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NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
APARIS,
M.DCCXIV.
AvecPrmUge du 9ty.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur L.F.
Mois deSeptembre
1714.
te prix est 3 o. sols reliéen veau, &
1 5. sols, broche.
A PARIS,
Chez DANIEL JOLLET, au Livre
Royal, au bout du PonsS.Michel
du côté du Palais.
PIERRE RIBOU,à l'Image S. Louis,
sur le Quay des Augustins.
Au Palais, PIERRE HUET, surle
second Perron de la Sainte Chapelle,
au Soleil Levant.
AvecAprobation,&PrivilègeàuRùi
MERCURE
1
NOUVEAU.
Es intentions ne
prévalent point à
l'égard des lecteurs
qui veulent de nous
lexecution des choies dont
ilstirent les raisons qui leur
fervent à nous louer quelquefois
, & le plus souvent
a.' nous blâmer; cependant
j'aicontrariéavec eux un
engagement qui doit dissiper
ma frayeur. Leur indulgence
m'a mis jusqu'à
present en possession de
m'exposer hardiment tous
les mois à leurs yeux. Si les
visites fréquentes que je
leur rends ne sont pas reglementornées
de l'éclat
d'une belle suite, c'est que
je les croy trop justes pour
ne pas me dispenser genereusement
des frais du cérémonial.
Ainsi je vais me
servir
,
à propos ou non,
de la liberté qu'ils me donnent,
pour leur faire part
du dernier projet quej'ai
forme sur un article dont
je n'ai point encore parlé.
Lorsque j'aurai quelque
extrait de Litrerarure, de
Philosophie, de Morale,
ou de Physique à donner,
je m'atracherai toujours à
debiter les opinions que je
croirai les plus sûres, & je
m'éloignerai autant que je
le pourrai de celles qui me
paroîtront trop rigoureuses
outrop relâchées; cependant
comme il n'est
rien de moins infaillible
que mon jugement, je ne
hasarderai jamais de rien
mettre sur le tapis qui ne
foit accompagné au moins
d'un abrégé des réponses &
des objections qu'on aura,
faites aux questions que je
proposerai Ces précautions
sontassurément bellesmais
avec tout cela je ne fuis
point sur de plaire à tous
mes lecteurs. Je suis, graces
à Dieu, trop sage pour
m'en desesperer, & je ne
fuis pas assez novice pour
ignorer qu'heureusement
personne n'a encore trouvé
le secret de contenter tout
le monde. C'est un chefd'oeuvre
qui passe le pouvoir
des hommes, & selon
le sentiment des Poëtes,
celui même des Dieux.
* Que le ciel soit serain, ou
"—que Jruj piter tonne,
Qtfil envoyé aux mortels la
pluye ou le beau temps,
Ils murmurent toujours de tout
ce qu'il leur donne,
Etjamais ils nesontcontens.
Pour moy ,
traitéavec
*.Tksognii PoëteGrec.
indulgence, ou approuvé
des honnêtes gens pour
qui j'écris, & de qui je veux
m'efforcerde meriter les
suffrages
,
j'irai toûjours
mon train; & pour commencer
à les entretenir,
comme ceux qui voudront
prendre leur part de l'amusement
que je leur offre,
je vais conter l'histoire
de Sainte Colombe.
HISTOIRE.
BEl exemple à qui veut le
suivre !
Le François qui croit tout
charmer
S'imagine aisément qu'il doit
tout enflâmer;
Deses doux attraits il s3triyvre.
:
Mais il trouveen chemin gens r prompts à l'affimmer,
Et qui lui montrent mieux
que dans lemeilleur livre,
Commeon guérit chez eux de
la rage d'aimer.
Sainte Colombe, Lieutenant
de dragons dans Fimarconcroit
un jeune Gentilhomme
des plus braves,
& des mieux faits que le
Roy eût dans son armée
d'Italie la premiere année
de cette guerre. Son efpric
& son courage l'auroient
vraisemblablementmené
fort loin, si un malheureux
amour n'avoit pas détruit
les esperances que tout le
monde avoit conçues de
sa valeur.
Se promenant un jour sur
le glacis de Mantouë, ( où
son regiment etoit alors)
avec Meilleurs de Thuis ôc
de Ramboüillet) Lieutenans
comme lui dans Fimarcon
: J'ai bien des choses
à vous conter, mes amis,
leur dit-il, entrons dans ma
tente. Fontenay ( parlant
de moy) fera des nôtres,
& Severac fera nôtre cinquiéme.
J'ai un bon alloyeau
à la braize, des salames
,des langues de France,
d'excellent vin de Vienne,&
le plus beau fruit du
monde à vous donner. J'ai
fait faire dans la terre un
trou qui a prés de cinq
pieds de profondeur, deux
douzaines de bouteilles
de vin y sont enterrées. sur
un lit de paille, que j'ai fait
couvrirde quinze ou vingt
livres de glace, sur lesquelles
reposent & se rafraîchissent
à present les melons
,le fruit & les anchois,
que nous allons manger.
Il était environ neuf
heures du matin, lorsque
cette belle proposition fut
faite à ces Messieurs, que
nous attendions depuis plus
d'une demi heure dans la
tente de Sainte Colombe.
Dés qu'ils y furent entrez
, nous nous mîmes a
table. Nos premiers momens
furent employez à
boire fort po iment à la
fanté les uns des autres:
mais de sance en santé nos
timbres s'échaufferent si
bien, que nous nous faisîmes
d'un coffre qui nous
servit de buffet & de gardemanger.
Nous congédiâmes
les valets, & nous nous
tnîmes à dire de nôtre prochain
tout ce que nousen
sçavions, & tout ce que
nous n'en sçavions pas. - Messieurs, nous dit alors
Ramboüillet, si vous vou.
lez que nous ayons ici le
plaisir de nous entendre,
parlons chacun à nôtre
tour, & contons,nous de
bonne foy toutes les affaires
galantes que nous avons
euës depuis que nous sommes
en Italie. Tirons au
billet à qui parlera le premier
; nous recommencerons
à tirer jusqu'à ce que
nous n'ayons plus rien à
dire; & à chaque pose que
fera le raconteur, nous boirons
une razade : mais il
faut qu'il mesure son discours
de façon que nous
puissions tous cinq faire
nôtre ronde, pendant qu'il
nous contera son histoire.
Cet expedient fut trouvé si
joli, que nous topâmes tous
à la proposition.
Si l'on faisoit difficulté d'ajoûter
foy à ce que je vais
dire, je citerois desgens desi
grande autorité, que j'en serois
assurément crû sur leur
parole: mais je pense qu'ilseroit
injuste, & qu'il est inutile
d'appeller de tels noms en
témoignage sur nos extrava.
gances. - Nous fîmes quatre billets
blancs & un noir, nous
les mîmes dans un chapeau,
& nous tirâmes. Le fort
tomba sur Ramboüiller,
qui, après une petite ceremonie
bachique, commença
son histoire à peu
prés en ces termes.
Je fuis, comme vous
voyez,Messieurs, grand,
-
bien fait, & passablement
aimable.
-
Je n'entreprends
point
point d'affaires de - coeur
pour mes,amis, ou pour
moy que je n'en vienne à
bout. En voici lapreuve.
- - Il y a prés de six semaines
que M. de C** Brigadier
des armées du Roy,
devint à Guastalla,amou.
reux à la folie de la belle
Olympe. Un jour nous promenant
ensemble après le
dîner : Ramboüillet, me
.dit -il, comment vont tes
amours ici? Si bien, lui répondis-
je, que je ne changerois
pas ma maîtresse
pour la plus belle filleda
monde. Son nom?Rosa.Où
demeure-t-elle? A côté de
la grande Eglise) vis à vis
le Palais Serenissime. Corbleu,
reprit-il en m'embrassant
,Olympe est sa voisine
; je ne sçai pas même
si elles ne logent pas ensemble.
Quelle est cette
Olympe? C'est, me dit-il
avec chaleur, une grande
fille vive, brune, blanche
& belle, s'il en fut jamais.
Vertu de mavie, lui dis-je,
où avez-vousdeterré cette
poulette? Si je n'adorois pas
ma divine Rosa, qui est sa
bonne amie, je ne sçai pas
si un Brigadier d'armée
comme vous, ne se repentiroit
pas bientôt d'avoir
fait une pareille confidence
à un Lieutenant de dragons
comme moy : mais je vous
aime,&je veux vous faire
moissonner ici plus de mirthe,
que vous n'avez de
vôtre vie moissonné de lauriers.
Cependantoùen êtesvous
avec elle? quelle langüe
lui parlezvous ? elle ne
sçait pas un mot, de François
, & vous ne sçavez pas
un mot d'Italien. Bon, me
dit-il,voila une belleaffaire
! J'ai trouvé ici un
grand Negre, dont la femme
estseche & blanche;
ces deux creatures en sçaventautantque
le diabie,
pour faire reüssir les avantures
les plus difficiles. Le
Negre écrit pour moy , &
il m'assure qu'on me répond
regulierement les plus
obligeantes chosesdu monde.
J'ai déjà même été deux
où trois fois la nuit à lajalousie
,
où j'ai baisé avec
transport une fort belle
main. La peste, Monsieur
le Brigadier, lui dis- je, vous
en sçavez bien long. Je
fuis sûr qu'il vous en a déja.
coûté plus de dix pistoles
pour baiser la main d'une
servante, & qu'Olympe ne
sçait pas un mot de vôtre
amoureux martyre. Vous
commandez ici, faiteschasfer
le Negre & sa femme,
qui se moquent de vous ,&
laissez
- moy le foin de vos
affaires. J'y consens
, me
dit-il : mais, de grâces, ne
t'expose point mal à propos
ni pour toy, ni pour moy.
Allez, lui répondis je, tranquilisez-
vous sur mon compte,
& regardez-moy comme
le plus sot dragon de
l'armée, si dans huit jours
au plus tard nous n'escaladons
le mont Olympe. Va,
cher ami, me dit- il, oùl'amour
& la gloire t'appel
lent.
,
* L'infamie est pareille, &
fuit également
Le guerrier sans courage, &
le timide amant.
