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NOUVEAU
MERCURE
A PARIS,
M. DCCXV.
AvecPrivilege du Roy.
M ERCU RE
GALANT.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
d'Avril
1715.
Le prix est 30.solsreliéen veau, Se
2 5. (oIs, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, & J. LAMESLE,
au bouc du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
AvecAprebation,&Privilege dmRoi
, MERCURE
NOUVEAU
N se plaint( & l'on a
apparemment ses raisons
pour cela) de ce
que je prends ( illustre,tréssage,
& trés-éclairé Public)la
liberté de vous adresser la parole,
fous le titre de Messieurs,
de Mesdames, & de Mefdemoitcllcs.
J'ay déja eu,douze
fois au moins, l'honneur de
.vous dire que je ne suivois la
methode de personne, que les
principes des autres n'étoient
pas les miens, & que je donnois
tout aux caprices, & peu
dechose
, ou rien,aux regles.
Si cela ne suffit pas pour me
justifier auprésde vous, écoutez
un supplement de bonnes
& de mauvaises raisons, j'en
ay pour tout le monde.
En suis-jeplusaudacieux,
Pour suivre une route nouvelle?
Avons-nous besoin de modele
Pournousfaireunnomglorieux?
D'ailleurs ce qu'il y a en Europe
de plusgrand en hommes
& en femmes, a adopté
les termes que l'on veut me
supprimer ;la Cour en a ri ,&
ce n'est pas peu que de la faire
rire: la Ville n'a pas été plus
difficile que la Cour, jusqu'icy
cela ne va pas mal; mais un tas
de Sçavants antiques, & qua- -
tre Modernes qui ne m'aiment
pas,s'en font scandalisez. Voila
bien de quoym'arrêter.
Au reste,Messieurs, & je
parle avec respect à tout le
monde,en vertu du droit que
j'ay de le faire, permettezmoy
de vous dire que vousne
connoissez guere vôtre Mercure.
Il eu cependant bon que
vous le connoissiez plûtôt que
plus tard, & voicy encore une,
fois son portrait
Je ne suis ni bon
,
ni méchant
,/ii flatteur, ni cinique,
quand je trouvema belle à dire
du bien,je ne m'épargne pas;
j'attaque cependant mon Livre
& mapersonne,comme j'attaquerois
encore, si c'étoit à
refaire, le VertGalant, les
Captifs, & tout ce qui leur ressemble.
Loin de me piquer d'être
(pavane; je traite la science
en Grenadier, & je croy , en
un mo* ,
qu'il ne me manque
pour valoir quelque chose,
que l'usage exquis des finances
, & le bon sens de nos plus
sages contemporains. J'ajoute
à cela que je vous donne mon
Livre,comme je vous donnerois
une Lettre; que je souhaite,
ardemment me corriger de
mes dcffauts
,
s'il est vray queje
ne fois pas incorrigible, que
pour ne pas meriter l'honneur
de passer pour sçavant ; les Lan
gues & les Pays que je connois
le mieux, font ceux donc
je parle le moins;qu'enfin l'on
me verra toûjours exact à répondre
à tout le monde, &
prompt à piller de tous lescôtez
ce qui pourra serviràvous
amuser.Voilamesintentions,
Messieurs
J
contribuez à me
fournir des matieres, & vous
verrez que je vous meneray
peut être plus loin qu'aucun
des deffunts Mercures ne vous
amenez. Aureste,passez moy
bien des choses, il y va de vôtre
interêt de me ménager, &
du mien de vous plaire ;mais
si vous êtes trop difficiles, tant
pis pour vous.
Dispensez moy de la peine
de vousaller deterrer de belles
expressions, pour corriger en
quelque façon la franchise de
mOIT compliment. Ce seroit
peine & tems perdu. C'est par
les pieces bonnes & originales
que je vais vous donner dans le
Mercure de ce mois, que je
prétends me dédommager de
ces petites libertez, à commencer
par l'histoire du mois même
dans lequel je dois vous
faire part des belles choses que
je vous promets.
Avril en Latin Aprilis
,
formé
d'aperire, ouvrir, parce que
dans ce mois la terre semble
s'entre-ouvrir pour faire éclorre
de ion sein tous les biens
que l'hyver yavoit renfermé. -
Quelques étymologistes pré*
tendent qu'il a été nommé
Aprilis quaû Aphrilis, du mot
Grec Aphros
,
écume
, par la
raison que ce mois étantconsacré
à Venus, il a pû recevoir
ce nom par les Poëtes qui ont
fcints que cette Déesse étoit
née de l'écume de la Mer; ils
fondent cette étymologie sur
differens passages des Anciens,
entre autre sur celuy d'Horace
qui invite Phyllis à venir cele..
brer,les Ides 15. de ce mois,
jour qui divise également le
mois d'Avrilconsacré àVenus.
Idus tibisunt agenda
Qui diesmensem Veneris marina
FunditAprilem.
Ovide est du même sentiment,
il l'exprime ainsi :
Quo non Itvor adit ? tune qui
tibi mensis honorem
Eripuiffi velint invideantque
Venus.
Ces autoritcz suffisent pour
les Modernes, je crains même
d'en avoir trop dit.
Je ne puis cependant me
dispenser de rapporter quelques
traits historiques parrapport
aux Fêtesqui secelebroient
pendant cc tems.
Les Argicns folemnifoicnt
laFestequ'ils appelloientHybristique,
dans laquelle, en memoire
de la deffense que les
femmes de la Ville d'Argos
avoient entreprises contre
Cleomenes, RoydeSparte, les
femmes s'habilloient en honv
mes, & avoient la liberté d'insulter
impunément leurs maris.
Le ij. de ce mois on faisoit
à Athenes la Feste des
Olyntheries, en memoire d'Aglaure,
fille de Cecrops
,
qui
fut, si l'on en croit Ovide,
changée par Mercure en pierre
, pour avoir empêché qu'il
n'eût accès auprès de sa soeur -Le jour des Nones 5 du
mois arrivoit la Feste de Cybellemere
des Dieux,appellée
Feste Megalesienne ou Idéenne.
On y representoit des jeux de
differentes sortes. Les Prestres
de cette Déesse y dansoient au
son des tymbales, & y faisoient
leur collecte d'aumône.
Ces jeux furent les premiers
& les plus anciens qui furent
representez à Rome.
Le 17. des Calendes de May,
15. d'Avril,étoit la Festedes
Fordicides
,
ainsinomméesà
Fordis bubus, parce que l'ony
immoloit des Vaches pleines
pour obtenir la fertilité de
l'année. *rt
Le 14.des Calendes, il.
dumois,succedoient lesEquiries
au grand Cirque, & le brûlement
des Renards, ert memoire
de ce qu'un Renardpris
par un Païsan qui lay avoit attaché
à la queue de la paille allumée,
avoitbrûlé les bledsde
toute une Campagne du Latium.
Le9.des Calendes,23.du
mois, on celebroit les Vinales,
en l'honneur de Jupiter, auquel
on offroit du vin, & ce
même jour les Courtisanescelebroient
la Feste de VenusEricine.
Le 7. des Calendes,25. du
mois, se faisoient les Rubigales,
pour empêcher la Roüille ou
Nielle qui perd les grains.
Le 4. des Calendes
,
8. du
mois, se faisoit la Feste des
Florales, qui duroit six jours,
en l'honneur dela DéesseFlora
; on les appelloit aussiLaurentales
,
du nom deLaurentia
celebre Courtisane.
Voila prefquc tout ce qui
se pratiquoit au vieux tems
dansle mois d'Avril. Voyons,
s'il vous plaît,ce qui s'y fait à
present. On y fait une querelle
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
Je croy que rien ne peut
amener plus avantageusement,&
sans autre liaison
la fuitede ce grand Procèsqui
fait aujourd'huy tant de bruit
danslaRepublique desLettres,
que la copie de la Lettre qu'on
va lire, je ne doute pas qu'elle
ne me vienne de la part d'uo
fage & zeté parti fan des Anciens.
Voicy ses termes. -
Onsi plaignait, Monjteuf,
l'autre jour dans une maison, de
,
ce que dans la dispute d'Homere
nous riavie% point pris le parti
de la neutralité; on disoit que
l'interestdu Mercure étoitd'appel
1erafoitous les combatans, de
recevoir toutes leurs pieces. J'ay
soutenu que vous ne demandiez
pas mieux, la preuve que fen
1
donnayfut depromettresurvotre
parole,queleparalelleparoifroit
i
dans le Mercureprochain; on
f vousfournira dans lafuite vingtquatre
pieces en voilàpour2ans.
; Je réponds, Monsieur, à
! cette obligeance promesse
,
; quevousne juriez me faire
t plus deplaisir que de metenir
- parole, & que je recevray
toutes les picces qu'on m'enverra
de part & d'autre sur
cette sçavance querelle, en
homme qui ne s'interesse de
bonne foy aux fuites qu'elle
peut avoir,qu'à proportion
du mouvement qu'elle doit
donner à mes Livres, donc
j'espere qu'elle me fera multi.
plier les exemplaires.Voicy
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
Vous ne trouverez pas mauvais
, Monsieur, qu'enobservant
regulierement les articles
de neutralité ausquels je
m'engage ,
je rende- public,
ainsi que vostre paralelle, l'extrait
d'une Lettre que jeviens
de recevoir sur le même sujer.
EXTRAIT
De la Lettre d'une Dame
d'érudition antique, à un Académicien
François moderne
touchant l'Iliade d'Homere
comparée avec celle de M. de
laM. -
dans laquelle
On démontré sans aigreur
&avec politesse la superiorité
invincible des Anciens sur les
Modernes.
dans laquelle
On trouve par tout le parfait
modele du bon sens & du
bon goût en fait d'exquise
Litterature.
ou
L'on puise la fine & legere
ironie,lasolide & judicieuse
Critique if interessante dansles
ouvrages polémiques,produits
par lesincere desir d'instruire
la jeunesse & de la preserver
du poisoncontagieux desMo-
Jèrnes..
Avec
D'Utilésremarques en saveur
de l'antiquité la plus reculée
,
la plus obscure,la plus
inconnue & même la plus
inutile.
1
JQ
Je vous avertis M. par
avance que je ne vous diray
point d'injures, les injures ne
sont point des raisons, il faut
qu'unecausesoit bienmiferable
quand on en obligé de se
servir de si foibles armes; j'useray feulement des libertez
quevous n'avez pas craint
d'employer contre le Divin
Homere.
La douleur devoir ce Poëte siindignement traitéme force
d'en prendre la defknfe ; car
le moyen de voir dans un si
pitoyable état ce qu'on aime
& ce qu'on reverc
J
& de ne
pas courir à son secours.
Je me contenteray de démontrer
que vostre imitation
est vicieu se
, que vôtre
Poësie est plate, que vous avez
• jetté un comique risible dans
les endroits serieux & retranché
les beautez admirées de
tous les siecles. Je me propose
pour cet effet d'examiner
vôtre petiteIliade precieuse &
corrigée & j'en comparerai les
prétendues beautez aveccelles
d'Homere simples,naïves &
dignes du siecle de ce grand
homme.
En effet,nest-il pas furprenant
que vous ayez eu assez
peu de discernement pour
choisir le modele que vous
méprisez ; il faut être assurément
dépourvû de toute lumiere
pour avoir conçu unsi
bizarre dessein. Aussi quel en
a esté le succés
,
vôtre Poëfic
a-t-elle pû s'élever jusqu'au
mediocre
,
nela voyons nous
pas dans la bassesse de vos
idées, & comment ne la deshonoreriez
vous pas, vous qui
n'avez que le Caffé pour Cabinet
& pour Parnasse ? vôtre
confianceoutrée sur le jugement
de la posterité, est digne
de l'aveugle temerité dont le
succésdevoit infailliblement
vous punir :. La source du
grand & du beau étant méprisée
,
où aller en puiser ; avec
de l'esprit, du genie même,
& de l'invention,vous estes
perdu faute de goût naturel &
simple, où ce qui est le même,
faute de pouvoir goûter ce
divin Poëte : vous ne traduisez,
ny ne corrigez nullePoësie,
nulle harmonie; avec les
balances d'Aristophane on ne
trouveroit dans aucun de vos
livres 3. ou 4. vers qui fussent
de poids.
Toute la terre est convenuë
qu'Homere n'ennuyoit 1
point, vous plusdélicat&plus
severe,le jugez tres ennuyeux;
d'où vient cependant qu'aprés
vôtre heureuse correction
,
on revient à Homere qui n'en
paroist que plus admirable;
c'est que les raisons des Romans
les plus frivoles vous déterminent
toujours, que vos
adoucissemens affadissent le
-coeJr de vôtre Lecteur
, que
vous rendez les narrations longues
en les abregeant
, vos
descriptions plates & basses en
voulant les relever, & vos
comparaisons froides & peu
interessantes
, en voulant les
corriger, fruit de vôrre piroyable
prévention. Se peut- il
que n'ayant aucune idée du
Poëme Epique, vous vous
mêliez d'en decider ; vôtre
hardiesse n'est pas d'un homme
sage,vous prétendez que l'on
peut plaire en s'écartant des
regles enseignées par Aristote.
Quelleimpertinence! Apprenez
que comme on ne peur
aujourd'huy courir les Mers
- sansBoussole,ilest également
impossîble de plaire sans les regles
dHomere: je ne fuis donc
plussi étonnée que vous vous
jettiez aveuglement dans une
infinité d'absurditez
,
il suffit
pourcela que-vous soyez oppose
à la Doctrine contraire,
à celle du Prince des philosophes,
du P. le Bossu & de M.
Dacier. En verité vous tenez
bien vostre parole, vous ne
vous rendez qu'aux décisions
qui vous éclairent, par malheur
vous n'êtes pas en état
de les appercevoir ?Bon Dieu
quel homme vous ellesi Plûtost
que de soutenir de siétranges
paradoxes, humiliez vous
& reconnoissezvos fautes, le
temps des pardons n'est pas
encore passé ,par compassion
pour vos égaremens soyez dq,
moins idolâtre d'Homere si
vous ne pouvez l'estre de la
raison: rendez luy leculte qui
luy est dû
,
sinon
,
le Divin
Poëte,tout vieux qu'il est,vous
enterrera vous& vos semblables.
Mais pour vous convaincre
que c'estlaraison feulequi
m'engage à vous parler si charitablement
,
j'en appelle à
VostreOuvrage même. Plutarquemefaitressouvenir
à propos
que pour sentir avecplaisir
une bonne Musique
,
il faut
auparavant en entendre une
mauvaise,je vais en faire l'essay
sur le premier livre de vostre
Iliade. Ma traduction quoyqu'enProseen
seralecontraste,
je me serviray aussi par opposition
de deux traductions en
Vers, l'une fort ancienne mais
fitelc
, & l'autre de feu M.
l'Abbé Régnierde l'Academie
Françoise.
Les Anciens toujours sententieux&
bien pensants
soutenoient qu'il étoit aussi,
impossible d'arracher des
mains d'Hercule sa massuë &
d'enlever à Jupirer son foudre,
que de ravir à Homere un
Vers entier pour s'en servir.
Vous avez crû sans doute la
chose si peu faisable que dans
l'IliadeModerne,on ne trouve
pas un seul*vers donc vous
n'ayezalteré la force des mots
- & dusens,envain y cherchet-
on quelque portion,quelque
fragment de ce Prince des
Poëtes
,
à peine yapperçoiton
son ombre. Il me paroist
que si vous aviez;pû estre fidèle
en quelque endroit de ce
Poëme, au moins vous l'auriezdûestre
dans l'exposition
& l'invocation, non seulement
on n'y reconnoist point
Homere
,
mais ce que vous
lay prêtez.
Essen misere un champsifertile,
Que de courroux vous échauffez
ma bile.
Il n'y a qu'à vous entendre
pour en estreconvaincu.
Muse,raconte moy la coleretAchik
,
Pourles Grecs
,
pourluy-même
: en malheurs sifertile,
Etqui leretenant dans un. cruel
repos,
Fit, aux champs Phrygiens,perir
tant de Héros,
Pourquoy avoir omis la circonstance
si importante & si
necessaire des chiens & des
vautours, & n'avoir pasimité
le Poëte Salel. ,
Et leurs beaux corps privezde
sepulture
,
Furent aux chiens Ér aux oypauxpâture.
Ces deux vers ne presententils
pas un image charmante,
c'est bien une autre harmonie
dans le Grec,ils ont un fumec
Poëtiquequisurprend & faific
tout à coup l'odorat.
* Chrysespourdérobersa filleà
l'ejelavage
,
1
Chargé de dons, aborde au Phry-
* M. de la Motte, IlUd, p. I.
gien rivage;
Il croit déjà la voir rendue àses
transports, e
Estucormspteesursses fleurs plus que f trésors. Que voulez-vous dire par
ce dernier vcrs., onne vous
comprend pas; Homere n'a
garde de rapporter une chose
de si mauvais Cens. A quoy fervent
en effet les pleurs pour
fléchir un homme aussi fier
qu'Agamemnon. Vous aviez
;unaffe? bon modele dans M.
f FAbbe Regnier qui
-
rraduifit
avectant de succés le premier
tLivre de l'Iliade pour rendre
la caufc des Grecs victorieuse
contre les attaques de M. Perrault;
écoutez-le pour eneftre
convaincu.
Poursa fille captive,
Chryses étoit venu dans leur
Campsurlarive,
Et peur la racheter il avoit apporte
Des presens infinis d'une rare
beauté.
Là tenant enses mains, du clair
fils de Latone
Le brillant Sceptre d'or & la
riche Couronne,
Rendes moy Chryflïdt ; &pre-1
nant pourrançon
Mes presents
, révère^ le puissant
jipôllon.
Remarquez-vousbien qu'il
ne fait pas larmoïer mal-à-propos
le Grand Prêtre d'Apollon.
Pourquoy ses vers sont-ils
cependant si nombreux;c'est
qu'il n'ignorait pas comme
vous. les graces de la Poësie
Grecque, qu'il fait passer si
heureusement dans la Françoise.
Essayons presentement
#
des vostres.
