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NOUVEAU MERCURE
A PARIS,
M. DCCXV
AvecPrivilege du ggy,
M E K C U RE
G'AJL/&\\NJr.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
de Janvier
1715.
Le prix est 30. fols relié en veau, ôi
2.j. sols, broché.
A PARIS,
Chez DANIEL J 0 LLET, au Livre
Royal, au bout du Pont S.Michel
du côté du Palais.
PIERRE RiBou,a l'Image S. Louis,
sur le Quay des Augustins.
Au Palais, PIERRE HUET, surle
second Perron de la Sainte Chapelle,
au Soleil Levant. jîvgçjij?rodnRfh
MERCURE
NOUVEAU.
1 Igintitalentis unam
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu de vous
donner à l'entrée de ce volume
une Histoire Angloise
: mais je viens de recevoir,
avec une lettre qui
me détermine, un Conte
des Fées qui me paroît aCsez
joliment écrit, & plein
d'une (i bonne morale, que
je change de resolution en
faveurdela nouveauté.
G K I MAC E.
CONTE. I Ly avoir une fois un
Roy si beau,sibeau, qu'il
n'y avoit rien de plus beau
xjue la Reine sonépouse. Il
voit étécoquet dans sa
jeunesse, & s'étaitjetté à
co ps perdu dans les bonnes
fortunes. C'etoit alors
le regne des Fées, regne
fameux parmi les gens de
facile' croyance. Elles se
servoient de leur pouvoir,
les unes bien, les autres
mal Ces capricieuses chimeres
avoient le coeur sensible.
Des Féessensibles!
cela paroîtra nouveau, &
ce n'est pas ainsi que les dé.
peint Madame la Comtesse
d'Aulnoy, qui les connoissoit
à fonds: mais que ne
risque point un conteur
pour
pvouer daonnuer rdaens 'la.n?ou- :Deux* des plus consido-
Fables d'entr'elles, nommées
Bonne & Maligne,
sentirentla puissance des
cchhaarmesduRRooyy ff~aanlsls*; ppaaiirr..
Dan$ IcsmgJcs de la galanterie
ordinaire les hommes
sontles premieres démarches
;.
il n'enest pas de
•flijcttifc parmi lés Fées, elles
font les avances. Bonne fut
plus vive ou plus heureuse
queMaligne
;
elle parla la
çrcttiiere, ôç fut bien reçûë.
Maligne au contraire fut
éconduite. Ce n'est pas que
Beau sans pair ne pût fournir
à.deux passions
,
il avoir
le coeur grand: mais Maligne
lui déplut, & comme
elle n'avoir point fait de
façons pour lui ,dire;quJelle
l'aimoit, iln'en fit point
aussipour lui répondre qu'il
ne l'aimoir pas, & qu'ilne
l'aimerait jamais. Cette réponse
mit Maligne en fureur,
elle lui promit de se
vanger, & lui tint parole.
Quelque remps après le
Roy se maria, & au bout
d'une année la Reine accoucha
d'une fille. Bonne,
& Maligne assisterent à sa
naissance. Bonne dit: Je. la
douë de beauté pour toûjours
;Maligne dit: Et moy
de mauvaise humeur. Un
an après la Reine accoucha
encore d'une fille; Maligne
arriva la premierc, & dit:
Je la douë de laideur, & je
la nomme Grimace. Bonne
survint qui dit: Et ffivy je
la douë dadrefle & de douceur
pour toûjours.
Tel futle partage de ces
deux Princesses
; elles devinrent
grandes, l'ai iee effacoit
toutes les beaucez de
la Cour du Roy son pere:
mais elle étoit si fiere & si
bizarre
,
qu'elle revoltoit
tout le monde. Elle épousa
un Prince de son caractere,
en sorte qu'ilsn'eurent pas
peu à souffrir de leur caprice.
réciproque. Nous les
laisserons se chagriner l'un
& l'autre, & n'en dirons
pas davanrage.
La cadette étoit laide,
ôc d'une laideur si choquante
d'abord
,
qu'on avoit
de la peine à la regarder.
Elle ne pouvoir ni rire
ni parler, qu'elle ne fît la»
grimace; ce quifutcause
qu'on lui en donna le noira
Cependant elle étoit si douce
& si spirituelle
,
qu'on
s'accoûtumoit à sa laideur,
& qu'elle avoir plus de partisans
que la Princesse si
soeur.
Dans ce temps- là il vint
un étranger dans la Cour
de Beau sans pair. C'étoit
un Marchand de bijoux. Il
avoir entr'autres choses des
miroirs dont on avoir trouvé
depuis peu l'invention
dans son pays. Il en vendit
un au Roy, à la Reine, aux
Princesses Se à toutes les
Dames, qui étaient charmées
de s'y voir, & de les
trouver aussî flateurs que
leurs amans. Que devint
Grimace, lors qu'elle se regarda?
Le miroir lui tomba
des mains, & se brisa
encent morceaux. Quand
on n'est laide qu'à un certain
point, on te flate, on
se console: mais quand on
l'est à l'exçés, on tombe
dans le desespoir. On a dit
tant de fois qu'une femme
se pardonne tout hors l'extreme
laideur, que je n'ose *
encore le dire ici.
Grimace se retira dans
sa chambre, & semità
pleurer amerement.Sa gouvernanteeutbeau
lui dire,
qu'à la verité elle n'écoit
pas sibelle que la Princesse
sa soeur, mais qu'elleavoit
d'ailleurs tant d'esprit &
des maniérés si graciéuses,
qu'elle n'étoit pas la plus
mal partagée, Grimace ino
consolable ne lui répondit
rien, & forma le dessein
deseretirer de la Cour, &
d'aller mourir dans quelque
desert.
",', Beau sans pair donna
une fête le lendemain. On
n'avoit point alors l'usage
dumasque, il faloit paroîtreàvisage
découvert. Grimace
eûtbien voulu nele
pointtrouver à l'aflcmblccx
cependant leRoy ayant souhaité
qu'elle y fût,elle feignit
de se rendre à sa votoncéy
& souffrit qu'onl'habillât
magnifiquement. La
fête fut galante,& chacun
étoit si occu pé de ses plaillrs.,
que Grimace eut le
temps des'esquiver,sans
qu'on s'apperçûtdesa fuites,
du
du moins on ne s'en apperçut
que bien avant dans la
nuit. Aussitôt on la fit chef-*
cher de tous côtez ; mais
elle se cacha si bien, qu'on
ne put la trouver; ou plûtôtBonnela
renditinvisible
à tousceux qui passerent
auprès d'elle. La Fée
avoit desdesseins sur Grimace
, qu'elle ne pouvoit
rxecucerque lors qu'elle ne
seroit plus dans le Palais du
Royson pere.
m Elle avoir emporté quelques
bonsbons dans un pe- titpanier,où il yavoitaussi
des aiguilles, des soyes de
toutes couleurs, & de petits
morceaux d'étoffes d'or
& d'argent.
Ellemarcha quelques
jours sans s'arrêter, & fit
autant de chemin que sa
delicatesse & son peu de
forces lui permirent d'en
faire. Elle le nourrissoit de
ses bonsbons qui ne diminuoient
point. Enfin elle
trouva un endroit si agreable,
qu'elle resolut d'y rcL
ter. C'étoit un petit cabinet
de myrrhes, où l'art sembloit
avoir fecondé la nature
3 tant il étoit rangé5.
Une fontaine enrourëed'un
gazon semé de fleurs, cc
loit autour de ce cabinet;
des oiseaux de toutes especes
venoient s y garantir
des rayons dusoleil, & s'y
desalterer. Ils étaient si familiers,
qu'ils se laissoient
prendre, & Grimace donnoit
à les caresser le temps
qu'elle ne donnoit point à
son travail. Quelques mois
se passerent de la sorte,
pendant lesquels elle fit une
boëte d'un travail si merveilleux,
qu'on n'avait jaoais
rien vu de semblable.
Mais Maligne fut jalouse
dC repos dont elle jouissoit
dans sa solitude, & elle eue
la cruauté de le troubler.
Deux rustres qui avoient
chassé tout le jour aux environs
de sa retraite, vinrent
sur le soir se rafraîchir
à la fontaine; ils y trouverent
Grimace, dont l'aspect
leur fit peur: mais frapez
de la magnificence & dela
richesse de ses habits,ils
resolurent de s'enemparer.
Cela ne leur fut pas difficile,
Grimace sedépouilla
sans murmurer. Il est vrajj,
leur dit elle, qu'ils sont [r.
beaux pour une infortunée
; je vousles donne de
bon coeur: mais du moins
laissez- moy, je vous prie,
mes soyes & mes aiguilles,
c'est peu de chose pour
vous, & c'est toute ma consolation.
Ils ne l'écouterent
point, ils lui prirent tout,
& la laisserent fondante en
larmes. Helas! disoit
-
elle
d'une voix qui eût attendri
les rochers, que vais je devenir?
de quoy vivrai-je }
à quoym'occuperai -je7
CruelleMaligne,c'est vous
qui me suscitez ce nouveau
malheur. Mourons,continua-
t-elle; la mort est le
seul parti qui me reste
,
mes maux sont sans exemple
& sans remede. Lorsque
Psyché se vit en butte
à la haine de Venus, l'Amour
l'aimoit; elle étoit
belle, quelle différence entr'elle
& moy ?
Nous avons dans le coeur
un certain amour pour la
vie, que les malheurs affoiblissent,
mais qu'ils n'éteignent
jamais tout à fait. Insensiblement
Grimace fo
consola ;
elle trouva
des
fruits, dont elle se nourrit,
& ses chers oiseaux lui tinrent
une fidclle compagnie.
-1
Les voleurs verdirent
ses habits; ils eneurent
tant d'argent, qu'ils ic virent
en état de faire belle
figure.L'un d'eux mourut
quelque temps aprés) &
l'autre se retira dans un
Royaumeétranger. Le premier
avoit un fils qui n'avoit
rien de rustre que la
naissance, & qui prometcoit
beaucoup. Quand ilse
viit riche, il eut l'ambition se produire à la Cour.
La boëte lui étoit restée;
il crut qu'elle meritoit d'ër
tre offerte au Roy, & lui en
fit present. Dés que le Roy
l' eut en sa possession il en
fut si charmé
,
qu'il devint
passionnément amoureux
de celle qui l'avoir faite. Il
demanda au jeune homme
de qui il voit eu cette boëte,
& de qui il la tenait.
Celui-ci ignorant la passion
du Roy, & menteur comme
le sont la plûpart des
courtisans, lui dit, que son
pere, peu de tempsavant
sa mort, l'avoit achetée d'une
fille qui passoit par leur
village,qui leur avoit dit
qu'elle étoit de sa façon, &
que tout ce qu'il sçavoit de
cette fille, qu'il n'avoit jamais
vûe depuis, cest qu'-
elle étoit horriblement laide
, & qu'elle faisait la grimace
à tout moment. Ce
recit déplut fort au. Roy,
qui se laissa néanmoins entraîner
à son penchant. Il
n'est pas le premier qui ait
aimé sans scavoir pour,
quoy, & même sans cotY.
noître & (ans avoir vu ce qu'ilaimoit.
L'amour est enfant du caprice,
Rien ne regle ses mouvemens;
Sans cette raison-là,Clarice
Trouveroit elle des amans?
Quoy qu'il en (oit, le
Roy ayant entendu dire
que son inconnuë faisoit la
grimace, il en donna le
nom à la boëte qu'elleavoir
faite, & voulut qu'on ap.
pellât ainsi toutes celles
qu'on feroit sur son modele
Sa volonté fut suivie, & ce
nom a passé jusqu'à nous,
& selon toutes les apparences,
il passera jusqu'aux
siecles les plus reculez. Il
s'en servit à serrer sa bourse,
ses bijoux; son cacher,
& tout ce qu'il avoit de
plus precieux.
Bonne qui sembloit avoir
oublié Grimace, vint la
voir, & lui apprit toutes
ces choses. Elle eut de la
peine à les croire: Quoy
disoitelle, laide , comme je
fuis, je ferois aimée par un"
grand Roy? Non, non, je
ne suis propre qu'à inspirer
de l'horreur. Cependant un
rayon d'esperance s'éleva
dans son coeur; & la Fée,
qui ne pouvoit rester avec
elle que quelques momens,
la quitta, persuadée quelle
ne seroit pas toûjours si
malheureuse.
Cependant l'amoureux
Saphirin, c'est ainsi que se
nommoit le Roy, ne dormoit
ninuit,ni jour; l'idée
de sa chere inconnue lui
revenoit sans cesse. Ingenieuxà
letromper
,
il se la
representoit moins laide:
Elle peut, disoit. il, avoir
quelque chose de disgracieux
dans le visage ;tmais
elle a peut-être de belles
dents,de beaux yeux, une
belle main: & promenant
son imagination surtout ce
qui pouvoit le flater, il et
peroit lui trouver le corps
d'une Venus qui le consoleroit
de la difformité du
rçfte.
Sa passion se fortifîa^de
.jour en jour, & le peu d'esperancede
fc rendre heureux
lechangea si fort, qu'il
devint mêconnoissable. Ses
courtisans s'apperçurent Ôc
se sentirent desamauvaise
humeur
- on ne faisoit rien àsafantaisie ; quelque
prompts que fussent ses domestiques
à executer ses
commandemens, ils ne le
servoient jamais ni assez
vîte, ni à son gré; il n'avoit
plus de plaisir que celui
d'être seul
;
il s'échapoit
souvent de son Palais,pour
aller rêverenliberté dans
quelque lieu solitaire.
Un jour il se livra si fort
à sa rêverie, qu'il ne s'apperçue
pas qu'il s'écartoit
trop ; ilse trouva dans un
bois percé de huit ou dix
venuë.Incertain du choix,
il prit justement celle qu'il
ne devoit point prendre:la
nuit vint, il fut obligé de
coucher au pied d'un arbre.
Quelles furent ses pensées
& ses réflexions ? Je ne
lesçai pas precisément:mais
jem'imagineque l'amour
& Grimace y eurent bonne
part. Le lendemain il marcha
encore jusqu'au soir
sans - trouver d'issuë.
Cela commençoit à Finquierer.
Il fit le même ma- nege que la veille; & dés
que l'aurore parut, il monta
à cheval, & continua de
marcher si long -temps,
qu'accablé de chaleur & de
lassitude, il fut contraint
de se reposer auprès d'une
fontaine qui s'offrit à sa
veuë. C'étoit celle où Grimace
avoit paffé prés de
deux ans. fclle étoit dans le
~caomet de myrthes,do
elle entrelassoit les branch
, & en composoit les
chiffres. Elle chantoit ces
paroles. Grir
Grimace infortunée,
A des maux éternels le;
Dieux t'ont condamnée.
Ah ! vous m'avez promis
qu'ils finiroient un
jour,
Vous qui me-faisiez voir
une amitié si tendre;
Que je fuis lasse de l'attendre
Ce moment marqué par
- l'amour.
Envain les échos d'alentour
Font retentir ma peine,
Mon esperance est vaine.
Rien ne paroît dans ce sejour.
Grimace inforcunée,
A des maux éternels les
Dieux t'ont condamnée.
Cela fut chanté d'un air
si touchant, que Saphirin
en fut êmû. Helas! s'écriat-
il tout transporté,queje
ferois heureux si c'étoit la
voix de mon inconnuë !
mon coeur n'en doute point,
c'estelle. Aussitôtilseleve,
& court precipitamment
au cabinet de myrthes.
Grimace sentit à son a.
bord ce qu'elle n'avoitja
mais senti
;
l'amour lui di
que c'était son libérateur
elle le crut. L'amour ne
trouve jamais d'incredule.
Elle avança quelques pas
au. devant du Roy: mais
lors qu'elle alloit lui parler,
elle remarqua tant de
trouble & de surprise dans
ses yeux, que se retraçant
toute sa laideur, elle courut
se cacher. Où fuyezvous,
Madame, lui dit le
passionné Saphirin ? Pardonnez
à l'erreur de mes
sens; mon coeur n'est point
coupable de leur injustice.
Il lui dit encore tant de
choses rendres, que Grimace
s'apprivoisa, & souffrit
qu'il lui baisât la main.
On conçoit aisément que
la conversation fut vive &
spirituelle. Grimace grimaça
mille jolies choses sur
sa laideur, & le Roy fit de
son mieux pour la lui faire
oublier.
Le Roy la fit consentir
à quitter son defert & à le
suivre illa mit en croupe.
L'amour qui l'avoir égaré
luifit retrouver son Palais.
Quelque respect qu'oncLiC
pour lui, Grimace [Cj V!t
l'objet de la raillerie de tous
les courdians. On sefforçoit
àl'envi de lui découvrir
quelque trait de laideur,
6c on n'avoit pas de
peine. Saphirin , malgré
leurs murmures, fitfaire
de magnifiques préparatifs
: pour laceremoniede ses
noces. Il avoit sçû par Grimace
qu'elle étoit fille de
Eeau sans pair; il la lui envoya
demander, en maria-
> ge: Beau sans pair lui accorda
de bonne grace, 6c
vint luimême au mariage.
Le jour venu ,
Lejourvenu, Saphirin menaça
de son indignation
tous ceux qui ne se trouveroient
pas à la fête. Grimace
parut encore plus
laide dans la parure superbe
où elle étoit. Enfin elle arriva
au Temple, au milieu
d'une foule de peuple, attiré
par sa laideur autant
que par la beauté du spectacle.
Déja la coupe sacrée
étoit entre les mains du
Roy, qui aprés en avoir
bû,l'offrit à la Princesse. A
peine l'approcha-t-elle de
les levres, que tout d'un
coup elle parut d'une beau
té ravissante. Quelle agreable
surprise pour son époux
& pour son pere!quel sujet
d'admiration ôc d'applaudissemens
pour toute l'assemblée!
Grimace elle-même
ne voulut point en croire
ses yeux, & si Bonne ne
fût venuë lui confirmer ion
bonheur) elle en eût douté
long-temps.
Lorsque Maligne l'avoit
doüée de laideur, elle n'avoit
point dit par bonheur
que ce feroit pour toûjours,
ôc Bonne avoit trouve Ire moyen de l'adoucir, &de
faire la paix de Grimace.
Ainsi Saphirin, qui avoit
preferél'esprit à la beauté,
trouva son épouseaussi accomplie
par les charmes
du corps que par les quali-
~tez de l'elprit»
Un amour rendre & genereux
Trouve toujours sa recompense
;
La beauté peut nous rendre
heureux,
Je sçai jusqu'où va sa puis
sance: Mais
Mais un bonheur durable
-
&sans retour,
L'esprit & la
-
douceur peu-r)
vent seuls le produire;
La beautés'efface en un
jour, i:
L'esprit est éternel, & ne,
peut se détruire.