J'attendis que la nuit fût
venuë pour mettre ( com-
*DuCid.
me j'avois coûtume de le
faire) deux dragons en
faction autour de la porte
de Rosa. Mes mesures prises
, une jeune fille qui la
servoit vint m'avertir qu'il
étoit temps d'entrer dans la
maison,& qu'elle alloit
m'attendre à la porte du
jardin.Je ne manquai pas
de m'y rendre aussitôt, ôc
d'y trouver cette fille, qui
me mena dans un petit cabinetde
verdure, où mon
incomparable Rose chantoit
avec une langueur inexprimabledesairs
tendres,
qu'elle marioit-admirablement
avec les doux accords
de son luth. Aussitôt me
sentant à ses genoux : Avezvous,
me dit-elle, autant
d'amour pour moy, que
j'ai de bontez pour vous
Ah ! divine Rose
,
luirépondis-
je que vous avez
lieu d'être contentedemoy,
si tout l'amour dont je brûle
pour vous peut être d'un
prix proportionnéàl'excés
de vos bontez.Mon cher
bien, reprit-elle,sij'en crois
vos lettres, vos sermens ôc
vos transports, que nous
allons
allons être heureux ; nous
n'avons point de jaloux à
craindre,&nul mortel dans
l'univers ne peut nous disputer
maintenant la felicité
la plus parfaite. Figurezvous
mes amis, que de
charmes ! que d'heureux
momens iquel bonheur
pour moy Si je voulois
vous tracer ici une foible
ébauche de mes avantures,
jevous representerois
cette incomparable nuit de
Petrone *: mais cette fidelle
peinture de mon bonheur
*, Qualisnox suitilla,c.
vous rendroit;trop: jaloux
demafélicité. Un petit soupéfin
& un media nox delicat
furent les intermedes
de nos plaisirs enfin elle
fit insensiblementsuppléer
à mes plustendres soinsla
douceur d'une conversation
charmante. Ce fut alorsque
je me souvins des
intérêts de M. de C ** Je
lui demandai comment elle
vivoir avec Olympe. Elle
est, me ditelle, ma meilleureamie,
& jç VQUS assure
quejene crois pas q;'jl
y ai aumondepte ai.
aimable fille qu'elle. Procurez-
moy, belle Rose,lui
dis- je, l'occasion de l'entretenir
un moment de l'amour
dontnôtre Commandant
brûle pour elle; je lui
ai promis de mettre tout en
usage pour le servir, con-
« ,.. tribuez detout vôtre pouvoir
à l'execution de ma
promesse. Je ne veux pas,
me répondit-elle,vous faire
trop valoir un si petit fervice:
amenez-le seulement
ce foir ici avec vous, des
que la nuit fera venuë, &
noussouperons tous quatre
ensemble La pointe du jour
commence à paroître, il est
temps, mon cher,que nous
nous separions; forcez, allez
vous reposer, & promet
tez àvostreCommandant
tout ce que je vous promets
de faire aujourd'hui pour
lui. Enfin je la quittai plein
de mon amour, &du desir
de la revoir incessamment.
Je fus dîner chez M. de
C ** ,je lui contai en particulier
le succés de manegociation.
Il m'embrassade
joye, & dans l'impatience
de voir bientôt le Soleilse
coucher, il se pressa de donrièr
une demi douzaine
d'ordres inutiles, qui penserent
détruire tout l'arrangement
de nôtre partie.
Cependant je le menai chez
Rose, où je lui servis honnêtement
d'interpretemais
pource jour là
,
Olympe
rutaussi peu sensible à mes
discours qu'au langage de
ses yeux; je me contentai
feulement de mettre ses af- J
faires en assez bon train
pour lui procurer d'autres
rendez - vous. Quelques
joursaprès ilnousvint un
ordre cruel de sortir de
Guastalle, & de nous rendre
ici. La necessité de ce
départ fut pour moy un
vrai coup de foudre. J'écrivis
là dessus à Rosa un billet,
dont voici les propres
termes.
La mort me seroit moinsfuneste,
divineRose, quelemalheur
qui m'accable. Je ne peux
envisager rien de plus affreux
que l'inflant quiva nousseparer.
Mon devoir m'arrache a
monamour,&dans laconsternation
où jesuis, je ne vois
que mondesespoir qui pùijJo
m'affranchir desmaux où me
livrela douleur de vousperdre.
1
Cette aimable fille réponditcesmotsàmonbillet.
Ne me parlez, cruel, de def
espoir ni de mort: mais sivous
m'aimez autant queje le croy,
consentez seulement quemon
amourm'arrache à mon devoir.
Je ne vois ni gloire, ni vertu
à se resoudreà soffrir des
peines mortelles loin de ce que
l'on aime. Rien enfin ne peut
me retenir où vous ne serez
pas ; C74 sous le pretextede
chercher un asyleplus sur à
Mantouë,je vais m'abandonner
toute entiere a mon amour,
&* m'y rendre incessamment
survospas.
Elle me tint en effet parole,
& le surlendemain, à
la pointe du jour, elle pria
nôtre Colonel de lui permettre
de profiter de l'occasson
du départ de son
regiment, pour se rendre
plus sûrement ici, où elle
est
, grace à Dieu, maintenant
chez une Dame de ses
parentes, quiestla, plus
raisonnable &la plusaimableveuve
du monde.
C'est là, mes chersamis,
où j'ai tranquilement &
commodement lebonheur
de la voir tous les jours.
BUFONS:
Nous recommençâmes
alors la ceremonie du chapeau;
le fort tomba sur
moy, & je ne me tirai pas
mal d'affaire:mais je prends
la liberté de me dispenser
de conterici mes avantures.
Quoique bien des honnêtes
gens,& sur tout mon Colonel
;r qui est un grand
,
Seigneur,& qui mefait
l'honneur de me lire tous
les mois, puissent assurer
qu'elles ne font pas des
moins rares; mamodestie
cependant souffriroit de
l'étalage de mes folies.
Dés que mon tour fut
passé, le billet noir échut
à de Thuy, qui nous dit
sans préambule que nous
sçavions bien qu'il étoitun
vieux Rêtre ; que depuis
plus de vingt ans il n'avait
eu de bonnes fortunes que
dans le camp, ou aux environs
; que les périls qu'il
avoit courus en amour,
étoient differens de ceux
ausquels nous nous exposions
tous les jours; qu'il
n'avoir jamais apprehendé
ni poignard ni poison, 8c
qu'en un mot nous n'aurions
aucun plaisir à entendre
des avantures dont
les heroïnes avoient ordinairement
passé par les
mains du Prevôt de l'armée
;
qu'aureste il ne s'excusoit
point de nous conter
sesproüesses, pour s'exempter
de boire les cinq rasades
stipulées dans lau(taftvention;
qu'ilavoitl'hônneur
d'êtreChevalier de la
table ronde, & qu'il étoit
trop instruit desdroits de
la Chevalerie pour cofl^
mettre telle selonie;que
cependant il nous prioit de
le laisser boire dun trait ]-te
cinq rasadesdont il e'tUX.
question. Cette affaire examinée,
& decidée serieusement
dans nôtre petit
conseil
, nous lui abandonnâmesune
bouteille de vin,
qu'il avala comme une cerise.
Allez, mesenfans,
nousdit-il aprèscetexploit,
&tenant toujours sa bouteille
entre les bras, vous
ferez les plus heureux mortels
du monde, si vous n'avezjamais
de plus mauvaise
fortune que celle-ci. Dans
la belle jeunesse où vous
êtes, ne vous imaginez pas
qu'il foit plus glorieux de
sacrifier à l'Amour qu'au
Dieu du vin. J'ai passé par
vôtre âge,j'ai de l'experience
& de la lecture
,
&
je me regarde au milieu de
vous quatre, qui êtes les
plus étourdisjeunes gens
de l'armée, comme l'indifferent
Eumolpe dans le navire
du malheureux Lycas.
Un orage épouvantable
saisit de crainte&d'horreur
tous les libertins qui étoient
sur ce vaisseau ; ils ont recours
à la clemence des
Dieux qu'ilsimplorent, ils
font des voeux: mais àpeine
echapez du naufrage , ils
ne se souviennent plus du
péril.Passato il pericolo,gabbatoilsanto.
Prenez garde
à vous, mes chers amis,
songez quevous n'êtes
1 point dans un pays Q. la
galanterieFrançoise foit
obligeammentreçûë des
peres, des freres,ni des maris;
&si vous m'en croyez,
traitez de fadaifçs & de fo.
sises les belles merveilles
que je viens dentendre, &
celles que vous m'allez
conter. Ce beau sermon fut
suivi d'un éclat de rire dont
nous le remerciâmes
,
&
sur le champ nous remplîmes
chacun nos verres pour
boire à la fanté de nôtre
Pedagogue, Il prit la chose
e merveille, & l'effetqu'il
vit que son difeours avoir
fait sur nous, le rendit de
la plus plailànte humeur
du monde. Hé bien, dir. ily
mes enfans, achevons donc
nôtre tâche, & que Sainti
Colombe6c Severac tirent ail
doigt moüillé à qui parlera
le premier.
Puisque le fort en décidé,
c'est donc à moy maintenant,
Meilleurs, nous die
Sainte Colombe, à vous conter
mes dernieres avantures.
Les voici.
Il y a environ cinq mois
que je fis un voyage à
Montpellier, où je promis
à
à une belle fille, dontj'étois
éperdument amoureuxdepuis
plus de trois ans, de
ne cesser jamais de brûler
pour, elle. L'inconstance,
quiest l'appanage de la
jeunesse, n'avoit donné aucune
atteinte à ma fidélité
pendant tout le temps que
mon devoir nous avoit Ceparez
lun de l'autrei&
dans cette derniere entrevûë,
où.je renouvellai encore
cent fois à ses pieds
tous les sermens d'un amour
éternel, je lui jurai, si son
coeur étoit toujours d'accord
avec le itiieri^/ d'unir
ma destinée à la tienne, ôc
de faire consentir mes parens
à cetre union à la fin
de cette campagne.Rempli
de la douceur decedèssein,
jeVis avecindifférence
toutes les bêautez du Dauphiné
je fisvoeu., avant de
paflferlesAljtes, de ne';rÎèn
aimet en Italie. Suze,Turin,
Valence,Pavie, Cremone,
Plaisance & Milan,
n'offrirent à mes yeux que
des objets qu'ils regarderent
avec toure la négligencedumonde:
mais une
miserablebicoque devoit
triompher demes sermens,
demesvoeux,&dema fidélité.
Je fus detaché vers la fin
du mois de Juin dernier,
avec une croupe de dragons
; on m'envoya à Alexandrie
de la Paille, où le
Maire de la ville me logea
cbezun pauvre Boulanger.