* Tous les coeurs font émûs pour
ce malheureux Pere
, *M.delaMotif, f,u
Tous reverent en luy son sacré
caractere
Duretour desafille, ilsapprouvent
le prix;
Atrideà leurs resptectssent croistre
ses mépris,
Etseul bravant l'Arretquetout
sonCampprononce
Soninflexible orgueil luy dicte
sa réponse.
Voilaunverbiage bien opposé
à la noble simplicité
d'Homere. J'aime bien mieux
lesvers deM.l'AbbéRegnier,
on diroitqu'il. lesauroit fait
surmaprose.
L'avis de tous tes Grecsfuttel
qu'il
quildevoitefire,
£ue dugrandApollon on ref*
ptéutle-Pieflre,
Qujtn receut les presents. Mais
jitridz irrité , -
Renvoya le Vieillard avec in-
- dignité; - -'
L'ancienneTraduction me
parole encore plus naïvement
versifiée,
-
vous en allez -juger
à vôtre desavantagé.
Son Oraisonfutreceuë,deforte
Que tous les Grecs dirent commu- nément, =-1
Qu'onle devoittraiter revmmment,
La fille rendre & les, - dons
accepter.
Agamemnon seul Voulut contefler,
Le coeur duquel brûloit de l'ardente
flamme
Dufeud'amour
, pour lagentile
Dame.
Et non content d'oüir telle Rt-
6/uefle,
Dità Chryfls croulantsa fiere
tesie:
Plus Ht t'avienne
,0 ennuyeux,
Que je te trouve attendant en ces
lieux,
Où revenant : car il n'y aura
sceptre
Sceptre Apollin
,
quime garde 1
demettre
Lamainsurtoy.Nepenseplus
r'avoir
Ta Cbryfçi's, carje la Deux avoir
Faisant mon lit, & filant ma
laine.
Ne jugeroit-on pas que
cette vieille Poësie aestéfaite
sur ma traduction, ou plûtôt
ma traduction sur cette vieille
Poësie. Je n'en rapporteray
qu'une partie. Ilrenvoyadurement Chryses
0* accompagna fin refus de mnaces.
Vieillard, luy dit-il, que
je ne tetrouvepas deformais dans
monCamp
, 0* qu'il ne t'arrive
jamais d'y revenir,situ ne veux
que le Sceptre &les bandelettes
du Dieu dont tu es le Ministre ne
tesoient inutiles; je ne te rendray
point ta fille avantqu'elle ait
veilli en mon Palais à Argos
J loin desa Patrie,travaillant en
laine,Ë7y ayantfoin de mon lit.
Que l'on compare presentement
ces deux morceaux,ony trouvera
peu de diffirence. Comme Salel
ne perd jamais deveuë'le Grec,il
tiendra lieu dema traduction dans
lafuite de cette Lettre.
Tout ce que Calchas dit
à Achille,&ce qu'Achille luy
répond, ce qu'Agamemnon
outré de colere dit Calcinas&
ce qu'Achille luy réplique,
n'est-il pas entièrement défiguré
dans vostrePoëme. En
voilà la preuve.
* Acediscoursd'Achille un Augure
Jelevé
C'est Calchasd'Apollon cet infaillible
Eleve •
Qui comme le present
,
voitd'un
regardcertain
Tout l'avenir écrit au Livre du
Dessin.
Pourquoy ne donner à
Calchas que la connoissancedu
* M.delà Motte, p.5.
present & de l'avenir, Homere
y ajoûte celle du passé &elle
meritoit de n'êtrepasoubliée;
aussil'ancien traducteur qui
étoit un grand Grec,n'est pas
tombé dans cette faute
grossiere.
Ces mots finis, Achille droit
s'en va
Choisirsonsiege
,
&Calchasse
leva : Calchas à qui Phoeabus, dés son
enfance
Avoitdonnésçavoir à fussisance.
Tantqu'il avoit en parfaitsou- venir
Le temps passé,frefent
) &
avenir.
i ",
J'estime encore plus ces vers
gaulois en faveur de leur simplicité,
que tout l'esprit des
vostres
,
du moins ils approchent
de l'Original; car je ne
sçay comme vous vous y prenez
,vous avez un arc admirablc
pour rendre froids épiais
les discours les plus forts, les
plus nobles & les plus héroïques
; on ne retrouve plus
dans la querelle d'Agamemnon
& d'Achille ces injures
tiombreuses & harmonieuses
quilfattentifagréablement les
oreilles&telpnt.
,
0 t-..
Quoy donc, forti des Dieux,
usurpe-tu-leurs droits
Etpenfe-tu , comme eux,donner
icydesLoixf
Répond le jitr jûtride au violent,
Achille :
Tu te pares icy d'une audace inutile;
Et de quel droit viens* tu ; par
tes libres avis
Hors dîintereflpour toy ,
disposer
de mon prix?
lele rends, cesi aux Grecsqueje
lesacrifie,
Mais qu'un nouveau partageaussi
les justice ;
M. dela Motteip.f.
On
QI firoey ne fuhantque mon
dépitpourtoy
Dépouiller de leurs prix Ajaxt
Vltjfe9outoy.
- Voila asseurement de cet cfprit
qu'Homerc n'a jamais
connu"; il cil fort éroigné de
cette maniéré de penler,il
n'est pas fîdélié. C'est une
.choseétonnante que plus vous
vous éloignez de vôtreoriginai,
plus vous le devenez vousmême
M.l'Abbé Regnier ca
encoreplus supportable. J'opposc
sa traduction à voltrc
imitation.
Le Royluy répondit : Achille
aux Dieux semblable
Quelquefierquetufois,&quelque
redoutable,
Ne crois pas me réduire àfuture
tes conseils
Ni l'emportersur moy par des
discourspareils:
Ici publiquement ton libre avis
décidé,
Que je reste sans prix & rende
Chryseide;
Que le tien te demeure; & moy
je fuis d'avis,
Soit qu'on me donne ou non pour
elle un autre prix,
D'aller prendre à mon choix &
selonmon caprice
;son prix
,
le prix (tAjax, ou
t bienleprixd'VlijJe. iC'est
trop s'appcfantir sur
cet endroit, & cest faire trop
d'honneur à vostre Poëlie
,
que de vouloir en découvrir
tous les deffauts. La réponse
d'Achille à Agamemnon ne
vaut pas mieux; cest vous qui
parlez, ne vous y trompez pas.
Achille l'ail enfeurépond à ce
if difeours:
Fb quoyyde ton orgueil rien nar-
: reflelecours?
rndigne Chefdes Grecs, ta superbeindolence
* M. delaMotte >'Pl 8.
Devroit tous les soustraire à tôt obéïssance.
C'esttropsur Ici Troyens réunii leureffortJ
Et braverfous tes Loix les htl.
farcis& la mort; Qui m'anime moi même à la chun
de Troye ?- m-
Jamais les biens d'Achille ont-il
eslé leur proye? 4
Le reste du discours est :
peu prés sur le même ton; 1:
plume me combe des mains er
les écrivant, j'ay besoin d
m'étayer sur le bon homm'
Salel qui me plaît toûjours;
son ordinaire
,
est alter Ho
merus.
Quand Achille eût très-bien entendu
Agmemnon,futpar lui répondu;
Le regardant en fureur de tra.
l vers:
O impudent
3 à deceveurpervers,
Qui est le Grec, qui prompt si
montrera
Detobéir, & qui s'accoutrera
Pout batailler, soutenant ton
parti ?
Certainementje ne suispas sorti
pe monPaispourveniroutrager
Lesforts Tro'iens, ni pour d'eux
me venger :
Car onc ils riont par tumulte de
guerre
Prm'sle bétail
, ne lesfruits
materre; Ilya trop entre deux, de mon
taignes,
, Trop large mer , trop deferis é
campaignes :
Tantseulement moi
,& toutem
suite
Sommes'Venus icifoustaconduit
Passanslamer
, non pointpoui
nostre affaire,
Maispourwnger Afenelaiïs ton
, frere.
Et maintenant sans adviser 14
bien
Que Ilon te fait (ovisagede
chien)
Lorsque décrois me rendre quelques
grâces,
De me priver de mon bien- me
Li menaces.
O bon vieux tems qu'êtes
vous devenu! on n'y entendoit
pastant de finesse, on n'eroit
pas si délicat au choix &
au triage des mots & des choses.
Comme on pensoit on
s'exprimoit; bien opposé au
noftrc,qui par trop de molette
& de rafinement, ne souffre
pas qu'à la face des Gens,
on les appelle, lisage de chien ,
comme si Homere netoit pas -
en droit de nous relever d'un
fcrupulc aussi mal fondé.,r
* FUIs, dit AgamemnonJ ne
croil pas
,>
fier Achille,
Que je perde à regret tonsecours,
inutile. );
Assezd'autres sans toy, marcheront
surmes pas:.4
Et ton absencepicy neas'appserce.vra- Ie n'yptrds qu'un Guerrier
prompt à me contredire,
- Qui seul de tous les Grecs,trouble
ici mon Empire.
Et pour ne point perdre de
tems mal-à propos, vous terminez
ces reproches par ce*
M. de la Motte, p.,.
1
deux vers.
Jeveux que tout le Camp [oit
instruit avec toy,
Que les Dieux seuls ici font AH\
dessusdemoy.
-
Jamais ! Auteur de la Pu.
cellea-t il hazardé des vers
plus froids & plus durs. Je me
dours cependant que vous
avez. l'imagination assez bieffée
pour voir que vos Chants
font plus melodieux que les
fiens : quelle illusion ! Voila
comme on se pipe foy même
faute d'avoir de bons yeux.
* Dans le coeur du Heros s'élevt
* M. de la Mette, p. to.
un nouveau trouble,
Il brûloit d'un courroux que ce
discours redouble.
Dans unsilence affreuxil de-,
meureun instant; -
Il consulte
,
il balance
3 &son
espritflotant
Ne sçait s'il doit se vaincre
, ou
se vanger d'Atride,
L'esprit balance en vain ,
le coeur
plus prompt decide,
Il estprestàfrapper,quandMinerve,
des deux*
Vient arresterleferquidéjabrille
auxyeux.
Lefiul Achille voit & connoît
laDécjje.
On jureroit que vous auriez
fait ferment de gârer toutes
les plus bellesreflexions de
ce divin Poëte ; aucune ne
vous peut échapper J'appelle
à vôtre secours Salel, ne vous
imaginez pas que le paralelle
vous deshonore;Homere luy
estoit tres familier. Les vers
suivans en répondent.
Aigre douleurse vint lors remparer
Auprés du coeur d'Achille qui
'¡ batoit
Dans sa poitrine, & tres-fort debatoit
S.il devoit lors , de sa grand
Cymeterre
Jetter tout mort Agamemnon par
terre:
Et départir toute celle assemblée
Ou appaisersapenséetroublée.
Mais la fureursifort le domina,
Maulgré raison
,
qu'adoncil
ddé"gaîna.
La réponsed'Achille à Minerveest
pitoyablementtronquée
dans les vers suivants.
*fokïs ,
dit Achille ,à ta loy
souveraine
Mon respect pour les Dieux, Fil
plusfort que mahaine.
îJ'ay dit au commencement M.dtlaMotten.»
decette Lettre qu'a peine detacheroic
on de tout vostre
poëme
,
trois ou quatre vers
qui fussent de poids; j'ay balancé
ces deux cyavec équité,
ils m'ont paru encore de la
fausse monnoye. Car qui ne
croiraque vous respectez plus
les Dieux que vous ne les haïsfez.
Ce sens à la vérité ne se
presente pas d'abord; mais on
l'y découvre quand on le cherche
malignement.
M. l'Abbé Regnier est dans
le vray ,lorsqu'il dit.
quelquejufte courouxdontjesois
transporté.,
J'obévïs,oditlAochnillet&éfais ta
Déesse car des Dieux les féi.
,
veursserépandent
Sur ceux quifont toujours ce que
;o.
les Dieux commandent.
Jeviens à present au ditcours
où Achille déclame tant
d'injuresàAgamemnon,vous
n'avez pas eu la chariré d'en
sauver une dans toute sa pureté,
je veux croire pour vostre
honneur que vous ne lesavez
pas senties, elles m'ont cependant
toûjours paruës bien dir
gncs de ces temps heroïques :
à mon oreille & à celles de
: tous les Grecs, clks forment
un concert qui m'enleve à
moy même:ce font en verité
de tres -
aimables brutalitez
preferables à toute l'hypocrifiede
nos discours.
* Quel orguëileffrené possede Agamemnon! Quel excès,quelleyvresse klétart&iflnf a trou-
Lâche
) ton seul aspect doit détromper
la Grece:
Et tesyeux de ton coeur décelent
la foiblesse.
Jamais dans les combats avec nous
..-.-. empo;' rté
* M. de 14 Motte,p.il.
As-tu du moindre tjjort couvert talascheté!
Partout dans tesfrayeurs tu vois
lamortpresente,
Les perils font pournous;leseul
butin te tente ,
Ton bras du sang Troyen craindroit
desesoüiller
,
Ettu n'es chefdes Grecs que pour
les dépoüil*ler.
Peupledigne du joug où ton
orgüeil le livre
Digne de t'obéir, puijlu'il te
laissevivre !
A ces vils combaTans c'est trop
m'associer
,
D'avectoy ,
d'aveceux,je veux
me
me délier.
f M. l'AbbéRegnier sera
~l'Athlette que jevous mettray
en tête; il est vray qu'il donne
un coup de lime douce sur les
brutalitezd'Achille à Agamemnon
;mais sa Poësie en
recompense est plus douce que
miel.
* Quelleyvresse nouvelle,Atride
lasche & vain
Tafait tourner la tête & rendu
sihautain?
En nul temps, en nul lieu, tu
neus jamaisl'audace
Chefdes Grecs, d'endosserpour
* M. VAbbi.Regnter,p.tfc.
les Grecs la cuirasse
Tu croirois voir la mort; & tu
crois qu'il vaut mieux
Etaler dans le Camp ton orguëil
d leursyeux?
Qujlvautmieux de quiconqueà
""-
tes desirs s'oppose
Ravirleprix,ô toy ,
qui ravis
toute cbofe,
Qui devores le peuple
, &qui
donne des Loix
A des Esclaves vils & nonpai
àdesRois :
CarJilUcommandois à des Gens
de courage,
Pour la dernierefois tuferois un
outrage.
Je jure par ce Sceptre&j'en fais
unserment,
Quetu verras suivi d'un prompt -évenement, ,
CeSceptre que l'acierd'une lame
tranchante
Autrefois separa du reste de la
plante,
Et queportent les Rois ensigne
: du pouvoir
9ue pour le bien public le Ciel
leurfait avoir.
De même que privé defeuilles&
j"
, d'écorce
De pouvoir reverdir il a perdu
laforce;
De même lor.¡qllun jour d'Achilîefeparé
Tu verras par les Grecs Achille
desiré: -
Qu'Hector les pressera
, que son
fer redoutable
Lesfera trebucher étendussur le
sable,
Alors,Atride, alors, en les voyant
périr, -
Tu voudras
, mais en main,les
pouvoirsecourir.
Cependantsur toy-même exer*
çanttacolere,
Tu efras pénétré d'une douleur
amere,Et tu regreteras en cette extrémite
,
Le plus vaillant des Grecs indignement
traité.
Je n'exposeray icyque l'endroïc
de ma traduction sur la
comparaison duSceptre.
Roy qui te nourris dusangde
ton Peuple ,parce que tu commandes
à des lâches
, car (Itu commandois
à des hommes yfih d'Atrée
tu nous aurois outrage aujourd'buypour
la derniere fois; mais
fay une chose a te dire &je la
confirmerayparferment.Je te jure
donc par ce Sceptre qui depuis qu'il
a estéseparé du tronc de l'arbre
quil'aproduitsurlesmontagnes,
nepoupe plus defeuilles ni de rameaux&
ne reverdit plus; de-*
puis que le fer l'a dépouillédeses
feuilles & de son ecorce; je te
jure, dis-jepar ce Sceptre que
portent presentement dans les
mains les Grecs à quiJupiter- a
confie les Loix & laluftice.,Ër
ceftleplus grand ferment queje
puissefaire, qu'un jour viendra
que les Grecs aurontgrandbesoin
&c. En achevant ces paroles, il
jetta à terresonSceptre&laJFt.,..
-
Je ne celse d'admirer vôtre
suffisance à vous ériger en Reformateur
des Anciens. Vous
avez si peu compris la beauté,
la grandeur & la fierté qu'il y
a dans cette image, que vous
lavezdefigurée en disant froidement
:
Mais traignez tous qu'ainsi que
ce Sceptresterile -
Sursa tigeautrefois fut un rameau
fertile,
Qui separé du tronc qui pouruoit
le nourrir,
A perdu sous le fer l'espoir de
refleurir:
Craignez >craigne 3 ainsi que
feparey^&Achille9
Vous rioppojie^ à Troyeunehaine
inutile,
Etqueduferd*Hectorvous ne
sentie;C les coups,
Foibles rameaux d'un tronc qui
, vous soutenoit tous.
Hugues Salcl s'etf distingue
dans touc le difeours, il ,¡clt
attaché scrupuleusement aux
injures,je vous avoüeray mon
foible,elles ont des charmes
pour moy ,
infinis, je fuis trcsconvainciie
que si du règne
de François I il s'étoitélevé
quelque Zoïle qui eût voulu
dégrader Homère comme
vous avezeu dessein de le faire,
il m'en auroit peu lailIé à vous
dire.
Q grandIvrogne en maintient
ressemblant
Vn
Un chien mâtin: mais de coeur
plus tremblant
-Que ness unCerf étant mis aux abois:
Lasche,coüard3 méchant, entre
les Rois:
Qui onc rlosàs t'accoutrer de tes
armes
Hanterassauts, escarmouches , allarmes:
Encore moins à drt/Jer quelque
embuche
:
Craignanttoujours qu'ony meure
ou trébuché
CruelTyran , qui le peuple dévores
Et prendplaisir quand quelqu'un
déshonorés,
Grandopprejifur&•rongeurde petits,
Contrariantsà tesfaux appétits,
Si j'eupe crû nagueres mon cou.
fd&9
Tu n'eusses fait jamais à nul
dommage,
çArtotetfludAin sans nul espoir
de grâce Je , t'euse mortétendu sur laplace,
Oràpresent écoute le ferment
Que je ferai, &c.
