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1714, 11 (Gallica)
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372
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Texte
A PARIS,
M ERCU RE
GALANT.
Par le Sieur L. F.
Mois
de Novembre
1714.
Le prix est 30. folsreliéen veau,&
15. fols, broché.
A PARIS,
Chez DANIEL JOLLIT, au Livre
Royal, an bout du Pont S. Michel
du côté du Palais.
PIÊRJUJ RIBOU, à l'Image S. Louis,
ibr le Quay des Augustins.
Au Palais,PIERRE HUET) surle
second Perron de la Sainte Chapelle
, au Soleil Levant.
'A%ccAprob4tiwi&PrivilègeduRti.
MERCURE
NOUVEAU.
Olages Filles du
Permefic,
Sur ce mot fameux
dans la Grece
Faudra-t-il toûjours vous
chercher?
Et vous tenebreuses Sybilles,
Naurcz vous jamais pour
azilcs A ij
Qu'une caverne ou qu'un
rocher?
Vosnoiresdemeuresne Vosnoiresdemeuresne
merententpoinr. Recevez,
si vous voulez
,
dans vos
tristes retraires, dans vos
antres affreux,des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne, troupe
ingrate, puisque vous me
refusez de m'inspirer
; je
v-iisfacrifier deformais à
des Divinitez pluspuissantes
que vous, je vais Suivie
Baccus & l'Amour. Sous
leur.au/pices, (#
Nil pirvuum, aut humilt
modo;
Nil mortale loquar : dulcepericulum
est,
O Lenttt) sequi Dcum,
Cingentemviridi temipont pampino.
Auteursdemes écrits, maîtres
demon silence,
Echauffez mon esprit & d'amourôc
devin,
Grands Dieux, dot l'univers
reconnoît la puissance,
Et venez me dicter un langage
divin.
* Horat.Ode I?
Je me moque enfin de
Pegase & de l'Hypocrene;
je ne veux plus implorer
l'assistance d'Apollon ni des
Mules Il est dautres Divinitez
plus sçavantes &plus
aimables qu'eux;&tant que
je vivrai, mon Iris & le
Champagne m'affranchiront
de leur joug, &m'aideront
à mépriser les menaces
de la cririque.
Mais avant l'accomplis
ment de nôtre rupture, Muses, écoturez les raisons
de mon mécontentement.
Je ne vous reproche point
lamalice que vous avez et,ë
de me laisser faire fouvenc
de fort mauvais vers; j'ai
cela de commun avec tant
d'autres, qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourrissons,que
je ne me fuis jamaiscrû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur.
Mais dites-moy ,s'il vous
plaît,quelle reconnoissance
avez vous euë pour les mortels
qui vous ont suivi?
Quels bons effets ont produit
pour eux ces titres tIperbes,
cet encens, & cc:
voeux que vous ont prodiguez
leurs mains idolâtres?
Vous les avezd'abord flatez
de l'espoir d'une belle
immorcaticë, vous les avez
cnyvrez du poison de vos
faillies, vous les avez enfin
enchaînez comme des efl
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvresse
)
& l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont-ils tirez
de vos bontez ? Excepté
un très- petit nombre, ils
ont seché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprité les humains
qui navoient pas comme
eux) l'honneur de porter
vos fers. Ils se font acquis
les nomsde fous, de
parasites, & de gens insupportabtes
: en un mot, ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui, accablez de nÜferes
dansle sein de leur familles.
Et jirois encore aux
pieds de vos autels vous
presenter des offrandes si
dangereuses ? Non, non
c'estàl'Amour,c'estàBaccus
que je veux déformais
avoir recours. Vous sacrifiera
cependant qui;vomi
dra,je ne m'y opposerait
pas: mais je me contente-*
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avecJ rienà démêleraveci
vous. Je serai à votre égard
le métier d'un historien sidele,
& je me chargerais
uniquement dufoin de rendre
compte de ce que ron
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes, sans prendre
aucune part à vos affaires.
Par exemple, je vais donner
indifferemment au
onde les vers que Madeoiselle
Deshoulieresvous
lrclfe surla Faix,quoique
sente a merveille le metedu
genie qui les aenntez
: mais je fuis homme
e parole, & l'on se moeroit
de moy ,
si, à son
casion, apres les injures
ue je viens de vous dire,
: me raccommodois si aiément
avec vous,
AUX MUSES
SUR LA PAIX.
Par Mademoiselle Desholieres
DEs Nacrez bords que
Permesse arrose,
Muses, transportez -mo
dans ces lieux enchantez,
Où Louis,au milieu d
cent Divinitez,
A l'ombre des lauriers re
pose.
Secondez mes desirs, ve
nez, sçavantes Soeurs,
enez d'un air riant ôc
tendre
nrichir mon esprit d'une
moisson de fleurs;
enez, hâtezvous de répandre
ur mes soibles chansons
vos divines saveurs.
ans vous oserois- je prétendre
l'honneur de chanter la
paix,
QueLOUIS dans le cours
de lesvastes projets
l'univers
a voulu rendre,
x que?glorieux travaux
Du celeste sejour ont for
de descendre,
Mallgesré les vains efforts
fameux rivaux?
Jaloux du Heros dont l'hi
toire
A déja consacré la rapic
valeur,
Ils avoient conspiré d'
bailler sa grandeur;
Ils avoient seduit la victoir
re,
Qui tant &tant de fois cot
- ronna ce vainqueur.
Pour remplir des destin
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui, vole, 6
lance ses traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtumée à marcher devant
elle
Sous les ordres de ce Heros,
Elle reprend sa place, & la
siere Immortelle,
Jalouse de ses droits, annonce
le repos,
Que Louis triomphant
rappelle.
De nos malheurs les fources
vont tarir,
De mille biens la paix fera
suivie,
Les plaisirs, les beaux arts
,
vont revivre& fleurir,
De nouveaux dons la terre
est prête à se couvrir:
Mais pour nous satisfaireau
gré de nôtreenvie,
Sous les yeux de mon Roy
puisse croître& meûrir
L'auguste rejetton d'une si
belle tige.
Dans l'ardeur que pour lui
:'
nôtre rend resse exige,
Puissent les Immortels accorder
à nos voeux
De longsjours à Louis, &
de longs jours heureux.
ApApplaudissez-
vousmaintenant,
Muses,applaudisfez-
vous des homages nouveaux
que cetteSaphovient
de vous rendre. Pour moy,
si je prends part,commeje
le dois, au bonheur de la
paix,qui est dans ces vers
l'objetde vôtre allegresse,
je n'en prends point àvôtre
gloire; elle est vaine, & ce
n'est pas à vous qu'estdû
l'honneur de les avoir faits.
Enfin mon voeusubsiste toujours,
& je retourne incesfamment
au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
present bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des intérêts si difficiles à
accorder? & par quel art
trouverai-je enfin le fecrec
de ne pas faire des jaloux?
Je me souviens heureusement,
au milieu de mon
embarras, d'une vieille
chanson,qui va me servir,
à propos pour me tirer du
mauvais pas où je fuis.
-/
Le vin sans l'amour ne ffdt*-
roit plaire,
L'amoursans le ruin riefl que
Unmeul : ;
Mais quand ilssont unis
3
ïc^-
me U plus severe
Ne peut se refuserleurcharmante
douceur.
Cela étant, procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez, & que l'histoire
qu'on va lire soit, si nous
pouvons, une preuve des
charmes de leur union.
HISTOIRE.
Quelque
temps aprés la
memorable bataille de Fredelingue,
M.leMaréchal
c eVillars mit ses troupes en
differensquartiers, après
avoir joint à latête de son
armée victorieuse le Heros
qu'il alloit chercher dans
le sein de l'Empire. N.
vieux regiment, composé
de trois bataillonsfavoris
du Dieu des combats
y
fut
envoyé à Ausbourg,àUlm,
& à Donavvert. Le bataillon
qui fut mis en garnison
à Ausbourgest celui où fervoit
alors,& oùsert peutêtre
encore a prêsent l'admirable,
ou plûtôtl'etourdiChevalier
dont je vais décrire
une partie des vaillans'exploits.
Lajeune&brillante Madame
Spith,qu'on appeloos
ioit par excellence la belle
d'Ausbourg
,
d'une famille
illustre, riche de son patrimoine
veuve a vingt trois
ans, & prête à se remarier, faisoitalors autant de conquêtes,
qu'il y avoir de mortels
qui s'offroient à ses
yeux:auTemple, aux promenades
, aux assemblées,
chez elle, tout retentissoit
du bruit de ses charmes.
Mais sa beauté étoit une
vraie pomme de discorde,
qui rendoic les meilleurs
amis rivaux, de rivaux mortels
ennemis:de là alloient
& venoient cartels comme
billets doux, on se portoit
sur le pré, & tous les jours
on aprenoit que quelqu'un
le blessoit, se tuoit, ou se
faisoit tuer pour.elle.
La Comtesse de Manfeld,
precicuse, veuve aufIiJ
& belle partout ailleurs qu'à
côté de Madame Spith,de
qui elle se disoit la meilleure
amie, enrageoit de ce
que de tant de victimes qui
s'egorgeoient pour cette
veuve, personnen'etoit
dansle goût de s'égorger
pour ses appas. Mais quxt-
elle donc de si rare,disoit
elle à gens qui me l'ont
redit ? N'a c'on pas des
yeux, une bouche, de la
blancheur, de l'éclat, des
traits reguliers, de la gor..
ge, de la taille, & des grâces?
En vérité il y a de quoy
enmourir.
Le Cheualier de** étoit
alors de bonne foy amoureuxde
cette belle Comtesse,
& l'auroit été assurément
au moins six mois,
si par malheur iln'avoit
pas vû Madame Spith dans
un jardin, une heure après
avoir fait en homme éperdu
sa premiere declaration
à l'infortunée Comtesse,
qui avoit eu d'abord lacomplaisance
de croire que ce
nouveau venu,homme trèsaimable,
& redoutable de
taille& d'estoc, alloitla vanger
de tous les larcins que
lui avoient faits les impitoyables
yeux de la Spith:
mais le traître netoit pasi
ne,:,
ne pour leur donner un démenti
qu'ils n'avoient jamais
reçû.Souffrez, dit-il à
cette veuve adorable, l>c.
plein encore des transports
qu'il venoic d'étaler aux
pieds de la Comtesse, souffrez,
Madame, que je continuë'
avec vous la conversation.
que je viens d'avoir
avec une des plus aimables
Dames de cette ville. L'avantage
que vous avez sur
elle,me suffira pour vous la
rendre plus vive & plus fincere.
De quelle Dame me
parlez-vous,Monsieur ? 4G
quel dilcours me tenezvous
, lui répondit fierement
Madame Spith ? Ne
vousépouvantez point,Madame,
reprit-il, de ce que
vous venez d'entendre. Il
n'y a pas encore une heure
que j'ai quitte la Comtesse
de Manfeld
,
je viens de lui
avoüer que je l'aime : mais
il y a si peu d'intervale entre
cette declaration& celle
que je dois vous faire, que
je croy ne l'avoir entretenuë
que de l'amour dont je
brûle pour vous. Je fuis sorti
de chezelle rempli de ma
passion
,
je fuis venu dans
ce jardin, où le hazard vous
offre feule à mes yeux, je
ne sçai encore qui vous êtes,
ni qui vous n'êtes pas:mais
je sens qu'il ne m'est pas
possîble de ne vous pas dire
ce qu'on ne peut pas, apres
vous avoir vûë, dire à une
autre qu'à vous, & de ne
me pas dédire, en vous
voyant, de tout ce que j'ai
dit à d'autres. Bon, dit Madame
Spith en elle même,
voila encore une conquête que
je peux dérober à la Comtesse.
Courage , mes yeux, étalez
tous njos charmes; ce Cavalier
sent son bien,aeurek-vous de
sa défaite.Apres ces courtes
&justes reflexions, qui ne resfimblt.
nt pas mal a celles que
font toutes les Dames en p4
reilcas: Je m'étonne, Monsieur,
lui dit-elles,devôtre
procede; il est injuste,ôc
vous pouviez vous dispenser
de me rendre confidente
de l'outrage que vous faites
à Madame la Comtesse.
Elle est mon amie, & je
reçois comme une insulte
un aveu qui l'offense. De
quelque façon, reprit le

Chevalier, que vous rece
Viez cet aveu,vôtre amitié
pour laComtesse, & vôtre
froideur pour moy n'en diminuent
ni l'ardeur, ni la
vérité
;
&à la premiere occasson
je soûtiendrai devant
vous, en presence de la
Comtesse elle-même, tout
ce que vous venez de voir
& d'entendre. A juger de
vôtre caraaere par ce discours
, répondit la belle
Spith, je ne vous croirois
pas auprès d'une Damed'un
mérité à vous faire regretter
long temps, & ces brus-
-
queries & ces emportemens
conviennent fort mal avec
un sexe qui ne doit au vôtre
que les bontez dont vous
vous rendezdignes à force
de soûmissions & de soins.
Pour moy, Monsieur, ne
vous imaginez pas que l'offre
que vous venez de me
faire soit un hommage dont
je daigne me souvenir iamais.
C'est un honneur au-
, quel je ne m'artendois pas.
Mais j'apperçois fort à propos
Madame la Comtesse
& sa compagnie, avec qui
je vais vous laisser la liberté
de vous expliquer comme
il vous plaira. Au nom de
Dieu, Madame, reprit le
Chevalier, ne nous abandonnez
pas, ôc soyez au
moins témoin des termes
de nôtre explication.Sur ces
entrefaites la tremblante
Comtesse les joignit, fort
alarmée de trouver son
Chevalier avec une rivale
aussi redoutable que la
Spith. Oseroit-on, lui ditelle,
Madame,sans craindre
de troubler la douceur
de ce tête a tête, se mêîer
dans vôtre conversation ?
Oui, Madame
,
reprit la
belle veuve,il n'y a nul
danger pour vous à vous en
mêler;&Monsieur, que je
n'ai point l'honneur de connoître,
me par loir de vous
dans de si bons rermes,
que je n'ai eu l'indulgence
d'entendre tout ce qu'il m'a
dit qu'à vôtre consideration.
S'il juge à propos de
vous repeter les discours
qu'il m'a tenus, c'est son
affaire, & la mienne est de
vous laisser ensemble.
Alors le Chevalier la retenant
par le bras lui dit
sans ceremonie : Vous ferez,
Madame,lamaîtresse
de nous quitter lorsque je
vous aurai tenu parole. La
Spith qui aprrehendoit fiaiegement
les fuites que pouvoit
avoir un éclat de cette
consequence, lui répondit
sur le champ: Je vous en
dispense, Monsieur, & vous
m'obligerez infiniment de
:; n'en rien faire. Elle accompagna
cette priere d'un regard
tendre & souverain
;
elle fit une belle reverence
&s'en alla.De quoy l'entreteniez-
vous doc,Monsieur
1 lui dit la Comtesse, & d'où
vient le desordre où je vous
vois?Letemps,lui réponditil,&
mes foins vous apprendront,
Madame, ce que
vous en devez juger. En
artendant, permettez moy
de vous demander ce que
vous faites d'une si belle
femme dans cette ville. Ils
alloient sans doute commencer
à se chicaner en détail
sur ce sujet, lors qu'on
entendit un bruit épouvantable
dans la
maison,
par
où l'onentroit au jardin où
ils étoient. Deux hommes
aussitôt parurent l'épée à la
(
main, courant comme des
forcenez dans les allées du
jardin,& demandant Madame
Spith à tout le monde.
Le Chevalier, que ce
nom repeté tant de sois fit
trembler
,
de peur qu'il ne
.-
lui fût arrivé quelque triste
avanture, quitta brusque- qrut àla porte de la mailon,
donc le passage lui fut difputé
par deux autres hommes
masquez, & armez
jusqu'aux dents: mais son
amour & son courage furmonterent
cet obstacle. Il
fc fit jour à travers ses ennemis
avec une valeur digne
de tenir un rang éclatant
dans l'histoire. Il traversa
comme un torrent
cour, vestibule, salle, antichambre&
chambre; &
enfin il entra l'épée à la
main dans un grand cabinet,
où il trouva un buffet
plein devin, une table couverte
de viandes, tout l'appareil
d'un grand repas, &c
la belle Spith assise nonchalamment
dans un fauteüil,&
dans l'attitude d'une
personne bien affiigée.
Sommes-nous ici en pays
ennemi, Madame, lui ditil.?
& d'où vient donc, s'il
vous plaît, cette alarme?
Mais de quelle natureest
cette guerre? Tout ce que
je voy dans cette chambre
m'annonce la paix j si l'on
n'exerce jamais contrenous
d'autres actes d'hostilité, il
n'y aura que de la gloire ôc
duprofit à battre en breche
une place si bien garnie.
Mettons nous à table à
bon compte. Attendez.
vous quelqu'un?Maispourquoy
ne me répondez-vous
rien? Tout ceci est-il un"
enchantement? eft- ce un
piegequ'on nous dresse?
Ma foy n'importe, je vais;J
donner dans l'embuscade.
Aussitôt s'armant sagement
d'un vitrecom * plein de vin,
il but une rasade à la santé
de son incomparable veuve,
que ses tendres prieres determineront
enfin à se mettre
à table à côté de lui. Ne
prenez pas s'il vousplaîtceci,
Messieurs, pour le méchant
fiupé du Vert-Galant.
, Grand verre d'Allimazni.- 4.
Les bonnes gens alloient
commencer à se mettre en
belle humeur
,
lorsque la
compagnie à qui ce repas
étoit destiné, entra par une
autre porte que celle par où
ilsétoient entrez. L'hôte de
la maison, qu'on avoir
averti depuis plus d'un
quart-d'heure que l'on
avoit servi, avoit mieux
aimé laisser refroidir les
viandes, que le resoudre à
se mettre a table sans une
honorable convive qu'il
attendoit. Cette convive
étoit justement laComtesse
de Manfeld, qui n'eut pas
plûtôt appeçû la Spich &
son Chevalier, qu'elle fit
un cri à fendre lecoeurde
toute l'assemblée,&s'évanoüit.
Chacun aussitôts'empressa
à la secourir. Ellerevint
enfin, & aprés quelques
injures mal articulées,
& entrecoupées de sanglots,
elle se mit à table.
Madame Spith pendant
la rumeur de cet évanoüissement
avoit essayé des'éclypser
: mais le Chevalier,
qui s'embarassoit de la
Comtesse aussi peu que du
reste
»
reste de la compagnie,
l'avoit si constamment assiegée,
qu'il ne lui avoit pas
été possible de s'échaper.
D'ailleurs,quand elleauroit
pu s'enfuir, le maître de la
maison,qui avoit pour elle
beaucoup deconsideration,
& qui la regardoit comme
la plus aimable femme
d'Ausbourg, n'auroit pas
manqué de courir après
elle; le Chevalier en eût
fait autant, tous les Messieurs
du festin les auroient
suivis, & les autres Dames
feroient restées sans un miferable
chapeau: ce qui
auroitétéfort malhonnête.
Ainsi tout le monde conviendra
que le Chevalier
avoit fort bien fait de le
retenir.
Voyons maintenant, dit
le Bourguemestre, dés que
tous les esprits de l'assemblée
furent un peu remis,
si nous souperons, & faisons
en forte que les plaisirs &
la paix soient de la partie.
Parbleu, dit le Chevalier,
nôtre hôte a raison, & nous
sommes de grands sots de
nous alambiquer la cervelle
@pour des vetilles. Vous ne
fçauriez vous imaginer,
Monsieur, lui répondit le
Bourguemestre, combien
je fuis charmé le de vôtre
belle humeur, & de vous
voir des nôtres: mais je
voudrois bien sçavoir par
quel hazard j'ai l'avantage
de vous avoir ici. Madame,
lui dit-il en montrant la
Spith, peut vous le conter
mieux que moy, & je vous
jure sur mon honneur que
je n'en sçai presque rien.
Tout ce que je peux vous
apprendre, c'est que me
promenant avec Madame
la Comtesse dans le jardin
-
qu'on voit de ces fenêtres,
un desordre extraordinaire,
des épées nues, des masques,
&le nom de Madame
Spith, que j'ai entendu
plusieurs fois danscette
alarme, m'ont fait apprehender
qu'elle ne fût exposée
à quelque grand péril.
J'ai couru sur les pas,j'ai
forcé tout ce qui s'est opposé
à mon passage
; j'ai
traversé par une route que
je ne connois pOInt; une
enfilade de chambres, d'où *i.
je
-
fuis enfin arrivé dans
celle-ci,où j'ai trouve cette
belle veuve,le buffet dressé,
& la table servie. Cette apparition
m'a réjoüi, j'y fuis
.refi¿, j'y reste, & j'y resterai
autant qu'il vous plaira.
Chacun applaudit à ce
touchant récit, horsla
Comtesse, qui n'avoit pas
envie de rire, & qui, pendant
que les verres brilloient,
& que les santez se
portoient à droite, à gauche
& de front, se renoità ellemême
le douloureux langage
que voici.
Quefais-tu, malheureuse, &
quel efî ton dejjetnf
Mais non, elle leprit sur
un ton plus bas, & se parla
en ces termes. Je jouë en
vérité ici un fort joli rôle
y & il convient bien à une
femme de ma condition de
se compromettre de la forte
avec des je ne sçai qui A£
surément j'ai bonne grace
à voir l'air de complaisance
& de langueur de cette
pimbêche. Elle s'applaudit,
la petite fotte, des impertinences
& des grimaces du
Chevalier ; & Monsieur le
Bourguemestre est,nelui
en déplaise, un impoli, un
franc butor, de les avoir
retenus à fouper en ma presence.
Si je me croyois, je
lui dirois ce qu'il merire,
je chanterois mille injures
à la compagnie, au Chevalier
, à la Spith
; je lui
jetterois le verre au nez, je
renverferois table, buffet
& chaises, & jem'en irois,
pour apprendre à ces belles
gens à traiter comme il
convient une femme comme
moy.
Ce fut justement à cet
endroit de ses reflexions
que le Chevalier lui dit ccs1
propres mots :J'ai l'honneur
de boire à vbtre santé, divine
Comtesse.Allez, Monsieur,
lui répondit elle avec
beaucoup de politesse, vous
êtes un impertinent, je n'ai
que faire ni de vous, ni de3
vôtre santé.Je réponds de fat
verité de cette repartie; car
une belle Dame me fit un jour
l'honneur de me dire la même
chose.
