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1715, 03 (Gallica)
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NOUVEAU MERCURE
A PARIS,
M. DCCXV.
AvecPrivilege du Roj,
MERCURE
GALANT.•
Par le Sieur Le Fevre.
Mois deMars
1715-
Leprix est 30. sols reliéenveau,&
25. sols, broché.
A PARIS,
Chez D. JOLLET, & J. LAMESLE,
au bout du Pont Saint Michel,
du côté du Marché-Neuf,
au Livre Royal.
j4vecj4f>robationi&Priviiege àuRn
MERCURE
OUVEAU.
UOYQUEj'aye fait
ma déclaration le mois
dernier en faveur de
M. de la Motte, & que j'ayc
adopté les jugemens d'un de
sesamis, contre le Traité des
causes de la corruption du goût, je ne laisseray pas de
presenterauPubliccequime
'2 I
fera adresse dans la suite par le
party contraire. Je l'exhorre
au reste, à se munir de raisons
contre les assaillans
,
c'estla
monnoye de cours aujourd'huy.
Les autoritez & les injuresautrefois
si victorieuses,
ne tiennent plus contre un bon
raisonnement. A propos d'injures.on m'a déja qualissé
d'ignorant & de temeraire
; je fuis un ignorant,
dit-on, parce que j'ignore la
Langue Grecque
,
& je fuisun
temeraire, parce que je juge
d'Homere sur une Traduction
Françoise, J'ay deux mots à
dire contre ces deux reproches.
Dira - t - on d'un homme
qu'il est un ignorant, parce
qu'il ne sçaipoint Hebreu?
accu ferat-on de temerité ce
même homme
, parce qu'il
aura porté jugement en faveur
des Livres Saints sur la
foy des Traductions Latines
ou Françoises autentiquement
approuvées?non sans doute ;
nous ne trouvons point errnge
que Madame. Dacier qui
ne rair point l'Hebreu,fasse
gloire de connoistre parfaitement
les Livres Historiques &
Prophétiques de l'AncienTef-
tament. Mais je prie Madame
Dacier de remarquer combien
il luy est messeant de
trouver mauvais que nous jugions
d'Homere sur la Traduction
qu'elle en a donnée
elle-même? quelle a été favûë:
quand elle nous a traduit l'Iliade
en François?elle n'aété
autre que de faire connoistre
le poëme & le génie de son
Auteur à ceux qui ignorent la
Langue originale.Voicy comment
elle s'en explique dans sa
Préfacé sur l'Iliade. J'ay toujours
eu l'ambition de pouvoir
donner à nostre Siecle une Traduction
d'Homere, qui en conservant
les principaux traits de
cegrand Poète
,
Pût,fairerevenir
la plupart des gens du monde
du préjugédésavantageux que
leur en ont donnédescopies difformes
qu'on en afaites. Vostre
Traduction ,Madame,n'est
pas une copie difforme
, nous
en convenons avec plaisir avec,
vous; vous y conservez )es/
principaux traits du Poëme.
original, nous ne sommes
point en garde contre vostre
bonne foy, mais vous vous
estiez fluttee que vostre élegante
Traduction feroit revenir
les hommes du préjugé
desavantageux qu'ils avoient
conçûs contre Homere, ÔC
malheureusement elle a fait
un effet tout conrraire ; elle a
affermi les rebelles dans le
préjugé qu'elle se proposoit
de détruire. Quel party deviez
vous prendre dans ce
malheur inesperé ? il falloit
vous en tenir à crier de toutes
vos forces que le bon goût a
abandonné la race humaine;
mais il falloit bien vous garder
de déprimer vôtre propre
Ouvrage, & de faire un crime
à M. dela Motte d'avoir jugé
d'Homere sur le portrait fidèle
que vous en aviez donné,
afin qu'on l'adorât avec connoissance
de cause. Il y a du
desespoir dans ce procédé. &
je crains fort, que les Scoliastes
qui ont tant celebré vostre
Traduction,avant la querelle
émuë
, ne la desavoüentenfin
sur la foy devosprotestations
imprudentes, & ne vous facrisient
à leur Idole.
Mais j'ay encore une humble
remontranceàvous faire,
Madame,ou plutôt à tous les
Scoliastes.Vousgratifiez Messieurs
d'un souverain mépris,
& vous trairez d'ignorant
quiconque ne rait pas la Langue
Grecque; c'est-à-dire, que
le nom de vray Sçavant vous
est acquis au titre qui nous
manque ,
& que nous vous
devons une efbmc sans bornes.
Définissons un peu le vray
Sçavant,&nous jugerons enfuite
de nos dettes réciproques.
Le vray Suivant est celuy
quia acquis un grand nombre
deconnoissance, & qui acultivé
& formé son jugemenr,
de maniéré qu'il fait faire usage
des connoissances acquises
au gré de ladroite raison. Nos
Sçavants Grecs ont grand intérêt
à rejetter ma définition..
D'accord : mais quelle est la
leur. Le Sçavant, c'est celuy
qui sçait du Grec? cela n'est
pas possible. Les Langues ne
font pas des sciences, elles ne
portent par elles-mêmes aucunes
lumières à l'esprit. Un
homme pourroit sçavoirvingt
Langues différentes &être une
grosse bête
, un ignorant, un
stupide personnage. On cxcuseroit
même son ignorance &
sa stupidité par le sterile étude
qui l'auroit dcrobé aux vri..
sables sciences. C'est un homme
,
diroit on ,
cpi a passé sa
vie à a pprendre des mots. Il
auroit fourny dans le monde
une carriere honorable si du
travail ingrat dont il a servi sa
mémoire, il en avoit servi son
esprit & son jugement.
Voila à peu prés comment
nous execusons les mauvais raifonnemens
des Scolia stes.
Apres tout on ne doit pas leur
faire un grand crime de raisonner
mal; il n'est pas de leurmétier
de juger des Ouvrages
foit d'Eloquence , soit de Poësie
, leur métier est de traduire
les Auteurs originaux. Ont-ils
remplis ce devoir, qu'ils s'en
tiennentlà ; c'est aux Maîtres
dans les deux Arts à juger du
mérite des Auteurs traduits.
J'avois le coeur gros, comme
on dit, d'avoirété appellé
jgnorant. L'épithetemettioit
trop bien acquise pour n'en
être pas un peu blessé. Mais je
pardonne l'injure de tres- bon
coeur. J'ay promis de donner
au Public tous les mois un
morceau Littéraire
,
je tiens
parole, & l'on va voir dans
ce Volume une Lettre anonime
qui parut quelques jours
aprés que rlliadc de M. de la
Mottesur répanduë dans le
monde. LETTRE
à Monsieur sur lJIIaJdeM.
de laMotte.
Vousexigez de moy ,
Monsieur
,un compte exadt des divers
jugemens quelesGens de
Lettres ont portez de la nouvelleIliade
; je vais tâcher de
vous satisfaire; Mais pourquoi
me faites. vous mystere du jugement
que vous en portez
qous-meme? N'osez-voushazarder
vôtre sufrage sur la
foy de vos propres lumieres ?
Que je plains les Auteurs! &
quel péril ne court pasaujourd'huyje
meilleur Livre? Je
connais bien des gens qui allient
comme vous, Monsieur,
à un goût sûr une raisonlibre
de tout esprit de par- ti:Quine sent que de tels Lecteurs
devroient seuls faire autoritédans
la Littérature? Il y
en a peu néanmoins qui ayent
le courage de lutter contre la
multitude:ils attendent à ju.
ger d'un Ouvrage que le Public
ait prononcé,ils recuëillent
les voix, & serangent du
parti dominant: Tel dans son
Cabinet a jugé un Livre excellent
, qui venant à apprendre
queceLivreestmeprisé par des
Hommes celebres, se soumet
fervilemcnt à leur autorité ,
sans se défier du solesprit de
parti, & decertaine émulation
jalouse, qui detouttemps ont
fait commettre tant d'injustices
aux plus grands Critiques:
Il a honte d'avoir pensé autrement
que ces Personnages
qu'il revere, il rougit à la vûë
du Livre qui l'a séduit, il se
dissimule autant qu'ille peut,
pour
pour se toulager l'impression
qu'illuyafaite,il le relit déterminé
à le trouver mauvais,
il esten garde contre le plaisir
humiliant que luy a fait la premiere
leâurc; les mêmes choses
repassent fous ses yeuxavec
les couleurs qu'illeura destinées,
tout l'ennuye
, tout le
révolte dansce même Livre
dont la veille il sailoit ses delices.
Je n'ay pas de peine à deviner
comment vous aurez c1 te,.
affectéde l'Iliade de Monsieur
de la Motte, & deiaDdierration
critique sur le Poëme
Original; le goût que je vous
connois, m'est garant que
vous les aurez lûs avec grand
plaisir : Mais quand vous sçaurez
combien de Sçavans se
réunissent contre l'un & l'autre
Ouvrage, vous éprouverez
peut estreen vous la révolution
que js viens de decrire.
Non, Monsieur
, non, ne
soyezpasinfidele à vos lumières,
osez penser par vous même
,
& ne prenez point l'ordre
de ces stupides Erudits qui
ont prêté ferment de fidélitéà
Homere ,
decc% gens sans talens
& sans goût, qui ne sa
vent pas suivre le progrés des.
Arts &des Talens dans la succession
des siecles ; de ces Scoliastes
fanatiques qui entrenc
dans uneespece d'extase à la
ledture de l'Iliade Originale.
où l'Art naissantn'a pû donner
qu'un eflfai informe
,
& qui
n'apperçoivent pas dans les
travaux de nostre âge le merveilleux
accroissement de ce
même Arc.
Vous voyezdans ce Prélude
que cette espece de Sçavans
a pris parti contre Monsieur
de la Motte
,
cela fait un
grand peuple,le Createuren a
beni l'engeance: Mais que fait
ici le nombre? Monsieur de
la Motte a bonne cause
,
&
tous les talens qu'il faut pour
la sauver d'insulte:Il est d'ailleurs
de vrais Sçavans inaccessiblesà
la prevention,chez qui
les Ouvrages anciens & les
Ouvrages modernes font en
égale consideration
,
qui reconnoissent
les beautez& les
défauts des uns ôc des autres.
avec une égale equité ; J'en
sçay chez qui la passion ne
s'empare jamais des droits du
goût & de la raison : Voila les
fculs Oracles que doit consul
ter un Auteur:Ils ont prononcéenfaveur
de lanouvelle Iliade:
Elle vaincra la jalouserage
des Confederez, & passera à
la posterité comme un Ouvrage
digne tout à la fois & de
son Auteur, & de nostre
siecle.
Laissons crier les Adorateurs
d'Homere,ils feront moins
de mal que de bruit ; il eÍt,
bienjusteaprès tout que M.
de la Motte pardonne quelques
excés à de pieux Fanatiques
qu'il s'avise de venir troubler
dans leur culte.
Jp connois la plûpart de
ces Partisansoutrez d'Homere,
ce sont de bonnes gens qui
nés sans genie, & fc sentans
incapables de créer en aucun
genre,se sont retranchez dans
la plus profonde étude de la
Langue Grecque;ils ont devoréavec
fatigue les Ouvrages
d'Homere, ils ont vû ce Poëte
celebréd'âge en âge par des
Auteurs illustresjusqu'à nos
jours:A la vuedecanc d'hommages
prodiguez à Homere
avec continuité durant trois
mille ans,ils ont esté saisis
d'un saint refpe-£t pour ce
grand homme
, ils luy ont
voué une espece de culte
,
ils
lisenttousles jours son divin
Poëme,ils le lisent avec delices,
parce qu'ils le lisent avec
une foy vive; Ils sont dans
unravissement confus, ilssont
enchantez
, non des beautez
distindtes qu'ils découvrent
en effet dans leur divin texte;
mais des hautes merveilles que
leur foy leur dit y être cachées.
,
Nous avons vû le vieilAristote
honoré d'un pareil culte:
durant plus de deux milleans
il a tenu le sceptre philosophique,
ses fophimes les plus obscurs
étoient autant d'Oracles,
à l'autorité desquels la raison
des Philosophes cedoit sans
murmure. Un Peripateticien
s'imaginoit avoir laclef des
mysteres les plus secrets dela
nature, ilrépondoit à toutes
questions avec une complaisance
superbe,parcequilrepondoitcommesoninfaillible
Maistre :Les honneurs rendus
au divin Aristote durant une
silongue suite desiecles
, ne
luy permettoient pas de soupçonnerqu'il
fut échappé quelque
choseaux lumieres de ce
grand homme:Lorsqu'on demandait
àunPeripateticienles
saufescauses
physiquesdela vertu
l'Aiman,oude l'effet prétendu
sympatiquedela poudre de
Vitriol, il répondoit avec le
bon Aristote :Il y a dans l'Aiman
& dans le Vitriol calciné
certaine qualité occulte qui
produit les effets qui vous furprennent.
Ce seroit traiter Aristote
d'imbecile
, que de prétendre
qu'il eût donne cette réponse
,
pour toute autre chose que
pour l'aveu formel de son
ignorance sur la difficulté proposée;
car avoir recoursà une
qualité occulte, c'est indiquer
une cause quelconque qu'on
ne connoistpoint, dont on n'a
pas d'idée.Je croy donc devoir
faire honneur à Aristote de
son humble réponse : Mais
comment sauver du mépris
ceszelez Sectaceurs, qui pensoient
que leur Maistre donnoit
à la difficulté une veritable
solution? Ils s'imaginoient
donc voir clairement la cau se
de l'effet en question ; ils
croyoient même la faire sentir
auxaurtes,enleur disant formellement
avec Aristote ; la
cause deceteffet est une qualité
occulte; ouce qui revientau
même, la cause de cet effet ne
nous est pas connuë. Lorsqu'un
Disciple ostoit demander
à son Maistre ce qu'il entendoit
par qualitez occultes,
ce Maistre iniultoit à son peu
de sagacité
3
luyrendoit en
nouveaux termes l'équivalent
du mystere,&forçoit l'amour
propre du Disciple à croire
qu'il avoit enfin saisi le mot de
1 Enigme.
C'estainsi que tous nos Physiciens
abusez par l'ancienne
réputation d'Aristote
,
bornoientleur
ambition à l'étude
de ses Ouvrages, & croyoicnt
rendre bon compte des opérations
de la nature , en alléguant
les sombres subtilitez
de leur Maistre.
Il ya eu de tout temps des
esprits indociles à l'erreur la
plus accreditée : combien de
gens ont senti dans tous les
temps que la Physiqued'Aristoten'étoit
qu'un amas confus
de mots destituez de sens: mais
comment oser hazarder une
pareille verité ? N'étoit-il pas
plus sage qu'ils receüillissent
eux-mêmes les honneurs injustes
que l'humaine imbécillité
déferoit à cette faussrérudition,
que de s'attirer par leur
indiscret aveu les outrages
d'un grand peuple,que l'interert
& l'aveugle prevention
rendoientinconvertibles?d'ailleurs
, pour oser reprocher à
l'Univers son, orgueilleuse
ignorance, il falloir pouvoir
mettre les hommes sur les traces
de la vérité,& payer l'injure
par un bienfait équivalent.
Pour un projet aussi
grand, il ne falloit pas un
homme moins grand queDescartes;
ce merveilleux genie
ayant jette les yeux sur les
Ouvrages d'Aristote
*
il en
sentit toute l'indigence. En
vain le préjugé luy montroit
dans un vaste éloignement le
Prince des Philosophes recevant
successivement les hommagesde
tous les siecles;le
Censeur incorruptible détournoit
ses yeux de ce vainsafiet
& jugeoit l'Oracle universel
du genre humain,non surles
témoignages de ses crédu les
Adorateurs; mais sur ses Ouvragesmêmes.
Il sentit combien
ce Philosophe étoit éloigné
de la vérité. Il n'en demeura
pas là
,
il la chercha luymeme
avec la genereuse consiance
que luy donnoit
:.:
son
genie immense.Illatrouva
enfin;un nouveau système
de Philosophie se montre , un
nouvel art,ou plûtôt le seul
arc de raisonner s'introduit
peu à peu dans les Ecoles: Les
Sectateurs obstinez de l'erreur
se liguent en vain pour combattre
l'évidence; on persecuteceluy
quia osé éclairer soji
siecle ; le mal est sans remede,
lescriminelsOuvrages que l'on
condamne feront les delices
des races futures, c'est par ces
Ouvrages mêmes que les hommes
feront dorénavant formez:
Encore quelque temps,
& tous les suffrages (eréiinilsent
en faveur du Philosophe
moderne.
Ce tems est venu, Monsieur,
la secte opiniâtred'Aristote
cil enfin éteinte;il est peut être
encore au fond des Colleges
quelques vieux Peripateticiens
qui mourront impenitens,laisfons
les mourir en paix.
Ne voyez vous pas,Monsieur
dans l'histoire du long regne
d'Aristote, l'image de celuy
d'Homere?La chûte de celuylà
ne vous fait elle pas pressentir
la chûte prochaine de
celui ci? La cause de M. de
la Motte n'estassurément pas
moins victorieuse que celle
de Defcartcs : le préjugé ne
parle pas plus haut en faveur
de l'un qu'il ne parla autrefois
en faveur de l'autre;
M. de la Motte en fera quitte
aprés tour pour quelques bons
mots pedantcfques qu'il luy
faudra essuyer de la part de
nosScoliastes: c'est avec ces
armes victorieuse qu'ils ont
coûtume de combattre lesRivaux
d' Homere, de Theocri.
te,&de Pindare:Tout Moderne
qui a l'insolente temerité
d'entrer en lice avec ces
vieux Achètes, est digne,
selon ces Messieurs, d'un souverainmépris:
Les premiers
hommes du siecle sont ceux
qui sçavent le Grec: tel se
croit un Homere
, parce qu'il
entendHomere dans la langue
originale, le divin Poëte impénétrable
aux autres hommes
revit en luy, il cft juste
qu'on le respecte en luy:Voilà
donc deux hommes transformez
en un seul; si vous
dites du mal d'Homere,vous
contristez son Synonime;
vous le caressez au contraire si
vous celebrez le divin Poëme,
Voilà lafolleillusion qui
allume le zele des Homeristes;
mais le plaisant est que le Public
ait si longtems servi cette
mêmeillusion. On étoit penetré
de respect àla vue d'un
Pedant, dont tout le merite
étoit de connoistre
,
aimer ,
& servir le bon Homere; on
rendoit à l'idolâtre les hommagesacquis
à l'Idole; on ne
jugeoit alors du merite d'Homere
que sur la foy des acclamations
pieuses de les Adorateurs.
Combien peu de gens
sçavent la Langue Grecque?
La divine Iliade n'estoit entendue
que des Erudits
, on
leur envioit avec respect ce
dépôtsacré ; ils insultoient
impunément à nos meilleurs
Ecrivains,l'injusticeleur tournoie
même à honneur
, parce
qu'on se persuadoie que les
beautez modernes comparées
par eux aux merveilles antiques,
leur devoientfaireune
impression moins vive; -.
Nostre erreur dureroit encore,
ils scroient encore les
objets de nostre resp,:éèL)(SU"
se jalousie
,
si Madame Dacier
ne nous eûtdessillé les
yeux, en donnant une Traductionfidele
du mysterieux
Poëme.
Chacun cherche dans l'élegante
Traduction le genie
élevé d'Homete,son choix riche,
son goût infaillible
; on
s'attend à ressentir
,
à quelquechose
prés,ceravittement
délicieuxque le Texte cause:
mais je ne scay par quelle fatalité
le Lecteur tombe dans
un ennui mortel. Ontrouveà
lavérité de temps à autre des
traits vifs, des images heureuses,
des recits ornez; mais une
si petite mesure de beau ne
paye pas, à beaucoup près,le
Lecteur de tant d'absurditez
pueriles, de tant de bassesses,
de tant de froideurs quifont
un concraste dominant dans
ce tout monstrueux.
Nousosons doncà prefenc
juger del'Iliade; cette mcrveille
tant vantée est tout au
plus un beau monstre,né,
pour ainsi dire, du seul instinct
d'un homme fupericur,
je dis d'un homme superieur
,
car si l'on fait attention au
siecle grossier dans lequel nâquit
Homère, si l'on a égard
aux moeurs rustiques qui regnoient
alors, si l'on ne perd
pas de vûel'impossibilité morale
d'atteindre la perfection
dans un essai hazardé sans le
secours des regles & des
exemples, on jugera Homere
un grand génie, & le premier
homme de sonsieclerustique,
en même temps qu'on jugera
son Poëme très defectueux
pour un siecle aussi éclairé que
le nôtre.
C'est ainsi que M. de la
Motte dans sa Dissertation
critique distinguel'Auteur&
l'Ouvrage. Homere auroit
peut êtreatteintla perfection,
s'il fûr né dans le siecle d'Augufte
ou dans le nostre; mais
né dans des temps oùl'Art ne
s'CCOIt point encore montré,
n'estant guidé par aucunes
regles, éclairé par aucuns
exemples, on luy doit tenir
grand compte de sonPoëme,
tout monstrueux qu'il est.
L'hommage pet sonnel rendu
à Homere ne satisfait pas
ses Adorateurs, il y va de tout
pour eux de sauver du mépris
l'Ouvrage même-,ilsl'ont unanimement
vante comme une
merveille audessus de tout effort
humain. S'ils passent condamnation
sur les absurditez
impertinentes
impertinentes que reprend
Monsieur de la Morcelés voilà
livrez à tout le mepris dont
ils font dignes: Comment
d'un autre côtéle resoudre à
oserdéfendretant de miseres
que décele leur Traduction?
Dans cette étrange perplexité,
ils se sont avisez d'un expédient
ingenieux
,
à la faveur
duquel ils comptent esquiver;
suivons-les.
Il est vray ,
dirent-ils, que
si l'on juge d'Homere par la
Traduction de Madame Dacier,
quoique la plus élégante
& la plus fidele qui ait paru ,
on fera à peu prés d'accord
avec Monfieurde la Motte;
maisil faut bien se garder de
juger du Texte original par la
Traduction Françoise : nôrre
Langue est impuissante par
elle-même à rendre la force,
l'énergie, la noble harmonie
des termes Grecs, elle manque
de ces tours heureux,de
ces expressionsénergiquesqui
nous charment dans le Grec,
nous sentons la force de ces
expressions & la noblesse de
ces tours; mais nôtre Langue
indigente nous refusant de
justeséquivalents,nous baissonsleton
pour nousexprimerenFrançois.
