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1715, 06 (Gallica)
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NOUVEAU
MERCURE
APARIS,
M. DCCXV.
AvecPrivilege du Roy,
H-ERCURE
'(j.AJ['AMTPar
le Sieur Le Fevre.
Mois
de Juin
1715.
Le prix est3o. fols reliéen veau, k
25. fols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET,& J. LAMESLE,
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf
,
au Livre RoyaL
A'l;e&frDIMtiun,&Privrlege duR«i
MERCURE
NOUVEAU.
ADAME,
Soyez une chimere, ou soyez fitébvement un objec choisi
dans mon idée, qu'importe à
tout le genre humain, qui ne
vous connoist peut-être pas
plus que moy. Pourvu que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela, vôtre état leur doit
être indifferent ; au reste ; si je
ne vous adresse ces mots que
pour obéïr à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement,prenez pour
vous ce qui vous conviendra
dans ce volume, & c'est a{Jè
Mais si vousn'étes rien moins
qu'un objet réel (comme cela
peut fort bien citrc,) je prie
la premiere per sonne du beau
sexe qui me lira, de quelque
âge,figure, & condition qu'ellefoit,
de me permettre de la
regarderavant l'executionde
cette grande penible entreprise,
comme la Dame de mes
pensées. Ainsi,Madame, qui
que vous soyez, je vous promets
que vous ferez, bon gré
maigré
,
pendant le cours de
cemoiscy
, ma Du!cinée.;& je
vaisde ce pas, en cas que quelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié
,
courir de Province
en Province, & m'exposeràbien
des hazards
pour vous desenchanter. Exceptez
neanmoins, des avantures
ausquelles je consens à
m'exposer pourvous,celle de
la caverne de Montezinos, &
les trois mille cinq cent coups
de foüer stipulez pour vôrre
délivrance; parce que je n'ay
point de Sancho sur qui je
puisse mereposer du foin d'accomplir
une pareille penirence.
Du reste quand je devrois
estre moulu de coups, &
d'Epigrammes, comptez sur
mon bras, & sur mes aîles,
& soyez persuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoisie
ses tres -
humbles services,
se mocque à*bon escient
des Enchanteurs
, & des
enchantemens mêmes de tous
les Operas. du monde. En un
mot, Madame, je dissiperay si
je peux les nuages qui vousenvironnent,
je vous dessilleray
les yeux., je vous montreray le
ridicule des uns & des autres
&je vous rendray tout le bon
sensque vous aviez avant d'être
enchantée.Vous croyez
peut être que l'opération de
ces merveilles me coûtera bien
des peines; point du tout Je
prefenteray naturellementà
vôtre imagination tout ce qu
on peut opposer de plus fim-i
ple à vos erreurs. Je vousde
biteray des nouvelles qui n'auront
point passépar le creuset
des Nouvellistes; les Histoires
galantes que jevousconteray
ne devront point à mes fictions
le caractere devérité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoiles
litteraires, je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus sçavans que moy. Enfin
que je médise ou que je I.¡ü\:
que js mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec laridicule gravitédes autres,
que je vous annonce Arlequin
pour un veritable Acteur,
& Roscius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets
que parce que le sens commun,
le goût du public, & la raison
me détermineront à le faire.
Ainsi foit. Commençons, s'il
vous plaist, par quelque chor,.
r inr.yAfe.> ;
:
J'ay eu l'honneur de vous
dire le mois passé, en vous annonçant
laCoquettedeVillage,
de M. du Fresny ; qui est
une des plus jolies Comedies
qu'on puisse voir, qu'un Lundi27.
du même mois,laTragedie
de Britannicus avoitesté
interrompue par un dépit de
Britannicus, que le Parterre
avoir eu l'audace de prier de
parler plus haut, & que ledit
Brirannicus inflexible aux prieres
du Partere
,
luy avoit or<
donné de par ler plus bas. Cette
repartie ne fut suivie sur le
champ que d'une legere huée , dont l'Auteur apparemment
se félicita,comme illuy plut
mais quatre jours après, (& ce
sur unVendredy 31.dud.mois,)
ce même Acteur, qui, ( cette
avanture à part,)a certainement
du merite prit le masque:
de Geta, se flattant sans
doute de mêtre qu'un mediocre
objet de la rancune du
public. Il s'avança avec confiance
sur la Scene
, pour debiter
sontôlle,il en entama
même quelques Vers qu'on ne
voulut pas enrendre : on l'avoit
malheureusement reconnu,
malgré son déguisemenr,
& cette reconnoissanceinfortunée
fut si brusque que tout le Parterre
s'en moucha, toussa
cracha J avec une telle impetuosité,&
un si grand fracas
qu'on eut dit que quelque influence
maligne venoit d'enrhumer
de gayeté de coeur,&
a outrance tous les Spedbateurs
de la Comedie. Mais
Geta pendanr un moment de
silence,& deréflexionqu'il eut
à propos le loisir de faire
,
se
doutant que la faillie de Britannicus
pouvoitcontribuer
au mauvais accueil qu'on luy
faisoit,entreprit pourla fatis-
~saon du public, la réparation
de la sottise de Britannicus;
& s'avançant sur le Theatre
d'un air tres-humilié, il fit
au Parterre
,
à peu prés, le
Compliment qui fuit.
MESSIEURS,
Je vous demande tres- humblementpardon
du malheur que
j'ay eu d'oublier le dernier jour,
le respectque je vow dois. Vous
ejles dans l'usage
)
Mossieurs , de
pardonnersouvent de pareilles impudences
à bien d'autres ; ferai-je
leseul malheureux pourquivous
,J'aurt pas la même indulgence.
Jue v-ous asseure que je ne me re- concilierat jamais avec moi- même,
que vous ne maye.Z accordé
le pardon que je vous demande,
<7 je vous promets, si je l'obtiens
, de ne m'en rendrejamais
indigne.
Nous lui fîmes grace aussitost
avec une generosité qui
n'eût jamais d'exemple; son
humilité profonde nous attendrit,
nous battîmes des mains
comme des Forcencz
,
enfin
nous luy taiflâmes joüer son
rôle, dont nous fûmes trèscontents,
& nousnous fepatâmes
quittes & bons amis.
Ne trouvez vous pas, Madame
, cette petite nouvelle
assez galante, & ne feriez vous
pas bien aise d'en lire une demie
douzaine de cette espece,
dans ce Mercurequej'ai l'honneur
de vous dedier, sans vous
connoître. Mais j'oublie de
vous dire en passant que cette
façon de dédicace n'estpas
sansexemple. Une des plusillustres,
des plus augustes, &
des pluséclairéesPrincesses du
monde vient d'en desavoüer
une semblable, avec cette dif.
fercncc neanmoins, qu'elle
ne connoissoit nullement, &
ne daignera jamais connoître >
celui qui lui dedioit son Ouvrage
; au lieu que c'est moy
franchement qui ne connois
pas l'obligeante personneàqui
je dedie le mien. Mais pour
ne pas vous faire perdre par
mes digressions, la fuite de ce
que je vous disois, souffrezque
je reprenne mon texte.
Il estdonc que stion de vous
amener agréablement des nouvelles
aussi interessantes que
celles que vous venez de lire.
C'estaussi mon dessein, Madame;
maisle monde en exige
d'abord de moy de plus grandes
&de plusgenerales ; commençons
si vous m'en croyez,
par contenter les plus pressez,
ou plustost laissez moy la liberté
de leur donner un chapitre
d'obligation, que vous estes
la Maistresse de fauter, &
cherchez dans la table la date
des articles que je vous promets.
e.ATRICVLE
Des jftrhes de Légitimation
que devront payer Tous &
Chacun de ceux qui voudront
conserver leurs Prééminences,
Charges, Fonctions, Salairesy
Pensions & Aides, ou
qui voudrontse qualifierpour
enobtenuàl'avenir, ou pour
recevoir de nouvelles Graces :
comme aussiceuxqui voudront
joüirdesFranchises (yAvantages
de la Banque
,
selon la
Classe dont ils seront; Surquoi
ilfaut obfserver.
• Que l'Arrhe de Legitimation
ne se payera que pour une
Classe par ceux qui, à cause
deleurs differentes Qualitez
pourroient , appartenir à plulieurs,
mais que le Payement
se fera sur le pied de la plus
haute.
Et que ceux du Clergé qui
voudront conserver leurs Dignitez
Seculieres, & joüir des
Franchises & avantages de la
Banque, ou se qualifierpour
y avoir part à l'avenir
,
feront
admis à payer l'Arrhe de Legitimation,
&à se faire inferire
surleRegistre.
Les Classessont lessuivantes. -
I. Dans la premiere sont
compris les Princes qui ont des
Emplois Civils ou Militaires
de la Cour, & les Conseillers
Intimeseffectifs, chacun desquels
payera annuellement
tous le Titre d'Arrhe de Legitimation.
200
2. La seconde Classe comprend
les Conseillers Intimes
honoraires, qui avec ce Titre
jouissent de quelques autres
Emplois, Salaires ou Pensions,
ils payeront annuellement.150
3. LatroisiémeClassecomprend
les Conseillers Intimes
honoraires, quin'ont ni Emplois,
ni Pensions. Ils ront paye- annuellement.:oo
4 La quatrièmeClasseconcerne
les Conseillers Intimes
de l'Autriche Anterieure &
Posterieure ; lesChambellans
de Sa Majesté Imperiale qui
ont des Gages ou des Pensions;
Tous les Seigneurs &Per sonnes
de Qualité qui ont des Emplois
à la Cour, ou qui font
Membres des Tribunaux &
Jurisdictions de la Cour;com-,
me aussi les Chefs des jurisdictionsde
Sa Majecté Imperiale;
les Grands Officiers du Païs,
& les Gouverneurs, desquels
un chacun payera pour Arrhe
deLégitimation. 15°
s. Dans latinquiéme Classe
feront les autres Chambellans
de Sa Majesté Imperiale, qui
n'ont ni Gages ni Pensions ;
Tous les Seigneurs& Personnes
de Qualité qui ont séance
en qualité deConseillers, dans
les Dicasteres
,
Tribunaux &
Judicatures de nos Royaumes
& Principautez. Ils payeront annuellement.100
Toutes fois, les Assessèurs
Jurisconsultes, pour les Fiefs
du Païs, de la Chambre, &
dela Cour, entant que tels,
feront exempts de l'Arrhe de
Légitimation. ¡ - 6. Dans la sixiéme feront
compris les Gens de qualité qui
font Confeillcrs deSaMajesté
Imperiale, &qui n'ont féancc
en aucune Cour de juflice
comme aussi ceux qui ont des
Charges dans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
&quine font incorporez dans
aucun College, comme font
les Capitaines des Cercles &
autres semblables. Ils payerontparan.
75
7. La septiéme Classe fera
pour les Gens de Qualité, qui
n'ont aucune Charge jusques à
presentdans les Royaumes&
Etats de Sa Majesté Imperiale,
mais quiaspirent à y parvenir.
Ceux-là devront, enconfcquence
du Diplome Imperial,
se faire inscrire six mois auparavant
sur le Livre de la Banque
Et s'ils pretendent à une
Charge dela premiere ou féconde
Classe, ils payeront loa
Si-non, ils payeront seulement.
50
8. Dans la huitiéme Classe
feront compris les Confcils
de la Cour, Civilis, Militaires
, & de la Chambre;comme
aussi les sur Grands Commissaires
de Guerre, Nobles
ou non; & dans les Provinces
tous les Grands Officiers du
Païs qui font du Corps dela
Noblesse; Tous lesChefs dudit
Corps, diverses Judicatures&
autresOfficiers. Ils paye- rontannuellement. 100
9. Dansla neuviéme Classe
feront les Auditeurs Generaux,
&les Grands Commissaires de
Guerre, qui payeront paran.
75
10. Dans la dixiéme Classe
feront
ferontles Conreillers de Sa
Majesté Imperiale; Civils,
Militaires, & de la Chambre
qui apartiennent au Gouvernement
du Païs
,
à la Regence,
ou aux Tribunaux; Les
Capitaines des Arsenaux ici à
Vienne, nobles ou non; les
Assesseurs du Maréchal de la
Cour;ceux qui possédent d'autres
bonnes chargesà la Cour,
& qui ne font pas nobles, &
les Medecins de Sa Majesté Impériale&
de la Cour;Ils payeront
par an. 50 - il. Dans l'onziéme Classe
viennent les Nobles, qui sans
avoir le caractère de Conseil-
Iers de Sa Majesté Impériale,
possédent des Emplois dans ses
Royaumes & Etats, les Lieutenants
Colonels de Bateaux,
les Valets deChambredel'Empereur,
& les fous Commiffaites
de Guerre. Ils payeront
par an. 30
12. Dans la douzième Classe
serontcomptez les Conseillers
Titulaires de 1 Empereur,
les Secrétaires dans les Arfcnaux,
les Architectes Militaires,
& ceux qui aspirent aux
Emplois compris dans les 8,-93
& 10.Classe. Ils payeront par
atl 20
13.Latreizième Classe
comprend les plus conifdcra.
blesEmplois tubahernesde la
Cour, Maîtres des Fourages
de la Cours Controlleurs de
laCour,Quartier-Maîtresde
la Cour, Maîtres des Fourages
de la Cour Controlleurs
de la Cour & semblables.
Commeaussi les Secrétaires
qui font dans les Bureaux &
Tribunaux de la Cour, les
Teneurs de Livres.& autres
Officiers, & les Cancelliltes
inclusivement, jusqu'aux Expéditeurs.
LesOfficiers de la
Classejusqu'auxMaîtres des
Forêts incluvement. LesOfficiers
de la Chambre dans les
Provinces qui ont leur propre
Office&Bureau, & les Maîtres
des Haras de l'Empereur,
& finalement aussi tous les
Chrêtiens qui fournissent les
Provisions de la Cour. ils
payeront annuellement. 50
14. Dans-la quatorzième
Classe viennent les Fiscaux ôc
Procureurs de la Chambre,
les Syndicsde la Ville, les Juges
Royaux, lesBourgemaîtres
desVilles Principales,item
les Primats, les Avocats reçus
dans les Tribunaux de la Cour,
& dans les principales Instances
des Provinces, les Medecins
dans les Provinces quiont
Gages de nôtreTresoreriejles
Musiciens de l'Empereur qui
ont les plus gros Gages, les
Banquiers,& principaux Marchands
qui Negocient avec la
Cour. Ils payeront annuellement.
30
15. Dans la quinziéme Classe
feront mis, les Sécretaires
établis dans les bas Tribunaux
Civils & Militaires, les Administrateursde
l'Arsenal & leurs
semblables,comme aussi les
autres Avocats
,
Agents de
Cour, Procureurs de Provinces,
& Solliciteurs jurés. Les
Commis de la Doüanedel'Empereur,
les Commis du Sel &
autres semblables
,
qui payeront
annue llement. i
16. Dans la seiziémeClasse,
feront comptez tous les Officiers
desChancelleries qui fervent
dans les Tribunaux &
Judicarures de la Cour jurques
au ~Cancellte inclulivement;
Tous les Officiers de la Chambre
,
qui ne sont point compris
dans les plus hautes Classes
; les Administrateurs du
Bureau des Bateaux, lesEcrivainsdans
les Judicatures, &
les Musiciensqui ont lesmoin. u;Iii' goges, comme auflîi ceux aspirent aux
Emplois des
Classes,12,13
,
&14. Ils
payeront par an. 10
17. Dans la dix-septiéme
Classe feront mis tous ceux qui
ont de moindres Offices de Sa
Majesté Impériale
, en les
Royaumes & Principautez
,
&
qui ne sont point compris dans
les precedentes Classes. Comme
aussi tous ceux qui aspirerontaux
Emplois dela 1 5. ôc
16. Classe. Ils payeront par
an. 3
Er parce qu'il n'a pas été
possibledespecifier dans cette
Matricule toutes les diféreces
quatitcz, Conditions, Offices
& Tîtresqui setrouvent dans
les Royaumes &Provinces de
Sa-MajestéImperiale, on declare
que ceux desquels la condition
ou l'état ne font pas précisément
exprimés ci dessus
devront demander à se faire
enregistrer dans la Classe qui
leur conviendra le mieux, en
payantl'~Anhe de Légitimation
qui y estmarqué,ous'enquerir,
mais dans le terme de
six semaines
,
à compter du
jfcur de la pu blication
, en
quellesClasses ils doivent tre
placés:&tant que Teoll
ges de la Banque ne feront pas
encore établis, ils pourront
l'a prendre du gouvernement
dans les Provinces.
En outre, on doit êtreadvertiquel'Or
dre decesClasses,
ni la somme quelles portent,
ne concernent uniquement
que la Banque
,
& n'avancent
ni nereculent per sonne
dans le rang qui lui apartient.
LISTÇ, DESJUIFS,
Pour conclusion voici ce
que les Juifs devront payer à la
Banque, moyennant quoiils
pouronr au ssi'avantager selon
leur état des Benefices qu'elle
communique.
I. Tous les Juifs mariés qui
se tiennent ici, tous les Facteurs,
Provediteurs & Marchands
de la Cour, & ceux qui
trafiquentenchangeou autres
sem blables, étant tolerezici
à Vienne, payeront. 300
2. Danscette seconde claflseefersontNmiselegsJouifcsq^
uigs'i^nprovisions
de la Cour, &. qui
ne residentpas à Vienne. Ceux làpayeront. 1d1
3. Les Juifs qui dans les
Provinces exercent divers Officesdes
Juifs,qu'ils ont obtenus
de la Cour, de la Chambre
ou du Païs, payeront annuellement.
30
4. Les Juifs qui aspirent à
de semblables Offices de Juifs,
ou qui veulent joüir d'autres
ReneSces de la Banque, qui
leur font propres , payeront annuellement. 6
- Il sera permis, au reste, à
IDtttela Nation 4ç& J¥lf¡,.da.
se faire enregistrer sur le Livre
de la Banque, pour Ce rendre
capables de parriciper à ses avantaces,&
benefices; moienliant
l'Arr be marquée dans l'une
ou l'autre de quatre classes
ci-dcflus marquées.
topïc-"d'une LettreEcrite
de Malte.
Enfin, Monsieur, nous voicy
arrivezau Port sidesiré
,
je
veux dire à Malte;nôtre navigation
a elîé des plus heureufes
& des plus courtes,
puisque le Vaisseau sur lequel
j'étoiolsembarqué a fait le trajet
de Toulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas esté si heureux
que moy , car outre qu'il
a souffert à son ordinaire,
craignant excessivement la
mer,où jen'je aypointdu tout
cfté alade, il nCu arrivé icy
que deux joursaprès nous, le
vent contraire ayant obligé
son vaisseau & cinq ou six autres
chargez de Chevaliers, &
partis de Toulon en même
temps, de rendre des bords,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte, & pour ainsi
dire à nôtre vue
,
pendant un
jour & une nuit
, crainte de
paflfer l'Isle; c'est la chose du
monde la plus crisse& la plus
incommode, particulièrement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy; mais l'en
voila quitte !r"n'fprQ
deja plus.
Ceux qui font venus sur le
vaisseau qui a porté M le
grand Pliteur ont encore un
peu plus soussert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer avec un assez
mauvais tempsy ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf& dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des falvcs des
canons de beaucoup de vaisseaux
François qui estoient
mouillez dans le Port, il fut
enfuuc salué de 21. coups de
<.non f'ar la fille, & compli.
mente sur son Bord de la parc
du Grand Maistre
, par M.le
Commandeur d'Argini son
Mettre d'Hostel
,
& le premier
Officier de la Maison de
Son Emnence : ille fut aussi
au nom du grand Maistre du
Conseil par deux grands Croix
députez du Conseil
,
lesquels
fc rendirent aussi à bord de la
Venale, d'où ils accompagnèrent
M.le grand Prieur à 1 Eglise
de S. Jean où on lactendoit
pour la Mesle, & ensuite
auPalais, où il.rendit sa premierevisete
au Grand Maître,
avec
avec les ccremonies & les circonfiances
fuivances.
