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NOUVEAU MERCURE
A PARIS,
M. DCCXV
AvecPrivilege duRoy.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
de Juillet
171S.
Le prix est 30. fols relié en veaa, &
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET) & J. LAMESLE
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
jivtcAfrobation,&PrivilègeduKd
MERCURE
NOUVEAU.
ADEMOISELLE,
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
Lettre d'unGentilhomme
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
M le Marquis de Priedont ilcft parlé dans cette Relation
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
Vous me remerciez, Mademoiselle
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
Je ne fçaurois rentrer plus
agréablement en matiere
, qu'en vous annonçant les
moyens d'arriver à laplus heureuse&
à laplus longue vie;
vous en trouverez le favorable
secret dans un Livre qui se
vend au Palais chez la veuve
Charpentier à la Couronne
d'or, au milieu qe la grande
Salle; & sur le Quay des AuguHJn
chez le ficur le Comte,
à la Ville de Montpellier.
Ce Livie est affiché depuis
peu fousle titre d'Hilloire des-
Personnes qui ont vécu plusieurssiecles
,& qui ontrajeuni
,
Avec lesecret du Rajeunissement,
tiré du célébréArnauld de
Villeneuve, Medecin du treiiéme
Siecle.
Cet Ouvrage cil: de Monsieur
de LongeilleHarcouet:
il l'a écrit avec une précision si
claire,& remplie dune si valtc
érudition iur 1 Antiquité ,la
Phiîofo|:hie,laTheologie,1a
M ~dvCine
,
l' A gronomie ,&
sur l'Histoire Sacrée & Prophane
, que quand r. L cture
nnneulferoit pas, pat la richelTe
du sujet, elle ferait plaiifr.,
par les faits curieux& instructifs,
danslesquelselle oblige
d'entrer.
Le Livre dont je parle, vous
paroîtra varié de mille choses
brillantes. L'immortalité du
premier homme y en traitée
avec des découvertes jusqu'ici
inconnues :la durée des premières
années du monde est
absolument éclaircie: on y
rapporte un nombre de Rois,
de Suivants , & d'autres personnes
recompensées de treslongs
jours :lesVertusa&entre
autres, la Temperance,s'y
trouvent l'appui de la longue
vie: on y montre les lien* qui
la peuvent procurer
a
&l'on
marque lessenrimens des plus
fameux Theologiens sur son
étendue :la Médaille sur la
naissance de Loiiis le Grand n'y
cil pas oubliée
1
& à son fujec
onciteun nombred'autoritez
sur les causes de la longue
vie: le rajeunissementyestabsolument
discuté d'une manière
assez insinuante pour le
faire esperer: on n'y obmet pas
ceux qu'on croit avoir er-e rajeunis;
& l'on finie par le fecret
admirable qui poudroie
operer ce grand oeuvre. On
donne enfin des regles pour
prolonger la vie, par les recherches
de ce que la Médecine
univerlellea de plus specifique;
en forte que ces matieres
également bienapprofondies,
font voir que Monsieur de
Longeville Harcoü et n'a pas
perdu son huile à manier une
quantité de Volumes dont il
nomme les Auteurs,aprésune
Prefacequesacunosité faitaccuser
de trop de brevcté.
L'Auteur nous y diten passant
,
qu'il est redevable de la
certitude de quelques évencments
, au Roy d'Angleterre
Jacques second
, qui luy fit
l'honneur de l'en éclaircir. Ce
fut à la priere de Monsieur
frece deLoüs le Grande , pour
lequel il avoir l'honneur de
travailler dés1698. à la description
de la belle Maison de
S Cloud,& à l'échange de la
Duché,donc les Ouvrages lui
font restez inutils.
Onn.i la perte de Monsieur
eûtmoins affligé ce qui étoit
en relation avec la Cour, le
Public en éprouveroit le malheur
,puisque privé d'un Ouvrage
qui par le stile de Monsieurde
Longeville Harcoüet
cât fait sentir (jusques dans
l'eloignement) ces vifs agréments
du plus beau lieu du
monde: leur description luy
eût sans doute produit autres
choses
-
que des loüanges steriles
, qui deviennent fumée,
quand on a l'infortune ( obeiC.
fant aux plus grands Princes)
de n'avoir bien travaillé qu'à
ses propres dépens.
Lavie del'homme
,
& les
desirsde le rétablir prefquc
dans son ancienne immortalité,
font le principal objet du
Livre de Monsieur de Longeville
Harcoü : a cc compte il
n'y a pet sonne qui ne luy soit
redevable de ses veilles; aussi
a t on vû sonOuvrageavec le
plaisir qui asseure une pleine
réüssite;témoin l'exrrait tresétendu
qu'en a fait aussitostle
Journal des Sçavants: ne restantàMonsieurdeLongeville
(comme luy disoit un grand
Archevêque
,
qui preside aujourd'huy
au plus illustre & au
plus ravanr Corps du Royaume
) qu'à composer un autre
Livre qui enseigne à bien mourir
; afin de merirer tout ce
qu'on peut attendre de la decouverte
des seu les sciences
veritablement utiles à la creature
raisonnable; elles consistent
à vivre heureusement ÔC
longuement,&de mourir ensuite
de la mort des Justes , c'est tout dite.
Que j'ay d'esptit, Madetnoifelle
,
n'en admirezvous
pas la gentillesse
,
& n'êtesvous
pas charmée de la magnisicence
de cette dissertation.
Avoiiez que j'ay tourné avec
tout l'artimaginable cette façon
de vous annoncer un Liyfle
nouveau. Voyezsi je m'y
prendray aussi bien à vous en
annoncer encore un autre.
Explicationhistorique des
Fables, 2e. édition,augmentée
d'un Volume,chez le Breton
, Quay Malaquais,à rAigle
d'or.
L'accuëil favorable que le
publicsit à la premiereédition
decet Ouvrage
,
dont l'utilité
est si universelle, a porté M.
l'Abbé Banier de l'Academie
Royale des Inscriptions, qui
en est l'Auteur
,
à joindre de
nouvelles découvertes à celles
qui avoient déjà paru; il a
éclairci -& a
<
approfondi plusieurs
sujets qu'il n'avoir, pour
ainsi dire
,
fait qu'ébaucher,
il a traité de nouvelles matieres
qu'il avoirnégligées, & a outre
cela ajoûté cinq nouveaux
entretiens;les augmentations
repanduës dans presque toutes
les pages du Livre
,
l'ont fait
augmenter du prix de moitié,
& il croit lavoir nilsen état
de mériter l'estime que le Public
lui avoit déja accordée.
Il n'etf pas possible d'entrer
ici dans le détail d'un Ouvrage
si rempli, il suffit de remarquer
que la methode de lAuteur
cft de ramener àIhiHoirc
&àla chronologie, les Fables
de l'AntiquitéPayenne, & d'en
éloigner lesinsipidesallegories
qui sont plÛfÔC le fruit de l'imagination
des Aureurs de la
Mitologie, que le fondement
du Systême PoSËtique;& il faut
avoüer que l'esprit est saisi d'un
étonnement agréable
, en
voyant que le systêmeoù l'on
arépandu tant de merveilleux,
n'est que l'abregé de l histoire
de cet ancien tems ,
qu'on a
nomméFabuleux
,
& qu'on
auroit mieux fait d'appeller
Heroïque
,
suivant la remarque
du sçayant Scahger , puifquc
ccft
c'est à luy que se rapportent
toutes les actions de ces premiers
Heros qui ont fondédes
Colonies dans differens Pays,
& appris aux hommes alors
fort grossiers,les Arts les plus
necessaires à la vie.
Tout le monde convient
que la connoissance de la Fable
est necessaire à tous ceux qui
veulent s'appliquer aux Belles
Lettres, puisque sans elle on
auroit dela peine à faireaucun
progrés dans la lecture des
Poëtes, qui y font desallusions
à tout moment. Les sujets de
nosPoëmes dramatiques en
fonr aussi presque tous tirez
ainsique nos plus belles peinturcs,
& on n'aura pas de peine
a convenir que la curiosité
la plus vive, quand on sçait la
Fable,est celle quinousporte
à vouloir en penetrer lemystere.
C'estce qu'apprend avec
beaucoup de méthodele Livre
dont je vous par le ici; l'Auteury
a rassemblé au sujet de
chaque Fable ce que les meilleure
Auteursanciens & modernes
en ont dit; il y a joint
sesconjecteures, & a répandu
par tout aflfcz d'agrément pour
réparée la secheresse des étymologies
& des autres traits
d'érudition qu'on est obligé
d'employer dans une matière
comme celle dont il s'agir dans
cet Ouvrage également necessaire
& curieux.
L'art d'un faiseur d'Histoire
ne consiste pas à inventer des
chosessi merveilleuses
,
qu'ifa^
sortent de lavray semblance,
mais à conter legerement &
d'une manière nouvelle des
choses communes. Le monde
est plein de ces avantures dont
tout le merite ne roule fouvent
que sur unseul trait,ou
sur un bon mot. Il ne faut pas
plus de rems pour les reciter
que pour lire une Epigramme.
Ce ne sont pas les plus mauvasses
: mais lorsqu'on a une
vaste carriere à remplir,&qu'-
on est obligé dette prolixe,
pour ne pas tomber dans le
deffaut de n'avoir rien à dire,
la libertédel'Episode devient
alors un droit de l'Auteur. A
la bonne heure s'il vient à bout
de la coudre heureusement à
son sujet ; tant pis pour ses
Lecteurs& pour luy quandil
y manque. C'est ce qui n'arrive
pourtant que trop souvent,
& c'est cc que j'appréhende
tous les jours Tâchons cependant
d'éviter cet écuëil
, &
contons le plus sagement que
nous pourrons, un petit évenement
assez délicat.
Voicy,Mademoiselle
,
de
quoi il s'agit.
Deux Dames se promenant
un jour dans les Tuilleries,
resolurent entre elles, d'attendre
quela nuit fut venuë, pour
se donner dans la grande allée
de ce jardin un air d'Avantulieres
qui les divertit à bon
escient, aux dépens des premiers
galans que le hazard letts
presenteroit. Eiles n'étoient
pas encore bien faites à ce manege,
& leur apprentissage devoir
naturellement leur couter
quelque chose.
Elles avoient entendu dire
que rien n'est plus agréable
que les petites façons de ces
godelureaux esfrontez qui
vont à la petite guerrre à la
faveur du silence & des ombres
de la nuit; & le recit qu'-
on leur avoit fait de l'accueil
& des compliments de cesMesficurs)
les rendit si curieuses,
que rien ne pûr mieux les satisfaire,
que ce qui leur arriva.
Dés que la nuit cût à plomb
répandusessombres voilessur l'étenduedecejardin,
elles s'enfoncerent
d'un pas leger dans le
milieu de la grande allée, elles
cûrent d abord le chagrin
,
de voir plusieurs poltrons paffer
& repasser inutilement fous
leur vent. En vérité
,
dit la
charmante Climene, à la belle
Cloris,quecesallées & venuës
desesperoient comme elle
,
je croy qu'il nous reste, ma
chere
, un air de noblesse & un
fond de timidité, qui nous dérobent
toutes nos conquêtes.
Défaisonsnous de cette bizarre
façon de nous promener , commes'il faisoitjour encore,
separons nous, & allons reconnoistre
& braver même,
s'il le faut
,
les lâches qui
n'osent nous attaquer. Vrayement,
dit Cloris, vous avez
raison,j'avois le même dessein
que vous,& j'allois vous
le proposer,si vous ne m'aviez
prévenu. Aussi tostellessedétachèrent
l'une d'un costé
l'autre d'un , autre,aprèss'être
promis de se rejoindre, si la
bonne foy des gens qu'elles
cherchoienc
,
alloit jusqu'à
l'insulte. Elles eurent à peine
fait
fait dix pas ,
qu'elles furent
rencontrées chacune par un
Cavalier,qui leur direntavec
beaucoup de politesse ( comme
s'ils s'étoient donnez le
mot d'employer tous deux les
mêmes termes) bon soir ma
bonne:quoyque la nuit soit
fort obscure, je ne laisse pas
d'entrevoir que vous n'êres pas
tant déchirée.Oh Monsieur,
( c'est la faute de celui qui m'a
conté cette Histoire, si je ne
leur fait pas faire à chacune
un compliment à part) oh
Monsieur dis-je, répondirentelles,
vous estes bien honnête.