-
Je veux bien passerpourun
moment à ces M ssieurs leur
fausse supposition, que pourroientils
en conclure? Cela
prouveroit toutauplusquela
Traduction jetteroit quelquefois
du froid dans les recits,
qu'elle osteroit de la chaleur
aux sentimens, de la vivacité
aux pensées, qu'elle ne rendroit
pas l'équivalent de la
pretenduë harmonie de lOriginal
: mais Monficur de la
Motte ne juge point de l'Iliade
àces égards, il veut bien fupposer
lesexpressions Grecques
d'une force & d'une élegancc
infiniment superieures à la
Traduction. De quoi juge-t-il
précisement ? de l'Historique
du Poëme; J'appelle l'Historique
dans un Poeme,les faits
lesévenemens , exprimezen récit
, ou mis en action.M de la
Motte examine donc la fable
generale du Poëme, l'ébon
principale, l'ordonnance de
l' 0JVrage, les épisodes; il
examine les moeurs, les caractèresde
ses Heros, dont il juge
par leurs paroles &par leurs a£»ons.
Voilà, Monsieur, les feules
choses donc Monsieur de la
Motte a osé juger sur la foy de
la Traduction; celle de Madame
Dacier avoüée par tous
les Sçavans Grecs, n'a pu le
tromper sur l'Historique, elle
rend sûrement Homere, elle
le fuit dans sa course, elle
bronche avec luy, se releve
avec luy: enfin Madame Dacier
n'a rien imaginé d'ellemême
dans son Ouvrage,elle
a compté rendre precifémenc
son Original; si elle a prêté
quelque charité à Homere
,
les
Grecs n'ont qu'à la déceler,
en ce cas, la Critiquede
Monsieur de la Motte tombe.
ra sur Madame Dacier; mais
je ferois biengarand pour elle
qu'aucun de nos Grecs ne
fera assezhardi pour oser démentir
par écrit sa Traduction,
aucun d'eux ne luy dispute
l'honneur de posseder
avec superiorité les fineiïes de
la Langue Grecque; ellea entendu
Homere autant qu'on
le peur entendreaujourd'huy,
ellesçait beaucoupmieux encore
la Langue Françoise ; elle
a rendu le plusélégamment
qu'elle a pû dans nostre Lan
gue, ce qu'elle a vu, pensé &
sentien lisant le Grec;celame
suffir,j'ay l'Iliade en substances
ainsi c'est sur omeremême,
& non sur la seule Traduction
,que portent les Remarques
Critiques de Monsieur
de la Motte, qui n'appuyent
que sur des choses étrangtres
àcette élegance prerendue des
termes originaux ,
& a certaine
harmonie attribuée au
son de ces termes.
Mais revenons à la supposition
de nos Adversaires. Est il
bien vray que nostre Langue
soit inférieure à la Langue
Grecque? Est il bien vray que
la Langue Françoise ne suffise
pas à rendre parfaitement les
grandes idées, les hauts sentimens,
les passions heroïques,
les vivacitez galantes, les faillies
sac yriques, les naïvetez sinés?
A t elle malservià ces dif-
£rens egard<!,Cornei')e, Racine,
Moliere,Despreaux,laFontaine?
Cette Langue n'a-r-elle
pas aum son harmonie comme
la Grecque : Quand nous
lisonsnos bonsOuvrages, foie
de Prose, soit de Poësie, n'éprouvons
nous pas un sentiment
confus de plaisir; que
nous
nous attribuons au son pretendu
harmonieux des expres- sions?
Il peut bien arriver quelquefois
que telle expression
Grecque qui renferme un
grand sens;ne pourra être
rendue en François que par
plusieurs expressions réünies;
mais il arrivera quelquefois
aussiqu'une pensée exprimée
par plusieurs termes Grecs,
pourra être renfermée enFrançois
dans des limites plusrétroires,
ensorte qu'il y aura
compensationjuste.
Mais quand il seroit vray
que la Langue Grecque seroit
par elle-même moins difFusè
que la Françoise,en pourroiton
conclure que la Langue
Françoisene pourroit produire
en nous le sentiment qui
naît de la précision?Nousaccordons
à un Ouvrage François
le merice de la précision,
lorsque nous ne sentons pas
la possibilité de renfermer en
moins de paroles le sens decet
Ouvrage,nous ne comptons
pas les syllabes, ce calcul nous
importe peu. Je vais tâcher de
me faire entendre.
Je suppose l'Iliade écrite
avec l'élegance &la précision
tant vantées, jesuppose ensuite
qu'on vînt à demander à
Homere en quoy consiste
l'un & l'autre merite de son
Ouvrage, il diroit, pour donner
l'idee de l'élegance
,
qu'il
a employé dans sa Langue
les tours &les expressions les
plus propres à representer ses
idées, & à peindre ses sentimens;
& sur la précision ,il
diroit qu'il n'a pas ellefofsible
de rendre en moins de
paroles le sens de son Ou
vrage.
Si Homère avec son même
genie, & son goûr, étoit né de
nos jours; & qu'ayant conçu
son Iliade ,il nous l'écrivit en
François, qu'il possedât noftrc
Langue comme il possedoit
autrefois la sienne
,
sans doute
il employeroit les expressions
Françoises les plus propres à
rendresonsens,& il s'exprimeraitavec
le moins de diffusionqu'illuy
seroit possible :
Ne fchtez, vous pas qu'alors
il seroit autant frappé de l'élegance
& de la précision qu'il
auroit atteint dans nostreIdiome
,
qu'il le futautrefois de
l'un & l'autre mérité qu'il
atteignit dans le sien?
Si Racine avec son génie
-
&
ses lumieres acquises
,
fut né
dans le siecle d'Homere, &
qu'ileûtécrit en Grec les Tragedies
que nous avons de luy
dans nôtre Langue, il auroic
fait dans cette Langue le choix
heureux qu'il a fait dans la
nostre,&son styleGrecauroit
fait precisement en Grece la
même fortune que son style
François a fait chez nous.
On ne sçauroit dire qu'une
Langue foit moins propre
qu'une autre à la vraye peinture
des pcnfécs & des sentimens;
les mots ne signifient
rien par eux mêmes, c'est le
caprice arbitraire des Nations,
qui des sons articulez a fait des
signes fixes, au moyen desquels
les hommes se pussent
communiquer réciproquement
leurs pensées ; chaque
Nation a ses signesfixes pour
representer tous lesobjets que
son intelligence embrasse.
Qu'on ne dise donc plus que
les beautez qu'on a senties en
lisant Homere , ne peuvent
être parfaitement rendues en
François. Ce qu'on a senti
ou pencé,on peut l'exprimer
avec une élegance égale dans
toutes les Langues; & chaque
Languevous fournira
les expressions uniques pour
caraétcriCcr-lquelque pensée,
quelque sentiment quece foir,
& pour en fixer le degré de
vivacité ou de noblesse.De là
je conclus que si Madame Dacierasenti
dans l'Iliadeautant
demerveilles qu'elle le publie,
elle nous a dû rendre toutes
ces merveilles en François avec
une élegance equivalente à
celle du Texte.
Il rn'esttombé depuis
peu
dans les mains une Traduction
en prose de la Tragédie Angloise,
intitulée Caton. Cette
Traduction
,
q0uoiqu'inélegante
,
m'a donné une trèshaute
idée de l'Original. Je
voy dansle Poète Anglois la
grande partie qui caracterise
n0ostre Corneille. Je n'ay rien
vû deplus grand au Théâtre
que le caraétere de Caron; il
estvray que l' Auteur ne conduit
pas son Jétion avec finesse,
il l'interromt même par des
Amours Episodiques d'assez.
mauvais goût ;
maisa travers
ces defjucs, je voy le grand
Poëte,je voy un homme îlluftre,
digne d'estre envié à sa
Nation. -' -,'
D'où vient qu'enlisant l'élegante
Traduction de l'Iliade
par Madame Dacieray
une si petite idée de l'Original.
j'en sçay la raison;c'est que
le Poëme Original porte un
fond si bizarre., si confus, si
absurde
, que la decoration du
style le plus riche dans une
Tradudtion fidele; ne peut
défendre le Lecteurdu froid
mortel, de l'insupportableen
nui que ce miserable fond
traîne à sa fuite.
Il n'y avoit qu'un moyen
de faire goûter l'Iliade en
François
,
c'étoit de composer
un Poeme Original, pour
ainsidire,qui eût poursujec
la fameuse Guerre de Troye
d'oster à l'Histoire monstrueusedHomère
tant de traits qui
blessent nos incturs, qui revoltent
nofire crédulité ; de
déguiser en grand le bas merveilleux
qui anime l'Iliade,
d'en corriger les Episodes
quelquefois ingenieux
,
mais
IOûlours défigurezi& de par--
teràunhautpoint d'élévation
les caracteres bizarres des Heros
Grecs& Troyens: en un
motil ne falloic rien moins
que le grand genie, la fage
hardiesse
,
& les riches reffources
de Monsieurde la Motte,
pour nous travestir le Monfire
Grec) de manière- que
loin de nous déplaire, il charnue
nos regards.
Vous voyez, Monsieur
,
que je pense hautement de
Monsieur de la Motte; mais
je croy qu'il est du devoir
d'unhonnette homme de dire
toûjours à ses perilstout ce
qu'il pense à l'avancage d'autrui.
Je patle toû jours desbons
Auteurs vivans, comme
je me persuade que la posterité
desinteresseeenparlera. Iln'y
a pas moins de bassesseque
d'injustice à dissimuler l'eftimc
qu'on n'apû refu ser a un homme,
superieur. Adieu, Monsieur,
je croy avoir satisfait à
ce que vous exigez de moy.
S'il patoitt quelque nouveauté
dans la fuite, j'auray foin de
vous en faire pan. - Je suis, Mon
Je vous promis le mois paffé
un examen de la Tragédie
de Caton,j'avois déjà même
fait sur cette piece presque autant
de remarques qu'il en falJoie
pour vous apprendre ce
que le public en pense; &
j'étois enfindéterminé à les
faire imprimer
,
lorsque j'ay
receu la Dissertation suivante.
Quoyque j'aye fenxi des différenccs
assez confidcrablcs entre
mes sentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raisonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous, Messieurs,
à réordonner de vous entretenir
à ma mode
,
quand il
vous plaira m'obligeràle faire.
Vous pourrez en attendant recevoir
comme vous le jugerez
à propos, le Paralelle que je
vous presence.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles,
dont la mort de Caton efl le
Jujet ; l'une efl jingloifè de
Monsieur Aâiijon;Vautre
Françoise de Monsieur Def
champs.
LETTRE
à Mylord * **
Vous vous plaignez, Mylord,
fort vivement, que M.
Dacier ait decidé quii ne faut
pas attendre des A0nglois une
bonne Tragedie; & qu'il les ait
crû incapables d'obsever les
reglesd'Aristote: comme les
jugemens de M. Dacier ne
font passouverains qu'onen
peut appeller,& qu'on en appelle
souvent; touché devos
plaintes, Mylord
,
j'ay examiné
cette décision, elle m'a paru
aussifausse qu'elle estinjurieuse
à la Nation Angloire. Les
Ànglois sçavent la plupart
assez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
sur la Poëtique d'Ariftotc.
Ceux à qui la connoissance du
François manqueroit ou qui
seroient détournez de se servir
de ces sçavantes remarques par
la disgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulston, un de leurs compatriotes,
qui peutassurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne sçavez pas peutestre
ce qu'il en coûra à de
Trie pour s'estrerempli de
l'esprit de M. Dacier: sitost
que sa Poëtique parut, de
Trie quitta tout autre Livre, il
connue d'abord un grand mépris
pris pour Corneille
,
il meprisa
Racine un peu moins; mais il
méprisa extrêmement la France,
quiles avoit admirez tous
deux. Le Disciplede M.D-icicr,
disoit des François ce que son
Maîtreaditdes Anglois;nous
manquions à ce qu'il assuroit
d'une bonne Tragedie, & par
pitié-pour sa Nation il voulut
luy en donner une parfaite;
il choisit pour ce sujet les Heraclides
: tout futréglé,compassé
sur les remarques de M.
Dicter
,
la piece fut joüée ;
maiselle ne futjoüée qu'une
fois,& le public gâté par Corneille
n'eût ni assezd'érudition
pour goûrer la nouvelle Tragedie
,ni assez de patience pour
lasouffrir. De Trie se plaignit
de son guide, il ne se plaignoit
pas d' Aristote, Corneille
l'avoit lû; mais Corneille
n'avoir point lû M. Dacier,
& de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes, Mylord, évite.
ront un pareil malheur, ils
sontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
de leur Nation,& ils ont raison
d'en estre choqurz ; appartientil
à un homme sans
goust pour le Théâtre
,
sans
connoissance du Theâtre Anglois
de prononcer qu'il nefaut
pas attendre des Angloisunebonne
Tragedie; s'il avoir penetré
le genie Anglois, il seroit convaincu
qu'il en tout tragique ,
& qu'il n'y a pas peut estre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theâtre, le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs laLangue Angloisea
une force, une abondance,
une liberté qui convient au
Theâtre ; il faudra, je l'avouë ,
que les Anglois captivent un
peu leur imagination fougueule
fous le joug des régles,
qu'ils ne se permettent plus
de Métaphores outrées,qu'ils
prennent garde de tomber
danscertaines bassesses que les
Poëtes Grecs n'ont pas assez
évitées; qu'ils se défassent des
idées romanesques, s'ils parviennentàse
corriger de ces
défauts, & ils y parviendront:
le Théâcre Anglois égalera le
TheâtreFrançois,ilne l'a pas
encore égalé
,
souffrez que je
ledise, souffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addison
& duCaton de M.Deschamps.
Le Caton François a este favorablement
reccu du public, jamais
piece n'a eu en Angleterte
un succéspareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis donc mieux établir
la superiorité du Théâtre
François sur le Théâtre Anglois
qu'en montrant que M.
AddisondoitcederàM. Deschamps.
Je fuis si persuadé de
la bonté de la cause que je
dtffens & de vostre équité,
Mylord
, que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton est un nom fameux,
ce grand hommeadonné des
exemples si éclatants de l'amour
de la patrie &de la liberté,
qu'on souffroit avec peine
qu'il n'eue point encore paru
suraucunThéâtre. M. l'Abbé
Abeille a choJ/l sa mort pour
le sujetd'uneTragedie:tous les
connoisseurs qui l'ont luë, ou
entendu lire en parlent avec de
grands éloges; mais l'Auteur
s'obstine à la refuserau public.
M. Addislon & M. Deschampsont
formé en même
temps le dessein de travailler
sur ce beau sujet, & d'abord
ils en ont apperceu la secheresse
Caton enfermé dans les
murs d'Utique se tua pour ne
pas tomber entre les mains de
Cesar. L'Histoire ne fournit
rien de plus,& pour remplir
l'étenduë d'une Tragedie , il
faut de lafiction& des épisodes
: nos deux Poëtes ont feint
en effet ; mais avec cette difference
avantageuse pour le
François que les épisodes tiennent
au sujet,qu'ils en font le
noeud, & qu'ils en produisent
le dénoüement.LesEpisodes
du Poëte Anglois font absolument
détachez de l'action principalc
-
,
ils la cachent,il la
font disparoistreassez souvent,
en un mot ils ne fervent qu'à
fournir des Scenes qui remplissent
les vuides de la Tragedie,
Une courre Analyse des deux
pieces fera voir sensiblement
ce défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
Dans le PoëmeAnglois,Caton
cft renfermé dans Utique
avec peu de Romains & quel-
que Cavalerie Numide, qui a
suivi le jeune Juba. Cesar envoye
proposer la Paix, on la
refuse : il fait marcher ses
troupes. Caton se voyant hors
.'étt de refificr,Ce tuë. Voilà
toute
toute l'oeconomie de l'action.
VoicylesEpisodes.
Portius & Marcusfils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain: Portius
consident de son frere qui ne
le connoist pas pour son rival
se comporte en homme gencreux
sansvaincre son amour
& sans trahir son frcre. Marcus
est tué, Portius épouse
Lucie.
Aurre Episode également
détaché du sujec& du premier
Episode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton,que Sempronius
Romain aime aussi. Sempro
nius est un perfide qui veut
trahir Caron. Syphax, Numide,
conspire avec luy
;
ils font
soulever les Romains: Caton
lesappaise. Syphax propose à
Semproniusd'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executerce
crime avec moins d'obfiacte.-
Juba survient, iltuë
Sempronius
,
Syphax s'en- fuit
LePoëmeAnglois
, comme
on le voir, n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre,& l'Auteur a senti
luy-même que Itaétlon principale
luyéchappoit
; illarappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils autoient autre chose à
faire que l'amour, & que dans
un si grand périlils ont tort
de s'amuser à des conversations
galantes. t.
Le Poëte François a m,ieux
imagine sa fable; il la dispot
sée plus habilement.
Caton est dans Utique. en
état de sedeffendre, si un accident
imprevû ne rompoit
ses mesures
, & par là sa fermetén'estplus
un desespoir
comme dans le Poëme Anglois
; il peut, il doit même
refuser la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaisseaux
du Roy de Pont; il a sesTroupes
campées avec les siennes
proche le Port. Ce n'est pas
dans Utique que se passe l'action
,
c'est dans un Palais des
RoisdeNumidie assezéloigné
des murs, pour que Cesar y
puisse venir en seureté surla
parole de Caton ; l'entreprise
demettre Cesar& Caton ensemble
sur la Scene a été une
entreprisehardie;elle a reudi
àM. Deschamps.Cesar ypa.
roit aussi grand que le peint
l'Histoise ; incapable d'obéïr,
digne de commander rnmc
aux-Romains Maistresde l'Univers
;assezbrave,assez rage)
assezheureuxpour les soumertre
par les Armes
,
assez politique
pour vouloir les soumettre
sans combat;intrepide ennemy
,
vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet, sensibleà l'amour
,
maisplus sensible à la
grandeur qu'à l'amour. Caton l'(ffJêe un peu, il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
quele vice,&l'infortune fou*
tenuë avec courage, donneun
nouveau lustre à la vertu. Pharnace
ce fils de Mithridate si fameux
par ses crimes, étoit propre
à servir d'ombre à Cesar,
& à Caton. Le choix de ces
trois caracteres si bien contrastez
est d'un grand art ; l'enchaînement
de la fable marque
encore mieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chassé de Ces,
Etats par Cesar vient joindre
les restes du party de Pompée.
Arsene crûë Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagementsqu'avoit pris
son peJ y vient aussi pour
rompre son mariage projetté
avec Pharnace,& poussée par
un [CCfet inftin£t qui la porte
vers Caton;c'est par leur entreveuë
que la piece commence.
La prétenduë Reine des
Parthes est bientost reconnuë
pour Portie fille de Caton.
Quandl'Auteur auroic
bazardécette fiction sans luy
donner une exacte vray -
semblance,
elle produit de si beaux
effets,qu'on ne pourroit la condamner
;mais l'imagination
de M. Dcfcbalnpsen toûjours
reglée par un jugement solide:
toutcequ'il suppose convient
à ce que les Historiens nous
apprennent: il feint que la
femme de Crassus avoit emmené
avec elle Portie sa niéce
encore enfant, que dans la
déroutedeGrassus,Portie devenuë
Esclave,fut prefentéc
au Roy des Parthes; le rapport
destraits de son visage
avec ceux de la Princesse sa fille,
seul enfant quiluy restoit,luy
inspire pour Portie une tendresse
presque paternelle: la
Princesse meurt &leRoy auquel
il étoit important de ne
pas paroistre manquer d'heritiers,
fait passer Portie pour sa
fille. Cesar à qui il n'estoit pas
moins important de s'assurer
du Roy des Parthes, vient à la
Cour de ce Monarque, sans se
faire connoistre, pour ledétourner
d'embrasser le parti de
Pompée, il ne réüssit pas:mais
il voit la Princesse il l'aime
sans la connoistre pour Portie,
elle l'aime sans le connoistre
pour Cesar : on arrête le Mariage
de la fausse Princesse des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut consentir :
les crimes de Pharnace & sur
rout raffaffinac de Pacorus
Prince desParthes son frere ,
donc elle découvre qu'il est
auteur ,luy servent de pretexte
pour rompre : elle a besoin de
l'aveu des chefs du parti de
Pompée, elle vient l'obtenir,
& elle retrouve son pere dans
Caton, & son amant dans
Cesar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
assassiner Caton:il le fait proposer
à Cesar
,
l'illustre Romain
a horreur de la perfidie
du fils de Mithridate,&ilavertit
Caton :Pharnace au desesp')
ir veut perdre Caton &
Cesar
,
se rendre maître du
lieu de la conference, dePortic
& d'Utique. Le peril de
Cesar fait accourir ses troupes,
Pharnace est chassé
: mais les
Romains qui suivoient Caton
se réunissent aux troupes de
Cesar
, & Caton n'a plus de
parti à prendre que ccluy de
fléchir devant l'usurpateur
,
ou de se tuer:Caton ne pouvoit
dans cescirconstances, en
prendre un autre que celuy de
la mort.
Il faut remarquer, que la
liaison des évenemens est si
bien menagée ,que tout se
réünit à l'action principale;si
l'arrivée de la Reine des Parthes:,
enlà cause des entreprises
de Pharnace, qui mettent
Caton dans la necessité de se
tuër ; c'est encore la Reine des
Parthes qui attire Cesar dans
le lieu de la Conference, &
qui l'engage dans le peril. Ce
péril
, comme on la vu, attire
dans Utique les Troupes de
Cesar, & ôre toute ressource à
Caton;il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
,tousles pas des Acteurs
y tendent, si j'ose m'exprimerainsi.
M. Deschamps l'emporta
donc pour la justesse des Epi
codes,ill'emporte encore par
le bel effet qu'ils produisent ;
le mépris quefait Caron d'un
des premiers Trônes du monde
,
l'horreur avec laquelle il
voit une Couronne dans sa famille,
fontdes traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame:l'amour de Ce.
far & de Portifr,de la fille de
Caton&du Tyran de Rome,
interesse autrement que la froide
galanterie de Portius &dc
Lucie, de Sempronius & de
Marcie ;Caton obligé de la
vie à Cesar, Cesarcombattant
pour Caton, sont des fituations
,s'il se peut, encore
plus interessàntes que l'amour
de Cesar&de Portie.
Vous en conviendrez, Mylord,
la constitution de la Fable
dans la TragedieFrançoise
éfiTrègulterc ,merveilleuse
,
vray -
semblable, interessante,
grande; a-t-elle ces. perfections
dans ePoëme Anglois?
Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
donr ils ont soûtenu le
caractere de Caron, & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enfune par les G.
tuations&par les sentiments;
car pour l'expression, je suis
assez équitable pour ne pas juger
de celle deM.Addison sur
une Traduction en prose.
