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NOUVEAU MERCURE
A PARIS, M.MD. CDCCCXXvV!.
AvecPrivilège du Roy.
IERG U RE
G AL A N T.
Par le Sieur Le Fevre.
1
Mois
,
deMay
17J5.
te prix est 30. sols relié en veau, &
2. 5. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET,& J. LAMISII/
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf ,
au Livre Royal.
-
jivtcAfrobation,&Privilège âuRri
APPREHENDE
à un tel point que les
Nouvelles Littéraires
n'excluent de ce Livre les Nouvelles
generales, comme elles
ont faitlemois passé, que
pour prévenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur.
CHARLES VI.
par la Grace de Dieu, éld
Empereur des Romains, toujours
Augufit
,
Roy de Germanie
, des Eff.tgnes,dl' Hongrie
,
de Bohême, de Dalmatie,
de Croatie, d'Esclavonie,
&c.Archiduc d'Autriche,
DucdeBourgogne, de Stirie,
de Carinthie, de Carniolr,&
Wirtemberg
,
Comte d'Habs
pur¡,
3
de Flandres
,
de Tirol,
&Goricie, &c.
A tous ceux quicespresentes
verront, sçavoir faisons ;
qu'aprés la mort de Sa Majesté
Imperiale Joseph I. nostre trescher
Frere
,
de glorieuse mémoire
, étant entrez dans la
possession de nos fidele,Royau.
mes, Pays, ôc Etats Héréditaires
, nostre premier foin a
été, à l'exemple de nos glorieux
predecesseurs,entr'autres
affaires importantes, d'aviser
aux moyens desoulager nos
Sujets ,&Habitans
,
affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre, & par les contributionsqu'ils
y ont supportées
comme aussi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
de nostre Chambre des Finances
& autres. Sur quoi ayant
consideré la constitution de
nosdits revenus, afin d'y
proportionner nostre dépense,
& de rétablir la confiance
,& le crédit qui avoient
souffert quelque diminution ,
en forte que le commerce en
soit avancé,& les contributions
diminuées ; & que par
l'etablissement d'une bonne
Occonomie
, & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes, & Etats
Hereditaires, ils ayent occasïon
de fleurir, & de prosperer.
Dessein salutaire que nous
n'avons pû executer jurqu'à
present, à cause de la guerre
passée,&des autres fâcheuses
circonstances du temps. Et
ayant reconnu que de tous les
moyens possibles
, pour parvenir
à cettenostreintention,
il n'yen avoit point de plus
convenable, que l'introduction
d'une espece de Banque
dans tous nos Royaumes, &
Etats Hereditaires, maintenant
que par la Providence &
bontéDivine ils joüissent tous
d'une tranquille Paix: Nous
avons résolu de l'avis de nos
fidrles Ministres,aprèsmeure
délibération
,
d'ériger dans
tous nos fufdics Royaumes &
Etats, une Banque generale
,
libre & telle
, que chacun y
trouve sa seureté,& non- seu.
lement de la munir d'un Gouvernement
autorisé, mais aussi
de le rendre indépendant du
Conseil de la Chancellerie de
nostreCour, & autres Jurisdictions
subalternes. Nous
avonsenoutre pourvu,a ce
que ladite B.1nque foit établie
sur un fonds' suffisant
, pour
fournir à tous les payemens
& dcbour semensnecessaires
,
sans que l'on puisse jamais en
distraire aucune partie, pour
s'en servir ailleurs, ni le charger
d'aucune forte d'imposition.
Mais au contraire que
les Bancalistes puissent en donnant
des seuretezsuffisantes
pour le remboursement, y
trouver, de fois à autre, sur
leur credit, les sommes donc
ils auront besoin
, pour faire
leurs payemens, & pour la
Manutention de leur trafic,
negoce & Manufactures, &c.
moyennanr trois pour cent
d'intérêts, par où ilséviteront
l'inconvenient des emprunts à
grosse Usure,àl'effet de quoi,
& pour constituer à ladite Banque
un fonds seur & stable,
Nous avons gracieusement
résolu.
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
,feront attribuez
& affectez à ladite Banque,
comme en Dot, tous lesrestans
sans exception, qui nous
font dûs en divers Offices ou
Bureaux,&desquels le compte
n'a pas encore été rendu, ordonnant,
& donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque,
d'en faire la recherche &liquidation,
& d'enexiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item.
2. Tout ce qui nous fera
dû pour le Droit d'Abfart,
qui se paye quand on délaisse
totalement le Pays
,
ordonnant
aux Officiers de nostre
Cour
,
& à nos Substituez,
dans nos Royaumes& Etats,
d'en rendre compte. Comme
auui, tous les biens qui se trouveront
nous écheoir par caducité,
toutes les contrebandes,
& toutes les confiscations en
argent. Item.
3. Nous cedons& laissons
àperpetuicea ladite Banque ,
le droit appellé la taxe, qui
nous appartienten nostre qualité
de Souverain du Pays, &
généralement , toutes les
amendes en argent qui tombent
en nostre Tresorerie.
Item.
4. Nous attribuons&affectons
à ladite Banque tout ce
que chacun devra payer, selon
saClasse,pour Arrhes de Legitimation
,
lorsque voulant
jouir des Privileges, Prérogatives
,
Bene fices, & Avantages
d'icelle, il se fera inscrire
dans le Registre de la Banque
selonla Matricule cy- jointe, » lesdites Classes y étant tellement
disposées
, que ceux de
la basse devront payer trois
cent florins, & ceux de la plus
haute deux cent. Item.
5. Tout ce qui se devra
payer pour Arrhe de Legitimation.,
par ceux qui possedent
quelque Charge ou Ofsice,
dans tous nos Royaumes,
& Etats Hereditaires,soit dans
le Civil, ou dans le Militaire,
soit dans nôtre Cour,ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent,
soit en nôtre Chambre
des Finances ou autres, & généralement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment, ou
qui reçoivent par an de nôtre
Tresorerie, la somme de 5 00.
florins ou plus
, pour Gages,
Aides, ou Pensions,à l'exception
feulement des Gens de
Livrée qui fervent ànosCours
Imperiales, nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois,six pour cent
de l'argentqu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci-aprés quelques
Appointemens,Gages ouPensions
de 500. florins ou audessus,
ils seront obligez d'en
laisser à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois, maisparQuartiers;sçavoir
lePremier, & le Troisiéme.
Moyennant quoy aussi , ils feront exactement payez
dans la fuite. Item.
6e Tout ce qui proviendra
de l'Arrhe des Assignations
sur nos Revenus & Conccfsions,
tantMilitairesquede la
Chambre des Finances,qui se
payent aux Gens de Guerre en
Argent comptant, & non en
Portions de Vivres, lesquels
Payemens pour plus de seutete
& de régularité
,
se feront
à l'avenir par la Caiisse generale
de la Banque, les assignez
gardant neanmoins toujours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en fera de même de
ceux ausquels on aura donné
des Affeurances & Assignations
sur la Banque
,
ouqui
feront compris dans l'état general
des Liquidations,& Dispositions
,lesquels y recevant
régulièrement, & à rems le
Capital & les Intérêts de la
Comme qui leur aura été assignée
, en laisseront trois pour
Cent à ladite Banque, ce qui
leur
leur fera une perte fort petite,
&presqu'insensible
, en comparaison
de celle qu'ils étoient
suvent obligez de supporter
ci- devant,par diversesAvaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'arrhe de Reservation, qui
consiste en ce que ceux des
Bancaires qui voudront retirer
leur Capital, payeront un
pourCent de Reconnoissance,
au lieu que ceux qui l'y laisseront,
pourront,en vertu des
Privilèges accordez ausdits
Bancaliltcs Jle negotier à volonte
,
& neanmoins en recevoir
crois pour Cent d'Interêt
; de forte que les Negotians
qui voudi ont entrer dans
la participation de ladite Banque
, jouiront du Capital, &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Négociation. Mais
parce que ces Negociations-
H., & les Transports des Parties
assignées, emporteront
beaucoup d'Ecritures, la Banque
en retiendra un pourCent
ainsi qu'il se pratique ailleurs.
Icem.
8. L'Arrhe de Contribution
, que devront payer les
Juifs qui sont tolerez dans nos
Royaumes & Pays Heredirai-
-
res, & qui vivent fous nôtre
Prote£bion
,
laquelle Contribution3ils
devront payer fui.
vant la Liste cy jointe
, pour
joüir des Privilèges & Benesices
de la Banque , & ils ne seront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trsorerie
,
ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au service
dans nôtre Chancellerie
de Cour, ou du Pays, avant
d'avoir payé ladite An-hé
moins encore de pouvoir démeurer
dans nôtre Ville de
Residence.
Et comme nôtre Inrention
cfl,cjuc les Biens, Effers & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque
, pour luy servir
de Fonds ; sçavoir, les restans
qui nous sont encore dûs,les
Confiscations
,
Caducitez,
Contrebandes, Droits d'Abfart,
Taxe
,
Amendes pecuniaires
,
Arrhes de Légitimations
,
d'Offices, de Reservations,
& de Contributions des
Juifs, y entrent leplûtôr qu'il
fera possible, afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer,
ne souffre aucun retardement.
C'est pourquoy,Nousvoulons
& ordonnons, que tous
ceux qui possedent quelque
Charge & Office de nôcre
Cour
, ou des Jurifdictions
qui en dépendent
,
soit Civil
ou Militaire
, comme aussi
ceux qui sont au service dela
Chambre des Finances, &les
Juifs qui vivent fous nôtre
Protection
, ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cc1a) dans le terme de six semaines
,
à compter du jour
de la Publication des prefentes,
toutes les sommes qu'ils
doivent remettre ou payersuivant
la Matricule ; sçavoir,
pour laBasse Autriche à la Banque
même ici à Vienne
, &
pour la Haute Autriche à les
Colleges substituez à Lintz.
En outre, pour alleurer à ladite
Banque, un établissement
d'autant plus ferme & solide,
Nous avons gratieufemenc
pourvu , à ce que, outre le
Fonds perpetuel cidessus mentionné
,
qui produira annuellement
de grosses sommes, il
y en ait encore deux autres
Subsidiaires, dont l'un facilitera
les Payemens, & l'autre
fournira aux Bancaliftes une
scure Garantie de leuis Capitaux.
Le premier se formera
de tous nos Revenus, tantMilicaires
que de la Chambre,
qui se payent en argent&non
en nature;nôtrevolonté ctant
qu'ils paient tous par la Banque
; Et le second qui fera le
Fonds de Garantie, se trouvera
dans l'obligation où feront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent fera confié, d'y
déposerà la Caisse un Capital
proportionne aux sommes
dont ils auront le maniement,
duquel Capital ils tireront annuellement
cinq pour cent
d'Intérêt; Et comme tout SucccdeuratOmce
fera obligé,
de prendre sur son compte, la
somme que son Predecesseur
avoit deposée à la Banque, il
en resultera une perpétuité de
Fonds, de Seureté &de Garantie,
qui ne défaudra point.
Item, pour mieux contribuer
encore à l'affermissemeur
& accroissement deladite Banque,
Nous luy avons gratieu-
CementOctroyé les Privilèges,
Exemptions & Benefices ivans,
dont les uns font Réels,
& appartiennent à la Banque
même,
même,& les autres Personnels,
C"Cfl- àdire, concernant
les Bancaires, chacunfélon la
somme qu'il y aura mise,& la
Classe dont il fera.
- I. Que les Directeurs de la
Banque,avec leurs Collèges
substituez , feront exempts ,
-
eu égard à leur Administration
& Fonétion, de la Jurisdlébon
duConseil delaChancellerie
dela Cour, & de celle
de nôtre Chambre des Financesde
toutes les Jurisdietions
ou Instances qui se trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires, mais qu'ils
dépendront uniquement de la
Direction & Sur- Intendance
du Gouvernement de la Banque
, lequel nous établirons
pour son avancement & confervation
dans la maniere qui
fuit ; sçavoir.
2. Qu'afin qu'elle se puisse
toûjours maintenir en bon
état, & qu'en cas de Peste
,
de crainte de l'Ennemi, ou
d'autres accidens semblables,
les Bancalistes, & les autres
Créanciers,puissent toujours
y retrouver, & en retirer son
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
passé avec elle, à tel point
qu'elle ne fera pas obligée de
donner credit, ni à nous, ni
à quelque Particulier que ce
soit, sans une suffisante [curc.
té qui la puisse garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les Places de Caissiers,Teneurs
de Livres, Ecrivains,&autres
Officiers Subalternes, les Directeurs
nommeront pour
chaque Place trois Sujets
,
entre ceux qu'ils jugeront propres
à les remplir, ils les proposeront
au Gouvernement
de la Banque, & le Gouvernement
en choisira un.
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuellement
à la petite Contribution
de la Banque, selon les Classes
- dela Matricule, qui puissent
posseder des OfficesCivils ou
Militaires, ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie, & Jurisdiction
de nostre Cour, ou autres qui
en dépendent, y compris les
Docteurs, Avocats, Agents,
&autres semblables,tous Icfl
quels voulant conserver leur
Office, feront obligez de se
faire inscrire, & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront feulement de nôtre
Conseilde Guerre, & des
Tribunaux
,
Jurisdictions, &
Chancelleries ,qui en dépendent.
5. Il n'y aura que ceux qui
auront auparavant servi six
mois dans la Banque, qui
soient capables dans la suite
de , parvenir à un autre pareil
Employ
,
Fonction ou Franchise
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous seroitdevolu
,
ou de recevoir de nous quelques
Appointemens, Aides ou
Pensions.Ilne fera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôrre Cour, au Conseil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent, après le terme
d'un an ,à compter du jour de
la publication des presentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de nostre Bon plaisir,
sinon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Bancalistes
,
soit qu'ils les ayenc
acquis par assignation , ou
qu'ils lesayentmiseux mêmes
à la Banque
,
feront francs
aprés le terme de six mois,
des Droits que les autres biens
payent, & detoutecontribution
telle qu'elle puisse être.
Ils ne pourront y être soumis
fous quelque pretexte qu'on
se puisse imaginer. Pareillement.
7. S'ilse fait quelque Arrêt,
sur quelques effets de la Banque
& que le Débiteur soit un
BaocaliGe, on ne pourra proceder
au transport desdits
effetsau profit de ses creanciers
,
ju sques àce que l'on ait
fait recherche de ses autres
Biens,&qu'il ait apparu qu'il
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point sujet àconfiscation
sice n'en pour crime de Lezc
Majesté
, ou qu'il y eût collusion
entre deux Personnes , dont l'une plêceroÏt son nom
à l'autre, par tromperie
, &
enfraude de l'institution.
- .9. Les Etrangers qui feront
interessez dans la Banque,
joüiront avec nos sujets &
habitans d'une égale seureté,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y auranulle différence
entr'eux à cetégard
,
& s'il
arrive une Guerre entre Nous
& le Prince,ou la Seigneurie,
dont le Bancaliste étranger seroit
sujet,sonCapital ne fera
point sujet aux confiscations
& saisies pratiquées en cesoccasions.
10. Quand aux Négociations
ou Payemens qui se
feront dans la Banque
, ou
par la Banque,il ne fera pas
absolumentnecessaire pour
sa propre seureté d'en avoir
des Certificats
,
& si le Débiteur
venoità perdre la Quittance
du payement qu'il auroit
fait, il luy suffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en juitice contre toute exception,
à moins qu'elle ne
fût tirée ducontenu même de
l'Extrait.
II. S'il survient des Differens
pour des affaires de la Banque
, quelles qu'elles soient ,
& qu'on en vienne à plaider
contradictoirement
,
les Bancaires
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
, pardevant les Tribunaux de la
Cour & autres qui en dépendent,
encore que d'ailleurs ils
en relevassent, mais on connoîtra
du differend dans la premiere
Instance judiciairedela
Banque
,
d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque, qui en jugera
Souverainement,selon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires, & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Revisionou d'Appel.
I2. ChiU": Bancali(le: ,
pourra seprevaloir à laBanque,
d'une somme proportionnée
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé suivant la
matricule ; cest-à-dirc qu'en
payantun florin, il pourra se
prevaloir de cent, & pour 200.
-
de vingt mille à trois pour le
cent d'interest
, au cas que la
Banque y puisse fournir. Et
par conrre.
13. ChaqueBancaMc, retirera
trois pour cent dtrnrcrêr)
de toutes les sommes qu'il aura
mises à la Banque, c'est-à dire
que de cent florinsil en retirera
trois par an ,(25nque6-c six
millesixcentsoixante six
,
&
quarante Creutzers, il en retirera
deux cent. Et quoiqu'untel
Bancaliste vienne à
negotier par Assignationla
sommedeson Capital ,ilne
laissera pas de joüirtoûjours
de l'intérêtde trois pourcent,
à moins qu'il ne vint à negotier
leCapital même,ou qu'il ne
leretirâtde la Banque en argent
comptant, car le Benefice
de la Banque fera tel
, que
toutBancalifte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
sommedesonCapital, & neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
,
& tirer du profit. Mais si ce
Bancaliste vouloir retirer son
Capital de la Banque en argent
il seraobligé de le notifier
six mois devant, & ne le
pourra pas retirer avant l'expiration
de ce terme, quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
,
mais il pourra, comme ilaété dit ci- dessus, le transporter
ou assigner à un troisiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourser à
un Bancahste son Capital,
sans sa volonté
,
sans le luy
avoir notifié trois mois auparavant.
14. Tout Bancaliste pourra
deposer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaisse, sans payer
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
& sans aucune forte d'avarie.
On ne pourra y déposer moins
de mille florins à la fois, & en
le retirant, on ne pourra en
prendre ou assigner des Parties
moindres de cent florins.Mais
lareception, & larestitution
s'en feront absolument gratis,
& sans frais. Les personnes
assignées sur ledit dépost
,
pourront de même en disposer
librement& sans frais.Par cc
moyen les riches Negotians
& autres pourront,s'il veulent
épargner la dépenfc annuelle
d'un Caissier, éviter le danger
de son infidélité,oumême de
leur vie, celuy du feu & autres
sinistres accidents, au fquels
sont exposez ceux qui
tiennent leur argent chezeux.
15. Il fera pourvû contre
le danger dela perte de Documents,
oureceus que la Banque
donnera des sommes
qu'on y aura mires, en forte
que le Possesseurillégitime
,
c'est à-dire celuy qui lesauroit
derobez, on acquis par d'autres
voyes indirectes,ne pourra
s'en prévaloir s'il ne montre
un figne
, que la Banque donnera
nera au véritable proprietaire
,
avecle receu de son argent,
& si le vray Propriétaire
venoit à perdre sonDocument
ou receu, par infidélité
,
incendie
jou autre cas fortuit
,
il pourra toujours, en produisant
ledit figne ,recevoir son
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque, ni
dans lesCollèges substituez,
ni même dans le service &
administration d'icelle,que
des Bancalistes, & ils y feront
promus par Election, & avancez
chacun à proportion de
la Classe dont il fera dans la
matricule.
Pour plus grande seureté des
Bancables, & Créditeurs de
laBanque
, nous avons encore
gracieusement résolu
,
d'y
établir un Gouvernement
superieur ,auquel nous avons
donné telle autorité
,
qu'il
n'est pas mêmesoumisàlaJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour, mais seulement
à nous comme suprême Protecteur
& Conservateur de
ladite Banque générale. Ledic
Gouvernement veillera sur
tour,à ce que l'on ne déroge
en rien aux Loix fondamenrales
,
Prérogatives, Privileges
& Franchises de la Banque. A
ce que le Fonds perpetuel n'en
soit point distrait, & employé
ailleurs, & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances
,
qui
passeront par la Caisse de la
Banque,ne soient point chargez
d'assignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effct il se fera tous les ans
un état de recette, & de dépenseà
proportion de ce qui
fera entré & cet état fera dressé
de concert entre nostre
Chambre des Finances
,
le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen, ceux qui feront assi.
gnez sur la Banque,encre lesquels
voulons qu'on ait un
égard particulier, aux gens
de nostre Cour, & de Guerre,
comme aussiànos Conseillers
effectifs,gensd'offices & serviteurs
à gages ,
dans tous nos
Royaumes & Pays héréditaires
,
feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
de l'année,nous cussions befoin
du credit de la Banque,
pour fournir à des dépenses
inevitables
,
elle ne sera en
nulle maniéré obligée de les
prêter,au delà des seuretez que
nous luy donnerons pour son
remboursement. Et si legouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irrégularité
ou negotiation préjudiciable
& dangereuse
,
il y apportera
incontinent le remede convenable.
Et afin que cela puisse être
facilement executé
, nous
avons fait donner au Gouvernementdela
Banque,&àla
Banque même des instructions
suffisantes pour prévenir les
malver sarions, & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
régularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établissement au
Public, & à nos propres Finances
, doivent rasseurer contre
la crainte qu'il foit un jour
renversé. Les revenus de nôtre
Chambre des Finances, en
feront augmentez, & nos dettes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Tresorerie, ne fera plus
chargée de dettes injustes. Il
n'y aura que les legitimes qui
soient payées,& elles le seront
exactement. Les Colleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays héréditaires,aurontl'oeil
sur les gens d'Office. Ils empêcheront
les fraudes, &les
pratiques dangereuses. Les
gens de Guerre affignez sur la
Banque pour le payement de
leurs gages, les recevront
regulieretrement
,
& seront entretenus
en bon état. Nos
fidelles sujets & habitans
, y
trouveront en diverses manieres
du soulagement. Le
crédit fera augmenté
,
& le
cours de l'usure
,
si prejudiciable
à nous & à nos Etats
fera arrêté. Par le retranchemenc
des interests excessifs
nôtre Tresorerie fera soulagée.
Nôtredite Cour fera
pourveuë à temps de choses
necessaires
,
d'où suivra une
épargne considerable. L'on
assistera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands, qui
se serontinteressezdans la Banque
, en leur fournissant de
grosses sommes, à petit interest.
On mettra le Paysan
en
en état de payer plus facilement
ses redevances. Et enfin
par l'accroissement du Commerce
, on procurera seurement
la prosperité publique.
Considerant donc les avantages
qui resulteront pour
nous, & pour le Public, de
cette institution
, nous n'entendons
pas seulement
, que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il fera possible
, mais aussi d'y établir un Gouvernement
,
lequel en nôtre
place aye plein pouvoir
,
de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme touchanc
les exemptions octroyées
, Capitaux cedez,
&autresSanctions & B.n< si.
ces, contenus dans la presente,
approuvant ce qui aurjcce
conclu, entre ledit Gouvernement
3
& ladite Banque,
sans qu'elle pudfe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
, comme
suprême Protecteur,&Confervareur
d'icelle, avecroutes
les asseurances que le Prince
peut donner, de la proteger,
défendre &accréditer,aurant
ou plus que l'lnstitution ne
porte,silebesoin lerequiert.
Conclusion que pour une plus
entière seureté de la Banque
susdite,de ses interess&-de
ceux qui négocieront avec elle
Nous avons promis & déclaré
de nôtrepleine Puissance &
Autorité Souveraine
, pour
nous, nos Héritiers & Successeurs,
par :laC obligatoire &.
Lettre de Fondation, couchée
dans la meilleure forme de
Dioic
, pour servir de Pragmatique
Sanction
,
valable à
perpétuité
,
& de contrat
respectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien, qui foie contraire à la
Banque
,
moins encore, permettrons
nous,qu'aucune
usurpation luy foie faire par
d'autres. En Foy de quoi nous
avons fait dresser trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
,
signez de nofire main,
& scellez de nostre Sceau privé
Imperial
,
desquels l'un fera
remis à nostre Gouvernement
de Banque
,
l'aurre à la Chambre
des Finances&le troisiéme
à la Banque libre & garande
; pour leur servir d'asseurance
& d'intrusion. Donné
en nostre Ville Capitale & Refidcnce
de Vienne
,
le 14.
Decembre1714. de nostre
Empire le quatrième
,
d'Efpagne
le douzième
,
de Hongrie,&
de Bohême le quatrième.
Ainsi signé
CHARLES. L.S.)
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SlNZENDORF.
Ad Mandatum Sacra Cela
reoe add. & Catholicoe Adajstatis
proprium.
JAC.ERNSTE. V. PLOCKNER.
M. de la Motte vient de
mettre au jour la fcconde partie
de sa réponse à Madame
Darier : dans cette partie il
satisfait à tous les reproches
que son illustre adverfairc
avoit faits contre sa Dissertation
sur Homcre. La conrrover
semeparoît épuisee.C'est
au Public judicieux à juger à
present siM. de la Mocte dans
sa Dissertation a traité Homere
avec trop de rigueur, ou
stil a fait usageàsonégard
d'une charité tropindulgente.
Il ne ément point dans cette
secondé partie la galante politesse
qui faisoit la principale
grace de la premiere. Le ton
modeste, le stile poli font in..
finiment plus fertils en agréments.,
que le ton impcrieux,
que lestilerustique & pedantesque.
Ilest vray que le dernier
accommode davancage la
malice humaine, que les injures
les plus grossieresplaisent
davantage à certaines gens
que les ménagements les plus
délicats ? mais ce n'est point à
ces grossiers Ltaeursqoc les
gens de Lettres ont affaire; ils
doivent se proposer d'eclairer
les gens sensez,&' d'édifier en
même tems les gens de bIen;
c'est pourquoy ilsdoiventétudier
l'art de se combattre les
uns les autres sans blesser la
chariré, sans manquer aux devoirs
de la socieré.
M. le Chancelier veut sauver
aux Sçavants de France le
reproche de rusticitéil a declarérecemment
que s'il paroissoità
l'avenir aucun Livre
ou il se trouva quelque trait
injurieuxil en feroit subir la
peine à l'Approbatcur. Depuis
quelques jours il a paru un Livre
fous le titre d'Homere vangé,
ce Livre est un tiflii groffierd'injures
directement adressées
à M. de la Motte. Ce
Livre a estédénoncé à M. le
Chancelier par M. l'Abbé de
Pohs. Il a figné son Mémoire
de dénonciation avec élection
de domicile; il en court même
des copies dans Paris, ainsi je
crois que cet ouvrage est devolu
au Mercure&je luy donne
place icy.
DENONCIATION
--
faiteaMonseigneurleCbancelier
d'un Libelle injurieux,
quiy revêtu de l'autoritédu
Sceau,paroît dans le monàe
fous le titre Homere
vabgé.
L'Auteur de ce Libelle cfi
un nommé Gacon
,
homme
connu dans le monde par des
Libellesdumêmegenre. Ilest
bon d'en faire l'Histoire La
voicy.
Il y a environ 20. ans que
Gacon fitimprimer un premier
Ouvrage sous le titre de
Poëte sans jard. Il y commit
tant d'excès fatyriqucs
, que
Monseigneur Boucherat;) lors
Chancelier) à qui il fut dénoncéen
fit supprimer les Exemplaires
, & fit subir plusieurs
mois de prison à l'Auteur.
Ce châtiment contint Gacon
durant pluficurs années,
mais le tems le ramena enfin à
son malheureux penchant ; il
travaillaà une Traduébort
d'A nacreon,Ouvrage quin'étoit
dans Ces vues, que le prétexte
& l'occasion d'outrager
plusieurspersonnes distin
guées dans les Lettres. Ce second
Ouvrage ayant esté envoyé
par M l'AbbéBignon à
Messieurs Sauirin & Danchet
successivement pour l'examiner
,
ils refuserent l'un après
l'autre l'approbation à l'Auteur,
sur son obstination à ne
vouloir pas supprimer les traits
injurieux.Gacon n'avoit garde
de confcntir à lasuppression
de ces traits, c'estoit la portion
cherie de son Livre. Il fie
un voyage exprés en Hollande
, pour se voir en pleine liberté
de diffamer les objets de
sa malignité il y imprima son
Anacreon, & profitant de la
licence que luy donnoit sa
nouvelle Patrie, il enrichit son
Livre de quelques traits calomnieux
,
& de la nature de
ceux qui attaquent directement
l'honneur. Je n'en rapporteray
qu'un seul qui regarde
M. depontenelles, qui me
paroit énorme. Gacon après
avoir insolemment avili les
Ouvrages de M T.Corneille,
l'excuse d'avoir fatigué le Public
de tant de mauvais écrits,
en supposant que sans ces
écrits mêmes il seroit mort de
faim. Il écrivoit, dit il, fartJi
potius quant amoe, Nous n'y
sommes pas encore : Gacon
continue. Mais doit nient que
M. de Fontenelles son neveu
luy qui estsisport à son aisetaisse
mourir defaim son oncle.Cur
eget te divite parent.
Il est notoire que M. Corneille
n'étoit rien moins qu'-
indigent; il auroit esté tres.
honteux à nostre siecle qu'un
homme de ce mérité eût eu
besoin de ses travaux Litterai.
res & journaliers pour vivre.
Et s'il eût estéindigent en efset,
M. de Fontenelles son neveu,
homme non moins esti-.
mable par la probité que par
ses talens, auroit caché au Public
l'infortune de son oncle.
Les Ouvrages font connoître
le genie des gens -
de
Lettres, mais ils ne font pas
connoistre leurs moeurs. Il
n'arrive que trop, que les talents
les plus eftim^bles se rencontrent
dans un même homme
avec demauvaises moeurs.
La poflerité,si cecoupableLivre
va jusqu'àelle ne pourrat-
elle pas condamner M. de
Fontenelles, sur la foy d'un reproche
direct qu'un de ses contemporains
luy a
fait avecimpunité
? c'est ce que M. de
Fontenelles sent parfaitement,
je puis rendre sur cela témoignage
de sa sensibilité.
Il y a environ deux ans que
Gacon donna un troisiéme
Ouvrage au Public, sous le titrc
de l'Anti.Roussiau. La persecution
cruelle qu'il suscite à
un coupable proserit par Arrêt
de la Cour, n'est pas un
crime selon les Loix,c'est seulement
une bassesse
, une lâcheté
digne de detestation;
son crime
,
& crime digne
d'un châtiment exemplaire,
c'est d'avoir recuëilli de tous
ceux
ceux qui avoient esté en commerce
avec Rouleau, les Ouvrages
cyniques & satyriques
de ce Poëte
,
Ouvrages desavoüez
par leur Auteur & peutêtre
expiez par son repentir. Il
les a portez en Hollande où
ils ont esté imprimez sous ses
yeux avec un Commentaire
qui aggrave encore le poison
du texte; il a appliqué faussement
à plusieurs per sonnes des
Epigrammes anonymes dont
Rousseau n'avoit jamais fait
d'applications per sonnelles.
Enfin, grâce à Gacon
,
les
horreurs de ce Poëte, que nos
Niigilliais s'efforçoient de
supprimer, passeront à la posterité
& feront le scandale des
siecles futurs, & la honte du
nôtreGacon de retour deHollande
debite à Paris son Anti-
RoulTeaUjCe scandaleux Livre
fait horreur aux gens de bien;
mais le mépris sauve le coupable,
per sonne ne veut faire la
démarche de le denoncer , on
le laisse jouir en paix du fruit
de soncrime.
Le quatrième Ouvrage de
Gacon
,
& le sujet unique de
la presence denonciation, cLl:
un Livre in douze, qui a pour
titre, Homere vangé. Les personnes
outragées dans ce nouvel
Ouvrage sont mortifiées
de ne pouvoir payer son Auteur
du fcul mépris qui jusqu'à
present a fait la punition de
fcs excés
, on craint de luy
faire honneur en le denonçant;
mais on y est forcé. Il
n'estpasicy questiond'un Libelle
imprimé en Hollande,
ou même dans le Royaume
sans privilege
,
c'est un Livre
revêtu de l'autoritéduSceau,
& imprimé dans Paris avec
une approbation solemnelle
du ficur Abbé Couture. Il y a
doncicy deux coupables, &
j'ose avancer, que leplus punissable
n'est pas l' Auteurmême
, mais l'Approbateur,
l'homme public, que le Ministrea
mis en place pour empêcher
les desordres dont il
vient dese rendre lâchement
complice. C'est par l'examen
del'Ouvrage même que l'on
pourra juger du traitement
que merite lesieur Abbé Coucure.
» *-
CeLivreest une critique follementinsolente
de rihade de
M.dela Motte & de sa Dissertation
sur Homere ; il n'y
a rien de plus permis, rien de
plus utile dans les Lettres que
les critiques judicieuses&moderées,
où les Auteurs exposent
leurs sentimens & combattent
ceux d'autruy, sans
manquer aux égards que la societécivile
& les bonnes
moeurs exigent. Voilales critiques
propres à éclairer le Public
& à l'édifiertout ensem-
,.
ble. M. de la Motte nous vient
de donner un exemple de ces
critiques moderées, il seroit
bon de faire imiter cet exemr
ple à Messieurs les Sçavants
,
qui sont,pour ne rien dire de
plus, trop scandaleusement
rustiques. 1
Le Livre qui parut le mois
de Février dernier fous le titre
des Causes de la Corruption du
Goust, surprit & fcandahzâc
toutensemble les gens sensez.
Ce Livre fera la honte éternelle
de M. l'Abbé Fraguier,
luy ,quipar son approbation
souserit lâchement au traitement
infâme qu'on y fair à son
Confrez luy, que l'esprit de
parti aveugle,au point de luy
faire oublier qu'il esten place
pour empêcher les Auteurs
fournis à son examen ,
de se
faire desouvrages réciproques,
&devioler
,
les uns à l'égard
des autres ,
les regles de la
bien séance & les devoirs de
la charité.
Le sieur Abbé Couture Approbateur
du Livre de Gacon,
est infinement plus coupable
encore que le sieur Abbé Fraguicr.
Onen jugera par les
traits receüillis du Livre, quia
pour titre: Homere vangé.
L'estampe qui est à la tête
de cet insolent Livre
, en annonce
le caractere. On y voit
le Mont Parnasse,ausommet
duquel paroît le buste d'Homere.
Ce buste forme une
"Briibre,que M. dela Motte
sous lafigureHb l'Envie,attaque
une torche à la main. Le
Poece Gaconmonté sur Pegare,
armé de verges, vtënc,
châtier l'Envie.
Quatre vers de l'Auteur ex-'
pliquencTeftaimJ)e.
Conduite par l'orguëil, l'Envie
auregardsombre
Vttit attaquer Homere &n'at-
:..; teint quefort ombre;
Mais les vergesen main sur
Pegase monte::
LePoëtesans fardvange Ho-
•-:- mere ihfitlté.'
Il
f"1Ce jugement n'a rien d'éf
tonnant de la part de Gacon ;
mais il cil scandaleux - qu'un
Approbateurà qui l'on fupF-*
pose au moins lesens 4commun,
n'enfoitpasblessé. L'épithete
de sotest icy des plus
mal afTociéCs-y voilà petitestre
la première foisquon l'ait
vûe en telle compagnie.
M.l'Abbé Couture , dira
quec'estune vivacitéamenée
par latiranniede larime,qu'il
ne faut pas prendre l'épithere
de sotà la lettre. A la bonne
heure ; maisil n'yajiw., à
rabattre d'uneinsulte ftitc en
prose.Dçquelle nature estcelle-
cy ? pag.4f. où Gacqn applique
ces paroles à M. de la
Morte.Cherchons un autre
WQudedk-,bc tfMn petit-homme
qui pmends'éknjer sur des
Geans
, & d'unMoucheron
qui.'Veut,s'él,'Ver sur dus Aigles.
M. l'Abbé Couture ,
doit
sçavoir que M. de la Motte
n'est rien moins qu'un petit
homme,ilestde l'aveu de
- tout lemonde litteraire un
des premiers hommes de son
siecle ; cette superioritéest
d'ordinaire compagne de l'orguëil
immoderé ; mais le souvcrain
éloge de M. dela Motte
c'est d'avoir Içû allier aux
talens les pluséminents, la
plus modeste opinion de luymême.
C'est den'avoir jamais
cherchç dans les ouvrages de
Ces- rivaux
, que lebeau pour
le proteger , Ôl:-t de s'être inu
posé un silence religieux sur
les, fautes dont il auroitpû
triompher;en vainces mêmes
rivaux s'obstinent à l'assieger
avec des Epigrammesinjurieux
les, des Satyres infâmes, des
Critiques insolentes
, on ne
peut réüssiràluy faire démentir
cecaractere de douceur ,
^)c< modestie & de charité,
vertus qui luy font plus pre-
,cic:uCcs que laréputationdeses
^ouvrages,JSCS amisressentent
4]ne
douleur profonde de le
;¥pirà la veille d'estre entierement
aveugle,savûë quis'éjoint
par degrezinsensibles le
rappelle. sanscesse à la prochaine
infortune & le sollicite
audécouragement;tandis que
noustravaillonsàle consoler,
& à le distraire de cc triste
objet,il s'imprime dansParis
des Livrescruels où l'oninsulte
lâchement àson malheur.
Les uns ont la baucuc de luy
facifroenfaemllleenrdiérhonoinqouermabelnet:^ae
aux
ijtâuftsçrcjHètltsJuyrènJrfât
Muses&qu'elllesluy
i^fëJèWt
[ tnoxsr Aveugle de l'ame&du P-MVti4 olgosvfl îttarn
: Mais on ne feconrênfc'^
dans leLivredenoncéde faire t. Éinsulte à M. dela Motte, oh
j,
3amene sesamis sur la Scet,
, &en les faisantdraldgOêr'yfcft
E enfait autant de Gacons. & f t anQuelquesi jours* aprés qufc 1Iliade deM. dela Motte eût
r. paru, je visavec futprise,*&\
1~* 'vaovuocu~ea,avvceccGquuteilqquuce iirniddiiggnn3a^1
tion, le déchaînement horrible
du peuple Sçavant contre
l'Auteur;icfii une Lettre apologetique
de l'Ouvrage [can.
daleux,j'obtins un Privilege
fous un titre anonimc; laLettre
ne se fut pas plutôt montrée
, que mes amisme soupçonnerent
d'en estre l'Auteur:
j'aurois pu tenir ferme contre
leurs soupçons, rmis le peril
del'Ouvrage même m'en arracha
l'aveu. Je crus qu'il y alloit
de la generosité de ne pas
desavoüer un hommage que
j'y rendois à un ami digne de
tout mon zele.
Gacon parle beaucoup de
cette Lettre dans le Livre denonce.
Il me reproche d'y
avoir qualifié injurieusement
Je1 adversaires de M. de la
Motre ; jen'ay qu'un mot à
répondre sur cela. Lor sque je
fis cette Lettre, petÍOODe n'avoit
encore écrit contre M. de
la Motte, & je n'ay pû par
consequent me proposer de
faire reconnoître aucun deces
prétendus adversaires,dans la
diOinébon que j'y fais des vrais
& des faux Sçavants. Il faut
bien distinguer en matiere de
critique les remarques vagues,
les portraits generaux &inà,ppliquez,
de ce que l'onappelle
communément+i^apostrophè
injurieuse,tableau personnel;
par exemple
,
il n'est pas contre
les regles de la critique moderée,
de dire en general,qu'il
ya danslaRepubliquedes Lettres
des stupides érudits quiont
prêté serment de fidélité à, Ho..
mere.' Mais si l'ondesignoit
un hommede Lettre quelconque
par l'epitheted'érudit Ott.
pide, ou autre de ce genre,on
excederoit les bornes de lacritique,
sage,on blesseroit la
charité, on seroit punissable.
Voila ceque ne comprend pas
Gacon;mais cette dirtinâioû
excederoit cHe, aussiles ,,lur
micresde son Approbateur ?
luy qui n'est point choqué du
- per sonnes insolentqui regne
dans tout, le L-ivrc denoncé?
que luy at-il semblé de laFaiblequi
a pour titre, VAveugle
& le Bossu
,
où aprés nous
^voir fait dialoguer M. dela
Motte & moy ,
Gacon nous
salu'edecette galanterie.
:¡.
Jldejjteurs
, que l'ignorant vul-
','
gaire ,
Mît plushautqu'Esope &1
'.,'
qu'Homere, ';{l.J
Vous n'approchezde ces Heros ;.
0!.e. farUsjeux & par le dos.
,
Il y a des gensàquilereproche
- des defEnits naturels
cH: tres douloureux J'ay connu
un bossu
,
homme dailleurs
de beaucoupd'esprit, qui n'avoit
jamais pû se familiariser
avec sonombre,je luy devins
à charge, & il m'évita enfin ne
pouvant soûtenir la petite
guerre que je luy faisois pour
luy ôterce foible;pour moy , j'ose dire que je soûtiens galamment
ma disgrace, j'enattelle
mes amis, qui, pour faire
honneur à mon courage,ne
me font plusappercevoir dans
nôtre commerce, cette retenuë
excessive
, cette circonspection
humiliante qui n'est
due qu'aux foibles.
Je declare donc icy que
tout homme qui voudra
m'offenser, n'y reudira pas en
attaquant ma figure; il ya
longtems que je l'ay abandonnée
à son mauvais sort; il y a
longtems que ses querelles ne
sont plus lesmiennes; mais
comme je ne connois point
M. l'Abbé Couture, que je
n'ay pû par consequent luy
faire cettedéclaration>iln'^
pas dû croirequ'il fûtde mon
goût que cette liberté devine
dfoic de Gacon même.
CommentMl'Abbé Cou.
ture n'a til pas sentiqueGacon
luypresentoit un Ouvra^
genon moinsinsolent& scan-r
daleux qu'aucun qui se foitjamaisimprimé
en Holla'ndc
où les Auteurs font en plemc
libertédeservir leurs pallions?
Il ne peut pas direquel'hypocrisie
deGacon,l'aittrompé,
pculiasrqau'tiliofanitqpaugief3u70i.lta. dré- Tû^ûiourssincereenmesécrits
[DLTevouetcrioimtebmzesjiejr'cleioseifsaernc.iVsMi4llfec alao
Gacon s'estimaginé être
enHollande lorsqu'il a com- !ch paré son Homere vangé >à
labonne heure. Mais quand
r leficur Abbé Couture adon*-
i tnéson Approbation à cet insolent Livre,iladûsesouvenir
qu'il étoit dansParis.
