fille de Jean Baptiste
le Goux, Seigneur de la Berchere,
P. President du Parlement
de Bourgogne, & de Dame
Marguerite Brulart, & elle
étoit foeur de Messire Charles
le Goux de la Berchere, Archevêque
de Narbonne, & de
Messire Urbain Pierre le Goux
de la Berchere, Maîtredes
Requêtes
, pere de M.de la
Berchere Chancelier defeu
Monseigneur le DucdeBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voisin Chancelier de Frai*-
ce; pour la Maison de Pellevé,
de laquelle étoit son mari, elle
est originaire de Normandie;
elle n'est pasmoins considerable
par son ancienneté que par
ses alliances
,
& elle subsiste
encore dans la personne de M.
le Comte de Flers.
Dame Magdelaine de Grou..
chy, veuve de Messire Louis
Chauvelin, Avocat General
au Paiement
,
Commandeur
& Grand Tresorier des Ordres
du Roy, dont je vous
appris la mort dans mon Journal
du mois d'Aoust dernier,
mourutle 5. de ce mois, laissant
un fils & une fille; elle
croit fille de Jean Baptiste René
de Grouchy, Secretaire du
Roy, & de Suzanne Heron.
MessireJeanAndré Bouret
ConseillerClercau Parlement
ou il avoir été reçûle 2. Juin
1706.mourut le 9de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret,
Secretaire du Roy & Payeur
des ggcs de laChancellerie.
Messire Constantin Heudebert
sieur du Buisson, Maître
des Requêtes honoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois sans enfans,laissant de
grands biens. MaMademoiselle
Choüart si
connuë & sidistinguéedans le
monde par son merite & par
l'élévation de son genie, mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une très anciennenoblesse.
M.Choihrc son frerc étoit
Capitaine de Galeres, M.
Choüart de Vivier son coufin
germainétoit Chef d'Escadre,
M.Choüart Surintendant
jide la Reine Therese d'Autriche,
& pere de Madame Dalou,
ci devant Premierc Presidence
du Parlement de Bordeaux,&
deM. Busanval qui
rece dans la Gendarmerie
étoient de la même Maison.
M. des Brosses Choüart étoit
pere de Madame Boisseleau
femme du Capitaine aux Gardes,
qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choiïutétoit
fille du President Miron, ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupeoux, les le Picard
, & presque toute la Ro
be. MademoiselleChoüartne
laisse qu'un neveu, nommé
Mde S. Gilles,ci- devant Lieu-
-
,
tenant aux Gardes, & une niéce
,
qui est Madame la Comtcflfc
d'Hautefort, ci-devant
Madame la Comtesse de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieuà cetarticle,est
morte universellement consi-
Jpréç ®rettée de tous ceux quil'ontconnüe.
Dame Marie Marguerite
Lestorré,femme deMessire Armand
Charles de Bonnigalle,
Mleaître des Comptes, mourut 15Octobre1715.laissant
desenfans.
-
-
Dame HeleneCatherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart, Conseillerau Grand
Conseil, mourut le 16. de ce
mois:elle étoit fille d'André
de Gaumont, Seigneur du
Sauslay & de - VauriÀaïd ',
Conseiller d'Etat,&soeurde
Jean de Gaumont Maîtredc«
Requêtes
, & de Mdrjo_-de
Gaumont femme dePierrede
Bragelone, Presidentaux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas, de KÎatabranche,
Prêtre de l'Oratoire,
de l'AcadémiedesSciences,
connu par le grand nombre &
parle mérité de ses Ouvrages,
mourutle 13. de ce mois, âgé
de soixante dix-huit ans. -
Vous voilà, je pense, suffifammcnt
instruit des qualitez
des personnes de distinction
morts ce mois cy, passons aux
Mariages.
Le de ce mois, M le
Marquis deVallançay épousa
Mademoiselle Amelot. Il est
filsdeJeanHyppolite d'Estampes
,
Marquis de Vallançay
&deGabrielleLoüise Malodu
Bosquet; & petit fils de Dominiqttc.
d'Estampes
,
lequel
étoit frere du grand Prieur de
France, & neveu du Cardinal
de Vallançay.
Dominique d'Estampes
,
Marquis de Vallançay ,avoit
épouseen 1641.LoüiseTherese
de Montmorency,soeur
aînée du Maréchal de Luxembourg&
d'Elisabeth demont,
morency ,
Princesse de Mekelbourg
Dece mariage font issus plusieurs
enfans
, & enrraurrs
trois enfans mâles.
Henry Dominique, fils ainé,
qui de son mariage n'a laissé
que. deux garçons , tous
deux morts sansalliance.FrançoisHenry
qui n'a laisse qu'une
fille;& le troisiéme Jean Hyppolite,
pere de Henry Hubert
quiest celuy quivient dese
marier.
Le pere de Dominique d'Estampes
étoit Jacques d'Estampes
,
Chevalier des Ordres du
Roy, grand Maréchal des Logis,
Lieutenant Colonel dela
Cavalerie Legere. Messieurs de
Vallançay descendent deLoiiiS
d Estampes, Seigneur de Vallançay
,
lequel environ l'an
1480. a commence la branche
ds Seigneurs de Vallançay :
ceux qui en voudront sçavoir
davantage, verront l'histoire
de Sainte Marthe, & l'histoire
genealogique des grands Officiers
de la Couronne par le
Pere Anselme, qui est exact
dans toute la genealogie
, excepté
qu'il donne pour filles à
Jean Hyppolite d'Estampes,
ses deux soeurs, & ne parle
point de son fils qui cil: celuy
qui donne lieu à cetarticle.
Mademoilelle Amelot est
fille de M. Amelot de Chaillou
,
Maistre des Requesftes &
Intendant du Commerce,&
de Dame Philberthede Barril
Ion son Epouse
,
quiest fille
de feu M. de BarrillonConseiller
d'Etat ordinaire,&Ambassadeur
en Angleterre. Je
vous ay si souvent parlé de
Meilleurs Ameloc
,
donc les
filles se font roûjours alliées
dans les plus grandes Maisons,
telles que celles d'Aumont,de
Luxembourg
,
de Beon
,
de
Nicolaï, deTavannes,deVaubecourt,&
autres, qu'il seroit
inutile d'en reparler ici.
Herard duCausé Chevalier
Seigneur de Nazelle
,
Lieutenant
des Maréchaux de France
en la Province de Guïenne
,
épousale 7.0cb.Mademoiselle
Cath Julie deBesanne deProuv.
iy,fillc de Charles de Befanne
Chevalier Seigneur Vicomte
de Prouvay & Poulandon.
La Maison de Besanncest
une des anciennes Maisons de
Champagne. Jean de Besanne
un de (es ancestres
,
qui avoit
unEmploy dedistinction auprèsde
saint Louis
,
lorsqu'il
fust en Terre Sainte faire la
guerre aux Sarrasins
,
à la Bataille
de Damiete, où l'Année
du Roy fut vigoureusement
chargée, leditde Befanne par
sa valeur contint les troupes
avec tant de fermeté, que le
Roy luy donna la devise nec
fugit, nec metuit.
,
La Cérémonie de ce Mariage
fut faite par M. l'Evêque de
Lavaur, dans l'Eglise ParoissialedeSaint
Mederic.
J'ay déja eu l'honneur de
vousdire, qu'il ne tenoit qu'à
moy de remplirmon volume
des Eloges quon m'a envoyé
ce mois cy ,à la gloire de Mon.
sieur le Regent. Si cela m'avoit
estépossible
,
je l'aurois fait
pour la fatisf.;¿bon de tous
Ceux qui se sont efforcez de
luy marquer leur zele; mais
pluficurs considérations m'ont
déterminé à supprimertous ces
ouvrages;à l'exceptionneanmoins
decelui cy que je Serois
très fâché de mettre aurebut.
Il a deux qualitez essentielles
qui le rendent au moins digne
de paroître au jour. La première
c'est qu'il ne contient que
des verirez exprimées avec
noblesse & simplicité & la
secondé c'est qu'il est de la
main d'une belle Dame
,
digne
par ses grâces & par sonesprit
de toute l'attention où l'on
est porté naturellement,par le
mérité de ses ouvrages.
Vers de Madame V
à Son Altesse Royale Monseigneur
le Ducd Orleans,
Regentdu Royaume.
Apollon il est temps: prends
toy même ta Lyre,
D'inspirer les mortels, à present
c'est trop peu;
Célébrés par des chants pleins de
ton divin feu
Le Prince que la France admire,
C'est luy qui par de sages Loi.",
S'attire les coeurs des François,
Il va rétablir l'abondance
La bonnefoy ,
,
la confiance :
Enfin tepar01fita ce métalpré-
CJeux
Que l'on croyoit rentre dans le
fin de la terre Et dontl'absence fait , autant de
malheureux
QtSune trop longue & trop
cruelle guerre.
Dieu des Vers chante à nos ne-
'UfUX
Combien ce Princefit d'heureux;
Pour moy de ses vertus charmée
A celebrer son Nom je me fins
animée.
Comme Sapho, quenefais-je
des Vers,
Pour apprendre à tout ÏVmvers
Que l'AbgusteRegent de
France
Poss de luyseul la science,
Les rares q:la{ltez) les talens
îlitreuttueux,.,
Qui firentjadistant de Dieux.
Voicv encore unSonnet sur
le même sujet, que je mets
avec connoissance de cause, au
nombre des meilleurs que j'aye
reçu ce mois-cy. Il est de la
façon de M. Thierry,Commis
de M. de Montargis.
SONNET.
Non, Muse, tu nepeuxd'une
plus noble audace
Excistrencejourmon émulation,
je cede à ce transport, a cette
ambition
J^ui tend à me frayer les routes
du Parnasse.
Maisparoù commenter?queveuxtu
que je fasse ? Je t'entens, tuvoudrois que d'un
Prince fameux
Je traçasse en mes vers l'Eloge à
nos neveux,
Fourrois-tu d'un tel pas me tirer
avec grace ?
Non,pour peindre un Héros ilfaut
trop
trop de talens
MA main ejl malinstruite à préparer
l' encens: Je nay ni cet espris,ni la juste
éloquence
Qu'ilfautpour bien louer ce modele
parfait,
Croy moy , Muse ,croy woy, ne
romps pas le Silence
Jadis plutarque À peine ébaucha, son Portrait.
Pour la Piece que vous allez
lire, elle n'a nul rapport avec
tout ce qui la précede : & est
à mon gré, un des plus jolis
morceaux de Poësie qu'on
puissefaire. C'est une failliede
M. F.&toutce que M. F.
compote, ezst plein de justesse
&desprit.
TRIOMPHE
des beaux yeux d'Iris. *
MesserPhbebus l'autre jour
querella ;
Avec Amour, &c'est vieille
rancune1 DepuisDaphné:très-loin l'affaire
alla,
EtjuréfutparFupin & Neptune
De Je vanger; mais bien-tost
Cupidon
-
Nesesouvint detelle échaufourée
Et mettant basson arc (7 fort
brandon
Prés de PsichefutpaffirlaJoirée.
Quant à Pboebus Poète & Medecin,
Deux animaux ¿lffez sujets à
l'ire,
Miraclen'ests'il forma le def
sein
De rüiner Amour&son Empire.
Or que fit- il ? point ne fut à Pa.
phos,
Pointn'assiegea des forgesde
Lemnos
Les magasins & cavernes secrettes
Poury brûler carquois, arcs &
sagettes
De Cupidon; mais par dol infernal
,
Voulantfinirguerre tant difficile,
Il s'en fut droit au charmant domicile
Qui d'amour est le plus fort arsenal,
C'est cbez Iris; ô
trahison infgne!
Tout en entrant unefleche maligne
Il jette aux jeux de la jeune
beauté:
Làfont les traits les plusfûrs de
Cithere,
Et ce dessein étoit bien projette,
Le pas n'étoit de clerc en vérité;
Mais des amours la cohorte legere
Para le coup: car alle% chez
Iris
La 3 trouverez mille amours aguerris,
Montans la garde ainsi quechez
leur mere: Pboebus surprisgne peeutserdégt-
De l'emv'tifc,zde; il voit [ris) il
aImeJ
Loin d'attaquer il estfrappé luy.
meAme
Par les beaux yeux qu'ilvonloit
outrager.
Profonde fut (7 vivesa blessure,
Oncvquers Daaphnuésibien ne le na. Des coupsd'Iris jamais ne guerira,
Jefiaytrop bien qu'impossible est
la cure.
Il nemereste plusavant que
de finir ma lettre, qu'un
moyen de vous amuser à vous
proposer. J'ay remarqué le
mois d'Aoust dernier que le
Public avoit reçu assez favorablement
les Questions donc
je luy avois demandé la solurion,&
qu'un grand nombre
de gens d'esprity avoit répondu
avec plaisir. Cetteconfideration
m'aporté à en chercher
de nouvelles, pour exercer l'imagination
de ceux qui voudront
y répondre. J'étois sort
occupéà cette recherche, lore.
qu'un de mes amis m'a fait le
plaisir de me tirer d'affaire, en
m'apportanc les Questions
suivantes.
PremièreQuefiiort.
On desire fçavoir jusqu'à
quel point il en permis à un
honneste homme d'estre ja.
loux.
Seconde euellion.
On demande si un Amant
a droit de soupçonner sa Maîtresse
de peu de cendrefle,
lor [qu'elle oppose le devoir à
ses desirs, & si ce.beau nom
n'est point l'artifice d'un coeur
peu touché.
Troisiéme Que(lion.
Qui cil le plus heureux
d'un Amant fidele qui trouve
du retour., ou d'un coquet qui
en trouve suffi.
QuatrièmeQeuestion.
On est grandementeurieux
de sçavoirJ si Helene estoie
blonde ou brune, mais on
avertit
avertit qu'on n'en croira ny
Homère, ny ceux qui ont juré
sur ses écrits. On veut
tout au moins l'autorité d'un
témoin qui ait estéoculaire,
sans quoy , ceux qui disputent
ne se rendront pas. On recevra
pourtant les conjectures
bien fondées"car on commence
à se lasser d'un procès qui
dure déja depuis si long temps,
& qui occupe très-ferieurement
des per sonnestrés-fpirituelles.
CinquièmeQuestion.
Qu'on nous dise enfin,s'il
y a eû un Homere, & qu'on
réponde cette fois par un ouï,
ou un non définitif.
me que le ParlementJa Cham-
^rcdesCompteSjCourdesAydes,
Courdes Monnoyes, Universi(
é'& la Ville. Le Service
commença, M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônicc
de France fit l'Office, affilié
des Evêqucs de Seez, dAuxer.
re, de Beauvais & d'Angers j
aprèsl'Evangile Monseigneur
le Duc d'Orleans precedé des
Hérauts &Roy d'Armes,accompagné
du Grand Maître
des Cérémonies ,alla à l'Offrande
, fit une reverence à la
representation ou Mausolée
,
au Clergé, aux Princes du
Sang, aux Ambassadeurs, au Parlement Cour des Aydes,
&c. Les autres deux Princes
allèrentàl'Offrande après luy
& firent les mêmes reverences:
ensuite M.l'Evêque de Canres
monta en Chaire & fit l'Oraison
Funebre, & fit voir que le
Roy avoit été un spectacle de
félicité
, un spectacle de fagesse
,& un spectacle de
Religion. Ce Prélat fut applaudi,
on continua la Messe,
à la fin de laquelle M. le Cardinal
de Rohan & les quatre
Evêques assistants allerent auprès
du Mausolée faire lesabsoutes
: & quand elles furent
finies ils vinrent s'asseoir à la
porte du caveau: pour lors les
Gardes du Corps en manteaux
noirs & capuchons, tirerent le
cercuëil du Mau solée, pour le
porter au caveau , a prés avoir
mis dessus un poële d'unemoire
d'argent, brodé d'or, fourré
d'hermines, dont les quatre
coins furenr portez par le Premier
President & trois autres
Presidents à NortietenRobes
rouges & hermines
: quatre
Gardes de la Manche mar
choient avec leurs perruisanes
& leurs cottes brodées
d'or & un capuchon noir aux
quatre côtez. Quand on eut
mis le corps du Roy dans le
caveau, M. le Marquis de
Dreux Grand Maître des Cerémonies
cria tout haut: Hérauts
d'Armes de France, faites
vos charges: ils marcherent
au nombre de douze, &
jetterent leurs bâtons & leurs
Dalmatiques dans le caveau:
ensuite M. le Grand Maître
appella tout haut M. de Courtenvaux
Capitaine de la Compagnie
des centSuisses, faites
vôtre charge, portez l'enseigne,
il vint en manteau noir
l'enseigne couverte d'un crépe,
qu'il posa dans l'entrée dit
caveau: pour lors un des Herauts
prit la lifte & appella M:
le Duc de Charost, Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps, faites vôtre
charge,portez l'enseigne M.
le Duc de Villeroy Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps, faites vôtre
charge, portez l'enseigne;
M. deBaliviere Lieutenant de
la premiere Compagnie des
Gardes du Corps,transmis à
l'absence de M le Maréchal
d'Harcourt, faites vôtre charge
, portez l'enseigne; M. le
Duc de Noailles Capitaine de
la Compagnie Ecossoise, faites
vôtre Charge, portez l'enfeigne
; M.le Duc de la Tremoille
faisant l'office de grand
maître & chef du convoi, fut
ainsi appellé; M.l'Ecuyer tranchant
futaussi appellé; Mde
Momor premier Ecuyer, du
Roi,portez les éperons; M. du
Sanfoy Ecuyer du Roy,portez
l'ecu; M. portez les gantelets;
M. portez le heaume ou
casque ; M. le Grand Ecuyer
de France, portez l'épée royale
; M. le Grand Chambellan,
portez la cotte d'armes; M le
Duc de Brissac, portez-le paneau
; M le Duc de Luines
,
portez le Sceptre; M. le Duc
d'Usés, portez la Couronne.
Ensuite le Heraut cria trois
fois le Roy eÍl: mort, & un
moment après, vive-le Roy,
trois fois: les timbales, trompettes,
hautbois,tambours
quiétoient dans la nessefirent
entendre; il cria encore vive
Louis X V. Roy de France
& de Navarre ; & la ceremonie
finie à cinq heures,
on alla dîner. Il y avoir quatorze
cent couverts, soixante
pour le Clergé, quatre-vinge
deux pour le Parlement; tout
fut servi avec beaucoup d'ordre
par six cent Suiffes, &
toutes les tables furent remplies
de mets exquis.
Voici l'ordre comme on
étoit placé. LeClergé dans le
Sanétlairc à la droite, les Ambassadeurs
à la gauche
,
Monseigneur
le Duc d'Orleans dans
les formes
,
suivi des Princes
& des Ducs : le Duc d'Usés
comme le premier étoit après
M. de Charolois, après les
Ducs, la Chambre des Comptes
sur la gauche , le Parlement,
la Cour des Aydes, la
Cour des Monnoyes, & rUniversicé
sur des bancs.
On aura, comme je viens
de vous le dire, un détail CXtitt
de cette ceremonie
,
dans la
Relation qui va paroître.
Aprés vous avoir donné le
mois pasté & celuycy deux
OJes qui ont disputé le Prix
de Poësie à M. Roy,il est
bien juste de vous donner
maintenant le remerciement
qu'il fit à Messieurs de l'Académie
Françoise : cette Ode,
au gré des connoisseurs, meritoit
un troisiéme Prix.
ODE
A Messieurs de l'Académie
Françoise,prononcée dans
l'Académie le jour de la
distribution desPrix.
ParM. ROY.
Queljour! mon bonheur m'étonne
L'espoir m'enparoissoit vain,
Quoy! Minerve me couronne
De l'une
, & de l'autre main.
VQiry le champ de la gloire
Où jadis une victoire
Marqua mespremiersessais.*
Minerve tu m'y rappelles :
Dans tes Annalesfidelles
Efcri mes nouveaux fuccc'{..
Attens.. Il ep unfîlenct
Enfantd'unorgueilingrat.
Laisse ma reconnoissance
Se monstreravecéclat.
MesJugesfurent mes guides;
Dés longtems mesyeux avides
S'ouvrirentsur leurs Escrits:
* Prix d'Eloquence en 1711.
JD'ealyasurpris quelqueétincelle
lumiere immortelle
,
QjSils njerjent dans les esprits.
L'Eloquence à Demosthenes
Mit lesfoudres à la main,
Elle transporta ,fArhenes
Sonthrône che^ le Romain.
Mais la Raison ny les Graces
Nesuivirent point Jes traces
CbtZ nos rustiques oyeux:
Elley parut derangée
Ou trop nuë, ou trop chargée,
D'unfard qui blessoit lesyeux.
Quels nobles Esprits oserent
Luypresenterlemiroir?
Toussesdéfauts s'éclipserent,
Si lOft quelle put les voir.
La voix d'AR MAMD
quelle implore
Ou rassemble, ou fait éclore
Des Demosthenes nouveaux:
VArt deparler,&d'écrire
Devint digne de l'Empire
Agrandi parses travaux.
Aux Vertus., chasteEloquence,
Donne d'illustres amants
Touche,plais
, à ta puissance
Joins Jesacrez ornements.
Que les Cieux t'enapplaudissement;
Que de tes soins retentisent
Les Thrônes&les Autels:
Rend nous les divins oracles,
Ou nous vante les miracles
D,U»Roe)l'honneur des mortels.
Mais la Mufe de la syre,
Qui deschants donne le prix,
S'offre à mesjeux,&m'attire
Aux pieds de ses favoris.
Enchanterese nouvelle
Par quel art évoque-t'elle
Les premiersfils d'Apollon?
Icy
Icyreparoist Catulle;
Pindure
,
Horace
,
Tibulle
N'ontfait que changer de nom.
C'estl'Auguste de la Seine
Qu'ils celebrent. Quels accords!
Autour d'eux plus d'un Mecene
Eféhauffi encor leurs transports.
Je vois ceux , que la naissance,
La dignité,lapuissance
approchent de ses regards : Je vois ceux, qui dans la guerre Firent à , toute la Terre
Rejpeflcrfes Etendards.
Zele ardent, inépuisable!
Tributqu'on doitaux bons Rois
Ace concert respectable
On invite d'autresvoix.
J'obéis Paix renaissante
C'est ta Feste que je chante,
Quelpouvoirbrisa tes fers?