Jerestai deux.ou trois jours
dans cette maison sans voir
mon hôte: mais ce bon
honme fut si content de lamaniere dont jevivois
chez lui, &demon attention
à conserver le peu qu'il
avoir, qu'il Ce determinaun
matin à entrer dans, ma
chambre pour m'en mar.
quer sa reconnoissance.AiSi
tous lesFrançoi&y mendieil
en entrant,en-usoienavec
nous comme vous, Mori,
sieurynous n'aurionsjamais
quedçlaubannf^roloniaM
de, lacendrelffe,pour eux:
maisils n'ont pasplutôtmis
lespieds dans une maison,
'qu'jlsjen chafferoientjs'ils
pouvaient, lemaître la
maîtresse,ou du moinsils
les ruinent.
-
Pourvous
Monsieur
,
quine leur ressèmblezpoint'
,je' fuis fî
charméde vôtre douceur,
& si prévenu que vous êtes
un honnête homme, que
jei neveux'' rien avoirde
caché pourvous. Je possede
environ pour tout bien-,
cent-Sequins * d'or, & deux
centPhilippesen argent.
Siyousavezbesoin de quelque
chose
,
n'épargnez ni
ma bourre, ni ma personne.
le^vpusXuisbien obligé,lifi
-n. *o- untrSeeejuinn viaout ewnviroan saixyfranecs.doi
**lephilippevautunÉca, -.
dis je, de l'offrequevous
metaicesydesappoincer
mens que je reçois du Roy,
& mon bien suifisent pour
remplir. tous mes.bdfbins.
Au reste défaite-vous,si
vous pouvezyde la mauvaiose
opinion que vous avez
des François, & coiaippez surmoy tant que je ferai
chez vous. J'ai encore autre
chosèà vous dire, Monsieur,
ajoûta-t-il, & c'est
ce qui me tient davantage
,
au coeur. Vousjugez jfez
a ma figure que jeis
pas jeune: mais vous Ne
devineriez pas que je fuis
marié depuis deux ans avec
une jeune femme, qui est
une dés plus belles personnes
de l'Italie. Vous devineriez
encore moins que
je fuis le pere dunejeune
fille de quinze ans, qui est
belle comme le jour ;' & en
un mot; vous ne sçauriez
pointsi jene vous l'apprenois,
que ces deux infortunées
creatures font
enfermées jour & nuit dans
un petit trou, où la lumiere
n'entre qu'avec peine ;elles
restentlà feules à s'affliger,
pendant que je fuis à mon
travail, & dés que la nuit
est venue, je vais les consoler.
Vôtre femme.&vôtre
fille, lui dis-je fechement,
vous appartiennent,
&il vous est permis d'en
faire ce qu'il vous plaît.
Pour moy ,
je vous jure
qu'il m'importe peu que
vous les teniez enfermées,
ou que vous leur donniez
la liberté. Cependant si je
vous fuis propre à quelque
chose, je vous assure que
je vous rendrai volontiers
service. Hémon Qjp, me
dit
dit ce bon homme en pieufant
je1 voudrois forcir de
cette ville, & allerm'éta
blir)i ajMantouç avec
1
ma
famille. Lavilleest belle ôc
grande, j'ytrouverai une
maison à louer,où je pourrai
loger plus commodément
ma femme ëe ma
fille; l'art ici un c heval,
&-.,,.un petit chariot où*je
les .embarquerai lorfql/e
Vous en sorcirez ,afin de
profiter de vôrre elcorte-,
jusquace que nous en trouvions
une autre par vôtre
moyen pour nous y conduire
,
supposé que vouf
nalliez point jusqua cette
ville,quoique vôtre regiment
y doive être à present,
comme je l'ai entendu dire '1 J a vos valets. Mais je ne sçai
pas, lui répondis-je, quan4
je forciraid'ici;si j'en reçois
l'ordre bientôt, vousgour*
rez à la bonne heure,pro*
siser dje cette oçcasionpour
me suivre. Alors le bon
homme me quitta, aussi
etonne de ma modération
que content de mesré
ponses.
;
Je laissai passer deuxon
trois jours sans lui parler
de sa famille:mais le troisiéme,
se croyant appa->
remment pleinement persuadéde
masagesse, il vint àma chambre me prier de
descendredans une fallc
baffe, oùil avoit fait apporterdes
viandes qu'un
Guisinier François qui étoic
à Alexandrie avoir accommodées
fort proprement.
Il avoit dressé unpetit buffet,
qu'ilavoit approché de
la place qu'il s'étoit deitinée,
pour être plus à por-'
tée de me verser à boire.
-Unmoment iprçsque-jô
fusentré danscet|ç fallçj
sa femme & si fille y.enr
trerentpar une autre porter
Lespremiersciyilitçzreaj
1Ù1 de part 4êl>d'ftutrjU
elles s'alfireeter^rç Iui:
moy---tukr?)
Unelampea|JttmÇG:fiir3&
cheminée, ?!:.bWl"
surlatable'i qupjqv-ensyjj
fassionsen plein jour,notif:
servirent a éclairer,lç
où pOU*Cïjonj< ',';, ».-» ji-f
ir-. Je vousproteste,sans
exaggeracion,que de vieje ma. aavoiskv4 rica de ij
bcecasudc, iriiïe^n#dre^ifiicp$avfLlfkafmiqou»edestie
,
l'innocence &; la
pudeur, quiétalotencrom
vê%leursg^£8ôes.ifi^4i<ai£i
vîfâges^ étoientà mfes yëuk litiornemerrrquirelcvoient
infinimentl'éclat
iIe. JeùÊ beauté. Je n'ccôis %-redcCa
desattaits si simples& si
naturels. Les objets qui
tmavciêt même piqué dapvaanrutargeentadviafnfotcremuexs-;
c&i, me
en
comparant mamaîtressede
llloncpellieràcrsbclksinconnuës,
je mçsentis forcé
..d'ayoüct' en moy-même
iqu'elle avoit presque toûjours
emprunté de l'étude
éti'da l'art les graces que
celles-ci devoient uniquement
àla natures En un
mot elle suroubliée dans
uninstant, &: rien depuis
nel'aidéfenduëdansmon coeur.
Cependantje ne sçai par
quellefatalitéjefussi frapé,
ou plutôt,siétourdi du
premiercoupd'oeildela
femme de mon hôte, que
sa fille ( quoique belle par
excellence)ne mele parut
que foiblement à côté de sa
belle-mere. Je ne fus dans
cette occasion
, où j'cm
besoin de toute ja prudence,
ni indisret niFrançois;
jee plaignis point
Jeur esclavage,& je loüi
oins leur beauté, que là
bone chere ôc>fo belle
humeur de mon hôte. (fn*
tM' Neanmoins je profitai àmerveille de tous* les
momens où son commerce
l'appella,ailleurs; pour
dire àces deux belles Ipei
sonnesles plusobligeantes
chosesdumonde.
jflrLa çonJriQtç¡er.elle
oùvivent les femmes de ce
paysleurinspiredesresolutionssi
promptes sur tout
ce cjuiigeut- lWJJerVll J.
-
vangerdu poids chaî-
.lies donton les accable,
qu'elles acceptantsouvent
b+i+.qçer-LjçterfPl
moyenxqu'on leurenoffre
Jem'apperçus avecplaisir
que la mere ôcÀ la fillen'avoient
dansle fçndAulljp
tendresse pource tyran de
qleuuerébcelaautqtéu,&'ilqenupeû,taqrureil--
ver, ellesne souhaitoient
quel'occasion des'affranchir
du joug qu'il leur imposoit.
Son épouse sur tout
lançoit detemps en temps u, moydelongsregards,
dont lalangueur melée de
flâme me penetroit jusques
aufond du coeur: mais dés
quel'époux reparoissoit,
res&yeux^fe renfermoient
eneux-mêmes, leur éclat
s'envelopoit dans ses paupieres1
, & leur silenceme
contoitavecuneéloquence
admirable l'excés de sa douleur.
Enfin après avoir resté
plus de quatre heures dans
cettesalle,où je seroisencore
si j'en avois été le maître
, je jugeai à propos de
prendre congésde mon
hôte. Jesaluaisafemme&
safille avec tant de liberté,
& je le remerciai d'un air
si naturel,qu'il me prit
alors ( comme je~I~~d
depuis) pour le plus infen
sible de tous, les hommes
Le lendemain jeluidemandaien
passant des nouvelles
de sa famille, mais si
froidement, qu'il eut peur
que la proposition qu'il
m'avoit faite de partir d'Alexandrie
fous mon escorte,
ne me fût point agreable;
& le soir même, en me
rétirant pour me coucher,
j'entendis une voix qui me
dit: Lisez, Monsieur,un
billet que vous trouverez
sous le tapis de vôtretable.
l^^mfpcay^ufficot à ma
chambre,je cherchai ce
papier, je letrouvai, &' j'y s-ce-s,-Ii£rnee, JJ. -vonisbijîbnBf^
On nous accujè de ne iions,
avoir pas fait aeez d'honnêtlte)
vous sçavez sic'est un
crime,dontmousfwàrntictm
poss;&(UQHS-XQdoHteççpam^
qu'iln'apastenu à nousde
i'V;osfÈenofaire=dtiw&:nt:age=.Te-z
.O!lass 1'PPi&:.I<JJi.s e
sacrifices que vous xir,'<!,WDJf{rts}WP.d
',' ¡" ;d
:', Je me crusalors le plu
heureux de tous les bpmmes,&
jelefus en
bientôt. Trois jours aprés,
avoirreçû ce precieux biU
let, ilmevint un ordre de
merendre ici. Je ne perdis
pas un moment detemps
pour me disposer à partir
avec mon hôte & mes hôtesses
;
&le lendemain,
après leur avoir donne le
meilleurchevalde mon
équipagepour l'atteler à
leurchariot,je les fis partir àlaporteouvrante, avec
huit demes dragons& mon
Maréchal deslogis. Je les
suivisdeprés,& enfin je
les joignisàune lieuëd'Alexandrie.
Nousfûmes obligez
d'alonger de beaucoup
nôtre chemin,&de faire
une infinité de détours pour
éviter les partisdu Prince
Eugene,qui de tous les côtez
battoientlacampagnes
Nous arrivâmes aucamp
de Goito,cinqheuresaprés
qu'il en fut décampé,&le
lendemain à Mantouë,où
mon hôte,chezqui jeloge
encore à present,lorsqueje
couche à la ville, trouva
bientôt une maison commode,
où sa femme,sa
fille &luisontentierement
fous ma protection.
Que Severac parle maintenant,
ajoûta t-W; &vous
jugerez enfLiitr,,,notre-cheir,
précepteur(ndreflant la-j
parole à de Thuy) lequel
de lui, de Fontenay
,
de
Rambouillet oude moy
*9 icile plus heureux dans
les amours. -',.. :- -..