Cesmots finis, il jetta par grand
ire
SonSceptteenterre, &après se
mire
Puis va s'ajjeoir:&de l'autre
cojlé,
Agamemnon de courroux tranfporté,
Continua la facbeufe querelle ;
Voulant avoir Briseis la trèsbelle;
Sur quoy Nestor le doux& beati
Parleur,CC.
Vous me demanderez peut-'
être pourquoy Achille ose-t-il
jetter par terre ce Sceptre,
marque de sa dignité, & respectable
auxRoismêmes qui le
porcent,ce dépit,direzvous efl:
Yaalon d'un enfant en colere.
Ne devriez-vous pas sentir
que c'ctf une fuite de l'image,
qu'il a voulu faire,pour donnerà
entendre qu'Agamemnon
& tous les Grecs étant
séparez d'Achille, commeune
branche de son tronc9, ne
pourroient plus rien & ne
ièroient bons qu'à efire jettez.
Je pasle rapidement sur le
difeours de Neflor à ces deux
Princes,les paroles, dit l'incomparable
Homère
,
qui
découloienc de sa bouche
étoient plus douces que miel.
Celles au contraire que vous
luy prêtez
,
font plus ameres
que fiel, vous avez jugé à pro!
pos de taire cette comparaison
faute d'avoir fqû que la dous
ceur du miel en une douceur
r fortifiante, car le miel ( comme
Hyppocrate même J'alfeure)
est plus fort que le vin;mais
plûtôtque de suivre Salel qui
n'a cû garde d'omettre une
telle particularité,vousmodisieztoutes
choses à vostre
fantaisie.
:.
Sur quoy Nestor le doulx &
beau parleur
Qui des hauts Cieuxavoit receu
tel heur
Que plus que miel, doulce étoit la
harangue f'
Qui decouloit desadiserte langue.
En effet, Nestortout vieux
qu'il est, a une noblesse d'expression
& une vivacité qui
acheve d'éteindre entierement
le peu de feu qu'il y a dans
vôtrePoësie. Tout Lecteuren
peut juger par la prose fui^
vante.
* Dansquelstransports ,dit-il,
faut-il quejevousvoye !
Quel desespoir pour nous ! quel
triomphe pour Troye !
Si ce bruitJetépand} vostre de*
(union
Va contre vos exploits rajjettfèf
* M. delaMotte,p.13.
ILIon.
Laissez à la raison calmer la violence,
Et respectez en moy 1"Izzecm l'experience.
Craindre^-vous d'imiter ensuivant
mes conseils
Ceux qui doiventservir d'exem-
,
ple à vospareils.
Piritoüs, Driante , Exadie> &
Cenée
, -
Le divin Polipheme
, cr 1"heritier
d'Egée
Jamais leur brasvange,ur sarmAt-
ilvainement ?
Quel monstre dans leursjoursnâquit
impunémentt
*Lqm de Pile, à leur voix 3jç
cherchay lesallarmes, -J
Je vins à leurs travaux associer
mes armes„
Centfoisj'ay vûprés d'eux le
perilsans efftoy,
Unepartde leurgloire a rejailly
sur moy.
Ils ont de mes conseils éprouve
l'assistance
Et depuis, un long âge a meury
ma prudence, &.
Il n'y a rien encore de plus
malheureux que les vers que
vous mettez dans la bouche
d'Agamemnon;ils sortent platement
de la vôtre, semblable
à ces masques qui rendent desagreablement
ces eaux jaillisfances,
qui peu auparavant s'etoient
élancées vers le Ciel.
La raison, dit Atride
, a parlé
par ta bouche:
Mais dois-je me soumettre à cet
espritfarouche , Qui toujoursdans ses voeux,inflexible,
effrené , Veut usurper le rang quelesGrecs
mont donné ?
Fils des Dieux,prétend-ilà leur
indépendance ?
Croit-ill'outrage même un droit
de sa naijjance,
M. l'AbbéRegnier est,si
fore le dire, comparable au
-'
jet d'eau de S. Clou; voyez
comme il s'éleve.
Tu neproposes rien, ô Vieillard
venerable,
Répond Agamemnon, qui ne soit
.1 < équitable ;;
Mais en toute rencontre il veut
donner la Loy,
L'emporter de hauteur & commanderenRoy,
Etje ne prétends pas qu'ilsoitici
lemaiflre,
Puisquec'est amgseul qu'il appartient
de l'estre;
Les Dieux
,
dont la faveur la
Tendujîvaillant
Luy donnent-ils le droit doutragerenparlant?
J'admire sur tout vôtre rare
talent à affadir tout ce que
vous touchez, vous presentez
opiniatrcment à vos Lecteurs
desmets denuez de ce telattique
qui doit être l'assaisonnement
de la bonne Poësie; aussi
a t-on bien de la peine à vous
goûter tant vous êtes fade.
Talthibius&Eurybate les
deux Herauts d'Agamemnon
qui vont enlever Brizeis à Achille,
ne fontils pasune fort
belle contenance dans vos
vers;ilsyfontpitié,&Achille
cesse de l'estre ,toutes les fois,
que vous voulez le reformer.
*Pour cet ordreàregretsesMinistres
s'apprestent
, -
Ils vont, trouvent Achille, interditsilss'arrestent
, La crainte les saisit à rafPeEi du
Heros.
Luy qui les voit troublez les rafseure
en ces mots.
Venez,dit-il,sans crainte,
enlevez vostreproye :
Ma haine [e termine au Roy qui
vous envoye :
Cher Patrocle remets Briseïde en
leurs bras,
* M. de la Motte, p.iS•
Va, mon coeur en gemit, mais ne
l'écoute pas.
Quels mauxsuivrontdeprés cette
injustice extrême
J'enatteste les Dieux,Agamemnon
luy-même.
Maintenant par l'orguëil aveuglé
,furieux,
Unavenir vengeur doit JejJiller.
- sesyeux,
Etles Grecs fugitifs ou mortsen
mon absence,
Ferontvoirdequel bras dépendoit
leur deffense.
jicbillc dit; Patrocle obéit asa
Loy,
Les Herauts vont livrerBriseïde
àleurRoyy
EEllllee mmaarrcchhee aa'1v:Jeecceeuuxx,d, eJjeofllêléee,
interdite,
Craint lesfers qu'elle cherche
9 &plaint ceux quellequitte.
Vouscftes chqqué
,
ditesvous,
des larmes qu'Achille^
répand en voyant partir Bri.
feïs
, tant pis pour vous, il ya
longtems que je sçay que vous,
es11t.es bb"ien éf1lo.ignéf dde recon*-1
noiAre la veritable nature, car
j'oferay avancer qu'il n'y a pas
de gens qui pleurent si facilc.
ment que les grands Heros
les petits cnfans ,-& cela cft si
vray j que tous les plus grands
hommes ont pleuré;maisaou
vient, reprendrez vous, qus-
Agamemnon qui est si paffionné
pour -Chryfeïs,& qui
a dit ouvertement qu'il la prcferoitàla
Reine Clytcmneftrc
GI femme, a cependant le courage
de la renvoyer sans qu'il
soit mention de pleurs. Acela
je vousrépondray que l'un livre
volontairement sa captifVc,
au lieu que l'autre la donne
malgré luy. Homcre a donc
eu raison de retrancher à Agamemnon
ces soupirs& ces re..
grets qui font si indignes du
fils d'Atrér..Pou,rvous, accoû->
k-L
tumc, aN nos O0pcra & a nos
Romans, vous metamorphosez
les plus fameux Héros de
l'antiquité fabuleuse en Bourgeois
Damoiseauxj les Lancelots,
les Amadis, &c. font vos
personnages savonsDefttems
de faire parler M.l'Abbé Régnier
pour suivre nostre paralelle.
Vene% ,
dit il
3
Hérauts des
Hommes & des Dieux ;
Jene'vous iveuxnul mal; &
naccuse qu'Atride*
Va) cherPatrocle, va ,
donne
leur Brijeïde
Ils peuvent librementl'emmener5
mais
mais au moins
fousHérautsfoye%moydevant
les Dieux témoins
Devant tous les mortels, devant
vofireRoymême
QtSaveugle maintenant une su.
reur extrême,
linesçaitpas prévoirce qui peut
tlrrruer ,
Dans quel affreux état il pourra
se trouver,
Etquelbrasy quel Jecourspeut
avec avantage
Des Grecsdans le combatfoutenir r' le courage.'
La priere d'Achille à Thetis
a racrc& fcn entretien avec
cette Divinité font tout. à fail
marquées chez Vous.' * ! Thetis fort à ces mots de si.
+ Grottes profondes,
Et comme une iiapeup., s'élevani
sur les ondes,1 la.
Quevoulez-vous
mon fils
,
ditelle!
ahpar cenomM ,
Répond-il
A
confonde^ l'orgiïei
IfAgamemnon
D'un fils humilie,vange^Vu gnominïe
Et re"parez ma gloire
, ou reprene%
ma vie -, &c. , ::
M. l'Abbé Régnier est en.
core plus mouëlleux que vous,
i
1
ïM, de la Motte,p. 17. 1
Pour devoir vivre peu vous
m'avez mis au monde,
Mais d'un celebre nom la gloire
sansfécondé
Devoit recompenser le peu durablecours
Que l'ordre des DcJlins a prescrit
a mes jours.
VOIIJ m'avez dit cent fois,o
1 ma mere DéejJe
,
Que du grandJupiter telle etoit
la promesse.
Il tientmal toutefoisce qu'ilvous
a promis;
LefierAgamemnon vient d'enlever
mon prix.
Thetis au plusprofond de laplaine
azurée
Etoit alors assisi auprès du vieux
Mcrée;
.Auxplaintes desonfils qui lU)
percent le coeur
Elle part &s'éleve ainsiquum
sapeury
Sur ïarene menue auprès de luj
repose, *
Leflatte&deses pleurs luy demande
la cause.
Hugues Salel a faiticy mer.
veilles-,cest Homere rcffufcité.
Du plusprofond de la mer large.
& creuse
Où'it Thetis la complainte piteuft
De son cherfils;laissant It
vieil pere
Oceanus, enson marin repaire,
Diligemment ensemblance de nue
Vers le dolent Achille est venue:
Maint doux accueil
,
mainte Mie
carejp
JLujfit ,
disant : mon cher fils
he/As, qu'ejl ce ?
D'oùpvieennt sceeci!elas qui a ta
Si rudementassaillie & blejjfee ?
Comptele moy ,
afin quejeconnoijfe
Avec toy ta douloureuseMgoiJJe.
Est il bifoin, ditil, en joupirant
Que la douleur qui me va maryttant
Je te déclaré
3 ayant connu afïeç
Le tort a moyfait, par cesjours
PaJfe<»&c- ; Voilà
un endroit où vous,
croyez estre fore superieur à
Homère qui effeaivement fait
redire par Achille à Thetis les
mêmes vers donc il sest serviau
commencement de ceLivrc
qui commencent dans ma
Traduction par ces paroles:
Çar Chryfès étantalléauxVaif
féaux desGrecs,&c. à cette
Critique si peu judicieuse,je<
fouciens que ces répétitions,
quandelles feroient au moins
de vingt vers comme icy, font
au contraire tres-raisonnables.
Homere ne peut jamais mal
faire, car il n'y a rien de plus
ridicule que de changer sans
necessité ce qui a esté une fois
bien dit. M. l'Abbé Regnier
n'a pas esté si scrupuleux que
vous ,
il n'a pas craint de repeter
les mêmes vers à quelques
petits changemens prés
Vous pourrez le consulter.
Salel aura la preference sur
vous, & M.l'Abbé Regnier
ayant besoin de sa traduction
pour faire une remarque considerable
en passant
,
aprés
qu'Achille arepetéàThetisle
sujet dela divisionavec Aga.
memnon, il la conjure d'employer
son crédit auprés deJupiter
pour le venger des insultesqu'il
a rcceu des fils d'Atrée.
Pour cela illa prend par
son faible, en luy comptant
tous les services qu'elle arendus
au Maistre des Dieux,
lorsqu'ils se revolterent contreluy.
Ilmesouvient, t'avoirsouvent
oiiye
Glorifierqu'il tient honneur ~&
vie
Parton moyen : &que sans toy
Neptune
Accompagné
Accompagné de Juno l'importune
Et de Pallas, avoit ja entrepris
De lesurprendre
, & aprés l'avoir
pris
Les bras lie'{., le faire cheoir des
Cieux;
Mais leur desseindur & malicieux
FHt prevenit : car descendant en
terre
Tufisvenirsurl'Olympegrand?
erre
Briareus, le Géant à cent mains
Dit Egeon
,
le plus fier a;s humains
,
-Qui étonnasifortparsafierté
Le Dieumarin& l'autre Dette1
QueJupitersouverain àemotiYAi
Etcontre lujy plus on ne mut\
mura. ::
Va Uen> ma mere , & remets en memoire
Adeux genoux devant luycette
..-
Hzfloire) &c. :
A quoy bon, direz-vous
cette récapitulationhors d'oeuvre
de la part d'Achille, clic
est vicieuse & entièrement inutilc
pour la fin qu'il se propose
,
puisqu'il peut obtenir de
sa merc la grâce qu'il luy de^
mande sans tout ce verbiage.
Eustathe va répondre pouf]
moi, quoique son observation
: foit pas favorable à mon
xe; il dit donc très judicicument
qu'Homere encetenoit
peint bien le naturel des
mmes: quand il leur est arri-
: de faire une bonne aébon1
les en parlent toûjours &ne
ssent de s'en vanter , parce
je cela leur arrive tres rareent.
Cette remarque du bon
rchevêque de Thessalonique
: laisse pas de renfermer une
orale qui peut être de quelutilité,
quand ceneseroit
e pour vous avertir de ne
oint trop faire bâiller vos
éditeurs par le frequent recit
de vos Poësies.
Vous finissez enfin ce livr
comme vous l'avez commeri
cé, c'est-à dire fort mal.
La prière que Thetisadrefl
à Jupiter est plus capable d'irri
ter ce Dieu que de leflechir,
elle est courte,brusque a
obscure.
Digne Maistre des Dieux sija
mais de son zele -', >
Thetis vousga edonfniédqueelqlueeg,a
Que la reconnossance en tombi
surmonfils; ;
Van,gekfon nom flétri par d*o*
dieuxmépris, J
Que les Grecs repouJjt% & dechusdeleurgloire
Reviennentàsespieds mandier la
victoire,
Vangez l'honneur d'yicbille, &.
faitesqueses jours
Du moins soient glorieux, s'ils
doivent être courts,
Jupiter etces motsgarde unsombresilence
, Et Thetis àgenoux redoubleson
1 instance ;
Parlez , éclaircissez sêntimensconfus
,
Prononcez,sanségard, la grace
ou le refus,
Il faut avoir fait une puissante
diversion avec les Mufes pour
insulter ^vec tant d'orgüeilà
leur plus cher nourrisson |
comment Apollonqui
,
à la
priere deChryses,frappa deses
fleches les mulets & les chiens,
ne punit t il pas aussi les mauvais
Poëtes; vous estes heureux
de n'être pasné dans ces siecles
fabuleux;vous auriez estépercé
d'une fleche allegorique.
Pourquoy avoir retranché les
douces caresses que Thetis fait
à Jupiter, ma Traduction au.f.;
roit dû vous redresser. Elle
trouva Jupiter à l'écart sur 1$
plus hautfomrllet de l'Olimpe. La
Deesse s'assit devant luy & embrassant
ses genoux de la main
gauche &prenantla droite deson
menton elle le supplia en ces termes
, &c. ou bien selon Salel.
Sis'approcha &ses genoux embrasse
Du bras senestre, cm d'une bonne
grace
Tenant la dextre au menton doulcement
Ouvritsa bouche&luy dit humblement,£
rc.
Au lieuqu'à juger de l'esprit
de vostre imitation on diroit
que cette Déesse va quereller
Jupiter&le prendre à partie.
ThflÍs plusprompte,vole au celestelambris
Ydemander raison de l'affrontde
sonfils.
Jupiter écartés'offre seul àfa
vûIëlz
Là cedant aux transports d'une
mere éperduë,
Thetis devant ce Dieu prompte
à s'humilier
* Parses tendresrespects commence
à le prier.
Jupiter à ces mots , &c..
-
C'estlà ce qu'on appelle
corriger Homere?vôtre beau
genievous sert àcoup sûr de
travers toutes les fois que vous
vousmêlez dereâihcr ce divin
Poëce.
La réponse de Jupiterà
Thctis cft le dernier coup de
pinceau avec lequel vous avez
barboiitllé ce Livre; d'un
,Tableau du Carache vous en -
avez fait une enseigne à Caffé,
un tel attentat mérite le carcan
comme M. D.l'a avancé chez
M deC.
* Q£oft'%-vous exiger, dit le
-
Dieu du Tonnerre,
Vos voeux jujejues au Cielappor.
tent-ilslaguerret
Vous (favt'{ pour les Grecs lafa-
* M. de la Motte , p. zg.
1leur de junon;
Elle voit à regret fubfifler Iliont
Parses mtJjnJreshomttMrssi co* -', lleerreecesjltéémmmuè' r
Mats plrte'{ ,
dérobe^ vos deffeins
a sa vue,
j41lc% à votre fils promettre un
prompt fucce%,
Bjen ne peut dans mon coeUT bAlancer
vosJouhaits
En doutez",!jenjure
parmoy-même>
Je me lie à vos vaux par ce fer*
mentsupreme.
Il incline à ces motsson front
imperieux,
Et ce seul mouvement ébranle
tons les deux,
Thttis mole à l*mfiant vers set
grottes profondes? Etfranchisantles airsyfeflongé
fous lesondes.
C'cflainfiquen terminant
ce Livre, vous délivrez d'un
ennui mortel, tout lecteur
amateur dela faine Poesietelle
qu'elleest chez chez M.VAbbé
Regnier ; il feroit à fouhaiter
qu'il cût traduit aussi hcroïquement
l'Iliade entierey
comme il a fait le premier Livre
,
qui efl: le seul qu'il nous a
laissé.