Répons, nomme en aBeurance
Le Bieniéleur de la France,
Et celuy de l'Univers.
C'est luy. Voilàson image
Quels traits!quelle Majestél
Que j'aime cefiercourage
Tempérépar la bonté!
Autrefois, vainqueur rapide,
Infatigable
:1
intrépide,
C'étoit Achille à nosyeux :
C'estNestor, dont la ineillejje
N'estqu'une longuejeunesse
Egale à celle des Dieux.
Qi,.je dit?Icy mon Ztl
Defoibles couleurs le peint.
LaV-ISprend pourson modele
Deses ayeux leplussaint.*
Rois de nostre fang avares,
Tous deux, des duels barbares
*S. Loüis.
Disarmerentlafureur.
De leur peuple tendres Peres
De la Foy vangeursseveres
Tous deux chasserent l'erreur.
Princes, mes Dieux tutelaires
Vos Portraitssont mes tbresors: *
Et des signessalutaires
Pour enhardir mes efforts.
V" jour.. mais l'osay-je croire,
Que desJuges de la gloire
Vous m'attiriez les t'egards:
Ainsi Romefortunée
Attachoitsa dessinée
Aux Images des Cesars.
* Medailles du Roy &deS. Louis.
Voicy des Vers Latins à la
loüange de nostre jeune Monarque.
Cum Rex Ludovicus decimus
quintus Lutetiam ingrederetur
die Septembrisduodecima.
Qucm Deuseffinxit, dignum
te GalliaRegem
Nosce tuum, & sortis plaude
beata tuæ.
Pande fores,Urbs clara,tuos
Rex maximus intrat.
Et cum Rege sides, religioque
venir.
Cernis utante viam imbelles
Pax aurea lauros
Spargit, & innumcras copiæ
fpargic opes.
Sanguinis heroas reddic placidissima
cunctos
Frons pueri, & dotes exprimic
illa novas.
Quippè per æratas olim ruat
ille phalanges;
Sive magis placidæ tempora
pacis amer.
Auc fastis æquabit avum ,
proavumquc, patremque,
Aut si fata sinant vivere, major
erit.
Cresce. igitur Princeps pariccr
tua gloriacrescet.
Pieridum cresfcet, francigenumque
decus.
Si qua tamen surgit ooftrx
tibicura salutis,
,
Nil præcer pacis munera fanc-
-
ta sove.
Ut vincas mundum, cur enim
te bella juvarent?
Qui fubigat populos, arcus
amoriserit. **
Ut nunc Lutetiæ
, te tantum
ostende per orbem:
Et Rex in terrâ protinùs unus
crit. -e
LE BL. C. L.
MONSEIGNEUR,
Siquelques endroits de ce
Livre meritent d'amuserVôtre
Altesse Royale
,
il n'en faut
pas davantage pourmencouragerà
le rendre meilleur. Je me
fersdece terme, parce qu'en
veritéon a besoin de beaucoup
de courage & d'une grande
constance, pour soutenir
un pareil ouvrage.
Je ne m'exeuse point, Monseigneur,
de la temerité avec
laquelle j'ay osé vous le dédier,
c'est un usage établi parmi
tous
tous les Auteurs, qui usurpent
souvent lePrivilcge de mettre
à la tête des plus méchants
Livresles plus grands noms
du monde;mais je me garderois
bien de prendre une pareille
licence,si Mercure n'étoie
pas,comme itt'cft, le magasin
des pensées & des avantures
de tout le genre humain. Ainsi
quelque chose qu'on ose
dire du Mercure Galant,tant
de mains contribuent à le
faire,que le merite & les qualirez
de ceux qui s'en meslent,
sussisent pour luy donner l'autoritéqu'on
luy dispute. Pour
moy je ny prends déformais
pour ma part, que le droit de
vous faireconnoistre les gens
d'efpricqui me fécondent )&,
que la gloire de vous asseurer
du parfaitdévouement & du
profond respect avec lesquels
j'ay l'honneur dêtre,de Vôrre
AlcesseRoyale,
Monseigneur,
Le plus humble, le plusobéïssant,&
le plus fournis
Serviteur, leFebvre D. F.
Avis aux Sçavans
,
& aux
Curieux, particulièrement
aux Etrangers.
ParPrivilège du RoyJtnrfgiJlré
&confirmépar Arrefldu Parlement
, avec Approbation de
la Faculté de Medecine, (7
de l'Académie Royale des
Sciences.
Le sieur Desnoücs de l'Académie
de Boulogne-devant
Professeur d'Anatomie & de
Chirurgie de la Serenissîme
Republiquede Genes, Auteur
des Anatomies artificielles,
dont la principale compofitioa
cil de cire colorée, avertir qu'il
a presentementune plus grande
quantité de ces Anatomics,
d'hommes
,
de femmes, de.
filles& d'cnfans dissequez &
préparez d'uneexactitude à y
voir distinctement toutes les
parties du corps humain 1tant
internes qu'externes.;de manière
que la têce
,
la poitrine., & le
ventre y sont ouverts, pour
y laisser voir tous les visceres,
& distinguer tous les nerfs, les
ventsa les arteres, les muscles,
&même les vaisseauxlimphatiques
, & gcneralement tout
ce qu'ily a de plus sçavamment
découvert&de recherché
dans la belle & la plus
exaéte Anatomie.
Ces Chef-doeuvres de l'Arc
& de la Nature fontà present
en sigrand nombre
,
&si persectionnez
,
qu'il seroir trop
long d'en donner icy le détail.
Oh se contentera dedirequ'ils
ont une approbation generale;
& que les plus sçavans & les
plus curieux avouent qu'ils
n'ont jamais rien vu de plus
singulier ni de plus surprenant,
particulièrement depuis les
sept pieces nouvelles dont on
a illustré & augmenté ces
beaux 15 ouvrages d'Anatomie
en y joignant l'utile & l'agréable.
Le grand nombre de Corps
anatomisez& de parties separées
dont en est pourvu ,
est
très - avantageux pour foire
commodement les Cours d'Anatomie
,
sur tout pour les
personnesqui ne peuvent supporter
le dégoût& la mauvaise
odeur des cadavres.
La modestie est exactement
observéedans tous les (ajets
& dans toutes les parties separees,
aussi-bien que dans le
difeours & dans les démonfira.
tions, pour la satisfaction de
l'un&l'autre sexe.
Outre les ouvrages d'Anatomies
dont nous venons de par.
ler, on y verra des Cabinets
garnis de pieccs curieu ses &
des plus surprenantes ; aquoy
bien des gens ne s'attendent:
pas.
On entre tous les jours en
Eté depuis huit heures du marin
jusqu'à sept heures du soir,
& en Hyver depuis neufheures
jusqu'à cinq; & les Fêtes &
Dimanches après l'Office de
l'Eglise. Ziiij
Chaque perionne paye le
demi écu courantpour la Dé- monftration.
C'eftàprejentruë du Colom.
bier) àla premiereporte-cochere
à droite, en entrant du côté de la
rue de Seinevis a visl'Hôtelde
Luynes.
PROPRIETEZ
& Vertus de l'Essence Divine
, 0* maniere de s'en
servir.
Pour les fluxions de quelque
nature qu'elles soient, tremper
une compresse dans cette
Essence
,
& l'appliquer sur la
partie malade.
Pour les maux de teste
,
migraines,
rhumes& routes maladies
du cerveau, enrespirer
par le nez,& s'en frotter les
tempes ,
si ce font des maux
inveterez,elic nefera pas son
effet sur le champ; mais en
moins de quinze ou vingt
jours, on fera enticrement
guery.
Pour la colique
,
mal de
ventre,d'estomach,&indigestions,
en boire une cuillerée.
Pour le haut-mal
,
mal de
nierc ,
paralysie & apoplexie ,
s'il arrive qu'on soit tombe
dans le mal
,
pancher la teste
du malade, de manière qu'on
luy en puisse mettre deux ou
trois goûtes dans le nez,autant
dans la bouche & luy en
frorter les tempes.
Pour l'hydropisie,en boire
foir & matin unecuillerée.
Pour la pleureficmal de
coeur ,
d'estomach
,
de poulmons
& de rate, en boire une
cuillerée.
Pour les vapeurs,soiblesses,
&évanoüissement,en respirer
par le nez & s'en frotter les
tempes.
Pour les rhumatismes &
gouttes) & douleurs de jointures,
en boire une cuillerée
pour guérir le dedans,& s'en
bien frotter la partie malade.
Pour les douleurs des dents,
qu'elle arrête dans le moment,
il en faut appliquer avec du
coton sur les dents malades
&s'en frotter les jensives.
Pour les fiévres malignes,
pestilentes & pourprées &
pour la petite verole&rougeole
,
qu'elle fait sortir, & quand
même elle fera rentrée, il en
faut prendre pour une personne
au dessus de 15. ans, deux
cuillerées, d'un plus bas âge à
proportion.
Pour les playes, de quelque
nature qu'elles soient & pour
la brûlure d'eau ou de feu,en
bien bassiner la playe, ¥
appliquer une compresse.
Cette Essence en admirable
par la promptitude de son
action & à moins que ce ne
soient des maux inventerez,on
fera soulagé
,
& peut estre
même gueri pour la premicre
ou seconde fois. Elle augmente
la chaleurnaturelle, fortifie
&réjoüie tous les esprits vitaux
& par sa vertu pénétrante
pouffe au dehors lesimpuretez
qui corrompent la masse du
fang, lepurifie, & le fait circuler
, elle diXIîpc & empêche
les fumées de monter à la teste,
elle fortifie l'estomach
,
elle
cil: preservative contre le mauvais
air & les maladies contagieuses
, par sa seule odeur
aromatique.
Les bouteilles font de cent
sols,& les demie decinquante
sols.
Ce remede se trouvechez le
R. P. Dom Aimé
,
Directeur
des Dames de l'Abbaye S. Antoine
, au Fauxbourg S. Antoine.
Avis utile à tout le monde.
Le sieur Porcheron a un
secret merveilleux contre les
Rhumatismes inveterezgoûteux
,douleurs de nerfs & sciatiques.
Le secret consiste en
une Pommade composée de
simples
,
approuvée de Messieurs
les Doyen & Douleurs
de la Faculté de Medecine à
Paris,qui ont gueri eux-mêmes
par le seul liniment, &
frottement decette Pommade
plusieursmalades de rhumatifmes
inveterez & goûteux,qui
ne cedoient point aux remedes
ordinaires: Elle guerit aussi
les Enquilofes dans les boëtes
des genoux. Les pots font cachetez
de son cachet, il donnera
la maniere de s'en servir.
Cette Pommade ne se corrompt
jamais,& peut se transporter
dans toutes forces de
Pays. Elle a la vertu de faire
tran fpirer doucement l'humeur
en dehors) sans aucune
cicatrice. Les plus petits pots
font de 50.fols,& les grands
deS.liv.
Il demeure ruë du Petit
Lyon
,
Quartier S. Sauveur
au coin de la ruë des deux Portes,
où son Tableau estexposé.
A F S.
Le sieur Aubert,Libraire,
Quay des Augustins, du costé
du Pont S. Michel, à l'Image
S. Nicolas, a grand nombre de
Mercurcs Galants anciens &
nouveaux, tant en blanc que
reliez; il les vend en corps
complets & en volumes separez
; il a les sieges
,
batailles
figures, , plans & chansons séparemenr:
la Vie de DonPierre
LeNain: les Avantures de Zeloïde,
loïde, Contes Indiens les Foi
- resBretonnes, Conte des Fées.
Avertissement.
Le prix des ports de Lettres
que vous m'envoyez, Mefsieurs,
est si peu de choie pour
vous, & peutestre d'une si
grande consequence pour moy
que je vous recommande encore
de ne pas oublier à les
affranchir.
N'oubliez pas non plus,s'il
vous plaist, que je ne vous
donneray aucun Livre qui ne
foit revêtu de mon Paraphe;
& de m'envoyer le plutost que
vous pourrez tout ce quevous
jugerez à propos dem'écrire.
Messieurs Poisson pere &
fils sont enfin rentrez à la Comedie
Françoise, ce qui donne
lieu au Public d'esperer un
grand amandement dans la
Troupe.
14
Hifloire nouvelle & nitritable,
2..4-
apologie de ïAuteur. 8 3
TABLE.
Réponse deMendoce. 84
Ode de~ M. l'AbbéPele,grin ,
deM, sur ïAbbéPclegrtn sur
lesujet proposépourle Prix de
l'AcadémieFrançoise.91
A M. de la Motte, Conte.101
Tres beau raisonnement de tAu.
teur. iii
Lettre à Mademoiselle deL **.
Hy
Sonnetssur les rimesproposées le
mois dernier. 120
CBouhqueat.nson.131319
Chapitre des Enigmes. 136
Livres nouveaux.Article digne
de toute la curiositédu Lecteur,
&convenableaux intérêts de.
TABLE.
l'auteur. 141
Autre belle Reflexion de l'Auteur.
14;
Chapitre ON il est parlédiscretement
& en peu de mots de
l'Optra^dela Foire tfT dela
-
Comedie. 148
Nouvelle galante. JJf,
Nouvelle de Melilla, Ville
d'Afrique tyaifîae de CtutA.
appartenante au Royd'Espa.
gne , &^Jiegée depuislongtemps
parles Maures, IJ9
DeConstantinople. 170
De Londres. 171..
De Venise.173
De Vienne. J74
TABLE.
De Hambourg. 178
D'Edimbourg, 183
Extrait d'une Lettre de Copenhague
au sujet de AmbassadeurdePerse.
15)3
Extrait des Lettres de Londres.
if>4
De Paris. 201
DeVernon, en Normandie.203
Articledes Morts. 204
Mariages. 221
Vers deMadameV.. à It louange
de Monsieur le Regent.
227
Sonnetsur le mêmesujet. 235
Triomphe des beauxyeux àIris.
: 234
TABLE.
Questionsdignes de l'attention
cm desRéponses de tous les
beaux esprits. 138
Cérémoniefaite à S. Denis le
jour de l'inhumation de Loüis
xiv; 14L
Ode à Messieurs de l'académie
Françoije,prononcée dans l'Académie
le jour de la distribution
des Prix,par M. Roy.
ijz
Vers Latinsà la louangedujeune
Roy. 161
Compliment de l'Auteur. 164
LAlvis.vis.2.7226,7
Avis utile à toutle monde.178
TABLE.
Avis pourplacer la Figure.
LaFigure doit regarder la page
134.
A PARIS,
M.DCCXV.
AvecPrivilege du Roy.
M ERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
d'Octobre
X7IJ.
Le prix est 30. sols relié en veau,&
zj. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, & J. LAMESLE,
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
j4recj4probation}&Privilège dupsi
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
ONSEIGNEUR,
Si vostre Altesse Royale n'a
que deladisposition à ne pas
s'ennuyer, (ce qui est d'autant
plus vraysemblable dans un
Prince de son âge,qu'en cela
tous les hommes luy ressemblent)
jelasuppliede me permettre
deluy dédier dorcfnavant
mes ouvrages. Je feray
pour son amusement
, en dépit
de tous les obstacles que
pourroit m'opposer la fortune
ennemie,une si grande provision
de gayeté
, que la source
en fera desormais intarissable.
Je feray un traité solidaire
avec les Grâces, les Muses&
les beaux Arts, pour entretenir
Vôtre Altesse Royale du bonheur
de la France, sous la
glorieuse Regence. de Vôtre
AugustePere, & je me menagcray
soigneusementdesintelligences
chez toutes les Nations
du monde, pour recuëillir
les suffrages & les applaudissements
quelles donnent &
donneront toûjours à ses
royales vertus.
Voila, Monseigneur
, un
magnifique projet. Je ne sçay
pas trop bien dans le fonds,
si ce n'est par une temérité à
moy de vous promettre de
sigrandes choses, par l'impossibilité
de vous tenir ma parole,
cù sans doute me réduiront
les brillantes actions d'un si
grand Prince; mais du moins
je sçayque je me contenteray
de foire simplement l'Historien
fidele, dans les occasions
où je ne pourray peindre le
Heros de qui Vôtre Altesse
Royale areceu le jour.
Rien ne peut promettre à
la posterité plus de merveilles
& plus de vertus en vous,que
l'avantage glorieux d'avoir un
tel Pcre. Qu'il soit donc l'unique
modele de ce que vous
ferez, & vous ferez un jour,
comme luy, pour le reste de
vostre vie,l'objet de l'amour &
de la benedittion des peuples.
J'ay l'Univers entier pour
garant de ce que j'avance :
il en gouverne le premier,le
plus riche,& le plus florissant
Royaume; dites luy
,
Monseigneur
, au nom de tous les
François, qu'il apprenne à les
gouverner long temps, & à
menager des jours si précieux,
dont ses soins infatigables
pour nostrerepos, pourroient
abreger le cours. C'est de leur
durée & de sa santé que dépend
nostre félicité. M. Dufrcfny
mon devancier a bien
sceu luy dire làdessusenvers,
ce qu'à chaque moment nous
luy disons tous en prose. Je ne
douce pas que vous n'ayez veu
cette piece ; mais sur ce point
fcs VoeLHC & les jaefitcs ne
sçauroient estre trop publics.
VERS DE M. DUFRESNY
presentez à Son Altesse
Royale Monseigneur le
Duc d'Orléans,Regent de
France.
Lebonheur de la Franceest
ton unique objet.
Oserois-jegrand Prince entrer
dans ton projet ?
Je voudrois à l'Etat me rendre
necessaire
,
Comme tant d autres voudroient
faire.
Ton Médecin déjàsans doutes'est
'Vante
D'être utile à l'Etatensoignant
ta santé;
Sije prenoissoinmoy
,
de lafaire
bien rire,
Je dis bien, avec goût, par l'esprit,
c'cft à dire,
D'un rire convenable aux Princes
tels quetoy S'il , en fut on",s'entend) mais revenons
à moss
Pour le bien de l'Etat>Prince je
tesupplie
Que jesoisMedecin deta melanco
lie.
J'entre en polfèffton., j'ordonne
gravement,
Pour tasanté queje te fasse rire.
Il tefaut du delassement
Sans celapourrois-tusuffire
Arenouveller un Empire.
Ce riefl quun jeu pour toy, d'accord
,je le comprends.
Pour des conseils tous differens,
Toujours tes decisions prêtes,
Toutes justes maigré tant de diversué!
Le Cielt'a donnéplusieurs têtes>
Mais tu n'ascommenous,qu'une
seulesanté:
Eh! quelle encor? ce rieflJante de
Susse,
Il estbon qu'on t'enavertijîe.,
Ton genie est plus fort que ton
temperament.
Sur ce pointseul aveuglement
Soûmets tes lumieres aux nôtres,
Sur ta santéconsulte nous nous
autres,
Car nousyprenons sur ma foy
,
Beaucoup plus d'interêt que toy.
Je remplirois au moins un
volume comme celui-cy de
pieces de Poësies,si je pouvois
me résoudre à vous faire part
de tous les Eloges en vers que
j'ay receus à la loüange de
Monsieur le Duc d'Orleans.
Je ne croy pas que les esprits,
dans toutes fortes d'Etats
,
CC:
soient jamais plus exercez sur
aucun sujet, qu'ils le font aujourd'huy
sur l'abondance
, le repos & le bonheur que
nous promet la Regence. Personneen
France nevoitmaintenant
de plus prés que moy,
le zele des François. De cent
Villes de Province
,
des Seculiers
,
des Curez, des Maîtres
d'Ecole,des Docteurs ,
des Médecins, des Poëtes,
m'ont envoyé par )apo(~e~o~
par leurs amis, des complimentsen
vers, & en prose,
en Latin, en François, & mêmeen
Allemand
, pour Monsieur
le Regent. Parlez luy
, s'il vous plaît, la première fois
que vous le verrez, du double
employ où ses vertus m'engagent.
Il me fait en vérité
passer les jours & les nuits à
lire tous les paquets qu'on
m'envoye pour luy. Qu'ilsçache
quelque chose en passant
de ce que j'ay l'honneur de
vous dire,c'est tout ce que je
demande. Il comprend à demi
mot ; mais voici encore un paquet
qui m'arrive, je parie qu'il
est de la même espece que les
autres. Justement. C'est une
Ode. Je l'ay lûë) & je vous la
presenteà lire.
ODE.
Quel malheurcausela triflcjje°i
Que j'apperçois de toutes parts;
Peuples quelle douleur vous
presse,
Et pourquoy ces tristesregards ?
Mais NIA/gré mon impatience
Vous gardez un morne silence ; -
0 fort! ô regretssuperstus;
Lesgrandes douleurssont muettes
Mais nos pleurs sont vos inter.
prêtes,
Je les entens! Louis n'est plus.
Ainsicet Auguste Monarque
De ses ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'Immuable fatalité.
Ce Soleilfinitsa carriere!
O toy qui reprenssa lumière,
Ciel! nous implorons sa bonté;
Mais déjàsa mainsecourable
D'unnouvel astre favorable
Fait luiresur nous la clarté.
Que vois-je! quelprodige en
core
Parotj'li en croirayje mesyeux
La Divinité qu'onimplore
17itnaroÏt-e./le habiter ces lieuxt
Vois-jedescendre sur la Terre
Lafille du Dieu du Tonnerre
Faut-illuy dresser des Autels?
N'endoutons plus;desa presence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.
Ainsi
Ainsise dissipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros;
Ferme appuy d'un peuplefidèle
Pour récompense de son zele
Il va luj rendre le repos.
Les temps de Saturne (y de
Rbee
Se renouvellent parsessoins,
Déjà Themis autorisée
Luy represente nos besoins.
Il est touché de nos Allarmes
Sa maindaigneessuyer nos larmes
Ilprévient, comble nos souhaits
Qu'àjamais le Ciel qui l'anime,
Fasse à ce Heros magnanime
VajôrtÙgne d sesbienfaits.
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats,
On at'VÛ ce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats;
Etmaintenant infatigable
Par un travailinexprimable
Il cherche un remede à nos maux,
Déjà l'iniquité proscrite,
-
Les emplois donnez au mérité,
Illustrentses premiers travaux.
Par une maximesisage,
p,upICi heureux vous rccc'Ve
&infaillible eprécieuxgage
Des biens quivous sont reservez
VQiry lasaison desirée
De Themis, ainsiqued' djlrée>
Les saints Autels sontrétablis.