M. Addisson & M. Deschamps
ont peint tous deux
Catonaunaturel. Dans la piece
Angloise l'admiration de
Juba pour Caron , les censures
que Sempronius& Syphax
font de l'austerité de sa vcrru
en donnent une grande idée; illa-soûtient par la fermetéau
milieu de la révolté de ses
Troupes;par la manieredont
il parle deson fils mort pour
la patrie , par sa mort;mais
l'opposition de Cesar necef.
faire pour rchauffer son éclat,
luy manque dans la Tragedie
Angloise
,
& il y paroît trop
peu sur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoise. Tout ce
qu'il dit porte son caractere.
& tout ce qu'on dit de luy relevé
l'idée qu'on s'en ca fornié
dés la premierc Scene. Le
Tône desParthesmeprisé,la
Paix offerte en vain par Cesar,
Caton abandonné&envelop.
pé des Troupes de Cesar, font
des occasions où toute sa vertu
doit paroître, & ou elle paroit.
Achevons
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la comparai
son des situations & des sentimens.
Commençons par
mettre danstout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloise.
Le premier se trouve
au commencement de la cinquiéme
Scenc du troisiéme
Acte:onarrive jusques là par
des Scenes galantes, inutiles au
sujet
,
par des conversations
morales de Portius &de Mareus,
fils de paton
,
de Juba &
de Syphax;par une froideDeliberation
duSénat; maisil
faut avoüer qu'on estfrappé
de voir le Theâtre plein des
Chefs revoirez par Sempronius,
rendus immobiles, atterez,
desarmez par la presence
intrepide & le sage discours
deCaton.
CATON.
Oùsontces intrépides fils de
« Mars, quiavec tant de bravoure
tournent le dos à l'ennemi,&
qui avec tantd'audaceJe revoltent
contre leur General?
SEMPRONIUSàpart.
Que le Cielconfondeces ames
lâches! comme ils* font éJonne
& éperdus!
CATON.
Perfides ! est-ce ainsi ,que
vous voulezflétrir vos lauriers
Cm ternir vostreréputationf re,
connoissez vous donc que ce n'étoit
ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté,nyledesir -
de lagloire; mais feulementl'avidité
du butin cr* l'esperance
departager lesdépouilles desfailles,
&des Provinces conquises,
qui vousontconduitsici? AnimeK
de telsmotifs, vous faites
bien de vous joindre aux ennemis
de Caton y& de vous ranger
sous les Etendars de Cesar
Pourquoyai-je échappé à la rnorfure
fatale de l'aspic
, & aux
mortelles atteintes des monstresde
l'Afrique pourvoirceque je vois
aujourd'huy? pourquoy Caton
n'est-ilpas mort sansquemous
suffiezcriminels? voilà ingrats,
voilàmonseinprestàrecevoir vos
coups:que celuyàquifayfaitinjusticefrappe
lepremier. Parler
quel de vous croit avoirsujet
deJeplaindre, ou s'imagine qu'il
souffre plus que Caton ?ya t-il
quelque distinction entre vouse
moy Jtce n'estdans les travaux,
dans les soins&dans les veilles,
dont fay laplus grande parts
nejlce pas là mte lafupemrite
quej'aysurvous?
SEMPRONIUS àpart.
Le coeur leur manque:maudits
soient ces traîtres! tout est'
perdu.
CATON.
jîve^uous oublié les deserts
brûlansde laLybie,ses rochers
steriles3ses montagnes de sable,
son air infecté & ses diverses
especes de serpens ? qui a étéde
premieràfrayerun chemin lorsque
lamortsepresentoitachaque
pas dans une route inconnüe? ou
qui est-ce qui dans une longue&
penible marche étoit le dernier de
l'Armée à étanchersasoif, lorf1
quesur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoit fait
rencontrer, vous tarissez le courant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hasardon trouvoit quelque
petite source, & que nous
ojfrissiez. à Caton l'eau 'Vive.1
dontàpeine .vo-,s aviezpûremplir
uncasque,ne larepandoit-il
pasfantjy toucher ? n'at-il pas
marché à vostre teste pendant les
-
plusardentes chaleurs du jour,
& à travers les nüages de poursiere
?sonfronta-t-il fflé moins
exposéque le vostre aux traitsdu
soleil eàlafueur.
CATON.
Loin d'ici infames
,
loin dici.
¿fle':\. vous plaindreaCesar,
que vous ne pouviez passoutenit
les travaux & les fatigues que
vostre Generalessuye.
On conviendra que cette
Scene seroit belle,si Sempronius
n'yjettoitpas un Comique
qui en bannit le serieux &
le grand;ce n'est pas seulement
en cet endroit que le Poëte s'abaisse
, la conversation de Juba
& de Syphax, & la maf-<
earade de Sempronius sentent
un peu la farce. Cette mascarade
amene une situation fort
touchante; Marcie voyant
Sempronius revestudesHabits
Royaux, étendu more ,
le
prend pour Juba; ce Prince
qui sument est témoin de la
douleur de sa maîtresse
, ÔC
par là il apprend qu'il est aimé
;mais ilne le connoîtqu'a-
, ) si > près s'estre trompe quelques
moments ,
& avoir crû que
Sempronius faifoir couler les
larmes de Marcie. Toutce jeu
de Theâtre est conduit avec
art, les sentimens font vifs,
& l'expression dans laTraduction
même paroît ferrée ani-
- méc&touchante.
La
La Scene douzième du quatrième
AOîc prelente encore
une belle situation
: On apporte
à Caton le corp s de
Mjrcus son fils, mort pour la
Patrie; Caton le plaint, mais
en Caton. -
CATQNit rencontrantle corps
fnorr.
estre à la place de ce jwru homme
? Ah! que ne peut on mourir
plusd'unefoispoursapatrie?mais
pourquoy vous ajjhge^*vws,
mes amis ? je rougirois de bontesi
la maison de Caton estoit tranquille
&florissante pendant les
:
borreurs dune Guerre Civile..
Portiusregarde tonfrere.,emsouviens-
toy que ta vien'estpas à
toy ,
lorsque Rome la demande.
JUBAàpart.
Jamais mortela-t il fait paroître
tant defermeté ! CATOR
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une perte parue*-
liere. C'cfiRome qui demande nos
larmes: Rome! la Maistresse de
l'Univers ;Rome! Mere feconde
des Heros, f*r les delices des
Dieux; Rome qui humilioit l'orguëil
des Tyrans de la Terre,&
qui brisoit lesfers des Nations
Helas! Rome n'estplus.. O liberte
! O vertu! O Patrie !
J U B A à part. Ilpleure.
Dieux!qu'elleintégrité!quel
amour de la Patrie! il a veu
d'un oeilsecunfils couché dans
lesbras de la mort , eilfond en
larmes pour Rome.
CATON.
Tout ce que la vertu Romaine
a dompté
, tout ce que le Soleil
éclaire, tout est à Cesar. C'est
pour luy que les Decius se font
devoiï:
; c'est pour luy que les
Fabiussont morts les armes à la
main; c'est pour luy que le grand
Scipiona fait des conquestes ; &
que Pompéemême a combattu.
Helas, mes amis! quest devenu
le travaille des Destinées?quest
devenu l'ouvrage de tant de
siecles?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition! toutest éva
noüi, tout estabsorbé dans Cesar !
nos illustres Ancestres ne luy
avoient rienlaissé à vaincre que
saPatrie!
L'Auteur Anglois a disposé
fort habilement son cinquième
Acte: la seule mort de Ca.
ton le remplit, il la suspend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Att est magnifique.
CATONseul,assis & rêveur
, tenant ensamain le Livre
dePlaron de l'Immortalité
de f'Arne, une epetvtiëfur la
:
table.
Cela ne petit êtreautrement.,,
Platon tu raisonnes juste!.. Car
enfin d'où nous vient cetteflatteuse
esperance
, cet ardent desir de
l'immortalité ? d'où nous vient
cette craintesecrete CM cette horreur
intérieure du néant ? d'où
vent que l'amese revolte contre
cette fenfée fceflla Divinitéqui
agiten nous; c'zflle Ciel même
qui nousfait entrevoirunavenir
C/ une Eternité.Une Eternité!
idée agréable
,
e5rterrible en même
temps! dans quels mondes divers
(y inconnus devons-nous
passer ? quels changemens devonsnous
subir dans ce vajïe infini ?
ce grand objet, cet efface sans
bornes
,
est devant moy : mais des
ombres
,
des nuages , & des tenebres
le cachent à ma veuë.
Je m'en tiens à cecy : s'ily aune
FuiJSancç au Jeffus de nous ( ce
les merveilles que les ouvrages de
la nature étalent à nosyeux ne
nom permettentpas d'en douter)
il faut que cette Puissance aime
la vertu , & ce qui eji l'objet de
si". amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cesar ! Jesuis las de mes in-*
certitudes :ceci les finira, (mettant
la ma sur l'épée) me
'VoIlà doublement armé ; la mort
• & Iwhe} le poison fy j'Antidatesonton
mes mains : l'un dans
un Infime tranche le fil de mes
jours; l'autre m'apprend que je
suis immortel. L'ame seure de
son existence
,
meprise le poignard
&brave la mort. Les Astresperdrontleursplendeur
,
la brillante
lumiereduSoleils'éteindra avec
le tems; toute la nature/tfccom..
berasous le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle,&elle ne repentitaau*
cune atteinte ,
parmi le furieux
choc des Elemens
,
le naufrage de
la matièrey & la dissolution de
l'Univers..
Opposons maintenant les
beaux endroits de la piece
Francoise aux beaux endroits
de la piece Angloise. Je vous
avoue que le choix de ces
beaux endroits m'aembarrasse
,
& que j'en omets beaucoup
quim'ont charmé
,
&
qui plairont auxLecteurs peuteue
autant que ceux que j'oppose
aux beautez de la piece
Angloise.
Je vous ay fait regarder le
mépris deCaton pour la Cou,.
ronne des Parthes, comme
une des belles situations de la
piece Françoise. Ecoutez Canton
l'exprimer.
Qj*oy mon fang offre encore un
objet à ma haine?
Qxoy l'ennemi deS Roisest pere
d'une Reine?
Dieux!justifiez-vous les crimes
deCesar? -
Voulez-vous attacher les Romains
àson char?
Mafille parvosfoins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine
, &
pour blffiermavue?
Si je sens du pUifit à rappeller
sestraits,
Son dessin le détruit &le change
en regrets.
Comment me plairoit elle avec
une Couronne?
Rome me le défend silesang
me l'ordonne.
La nature seroit en ce moment
cruel
D'un pere trop sensible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la grandeursuprême
!
Hâtons-nous de foulerauxpieds
son DlIldêm.
Le reste de la Scene est de
même force: le commencement
de la seconde Scene du
second ActefutHrcnc pour faire
connoistre Caton.
CATON.
Eh bien, Domitius,qu'avezvous
à me dirjt
DOMITIUS.
Cesar m'a commandé, Seigneur,
de vous instruire
CA TON.
Quoy Cesarvouscommande?
C?vousobeijje^!
DOMITIUS.
Ot'iy, Seigneur.
CATON.
Vil esclave , arrête^
,
c'efl
aJfezetrft
trop deshonorer 'l)OJ glorieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy,
qu'eux &les Dieux pour
Maistres.
Deux vers de la premierc
Scene du troisiéme Acte donnAent
lamveritabale idnée dte C.eiar
L'amour n'enchaîne pas les
Heros àson char,
Et Cesar en aimant n'en estpas
moins CrjÃr.
La Scene seconde du troisiémeActe
,où Porriereconnoît
son Amant dans Cesar,
met l'un & l'autre dans une
situationtouchante. La conserence
de Cesar & de Caton
qui suit
,
étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. Laconserence
deSertorius&dePompéc
est un modele qu'il est
presque impossible d'égaler
il est même plus difficile de
faire parler Cesar & Caton
que de faireparler Sertorius
& Pompée: la conference de
Caton & de Cesar a plû cependant
, & plû si generale.
ment , que les Critiques les
plus impitoyables n'ont osé y
toucher : je ne la transriray
p3ss vous l'aurez lûë,Mylord
plus d'une fois, & mille gens
la sçavent par cceur.
Quanti on se plaint que
M. Deschamps n'a pas fairtCefar
allez grand,fait-on reflexion
à ces six vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrième Aâc.
•S' nousétoit permis de nous
choisirunMaistre,
Peut-être Cesar ftul meriteroit
de l' être;
Mais il veut s'éleversur le débris
des Loix,
dffervir desHerosqui détrônent
les Rois,
Et cette ambition
, ce penchant
detectable
Du plus grand des Mortels en
fait leplus coupable.
Quelles situations que celles
des deux Scenes suivantes?
Portiereconnoît qu'elle cft
si le de Caton. Caton reconnoît
quesafille aime Ccfar.
Cesar reconnaît que sa Maîtresseestfille
de sonplus grand
ennemy;que leurs sentimens
font conformes à leur caractere.
Ecoutons-les.
PORTIA.
Il est -vre , ma naissance a
droitde te surprendre,
Je l'ignoraytoujours, £jeviens
de l'apprendre ;
Voy,Cesar, à quel point mon
destin est affreux,
Tu m'aimois£ mon coeur répondoitàtes
voeux. Je
J: dois en frémifiant rougir de
mavcitoire,
Etjetrouvema honteoù je mettois
ma gloire.
Ah ! devois-je éprouver en ce
funestejour,
Que l'innocence est peu d*accord
1 avec l'amour ?
CESAR.
Et pourquoy regarder nostre
amour comme un crime?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'efl un presentdlu 'Cielqui veut nous réünir.
à Portia.
Loindelemépriser,ilfaut l'en
tretenir.
à Caton.
Pourquoy nous séparer quand le
- -
Ciel nous assemble ?
à l'un &àl'autre.
Que la paix £ l'hymen nON;
unissent ensemble.
CATON.
Je donnerois plutost en Sacrifice
aux Dieux
Et lesang de mafille 0* le mien àtesyeux.
Cesar, Par cet hymen necroy
pas mesurprendre;
£joffflrotfinqégPoemnpédereen devenant
Meffofigarantirdes traitsdeta-
- fureur
3 Et ce lien sacré commença son
malheur.
Mais quand àcet hymen Caton -Ton coeur insatiableaffamé de
ïjkmpire,
N'en seroit pasmoinsfier , ny moins ambitieux,
EtjenîcChargerois d'unforfait
odieux.
Lajavelledç laperfidie
de Pharnace qui veut s'em- £tftodttl&U:dçjaconfcrcnce
finit cette belle Scene. Cecar
court s'y opposer, ce qu'il dit
peintau naturel son intrepide
generosité.
CESARàPortia.
Ne vous allarmez pas dusort
ay qui nous menace , puni Ptolomée a-puniray
-
Pbarnace.
LeCielsseroit en *vain des mortels
généreux
S'il ne les rendoit pasquelquefois
malheureux.
Le cinquième Acte est aI:
sûrement le plus beau de la
piece ; l'action y est vive, &
comme Horace le preteur:,
elleva rapidement à lafin. Cesar
revientaprés avoir repoussé
Pharnace: Portie le recoit en
luy demandant:
Cesar,est-ceun Romain qui
paroistences lieux,
Ou n'est-ce qu'unTiran qui se
montre à mesyeux?
Toute cette Scene estcomparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus estimées.
Portie offre à Cesar de
l'épouser
, pourvu qu'illaisse
Rome libre: Cesara de la peine
àsacrifier son ambition, à
son amour. Portie s'en irrite;
foa transportn'est pas fort
inférieur à la fureur deCamille
dans l' Horace de CorneiUc,&,
ilest mieux placé.
PORTIA
C'en esttrop, ilesttemps que
mon courroux éclate ,
Moy-même je rougis de l'espoir
qui seflatte :
N'attend pas que l'hymen d'un
Tyran tel que toy :
Souille lapuretédusangquicoule
en moy.
Mon coeur deson amournetriomphait
qu'àpeine,
:Mais tes cruelsrefusme livrentà
la luli-ne;
Si ton fyrdsikîfrtiitçHr met
joug l'univers,
Par une prompte mortjepreviendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'à ces ames
serviles
Qui l'ont prêté leurs bras dans
les Guerres Civiles.
A ces persecuteurs des vertus de
Catàn A , 1 ces ingrats Romains, qui n'en
ont quelenom.
-.
Puissent tes Sttccejfeurs pour
mmoonntteerraà l*Emrnppzirree
Chercheravidemmentl'un l'autreàse
détruire;
Dufer du poison emprunter
,
le feiQuny .,
Uun perevieillissantprécipiter
les jours;
Exercer dans la paix lesfureurs
delaguerre;
Faire un bucher de Rome
, un
desert de la terre;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Lesvivans & les morts dans
lemêmetombeau;.
Par un hymen prophane des
liensimpies
-
Epouvanterles Cieux, même
lesfuries;
Et pour voiràplasir la source
deleursang
D'une meçt immolée ouvrir le
triste
trisse flanc!
Puissenttous leurs forfaits estre
peints dans l'Histoire !
Puisseàjamais le monde abhorrer
ta memoire!
Puisse-t-il indigné contre tant
defureurs
N'accuserquetoyseulde toutes
ces horreurs /,
Cependant les Troupes de
Cesar qui croient qu'on a
manqué à la parol e donnée à
leur General
,
& qui imputent
à Caton la persidiede Pharnace
,
fondent sur le peu de
Troupes qui restoientàcet illustre
Romain; prêt de tomber
entre les mains des ennemis
il se donne la mort.Cesar
arrive trop tard pour Tempe
cher; on apporte Caton mourant
sur le Theâcte
,
ses dernièresparoles
font dignes de
luy ; on les comparera sans
doute avec ce que dit Mithridate
mourant, & Racine
peut-être ne l'emportera pas
sur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ah!monpere
CATON.
E,t(juffizJ'znutilesJouleuts ;
'Rorhefenteen r(j(ju doit exciter
DOS pleurs;
Rome preste à périr , nostre chere
Patrie
Quid'un cruel Tiran éprouve la
furie.
Pleure^ Rome pour moy mon
destinesttropbeau,
La liberté me suit dans la nuit
du tombeau:
Le trépas de Caton estun choix
volontaire,
Le Ciel n'en a pas fait un mal..
heur necessaire.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin,
J'ay vécu glorieux, j'expire
en Romain.
Souvenez-vous toûjours de qui
vous ê,.,tes né»e.
PORTI A.
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
CATON.
~T~.
PORTIA.
0!oy dans les fersje trt0Vneroismfons„
ort?Cla vie
lamort?
CATON.
Vous ejles libre encor ,
abandonnt':{
Utique,
âchez de soutenir la libertépublique:
Vivez pour servir Rome, C7*
que vos pas errans
Cherchent tous les climatsennemisdes
Tirans.
L'Efhi^ne maintenantdoit ejîre
vofffe a^ile.
Eteigne%àjamais uneflameservile.
jéiïsalutdel'Etat dévem% votre
coeur,
Que Romeen vostreEpoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous ,
que ma
haineimplacable
Soittoujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille,approchez vous : dans
cet embrassement
Si nouveau pour mon coeur,si
doux &Jîcharmant,
D'unpere qui des Cieux va quitter
la lumière,
Mafille, recevez la vertu toute
1
entiere.
Le procésestinstruit, prononcez
Mylord ; je l'ay dit,
& je ne m'en répens pas, je
consens d'être jugé même par
un Anglois. Au reste
,
je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M.Addisson,
&M Deschamps, une émulation
qui anime le dernier à
marcher sur les pas de Corneille,&
qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
Même beauté
,
tantsoit exr
quise,
Rassasie & soule à la fin,
Ilme faut d'un& d'autre pain.
Diversitéc'est ma devise.
Dans les Livres qui ne traitent
que d'un même su jet, les
Auteurs ontraison d'allonger
la courroye autant qu'ils peuvent,
pour remplir leur Volume.
Il n'en est pasdemême du
mien, les sujets les plus opposez
s'y assemblent en foule,
& maintenant chacun à l'envi
y veut avoir sa place
,
il n'y a
pas jusqu'à la Lune qui y a rétenu
la sienne ,,& qui prétend
que Mercure luy rende au
moins douze fois hommage,
en considération des douze
visites que tous les ans elle
rend à nostre Hemifphere. J'y
consens, Madame la Lune, &
ctcO: pour l'amour de vous
que je vaisà mon ordinaire
conrer l'Histoire de ce mois.
S'il faut s'en rapporter à
l'autorité de Fulvius&de Junius,
ces deux Auteurs pretendent
que Romulus imposa le
nom aux dix premiers mois de
l'année, donc le premier commençoit
par Mars &finissoit
par Décembre. Il l'appella
Martius en mémoire de Mars
son Pere
, comme Avril en
l'honneur de Venus Aphrodite,
à laquelle il attribuoit
l'origine de ses Ayeux.
Varron cependant a cru que
ce premier mois del'annéeRomaine
n'a reçu le nom de
Martius qu'à causeque Mars
étant le Dieu de la guerre ,
ils
luy donnoienc la premiere place
par inclination. Ovide en
rend même la raison dans les
deux vers suivants.
Mars Latio veneranduserat,
quiaproesidetarmis,
Armaferoe genti, remque decusquedabant.
Le premier jour de ce mois
les Dames Romaines servoient
à table leurs Domestiques,
imitant en cela leurs Mans>
qui, en Décembre, en
usoient ainsi envers leurs Esclaves
,
pendant les FwftesSaturnales.
Elles celebroient cette Feste
fort religieusement, parce que
selonFestus, ce fut en ce jour
qu'elles rendirent leur premier
culte dans un Temple dedié à
Junon Lucine, Divinité qui
presidoitàl'accouchementdes
femmes. Selon Servius ce fut
à cause de la Paix jurée entre
les Romains & les Sabins,
par la médiation des Sabines
qui avoient été enlevées par les
premiers. Les Romains fêtoient
également ce jour en
mémoire de cette Paix.
Ce jour & les suivans font
encore connus par la feste des
Anciles ou Boucliers sacrez
que l'on croyoit être tombez
duCiel,du RegnedeNuma,&
que l'onregardoit comme un
gage tutelaire de la Ville de
Rome: comme l'on dansoit
beaucoup en ce jour;onl'appelloit
aussi la feste des Saliens.
Ces peuples avoient la superstition
de ne se point marier
en ce mois, ou s'ils le
faisoient, ilsn'enauguroient
pas favorablement, parla raison
que Mars n'avoit pû
seduire Minerve, qui pour
avoir confervé sa virginité
fut nommée Nerine. ,
Le 17. de Mars arrivoient les
festes des Bacchanales qui ne le
cedoient point en folies à celles
denostre Carnaval.
Ceux qui voudront passer
pour Erudits,apprendront ici
que ce mois Ce nommoit chez
les Grecs, Munichion.