Le Chevalier ne laissa pas
d'aller son train, & de rire
de l'obligeante replique.Je
- * ne
nesçaisivous qui meJife'{,'Voul
n'en riez pas aujjî.Adaispendant
que nos gens font à table
, permettez-moy ,
s'il vous
plaît, quatre ou cinqlignes de rr digression. Je croy voir déja
Messieurs,quelque douzaine de
precieux lecteursfairesemblant
des'ennuyer desreflexionsjudicieusesquefont
lespersonnages
de cette histoire. Je leur réponds
à cela, que ces articles,
., qu'ils traitent d'inutilitez,
sont des preuves de mon exactitude;&
siMonsieur deVarillas,
de prolixe memojrt,
n'avoit pas prêtéà ses Héros
des rafinemens politiques, des
sentimens étudiez,& des raisonnemens
très -
recherchez,
auroit-il jamais fait desibrillans
ouvrages? Voy ez encore leJournal de Verdun ; il est
pleindemaximes de jurisprudence,
& de reflexions inutiles.
Voila mes modeles.
Cependant les oeillades,
les bons mots, & la mauvaise
humeur sont du soupé
du Bourguemestre.
Un Gentilhomme Franconien
touché du déplaifitde
l'aimable Comtesse,dont
il entendoit le coeur fbû-;
pirer à côté du sien, à mesure
qu'il se dépêchoit de
s'enyvreràsa gloire, luidit
enfin d'unair terrible:Qu'-
avez-vous,Madame? qui
vous chagrine
> qui vous importune ici?Par monfoy,
moy ry mettre dhors toutal'hire.
La belle Dame se
rengorgeant aussitôt sur la
parole de son défenseur,
lui montra obligeamment
Monsieur le Chevalier, à
qui l'Alleman fit un signe,
qu'il ne jugea pas à d'entendre, propos il recommença,
plusieursfois cette ceremonie,
& l'autre y répondit
toujours de même;jusqu'à
ce que la Comtesse,seméfiant
apparemment de la
vertu de son héros, dit enfin
qu'elle ne vouloit point
quune si agreable fête fût
troublée mal à propos à son
occasion. Elleimposasilence
à l'Alleman,& tendit
lamain au Chevalier, qui
la reçut en homme qui
connoissoit tout le prix de
cette faveur. La Comtesse
ajoûta à cette marque de
bdounntéo,mqub'erlelen'étoit point
de ces b.Jes
donttant de rivaux se disputoient
la conquête aux
dépens de leur sang, & que
les combats,les enlevemens
,& les violences n'étoient
pointdesépisodes de sa vie.
Il faut avoüer, Madame,
lui dit la modeste Spith,
que celles qui ne font pas
maîtresses comme vous de
prévenircesinconveniens,
sont bien malheureuses ; &
si j'avois eu l'avantage d'être
Madame la Comtesse
de Manfeld
,
je ne devrois
pas à la frayeurque j'ai eue
d'être enlevée
,
l'honneur
tjue j'ai d'être en si bonne
compagnie. Ah Madame!
lui dit le Bourguemestre,de
grace contez nous cette
histoire. Que puis- je vous
conter, Monsieur, répondit-
elle, si ce n'est qu'en
sortant du jardin, deux
hommes masquez m'ont
emportée dans une chambre
, dont ils ont fermé la
porte sur eux; qu'une fille
que je ne connois pas en a
ouvert une autre ;
qu'elle
m'a dit: Madame, sivous
voulez vous sauver du peril
qui vous menace, hâtezvous
de sortir d'ici, montez
cet escalier,&retirezvous
dans la chambre la plus reculée
de cette autre maison
; vous y trouverez un
azile qu'on ne violera pas,
&des gens prompts à vous
vanger de l'insulte que vous
font ceux qui vous ont
amenée ici. J'ai entendu
leur complot, & je me fuis
servie de la clef de cette
porte pour vous tirer d'affaire,
Vous vous souviendrez
de ce service, si vous
le jugez à propos. Aussitôt
elle a disparu. Jeme fuis
sauvée toute tremblante
dans cet appartement, M.
le Chevalier y est venu un
moment après moy,la compagnie
n'a pas tardé à y
entrer après lui. Voilamon
histoire.Cela est ad mirable,
dit le Bourguemestre:mais
est-il possible que personne
neconnoisse ici les auteurs
de cette avanture ? Quoy
qu'il en soit, il n'y a jusqu'à
present point de mal à tout
cela; & en attendant que
nous puissions en apprendre
la vérité,songeons à nous
réjoüir. Depuis quelques
momens il m'est venu dans
latêteundessein,dont je
ferois fort aise de voir l'execution
avant la fin de ce
repas:mais pour en venir a
bout, il faut commencer
par raccommoder ensemble
Madame la Comtesse &
Madame Spith Un malentendu
vous a broliille'es3
Mesdames, continuat- il,
que ma proportion vous
réunifié, Monsieur le Chevalier
est un Gentilhomme
fait pour l'amour;vous me
paroissez vous dilputer sa
conquête, ou peu s'en faut:
vousêtes toutes deux belles,
riches & veuves; s'il n'est
marie, il est en âge de l'.
tre, nous nous en rapporterons
à lui. Un de mes
grands plaisirs est de faire
des mariages, & surtout
des mariages extraordinaires.
De mon côtéje m'ennuye
de n'avoir pas de femme.
Consultez vous:si vous
m'en croyez, il netiendra
qu'à vous que Monsieur le
Chevalier & moy ayons
aujourd'hui chacun la nôtre.
Comment l'entendezvous,
Monsieur 1-e Bour- ;
guemeftre, lui dit la Comtesse
,
& à qui pretendezvous
me donner? Ecoutez,
Madame, reprit-il, écoutez
jusqu'au bout. Si l'humeur
de Monsieur le Chevalier
ne sympathise pas avec la
vôtre,tâchez de vous accommoder
de la mienne;
ou si je ne vous conviens
pas, demandezlui s'il vous
convient. Pour moy ,
je recevrai
de bonne grace des
mains de l'amour ou de la
fortune celle de vous deux
que le sort me laissera. Vous
nous faites ici une proposition
assez bizarre, dit Madame
Spith
; & pour la conclusion
de ces mariages,
j'aimerois autant vous con
seiller de vous en rapporter
à la pluralitédesvoix de la
compagnie. Pourquoy voulez-
vous que nous decidions,
Madame & moy,
pour ou contre quelqu'un?
Cependant si Madame la
Comtesse juge à propos de
s'expliquer positivemerit
là-dessus, je ne sçai pas si,
pour n'avoir plus le chagrin
de voir tous les jours de
nouvelles avantures nous
brouiller ensemble, je ne
souscrirai pas à la proposition
en faveur de la nouveauté.
Cela est fort bien
imaginé, reprit le Chevalier,
& voila ce qu'on appelle
traitergalamment de
grandes passions. Hé bien,
Monsieur, lui dit laComtesse
,: voulez- vous vous
soumettre à nôtre decision?
Je ne sçai, répondit-il:
mais puisque chacun a opi-
: né ici comme il lui a plû)
': je croy qu'ilestbien juste
que j'opine, a mon tour.
Vous pouvez, dit le Bour
guemeftre
,
donner vôtre
avis en toute liberté. Ainsi
foit
,
reprit le Chevalier;
comme je fuis plus heureux
aux cartes que je ne fuis
habile aux Dames, j'opine
qu'il seroit à propos, pour
ne point causer de jalousie
entre ces deux belles veuves,
que le fort fît nos partages.
Monsieur nôtre hôte
sera le Roy de pique, Madame
la Comtesse, Pallas,
autrement dit la Dame de
pique ; Madame Spich
Judith, du nom de la Dame
de coeur, & moy le Roy de
treffle. Ces deux Dames
tireront lequel de ces Rois
elles auront, & nous nous » tirerons sur
-
ces Dames.
Courage, Monsieur, lui
dit la Comtesse,soûtenez
vos extravagances jusqu'à,
la fin. Madame Spith en - rit, & toute l'assemblée je.-
brit à rire comme * un tas de
mouches. Cependant les aCsistans
commençoient à
s'impatienter de ne pas voir
a conclusion de cette
grande affaire, & faisoient
an bruit de diable avec les
* Rabelais.
verres & les bouteilles,pour
inviter les acteurs & les
actricesaudénoûment de
cette piece. La COffiteÍfe vit
bien ce que la compagnie
exigeoit d'elle,& en femme
resoluë elle presenta sa
blanche main auBourguemestre
,
qui se traîna le
mieux qu'il put jusqu'à Cc.
genoux, pour lui rendre
lguriâces de l'honneur qu'elfe
faisoit. Le Chevalieren
même temps reçut celle de
Madame Spith, & la noce
commença. On ne fitpoint
un mystere de ces maria- -.,es4
-ges, ils turent le lendemain
publics dans la ville
d'Ausbourg. Les avoient gens qui resolu d'enlever
Madame Spith furent si discrets, qu'on ne les a jamais
connus. Lescenseurs
cheront, s'ils me repro- veulent, qu'il
rY a peu de vraisemblance
dans cette histoire, & qu'il
y a trop de raisonnemens
demapart. Je leurrépondrai
à cela, que je me fuis cru obligé de raisonner
comme j'ai fait,au défaut desévenemens,que jen'ai
"It.'P
pas jugé à propos d'ajoûter
à la vérité des choses, que
j'ai apprises de Madame
Spith, qui est à presentà
Paris, & qui maconté ellemême
toutes ces circonstances
de son mariage.
- Or, tout bien confideré
maintenant, vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Messieurs, que sans le secours
insigne de Bacchus,
qui se rendit le Dieu tutelaire
des principaux personnages
de cette grande
&veritable histoire
,
l'Amour,
le seul Amour auroiri
filé des années entieres des
hyméns de cette consequence;
ce qui eût étéfort
préjudiciable à nôtre génereux
Chevalier, qui n'au..
roit sans doute eu ni le loi^
sir,ni le pouvoir d'attendre
si long-temps. Ce prodigieux
délai niauroit jette
moy-même dans la necessité
d'allonger ce chapitre
du reste des incidens, que
des conjonctures racheuses
auroient peut-être multipliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire,
moy de les écrire, & cela
auroit trop abrégé le reste
des interessantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli. : Mais j'ai encore une histaire
a vous conter.
Le Parterre va sans doute
dire de moy ce qu'il dit aux
pdreemières representations
la Comedie des Fables
d'Esope de M. Boursault;
Quoy toujours des Fables!
Quay toujours des Histoires!
Cependant, maigre la*
cabale, ces Fables
rurençt
applaudies, cette histoire
le seraaussi, si elle le merite
Je croy qu'il n'y a personne
au monde qui ne se
soitimaginé quelquefois en
sa vie ce que pourroit être
un homme élevé jusqu'à un
certain âge sans avoir jamais
vû d'hommes comme
lui, quels feroient ses desirs,
I
son regard,son geste & son
langage; ce que pourroi
en un mot produire la pure
nature. Je ne sçaisi sur cet
article la curiosité a jamais
été bien satisfaite: mais je
sçai du moins que ce que
j'envais dire peut contribuer
à détruire bien des
préjugezJ'ai vu des sçavans
disputer sur cette matiere,
& soûtenir par conje¿[u,reJ
aux dépens de cent mauvasses
raisons, qu'un homme
qui aura passe les quinze
premières années de sa vie
dans un desert, nourri du
lait des animaux, &ensuite
d'herbes, ou des fruits sauvages
qu'on trouve dans
les bois; on dés le berceau
enfermé entre quatre murailles,
& recevant par un
trou des alimens que lmftind:
lui fait prendre, sans
voirjamais aucune creature
vivante, parlera naturellement
sa langue maternelle,
ou tout du moins Hebreux,
parce que c'est le premier
idiome du monde.
A Trente, ville célébré
par ce fameux Concile qui
y fut tenu l'an 1545. on me
montra, il y a quelques
années, un homme de
cette efpece. J'étois dans la
compagnie d'un noble Vcnitien,
d'un Doéteur de
TUniverfite de Padouë, &
d'un Cavalier François.
Nousmîmes tout en usage
pour lui faire desserrer les
dents; nous lui presentâmes
des viandes cuites & cruës;
nous lui donnâmes enfin
des legumes & des fruits,
qu'il emporta, & qu'il fut
manger dans un coin de la
chambre où on le tenoit
enfermé. En un mot nous
ne pûmes arracher de lui
que des cris, dont les sons
neressembloient àrien. Cependant
il nous parut fensible
à la douleur lx. aux caresses,
comme les animaux:
mais nous ne découvrîmes
en lui aucun inftindt ni de
pudeur, ni de raison.
- ,.Ji Je,
! Je ne fais point ici le naturaliste,
Messieurs
; je
n'invente pas, à l'exemple
de Pline, des monstres dans
la nature, &je sçai aussï peu
faire des prodiges que des
panégyriques:mais j'avouë
que je croirai de bonne foy,
jufqua ce qu'on me détrompe,
qu'un homme
comme celui dont je viens
de parler n'est ni plus, ni
moins (l'espece à part)
qu'un cheval, ou qu'un
chien, sauvages. En voici
a preuve.
On découvrit il y a quelques
mois,aux environs de
Senlis, un enfant dc-aeus
ans au moins, à qui depuis
qu'il est au monde on avoit
donné la même éducation
qu'à mon Trentin.
- Celui-là est lems d'un
Tailleur de Senlis, ou des
environs. On dit que des
qu'il eutvu le jour, la mere
balança à le lui ôter : :
mais
la nature, plus sorte encore
en elle, que le desir de commettre
un si grand crinie
la determina à lui laisser sa
vie.Cepcndant la haine quelle
avoir conçue pour ceci
nt capitula avec fort,
llgence; elle le sevra de
lait des sa naissance &
ui donna que du lait de
les ou de chevres, jusce
qu'il fût en âge de
dre d'autres nourritu-
L'été elle le tenoit dans
grenier, où toutes les
:es & les decoupures des
ses qui passoient par les
ins de son mari servoient
lit à ce malheureux ent,
auprès de qui tous les
's elle avoit la bonté de
ttre du pain& de l'eau.
lyver,pour.le garantir
de la rigueur de la faison,
elle le portoit à la cave, &
deux rois l'année regulierement
elle le faisoit ainsi
changer d'air.
Vers la fin du mois de
Septembre dernier, leç
jours étant encore aflej
beaux pour ne le pas trans
porter sitôt du grenier à 1,
cave,unevoisine de cett
femme, qui, par je ne fy
quel endroit, setoit mil
en tête contr'elle quelqu
chose d'extraordinaire,
qui lavoic même fouvei
entendu sortir de la maiso
du Tailleur des cris qui
< n'etoient pas communs,
voulut en sçavoir davantage.
Aprés avoir longtemps
cherché des expediens
pour venir à bout du
dessein qu'elle avoir formé
de visiter toute la maison
de sa voisine
,
elle feignit
enfin d'avoir laisse envoler
de sa cage un oiseau, quelle
avoit sur sa fenêtre. Elle
courut chez la Tailleuse
,
suivie de deux ou
trois personnes
,
qu'elle venoit
de prier de l'aider à
rattraper son oiseau, qu'elle
soûtenoit avoir vû entrer
par la lucarne du grenier,
oùelle assuroit qu'il écoit.
La Tailleuse eut beau lui
dire que cela ne pouvoir
pas être
, ou que, si cela
etoit,elle alloit le chercher
elle.même)lavoHÎne
lui répondir toûjours affirmativement
qu'elle vouloit
yalleravecelle. L'autren'y
voulut consentir; on en vint
aux injures aux menaces,
aux coups même.Tout le
quartiers'assembla, & enfin
il fut arrêté qu'on i'roit, en
dépit du Tailleur & de sa
femme,chercher l'oiseau
dans le grenier. On y fut
en effet: mais au lieu de
l'animal qui avoit excité
tant de rumeur, on en trouva
un autre qui, dés qu'il
eut entendu ouvrir la porte
de sa taniere, fc traîna à
quatre pattes jusques dans
un tas de chifons, où il
s'efforça de le cacher comme
un lapin dans son trou.
Les assistans étonnez de ce
spectacle, tirerent ce monstre
de ce miserable azile ;
ils l'examinerent, & trouverent
un petit garçon, qui
n'avoit rien d'humain que
la figure: il marchoitcomme
un chien, il bûvoit lx.
mangeoit de même, il narticuloit
pas une feule pa- i
rôle, n'entendoit aucun
signe, & ne sçavoit qu'a
boyer. On saisitaussîtôtson
pere & sa mere, & on les
mena à Senlis, où ils font
en prison
, en attendant les
conclusions de leur procès.
Jeraifonneroisvolontiers
là-dessus., si jen'aimois pas
mieux laisser ce foin à de
plus habiles gens que moy.-
D'ailleurs, je craindrois
qu'on ne s'avisât de dire
que je cherche à me dédommager,
par une foule
de raisonnemens de ma
façon
,
de la disette des
nouvelles univerlelles
,
ôc
que je remplis mon livre
de mes reflexions. Quoique
je ne mapperçolve pas qu - elles ayent jusqu'à present
ennuyé mes lecteurs, prévenonsen
néanmoins l'inconvenient
, & passons à
d'autres articles.
"I Vous m'assurez, Madernaifelle)
que vous n'avez
point de part à la réponse
que je viens de recevoir au
sujetdela lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois passé. Cette réponse
est pourtant si pleine d'esprit
& si galamment tournée,
que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la desavoüez : mais qui que
ce foit qui en soit l'auteur,
je ne sçaurais m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même usage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra, quand même
ellesferoient contre moy,
lors qu'elles mériteront
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a plusieurs années,
Monsieur
, que je fuis dans
l'erreur, C5m j'y serois encore,
si la lettre que vous m>a'Ve'{
écrite dansvôtre dernier Merture,
ne m'avoit pas détrompée.
J'éprouve maintenant quon
peut être tendre, & exprimerparfaitement
ce qu'onfent,
sans le secours de l'art d'écrire
ses pensées, sur le modèle de
quelques beaux esprits, qui
souvent sans amour, ont crû
leur imagination affe^vive&
ajfe^ hardie pour se perjuader
qu'ils sçavoient charmer les
coeurs par le faste de leurs expressions.
Oui, Monsieur, je
vousail'obligation de m'avoir
delJi/té lesjeux, & je traite
a presentdelangagefade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éhloiiijjentlesyeux
& l'esprity & le coeurncfi.en
les lijara que la dupe dessens;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pouf moy,sij'écris jamais
à quelqu'un que je l'aime, je
vouspromets de sacrifier toujours
le tour de ma phrase a
tingenuité de mes sentimens,
& de n'employerdésormais,
en parlant de l'amour, que les
termes les plus simples que la
vérité puissemèttre à la bouche
des amans. Soyez content,
Monsieur, de l'effet que votre
lettre a fait sur mon coeur,
& comptez quej'auraiune reconnoissance
éternelle de l'obligation
que je vous ai.Jefuis,
0-
Je ne sçai plus comment
m'y prendre pour annoncer
la picce suivante : c'estencore
une histoire, Mesfleurs.
Pour deux, les transitions
n'étoient pas introuvables
:mais pour une troisiéme,
cest de bonne foy
abuser de vôtre patience,
& épuiser la matiere. Celleci
a cependant quelque
chose de si joli, de si nouveau,
& de si ressemblant
au sujet du troiSiemeAcce
desFêtes de Thalie, que
tout m'aprévênu pour
elle,
& qu'à tout hazard je me
determine à la donner.
Il y a quelque temps que
Monsieur de Ronve, qui
exerce avec honneur une
Charge qu'il a dans la Robe,
devint amoureux de la
belle MademoiselleTenot,
charmante fille de l'Opéra
de Rouen. Il en devint , dis-je, amoureux presque
autant que mille honnêtes
gens le sont de ces Demoiselles,&
c'est tout dire. Son
épouse, femme bien faite,
aimable
,
jeune & jalouse
s'apperçut, ) je ne sçai comment,
des intentions de son
mari. Elle ne fit point ce
que la plupart des femmes
fait en pareil cas; elle ne
lui lava point la tête, elle ne
lui dit point d'injures, elle
ne lui reprocha point son
infidélité : mais elle alla
trouver un certain Monsieur
de Montire, Directeur
de l'Opéra, & grand ami
de son époux;elle lui conta
ses inquietudes, ellele conjura
d'entrer dans ses chagrins,
& de l'aider enfin à
se vanger de la perfidie de
Monsieur de Ronve. Monsieur
de Montire, touché
des larmes & de la douleur
d'une si aimable femme,
conconsentit
à tout ce qu'elle
voulut exiger de lui. Voici
mon dessein, Monsieur, lui
dit-elle. Je n'ai que trop de
preuves de la trahison de
mon mari, & de la passion
qu'il a pour la Tenot. Je fuis
à peu prés de la taille de
cette fille; & quoique je
fois plus blanche qu'elle,je
m'y prendrai de façon, que
sa couleur bife ou brune ne
gâtera point mon projet.
Proposez à Monsieur de
:tànve une partie de soupé
k de bal, & dites
-
lui que
la Tenot en sera; il n'en
faudra pas davantage pour
le faire toper à la proposition.
Des que vous aurez
sa parole, avertissez-moy;
& faites apporter ici tout
un habillement de theatre
decette fille ;cj-e m'y rendrai
aussitôt
,
je me déguiserai
fous ces habits, & j'executerai
comme il faut le dessein
que je medite. Je le
veux, Madame, lui dit
Monsieur de Montire, &
il ne tiendra qu'à vous de
vous satisfaire des demain.
Il y aura bal chez Madame
la Presidentede* * je proposerai
ce soir à Monsieur
deRonvelebal&lesoupé
avec la Ténot;il acceptera
l'un & l'autre avec joye : je
vous mettrai enfin aux prises
avec lui, & vous achèverez
la piece comme il
vous plaira.
Ces mesures prises, Madame
de Ronve retourne
chez elle, charmée de la
complaisance de Monsieur
de Montire, qui, environ
une heure après l'avoir quittée,
vient faire sa proposition
à son ami, qui lui rend
en homme transporté mille
graces d'un si bon office.