Lavaleurjointe à la prudence
là Fontsous une augusteRegence
Fleurir le rejetton des Lys.
Venez Rois,-prenez le modele
Qui vous esticypresenté,
Du bonheurd'un peuple fidele
Faites vostrefélicité
Et vous puissances immortelles,
S'il est quelques graces nouvelles
Que vous reserviez, à nos "JOEUX,
Que de ce Heros les années
De gloire ,& d'honneurs couronetenacnl
jusquà nos neveux.
Mais quefais-tu, Muse in
discrete?
Desifobles expressions
Ne sont qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis un sujet moinssublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des effortsimpuijsans;
Arrête,abandonne la Lire
Aux Auteurs qu'Apolloninspire;
Dis si tu peux ce que je sens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
A chanter son nom,ses vertus.,.
Méritezs'ilsepeut,l'estime
D'un Prince plus grandque
Titus.
Tracez, vous des routes nouvelles,
Le passen'a plus de modeles
Si dignes de vous êtreofferts;
Mais craignez le destin d'Icare?
Que d'Auteurs ensuivantPindare
Iront se perdre dans lesairs!
Prince que la France revere,
Moins par le sang&le pouvoir,
Que par le sacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir,
Daignez excuser mon audace,
Le respect dans mon coeur fait
place
Aa 7,ele que vous m'inspirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes L'Image,
Nos voeux nesont point rebute.
Comme la lecture de ce
Livre ne vous est,je pense, encore
guere familiere
, avant
que vous en lisiez davantage,
ilest bon de vous dire que la
liberté est l'ame de ce volume,
que tout ce qui s'offre de passablc
fous ma main & à mon
imagination
, y trouve indistinctement
sa place, & que le
dessein n'en paroist suivi qu'à
proportion du rapport qu'ont
entre eux les ouvrages qui
fervent à le remplir. Ce rapport
dépend de la diligence
,
ou de la lenteur de ceux qui
lecomposent, & de là naît la
necessité de suppléer par des
faillies, à l'arrangement qu'on
pourroit exiger de moy,si les
honnêtes gens qui me prêtent
des secours avoient le loisir
de me fournir des pieces qui
pussent marcher à la queuë de
cellesqu'il leur conviendroit
de suivre; nuis alors la mierefantaisie pre-
, une Histoire
galante,par exemple, m'aide
souvent à me tirer d'affaire
Témoin celle-cy. --
HISTOIRE.
Ces admirables Heroïnes
donc les Romans nous font
de si brillants porrtaits ,étoient
autrefois dans l'usage commode
de courir le monde dans
des chars,ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux, un
Ecuyer fidele
, une aimable
Compagne, ou du moins ,
une
une Suivante discrete
,
les
accompagnoient dans tous les
hazards où les exposoit à chaqueinstant
leur excellente
beauté. Un monstre
, un barbare
, un geant , un lâche
ravisseur,& souvent un rival
infortuné, les rencontroient
dans un defilé, aufonds d'une
forêt,aupied d'une montagne,
ouau passage d'un fleuve. Là.
il étoit sans doute question de
faire preuve de valeur. Lesang
couloit de toutes parts, & la
Princesse alloit estre la proye
d'un perfide ennemi, ou d'un
tigre affamé.,si le Ciel n'eût
envoyé l'intrepide. Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat change bien de face
le monstre tfillur le champ
immolé à sa juste fureur, Vin*
fame ravisseur a déja mordu
la poussiere
, ou le geant est
exterminé.Le Heros quitte
à l'instant les écriers, descend
précipitamment de cheval,&
d'un air extasié de la beauté de
la divine personne qu'il vient
d'arracher à ses cruels ennemis,
il va se prosterner à ses pieds,
& la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il aen ce
jour d'être son libérateur.
C'est aux voeux qu'elle a faits
pour luy, qu'est dû l'éclat de
sa victoire. Desoncôté la
Dame le felicite,&après maint
& maint complimens
,
il la
mene dans un superbe Palais
qui est environ à un mille du
champ de bataille. Là ils se
content par interpretes les differentes
avantures de leurs
vies, & bientost par bricole
tous les liens du fang & de
l'amitié les unissent à jamais.
On a , grace au temps qui
détruit tout, & à des reflexions
fortsages, bien abregé maintenant
toutes ces façons. Aujourd'huy
les belles courent
le monde sans tant de ceremonies,
& serencontrent heureusement
sur les grandes routes,
comme desPelerins. Envoicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfosse
deux Villagessituez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris, un beau jour du mois
d'Aoustvers les quatre heures
du matin
, une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Païfan
, au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtuë d'un habit de
tafetasrayé, son juppon étoit
de tafetas couleur de rose, avec
un point d'Espagne d'argent,
pour sa coëffureelleavoit une
garniture à dentelles negligée,
elle avoit une jambe chaussée
d'un bas de soye verte & l'autrenuë
,elle porroit ses souliersen
pantoufle, & se promenoit
tristement sur un tendre
gazon.
Dés que lePaysanl'eûtapperceu,
sa curioficé le conduifie
vers elle;hé mon Dieu!ILiy
dit-il, Mademoiselle
, que faites-
vous si matin sur cette pelouze
,
il y a une demie heure
que je vous examine de loin,
vous devriez êtrebientôt lasse
de vous promener. Il est vray ;
mon amy ,
luy dit-elle, qu'il y
a déja longtems que je me promene
,& j'ay envie de me promener
encore. Je n'aurois pas
pris la libertéde vous parler
,
luy répondit-il,si jevousavois
creu habitante de ces lieux ;
mais je suis oela imi son de
M. de H**qui est Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez leChâteau;une per sonne
mise comme vous, ne peut
ici demeurer que chez luy, &£
vous n'y demeurez pas. Cela
cft encore
vray,repritlabelle;
mais M. deH**ne sçauroit
trouver mauvais qu'on se promene
sur ces térres: passez vôtre
chemin,mon amy ,
&me
laissez en repos. Le Paysan qui
alloit à sa Ferme quitte saroute,
au lieu d'aller à son travail,
& retourne sur ses pas pour
annoncer cette avanture à son
Village: en chemin il rencontre
un Garde chasse de son
Maistre,&le mene à l'endroit
où il avoit laissé cette belle inconnuë.
Le Gardechasseluy
fait le même compliment que
le Paysan luy avoit fait. En verité,
luy dit elle, les gens de
ce Païs cy sont étrangement
curieux, je me promené, vous
dis-je, & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais,Madcmoirelie
,
reprend l'autre, vous
vous tuez à force de vouspro-,
mener;& que vous importe
luy dit-ellebrufquement/oncce
làvosaffaires,&n'est il pas
permis de chercher le silence
& le repos au milieu d'un
champ, err un mot vous navez
rien à voiràce que je fais
ici, & vôtre curiofiréefl; une
curiofiré extravagante. Cest
vostre intérêt, luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
questions
,
le Soleil est deja
haut, je crains que sa chaleur
ne vous foit nuisible
,
& vous
me feriez un vray plaisir de
vouloir bien accepter unasyle
dans ma maison. Ala bonne
heure, Monsieur, luy die-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
se laissa conduire au Château
de morfontaine,dont le pere
de ce Garde-chasse étoit le
Concierge. Ill'introduitdans
une grande chambre,où d'abord,
après l'en avoir mis de.
hors, & en avoir fermé la porte,
elle se jette sur un lit, ou.
elle s'endort tranquillement.
Pendant son, sommeil
,.
la
Concierge entre
,
s'approche
du lit sansbruit, & va de prés
examiner les traits de cette
jeune personne. Tant de gra*
ces citant de charmes l'étonnent
si agréablement, qu'elle
attend ion reveil en l'admirant.
Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux, vous venez
, lui dit-elle, Mademoiselle
,
de dormir d'un sommeil
assez doux,n'auriez vous pas
maintenant besoin demanger.
Oiiy
,
Madame
,
lui répond
cette aimable inconnue
,
je
mangeray volontiers,& tour
ce que vous voudrez bien me
donner me fera plaisir, parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
sert aussitost tout ce qui peut
satisfaire son goût & son appetit.
A la fin de ce repas, la
Concierge la questionne
, que
saisiez vous,luy dit-elle, aune
heure aussi induë
,
dans le
champ où on vous a trouvée.
Je me promenois,Madame,
lui répond elleàson ordinaire.
Mais qui vous a conduit en
ces lieux? mon étoile. Y connoissezvous
quelqu'un? personne.
Etes vous des environs
dece Village?nonD'où êtesvous
donc? de loin. A qui ap
partenez-vous ? à ma Famille.
Où demeurent vos parents?
chez eux. Eil ce là tout ce que
vous mevoulez dire? oüy. La
Concierge rebutée de ces monofyllabes
va trouver Madame
de H**qui faisoitalors
une reprise d'ombre avec des
Dames de ses amies qu'elle
avoit invité à venir passer les
beaux jours à sa campagne. La
nouveauté des choses qu'eHe
entend la détermine àquitter
sur le champ son jeu,pour aller
voir l'extraordinaire personne
dont on vient de luy
faire un si bizarre récit.LesDames
avec qui elle étoit, aussi
curicuses qu'elle
,
la suivent
aussitost, & elles entrent ensemble
dans la chambre où
l'on avoit mis l'inconnuë. La
belle à qui il manquoitunbas,
& qui Serolt apparemment attendue
à une pareille visite
, avoit profité de l'abfcnce de la
Concierge pour se mettre en.
tre deux draps.
Le lit est aujourd'hui, comme
ila,je penses,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
leur fert de cabinet de toilette,
de salle d'audience, de bureau
de nouvelles, comme de
theâtre à la galanterie. Celle-ci
qui n'était asseurement pas
une bête,s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôllc
qu'on va lui voirrepresenter.
Dés qu'elle vit Madame de H.. & les Dames qui l'accompagnoient
,
elle leur fie
donner des sieges par les Domestiques
qui les avoient suivies
, elle les pria fort civilement
de s'asséoir
,
& après
quelques compliments généraux
, elle adressa particulierement
la parole à la Maistresse
d; la paison. Madame
,
luy
dit elle
,
oserois-je vous demander
quel est précisement le
motifde lavisite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit sans doute des
chosessisingulieres de moy ,
que vous n'avez pu vous rcfuser
à la curiosîtéd'examiner
vous- mrnc l'objet de ces nouveautez.
Heureuse encore si
on ne m'a pas fait passer dans
vostreesprit pour une folle.
Mon avanture eil rare, mais
elleest naturelle; & tous les
évenemens que l'amour fait
mure quelquq yernis de
dérèglement qu'ils puîssent
répandre sur nôtre conduire)
font,selon moy,justifieztoûjours
par l'amour. Je croy Mademoiselle, luy dre , Madame
de H. que dans toutes
les actionsdela vie,chacun a
la mêmeindulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àse disculper
d'avance de tout ce qu'on
appelle faute
,
à Dieu ne plaire
néanmoins que je veuille dire
par-là, que vous ayez besoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le monde s'efforcedautosiser
sa conduite. Nous ne
concevons.
concevons, ny ces Dames, ny
moy ; aucun préjugé qui vous
foit desavantageux ,&. nous
sommes persuadées que vôrrc
jcuneHe,vostreesprit,&vostre
beauté (quoy que ces avantages
soient souvent funestesà
celles qui en joüissent)ne font
aucun tort à vostre sagesse. Je
ne vous par le que de ce que je
voy de charmant en vous, Mademoilelle.
dc grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne sçavons pas & que nous
souhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire,
reprit elle, que ion le dérail
des choses que vous me demandez
, je n'ay garde de
vous refuser de vous conter
une histoire dont le recit
& vostre indulgence addouciront
sans doute mes peines.
Ecoutez moy & soyez persuadées
de la vérité de tout ce que
vousallezentendre.
J'ay reçu le jour à Dijon, *
mes parentsy ont distinguez
prla robe,ils y possedent de
grands biens, & mon perc est
* Elle les nomma,& leurs noms &
leurs qualitez furent connus de toute la
Compagnie.
Je Chefdetoute nôtre famille.
Yay un fiere de qui je fuis
l'aînéç, &je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neufon me
mil au Couventde ** où
j'ay restéjusqu'a,ma quinzième
année, que ¡"on m'en retira
pour me donner en masiage
àun^'uneGentilhommc
dont leperc'étoitamidumien
Avant denous marier on voulut
examiner si nos inclinations
sympathisoient ensemble,&
S'il y avoitlieu d'esperer de
nôtreunion, toutes les fuites
d'un bon ménage. Mon
pré, tend,us,yprit-apparemment
fort mal., ou je neme crouvay
point dedispositionàl'aimer,
auni ne l'aimayje jamais.
Enfin il m'ennuya, me
rebuta, & me dégoûra tellement
de sa personne pendant
une année couere, que je
fuppliay mon pere de me remener
au Convent Le jour
quejeluy fis cette priere
j'effuïay de luy & de ma mère
un oraged'injures.
Les peres veulent être obéïs,
ilsveulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'est leur manie, & ce fera
peut estre la nôtre, lorsque
nous aurons des enfanscomme
eux.- Mon pere est violent; mais
bon, & ma merc est toujours
d'une humeur intraitable:elle
n'a que trente-cinq ans, &il
y a long-temps que je m'apperçois
que je fuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
plaifirdc me voir luy ravir
tous lesjours sans dessein des
hommages quelle avoit la
bonté de croire merirer
mieux quemoy je nevoulais
absolument pas entendre parler
du parti qu'elle me propÓ.
foit. Une mere jeune ne pardonne
jamais ces desobéissances.
Pendant tout letempsque
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ses soupirs.,
un jeune Cavalier qui
venoit assiduementaulogis,
pour qui ma mere avoit toute
la consideration imaginable
avoit trouvé le chemin de mph
coeur. L'mtclfigcdce parfaite
que par son esprit & sa discre
tion il entretenoit avec moy,
au milieu tîelliffteufecon*'
trainte ou nous vivions, m'a.
voit fait concevoir une si tendre
estime de son mérité,que
je fongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vîmes ,
l'époux
qu'on me destinoit fut la
vidime des sentimens qu'il
m'inspiraLuyfaisois aucun
tort? j'imitoisence seul point
l'exemple que me donnoit ma
mere
Ce ne fut en un mot qu'à
la consideration de ce nouvel
amant que j'eus la patience d'écouter
si long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
son rival se rebuteroitdes mauvais
traitemens qu'il recevoit
de moy ,
& qu'à la fin il se lafferoit
de m'importuner; mais
le contraire arriva, & son opiniâtreté
fit avorter toutes nos
espérances.
Je fus ainsi, après bien d'inutiles
instances, remenée au'
Convent où j'avois passé les
premières années de ma vie.
Mon Amant sur quelque tems
inconsolable de mon absence,
il cessa de voir ma mere qui en
pensa mourir de douleur; mais
la raison & l'amour se réunie
fant, il songea à tous les expédients
pédants qui pouvoient lerapprocherde
moy ,& le rasseurer
contre les perils ausquels
pouvoit m'exposerl'éclat de
les visites.-1'•<
Que les précautions des Amants
font vaines! après bien
desréflexions ôc des mesures
qu'ils croyent bien ju stes, ils
ne [c donnent souvent la main
que pour se précipiter ensem- bîe! Cleante ( souffrez,Mesdames,
que je nomme ainsi ce
cher objet de mon amour,
Cleante, dis je, m'écrivit une
Lettre qui me fut rendue par
une Tourriere, qu'une femme
inugenieuse & ardente à nous
servir) avoit adroitement mis
dans nos intrerests.
Voicy les propres termes de
sa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie queje
vous voye ou que je meure. S'il
vous reste quelque envie defaunet
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mesuresqueje
vaisprendre pourm'af.
Jeurer du bonheur devous revoir.
J'ay le Carnaval dernier ejjayé
plusieurs fois vos habits, ils
malloientsibien(vous lefjave)
qu'au Bal, tout le monde me prit
pour vous, J'ay esté en posse à
Paris oùj'enayfaitfaire qui me
nom à merveille;avec le secours
& par le moyen de Dorinne, je
vais me mettre en pension dans
vostre Convent. Ne vous revolte
point contre cette proportion?
ne craignez rien? ma discretion
vous est connue; je ne vous demande
que de l'amour cm du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre j'envisageaien un moment
toute l'horreur des pé
rilsoù se precipitoit mon malheureux
amant,&je fus vingt
fois sur le point deluy répondre
d'une maniere CJpie de
le dégouter de latémérité de
son entreprise
,
& peut eue
même de l'amour dontil bluloit
pour moy ; mais ce même
amour plus fort en mon ame
mille fois, que toute ma raison
,
vint l'offrir à mes yeux,
gemissant, fondant en larmes,
desesperé, mourant; mon
couragesuccédant alors à ma
timidité,mes frayeurs s'évanoüirent,
& je me
fis
une gloire
inconsiderée de partager avec
luy les dangers presque évidents
aufcjuels l'exposoit mon
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots.
Soit foiblesse, amour ,
oufer
meté jenebalance plus, cruel ,à
vousaccorder le consentement que
vous éxigcZ de moy , ma tendresse
pourvousvous lerefuse
,
vostre
amourme l'arrache ry je ne me
rends que parce qu'une amante
éprisè comme moy , ne peut rien
que ceàer aux volontez d'un
amanttel quevous.
J - V0US laisseà penser sicette
Lettre flatta ses desirs impetueux.
Elle fit twa si prompc
effet, que le même jour Dorinequiétoit
nostre confidente
le vint presenter sous le nom
de sa niece à la Supérieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Pensionnaire
,
qui
avoit,à ce qu'elle disoit, beaucoup
de vocation. La Supérieure
leur fit le plus obligeant
accuëil du monde, & la nouvelle
Pensionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire,mangea le
mêmesoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur, la blancheur
de (on teint, sa modestie,
sa douceur, les grâces la firent
bien tost passerentre nous
pour une fille paifaite
, nous
restâmes ainsi quelques jours
ensemble,sans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la presencedemonAmant.
La sympathie qui étoitentre
nous deux nous rapprocha
bientost, Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha à moy,
& je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Pensionnaire
du Convenr. Deux mois s'écoulcrent
ainsi dans lesplaisirs
de la pluscharmante union du
monde, & nous joüirions
peut être encore de la même
maniere,& dans la mêmeMaison
,de la douceur d'être ensemble
, si une de nos Compagnes
, plus claire-voyante
que les autres,n'avoit pasdémêlé
malheureusement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit rien moins qu'une fille.
Cette funestedécouvertela
rendit amoureuse de monAmant,
elle devint ma rivale,
elleeût même la cruautéde me
faire saconfidente, bienaffeurée
que je netrahirois jamais
son secret Je déclaraiaussitost
à Cleante les frayeurs mortelles
dont m'agitoirla-craintç
quo ce terrible déguisement
n'allât jusqu'àla Supérieure,
& je le déterminai à se sauver
au plus tard dans deux jours
par une demie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je consens
, me dit il
,
à tout
ceque vous voulez; mais je
veux qu'à vostre tour, vous
consentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me sauve de ces
lieux, il faut absolument que
vousm'accompagniezdansma
fuite. Que deviendriez vous
ici, dje vous y laissois? quelles
persecutions n'auriez vous pas àessuïer de vos Compagnes
*
des Religieuses
, & de vostre
Famille ? je vais faire avertir
Dorinc detoutcequi se passe,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent, pour estre plus à
portée de nous servir, je vais
luy écrire de venir incessamment
ici, & je conviendrai
avec elleau Parloir, detoutce
qu'il faudra qu'elle fasse pour
nostre delivrance.
Le même jour Dorinearriva
, il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez,
&lui ordonna d'envoïer
le surlendemain à onze heures
du soir
,
derriere les murs du
Jardin du Convent, son Valet
de chambre& son Laquais
avec deux chevaux demain
pour luy& pour moy, & deux
autres pour eux Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure destinés
pour nostre fuite, fut arrivée.
je descendis dans le Jardin, &
à la faveur des tenebres je me
rendis en tremblant au lieu où
Cleante m'attendoit mais au
lieu del'y rencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
nostre repos Elle me prir par
la main,m'embrassa & me dit
en pleurant:Non, belle Julie
vous ne vous sauverez pas sans
moy. J'ay examiné toutes vos
démarches,j'ay deviné vostre
complot. Je vais mourir si
vous m'abandonnez; mais non
je ne vous perdrai pas, vous ne
me quitterez point, & vous ne
me laisserez pas ici la feule &
malheureuse victime de mon
funeste amour, ou si vous avez
formé ce cruel dessein
, mes
cris vontattirer tant de monde
en ce lieu, qu'il vous fera
impossible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaires
Cleante arriva. Sa presence
nous rasseura toutes
deux,&;il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmesenfin
lamuraille,non
sans beaucoup de peur & de
peine: dés que nous fûmes de
l'autre costé, nous montâmes
à cheval, Cleante me mit en
croupe derrier e lui, & nous arrivâmesainsiàun
Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleanre y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit,nous y receut le
mieux qu'illuy fut possible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée, & la nuic
suivante nous continuâmes
gôrrc: route avec un cheval de
plus. Le troisiéme jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoir un amy ;
qui, asseurement, nous aideroir
à nous défaire de mon importune
rivale;mais en verité
peut-on faire le moindre compte
, & établir aucun fondement
sur lafoydes amis d'aujourd'huy.
Acaste
,
cest le nom que
vous me permettrez,s'il vous
plaît, de donner à ce perside
amy. Acaste, dis. je, ne m'eût
pas plustost vûë, qu'ilfit, à Tégard
de Gteantc,ce que ma rivale
faisoit au mien. En un
mot ilm'aima
,
& bien loin de
servir son amy , comme il le
lui avoir promis, il fit tout le
contraire. Pour vous défaire,
lui dit-il
,
de cette personne,
dont latendresse vous gêne,
absentez-vous d'ici pour que
ques jours, allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Pensionnaires
qui se font sauvez duConvent
de Les soupçons ne tomberont
certainement pas sur
vous, qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
vous a pas vû à Dijon. Voyez
vostre famille, mettez quelque
ordre à vos a
ffaires que vostre
amour&vostre neg,ligenceont sans doute fort dérangées:
rendez même quelque visite
aux parens de Julie,& sçachez
d'eux jusqu'où les porte leur
ressentimentcontreelle. Enfin
determinez vous par toutes
les raisonsquejeviens de vous
dire, à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous, lesoin de
vos interests&celoyde vostre
amour, font les motifs qui
doiventvous y resoudre.