Asseurement
, ma belle, reprirent
ces Messieurs
, en leur
mettant au moinslamain fous
le menton, & accompagnant
leurs discours de quelques
petiteslibertez,dont je suis
obligé de sevrer mon recit,
il ne tient qu'à vous que nous
fassions toutà l'heure une partie
de souper;Bon, dirent ces
Dames, qui venoient de se rejoindre,
& qui regardoient la
proposition d'un souper donc
elles n'avoient que faire, comme
la plus impertinente proposition
du monde.Vous vous
mocquez de nous, & vous
ressemblez à ce fade amoureux
qui loin de profiter de la liberté
d'untête àtêtequ'il avoit
un jour avec sa Maîtresse ,luy
dit fortement qu'il se trouveroit
fort heureux,s'il pouvoit
la tenir au milieu d'un bois:
gardez vostresouper pour
d'autres,Messieurs
, & nous
laissezen paix. Ah ! vous le
prenez surce ton là,reprirent
les Cavaliers ( àquices paroles
servirent de leçon ) parbleu
mesDames,vous , ne souperez
pas, puis qu'eneffet il n'est
pas icy question de fou per.
Cependant, la conversation
changea d'objet les deux
couples se séparerent encore,
&s'enentretinrent prés d'une
demie heure, avec promesse
avant de se quitter,
de le revoir le lendemain au
même endroit, & a la même
heure. Aussiroit: compliment
bref, coute reverence,
& le bon foir des deux costez.
Un de ces Cavaliers dans la
chaleur de la déclaration ,
avoit en gesticulant senti sous
sa main, la montre de sa Dame
,
tenté par je ne sçay quel
esprit, ill'avoit détachée sans
peine , & mis adroitement
dans sa poche. De retour en
samaison, il visite son bijou,
& voit à l'instant une ticsbelle
montre d'or d'un travail
admirable
,
& enrichie de plusieurs
petirs ornements qu'on
attache aux montres Angloises.
Ventrebleu, dit-il, si toutes
les nippes de mon avanturiere
ressemblent à celle cy ,t!
faut qu'elle soit entretenue par
un grand Seigneur, ou plutôc
par un riche Partisan. De pareilles
aubaines ne se trouvent
pas tous les jours, tenonsnous
en à celle-cy
,
& ne retournons
pas au rendez vous.
Le lendemain avant midy fr,
trouvant dans les ruës de Paris,
il voit partout affiché trente
Loüis d'or à gagner pour celui
ou celle qui rendra une montre
Angloise perduëlaveille
dans les Tulleries. M. L. C.
D. S. S. les payera comptant
au porteur de ladite montre.
Quand ce Monsieur auroit
trouvé un des sacs de Loüis
d'or échappez le premier de ce
mois, de la valize de M. de
Montargis, quand il lesauroit
même trouvez tous quatre,il
les auroir prudemment ramassé
& emporté sans s'en vanter,
parce qu'il n'est pas glorieux.
Aussi ses démarches pour la
restitution de la montre,firent
bien voir à quel point il étoit
discret. Illaissa pendant quelques
jours afficher tant qu'on
voulut, & garda à boncompte
lebijou tant qu'illuy plût.
Cependantlas à la fin de voir
affichessur affiches, &: de regarder
son larcin comme une
faveur extrême de la Fortune
il , semit en tête de connoistre
au moins la Dame à qui il l'avoir
fait. Autre petite friponerie
qui valoit bien la premiere.
Pour cette effet il se rendit
chez M. L C. D S. S. àqui il
dit qu'il voyoit depuisquelquetemps
dans Paris desaffiches
pour une montre,qu'on
reclamoit
,
& qu'il en sçavoit
des nouvelles; mais que celui
qui l'avoir trouvéesefaisoit un
scrupule de la rendre à d'autres
qu'à la personne qui l'avoic
perduë,&que ce n'étoit qu'à ce
prix, qu'on pourroit la ravoir.
M L.CD.S.S.sutaussitôtchez
laDame à qui elle appartenoir,
illuy dit qu'un G.milhomme
de bonnemine étoit venu luy
asseurer qu'on estoit prest de
luy rendre sa montre , pourveu
qu'elle consentit à la recevoir
elle-mêmedela main de
celuy quil'avoir trouvée. Cette
Dame qui étoitassurement
moins timide qu'une Bourgeos
se ne l'eûtété en pareille
occasion, dit qu'elle approuvoit
fort la prudence de ce
Monsieur
,
& qu'elle luy sçavoir
gré de ce qu'il exigeoit
d'elle. Le lendemain le Gentilhomme
averti par M. L C.
D. S. S. alla chez la Dîme
luy , sie une profonde reverence
,
& un compliment fort
gracieux, luv demanda les
trente Loüis stipulez dans les
affiches,& l'interest dutemps
qui couroit depuis le jour
qu'elle avoir perdu samontre.
La Dame le receut à merveille,
luy donna sidelement les trente
Louis en question,reprit sa
montre ,& luy dit de bonne
foy,& d'un air accompagné
de toutes les graces imaginables,
qu'elle le laissoit le M'JÎtre
des interests courrans. Le
Cavalier compta de son mieux
àquoy cela pouvoir se monter,
& la Dame consentit à faire
encore les frais du compte.
Je ne vous dis rien
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
EXEMPLE.
SONNET.
Eftrt prtfle à marcher au premier
coupde cloche,
Veiller,jeûner ,priersurun ais de
sapin3
Porter cilice, haire
,
habit vieux
& vilain,
Breviaire, Chaplet
,
discipline en
sa poche,
Nesçavoir ce que c'est que le bruit
d'une broche.,
Manger choux, noix,oignons, au
lieu d'un bon Lapin,
Au Mardy gras, auxRois ,comme
à lasaint Martin,
Pourempêcher quunjourleDémon
ne r accroche.
de pleurer avoir Pzil tout
sanglant,
Méditersansrelâche, & mettre
son talent,
A pratiquer toujoursl'Ecriture , divine.
faire des voeux au Ciel pour tout
les malheureux,
Contempler leSauveur d'un regard
, amoureux,
Cess l'occupation d'une ame non * coquine.
LE DEBAUCHE'.
Dêdjafuet-lilean cterlreoacughraneds.o,n
Etendu
,
bien cloué dans quatre ais
de sapin,
Ce Mary débauché, ce joueur
, ce » vilain,
Dont,lafemmeriapasunEeudans
sa poche!
Il disipesesbiens, vend tout jusqu'à
la broche,
Il doit plw qu'il n'efl gros; errant
commeun ,
Lapin,
Ilcraint tout ce FHuijjierquilvoit,&que Martin, Pour le mettre enprison un matin,
ne l' accroche.
IIrevientaulogis ,yvre ,
battu ,
sanglanc,
Pour battrefemme
,
enfans
c'tftlà
toutfin talent, illa nommaitjadissa belle,
sa
divine;
Cesi un homme perdu , d'autant
plus malheureux,
Z,dU'il a'rrivesouventquuncoquin amoureux
Ptut d'oine honnestefemme enfaire
me coquine.
AUTR E.
guandje vois ce gouteux avec
sonpiedqui cloche,
Près de la jeuneIris ,
plus droite
qu'un sapin,
Je ris des vains égards quelle**
1 1i pour
fut ce vilain,
S'imaginant que l'or abonde dans
sa poche.
Il na dans son taudis ni marmite,
ni broche,
Il ne pend à fin croc ni poule
,
••« ni Lapin , Aussi riche au Printems comme à
la saint Martin,
Il tremble à chaque pas qu'un Sergent
ne l' accroche.
Mais je vaism'attirer un reproche
sanglant,
On dira que larime estunmauvais
talent;
Quemédire estpécher contrela Loi
divine;
B:4faisons doncjamais Lnfulte au
malheureux,
Et plaignons un Vieillard qui devient
amoureux
D'ane femme qui rieft souvent quune.coquine.
MENTIFRONUS.
AUTRE.
Jamais ô grand Monarque , avec
toyMars ne cloche,
Il veut que tes laurierssurpasent
le sapin,
'g*Us triomphent par tout , en dépitdu vilain;
Avec Itty tu petts tout, tul'as toujours
en poche.
r.fllte d'arme aux combats, Nico.
lasprendsa , broche,
Et firrs se soucier de larder fin
Lapin,
Il emmene avecluyson Marmiton
Martin,
L'un & l'autre pour toy ,
surmontent
toute accroche.
Le François du combat revient toûjours
fanglanr,
Ilne cede jamais , c'estsonmoindre
talenr,
Ton nom,Louis
,
inspireunechaleur
divine.
Jamaissous tes drapeaux on nefut
malheureux
Tu charmes le Dieu Mars, tu le rends amoureux,
Et Bellone en t'aimant, ness point
une , coquine,
AUTRE.
Unrichesans vertus es un clochersans
cloche.,
il vaudroit mieux qutl eut un
surtoutde sapin:
Cber amy garde-foy de chànterce
vilain imet toutfin bonheurdansles
,
biens qu'il em poche.
Tandis que tufeux mettre ungigot
àla broche
Ne via pas chez les Grandsychasserun
Lapin,
Ce riefi pointaveceux qu'onfait lasaint Martin,
Le vent de leurs faveurs est tout
ce qu'on accroche
Vn Courtisan s'expose à maint affront
sanglant,
Si Part desemajquern'enfait tout
le talent"
S'il ne tourne le dos à la route
divine.
Ne le deviens donc pas, tuferoù
malheureux,
Mais de l'état privéfoistoujours
amoureux.,
vEt renonce ao métier ou lefous'ac- coquine.
Par F. T. D. M.
.1 Vous venez de lire, Made-
,moIfdle
,
le relle des Sonnets
qui pnt été fdics sur les Boutsrimez
du mois de May. En
voici sur les rimes du mois
dernier qui valent au moins les
autres. Mais avant d'en commencer
l'article,souffrez que
je vous fasse parr de quelques
fragments d'une Lettre d'un
de mes bons amis que je ne
connois encore que par ses
Ouvrages.Voicy ses propres
termes.
Des trois Bureaux que vota
av z marquez, Monsieur, pour
envoyer les Ouvragespropres a
'f)oft,e R cuëil
,
je n'en ay point
trouvé un plus à mon gré que 14
MagdtUined: la rue de Bujji.#
SONNET.
c'tjl-/J que d'Apollonmtarifant
il attelage,
Bacchus à nos esprits flrvirlt. de 0-» parain>
Alors on nous verr4 d'un visare
fer.in
Fixer en bien buvant U fortune
volage.
VAuteurdu Vert Galantferamis
-
AU pillage,
Auxsottises du tems lID/U donnerons
un frain,
Et dussons-nous toujours chanter
meAme resfirain
Houdart sera paré d'unglorieux
: feuillage.
Des affaires des Grands nous ne farterons brin,
Le Turc & le Danois peuvent fie frendre au crin,
Nos coeurs nauront pour eux ni
cruauté,ni tendre.
Leplaifir avec nous n*irapas moins
fin train
jipresavoir flus bu que nrfume
un marin;
.Zuel charmesi l'Amour vient encorenous
surprendre.
-
Il me paroît que nous sympathiserions
afllz volontiers,
ce Monsieur & moy ,
& je ne
me scay en vérité pas mauvais
gré d'être du pieme goût que
luy.
-
Voicy
Voici ce qu'Il ajoute à la
fuite de son premier Sonnet.
Vous êteslemaifîre de mettre
ce Sonnet faitpour vous> auJlibien
que celuy qui suit
, que je
donne comme mon Portrait:quelquejour
vous en conviendrez
- Nous ferons preuve de ressemblance
quand il voudra.