Le lendemain, vers les
six heures du foir, Monsieur
de Ronve dit à sa femme
qu'il est obligé, pouss
certaine affaire importante,
d'aller fouper chez un de
ses cliens. A la bonne heure
,
lui dit-elle, mon ami,
j'irai de mon côté souper
chez ma soeur. Mais pendant
que son mari va préparer
dans son cabinet le
galant équipage de sa bonne
fortune, elle fort du logis,
& vole chez Monsieur
de Montire, qui la conduit,
dans une garderobe
,
ou
elle se harnache des nipes
de sa rivale, dont, fous ce
leste ajustement.,elle essaye
dans un miroir d'imiter les
grâces ou les grimaces Elle
paffe ensuite dans une autre
chambre, où l'on ne laisse
pour lumiere que la foible
lueur de deux tisons mal allumez.
Elle se campe dans
un fauteüil
,
& le masque
sur le nez,elle étudie le compliment
qu'elle destine au
theros qu'elle attend. Il arrive
enfin ce bienheureux
mortel, & plein del'espoir
de son triomphe, il entre
dans l'appartement où soûpire
en l'attendant la beauté
qui l'enchante. Le sage &
genereux M. de Montire
ne l'a pas plutôt introduit
dans cette chambre noire,
qu'il en ferme la porte, &:
va où bon lui semble. Tout:
flate maintenant l'ardeur de
Monsieur de Ronve : rob.
scurité
, ou plutôt les tene-.
bres où il est enseveli avec: l'objet de ses voeux, sont à
ses yeux de nouvelles preu.
ves de l'attention de son
ami. Il se place enfin à côtés
de sa Reine, à qui il dit les
plus. belles douceurs du
monde. Bon Dieu,continue-
t-il, que vous êtes charmante
! que vous êtes bien
faite! que je fuis ravi de me
voir si prés de vos beautcz !
Mais ce qu'on m'a dit feroit
-
il possible? & feriezvous
capable de vous attacher
à un sot comme Datml's?
Il est indigne de vos
affections.Medoraété quelques
mois sur vôtre coiru
pte: mais vous avez bien
Irak de vous en défaire, c'est
un insolent qui vous auroit
perduë dans lemonde.Pour
moy, je serai le plus heureux
des hommes, si vous
acceptez les services & les
foins que je veux vous rendre
; si vous répondez de
bonne foy à mon amour,
& si vous me sacrifiez enfin
l'impertinent Damis, donc
la concurrence me choque.
Mais de grâce, ma chere
ôtez , ce masque, qui vous
étouffe.
Dans cet endroit de l'histoire
le feu se trouva si bien
éteint, qu'elle ne lui refusa
pas davantage cette faveurqu'il
qu'il exigeoit d'elle. Elle se
démasqua donc. Nouvelles
exclamations: Que d'attraits!
que d'appas, disoit
toûjours cet amant éperdu!
La belle répondoit à merveille
à tout cela. Que d'esprit
au turplus, fc récrioitil
encore! Dans la chaleur
de la conversation il promene
sa main sur le col de
sonamante:mais ses doigts
se rencontrent malheureusement
sur sur une piece
de dentelle qui leur paroît
trop grosse. Commeat,ditilt
grand Dieu ! une belle
personne comme vous peutelle
porter de pareille dentelle?
celan'est-il pas honteux?
Voyez entre les mains
de qui vous êtes; recevez, Mademoiselle, en tirant
une bourse où il avoit mis
galamment trente beaux
loüis d'or neufs, recevez)
ajoûta-t-il, ce petit present
;
c'est le moindre de ceux
que mon amour vous destine.
Je vous donnerai de
belles plumes, de beau
linge& de beaux habits. La
belle reçoit d'un air enfan,
-fin son petit present & ses
-
promesses. Le galant en revanche
veut entreprendre
des choses étonnantes. Ses
soûpirs ôc sa resistance la
sauverent pour un moment,
&..Mais on ouvre brusquement
laporte;M.deMontire
entre dans la chambre, precedé
d'un laquais qui tenoit
deux bougies bien allumées
;6c d'un air tranquilc ilannonce à ces amans que
l'on a servi. M. de Ronve
regarde à l'instant sa femme,
en homme épouvanté
dune si effrayante vision.
Ses yeux se fixent à terre ,
sa langue s'attache à son palais;
interdit & confus, il
reste à sa place comme un
homme qui a perdu l'usage
de tous ses sens. Cependant
Madame sonépouse se leve
nonchalamment
,
lui presenteune
indulgente main,
& lui dit avec douceur:
Venez, mon cher petit ma- ri,venez souper.En verité
vous êtes le plus tendre &
le plus galant de tous les
hommes. Ami perside,femme
cruelle, je n'oublirai de
ma vie, dit-il à son tour, le
mortel affront qu'on me
fait aujourd'hui. De quoy lui dit son aimable épouse,,
pouvez vous vous plaindre?
Je n'ai point de ressentimenteontre
vous, ni contre
la Tcnot. Cett avanture
qui vous deconcerte,
doit seulement vous servir
de leçon qui contribuë à
vous rendre plus sage. Je
fuis médiocrement payée
du tour que vous avez voulu
• me joüer:mais je n'en veux
(point d'autre satisfaction ,
& je ferai trop contente du
succés demon llratagémep
Vil fert à vous apprendre
que ces belles entreprises
sont des preuves de la fat.,.
tife & de la foiblesse de l'imagination
de celui qui les
fait. Mais à Dieune plaise
que je m'avise ici de vous
prêcher;vous êtestrop sage
pour ne vous pas dire vousmême
tout ce qui vous convient
là dessus ; & mon intention
est seulement de
vous racommoder avec M.
de Montire, & de vous engager
par toutes sortes d'endroits
à rétablir avecmoy
la parfaite union qui doit êtreentrenous.
Monueur deRonveeut
pendant ce sermon le loisir
de se remettre en homme
d'esprit; il embrassa sa femme,
ilfit sa paix avec son
ami. On alla se mettre à table
,où tout se passa à merveille;&
maintenant il assure
qu'il est gueri pour le
reste de sa vie de sa passion
pour la Tenot,&du doux
penchant qu'il avoit à faire
de frequentes infidelitez à
sa chere moitié.
Tout Paris,tout Rouën,
veux-je dire;eIl instruit de
cette avanture, & je connois
un nombre infini
d'honnêtes gens qui sont
garans de la verité de cette
prodigieuse histoire.
En voila déja trois, Messieurs,
en est ce trop?n'en
cft- ce pas assez? Mais je fuis
encore plaisant de vous
consulter là- dessus,comme
si vous pouviez prévoir mes
caprices, ou mes desseins
)
ou plûtôt comme s'il ne tenoit
qu'à moy de me regler
sur vos avis. C'est une erreur,
tous vos conseils ne
peuvent me servir de rien,
& mon ouvrage (quoy qu'-
infortuné) est absolument
un enfant du hazard on de
la fortune. J'attens tranquilement
que les jours &
les nuits se multiplient,
pour vous raconter leurs
avantures. Le mois de Novembrem'a
fait plus de
confidences que les autres;
tant pis,outant mieux pour
vous. Voici à bon compte,
& par reconoissance, l'histoire
de son origine.
On lui a donné le nom
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuviéme mois de l'année
Romaine :
il fut consacré
à Diane par les anciens,
quifaisoient au commencement
de ce mois un.
grand festin à l'honneur de
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales se celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient consacrées à
la Déesse Vacuna, par
ceux qui se reposoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année, & principalement
par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne, qui, aprés
avoir fait leurs moissons
& leurs vendanges,
prenoient ce temps pour
sacrifier à cetre Décile,
comme le dit Ovide dans
le sixiéme des Fastes.
Nam quoque cum funt anti-
:> qii* Jkcra Vacu'næ,
Antevacunales stantque fl-
*.
dentque focos.
I orsqu'on voit les humains
environner leurs feux,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'est un temps de repos
pour eux. '-
Horace en parle aussi
dans sa dixiéme Epître
lorsqu'il dit , :
~Hxctibi dictabampostfanum
putre Vacunæ.
J'étoJs derriere le Temple
ruiné de la Déeffi Vacune,
lorsqueje vous envoyai dire
ces choses
Cette Déesse étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle, dir que qaelqus uns
l'ont appellée Minerve, d'autres Diane, d'autres
Céres
: mais Varron,dans
son premier livre des chosesDivines,
la connoîtffous
le nom de la Déesse Victoire,
parce que, dit-il, il
n'est point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos, que ceux qui
surmontent les passions par
la sagesse, &c.
Voyons maintenant à
quoy nous menera cette
Dissertationmithologique,
à vous faire part, Messieurs,
de l'histoire nouvelle de ce
mois, aprcs vous en avoir
donnél'ancienne.
Les dernieres lettres de.
Vienne du 5. de ce mois
portent qu on a reçu avis
de Presbourg, que le cou*
ronnement de rlmperarri;
ce, comme Reine'deHongrie,
fut fait le i8. du mois
parte avec une grande folemniré.
A six heures du
matin le Palatin de Hongrie
, les Eltacs, les Seigneurs,
& la Nobleffe fortirenr
de la ville pour recevoirs
Leurs Majestez Imperiales,
qui à sept heures Ôc
demie defcendirenc du cbâ;.)
teau ,
precedées & suivies:
par leurs Officiers & leurs
Gardes; l'Empereur à cheval,
& l'Imperatrice dans
un magnifique char à six
chevaux, suivi de plusieurs
autres caroffesà6chevaux.
Ils firent leur entrée par la
porte de S. Michel; ils mirent
piedàterre devant l'EglifedeS.
Martin,&ilsy entrerent,
aprés avoirété reçus
à. la porte par le Cardinal
de Saxe- Zeits, qui leur preenta
l'eau benire
; par les
Archevêques & Evêques
,
le par les Prelats du Royau-
Ine, en habits de ceremoiie
L'Empereur & l'Impelatrice
ayant prisles habits
Royaux,s'assirent sur deux
trônes qu'on leur avoit preparez.
La Messe commença,
& aprésl'Epîtrele Cardinal
de Saxe- Zeits fit la ceremonie
de l'onction
,
& du
couronnement de l'Imperatrice
, avec les prieres &
les ceremonies accoûtumées.
Aprés le ferviccon
retournaau château dans le
même ordre qu'on étoiq
venu; & Leurs Majestez si
mirent à table fous un riche
j
dais, ayant à leur droite 1
Cardinal de Saxe Zeits ôq
le Nonce du Pape, & à 1
gauj
gauche le Palatin & l'Archevêque
de Colocza. Durant
la ceremonie & le repas
on fit en trois tem ps
quatre falves generales de
l'artillerie. Les Ministres
étrangers, les principaux
Officiers, les Seigneurs ôc
les Dames furent traitez à
d'autrestables, tant dans
le château que dans la ville.
Le même jour l'Empereur
crea vingt-sept Gentilshommes
à la clef d'or. Il
declara aussi le Comte Gerard
Guillaumede Stratman,
fils du feu Chancelier
de la Cour, Capitaine Provincial
du grand Bailly de
Breslau en Silesie. Le 19,
l'imperatrice Eleonor alla
en carosse de relais à Presbourg
, avec les Archiduchesses
ses filles, pour complimenter
Leurs Majestez
Imperiales sur le couronnement
de l'Imperatrice. Le
10. l'Imperatrice Amélie
alla aussi à Presbourg pour
le même sujet, avec les
Archiduchesses ses filles.
L'Empereur ayant déclaré
aux Estats de Hongrie qu'il
ne pourroit pas reiter long-
1
temps à Presbourg, ils travaillent
continuellement à
préparer les articles qui doivent
être reglez dans cette
Diete: mais comme cela
ne pourra être achevé de
quinze jours ou trois (ernai.
nés, Leurs Majestez Imperiales
partirent le2.5. apre's
midi, & vinrent coucher
lu château de Petronell
,
Se le 16. au Palais de cette
iille) où ils passerontPhjr-
1er. L'Empereur avant fori
lépart de Presbourg rcgala
?e Comte Nicolas Passi, Paatin
de Hongrie, d'un CO
1er de laToison d'or, en-.;
richi de diamans
; & rlm-i
peratrice fit present à la Pa4
latine de son portrait garni
de diamans. On confirme
que le Roy de Suede étoit
parti de Demir-Tocca:
mais qu'il ne suivrois pas la
route qui lui avoit etc proposée
par ordre de l'Empereur,
& où les preparatifs
necessairesavoient été faits
pour le recevoir & le défrayer.
LeComte deVveltzech
est parti pour aller à
la rencontre de Sa Majesté
Suedoifc, qui, à ce qu'on
affure
, a resolu de passer
par Jassi en Moldavie,par
Hermanstad & Claufembourg
en Transilvanie, par
Bude & Albe
-
Royale en
Hongrie, par Gratz en Stirie
, & de là continuer sa
route par la Baviere & la
Suabe
, vers le Duché de
Deuxponts, ou vers Cassel.
On écrit de Madrid du
7. de ce mois, que quatre
Deputez de l'Academie
Espagnole, établie en cette
ville pour fixer & perfectionner
la Langue Caftillanne
)
allèrent baiser la
main au Roy, pour le remercier
de l'avoir,approuvée,
& de lui avoir accordé
sa protection. Ils allerent
ensuite saluer le Prince ,
pour lui demander auflfi sa
protection auprès de Sa
Majesté. On ajoûte que le
18. d'Octobre M. le Maréchal
de Bervvik y arriva;
qu'il a été reçû du Roy
avec tous les témoignages
d'estime & d'affection que
meritent ses importans ervices.
Les avis de Catalogne'
portent que les nouveaux
Gouverneurs pour le Civil
& le Militaire commencent
à exercer leurs fonctions
avec une entiere satisfaction
des peuples.
Voici une lifte exacte
des Généraux & Officiers
des Barcelonnois, arrêtez
& embarquez le 22. Septembre
1714. par ordre de
M. le Maréchal de Bervvik
, en vertu du pleinpouvoirqu'il
avoit reçu de
1Sa Majesté Catholique, 6c
conduitsen différentes prisons
d'Espagne.
Le General Basles, qui
commandoit l'artillerie.
Don Sebastien Dalmanau,
Colonel du regiment
de la cavalerie.
Don Simon Sanchez,premier
Capitaine de ce regiment.
Don Gaëtan Antillon,,
Major du même regimenr.
Don Joseph Belvez èc
Balaguer (dit Josepet) General
de bataille; Colonel
du regiment du Rosaire infanterie.
Don Felix de Belvez, son
fils.
- Don François Vilaz, Major
jor du même regimenr.
Don Francisco Sanz, Colonel
du regiment de la Deputation,
infanterie.
Don Raymond Sanz, son
fils,Capitaine des grenadiers
du même regiment.
Don Nicolas Axendri
Lieutenant-Colonel de , ce
regiment.
Don Jean Vinas, Colonel
du regiment de saint
Narcisse, infanterie.
Don Joseph de Torres,
Colonel du regiment de
Valence, infanterie.
,
Don François Maijans,
son Lieutenant-Colonel.
Bordes, Capitaine de la
compagnie des assassins.
Il y en avoit trois autres
sur la lifte: mais ils s'étoient
évadez des le matin, Se ils
ont vuidé le pays.
Le Marquis de Villaroel
,
leur Generalissime,
ctanc blessé dangereusement
& allité, on se contenta
de lui donner sa maison
pour prison, prenant
sa parole qu'il n'en fortiroit
pas sans un nouvel ordre.
L'Evêque d'Albarrazzin
enArragon, de la nomination
de Philippe V. ôc
qui étoit Religieux de la
Mercy, nommé Jean Navarro)
ayantetetrouve
dans Barcelonne) où il s'étoit
jette depuis la bataille
de Sarragosse
, a été embarquésur
une galère, &
conduit en Italie. D'autres
disent qu'on l'a laissé prifonnier
aux Isles de sainte
Marguerite.
Le Pere Torrento Dominiquain,
fameux predicateur
d'obstination
,
fut
mis d'abord en prilon dans
son Convent'. avec charge
aux trois principaux d'en
répondre. Ilfutensuiteembarqué
avec trois autres
Religieux de son Ordre,
& conduit pour être enfermé
dans des prisons d'Espagne.
Le Marquis de Pinos auroit
eu le même fort: mais
il étoit très malade, & depuis
il est mort.
Lifte des Ecclesiastiques, &
des Religieux bannis à perpétuité
de Barcelonne &
de Catalogne, avec déjenje
d'entrer jamais dans
aucuns des Estats de lz do
mination de Sa Majesté
Catholique, par ordre de
Monsieur le Maréchal de
Beruvik du deux Septembre
1714.
De la Cathédrale de Barcelonne-
Le Docteur Thomas
Elorens, soy-disant Chancelier
de Catalogne.
Le Docteur Joseph Rifos,
Chanoine,& Grand
Vicaire du Diocese.
André Fox, Chanoine,
& son Coadjureur.
N. Barata, Chanoine &
Doéteur.
Le Doéteur N. Figaro,
Bénéficier de la Cathedra.
le, Prieur de l'Hôpital de
la Mifericorde.
Le Docteur MauriceAndreu,
Beneficier de laCathédrale.
Vincent Carcazez, idem.
De tEg/lfe & Paroisse dite
dj Pine.
Michel Busquets, Vicaire.
Le Docteur François
Gal vanii, Beneficier.
Raymond Roffell, idem.
De l'Eglise & Paroisse de
JainteA/Iarie..
Le Docteur EstienneMafcaro
, Vicaire perpetuel,
( ou Curé) de cette Eglise.
Le Docteur Raymond
Padrall.
Joseph Roig, Prêtre, Ôc
Procureur général de l'Hôpital
general dit: de fainte
Croix.
Le Docteur Don Antoine
Sola.
Le Docteur Joseph d'Espreu.
Archidiacre & Chanoine
d'Urgal.
Le Docteur Paul Vinas,
Cghanolineidse laemêm.e E- Le Docteur Thomas
Borras, Hospitalier de Tortosa
Le Docteur André Arbell,
Chanoine de Vich.
Ces quatre derniers trouvez
dans Barcelonne ayant
abandonné leurs Eglises.
Religieuxouvivans en Communauté.
Le Docteur Joseph Campanii,
Camerier du Monastere
de Gerry, Ordre
de saint Benoît.
De la MJion.
Le Docteur Joseph Jofrea
, Supérieur du Séminaire
de la Mission.
Le P. Jerôme Dieran.
1t -
,
Minimes.
Le P. Paul Andrau, Proincial.
Jacobins.
|<,Le P. Maître Thomas
abater
)
l'un des InquifiurS.
f:
[ Grands Carmes.
Le P. Maître François
Battaller.
Le P. JeanAlau.
Carmes Déchauffe
François Joseph deChri
Cordeliers.
Le P. Jacques Boldas.
Le P. N. Coll.
GrandsAuguflins.
Le P. Maître Diegue Fie
renza.
Le P. Maître AntoineRe
corda.
Le P. Maître Laurent
ahnau.
Trinitaires Déchaussez
t Le P. André de saint
terre.
Le P. Joseph de la Mcre
: Dieu.
De laMercy.
Le P. Sauveur Folia.
Le P. JeanVilar.
Le P. Pinille.
:Le P. Cuenta.
Le P.Arnaut, Arragon-
DIS.
Le P. Raphael N. V
lencien.
LeP.N. Castro,Cast
lan.
Jesuites.
Le P. Gerard Marzill
ci-devant Vice-Provi
cial.
Le P. Dominique N
vesque, Receveur du grai
College dit de Betlheem
Le P. Philippe Elanes
Le P. Jacques Corxe
Le P. Gregoire Auhar
Arragonnois.
- Le Frere Sall, Major-
Ils eurent tous ordre de
rtir de Barcelonne dans
rfingt-quatre heures, &de
:ous les Estats d'Espagne
ians huit jours.
t Quelques-uns prirent par
lier la
-
route d'Italie; pluleurs
passerentpar le Rous-
Illon. On leur permit d'apord
trois jours de sejour
ians Perpignan,oùM. FÈ-'
lfaceiÉquaet-ddiérfeendit qu'on leur
la Messe. Enfuite
M.l'Intendant fit pu.
lilier une défensed'en re,
• -
»
cevoir aucun sans avertir,
& de le garder plus de
vingt. quatre heures. Il permitpourtant
deux fois
vingt
- quatre heures pour
les Religieux.
Quelques uns débarque-
,> rent à Collioure: mais on
les obligea de se rembarquer
aussitôt en des barques
Genoises qui les portoient,
avec lesquelles on
leur a fait prendre la roure
d'Italie.
Don N. Sola &
,
Comes,
Comte de Koque Marti,
Chanoine de Tolede, ( on
ne
ne sçait pas si c'est le même
que l'on trouve dans
la lifte fous le nom de Don -
Antoine Sola) arriva à Villefranche,
Capitale du Conflans
en Roussillon
, avec
>
ses passeports du Marquis
;',de Lede,Gouverneur de
Barcelonne, qui lui permettoit
d'aller à Villefranche
: mais comme ce pa&
seport portoit qu'il étoit
banni de la Monarchie
d'Espagne, le Gouverneur
de la place envoya vîre ce
passeport à Monsieur l'Intendant,
qui ordonna de
le faire sortir incessamment
de toute l'étenduë de son
Intendance.
On dit que ce n'eil là
qu'une premiere purgation
faite de la Catalogne,
& qu'on en fera encore une
plus forte.
On desarme tout le pays.
Majorque ne dit encore
rien; Monsieur le Maréchal
y a envoyé Monsieur
d'Adoncourt, Aide-Major
de son armée, pour s'aboucher
avec le Gouverneur
& les principaux de cette
Isle.
,
On mande de Rome du
23. Octobre que le Pape
continuë son sejour à Castel
-Gandolfe, où il joüir
d'une parfaite santé. Quoy
qu'il eût témoigne qu'il
vouloit être en particulier
sans recevoir des visites, il
en a neanmoins reçû plusieurs
des Cardinaux, &
des principales personnes
de qualité qui se trouvent
dans des maisons de campagne
du voisinage. L'Abbé
Nazari Bergamalque,
Professeur à la Sapience,
qui avoit autrefois travaillé
avec succés à unJournal des
Scavans en Italien,est mort
âgé de quatre-vingt-un an.