Mais ceux qui secontenteront
de passer pour d'indulgents
Lecteurs du Mercure,
aimeront bien mieux, que l'intelligence
de l'éthimologie
d'unvilain mot Grec, la nouvelle
qu'ils vont lire.
-
L'INTERPRETEGALANT,
Nouvelle.
Il est des filoux qu'on ne
peut haïr;on doit même sçavoir
bon gré à celuy quicherche
depuis deux mois à meriter
Tcftime de Mademoiselle
Lheritier connuë sousle nom
de Thelefille
,
& par les jolies
choses qu'elle a données au public.
Les AcademiesdePadoüe
& de Toulouse luy ont envoyé
avec distinctiondes Lettres
d'Academicienne, qui rendent
sonsort glorieux. Un inconnu
fous le nom de M. de
Courpuisqui a voyagé pendant
plusde dixansdans l'Afie
,
luy a écrit depuis six semaines
deux Lettres accompagnées
de petitspresensqu'-
elle a reçus comme envoyez
de la part de l'Ambassadeur du
Roy de Perse, & certifiez du
seing contrefait de M. de
Cour puis, Interprete & Secretaire
de sonExcellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier) qui seroit fort aise
de sçavoir à qui elle a l'obligation
& des Presents
,
& des
Lettres galantes que le faux de
Courpuis luy a écrites de la
part du SeigneurOchus. La
premiere Lettre commencée
en stile Per san est datée du six
Février, Voicy ce qu'elle contient.
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
soit le centier de vos pieds, &
quevôtre renommée brille &augmente
dejour en jour, ainsi que
fait tous les ans le Soleil danssa
course.
LegrandSophi, monsouverain
Seigneur& Maistre, ayant
entendude toutesparts de magnifiques
récits de Louis le Grand T'otreRoy,
m'a envoyé l'enféliciter,
&luy rendre lestémoignages
d'estime que meriteson long
& glorieux Regne
, e luy en
souhaiter
sonhaiter une longue continua-
Iton.
H ma chargé de plus de faire
choisir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames quis'ysignalent
par les talens de leur esprit.; il a
dé). les Portraits de feu Mofdames
de la Suse,de Villedieu
,
des
Houlieres, & de Mademoiselle
dt Scudery
, & il attend avec
impatience le votre 3
Mademoi-
-selle, &ceux de Mesdames Da*
cicry Barbier, & de MildemfÛselledesHoulierts;
ces Tableaux
seront honorez de siecle en fÙcle
dans la Galerie des Sophis
,
dont
laJujets naissenttoûjours avec
une estimeinfinie pour les Muses.
Lesucre & le cassié étant en
usage chez les Européens comme
chez les Persans,j'ayesperé que
''l}OuJ voudriez bien,Mademoiselle
, en accepter de la part du
plus humble &duplus obeissant
de tous vos serviteurs,
Ochus-,yimbajfadeur
du Rcry de Perse.
ParMonseigneur Ochus, de
Courpuis, Interprete & Secretaire
desonExcellence.
Mademoiselle Lheritierqui
ne manque à rien, remercia
par lePoëme qui suit; leCourrier
de M. de Courpuis s'engagea
à repasser dés le lendemain
chez elle sur les dix heures
du matin, parce que son
Maistre très occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroitpas venir luymême
apprendre le fort de laLettre
de son Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain desclimats
que l'Aurore
Semedeses premiers rubis,
Lorsquesous ses pompeux habits,
JDe mille feux divers l'horison ,relle dore.
Successeur du vaillant Cirus
Honneur de l'Orient , ; ô Ciel le
puis-je croire ?
Quoy mesfoibles talens
,
grand
Roy,voussont connus;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-jemeflatter , puissant Roy
,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vrayquel'amour que j'ay
pour la Science Qu'à , tout autre plaisir mon coeur
sçait preferer
,
Peutmepermettre d'esperer
La glorieuse bienveillance,
Dontvojlre ame sublime a dai~
gné m*honorer ;
Cettegrande ame encore aIfu con
- siderer
Le Kele vif
,
ardent
,
plein de
tendresse
Qui m'anime sans cefe
Pour ce Roy modele des Rois
,
Dont nos heureux climats fuivent
lesdouces loix;
Heros par ses exploits
, comme
par sa fageft
Etquilefrontornédes , couronnes
de Mars
Faittriompherla , Paix,les Muses
,& les Arts;
Fe meflatte donc que le Kele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toujoursvoir,
Et l'amour ardent efidcle
QUui me fait en tous lieux honorer sçavoir,
Seuls ontformépourmoy quelque
bruitpropreaplaire
Au Koy leplusfameuxque ¡tOrient
revere ;
Ces deux justes penchants que
fayreceu des Cieux
Uritffentmonnoma vosyeux ,
Avecceuxde ces Heroïnes,
Dont les Vers sont sigracieux ,
Dont les lumieres sont divines.
Daignant ainsîm'unir aux Sa
pbos,auxCorinnés,
.ÇrAnd Roy, que vous rende%
mon dllin glorieux ;
Vous, illupres Dacier, Barbier,
& des Houlieres,
lIour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Par un rare avantage on verra
nos partaits
Dans le magnifiquePalais
D'un Roy de qui le Diadême
Eclate danstoutl'Univers :
Monesprit enchantéde cet honneursuprême,
Vafairemilleefforts divers
, Pour s'éleversans cesseau-dessus
de luy-même,
Ettracerpar de brillans traits
De ce Roy généreux l'auguste
bienveillance
Et la magnificence.
Oüy1dignepossesseur du Trône de Cirus,
Quandvostre Ambassadeur, le
tres galant Ochus,
M'en aurait un peufait accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
vojlre Histoire,
Fera voiraux mortels par de nobles
accens,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
On augmente bien Jes talens,
Alors qu'on a cuëilyl les doux
fruits de la Gloire.
Lefaux de Courpuis informé
que son jeu n'avoi- pas
déplû
déplûàMademoiselleLheritier
,
s'en est attiré un Remerciment
par les vers qu'elle sir)
après avoir receu desa partun
second Present avec la Lettre
suivante datée du deuxième
Mars.
MADEMOISELLE,
-
* Il estbienjuste quesonExcellence
soit des premiers à vous assurerqu'on
trouve mille beautez
dans le Poëme que 1JOU5aJve'{faie
pour le Roy de Perse ; ils'écria
des que je ,luy en eut rendu lesens
en Persan. 0 Kaia verras miris
fordhain Brux goncc ,
Klas
trisnil hinius s'Rein ,di Persas,
paroles qui veulent dire: 0 fille
vertueuse & gavantequi connoissez
comme moy, la puissance
& les bellesqualitez du
Monarque qui gouverne le
vaste Empire des Perses: lime
commanda dans le mêmeinstant
de le traduire à la lettre, en
Persan,disant,qu'il n'aurait rien
manque au plaisir que vous luy
avezfait, si vous eulfir'{ bien
voulu le traduire vous-même,
vous dont la connoissance pour
touteslesLangues est telle que les
Académies étrangèresifefiintfiait
honneurde vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estsans doute dans vostre
bel ouvrage, Mademoiselle, que
son lf,xcdlence a trouvé des lumieres
& des instructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Héros, ille reconnut
aux traits dont vous l'a-
'Uez designé dans vostrePoëme,
&saisi d'admiration aJa vûë,
ils'humilia devant luy, en couvrant
les yeuxébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit son
Compliment en disant que l'héritier
du Roy de Perse luy envieroit
le plaisir &l'honneur qu'ilavoit
d'avoir été nommé Âmbajjadcur
auprès etun Princequisurpasse
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand cm deplus magnifique.
Ce Compliment,que la vérité
soûtient
,
aplû àtoute la fcour3
ee est au gré de toutes les personnes
qui en ont connoissance. Son
Excellence,Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
cassette quivousseraprésentée de
sa part par l'Envoyé que vous
depute, MADEMOISELLE,
Vostre très-humble ~& trèsobéissant
serviteur de Cour-,
puis, Interprete c- Secrétaire
deMonseigneurOchus.
On ne douce pas que MademoiselleLheritier
desabusée
detoutcequele faux Interprete
luy a voulu faire croire,
& du Roy de Perse, & de son
Ambassadeur, n'ait fait malgré
les innocentes supercherics
du faux de Courpuis, le
Poëme qui fuit en sa faveur;
affectant néanmoins toujours
la même credul ité, & pour
joüer jusqu'à la fin le même
rôlle,elle l'a donné fous le
nom de l'Ambassadeur duRoy
de Perse.
A L'AMBASSADEUR
OCHUS.
jfmhaffsdeur du Roy le plus
puijfwtd'd/îe,
Habile &généreux Ochus;
Malgrétout le p/aifi, dont mon
ame estsaisie,
1 py l'espritinterdit
,
confus;
Etjenepuis qu'à peineexprimer
masurprise;
Neserois-jepoint de meptije,
Si iallais aujourd'huy croire de
bonnefoy
,
Que le fameux Sophisuccesseur
deCambise
Si gratieusement s'avise
De penser quelquefois à moy:
Quoy donc le Souverain devostre
stasse Empire
,
Sçauroit que dans Paris Thelifîle
respire,
Aimant cîT l'Histoire& le Plan
De Persepolis, d'Ifpâhaen;
Mais pour sçavoirenfin ce qu'il
faut quej'enpense,
Daigne^ bientostSeigneurOchus,
Par l'honneur de vostre presence,
Eclaircir mon sort là dessus;
Et degrace daignezdeplus
Montrer vos Lettres de creance;
Vous écrivez d'un tour si rempli
d'éloquence
,
QUCVQUÏféduine^aisiement
Uncceur moins que le mien rempli
de défiance;
Maisenfincetoursicharmant,
Soit qu'ilvienne d'Ochus
, ou
d'uneamie illustre
y De l'Orient a tout lelustre.
o'Vousdo}'cqui}oi.;ne à desi
doux encens
Encor de gratieuxpresens,
p-aroiffck à nos yeux, CaInie7, la
sa'ousie
y
Ou de l'Europe, ou de l*j4fie ;
udb que lune des deux enviera
vos talens.
La Cassette que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
sa seconde Lettre fut annoncée
dés le même jouraux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier, &toutes furent invitées
de venir dés le lendemain
partager avec elle les
choses rares qu'elle pouvoit
contenir; chacune à son gré
s'y destina un bijoux,ou en
bague, ou en Croix; les rubis
& les perles étoient leurs moindres
efperances, & Mademoiselle
Lheritier quiassura à toutes
les Dames qui entroient
chez elle, qu'elle avoit une
cassettetres-lourdeà partager
avec elles; leur fit enfin servir
un bon ambigu, oùlacassette
devenue pâté de canards d'Amiens
,
étoit en beau point de
vûë surun surtout,aumilieu
de la table; on avoit faim, &
tous dirent d'une voix que M.
de Courpuis faisoit ses presents
tres- à propos; les Dames
opinerent, & assurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit present;celuy qu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop; on bût à sa
santé, on le remercia, & on
l'assura fort que pareilles supercheries
seroient toujours
bien receuës.
Tout ce qu'on a lû jusqu'à
present me paroît assez moderne
, ce quonva lire ne l'est
pas moins, c'est un Decret du
Roy d'Espagne qui a été publié
dans les Conseils & Tribunaux
de Sa Majesté Catholique.
Decret du Roy d'Espagne.
Le Gouvernement de mes
Peuples & de mes Royaumes
estant le seul objet que je me
propose
, & l'unique but de
mes desirs, laconservation de
la Religion dans sa plus grande
pureté
,
& son progrés, le
soulagement de mes sujets,
l'exacte & rigide administration
de la Justice, l'extirpation
des vices,& l'élevation des vertus
, ainsi que les devoirs de
la Royauté, les premieres
obligations des Monarques,
les soins indispensables& necessaires
aufqucls Dieu les
attache,enleur commettant
la suprême puissance
,
dorénavant
attentif plus que jamais
à la seureté de ma conscience
inseparable de ces devoirs,
quoyque j'aye déjà été
en cela prévenu par les Rois
mes Predecesseures & que
moy même j'aye plusieurs fois
chargé mon Conseil de contribuer
àce que dessus, en tout
ce qu'ils conviendroit; j'ay
souhaité renouveller cet ordre,
avec le commandement
de veiller & travailler avec
tout le foin & l'attention possible
à l'entier acomplissement
de cette obligation;& j'enten
& veux pourcet effet que doresnavant
il me foit representé
non feulement ce qui fera
convenable & necessaire
avec une entiere liberté, &
sans être retenu par aucun respect
humain;mais encore que
lesgens préposez examinent&
repliquent à mes resolutions
lorsqu'elles paroîtront contrevenir
à ceDecret
ce qui
pourroir arriverfauted'un assez
meur examen, & d'une
parfaire connoissance, protestant
devant Dieu que je ne
veux me servir de l'autorité
qu'il m'a donnée,que pour sa
gloire & la fin pour laquelleil
me l'a confiée; & que je me décharge
devant sa Divine Majesté
sur mes Ministres, de
tout ce qu'ils executeront de
contraire à ce que je leur ordonne
parce Decret,ne pouvant
me dire heureux, si mes
Sujets ne le sont fous mon
Regne ,
& si Dieu n'est pas
servi dans les Terres de mon
obeïssance, (comme i! doit l'être,)
par un malheur attaché à
la corruption & à la foiblesse
de nostre nature humaine; je
prétens qu'il le foit au moins
avec plus d'obeïssance à ses
Loix & à ses Preceptes
,
qu'il
ne l'aétéjusquesici; que cela
foit leu & verifié au Conseil
des Indes pour le faire executcr.
AU Retiro ce 10. Février171 5.
C'est ici
,
si je ne me trompe,
la place des nouvelles d'Espagne.
AMadrid ce 18. Février
17IJ.
Monsieur Orty partit la
semaine passée pour France
après avoir remis les papiers
& effets dont il étoit chargé,&
l'on dit comme une chose
seure que le Fiscal Macanafea
entrepris le même voyage.
Dans
Dans le même temps l'on
remit un Decret demandant
compte des Ministres qui
étoient dans les Conseils avant
le nouvel établissement
, ou
nouveau plan, les salaires &
appointemens dont ils joiïifsoient,&
ce qu'ils étoient devenus
,afin de faire compenfation
avec ceux qui se payent
actuellement,ce qui est le commencement
d'une grande reforme
, & qui fait presumer
que les choses vont estrerétablies
en leur premiere situation.
Le Cardinal del Judice aété
en chemin plus longtemps
que l'on ne croyoit, pUlrquil
n'arriva qu'hier:il fut en droiture
saluer le Roy,qui le receut
avec de grandes démonstrations
de joye, & qui luy fit
prefenc à son arrivée de la
Maison du Duc de Monreleon
qui a esté confisquée au
profit du Roy.
La Reineaesté indisposée
ces jours ci
,
& la grande
quantité de fang qu'elle a perdu
a entièrement dissipé le
soupçon que l'on avoit de sa
grossesse; elle s'est divertie dans
son a ppartement à faire representer
desComedies Espagnoles
& Françoises.
L'on écrit de Barcelone que
de l'ordre du Viceroy on a enlevéDom
Joseph Pinos & Dom.Piguera, & que l'on
les a tiré de nuit de la Ville
sans qu'on sçache ce qu'ils
sontdevcnus,&: comme ils ont
fomentéla derniere rebellion,
il f-kut qu'on ait reconnu en
eux quelque dessein de remuer
encore; mais le reste du
Païs est fort tranquille, & les
contributions se payentregulierement.
Tout paroît fort disposé
pour l'expedition de Majorque
& l'on sçait que les Vaisseaux
font sortis d'Alicante le
trois.
Le Marquis de Mansera,
Conseiller au Conseil d Etat
& Président de celuy dItalie
est mort âgé d'environ cent
ans. Il n' a d'autre heritier que
M, le Comte de Pondomar
son neveu.
Depuis le voyage de M.
Orry on a fait des fonds pour
équiper & mettre à la Mer
les six Vaisseaux qui font fabriquez
depuis prés d'un an*
DeMadridce26 Février 171j.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinaldel Judice pour Ministre
d'Erat avec ordredes affairesEtrangeres:
pour laGuerre,
le Marquis de Bedmar: pour
les Iode", le Comte de Frigiliana:
pour la Marine,& le
Commerce,le Duc de Veraguas
: & pour son AmbaflTadeur
à la Cour de France, le
Prince de Chelamar ,Grand
Ecuyer de la Reine nostre
Maître(Te.
Sa Majesté tres «
Chrétienne
a aussinommé pour son
Ambaffideur en cette Cour
le Duc de S. Aignan.
!
Le Roy nôtre Sire a accordé
aux Lieutnans Généraux,
Maréchaux de Camp, & autres
Chefs
, les emplois suivans.
En Catalogne.
Le Gouvernement de Tarragone
au Lieutenant General
DomJoseph Armndarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province,au Brigadier
& Colonel Dom Martin
Boneo:la Lieutenance de Roy
de Barcelone au Brigadier
Dom Pedro Rubio ,te Gouvernement
de Montjoiii, au
Colonel Dom Juande Leon
,
le Gouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manso :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CastelCiudadauLieutenant
General Dom Prosper
Borboom :celuy de Puyccrda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta:celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Ostalric au Brigadier Dom
Manuël Maldonado.
En Arragon.
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte: la Lieutenance
de Roy de Xica au
Colonel Dom Francisco Ruix
dela Torre:celuy de Venasque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto:celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deuribé: l'Employ deSergent
Major de Sarragosse au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gusman.
En
En Valence.
Le Gouvernement d'Alicante
au Maréchal de Camp
Dom Joseph de Chaves
: la
Lieutenance de Roy de Denia
au Mcftre de Camp Dom
Francisco Antonio Morales.
JDuns le Royaume de Muvcit.
La Lieutenancc de Roy de
CarrageneauColonel Martin
Prompt de Madrid.
Coste de Grenade.
Le Gouvernement de MabgJ
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Costed'Andalousie.
Le Gouvernement de Cadis
au LieutenantGeneral Marquis
de CevaGrima!ci.
Estramadure cy Ccifiiile.
Le Gouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Isturiz :
le Gouvernement
d'Alcantara auMarêchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
ccluy de Ciudad Rodrigoau
Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet:celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Mettre de Camp
Dom Joseph Azuara : celuy
de Vigo au Colonel Dom Jofeph
de los Herrcros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere suivante.
Catalogue.
Pour le commandement des
Vigueries de Barcelone & de
Vich
,
le Lieutenant General
& Gouverneur de Barcelone
Marquis de Lede : pour celuy
desVigueries de Tarragone,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joseph
de Armendariz,Gouverneur
de Tarragone: pour celuy de
la Viguerie de Tortose
,
le
Gouverneur de la Place, &
Lieutenant General Chevalier
deCroye, & en son absence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa
: pourceluy
des Vigueries de Gironne
,
&
Campredon
,
le Lieutenant
General Baron de Capres, &
en son absence Dom Feliciano
Bracamonte; pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cer..
vera& Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
Dom George Prospera de
Bor bosna: pour le commandement
des VigueriesdeBalaguer,
Lerida, Agramont, &
Tarraga,avecresidenceenBa
laguer
, au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon: pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich
,
le MarêchaldeCamp
DomFeliciano
Bracamonre : pour le commandement
de Balaguer, le
Maréchal de Camp Dom PJblo
Magno: pour commander
en Villa Franca
,
le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada
,
le Maréchalde
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal dcCanlp
Chevalier de Lede:pourcommander
dansCampredon, le
Maréchal de Camp DomAntonio
del Castillo:pourcommander
dans Manresa, le Ma-
Léchai de Camp Comte de Lecheren:
pour commander dans
la Concade Tremp, le Brigadier
Dom Loüis dit Aponte.
uirtâgon.
Pour commander dans le
territoire de Caralayud,Tarragone
,
Tervel
,
Alcanis,&
autres lieux, à ladroite del'Ebre
, avec residence dans Catalayud,
leLieutenant General
Dom Nicolas de Angulo :
pour commander dans Tarra.
gone,le Marêchal de Camp
Dom Dominge du Luques:
pour commanderdans Tervel,
le Marêchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça, le Maréchal
de Camp Dom Francisco
Fcrnandez deRibadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar, jusques à la Raya de
Murcie
,
leLieutenant General
Dom Lucas Spinola.
Murcie.
Pour commander dans le
Royaume de Murcie
,
le Lieutenant
General Marquis de
Mirabel.
Cefit de Grenade.
Pour commander sur la côte
aux ordres duCapitaine General
de Colle, le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny
,
& le. Marêchal de
CampComte deLouvigny.
Costed'Andalousie.
Pour commander sur lacôte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes,le Lieutenant
General Dom Domingo
Reco
,
& les Marêchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
Mendivil
, & Dom Gabriël
Cano. '!
Estramadure.
Pour commander sur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province,
le Marquis de kailus, Lieutenant
General, & Dom Miguel
Pont de Mendoza, & les Marêchaux
deCamp DomLoüis
deCordoüa,&Dom Antonio
Pignarelly,
Frontiere de ('affilie.
Pour commander sur la
Frontiereaux ordres du Capitaine
General de la Province
d'Estramadure, le Lieutenant
General Dom Alonzo de Es.
cobar, & le Marêchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume,les Lieutenans Generaux
Dom Thomas de los
Cobos, & Dom Antoine de
Zuniga.
DeMadridce12.Mars.
Le Duc de S. Aignan a
receudes Lettres de creance
du Roy tres -
Chrétien pour
resider en cette Cour, en qualité
de son Ambassadeur; l'on
a aussi nommé il y a environ
huit jours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France
, avec le mêmecaractere
,
sans cependant qUItter.. sa
Charge de Grand Ecuyer de
la Reine :il aor dre de partir
promptement, & les politiques
assurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur,comme
mieux informé qu'un autre
descausesdela disgrace de la
Princesse des Ursins & de M.
Orty,& plus enétat par consequens
d'en rendre raison à
la Cour de France.
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas
,
regarde le
Commerce des Inde, comme
celuy d'Espagne, ce qui n'a
pas peumortifiéle Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonne partie de
l'autorité qu'il avoit comme
President, bien loin de l'augmenter,
comme il avoit toûjours
pensé que cela dût
-arriver.
Il y a trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois. Navires François, arriva
- de Cadis: il avoitrefusé de
paflcT avec euxà l'expedition
deMayorque,il s'y est enfin
resolu ,moyennantquelque
argentqu'on luy a donné
conformement , àce dont on
estoit convenu. ,
-
Lt-Conlte de Las Torres
Commissaire general de l'Infanterie
& de laCavaleried'Efpagne,
ayant vû que h nomination
du Marquis de Bedmar
au ministere de la guerre,luy
ôtoitl'autorité que son employ
de Commissaire general
luy donnoit, s'est resolu à le
quitter, aussi bien que le Confié
de guerre, touché d'ailleurs
du peu de compte que
l'on a fait de ses longs services
, & de ce que dans lenombre
des Gouvernemens qui se
font donnezla semaine precedente,
on nes-cil pas souvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
sonfils,qui elt Lieutenant
General.