Au débarquement sur le
Môle, ou le Quay du Port,
M. le grand Prieur trouva un
des carosses du grand Maître
attelé feulementde 4. Mulsts,
aulieu qu'il cft a six chevaux,
lorsque Son Eminence en: dedans
ce carosse
)
dans lequel il
occupoit le fond de derriere,
& les deux grands Croixceluy
de devant. Il fut d'abord à -
l':Eglifc, & après à la Metteau
Palais, où se trouvèrent plus
de fepr à huit cent Chevaliers,
dont plus de la moitié Fran
çois, avoient esté le saluër
,
partie sur son Bord, & partie
lorsqu'il sortit de sa chaloupe,
tous eurent le temps de se
trouver à sa defeenre du carot
se, lorsqu'il entra à S Jean,
& qu'il descendit à la porte du
Palais, à cause des détours que
le carosse est obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M le grand Prieur arrivant
au Palais, trouva les Gardes du
grand Maistre fous lesarmes,
rangez en haye
,
le tambour
battant aux champs, il monta
chezle grand Maistre, précédé
de ce grand nombre de Chevaliers;
la Cale) lesanti-chambres
, & chambres de son Eminence,
quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuse Chevalerie, à travers
de laquelle Elle passa, pre.
cedée de ses grands & principaux
Officiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale
, que le
grand Maistre le reçût, de manitre
que son Eminence fie un
peu plus que la moitié du chemin
de sa tale, Là ils s'embras-
.ferent l'un & l'autre
,
& se firent
reciproquement des protestations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guère
entendus ; ensuite le grand
Maistre ayant la droite, & tenant
M. le grand Prieur par la
main, ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie,
jusqu'à la chambre de son
Eminence, & s'assirent sur
des fauteüils distinguez l'un à
côté de l'autre. Ils se couvrirent
, & vis à
-
vis d'eux, sur
d'autres fauteüils, les susdits
grands Croix députez du ConièilaulIi
couverts.
La convcrfation qui dura
environ une demi heure,roula
sur les affaires presentes, &
sur les fatigues du voyage, après quoy M le grand Prieur
presenta au grand Maistre
quelques-uns des Chevaliers
qui avoient eslé embarquez
sur son bord,lequels firent
leur reverence & eurent l'honneur
debaiser la main de Son
Eminence; ensuite M.le grand
Prieur se leva & prit congés
& le grand Maistre l'accomu
pagna avec les mêmes eremonies,
îufqu'auprés de l'efcalier,
oùils te firent de nouvelles
protestations, Son Eminence
rentra dans (a chambre
& fc mit à cable pour dîner
bien-tost après.
M. le grand Prieur estanc
descendu de chez le grand
MaiHre, monta en carosse
avec les deux mmes grands
Croix, & se rendit à la maison
quiluy avoit (fie préparée,
il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François & de peuple, les deux
grands Croix pour éviter le
cérémonial de l'accompagnement,
prirent congé de M. le
grand Prieur à sa porte, qui
monta à sa chambre, ou il
nous parut estre fort content
de cette éclatante reception,
&deshonneurs qui luy furent
farts ce jour là, tant de la part
du grand Maistre que de tous
les Chevaliers, A peine fut-il
entré chez, luy qu'on vint
sçavoir de la part du grand
Ecuyer,ou Cavaloriffo Magiore
,
& par ordre de Son
Eminencc
,
si M. le grand
Prieur avoit bcfoin d'un catoffe,
ou de quelqu'autrc voiture.
Deux jours après son arrivée
,sçavoir le 9.de ce mois,
oh tint un Conseil dans lequel
M.le grand Prieur prit la féance
dans un fauteuil de velours
rouge, galonnéd'or,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix, placé à la teste'&à
la distance d'une chaire du
premier grand Croix qui s'af.
fied à la droite du Conseil c'etfordinairement ; l'Evêcjue,
& après luy
,
le grand Comtnandeur,
chef de la Langue
de Provcllce.¡à la teftede la gauche,
c'efi le Prieur del'Eglifc,
& après luy, le Maréchalchef
de la Langue d'Auvergne.
Lorfquejous Moeurs les
grands Croix eurent pris leurs
séances
,
chacun félon son
d
rang,
rang,le Vice Chancelier quia
son Bureau & sa place debourt
à la teste de la séance du cossé
droit prés de M. le grand
Prieur
,
s'approcha de luy &
l'avertit de (e lever, pour faire
sa Profession de Foy.& prêter
son ferment, ce qu'il fie à
genoux sur un careau de velours
)
honneur que n'ont pas
les autres grands Croix en pareil
cas, & aprèsavoirremply
ce devoir aux pieds du grand
Maître, & entre ses mains,
il reprit sa place. Enfuirc Monsieùr
le Bailly de la Paillererie
en fit autant parce qu iln*avoit
pas été à Maite depuis qu'il a
été fait grand Croix.
Ces ceremonies étant achevées,
on fit sortir de la CJIe
J
ceux qui ne font pas du conseil,
& les portesfermées
, on
délibera sur des affaires d' EtatJ
& entre autres sur la demande
faite parN. S. P. le Pape des
deux Escadres des Galetes &
des Vaisseaux de la Religion,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au secours de la Republique
de Venise, furquoy il
fut sensément resolu de s'excufer
d'envoyer nos deux Escadres
; attendu nos propres besoins,
qui dans la conjonure
pretente parlent d'eux même.
D'ailleurscelle de nos
Vaisseaux est partie depuis prés
d'un mois, augmentée dun
cinquième Navire à eauTe de
plusieurs transportsde munitions
de guerrequ'elle doit faire
dItalie
,
de France & d'Espagne,
où elle doit en embarquer,
quantité, & sur tout à
Barcelone
,
où deux de nos
Vaisseaux prendront celles
dont SaMajesté Catholique a
fait un present à la Religion,&
ces deux Vaisseaux se rendront
à Toulon, de rnêlne que celuy
qui estallé à Ligourne& à
Genes, car le rendez vous est
en Provence, pour venir de là
icy
,
versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors si
les Turcs avoienr pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'yait plus à
craindre pour nous, l'intention
du grand Maître & du
Confcil étant de renvoyer
Messieurs lesChevaliers que la
citation a appellé ici, nos Vaisseaux
seront employez à en
faire le tran sport, &par consequentonnensçauroit
les envoyer
au secours delaRepubliquequi
voudroit pourtant
-. "r
nous faire entendre que ses
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis,
nous avons un double
interêtdel'assister de nos forces
, puisque selon elle
, nous
nous garantissons parlà de toute
entreprise des Turcs; mais
leurs representations quoique
pathetiques, non plus que les
instances&lesexhortations de
Sa Sainteté, n'ont pû encore
nous persuaderce que les uns
& les autres ont tâché de nous
insinuer par douceur.
Après cette longuedisgression,
que j'ai cruë neccssaire,
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au sortir du Confuip.(
Ta dans la Chambre du
grand Maître, qui suivant la
C( ûtume
,
lui attacha devant
la poitrine, le plastronde la
grande Croix, aussi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleterie,
ceremonie necessaire, & qui
se pratique toujoursàl'égard
deceux quiont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle son Eminence
leur dit fort poliment quelle
souhaitoit qu'ils la portassent
aussi long-tems qu'ill'avoit
portée, yayant quarante
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
de dignité.
Dans toutes cesceremonies
on sest conformé à ce qui
avoit éré pratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monsieur le
grand Prieur de Vendôme son
Oncle
,
à cela présque celui là
étant plus prés du sang duRoy
Henry le Grand
, on a fait
quelqueschoses de moins pour
celuy cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment, le grand
Maître, ayant resolu de donnerà
Monsieur le grand Prieur
une nouvelle marque de distinction
convenable à son
rang, & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy
,
l'a
fait Capitaine General
, ou Generalissime
des Armées, de la
maniereque MonsieurleDuc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hierau
marin 1 tCde ce mois, par les
quatre Grands Croix des quatre
Nations de France, d'ïfalie
, d Espagne, & d'Allemagne
, qui font Commissaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la proposition
qu'ils luy en firent, &
d'abordaprès diné il se rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grande Croix, & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui, pour lecomplimenter
là dessus, &quifurenttémoins
des remerciements qu'il
fit au grand Maître, dans une
Audiance deplus d'une demie
heure, durant laquelleils s'entretinrent
apparemment de
toutcequi pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui. fera
donné dans les formes accoûtumées
Lundy prochain15. de
ce mois, dans un Conscil qui
se tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires.
Ce nouveau Grade vadonner
à Monsieur le grand Prieur
desmouvements & des dérails
considerables & necessaires
pour la sûreté & la dess nse de
dtnosHIest & denos Places.
Le choix qu'on a fait de sa personne
a été generalement applaudi
de tous les François &
de la pluspart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui fupporrent
avec quelque forte d'impatience
cette dlfiiébon; effet ordinaire
de la jalousie dont le
plus grand merite, &la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à present à
dresser lesRôles,&les listes
de tous les Chevaliers, & plus
particulierement de ceux qui
ont été ou font actuellement
dansle service, pour leur donner
des Emploisconvenablesà
leurstalents, ou à leurs services.
On avoit déja mis nos marinesen
état de deffenses par
des retranchements que je n'ai
point encore vû, mais qui les
rendent, à cequ'on dit inaccessibles
à nos ennemis
, & à
l'heure que je vous parle, on y
transporte l'artillerie qu'on va
placer dans les batteries qu'on
a dressées & préparées avec
beaucoup de foin, dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon.
Il feroit difficilede diresi
cela seranecessaire, parce que
l'on nevoit point clair dans les
desseins des Turcs. En genc.
ral on Gjait feulement que
leur Armement de mer n'est
pas si considerable en Navires
de guerre ,
& ,-0 Galeres
qu'on le croyoltJ ou qu'on
l'avoit dit d abord:mais comme
il leur suffisoit d'avoir un
grand nombre de Bastimens
pour le transport de leurs
Troupes, Vivres, & Munitions
de guerre de toute espece,&
qu'il leur seroit aisé d'en
assembler promptement la
quantitéqu'illeur seroit neteffaire,
il est à propos de se tenir
de plus en plus sur ses gardes,
&c'est à quoi ontravaille;on
le fera mêmedans les suites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
toujoursqueles Turcsnenous
en veulent pas, & qu'il soit
mêmepersuadé qu'ils font
dans l'umpuissance de nous attaquer;
plu sieurs pensent autres
ment ckontraifaa
,
maistout
bien compté, je ne croi pas
que nous les voyons du moins
cetteannee.
Les Lettres de Londres du
30. May, portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Ministere precedent,n'ont pas
encore fait leur rapport, &
qu'on ne sçavoitquand ils le
feroient. Le bruit mêmecouroit
que le Roy, pour éviter
les suites que ces recherches
pourroient avoir, avoit dessein
defaire passerau Parlement un
a£te general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonnéaux
Commissaires des Paroisses de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titre l'Examiner, à peine
d'estre poursuivis en Justice:
mais les Cassez & autres lieux
publicss'en moquent, disant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire, & que si 011 les attaque,
ils se deffendiont.
Il y a plusieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort, Arlay,&
de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'assenrance
que jamais aux Séances
du Parlement, les ennemis de
l'ancien Ministere se trouvant
embarrassez plus que jamais à'
leur faire leur procès Le Roy
George d'ailleurs les protège
secretement, & sur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
Les Lettres de Warravie
- portent
portent que le bruit y avoit
couru pendant quelques jours
qu'on attendent à Choczin
vingt mille Spahis avec trente
mille Janniffaires ; & que
le Catnp des Tartares avoit
ordre de s'avancer du même
costé avec 40. ou 50.mille
hommes; maison doute de
cette nouvelle; ce qu'il y a de
certain,est qu'un nouveau Ba
cha estoit arrivéàChoczin avec
six mille hommes pour en faire
achever les fortifications,&
que pour cet effet les peuples
de Moldavie estoient obligez
de fournir six mille palissades,
une Comme considerable, &
une grande quantité de provisions.
se artillerie avec une grande
quantité de bombes, de boulets,
de poudre & d'autres munitions
deguerre & de bouche.
Le Comte de Croissy, Ambassadeur
Extraordinairede France
en Suede estantarrivé à l'armée,
eut audiancc du Roy de
Prusse auquel il presenta deux
Lettres du Roy tres-Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince, & le 10. il partit
pour Stralzund :on a appris
depuis peu qu'il y estoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit eu
d'abord audiancc du Roy de
Suede, & qu'ensuite il avoit
dîné avec Sa Majesté.
On mande de Vienne que
les Lettres de Hongrie du 5.
dumois passe, portent qu'on
avoit fait un grand amas de
palissades auprès de Segedin,
& qu'elles dévoient estre employées
aux fortifications de
cette Place, vers laquelle plufleursRegiménsavoienc
ordre
de marcher, que les Turcsassembloient
un corps de troupes
prés de Salenkeimen, &
unautre plus considerable auprès
de Belgrade:le bruit avoit
couru quele premier estoit de
quinze mille hommes, quoy
qu'il n'yeneûtpas plus de dix
mille;& depuis on a [û qu'ils
avoient tous deux reçû ordre
de marcher contre les Venitiens.
On a appris qu'en deux
rencontres ils avoient eu en
Dalmatiel'avantage sur les
Turcs qui avoicnt esté battus,
avec une perte assez considerable.
L'AgaIbrahimn'apas
encore eu audiance du Prince
Eugène.
- On écrit de Venise que leSénat
après les avis venus de toutes
parts de la déclaration de
la guerre faite par les Turcs à
la Republique, a resolu de la
declarer pareille mept. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier, ils ont fait
plusieurs infractions au Traité
de Paix de Carlowits fous divers
pretextes.; qu'ils ont arressé
le BaïleMémo, Ministre
rcprefenrant) & l'ont mis tn
pnfon dans un des Chaftea x
des Dardanelles
,
luy laissant
feulement cinq Domestiques :
quel e Secrétaire de l'Ambassade
avec trente sixautresDomestiques
de l'Ambassadeur,
avoient esté conduits aux sept
Tours. Ainsi les ordres ont
elle envoyez à tous les Commandans
des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir fus à tous
les Sujets de la Porte, & d'exercer
contre eux toutes leshostilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le secours necessaire, & la bénédiction
sur les armes de la
Republique,le Senat a ordonné
des Prieres publiques,
avec exposition du S. Sacrement
,
& des Procesion qui
se font faites avec un grand
concours,
On apprend par les Lettres
de Dalmatie que les Troupes,
Turques sorties de leurs quartiers,
s'estoient cantonnées en
divers lieux de la Frontiere,
attendant l'ordre de Ce mettre
en campagne, aussi tost que
les chevaux pourroient estre
mis au vcrd.
Un Vaisseau Anglois arrive
de la Canée,a rapporté que
lesTurcs yavoient fait transporrer,
ainsi qu'àCandie, une
grande quantité de vivres &
d'agrêts, pour servir de Magasin
à leur Armée navale.
Trois Galeres, & deux Galiotes
font parties cette semaine
ne avec des Troupes destinées
pour la Dalmatie,& une grande
quantité- de provisions.
Selon les dernieres Lettres du
Levant, le Capitaine général
après la jonction de l'Efcadrc
commandée par leSieur Fabio
Buonvicini, s'étoit avancé avec
les Vaisseaux & les Galères, à
Napoli deMalvoisie, pour obferverla
FlotteOttomane. Il
n'y avoit aucun avis qu'elle suc
encore sortiedes Dardanelles,
mais le Capiran Bacha avoit
feulement détaché quelques
Sultanes ou Vaisseaux de guerre,
pouraller lever des MateLes
Lettres de Madrid du
20. du moispassé portentque
U Duc de Veraguas, le Prince
de Chelamarre,les Secrétaires
d'Etat, des Finances, & de la
Guerre,l'Evêque de Gironde,
& Don Miguel Durand
,
s'étoient
assemblez la veille pour
le Règlement des Rentes, &
que ces Assemblées
-
se tiendroient
doresnavant à Valdemoro,
à cause du voisinage
d'Aranjuez.
On dit que le Prince Pio doit
partir incessamment pour aller
commander enCatalogneà la
place du Prince Scrclas
, que
son grand âge & ses indispositions
meuent hors d'estat de
servir davantage.
Le Marquisde los Balbazés
a demandé la permission de
passer en Italie pour y aller
mettre ordre à ses affaires, ce
qui luy à esté accordé.
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu,
à ce qu'on croit, dans le même
temps qu'on publiera le
Règlement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
excessives ont causé quelques
maladies dans la Famille
Royale, & que cependant leur
Majestez vont tous les jours
à la chasse
,
& qu'elles se promenent
les nuits dans les Jardins
du Fatals, qu'on a foin
d'éclairer, & où on assemble
les meilleurs Musiciens qui
soient en Espagne pour leur
donner des concerts agreables.
On écrit de Barcelone qu'
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
quiontobtenu des Benefices,
& des qualitez de l'Empereur,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté font au desespoir
de la nouvelle contribution
de deux millions cinq
cent mille piastres qu'on leur a
imposez, & l'on asseure que
tous les revenus de cette
Province ne montent pas à cette
somme.
Le sept de ce mois le Doyen
de Talavera prit possession de
l'Eglise Métropolitaine de Toledeau
nom du nouvel Archevêque,
cydevant Evêque de
Badajosquiestattendu à Aran-
-
juez pour baiser la main à leurs
Majestez, &se rendre ensuite
à son Archevêché.
L'expedition de Mayorque
est encore differée;onditque
les Meyorquinssont prêts à Ce
soumettre
, pourveu qu'on
veuille tours accorder la vie ,
les biens, & la liberté.
Les dernieres Lettres de
Rome portent que le Pere
Daubentonàla sollicitationde
son General, & du Pa pe, a accepté
la charge de Confesseur
du Roy,qu'ildoit partir
incessamment pour l'Espagne.
Arrêtez vous ici
,
Madame,
& n'allez pas chercher
plus loin dequoy vous amuser.
Cependantque le langage serieux
de l'ouvrage que je vous
presente, nevousôte pas l'envie
de le lire, vous trouverez
suffisamment dans la fuite de
ce Volume, de quoy vous dédommager
de cet inconvenient,
& je vous prepare un
dialogue, deux historietes, des
genealogies, une chanson &
des Enigmes, dont la lecture
vous édifiera. Enattendantlisez
l'Ode qui fuir. Sij'enconnoissois
l'Auteur, je le remercieroisen
bons termes du present
qu'il m'en a fait.
La véritable Noblesse consiste
dans lavertu.
ODE.
Auxyeux de l'ignorant vulgaire
Siez le plus heureux mortel
Queleforts'attache avont plaire
Habitez un superbe Hostel
AyeK un nombreux Domestique,
Brille'{ par un train magnifique,
Et par dessomptueux repas,
F.fJic' vous dusang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
!
Non, cefaste ne fuKtpas.
N'envisageons point IÀ Noblesse
Par tousces dehorsspecieux:
Aféprijons-ltsfilasagesse
N'y jointsestrésorsprecieux.
Cefameux RoidelaJudée
N'eutétéqu'unPrince en idée
Sans cet inestimablebien;
¿{-¡-il perdu ce biensupresme!
Tout l*éclatdeson Diademe
Ne doit être comptépour rien.
Prudent, égal, doux,charitable
,
Fidele observateur des loix,
Toujours droit, toujours équitable
Au dessus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
a
Kel€>
Courant ou l'honneur vous ttppele,
Vainqueurdes trompeuses Circés:
Fieraucombat,ailleurs modjle,
Ab! vousêtes Noblede reste,
Vousseul, vous, vousennoblissés.