J'ai assez de peine à deviner
l'accüeil que vous aurez
fait, Meilleurs
,
à un
ContedesFées. Si vous avez
bien reçucelui-ci, à la
bonne heure; linon, je
croy que l'attention que
j'aurai à ne vous en plus
donner, me dispense de
m'en affliger. Mais ces excuses
& ces éclaircissemens
font de mauvaises transitions
qui ne fervent qu'à
amuser le tapis, pendant
que je suis pressé du foin de
vous debiter des matieres
plus interessantes, dont je
n'entreprendrai, s'il vous
plaît, le détail, qu'aprés
vous avoir dit deux mots
sur l'origine dumois de Janvier.
L'opinion la plus commune
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,Messïeurs
, aux autres articles
de ce Journal. En voicijustement
un, que vous lirez
sans doute avec plaisir.
Son Altesse Serenissîme
Madame la Duchesse du
Maine, donr je fuis persuadé
que tout le monde a
entendu mille fois loüer
avec justicele goût,la delicatesse
& l'esprit, a paru
si contente de plusieurs Fêtes
charmantes qui ont été
representées dans sa maison
de Sceaux, que j'ai mis tout
en usage pour en avoir la
datte, l'arrangement,les
divertissemens, les paroles
& la musique, dont je me
fuis long-temps flaté de
vous donner le détail, si je
pouvois reiïflîr dans mon
adbesssoeliunm:emntais cela m'a été
impossible, lX;
c'est de quoy je fuis d'autant
plus mortifié, que j'ose
vous affurer, sur la parole
d'un grand nombre de gens
d'eiprit & de distinction qui
les ont vûës, que c'est ce
que je vous aurois peut-être
donné de meilleur. Cependant
tous mes soins
n'ont pas été inutiles, ôc
après bien des mouvemens,
j'ai enfin été assez heureux
pour en apprendre ce que
vous en allez lire.
La Fête que donna Madame
la Duchesse de Brissac
avec M le Marquis de
Caumont la Force, étoic
compolée de trois Intermedes
differens) mais qui
avoient quelque liaisonentreux.
Le premier, intitulé
les Champs Elysées, commençât
par le Roy de la
Fête, qui conjuroit la nuit
de le favoriser dans le def.
fein qu'il avoit de donner
une Fête à Son Alreflfe Se.
reniflime. Apres cette invocation
il rencontroit un
Magiciende ses amis, à qui
-ilconfiait l'embarras ou il
jfe trouvoit d'être obligé de
presideràcefpc&acle, &
de ne sçavoir comment s'y
prendre pour le rendre
agreable & nouveau. Le
Magicien lui offroit de le
conduire aux Champs Elysées,
pour y consulter les
ombres des plus grands
Poètes de l'antiquité, &
des Poëtes modernes. Le
Roy acceptoic l'offre du
Migicieniils defcendoienc
dans le Royaume de Pluton
, où tous ces grands
hommes leur temoignoienf
un égal empressement a fe- *
conder leur entreprise, par
ce qu'ils connoilloient les
grandes vertus de la Princesse)
& que (on nom avoic
paffé Fonde noire. Enfin
Anacrcon étoit celui qui se
chargeoit lui seul de fecou.
rir le Roy de la Fête. Il prioit
l'Amour de la conduire luimême,
& de lui marquer
par là sa reconnoissance de
ce que ce Poëte galant l'avoir
si bien celebré dans Ces
écrits. Orphée venoit en.
fuite avec Arion, & plufleurs
ombres) qui charmées
de les entendre, les
environnoient sans ccfTc.
Cet Intermede finiÍfoit par
une scené que chantoienc
deux grands Musiciens, 8c
les ombres témoignoient
par leur danse le plaisir qu'-
ellesavoient d'écouter leurs
agreables concerts.
Le second Intermede
étoit intitulé l'Amour bief,
fé par l'Abeille. L'Amour
engagé par Anacreon à se
charger du foin de la Fête,
venoit à Sceaux pour la préparer.
Le Sommeil defefperé
d'être banni de la Cour
de la Princcflè, & ne poui
vanfc iupporrer que l'Amour)
qu'il regarde comnie
Ion plus grand ennemi,
fût!charge" d'une commiffion
sihonorable, répandoit
ses pavots sur ce petit
Dieu, & faisoit si bien qu'il
l'endormoit. Pendant le
sommeil de l'Amour une
abeille venoit le piquer.
L'Amour se réveilloit en
faisant des imprecations
contr'ellejôc dans le temps
qu'il alloit jurer par le Styx
de l'exterminer elle & toute
[on espece yVenus paroiffoie
pour arrêter le efrment
temeraire de son fils, & lui
reprefenranc que l'abeille
étoit fous la proteâion de
la Princesse
; qu'elle en avoit
composé sa dévise
, &
inllitué nn Ordre fous le
nom de l'Abeille. L'Amour
fc repentoit, de sa colere,
Se difoic sur le champ qu'il
guerissoit sa blessure;enfuite
il appelloit tous les autres
Amours, & mettant
l'abeille au rang des astres,
il en celebroit lapotheofe
avec eux.
L'Amour & [es. freres
composoient aussi le troi:"\
siéme Intermede. Il paroisfoit
fous la figure d'Arlequin)
& tous les freres fous
celles des personnages de
la ComedieItalienne,parce
qu'ils avoient remarqué
que la Princesse les voyoit
avec peine dans sa Cour
fous leur propre figure, &
quelle craignôic qu'ils n'y
causassent du desordre:mais
souhaitant de n'en point
sortir, & de former un spec.
tacle qui lui fût agréable,
ils alloient mettre leur arc
& leurs fleches à ses pieds,
& representoient ensuite
une petite Comedie Italienne-.,
intitulée les Fêtesnocturnes
J ou l'Epée enchantée.
Quinze jours après, cette
Fête fut suivie de celle de
l'inconnu. Voicien peu de
mots quel en étaie le sujet.
Une personne qui ne vouloit
point se faire connoî?
tre entreprenoit de donner
une Fête, mais d'y rappel-
1er, s'il écoit poilible, cette
premiere (Implicite que les
grandes nuits de Sceaux
avoient euë lors qu'elles
comcommencerent,
parce que
l'éclat où on les avoit portées
mettoit une trop grandeémulation
entre ceux
qui donnoient ces fortes de
divertissemens. Le premier
Intermedecommençoitpar
le Mystere, quivenoit avec
deux deks.. suivans pour
preparer laFête,&pour
dépayser les curieux qui
voudroient découvrir par
qui elle auroit été donnée.
D'autressuivans du Mystere
venoient le joindre, &
aprés quelques discours&
quelques ceremonies convenables
au sujet, ils formoienctous
ensemble un
divertissement.
Pourrépondre à l'idée
qu'on avoir de rappeller la
simplicité dans les grandes
nuits, Astrée paroissoitavec
deux de les suivantes,
pour donner à la Princesse
unerepresentationdesplaisirs
simples & innocens du
premierâge. PlusieursBergers
, &un grand nombre
de Bergeres formoient ce
divertissement,& par leurs
chansons, aussi bien que
par leurs danses, ils exprimoient
les charmes de ]a
vie champêtre, & ils faisoient
une naïve description
des plaisirs que l'ongoûte
lors qu'on est exempt d'ambition
, & que l'on fuit les
loix de la nature. C'étoit là
le second Intermede de la
Fête de l'inconnu.
Cerés formoit le troisiéme,
& suivie d'un grand
nombre de Laboureurs &
de Moissonneurs, elle venoit
offrir à la Princesse les
premices des fruits &des
moissons.
La Fête qui fut donnée
aprés celle-ci avoit pour
fujer la ceinture de Venus
qui avoit été perduë
,
&
que l'on venoit chercher à
Sceaux. Elle est de la composition
de M. de laMotte;
maiscomme j'en ignore les
circonstances, je n$ peux
en faire ici la description.
C'étoit encore un inconnu
qui donnoit cette Fête.
Un troisiéme inconnu
s'est chargé du dernier de
ces Divertissemens, qui a
précédé de peu de jours le
départ de Son Altesse Serenissime
pour Versailles. Le
sujet de cette Fête étoitsingulier.
C'étoit une de ces
veillées que les paysans &
les paysannes de villages
font pendant les hyvers,
lors qu'ils se rassemblent
pour travailler tous enferra
ble aprés leur souper. Celle-
ci étoit composée des
habitans de Sceaux. Une
vieille nommée Ragonde,
veuve fort riche, aimoit
passionnément un jeune
paysan nommé Colin. Celui
ci ne pouvoit la souffrir
à cause de l'inégalité de
'r¡g.e., & parce qu'il avoit
du goût pour la fille de la
veuve, nommée Colette.
C'est sur cette matiere que
rouloient tous les entretiens
de la veillée. La vieille
amoureusefaisoit tous ses
efforts pour gagner Colin;
ôc voyant qu'il sobftinoit à
la mépriser, elle contoit
une histoire qui tendoit à
lui faire croire qu'elle étoit
sorciere, & que s'il ne l'aimoit
pas, elle sçauroit bien
l'y contraindre par ses malefices.
Colin racontoit une
autre histoire qui tendoit à
lui persuader qu'il ne la
craignoit point. Les autres
paysans interrompoient
cette conversation on dansoit
,
& par là finissoit le
premier Intermede.
-; Le second Intermede étoit
composé de plusieurs
paysansapostez par lavieille,
& déguisez en Lutins,
en Demons & en Sorciers.
Colin trompé par Colette,
qui obeïssoit aux ordres de
sa mere, & aux conseils
d'un autre paysan nommé
Lucas,pour qui cette jeune
paysanne avoit beaucoup
de tendresse
,
donnoit un
rendez-vous à Colin, lui
faisant accroire que c'étoit
àl'insçûdesamere.Colins'y
rendoitavec empressemet;
& dans le moment qu'il
attendoit sa chere Coletre,
tous ces faux Lutins & Demons
effrayoient Colin,
tant par leurs danses que
parleurs chants. Ragonde
le voyant presque mort de;
peur,paroissoit, pour lui
dire qu'elle alloit l'abandonner
à la fureur de ces
Lutins soûmis à ses ordres,
s'il ne promettoit pas de
l'épouser. Colin épouvanté
ne
ne faisoit plus aucune resistance,
&:
faisoit
des sermens
d'épouser Ragonde. La
vieille satisfaite congedioit
les Lutins, les Sorciers ôc
les Demons,&emmenoit
son cher Colin.
Le troisiémeIntermede
étoit la noce de Lucas & de
Colette, & celle de Ragonde
& de Colin. Tout le
villagecelebroitce double
mariage;ôc aprésplusieurs
danses &: plusieurs chansons,
cette ceremonie sinissoit
par uncharivari.
Laconfusion prodigieuse
des memoires qui s'offrent
à mes yeux me laisse à peine
la liberté de démêler ceux
qui peuvent le mieux aller
aprés ces divertissemens.
Une avanture singuliere,
une histoire bouffonne, une
piece d'éloquence,une dissertarion
physique, des
morts, des Benefices, des
Enigmes, des Chansons,
des Vers, des Lettres ôc
des Nouvelles me tombent
indifferemment fous la
main,sauf à moy maintenant
à examiner si la lecture
de ces choses peut vous
amuser. PPourlmoy je le croy ; jugez à vôtre tour,
Messieurs, si vous devez le
croire aussi.
La police exacte qui s'observe
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
Si la lecture de cette
avanturevous afflige, il ne
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit. Le trait est nouveau ilest ancien, il , y aplus d'un
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
Aprés les bagatelles que
vous venez de lire, je croy
qu'il cit à propos de rendre
ce Journal un peu plus serieux.
Une querelle entre
des sçavans ne convient pas
mal pour cela, & voici justement
un reproche qu'un
très-habile homme de ce
pays-ci fait à M. D. L. 5.
qui a une assez belle reputation
dans sa Province,
; pour yrepondre s'il est
d'humeur à le faire.
Dans le Mercure de Septembre
M. D. L. 5. a fort
bien critiqué le vicit & le
consisas de l'hexametre du
Distique qui est nlis[ous
le Portrait du Roy,à cause
de l'impropriété& du barbarisme
de ces mots mais
je m'étonnequ'iln'aie rien
repris dans le pentametre,
qui est encore plusvicieux,
parce qu'il est sans cesure,
& qu'il y manque une longue,
à cause de l'ecthlipsis
quis'y rencontre. D'ailleurs
qu'il n'ait pas jugé que ces
vers ne pouvoient pasêtre
deSanteüil, mais de quelque
Poëte dupays du Nord,
qui sçait malles réglés de liPoësie Latine, & scande
les pentametres par des anapestes.
Pour rendre sa pensée
toute entiere, il faloit
donc dire;
Stravit inaccessisstructas in
ntPibusarCsS ;
Quiàni ? hic per Rhenum fie
fibifecit iter.
Sic, àcause du fort de
Tholhuys, duqm uel le canon
faisoit grand feu, comme
de la forteresse qui est dans
l'estampe en eloignement.
Ceci n'a rien de commun
avec ce que vous venez de
lire; la matiere d'ailleurs
en est si respectable, qu'elle
n'entre en parallele avec
rien. Ce qui m'embarasse
feulement, c'est qu'elleme
paroît si difficile à annoncer
,que je me trouve obligé
de vous laisser le foin de
ma transition; C'est la faute
de ceux qui me l'ont envoyé1
e que n y mettoientils
un titre.
La dispute entre les Chanoines
de la Cathédrale
d'Amiens & les Religieux
de l'Abbaye de S. Acheal;
touchant le corps de Saint
Firmin leConfesseur,vient
enfin d'être terminée dune
manière bien glorieuse
pour M.l'Abbé de l'Estocq,
Chanoine, Théologal, &
grand Vicaire de Monseigneur
l'Evêque d'Amiens,
qui a fait voir avec beaucoup
de solidité & de précision,
dans deux ouvrages
qu'il a donnez là-dessus au
public, le bon droit de son
Eglise. Le ic. du present
mois.,la châsse de saint Firmin
le Consesseur,troisiéme
me Evêqued'Amiens, &;
dont estquestion depuis
1697. entre le Chapitre 'ci'A:
miens & les Chanoines Réguliers
de S. Acheul, a été,
ouverte. Non feulement on
ya trouvélesreliques de
ce Saint, mais encore raae
le plus autentique que l'on
puisse desirer. Il ne faloit
plus que cette derniere
preuvepour mettre le comble
à la conviaion. Le
Choeur de l'Eglise Cathédrale
s'esttrouvéàcette ouverture
importante rempli
de ce qu'il y a de plus distingué
dans la ville. On a
trouve dans cette châtre des
ossemens entiers de saint
Firmin, & une quantité de
cendres considerable. L'acte
quimarque la translation
de ce Saint dans l'Eglise
d'Amiens, s'y est trouvé
entier avec les sceaux, renfermé
dans une boëte de
bois de hêtre. La justification
de la translation de saint
Firmin
) que M. l'Abbé de
l'Estocq a donnée au Public
l'année derniere 1714.
ne laisse rien à desirer touchant
la certitude de la
translation de ce Saint
dans la Cathédrale d'Amiens.
Les raisons qu'il apporte
dans cet ouvrage font
deduites avec beaucoup de
netteté & de jugement.
C'est une piece excellente
en son genre.
Passons maintenant, s'il
vous plaît, Meilleurs, aux
nouvelles generales. Je ne
sçai par quelle raison favorite
je fuis dans l'usage de
commencer par celles d'Espagne.
En attendant que je
vous rende raison de cela,
comme de tous mes caprices,
voici celles quej'ai rCJ
çûës de ce Royaume.
Sa Majesté Catholique,
comme je vous l'ai déjà dit,
a établi une Academiede
beaux esprits à Madrid pour
l'ornement, l'augmentation
& la correction de la Langue
Castillane. Les Membres
de cet illustre Corps,
dont le Roy d'Espagne est
le protecteur, font.
Le Marquis de Villena,
Duc d'Escalonne, premier
Majordome du Roy, Be
Grand d'Espagne) Dirctteur.
D. Vincent de Squarzafigo,
Secretaire.
D. Jean de Terreras,
Curé de Saint André.
D. André de Barzia,Avocat
general du Conseil des
Finances, ôc depuis peu
Conseiller de Castille.
Le R. Pere Jean de Ayalla
, Docteur en Langue Hebreuse
dans l'Université de
Salamanque.
Le Pere Aleazard
,
Jesuite.
Le Pere Cassani, Jesuite.
D. Jean deVillamoros
Prêtre.*
Le Marquis de saint Philippe)
qui a été Envoyé du
Roy à Genes.
D. Gonzales Machado,
President du Conseil des
Indes.
D. Jerôme Pardo, qui a
été du Conseil des Finances
,& à present du Conseil
Royal de Castille.
Le Comte de Salduena.
Le Marquis d'Aguillard,
Comte de Sant Estevan,
Capitaine des Gardes du
Corps, & Grand d'Espagne.
D. Jean de Solis y Avocat.
D. François Villegas)
Avocat.
D. Manuel de Fuentes,
Conseiller des Finances.
Les bontez de Sa Majesté
Catholique,toujours at.
tentive à tout ce qui peut
contribuer au repos, au
profit & à l'instruction de
ses sujets, n'éclatent pas
feulement dans le choix
qu'Elle fait d'hommes il.
lustres & sçavans pour conserver
la pureté, ôc augmenter,
s'il est possible,les
beautez d'une des principales
& des plus énergi
ques Langues de l'Europe,
telle quel'est la LangueEspagnole
:maisencoredans
les soins qu'Elle prend de
choisir des sujets dignes tk
capables d'administrer avec
toute l'intégrité qu'ils lui
doivent les finances de ses
Royaumes.
Ceux qu'Elle a preposez
à cette administration, sont.
Presidens de Caflille. -
D. Michel François Guerra.
Le Marquis d'Arenda.
D. François Portel.
D. Sebastien Romero.
D. Manuel de Azevedo.
Avocats Generaux.
D. Juan Rozillo.
D. François de Harriara.
Nouveaux Conseillers de Cc
tille.
D. Alphonse Castellanos.
D. Pedre Gomez de la Cava.
D. André Gonzales de Bar-
Zia.*
D. François Ycolano.
D. Jerôme Pardo.
Ajjejjeurs d'Etat.
D. Garcia de Haraziel.
Le Marquis de Handia.
Ajjejjcur Militaire.
Le Comte de Valdé de Aguilao.
Nouveaux Presidens des Finances.
D. François Rimol Qui-»
ro ga.