Quelques Leâoursont-hesitéà
reconnoistre les personnages
designezpar ce double
[ tableau page.74 Le Médecin
[ MiPatelineurquiejlprefqyj»
f atyïigle,y&Jid.J^abonvri son
Confrere,quiestextrêmentbossu,
on cherchoit bonnement dans
la Faculté un aveugle & un
bossu qu'on pue associer pour
joiicr la Scene de cette page -y
maisl'Auteuradéclare qu'iln'y
étoit question que de M. de la
Motte&demoy,&que sinous
étions Medecins, c'étoit de la
façon de son Approbateur vil
fil: assezplaisant que M. l'Abbé
Couture qui nous a laissé
apostropher nommément page
96. dans la Fable de l'Aveugle&
du Bossu,s'avise de
nous faire déguiserpage 74.
fous la robe de Medecin.
Gacon continuë p. j$. Je les
caractrisepar leurs défauts afn
parents afin qu'ils ne puissent pas
se mécotmoîtrc dans leurs pàfttaits.,
Et moy ,
dira l'Approbateur,
je leur ay donné des licences
en MedecineafinquelePuble,
hesite àilcs reconnoistre ? il
ne laissepas d'y avoir là de la
Charité&jeluy en rends grace
en mon particulier. N'auroitilpoint
encore insinué à
Gacon de déguiser M. de la
Motte page322. fous l'ingenieuseallegoriedel'âne.
Jalouxdeshonneurs duCheval,
Soit dans 14 Paix foit dansU
-luibio^srïGuerre, nomù
L'ânesonindignerivalbvol
S'aidantd'unebutte de terre,III
Dansunpréje nesçaicomment,
Couvritune bellejument, ];131
Mais d'unesemenceaussi vile 'i
Il nevint qu'un monstre sterile.
rrC Ce déguisement jreft pas
si heureuxque l'autre, il est
un peu sale
,
c'est pourquoy
toutes reflexions faites ,je le
soutiensdela façonde Gacon.
Passons àquelque chose de
plus serieux. On fera surpris
de ce dernier trait par lequel
jefinisl'examen du Livrede-
,
noncé,c'est àla page 16j.>
Gacon y établitd'abord sur
la foy de quelquesSçavans que
l'Iliaded'Homere n:a' d'autre
fin,.-que l'éloge Achille-^31
se fait obicct
objectcerr qquu,om*eHterSré-)
presenteson Herossuperbe \ûn±
jnuessteo,nctrpuaesl&desqmuoeyecnessfolJIrItAsliute"risf,
etenleverAdmiration,nusri+\
ycll se fait faire une seconde
objection qu'il appellecalomnieuse
; cette objcûiOD ;n'est
autre,que le reproche faitpar
quelques Sçavans à Horoere;
den'avoir pas regarde les vices
desesHérosavecmépris. Voicy
ce qu'il'réppnc^aureproche
prétendu calomnieux. Hwne.
re ne traits-t-il pas Achille d'in,
digue & defurieux lorsqu'ilinsulte
lecadavre d'Hector? pour,
quoyletaxe-t-ilde cru,ut"éËr
de barbarie lorsqu'ilimmole dou:{t.
jeunes Troyens aux mânes de
sonçherPatrocle*iln'épargne
pas plus les mauvaisesdélions
des autres Chefs. Quicquid délirant
reges.
Revenons à la premiere,
objection.Voicy comment
Gacon y satisfait.
Outre que c'est une grande
erreur de croire qu'il est necessaire
qu'un Heros jpit parfaitement
wrmitixJki*r'Îtf't tefkjttd'tup
Poëme, ilest faux qu'Homert
aitfait lâJten amieux AUpoint
delefairehaïr
, illuy a latffr
dosi,uimsconpatibles avec l'heroïsme
naturel ; on pmt même
avancer queson Achille, eftdt*
moins mffifageqttthîtn dts Hérosdenojke
temps.
Le Prince de Conde3 M. de
Turenne ne fefOttt-ils pas portez
à des excèsbeaucoup>plu,1 con-,
damnàhèe*
, & cependant qui
Gferoit nier que AS grandsHommesnesoient
des Heros propres à-êhft-des Poëtes.
Asseurement M. l'Abbé
Couture n'a pas lu le Livre
dénoncéd'un bouta l'autre,
iln'auroit jamais laissé passer
un traie aussi calomnieuses
mentinsolent ; il esthumiliant
pour luy de devoir quelque
(horc à mon indulgence dans le tempsmême , que je
luy reproche l'oubli de son
devoir,&que je le dénonce à
Monfeigncur le Chancelier.,
comme un homme qui s'est
rendu indigne desonemploy.
Je me flatte que Monseigneur
le Chancelier- ne jugera
pas qu'il me soit messeant
d'informer sa Grand1eu!rdu1"
scandale que fait dans le monde
un libelle insolent dans
lequel on m'a donnéplace.
Jen'aypas la sotte vanité de
m'imaginer que mon interest
doive entrer pour quelques
chose, dans le traitementdûà
ce libelle. Je déclaré fincere^
ment que je nem'y tiens point
pour offensé, je ne fuis frappé
que de l'avilissement dans
lequelvont tomberles ^ens.
de Lettres en France,si l'on
ne rend pasàl'avenir les Examinateurs
comptables desaccufations
calomnieuses , des
excésinjurieux,des traits far,v.£¿
riques répandus dans les ouvrages
qu'ils auront presentez
au Sccau.
Si maintenant les nouvelles
des Pays Etrangers vous ennuyent,
comme celles de celuicy
peuvent ennuyer les autres,
j'en suis fâché
,
Messieurs
,
mais croyezmoy faites denecessité
vertu. Des gens éclairez
qui font siremplis des interests
du monde qu'il n'y a pas jusqu'à
ceux du Mercure qu'ils
connoissent,m'ontasseuré encore
hier que je devrois supprimer
tous les articles de
mon Livre, plûtôt que de
retrancher rien de celuy des
nouvelles; j'ay fait de leur
conseil l'usage gèe je fais de
tous.ceux qu'on me donne,
j'en ay retenu le tiers ou la
moitié pour moy ,
& j'en ay
abandonné le reste à la mercy
demes fantaisies. Voyez en
attendant que je rentre dans
mon caractere
,
jusqu'ou
s'étend ma complaifancc pour
eux.
APaima,Capitale deMayorque
-
ce 15.Avril.
Situationdes affaires deMayorque.
Le Marquis de Rubis CommandantdeMayorqueacaché
tant qu'il a pû au peuple le projet
que S. M. C. a fait pour réduire
cette Iflc àson obéïssance
: le peuple en ayant été informé
a fait descabales pour
traverser ce dessein;il a exilé
divers Mayorquins du party
du Roy d'Espagne. La Noblesse&
tous les habitans des
Villages suivent le party du
Roy,il n'y a que la Ville de
Palmaoù sont tous les principaux
Rebelles,&Refugiez
depuis la prisc de Barcelone;
les bons sujets du Roy,&
ceux qui craignent les malheursde
la guerre & la perte
de leurs biens
,
n'attendent
que la vûë de l'Armée de M.
d'Asfelds
, ou le débarquement
des Troupes, pour contribuer
à la réduction de ride.
La Garnison de Palma
consiste en 700. chevaux du
pays,montez par des Miquelets
fugitifs de Catalogne,
yjo. Allemands, & quelques
Religionnaires François
, un
Regiment de 400.hommes
Mayorquins, & un autreRegiment
de plusieurs Nationsqui
contient 750. hommes
, &
80.hommes dela Colonelle,
faisant en tout deux mille
deux cent à deux mille trois
cent hommes.
, i On a apporté de Naples
vingt deux pieces d'artillerie,
de la poud re ,
desgrenades
que les rvl.¡yorquins ont payez
.- de leur argenr.
<* Le Marquis de Rubis a fait
faire des retranchemens avec
des fascines par tous les endroits
où l'on peut débarquer,
&il a faitmettre quatre pieces
de canon à chaque endroit.,
On a fortifié la Ville de
Palma
,
& fait une Redoute
ou Forceresse au Cap blanc.
On a tiré du Château d'Alcudia,
Don Joseph Pons de
Leon ,& on a mis un Catalan
en sa place.
Le Marquisde Rubis aprés
avoir tirédesNegotians Ôc
des Juifs Chrétiens qui sont
dans la place, vingt-huit mille
pistoles en diverses occasions,
demande au commun de la
Ville soixantemille écus pour
le besoin de la guerre; ce qui
cause bien du murmure parmy
le peuple, qui fait cependant
courir le bruit qu'il attend de
Naples un convoy tres - considerable.
foi.
Le Gouverneurd'Yvice Don
Domingo Canalesaesté changé,
& l'on a mis en sa place le
nommé Vailly, frere du Marquis
d'Elpual
,
Chef des Volontaires
de Barcelone.
DeMadridle15.Avril.
On a appris pat des Lctrtci
de Catalogne de la femainc
passée
,
qu'on avoit retardé
rembarquement des Troupes
destinées pour l'expéditionde
Miyorque , parceque letems
n'estoit pas favorable. Ce dc*
lay cependant, dont on ne
penetre pas bien les motifs,
faitprésumer qu'il y aura un
ajustement avec les Mayorquins.
M Martinet, Commandant
des quatre Navires qui
font à Cadis, doit passer le
Détroit incessamment pour
joindre l'Armée de Barcelone.
Le sieur Rozareste à Cadis
avec son Vaisseau
,
où il attend
le Prince de Santo Buono
qu'il doit mener à sa Viceroyauté
du Perou.
Le Prince de Cellamarre se
dispose à partir pour son Am--
bassade de France
A la faveur du changement
du Gouvernement
,
le Duc
d'Albukerque est sorti de Segovie
pour venir solliciteràla
Cour la levéedel'Induite des
charges, quel'on a mises sur
les effets qu'il a rapportez du
Mexique.
Ona pas encore pris deresolution
sur le reglement des
Tribunaux,ce qui inquiete
fort les gens qui ont des procez,&
l'on croit qu'il n'y aura
point de Declaration du Roy
là dessus
,
qu'a prés que S. M.
sera arrivée à Aranjuez. On
ne douce presque point que
Don Francisco Ronquillo ne
soitrétably dansla Charge de
PrésidentdeCastille.
011 a executé d,ins Barcelone
deux fameux scelerats
,
compagnons de Mcirigas, qui
ont eu partà son crime, &
l'on fait le procès aux autres.
¥ De Afadridlen.
?
On vient de faire pendant
trois nuits de grandes illuminations
par toutes les Villesau
sujet de la ratification du Traité
de Paix avec le Portugal.
Le Roy & la Reine ont assistéàtous
les Offices de la Semaine
Sainte, &leJeudy vers
les trois heures aprés midy
leurs Majestez ont elle visiter
les sept Eglises les plus volfii
nes du Retiro,accompagnées
de leurs Gardes, de leurs principaux
Officiers,& de plusieurs
Grands d'Espagne.
Don Loüis de Miraval vient
d'être nommé Ambassadeur
pour la Hollande; le Marquis
des.Philippes,EnvoyéàGennes,
& le Duc de Popoli qui
doit suivre la Cour à Aranjuez
,premier Confciller du
Cabinet du Roy.
On a appris par des Lettres
des Canaries que la Flotillc de
la nouvelle Espagne ne pourroit
forcir de la Vera.Crux
qu'à la fin de Mars, parce que
Ccs Vaisseaux ne paroissent pas
assez forts pour pouvoir lupj
porter la violence des vents du
Nord.
Le Chevalier de Burgo ,
nommé Ambassadeur d'Espagne
auprès du Roy de Suede,
a receu de nouveaux ordres
pour hâter son voyage
qu'il doit entreprendre par
Lisbonne pour se rendre de-là
à Hambourg.
De Madrid le 19. Avril.
Le voyage d'Aranjuez a été
encore différé- jusqu'au deux
du mois prochain à cause de
quelques nouvelles indispositions
survenuës à la Reine.
Autre Nouvelle M moins Auss
interessante que les precedentes.
Lettre de M. de la Baume
,
qui
fait auprés de Monseigneur
le Grand Prieur de France à
Malthe, lafonction de Secretaire
de ses Commandemens,
à M. P.
A Malthe, le12.d'Avril1715.
Puisque j'occupe icy vôtre
place, Monsieur
,
il est bien
juste que je vous rende comptede
nôrrc voyage. Nous
sommes partis de Toulon le
d'Avril & arrivez à Malthe le
Dimanche 7e. aprés avoir essuyé
pendant deux jours un
vent contraire qui incommoda
tous ceux qui n'estoient pas
accoûtumez à laMer. Son Altesse
sest toûjours bien portée.
Elle fut receuë de la maniere
du monde la plus honorable.
Le Conseil avoir deputé
deuxGrandsCroix pour luyaller
faire compliment sur son
bord
,
& le Grand Maistre luy
envoya son premier Maistre
d'Hostel
d'Hostel & son premier Escuyer.
Pendant les compliments
,
le Canon de la Ville ,
cctuy des Forts,~ de tous lcs£|
Bastimens qui cHolcntdaos le
Port,firent des decharges réïterées.
S. A. vint à bord dans
la Chaloupe du Grand Maiftrç,
dorçt leCarrosse l'attendoit,
& il y entra avec les deux
Grands Croix. Tout le Port
& les remparts estoient pleins
de pcuple qui le receut avec
des cris de joye qu'il redoubloit
à tout moment. S. A.
alla dabord à 1 Eglisedesaint
Jean entendre la Messe,& delàau
Palais du Grand Maistre,
qui vint le recevoir à l'entrée
de son Appartement,& ¡'('mbrassa,
ne voulant pas souffrir
qu'il luy baisât la main. Ille
mena dans sa chambre,où ils
suffirent fous le même dais &
sur deux fauteüils égaux. Son
Eminence à la droite.Laconversation
fut tendre & affectueuse
de chaque part , & ces
deux Princes furent biencontens
l'un de l'autre. S. A.alla
à l'Hostel qui luy estoit preparé
,
où elle trouva tous les
Grands Croix de l'Auberge de
France qui l'y attendoient
pour luy rendre leurs devoirs.
Toutes lesLangues vinrent l'aprésmidy
enCorps, & même
leConseil ( honneur qui ne se
rend qu'au Grand Maistre.)
L'Evêque
,
le grand Inquisiteur,
le Senechal,le General
des Galeres , ont rendu leurs
visites particulieres. Le Conseil
a nommé M. le Grand
Prieur Lieutenant du Grand
Maigre., ce qui luy donne la
premiere place aprés son Eminence
,
dans toutes les ceremonies,
& même dans le Conseil
; le droit d'être assis à table
fous le même dais & de
manger des mêmes viandes;
il prêta ferment Lundy & fut
receu Grand Croix. Illutledit
serment à genoux sur un carreau
de,velours, & le Grand
Maistre au lieu de luy donner
sa main àbaiser, suivant ce
qui se pratique ,
l'embraflk
tendrement. Le lendemain le
GrandMaîtreenvoya leGrand
Prieur de' Portugal à S. A.
pour luy demander si elleagréeroit
qu'ille nommâr Generalissime
des Troupes de
Malthe. Je vous laisse à penser
comment nôtre Prince receut
cette proposition. Aujourd'huy
son Eminence a envoyé
quatre Grands Croyc
qui font les Ministres do la
Guerre, pourannoncer àSA.
que le Grand Maistrel'avoit
nommé Generalissime, Aprés
les complimens, M. le Grand
Prieur accompagné de ces
quatre Grands Croix; de sa
Maison,qui est,comme vous
sçavez
,
composée de piL-iStde
soixante personnes
,
& d'un
très -
nombreux cortege de
Chevaliers,est allée au Palais
-
pour remercier son Eminen-
- ce; ensuite il est aile rendre
quelques visites aux principaux
Ministres de cette Cour.
InceflaromeiK on tiendra un
Conseil extraordinaire pour
confirmersonElection& luy
faire pi èter le serment. Voila
tout ce que je puis vous dire
jusqu'àaujourd'huy,& qu'il
y a apparence que nôtre Generalissime
ne sera pas trop occupé
contre les Turcs. Je
fuisse, :
Aprés vous avoir assez amplement
entretenu des Nouvelles
étrangeres,il me paroît
a{fez raisonnable de vous dire
quelquechose des nôtres.
L'abondance delamatière
ne me permit pas le mois dernier
de vous faire le détail de
ce qui s'est passéàla Cour pendant
la Semaine Sainte;c'est
neanmoins un des plus importans
chapitres qui puisse jamais
entrer dans un Journal
, & le
zele, & la pieté du Roy qui
font toujours l'admiration de
tout le monde,feront certainement
aussi l'article le plus
interessantde ce volume.
S. M. a entendu tous lesDimanches,
lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
de M. l'Evêque d'Angers;les
Lundys & les Jeudys elle aété
à la chasse duCerf ,accompa
gnéede Madame la Duchesse
de Berry, des Princesses, &
des autres Dames de sa Cour.
Le6.d'Avril,lèRoyfit U
revuë des Gardes Françoises,
& Suisses, M.le Duc de Guiche
marchoit à la tête des premiers
,& M. le Duc du Mai-
,
ne& M le Prince de Dombes
àla tête des seconds. On forma
de chaque Regiment un
Bataillon composé de mille
hommes chacun,choisis sur
le tout. M.le Prince Royal de
Pologne,& M. le PiinceRa.-t.
gotzkti se trouverent à cette
revûë. Le
Le 1 o. M~' rAIT)b..tfddcurÍ
deSicUccur Audiance du Roy
à qui il annonça lamortde M. ,
le Prince dePiedmont, ill'eut
ensuite de M. le Dauphin
,
de
Madame laDuchesse deBerry,4
S/c. Vj*? *"**-'*t—iv~
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
eut Audiance de congé^dn
Roy,c'estun homme grand , bien fait, &trespoly pourun
Afriquain;voicy en deux mots 1
son Compliment que l'Interj
prete expliqua au Roy.Je , soubasse3 Sire
, que vousviviez 1>
long-temps;& que chaquejour
quivous refle à vivre,se mwIti
plie par mille. Il étoit venu pour
faire des excuses au Roy, de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoir pris un Vaisseau François
que le Bey a renvoyé à Toulon,
aprèsavoir fait couper
la tête au Capitaine quil'avoit
pris.
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Piedmont.
On a exposé dans les Appartements
deux pieces de
Tapisseries faites aux Gobelins
dont l'unerepresente N. S. au
Festin de Simon le Phanfien
,
& la Magdelaine prosternée à
ses pieds;cettepiece estcopiée
sur l'original de Jouvenet.
L'autre piece represente la
onsternation dAchalte*loifque
le Grand Prêtrerétablit
Joas sur le Tiône de ses petes MCoypelenafaitl'orignal,.
Ces Tapisseries ont presqu'auçant
de force quelaPeinture
,
tpousalesrperlsoannagnes esn f.ont Le Dimanche des Rameaux
le Roy se rendit à laChapelle.
accompagné de Madame la
Puchcfll de Berry, de M. le
Duc d'Orléans, de Madame
laDuchesse
, & de tous les
Princes & Princesses
, pour y
entendre la grande Messe. S.
M. y retourna à deux heures
& demie accompagnée demêfrie
pour le Sermon
,
& les
Vespres qui furentchantées
par la Musique. LeRoyétoit
assissurson fauteuil
, ayant
d'uncôtéMadamela Duchesse
der Berry , Madame la Duchesse,
Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côré étoit
M.Duc-dOrl(:ans)M.leDuc:ll
M. le Comte de Charollois,
M. lePrincede Dombes,M.le
Comte d'Eu,& M. le Comte
de Toulouze. Siilâ. droite
du Roy auprès du Prié Dieu
étoit , M. leCardinalde Rohan
Grand Aumônier, M. l'Abbé
de
-
Sourches
,
& M. l'Abbé
d'Argentré,Aumoniers. Sur
la gauche M. le Cardinal
de Polignac, M. l'Abbede
Castres, & M.l'Abbé deRouget
Aumôniers de Madame la
Duchesse de Berry; Madame
la Marquisede Montsoreau fit
ce jour là laquelle. Le Vendredy
Saint le Roy serendit à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompr
igné de Madame la DucliulledcBcrry,
de Madame
,
de M.le Duc, & de Madame
la Duchesse d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être assis. Surla droite du Roy
M. le Cardinal de Rohan,
Grand Aumônier ,M l'Abbé
de Sourches,Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers.Sur la gauche,
M. le Cardinal de Polignac,
M.l'AbbédeCastres,&
M.l'Abbéde Rouget,Aumôniers
de Madame la Duchesse
de Berry. M. l'Abbéde
Magnas,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
Roy M. le Duc de CharofV,
CapitainedesGardes duCorps.
Derrière Madame la« de Berry M. le Marquis de
Coëtensau,sonChevalier
dHonneur. Derriere Madame
M. le Marquis de Mortagne,
son premier Escuyer. Derriere
M. le Duc d'Orlé.ans'0M.le Marquis dEstampes,sonCapitaine
des Gardes.
Le Jeudy Saint le Roy allaà
neuf heures & demie du niaw- tin,accompagné de M.leDau
phin, de M.le Duc d Orléans,
& de tous les Princes, dans la
Salle des Gardes, ou l'onavoit
dresse une Chairepour lefr^l
dicateur. 11^ trouva 13. petits
enfants couverts d'un drap
rouge avec un grand lingequi
leurs pendoitau col.; M. le
Cardinal de Rohan
,
Grand
Aumônier, en Habits Ponn&-
caux; LaScene fut prêchéepar
M.l'Abbé Panard
,
dont le
Sermon fut très-applaudy
sur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
a la ceremonie du jour, & à ce
qu'ilvenoitde prêcher; ayant
prouvé dans lesdeux partiesde
son Discours l'abaissement
de J. C. combattu par la raisonhumaine
; & laraison htiii
maineconfonduë parlabuiflc^
ment de J. C. dans cette ceremonie.
A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire,
ayant la Mitre sur la tcrc &
la
Crosse à la main. Les Chantres
commencerent dentonner
l'Antienneintret. M. le Grand
Aumônier ayant dit les Oraisons
accoûtumées, donna
FAb(outc le Roy alla incontinentlaver
les pieds des
Apostres,ayant versé deIVaiT
dessus,& essuyé avec un linge, 1 illesleur ba»(a.Cettecererriô-:
nie finie
, on Cervit, l'es piuvres
danscet ordre. M Defgr<ln..(
ges,Maistre des CtrtmoriltS:,!
precedé d'un Huissier, suivy
de M. le Marquis de Dreux,
Grand Maistre des Ceremo.
nies) de 13Maistresd'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
Commandement
,
de M. le
Marquis de Livry Premier
Maistre d'Hôtel
,
qui portait
aussi son Bâton,de M.le Duc,
grand Maistre de la Maison du
Roy,portant un Bâton pirfc*
mé defleurs delys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
machoient les premiers, & en
passant devant S. M saisoient
une reverence ; ensuitevenoit
M. le Dauphin, portant un
platde bois sur lequeletoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orléans
porrant un platdemême sur
lequel estoit une cruche pleine
de vin avec une coupe pardesfus
,
le tout de bois; M. le
Comte de Charollois, M le
Princode Conty, M lePrince
de Dombes M.le Comte
d'Eur,& M.le Comte deTotllouse
portant chacun un plat
'dc poisson
,
de légumes
,
de
confitures,oudefruits, suivis
dugrand Ech inson, du grand
Pannetier,& des Gennlshommes
servans qui saisoient en
tout treize qui portoient aussi
des plats de bois ornez de
fleurs. En arrivant devant S.M..
ils failoient une reverence en
luy presentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
aux pauvres. Cette ceremonie
commença jusquà13. fois
dans le même ordre, parce
qu'on sert 13 plats à chaque
pauvre qui estoient ue»zs. Il
faut remarquer qu'on alloic
prendre ces plats dans une autre
Salle assez esloignée, & que
M. le Dauphin 13. fois le
voyage, comme les autres
Princesmechant avec beaucoup
de fermeté
, & portant
son plac avec beaucoup d'adresse,
suvy toujours de Madamede
Ventadour sa Gou.
vernante. La ceremonie finie,
le Roy alla un moment dansfa
chambre,& se rendit ensuite
à la Chapelle accompagné de
Madame la Duchesse Berry,
de M. le Ducd'Orleans, de
M. le Duc, de Madame la Duchesse
,
de tous les Princes 6c
Princesses, pour y entendre la
Messe qui sur chantée par la
Musique
,
à la fin de laquelle
on distribua les Cierges, &
la Procession commença : en
voicy l'or dre: M l'Abbéde
Juliac qui avoit du la MelTe,
portoit le S. Sacrement, M.le
Comte de Toulouse, M. le
Comte d'Eu,M. le Prince de
Dombes, M le Prince duConty
,
M. le Comte de Charollois,
M le Duc, M le Duc
(TOrtcans , ayant àsa droite
M. l'Abbéde Tustan son premier
Aumônier,marchoient
devant le Roy,qui avoit à sa
droite M. le Cardinal de Rohan,
grand Aumônier, &à sa
gauche M. l'Abbé de Sour.
ches Aumônier aussi, avec M.
le Cardinal de Polignac; immediatementa
pies le Roy,
marchoit Madame la Duchesse
de Berry Madame la Duchesse
, Madame la Duchesse du
Marne
,
& Mademoiselle de
Charollois venoient ensuite.
On posa le S. Sacrement dans
laChapelle de saintLouis qui
avoircilé* préparée pour cela;
cette ceremonie ne finir qu'à
une heure. Madame d'Espinay
fitlaqueste ce jour- là; & à
deux heures & demie S. Mse
rendit à laTribune dela Chapelle
accompagnée de même
que le jour precedent, pour y
entendre les Tenebres, où
l'onchanta le PfcaumeQuà^
fremuerunt Gente,& le Miflrere
en Musique. A onze heures
aprèssoupé
,
le Roy retourna
à la Chapelle visà vis
celle de saint Louis, pour y
adorer le Saint Sacrement. Le
Vendredy Sainr le Roy alla à
laChapelle à 10. heures du
matinaccompagnéde même
que les jours precedencs,
pour y entendre le Sermon
de la Passion que M. l Eveque
d'Angers prêcha avec
son éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois partiesde
son discours, que le Sauveur
Veuf avoit été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gémir
, une Victime de la
cruauté quil'afait souffrir ,
& une Victime de l'injustice
qui l'a fait mourir. On dit
ensuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adorationde la Croix.
A deux heures &demie,S. M.
se rendit à la Tribune, accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre le£
Tenebres Onchanta le Pfeau-»
me Exaltabo te Domine,& le
Benedictus en Musique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroisseàonze heures ,oùil
communia par les mainsde
M. leCardinal Grand Aumônier.
Les coins Je la nappe
furent tenus du costé de l'Autel
parM.l'Abbéde Sourches
&par Ml'Abbé d'Argentié
Aumosniers ,ducosté du Roy
par M. le Prince deDombes.
A son retour de la Paroisse
il toucha prés de 1400. malades,&
le soir à six heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Pasques le
Roy fitren dreà la Parossede
Versailles le Pain Beny
, par
M. l'Abbé d'Argentré son
Aumosnier
,
precedé de douze
descent Suisses qui portoient
six Pains Benis avec des Banderollesaux
Armes de France
precedez des Tambours, Fifres&
Trompettes. Lemême
jourS. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelleentendre
la grande Méfie
celebrée par M. l'Evêque de
Senlis; à deux heures & demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M'ol'Ev&que
d'Angers
,
qui fit voir que la
RcÍureébon de J C. étoit le
Triomphe de l'incrédulité
pour , nous faire connoistre la
foy,letriomphe de l'iniquité
pour nous apprendre à
nous ressusciter nous-mêmes.
Ce Prelat prit congé,&fitun
complimentà S. M.dans lequel
il fit un abregé de l'histoire,
desavie,& finit en souhaitant
que le Seigneur prolongeât
ses jours pour le cotu%
duire seurement,mais lentement
à la gloire éternelle ;ilparla au."
<
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit ensuite les Vespres qui
furent chantées par la Musique
,
Me.la Marquisede Cha--4
tillon fit la queste ce jour là ,
.,
le Roy donne chaque fois
vingt Loüis d'or; ilserenditensuiteà
six heures dusoir
b laTribune, pour y entendre,
le Salut.
Le Lundy de Pasques Madame
la Duchesse de Berry
communia par les mains de
M. l'Abbé de Castres son Premier
Aumosnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un 1
costé par Monsieur l'Abbé
de Rouget, & par Madame
la Duchesse de S. Aignan; de
l'autre par le R. P. Confesseur
& par Madame la Duchesse
de Chaulnes.
Le Dimanche de Quasimo- 1
do M le DJuphit) fit rendre
le Pain Beni à la Paroisse de
Versailles, par M. l'Abbé
de Sourches Aumosnier du
Roy
,
nommé à l''Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
de douze des cent Suisses de la
Garde qui porroient les six
Pains Benis ornez deBandetolles
auxArmesduDauphin, des
Tambours, Timbales, Fifres,
Hautbois
,
& Trompettes
des plaisirs du Roy. Madame
presenta le foir aprèssoupé
M. le Prince deHesseDarmstat
à S. M.
Le premier de May, les
Haut bois & Bassons joüerent
dans l'anuchambre pendant
le levé duRoy, &pendant
le dîné les 24 Violons avec
lesBasses de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly,&trouva auprès du
Parc M.le Grand qui luy prefcnra:
es' six Chevaux d'Espagnequ'elleenvoye
au Roy de
Pologne
,
qui font d'une
beauté extraordinaire. Ilsont
chacun une belle housse, & des
fauxsoureaux de pistolets couverts
d'une double broderie
d'or ou d'argent
, avec une
frange de même sur du velours
; chaque harnois estant
de différente couleur. Lespistoiees
sont d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ; ils
coûtent mille écus la paire ; les
mords, &les étriers ne sont
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Duchesse
de Berry alla à Marly,
Madame la Duchesse de S. Simon
,Mesdames les Duchesses
de Chaulnes, & Louvigny
estoient sur le devant dans son
Carrosse
,
& Mesdames les
Marquifcs de S. Germain & de
Clermont aux deux portieres.
Ce
CeCarrosseestoitsuivide deux
autres de cette Princesse plusdes rem- Damesde la Cour. 'Le
jour de l'Eclipse
,
le Roy &
toutes les Dames estoient levéesavant
huit heures pour la
voir. M. Cassiny,de l'Observatoire
,s'y estoit renduavec
des Lunettes d'approche, ôç
des miroirs, pour la faire observer
à S. M. plus commodement
;elle dura plus de deux
heures, & on voyoit les Etoiles
sans le secours des Lunettes.
On a expose pendant
1 5.
jours dans les Appartemens un
Tableaude M..Çpypcl,qMi
reprefcnte
l'histoire de Tobie;
c'cft une des plus belles pieces
que l'on puisse voir; la tête de
Tobie & de sa femme font
impayables; les attitudes en
font d'une justesse admirable:
on doit porter ce Tableau
aux Gobelinspourestrecopié
entapisserie.Le cinqdece mois
Madame la Duchesse de Berry
fit rendre lePain BenyàlaPa-
TO.fîsc de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget
, un de ses
Aumôniers; cet Abbé estoit
precedé de douze des Cent-
Suisses de la Garde de cette
Princesse qui porroient six
Pains-Bcnis, ornez de Bandexollcsaux
Armes de Berry
&dOrléansles Tambours;,,
Fifres/Timbales, Hautbois,
& Trompettes des plaisirs
marchoicnc à la tcfte,; Madame
la Duchesse d'Or leans, &
Madame la Duchesse
y•
sont
restées toutes les deux à VerfaIlles"
estant indisposées.
.;' Le 4. de ce mois fut célébré
l'Anniversaire de M. le
Duc deBerry,à S. Denis. Et
le 14. l'Anniversaire du Roy
Loliis XIII. dans la même
Eghfc.r :
L'Evêque de Marseille y
celebra le Messequi fut chantée
par la Musique du Roy.
Le 6. jour de la rentrée du
Parlement, plusieurs Discours
éloquents furent prononcez
au Palais, selon l'usageétabli
à l'ouverture des Chambres.
M. le Camus Premier President
de la Cour des Aydes,
n'en fit pas un en forme, il se
contenta feulement d'exprimer
en peu de mots, & avec
beaucoup de force & de mo-
- destie la perre qu'il vient de
faire de l'illustre M. le Camus
sonayeul, & dedonnerà la
Compagnie une idée noble
de la joye qu'il ressent de se
voir à la tête de cette auguste
Cour. Voicy à peu prés les
termes de son Discours.
MESSIEVRS,
Voicy le temps de rendre la
Justice
, &de faire admirer aux
hommes dans lesanctuaire des
Loix où nous sommes assis ,
l'é.
quité quenous venons de promettre
à Dieu dans les Tribunaux
où nous étionsgrosternez.
Ce n'est point icy un Tribunal
où lejeune Daniel ait à reprendre
, ou à instruire les Juges
d'ifràêt; j'aurois cmmttoïf
Volontiers par vous dire
, voicy
le temps Ó* j'auray besoin de
;cofttt experience,où voftft
capacité
, & vos connoissances
meserontnecessaires.
* Vous a"Je:c soubassé me voir
presider à vos décisions > & là
ionté du Princea secondé vos
desirs. J'aydoncacquisdesdroits
sur vosconseils,resourceplus
aj?tarée pour rftoy ,e àvantageusepourlajufliceque
l'étude & l'exercice de plufteurs
années,
Si vottsavif%}>â trttgef autit
chose de moy que des sentiment
dans les premiersjours de madouleur,
& s'ilm'avoit esté permis
Je remercier publiquementceux
qui m'ontdonneavecjoyetantde
marquesd'estime
, & d'attache^
ment,je vous auroisdéjà !rfwqi'!t ~M/ JthJ 1\., l'honneur de me voira vôtre tête
qu'au plaisir d'estresi bien placé,
dans vos coeurs.
:' Les services de mon ayml
nlonr tenu lieu devanthplus
grand Prince de l'Europe , 4e
talens, ou de vertus! que ne doisje
pas à l'illustre mort queje remplace
ifa réputation fait mon bonheur
:quant est ce que la ressamblance
avec luy fera ma gloire !
lanoble ambition que j'ai de ne
pasdégenerer riefl-elle point femeraire
? quel homme à imiter
l'homme de tous les talens,
l'homme de toutes les vertus,
Estoit-il -plus loüable par l'espritqw
par le coeur, par l'étenduë
de ses lumieres, que par la
pureté de ses moeurs; & en quoy
n'excella-t-ilpas ; maispourquoy
décorerson Tombeau?vos fôgfèts
l'honorent aetz.
Pourmoy,Messieurs,j'auray
toute ma vie t'estimesinguliere,
&le sincere attachiment qu'ileut
pour vous.
Aprés ce Discours M. le
Premier President invita toute
la compagnie qui fc trouva à
cette rentrée,de luy faire l'honneur
d'aller dîner chez luy
ce , quetout lemonde fit. L'abondance
,la déheatefle & la
[ bonnethere qui furent extrêmes
firent à demi les honneurs
decegrand repas,où legoût
excellent,l'esprit&la politesse
de M. le Premier President
,
receurent àjustetitre des Eloges
de tous les conviez. (t'
c-mLe même jour M. Mallet
luy presenta lesvers Latins qui
suivent.
Pris Manibus
NICOLAI LE CAMUS
Equiris,
Regi ab omnibus Consiliis
,
Ncc non
Supremæ SubsidiorumCuriæ , Principis,
Qua die meritissimusNepos, ut
nominis Atque Dignitatis yfic
gp* vitutum hæres
,
in locum
:
-
AVifato-funtilyjubente
AcplaudenteCuriâ,suffectus,
primâ vice pro Tribunali sedit,
&avito moresacræ Themidis
oraculaLegum interpres
sudit;
SYMBOLUM.
Phoenix è bUJli cineribus renovatus
evolans.
Sic postfataresugit.
In idem argumentum.
Ad fuprcmam Subsidiorum
•
Curiam,
TETRASTICHUM
Raptum recentifunereProesidem
Lugere mittat Curia; namsibi
Postfata (ceuPhoenix)superstes,
Splendidiormicat in nepote.
J. J. Maler, Consultissimæ
Faculcatis Licentiatus.
NICOLAO LE CAMUS
Equiti,
Regi ab omnibus Consiliis,
Supremæ Subsidiorum Curiæ
Principi,
Nec non
Regiorum Ordinum novifll^
mè Præfecto.
DISTICHUM.
Quot tibi Rex addit decora immortalia
,
Proeses
,
Virtutis radiant tot monimenta - tuoe.
, ALIUD.
Faustum omen ! Themidis cùm
sactaoraculafundes, -'*
Extra qui racahatg}Jpireitmtin.th
,
: Ii
Offerebathumillimus ac
obsequentissimus Cliens
- -, MALET.
Lemême jour six de ce
mois la rentréedes Académies
se fit. Un autreque moy paffcroit
legerement sur cet articIe,
& ne croiroit peut-être
pas cette nouvelle assez intete(
Tante, pour oser en allonger
les circonstances; mais n'allons
pas si vue, Messieurs, ay à ce
sujetunehistoire importante
à vous faire.
A propos d'Academies
,
nous sommes depuis longtems
dans l'ignorance, & c'est
grand dommage que tout le
monde ne sçache pas encore,
qu'outre l'AcademieFrançoise,
celle des Sciences, des Inscriptions
,
des Lanternistes de
Toulouse, &des Sçavantsde
Bordeaux &d'Angers, Nous
en avons depuis plusieurs années
une à Paris tres fameuse,
tres florissante,& jevoudrois,
pour rimer du moins, oser dire
àtelle fin que de raison,
tres galante; mais quoyque je
n'y entende pas de hneilè,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque,
& j'aimerois presque autant
voir mon Livre profané,&
livré au dernier supplice, que
censuré par cette illustre Académie.
Illustre, Messieurs
, vous
dis-je, par les belles & bonnes
qualitez des personnes de l'un
&de l'autre sexe qui la composent,
par l'éclat des Ouvragesqui
sortent de son sein,
& par le merire de ses membres.
Je vous diray l'histoire de
son establissement&desesrevolutions)
quand ces grands
mysteres feront venus à ma
connoissance, ce que jesçayle
mieux à present, c'est le nom
qu'elle porte ,
& ceux qu'elle a
pris dans sa naissance. In principio.
Elle futappellée t'AfIembléc
des Cinthiens & Cinthienncs.
Ce mot tire son
étymolopie
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
,
dit on ,
autrefois à
PDian.e.VVoje.^ Menage. Chap. L. &c. \-
Elle fut depuis appelléc
l'Assemblée des Pierides, mais
ce sobriquet ne luy resta pas
longtems, une Muse d'entre
elles, qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire
,
se
souvint à propos que ces Demoiselles
Pierides. filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus
, par vénération
pourlesAnciens)avoient
cfte des temeraires, des babillardes
qu'Apollon
,
Diane sa
seeur, 6c les Muses en ccnirrouxavoient
metamorphoféesen
Pies : elle fit faire cette
remarque à l'Académie
,
qui
aprèsavoiropiné longtems si
l'onse pareroit encore d'untitre
aussiinjurieux, soumitenfin
cette décision à la pluralité
des voix: on fut aux scrutins
dans une coeffe
,
& enfin tous
les suffrages réünis, Îl fut jugé
que ce miserable nom seroit
proscrit
,
& en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profc
,
pour
quelque raison ou prétexte
que ce pût estre, de quelque
qualité&condition qu'on fut.
Cependant ilfalloit un nom à
la Compagnie,&c'estoitbien
la moindre chose. Il y futà
l'instant procédé, & l'affaire
prodigieusementrevûë
,
épiloguée
,
examinée, il fut conclu
que cette Assemblée s'appelleroit
dorénavant rACemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon, que tout le monde
connoît aujourd'huy aurant &
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académie
fut nomméele Mont de la
Lune
, parce que le heu où
cette électiona esté faite,est
, dit on ,
de quatre ou cinq toises
plus voisin de la Lune que
la plainedeVaugirard.
Vous prenez peut-estrececy
pour une fiction
,
Messieurs
,
maisde grace détrompez vous
surma parole,& (cachez qu'-
on fait dans cette Académie
deséloges, des compliments,
des Livres & des Traductions
en Prose
, en Vers, en François,
en Latin,& de tout hors
du Grec. En un mot malgré le
ton serieux sur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
de cetteAcadémie
,
il en sort
de fort bons Ouvrages. En
voicy la preuve,~upil.
?irLLest bonde vous faite remarquer
en passant ,que, dans
cet illustre Corps
,
les noms,
les emploie & les dignitez: se
conferent, comme autrefois
on les conferoit à Rome; ony
fait des Senateurs, des Senatrices,
des Consuls, des Con.
sulesses, des Dictateurs
,
des
Dictatrices, &c. Une Dame
de cette Académie ayant esté
élue Dictatrice il y a quelque
tems, & ayant appris la veille
d'une nouvelle élection qu'on
vouloit la continuer dans le
rang éclacantoù on l'avoit élevée
,prononça le lendemain en
pleine assemblée les vers que
voicy.
CELINE AUX CYNTHIENS.
Rome ases Dictateurs accordoit
tous les droits,
Et leshonneurs qu'on rend aux
Roix;
Arbitres qu'ils étoient de la Pai>
de la Guerre,
Ils regnoient[O-Uverainnement,.
Etleurpouvoirindépendant,.
Les rendit pardegrez les Maîtres
de laTerre.
En imitantcessages Citoyens,
Vous PwaveKnonoréé., illustres
Cynthiens3
Du titre glorieux de vostreDic±
tatrice;
J'enay senti l'appas>matsl*éclat
de ce rang
N'ariendont mon espritse charme,
£<71s*éblouifje',
C'est pour luy, jeA3avouey un
fardeautroppesant.
Cette Charge en mes mains tft
trop malsoutenue
Jesuccomberoissous lepoids,
Et pour lebien public contente de
,
ma voix, ,1
Ainsi que Luciusjereprens ma
cbarruë.