Les lettres de Venise du
ïy. Octobre portent que
quelques bâtimens qui entrerent
dans le port le iL
de ce mois, ont rapporte
qu'un vaisseau Marchand
Venitien,nommé le Triomplie,
avoit été pris par un
Corsaire de Tunis, revenant
de Trapani chargé de
sel:mais que tout l'équipage
s'étoit sauvé, à l'exception
du Capitaine, qui n'ayant
pas voulu abandonnerson
vaisseau, avoit été pris &
fait esclave. Il y a plusieurs
bâtimens prêts à faire voile
au premier bon vent, pour
aller au Levant , entr'autres
trois pinques, & quelques
Marsilianes chargées
de biscuit, de munitions,
d'armes, & d'aurres choses
necessairespour laflote. On
y envoyé en même temps
quelques Officiers, & des
recruës pour les troupes
qui font dans la Morée.
Une partie des munitions
'& des provisions doit être
débarquée à Corfou pour
les magasins de la forteresse
& de quelques autres. Les
avis de Dalmatie portent.
que le Sieur Emo, General
de Dalmatie, étoit parti
de Spalatro, avec les ga;i
leres de son commande
ment, & qu'il s'étoit avancé
aux bouches de Cattaro,
où il avoit été joint par le
Capitaine du Golfe, avec
deux autres, & par deux
vaisseaux de guerre commandez
par l'Amiral, pour
observer les mouvemens
des Turcs contre les peuples
de Montenegro. Les
Bachasavoient avoient partagé
leurs troupes en deux
corps de vingt mille hommes
chacun, avec dix pieces
de canon, pour attaquer
les Montenegrins par
deux endroits, ou pour
les bloquer. Le bruit s'est
répandu, mais sans aucune
certitude, que ces peuples
épouvantez par des troupes
si nombreuses, avoient
offert de se soûmettre à
certaines conditions: mais
cet avis paroît encore douteux.
| On écrit de Londres du
14. de ce mois, que le 16
du mois dernier le Roy
créa plusieurs Pairs de la
Grande Bretagne. Milorc
Chandon a été fait Comte
de Caërnarven ;
Milord
Rockingam, Comte de
Rockingam ;
Milord Ossulton,
Comte d'Ossulton;
Milord Hallifax, Comte
de Hallifax; Milord Gernmez,
Comte d'Aylesford
; Milord Harvey, Comte
de Bristol
; & Milord Pelham
, Comte de Clare. Il
fit encore Pairs de la Grande
Bretagne le Comte de
ThoThomond
Irlandois, Vicomte
de Tadcaster ; le
Vicomte de Castleton, Baron
Sandersonde Saxby;
Milord Shcrad, Baron de
Harbouroug ; Milord Pierrepont,
Baron de Pierrepont
de Hauslip, Ces trois
derniers sontaussi Irlandois.
Le sieur Henry Boyle
aété créé Baron de Carleton
; le Chevalier Richard
Temple, Baron Temple;
1.& le Chevalier Michel Vvanon
Baron de Vvaston :
mais il s'estexcusé d'accepter
cette
-
dignité. Le
27. le Roy tint au Palais de
saint James, pour la premiere
fois, Chapitre de
l'Ordre de la Jarreeiere
dans lequel il fit quatre
Chevaliers, qui sont le
Duc de Rutland, le Due
de Bolton, le Comte de
Dorser, & le Comte de
Hallifax. Le Comte d'Aylesford
a été fait Chancelier
du Duché de Lancastre,
à la place de Milord
Burkley de Strerfon, & le
Colonel KillegrevyGentilhomme
de la Garderobe
du Prince de Galles. Le z;
le Marquis de Monteleon;
Ambassadeur d'Espagne,
arriva de Hollande en cette
ville par la voye de Calais,
& le 26. au matin il alla visiter
les Secretaires d'l:fl:ar
qui le même jour allerent
à ion Hôtel lui rendre sa
visite. Le même jour le
Maire nomma six Aldermans,
& douze Membres
du commun Coseil de la
ville, pour faire la fonction
de Maîtres d'Hôtel,
te faire servir le Roy, le
Prince & la Princesse estin au qu'il donnera le 9.
de ce mois, auquelles Seigneurs
& les Ministres sont
aulïî invitez. Le General
Cadogan ayant reçû ses
instructions partit le 27.
pour aller en Hollande, à
la place du Comte de Strasford.
Le 31. au matin le
Roy fut couronné dans l'Eglise
de l'Abbaye deVvestminster,
avec toute la solemnité
possible, suivant le
cérémonial ordinaire. La
marche commença de la
iàlle de Vvesminster, Sa
Majesté étant precedée pai
lçs Officiersqui ont ccoû
tumé de porter les marques
de la DignitéRoyale, 6c
accompagnée des Pairs,
leurs couronnes à la main.
La ceremonie du couronnement
fut faite par l'Archevêque
de Cantorbery
qui, après le service
,
ëc le
sermon prononcé par l'Evêque
d'Oxford, mit la
couronne sur la tête du
Roy. Ensuite on chanta le
Te Deum, & quelques hymnes
en musique au bruit
des trompettes, auquel les
canons de la Tour & du
Parc repondirent. On retourna
dans le même ordreà
la salle deVvestminster
, où un magnifique
sestin avoir été preparé Le
Roy & le Prince s'assirent
à une table élevée au bout
de la salle, & les Pairs, la
couronne en tête, à deux
longues tables dressées des ux cotez de la salle Au
premier service un Héraut
d'armes sit la proclamation
fn Anglois &en François;
& le champion étant entré
à cheval, armé de toutes
picces
,
jetta son ganteler,
comme gage de bataille,
pour désier au combat
ceux qui contesteroient le
droit à la couronne pour
le nouveau Roy. A cinq
heures le Roy se retira au
Palais de saint James; &
le foirily eut des feux de
joye, des réjouissances, £c
des illuminations par toute
la ville. Avant qu'on se mît
en marche pour la cc:re.
monie, deux ou trois ¿cha,;
sauts à triple étage
,
dresfez
dans la cour de Vvestminfter
& autour du cimetiere
de l'Eglise, chargez
de spesteurs, fondirent
; en forte qu'il y eut
plusieurs personnes tuées;
& un trés
-
grand nombre
de blessees.
't)
De Paris le 17. Novembre *17l4. i.:,,)
Le 8 de ce mois la paix
fut publiée avec les ceremonies
ordinaires. Le 1j*
on chanta le Te Deum dans
l'EglisèMétropolitaine, en
aéhoa de graces à Dieu
pour la conclusion de la
paix generale avec rEm..
pereur ôc les Princès de
l'Empire, qui vient d'être
ratifiée. Le Cardinal de
Noailles officia pontificalement
à cette ceremonie,
qui avoitétéannoncée à
la pointe du jour par le
canon de la bastille & de
la ville. M. le Chancelier
y assista à la tête du Conseil,
ainsi que les Conlpa:"
gnies superieures, & les
autres qui y avoient été invitées
Le soir il y eut un
grand feu d'artifice devant
l'Hôtel de Ville, où il y
eut un repas magnifique,
& on fit des feux de joye
dans toutes les ruës. ;.:
Le 12. l'ouverture du Parlement
sesit par une Messe,
celebrée dans la Chapelle
dela grande Salle duPalais,
à laquelle le Premier President,
les Presidens à Mortier
, & les Chambresasfilièrent.
On a reçu avis de Provence
, que la Reine d'Ef.
pagne partit de Nice le 20.
du mois dernier, & paflk
le Varà gué, pour entrer
le même jour en Provence
Le Comte de Grignan qui
y commande, alla la rc,
cevoir avec un magnifique
équipage, & donna les
ordres necessaires pour la
commodité du voyage de
cette Princesse, & pour
faire servir sa table & celles
de sa fuite. Il pria Sa
Majesté de vouloir faire des
entrées solemnelles dans
les villes: maiselle voulue
passerincognito & on fit
seulement dessalves Royales
à son arrivée. Elle arrivaen
huit jours à MariIle)
où elle sejourna trois
tours, ayantpassé par Anibes)
Frejus,Brignolles&-
Auriol. Elle alla en trois
autres journées à Arles, où
elle sejourna deux jours,
ayant passée à Aix, à Lam
bese & à saint Remy ; :
le 5. de ce mois elle passa
le Rhône, & elle entra el1
Languedoc. On verra dans
la suite de ce Journal ua
détail de l'entrée & du (c-S
jMour adercsettee iPlrilncees.seàsi
Je serois fort
embarasse
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
vous allez lire,s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
naurois pas pris moy-meme
la peine de le traduire
de I'Italien,comme je l'ai
reçû, si, loin de le croire
capable de répandre des
idées superstitieuses dans
l'esprit des lecteurs, je
n'en avois pas trouve le
detail rempli d'avions ôc
de sentimens de pieté
Relation que le Pape a reçûe
d'un miracle avéréy &qui
ejl arrivé à lcernie, ville du
Royaume de Naplespendant
lemoisd'Octobre dernier
La misericorde de Dieu,
justement irritée des cripies
des hommes, se fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener à lui.
Dans la ville d'Icernie
il y a un Monastere de,
Religieuses tous la Regle
de sainte Claire, où depuis
plusieurs années on a une
grande vénération pour
une petite Image de la
Vierge,faire de cire, donc
le buste est gardésoigneusement
dans une chânc
sur un pié-d'estal de bois
doré.
2 Un Mardi,deuxiéme
d'octobre de la presenté
année, il arriva que les
Religieuses de ce Convent
étant en oraison dans
eur Eglise, à l'exemple
le tout le Clergé de la.
fille, qui avoit ordonné
les prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel,
Be pour lui demander la
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne, le des maladies
contagieuses qui avageoient
tout le pays; il arriva,
dis je, que les Religieufes
étant en oraison
: dans leur choeur, elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cetteImage de
la Vierge une grande quan
tité de larmes; ce qui leur
causa tant de frayeur;qu'
elles continuerent leurs
oraisons depuis la premiere
heure de la nuit jusqu'au
jour.
1 Le
Le Lundi de la semaine
suivante elles appercûrent
encore sur cette sainte Image
quelque chose de rac,
naçant & de severe
; ëc
s'approchant de plus pre's
du piéd'estal où elleétoit,
elles le trouverent tout
mouilléde sueur. Alors érongées
& troublées de ce
prodige, elles recommencerent
leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit,
accabléesdejeûnes, de larmes,
de disciplines & de
veilles, elles sortirent du
choeur, où cependant elles
laisserent deux Religieuses
de garde, en oraison, avec
deux lampes allumées:mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image se fondre encore en
larmes, dont non seulement
le pié-d'estal, mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles se mirent alors
à crier misericorde, à
sonner les cloches, à courir
au dortoir où écoienç:
leurs compagnes, pour les
ramener dans l'Eglise, ou,
la face prosternéeenterre
elles implorerent la clemence
du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitansdu lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout lé
pays, l'Evêque & tout le
Clergé
)
se transporterent
:?n cette Eglise, oùils vi-
'.rnt encore la même sueur
x les mêmes larmes. Alors
Evêque fit un discours au
peuple & aux Religieuses
;
Il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeu-
~nes, leur larmes & leur pe-
~uitence :
il leur dit que ce
miracle étrange les menaçoit
de quelque grand malheur.
Il ordonna des processions
solemnelles pour
les jours suivans : mais le
lendemain Mercredi,sur lea
huit heures du matin,toute
la ville & tous les lieux d'alentour
sentirent un tremblement
de terre épouvantable.
Tous les habitant se
sauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque,
avec tout son Chapitre, ~fies
orer cette Image lacrée de
la place où elle étoit; illa
mit dans un châsse de cri£-
cal, ornéed'ungrand nom-.,..
bre de pierres precieuses, te
environnée de lumieres.
Ensuite il rappella le peuple
à l'Eglise, où le Pere François
Girolamo d'Alfedena,
celebre Predicateur,
- exhorta
tous les assistans à Il
penitence.
Le jour fuivanr, qui étoit
le Jeudi, l'Evêque & tout
le Clergé, accompagné du
peuple, ( après avoir célébré
la Messe) porta cette
sainte Image en procession
dans toutes lesEglises dela
ville, où l'on ne sentit plus
detremblemens de terre.
On continuë cependant les
mêmes dévotions, & cette
Image demeuretoujours
exposée sur le Maître Autel
de ce Monastere, pour satisfaire
à la pieté des fideles,
quivont de toutes parts offrir
leurs voeux à Dieu dans
l'Egliseoùonla garde.
Il ne m'est encore guere
arrivé jusqu'à present de
chanter les loüanges de personne
; je croy que c'est fauce
degoût pour ce genre d'écrire,
puisque le monde ne
manque pas de gens quien
meritent:mais on auroitraip
de me faire passer pour -
je plus inutile & le plus injuste
Journaliste de France,
je ne disois rien d'une acion
éclatante que le Chev.
le Langonvient de faire.
Le , 21. du mois passé il rencontra
à la haureur des Isles
e sainte Marguerite, un
aisseau d'Alger de 50. caons
, avec 500. hommes
équipage & 50. esclaves; il
attaqua, l'Algerien l'abor-
-.a: mais le feu continuel de
i mousqueterie &des greades
le força de s'éloigner.
lors le Chev. de Langon
abattit heureusement ses
mâts à coups de canon,& lui
cria defe rendre,sinon qu'il
l'alloit couler bas. L'Algerie
n'en voulut rien faire:cepedant
un vent d'Est le poussa
vers le Golfe de Lion, ou ill
alla s'échoüer malgré lui..
Alors il demada du secours:
mais il fut impossible de lui
en doner. Il perit enfin avec
tout son équipage,àl'exception
de deux Chrétiens lX 7.
Turcs,qu'onsauva.Lecobat
dura 7. ou 8.heures,le Chev..
Balbiani Piémontois y sua
tué, 6c te Chev. de Langon.
rentra dasToulon. 4
Il importe peu à l'Auteur
de ce Journal que la piece
qu'on va lire soit liéeoue non,
avec celle qui la precede: elle
n'a pas besoin du secours J'une
transition pour estre annoncée
,
les Lecteurs le dispenseroientmême
d'en faire,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Made-
: moiselle ** qui a faite celle-
* cy, & qui n'a pas une bonne
;. raison pour ne vouloir pas
estre nommée
,
s'est conten-
: tée de ne pas s'opposera l'inv
pression de son Ouvrage. Je
vous ancurc que le Mercure
Galant ne seroit pas si modefic
qu'elle, s'ilen estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroitpasà
mettre son nom à la place de
ces deuxétoiles.
LETTRE
de MaaemoifrUr ** à une
gDoamuestdéetsaespramefieesntts.ur le
Vous deviez, Madame,
vous contenterdu silence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes ensemble à la
foire de saint Laurent. J'avois,
ce me semble, foufferr
avec assez de patience toutes
les plaisanteries que vous aviez
faites sur le serieux que j'af.
fc-ttoisJ disiez- vous, à un spe-
¿racle qui attiroit tout Paris,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accusée
de mauvais goust
,
n'ofant
par discretion enaccuser
le siecle ; mais vous ne prîtes
pas le change, &vous me
pressâtes si vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot, &
vous dire avec un geste de
compassion, que le bon goût
étoit toutà fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plutôt
échappe, que vous me fîtes
mon procès
, comme à une,
revoltée qui vouloit secoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avouë que ic-fue
piquée de ce reproche que je
ne m'estois attiré que parce
que j'avois eu la complaisance
de vous dire mon sentiment,
&je ne fus pas plûtôtarrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume, pour me justifier
,ou plûtôtpoursoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy,
Madame
,
le bon goût ca
tout-à- fait perdu; vous en
estes vous-même uneconvictionvivante,&
puisque, malgré
ce juste discernement donc
la nature vous a partagée
,
&
que vous avez cultivé par une
lecture assiduë des meilleurs
Auteurs tant anciens que modernes
vous vouselles laissée
entraîner au torrent, je ne
sçaurois croire qu'il reste encore
quelques traces de ce bon
goust qui a tant illustré le
RegnedeLoüis le Grand, &c
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cette Dissertation
,
je vais da..,
bord en établir le fondement
par la définition du bon goûr
Je ne parle pas icy ,
Madame
,
de ce que l'on appelle
goût de sentiment, il n'est
pas moins difficile à definir
que l'amour, & c'est à propos
de cette espece de goût , qu'on dit en commun proverbe
,
qu'il n'en faut poinc
difpurer. C'est du goûr de dis
cernement & de raison, que
je veux parler,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût est un parfait
accord de l'esprit avec la raison.
Je ne sçais
,
Madame,si
vous me passerez cette définition
;mais comme elle me
paroist assezjuste,j'attendray
que vous la condamniez pour
la deffendre.
Supposé donc que le bon
goût soit un parfait accord
de l'cfprit avec la raison, peuton
voir des Farces si dcpourvuësde
sens commun attirer
tout Paris, sans estreen droit
de dire que tout Paris n'a pas
le sens commun ; & que par
consequent le bon goût est
tout-à fait perdu
Vous me répondrez,sans
doute, que c'estla nouveauté
qui attire à ces fortes de spectaclcs;
qu'ils rappellent au public
,
le plaisir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois,&
qu'on aime à voir encore
quelques restes de ces divertissantes
pieces,où l'onalloit
si souvent se dissiper ;que
d'ailleurs il y a des ouvrages
donc le mauvais fait tout le,
prix: quoyque toutes ces raisons
jointes ensemble n'en
fassent pas une bonne, je veux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en par!.
ticu lier.
Vous dites,Madame, que
c'est la nouveauté qui attire à
ces fortes de fpedhclesj mais
d'où vient que les autres nouveaurez
qu'on donne sur la
Scene Françoise, n'ont pas le
même privilege ,& que la
pressen'y est pas si grande?
vous ajoûtezqu'ils rappellent
au Public le plaisir que la Comédie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a-t'elle dû luy
en faire
,
& ne devroit-il pas
avoir conceude l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,,
car je n'attribue qu'à la Comédie
Italienne
, ce dégoût
: des bonnes choses, où l'on
est depuis si longtems, & les
,
Auteurs qui depuis ont travaillé
pour le Theâtre Frai*,
çois ne sçauroient se d-tfculper
de la lâche complaisance
qu'ils ont euë de s'accommoder
au mauvais goût, en donnant
des Comédies sur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hostel de Bourgogne.
Vous ditesencore , Madame,
qu'il ya des ouvrages donc Ir
mauvais fait tout le prix; je
conviens avec vous que rien
n'est plus ennuyeux qu'une
insipide médiocrité ; mais de
ces deux CJnnleS', qui font
le bon & le mauvais, le premiern'est-
il pas préférable?
ependant on le voit languir
ur le Theâtre François,tan- is que son indigne rival
riomphe à toutes les Foires.
[ En vérité
,
Madame, si les
mbres de Corneille, de Modéré
& de Racine pouvoient
voitconservéde la sensibilité
pour les choses de ce monde
ombien ces grands hommes
abattroient ils de la bonne
pinion qu'ils avoient coneuë
d'euxmêmes sur la foy
denosapplaudissementspuisfluC
nous les prodiguons pour
lies ouvrages qui ne font pas
même dignes des siflets qui
faisoient autrefois une si rudi
guerre aux mediocres ouvra
ges Mais combien fremi
roient ils de voir un Cinna
un Misantrope, une Andro.
maque négligez, tandis que
des parodiesqui n'ont ni rime
ni rai son
,
sont courues avec
une espece de fureur. Neme
dites pas que cesexcellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieillissant ; non Madame,
il n'en ett pas des Comedies
&des Tragedies comme
des femmes, le nombre
desannées ne produit pas le
même tiret sur celles là
, que
sur celles cy;le tems res pecte
ces premières beautez
,
mais
quand ce que j'avance seroit
problématique
,
je doute que
s'il se pouvoir faire que la
plus belle Piece de ces grands
maistres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tinr.,
contre Arlequin Phaëton, si
on le luy oppoloit, tant le
mauvais goûc a prévalu.
Il, Comme 1 hypothese que je
fais est impossible,on pourra
n'en pas convenir; mais je
sçais
)
& vous fc,.vrz vousmêmece
qu'il en faut croire
je pourroisavoirquelquesex
periences qui appuiroient o
que je viens de dire, car enfin
quoyque le peu d'empressement
qu'on a à voir les piece
de Corneille & de Moliere
mêmeles plus belles
,
puifli
estre attribué aux trop frequentes
representations qu'on
-cn donnc; on ne sçauroit disconvenir
que celles qui son
joées plus rarement n'onc
pas un fort plus heureux; en
effet la more d'Othon qui n'a
reparu sur la Scene qu'aprés
une longue interruption,rem.,
bloit avoir le merite de la noubeauté
quiirrite il fort le goût
desFrançois
,
cependant à
peine en a-t-onpû souffrir
deux representations, au liett
"lllC le Baron dAlbicrak dont
le succésavoitesté fort mediocre
dans sa naissance
, a
prouve grâce auprés des Dames,
&n'a dû sa réüssire qu'à
ce qui luy avoit nu y dans cet
heureux tems, où le bon goût
regnoit encore, je dis, auprés
des Dames,car ce sont elles
qui font au jourd'huy le destin
despieces de Theâtre
,
la
premiere regle est celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
s'attachent à étudier leur
goût,&vous pouvez juger
si cet accord de l'erprit avec
la raison qui constituë le bon
goût, se trouvechez elles,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.,
telles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes aussi étroites
une matiere au111 vaste que
celle cy ,
laifloivs la les moracriesde
la Foire SaintGermain,
& passons à des spectacles plus
dignes de nostreattention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût est perdu; de
tous
tous les successeurs de Moliere,
Renard aesté sans contredit
celuy dont les pieces ont
esté le plus suivies. Il auroic
merite la gloire qu'il s'ttf acquise
au Theatres'il s'en fue.
tenu à des pieces decaractere
telle que sonJoüeur. On peut
direque c'en- (à la versification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&si son Vicomte de la Case,
& son Saute Marquis, n'y
étoient pas, j'ajoûterois que
cette piece n'etf pas indigne
d'estre avouée de Moliere.Je
crois même que Renard a eû
ses raisons pour y faufiler ce
trivelinage
,
la Comedie Italienne
avoir commence à gâter
le goût,& il importoit àcet
Auteur Comique de donner
quelque chose à la bisarrerie
des spectateurs, pour réüssir.