; Commençons, dit alors
Severac, par compterjuf
qu'au peut aller le vin que
nous avons. Buvons-cri,
d'abord un coup chacun.
& voyons si ce qui nousen
reste nous ~menera jusqu"à
la fin de mon histoire. Nous
nous en trouvâmes encore
quatre bouteilles, quenous
ménageâmescomme xiw
prunelle denosyeux,aprés
néanmoins avoir fort re-1
grètte celle que de Thuy
nousavoir soufflée. VQI8e':Í
lJepritncort mefois 'i
Lefteu?dè ne"fomtprtndrA
pour des conteste;r.
flaiftrni ce qttil£t(l-y*uLc&r
siilva lire.JefkiftityMxê.>
ferment'que*si n'ai fm cetta;
htfloire que le droit ¡¡JarrAnitJt
'des motsy pour lui dire lave?,
rite des chosesidu
Je suis,comme bienle
sçavez,Messieurs^noiis dit
fS«Yeract natif de la ville
d'Orillac enAuvergne.J'ai
trente ans.Ilyen a quinze
que je fers le Roy dans ses
dragons , & je ~ferois certainement
plusavancéquej|
ne suis,
si
les étourderiesde
ma jeunesse ne rnbÀvoie-nt
pas écarté duchemin qu
ont fait mes camarades,J-ç
jm'aarii,aqgueipda.susneep^ofçupru^.n'etqduesi
joliesfemmes de Eta.)
causédansla suitetous les
malheurs de ma vie. VPL
hommed'une grandenaissance
devint amoureux
d'elle, elle delui,L'envie
d'être l'époused'un homme
de cette qualitésemitsi
avant dans sa tête, qu'iln'y
eut pas moyen de lui faire
entendre raison,qu'ellene
fût sûre éfàxc safemme.
Cette alliance danslefond
m'étoit, assez indifferente,
quelque honneur qui ea
rejaillit &r^^a^&i^iHe:
mais, à vrai dire,mon beau*
frere pretendù s'en soucioit
encore moins quemoy.
Enfin elle eut tant he peur
que ce mariage, quelle souhaitoitavec
la derniere passion,
ne fc fît point, qu'elle
mittout,larmes,tièi&
promesses enusage,pour
m'obliger à ydonnerles
mains. Sa douleur & ses in-
-quietudes continuellesme
rendirent sensible àsesdesirs;
enun mot,messoins
4c mesattentions comble-
:roerLfe" voeux,&cemariage
se fitconfortese font
tousles mariages. Jevous
avouë queje m'étois flaté
de l'espoir de trouver dela
douceur lx: de l'amitiédans
le coeurd'unesoeur qui m'avoit
l'obligation d'avoir fait
pourelle, contrelegré de
bien des gens,& peut-être
même contrele gré de son
mari, tout ce qu'elle avoit
voulu.Mais l'entêtement , les plaisirs,l'orgüeil, la vanité,&
leméprisdessiens
vinrentenfouleàl'appui
d'un nouveaunom,&je
mc>iroiivai^enfinlaidupé
detoutes mes esperances
Monesprits'estsentidepuis
jusqu'à present du poidsde
mes chagrins,&les plaisirs
n'ontservidans la fuite que
de- masque àma douleur;
Jugez maintenant, mes
chers amis , de quellenature
peuventêtreceux dont
jvotis allez entendrelerecir/
fc^lbiip ~o tU01 fri£m
Nouslui fîmes boire alors
uneIrasadedeavin pour
noyersonchagrin ;& nous
enbûmesautant pouravalerle
souvenirdu ton douloureu0x1surlequelil
avoit
commence 2£011 histoire,
qu'ilcontinuaences ter- mes. 1nîlq £'upîu§ Un Sergent du regiment
deGâtinoisépousa à Pignerolle,
je nesçaidansquelle
année de l'autre guerre,une
vivandieredeBriançon.Il
eQtfd'(tmarjagotmtffilit)
quiest a prcfefit[)ôlleC&tïime
le jour.Samerel'a fait
éleverdanslesmontagnes
de Cisteron, chez unCuré
donteiseestftfftiee^Ônm
parloit,lorsquejepassai
dansce pays, quede rt'fptit
&de la beautédeciicpfiltefc
Jefurcurkiiftdôfofoft*-, je
la vis,&j'en devins àttâtcoç
eperdûment amoureux. Je fisconnoissanceavec fÕtl
ondeau boutdequelquesjours,
je luiavoüai ledesseinquej'avoisd'époufer
sa niece. Il eut beaume
dJQtq\¡u separti ,¡wJjmecoaveiK>
icvrjm$jet) lui -ré*
pondis que je n'avois point
de parensqui eussent aucune
dtoiçfuit! maconduite, M,
que j'étoismaître dé-mesb
actions. Si cela est, me ditilj
vous êtes honnête hommç
ayezencore pendant
unanpourmaniece,
fcntiiftcnsnjqusç>vous,jnleasi
marqueïigujwd'hui POU;, cll, ô$ jçycmaflurcqaa4
IOJ.:'NPu.tfCfreimon neveu.
L' p .) Il Uanne'e^eftiaeheve'er, JC-f
cris tous les ordinaires à ce
pauvreCuré, & je nereçois
aucune de ses nouvel-,.
les. J'ai cependant depuis
deux ou crois jours des présentimens
qui m'accablenrf
je croy avoir vû hier.
avant-hier cette fille à UDÎ
jalousie dans f Mantouë ;
toute cette nuit même son
image m'a persecuté en
songe. Je ne Cçm en un mot
cequi doit m'arrivermais
je souffre des peines mor- telles. mes yeux se ferment.
ma langue sattache
à mon palais. donner
moy à boire, mes amis.
adieu, mes chers amis. je
vous
Vous dis un éternel adieu.
Et surle champil mourut.
Il est plus aiséd'imaginer
la conternation dont cette
mort imprévue nous frapa
qu'iln'estfacile de l'exprimer.
Enun moment nôtre
table, noscoffres, & tout
l'appareildenôtre débauche
furentrenvesez. Nous
appellâmes au secours de
tous lescôtez. Rolland Chirurgien
major du regiment
de Sourches, se trouva assez
à propospour ouvrir
lesveines de ce malheureux
:mais il n'en sortit pas
une goutte de sang. Enfin,
1}Ps.J'¡ll(lls un manteau
sur sonvisage,& nous Ëmes
mettreson corps sur
une paillasse, en attendant
laceremonie deson enterrç
roeçt.,:
- Cependant nous sortîmes.
de la tente,de Thuy,Sainte
Colombe,Rambouillet ôc
moy, nous entrâmes dans
la ville sans sçavoir où nous.
allions,& sans nous parler.
Nous nousdispersâmes en
un instant
, & nous fûmes
chacun dans les lieux où
nous crûmespouvoir arracher
plus aisément de nôtre
idée l'image de cette mort.
C'est dans le sein d'une
maîtresse que l'on confie
plus volontiers ses peines &
les plaisirs, & l'amour est
ordinairement le depositaire
des plus interessantes
circonstances de nôtre vie.
Je fus auparloiroùj'avois
coûtume d'aller,Rambouillet
alla chez Rose
,
&
Sainte Colombechez lui,
où il entra malheureusement
en homme trouble de
vin,d'amour & de douleur.
Il passa jusques dans une
salle, où iltrouva sa maîtresse
seule, occupée à quelque
ouvrage de son ménage.
Il se jetta à ses genoux,
il lui conta ce qui venoit
de nous arriver ; & aprés
avoir soulagé soncoeur du
poids decetteavanture, il
recommençaàl'entretenir
À, son amour :mais laten-
~~-imprudence de cet
amanss'etoit simalprecaufgiopt^
nocecponxtreÏla fureur êna>(i,dg
sa ma|Erefle vitàtraversles
fentes d'une porte quin'etoit
point fergiéç Içs caresses
que ce miserable amant
faisoit à son épouse.
Unbaiser pris,oureçû sur
lajouë ,ou surla main de
sa femme, passa à ses yeux
pour une preuve du plus
grand crime ; il ne douta
plus de da trahison, & plein
de desespoir& de rage il
entra sans bruit dans un
petit cabinet,où il trouva
un fusilchargé - de trois
bales ,qu'il vint tirerà
bout portant dans les reins
de l'infortuné Sainte Co.
lombe. ncP
Ce malheureux se sentant
btcïÏc morcellement , eut
encore la force de se lever,
de mettre l'épée à la main,
& de courir après, son asfassin,
qui se sauvoit : mais
il ne put-faire que cinq ou
six pas, &ilalla tomber sur
le scüil de la porte de son
inconsolablemaîcresse,qui
sur le champen criantau
secours, prit deux coussins
qui se trouverent fous ses
mains, ôtf lesmit fous les
reins de son amant, dontle
fang couloità gros boüillons.
Elle fit en vain tous ses
efforts pour l'arrêter,& sa
douleur morcelle épuisant
[al force &son courage, elle
s'évanoüità ses pieds. Cependant
sa belle-fille, les
voisins, ôc toutela ville,
arriverent autour d'eux,&
s'empresserentàles secou-
Tir : mais le malheureux
Sainte Golomben'étoitdéja
plus. ;.c).:.,",
Ce fut alors que tout le
monde vit deux des plus
bellespersonnes quifussent
«n Italie,&nquijusqueslà
avoient étéinconnuës dans
Mantouë.
Lebruit decemalheurse
répandit bientôt sur laplace,
&delaplaceaucamp,
eu étoit le regiment de Fimarcon,
dont les dragons
entrerent 'arz dans la
ville pour vanger lamort
d'un Officier qui leur étoit
fî cher.Ils coururentde tous
cotez pour s'emparer du
meurtrier quivenoit de lui
ravir le jour;& après avoir
bien cherche, on leur dit
qu'il s'étoit sauvé dans le
Conventdes Capucins. Ils
y entrerent commedes furieux,
ils en arracherent ce
miserable , ils l'emmenerent
dans leur camp,oùils
lui firent souffrir des supplices
cruels.; pendant que
l'Archevêque de son côté
le donnoit mille foins pour
presser M. leComte de
Vaubecourt,qui comman- doitalorsàMantouë, de
leur envoyer endiligence
un Officier qui eûtassez
d'autorité pourdéroberà
leur fureur cette affreuse
victime, qu'ils lui rendirent
enfintoute sanglante; -Nous apprîmes quatre
oucinq jours apres cette
horrible avancée, que cc
malheureux n'avoit pas
pcortérloiinmla puneitio.n de Enfin pour rendre un
compte exactdetous les
acteurs de cette histoire,
Ramboüillet surmalheureusement
assassiné dans les
Sevenes par les Fanatiques,
du temps que M. leMaréchal
de Montrevel y commandoit.