L'on a donnél'Evêché de
Cadisàl'Evêque de Gironde,
qui a actuellement le département
desFinances;& pourceluy
d'Osma
, on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommissaire
general de la Croisade;
mais on n'a pas appris jusques
icy qu'il l'ait accepté.
Cet Ecclesiastique ayant representé
au Roy qu'il étoitde
la derniere con sequence de défendre
les mascarades & les
bals qui se sont introduits depuis
quelques années, à cause
des desordres qui en refultoient
frequemment,l'on donna
ordre au Présidentde Castille
d'expedier des provisions,
ce qui ayant été rapporte au
Duc de S Aignan qui avoit
donné un festinmagnifique le
Jeudy precedent,il representa
à Sa Majesté
,
qu'ayant resolu
d'en donner un la nuit & le
lendemain, ce quel'on ne pouvoir
l'empêcher de faire commeAmbassadeur
,
il demandort
que l'on permit aux conviez
d'y assister comme cela
s'éroir jusques alors pratiqué,
ce qui luy fût accordé, & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Festes en demanderoit
auparavant permission.
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
signé par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Espagne &
-
de Portugal
,
& l'on travaille
actuellement à la ratification.
EMBJREMBARQUEMENT
pour l'lfle de Maïorqxe.
1715.
Escadres.
-
Cavalerie.
Noms de Patrons. Nombre de Cavalerie.
ESCADREROUGE.
Patron Loüis Monginas. zp.
P.Paul Régis, 22.
P. Ant-oincLazaro. 241. p,1iquel Benza.. 28.
P. Jean Balez.2.91-1.
P. Claude Noarr.
p.Salvador Vina.».. 21. 2. g*
P. Eftefano Çaumel. 33. P.Francisque Afiruir.. 16.
P. Louis BlanJo.. 1c.
P. Antoine Cavaille.. 31. P.JeanGirard.. 34.
P. Salvador Chapus.. 14.
- 356,
ESCADRE BLEVE.
P. Lazaro Henry..30.
P. Gabriël Geny.. 31.
P. Claudio Beaumonr.. 3t.
P. Antoine Arnaud..3r.
P.Brillanc.. 2.3.
P. Honora Vina. : 31.
P. Thomas Beringuer.. 31.
P. Jacques Ferret.. 36.
P. Barthelemy Aubin.. 28.
P. Jean Pruna.. 33.
30;.
ESCADRE VERTE.
P. Jean Lambardo.. 16.
P. Gaflcn.. 2.4.
P. Barthélémy Françon. 37.
P.Isaac Originez..31.
P. Gabriël Viac.. 37.
P. Botin.. 34.
P. Germain Amirato.. 30.
P. Vincent Caumec.. 33.
P. Guillaume Roux.. 18.
P.André Cavalon..30--
P.AacoinwFr cm. 30.
34°.
AR.TlLLERIE.
P. Birtolomé Ferro.. ir.
P. J:an Bipriftc Serra.. ij.
P. Diego Mdlato.. 16.
P. Auguitin Pedemonte. 16.
P. Nicolas Salas.. 10.
P. Jaime Caferro.. 17.
PP. .Grégoire Caflcnauvc. 14. GenifloRafFo.. P.EllefinoAubin. 19. P.PaulGond..11ij..
154.
ESCADRE BLANCHE.
P. Antoine Meau.. 2.4.
P. Jean Berard.. 61.
P. JeanGin.. 31. P.J-ofcphCauses.. 31.
PP. .Antoine Pato.. 31. JofçphRuffi.26.
zo6.
Total général 1361. Gava*
liers ou Chevaux.
INFANTERIE.
Noms des Vaisseaux. Nombre d'Hommes.
Le Pembrok..100.
Campaneli.. zoo. Barlovento.. zoo*
Le Real.' zoo.
La Viergede Grace.. ijo.
L'Hermionne.. ijo.
Le Prince des Asturies..zjo.
La Junon. LaSurprise..zjio/o..
L'Aigle de Nantes.. 250.
Le S. Philipe.. zoo.
La Reine.. 2.00.
Le S. Fernand.?*250.
Le Tigre. * ijo.
La Fleche.. 100..
Six Galeres
, cent hommes chacune.600.
L'Hermitana.. 150. LaSerena.. 150.
La Mariana.. 350. LePontchartrain. 350.
La Galere S. Nicolas..37/.
La Providence.. 150.
Le Violent.. 400,
Le S. Jacques à pied. zoo.
Le S. Jacques à cheval. 2.00.
Le S. jean.150.
.Nôtrc.Damc de bon Voyage.
1 100,
Le Violon.100.
Le S. Antoine. IOC.
ElcarbodebiCa.r" 100.
La Polacre S. Antoine. ioo.
Patron Chirombas- 80.
P. LouisSuarc.. - 8a.
P. Auxiiio., 50.
P. Maluefia.100.
P. Gabriel Daroca..- jo.
P. BernardiJorda.. 80.
P. Nicolas Saqto.. 100.
P. Phîlipe Delmas.- ipo.
P. Nicolas Merle. 100.
P. Nicolas de Nanr. 100.
P. Dominique Bayerre. jo.
P. Francifgue Ferro. zj.
P. Jean Jullien. ; JO,
J?~ ClaudeCalaraant. ioo,
P,
P. Camel Belandre. jo.
Leyaifféau de M. d'Eftienni. P.J-fanSebau.. 100. 100.
LeSJean.«300.
LeConrant.< 306. P._Banafeo.. 100.
P. Angelo.. 100.
P. Roldorat de Canet. 16a.
P. AlexandreSicarc.1jo.
LePorte-Epie..206.
Le Prince des Afluries Escadre
de M. de Mary. ioo.
Total 10000. hommes.
Les nouvelles d'Espagne
ontesté si étendues ce moisci,
& il y a eu depuis peu un
si grand changement dans ces
Royaumes, que les Mémoires
que j'en ay receus suffiroient
pour remplir ce Volume ;
mais j'ay eu d'ailleurs tant de
choses que je n'ay pû me dispenserd'écrire,
& il m'en reste
encore tant qui n'ontnul rap-
port avec les nouvelles étrangères,
que je prie les Lecteurs
de me permettre de les renvoyer
au Journal du mois prochain,
dans lequel ils en verront
la suite, avec un détail
Historique de la guerre du
Nord, & des enrreprises des
Turcs. Revenons en attendant
aux articles qui font de
l'essence duMercure:l'Histoire
des Mariages en fait un des
plus beaux chapitres J& c'est
justement où nous en fom-,
mes.
MARIAGES.
*v Messire Guillaume de Lamoignon.
Seigneur de Blancmesnil,
Avocatau Parlement
de Paris, veuf de Dame Marie
Loiiife d'Aligre
,
fillede
M. ci'Aligre,President à Mortier
, épousa le quatre de ce
mois Anne Ellsabeth Roujault,
fille de Messire Nicolas
Roujault, SeigneurdeVilleneuve,
Maistre des Requestes
ordinaire del Hosteldu Roy,
•& Intendant de Justice à
-
Roüen
,
& de Dame Barbe-
Magdelaine Maynon
,
petite
fï.led*EQie.nne Roujauit, Auditeur
des Comptes ,mort
en1682. & arriéré petite fille
d'Estienne Roujault Secrétaire
du Roy, receu le 16. Mars
1607. & mortle 8. Se ptembre
1630. & d'Anne Feydeau:
M. de Blancmesnil est frere
de Messire Chrétien de Lamoignon
, Chevalier Marquis
de Bassville
,
President à
Mortier au Parlement de Paris
, Secreraire & Commandeur
des Ordres du Roy,&
fils de MessireChrecien François
de Lamoignon
,
Chevalier
Marq uis de Basville
,
Biron
deBoissi& deS.Yon.Président
à Mortier du Parlement
de Paris
, mort le 7. Aoust
1709. & de .D.101e Marie-
Jeanne Voysin,cousine germaine
deMessire Daniel-François
Voy60") Seigneur de la
Noraye, à present Chancelier
de Prance, & Commandeur
des Ordres du Roy, petir fils
de Guillaume de Lamoignoa
Marquis de Basville, Premier
Presîdent du Parlement. de
Paris, mort le iovO£bobre
1677.&de DameMagddaincr
]Potier,Dame de Biancmesnil
,
& arriéré petit fils de Chrétien
de Lamoignon Seigneur de
Basville
, receu President au
même Parlement en1633 ôc
mortle 18. Janvier 1636.lequel
estoitfilsdeCharles de
Lamoignon Seigneur de Basville
, Maistre des Requestes
ordinaire de l'Hostel du Roy,
& Conseiller d'Etat, mort crr
1573. La famillede Lamoignon,
l'une des plusillustres de
la Robe, est originaire de la
Province de Nivernois, &la
Généalogie s'en trouve amplement
déduite dans l'Histoire
du Parlement de Paris par le
sieur Blanchard.
MdTïre Chassepot de Beaumont
,Conseiller en la Cour
des Aydes de Paris, fils de
Charles Chassepot de Beaumont
,Maistre des Comptes,
& de Loùise-Thomas de l'Ill)
& petit fils de FrançoisChassepot
Seigneur de Beaumont,&
deMenucourt, Tresorier General
de la Maison du Roy
& Receveur des Revenus Casuels
de Sa Majesté
, mort en
166$. & de Charlote Langrac,
épousale4. de Mars.
de la Michodierè, foeur de M.
de la Michodiere, Conseiller
au Parlement de Paris, & fille
de Jean de la Michodiere
Maistre des Comptes , à Paris,
& de Magdelaine Grasseteau
& petite fille d'Henry de la,
Michodiere
,
Tresorier de
France à Dijon, & d'Anne de
Berbtsy.
Messire Louis-Josephd'Albert
de Luynes, Comted'Albert,
epousa le 17. de ce mois
dans la Chapelle du Château
de Compiegnc
,
Marie Honorine
de Berghes de Montigny,
Chanoinesse de Mons,
soeulr d'Alphonse
-
François
Prince de Berghes
,
Grand
d'Espagne
,
Chevalier de la
Toisond'Or
,
.& Commandant
les Gardes à cheval du
Roy d'Espagne,marié depuis
quelques années avec Mademoiselle
deRohan Chabot,
fille de M.le Duc de Rohan,
& fille de Philippes François
Prince de Berghes, & de Jucqueline
de Lalain L Electeur
de Baviere a donné la Charge
de Grand Ecuyer de sa Maison
à M. le Comte d'Albert.
Il est fils de Loüis. Charles
d'Albert,Duc de Luynes &
de Chevreuse, Pair & Grand
Fauconnier de France, Chevalier
des Ordres du Roy,&
d'Anne de Rohan Monbazon
sa seconde femme, & petitfils
de Charles d'Albert, Duc
de Luynes, Pair,Connétable,
& Grand Fauconnier de France
,
Chevalier des Ordres du
Roy,Premier Gentilhomme
de sa Chambre, Gouverneur
de Picardre,& de Marie de
Rohan Monbazon.Il est frère
de M. le Chevalier deLuynes,
de feu Madame la Marquise
de Lavardin
,
de feu Mesdames
les Princesses de Guemené
& de Bournonville
,
& de
Mesdames les Marquiles de
Gouffier,de Verne,&de Sessac,
& oncle de M. le Duc de
Chaulnes,& grand oncle de
M.le Ducde Luynes d'aujourd'huy.
Il a longtemps servy à
la tête du Regiment de Dragons
de Monseigneur, dont il
sac fait Colonel en 16gi.
Voyez pour la genealogie de
la Maison d'Albert, qui est
une des plus illustres du Roïaume,
l'histoire des Chanceliers,
par le sieur Duchêne, & la
nouvelle histoire des grands
Officiers de la Couronne au
chapitre des Connêtables,&
desMrêchaux deFrance. Pour
la Maison de Berghes dont est
Mademoiselle de Montigny,
elle est une des plus illustres
des PaysBas; elle a toûjours
eu entrée dans les Chapitres
dans lesquelson ne reçoit que
la plus haute Noblesse ; elle a
donné plusieurs Chevaliers de
laToison d'or, & toutes ses
alliances sont considerables.
Messire Louisd'Arpajon,
Marquis d'Arpa jon
,
Lieutenant
General des Armées du
Roy, &Chevalier de 1 Ordre
de la Toi son
,
sîss de Jean
Loüis d'Arpajon, Marquis de
Severac
,
& deCharlote de
Vernou de Bonneil,& petitfils
de Loüis Duc d'Arpajon,
Marquis de Severac
,
Lieutenant
General desArmées du
Roy & au Gouvernement de
Languedoc, & Chevalier de
ses Ordres, & de Gloriande
de Lauzieres de Themines sa
premiere femme )filledu Marêchal
de Themines,aépousé
Ch arloteAnne le Bas
,
soeur
detDllne Catherine le Bas de
Montargis, femme de Jean-
François Hénault, Président
desEnquestes du Parlement de
Paris, & fille de Claude le Bas
de Montargis, Garde du Tresor
Royal, & d'Hnriette-
Hardcun Manfarc, fille aînée
de feu M. Munfart
,
Surintendant
desBâtimens du Roy,
& petite fille de François le
Bas, Secretaire du Roy, originaire
de Berry La Maison
d Arpajon en Roüergue cft
une des plus illustres & des
plus anciennes du Royaume
,
& elle s'en alliée aux Maisons
de Nar bonne, de Roauefeüil,
Gaucourt, Harcourt, Aubusson
, Escars, Bourbon, Rouf,
sillon ,Castelnau,Loubens de
Verdalle,&c.
Il ne vous en coûtera pas
davantage, Messieurs, de lire
tout de suite
,
pendant que
vous y êtes, l'histoire genealogique
des Familles dont il
est fait mention dans ce Volume.
Ceux qui se sont mariezonteu
leurrang,& je croi
qu'il étoit du cérémonial de
les mettre avant les morts que
voicy.
M 0 R T S.
Dame Anne le Maire,Epouse
de Messire Denis Simon de
Mauroy, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Loüis, Maréchal
de Camp, Maréchal
general des Logis & Armées
du Roy, Inspecteur général
de sa Cavalerie
,
& Gouverneur
de la Ville & du Chaceau
de Tarascon
, mourut le 9. de
ce mois
,
laissant des enfants.
M. deMauroysonmary est
fils de Denis de Mauroy,Seigneur
de la Magdelaine, Auditeur
diteur des Comptes à Paris,
& de Françoise Hurlot,&petit
filsd'Honoré de Mauroy
,
Seigneur de Verrier sur Seine,
& de Batilli
,
Intendant du
Duc d'Epernon, dont il a écrit
la vie, & Secretaire du Roy';
&de Bonne le Liévre.
Messire François de S. Nectaire,
Marquis de S. Victor,
Seigneur de Brillac
, mourut
le 24de ce mois. La MiiCon,
de S. Noctaire
,
dont il éroic
fort y ,est originaire dela Province
d' Auvergne,& une des
p':tlc; anciennes & des plus illustres
du Royaume,&lagenealogieenest
rapportée dans
la derniere histoire des grands
Officiers de la Couronne au
chapitre des Maréchaux de
France.
Leonard Forcée
,
Ecuyer
Çonseiller Secretaire duRoy,
cy devant Fermier general, &
Tresorier general des Bâtimens
de Sa Majesté
, mourut
le 10. de ce mois. Il étoit fils
de Jacques Forcer
,
Maistre
d'HostelduRoy,&de Catherine
d'Ar bonne, & il laisse
plusieurs cnfans de son mariage
avec Charlote Blondel de
Joigny de Belle brune.
Dame Anne le Pileur , Epoufc de Messire PierreMusnier,
Seigneur de Mauroy &
de S. Augustin
,
Correaeur
des Comptes
, mourut le 17.
dece mois.
M.le Comte de Gizaucouirt
Lieutenant de Roy au Gouvernement
de Champagne
,
ci- devant Sous Lieutenant des
Gendarmes de la Reine, est
mort le3. Mars dernier, dans
son Château de Gizaucourt,
âgé de 64. ans. Illaisseplusieurs
cnfans de Dame Marie-
Charlote du Walk son Epousc)
fille du Comte de Dampierre,
qui a été tué au Siege de
Candie. M le Comte de Gi- 1
Zaucourt estoit fils de feu
M de Gizaucourt,Conseiller
d'Etat, & de Dame Marie de
Turin.
Pierre Dipy
,
Secretaire Interprete
ordinaire du Roy
& de S. A. S. Monsieur le
Comte de Toulou se, mourut
le 11.Février 1715.Il avoit
succedé au sieur Dipy [on,
oncle Arabe,fort ver sé dans
les. Langues Orientales.
Dame MarieElisabeth le
Moyne ,Epouse de Messire
Lo-Uis Idison,Chevalier,ancien
Grand Maistre des Eaux:
& Forests de France, au département
d'Orleans, mourut
le ii. Février, laissant quelques
enfans dans le service.
Jean
-
Charles le Contre , Correcteur de la Chambre
des Comptes,mourut le u.
Février.
Frere Claude-Gabriel Testu
de Bilincourt,Chevalier de
l'O,.Jrc de S J'ln de Jerusalem
, mourut le 1l. Février:
la FlmdIe de Testu est ori -
ginaire de Normandie, ôc
également distinguée dans la R1obe 11
, & dans l'Epée ; elle a
donné plusieurs Capitaines au
Regimenc des Gardes Françoises,
plusieurs Chevaliers de
Malthe, & p lusieurs Conseillers
au Parlement de Paris &
au Grand Conseil, & la Charge
de Chevalier du Guet de
cette Ville a esté longtemps
possedée de pere en filspar les
Seigneurs de Villers, cadecs
des Seigneurs de Balincourt,
elle s'est alliée aux Maisons de
d'Ailly d'Annery, de Chaumejan,
deFourilles, de Broc
S. Mars,&auxFamilles de
Barjot Moussi ,de Sere
,
de
Masparault
,
Bauquemare de
le Maître,&c.
Messire Denis Huguet,Conseiller
dela grande Chambre
du Parlement ,mourut le
1 7.
de Février,laissant de Marguerite
de Tu;rmenyes de Nointel
, pour fille unique
,
Dame
Elisabeth
- Marguerite
Huguet, riche heritiére, mariée
depuis peu à M. le Comte
de Roucy
,
de la Maison de la
Rochefoucault.Il estoit fils de
Simon Huguet, Secrétaire du
Roy, & sorty d'une famille
originaire de la Ville d'Orleans
,
où elle subsiste encore
à present
>
& de laquelle sont
aussi Meilleurs Huguct de -Se-,
lmeomnevniltt.eCCoonnffeeiillllctirssaauu*PPaarr-
M. de la Forest d'Armaillé
Con seiller au Parlement, est
montéà la grand'Chambre à
la placede feu M. Hugues Il
est d'une famille de Breragne
distinguée dans la Robe.
1 Dame Sufanne Fornier des
Moritagny, Epouse de MeC.
sire René Merault
,
Chevalier
Seigneur de Villeron, Immetville
,
Montminard
,
Se
Conseiller de la grand'Chambre
du Parlement, mourut le
2;6. Février,laissant plusîeurs
enfans encore jeunes: elle etOlt
étoit soeur de M. Fornier de
Montagny
,
Conseiller au Parlement,
& fille de Claude Fornier,
Seigneur de Montagny,
Président des Tresoriers de
France, & grand Voyer de la
Généralité de Paris. M. Merault
a aussides enfans deson
premier mariage avec Dame
Elizabeth le Boistel d'Ambriere
sa premiere femme
, &
il est d'une ancienne famille de
Paris qui a donné un Maistre
des Requestes
, & plusieurs
Conseillers au Parlement, &
plusieursMaistres des Comptes,&
elle s'est alliée aux famillesdeColbert
,de Guenegault,
de Sainte Marthe, l'Archer
,Brodeau, & autres consïderables
dela Robe.
Meflîrc Pierre d'Arros, Baron
d'Argelos
,
Brigadier des
Armées du Roy, mourut le 1.
Mars. Il avoit toûjours servy
avec beaucoup de réputation,
où il sortit de la Maison d' Arros
en Bearn où esi située la
Terre de ce nom ,
l'une des
douze Baronnies de ce Pays,
& qui est entrée par alliance
dans une branche cadette de
la Maison de Gontaud Biron
qui en porte encore le nom.
M d'Argelos laisse un neveu
aussi nommé le Baron d'Argelos,
Colonel du Regiment de
Languedoc.
M. Morin, Docteur Regent
de la Faculté de Medecine de
Paris, & l'un des Messieurs de
l'Académie Royale des Sciences,
mourut le 2. Mars.
Dame Marie de Hemant ;
veuve de Charles de Rougeon,
Chevalier del'Ordre Miliraire
de S. Loüis,&cy-devanilleu.
tenant pour le Roy au Neuf
Brifack
, mourut le .9. Mars.
Emmanuel« Theodose de
la Tour, Cardinal, Doyen du
Sacré Collège, Evêque d'Of..
tic, & de Velerri, Docteur de
la Maison & Societé de Sorbonne
, Chanoine & grand
Prevost; de l'Eglise de Liege
,
aussi Chanoine de Strasbourg,
Abbé, Chef, & général Administrateur
de l'Ordre de
Cluny en Bourgogne, aussi
Abbé des Abbayes de saint
Oüen de Roüen,de S. Waaft
d'Arras, de S. Amand en Flandres
,de S. Martin de Pontrise,
de Tournusen Bourgogne,
de Vicogne,& de S. Pierre de
Beau jeu, cy -
devant grand
Aumônier de France Commandeur
des Ordres du Roy,
mourut à Rome le 2. Mars. Il
étoit néle24.Août1644. fut
fait Cardinal à la recommandation
du Roy par le Pape
Clement IX.le 5. Août 1669,
fut pourvû de la Charge de
grand Aumônier de France &
des Ordres du Roy le 10. Décembre
1671. devint Doyen
du Sacré College en 1700. Il
étoit frere puîné de M. le Duc
de Bouillon
, & de feu M. le
Comte d'Auvergne. La Maison
de la Tour est une des
plus illustres & des plus anciennes
du Royaume, & je
vous en ay parlé amplement
dans mondernierJournalà
l'occasion du mariage de Mele
Comtede laTour qui enest
cadet, avec Mademoiselle de
Sair,âot.