Il s'en apperceu par malheur
que ces Scenes
,
qu'il avoit
peutestrehazardées, ontcfié.,
les mieux receuës
,
c'est ce
qui la fait renoncer au bon
goût dansles autres picces
qu'il a donnéesdepuisau
public. Quelle différence , Madame
,
de Renard à Renard:
auroit on pureconnoî
-
1
trc l'Auteur du Joüeur dans
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? ra.
voüe qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaisirinfini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertissante reconnoissance
qu'on ait jamais vu dans
le genre Comique ; mais le
bon fcns n'etf il pas renversé
dans le reste Cependant je
rends justice à cet Auteur,
& je crois qu'il se fcroit corrigé
de bien des choses
,
si le
bruit des applaudissemens ne l'eûtempêchéd'écouter les
conseils de Ccs.amis., il serendit
à la pluralité des voix
,
il
se persuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
consistoit desormais qu'à se
conformer à celuy de son siecle
pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus seurement qu'en
donnant tête baissee dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de superiorité.
Passons de la Comedie à la
Tragedie, je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire de ceux qui m'en paroi*
troient les plus dignes, ôâ
d'ailleurs c'elï le fort des gensde
Lettres de ne jOÜIT de leur
gloire que lorsqu'ils ne sont
plus en état de la ressentir
c'est à dire après leur mort.
Je sçais que Corneille, Moliere
,
& Racine, ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie; mais ce n'a
esté qu'imparfaitement
,
&
leur réputation n'estarrivée
à son plus haut periode,
qu'aprésqu'ilsn'ont plusesté.
Corneille a eu le chagrin de
voir un grand Cardina
,
luy
donner pour Juge des personnes
qui depuis se sont cru
fort honorées d'estre ses Confreres
; Sarasin luy a preféré,
Scudery,l'Abbéd'Aubignac;
latraité dePoëte du Pont-c
neuf. Racineavûtomberàla 1 ;
cinquiéme répresentation ce:.
meme Britannicus qui s'estfiî.j
glorieusement relevé
i,
de sa1
chute,&qui charme aujourdhuy
ce même Parterre quit
luyaautrefoisrefusé ses suffra-:
ges la Phedre de Pradon aj
faitchanceler la sienne
,
il en
soupira en secret & la honte
d'avoir esté durant quelques
jours aux prises avec un tel
dversaite
,
luy fit payer bien
Aer une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on osâluy disputer.
Moliere,enfin ,malgré
toute sa gloire n'a pu se
mettre à couvert des traies
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
surprenant, c'est que ce même
Misantrope que B. élave audessus
de toutes ses autres pieces
par l'opposition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin seroit tombé si une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
faire remarquer les beautez
au public à foi ce de l'y accoutumer.
Pardonnezmoy, Nli.,
dame,cette petite digression.
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un;
peutroptost enlevez.
Monsieur de la Fosse est
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
,Polixeneaeste soncoup
d'essay ; mais cette Tragédie
a esté si bien receuë qu'elle a
passé pour un coup de maître.
ManliusCapitolinusest venuë
immédiatement après,Sucetteexcellente
piece n'a pas de.
généré
generé delagloire de son aînée.
Thesée n'a pas eu moins
de succés que Polixene
3
&
Manlius;mais Calihiroé n'a
pas été, à beaucoup prés, si
bien receuë. Ne croyez pas,
Madame, que je prétende juger
du mérité de ces quatre
pteces par leur réo-ilire
,
il faudroit
que je fuppofaflece bon
goût dont jedeplore la perte:
je me contente donc de faire
icy une observation ; c'est que
ce même Thesée qui dans sa
naissance entraîna tous les suffrages,
n'a trouvé que des
spectateurs glacez quand on
la remis sur la Scene. Je ne
sçais si Polixcne auroit un
meilleur fort jusqu'icy la
présomption ne luy est pas favorable
, le sieclen'est pas, à
beaucoup prés
,
si sensibleau
bon qu'il l'estoit il y a douze
ans; la simple nature avoit
encore de quoy satisfaite les
plus zelez partisants du Cothurne
,il a fallu depuis, que i l'art soit venu au secoursavec
tout ce qu'il a de plus ébloüis.
sant.,les situations,terme encore
inconnu dans un tems 1
qu'on peut appeler justement
l'âge d'or des Muses, ont estté
multipliées; les reconnoissan
ccs font devenues communes,
on les a fait entrer dans des
sujets qui n'en demandoient
point, & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand succés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors-d'oeuvres. Aurette,
quoyque je me sois proposé
de ne point par ler des Auteurs
modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refuser une gloire qui
leur est dûë
,
c'est qu'ils ont
plusapproché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliere.
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raison,sinon, que la
Comédie Italienne n'a pas
avec la Tragédielenaême rapport
qu'elle a avec la Comédie
Françoise. Il a donc cflé
plus facile à la Tragedie de se
garantir de la contagion du
mauvais goûr
>
quoiqu'elle
Ren ait pas. cGé plus luivie.
Ne vous attendez pas, Madame)
que je parle icy des petites
pieces y
elles ne meritient
paonôtre attention, cest un
batelage continuel
,
& elles
ne fervent qu'à nous-faire vois
un monstrueuxassemblage du
Théâtre François
, avec le
Theâtre Italien. Je sçais qu'il
y en a quelques-unes qui doivent
être exceptées de la re.
gle generale )rE'prit de conrradivllion
)
le Galant Jardinier,
Crispin rival de fonMutre
,
& lEsté des Coquettes
font de ce petit nombre;s'il
n'y a point de moeurs, on ne
fJllrOIC au moins disconvenir
qu 'it n'y ait quelques grains
de tel dans le dialogue, 8C
quelque ordre dans la conduite
; mais cest tout. Permettez,
Madame, queje vous
transporte sans machine du
ThéâtreFrançois à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il est incontestable, que
personne n'a mieuxréüssi à
ce genre de roufique que Lu-
Iy; il n'est pas moins vray que
Quinaut
,
dans ce genre de
Poësie l'a emporté sur tous
ceux qui y ont travaillé a prés
luy; cependant,combiennous
reste-til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui se soutiennent
avec leur premier
éclat
, on pourroit aisement
les compter, & je n'en conr
nois point d'autres qu'Armide
, Roland,Alceste&Phaëton,
ce n'ert pas que Bellerophon
,
Thesée & Atys soient
inférieurs à ces premiers;dans
Bellerophon
,
Thomas Corneille
a heureusement réüny
la delicatesse du lyriqueavec
la pompe du dramatique;
Thesée &Atys sont les {hetS.
d'oeuvres de Quinaut pour la
régularité du Poëme, & pour
l'exadtitude de la verfication,
l'un & l'autre font remplis de
sentiments & de pensées
, &
l'on peut dire queLuly, animé
par de si belles paroles s'est
surpassé pour les exprimer dignement
; cependant,Bellerophon
a paru trop tragique,
on a trouvé Thesée languissant
, & nous avons vû à la
honte de nôtre siecle, les Dames
sortir aucinquiéme Aéted'Atys
,comme on auroit pû;
faire au cinquiémeActe de
Roland, malgré la difïaence
qui se trouve entre ces deux,
derniers Actes.
A quoy ,
Madame,attribuer
cette bisarrerie
,
si ce
n'efl: au changement de goût;
&à quoyattribuer cechangement
de goût, si ce n'est à
cette même Italie qui a fait
tomber le Théâtre François?
cette orguëilleuse rivale n'étoit
pas conrente que nous
luy eussions cedé la gloire du
Poëmeépique, elle nous a encore
envié celle de rciiffir
mieuxqu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons sur toutes les Nations,
& par ses cantates & ses sonates,
dont elle a inondé tout
Paris, elle nous a rendu ennuyeuse
cette riche simplicite
qui est le veritable caractere
de nôtre langue & de nôtre
genie.
On me dira peut-estre quie
ces premiers Opera que j if
tant vanté, sont pourtant
l'ouvrage d'un Italien. Il est
vray, mais cetItalien avoit
parfaitement bienconnulanecessité
de renoncerau goûtde
sa Nation
, pour s'accommoder
au nostre, il trouva que
lesFrançois jugeoient plus fai
nement des choses que les
Italiens;&il connut que la
Musiquen'aïant point d'autre
but que de chatouiller agrea-
-
blement l'oreille
,
il ne fil-
: îoit pas la charger de dissonances
affectées,parceque li
pluspart de nos compositeurs
modernesn'en font un
usage frequent, que pour
faire parade d'une grande
Science dansun Art qui ne demande
que du goût & du sentiment.
C'estparcemanque de
goût «5c de sentiment qu'ils
font du recitatif si sauvage,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'est tou jours aux
dépens dela melodie,le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne sont
point exprimées, & les penfées
les plus vives deviennent
languissantes fous une note
forcée & barbare, au lieu
que leur incomparable predecesseur
, nous faisoitentendre
une espece de declamation
dans son recitatif,
&nousexprimoit jusquesaux
parantheses. Au reste je ne
m'étonne pas que nos Musiciens
modernes réussissent si.
mal dans l'expre ssion, la pluf.
partd'entreeuxn'ontque leur
Musiqueen partage,&il faudroit
qu'ils fussent bons Auteurs
pour devenir bons Musiciens,
aussi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
récitatif, ils ne sçavent comment
s'y pB:ndrc, ilsprient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers per suadez qu'ils
sçauront bien se sauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
possedent à fond, & dont ils
sontleurunique étude. Qu'en
arrive t-il, les plus belles
Scenes sont défigurées, le
pathetique est étouffe,l'interest
se perd, l'oreille feule est
satisfaite
, ou ptûrôr elle est
étourdie tandis que l'esprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
elles perdroient de leur prix si
elles étoient abbregées, on ne
peur entrer de plein pied dans
ces grands sentiments qui jettent
le trouble dans l'ame des
Spectateurs, il faut les preparer,
les amener,& nous y
conduire par devrez: cependant
tout deffectueux que
sont les Opera modernes,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien tostl'exclusion
aux anciens;on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates; nous voyons tous
les jours un petit Au chanté ;
par quelque voix distinguée
rappeller bien des gens à des
Opéra qu'ils trouvoient languissants,
parce qu'ils sont
trop beaux, le beau-les accable
,
il ne leur faut que du
joly, & si l'on peut y faire
entrer du comique,jereponds
du succés.
J: ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüiez maintenant
ces remarques, & que vous ne
regardiez enfin le plalÍir qu 'on
prend aux spectacles des Foires
, comme un sacrifice d'esprit&
de bon goût au pernicieux
usage qui s'introduit Je
: suis
,
Madame, vostre
, &c.
Vousapprouverez sans
doute ,Messieurs
,
qu'on
vous donne aprés une critique
sur le goût, la Relation d'une
feste qui a esté faite à Martela
le pour la Reine d Espagne
,
par M. Arnoul Conseiller du
Royen sesConseils
,
Intendant
des Galeres&duCommerce
,
&vousvousétonnerez
assurement qu'on puisse
imaginer & executer en aussi
peu de temps qu'il en a eû
,
une feste si noble, si galante,
& d'un si bon goût.
AVERAVERTISSEMENT.
M. Arnoul auroit plutost
envoyé cette description
,
si
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes,il n'eut trouvé que
cet ouvrage avoit besoin
d'une liaison un peu plus reguliere
en quelques, endroits ;
ce qui l'a mis dansl'obligation
d'y faire quelques additions
qui luy ont paru necessaires,
& ausquelles il en auroit
joint peut-estre encore d'au¡;.
tres, si on ne luy eut dit que
la Reine vouloitavoircette
description avant qu'Elle eut
quitté la Provence:au lieu
que cela paroissoit beaucoup
moins necessaire lorsque l'ouvrage
estoit répandu sur toute
l'étenduë de quatre grandes
salles ou galleries, en plusieurs
pieces détachées;maisil espere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il est
, comme venant du
coeur plutostquedel'esprit
» pu l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer feulement parlà
son zele & son profond
ferpeé1
,
&il se flate aussi
qu'Elle voudra bien considerer
,qu'il n'a euque six jours
âz tJemps pour le composer ï & l'cxccuccr.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul,
Intendant des Galeres Cm du
Commerce à À/farftilkJ donna
à la Reine d'EspagneleLundy
29. Qïïsbre 1714. à l'occasion
de la Salle d'Armes de l'Arcenal
des Galeres ,queSa Majesté
voulut bien aller <voiri
Ci d'une espece de Triomphe
quiyavoit ejie preparé pour
Elle.
SA MAJESTEayant
pris larevolution de venir à
Marseille le 21. d'Octobre
& M. Arnoul l'ayant sçeu
le23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle dArmes des
Galeres, comme estant ce.
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puissance
du Roy;il se mitaussitosten
état de la préparer, de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine,& faire partie des.
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là dessus
un su jetqui pût serviràson
dessein ,& s'agissant, d'une
Salle d'Armes il CIÛC qu'il devoitletirer
des Armesmêmes,
Il trouva que le mot Latin
Parma3 qui signifie Targue
Bouclier, , ou Ecu, en François
,
faisoitune heureuseallusion
au nom de la Reine, il
le choisit & tira de-là occasion
de faire à Sa Majesté une
espece de triomphe, en élevant
le Bouclier, ou Parma
au-dessus de toutes les autres
armes , non -
feulement par
les places distinguées qu'on
pouvoit luydonner partout,
mais de plus par beaucoup
d'allegories
,
qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
çcL1 ce qu'il aestéquestion
de mettre en excution ,
&
c'est aussi ce qui s'est fait par
beaucoup dinfcriptions
,
de
Devises, ou d'Emblêmes ré:.
panduës sur toute l'étenduë
de la premiere Salle, & de
cele qui vers le bout la tra*
verse en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de son dessein
,
il y avoit
au dcffu\\ à la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
,
& d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle
, un trophée d'armes
, dont l' Ecu des Armes de Parme
tenoit le dessus,&le mi*
lieu,avec ces deux mots:
Parmatriumphans.
Pour suivrecedesseinily
avoit sur toute l'étenduë de
ces deux sallesau plus haut du
plancher sur le milieu de chaque
poutre, une targue ou
écu des armesde Parme, accompagné
d'une autre targue
dechaqZDue costé où, sont des
Soleils
avec la dévise du Roy
tels que font ordinairement
toutes les targues des Galeres.
Entre toutes cestarguesou
écus de distance en ditfunaa
onenavoi mis d'autres plus
ornezayant de même les armes
de Parme, & quiestoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
,
faisant autant de devises
ou d'emblèmes differentes,
& la premiere qui se presentoit
après qu'on estoit entré
dans la salle expriméeparce
vers.
Parmarum,Regina, tibi labor
iftt dicatur.
Ce qui faisoit proprement
C8 peude mots l'Epître Dédicatoire
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques distancesensuite
estoit un autre écu ou Parma,
avec les mêmes armes ayant
au-dessus ce vers.
Armatriumphanti cedant h,
c*ter& Parmæ.
Comme un commandement
qu'on faisoit d'abord,
aux autresarmes de céder au
Bouclier ouParma qui devoit
;
triompher à l'occasion de la
Reine.
L'inscription suivanteétablissoit
la raison pour laquelle
le bouclier devoit en tfFccêcrc
au-dessus des autres armes ,
par cet autre vers.
Illa At/rant furioe
,
ParmMlJ
prudentia ducit.
Ensuitecomme le bouclier
n'estfait que pour parer sans
offenser
, on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier, il falloit ôter
de celuy de Minerve qui est
regardé comme leplus ancien
&le premier de tous, la trc
de Meduse pour y mettre à la
place les armes de la Reine,
comme devant estre beaucoup
plus agreables à cette
Déesse,qui toute belliqueuse
qu'elle est
, ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approcha d'Elle
, parrapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle estoit aussi la Déesse
, ce
qui se trouve marqué par ce
vers.
Duramedusafugat,grata es,
tu Parma Minervoe.
On faisoit voir aussîtost
aprés les avantages,& les
merveilleux effets de ce changement
,en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduse eftoic
si (iffrcurequ'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
, ce nouvel écu qui st
proprement le sceau de la
douceur & de la bonté de la
Reine, marquée par Ic.celcflc
azur deses Lys, devoir faire
tomber les armes des mains,
& gagner les coeurs sansviolence,
en adoucissant & en attendrissant
ceux-même que
l'autre auroit pû rendre aussi
durs que des rochers, cequi
étoit expliqué par cet autre
vers:
-+j, ..+'.
Alteraquosfecit lapides,emol-
1''--- liet ista.
,t(.ì;1 -
On feint ensuite que de pareilles
dispositions ont d'a-
-
bord engagél'Amour,qui n'avoit
jamais osé rien pretendre
,sur Minerve
,
à qui l'on verra
dans la fuite que la Reine est
comparée,& qui est aussi par
tour representée par le boucher
ou Parma
,
non-seutement
à s'en approcher, mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ses~tralts, comme autant
de charmes qu'il a don
nez à la Reine, pour taire la
conqueste d'un coeur qui luy
convint, au lieu du seul bouclier
dont Elle se servoit contre
luy même
,
le tout representé
par un Ecu, ou ~Parma orné , des traits
,
& de toutes
les armes de l'Amour,en forme
de trophée, avec un cartouche
audessus qui porte ce
vers:
Huicamorantefugax ,sua tela
adjungit & arcum.
On feint encore ensuite que
l'Amour continuant de s'interesser
pour le bouclier ou ParïDa,
quiest toûjours icyle
symbole
,
aussi bien que le
sceau de la Reine;chasse luymêmed'auprés
d'elle le Hibou
de Minerve,qui est toujours
un oi seau de mauvais augure
,en quelqu'endroit qu'il
ioïc }&.quipourroiréloigner
celu y dont Elle doit fdre la
conquête avec ses nouvelles
armes ; & pour marquer encore
plus son empressement
pour Elle
, on luy fait derober
à sa mere un des oiseaux
qui luy sont consacrez
, pour
l'associer au bouclier, ce qui
peut se ra pporter à tous les
coeurs de quelque car.,,iâercqu'ils
se trouvent, attachez au
char de la merc d'amour; le
tout representé par le bouclier
ou Parma
, ayant toujours
toutes les armes de l'Amour,
comme en trophée,
avec un pigeon à costé, & ce
vers au-dessus:
Subtesptam&matri
,
Volucrem,
bubone fugato.
C'est ainsi qu'on pretend
que la Reine d'Espagne ayanc
joiflt lesarmes de l'amour, à
la bonne odeur de ics Lys,
qui dénote parfaitement,ce
que la Renommée avoitdéja
publié de les vertus, & de tes
grandes qualitez
, a fait laconcp
ête dun coeur, qui seul
estoitdigne de la posseder; le
tout representé par une targue
, ou Parma
,
répandant
une odeur agréable,ornée &:
& environnée,commedessus,
de toutes les armes de l'amour
)
placée dans un grand
coeur,comme dans un Tr ône,
porré sur le dos de deux lions,
&appuyé contre deux tours,
avec la colombe, ou pigeon
donné par l'amour, voltigeant
au-dessus
, & portant
en son bec une couronne de
laurier
, avec ce vers:
Sic c'? odore ft40 ,sic Parma
triumphat amore.
On prétent ensuite qu'Apollonaprés
avoirchantéluymêmejusqu'icy
les loüanges
de la targue, ou Parma
, va
dans ce qui fuit declarer ses
heureux devins, par les oracles
qu'il va rendre, & qui
doivent Lire la plus glorieuse
partie de son Triomphe ,ce
qu'exprime le vers fuivanc
écrit en grosses Lettres surun
cartouc he art3ché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé
,
pour preparer
les [p dt.rcurs à cette
seconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam
,
jam VAticU
netur Afoilo.-
Ce qui suit est en effetune
Prophetie,s'agissant en partie
de l'avenir, & un Oracle en
ce qu'on y peut trouver plusieurs
sens differens
, comme
il arrivoit toûjours àceux qui
consultoient les Oracles, ce
qui se voir par le vers fuivanc
sur uns targue, ou Ecu de
Parme.
Hacse conjunguntFlorentia lilia
Parmâ.
Ce qui veut dire que des
Lys florissans se joignene ensemble
par le moyen de la
targue ,ou Parma,ou qu'elle
va se joindre elle même aux
Lys, ou que par elle, les Lys,
Parme&Florence se joignent
ensemble
, ce qui cft fondé
sur ce qu'on prétendque la
Maison de P^rme,, c'està-dire
la Reine, doit probablement
heriter du Duché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l Oracle
precedant qui paroist dtfigner
lemariage du Royd'Espagne,
& de la Reine; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres,
par une espece d'Enigme representée
par un bouclier myparti
des Armes de Parme &
de Grand Gonfalonier de l'Eglise,
couvrantenpartietrois
tiges de Lys,avec ce vets audessus.
His erit Umbra, novum Tutamen,
cr lncrementum.
Parce que l'Umbrella signifie
que la Reine aura tousjours
fous son ombre le Prince des
Asturies &les deux Infants;
que de plus le bouclier par
luy même estant le symbole
de la précaution & de la seureté
, marque le soin qu'Ellc
prendra de leurconservation,
& qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les six Lys de son écu,
joints aux trois de celuy du
Roy.
Ce qui fuitest encore une
Prophette, un Oracle ,&une
Enigme toute ensemble,representée
par l'écu deParme
ou Parma
,
accolé avec celuy
de France, & ce vers audessus.
Radici quàmpulchra dabunt tUA
liliajuncta.
Par où l'on doit entendre,
que les Lys de la Maison de
Franceestant les premiers qui
ayent jamais paru, on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
autres;&queles,Lysde Parme
eqtant ainsi rejoints , &
comme entez sur leurpremiere
qouche,ou racine,ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Etenfincette premiere salle
estoit terminée dans le bouc
par une armure dotée & damasquinée
representant le
Roy PhilippesV. sur un Piedestal
,
accompagné de ses
Gardes
, avec un Manteau
Royal de velours crarnolfi.
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
dans la main droite
,
& un
Bouclier aux Armes deParme,
passé dans le bras gauche,
avec ces mots Espagnols :
En braços del Rey fulcra
-
varones.
Ce qui est encore un Oracle
, en ce que cela se peut
entendre en deuxmanieres,
la première surce quun Roy
aussi brave qu'estleRoy dEPpagne,
se peut battre contre
plusieurs
, en se servant dii
bouclier pour parer ;& l"au'-
rrc fait assez voirque la Reine
en doit avoir des Princes dlf:.i,
tinguez par leur merite &.