Mais-vous
,
qui, s'il faut
vous en croire
Descendez, d'unillustresang,
Pour en retirer quelque gloire
3 See7,, dignede vôtrerang
C'estenvainque l'orgueilétale
Autourdes murs de votre Sale
Les vieuxportraits de vâsAjeuxy
Si leur memoire renxree
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturierànosyeux.
Quoi ! psaromincesngraandgs peers-
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs,font tant
d'outrages
-
Au beau nom qu'ils vous ont
laissé
Que veut dire cette cuirasse
Que levaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vu porter?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille
J Etqu'ilvous mette la quenouille,
Qu'Omphale vknt vous presenter?
Ce n'est point ausein des delices
Quesesontfomez ces Héros:
C'estàde rudes exercices
Quefl dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toutemolesse,
Vrais amateurs de lasagesse
Prudens Magistrats
,
grands
Guerriers:
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
Mais quels sont vos exploits
de guerre?
Par quel endroit vous loûronsnous?
Surquelle mer ,
dansquelleterre,
.A've-'Vousfait parler devous?
Vous garJt un honteuxsilence :
Pourquoi donc avec indolence
Vousvanter des hautsfaits d'autrui
!
Voulez-vousqu'en vousje revere
Les vertus d'unAyeul iunpere,
Tel qu'eux montrez-vous anjourd'huy?
LAg/oirt brille d'avantage
Q-Îand dupereellepajje aufils;
Mais ce riej}point un hcruâge y
Denossueurs elleestleprix:
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element desespritssublimes,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle cft l'immortel,Couronne
Quases amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
Loin d'elle ces ames hautaines,
Queseduit leurproprejitr/j
Etqui, sans mérité, sont vaines
D'unfantôme dequalité:
Loinceshommes dontles richesses
Sontl'instrument de leursfoibles
ses:
Victimes de leurs passions :
Que le vin, la table abrutissent;
Et qui leur noblesseavilissent
Parmilleindignes actions.
Telle qu'en la route akurée
-
Vertu
,
parois en ces bas lieux;
Et de tous tes attraits parée,
Fais-les éclater à nosyeux ,
Redui ces vainsgéans en poudre:
Pour
Poureuxton aspectestunfoudre :
Sur leur frontse peint la pasleur:
Pri'llé'{J de tes chastes delices
En proye à l'horreurde leurs vices,
Le desespoirsuit leurdouleur.
Je ne m'informe pas avec
trop de curiosité, Madame
,
si l'Ode que je viens de vous
presenter, vous a plû, ni même
si vous l'avez tue; mais s'il
m'est permis de vous parler
avec uu peu d'autorité, ne
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la suit, c'est un ouvrage
excellent, en un mot c'est la
copie d'uneLettredeMonsieur
l'Abbé de Pons, à Monsieur
Dufreny, sur la Comedienouvesse
qui apour titre, leLot
supposé, ou la Coquette deVillage.
Je ne doute pas que le
mente&la reputation de MI.
l'Abbé de Pons ne vous soient
connus, ainsi l'idée que vous
avezdde l'u,y.) comme tout le monde, m'épargnera avecvô11 -
tre permission l'éloge de ses
ouvrages. Voici sa Lettre.
Je vous rends grace, Monsieur,
du succez de vôtre piece,
elle a sauvé l'honneur de
mon jugement,j'ay partagé
cn quelque sorte votre peril,
mais sans prendre rien de vôtre
crainte. La mesure du bon
que je sentois dans cette Comédie
me la mettoit àcouvert
d'insulte,& il n'estoit question
chez moy que d'un acceülplus
ou moins favorable;c'est sur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action thea-
[cale, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques
On doit,ce me semble,
aux Auteurs l'aveu naïfdes sentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il est
vrai que la pluspart ne veulent
de leurs amis que des applaudiffements&
sçaventfortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüersesdegoûts, il
n'importe,disonstoujoursce
que nous sentons
,
j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea son égard Mais de me.
me que je veux qu'on ait le courage
de blâmer un mauvais ouvrage
au peril de s'aliener l'Aureur
qui nous consulte, je
voudrois qu'on osat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté,jevoudrois
qu'on n'hezita pasàse mettre
pour ainsi dire de moitié de
péril avec elle, en un mot, il
me semble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre censure
nousasemblé bon, nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir lepéril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique
,
voilà
pourquoi vôtre piece avoit si
peu d'Apologistes après plusieurs
lectures que vous en
aviez faitesà Paris&àlaCour,
il falloit qu'elle réüssit auTheâtre
pour affranchir dumistere
quelquesamisdiscrets, qui, de
peur de fëTtommcttre, n'avoient
oÍe se déclarer hautement
pour elle Je ne me sçais
pas mauvais gré de n'estrepas
si Politique, je ne fuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir, & après tour quel
est le danger? Quand il me seroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais, il n'y auroit pas
grand mal à cela, & j'oseaffeurer
, que je serois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
si dissimulant lâc hementmon
estime, je m'ettois épargné
cette espece d'humiliation.
Il n'y a point de piece absolument
irreprocha ble au
Théâtre, & je n'espere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle, dont les
bautez rachèteront plus liberalement
les défauts. C'estl'équitable
appréciation de ces
beautez & de ces défauts, qui
estl'objet de la bonnecritique.
La pluspart des gens croient
avoir donné une haute idée de
leur goût lorsqu'ilsont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes sensibles de
son ouvrage ,
voilà les bornes
de leur examen, ils ne fortiront
point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux, ils ne relèveront jamais
une grace delicate,cela
n'est pas également aisé à sentir.
Mais le merite d'un excellentcritique
ne se borne pasà
sentir successivement & les
beautez & les défauts d'un ouvrage
il lui faut encore un
coup d'oeil qui embrasse le
tout ensemble, & qui force
son jugementà prononcer sur
l'air général & dominant de
l'ouvrage. On vous reprochera,
ra, Monsieur,quelques fautes,
& vous sçaurez mettre tout à
profit; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieu ses, renvoyez
les censeurs à l'air general
de bonté devant qui ces
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproche d'abord ,
& je fuis icirelateur complice,
on vous reproche,disje ,
de
n'avoir pas satisfait à l'idée du
titre de la piece
,
dans le caractère
devôtre Coquette.. Le
titre de Coquette de Village
femblgiLannoncer laCoquetterie
agissante au gré de la
simple nature, par un manege
de pur in(lin£ti mais vôtre Coquette
n'est rien moins que
cela
, vous supposez qu'elle a
été instruite par la Veuve Parisienne
,
de toutes les ruses
perfides que l'art fournit aux
Coquettes consommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
devillage,que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela: si le
titre de Coquette de Village
nous blesse, qualisions la piece
par, le Lotsupposé.
Ona trouvé vôtre dénouement
trop précipité, onvoudroit
que vous cussiez soûtenu
plus long temps Lucas
dans soninsolente yvresse, &
que vous Peuflîez détrompé
moins brusquement. Quand
une Scene nous a fait plaisir
à certain degré, nous avons
souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait assez durer, nous n'examinons
pas toujours s'il étoit
aisé de l'étendre au delà de certaines
bornes,sans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay esté mal affcûé dans
le premier Acte de la Scene cà-,
crc le Baron & Lisette; voicy
ce qui m'y a blessé: on a die
que le Baron épris de la Coquette,
avoit déja parlé de mariage,
&qu'il y avoir même
eû des articles dressez, il ne les
a point encore signez ces articles
; mais l'on se proposed'épier
un instant de foiblesse,
pour luy faire faire la sotise ;
tout cela supposé, lorsqu'on
fera paroistre le Baron avec
Lisette,il faut que je m'apperçoive
de l'extrêmepassion qu'il
a pour elle, & s'il n'a parlé
d'artictes & de contrat, que
pour gagner dutemps, &
tromper Lucas & sa fille, il'
doit, dans l'état de la Scene
en question, redoubler d'artifices,
& persuader plus que jamais
à Lisette, qu'il a sincerement
dessein de l'époufer.
Mais rien de cela. C'est tout
le contraire, il luy dit durement
qu'il avoir perdu l'esprit,
le jour qu'il fit dresser le contrat.
Ce jour-là ma foiblesse
Pensa bien l'emporter sur toute
ma raison.
Ensuite illa rappelle à l'esperance,
en luy disant:
Vous aurez un contrat, il
estsigné déjà.
J'ayfaitlepremier pas,signer est
le sécond.
Et le fécond pas,quad
le fera t il ? lorsqu'il fera plus
vieux en verité vostre Coquette
n'a pas grand mérite à
deviner que le Baron se moque
d'elle, quand le piège eûe
esté un peu moins grossier je
la connois,croyez moy, elle
n'en eût pas esté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus presente qu'à moy ,
si
vous estes de mon avis, le remede
en facile, quelques Vers
adoucis rétabliront tout cela.
Il ne m'est revenu aucune
Critique particulière qurattaqua
la conduite & la marche
generale de la piece, mais aussi
de tous ceux que je connois qui
en ont esté le mieux affectez
,
il y en a peu qui ayent osé
prendre sur eux de la Iciier de
ce costé, je ne sçais si, à tout
prendre, vous ne devez pas
être content.Lepréjugé ne fait
pas toujours si bonne composition;
quelques gens sont
prévenus que l'art de conduire
n'est pas vostre fort. Le fondèment
de cette prevention.
c'est que vous avez fort négligé
cette partie dans les travaux
d'un autre âge. Une seule
piece heureusement conduite
ne fuffic pas aux gens prévenus
pour leur faire retraiter ce jugement
,il leur faut plus d'une
preuve, ils ont trop d'interest à
la chose
, cette rétractation est
peut être pour eux une affaire
d'honneur.
Vostre Comedie del'Esprit
de contradittion cft de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'est une
piece d'un seul Aûc, & elle ne
passèra pas pour un grand esfort
de conduite; celle ci est de
trois AaesJ & prouveroit un
peu plus: C'efi pourquoy l'on
ne doit pas estre si facile à l'adopter
,
cela viendra avec le
temps. mais tout cela ne
suffit point encore, il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit simple &
ingenieuse, dont la marche
foit aisée & naturelle, en un
mot, il vous faut surmonter
plus d'une fois les, plus grandes
difficultés de l'art, pour terrasfer
la prévention qui vousobsede?
courage, Monsieur, le
plaisir du public est un objet
digne de vostre émulation,
puissezvous faire long temps
ses delices. Je suis, avec une
singuliere estime, Monsieur,
Vostretrès-humble & tresobéïssant
Serviteur,
,
!,
l'Abbé de Pons.
Allons,Madame,encouragez
moy à ne pas vous ennuyer.
Jusqu'à present cela ne
va pas mal, & il y a apparence
,
si la matiere continue à
s'embellir d'ellemême, que
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre Jugez si je m'y
prends comme il saur &siles
efforts que je vais faire pour
m'en tirer à mon honneur, ne
font pas suffisants pour vous
amuser. Je vous ai promis des
historiettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureusement la
tête remplie des circonstances
de celles que je vous destine.
Saufcependant à moy, à ne
pas dévisager les Marques de
l'un&l'autre sexe à qui mon indiscretion
pourroit porter des
atteintes assez delicates. Ainsi
pour ne pas compromettre les
gens dont il s'agit, ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout seul du poids de leurs
avantures. Je vous avouë, Madame,
que je n'aurois pas la force
de vous refuser toute la
confidence des affaires que
Vous allez lire, si j'avois l'honneur
de vous connoître plus
particulieremenr,maisdusexe
charmant dont vous étes, outre
qu'on babille volontiers,
on fc plaît encore si Couvent à
faire des tracasseriesau tiers &
au quart, que je croi que le
plus t'ûr,clf de ne vous dire,que
ce qu'on veut bien que tout le
monde sçache. Orest-ilque
je ne crains pas la censure,
d'ailleurs je fuis fait pour elle,
&onne verra jamais Mercure
tant que je le ferai, s'allarmer
de tous les discours qu'on peut
tenir de luy : par consequent,
lisez.
; J'avois il ya quelque temps
une Maison superbe à la Ville,
& deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table,& l'excès de mes richesses
m'avoient acquis une si
grande foule d'amis, & misen
si bonne odeur chez les Dames,
que je paflois pour un vray
modele de generosité, de delicatesse
& de galanterie. La
nature de son côté avoit été
à mon égard aussi prodigue
que la fortune. Jugez, si avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a touAj.ours porté,
aux plaisirs, tous les coeurs ne
s'ouvroient pas à monpastage
>
Voilàl'état où etoient*mes affaires
lorsque m'arriverent les
avanturesque je vais vous conter
3
elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy
,
mais
mon tempérament a malheureusementreçu
de l'habitude
de mes plaisirs des leçons de
modération dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
vie dont je viens de vous faire
une peinture assez legere
,
je
tombay par hazard après bien
des cascades
, entre les mains
d'une Dame quientretenait le
plus galammant
, & le plus
adroitement du mondé,neuf
Amants à la fois, il faut tout
vous dire,j'avois en même
temps neufMaicreCcs
; mais il
y avoit cette différence entre
nous deux,que le plus fouvenr,
quoi qu'elles me coutâssent
bien cher, elles étoient sans
conséquencepour moy, au
lieu que les neuf Amans de la
Dame dont je vous parle, tiroient
chaque jour assezrégu-
,
lièrement à consequencepour
clic. Lorsque je me mis sur les
rangs j'aurois pariétoute ma
fortune que cette obligeante
personnem'adoroit ,une
delicatesseinfinie & unart ad.
mirable assaisonnoient à merveille
toutes les caresses que je
recevois d'elle. Aussi gencreuse
que moy, mon coeur
étoit à son compte, le seul bien
qui stattoit sa passion. Enfin ses
airs simples, tendres & ingénus
m'ényvrerent de l'espoir
d'un bonheur si doux, & [ai.
firentà un tel point ma crédulité
, que je me dcterminay à
lui sacrifier toutes ses rivales.
Ces
Ces ruptures ausquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres, furent suivies de tant
d'éclat & de brusqueries réciproques,
qu'elles firent pendant
un temps assezconsiderable
la raillerie de tout le mondeJe
renvoïai à la belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'a.
voitécrites,&je lui redemandai
les miennes, Climene me jetta
mon portraitauné, lafiere
Olympe m'arracha les cheveux,
&me donna quelques
soufflets,ainsi du reste.
Debarràsséenfin
heureusement des
mains de toutes ses aimables
per sonnes, jecouruschezmon
incomparable & nouvelle
Maîtresse je luyfisvoiràl'inf.
tant sur mon vi sage & dans
mes yeux, ou ma passion étaloit
tous lestransports de l'a.
mour dont je brulois pour elle,
les vestiges (anglants de mon
triomphe, Tant de sacrifices,
& une victoire si complété arrachèrent
de son coeur l'aveu
le plus rendre qu'une Amante
éperdue puisse jamais faire au
plus heureux Amant du monde,
& de ses beaux yeux des
larmes, dont je pensai expirer
de joye.
Je me Mouvay si leger après
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire, que je luy
jurai millefois,&avec sincerité
de n'aimer désormais plus
qu'elle. Elle me crût, & me
protestaavec ferment de n'aimer
de sa vie que moy, Huit
jours se passerentainsidans la
meilleure intelligence du monde
; mais mon bonheur ne devoir
pas êtreéternel comme je
m'en étois flatté: en voici la
preuve.
Unjourestant entré dans sa
chambre
vers les dix heures du
matin
, par l'entremise d'une
de ses femmes je m'approchay
de son lit, je m'assis dans un
fauteuil à costéd'elle, & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours, qu'elle
écoutoit aff ctueusement
,
comme les plus belles choses
du monde; lorsquenous entendîmes
frapper en maistre, à
la porte de la chambre où nous
estions. Ah! mon Dieu, Monsieur
, me dit elle, c'est mon
mary, il Ce doute de nonce intrigue,
ou plustostil n'en doute
plus: je fuis perdue..
cachez-vous, sauvez vous? où
Voulez vous Madame, luydisje
aussi effrayé qu'elle, que je
me cache, & par où puis- je
me sauver.Hé!Monsieur,fautcz
par la fenestre. (Il est bon
de vous dire que cette fenestre
par où elle me proposoit de
faire le faut, estoit à plus de
vingt pieds de hauteur sur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter, & que d'ailleurs je
ne sçay point sauter.) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte, &le prétendu mary
que je ne connoissois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maitresse ne pouvant plus.
tenir contre ces brutales instances,
me dit, cachez vous
du moins, Monsieur, fous
le lit, ou bien entre les matelars
Eh! Madame,luy répondis.
je)ll n'y a pas de sûreté pour
moy à me fourrer ny dessous,
ni dans le lit.Eh!du moins,mettez
vous, reprit- elle impatiemment,
danslegrandtiroir de
cette commode, ouvous pourrez
entrer,quoyqu'assez mal
à vostreaise: dans un besoin
extrême, commeceluy-cy,
Monsieur, ne faut-il pas faire
de necessité vertu. je fus aflfez
•foL pour m'emprisonner avec
des peines enragées dans ce
maudit tiroir, où elle m'enferma
à double tour,&dont elle
tira
,
& cacha soigneusement
la clef.
Apres s'estre ainsiprécautionnée
contre les recherches
jalouses de ce curieux impitoyable,
qui de soncôtéjuroit
à la porte comme un Païen
elle alla enfin d'un , air tout
endormi, & en se frottant les
yeux, lalui ouvrir. Envérité,
Monsieur, lui dit-elle
) vous
venez de me reveil ler en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
au milieu du plusagréable
rêve que j'aye fait de ma vie,
lorsque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiment,
Madame, lui dit it^
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez, donc
m'en faire accroire comme à
Daphnis,Oronte, Licydas,
Eraste & Damon. Je ne vous
parlepasdevôtre grand Laquais
que vousleur préférez
commet moi, c'est un coquin
que je ferai roüerdecoups de
bâton; mais Plutus& Mercu- requedepuis quelquesjours
vous honorez de vôtre furdresse
avectant d'éclat,ne me
marcheront
marcheront pas sur le ventre
impunément. L'un d'eux est
ici, & malheur à qui me tombera
fous La main, Je vous
trouve bien hardi, lui dit-elle,
de venir m'insulter avec tant
d'audace dans ma maison.
Taisezvous,perfide
,
repritil,&
n'esperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ferai
pas vostre dupe, comme
les sots que vous tenez dans
vos filets, & je vous per fecuteray,
jusqu'à ce que la restitution
que vous me devez,
m'aie mis â, but avec vous.
Vous êtes uninsolent, lui ré..
pondit-elle
, un lâche, &le
plusméchant & leplus scelerat
de tous les hommes; en
même tems elle gémit , pleura
Il ,
s'évanouit, & jen"cntenr
dis plus rien, parce quejem'évanoüis
aussi.
Environ deux heuresaprès
monévanoüissement
, ma
charmante. Maistresse ouvrit
le tiroir pu je!métait imprudemment
laisséemprisonner.
Et metrouvant presque sans
poux, & sanschaleur,elles'imagina
que je navois rien entendu
de la conversation precedente
, & s'empressa à me
faire revenir.J'ouvris enfin les
yeux, & je lui dis avecune
langueur extrême, qui partoit
plûtôt de l'accident quivenoit
de m'arriver, que de l'amour
qui me restoit pour elle, que
je me mourrois, & que jela
priois d'envoïer chercher mon
carrosse qui mattendoit àcent
pas de samaison, pour me remener
chez moi ce qu'elle
cut de la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embrassarts
tendrement,qu'il falloic
que je me fusseévanoüi en
entrant danslacommode,tant
elle m'en avoit retiré froid&
saisi ; elle ajoûtaque son mary
l'avoir le plus mal à propos
du monde entretenu detout
le détail assommant d'un procés
qui estoit de grande importance
pour eux, mais qu'-
elle se trouvoit, encore bien
heureuse de ce qu'ill'avoit enfin
laisséesitost en repos, & elle
meprédit que mon accident
, n'auroit point de suitesfâcheuses.