Quand le douzièmejourfut 'Ue..
- nu, tous les Dieux,
Tous en troupe marchant,retour*
netent aux deux;
Le puisantJupiter marchoitseul
,
a leur ttfte
Pour aller sur l'Olimpe
J
alors
Tbettss*apprefie, &c.
Souverain Jupiter,sijamais j'ay
rkn fait
Qui vousfut agréable,exauce^
monfouhait
Comble,,C J'honneur mon fils qllattend-
une mortprompte,
Et quAtride a comblédedouleur
& de honte, &c.
AinJiparla Tbetis; legrandOlym*
pien
Demeura quelque tems jans luy
répondre rien : - Ellequi s'afferçoit qu'il doute
'&delibere,
Sans quitterfeîgenoux, infifle &-
reitere.
Accordez ma demande; ou puis
que vous pouvek
Tout refusersans crainte,&que
vous leffave7,
Ne vous contraigne'{ point, &
laijje^-moy connoitre
En quel rang près de vousje puis
esperer d'estre
J
&c.
Je vais le confirmer par un figne
certain
Vnfigne irrévocable&qui rieft
jamaisvain
Vers Thetis
3
à ces mots, doucementilincline
Desonfront immortella Majesté
divine
Tantsonpoils'agitasurson chef
glorieux
Etce figne legerfittrembler tous
les Cieux.
Homcrcdit à la lettre:En
même tems ilfit un fignede ses
noirsfournis;lesfaciezcheveux
furent agitez sur la tête immortelle
* du Dieu, &il ébranla tout
l'Olympe; ou bien félon Salcl;
Soubdainementfitsa tesie branler,
Et les fourals tellement ébranleri
Qnau Jem mouvoir desa perrutH'
quefainte
Le grandOylmpe en trembla tout
decrainte.
A ce propos on dicquePhydias
voulant faire une Statue
de Jupiter3 & n'étant pas content
de l'idée & du modèle
qu'il s'en formoit luy même
dans sa teste
, entra dans l'Ecole
d'un Retheur qui expliquoit
Homcre à ses Disciples,,
'& qui en étoit justement à cet
endroit dontil faisoit sentir la
beauté; ce grand Sculpteur tfut en
si frappé, qu'il fit un des
plus beaux ouvrages que l'an-
»
tiquicéait admitezjau lieu que
de toute l'Iliade entière ,vous
en avez fait un monfire, un
compote bizarre qui causera
autant l'indignation des siecles
à venir
, comme lePoëmc
d'Homere a produit l'admiration
des siecles passez.
Ceux qui prennent ferieufement
parti dans cette cause,
fendront mieux quemoy l'espritde
la Lettre suivante,ils
en feront l'urage & l'application
que bon leur femblcra;
mais il ya une autre forte de
public qui ne cherche qu'à
samuser & qui exige des fameux
metix Auteurs comme moy, des
pieces dont les sçavants &
grands raisonnements ne donnent
point la torture à l'imagination.
Jayjustement son
fffaire,& en voicy une qui luy
convient. C'est
,
Messieurs
à
ine Lettre qu'un galant homme
qui a certainement beaucou
p desprit,adresseàvous
,
i moy) ou putoc à tout ta
monde.
r Je ne puis, Monsieur, répondre
mieux à la curiosité,
jue vous me paroiflez avoir
ic ce qu'on pense dans !«.
monde pour & contre les-
Avril 1715.O
Auteurs anciens, qu'en vous
racontant une conversation
qui se p essa hier aux Thuilleries
assez prés de moy entre
deux Dames
,
dont l'une est
grande, blonde & serieuse
J l'autre est brune,de taille me.
diocre
,
mais libre, & d'un
air assez vif
Apres que chacune d'elles
eût donné des loüanges à la
beauté de l'autre, & que
pour exeufer les deffauts de la
Îîenne
,
elle eût allégué ou fupporé
quelque legereincommo-
-
ditéj enfin après qu'elles eurent
épuisé tout ce quenfeigne
le grand arc de flatter
l'amour propre d'autruy
,
&
de ménager les intérêts du fien,
j'entendis la plus grande dire
à l'autre.
Avez-vous lû le Livre de
Madame D. Madame.
LA BRUNE.
J'en ay parcouru quelques
Feuillets
,
Madame
,
pendant
qu'on me coëffoit, & hier au
oir que j'avoislatête encore.
échauffée d'une reprisede Beran;&
quejene pouvoism'endormir
je me le fis lire, &
l'en fus tres. satisfaite.
LA BLONDE.
Oh,Madame, il n'yarien
de si beau, nostre sexe a bien
de l'obligation à Madame
Da. son exemple suffit à faire
voir l'injustice des hommes
qui nous veulent exclurre de
-
la République des Lettres, &
qui non contents de nous faire
un crime de l'usage de nos
coeurs,nousinterdisent encore
l'usage de nostre esprit.
N'avez vous pas esté bienaise
de voir avec quel air de
superioritéelle traite ce pauvre
la M.
LA BRUNE.
Nous avons toutes interest
à luy applaudir, Madame, je
voudrois feulement qu'en se
saisissant des avantages que les
hommes se sontreservez,elle
conservât toute la douceur,
toute la modestie qui font
nostrepartage & qui nous
siéent sibien,mais ce que j'ay
le plus de peine à luy pardonner
,
c'est qu'elle mêle dans sa
querelle,les Romans & l'Opera.
Qu'elleaugmente nostre
gloire à la bonne heure;mais
qu'elle ne retranche rien à nos
plaisirs.
-
LA BLONDE.
- Ah ma chere ! ctt- il possible
que depuis que vous avez
douze ans passez, vous ayez
encore du goût pour des choses
si frivoles.
LA BRUNE.
Mais,Madame, cette Iliade
devant laquelleMadame D. est
toujours à genoux, est-ce
donc une Histoiresacrée?
-- LA BLONDE.
Oh non, Madame, si c'étoit
une Histoire çe ne pourroit
être le sujet d'un Poëme
Epique; & si vous avez lû ce
qu'en dit le grand
LABRUNE.
r< Je ne sçay point ce qu'ont
dit ces grands
,
Madame
quand , je trouve leurs noms
dans un Livre,je les faute commeceschoses
qu'il ne nousest
pas permis de prononcer; mais
j'aytoujourscomprisqu'un
tissu d'avantures qui n'est pas
une Histoire, est un Roman.
LABLONDE.
auRoman si vous voulez, mais
moins ce n'est pas de ceux
dont lesHeros toûjours polis,
toûjoursgenereux, font insupportables
à force de mérite.
Icy vous voyez peints au naturel
tous les deffauts d'un fieclc
grossier, vousyreconnoissezla
simplenature, & j'aime
bien mieux voir ces illustres
grivois se chanter poüilles, &
faire eux mêmesleur fricassée,
que d'entendre nos braves &
nos mignons, toujours guindez
dans les plus nobles sentimens
defierté, ou confits dans
les plus tendres sentiments de
l'amour.
LA BRUNE, -
Il est vray que la peinture
de ces tems impolisaquelque
chose de curieux,le portrait
d'un païsage brute &sauvage
peuri
peut avoir sa force & Ces graces
: je comprens bien que des
siecles plus policez ont pû en
être charmez;on aime à voir
les petites malices & les jeux
ridicules de l'enfance dont on
est revenu; mais je ne f<¡ay si
nos Modernes ont eu tort de
tracer quelque chose d'utile
dans des peintures qui ne sont
pas faites feulement pour le
plaisir des yeux, & si en montrant
les hommes tels qu'ils
font, ils n'ont pas dû les representer
quelquefois tels qu'ils
doivent être, quand leur siecle
plus heureux que les premiers,
a fourni des exemples, ou du
moins des idées de dignité Si
de delicatesse,c'eût esté trahit
sa gloire & l'utilité des tems
à venir, que de les supprimes
par une scrupuleuse imitation
des Anciens.
- LA BLONDE. 1
Oh ma chere! les sentimens
ont pû se perfectionner
, 1
connoissances se développera
& s'étendre; mais 1arc de la
Poësie fut porté tout d'un
coup par Homere à un degré
de perfectionauquel il nJc.
pas permisde prétendre. "1
l' LA BRUNE.
Oüy. Je comprens partout
ce que j'entens dire d'Homere
qu'il eût plus que tout autre
l'esprit Poëtique ; je crois que
le feu de son imagination a
échauffé celle des Poëtes qui
- l'ont suivy,& a merité par là
leurs hommages. Je ne doute
point que M. de la M.luy même
n'en ait esté touché, quand
il a entrepris de l'imiter; mais
j'ay peine à croire que les avantures
de l'Iliade soient aussiinteressantes
que celles de Cleopatre.
La versification d'Homerc
dans une Langue qui luy
estavantageuse, peut luy fournir
des graces que nôtre prose
n'apas, & que nos rimes ne
peuvent peut-être avoir;mais
pour ce qui est de laconduite
d'un Ouvrage, de la noblesse
des caracteres, de la beauté des
situations, bien des gens
croyent l'avantage du costé
des Modernes.
LA BLONDE.
Oh Madame!que ces genslà
auroient besoin des leçons
de Madame D. pour apprendre
à discerner ce qui ca admirable,
ce qui est divin,d'avec
ce qui n'est que - fade &insipide,
Osent-ils. se revolter
contre des approbationssi anciennes,
siautentiques ? quelle
audacelouct orguëil!
LA BRUNE.
L'orguëil se cache sous bien
des formes, Madame; il se mê.
le dans les loüanges aussi bien
que dans les critiques, & c'est
ce qui fait que les unes ni les -
autresne s'arrêtent guere dans
leurs justes bor nes. S'il y a de la
vanitéà ne se pas soumettre à
des autorirezrespectables,n'y
m a-t il point à soûtenir ses
prejugez contre les lumières
que la raison vient offrir. Un
-
Grec en loüant son Compatriote
aura cru ne pouvoir élever
trop haut une gloire à laquelleil
étoit associé. Les premiers
Latins qui connurent le
Grec ne pouvoient trop priser
un tresor qui n'estoit que pour
eux; un sentiment si naturel
est de tous les siecles, Madame.
LA BLONDE.
Ah Madame! peut-on soupçonnerdes
ames si tlevéesJdes
cfprits si éclairez, d'avoir esté
susceptibles de quelque vanité
,
& prodigues de loiiwgcs,
Sçavez vous, Madame ,qu'ils
avoient fait écrire lesOuvrages
d'Homere en Lettres d'or
sur la peau d'un Dragon;oseroit-
on encore voir des dessauts
dans un monument si
respectable,s'ilestoitparvenu
jusques à nous;mais helas il
perit dans cet incendie qui arriva
à Constantinople
,
lorsque
Leon l'Isaurien fit condamner
les briseursd'Images.
LABRUNE.
J'ignorois, Madame, une
chosesicurieuse; mais cela me
fait venir à l'esprit une penséc:
fie se pourroit-il pas que dans
cet incendie ou d'autres semblables,
les Ouvrages d'Homere
eussent peri, & qu'il ne
s'en fut sauvé que quelque imitation
,telle que feroit à present
le Virgile travesti, ou la
Critique de Telemaque , si
nous en avions perdu les originaux
,qu'en ditcs-vous.
Madame ? ces Dieux qui battent
leurs femmes& qui fuïent
devant les hommes, ces harangercs
immortelles, ces braves
qui rapportent si à propos leur
genealogie, & y trouvent de
si bonnes raisons pourmettre
bas leurs armes redoutables.
Ce Heros si fier & si terri ble
qui va bouder dans son Vaisseau,
aprés s'être laissé ôter sa
Maistresse , sans faire autre
chose que de porter la main
sur la garde de son épée, tout
cela n'at-il point l'air d'êstre
quelque descendant du costé
gauche,qui aura recuëilli les
magnifiques loüanges données
à la verita ble tige.
LA BLONDE.
Vous riez
,
Madame,de
i
chosebien serieuses .c'e*ft une
impictequi'refremble en quelq,
ue façon à celle que Leon ex- termina.
> LA BRUNE.
Oh Madame!je ne prétends
pointestreimpie,j'aime mieux
donner de l'encens à Homere,
& je le respecteray en VOUS)
comme s'il estoit encore sur
la peau de ceDragon.
La grande Blonde rougit ài
ce mot de Dragon; les tons
s'aigrirent, & nos deux Dames
commençoient à faire les
Déesses, quand un de mes amis
qui me vint embrasser, me fit
perdre la fuite de leurs discours.
Je suisde tourmon
coeur,
&c.
Aprés avoir raisonnablement
parlé de Critique, d'Anciens
& de Modernes, &
avoir mêmeapprehendé que
cette querelle ne s'emparât de
tout mon Livre, je fuis enfin
parvenu à obtenir une trêve
des combatans. Je vais profiter
de cette suspension d'armes
pour vous entretenir des
nouvelles generales.
t
De Madrid le premier Avril |*7lS>
Mardy passé l'on publia la
résolution du Roy de confier
dorénavant à des hommes
l'éducation du Prince & pour
ne point charger le Trésor
Royalde frais, l'on a nommé
les mêmes Officiers qui fervent
le Roy actuellement ; les
principaux sont le Marquis
de Valera & de Solera pour
Gentils hommes de la chambre,
les Marquis deVilla Garcia
,& deValouze pour Maître
d'Hôtel de semaine
, on luya
donné pour Confesseur le Perc
Marin homme de Lettres
& d'un merite distingué;la
Marquise de Salsedo sa Gouvernante
a fait paroistre beaucoup
de tendresseàcetteséparation
; &le foin que jusques
icy elle a prisedu Prince, a été
fecompenfée d'une place de
Dame d'Honneur de la Reine.
1- Le Roys'affermissantdejour
en jour dans ses desseins
, a
écrit aux Evêques, Archevêques
de son Royaume ,des
Lettres Circulaires, par lesquellesil
leur ordonne qu'a-
Vec une liberté vrayement
Chrétien-ne) ils luy marquent
les moyens qu'ils imagineront

les plus propres à maintenir la
JufiLCC dans ses Etats
J
& sL
procurer le repos à Ces peuples;
Le Cardinal del Judice a
pris possession de son appartement
au Retiro sans permettre
cependant que les Dames en
sortissent, aimant mieux se loger
plus étroitement; illuy
- cil depuis venu un ordre d'exercer
comme auparavant sa
Charge de Grand Inquisiteur;
c'est une satisfaction que l'on
donne à la Cour de Rome.
A la recommandation de
son Eminence, l'on a ordonné
de rétablir dans leurs places
de ConseillersdeCastilleDon
Loüis Curiel, exilé à Leon
, Don Francisco de Avana,&
Don Pedro de la Grava ,
dépossedez
de leurs emplois tous
trois pour avoir soutenu les
interdis du Cardinal.
Le jour de l'Incarnation la
Reine servant des pauvres à
dîner, elle se trouva un peu
indisposée, sur quoy les Medecins
ayant esté consultez,
ils jugerent à propos de la saignerau
bras comme l'on fit
sans qu'il y ait eu de fuite fâcheuse.
| Le voyage d'Aranjuez ayant
étérésolu l'onaaverty les Dames
qu'ellesn'avoient qu'às'y
disposer, ce qui fait croire que
ce fera bien tost.
Le Mardy apresdîner on
- assembla le Conseil extraordinaire
deCastille, pour examiner
la Bullequi supprime la
Monarchie de Sicile, comme
avoir déjà fait le Conseil dEtat.
Voyant la lenteur avec
laquellel'Assemblée procedoit
au Règlement des Tribunaux
il vint un nouvel ordre pour
accelerer cette affaire,& Vendredy
l'on la remit entre les
mains de Sa Majesté
, non
sans inquiétude de plusieurs
Ministres.
Dans une autre Assemblée
particulière du Conseil de la
Marine,
Marine, il fut résolu de renvoyer
tout à fait le Duc de
Tursis,à son Escadre appellée
l'Escadre de Genes, & d'ordonner
au Contrôleur qui se
trouve dans cette Ville, de
livrer tous lesForçats qu'on y
trouvera du compte du Roy.
Cette résolution a étésignifiée
ley à celuy qui fait ses affaires.
SaMajestéanommé de son
Conseil d'Etat, le Marquis de
los Balbafez
iqui
demandoit
la permission de se retirer en
Italie, & l'on a eû en veuë de
s'arrêter icy par ce moyen.
( Par des Lettres de Barcelone
du 23. du passé ,il paroist
qu'on a differé l'expédition
de Majorque, parce que l'on
a résolu d'embarquer plus de
Cavalerie qu'on avoit d'abord
eû dessein d'en embarquer
, &
de garder pour la remplacer
celle que l'on fait marcher de
Valence, & d'Arragon,pour
tenir en bride les Catalans qui
paroissoient avoir quelque
desseinde rcmüer du cofté de1
Salens & de Manreza
)
dequoy
le Gouverneur ayantété
averty ,
il s'est asseuré de Mo-j
ragas, chefdes rebelles & de
quelques autres sédicieux comme
luy ausquels on fait actuellement
le procés.
, Et par les nouvelles du 30.
on a eu avis que le procès dudit
Moragas examiné,il a
été convaincu du crime de
rcbellion, & condamnéà être
attaché tout vif& traîné à la
queuë d'un cheval furieux dans
les places,& dans les ruës de
Barcelone ),& ses camarades à1
ètre pendus;cette Sentence 9
été executée le 2.9. On ne doute
point que ces chastiments
exemplaires nereduisent enfin
les esprits inquiets des Catalans.
(
Il y a trois jours que Mj
Metwin, Ambassadeur d'Angleterre
,
est arrivé en cette
Ville avec une grande suite ;
le lendemain il fut rendre visite
au Cardinal del Judice qui cO:
chargé de traiter avec les mi1
nistres Etrangers, & hieril eût
une Audiance particuliere du
Roy,on ne sçait s'il prendra
le caractere public,à cause
des difficultez qui se rencontrent
sur le ceremonial des
Ambassadeurs.