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller jusqu'à.
cette figure qui representoit
le Roy d'Espagne
,
il falloit
traverser laseconde Sallequi
se croise avec la premierc
, ôC,
que dans le milieu on y avoir
préparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perse, avec
un fauteuil de damas cramoisi
, garni de grands galons.
d'or, pour que la Reine s'y
pust asseoir, en cas qu'elle fust
fatiguée; qu'au dessus de. cefauteüil
croit un Soleil quirepresentoit
le Roy d'Espagne,
dont les rayons estoient figurez
par des Armes blanches,
& qu'entre ce Soleil & lefauteüil
)
il y avoir une Couronne
d'or suspenduë par des fi*
lets invisibles avec cette legende
au-dessus.
Vèni de Eridano
Veni coronaberis.
Comme si le Roy du haut
de sa gloire l'eût invitée luymème
à venir fc reposer dans
ce fauteuil pour y estrecouronnée,
& la reponse de I&
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots:
Et À tc quid volui super terram.
Aprés cet Episode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine, avoir donné
lieu de placer en cet endroit,
& qui estoit même necessaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer, ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur dela suivre, parun
trop grand nombre de pensées
de la même espece
,
5t:
tousjours sur unmême sujet ;
Ellepassadansla premiereallée
du bras de la Salle qui traverse
à droite, ou du haut de.
l'arcadequi formoitl'entrée
de cette allée pendoit cette le'
gende :
Parmæ Fata dabit
5
jam safid
reclusit A/Joflo.'
En effet, les deux allées
qui partagent ce bras, contenoienttoutce
que lesdestinées
promettoient de glorieux
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; representant la
Reine par plusieurs autres prédictions
, donc la premiere
e1 toit:
Herculeas ultra tu, Parmaserere
columnas.
Pour marquer que sa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
passant au-delà descolomnes
qui les ont bornez.
Et d'autant que l'Amérique
doit estre fous la domination
de la Reine, un autre.Bouclier
aux Armes deParmesuivoit, tav1ec cesmots
Man&us te noscet &alter.
, On voyoit ensuite dans le
fonds de cette allée, fous un
Soleil, dont les rayons sont
formez par des épées, un autre
Ecu aux Armes de Parme,
qui estoit entre deux lions,
dont l'un fuit tout épouvanté;
& l'autre s'en approche en
fc baissant comme pour en
lêcher le bord;avec ces deux
versFrançois au dessus:
Le Lion de la
-
Flandre en fut
épouvante,
LeLion de l'Espagne en doit
estre enchanté.
Ce qui faisoit allusion d'un
costé aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre
, & dé
l'autre aux empressements des
Espagnols quela Reine va gagner
par ses charmes & par
ses grandes qualitez.
En passant dans l'autre partie
du premier bras de cette
Salle qui forme une seconde
allee, on voyoit aulïi contre
la,
la muraille, tous unautre Soleil,
un autre Ecu aux Armes
deParme,posé sur deuxTours
ou Chasteaux
, avec ce vers
au-dessus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia, duplex.
~f
Ce qui fait allusionau Duché
de Castro,que la Maison
de Parme a toujours souhaité
passionnement de t'avoir,
&aux deux Tours ou Châteauxqu'elle
retrouve en devenant
Reine d'Espagne.
Ensuitela gloire de la Reine
sembloitpasseraudelàde
l'étenduë du monde entier,&
monter jusques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambassadeur dePerse, & le
Chaoux dela Porte, qui font
venusà Marseille précisement
dans le temps que Sa Majesté
y estarrivée,& dont le dernier
doit incessamment s'en
retourner à Contantinople.
Par rapport à celuy cy on
.a joint au Bouclier de Parme,
ou Parma
,
representant la
Reifie, le vers suivant : 1
Jamque volat
,
Lunæ)detequi
repIeat orbem.
Ce qui fait allusion au
Croissant des Ottomans, par
lequel ils ont pretendu marquer
qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour devise
qu'en attendant, qu'estant
maistres du monde entier leur
Lune fùt plaine: & par le vers
cy dessus on fait voir, qu'elle
val' être en effet bientôt, mais
que ce fera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine,
par le recit queceChaoux
en doit faire à son retour.
Quant à ce qui regarde
l'Ambassadeur de Perte
,
son
entrée à Marseille a donné
lieu à la Devisesuivantequi
fait laderniere des predictions
d'Apollon sur les destinéesdu
Bouclier, ou Ecu deParme,
& qui en representée par l'Aurore
, ou Soleil levant
-1
dont
un rayon venant réfléchir sur
les Armes de Parme,dont le
champ en dor, en reçoit un
nouvel éclat
, comme l'Ambassadeur
en saluant la Reine
lorsqu'il passa fous ses ftllêtres,
ce qui est exprimé par le
vers suivant:
Ex te luce nova Radius splendescit
Eous.
La Reine passa ensuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverse la premiere, & qui
fait une feule Salle rres. belle
& tres large, où les allusions
& les mysteres se dccouvroient
,
& où devoit s'accomplirle
triomphe delaTargue,
ou Parma, dans toute sa;
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues
,
s'estoient empressées
de s'y trouver pour
luy ériger une statuë sous la
figure de Minerve, & luy donner
chacune un éloge particulier,&
le Monde entier y
eftoïc
, en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le composent
,
placées chacune dans
son rang, & qui s'exprimoient
par des sentiments & des mouvements
tous différents
,
qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe; & le
Soleil luy-même y paroissoit
dans tout son éclat pour autoriser
& donner lieuauxéloges
des six Langues ou Nations
connuës de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en se tournant une
grande pyramide entre deux
arcades
, toute composée de
pointesd'épées qui faisoitun
cCFc surprenant, par la beauté
de sa Hruéèure & par son
éclat, & au ddTus estoit l'Ecu
de Parme au champ d'or, qui
brilloit encore d'avantage,
ayanc des pointes de bayonnettes
qui luy formoient comme
autant de rayons; avec
ces deux vers François:
Eh brille au plus haut, & les
traits de l'envie
Ne font , icy que blanchir &
L'orner.
Ce qu'on devoit regarder,
comme une disposition prochaine
à son triomphe.
Onvoyoitensuite dans le
milieu de cette grande talle,.
un grand Picddl.l à six cotez
avec une grjn d e figureaude
(lus representant la Rjnc
commeune ~Minerveih ement
Vflluc & de la maniere
qu'on la dépeint
, ayant une
demy pique à lamain droite
,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma, aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Meduseavec
un voi le sur la tête
qui luy couvroit tout le visage
: aU-lktlus de cette figure
estoit un soleil magnifique
dont les rayons estoient formez
de pointes dépées & de
~hallabardes
,
d'une grandeur
extraordinaire representant
le Roy, & le tour ensemble
formont un sujet qui donnait
lieuà six différentes inscriptions
pour autant dedifferens
supports ,que cette dlrpof
tion prise tout ensemble ,
ou par parties pouvoir avoir
avec la Reine,& qui s'expliqupit
par les six détentes-,
langues qu'Elle sçait.
--
Celle qui se presentoit
d'abord en face estoit Latine
& estoit exprimée par ces
mots: ,.
Electa ut sol
,
terribilis ut caJL
trorum acies ordinata.
Ce qui s'explique assez par
luy même
,
cettefigureestant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre fous un
soleil re pre fenrant le Roy.
Pour en faire enfuire plus
particulierement l'allusion
avec la Reine,la seconde inscriprion
quiestoiten François
faisoit voir que le titre d'EUtlfr
lit sol
,
luy convenoit parfaitement
par ces deux vers:
Qêmme luy nous l'avons choise , Pour estre icy l'objet de nos respeéîï.
Et pour faire voir que la
comparaison qu'on enfaisoit
avec la crainte qu'inspire l'éclat
des armes- d'une Armée
rangée en bataille luy convenait
pareillement
,
suivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeunePrincesse qui dés ses plus
tendresannées fait son plus
grand plaisir de la chafls&
d'estreà cheval
,
faute d'avoir
d'autres occasions de signaler
son courage, & de maZJrquer
son inclination pour les armes;
l'Espagnol l'expliquoit par
cetteinscriprion
NoNacio
Enel timpo ;
Dc faì Amazonas.
Porque
jjfu corapv Vd*onil ,
Le era dcvido
Reinar (ob"e los bombtes
Ytales.
La quatriémeinscription
,
& qui eftoïc en idiomeParmezan
, ou Pratantin faisoit
voir que les Etats de Parme
estantsituez sur le Pô, autrefois
rEridun
,
où Phieton fut
precip té
, on pouvoir dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil,
une fille sage & prudente au
lieu d'un fils présomptueux,
temeraire;la Reine devenant
la petite fille du Roy representépar
le soleil,cequiestoit
exprimé par ces mots:
In cambi
jyunfioltemerer
AlPo
(Ghe rend
Una Fiola prudenta.
La cinquième falloir voir
cn Italien
, que decette maniere
on pouvoit dire aussi,
que le Soleil avoir produit,
de même que Jupiter une
Minerve sortie de sa tête
,
attendu que l'on fçut que
c'efk le Roy luy lrtne qui
après avoir parcouru dans
son idée toutes les Cours de
l' Europe pourexaminer &
prierqu'ellepouvoitestre la
pnncdl- q-i conviendroit le
mieuxau R.'v son pc(lf fils,
avoit cl.O'ii la Princesse de
~Parmi ; ce qui fç voit par ces
mco;
-..--. Ecosi si v°de
Una nueva Minerva
Ijfata
Dal capo del file.
Et la sixiéme inscription
faisoit voir que il Ellen'est
pas véritablement la Déesse
Minerve que lesPayens ont
adorée,E le en possede si parfait
mau lesgrandes qualitez
& les rares (Jtcns, qu'Elle en
estla véritable &la plus parfaite
ressemblance ,tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel
, que les Troyens
gardoient soigneusement dans
leur Temple
, parce que leurs
destinsen dépendoient,&que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
estre victorieux de
leurs ennemis, & leur Ville
devoit toûjours cihe imprenable
; ce qui faisoir dire à
l'Allemand qui souhaitoit
passionnement de l'avoir &c]
qui sçaitcequ'ilperd.
G!u:Jih ifl
Spamen
Van sesich
ErhalenRan
in Seinem
Palladium.
Ce
Ce qui veut dire en Latin :
Palladium felix siservet Iberia
tar*turn.
Et en bon François que les
Espagnols seront heureux &
victorieux, de tous leurs ennemis
, tant qu'ilssçauront
conserver la grande Reine
que le Cielvient de leur donner.
Il reste à faire voir que si
on avoit couvert d'un voile
en broderie le virage de la
figure qui estoit sur le Piedestal,
c'estoit parce que dans
lanecessité ,où l'on avoitesté,
faute de temps pour faire une
figure exprés
,
de se servir
d'une personne ordinaire, par
rapport feulement à sa taille
pour representerla Reine,
comme une Minerve, il n'estoit
pas permis de la faire à
découvert, par le refpeél:
qu'on devoit à Sa Majesté ;
outre qu'on s'estoit servy de
cette raison pour avoir occasion
de dire qu'outre les
grandes qualitez de la Reine,
Sa Majeste a de plus le talent
de rJvojrparfaltClnenC bien
peindre; ce qui s'expliquoit
par ces deux vers François
écrits sur le Marchepied de
la figure
:
Seule ellepeutsepeindre & Je
representer
Et toute autre doitse cacher.
Enfin pour terminer le
triomphe du boucher, ou
Parma,il yavoir dans le fonds
de cette grande Salle un magnifique
trophée,qui en tenoit
toute la largeur,au milieu duquel
estoient deux grandes
figures qui representoient les
deux Rois de France & d'Espagne,&
qui élevaientchacun
d'une main un bouclier,
ou Parma, auxArmes de Parme,
avec ces deux vers François
au-dessous:
Elle répit Aujourd'huy de nos
Rois
Ce que pour eux elle a fait
autrefois.
Sur quoy il n'est pas necessaire
de donner aucune.
explication, puis qu'il n'y a
per sonne qui ne sçachequautrefois
les Rois de France,
pour estre reconnus, estoient
élevez sur un bouclier, au
lieu qu'en cette, occasion ce
sont nosRois qui élevent euxmêmes
le bouclier.
Pour finir encore mieux ce
triomphe on avoir placé à
di stanceségales & vis- à- vis les
4:) uns des autres cuistre, grands
cartouches attachez au haut
des armes, qui sont rangées
dans cette salle, dans le pre
mierdesquels estoit écrit
L'Europe l'admire.
Dansle second.
L'Asielafuit.
* Un Ambassadeur de Perse, Sfim-
Chaoux du GrandSeigneur, aprés
avoir fait leur quarantaine, sonteffectivement
entrez dans Marseille lelendemaindel'arrivéede
la Reine. - -
Dans le troi sieme.
VAjtique en Joupire*-
Dansle quatriéme.
L'Amerique obéït,
Au-dessus du grand trophée
ZD il y avoit un cinquiéme cartouche
où estoit écrit:
Le Triomphe efi parfait.
Il semble qu'après ces quatre
motsil n'y avoir plusrien a
dire davantage,maispour suppléer
à une acclamation publique,
que dans un spectacle
semblable, la presence de la
Rdne auroit tiré du coeur
pour la mettre dans la bouche
de tous ceux qui avoient
l'honneur dela suivre, s'ils
n'avoient point apprehendé
par là de luy manquer de refpeéton
avoit mis une legende
au dessus d'un soleil qui occupoit
le fonds de la salle derriere
le grand trophéeoù
estoit écrit.
Rien n'est plus grand fous le
i,

soleil,
Etl'on n'a rien veu de pareil.
Comme on vit que la Reine
venoit un peu trop tard ,&
qu'on craignit qu'au deffaut
du jour elle ne pût bien voir
la salle darmes
, on cûi foin
d'avoir une vingtaine de flambeaux
de cire blanche, qui
estoient portez par autant
dEcrivains du Roy qui marchoient
devant Elle) ce qui fit
qu'elle vit cette salle,&toutce
qu'on yavoit fait pour Elle,
aussi clairement que si elle eut
été en plein jour,sansestre ofsusquéeniincommodée,
comme
Elle auroit pû l'estre par
l'odeur & la fumée de quelqu'autre
qu'autre illumination qu'on
auroit pu luy faire dans cette
salle.
M. Arnoul avoir eû foin
de prier M. le Chevalier de
Rancé, premier Chefd'Escadre
des Galcres,& qui les commande
à Marseille, de faire
faire un détachement d'autant
de soldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes, entre
lesquell selle auroit à passer,
de puis le grand pavillon de
l'horloge de l'Arcenal jusques
à l'entrée de la cour, que la
Reine avoic à traverser pour
aller à lasalled'armes,& dans
cette cour se trouverent les
Gardes de l'Erendart, ayant
à leur tête M. le Chevalier de
Rousset qui les commande.Sa
Majestésçachantque cette
Compagnie est toute composée
de Gentilshommes
, la
pluspart Chevaliers deMasse
& tous en bon ordre, Ellefit
arrter sa chaise pour les considerer,
&M. leChevalier de
Rousset la fatua de l'Esponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie
, comme
avoient fait auparavant, ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes cksGaleres;
&.. M. le Chevalier de
Rousset estoit prêc àfaire faire
l'exercice à la Compagnie,
lorsqu'Elle lefit appeller pour
luy dire qu'il eltoïc trop tard.
Ellevint mettre enfuice
pied àterre pour monter à la
Salle d'Armes, au bas de l'escalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Messieurs les Officiers Generaux,
les Capitaines, & autres
Ossi iers des Galeres, qui n'avoient
pas esté detachez
,
&
M. Arnoul y estoit pareillement
,de même que Madame
Arnoulhabillée & coiffée de
la maniere qui convenoit en
pareille occasion
, avec une
grande partie des Darnes les
plus qualifiées du corps deG4.
leres,& de la Ville pour recevoir
Sa 1.q(lléJ la suivre,
& luy faire leur cour.
Lor sque la Reine entra dans
la Salle d Armes & loti'qlj»clle
en sortit,on luy tira deux cent
boëtesde l'Arcenal, & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient esté postez
dans deslieuxoùils pouvoient
estre entendus sans incommoder
ne cesserent point de
joüer.
Quand Sa Majesté eut veu laSalled'Armes Elle passa dans
la Maison du Roy par une
portequi y communique ,&
se trouva d'abord dans un
grand appartement composé
de cinq pieces, toutes preparées
pour Elle, dans la plus
grande desquelles,il y avois
-Un magnifique canapée fous
tm dais, pour qu'Elle pût s'y
reposerencasqu'Ellesetrouva
fatiguée avanr que d'entrer
dans une grandesalle qui cft
jointe à cet appartement ou
estoitdeplus un grandThéâtre,&
un Orqueste
,
le tout
préparé pour luy donner le
diversement de trois differentes
Pieces, sçavoir le Pro.
logue de Phaëton, le Médecin
malgré luy de M. de Molière
,& la Chasle d'Enée &..
Didon de M. Campra, qui
estoitchargé en partie de
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette salle sans s'arrestier dans
l'appartemenr, & Elle ytrour
va dans le milieu sur un marchepied
couvert d'un grand
tapisde Perse, un fauteuil de
damas cramoisi garny-de
galons d'or, fous un dais de
semblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandescrépines. Ce fauteuil
estoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoisi
,
ganu de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majestéestoitmenée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Espagnede sa conduite danstout
le voyage,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princesse de Piombino, de
Madame la Princesse Pio
)
de
Madame la Comtesse de SonlJgho&
des autres Dames
de sa Cour. {
Quand Sa Majestévoulut
s'assoir,on découvrir le fautLU!!&
latoilette fut mite devant
Elle sur letapis,aubas
d'un grand carreau de velours
cramoisi garni de galons d'or
qui devou estre fous ses pieds.
Elle avoirà sa droite Madame
la Princesse de Ptoiiibino&
Madame la Princesse Pio à sa
gauche sur des tabourets posez
sur le tapis du marchepied;
& derriere sur de pareils tabourets
posez aussi sur le tapis
Madame la Comtesse de So-
Duglto, & M.le Marquis de
Lrç Balbazés,toutlerestede
la (aile estoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre que Il s Dames fussentassises
pour le spéctacle:
ces placets citaient deniere
son dais avec quelques uns
par lescô (Z ; maiséloignez.
Onavoit preparé proche de
cette 1a11c la collation de la
Reine
,
croyant qu'Elle se feroit
servirdans le tem ps du
{plaide ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini.
Sa Majesté repassa ensuite
dans l'appartement qui luy
avoitestépreparer Elles'arresta
dans la chambre: ou estoit
Je dais avec le grand canapéc
ou Elle s'assit pour faire colla,
tion.
Cette collation estoitcom,
posée de 28. grandes corbeilles
de patisserie, de confitures
séches,de fruits cruds sans mélange
& de secs
,
le tout en
piramide ; elle fut apportée,
par les Commissaires des Galeres,
qui de main en main les
remettoient à M. Arnoul
,
de
qui les Officiersde la Reine lesrecevoient,
pour les presemer
à Sa Majesté
,
&-- routes les.
cor beilles pasterent ainsi dcc
vant Elle ,ensuiteaux Dames
desaCour,& successivement
aux autres Dames, aux Gentilhommes
de sa suite,&aux
Officiers&autresGentilhommes
de la Ville,dont toute la
chambre estoit remplie, &
peu de temps aprésSaMajesté
le retira. -
Elle dévoit aller en sortant
de l'Intendance, à la Maison
de Ville, pour y voir l'illumination
dcsGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même soir, &
elle en auroit vu tout l'effet
dela manière que M. de Rançéavoit
fait ranger les Galeres
; mais comme il étoit rard
Elle aima mieux retourner
chez elle, & quant au Salue
Royal qu'on luy devoir, M.
de Rancéle luyavoit faitfaire
le jour precedent.
Pend ant le remps que Sa
Majesté aresté à MarlciUc,
M. le Mirquis de Los B.dbazés
,
M. le Duc de Caste son
fils, M le Marquis de Grille;
&les autres Seigneurs les plus
qila1Jsi z de sa Cour ifienc
l'bonneur à M. Arnoul de dîner
chzluy le premier jour,
le jour suivant ilsdînerent
chez M.leChevalier deRancé,
& le troisiéme chezM le
Bailly de la Pailletrie
, & en
general chacun a fait toux ce - qu'il a pû pour marquer son
respect & son arrachement
pour la Reine, de même que laconsideration quiestoitdûë
à ces St;lgolurs,ave.c beaucoup
d'empressement pour tâcher
d'être de quelqu agrement ou
de quelque utilité à toutes les
personnes de la Maison.
On vient d'apprendre dans
la Relation precedente l'arrivéed'un
Chaoux du Grand-
Signeur, & d'un Ambissadeur
de Perse à Marseille,dont
l'un est retourné à la Porte, &
l'autre est sur le point de se
rendreicy ; en attendant sa
personne,&des nouvelles de
son pays,je vais vous donner,
Messieurs, la plus fraîche &
la meilleure description qu'on
ait jamais receu du Serrailde
Constantinople.
TRADUCTION
d'une description du Harem,
ou de l'appartement des Femmes
du Grand-Seigneur,
DansleHaremoù sontrenferméesles
femmes duGrand-
Seigneur, il y a trois principaux
appartements, outre ce
luy de ce Prince. Le premier
estceluy de la SultaneValide,
ou Reine Mere. Le second celuy
de la SultaneHasseki
) ou
Reine; & le troisiéme celuy
de laKiayaKadin, ou Sur-Intendante
desfilles. La Kiaya
Kadin a jurisdiction sur toutes
les filles esclaves du Serrai!;
c'est elle aussi qui commande
aux quarante Boula. LesBoula
font des si'lesâgées qui ont
foin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le servir quand
il est dans l'appartement des
femmes ; elles sont sur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre,
qui serventle Grand Seigneur
quand il est hors du Harem,
DIX de ces Boula fonr garde
pendanr la nuit àla porte de
lachambre ou le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
HazmedarOnsta,ou Tic.
sorieres, & ensuite Kiaya Kadin.
LadignitédeKiayaKadin
est premiere:si quelque fide
veut representer quelque chose
au Grand- Seigneur, elle
s'adresse àcette Sur-Intendante,
te, & celle-cy le faitsçavoirà
ce=Princc" parce qu'il n'y a
qu'elle, & les quarante Bout.
qui ayent un libre accès auprès
de la personne du Grand-
Seigneur, aussi bien que la
Sultane Hffiki
, & les quatre
premières Kadins ou Dames.