Messire Nicolas le Camus
Seigneur de la Grange de
Bligny, de la Fortelle
,
& de
Clin,ConseillerduRoien tous
ses Confeis,Premier President
de la Cour des Aydes de Paris
mourut le en réputation
d'un des plus grands
Magistrats que la France ait
eu depuis long temps : ilfut
fait Premier President de cette
Cour en 1671. après avoir
exercé la. Charge de Conseiller
au grand Conseil
,
& grand
Rapporteuren la Chancellerie
de France.
,
puis celle de
Procureur General de la rrxme
Cour des Aydes; il ecoic
fils de Nicolas le Camus aussi
Procureur General dc laCour
des Aydes Conseiller d'Etac;&
deMarie de la Barre,
&petit fils de Nicolas leCamus
Secretaire du Roy,puis
Conseilierd'Etat;&deMarie
Colbert: il avoitépousé Marie
Geneviève l'Archer morte
en 1686.filledeMicheU'Arr
cher Marquis d'Esternay, President
en la Chambre des
Comptes de Paris, & de Marie
Merault, & il en avoit eu
entre autres enfans Nicolas le
CamusSeigneur dela Grange
duMilieu,& deBligny,Maistre
des Requestes,nommé Premier
President dela Cour des
Aydes en survivance de son
pere le 7. JtÜn 1707. mort le
14. Avril 1 7
12.laissant de
son mariage avec Dame Marie
Elisabethl'Anglois de Villevrard
,
Nicolas le Camus Seigneur
de la Grange du itlicu
& de Bligny ,Conseiller de la
Cour des Aydes,nommé Premier
President de la même
Cour en survivance de son
ayculle 13. Mars 1714. qui a
épousé depuis peuMademoiselle
Beaugierriche heritiere,
fille de M. Beaugier Fermier
general du Roy. Feu M1, le
Camus Premier President de
la Cour des Aydes,estoit
frere aîné de Messire Jean le
Camus
,
Seigneur de Beaumetz
du port, &de S. Mandé
lez Paris, Maistre des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy,
& LieutenantCivil à Paris,
mort le 28 Juillet 1710.
dans la réputation d'un des
plus éclairez & des meilleurs
Juges de nostre temps. La
famille de le Camuss'est alliée
aux familles de Colbert , Feydeau Hannivel
,
Mcnnevilette
,
Daguesseau, Pellot,
Nicolaï, l' Archer,&c.
L'Auteur du prsent Livre
vous annonça dans le Mercure
deNovembre,autant qu'ils'en
peut souvenir
, que S. A. E.
Monseigneur le Duc de Baviere
,
& son S. A. S. Madame
la Duchesse de Vendosme ,
venoient de tenir sur les Fonds
de Baptême,Mademoiselle
de Tavannes, il vous promit
en même temps une ample
Relation decetteCeremome,
il vous tient aujourd'huy parole
)& la voicy RELATION
de la Ceremonie du Baptême
de Mademoiselle de Tavannés,
presentée à Dijon sur les
Fonds à l'âge de dix ans ,
de
laquelle S. A. E. Monseigneur
le Ducde Baviere a été
Parrain,& S. A. S. Madame
la DucheJJh de Vendosme
a été Marraine le 17.
d'Octobre 1714.
L'alliance fpirituclle que
S. A. E. a contracté avec S.
A. S. Madame la Duchesse de
Vendôme,enfaveur de Mademoiselle
de Tavannes qui
vient de recevoir les Ceremonies
du Baptêmeàl'âge de dix
ans, est d'unetrop éclatante
dietinction,pourpassersous
silence la nouvelle de ce Baptême;
& pour n'en point
rendre publiques les particularitez:
Sans qu'ilsoit besoind'entrer
dans aucundétail de Jancienneté
de la Maison de Saulx
tres connuëdés avant ledixiéme
siecle a & autant illustrée
a Saulx le Duc, dont cette Maison
par de hautes alliances que par
le merite & le nombre des
grandsHommes qu'ellea produit,
il suffit icy de pouvoir
dire que lasplendeur d'un tel
sangn'a pasestévray semblablement
un motif des moins
toucbans pour déterminer
leur AltessesElectorale &Serenissime
à accorder à cette
Demoiselle l'honneur d'estre
leur filleulle
,
d'autant plus
volontiers qu'outre lesaffiniportele
nom ,luy a appartemi longtemps
avant d'estre réünie par les
Ducs deBourgogne à leur Duché.
VoyezMorery ,
Edition 1712.
tez qui sont entre les Augustes
Maisons de Bourbon & de
Baviere, Madame la Duchesse
de Vendosme se trouve parente
de l'Electeur par la Maison
Palatine dont cft Madame la
Princesse.
Il ne paroist pas neanmoins
hors de propos de remarquer
icyque le surnomde Tavannes
que porte la Maison de
Saulx, vient d'Allemagne;
elle l'a pris par le mariage de
Jean de Saulx Chevalier Seigneur
d'Orrain en 1504 avec
Marguerite de Tavannes
,
soeur & heritiere de Jean de
Tavannes Chevalier Seigneur
de Dello natif du Comté de
Ferrette en Allemagne. Ce
dernier fut Colonel des Bandes
Noires qu'il amena d'Allemagneauservicedu
Roy François
I.
C'est de cette alliance de
Jean de Saulx d'Orrain avec
Marguerite de Tavannes
qu'est , issu le fameux Mar êchal
de France Gaspard de Tavannes
,
duquel descendent Messieurs
les Comtes, & Marquis
de Tavannes d'aujourd'huy,
& Mademoiselle de Tavannes
à laquelle on vient d'administrer
les ceremonies du Baptême.
Elle est néele14. de Mars
1704. & fut ondoyée le même
jour par le Curé delaParoisse
de la Marche en Bourgogne.
Elle est fille de Messire Louis-
Armand Marie de Saulx de
Tavannes, Chevalier Marquis
de Mirebel, Baron de la Marche,
Seigneur de Chambole,
Morey &autres lieux, & de
Dame Catherine de Choiseul
de Chevigny.
La ceremonie du Baptême
de cette Demoiselle devant se
faire dans le mois d'octobre
dernier,
dernier,à Dijon, où elle aété
élevée, &qui est le pays de ses
Ancestres
,
lesquels depuis plusieurs
sieles ont commandé
pour le Roy dans la Bourgogne,
en qualitédeLieutenans b
Generaux de cette Province.
b M. L. C. de Tavannes Henry-
Charles de Saulx, grand Bailly de
Dijon
, & Guidon des Gendarmes de
Berry, qui a épousé N. Amelot de
Gournay fille de M.Amelot,Conseiller
d'Etarordinaire, ci devant Ambassadeur
en Espagne & autres Cours; s'est
fait recevoir ce mois - ci à Dijon en
la Charge de Lieutenant General pour
le Royen Bourgogne,que possedoit
Messire Charles-Marie de Saulx de
Tavannes son pere, époux de D, Marie-
Catherine Daguesseau, fille de M.
S. A. E. jetta les yeux pour le
representer dans la fonction
de Parrain,sur M.le Baron de
Montigny, Chevalier de l'Ordre
de Wirremberg, Brigadier
des Armées, Colonel d'unRegiment
de ses Cuirassiers
,
&
Commandant pour Elle à S.
With auxFrontieres deWestphalie.
Ce Baron qui étoit
alorsen ces quartiers-là pour
le service deson Altesse Elect.
en receut ordre c de se rendre
Daguesseau, ConseillerdEtat ordi
iuice, & soeur de M. Daguesseau, Procureur
General du Parlement de Pariss
c Cet ordre luv suc envoyé pas Mj
le Comte de Sefels.
en Bourgogne, pour,en son
absence
,
assister de la part de
son Maistre en qualité de Parrain
, au Baptême de Mademoiselle
la Marquise de Tavannes.
S A. S. Madame la Duchesse
de Vendosme honora
de sa procuration Madame la
Premiere Preridente de la
Chambre des Comptes de
Dijon, pour, à sa place, servir
deMarrainc au nom de S. A. S.
Cette glorieuse commission
dont Madame Rigoley fut
chargée dans ce ministere de
Religionfit honneur.au choix
de cette Princesse, non seulement
parl'éminence vertu qui
distingue cette Dame dans le
pays, encore plus que sa dignité
; mais encore par la convenancede
famille qui se trouve
entre M.le Baron de Montigny
& cette Dame, dont le
nOlneilLanguctd & laquelle
d Elle est: fanir de M. Languet de
Rochefort, Conseiller au Parlement de
Dijon, deM.leC. deGergy, Gentilhommeordinaire
dela Missison duRoy,
envoyé par S. M. à Florence, de M.
Langner, Abbé de S. Sulpice au Dio,
cefe de Bellay Ordre de Citeaux,de
M. de la Villeneuve
,
Abbé de Goëtmaloën,
Aumônier de feuë Mad. la
Dauphine, ci-devant gjatid Vicaù.
a- epoulé M. Rigoley
,
Ma.
gistrac aussi respectiblepis:
une droiture singuliere que
par la superiorité de son rang
dans la Chambre des Comptes
dontilest leChef.
M, de Montigny estant
arrivé le 16. d'octobredernier
à Dijon, la Ceremoniede es
Baptême s'y sit le lendemain
Mercredy17. environ lmidy)
d' Autan, tt 1 present Evesquedo
Soissons, de M, l'Abbé Languet, cidevantVicaire
de S. Sulpice de Paris,&
aujourd'huy Curé de cette Paroisse
par la resignation de féu M. de la
Chetardie, oncle de Mad.la Cora«-
tcHè de- Monasterolle
avec beaucoup de solemnité
,
dans la Paroisse de S. Nicolas.
Le bruit de quelques fanfares
ayant annoncé de temps à autre
pendant la matinée ,cette
festeau peuple,unemultitude
innombrable de gens que la
rareté dece pieuxspectacleattiroit
de tous costez,accourut
en telle affuence depuis les
neuf heures du matin encette
Eglise, & vers l'Hôtel de Tavannes,
que toutes les ruës &
places qui y aboutirent ,furent
remplies d'une prodigieusequantité
de spectateurs,
Les personnes de la plus
haute consideration s'étant
renduës à l'Hostel de Tavannés,
on en sortit à onze heures
pour aller à la Paroisse
,
ou
Mademoiselle de Tavannes
fût conduite au son des hautbois
& des trompettes de la
Ville, au milieu de cette foule.
Les dispositions merveilleuses
qu'on apperçût dans
cette aine pleine de candeur,
ne surprirent pas moins que
les graces inseparables de sa
personne. La modestie de sa
démarche excita de continuels
applaudissemens à son passage,
«
Outre- M. de la BrJFe) Intendant
delà Province & quelques
Maistres des Requestes
qui furent presensàcetee cercmonie
,
plusieurs de Mfsîeurs
les Presidens à N\.,oftÍer
& Conseillers de la Cour,
quoyque ce fut le temps des
vacations
, y assisterent aussi.
Madame rinrendanrc setrouva
pareillementalors dans l'E.
glase, avec des Présidentes du
Parlement,& tout,cequ'il y
avoit de pei sonnes les plus
distnguées dans le pays.
L'asingularité d'une conjoncture
si remarquable tant
par
par l'éminent caractere des
Parrain & Marraine
, que par
le mérité particulier de Mademoiselle
de Tavannes,enga.
gea le sieur Gueneau ,Docteur
en Theologie,Curé de
cetteParoisse, de luy parleren
cestermes,lor squ'elles'y presensa
pour recevoir la cercmonie
de ce premier Sacrcment.
MADEMOISELLE,
Quel qu'illustrequefoitvostre
naissance selon le monde
, vous
venr^ aujourd'huyreconnoistre
aupied de vos Autelspresqu,auf
si-tost que vous en esses capable
qu'ilyenaune autre quivous
touche davantage, pour laquelle
vous vene% rendre à Dieu publiquement
des actions de grâces;
pourluy en marquervostrereconnoissance,
vous luy allez confacrer
les premices de vostre raison
naissanteen luyfaisantdes promcjjes
qui nefont ni moinsgrandesnimoinssolemnelleni
moins
indissolubles que les voeux que
vous avezquelquefois vû faire
dans la Maison e Religieuse où
vousesses.Pournejamaisoublier
LesUrsulines de Dijon.
de tellespromesses, vous n'ave% Mademoiselle, qu'àsoutenir , cette
belle éducation que vous a'Vt'
yefuëdela mere la plus capable
d'en donner. Vous na'Ut qu'à
soutenir cette longue fuite de
vertu qui coulent avec le fang
depuis tant de sieclesdansvostre
Maison.Vousy tflet d'autant
plus engagée , que Ils illustres
Prince tgm Princeffi qui vous
font l'honneur de vous donner ur nom , demandent de vous
unevertu au-delà du commun.
"ujfi bien que f Monsieur g
f Monsieur le Baron de Montigny.
g Madame la Premiere Présidente.
Madame qui tiennent icy leur
pUce
, non moinsrecommandablespar
leurpieté, leursvertus
qu'ils font distiguez, par les
pprreenmlÍieerrss, rraannggss qu'iils occupent,
vos illustres Parrain Marrai.
ne nefontpasicy enpersonne pour
répondrepour vous, vous estes en
âge de le faire vous-même : ej*
toute cette auguste compagnie
n'y est assemblée que pour estre
témoins de vos promesses. Fdffi
le Ciel que nous puissions tous
Unjourrendre témoignage à Dieu
de lafidélité& de lapersevarnpce
quleivrou.s aurez eû a Us remAprés
ce discours qui parut
cres-convenable en cette
occurrence, lanoble adulte
s'approcha des sacrez Fonds
,. où lesauguflesnoms de S.A,E.
Monseigneur le Duc de Baviere,
& ceux de S. A. S. Madame
la DuchessedeVendôme aïant
été imposez à Mademoiselle
de Tavannes
,
Elle fut appellée
Maximilienne, Emmanuelle
,
Marie-Anne. Ensuitece
Pasteur luy administra les au-
~res ceremonies du Baptême.
Alors chacun se sentit touché
de voir l'onction penetrer
jusques au fonds du coeur de
cette innocente Neophyte,
dont la pieté édifiante sembloit
se communiquer dans le
coeur de la plûpart des spectateurs
; pluficurs y ayant paru
saisis d'un salutaire étonnement,
eux qui peut être comme
un grand nombre d'autres
n'étoient venus des Villes circonvoisines
en cette Capitale,
qu'excitez par les circonstances
de la dignité de tels Parrain
& Marraine,où par la seule
curiosité d'y voir de quelle sorte
se confere le Baptême aux
personnes parvenuësàl'âge de
connoissance.
A la sortiedel'Egliseil s'éleva
un mélange d'acclamations
d'allegresse à l'honneur
de leurs A. E. & Serenissime ;
on entendit alors de toutes
parts des voeux pour la prosperité
de ces Prince & Princesse;
on ne peut dire combien
en même temps on donna
de bénédictions à la nouvelle
baptisée,qu'un concours
infini de personnes de tout
rang reconduisit ju sques en
son Hostel, au bruit des instrumens,
auquel se joignirent
mille cris de Vive Baviere
Vendosme ; l'air ne cessoit de
retentir de ces grands noms,
qu'il suffic de prononcer pour
ra ppeller aulIirofi toutes les
idéesdel'heroïsme, noms qui
font des. élogesabregez &
complets, renfermans toute
la gloire que la valeur &la
bonté peuvent produire.
Au retour de la ceremonie,
Madame laMarquise de Tavannes
,mere de Miden~oifelle
de Tavannes,traita magnifiquement
l'illustre aflerâbléequiy
avoitassisté.M.l'Intendant
autres Maistresdes
Requêtes, ceux des Présidens
à Mortier & Conseillers du
Parlement quiavoient été presensà
lacelebration du Baptême
, Madame l'Intendante
,
toutes les Dames de marque
avec ce qui se trouva sur les
lieux de plus élevé parmi la
Noblesse & dans les Cours
Souveraines de Dijon ,
furent
de ce regal somptueux, où le
bon goût ne regna pas moins
que la profusion la mieux entenduë
; les mets ne s'y CC.
doient pas l'un à l'autre en delicatesse,
& on pourroit dire
que la variété de plusieurs choses
rares qu'on y servit, & leur
singularité donnerent le plaisir
d'y voir tout ce qu'on ne
trouve presque pointailleurs.
Tous ceux qui étoient de
ce repas eurent l'honneur de
boire debout à la sancé de S.
A E. de Baviere, & à celle de
S. A. S. de Vendôme. On eût
peine à rerenir les mouvemens
de reconnoissance dûë à chacun
de ces grands noms qui
nous font si précieux; l'undesignant
un Souverain dont les
qualitez toutes héroïques font
les délices de la Cour & des
peuples,& qui par sa genero.
sité faisant l'admiration du
siecle
,
se montre si digne de
l'Empire ; & l'autre étant consacré
par la gloire pour être
le symbole de la bonté, &
pour conserver à la posterité
la memoire immortelle du
Restaurateur de la plus vaste
Monarchie de l'Europe.
L'avantage d'avoir pour
Parrain une des premieres têtes
du monde, & un Prince
regardé de chaque Nation
comme le modele de laveritable
grandeur, & pour Marraine
une des meilleures Princesses
de la Terre, de la premiere
& de la plus puissante
Maison de l'Univers,est si glorieux
pour Mademoiselle de
Tavannes
, que cet honneur
causant une si légitime rcjoiiifsance
à sa Famille, on ne pûc
s'empêcher dans ce sestin de la
feliciter plus-d'une fois sur un
tel bonheur:parmy lestémoignages
de joye qu'on luy en
marqua ,
voicy quelques coupletsqui
furent faits à ce fujerA
MADEMOISELLE
Maximilienne Emmanuelle
Marie-Anne de Tavannes.,
Sur l'Air: Tout celamesi indiffèrent,
ouvostrejeu fait icy grand bruit.
Que de regrets varemporter
Le Prince pestà nous quitter !
Pour consoler un peu la France
Il veut bienylaisserson nom ,
Tavannes a cette preference :
Quelnouveau lustre ensa Maifin!
-
- Dignesilleulled'unCesar
A quels honneur n'as tu point
fart?
De Vendosme le coeurconspire
A te faire un fort plein d'attraits?
Ptliffi-tujuflJtJes dans l'Empire
Publierun jour ses bien-faits.
Si tu peux du moins l'imiter
Je te prédissans heziter
,
Autant de vertu ,
de ftgejfi, , De bonté, de charmes divers,
Que lenomdecette Princesse
Ade gloire en toutl'Univers.
Baviere aime trop les Héros
Pour nepas chérirceux de Saulx
Ilfcait qu'ils brillent dans l'Histoire
:
Déjàton h fFere-fcou-[esyeux,
Prometde isoler à lagloire
Desesplus triomphantsayeux,
Dans ton Parrain quel protec-
- ttnr
Q£innfïmagnanime Eltttwr?
PoursuivresonAuguste trace
Tonsangse retrouve germain :
- h Le jeune Marquis de Tavannes,
frere de la nouvelle Baptisée sçait l'Allemandquoy
quM n'ait pas encore 9.;
ami & il cm I'honnear de parler-si.
biencette LangueàSA. E. au nuet de
ce Baptesme,quelle en a témoigne
Beaucoup de .(à-riaon.
Ce fut b- mere du Maréchal de
Tavarmes,d.uq,tid font iffôs tons lesMrs
xJe Tavannes - d"atljoorrllluy-; laquelle
estant Allemande, & se nommant
Iln'estlde cadet dans ta race.
Qui n'ait l'ame d'un uïctix RomaIn.
J'ay appriseue ces Couplets
sont de M de Solleyne, Subdelcgué
de M l'Intendant de
Bourgogne au département
Marguerite de Tavannes, vint époufec
en Bourgogue Jean de Saulx
, & commença
à faire prendre
,
il ya plus de
dt'ux Siecles, le sur-nom de Tavannes
à ses descendans,qui l'ont toujours porté
depuis qu'Elle & sonfrere Jean de
Tavannes, Chevalier Seigneur de
Dello, natif du Comté de Ferretre
en Allemagne, qui en amena pour
lors les bandes noires au service de la
France, & duquel elle fût heritiere ,
eurent apporré d'Allemagne le furnom
de Tavannes en la Maison de
Saulx. d'Auxerre,
s' Auxcrre,&fils de M. Martineau,
cy-devantSeigneurde
Marnay
,
quatrièmePrésident
de pere en filsen cette Ville.
Jevoy bien qu'il n'y a plus
moyen de vous proposer des
boucs-rimeza remplir
, & je
me serois bien gardé de le faire,
si je n'avois pas receu ceux
que je vous ay presentezle
moispassé, d'une personnede
confédération
,
qui, sans se
nommer, m'a flatté ( apparamrnent
pour m'amorcer)de
l'bonneur de sa protection.
J'aurois tenu ce Monsieur,ou
cette Dame
, quitte des douceurs
dont on m'amuloit, si
l'on avoir jugé à propos de
remplir ces bouts-rimez à leur
fantaisie & à la mienne; mais
en vérité d'une vingtaine de
Sonnets que j'ay receus, il ne
s'en en trouvé que les cinq
que je vous donne, où la Rime
de RaiblU ait été franchie d'une
manière qui ne pût pas 111e.
pouvanter,quoyque je ne me
pique pas destre fort timide.
Ce diable de mot étoir orne
dans tous les autres, de Poëfies
si gaillardes, que j'ay jugé
à propos de les supprimertous
à l'exception (comme je vous
disois fort bien tout àl'heure)
des cinq que voicy. Le premier
de ces Sonnets est de la
compositon d'un jeune homme
de douze ou treize ans,&
qui m'a bien la mine d'en avoir
quinze, ou peu s'en faut.Qu'-
importe ?-il est pleinde bonne
volonté, & promet beaucoup.
1 SONNE T
en bouts-rimez.
LeVillageoisformépur lefie
d-la herse
'.A.j(JHrdhllJ trouve accéchez la
Bcurgtêife an bain,
Et l'épouxml-heueu dent il
percelesein
D'un trait aussi cuisant,ason
tour le traverse
Aux puissanssouverains comme
aux gens de
< commerce
Le chef se voitparé du bonnet
de Vulcain
EtclleimMaarytpar tout même ait- - lointain
Se reconnoift souvent dans les.
tableaux de Perse
Ainsi donc pour avoir lefront
à rasibus
Alcipe neprendpoint pour femme une Venus
Contraint tes passions comme fit
Origene
Ou bien.dans ce lien sifertile en
st
l.aï
Tu te verras bien-tôt par quelquebeau
« Paris-
AAiinnssiiqueMenelas privé de ton- .,.Helene
L'Auteurdeceluy cyest un
jeune homme de vingt-deux
ans,Auteuraussi d'ailleurs. Auteur
primo, del'Histoire&: des
Avantures galantes du fameux
Maréchalde Boucicault & depuis
peu de l'Histoirtragi- que
&véritableduCzar Démettaisy
qu'on assure ecre fort
interessante & fort curieuse ;
j'en diray mon sentiment,ou
plutôt celuy de ceux-quil'auront
lue, quand jel'auray lûe
moy-même , en attendant
voicy leSonnet dont il m'a fait
present.C'est un Sonnet.