Elle se desista ainsi de la
dignitédont l'assemblée honora
la belle & modeste Madame
Policrite,qui après
avoir faitl'Eloge de son Predecesseur,
prononçacesVers:
AU ROY.
Grand Roy lorsque tu fais
succedes au Laurier
Par une utile Paix la pretieuse
Olive;
-a fais plus mille fois que ce
fameux
fameux Guerrier
Qui souvent de l'Eupbrate ensanglanta
la /{ive..
Quandon
ne veut, regner que
Un Potentat devient indigne de
sonrang;
Le pouvoir souverain !l'ep pas
donné pournuire,
Cefont lesseulsTyrans quiueulent
tout détruire :
Mais quand on sçait borner la
, plus juste valeur
Pour donner le repos sur la terre
&sur l'onde,
L'on imiteenrégnantsurl'esprit,
O* le coeur
De l'estre indépendant la fitgtffe
profonde.
Pour affermirpartoutcettefeli-
,
àte-,
Et rendre nostre fort le plus
digne d'envie
Puijfc- tu, GrandHéros,par la
plus longue vie9 ',' Imiter de cet eflre encor l'éternité..
Depuis peu unCandidat de
cette Académie ,attentif à
faire sa Cour à deux des principales
Muses dont il postule
les voix, leur fit cet Envoya
ENVOY D'UN RUBAN :jaune à Mademoiselle
Philinire, & d'un Ruban àMademoiselle Climene,
par un volage qui donne
quelquefois des preserences,&
jamaisd'exclusions.
Le merite che% moy fondent
par preference
Determinemon coeursur le choix d'unobjet;
jfmfi de Philinire admirent la
science,
Seuleelle est de mes chantsaujourd'hui
lesujet.
£Etpar deux neuds divers expliquant
mapensée >
Dujauneà Philinire,àClimcne
duverd,
Je donne de moy-même une
Image tracée
Pour l'une urtUoeur J'été, pour
l'autre un coeur d'hiver.
y• -~1 a -j
Puisque je suis en train de
vous donner des àla bonne
heure, je ne veux pas laisser
échapper l'occasion que j'ay
à present de glisser dans la sou.
le
, ceux qui me font tombez
entre les mains pendant le
cours dece mois cy. D'abord
je vais vous amener sur -la
Scene des
SYLVAINS
AirdeCouperin.
Parodie de M. D.
Le Dieu d'amour, le Dieu
duvin
Reglent nostre destin:
Dans ces retraites,
Toujours amants ,
toujours bu-
.,
veurs,
Leurs faveurs
Pournoscoeurs
Sont faites.
Jcy Baccbus ton jus charmant
Soulage en aimant
Lepoidsdtnofchattes9
Et ta liqueursuspendles peines
D'un tendre, & malheureux.
Amant ;
Regne à jamais
Règne en nos forests.
LeDieud'amour,&c. ,,'
* (
Au~bord de ces ruisseaux
L'Amantfortuné qui fômmeiUeJ
Auchant des Oiseaux,
Seréveille
Les chaînes de l'amour
Dans ce charmantsejour
Semblent toujours nouvelles,
Les plaisirs amoureux, En nous rendant heureux
, -.'
Nousrendent plus jîdelles.
Le Dieu àamour,e£v.
Mille plaisirs ont droit il de
nous charmer,
Les ris, les jeux président à nos
festes,
Le verre en main au nom du
Dieu qui fait aimer
De jeunes fleurs nous couronnons
nos ttflt$';
A nous servir ces Dieux charmans
Mettent leurgloire,
amour luy-meme a tousmoments
jSlousnefsiAboire.
-
Aimable yvresse
Douce tendresse,
La volupté
Nous fuitsanscesse,
La liberté,
Lesris,& lajeunessê
Regnent avec nous
Dans des li-euxtfidoux.
LES ONDES.
Je sens frémir les airs,
Un doux Zephir s'élève,
Etsoulve
L'Empire des Mers. bis.
Je vois l'onde en repos;
Je la vois s'agiter le long de cet
rivages
J'entend retentir les tchol
Des bocages Ó, DIJ murmure desflots.
Jesens, &c.
@
- Les plaisirs,&les jwx>
Les Tritons amoureux
Nagentsurl'Onde,
Tout annoncean monde,
En ce jour
Le regne heureux de lamere a'.-
mour.
Je sens,&c.
La jeuneDrade
Sortdesforefls,
La vive Nayade
Chante ses attraits,
Deja Neptunel'aime Il , fuitson char,
Et luyvient luy même
Verser le nectar.
y~w~c.
V
~8
Mais tout tremble)
L'Ondeserassemble,
1 Dessombres cavernesd'Eole,
Levenfi
S'emtole,
L'Onde
Gronde,
La nature à son tour
Par ce legerorag,
Rend hommage
Alamere d'amour,
Rendhommage
Asontour
A lamered'amour.
19.
Voila ce qu'on appelle de
petits Airs joliment trouflezJt
celaest vif,tcndre*
teur de ces paroles, le Musicien
qui les a notées, & moy
qui en fuis le copiste
, nous
avons tous trois de l'honneur
à vous presenter dauffi jolis
morceaux. Le moindre coupletde
ceschansonnettesvaut
mieux que tout le pauvre Balkt
des plaides de la Paix qu'on
joüe par cy par-là, depuis
environ six semaines ou deux
mois, sur le Theatre de l'Opera.
Item. Je trouve en foüillant
dans mon porre -
fciijlle
encore un Sonnet sur leli
boucs rimez que j'ayproposez
dans mon Mercure du mois
de Février ;celuy-cy est un
des meilleurs Sonnetsque
j'aye receu sur cesrimes; il cft
de la façon de M Formentin
tbnnu avec dlfiloétton dans
les Lettres. >-** S'ÜNNÉT AU ROY
sur la Paix. ¡: aimablesaifinfour lesfruits
de la Herse,
où tout rit dans nos champs, où
chacun court au bain.
OLabondance & la Paix vontnous
ouvrir leur sein,
Et, LOUIS redouté riAura plus
de traverse
Il VA dans ses Etats rétablir
sa Commerce
<d0iiaveoiti.nte.rrompu le rival Vulcain*
Sa gloire qui s*étend jllfiJ.
climat lointain,
Vient d'attirer icy/'AmbaJJadeur
de Perse.
le peuple à sa fanté hit déjà
rasibus,
Lesext pour lu?plaire effacer* venus X'Auteur,pour le loüer abandonne
Origene.
tt l'Amant pour le voir quittera,
* Mars.
si Lays^ jcn juge par mon coeur, car si
j'etois Paris,
Eowr Avoir ce p/Aifir ,je quitterons
Helene,
Je me sens d'humeur à soûtenir
que les Bouts-rimez,
cjtieryqu'on en dise, font bons
Quelquechosec,, ils fcervcent àà
amuser
.,,
une infinité d'hohnestes
gens qui s'exercentàles
remplin. Cette remarque
iïffcngage à proposer encore
ceux-cy.
B- l'O.U,TS-RIMEZ, remplir
Cloche,
, sapin,
vilain.
poche. ,:..broch^ ¡
lapin,
Martin.
acfcroCh£
-, sanglant.
,", T
ralent.
, divine.
malheureux
amoureux
coquine.
Voila
Voita de la besogne que je
vous ay taillée, Messieurs; en
attendant que vous songiez à
remplir vottre tâche,je vais
essayer de remplir la mienne.
Jevous fis dans le dernier Mercure
un détailassez succint des
gens de consideration morts
& mariez le mois passé. Tel
voitesté le bon plaisir de
mon Genealogiste. Mais,
comme vous sçavez, & c'est
le proverbe qui le dit, que
d'une mauvaise paye on tire
ce que l'on peut; j'en ay enfin
arraché à bon compte, les
articles que vous allez lire.
Dame Marguerite Janvier
du Maineblanc, veuve dé Jean
Pépin, MaistresdesComptes,
mourut le 30. Janvier 171Sâgée
de 80. ans, laissant entr'.
autres enfans Madame de
Chamoust, femme de Mr de
Chamoust,cidevant Enseigne
des Gendarmes de la Reine:
Elle étoit soeur de feu Mefïîrff
Pierre Janvier, Seigneur du
Maineblanc, Vicomte du
Boisherpin; mort sans enfans
de Claude- Marie d'Elbeuf,
de la MaisondeLorraine; &
ils estoient tous deux: enfans
de Pierre Janviera Seigneur du
Maincblanc ,Vicomte du
Boisherpin,Conseiller au
Parlement de Paris, &de MM
chelie<delaiBarre..1--m
Dame Marie-Anne d'A«
cigné,veuve de Messire Jean,
Leonardd'Acigné
,
Comte de
Grandbois &de la Rochejagu,
Chevalier de l'Ordre du Roy,,
mourut le 2. Avril, âgée do
80.ans,ayant eu pour fille ai:
née Anne Marguerite d'Acigné
,
seconde femme d'Armand
Jean du Plessis, Duc
de Richelieu, Pair de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
&morte le i5>*Aouû16$$:
laissantentr'autresenfansMr
le Duc de Fronsac:feuë Madame
la Comtessed'Acigné
avoitépousé son oncle; & Ici
Maison d'Acigné dont elle
sortoit, est une des plus îHuf-J
tres & des plus anciennes de
Bretagne; tous les Auteurs qui
en ont parlé ont prétendu
qu'elle estoit une branche de
celle des anciens Seigneurs de
Vitré, puînezdes anciens
Comtesde Rennes & Ducs de
Bretagne, avant l'an ppr.&
elle s'estalliée aux premières
Maisonsde cette Province;
comme Montfort,Malêtroit,
Maure, Coërquen
,
Rostrenan,
Coccmenç,-fclontcjan,
duCh^ftcl,'&Cr,À cel'es de
Cosse;, de LavalSezay
,
de
Buel, &C. ,> Messire MichelLarcher,
Seigneur de Baye, Présidenten
la Chambredes C-omptes, de
Paris, & ci devantConseiller
au grand Conseil, puis Maître
des Requestes
, mourut le 9.
Avril,laissant plusieurs enfans
de Dame GabrielleRioult de
Doüilly sa premiere femme,
fillede PierreRioult
,
Fermier
General & Secretaire du Roy,
& soeur du sieur de Curzay.
Feu M.lePrésident Larchet
estoit filsde Pierre Larcher,
Président des Comptes, petitfils
de Michel Larcher
,
auflï*
Présidentdes Comptes, arrière
petit-fils de Pierre Larcher,
Maistredes Comptesen1587.
lequel estoit fils de Michel
Larcher,Conseillerau Parlement
en 1546. & petit fils de
Benoît Larcher, Conseiller en
la Cour des Aydes de Paris dés
l'an 150S. Lafamille de Larcher,
l'une des plus anciennes
de Paris,s'est alliée àcelles de
Gilbert Villaroy
,
Courtin,
Barillon
,
Allegrin le Picart,
Texier de Hautcf.ÜllleJFouI..
lé
,
Lotin de Charny
,
Mançrot
,
leClerc d'Aunay ,de
Gourgues,&c.
- Messire Claude Galland, receu
Maistre des Comptes en
1681. mourut le 11. Avril. Il
estoit fils deClaude Galland,
Auditeur des Comptes.
Dame Françoise de Brancas
, Epouse d'Alfonse-Henry
Charles de Lorraine, Prince
d'Harcourt, mourut le treize
Avril,laissant pourfils Anne
Marie Joseph de Lorraine,
Prince d'Harcourt, marié
avecMarie Loüise Chrestienne
de CaMteJittcde feu M. de
Montjeu, Conseiller au Parle-
-
ment de Metz. Feuë Madame
laPrincesse d'Harcourt estoit
soeur de Marie de Brancas,
femme de Louis de Brancas
Duc de Villars
, pere de M.le
Duc de Brancas Villars qui a
epousé en 1709. MademoiselleFremin
de Moras,fillede
M. de Moras, Président à
Mortier au Parlement de
Metz, & elles estoient toutes
deux filles de Charles de Brancas,
Marquis de Maubet, dit
leComte de Brancas, Chevalier
d'Honneur de la Reine
nlere
nere duRoy,& de Susanne
Garnier La Maison de BraG:
cas, l'une des plus illustres du
Royaume,estoriginaire du
Royaumede Naples, & je
/ouseiv ay parlé amplement
lorsqueM.l'AbbédeBrancas,
frere deM.le Marquis de Brancas
,
Lieutenant Gcneral des
Armées du Roy,Chevalier de
la Toisond'or , &ci devant
AmbassadeurenEspagne, qui
en est le chef,fut nommé à
l'EvêchédeLisieux.
-
ï. Messire Jean René Basan,
Marquis de Flamanville
,
Seigneur
deBaubigny
,
de saint
Paulde Cressanville,&Lieutenant
General des Armées
duRoy,mourutle 14. Avril
laissant un fils unique de Dame
Marie Anne le Camus qu'il
avoit épouséen 1 tfpo. fille de
Messire Nicolas leCamus, Seigneur
de la Grange de Bligny,
Premier Président de la Cour
desAydes de Paris, dont je
vous appris la mort dans mon
dernier Jattfna). Il estoit fils
d'Hervieu Basan, Marquis de
Flamanville, Bailly deCostentin,
& d'Agnés Molé. Il avoit
pour freresMessireJean Basan
deFlamanville, EvêquedePerpignan;
Edoüard Nicolas BasandeFlamanville
, Chevalier
je Malthe;& feu CharlesMathieu
Basan, dit le Comte de
Flamanville, Capitaine Sous-
Lieutenant des
-
Chevaux-Legers
de Berry, tué à la bataille
de la Marfaille Itan 169 3.laissant
plusieurs enfans de Dame
Elisabeth Bonne du Noyer sa
femme.LaMaison de Basan est
une des plus anciennes du païs
de Caux où elle subsiste encore
en plusieurs branches; elle
possede depuis prés de 300.
ans la Terre deFlamanville,
& elle s'estalliée aux Maisons
de Renty ,d' Argouges, &c. Dame Susanne Loyseau
,
femme de Henry Selvois, Auditeur
des Comptes, mourut
le 14. Avril,laissant plusieurs
enfans mariez.
Dame Marguerite de Monchy,
Abbesse de l'Abbaye de
N. D. au Bois à Paris, Ordre
de Cîteaux
, mourut le 11.
Avril âgée de 83. ans; elle
estoit Abbessedepuis28. ans,
& Religieuse depuis 52. ans.
Elle estoit fille du Marquis de
Monteauzel& de Madame de
Mailly. La Maison de Monchydont
elle sortoit cft une
des plus anciennes& des plus
illustres de Picardie où est située
la Terre de Monchy, &
la Genealogie en est amplement
rapportée par le sieur de
là Morliere en ses antiquitez
d'Amiens, & par feu M. du
Fourny en son histoire des
Grands Officiers de la Couronne
au chapitre des Marêchaux
de France.
Il seroitinoüy de vous faire
fauter ,sans vous en avertir,
des Morts aux Mariages; & il
me seroit honteux de m'épargner
la façon d'une liaison
pour vous apprendre impoliment,
que "n
M. leMarquis deCastelmoron
,
petit filsdesMarêchaujp
deBiron&delaForce,cidevant
Colonel duRegimentde
Belsunce& à presentCapitane
des Gensdarmes Bourguignons,
epousa la nuit du dernierd'Avril
au premier de
May, Mademoiselle de Fontanieux;
l'Evêquede Marseille,
frereaîné du Marquis de
Castelmoron , fit dans la Paroisse
de saint Roch la ceremonie
du mariage en presence de
leurs plus proches parensqui
faisoient une assemblée nombreuse
de Ducs,deDuchesses
&depersonnes des plus
qualifiées du Royaume. Le
Roy, Monseigneurle DdUh
phin 6c tous les Princes &
Princesses de la MaisonRoyale,
peu dejours auparavant
avoient fait l'honneuraux
Mariez de signer leur contrat
de Mariage. Le Marquis de
Castelmoron, quoyque jeune,
a donné des preuvesde fi*
valeur en quantité d'occasions
où il s'efti trouvé, On le vit
sur tout au Fauxbourg d'Ar.,
rasen1712. arrester presque
seull'effort des Ennemis, il y
fut pris l'épée à la main, il portoir
alors le nom de Chevalier
de Belsunce. Il est le dernier
des fils de Messire Armand
Marquis de Belsunce & de
Castelmoron, Baron de Gavaudun&
de Born ,Seigneur
de Vieilleville, &c. Grand
Senechal & Gouverneur des
Provinces d'Agenois & du
Condomois ; & de Dame
Anne Nompar de Caumont
de Laufun
,
soeur du Duc de
Lausun. La derniere Marêchale
Djchcflfc de la Force
estoit (oejr du Marquis de
Belsunce ; il a cû pluÍÍcLKs
cnfans :l'aîné connu fous le
nom de Marquis de Castelmoron,
fut fart Colonel du Regiment
de Nivernois, ensuite
Capitaine des Gensdarmes de
Monseigneur le DucdeBourgogne
,Brigadier des Armées
du Roy
,
& Chevalier de S.
Loüis
,
enfin Commandant
la Gendarmerie deFrajice%
en appaisant uneémeute de
nos Troupes, selon le devoir
de sa Charge; il reçûtune
blessure dont il mourutle
le28. JhJlller 1712. Ilavoit
estématié avec l'heritiere du
Marquis de Bournazel, Gouverneur
de Roüergue
, morte
avant luy & sans enfans. Le
secondestEvêque de Marseille
dont la vigilence & le zele
pour le bien & le bon ordre
de son Diocese
,
& dont la
pureté de la Doctrine & des
moeurs ont esté plus d'une
fois loüez dans les deux Brcfï
que Nostre S. Pere le Pape
Clement XI. luy a adressez
raprés
luy vient l'Abbesse du
Ronceray d'Angers, dont la
régularité & la pieté font le
plus bel ornement de cette
illustre Abbaye;le troisiéme,
Capitaine de Fregate, trcsestimé
& aimé dans le corps
de la Marine, mourut le 28.
Octobre de l'an 1712. trois
mois aprés son aîné; enfin le
quatrième est celuy dont je
vous apprcns le mariage.
Sans encrer dans le détail
de la Genealogie de la ,MaHol}
de Belfuncc
, ce qui seroit
trop long, je me contenteray
de dire qu'il en estpeu de
plus ancienne, de mieux alliée,
& de plusillustrée dans la
Baffe Navarre dont elle est
originaire. Ily a prés de Gx
censans que les Seigneurs de
cette Maison portent le titre
de Vicomte auquel il n'yen
avoit point de superieur en
Navarre;ils ont esté honorez
des premieres Charges de ce
Royaume,yayant eu des Premiers&
des Grands Ecuyers,
& plusieurs grands Chambellans
desRois de Navarre :un'
Seigneur de cette Maison a
estérevêtu de la dignité de
Ricombe,qui épondoit à celle
de Connestable de France;
le Gouvernement du Pays de
Soule a estéplus de cent ans
de suite dans cette Maison
qui appossedé aussi ceux de
Mauleon & de Dax. La Maison
de Belsunce a eu desalliances
avec celles de Foix & de
Navarre;celles dé Grammond
de Luxe , de Gonraud Biron
S. Geniez
,
de Caumont de
Laufun
,
luy donnent de la
parenté avec presque tout ce
qu'il y a de Grand en France,
Les Armes de cette Maison
ontesté detous les tems celles
de Bearn sans aucune brisure
ou distinction
,
jusques à ce
qu'un Vicomte de Belsunce
ayanc délivré Bayonne & sa
Patrie, d'un monstre qui désoloittoutle
Pays, le Roy de
Navarre ordonna que la Maison
de Belsunce,en mémoire
d'une siglorieuse action,ajoutât
aux Vaches de Bearn un
Dragon à trois testes, dont
l'une feroit coupée, ce qui a
toûjoursesté observé depuis,
Mademoiselle de Fontanieux
estfilledeM. de Fontanieux,
ci- devant TresorierGeneral
de la Marine,ensuiteIntendant
de Marine
,
& à present
Intendant des Meubles&
Argenterie de la Couronne;
&deDameN Dodun,fillede
M. Dodun,Conseillerau Parlement
de Paris. M. de Fontanieux
n'a qu'un fils, aîné de
la nouvelle mariée;il est Avocat
du Roy au Chastelet où il
se distingue par son application
& la capacité audessus de
son âge, n'ayant encore que
vingt ans.
Messire AymardLoüis de
Sailly, Sire & Marquis de Sailly,
Lieutenant General des Armées
du Roy&Commandeur
de l'Ordre Militaire de faine
Louis, veuf de Dame Char.
lote de Crequi
,
dont je vous
appris la mort dans mon Journal
du mois de Février, a épousé
en fécondésnoces le 11. de
ce mois Damoiselle Françoise
Adélaïde de Sainte Hermine,
fille de Meiïirc Henry Loüis
de Sainte Hermine, Seigneur
de la Leigne & du Rozeau, Capitaine
d'un des Vaisseaux du
Roy, & de Dame Marie-Marguerite
Genevieve Morel de
Puranges,&petite fille d'Helie
deSainteHermine,Seigneur
de la Leigne & du Rozeau, &
de Magdelaine le Valois
,
fille
de Benjamin le Valois, Seigneur
de Villette, & de Loüise.
d'Aubigné, tante de Dame
Françoised'Aubigné Dame de
Maintenon. La Maison. de
SainceHermine establieenAngoumois
.i
goumois & en Poitou, est dittinguée
par l'ancienneté de sa
Noblesse, & par ses alliances
avec les Maisons de Luzignan,
de Polignac Efcoyeux
, &c.
M. le Marquis de Sailly est né
le 2. 7. Décembre1655. du
mariage de Charles
,
Sire &
Marquis de Sailly, avec Dame
Marie Claude de Monchy de
Carcron.&il a esté élevé Page
de la grande Ecurie du Roy.
La Maison de Sailly , dont il
descend, prend son nom de
la Terre deSaillyen Aroüaise
en Picardie qu'elle possede de
tems immémorial
,
&elles'est
alliée aux Maisons d'Estourmel
,
de Longueval, de Bournel
Thiembrune, de Mouchy. deCrequi,&c.
Mcflire Michel de Goüy,
Seigneur d'Arcy
,
Mesire de
Camp d'un Régiment de Caralerie,
a épousé le 15 Avril
Damoiselle Francoise Melanie
de Salomon de la Lande, fille
de de Salomon de la
Lande & de Dame de Biodos
de Casseja, Sous. Gouvernante
des enfans de France: le nom
de Goüy cft connu en Picardie
depuis l'an 1480. que Louis
de Goüy, que les mémoires
domestiques sont sortirdes
anciens Seigneurs de Goüy en
Artois, passaau service du
Roy Louis XI. après la mort
de Charles, dernier Duc de
Bourgogne» 1t l,
Messire Loüis-Claude de
Roffignac y., Comte ,
d'Apremont,
fils de feu Messire François
Rach. Marie. de Rossignac,
Comte d'Apremont,
& de Dame Marie Anne de
Morogues du Sauvage,àépou-.
sé le 13. Aoust Anné LoütCe
le Coigneux, fille de feu Charles
le Coigneux, Seigneurde
Bezonville, Conseiller au
ChasteletdeParis, & de Marie-
Loüise de Courtenay, Dame
de Changy,petite fillede
Jacques le Coigneux Scigneur
de Bezonville, Conseiller au
Parlement deRouen,arriére
petitefille.d'Edouard,le.Coigneux,
Conseilier au Parlertiènt
deParis COl 1613.faisac«
Jacques le Coigneux$eigntut>
deSandricourt,Conseillerau
Parlement de Paris & tic
filsdeGillesle Coigneuxytiioïfi
le 18, Juin 1568f* enterré
dans l'Eglise de S, Germain
i'Auxerrois,prés1oeuvre/, avec
Geneviève le Gendresaicmme.
La famille des le Coigneux
a donné deux Présidens
à Mortiers au Parlement dctl
Paris, & plusieurs Maistresdes
Requstes; & elle s'estalliée
auxfamilles de Monthelonde
Longuëil,deBourdin,de Bitaut,
deThumery,de Hurault-
Vibraye, & aux Maisonsde
Chaumont, d'Alogny
- Rochefort,&
de Montaut N
YJIl1e.s;..;M. le Comre d'Apre
moRt a,'eOé Page de la petite
Ecurie du Roy;&la Maison
de Roffignac dont il fort, est
également distinguée par son
anciennetés&par ses alliances;
-- elle est divisée en plusieurs
branchcs,établies enPerigord,
Limosin, Saintonge, Angoumois
& Nivernois.
Philippes. Emmanuel de
Crussol, Marquis de Si Sulpice
a épousé le 5. de ce mois
DamoiselleLouise Antoinette
d'Esteing.L'Epoux est fils
d'Emmanuëlde Grussol, Mar.
quis de S. Sulpice,& de Charlote
de Biron, petit-fils de[
Jacques de Grussol, Marquis
de SSulpice
,
& de Loüise
d'Amboise, xxCoeurde feu M.J.
Comte d'Aubijou, &d'Eli-c
fabeth d'Amboise, Marquise
de Thoiras. Il cil arrière petitfils
d'Emmanuel de Crussol , Duc d'Uzès,Premier Pair de
France, & de N. Ebrard de
S. Sulpicc. Le nouveau marié ,
quoique toutjeune, eût le Regiment
de M. le Marquis de
S. Sulpice son aîné, quifut tué
à Keiservert,où il donna pendant
le siege des marques d'une
si grande valeur
, que le
Roy donna le Régiment à celui-
ci qui estoit Chevalier de
Malthe,& si jeune, qu'il fallut
qu'il servit un an dans les
Mousquetaires,avantde commander
ce Regiment;on tç
vit aussià la bataille de Ra-*
milly soutenir à la tête de son
-
Regiment le choc des Ennefriis
avec beaucoup d'intrépiditéJenem'écendray
pasfut
sa nuance,vil suffit de dise
qu'il est de la Maisond'Uzés,
lapremièred'entre les Gentils^
hommes du Royaume, hODO.
fte de la dignité de Duc &
Pair. A l'égard de la Maison
d'Esteing toutela France sçait
que c'est une des plus anciennes;
& les meilleuresMaisons
du Royaume tiennent à honneur
de luyappartenir;elleest
la seule qui a le privilège de
portée
porter les Armes de France
avec les livrées, depuis qu'un
de la Maison d'Esteing sauva
la vie au Roy deFrance à la
bataille de Bovines;cette Maison
est originaire de Roüergue.
La nouvelle mariée cit
filledeM le Comte d'Esteing,
Lieutenant General des Armées
du Roy, & de Marie de
Nettancourt,d'Hauslonville
de Vaubecourt, oeur de feu
M le Comte de Vaubecourt,
Lieutenant General, de M.
l'Evêque de Montauban,de
Madamela Marquisede Thuify,,
& defeuë Madame la
Comtesse de Laubefpin. La
nouvelle mariée est encore nicce
de M. l'Evêque de S. Flour,
& petite niece de M. l'Archevêque
de Narbonne. Leur contrat
de mariage fut figné le
iS. Avril par le Roy, toute la
Famille Royale, & tous les
Princes & Princesses du Sang.
Vous auriez maintenant,
Messieurs,tout le loisir de vous
ennuyer du reste de ce Volume,
si je ne me mettois fortement
dans la tête de prévenir
cet inconvenient. Je pourrois
premeirementvous donner un
Tômc de nouvelles, car j'en
ay mon tiroir plein ; mais je
sçay que le nombre de ceux
quines'en foucienr guere, est
plus grand des deux tiers, que lenombre de ceux qui les aiment
,& je m'enrapporte a
la pluralité des voix. Je pourrois
encore vous,amuser d'un
tas de balivernes mêlées, de
bon &de mauvais,mais en dépitde
ceux qui me les ont envoyées
,elles ne merirent en
vérité pas de vous êtreoffertes.
J'aime mieux chercherà vous
embaraser par quelque nouveleffort
demonimagination.
Les Enigmes & les Bouts rimez
sont des bagatelles qui ne
vous occupent que médiocrement
;une Histoire allegori.
que >clïofc nouvelle pour
moy ,
& peut-être indifférente
pour vous, quelqueidée quelle
puisse vous donner deson
Auteur, me paroît cependant
plus digne de vous être presentée
J,
que tous lesMemoires que
je possede. Celle dont il estici
tjueftion
, a besoin de la Préface
que voicy.
Ona mis) ou plûtôtj'ay
mis, comme il vous plaira,
fous des noms supposez
, &
très étrangers a notre égard.
des noms qui nous font trcsfamiliers.
LaPerseestlaScene
de mes Acteurs ; ils auroient
esté aussi à leur aise sur les
bords de la Seine. Mon fiile
est tantôt Oriental
«
& tantôt
François;les avantures que je
conte ioflt Arabes, Per sanes,
& Parisiennes, & mes courtes
reflexions sont souvent à leur
place, & quelquefois hors
d'oeuuvre. Tout cela est comme
j'ay l'honneurde vous le dire,
parce que cela a dû être ainsi.
La morale en est bonne, & le
fond de l'Histoire estchargé
de morale. Au reste je vous
donne un merle blanc, si vous
en devinez l'allégorie»
HISTOIRE ALLECORIQUE
Fenaker, fils deTimur Melie,
Citoyen de Chamakée:,
Capitale de la Province de
Chirvan en Perseayant atteint
Page de vingt ans,résolut d'abandonner
sa Patrie à lmfçu
de ses parents, & de voyager
dans tous les Royaumes de
l'Orient.
Dans ce desseindont rexe..
cution ne luy parut pas difficile
,il jetta les yeux sur le jeu*
ne Hulacou, Persancomme
luy, ami & voisin de sa famille,
& le chOlCU pour le compagnon
de sa fortune. Hulacou,
luy ditil un jour, que faisons
nous icy, à quoy employons
nous les plus belles années de
nostrevie; l'établissement que
nos parents nous destinent,
quelque tranquille qu'il puisse
estre, suffit il pour contenter,
nostre ambition, Le monde
que nous ne connoissons pjs,
& que nous devons connoître,
n'a t'il rien de meilleur à nous
offrir qu'une vie obfcurc &
inutile. Secouons,moncheri
Hulacou, un joug qui nous
importune, prenons de l'or
& de l'argent dans nos maisons,
& rendons nous enfin
autant que nous le pourrons
les maistres denostre fort. Le
Grand Cha, seul Roy des
Rois, Possesseur du Throsne
,
& de la Couronne, a maintenant
une armée semblable à
une Mer agitée. Allonsluyoffrir
nos services & nous distinguer
par desactions de courage
à ses yeux qui donnent la
lumiere au monde. Je consens
debon coeur à ce que vous me
proposez, mon cher Fenakec,
- luy dit Hulacou, mais quelles
mesuresprendronsnous, pour
nous derober à nos parents;
je me charge dece soin, reprit
Fenaket, & pourvû quedemain
après la dernierec Prière,
vous vous trouviez au bord
de l'eau, cac hé derricre les ruines
de ce Tombeau dont la
rivière lave le pied, je m'y
rendray avec deux chevaux si
légers à sa course, que nous
ferons en lieu de sureté, avant
qu'on nous croyesortis de la
Province de Chirvan. Ils se
promirent alors de se trouver
le lendemain au rendez, vous4
ce qu'ils executerent comme
ils l'avoient concerté la veille.
Dés qu'ils furent à cheval,.
quelleroute tiendrons-nous,
dit Hulacou, aucune,répondit
Fenaket,laissons nous seulement
guider par la fortune
& reposons nous au premier
Caravensaraï, où nos chevaux
s'arresterons. Ils marchèrent
toute, la nuit, & le lendemain
au lever du Soleil ilsdécouvrirent
une maison environnée
de quelques arbres au milieu
d'une plaine;ils resolurent
aussi-tost d'aller s'y rafraichir;
mais des qu'ils furent plus prés
de cette maison,ils reconnurent
qu'ellec estoit entourée de
tous les costez d'un fossé plein
d'eau, profond, & que ses
bords cfcarpez sembloient
rendre inaccessible. Nos
Voyageurs étonnez de cette
difficulté,firent le tour du
fossé pour essayer de trouver
un gué
,
nuis leur peine fut
inutile, & ils ne virent qu'un
petit bateau couvert d'étoffes
de foye d'or&d'argent, attache
à un arbre, qui estoit sur
l'autre bord.
- J: vais courir tous les risques
de cette avanture, ditfc.
nakset, & je veux arriver a
quelque prix que ce soit jusqu'au
bateau que je détacheray.&
que je vous ameneray
ensuite mon cher Hulacou;
Gardez mon cheval , je vais
me dcshabiller & me jetrer a
lanâge dans çe fossé.Hulacou
fit ce qu'il pùr pour le détourner
d'un dessein si teme^
raire, mais voyant que ses remontrances
( ne :
servoient.de
rien, il prit la bride de son chcl
val & luy abandonna ,: l'honneur
de cette entrepritFenaket
à la nagearrive à l'autre
bord ,
détache le bateau;&
vient rejoindre son amy Ils
s'embarquent,Hulacou prend
les chevauxpar les renes , &
Fenaket & son atrçy passent
dans rifls. Ils y eurent à peine
fait deux cent pas à pied, qu'ils
se virent auprés d'une fontaine
de marbre, situéeaumilieu
de quatre cabinets dont l'art
& la nature faisoient un seur
asyle contre les ardeurs du Soleil.
Ils se baissoientdéjà pour
boire à longs traits de l'eau de
cette fontaine qui leur parut
merveilleuse, lorsqu'ilsentendirent
une femme qui, élevant
leton desavoix,dit à uneautre,
ensoupirant.
J'aimerois mieux boire de l'eau
De cette Sourceempoisonnée
Et me crensericy moy-mêmemon
tombeau,
Queconsentir jamais à ce triste
-
; -
J-Jymenée.
Quelque soifqui nous presse
dit alors Fenaket ,à sonamy,
attendons, mon cher Hulacou,
qu'uneeaumoins dangereuse
en modcrc l'ardeur,
l'avis nous est venu fort à
propos, allons en remercier
nostrebienfaictrice. A quoy
voulez-vous vous exposer
encore, luy dit Hulacou ,
cette maison n'cft pas un Caravanfaraï
, vous sçavez que
c'est un crime irremissible en
ce Pays cy que de parler à
des femmes, & le moindre des
malhours qui puissenousarriver,
si nous sommes assez temeraires
pour nous découvrir,
est de passer pour des voleurs.
Amy,reprit Fenaket,jecomprends
aisément tout ce que
vous pouvez me dire là dessus,
mais l'hospitalité est de toute
les Nations ; &loin de me
disposer à fuir de ces lieux,
comme vous me le conseillez,
je pense que nous y pouvons
êtreutilesà cette femme infortunée
qui gemir & s'effraye ,
ainsi que nous venons de l'entendre
,de l'hymen cruel auquel
on la destine. Approchons
du Cabinet oùelleest,
&offrons luy tous les sécours
qui dépendront de nous. On
acquiert un droit sur les gens
lorsqu'on n'a que de bons officesà
leur offrir. Il n'attendit
pas la réponse d'Hulacou ,
pour se presenter à la porte du
Cabinet qu'il pouffa si brusquement,
que ces deux femmes
épouvantées de la vûë de deux
hommes,dans un lieu où elles
n'en
n'en avoient jamais vûs d'autre
que celuy qui les tenoit enfermées
dans ce desert
,
firent
un grand cri. Dequoy vous
effrayez vous,leur dit Fenaket?
je n'aurois jamais osé troubler
vostre entretien,sile discours
que je viens d'entendre ne
m'avoit pasappris que vous
gemissez dans cette solitude ,
& ce n'est pointa ma temerité ;
mais - peut-estre au bonheur
que nous avons eû
, mon
camarade & moy ,
de nous
égarer dans cette campagne,
que vous devez l'offre que je
vous fais de tous les secours
que nous pourrons vous donner.
Temeraires, leur die la
plus âgée de ces deux femmes,
qui n'avoit pas vingt ans,fuïez
de cet épouventable lieu, sçachez
nous gré de l'inquiétude
que vous nous causez pour vos
jours, & n'attendez pas qu'une
main barbare vienne confondre
dans vôtre sang, & dans
le nôtre, l'imprudence de l'offre
quevous nous faites. Nous
ne sommes point en état d'accepter
de si inutiles secours,&
IcTyran qui nous enchaîneest
aussi redoutable luyseul qu'-
une Armée en bataille. Il va
venir, il vient,& s'il vous voit,
vous êtes à jamais perdus.
Vous nous faites, reprirent
les deux amis à chacune de ses
femmes, dont la beauté qui les
éblouissoit, les rendoit insensiblement
esclaves deleurs
charmes, une peinture terrible
de la presence d'un homme.
La frayeur qui saisit vos
sens grossità vos yeux l'image
d'un peril chimerique ; mais
l'éclat de vos traits fait en nous
un effct contraire, & nous
donne au-delà de nos sentimens,
tout le courage que la
peur vous ôte. j- unes Ecrangers,
leur dit de l'air le plus
touchant du monde, celle qui
n'avoit pas encore parlé, ne
vous sacrifiez pas en vain pour
deux infortunées que le sort a
condamnées a des maux éternels.
Quand vous immoleriez
à nôtre vengeance le Tyran
qui nous per secute,nous n'en
ferions peut être encore que
plus mi sera bles,&vingt femmes
impitoyables qui font
dans ce Palais, plus desesperées
des foins qu'il nous arendus,
que de sa perte, nous auroient
mis en pieces & vous
au(H., avant que nouspussions
songer à nous sauver. C'en est
fait,je l'apperçois, & vous le
voyez vous-même, avec ces
furies qu'il traîne àsa fuite. En
effet elle eût à peine achevé ces
derniers tnots,qu'il parut à la
tête de cette Troupe ennemie.
Que vois- je ,
dit-il,d'un ton
formidable, écumant de colere
,
deux traîtres avec mes
deuxinfideles favorites! qu'ils
meurent? allezMinistres de ma
vengeance ,c'est à vous que
j'ordonne de leur arracher le
coeur. Aces mots l'air retentit
decris, mais ces deux genereux
Etrangers qui voyent leur
mort certaine, & celle des
deux belles Esclaves qui leur
ont ravi la liberté , s'ils attendent
cette foule d'ennemis,
vont au -
devant des coups
qui les menacent.Ilsattaquent
en furieux le Tyran qui veut
les immoler à son courroux
, ils le joignent au milieu
de ces femmes cruelles qui
s'opposent à leur passage, ils
le frappent,&accablez par le
nombre, & couverts de blessures
, ils tombent avec luy.
A l'instant celle de ces femmes
qui paroist commander ce bataillon
d'Eumenides, fufpcnd
par ses ordres absolus la sureur
de ses compagnes, elle se
jette aux pieds du Tyran qu'-
elle voit prest de perdre le jour,
& luy dit en gemissant, ouvrez
du moins encore une fois les
yeux, Seigneur, voyez vos ennemis
noyez dans leur fang,&
regardez-les sous le fer dont
ma main est armée,expirersous
le poids de ma vengeance. No
rougis tu pas, luydit-il, in.'
grate, de ta lenteur, frappe,
frappe,& hâte-toy de m'immoler
ces deux funestesvictimes
: qu'on m'amene mes
deux infideles, & que leur amo
descende aux Enfers avec la
mienne. Cependant elle jette
les yeux sur ces malheureux
étrangers dont la jeunesse &
la beautél'ébloüissent jusques
dans les bras de la mort. Dans
son coeur en un moment la
pitié succede à la fureur
,
&
l'amour à la pitié. Qu'allons
nous faire, dit elleauili tostà
fcf compagnes, en se levant,
qu'al lons nous faire mes cheres
amies. Le barbare que nous
voulons vanger,est-il digne
du sacrifice qu'il exige de nous?
c'estluy bien plûrost que nous
devons punir des maux qu'il
nous
nous a faits, &de la rigueur
de nostre esclavage. Sauvons
cesdeux jeunes hommes s'il en
est tems encore , & assuronsnous
de leur reconnoissance,
par les foins que nous prendrons
de leurs vies. Elle eût à
peine achevé ces mots que toute
l'assemblée applaudit à ce
conseil par un grand cri de
joye. Le Tiran qui l'entendit,
fit de vains efforts pour s'en
vanger; maisson ame qu'il
rendit en vomissant mille imprécations,
mit à l'instant ses
ennemis à couvert de son resfcntiment.
Zuraca (c'citicnom decette
genereuse femme) envoya aussitost
chercher tous les remedes
qu'elle crût les plus promts
pour rendre la vie à ces deux
étrangers; en même-temps
"Clic ordonna à six de ses compagnes
de prendre & d'enfermer
dans un lieu sûr les deux
belles esclaves qui avoient été
surprisesavec eux. -
•
Le secoursarrivé, elle prit
foin de leurs playes,arresta
leur fang,& les guerit en trois
-
jours(La longueur dutempsque
l'Autheur de cette Histoire prend
pour laguerison de leurs blessures
quiestoient presque toutesmortelles,
prouve bien qu'il n'a pas
jjfeÛé de conter des merveilles
fabuleuses.)Ce terme expiré,
Zuraca leur proposa des amu-
[crncos, des plaisirs&même
des hymens, dans ce magnifique
Palais dont elleestoit devenuë
la Dame,par leurvaleur,
par la mort du Tyran, & par
la soumission de ses compagnes.
Mais cette proposition,
dont vray-semblablement un
grand nombre de Lecteurs seroitsonprofit
,ne fut point
du tout de leur goût; ilscapitulerent,
ils donnerentdes efperances
frivoles,ils s'affligerent,
ils chercherent la [olltu.
de,ils demanderent du tems,
& enfin leurs armes, & leur congé.
f
Il estoit d'uneextrême
importance pour eux dene
pas declarer le secret de leurs
coeurs, aussi le nom de leurs
Maistresses, qu'ils ignoroient
encore,n'échappa-t'il jamais
de leurs bouches. Cependant
ils n'en pensoient pas moins,
& l'excés de leur amour&de
leurinquietude presentoit sans
cesse à leur idée les charmes
qu'ils adoroienc, persecutez,
morts,ou mourants pour eux.