Je fus témoin de cette conversation
versation qui me parut fort
raisonnable
,
& j'encourageai
moy-même Cleante à me quitter,
dans l'e sperance delerevoir
bien-tost. Il fut enfin
résolu à l'heure même,qu'il
partiroit le lendemain matin :i
& cela fut executé avec toutes
les circonstances douloureuses
qui accompagnent la
separation de deux amants.
Le même jour Acaste pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'ilreservoit à son
éHny ,sir monterbongré malgré
,marival e à chevJI.) & h fitinhumainement conduire.
chez une tante qudie avoit
à deuxlieuës d'Auxerre
,
sans
que ses cris, ses prieres & ses
larmes pussent le détourner
de l'execution d'un dessein qui
la menaçoit,àce qu'elle disoir,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy representer
qu'il sacrisïoit nostre
secret à l'indiscretion
,
à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuse fille
,
il ne
tintcompte dema remontran.
ce&sesgens remmenerentoù
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ses nouvelles. Aprésce bel
exploit,il vint me prorester
qu'il n'avoir envisagé que
mon interest & mon repos, en
me défaisant d'une compagne
si dangereuse,il me dit adroitement
qu'il avoit remarque
qu'ellen'étoitpasaussi indifférente
à Cleante
, que je le
croyois. au reste
,
s'il
m'inpottoit que mon amant
aimât ma rivale
,
il ne seroit
pas difficile de les réünir: que
pour luy
,
illuy étoit impossiblede
faire à costé de moy un
si aveugle choix Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoir aimé dés
le premier instant qu'il m'avoit
vue
,
& qu'il me consacroit
le relb de sa vie. Jefrémis à
cetteépouvantable declaration,
tousmes sens furent saisis
d'un si grand étonnement que
je ne pus m'empècher de luy
dire toutes les injures que la colerc&
le desespoir me mirent à
la bouche. Jele trairaid hom*
me sans foy ,sans honneur
,
de persideami. Arrêtez
,
ditil,
belle Julie, & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeurune infidélité à mon
ami, en vous aimant. Cen'est
pas ma faute si vous estes infi.
niment aimable,& la raison
qui me rend amoureux ne doit
pasme faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vousattestez tant de fois,
est un foible titre contre une
passion plusforte. J'eûsse fait
plus après vous avoir vûë,
je vous aurois sacrifié jU[9u'à
ma Maîtresse
,
si j'en avois eû
une, lorsque le soit vous con'.
duifit icy. J'y ay un crédit qui
ne vous fera pas inutile. Profitez,
si vous m'en croyez, de
l'occasion ,acceptez l'offreque
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Nostrehymen
ne dépend que de Vous,
sivous contentezàmépou fer.
Vous ne répondez rien. Non
lâche,luy dis-je, si,je[crpondois,
je te dirois que je gemis
de me voir ex posée comme
je le fuis aux fureurs du
plus indigne de tous les hommes.
Allez, reprit-il
,
belle
J iic,avcc une douceur cruelle,
quelque jours appaiseront cc
grand courroux; mais puisque
Cleante devoir vous mener à
Paris, je vais en sa place prendrece
foin, disposez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy ,voilà pour aujourd'huy
tout ce qui me reste à vous dire.
Il alla sur le champ donner
ses or dres à ses domestiques,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laissee. Le lendemain
à la pointe du jour, il me fit
éveiller pg-une femme qui
m'aida à m'habiller, & qui me
conduisir jusques dans la cour,
où je trouvay une chaise attelée
& preste à partir. Acaste
vint me forcer d'y monter, &
y monta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un postil-
Ion composoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourdhuy que nous sommes
en route, & c' c £t..}»avan[ure
qui nous est arrivée hier au
soir que je suis redeva ble de
l'hospitalité genereuseque
vous m'accordez si obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguisez en
Paysans,nous ontarressé sur le
grand chemin,ils ont détourné
nôtre chaise, & l'ont menée
dans un bois qui est environ
à trois lieuës d'icy; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
saisi le premier a esté lié à un
arbre,Acaste & le postillon à
deux autres; pour moy ils
meditoient
meditoient de m'emmener
avec eux lorsque des coups de
siflets qu'il s ne connoissoient
pas, & qu'ils ont pris, autant
que j'ay pû le comprendre,
pour des signaux d'A rchers,
les ont fait changer de desein.
Ils ont pris sur le champ le
parti de regagner le grand chemin
, & m'ont laissé en liberté
au milieu du bois, après nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre.Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir fileperfide Acaste
& ses domestiques étoient
liez d'une manière à ne pouvoir
Ce détacher sans le seçours
des gens-que leur bonne ou
mauvaise étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fik tous
les reproches quemeritoitson
infidélité, & ma harangue finie,
je me suis courageusement
derobée à sa vûë, pat un petit
fenrier que j'ay suivi, jusqu'à
ce que j'aye trouvée laCampagne.
J'ay marché encore au
moins unebonne heure à travers
les champs,tant j'apprehendois
de me retrouver sur
les grandes routes,& même
d'entrer dans aucunVillage.
La nuit enfin a ialltinti mon
ardeur Jeme luisarrêtéeac*
câblée de soif & de lassitude
à uiicpetitci maison au
milieu de la Campagne environ
à un quart de lieuë
dICt ;une bonne femme qui
eanvétoeitcla Maitresse m'y a toute l'humanité
possible , j'y ay passé la nuit
asseztranquillement, quoique
fort mal à mon aise, & ce matin
à lapointe du jour,j'en fuis
sortie pour me promener sur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque, je l'ay cherché en
m habillant, je ne l'ay pas
trouve&je m'en luis pa fse'c.
Voilà, Madame, cpntlnUJ.,
t-elle, en adressant la parole à
la MJÎrrcLTe du Chaseau
, cc
qui m'etf arrivé de plus coi si.
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne soit
veritable,la bonne femme qui
m'a recuëill y hier ausoir, vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un asyle chezelle, & si
l'on envoyoir dans le bois, il
seroir peut estre encore temps
de delivrer l'infideleAcaste.
Mais, Madame, je vous prie
de n'en rien faire, à moins que
vous ne deffendiez absolument
aux gens à qui vous pourriez
donner cettecommission, de
luy parler de moy. Du reste
n'imputez qu'à l'amour,tout
ce que vous pouvez trouver de
blâmable dans ma conduite,
trop heurcu se si mon hymen
avec Cleante, peut un jour en
justifier les fautes. Non, belle
Jilie, luy dit Madame de H
Ne craignez pas que nous vous
sassions icy des remontrances
qui vous assigent, pour moy
je veux vous servir, d'une
maniere qui ne vous laisse rien
à souhaiter. Ecrivez une lettre
à Cleante, mandez luy, la
pesidie d'Acafte^ôidaffendcz
luy expressement de seranger
d'un cf-Íinc donc la fortune à
pris, foin de le punir. Pressezle
de serendre icy le plû-tost
qu'il pourra , afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymcm
Pour moy je vais écrire à quelquesamis
puissants que j'ay
en Bourgogne, & les prierde
mettre tout en tenirince{hmmuesnatgleepcoounrsoebrvtenirincessament
tement de vos parents pour
vôtremariage. Enattendant,
vous vivrez icy commenous,
& vous nous trouverez tôujours
disposées à vous donner
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honnestetez &
des caresses donc ces Dames la
combloient, les remercia de
cet excès de generosité,avec
tout l'esprit & toute la politesse
imaginable. Elles sortirent
en fuite de sa chambre ;
pour luy laisser la liberté d'ccrire
à Cleante; sa lettre finie
Hc. l'envoya toute ouverte à
Madame de H. qui la fit
mettre àla posteavecla sienne.
Et au bout de huit jours le
:r:ap heureux Géantsarriva à
Marfontaine avec le consentement
du pcre de Julie, une
lettre de sa main pour sa fille,
& une autre de remerciement
pour Madame de H qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants se fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans sa maison un grand nombre
dhonnestes gens qui assisterent
à cette fête,dontl'abondance,
la delicate&la magnificence
firent les honneurs
comme elle.
C'est de deux des convives
même quej'ay appris cette
Histoire, les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
dans un Roman fait à plaisir,
mais il est certainementagréable
de trouver de veritables
avantures de Roman,dans un
récit ou la ttion n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penser
comme moy, ne seront pas
fâchez de voir une jeune fille
sortir du Convent avec tant
d'erprit.,fàctifi'--riépoux qu'on
luy destine à un Amant qu'elle
choisit, retournerauConvent
pour se dérober à la per secution
de ses Parens attirer &
cacher sonAmant au milieu de
trente fillescomme elle,escalader
des murs, se faire enlèver
traverser des Campagnes, perdre
son Am.1nc"',J devenir la
proye d'un amy perside, tomber
énrrc les mains des:volcurj
s'enéchaper, vie & bague sauves
marcherseule lanuitau
mijieu d'un bois,arriver le
fendemrn dans ur>b^ai^Gha-t
teau,yestrereçûë à merveille;
& y épouser à lafinl'ob^t do
tsroon uavmeoutro;^uPotciref laFAjooyl,ij,e
néanmoinsje ne conseille à
aucune Demoiselle d'imiter
celle- cy.
aP1i°pPts Romans, jesçqypourquoy
prodigieusementchicaonnnmél'ae1}
TOift, ffe sur celuy de la
Gqnwlïe 'dcf?!V9Y. ji n'ây a)réppIn4ççaux re- faits à ce sujet.Jen'enconnoissois pas ["4\y'tE.f,4;iijçJe)nbI:avoi
jamaislû^je çtayrpiy(ccuiime
jfclç-çtQy encore) qu'il estoit
du domaine4çMejquçç. ;He fç
saisir detoutes, lesidéesqu'pa
luidonne indifferemmentsur
toute forte de sujets
,
& que
son employ ne le rendoit pas :rclvc, des Àiweurs; qualité
dont jej|* me ferois néanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComtesse de Savoye;&
c'est à sa feule consideration
que je supprime,en dépic
de mes plus chers corres
pondans, une demie douzainc
de nouvelles lettres à Mendoce,
à condition cependant
onne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette réponsede
Mendoce à la Comtesse
de Savoye.
:
Pourfairevoir
,
belle Princejje
t avec quelleprécaution il est
bon d'admirer les Anciens, je rapporterai
un exemple d'une expres
sion d'Horace,qu'on m'afaitautrefois
admirer en Rhetonque,&•
que le célébréMDespreauxa
trouvési beUt
,
qu'ill'a enchassé
comme me pierreprécicufe dans
son Art Poétique, C'est le fameux
festina lente,hâtezvous
lentement. De bonne soy je ne
sçattroiscomprendrecommenttant
d'habiles Professeurs d'Eloquence
, & M. Despreauxmême,
hommesisage &siéclairé? nese
sontpas apperceu que cette expression
est un
purgalimathias&
un
franccolifichet; car que veuton
direpar là,onveutdire,que
quand on travailleàunouvrage,
il n'yfaut pointperdre de temps ,
mats cependantse donner toute lt
patience necessaire pour le perfectionner
; cette pensée là est fort
juste &fort vraye ,
mais il ne
falloit pas l'exprimerde la forte
ilfalloit dite:
Necessez de marcher, mais
allez nrcfficnt)ou quelquechose
d'équivalent, sans prétendre la
rendreJublime en eeprimant-par
deuxcontradictoiresquinesçaUroientjamaisformerunerentable
beauté.Mais,dira-t-on, n'entendon
pas biencequecesPoètesvexlent
dire
;
;jçn ,ae-,"eüre' dta'(cbfd
par là raisonq'i'èI' devine souvent
unefou mauvaise Enigme
!Ji. ''Lo:/a ce quia trompé. Pour
me munird'uneautoritérespectable3
ensoûtenant monf?ntiment,
je rapporte l'exemple des deux
derniers Vtrs du Sonnet du Mi..
santrope.
Belle Philis on desespere,
Alors qu'on espere toujours.
Ne voit on pas. que cette exfrejjion
que M. de Moliere a sijudicteusement
critiqué
,
&qu'il a.
tnifè avec raissonan rang des eoli*.
fichets,dont le bonsens murmtW:.
esten effet la mêmequecelle d'Horace&
dzJJf,Deffr^uù ;car
pourmoy ,je ne IV15 jamais de difsérence
entre un desespoir qui espere
> une lenteur quise hâle, £7*
de l'aigre doux; ces trois expressions
là font également vitieuses.
Il ne m'appartient pas de donner
des réglés,cependantjose direque
l'on ne doit jamais se servir de
deux contradictoires pour rendre
une pensée sublime, on ne fera
jamais qu'un phoebus ridicule. Si
on trouve que j'ay raison
,
à la
bonne heure,sion dit quej'extravague
,c'est un reproche injuste
quel'onfait à bien des gens &
jetacheray de m'en consoler. Je
suis dùnc-t en attendant l'honneur
de
devous voir, (7 devous venger,
Belle Princesse,
Vostre
très-h
umble
3
très-hunible &
:J
trés-obéïssantserviteur
MENDOCE.
On me dira peut être que
cctcc Lettre ne revient que
mediocrement à l'histoire de
la Comtesse de Savoye : je
soutiens moy qu'elle n'y revient
point du tout, mais c'est
la faute de Mendoce,& non
la mienne il devoit répondre
ad rem, ilne l'a pas fait,tant
pis pour luy :&ce n'est pas
à moy à justifier son indolence.
S'il Ce ravi le à la bonne- heure,
aussi tost jevousenferay part.
En attendant trouvezbon que
je vous presente encore une
Odequia son merite ,elle est
dela façonde M.l'AbbéPelegrin.
Ellea disputé le prixde
l'Academie Françoise à M.
Roy,& ne l'apas remporté,
foie malheur
,
soit équité, je
vous fais juge du droit qu'elle
a eû d'y pretendre.
ODE
Sur les avantages de la Paix,
& sur les obligations que
nous avons au Roy de nous
l'avoir procurée.
Du haut de lavoute azurée,
Quel éclat vient frapper mis
yeux!
Est ce toy 2Àplaix tant desirée?
',Eftwce toy qui descends des Cieux?
Maisdois-jehesiteràlecroire
Aprés le* doux chants de victoire
Dontce rivage a retenti?
Loüis atoûjoursfait laguerre
Pmx rendre la Paix à la terre:
Loüis ne s'estpas démenti.
Epargnetoy,noireDiscorde,
L'horreur de voir le monde heureux:
Les biens que Loüis nous accorde
Seroient pour toj des maux af-
-
freux:
Fuy. C'en estfait;rien ne l'arrête:
Ses frpents,ifflantsursa tête3
Nous confirment nôtre bonheur:
Ses adieux sont des crisfunebres;
Parmyd'éternelles tenebres,
Elle va devorer son coeur.
Que pour jamais elle s'exile
Deces lieux où triomphoit Mars;
Queses cris respectentl'asyle
Et dcsMuJeSjCm des beaux Arts!
Que vois-je ? quel fort nous appelle!
Toutfleurit
,
tousse renouvelle :
Accourez
,
Enfansd'Apollon :
Que la Paix icy vous ramene; Et vous ,
bords heureux de la
Seine Changez-vous , en sacré Vallon.
Quelfeu dans mes veinesse
glee1
Jevois un champ&desRivaux:
On ouvre une brillante lice
Pour les ingenieuxtravaux.
Auxjeux d'un TribunalAuzufleà
Aussiredoutable que jtijle
, Enfoule on se metsur les rangs:
Mon émulation s'irrite;
Mais je tremble à voir le merite
DesFûges & des Concurrent?.
D'oùnaissentme-s-frayeursextrêmes!
Ay-je oubliévuedans ces lieux>
Ca Concurrents , ces Fuges mêmes
, M'ont-déjàvû victorieuxf
Quoy ?j'envisageaisans allarmes
Le premier champ qu'aubruit des
• aYlnrr
La victoire me vintouvrir;
Erjerefitroïsenarriéré
Dans cette nouvelle carriere
Où la Pûx m'invite, à courir.
Ttifezvous^guetrierestrom?
pâtesy >. 1 Ne venez plus mMer nos jeux.
7aime%#voir,aufin des,mosettes,
Danser les Faunesamoureux :
LesMoutons bon dçs SçrgsttfF,
Sur le vert tapisdes Prairies
LBeoBndeirrgteurçdrireedehtirs,dcfir$: àlaBerrere, :
C'estunRoy tendre&debonnaire
Quinousfait ces heureuxloisirs.
Quel objetpmr mes yeux
avides!
Que d'épics couvrent nos guerets.
Les champs de Mars nesemblent
vuides
Que pourremplir ceux de Cerés.
Nos Soldats
,
si fiers dans la guerre,
Dans la Paix labourent la terre
Ils font tels que les vieux Romains
:
Bellonne à peine est disparuë,
QiSon lesrevoitsur la charruë,
Porter leurs triomphantes mains
Aux épicsque l'Etémoissonne
Sejoignentdes tresors nouveaux
Lesfruits que doit meurir lAutomne
Fon
Font brillervergers (7 côteaux.
Jamais,pour enrichir le monde
La terre ne futsifeconde;
Non;rien n'égale unsibeaujour.
Douce Paix,toute la nature
S'épuise à tracer la peinture
Des biens que produitton retour.
Quelart en miraclefertile
Rassemble cent Peuples divrrs,
Et neforme plus qu'une Ville
aDuuvasxtesein de l'Univers. rives dontnoussepare
L'Ocean trop longtems avare
La Paix nous ouvre des chemins:
Les biens que laguerre disperse
Sont réünis par lecommerce
3
Et fmblent croître sous nos
mains.
Peupleschantez dans l'abondance
Le Vainqueur qui vous rend la
Paix:
Reglez vostre reconnoissance
Sur la grandeurdeses bienfaits ;
Goûtez lefruit de ses conquêtes;
Queson nom dans toutes vosfêtes
Soit repeté par les échos :
Vostre bonheur estson ouvrage;
qu'àjamais le plus tendre bommage
Vous acquitte enversce Heros.
Omnes gences, plaudite
manibus. Ps 40.
Prière pour le Roy.
GrandDieu
,
dont la main
favorable
Nous fit le don inestimable
D'un Monarque sélon ton coeur
Acheve de nous faire un fort
digne d'envie:
Prolonge une si belle vie; :
C'estprolonger nostreonheur
Voicy une piece de Poësie
toute:nouvelle,c'estunconte
de la façon du R. P. de Clery
Professeur d'Eloquence à Tou-,
laure) & qui a remporté plufleurs
prix.Ceconteaesrtéfait
à la loüange de M. de la Motte,
il n'est point d'Eloge que M.
de la Motte ne merite. Et 11
l'on a quelque chose à luy reprocher,
c'estla trop serupuleuseattention
aveclaquelleil
refuse les loüanges qu'on luy
donne,& les soins&la peine
qu'il faut prendre pour luy
dérober les chosesobligeantes
qu'on luy écrit. C'estsouvent
une perte pour lepublic;mais
Mercureala main souple
,
&.
jevaisluyfaire part de ce dernier
larcin que je luy ay fait.
AM Houdart de la Motte,
Auteur dela nouvelle lliade.
Í
CONTE.
Jadis en Grece étoit un Staluttire,
De grand renom. Il s'appelloit
Hamere.
Il avoit fait cent Héros> & cent
Dieux:
Et comme alors, même les meilleursyeux
, Etoient sujets à d'étranges berlues>
JHe/Tunrs les Grecs trouvoient
danssesStatuës
, Portraitsfinis, vrais ,chefsd'oeu-
- vres de l'Art.
C'étoientpourtant, au moins
pourla plûpart
Vilains Magots. L'un ,étoit Cudejatte;
L'autre manquoitd'un tiers d'une
omoplatte ;
L'autre d'unoell; qui defront;
qui de nés.
Il en étoitdemanchots,d'errennés
,
De pourfendus. Leur Troupe
mutilée
Sembloit encore sortir de la
mêlée.
Helas combien étoit changéNestor?
Combien Enée? avoir le pauvre
Hector,
Et Jupiter, Cr Mars, O* les
Atrides
,
Vous auriez dit L'Hoftr:l des Invalides,
Maissussentilsplusperclus,
(7 plusfaux,
On adoroit jusques à leurs désauts.
Je le crois bien. Habiles Personnages
Disoient en Grec, quec'etoient
beaux Ouvrages,
Glanconsur tout tant (7 tantles
vanta ,
Que de les voir à Rome on fôu,
haita.
On lesy porte : & l'on juges
dans Rome,
Qu'en les faisant
,
Homere fit
maint somme,
Et qu'ilfalloit, que les ciseaux
parfois
Lourds,ou mutinsJuivissement
ses doigts.
Rien ne le mit à l'abri des censures.
Les Connoisseurs rirent de ses
Figures.
Même dit-on
, que Virgile les
vit,
Et que sous cappe a son tour il en
rit.
Mais tostaprès, sa bonté naturelle
En leur saveur changeasonrire
en Zele.
Il eûtpitié de tant d'Estropiats.
Il leur donna des jambes & des
bras,
Leurfit desjeux
,
mit des nés à
leursfaces
Ilrétablit leurs membres en leurs
places,
Etsàns la mort, qui luy ravit le
jour,
Ils s'en alloient
, tous estrefaits au
tour,
Mais, ce quen vain les vieux
siecles tenterent,
Ces derniers tems enfin l'executerent
O! utilssont beaux, ces Dieux
& ces Heros
Dans l'jitellier du Docte HOIIdart
; éclos!
Rerire'{. vous,Savantar,
Scholiastes
Laissezmoy voir leurs merveilleux
contrastes,
Leur vraye Image,Avoient-ils
meilleurair
Ces Champions,lorsqu'habille
de fer,
Las de languir dans une oisive
Tente
Ils combattoient sur les Rivesdu
Xante?
Tel sut jéjax> ulisse,Merion,
Tel Menelas Tels des Murs
d'Ilion,
Sans sa lorgnette, Hèlene encor
peut-estre,
Avec Priam pourroit les reconnoistre
Houdartleur rend la vieavec
leurs traits
Oiiy
, ce font eux. ,
ptujhjl que
leurs portraits.
IlHs voontmparleer,rerenonçant t -X
Fameux Houdart
,
ils te nom.
ment leur Pere.