SONNET
en bouts-timez à Mademoifclle
de S.
Sur lafin d'un beau jour Licas
quittant la herse
Rencontra son Iris qui revenoit
du bain
Une tendrerougeurquiparutsur
son fein
Promit à ce berger un bonheur
sans
#'
traverse
Ils étoientfaits tout deux pour
Pwwrenx commerce
Licas estoit de taille à desoler
.-
Vulcain
Son Iris sembloitnée en ce climat
lointain
Quipeuple les Serails de Turquie
cf de Perse
Sur un gazon naissant & tondu
rasibus
Croyez vous qu'aumépris des
plaisirs de Venus
Jls pratiquoient alors les leçons d'Origene
Pourquoy les suivre seule
adorable Laïs rojlre amant efi plus beau que Licas.,luelb Paris
Serez vous plus cruelle&
qu'Iris & gllHelene
J'aimerois volontiersceluy
qui suit autant-que lesecond,
& mieux que le premier,il est
de lafaçon d'uneDame pleine
demeurer d'esprit, & qui l'a
fait en un tour de main; mais,
dites-vous, le temps nefaitrien
alacbojc-,elle sçait cela comme
nous, Messieurs
,
& fait
bien de ne s'en mettre guere
en peine. Voicy à telle fin de
raison le Sonnet pour qui je
parie.
SONNET.
SONNET
en bouts-rimez.
.4nd de mon Pont-levis faf
fait lever la herse
Seule avec mon époux,jeris , je
prensle bain
Je luy montresans art ce que j'ay
dans le feiRSans
craindre des jaloux la plus
Jîmple traverse.
Là nous ne parlons point de ce
maudit commerce
Qui trouble le repos du malbea.
reux Vulcain
Nousvoyons ces horreurs comme
dans un lointain
Et croyons que ce gout ne reside
qu'en Perfç
Si ce n'est dans ce lieu, c'est du
moins rasibus
Car nombre de Persans qui font ici
venus
Conviennentque chezeux il tjlptIId'Origene
Que les Damesysontpresque
toutes Laïs it qu'on fait sans façon tOMt ce
quefit Paris
Jguand il euttriomphé de la
beauté•- d'Helene
Pour celuycyil me paroît
assez bien raisonné jusqu'au
premier Tiercet, où il commence
à s'embroüiller :
les Rimes
difficiles l'embarrassent ;
mais ilfinit bien.
SONNET.
,Entre;rcndre
un Sonnet c'est tirer
àla hcrfc
De l'eau de mes futurs on rempliroitun
bain set de l'incendieallumé dans
mon sein
de l'art d'Apollon la penible
traverse
Pourpayer ceux quifont exceller
ce commerce
Centfoisplus fatiguant que Pcmploy
de Vulcain
.troitpeu des tresors qued'unpays
lointain
Apporte au Grand Louis
,
CAm*
bassadeur de Perse.
Maisdanscesiecleingrat ilsvi- vent Razibus
Ils n'ont quepeu depart aux plaisirsde
Venus.
On les verra bientostDisciples
si' Origene.
C'esten vainqu'un Rimeur soupire
pour Laïs, tflJd ilseroit encor plus galant
que Paris,
Sansargent il rieft point de Laïs
ni<£ ,8 Helene.
Celuy-cy çû d'un de mes
amis, que je ne connois pas,
le titre en fait l'éloge, & je répondrois
à sa Lettre, s'il m'avoitécrit
plutôt ; mais je le,
prie, comme tout le monde,
de madreflcr ce qu'on m'enverra
d'orénavant, chez D.
JolIet)&, J. Lamesse,au Livre
Royal, au bout du Pont S.
Michel, du costédu Marché-
Neuf
L'AMANT IMPATIENT.
SONNET.
<
Vos rigueurs, belle Iris,pourmoi
sont une herse,
Vouspenfiz, que mespleurs mefournirontun
bain,
.!<Je je vais m'enfoncer un poignard
da1(1le sein
Non : j'en veux arracher le tr"i,
qui le traverse,
Je cherchois prés de vous un di.
mable commerce,
Mais vosfers trop pesans,même pourunVulcain
Me'ontfnait a.pe.rcevoirun martire lointain
Flus cruelàsouffrir quunefcUvageen
Perse.
Voscoups contre mon coeurpasse- ront Razibus
Qui voit dans les tourmens des
charmesen Venus,
Pdeut p'rendre sans effroy le party Origene.
Suivez de douces loix,sans imiter
, Laïs,
rONlt'{-vo,JU un amantplustendre
que *
Paris
Montrez-luy de l'amour, sans le
foibted' Helene.
Après vous avoir dit naturellement
,& en peu de mots,
ce que je pense de ces Sonnets,
trouvez bon que j'en prie les
Auteurs de ne pas me sçavoir
mauvais gré, si, en suivant
toûjours le texte de la Scene du
Sonnet du Mysantrope
,
je
leur avouë que les quatre petits
vers qu'on va lire,me plaifent
autant que tous les Sonnets
du monde. Ils sont de la
façon d'une belle& fpiritucllc
Dame qui les a faits par impromptu
à la louange de Son
Altesse Mademoiselle de Clermont,
Princesse de l'auguste
Maison de Bourbon, & se
chantent sur l'air: Vivons comme
le Voisin vit.
L'Amour dit qu'il n'a plus
besoin
De carquois ni d'àcirejje
Il , prendra feulement lesoin
De montrerla Princesse.
MONSlE7R
Je vous assure que jesuis tres- Jènpble à laLettre obligeante que
nIO14S me faites l' honneur de m'écrire;
permettez moy néanmoins
de vous direqueje ne donne gue.
"e dans l'écüeildes loüanges :comme
je n'ensuispointprodiguepour
les autres ,ien dispense tout le
monde à mon égard. Je me contente
de passer doucement mon
chemin em des routesnaturelles
quejesuis,pouressayerde me tirer
a'Affaire aubout de chaque mois.
Les belles paroles ny les promesses
n? me tententpas,v rien ne peut
m'engager à sacrifier la réparation
que m'a acquise ma modestie
,au plaisir d'écrireunéquivoque
quelque spirituel qu'il
suis: estre. Vostre Sonnet estplein
d'art v de genie
, mais vous
A'Ve:c donnécomme les autres dans
la Rime de Razibus. Cela me
déterminé à prononcer contre luy,
il y a abus. Pour vostre Rondeau
, vous l'aile% voir traiter
avec moins de rigueur. Je suis,
Monsieur,vc.
RONDEAU
sur un baiser.
Ce doux baiser quejevous ay
surpris,
Devoit-il tant vous fascher ,
belleIris,
Jfojlrcvertu sans doute est trop
austere:
Hclas ! c'étoit le moins que pouvoitfaire
,
De vos appas fumant le plus
épris.
C'est
,
dites-vous, la marque
d'unmépris,
Mais ce rieft pas comme je l'ay
compris,
J'ay crû pouvoirvolersansvous
déplaire,
Ce doux baiser.
Si je ne peux appaiser vos
esprits,
Contre mes feux injustement
aigris, jïvous diray du crime le mystere,
N'enaccusez que l'enfantde
Cyrbere,
Sans son conseil je n'aurois jd.
mais pris
Ce doux bafr.
Pendant que je fuis en train
de vous donner de petites pieces
detachées, & des nouvelles
de Paris, je vais essayer de vous
en presenter sans di(lin£tion,
& de faire dire de moy , ce qui
fut dit autrefois d'une belle
personne:
C!Je vous un beau desordre rfi
un rjft de l'art.
,.
Le 14. de ce mois M. le
Chanceliervintprendre séance
au Parlement de Paris; & le
même jour fut jugé le procés
deHenry GervaisJoüeur tresrenommé
,
appellant comme
d'abus de Lon mariage avec
Gertrude Boon
,
fameuse&
fage TourneuseparArrêt
en l'Audiance de lagrand-
Chambre tenue par M. Voifin
,
Chancelier de France
,
contre les concluions de M.
de Lamoignon
,
Avocat General
,
la Couradeclaréqu'IL
N'Y AVOIT ABUS
,
plaidants
M. Guillet deBlarupour l'appellante
,
M. Arrault pour
Gervais intervenant, M. Chevalier
pour l'Intimée. Onm'a
assuré que la Cour ne s'étoit
déterminée à prononcer, que
sur ce que les Baladins & gens
deTheâtre n'ont point de vray
domicile.
Cette Audiance finie
,
M.le
Sas de Rochermine
,
Avocat
au Parlement,eût l'honneur
de presenter à M.le Chancelier
les Vers Latins que voicy.
ILLUSTRISSIMO
ac nobilissimo viro D. D.
DanieliFrancisco VOYSIN,
Domino du Mesnil
,
Regiorum
Ordinum Commendatori&
FranciæCancellario.
Jundica supremi
Galliarum SenatusComitia
tenenti.
Qugemnos Augusto spectamus
staresedentem
In Tbemidos solio,&sacro velut
ore, fideli
Francorum Genti pandentemoraculaRegis
,
Moribus ille fibz meritos devin- xithonores,
Gloria v immensi merces suit
aqua laboris.
Gentisutavertas vicinaperi-
-. cula, missum
Te >V1CINE, putant nobis
ex othere cives
,
Applausu quorum festivopersonat
Aula.
Pr<xfe£lhmannona per te recreatus
opimâ
Quot Belgo CP* Batavi audaces
audacior urbes
Ferro expugnasse miles , nutricia
Regno
RJfwicete LO D O IX dederat

nî seminapacis ?
Felicestunc nos pax si longæva
suifet,,;
Nec cito sævisset toto Mars impius
orbe ?
Quid queror ? Invicti fanfla
in penetralia Regis
Admissus,quoties hostilia, mente
- faci
Consilia evertitt>ranuncins?
Omnia vidit
Subversa
, Europamflammis
fetroquecadentema;
SedpenitusnostrasViciNUi
restituit res.
Gallica multiplicidudum memorata,
triumpho
Sustinuit prudens arma ingenio atque , peripsum
Imposita est consanguineo ultima
bello,
Quodsociânostros brumâ 'Vajlaverat
agros,
Centuplicem nunc qui referunt ,
(æla auspice
9
frugem.
Gracia tanta ,
tui donum regale
manebat
Mercedem meriti; nec enim te
digniorusquam
Quisacrajura togæregeret poputoque
benignus
Juftitiæ &pactssociales fundere
passet
Ftitftus ;)&sontum miseratus
flectere fortes.
Respicit AJlræam tecum Bel-
Lona jocantem
Invida; non ultro ^iBridafcuU
reponens,
Et tingendasuritferrugine, dextratenebit
Dum tua continuoLancis moderamen
9& Ensis.
Jura colens Themidis ,damnosas
desirtie lites:
Destruat&pietas tua bella do-
4 mefiica,nuper vesanus amor :(t.!o excandefcere
fecit.
VIeIN odignos,cives, de
cernite honores
EtRegem longos tandem comiteturin
annos.
Prenons maintenant un peu
l'air, Meisseurs, il y a aflfes
longtemps que nous sommes
à Paris,& nous y reviendrons
de reste. En attendant, allons
faire un tour à Versailles.L'avanture
de M. le Marquis de
l'Ange nous y appelle.
Le 19. Février dernier, Sa
Majestédans la grande Galerie
de son Château de Versailles,
donna àl'Ambassadeurde
PersecetteAudiance éclatante
qui a faittant de bruit dans le
monde
, & où tous les plus
grandsSeigneurs du Royaume
firent un superbe étalage de
leur magnificence. Sa Majesté
allant de son Appartement à
son Trône, une des plus belles
perles de la Couronne se détacha
de son habit,& se trouva
heureusement, aprèsavois
fait peut-être bien du chemin
dans la Galerie, fous les pieds
de M. le Marquis de Lange,
qui prît enfin la peine de la ramasser.
Il est vray que cette
négligence luy étoit bien pardonnable,
& qu'il ne s'attendoit
pas à trouver un tresor.
Cependant aprèsavoir fait cet
effort,il remarqua avec plaibr
que ce joyau étoit tres-digne
de la peine qu'il s'était
donnée. Il le mit sagement
dans sa poche, & quelques
joursaprès ileût l'honneur de
: le rendre au Roy avec un Placet,
que Sa Majesté receut d'une
façon singuliere.SIRE,
dit-il, je supplic Vostre Majesté
de me pardonner la liberté
que je prends de luy presenter
la Perle des Placets. - Le
Roy aussitost, après s'estre fait
expliquer l'Enigme, le receut
avec cette grace infinie qui accompagne
toutcs ses actions.
& principalement Ica- dons
qu'il fait à ceux qu'il en juge
dignes ,enfin il accorda sur le
champ au Marquis de Lange
tout ce qu'il luy demandoit
dans son Placer.
M. le Marquis de Lange
est originaire d'une noble
& illustre famille du Nivernois.
Le Marquisat de Saluccs
appartenoit à ses Ancestres.
L'an 1304. André de Lange
estoit General de l'Armée de
Scanderberg, Roy d'Albanie
qui futtuécombattantcontre
les Turcs. Le Pape voulant
conserver à la postérité les
rettesdtin sangsiutile àl'Etat,
& si zelé pour la Religion,
permit à Jean de Lange,
Grand Bailly de Malthe, de se
marier
,
& le releva de Ces
voeux. Il y avoit eu auparavant
luy dix sept Chevaliers
de Malthe dans sa famille.
Guillaume Marquis de Lange
à qui l'avanture de la perle
dont nous avons parlé est arrivée,
descend en droite ligne
de ce Jean de Lange:il a
eu la main gauche emportée
d'un coup de Canonà la Bataille
de Nervinde. Il eut aussï
un coup d'épée autravers du
corps
corps au Combat de Leuse,
& à la Bataille de Steinkerque,
il fut fait prisonnier.
L'on voit par cette suite
d'actions & de blessures que
M. le Marquis de Lange ne
fc repose point sur les Lauriers
que ses Ancestres avoient
cuëilli,& que s'ils se sont rendus
recommendables par
leur valeur, ils ont eu en sa
personneun successeur quine
l'est pas moins, à qui l'on
pourroit dire a juste titre :
Si lagloire descendsurtoypar
tes Ayeux,
Celle de leurs Enfans retombe
AUssifür eux.
M.le Marquis de Lange
son Pere futtué à la Bataille
deRamilly. Marie dela Grange
sa grand'mere estoit soeur
de M. le Cardinald'Arquie
Pere de la Reine Doüairiere de
Pologne,& par consequent il
cft son petit neveu ,
& cousin
issu de germain des Princes de
Pologne, & de Madame l'E""
lectricedeBaviere.
Voyons maintenantceque
nous ferons du restede ce Livre
,
qui me paroîtdéjà bien
avancé, sinon, jevous avouë
qu'il me paroît bien long, &
que la plume me tombe des
mains. L'Histoire entiere &
nouvelle de Mehemet Riza
Beg
,
Ambassadeur de Perse,
& que je vous donneray dans
dix jours,revûë, augmentée
de la moitié
, & toute corrigée,
a épuisé en vérité ma !&<-
te, mes yeux, & mes doigts,
& il ne me reste à present de
courage tout au plus,que pour
vous proposer de chanter ma
Chanson & de deviner mes
Enigmes, que je vais, avec
vostre permission
, vous donner
sans ceremonie.
C H AN SON.
Je ne veuxsortant de la vie ,
Nilugubreceremonie
Ni , tenture, ni carillon;
Mais que mon heritier digne fils
d'unjyvrogne
Dansunmuid , de vin de Bourgogne
,
JMefalTe mettreau courtbouillon.
Le - mot des Enigmes du
mois passé étoit l'Ecriture &
les Cartes à joüer. Les noms de
ceux qui les ont deviné, sont :
Le Solitaire Quemine, le Pte~
ost d'Argentan, l'Anonyme,
heureuse Indiscrete,la Co-
~uette de la rue S. Antoine
fusée volante,le Porc , Epic,
llette & sa Maîtresse, l'Esson
Turc, Jean de Nivelle &
Roy.
En voicy de nouvelles
,
les
evinera qui voudra,pour
~oy je les aydevinées du pre«!
~iercou p.
ENIGME.
Je fuis utile au sujet comme
au Roy;
és quejenesersplus,je change
de figure,
DeTJJ:me que de nom ,
selon la
conjoncture
Du temps auquel on vient àse
servir de moy.
Jugez de ma maigreur on me
voitlesarrêtes ;
Je ne fuis pas un Monstre
, &
pourtant sousmoncorps,
Il s'ejl tfOHvé jusqu'à trois têtes
Qin se gardoient toûjours de paroistre
en dehors.
Par les noms que je porte, on peut
assêz connoistre,
Qu'en Automne, en Hjver,
- en Printemps, enEté,
Jesuis degrande utilité.
Lecteurrêve à present sur ce qu*
je puis estre?
AUTRE
L'Intrepideguerrier qui dans
un long carnage.
A toujours méprisé les horreurs
de la mort,
Accompagnédesoncourage,
Recule à mon premier abord.
Jesuis & tres-foible
, & tres-
1
forte.
Malgré mon foible corps ,
j'ay
causé des malheurs,
Lesquels ont faitrépandre âffe^
souvent des pleurs.
Apeine on m'apperçoit ,qu'aussitost
je suis morte.
Celuyqu'on ne peut voir m'aide
àparoistre aujour,
Je cours d'abord,je (aute,& je
me multiplie
,
Autant quesij'avois un principe
devie,
Et quelquefois je fais) ce qu'au
coeurfait l'amour.
Lecteursituveux me connoistre,
Demeure en ton logis tu me verrasparoistre.
MONSIEUR
le Mareschal D'ESTRE'ES
ayant elle éleu par Messieurs
de l'Académie Françoise
,
à la place de feu
M.leCardinal D'ESTRE ES,
y vint prendre seance le
Samedy vingt troisiéme de
Mars 1715. & prononça
un Discours
,
dont voicy
l'extrait
MESSIEURS,
L'honneur quevous mefaites
en me recevant parmi vous ,
est
une grâce singuiliere que vous
tn*accorde^. ; mais c'efl en mesme
temps une (sPese de justice que
vous rendcz à la memoire de M.
le Cardinald'Estrées,pourl'estime
& l'attachement qu'il avoit
pour vostre illustre Compagnie.
Je ne parle ainsi, que suivant
vos propres sentiments; vous me
les avez marquez vous-mêmes;
j'ay l'fié tesmoin de vos regrets
sur une perte qui nous estoit commune,
&dont vous avez gerni
comme moy.
Vous avez creu en quelque
façon la reparer en perpetuaht
son nom dans l'Académie; e
sans trop examiner, silestoÎs en
ejht de lesoustenir, par les qu,*,.
lite% propres à un Académicien,
vous ,,"Ue=\: donné à l'amitié, ce
lqeU'lin discernement IfUjfijuste que
vostre auroit refusé aux talents.
Vous maa1Jt'Z fait un
merite de quelque inclination
pour les Sciences ; &prevenus en
ma faveur vous avez voulu
qu'elle me tinst lieu auprés de
vous de cette vaste érudition,
& de cette variétédeconnoissances
, que vous estimiez dans
celuy dont vous m'ave% donné
la place.
Dans cetendroit il dit plusieurs
choses éloquentes à la
loüange de l'Académie; enfuite
11 ajoûte au sujet de M.le
Gardinal d'Estrées, à qui il succede
:
-
jiprts avoir en cela suivil'usage,&
encore plus mon inclinatIO,.
difpfnf-m()y..,Mfjtjurs3
de la coûtume établie parmivous
qui mobligeroh à faire l'Eloge
de mon Predecesseur. Il m'encoûteroittrop
; je ne lepourrois faire
sans émotion: lA bienseance même
me ledefend.FousflipplééreZ,
àce tribut queje ne puis luy rendre
: à ce tribut qu'exigent ses
grandesqualitez ,ses emplois ,
fin dévouëment
, (7 sijel'ose
dire,sa tendresse pour le grand
Prince qui nousgouverne. Mais
Ii)41Je. vous pas déjàfatifah?
Vous avez vivement ressenti
sa perte; vostre douleur eji son
Eloge. -
Un peu plus loin aprés
avoir loüé ces grands hommes
à quil'Academie doit sa naissance,
sa conservation
, & sa
splendeur,il dit:
Convient il à un homme qui
a pAsté la meilleure partie de sa
nile dansles Armées, de manier
detels sujets ; & de faire son
coupd'essay de l'Artdel'Eloquence
qu'il ria jamais pratiqué, &
delefaire en presence des Maîtres
&des Jugesnez de cet Arr ?
Il passe icy à l'éloge du Roy.
Voicy ses termes.
Comment m'y prendrois-jepour
publier la gloire de Vostre Auguste
Protecteur, pour parlerdignement
des prodiges d'un si grand
Regne?Quelleseroit ma temeritéd'oser
tracerunportrait,oùles
plus habiles ne portent la main
qu'entremblant?Je ne me permettray
qu'un seul trait de son
caïaêître
,
dont ma propre experiencem'ainstruit.
Dans les occasions
oufay eu quelquefois lbon-*
neur de travailler sous lesyeux
d'unsigrand Maistre yfayJenri
avec admiration que son esprit
en toutes maturessaisittoujours
naturellement le Grand
,
le Juste
eeleVray. C'est tout ce que j'en
sçais dire. Il n'appartientqu'à
evous, Messieurs, de proportionner
les expressions à la grandeur
des idées. Pour moy je ne puis
surce sujet,que ce qui se peut
fairesans art. J'admire ce grand
Prince;je cherche à luy plaire5
j'ambitionnede luy marquer mon
dévoüement& ma reconnoissance
par mesfèrvices &je nepuis
mieux le loüer, qu'en m'imposansunsilenceque
je ne garde
que par la hauteidée qllt j'ayde
sapersonne.
APRE'S QUEMONSIEUR leMaréchalD'ESTRE ES
eut achevé son Discours,
Monsieur le Marquis de
DANGEAU, Chancelier
de l'Académie
,
luyrespondit.
oMONSIEVR 1 Puifcjuelamodeflicde M.
l'uébbé d'Estrées l'empesche de
parler, laplace que le sortm'a
dooné'e,
donnée
,
m'engage à vous dire que
nous sommes penetrez &de douleur
& de joye. La perte que
nous venons defaire nousparoissoitirréparable
j nous avons tous
jugé que nous ne pouvions la
mieux reparer,qu'en vous choififiant..