SONNET.
Je,averuroisfproidiemlelntatougt Cyethe,re
sitmronocioesarsu"annimoift jreaItêyinmi,l-
La gloire de BllcchUJferit fin doux
refrain ue firois repeterfous quelque épais FcUillage.
Alors je fuis bien sur que je riaimerais
brin
,
CHpidon de dépit s'arrackeroit le
crin
Jepn bloiiroais9encor plusfans en être tendre.
gfien dites-vous,amy,menant ce
joly train,
Venusmême auforty de l'Empire
marin,
J'ourroit-elle en défautquelquejour tnt. '» furprcndre.
Autre Sonnet fort joly de M**.
Depuis que vom Avez, ce superbe
Je attelage,
riofe prcfque plut vous nommer
mon , parain,
VousriaveT^pltts four moy cet oeil
doux et serein,
Et vous êtes plus vain quune
femme volage.
piNs défait qu'un Goujat qui revient
du pillage,
.MorfoRdM,vous rongiez,autrefois
voflre frein,
»On vous voit à present
,
( mais
garre le refrain)
tlusfrais quunAdonis dormant'
fius m *
feiiillage.
Vous riayez,foyy ni loy, de conscience
brin;
Mais qui croit tenir bien telle fortuneau
crin,
Se trouve resserré quand il veut
trop s'etendre.
Croyez-moy
,
vostre Itftre
, en brisant
vostre train,
Vous fera faire un jour maint
voyage marin,
Cet avis,monparrain, ne doitpas
vous surprendre.
Autre du même Auteur.
Je n'aypoint de regretd'êtresans
attelage
Ni qu'un pauvre Artisan ait été
mon parain ;
Etje riauroispas moinsl'airtranquille
cf serein,
Jjhiand j'aurois comme un Autre)
unefemme volage:
Cesi elle qui se doit garantir du
pillage,
C'estpourleschevaux seulsqu'on
inventa le frein,
Pourrois-je la reduire à changer de
refrain,
J>)uand elle veut courrir de feuil- lageen feüillage.
Je mangerois de l'herbe en tout
tems brin à brin,
Au lieu de beaux cheveux je porterois
du crin,
Etdussai-je êtresourd à nepouvoir
en tendre;
Pourvu que la vendange aille toûjoursson
train,
Et que je puisse boire à segal d'un
marin,
Des malheurs d'ici bas nul ne me
peut surprendre.
Autre Sonner dont l'Au
teur estmon amy ; mais c'est
un poltron qui craint rrop
d'époufer une jolie femme.
SONNET.
Jîfue je hay de l'hymenlefâcheux
attelage?
Souvent on est contraint de chercher
un parrain
Pour un enfant douteux & que
d'un air serain
Il faut feindre être néd'Epouse,
non volage.
Par elle quelquefois tout est mis
au pillage,
Et quand à cet Abus l'Epoux veut
mettre un frein,
Elle prend un haut ton dont le
triste refrain,
Née ppresaageiàsson frontqu'unplus feuillage.
Contre elle employe-t-il d'un ballet
legros brin,
C'est un Diable dllffitofl qui le jàisit
au crin,
Et si pour l'adoucir il affecte un
air tendre,
Il rautorise mieux dans son hjuste
train:
Plustost sois-je englouti par un
monstre marin,
Hjv.cn! que dans tes fers je me
laisse surprendre.
Le dessein quej'ayeuen
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
COPIE DE LA LETTRE
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne vous semblet-il pas,
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
RONDE AU
redoublé, & decisif, sur le
su jet des Anciens& des Modernes. ;
Q£tun tournebroche aitfît#
nous étonner
QuandsonAuteur luy donna la
lumiere;
lele crois btsn sans trop l'exd^-
miner,
Sur toutjadis qu'on n'exominoit
guere.
Mais dés qu'on vitl'horloge
menagere
Regler le temps é l'heure du
disner
,
Onfut surpris defus nostre bemisphere
Qu'untournebroche aitsceu nous
étonner.
De même AUiF
, si propre à
suborner,
Vartd*Anflote autrefois fccut
nous plaire,
, Sans rien comprendre on l'admiroitproôner.
Quandfin Auteur luj donna la
lumiere.
Lloinegtenmst,"pprréosDsepfelarrtees,
Etparraisonsfçacbanrse cramponner
, Fait voir que n'est l'autre qu'un
pauvre here,
Je le crois bien sans trop l'examiner.
'," Si les derniers sçavent tout
aetrorJer.
Ces faits pofe%
, que conclure
d'Homere,
Qu'à l'admirer on a pû j'obftintr
Sur toutjadis qu'on nexammoit
guere.
cMlaaisdierpoeser comme vérité
Que sur ces Vers on n'ait fce» rafiner.,
Que rien de mieux ne se peut i"
I"{.',' maisfaire
A dire vray cejl plus mal raisonner
Qu'untournebroche.
Par l'Auteur desînteresse
des bords de la Marne.
Il est maintenant question,
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
Route de la Navigation faite
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
Suite des Nouvelles
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
Par des nouvelles de Pologne
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
De Londres,le 8. Juillet.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
A Maltb
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
Le 26. du mois de Juin la
Reine Doüairiere de Pologne
residenteau Château deBlois,
déclara sa première Dame
d'Honneur Madame laComtesse
d'Arquian
,
femme de
Messire Paul
-
François de la
Grange, Comte d'Arquian,
Capitaine des Vasseaux du
Roy
,
Gouverneur de l'ïsle de
Sainte Croix & Commandant
au Cap François
,
côte de S.
Domingueenl'Amerique, petit
neveu de la Reine,&le seul
qui reste aujourd'huy de son
nom.
Le 7. de ce mois quatrième
Dimanche d'aprés la Pentecôte
,
la Dame Garnier fameuse
Calviniste,dont on arapporté
l'abjuration publique au 26.
de May
,
dans le Mercure de
Juin dernier, fit sa première
Communion dans 1tEgi1Ce de
S. Martin de Blois avec l'' edl6-
cation de tous les assistans.
Ellel'avoit differée à ce jour,
pour s'y mieux préparer par
de nouvelles instructions &
par la visite des per sonnes
pour qui elle avoit temoigne
plus d'opposition, lor(qu'elle
éroit dans l'heresie.
Sa Majesté Polonoife
,
dont
la pieté s'étend à toutes les
bonnes oeuvres, eût part à cetle
ci
, comme à l'abjuration.
Aussile sieurLabbé Prieur
de faine Mjrtin de Blois, qui a
souvent l'honneur dans son
Eglise de donner à cette Princelle
la Benediction du Très-
Saint Sacrement, crût ne la
pouvoir mieux haranguer,
lor fqu'elle yentrala première
fois, au sujet de la Dame Garnier
,
qu'en loüant sa pieté
Royale,en cestermes: ,;ti-.
MADAME,
LaParoisse de saint Martin
estsensibleà, l'honneurqu'elle
refoit en ce jour. Vôtre Majesté
entrant dans nôtre Eglise
, nous
rappellons avec plaisir ces tems
heureux, où nos Rois & les
Princes de leurSangRoyalyvenoient
rendre à Dieu leurs hommages
, offrirleursprieres au
grand Saint
, que nous avons,
pour Patron, que ce Pays reméré
comme un desesApôtres,
Vostre pieté,Madame, encore
plus éclatantequevostre Difldé.
me ,nous charme
, nous édifie ;
mais je l'ose dire
,
elle ne nous
surprendpoint. Connuëadmirée
par tout le monde Chrétien,
la réputation en étoit venuejusqu'à
nous, longtems avant que
nous eussions le bonheurde vous
pojpdcr dans cette Ville, Nous
sçavions déja ce que la renommée
a publié tant defois,que les victoires
&les conquêtes de l'invincible
Monarque Sobieski n'ont
pas été moins les excellens fruits
de vos prieres & de vos aumofnes,
que les effets merveilleux de
sasagesse c- de savaleur.
Aujourd'huy
,
Madame,que
nous voyons Vostre Majesté imiter
le bon Pasteur, enramenant au
bercailla Brebis égarée, nousfin..
tons croître en nous les justes sentimens
de nostre reconnoissance cde
nostre admiration. Heureux!
si nous pouvions aJf reconnoître
ce que nous ne fautions trop admirer.
Cette Harangue fut prononcée
avec beaucoup de dignité
& d'onction. Elle a reçû
de grands applaudissemens de
plusieurs personnes de bon
goût & d'esprit dans cette
Ville.
On trouvera chez le sieur
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
Il paroît depuis peu un Livre
fortsingulier
,
intitulé:
jignoU amplissimoe magnificenttfjimacjue
oligomathum
, seu
Ignorantiæ illiteratorum Reginoe
Panegiricus
, avec la Traduction
en François qui ne cede
en rien à la beauté deson original.
Ilcontientdeux parties;
dans
dans la première l'Auteur fait
voir d'une maniereagreable
que l'ignorance n'est ni honteuse
,
ni préjudiciableà personne;
dans la séconde il montre
qu'elle est tres-avantageuse
& même tres-glorieuse à
ceux qui vivent fous ion empire.
Quoique cet Ouvrage
soit un vray paradoxe, néanmoins
il ca soûtenu de raisonnements
physiques & moraux,
d'autoritez & d'exemples tirez
de l'antiquité, qui lui donnent
une espece de probabilité
qu'on n'auroit pas attenduë.
Ce Livre est dans legoût
du fameux Panegytique de la
Folie composé par le sçavant
Erasme,&de plusieurs autres,
sur des sujets aussi extraordinaires.
OnattribuëcePanegyrique
de l'ignorance àun Professeur
de Rhétorique de l'Université
de Paris
,
qui ayant
quitté la Philosophie qu'il
avoit professé pendant plusieurs
années pour prendre la
Rhetorique,justifiason choix
par un beau discours qu'il fit
en public, où il prouva la
préeminence de l'éloquence
sur toutes lesautres disciplines.
Il paroist par son Epître
Dedicatoire qu'il auroit encore
prononcé ce discours si des
envieux ne l'en avoient empêché
; en quoyl'on peut dire
qu'ils ont eû grand tort,puisqu'outre
l'approbation d'un
des plus illustres Censeurs
nommé par Monseigneur le
Chancelier, il a encore celle
de tous ceux qui l'ont lû. En
effet cet Ouvrage est très- beau,
soit pour la pureté du stile#
foir pour la délicatesse des pensées,
ou enfin pour la rareté
de l'invention. Il se vend à
Paris, ruë S. Jacques,au Chef
S. Jean, chez Jean-Baptiste
Brocas Libraire proche S.
Benoist. Le bruit court que
l'Auteur va donner au public
de nouvelles Notes sur les
Odes d'Horace, avec une
interprétationLitterale : &on
espere que cet Ouvrage ne
sera pasmoins bien receu que
que celuy dont nous venons,
de parler.
Le grand Ouvrage de
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
C'est assez parler pour tout
le monde, Mademoiselle, entretenons-
nous, s'il vous plaît,
maintenant ensemble. Il vous
est arrivé depuis peu une avanture
qui merite bien d'être
contée:il n'en fera que ce que
vous voudrez ; mais vous auriez
tort, vous paroîttezl'avoir,
&l'on publieroit même
que vous l'avez
,
si je ne deffendois
vos intérêts contre la
malice de vos ennemis. - ::¡r
', Lespréjugezs'établissent
sur les discours
,
&il est toûjours
à pro pos daller autant
qu'on peut au devant des prejugez.
Le monde est plein de
gens quis'érigent en censeurs
de nôtre conduite au gré des
idées qu'ils prennent ou qu'on
leur donne de nous: ces censeurs
deviennent ensuite de
veritables Tyrans qui s'acharnent
à nous per secuter, le plus
souvent sans sçavoir pourquoy;
mais
* Dusuccés qu'on obtientcontre
la Tyrannie
Dépend , ou nostregloire, ou nostre
ignominie.
je vais avec vôtre permission
vous détacher de nôtre
entretien particulier, & cesser
de vous adresser directement
la parole, pour faire de
vôrre histoire que je vais conter
, une histoire generale.