; On m'a assuré depuispeu
queM.de Thuyétoitmort.
Je souhaite que cette nouvelle
soit fausse;&je reste
heureueement, comme les
lecteurs peuvent aisément
s'enappercevoir, en assez
bonne santé, pour leur donner
chaque mois un livre
quejevais rempliràmon
ordinaire, de tource que
celui-ci pourra mefournir
de circonstances utiles&
agreables pour les en entretenir.
Les Grecs & les Romains
celebroient autrefoisavec
toute lamagnificenceimaginable
la naissance de ces
grandshommes qui avoient
reçû lejour dans
leur Empire. Ils tenoient
cette maxime des Perfes &
des Assyriens, qui lavoient
prise des loix, ou des coûtumesde
l'Egypte. Les Espagnolsontreligieusement
conservéjusqu'a present cet
usage, dont lesceremonies
font fort raisonnables.
Le dix-neufde Decembre,
qui est lejourde la
naissance de leur Roy, tous
les Courtisans & les Grands
de cetteCour ontl'honneur
de baiserla main de J&ur'
Maître ; & pendant cette
journée, au Palais & dans
la ville, on ne rencontre
que des gens quise complimentent
avec affection sur
lesannées de leur Souverain.
Le soir toutes les maisonsfont
illuminées, & c'est
par une infinité de feux
d'artifice que le peuple acheved'exprimer
tous les
Pourquoycette fête n'est;
elle pas établie en France
comme en Espagne?)Jz,1 Auguste Cesaront eu
desmois qui. leur
z
ontété
consacrez,& dont on changea
lesnomspourleur donner
ceux de ces Empereurs.
L'usage de ces changemens
cft maintenant aboli ; &
quand il subsisteroit encore,
nos Rois n'en ont pas befoin
pours'assurer l'immortalité
qui leur est dûë. Mais
du moins les François,pour
qui le cinq de Septembre
est le plus heureux jour de
l'année, devroient ce jourlà
même, qui est celui de
la naissance du Roy, renouveller
avec tendresse ,
avec éclat les voeux qu'ils
font sanscesse pour la conservation
de Sa
-
Majesté.
Néanmoinss'ils négligent:
cette fête,fasse le Ciel qu'ils
ne s'avisent de commencer.
àla celebrer que dans trente
ans à l'honneur du Roy.
Le mois de Septembre est
le septiéme mois de l'année
àcompter depuis l'équinoxe
du printemps, & le neuviéme
à commencer depuis
Janvier. On vendange ordinaircme.
nt en Septembre;
de là vient que lesyvrognes
appellent le vin la purée ou
le j s de Septembre;
Il est enfin pour nous le mois
leplusillustre,
Il remplit nos tonneaux, nos
fermes, nosguerets; Et LOUIS commençantJOn
,gf-,rixie'me lustre,
Nous fait l'heureux prejent
d'uneconstantepaix.
Voiciunouvragedonc *je ne connois encore ni le
merite ni l'usage c'est peut- :
êtrefaute d'habitude: mais
tout ce quej'en peux dire
- maintenant
,
c'etqu'il a
étépresenté au Roypaç1VÏ.
deMessanges qui
est
vraiment
nn homme dCfËrir
Qç d'érudition.
D~
Discourts sur l'Acrostiche.
Ce n'est pas seulement en
France, ni feulement dans
ces derniers tempsque la
Poësie, naturellement fertile
enconstructions galantes
,a trouvé l'art de celebrer
le merite &la vertu
paarrralnesgteomuresnisnfgiégnuieruexzd,.<&t,cJ
par les artifices gracieux
des expressions façonnées.
Les Grecs quifontencore
aujourd'hui,commeils ont
été dansles Gestesanciens.
lemodele de lapolitesse;
& laregle du bel eeprir,
font des premiers qui nous
ont fourni les exemples de
cette delicatesse. Nous avonsencoredeleurs
Poësies
, ou les sujetsfontrexprimez
non seulement par
la significationdes paroles,
maisaussiparlafigure même
queleursvers tracent
sur le papier. 'ïCes morceaux se font
trouvez tellementdugoût
de toutes lesnations & de
sto'js^ les temps, qu'ils ont
bravé l'injure de deux mil
années,&sesont conservez
jusqu'à nosjours,comme
de precieux monumens de
lapolitesse de ces peuples.
-k Lamajestémêmce del'Ecriturer
sainten'a pas mépriséces
jeux; elles'en est
mêmeservied'ornemens de
ses principalespieces. Les
retours&les répétitions afsectées
dans chaque vers
non seulementdu même
mot, mais encore de la mêmephrase,
ensont les preuves;
& les saints ouvrages
où le trouventces affectations
heureuses, loin d'être
rendus ennuyeux par cesredires
fréquentes,n'en font
trouvez que plustouchans/
a!\'
Nous n'avonsrien dans
touteretendue de UBo&»
sie Françoiseoùces jeu*
soientemployez, plusà propos
quedans lapiece que
l'on appelle;5Acrpftiche,
dans laquelle.,par une dit
poficion.4tu4#*Ç&pre-' erelettreHcchaquever*
étant prisesepare'mem^pour
être eiï{uitevreiiniçs«tourcs^
ensembleparunejeâurc ir
part,forme à dessèinuaom
plusieurs mors
1
quione rap- ï
porc au sujet,& fait le nom
même de la personne ou
de lachose dont on y parle
C'est donc à tort-que des
personnes peu verséesdans
lediscernement du V(lit
blegoûtdela Poesie,tâchent
de diminuer aujour
d'hui, pardes jugemens in*
jurieux,lemeritedece
genred'écirrepleindindustrie
3; d'Grnement,nediftinguant
pas ledéfaut de la
pieced'àvè^etetdesauteurs;
PUrare
de rencontrer en cegenre
une pièce supportable, ne
s'entrouvant presque au-"
cune dont les vers soient
naturels., mais toujours si
forcez & si peu sensez,qu'à
peine peuton lesentendre,
ce n'est pas le défaut de l'Acrostiche
,
qui, lorsqu'elle
est naturelle&bien sensée,
peut passer pour un chefd'oeuvre
à cause de son extreme
difficulté ; mais c'est
la faute des ouvriers., qui
nes'étant pas assezconsultez
eux-mêmes sur ce sujet,
entreprennent ces difficiles
ouvrages sans avoir la force
d'y reüssir;ouvrages qu'on
ne doit point avilir, ni mépriser
pour n'avoir pas l'adresse
de les faire. ,¡
' L'Acrostiche de LOUIS LE GRAND, où le surnom
de Grand setrouve dans
chaque vers.
- -
Leplus grand des Guerriers
& leplusgrand des Rois
Offreaux
-yeux un grand
SPaiontdlaintisqunugeran,dd
Ungrand zele pour Dieu
dans une ame heroique:
Il est dans un grand homC."
me un grand appui
'<
desloix;
Son grand coeur est élément.
son bras est pacifique,
:
L, e,(plusgr;.a.nd des m::.o' rtels,
&, le plus merveilleux,
Est humble,autant que
grand, &confond l'or- ," güeilleux.
Grand de corps , grand
d'esprit, grand parses
faits sublimes,
,. Rendu grand ici-bas par
dessoinsmagnanimes,
.!o. Aux
Aux ieux plus grand un
jour par les routes qu'il
prend.
Nest ce pas à bon droit
qu'il est surnommé
GRAND?
Digne & grand nom
, re-
- gnez partoutcomme
en ses rimes. MESSANGES.
Je croy qu'aprés avoir
donné une Acrostiche quelque belle qu'elle puisset
être, il n'est pas tout à fait
hors de propos de donner
sans .préambule un memoire
littéraire, dont voici
le titre.
Traitédes Acephales,ou des
hommessans tête.
1
Le seul titre de ce trâité
prévient d'abord en la faveur,
& la matiere même
dont il parle ne laisse pref-,
que pas douter qu'il ne doive
être des plus curieux. La
Preface qu'on trouveau devant
nous apprendl'occasion
qui l'a fait naître. M.
M. Professeur en Medecine
à Strasbourg , ayant soûtenu
dans une de ses leçons,
que les enfans dans le ventre
de leur mere ne se nourrissoient
pas moins par le
nombril que par la bouche,
avoit aleégué pour
preuve de cette ancienne
opinion l'exetnple desAcephales,
c'est à dire des ensans
qui viennentau monde
sans tête: mais cette preuve
avoit besoin d'être appuyée
de quelque chose de
plus sur que tout ce que les
histoires nous racontent sur
ce sujet. Deux accouchemens
extraordinaires lui
fournirent bientôt tout ce
qui lui était necessaire pour
la rendre incontestable.
Une pauvre femme auprés
de laquelle il avoit étéappellé,
ayant fait, au mois
de Janvier de l'année derniere
,un enfantabsolu-
ment sanstête ;&uneautre
en ayant mis au monde,
deuxmois aprés, un - qui
n'avait que la moitié du
corps, depuis environ la
ceinture en bas: ce fut ce
qui lui suggera le dessein
dece traité, qu'il divise en
deux parties. Dans la premiere
il examine ce que
l'on a dit de certainspeuples,
qu'on a pretendu qui
eussent tous cette figure
monstrueuse. Et dans la seconde
il parledeceuxqui
naissent ainsi parmi les nations
qui oiz constamment
ljaificgurreheum.a'inne touute esn-
&Quoique les auteurs qui
ont parlé des peuplesAcephales,
ou sans tête, soient,
desplus considerables, ..du:-
lugelle,Pline,Soln,Pomponius,
Mela &JaintAuguflin*•
M,M.nelaisse pasd'être
fort persuadé que tout ce
qu'ils en ont, dit est extremement
fabuleux. Car outre
que les Historiens font
présque toussujets à aimer
un peu l'extraordinaire &
le merveilleux dans leurs
narrations, ce qui a fait
qu'il y en a eu tantqui ont
rempli leurs histoires de
monstres & de prodiges
les Auteurs même dont il
s'agir ont presque tousasfez
marqué quilsne pr-e
tendoient nous donner ce qu'ilsontrapportélàdessus
que pour des -cm- dire
fort incertains,quelquesuns
même que pour des
contes.Il est vrai que G
l'on en croit un Sermon attribué
à saint Augustin, ce
Pere en avoit vû luimême
unfortgrand nombre en Ethiopie,
de l'un & de l'autresexe,
qui avoient même parmi
eux des Prêtres de leur esece.,
d'une si grande vertu ,
a ce qu'il nous dit, é!J'
d'une si rare continence, qu'
encore qu'ils fussent mariez ¡J ilsn'approchoient pourtant de
leurs femmes qu'une fois l'année,
Circonstance qu'il a
crû sans doute, qui neferoit
point de tort au reste
du merveilleux. Mais pour
ruïner tout ce qu on appuyé
d'une si grande autorité
,
il suffit de dire que
tout le monde sçait aujourd'hui
que ce Sermon est
supposé, comme le Cardinal
Baronius l'a remarqué
dans ses Annales*, & André
Rivet après luidans sa
Critiquesacrée**. En effet
quelle apparenceya-t-il
que les voyageurs Espa-
* Tom. iv. pag 40CU
** Lib. iv. cap. 16. ju
gnols, Portugais,Anglois,
Hollandois,quiontparcouru
toute la terre, & visité
tous les endroits où l'on
diloit qu'etoient ces peuples
monstrueux, n'en eut
sent pas dé,couvert du'r
moins quelques traces&
quelques vvcfeiicsretsiges? ? ,<
Il faut pourtant que ces
fables, toutes fables qu'elles
sont,ayenteu quelque
fondement,puisque tant
d'Auteurs graves ne lesont
pas crûindignes d'être rapporcees,
& qu'on en voit
encoreaujourd'hui des Sgures
representées dans les
vieilles Cartes géographiques.