C'est de toyseul,qu'ils tiennent
-• leur beautéy :1 Etqu'ils tiendront leurimmortalité.
Maissuffit-il, que ces Masses
enormes
Ayent sous tes mains ,pris de
charmantes Formes?
c'estpeu pour toy ,
d'estre Reformateur.
Ilfaut encor, que tu fois Crea- teulr.
va4Jpix>lacrnoistmioyq;uru,eun tra-
S'estexercétontalentheroïque.
Rends loy justice Il faut de tes
ciseaux
Fairesortir des Heros,tout nonveaux.
En telles gens nos Climatsfont
fertiles.
Dans nos Bourbons la France a
des Achiles.
La Seine en voit
,
plus que le
Simoïs.
Les Rois futurs te demandent
-
Louis.
Fais-le, non tel
,
qu'illançoit le
1 Tonnerre,
1 Mais tel,qu'il fit lebonheur de
la Terre.
Pour LouisfuI) le Ciel t'a reservé.
Et ta main doit ce Modelle
achevé.
Taille ce bloc, CM qu'auplûtôt
en naisse
Ce Roygrand,que les Dieux
de la Grèce.
jamais par toy ,
leur gloire ne
mourra:
Par luy tOúJouri
y
Houdart, ton
nom vivra.
Il me paroitpendant que
je suientraindevousdonner
des vers,qu'il n'est pas necessaire
d'en interrompre la [uttc;;
jevous offre cette lecture avec
d'autant plus de confiance i,
que ce qu'il y a demeilleur &
de plus commode dans ce
livre, c'est qu'on n'en prend
que ce qu'on en veut prendre;
onn'est pasobligé(au moins
ne vous y trompez pas) de le
lire d'un bout à l'autre. J'ay
moymême ,qui prends tous
lesmois le foin de le faire, &
d'en composer quel que fois
au moinsla moitié pour ma
part ,fouuncallèz de peine,
à lelire.Ce n'est pas que je
nie mésie du merite des picces
que je rends publiques; mais
bien du choix que je fais des
des-ouvrages qu'onm'envoye.
Il n'y a pas julqu'aux miens
que je mets au rebut lor sque
je m'apperçoi le lendemain que
la veille jen'étois pas monté
sur la bonne corde; mais cette
justice que jemerendsàmoymême
, ne m'apprend pas à
estre aussi équitable que je le
devrois, à l'égard des autres:
& peu s'en faut que le Mercure
Galant ne se fasse bien-tost
par
par compere & par commère.
*mIleft naturel de souhaitter
d'avoir de l'esprit
,
de l'exercer,
& de le montrer quand on
En a ornais il n'est pas raisonnable
de briguer, pour un
miserable morceau de PoëGeJ
des preferences d'un Auteur
aussi graveque moy ,à moins
qu'on ne veuille se mettre sur
le pied d'achetermes suffrages;
Il cela m'efi: encore offert
,
je
rendray ma reconnoissance
éclatante &ejpublieray juf-
Ilu)JUx noms de ceux qui m'auront
im pitoy ablement follilité
pour se faire enregistrer
dans mon Livre aux dépens
de maconscience & de ma
réputation. Ce petit article a
Tonapplication,&àban entendeursalut.
Mais revenons, s'il
vous plaît, à nos moutons; j'avoissi je ne me trompe, des
vers àvous offrir. En voicy
donc vous ferez l'usageque
bon vous semblera
,
ils m'ont
plû & je pense qu'il vous plairont
aussi.
Lettre à Mademoiselle de L* *
Demoiselle aussi aimable
qu'elle est ingenieuse à se
tourmenter elle-même.
Charmante Iris quisans chercher
à plaire,
Scavezsibien le secret de charmer,
Vous dont le coeur genereux &
sincere,
Pourson repossçut trop bien l'art
d'aimer,
Vous dont l'esprit formé par la
lecture
Ne parle pas toujours mode &
coëffure,
Sotljfe'{ Iris que ma Muse au- jour uy
Cherche à tromper un moment
vojîre ennuy.
Auprès de vous l'on voit toûjours
les Grâces,
Pourquoy bannir lesPlaisirs&
les Jeux3
L'Amour les veutrassemblersur
vos traces,
Pourquoy chercher à vous éloigner
d'eux.
Du noir chagrin volontaire. victime,
vousseule Irisfaitesvostre tourment,
Et vostrecoeur croiraitJe faire un
crime,
S'il se prêtoit à la joj/e un moment.
De vos malheurs jescay toute
l'histoire,
l'Amour,l'Hymen ont trahi vos
desirs,
Oubliez les. Ce n'est que des
plaisirs
Dont nous devonsconserver la
mémoire.
Les maux passez ne font plus de
vraismaux,
Le présentseul est de nostreappanage,
Et l'avenir peut consoler le
sage,
Mais ne sçauroit alterer son
repos.
Du cher objet que vojlre coeur
adore
Necraignez rien? compte sur
'Vos attraits?
Il vous aima
,
son coeur vous
Aime encore,
Etson amour ne finira jamais.
Pour son bonheur bien moins que
pour le vostre,
De la fortune il brigue les faveurs
y Elle vous doit après tant de rigueurs
,
poursonhonneurrendre heureux
l'un & l'autre.
En voicy d'autres encore ,
que je fuis indispensablement
obligé de vous presenter:ce
sont desBoutsTimez remplis
quej'ay propose le mois passé
& qu'on m'a envoyez ce moiscy
dans la forme suivante.
Sonnet d'une Dame dépitée
( je ne sçaypourquoy )
contre l'Amour.
Jjhion exercesurmoi les r0igueurs
- de Neron,
Qu'onmefasse passer mes jours en
Il
J solitude, éprouveray dufort ce qu'il a de,
plus rude,
Plutôt que d'imiter le tendre
Anacreon.
Si j'élPevoais anux tDiheuxeunonounveau j'enbannifoisl'amour &fin
inquiétude,
-
Il
1I ne me cause plus la moindre
in certitude,
Maintenant que je vis & dors
commeun Lyron.
oûi, dût-il me livrer une immortelle
Guerre,
Dût-il pour m'accableremprunter
le
• tonnerre,
Mon ame sans courroux méprisera ses traits.
Jamais de ses plaisirs je ne veux
me re paître,
On me le vante en vairy, ses effrayants
portraits,
Ont dégoûtémon coeur duJein dele,
connaître.
AUTRE.
Prince qui penetrez, quand quelqu'un
est Néron,
Que riaveT^jvousp-oint fait dans
votre solitude,
Pour adoucir nos maux dans un
temsaussi rude,
Chacunpour vous lotti't ixut être
Anacreon.
Vôtre nom vapasser de-là le
Pantheon,
La gloirea l3avenir n'aura d' inquiétude,
Que ^annoncer pcaer trotuit tauvecdquee
Jgue vous travaillez plus que ne
dort au Lyron.
vosveilles ont misfin à toutgenre
de Guerre, Ladiftorde en tremblant a quitté
fin tonnerre,
Et nous ne craignonsfins que l'amostr&
ses traits.
Les Bergers en repos vont voir leurs
brebis paître,
Et tous vosdescendans admirant vos , portraits,
Diront, ah ! quel bonheurd'avoir pule connoître.
Jen'ay que deux mots Latins
à vous dire sur ce Sonner,
LaudoConatum,mais en voicy
encoreun autre sur les mêmes
rimes.
SONNET.
JONblie ici les noms de Claude &
de
-
Néron,
Les tranquilles plaisirscharment
ma solitude,
L'échon'y rendjamaisunsonguerrier
ny rude,
On y chante les airsdu tendre
Anacreon.
Baochus«est le premier de nôtre Pantheon,
Sur l'avenir objèNr exempt d'
inquiétude,
JSlotre coeur du vray bien goûte la
certitude
Et des erreurs du tems on dit lire » Liron,
Nous livrons aux ennuisuneéter- fnette,<{ Guerre
Philippesde ces lieux écarte le
tonnerre,
Vamourejlle Dieu seul dont on
ressent les 1 M. Gtraits
c'st lui qui de Philis mene les
Detouscesdgrémensiln'ejqpoint
De touscesagrémens il ness point ndoevuï•s •-portraitsy- sommes ytimi
,
viens y
pour les connaître.
DE BONNEYAL,
Voicy encore deux Sonnets
surles premiersBouts rimez.
J'en ay perdu deux qui mtont
paru fort bons, &que je prie
leur Auteur de me renvoyer.
Pour ce mois cy-Vous"Wèn
aurez pas davantage.
SONNET.
L'Homme coëffé.
Je iûnnois un galant plus fer que
Le Sophy
Sans songer que l'amour est un
traître qui cingle,
J9ui femmefion[Qnd,ftns garderune
épingle,
Pourposeder Cloris qui lui fit un
défi,
Lebien deses AJcltxpoftrtONtautre
Cllt suffi
,
Maispour l'endétourner prissiez
voos nni tringle,
£)uand vous l'assommeriez, plus
refaite que Zuingle,
Lapassion l'emporte, il en devient
bouffi.
Ab ! qu'ildira bien-tôt,falloit-il
quef allasse,
Prendrefemme qui fait urgent de
sa paillasse
Vendses meubles habits,jusques
aufin? ginguet:
Il se verr-a forcé de s'enfuir à
Ligourne,
Etpourfinir fin fortdemonterau
trinquet,
Le malheurfuit toujours celui qui
mal enfourne.
LE FAINEANT.
Ilfaut être bien fou, pourvoir le
Grand Sophy,
De risquer le courroux d'un orage
qui cingle,
Se voir perir en Mer, sans sauver
une épingle,
Et faire avec Neptune un si triste
défi
L'emsprit &'rto'ndunjlrietentout tems suffi,
Je dors dans tous les lits, quand
ils seroient sans tringle,
Etsans m'embarra~fer des docu*
ments de Zuingle,
Je nesongequ'à ceux de feu Pillot
Boussî:
Héquoi, vous voudriezmes IImist
que~f allatre;
M'affligerden'avoirpour lit qu'u- ne paillasse,
Etpour toute boissonlevin leplus
gmguec3
zu4léudje fçdurois trouverma fortune
à Ligourne,
Je vis commeje puis, & mrgut
dtê trinquet,
Bien ou mal, c'estainsichaquejour
quej' enfourne.
Pour un Bouquet ,vous ne
sçauriez le rcfufer ! ayez donc
s'il vous plaIn) la bonté de lire
1hiltoirc de ce Bouquet.
Le jour de Saint François4e.
Octobre ,une Dame d'un
rang & d'un merite distingué
étant à sa Terre aux environs
de Paris, y receut un nombre
de Bouquets de plusieurs personnes
de consideration Un
honneste homme qu'elle honore
de son estimen'ayant pas
voulu laisserpasser la feste de
de cetteDame, sans luy donner
des marques de sa reconnoissance
&
de
son rc(pc£b,
luy presentaaussi un bouquet,
& y joignit ces vers.
BOUQUET
à Madame **0
Je m'abandonne à mon zele
indiscret,
r:rfi <tfe^ admirer vos charmes
en secret.
Il est temsqu'àmon tour j'en celebre
lagloire.
Olympe, jeveux en ce jour
Où l'on lfmprtJfi à vous faire
sa cour,
Surmes jeunes rivauxremporter
la victoire,
Esperer de vous plaire en vous
offrant desfleurs
Epsturnoobpjetoqu'esn evai,n l'on si
Vous efface^ par vos belles couleurs
Etla blancheur du lys & l'éclat
de la rose.
Ces ornementspour vous 'mffm.. ,b'¡'nt fupetjlus,
Maispeindre au naturel vos aimables
vertus
Est un projet plus raisonnable.
Montrons de vos desseins la conduite
admirable,
Ce fond de pieté
,
cette bonté de
moeurs,
Quisousses douces loixajpijcttrt
les coeurs.
Cetair vif&brillant, cetteame
noble & fiere
Quevoftfe illustre Epouxpossede
toute entiere
Et qui sur ses devoirs reglant
tous ses desirs
Dans un heureux repos jouit des
vraisplaisirs.
Ma Musen'oseroit en dire davantagey
Pourla premierefoisqu'elle vous
rend hommage.
Ma Chanson, si je ne me
trompe ,
n'ira pas mal icy,
daignez en essayer.
CHANSON.
A la plus delicate Yvrejje
Livrons nos coeUYj dans ce~feflin
Meslons aux jeux de la ~tendrejj
Les Chansons, les ris et le vin
Les Dieux en bûvant à la ~ronà
Ne pensent point au genre hllt
main,
Oublions comme eux tout le ~moq
deà
Et nargue des coups du destin.
Des charmes dont brille ~l,
terre
Cette Table estun racourcy,
yhr de --,ff Deon
Esprit,beauté,bonvin,grand
chere
, Belle humeur, toutsetrouveicy.
Laissons les Dieux boire à la
ronde,
Amis n'ensoyons point jaloux.
Nous pouvons comme eux dans
ce monde,
Goûter les plaisirs les plus doux.
Que chacun boive à ce qu'il
aime,
Et qu'ily boive tendrement.
De cette voluptésuprême
Rappellons centfois le moment.
C'estainsiquesefaitla ronde
Au celeste banquet des Dieux:
Imitons les Maistres du monde.
jimts pouvons nous faire mieux.
A tasantébelle Silvie,
Acequi te touche le coeur;
Que mon ameseroit ravie,
Sicétoitmasincereardeur.
Les Dieux en bûvantàla ronde,
N'auroient pas un plus grand
bonheur;
Je croirois estre Roy du monde,
, Sije devenois ton vainqueur.
C'est asseurement icy la
place des Enigmes
, ou elles
n'en doivent point avoir dans
ce volume ;mais un Mercure
sans
sansEnigmes,neseroit pas bon
à jetter au feu. Donc en voicy.
Neanmoins avant qu'elles
paroissent sur l'horison,ilest
bon de vous dire que le mot
de celles du moispasséétoit
le Miroir& le Sceptre, que les
noms de ceux qui les ont deviné,
sont
,
la Poupée de la
Place Dauphine,l'aimable &
genereuseTherese
,
la belle
brune de la ruë Tibotaudé
Saint Alvar, le Marquis de,
B. C.enami la, M Simon,
lie groscourtaut de la rue de la
Harpe
,
l'inconsolable brune
kJu Cloître S Thomas du Lou,
vre, l'amant discret,&ihabilc
Mendoce qui sepique de les
deviner toutes, & n'en a pu
deviner qu'une. : jENIGME]
de M. T. RE. T. 1
Fe vaissans me lasserplus Iqin
qu'on nedesire.
Je marche1 en insensé1sans sçavoir
ON je alS,
Etsemblable au Soleilqui riarrête
jamais,
Je "Jaissansm'a,êt(r,si l'on ne
meretire.
Le bien que l'onmefaitsembleroit
un Martire.,
Of) me tire, on m'attache
, on me
charged'unfaix,
On me piquedepointe, lebien
que je fais,
Sans un troplongdiscours nese
pourroit ecrzrt.
Souvent jesuis couvert en la
faison d'Esté,
Sans moy quelquePaïsseroit inhabité;
Celle qui me détruit je la rends
habitable,
Oùje vais suel,sans moy pas un
n'osevenir.
Ilarrivesouvent qu'on mevondroit
tenir,
Poursortir d'un dangerquisemble
inevitable.
AUTRE
du Prisonniervolontaire.
Je fuis un instrument d'assez
longue figure
Estimé chez beaucoup de gens :
Selon qu'on change ma posture,
Je produis des effets tout-à-fait
differens.
Soit qu'on m'éleve vers les
deux,
Soit qu'on mabaifiesur la terre,
Mon unique but rft de plaire,
JÎUX Sçavants comme aux CHrieux.
Je ne feray peut- être pas
mal de vous annoncer à present,
avantque de passer aux
nouvelles du mondequelques
Livresnouveaux;
Le Journal Historique de
toures- les circonstances qui
ont précèdela mort du Roy
Louis XIV. & de l'avenement
duRoy Louis XV. àla Couronne
de France,estun Livre
sicurieux, si interessant, & si
nouveau que tout le monde
est en conscience obligé de
l'acheter. Tous les grands évenemens
qui servent à le rempliront
été ramassez avec toute
l'exactitudeimaginable,par
l'Auteur du Mercure Galant.
Il se Carrer telle fin que de raison,
que son nom & son paraphe
qui font à la tête du
Journal, pourront contribuër
à en précipiter le débit. Il en
donneroit volontiers un extrait
dans leMercure, s'il n'apprehendoit
pas qu'on s'en tint
là : & pour cause facile à deviner
, il se contente d'annoncer
au Publicqueledit Journal se
vend chez les Sieurs Jollet &
Lamesse les Imprimeurs
, au
Livre Royal, au bout du Pont
S.Michel, du côté du Marché
neuf : ceux qui le trouveront
sans son paraphe, font trésinstamment
priez de lelui envoyer
comme un Livre contrefait,
afin qu'il foit (comme
de justice) procédé par lui à
l'examen de la contravention.
Ce paraphe est composé d'une
L. & de deux doubles F. enlasfées
ensemble, & fermées par
un D. d'une façon inimitable,
nevarietur.
AUTRE LIVRE.
Le R. P. Raphaël Bluteau,
Theatin de la Divine Providence
à Lisbonne, né en France
, oùil a fait Profession de
Religion
,
est Auteur d'un
Dictionnaire Porrugais & Latin,
en huit tomes in folio. Ce
Dictionnaire est un Livre universes,
oul'on trouve une érudition
presque sans exemples;
Toutes les matieres qui fervent
àle remplir y font traitées
à fonds,avectoutes les
citations des Anciens & des
Modernes,
Modernes, qui ont rapport
aux choses dont ilest question
dans l'ordre al pha betique. Ce
Livre qui est d'un travail immense,
est un chef d'oeuvre
descience
,
de, recherches &
d'etud
Mais à propos de Livres,
on revient encore à la charge
sur moncompte, onrecommence
à me reprocherque je
parle trop souvent de moi,
dans le mien: est cepour me
loüer? j'aytort: sinon, j'ay
raison. Dequi ont parlé
,
s'il
vous plaît, Messieurs les Censeurs,
tous les saiseursde Memoires
du monde?n'est-ce pas
d'eux-mêmes, la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne, apres
les Gazettes de Roterdam
d'Amsterdam,deLeyden ,
,
de
Verdun &de France, detout
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
Vousvoulezapparemment
que je devienne le Copiste,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
gardcray bien,cessortes de
pillages ne font permis que
lorsqu'on ne peut sedispenser
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvellisteréglé..J'ay
senti dés les premiers jours
que j'ay étéinstallé dans mon
emploi, la sccheresse de ce langage,
& j'y ay suppléé autant
que j'ay pu, par mon attention
à ramasser de bonnes pieces &
des Mémoires curieux. Quand
ils m'ont manqué, j'ay raison.
néàmafantaiie, &tantqu'ils
rot manqueront jc._rajfon',
nesay demême; d'autant
plusvolontiers que je sçay de
bonne part que mesaisonnemcnCoRtàmusélesDaines&
tous les honnêtes gensjui ne
cherchent qu'à s'amuser
: ÎCÇ
que vous allez lire par exemple
estde cette nature.
LesSpectacles quiavoienc
été fermezpendant trente
quatre jours, en consideration
de la maladie & de la mort du
Roy, furent enfin rouverts le
premier de ce mois.
L'Academie Royale de Musiqueregala
d'abordlePublic
de l'Europe Galante, qui fut
reçûëcomme le-meritoitun
Opera dont le succés ne fut
jamais douteux. '¡,
Proferpinc qui cft un Opera
magnifique & très interessant,
fut remis quelques jours après
sur le même Theatre, où on
le reprefenre maintenant a!-
ternativement, avec l'Eurpi)c
Galante, en attendant Thconoé
Opéra nouveau, dont 011;diç
beaucoup de bien.
Le même jour les Danseurs
de corde, les Marionnettes
& les. Animaux sauvagesrouvrirent
leurs Loges, avec des
fucez bien différents. Dominique
attira tous les fpcaareurs
chez lui, & les autres
joüerentsouvent pour leur
plaisir.
LaComedie de son côténe
demeura pas les bras croisez,
au contraire elle fit un vacarme
enragé dans Paris.
Quand tous les Membres
quiavoient étédispersez pendant
l'espace de 34. jours,
vinrent à se réünir, on prit
cet assemblage pour la confusiondeBabel
: quelques uns
demanderent à entrer dans cette
Tour,d'autres à y rester,&
pas un à en sortir. Ceux que
l'orage menaça crierent merci;
mais le Ciel sourd à leurs voix,
se ferma l'oreille à leurs cris.
Enfin,
* iVous dinay-je les npms de ces
grands Performages,
De ces fameux froscrits,
JQuc nous. îajvons tantd-e
foisvûsl'ouïepâle., & l'oreille
plate, maudire le partere
entre leurs dents. Non,Meffreurs,
n'insultonspasaux malheureux,
regardons les plutôt
comme des victimes infortunées
de linconrtance du fort :
& admirons la generosîté de
M. de la Thoriliere, qui suc
jusqu'aux pieds duRegent, lui
faire une humble,tendre eg
inutile priere pour eux. Quel-
* Cinna.
ques joursauparavantqu'ilfie
cettedémarche, le Public eut
bien une. autre allarme : lei
bruit couruqueM.Beanbour
s,'e,t.oift. cafrf~é^T11a' tête',( &, vqu',ilk
étoit en grand danger.Cette
nouvelle effraya avec justice
tout ce qu'd y a degens intc-î!
ressezà la conservationd'un si
grand Acteur. Tout le monde
l'est sans doute, & l'allar—
me étoit bien fondée. Cependant
on assûre que ce ne fera
rien, &onditqu'il en sera
quitte pour une balafre
,
qui
ne Ir; rendra pas plus.beau.
Le douze de ce mois les Comediens
reprelenterent la Tragedie
d' Heraclius., où MdcmoiselleDuclos
& Mademoi
selle Desmartsreçûrent à leur
ordinaire, miiV applaudissements.