En effet
, en sortant de sa
maison, je me trouvay si bien
remis de lalethargieoù mavoit
jette le tiroir, que je me fis mener
sur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'emprisonner. Je me souvins,
chemin faisant, de l'obligeante
proposition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la fenestre,au hazard de me
briser les os, & j'arrivai chez
lui, après avoir fait voeu de ne
plus retourner chezelle. ]
- ™
Nos premieres civilitez furent
courtes;mais la confidencese
mêlant denostreconver
fation, il se radoucit à mon
égard; &je l'amenay au point
deluy faits entendre avec de
grandséclatsde rire,tout ce quiv^oirdcjnatnYcr. Ecoutez,
medit-ilà son tour,la
fin de l'entretient quejeviens
d'avoir avec cette prodigieuse
femme ; mais ilest à propos, de
vous dire auparavant, queU
qu'une des raisons qui ont
donné lieuàce quevousvenez
d'entendre.
Il n'est pas-. necessaire qUQ:
je vous étale icy les charmes
de sa personne, ni ceux de
son esprit, vous en connoissez
les grâces & le pouvoir aussi,
bien que moy;mais il est bom
que vous sçachiez qu'il y a six
mois que jevis bien avec elle;
que:pendantces ! six mois ,
mon amouratous , lesjours
pris de nouvelles forces , &
qu'ilya enfinsix mois que*je
rnJappr4isq.u'tBe me trompe
tousles jours, Pouvez-vous
aprés ; cetaveu 1 renoncer _:;à
àiratfr.utt* femme si;Úmê\.bl
Tous ceux que vous nfa*
entendunommer fontien
effet, depuis &avant moy ;
n; amants comme moy.Elle
fait en un mot si bien ménagérâ
ses heures & ses rendezvous
* quecen'estpresque que
parconjecturequ'on seméfie
d'elle. Jen'auroispas même
acquis la grande connoissance
que j'ay de ses allures,si une
femmede sa confidence & de
sesplaisirs, n'avoit pas malheureusement
pour elle, pris,
àce qu'ellem'adit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monsieur,
comme (ayeû son secret '¡&
c'est par son canal que j'a1
sçuaujourd'huy quevousétiez
chez elle ; & qui plus est, que
vous y étiez parfaitement bien.
J'ay répondu assezindifferamment
à cetavis;mais un moment
après l'avoir receu, j'ay
montéen cro{fa'j & je suis
venutroubler, je nesçai Co£
core, si jedois dire, à propos
ounon, lesplaisirs qu'onvous
destinoit. Je me dedis -de
boncoeur,luy dis-je, detout
lemal que jevous enay voulu;
mais de grace,achevez la suite
de cette conversation que mon
évanoüissement m'a dérobée.
Jeme fuis mis, reprit- il, petV
dant que labellepleuroità
chaudes larmes, à faire une
exacte visite dans son appartement;
je vousay <
cherché
derriere les rideaux, fous lelit,
dansfon cabinet, ôc pattout
sansrien trouver,bien asseuré
cependant que vous n'étiez
pas IQj),.& ne comprenant
pas où vous pouviez cfi". J'ay
pasle dansune autre Chambre
©àelle m'a suivi, & oùelle m'a
faitles plus touchants&les
plus tendres reproches du
monde.J'allois enfin mejetter
à ses pieds, & : luy demander
mille pardons des injures <]ut"
je luy avois dites,&del'indignité
de mes soupçons
,
loro
que la presence de son mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous .deUX¡
, a rompt*
nostre entretien;elle avoit lé*
visage baignéde pleurs, j'avois
les yeux moüillez & nous
estions tellement embarrassez
de nofuè contenance,dont
la vue d'un époux'iraportur*
augmentoit infiniment le dé
sordre
,
queje pris le parti de
les laisser ensemble s'éclaircit
des causes de nostre embarras.,l
Elleadel'esprit, il n'est pas
délicat,&c'est à quelques intrigues
commeles nostres, qu'ils,
doiventl'éclat de leur maifbn. * Jugezsila paixaesté bien-tocri,.
faite entr'eux
, ou pour mieux
,
dire
,
soyez seur qu'ils<n'onc;,
-
pasesté un moment brouillez
pour si peu de chose
il* Je vous avouë pour moy
que rien ne me tient plus au
coeurà sonégard, qucl'hor,
rible dépense qu'elle m'a fait
faire
>- tous les hommesont
leur foible. Je ne merepens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieuderegretter;
mais dans cette occasion
je fuis trop la dupe de
mes foins &de mon argent,
pour n'en pas regretter la perte.
Mafoy
,
luy dis-je,ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattraper,
seroit assez inutile
, au
reste prenez là-dessus le parti
qu'il vous plaira, pour moy je
m'en tiens, ouj'en suis avec clic,
& jevous jure que de cd
pas, je vais chercher fortune
ailleurs. ,lj' Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre, ôi je
fus sur le champ chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode, sans leur
nommercependant la'per!onl.
ne qui m'avoit si bienaccommode.
i, Je me souvins dans la cha-K
leur des mouvements que jd
me donnai pour regaler ld
monde de ce trait admirableJ
que des neuf personnes quej'avois
l'honneur d'aimer, avant
la glorieuse preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtresse, la jeune Lisette étoit
celle qui me seroitle meilleur
accüeil. Je me rendis chez elle
en sortant de la Comedie,j'en
fus reçû avecmille marques
d'une veritable tendresse, elle
me jura qu'elle avoit vû ma
desertion avec une douleur
mortelle, & qu'elleavoitenfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus sensible mille fois
que je ne peut vous le dire à ses
discoursflatteurs, je me raccommodai
sibienavecelle,que
les
;
circonstances de nôtre
broüill'er,ie ajoutèrent un ra, -'\ 1( goûtinfini ànôtre raccommodement
J'y retournai le len-*
demain, le joursuivant,& 1q
troisiémejourencore 5 mais
par malheur elle avoitun mari
jaloux dans les formes.
;
Il ne
fc plût point à me voir si fou.,
vent dans samaison, il pria (e
chere moitié de m'écartersans
bruit,&luy fitentendre que
si sa priere n'avoit paslieu, il
prendroit des mesures qui mettroient
à (antode,(on honneuren
repos. La bellecompta
ces petites menaces pour
rien, & ne m'en fit pas feuler
mentlamoindre confidence^
Cettereserve pensa luycouter
biencher; mais en verit
il n'y a rien donc une femme
d'esprit ne vienne parfaitementàbout.
<: ::
; Un certain jour dont j'ai
oublié la date, il y avoit environ
une heure que nous étions
ensemble, lorsqu'une fillede
Chambre vint nous avertir
que Monsieur alloitnous furprendre.
Suivez moiunpeu de
loin me dit àl'instant son
épQufe,julquala porte de
- '-.-" mon
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
pritaussirost deuxflambeaux
qui estoient sur la cheminée,
elle courut sur l'escalier où elle
rencontra son mary, à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monsieur, montez avec moy
là haut
,
je viens de voir tout à
l'heure un grandIrlandois qui
mademandé l'aumosne d'une
maniere qui m'épouvante encore,
je meurs dé peur quece
ne soitun voleur, & qu'il ne
soitcaché dans lamaison. Sorti
maryla suivit & monta avec
elle chercher le prétenduvoleur,
pendant que sa fille de
chambre me mità la porte de
la ruë, où je fus fort aise de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes, j'aime les plaisirs
tranquillesle tumulte des
passions qui fait le bonheur
desautresest justement ce qui
m'en dégoûte.Ainsi j'abandonnay
encore une foisLisette,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui ID'a,.
voit si maltraité le jour de
nostre rupture. Elle estoit sa
maistresse, celle de son mari,.
& fut encore la mienne, contre
mon intention. Voici de
quelle manière je rentraydans
ses fers.
Luy faisant un jour une
simple visitede civilité
,
elle
mit la conversation sur lechapitre
de nos amours, & après
avoir passé en reveuë lesqualirez
& les noms de ceux & celles
que nous avions aiméde
part & d'autre
,
elle me dit V
Ecoutezmoy
, mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
aussi inconstans que nous l'avonsesté;
faisonsunefin,vous
aimez dans un sens,vostre Iii
bercé
, tous les hommes l'aiment
comme vous; mais libertin
pour libertin
) vous
cûcs celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy ,&avoüez ( tous les
trairs de vos Maistresses comparez
aux miens) que,Coquette
pour Coquette, je fuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer,
w J"1 vous jure
,
Madame,
que je ne pus pasm'empêcher
d'en convenir, & que la bonne
foi d'Olympe fie un effetsi
puissant sur moi, que je l'aime àla rage.Voila ou nousen
sommes. Si ce rccit ne vous a
pas ennuyé, j'en fuis bien aise.
Ne me perdez pas de veuë,
Madame
, un de mes amis
veut me faireparler tant
mieux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du -. sublime
qu'il mepreste. Je vais dialoguer
d'importanceavec Iri*,
& vous dire des choses que
vous allezregarder,comme leChef-d'oeuvre demon éloquc:
Occ. Cette promesse,entre
nous,ne doit pasvous
étonner rifqQe c'est à moy
si vous vous en rapportez à
ce qu'en ont dit ces vieuxfoux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand art de
raisonner. Jugez par vos propres
lumieres, s'il ont eûtort
ouraisondeme dispenser les
qualitez que j'ay receus d'eux.
DIALOGUE
entre Iris
,
Mercure co un
- Moderne.
1RtS.
Hola ; Mercure
,
hola je
desesperois presque de te
ircnconutër dans cc Pays-cy;
je n'en puis plus:
A te chercherme voila horsd'hâleine,
Voye'{ l'Ingrat, s'il s'en metfort
en peine.
Quen'ay-jecependant pas
fait pour te découvrir,il n'y
a point de recoins dans la Grece
& dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru, point de
Monrs sur lesquels je n'aye
grimpé
, non pas même le
Mont Parnasse
,
& malgré les
arrêts du destin, comme dit
Homere
, toute immortelle
que l'on me croye ,
je ferois
expirée desoif& de lassitude,
sije nem'estoisrafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne Ii..
queur ,
Mercure. MERCURE.
Pour duNectar j'en bois si
mais si de la meilleure eau d4.
monde. De quoy s'agit-il
charmante Iris
,
cependant
de peur de l'oublier,que jeîJ
l'embrasse ma chere enfant,
aprés quoi je t'écourerai de marJ
bonne oreille. - le
IRIS.
Treves de ces sortes de li-fl
bertez badines, je te prie, elles
estoient permises parmi nous
autres
autres Divinitez du Regne d¿
Saturne d'heureusemémoire,
&e* «n*. c»o- re plus fous celui de Ju.,
piter son fils, mais depuisquelque
tems à
il faut estre un peu
plus en garde contre les faillies
du temperament , car en certain
réduit du monde, il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui ne manqueroient pas denous,chansonner sur la
moindre privauté. t!
MERCURE.
O la plaisante défaite,commesi
lesDieux devoientcraindreles
couplées.A propos;
est-ce que les Immortelssont
assez oisifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les sotises qui se disent & se
font ici bas; s'entretiennent,
t-ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques esprits
inquiets ont déclaré au)
Partisans du divin Homere.
IRIS.
Fils de Maïa, peux-tu me
faire une telle demande, commes'il
étoit permis que tu pus
ses ignorer l'importance&le
consequences decette fameuse
querelle
,
& c'est là unique
ment le sujet de mes depêches
& pour lequel je t'ai cherch
avectantd'inquietude &d'empressement,
afin que nous concertassions
ensemble les
moyens de detoumer cet orage
qui menace toute la Cour
celeste. Comment si cette
affaireestdeconsequence. Oüi
sans doute,elle interesse plus
que tu ne peux te l'imaginer,
tout le Consistoire des Dieux;
nosConfreres avoient d'abord
regardé les préliminaires de
l'insulte faite à leur Poëte
,
comme un jeu fait pour les
amuser. Momus, mauvais railleur,
les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entrcprendre
d'escalader leCiel,en
s'élevant sur des échasses pour
y atteindre. Cornus le Farceur
a d'autres Nains, qui, plantez
sur les épaules d'un Geant, se
pcrfuadent follement qu'ils
font greffez sur sa teste, comr:
me surun grand Sauvageon,
s'en estimant la partie principale,
tandis qu'ils ne paroissement
pas plus qu'une fourmi sur le
bonnet d'unAncien,& tous les
Dieux de rire. Mais la Scene
cil: bien changée, depuis sur
tout que Jupiter a consulté le
Grimoire des Destinées, il paroit
inquiet, rêveur, d'une humeur
insupportable, jusquesà
faire perdre patience à la belle
Junon à laquelleil cache tout
ce qu'elle, voudroit sçavoir.
Je te dirai même à l'oreille que
cette Déesse pouffée à bout,
lui a adresse ces Vers d'Homere.
*OJupiterfâcheux,plein de ru-
-
desse,
- Quand ai-je estésifole (p* indiscrete
Tâchant sçavoir q, uelque choft
secrete.
Mais toy malin concluds & JeU.
beres
*Salel, I. Liv.d'Hiade.
Toûjourssansmoy tesfinsprive?*
Affaires.
Aquoi le Dieu répondit,ô Felont!
Impojftbh efi que jamais rienfou
donne
Que ton faulx coeur plein desus
pition,
N'entende à plein la miene intention;
Mais d'autant plus que m'en cuydes distraire,
D'autantou plus,jefais tout le
contraire
, Tant seulement pour mieux te
molefier,
Ente voyant à mon vuëil contejler:
Or va taffeotr, que je n'oye pa- role
Doresnavant si temeraire (7
folle :
Donc quelquefois transporté de
courroux,
De mes deux mainsje te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui sont en
l'ajjijî.nce
NftliffirJt rien pour ton aide&
deffense.
Il ne sçait en vérité à qui
s.en prendre ,il vit en Tyran,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui soit
plus funcftc que celle que les
Aloides lui declarerent jadidb
Ne t'en souvient il pas. MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient, il nc
m*ensouvient gueres.
-, Je me rappelle cependant
quelque événement semblable
que j'ai lû dans les Poësies
d Homere;mais parla barbe
de Jupiter
,
il n'est plus icy
question des périlspastez, en
voilà de presents bienréels qui
attaquent nostre divinité ; je
connois le fils de Saturne,il
n'est point Dieu à s'allarmer
de dangers imaginaires;cependant
qu'auroit-l à craindre
de ces Novateurs, a moins
qu'ils ne soient conduits par
quelque divinité inconnuë ju£
qu'à present parmi nous autres
immortels.
: IRIS.
Que tu as ta judiciaire excellence
, comment as tu pû
rencontrer fîjjfte; & c'est ce
que savois de plus cfientici àtecommuniquer, pardonne
à mon trouble ; il n'est que
trop certain qu'ils ont aâuellc-*
ment à leurtêteune maîtresse
Déesse, les Modernes la nomment
la Raison,ils l'ont proclamée
Reine, & le croyent
invincibles sous ses etendarts.
Appuyezd'elle ,ces esprits inquiets
font assezfiers pour
s'imaginer qu'en suivant ses
con seils
,
ils nous priverons
du droit d'immortalitémalgré
la prise de possession que nous
en a donné Homere il ya trois
mille ans. Se peur il Mercure
que tu ignores descirconstancesaussiimportantes,
puisque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'esttramée cette
étrange conjuration.
MERCURE.
Tu n'en dois point estre
surpris. Parmi mes dififcrens
emplois tu sçais que je fuis revêtu
d'un qui m'occupe seul
beaucoup plus que les autres,
c'est unmaîtreDieu que mon
pere ,
a-til fait un signe de
tête, plus prompt que l'éclair
il veutestre obéï.
Il faudra cependant qu'il
s'en passe pour cette fois cy
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impénétrable que Danaé
à la pluye d'or
,
soit dit entre
nous,c'est la premiere qui ait
resisté à ce charmant appas.
Je reprend donc mes Talonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour rendre
compte àmon pere de ma''
commission dontil ne serapas
content.
IRIS.
Non pas, Mercure,jay
ordre de te fairechanger d'ac
cupation ; il faut que comme
Dieu d'éloquence,tuemployes
tes talens à pacifier les esprits;
si tu t'entrouvoismême une
assez z ample provision pour
débaucher quelques-uns des-:
chefs de nostre ennemie la
Raison,quel service signalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate,
envoilà lesArhes par avance,
esm content.
L MERCURE.
Laisse moy faire aimable fille
de Thaumas,ils font confondus
,
je les amene pieds &
mains liezfaire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter, en prcfcnce du divin
Poëte,&là à voix haute &
claire, declarerque méchamment,
traitteusement & fédicieusement
,ils ont préféré
les armes de la Raison, pour
s'en servir contre le pere de la
Poësie à qui nous sommes
redevables, de tous les hon
neurs dont nous joiïiflons
dans l'Olimpe. Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
nostre rencontre, seroitce
point par hazard un de ces
séditieux Modernes qui vient
mediter icy quelque conspiration
contre la vieille Iliade.
Avant qu'il foir plus prés
,
il
me vient un dessein que tu
ne dois pas desapprouver, je
vais me transformer en Académicien
de l'ancienne Ecole,
& toy tu te donneras pour
une femme sçavante ; comme tupossedes parfaitement les
AntiquitezGreques&Romaines
tu me fourniras des citations
au besoin.
IRIS.
En verité tu es un admirable
Comédien, voyons toutefois,
comme tu joueras ce nouveau
rôlle& si tu me tiendras
parole, je te jure foy de Déesse
de luy adresser des injures qui
ne le cederont point en harmonie
à celle que Junon dit de si
boncoeur à Jupiter torfqu'clk
a ses vapeurs. Il paroist
chercher quelque chose qu'il a
égaré, serstoydecet à propos
pour l'aborder & luyoffrir
tes services,je te fuis de prés.
MERCURE.
Chut, ne dis mot. Monbeur
sans trop de liberté ne
pourrois-je pasvousestre bon
à la recherche que vousfaites,
j'ay au moins de bons yeux.
LE MODERNE.
Lachose M. ne mérité pas
que vous partagiez ce foin
avecmoy ,
j'en fuis même par
avance consolé, ce n'est qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proseavec des remarques
qui par consequent ne
mennuiront pas d'avantage.
Je crois que je meconsolerois
aussi aisement, si ravois perdu
1 un
-/'
un autre gros billot que vOIlà
quiest le pendant d'oreille de
l'original.
MERCURE Académicien.
A ce peu de paroles, il n'est
pas difficile de deviner que
vousn'avez pas des sentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppofcz aux vostres
il a au contraire pour moi des
beautez surnaturelles,& il me
seroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoûtsimarqué
,
je
ne crois pas vousoffenser si je
vous estime un Anti Homeris.
te du premier rang.
LE MODERNES
Le nom ne fait rien àtla
question presente, mais je doute
M. qu'un homme d'cfprit
ose jamais deffendre une si
mauvaise cause ; on aura beau
faire,& chercher,jamais on
n'y découvrira ce qui n'y a jamais
esté ; je veux dire un dessein
frappant que l'esprit n'ait
pas de peine à demêler,des
Dieux qui soutiennent digne.
ment le caractère respcétable
de !a Divinité,des Heros qui
ne soient point superbes, insolents,
greffiers
,
pleurants
comme des enfans,& separants
indifféremment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le siecle, ou pour le
genie de vostre divin Homere,
de faire adresser des discours à
des chevaux,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appeliezvouscela
du merveilleux, n'estce pas
plustost pour les personnes
sensées, dû puerile, de l'extravagant.
to-
IRIS interrompant brusquement.