- M. le- Cardinal dEfttées
efloit un de ces Genies transcendants
, ne={' pour honorerleur
Jtecle; auflt grand dans les affaires
Ecclesiastiques que dans les affaires
d'Estat;Grandpar lessciences
quil avoit toutes approfondies
; grandparsa charité envers
les pauvres ,
qui n'avoit point
de borne aimable par ses manieres
polies
, par une humeur
toujours égale, par les charmes
de saconversation.Safaçonde
raconter estoit nette, mesnagée,
'liive ,
interressante, excitant 0*
satisfaisant tour à tour la curiosité.
Esprit vaste (ses veuvës estoientimmenses;
) ffyrit superieur
& simple, audacieux&
[al/? caracteres si differents 04
qu'il a soustenus jusqu'au dernier
moment de sa vie. Ilsçavoit ramener
tous les évenements àses
dassins.Il exerçoit une douce ytrannie
sur les opinionsd'autruy,
par un talent qui luj estoit particulierdepersuader,
de vaincre
& de plaire.C'est par-là qu'il
-'etoit acquis unesi grande répuration
dans toutes les Cours de
l'Europe
, que des TestesCouronnées
essaient entrées avec joyer
dans sonalliance, & qu'ilavoir
réüssitentantd'autres négociations
importantes&difficiles,sans que:
jamais on le vîtfatigué du travail
,
ni enorguëilli dusuccés.
Nous l'avons perdu: vousseul ;\
Monsieur
, pouvez nous conjoJ
ler. Jene diray rien ici de vostre
illustre naissance,nide toutes les"
Dignitez dont les deux plus
grands Rois. dti monde vousont
honoré.Qu'il mesoitpermisseulement
de remarquer qu'on n'a
point encore ven daans nosHistoires
troisMaréchaux de France
de pere enfils. Mais, Monsieur,
en jettant lesyeux sur 'VOU$ , ce
nesont ni ces Dignitéz, ni vos
vertus militaires qui ont attiré.
nos f*jfr*ges : ce n'est point cette
ardeurdegloire quisouvent dans
la suite de la même Campagne
vousfaisoit chercher dans les Armées
de terre de nouvelles occasions
de signaler vostre courage ,
lorpjne la faisonobligeoit a rentrer
dans noj Ports ces Flottes que
4vous avie% commandées si glorieuqement.
Nousn'aurionqpû,
avecjustice,vous donnerune
place qu'Apollon dessineà ceux
qui s'efforcent de luy plaire, si
vous n'aviez mérité que les lauriers
de Mars, cm les faveurstk-
Neptune,Heureussement pour
nous, Monsieur, vous aver,,
senty que vous de1Jie'{., contenter
vostre esprit,aussi bien que vostre
courage , eST* dans vos plusimportantsEmplois
vousauez,, trouvé
le temps d'acquérir les coanoissances
les plusutiles &les
plus élevecs séinfivous nedevez
pointnostre choix à la mémoire de
cegrandCardinal , qui nousfut
asociédés sa plus ttrJdrejuneffi"
ni à l'amitié d'un frère qui fait
aujourd'huy l'un des principaux
ornements *de l'académie; vous
le devcz.. à cet amour des belles
Lettres,à cette applicationsitare
dans un homme de guerre d'amager
tout ce que l'antiquité
nous a laissé de beaux ouvrages , semblable à ce Romain, qui, persuadé
que l'éstude adjouste une
nouvelleforce à l'experience,faisoit
porter dans ses expéditions
des Livres aussi-bien que des machines
de guerre. Le goust que
vous avez toujours eu pour les
Sciences ,
auroit suffipourfaire
approuver universellementnostre
choix,vousseul , Monsieur ,en
parlez commed'une grace.
Le reste de ce Discours est
plein de noblesse
à
d'éloquence
& d'esprit. Les vertus du
Roy y sont tracées avec des
traits si admirables, que je
n'en peux rien extraire, sans
les desigurer
,
& malheureusement
il ne m'est pas permis
de donner lesDiscoursdel'Aceadxémtireaauitrte.
ment que par ",
Le30. de ce mois M. de
Bose y fut receu , son Discours
fut treséloquent,celuy.,
de M. Dacier qui luy répondit,
le fut aussi,maisilavoit l'air
si antique, que M. de la Motte;
quiest sans contredit un des
plusbeaux&desmeilleursespritsde
l'Europe, ne pût s'empêcher
de luyadresserl'Apologue
de l'Ecrevisse. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon discours sur la querelle
entre les Partisans desAnciens
& des Modernes, la Lettre
qu'écrit àun de ses amis
un des meilleurs seconds de
M dela MoueJe Paralelle
excellent des deux Catons, &
vingt
vingt autres pieces detachées qui.
ont heureusement trouvé place
dans le Mercurede ce mois, tout
cela vous aura peut-être paru asfez
interessant, Messieurs , pour
vous obliger à me sçavoir quel.,
que gré del'honneur que j'ay de
vous en faire part. Mais il me reste
un fait admirable
, tres ex..
traordinaire à mon égard,& donc
le détail m'embarrasse infiniment.
C'est cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
malgré la foiblessede mes
expressions
,
j'en suis si touché
,
que pour avoir la satisfaction de
vous en parlerà coeur ouvert, je
ne respecteray nullement la delicatesse
du pas où m'engage ma
reconnoissance,quand l'excès de
ma gratitude devroit vousparoître
affoiblie par la secheresse
de mes termes. Il est bien question
maintenant de cette frivole
consideration, & les grands hommes
& les bonnes actions n'ont
pas besoin pour être loücz)de ce
faste éloquent, & souvent inutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du lustreaux
moindres choses.C'estenun motdel'Electeur
de Baviere dont je
veux vous parler. Ce Prince cendrement
aimédenôcre Roy,
(cette véritéfeule vaut un million
d'éloges) cheri de tous les
François, adoré de ses peuples,
& l'objet des voeux de tout le
monde,vientdequitter la France.
Son destin le derobe enfin à
nosyeux. Un malheur souverain
nous l'arrache, fasse le Ciel que
de longues années & un bonheur
infini soient le sceau de toutes ses
vertus.
rMaasissaeprzè,scpeltuavsennemembar- ,m'embar-
Et ne demandez pas quels bieni
, je peux vous dire ;
Vun Héros que le mondeadmire ;:
Dont vousnesoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits
3
ni dû
combats;
Mais d'un traitamesyeux plut
beau qu'une Victoire,
DFu MHercureienjdlejbordreiilrenerich,it
De Féclatd*unpresentquilae meritoitpas.
Que puis-je dire de moins,&
que nepensay-je pas davantage,
des bienfaitsque ce Prince
,
le
premier qui ait coupé le noeud de
mon infortune,vient de répandre
sur moy. Je vous demande
en grace à ce sujet,de souffrir que
je metteencetendroit Mercure àmaplace, & je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ses fantaisies
, ce qu'il vous dira, contribuera
sur ma parole, à vous
amener plus agréablement la
petite Histoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Il y a, dit-il, (& il est à proposque
vous le fçacniez) une
grande dlfferenceentre lefilsde
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Messager des Dieux
queceluyde son malheur, lorfque
son perc, (avec connoissance
de cause apparamment)s'avisa
de le chasser du Ciel. Du
restenous n'avons rien de com-
: munl'un avec l'autre. Encore ne
sçay-je guerre, si nous nous
ressemblons passablement, dans
le seularticleque jeviens de dire,
car je suppose qu'issu de race
Divine,comme nous l'assureHomère
,
cf Denis d*Halicarnasse
,
demandezle plutostaux Anciens,
Il ne devoirignorer aucun des
secrets de la nature,& par consequens
sonindustrie devoir suppléer
parfaitement à son infortune.
Ail lieu que moy qui ne
pourroit finsvanité prouver peut
estre guerre plus de noblesse
qu'Esope
,
je me fuis trouvé
plusieurs fois à la veille detomber
dans le n'ême inconvénient
que luy
,
& réduit à la necessîté
d'employer tous les secours de
mon ignorance.Cette affreuse
inégalité fait donc foy du peu de
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne&moy,& démontre
eue je ferois un impofteur,
si j'avois à la face du monde
,l'audace d'usurper sestitres
& de me subroger en ses droits
,
&que je ne fuis en un mot qu'un
Mercure adopté sur la terre,
mais toute qualité à partvoyons,,
vaille que vaille,par quel degré
je fuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroitentreprendre de vous conter
des choses surprenances, &
le détailde mesavanturcseffectives
, vous étonneroitaflfeurement
plus que les fictions de
l'InfortunéNapolitain.Passons
plutost à l'examen des moyens
de conserver ce titre
,
puisqu'à
tout hazard ,je m'en voy revêtu.
Vouscroyez peut-estre que c'est
pour moy la Pierre Philosophale,
point du tout; & je parie
soixance pistoles par an ,
de le
porter d'une façon cent fois plus
utile & plus amusante jusqu'à
mon dernier jour, si cinq ou six
grands hommes que je sçay
veulent imiter la generosité do,
l'Electeur de Baviere, ÔC me
donner 200. écus de pension
comme luy ; mais je n'y pense
pas;&voilàde fort vilaines faillies!
il est bon que chacun fçache
sespetites affaires,à la bonne
heure; mais il ne faut pas se faire
tympaniser dans le mondepar
l'image d'un honteuse avarice.
Voilà encore une plaisante réflexion,
& de quoy ferois-je avaricieux1110Y
quinele fus jamais
de quelque chose
,
m'aviseroisje
à present de le devenir de rien?
soitdit? si de tout ce difoms.
peu vous importe, tant mieux,
si vous e prennez en bonne part,
tant mieux encore, voua comme
jele prend rois aussi. D'ailleurs
je raisonne ; c'est un droit qui
m'est acquisaussi-bien qu'à, tous
Jes hommes & quand tous mes
discours ( malgré les censeurs
ridicules) feront auflfi Ci-lip-lesbc
aussiinnocents que ceux-cy, je
suis sur qu'on me permettra de
babiller jusqu'au Jugement. Enfin
je le répété ( commeje le
croy ) Menteurs.
Nouspouvons raisonnersur tons
les Elemens
Pllrleri¡n. Cièl de la , Terre )(} de
l'onde,
MaisiramttfoTîsjamais le monde,
Auxdéfens des loixdubonsens,
Cejlaprèscent reflexionsprofondes
^uà tout hasard le philoflp¿
admet
La matierepsreecmoniedrees, ou les caufcs
, Souventsanssçavoir ce quilfait.
Le Sage donne dans le piege,
Ou rit desa décision ;
MaisleSophisme qui fAjflege
Ebloüit toujours sa raison.
Pour nous ne suivons point de re~
gles trop austeres,
Ou l'esprit tôt ou tard consent à s'enchaîner,1 Surdesprincipes moins severes :
Cherchons à nom déterminer.
Que nos moeurs[affint notre étude
Jgue lavertu foit nostre but,
Nous aurôns moins dyinquiétude,
Qu'aucunPhilosophenen eût.
Voilàle portrait que je me fais
des idées & des obligations des
hommes; si je peux un jour me
former sur cette peinture,je de.
viendrayalorsassez desinteressé.
pour ne regretter jamais de ne
pas ressembleràl'Homme heureux
malgréluy,Conte Persan
, que je
lûs ily a quelques jours dans les
Mémoires de mon Substitur, qui
vous le racontera comme il vous
l'a promis,à l'encrée de Ton premierJournal.
Je tiendray en effet ma parole;
maisenattendant ilest à propos
que je vous fafle part de la joye
dontest remplie maintenant toute
la Maison de Bourbon. Le 17.
de ce mois Madame laPrincesse
deContymit au monde un Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez
,
& j'emploiray tous mes talents,
quels qu'ils soient, pour annon.
cr à tout le monde le present
quelle vient de faire à la France,
Il me reste encore une Lettre à
vous communiquer, Messieurs,
& je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez prise à lire
le plusjoli Livre que jevousaye
donné. C'est une Epitre du f..
meux Mathanafitis,
Lettrede Cbryfojî.MatbanariusàM le
VebvreAeFmt+fta^, Aut.duMerc.Gal.
La liaison où vous estes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres, M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait. ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Motte; toute
l'Europe sçavantes'y interesse,
& nous avons desja receu des
Mémoires d'Ecosse& dlrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Moccc; nos Sçavans ne
font pas ici du même avis, & pafroissent
mal prévenus contre
Madame Dacier, laquelle en
imitant les Chinois, n'a d'encens
que pour les dessunts. Ils conviennent
tous que l'invention du
Poëme Epique est dûë aux Anciens;
maisnon sa perfection
,
&
la comparaisonqu'ils font des
Anciens ÔC des Modernes, les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges
,
paroist juste & trescensée
; mais avant qued'en faire
l'application il est necessaire de
supposer que les tournebroches
sont inventez par un Ancien,
dont les successeurs imitant,
mais perfectionnant la Mécanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
très bonnes montres, qui sxont à
peu prés de la même espece &
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours complaisante
pour le bon Homere,
accoutumée à des comparaisons
extraordinairement xnaïves
dont il use quelquefois,ne manquera
pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit son Poste
, en
vantant lecourage d'un Heros
qu'il a comparé à un âne dévorant
des épis& des chardons;on avoüe
qu un âne affamé se contente
quand il en trouve l'occasixon;mais
le paralelle d'un si folIe xaxnimal CLIC
ce me semble
,
beaucoup mieux
convenuà Aiaxavec labelle Cassandre,
dans le Temple de Minerve
,
qu'à unHeros combattant
& donnant l'exemple & de l'émulation
à son parti : nos avis,
mon cher de Fontenay, en consequence
de la plausible comparaison
des tournebroches avec
des montres ,
feroient que le
Seigneur Mercure, &: Messieurs
les Journaux invitaient les Doctes
& les Femmes Sçavanres
,
à
adresser des Mémoires avec
leurs opinions, à M. de la Motte,&
à Madame Dacier, &que
lesdits Mémoires fussentenfuite
envoïez sansaltérationàdeux
Académies choisies par les parties.
Toulouse&Bordeaux en ont
d'illustres
,
& l'honneur d'avoir
decidé un fait de cette importance
inreresseroit Mr* les Gascons
qui ne manquentjamaisàfoûtenir
vivement leurs causes ; &en
cas que les deux Académies ne
convinssent pas, on en nommeoit
de concert une troisiéme
pour sur-arbitre: l'Italie en fournit plusieurs
xdont les sujets surpassent en vivacité,
6c promptes décidons Mrs les
Gascons. En suivant ceconseil on mettroi
fin à une querelle qui va susciter
des jalousies & des rancunes entre IÊS
Parisans de Mr de la Motte, & ceuxde
Madame Dacier,.laquelle xnéanmoins,
& il faut le dire à la louant
, a eu la.
prudence, avant que de rendre son
ratlum public d'yfairemettredeux cartons
,les rieurs prétendent y avoir pertius
& ils aèrent que la bonne Dame a
voulu épargner des inveaives à son adversaire:
nous xn'avons point esté surpris ici,comme les xPartisans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ouépichetes que Madame
Dacier luy donne dans son Factum, intitulé,
des Causes de la Corruption-du
'Gotit,Mr de la Motte est bon pour luy
répondreen la traitant néanmoins re£
pecturement,&avec tous les égards
qu'un galant-homme doit à son beau
sexe, & on conseille à Mr de la Motte
<le faire pluftofl; mettre plusieurs cartons
dans sarépliqué, que d'y foirfFdc
rien qui puHfe estre cararisé des
noms de jalousie, de haine, 8£de
vangeance que le bons sens déreste.
Ceraines loüanges serontmieux reçues
& plus convenablesà la délicatelie du
public attentif & jaloux du respect
qu'on luyjoit. Lesconnoisseurs commenteront
& inter preteront toûjours
de pareilles louanges, suivant l'intention
de l'Auteur; ne manquez pas je
vous prie,avant que de procéder contre
Madame Dacier,de luy faire unecivilité
demapart, & de sçavoir sa derniere
resolution ; j'attendsavec impatience la
réponse xqu'elle vous fera; &je fuis,
MÓoGeur, parfaitement vostre treshumble
& très-obéïssant Serviteur,
Mathanafîus. A Amsterdam, ce 21.
Maïs1715.
AvertiIfemenr
Avertissement au Lecteur.
Après vous avoirsuffisamment
entretenu des affaires des autres,
je vous prie de me permettre de
vous parler un peu des miennes.
Paris, comme vous fçaveno.
pas estéfait en un jour: il en ejî
de même de tous les établissemens
nouveaux des moindresparticuiiers
du monde. ils ont leurs degreZ)
leur élévation
,
&leur chute;
en un mot, ilsessuïent toutes
les revolutions du sort, de même
que les plus grandsEmpires. Cette
phrasè ejl belle! Je n'en sçay
pas faired'autres; mais ce n'est
point la de quoy il est question.
Je vtux seulement vous dire3
Messieurs,Mesdames, & mefdemoiselles
, que je suis tous les
io&rsPurlesépines que jeme méfie
des Libraires,dupublic,& de mey.
Ces trois points feront avec vôtre
permission lepartage de cetAvertisssement,&
l'objet de vos attentions.
Je me méfie des Libraires
, en ce
9Jlon fIlatlverty qu'onpourvoit
contrefaire le Mercure dans les Provinces
,c'est ce qui m'a determiné à
lessignerparuneparaphecomposée
dedeux doublesF.&unD. enlassez
d'unseultrait deplume,d'unefaçon
presque indéchifrable.J'ajoute que
je donnerai un Loüisd'oràçsjtx qui
m'enapporteront un où ce paraphe
12Eferapas,Je VÛUSfopplie en même
tems de neplus envoïerdeMémoires
pourle Mercure chez le sieurRibou
Librairesur leJi)yaydessf*guflins:
fay eu le malheur de me broüiller
avecluy.Jesuiscependantpersuadé
que, malgrécette broüillerie
, il ne
mefouflemtaucune despiecçj
If) luy envoyeroit pour moy.mais je
,veux luy épargnerlapeine de me les
donner.Chez, D. Jollet & J. Lamesle,
au bout du PontS. Michel, da
Livre Royal,ou Claude Jombert à
costédusieurRibou,ou chez, moy-même
&celan'ensera que mieux,vous
trouverez toujours desgenspromu
à les recevoir, dr à me les rendre.
Voilàpour les Libraires.
Pour le public, je croy que j'ay
tort & raison de m'en méfier:j'ay
Pwifon-, sije luy donne un mauvais
Livre ; j'ay tort,s'il est bon.
Mais cette distinction ne me guéfit
pas dela peur, & on massure
tous les jours qu'ilnefaut que trois
ou quatresiditieux dans lemonde,
pour me couler à fond. Cela est
*Vray pour un tems & malgré
tuHt cela,jeconsens que les dfhteurs
des Captifs & du Vert-
Galant difhit pis que pendre de
fnoy : mais quun Tailleur, dont
je aiardi pas chanté les loüanges
, pour avoir fait
,
à ce qu'il
dit, & contre la vérité
, un habit
ébloüissant de diamants, aille
me deshonorer dans tous les Gaffez,
de Paris
, me traiter de fade &
demauvais plaisant
, mettre en
jeu, entre sa réputation & li
mienne tflÛn'en fontpas une bonne,
Pauguste nom d'un des plus
refpechbles Princes du monde ,&
publier en un mot qu'il a inte..
ressé la Famille Royaleà me punir
du crime de luy avoir refusé des
louanges,puis-je tenir contre cette
infortune ? Aprés cela aurai-je
tort de me méfier du public ? Je
vous en fais fuges.. Je croy pourri
tant que dans le fondilne df)
negueres dans ces pannt/lltx: quelquilenJot't,
j'auray^quandje voudrayjaressource<&
l'appas des belesparoles
, pour me jujîifier avec
luy. Passons à nôtredernierpoint.
Je me méfie de moy, parce que,
comme dit le proverbeQuitrop
embrasse
,
mal étreint. Je me
ruine à force de vouspromettre des
milliers de nouveautés, & à les
ramasser. il n'y a pas jusqu'aux
ports de lettres que je paye, contre
les voeux quesavoisfait, &
queje renouvelle
,
de n'en recevoir
que de franches. Je vous ay donné
deux Volumes le mois passé,
je vous en donne autant celuy-cy.
Je revoy, jecorrige
,
faugmente,
& je réimprime toute l'Histoire
de l'Ambassadeur de Perse, pour
tzvous la donner complete le i^.oit
te18. d'Avril* IJOII/{: jours après
je vous garantis le Mercure du
même mois, meilleur encore que
tous les autres, drfajoute à celuy
de May un Volume extraordinaire
qui sera composé de toutes
les meilleurespieces que j'auray
données dans les dON\! Mercures
de la première année de mon exercice,
& teus les ans jesuivray
la même methode. Jugez si avec
tant d'ouvrages j'ay tort de me
méfier de moy : cela n'empêche
pasy quoyque je riaye pas de seçqnd
J quejeriaye encoresouvent
bien moinsd'occupation que vousy
cf que je ne me tue de vous en
demander tous les jours. Donnezm'en
,
Messieurs 90; -vans soit
agreable, & qui me soit utile;
donnez, en aussi au sieur Henryr
Tailleur,demeurant ruëBetisi,chez,
un Cordonnier,acôtédeLttiuldt>
133
Nouvelles de toute l'Espagne, ou plustast, Etat
preset &nouveau dela Cour d'Espapne. ilS
Délta'iljdfeslTtrodupees MdevainéjeosràqluaeC.onquête de i£f Discoursfroid&court quel'Auteur employepour se dispenser de donnerdesnouvelles des autres
parties de l'Europe, accompagné dt ,rom'fl
I,lil tjtodra s'ilut, 193
ITjlohr! des M.ir:a->es. F, ,'. es.
jirtitlii!e:Al>t-. ,', lQ
JJùP!fi¡ e m.fpt, dont les Cererr.orâa sont
racontéesenle'>u?>:>js.ju'en prose, i: 7
}Iij:o'redes l'mts- Rurtz,,l'le l'Auteur a pro- rle mm f--Jse. 1^7 Chansoncourtejuste,&~lie
Re'o/jedel'Auteur.t une LtU>'equ'onluja
([YI'e, 1.7z.
Vers Latinsprefenux,a M- leChancelierlejour
qtt'tlv:nt prendrerfancsauPaIrr.e-n, 279
L'a-av.'are de Il Pe le timlee de l'h-b't d¡4
R y ,
le jour de l'Au d-.v:etde l'Amb ff¡,:t:U'I'
deVersea'l'ef,.hs,Ctrouxie,&>erui,<è
à Sa ai. parM. le Marjuis de Large.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le