-
M.d. Ponteüil &
M". Quinaut s'y surpasserent
eux mêmçs,,Ççuç Tragédie
fut suiviede la Ipremirere:
presentationde la Comédie
du Cadet; de Çascogne, que
Mad('m.o\(fj,ds Brosses ôc-
M. Qtiinausle jeune soutinrcnt
aurantqu'ils purent;mais
elletomba malgréeux. avanc
que d'être achevée,&trop tard
encore au gré du Public, qui
-:.; De griace,encoreune petite
nouvelle, & peut être encore
une autre: que sçay-je
TrenteLouis d'orà gagner
cVftà peu prés l'histoire de la
Comediedu Galant Jardinier,
qu'on remet-,f& tecapis. Le
public est prie par cetteaffiche
dechercher&trouver,s'il peut,
une Demoiselle de dixneuf
à vingt ans, égarée ou perdue.
Voicy comme la chose est
arrivée.
Mademoiselle Yma, jeune,
belle, grande&bienfaite,receut
il ya quelques années,
de son pere le commandement
de considerer, d'estimer
&deregarder M. de commeun
homme qu'illuy dcfli
moit pour estre unjour son
époux.Mde..a du mérité,
MademoiselleYma fittout ce
qu'il plût à son pere , & même
audelà. Les affaires de son
amant avoient paru en allez
bon état lorlqu'on luy avoic
fait le commandement del'aimer
;mais depuis ila paru que
le temps les avoit délabrées. Le
pere de la Demoiselle n'a plut
voulu entendre parler de M.
de en un mot illuy a deffen
du sa maison. Toutes ces pré
cautions font bonnes; mais
l'amour ne va pas commo
la tête des peres. Les deux
amants se font aimez dans la
contrainte, mille fois,plus que
lorsqu'ils joüissobient d'une
pleine liberté. Quoy donc -1,
ont ils dit, un père forme les
noeuds qui doiventnous unir,
il les reffere même pendant plu
sieurs années, & au premier
caprice qui luy prend, il s'avise
de vouloir les rompre ,
il en
aura par bleu le démenti, & il
n'y a que la mort qui puisse
nous sé parer.Alors visitesclaniieftines,&
billets réciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour; enfin ils en viennent
au point de se jurer fous la
cheminée
, &
en en presence
d'un Prestre., une éternelle foy.
Ils joutuenc alors, & en toute
seureté de conscience, autant
que l'Occasion,peut s'en pre-
[cnter.J dedroitsde lguc by:
men. Cependant une partie de
l'intrigue estdécouverte. Le
pere fulmineeoçrtree;sa fiJJc
&la menace de l'enfermer si
elle revoit jamais M. de.. clic
informeaussitost son cher
époux des malheurs dontelle
est menacée,& le lendemain
(qui étoit le premier ou le
secondjour du present mois
d'Octobre)elles'eclypse. On
la demande à tout le monde,
on la cherche par tout, onvisite
la maison de M. de..on
informe contreluy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle.On propose a ce
su jet lestrente Louiscy
-
dessus
à gagner;maission latrouve,
jene fuis-f&S'gafâlflt.qri'onles
paye.
Sortons maintenant de Paris
&allons faite un tour en Afrique;
à vous dire vray ,il ya un
peu loin;mais de la manière
dont je vous feray voyager,
vous n'aurez jamais lieu de
vous plaindre.
AMehlla,lelZ.Oftobre 1715.
:
Par ma Lettre du 10. de cc
mois, je vous informay de
mon arrivéeen cette Place.
Après avoir souffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'iraaginer
: a mon arrivéej'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureurement
de toutes parts par une
paralelle qui passe à 10.coles
de nostre chemin couvert:Ils
paroissent en vouloir à une
redoute au pied de nostre glacis
, qui s'appellesaintMichel,
dans laquelle on a mis cinquante
(* Desterados) à qui
on promet la liberté s'ils se
dessendent, ainsi qu'ils font
parfaitement bien
*,
ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis &nous
-* Bannis.
pa.
pareillement tirons nuit &
jour, les uns sur les autres,
cependant ils n'ont point encore
decanons, & bien nous
en prend ,car s'ils en avoient
ils nous desoleroient à car
que tous nos parapets ne font
que d'une simple muraille;
dont l'éclat des pierres blesseoit
tout nostre monde..
Je fais travailler continuellement
à faire des para pets de
:erre , parce qu'on asseure que
es Maures,attendent du canon
& des mortiers
,
& quoy
Aue cet ouvrage soit de longue
Dakine, jene veux pasattendreà
l'extremité, à lefaire
c'ctf pourquoy je préviens le
coup,au moins on pourra fc
triir derriere
, ce qu'on n
peut faire sans grand
risques
derrière ceux qui fubfiftenc,
J'ayexaminéaussi les Fortifications
de cette Place, qui
JfeJ1 faite que de pieces & dd
morceaux,les uns- sur les autres,
parce qu'ils ont este bâtis
par différentes mains, cependant
il n'y a pas un ouvragequi
n'ait un profond fossé
taillé dans le roc; plût à Dieu
que les parapets correrpondissont
aux fossez.
Tous les ouvrages font pareillement
contreminez, ainsi
que les chemins couverts, ce
qui devroit faire trembler l'En..
neny ; cependant il va toûjours
son train,&s'il s'amuse
vouloir prendre la redoute
de saint Michel) comme il y a
apparence) on le fera fauter en air plus haut qu'il ne pense.
.: Nous avons nos Mineurs,
qui travaillent pardessous terre
en grande diligence, part le
plaintqu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
11 y a quatre jours que la
Garde de sant Michel fie une
petite sortie la nuit, sur les:
tranchées des Maures,& leur
prit deux fusils
,
bulaun & demantigabion
duparapet de
latranchée,& le porta dans la
redoute, les Soldatsl'ont placé
sur le sommet d'une guerite la
plus haute de la redoute, afin
qu'il soit veu des Ennemis, cc:
qui les delespere ; car on die
que quand l'Alcaïdecommandant
le Camp,fera de retour
d'unvoyage qu'ilest allé faire,
qu'il les assommera de coups
de bâton, ce qui n'est pas
épargné chez eux non plus
que de faire traîner les hommes
par des mulles, quand ils
manquent, c'est le déjeuné
de l'Alcaïde, commandant
chaquejour.
- On prétend que le voyage
decet Alcaïde est pour presser
l'arrivée du Canon, des Mortiers
,& pour faire presser aussi
le gros de son Armée. Ainsi
il ne manquera pas de Morailles,
ce qu'il y a de plus fâcheux
est qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que jusques à
la fin de ce mois. Jugez du secours
qu'on aapporté;le Gouverneur
qui en un fort brave
homme & bien entendu, écrie
forcement par le retour deces.
bastimens
,
mais la lenteur
avec laquelle on va en toutes
choses, nous peut causer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plan de cettc
Place, car le travail que je fais
journellement, eil: de beaucoup
plus de consequence,
ainsi la Cour prendra patience.
Mais j'espere que Sa Majesta
Catholique ne desapprouvera
pas ma conduite ni ma manoeuvre
sinecessaires pour son
servicc.
Du 22.. du même mois.
Je ne veux point laisser partir
la Barque, sans vous dire
que nous avons icy deux Maures
ou Afriquains,qui de temps
en temps sortent de cette Place
secretement, & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui se passe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaisir, parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,&il n'y a que 3.
mourons dans la Place pour
l'Hospital
,
& rienpour nous
que du podfanJ jugez en quel
état nous sommes réduits; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez,a
promis à l'Alcaïde de son Arméé
qui est comme le General,
ayant quatre freressous luy,
qui luy fervent de Lieutenans
Généraux, qu'illuy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel, que
l'Alcaïde a pris cela à coeur, &
qu'il est de son honneur de la
prendre au plustost ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
tant par dessus que par dessous
terre, pour réüssir à son dessein,
de maniéré que si l'on ne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ira mal. On compte en
cette Place 1000, hommes, il
cil: vray que ce font des hommes,
mais ce ne font pas des
soldats, ceux qui le croyent
autrement se trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous, si on ne nous envoye
incessamment les secours
dont nous avons besoin
,
le
plus honneste homme y perdroit
son latin & son honneur;
il est certain que le Gouverneur
est bien plus à plaindre qu'on
ne pense, c'est un très brave
homme & fore entendu, on
ne peut rienajoûter à sonzele,
mais il n'a pas de quoy se pouvoir
deffendre; & si Sa Majesté
n'y remedie, il s'ensui
vra de f âcheuses fuires.
D'une extrêmité de l'Afrique
, passons à une extrémité
de l' Europe.
Les dernieres lettres de Con..
sfantinople portent que dans
l'incendie qui yest arrivée le
mois de Juillet dernier, neuf
grandes Mosquées, & quatre
petites ont été brûlées, treize
Ecoles, & huit grands Caravansarais,
édificespublics destinez
à loger les étrangers,
trois grands bains publics, &
trois bâtimens avec plusieurs
fontaines publiques, treize
fours pubcs,deux mil six cens
maisons de Turcs, & sept mi
centcinquantesept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont aussi
péri dans cette incendie.
De Londres le 20. Septembre.
Le Duc de Roxborougpartir
hier pour l'Ecosse.-
Le Duc d'Argile cO: parti
ce matin a 4. heures de Londres
, pour se rendre à Hamptoncourt
,
où la Cour efl: à
present. Il a reçuhie«r.(8sifl^-
.Hruébons & des remisespour
dix mil livres sterlin ,qu'il employera
où il jugera à propos.
On dit qu'il marchera Contre
les Montagnars, avec une armée
de dix mil hommes
, en
cas qu'ils refusent de se soumettre
au Roy.
Milord Powics
,
Catholique
Romain.)qui aétéarrêté,
doitêtre transferé à la Tour.
De Venise le 14 Septembre.
,
Les Turcs sont occupez à
faire le siege de Modon, & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ilsont aussi fait avancer
un nouveau corpsversla Dalmasse
,pour attaquer cette
Province.Il ya troisjours que
six Vaisseaux font partis d'ici
avec quatre ccrit hommes
,
pour renforcer nôtrearmée.
Dt Vienne le 28, Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour se rendre à Belgrade,
après avoir terminéles
commissions donc il étoit
chargé par le Grand Visir Aly
B:\cba Le 18.l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort du General
de Vaubonnc, au Baron de
Tige Commandant de Cron.
stad en Transilvanie. Le19.le
Comte Louis de Harrach prit
possession de la Charge de
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la basse
Autriche, dans la maison des
Etats qui y étoient assemblez
pour ce fujct. Le 22. on publia
dans toutes les Eglifcs un Jubilé
accordé par le Pape, pour
demanderà Dieu son assistance
dans la guerre contre les
Turcs : il commencera Dimanche29.
par une Proces-
Jon generale
,
& il durera
quinze jours. Le Prince Macimilien
Char les de Lewestein
Worsheim. Conseiller d'Etat,
principal Commissaire Impérial
à la Dicte de l'Empire,
partit d'ici le même jour pouj
fc rendre à Ratisbonne. Le
15,leComtedeWolkra
tit en poste de cette Vile, ait
lant en Angleterre,enqualité
te d'Envoyé Extraordinaire,
- pour complimenter le Roy fui
son avenement à la
-
Courofti
ne. On continuë avec succés
a travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur; & on employe
la même diligence à rdr
parer & à perfectionner les
fortifications des Places dfe.
Hongrie & de Transilvanie,
comme aussi à remplir les magafinsde
vivres, & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions se prennent,
de peur que les Turcsaprés le
succés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
chose du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font pasfer
beaucoup detroupes,pour
prendre le quartier d'hiver sur
le Danube.
-
Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
cene pourra tre qu'au
Printemps prochain, & que
jusqu'à ce tems-là, le Sieur
Flechmans Resident de l'Empereur
demeurera en Turquie
pour continuer ses négotiations.
Ondit que S. M. impériale
a nommé l'EI('é}:eurde
Baviere Generalissime de Ces
Troupes.
De Hambourg le 4, Octobre.
Les dernieres lettres de
Dresde portent que le Roy de
Pologne y étoit arrivé le 26.
du mois dernier, étant parti
le20. de Warsovie: il doit
passer l'Hiver en Saxe, & faire
un voyage en Pomeranie,pour
être present à l'attaq ue des retranchemens
des Suedois. La
Reine son épouse qui étoit
evenuë des bains de Teplitz
Dresde,en partie le 2,J.pour
ller à Torgau. Les dernières
ttres du Camp des Alliez deant
Stralzund
,
qui font du
,.. de ce mois, portent que le
Vice-Amiral Scestede ayant bligé les Armateurs Suedois
ui deffendoient les approches
le Ruden, à se retirer, aprés
n combat de dix heures, en
eux jours differens, dans leuelles
Danois n'avoient eu
u'environ cinquante horcu
les tuez ou blessez
,
avoit
onné ses ordres pour relever
les bâtimens que les SuedoiAl
avoient coulé à fond
l, pour
rendre la descente plusdifficile.
Il étoit ensuite venu
au
Camp, pour faire lerapportde
son expedition au Roy de
Dannemarc k
,
qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit qe comme on a
appris que les troupes qui def
fendenr l'Isle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
lc contentera de la tenir 0.
quée, & qu'on attaqueracelle
de Rugen
,
à cau rClque Tapproche
de l'hyver. pourroit
rendre cette entrepriseplus
•difficile,& en en dévoie tenter
l'exeçutlon le12.ou le15. de
cemois.Le Roy deSuede avoit
mis la plÛPdI[ de ses meilleures
troupes dans lesretranchemens
de cette Ifl:, qu'il veut
kkffcrtdre jusqu'à la derniere
extrémitéOn écrit de Coppenhague
que le Comte de
tGuldenltVI Amiral General
•devôk , monter la Flote Danoise
; à cause qu'il avoit eu
avis que l'Amiral Spar avoit
u<i&sordres exprés du Roy
de Suede son Maître, de partir
deCarelscroon avec saFlote
&.- les Vaisseaux qui étoient
venus le joindredediver
Ports de Suede
, pour s'approo
cher de Mue de Rugen, Qn(
allure que huit Vaisseaux dfc
Guerre Anglois avoient jaïna
la Flote Danoise
, ce qui n'etl:
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Sue
doiseétoitarrivée à Stralzuno
de la Province deSchonen
d'où on attendoit encore d'au
tres troupes:que le Vice Ami
ral Lewenhaupt quiétoit sort
de GottembourgavecuneEfl
cadre pour quelque dessein,yj
étoit rentré sans l'avoir execu
té. & qu'un grand Corps cfat
Moscovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
guinze jours ou trois semaines.
D'Edimbourg le 1. Octobre.
Le Duc d'Argyle partit le
a. 8 pour le Camp de Sterling,
accompagné du Duc de Roxborough
,
duComtede Handengton
,
& du Colonel Middelton.
LeComtedeRhotes
s'est aussi rendu au Camp ou
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vasfaux
armez. Le onze de ce
mois jour auquel expire le
terme accor de aux rebelles
pour retourner à l'obc'i*flàncey
le Duc d'Argyle doit se mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre lesquels
ily a IJOO. chevaux. On a
envoyéduCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'Edimbourg
,
de Glasgow
,
& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y est entré
d'Angleterre deux Compagnies
deDragons duRegiment
de Kerr
,
qui vont au Camp
deSterling. On apprend de
Dundee
Di'trJéequ'un Gentilhomme
nommé Graham, qui se dit
heritier dufeuComte deDundée
, crane entré avec un grand
nombre de gens à cheval, y
avoit proclamé lePrétendant,
sous le nom de Roy Jacques
VII.& fait fêlure dela proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverness que les
Lords Macknistosh & Beslam
deux Chefsdes Montagnards,
accompagnez aussi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même chose
;
après quoy ils étoient allez à l.
Doüane
,
d'où ils avoient enlevé
tout l'argent & les effets
qui y étoient pour le service du
Prétendant.LeComtedeMarr a
fait piller & saccager les maisons
& biens de son Stuard, &
de quelqu'uns de ses sujets qui
ont refusé de le venir joindre.
VoicylaDeclaration de ce
Comte adressé au Bailly, &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kldrummy. ::
Nôtre Roy legitime, 0* naturel
Jacques VIII. par la grace
de Dieu, qui vientpresentement
nous delivrer de nos oppressions,
ayantbien voulu nous confier la
àtreflion de ses affaires
,
£7*7e
commandement de ses forces dans
son ancienRoyaume d'Ecosse ; &
quelquesuns de ses fideles sujets
&serviteurs affirnblez à Boyne,
sçavoir, le Lord Huncley,leLord
Tullebardine
,
le Comte Mareschall
,
le Comte de Southesan
,
Glingary; de la part des C[ans,
Glenderale; de la part du Comte
de Broudalbine,&Gentilhomme
de la Province d'Argile, M.Patrich
Lion d'Auscherbouse, le
Lordd'Auldlair, le Lieutenant
General Georges Hamilton, le
Major General Gordon,&moi
,
ayant pris enconsiderationles derniers
ordres de S. M. trouvons
que cej} maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Atnfi il nous semble absolument
necessaire pour leservice de S.M.
~& pour la délivrance de nostre
Patrie,que toussesfideles&bons
Sujets, & ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incessamment les
armes.
Ces Presentes font donc ( au
nom , e7 en l'autorité de S. M.
& en vertu du pouvoirsusdit
, &par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir&autoriser de leverincéssamment
vos gens militairesavecleurs
meilleuresarmes,
,£T de les faire marcher d'abord
pour me venirjoindre, & quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart, Lundy prochain,afin
de poursuivre nostre marche
, &
nous rendresous l'Etendart duRoi
avecses autres forces.
Le Roy voulant quesesTroupes
soient payées dés le temps de
leur départ f /- 'F
,
il espere
,
ainsiqu'il
l'ordonne expressementqu'elles
se comporteront civilement
, cqu'elles
ne commettront aucunpillage
, ni d'autres desordres ,sous
les peines les plus severes
, (y*
d'encourirsa disgrace; ons'attend
quevousferez observercetordre.
C'estàpresentque les bonnêtes
gens doivent témoigner leur zele
pour leservice de S. M. dont la
eauje est si interessante
,
afin de
délivrer nostrePatrie de l'oppression
d'un joug étranger, trop pesantpournous,
& nostre posterité
pour le porter, &de tâcher
de rétablir, non feulement nostre
Roy légitime
, & naturel
,
mais
aussi nostre Patrie dans son ancienne,
libre, & indépendants
constitutionsous celuy dont lesAncêtres
ontregne surnouspendant
tant de générations.
Dans une causesi honorable
3
sibonne,sijuste,nous ne pouvons
douter de ltajJiftanc de la direction,&
de la benediêhonduDieii
Tout-puissant, qui a si souvent
sauvé la Famille Royale de
Stuard
, (7 nostre Patrie, defuccomber
fous l'oppression.
On s'attend que vous observerr':(
ponctuellementses ordres,&
ces Presentes vous doiventsuffire
pour cet effet
,&à tous ceux que
vous {'mpfyrrc'{ pour les executer.
DonnéàBracmart le20Septembre
17 1 5.
STGNÉ, MARR.
Cette Déclarationétoitaccompagnée
d'une Lettre du
Comte de Ivhrr auBaillyde
Kildrumenycontenanten substance
: Q:!.e ce Bailly avoit bien
fait de n'être pas venu le joindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoya de nuit, puisqu'il en
avoitattendu quatrefois autant.
Qu*il étoit fort surprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecosseprenoient les armes en
faveur deleurRoy, & leur Patrie,
les Vassaux de ce Comtefussent
les seuls en arriere.Que le
moment tant desiré depuis 16.
ans étoitpresenternent arrivé,&
qu'ainsiil étoit temps deprendre
les armes pourleRoy & pour la
Patrie
Patrie ; que c'est dans cette vue
qu'illuyadressesa D.c'aration,
pour la communiquer à tous ses
Vassaux
, avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obeissentpas incessamment
il fera brûler (y
saccager leurs biens &terrespour
servir d'exemple aux autres.
Extrait d'une Lettre de Copenhague
ausujet de l'Am
bassadeur de Perse.
Nous avons icy l'Ambassadcur
de Perse, qui de France
devoit aller à Petersbourg; mais
fatigué de la Mer, il a voulu
qu'on le mit à terre. La Fregate
Françoise qui l'a amené
ayant sur cela pris le parti de
s'en retourner, l'Ambassadeur
s'est ravise trop tard de vouloir
continuer sa route par
Mer: de force qu'il faudra
qu'il aille par terre, sM ne veut
attendre la bonne saison. On
ne rait s'il demeurera icy, 01*
à Hambourg.
Extrait de quelques Lettres
de Londres du 8. Octobre.
Mr Edoüard Harvey, l'un
des six membres du Parlement
que le Roy avoir ordonné
d'arrêter, & quiest fous la
garde d'un ~Messager d'Etat,
fut examiné avant hier au
Conseil, devant S. M. on lui
[fit diverses questions au sujet
du noir complot qui a esté découvert
:maisilnia dc-ftrcen.
tré en aucune confpiration
contre le Roy & le Gouvernement,&
ne voulut rien découvrir,
sur quoy on luimontra
une Lettre écrite de sa
propre main qui prouvoit sa
trahison, cela lemit dansuns
grande confusion,& il promit
d'avouer tout le Icndemâin,
Là-dessus on le renvoya fous
la garde du Messager; mais
hier au matin il tenta des'ôter
la vie,&se donna 3. coups
deganifqui luy ont causé une
grande perte de fang
, cependant
on ne croit pas que le
playes soient mortelles; quelque
temps après le Comte d,:
Nottingham
,
Président du
Conseil, alla le trouver pour
l'examiner & prendre ses depositions;
illuy dit entr'autres
choses
: QjSil s'étoit laissé induire
follement à entrer dans la
conspiration
, & qu'il en étoi,;
bien fâché; maisquevoyan:
qu'on won de telles preuves con
tre luy,&qu'il ne pouvoit pat
échapera la Justice
,
il avoÍt,
voulu se tuerpour ne pass'expo
feràtrahirses amis.
On n'est point encor-e bien
instruit des particularitez de
cet horrible complot. Quelques
uns direntquil devoir
s'executer avant hier, & que
pendant que ledit Harvey à
la tête de400. con jurez devoit
fairemainbasse sur la garde
deS. James
,
& mettre le feu
au Palais, &c. un autre party
aussi nombreux devoits'asseurer
de la Banque, & de l'Echiquier
; & mettre le feu en
diversendroits de la Ville,
pour causer de la cc)nsuCion-'
parmy le, peuple. D'autres
affeurent que le dessein des
conspirateurs étoit d'exciter
des revoltes en 2. ou 3.Provinces
d'Angleterre pour y
attirer les troupes du Roy,à
fin de favoriser l' Invasion du
Comte de Marr en Angle-.:
terre , à la tête des rebelles
Ecossois ;
mais que le grand
coup devoit se frapper du côté
de rOiieft
,
où les rebelles se
croyoient les plus forts, & où
le Prétendant
,
devoit débarquer.