Ah!le crairre, il me suffoque,
je n'y puis resister Mercure.
pardonne, jene rais ce que je
dis quoy donc un Aristote,
un Ciceron
, un Denis d'Halicarnasse
, un Longin
, un
Plutarque, un Eustathe &
tant d'illustres morts auront
employé toute leur vie à admirer
ces chefs
-
d'oeuvres de
l'art, & vous, M. vous qui
vivez encore, ne rougissez pas
desblasphêmes que vous venez
de prononcer contre cet
homme inspiré d'Apollon:
redoutable fils de Saturne
peux tu te voir attaquer impunement
dans ton Poëte
favori, sans punir dans le moment
le coupable.
LE MODERNE.
Pour une illustre Greque
vous estes bien vive, Madame,
il vous manque un peu de
flegme Philosophique. Par ce
petit essay d'emportement, je
juge que, si pourrendre une.
cause victorieuse,il ne falloit
que des injures & des noms
anciens, tout l'avantage de
la difputc vous resteroit,
mais il fautdes raisons, Madame.
M. nous en fournira
peut-estre.
MERCURE -dradrmicien.
Permettez
,
Madame, que
j'achève cette perilleuse avanture,
vous l'avez si judicieusement
entamée que j'espere la
mettre à une heureuse fin.
Vous
,
M. qui vous piquez
de raisonnement, avez-vous
étudié la Logique de l'incomparable
Aristote : c'est avec
son secours que j'entreprends
de vous redresserl'esprit & de
vous reduire
,
ad metam non
loqui.
Premièrement je vais vous
prouver sansreplique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
semblable àceluyd'Homere,
fulv(z-MoY.
UnPoëme Epique n'est parfait
qu'autant qu'il est conforme
à celuy d'Homere.
Or rien ne sera jamais plus
femblablcà Homere, qu'Homere
rnemc.
Donc on n'inventera jamais
un Poëmc Epique aussi parfait
que celuy dHomere.
Ce seul raisonnement general
devroit suffire pour convaincre
un homme disposé à
sentir la vérité; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez- vous pas ,
que, si je vous fais voir plus
clair que le jour que le Poëte
par excellence dévoit se servir
de l'entremise des Dieux dans
son Poëme, & qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle, vous ferez
forcé de chanter la Palinodie,
en voila la preuve.
UnHistorienfidele &,exaâ
doit rapporter les veritables
causes de tous les évenemens
qu'il décrit.
1 Or les Dieux font la cause
véritable de tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere commeinfpire
, a dû rapporter les penfées
& les conversations des
Dieux
Il
Dieux au sujet de la guerre de
Troye.
Je finis enfin par un 3
e.
Syllogisme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits,
& confcquemment doivent
l'estre beaucoup plus que
lesnostres. Ecoutez.
Nous sommes plus mechants
que nos Peres,( Horace
l'a dit, ) nos Peres estoient
plus méchants que nos Ayeux,
donc plus nous remonterons,
plusnous trouverons les hom
mes parfaits-
Or Homere a peint des Heros
qui vivoient il y a trois
milleans.
Les Acteurs de son Poëme
sont donc tres- parfaits, & necessairement
plus parfaits que
les nostres. En tenez vous?
'., LEMODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raisonner in formâ. & sçavoir
remettre en honneur la reputationdu
bon Homere; neanmoins
je ne fuis pas encore
tout-à-faitrendu, touchantla
prééminence des Anciens, &
particulierement touchant celle
d'Homere sur les Modernes.
MERCURE Academicien.
Il est juste devous satisfaire,
je suivrai pour cet effet la méthode
des Geometres, toute
seche qu'elle peut estre, elle
convainc mieux l'espritque
les di scours les plus recherchez;
je suppose néanmoinsquevous
noy prenez pas garde de si prés.
-.
PotCCctfec je n'aurai befoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent estre contenez.
AXIOME I.
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
sur toutes fortes de matiere.
II
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. III.
Homère,est inventeur du
Poeme Epique &de ses regles.
{" IV.
Tout homme qui ne sçait
pas si bien les regles d'un arc
qu'un autre, ne peut pas si
bien réüssir queluy.
1",
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent jn.
finiment sur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention,
l'emportent infiniment
sur ceux qui n'ont fait
que copier; or les Anciens ont
la gloire de l'invention, par le
premier axiome; les Modernes
par le second axiome n'ont fait
que les copier, par consequent
les Anciens l'emportent infiniment
sur les Modernes.
C. Q.F. D.
COROLLAIRE.
Il s'ensuit de-là. 1°. Que
plus un Auteur est ancien, &
plus il cft ensé avoir de mérité.
2°. QiHomereestant
le plusancien Poëte Epique,
son Poëmc l'emportera sur
tous les autres. 3 Que la
nouvelleIliade eftaru le Poëme
le plus moderne, doit estre le
plus mauvais,plus mauvais
quele Moyse sauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II. THEOREME.
Il est impossible de faire un
Poëme Epique aussiparfait que
celuy d'Homere.
On ne sçait jamais si bien
les regles d'un art que celuy
qui les a inventées, or par le
troisiémeAxiome, Homère
ainventé les regles du Poëme
Epique, donc personne ne
peut les sçavoir aussi bien
queluy ;mais par lequatrième
Axiome tout Auteur qui ne
sçait pas si bien les regles d'un
art qu'un autre, ne peut réüssit
comme luy, par consequent
il est impossible de faire un
Poëme Epique aussiparfait
quCe celu.yQd'Ho.mFere..D:
Qu'avez vous àrépliquer
à l'évidence de ces propositions
mises dans un point de
vûë Geometrique, Rendez
hommage, M.à la vériténe
sentez-vous pas qu'ellevous
illuminel'esprit& qu'elle se
fait passage à travers vos préjugez
, que je serois content,
si elle avoit assez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti-Homerisses.
1 LEMODERNE.
x Qui peut tenir contre des
raisonnements purementGeomerriques,
sur tout lorsqu'ils
sont de la force , & de l' évidence
deceux que vous venez
d'employer:il faudroit estre
bien obstiné pour n'estre pas
forcé de vous rendre la Justice
qui vous est dûë, vous elles
en vcrité un homme admirable,
vous me le paroîtriez en.
core bien davantage, si vous
pouviez me fournir des raisons
du même poids, pourexcuser
le divin Poete, de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire à ses
Dieux dans le 11. Livre de 1'1-
liade. Car que peut-on de plus
indecent ,& de plus injurieux
à laDivinité,que,de lesavilir,
comme il fait, en les mettant
aux mains les uns contre les autres
peur-on tenir son serieux
d'entendre des Déesses se reprocher
leurs défauts
)
& ensuite
se gourmer comme des
harangeres fouffrcz que je
vous rappellecetendroit il eOE
en vérité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Jlchillt se separerent en deux j:
unepartiesesauve vers la Ville
& l'autre se précipite dans le
Xante; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve ejutl
rougit de leursang; là ilfaitprèsonniers
douzejeunesTroyens Air
principalesfamilles pour les imtmoler
sur le bucher de Patrocle
LeXante irrité s'oppose à. sa ftéleur
,
lepoursuit
> & le couvre
plusieursfois deses ondes.Achille
prêt à périr s'adresse à Jupiter
Neptune,&Pallas viennent
le fortifier; le Xante appelle U
Simois à fin secours. Nouveau
combat d'Achille.Junonqui craint
four luy , envoyé Vulcain qu'elle
appelle sonfils le boiteux, pour
combattre contre leXante;leDieu
met le Fleuve en feuaussi aisément
que s'il estoitd'huile leur
combatfini les autres Dieux recommencent
à se charger. Voici le
beau. Alan a lA lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain
LADe*jfe je retire quelques pas,
& levant une pierre énorme que
les Sieclespassezavoient mispour
bornesà un champ, elle la jette
contre Mars avectant de force,
qu'elle lerenverse. 7. arpenssont
couverts deson vafie corps, Pallassemet
à rire, e le traited'insensé,
&c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet estat
3
s'approche
de luy
}
& le prenantpar
la main,elletache de le relever:
sa respirationestoitsi embarrassée
qu'il ne poussoit que quelquesjoupirs
entre-coupez. La Déessejtti
non s'estant apperceuë de cette démarche
de Venus,enavertit PallAs;
Minerve ravie de punir une
action si honteuse
y
se jette sur
Venus,&avec la main,elle luy
donne unsi grand coupsur l'efto-
Mar, qu'elle luy oste la refptration,
& la force; Venus tombe
prés de Mars, & ils demeurent
tous deux étendussur la poussiere.
Neptune veut ensuitese battre
contre Apollon qui refuse le combat;.
Diane lui reproche sonpeu
de -C014r4[/,Junon offensée de cette
audace, cr nepouvant retenir sa
colere, s'emporte contre cetteDéesse
avec les termes les plus injurieux.
Elle dit,e en même tems le
prend les deux mains de la main
gauche,&lui enlevant de la droite
son carquois de dessus les épaules
3 elle lui endonne sur les deux
joues, ensouriantlafait tourner,
de costé, & d'autre 3& la laisse
enfin.Toutessesflèches tombent
ses pieds, Dianesesauve avecla
rapiditéd'une colombe dans le Palais
de Jupiter,s'assiedsurles'genoux
desonpere, &fond en larmes
; Jupiter l'embrassant avec
tendrejje,luy demande :Machere
fille, qui est celuides Immortels,
qui nous a misesi injustement en
cet état, commesi on vous avoit
fiùrprije en quelquefaute ;la belle
Dianelui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,irest-cepasd'elle
que naïssent tous les débats, &
toutes
les querellesqui arrivent
entre les Dieux.
Parce recit fidele, &bien
moins chargé de sotises, que
dans l'original, comment
peut-on sauver du mépris la
Majesté des Dieux; j'attends
sur cela des raisons satisfaisantes,
autrement je vous dé.
clare que je reste dans le parti
des Modernes, commeétant
le plus raisonnable. iRiS.
Il faut êtredoüé d'un grand
fond de modération pour supporter
patiemment toute la
malignitédevôtre censure,
contrel'amides Dieux,lequel,
selon Strabon, a été le seul
qui les ait vû, ou fait voir
tels qu'ils font. Les fages fc
font un merite de pene•
trer ces misteres, & d'en découvrir
lesens caché; mais le
Peuple Moderne plus grosfier
que les païsans de la Grece
qui respectoientces sçavantes
tcnebrs, croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues, les playes
, les supplices, les larmes, & les
emprisonnements des Dieux,
tous ces objets font autant de
sujets de critique pour lui: aveugle
qu'il estil ne s'apperçoit
pas que, dés qu'il prend ridiculement
ces choses à la lettre *
il est atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires;
qu'il
qu'il m'en coûtera peu à vous
ouvrir les yeux, en vous dévoilant
le grand secret des Allegories
:
fivousaviez !ûce cekbre
Poëte avec la docilité
d'un sçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precieux Poëmes,
vous n'eussiez pas été si
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a précisement de plus
q'humain danscetAuteur Sachez
que toutes ces fîdfrons
prétenduës font tirées du fond
même de la vérité: je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux quine soit bon,quine
convienne,&qui ne soit même
conforme à la manière
dontlaplus saineTheologieen
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me servirai de la clef
du merveilleux Allegoriqueque
dans le combat de Junon
avec Diane; avec cette clef
misterieuse, non-seulement on
sauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade; mais
on demélera avec plaisir tout
ce que ce grand Poëte avoit enfermé
fous ces admirables Emblèmes
; queveut donc faire
entendre le Pere de la Poësie
par ce combat de Junon avec
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cette: Eclypse
de Lune qui n'efl: causée,
que par l'ombre de la terre, la
même que Junon:Junon tient
les deux mains de Diane liées,
c'està-dire qu'elle lie toutes
fcs facultez;elle luy enleve son
carquois de dessus son épaule,
parcequ'elleempêche les raïons
du soleil. Elle luy en donne
sur les. deux joües, parce que
cette obscurité cache la face
entieredela lune quand 1éclypseest
totale;& elle faitque
d*eVoylez'Ileslremiaraqueds deeMe,Daicier.sur
toutes sesflèches tombent à les
pieds, parce que tous lesraïons
demeurent arrêtez, & suspendus
fous elle; pourquoi Latone
ramasset'elle les flèches de
Diane
, parce que c'efi la nuit
qui rend à Diane ses raïons.
Apprenez Messieurs les Modernes
par cette explication
toute naturelle, à ne pas jetter
imprudemment un comique
visible dansce qu'il yade plus
serieux& de plus respectable
dans ce Poëme ; la méthode
prcfque Géométrique dont je
viens de vous donner le secret
doit vous servir dorénavant à
débrouïllerle chaos de saTheologic
ancienne.
-
Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
sans peine de ce labyrinthe,
& j'esperequ'à la premiere entrevûë
j'aurai la consolation
de vous trouver aussi ardent
Partisan de l'ancienne ~Ihade ,
que vous l'étiez de la nouvelle ;
adieu, & reconnoissez parce
changement subit que ce sont
des Dieux àla façon d'Homew
,
qui ont bien voul u vous
instruire, & vous prêterdes
armes contre la raison.
Vous venez de ~faire une
lecture si singuliere, Madame,
que je fuis sûr quevous ellcssur
le point d'avouer qu'il faut
que jevous aime ,pour vous
conter de si jolieschoses. N'en
faites pas de mystere
,
je vous
en conjure:&declarez, si vautle
pouvez à tout le monde
que vous ne vous offensez pas
de m'avoir pour ami. Dites
publiquement qu'onne court
aucun risqie à m'honorer de
cetitre,& determinez, s'il ell
possible
, tous mes Lecteurs à
m'aimer. J'excepte neanmoins
l'Auteur du Vertgalant du
nombre de ceux dont l'indulgence
& l'estime me sont ne*
cessaires : Ce que j'ay l'honneur
de vous dire icy n'est pas
un effet du ressentiment que
me fournit contre luy l'Epigramme
qu'il a faite contre
moy ,
mais une preuve de la
bonne foy avec laquelle je
soumetsà son égard m.s
idées à celle du public. Je croy
enmêmetemsquepersonnene
trouvera mauvais que je releve
son Epigramme, & que je
luydise en passant:
Damon. Quoy?tamuse babille
Contre Mercure, adrr/Je ailleurs
tes coups?
Ingrat, menage un Dieu,qui, de
, -
l'aveu de tous,
Donne du pain à ta famille.
Cette petite réponse cft
modeste,ilest vray i vous
me direz sans doute queje me
vange avec trop de retenuë
j'en conviens , encore: mais je
fuis bien aise de me montrer
le plussage. D'ailleurs lesraisons
que j'ay de me menager
sur sonchapitre, doiventsubsister
longtemps
, ou il faut
qu'on me dégage de ma parole:
j'en fuis tellement esclave,
Madame, qu'un des plus
grands plaisirs qu'on puisse me
faire, eU de me faire fouvcnir
des endroits où j'y manque.
En
En voicy la preuve ,/
De fort honnestesgens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
discours leger sur toutes les
pieces de Theâtre qu'onreprefente
à Paris, & de n'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médisant. Je convins de cette
faute avec eux; mais en même
tems, je leur avoüai franchement
,que je n'avois negligé
d'en parler, que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
A propos de Comedie, j'ay
fait, & je ne sçais comment,
une omission dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrità
M. Dufresny, & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner
à la page 105. & de lire daprés le
mot qui vous obsede je
fuis fort trompé, si vous n'avea
un garant de ce triomphe,
jerappellel'impression que me
fit il y a quelques mois la lecture
de uojlre Procés de Famille.
C'est une piece de cinq ACtes
sur laquelle je fonde de grandes
esperances.
Je ne fais comme vous voyez,
Madame, nullc difficulté d'avoüer
mes fautes, & je vous
asseure que je n'en remarqueray
pas une, qu'aussi-tost je
n'essaye de m'en corriger, de
quelque date, & de quelque
confcquencc quelle puisse êcre.
En voicy par exemple encore
une nouvelle. "-..
L'article du mois passé sur
la mort, & prétenduë Genealogie
de feu M. le Président
Larcher n'estpointjuste, & il
y a quantité de fautes qui se
peuvent corriger sur la connoissance
que l'on a de la vraye
qui a estéassez certifiée en
plusieurs endroits.
Vous pouvez si vous le jugez
à propos, Madame, faire
une pose en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amusant du livre,
celui -ci que je vous dispense de
lire; mais en revanche c'en est
un des plusnecessaires;& c'est
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'est
l'article des Morrs qui m'inquietent
souvent, malgréle
foin que je prends de leur rendre
les derniers honneurs.
Messire Jean-Baptiste Roüillé
,
Comte de Meslay le Vidame,
ancien Conseiller au Parlement
de Paris,où il fut receu
le 2.8. Juillet 1679. mourut
en son Chasteaude Meslay en
Beauce le Mai
,
laissant un
fils unique tres-riche de son
mariage avec feuë Dame Anne
Catherine de la ~Briffe, morte
le 22 Février 170 t si11ed'Armand
de la Briffe, Marquis de
Ferrieres, Procureur General
au Parlement de Paris, & de
Marthe Agnes Potier de Novion
sa premiere femme. M.
de Meslay estoit frerede feuë
Dame Marie-Anne Roüillé,
femme - de Messire Charles-
Denis de Bullion, Marquis de
Gallardon
J
Prevostde Paris
x
& Gouverneur - des Provinces
du Maine, Perche & Comté
de Laval ,mourutle 29. Septembre
1714 laissant entre
autres enfans M.le Marquis de
Fervacques, Madame la Du^
chesse d'Uzés , & Madame la
Princesse de Talmond
J
de Da.,
meMarguerite ThereseRoüillé
, femme de Messire Jean-
Baptiste François Marquis de
Noailles, puis de feu Messire
Jean Armanddu PlessisdeWignerot,
Duc de Richelieu,Pait
de France, Chevalier des Ordres
du Roy,& mere de Madame
la Duchesse de Fronsac
d'à present, & de DameElisabeth
Roüillé, femme de Messire
Etienne JeanBouchu,Marquis
de LessartConseiller d'Etat,
mere de Madame la Comtessede
Tessé, Granded'Espagne,
belle fille de M. le Marêchal
de Tessé. Il estoit fils de
feu Messire JeanRoüillé,Comte
de Meslay le Vidame, Conseiller
d'Etat ordinaire mort
en 1É98, & de Dame Marie
de Comans d'Astrie sa veuve.
Il est peu de familles à Paris
plus etendues & aussi. bien alliées
que celle de Roüillé : le
sieur Roüillé de la Grandcour
à present vivant sans Charge
& sans être marié en est le chef,
& il a pour cadets M. Rouillé
de Meslay,fils de celui qui a
donné lieu à cet article, M.
RoüilléduCoudray,Conseiller
dEcac ordinaire, &ci- devant
Directeur general des Finances,
& M. Roüillé de Marbeuf,
Présidentau grand Conseil,
fils de feu M. Roüillé de
Marbeuf, Ambassadeur ExtraordinaireenPortugal.
Dame Gabrielle de Garibal,
veuve de Messire Gabriël Ni,
colas, Seigneur de la Reynie,
duTrelaye&de Vie en Limosin,
ancien Lieutenant général
de Police à Paris, mort Doïcn
des Conseillers d'Etat le
1 4.