D. Balchazard de Hazevedo.
Avocats Généraux des Fi.
nances.
D. Manuel de Tolede.
D. François de Hetera.
Avocats Generaux du Conseil
des Indes.
D. François la Chica.
D. Diegue Valdez.
L'on a ordonné à D. François
de Harana, & à D. Pedro
de la Grava, tous deux
Conseillers de Castille, de
• ne point paroître à la Junte
jusqu'à nouvel ordre.
Sa Majesté Catholique a
ajouté a cette nomination
la publication d'un Decrer,
dont voici la teneur.
Copie du Decret rendu le 8.
Decembre dernier,pourl'établissement
d'un Conseil.
pour l'administration des
Finances.
Puis qu'enfin nous avons
obtenu la paix, nous avons
crû que ce qui convenoit lç
plus à nôtre service après
elle, & que ce qui meritoit
le mieux nôtre attention,
étoit de faire un reglemenc
solide & permanent pour radministration de toutes
les Rentes Royales, qui
non feulement produisit
une utilité évidente dans le
commerce, soit pour nos
vassaux
,
foit pour les nations
amies : mais encore
qui obviât par toutes fortes
de moyens aux fraudes qui
s'y commettent par les gens
qui font métier de contrebande
,& d'entrer des marchandises
de concert avec
les Commerçans de nos
Royaumes, avec lesquels
ils partagent le profit de
leurs fraudes ;
ainsi que
d'empêcher l'usage introduit
parmi nos rentiers y
dans les differens ports secs
& moüille de Portugal
,
ôc
des dixmes desquels ilsxU-v
minuent les droits, chacun
en sa faveur, par proportion
aux marchandises sur
lesquelles ils enonc;sollicitant
à cet effet, &obligeant
les Commerçans à faire en^
trer & debarquer leurs mars
chandifes dans les lieux de
la Ferme du droit de chacune
d'icelles, eu égard à
la grace que nous faisions
en diminuant lesdits droits,
malgrélaquelle ils font tant
diminuez, qu'ils ont éé abfolument
ruinez en certains
endroits; & dans la crainte
qu'il n'arrivât la même chole
pour tout lereste,& qu'-
ainsi nos Revenus Royaux
se trouvassent extraordinairement
diminuez, Ci nous
n'appliquions un remede
prompr & convenable à un
si grand desordre.
A ces causes, & en consequence
de la resolution
des baux de toutes ces rentes
portées par nôtre ecret
du ti. May de la presente
année,à commencer
du premier Janvier d'icelle,
nous avons resolu que toutes
les rentes generales se
regiroient à l'avenir, & que
le recouvrement & tout ce
qui en dépendroit passeroit
parunemême &seulemain
fous les ordres d'un Conseil
d'administration générale
à Madrid,auquel à cet
effet nous donnons pouvoir
de nommer pour la regie
& recouvrement de nosdites
rentes & droits, tels &
tant de sujets qu'il conviendca,
soit à Madrid, soit dans
nos Royaumes, ausquels il
fixera des appointemens,
ou salairesraisonnables,&
donnera les instructions necessaires
pour qu'ils s'acquittent
bien chacun d'eux
des emplois qui leur feront
confiez. Voulons aussi que
nos différentes rentes & revenus
qui se perçoivent par
divers [ujers) soit à titre de
ferme, ou de commission,
se
se perçoivent dorénavant
par une feule & même personne
; en forte que dans
chaque port, sec ou moüillé.,
ou dans chaque doüanne
, il n'y ait absolument
qu'un Directeur ou Administrateur,
sous les ordres
duquel tout s'y régira; te
feront tous lesGardes,Commis,
Ministres & leurs adherans
de son district, afin
d'éviter par la la différence
des regies ôc des préposez
pour chaque rente ou droit,
qui ne fervent qu'à multiplier
sans necessité des appointemens
& des sujets,
qui n'avoient d'autre attention
que de diminuer par
fraude les revenus des autres
rentes, en faveur de
cellepour laquelle ils étoient
employez.
*
7 Nous ordonnons encore
que les droits se percevront
dans leur entier, en conformité
des tarifs qui subsistoient
au temps de la
mort de Charles second nôtre
oncle, de glorieuse memoire,
& ce juiqu'à ce que
les Commissaires que l'on
attend de France, d'Angleterre
& d'Hollande soient
arrivez, & qu'il ait écé reglé
avec eux un nouveau
tarif, pour établir entre ces
Puissances & nos Royaumes
une convenance reciproque
& proportionnée à
la bonne correspondance
que nous avons dessein d'entretenir
avec les nations qui
nous sont amies.
Et comme le Conseil que
nous établissons par ce present
Decret doit administrer
toutes nos rentes jusqu'à
ce que les tarifs cidessus
soient reglez, & qu'il
se soit formé une compagnie
de gens d'affaires qui
les prenne toutes pour son
compte, nous voulons que
ce Conseil soit composé du
Vedor general, de l'Evêque
de Gironde, du Marquis
de Campo Florido
premier , & second Presidens
de nos Finances;D.
Miguel Fernandes Duran,
D. Juan de Zesma-du Comte
de Torre Hermosa, de
Jacob de Flan, 6c d'Antoine
Sartine.Auquel Conseil
nous donnons & attribuons
toute juridiction, tant civile
que criminelle, non
feulement pour la nomination
des Administrateurs,
Directeurs, Gardes &Miniftres
;
leur fixer des appointemens
, leur donner
toutes instructions ®lemens
pour le bien & avancement
desdites rentes:
mais encore pour éviter,
obvier & reprimer par toutes
fortes de voyes les fraudes
qui se commettent; faire
procéder pardevant lui
à la requête des Directeurs
ou Commis (àqui nous attribuons
ces confiscations )
à toutes informations, aétes
& decrets convenables
J contre les contrevenans ,
en quelque forte & maniere
que ce soie, & contre leurs
adherans, direaement ou
indirectement ; connoître
de toutes les actions intentées
pour cet égard; Ôc
prononcer toutes Sentences
qu'il conviendra contre
les delinquans, suivant la
rigueur des loix, & jusqu'à
la peine de galere & de
mort, suivant les cas, ôc
sur-tout contre les employez
à la garde, conservation
,
regie & administrationdesdites
rentes,comme
plus grievement cou.
pables que d'autres. Enobservant
que quand il s'agira
de prononcer de peines afflictives,
nous voulons que
le Vedor généralappelle à
ce Conseil trois Officiers de
Robe longue de nôtre Conseil
des Finances,qui auront
voix deliberative, lesquels
seront à son option.
Accordons audit Conseil
jurisdictionsur toutes sortes
de personnes, sans en
excepter les militaires, pas
même nos Gardes de cavalerie
,
infanterie, ni leurs
Officiers, les Commandans
& Gouverneurs des places,
non plus que les autres Officiers
& soldats de nos armées
,
dés qu'ils tremperonr
en fraude, ou faciliteront
la fraude de nos
droits. Reservant à nôtre
Conseil. & à ses préposez
de connoître de tout en
cette partie, privativement
à toutes autres Justices
, Juges, Conseils ôc
Tribunaux de nos Royaumes
&c.
RepreReprenons
maintenant,
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
J'interromps ici le cours
des Nouvelles, pour les
reprendre dans un autre
endroit, où je croy qu'elles
trouveront mieux leur
place, & je leur substitue
une Ode d'un jeune homme
de quatorze ans, dont
l'esprit promçt beeucoup.
Le fils de M. Chappe, ancien
Payeur des Rentes,
en est l'auteur. Il a reçu
tant d'applaudissemenssur
cet ouvrage, qu'il ya lieu
d'esperes que les suffrages
des honnêtes gens qui l'ont
vû l'encourageront à en
faire de meilleurs, & le
rendront plus correct.
ODE
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits.
IDYLLE
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
Le projet que javois
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront. J'avois
Je vous ay promis le mois ,
passé de reprendre l'article de
Son Eminence Monteigneur
le Cardinal d'Estrées ; nous y
voicy ,
Messieurs, vos regrets
sur la perte de ce grand homme
, feroient peutêtre son
éloge, & suffiroient pour
m'engagerau silence,si jen'étois
pas obligé d'en dire ce
que tout le monde peut n'en
pas sçavoir.
Cesar d'Estrées, Cardinal
du Titre de la Trinité du
Mont, Camerlingue du Sa-i
cré College
y
Evêqued'Albano,
cy-devant Evêque&Duc
de Laon, Pair de France,Com-
mandeur de l'Ordre du Saint
Esprit,Protecteur du Royaume
de Portugal,Abbé de
Longpont, duMontS Eloy,
de S. Nicolas Aubois
,
d'Anchin
prés Doüay, deStaffarde
en Piémont,& de S.Germain
des Prez, cy devant aussi Abbé
de S. Claude en Franche-
Comte,Docteur de Sorbonne
,
Doyen de l'Académie
Françoise
3
& Protecteur de
celle de Soissons, mourut au
Palais Abbatial de S. Germain
des Prez le mardy au foir
1 8.
Décembre 1714. Ilestoitné
au mois de Février ié18. fut,,
nommé Evêque de Laon en.
1653. créé Cardinal par le
PapeClément X. en 1671.
,&, fût fait
-
l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du
S.Espriten1688.Ilavoitété
employé en plusieursnégociations.
importantes dans les
Cours de Rome, de Portugal,
de Savoye & d Espagne, où il
s'estoit fait generalement aimer
& estimer. Il avoit eu
pour frere aîné FrançoisAncubai
2. du nom,Duc d'Er..
trées, Pair de France, Gouverneur
de rMs de France,
mort Ambjujdcur Extraordinaireà
Rome le 30Janvier
1687 ayeul de M. le Duc
d'Estrées à present vivant, &
pour frere puîné feu Jean
Comte d'Estrées
,
Maréchal
& Vice-Amiral de France,
Chevalierdes Ordres du Roy,
pere de M. le Maréchal d'Estrées,
&deM.l'Abbéd'Estrées
, Abbé de S. Claude en
Franche Comté, PrélatCommandeur
de l'Ordre du S. Esprit,
cy- devant Ambassadeur
en Portugal,puis Ambassadeur
Extraordinaire en Espagnc.
Ils estoient tous trois fils
deFrançois- Annibal d'Estrées,
Duc d'Estrées, Pair,& Maréchal
de France,Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de 1Ifl: de France, & de Marie
de Bcthune Selles sa premiere
femme, petit-fils d'Antoine
d'Estrées,Seigneur de
Coeuvres
)
Grand- Maistre de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy,Senéchal&
Gouverneur duBoulonnois,
& de Françoise Babou
de la Bourdefiere, & arriéré
petit fils de Jean d'EC
trées, Seigneur de Coeuvres,
& de Vallieu, Grand-Maistre
de l'Artillerie de France, Chevalier
de l'Ordre du Roy, Se
Sencchal du Boulonnois,&de
Catherine de Bourbon, fille de
Jacques bâtard de Vendôme.
La Maison d'Estrées est originaire
de Picardie; ellen'est pas
moins illustreparl'ancienneté
de sa noblesse
, que par les
grandes dignirez de la Couronne
donc elle a estédecorée
& pu ses grandes alliances.
La genéalogie en est rapportée
dans l'Histoire des Maréchaux
de France par le sieur
Dufourny
, au chapitre des
Maréchaux de France, & des
Grands Maistres de l'Artillerie.
Peu de jours avant sa mort,
une Demoiselle de 14, ans
avoir soutenu à Turin une
These Latine qu'elle avoit dediée
à Madame Royale; cette
Princesse l'avait envoyée à M.
le Cardinal. Il y a pluficurs
traits dans l'Epitre dédicatoire
de cette These que le Public
verroit avec plaisir, s'ils n'étoient
pas )
à le bien prendre,
de vrais Concetti. Chacun sçait
que Son AUefle Royale cft
niece de Son Eminence, donc
M. de la Monnoye a fait l'E..
pitaphe à la tête du Livre des
Hexaples d'Origenes donne
par Dom Bernard de Montfaucon
en 2. vol. in fol. En
voicy les Vers.
HieillcestCæfàrIAtiQ
decus additus ostro
Herj-a de gente satusnon
de-gener JleroJ
Quem Tiberis,Bcetifque
colunt, cuisequana
pl. udit:
ConsilisReges doctus,populosque
luvare,
Immensaque omnem complexus
mente Minervam
Et calamo, & lingua
magnus,sedpectoremajor.
Magiclaine de l'Espinay ,
veuve de Henry de Lorraine,
Comte de Brionne
,
Grand-
Ecuyer de France en survivance
de M. le Comte d'Armagnac
son pere,Chevalier des
Ordres du Roy, mourut le..
Décembre 1714. laissa nt pour
fils unique Louis de Lorraine,
dit le Prince de Lambe fc
, marié
depuis le it MiYt709.
avec J anne Henriette Marguerite
de Durfort de Duras>
fille aînéede feu M. le Duc de
buras. Madame la Comtesse
de Brionne qui vient de mourir
estoitfille unique & heritiere
de Louis d Espinay,Marquis
d'Espmay en Bretagne&,
de Broon,& de Dame Marie-
Françoise Coufin de saint Denis)
cH sortied'une des plus anciennes
Maisons de Bretagne,
oùelle subsiste encore à present
, & qui a pris son nom
duChasteaud'Espinay dans la
Senechaussée de Rennes.
Noël Bouton, Seigneurde
S. Leger,&de Dennevy,dit
le Marquis deChamilly, Maréchal
de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Strasbourg
,
&cy devant
Commandant dans les
Provinces de Poitou,dAunis,
&.de la Rochelle,mourut à
Paris le 8 sans laiser d'enfans
de Dame Elisabeth du Bouchetde
~Vilfltx sonEpouse Il
estoie né le 6. Avril ic36. &
avoir commencé a servir dés
l'an 1656. s'estoit signalé en
Candie en 1668. & dans un
nombre infini d'autres actions
, sur tout dans ladeffense
de la Ville de Grave dont il
CaOlt Gouverneur, & dont il
sontint le siege pendant prés e mois en 1674. Il futfait
Maréchal de France le ^.Janvier
1703. & Chevalier des
Ordres du Roy le 2.. Février
1705.Ilétoit frere puîné d'Erard
Bouton, Comte de Chamilly
,
M aréchal de Camp
9
pere dl. FrançoisBoucon,Comte
de Chamilly, Lieutenant
General des Armées du Roy,
cy- devant Ambasssadeur Extraordinaireen
Dannemarck,
qui n'a que des 6,les de son
mariage avec D.¡me Catherine
Poncé de la Rivière. La
Maison de Bouton Chamilly
cft d'une noblesse ancienne &.
distinguée en Bourgogne.
L'Histoire en a esté donné au
Public par le sieur Pallio, Imprimeur
des Etats de Bourgogne
,
& elle se trouve encore
dans le premier tome de tHtC.
toire des Grands Officiers de la
Couronne.
Mcffire FrançoisdeSalignac
de la Mothe Fenclon,
Archevêque & Duc de Cambray
,
Prince de Cambresis,
l'un des 40. de l'Académie
Françoise
,
cy-devant Précepteur
des EnfansdeFrance,
mourut en son Archevêché
Je Janvier 1715.Ii etoit
fils dePonsde. Salignac,Comre
de Fenclon
,
& de Dame
Loüise de la Crope S. Asbre
sa seconde femme. Il avoit
pour frere aînéFrançois de
SalignacComte de Fenelon,
fils dumêmePons deSalignac,,
&de Dame I sabeau d'Esparbes
de Lussan sa première femme,
& ayeul de M. le Marquis
de Fenelon
,
Colonel du
Regiment de Bigore, & de
Messieurs les Abbez de Fenelon
, & de Salignac. La Maison
de Salignac l'une des
plus anciennes du Royaume,
est originaire de Perigord;elle
prend son nom de la Chhâ"cell--
lenie de Salignac située à deux
lieuësdelaVille de Sarlattes,
lxclles'efi: alliée detout tems *
avec les Maisons les plus considerables.
Messire François Adhemar
de Monteil de Castelanne
,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General au Gouvernement
de Provence, mourut le
30. Decembre 1714. Ilestoit
fils de Louis Gaucher Adhemarde
Monteil
,
Comte de
Grignan,& de Marguerite
d'Ornano, & neveu de François
Adhemar de Montcil de
Grignan, Archevêque d'Arles
, l'un des Prelats Commandeurs
de l'Ordre du S. Esprit
mort en 1689. Le veritable
nom de M.le Comte de Grignan
étoit Castelanne, Maison
des plus anciennes, des
plusillustres,&des plus étenduës
de la Provence,& il ne
portoit le nom d'Adhemar de
Grignan qu'en vertu de la
substitution portée par leTestament
fait l'an lyo6. par
Gaucher Adhemar, Seigneur
& Baron de Grignan,de l'une
des
des plus puissantes Maisonsde
Provence, en faveur des ensans
sortis du mariage de Blanche
Adhemar sa fille avec Gaf.
pard de Castelanne, quatrième
ayeul de M. le Comte de
Grignan qui vient de mourir.
Messire Paul. Augusteton
de la Rochesoucault ;
Comte de Jarnac, Marquis de
Sourdam
,
&c. Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Bearn, mourut
le 19. Décembre1714. Il
avoit épousé depuis peu Ma.
demoiselle dejarnac, heritiere
de la Comté de Jarnae du
nom deChabot,&demême
Maison que M le Duc de Rohan.
Il estoit frere puîné de
M. le Marquis de Montendre,
& fils de Messîre Louis Charles
de la Rochefoucault, Marquis
de Montendre, & de
Dame Magdelaine Pitou, donc
je vous ay appris la mort il y
a quelques mois. La Maison
de la Rochefoucault est une
des plUStllufires du Royaume;
ellc est originaire de l'Angoumois,
où ca situé le Château
de la Roche, qui luy a donné
son nom.
Louis, Chevalier Ecuyer
Seigneur de Bagnollet, Moeuvres,
de S.Hilaire, &c. Cohseiller-
Secretaire du Roy, &
cy devant Fermier General
,
mourut le 5. laissant entr'autres
enfans, Loüis Chevalier,
Président des Enquestes du
Parlement ;i) estoit fils de Nicolas
Chevalier sieur du Bochet,
Receveur des Tailles à
Nogent, & d'Anne Bonnet,
& petit fils de Claude Chevalier
sieurde S. Hilaire, & de
Moeuvres, Conseiller au Présidial
de Rheims, & Bailly de
cet Archevêché, & de Marguerite
Godé.