La Liaya Kadin a la direction
de toutes les filles quifont destinées
pour les plaisirs du
Grand-Seigneur; il yeno une
centaine. Celles qui ont eu la
bonheur de plaire àce Prince
s'appellent Odaliques, c'est-à
dire , filles de la chambre; §5 ii le Grand Seigneur demande
quelqu'autre fille qui n'aitpas
encore esté Odalique, c'est
la KiayaKadinqui l'introduit,
après qu'elle en a eu la permission
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La SultaneHasseki, ou Reine,
est toujours celle quia eu
la premiere un enfantmâle;
elle porte une Couronne d'or
sur fo tête. Elle & les quatre
premières Dames qui ont eu
des enfans mâles) ou des filles,
ont routes leursappartemens,
leurs cuisines,&officesàpart.
elles ont des Eunuques pour
les servir dans le Serrail
, ôc
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Bd-ta.
gi** du vieuxSerrail* qui leurs
font affectez. Elles vont auprès
duGrand Seigneur quand
elles veulent, sans que la Kiaya
Kadin en prenne connoissance,
&si ce Prince veut aller chez
elles, il les fait seulement
avertir par une des Boula, &
alorselles se preparent,&vont
au devant de luy
,
baisent la
Ce font ceuxqui hors du Serrail
exccnteirt les commissions des Princes,
dçç femmes,& des Eunuques.
m* Palaois oùrontre,legue les femmes du -
terre quand elles sont en sa
presence
,
le prennent ensuire
fous les bras, & lecondussent
dans leur chambre;
tant que ce Prince reste avec
ces Dames, ni la Kiaya Kadin,
ni aucune Boula ne peut entrer
sans qu'il ne lesappelle.
Ol assigne à la SultaneHaf-
Jekj pour appanage certains
fonds de terre qmrendnK environ
quarante, ou cinquante
Yuk ou charges d'argent; chaque
chirge. vaut deux mille
cinq cent IIVÎCS, on luy donne
encore une per sonne de
piobué
, & de consideation
pour Agent
,
qui a soin des
affairesau dehors,& des appanages,
& quien rend compte
au premier Eunuque, &-
cdtlY cy à la S-ultaticI-laflki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent après les avoir receu
du premier Eunuque
,
est le
Baltagi
, qui est Kabuegi, ou
faiseur ducaffé de la Sultane.
On doit observer qu'il n'y
a qu'une Sultane Has-ki
,
qui
comme j'ay dit est toûjours
celle qui accouche la première
d'un enfant mâle; que si
on ne luy donne point la
Couronne, on ne luy fait
point sa Muson ,on ne l'appellequeBacheKadin,
premiere
Dame, & lesautres Dames,.
Odaques,quiontensuite des
enfans,sontappelées la seconde
Dame, la,troifiénic-
Dame, & cel a ju(qÙ'à laneu,
Viéme; parce que ceiLacou..
tume qu'il peut y en avoir
jusqu'à neuf;mais elles n'ont
ni Maisons à part, ni Appa
nages; on leur assigne seulement
un certain nombre de
plats delacuisine Impériale
J
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les servirau
dedans,&quelques Baltagis,
pour les servir au dehors du).
Serrail;& outre les dépenses
tant pour leurs per sonnes,
que pour celle des Princes ou
Princesses leurs enfans
,
le
Grand-Seigneur leur donne
unedizaine de bour ses,c'est
à-dire quinze mille livres pour
leurs menus plaisirs.
Si parmi ces Dames qui ont
eu des enfansmâles,il y en a
quelqu'une que le Grand Scii
gneur honore d'une bienveil.
lance particulière
, ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre suffisant à faire
environquinze ou vingt charSes
d'argent.
Iln'en en pas de même à
l'égard de la Sultane Validé,
dés que le Prince son fils ca
sur le Trône
,
elle a en qualité
de Reine Mere, saMaison
en particulier,elle a de gros
Àpp.anages,elle a un Agent
au dehors; &quand elle ordonne
au Grand-Visir de faire
quelque chose
, ce premier
Ministre le represente au
Grand Seigneur ,qui donne
aussîtost son consentement
par écrit sii le GrandSeigneur
vient à mourir, & que son
fils monte sur le Trône, la
Sultane
SultaneValidé, comme grand'-
Incre a toujours les mêmes
honneurs; maisellene semêle
plus des affaires& la mere
du Prince n'est que la seconde
en dignitez
,
elle a pourtant
une maison à part & les mêmes
Officiers que la grand'mere:
si la grand'mere meurt, la Reine
devient absoluë,& si elle
Vient à mourir, laKiaya Kadm
prend sa place dans les affaires
qui regardent seulement l'app'tfr
ment des femmes, sans
se mêler des ffaires du dehors.
Quand le Grand-Seigneur
meurt ,s'il n'a point de fils
pour luy succeder
, ou que
celuy qu'il a ,
soit trop jeune
pour regner
9 on met sur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur,ou un autre Prince,
& alors la mere de ce Pein:
ce devient Sultane Validé
,
&
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort, & elle y demeure jusqu'à
sa mort sans pouvoir se 1
marier; mais si le fils d'une
Sultane Hajfkj
, ou d'une
autre DameOdalique, vient à
mourir pendant que le Grand-
Seigneur son pere cil en vie,
la mere du Prince ne reste
point dans le Serrail
,
aprés
la mort du GrandSeigneur,
on la marie à quelqueVisir
,
ou on i'envoye au vieux Serrail.
A l'égard des Dames OdAli.
qUfS qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles sont
encore en vie, & du vivant
même du Grand Seigneur;
cel a se pratique de même à egard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans;mais
pour celles qui ont eu des ensans
mâles, on ne les marie
point, tant que leurs fils sont
en vie, on les envoyé au vieux
Serrail. Dés que le Grand Seigneur
vient à mourir, si un
de ces Princes par succession
de temps, devient Grand-Seigneur
,
alors la mcre de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Validé a plus de
cent filles esclaves pour la fervir.
La premiere cil la fla.i-J
nedar Ousta, ou Tresoriere;&
la secondeKonrongi Boula,qui
est celle qui est chargée de la
cassetteaux bi joux;ellea deux
cuisines, l'une dans l'appartement
des femmes, & l'autre
au dehors; elle a trente ou
l
quarante Eunuques, dont le
chef s'appelle Bacha Aga,ou
premier Aga, ce font ceux
qui ont soindes emplettes,&
des affairesde toutes les esclaves
: outre ce premier Aga
,
il
y en a encore deux autres
qu'on appelle second & troisiéme
Agit, & ces trois sct,
commanoden7 t les o autres Eunuques.
Tous les Eunuques sont
esclaves : quand ils font vieux
on leur donne la li berté, &
on les envoye au Caire, crv
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras*jus-
*' Un Paras vaut 18. deniers de France.
qu'à cent cinquante.
La Maison de la Sultane
Hajjik: est composée de la même
maniere quecellede lasultane
Validé Il y a environ six
cent filles esclaves dans l'appartement
des femmes
; les
unes destinées pour le Grand-
Seigneur,& lesautres pour le
service de la Sultane Validet
pour celuy de la Sultane Hasseki,
& des autres Dames,quand
elles ont servy long temps,
on les mariequelquefoisà des
.Agat;
, ou à des Secretaires de
la Porte; mais laKiaya Aarfiny
& la Hazinakr Boula ou Treforiere
du GrandSeigneur
restent jusqu'à leur , mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui servent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelleKizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous, & son pouvoir
cH grand tant au dedans qu'au
dehors,il est toûjours auprés
de la per sonne du Grand Seigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy, que pour le Grand
Visîr.
Tous les Telhis ou Suppli(
sues & representations que le
Grand Visir ou les autres Visirs
veulent faire au Grand-
Seigneur,passent par les mains
du Kijlar-Jga,
,
& on ne peut
faire aucun present au Prince,
ni luy faire sçavoir la moindre
chose
,
ni avoir aucune réponse
de luy sans sa permission,
& particulierement quand le
Grand-Seigneurest dans l'appartement
parcemenc des ffeemmmmeess, &
supposé , que le Kislar-Aga eût
des affaires, il envoye à sa
place le Hazinedar
, ou Tresorier
quiestaussi un Eunuque
noir
, ou un des dix huit Eunuques
qu'on appelle Favoris,
&ensuiteilsluy viennent rendre
compte de ce que leGrand-
Seigneur a répondu. Le K?Jlar-
-49a est audessus des autres
Visirs
,
c'est pour cela que
dans les marches publiques
son cheval a des chaînes d'or
au col
, comme celuy du
Grand Seigneur & du Grand-
Visir ;
les chevaux des autres
Visirs n'ont que des chaînes
d'argent;il porte aussi les jours
de ceremonie la veste de satin
blanc fourée de MartreZibeline
, comme le GrandVizir;
les autres Visirs la portent
rouge,ou verte. r- Enfin cet Officier est roû.
jours auprés du Grand Seigneur
)
quand il est dans le
Harem
) ou au dehors, foie
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade, ou que
quelqu'un le traite y
il a accés
auprés du Grand Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit
,
à
moins qu'il ne fût seul auprés
de la Sultane- Validé, de lastiltane-
Hasse kJ) ou de quelqu'autre
Dame OJahcjue
,
alors il
n'encre pas par refp* ct
,
&
quand même il auroit un Telhis
du Grand-Visir, il n'entre
point à moins qu'il ne soit appellé,
au lieu que le Hazinedar
& les autres Eunuques favoris
ne vont auprès de ce Prince
que quand ils sontappelez,
ou quand le KJlar A.t les envoye
pour luy dire quelque
chose. C'est luy qui a lesclefs
des portes du Harem
,
& les
Eunuques de garde luy par.
tent les clefs ,aprés qu'ils les
ont fermées
,
& le matin ils.
reprennent les clefs pour les
ouvrir: si le Grand Seigneur
veut sortir pendant la nuit,
les Eunuques de garde avertissent
le Kllar.,Aga
, & alors
il va luy-mêmeouvrir la porte..
Toutes les nuitsil y a quarante
Eunuques de gardeavec
deux favoris à la porte dcsappartemens
,
& au dehors des
murailles ducosté des jardins,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis* qui
font la garde , & les uns, &
les autres sont tous armez;le
Ksar-Aga fait quelquefois la.
ronde pendant la nuit, & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce sontlesJardiniers qui composent:
ce Corps, dont le Bostangis-Bachi
est le Chd:
des endormi
, ou qui ne soit
point en son pane, le lendemain
illuy fait donner cinq
cent coups de bâtons sur la
plante des pieds, & l'envoye
au vieux Serrail.
L'appartement du kislarjéga
elt au prés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques,
& cent Baltagisàsonservice,
les uns pour le servir en dedans
, & les autres au dehors;
il y a aussi une cuisine au dehors
,& des Officiers jusqu'au
nombre de cent cinquante
personnes,ils dependent pourtanr
du Chef de la cuisine Imperiale,
& c'est le Kislargi Ba-
-cbi ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand Seigneur
qui est leur Sur-Intendant;ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de sucre,
excepté que le bout est rond.
La Sultane Validé, la Sultane-
Hasseki, & les autres Dames
Odaliques ont uncertain nombre
de plats de la cuisine du
Grand Seigneur; mais celaest
pour les filles qui sont à leur
service
, car elles ne mangent
que ce qui leur est preparé dans
les cuisines qu'elles ont dans
leurs appartements. Les viandes
pour le reste des filles &
des Eunuques font préparées
dans la cuisine du Kislar-Aga.
Les Bzltaglç du vieux Serrail
composent un Corps d'environ
quatre cens hommes;ils
ont pour leur Chef le BaltagilarKiayassi
,
qui les punie
quand ils font quelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or, & le bonnet de
feutre jaune pointu, & qui
est un peu plus grand qu'un
grand pain de sucre; les Baltagis
portent aussi de semblables
bonnets de feutre jaune,
ils fervent les femmes duSerrail
du Grand-Seigneur, &
celles qui sont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes& les commissions
au dehors, ils dependent
du Kislar-Aga.
Quand les femmes du
Grand-Seigneur sont en marche
pouraller d'un lieu à un
autre ,
ils marchent à pied au
tour des carosses avec leurs
épées, les Eunuques font à
cheval aussiarmez, & marchent
devant & derriere les
enrodes ; il y a aussi bon nombre
deBostangis, quimarchent
un
un peu éloignez, & conduisenc
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis ,ont foin de
charger &: décharger le bagage-
On faitle caffé de la Sultane
Validéjde la Sultane Hajïki
3 de la BacheKadin,de la Kiaya
Kadin, & du Kislar Aga
, au
dehors ou à des chambres
particulières pour cela desservies
par vingt ou trente Baltagis)
& chacunes de ces chambres
a un chef qui est un
ancien Baltagi
,
qu'on appelle
KahuegiBachi.
Ces faiseurs de caffé [onr
estimez parmi le corps des
Baltagis, & quand ils forcent
de-là on leur donne des. emp!
oys confiderbles ou de
bons Ziamets *3 ou on les fait
Capigis
-
Bachis.
Le Secretaire du KiJlar-.Aa'
est aussi estimé
, on l'appelle
YazigiEffendi
,
il est quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour le Grand
Visir
,
& il va toûjours auprés
de ce premier Ministre
pour les affaires du KislarAga.
Ce Secretaire en pourtant
au-dessous du BaltagisKiayassi
* Fonds de terre.
a porte un bonnet de feutre
jaune
, comme ccluy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;.c'cfi leBaltagi
Larkiayassi qui porte ordinairement
les Haticherifs,
ou ordres du Grand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au GrandVisir,aux autres
Visirs,&auMousti : quand
ila servi long-temps
, on le
fait Capigi Bachi
y ou on luy
donne quelqu'autre cmploy
considerable.
Les Baltagis peuvent devenirSphais,
ou Cavaliers avec
dix-huit aspres* de paye par
jour,ou bien Chaoux ; c'estr
à direHuissier.
Autrefois quand les 6Is
des Grands Seigneursestoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner,&
on leur donnoit un
Visir fage & prudent pour
Kiayaou Lieutenant;cesPrinces
a pprenoient par là les affaires
du monde, & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir,
les Officiers de la Porte,
* Un Asprevautdix-huit deniers de
France.
tous les Chefs des Corps des
Milices, & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné, & à son arrivée
on l'installoit à la place du
GrandSeigneur son pere. Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faisoit revenir ses freres, &
les mettoit dans les prisons qui
font destinées pour ces Princes,&
qui font dans l'appartement
des, femmes, & on
leur donnoit pour les servir
quelques vieilles Boula, &
quelquesEunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
leurnourriture & leur entretien
, & ils demeuroient enfermez
jusqu'à ce que leur
rangd'être Empereur, vint,
ou que la mort les deliviâr;&
si quelqu'un de ces Princes ne
venoit point se remettre en
prison, on le poursuivoit jusqu'à
ce qu'on le prit,& on le
faisoitensuite mourir.Aujourd'huy
il n'en est pas de même,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pereest vivant, il*
font élevez auprés de luy, &
quand il meurt on met sur le
Trône le premier né
, & ses
autres freres dans les prisons
qui sont dans l'appartement
des femmes tous la garde de
la SultaneValidé, & cela se fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire, & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princesse,comme
il ne sera fait aucun tort à
ces Princes. On donne aussi à
ces Princes quelques vieilles
Boula, & quelques Eunuques
pour les servir dans leurs prisons,&
quelques Baltagis pour
ks servir au dehors.
%t A l'égard des Sultanes ou
filles des Grands-Seigneurs,
c'est l'ordinaire qu'on les
marie ermron à l'âge de
sept ns) à quelque Visir qui
ne soit point mariéj quelques
jours aprésque le mariage a
été celebré
, on conduit cn
cérémonie cette Princesseavec
sa dot; & son trousseau
chez son Epoux; on luy donne
aussi trente ou quarante
filles, &unevingtaine d'Eunuques
noirs pour la servir.
Le Grands Visir, lesVisirs de
route , tous les principaux
Docteurs de la Loy&generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au-devant des
Carosses de la PdnceifecJ le
Kiflar
Kijldï-Jga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand laPrincesse estarrivée
chez son Epoux, le Kislar-
Abtl la luy remet entre les
mains, & luy la conduit dans
son appartement, & la remet
entre les mains de sa Xmj/a*
Kadin, de sa nourrice, & de
ses gouvernantes, il fort ensuite
de l'appartement de la
Princesse
, & traite tous les
principauxOfficiers qui l'ont
accompagné; aprés le repas
il donne au Grand-Visir, au
Kislar-Aga
, au Moufry, aux
deuxKadileskers
J au Cadi de
Constantinople, & à tous les
les Visirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il en donne à tous les autres
principauxOfficiers de la
Cassante;il donne aussi des
fourrures de martre zibline
aux Eunuques favorisqui ont
accompagné le Kislar-Aga, &
distribuë de l'argent à tous les
autres.chacun suivant sa qualité,
& après que le Grand-
VdJrJ le Kisalr-Aga, les autresVisirs,
les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié
,
chacun se retire chez
soy. Le lendemain il va rendrc
sa visite au Grand-Visir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline; le premier
Ministre lenvoye ensuite au
Grand- Seigneur, ce Prince
luy donne un Castan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme son gendre, il va
aprés chez leKislar-Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure. de martre zibline ,
& puisil seretire chez luy.
Revenons, s'il vous plaist,
Messieurs
)
le plus vîte que
nous pourrons des Dardannelles,
icy
,
& voyons ce qui
s'y e£tpasle pendant noûre
voyage.Je trouve dabord une
foule d'accidents tres- serieux
que je voudrois me dispenser
deraconter, si je ne craignois
pas de derober par mon îilcnce
le moindre hommage qui
foit dû à lamemoire desmorrs
Messire Loüis François de
Harcourt, Comtede Cesanne
,
Chevalier de la Toison
d'Or, & Lieutenant General
des. Armé,es du Roy, mourut
à Roüenle 20. Octobre 1714.
sansenfansde Dame Marie-
Loüise-Catherine de Nesmond
sa femme,fille unique
de feu M. de Nesmond, Chef
d'Escadre des ArméesNavales.
Il ertoie frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt
,
&
estoit né le 10. Novembre
1(,77- Il avoir servi avec distinction
en Espagne
, en Picmont,
&&eennAllemagne. La
oMaisonde Harcourt est une
des plus illustres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a esté donnée
avec ses preuves en 4 Volulunlcs
in folio par le Íieur de
la Llociue.
Dame Marie le Roy de
Chomberville, veuve de Messire
Claude de Nocey
,
Chcvalier
Seigneur de Fontenay,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monseigneur le
Duc d'Orléans,mourut le tl.
Octobre âgée de 75. ans, laisfane
posterité : feu M. de Nocey
son mary estoit d'unenoblesse
distinguéede Normandie.
Dame Jeanne Moniquet
Epouse ) de M. HumbertPiarrot
de Chamouset, Maistre
des Comptes, mourut le 2.3.
Octobre,laissant pour filsM.
Piarrot de Chamouset, ConseillerauParlement,
sorti d'une
bonne famille de Lyon.
M. Simon Tubeuf
,
Srigneur
,
Baron de Ver & de
Blanzat, Conseiller
,
Maistre
d'Hostel ordinaire du Roy ,&
ci- devant de S. A. R. Monseigneur
le Duc d'Or leans
mourutle13.Octobre âgé»
de 86. ans ;
laissant de Dame
Elisabeth Tétu l'onEpouse un
fils unique Conseiller au Par-
- lement. M. Tubeuf qui vient
de mourir étoit coufin germîin
de feu M Charles Tubeuf,
Maistre des Requestes,
& Intendant en Touraine,
mort en 1680. sans enfans de
Dame Marguerite Portier sa
femme, fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion,
Premier Président au Parlement
de Paris, & il estoit neveu
de JacquesTubeuf, Président
de la Chambre des Comptes
à Paris,& Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le10. Aoust
16-70. & de MdIirc Michel
Tubcuf, Evêquede S. Pons,
puis deCastre,mort en 1682.
tous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Mrie Talon.
M. Joseph de Beaufort,
Prestre
,
Docteur enTheologic,
Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine,&Theologal
de Châlons, & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Octobre.
Messire J 'an de la Vieuville.
JB..illyde l'Ordre de Malte
& Ambassadeur de sa Religion
en France mourut le26.
Octobre. Il VOlr esté receu
Chevalier de Malteau Grand'
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville
,
Chevalier
des Ordres du Roy,Gouverneur
de Monseigneur le
Duc de Chartres à present
Duc d'Orléans, Gouverneur
de la Province de Poitou, &
avant Chevalier d'Honneur
dela RCIne)ITIOrC le2. Février
1689. & de Marie-Françoise
de Vienne, Comresse de Châteauvieux
,
petit fils de Charles
Duc de la Vieuville, Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy, Grand Fauconnier
de France, mort le 2.
Janvier1653 & de Marie
Bouhier, fille du sieur de Beau.
marchais, Tresorier del'Eparque,<
St arriere pc tit fils de
Robert, Marquis de la Vieuville,
fait Chevalier des Ordres
du Royen 1699 & Grand
Fauconnier de France, defccndu
par divers degrez de
Jean CoKaer, Gentilhomme
Breton
,
Seigneur de Farbuse
en Artois, mort avant l'an
1471. qui le premier prit le
nom de la Vieuville, comme
on le peut voir dans la nouvelle
Histoire des Grands Officiers
de la Couronne au chapitre
des Grands Fauconniers.
S, bastien le Clerc, Chevalier
Romain,Dessinateur
,
&
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy, ancien Professeur
en Geometrie
,
& Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture, & de Sculpture,
mourut le 25. Octobre en réputation
du plus habile homme
de son temps pour sa Profcffion.
Messire Denis-Michelde
Verthamont, fils unique du
PremierPresident au Grand
Gonseil
,
qui avoir esté recea
Con cilier au Parlement
,
de
Commissaire auxRoquestes du
Palais le !i. Février1710.
mOJfUr sans alliance le 27.
Octobre1714. âgéde26.
ans.
IsabelleClaireEugénie de
Montault de la Serre veuve de
JeanFrançois Desiré de Nafsau
Segen
,
Chevalier dela
Toison d'or, dontelle estoie
la troisiéme flnlne
, mourut
en sonChasteau de Renaix en
Fl and rele13. 0aubrel"r4.