Mai 1709. mourut le Mai
& fut enterrée au près de son
mari dans le Cimetiere de saint
Joseph dépendant de la Paroisse
S.Eustache ,sans aucune
ceremonie,comme elle l'avait.
ordonné. Elle a laisseentreautres
enfans Dame Gabrielle
Nicolas de la Reynie,mariée en
1700. avec Jean Laüis Habert
de Montmort, Maistre des Rcquestes
ordinaire de l'Hostel
du Roi, & Intendant des Galeresà
Marseille. Elle étoit fille
de Jean de Garibal, Baron de
S. Sulpice,Maistre des Requêtes,
& Président au grandCon-
[cil) & de Jeanne Berthier de
Montrave. La Famille de Garibal
étoit autrefois considerable
dans Toulouse
,
& elle est
à present éteinte; pour celle
de Nicolas elle cO: originaire de
Limoges.
Messire Antoine de Montlezun,
Baron de Busca,Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Aiguemortes
, mourut le 27.
May,aprèsplus de 70. années
de service:il estoit fils de François
de Montlczun
,
Baron de
Bu sca en Condomois & de
Liances en Boulonois, & de
Marie de Tustal: il avoir épousé
Marie Magdelaine Hamar
femme de chambre de S. A. R.
Madame ,& fille de Jean Hamar
Gentilhomme ordinaire
de Monsieur le Duc d'Orleans
& Marie Bourde première
Nourrice de Monsieur
, &
premièreFemme de Chambre
de Madame,& il en laisse entre
autres ensans M. l'Abbé
de Bufca Abbé de Longuilliers
: Messieursde Busca sont
enpossession depuis un temps
assez consi derable, de porter le
nom& les armes de laMaison
de Montlezun, l'une des plus
puissantes de la Guyenne,&
sortie selon le témoignage de
plusieurs bons Auteurs;des
anciens Rois de Navarre.
Mr. Jean Faure Baron de
Dampmart & de Brumieres,
Conseiller au Parlement de Paris,
où il avoit été reçu le 20.
Juin 1685. mourut Ici. Juin; il
avoit, épouséFrançoile de la
Dehors d'une ancienne famille
de Paris,&il étoit fils de Louis
Faure Baron de Dampmart &
de Brumieres aussi Conseiller
au Parlement mort en16 85. &
de Marie Heissin,& petit fils de
Jean Faure Sieur deBrumieres,
chaufecire de laChancellerie
deFrance,& dePeronne Targcr-
Dame Anne Voillaud, Dame
de Meauce deBarge & des
Granges,Veuve de MtP. JeanBaptiste
de Merigot, Cheval
lier des Ordres Royaux & Militaires
de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de Saint La.
zare mourut le 3. Messieurs
de Merigot établis dans la
Marche & dans le Bourbonnois
font d'une Noblesse distingueé.
DameAnne Neyret de la Ravoye,
femme de Messire Loüis
du Plessis
-
Chastillon Marquis
dudit lieu & de Nonant, Colonel
auRegimentdeProvence
& Brigadier des Armées du
Roi, mourut les.âgéede21.
ans, laissant un fils unique:
elleaesté gencralement regrettée
,
& sur tout de Madame la
Marquise de Nonant sa belle
mere quiadonné hautement
de grandes éloges auxdispositions
qu'elleavoit faites par son
Testament en faveur de ses
domestiques; quoiqu'il n'y eut
que trois ans qu'ils étoient à
son service. Elleestoit soeur de
Madame la Marquise de Lanmary
,
femme du Marquis de
ce nom, Grand Echançon de
France
, & de Mademoiselle
de la Ravoye mariée depuis
peu avec Mrle Coigneux de
Belarbre Colonel d'un Regimenr
de son nom. La Maison
du Plessis Chastillon de laquelle
fort Mr le Marquis du
Plcffis Chastillon est originaire
du Mans, où estsituée la terre
de ce nom, & elle est du
nombre de celles qui sans être
decorée d'aucune grande charge
ne laissent pas par leur ancienneté
& leurs alliances d'êt
tres misesdans un rang considerable.
Madame la Marquise de
Nonant sa Mere est dela famille
deFradetunedes plus riches
& d s premières de la Ville
le de Bourges en Berry, & par
le mariage que Jean Fradet son
pere Seigneur de S. Aoust Lieutenant
General de l'Artillerie
de France., eur l'honneur de
contracter avec Jeanne Marie
de S. Gelais, dite de Luzignan,
de l'ancienne Maison de S. Gelais
en Poitou, w¡le a l'honneur
de même que Monsieur
son fils, d'êtrealliée à tout
ce qu'il ya de grand&de plus
brillant à la Cour.
Dame DeniseRenée de la
Croix Veuve de Messire Arnous
Marin, Seigneur de la.
Chatteigneraye premier President
au Parlement de Provence
mort le 10. Avril léppi
mourut le 15, elle étoir fillede
Pierre de la Croix, Secretaire
du Roy & Receveur General
desFinances à Paris & de Jeanne
Guyon. Feu Mr. Marin son
son mary, avoit épousé en
premières nocesDame.
de Fourbin, fille de Messire
Henry de Maynicr de Fourbin
Baron d'Oppede, Premier
President au Parlement de Provence
, & de Dame Marie
Therese de Pontevez; & il en
avoit eu entre autres enfans le
Sr.Marin de la Chasteigneraye,
à present fous Brigadier de la
première Compagnie des
Mousquetaires & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis : il estoit fils de Denis
Marin Sr.de laChateigncraye
de Moulleron & d'Antigni,In.
tendant des Finances & Conseiller
d'Etat ordinaire,more
en 1678. ilétoit natif d'Auxonne
en Bourgogne, & le
premier de safamille.
Messire François de NesmondEvêque
de Bayeux, Abbéde
S Pierre deChezy prieur
delaVoute&deRully ,mourut
ledecemois,ilavoit
esté nomme à cet Eêché des
l'an1661. &estoit frere de
feu Guillaume de Nesmond
Seigneur de S. Dizan Presidenc
à Morcier au Parlement de Pa.
ris, mort sans enfans de Marguerite
de Beauharnois,&de
Henry de Nesmond Seigneur
de S. Dizan Maistre des Requestes
mort aussi sans enfans
de Catherine Boucherat sa
femme, fille de Louis Boucherat
mortChancelier de
France. Ils estoienttous trois
filsdeFrançois Théodore de
Nesmond Seigneur de S. Dizan
President à Mortier au
Parlement de Paris & d'Anne
de Lamoignon) petitsfils
d'André deNesmondSeigneur
de S Dizan premier President
au Parlement de Bordeaux ,&
arricre petitfils de François
de Nesmond pourvu d'un
Office de President à Mortier
au Parlement de Bordeaux le
27. Aoust1572.
Feu M.l'Evêquede Bayeux
étoit oncle à la mode de Bretagne
,de Dame Marie Loiiifc
Catherine de Nesmond veuve
depuis peu de Messire Louis
François d'Harcourt Comte
deSezanne, Lieutenant General
des Armées du Roy &
Chevalier de la Toison d'or
frere puisné deM leMaréchal
Duc dHarcourt, fille d'André
de Nesmond, si connu fous
le nom du Marquis de Nesmond
Lieutenant General des
Armées Navalles
, & Commandeur
de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
La Famille de Nesmond
cft originaire de la Ville dtAn..
goulefme.où elle subsiste cncore
dans les Seigneurs des
Etangs, de la Paignerie,& de
Brie- Nesmond
, & outre les
alliances qu'elle a faites à Paris
avec les familles de Lamoinon
& deBoucherat, elle en
a prises dans l'Angoumois
avec les Maisons de Roche.
chouart deVoluire
,
deLambertrea
de Chastaigner, &
dans celles de Montalambert,
de Caumont, Dadou
,
de la
Chcrardie
,
& de Beaumont
Gibaut, &c.
Je vous avouë ,
Madame,
que je regarde tous les mois
ces articles généalogiques
,
comme une vraye corvee,
parce que sans vanité, jt- fuis
en ce genre , comme en bien
d'autres, un parfait ignorant.
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de cet
matîeres; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude assiduë
, ne font
souvent qu'un mediocre Gcnealogifie.
Cestàla vérité une
belle scince, que celle deconnoître
tout le monde; mais à
ce prix j'y renonce,& si le sondateur
du Mercuregalant n'avoit
pas fait de ce chapitre, uil
chapitre d'obligation
,
je me
fouviendrois rarement deà
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois sort mauvais.
vais gré ce mois ci,si soubliois
de vous dire, que
MessireLouis Alexandre de
Cruflol,Comte de Montfalez
a épouséDamoiselle N.
de Gouverner ,de la Maison
de la Tour de Dauphiné. L'époux
est,fils d'Emmanuël de
Crussol, Marquis de Montsalez
& de Magdelaine de Fouquet,
fille de feu M. Fouquet,
bur- Intendant des Finances, &
de N Castille
,
petit-fils
d'Alexandre de Crussol, & de N.Descars Merville
, arriéré
petit fils d'Emmanuël de
Crussol Duc d'Uzés Premier
Pair de France, & de Claude
Hcbrard de S. Sulpice. J'ay
parle de cette Maison lemois
passé, au sujet du mariage de
M.le Marquis de S. Sulpicc. Il
y a déjà eu neuf Ducs & Pairs
du nom de Crussol. Les Ducs
dUzés ont l'avantage de marcher
les premiers dans toutes
les ceremonies après lesPrinces
du Sang. LaDemoiselleestfille
de N la Tour du Pin ,
Marquis deGouvernet enDauphiné
,
& de Senevions en
Quercy ; 6cde N. la Rochelart
qui a l'honneur d'apparre..
Ilir à Madame de Maimenon.
La Maison de la Tour (si une
des plus anciennes & des plus
*jHuftrcs du Royaume. Le mariages'est
faitau Château de
Senevions, qui est un ancien
Marquisat prés du Marquifac
de Montfalez
,
Diocese de
Cahors.
M.le Marquis d'Heudicourt,
Mettre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie, & Brigadier
des Armées du Roy, fils
ode Michel Sublec
,
Marquis
d'Heudicourt,MestredeCamp
d'un Regimenr de Cavalerie,
& grand Louvcrier de France,
& de Bonne de Pons, de lïlluftre
Maison de Pons, a épousé
le May de Haute
fort, Damoiselle deSurville,
fille,deMessire Loüis Charles
de Hautefort, Marquis deSurville)
Lieutenant général des
Armées du Roy, & de Dame
AnneLoüise de Crevant d'Humieres,
fille puînée deLoüis de
Crevant,;Duc d'Huroicres,
Marêchal & grand Maître de
l'Artillerie de France, Capitaine
des CentGentilshommes
delaMaison du Roy, Chevalier
de ses Ordres, Lieutenant
général pour S. M. de la Province
de Flandres,&de DJmè
Loüise Antoinette de la Châtra
La Maison de Hautefort
dont estla nouvelle Inariée,efi
une des plus anciennes du
Royaume. Elle prend son nom
de la Terre de Hautefort en
Perigord
,
& elle s'est de tout
seau alliée aux plus grandes
maisons
, comme Comborn,
la Tour d'Auvergne, Chabannes,
Bonneval,Escars,Aubusson,
du Bellay, Schomberg,
Choiseul
)
Pompaidour, Laval,
Crevant
,
S. Ncétaire
,
&c.
Pourla famille de Sublecdont;
est M le Marquis d'Heudicourt)
ellc-Ca originaire de la
Villede Blois,&elle s'estalliée
aux Maisons de Pons, dè
Roncherolles, de Lenoncourt
dt Beauverger Montgon,&
aux familles de BochartCham.
pigny
,
le Picart de Pcrigny e
Hurault deS. Denis, le Brede
Flacouft,«^g
.? Meffife - :
de Berr.
Chevalier Seigneur d'Effet
teaux, fils de Marc Philippe*
deBery
,
Chevalier Seigneur
d'Eflerteaux
,
& Magdelainer
Ancelin,fille d'Efiicnnc Ancelin,
& de Perrettedu Four j
nourricedes Enfans de Franck
aépousé le Demoiselle
Moret de Bournonville
,
fille de Louis Moret,
Seigneur de Bournonville,c*ydevant
Colonel du Colonel
General des Dragrons de France,&
de Catherine Duret, petite
fillede LouisMorec, Seigneur
de Bournonville, Fer
mier General & de MagdclaineBerbier
du Metz3 arrière
pente fille de Nicolas Moret,
Secrétaire du Roy, Maistrè
d'Hostel ordinaire de Sa 1a'
jessé, mort le 6. Aoust 1646.
& nicce de seuë Dame Anne
Therese Moret, femme de Mtl
le Comte deChastillon,
devantpremier Gentil homme
tic la Chambre de S. A. R. M;
lc);Duq d'Orléans?r>
Le nouveau marié est frere
de Marie Therese de
-1
Bery
d'Esserteaux, femme de Me
Chopin,Chevalier duGuetde
laVille de Paris, & lafamille
dontilestsorti, est originaire
de Picardie, ou elle est COI,
nuë depuis plus dç 100.ans,
qu'elleypossede la Terre d'Er.
serteaux, & elle s'est alliée aux
Maisons de Saveuse deBroüilly,
Sic, >
Cet article nous remet infenfiblcment
sur la voye des
affaires du monde, ainsi Ma.
dame, approuvezque je vous
en entretienne encore, & que
je vous fasse voyager,sans
crainte de vous fatiguer,d'une
extrémité de l'Europe à l'autre.
Commençons s'il vous plaist
par la Suede, où le spectacle
d'une brillante Fête, va d'abord
s'offrir à vos yeux.
RELATION
dela Ceremonit du Mei';;'f
d> de la Princessebereditaire &
SuedeVlrique Eleoniore, avrt
Frederrckprincebereditairede
Hfi.Cassel.
Cette Ceremonie devoit
se faite le Dimanche 3 1. Mars
mais à caused'une ancienne
remarque qui fait croire en
Suede , que les Mariages consommezau
déclin de la Lune
ne font pas heureux, l'on remit
la chose au Jeudy 4.
Avril
premier jour de la nouvelle
Lune.
L'on avoit invité les Senateurs&
Senatrices, les Generaux
d'armée à l'exceptionde
deux, qui ne fervent plus,tous
les Officiers & Chambellans
de la Cour, le Colonel & les
Capitaines du Regiment des
Gardes
,
ils s'assemblerent
dans lesappartements de la
Reine
, & après le Couper £
eltt à dire ici à neufheures &t
demie du soit,la copulation fc^
fitdans la Salle d'Audience de
de cette Princesse
, par rAr
chevêqued'Upsalle nommé
depuis quelques jours à cenç1
dignité:laPrincesseestoitvêtuë
d'un habit de drap d'argent
doubléd'Hermines avec des
agrassesde diamants & autres
pierreries; sabusquiere en
étoit garnie depuislehaut jufri
quesen bas : clic;" aVOle un
collier dediamansdeprix;elle
étoit coessecen cheveux avce
une couronne de diamans sur,
la (eCC, portant du costé gauche
un bouquet des mcnpefe
pierreries, dont le Prince luy
avoit fait present. Le Prince
avoit un habit de velours ccn,
dré brodé d'or
,
toutesles,
fillesd'honneur de la Princesse
estoientaussivêtuës de blanc,
LaCcremonie estantfinieà10.
heures&demie, les Senatrices
les Senateurs ,les Generaux,
leurs femmes& autres personnes
de laCour firentleurs
complimens aux nouveaux
Mariez, chacun selon son
rang, après quoi tout le monde
se retira. Le lendemainVeridredi,
il y eût grand bal dans
la Salledu Château,où s'assemblent
les Etats du Royaume.
LesRefidents de France,d'Angleterre.&
de Hollande y furent
invitez par l'Introducteur
des Ambassadeurs
,
de même
que toutes les personnesde
conditionde la Cour &de la
Ville. ,.')
La salle étoit tenduë des
plus belles tapisseries delaCouroupe;
il y avoit dans le fonds
un grand daisdedrapd'argent
avec les Armes de Suede au
haut dans le fonds, & celles de
toutes les Provinces autour en
broderie d'or: à chaque côté
de ce dais il y avoir un Duffet
garni de vases,plats, aiguieres
&lufirr, d'argent garnis de
bougiesblanches:sous ce dais
étoit une estrade élevée de 3.
marches & couverte de rapis
de Turquie; elle étoit en formede
fer à cheval,l'on avoic
mis au milieu unetableronde
avec quatre couverts pour la
Reine,la Princesse, le Duc de
Gottorp,& le Prince de Car,
[el ;auprés de la table de ces
Princes & Princesses on avoit
dressé deux tables rondesqui
fermoientleferà cheval. Elles
étoient de vingt couverts chacunc
pour les Senateurs & Sepatrices
; au bas de l'estrade
dans l'étenduë de la salle, il y
avoit deux autres tables lon-
: gues de 50, couverts chacune
2 pour les Dames de la Cour,
avecdeux buffets qui répondoient
aux-deux autres chdcifus
: il y avoit dans le même
endroit deux choeurs de musi.
que, & au dessus un Amphitheatre
pour placer trois ccnc
personnes.
<
7' Autour de la salle l'on avoit
construit des loges élevées de
quatre marches pour les personnes
de distinction j-jeetc-q
sale étoit éclairée de 12. grands
lustres de crystal
, avec des
bougies jaunes & un rang des
mêmes bougies au dessus des
loges,ce qui faisoit un tres bel
effet. - A six heures du soir lesResidents
sidentsde France, d'Angteterre&
de Hollande ayant fait
leurs complimensà la Reine,
à la Ptinçcflc & au Prince
-, le
fleur CronstroomInspecteur
des Ambassadeurs pria le pre-
IDict d'aller prendre sa place
qui étoit dans la loge, au côté
droit dela Reine,pour éviter
la competencequele Resident
d'Angleterre apretenduë inu..
tilement en plusieursoccasions;
le Refidcnt de Hollande
se plaça auprès de celui deFrance,
mais le sieurJacqueson fut
conduit du côcé gauche. -,
* A sepe.heures l'oncommença
alcrar les deux tables
longues, puis
-
cellede (Iaj
Reine ,&sur les huitheures
la Reine entra par Tapparcti'
rirent du Roy de Suede
, conduiteparle
Duc d'H(ilftein,)
& la Princesse avec le Prince
sonEpoux
, par la grande
porte
J
precedéedu Maréchal
de laCour&d'un grandconcours
d'Officiers & de 'DimeS"t leMaréchalayant fait un si
gnal avec son bâton d'argent ;
marque de sa dignité,la Musiqueitsilence,
un Page fit la -
priere, & la Reine se mit à tablc
;laPrincesse se plaça à sa
droite, le Duc de Gottorp àC*
gauche, & lePrincede Heflfe.
Cassel prés d'elle sur dcs¡JaM
teüils d'argent:prés de ce deV
nier à la droite étoient les
Comtesses Oxenstiern
,
Wel
ling,Stromberg,Cronhielm,
Reenstiern &Bonde,lesComtes
Cronhielm & Tessin; de
1'au.ttc côté les Comtesses Gyllenstiern,
Lotn, Berentz, Lieneu,
Bord&Gyllenstolp, aveq
les Comtes Horn, Scromberg
& Fcrfen.
: ,". Il n'y avoit aux deux autres
tables que des Dames dca
Cour, femmes4R.Qcncr^fi
le General RanK & quatre
autres personnesde la fuite
du Prince de Cassel,iln'y eue
qu'un seul serviceenambigu
de tout ce quipouvoir setrouver
de plus exquiseûégard à
la saison 6c à la conjoncture *
touc estoit dirigé par M.le
Comte Tessin
,
& son nom
suffit pour prouver qu'il ne
manquoit rien au bon goût
& à la belle disposition: La
Reine bût d'abord à la famé
des nouveaux Mariez & du
Duc d'Holstein, puis se tour- : nt. vers le Chambellan qui
la servoit pour s'informer
de l'endroitoùétoit le Resident
de France,Elle prit un
grand verre & luy envoya dire
qu'ellebuvoit à la Santé du
Roy,laPrincessele Duc de
Gottorp &le Prince de Hesse-
Cassel
,
firent de même. Ils
bûrent ensuite la Santé du Roy
d'Angleterre
,
puis celle des
Etats Generaux. J,
'L' Le soupé fini
,
toûjoursau
bruit de la Musique
,
la Reine
se retira dans la chambre voifine
pour donner le tems doter
les tables, puis étant rentrée
,
le Prince de Hesse & la'
Princesse commencerent le bal
qui ne dura que piquesà-riai-
Huit, parce que la Reine, qui
se trouva un peu mal àcau,,1
de la chaleur excessive du
grand concours demonde,sur
obligée de fc retirer, les nouveaux
mariez la suivirent, mais
les autres personnes du festin
danserent jusques à deux heures.