Dame Marie LoüiseChar.
lote Pot de Rhodes, seconde
femme de Gand Villain, Prince
d'Isenghien
, mourut en
couches le 8. Janvier;elleétoit
fiile de Charles Pot, Marquis
de Rhodes, cy-devant grand
Maistre des Cérémonies de
France, & de Dame Marie-
Therese de Simiane deGordcs;
la Maison dont elle sortoit est
une des plus anciennes & des
plusillustres du Berry, comme
on le peut voir par la Genealogie
qui en est rapponée dans
l'histoiie de cette Province,
pat le sieur de la Thomasiere,
Pour celle de Gand
- Villain,
d'Isenghien
,
elle est une des
plus anciennes & des plus illustres
du Comté de Flandres,
& forry des anciens Chastelains
de Gand, suivant le célebre
André Duchesne, qui
en a donné l'histoire avec ses
preuves a-la fuite de celle de
la Maison des anciens Comtes
de Guyenne.
Dame Marie-Marguerite-
Fran^ovfe del'Elées,épouse de
Mr Loüis Demoulins, Chevalier
Marquis de l'Isle, Brigadier
des Aimées du Roy,
Colonel du Regiment de la
Fere, mourut le 9 Janvier.
t Mr Jean du Faure de Valeille,
Maréchal des Camps
& Armées du Roy,Commandeur
de l'Or dre de S. Louis,
cy- devant Gouverneur de la
Ville & Citadelle de Nancy ,
mourut le 6 Janvier 1715.
Dame Cbai lore deCrequy,
épouse de MdTire Aymard
Louis
,
Marquis de Sailly
, Lieutenant General des Armées
du Roy, mourut le 2.
de ce mois; la Maison de
Crequy dont elle estoit, est
une des plus iliuftres du
Royaume, tant par son ancicnneté
que par la grandeur
de ses alliances; elle est originaire
de Picardie, où est situé
la Terre de ce nom; & 1* Genealogie
en est amplement
rapportée dans l'histoire des
grands Officiers de la Couronneau
Chapitredes Maréchaux
de France: Pour celle
de Sailly, elle est d'une Noblesse
distinguée de la même
Province de Picardie, & prend-
son nom dela Seigneurie de-
Sailly & ArrOÜalfe:
Dame Diane Gabrielle de
Damas Thianges, veuve de
Messire Philippes Julien Mazarini,
Mancini Duc de Nivernois
& Donziois,Pair de Fran.
ce,Chevalier des Ordres da
Roy, Gouverneur, & Lieutenant
General pour Sa Majesté
e fdi[s Pays, mourut le 12. Janvier
1715.laissant pour ensans
Mr le Prince de Vergagne,
Mr de Mancini, MadaDmOe la
Princesse de Chimay, & Madame
la Duchessed'Estrées:
Elleestoit sile deClaudLéonordDamasMarquis
deThianges,
&deGibriel de Rochechoürt,
Princesse de Tonnecharante
,
&;, petite fille de
Charles Damas Marquis da
hianges:)
Thianges, Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit, Lieutenant
General au Gouvernement de
Bresse,Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & Capitaine
de cent hommes d'armes
; la Maison de Damas est
originaire du Duché de Bourgogne,
& elle est une des plus
illustres du Royaume
, tant
par son ancienneté que par ses
grandes alliances. Pour celle
de Mancini, elle cO: originaire
dela Ville de Rome, & est
connuë en France depuis le
CardinalMazarin
,
dont feu
Mr le Duc de Nevers estoit
neveu par sa mere.
Après un article de morts
illustres aussi long que celuycy
,
& dont le détail n'a peurestre
servi qu'à ennuyer ou à
affliger bien du monde; je
croy que la Liste de ceux que
Sa Majesté a nomme pour
les remplacer, menera insensiblement
le Lecteur à des
Chapitresplusagréables.
DONS DU ROY,
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
f
Les Sçavants ne mereprocheront
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
Ilestdecertains ouvrages excellens,
qui n'ont nullement
besoin pour être estmez ce
qu'ilsvalent, dêtre vantez par
ces caballes d'cfprit ausquels
onn'ajoute souvent avec raison
pas plus de foi qu'àmoy;
& il en efl; de ces ouvrages
presque de mesme, que des
odes d'Horace que M. fait imprimer
actuellement en vers
François ; il m'avoit promis
il y a environ six semaines de
m'en choisir une couple dont
je me flattois de vous faire present
dans lejournal de ce mois;
mais il n'a pas été le maître de
me tenir parole; ilaétéobligé
d'avoir scrupuleusement recours
à Ton Libraire, & de lui
demander s'il approuveroit
qu'il me
fit le don qu'il m'avoir
promis. Comment,Monsieur
,
luy a répondu le Libraire
, vous mocquez vous?-
vos ouvrages s'annoncent
d'eux mcCnlcs., O* le bon 'Vin
n'aquefaire de bouchon. M. *. a
ploye humblement lecol à la
remontrance & ne m'a rien
donné, sur la foy de son Marchand
qui p étend queMcrcure
n'a aucun droit sur cet ouvrage
immortel; je disà cela
d'avance
d'avance que ce Libraire peut
avoir raison, & je le crois par
cette autre raison. ;'W,¡.lj..
La pluspart desLibraires
quiveulent s'enrichir des productions
des - bons v Auteurs;
croyent qu'il est de
leurinterest, que les meilleurs
livres qu'ils donnent ne parroment
dans leurs boutiques,
que comme un éclair, & ils
font persuadez que leurs feuillesne
sont pas plustôt sorties
de sous la presse,qu'avant
l'affiche;la renomméelesa
déjà annoncées à tout le monde
; d'ailleurs ils craignent
qu'un livre annoncé dans un
autre , ne paroisse moins bon
aux yeux des Lecteurs qui ne
manquent pas de croire d'abord
, que les Auteurs ont
choisiles plus beaux endroits
de leurs ouvrages, pour les
faire servir d'enseigne à leurs
livres. Ils peuvent fc tromper,
& ne pas se tromperlà-dessus;
Quoiqu'il en soit,je crois qu'il
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
Des Extraits ne font pas
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
CHANSON.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
Nous touchons - maintenant,
Messieurs, au plus joly
chapitre du Livre; cette épU
thete vous annonce assez que
c*ctt celuy des Enigmes, &
4
l'empressement que vous avez
pour elles, me le prouve encore
mieux. Ainsi ne vous
étonnez pas que la consideration
que j'ay pour vous m'ait
determiné à redoubler mes
foins, pour essayer sans effort
a vous le faire trouver meilleur
qua l'ordinaire. Di fort
habiles gens y ontmis bon ordre,&
vous n'en ferez cerraixnenr
pas quittes à si bon marché
ce mois cy, que le mois
passé. Je vous dis alors, &
peut-être qu'il vous en souvient,
que M. Anceau & M.
Desmoulins alloient sans don*
te se declarer la guerre : cela
n'est que trop vtay, Messieurs,
&je fuis bien trompé si Mercure
ne porte pas la folle enchere
de leur demêlé.Cependant
siquelque choseest capable
de me rassurer
y
c'est que
M. Anceau me paroist assez
humain, &qu'il ne m'envoye
cette replique, où il m'engage
de gayeté de coeur, que pour
ne plusrepliquer.
REPLI QJJE.
D'unjeud'espritàl'inveéïive
N'esperes pas que je te Juive,
L'aigreur ne fut jamais
mon fait:
Deust ma Musetromper
l'attente de Mercure
Et de tous mes amis exciter
lemurmure,
Je ne rendray point trait
pour trait.
Mail
Mais quO) ? me diraiton
, vous frondez,
deux Enigmes
Où le Public poursel ne
trouvaquedes rimes,
L'Auteur déconcerté repond
à contre-temps
Qu'ilfit exprés pour vous
l'une & l'autre facile:
Souffrirez-vous d'un air
il tranquille prenne encore le chan
ge en dépit du bonsens.
J'aime à voirsa Mujè
offensee
Mal interpréter ma pensee,
Ensaisir une fausse, en
fabriquer huit Vers;
Maissil'on veut que je
mexplique,
UHorace de nos jours
m'apprendque la Critique
Dédaigné tout esprit qui
pense de travers.
Au resset du Moulin,
de cette bagatelle
Mercure rvoudrott jawc
une guerre éternelle, Il
Rendons, si tu m'en crois,
ses desseinssuperflus:
Pour moy je te préviens&
le dis sanscolere,
Ayantfaitce quefaydâ
faire,
Ecris, ou riécrispas5 je ne
répliqué plus.
Mais de grace, Messîeurs;
revenons à nos Enigmes.
Le mot de celles du mois
,
passé estou la Feue du (Jajl. au,
& la peau du Tambour. Les
noms de ceux qui les ont devinez,
sont : le Coureur du
Régiment de la Calotte : le
Goupil du Louvre :
la petite
Lo : Mlle Ricard.l'aimable
Claufier la jeune, & son voisin
deChavigny
,
M. de Barjolay
,
la belle~B.in.e d'cs
de S. Landry, labeaiuéciutiledelaruëS
Ce:mintle S s
de Rochermine)
le foM^ire
Quemine, le nlùsyjycùx M î
tre des Compres Je Roikn
„ l'aimable Mxireiredela ruë
neuveS. Honore,Us (, 1i";; ',.
, .)¡ - J .", -' o 1",
deSainte Agnés, l'amy fidele.
de la charmante Tailfert, &
le beau Chevreau de la grandecollation.
En voicy d'autres, dont la
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
Celle-cy cH de main de
Maistre,
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
Que puis-je maintenant vous
donnerà la suite des bagatelles
que vous venez de lire ; vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire
plusieurs fois, Messieurs,que
je ne vous ennuyois pas,j'en fuis
vrayement fore aise. Cependant
je me lasse,&si jecontinuëàvous
entretenir, je sens, dans labelle
humeuroùje suis,qu'il m'estimpossible
de m'empêcher de mordre,
ou d'égratigner; mais il
vaut mieux que je me taise. Quel
effort de vertu quelle grandeur
d'Ame ! Je me dérobe pour ainsi
direàmoy même!jenesuis pourtant
pas le Maître de me renfermersi-
tôt dans les bornes du lilence.
Et j'ay avant de finir, une
plainte,mais une plainte importante
àvousétaler.
PLAINTE
Sur la disette du bois.
On a millefois oüidire
Qu'Orphéeajadissurses pas
Fait marcher les forests sensibles
aux appas
Et desa voix& de sa lyre.
Moit bien loin d'esperer que 1114'
lyre & ma voix
Attirentpar leursfinsjamais tsmt
un bocage,
Même au sonde l'argentje nepuis9
dontj'enrage,
Attirer dans rna Cave une branche
de bois.
Mais,apréslapluye, comme
on dit, vient le beau temps,
quodejlviolentum non cjl durabile
,& le diable n'estpas toûjours
à la porte d'un pauvre homme.
QuedeSancho,Messieurs!il n'importe
Avec le temps je vous en
donneray bien d'autres ; Miguel
Cervantes est mon maîrrejmai!» à
bon compte,revenonsànos moutons.
Cette plainte sur la disette
du bois, dont comme vous (ça4
vez, (grace aux plus clairsvovans
) la moitié du monde effc
affamée à Paris aété veuë par
M. l'Abbé de la Grange Trianon,
il en a été couche
,
& en consequence,
ila fait present à son illustreAuteur
d'une voye de bois,
bien conditionnée, ce qui l'a
obligé à luy en faire le remerciement
suivant.
Je croyois mon honneurperdu,
: Abbé vous me l'avez rendu.
J'en dois par toutfairetrophée
Oüy,puisquepar leurs fotts & ma
lyre & ma voix
Aujourd'huy dans ma Cave tlttj
rent vôtre bois9
Jepuis hicfJ, grace à vous, map~
pellerun orphée.
Maispourquoy,s'il vous phit;
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercure
APOSTILLE.
MESSIEURS,
Je ne croyois pas qu'il me fut
possible devousriendirecemoiscy
de l'Ambassadeur de Perse-
Cependant j'ayheureufemenc
en mes mains un article qui le
concerne, & qui n'y vieillira asseurement
pas.
( Memeth Riza Reg,Intendant
de la Province cClrtvan en Ar- imenie, Ambassadeur du Roy de
Perse en Frarce
,
arriva à ( harenton
le 16 de ce mois, & le
lundy 2.8. M.le Baron de BreteuilIntroducteur
des Ambassadeurs&
Princes Etrangers, yalla
luy faire un compliment dela
part du Roy, honneur que Sa
Majcfté ne fait quetrès rarement&
dans des occasionssingulieres.
Le dernier à qui pareil
honneur a été fait, fut le Connestablede
Castille lorsqu'il vint en
France au n011) de toutes les
Cortesd'Espagne
,
demander le
Duc d'Anjou pour êtreleur Roy.
L'Intendant de la Province d'lyi<
voen est la troisïéme personne
deceGouvernement qui est le
plus
plus considerable de toute la
Perse, & a de revenu trente deux
milleromansparanquifont prés
decinqcentsmille écus. La Ville
d'Irivan passe dans l'Orient
pour la plus ancienne peuplade
du monde. Les Arméniens ont
dans leurs traditions que l'Arche
deNoéestsur la pointe du Mont
* Macis qui est voisin de la Ville
d'Irivan. Onmontreencoreàpresent
aux environs de cette montagne
l'endroit où Noé plantala
Vigne. A deux lieuës d'lrivanest
le celebre Monastere des trois
Eglises, le sanctuaire des Chrétiens
Arméniens & le lieu pour
lequel ils ont leplus de dévotion.
Je m'étendray davantage le mois
prochain sur toutes ces choses
* jirArat dans la Genese,
dont je croy les circonstances
merveilleuses,dignes de lacuriosité
detoutlemonde;en attendant
Messieurs) il me reste à vous
faire part d'une piece originale,
ausujet del'Intendant dirivan.
C'estun ouvrage enrichi des plus
brillantes expressions qu'on puisse
lire dans les Contes Arabes &:
danslesmille &unenuit, c'est
enun mot un compliment tout
Oriental que M. le Baron deBreteuil
a fait de la part du Roy à
l'Ambassadeur de Persequi en a
paru très content. Jel'ay heureusementattrappé
,tel, mot pour
mot,que ses Interprètesl'onteu.
Le voicy.
L)EinperettTdeFranCt, mon Maître
j leplus grand~(jr lepluspieux
des Empereurs Chrétiens
5
leplus
magnifique des Roys de l'Europe, le
plusPaissantenguerre, tant sur
la Terre quesur la Mer,toujours invj¡¡
âble, l'amourdesesPeuples,~d*
le modeleparfaitde toutes les vertus
Royales) m'envoye
,
Monsieur
D *vousfaireun complimentdesapart,
~&fie réjouir de vostre arrivée auprés
de Paris, la Capitale de son
Empire,la plus riche ~cr u't plussuperbe
des Filles de la part du
monde que nous habitons IIfiçM?
quel'EmpereurvostreMaîtreest le
plusmagnifique&leplusPuissant
Empereur de l'Orient, & ilestpersuadé
qu'ayant àla Cour autant de
pufonndgts Illustres qu'il en a , HVOUA a choisi entre eux2 comme
un Sujet d'un mérité di-ie- &
capabled'etrt le lien de runion de
(Uuxsipuissants Monarques
njowào,-."era,.Jieur
, en touttes
occiij sydes marques del'efti»
ne cr at la co/ijideriitioa.quil u
fourunAxh.jj\ideurqui vient de
lu part à 'un si grandEmpereur.
Pour mOJ). Monsieurje regardecomme
un btnheurcCêtre le premiera,
qui il ait ordonné de vous venir
complimenterde sa part:Jir.1.J au
sortirdelette Conférence, luy rendre
compte de l'éx/atlion deses orIl
dtesy & en prendre de nouveaux
pour Vojlil entrée à Paris,(£ voflre
Audiance à la magnifique Cour de
Sa Majesté Impériale.
Si après toutce quevous tenez
de lire, M("cfieur$)yfercnre'ous
ennuye, il faut en veriré que vçug
tement entrevoir la craintequi£
adenepas recevoir tes Etrennesqueses
devanciers qui ri
toientpas meilleursfaiseurs de
Mercure que luy, recevoient an
commencement de (haque annee.
Ses inquiétudes
,
ses exclamations
&ses propos interrompus
sont des situations interressantes
dans le préambule, dont 1,
resultatestunContedesFées* 3
Conte des Fées. )
Ebauche de quelques unes desprincipales
Nuits de Sceaux. 49
Discourssur l'origine duMois, yo
4vantmfwgulierc, 7r
Histoirebousonne gy
Réponse à l.i Critique d'un Distique
de Santeüil qui aparu dans le
Mercure de Septembre. 92,
Jàécijion dela dispute entre les chanoines
de la Cathedrale d'.Amiens
& les Religieux de J'A,bbaye
de S.Achetil.95
Nouvelles d'Espagne. 99
Noms des Seigneurs qui composent
l'Academiedesbeaux Esprits de
Castille. 100
Noms des Presidens & officiers des
Finances d'Espagne.104
Copie d'un Decret rendu le 8. Décembre
dernier,pour l'établissement
d'un Conseils pour l'Administration
des Finances d1Ef~ pagm,107 Smte du Voyage de la Reined'Espagne
jusqu'à son arrivé à Ma
drid. l:l[ :
Ode sur la Paix, i357
Idilesurla Paix.151
Reflexionpolitiquedel'Auteur. 164
Morts. 169
Dons du Roy, 194
Dissertation Fhtfique & tres cuneuse
,sur les Taches & Facules
duSoleil.210
Extrait des Harangues que Mrs
Massieuv Malerprononcerent le
29. du moispassé,à CAcademie
Françoise
,
où ils furent reçûs
dans les Places vacantes par la
mort de Mr l'Abbé de Cleramhllult)&
deMrdeTourreil. 162,
Dfè'Hrs peut-estreinutile. 309
SuitedesNovelles, 314.
EpigrammeduChevalierd'Accilly,
dont l'Auteurfait l'application
Illt Mercure. 331
Chanson, 332.
,
Replique de M.Anceau, aux Vers
EdneMirgdemsMoeulsin.,34.3136
Modestie de l'Auteur. 345-
Plaintesur la disette du bois de M.
D. L. M. 346
Remerciementdu même à Mr 'Ab..
béde Trianon, qui luy avoitenvoyé
une belle & bonne voye de
bois. 34S
Compliment de l'Auteur. 349
Apostille. 3-1
Nouvelles de l'AmhllJlddellr et
Ptrfe, ¡¡vec la copie du compliment
que Mr le Baron de Breteüil,
Introdufteftr des Ambajfa- •deurs,luy a fait d. la part dM
Roy. 352,
Lit Figure des TAchesailSoleilJ
doitregarder la page 2.10
A PARIS,
M. DCCXV
AvecPrivilege du ggy,
M E K C U RE
G'AJL/&\\NJr.