CorricSIJc,Ciûiu,
HISTOIRE.
La belleRose vint au monde
il y a environ dix-neufans,
dans une Ville que la Seinearrose
au moins autant que Paris,
Dés sa plus tendre jeunesse
elle se fit admirer par son esprit
& par sa beauté.L'éducation
que ses parents luy donnerent
a joûra tant d'éclat àses
charmes haissants, quelebruit
de ses appas se répandit bientôt
jusqu'aux environs des
lieux qui l'avoient vu naître.
Un Gentilhommevoisinde
la Ville où elle demeuroit, s'y
rendit un jour de dessein prémédité
,
attiré par le recit des
grâces & du mérité de Cette
belle fille. Illa vit, ill'aima,
& voulut s'en faire aimer. Ses
foins furent longtems mutiles,
il CI;) connut laraison,il parla
de mariage ,il fut écouté;mais
soit qu'il craignit d'engager sa
Noblesse & sa réputation en
contractant une alliance qui
pût mal à propos, lui paroître
inégale,soit qu'il eût de bonne
foy un autre but que celui
de se marier
, ou foit plustost
qu'd n'aimât pas parfaitement
une si aimable MJÎcreffc) il ne
lui eût pas plustost proposé
son mariage, qu'illuy demanda
du tems pour l'accomplir,
& la permission de lui faire (a
cour. Il étoit jeune, bien fait,
éloquent & rendre. Elle n'étoit
pas insensible;enfalloit
-
il
davantage pour la faire donner
dans tous les pieges du
monde.
L'esprit, quelque dose
qu'on en ait, deffend mal un
coeur contre les conseils de
l'amour, & la raison à beau
venir au secours de nos foiblesses
,
la feule image des plaisirs
dans un coeur tendre, coule
à fond la raison. On dispute
quelquefoisle terrain par mauvaise
humeur, & par rebellion,
mais on le cede tou jours par
reconnoissance. Enfin lorsqu'on
est aimé, & qu'on est
bien persuadé de Testre, il s'enfuit
de là qu'il faut qu'on aime.
La belle Rose enaimée,elle
en est sûre,elle aime à son tour,
cela est dans la regle; mais cette
passion se nourrit pendant six
mois dans son coeur, elle se repaîte
des plus doucesesperances
du monde, elle sent même avec
plaisir approcher le jour heureux
où son Hymen doit couronner
son amour. Il n'y a plus
qu'une nuit à passer: le lendemain
au pied des Autels, un
serment solemnel doit l'unir à
son amant. Mais pendant cette
même nuit,l'infidele qui s'est
fait sans doute, une peinture
affreuse du noeud oùil va s'engager,
prend des chevaux de
poste,& te rend à Paris. Le
saisissement, les larmes & le
desespoir sont les moindres effets
de cette horrible nouvelle.
Elle cherche dans l'esperance
de mourir, à se consoler de
son malheurextrême; mais
les jours se multiplient, &
l'amour qui ne peut s'éteindre
au moins sans le vanger,la flicte
du projet d'une vengeance
assurée.Elledissimuleadroitement
,elle revoit le monde,&
pendant quelques jours elle
affecte unecontenance siindifferente,
que sesmeilleuresamies
s'étonnent de sa legereré; mais
tous ceux qui l'éclairoient font
les dupes de sa dissimulation;
enfinelle se dérobe à ses parens
pour courir après son amant.
Elle arrive à Paris. Quelle
Ville, grand Dieu! pour une
jeune fille dont la beauté vienc
cflreTécucil des plus belles de
cette gr ande Ville Un* Auberge
Utd'abordPafyleeueîlè
cherche àse cacher Laprécaution
de ne se pas montrer; sa
rnodx stie
,
sa douleur &la fitriplicitéde
ses habits larassûrent
contre l'image des perils qu'elle
court. Cependant elle s'occupe
uniquement du foin de
trouver le traître donr elle se
voit si indignement abandonnée:
elle ne veut que le voir,
luy reprocher son horribleinfidelité,
pleurer, gemir & mourir
à ses pieds. Maiselle n'en
peut apprendre aucunes nouvelles,
on luy, dit seulement
que,d"autres lieujg qui luy sont
Ínconnu) & où elle n'a pas le
moyen.d'aller, le derobentencore
à, la tendresse de ses reproches.
Que peut-elle faire
déformais?estil quelqu'un de
mes Lecteurs qui ne tremble
maintenant pour elle?
:.
La pudeur & la vertu font
ordinairement les victimes de
l'indigence.
Je ne [ai point d'endroits
au monde où les charmes d'une
belle personne la dédommagent
gratis des frais oùses
beloinsl'engagent:Paris sur
tout
tout donne moins qu'aucune
autre Ville, de ces exemples de
generosité
,
la défiance regne
avec trop d'empire dans le
coeur de tous ses habitans : &
ce n'efl; maintenant que dans
les Romans qu'on trouve de
ces hospitalitez genereuses.
La triste Rose accablée dans
son humble retraite du poids
de son infortune, ne trouve
pas au fonds de son repentir,
de sa honte & de sa douleur,
des expedients poijr appaiser
la rigueur d'une Hôtesse impitoyable.
La sienne ne se paye
pas de ses larmes, à chaque
instant elle lui demande avec
tyrannie, une dettequ'ellene
peut alors acquitter sanscri-
me. Les mauvais conseils vien
nent au secours de la necessité.
Vous ces bien simple
,
lui
dit elle un jour, de vous allarmer
de vos besoins dans une
Ville comme celle ci
,
belle
comme vous êtes, Paris est le
seulendroit du mondeoù vous
devez vivre. La beauté y fait
toujours fortune. Lavôtreest
eblou ss ante ,& vous l'ensevelifT-
z : vôtre espritégale vôtre
beauté,&tous les deux vous
sontinutiles. Vousn'aurezpas
faitune démarchevers le monde,
que vous reconnaîtrez l'abus
où vousêtes. Vous serez
ici la maîtressede vôtre reputation
,
& l'étalage de vôtre
vertu ne recevra jamais aucune
atteinte, tant que la modestie
& la discretion qui vous
font naturelles feront les honneurs
de vostre conduite. Je
connois un galant homme sur
qui vous pouvez vous reposer
du foin de vous mettre à vôtre
aise. Il n'exigera jamais
rien de vous, je vous en réponds
, & contents de vôtre
politesse, & du plaisir de vous
voir , il fera infailliblement
toutes les avances de vôtre
fortune.Croyez-moi, ne soyez
pas assez ennemie de vous-même
, pour refuser le secours
que je vous offre. Je vous l'amenerai
ce soir, vous le verrez,
vous l'entendrez, & vous
jugerez à loisir du merite dela
conquête que je vous dessine.
On ne répond pas toujours cc
qu'on pense sur de pareilles
propositions. On a eu tout le
tems de s'examiner; mais la
pauvreté détermine, & un soupir
& un regard languissant
sont les interpretes d'un silence
qui marque que l'esprit
se prête assez à la force de ces
raisonnements.
Vers les six heures du foir
MadameAmynthe son hôtesse
introduit l'heureux Medor
dans la chambre de la belle &
timide Rose Il la saluë avec
unrespectinfini,il lui fait mille
compliments sur sateaute,
jamais rien de plus beau,rien
de plus parfait ne s'est offert à
sa vûë,& ses charmes ont un
éclat divin dont il s'enyvre. Il
est bien fait, jçune, il a de réf.
prit, dumerite, il est aimable.
Il parle,il attaque,il prenait
va bientôtséduire, enfinun
present considerable qu'il fait
à son hôtesse, & les dettes de
la belle Rose qu'il paye, determinent
Madame Amynthe
à prendre avec feu lesinterêts
d'un homme si genereux. rm-
,
Il retourne à la charge, on
l'écoute, on lui répond, on
luy promet mernc quelque
chose , peu à peu tous les obstacles
se levent
, & tout le
flatte bien-tost de l'espoir d'un
triomphe certain. Les ajustemens,
les spectacles 6cles plaisirs
font des batteries d'usage
qui font un ravage furieux
dans le coeur de cette belle fille.
L'infidele qui l'a trahie, est
à ses yeux un scelerat indigne
de la moindre des bontez qu'-
elle a euës pour lui rc'cft un
monstre rempli de tous les
vices du monde ,& Medora
toutes les belles qualitez imaginables.
Voilàde quoilaraisonla
fait convenir, & lecoeur
estenmême temps d'accord
avec la raison.
Quelques mois se passent
ainsi tres heureusement;mais
Medor a des parents fâcheux,
ils ont du bien dontilnejoüira
apparemment que lorsqu'ils
seront las d'en joüir. Cependant
il faut trouver tous les
jours les moyens de faire Cub:.
sister cette belle Amante sur
le pied oùon l'a mise. On
s'en est fait un point d'honneur
,aussi en estce un, &
l'on seraitavec raison au desespoir
d'en démordre. Mais
comment faire? le temps efl:
dur,&l'on est bien-tôt exposé
à se rencontrervis-à vis
de rien, dés qu'on est obligé
de travailler d'industrie, pour
trouver - des expediçww qui
en tretiennent des plaisirs. Le
monde ne preste pasvolontiers
son
son argent à ces sortes d'emplois.
L'usurier seul peut faire
cette affaire sur de bons gages;
c'estcequivanousarriver.
M. Sganarelle est un maître
homme en fait d'usure.
C'est un fesse Mathieu qui a
toutes les qualitez requi[cs.U11
petit abregé de sa vie, & son
portrait feront, si je ne me
trompe, une digression qui
n'aurarien d'ennu yeux.
M. Sganarelle originaire de,
jene fay quel pays, sorti du
plus bas lieu du monde,peut
avoir environ quarante ans.
Il est à peu prés comme le sot
Personnagc de l'Inconnu, grofit, grajpt, hebeté,il a la
jambeséche
, çy porte au vent. Il a été goujat
, garçon ganticr
,
Soldat, Dragon,Agioteur
,
& l'est encore. Sa chere
moitiévend des pommes dans
un coin de la terre, pendant
qu'il fait ici un fracas de diable
avec son portier,sesmeubles,
ses laquais, ses chevaux,&son
carrosse. Il a fait autant d'affaires
qu'il a voulu, Messieurs les
Juges Consuls lui en font autant
qu'ils peuvent. Il a des
dettes par dessus la tête
,
& il
se propose incessamment le
voyage d'outre-mer.
-
Medor qui connaissait malheureusement
M. Sganarelle,
jetta les yeux sur lui pour en
tirer quelques secours dans le
besoin pressant où il se trouvoit:
illui en parla en homme
qui craint plus que la mort,
de perdre ce qu'il aime. Montrezmoy,
lui dit il
,
le jour
qu'il luy fit sa proposition,
montrez moy cette belle personne.
Je veux vous donner à
souper à tous les deux:Nous
conviendrons ensuite de nos
fait<;. Medor n'eût pas de peine
à engager la belle Rose à acceprer
cette partie, où ils devoient
de concert pouffer une
botte vigoureuse à M. Sganarelle.
lis se rendirent chez luy à
l'heure du Couper, ils y furent
reçus & regalez à merveille;
il en coura encore plus cher à
leur Hôte qu'il ne le croyoit
luy même; il devint pendant
ce repas éperduëment amoureux.
Il annonça ses grands
biens au nouvel objet de ses
voeux, il luy en6c îjn. ample
détail, & luy en promit sa
bonne part, on l'écouta pour
raison, & pour raison on s'en
mocqua.