Le Roy a donne au Prince 1
de Chélamarre vingt quatre
mille piastres de revenu annuel
à prendre sur les biens
du Marquis de Vallé
,
confisîquez
dans la nouvelle Espagne,
avec pouvoir de nommer
qui bon luy semblera pour la
levée de cette rente que le
Roy luy accorde non-seulement
pour le dédommager
des pertes qu'il a faites dans le
Royaume de Naples,maisencore
pour survenir à une partie
des frais de son Ambassade
en France. S.M. C. a ajoûté
à. cette récompense vingt-un
mille piastresd'appointement
qui joints aux vingt- quatre
mille de confiscation luy font
plus de quarante cinq mille
écus de revenu. -,
Voici la Lifte desOfficiers
de la Maison de Monseigneur
le Prince des Asturies.
Gouverneur de Monseigneur.
M.le Cardinal del Judice.
Gentilshommes de la Chambre.
1. Le Marquis de Valero.
2. Le Marquis de Solera.
Adayordomes. *
I. Le Marquis de Villagarcia.
¡:
2. Le Marquis de Valouse.
Sous-Gouverneur.

Don Fcrnandode Figueroa.
ConfesseurdeMonseigneur.
: Le Pere Marin Jesuite.
RepetiteurdeMonseigneur,
| Le Pere le Compasseur, Je*
fuite.
M. Hersan le pere, Maître
de la Garderobe.
Valets de Chambre.
I. Don Juan deOviedo.
2. Don Diego Sentinana.
3. Don Geromino Porto-
Carero.
r, 4. Don Antonio Puntejos.
Garçons de la Chambre.
I. Le sieurPichelin.
* 2. Le sieur la Combe le
padeç,.
3. Le sieur Guichard.
4. Le sieur Martinet le ca- det.t
-
Garçons de la Garderobe.
I. Le sieur Dutillot. j
2. Don Bartholome Poveda.
3. Le sieur Martinet l'aîné.
Barbier &Perruquier
de Monsigneur.
Le sieur Biner.
k La Chapelle. 1
La même que celle du Roy d'Espagne.j L'Escurie.
Estcelle de la Reine,autu.
bien que les Offices tant de la
Bouche
i
Bouche que du Goblet.
Je ne fais point de pr éambule
pour annoncer la nouvelle
extraordinaire qu'onva
lire; j'aime mieux laisser aux
Lecteurs le plaisir de la furprise.
Phenomene apparusur les Costes
de Barbarie.
Le 18. de Février dernier
entre 6. & 7. heures du matin,
leCiel étant fort clair, &
le vent au Nord Oiieft, on découvrit
un petitnuage audessus
du Château d'Almanza,
Forteresse de la cote de Barbarie
: quelques momens aprés
on vit sortir de ce nuage une
figure de la longueur & de la
grosseur d'un homme
, avec
trois têtes noires detachéesdistinctement
les unes des autress
son corps parut de trois couleurs,
bleu, rouge,& blanc;
sa gorge estoitformée à peu
prés comme celle d'un pigeon,
mais de couleur de feu tresenflammé,&
de ses trois gueules
on voyoit sortir des étincelles
qui se multiplioient à
peu prés avec la même violence
que celle des fusées volantes
; elle resta longtems sur
l'horizon dans cette forme,
puis elle fuivic sa course audessus
de la Ville de Tarif,
deux lieuës au Nord,& repassaauSudoùelle
s'étendit si
loin, & s'éleva si haut
,
qu'on
la perdit de vûë. Je ne donne
point cecy pour un conte ,
plus de cinquante Villes en
font témoins.
A Venise le 2.3. Mars 1715.
Toute l'Europe est trop attentive
sur les mouvements
des Turcspour ne pas souhaiter.
d'apprendre au moins le
nombre des Troupes que les
Venitiens, qui sont le plus exposez
à leur puissance,leur opposent.
Voicy un état de leur
Armée Navale.
DISTINCTION
de ïdrmée de la Republique
de Venise, qui est en Mer.
ARME'E LEGERE.
GALERES.
I. Bastarde pour le Capitaine
General.
I. Pour le Provediteur d'Armée.
I. La Capitaine du Golfe.
I. Gouverneur des Condamnez.
Nobles Sopra Comiti.
",
I. Benoist Ciurano.
I Philip. Antoine Boldu.
I. Jean Fofcarini.
I. Mathieu Soranzo.
I. Pierre Louis Bembo.
I. Louis Gritti.
I. Vincent Capello.
I. JeanBoldu.
I. Vincent Loredan.
I. Justin Dona.
<
I. P erre Minotto.
I. Jean Badoer.
I.Jean Querini,
I. AngePasqualigo.
I. Jean Paul Bragadin.
,
I. VictorBon.
I. Jerôme- Marie Balbi. jj
2. Galeres de Dalmatie.
4. des Isles duLevant.
Les Galeres sont ij
outre les auxiliaires.
I. GCaleassae. pAnteoinel-lMoari.e
1. Galeasse. Georges Grimani.
Il y a outre cela autant de
Galeottes renforcées.
GROSSE XPMEIE.
Vaisseaux du premier Rffîg.
La Couronne.
La Colombe d'or.
Le Grand'Alexandrc.
La Croix rouge.
La Valeur.
Le Neptune.
La Lignesacrée.
La Rose.
S. André.
S.Nicolas.
L'Iris.
LaVictoire.
L'Hercule.
La Constance..
L'Aquilete.
Le Fenix.
S. François.
La Salute.
S. Pierre.
Les susdits i<>. Vaisseaux
font déja en Levant.
Outre lesquels
4. du Pape.
4. De Malthe.
Quatre doivent partir aprés
Pâques:Sçavoir,
L'Aigle Vatiere.
LaFoy.
La Terreur.
La Reine de la Mer.
( Et plusieurs Vaisseaux de
transport armez en guerre qui
feront mis en cordon, en cas
de combat.
Plusieurs autresBastiments
de differentes qualitez pour
servir detransport.
Quece que vous allez lire
Messieurs, , soit bien ou mal
conçu avec ce que vous avez
lû, que vous importe > vous
estes bien à cela prés, avec
moy. Vous sçavezque je n'ay
pas fait voeu de ne pas vous
laisser la liberté de reprendre
haleine
,
d'ailleurs il n'y a
point de loy qui m'oblige
vous faireenjamber régulière
ment toutes les pieces du Mercure.
Ainsi soit. Je vous diray
donc, faufvostremeilleur
avis, que l'usage où j'ay éd
jusqu'à present de vous donner
des extraies des discours
de l'Academie Françoise
,
est
un usage que je supprime cc
moiscy pour deux ou trois
raisons; la premiere c'est que
jusqu'à present mon Livre me
paroistsisçavant, que j'aurois
peur de vous ennuyer & de
vous fatiguer si je faisois avec
vous denouveaux frais deriïdition,
la seconde c'est que j'ay
appris de bonne parc, que c'est
déchirer les entrailles des Sçavants
,
quedes'aviser de donner
leurs penséespar extraits y
& enfin c'est que je n'aynyle
lieu ny le loisir de faire aujourd'huy
ceux dont il est question:
J'en suis pourtant bien fâché ,
car M. de Boze qui fut receu â
l'Acadcmie Françoise le 30;
du mois passé, y fit un discours
qui fut applaudi generalement
de tous ses Auditeurs, & d'ailleurs
,
il est particulièrement
digne d'une estime univerfclle.
M. Dacier, Secretaire perpetuelle
de l'AcademieFrançoise
luy répondit avec beaucoup
de force & d'éloquence : j'eus
l'honneur d'entendre son dif
coursou , en Protecteur déclaré
des Anciens, il attaqua
vivementles Modernes. De:
qu'ileûtcessé de parler, M. de
la Motte quine laisse rien tomber,
prit modestement la parole
J
& récita avec le flegme
que vous luy connoissez
la fable qui suit: je la fais
imprimer sans son aveu;mais
je ne croy pas en avoir bésoin,
ny devoir m'exposer à un refus
de sa part, pendant que je
peut profiter d'un larcin. que
luy a fait ma memoire.
FABLE.
L'Ecrevisse, dit-on
3 a sa
façon d'aller
Etsa marcheest dereculer.
Une EcrevissePhilosophe
Oui sans raison n'adoptoitrien,
Et qui danssonespriteûtl'esprit
de l'étoffe
Dont parmy nous Descartes eût
le sien ;
Cette Ecrevisse donc examina /4
chose
, Latrouvaridicule en soy.
Etn'enput trouver d'autre cause
Qu'un usage ancien mais voiL
bien de quoy
Autoriser unesotise,
Dit-elle,ejjayons l'autre guift:l
Elle lefit,s'en trouva bien,
Puismoulut enseigner les autres
Messoeurs je n'ay d'interejl qu
les vostres,
Ecoutez-moy pour vostrebien:
Quittons nostre marche incertaine
J'ensçais une qui convientmieux
Faisonssuivre la queuë, &qu
la tête mène
Et pourguides prenons nosyeux
LagentEcrevisseestbien bonne
D'allersanscesse se heurter
Ne sçavoir où l'on va , dans
quels pieges l'on donne,
Je sçaisce quejedis,&moy même enpersonne
J'ay fait l'essay, regardez-moy
trotter.
Bon, dit une vieille obstinée
Celle-cy veut sçavoirplus qut
nosanciens:
allons comme on alloit, quant à
moyjem'y tiens,
Pournous régirse croit-elle donc
net.
Petit esprit, mettez ses rtliflns
boutà bout
Vous trouverez orgüeil,rêverie,
Cr cesi tout.
La vieille dit
, &sesinjures
L'emporterentsur lesraisons,
La Philosophe essuya les murmures
;.-
Dusotpeuple&lestêtes dure
Firent gloire d'allertoujours a
reculons.
Pour les vieilles erreurs poin
derespectbizare,
Examinons la,nouveauce,
Par les deux excès l'on s'égare
Mais la raison va droit, mar
chons de son côte.
Je n'eus pas plûtôt entendu
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux. Enfin je
décachetay ,& je lûs avec plai
sir cette Epîtrc que vous pot
vez lire.
A Pagninople le,&c.
EP\CVRE
Toutes les Jurisdictionsceleste
n'ont qu'unseul Sergentfecel
nousfaitbien connoistrequ'on ej
plus heureuxauCielquen Terre;
ce Sergent c'est vous-même,
à ce que mont ajfturégens qui le
sçavent mieux que moy. Surce,
fayété chargé de vous envoyer
l'arrêtquevous trouverezjoint
à la presente
, pour le signifier à
qui il appartiendra. Vous Jerie%
peut-être plus aise de le recevoir
de la main d'Apollon que de la
mienne; maisécouté-moy3 &
ne vousfâchez pas. Le Greffier
de la Cour des Muses l'ayant enregistré,
le donpa ason Commis,
javcc ordre de le grossir ; le Commis
au lieud'obeïrpromptement
alla au Cabaret où j'étois alors ,
0* s'enyvra très- proprement;
j'ouvris le Reggiifsirter,ejy, *" vviiss- bien
Jes curiositez, je jugeay à propos
de le derober,~&je lefis. Le Commiss'étantéveillé~&•
ne trouvant
plus son Registregagna aupied.
Le Greffier en étant averty,monta
en chaise de posse pour courir
apres;enfin le blond Phoebus ne
les voyantrevenirnil'unni l'autre,
s'estmis à chenal sur Pega^
e5£<r ilsfont actuellement à
courir les uns après les autres. Je
nevous mandepascelapourvous
fairepleurer, mais parce quejay
oijy dire que vous iriez bon compagnon,
gr que vous aimiezaffeK
la pinte, témoin le tour que
vous fîtes audit Apollon lorsque
vous luy enlevâtes Subtilement
son carquoisde dessus les épaules.
Ne dites donc point de qui vous
tenez, L'Árftjf que je vous envoie
, &je vous promets de ma
part de ne dire à personne quevous
le tenez de moy. Je suis aujji
humblement qu'on peut l'estre au
Dieu Mercure,
Vostre très,&*c.
AKAKENTREKE,
ARREST DU CONSEIL
d'Apollon rendu au sujet
du Procès d'entre M. de la
Motte Houdart, & Madame
Dacier.
Veupar le blondPhoebus étant
en sonConseil,
L'Iliaded'Homere~& celle de la
-
Motte :
Lepremierestimé Poëte sans pareil,
Quoyqu'à nenpoint mentir ,
fort
souvent il radotte.
Lesecond regardé comme un an~
dacieux
Qui de l'art, n'eut jamais la moindre
connoissance,
Bien que par des écrits solides,
précieux,
Saplumetrès-souventaitenchanté
la France. -
Veu de même à loisir & non en
unseul jour,
Leprolixe Faélum de l'Avocat
femelle
Qui contrecet Auteur,maisd'un
fiile ajjèzc lourd,
Débité chaquepage une injure
nouvelle.
Entendu le rapport, le tout confideré,
-
Et voulant decider cette. importante
affaire
Sans attendrequ'Houdart à ce
fadenarré
Aitfait une réponse, en cas qu'il
daigneenfaire;
Phoebus en son Conseil jugeant
les deux Auteurs,
A dit que l'Iliade étoit tres-mal
ecrite.,
Et que malgré les cris deses adorateurs,
Ses trois mille ans faisoientpresque
toutsonmérité.
Que la Motte pouvoitjouir dés à
present
Des honneurs decernez aux Poë-
'; tessublimes)
Et
Et devoit mépdriseir lse caaqunet mtE.
Del'Auteurféminin qui censure
sesrimes.
Etpour punitiorn diueLivureinxju-
Composé contre luy par ladite
Femelle,
Où,pat m attentat aussï grand
, j. >J qu'odieux
Elle J noozeudu bvon geoût flailreeleç.on LeditSeigneurPhoebus
,
seul
ayant qualité
Pour juger les procès mûs sur
cette matiere
Descejourl'acondamne,àperpe:
tuité 'i
De ne parler que GREC
même à sa Chambriere.
Les fautes d'impressîon qui
seglissent souventmalgré mes
soins, dans les articles les plus
importants de ceLivre,& dont
je ne m'apperçois que lorsqu'il
n'y a.plus de remede, m'c»
bligentàessayer de les reparer
autant qu'il me fera possible,
par une nouvelle exactitude :
& pour cet effet à donner tous
les mois un Chapitre des errata
& des omissions,que je meu
tray regulierementàlatêteou
à lasuite des choses ausquelle
il aura du rapporc. Par exemple,
dans l'article des Mariages
du mois paffé ,il y a deux failles
& une omission consideraples.
Au sujet de M. dç Lanoignon
il faut lire à la page
19MCffire Guillaume de la.*
hoignon,Seigneur de Blanc,
nesnil,Avocat General auPar-
, :menjc de Paris,&c,
A la page 203. ai) sujet de
4.leComte d'AtbeM
cft frere de pere de feuë Maame
la Marquise de Lavardin,
te. & à la page 205. ce que
syomisausujetde M.leMaruis
d'Arpajon m'oblige à rcrprenidreal'articgle
deeion M.a- Messire Loüis d'Arpajon,
Marquis d'Arpajon, Lieutenant
General des Armées de
Roy, & Chevalier de rOrdrc
de la Toison d'or,fils de Jean
Loüis d'Arpajon, Marquis dl
Severac, & de CharlotedeVet
nou de Bonneil
, & petit fil
de Loüis, Duc d'Arpajon,Mar
quis de Severac
,
Lieutenans
General des Armées du Roy
& au Gouvernement de Lan
guedoc
,
& Chevalier de se
Ordres, & de Gloriande d
Lauzieres de Themincs sa pri
miere femme, fille du Maréchal
de Themines, a épousé
Charlote-Anne le Bas, soeur
(de Dame Catherine le Bas de
Montargis, femme de Jean-
François Henault
,
Présidene
des Enquestes du Parlement de
Paris, & fille de Claude le Bas
<3e Montargis, Garde du Tresor
Royal, & d'Henriette-
Hardouin Mansart, fille aînée
de feu M. Mansart, Sur- Inrendant
des Bastimens du Roy, &
petite fille de François le Bas,
Secretaire du Roy
,
premier
Commis des Finances fous M.
le Cardinal Mazarin & fous
M. Colbert, & Conseiller d'Etat,
dont la famille est distinguée
dans le Berry d'où, elle
tire fou origine. La Maison
d'ArpajonRoüergue est une
des plus illustres&des plus anciennes
du Royaume, & elle
s'est alliée aux Maisons deNarbonne;
de Roqueseüil, GauccUrt,
Harcourc, Aubusson,
Escars,Bourbon, Roussillon,
Castélnau
,
Loubens de Ver-
, dalle,&c.
La confiance&l'amitié singulieredont
M. le Duc deVendôme
honoroit M. d'Arpajon,
Teftime&laffe&iongénérale
des Soldats & des Officiers qui -
ont servy avec luy,14 reducnon
des Châteaux de Venasque,
d'Areins & de Castelleon,
&un grand Pays plein de rebellesqu'il
a fournis à l'obéissance
du Roy d'Espagne,sont
des preuves certaines de foq
merite;mais sa reconnoissance
prefere à ces suffrages universels,
le témoignase
,
éclatant
que Sa M. C. a rendu à sa vertu
par un écrit de sa propre
main, & dont voicy les termes
traduits mot pour mot sur l'original
EspagnoL
LE ROY.
Monsieur le Marquisd'Arpajon
,
les nouvellesque vous
m'a,vek données de la reduction
dts Chasteaux de Venasque
, &
de Castelleon, m'ont étési agreablejs
,
aussi bienque le zele,la me
leur & la conduite avec lesquelles
vous avc%fournis à mon obéissance
cesPlaces importantes, Cm
le Pays de leurs dépendances; qu'-
en preuve de la reconnoissance que
j'ay cru devoir à ces bons services,
à ceux que vous mavie% déja
rendus au Chasseau d*Areins
& à vôtre propre personne, je
vous accorde la Toison dor.A
Correille ce 18. Octobre 171!•?