Ils avoient demeslé dans l'unique
entretien qu'ils avoient eû
avec ces divins objets de leur
tendresse qu'ils commençoient
à s'attendrir eux -
mêmes, un
moment avant ce fatal & original
combat, dont le succés
n'avoit qu'imparfaitement répondu
à la violence de leur
amour. Enfin las de se voir le
joüet des chimeriques prétentions
de leur liberatrice,ils
voulurent s'en expliquer nettement
avec elle. Ils la virent
un beau jour descendre dans
un vallon superbe; & donc
voicy la description, autant
qu'il peut m'ensouvenir.
De l'édifice qui estoit à,
l'Occident sur le sommet d'un
Côteau magnifique, on traversoit
un jardinoù la nature
feule avoit assemblé tous les
chefs-d'oeuvres de l'art; de ce
jardin on arrivoit sur une pelouze
dont la pente étoit douce
, & dont les bords étoient
revêtus avec symmetrie
,
d'un
nombre infinid'orangers, de
myrtes, & de grenadiers d'une
beauté admirable; de cette pelouze
on descendoit insensiblement
dans ce vallon donc
le Nord & le Midy;estoient
parez des plus brillantes coIli-o.
nes du monde,& d'où l'on
decouvroitàl'Orient une plaine
à perte de veuë
,
coupée par
mille canaux, & embellie de
tout ce que la terre peut produire
de plus utile & de plus
agreable. Les eaux du fosse
dont cette Isle estoit environnée
,
couloient lentement à
travers cette plaine. Icsécl-ios,,,
les Oy seaux
,
les Zéphirs, tout,
en unmot y faisoit merveille.
Ce fut enfin
, comme je
vous disois fort bien tout à
l'heure
,
dans ce mêmevallon
que Fenaket & son amy atteignirent
fous une grande allée
de Palmiers, latendre &désolée
Zuraca.
Pour quel mortel heureux
belleZuraca luy.dit l'aimable
Fenaket ,coulent les precieuses
larmes que jevousvoy
repandre ? pour des ingrats lâche, , luy répondit-elle, d'un
ton plcin de colere&d'amour,
pour des ingrats qui ne doivent
qu'aux foibles mouvements
d'une prompte tendresse
,
&
qu'à mes foins indiscrets, &
mal recompensez
,
le jour qui
les éclaire.Montrez-nousdivine
Zuraca,reprit Hulacou, les
perfides qui vous outragent,
rendez-nous nos armes, &
vous nous verrez à l'instant
armez pour vous vanger. Ce
fcroit donc contre mon propre
sein, barbares
, quevous
les employriez ces armes cruelles,&
non contre mes enne- nus,à voulussiemz oins que vous ne vous-mêmes
, vous
sacrifier àma vengeance
mais j'ay dans mes mains de
cheres viébrnes dont la tête
me répondra de vostre ingratitude
; & j'immoleray à
ma fureur les ingrats qui me
méprisent & les malheureuses
qui m'offensent.Je sçay que
leur coeur n'a point de part à*
vostre crime; mais leurs charmes
funestes les rendent à mes
yeux mille fois plus coupables
encore que vous ne me
parûtesaimables. Qui vous
inspire, cruelle,luy dit Fenaket,
ces mouvements jaloux,&
qui rendezvous responsable
de l'injustice dont vous nous
accusez?Vous même, repritelle
, d'un air encore plus
animé,&les Esclaves avec qui
l'on vous a sur pris : tout confirme
mes soupçons,&je sens
jusqu'au fond de mon coeur,
vostre froideur pour moy ,
<%
voftrc ardeur pour elles. Dé8005
trompez-vous, belle Zuraca,,,
luy dit Fenaket. Expliquezvous
plus clairement & dites.
nous enfin lequel de nous deux
vous honorez plus particulièrcment
de vos bontez? je ne
vous excepte, répondit-elle ,
ny l'un nyl'autre,desdesseins
que j'ay formez sur vous.
Vousestes tous deux dans mcs.,.
fers,&si vous ne subissez le
joug de mon amour, craignez
du moins, celuy de ma haine
Il vous sied bien encore de
me proposerdesconditions;la
liberté du choix seroit la feule
que vous pourriez m'offrir
,
si
j'étois vostre Efclavc ! & do
quel droit les hommes pretendent-
ils avoir autant de Maî.
tressesqu'illeur plaît en pren-*
dre, pendant qu'ils nous font
imperieusement languir dans
l'oisiveté affreuse où nous re-4
duit leur inconstance?Abulla,
le lâche Abulla qui vient d'expirer
sousvos coups, a vécu
trois ans avec moy sous les loix
d'un saint & legitime hymen:
pendant ces trois années la
fortune l'a comblé des biens
immenses dont la mort me
rend la maîtresse;maisàquel
usage grand Dieu les a t-il employez,
dés qu'il a commencé
àvouloir en joüir à sa honte
&à la mienne. Il a rempli sa
maison de toutes les Esclaves
quevous y avez veuës, il les a
toutes aimées
, & enfin il m'a
traité comme elles. Il alloic
même époufer
,
le barbare
dont la memoire me fera éternellement
odieuse, ces deux
rivales infortunées qui sont
maintenant en ma puissance
lorfquc le Ciel m'a vangé , par
vos mains del'excès des
affronts qu'il m'a faits. Ce
séjour délicieux est le chefd'oeuvre
de sa volupté, & cc
n'étoit que pour faire perir les
malheureuses qui détestoient
son amour, qu'il avoit creusé
cette source empoisonnée
où , vous vous estes arrestez en
entrant en ces lieux. Je le veux
punir désormais même après
son trepas, des outrages que
j'en ay reçû pendant sa vie;&
usurper les mêmes droits que
luy,pour autoriser la même licence.
Faites vos reflexions sur
ce que vous venez d'entendre.
Je vous donne le reste de ce
jour pour vous déterminer;
mais ce terme expiré si je ne
reçois de vous tous les tributs
qu'exige mon ressentiment ,
craignez de recevoir de moy
le present le plus funeste que
puisse faire à des ingrats une
femme en courroux.
Cette belle & autentique
declaration faite,l'obligeante
Zuraca les falua d'un air de
Souveraine,& les laissa dédaigneusement
sur le tendre
gazon
où ils l'avoient trouvée.
Que la fortune serit cruellement
de nos projets, amy, dit Halacou à Fenaket, nous
sortons de nôtre patrie pour
aller nous attacher au service
du plus grand Roy du monde,
nôtre imagination couronne
déjà nos têtes de l'espoir de
nos lauriers,& nous formons
à peine le dessein d'entrer dans
la carrierede la gloire
, que
nous nous trouvons les victimes
de l'amour, & un moment
après en avoir senti les
premieres atteintes, une bonne
action nous precipite dans
un abîme de honte dont nous
ne pouvons nous arracher
qu'aux dépens de nôtre vie.
D'où viennent amy ,
reprit Fenaket)
naket, ces lâches reflexions ?
laissons, te dis- je, à la fortune
le foin de nôtre fort ,rendons
luy ce qu'ellenousprête, &
donnons luy tout ce qu'elle
exige de nous. M'en dût-il
coûter mille feintes indignes,je
ne fortiray decette Isle qu'avec
les deux belles Esclavesqui s'y
sont, par hazard, les premières
offertes à nôtre vûë. Je promettray
tout à Zuraca, jeluy
tiendray même parole pour la
mieux tromper; je feduiray ses
vigilantes Compagnes ,j'en*
dormiray ses espions
,
& je
jnettray enfin en libertél'ob-.
jet de ton amour & la beauté
que j'adore. Imite seulement
mon exemple, & je teréponds
du succés denosaffaires. Cette
conversation,où il fut dit de
part & d'autre une infinité
de choses qui ne font pas
venuës à ma connoissance,
les conduisit insensiblement,
jusqu'aux environs du bateau
qui leur avoit servià se jetter
imprudement dans Plflc, dont
malheureusement l'emportée
Zuraca ne s'étoit pas souvenuë,
je ne doute pas que,si elley eûtsingé,
ellene l'eut brulé,comme Cafypso
brûla les VilifJeaux' de
Telemaque. Mais c'est dans les
affaires les plus importantes &
les plus pressées,qu'on manque
souvent le plus de precaution.
En effet ils découvrirent du
rivage, un nuage de poussiere,
àtravers lequel, à mesure que
ceux qui le causoient,sapprochoient
d'eux,ils reconnurenc
deux de leurs amis, que leur
zele ( allarmcz de leur fuite)
avoir porté à leschercher pendant , que leurs parents prenoient
le même foin d'un
aijtre côté. Ils détachent
aussitost le bateau, ils s'y embarquent,
&arrivent àl'autre
bord en même temps qu'eux.
Ils s'embrassent
,
ils s'asseyent
sur l'herbe à l'ombre des saules
qui bordoient ce rivage,
& se content réciproquement
leursinquiétudes & leursavanturcs.
Eh bien, ne perdons
pas de temps, mes chers amis,
leur dirent les nouveaux venus,
entrons dans llfl:
,
puisque
vous nous en pressez avec tant
d'instance
, & que vous nous
asseurez qu'elle n'estgardée
que pardes femmes, dont on
peut facilement se rendre les
maîtres, partageons nos armes
, & allons avec confiance
nous emparer de la richesse
& des beautez de ce merveilleux
séjour. Ils se jettent à
l'envi dans le bateau,& passent
en un instant de l'autre costé,
ilssenfoncent dans rifle par
le mêmechemin qu'avoient
tenu Fenaket & Hulacou ,
lorsqu'ils y estoient entrezsix
joursauparavant. L'appareil
d'un bûcher tout dressé
,
est
le premier objetqui s'offre à
leurs yeux, ils en approchent
avec frayeur, & y trouvent la
corps du malheureux Abulla
destiné à estre dévore par les
flames,au mêmeendroit, où il
avoit perdu la vie. Zulfalis-,
& Salem ( c'est ainsi que fc
nommoient ces obhgeans
amis) reconnoissent dans les
traits d'Abulla que la more
n'avait pas encore effacez
,
des traits qui ne leur estoient
pas inconnus;' Voilà
,
sans
douce, dit Zulfalis, après
quelques moments de tristes
reflexions, ce même Abulla
qui épousa ma soeur ilya plusieurs
années, dans la Capitale
de cet Empire, & de qui nous
n'avons receu aucunes nouvelles
depuis son mariage. Sa
veuve veut apparemment luy.
rendre icy avec quelque Cetc'"
morne,lesderniers honneurs.
Tous ces préparatifsfont
trop ornezpour pouvoir rester
long-temps dans cette état,
sans qu'on vienne y mettre
le feu.
Cachez-vousdans ce bosquet
voisin
,
dit Hulacou
Zuraca va sans doute arriver
bientost icy, & vous verrez
aisement sans estre veus ,si
vous reconnoîtrez vôtre fcrur.
Nous allons cependant faire
quelques tours dans les allées
de ce jardinà la veuë des fenê*
tresdesonPalais.Nostrepre^
sence hâtera son retour icy ,
& nous l'attirerons jusques
sousvosyeux. Eneffet Zuracane
les eût pas plutostapper-
Cïûs.
,
qu'elledcfcendit dans
le jardin fuivic de toutes ses
compagnes, dont elle se détacha
pour apprendre d'eux
leur derniere resolution.
Que le Ciel conerve à sjamais
vostre beautééclatante
,
divine Zuraca
,
luy dirent-ils
cnfcmble, que vos jours soient
innombrables, & que rien ne
trouble déformais la félicité
donc vous mentez de jouir le
jesse de vofire vie : vous voyez
à
a. vos pieds vos clciavcs que
l'amoyr fcul soumet à voftrc
empirey: nofue destin cH: en
vos mains & nulle autre que
vous ne peut nous rendre heur
reux. Aimables étrangers leur dit-elley si vostre bon-,
heur dépend de moy , vous
allez bientôt n'avoir plus de
reproches à faire à la fortune,
& le seul amour arbitre de nos
interests va bientôt vuider nos
demêlez. Allons cependant
rendre au lâche Abulla
,
des
honneurs qu'il ne mérite pas,
&rnie veousninqu.iétez plus de
En se disantainsi millecho
sestendres,ils s'approchereni
dubûcher que toutes les habitantes
de l'Isle environnoient
déja, lorsqu'ils y arrivcrent
; elles avoient chacune
un flambeau allumé à lamain,
Zuraca en prit un aussi
, &
après avoir fait trois tours
avec ses compagnes autour
du bûcher
, en chantant des
hymnesétablies parl'usage,à
la louange
,
& pour le repos
desmorts
,
elle y mit le feu
elle y jetta ensuite son flambeau
, toutes les autres en firent
autant.Unmomentaprès
quatre bellesfilles apportèrent
un grand vase plein d'eau,où
elles se laverent les mains.
Cetteablution ljnie,elles fortirent
toutes du jardin, à l'exception
de Zuraca qui eûtapparemment
alorsdes affaires
tac grande importance à communiquer
à ses nouveaux
Amants;mais elle n'avoit pas
fait encore vingt pas avec eux,
que Zulfalis & Salem parurent 4 ses yeux. Où font
,
luy dit
Zulfalis) le poignard à la main,
avec des gestes furieux & concertez
avec son amy, où font
les meurtriers d'Abulla>Ceft
toy ,
femme perside, qui as
trempé tes mains dans lefang
de ton Epoux. Reconnois enr
fin danston propre frere
,
le
vangeur de ton mary. Arrêtez
Zulfalis, luy dit Salem, qui
avoic déjà découvertmille grâces
dans tout ce qu'il avoit vû
faire à Zuraca & qui trouvoit
par un caprice nouveau ,
des
principes d'amour,dans l'embarrasextrême
où la jettoic
cette avanture. Arrêtez., &
loin de former d'horribles pro-
.jets de vengeance, comme
,VQUSfaites, rendez plutôt grace
àla fortune du present qu'-
elle nous fair. Elle vous rend
une foeur quivous eR: chetc,
malgré vos cmportemcns, &
nous rend deux amis que nous
croyions perdus. Zulsalis feignit
encore pendant quelques
moments d'êtreinfenfiblc à
cette remontrance; mais les
caresses de Ces amis, la crainte,
latendre(Te & les larmes de sa
foeur étoufferentdans Ces embrassemens,
jusqu'aux moindresapparences
de (on reflentiment.
Ils allèrent s'asseois
dans un cabinet de verdure
qui n'estoit pas loin du lieu ou
cette entreveue s'étoit faite,
Chacun y conta son biftoire ,
& y deffcnditfcsintérêts au
gré de Tes desirs : enfin aptes,
bien des conteftarions, voie?
les articles de leur ajuitcmcnt.
,: i. Zuraca rendra les deux
belles Esclavequ'elletient enferméesdepuis
le jour de la
mort de son mary.
i. Elles ferontenpropreà
quiil appartiendra. :
c. 3 Elle Zuraca epousera Salem,
parce qu'il veut bien l'époufer.
4. Zulfalis choisira celles de
toutes les belles filles ou femmes
qui sont dans cette Mai'
son, pour l'hymcnouautrement.,
5. Les contraûaptsn'abandonneront
pas le séjour dclû;,
cieux où ils sont, & où ils se
trouvent fort à leur aise , à
moins que L'autorité du Prince,
ou quelque grand malheur
ne les enchasse.
Enfin lesarticles de ces engigemens
nesubsisteront qu'-,
autant qu'ilplaira ausditscontractans
de les faire fubfirtcr.
Les deux belles Esclaves furent
aussitôtremises dans les
mains de leurs Amants
, & à
l'instant l'acte fut écrit & if,.
gné par les parties. Les quatre
Héros decettehistoireyajoû--
ccrent cependant lesarticles
suivants.
1.Nous supposons entre nous
quatre
La bonne intelligence &la Jincerité:
Nousles établissons à perpetuité,
Et jurons de n'en rien rabattre.
2. Si le casécheoit qu'entre
nous,
Vune change d'amant &l'autre
de maîtresse,
Pourvu que ce ne soit qu'un eji
jfay de tendresse
Pour rendre nos pl"ifiyS plus pi,-
quants&plusdoux,
Nouspassons cet ",'ic/e:& mué
llloop-prouivent tous. ,,'
3. Nous bannissonslajalousie
Comme unepassion defous.
Que destristes rivaux 0* des
fadesépoux,
Cette extravagante manie
P4o.jjQedeuelelsqcueerveaux jaloux.
nouvelle ardeur
quinoustenteounous brûle,
Satisfaisonstous nos desirs
Et nenous donnonspas letraverà
ridicule
De nous effrayerd'unscrupule
Quipourroit troublernos plaijk's.
Cesconventions faites, ils
Ce rendirentau Palais, où elles
furent executées dans la forme
qu'on vient de lire. Les incredules
ne trouveront sans doute
nulle apparence deraison ny
de stabilité dansdesconditions
si bizarres ; elle subsistent cependant
encore aujourd'huy,
même avec éclat
,
dans une
des plus belles Provinces du
Royaume dont je parle.
Ceux qui n'aiment point à
-
faire desreflexionsinutiles,ne
s'aviseront point de chercher
des ressemblances dans les personnages
de cette histoire ;au
contraire ils me sçauront grédu
foin que je prends de les
faire passeràproposà quelque
chose qui puisse les amuser
d'une façon cent fois plus agréable,
que ne pourroient l' être
tous les creux raisonnemens
du monde.Ma Chanson d'abord
vient à mon dessein.
CHANSON.
Habitans deces hoiSychante%9
chantezsanscraindre
Quej'envie aujourd'huy vosplai*
firs lesplus doux,
L'Amour vous rend heureu, x, je
n'en suis point jaloux :
Petitsoyseaux,j'aurois tort dr,
•\ ".f. ,^J meplaindre,
Puisquejesuis aujji content que
HJQUS*
Mais voicybien d'autres affaires
qui me tombent sur le
corps ; un faiseur dé Comedies,
que vous estes dansl'usage de
sifler cent fois plus que moy
(& ce n'est paspeu dire) m'a
depuis quelques jours regalé
d'une Epigrame, dont je. ne
vous fais part, que parce que
je vousay promis de vous
donner jusqu'aux pieces qui
ne seront pas à ma loüange.
Ce Monsieur m'égratigne vivement
; mais je luy annonce
enpassant que je le mordray.
Au reste j'avouë qu'il n'a pas
tort de me pincer, je lui ay
déjadonné si souvent sur les
doigts, que je ne blâme pas
son ressentiment.Mais je commençois
,,
à m'assoupir sur son
compte ,
je me fatiguois même
déja de mon attention à
mettreéquitablement ses ouvrages
en paralelle
, avec ce
que je lis de plus mauvais,
lorsque cette Epigramme (il
venuëjusqu'à moy. Je fuis
bienaise qu'il sçache que je
*
barboüille du papier au moins
aussi-bien quelui, & puisqu'il
veut la guerre , que je lui dedare
guerre & demie. Je ne
lui diray pas de grosses injures,
comme celles qu'il me dit, je
n'attaquerai ni sa plate figure,
nises moeurs; je ne ferai pas,
pour lui décailler ses petites veritez,
de miserableallusionsur
son nom, ni sur son emploi;
mais je lui ferai plus de vingt
fois,le parollidel'Epigramme
que voicy.
L-e Fevre cherchant lafortune,
Depuis un an, en a faite une,
Et de Mercure de malbeur,
Est devenu Mercure, jfuthcut.
J'ay dans son Epigramme
substitué un mot à la place
d'un autre, parceque la personne
qu'il defignc mal- à- propos&
contre la verité,n'y avoit
nullementaffaire; j'estois le
maistre
,
& je croy que personnen'endoute
,
de supprimerl'Epigramme
entiere,
iltuffil'aurois-je fait, sije m'y
étois reconnu aux beaux noms
qu'il me donne ;mais j'ay voulu
la rendre publique exprés
,
pour m'acquerir le droit de
nele plusépargner. Je feray
doresnavant
,
si je peux ,
de
cet article,l'article le plus badin
& le plus réjoüissant du
Mercure. Je l'entreprendrois
même dés à present, si quelques
nouvellesombres plaintives,
ne m'attendoient pas pour
lesaideràpasser letenebreux
rivage. Je quitte donc, quoy
qu'àregret, l'Auteur. de mon
Epigramme
, pour signifier à
la posterité
que : f*
Messire Armand Jean Duplessis
Duc de Richelieu
,
Pair
de France, Chevalier des
Ordres du Roy, cy-devant
General des Galeres de France,
& Chevalier d'honneur de
Madame
Madame la Daupbine, mourut
le i o. de ce mois en sa 84e.
année.Ilavoit épousé en premieres
nôces ,
Dame Anne
Poussart
,
premiere Dame
d'honneur dela Reine
,
puis
de Madame laDauphine. En
secondes, Dame Anne d'Acigné,
& en troisiémes
,
Dame
Marguerïte-ThereseRoüillé,
veuvede Messire JeanFrançois
Marquis de Noailles
Lieutenant General , au Gouvernement,
d'Auvergne
, &
n'a eu des enfansquede sa
seconde femme
,
qui sont
MessireFrançois Armand,
LoüisDuplessis Duc de Froti1,*@1
sac à present Duc de Richelieu,
qui a épousé Dame Anne
Catherine de Nouilles, fille de
Messire Jean François Marquis
deNoailles,& de Dame lviJc"
gueriteThereseRoüillé sa
belle mere, & Dame N. Du..
plessis
,
mariée le 24. Avril
1714. à Messire N. du Chastelet,
Marquis de Clesmont.
M. le Duc de Richelieu avoit
quittéle nom &les armes de
Vignerot ,
qui estoient ceux
de làmaison
, pour prendre
les noms & les armes de la
Maison DuplessisRichelieu ,
ctiofîCQcaHion du Testamens
de jAa A~~ Duplefl^
Cardinal Ducde Richelieu,
& de Fronsac,Pair&Prcmjfj
MinistredeFrance,son grand
oaçk, qui le fit sonheritier à
cetteçoodition. IJ cftpjt 6L;
deFrançoisde Vignerot Chevalier
Seigneur du Vm de
Gouclay
,
Gouverneur des
ViBès ,i&CiradclI$«duHavre
d*Gracc^&PaysJç eauJ.'
ChevalierdesOrdres du Roy
cni653. dciFr-anîolfc de
Coërmadeu, & petit-fils de
René de Vignerot Seigneur
^u Pirit deCourlay,.& de
FrançoiseDuplessis de Richelieusoeur
du Cardinal Duc de
Richelieu, cy-dessus nommé.
La Maison de Vignerot connuë
en Poitoudepuisuntemps
assez considerable, se pretend
originaire d'Angleterre, d'où
elle passa en France fous les
Regnes des Rois CharlesVI,
& Charles VII.LaGeriealoJ*
gie en cilràpportéedans
toire des grandsOfficiers de
la Couronne, par M. duFourny
, au Chapitre des Generaux
des Galeres. -Lçs- armesde
Vignerot sont d'or à trois,
-- hures de Sanglier de sable,
posé2. &osS. Richelieusont d'argentà3
chevrons de guculc.
-
Messirejean>-François!
d'Estrades, Abbé de Moissac,
&deS.Melaine deRenQes: , cydevant Ambassadeur à
Venise, & en Savoye , mourut
le de ce mois âgé de7^
ans. Ilestoit fils deGeoffroy,
d'Estrades, MaréchaldeFrance,
Chevalier des Ordres du*
Roy,Gouverneur deDunkerque,
Maire perpetuel de U
Ville de Bordeaux,Vicéroy
de l'Amerique , & Gouverneur
de M. le Duc de Chartres
mort en 1686, & de Marie
duPinde l'Allié. La Maison
d'Estradesdont il sortoit est
originaire de la Ville d'Agen.
Messire Thomas Bailly, qui
avoit estéreçû Maistre des,
Comptes en 1659. mouruc
sansposteritéle premier de ce
mois; des Dames Anne le Mairat,&
N.Petit d'Estiny ses deux
efmmes* ilestoit frere puîné
de Charles Bailly,Seigneur du
Sejour & dt S. Mars, Maître
desComptes, pere de Charles-
Guillaume Bailly, à present
Président au Grand Gonseil,
& il étoit fils de Charles Bailly,
Seigneur du Sejour & de S.
Mars, Maistre desComptes,
& Conseiller d'Etat, .& de
Françoise Marescot, petit fils
de Charles Bailly, Seigneur
du SejourPrésidentdes
Comptes; &arriere petit fils
de Guillaume Bailly, Seigneur
de la MotteduSejour, Conseiller
du Roy en ses Conter
& d'honneurau Parlement de
Paris, au GrandConseil &
autres Cours Souveraines de
France, Président enla Chambre
des Comptes de Paris,
Chancelier de Monseigneur
le Duc d'Alençon; puis aprés
la mort de MagdelaineHarci
safemme, Abbé Commandatairedel'Abbayede
Bourgüeilen
AnjouJniorcau mois
d'Avril1582.& enterré dans
l'Eglise de c'cttcabbaye. La
famille
-
de Baillyl'une des
premieres de Paris, s'elf âtliéè
àicelics de de Mesmes, de
JLôyfel,de Bautru ,de Vaflàoj
de Bitault, deBullion, &£ la
MaisondeLongueval.
:
Messire BenoistBidal,Baroa
d'Asfeld,Maréchal desCamps
&,; Arméesdu Roy, mourut
le du mois païTéj âgé
de 57 ans,ne laissant qu'une
- fillQ
fille de son mariage, avecAnne
Pucelle, fille de feu Pierre
Pucelle, Premier Président au
Parlement de Grenoble, &
d'Anne Roujaulc
, & petite
pièce de feu M.le Maréchal
de Catinat. Mr dtA"fcid qui
yiepe de mourir, estoit frere
de François Bidal,dit le Chevalier
d'Asfeld
,
Lieutenant
General des Armées du Roy,
& fils de Pierre Bidal, Baron
d'Asfeld
,
Resident pour le
Royen baffe Allemagne, st,
çle Catherine Bastonneau.
Dame Marie-Anne de S.
Lerry de Bellegarde, veuve de
Messire Jean Antoine de Pardaillan
de Gondrin; Marquis
de Montespan ,puis Duc de
Bellegarde parelle; Maistre
de la; Garderobe du Roy,
mourut le 11. de ce mois, en
sa 94e. année:elle estoit fille
de Cæsar Auguste de S. Lary
Marquis de Termes, grand
Ecuyer de France, premier
Gentil homme dela Chambre
du Roy,Maréchal deses
Camps &Armées,Chevalier
de ses Ordres, & de Catherine
Chabot de Mirebeau. M.
le Marquis de Montespan son
m•ary e;stoit-gran1d oncle deM.
le Duc d'Antin.Voyez la
Genealogie de la Maisonde S.
Larry, originaire de Gascogne
dansl'Histoire des grandsOfficiers
de la Couronne par M.
du Fourny, au Chapitre des
Maréchaux, & des grands
Ecuyers de France. Pour celle
de Pardaillan que l'on croie
sortie decelle dePardaillan au
Comté d'Armagnac,elle s'est
de tout temps alliée aux pren
ieres Maisons du Royaume.
Messire Claude Bose, Seigneur
d'Ivry sur Seine, Conseiller
d'Etat, & ancien Pr&*
vost des Marchands, mourut
le1 5. de ce mois en sa 74e.
année, laissant de son mariage
avec Marie-Catherine
,
Jacques Jean Baptiste Bosc,
Procureur General de la Cour
des Aydes, marié à N.
le Gendre, soeur puînée., de
Marguerite le Gendre, femme
d'AntoineCrosat,pere& mère
de Dame Marie- AnneCrosat,
femme de Loüis de la Tour
de Boüillon,Comte d'Evreux,
Colonel dela Cavalerie legere
de France. M. Bosc qui vienc
de mourir estoitfrere de
Claude & Marguerite Bosc,
femme de feu Alexandre Bontemps
,
premier Valet-de-
Chambre du Roy, pere de
M. Bontemps, aussia present
premier Valet-de- Chambre
du Roy, & il estoit fils de
Claude Bosc, premier Commis
du Tresor Royal, mort
en 167" & de Marie Brossier.
:
Le Roy a donné la Charge
de Conseiller d Etat, vacante
par la mort de M.Busc, à M.
de la Berchere de la Rochepot,
cy devant Maistre des Requêtes
de l'Hostel, Chancelier de
MonseigneurleDuc de Berry,
fx,gendrcdc M. leChancelier.
,.
Le mois s'avance&la matiere
me presse,cest pourquoy
je suis d'avis de ne plus preluderjusqu'à
la fin du Livre, &
de vous donner le reste des
articles qui doivent servir à le
remplir,comme ils me tomberont
fous la main ; ainsi je
vous annonce sans preambule
que le 20. du mois passé
,
le
Roy donna sur la presentation
de M. leDuc d'Orleans, l'Abbaye
de Longpont Ordre de
Citeaux,Diocesede Soissons,
aM, de la Vergne Moncenar
deTressant Comte de Lyon,
premier Aumônier de M. le
Duc d'Orléans. Ce nouvel
Abbé est neveu de Messire
Loüus de laVergne deTressans
Evêque du Mans
,
& forty
d'une noblesse distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre , de S Benoist, Diocese
deLangres à la Dame de Pczeux
,
sortie de la Maison de
Pras,enFranche Comté ,&
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiseul.
L'Abbaye deBteOc, Ordre
de Citcaux
,
Dioccfe de S.
Flour
,
à la Dame de Chavagnac
,
d'une noblesse distinguée
d'Auvergne.
L'Abbaye de Charenton
Ordre deS.Benoist,Diocesede
Bourges,à la Dame de Montgon
,
de la Maison de Beauverger
,
l'une desplus distinguéesdelaProvince
d'Auvergne
par son ancienneté & par
ses alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé quatre
Dames du Palais à Madame
la Duchessede Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
diiïil
,
sçavoir , Madame la
Marquise de Coërenfao, femme
de M. le Marquis de Coëtenfao,
Chevalierd'Honneur
de cette Princesse ,Lieutenant
General desArmces-dii Roy.
Madame laMarquisedeBrancas
,femme de M.le Marquis
deBrancas, Lieutenant General
des Arméesdu Roy Gouvcr':S
neurde Gironne,Chevalierde
la TolÍOÓ d'or & Ambassadeur
en Espagne. Madame la
M.lrq ui fèdeclertinoiit.-femnu
M.le Marquis de Clermonc1,'
Capitaine des Gardes du
Corps defeu Monseigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquise de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons. Maitre
de la Gardcrobc defeu
Monseigneur le Duc deBerry.
-- Mais jecroy en bonne foy
queje ne vous ay pas encore
donné d' Enigmes. Cetarticle
de moins seroit un fort
joli Mercure!Se j'aurois bonne
grace à me presenter doresnavant
devant vousje
passois un seul mois, sans vous
proposer des Enigmes. Dieu
m'en preserve, Messueurs,j'en
sçay trop la consequence
,
&
envoicy
,
grace à la memoire
d'un obligeant solitaire quia
entenduavec douleur les plaintes
que je vous ay faites le
moisdernier sur la disette ou
je me trouve quelquefois de
ces sortesd'ouvrages,jel'invite
même, luy,& les autres à m'en
forger,& à m'en envoyer,
lorsqu'ils n'auront rien de
mieux à faire.
Le mot des Enigmes du
mois dernier estoit le Diamant
monté, & les Billes de Billard.
Les nomsde ceux quiles ont
deviné font: Ma chere Isabeau,
Hermite
,
les yeux de
chat
,
le Complaisant de la
Place Royale, l'Avanturier
Buscon,lecoeur de roche,la
tendreTourterelle, l'incomparable
Grancourt de la rue
Montorgüeil
,
l'aimable Tresorier
,& sa chere épouse,
laTresoricre de la ruë neuve
S. Honoré, Amadis de Gaule
,
M. du Ruban vert , l'aifnable
Mademoiselle deTremolieres
& son petit coufin
Simon.
ENIGME.
Sortant du lieu de ma naïssonce,
Lton me voit privé de beauté;
MaiJ qui connaît mon excellence,
Excuse ma butalité
sorne-les Têtes Couronnées,
Les Grands recherchent ma valeur,
Les Princesses les mieux ornées,
Par moy retevent leurgrandeur
~e
Mon lustre naît dans ma pouf"
fiere,
On me fait porter bien desfaces
, Accompagnéde la lumière,
Par tout je sçais remplir mes
places.
~m
Je reçois même plusd'éclat,
Quandon m'expose sur la roue'
Je resiste quandonme bat,
Mafermetésait qu'on me louë.
~a
J'aime sur tout la netteté,
Il mefaut de la politesse
Jesuis par tout aecrtdÙé,
Si l'on me voit de la tendresse.
AUTRE.
Nous. allons trois commune-m
ment,
Environnez d'un plus grand
nombre3
Nous nous posons solidement
Sortantd'un endroitassezsombre.
Nousfemmes souvent bien
battus,
Nouscausons des gains & des
pertes,
Nous rendons desgens bien con- fus,
Quand nos loix deviennent ouvertes.
On voit en nous plus d'une
face,
Une seule réglé de tout,
Quelquefois on fait la grimace
Nôtredémarche étantau bout. ) e, Soixante&trois
font notre escorte,
Dix hua uU plus pouvent paroître
,
Vingt un chacun de nous
porte,
C'estdireassez pour nous connostre.
s~k
Je m'ennuye de ne pas faire
plus d'effort pour vous amuser,
quemes Predecesseurs en
ont fair, je veux me surpasser
moy-même,&les surpasser en
generosité ; en un mot vous
donnerce mois ci trois Enigmes
au lieu de deux,pourvû
que vous ne me fassiezpasune
dette de cette grace, celleci
esttres difficile,c'est unSphinx,
& il faut
,
Dieu me pardonne,
être un Oedipe pour la deviner.
Aureste je vous la donne avec
le petit billet preliminaire qui
a donné occasion à l'acquisition
que j'en ay faite.
Demain matin
,
Monsieur
mon cher ami, je veux vous
regaler avec de bonnes huitres
qu'un excellent vin de Palme
arrosera. Deux de nos bons
amis m'ont donné leur parole
de se trouver chez moy sur , ce que je leur ay promis
vostre compagnie.
Mais il me prend je ne sçais
quelle fantaisie
,
de ne vous
donner ce petit regal qu'à condition
qu'en arrivant chez moi
sur les neuf heures,vous commencetez
par expliquer l'Enigme
que je vousenvoye. Sans
cela, mon cher, point de déjeuner.
Vous avez de l'esprit.
Vous déjeunerez.
Rondeau Enigmatique.
En noirs cachots,&hidellft
clôture
Vîte amenez par normande voiture
y Sont à Parisprisonniersinnocens
Si que povrets dans la Geole
gifiant
Attendent, las! leur derniers
avanture.
Dignes Conforts de leur déconfi-
- ? ture Vieux Montagnards,de traijbejfe
nature sa dévoué^
,
fontaujjtcroupissans
En noirs cachots.
Les bons Captifs
,
Ami
,
si
d'avanturey
Ton desirrft voir mettre à la torture:
Viens: &soudain tu les verras
ijfans
De leur prison
, aux Accoints
gaudijjlms
Faireallegrsjje, prendresepu/
turc.
En noirs cachots.
Avant de finir,jayencore
une petite histoire à vous conter.
Un Lundy 27. de ce mois,
à cinq heuresaprès midy ,le
monde assemblé
,
plus qull
lordinaire,dans la Salle de la
Comedie de cette Ville, les
lustres allumez & mouchez
selon la bonne & loûable coûtume
de celuy qui les allume
& les mouche ,furent enfin
levez. La Tragedie deBritannicus
qui y fut representée
,
alla son, train juïcjuàlàfin du
quatrièmeA£te, qu'elle &C
interrompuë parun dépit de
Britannicus, que le parterre
pria de parler plus haut., &
qui ordonna au parterrede
parler plus bas. LaTragedir cependant
achevée,on joiia pour lapremiere foisla Comedie
du Lot supposé,ou de la CoquettedeVillage.
CetteComedie
en Vers.& etv troisActes,
-de la composition de M.
Dufresny,est pleine d'esprit.
Le caractere d'une vraye Coquette
,& celuy d'un Manan
oui fait fortune, y sont admirablementpeints.
M. Ponteüil
y faitaudelà de tout cequ'on
peut attendred'un excellent
Acteurcommeluy i- Mademoiselle
Desmarts y joüe à
merveille ,& Mademoiselle
Dangeville la seconde pasaitement.
Le merite de cettePiece
'&, celuy des principaux Acteurs,
en font esperer un grand succés. -,' •;,Jjmiri
Je me souviens maintenant,
parce que j'ay promis à un de
mes amis de me souvenir de
vous dire que, Madame de G. l'une des plus illustres
de l'Academie dont j'ay parlé,
vient de donner un ouvrage
au Public qui merite
d'être annoncé; il est intitulé
Amurante, ou le Triomphe de
l'amitié
,
& se vend sur le
Quay des Augustins, chez
Claude Jombert: cette Dame
qui est tres-aimable a une
fort belle voix, & compose
les paroles & les Airs des Cantates
dont elle régale quelquefois
cette Academie.
Avis tres -utile.
Le Sieur Porcheron
, a un
Jicret merveilleux contre lesRbtè*
matismes inveterez, gouteux ,
douleursdenerfs & sciatiques.
Cesecretconsisteenune Pommade
composée de simples,approuvée de
JMcJJii urs les Doyen&Docteurs
de la FacultédeMedecine à Parisy
quiontguéri,euxmêmes par le
seul liniment,c- frottement de
cette Pommade plusieurs malades
de Rhumatismes invétéré% &
lfureúx
,
qui ne cedoient point
aux remedes ordinaires : elle guerit
aussi les enquiloses dans les
boëtes desgenoux. Les pots sont
cachetez, de soncachet, il donnera
la maniere de s'en servir. Cette
Pommade
Pommade ne se corrompt jamais;
&peut se transporter dans toute
sorte de PAJs. Elle a la vertu
defaire transpirer doucement
l'humeur en dehors,sans aucune
cicatrice. Lesplus petits pots sont
de 50.sols & lesgrands de 5.
livres. Cette Pommade guerit
aussi parfaitement toutes les
playes & tous les ulceres.
Il demeure ruë du petit Lyon,
quartierS.Sauveur, au coin de
la 1 ruë des deux Portes oùson
Tableau est expose
AVERTISSEMENT.
Abeau prêcherà qui n'a coeur
de bien faire
,
payezà present
mes ports de Lettres) ou ne les
payek pas, ma foy je ne m'en
soucie guerre , je les recevray
toutes comme j'ayfait jujqu'J
present,franches ~on non; quand
ce neferoit que pour avoir le plai~
sir de répondre à tout, je n'en
laisseray jamais à la Poste. -
Item. Souvenez-vous ,
s'il
-vous plaist
,
Messieurs
, que je
fuis l'Auteur de l'Histoire de
l'Ambassadeur de Perse
, &
qu'ilm'en reste encore environ
deuxou trois cens exemplaires,
dontjevousprie de me débarasser.
C'est le moyen de m'engager à
vous entretenir de luy d'une façon
nouvelle: (!J" de me determinf1
à vous donner incessamment
&toute bienséance gardée à son
égard , le recit de quelqu'une de
ses galanteries. Si je m'épanoüis
dans quelques chapitres de cette
Hifioire3paJjfc^-moy ces traits de
ma belle humeur,enfaveur de la
rareté des incidents. Vous en aurez
le détail au premier jour ,
si
( comme je l'espere) mes Superieurs
ne trouvent point d'inconvénient
à me laisser la liberté de
lefaireimprimer.
- Au reste le Journal de Verdun
quia pillé le mien d'un bout At lautre, cy qui L'a, défigurépar le
barboüillagedupillagequ'il enA
fait, ne doitpas vous ôter l'enuit
d'en lire l'original.
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que M.
d*I» Bercherc de la Rochcpor.
tablissementd'une Banque oùlesEtrangers , comme ses
propres Sujets auront toutes
leurs seuretez pour les fonds ,
qu'ilsy mettront. 4
Prélude nouveau. 54
Renonciationfaite àM. leChancelierd'un
Libelle injurieux,
qui, revestu de l'autorité du
Sceau
,
paroist dans le monde
sous le titre <£Homcrc vangé.
58
Raisons politiques de l-Auteur
pour donner (7 pour abreger
les Nouvelles.98
Situation des affaires de Mayorque.
100
Nouvelles de Madrid. 10j
Lettre de M. de la Baume, qui
fait auprès de Monseigneur le
Grand Prieur de France à
Malibe
,
la fonction de Secretaire
de ses Commandements.
àM.P. III
Nouvelles de Versailles,ouplûtôt,
Journalhistorique de ce
qui j'rft pajje à la Cour tt.
mois-cy &l'autre. 11S
Discours de M. le Premier Président
de la Cour des Aides à
la rentrée du Parlement,suivi
de deux pieces de 149
Vers Latins à la loiiatig» de son
Ayeul&à lasienne. 154
Histoire curieuse dela nouvelle
découverted'une Académie
nouvelle. 157
Vers d'une Dame de merite de
cetteAcadémie ,
à l'Académie.
166
Autres Vers d'une autre Dame de
ladite Académie, au Roy.
168
Envoyd'unRuban jaune &
d'unRubannjerd> &c. 171
Sylvains,AirdeCouperin.Parodie
de M.D. 173
Sonnetau Roy (ur la Paix.181
Bouts-rimeàremplir. 184
PremierArticledesMorts. iSC Mariages.197
Préambule dont la lecture cfl necessaire
pour l'intelligence du
Chapitre qui lesuit.218
Histoire allegorique.222 Chanson.275
Discours où l'Auteur rit du bout
des dents. 276
Epigramme contre l'Auteur.278
SecondArticledes Morts. 2,80
DonsduRoy. z-94
Chapitre des Enigmes.298
Billet doux accompagnéd'un
Enigme
, envoyé à l'Auteur.