Par le Sieur Le Fevre.
Mois
de Janvier
1715.
Le prix est 30. fols relié en veau, ôi
2.j. sols, broché.
A PARIS,
Chez DANIEL J 0 LLET, au Livre
Royal, au bout du Pont S.Michel
du côté du Palais.
PIERRE RiBou,a l'Image S. Louis,
sur le Quay des Augustins.
Au Palais, PIERRE HUET, surle
second Perron de la Sainte Chapelle,
au Soleil Levant. jîvgçjij?rodnRfh
MERCURE
NOUVEAU.
1 Igintitalentis unam
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu de vous
donner à l'entrée de ce volume
une Histoire Angloise
: mais je viens de recevoir,
avec une lettre qui
me détermine, un Conte
des Fées qui me paroît aCsez
joliment écrit, & plein
d'une (i bonne morale, que
je change de resolution en
faveurdela nouveauté.
G K I MAC E.
CONTE. I Ly avoir une fois un
Roy si beau,sibeau, qu'il
n'y avoit rien de plus beau
xjue la Reine sonépouse. Il
voit étécoquet dans sa
jeunesse, & s'étaitjetté à
co ps perdu dans les bonnes
fortunes. C'etoit alors
le regne des Fées, regne
fameux parmi les gens de
facile' croyance. Elles se
servoient de leur pouvoir,
les unes bien, les autres
mal Ces capricieuses chimeres
avoient le coeur sensible.
Des Féessensibles!
cela paroîtra nouveau, &
ce n'est pas ainsi que les dé.
peint Madame la Comtesse
d'Aulnoy, qui les connoissoit
à fonds: mais que ne
risque point un conteur
pour
pvouer daonnuer rdaens 'la.n?ou- :Deux* des plus consido-
Fables d'entr'elles, nommées
Bonne & Maligne,
sentirentla puissance des
cchhaarmesduRRooyy ff~aanlsls*; ppaaiirr..
Dan$ IcsmgJcs de la galanterie
ordinaire les hommes
sontles premieres démarches
;.
il n'enest pas de
•flijcttifc parmi lés Fées, elles
font les avances. Bonne fut
plus vive ou plus heureuse
queMaligne
;
elle parla la
çrcttiiere, ôç fut bien reçûë.
Maligne au contraire fut
éconduite. Ce n'est pas que
Beau sans pair ne pût fournir
à.deux passions
,
il avoir
le coeur grand: mais Maligne
lui déplut, & comme
elle n'avoir point fait de
façons pour lui ,dire;quJelle
l'aimoit, iln'en fit point
aussipour lui répondre qu'il
ne l'aimoir pas, & qu'ilne
l'aimerait jamais. Cette réponse
mit Maligne en fureur,
elle lui promit de se
vanger, & lui tint parole.
Quelque remps après le
Roy se maria, & au bout
d'une année la Reine accoucha
d'une fille. Bonne,
& Maligne assisterent à sa
naissance. Bonne dit: Je. la
douë de beauté pour toûjours
;Maligne dit: Et moy
de mauvaise humeur. Un
an après la Reine accoucha
encore d'une fille; Maligne
arriva la premierc, & dit:
Je la douë de laideur, & je
la nomme Grimace. Bonne
survint qui dit: Et ffivy je
la douë dadrefle & de douceur
pour toûjours.
Tel futle partage de ces
deux Princesses
; elles devinrent
grandes, l'ai iee effacoit
toutes les beaucez de
la Cour du Roy son pere:
mais elle étoit si fiere & si
bizarre
,
qu'elle revoltoit
tout le monde. Elle épousa
un Prince de son caractere,
en sorte qu'ilsn'eurent pas
peu à souffrir de leur caprice.
réciproque. Nous les
laisserons se chagriner l'un
& l'autre, & n'en dirons
pas davanrage.
La cadette étoit laide,
ôc d'une laideur si choquante
d'abord
,
qu'on avoit
de la peine à la regarder.
Elle ne pouvoir ni rire
ni parler, qu'elle ne fît la»
grimace; ce quifutcause
qu'on lui en donna le noira
Cependant elle étoit si douce
& si spirituelle
,
qu'on
s'accoûtumoit à sa laideur,
& qu'elle avoir plus de partisans
que la Princesse si
soeur.
Dans ce temps- là il vint
un étranger dans la Cour
de Beau sans pair. C'étoit
un Marchand de bijoux. Il
avoir entr'autres choses des
miroirs dont on avoir trouvé
depuis peu l'invention
dans son pays. Il en vendit
un au Roy, à la Reine, aux
Princesses Se à toutes les
Dames, qui étaient charmées
de s'y voir, & de les
trouver aussî flateurs que
leurs amans. Que devint
Grimace, lors qu'elle se regarda?
Le miroir lui tomba
des mains, & se brisa
encent morceaux. Quand
on n'est laide qu'à un certain
point, on te flate, on
se console: mais quand on
l'est à l'exçés, on tombe
dans le desespoir. On a dit
tant de fois qu'une femme
se pardonne tout hors l'extreme
laideur, que je n'ose *
encore le dire ici.
Grimace se retira dans
sa chambre, & semità
pleurer amerement.Sa gouvernanteeutbeau
lui dire,
qu'à la verité elle n'écoit
pas sibelle que la Princesse
sa soeur, mais qu'elleavoit
d'ailleurs tant d'esprit &
des maniérés si graciéuses,
qu'elle n'étoit pas la plus
mal partagée, Grimace ino
consolable ne lui répondit
rien, & forma le dessein
deseretirer de la Cour, &
d'aller mourir dans quelque
desert.
",', Beau sans pair donna
une fête le lendemain. On
n'avoit point alors l'usage
dumasque, il faloit paroîtreàvisage
découvert. Grimace
eûtbien voulu nele
pointtrouver à l'aflcmblccx
cependant leRoy ayant souhaité
qu'elle y fût,elle feignit
de se rendre à sa votoncéy
& souffrit qu'onl'habillât
magnifiquement. La
fête fut galante,& chacun
étoit si occu pé de ses plaillrs.,
que Grimace eut le
temps des'esquiver,sans
qu'on s'apperçûtdesa fuites,
du
du moins on ne s'en apperçut
que bien avant dans la
nuit. Aussitôt on la fit chef-*
cher de tous côtez ; mais
elle se cacha si bien, qu'on
ne put la trouver; ou plûtôtBonnela
renditinvisible
à tousceux qui passerent
auprès d'elle. La Fée
avoit desdesseins sur Grimace
, qu'elle ne pouvoit
rxecucerque lors qu'elle ne
seroit plus dans le Palais du
Royson pere.
m Elle avoir emporté quelques
bonsbons dans un pe- titpanier,où il yavoitaussi
des aiguilles, des soyes de
toutes couleurs, & de petits
morceaux d'étoffes d'or
& d'argent.
Ellemarcha quelques
jours sans s'arrêter, & fit
autant de chemin que sa
delicatesse & son peu de
forces lui permirent d'en
faire. Elle le nourrissoit de
ses bonsbons qui ne diminuoient
point. Enfin elle
trouva un endroit si agreable,
qu'elle resolut d'y rcL
ter. C'étoit un petit cabinet
de myrrhes, où l'art sembloit
avoir fecondé la nature
3 tant il étoit rangé5.
Une fontaine enrourëed'un
gazon semé de fleurs, cc
loit autour de ce cabinet;
des oiseaux de toutes especes
venoient s y garantir
des rayons dusoleil, & s'y
desalterer. Ils étaient si familiers,
qu'ils se laissoient
prendre, & Grimace donnoit
à les caresser le temps
qu'elle ne donnoit point à
son travail. Quelques mois
se passerent de la sorte,
pendant lesquels elle fit une
boëte d'un travail si merveilleux,
qu'on n'avait jaoais
rien vu de semblable.
Mais Maligne fut jalouse
dC repos dont elle jouissoit
dans sa solitude, & elle eue
la cruauté de le troubler.
Deux rustres qui avoient
chassé tout le jour aux environs
de sa retraite, vinrent
sur le soir se rafraîchir
à la fontaine; ils y trouverent
Grimace, dont l'aspect
leur fit peur: mais frapez
de la magnificence & dela
richesse de ses habits,ils
resolurent de s'enemparer.
Cela ne leur fut pas difficile,
Grimace sedépouilla
sans murmurer. Il est vrajj,
leur dit elle, qu'ils sont [r.
beaux pour une infortunée
; je vousles donne de
bon coeur: mais du moins
laissez- moy, je vous prie,
mes soyes & mes aiguilles,
c'est peu de chose pour
vous, & c'est toute ma consolation.
Ils ne l'écouterent
point, ils lui prirent tout,
& la laisserent fondante en
larmes. Helas! disoit
-
elle
d'une voix qui eût attendri
les rochers, que vais je devenir?
de quoy vivrai-je }
à quoym'occuperai -je7
CruelleMaligne,c'est vous
qui me suscitez ce nouveau
malheur. Mourons,continua-
t-elle; la mort est le
seul parti qui me reste
,
mes maux sont sans exemple
& sans remede. Lorsque
Psyché se vit en butte
à la haine de Venus, l'Amour
l'aimoit; elle étoit
belle, quelle différence entr'elle
& moy ?
Nous avons dans le coeur
un certain amour pour la
vie, que les malheurs affoiblissent,
mais qu'ils n'éteignent
jamais tout à fait. Insensiblement
Grimace fo
consola ;
elle trouva
des
fruits, dont elle se nourrit,
& ses chers oiseaux lui tinrent
une fidclle compagnie.
-1
Les voleurs verdirent
ses habits; ils eneurent
tant d'argent, qu'ils ic virent
en état de faire belle
figure.L'un d'eux mourut
quelque temps aprés) &
l'autre se retira dans un
Royaumeétranger. Le premier
avoit un fils qui n'avoit
rien de rustre que la
naissance, & qui prometcoit
beaucoup. Quand ilse
viit riche, il eut l'ambition se produire à la Cour.
La boëte lui étoit restée;
il crut qu'elle meritoit d'ër
tre offerte au Roy, & lui en
fit present. Dés que le Roy
l' eut en sa possession il en
fut si charmé
,
qu'il devint
passionnément amoureux
de celle qui l'avoir faite. Il
demanda au jeune homme
de qui il voit eu cette boëte,
& de qui il la tenait.
Celui-ci ignorant la passion
du Roy, & menteur comme
le sont la plûpart des
courtisans, lui dit, que son
pere, peu de tempsavant
sa mort, l'avoit achetée d'une
fille qui passoit par leur
village,qui leur avoit dit
qu'elle étoit de sa façon, &
que tout ce qu'il sçavoit de
cette fille, qu'il n'avoit jamais
vûe depuis, cest qu'-
elle étoit horriblement laide
, & qu'elle faisait la grimace
à tout moment. Ce
recit déplut fort au. Roy,
qui se laissa néanmoins entraîner
à son penchant. Il
n'est pas le premier qui ait
aimé sans scavoir pour,
quoy, & même sans cotY.
noître & (ans avoir vu ce qu'ilaimoit.
L'amour est enfant du caprice,
Rien ne regle ses mouvemens;
Sans cette raison-là,Clarice
Trouveroit elle des amans?
Quoy qu'il en (oit, le
Roy ayant entendu dire
que son inconnuë faisoit la
grimace, il en donna le
nom à la boëte qu'elleavoir
faite, & voulut qu'on ap.
pellât ainsi toutes celles
qu'on feroit sur son modele
Sa volonté fut suivie, & ce
nom a passé jusqu'à nous,
& selon toutes les apparences,
il passera jusqu'aux
siecles les plus reculez. Il
s'en servit à serrer sa bourse,
ses bijoux; son cacher,
& tout ce qu'il avoit de
plus precieux.
Bonne qui sembloit avoir
oublié Grimace, vint la
voir, & lui apprit toutes
ces choses. Elle eut de la
peine à les croire: Quoy
disoitelle, laide , comme je
fuis, je ferois aimée par un"
grand Roy? Non, non, je
ne suis propre qu'à inspirer
de l'horreur. Cependant un
rayon d'esperance s'éleva
dans son coeur; & la Fée,
qui ne pouvoit rester avec
elle que quelques momens,
la quitta, persuadée quelle
ne seroit pas toûjours si
malheureuse.
Cependant l'amoureux
Saphirin, c'est ainsi que se
nommoit le Roy, ne dormoit
ninuit,ni jour; l'idée
de sa chere inconnue lui
revenoit sans cesse. Ingenieuxà
letromper
,
il se la
representoit moins laide:
Elle peut, disoit. il, avoir
quelque chose de disgracieux
dans le visage ;tmais
elle a peut-être de belles
dents,de beaux yeux, une
belle main: & promenant
son imagination surtout ce
qui pouvoit le flater, il et
peroit lui trouver le corps
d'une Venus qui le consoleroit
de la difformité du
rçfte.
Sa passion se fortifîa^de
.jour en jour, & le peu d'esperancede
fc rendre heureux
lechangea si fort, qu'il
devint mêconnoissable. Ses
courtisans s'apperçurent Ôc
se sentirent desamauvaise
humeur
- on ne faisoit rien àsafantaisie ; quelque
prompts que fussent ses domestiques
à executer ses
commandemens, ils ne le
servoient jamais ni assez
vîte, ni à son gré; il n'avoit
plus de plaisir que celui
d'être seul
;
il s'échapoit
souvent de son Palais,pour
aller rêverenliberté dans
quelque lieu solitaire.
Un jour il se livra si fort
à sa rêverie, qu'il ne s'apperçue
pas qu'il s'écartoit
trop ; ilse trouva dans un
bois percé de huit ou dix
venuë.Incertain du choix,
il prit justement celle qu'il
ne devoit point prendre:la
nuit vint, il fut obligé de
coucher au pied d'un arbre.
Quelles furent ses pensées
& ses réflexions ? Je ne
lesçai pas precisément:mais
jem'imagineque l'amour
& Grimace y eurent bonne
part. Le lendemain il marcha
encore jusqu'au soir
sans - trouver d'issuë.
Cela commençoit à Finquierer.
Il fit le même ma- nege que la veille; & dés
que l'aurore parut, il monta
à cheval, & continua de
marcher si long -temps,
qu'accablé de chaleur & de
lassitude, il fut contraint
de se reposer auprès d'une
fontaine qui s'offrit à sa
veuë. C'étoit celle où Grimace
avoit paffé prés de
deux ans. fclle étoit dans le
~caomet de myrthes,do
elle entrelassoit les branch
, & en composoit les
chiffres. Elle chantoit ces
paroles. Grir
Grimace infortunée,
A des maux éternels le;
Dieux t'ont condamnée.
Ah ! vous m'avez promis
qu'ils finiroient un
jour,
Vous qui me-faisiez voir
une amitié si tendre;
Que je fuis lasse de l'attendre
Ce moment marqué par
- l'amour.
Envain les échos d'alentour
Font retentir ma peine,
Mon esperance est vaine.
Rien ne paroît dans ce sejour.
Grimace inforcunée,
A des maux éternels les
Dieux t'ont condamnée.
Cela fut chanté d'un air
si touchant, que Saphirin
en fut êmû. Helas! s'écriat-
il tout transporté,queje
ferois heureux si c'étoit la
voix de mon inconnuë !
mon coeur n'en doute point,
c'estelle. Aussitôtilseleve,
& court precipitamment
au cabinet de myrthes.
Grimace sentit à son a.
bord ce qu'elle n'avoitja
mais senti
;
l'amour lui di
que c'était son libérateur
elle le crut. L'amour ne
trouve jamais d'incredule.
Elle avança quelques pas
au. devant du Roy: mais
lors qu'elle alloit lui parler,
elle remarqua tant de
trouble & de surprise dans
ses yeux, que se retraçant
toute sa laideur, elle courut
se cacher. Où fuyezvous,
Madame, lui dit le
passionné Saphirin ? Pardonnez
à l'erreur de mes
sens; mon coeur n'est point
coupable de leur injustice.
Il lui dit encore tant de
choses rendres, que Grimace
s'apprivoisa, & souffrit
qu'il lui baisât la main.
On conçoit aisément que
la conversation fut vive &
spirituelle. Grimace grimaça
mille jolies choses sur
sa laideur, & le Roy fit de
son mieux pour la lui faire
oublier.
Le Roy la fit consentir
à quitter son defert & à le
suivre illa mit en croupe.
L'amour qui l'avoir égaré
luifit retrouver son Palais.
Quelque respect qu'oncLiC
pour lui, Grimace [Cj V!t
l'objet de la raillerie de tous
les courdians. On sefforçoit
àl'envi de lui découvrir
quelque trait de laideur,
6c on n'avoit pas de
peine. Saphirin , malgré
leurs murmures, fitfaire
de magnifiques préparatifs
: pour laceremoniede ses
noces. Il avoit sçû par Grimace
qu'elle étoit fille de
Eeau sans pair; il la lui envoya
demander, en maria-
> ge: Beau sans pair lui accorda
de bonne grace, 6c
vint luimême au mariage.
Le jour venu ,
Lejourvenu, Saphirin menaça
de son indignation
tous ceux qui ne se trouveroient
pas à la fête. Grimace
parut encore plus
laide dans la parure superbe
où elle étoit. Enfin elle arriva
au Temple, au milieu
d'une foule de peuple, attiré
par sa laideur autant
que par la beauté du spectacle.
Déja la coupe sacrée
étoit entre les mains du
Roy, qui aprés en avoir
bû,l'offrit à la Princesse. A
peine l'approcha-t-elle de
les levres, que tout d'un
coup elle parut d'une beau
té ravissante. Quelle agreable
surprise pour son époux
& pour son pere!quel sujet
d'admiration ôc d'applaudissemens
pour toute l'assemblée!
Grimace elle-même
ne voulut point en croire
ses yeux, & si Bonne ne
fût venuë lui confirmer ion
bonheur) elle en eût douté
long-temps.
Lorsque Maligne l'avoit
doüée de laideur, elle n'avoit
point dit par bonheur
que ce feroit pour toûjours,
ôc Bonne avoit trouve Ire moyen de l'adoucir, &de
faire la paix de Grimace.
Ainsi Saphirin, qui avoit
preferél'esprit à la beauté,
trouva son épouseaussi accomplie
par les charmes
du corps que par les quali-
~tez de l'elprit»
Un amour rendre & genereux
Trouve toujours sa recompense
;
La beauté peut nous rendre
heureux,
Je sçai jusqu'où va sa puis
sance: Mais
Mais un bonheur durable
-
&sans retour,
L'esprit & la
-
douceur peu-r)
vent seuls le produire;
La beautés'efface en un
jour, i:
L'esprit est éternel, & ne,
peut se détruire.