Signé, Moy le Roy. ","':
Un des amis de M. cfArpa'.(
jon,homme de confideratiorr,*
& distingué dans les Lettres,
&dans les Emplois qu'il exerce
avec honneur
, ayant appris
cette nouvelle, luy envoya les
Vers suivants. -'
L'éclat de ta noble Maison,
Et Venasque,&Castelleon,
Soumis en moins d'untCampagne;
Mefont dire que la raison, )
De Philippestoûjours compagne
Présidoit y au Conseil d'EJpàgne
Quandilt'a donné la Toison..--
Depuis peu un autre particulier
,
sensibleaux marques
d'amitié qu'il a reçues de luy ea
Espagne& ailleurs
,
autant
qu"lll'cdà son propre mérite,
ayant appris la nouvelle de son
Mariage avecMademoiselle de
Montargis, l'en a felicite par
les Vers que voicy.
Quel concert de plaisirs ! quelle
brillantefeste!
L'hymen pour ton bonheur vient
dechoisir le jour,
Où du chefd'oeuvredel'amour , L'amourt'asseure Ils conqueste.
Quel jour, illustre d'arpajon!
La plus éclatante njtfht're>
EtVenafôjHéfjrCaflelleon
Offrentenvain à la memoire
Toute lasplendeur de ton nom :
Ces grands monuments de ta
gloire
N'égalent qu'apeinele don,
Dont aujourd'huy l'hymen enru
chit ton histoire.
Et Doits aimable, jeune& belle
Montargis
Sous les doux noeuds'qtiiforis-àf.
ftmblent,
1
Que le Ciel vous donne desfils
Et desfillesqui vous ressemblent,
Je tombe aujourd'huy dafli
un inconvenient que je doiU
nerois a deviner à toute, la
terre. Je croy que c'est un
nouveau tour que la fortune
me joüeexpréspourmesouffler
toutes les marques que
j'essayerois de donner demon
zele & de mon attention à
deux des plusillustres familles
du Royaume. Permettezmoy
s'ilvous plaist
,
de reprendre
les choses de plus loin, pour
vousmettremieuxaufait de
mes
plaintes. Il y a environ
six mois que j'eûs l'honneur
de vous dire que mon Genealogisteétoitun
Cuistre incorrigible.
Cela n'est que trop .1
vray, Messieurs, & quoyquc
nous soyons camarades d'école,
il s'est acharné tellement à
suivre une étude de Blazon,
d'Histoire,&de bonnes & de
mauvaisesChroniques, qu'à
force de chercher à déterrer les
uns & les autres ,
il vient de
s'enterrer luy-Même. Je pense
, que cet accident n'a été
causé que par le chagrin qu'il
a eû de voir que je le payois
assezmal.
Car l'autrejour ilme disoit
N'eflce pas une chose étrange
, Que tous les jours tu me donnes
le change,
JVefcais tu pas tout net,
Que mon Cabinet Grange*
-
jç tâçhay de le rasseurer à
force de promesses, mais il s'en
est mocqué ; & je pense
qu'il a mieux aimé. mourir
subitement que compter sur
ma paroje. Si j'en étois biensûr
,je feroistout à l'heure
son Epitaphe,&sa Genealogie
même, mais cette nouvelle
mérité confirmation. r: Cependant raillerieà part,
son deffaut me jette dans la
necessité de vous apprendre,
tres- fuccintcment que le
-' de ce mois M. le Marquis de
Cadcrouilt) filsde M.leDuc
de Caderousse , a épousé
Mademoiselle de Torcy, fille
de M. le Marquis de Torcy
Ministre, Secreraire d'Etat
de Chevalier desOrdres du
Roy.
Que M.leMarquis deSailiydonr
je vousay entretenu
assez au longdans leMercure
deFévriera épousé le. de
ce mois Mademoiselle de Sainte-
Hermine.
• Qoe M le Presidentde la
| Garde a epouséde 1 2.,de ce
mois Mademoiselle Ravat
fille de M. de RavatPrevost
-.i
des Marchands& Commandant
pourle Roy à Lyon.
L'article des Morts ne fera
pas plus long que celuy des
Mariages.
DameFrançoise de Brancas
, Epouse de Messire AI,
phonse-Henri-Charles deLorraine,
Prince d'Harcourt
mourut le.. decemois.
Messire JeanRené Basan,
Marquis de Flamanville, Lieutenant
General des Armées du
Roy, mourut le. de cc mois.
M. Carlier, Tresorier Ge-
<
neral des Maisons & Finances
de feu Monseigneur le Duc de
Berry,
Berry, mourut le.. de ce mois.
M. deGorillon,EcuyerSeigneur
de Courgousson,mourut
le*8.i M. le Marquis Dugart, ancien
Colonel de Cavalerie,
mourut le même jour.
r:, M. le Chevalier Benoiîl"
frere duConseillerdecenom,
fut inhumé à S. Sulpice avec
grandes ceremonies; I
M. Aubry
,
fils, Ecuyer
Conseillerdu Roy, Treforicr
General de l'Argenterie de S.
M. mourutle de ce mois.
; Je reprendray le mois prochain
fous le bon plaisir des
personnes de consideration,
que ces articles interessent, cc
qui y manque ce moiscy.
Au reste je prie les gens éclairez
sur ces matieres, de m'aider
de leurs lumieres autant,
qu'il leur conviendra, & que;
les Memoires qu'ils auront la
bonté de m'envoyer
,
seront
d'accordavec la vérité*<
Je pourrois à present, fanS1
craindre de passer pour un ennuyeux
conteur,charger pres- «
que tout le reste de ce Volume
de cent vieillesnouvelles; mais
la satisfaction de mes Lecteurs
m'est trop cherc, pour VPU-'
loir les ex poser à la peine de
lire tant d'inutilitez ; d'ailleurs
je fuis bien aise de leur
annoncer qu'ils doivent s'attendre
à des choses au moins
aussi amusantes que celles qu'-
ils ont lû ; & le nouveau Ceremonial
dont je vais les entretenir
va me servir de vehi.
cule pour leur presenter d'autres
objets.
Le six de ce mois M.le Marêchal
de Villcroy
,
Doyen des
Maréchaux de France
,
Meffleurs
les Marêchaux de Villars,
d'Estrées, de Tessé
,
de
Matignon & de Montesquiou
serendirent au Parlement àla
Connestablie, pour y recevoir
M. Duchevron dans la Charge
de Prevost General de la
Connestablie, Gendarmerie,
Maréchaussee de France & des
Camps & Armées du Roy, vacante
par la mort de feu M.
de la Coste, & que le Roy
luya donnée en consideration
de ses longs services, & pour
le dédommager dela perte de
sa Charge de Lieutenant des
Gardes du Corps de feu Monseigneur
le Duc de Berry. Le
jour destinépour sareception,
la Compagniede laConnstablie
attendit au bas de TcC
calier de la Sainte Chapelle,
Messieurs les Marêchauxde
France qui arriverent
à onze heures du
matin. Dés qu'ils parurent
on leur presenta à chacun
un bouquet, les Gardes fç
mirent fous les armes, les
tambours battirent aux
champs,&les trompettes
&les hautbois sonnerent,
&lesaccompagnerent juf.,
qu'àlaConnêtablie,où1SI
prirent séance chacun félonleur
rang. On ylûtles
Provisions en commandement
accordées par SaMajesté
à M. Duchevron , aprés quoy on fût aux opinions
qui luy furent toutes
favorables. Il prêta ensuite
ferment entre les mains de
Messieurs les Maréchaux
de France. Le plus ancien
Lieutenant de la Compagnie
de la Connêtablie
presenta un Bâton de commandement
à M.le Maréchal
de Villeroy
,
qui le
remit dans les mains du
nouveau Prevost, qui prit
alors séance. Messieurs de
la Jonchere
,
de Sauroy èC
de Paparelle y prirent aussi
séance en qualité de Tre.
foriersGeneraux de l'Ordinaire6cExtraordinairedes
Guerres,. ayant voix déliberative
par la qualité de
leurs Charges.
Cette ceremonie finie
Meilleurs les Maréchaux
de France sortirent dans le
même ordre qu'ils étoient
entrez, & M. le Prevost
après les avoir remerciez,
fut joindre une douzaine
de ses amis, ( dont je fuis
du nombre ) au rendezvous
qu'il leur avoit donné
, & où le verre à la
main, nous le felicitâmes1
tous de grand coeur,sur sa.
nouvelledignité.
HeuTant
que les honeftesgens
qui Ce meflenc d'écri- ice, m'engageront par la
qualité des pieces' qu'ils
m'envoyeront., à suspendre
l'éxecution des mettes pro- que je fais tous les
mois, je leur, en sçauray
bon gré, leurs ouvrages marèheront toujours devant
les miens.nous y trou.
verons tous nostrecornpte,*
& se fera autant de peine
epargnee pour moy.Monifeur
de L..tires-fameux
& tres habile faiseur d'hif.
toires,&quej'ay à bon
compte remercié du préfent
qu'il ma fait de celle
que vous allez lire
,
peut
répondre pourmoy parexperience,
de l'usage queje
feray doresnavant de cou-j
tes celles qu'on m'envoira.I
rAMANT INTERESSE'
dupé par l'Amour.
L'Histoire peut passer pour un
Poisson d'Ayfil.
1L est - tres dangereux d'avoir
aucun commerce avec
l'Amour, tout luiest
bon, & il
,
semble mesme
qu'il se plaistà ranger sous
les loix les plus sauvages
& les moins dilposés à aimer
;un homme agé de
cinquante ans, petit, cagneux
, fort laid, farouche3
& tres interessé fait la en preuve,& le por- trait du corps & de lame
de M. le Baron deSuras; son Pere né à Paris y époufa
parinclination une Languedociene à qui Ces
agrémens&sonesprit fervirent
de dot; son Epoux
pour lui plaire fit des dé1pences
conifderables qui obligèrent de se retirer à
laRochelle, oùil semit
en societé avec des parens
de sa femme qui lui firent
valoir si heureufemét rois
mille pistoles qu'il ramassa
du débris de sa fortune,
qu'en moins de dix
âns il se trouva riche de
plus de cent mille écus; il
en employa la moitié dans
l'acquisition qu'il fit de la
Baronie de Suras ; cette
terre est située dans le
fond du Languedoc, est
biea bastie, a de beaux
droits de pesche & de chafsequi
rendent son sejour
agréable
, & le nouveau
Baron crut qu'ilpourroty
joüir impunemént de la
qualité d'Ecuïer qu'il avoit
prirepourla premiere fois
dans son Contrat de Mariage
,
& qu'il a continué
de prendre dans tous les
Aaes qu'il a signés pendant
sa vie; Madame son
Epouse a tousjours figuré
avec les Dames les plus
qualifiées de son canton, & a vefeuaussi heureuse
que si elleeufteftéla femme
d'un veritable Gentilhomme
; cette qualité qui
est belle & desirable ne se
fent apparemment que par
ceux qui l'ont, & qui font
assez vains pour croire
qu'ils peuvent,&doivent
la faire sentir à ceux qui ne
l'ont pas; Mr le Baron de
Suras leur Fils joüiroit encore
de ce beau droit sans
des traitans inexorables
qui rechercherent exactement
sur la fin du dernier
siecle tous les faux Nobles
de ce Royaume; le Conseil
du Baron l'engagea à
prendre bien viste des Lettres
de Noblesse,où l'on
fit un long & magnifique
détail des prétendus services
de ses ayeuls, & de son
Frere aisné qui a eu l'honneur
de servir long-tems
en qualité de Capitaine
d'Infanterie, & d'estre tue
à la bataille de Fleurus;
ladépense que Mr de Suras
fit pour ses Lettres de
Noblesse acheva de l'incommoder
, car il estoit
desjainquiété pour beaucoup
d'arrérages de som-.
mes considerables qu'il
avoit prisa rente pour marier
deux soeurs qu'il a. Nos
guerres avoient rendu le
commerce de la Mer imprariquable,
& il touchoic
peu de choses des fonds
que son Pere avoitacquis
dans la Martinique,tant
de malheurs & de contre-j
temps donnèrent occasion
il y a trois ans à Ces Créanciers
de saisir en decret la
terre de Suras
,
le decret
en fut porré au Parlement
de Toulouse, où le Baron
se défendit autant que les
délais & la chicane d'un
habile Procureur le permirent
; mais las & accablé
par ses infortunes, il
devint insupportable à
tout le monde; Mr son
Rapporteur en fut averci,
& il lui vint dans l'esprit,
autant pour se défaire d'une
parente qu'il avoir, que
pour amuser le plaideur,
de lui proposer en mariage
une très noble & tres aimable
Demoiselle
,
qui,
après la mort de son Pere
estoit demeurée fous la
conduite d'une mere trop
facile qui avoit souffert à
la campagne où elles vivoient
les fréquentes via
tes d'un jeune Marquis
que sa famille; empefchoic
d'époufer, la Demoiselle
en question - ; Mr
le Rapporteur s'expliqua
assez pour faire entendre
au Baron que les fréquentes
vifires du Marquis
avoient fait tort à la personnequ'ilproposoit
; il
lui dit mesme qu'une tante
du Marquis faisoit offrir
ving mille francs à la
Demoiselle si elle vouloit
bien songer a un autre
mariage qu'à celui de son
Neveu;il lui dit encore,-
que la Demoiselle joüissoit
desja d'une terre de
deux mille livres derente,
& que Madame sa Mere
luy en assureroit du moins
autant a près sa mort;une
aimable personne avec
centmille francs valoit
certainement mieux que
le Baron,ilremercia bien
aussi son Rapporteur qui
Jui demanda huit jours
pour s'informer si sa parente
étoitresolue de tenir - quitte pour si peu dechose
un parjure qui lui proteftoit
depuis prés de qija*
tre ans qu'il n'en épouse,
roit jamais d'autre. Le Baron
peu curieux d'aprofondir
le sens de ce ditcours,
ou ne sentant que
le besoin qu'ilavoic de
trouver de l'argent pour
payer ses, dettes, seretira
sans autre explication, ôc
avant que les huit jours
fussent passes il revint chez
son Raporteur qu'il pria de
faire venir incessamment
a Toulouse la Demoiselle
dont il étoit question, ôc,
un moment avant que de
se quitter le Conseiller die
a M. de Suras qu'il esperoit
faire donnerà sa parente
jusqu'àdixmille écus
d'argent, qui ne la desinterelferoien
t pas même
suffisamment de lamauvaiise
foy du Marquis & des
fuites fâcheuses quavoit eu
son intrigue avec la Demoiselle
qu'il lui propofoit,
ces dernieres paroles
n'augmenterent pas la peine
que son Raporteur lui
avoit dû causer dés leur -
première conference, &
ce fut chez lui que se fit
peu de jours après l'entre-.
vûë des deux nouveaux
amans; tous les sens du
pauvre Baron en furent
émus
,
il n'avoir jamais
-
vu rien de si beau ni de si
touchant, la bel!e y affeéla
un air modeste, & n' y parut
qu'en déshabillé, & Ici
vilage a demi couvert
d'une coëfe fous laquelle
brilloient ses yeux & beaucoup
de rouge qu'elle avoit
mis ce jour là; le Raporteur
prit dans cette,
premiere entrevûë le Baron
à l'écart, & lui dit,
qu'il n'écoit pas surprenant
que tant de beauté
eût touché le Marquis
dontil lui avoir parlé, mais
que sa tante étoit fort en
état de desinteresser la
Demoiselle, à qui elle faisoit
offrirjusqu'àdix mille
écus depuis qu'on l'avoit
plus amplement informée
de l'intrigue de tous les engagemens
qu'avoit contracté
son Neveu avec sa
Parente; le Raporteur dit.
alors au Baron que la terre
de Suras étant fort éloignée
du lieu où ces choses
s'étoient passées, il n'en
auroit jamais de reproches
, & que mettant tout
au pis, ce feroit de prendrè
des mesures pour ne
se point attirer des railleries
que bien d'autres que
lui meritoient sans avoir
le bonheur d'en être informés,
&qu'il pourroit
évirer par la connoissance
qu'il avoit des malheurs
arrivés à une pupille feduite
par.un jeune débauché
: le Baron qui étoit
prévenu, prit son parti,
& demanda instamment
que le mariage se fît bientôt
tôt & sans éclat, le Raporteur
pria la Demoielle
de souffrir que le Gentilhomme
qu'il lui presentoit
la visitât rous les jours
dans l'auberge où elle étoit
descenduë avec Madame
sa mere; ce fut là que le
Laquais de M. de Suras, à
qui son Maître avoir dit
qu'ilsemarieroit bientôt,
apprit d'une vieille femme
,\
de chambre de laMaîtresse
du Baron qu'elle avoir des
engagemens avec un Marquis
qui nepourroit finir
qu'avec un mariage
,
la
femme de chambre avoit
pris une ayersion extrême
pour la personne & pour
les manieres de M. de Su..
ras, & elle n'eût jamais
pu se resoudre à devenir
sa domestique:le Laquais
qui auroit juré que son
Maistre ignoroit tout ce
qui lui avoit été confié lui
en fie bien-tôt le rapport;
mais le Baron le gronda
d'avoir écouté des calomnies
que la femme de
chambre inventoit, parce
quelle écoit d'intelligence
avec le Marquis qui avoit
dessein d'épouier sa Ma-
tresse, & M. de Suras ennemi
des explications n'en
voulut plus qu'au sujet des
trente mille frans d'argent
qui lui avoient été
proposés;car la tante du
Marquis n'en voulant plus
donner que vingt mille,
on eut besoin d'adresse
pour y faire consentir le
'-, Baron qui avoit pris tant
d'amour pour la belle
Languedocienne,que malgré
l'importun dérail que
lui fit de sa vie son curieux
& très-informé Laquais
,,
il se resolut à conclure,Ôc
toucha vingt mille francs
qui suffirent pour faire cesfer
le decret ; la Demoiselle
qui étoit habile & persuadante,
fit agréer à son
ornant une separation de
biens stipulée dans unmodele
de contrat qu'elle lui
presenta; M. de Suras qui
n'avoit aucune connoissance
des affaires, consul
taun Avocat qui l'assura
que les conditions qu'on
lui proposoit étoient fort
extraordinaires;mais qu'il
en falloit proposer de pas
reilles pour lui, qu'il dictar,
& qui furent acceptées par
la Demoiselle; un pareil
contrat pourra servir de
modele à bien des gens, en
voici la copie.