L'Air doit regarder la page
175
A PARIS, M.MD. CDCCCXXvV!.
AvecPrivilège du Roy.
IERG U RE
G AL A N T.
Par le Sieur Le Fevre.
1
Mois
,
deMay
17J5.
te prix est 30. sols relié en veau, &
2. 5. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET,& J. LAMISII/
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf ,
au Livre Royal.
-
jivtcAfrobation,&Privilège âuRri
APPREHENDE
à un tel point que les
Nouvelles Littéraires
n'excluent de ce Livre les Nouvelles
generales, comme elles
ont faitlemois passé, que
pour prévenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur.
CHARLES VI.
par la Grace de Dieu, éld
Empereur des Romains, toujours
Augufit
,
Roy de Germanie
, des Eff.tgnes,dl' Hongrie
,
de Bohême, de Dalmatie,
de Croatie, d'Esclavonie,
&c.Archiduc d'Autriche,
DucdeBourgogne, de Stirie,
de Carinthie, de Carniolr,&
Wirtemberg
,
Comte d'Habs
pur¡,
3
de Flandres
,
de Tirol,
&Goricie, &c.
A tous ceux quicespresentes
verront, sçavoir faisons ;
qu'aprés la mort de Sa Majesté
Imperiale Joseph I. nostre trescher
Frere
,
de glorieuse mémoire
, étant entrez dans la
possession de nos fidele,Royau.
mes, Pays, ôc Etats Héréditaires
, nostre premier foin a
été, à l'exemple de nos glorieux
predecesseurs,entr'autres
affaires importantes, d'aviser
aux moyens desoulager nos
Sujets ,&Habitans
,
affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre, & par les contributionsqu'ils
y ont supportées
comme aussi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
de nostre Chambre des Finances
& autres. Sur quoi ayant
consideré la constitution de
nosdits revenus, afin d'y
proportionner nostre dépense,
& de rétablir la confiance
,& le crédit qui avoient
souffert quelque diminution ,
en forte que le commerce en
soit avancé,& les contributions
diminuées ; & que par
l'etablissement d'une bonne
Occonomie
, & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes, & Etats
Hereditaires, ils ayent occasïon
de fleurir, & de prosperer.
Dessein salutaire que nous
n'avons pû executer jurqu'à
present, à cause de la guerre
passée,&des autres fâcheuses
circonstances du temps. Et
ayant reconnu que de tous les
moyens possibles
, pour parvenir
à cettenostreintention,
il n'yen avoit point de plus
convenable, que l'introduction
d'une espece de Banque
dans tous nos Royaumes, &
Etats Hereditaires, maintenant
que par la Providence &
bontéDivine ils joüissent tous
d'une tranquille Paix: Nous
avons résolu de l'avis de nos
fidrles Ministres,aprèsmeure
délibération
,
d'ériger dans
tous nos fufdics Royaumes &
Etats, une Banque generale
,
libre & telle
, que chacun y
trouve sa seureté,& non- seu.
lement de la munir d'un Gouvernement
autorisé, mais aussi
de le rendre indépendant du
Conseil de la Chancellerie de
nostreCour, & autres Jurisdictions
subalternes. Nous
avonsenoutre pourvu,a ce
que ladite B.1nque foit établie
sur un fonds' suffisant
, pour
fournir à tous les payemens
& dcbour semensnecessaires
,
sans que l'on puisse jamais en
distraire aucune partie, pour
s'en servir ailleurs, ni le charger
d'aucune forte d'imposition.
Mais au contraire que
les Bancalistes puissent en donnant
des seuretezsuffisantes
pour le remboursement, y
trouver, de fois à autre, sur
leur credit, les sommes donc
ils auront besoin
, pour faire
leurs payemens, & pour la
Manutention de leur trafic,
negoce & Manufactures, &c.
moyennanr trois pour cent
d'intérêts, par où ilséviteront
l'inconvenient des emprunts à
grosse Usure,àl'effet de quoi,
& pour constituer à ladite Banque
un fonds seur & stable,
Nous avons gracieusement
résolu.
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
,feront attribuez
& affectez à ladite Banque,
comme en Dot, tous lesrestans
sans exception, qui nous
font dûs en divers Offices ou
Bureaux,&desquels le compte
n'a pas encore été rendu, ordonnant,
& donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque,
d'en faire la recherche &liquidation,
& d'enexiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item.
2. Tout ce qui nous fera
dû pour le Droit d'Abfart,
qui se paye quand on délaisse
totalement le Pays
,
ordonnant
aux Officiers de nostre
Cour
,
& à nos Substituez,
dans nos Royaumes& Etats,
d'en rendre compte. Comme
auui, tous les biens qui se trouveront
nous écheoir par caducité,
toutes les contrebandes,
& toutes les confiscations en
argent. Item.
3. Nous cedons& laissons
àperpetuicea ladite Banque ,
le droit appellé la taxe, qui
nous appartienten nostre qualité
de Souverain du Pays, &
généralement , toutes les
amendes en argent qui tombent
en nostre Tresorerie.
Item.
4. Nous attribuons&affectons
à ladite Banque tout ce
que chacun devra payer, selon
saClasse,pour Arrhes de Legitimation
,
lorsque voulant
jouir des Privileges, Prérogatives
,
Bene fices, & Avantages
d'icelle, il se fera inscrire
dans le Registre de la Banque
selonla Matricule cy- jointe, » lesdites Classes y étant tellement
disposées
, que ceux de
la basse devront payer trois
cent florins, & ceux de la plus
haute deux cent. Item.
5. Tout ce qui se devra
payer pour Arrhe de Legitimation.,
par ceux qui possedent
quelque Charge ou Ofsice,
dans tous nos Royaumes,
& Etats Hereditaires,soit dans
le Civil, ou dans le Militaire,
soit dans nôtre Cour,ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent,
soit en nôtre Chambre
des Finances ou autres, & généralement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment, ou
qui reçoivent par an de nôtre
Tresorerie, la somme de 5 00.
florins ou plus
, pour Gages,
Aides, ou Pensions,à l'exception
feulement des Gens de
Livrée qui fervent ànosCours
Imperiales, nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois,six pour cent
de l'argentqu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci-aprés quelques
Appointemens,Gages ouPensions
de 500. florins ou audessus,
ils seront obligez d'en
laisser à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois, maisparQuartiers;sçavoir
lePremier, & le Troisiéme.
Moyennant quoy aussi , ils feront exactement payez
dans la fuite. Item.
6e Tout ce qui proviendra
de l'Arrhe des Assignations
sur nos Revenus & Conccfsions,
tantMilitairesquede la
Chambre des Finances,qui se
payent aux Gens de Guerre en
Argent comptant, & non en
Portions de Vivres, lesquels
Payemens pour plus de seutete
& de régularité
,
se feront
à l'avenir par la Caiisse generale
de la Banque, les assignez
gardant neanmoins toujours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en fera de même de
ceux ausquels on aura donné
des Affeurances & Assignations
sur la Banque
,
ouqui
feront compris dans l'état general
des Liquidations,& Dispositions
,lesquels y recevant
régulièrement, & à rems le
Capital & les Intérêts de la
Comme qui leur aura été assignée
, en laisseront trois pour
Cent à ladite Banque, ce qui
leur
leur fera une perte fort petite,
&presqu'insensible
, en comparaison
de celle qu'ils étoient
suvent obligez de supporter
ci- devant,par diversesAvaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'arrhe de Reservation, qui
consiste en ce que ceux des
Bancaires qui voudront retirer
leur Capital, payeront un
pourCent de Reconnoissance,
au lieu que ceux qui l'y laisseront,
pourront,en vertu des
Privilèges accordez ausdits
Bancaliltcs Jle negotier à volonte
,
& neanmoins en recevoir
crois pour Cent d'Interêt
; de forte que les Negotians
qui voudi ont entrer dans
la participation de ladite Banque
, jouiront du Capital, &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Négociation. Mais
parce que ces Negociations-
H., & les Transports des Parties
assignées, emporteront
beaucoup d'Ecritures, la Banque
en retiendra un pourCent
ainsi qu'il se pratique ailleurs.
Icem.
8. L'Arrhe de Contribution
, que devront payer les
Juifs qui sont tolerez dans nos
Royaumes & Pays Heredirai-
-
res, & qui vivent fous nôtre
Prote£bion
,
laquelle Contribution3ils
devront payer fui.
vant la Liste cy jointe
, pour
joüir des Privilèges & Benesices
de la Banque , & ils ne seront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trsorerie
,
ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au service
dans nôtre Chancellerie
de Cour, ou du Pays, avant
d'avoir payé ladite An-hé
moins encore de pouvoir démeurer
dans nôtre Ville de
Residence.
Et comme nôtre Inrention
cfl,cjuc les Biens, Effers & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque
, pour luy servir
de Fonds ; sçavoir, les restans
qui nous sont encore dûs,les
Confiscations
,
Caducitez,
Contrebandes, Droits d'Abfart,
Taxe
,
Amendes pecuniaires
,
Arrhes de Légitimations
,
d'Offices, de Reservations,
& de Contributions des
Juifs, y entrent leplûtôr qu'il
fera possible, afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer,
ne souffre aucun retardement.
C'est pourquoy,Nousvoulons
& ordonnons, que tous
ceux qui possedent quelque
Charge & Office de nôcre
Cour
, ou des Jurifdictions
qui en dépendent
,
soit Civil
ou Militaire
, comme aussi
ceux qui sont au service dela
Chambre des Finances, &les
Juifs qui vivent fous nôtre
Protection
, ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cc1a) dans le terme de six semaines
,
à compter du jour
de la Publication des prefentes,
toutes les sommes qu'ils
doivent remettre ou payersuivant
la Matricule ; sçavoir,
pour laBasse Autriche à la Banque
même ici à Vienne
, &
pour la Haute Autriche à les
Colleges substituez à Lintz.
En outre, pour alleurer à ladite
Banque, un établissement
d'autant plus ferme & solide,
Nous avons gratieufemenc
pourvu , à ce que, outre le
Fonds perpetuel cidessus mentionné
,
qui produira annuellement
de grosses sommes, il
y en ait encore deux autres
Subsidiaires, dont l'un facilitera
les Payemens, & l'autre
fournira aux Bancaliftes une
scure Garantie de leuis Capitaux.
Le premier se formera
de tous nos Revenus, tantMilicaires
que de la Chambre,
qui se payent en argent&non
en nature;nôtrevolonté ctant
qu'ils paient tous par la Banque
; Et le second qui fera le
Fonds de Garantie, se trouvera
dans l'obligation où feront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent fera confié, d'y
déposerà la Caisse un Capital
proportionne aux sommes
dont ils auront le maniement,
duquel Capital ils tireront annuellement
cinq pour cent
d'Intérêt; Et comme tout SucccdeuratOmce
fera obligé,
de prendre sur son compte, la
somme que son Predecesseur
avoit deposée à la Banque, il
en resultera une perpétuité de
Fonds, de Seureté &de Garantie,
qui ne défaudra point.
Item, pour mieux contribuer
encore à l'affermissemeur
& accroissement deladite Banque,
Nous luy avons gratieu-
CementOctroyé les Privilèges,
Exemptions & Benefices ivans,
dont les uns font Réels,
& appartiennent à la Banque
même,
même,& les autres Personnels,
C"Cfl- àdire, concernant
les Bancaires, chacunfélon la
somme qu'il y aura mise,& la
Classe dont il fera.
- I. Que les Directeurs de la
Banque,avec leurs Collèges
substituez , feront exempts ,
-
eu égard à leur Administration
& Fonétion, de la Jurisdlébon
duConseil delaChancellerie
dela Cour, & de celle
de nôtre Chambre des Financesde
toutes les Jurisdietions
ou Instances qui se trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires, mais qu'ils
dépendront uniquement de la
Direction & Sur- Intendance
du Gouvernement de la Banque
, lequel nous établirons
pour son avancement & confervation
dans la maniere qui
fuit ; sçavoir.
2. Qu'afin qu'elle se puisse
toûjours maintenir en bon
état, & qu'en cas de Peste
,
de crainte de l'Ennemi, ou
d'autres accidens semblables,
les Bancalistes, & les autres
Créanciers,puissent toujours
y retrouver, & en retirer son
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
passé avec elle, à tel point
qu'elle ne fera pas obligée de
donner credit, ni à nous, ni
à quelque Particulier que ce
soit, sans une suffisante [curc.
té qui la puisse garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les Places de Caissiers,Teneurs
de Livres, Ecrivains,&autres
Officiers Subalternes, les Directeurs
nommeront pour
chaque Place trois Sujets
,
entre ceux qu'ils jugeront propres
à les remplir, ils les proposeront
au Gouvernement
de la Banque, & le Gouvernement
en choisira un.
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuellement
à la petite Contribution
de la Banque, selon les Classes
- dela Matricule, qui puissent
posseder des OfficesCivils ou
Militaires, ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie, & Jurisdiction
de nostre Cour, ou autres qui
en dépendent, y compris les
Docteurs, Avocats, Agents,
&autres semblables,tous Icfl
quels voulant conserver leur
Office, feront obligez de se
faire inscrire, & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront feulement de nôtre
Conseilde Guerre, & des
Tribunaux
,
Jurisdictions, &
Chancelleries ,qui en dépendent.
5. Il n'y aura que ceux qui
auront auparavant servi six
mois dans la Banque, qui
soient capables dans la suite
de , parvenir à un autre pareil
Employ
,
Fonction ou Franchise
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous seroitdevolu
,
ou de recevoir de nous quelques
Appointemens, Aides ou
Pensions.Ilne fera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôrre Cour, au Conseil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent, après le terme
d'un an ,à compter du jour de
la publication des presentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de nostre Bon plaisir,
sinon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Bancalistes
,
soit qu'ils les ayenc
acquis par assignation , ou
qu'ils lesayentmiseux mêmes
à la Banque
,
feront francs
aprés le terme de six mois,
des Droits que les autres biens
payent, & detoutecontribution
telle qu'elle puisse être.
Ils ne pourront y être soumis
fous quelque pretexte qu'on
se puisse imaginer. Pareillement.
7. S'ilse fait quelque Arrêt,
sur quelques effets de la Banque
& que le Débiteur soit un
BaocaliGe, on ne pourra proceder
au transport desdits
effetsau profit de ses creanciers
,
ju sques àce que l'on ait
fait recherche de ses autres
Biens,&qu'il ait apparu qu'il
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point sujet àconfiscation
sice n'en pour crime de Lezc
Majesté
, ou qu'il y eût collusion
entre deux Personnes , dont l'une plêceroÏt son nom
à l'autre, par tromperie
, &
enfraude de l'institution.
- .9. Les Etrangers qui feront
interessez dans la Banque,
joüiront avec nos sujets &
habitans d'une égale seureté,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y auranulle différence
entr'eux à cetégard
,
& s'il
arrive une Guerre entre Nous
& le Prince,ou la Seigneurie,
dont le Bancaliste étranger seroit
sujet,sonCapital ne fera
point sujet aux confiscations
& saisies pratiquées en cesoccasions.
10. Quand aux Négociations
ou Payemens qui se
feront dans la Banque
, ou
par la Banque,il ne fera pas
absolumentnecessaire pour
sa propre seureté d'en avoir
des Certificats
,
& si le Débiteur
venoità perdre la Quittance
du payement qu'il auroit
fait, il luy suffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en juitice contre toute exception,
à moins qu'elle ne
fût tirée ducontenu même de
l'Extrait.
II. S'il survient des Differens
pour des affaires de la Banque
, quelles qu'elles soient ,
& qu'on en vienne à plaider
contradictoirement
,
les Bancaires
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
, pardevant les Tribunaux de la
Cour & autres qui en dépendent,
encore que d'ailleurs ils
en relevassent, mais on connoîtra
du differend dans la premiere
Instance judiciairedela
Banque
,
d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque, qui en jugera
Souverainement,selon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires, & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Revisionou d'Appel.
I2. ChiU": Bancali(le: ,
pourra seprevaloir à laBanque,
d'une somme proportionnée
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé suivant la
matricule ; cest-à-dirc qu'en
payantun florin, il pourra se
prevaloir de cent, & pour 200.
-
de vingt mille à trois pour le
cent d'interest
, au cas que la
Banque y puisse fournir. Et
par conrre.
13. ChaqueBancaMc, retirera
trois pour cent dtrnrcrêr)
de toutes les sommes qu'il aura
mises à la Banque, c'est-à dire
que de cent florinsil en retirera
trois par an ,(25nque6-c six
millesixcentsoixante six
,
&
quarante Creutzers, il en retirera
deux cent. Et quoiqu'untel
Bancaliste vienne à
negotier par Assignationla
sommedeson Capital ,ilne
laissera pas de joüirtoûjours
de l'intérêtde trois pourcent,
à moins qu'il ne vint à negotier
leCapital même,ou qu'il ne
leretirâtde la Banque en argent
comptant, car le Benefice
de la Banque fera tel
, que
toutBancalifte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
sommedesonCapital, & neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
,
& tirer du profit. Mais si ce
Bancaliste vouloir retirer son
Capital de la Banque en argent
il seraobligé de le notifier
six mois devant, & ne le
pourra pas retirer avant l'expiration
de ce terme, quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
,
mais il pourra, comme ilaété dit ci- dessus, le transporter
ou assigner à un troisiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourser à
un Bancahste son Capital,
sans sa volonté
,
sans le luy
avoir notifié trois mois auparavant.
14. Tout Bancaliste pourra
deposer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaisse, sans payer
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
& sans aucune forte d'avarie.
On ne pourra y déposer moins
de mille florins à la fois, & en
le retirant, on ne pourra en
prendre ou assigner des Parties
moindres de cent florins.Mais
lareception, & larestitution
s'en feront absolument gratis,
& sans frais. Les personnes
assignées sur ledit dépost
,
pourront de même en disposer
librement& sans frais.Par cc
moyen les riches Negotians
& autres pourront,s'il veulent
épargner la dépenfc annuelle
d'un Caissier, éviter le danger
de son infidélité,oumême de
leur vie, celuy du feu & autres
sinistres accidents, au fquels
sont exposez ceux qui
tiennent leur argent chezeux.
15. Il fera pourvû contre
le danger dela perte de Documents,
oureceus que la Banque
donnera des sommes
qu'on y aura mires, en forte
que le Possesseurillégitime
,
c'est à-dire celuy qui lesauroit
derobez, on acquis par d'autres
voyes indirectes,ne pourra
s'en prévaloir s'il ne montre
un figne
, que la Banque donnera
nera au véritable proprietaire
,
avecle receu de son argent,
& si le vray Propriétaire
venoit à perdre sonDocument
ou receu, par infidélité
,
incendie
jou autre cas fortuit
,
il pourra toujours, en produisant
ledit figne ,recevoir son
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque, ni
dans lesCollèges substituez,
ni même dans le service &
administration d'icelle,que
des Bancalistes, & ils y feront
promus par Election, & avancez
chacun à proportion de
la Classe dont il fera dans la
matricule.
Pour plus grande seureté des
Bancables, & Créditeurs de
laBanque
, nous avons encore
gracieusement résolu
,
d'y
établir un Gouvernement
superieur ,auquel nous avons
donné telle autorité
,
qu'il
n'est pas mêmesoumisàlaJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour, mais seulement
à nous comme suprême Protecteur
& Conservateur de
ladite Banque générale. Ledic
Gouvernement veillera sur
tour,à ce que l'on ne déroge
en rien aux Loix fondamenrales
,
Prérogatives, Privileges
& Franchises de la Banque. A
ce que le Fonds perpetuel n'en
soit point distrait, & employé
ailleurs, & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances
,
qui
passeront par la Caisse de la
Banque,ne soient point chargez
d'assignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effct il se fera tous les ans
un état de recette, & de dépenseà
proportion de ce qui
fera entré & cet état fera dressé
de concert entre nostre
Chambre des Finances
,
le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen, ceux qui feront assi.
gnez sur la Banque,encre lesquels
voulons qu'on ait un
égard particulier, aux gens
de nostre Cour, & de Guerre,
comme aussiànos Conseillers
effectifs,gensd'offices & serviteurs
à gages ,
dans tous nos
Royaumes & Pays héréditaires
,
feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
de l'année,nous cussions befoin
du credit de la Banque,
pour fournir à des dépenses
inevitables
,
elle ne sera en
nulle maniéré obligée de les
prêter,au delà des seuretez que
nous luy donnerons pour son
remboursement. Et si legouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irrégularité
ou negotiation préjudiciable
& dangereuse
,
il y apportera
incontinent le remede convenable.
Et afin que cela puisse être
facilement executé
, nous
avons fait donner au Gouvernementdela
Banque,&àla
Banque même des instructions
suffisantes pour prévenir les
malver sarions, & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
régularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établissement au
Public, & à nos propres Finances
, doivent rasseurer contre
la crainte qu'il foit un jour
renversé. Les revenus de nôtre
Chambre des Finances, en
feront augmentez, & nos dettes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Tresorerie, ne fera plus
chargée de dettes injustes. Il
n'y aura que les legitimes qui
soient payées,& elles le seront
exactement. Les Colleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays héréditaires,aurontl'oeil
sur les gens d'Office. Ils empêcheront
les fraudes, &les
pratiques dangereuses. Les
gens de Guerre affignez sur la
Banque pour le payement de
leurs gages, les recevront
regulieretrement
,
& seront entretenus
en bon état. Nos
fidelles sujets & habitans
, y
trouveront en diverses manieres
du soulagement. Le
crédit fera augmenté
,
& le
cours de l'usure
,
si prejudiciable
à nous & à nos Etats
fera arrêté. Par le retranchemenc
des interests excessifs
nôtre Tresorerie fera soulagée.
Nôtredite Cour fera
pourveuë à temps de choses
necessaires
,
d'où suivra une
épargne considerable. L'on
assistera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands, qui
se serontinteressezdans la Banque
, en leur fournissant de
grosses sommes, à petit interest.
On mettra le Paysan
en
en état de payer plus facilement
ses redevances. Et enfin
par l'accroissement du Commerce
, on procurera seurement
la prosperité publique.
Considerant donc les avantages
qui resulteront pour
nous, & pour le Public, de
cette institution
, nous n'entendons
pas seulement
, que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il fera possible
, mais aussi d'y établir un Gouvernement
,
lequel en nôtre
place aye plein pouvoir
,
de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme touchanc
les exemptions octroyées
, Capitaux cedez,
&autresSanctions & B.n< si.
ces, contenus dans la presente,
approuvant ce qui aurjcce
conclu, entre ledit Gouvernement
3
& ladite Banque,
sans qu'elle pudfe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
, comme
suprême Protecteur,&Confervareur
d'icelle, avecroutes
les asseurances que le Prince
peut donner, de la proteger,
défendre &accréditer,aurant
ou plus que l'lnstitution ne
porte,silebesoin lerequiert.
Conclusion que pour une plus
entière seureté de la Banque
susdite,de ses interess&-de
ceux qui négocieront avec elle
Nous avons promis & déclaré
de nôtrepleine Puissance &
Autorité Souveraine
, pour
nous, nos Héritiers & Successeurs,
par :laC obligatoire &.
Lettre de Fondation, couchée
dans la meilleure forme de
Dioic
, pour servir de Pragmatique
Sanction
,
valable à
perpétuité
,
& de contrat
respectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien, qui foie contraire à la
Banque
,
moins encore, permettrons
nous,qu'aucune
usurpation luy foie faire par
d'autres. En Foy de quoi nous
avons fait dresser trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
,
signez de nofire main,
& scellez de nostre Sceau privé
Imperial
,
desquels l'un fera
remis à nostre Gouvernement
de Banque
,
l'aurre à la Chambre
des Finances&le troisiéme
à la Banque libre & garande
; pour leur servir d'asseurance
& d'intrusion. Donné
en nostre Ville Capitale & Refidcnce
de Vienne
,
le 14.
Decembre1714. de nostre
Empire le quatrième
,
d'Efpagne
le douzième
,
de Hongrie,&
de Bohême le quatrième.
Ainsi signé
CHARLES. L.S.)
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SlNZENDORF.
Ad Mandatum Sacra Cela
reoe add. & Catholicoe Adajstatis
proprium.
JAC.ERNSTE. V. PLOCKNER.
M. de la Motte vient de
mettre au jour la fcconde partie
de sa réponse à Madame
Darier : dans cette partie il
satisfait à tous les reproches
que son illustre adverfairc
avoit faits contre sa Dissertation
sur Homcre. La conrrover
semeparoît épuisee.C'est
au Public judicieux à juger à
present siM. de la Mocte dans
sa Dissertation a traité Homere
avec trop de rigueur, ou
stil a fait usageàsonégard
d'une charité tropindulgente.
Il ne ément point dans cette
secondé partie la galante politesse
qui faisoit la principale
grace de la premiere. Le ton
modeste, le stile poli font in..
finiment plus fertils en agréments.,
que le ton impcrieux,
que lestilerustique & pedantesque.
Ilest vray que le dernier
accommode davancage la
malice humaine, que les injures
les plus grossieresplaisent
davantage à certaines gens
que les ménagements les plus
délicats ? mais ce n'est point à
ces grossiers Ltaeursqoc les
gens de Lettres ont affaire; ils
doivent se proposer d'eclairer
les gens sensez,&' d'édifier en
même tems les gens de bIen;
c'est pourquoy ilsdoiventétudier
l'art de se combattre les
uns les autres sans blesser la
chariré, sans manquer aux devoirs
de la socieré.
M. le Chancelier veut sauver
aux Sçavants de France le
reproche de rusticitéil a declarérecemment
que s'il paroissoità
l'avenir aucun Livre
ou il se trouva quelque trait
injurieuxil en feroit subir la
peine à l'Approbatcur. Depuis
quelques jours il a paru un Livre
fous le titre d'Homere vangé,
ce Livre est un tiflii groffierd'injures
directement adressées
à M. de la Motte. Ce
Livre a estédénoncé à M. le
Chancelier par M. l'Abbé de
Pohs. Il a figné son Mémoire
de dénonciation avec élection
de domicile; il en court même
des copies dans Paris, ainsi je
crois que cet ouvrage est devolu
au Mercure&je luy donne
place icy.
DENONCIATION
--
faiteaMonseigneurleCbancelier
d'un Libelle injurieux,
quiy revêtu de l'autoritédu
Sceau,paroît dans le monàe
fous le titre Homere
vabgé.
L'Auteur de ce Libelle cfi
un nommé Gacon
,
homme
connu dans le monde par des
Libellesdumêmegenre. Ilest
bon d'en faire l'Histoire La
voicy.
Il y a environ 20. ans que
Gacon fitimprimer un premier
Ouvrage sous le titre de
Poëte sans jard. Il y commit
tant d'excès fatyriqucs
, que
Monseigneur Boucherat;) lors
Chancelier) à qui il fut dénoncéen
fit supprimer les Exemplaires
, & fit subir plusieurs
mois de prison à l'Auteur.
Ce châtiment contint Gacon
durant pluficurs années,
mais le tems le ramena enfin à
son malheureux penchant ; il
travaillaà une Traduébort
d'A nacreon,Ouvrage quin'étoit
dans Ces vues, que le prétexte
& l'occasion d'outrager
plusieurspersonnes distin
guées dans les Lettres. Ce second
Ouvrage ayant esté envoyé
par M l'AbbéBignon à
Messieurs Sauirin & Danchet
successivement pour l'examiner
,
ils refuserent l'un après
l'autre l'approbation à l'Auteur,
sur son obstination à ne
vouloir pas supprimer les traits
injurieux.Gacon n'avoit garde
de confcntir à lasuppression
de ces traits, c'estoit la portion
cherie de son Livre. Il fie
un voyage exprés en Hollande
, pour se voir en pleine liberté
de diffamer les objets de
sa malignité il y imprima son
Anacreon, & profitant de la
licence que luy donnoit sa
nouvelle Patrie, il enrichit son
Livre de quelques traits calomnieux
,
& de la nature de
ceux qui attaquent directement
l'honneur. Je n'en rapporteray
qu'un seul qui regarde
M. depontenelles, qui me
paroit énorme. Gacon après
avoir insolemment avili les
Ouvrages de M T.Corneille,
l'excuse d'avoir fatigué le Public
de tant de mauvais écrits,
en supposant que sans ces
écrits mêmes il seroit mort de
faim. Il écrivoit, dit il, fartJi
potius quant amoe, Nous n'y
sommes pas encore : Gacon
continue. Mais doit nient que
M. de Fontenelles son neveu
luy qui estsisport à son aisetaisse
mourir defaim son oncle.Cur
eget te divite parent.
Il est notoire que M. Corneille
n'étoit rien moins qu'-
indigent; il auroit esté tres.
honteux à nostre siecle qu'un
homme de ce mérité eût eu
besoin de ses travaux Litterai.
res & journaliers pour vivre.
Et s'il eût estéindigent en efset,
M. de Fontenelles son neveu,
homme non moins esti-.
mable par la probité que par
ses talens, auroit caché au Public
l'infortune de son oncle.
Les Ouvrages font connoître
le genie des gens -
de
Lettres, mais ils ne font pas
connoistre leurs moeurs. Il
n'arrive que trop, que les talents
les plus eftim^bles se rencontrent
dans un même homme
avec demauvaises moeurs.
La poflerité,si cecoupableLivre
va jusqu'àelle ne pourrat-
elle pas condamner M. de
Fontenelles, sur la foy d'un reproche
direct qu'un de ses contemporains
luy a
fait avecimpunité
? c'est ce que M. de
Fontenelles sent parfaitement,
je puis rendre sur cela témoignage
de sa sensibilité.
Il y a environ deux ans que
Gacon donna un troisiéme
Ouvrage au Public, sous le titrc
de l'Anti.Roussiau. La persecution
cruelle qu'il suscite à
un coupable proserit par Arrêt
de la Cour, n'est pas un
crime selon les Loix,c'est seulement
une bassesse
, une lâcheté
digne de detestation;
son crime
,
& crime digne
d'un châtiment exemplaire,
c'est d'avoir recuëilli de tous
ceux
ceux qui avoient esté en commerce
avec Rouleau, les Ouvrages
cyniques & satyriques
de ce Poëte
,
Ouvrages desavoüez
par leur Auteur & peutêtre
expiez par son repentir. Il
les a portez en Hollande où
ils ont esté imprimez sous ses
yeux avec un Commentaire
qui aggrave encore le poison
du texte; il a appliqué faussement
à plusieurs per sonnes des
Epigrammes anonymes dont
Rousseau n'avoit jamais fait
d'applications per sonnelles.
Enfin, grâce à Gacon
,
les
horreurs de ce Poëte, que nos
Niigilliais s'efforçoient de
supprimer, passeront à la posterité
& feront le scandale des
siecles futurs, & la honte du
nôtreGacon de retour deHollande
debite à Paris son Anti-
RoulTeaUjCe scandaleux Livre
fait horreur aux gens de bien;
mais le mépris sauve le coupable,
per sonne ne veut faire la
démarche de le denoncer , on
le laisse jouir en paix du fruit
de soncrime.
Le quatrième Ouvrage de
Gacon
,
& le sujet unique de
la presence denonciation, cLl:
un Livre in douze, qui a pour
titre, Homere vangé. Les personnes
outragées dans ce nouvel
Ouvrage sont mortifiées
de ne pouvoir payer son Auteur
du fcul mépris qui jusqu'à
present a fait la punition de
fcs excés
, on craint de luy
faire honneur en le denonçant;
mais on y est forcé. Il
n'estpasicy questiond'un Libelle
imprimé en Hollande,
ou même dans le Royaume
sans privilege
,
c'est un Livre
revêtu de l'autoritéduSceau,
& imprimé dans Paris avec
une approbation solemnelle
du ficur Abbé Couture. Il y a
doncicy deux coupables, &
j'ose avancer, que leplus punissable
n'est pas l' Auteurmême
, mais l'Approbateur,
l'homme public, que le Ministrea
mis en place pour empêcher
les desordres dont il
vient dese rendre lâchement
complice. C'est par l'examen
del'Ouvrage même que l'on
pourra juger du traitement
que merite lesieur Abbé Coucure.
» *-
CeLivreest une critique follementinsolente
de rihade de
M.dela Motte & de sa Dissertation
sur Homere ; il n'y
a rien de plus permis, rien de
plus utile dans les Lettres que
les critiques judicieuses&moderées,
où les Auteurs exposent
leurs sentimens & combattent
ceux d'autruy, sans
manquer aux égards que la societécivile
& les bonnes
moeurs exigent. Voilales critiques
propres à éclairer le Public
& à l'édifiertout ensem-
,.
ble. M. de la Motte nous vient
de donner un exemple de ces
critiques moderées, il seroit
bon de faire imiter cet exemr
ple à Messieurs les Sçavants
,
qui sont,pour ne rien dire de
plus, trop scandaleusement
rustiques. 1
Le Livre qui parut le mois
de Février dernier fous le titre
des Causes de la Corruption du
Goust, surprit & fcandahzâc
toutensemble les gens sensez.
Ce Livre fera la honte éternelle
de M. l'Abbé Fraguier,
luy ,quipar son approbation
souserit lâchement au traitement
infâme qu'on y fair à son
Confrez luy, que l'esprit de
parti aveugle,au point de luy
faire oublier qu'il esten place
pour empêcher les Auteurs
fournis à son examen ,
de se
faire desouvrages réciproques,
&devioler
,
les uns à l'égard
des autres ,
les regles de la
bien séance & les devoirs de
la charité.
Le sieur Abbé Couture Approbateur
du Livre de Gacon,
est infinement plus coupable
encore que le sieur Abbé Fraguicr.
Onen jugera par les
traits receüillis du Livre, quia
pour titre: Homere vangé.
L'estampe qui est à la tête
de cet insolent Livre
, en annonce
le caractere. On y voit
le Mont Parnasse,ausommet
duquel paroît le buste d'Homere.
Ce buste forme une
"Briibre,que M. dela Motte
sous lafigureHb l'Envie,attaque
une torche à la main. Le
Poece Gaconmonté sur Pegare,
armé de verges, vtënc,
châtier l'Envie.
Quatre vers de l'Auteur ex-'
pliquencTeftaimJ)e.
Conduite par l'orguëil, l'Envie
auregardsombre
Vttit attaquer Homere &n'at-
:..; teint quefort ombre;
Mais les vergesen main sur
Pegase monte::
LePoëtesans fardvange Ho-
•-:- mere ihfitlté.'
Il
f"1Ce jugement n'a rien d'éf
tonnant de la part de Gacon ;
mais il cil scandaleux - qu'un
Approbateurà qui l'on fupF-*
pose au moins lesens 4commun,
n'enfoitpasblessé. L'épithete
de sotest icy des plus
mal afTociéCs-y voilà petitestre
la première foisquon l'ait
vûe en telle compagnie.
M.l'Abbé Couture , dira
quec'estune vivacitéamenée
par latiranniede larime,qu'il
ne faut pas prendre l'épithere
de sotà la lettre. A la bonne
heure ; maisil n'yajiw., à
rabattre d'uneinsulte ftitc en
prose.Dçquelle nature estcelle-
cy ? pag.4f. où Gacqn applique
ces paroles à M. de la
Morte.Cherchons un autre
WQudedk-,bc tfMn petit-homme
qui pmends'éknjer sur des
Geans
, & d'unMoucheron
qui.'Veut,s'él,'Ver sur dus Aigles.
M. l'Abbé Couture ,
doit
sçavoir que M. de la Motte
n'est rien moins qu'un petit
homme,ilestde l'aveu de
- tout lemonde litteraire un
des premiers hommes de son
siecle ; cette superioritéest
d'ordinaire compagne de l'orguëil
immoderé ; mais le souvcrain
éloge de M. dela Motte
c'est d'avoir Içû allier aux
talens les pluséminents, la
plus modeste opinion de luymême.
C'est den'avoir jamais
cherchç dans les ouvrages de
Ces- rivaux
, que lebeau pour
le proteger , Ôl:-t de s'être inu
posé un silence religieux sur
les, fautes dont il auroitpû
triompher;en vainces mêmes
rivaux s'obstinent à l'assieger
avec des Epigrammesinjurieux
les, des Satyres infâmes, des
Critiques insolentes
, on ne
peut réüssiràluy faire démentir
cecaractere de douceur ,
^)c< modestie & de charité,
vertus qui luy font plus pre-
,cic:uCcs que laréputationdeses
^ouvrages,JSCS amisressentent
4]ne
douleur profonde de le
;¥pirà la veille d'estre entierement
aveugle,savûë quis'éjoint
par degrezinsensibles le
rappelle. sanscesse à la prochaine
infortune & le sollicite
audécouragement;tandis que
noustravaillonsàle consoler,
& à le distraire de cc triste
objet,il s'imprime dansParis
des Livrescruels où l'oninsulte
lâchement àson malheur.
Les uns ont la baucuc de luy
facifroenfaemllleenrdiérhonoinqouermabelnet:^ae
aux
ijtâuftsçrcjHètltsJuyrènJrfât
Muses&qu'elllesluy
i^fëJèWt
[ tnoxsr Aveugle de l'ame&du P-MVti4 olgosvfl îttarn
: Mais on ne feconrênfc'^
dans leLivredenoncéde faire t. Éinsulte à M. dela Motte, oh
j,
3amene sesamis sur la Scet,
, &en les faisantdraldgOêr'yfcft
E enfait autant de Gacons. & f t anQuelquesi jours* aprés qufc 1Iliade deM. dela Motte eût
r. paru, je visavec futprise,*&\
1~* 'vaovuocu~ea,avvceccGquuteilqquuce iirniddiiggnn3a^1
tion, le déchaînement horrible
du peuple Sçavant contre
l'Auteur;icfii une Lettre apologetique
de l'Ouvrage [can.
daleux,j'obtins un Privilege
fous un titre anonimc; laLettre
ne se fut pas plutôt montrée
, que mes amisme soupçonnerent
d'en estre l'Auteur:
j'aurois pu tenir ferme contre
leurs soupçons, rmis le peril
del'Ouvrage même m'en arracha
l'aveu. Je crus qu'il y alloit
de la generosité de ne pas
desavoüer un hommage que
j'y rendois à un ami digne de
tout mon zele.
Gacon parle beaucoup de
cette Lettre dans le Livre denonce.
Il me reproche d'y
avoir qualifié injurieusement
Je1 adversaires de M. de la
Motre ; jen'ay qu'un mot à
répondre sur cela. Lor sque je
fis cette Lettre, petÍOODe n'avoit
encore écrit contre M. de
la Motte, & je n'ay pû par
consequent me proposer de
faire reconnoître aucun deces
prétendus adversaires,dans la
diOinébon que j'y fais des vrais
& des faux Sçavants. Il faut
bien distinguer en matiere de
critique les remarques vagues,
les portraits generaux &inà,ppliquez,
de ce que l'onappelle
communément+i^apostrophè
injurieuse,tableau personnel;
par exemple
,
il n'est pas contre
les regles de la critique moderée,
de dire en general,qu'il
ya danslaRepubliquedes Lettres
des stupides érudits quiont
prêté serment de fidélité à, Ho..
mere.' Mais si l'ondesignoit
un hommede Lettre quelconque
par l'epitheted'érudit Ott.
pide, ou autre de ce genre,on
excederoit les bornes de lacritique,
sage,on blesseroit la
charité, on seroit punissable.
Voila ceque ne comprend pas
Gacon;mais cette dirtinâioû
excederoit cHe, aussiles ,,lur
micresde son Approbateur ?
luy qui n'est point choqué du
- per sonnes insolentqui regne
dans tout, le L-ivrc denoncé?
que luy at-il semblé de laFaiblequi
a pour titre, VAveugle
& le Bossu
,
où aprés nous
^voir fait dialoguer M. dela
Motte & moy ,
Gacon nous
salu'edecette galanterie.
:¡.
Jldejjteurs
, que l'ignorant vul-
','
gaire ,
Mît plushautqu'Esope &1
'.,'
qu'Homere, ';{l.J
Vous n'approchezde ces Heros ;.
0!.e. farUsjeux & par le dos.
,
Il y a des gensàquilereproche
- des defEnits naturels
cH: tres douloureux J'ay connu
un bossu
,
homme dailleurs
de beaucoupd'esprit, qui n'avoit
jamais pû se familiariser
avec sonombre,je luy devins
à charge, & il m'évita enfin ne
pouvant soûtenir la petite
guerre que je luy faisois pour
luy ôterce foible;pour moy , j'ose dire que je soûtiens galamment
ma disgrace, j'enattelle
mes amis, qui, pour faire
honneur à mon courage,ne
me font plusappercevoir dans
nôtre commerce, cette retenuë
excessive
, cette circonspection
humiliante qui n'est
due qu'aux foibles.
Je declare donc icy que
tout homme qui voudra
m'offenser, n'y reudira pas en
attaquant ma figure; il ya
longtems que je l'ay abandonnée
à son mauvais sort; il y a
longtems que ses querelles ne
sont plus lesmiennes; mais
comme je ne connois point
M. l'Abbé Couture, que je
n'ay pû par consequent luy
faire cettedéclaration>iln'^
pas dû croirequ'il fûtde mon
goût que cette liberté devine
dfoic de Gacon même.
CommentMl'Abbé Cou.
ture n'a til pas sentiqueGacon
luypresentoit un Ouvra^
genon moinsinsolent& scan-r
daleux qu'aucun qui se foitjamaisimprimé
en Holla'ndc
où les Auteurs font en plemc
libertédeservir leurs pallions?
Il ne peut pas direquel'hypocrisie
deGacon,l'aittrompé,
pculiasrqau'tiliofanitqpaugief3u70i.lta. dré- Tû^ûiourssincereenmesécrits
[DLTevouetcrioimtebmzesjiejr'cleioseifsaernc.iVsMi4llfec alao
Gacon s'estimaginé être
enHollande lorsqu'il a com- !ch paré son Homere vangé >à
labonne heure. Mais quand
r leficur Abbé Couture adon*-
i tnéson Approbation à cet insolent Livre,iladûsesouvenir
qu'il étoit dansParis.