Le lendemain l'impatience
le prit,ilenvoyainviterMcdor
à diner chez luy, dés qu'il y
fut, il lepria d'y souper le Wême
jour avec sa Maitresse
Medor y consentit, après s être
reposé sur elle & sur sa prudence
dres interets de son
araou,r,:,
Avant le souper Sganarelle
trouva l'occasion de profiter
ïPurttêteàtêreavccl'aimable
Rose. Ill'entretintallez long,
temps du pouvoir souverain
de ses charmes,illuy compta
en véritable agioteur, le chcmin
que Ces yeux avoient fait
sur son coeur, il luy proposa
d'accepter une jolie maison
bien meublée à la porte de la
Ville, illuy offii^,une cuisiniere,
un équipagemagnifique
& des valets ;enfin illuy promit
de l'épouser, si elle vouloit
y consentir
,
&renoncer
pour l'amour de lui à soncher
Medor. Elle luy dit qu'elle seroit
Ces réflexions sur sa proposition
,
& que dans deux
jours ellelui en rendroit réponse.
Elle vouloit avant de
s'embarquer avec un tel homme,
con sul ter là dessusson
Amant; c'était bien la moindre
chose. Elle lui conta toutes
les circonstances de la declaration
deSganarelle. La proposition
leur parut avantageuse,
ilsy toperent:d'ailleurs ils
s'aimoient; mais ils n'avoient
nil'un ni l'autre, le moyen de
s'aimer, sans s'exposer à s'accabler
de dettes.
Deuxjoursaprès Sganarelle
allarendre vifiîe à sa charmante
Rôle: il lui jura qu'il étoit
toûjours dans les mêmes sentimencs
qu'il luy avoit marquez
,& lui protesta de n'ai:.
mer qu'elle le reste de sa vie.
Leurs conventions faites, & la
promesse de mariage donnée,
il l'emmena dans son carrosse à
sa maison de Campagne, où il
ordonna d'abord à tous ses
domestiques de la reconnoistre
& de la servir comme leur
Maitresse. Il l'instalaainsi avec
ceremonie dans son nouveau
domicile, mais elle n'y eut pas
resté huit jours qu'elle sentit
qu'elle estoit dans une belle
prison. Elle prit cependant
patience dans l'esperance de
voir les choses changer bientost
de face, & comptant sur
la parole de son furur époux.
Mais loin des'appercevoir des
effetsde ses belles promesses,
elle vit tous les jours augmenter
sa captivité. Alors elle écrivit
secretement à son cher
Medor,ellel'appella à son secours,
& le pria de la maniere
du monde la plus forte& la
plus tendre de la délivrer du
cruel esclavage où l'enchaînoit
ce vilain fesse Mathieu.
Medor plus amoureuxque
jamais, s'offrit à la fcrvir à son
gré. Il n'avoitrenoncé à la
voir, que parce qu'il avoit senti
la necessité où il eftoïc de
sacrifier son amour aux interefts
de sa Maistresse. Mais
cette raiton n'ayant plus de
lieu, il éclata en mut mures, en
injures, & forma mille projets
de vengeance contre Sganarelle
,
qu'heureusement une
douzaine de Sentences des
Consuls retenoit précieusement
dans sa Maison de Ville.
Il fut trouver Mercure qui en
son ami, illuy confia ses fôins,-
son amour, & sa douleur, il
le pria de se mesler de ses affaires,
de l'assister de ses conseils,
& de l'aider à tirer sa
màiflreffe des mains de son
indigne rival. Mercure qui ca
aussifertile en expedients & en
raifonncments qu'il luy convient
de l'estre, luy proposa
d'abord tous les moyens qui se
presenterent à son imaginanon
;enfin ils resolurent avant
de se separer, de s'y prendre
de la façon que vous allez lire.
Un Lundy 15. de ce mois,
Mercure se rendit chezMedor,
au lever de l'aurore, un tiers
de ses amis & son Ecuyer furent
de la partie, il fit à l'imftant
atteler un char chez un
loüeur de Carrosses dans le
voisinagedu Palais Royal,ils'y
precipira,& commanda en même
temps à son conducteur de
mener ses miserables coursiers
le plus vîce qu'il pourroit à la
Guinguette, où estoit le Château
de la Dame dont ils alloient
briser les chaînes, & qui
leur avoit tenu la veille le discours
suivant pour lesencourager
peut-estre,si tantest qu'-
ils eussent besoin de plusde
icourlage qu'ils n'en ont. sous le Cielune personneplusmalheureuseque
tnoy*\
quellefatale étoile s'obstineà rise
ersecuter! des principes de raifok
~0* de vertu forment le premiïr
attachement de ma vie
,
sa veifk
dujour destinépourmon hjmen,
mon perside Amant m'abandonne,
je le fuis
, & le perds pour jamais
:vostremain,moncherMedor
,vientessuyer mes larmes,
alors un rayon defelicitém'enyyre
; mais à peine ay-jeeuleloisir
d'envisager le bonheur dontje
meflatte
, que la fortune qui ne
vous traite pas mieux que mcry ,
nous precipite tous deux dans l'indigence.
Un infame usurier dont
le coeur est auJJi pourry , que ses
mains sont avides
,
se presente
sous le masque de la generosité
,
pour me rendre la mElïme de ses
desirscriminels
;
il me promet de
mépouser,& mepropose en même
tems de fuïr avec tlry dans des
Pays étrangers
, poury partager
la dépoüille des gens qu'il a ruimK-
J'try son secret,il craintque
je ne l'évente
,
il m'enferme
, c- -
me soumet comme une malbeureuse
esclave à la vigilance&à
la rigueur de ses domestiques.
Puis-je vivre avec un tel homme
? ah quand il auroit tous les
tresors du monde, le scelerat seroit
encore indigne à mesyeux,
qui ne le connoissent que trop, de
la moindre de mes complaisances ;
j'ay quelques hardes cbez lui, ces
hardes consistenten une demie douzaine
d'habits, qui ,y compris
ma toilette, ne valent pas grande
chose. Au nom de Dieu , aide
moy à les arracher des mains de
ce vilain
, pour me procurer du
moins la consolation de sortir de
sa maison telle que j'étois
,
lorsquej'ysuisentrée.
A ces mots Mercure applaudit
,la rasseura,& luy promit,
avant de la quitter, tous
les secours qui dependroient
de ses heureux talents.
Le lendemain de cette harangue,
comme jevousdisois
fort bien tout à l'heure, il se
transporteaulogis de laDame,
accompagné de Medor
,
d'un
aurre amy commun , & de
son Ecuyer. Medoraussitost,
suivantl'ordre concerté, frappe
en Maistre à la porte, & redouble
les coups de marteau
pour éveiller plus promptement
le chien, le Jardinier & la
Jardiniere qui faisoient chacun
à leur tout la garde de la maison.
Ils arriverent enfin tous
trois à la porte,à demi éveillez
,
essouflez
,
épouvantez.
Medor leur cric à l'instant,
ouvrez vîte,ouvrez,on vient
d'arrêter M. Sganarelle prisonnier
, on la pris dans son lit,
sauvez Madame, les Archers
vont
vont venir dans un moment
l'enlever, & cela seroit déja
fait,si l'Exempt qui en: de nos
amis, ne nous avoit fait avertir
fous main de la visite qu'il
va lui rendre. Pendant ce Dialogue
la porte s'ouvre. Medor
s'en empare, pouren deffendre
,
a ce qu'il dit, l'entrée.
AIÓrs le Jardinier & sa femme
étourdis du malheur de leur
Maistre
,
disent d'un ton pitoyable.
Ily a longtems cjvc
nous prévoyons que cela devoit
lui arriver tôt ou tard, il n'a, le
méchant) que cequ'il merite y'&
laJustice ne perdjamais son droit.
Ilsjoignent a ces lamentations,
untas d autres mauvais
prover bes. Cependant Mercure
les prie de l'aider àployer
le bagage de la Dame, à le descendre,
& à le porter jusqu'au
carrosse,ce quils executent le
plus affectueusement
,
& le
plus diligemmentdu monde.
Cette besogne faite en tout
honneur, il donne la main à la
Dame delivrée
, ill'embarque
dans sa voiture, & la ramene
tranquillement à la Ville
,

ellerend tous les. jours grace
au Ciel du succés de sa dcli.,,,
vrance.
Le Lecteur qui n'est jamais
content, & qui veut toûjours
qu'on luy conte avanture sur
avanture,me demanderapeutêtre
ce que devint Sganarelle
lorsqu'on lui apprit cette corvée,
ce qu'il fit, & ce qu'il dit.
Le voici en deux mots: il fit
beaucoup d'extravagances. &;
dit quantité de sotises. Il traita
sa belle inhumaine, de cruelle,
d'ennemie, d'ingrate, il se cassa
la tête contre les murailles, il
battit ses gens, & chassale
Jar dinier,la Jardiniere
,
& le
chien.
Voila, Mademoiselle, vôtre
histoire. Ecoutez maintenantun
petit conseil que je
vais vous donner. Vousavezà
present un asyle chez d'honnêtes
gens; que vostre esprit
& vostre vertu vous deffendent
desormais contre les vivacitez
de vostre jeunesse.
Vous avez fait une experience
cruelle des peines & des plaisirs
de l'amour: ce que vous
en sçavez doit vous rendre sage;
avec l'esprit & le discernement
qui sont en vous, il ne
vous est pas permis de faire
impunément de nouvelles fautes.
Le plusbellesapparences
du monde font pour vous;
'<lue vos actions ne dementent
pas d'orénavant
, par aucun
éclat indiscret, un extérieur si
beau.
Reprenons, s'il vous plaît,
l'histoire du monde, & continuons
à voir ce qui s'y passe.
Voici des Mariages,à la bonne
heure, & des Morts, tant
pis; mais parlons en à bon
compte, puisque tout cela en
de mon domaine.Cependant
fGy encore à préluder sur cet
article, & jeme vois malheureu
sement obligé de vous dire
que je n'ay pûme dispenser
de me broüiller pour la dixiéme
fois avec mon Genealogiste.
Il a ses visions
,
j'ay les
miennes , mais j'ay tous les
mois la plume à la main, &ce
n'est pas lui, c'est moi qu'on
rend responsable des fautes
qu'il me fait faire, & des libertez
qu'il prend. Ainsi pour me
mettre à couvert de toute forte
forte de reproches sur cette
matiere, je prie les personnes
de consideration qui feront interessés
dans le Mercure,&
quis'y verront traitées trop
succintement,de me permettre
dereprendre le mois prochain,
d'une manicre qui larhfoflc
tout le monde,les articles qui
les regardent. En attendant,
voicy ce que je fay desMorts
de ce mois
MessireHenry Julesde Maz,.
ui, Duc de Mayenne, donc
l'esprit répondant à toutes les
belles qualitésque l'on peut
voir dans un jeune homme,
donnoit déjàa de grandes esperances,
mourut de la petite
verole le x8,Juin dernier, âgé
de 12. ans : il estoit fils de
MessirePaulJules Duc de Mazarin,
de la Meilleraye & de
Mayenne,Pair de France
Gouverneur de Blavet, Port-
Louis, &c. & de Fdlcc Armande
Charlote de Durfort
de Duras, filleaînée de Mesre
Jacques Henry deDurfort
Duc de Duras, Pair &Maréchal
de France , & petit fils de.
Messire Armand Charles Duc
de Mazarin, PairdeFrance,
& Chevalier des Ordres du,
Roy. La Maisonde Mazarin
ra- originaire de la Ville de
Rome, & est non seulement
connue en France depuis lé,
Cardinal Mazarin qui enétoit
premier Ministre, mais encore
eHètfeft pas moins illustre par
son
son ancienneté que par ses
grandes alliances. La Genealogie
en cO: rapportée tout au
long dans l'Histoire des Ma- Pl réchaux de France, au même
chapitre.
M.jean-Baptiste Ducasse,
âgé de 63. ans,Lieutenant General
des Armées navales,
Commandeur de l'Ordre de
S. Loüis, Chevalier de la Toisond'or,
Capitaine General
du Roy d'Espagne, & que S.
M. C. avoit honoré en dernier
lieu de la commission de Commandant
de ses Armées navales
au Siege de Barcelone
est mort auxeaux de Bourbon
fort regrettéde toute sa famille.