Quoyqu'il en soit la
conspiration étant découverte,
& les mesures prises, pour en
prévenir les fuites,on ne doute
plus que tous les projets
&complots desrebelles ne s'en
aillent en fumée.
On asseure qu' on a receu
avis que le Prétendant, a refusé
de passeten Angleterre ,avant
que ses amis eussent assemblé
des forces fufif santes pour soûtenir
son débarquement
, qu'enattendant il pressoit le
Duc d'Ormond &le Vicomte
de BullinbrocK
,
de passer en
ce Pays pour y faire soulever
leurs amis. On apprend d'EcaGe
que les rebellesn'ontpas
encore assemblé toutes leurs
forces
, & que le Comte de
Marr n'a tout au plus que
2.000. hommes auprès deluy,
On va publierune proclamation
contre ce Comte, par laquelle
on promet 10000.livres
sterlin de recompense à ceux
qui pourront s'affeurer de sa perfbnne.3
Le Lord Poowis doit être
jugé par une commission par*
licul'icte
,
fous le nom de M.
Har bet; il est accusé d'avoir
agi en qualité de Tresorierdu
p,mi du Prétendant, ayantreceu
200. mille livres sterlin de
quelques PaysEtrangers, dont
il en adistribué 150. milleaux
Conspirateurs. On dit qu'un
nombre considérable de Seigneurs,
Gentilshommes
,
ôc
autres,sont entrez dans
ce noir
complot. Le Chevalier Guillaume
Windham a estéarrêté.
De Paris.
Le Roy a accordé à M.IQ
BarondeBreteüllapermission
de se défaire de sa Charge
d'Introducteur des Ambassadeurs,
&en a donné l'agrément
à M. le Marquis de Magny
,
fils de M. Foucault
Conseiller d'Etat. ,
,.
M.le Marquis de Simiane,
premier Gentilhomme de la
Chambre de Monsieur le Duc
d'Orleans, a cité pourvcu de
la Charge de Lieutenant General
de Provence, vacantepar
le decés du Comte deGrignan,
avec un brevet de retenuë de
deux cent mille liv-resiparciià
celuy qu'avoit le Comte de
Grignan. -
M. le Comte de Simiane,
Mestre de Camp de Cavalerie
& Brigadier des Armées
du Roy,prêta ces jours pasfez
le ferment entre les mains
de Madame pour laCharge
de son premier Ecuyer.
M. Bontemps, Gouverneur
des Tuilleries, & Capitaine des
Chasses de la Garenne duLouvreya
obtenu du Roy la survivance
de sa Charge de premier
Valet de Chambre de Sa
Majesté,poursonfils.
Madame la Comtesse de Ribeira,
Epouse de M. le Comte
de Ribeira
,
Ambassadeur de
Portugal en France,accoucha
le 12. du mois passé d'un fils
qui fut tenu sur les Fonds de
Baptême par M.le Cardinal de
Rohan son grand oncle.
DeVernonntnNormandie.
Lesieur Demarre, ancien
Brigadier des Gardes du Corps
du Roy
, a fait faire un Service
solemnel pour le repos
de l'ame de LouisXIV. Il
a fait celebrer une grande
Messe de Requiem
, & dire
plusieurs Messes basses pour
la mêmeintention; une gran.
de Mciïe pour la santé ,conservation
& prosperitéduRoi
LoüisXV.regnant
,
& une
grande Messe du Saint Esprit
pour la con servation de Son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d Orléans, Regent du
Royaume.
Ilca au moins bien juste -
de dire, maintenant quelque
chose des morts.
Dans l'article du mois passé
qui concerne la Maison de
Longüeil, j'ayoublié de vous
dire que
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres,
Maisons,Lavaudoire&Cerny fut , en grande estime auprès du
Roy Henry III qui le fit son
premier Maistre d'Hôtel en
1575.Chevalier del'Ordre en
Jj77. & MaistredesComptes
dés la même année.Ilépousa
Catherine de Montmirail, fille
de Thierry de Montmirail &
de Denise de Harlay, de laquelle
il eût un fils unique &
deux fiiles. L'aînée desquelles,
Denise de Longüeil épousa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier
President , és ressorts de Mets,
Toul & Verdun, Chancelier
de Catherine de Bourbon Duchesse
deBar,soeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épousa Nicolas de Que,.
lain, Conseiller au Parlement.
Charles Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoire
& Cerny
,
Lieutenant General
des Armées du Roy, épousa
Loüise Seguier fille de Pierre
Seguier Seigneur de S. Cyr,
Conseiller au Parlement,coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France.
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre soeurs,
desquelles Marie- Loüise épousa
Michel de Champrond ,
President aux Enquestes dont
estissuëMagdelainedeChamprond
épouse de Messire
Philippes de la Tremoüille
Marqu , is de Royan Comte
d'Olonne,Senechal de Poitou,
Anne,épouse de M. de MauricConseillerd'Etat,
doncest
issue Loüise de Mauric, épouse
de Messire de Car bonel Marquis
de Canizi ; Loüise de
Montmirail épouse de Messire
René de Lhopital Comte de
Sainte Même; & Anneépouse
du Marquis de Frenoy, dont
est Hru le Grand Prieur de
Champagne dernier mort- : Nicolas de Longueil fils de
Charles, Chevalier Seigneur
de Sevres, Grand Prevost &
General de Champagne &de
Brie,lequel épousa Denise de
la Robertiere fille de Gilles de
laRobertiereSecretaire duRoi,
&de DenisePapillon, dontest
issu
issu Charles de Longüeil Capitaineau
RegimentdePiemont,
tué en Hollande au passagedu
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere,
lequel a commandé unBatail-
Ion du Regiment dePiémont,
&a serviSa Majesté des l'âge
de dix- sept ans, &s'esttrouvé
dans toutes les occasions
,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant e-fté bleflc en
plusieurs occasions
, notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg
,
lequel a.
épousé Anne le Braconier de
laTourfille de Loüis leBraconier
Seigneurd'Ancy les Soignes
,
prés Metz, sans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'est point marié.
Messire Pierre Bouchu Chevalier
Seigneur de Pluniers,
Fontangy
,
&c. premier President
au Parlement de Dijon,
mourut le Aoust1715.
sans posterité, âgé de 72. ans.
Il remplissoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPresident
de la Chambre des
Comptes de la mêmeVille:
il étoit fils de Messire Jean
Bouchu mort premier President
du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu,sieur de Lessart Intendant
de laditeVille, pendanc
plus de 20.années, pere de
Messire Estienne Bouchu Sieur
de LessartConseillerd'Etat
cy-devant Intendant de Dauphiné
& des Arméesd'Italie
pendant un espace de temps
pareilàceluy de M. son pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé de Clairvaux, qui quoyque
dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de saint
Bernard à ses Religieux,&
leur est, comme ce Saint,un
exemple vivant de pieté d'o-
~boïssance& d'humilité.
Messire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle,Archidiacre
de Mande, Deputé à l'Assemblée
du Clergé, pour la
Province d'Albi, mourut le
2.5. Septembre :il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louise Sandrier, femme
de-Medire Philippes Langlois,
Seigneur de Pommerse,
grand Audiancier de France,
mourut le 3. de ce mois. M.
Langlois son mari est frere de
M. Langlois President de la
Chambre des Comptes, donc
je vous parlay dans mon dernier
Journal
,
à l'occasion du
mariage de Mademoiselle sa
fille,avec M. deFourcy Conseiller
au Parlement.
Dame Anne le Goux de la
Berchere,Veuve de Messire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg, tuéau passage du
Rhinen -1"71. mourut le4.
de ce mois, le-Be étoit fille de
Pierre le Goux, Seigneur de la
Berchere, P.I'rcfiJciit duParlement
deGrenoble, & de
Dame Louise Jolly de Blaisy
,
& petite fille de Jean Baptiste
le Goux, Seigneur de la Berchere,
P. President du Parlement
de Bourgogne, & de Dame
Marguerite Brulart, & elle
étoit foeur de Messire Charles
le Goux de la Berchere, Archevêque
de Narbonne, & de
Messire Urbain Pierre le Goux
de la Berchere, Maîtredes
Requêtes
, pere de M.de la
Berchere Chancelier defeu
Monseigneur le DucdeBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voisin Chancelier de Frai*-
ce; pour la Maison de Pellevé,
de laquelle étoit son mari, elle
est originaire de Normandie;
elle n'est pasmoins considerable
par son ancienneté que par
ses alliances
,
& elle subsiste
encore dans la personne de M.
le Comte de Flers.
Dame Magdelaine de Grou..
chy, veuve de Messire Louis
Chauvelin, Avocat General
au Paiement
,
Commandeur
& Grand Tresorier des Ordres
du Roy, dont je vous
appris la mort dans mon Journal
du mois d'Aoust dernier,
mourutle 5. de ce mois, laissant
un fils & une fille; elle
croit fille de Jean Baptiste René
de Grouchy, Secretaire du
Roy, & de Suzanne Heron.
MessireJeanAndré Bouret
ConseillerClercau Parlement
ou il avoir été reçûle 2. Juin
1706.mourut le 9de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret,
Secretaire du Roy & Payeur
des ggcs de laChancellerie.
Messire Constantin Heudebert
sieur du Buisson, Maître
des Requêtes honoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois sans enfans,laissant de
grands biens. MaMademoiselle
Choüart si
connuë & sidistinguéedans le
monde par son merite & par
l'élévation de son genie, mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une très anciennenoblesse.
M.Choihrc son frerc étoit
Capitaine de Galeres, M.
Choüart de Vivier son coufin
germainétoit Chef d'Escadre,
M.Choüart Surintendant
jide la Reine Therese d'Autriche,
& pere de Madame Dalou,
ci devant Premierc Presidence
du Parlement de Bordeaux,&
deM. Busanval qui
rece dans la Gendarmerie
étoient de la même Maison.
M. des Brosses Choüart étoit
pere de Madame Boisseleau
femme du Capitaine aux Gardes,
qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choiïutétoit
fille du President Miron, ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupeoux, les le Picard
, & presque toute la Ro
be. MademoiselleChoüartne
laisse qu'un neveu, nommé
Mde S. Gilles,ci- devant Lieu-
-
,
tenant aux Gardes, & une niéce
,
qui est Madame la Comtcflfc
d'Hautefort, ci-devant
Madame la Comtesse de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieuà cetarticle,est
morte universellement consi-
Jpréç ®rettée de tous ceux quil'ontconnüe.
Dame Marie Marguerite
Lestorré,femme deMessire Armand
Charles de Bonnigalle,
Mleaître des Comptes, mourut 15Octobre1715.laissant
desenfans.
-
-
Dame HeleneCatherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart, Conseillerau Grand
Conseil, mourut le 16. de ce
mois:elle étoit fille d'André
de Gaumont, Seigneur du
Sauslay & de - VauriÀaïd ',
Conseiller d'Etat,&soeurde
Jean de Gaumont Maîtredc«
Requêtes
, & de Mdrjo_-de
Gaumont femme dePierrede
Bragelone, Presidentaux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas, de KÎatabranche,
Prêtre de l'Oratoire,
de l'AcadémiedesSciences,
connu par le grand nombre &
parle mérité de ses Ouvrages,
mourutle 13. de ce mois, âgé
de soixante dix-huit ans. -
Vous voilà, je pense, suffifammcnt
instruit des qualitez
des personnes de distinction
morts ce mois cy, passons aux
Mariages.
Le de ce mois, M le
Marquis deVallançay épousa
Mademoiselle Amelot. Il est
filsdeJeanHyppolite d'Estampes
,
Marquis de Vallançay
&deGabrielleLoüise Malodu
Bosquet; & petit fils de Dominiqttc.
d'Estampes
,
lequel
étoit frere du grand Prieur de
France, & neveu du Cardinal
de Vallançay.
Dominique d'Estampes
,
Marquis de Vallançay ,avoit
épouseen 1641.LoüiseTherese
de Montmorency,soeur
aînée du Maréchal de Luxembourg&
d'Elisabeth demont,
morency ,
Princesse de Mekelbourg
Dece mariage font issus plusieurs
enfans
, & enrraurrs
trois enfans mâles.
Henry Dominique, fils ainé,
qui de son mariage n'a laissé
que. deux garçons , tous
deux morts sansalliance.FrançoisHenry
qui n'a laisse qu'une
fille;& le troisiéme Jean Hyppolite,
pere de Henry Hubert
quiest celuy quivient dese
marier.
Le pere de Dominique d'Estampes
étoit Jacques d'Estampes
,
Chevalier des Ordres du
Roy, grand Maréchal des Logis,
Lieutenant Colonel dela
Cavalerie Legere. Messieurs de
Vallançay descendent deLoiiiS
d Estampes, Seigneur de Vallançay
,
lequel environ l'an
1480. a commence la branche
ds Seigneurs de Vallançay :
ceux qui en voudront sçavoir
davantage, verront l'histoire
de Sainte Marthe, & l'histoire
genealogique des grands Officiers
de la Couronne par le
Pere Anselme, qui est exact
dans toute la genealogie
, excepté
qu'il donne pour filles à
Jean Hyppolite d'Estampes,
ses deux soeurs, & ne parle
point de son fils qui cil: celuy
qui donne lieu à cetarticle.
Mademoilelle Amelot est
fille de M. Amelot de Chaillou
,
Maistre des Requesftes &
Intendant du Commerce,&
de Dame Philberthede Barril
Ion son Epouse
,
quiest fille
de feu M. de BarrillonConseiller
d'Etat ordinaire,&Ambassadeur
en Angleterre. Je
vous ay si souvent parlé de
Meilleurs Ameloc
,
donc les
filles se font roûjours alliées
dans les plus grandes Maisons,
telles que celles d'Aumont,de
Luxembourg
,
de Beon
,
de
Nicolaï, deTavannes,deVaubecourt,&
autres, qu'il seroit
inutile d'en reparler ici.
Herard duCausé Chevalier
Seigneur de Nazelle
,
Lieutenant
des Maréchaux de France
en la Province de Guïenne
,
épousale 7.0cb.Mademoiselle
Cath Julie deBesanne deProuv.
iy,fillc de Charles de Befanne
Chevalier Seigneur Vicomte
de Prouvay & Poulandon.
La Maison de Besanncest
une des anciennes Maisons de
Champagne. Jean de Besanne
un de (es ancestres
,
qui avoit
unEmploy dedistinction auprèsde
saint Louis
,
lorsqu'il
fust en Terre Sainte faire la
guerre aux Sarrasins
,
à la Bataille
de Damiete, où l'Année
du Roy fut vigoureusement
chargée, leditde Befanne par
sa valeur contint les troupes
avec tant de fermeté, que le
Roy luy donna la devise nec
fugit, nec metuit.
,
La Cérémonie de ce Mariage
fut faite par M. l'Evêque de
Lavaur, dans l'Eglise ParoissialedeSaint
Mederic.
J'ay déja eu l'honneur de
vousdire, qu'il ne tenoit qu'à
moy de remplirmon volume
des Eloges quon m'a envoyé
ce mois cy ,à la gloire de Mon.
sieur le Regent. Si cela m'avoit
estépossible
,
je l'aurois fait
pour la fatisf.;¿bon de tous
Ceux qui se sont efforcez de
luy marquer leur zele; mais
pluficurs considérations m'ont
déterminé à supprimertous ces
ouvrages;à l'exceptionneanmoins
decelui cy que je Serois
très fâché de mettre aurebut.
Il a deux qualitez essentielles
qui le rendent au moins digne
de paroître au jour. La première
c'est qu'il ne contient que
des verirez exprimées avec
noblesse & simplicité & la
secondé c'est qu'il est de la
main d'une belle Dame
,
digne
par ses grâces & par sonesprit
de toute l'attention où l'on
est porté naturellement,par le
mérité de ses ouvrages.
Vers de Madame V
à Son Altesse Royale Monseigneur
le Ducd Orleans,
Regentdu Royaume.
Apollon il est temps: prends
toy même ta Lyre,
D'inspirer les mortels, à present
c'est trop peu;
Célébrés par des chants pleins de
ton divin feu
Le Prince que la France admire,
C'est luy qui par de sages Loi.",
S'attire les coeurs des François,
Il va rétablir l'abondance
La bonnefoy ,
,
la confiance :
Enfin tepar01fita ce métalpré-
CJeux
Que l'on croyoit rentre dans le
fin de la terre Et dontl'absence fait , autant de
malheureux
QtSune trop longue & trop
cruelle guerre.
Dieu des Vers chante à nos ne-
'UfUX
Combien ce Princefit d'heureux;
Pour moy de ses vertus charmée
A celebrer son Nom je me fins
animée.
Comme Sapho, quenefais-je
des Vers,
Pour apprendre à tout ÏVmvers
Que l'AbgusteRegent de
France
Poss de luyseul la science,
Les rares q:la{ltez) les talens
îlitreuttueux,.,
Qui firentjadistant de Dieux.
Voicv encore unSonnet sur
le même sujet, que je mets
avec connoissance de cause, au
nombre des meilleurs que j'aye
reçu ce mois-cy. Il est de la
façon de M. Thierry,Commis
de M. de Montargis.
SONNET.
Non, Muse, tu nepeuxd'une
plus noble audace
Excistrencejourmon émulation,
je cede à ce transport, a cette
ambition
J^ui tend à me frayer les routes
du Parnasse.
Maisparoù commenter?queveuxtu
que je fasse ? Je t'entens, tuvoudrois que d'un
Prince fameux
Je traçasse en mes vers l'Eloge à
nos neveux,
Fourrois-tu d'un tel pas me tirer
avec grace ?
Non,pour peindre un Héros ilfaut
trop
trop de talens
MA main ejl malinstruite à préparer
l' encens: Je nay ni cet espris,ni la juste
éloquence
Qu'ilfautpour bien louer ce modele
parfait,
Croy moy , Muse ,croy woy, ne
romps pas le Silence
Jadis plutarque À peine ébaucha, son Portrait.
Pour la Piece que vous allez
lire, elle n'a nul rapport avec
tout ce qui la précede : & est
à mon gré, un des plus jolis
morceaux de Poësie qu'on
puissefaire. C'est une failliede
M. F.&toutce que M. F.
compote, ezst plein de justesse
&desprit.
TRIOMPHE
des beaux yeux d'Iris. *
MesserPhbebus l'autre jour
querella ;
Avec Amour, &c'est vieille
rancune1 DepuisDaphné:très-loin l'affaire
alla,
EtjuréfutparFupin & Neptune
De Je vanger; mais bien-tost
Cupidon
-
Nesesouvint detelle échaufourée
Et mettant basson arc (7 fort
brandon
Prés de PsichefutpaffirlaJoirée.
Quant à Pboebus Poète & Medecin,
Deux animaux ¿lffez sujets à
l'ire,
Miraclen'ests'il forma le def
sein
De rüiner Amour&son Empire.
Or que fit- il ? point ne fut à Pa.
phos,
Pointn'assiegea des forgesde
Lemnos
Les magasins & cavernes secrettes
Poury brûler carquois, arcs &
sagettes
De Cupidon; mais par dol infernal
,
Voulantfinirguerre tant difficile,
Il s'en fut droit au charmant domicile
Qui d'amour est le plus fort arsenal,
C'est cbez Iris; ô
trahison infgne!
Tout en entrant unefleche maligne
Il jette aux jeux de la jeune
beauté:
Làfont les traits les plusfûrs de
Cithere,
Et ce dessein étoit bien projette,
Le pas n'étoit de clerc en vérité;
Mais des amours la cohorte legere
Para le coup: car alle% chez
Iris
La 3 trouverez mille amours aguerris,
Montans la garde ainsi quechez
leur mere: Pboebus surprisgne peeutserdégt-
De l'emv'tifc,zde; il voit [ris) il
aImeJ
Loin d'attaquer il estfrappé luy.
meAme
Par les beaux yeux qu'ilvonloit
outrager.
Profonde fut (7 vivesa blessure,
Oncvquers Daaphnuésibien ne le na. Des coupsd'Iris jamais ne guerira,
Jefiaytrop bien qu'impossible est
la cure.
Il nemereste plusavant que
de finir ma lettre, qu'un
moyen de vous amuser à vous
proposer. J'ay remarqué le
mois d'Aoust dernier que le
Public avoit reçu assez favorablement
les Questions donc
je luy avois demandé la solurion,&
qu'un grand nombre
de gens d'esprity avoit répondu
avec plaisir. Cetteconfideration
m'aporté à en chercher
de nouvelles, pour exercer l'imagination
de ceux qui voudront
y répondre. J'étois sort
occupéà cette recherche, lore.
qu'un de mes amis m'a fait le
plaisir de me tirer d'affaire, en
m'apportanc les Questions
suivantes.
PremièreQuefiiort.
On desire fçavoir jusqu'à
quel point il en permis à un
honneste homme d'estre ja.
loux.
Seconde euellion.
On demande si un Amant
a droit de soupçonner sa Maîtresse
de peu de cendrefle,
lor [qu'elle oppose le devoir à
ses desirs, & si ce.beau nom
n'est point l'artifice d'un coeur
peu touché.
Troisiéme Que(lion.
Qui cil le plus heureux
d'un Amant fidele qui trouve
du retour., ou d'un coquet qui
en trouve suffi.
QuatrièmeQeuestion.
On est grandementeurieux
de sçavoirJ si Helene estoie
blonde ou brune, mais on
avertit
avertit qu'on n'en croira ny
Homère, ny ceux qui ont juré
sur ses écrits. On veut
tout au moins l'autorité d'un
témoin qui ait estéoculaire,
sans quoy , ceux qui disputent
ne se rendront pas. On recevra
pourtant les conjectures
bien fondées"car on commence
à se lasser d'un procès qui
dure déja depuis si long temps,
& qui occupe très-ferieurement
des per sonnestrés-fpirituelles.
CinquièmeQuestion.