J'ai assez de peine à deviner
l'accüeil que vous aurez
fait, Meilleurs
,
à un
ContedesFées. Si vous avez
bien reçucelui-ci, à la
bonne heure; linon, je
croy que l'attention que
j'aurai à ne vous en plus
donner, me dispense de
m'en affliger. Mais ces excuses
& ces éclaircissemens
font de mauvaises transitions
qui ne fervent qu'à
amuser le tapis, pendant
que je suis pressé du foin de
vous debiter des matieres
plus interessantes, dont je
n'entreprendrai, s'il vous
plaît, le détail, qu'aprés
vous avoir dit deux mots
sur l'origine dumois de Janvier.
L'opinion la plus commune
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,Messïeurs
, aux autres articles
de ce Journal. En voicijustement
un, que vous lirez
sans doute avec plaisir.
Son Altesse Serenissîme
Madame la Duchesse du
Maine, donr je fuis persuadé
que tout le monde a
entendu mille fois loüer
avec justicele goût,la delicatesse
& l'esprit, a paru
si contente de plusieurs Fêtes
charmantes qui ont été
representées dans sa maison
de Sceaux, que j'ai mis tout
en usage pour en avoir la
datte, l'arrangement,les
divertissemens, les paroles
& la musique, dont je me
fuis long-temps flaté de
vous donner le détail, si je
pouvois reiïflîr dans mon
adbesssoeliunm:emntais cela m'a été
impossible, lX;
c'est de quoy je fuis d'autant
plus mortifié, que j'ose
vous affurer, sur la parole
d'un grand nombre de gens
d'eiprit & de distinction qui
les ont vûës, que c'est ce
que je vous aurois peut-être
donné de meilleur. Cependant
tous mes soins
n'ont pas été inutiles, ôc
après bien des mouvemens,
j'ai enfin été assez heureux
pour en apprendre ce que
vous en allez lire.
La Fête que donna Madame
la Duchesse de Brissac
avec M le Marquis de
Caumont la Force, étoic
compolée de trois Intermedes
differens) mais qui
avoient quelque liaisonentreux.
Le premier, intitulé
les Champs Elysées, commençât
par le Roy de la
Fête, qui conjuroit la nuit
de le favoriser dans le def.
fein qu'il avoit de donner
une Fête à Son Alreflfe Se.
reniflime. Apres cette invocation
il rencontroit un
Magiciende ses amis, à qui
-ilconfiait l'embarras ou il
jfe trouvoit d'être obligé de
presideràcefpc&acle, &
de ne sçavoir comment s'y
prendre pour le rendre
agreable & nouveau. Le
Magicien lui offroit de le
conduire aux Champs Elysées,
pour y consulter les
ombres des plus grands
Poètes de l'antiquité, &
des Poëtes modernes. Le
Roy acceptoic l'offre du
Migicieniils defcendoienc
dans le Royaume de Pluton
, où tous ces grands
hommes leur temoignoienf
un égal empressement a fe- *
conder leur entreprise, par
ce qu'ils connoilloient les
grandes vertus de la Princesse)
& que (on nom avoic
paffé Fonde noire. Enfin
Anacrcon étoit celui qui se
chargeoit lui seul de fecou.
rir le Roy de la Fête. Il prioit
l'Amour de la conduire luimême,
& de lui marquer
par là sa reconnoissance de
ce que ce Poëte galant l'avoir
si bien celebré dans Ces
écrits. Orphée venoit en.
fuite avec Arion, & plufleurs
ombres) qui charmées
de les entendre, les
environnoient sans ccfTc.
Cet Intermede finiÍfoit par
une scené que chantoienc
deux grands Musiciens, 8c
les ombres témoignoient
par leur danse le plaisir qu'-
ellesavoient d'écouter leurs
agreables concerts.
Le second Intermede
étoit intitulé l'Amour bief,
fé par l'Abeille. L'Amour
engagé par Anacreon à se
charger du foin de la Fête,
venoit à Sceaux pour la préparer.
Le Sommeil defefperé
d'être banni de la Cour
de la Princcflè, & ne poui
vanfc iupporrer que l'Amour)
qu'il regarde comnie
Ion plus grand ennemi,
fût!charge" d'une commiffion
sihonorable, répandoit
ses pavots sur ce petit
Dieu, & faisoit si bien qu'il
l'endormoit. Pendant le
sommeil de l'Amour une
abeille venoit le piquer.
L'Amour se réveilloit en
faisant des imprecations
contr'ellejôc dans le temps
qu'il alloit jurer par le Styx
de l'exterminer elle & toute
[on espece yVenus paroiffoie
pour arrêter le efrment
temeraire de son fils, & lui
reprefenranc que l'abeille
étoit fous la proteâion de
la Princesse
; qu'elle en avoit
composé sa dévise
, &
inllitué nn Ordre fous le
nom de l'Abeille. L'Amour
fc repentoit, de sa colere,
Se difoic sur le champ qu'il
guerissoit sa blessure;enfuite
il appelloit tous les autres
Amours, & mettant
l'abeille au rang des astres,
il en celebroit lapotheofe
avec eux.
L'Amour & [es. freres
composoient aussi le troi:"\
siéme Intermede. Il paroisfoit
fous la figure d'Arlequin)
& tous les freres fous
celles des personnages de
la ComedieItalienne,parce
qu'ils avoient remarqué
que la Princesse les voyoit
avec peine dans sa Cour
fous leur propre figure, &
quelle craignôic qu'ils n'y
causassent du desordre:mais
souhaitant de n'en point
sortir, & de former un spec.
tacle qui lui fût agréable,
ils alloient mettre leur arc
& leurs fleches à ses pieds,
& representoient ensuite
une petite Comedie Italienne-.,
intitulée les Fêtesnocturnes
J ou l'Epée enchantée.
Quinze jours après, cette
Fête fut suivie de celle de
l'inconnu. Voicien peu de
mots quel en étaie le sujet.
Une personne qui ne vouloit
point se faire connoî?
tre entreprenoit de donner
une Fête, mais d'y rappel-
1er, s'il écoit poilible, cette
premiere (Implicite que les
grandes nuits de Sceaux
avoient euë lors qu'elles
comcommencerent,
parce que
l'éclat où on les avoit portées
mettoit une trop grandeémulation
entre ceux
qui donnoient ces fortes de
divertissemens. Le premier
Intermedecommençoitpar
le Mystere, quivenoit avec
deux deks.. suivans pour
preparer laFête,&pour
dépayser les curieux qui
voudroient découvrir par
qui elle auroit été donnée.
D'autressuivans du Mystere
venoient le joindre, &
aprés quelques discours&
quelques ceremonies convenables
au sujet, ils formoienctous
ensemble un
divertissement.
Pourrépondre à l'idée
qu'on avoir de rappeller la
simplicité dans les grandes
nuits, Astrée paroissoitavec
deux de les suivantes,
pour donner à la Princesse
unerepresentationdesplaisirs
simples & innocens du
premierâge. PlusieursBergers
, &un grand nombre
de Bergeres formoient ce
divertissement,& par leurs
chansons, aussi bien que
par leurs danses, ils exprimoient
les charmes de ]a
vie champêtre, & ils faisoient
une naïve description
des plaisirs que l'ongoûte
lors qu'on est exempt d'ambition
, & que l'on fuit les
loix de la nature. C'étoit là
le second Intermede de la
Fête de l'inconnu.
Cerés formoit le troisiéme,
& suivie d'un grand
nombre de Laboureurs &
de Moissonneurs, elle venoit
offrir à la Princesse les
premices des fruits &des
moissons.
La Fête qui fut donnée
aprés celle-ci avoit pour
fujer la ceinture de Venus
qui avoit été perduë
,
&
que l'on venoit chercher à
Sceaux. Elle est de la composition
de M. de laMotte;
maiscomme j'en ignore les
circonstances, je n$ peux
en faire ici la description.
C'étoit encore un inconnu
qui donnoit cette Fête.
Un troisiéme inconnu
s'est chargé du dernier de
ces Divertissemens, qui a
précédé de peu de jours le
départ de Son Altesse Serenissime
pour Versailles. Le
sujet de cette Fête étoitsingulier.
C'étoit une de ces
veillées que les paysans &
les paysannes de villages
font pendant les hyvers,
lors qu'ils se rassemblent
pour travailler tous enferra
ble aprés leur souper. Celle-
ci étoit composée des
habitans de Sceaux. Une
vieille nommée Ragonde,
veuve fort riche, aimoit
passionnément un jeune
paysan nommé Colin. Celui
ci ne pouvoit la souffrir
à cause de l'inégalité de
'r¡g.e., & parce qu'il avoit
du goût pour la fille de la
veuve, nommée Colette.
C'est sur cette matiere que
rouloient tous les entretiens
de la veillée. La vieille
amoureusefaisoit tous ses
efforts pour gagner Colin;
ôc voyant qu'il sobftinoit à
la mépriser, elle contoit
une histoire qui tendoit à
lui faire croire qu'elle étoit
sorciere, & que s'il ne l'aimoit
pas, elle sçauroit bien
l'y contraindre par ses malefices.
Colin racontoit une
autre histoire qui tendoit à
lui persuader qu'il ne la
craignoit point. Les autres
paysans interrompoient
cette conversation on dansoit
,
& par là finissoit le
premier Intermede.
-; Le second Intermede étoit
composé de plusieurs
paysansapostez par lavieille,
& déguisez en Lutins,
en Demons & en Sorciers.
Colin trompé par Colette,
qui obeïssoit aux ordres de
sa mere, & aux conseils
d'un autre paysan nommé
Lucas,pour qui cette jeune
paysanne avoit beaucoup
de tendresse
,
donnoit un
rendez-vous à Colin, lui
faisant accroire que c'étoit
àl'insçûdesamere.Colins'y
rendoitavec empressemet;
& dans le moment qu'il
attendoit sa chere Coletre,
tous ces faux Lutins & Demons
effrayoient Colin,
tant par leurs danses que
parleurs chants. Ragonde
le voyant presque mort de;
peur,paroissoit, pour lui
dire qu'elle alloit l'abandonner
à la fureur de ces
Lutins soûmis à ses ordres,
s'il ne promettoit pas de
l'épouser. Colin épouvanté
ne
ne faisoit plus aucune resistance,
&:
faisoit
des sermens
d'épouser Ragonde. La
vieille satisfaite congedioit
les Lutins, les Sorciers ôc
les Demons,&emmenoit
son cher Colin.
Le troisiémeIntermede
étoit la noce de Lucas & de
Colette, & celle de Ragonde
& de Colin. Tout le
villagecelebroitce double
mariage;ôc aprésplusieurs
danses &: plusieurs chansons,
cette ceremonie sinissoit
par uncharivari.
Laconfusion prodigieuse
des memoires qui s'offrent
à mes yeux me laisse à peine
la liberté de démêler ceux
qui peuvent le mieux aller
aprés ces divertissemens.
Une avanture singuliere,
une histoire bouffonne, une
piece d'éloquence,une dissertarion
physique, des
morts, des Benefices, des
Enigmes, des Chansons,
des Vers, des Lettres ôc
des Nouvelles me tombent
indifferemment fous la
main,sauf à moy maintenant
à examiner si la lecture
de ces choses peut vous
amuser. PPourlmoy je le croy ; jugez à vôtre tour,
Messieurs, si vous devez le
croire aussi.
La police exacte qui s'observe
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
Si la lecture de cette
avanturevous afflige, il ne
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit. Le trait est nouveau ilest ancien, il , y aplus d'un
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
Aprés les bagatelles que
vous venez de lire, je croy
qu'il cit à propos de rendre
ce Journal un peu plus serieux.
Une querelle entre
des sçavans ne convient pas
mal pour cela, & voici justement
un reproche qu'un
très-habile homme de ce
pays-ci fait à M. D. L. 5.
qui a une assez belle reputation
dans sa Province,
; pour yrepondre s'il est
d'humeur à le faire.
Dans le Mercure de Septembre
M. D. L. 5. a fort
bien critiqué le vicit & le
consisas de l'hexametre du
Distique qui est nlis[ous
le Portrait du Roy,à cause
de l'impropriété& du barbarisme
de ces mots mais
je m'étonnequ'iln'aie rien
repris dans le pentametre,
qui est encore plusvicieux,
parce qu'il est sans cesure,
& qu'il y manque une longue,
à cause de l'ecthlipsis
quis'y rencontre. D'ailleurs
qu'il n'ait pas jugé que ces
vers ne pouvoient pasêtre
deSanteüil, mais de quelque
Poëte dupays du Nord,
qui sçait malles réglés de liPoësie Latine, & scande
les pentametres par des anapestes.
Pour rendre sa pensée
toute entiere, il faloit
donc dire;
Stravit inaccessisstructas in
ntPibusarCsS ;
Quiàni ? hic per Rhenum fie
fibifecit iter.
Sic, àcause du fort de
Tholhuys, duqm uel le canon
faisoit grand feu, comme
de la forteresse qui est dans
l'estampe en eloignement.
Ceci n'a rien de commun
avec ce que vous venez de
lire; la matiere d'ailleurs
en est si respectable, qu'elle
n'entre en parallele avec
rien. Ce qui m'embarasse
feulement, c'est qu'elleme
paroît si difficile à annoncer
,que je me trouve obligé
de vous laisser le foin de
ma transition; C'est la faute
de ceux qui me l'ont envoyé1
e que n y mettoientils
un titre.
La dispute entre les Chanoines
de la Cathédrale
d'Amiens & les Religieux
de l'Abbaye de S. Acheal;
touchant le corps de Saint
Firmin leConfesseur,vient
enfin d'être terminée dune
manière bien glorieuse
pour M.l'Abbé de l'Estocq,
Chanoine, Théologal, &
grand Vicaire de Monseigneur
l'Evêque d'Amiens,
qui a fait voir avec beaucoup
de solidité & de précision,
dans deux ouvrages
qu'il a donnez là-dessus au
public, le bon droit de son
Eglise. Le ic. du present
mois.,la châsse de saint Firmin
le Consesseur,troisiéme
me Evêqued'Amiens, &;
dont estquestion depuis
1697. entre le Chapitre 'ci'A:
miens & les Chanoines Réguliers
de S. Acheul, a été,
ouverte. Non feulement on
ya trouvélesreliques de
ce Saint, mais encore raae
le plus autentique que l'on
puisse desirer. Il ne faloit
plus que cette derniere
preuvepour mettre le comble
à la conviaion. Le
Choeur de l'Eglise Cathédrale
s'esttrouvéàcette ouverture
importante rempli
de ce qu'il y a de plus distingué
dans la ville. On a
trouve dans cette châtre des
ossemens entiers de saint
Firmin, & une quantité de
cendres considerable. L'acte
quimarque la translation
de ce Saint dans l'Eglise
d'Amiens, s'y est trouvé
entier avec les sceaux, renfermé
dans une boëte de
bois de hêtre. La justification
de la translation de saint
Firmin
) que M. l'Abbé de
l'Estocq a donnée au Public
l'année derniere 1714.
ne laisse rien à desirer touchant
la certitude de la
translation de ce Saint
dans la Cathédrale d'Amiens.
Les raisons qu'il apporte
dans cet ouvrage font
deduites avec beaucoup de
netteté & de jugement.
C'est une piece excellente
en son genre.
Passons maintenant, s'il
vous plaît, Meilleurs, aux
nouvelles generales. Je ne
sçai par quelle raison favorite
je fuis dans l'usage de
commencer par celles d'Espagne.
En attendant que je
vous rende raison de cela,
comme de tous mes caprices,
voici celles quej'ai rCJ
çûës de ce Royaume.
Sa Majesté Catholique,
comme je vous l'ai déjà dit,
a établi une Academiede
beaux esprits à Madrid pour
l'ornement, l'augmentation
& la correction de la Langue
Castillane. Les Membres
de cet illustre Corps,
dont le Roy d'Espagne est
le protecteur, font.
Le Marquis de Villena,
Duc d'Escalonne, premier
Majordome du Roy, Be
Grand d'Espagne) Dirctteur.
D. Vincent de Squarzafigo,
Secretaire.
D. Jean de Terreras,
Curé de Saint André.
D. André de Barzia,Avocat
general du Conseil des
Finances, ôc depuis peu
Conseiller de Castille.
Le R. Pere Jean de Ayalla
, Docteur en Langue Hebreuse
dans l'Université de
Salamanque.
Le Pere Aleazard
,
Jesuite.
Le Pere Cassani, Jesuite.
D. Jean deVillamoros
Prêtre.*
Le Marquis de saint Philippe)
qui a été Envoyé du
Roy à Genes.
D. Gonzales Machado,
President du Conseil des
Indes.
D. Jerôme Pardo, qui a
été du Conseil des Finances
,& à present du Conseil
Royal de Castille.
Le Comte de Salduena.
Le Marquis d'Aguillard,
Comte de Sant Estevan,
Capitaine des Gardes du
Corps, & Grand d'Espagne.
D. Jean de Solis y Avocat.
D. François Villegas)
Avocat.
D. Manuel de Fuentes,
Conseiller des Finances.
Les bontez de Sa Majesté
Catholique,toujours at.
tentive à tout ce qui peut
contribuer au repos, au
profit & à l'instruction de
ses sujets, n'éclatent pas
feulement dans le choix
qu'Elle fait d'hommes il.
lustres & sçavans pour conserver
la pureté, ôc augmenter,
s'il est possible,les
beautez d'une des principales
& des plus énergi
ques Langues de l'Europe,
telle quel'est la LangueEspagnole
:maisencoredans
les soins qu'Elle prend de
choisir des sujets dignes tk
capables d'administrer avec
toute l'intégrité qu'ils lui
doivent les finances de ses
Royaumes.
Ceux qu'Elle a preposez
à cette administration, sont.
Presidens de Caflille. -
D. Michel François Guerra.
Le Marquis d'Arenda.
D. François Portel.
D. Sebastien Romero.
D. Manuel de Azevedo.
Avocats Generaux.
D. Juan Rozillo.
D. François de Harriara.
Nouveaux Conseillers de Cc
tille.
D. Alphonse Castellanos.
D. Pedre Gomez de la Cava.
D. André Gonzales de Bar-
Zia.*
D. François Ycolano.
D. Jerôme Pardo.
Ajjejjeurs d'Etat.
D. Garcia de Haraziel.
Le Marquis de Handia.
Ajjejjcur Militaire.
Le Comte de Valdé de Aguilao.
Nouveaux Presidens des Finances.
D. François Rimol Qui-»
ro ga.