On peut dire en deux
mots que par tour où sou service
l'a appellé, il a donné des
marques d'une prudence consommée
par la conduire, &
d'une grande valeur pour le
fervtce des Rois,dont il a reçtk
en differentes fois des marques
de bienveillance;
:-, Dame Marie Françoise Berthaut
de Freauville, Dame
d'honneur de Madame la Duebefle
de Berry, mourut le 16.
Juin dernier :elle estoit femme
de Mtflue FrançoisTouffaiût
deGuerhoent, Marquis de
Coëtenfao, Comte dePenhont
,
&c. Lieutenant General
des Armées du Roy,Sous-
Lieutenant des chevaux Legers
de sa Garde, & Chevalier
d honneur de Madame la Duçhesse
de Berry. Madame de
Freauville estoitfille de Messire
FrançoisBerthaut deFreauville,
Conseiller au Parlement de
Paris, mort le
1 4. Décembre
1713. & de Dame Marie de
la Garde. Pour Monsieur le
Marquis de Coëtenfao ilest
frere de Monsieurl'Evêque
d'Avranches,dont le zel e pour
le bien de l'Eglise luy attire l'esrime,
nonseulement de son
Diocese, mais encore de tous
ceux qui le connoissent. La
famille de Freauville est originaire
de Normandie: pour
celle de Coëtenfao, elleest une
des plus illustres de laBretagne.
-
Messire Henry Pidoude S.
Olon, Chevalier de l'Ordre de
NostreDame de MontCar
mel & deS. Lazare de Jerusalem
,
Gentilhomme ordinaire
du Roy, cy- devant Sous-
Lieutenant aux Gardes, mourut
le 13. Juindernier ;ilétoit
fils deM. Pidou deS.Olon,
cy-devant Envoyé extraordinaire
du Roy à Genes, & son
Ambassadeur auprés du Roy
de Maroc, Commandeur de
l'Ordre du Mont-Carmel &
de S. Lazare, Gentilhomme
ordinaire de la Maison du
Roy.
Dans le Mercure du mois
passé j'ay mis un article cjuiregarde
Madame la Marquise de
Nonant
,
sur des Mémoires
qu'on m'avoit donnez
,
j'ay
appris depuis qu'ils n'estoient
pas veritables; les preuves de
faussetéqu'onm'en a données,
m'obligent par rcfpeû pour la
venté à changer cet article
dans le present Mcrcurc à
vous dire que l ';,
La Maison des Fradets est
establie dans la Province de
Berry depuis si longtemps qu'il
n'estmemoire de soncommencement
:l'ancien Armorial des
Heros de l'an 1320. & celuy
de la Bannicre de Berry du
temps du Roy Charles VII.
la mettent au nombre des nobles
familles du Berry.
-, Au temps des Croisades
pourla Terre Sainte,il cfl: rapporté
par Aubert de Poitiers
dans son livre imprimé en
J162,. que JeanFradeten
combattant contre les Turcs
y sur percé de trois dards ou
javelots :ce que l'Empereur
Alexis ayant rû, il ordonna
que pour marque de la valeur
de ce fidele Chrêtien, luy & sa
famille les porteroient dans
leurs armes, ce qui s'est continué
jurqt/à pre sent; ses descendans
ont eû des emplois
honorables à la guerre où ils
se sont toujours signalez.
Alexandre Fradet fut un des
trente Gentilshommesqui se
battirent en duel contre trente
autresGentils hommes Partisans
de Jean IV.Duc de
: Bretagne, fous le regne du
Roy Jean en 1350. il com-
; battit avec Jean de Beaumanoir,
Chevalier Partisan de la
Maison de Blois.
Jicquelin Fradet, Gouverneur
de Falaise en Normandie,
fat envoyé par le Roy Charges
V. en Angleterre pour traiter
de la rançon du Roy Jean
:
son pere, d'où retournant il
mourut à Boulogne, & fut
enterré dans l'Eglise Cathédrale
en 1361.
JeanFradet fut Gouverneur
de la Ville du Pont de l'Arche
en Normandie en 1371. fous
les Regnes des Rois Charles V-
& CharlesVI.
Pierre Fradet fat Gouverneur
de la Charité, & ensuite
de la grosseTour de Bourges.
Armand Fradet fut Evêque
de Rieux en 1400.
Nicolas Fradet fut envoyé
à Rome par le Roy Charles
VII. le 14. May1448. pour
les affaires du Clergé de France
où il mourut après avoir
fondé une Chapelle dans l'E-.
gliseCathedralede S.Estienne
de Bourges, & une Mciïe à
perpétuité, moyennant jopï
écus d'or,à laquelleChapelie
font ses Armes en dedans &
en dehors; elle est entre celles
de M ssieurs les Maréchaux de
Montigny & de la Chjastre.
, Durand Fradet fut grand
Prévoit de 1 Hostel du Roy
LouisXI. en 1480.
Antoine Fradet fut Commandant
pour le Roy à Sancerre
durant la L'uc en 11Sc.
Jean son fil,;
,
Chevalier Seigneur
de S. Aoust, fut Gouverneur
de la grosse Tour de
Bour ges, & Lieutenant de
Monseigneur le Prince de
Condé, Gouverneur de Berry.
( M. Jean Fradet de Saint
Aoust
,
Comte de Châteaumeillan,
Conseiller du Royen
tous ses ConseilsMarêchal
de ses Camps & Armées,Lieutenant
General de l'Artillerie
de France, qui ensuite a exercé
la Charge de Grand Maître de
l'Artillerie par commission du
Roy Lciiis XIII.épousaDame
Jeanne Marie de S Gelais
de Lusignan,qui lui apporta
200000. liv. en dot;duquel
mariage est issu.
., M. Armand Antoine Fradct
de Saine Aoust
, Lieutenant
de Roy de la Province de
Berry
,
Mestre de Campd'un
Regiment de Cavalerie,&
Brigadier des Armées du Roi,
tuéenFlandresen1675.
EtDame JeanneMarie Frader
de Saint Aoust, veuve de
M. Jacques Duplessis Châtil-
Ion
,
Marquis dudit lieu &de
Nonant.
.)1.
Pour l'article des Mariages,
c'est une partie à remertre,je,
sçaiqu'il y en a plusieurs considerables
sur le tapis; quand
lesceremoniesenseionsfaites,
j'en> parlerai. Enattendant,
reposez-vous ici pour quelques
momens, Mademoiselle,
& permettez-moi encore une
fois d'interrompre la suite. de
ma Lettre pourrépondre à
celle d'un galant homme àqui
je n'ai pas l'honneur de plaire.
-- Souffrez , Monsieur, avant
d'entrer en matiere avec vous,
que je vous demanded'abord si,
nous êtes l'Auteur du Vert Galant
,
de l'Homere ruané) ou un
mauvais Comedien;si cela est
cefi au Public qui decide; ~&
dont je ne rapporte que les témoignages
, à répondre aux injures
que vous me dites:si cela n'efl
pas,c'est mon affaire, c, ilyv*
demon honneur à vous dimontrer
que les reprochesque vousmefaites,
ne font que dis ijft* devostre
mauvaise humeur.
Ma légereté
, mes vivacité%
~& ma critique vout fatiguent,
'Jjo-ur n'êtes peut être pas le seul
qui s'en dégoûte , mais le plus
grand nombre rPd: mon cossé se
fais
,
dites-vous
, le mauvais
plaisant
, ~gr le diseur de bons
mots ,je nesçayou celam'arrive,
mais jtfiai bien queje n'al jamaispenséalefaire.
J'attaque, ajoutez-nous,tout
le monde
, je réponds à tout le
monde, & de- à vous conCtUC
que je suis méchant
,
cAan'rjl
pas juste, avec vostre permission ,
e:;;- les gelu de qui je ne parte pas
bien, n'ont à me reprocher de dire
dleux, que ce que le Public en
dit. C*efl en un mot sur lui que
je me réglé pour cet article. D'Ad..
leurs où ejt l'homme à qui le droit
d'écrire a été accordé, qui riait la
liberté de dire ce qu'il pense a'e
ceux qui écrivent comme lut?Mc
-vous ofeenfe-t on pas bien davantage
que ne le peut faire un Lioure
lorsqu'onvousapostrophe en
plein Théâtre, qu'onvous reproche
en face, que vous êtesun
menteur9 un fourbe,unfâcheux,
mgrondeurtunTartufe,un Mysantrope
, un mauvais Auteur,
L'Acteur qui vous peint ces portraits
où vousvous reconnoissez,
presente à vosyeux par laforce de
l'expression, qu'un Livre n'apas,
tous les traits qui vous ressêmblent.
Jen'ai eugtrde,Monfitisr,
deprendre de pareilles licences,&
ce n'est que sans consequence que
j'ay attaquédes gens que personne
n'oseroitàefendyc.
Prenez, me dites-vous , dans
unautre endroit devostreLettre,
conseil d'unamy sage, sur le
choix des Pieces dont vous
remplissez
remplissez vos Mercures, car
je parie qu'un autre enferoit
de meilleurs que les vostres,
des Ouvrages que vous supprimez
& dont vous dérobez
la connoissance au Public.
Vous m'en avez sans doute envoyé
quelques-uns, Monsieur;
que je riay apparammentpasosé
mettre au jour. Vous êtes vif,
violent même , & je suisfort
trompé, si ce n'estpas de vous que
j'ayreceuunMemoire fort étendu
sur la querelle des Anciens&des
Modernes,danslequel vous maltraitezfort
Madame Dacier qui
est une Dame tres respectable
vous ne l'avez tU liu imprimé,
& c'estlàjustement ce quivous
tient au coeur.
V<écrive% fort bien, Mon
fiettr
, vousavez beaucoup ri'esprit
d'érudition
,
mais pour
me vanger de l'injustice de vos
siproches
, je nevous souhaite
d'autre mal que celui de vous
voiren maplacependant quelques
mois
,
je nesçai malgré les
avantages quevous cfoye£ avoir
sturimrot,ecomrmeint veouszvous.erç
Vous -n'avez sans doute pas
bien su le Mercure du mois de
May dont vous ave,-,y faitàtout
hazard une dissection crue liefpuiif
que vous milalrrjJè la critique
de certains termes qui vousy ont
choqué. Ils ne sont pas à moy ,
Àdonjiur, C9, l'homme (f'Jjtrit
que vousy blâmez est un des
meilleurs & des plus braves
Athleles que nous ayons dans It
Littérature,
Au reste, je presume que vous
ne-m41JfZ jamais vû ,vous me
traite% d'hommecontrefaitquelque
commune que soit mafigure,
personne n'avouëraqu'elle merite
les injures quevous
lui
faites.
Je riay plus qu'un mot à vous
diteïily a quinze mois queje
fis le Mercure, &jevouspretcjie
avec ferment que vous êtes
lepremier cjuim*ait écritune Lettre
desobligeante. Si on se met
dans le goût de m'en écrire desemblables
,je vous promets de les
hrâler toutes , & de ne songer
qu'à être dorénavant
, comme
vous me le conseillez
,
humain,
posé, &rassis autant que je pourray
le devenir. Je fuis sincerement,
Monsieur, Vostre
, &c.
Avançons,Mademoiselle,
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
A propos de Princes du
Sang, on vient heureusement,
Mademoiselle, dem'apporter
une Ode que, M.Martineau
de Solleyne
,
dont vous avez
sans doute vu plusieurs fois, &
lû les Ouvrages, a faite pour
S. A. S. M. le Duc.Il a eu
l'honneur de l'envoyer à ce
Prince. Il l'a receuë de bonne
grâce, & je croi que, corama
vous, le Public la recevra
bien aussi.
I
A. S. A S. MONSEIGNEUR
le Duc, Gouverneur de
Bourgogne, séant à l'ouverture
de l'Assemblée des
Etats de la Province à
Dijon, le20. May 1715.
ODE.
Quelle Coursalutaire !
Quel pompeux appareil!
Quel Heros tutelaire
Assemble ce Conseil ?
Quel est ce jeune Alcide
Qui le remplitd'éclat?