Comme M. M. ne
croit pas qu'on puisse rien
dire de bien certain làdessus,
il se contente de rapporter
les conjectures de
quelquesAuteurs célébrés.
La première est celle de
Thomas Bartbotin, qui tourne
la chose du côté de la
metaphore
,
& croit que
ces Acephales étoient des
peuples sauvages,que l'on
disoit qui etoientsans tête,
parce qu'ils navoient ni
Roy pour les gouverner,
ni prudence pour se conduire.
La seconde est celle
de M. Guillaume Boreel, excellent
frere de l'illustre
M. Boreel, qui a autrefois
si glorieusement soûtenu la
charge d'Ambassadeur des
Provinces Unies en Francee
& rempli si dignement
celle de grand Officier de
la ville d'Amsterdam. Cet
habile voyageur, que la
curiosité a portéàparcourirtous
les pays du monde,
a remarque dans ses
longuescourses,qu'ilyen
avoit,quelques uns où les
hommes avaient le coû si
1 -;J:t- - court, & levoient si haut les
épaules,qu'il ne leur étoit
pas difficile d'y ensevelir
leurs têtes: de sorteque,
comme d'ailleurs ils portoient
les cheveux, fore
longs,il se trouvoit queleur
tête étoit tellementconfony-
e,c lutpaules"q'.
on lesauroitfacilement
pris pour n'en avoir point
du tout. La troisième conjectureest
celle ducelebreM.
Olearius, qui croit queceux
qu'on a nommezAcephales,
pouvoientavoir passé
être sans têté, àcause de
leurmaniere particulière
de se vêtir; ce qu'il applique
aux Samojetes, qui sont
prés dela nouvelle Zemble,
& vers l'embouchure du
fleuveOby.
De ces Acephales fabuleux,
M.M. passe aux véritables
,
c'est à dire à ceux
qu'on voitquelquefois naître
veritablement tels parmi
nous, & il en fait de
deuxespeces;les uns qu'on
ne peut pas appellerainsi
: tout à fait à la rigueur; les
autres qui le sont à la let:
tre,&dans la plus rigoureIulsesignification
du mot. comprend dans le premier
ordre tous ces enfans
monstrueux qui n'ont¡.la
tête qui demi formée
f
* comme ceux à quiiln'en
paroît point lors qu'ils font
couchez sur le dos, parce
quece qu'ils en ontest enfoncé
vers le côté que cette
situation dérobe à la vûë ;
de forte qu'il n'est point
surprenantqu'on ne l'y découvrepas.
Il y comprend
encore ceux à qui le front
manque, ou le haut de la
tête, ou le derriere, ou le
crâne & le cerveau , ou
quelqu'autre partie considerable
comme aussi ceux
qui ont au lieude la tête
une masse de chair informe
, & ceux qui ont la tête
enfoncée dans le corps
d'un autre enfant, avec
lequelils sontnez. Il rapporte
diversexemples de
ces diverses conformations
monstrueuses, & sur tout de la derniere, qui se diversisie
encoreen cent façonsdifferentes.
Pour ce
qui est des Acephales pris
à la rigueur, & proprement
dits, il ne met en ce nombre
que ceux qui nont
point du tout de tête, ni
rien qui en tienne la place;
& il nous apprend que le
premier de cette forte donc
l'histoire ait passé jusqua
nous ,
c'est celui qui nâquit
de Roxane, donc parle
CrefiasGnidien, au rapport
de Photius. Il en nâ-.
quit un de même en Saxe,
l'an 1525. un autre arVtlk*
franche en Gascogne , en
1562. un autre près de Boulogne,
l'an 1431. & un autre
dans
dans le même territoire,
l'an 1624. qui avoit au coû
qbuleelque chosede semblaà
une bouche, àun nez,
lSl,' à des yeux. Il arrive
même de semblables accidens
parmi les bêtes,&
M. M. en rapporte ici un
exemple.
,
Mais comme il n'yen
avoir point dont il pût si
bien,parler que de deux
qu'ilavoit vus, il en donne
une description aussi
exacte qu'il l'a pû; le pere
du premier n'ayant jamais
voulu souffrir qu'on l'ouvrît
, ôc n'ayant consenti
quavec peine qu'on lui Se
une petite incision à l'endroit
oùdevoit être la tête,
d'où ilsortir de leaugluante.
-
Pour l'autre, qui n'avoit
que la moitié inferieure
du corps, il en put
examiner exactement toutes
les"parties,doift^faît
en peu de motsladescription.
Il donne deux figurés
du premier ; l'unequi
le represente par devant,
l'autre qui le fait voirpar
derriere. Il donne aussi la
figure du second , & de
quelques-unesdeses parties
separées yte il finit par
une épilogue, où il reprend
la question
,
delamaniere
dontl'enfantsenourrit,dont
il avoit parlédanssa Preface.
o - ;
Il n'est pas de l'avis de
ceux qui veulent que,lorsquel'enfant
ne peut recevoir
de nourriture par la
bouche, il en reçoive par
l'anus, ou qu'iltire un suc
nourrissant du chorion &de
l'amnios ; car outre que ce
sucpretendu ne paroît point
dans cesmembranes, il ne
sauroit 'dericnfervl'r%a
ces enfans qui font sans te*
te, & qui par consequent
aussi n'ont point de bouche
pour le succer. Il conclut
donc que la voye la
plusordinaire par oùpasle
la - nourriture de
1enfant,
c'est le nombril,quoy qu'il
soit incontestable qu'il se
nourrit aussi par la bouche,
comme ille prouve
par deux enfans; dont l'un
nâquit à Montargisen 1673.
avec le nombril fermé,&
l'autre à la Haye en JZ.
absolument sans nombril
Car puis qu'ils n'ont pu se
nourrir par cet endroitlà,
il faut necessairement qu'ils
se soientnourris par la bouche,
le seul canal qui leur
restoit pour recevoir de
l'aliment.On a joint àce traité une autre dissertation,
dont nous ferons aussi
un article. u- r
Allez1 ne nous parlezpas davantage
du Public ni devous,Cesparoles
sont tirées d'une sça
vante lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conseil autrement
queje fais, ni ce que
veulent dire positivement
cesmots,Alleznotre train.
Vais-je trop vîte, ou trop
lentement?veut-on me
mettre au pas ou au galop?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent?
veut-onm'ôter la
liberté de parler à personne
? en un mot ne veut-on
m'accorder pourobjet que
la particule On? De quelle
utilité cela est-ilpour le
Public, & de quelle consequence
pourmoy ?On
veut me donner des principes
, on veut me priver de
mes caprices, qui font tout lemerite demon ouvrage;
enfin on veut me rendre
auceurdanslesformes,&
je neveuxpas l'être à ce
prix là Je suis en droit de
parler,d'écrire, & de répondre
avec bienseance à
tout le monde, & je peux
prendre,quand il me plaît,
pour objet Monseigneur,
Monsieur, Madame, ou
monami.C'est enconsequence
de cettelicence
dont r on ne doit (je croy )
pas me disputer l'usage
, que je prends la liberté de
vous écrire, Monsieur, que
je ne sçai pas ce que vous
me voulez dire par ces cetmes,
Allez vôtre train; à
moins que vous ne pretendiez
(comme je m'en doute)
que je sois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre, à l'exemple
de l'auteurdu Journal
de Verdun, d'une douzaine
de vieilles nouvelles, Cf.
cortées de l'attirail de ses
resrereflexions
politiques qui
ennuyent tout le monde,
& qu'il ne me soit pas permis
de faire des digressions
amusantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
de moyl'attention que,j'ai
à leur repondre. Je reçois
avec beaucoup de soûmission
& d'envie d'en profiter
, les autres conseils que
vous me donnez.Vôtre lertre
est pleine de science &
d'esprit, & vous verrez
dans la fuite de ce Journall'usage
que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez
Je vais, en attendant que
vous vous retrouviezaux,
endroits, qui vous, appartiennent,
faire partau Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos,
ou qu'il ne lira pas.
Copie, d'une lettre écrite du
Pardo le15.Août.
Le mariage du Roy fut
déclaré hier aprés dîné,&
j'eus l'honneur de» baiser
la main à Sa Majesté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princesse montra
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demandèrent
à le voir: elle paroît
belle & bien faite. On étoic
en peine comment le dire à Monseigneur le Prince
des Asturies, & il fut décidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy aussi. Il se mit à
rire, disant à M. de Figueroa,
qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaisantconte, & que cela
ne pouvoir pas être, qu'il
entendoit bien ce qu'on
Vouloit lui dire. On-lui demanda
ce qu'il entendoit;il
ne voulue point s'expliqua
& il forcit de son appartej
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
passagero,C'est à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
son soupé il ne parla d'autre
chose, & il appella M. de
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy salloit
marier, puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes,ôc
pourquoy Papa en prenoit
encore une;disant toujours
ouilpensoit autre chose
sans vouloirs'expliquer: ôc
laissant cet article à part,
quon ne vouloit pas pouffer
plus loin, il parla de son mariage
,
& demanda pourquoy
on vouloit le marier si
jeune. On lui répondit que
ce n'étoit encore qu'une parole
donnée de part & d'autre,&
que quand il seroit en
âge il se marierait,que cela
se pratiquoit envers lesPrinces.