Pour donner une fvitt
agréable à ces plaisirs,le Dimanche
7e.laReine fit la nôccr
d'une de ses Dames d'honneur
fille du feu Chancelier Oxenftiern
)
& le Jeudi11e. celle de
Mademoiselle Douglas.
Passonsvîtedu Nord au
Mtdi, Madame
, peu de raisonnements,
beaucoupd'évenements
, & diversisions nos
matieres, tant que nous pourrons.
Vousvenezdelirela Relation
d'un illustre mariage
ik lisez maintenant des nouvelles
d'une autre espece. Le Turc
menace la Religion, voici les
précautions qu'on prend contre
ses menaces. Je vous ai dit
dans mon dernier Journal,&
au commencement de celui ci,
que le grand Maîtrede Malthe,
avoit nommé M. le grand
Prieur de France,Generaliffime
des Troupes dela Religion,il
a ajoûA té1 a cette nomination
celle qui fuir.
LISTE DES OFFICIERS
Generaux que le Grand Maître
afait à Malthe le 17. du
mois passé.
Lieutenants Generaux.
MESSIEURS,
Le Bailly de la Pailleterie.
Le Chevalier de Tresmane.
Le Chevalier du Palais.
LeChevalier d'Ailly.
Le
Le Chevalier de Damas.
Le Chevalier deChasteaumorant.
Le Chevalier de Pefeux.
Le Chevalierde Saintiny.
Marêchaux de Cinnf.
Le Chevalier de Pouriere.
Le Chevalier deVelleron.
LeChevalier de Janson.
Le Chevalier de Mommain.
Le Chevalier de Sourches.
Le Chevalier deLivry.
Brigadiers de tAuhergt
de Provence.
Le Commandeur de la Reynar
de.
Le Chevalier de Grimaldi.
Le Chevalier de Mons.
Le Chevalier de Valence.
LeChevalier de Moncolieu.
Le Chevalier de Voisin.
Le Chevalier d'Ambre.
Le Chevalier de Brancas.
Le Chevalier de Rousset.
Le Chevalier de S. André.
LeChevalier de Trans.
Auvergne,
Le Chevalier de Colombiere.
Le Commandeur d'Arginy.
LeChevalier de Mongon.
LeChevalier de Marsillac.
Le Chevalier de Fontette.
Le Chevalier de Varan.
Le Chevalier de Lagnes.
Le Chevalier de la Roc he.
Le Chevalier de Langtron.
LeCheva lier deLaubepin.
Le CCLhiecvvaallileerr de LLaalicgyuuec..
France.
Le Commandeur de Marce
Lange.
Le Chevalier Dampierre.
Le Commandeur de Courtebone.
Le Commandeur le Tellier.
Le Chevalier de Broglio.
Le Chevalier de Nangy.
LeChevalier de Miromesnil.
Le Commandeur d'Arbouville.
Le Chevalier de Montsoreau.
Le Chevalier deMailly la Tour
Landry.
Le Chevalier de la Vieuville.
LeChevalier deLaigle.
Le Chevalier de Bonel.
Le Chevalier de la Periniere.
LeChevalier de Tessé.
LeChevalier de Lanion.
Le ChevalierdeChamilly,
Le Chevalier de S. Germain.
Le Chevalier d'Antin.
Le Chevalier de Constans.
Italie.
Le Chevalier de MaruIIï.
Le Chevalier Dandy.
Castille.
Le Chevalier deBaviere.
Major General avec leshonneurs
de Brigadier.
Le Commandeur de Monfort.
A propos de matiere de
Religion,quoyque ce que je
vais dire
,
n'ait nul ra pport
avec ce qui le precede; il faut
pourtanr que cet article passe
ici, aussi bien que s'il m'étoie
impossible de le placer plus
avantageusement ailleurs, &
& que je vous dise à telle fin
que deraison, que
Le 16. du mois passé la
Dame Garnier fameuse Calviniste
,fie publiquement abjurarion
dans l'Eglisede S. Martin
de Blois,entre les mains du
sieur Abbé Prieur de la même
Eglise. SaMajesté Polonoise
l'avoit fait tendre magnifiquement.
Elleconduisitàl'Autel
la nouvelle Catholique,que
M. de Berthier premier Evêque
de Blois, avoit fait instruire
avec sonzeleinfatigable pour
la conversion des heretiques.
Elleassista à toute la Ceremo.
nie avecla Princesse sa petitefillesous
un dais magnifique.
Le sieur Prieurqui avoit
harangué la Reine avec beaucfoupidetdignité
à l'entrée de à l'Autel unDifcours
fort couchant à la nouvelle
Convertie; il y eût à
cetteCeremonie un concours
de monde extraordinaire.
Mais après tous ces Discours
assez serieux
,
je croy que nous
n'en ferons pas plus mal:de
rentrer un peu dansnostre
vray caractère
, vous aimez à
rire, Madame, & maigre la
jalousie
,
& la mauvais humeur
que me preste l'Aureur
du Journal de Verdun que je
veux bien désorais laisseren
paix, parce qu'ilme suffitqu'il
me craigne, je suis, &cela
n'est que trop vray ,
le plus
badin, & peut-estre le plus
étourdi de tous les hommes;
mais que ce soit vice ou verru,
le temps ne détruit que trop
tost ces bonnes ou mauvaises
qualitez : Jesuis en attendant,
ceque je fuis & estre autreje ne
puis. De là je conclus qu'il
faut que je vous conte des bagarelles
,
puisque j'en sçais
conter.
J'ay desBouts-rimez remplis
& à remplir, des Enigmes, un
Bouquer&uneChanson à vous
donner. Vous ferez du reste,&
de mon avertissement sur tout
que je vous recommande,
l'u sagequ'il vous plaira.
SONNET MODERNE.
VunpafrnesurHornere,6 l'autre
veut qu'il cloche,
L'autre dit qnil raiforme ai"st
qu'un vieux. Capin)
Cessons tout ces débats,nejl-:l pas
fort vilain
Jgjfàfonfujet ainsil'onfefeigne,
onJe poche.
Jjhtant à moy de bon coeur je consensqu'on
l' embroche,
Et qu'on l'écorcheainsi qu'on écorcheun
Lapin,
.::¿j'uno(e chauffe àson feu quand
vient las.. Martin
ou que du moins au croc pour cent
Aas on l'

accroche.
O•n aura leau crier n'est-ilpas bien Lnglanc
De voir traiter ainjî,Héros d'un tel. talent
Et dont la PQëjittjlJi noble, & 0 divine.
D'accord ; maisjesoutiens qu'il est
bien malheureux
Que pour un vieux Payen dont on
efl • amoureux
Ase chanterinjure ainft l'on s'accoquine.
AUTRE.
En mariage,amy
,
toujoursquelque
fer cloche,
Arijîeeflbonmary ,mais ilsent le
iapin,
Le riche, & jeune Oronte est un
archi- vilain,
SonEpouse Zemit d'avoirpris chat
en poche.
L'hymen veut qu'ony pense
,
&
souvent on le broche,
On voit souvent unir la chate
,
&
le Lapin,
Tell ne sétoientpasveus, avant la
SaintMartin.
Jjhfen rentrant auPalais un ntrNd
fatal accroche.
Ce principe produitl'affrontleplus
sanglant,
L'Epousedumary méprise le talent,
Hlle n'écoute pas même la voix
divine.
O ! que le sort d'Eraste est unsort » malheureux,
I«l est d-elltU en plus de sa femme amoureux
Safemme efi pour tout autre amasante
& coquine.
AUTRE.
Fairedeses amoursformerlagroffe
cloche,
Sans songer qu'il faudra tomber dansle sapin,
Filouterie Bourgeois, l'Ecolier, le
vilain,
En tirant le dONlGaÙj de l'une &
l'autre poche
Tourner au premiervent plus vite qu'une broche,
Ne songer quà manger Faisan
Perdrix ) , Lapin,
BaMttre unpauavremraryytcomimenl'âne Quand il trouve mauvaisque le
Galant s'
*
accroche.
Les engager tous deux dans un
combat sanglant,
Faired'un coeurpourrysonplus riche
• talent,
Et mépriser souvent 14 parole
: divine.
Faire de ses Amans autant de
malheureux,
Ne resuser jamais de billets
amoureux,
Vcoilàole bqeauumétieir qnue faeit u.ne
AUTRE.
Jgue mon corpsannoncépar leson
dela cloche,
Soit vêtupourjamaisd'unsurtout
de sapin, £uon me traiteen tous lieuxd'es- croc&devilain,
Quun vuide desolants'empare de
ma poche.
Jguipis efi que jamaisl'on n'entendede
broche,
Tour moy tourner Poulets, Veau,
perdrix) ni Lapin,
Jihton me charge de coups plus que
J' l
-
/'âneà Martin,
J>)uedis-jet je consens qu'augibet
l'onm.. accroche.
• -**<>
PAr de nouveaux tourmens qunn
Bourreau tout sanglant
Etale à mes dépens fin funeste
raient,
.!¿Ne je fois écrasê de la foudre
divine.
J£ue jefois s'ilse peut encor plm
malheureux,
Plutôt queje devienne un instnt
amoureux
De la fausse douceur etune telle
5 ,, coquine.
- AUTRE.
autre.
Je compte les momens que leson de
ma cloche
M'appellepour dînersur un boisde
sapin,
On neme voit jamais
, commefait
, un vilain,
Manger, comme Von dit, mon mor
etau dans ma poche.
Jepréféré aux Chansons le doux
bruit de ma broche,
Mes amis avec moy mangeront mon
Lapin,
Nous festons tour àtour le jour de
Saint Martin,
AuMardy gras, aux Rois, tout
bon buveurs' accroche.
Quandjemange Mouton je veux
uqeu'ilfût sanglant, mon Maistre d'Hostel fasse
voirson talent
P•ourm•efaire servir d'une liqueur i divine. renonce aux amis
, jours vit tou- malheureux,
Ce rltjl que desparfaits que jesuis
amoureux,
Et de femme ne veux nifige, ni , coquine.
Ayezla bonté de m'apprendre
le mois prochain, Madame,
lequel de ces Sonnets vous
aura plû davantage; mon jugement
peut ressembler au vôtre
,
mais je ne prononceray,
qu'3aprèIls que vous aurez jugé, .
Je vous invite en même tcms
à remplir, & à faire remplir
les Bouts Rimez que je vous
envoye.
e
BOV TS-RIMEZ,
attelage
Parain
serein
volage.
pillage
frain
refrain
feüillage.
brin
crin
cendre.
train
marin
surprendre.
Si vous prenez , comme je
l'espere, la peine de remplir
ces rimes, je vous donneray
par reconnoissance le mois
prochain
, un joly Bouquet,
que je vous garde. En attendant
permettez-moy de faire
passer par vos mains, & de soumettre
à vostre bon goût ce-
Jtticy que le tendre M.de la
Rochelle
,
Auteur du Czar
Demetrius & homme de Lettres
& d'esprit,envoyé à son
Iris.
BOUQUET
A Mademoiselle de.
Lasséde cultiver des Muses inutiles
Quinem'avoientproduit que des
honneurs fleriles>
J'avoitjuréloin du sacré vallon
De n'implorer jamais le secours
d'Apollon;
Mais Iris on celebre aujourd'huy
vostre Feste
Déjà de , toutes parts je vois que
l'on s'appreste
3
A rendre à vos btautr: mille
honneurs éclatans,
Iris, l'ami le plus fidelle
Doit- ilseul modérer lestransports
de son zele
Retenus par de vains sermens ?
Non, mon erreurseroit extrême,
Phoebus de ces sermens perdra le
souvenir,
Etsansdoutece Dieu luy même
Mepuniroit siiosois lesten
L'Amour dansles bois de Cythere
L'autre jour tenoit à sa mere
Le discours qu'en ces vers je vais
vous rapporter,
Temoin secret de ce mystere
Pourriez-vousunmoment douter
Que mon rapport ne fut since ?
Ma mere J
luy dît-il
)
tandis
qu'en ce séjours
3 Amille doux plaisirsvostre ame
s'abandonne,
Vousignorez que de l'Amour
Onmenacepartoutderenverser
le Trône,
Etque déjà les coeurs desertent de
ma Cour.
C'est l'Inconstance ma rivale
Qui soutient contre moy cette
guerre fatale
Je l'avouëray,je i crains ses coups,
Etje voudrois calmerson terrible
courroux.
Apeinej'ayporté quelquesfeux
dan?uneame,
Que la cruelle en arrête le cours,
Je riay point de trait,nideflame,
Qui puissebraversonsecours.
Bientôtje vais voir mon Empire
Passer en d'odieuses mains.
Non, monfils,dit Venus,apprens
que les destins
Ont ordonnéque tout ce qui respire,
Suivra toujours tesordressouverains,
Pour détourner lemalheur quetu
crains,
Ils ontfaitnaistre Iris
3 & déjà
l'Inconfiance
De
De ses charmes naissans éprou.
vant la puissance
Sefoumct elle-même à tes aimables
loix :
Par une judte preference
Tu reprendras tes premiersdroits
Surles coeurs qu'elleosa te ravir
autrefois:
Mais comment t'acquiter auprès
de cette belle?
Crois-moy
, monfils,ilfaut partager
avec elle
L'Empire que sesjeux auront
seuls deffendu,
Par-là ton pouvoiretendu
Ne trouvera jamais de coeur re*
belle,
Et celuiquipourroit resisterà tes
traits
Ne te deffendra point contre tous
ses attraits.
L"amourapplauditàsa mere , Et par les transports les plus
doux,
Luy marqua, ledesirsincere
Qu'ilavoit de s'unir à vous.
Pourrez-vous, Iris,vous deffendre?
Un Dieu pour vous veut senflâmer,
Il estglorieux de se rendre,
Quand l'objet qu'on a !j:û charmer
Estdigne qu'asesfeux onse Uijfe
surprendre ;
Ah !si de vous l'Amour nepeut
sefaire aimer
Quel autre oseroityprétendre..
Jusqu'ici
,
Madame, nous
n'avons pas mal mêlé les cartes
, voila déja plusieurs parties
que nous joüons & il me
paraît que-le jeu ne vous ennuye
pas. Trouvezdonc bon,
s'il vous plaît, que je vous propose
encore un tout, le reste
ira comme il pourra. Voici une
heureuse quinte qui m'arrive,
& vous pourriez bien être ce
coup-ci, pic, repic, &capot.
Parbleu cette rentrée est magnifique
: comptez mon jeu
vous meme.
Le premier de cemoisleRoy
revint de Marlyà Versailles,
Madame la Duchesse deBerry
en revint aussi, accompagnée
de Mesdames lesDuchesses de
Chaulnes & de Louvigny, des
Marquises de Coëtenfao
,
de
Clermont, de Pons, de la
Vrilliere
,
de S. Germain,de
Tonnerre, de Montsoreau, de
la Rochepot, deChâtillon,&
de plusieurs autres. Le foir au
soupé le nombre des Dames
suc si grand
, que lorsque le
Roy voulut entrer dans Son
Appartement ,
il les trouva
rangées jusques dans l'antichambre
, n'ayant pû tenir
dans sa chambre. Le 3. il y eue
plusieursEvêques au levé,aprés
lequel les Députez de Hambourg
eurent Audience du
Roy dans son cabinet,où ils
furent introduits par le sieur
Merlin. Apres le dîné leClergé
qui étoit composé de trentedeuxArchevêques
ouEvêques,
detrente deux Députez du second
ordre, des Agents & Sècretaires
,
precedez de M. le
Marquis de Dreux,grandMaî
tre des Cérémonies, & de M.
Desgranges, Maître desCeremonies
, fut prcfenté par M.
de Pontchartrain au Roy;M.
l'Archevêqued'Alby porta la
parole, & harangua Sa Majesté
avec beaucoupd'éloquence
; il fit en peu de mots l'histoire
de sa vie : c'est pour la
quatrième fois que ce Prelat
qui cft un des 40. de l'Académie
Françoise, harangue S. M.
à latêtedu Clergé;aussi a-t-il
toutes les fois receu un applau-
~dissement général de toute la
Cour. Le Clergé alla ensuite
chez M. le Dauphin qui Tau
tendoit dans l'Appartementde
feuë Madame la Dauphine,où.
le même Prelat harangua ce
Prince pour la premiere fois;
je ne vous rapporte pas ces Harangues
, parce que le Clergé
les a trouvé si belles, qu'il a demandé
à M. l'Archevêque
jrAlby la permissionde les faire
imprimer. Le même jour à
six heures du soit, le Roy alla
se promener dans le parc , accompagné
de Madame la Duchesse
de Berry
,
qui avoit avec
elle une vingtaine de Dames.
M le Duc d'Orléansmarchoit
aussià costé du Roy. Le 4.il y
eûtl'après-disnée un Confcil
extraordinaire, où le Roi &
tous les Ministres se trouverent
;on yappella M. l'Abbé
Bignon,Messieurs le Pelletier,
dela Bourdonnaye, d'Argenson,
Conseillers d'Etat, &un
Maistre des Requestes pour
faire le rapport:ce sur au sujet
d'une Requête que les Jesuites
avoient presentée au Roi, dans
laquelleils demandoient qu'il
leur sur permis d'heriter, comme
les Peres de l'Oratoire,ou
du moins qu'en cas qu'ilsvinssent
à sortir de la Société, ils
pussent rentrer dans leurs
biens. Ils obtinrent qu'ils heriteroient
; mais à condition
qu'ils feroient leurs voeux à 1age
de 33. ans, & que s'ils par.
soient ce tems sans les faire, il
ne leur seroit plus permis de
succeder. Le soità six heures le
Roi alla à la promenade, Madame
la Duchesse de Berry accompagnée
d'un grand nombre
de Dames l'alla joindre
dans le parc; les carrioles suivirent
les Dames, afin que, quand elles seroient lasses,elles
pussent se faire traîner de même
que le Roi,qui est sur un
fauteüilà trois rouës qu'ilconduit
luimême
, & qui est par
derrière poussé pardeux Suisses.