Quelques Leâoursont-hesitéà
reconnoistre les personnages
designezpar ce double
[ tableau page.74 Le Médecin
[ MiPatelineurquiejlprefqyj»
f atyïigle,y&Jid.J^abonvri son
Confrere,quiestextrêmentbossu,
on cherchoit bonnement dans
la Faculté un aveugle & un
bossu qu'on pue associer pour
joiicr la Scene de cette page -y
maisl'Auteuradéclare qu'iln'y
étoit question que de M. de la
Motte&demoy,&que sinous
étions Medecins, c'étoit de la
façon de son Approbateur vil
fil: assezplaisant que M. l'Abbé
Couture qui nous a laissé
apostropher nommément page
96. dans la Fable de l'Aveugle&
du Bossu,s'avise de
nous faire déguiserpage 74.
fous la robe de Medecin.
Gacon continuë p. j$. Je les
caractrisepar leurs défauts afn
parents afin qu'ils ne puissent pas
se mécotmoîtrc dans leurs pàfttaits.,
Et moy ,
dira l'Approbateur,
je leur ay donné des licences
en MedecineafinquelePuble,
hesite àilcs reconnoistre ? il
ne laissepas d'y avoir là de la
Charité&jeluy en rends grace
en mon particulier. N'auroitilpoint
encore insinué à
Gacon de déguiser M. de la
Motte page322. fous l'ingenieuseallegoriedel'âne.
Jalouxdeshonneurs duCheval,
Soit dans 14 Paix foit dansU
-luibio^srïGuerre, nomù
L'ânesonindignerivalbvol
S'aidantd'unebutte de terre,III
Dansunpréje nesçaicomment,
Couvritune bellejument, ];131
Mais d'unesemenceaussi vile 'i
Il nevint qu'un monstre sterile.
rrC Ce déguisement jreft pas
si heureuxque l'autre, il est
un peu sale
,
c'est pourquoy
toutes reflexions faites ,je le
soutiensdela façonde Gacon.
Passons àquelque chose de
plus serieux. On fera surpris
de ce dernier trait par lequel
jefinisl'examen du Livrede-
,
noncé,c'est àla page 16j.>
Gacon y établitd'abord sur
la foy de quelquesSçavans que
l'Iliaded'Homere n:a' d'autre
fin,.-que l'éloge Achille-^31
se fait obicct
objectcerr qquu,om*eHterSré-)
presenteson Herossuperbe \ûn±
jnuessteo,nctrpuaesl&desqmuoeyecnessfolJIrItAsliute"risf,
etenleverAdmiration,nusri+\
ycll se fait faire une seconde
objection qu'il appellecalomnieuse
; cette objcûiOD ;n'est
autre,que le reproche faitpar
quelques Sçavans à Horoere;
den'avoir pas regarde les vices
desesHérosavecmépris. Voicy
ce qu'il'réppnc^aureproche
prétendu calomnieux. Hwne.
re ne traits-t-il pas Achille d'in,
digue & defurieux lorsqu'ilinsulte
lecadavre d'Hector? pour,
quoyletaxe-t-ilde cru,ut"éËr
de barbarie lorsqu'ilimmole dou:{t.
jeunes Troyens aux mânes de
sonçherPatrocle*iln'épargne
pas plus les mauvaisesdélions
des autres Chefs. Quicquid délirant
reges.
Revenons à la premiere,
objection.Voicy comment
Gacon y satisfait.
Outre que c'est une grande
erreur de croire qu'il est necessaire
qu'un Heros jpit parfaitement
wrmitixJki*r'Îtf't tefkjttd'tup
Poëme, ilest faux qu'Homert
aitfait lâJten amieux AUpoint
delefairehaïr
, illuy a latffr
dosi,uimsconpatibles avec l'heroïsme
naturel ; on pmt même
avancer queson Achille, eftdt*
moins mffifageqttthîtn dts Hérosdenojke
temps.
Le Prince de Conde3 M. de
Turenne ne fefOttt-ils pas portez
à des excèsbeaucoup>plu,1 con-,
damnàhèe*
, & cependant qui
Gferoit nier que AS grandsHommesnesoient
des Heros propres à-êhft-des Poëtes.
Asseurement M. l'Abbé
Couture n'a pas lu le Livre
dénoncéd'un bouta l'autre,
iln'auroit jamais laissé passer
un traie aussi calomnieuses
mentinsolent ; il esthumiliant
pour luy de devoir quelque
(horc à mon indulgence dans le tempsmême , que je
luy reproche l'oubli de son
devoir,&que je le dénonce à
Monfeigncur le Chancelier.,
comme un homme qui s'est
rendu indigne desonemploy.
Je me flatte que Monseigneur
le Chancelier- ne jugera
pas qu'il me soit messeant
d'informer sa Grand1eu!rdu1"
scandale que fait dans le monde
un libelle insolent dans
lequel on m'a donnéplace.
Jen'aypas la sotte vanité de
m'imaginer que mon interest
doive entrer pour quelques
chose, dans le traitementdûà
ce libelle. Je déclaré fincere^
ment que je nem'y tiens point
pour offensé, je ne fuis frappé
que de l'avilissement dans
lequelvont tomberles ^ens.
de Lettres en France,si l'on
ne rend pasàl'avenir les Examinateurs
comptables desaccufations
calomnieuses , des
excésinjurieux,des traits far,v.£¿
riques répandus dans les ouvrages
qu'ils auront presentez
au Sccau.
Si maintenant les nouvelles
des Pays Etrangers vous ennuyent,
comme celles de celuicy
peuvent ennuyer les autres,
j'en suis fâché
,
Messieurs
,
mais croyezmoy faites denecessité
vertu. Des gens éclairez
qui font siremplis des interests
du monde qu'il n'y a pas jusqu'à
ceux du Mercure qu'ils
connoissent,m'ontasseuré encore
hier que je devrois supprimer
tous les articles de
mon Livre, plûtôt que de
retrancher rien de celuy des
nouvelles; j'ay fait de leur
conseil l'usage gèe je fais de
tous.ceux qu'on me donne,
j'en ay retenu le tiers ou la
moitié pour moy ,
& j'en ay
abandonné le reste à la mercy
demes fantaisies. Voyez en
attendant que je rentre dans
mon caractere
,
jusqu'ou
s'étend ma complaifancc pour
eux.
APaima,Capitale deMayorque
-
ce 15.Avril.
Situationdes affaires deMayorque.
Le Marquis de Rubis CommandantdeMayorqueacaché
tant qu'il a pû au peuple le projet
que S. M. C. a fait pour réduire
cette Iflc àson obéïssance
: le peuple en ayant été informé
a fait descabales pour
traverser ce dessein;il a exilé
divers Mayorquins du party
du Roy d'Espagne. La Noblesse&
tous les habitans des
Villages suivent le party du
Roy,il n'y a que la Ville de
Palmaoù sont tous les principaux
Rebelles,&Refugiez
depuis la prisc de Barcelone;
les bons sujets du Roy,&
ceux qui craignent les malheursde
la guerre & la perte
de leurs biens
,
n'attendent
que la vûë de l'Armée de M.
d'Asfelds
, ou le débarquement
des Troupes, pour contribuer
à la réduction de ride.
La Garnison de Palma
consiste en 700. chevaux du
pays,montez par des Miquelets
fugitifs de Catalogne,
yjo. Allemands, & quelques
Religionnaires François
, un
Regiment de 400.hommes
Mayorquins, & un autreRegiment
de plusieurs Nationsqui
contient 750. hommes
, &
80.hommes dela Colonelle,
faisant en tout deux mille
deux cent à deux mille trois
cent hommes.
, i On a apporté de Naples
vingt deux pieces d'artillerie,
de la poud re ,
desgrenades
que les rvl.¡yorquins ont payez
.- de leur argenr.
<* Le Marquis de Rubis a fait
faire des retranchemens avec
des fascines par tous les endroits
où l'on peut débarquer,
&il a faitmettre quatre pieces
de canon à chaque endroit.,
On a fortifié la Ville de
Palma
,
& fait une Redoute
ou Forceresse au Cap blanc.
On a tiré du Château d'Alcudia,
Don Joseph Pons de
Leon ,& on a mis un Catalan
en sa place.
Le Marquisde Rubis aprés
avoir tirédesNegotians Ôc
des Juifs Chrétiens qui sont
dans la place, vingt-huit mille
pistoles en diverses occasions,
demande au commun de la
Ville soixantemille écus pour
le besoin de la guerre; ce qui
cause bien du murmure parmy
le peuple, qui fait cependant
courir le bruit qu'il attend de
Naples un convoy tres - considerable.
foi.
Le Gouverneurd'Yvice Don
Domingo Canalesaesté changé,
& l'on a mis en sa place le
nommé Vailly, frere du Marquis
d'Elpual
,
Chef des Volontaires
de Barcelone.
DeMadridle15.Avril.
On a appris pat des Lctrtci
de Catalogne de la femainc
passée
,
qu'on avoit retardé
rembarquement des Troupes
destinées pour l'expéditionde
Miyorque , parceque letems
n'estoit pas favorable. Ce dc*
lay cependant, dont on ne
penetre pas bien les motifs,
faitprésumer qu'il y aura un
ajustement avec les Mayorquins.
M Martinet, Commandant
des quatre Navires qui
font à Cadis, doit passer le
Détroit incessamment pour
joindre l'Armée de Barcelone.
Le sieur Rozareste à Cadis
avec son Vaisseau
,
où il attend
le Prince de Santo Buono
qu'il doit mener à sa Viceroyauté
du Perou.
Le Prince de Cellamarre se
dispose à partir pour son Am--
bassade de France
A la faveur du changement
du Gouvernement
,
le Duc
d'Albukerque est sorti de Segovie
pour venir solliciteràla
Cour la levéedel'Induite des
charges, quel'on a mises sur
les effets qu'il a rapportez du
Mexique.
Ona pas encore pris deresolution
sur le reglement des
Tribunaux,ce qui inquiete
fort les gens qui ont des procez,&
l'on croit qu'il n'y aura
point de Declaration du Roy
là dessus
,
qu'a prés que S. M.
sera arrivée à Aranjuez. On
ne douce presque point que
Don Francisco Ronquillo ne
soitrétably dansla Charge de
PrésidentdeCastille.
011 a executé d,ins Barcelone
deux fameux scelerats
,
compagnons de Mcirigas, qui
ont eu partà son crime, &
l'on fait le procès aux autres.
¥ De Afadridlen.
?
On vient de faire pendant
trois nuits de grandes illuminations
par toutes les Villesau
sujet de la ratification du Traité
de Paix avec le Portugal.
Le Roy & la Reine ont assistéàtous
les Offices de la Semaine
Sainte, &leJeudy vers
les trois heures aprés midy
leurs Majestez ont elle visiter
les sept Eglises les plus volfii
nes du Retiro,accompagnées
de leurs Gardes, de leurs principaux
Officiers,& de plusieurs
Grands d'Espagne.
Don Loüis de Miraval vient
d'être nommé Ambassadeur
pour la Hollande; le Marquis
des.Philippes,EnvoyéàGennes,
& le Duc de Popoli qui
doit suivre la Cour à Aranjuez
,premier Confciller du
Cabinet du Roy.
On a appris par des Lettres
des Canaries que la Flotillc de
la nouvelle Espagne ne pourroit
forcir de la Vera.Crux
qu'à la fin de Mars, parce que
Ccs Vaisseaux ne paroissent pas
assez forts pour pouvoir lupj
porter la violence des vents du
Nord.
Le Chevalier de Burgo ,
nommé Ambassadeur d'Espagne
auprès du Roy de Suede,
a receu de nouveaux ordres
pour hâter son voyage
qu'il doit entreprendre par
Lisbonne pour se rendre de-là
à Hambourg.
De Madrid le 19. Avril.
Le voyage d'Aranjuez a été
encore différé- jusqu'au deux
du mois prochain à cause de
quelques nouvelles indispositions
survenuës à la Reine.
Autre Nouvelle M moins Auss
interessante que les precedentes.
Lettre de M. de la Baume
,
qui
fait auprés de Monseigneur
le Grand Prieur de France à
Malthe, lafonction de Secretaire
de ses Commandemens,
à M. P.
A Malthe, le12.d'Avril1715.
Puisque j'occupe icy vôtre
place, Monsieur
,
il est bien
juste que je vous rende comptede
nôrrc voyage. Nous
sommes partis de Toulon le
d'Avril & arrivez à Malthe le
Dimanche 7e. aprés avoir essuyé
pendant deux jours un
vent contraire qui incommoda
tous ceux qui n'estoient pas
accoûtumez à laMer. Son Altesse
sest toûjours bien portée.
Elle fut receuë de la maniere
du monde la plus honorable.
Le Conseil avoir deputé
deuxGrandsCroix pour luyaller
faire compliment sur son
bord
,
& le Grand Maistre luy
envoya son premier Maistre
d'Hostel
d'Hostel & son premier Escuyer.
Pendant les compliments
,
le Canon de la Ville ,
cctuy des Forts,~ de tous lcs£|
Bastimens qui cHolcntdaos le
Port,firent des decharges réïterées.
S. A. vint à bord dans
la Chaloupe du Grand Maiftrç,
dorçt leCarrosse l'attendoit,
& il y entra avec les deux
Grands Croix. Tout le Port
& les remparts estoient pleins
de pcuple qui le receut avec
des cris de joye qu'il redoubloit
à tout moment. S. A.
alla dabord à 1 Eglisedesaint
Jean entendre la Messe,& delàau
Palais du Grand Maistre,
qui vint le recevoir à l'entrée
de son Appartement,& ¡'('mbrassa,
ne voulant pas souffrir
qu'il luy baisât la main. Ille
mena dans sa chambre,où ils
suffirent fous le même dais &
sur deux fauteüils égaux. Son
Eminence à la droite.Laconversation
fut tendre & affectueuse
de chaque part , & ces
deux Princes furent biencontens
l'un de l'autre. S. A.alla
à l'Hostel qui luy estoit preparé
,
où elle trouva tous les
Grands Croix de l'Auberge de
France qui l'y attendoient
pour luy rendre leurs devoirs.
Toutes lesLangues vinrent l'aprésmidy
enCorps, & même
leConseil ( honneur qui ne se
rend qu'au Grand Maistre.)
L'Evêque
,
le grand Inquisiteur,
le Senechal,le General
des Galeres , ont rendu leurs
visites particulieres. Le Conseil
a nommé M. le Grand
Prieur Lieutenant du Grand
Maigre., ce qui luy donne la
premiere place aprés son Eminence
,
dans toutes les ceremonies,
& même dans le Conseil
; le droit d'être assis à table
fous le même dais & de
manger des mêmes viandes;
il prêta ferment Lundy & fut
receu Grand Croix. Illutledit
serment à genoux sur un carreau
de,velours, & le Grand
Maistre au lieu de luy donner
sa main àbaiser, suivant ce
qui se pratique ,
l'embraflk
tendrement. Le lendemain le
GrandMaîtreenvoya leGrand
Prieur de' Portugal à S. A.
pour luy demander si elleagréeroit
qu'ille nommâr Generalissime
des Troupes de
Malthe. Je vous laisse à penser
comment nôtre Prince receut
cette proposition. Aujourd'huy
son Eminence a envoyé
quatre Grands Croyc
qui font les Ministres do la
Guerre, pourannoncer àSA.
que le Grand Maistrel'avoit
nommé Generalissime, Aprés
les complimens, M. le Grand
Prieur accompagné de ces
quatre Grands Croix; de sa
Maison,qui est,comme vous
sçavez
,
composée de piL-iStde
soixante personnes
,
& d'un
très -
nombreux cortege de
Chevaliers,est allée au Palais
-
pour remercier son Eminen-
- ce; ensuite il est aile rendre
quelques visites aux principaux
Ministres de cette Cour.
InceflaromeiK on tiendra un
Conseil extraordinaire pour
confirmersonElection& luy
faire pi èter le serment. Voila
tout ce que je puis vous dire
jusqu'àaujourd'huy,& qu'il
y a apparence que nôtre Generalissime
ne sera pas trop occupé
contre les Turcs. Je
fuisse, :
Aprés vous avoir assez amplement
entretenu des Nouvelles
étrangeres,il me paroît
a{fez raisonnable de vous dire
quelquechose des nôtres.
L'abondance delamatière
ne me permit pas le mois dernier
de vous faire le détail de
ce qui s'est passéàla Cour pendant
la Semaine Sainte;c'est
neanmoins un des plus importans
chapitres qui puisse jamais
entrer dans un Journal
, & le
zele, & la pieté du Roy qui
font toujours l'admiration de
tout le monde,feront certainement
aussi l'article le plus
interessantde ce volume.
S. M. a entendu tous lesDimanches,
lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
de M. l'Evêque d'Angers;les
Lundys & les Jeudys elle aété
à la chasse duCerf ,accompa
gnéede Madame la Duchesse
de Berry, des Princesses, &
des autres Dames de sa Cour.
Le6.d'Avril,lèRoyfit U
revuë des Gardes Françoises,
& Suisses, M.le Duc de Guiche
marchoit à la tête des premiers
,& M. le Duc du Mai-
,
ne& M le Prince de Dombes
àla tête des seconds. On forma
de chaque Regiment un
Bataillon composé de mille
hommes chacun,choisis sur
le tout. M.le Prince Royal de
Pologne,& M. le PiinceRa.-t.
gotzkti se trouverent à cette
revûë. Le
Le 1 o. M~' rAIT)b..tfddcurÍ
deSicUccur Audiance du Roy
à qui il annonça lamortde M. ,
le Prince dePiedmont, ill'eut
ensuite de M. le Dauphin
,
de
Madame laDuchesse deBerry,4
S/c. Vj*? *"**-'*t—iv~
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
eut Audiance de congé^dn
Roy,c'estun homme grand , bien fait, &trespoly pourun
Afriquain;voicy en deux mots 1
son Compliment que l'Interj
prete expliqua au Roy.Je , soubasse3 Sire
, que vousviviez 1>
long-temps;& que chaquejour
quivous refle à vivre,se mwIti
plie par mille. Il étoit venu pour
faire des excuses au Roy, de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoir pris un Vaisseau François
que le Bey a renvoyé à Toulon,
aprèsavoir fait couper
la tête au Capitaine quil'avoit
pris.
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Piedmont.
On a exposé dans les Appartements
deux pieces de
Tapisseries faites aux Gobelins
dont l'unerepresente N. S. au
Festin de Simon le Phanfien
,
& la Magdelaine prosternée à
ses pieds;cettepiece estcopiée
sur l'original de Jouvenet.
L'autre piece represente la
onsternation dAchalte*loifque
le Grand Prêtrerétablit
Joas sur le Tiône de ses petes MCoypelenafaitl'orignal,.
Ces Tapisseries ont presqu'auçant
de force quelaPeinture
,
tpousalesrperlsoannagnes esn f.ont Le Dimanche des Rameaux
le Roy se rendit à laChapelle.
accompagné de Madame la
Puchcfll de Berry, de M. le
Duc d'Orléans, de Madame
laDuchesse
, & de tous les
Princes & Princesses
, pour y
entendre la grande Messe. S.
M. y retourna à deux heures
& demie accompagnée demêfrie
pour le Sermon
,
& les
Vespres qui furentchantées
par la Musique. LeRoyétoit
assissurson fauteuil
, ayant
d'uncôtéMadamela Duchesse
der Berry , Madame la Duchesse,
Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côré étoit
M.Duc-dOrl(:ans)M.leDuc:ll
M. le Comte de Charollois,
M. lePrincede Dombes,M.le
Comte d'Eu,& M. le Comte
de Toulouze. Siilâ. droite
du Roy auprès du Prié Dieu
étoit , M. leCardinalde Rohan
Grand Aumônier, M. l'Abbé
de
-
Sourches
,
& M. l'Abbé
d'Argentré,Aumoniers. Sur
la gauche M. le Cardinal
de Polignac, M. l'Abbede
Castres, & M.l'Abbé deRouget
Aumôniers de Madame la
Duchesse de Berry; Madame
la Marquisede Montsoreau fit
ce jour là laquelle. Le Vendredy
Saint le Roy serendit à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompr
igné de Madame la DucliulledcBcrry,
de Madame
,
de M.le Duc, & de Madame
la Duchesse d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être assis. Surla droite du Roy
M. le Cardinal de Rohan,
Grand Aumônier ,M l'Abbé
de Sourches,Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers.Sur la gauche,
M. le Cardinal de Polignac,
M.l'AbbédeCastres,&
M.l'Abbéde Rouget,Aumôniers
de Madame la Duchesse
de Berry. M. l'Abbéde
Magnas,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
Roy M. le Duc de CharofV,
CapitainedesGardes duCorps.
Derrière Madame la« de Berry M. le Marquis de
Coëtensau,sonChevalier
dHonneur. Derriere Madame
M. le Marquis de Mortagne,
son premier Escuyer. Derriere
M. le Duc d'Orlé.ans'0M.le Marquis dEstampes,sonCapitaine
des Gardes.
Le Jeudy Saint le Roy allaà
neuf heures & demie du niaw- tin,accompagné de M.leDau
phin, de M.le Duc d Orléans,
& de tous les Princes, dans la
Salle des Gardes, ou l'onavoit
dresse une Chairepour lefr^l
dicateur. 11^ trouva 13. petits
enfants couverts d'un drap
rouge avec un grand lingequi
leurs pendoitau col.; M. le
Cardinal de Rohan
,
Grand
Aumônier, en Habits Ponn&-
caux; LaScene fut prêchéepar
M.l'Abbé Panard
,
dont le
Sermon fut très-applaudy
sur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
a la ceremonie du jour, & à ce
qu'ilvenoitde prêcher; ayant
prouvé dans lesdeux partiesde
son Discours l'abaissement
de J. C. combattu par la raisonhumaine
; & laraison htiii
maineconfonduë parlabuiflc^
ment de J. C. dans cette ceremonie.
A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire,
ayant la Mitre sur la tcrc &
la
Crosse à la main. Les Chantres
commencerent dentonner
l'Antienneintret. M. le Grand
Aumônier ayant dit les Oraisons
accoûtumées, donna
FAb(outc le Roy alla incontinentlaver
les pieds des
Apostres,ayant versé deIVaiT
dessus,& essuyé avec un linge, 1 illesleur ba»(a.Cettecererriô-:
nie finie
, on Cervit, l'es piuvres
danscet ordre. M Defgr<ln..(
ges,Maistre des CtrtmoriltS:,!
precedé d'un Huissier, suivy
de M. le Marquis de Dreux,
Grand Maistre des Ceremo.
nies) de 13Maistresd'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
Commandement
,
de M. le
Marquis de Livry Premier
Maistre d'Hôtel
,
qui portait
aussi son Bâton,de M.le Duc,
grand Maistre de la Maison du
Roy,portant un Bâton pirfc*
mé defleurs delys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
machoient les premiers, & en
passant devant S. M saisoient
une reverence ; ensuitevenoit
M. le Dauphin, portant un
platde bois sur lequeletoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orléans
porrant un platdemême sur
lequel estoit une cruche pleine
de vin avec une coupe pardesfus
,
le tout de bois; M. le
Comte de Charollois, M le
Princode Conty, M lePrince
de Dombes M.le Comte
d'Eur,& M.le Comte deTotllouse
portant chacun un plat
'dc poisson
,
de légumes
,
de
confitures,oudefruits, suivis
dugrand Ech inson, du grand
Pannetier,& des Gennlshommes
servans qui saisoient en
tout treize qui portoient aussi
des plats de bois ornez de
fleurs. En arrivant devant S.M..
ils failoient une reverence en
luy presentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
aux pauvres. Cette ceremonie
commença jusquà13. fois
dans le même ordre, parce
qu'on sert 13 plats à chaque
pauvre qui estoient ue»zs. Il
faut remarquer qu'on alloic
prendre ces plats dans une autre
Salle assez esloignée, & que
M. le Dauphin 13. fois le
voyage, comme les autres
Princesmechant avec beaucoup
de fermeté
, & portant
son plac avec beaucoup d'adresse,
suvy toujours de Madamede
Ventadour sa Gou.
vernante. La ceremonie finie,
le Roy alla un moment dansfa
chambre,& se rendit ensuite
à la Chapelle accompagné de
Madame la Duchesse Berry,
de M. le Ducd'Orleans, de
M. le Duc, de Madame la Duchesse
,
de tous les Princes 6c
Princesses, pour y entendre la
Messe qui sur chantée par la
Musique
,
à la fin de laquelle
on distribua les Cierges, &
la Procession commença : en
voicy l'or dre: M l'Abbéde
Juliac qui avoit du la MelTe,
portoit le S. Sacrement, M.le
Comte de Toulouse, M. le
Comte d'Eu,M. le Prince de
Dombes, M le Prince duConty
,
M. le Comte de Charollois,
M le Duc, M le Duc
(TOrtcans , ayant àsa droite
M. l'Abbéde Tustan son premier
Aumônier,marchoient
devant le Roy,qui avoit à sa
droite M. le Cardinal de Rohan,
grand Aumônier, &à sa
gauche M. l'Abbé de Sour.
ches Aumônier aussi, avec M.
le Cardinal de Polignac; immediatementa
pies le Roy,
marchoit Madame la Duchesse
de Berry Madame la Duchesse
, Madame la Duchesse du
Marne
,
& Mademoiselle de
Charollois venoient ensuite.
On posa le S. Sacrement dans
laChapelle de saintLouis qui
avoircilé* préparée pour cela;
cette ceremonie ne finir qu'à
une heure. Madame d'Espinay
fitlaqueste ce jour- là; & à
deux heures & demie S. Mse
rendit à laTribune dela Chapelle
accompagnée de même
que le jour precedent, pour y
entendre les Tenebres, où
l'onchanta le PfcaumeQuà^
fremuerunt Gente,& le Miflrere
en Musique. A onze heures
aprèssoupé
,
le Roy retourna
à la Chapelle visà vis
celle de saint Louis, pour y
adorer le Saint Sacrement. Le
Vendredy Sainr le Roy alla à
laChapelle à 10. heures du
matinaccompagnéde même
que les jours precedencs,
pour y entendre le Sermon
de la Passion que M. l Eveque
d'Angers prêcha avec
son éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois partiesde
son discours, que le Sauveur
Veuf avoit été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gémir
, une Victime de la
cruauté quil'afait souffrir ,
& une Victime de l'injustice
qui l'a fait mourir. On dit
ensuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adorationde la Croix.
A deux heures &demie,S. M.
se rendit à la Tribune, accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre le£
Tenebres Onchanta le Pfeau-»
me Exaltabo te Domine,& le
Benedictus en Musique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroisseàonze heures ,oùil
communia par les mainsde
M. leCardinal Grand Aumônier.
Les coins Je la nappe
furent tenus du costé de l'Autel
parM.l'Abbéde Sourches
&par Ml'Abbé d'Argentié
Aumosniers ,ducosté du Roy
par M. le Prince deDombes.
A son retour de la Paroisse
il toucha prés de 1400. malades,&
le soir à six heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Pasques le
Roy fitren dreà la Parossede
Versailles le Pain Beny
, par
M. l'Abbé d'Argentré son
Aumosnier
,
precedé de douze
descent Suisses qui portoient
six Pains Benis avec des Banderollesaux
Armes de France
precedez des Tambours, Fifres&
Trompettes. Lemême
jourS. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelleentendre
la grande Méfie
celebrée par M. l'Evêque de
Senlis; à deux heures & demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M'ol'Ev&que
d'Angers
,
qui fit voir que la
RcÍureébon de J C. étoit le
Triomphe de l'incrédulité
pour , nous faire connoistre la
foy,letriomphe de l'iniquité
pour nous apprendre à
nous ressusciter nous-mêmes.
Ce Prelat prit congé,&fitun
complimentà S. M.dans lequel
il fit un abregé de l'histoire,
desavie,& finit en souhaitant
que le Seigneur prolongeât
ses jours pour le cotu%
duire seurement,mais lentement
à la gloire éternelle ;ilparla au."
<
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit ensuite les Vespres qui
furent chantées par la Musique
,
Me.la Marquisede Cha--4
tillon fit la queste ce jour là ,
.,
le Roy donne chaque fois
vingt Loüis d'or; ilserenditensuiteà
six heures dusoir
b laTribune, pour y entendre,
le Salut.
Le Lundy de Pasques Madame
la Duchesse de Berry
communia par les mains de
M. l'Abbé de Castres son Premier
Aumosnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un 1
costé par Monsieur l'Abbé
de Rouget, & par Madame
la Duchesse de S. Aignan; de
l'autre par le R. P. Confesseur
& par Madame la Duchesse
de Chaulnes.
Le Dimanche de Quasimo- 1
do M le DJuphit) fit rendre
le Pain Beni à la Paroisse de
Versailles, par M. l'Abbé
de Sourches Aumosnier du
Roy
,
nommé à l''Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
de douze des cent Suisses de la
Garde qui porroient les six
Pains Benis ornez deBandetolles
auxArmesduDauphin, des
Tambours, Timbales, Fifres,
Hautbois
,
& Trompettes
des plaisirs du Roy. Madame
presenta le foir aprèssoupé
M. le Prince deHesseDarmstat
à S. M.
Le premier de May, les
Haut bois & Bassons joüerent
dans l'anuchambre pendant
le levé duRoy, &pendant
le dîné les 24 Violons avec
lesBasses de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly,&trouva auprès du
Parc M.le Grand qui luy prefcnra:
es' six Chevaux d'Espagnequ'elleenvoye
au Roy de
Pologne
,
qui font d'une
beauté extraordinaire. Ilsont
chacun une belle housse, & des
fauxsoureaux de pistolets couverts
d'une double broderie
d'or ou d'argent
, avec une
frange de même sur du velours
; chaque harnois estant
de différente couleur. Lespistoiees
sont d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ; ils
coûtent mille écus la paire ; les
mords, &les étriers ne sont
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Duchesse
de Berry alla à Marly,
Madame la Duchesse de S. Simon
,Mesdames les Duchesses
de Chaulnes, & Louvigny
estoient sur le devant dans son
Carrosse
,
& Mesdames les
Marquifcs de S. Germain & de
Clermont aux deux portieres.
Ce
CeCarrosseestoitsuivide deux
autres de cette Princesse plusdes rem- Damesde la Cour. 'Le
jour de l'Eclipse
,
le Roy &
toutes les Dames estoient levéesavant
huit heures pour la
voir. M. Cassiny,de l'Observatoire
,s'y estoit renduavec
des Lunettes d'approche, ôç
des miroirs, pour la faire observer
à S. M. plus commodement
;elle dura plus de deux
heures, & on voyoit les Etoiles
sans le secours des Lunettes.
On a expose pendant
1 5.
jours dans les Appartemens un
Tableaude M..Çpypcl,qMi
reprefcnte
l'histoire de Tobie;
c'cft une des plus belles pieces
que l'on puisse voir; la tête de
Tobie & de sa femme font
impayables; les attitudes en
font d'une justesse admirable:
on doit porter ce Tableau
aux Gobelinspourestrecopié
entapisserie.Le cinqdece mois
Madame la Duchesse de Berry
fit rendre lePain BenyàlaPa-
TO.fîsc de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget
, un de ses
Aumôniers; cet Abbé estoit
precedé de douze des Cent-
Suisses de la Garde de cette
Princesse qui porroient six
Pains-Bcnis, ornez de Bandexollcsaux
Armes de Berry
&dOrléansles Tambours;,,
Fifres/Timbales, Hautbois,
& Trompettes des plaisirs
marchoicnc à la tcfte,; Madame
la Duchesse d'Or leans, &
Madame la Duchesse
y•
sont
restées toutes les deux à VerfaIlles"
estant indisposées.
.;' Le 4. de ce mois fut célébré
l'Anniversaire de M. le
Duc deBerry,à S. Denis. Et
le 14. l'Anniversaire du Roy
Loliis XIII. dans la même
Eghfc.r :
L'Evêque de Marseille y
celebra le Messequi fut chantée
par la Musique du Roy.
Le 6. jour de la rentrée du
Parlement, plusieurs Discours
éloquents furent prononcez
au Palais, selon l'usageétabli
à l'ouverture des Chambres.
M. le Camus Premier President
de la Cour des Aydes,
n'en fit pas un en forme, il se
contenta feulement d'exprimer
en peu de mots, & avec
beaucoup de force & de mo-
- destie la perre qu'il vient de
faire de l'illustre M. le Camus
sonayeul, & dedonnerà la
Compagnie une idée noble
de la joye qu'il ressent de se
voir à la tête de cette auguste
Cour. Voicy à peu prés les
termes de son Discours.
MESSIEVRS,
Voicy le temps de rendre la
Justice
, &de faire admirer aux
hommes dans lesanctuaire des
Loix où nous sommes assis ,
l'é.
quité quenous venons de promettre
à Dieu dans les Tribunaux
où nous étionsgrosternez.
Ce n'est point icy un Tribunal
où lejeune Daniel ait à reprendre
, ou à instruire les Juges
d'ifràêt; j'aurois cmmttoïf
Volontiers par vous dire
, voicy
le temps Ó* j'auray besoin de
;cofttt experience,où voftft
capacité
, & vos connoissances
meserontnecessaires.
* Vous a"Je:c soubassé me voir
presider à vos décisions > & là
ionté du Princea secondé vos
desirs. J'aydoncacquisdesdroits
sur vosconseils,resourceplus
aj?tarée pour rftoy ,e àvantageusepourlajufliceque
l'étude & l'exercice de plufteurs
années,
Si vottsavif%}>â trttgef autit
chose de moy que des sentiment
dans les premiersjours de madouleur,
& s'ilm'avoit esté permis
Je remercier publiquementceux
qui m'ontdonneavecjoyetantde
marquesd'estime
, & d'attache^
ment,je vous auroisdéjà !rfwqi'!t ~M/ JthJ 1\., l'honneur de me voira vôtre tête
qu'au plaisir d'estresi bien placé,
dans vos coeurs.
:' Les services de mon ayml
nlonr tenu lieu devanthplus
grand Prince de l'Europe , 4e
talens, ou de vertus! que ne doisje
pas à l'illustre mort queje remplace
ifa réputation fait mon bonheur
:quant est ce que la ressamblance
avec luy fera ma gloire !
lanoble ambition que j'ai de ne
pasdégenerer riefl-elle point femeraire
? quel homme à imiter
l'homme de tous les talens,
l'homme de toutes les vertus,
Estoit-il -plus loüable par l'espritqw
par le coeur, par l'étenduë
de ses lumieres, que par la
pureté de ses moeurs; & en quoy
n'excella-t-ilpas ; maispourquoy
décorerson Tombeau?vos fôgfèts
l'honorent aetz.
Pourmoy,Messieurs,j'auray
toute ma vie t'estimesinguliere,
&le sincere attachiment qu'ileut
pour vous.
Aprés ce Discours M. le
Premier President invita toute
la compagnie qui fc trouva à
cette rentrée,de luy faire l'honneur
d'aller dîner chez luy
ce , quetout lemonde fit. L'abondance
,la déheatefle & la
[ bonnethere qui furent extrêmes
firent à demi les honneurs
decegrand repas,où legoût
excellent,l'esprit&la politesse
de M. le Premier President
,
receurent àjustetitre des Eloges
de tous les conviez. (t'
c-mLe même jour M. Mallet
luy presenta lesvers Latins qui
suivent.
Pris Manibus
NICOLAI LE CAMUS
Equiris,
Regi ab omnibus Consiliis
,
Ncc non
Supremæ SubsidiorumCuriæ , Principis,
Qua die meritissimusNepos, ut
nominis Atque Dignitatis yfic
gp* vitutum hæres
,
in locum
:
-
AVifato-funtilyjubente
AcplaudenteCuriâ,suffectus,
primâ vice pro Tribunali sedit,
&avito moresacræ Themidis
oraculaLegum interpres
sudit;
SYMBOLUM.
Phoenix è bUJli cineribus renovatus
evolans.
Sic postfataresugit.
In idem argumentum.
Ad fuprcmam Subsidiorum
•
Curiam,
TETRASTICHUM
Raptum recentifunereProesidem
Lugere mittat Curia; namsibi
Postfata (ceuPhoenix)superstes,
Splendidiormicat in nepote.
J. J. Maler, Consultissimæ
Faculcatis Licentiatus.
NICOLAO LE CAMUS
Equiti,
Regi ab omnibus Consiliis,
Supremæ Subsidiorum Curiæ
Principi,
Nec non
Regiorum Ordinum novifll^
mè Præfecto.
DISTICHUM.
Quot tibi Rex addit decora immortalia
,
Proeses
,
Virtutis radiant tot monimenta - tuoe.
, ALIUD.
Faustum omen ! Themidis cùm
sactaoraculafundes, -'*
Extra qui racahatg}Jpireitmtin.th
,
: Ii
Offerebathumillimus ac
obsequentissimus Cliens
- -, MALET.
Lemême jour six de ce
mois la rentréedes Académies
se fit. Un autreque moy paffcroit
legerement sur cet articIe,
& ne croiroit peut-être
pas cette nouvelle assez intete(
Tante, pour oser en allonger
les circonstances; mais n'allons
pas si vue, Messieurs, ay à ce
sujetunehistoire importante
à vous faire.
A propos d'Academies
,
nous sommes depuis longtems
dans l'ignorance, & c'est
grand dommage que tout le
monde ne sçache pas encore,
qu'outre l'AcademieFrançoise,
celle des Sciences, des Inscriptions
,
des Lanternistes de
Toulouse, &des Sçavantsde
Bordeaux &d'Angers, Nous
en avons depuis plusieurs années
une à Paris tres fameuse,
tres florissante,& jevoudrois,
pour rimer du moins, oser dire
àtelle fin que de raison,
tres galante; mais quoyque je
n'y entende pas de hneilè,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque,
& j'aimerois presque autant
voir mon Livre profané,&
livré au dernier supplice, que
censuré par cette illustre Académie.
Illustre, Messieurs
, vous
dis-je, par les belles & bonnes
qualitez des personnes de l'un
&de l'autre sexe qui la composent,
par l'éclat des Ouvragesqui
sortent de son sein,
& par le merire de ses membres.
Je vous diray l'histoire de
son establissement&desesrevolutions)
quand ces grands
mysteres feront venus à ma
connoissance, ce que jesçayle
mieux à present, c'est le nom
qu'elle porte ,
& ceux qu'elle a
pris dans sa naissance. In principio.
Elle futappellée t'AfIembléc
des Cinthiens & Cinthienncs.
Ce mot tire son
étymolopie
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
,
dit on ,
autrefois à
PDian.e.VVoje.^ Menage. Chap. L. &c. \-
Elle fut depuis appelléc
l'Assemblée des Pierides, mais
ce sobriquet ne luy resta pas
longtems, une Muse d'entre
elles, qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire
,
se
souvint à propos que ces Demoiselles
Pierides. filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus
, par vénération
pourlesAnciens)avoient
cfte des temeraires, des babillardes
qu'Apollon
,
Diane sa
seeur, 6c les Muses en ccnirrouxavoient
metamorphoféesen
Pies : elle fit faire cette
remarque à l'Académie
,
qui
aprèsavoiropiné longtems si
l'onse pareroit encore d'untitre
aussiinjurieux, soumitenfin
cette décision à la pluralité
des voix: on fut aux scrutins
dans une coeffe
,
& enfin tous
les suffrages réünis, Îl fut jugé
que ce miserable nom seroit
proscrit
,
& en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profc
,
pour
quelque raison ou prétexte
que ce pût estre, de quelque
qualité&condition qu'on fut.
Cependant ilfalloit un nom à
la Compagnie,&c'estoitbien
la moindre chose. Il y futà
l'instant procédé, & l'affaire
prodigieusementrevûë
,
épiloguée
,
examinée, il fut conclu
que cette Assemblée s'appelleroit
dorénavant rACemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon, que tout le monde
connoît aujourd'huy aurant &
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académie
fut nomméele Mont de la
Lune
, parce que le heu où
cette électiona esté faite,est
, dit on ,
de quatre ou cinq toises
plus voisin de la Lune que
la plainedeVaugirard.
Vous prenez peut-estrececy
pour une fiction
,
Messieurs
,
maisde grace détrompez vous
surma parole,& (cachez qu'-
on fait dans cette Académie
deséloges, des compliments,
des Livres & des Traductions
en Prose
, en Vers, en François,
en Latin,& de tout hors
du Grec. En un mot malgré le
ton serieux sur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
de cetteAcadémie
,
il en sort
de fort bons Ouvrages. En
voicy la preuve,~upil.
?irLLest bonde vous faite remarquer
en passant ,que, dans
cet illustre Corps
,
les noms,
les emploie & les dignitez: se
conferent, comme autrefois
on les conferoit à Rome; ony
fait des Senateurs, des Senatrices,
des Consuls, des Con.
sulesses, des Dictateurs
,
des
Dictatrices, &c. Une Dame
de cette Académie ayant esté
élue Dictatrice il y a quelque
tems, & ayant appris la veille
d'une nouvelle élection qu'on
vouloit la continuer dans le
rang éclacantoù on l'avoit élevée
,prononça le lendemain en
pleine assemblée les vers que
voicy.
CELINE AUX CYNTHIENS.
Rome ases Dictateurs accordoit
tous les droits,
Et leshonneurs qu'on rend aux
Roix;
Arbitres qu'ils étoient de la Pai>
de la Guerre,
Ils regnoient[O-Uverainnement,.
Etleurpouvoirindépendant,.
Les rendit pardegrez les Maîtres
de laTerre.
En imitantcessages Citoyens,
Vous PwaveKnonoréé., illustres
Cynthiens3
Du titre glorieux de vostreDic±
tatrice;
J'enay senti l'appas>matsl*éclat
de ce rang
N'ariendont mon espritse charme,
£<71s*éblouifje',
C'est pour luy, jeA3avouey un
fardeautroppesant.
Cette Charge en mes mains tft
trop malsoutenue
Jesuccomberoissous lepoids,
Et pour lebien public contente de
,
ma voix, ,1
Ainsi que Luciusjereprens ma
cbarruë.