Est-ce un Dieu qui preside
En ce brillant Sénat?
-
Son seul air peut l'apprendre
Dés qu'onl'aregardé:
Sçauroit-on Je méprendre.
Aux traits du grand Condé?
C'est son sang; sa vaillance
Est peinte sur son front ;
Le feu, la ressemblance
Le port, tout en répond.
jéuguste&digne race
Jeune Bourbon c'est toy,
Quisuis déjà la trace
Du vainqueur de Rocroy;
TtJY, que l'impatience
De voirfinir nos maux,
Promptànostre dejfinfe
Fit voler aux assauts.
Aigle qui nous apportes
L'ordre du Souverain,
Par tout où tu te portes
Le Ciel devientserein.
Ton essormilitaire
Secondant ton desir,
Pour début, nous fçût faire
Un tranquille loisir.
Viens, Minerve te guide
Aux Conflits aux Combats;
C'est-ellequidecide
4 Par ta bouche, & ton bras.
De nos biens, de nos testes
Illustre Protecteur,
Ajoûre à tes conquestes
Celle de noflre coeur.
Les Légions Romaines
Répandaient moins d'effroy
Que celles que tu menes
N'en inspirentsous toy;
Sans estreChefd'Armée
D'abord tu nous appris
Combien la Renommée
Te de(line de Prix!
Ton nom comme un Tonnerre
Fitfuir pour coup d'essay
Le Démon de la Guerre,
De Bouchain, de Dviiay;
Marstqui fait ton étude,
Vit rentrerJous nos Loix
Le Qaefhey pourprélude
De tes premiersexploits.
En éprouvant tes armes
Le ~Gcïnain dans Landau
Ne trouva plein d'aillarmes
Qu'unfuneste tombeau.
Fribourg bien-tostenpoudre
Revitsur ses Ramparts
Condé ravir lafoudre a l'Aigle des Cesars.
Du char de la V\cloire9
Pour nous vole ici bas :
Un autre champ de gloire
T'attend en nos climats.
Une nouvelle palme
Fruit des plus doux travaux
T'offre au milieu du calme
Des triomphes plus beaux.
Plein de dons politiques
Prens, jeune Salomon,
Des affaires publiques ,
Prensen main le timon;
Et par d'autresspectacles
Viensressemblant aux Dieux
Hâter par tes oracles
Le bonheur de ces lieux.
Rempli tes dessinees:
Signale ta grandeurSeroient-elles bornées
A laseule valeur?
.Ajf;: de ces merveilles
T'érigent enHéros
Couronne ici tes veilles
Par nostreplein repos.
Dans un pieux Monarque
L'amour du mondeentier,
Que respecte le Parque
Blancby fous le laurier.
Telqu'un astre polaire
Traçant la route au Port
Du même ajpefl éclaire
Et marque un heureux fort.
Tel tu fais nostrejoye
En nosyeux tu la lis
Il suffit qu'on te voye
Nos voeux font accomp is
Noflre effort sansmurmHït,
Soutintdivers*fleaux;
: Un %eleJknsmefuirt-
Porteencornosfardeaux;
Mais l'amour te partage.
Entre l'Etat & mmy
Tu deviensun presage
Du destin le plus JeUiCAI
Il rieft plus rien de rude
Pour nous quand tu parois ;
* Depuis la sterilité de 1709.
allarmes d'irruption du costé de la
Bresse en 1711. les frequensdebordemens
d'eaux affligerent dé dommages
particuliers la Bourgogne, qui fat-eu&
fuite plus vivement frappée qu'aucune
autre Province ,
de lamortalité des
beftiaiix.> , - -
Libre d'inquietude
Le coeur vole àta voix;
Commande :ofo execute > Et jaloux de servir
Le peuplese c/ijpure
Lagloire d'obéir.
Déja tu representes
Aux Peuplesébloüis
Dans tes vertus naissantes
L'éleve de Louis;
Et t'en montrant l'image
Par tes talensdivers
Tu t'ajpifës l'hommage
Des voeux de l'univers,
Plusgrandque ta naissance
Tu tires ta splendeur
De ton intelligence
Autant que de ton coeur;-
En toy,l'esprit étonne
Et joint en même temps
Lesfruits deson Autonne
Auxfleurs deson Printemps.
Tandis que ta prudence
Eclate en mille traits -
On ne sent ta puissance
Que par tes seulsbienfaits,
Ils consacrent l'usage
De tes titre;pompeux,
Tel Titus à ton âge
Rendoit le monde heureux.
Vous, qui danssajeunesse
Voyez,Nobles Guerriers,
Quel éclat la sagesse
Répandsurses lauriers:
Admirezsapersonne,
En qui les Dieux ont mis.
La valeur de Bellonne,
Et les moeurs de Themis!
Moins touche que luy même
De tes divers brjoitu)
Tu dors, Peuple qu'il aime
A l'abry deses foins:
Sur, qu'il ne peut se croire
Heureux en dignité,
QjSil n'ait encov lagloire
De ta Félicité.
Son ame non commune
Que rien n'enste ou n'abat,
Fait toute tafortune
Et l'espoir de l'Etat;
Trop heureuse Province
Dont il est lesalut,
Dois tu moins à ce Prince
Que ton coeur pour tribut!
Cette Ode est comme je
vous l'ay dit de M. Martineau
deSolleynne,quine manque
guere les occasions de marquer
sonattachemont à S.A.S.
& à l'agrément de se faire un
nom dans la Republique des
Lettres par le succés de ses
pieces, donc le choix du Heros
augmente encore le prix.
Nous tirons à la fin, Mademoiselle
,
& je vous invite
serieusement à voir de quelle
maniere je vais m'y prendre
pour arriver au dénoüement
de ma piece, C'est là ordinairement
ou l'on attend tous les
Auteurs. Li fez..
J'ay jusqu'à present montré
tant de zele pour Messieurs les
Comediens, & je me sens un sigrandfond de tendressepour
eux, que je ne puis pas me rcfoudre
à laisser échapcr la
moindre occasion que j'ay d'en
parler. Quoique le sujet ne soit
pas fort interessant de luy même,
je suisincorrigible là desfus.
On parle volontiers de ce
- que l'on aime. Cela
est dans le coeur.
Un Samedy 20 dece mois
on presenta dans la Salle de la
Comedie, la Tragédie d'Andronic
,
qui fut suivie de la
premiere reprefenration de la
fausse Veuve, ou du Jalouxsans
;
jaloujte.
Cette Tragédie quiest
vrayement belle,& rempliede
toute la majesté du Cotburnc,
fit rire à gorge:déployée tous
les Spectateurs, je ne sçay
pourquoy *,
mais je pense que
la comique distrinbution des
rôles contribua parfaitement
à ces éclats. Andronic fit tout
ce qu'un grand Acteur peut
faire, & fut toujours applaudi
; mais l'Empereur son pere
ne le fut pas; au contraire, on
ne luy voulut jamais accorder
le titre d'Empereur. Il
faut avouer que le Parterre
est bien malinde ne pas se
prêter quelquefois aux Acteurs.
Cependant cetEmpereur
alla son train jusqu'à la
fin de la piece. La Tragédie
finie, on luy dit d'annoncer,
ce qu'il fit en ces termes.
MESSIEURS,
Nous aurons l'honneur de
vous donner demain leJoiieur&
leGrondeur:je souhaite que la
petite Pieceque vous aUe7, voir9
vousfasje rire autant que vous
alle rià la grande.
Mille applaudissemens suivirentcette
faillie,& chacun luy
sçût bon gré de n'avoir pas plû
dans la Tragedie. La petite
piece enfin commena; mais
le
le souhait de l'Acteur ne fut
pas rempli. On y rit quelquefois
par ricochet & par cantons.
Le succés infortuné de cette
Comedie, n'oste que peu de
choseou rien, du merite de
son Auteur. Ilest homme de
beaucoupd'esprit, & sa muse
est mere de cinq enfans, dont
l'aîné qui est le Curieux impertinent
,
est celuy qui fent le
plus son bien. La chûte de
cette petite picce fit soupirer
le Public apréslesSpectacles
de la Foire S. Laurent qui fut
enfinouverte le 2.5. de ce mois.
Dés ce même jour, la Comedie
& l'Opéra furent desertez,
comme de raison. Chacun
courut en foule chez les Sieurs
Dominique & Baxter. La réputation
des Auteurs qui travaillent
pour eux, avoit déja
promis à tout le monde des
plaisirsinteressans à la Foire.
Mille & mille personnes de
tout âge, sexe, qualitez&
condition y furent en iffet, y
resterent avec toute la satisfactionimaginable,&
onsortirent
charmées des nouveautcz qu'-
elles venoient d'y voir. - Au
Jeu de Betair sur tout, les saillies
continuelles, la fine critique,
les bons mots, la conduite
& la propreté du Spectacle,
répandirent sur toute
!'aHemb!ee un air de serenité&
de gayeté qu'on ne voitpoint
ailleurs.
1 A l'ouverture dece Th âtre,
les lustresallumez& la toile levée,
le Sieur Saurin qui est un
des meilleurs&des principaux
Auteurs de cette Compagnie,
s'avança & fit le compliment
qui suit.
MESSIEVRS,
}¥OUS vous avons preparépour
cette Foire plusieurs nouveautez
danslegoûtdecellesquinous ont
paru mus avoir fait plaisir.
Vous nattende^ point du nous de
ces excellentes Comediesquevous
ne trouvez mêmeailleurs que
trop rarement; vousffavrz que
les bornes qu'on a mijes a nostre
Theâtre, ne nous permettentpoint
de vous donner des Pieces parfaites
, & de-là naît l'indulgence
que vous avez pour nous. Contents
de quelques Scenes risibles,
vous pardonnez la foiblesse de
l'ouvrage
, £<r reservezvostre
Jevne critique pour lesspectacles
iiï vous croyez qu'on doitsatisfaire
vojbe delicatesse.Cependant,
Messieurs, j'oseray ledire,
quelque imparfaites quesoient ces
fortes de productions,elles ne laissent
pas de couter autant que les
Poëmes réguliers , à cause de la
gêne où nous reduisent les vaudevilles,
Il est bien difficile defaire
icp des choses qui vous piquent,
&vousattirentpar elles mêmes.
Vous ne vouiez plus que nos divertissemens
soient en pure perte
pour l'esprit. Vous voulez des
idées neuves, des Scenes saillantes,
& quoique vous aimiez les
Personnages Italiens,vousn'ame%
pas qu'ilsgrimaçenten tabarins
grossiers. Si des representations
badinestous divertissent;
des Jeux bas outropoutrf^<voi$$
revoltent. Voilà vostregoût,
AdtJJtcursjc'ifl à nous de nousy
conformer ; &c'est aujJi ce que
nous nous proposons. Si nos talens
ne répondent point à l'envie que
nous atons de vous plaire, daignez
vousprêter à nostre zele,
~i par bonté laissez nous croire
aujourd'hui que nom ne vous
deplaisonpas.
A l'autreJeu,où vous verrez
incessamment une piece originale,
pleine de feu, d'esprit &
de divertissemens nouveaux t ,
le Sieur Dominique qui est le
fils d'un pere qui a fait longtemps
les plaisirs de Paris, dans
le genre où il réiïflit si bien luy
même, sit l'ouverture de son
Th"âtre: en ces termes.
MESSIEURS,
Je ne craindrai point de vous
Avouerque ce n'est qu'en tremblantquej'ose
paroîtresur la Scene;
vos judicieuses censures
, i/otre
goustdelicat &fin m'inspirent
une justefrayeur
,
les pieces de la
Foire que l'on traitoitautrefois
de pures bagatelles, trouvent aujourd'huy
des spectateurs dffici-,
les,qui n'accordant leurs app/au.
diffemens qu'aux Ouvrages qui
ont droit de les rllerÏter; &nous
devons cette glorïeusereforme
auxAuteurs distinguez qui veulent
bien travailler pour nous,
c'est Messieurscetteattention pour
nos Spectacles qui causema crainte,
quelques mesures que nous
prenions pour vous contenter,
lesuccés est toujours incertain.