D. Balchazard de Hazevedo.
Avocats Généraux des Fi.
nances.
D. Manuel de Tolede.
D. François de Hetera.
Avocats Generaux du Conseil
des Indes.
D. François la Chica.
D. Diegue Valdez.
L'on a ordonné à D. François
de Harana, & à D. Pedro
de la Grava, tous deux
Conseillers de Castille, de
• ne point paroître à la Junte
jusqu'à nouvel ordre.
Sa Majesté Catholique a
ajouté a cette nomination
la publication d'un Decrer,
dont voici la teneur.
Copie du Decret rendu le 8.
Decembre dernier,pourl'établissement
d'un Conseil.
pour l'administration des
Finances.
Puis qu'enfin nous avons
obtenu la paix, nous avons
crû que ce qui convenoit lç
plus à nôtre service après
elle, & que ce qui meritoit
le mieux nôtre attention,
étoit de faire un reglemenc
solide & permanent pour radministration de toutes
les Rentes Royales, qui
non feulement produisit
une utilité évidente dans le
commerce, soit pour nos
vassaux
,
foit pour les nations
amies : mais encore
qui obviât par toutes fortes
de moyens aux fraudes qui
s'y commettent par les gens
qui font métier de contrebande
,& d'entrer des marchandises
de concert avec
les Commerçans de nos
Royaumes, avec lesquels
ils partagent le profit de
leurs fraudes ;
ainsi que
d'empêcher l'usage introduit
parmi nos rentiers y
dans les differens ports secs
& moüille de Portugal
,
ôc
des dixmes desquels ilsxU-v
minuent les droits, chacun
en sa faveur, par proportion
aux marchandises sur
lesquelles ils enonc;sollicitant
à cet effet, &obligeant
les Commerçans à faire en^
trer & debarquer leurs mars
chandifes dans les lieux de
la Ferme du droit de chacune
d'icelles, eu égard à
la grace que nous faisions
en diminuant lesdits droits,
malgrélaquelle ils font tant
diminuez, qu'ils ont éé abfolument
ruinez en certains
endroits; & dans la crainte
qu'il n'arrivât la même chole
pour tout lereste,& qu'-
ainsi nos Revenus Royaux
se trouvassent extraordinairement
diminuez, Ci nous
n'appliquions un remede
prompr & convenable à un
si grand desordre.
A ces causes, & en consequence
de la resolution
des baux de toutes ces rentes
portées par nôtre ecret
du ti. May de la presente
année,à commencer
du premier Janvier d'icelle,
nous avons resolu que toutes
les rentes generales se
regiroient à l'avenir, & que
le recouvrement & tout ce
qui en dépendroit passeroit
parunemême &seulemain
fous les ordres d'un Conseil
d'administration générale
à Madrid,auquel à cet
effet nous donnons pouvoir
de nommer pour la regie
& recouvrement de nosdites
rentes & droits, tels &
tant de sujets qu'il conviendca,
soit à Madrid, soit dans
nos Royaumes, ausquels il
fixera des appointemens,
ou salairesraisonnables,&
donnera les instructions necessaires
pour qu'ils s'acquittent
bien chacun d'eux
des emplois qui leur feront
confiez. Voulons aussi que
nos différentes rentes & revenus
qui se perçoivent par
divers [ujers) soit à titre de
ferme, ou de commission,
se
se perçoivent dorénavant
par une feule & même personne
; en forte que dans
chaque port, sec ou moüillé.,
ou dans chaque doüanne
, il n'y ait absolument
qu'un Directeur ou Administrateur,
sous les ordres
duquel tout s'y régira; te
feront tous lesGardes,Commis,
Ministres & leurs adherans
de son district, afin
d'éviter par la la différence
des regies ôc des préposez
pour chaque rente ou droit,
qui ne fervent qu'à multiplier
sans necessité des appointemens
& des sujets,
qui n'avoient d'autre attention
que de diminuer par
fraude les revenus des autres
rentes, en faveur de
cellepour laquelle ils étoient
employez.
*
7 Nous ordonnons encore
que les droits se percevront
dans leur entier, en conformité
des tarifs qui subsistoient
au temps de la
mort de Charles second nôtre
oncle, de glorieuse memoire,
& ce juiqu'à ce que
les Commissaires que l'on
attend de France, d'Angleterre
& d'Hollande soient
arrivez, & qu'il ait écé reglé
avec eux un nouveau
tarif, pour établir entre ces
Puissances & nos Royaumes
une convenance reciproque
& proportionnée à
la bonne correspondance
que nous avons dessein d'entretenir
avec les nations qui
nous sont amies.
Et comme le Conseil que
nous établissons par ce present
Decret doit administrer
toutes nos rentes jusqu'à
ce que les tarifs cidessus
soient reglez, & qu'il
se soit formé une compagnie
de gens d'affaires qui
les prenne toutes pour son
compte, nous voulons que
ce Conseil soit composé du
Vedor general, de l'Evêque
de Gironde, du Marquis
de Campo Florido
premier , & second Presidens
de nos Finances;D.
Miguel Fernandes Duran,
D. Juan de Zesma-du Comte
de Torre Hermosa, de
Jacob de Flan, 6c d'Antoine
Sartine.Auquel Conseil
nous donnons & attribuons
toute juridiction, tant civile
que criminelle, non
feulement pour la nomination
des Administrateurs,
Directeurs, Gardes &Miniftres
;
leur fixer des appointemens
, leur donner
toutes instructions ®lemens
pour le bien & avancement
desdites rentes:
mais encore pour éviter,
obvier & reprimer par toutes
fortes de voyes les fraudes
qui se commettent; faire
procéder pardevant lui
à la requête des Directeurs
ou Commis (àqui nous attribuons
ces confiscations )
à toutes informations, aétes
& decrets convenables
J contre les contrevenans ,
en quelque forte & maniere
que ce soie, & contre leurs
adherans, direaement ou
indirectement ; connoître
de toutes les actions intentées
pour cet égard; Ôc
prononcer toutes Sentences
qu'il conviendra contre
les delinquans, suivant la
rigueur des loix, & jusqu'à
la peine de galere & de
mort, suivant les cas, ôc
sur-tout contre les employez
à la garde, conservation
,
regie & administrationdesdites
rentes,comme
plus grievement cou.
pables que d'autres. Enobservant
que quand il s'agira
de prononcer de peines afflictives,
nous voulons que
le Vedor généralappelle à
ce Conseil trois Officiers de
Robe longue de nôtre Conseil
des Finances,qui auront
voix deliberative, lesquels
seront à son option.
Accordons audit Conseil
jurisdictionsur toutes sortes
de personnes, sans en
excepter les militaires, pas
même nos Gardes de cavalerie
,
infanterie, ni leurs
Officiers, les Commandans
& Gouverneurs des places,
non plus que les autres Officiers
& soldats de nos armées
,
dés qu'ils tremperonr
en fraude, ou faciliteront
la fraude de nos
droits. Reservant à nôtre
Conseil. & à ses préposez
de connoître de tout en
cette partie, privativement
à toutes autres Justices
, Juges, Conseils ôc
Tribunaux de nos Royaumes
&c.
RepreReprenons
maintenant,
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
J'interromps ici le cours
des Nouvelles, pour les
reprendre dans un autre
endroit, où je croy qu'elles
trouveront mieux leur
place, & je leur substitue
une Ode d'un jeune homme
de quatorze ans, dont
l'esprit promçt beeucoup.
Le fils de M. Chappe, ancien
Payeur des Rentes,
en est l'auteur. Il a reçu
tant d'applaudissemenssur
cet ouvrage, qu'il ya lieu
d'esperes que les suffrages
des honnêtes gens qui l'ont
vû l'encourageront à en
faire de meilleurs, & le
rendront plus correct.
ODE
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits.
IDYLLE
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
Le projet que javois
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront. J'avois
Je vous ay promis le mois ,
passé de reprendre l'article de
Son Eminence Monteigneur
le Cardinal d'Estrées ; nous y
voicy ,
Messieurs, vos regrets
sur la perte de ce grand homme
, feroient peutêtre son
éloge, & suffiroient pour
m'engagerau silence,si jen'étois
pas obligé d'en dire ce
que tout le monde peut n'en
pas sçavoir.
Cesar d'Estrées, Cardinal
du Titre de la Trinité du
Mont, Camerlingue du Sa-i
cré College
y
Evêqued'Albano,
cy-devant Evêque&Duc
de Laon, Pair de France,Com-
mandeur de l'Ordre du Saint
Esprit,Protecteur du Royaume
de Portugal,Abbé de
Longpont, duMontS Eloy,
de S. Nicolas Aubois
,
d'Anchin
prés Doüay, deStaffarde
en Piémont,& de S.Germain
des Prez, cy devant aussi Abbé
de S. Claude en Franche-
Comte,Docteur de Sorbonne
,
Doyen de l'Académie
Françoise
3
& Protecteur de
celle de Soissons, mourut au
Palais Abbatial de S. Germain
des Prez le mardy au foir
1 8.
Décembre 1714. Ilestoitné
au mois de Février ié18. fut,,
nommé Evêque de Laon en.
1653. créé Cardinal par le
PapeClément X. en 1671.
,&, fût fait
-
l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du
S.Espriten1688.Ilavoitété
employé en plusieursnégociations.
importantes dans les
Cours de Rome, de Portugal,
de Savoye & d Espagne, où il
s'estoit fait generalement aimer
& estimer. Il avoit eu
pour frere aîné FrançoisAncubai
2. du nom,Duc d'Er..
trées, Pair de France, Gouverneur
de rMs de France,
mort Ambjujdcur Extraordinaireà
Rome le 30Janvier
1687 ayeul de M. le Duc
d'Estrées à present vivant, &
pour frere puîné feu Jean
Comte d'Estrées
,
Maréchal
& Vice-Amiral de France,
Chevalierdes Ordres du Roy,
pere de M. le Maréchal d'Estrées,
&deM.l'Abbéd'Estrées
, Abbé de S. Claude en
Franche Comté, PrélatCommandeur
de l'Ordre du S. Esprit,
cy- devant Ambassadeur
en Portugal,puis Ambassadeur
Extraordinaire en Espagnc.
Ils estoient tous trois fils
deFrançois- Annibal d'Estrées,
Duc d'Estrées, Pair,& Maréchal
de France,Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de 1Ifl: de France, & de Marie
de Bcthune Selles sa premiere
femme, petit-fils d'Antoine
d'Estrées,Seigneur de
Coeuvres
)
Grand- Maistre de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy,Senéchal&
Gouverneur duBoulonnois,
& de Françoise Babou
de la Bourdefiere, & arriéré
petit fils de Jean d'EC
trées, Seigneur de Coeuvres,
& de Vallieu, Grand-Maistre
de l'Artillerie de France, Chevalier
de l'Ordre du Roy, Se
Sencchal du Boulonnois,&de
Catherine de Bourbon, fille de
Jacques bâtard de Vendôme.
La Maison d'Estrées est originaire
de Picardie; ellen'est pas
moins illustreparl'ancienneté
de sa noblesse
, que par les
grandes dignirez de la Couronne
donc elle a estédecorée
& pu ses grandes alliances.
La genéalogie en est rapportée
dans l'Histoire des Maréchaux
de France par le sieur
Dufourny
, au chapitre des
Maréchaux de France, & des
Grands Maistres de l'Artillerie.
Peu de jours avant sa mort,
une Demoiselle de 14, ans
avoir soutenu à Turin une
These Latine qu'elle avoit dediée
à Madame Royale; cette
Princesse l'avait envoyée à M.
le Cardinal. Il y a pluficurs
traits dans l'Epitre dédicatoire
de cette These que le Public
verroit avec plaisir, s'ils n'étoient
pas )
à le bien prendre,
de vrais Concetti. Chacun sçait
que Son AUefle Royale cft
niece de Son Eminence, donc
M. de la Monnoye a fait l'E..
pitaphe à la tête du Livre des
Hexaples d'Origenes donne
par Dom Bernard de Montfaucon
en 2. vol. in fol. En
voicy les Vers.
HieillcestCæfàrIAtiQ
decus additus ostro
Herj-a de gente satusnon
de-gener JleroJ
Quem Tiberis,Bcetifque
colunt, cuisequana
pl. udit:
ConsilisReges doctus,populosque
luvare,
Immensaque omnem complexus
mente Minervam
Et calamo, & lingua
magnus,sedpectoremajor.
Magiclaine de l'Espinay ,
veuve de Henry de Lorraine,
Comte de Brionne
,
Grand-
Ecuyer de France en survivance
de M. le Comte d'Armagnac
son pere,Chevalier des
Ordres du Roy, mourut le..
Décembre 1714. laissa nt pour
fils unique Louis de Lorraine,
dit le Prince de Lambe fc
, marié
depuis le it MiYt709.
avec J anne Henriette Marguerite
de Durfort de Duras>
fille aînéede feu M. le Duc de
buras. Madame la Comtesse
de Brionne qui vient de mourir
estoitfille unique & heritiere
de Louis d Espinay,Marquis
d'Espmay en Bretagne&,
de Broon,& de Dame Marie-
Françoise Coufin de saint Denis)
cH sortied'une des plus anciennes
Maisons de Bretagne,
oùelle subsiste encore à present
, & qui a pris son nom
duChasteaud'Espinay dans la
Senechaussée de Rennes.
Noël Bouton, Seigneurde
S. Leger,&de Dennevy,dit
le Marquis deChamilly, Maréchal
de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Strasbourg
,
&cy devant
Commandant dans les
Provinces de Poitou,dAunis,
&.de la Rochelle,mourut à
Paris le 8 sans laiser d'enfans
de Dame Elisabeth du Bouchetde
~Vilfltx sonEpouse Il
estoie né le 6. Avril ic36. &
avoir commencé a servir dés
l'an 1656. s'estoit signalé en
Candie en 1668. & dans un
nombre infini d'autres actions
, sur tout dans ladeffense
de la Ville de Grave dont il
CaOlt Gouverneur, & dont il
sontint le siege pendant prés e mois en 1674. Il futfait
Maréchal de France le ^.Janvier
1703. & Chevalier des
Ordres du Roy le 2.. Février
1705.Ilétoit frere puîné d'Erard
Bouton, Comte de Chamilly
,
M aréchal de Camp
9
pere dl. FrançoisBoucon,Comte
de Chamilly, Lieutenant
General des Armées du Roy,
cy- devant Ambasssadeur Extraordinaireen
Dannemarck,
qui n'a que des 6,les de son
mariage avec D.¡me Catherine
Poncé de la Rivière. La
Maison de Bouton Chamilly
cft d'une noblesse ancienne &.
distinguée en Bourgogne.
L'Histoire en a esté donné au
Public par le sieur Pallio, Imprimeur
des Etats de Bourgogne
,
& elle se trouve encore
dans le premier tome de tHtC.
toire des Grands Officiers de la
Couronne.
Mcffire FrançoisdeSalignac
de la Mothe Fenclon,
Archevêque & Duc de Cambray
,
Prince de Cambresis,
l'un des 40. de l'Académie
Françoise
,
cy-devant Précepteur
des EnfansdeFrance,
mourut en son Archevêché
Je Janvier 1715.Ii etoit
fils dePonsde. Salignac,Comre
de Fenclon
,
& de Dame
Loüise de la Crope S. Asbre
sa seconde femme. Il avoit
pour frere aînéFrançois de
SalignacComte de Fenelon,
fils dumêmePons deSalignac,,
&de Dame I sabeau d'Esparbes
de Lussan sa première femme,
& ayeul de M. le Marquis
de Fenelon
,
Colonel du
Regiment de Bigore, & de
Messieurs les Abbez de Fenelon
, & de Salignac. La Maison
de Salignac l'une des
plus anciennes du Royaume,
est originaire de Perigord;elle
prend son nom de la Chhâ"cell--
lenie de Salignac située à deux
lieuësdelaVille de Sarlattes,
lxclles'efi: alliée detout tems *
avec les Maisons les plus considerables.
Messire François Adhemar
de Monteil de Castelanne
,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General au Gouvernement
de Provence, mourut le
30. Decembre 1714. Ilestoit
fils de Louis Gaucher Adhemarde
Monteil
,
Comte de
Grignan,& de Marguerite
d'Ornano, & neveu de François
Adhemar de Montcil de
Grignan, Archevêque d'Arles
, l'un des Prelats Commandeurs
de l'Ordre du S. Esprit
mort en 1689. Le veritable
nom de M.le Comte de Grignan
étoit Castelanne, Maison
des plus anciennes, des
plusillustres,&des plus étenduës
de la Provence,& il ne
portoit le nom d'Adhemar de
Grignan qu'en vertu de la
substitution portée par leTestament
fait l'an lyo6. par
Gaucher Adhemar, Seigneur
& Baron de Grignan,de l'une
des
des plus puissantes Maisonsde
Provence, en faveur des ensans
sortis du mariage de Blanche
Adhemar sa fille avec Gaf.
pard de Castelanne, quatrième
ayeul de M. le Comte de
Grignan qui vient de mourir.
Messire Paul. Augusteton
de la Rochesoucault ;
Comte de Jarnac, Marquis de
Sourdam
,
&c. Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Bearn, mourut
le 19. Décembre1714. Il
avoit épousé depuis peu Ma.
demoiselle dejarnac, heritiere
de la Comté de Jarnae du
nom deChabot,&demême
Maison que M le Duc de Rohan.
Il estoit frere puîné de
M. le Marquis de Montendre,
& fils de Messîre Louis Charles
de la Rochefoucault, Marquis
de Montendre, & de
Dame Magdelaine Pitou, donc
je vous ay appris la mort il y
a quelques mois. La Maison
de la Rochefoucault est une
des plUStllufires du Royaume;
ellc est originaire de l'Angoumois,
où ca situé le Château
de la Roche, qui luy a donné
son nom.
Louis, Chevalier Ecuyer
Seigneur de Bagnollet, Moeuvres,
de S.Hilaire, &c. Cohseiller-
Secretaire du Roy, &
cy devant Fermier General
,
mourut le 5. laissant entr'autres
enfans, Loüis Chevalier,
Président des Enquestes du
Parlement ;i) estoit fils de Nicolas
Chevalier sieur du Bochet,
Receveur des Tailles à
Nogent, & d'Anne Bonnet,
& petit fils de Claude Chevalier
sieurde S. Hilaire, & de
Moeuvres, Conseiller au Présidial
de Rheims, & Bailly de
cet Archevêché, & de Marguerite
Godé.