Elle se desista ainsi de la
dignitédont l'assemblée honora
la belle & modeste Madame
Policrite,qui après
avoir faitl'Eloge de son Predecesseur,
prononçacesVers:
AU ROY.
Grand Roy lorsque tu fais
succedes au Laurier
Par une utile Paix la pretieuse
Olive;
-a fais plus mille fois que ce
fameux
fameux Guerrier
Qui souvent de l'Eupbrate ensanglanta
la /{ive..
Quandon
ne veut, regner que
Un Potentat devient indigne de
sonrang;
Le pouvoir souverain !l'ep pas
donné pournuire,
Cefont lesseulsTyrans quiueulent
tout détruire :
Mais quand on sçait borner la
, plus juste valeur
Pour donner le repos sur la terre
&sur l'onde,
L'on imiteenrégnantsurl'esprit,
O* le coeur
De l'estre indépendant la fitgtffe
profonde.
Pour affermirpartoutcettefeli-
,
àte-,
Et rendre nostre fort le plus
digne d'envie
Puijfc- tu, GrandHéros,par la
plus longue vie9 ',' Imiter de cet eflre encor l'éternité..
Depuis peu unCandidat de
cette Académie ,attentif à
faire sa Cour à deux des principales
Muses dont il postule
les voix, leur fit cet Envoya
ENVOY D'UN RUBAN :jaune à Mademoiselle
Philinire, & d'un Ruban àMademoiselle Climene,
par un volage qui donne
quelquefois des preserences,&
jamaisd'exclusions.
Le merite che% moy fondent
par preference
Determinemon coeursur le choix d'unobjet;
jfmfi de Philinire admirent la
science,
Seuleelle est de mes chantsaujourd'hui
lesujet.
£Etpar deux neuds divers expliquant
mapensée >
Dujauneà Philinire,àClimcne
duverd,
Je donne de moy-même une
Image tracée
Pour l'une urtUoeur J'été, pour
l'autre un coeur d'hiver.
y• -~1 a -j
Puisque je suis en train de
vous donner des àla bonne
heure, je ne veux pas laisser
échapper l'occasion que j'ay
à present de glisser dans la sou.
le
, ceux qui me font tombez
entre les mains pendant le
cours dece mois cy. D'abord
je vais vous amener sur -la
Scene des
SYLVAINS
AirdeCouperin.
Parodie de M. D.
Le Dieu d'amour, le Dieu
duvin
Reglent nostre destin:
Dans ces retraites,
Toujours amants ,
toujours bu-
.,
veurs,
Leurs faveurs
Pournoscoeurs
Sont faites.
Jcy Baccbus ton jus charmant
Soulage en aimant
Lepoidsdtnofchattes9
Et ta liqueursuspendles peines
D'un tendre, & malheureux.
Amant ;
Regne à jamais
Règne en nos forests.
LeDieud'amour,&c. ,,'
* (
Au~bord de ces ruisseaux
L'Amantfortuné qui fômmeiUeJ
Auchant des Oiseaux,
Seréveille
Les chaînes de l'amour
Dans ce charmantsejour
Semblent toujours nouvelles,
Les plaisirs amoureux, En nous rendant heureux
, -.'
Nousrendent plus jîdelles.
Le Dieu àamour,e£v.
Mille plaisirs ont droit il de
nous charmer,
Les ris, les jeux président à nos
festes,
Le verre en main au nom du
Dieu qui fait aimer
De jeunes fleurs nous couronnons
nos ttflt$';
A nous servir ces Dieux charmans
Mettent leurgloire,
amour luy-meme a tousmoments
jSlousnefsiAboire.
-
Aimable yvresse
Douce tendresse,
La volupté
Nous fuitsanscesse,
La liberté,
Lesris,& lajeunessê
Regnent avec nous
Dans des li-euxtfidoux.
LES ONDES.
Je sens frémir les airs,
Un doux Zephir s'élève,
Etsoulve
L'Empire des Mers. bis.
Je vois l'onde en repos;
Je la vois s'agiter le long de cet
rivages
J'entend retentir les tchol
Des bocages Ó, DIJ murmure desflots.
Jesens, &c.
@
- Les plaisirs,&les jwx>
Les Tritons amoureux
Nagentsurl'Onde,
Tout annoncean monde,
En ce jour
Le regne heureux de lamere a'.-
mour.
Je sens,&c.
La jeuneDrade
Sortdesforefls,
La vive Nayade
Chante ses attraits,
Deja Neptunel'aime Il , fuitson char,
Et luyvient luy même
Verser le nectar.
y~w~c.
V
~8
Mais tout tremble)
L'Ondeserassemble,
1 Dessombres cavernesd'Eole,
Levenfi
S'emtole,
L'Onde
Gronde,
La nature à son tour
Par ce legerorag,
Rend hommage
Alamere d'amour,
Rendhommage
Asontour
A lamered'amour.
19.
Voila ce qu'on appelle de
petits Airs joliment trouflezJt
celaest vif,tcndre*
teur de ces paroles, le Musicien
qui les a notées, & moy
qui en fuis le copiste
, nous
avons tous trois de l'honneur
à vous presenter dauffi jolis
morceaux. Le moindre coupletde
ceschansonnettesvaut
mieux que tout le pauvre Balkt
des plaides de la Paix qu'on
joüe par cy par-là, depuis
environ six semaines ou deux
mois, sur le Theatre de l'Opera.
Item. Je trouve en foüillant
dans mon porre -
fciijlle
encore un Sonnet sur leli
boucs rimez que j'ayproposez
dans mon Mercure du mois
de Février ;celuy-cy est un
des meilleurs Sonnetsque
j'aye receu sur cesrimes; il cft
de la façon de M Formentin
tbnnu avec dlfiloétton dans
les Lettres. >-** S'ÜNNÉT AU ROY
sur la Paix. ¡: aimablesaifinfour lesfruits
de la Herse,
où tout rit dans nos champs, où
chacun court au bain.
OLabondance & la Paix vontnous
ouvrir leur sein,
Et, LOUIS redouté riAura plus
de traverse
Il VA dans ses Etats rétablir
sa Commerce
<d0iiaveoiti.nte.rrompu le rival Vulcain*
Sa gloire qui s*étend jllfiJ.
climat lointain,
Vient d'attirer icy/'AmbaJJadeur
de Perse.
le peuple à sa fanté hit déjà
rasibus,
Lesext pour lu?plaire effacer* venus X'Auteur,pour le loüer abandonne
Origene.
tt l'Amant pour le voir quittera,
* Mars.
si Lays^ jcn juge par mon coeur, car si
j'etois Paris,
Eowr Avoir ce p/Aifir ,je quitterons
Helene,
Je me sens d'humeur à soûtenir
que les Bouts-rimez,
cjtieryqu'on en dise, font bons
Quelquechosec,, ils fcervcent àà
amuser
.,,
une infinité d'hohnestes
gens qui s'exercentàles
remplin. Cette remarque
iïffcngage à proposer encore
ceux-cy.
B- l'O.U,TS-RIMEZ, remplir
Cloche,
, sapin,
vilain.
poche. ,:..broch^ ¡
lapin,
Martin.
acfcroCh£
-, sanglant.
,", T
ralent.
, divine.
malheureux
amoureux
coquine.
Voila
Voita de la besogne que je
vous ay taillée, Messieurs; en
attendant que vous songiez à
remplir vottre tâche,je vais
essayer de remplir la mienne.
Jevous fis dans le dernier Mercure
un détailassez succint des
gens de consideration morts
& mariez le mois passé. Tel
voitesté le bon plaisir de
mon Genealogiste. Mais,
comme vous sçavez, & c'est
le proverbe qui le dit, que
d'une mauvaise paye on tire
ce que l'on peut; j'en ay enfin
arraché à bon compte, les
articles que vous allez lire.
Dame Marguerite Janvier
du Maineblanc, veuve dé Jean
Pépin, MaistresdesComptes,
mourut le 30. Janvier 171Sâgée
de 80. ans, laissant entr'.
autres enfans Madame de
Chamoust, femme de Mr de
Chamoust,cidevant Enseigne
des Gendarmes de la Reine:
Elle étoit soeur de feu Mefïîrff
Pierre Janvier, Seigneur du
Maineblanc, Vicomte du
Boisherpin; mort sans enfans
de Claude- Marie d'Elbeuf,
de la MaisondeLorraine; &
ils estoient tous deux: enfans
de Pierre Janviera Seigneur du
Maincblanc ,Vicomte du
Boisherpin,Conseiller au
Parlement de Paris, &de MM
chelie<delaiBarre..1--m
Dame Marie-Anne d'A«
cigné,veuve de Messire Jean,
Leonardd'Acigné
,
Comte de
Grandbois &de la Rochejagu,
Chevalier de l'Ordre du Roy,,
mourut le 2. Avril, âgée do
80.ans,ayant eu pour fille ai:
née Anne Marguerite d'Acigné
,
seconde femme d'Armand
Jean du Plessis, Duc
de Richelieu, Pair de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
&morte le i5>*Aouû16$$:
laissantentr'autresenfansMr
le Duc de Fronsac:feuë Madame
la Comtessed'Acigné
avoitépousé son oncle; & Ici
Maison d'Acigné dont elle
sortoit, est une des plus îHuf-J
tres & des plus anciennes de
Bretagne; tous les Auteurs qui
en ont parlé ont prétendu
qu'elle estoit une branche de
celle des anciens Seigneurs de
Vitré, puînezdes anciens
Comtesde Rennes & Ducs de
Bretagne, avant l'an ppr.&
elle s'estalliée aux premières
Maisonsde cette Province;
comme Montfort,Malêtroit,
Maure, Coërquen
,
Rostrenan,
Coccmenç,-fclontcjan,
duCh^ftcl,'&Cr,À cel'es de
Cosse;, de LavalSezay
,
de
Buel, &C. ,> Messire MichelLarcher,
Seigneur de Baye, Présidenten
la Chambredes C-omptes, de
Paris, & ci devantConseiller
au grand Conseil, puis Maître
des Requestes
, mourut le 9.
Avril,laissant plusieurs enfans
de Dame GabrielleRioult de
Doüilly sa premiere femme,
fillede PierreRioult
,
Fermier
General & Secretaire du Roy,
& soeur du sieur de Curzay.
Feu M.lePrésident Larchet
estoit filsde Pierre Larcher,
Président des Comptes, petitfils
de Michel Larcher
,
auflï*
Présidentdes Comptes, arrière
petit-fils de Pierre Larcher,
Maistredes Comptesen1587.
lequel estoit fils de Michel
Larcher,Conseillerau Parlement
en 1546. & petit fils de
Benoît Larcher, Conseiller en
la Cour des Aydes de Paris dés
l'an 150S. Lafamille de Larcher,
l'une des plus anciennes
de Paris,s'est alliée àcelles de
Gilbert Villaroy
,
Courtin,
Barillon
,
Allegrin le Picart,
Texier de Hautcf.ÜllleJFouI..
lé
,
Lotin de Charny
,
Mançrot
,
leClerc d'Aunay ,de
Gourgues,&c.
- Messire Claude Galland, receu
Maistre des Comptes en
1681. mourut le 11. Avril. Il
estoit fils deClaude Galland,
Auditeur des Comptes.
Dame Françoise de Brancas
, Epouse d'Alfonse-Henry
Charles de Lorraine, Prince
d'Harcourt, mourut le treize
Avril,laissant pourfils Anne
Marie Joseph de Lorraine,
Prince d'Harcourt, marié
avecMarie Loüise Chrestienne
de CaMteJittcde feu M. de
Montjeu, Conseiller au Parle-
-
ment de Metz. Feuë Madame
laPrincesse d'Harcourt estoit
soeur de Marie de Brancas,
femme de Louis de Brancas
Duc de Villars
, pere de M.le
Duc de Brancas Villars qui a
epousé en 1709. MademoiselleFremin
de Moras,fillede
M. de Moras, Président à
Mortier au Parlement de
Metz, & elles estoient toutes
deux filles de Charles de Brancas,
Marquis de Maubet, dit
leComte de Brancas, Chevalier
d'Honneur de la Reine
nlere
nere duRoy,& de Susanne
Garnier La Maison de BraG:
cas, l'une des plus illustres du
Royaume,estoriginaire du
Royaumede Naples, & je
/ouseiv ay parlé amplement
lorsqueM.l'AbbédeBrancas,
frere deM.le Marquis de Brancas
,
Lieutenant Gcneral des
Armées du Roy,Chevalier de
la Toisond'or , &ci devant
AmbassadeurenEspagne, qui
en est le chef,fut nommé à
l'EvêchédeLisieux.
-
ï. Messire Jean René Basan,
Marquis de Flamanville
,
Seigneur
deBaubigny
,
de saint
Paulde Cressanville,&Lieutenant
General des Armées
duRoy,mourutle 14. Avril
laissant un fils unique de Dame
Marie Anne le Camus qu'il
avoit épouséen 1 tfpo. fille de
Messire Nicolas leCamus, Seigneur
de la Grange de Bligny,
Premier Président de la Cour
desAydes de Paris, dont je
vous appris la mort dans mon
dernier Jattfna). Il estoit fils
d'Hervieu Basan, Marquis de
Flamanville, Bailly deCostentin,
& d'Agnés Molé. Il avoit
pour freresMessireJean Basan
deFlamanville, EvêquedePerpignan;
Edoüard Nicolas BasandeFlamanville
, Chevalier
je Malthe;& feu CharlesMathieu
Basan, dit le Comte de
Flamanville, Capitaine Sous-
Lieutenant des
-
Chevaux-Legers
de Berry, tué à la bataille
de la Marfaille Itan 169 3.laissant
plusieurs enfans de Dame
Elisabeth Bonne du Noyer sa
femme.LaMaison de Basan est
une des plus anciennes du païs
de Caux où elle subsiste encore
en plusieurs branches; elle
possede depuis prés de 300.
ans la Terre deFlamanville,
& elle s'estalliée aux Maisons
de Renty ,d' Argouges, &c. Dame Susanne Loyseau
,
femme de Henry Selvois, Auditeur
des Comptes, mourut
le 14. Avril,laissant plusieurs
enfans mariez.
Dame Marguerite de Monchy,
Abbesse de l'Abbaye de
N. D. au Bois à Paris, Ordre
de Cîteaux
, mourut le 11.
Avril âgée de 83. ans; elle
estoit Abbessedepuis28. ans,
& Religieuse depuis 52. ans.
Elle estoit fille du Marquis de
Monteauzel& de Madame de
Mailly. La Maison de Monchydont
elle sortoit cft une
des plus anciennes& des plus
illustres de Picardie où est située
la Terre de Monchy, &
la Genealogie en est amplement
rapportée par le sieur de
là Morliere en ses antiquitez
d'Amiens, & par feu M. du
Fourny en son histoire des
Grands Officiers de la Couronne
au chapitre des Marêchaux
de France.
Il seroitinoüy de vous faire
fauter ,sans vous en avertir,
des Morts aux Mariages; & il
me seroit honteux de m'épargner
la façon d'une liaison
pour vous apprendre impoliment,
que "n
M. leMarquis deCastelmoron
,
petit filsdesMarêchaujp
deBiron&delaForce,cidevant
Colonel duRegimentde
Belsunce& à presentCapitane
des Gensdarmes Bourguignons,
epousa la nuit du dernierd'Avril
au premier de
May, Mademoiselle de Fontanieux;
l'Evêquede Marseille,
frereaîné du Marquis de
Castelmoron , fit dans la Paroisse
de saint Roch la ceremonie
du mariage en presence de
leurs plus proches parensqui
faisoient une assemblée nombreuse
de Ducs,deDuchesses
&depersonnes des plus
qualifiées du Royaume. Le
Roy, Monseigneurle DdUh
phin 6c tous les Princes &
Princesses de la MaisonRoyale,
peu dejours auparavant
avoient fait l'honneuraux
Mariez de signer leur contrat
de Mariage. Le Marquis de
Castelmoron, quoyque jeune,
a donné des preuvesde fi*
valeur en quantité d'occasions
où il s'efti trouvé, On le vit
sur tout au Fauxbourg d'Ar.,
rasen1712. arrester presque
seull'effort des Ennemis, il y
fut pris l'épée à la main, il portoir
alors le nom de Chevalier
de Belsunce. Il est le dernier
des fils de Messire Armand
Marquis de Belsunce & de
Castelmoron, Baron de Gavaudun&
de Born ,Seigneur
de Vieilleville, &c. Grand
Senechal & Gouverneur des
Provinces d'Agenois & du
Condomois ; & de Dame
Anne Nompar de Caumont
de Laufun
,
soeur du Duc de
Lausun. La derniere Marêchale
Djchcflfc de la Force
estoit (oejr du Marquis de
Belsunce ; il a cû pluÍÍcLKs
cnfans :l'aîné connu fous le
nom de Marquis de Castelmoron,
fut fart Colonel du Regiment
de Nivernois, ensuite
Capitaine des Gensdarmes de
Monseigneur le DucdeBourgogne
,Brigadier des Armées
du Roy
,
& Chevalier de S.
Loüis
,
enfin Commandant
la Gendarmerie deFrajice%
en appaisant uneémeute de
nos Troupes, selon le devoir
de sa Charge; il reçûtune
blessure dont il mourutle
le28. JhJlller 1712. Ilavoit
estématié avec l'heritiere du
Marquis de Bournazel, Gouverneur
de Roüergue
, morte
avant luy & sans enfans. Le
secondestEvêque de Marseille
dont la vigilence & le zele
pour le bien & le bon ordre
de son Diocese
,
& dont la
pureté de la Doctrine & des
moeurs ont esté plus d'une
fois loüez dans les deux Brcfï
que Nostre S. Pere le Pape
Clement XI. luy a adressez
raprés
luy vient l'Abbesse du
Ronceray d'Angers, dont la
régularité & la pieté font le
plus bel ornement de cette
illustre Abbaye;le troisiéme,
Capitaine de Fregate, trcsestimé
& aimé dans le corps
de la Marine, mourut le 28.
Octobre de l'an 1712. trois
mois aprés son aîné; enfin le
quatrième est celuy dont je
vous apprcns le mariage.
Sans encrer dans le détail
de la Genealogie de la ,MaHol}
de Belfuncc
, ce qui seroit
trop long, je me contenteray
de dire qu'il en estpeu de
plus ancienne, de mieux alliée,
& de plusillustrée dans la
Baffe Navarre dont elle est
originaire. Ily a prés de Gx
censans que les Seigneurs de
cette Maison portent le titre
de Vicomte auquel il n'yen
avoit point de superieur en
Navarre;ils ont esté honorez
des premieres Charges de ce
Royaume,yayant eu des Premiers&
des Grands Ecuyers,
& plusieurs grands Chambellans
desRois de Navarre :un'
Seigneur de cette Maison a
estérevêtu de la dignité de
Ricombe,qui épondoit à celle
de Connestable de France;
le Gouvernement du Pays de
Soule a estéplus de cent ans
de suite dans cette Maison
qui appossedé aussi ceux de
Mauleon & de Dax. La Maison
de Belsunce a eu desalliances
avec celles de Foix & de
Navarre;celles dé Grammond
de Luxe , de Gonraud Biron
S. Geniez
,
de Caumont de
Laufun
,
luy donnent de la
parenté avec presque tout ce
qu'il y a de Grand en France,
Les Armes de cette Maison
ontesté detous les tems celles
de Bearn sans aucune brisure
ou distinction
,
jusques à ce
qu'un Vicomte de Belsunce
ayanc délivré Bayonne & sa
Patrie, d'un monstre qui désoloittoutle
Pays, le Roy de
Navarre ordonna que la Maison
de Belsunce,en mémoire
d'une siglorieuse action,ajoutât
aux Vaches de Bearn un
Dragon à trois testes, dont
l'une feroit coupée, ce qui a
toûjoursesté observé depuis,
Mademoiselle de Fontanieux
estfilledeM. de Fontanieux,
ci- devant TresorierGeneral
de la Marine,ensuiteIntendant
de Marine
,
& à present
Intendant des Meubles&
Argenterie de la Couronne;
&deDameN Dodun,fillede
M. Dodun,Conseillerau Parlement
de Paris. M. de Fontanieux
n'a qu'un fils, aîné de
la nouvelle mariée;il est Avocat
du Roy au Chastelet où il
se distingue par son application
& la capacité audessus de
son âge, n'ayant encore que
vingt ans.
Messire AymardLoüis de
Sailly, Sire & Marquis de Sailly,
Lieutenant General des Armées
du Roy&Commandeur
de l'Ordre Militaire de faine
Louis, veuf de Dame Char.
lote de Crequi
,
dont je vous
appris la mort dans mon Journal
du mois de Février, a épousé
en fécondésnoces le 11. de
ce mois Damoiselle Françoise
Adélaïde de Sainte Hermine,
fille de Meiïirc Henry Loüis
de Sainte Hermine, Seigneur
de la Leigne & du Rozeau, Capitaine
d'un des Vaisseaux du
Roy, & de Dame Marie-Marguerite
Genevieve Morel de
Puranges,&petite fille d'Helie
deSainteHermine,Seigneur
de la Leigne & du Rozeau, &
de Magdelaine le Valois
,
fille
de Benjamin le Valois, Seigneur
de Villette, & de Loüise.
d'Aubigné, tante de Dame
Françoised'Aubigné Dame de
Maintenon. La Maison. de
SainceHermine establieenAngoumois
.i
goumois & en Poitou, est dittinguée
par l'ancienneté de sa
Noblesse, & par ses alliances
avec les Maisons de Luzignan,
de Polignac Efcoyeux
, &c.
M. le Marquis de Sailly est né
le 2. 7. Décembre1655. du
mariage de Charles
,
Sire &
Marquis de Sailly, avec Dame
Marie Claude de Monchy de
Carcron.&il a esté élevé Page
de la grande Ecurie du Roy.
La Maison de Sailly , dont il
descend, prend son nom de
la Terre deSaillyen Aroüaise
en Picardie qu'elle possede de
tems immémorial
,
&elles'est
alliée aux Maisons d'Estourmel
,
de Longueval, de Bournel
Thiembrune, de Mouchy. deCrequi,&c.
Mcflire Michel de Goüy,
Seigneur d'Arcy
,
Mesire de
Camp d'un Régiment de Caralerie,
a épousé le 15 Avril
Damoiselle Francoise Melanie
de Salomon de la Lande, fille
de de Salomon de la
Lande & de Dame de Biodos
de Casseja, Sous. Gouvernante
des enfans de France: le nom
de Goüy cft connu en Picardie
depuis l'an 1480. que Louis
de Goüy, que les mémoires
domestiques sont sortirdes
anciens Seigneurs de Goüy en
Artois, passaau service du
Roy Louis XI. après la mort
de Charles, dernier Duc de
Bourgogne» 1t l,
Messire Loüis-Claude de
Roffignac y., Comte ,
d'Apremont,
fils de feu Messire François
Rach. Marie. de Rossignac,
Comte d'Apremont,
& de Dame Marie Anne de
Morogues du Sauvage,àépou-.
sé le 13. Aoust Anné LoütCe
le Coigneux, fille de feu Charles
le Coigneux, Seigneurde
Bezonville, Conseiller au
ChasteletdeParis, & de Marie-
Loüise de Courtenay, Dame
de Changy,petite fillede
Jacques le Coigneux Scigneur
de Bezonville, Conseiller au
Parlement deRouen,arriére
petitefille.d'Edouard,le.Coigneux,
Conseilier au Parlertiènt
deParis COl 1613.faisac«
Jacques le Coigneux$eigntut>
deSandricourt,Conseillerau
Parlement de Paris & tic
filsdeGillesle Coigneuxytiioïfi
le 18, Juin 1568f* enterré
dans l'Eglise de S, Germain
i'Auxerrois,prés1oeuvre/, avec
Geneviève le Gendresaicmme.
La famille des le Coigneux
a donné deux Présidens
à Mortiers au Parlement dctl
Paris, & plusieurs Maistresdes
Requstes; & elle s'estalliée
auxfamilles de Monthelonde
Longuëil,deBourdin,de Bitaut,
deThumery,de Hurault-
Vibraye, & aux Maisonsde
Chaumont, d'Alogny
- Rochefort,&
de Montaut N
YJIl1e.s;..;M. le Comre d'Apre
moRt a,'eOé Page de la petite
Ecurie du Roy;&la Maison
de Roffignac dont il fort, est
également distinguée par son
anciennetés&par ses alliances;
-- elle est divisée en plusieurs
branchcs,établies enPerigord,
Limosin, Saintonge, Angoumois
& Nivernois.
Philippes. Emmanuel de
Crussol, Marquis de Si Sulpice
a épousé le 5. de ce mois
DamoiselleLouise Antoinette
d'Esteing.L'Epoux est fils
d'Emmanuëlde Grussol, Mar.
quis de S. Sulpice,& de Charlote
de Biron, petit-fils de[
Jacques de Grussol, Marquis
de SSulpice
,
& de Loüise
d'Amboise, xxCoeurde feu M.J.
Comte d'Aubijou, &d'Eli-c
fabeth d'Amboise, Marquise
de Thoiras. Il cil arrière petitfils
d'Emmanuel de Crussol , Duc d'Uzès,Premier Pair de
France, & de N. Ebrard de
S. Sulpicc. Le nouveau marié ,
quoique toutjeune, eût le Regiment
de M. le Marquis de
S. Sulpice son aîné, quifut tué
à Keiservert,où il donna pendant
le siege des marques d'une
si grande valeur
, que le
Roy donna le Régiment à celui-
ci qui estoit Chevalier de
Malthe,& si jeune, qu'il fallut
qu'il servit un an dans les
Mousquetaires,avantde commander
ce Regiment;on tç
vit aussià la bataille de Ra-*
milly soutenir à la tête de son
-
Regiment le choc des Ennefriis
avec beaucoup d'intrépiditéJenem'écendray
pasfut
sa nuance,vil suffit de dise
qu'il est de la Maisond'Uzés,
lapremièred'entre les Gentils^
hommes du Royaume, hODO.
fte de la dignité de Duc &
Pair. A l'égard de la Maison
d'Esteing toutela France sçait
que c'est une des plus anciennes;
& les meilleuresMaisons
du Royaume tiennent à honneur
de luyappartenir;elleest
la seule qui a le privilège de
portée
porter les Armes de France
avec les livrées, depuis qu'un
de la Maison d'Esteing sauva
la vie au Roy deFrance à la
bataille de Bovines;cette Maison
est originaire de Roüergue.
La nouvelle mariée cit
filledeM le Comte d'Esteing,
Lieutenant General des Armées
du Roy, & de Marie de
Nettancourt,d'Hauslonville
de Vaubecourt, oeur de feu
M le Comte de Vaubecourt,
Lieutenant General, de M.
l'Evêque de Montauban,de
Madamela Marquisede Thuify,,
& defeuë Madame la
Comtesse de Laubefpin. La
nouvelle mariée est encore nicce
de M. l'Evêque de S. Flour,
& petite niece de M. l'Archevêque
de Narbonne. Leur contrat
de mariage fut figné le
iS. Avril par le Roy, toute la
Famille Royale, & tous les
Princes & Princesses du Sang.
Vous auriez maintenant,
Messieurs,tout le loisir de vous
ennuyer du reste de ce Volume,
si je ne me mettois fortement
dans la tête de prévenir
cet inconvenient. Je pourrois
premeirementvous donner un
Tômc de nouvelles, car j'en
ay mon tiroir plein ; mais je
sçay que le nombre de ceux
quines'en foucienr guere, est
plus grand des deux tiers, que lenombre de ceux qui les aiment
,& je m'enrapporte a
la pluralité des voix. Je pourrois
encore vous,amuser d'un
tas de balivernes mêlées, de
bon &de mauvais,mais en dépitde
ceux qui me les ont envoyées
,elles ne merirent en
vérité pas de vous êtreoffertes.
J'aime mieux chercherà vous
embaraser par quelque nouveleffort
demonimagination.
Les Enigmes & les Bouts rimez
sont des bagatelles qui ne
vous occupent que médiocrement
;une Histoire allegori.
que >clïofc nouvelle pour
moy ,
& peut-être indifférente
pour vous, quelqueidée quelle
puisse vous donner deson
Auteur, me paroît cependant
plus digne de vous être presentée
J,
que tous lesMemoires que
je possede. Celle dont il estici
tjueftion
, a besoin de la Préface
que voicy.
Ona mis) ou plûtôtj'ay
mis, comme il vous plaira,
fous des noms supposez
, &
très étrangers a notre égard.
des noms qui nous font trcsfamiliers.
LaPerseestlaScene
de mes Acteurs ; ils auroient
esté aussi à leur aise sur les
bords de la Seine. Mon fiile
est tantôt Oriental
«
& tantôt
François;les avantures que je
conte ioflt Arabes, Per sanes,
& Parisiennes, & mes courtes
reflexions sont souvent à leur
place, & quelquefois hors
d'oeuuvre. Tout cela est comme
j'ay l'honneurde vous le dire,
parce que cela a dû être ainsi.
La morale en est bonne, & le
fond de l'Histoire estchargé
de morale. Au reste je vous
donne un merle blanc, si vous
en devinez l'allégorie»
HISTOIRE ALLECORIQUE
Fenaker, fils deTimur Melie,
Citoyen de Chamakée:,
Capitale de la Province de
Chirvan en Perseayant atteint
Page de vingt ans,résolut d'abandonner
sa Patrie à lmfçu
de ses parents, & de voyager
dans tous les Royaumes de
l'Orient.
Dans ce desseindont rexe..
cution ne luy parut pas difficile
,il jetta les yeux sur le jeu*
ne Hulacou, Persancomme
luy, ami & voisin de sa famille,
& le chOlCU pour le compagnon
de sa fortune. Hulacou,
luy ditil un jour, que faisons
nous icy, à quoy employons
nous les plus belles années de
nostrevie; l'établissement que
nos parents nous destinent,
quelque tranquille qu'il puisse
estre, suffit il pour contenter,
nostre ambition, Le monde
que nous ne connoissons pjs,
& que nous devons connoître,
n'a t'il rien de meilleur à nous
offrir qu'une vie obfcurc &
inutile. Secouons,moncheri
Hulacou, un joug qui nous
importune, prenons de l'or
& de l'argent dans nos maisons,
& rendons nous enfin
autant que nous le pourrons
les maistres denostre fort. Le
Grand Cha, seul Roy des
Rois, Possesseur du Throsne
,
& de la Couronne, a maintenant
une armée semblable à
une Mer agitée. Allonsluyoffrir
nos services & nous distinguer
par desactions de courage
à ses yeux qui donnent la
lumiere au monde. Je consens
debon coeur à ce que vous me
proposez, mon cher Fenakec,
- luy dit Hulacou, mais quelles
mesuresprendronsnous, pour
nous derober à nos parents;
je me charge dece soin, reprit
Fenaket, & pourvû quedemain
après la dernierec Prière,
vous vous trouviez au bord
de l'eau, cac hé derricre les ruines
de ce Tombeau dont la
rivière lave le pied, je m'y
rendray avec deux chevaux si
légers à sa course, que nous
ferons en lieu de sureté, avant
qu'on nous croyesortis de la
Province de Chirvan. Ils se
promirent alors de se trouver
le lendemain au rendez, vous4
ce qu'ils executerent comme
ils l'avoient concerté la veille.
Dés qu'ils furent à cheval,.
quelleroute tiendrons-nous,
dit Hulacou, aucune,répondit
Fenaket,laissons nous seulement
guider par la fortune
& reposons nous au premier
Caravensaraï, où nos chevaux
s'arresterons. Ils marchèrent
toute, la nuit, & le lendemain
au lever du Soleil ilsdécouvrirent
une maison environnée
de quelques arbres au milieu
d'une plaine;ils resolurent
aussi-tost d'aller s'y rafraichir;
mais des qu'ils furent plus prés
de cette maison,ils reconnurent
qu'ellec estoit entourée de
tous les costez d'un fossé plein
d'eau, profond, & que ses
bords cfcarpez sembloient
rendre inaccessible. Nos
Voyageurs étonnez de cette
difficulté,firent le tour du
fossé pour essayer de trouver
un gué
,
nuis leur peine fut
inutile, & ils ne virent qu'un
petit bateau couvert d'étoffes
de foye d'or&d'argent, attache
à un arbre, qui estoit sur
l'autre bord.
- J: vais courir tous les risques
de cette avanture, ditfc.
nakset, & je veux arriver a
quelque prix que ce soit jusqu'au
bateau que je détacheray.&
que je vous ameneray
ensuite mon cher Hulacou;
Gardez mon cheval , je vais
me dcshabiller & me jetrer a
lanâge dans çe fossé.Hulacou
fit ce qu'il pùr pour le détourner
d'un dessein si teme^
raire, mais voyant que ses remontrances
( ne :
servoient.de
rien, il prit la bride de son chcl
val & luy abandonna ,: l'honneur
de cette entrepritFenaket
à la nagearrive à l'autre
bord ,
détache le bateau;&
vient rejoindre son amy Ils
s'embarquent,Hulacou prend
les chevauxpar les renes , &
Fenaket & son atrçy passent
dans rifls. Ils y eurent à peine
fait deux cent pas à pied, qu'ils
se virent auprés d'une fontaine
de marbre, situéeaumilieu
de quatre cabinets dont l'art
& la nature faisoient un seur
asyle contre les ardeurs du Soleil.
Ils se baissoientdéjà pour
boire à longs traits de l'eau de
cette fontaine qui leur parut
merveilleuse, lorsqu'ilsentendirent
une femme qui, élevant
leton desavoix,dit à uneautre,
ensoupirant.
J'aimerois mieux boire de l'eau
De cette Sourceempoisonnée
Et me crensericy moy-mêmemon
tombeau,
Queconsentir jamais à ce triste
-
; -
J-Jymenée.
Quelque soifqui nous presse
dit alors Fenaket ,à sonamy,
attendons, mon cher Hulacou,
qu'uneeaumoins dangereuse
en modcrc l'ardeur,
l'avis nous est venu fort à
propos, allons en remercier
nostrebienfaictrice. A quoy
voulez-vous vous exposer
encore, luy dit Hulacou ,
cette maison n'cft pas un Caravanfaraï
, vous sçavez que
c'est un crime irremissible en
ce Pays cy que de parler à
des femmes, & le moindre des
malhours qui puissenousarriver,
si nous sommes assez temeraires
pour nous découvrir,
est de passer pour des voleurs.
Amy,reprit Fenaket,jecomprends
aisément tout ce que
vous pouvez me dire là dessus,
mais l'hospitalité est de toute
les Nations ; &loin de me
disposer à fuir de ces lieux,
comme vous me le conseillez,
je pense que nous y pouvons
êtreutilesà cette femme infortunée
qui gemir & s'effraye ,
ainsi que nous venons de l'entendre
,de l'hymen cruel auquel
on la destine. Approchons
du Cabinet oùelleest,
&offrons luy tous les sécours
qui dépendront de nous. On
acquiert un droit sur les gens
lorsqu'on n'a que de bons officesà
leur offrir. Il n'attendit
pas la réponse d'Hulacou ,
pour se presenter à la porte du
Cabinet qu'il pouffa si brusquement,
que ces deux femmes
épouvantées de la vûë de deux
hommes,dans un lieu où elles
n'en
n'en avoient jamais vûs d'autre
que celuy qui les tenoit enfermées
dans ce desert
,
firent
un grand cri. Dequoy vous
effrayez vous,leur dit Fenaket?
je n'aurois jamais osé troubler
vostre entretien,sile discours
que je viens d'entendre ne
m'avoit pasappris que vous
gemissez dans cette solitude ,
& ce n'est pointa ma temerité ;
mais - peut-estre au bonheur
que nous avons eû
, mon
camarade & moy ,
de nous
égarer dans cette campagne,
que vous devez l'offre que je
vous fais de tous les secours
que nous pourrons vous donner.
Temeraires, leur die la
plus âgée de ces deux femmes,
qui n'avoit pas vingt ans,fuïez
de cet épouventable lieu, sçachez
nous gré de l'inquiétude
que vous nous causez pour vos
jours, & n'attendez pas qu'une
main barbare vienne confondre
dans vôtre sang, & dans
le nôtre, l'imprudence de l'offre
quevous nous faites. Nous
ne sommes point en état d'accepter
de si inutiles secours,&
IcTyran qui nous enchaîneest
aussi redoutable luyseul qu'-
une Armée en bataille. Il va
venir, il vient,& s'il vous voit,
vous êtes à jamais perdus.
Vous nous faites, reprirent
les deux amis à chacune de ses
femmes, dont la beauté qui les
éblouissoit, les rendoit insensiblement
esclaves deleurs
charmes, une peinture terrible
de la presence d'un homme.
La frayeur qui saisit vos
sens grossità vos yeux l'image
d'un peril chimerique ; mais
l'éclat de vos traits fait en nous
un effct contraire, & nous
donne au-delà de nos sentimens,
tout le courage que la
peur vous ôte. j- unes Ecrangers,
leur dit de l'air le plus
touchant du monde, celle qui
n'avoit pas encore parlé, ne
vous sacrifiez pas en vain pour
deux infortunées que le sort a
condamnées a des maux éternels.
Quand vous immoleriez
à nôtre vengeance le Tyran
qui nous per secute,nous n'en
ferions peut être encore que
plus mi sera bles,&vingt femmes
impitoyables qui font
dans ce Palais, plus desesperées
des foins qu'il nous arendus,
que de sa perte, nous auroient
mis en pieces & vous
au(H., avant que nouspussions
songer à nous sauver. C'en est
fait,je l'apperçois, & vous le
voyez vous-même, avec ces
furies qu'il traîne àsa fuite. En
effet elle eût à peine achevé ces
derniers tnots,qu'il parut à la
tête de cette Troupe ennemie.
Que vois- je ,
dit-il,d'un ton
formidable, écumant de colere
,
deux traîtres avec mes
deuxinfideles favorites! qu'ils
meurent? allezMinistres de ma
vengeance ,c'est à vous que
j'ordonne de leur arracher le
coeur. Aces mots l'air retentit
decris, mais ces deux genereux
Etrangers qui voyent leur
mort certaine, & celle des
deux belles Esclaves qui leur
ont ravi la liberté , s'ils attendent
cette foule d'ennemis,
vont au -
devant des coups
qui les menacent.Ilsattaquent
en furieux le Tyran qui veut
les immoler à son courroux
, ils le joignent au milieu
de ces femmes cruelles qui
s'opposent à leur passage, ils
le frappent,&accablez par le
nombre, & couverts de blessures
, ils tombent avec luy.
A l'instant celle de ces femmes
qui paroist commander ce bataillon
d'Eumenides, fufpcnd
par ses ordres absolus la sureur
de ses compagnes, elle se
jette aux pieds du Tyran qu'-
elle voit prest de perdre le jour,
& luy dit en gemissant, ouvrez
du moins encore une fois les
yeux, Seigneur, voyez vos ennemis
noyez dans leur fang,&
regardez-les sous le fer dont
ma main est armée,expirersous
le poids de ma vengeance. No
rougis tu pas, luydit-il, in.'
grate, de ta lenteur, frappe,
frappe,& hâte-toy de m'immoler
ces deux funestesvictimes
: qu'on m'amene mes
deux infideles, & que leur amo
descende aux Enfers avec la
mienne. Cependant elle jette
les yeux sur ces malheureux
étrangers dont la jeunesse &
la beautél'ébloüissent jusques
dans les bras de la mort. Dans
son coeur en un moment la
pitié succede à la fureur
,
&
l'amour à la pitié. Qu'allons
nous faire, dit elleauili tostà
fcf compagnes, en se levant,
qu'al lons nous faire mes cheres
amies. Le barbare que nous
voulons vanger,est-il digne
du sacrifice qu'il exige de nous?
c'estluy bien plûrost que nous
devons punir des maux qu'il
nous
nous a faits, &de la rigueur
de nostre esclavage. Sauvons
cesdeux jeunes hommes s'il en
est tems encore , & assuronsnous
de leur reconnoissance,
par les foins que nous prendrons
de leurs vies. Elle eût à
peine achevé ces mots que toute
l'assemblée applaudit à ce
conseil par un grand cri de
joye. Le Tiran qui l'entendit,
fit de vains efforts pour s'en
vanger; maisson ame qu'il
rendit en vomissant mille imprécations,
mit à l'instant ses
ennemis à couvert de son resfcntiment.
Zuraca (c'citicnom decette
genereuse femme) envoya aussitost
chercher tous les remedes
qu'elle crût les plus promts
pour rendre la vie à ces deux
étrangers; en même-temps
"Clic ordonna à six de ses compagnes
de prendre & d'enfermer
dans un lieu sûr les deux
belles esclaves qui avoient été
surprisesavec eux. -
•
Le secoursarrivé, elle prit
foin de leurs playes,arresta
leur fang,& les guerit en trois
-
jours(La longueur dutempsque
l'Autheur de cette Histoire prend
pour laguerison de leurs blessures
quiestoient presque toutesmortelles,
prouve bien qu'il n'a pas
jjfeÛé de conter des merveilles
fabuleuses.)Ce terme expiré,
Zuraca leur proposa des amu-
[crncos, des plaisirs&même
des hymens, dans ce magnifique
Palais dont elleestoit devenuë
la Dame,par leurvaleur,
par la mort du Tyran, & par
la soumission de ses compagnes.
Mais cette proposition,
dont vray-semblablement un
grand nombre de Lecteurs seroitsonprofit
,ne fut point
du tout de leur goût; ilscapitulerent,
ils donnerentdes efperances
frivoles,ils s'affligerent,
ils chercherent la [olltu.
de,ils demanderent du tems,
& enfin leurs armes, & leur congé.
f
Il estoit d'uneextrême
importance pour eux dene
pas declarer le secret de leurs
coeurs, aussi le nom de leurs
Maistresses, qu'ils ignoroient
encore,n'échappa-t'il jamais
de leurs bouches. Cependant
ils n'en pensoient pas moins,
& l'excés de leur amour&de
leurinquietude presentoit sans
cesse à leur idée les charmes
qu'ils adoroienc, persecutez,
morts,ou mourants pour eux.