Au gré des deux parties
cyaprès desnommées,
& à la premiere requisition
de l'une d'icelles, se
celebrera le Mariage entre
Messire Michel de Va.
lencour
,
Chevalier Seigneur
de la Terre & Baronnie
de Suras d'une
part, &c. Et de Damoifelle
Lucrece de Brcboc
Fille majeure, usante déses
droits, de l'autre parc,
&c. ( clause de la Future)
en consideration duquel
mariage & de l'inégalité
de leurs âges,chacun aura
son Appartement, où
il demeurera. s'il n'est appellépar
l'une des parties
pour cause de maladie ou
infirmité considerable ;
aura la Future, par une
séparation de biens stipuléc
,
liberté de donnerà
ses dépens tels repas & cadaux
que bon luyfemblera
(clauses du Futur) promet
au surplus le Futur la
nourrir & entrerenir honorablement,
& luy fournir
jusqu'à quinze aulnes
d'écotè pour chaque habit.
dont elle auroit raisonnablement
besoin; ne fera
fait aucune mention de
douaire dans le present
Contrat, d'autant que le
Futur sèreferye le droit&
le pouvoir d'assigner à la
Future par promette fous
seing privé telle récompense
que mériteront les
bons ou indifferens traitemens
qu'il en recevra; let
ditesclauses &stipulations
acceptées par les deux Parties
, qui les ont desirées
telles pour former & entretenir
une societé plus heureuse
qu'aucune dont on
ait enrendu par lerjusqu'à
present.
Les incrédules qui ont
nié la possibilité & la validité
de ce Contract en
penseront & diront tout
ce qu'il leur plàira; mais
le mariage de Mr de Suras
ne s'en fit pas moins
surla fin de l'Automne dernier,
&ils'embarqua peu
de
de temps après avec Madame
son Epouse pour la
Martinique,d'où ils esperent
apporter avant deux
ans beaucoup de bons effets
en France, où l'on a
souvent des Scenés nouvelles
; on aura alors oublié
les circon stances du
mariage de Mr le Baron
de Suras, & tous ceux qui
l, auront esté après luy les
dupes de l'Amour ne s'en
vanteront pas. 'Jï;
AVTRE HISTOIRE
plus courte que laprece-;
dente.
MAdemoisellePipi,jeu- -
ne ybellt(ôc liittl fairc..,
estantily a quelquesjours
à Paris, où elle est enco-
-- re, y suc aimée,d'un beau
Jouyenceaû'<juicliârrfîé
dé ses douxartrafts dont1
il s'enyvre tous le^-1
luy promit de lur donner
laplus grande p^étiVc3dPà^
mour qu'un Amant puisse
donner à sa belle, il luy
jura del'aimer jusqu'au
tombeau,mais ce ferment
n'estsouvent qu'une bagatelle,
aussi ne s'en contenta-
t'elle pas, illuy parla
deMariage entermes assez
pressants, il est riche, elle
n'est que belle, elle l'écouta,
cela est dans la regle;
mais elle ne serendit pas
pour cela. L'Amant desesperé
de ses rigueurs luy
promit enfin d'immortalifer
son Nom,ille fit, ou
crutlefaire par cette chanson
qu'il luy envoya, ôc
qu'elle m'arenvoyée. Sa
vanité en fut flattée,elle
se rendit, ou du moins elle
est,dit-on, presteà se rendre.
Jugez,Messieurs, sila
chose en vaut le peine.
CHANSON.
DE Parisjusqu'au Miffit*>
- Est-ilrien qui charmeautant
que Pipi,
horfqueïAmour se sent assoupi
,
Pour se rcvùllcr il va voir
Pipi;
Elle le tente3
Elle l'enchante,


- pour peu-quiente,
Sa flamme tente,
Pour se reveiller il va voir
Pipi.
Dame Venus a beaucoupglapi,
De puis quesonFilsfréquente
pipi»
Dansfes beauxyeux ensecret
tapi
Il fait sur , Venus triompher
pipi.
Tousjours chezelle,
Grace nouvelle,
Et l'immortelle ,
En a dans ïaifie ,
Il faitsur Venus triompher
pipi. Z iij
Le blancsifin qui naist dans
l'Epi,
Le cede en blancheur au teint
de pipi:
Le lait, loeuffrais,lapomme
d,Api
Perdent leurcouleu, rauprès de
Pipi,
Lejasminmesme,
Y paroiss blesme,
Le Lys, la Rose,
A peine eclose
Perdent leurs coul,eurs auprès
de pipi.
Le coeur ria ni quartier, ni repi,
Quand lesyeux on vu l'aimable
Pipi ;
Cbe% la Guerbois, ni chez la
Cressy,
Nonrien ne ragouste autant
ctucpipiy
Perdrix, Poularde,
Faisans, Outarde
,
Soit qu'on les barde,
Ou qu'on les larde,
Non,rien ne ragouste autant
que Pipi.
La belle Pipi doit être
assez contente de ces couplets
, mais avec sa permission,
il m'arrive un Sonnée
qui s'écoit apparemment
égaré en chemin le mois
passé
; je sçai bien le rang
que je lui aurais donné s'il
estoit venu avec les autres;
mais il n'a rien perdu pour
attendre. SONNET
en bout rimez
) par
le SuiÊre. ~U~
manan la main à
la herce
Quun galant toutsortant du
bain
D'attaquer une Iris tous deux
ayentdes- sein
Le manan l'or en main bientosll'autre
traverse.
Nos belles nefont plus pour un
tendre commerce
Telle a Mars pour espoux qui
cherira Vulcatn,
Qui mesme le suivra dans un
pays lointain
S'il étale àfesyeux les trésors
de la.. Perse.
Maigre l'ennui que cause un hommerasibus,
Cent mille écus de re venus
Feront aimer un Origene.
Le Sexe a pris desLeçons
de Laïsj
Et maintenant le beau Pâris
Vnide d'argent degouste- roit Helene.
Le Compliment nest
point énigmatique
,
& je
ne douce pas que le beau
Sexe ne fouhaitte après
avoir lû ce Sonnet, en te.
nir l'Autheur pour se donner
le plaisir de lui laver la
teste d'importance. Pour
moi, Mesdames, quoi que
je sçache assez.ce que j'en,
pense
,
je vous assûre que
je m'en lave les mains, &
quej'aimerois mieux re- qID teux re~.
noncer à jamaisà l'honneur
que j'ay d'estre votre
Mercure, que vous dire
aucune de ces veritezdésobligeantes;
au contraire,
je chercherai tousjours a
vous amuser de tout, mesme
des injures que vous -
vous faites dire par les gens
que vous mettez de mauvasse
humeur. Ainsi en
beau, en laid, en petit &
- en grand, je vous prie de
compter toujours sur moi.
Je croy maintenant ne
pouvoir vous donner rien
qui convienne mieux pour
vous dédommager duma-
:,.
lin Sonnet que vous venez
r, de lire, que le Chapitre
t. des Enigmes: c'est une dik
version pour votre esprit.
i -
Le mot des Enigmes du
mois passé estoie le Parasol
& l'éteincelle. Les noms de
ceux qui les ont devinés
sont, le Prevost d'Argentan
,
la Belle Me. L'amy
Conseillere au Parlement
de Dijon, la charmante
Mlle. Petit sa Soeur, M.
Dessain, la belle brune de
la ruë de la Comedie, Mlle
Segué
,
M. Dujar
,
Mr.
Moufcif, le Solitaire Quemine,
l'aimablerobuste de
la ruë du Temple, la groÍfc
reveillée de la belle & nouvelle
maison de la ruë
Motmartre, mon cher ami
d'Estampes, & là spirituelle
& dédaigneuse Estampoise..
Avant de vous donner
les énigmes de ce mois,
il est à propos que je recommande
àtous ceux ôc
celles qui en sçavent faire
de m'en envoyer. Outre
que c'est un ouvrage dont
on doit en conscience me1ppargner
la façon, n'elt
-
il
pas juste de vous proposer
quelque fois des moyens
d'exercer votre imagination,
jesçai que c'est belle
malice & pure paresie, si
vous ne m'en envoyez pas,
vous le pouvez faire aisément.
Je n'exige point de
vous, que vous imitiez
l'exemple d'un genereux
anonime qui d'un coup de
filet, m'en a envoyé une
demie douzaine: mais je
vous invite feulement à
ne m'en pas laissermanquer.
Je me glisse adroitement
moi-même dans
tant d'autres endroits du
Mercure, que je croi que
vousn'avez tout au plus
que quelquesnégligences
à me reprocher, encore
1
est-ce plutôt la faute du
mois qui elt toûjours trop
court, que ce n'est la
mienne.
ENIGME.
ON me cache à demy,
pour me faire paroître,
Je fuis alors comme en
prison :
Peu degens sçavent me &::A3 connoitre. ; ->
CertainAnimal mâle a
quelquefois mon nom,
'~r~.
Qu'on nemecherche pas
dans l'onde,
J'habite en un autre élement.
Onm'estime par tout le
monde;
Mais avec le bas peuple
on me voit rarement:
Qui ne me connoîtpas,
bien souvent me méprise,
Et me prend pour celui
qui porte un nom
;.
d'Eglise.
Autre
AVTAE.
P Our remplir nôtre
empIoy, nous nous -
faisons la guerre,
Etnous nous donnons de
si grands coups,
Qu'on n'oseroit alors
mettre un doigt entre
nous.
Notre combat n'est pas
a terre.
Nous faisons mille tours,
*
lorsque nous nous
battons;
Pendant nôtre combat
nous ne sommes pas
quatre,
Chacun se plaît à nous:
voir battre;
Et pour nous battre trop
nous nous précipitons.
Vous m'envoyez bien
tard vos ouvrages,lVIeL:
sieurs, mais n'importe,
ils arriveront toûjours
assez tôt quand ils seront
aussi bons que ce Sonnet.
--)
SONNET.
^^Nfinjefuisauxchamps où
jeplante&je.. herse
Je consensqu'un Rival mene
Lais au bain
Querridufol amour qui regnoitdansmon
<
fein
Jejouis d'un repos qu'aucun
foin ne. traverse.
Npussommes quatre amis d'un
js.!I"!f,\ bpn• commerce état exempt des soucis
de.. Vulcain
Nous allonsquelquefois dans
un Chasteàu lointain
Digne de recevoirl'Ambassadeurde
Perse.
Là nous faisons grand'chere
& bûvons rasibus
Nous préferons la table aux
plaisirs de Venus
Et Nous moralisons sur le
ton d' Origene
Ainsi libre des fers de lingrate
Laïs
-
Je nefuispointjaloux du bon*
heur de.. Pâris
Et je laisse a chacun posseder son..Heleaci
J'aurois peur de déclarer
trop ouvertement
ce qirî je sens, si j'avoüois
ingenuëment ce que je
pense du Rondeau qui
fuit. Cependant je ne
peux m'empêcher de
vous dire que je letrouve
bien joly.
RONDEAU.
PArun bonheurje connus
Ilizon
Pour qui j'étois brulant
commeun tizon.
Sa taille autant que sa
beauté m'excite,
Mais plus je l'aime ~S
je lasollicite;
Moins de mon mal fobtiens
laguerison.
Cela viendra, dis-je,dans
sa,faison
Sa mereunjour lalaisse
à lamaison,
Va du matinfaire longue
viJite;
Par un bonheur!
Ie visl'objet qui troubloit
ma raison,
AJJîs aufrais sur un tendregazon
,
Au jeu d'Amour doucement
je ¡Sjnvite,.
Et je parviens enfin ait
but que je médite,
Ainsi finit ma peineLf
ma prison ,
Par un bonheur.
Si j'ay ( comme bien d'autres)
le talent de débiter un
grand nombre de choses inutiles,
cela n'empêche pas que
je ne puisse souventendébiter
de fort bonnes, sur tout
quand je peux m'en donner la
peine.
i
Or est-il que, grace à
-
mon étoile qui me regarde
aujourd'huy plus favorablement
qu'hier, je sens que ma
machine est mieux montée
qu'elle ne l'a été pendant tout
le cours de ce mois ( il ne tient
qu'à vous, Messieurs
, par
parenthese
, que les ressorts
en aillent toûjours bien. )
Quoyqu'il en soit, je vais prosiser
du bon moment où je
me trouve, pour vous conter
l'Histoire de l'origine &, des
progrés d'une découverte
nouvelle, singuliere,curieuse,
& des plus importantes.
Un homme sage & éclairé
profite de tout, pour perfectionner
son esprit & sonraisonnement
sur tous les objets
qui se presentent à ses yeux.
Je ne peux mieux vous prouver
cette proposition que par
la nouvelle que je vais vous
apprendre.
M. Anel Docteur enChirurgie,&
Chirurgien de Madame
Royale mere du Roy de
Sicile, étant en Italie, se trou,
va ,
il y a quelques années,
pendant le Carnaval à Genes,
Ville superbe, belle
, & presque
aussi fameuse que Venise
par les plaisirs desordonnez
de cette faison. Entrainé par
ses amis à prendre sa parc
de cesdivertissements, il consentit
à aller une fois au bal
avec eux.
Un jour au milieu d'une de
ces festes
,
ennuyé & fatigué
du tumulte de l'assemblée où
il setrouvoit,il se retira dans
un coin de la Salle,& peudant
les mouvemens que se
donnoient les Masques du
bal, ilsemit à mcditer sur un
point de Chirurgie
,
qui, depuis
plusieurs années,fait sa
principale étude
, & à force
d'application & de raisonnement,
il inventaune nouvelle
Methode de guérir radicalement
& parfaitementles fistules
lacrymales.
Le Lecteur ne s'attendoit
asseurement pas à ce chefd'oeuvre
, ny moy non plus
ma foy
,
lorsqu'on me conta
pour la premiere fois, l'origine
de cette découverte. Il
est néanmoins vray quecefut
là le champ où M. Anel qui est
vrayement homme d'esprit ,
& qui n'a pas besoin du recours
de la solitude, pour imaginer
des choses utiles &solides,
la fit. Il la porta depuis, &
on peu de jours, à un tel degré
de perfection
, que non seulementillarenditpropre
à guérir
à fond les fistules lacrymales
quelques inveterées qu'elles
pussent estre ,mais encore à
prevenir tous les inconveniens
dont sont affligez ceux qui
font menacez de cette maladie
sans avoir recours au fer, au
caustique
, au corrosif
, ny
au feu,moyens toûjours violents
, tres- souvent inutiles,
mais ordinaires
)
donc on se
servoitpour traiter cette maladie
, avant cette heureuse
découverte.
Avant que M. Anel se fut
renduaussi habile qu'ille devint
lanuit du bal, il avoir déjagueri
avec beaucoup décelât
&d'applaudissements M.
le Comte de KonigseK, à present
Plenipotentiaire de l'Empereur
en Flandre, & nommé
son Ambassadeur en France.
Cette cure qui avoit fait beaucou
p de bruit en Allemagne
&en Italie, avoit remplil'esprit
de Ml'Abbé Fleschi, neveu
du Cardinal Fieschi, de
l'esperance de trouver enfin ce
nouvel Esculape, & de l'engadgreoritspar
toutes fortes d'enà
luy guerir deux fistules
lacrymales qu'il gardoit
malheureusement depuis plusieurs
années, lorsqu'il fit son
Entrée à Genes.
La Renommée luy apprit
presque aussitost l'arrivée du
réparateur & du conservateur
de sa vûë. Il se fit en même
tems porter chez luy, ille saliia
comme un Ange de lumiere,
illuy conta tous les accidents
de sa maladie
,
il luy.
avoüa qu'il avoit épuisé tous
les secrets de la Pharmacie &
de la Chirurgie, enfin il le conjura
de luy rendre la vie & le
jour qu'il s'ennuyoit de voir,
atreo de siméchants yeux.
M. Anel l'entreprit d'autant
plus volontiers, que les
plus beaux yeux des plus belles
Dames de la Ville allerent le
solliciter en gros & en détail,
& le prier de faire un miracle
en faveur de M. l'Abbé Fieschi.
Il ne pût resister à rant de
charmes, & il travailla avec
tant de succés,que la gloire,
sonintérêt,& l'amour obtinrent
enfin de luy le prodige
qu'on en esperoit M. l'Abbé
Fieschi fut en un mot parfaitement
gueri
,
& chaque jour
il benit le Cielde luy avoir envoyé
M. Dominique Anel.
Le bruit de cette cure serépandit
dans toutes les Villes
d'Italie, & particulierement à
Turin. Madame Royale qui
avoit malheureusement une
ancienne fistule, pour la guerison
de laquelle on avoit ea
vain consulté tous les pluscelebresMedecins
& Chirurgiens
Oculistes de l'Europe,
ayant appris lescirconstances
de cette merveilleuse découverte
, envoya recommander
à M. Anel de venirà son ie*
cours. Il y vola
,
il vit cette
Princesse
,
& en trois jours il
la guérit. En revanche, elle
Luy fit present d'un diamant
de deux mille livres
,
d'une
bourse de cinq cens loüis d'or,
& d'une pension viagere de
cinq cens écus. Cecyn'est pat
un conte; mais une verité confirmée
non-seulement par les
Envoyez & Ambassadeurs du
Roy de Sicile j mais par un
grand nombre d'autres endroits
qui valent bien ceuxlà,
& dont illuy reste encore
en beaux & bons, presents
qu'il reccût des Princes &des
Seigneurs decette Cour d'excellents
certificats. Il y seroit
même encore frunc grande
Princesse qui apprehendoit
d'avoir une sistule
, ne l'avoit
pas obligé à venir à Paris, oà
il loge à l'Hostel de Hambourg,
Tué des Boucheries,
Fauxbourg S. Germain.
Ii a receu sur sa decouverte
des compliments de tous les
Sçavants de l' Europe, & principalement
ence pays-cy, où
l'Académie Royale des Sciences,
& oùtous les Docteurs en
Medecine font un si grand cas
de sa nouvelle methode, qu'on
l'enseigne aujourd'huy publiquement
dans les Ecoles de
Medecine, &au JardinduRoi.
Il fait ses opérations en public
comme en particulier,&laisse
à tout le monde la liberré d'examiner
ses instrumens.J'en
parlerois volontiers, parce que
j'en admire l'art&l'invention;
mais je n'y connois rien audelà,
& je me souviens à propos
de ce Proverbe Latin:Ne
jktor ultra crepidam.