Qu'on nous dise enfin,s'il
y a eû un Homere, & qu'on
réponde cette fois par un ouï,
ou un non définitif.
me que le ParlementJa Cham-
^rcdesCompteSjCourdesAydes,
Courdes Monnoyes, Universi(
é'& la Ville. Le Service
commença, M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônicc
de France fit l'Office, affilié
des Evêqucs de Seez, dAuxer.
re, de Beauvais & d'Angers j
aprèsl'Evangile Monseigneur
le Duc d'Orleans precedé des
Hérauts &Roy d'Armes,accompagné
du Grand Maître
des Cérémonies ,alla à l'Offrande
, fit une reverence à la
representation ou Mausolée
,
au Clergé, aux Princes du
Sang, aux Ambassadeurs, au Parlement Cour des Aydes,
&c. Les autres deux Princes
allèrentàl'Offrande après luy
& firent les mêmes reverences:
ensuite M.l'Evêque de Canres
monta en Chaire & fit l'Oraison
Funebre, & fit voir que le
Roy avoit été un spectacle de
félicité
, un spectacle de fagesse
,& un spectacle de
Religion. Ce Prélat fut applaudi,
on continua la Messe,
à la fin de laquelle M. le Cardinal
de Rohan & les quatre
Evêques assistants allerent auprès
du Mausolée faire lesabsoutes
: & quand elles furent
finies ils vinrent s'asseoir à la
porte du caveau: pour lors les
Gardes du Corps en manteaux
noirs & capuchons, tirerent le
cercuëil du Mau solée, pour le
porter au caveau , a prés avoir
mis dessus un poële d'unemoire
d'argent, brodé d'or, fourré
d'hermines, dont les quatre
coins furenr portez par le Premier
President & trois autres
Presidents à NortietenRobes
rouges & hermines
: quatre
Gardes de la Manche mar
choient avec leurs perruisanes
& leurs cottes brodées
d'or & un capuchon noir aux
quatre côtez. Quand on eut
mis le corps du Roy dans le
caveau, M. le Marquis de
Dreux Grand Maître des Cerémonies
cria tout haut: Hérauts
d'Armes de France, faites
vos charges: ils marcherent
au nombre de douze, &
jetterent leurs bâtons & leurs
Dalmatiques dans le caveau:
ensuite M. le Grand Maître
appella tout haut M. de Courtenvaux
Capitaine de la Compagnie
des centSuisses, faites
vôtre charge, portez l'enseigne,
il vint en manteau noir
l'enseigne couverte d'un crépe,
qu'il posa dans l'entrée dit
caveau: pour lors un des Herauts
prit la lifte & appella M:
le Duc de Charost, Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps, faites vôtre
charge,portez l'enseigne M.
le Duc de Villeroy Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps, faites vôtre
charge, portez l'enseigne;
M. deBaliviere Lieutenant de
la premiere Compagnie des
Gardes du Corps,transmis à
l'absence de M le Maréchal
d'Harcourt, faites vôtre charge
, portez l'enseigne; M. le
Duc de Noailles Capitaine de
la Compagnie Ecossoise, faites
vôtre Charge, portez l'enfeigne
; M.le Duc de la Tremoille
faisant l'office de grand
maître & chef du convoi, fut
ainsi appellé; M.l'Ecuyer tranchant
futaussi appellé; Mde
Momor premier Ecuyer, du
Roi,portez les éperons; M. du
Sanfoy Ecuyer du Roy,portez
l'ecu; M. portez les gantelets;
M. portez le heaume ou
casque ; M. le Grand Ecuyer
de France, portez l'épée royale
; M. le Grand Chambellan,
portez la cotte d'armes; M le
Duc de Brissac, portez-le paneau
; M le Duc de Luines
,
portez le Sceptre; M. le Duc
d'Usés, portez la Couronne.
Ensuite le Heraut cria trois
fois le Roy eÍl: mort, & un
moment après, vive-le Roy,
trois fois: les timbales, trompettes,
hautbois,tambours
quiétoient dans la nessefirent
entendre; il cria encore vive
Louis X V. Roy de France
& de Navarre ; & la ceremonie
finie à cinq heures,
on alla dîner. Il y avoir quatorze
cent couverts, soixante
pour le Clergé, quatre-vinge
deux pour le Parlement; tout
fut servi avec beaucoup d'ordre
par six cent Suiffes, &
toutes les tables furent remplies
de mets exquis.
Voici l'ordre comme on
étoit placé. LeClergé dans le
Sanétlairc à la droite, les Ambassadeurs
à la gauche
,
Monseigneur
le Duc d'Orleans dans
les formes
,
suivi des Princes
& des Ducs : le Duc d'Usés
comme le premier étoit après
M. de Charolois, après les
Ducs, la Chambre des Comptes
sur la gauche , le Parlement,
la Cour des Aydes, la
Cour des Monnoyes, & rUniversicé
sur des bancs.
On aura, comme je viens
de vous le dire, un détail CXtitt
de cette ceremonie
,
dans la
Relation qui va paroître.
Aprés vous avoir donné le
mois pasté & celuycy deux
OJes qui ont disputé le Prix
de Poësie à M. Roy,il est
bien juste de vous donner
maintenant le remerciement
qu'il fit à Messieurs de l'Académie
Françoise : cette Ode,
au gré des connoisseurs, meritoit
un troisiéme Prix.
ODE
A Messieurs de l'Académie
Françoise,prononcée dans
l'Académie le jour de la
distribution desPrix.
ParM. ROY.
Queljour! mon bonheur m'étonne
L'espoir m'enparoissoit vain,
Quoy! Minerve me couronne
De l'une
, & de l'autre main.
VQiry le champ de la gloire
Où jadis une victoire
Marqua mespremiersessais.*
Minerve tu m'y rappelles :
Dans tes Annalesfidelles
Efcri mes nouveaux fuccc'{..
Attens.. Il ep unfîlenct
Enfantd'unorgueilingrat.
Laisse ma reconnoissance
Se monstreravecéclat.
MesJugesfurent mes guides;
Dés longtems mesyeux avides
S'ouvrirentsur leurs Escrits:
* Prix d'Eloquence en 1711.
JD'ealyasurpris quelqueétincelle
lumiere immortelle
,
QjSils njerjent dans les esprits.
L'Eloquence à Demosthenes
Mit lesfoudres à la main,
Elle transporta ,fArhenes
Sonthrône che^ le Romain.
Mais la Raison ny les Graces
Nesuivirent point Jes traces
CbtZ nos rustiques oyeux:
Elley parut derangée
Ou trop nuë, ou trop chargée,
D'unfard qui blessoit lesyeux.
Quels nobles Esprits oserent
Luypresenterlemiroir?
Toussesdéfauts s'éclipserent,
Si lOft quelle put les voir.
La voix d'AR MAMD
quelle implore
Ou rassemble, ou fait éclore
Des Demosthenes nouveaux:
VArt deparler,&d'écrire
Devint digne de l'Empire
Agrandi parses travaux.
Aux Vertus., chasteEloquence,
Donne d'illustres amants
Touche,plais
, à ta puissance
Joins Jesacrez ornements.
Que les Cieux t'enapplaudissement;
Que de tes soins retentisent
Les Thrônes&les Autels:
Rend nous les divins oracles,
Ou nous vante les miracles
D,U»Roe)l'honneur des mortels.
Mais la Mufe de la syre,
Qui deschants donne le prix,
S'offre à mesjeux,&m'attire
Aux pieds de ses favoris.
Enchanterese nouvelle
Par quel art évoque-t'elle
Les premiersfils d'Apollon?
Icy
Icyreparoist Catulle;
Pindure
,
Horace
,
Tibulle
N'ontfait que changer de nom.
C'estl'Auguste de la Seine
Qu'ils celebrent. Quels accords!
Autour d'eux plus d'un Mecene
Eféhauffi encor leurs transports.
Je vois ceux , que la naissance,
La dignité,lapuissance
approchent de ses regards : Je vois ceux, qui dans la guerre Firent à , toute la Terre
Rejpeflcrfes Etendards.
Zele ardent, inépuisable!
Tributqu'on doitaux bons Rois
Ace concert respectable
On invite d'autresvoix.
J'obéis Paix renaissante
C'est ta Feste que je chante,
Quelpouvoirbrisa tes fers?
Répons, nomme en aBeurance
Le Bieniéleur de la France,
Et celuy de l'Univers.
C'est luy. Voilàson image
Quels traits!quelle Majestél
Que j'aime cefiercourage
Tempérépar la bonté!
Autrefois, vainqueur rapide,
Infatigable
:1
intrépide,
C'étoit Achille à nosyeux :
C'estNestor, dont la ineillejje
N'estqu'une longuejeunesse
Egale à celle des Dieux.
Qi,.je dit?Icy mon Ztl
Defoibles couleurs le peint.
LaV-ISprend pourson modele
Deses ayeux leplussaint.*
Rois de nostre fang avares,
Tous deux, des duels barbares
*S. Loüis.
Disarmerentlafureur.
De leur peuple tendres Peres
De la Foy vangeursseveres
Tous deux chasserent l'erreur.
Princes, mes Dieux tutelaires
Vos Portraitssont mes tbresors: *
Et des signessalutaires
Pour enhardir mes efforts.
V" jour.. mais l'osay-je croire,
Que desJuges de la gloire
Vous m'attiriez les t'egards:
Ainsi Romefortunée
Attachoitsa dessinée
Aux Images des Cesars.
* Medailles du Roy &deS. Louis.
Voicy des Vers Latins à la
loüange de nostre jeune Monarque.
Cum Rex Ludovicus decimus
quintus Lutetiam ingrederetur
die Septembrisduodecima.
Qucm Deuseffinxit, dignum
te GalliaRegem
Nosce tuum, & sortis plaude
beata tuæ.
Pande fores,Urbs clara,tuos
Rex maximus intrat.
Et cum Rege sides, religioque
venir.
Cernis utante viam imbelles
Pax aurea lauros
Spargit, & innumcras copiæ
fpargic opes.
Sanguinis heroas reddic placidissima
cunctos
Frons pueri, & dotes exprimic
illa novas.
Quippè per æratas olim ruat
ille phalanges;
Sive magis placidæ tempora
pacis amer.
Auc fastis æquabit avum ,
proavumquc, patremque,
Aut si fata sinant vivere, major
erit.
Cresce. igitur Princeps pariccr
tua gloriacrescet.
Pieridum cresfcet, francigenumque
decus.
Si qua tamen surgit ooftrx
tibicura salutis,
,
Nil præcer pacis munera fanc-
-
ta sove.
Ut vincas mundum, cur enim
te bella juvarent?
Qui fubigat populos, arcus
amoriserit. **
Ut nunc Lutetiæ
, te tantum
ostende per orbem:
Et Rex in terrâ protinùs unus
crit. -e
LE BL. C. L.
MONSEIGNEUR,
Siquelques endroits de ce
Livre meritent d'amuserVôtre
Altesse Royale
,
il n'en faut
pas davantage pourmencouragerà
le rendre meilleur. Je me
fersdece terme, parce qu'en
veritéon a besoin de beaucoup
de courage & d'une grande
constance, pour soutenir
un pareil ouvrage.
Je ne m'exeuse point, Monseigneur,
de la temerité avec
laquelle j'ay osé vous le dédier,
c'est un usage établi parmi
tous
tous les Auteurs, qui usurpent
souvent lePrivilcge de mettre
à la tête des plus méchants
Livresles plus grands noms
du monde;mais je me garderois
bien de prendre une pareille
licence,si Mercure n'étoie
pas,comme itt'cft, le magasin
des pensées & des avantures
de tout le genre humain. Ainsi
quelque chose qu'on ose
dire du Mercure Galant,tant
de mains contribuent à le
faire,que le merite & les qualirez
de ceux qui s'en meslent,
sussisent pour luy donner l'autoritéqu'on
luy dispute. Pour
moy je ny prends déformais
pour ma part, que le droit de
vous faireconnoistre les gens
d'efpricqui me fécondent )&,
que la gloire de vous asseurer
du parfaitdévouement & du
profond respect avec lesquels
j'ay l'honneur dêtre,de Vôrre
AlcesseRoyale,
Monseigneur,
Le plus humble, le plusobéïssant,&
le plus fournis
Serviteur, leFebvre D. F.
Avis aux Sçavans
,
& aux
Curieux, particulièrement
aux Etrangers.
ParPrivilège du RoyJtnrfgiJlré
&confirmépar Arrefldu Parlement
, avec Approbation de
la Faculté de Medecine, (7
de l'Académie Royale des
Sciences.
Le sieur Desnoücs de l'Académie
de Boulogne-devant
Professeur d'Anatomie & de
Chirurgie de la Serenissîme
Republiquede Genes, Auteur
des Anatomies artificielles,
dont la principale compofitioa
cil de cire colorée, avertir qu'il
a presentementune plus grande
quantité de ces Anatomics,
d'hommes
,
de femmes, de.
filles& d'cnfans dissequez &
préparez d'uneexactitude à y
voir distinctement toutes les
parties du corps humain 1tant
internes qu'externes.;de manière
que la têce
,
la poitrine., & le
ventre y sont ouverts, pour
y laisser voir tous les visceres,
& distinguer tous les nerfs, les
ventsa les arteres, les muscles,
&même les vaisseauxlimphatiques
, & gcneralement tout
ce qu'ily a de plus sçavamment
découvert&de recherché
dans la belle & la plus
exaéte Anatomie.
Ces Chef-doeuvres de l'Arc
& de la Nature fontà present
en sigrand nombre
,
&si persectionnez
,
qu'il seroir trop
long d'en donner icy le détail.
Oh se contentera dedirequ'ils
ont une approbation generale;
& que les plus sçavans & les
plus curieux avouent qu'ils
n'ont jamais rien vu de plus
singulier ni de plus surprenant,
particulièrement depuis les
sept pieces nouvelles dont on
a illustré & augmenté ces
beaux 15 ouvrages d'Anatomie
en y joignant l'utile & l'agréable.
Le grand nombre de Corps
anatomisez& de parties separées
dont en est pourvu ,
est
très - avantageux pour foire
commodement les Cours d'Anatomie
,
sur tout pour les
personnesqui ne peuvent supporter
le dégoût& la mauvaise
odeur des cadavres.
La modestie est exactement
observéedans tous les (ajets
& dans toutes les parties separees,
aussi-bien que dans le
difeours & dans les démonfira.
tions, pour la satisfaction de
l'un&l'autre sexe.
Outre les ouvrages d'Anatomies
dont nous venons de par.
ler, on y verra des Cabinets
garnis de pieccs curieu ses &
des plus surprenantes ; aquoy
bien des gens ne s'attendent:
pas.
On entre tous les jours en
Eté depuis huit heures du marin
jusqu'à sept heures du soir,
& en Hyver depuis neufheures
jusqu'à cinq; & les Fêtes &
Dimanches après l'Office de
l'Eglise. Ziiij
Chaque perionne paye le
demi écu courantpour la Dé- monftration.
C'eftàprejentruë du Colom.
bier) àla premiereporte-cochere
à droite, en entrant du côté de la
rue de Seinevis a visl'Hôtelde
Luynes.
PROPRIETEZ
& Vertus de l'Essence Divine
, 0* maniere de s'en
servir.
Pour les fluxions de quelque
nature qu'elles soient, tremper
une compresse dans cette
Essence
,
& l'appliquer sur la
partie malade.
Pour les maux de teste
,
migraines,
rhumes& routes maladies
du cerveau, enrespirer
par le nez,& s'en frotter les
tempes ,
si ce font des maux
inveterez,elic nefera pas son
effet sur le champ; mais en
moins de quinze ou vingt
jours, on fera enticrement
guery.
Pour la colique
,
mal de
ventre,d'estomach,&indigestions,
en boire une cuillerée.
Pour le haut-mal
,
mal de
nierc ,
paralysie & apoplexie ,
s'il arrive qu'on soit tombe
dans le mal
,
pancher la teste
du malade, de manière qu'on
luy en puisse mettre deux ou
trois goûtes dans le nez,autant
dans la bouche & luy en
frorter les tempes.
Pour l'hydropisie,en boire
foir & matin unecuillerée.
Pour la pleureficmal de
coeur ,
d'estomach
,
de poulmons
& de rate, en boire une
cuillerée.
Pour les vapeurs,soiblesses,
&évanoüissement,en respirer
par le nez & s'en frotter les
tempes.
Pour les rhumatismes &
gouttes) & douleurs de jointures,
en boire une cuillerée
pour guérir le dedans,& s'en
bien frotter la partie malade.
Pour les douleurs des dents,
qu'elle arrête dans le moment,
il en faut appliquer avec du
coton sur les dents malades
&s'en frotter les jensives.
Pour les fiévres malignes,
pestilentes & pourprées &
pour la petite verole&rougeole
,
qu'elle fait sortir, & quand
même elle fera rentrée, il en
faut prendre pour une personne
au dessus de 15. ans, deux
cuillerées, d'un plus bas âge à
proportion.
Pour les playes, de quelque
nature qu'elles soient & pour
la brûlure d'eau ou de feu,en
bien bassiner la playe, ¥
appliquer une compresse.
Cette Essence en admirable
par la promptitude de son
action & à moins que ce ne
soient des maux inventerez,on
fera soulagé
,
& peut estre
même gueri pour la premicre
ou seconde fois. Elle augmente
la chaleurnaturelle, fortifie
&réjoüie tous les esprits vitaux
& par sa vertu pénétrante
pouffe au dehors lesimpuretez
qui corrompent la masse du
fang, lepurifie, & le fait circuler
, elle diXIîpc & empêche
les fumées de monter à la teste,
elle fortifie l'estomach
,
elle
cil: preservative contre le mauvais
air & les maladies contagieuses
, par sa seule odeur
aromatique.
Les bouteilles font de cent
sols,& les demie decinquante
sols.
Ce remede se trouvechez le
R. P. Dom Aimé
,
Directeur
des Dames de l'Abbaye S. Antoine
, au Fauxbourg S. Antoine.
Avis utile à tout le monde.
Le sieur Porcheron a un
secret merveilleux contre les
Rhumatismes inveterezgoûteux
,douleurs de nerfs & sciatiques.
Le secret consiste en
une Pommade composée de
simples
,
approuvée de Messieurs
les Doyen & Douleurs
de la Faculté de Medecine à
Paris,qui ont gueri eux-mêmes
par le seul liniment, &
frottement decette Pommade
plusieursmalades de rhumatifmes
inveterez & goûteux,qui
ne cedoient point aux remedes
ordinaires: Elle guerit aussi
les Enquilofes dans les boëtes
des genoux. Les pots font cachetez
de son cachet, il donnera
la maniere de s'en servir.
Cette Pommade ne se corrompt
jamais,& peut se transporter
dans toutes forces de
Pays. Elle a la vertu de faire
tran fpirer doucement l'humeur
en dehors) sans aucune
cicatrice. Les plus petits pots
font de 50.fols,& les grands
deS.liv.
Il demeure ruë du Petit
Lyon
,
Quartier S. Sauveur
au coin de la ruë des deux Portes,
où son Tableau estexposé.
A F S.
Le sieur Aubert,Libraire,
Quay des Augustins, du costé
du Pont S. Michel, à l'Image
S. Nicolas, a grand nombre de
Mercurcs Galants anciens &
nouveaux, tant en blanc que
reliez; il les vend en corps
complets & en volumes separez
; il a les sieges
,
batailles
figures, , plans & chansons séparemenr:
la Vie de DonPierre
LeNain: les Avantures de Zeloïde,
loïde, Contes Indiens les Foi
- resBretonnes, Conte des Fées.
Avertissement.
Le prix des ports de Lettres
que vous m'envoyez, Mefsieurs,
est si peu de choie pour
vous, & peutestre d'une si
grande consequence pour moy
que je vous recommande encore
de ne pas oublier à les
affranchir.
N'oubliez pas non plus,s'il
vous plaist, que je ne vous
donneray aucun Livre qui ne
foit revêtu de mon Paraphe;
& de m'envoyer le plutost que
vous pourrez tout ce quevous
jugerez à propos dem'écrire.
Messieurs Poisson pere &
fils sont enfin rentrez à la Comedie
Françoise, ce qui donne
lieu au Public d'esperer un
grand amandement dans la
Troupe.
14
Hifloire nouvelle & nitritable,
2..4-
apologie de ïAuteur. 8 3
TABLE.
Réponse deMendoce. 84
Ode de~ M. l'AbbéPele,grin ,
deM, sur ïAbbéPclegrtn sur
lesujet proposépourle Prix de
l'AcadémieFrançoise.91
A M. de la Motte, Conte.101
Tres beau raisonnement de tAu.
teur. iii
Lettre à Mademoiselle deL **.
Hy
Sonnetssur les rimesproposées le
mois dernier. 120
CBouhqueat.nson.131319
Chapitre des Enigmes. 136
Livres nouveaux.Article digne
de toute la curiositédu Lecteur,
&convenableaux intérêts de.
TABLE.
l'auteur. 141
Autre belle Reflexion de l'Auteur.
14;
Chapitre ON il est parlédiscretement
& en peu de mots de
l'Optra^dela Foire tfT dela
-
Comedie. 148
Nouvelle galante. JJf,
Nouvelle de Melilla, Ville
d'Afrique tyaifîae de CtutA.
appartenante au Royd'Espa.
gne , &^Jiegée depuislongtemps
parles Maures, IJ9
DeConstantinople. 170
De Londres. 171..
De Venise.173
De Vienne. J74
TABLE.
De Hambourg. 178
D'Edimbourg, 183
Extrait d'une Lettre de Copenhague
au sujet de AmbassadeurdePerse.
15)3
Extrait des Lettres de Londres.
if>4
De Paris. 201
DeVernon, en Normandie.203
Articledes Morts. 204
Mariages. 221
Vers deMadameV.. à It louange
de Monsieur le Regent.
227
Sonnetsur le mêmesujet. 235
Triomphe des beauxyeux àIris.
: 234
TABLE.
Questionsdignes de l'attention
cm desRéponses de tous les
beaux esprits. 138
Cérémoniefaite à S. Denis le
jour de l'inhumation de Loüis
xiv; 14L
Ode à Messieurs de l'académie
Françoije,prononcée dans l'Académie
le jour de la distribution
des Prix,par M. Roy.
ijz
Vers Latinsà la louangedujeune
Roy. 161
Compliment de l'Auteur. 164
LAlvis.vis.2.7226,7
Avis utile à toutle monde.178
TABLE.
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