Ils avoient demeslé dans l'unique
entretien qu'ils avoient eû
avec ces divins objets de leur
tendresse qu'ils commençoient
à s'attendrir eux -
mêmes, un
moment avant ce fatal & original
combat, dont le succés
n'avoit qu'imparfaitement répondu
à la violence de leur
amour. Enfin las de se voir le
joüet des chimeriques prétentions
de leur liberatrice,ils
voulurent s'en expliquer nettement
avec elle. Ils la virent
un beau jour descendre dans
un vallon superbe; & donc
voicy la description, autant
qu'il peut m'ensouvenir.
De l'édifice qui estoit à,
l'Occident sur le sommet d'un
Côteau magnifique, on traversoit
un jardinoù la nature
feule avoit assemblé tous les
chefs-d'oeuvres de l'art; de ce
jardin on arrivoit sur une pelouze
dont la pente étoit douce
, & dont les bords étoient
revêtus avec symmetrie
,
d'un
nombre infinid'orangers, de
myrtes, & de grenadiers d'une
beauté admirable; de cette pelouze
on descendoit insensiblement
dans ce vallon donc
le Nord & le Midy;estoient
parez des plus brillantes coIli-o.
nes du monde,& d'où l'on
decouvroitàl'Orient une plaine
à perte de veuë
,
coupée par
mille canaux, & embellie de
tout ce que la terre peut produire
de plus utile & de plus
agreable. Les eaux du fosse
dont cette Isle estoit environnée
,
couloient lentement à
travers cette plaine. Icsécl-ios,,,
les Oy seaux
,
les Zéphirs, tout,
en unmot y faisoit merveille.
Ce fut enfin
, comme je
vous disois fort bien tout à
l'heure
,
dans ce mêmevallon
que Fenaket & son amy atteignirent
fous une grande allée
de Palmiers, latendre &désolée
Zuraca.
Pour quel mortel heureux
belleZuraca luy.dit l'aimable
Fenaket ,coulent les precieuses
larmes que jevousvoy
repandre ? pour des ingrats lâche, , luy répondit-elle, d'un
ton plcin de colere&d'amour,
pour des ingrats qui ne doivent
qu'aux foibles mouvements
d'une prompte tendresse
,
&
qu'à mes foins indiscrets, &
mal recompensez
,
le jour qui
les éclaire.Montrez-nousdivine
Zuraca,reprit Hulacou, les
perfides qui vous outragent,
rendez-nous nos armes, &
vous nous verrez à l'instant
armez pour vous vanger. Ce
fcroit donc contre mon propre
sein, barbares
, quevous
les employriez ces armes cruelles,&
non contre mes enne- nus,à voulussiemz oins que vous ne vous-mêmes
, vous
sacrifier àma vengeance
mais j'ay dans mes mains de
cheres viébrnes dont la tête
me répondra de vostre ingratitude
; & j'immoleray à
ma fureur les ingrats qui me
méprisent & les malheureuses
qui m'offensent.Je sçay que
leur coeur n'a point de part à*
vostre crime; mais leurs charmes
funestes les rendent à mes
yeux mille fois plus coupables
encore que vous ne me
parûtesaimables. Qui vous
inspire, cruelle,luy dit Fenaket,
ces mouvements jaloux,&
qui rendezvous responsable
de l'injustice dont vous nous
accusez?Vous même, repritelle
, d'un air encore plus
animé,&les Esclaves avec qui
l'on vous a sur pris : tout confirme
mes soupçons,&je sens
jusqu'au fond de mon coeur,
vostre froideur pour moy ,
<%
voftrc ardeur pour elles. Dé8005
trompez-vous, belle Zuraca,,,
luy dit Fenaket. Expliquezvous
plus clairement & dites.
nous enfin lequel de nous deux
vous honorez plus particulièrcment
de vos bontez? je ne
vous excepte, répondit-elle ,
ny l'un nyl'autre,desdesseins
que j'ay formez sur vous.
Vousestes tous deux dans mcs.,.
fers,&si vous ne subissez le
joug de mon amour, craignez
du moins, celuy de ma haine
Il vous sied bien encore de
me proposerdesconditions;la
liberté du choix seroit la feule
que vous pourriez m'offrir
,
si
j'étois vostre Efclavc ! & do
quel droit les hommes pretendent-
ils avoir autant de Maî.
tressesqu'illeur plaît en pren-*
dre, pendant qu'ils nous font
imperieusement languir dans
l'oisiveté affreuse où nous re-4
duit leur inconstance?Abulla,
le lâche Abulla qui vient d'expirer
sousvos coups, a vécu
trois ans avec moy sous les loix
d'un saint & legitime hymen:
pendant ces trois années la
fortune l'a comblé des biens
immenses dont la mort me
rend la maîtresse;maisàquel
usage grand Dieu les a t-il employez,
dés qu'il a commencé
àvouloir en joüir à sa honte
&à la mienne. Il a rempli sa
maison de toutes les Esclaves
quevous y avez veuës, il les a
toutes aimées
, & enfin il m'a
traité comme elles. Il alloic
même époufer
,
le barbare
dont la memoire me fera éternellement
odieuse, ces deux
rivales infortunées qui sont
maintenant en ma puissance
lorfquc le Ciel m'a vangé , par
vos mains del'excès des
affronts qu'il m'a faits. Ce
séjour délicieux est le chefd'oeuvre
de sa volupté, & cc
n'étoit que pour faire perir les
malheureuses qui détestoient
son amour, qu'il avoit creusé
cette source empoisonnée
où , vous vous estes arrestez en
entrant en ces lieux. Je le veux
punir désormais même après
son trepas, des outrages que
j'en ay reçû pendant sa vie;&
usurper les mêmes droits que
luy,pour autoriser la même licence.
Faites vos reflexions sur
ce que vous venez d'entendre.
Je vous donne le reste de ce
jour pour vous déterminer;
mais ce terme expiré si je ne
reçois de vous tous les tributs
qu'exige mon ressentiment ,
craignez de recevoir de moy
le present le plus funeste que
puisse faire à des ingrats une
femme en courroux.
Cette belle & autentique
declaration faite,l'obligeante
Zuraca les falua d'un air de
Souveraine,& les laissa dédaigneusement
sur le tendre
gazon
où ils l'avoient trouvée.
Que la fortune serit cruellement
de nos projets, amy, dit Halacou à Fenaket, nous
sortons de nôtre patrie pour
aller nous attacher au service
du plus grand Roy du monde,
nôtre imagination couronne
déjà nos têtes de l'espoir de
nos lauriers,& nous formons
à peine le dessein d'entrer dans
la carrierede la gloire
, que
nous nous trouvons les victimes
de l'amour, & un moment
après en avoir senti les
premieres atteintes, une bonne
action nous precipite dans
un abîme de honte dont nous
ne pouvons nous arracher
qu'aux dépens de nôtre vie.
D'où viennent amy ,
reprit Fenaket)
naket, ces lâches reflexions ?
laissons, te dis- je, à la fortune
le foin de nôtre fort ,rendons
luy ce qu'ellenousprête, &
donnons luy tout ce qu'elle
exige de nous. M'en dût-il
coûter mille feintes indignes,je
ne fortiray decette Isle qu'avec
les deux belles Esclavesqui s'y
sont, par hazard, les premières
offertes à nôtre vûë. Je promettray
tout à Zuraca, jeluy
tiendray même parole pour la
mieux tromper; je feduiray ses
vigilantes Compagnes ,j'en*
dormiray ses espions
,
& je
jnettray enfin en libertél'ob-.
jet de ton amour & la beauté
que j'adore. Imite seulement
mon exemple, & je teréponds
du succés denosaffaires. Cette
conversation,où il fut dit de
part & d'autre une infinité
de choses qui ne font pas
venuës à ma connoissance,
les conduisit insensiblement,
jusqu'aux environs du bateau
qui leur avoit servià se jetter
imprudement dans Plflc, dont
malheureusement l'emportée
Zuraca ne s'étoit pas souvenuë,
je ne doute pas que,si elley eûtsingé,
ellene l'eut brulé,comme Cafypso
brûla les VilifJeaux' de
Telemaque. Mais c'est dans les
affaires les plus importantes &
les plus pressées,qu'on manque
souvent le plus de precaution.
En effet ils découvrirent du
rivage, un nuage de poussiere,
àtravers lequel, à mesure que
ceux qui le causoient,sapprochoient
d'eux,ils reconnurenc
deux de leurs amis, que leur
zele ( allarmcz de leur fuite)
avoir porté à leschercher pendant , que leurs parents prenoient
le même foin d'un
aijtre côté. Ils détachent
aussitost le bateau, ils s'y embarquent,
&arrivent àl'autre
bord en même temps qu'eux.
Ils s'embrassent
,
ils s'asseyent
sur l'herbe à l'ombre des saules
qui bordoient ce rivage,
& se content réciproquement
leursinquiétudes & leursavanturcs.
Eh bien, ne perdons
pas de temps, mes chers amis,
leur dirent les nouveaux venus,
entrons dans llfl:
,
puisque
vous nous en pressez avec tant
d'instance
, & que vous nous
asseurez qu'elle n'estgardée
que pardes femmes, dont on
peut facilement se rendre les
maîtres, partageons nos armes
, & allons avec confiance
nous emparer de la richesse
& des beautez de ce merveilleux
séjour. Ils se jettent à
l'envi dans le bateau,& passent
en un instant de l'autre costé,
ilssenfoncent dans rifle par
le mêmechemin qu'avoient
tenu Fenaket & Hulacou ,
lorsqu'ils y estoient entrezsix
joursauparavant. L'appareil
d'un bûcher tout dressé
,
est
le premier objetqui s'offre à
leurs yeux, ils en approchent
avec frayeur, & y trouvent la
corps du malheureux Abulla
destiné à estre dévore par les
flames,au mêmeendroit, où il
avoit perdu la vie. Zulfalis-,
& Salem ( c'est ainsi que fc
nommoient ces obhgeans
amis) reconnoissent dans les
traits d'Abulla que la more
n'avait pas encore effacez
,
des traits qui ne leur estoient
pas inconnus;' Voilà
,
sans
douce, dit Zulfalis, après
quelques moments de tristes
reflexions, ce même Abulla
qui épousa ma soeur ilya plusieurs
années, dans la Capitale
de cet Empire, & de qui nous
n'avons receu aucunes nouvelles
depuis son mariage. Sa
veuve veut apparemment luy.
rendre icy avec quelque Cetc'"
morne,lesderniers honneurs.
Tous ces préparatifsfont
trop ornezpour pouvoir rester
long-temps dans cette état,
sans qu'on vienne y mettre
le feu.
Cachez-vousdans ce bosquet
voisin
,
dit Hulacou
Zuraca va sans doute arriver
bientost icy, & vous verrez
aisement sans estre veus ,si
vous reconnoîtrez vôtre fcrur.
Nous allons cependant faire
quelques tours dans les allées
de ce jardinà la veuë des fenê*
tresdesonPalais.Nostrepre^
sence hâtera son retour icy ,
& nous l'attirerons jusques
sousvosyeux. Eneffet Zuracane
les eût pas plutostapper-
Cïûs.
,
qu'elledcfcendit dans
le jardin fuivic de toutes ses
compagnes, dont elle se détacha
pour apprendre d'eux
leur derniere resolution.
Que le Ciel conerve à sjamais
vostre beautééclatante
,
divine Zuraca
,
luy dirent-ils
cnfcmble, que vos jours soient
innombrables, & que rien ne
trouble déformais la félicité
donc vous mentez de jouir le
jesse de vofire vie : vous voyez
à
a. vos pieds vos clciavcs que
l'amoyr fcul soumet à voftrc
empirey: nofue destin cH: en
vos mains & nulle autre que
vous ne peut nous rendre heur
reux. Aimables étrangers leur dit-elley si vostre bon-,
heur dépend de moy , vous
allez bientôt n'avoir plus de
reproches à faire à la fortune,
& le seul amour arbitre de nos
interests va bientôt vuider nos
demêlez. Allons cependant
rendre au lâche Abulla
,
des
honneurs qu'il ne mérite pas,
&rnie veousninqu.iétez plus de
En se disantainsi millecho
sestendres,ils s'approchereni
dubûcher que toutes les habitantes
de l'Isle environnoient
déja, lorsqu'ils y arrivcrent
; elles avoient chacune
un flambeau allumé à lamain,
Zuraca en prit un aussi
, &
après avoir fait trois tours
avec ses compagnes autour
du bûcher
, en chantant des
hymnesétablies parl'usage,à
la louange
,
& pour le repos
desmorts
,
elle y mit le feu
elle y jetta ensuite son flambeau
, toutes les autres en firent
autant.Unmomentaprès
quatre bellesfilles apportèrent
un grand vase plein d'eau,où
elles se laverent les mains.
Cetteablution ljnie,elles fortirent
toutes du jardin, à l'exception
de Zuraca qui eûtapparemment
alorsdes affaires
tac grande importance à communiquer
à ses nouveaux
Amants;mais elle n'avoit pas
fait encore vingt pas avec eux,
que Zulfalis & Salem parurent 4 ses yeux. Où font
,
luy dit
Zulfalis) le poignard à la main,
avec des gestes furieux & concertez
avec son amy, où font
les meurtriers d'Abulla>Ceft
toy ,
femme perside, qui as
trempé tes mains dans lefang
de ton Epoux. Reconnois enr
fin danston propre frere
,
le
vangeur de ton mary. Arrêtez
Zulfalis, luy dit Salem, qui
avoic déjà découvertmille grâces
dans tout ce qu'il avoit vû
faire à Zuraca & qui trouvoit
par un caprice nouveau ,
des
principes d'amour,dans l'embarrasextrême
où la jettoic
cette avanture. Arrêtez., &
loin de former d'horribles pro-
.jets de vengeance, comme
,VQUSfaites, rendez plutôt grace
àla fortune du present qu'-
elle nous fair. Elle vous rend
une foeur quivous eR: chetc,
malgré vos cmportemcns, &
nous rend deux amis que nous
croyions perdus. Zulsalis feignit
encore pendant quelques
moments d'êtreinfenfiblc à
cette remontrance; mais les
caresses de Ces amis, la crainte,
latendre(Te & les larmes de sa
foeur étoufferentdans Ces embrassemens,
jusqu'aux moindresapparences
de (on reflentiment.
Ils allèrent s'asseois
dans un cabinet de verdure
qui n'estoit pas loin du lieu ou
cette entreveue s'étoit faite,
Chacun y conta son biftoire ,
& y deffcnditfcsintérêts au
gré de Tes desirs : enfin aptes,
bien des conteftarions, voie?
les articles de leur ajuitcmcnt.
,: i. Zuraca rendra les deux
belles Esclavequ'elletient enferméesdepuis
le jour de la
mort de son mary.
i. Elles ferontenpropreà
quiil appartiendra. :
c. 3 Elle Zuraca epousera Salem,
parce qu'il veut bien l'époufer.
4. Zulfalis choisira celles de
toutes les belles filles ou femmes
qui sont dans cette Mai'
son, pour l'hymcnouautrement.,
5. Les contraûaptsn'abandonneront
pas le séjour dclû;,
cieux où ils sont, & où ils se
trouvent fort à leur aise , à
moins que L'autorité du Prince,
ou quelque grand malheur
ne les enchasse.
Enfin lesarticles de ces engigemens
nesubsisteront qu'-,
autant qu'ilplaira ausditscontractans
de les faire fubfirtcr.
Les deux belles Esclaves furent
aussitôtremises dans les
mains de leurs Amants
, & à
l'instant l'acte fut écrit & if,.
gné par les parties. Les quatre
Héros decettehistoireyajoû--
ccrent cependant lesarticles
suivants.
1.Nous supposons entre nous
quatre
La bonne intelligence &la Jincerité:
Nousles établissons à perpetuité,
Et jurons de n'en rien rabattre.
2. Si le casécheoit qu'entre
nous,
Vune change d'amant &l'autre
de maîtresse,
Pourvu que ce ne soit qu'un eji
jfay de tendresse
Pour rendre nos pl"ifiyS plus pi,-
quants&plusdoux,
Nouspassons cet ",'ic/e:& mué
llloop-prouivent tous. ,,'
3. Nous bannissonslajalousie
Comme unepassion defous.
Que destristes rivaux 0* des
fadesépoux,
Cette extravagante manie
P4o.jjQedeuelelsqcueerveaux jaloux.
nouvelle ardeur
quinoustenteounous brûle,
Satisfaisonstous nos desirs
Et nenous donnonspas letraverà
ridicule
De nous effrayerd'unscrupule
Quipourroit troublernos plaijk's.
Cesconventions faites, ils
Ce rendirentau Palais, où elles
furent executées dans la forme
qu'on vient de lire. Les incredules
ne trouveront sans doute
nulle apparence deraison ny
de stabilité dansdesconditions
si bizarres ; elle subsistent cependant
encore aujourd'huy,
même avec éclat
,
dans une
des plus belles Provinces du
Royaume dont je parle.
Ceux qui n'aiment point à
-
faire desreflexionsinutiles,ne
s'aviseront point de chercher
des ressemblances dans les personnages
de cette histoire ;au
contraire ils me sçauront grédu
foin que je prends de les
faire passeràproposà quelque
chose qui puisse les amuser
d'une façon cent fois plus agréable,
que ne pourroient l' être
tous les creux raisonnemens
du monde.Ma Chanson d'abord
vient à mon dessein.
CHANSON.
Habitans deces hoiSychante%9
chantezsanscraindre
Quej'envie aujourd'huy vosplai*
firs lesplus doux,
L'Amour vous rend heureu, x, je
n'en suis point jaloux :
Petitsoyseaux,j'aurois tort dr,
•\ ".f. ,^J meplaindre,
Puisquejesuis aujji content que
HJQUS*
Mais voicybien d'autres affaires
qui me tombent sur le
corps ; un faiseur dé Comedies,
que vous estes dansl'usage de
sifler cent fois plus que moy
(& ce n'est paspeu dire) m'a
depuis quelques jours regalé
d'une Epigrame, dont je. ne
vous fais part, que parce que
je vousay promis de vous
donner jusqu'aux pieces qui
ne seront pas à ma loüange.
Ce Monsieur m'égratigne vivement
; mais je luy annonce
enpassant que je le mordray.
Au reste j'avouë qu'il n'a pas
tort de me pincer, je lui ay
déjadonné si souvent sur les
doigts, que je ne blâme pas
son ressentiment.Mais je commençois
,,
à m'assoupir sur son
compte ,
je me fatiguois même
déja de mon attention à
mettreéquitablement ses ouvrages
en paralelle
, avec ce
que je lis de plus mauvais,
lorsque cette Epigramme (il
venuëjusqu'à moy. Je fuis
bienaise qu'il sçache que je
*
barboüille du papier au moins
aussi-bien quelui, & puisqu'il
veut la guerre , que je lui dedare
guerre & demie. Je ne
lui diray pas de grosses injures,
comme celles qu'il me dit, je
n'attaquerai ni sa plate figure,
nises moeurs; je ne ferai pas,
pour lui décailler ses petites veritez,
de miserableallusionsur
son nom, ni sur son emploi;
mais je lui ferai plus de vingt
fois,le parollidel'Epigramme
que voicy.
L-e Fevre cherchant lafortune,
Depuis un an, en a faite une,
Et de Mercure de malbeur,
Est devenu Mercure, jfuthcut.
J'ay dans son Epigramme
substitué un mot à la place
d'un autre, parceque la personne
qu'il defignc mal- à- propos&
contre la verité,n'y avoit
nullementaffaire; j'estois le
maistre
,
& je croy que personnen'endoute
,
de supprimerl'Epigramme
entiere,
iltuffil'aurois-je fait, sije m'y
étois reconnu aux beaux noms
qu'il me donne ;mais j'ay voulu
la rendre publique exprés
,
pour m'acquerir le droit de
nele plusépargner. Je feray
doresnavant
,
si je peux ,
de
cet article,l'article le plus badin
& le plus réjoüissant du
Mercure. Je l'entreprendrois
même dés à present, si quelques
nouvellesombres plaintives,
ne m'attendoient pas pour
lesaideràpasser letenebreux
rivage. Je quitte donc, quoy
qu'àregret, l'Auteur. de mon
Epigramme
, pour signifier à
la posterité
que : f*
Messire Armand Jean Duplessis
Duc de Richelieu
,
Pair
de France, Chevalier des
Ordres du Roy, cy-devant
General des Galeres de France,
& Chevalier d'honneur de
Madame
Madame la Daupbine, mourut
le i o. de ce mois en sa 84e.
année.Ilavoit épousé en premieres
nôces ,
Dame Anne
Poussart
,
premiere Dame
d'honneur dela Reine
,
puis
de Madame laDauphine. En
secondes, Dame Anne d'Acigné,
& en troisiémes
,
Dame
Marguerïte-ThereseRoüillé,
veuvede Messire JeanFrançois
Marquis de Noailles
Lieutenant General , au Gouvernement,
d'Auvergne
, &
n'a eu des enfansquede sa
seconde femme
,
qui sont
MessireFrançois Armand,
LoüisDuplessis Duc de Froti1,*@1
sac à present Duc de Richelieu,
qui a épousé Dame Anne
Catherine de Nouilles, fille de
Messire Jean François Marquis
deNoailles,& de Dame lviJc"
gueriteThereseRoüillé sa
belle mere, & Dame N. Du..
plessis
,
mariée le 24. Avril
1714. à Messire N. du Chastelet,
Marquis de Clesmont.
M. le Duc de Richelieu avoit
quittéle nom &les armes de
Vignerot ,
qui estoient ceux
de làmaison
, pour prendre
les noms & les armes de la
Maison DuplessisRichelieu ,
ctiofîCQcaHion du Testamens
de jAa A~~ Duplefl^
Cardinal Ducde Richelieu,
& de Fronsac,Pair&Prcmjfj
MinistredeFrance,son grand
oaçk, qui le fit sonheritier à
cetteçoodition. IJ cftpjt 6L;
deFrançoisde Vignerot Chevalier
Seigneur du Vm de
Gouclay
,
Gouverneur des
ViBès ,i&CiradclI$«duHavre
d*Gracc^&PaysJç eauJ.'
ChevalierdesOrdres du Roy
cni653. dciFr-anîolfc de
Coërmadeu, & petit-fils de
René de Vignerot Seigneur
^u Pirit deCourlay,.& de
FrançoiseDuplessis de Richelieusoeur
du Cardinal Duc de
Richelieu, cy-dessus nommé.
La Maison de Vignerot connuë
en Poitoudepuisuntemps
assez considerable, se pretend
originaire d'Angleterre, d'où
elle passa en France fous les
Regnes des Rois CharlesVI,
& Charles VII.LaGeriealoJ*
gie en cilràpportéedans
toire des grandsOfficiers de
la Couronne, par M. duFourny
, au Chapitre des Generaux
des Galeres. -Lçs- armesde
Vignerot sont d'or à trois,
-- hures de Sanglier de sable,
posé2. &osS. Richelieusont d'argentà3
chevrons de guculc.
-
Messirejean>-François!
d'Estrades, Abbé de Moissac,
&deS.Melaine deRenQes: , cydevant Ambassadeur à
Venise, & en Savoye , mourut
le de ce mois âgé de7^
ans. Ilestoit fils deGeoffroy,
d'Estrades, MaréchaldeFrance,
Chevalier des Ordres du*
Roy,Gouverneur deDunkerque,
Maire perpetuel de U
Ville de Bordeaux,Vicéroy
de l'Amerique , & Gouverneur
de M. le Duc de Chartres
mort en 1686, & de Marie
duPinde l'Allié. La Maison
d'Estradesdont il sortoit est
originaire de la Ville d'Agen.
Messire Thomas Bailly, qui
avoit estéreçû Maistre des,
Comptes en 1659. mouruc
sansposteritéle premier de ce
mois; des Dames Anne le Mairat,&
N.Petit d'Estiny ses deux
efmmes* ilestoit frere puîné
de Charles Bailly,Seigneur du
Sejour & dt S. Mars, Maître
desComptes, pere de Charles-
Guillaume Bailly, à present
Président au Grand Gonseil,
& il étoit fils de Charles Bailly,
Seigneur du Sejour & de S.
Mars, Maistre desComptes,
& Conseiller d'Etat, .& de
Françoise Marescot, petit fils
de Charles Bailly, Seigneur
du SejourPrésidentdes
Comptes; &arriere petit fils
de Guillaume Bailly, Seigneur
de la MotteduSejour, Conseiller
du Roy en ses Conter
& d'honneurau Parlement de
Paris, au GrandConseil &
autres Cours Souveraines de
France, Président enla Chambre
des Comptes de Paris,
Chancelier de Monseigneur
le Duc d'Alençon; puis aprés
la mort de MagdelaineHarci
safemme, Abbé Commandatairedel'Abbayede
Bourgüeilen
AnjouJniorcau mois
d'Avril1582.& enterré dans
l'Eglise de c'cttcabbaye. La
famille
-
de Baillyl'une des
premieres de Paris, s'elf âtliéè
àicelics de de Mesmes, de
JLôyfel,de Bautru ,de Vaflàoj
de Bitault, deBullion, &£ la
MaisondeLongueval.
:
Messire BenoistBidal,Baroa
d'Asfeld,Maréchal desCamps
&,; Arméesdu Roy, mourut
le du mois païTéj âgé
de 57 ans,ne laissant qu'une
- fillQ
fille de son mariage, avecAnne
Pucelle, fille de feu Pierre
Pucelle, Premier Président au
Parlement de Grenoble, &
d'Anne Roujaulc
, & petite
pièce de feu M.le Maréchal
de Catinat. Mr dtA"fcid qui
yiepe de mourir, estoit frere
de François Bidal,dit le Chevalier
d'Asfeld
,
Lieutenant
General des Armées du Roy,
& fils de Pierre Bidal, Baron
d'Asfeld
,
Resident pour le
Royen baffe Allemagne, st,
çle Catherine Bastonneau.
Dame Marie-Anne de S.
Lerry de Bellegarde, veuve de
Messire Jean Antoine de Pardaillan
de Gondrin; Marquis
de Montespan ,puis Duc de
Bellegarde parelle; Maistre
de la; Garderobe du Roy,
mourut le 11. de ce mois, en
sa 94e. année:elle estoit fille
de Cæsar Auguste de S. Lary
Marquis de Termes, grand
Ecuyer de France, premier
Gentil homme dela Chambre
du Roy,Maréchal deses
Camps &Armées,Chevalier
de ses Ordres, & de Catherine
Chabot de Mirebeau. M.
le Marquis de Montespan son
m•ary e;stoit-gran1d oncle deM.
le Duc d'Antin.Voyez la
Genealogie de la Maisonde S.
Larry, originaire de Gascogne
dansl'Histoire des grandsOfficiers
de la Couronne par M.
du Fourny, au Chapitre des
Maréchaux, & des grands
Ecuyers de France. Pour celle
de Pardaillan que l'on croie
sortie decelle dePardaillan au
Comté d'Armagnac,elle s'est
de tout temps alliée aux pren
ieres Maisons du Royaume.
Messire Claude Bose, Seigneur
d'Ivry sur Seine, Conseiller
d'Etat, & ancien Pr&*
vost des Marchands, mourut
le1 5. de ce mois en sa 74e.
année, laissant de son mariage
avec Marie-Catherine
,
Jacques Jean Baptiste Bosc,
Procureur General de la Cour
des Aydes, marié à N.
le Gendre, soeur puînée., de
Marguerite le Gendre, femme
d'AntoineCrosat,pere& mère
de Dame Marie- AnneCrosat,
femme de Loüis de la Tour
de Boüillon,Comte d'Evreux,
Colonel dela Cavalerie legere
de France. M. Bosc qui vienc
de mourir estoitfrere de
Claude & Marguerite Bosc,
femme de feu Alexandre Bontemps
,
premier Valet-de-
Chambre du Roy, pere de
M. Bontemps, aussia present
premier Valet-de- Chambre
du Roy, & il estoit fils de
Claude Bosc, premier Commis
du Tresor Royal, mort
en 167" & de Marie Brossier.
:
Le Roy a donné la Charge
de Conseiller d Etat, vacante
par la mort de M.Busc, à M.
de la Berchere de la Rochepot,
cy devant Maistre des Requêtes
de l'Hostel, Chancelier de
MonseigneurleDuc de Berry,
fx,gendrcdc M. leChancelier.
,.
Le mois s'avance&la matiere
me presse,cest pourquoy
je suis d'avis de ne plus preluderjusqu'à
la fin du Livre, &
de vous donner le reste des
articles qui doivent servir à le
remplir,comme ils me tomberont
fous la main ; ainsi je
vous annonce sans preambule
que le 20. du mois passé
,
le
Roy donna sur la presentation
de M. leDuc d'Orleans, l'Abbaye
de Longpont Ordre de
Citeaux,Diocesede Soissons,
aM, de la Vergne Moncenar
deTressant Comte de Lyon,
premier Aumônier de M. le
Duc d'Orléans. Ce nouvel
Abbé est neveu de Messire
Loüus de laVergne deTressans
Evêque du Mans
,
& forty
d'une noblesse distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre , de S Benoist, Diocese
deLangres à la Dame de Pczeux
,
sortie de la Maison de
Pras,enFranche Comté ,&
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiseul.
L'Abbaye deBteOc, Ordre
de Citcaux
,
Dioccfe de S.
Flour
,
à la Dame de Chavagnac
,
d'une noblesse distinguée
d'Auvergne.
L'Abbaye de Charenton
Ordre deS.Benoist,Diocesede
Bourges,à la Dame de Montgon
,
de la Maison de Beauverger
,
l'une desplus distinguéesdelaProvince
d'Auvergne
par son ancienneté & par
ses alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé quatre
Dames du Palais à Madame
la Duchessede Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
diiïil
,
sçavoir , Madame la
Marquise de Coërenfao, femme
de M. le Marquis de Coëtenfao,
Chevalierd'Honneur
de cette Princesse ,Lieutenant
General desArmces-dii Roy.
Madame laMarquisedeBrancas
,femme de M.le Marquis
deBrancas, Lieutenant General
des Arméesdu Roy Gouvcr':S
neurde Gironne,Chevalierde
la TolÍOÓ d'or & Ambassadeur
en Espagne. Madame la
M.lrq ui fèdeclertinoiit.-femnu
M.le Marquis de Clermonc1,'
Capitaine des Gardes du
Corps defeu Monseigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquise de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons. Maitre
de la Gardcrobc defeu
Monseigneur le Duc deBerry.
-- Mais jecroy en bonne foy
queje ne vous ay pas encore
donné d' Enigmes. Cetarticle
de moins seroit un fort
joli Mercure!Se j'aurois bonne
grace à me presenter doresnavant
devant vousje
passois un seul mois, sans vous
proposer des Enigmes. Dieu
m'en preserve, Messueurs,j'en
sçay trop la consequence
,
&
envoicy
,
grace à la memoire
d'un obligeant solitaire quia
entenduavec douleur les plaintes
que je vous ay faites le
moisdernier sur la disette ou
je me trouve quelquefois de
ces sortesd'ouvrages,jel'invite
même, luy,& les autres à m'en
forger,& à m'en envoyer,
lorsqu'ils n'auront rien de
mieux à faire.
Le mot des Enigmes du
mois dernier estoit le Diamant
monté, & les Billes de Billard.
Les nomsde ceux quiles ont
deviné font: Ma chere Isabeau,
Hermite
,
les yeux de
chat
,
le Complaisant de la
Place Royale, l'Avanturier
Buscon,lecoeur de roche,la
tendreTourterelle, l'incomparable
Grancourt de la rue
Montorgüeil
,
l'aimable Tresorier
,& sa chere épouse,
laTresoricre de la ruë neuve
S. Honoré, Amadis de Gaule
,
M. du Ruban vert , l'aifnable
Mademoiselle deTremolieres
& son petit coufin
Simon.
ENIGME.
Sortant du lieu de ma naïssonce,
Lton me voit privé de beauté;
MaiJ qui connaît mon excellence,
Excuse ma butalité
sorne-les Têtes Couronnées,
Les Grands recherchent ma valeur,
Les Princesses les mieux ornées,
Par moy retevent leurgrandeur
~e
Mon lustre naît dans ma pouf"
fiere,
On me fait porter bien desfaces
, Accompagnéde la lumière,
Par tout je sçais remplir mes
places.
~m
Je reçois même plusd'éclat,
Quandon m'expose sur la roue'
Je resiste quandonme bat,
Mafermetésait qu'on me louë.
~a
J'aime sur tout la netteté,
Il mefaut de la politesse
Jesuis par tout aecrtdÙé,
Si l'on me voit de la tendresse.
AUTRE.
Nous. allons trois commune-m
ment,
Environnez d'un plus grand
nombre3
Nous nous posons solidement
Sortantd'un endroitassezsombre.
Nousfemmes souvent bien
battus,
Nouscausons des gains & des
pertes,
Nous rendons desgens bien con- fus,
Quand nos loix deviennent ouvertes.
On voit en nous plus d'une
face,
Une seule réglé de tout,
Quelquefois on fait la grimace
Nôtredémarche étantau bout. ) e, Soixante&trois
font notre escorte,
Dix hua uU plus pouvent paroître
,
Vingt un chacun de nous
porte,
C'estdireassez pour nous connostre.
s~k
Je m'ennuye de ne pas faire
plus d'effort pour vous amuser,
quemes Predecesseurs en
ont fair, je veux me surpasser
moy-même,&les surpasser en
generosité ; en un mot vous
donnerce mois ci trois Enigmes
au lieu de deux,pourvû
que vous ne me fassiezpasune
dette de cette grace, celleci
esttres difficile,c'est unSphinx,
& il faut
,
Dieu me pardonne,
être un Oedipe pour la deviner.
Aureste je vous la donne avec
le petit billet preliminaire qui
a donné occasion à l'acquisition
que j'en ay faite.
Demain matin
,
Monsieur
mon cher ami, je veux vous
regaler avec de bonnes huitres
qu'un excellent vin de Palme
arrosera. Deux de nos bons
amis m'ont donné leur parole
de se trouver chez moy sur , ce que je leur ay promis
vostre compagnie.
Mais il me prend je ne sçais
quelle fantaisie
,
de ne vous
donner ce petit regal qu'à condition
qu'en arrivant chez moi
sur les neuf heures,vous commencetez
par expliquer l'Enigme
que je vousenvoye. Sans
cela, mon cher, point de déjeuner.
Vous avez de l'esprit.
Vous déjeunerez.
Rondeau Enigmatique.
En noirs cachots,&hidellft
clôture
Vîte amenez par normande voiture
y Sont à Parisprisonniersinnocens
Si que povrets dans la Geole
gifiant
Attendent, las! leur derniers
avanture.
Dignes Conforts de leur déconfi-
- ? ture Vieux Montagnards,de traijbejfe
nature sa dévoué^
,
fontaujjtcroupissans
En noirs cachots.
Les bons Captifs
,
Ami
,
si
d'avanturey
Ton desirrft voir mettre à la torture:
Viens: &soudain tu les verras
ijfans
De leur prison
, aux Accoints
gaudijjlms
Faireallegrsjje, prendresepu/
turc.
En noirs cachots.
Avant de finir,jayencore
une petite histoire à vous conter.
Un Lundy 27. de ce mois,
à cinq heuresaprès midy ,le
monde assemblé
,
plus qull
lordinaire,dans la Salle de la
Comedie de cette Ville, les
lustres allumez & mouchez
selon la bonne & loûable coûtume
de celuy qui les allume
& les mouche ,furent enfin
levez. La Tragedie deBritannicus
qui y fut representée
,
alla son, train juïcjuàlàfin du
quatrièmeA£te, qu'elle &C
interrompuë parun dépit de
Britannicus, que le parterre
pria de parler plus haut., &
qui ordonna au parterrede
parler plus bas. LaTragedir cependant
achevée,on joiia pour lapremiere foisla Comedie
du Lot supposé,ou de la CoquettedeVillage.
CetteComedie
en Vers.& etv troisActes,
-de la composition de M.
Dufresny,est pleine d'esprit.
Le caractere d'une vraye Coquette
,& celuy d'un Manan
oui fait fortune, y sont admirablementpeints.
M. Ponteüil
y faitaudelà de tout cequ'on
peut attendred'un excellent
Acteurcommeluy i- Mademoiselle
Desmarts y joüe à
merveille ,& Mademoiselle
Dangeville la seconde pasaitement.
Le merite de cettePiece
'&, celuy des principaux Acteurs,
en font esperer un grand succés. -,' •;,Jjmiri
Je me souviens maintenant,
parce que j'ay promis à un de
mes amis de me souvenir de
vous dire que, Madame de G. l'une des plus illustres
de l'Academie dont j'ay parlé,
vient de donner un ouvrage
au Public qui merite
d'être annoncé; il est intitulé
Amurante, ou le Triomphe de
l'amitié
,
& se vend sur le
Quay des Augustins, chez
Claude Jombert: cette Dame
qui est tres-aimable a une
fort belle voix, & compose
les paroles & les Airs des Cantates
dont elle régale quelquefois
cette Academie.
Avis tres -utile.
Le Sieur Porcheron
, a un
Jicret merveilleux contre lesRbtè*
matismes inveterez, gouteux ,
douleursdenerfs & sciatiques.
Cesecretconsisteenune Pommade
composée de simples,approuvée de
JMcJJii urs les Doyen&Docteurs
de la FacultédeMedecine à Parisy
quiontguéri,euxmêmes par le
seul liniment,c- frottement de
cette Pommade plusieurs malades
de Rhumatismes invétéré% &
lfureúx
,
qui ne cedoient point
aux remedes ordinaires : elle guerit
aussi les enquiloses dans les
boëtes desgenoux. Les pots sont
cachetez, de soncachet, il donnera
la maniere de s'en servir. Cette
Pommade
Pommade ne se corrompt jamais;
&peut se transporter dans toute
sorte de PAJs. Elle a la vertu
defaire transpirer doucement
l'humeur en dehors,sans aucune
cicatrice. Lesplus petits pots sont
de 50.sols & lesgrands de 5.
livres. Cette Pommade guerit
aussi parfaitement toutes les
playes & tous les ulceres.
Il demeure ruë du petit Lyon,
quartierS.Sauveur, au coin de
la 1 ruë des deux Portes oùson
Tableau est expose
AVERTISSEMENT.
Abeau prêcherà qui n'a coeur
de bien faire
,
payezà present
mes ports de Lettres) ou ne les
payek pas, ma foy je ne m'en
soucie guerre , je les recevray
toutes comme j'ayfait jujqu'J
present,franches ~on non; quand
ce neferoit que pour avoir le plai~
sir de répondre à tout, je n'en
laisseray jamais à la Poste. -
Item. Souvenez-vous ,
s'il
-vous plaist
,
Messieurs
, que je
fuis l'Auteur de l'Histoire de
l'Ambassadeur de Perse
, &
qu'ilm'en reste encore environ
deuxou trois cens exemplaires,
dontjevousprie de me débarasser.
C'est le moyen de m'engager à
vous entretenir de luy d'une façon
nouvelle: (!J" de me determinf1
à vous donner incessamment
&toute bienséance gardée à son
égard , le recit de quelqu'une de
ses galanteries. Si je m'épanoüis
dans quelques chapitres de cette
Hifioire3paJjfc^-moy ces traits de
ma belle humeur,enfaveur de la
rareté des incidents. Vous en aurez
le détail au premier jour ,
si
( comme je l'espere) mes Superieurs
ne trouvent point d'inconvénient
à me laisser la liberté de
lefaireimprimer.
- Au reste le Journal de Verdun
quia pillé le mien d'un bout At lautre, cy qui L'a, défigurépar le
barboüillagedupillagequ'il enA
fait, ne doitpas vous ôter l'enuit
d'en lire l'original.
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que M.
d*I» Bercherc de la Rochcpor.
tablissementd'une Banque oùlesEtrangers , comme ses
propres Sujets auront toutes
leurs seuretez pour les fonds ,
qu'ilsy mettront. 4
Prélude nouveau. 54
Renonciationfaite àM. leChancelierd'un
Libelle injurieux,
qui, revestu de l'autorité du
Sceau
,
paroist dans le monde
sous le titre <£Homcrc vangé.
58
Raisons politiques de l-Auteur
pour donner (7 pour abreger
les Nouvelles.98
Situation des affaires de Mayorque.
100
Nouvelles de Madrid. 10j
Lettre de M. de la Baume, qui
fait auprès de Monseigneur le
Grand Prieur de France à
Malibe
,
la fonction de Secretaire
de ses Commandements.
àM.P. III
Nouvelles de Versailles,ouplûtôt,
Journalhistorique de ce
qui j'rft pajje à la Cour tt.
mois-cy &l'autre. 11S
Discours de M. le Premier Président
de la Cour des Aides à
la rentrée du Parlement,suivi
de deux pieces de 149
Vers Latins à la loiiatig» de son
Ayeul&à lasienne. 154
Histoire curieuse dela nouvelle
découverted'une Académie
nouvelle. 157
Vers d'une Dame de merite de
cetteAcadémie ,
à l'Académie.
166
Autres Vers d'une autre Dame de
ladite Académie, au Roy.
168
Envoyd'unRuban jaune &
d'unRubannjerd> &c. 171
Sylvains,AirdeCouperin.Parodie
de M.D. 173
Sonnetau Roy (ur la Paix.181
Bouts-rimeàremplir. 184
PremierArticledesMorts. iSC Mariages.197
Préambule dont la lecture cfl necessaire
pour l'intelligence du
Chapitre qui lesuit.218
Histoire allegorique.222 Chanson.275
Discours où l'Auteur rit du bout
des dents. 276
Epigramme contre l'Auteur.278
SecondArticledes Morts. 2,80
DonsduRoy. z-94
Chapitre des Enigmes.298
Billet doux accompagnéd'un
Enigme
, envoyé à l'Auteur.
L'Air doit regarder la page
175
Qualité de la reconnaissance optique de caractères