M.leDuc d'Orleans marchoit
toûjours à costé de Sa
Majesté. La promenade finie
Madame laDuchesse deBerry
rentra dans son apparrement
,
suivie de toutes les
Dames ; les Seigneurs de la
Cour s'y ~rendirent
,
& l'on
commença le jeu qui dura jusques
à 100. heures; ce qui a
toûjours elledemême pen- *
dant tout le séjour que la Cour
a fait à Versailles. Le 6. le
Roy alla dîner à Trianon. Le
7. pendant le dîné du Roy il y
eût un très- beau concert dans
la cour de marbre, pour la
reception de Filidor le fils qui
fut receu Timbalier des plaisirsdu
Roy,il y avoit pluceurs
trompettes,flutes douces,
haut- bois, violons, baffes
de viole,&autres fortes d'instrumentsqui
joüerent de fort
beaux airs. Le 8. veille dela
Pentecoste
,
le Roy se rendit
à 1o. heures du matin à la
Chapelle,revêtudel'habit
manteau, & collier del'Ordre,
il y communia par les mains
de M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier
,
les coins
de la nappe de communion,
furent tenus du costé de 1-'Au.L
tel par M.l'Abbé de Sourches,
&par M l'Abbé d'Argentré
ses Aumosniers. Du cofté de
S. M. par M. le Prince de
Dombes, & par M. le Comte
d'Eu. Le Roy après avoir entendu
une feconde Mené, se
rendit dans la Gallerie des
Princes, où il toucha plus de
mille malades,& l'apresdînéc
à deux heures &demie, il fc
rendit à la Chapelle pour y
entendre les Vespres qui furent
chantées par lamusique;
ilavoit d'uncosté, Madamela
Duchesse de Berry, Mesdemoiselles
de Charollois
, & de
Clermont; & de l'autre M.
le Duc d'Orléans, M. le Prince
deConty, M. le Prince de
Dombes, & M. le Comte
d'Eu:à costé du Prié- Dieu
sur la droiteestoit M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumosnier
, en soutanne
, &
manteau long couleur de feu,
M. l'Abbé de Sourches
, &
M. l'Abbé d'Argentré Aumosniersenhabits
longs; sur
la gauche M. le Cardinal de
Polignac aussi en soutanne,
& manteau long couleur de
feu;M.l'AbbédeCastres,&
M.l'Abbé de Rouget Aumofniers
de Madame la Duchesse
de Berry, estoient aussi en habits
longs enrre le Prié
- Dieu
du Roy & cette Princesse. Derrière
le Roy estoit M. le Duc
de Charroft
,
Capitaine des
Gardes; derrière Madame la
Duchesse de Berry ,Madame
la Duchesse de S. Simon sa-
Dame d'Honneur,&derriere
M. le Duc d'Orleans y M. le
Marquis d'Estampes son Capitaine
des Gardes. Le9.jour.,
de la Pentecoste
,
Madame la
Duchesse de Berry se rendit à
onze heures du matin à la Chapelle
pour y faire ses dévotions
les coins de la nappe dc:
communion furent tenus du
costédroitparM.l'Abbé de
Rouget son Aumosnier
, &
par Madame la Duchesse de
S. Simon sa Dame d'Honneur,
du costé gauche par M. l'Abbé
Davejan, & par Madame
la Duchesse de Louvigny. Le
Roy se rendit aussi à onze heures
& demie à la Chapelle
revêtudel'habit de l'Ordre,
précédé de M. le Duc d'Orleans
,
des Princes & Chevaliers
de l'Ordre tous en ha.
bits de ceremonie pour y entendre
la Messe qui fut chantéeenMusique.
Le Roy retourna
encore à deux heures
&demie à la Chapelle, accompagné
de Madame la Duchesse
de Berry, de M. le Duc d'Orleans,
de Madame la Princesse,
des Princes, & Princesses pour
y entendre le sermon de M.
l'Abbé Hardoüin, que M. le
Dauphin entendit aussiàcosté
du Roy;on entendit ensuite
les Vêpresquifurent chantées
par la Musique, chacun se placa
selon son rang comme le
jour precedent. Madame la
Duchesse
DuchessedeTalard fit la queste
ce jour-là.
On sçut que la veille le Roy
avoit donné l'Abbaye de saint
Vaast d'Arras à M.leCardinal
de Rohan, & celle d'Anchin
à M. le Cardinal de Polignac
,
l'Abbaye aux Bois à
Madame deHarlay,celle deBagnols
à Madame de Clesmes,
celle des Alloys à Madame Pichon
,
celle de saint Jeoire à
Madame du Baye,&le Prieuré
de Chasteau-Thierry àMadame
de Beaulieu.
Le dix après le levé S. M.
trouva à l'entrée du cabinet
M l'Evêque de Meaux qu'il fit
entrer. Ce Prelat s'étant baisse
ôta sa calote, & le Roy lui
mir la calotc rouge sur la teste,
& l'embrassa ;cette Eminence
parut ensuite à la Mae avec
la calote rouge & sans Croix,
ayant ostécelle d Evêquequ'il
portoit auparavant Le 1 1. Ic
General des Benedictins eûe audience
du Roy dans son cabinet
après le levé ; il y eût ce
jour-là quantité d'Etrangers,
tous les Ambassadeurs y
étoient, de même que plusieurs
Evêques, le nombre des
Courtisans fut si grand,qu'a
peine pouvoient-ils tenir dans
la Tribune. Madamel'Ambassadrice
d'Hollande,&Mademoiselle
sa fille allcrent à midi
à la toilette de Madame la
Duchesse de Berry, où il y eût
grand nombre de Dames,M.
le Maréchal de Villeroy
, &
plusieurs autres Seigneurs y
étoient aussi. Le 12. il y eût
une très bellesymphoniependant
le dîné du Roy qui partit
à trois heures pour Marly.
Madame la Duchesse de Berry
partie à six heures, emmena
avec elle dans son carrosse
Mesdames les Duchesses de
S. Simon & deChaulnes,&
trois autres Dames; les autres
semirent dans les carrosses de
cette Princesse qui tiendra le
salon pendant le séjour deMarly
; on doit chasser lesLundy,
Jeudy & Samedy;cette Princesse
accompagnera le Roy
avec toutes les Dames à cheval
vetuës en Amazones comme
elle.
De Paris.
Le Jcudy 6. de ce mois à
neufheures dumatin l'Assembléedu
Clergé quise tient au
Convent des Grands Augustins
, ayant esté avertie que
Messieurs les Commissaires du
Roy estoientarrivez, M.l'Archevêque
de Narbonne,President,
a nommé M. l'Archevêque
d'Aix
Messieurs les Evê.
qucs d'Orleans, d'Avranches , de Sarlat, d'Agde, d'Auxerre,
de Noyon,
de Marseille
,
de
Seez, & de Lavaur & Messieurs
les Abbez de Rochebonne
, Desmaretz
,
d'Avaugour
de Rouillé ,de Cathelan
,
de
Sommery ,de S. Andiol d'Oppede
,
de Maniban
, & de
Chavigny, pouraller lesrecevoir
,cequ'ils ont fait à l'en,
trée de laîe du Cloistre qui
est prés de la porte de l'Eglise
qui va au San£fcuaire.V\ïb
Dans la marche chaque
Commissaireestoit entre deux
Evêques& deux Députez du
second ordre. Estantsentrez
dans la Salle de l'Assemblée ils
se font placez dans des fauteuils
qui Jeur avoient <fié
préparez vis à vis des Prcfidents
de laffembl"
M le Pelletier qui estoit le
plus ancien des Commissaires
a porté la parole & a fait un
discours très éloquent auquel
M. l'Archevêque de Narbonne
a répondu en des termes
tres convenables à la dignité
del'Assemblée.
Ensuite
,
Messieursles
Commissaires du Roy,qui
estoient Messieurs lePelletier,
Daguesseau, dePontchartrain,
Desmaretz,& le Goux
de la Berchere dela Rochepot
font forcis, & ont esté reconduits
par tesmcfmcs personnes
& avec les mesmes honneurs
qu'ils avoient rcceus en arriant.
Le13.Messieurslesmêmes
Commissaires du Roy ontretourné
à l'Assemblée
,
où ils
ont esté receus par les mesmes
personnes & de la mesme
maniere que lors qu'ils y
estoient allez la premiere fois.
Monsieur le Pelletier a fait au
nom du Roy, la demande
de douze millions de don gratuit
:
Messieurs les Commissaires
du Roy s'estant ensuite
retirez dans une des fallcs de
la maison, l'Assemblée a deliberé
d'accorder au Roy le don
gratuit de douze millions,
& Messieurs les Deputez qui
avoient esté audevant de
Messieurs les Commissaires du
Roy, ont esté les informer
de
de la déliberation que la Compagnie
venoit de rendre tout
d'une voix, pour donner des
marques de son empressement
& de son zele pour le service
de Sa Majesté. 5
Le Prince Royal de Polo
gne ,
partit le 15. de ce mois
pour aller visiter les Villes les
plus considerables du Royaume.
Ce Prince a receu de SA
Majesté d'éclatantes marques
de son estime & de sa te.
dresse
,
& quelques jOliCf
avant son départ, une épfe
enrichie de diamants d'un très
grand prix. Je ne vous diray
qu'une simple verité à la
loüange de ce Prince; & cette
verité fera par tour son eloge
comme icy
,
c'est qu'il scil
fait universellement estimer
& aimer
,
& qu'il ell lom de
cette Ville,respecté,confideré
,
& regretté de tout le
monde.
M. le Palatin de Livonie
,
Grand Maître de sa mailon»
un des plus illustres & des plus
grandsSeigneurs de Pologne
partit avec luy
,
aprés avoir
rempli la Cour & laVille d'unetrès
juste & haute idée de
ses vertus.
Je ne sçay,Madame, si je
fuis maintenant quitte avec
vous, de l'indulgence que vous
avez euë pour moi, & je vous
trouve bien heureuse
,
si jene
vous ay pas impatienté plus
d'une fois. Mais je fuis encore,
dites-vous,à vôtre discretion,
& vous prétendez que je vous
paye d'une façon, ou d'une autre
i tout ce que vous m'avez
gagné Rendez moy solvable,
& je vous payerai comptant.
La monnoye des Auteurs ca à
peu prés comme celle des Singes,
les uns payent souventen
forifcs,& les autresengambades.
De quelle façon en voulez-
vous? je vous entends;vous
me demandez une Chanson ,
deux Enigmes, &un Compliment.
Soir. Vous allez être
servie sans délay.
CHANSON.
Un Berger discret &tendre
Qui soupire nuit c, jour,
Iris, voudraitvous apprendre
Les doux mysteres d'amour;
Mais ilfaut un coeur docile
Pour écouter ses leçons;
Quesonsoin estinutile,
Vous les traitez de Chansons.
Gcvvoîte



'U(c mieux jeune Bergere
Du pouvoir de vos beaux ans,
A la beautépassagere
L'Amourn'accorde qu'un tems.
Craignez ce Dieu redoutable,
Un jour ilse vangera Et , vousfere% moins aimable,
Quandvotre coeur aimera.
Que vous fert d'être severe ?
Il efi doux de s'enflâmer
3 Quand on estfaite pourplaire.
On estfaite pour aimer.
• Vous ferez, Madame, de
ce petit avis l'usage qu'il vous
plaira; mais si vous m'en
croyez, vous ne tarderez pas à
le suivre
,
si tant est que vous
ne t'ayez pas suivi. Vous feriez
bien à plaindre, &je ferois
bien fâché si ce doutevous
offensoit. Je me garderois
même fort de vous donner
un tel conseil s'il estoitpossi-.
ble à un mortel de mon humeur,
de vous proposer autre
chose que des plaisirs ;mais
1 - nous avons un certain temps
à passer dans la vie, où nostre
inclination l'emporte presque
toûjours sur nos reflexions : &
nous ne sommes souvent sages
que lorsque nous n'avons plus
que des raisons pour l'être.
Quevoussemble de ce petit
trait de morale, Madame,ne
le trouvez vous pas joliment
en place? Non, dites vous, hé
bien trêve de raisonnements
clairs & serieux, &: passons si
vous voulez à une autre façon
deraisonner plus obscure.
Vouscomprenez sans doute
queje veux vous parler du)
Chapitre des Enigmes. Cela
e11 vray. Je vous diray donc
que les mots de celles durnoÍ
passeestoient.
Le Diamant brute.
Les troisDez.
Et l1Huître à l'écaillé.
Les noms de ceux qui les
ont deviné,sont.
La Divine djlrée,& lestrois
Graces
,
le curieux antique , jadis beau tenebreux
,
Bazile
Concraftin Chevalier Seigneur
de Limagnes soupirant
pour une grosse dondon de
Creteil
,
les deux bons amis
l'Efclachc & Pélard, qui refusent
un déjeuner de l' Auteur
9 Mademoiselle Bonneville &,.
Ton petit coufin, Grancouc
de la rue des Prisonniers ,;,
l'obligeant Deflaudrais
, Janneron
larevêclic,soeur de l'aimable
Tresoriere de la rue
neuve S. Honoré, la Maîtresse
à Follcte
,
la TendreTourterelle,
le Friand yvrogne, &
l'adroit & pénétrant Zulfalis;
Devinez à present ,si vouspouvez
,
le mot decelles-cy.
ENIGME.
Je me plais dans tous sexe &
suis de tous cjlats
En toutpais on me voit lhlijlre.
Pour moi les animaux ont aussi des
- appas,
Etcest même chez eux qu'onpit
voit plus paroiflre,
Mais alors je change de nom,
Et c'estavec quelque raison,
Paifquefyfuis méconnoissable, *
Tantostfoible, tantost plus fort,
Quelquefois laid &quelquefois
aimable.
Al'hommesay causéplus d'unefois
la mort. Je suis lefondement d'un galand
édifice,
Fournissant à i'mtiNr & milleÔ*
mille traits.
Jesers de chaisne à son caprice.
;
Jgjtoyque témoin des plus cruels
, forfaits.
En quelques lieux où regne une
exadte juace.
Jusquesici Conne mavâjamais
Entraifner aufupplke.
%res-fouvent on me livre au pw*
voir d'un bourreau,
MAi"jjc n'en deviens queplus beau , .f<!JoJqllil me mette à la torture.
Enfin ce qui nous doit encore plus
étonner,
C'est que l'art cherche à me donner
Ce qu'avecpeint l'onendure,
Jgue je tienne de la nature.
AUTRE.
Quelquefois pour me prendre
on faitsonnerla cloche,
L'endroit où l'on m'expose efi
0 souvent de ftpin,
Si je suis préparé par la main
d'un vilain
Le gueux certes na rien pour met- tredanssa poche.
-
Voulant me donner l'être on si
sert d'une broche
Je m'accommode dffit d'un éxceU
lent lapin.
Sans moivous ne pouvez, faire la s. Martin
Il mes très-doux appas toutbon
vivant s' accrocher
Pour me bien disposer VaBe est
d'abord sanglant
Faire vivre un chacun cejt mon
propre talent
Oqffuranet àutorus desdmievts,&inlaelsi-
Ne pouvant me trouver on efî
bien malheureux
1H/on9absence,affoiblit le coeur de amoureux
C'efi souventpourm'avoir que
lojfrt U

coquine
L'honneur de vous écrire
m'en si cher, Madame,& le
plaisir de vou* entretenir m'occup.
ii agréablement, que je
continuërois à le faire jusqu'à
demain
,
si je ne craignois pas
certains accèsdemélancolie
où je tombe au moins une fois
le mois, & je sens, quelque effort
que je fasse
, pour dissiper
cette humeur noire
, que c'est
aujourd'huimon jour L'inutilité
de mes travaux se represente
à mon imagination fous
une figure qui me chagrine,
les remords capricieux de
mon esprit viennent en foule
me reprocher l'innocence de
mon éducation. Avec vosinfi.
pides vers & vostre prose médiocre
tout au p!uc;t medisent
ces Lutins,que prétendez vous
faire? au lieu de ch ff er comme
les autres!*Les choses magnifiques
cm flateuses que disent
les Auteurs, de tous ceux qui leur
peuvent faire du bien, leurfont
presque toûjours inutiles.
Leur méritéesttoûjours -connu,
Mais les grands Seigneurs font
étranges,
Et quisubsiste de loüanges
Vitavec peu de revenu.
* Le Louis d'or à Mademoisellede Scudery:
Cela est peut estre vrai, mais
ce n tH p<A ma faute. Au usse,
Miiam^, sijene vous tiens
pasaujouivi'hui entierement
parole; tur tous les points de
ma dedicace, c'est pour ne pas
toutdireenun jour. Dans trois
mOls nous reprendrons lacont.
ver{ation & nous lacontinuërons
sur le ton qu'ilvous plaira.
Je suis,en attendant,tresrespectueusement,
MADAME,
Vostretreshumble & tresobéïssant
serviteur le Chevalier
de, &c.
AVERTISSEMENT.
Je vous serois fort obligé,
JldeJJieurs sivous vouliezm'envoyer
vos Memoires plustost que
vous nefaites. Je les reçois pref
que toujours à lafin dumois,mais
je vais mon chemin
,
commesije
ne my attendois pas, & cet inconvénient
qui tfi un effetde votre
lenteur & de ma diligence
,
vous ôtesouventle plaisir de voir
imprimer vos Ouvrages; mais
j31ay un expedient à vousproposer
là-defjm. J'établis trois Bureaux
dam Paris
3
où ïwrecevrafidèlement
ment (y discretement tous lesMémoires
que l'on m'enverra.
Le premier est chez les fleurI
Follet c, Lamefle
, mes tres chers
Imprimeurs&Libraires, au bout
du Pont S. Michel
,
du coSté du
Marché-Neuf. Ce Bureau est
établi pour ceiïx qui ne voudront
pas estre
connus.. & qui n'auront
que faireal'Auteur du Mercure
Galant.
Le second est cbez moy ,
dans
la maison dusieur Masset, Perruquier
,sur le quayde la Megis
serie
3
celui ci efl pour ceux qui
voudront raisonnersurtoutesorte
de matiere, examiner leurs Ou.
vtages, Les corriger avec moi,&
empêcherqu'ilsnesoientquelquefois
misau rebut.
Le troisiéme qui est à mon grt
leprincipal, &le meilleurde tous
mes Bureaux
J
eji che=\. le Capitaine
Rhumbe Sosiet ,
fameux
gourmet, Marchand de Vin À la
petiteMagdelaine,ruëdeBussy
Je tiendrqi chez lui mes grands
jours,&jj feraitassaut de Litterature
dans tous les genres, de
relations de voyages , de recits
galants,& de plaisirs honnestes,
avec tous ceux quijugerontàpropos
des'y desennuïeravec moi. Le
si ur Sosiet à qui je vous adrtpe,
Messieurs, eji un galant homme,
qui dit quand ilpeut, lesplusjolies
choses du monde. Au fejle ne
'Vous frandalisezpas queje vous
envoye au cabaret. Je vousprou-
*verois aisément qu'ily aaussipeu

De Vienne.68
D Venise. 69 DeMadrid.74
DeRome. 7lq
OdesurlaNoblesse. 8j
Lettre critique d: M. I*Abbe de
Pons à M. Dufrrf'ry surJd
Comédie du Lotsupposé.89
Raisonnement merveilleux de
l'sfmeiir yjMivid'tonol-liftolre
:
originale. 106
Autre raisonnement de fAuteur
fmmSi d'un Dialogue magnifique
entre Iris, Mercure
un Moderne.141
Modeste repartie de l'Auteur à
l'Epigramme que l'Alftrur du
Vert galanta eu la bonté de
luiadresserlemoispassé. I,S,
Errata au milieu du Livre
) ou
plustost Etourderie de l'Auteur
separéesi bien que mal, par
unRenvoy.1^4
Morts. 156 Mari,ages.zis
Relation de la CérémonieduMa-
riagedelaPrincessehereditaire
deSuedeUlrique-Eleonore,
avec FffJf'¡k. Prince héréditairedeHesse
Cassl. 11^
Listedes Officies Généraux que leGrandMaistre afaitàMal*
the le17.du mois passé. 240
Abjuration de la Dame Garnier
fameuse Calviniste, dans l'Eglise
de S. Martin de Blois.
X47
Discours serieux de l'Auteur.
248
CinqSonnetssurlesBouts-rimez
du mois passé. 2.50
Bouts-rime^ à remplir.259
Bouquet du tendre &fideleM.
de la Rochelle à Jo"lrif.2.6r
Journal historique &curieux des
nouvelles de la Cour. z6j
NCoubvelalesndefPoarnis. .192L84
Chapitre des Enigmes. 297
Compliment de l'Auteur à sa
Dame. 301
Avertissement. 304
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le