Tout le monde sçait que la
Maison de Ntl,¡u tfl une des
plus illustres de l'Europe:
ppur celle de Puget de laquelle
estoie Madame laPrincesse de
Nassau qui vient de mourir,
elle ttl: fort distinguée en
Provence, comme on lepeut
voir dans le second tome du
JkNobiliaire
de cette Province
par le sieurRobert.
M. le Marquis de Bassompierrefilsunique
du Marquis
de Bassompierre
, mourut le..
Octobreâgé de 17.ans, la
Maison deBassompierre établie
depuis long
- temps en
Lorraine, où elle tient rang
entre les plus considerables
,
s'est fait aussi connoistre en
France par les services du
Maréchal de Bassompierre
dont on a des Memoires, &
dont l'éloge & la généalogie
se peuvent voir dansl'Histoire
des Grands Officiers de la
Couronne.
M Loüis de Lorou fc de
Saint Loüis, cy-devant Mettre
de Camp de Cavalerie,& Brigadier
de Armées du Roy,
mouruc le8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape, âgé
de 87. ans, en ayant passé
40. au Service du Roy,& 30.
dans la pratique des vertus
chrestiennes.
Messire Charles Brulart de
Genlis
,
Archevêque d'Ambrun,
depuis l'an 1668. &
MessireFabioBrulartde Sillery
de l' AcademieFrançoise
Evêque de Soissons depuis,
l'an1688.& frere de M. le
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy,Lieutenant
General de ses Armées
&cy- devant Ambassadeur en
Suisse sont morts le. Novembre1714.
La famille de
Brulait originaire de la Ville
de Reinis,& établie depuis
long-temps à Paris,ne s'est
pas moins distinguée dans la
robe que dans l'epée, & par
ses alliances
,
elle a donné
un Chancelier de France au
chapitre duquel on trouvera
sa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne. *
Dame
Dame Marie Robuste,
c rporrc en Poitou agec
d'environ100. ans le 31du
mois pVÎflé dans la Terre de
Fredilly
, appartenante à M.
Robuste son cousin germain,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle eftoic
d'une noble& anciennefamille
de Normandie, quis'y [ou.t
tient encore avec distinction.
Elle fit des alliancesdignes de
sa naissance : - en premières
nôceselleépousa Messire
Jacques de Grombrug, Margai^
dcSaintachou. Ensecondes
noces Messire Loüis de
GraillyChevalier Seigneurde
Fredilly,laFuye, &laMantallerie
: elle n'a point laisse d'ensans
de ses deux mariages;sa
beauté donc la régularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en son temps, sest
soutenue ju lquesàlafin son
esprit repondoit à sa beauté,
elle avoir les graces du monde
& de la politesse, sa conversation
étoit agreable, seconde,
& vertueuse,elle aconservé
la force de son esprit
jusques à sa mort , que l'on
n'attendoit pas encore, car
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu,& tout
le brillant d'une belle vieillesse.
Songeons maintenant
Meilleurs,à , nous dédommager
de l'article des 010rts par
celuy des Mariages.
M. Fabien Albert du Quesnel
,
Chevalier Marquis de
Coupigny,filsd'Albert Marquis
du Quesnel
,
Marquis de
Coupigny ;& de Louise Perreau
,aépouséDamoiselle
Jeanne-Louise de Berthune,
fille de François - Annibal
Comte de Berbune, Chef
d'Escadre des Armées Navales
du Roy, & de Dame Renée
le Borgne de l Esquifiou
: le
nouveau marié est frere de
Jeanne
-
Marie du Quesnel
mariéele.Septembre170p.
àGabriel BastonneauMinistre
des Comptes4&petit-fils de
François BastonneauAssesseur
& Euen 1 Election de Paris,
mort Secrétaire du Roy, l'an
1696. M. le Marquis de
Coupign estd'uneancienne
nobJcff- de Normandie
,
&
distinguée par ses alliances :
pour la Maison de Bethune
elle est une des plus illustres
du Royaume
, comme on le
peut voir par la genealogie
qui a esté donnée avec le*
preuves, par le sieurAndré
du Chesne ;&dans IMflo-re
des Grands Officiers de la
Couronne.
ily a,je croy, déja si longtemps
que je vous ennuye Messieurs ,
,
de la longueur de
mes descriptions serieuses,&
de mes Genealogies, que je
m'imaginevousvoir à tout
moment bailler, & me demander
impitoyablement,où
est donc cette belle piece de
Vers qui devroit estre dans le
Mercure;où cft cette critique
dela Tragedie de Mahoi-ner,
oùsontces Enigmes &cette
Chanson que vous nous devez
}
faut-il avoir la patience
de lire presque toutvostre Livre,
avant d'arriver-làCroyez
vous que quelques veritez que
vous dites en passant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun, vous acquittent
envers nous du plaisi
que nous exigeons de la
lecture de vostre Livre. Et
treve de reproches, Messieurs, e daignez m'écouter encore
un moment. N'exigez rien de
moy ,
& je vous donneray
plus que vous ne me demanderez.
Cependantfaites moy
grace , & dispensezmoy de
vous donner cemoiscy,cette
indispensable piece de Poësie
que je devrois avoir. Je ne
pourchasse point lesCandidats
d'Apollon, je ne fuis point
initié dans les secrets mysteres
des Amants desNeuf Soeurs,
& toutes les avenuës du Parnasse
font gardées par desDragons
qui m'en desfendent l'entrée.
Mais laissez moy faire,
& avant le jour des Rois, je
vous promets de vous donner
autant & plus de joliesPoësies
que vous n'en pourrezlire,j'ajouteray
à cela l'éoage oula
critique delaTragediedeMahomet
,
dont la premiere representation'
n'a pas elle favorable
à son Auteur;enattendant
que je vous tienne parole,
recevez ce beau petit Bouquet
dont je ne sçay pas t'hif.
toire, ce que je peu vous en
dire, c'est que je l'ayderobé
à une fort jolie personne,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ar pris lili- -
hëité d'écrire au doux objet
de
de mes voeux, & à vostre consideration
,
Mesdemoiselles,
j'en pare aujourdhuy mon
Mercure Galant.
BOUQUET.
Je le voy bien; ilfaut devancer
vostre feste
Le tribut queje rends à vostre aimablesoeur
,
De vos tranquilesjours troubleroit
la douceur,
Et vota mettroit Martel en ttj/t.
jceriofe condamner ce mouvement
jAloux,
puisquec'est moy qui lefaisnaître;
Mais est-cepar mes vers que vous
devez connoistre
Les sentimens que fay pour vooeiï
Souffrez que je vous desaluse
,
Par unsimpleregardjem'explique
bien mieux,
Etle langage dema Muse
Ne vautpas celuy de mesyeux.
Je serois en verité bien fâché,
Mesdames, qu'il n'y eût dans
mon Journal, rien de Galant
pour vous, que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy,n'dl: paslamienne,
&je n'en reçois de perfonine
;je m'attache seulement à
soutenir dans toutcequej'écris,
la legereré de mon caractere,
comme si c'étoit une qualité recommandable.
Neanmoins quoique
vous en pensiez, je vous prie
d'estre persuadées que je prefere
l'honneur de vous amuser quelquefois
,à la gloite de passer
pour un Ecrivain trop fage
, ou
trop fade.
Chacun met son esprit sur le
pied qui luy plaist,&il n'estpoint
de si chetif Journaliste qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de son temps: Pour moy je
n'aspire point à tant d'élevacion,
ÔCje fuis feulement
,
je vous le
repete encore une fois, le veritableAuteur
du Mercure Galant, reconnoissabletoûjours&
par tour,
parlasimplicité de mes expressions
badines,sans équivoques, ôC
souvent choisies sans étude, incapable
enfin de devenir plus serieux,
à moins qu'il ne s'en presente
malheureusement quelquesois
des occasions comme celle.
cy.
Je ne vous faisJuges )Mcfda..,
mes ,
de, l'affaire que vous allez
lire
, que parce qu'elle vous regarde,
au moins autant que nous,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaisirs
, que
parce que vous devez,en un mot,
estre les premieres à demander
raison d'un pareil attentat. Voicy
le fait.
Il y apeu de jours que M. Dufreny,
dont le Public afi bien receu
les Amusements serieux &,
comiques, l'Esprit de contradiction,
& tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas besoin du détail
de ses bonnes qualitez pour être estimé de tout le mondej il
y a ,
dis-je, peu de jours qu'il lûtauxCoeJiens auemblez une
Comedie nouvelle en cinqAstes:
cettePieceapourtitre:les
deux Veuves ,ou lefauxDamùi
chez les Princes , chez les Minières
,
chez les Particuliers
,
à
ta Cour,àlaVille,partoutelle
avoit, avant de leur être presentée
,
mericé des milliers de suffrages
; il l'avoit enfin corrigé,
embelli, perfectionné autan
qu'il le pouvoit faire, lorsqu'il
pria ces Meilleurs de daigner en
entendre la lecture. Ce qu'ils eurent
la bonté de luy accorder, en
presence de plusieurstémoinsillustres.
En un mot la Comédie
de M. Dufreny fut lûë par luymême
;elle futgeneralement applaudie
detous ses auditeurs,&
absolument & sur le champrefusée
des Comediens.
Ils sçavent mieux que les AutelÜs,
diront leurs partisans, seduits,
diront-ils eux-mêmes, ce
qui convient au Theâtre
,
& ce
qui n'y convient pas. Oüy, mais
M. Dufreny leurapporte descaracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres, s'ils recevoient
sa piece; cela suffitpour
la proscrire ; d'ailleurs ils font
¿ans l'usage de n'en plus vouloir
desa façon, & quelque merite
qu'ayent ses Comedies, s'il falloit
un ordre superieur pour les
leur faire recevoir, ils ne le refpecteroicnt
pas assez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette espece de République prétend-
elle décider au gré de Ces.
passions
,
des interests des particuliers
obligez de reconnoistre
sonautorité
,
dans le centre de
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'usurpent point nostre
honneur, j'en conviens;ils n'attaquentni
les biens, ni les personnes,
non; mais c'est au bon
goût,aux yeux,a l'esprit &aux
coeurs qu'ilsattentent.
On a l'indulgence de souffrir
que les Festes, du Cours & le
Vert Galant occupent la Scene ,
en dépit du Public
, autant qu'il
plaît à leur Auteur,& de bonnes
pieces
,
qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point reccuës,
parce qu'il neplaist pas à
cc même Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
son pouvoir ,quoyqu'il y en ait
beaucoup parmi les Comediens
qui ne pensent pas comme luy;
il est cependant. l'ame de eetc"
Compagnie,qu'il soumet
, comme
nous, à ses decisions. J'en
connois entre euxplusieurs d'un
merite distingué dans leur espece,
je les nommerois même sij'avois
icybesoin de leur nom, &, s'ilssoutenoient mieux qu'ils ne
sont, le parti de leur égalité. ) Vous venez de lire,Mesdames,
dequoy il s'agit, & sur quoy doivent
maintenant rouler vos plaintes;
opposez-vous donc,s'il vous
plaist
,
à ce pernicieux établissement
de l'Empire des Comédiens
; sinon
,
l'Eloquence Se la
Poësie, le Cothurne & le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer, vont désormais
dépendre entièrement de
leurs caprices, & nous faire pitié
- refusez enfin vos suisrages
aux mauvaises Pieces, & empechez
, autant que vous le pourrez-
y qu'on ne supprimelesbonnes.
- Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice
, ne mettent touten usage,
pour me faire ôrer,s'ils peuvent,
la liberté de leur parler si
iiaturellei-nei-ru;mais je ne fuis pas
encore assez audacreux
, pour
meriter qu'on me l'ôte
,
ni assez
timide) pour le craindre.
Aureste pardonnez-moy ce
trait de déclamation
,
& trouvez
bon, Mesdames, que je substituëàce
langage serieux que l interest
de tout le monde m'a fait
tenirunepetite Chanson
,
dont
je nesçay pas l'âge; mai s jef;a<-
bien que la Musique qui cft. cj
M. Dubreüil, digne éleve du fameux
Lambert, en est tre JvHC.
CHANSON.
Oüy ,jesuis inconstant,adorable
Climeney
Mais quoyque cet aveu dût me
rendre odieux,
ISten soyez, pas plus inhumaine
Je n'avoispas vû vos beaux jeux.
C'tjl trop vous laisseren balancer
Je crains trop d'être malheureux;
Ah ! sçavez-vous quelle est mon
inconstance
j'estoisIndifferent
,
di" je fuis
amoureux.
J'ay beau feuilleter tous les
Mémoires que j'ay reccus ce
mois cy, pour y chercher quelque
chose qui mérité de vous


estre offert,je n'y trouveriende
plus amusant qu'une douzaine de
mauvaises Enigmes dont on m'a
fait present.J'enrage dela peine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la necessité où elles
mereduisent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroît bonne, & qui l'est
en effet. Vous en allez juger,
Mesdames, après que je vousauray
fait confidence du mot de
celles du moispassé, & des noms
de ceux qui les ont deviné.. Le
mot de la premiere si l'Air) &
de la seconde
,
l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font, laBelle
des belles, la Fée Caraboche
l'Inconnu, la soeur du Maistreà
Ferlu, la petite faiseuse de fourcis
de Hanneton, l'Infante Fas-^
chon,Dulcinea Mia le Solitaire
Quemine,laprécieuse ridicule
l'Amant tinlide&; FRenreuxin"
discret.
J'ay eu l'honneur de vous
dicetres-serieusement dans mon
dernier J ournalque M. Dumoulin
m'avoit donné fous le sceau
du secret
,
les deux Enigmes
-
que ous y avez vues. M. Anceau
quiapparammentne les a pas
trouvées meilleures que moy m'a envoyé x ce petit Madrigal
pour leur Auteur. -
Piourfaire une Enigme parfaite, plaifl autant qu'elle inquiété,
Ilnefautpas un esprit jôt.
Les tiennes ,Dumoulin, n'ontrien
- qui ne me choque:
Vuneparoît /'Air lajujfoque,
L'autretrop-tôt m'offre le rnor --
.- Je ne doute point que la
guerre ne se déclaré entre ces
Meilleurs;mais c'est leur affaire:
en attendant passons aux nouvelles
Enigmes.Voicy d'abord
celle que je n'ay pas faire.
ENIGME.
Je marche avec grand bruit
,
(jr
comme a pas comptez,
Matète va devant, & toujours
la premiere,
Mes ailes font à mescostez,
Et ma queüe en marchandfuitmon corpspar derriere,
'-
Je vis, jemange & bois,comme
u. les animaux
, Et ma tete, & mon corps) c;/" ma
tjtttüe, & mes ailes
Répandent des douleurs mortelles,
Etcaufentfouventdegrandsmmx.
Cependant je ne fuis, ny bêteÀ
-
quatre pâtes
-.
<l"olatil
1 nyPreOpti,le inji:lh yny
Je ne fuis pas non flusaurang
des automates,
Apr!s cela je laisse à devinermon
nom.
Voicy la mienne. Je fuis feur
sans vanice,qucJesptus belles
c& les meilleures devineuses du
monde
5 meccronc au moins autant
deterrpsà la deviner-,- que
j'en ay mis a la faire,
ENIGME.
j5f suisd'une ovalefirutture,
Mamere, tous les ans ,
m,enfante
sans ioulcur, ',>
Mon odeurfaitplaisir, bizarreest
ma couleur,
Et mon habitestsans couture.
Dans le centre de ma rfJaijùn,
On trouve quelquefois une dure
carriere,
Dont ilfautarracher lapierre
.f¿ui ravagesouvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate,
Mon corpsest composé,je ne fiaI
pas de quoy, Je ne suis ny ronde, nyplate;
Belles, dans vos appas, il en est
un qui flate,
Et qu'on trouve bien fait,l'ors
qu'il Fest comme moy.
Je ne ous croy pas fort curieuses
du reste des pieces qui
doivent entrer dansce Journal,
ainsi je vous prie de me permet.
tre de vous annoncer que je fuis
avec un très-profond respect,
Mesdames,Vostre très humble
&tres-obéïssant serviteur, !liI
Mercure. 1
O MIS S ION.
J'ay oublié, & je ne sçay
comme cela s'est fait
,
à parler
des dons que Sa Majesté a faits
Je 31. du mois dernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Evesque d'Evreux; celle de S.
SavinàM.1AbbédeCardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers;celle de CanigouàDom;
Elamrby; celle de S Julien de
Dijon à la Dame de Bussybutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus y
Seje donneray en mêmetemps
un extrait de la Cérémonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquise de Tavannes presentée
à Dijon sur les Fonds ,ajage de
dix ans, de laquelle S. A. E.
Monseigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain, & S. A. S.
Madame la Duchesse de VendofmeMarraine
;le 17. du mois
passé.
AVIS.
Le iftur de Ricours qui depuis
2.0. annêe; s.s't'j.nl attachhé/ a l1a con- nonce des Arts Liberaux
}
&
sir tout aux principales parties de
Mathématiques, donne avis au Publicqu'ilcontinué
d'enftigner le
toisé de toutesfortes de corps tant
solides quesuperfîciels
,
soit rtgll
liers ou irreguliers ; la Logijliquc
universelle, ou la science des nombres,
avec desapplications utiles
à toutessortes d'usages; les changes
de toutes les Places de l'Europe
au leurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de Leursrnonnoyes*
poids
,
mesures en longueurs 6 en
continence, & les évaluationsd'io
ceux avec les Nôtres, comme dulfi
les Arbitrages, Négociations ,Viremens
de Places, Commijjions en
Banque ,
dr generalement tout ce
qui dépend du commerce.
La maniéré de tenir les Livret de
Comptes dr Ecritures tant aparties
doubles quesimples par des principestrès-
faciles.
Il travaille actuellementàmettrê
4? jour un Livre divisé en 3. par*
ties, qui contiendrano-n-seulement
les Elemens des chofts cy-dessus
lxpliqllées, mais encore la maniéré
cfelJflire toutes fortes d'applications
ïfoit par Theorie ou parpratique
,
(jr ce dans un gouss bien différent
de ceux qui ont parujufqtticysur
de pareilles maticres
,
il
y joindra de plut pour lafatisfaction
des perfonnnesfçavantes à*
curieuses, un tarif des rnonnoJes)
poids & mesuresdetowlesRoyaumes
de l'Orient& du Midy
5 ouvrage
tres-recherché& convenable
à un parfait Négociant,
Il demeure au coin du !f!.!!itJPelletier
en la maisonou est logé le
jieurAllais) Maijlre Ecrivainfurc
Expert pour les vty!si'catioTJs, dont
h^TablçaueJlAU'dtjfm de la porte*
Avis aux, incredules.
jf'ay déja dit
,
cf je le répété
encore que fay cru devoirinformer
le Public que M. l'abbé Fremy 4
démontré à plusieurssçavans par
t'oye de Theorie & d'ex,Peri-ence
qu'une méditation de 15. années
savoit enfin conduit à trouver le
secret d'apprendre le Latin flm
facilement qu'onn'apprend aujourd'huylaLangue
Italienne.
Toutson(yflème ne roule quesur
deux Regles tres-courtes & d'une
execution très-aisée qui convient à
toutsexe&àtoutâgesitost qu'on
sçait lire &un peu écrire.
La premieresuffit pour resoudre
lesdifficultés les plus épineuses
tant à régard de la composition
Latine ,que de l'explication des
Auteurs.
La deuxième qui ne consiste en unseul motsans exception,
est utile poursiavoirseurement la
quantité des JylUbes longues ou
brèves par nature.
Les Personnes qui s'interesserontàluy
donner quelqueavispourront
l'adresser à M Ribou
, Marchand
Libraire, qui recevra tfujJi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'tjlàl'Image S. Louis,£)uay
des Grands Augustins
Autre Avis.
Le sieur Pelletier,Maître Tailleur
d'habits
,
s'estavisé d'un expedient
utile, commode, & gascon
, commeje l'aydéja dit il a
filll le secret de faire des habits
sans envers, habits doubles, ou
portants leurs surtouts
,
de quelque
maniere qu'on les Plliffi souhaiter.
Sa demeure ejl ruëS. Martin,
cul-de-sacS. Fiacre, chez M,-
Caboche Marchand Chapelier vis-a-vis.S.Mederic. ,
AVERTISSEMENT.
Est-ce pour me ruiner tout de
bon,que vous vous tuez le corps
êc l'espritàm'envoyer je ne sçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je fuis malheureusement
curieux, je les acheté,
jeles lis,&: je les brûlemaisdoresnavant
je vous asseure que
je ne perdray ni mon rems) ni
mon argent à en payer le port,
& que je laisseray à la Poste tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore,
Messieurs
,
de me les envoyer le
plutôt que vous pourrez, sivous
Hstoire extravagante. le
Autre Htfteirevéritable, safajfabUment bonne.
63
Réponse d'une Demoiselleal'auteur. si
jlut-re Histoire bien vraye, & d'un stile propre
à faire honneur au Mercure 8s
Vist urs curieuxsurl'origine du. mots. 106
N,il,' elles de Vienne. 109
De Madrid. 117
De Barcelone Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonais arrestez & embarquez. le 22.
Septembrepar ordre de M. le Maréchal de
Berwic. etvertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
prisons d'Espagne, &ailleurs.118
DeRome. 139
De V'mfi. >4.0
De Londres. 143
DeParis. iyi
Relation que le Pape a reeeu d'un miracleaveté
&quiestarrivé à lamie. Ville du Royaume
de Naple, le mots d'Octobredernier, ils
TABLE.
Lettrecurisusede l'Illustre Mademoiselle de"st
pà unerDatn-efdejiesnumîes.surrlefboingoptk d-'a- Ptel,i,'-,in exa£Ie& interessante de la Feste quià
ejiéfiiteaMarf-.ie à la Reine d'Espagne
parM Arnoul,Cô'.fei'erdu Roy,intendan,t
des Galeres & du Commerce 209
Traduâiion d'une veritable & rare description
du Herem
, eu de l'appartement desfemmes
du Grand Seigneur.17S*
Morts. 31s
Marug:. 331-
Vijèour. où l'Auteur le prend vrayementsur un
ton fl" for.,CltX. 3 S
Chanson. 346
Enigmes. s49
omission 35 1 2
Avis. 3Îî
Avis aux incredules.356
Avis pour placer la Figure.
L'air doitregarder lapage 336
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le