Dame Marie LoüiseChar.
lote Pot de Rhodes, seconde
femme de Gand Villain, Prince
d'Isenghien
, mourut en
couches le 8. Janvier;elleétoit
fiile de Charles Pot, Marquis
de Rhodes, cy-devant grand
Maistre des Cérémonies de
France, & de Dame Marie-
Therese de Simiane deGordcs;
la Maison dont elle sortoit est
une des plus anciennes & des
plusillustres du Berry, comme
on le peut voir par la Genealogie
qui en est rapponée dans
l'histoiie de cette Province,
pat le sieur de la Thomasiere,
Pour celle de Gand
- Villain,
d'Isenghien
,
elle est une des
plus anciennes & des plus illustres
du Comté de Flandres,
& forry des anciens Chastelains
de Gand, suivant le célebre
André Duchesne, qui
en a donné l'histoire avec ses
preuves a-la fuite de celle de
la Maison des anciens Comtes
de Guyenne.
Dame Marie-Marguerite-
Fran^ovfe del'Elées,épouse de
Mr Loüis Demoulins, Chevalier
Marquis de l'Isle, Brigadier
des Aimées du Roy,
Colonel du Regiment de la
Fere, mourut le 9 Janvier.
t Mr Jean du Faure de Valeille,
Maréchal des Camps
& Armées du Roy,Commandeur
de l'Or dre de S. Louis,
cy- devant Gouverneur de la
Ville & Citadelle de Nancy ,
mourut le 6 Janvier 1715.
Dame Cbai lore deCrequy,
épouse de MdTire Aymard
Louis
,
Marquis de Sailly
, Lieutenant General des Armées
du Roy, mourut le 2.
de ce mois; la Maison de
Crequy dont elle estoit, est
une des plus iliuftres du
Royaume, tant par son ancicnneté
que par la grandeur
de ses alliances; elle est originaire
de Picardie, où est situé
la Terre de ce nom; & 1* Genealogie
en est amplement
rapportée dans l'histoire des
grands Officiers de la Couronneau
Chapitredes Maréchaux
de France: Pour celle
de Sailly, elle est d'une Noblesse
distinguée de la même
Province de Picardie, & prend-
son nom dela Seigneurie de-
Sailly & ArrOÜalfe:
Dame Diane Gabrielle de
Damas Thianges, veuve de
Messire Philippes Julien Mazarini,
Mancini Duc de Nivernois
& Donziois,Pair de Fran.
ce,Chevalier des Ordres da
Roy, Gouverneur, & Lieutenant
General pour Sa Majesté
e fdi[s Pays, mourut le 12. Janvier
1715.laissant pour ensans
Mr le Prince de Vergagne,
Mr de Mancini, MadaDmOe la
Princesse de Chimay, & Madame
la Duchessed'Estrées:
Elleestoit sile deClaudLéonordDamasMarquis
deThianges,
&deGibriel de Rochechoürt,
Princesse de Tonnecharante
,
&;, petite fille de
Charles Damas Marquis da
hianges:)
Thianges, Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit, Lieutenant
General au Gouvernement de
Bresse,Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & Capitaine
de cent hommes d'armes
; la Maison de Damas est
originaire du Duché de Bourgogne,
& elle est une des plus
illustres du Royaume
, tant
par son ancienneté que par ses
grandes alliances. Pour celle
de Mancini, elle cO: originaire
dela Ville de Rome, & est
connuë en France depuis le
CardinalMazarin
,
dont feu
Mr le Duc de Nevers estoit
neveu par sa mere.
Après un article de morts
illustres aussi long que celuycy
,
& dont le détail n'a peurestre
servi qu'à ennuyer ou à
affliger bien du monde; je
croy que la Liste de ceux que
Sa Majesté a nomme pour
les remplacer, menera insensiblement
le Lecteur à des
Chapitresplusagréables.
DONS DU ROY,
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
f
Les Sçavants ne mereprocheront
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
Ilestdecertains ouvrages excellens,
qui n'ont nullement
besoin pour être estmez ce
qu'ilsvalent, dêtre vantez par
ces caballes d'cfprit ausquels
onn'ajoute souvent avec raison
pas plus de foi qu'àmoy;
& il en efl; de ces ouvrages
presque de mesme, que des
odes d'Horace que M. fait imprimer
actuellement en vers
François ; il m'avoit promis
il y a environ six semaines de
m'en choisir une couple dont
je me flattois de vous faire present
dans lejournal de ce mois;
mais il n'a pas été le maître de
me tenir parole; ilaétéobligé
d'avoir scrupuleusement recours
à Ton Libraire, & de lui
demander s'il approuveroit
qu'il me
fit le don qu'il m'avoir
promis. Comment,Monsieur
,
luy a répondu le Libraire
, vous mocquez vous?-
vos ouvrages s'annoncent
d'eux mcCnlcs., O* le bon 'Vin
n'aquefaire de bouchon. M. *. a
ploye humblement lecol à la
remontrance & ne m'a rien
donné, sur la foy de son Marchand
qui p étend queMcrcure
n'a aucun droit sur cet ouvrage
immortel; je disà cela
d'avance
d'avance que ce Libraire peut
avoir raison, & je le crois par
cette autre raison. ;'W,¡.lj..
La pluspart desLibraires
quiveulent s'enrichir des productions
des - bons v Auteurs;
croyent qu'il est de
leurinterest, que les meilleurs
livres qu'ils donnent ne parroment
dans leurs boutiques,
que comme un éclair, & ils
font persuadez que leurs feuillesne
sont pas plustôt sorties
de sous la presse,qu'avant
l'affiche;la renomméelesa
déjà annoncées à tout le monde
; d'ailleurs ils craignent
qu'un livre annoncé dans un
autre , ne paroisse moins bon
aux yeux des Lecteurs qui ne
manquent pas de croire d'abord
, que les Auteurs ont
choisiles plus beaux endroits
de leurs ouvrages, pour les
faire servir d'enseigne à leurs
livres. Ils peuvent fc tromper,
& ne pas se tromperlà-dessus;
Quoiqu'il en soit,je crois qu'il
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
Des Extraits ne font pas
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
CHANSON.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
Nous touchons - maintenant,
Messieurs, au plus joly
chapitre du Livre; cette épU
thete vous annonce assez que
c*ctt celuy des Enigmes, &
4
l'empressement que vous avez
pour elles, me le prouve encore
mieux. Ainsi ne vous
étonnez pas que la consideration
que j'ay pour vous m'ait
determiné à redoubler mes
foins, pour essayer sans effort
a vous le faire trouver meilleur
qua l'ordinaire. Di fort
habiles gens y ontmis bon ordre,&
vous n'en ferez cerraixnenr
pas quittes à si bon marché
ce mois cy, que le mois
passé. Je vous dis alors, &
peut-être qu'il vous en souvient,
que M. Anceau & M.
Desmoulins alloient sans don*
te se declarer la guerre : cela
n'est que trop vtay, Messieurs,
&je fuis bien trompé si Mercure
ne porte pas la folle enchere
de leur demêlé.Cependant
siquelque choseest capable
de me rassurer
y
c'est que
M. Anceau me paroist assez
humain, &qu'il ne m'envoye
cette replique, où il m'engage
de gayeté de coeur, que pour
ne plusrepliquer.
REPLI QJJE.
D'unjeud'espritàl'inveéïive
N'esperes pas que je te Juive,
L'aigreur ne fut jamais
mon fait:
Deust ma Musetromper
l'attente de Mercure
Et de tous mes amis exciter
lemurmure,
Je ne rendray point trait
pour trait.
Mais quO) ? me diraiton
, vous frondez,
deux Enigmes
Où le Public poursel ne
trouvaquedes rimes,
L'Auteur déconcerté repond
à contre-temps
Qu'ilfit exprés pour vous
l'une & l'autre facile:
Souffrirez-vous d'un air
il tranquille prenne encore le chan
ge en dépit du bonsens.
J'aime à voirsa Mujè
offensee
Mal interpréter ma pensee,
Ensaisir une fausse, en
fabriquer huit Vers;
Maissil'on veut que je
mexplique,
UHorace de nos jours
m'apprendque la Critique
Dédaigné tout esprit qui
pense de travers.
Au resset du Moulin,
de cette bagatelle
Mercure rvoudrott jawc
une guerre éternelle, Il
Rendons, si tu m'en crois,
ses desseinssuperflus:
Pour moy je te préviens&
le dis sanscolere,
Ayantfaitce quefaydâ
faire,
Ecris, ou riécrispas5 je ne
répliqué plus.
Mais de grace, Messîeurs;
revenons à nos Enigmes.
Le mot de celles du mois
,
passé estou la Feue du (Jajl. au,
& la peau du Tambour. Les
noms de ceux qui les ont devinez,
sont : le Coureur du
Régiment de la Calotte : le
Goupil du Louvre :
la petite
Lo : Mlle Ricard.l'aimable
Claufier la jeune, & son voisin
deChavigny
,
M. de Barjolay
,
la belle~B.in.e d'cs
de S. Landry, labeaiuéciutiledelaruëS
Ce:mintle S s
de Rochermine)
le foM^ire
Quemine, le nlùsyjycùx M î
tre des Compres Je Roikn
„ l'aimable Mxireiredela ruë
neuveS. Honore,Us (, 1i";; ',.
, .)¡ - J .", -' o 1",
deSainte Agnés, l'amy fidele.
de la charmante Tailfert, &
le beau Chevreau de la grandecollation.
En voicy d'autres, dont la
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
Celle-cy cH de main de
Maistre,
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
Que puis-je maintenant vous
donnerà la suite des bagatelles
que vous venez de lire ; vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire
plusieurs fois, Messieurs,que
je ne vous ennuyois pas,j'en fuis
vrayement fore aise. Cependant
je me lasse,&si jecontinuëàvous
entretenir, je sens, dans labelle
humeuroùje suis,qu'il m'estimpossible
de m'empêcher de mordre,
ou d'égratigner; mais il
vaut mieux que je me taise. Quel
effort de vertu quelle grandeur
d'Ame ! Je me dérobe pour ainsi
direàmoy même!jenesuis pourtant
pas le Maître de me renfermersi-
tôt dans les bornes du lilence.
Et j'ay avant de finir, une
plainte,mais une plainte importante
àvousétaler.
PLAINTE
Sur la disette du bois.
On a millefois oüidire
Qu'Orphéeajadissurses pas
Fait marcher les forests sensibles
aux appas
Et desa voix& de sa lyre.
Moit bien loin d'esperer que 1114'
lyre & ma voix
Attirentpar leursfinsjamais tsmt
un bocage,
Même au sonde l'argentje nepuis9
dontj'enrage,
Attirer dans rna Cave une branche
de bois.
Mais,apréslapluye, comme
on dit, vient le beau temps,
quodejlviolentum non cjl durabile
,& le diable n'estpas toûjours
à la porte d'un pauvre homme.
QuedeSancho,Messieurs!il n'importe
Avec le temps je vous en
donneray bien d'autres ; Miguel
Cervantes est mon maîrrejmai!» à
bon compte,revenonsànos moutons.
Cette plainte sur la disette
du bois, dont comme vous (ça4
vez, (grace aux plus clairsvovans
) la moitié du monde effc
affamée à Paris aété veuë par
M. l'Abbé de la Grange Trianon,
il en a été couche
,
& en consequence,
ila fait present à son illustreAuteur
d'une voye de bois,
bien conditionnée, ce qui l'a
obligé à luy en faire le remerciement
suivant.
Je croyois mon honneurperdu,
: Abbé vous me l'avez rendu.
J'en dois par toutfairetrophée
Oüy,puisquepar leurs fotts & ma
lyre & ma voix
Aujourd'huy dans ma Cave tlttj
rent vôtre bois9
Jepuis hicfJ, grace à vous, map~
pellerun orphée.
Maispourquoy,s'il vous phit;
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercure
APOSTILLE.
MESSIEURS,
Je ne croyois pas qu'il me fut
possible devousriendirecemoiscy
de l'Ambassadeur de Perse-
Cependant j'ayheureufemenc
en mes mains un article qui le
concerne, & qui n'y vieillira asseurement
pas.
( Memeth Riza Reg,Intendant
de la Province cClrtvan en Ar- imenie, Ambassadeur du Roy de
Perse en Frarce
,
arriva à ( harenton
le 16 de ce mois, & le
lundy 2.8. M.le Baron de BreteuilIntroducteur
des Ambassadeurs&
Princes Etrangers, yalla
luy faire un compliment dela
part du Roy, honneur que Sa
Majcfté ne fait quetrès rarement&
dans des occasionssingulieres.
Le dernier à qui pareil
honneur a été fait, fut le Connestablede
Castille lorsqu'il vint en
France au n011) de toutes les
Cortesd'Espagne
,
demander le
Duc d'Anjou pour êtreleur Roy.
L'Intendant de la Province d'lyi<
voen est la troisïéme personne
deceGouvernement qui est le
plus
plus considerable de toute la
Perse, & a de revenu trente deux
milleromansparanquifont prés
decinqcentsmille écus. La Ville
d'Irivan passe dans l'Orient
pour la plus ancienne peuplade
du monde. Les Arméniens ont
dans leurs traditions que l'Arche
deNoéestsur la pointe du Mont
* Macis qui est voisin de la Ville
d'Irivan. Onmontreencoreàpresent
aux environs de cette montagne
l'endroit où Noé plantala
Vigne. A deux lieuës d'lrivanest
le celebre Monastere des trois
Eglises, le sanctuaire des Chrétiens
Arméniens & le lieu pour
lequel ils ont leplus de dévotion.
Je m'étendray davantage le mois
prochain sur toutes ces choses
* jirArat dans la Genese,
dont je croy les circonstances
merveilleuses,dignes de lacuriosité
detoutlemonde;en attendant
Messieurs) il me reste à vous
faire part d'une piece originale,
ausujet del'Intendant dirivan.
C'estun ouvrage enrichi des plus
brillantes expressions qu'on puisse
lire dans les Contes Arabes &:
danslesmille &unenuit, c'est
enun mot un compliment tout
Oriental que M. le Baron deBreteuil
a fait de la part du Roy à
l'Ambassadeur de Persequi en a
paru très content. Jel'ay heureusementattrappé
,tel, mot pour
mot,que ses Interprètesl'onteu.
Le voicy.
L)EinperettTdeFranCt, mon Maître
j leplus grand~(jr lepluspieux
des Empereurs Chrétiens
5
leplus
magnifique des Roys de l'Europe, le
plusPaissantenguerre, tant sur
la Terre quesur la Mer,toujours invj¡¡
âble, l'amourdesesPeuples,~d*
le modeleparfaitde toutes les vertus
Royales) m'envoye
,
Monsieur
D *vousfaireun complimentdesapart,
~&fie réjouir de vostre arrivée auprés
de Paris, la Capitale de son
Empire,la plus riche ~cr u't plussuperbe
des Filles de la part du
monde que nous habitons IIfiçM?
quel'EmpereurvostreMaîtreest le
plusmagnifique&leplusPuissant
Empereur de l'Orient, & ilestpersuadé
qu'ayant àla Cour autant de
pufonndgts Illustres qu'il en a , HVOUA a choisi entre eux2 comme
un Sujet d'un mérité di-ie- &
capabled'etrt le lien de runion de
(Uuxsipuissants Monarques
njowào,-."era,.Jieur
, en touttes
occiij sydes marques del'efti»
ne cr at la co/ijideriitioa.quil u
fourunAxh.jj\ideurqui vient de
lu part à 'un si grandEmpereur.
Pour mOJ). Monsieurje regardecomme
un btnheurcCêtre le premiera,
qui il ait ordonné de vous venir
complimenterde sa part:Jir.1.J au
sortirdelette Conférence, luy rendre
compte de l'éx/atlion deses orIl
dtesy & en prendre de nouveaux
pour Vojlil entrée à Paris,(£ voflre
Audiance à la magnifique Cour de
Sa Majesté Impériale.
Si après toutce quevous tenez
de lire, M("cfieur$)yfercnre'ous
ennuye, il faut en veriré que vçug
tement entrevoir la craintequi£
adenepas recevoir tes Etrennesqueses
devanciers qui ri
toientpas meilleursfaiseurs de
Mercure que luy, recevoient an
commencement de (haque annee.
Ses inquiétudes
,
ses exclamations
&ses propos interrompus
sont des situations interressantes
dans le préambule, dont 1,
resultatestunContedesFées* 3
Conte des Fées. )
Ebauche de quelques unes desprincipales
Nuits de Sceaux. 49
Discourssur l'origine duMois, yo
4vantmfwgulierc, 7r
Histoirebousonne gy
Réponse à l.i Critique d'un Distique
de Santeüil qui aparu dans le
Mercure de Septembre. 92,
Jàécijion dela dispute entre les chanoines
de la Cathedrale d'.Amiens
& les Religieux de J'A,bbaye
de S.Achetil.95
Nouvelles d'Espagne. 99
Noms des Seigneurs qui composent
l'Academiedesbeaux Esprits de
Castille. 100
Noms des Presidens & officiers des
Finances d'Espagne.104
Copie d'un Decret rendu le 8. Décembre
dernier,pour l'établissement
d'un Conseils pour l'Administration
des Finances d1Ef~ pagm,107 Smte du Voyage de la Reined'Espagne
jusqu'à son arrivé à Ma
drid. l:l[ :
Ode sur la Paix, i357
Idilesurla Paix.151
Reflexionpolitiquedel'Auteur. 164
Morts. 169
Dons du Roy, 194
Dissertation Fhtfique & tres cuneuse
,sur les Taches & Facules
duSoleil.210
Extrait des Harangues que Mrs
Massieuv Malerprononcerent le
29. du moispassé,à CAcademie
Françoise
,
où ils furent reçûs
dans les Places vacantes par la
mort de Mr l'Abbé de Cleramhllult)&
deMrdeTourreil. 162,
Dfè'Hrs peut-estreinutile. 309
SuitedesNovelles, 314.
EpigrammeduChevalierd'Accilly,
dont l'Auteurfait l'application
Illt Mercure. 331
Chanson, 332.
,
Replique de M.Anceau, aux Vers
EdneMirgdemsMoeulsin.,34.3136
Modestie de l'Auteur. 345-
Plaintesur la disette du bois de M.
D. L. M. 346
Remerciementdu même à Mr 'Ab..
béde Trianon, qui luy avoitenvoyé
une belle & bonne voye de
bois. 34S
Compliment de l'Auteur. 349
Apostille. 3-1
Nouvelles de l'AmhllJlddellr et
Ptrfe, ¡¡vec la copie du compliment
que Mr le Baron de Breteüil,
Introdufteftr des Ambajfa- •deurs,luy a fait d. la part dM
Roy. 352,
Lit Figure des TAchesailSoleilJ
doitregarder la page 2.10
Qualité de la reconnaissance optique de caractères