Il demanda ensuite si sa
femme prétendue étoit belle;
on lui dit qu'oui.Hé bien,
repondit-il,
sielleme
plaît,
elle sera trés-heureuse avec
moy;par je compte qu'elle
fera juste: je lui laisserai faire
tout ce qu'elle voudra, je la
ferai bien danser, & quand
nous irons en carosse,j'or,.
donnerai qu'il n'aille pas vîte,
peur de faire mal à là
grossesse.
Aprés avoir un peu réfléchi,
il commençaàdirequ'il
avoit bien des choses à penser
pour son mariage; qu'il
vouloit commander des habits
magnifiques,&sur tout
un bien brodé, parce qu'il
en devoit avoir un de même
,
des beaux carofles, des
pierreries, & bien d'autres
choses,qu'il ne lui donneroit
que les unes après les
autres, parce que s'il donnoir
tout en une fois, il la
lasseroit
, & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaisir.
Un moment après il dit
qu'il étoit bien obligé à Madame
la Princesse de le vouloir
marier, & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grand plaisir:mais qu'il jugeoit
bien que çe ne seroit
pas litôt,n'ayant encore que
sept ans,& qu'on ne marioit
pas avant quatorze,que
cependant si on le marioit
dans huit jours, il seroit ma""
rié fort bien.M. deFigueroa
charmé dç tous cesdiscours
,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être.
presens, lui fit une question,
& lui demanda,si le jour de
son mariage il y avoir bal,
comme on pouvoir le croire
,
qui il prendroit la premiere
pour danser,oulaRei
ne, ou la Princesse des Asturies
; ilréponditqu'il
droit la Reine, & ensuite
sa chere petitefetnftie. ;':':
Un peuaprès il ditàMadamela
Marquise de Salzcdo:
Marquise,je veuxpenser
aussi à vous;&commevous
m'avez bien servi, que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de laPrincesse
des Asturies. A cette
pensée elle ne pur retenir ses
larmes &sa joye. Aprèssou.
pé on le mena chez Madame
la Princesse pour voir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouva beau,& demanda
à voir aussile portrait
de laPrincesse des Asturies.
On lui dit qu'il viendront
incessamment.
Il alla ensuite promener,
& au retour il dit à M. de Figueroa
qu'ilavoittoujours
pensé au mariage duRoy,&-
qu'il sçavoit bien pourquoy
il se marioit. Nevoulant pas
en dire davantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
tour bas. A lors il s'expliqua;
& lui dit qu'ilsçavoit bien
que sa chere Maman étoit
morte, & qu'il prioit Dieu
pour elle. A ce mot on le
lui avoüa, disant qu'elle
étoit bienheureuse, parce
qu'elle étoit en Paradis.
Les lettres de Londres du
7. de ce mois, portent que
le4onlut la2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuëReine joüissoit,
& on resolut d'y.ajourer 2.
clauses
: l'une, pour donner
pouvoir au grand Tresorier
de payer 65000. liv. sterlin
d'arréragés dûsaux troupes
de Hanovre qui ont servi en
Flandres en 1712l'autre pour
payer1000000 livres sterlin
à differens particuliers. Le
même jour les Communes
s'érant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordre des
Regens,leChancelierdit en
leurs noms aux deux Chambres,
qu'ils avaient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretres
faxisfait de la fidélité
que ses sujets avotent fait
raroître, & qu'il viendroit
au plutôt pour travailler à Ce
mettre dans un état heureux
ôc florissat. Ensuite leChancelierdéclaraquela
loterie
aeseremplissoitpasàcauseque
les intérêts étoient trop bas.
Les Communess'étant retirées,
refolurenc le 5. de donner cinq
pourcentd'intérêtaulieu de4.
Le 6. cette resolution fut ap-t
prouvée Le Comte de Bercley'
areçu ordre de faire voile avec
la flote
,
composee de 10. vaiffeaux
& de six fregares, pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy. #
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
Roy Georges.
Discours des Deputezde la Province
du Zoenguedoc au Roy.
SIRE,
Nous venons aux pieds du
Trône de Vôtre Maj.luirendre
le tribut annuel de nôtre
obeïssance & de nos hômages. ) La Province qui nous depute
ne vantera pas son inviolable si.
délité;c'est une qualité qui lui
est commune avec tous ceux
qui ont le bonheur d'être (oûJ
mis à vôtre Empire, & ce n'est
pas un merite d'être fidele au
plus grand & au meilleur de
tous les Rois. Ce qui la flate &
la distingue, est le zele ardent
qu'elle a toûjours témoignée
pour la Personne facrce de V.
M. pour son service & pour sa
gloire; zele qui dans les temps
les plus difficiles ne ie-a jamais
démenti, qui lui a fait oublier
ses propres besoins pour ne penfer
qu'a ceux de l'Etat; & qui
empruntant de nouvelles forces
des difficultez &desobstacles,
lui a fait tirer du fond de
son amour des resources que la
nature lui refusoit. Il étoit bien
juste, Sire, que par des efforts
jùsques là inconnus, elle contribuât
aux frais immenses d'une
guerre que vous ne soûteniez
qu'à regret, & qui devenuë indispensable
& necessaire par
les vastes projets de l'ambition
de vos ennemis, n'eut jamais
d'autre objet dans les intentions
de V. M. que la paix de
l'Europe &la felicité publique.
,,. Pourrons-nous jamais oublier
, & les siecles à venir le
pourront-ils croire, tout ce que
vôtre tendresse pour les peuples
a voulu sacrifier à leur repos?
mais graces immortelles
en soient renduës au Dieu des
armées, ila arrêté le bras d'Abraham
prêt à immoler ce qu'il
avoit de plus cher; content d'un
si noble& si glorieux sacrifice
il n'a j pas permis qu'il s'accomplît,
parles succés les plus éclatans
il a maintenu V:M dans
lapossession de fairenaître la
paix du sein de ses victoires.
Quel Princedans des conjonctures
si favorabl es & siglorieuses
auroit pu se réfuser à la flateuse
douceur de se venger de
ses ennemis, & de porter plus
loin les conquêtes ? Mais la sagesse
de V. M. toûjours Supérieure
à toutes passions, ne lui
permet pas de perdre un moment
de vûë la paix si desirée,
& ne la rend sensible aux derniers
niers progrés de ses armes,qu'-
autant qu'elle les regarde comme
le seul moyen qui lui restoit
pour y arriver.
C'est pourprocurer à l'Espagne
le même repos dont nous
jottissons que V. M. vient de
prêterauRoy son petit-fils ses
troupes victorieuses à qui rien
ne peutresister, & qui prêtes à
fercer jusques dans ses derniers
retranchemens la plus opiniâtre
rebellion,ferontrentrerdas
le devoir des peuples ennemis
d'eux-mêmes, & leur feront
goûter malgréeux les douceurs
de la paix dont l'Europe vous
est redevable.
Quels biens ne promet pas au
monde une paix si heureu se, a ppuyéesur
les fondemenssolides
de la plus équitable moderationi
? Elle nous fait entrevoir
une longue fuite de beaux jours
que rien ne fera capable de
troubler. Aprés avoir goûté si
long-temps la gloire de vivre
sous l'Empired'unRoyconquerant,
nous goureronsdans un
long reposla douceur de vivre
fous les loix d'un Roy pacifique,
& la providence favorable
reunira dans le seulregnede V.
M. les différentesgloires des 2.
plusbeauxregnesd'Israël.C'est
dumoinsce que nousosonspresumer
desdivinesmisericordes.
Lesvoeux ardens & unanimes
de tous les sujets de V.M.la perfedion
qu'elledonne à l'Eglise,
son zele pour la sainte doctrine,
sonamour pour l'unité
,
sa.
piété,ses vertus,tout enestpour
nous un gagepresque certain,
-r C'est sous ce regne pacifique
que nousallons voir lemiel&le
lait couler de nos montagnes,&
leseauxvives se répandre dans
tous les vaisseaux de Juda. La
justice & la paix le sont embrassées,
&par cette heureuse alliance
les loix reprennent leur
vigueur
; l'ordre & ladiscipline
se rétablirent,l'équité&labonne
foy rentrent dans le commerce,
l'usure devenuë timide
n'oseplusse montrer. Déjà le laboureurtranquile
recueille
sans troubles &sans obstacles
ses,fertilesmoissons,&flaté de la
douceesperance de joüir du
fruit de ses mains, il se ranime
au travail, & nous promet de
son industrie une continuelle
abondance.
Maisla sourcelà plus assurée
du bonheur que nous Attendes
est dans le coeurde V. M.Cette
bonté paternelle,quis'est sisouvent
& si tendrementexpliquée
sur lesmaux inévitables que
traîneaprés foy une longue
guerre,ne fera desormais occupée
que du soin d'y remedier-
Les difficultez s'aplaniront entre
ses-mains,lesmoyensse multiplirôtparlesconseils
de la sagesse,
chaquejourseradistingué
pardes bienfaits,pardes graces,
&les fruits dela paix,toujours
amers dans leur primeur,
parviendrontenfinpardegrez
à la plus heureusematurité.
C'est dans cetteconfiance que
la Province de Languedoc épargnera
àV. M.l'inutile recit
deses prodigieuxépuisemens,
des dettes immenses qu'elle a
contractées pour son service,de
la desolationde plusieurs contrées
que la famine& les maladies
ont renduës incultes& desertes.
Bientôt, fous les regards
-favorables de V.M. elle reprendra
son premieréclat, & il ne
lui restera d'autre desir à former,
que devoir prolonger au
delà des bornes preferites une
vie precieuse
,
de qui seule dépend
nôtre commune félicité.
A MonseigneurleDauphin.
MONSEIGNEUR,
La Province de Languedoc
vient par de respectueux homimages
reconnoître envous
l'heritierpresomptifdela premiere
Couronnedu monde.
Le sentiment naturel qui nous
interesse au bonheur de nos neveux,
nous fait goûter par avance
toure la gloire qu'ils aurôt de
vous obeïr, & nous leur servons
d'interpretes pour vous prêter
en leur nom le serment anticipé
d'une fidélité inviolable.
Quelle consolation pour
nous,de voir dans un Prince déja
si parfait revivre sonauguste
pere , & découvrirdansson
heureux naturelle fond de ces
grandes vertus que nous avons
si amerementregrettées.
Qu'ilest glorieux, Monseigneur
, pour l'illustre Dame à
qui la sagesse du Roy a confié
wtkrc éducation, de voir germer
avec tant de succés la se
mence de lesnobles vertus qu'-
elle a ri sagement cultivée, d'en
recüeillir déja les fruits,& de
vous voir dans un âge si peu avancénon
seulementl'objet de
la tendresse,maismême de l'admirationdetousceux
qui ont
l'honneur devous approcher.