Je croy au reste vous avoir
dit presque tout ce qui convient
au mérité de M. Anel.
Nous dirons maintenant un
mot, si vous voulez, des maladiesqu'il
guérit si bien.
Tous les maux qui attaquent
les yeux,& sur tout les
fistules lacrymales ont quel-
:
quechose de si affreux&de si
1 dégoûtant, que le moindre ac-
: cident sur la vûë suffit pour,
gâter absolument leplus beau
visage;mais M. Anel etf heu-*
reusement au monde pour en
reparer les desordres M.Lhardy,
premier Chirurgien de son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d'Orleans, a reconnu
son merite avec tant de distinction,
qu'il n'a pu s'empêcher
de faire son éloge à Son
Altesse Royale. Ce Prince
grand & éclairé dans tous les
genres, a témoigné quelque
envie de le voir.MAnel s'est
aussi-tost rendu à Versailles,
où il a eu l'honneur de saluër
& d'entretenir Son Altesse
Royale, qui a paru fort contente
de l'explication de sa
nouvelle découverte
,
& de
tout le reste de son raisonnement.
L'avantage qu'il a eu de
plaire à ce Prince, est à mon
gré la preuve la plus forte de
sa capacité.
Quoyque les fonctions
de Commissairesdépartis dans
- les Provinces du Royaume
pour l'exécution des ordres de
la Cour soient difficilesà rempliràlalasatisfaction
generale,
plusieurs grands hommes
neanmoins se sont rendus si
recommandables par leurtalens
en cette administration
)
qu'ils s'y sontconciliél'estime
du Souverain & la bienveillance
des peuples.
S'ilétoit besoin de preuve
le seul nom de Voyfin
,
celuy
de Bignon ,&. les familles de
Daguesseau
,
de Harlay
,
de Lamoignon,
Chauvelin, dOrmesson
,
Trudaine, le Bret,
Ferrand
,
Roujaut & autres
quiont donnéàl'Etat & luy
fournissent encore de si illustres
sujets en ce genre d'exercice
en serviroient, les seules
idées de leur mérité en cet
cmploy suffisentpour vous
aider à croire que celuy dont
les
les vertus ont donné lieu
aux vers suivants
,
loin d'êert-
un objet imaginé, peut
paffcr pour y estre peint d'aprésson
naturel.
L'admiration qu'il excite sans
cesse dans son poste ,où sa
capacité ne le distingue pas
moins que ses moeurs, luy
attire avec l'affection des Provinces
confiées à ses foins,
l'applaudissement universel
dont ces vers font une espece
d'écho. &
Sa modestie singuliere empêche
dele nommer ; mais fes1
qualitez personnelles le marquent
assez
,
sa réputation le
décele & l'on n'aura pas de
peine à le reconnoistre à ces
traits particuliers qui le défi.
gnenc en ces Stances.
A MONSIEUR
L'INTENDANT
?-
en la Généralité de
STANCES.
Quelle estl'intelligence
Qui surveille en ces lieux
Etfaitparsa prudence
Toutfleurirà nosyeuxf
C'est drisse,modele
Des parfaitsMagistrats
Qui signale son zele
Pour ces heureux climats.
Son fage ministere
Pour nos secours ardent
En luy nous montre un pere
Sous le nom d'Intendant
Il hâte en nos demeures
Les douxfruits de la Paix.,
Et -n'y conte ses heures
Queparsesseulsbienfaits.
Themis qui le contemple
Seplaît du haut des Cieux
A le 'Voir dans son Temple
Répondre à tous nos 'Voeux:
Faire en Ministre habille
Plus grand queson employ
Le bien de chaque Ville
Et l'interst du Roy.
Lesort par un caprice
N'a point fait sa grandeur;
DuseindelaJUSTICE
Il tiresa splendeur;
Sasagesse profonde
En estl'appuycertain;
On croit qu'ilvint au monde
La balance à la main.
Le poids du Sanctuaire
Estson uniquepoids.
C'estl'Ange tutelaire
Qui conserve nos droits.
Ilfait pleuvoirdesgrâces;
Et par les contre-coups
Qu'ilfent de nos disgraces
Itjoujfre plus que nous.
Tendreenson caractere
Qu'il en coûte à son coeur
Quand il nesçauroitfaire
Nostre commun bonheur!
Il plaint sa destinée Et , ce coeurgenereux
Croit petdn une journée
S'il n'yfait des heureux.
-, .,
sursonfront regne un charme
Qui tient tout en refpeél;.
La discorde en allarme
Expireàsonaspect;
Sa douceurprévenante
Rend légers les tributs,
S'il n'accorde,il contente #
^Jufcjucs dansses refus.
%m-
De tout piegeilse garde
Flatteurs& Partisans,
De mêmeoeil il regarde
Vostre encens,vos presens;
-
Sa noble vigilante
Pourprixdeses travaux,
Ne veut de recompense
Que lafin de nos maux.
A travers milleobftacks
Au Conseil ses avis
Non moins que des oracles
Sont reçus (ysuivis
Par un rare assemblage
Ilsçait dans Jes projets
Ménagerl'avantage
Du Prince & des Sujets.
Les vertus , en cortell,
Marchent ases cosse;c
Les foibles qu'il protege
Celebrentses bontez;
L'innocence à sa fuite
Triomphepar sesLoix;
Il met le crime en fuite
Et lafraude auxabois.
££
Millefaveurs qu'ilverse
Sur les Arts en langueur
Ranimentle Commerce
Dont ilsfont lavigueur;
.Mules, il vous preserve
Des dllins ennemis,
TTaannttoostsit lil eefsitMTahienmeirsv. e ,
Ospectacleagréable!
Il réunit l'éclat
grea
DuJuge irréprochable
Et de l'Hommed'état.
Sousson heureux aufpkc
Au desir de la Cour,
Ici, tout le service
N'est fait que par monr!
Pour
-
Pour l'honneur de sa place
Tour nous du qu'il eflné, Ilfait changer deface
Au Peuple infortuné.
- La joye en la Contrée
Sous luj reprend l'ejjor;
Et par ses soins,Astrée
Fait naistre un Siecled'or. * Je me suis informé qui
étoit Auteur de ces Stances,
onmaasseuréqu'elles sont de
M. Martineau de Solleynnc
qui n'est pas inconnu dans la
Litterature. Il n'est pas le premier
de son nomqui ait eu du
goût pour la Poësie lyrique.
Paris a vû quelqu'un de ce
même nom s'y distinguer dans
ce genre.
La famille de l'Auteur est
originaire du Maine,ellea
donné plusieurs hommes d'érudition
,
entr'autres René
Martineau son trisayeul, Docteur
de l'Univessité de Boulogne
& Medecin des Rois
François 1. Henry IL François
II. & Chartes IX. Le Maréchal
de Brissac qui commandoit
alors l'Armée dans le Milanés
en faisoit une telle estime qu'il
luyconfu l'éducation de ses
enfans qu'il ramena d'Italie.
L'amour des Lettres a passé
à Nicolas Martineau President
son petit fils, dont le genie
étoitplein d'humanitez ; on
a du premier quelques ouvrages
sur la Medecine; & du
second plusieurs picces d'élo- -'y
& de Poësie Latine.
Ce dernier est ayeul de celuy
quia fait les Scances que vous
- venez de lire.
Je me dedis avec éclat Messieurs
,de la moitié du moins
des choses que je vous ay dites
de mon Genealogiste, il vient
deressusciter, &dem'apporter
l'article du Mariage que
vous allez lire.
MARIAGE.
Messire Joseph-André
d'Ancezune
,
Marquisd'An
zecune ,fils de MessireJacques
Louis d'Ancezune,Marquis
de Caderousse & du Tort, &
de Dame Magdeleine d'Oraison,
Marquise dudit lieu &
de Cadence, & petit fils de
Juste François d'Ancezune
,
Duc de Caderousse au Comtat
Venaissin,aépousé le4 Avril
Damoiselle Françoise Félicité
Colbert, fille de M~ilireJcan-
-Bl'P*tlflc Colbert, Marquis de
Torcy, de Croissy, de Sablé,
& de Boisdaufin, Ministre &
Secretaire d'Etat,Commandeur
& Chancelier des Ordres
du Roy,Sur Intendant General
des Postes& Relais deFrance,&
de Darne Cat herine Felicité
Arnauld d: Pomponne,
filledefeu M de Pomponne,
Ministre d'Etat, petit fille de
Charles Colbert, Marquis de
Croissy & deTorcy, Ministre
& Secretaire d'Etat, Commandeur
& Grand Tresorier de&
Or dres du Roy, & Président à
Morcierau Parlement deParis,
petre niece de Jean-Baptiste
Colbert, Marquis de Seigne.
by>Mmirtrc &, Secretaire d'Et~
,
Controlleur General des
Finances
,
Commandeur U
GrandTreforier des Ordres du
Roy, l'undes plus grands Ministres
que laFrance ait jamais
eu, & d'Edouard FrançoisColbert,
Comte de Maulevrier
, -
Chevalier des Ordres du Roy,
LieutenantGeneral de ses Armées
,Gouverneur des Ville&
Citadelle de Tournay & du
Pays Tournesis, & niece à la
mode de Bretagne de Jean Baptiste
Colbert, Marquis de Seignelay
,
Ministre& Secretaire
d'Etat,Commandeur & Grand
Tresorier des Ordres du Roy,
mort a 1 age de 39. ans en réputation
d'un des plus grands
Ministres de son tems, & de
Mesdames les Duchesses de
Chevreuse,de BeauvïtJtcr
deMortemar LaMaison d'Ancezune
possede de tems immemorialla
Terre deCaderousse
au Comtat Venaissin érigée en
Duché par le Pape en faveur
de M. le Duc de Caderousse,
ayeul du Marquis d'Ancezunc
qui donne lieu à cet article.
Elle s'est alliée aux Maisons de
Baux
,
de Crussol
,
Uzés, de
Brancas, de Lastic, de Pontevez
,
de Sassenage
,
de Cler»*
mont Tonnerre,deCastellane
Grignan, de Tournon, de
Grimoard du Roure, de Montaigu
Bouzols, de Simiane &i
de Rambures,&c.
- Je retranche les autres Ma-*
-
riages, & l'article des morts
que je remets au mois prochain
pour donner place à
l'article suivant qu'on vient de
m'apporter.
,
•Mcflîre Nicolas le Camus
Conseiller du Royen tous
ses Conseils,premier Presidenc
de la Cour des Aydcs de Paris,
ayant eu l'agrément du Roy
de traiter de la Charge de"
* Commandeur Prevost&Maître
des Ceremonies desOrdres
de Sa Majesté dont étoit pourvû
M. leComte de Pontchartrain
Secretair»e d'Etat ,
il y fut receu le Avril,
après avoir fait ses preuves
comme font obligez de les
faire ceux qui sont pourvus
de ladite Charge ,qui est la
seconde de 1 Ordre du S. RC
prit
,
& de cellede Chancelier
& Garde des Sceaux des
Ordres qui est la premiere
,
les
deux autres Charges sont celles
de Grand Tresorier & de
Secretaire & ceux qui en sont
pourvûs ne sont pas tenus de
faire preuve.
Je ne vous diray rien icy
de la famille de Messieurs le
Camus quMifest une des plus
illustrées,&des mieux alliées
de la Robe, vous en ayant
assez entretenu dans mon
Journal du mois de Mars dernierà
l'occasion de la mort de
Messire Nicolas le Camus , Premier President de la Cour
des Aydes, ayeul de M. le Camus
qui a donné lieu à cet
article.
Avis pour la Danse.
Lesieur des Hayes
,
Maistre
de Danseà Paris s'est aviséd'un
expedienttres-utileaupublic,&
qui n'a point encore paru jufquX
present.Parcette invention toute
nouvelle il a le secret de redresser
la jeunesse quipar mauvaife%<u
bitude ne setient pas biensurses
jambes,& qui a le plus souvent
le corps,&la tête courbez.Pour
obvierà ce tltffaut il donne àune
personne qui veut se perfectionnerencetart,
une grâcetoutesingulierepoursepresenter.
Ilappelle
cette invention, dont il donnera
dans quelque tems lafigure, gravée,
Somamorphose;c'est une
machine qui sedemonte en plusieurs
pieces, dont chacune a son
nom, &se metfacilement dans
la poche;ellesert à faire marcher
d'un costéen avant&en arriere ;
de l'autre àfairela reverenceavec
bonne grace ; enfin à former les
principes de la danse dans toute
leurregularité. Plusieurspersonnes
de merite& de distinction ont
avouéque cette nouvelle methodeétoitlemoyen
le plusseur
pour dresser lesjeunesgens. Sa demeure
est. dans la rué Charlote
au Marais, vis-a-vis un Vitfler.
AUTRE AVIS
-.
aussi utile au moins que
tous les Avis qu'on puiflc
donner.
1
Lesieur Porcheron a unsecret
merveilleux contre les Rhumatismes
invétéré^
,
goûteux,
douleurs de nerfs (y sciatiques.
Lesecret confifle en une Pommade
"compÕfér de simples, approuvée
de Messieurs les Doyen & Docteurs
de la Facultéde Medecine
à Paris, qui ont gueri eux-mêmes
par leseul liniment C7frat.
tementde cettePommade plusieurs
malades de Rhumatismes invetereK
&gouteux ,qui ne cedoient
point aux remedes ordinaires :
elle guerit aujjt les Enquiloses
dans les boëtes des genoux. Les
pots sont cachetez de son cachet;
il donnera la fJlanitfe de s'enfer-
, vir. Cette Pommade ne se corromptjamais&
peutse transporter
dans toutesorte de Pays.Elle
a la vertu defairetranspirerdoucement
l'humeur en dehors, sans
aucune cicatrice. Les plus petits
potssont Je10.foIs,&lesgrands
de 5. liv.
Il demeure rue du Petit Lyon,
quarticrS. Sauveur
, aucoin de
la ruë des deux Portes) oùflg
Tableau cjl expoje,
AVERTISSEMENT.
MESSIEURS.
jiprês vous avoir parlé suffisamment,
pour, contre, & au
mmde tout le monde, ne trouve%
pas hors de propos que je âise un
mot pour moy. Vous auriez premierement
eû le Mercure de ce
mois le premier ou le second jour
de May,si les Fêtes n'estoient
.pas venuësensigrand nombre;
d'ailleurs leJournalde l* AfnbajJÃdeur
de Perjeque j'ay esté obligé
de refondre entierement, pour
enfaire un tissu d'Histoire veritable
,
sans aucun pillage des
Voyageurs comme celuy queltry
declaré danslapremiereRelation
que j'ayfaite des Avanturesde
cet Ambassadeur
,
n'a paspeu
contribuéà ce retardenientAnsi
me voilà bien ou mal jnstifiésur
cet article.Passons aux autres.
Je (upprime mon paraphe pour
ce mois cy ,
plus par raison d'inconstance
;queparraisondeparesse
ou de timidité.Mais je vous
avoue
avouëque tous ces changements
ne ,n'arri1.Jent.J que faute de fia.
voir de quel cossémetourner,
Je vous répete
,
MLfFours;
&je croy que je feray obligé de
-
vous le répeter long-temps,que
-
vous me ferez un vray pUiftr
de m'envoyer plus de memoires
encore que vous nem'en envoyz,
aprés en avoir du moins affranchileport.
Vous me dispetiserez
si je ne metrompe de vous conter
mesgriefssur ce point
,
sinon je
vous asseure que je vous prieray
tous les mois de me prêter dix
pistles.Auresteje vous ay donné
quatorze volumes en douze
mois:ily am an complet queje
fuis à vostreservice
,
n'est-il pas
jufle queje vousdemande mes
1Jtrt.,5 Histoire de l'origine du mois, bon- neàsçavoir.9
Dissertationsur la Lune qui doit
regler la Pâques.17
Lettre tfun Ancien à l..dultur >
qui declare aujourd'hui publiqnuemieMnt
qou'idl en'ersntnei A,jnc4ien
Comparaison des Discours de M.
de la Motte (7 de Madame
Dacier sur les Ouvrages
d'Homere. 57
Extraitde laLettre d'une Dame
d'érudition antique à un AcadémicienFrançois
moderne,
touchant l'Iliade, d'Homere
comparée avec celle de M. de
- la M. 71
Lettre curieuse&tres-amusante
sur lemêmesujet.160
NouvellesàEspagne. 179
Lifte des Officiers de la Adaifan
du Prince des Asturies. 190
Pbenomene apparu sur les Costes
de Barbarie. 193
Distinction del'Armée de laRepublique
de Venise. 126
Discours oul'AuteurJefurp^Jp,
46 101
Apologue de l'Ecrevee
,
Fable
deM.delaM. ioj
Lettre merveilleuse & tres-obligeante
du docte M. Akakentreke
àl'Auteur. ilo
Arrêt du Conseil d'Apollon rendu
au sujet de,e^rc. 214
Errata dont la lecturefaitpreuve
de la bonne foy de tAtlteur.
118
Oraisonfunebre de l'Auteur à la -
, loüange de son Genealogiste.
Mariages.132017
Morts. 2;3Zr
Reception de M. Duchevron
en la
Charge de Prevost General
desCamps&Arméesdu Roy,
par Messieurs les Marêchaux
de France
, au Parlement. 2.34 VAmant tnterejje dupe de l'amour
,Histoire nouvelle.242
Autre Histoire courte & bonne.
166
Chanson. 148
Sonneten bouts rimez.272
Belle reflexion de l'Auteur. 2,7 3
Chapitre des Enigmes, ou l'on
verra une humble Requeje de
l'Auteurau Public. tyC
Autre Sonnet en bouts rimeic.
x%)
Rondeau tres-interessant.285
Histoire d'une nouvelle découverte.
190
Stancesàla loüange de M. de **.
306
Mariage. 316
Agrément donnépar le Roy à M.
le Camus, de la Charge de
Prevostde Maistre des Ceremonies
de l'Ordredu S. Esprit.
320
Avis pour la Danse.323
Avispour la goutte. 325
Avertissement où ils'agit des interests
del'Auteur. 52,7
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le