Arbitres souverains du destin
d'un Auteur, ('
Pour lui vostre bon goûts'irrite,
ous'interesse,
Et quand vousfiflczuncpieee,
-
yos
Vos sislets attaquentl'Acteur
,
Il efl; pourtant le moins coupable
;
Mais il faut se soumettre à
vos justes decrets:
Ji respecte trop vos Arrests,
Et quelque malheur qui m'accable
Si vous me condamnez, Spectateur
équitable9
Je n'en appelleray jamais.
Je ne vous parle point, Mademoiselle
, des applaudissemens
que reçurent ces deux
complimens, vous en avez au
moins entendu un, & vous
çavez qu'il fut suivi d'une representation
si agréable, que
vous m'avez avcüén'avoir encore
vû rien de plus amusant.
Il y a apparence ,
si ces Specracles
se continuent sur le
pied où on les met aujour.
d'huy, qu'ils effaceront bientost
jusqu'au souvenir des autres.
Ma Lettre doit, si je ne me
trompe, vous paroistreassez
varice, & je me contenterois
volontiers de la longue lecture
où elle vous a engagé pour y
mettre le sceau du dernier
compliment,s'il ne merestoie
pas encore deux ou trois choses
indispensables à vous dire.
Vous n'avez vu ny ma Chanson
ny mes Enigmes, & mon
Livreferoit en vérité un plaisant
Livre, si ces deux articles
n'y estoient pas. Je n'ay garde
de commettre une faute si
grossiere, & laChansonque
j'ay à vous presenter me paroist
trop jolie pour ne pas
vous prier de la chanter.
CHANSON.
La Blonde &: la Brune.YIINdevi//e.
Al'ombre- de ce verd bocage,
J'ay trouvedeux rares beautez,
L'Amour a forméleurvisage
Sur celuy des Divinitez;
Mais à qui rendrai-je lesarmes,
Amour détermine mes voeux9
Elles brillant de tant du charmes
One je les aime toutes deux.
Lune est une blonde mourante
Oui me ravitparsa douceur,
Et l'autre une brunepiquante


Dont les traits me percent le coeur.
Aquifaut-il rendre les armes
Amour determinemesvaux,
Elles brillent de tant de charmes,
Queje lesaime toutesdeux.
Incertainsur la préférence
Je ne puisfixer mes desirs,
Jesens bien que mon coeur s'offense
Du partage de mes soupirs ;
Mais la blonde comme la brune
M'enchaîne par de si doux noeuds
Qu'ilfaudroitpourn'enaimer
qu'une
N'en avoir veu qu'une des deux.
Mon coeur est toujours lavie*
time
De leurs merites differens, Je mefais à moy-même un crime
Du double hommage queje rends.
Ainsiparune Loycruelle
Je fuis à lafois dansmesfeux
Perside,volage, infidele,
Confiant,sincere malheureux.
Si j'exprime al'unemaflamme
J'éprouveàl'instant malgrémoy,
Que l'autre en courroux dans mon
ame
M'accuse de mauvaisefoy.
Charmante brune, aimable blonde.
Blonde auxyeux nOIrs, brune
aux yeux bleux,
En ma place personne au monde
Ne pourroit choisir de vous deux.
Ondit cet Air de M. Deon
,
& les paroles de l'Auteur d'un
jour au feu des beauxyeux d'une
brune.
Nous passerons à present
aux Enigmes si vous voulez,&
je vous diray sans préambule
que le mot de celles du mois
passé estoit le Cheveu & le Repas.
Les noms de ceux qui les
ont devinéasont l'aimable Gogot,
la jeune Amarante, les
yeux bleux de Catin
,
Richard
sans peur ,
l'Amoyreux des
onze mille Vierges M. de S.
Paul, Avocat au Parlement,
Madame Charpentier, femme
d'un Notaire, le Marmiton des
Mutes de Valogne, mon bon
Amis Zulpbahs, la Blonde solitaire
à qui je demande un
peu plus d'exactitude & de
justesse dans ses Vers, si elle
veut avoir le palGr de voir
imprimer Ces Ouvragesqui
font toûjours pleins d'esprit,
& les six bclicsd-offjy qui
font de fort jolis vers qu'elles
neveulent pas prendre la peine
de corriger.
Essayez à present
,
Mademoisselle,
dedeviner les Enigmes
de ce mois. Je vous apnonce
par avance qu'elles font
sort difficiles&qu'ellesnefont
point de la façon d'un Monsieur
qui prit il y a quelques
jours la peine de m'en envoïer
fous son nom,deux,qu'il avoit
eu la bonté de copier dans un
Livre. 1
ENIGME.
sepeux touttransporter sans -lacun
attelage,
Mes enfansfont toujours baptisez
- sans ,Parrain,
Onseplaît à me voirquand, le ciel
est ferain,
on ne m'aimepasfixe, onme craint
trop volage.
On failpar monsecours & maint
& maint pillage , A mon courroux fougueux nul ne
peutmettreun frain,
Ma mniicfit*fîtaejfrojpar son ton.
nant +
refrain
Les tremblants Citoyens de Forests
sans feüillage.
De moyJipeu qu'on dit on n'en a.
pas un brin,
Tour détruire ma raceon a recours
1/(1, crin
A la gloire,aux tressors onpeutpar
incygré tenare.
ilArrive/otrvcnt que j'y conduis
bon train;
Souvent j'avalle AMJfl mieux qu'un
Monstre marin,
L'laviede deices.biens qui vientpour surprendre.
AUTRE.
Je sers auprés des Grands
, des
Princes,vdes Rois,
On m'yplace, àproposen differens
endroits ;
Chaque membre diftiné1 dont
mon corps se compose,
Porte mon nom, mais d'un genre
divfrs;
Et de plus) il s'applique à bien
ptua .ttunAchnfe.
De tous les sens
,
à l'endroit, à
l'envers;
C'est à dire devant, &quelquefois
derriere, -
Mais c'estdans uneseulevtres-
Z'ave matiere.
Ainsi ce nom, sans doute, est trescommun,
Et d'un fort grand usage
, en
France :
JuftÍce, Police,&Finance
Chacune àpart en ont souvent.
plus d'un.
Tantôt NiJble, tantôtBourgeoise,
Et dans certains tems Villageoise;
Même on en voit,dansdesales
emplois.
Cemonse trouveen Mer,au
La'1)re,dans les Bois
,
Sur Ici Ponts ,sur les Ports,aux
Moulins
,
dans les Plaines
,
Et suivant le rapport des plus
grand*Capitaines,
Ila toujours grandpart aux plus
fameux exploits.
Il me reste encore deux Sonnets
en Bouts rimez à vous
donner, & de nouveauxBoutsrimezà
vous propofcr
,
&
çcfttout.
SONNET
en Bouts-rimez.
D'Iris & d'unflacon j'aime fort
l' attelage,
Avec eux je me Vis des Leçons d'un
Parrain,
Leur commerce me rend le visage
ferain
Et tout plaisirsanseuxn'estqu'un plaisir volage.
J'offrirois volontiers toutmes biens
A» pillage,
pour pouvoir tour à tour Illmtr
boiresans frain;
Le bon vin pour lril meprovoque
au refrain,
Jguand je bois avec elle à l'ombre
d'un feuillage.
Foin detoy beuveur d'eau qui n'aime1114n
brin
ftepenstoysi tuveuxjusqu'a te
jTendrrI/N crlé1 S'ilt'arrive jamaiscCètr*fetfibU,
v -tcndre.
Four moy sans t'imiter firay tob*
jours mon train,
Etj'aimerais bien mieux être Loup,
chien marin,
za-e Bacchus ou l'Amourpût sans
verd me surpendre.
F. T. D. M.
Autre Sonnet à ma loüange.
eIH[Ail tous les mois un plaisant
attelage,
Oiïy, liermt,tufUisflm quetop
*vieux Parrain ,
Ton style a plu* de tons que n'en
formeun
,
Serin,
Jjhti cajole au Printemssafemelle
volage.
7a faisdecent beautez unaimable
pillage,
Ton discours n'a besoin d'Eperon ni
- de frain
Jamaisfadesrécits,jamais même
refrain,
Afineji leiKiosisiglnolicahangrte s-eu-ru.tn
D'ennuj tu n'as encorefçâ causer,
unJeul • brin,
Avec le Vert Galant j'aime à te
voir au crin,
Quconter une histoire originale ou
î M. Devizé, - .ciidrg
? rendre.
Si tu feuxjusquau bfJlttflJivr ce
joly train,
Je veux devenirDiable,Hermite,
ouLoup marin, Si tu cesses jamais deplaire & de
surprendre.
Je nefuis pasingrat, Mademoiselle
, & je remercie de
tout mon coeur l'Auteur de cet
obligeant Sonnet. C'est luymême
qui vous propose les
nouveaux Bouts -
rimez que
vous allezvoir. Ils sont extrêmement
difficiles, tant mieux,
vous aurez plus de merite à les
remplir.
BOUIS-RIMEZ.
furne
T.moleon
Panraleon
turne.
Vulturne
Cleon
Leon
Saturne.
H,lkor
Nestor
Dunkerque,
Argus
Albekerque
-
Seragus.
En voici d'autres plus aisez.
Choisissez.
ramage
fracas
tracas
tapage.
coquillage
Calchas
Cas
fromage.
pointu
têA tu
aloëette.
Minon
Toinon
Couchette.
J'ay dit. Ma tâche est heureusemène
remplie pour ce mois-ci. Je
vousassûre que malgré leplaisir
que j'ay de vous entretenir, j'en
fuis fortaise, & que je fuis de
tout mon coeur, Mademoiselle,
Vôtre trés-humble & tresobéïssantserviteur,
Mercure.
Avis au Public.
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. leprésident
de la Garde, ruë de Berry au Marais,
est presque le seul qui sçâche mieuxderaciver
les Corps des pieds, v guerrirentierement ceux
qui en ont~deuis un longtems
,
sans faire fei-
$n*r, ny souffrirlamoindre douleur
,
l'experience
qu''! a dans cetart, jointe aux différentes
opérations qu'ila faites avec futcês
,
n'ont pas
peu contribué à luy procurer la connoissance de :
fiùfîeurs personnes de qualité ; mais encore à
augmenter saréputation. Les Certificats
,
ô.
montois, à l'auteur. 8
Le Secret du rajeunissement
Livrenouveau, annoncé d'une
façon nouvelle. 52
Explication historique desFables,
seconde Edition, augmentée
d'un Volume; autre Livre
nouveau. Gi
Trente Loüis d'or à gagner..67
Bouts-rimez remplis, Sonnet. 85
Le Débauché,Sonnet, 87
Autre. 88
Autre. 90
Autre. 9 2
Sur les derniers Bouts-rimez,
autre Sonnet. j 5
Autre Sonnet du même Aut.$-j
Autre, 99 \, Autre du même Auteur. 100
Et encore un autre. 102
Di cours de l'Auteur sur les
Bouts rimez.104
Copie de la Lettre d'une Dame
à l'Auteur.107
Belle rfiexian de l'Auteur. 127
Rondeau redoublé cm decisif,sur
lesujet des Anciens e des Modernes130
Route de la Navigationfaitepar
l'ArméeNavale du Roy
d'Espagnepourl'expédition de Maillorcjue. ,Jj..
Reduction de cette Isle à tobéïs
sanadu Roy Catholique, i51
Nouvelles de Pologne.161
De Londres.162
DDM:Ballothise,.I176£7
Tous les Mercures Galants depuis
1677.jusqu'à 1710.où ilsse
vendent. 18z.
L'Apologie de l'ignorance, Livre nouveau,184
Discours curieux sur le grand
ouvrage de
M.ijÉbbeTerraf•
son contre Homere, 1S8
Histoiregalante&très-nouvelle.
1^8
Morts. 237
Lettrejjpologetiqtrtdel'Àut,1;3
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le