Que fera-ce donc., Monseigneur,
lorsqu'appelle auprès
du Roy vôtre bisayeul,vousaurez
de plus prés ce grand modele
devant vos yeux, & qu'instruitlong-
temps par ses leçons
dans le grand art de regner,
vous parragerez le poids desaffaires,
& concourrez avec lui
par vôtre sagesse & vôtre zele
ànôtre commune félicité?
C'estce que nous promer le
; autour heureux des misericordesdu
Seigneur.Ce grand Dieu
fléchi par tant d'illustres victimes
qu'il s'est immolées dans sa
colere,nous fait enfin connoître
par la paixglorieuse qu'il
vient de nousdonner, qu'il aime
toûjours Israël ; & nous avons
lieu d'augurer de ce dernier
bienfait qu'il fera suivi d'un
plus grand;qu'il conservera,
pour la consolation du bisayeul,
un jeune Prince qui fait ses esperances
& ses delices
,
& qu'il
conservera, pour le bonheur de
l'arriere-petit-fils,ungrandRoy
qui est sonappui .& sa gloire.
C'est ce qui fait,Monseigneur
nôtre plus douce esperance, 6c
c'est aussi l'unique objet de nos
^jLix-Side nosdesirs.
J'ay attendu longtemps ce
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie; mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
present. Lindiffcrence des
Auteurs m'a decerminéàparcourir
tous mes papiers pour y
chercher quelque chose qui
pût faire plaisir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une version
paraphraféc de la 1$.
Ode du troiséme Livre d'Horace
qui n'a jamais étéimprimée
, le l'ay lûë & examinée
av c beaucoup d'attention. Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
petite choie prés, en ont
trouvé la Poësie,& les pensées
belles. Leur temoignage
m'a determiné à la donner, &
je fuis persuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
VER S I O N
paraphrasée de la 2.c.Ode
du 3e. Livre d'Horace a
dressée à Mecenas
,
qui
commence par Tjrrbena
Reum. 'prognis è:7.
c.
-'¡
GRand&fameux neveti
de ces illustres Rois , Quautrefois la Toscaneà
reconnu pourmaistres
Noble &digne. heritier de
ces nobles ancestres -
Dont un peuplepuissant a
revereles loix,
Quitte pouraujourd'huy
ces éclatantesmarques
Et cet tlp'tlretlg!o"ieu'
Qui fait bien connoistre à
;. nnoosys'eeuuxx'
Qtte%mforsausongdes
Monarques,
Et viens sçavoirpar mon
moyen, -
Jusqu'oùvontlesplaisirs
d'un simpleCitoyen.
CecharmantTivoly dont
les superbes eaux
Baignent de flots d'argent
cent bassins de Porphyre;
Cesjardinssomptueux,où
l'oelsurfris admire
D'un art entreprenant les
prodiges nouveaux,
Cespalaisenchantez
,
Ws
pompeuxédifices
Ont assezoccupé tessens.
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delicess:
Tu n'es pas plus grand
MApollony
Qui fait bien cet bonneur
àmon humble vallon.
Tu trouveras mon vin
sur mon buffetplacé,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée, Quepourtoyseulementmes
soinsontreservée?
JE-f que j'ay fait garder
dansunautreglaçé:,.
Tu verras sur mon linge
unemoissonderoses,
Ettu trouveras,situveux,
Pourl'usage de tes cheveux
De bien plus excellentes
choses;
Carj'ai de ces parfumssi
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diversitéquisoutientleplaisir;
Le trop de bonne cbere en
fait perdre l'envie,
D'un degoustinfaillible elle
est toujours suivie,
Et l'excés du bien mêmeen
oste le desir.
Sans or & sans azur,
sans pourpre &sans
., peinture
Vn repas serviproprement
Dans un lieu qui n'a d'ornement,
Que des beautez, de la
nature,
Sfait bien mieux charmer
lesfouets
9 Que ces pompeux festins,
où les Rois sont assis.
Quitte doncpourcesoir le
tumulte&lebruit; -
Laissede trop de biens l'a*
bondance importune;
Laisse dans ton palais ta
gloire&tafortune; •'
Etsoisabsent de Rome au
moins pour une nuit.
Cesse de contempler dans
sagrandeursublime
Cette Reine de l'univers,
Qui sur tant de peuples
divers
Leveson orgueilleuse cime,
Et qui par ses *vafte*
projets
Dans tousles Potentatsne
- voit que dessujets.
lJij" la canicule élance. ': son ardeur, -
Des feux dufier Lion la
force estassemblée;
Dugrandastre dujour la
flamme eftredoublée j Et l'air cft allumé parsa vivesplendeur.
Le berger entouré de brebis
languissantes9
Va chercher le secours des
eaux; Où ces arbres , dont les
rameaux
Font des ombres rafrail
cbissantes,
MAit qui dans cet embrasement
Nesont pas agitez, d'un
zephirseulement.
Elevé cependantausuprême
pouvoir
> Et maigré ce haut rang
étouffé dans lapresse
D'un amas defâcheux qui
lassiegentsans cesse ,
Etqui viennent te rendre
un importun devoir,
Tutrouvele reposindigne
d'ungrand homme: * LEtlft occupe tous tel
soins,
Ettasantétetouche moins;
Q.u,e nefait l'interest de Rome,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes révoltez ou
des peuplesdu Nom
Mais de grâce dy moy , quesertd'entretenir
Deceéevenemenslacrainte
anticipée,
Si cette crainte est vaine,
<y peut-êtretrompée,
Puisque c'estàDieuseul
deRavoirl'avenir,
Ces succés .elonet¡OUi
une nuit obscure,
Parsa prudence sont CAchez,,
Et loisqu'il nous voit empêcheZ
A craindre une perte pture,
Il rit des chosesd'icy bas
Où telpleure unmalheur
-' qu'ilnesentirapas.
Cardons bien noflreIrit
de s'échappersiloin,
Bornons tous nosfoucù*
lachosepresènte, ',: Et croyons que sans fruit
1 notre coeurse tourmenta, Tourunfauxavenir, dun
véritablesoin;
Aille comme. il pourra,le
temps quinous doitsuivre,
Ces chagrinssontpour nos.
neveux,
Et les maux qui viendront
sureux,
Quand nous aurons cesse
devivre En rien nesero,ienta, moindris
s, Par la compassion de nos
coeurs attendris.
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos,
Dormir comme un étang
dans l'enclos desesrives,
Puis tout à coup lassé de
voirses eaux captives,
-S'élever,s'elargir, &poussermilleflots:
Ilparoist une mer, &son
ravageétrange
Entraîne troupeaux &
tnaifcns
Demême en changeantes
saison
Le temps fait qu'un état
sechange,
Et mêle
1
en sesdivers ef-
',.
sets
Le tumulte au repos & la
1 guerrealapaix.
Ce
Ce changement de temps
peuttroubler nosplaisirs ;
Mais celuylà sansdoute,
en éprouveun extrême,
Qui tout autant qu'il peut
se renfermeensoy-même
Etquidece quiltientcony*
tentesesdesirs.
Le beau temps d.auJ};ur
d'huycomble toutesa .: "", joye; ,-
Que demain le CielJoit
changé
Q,pte de noirs nuages char. -" [l,
Il éclate, il tonne,ilfoudroye
;
I^hg*ignoréce malkfu^j
Etjusqu'àce quilsouffire,
I.
épargnésa douleur.
ÏBien moiqss4Vi[{-t»pa*.
desprissupertus
Qc rappeller asoyla disi
Bienmoins occupe-t il fort
-
coeur&sapensée
,
-x A luy rendre presents des
mauxquinesont plus,
> Ilsçait qu'unsiecle entlfr
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort,
Ilsçait que les arrests du
sort
S'executent malgrénos larmes,
Et que même une Deité
Ne peut pasempecher qu'«
un malheurr n'ait esté.
Lafortunèseplaîtafrapper
degrands coups, , Enfiinjeuxinsolensfelle est
opiniâtre ;
Elle estsouvent Contraire
à quiplus l'idolâtre,
Etsonrisage est traître ,
alors qu'ilsemble doux:
Ellefait degrands dons,
mais leur peu de durée
Afflige nostre ambition;
Biensouvent la possession
En estcourte& mal asseurée
;
Et ce que je
0
tiens desa
-
main
Vn autre le tiendrapeutestre
dés demain.
Je nesuispointingratdes
biensquelle m'afaits,
Je vante ses faveurs
, je
l'enaime, &l'en loué,
Sur tout quandàmaporte
ellefixesarouey
Etsemble vouloir rire au grédemessouhaits.
Maissitost quejesens qd.
clIc ébramefan aisle,
Pourvoler en d'autres
.', quartiers,
Jeme dispose volontiers
Adlu'yerenldlreece qui vient
Et nedemeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre *uertu+
Quand je ferois privéde
tout autreflutien
Jamais la pauvreté nétanneroit
mon ame,
Et je n) cannois rien qui
Joùdignedeblâme,-i
Quand«$n-ef peur *vdntir+
qu'onejthommede bien:
\J:e,rilpah:teiejfnessploreisnetraaibnlee^aux: - Qui viennentJ^es bords
estrangers
Qu'on , cherche avec tant de
dangers
Par des routes si peu cer- taines
Oùl'on reclamesisouvent
L'indulgence desflots&la
-
faveur du el1t..
Armez donçqjosfyoeurs^
contrel'air(e Useat^c,
Aquilons inhumains ,siers
Auteurs desnaufrages,
'-.; Vous ri) , Ó' aurez tout loisir de
former vos orages,
Avantque d'abimer ny
moy ny mes VaiJJeauxx
Quandjem'embarqueraj
sur lefameux Egee
Zephire les caressera,
Luyseulmesvoilesenfleray
MaBarquesera chargée
Toutsera calme aux environs,
EtPollux CaJFortien*
dront mes avirons.
jivis
Avis utileauxMathématiciens.
M. le Duc de la Force Protecteur
de l'Académie des
belles Lettres, Sciences&
Arts de Bordeaux; ayant
dessein de proposer un Prix
à tous les Sçavans de L'Europe
, a laissé le choix du sujet
&la decision à cette Compagnie
,
qui a choisi l'explication
des effets du Barométre.
Le Prix fera une Medaille
d'orde la valeur de 300. liv.
au moins, ayanr d'un costé,
les Armes de M. le Duc de
la Force,&de l'autrela devifc
de l'Académie.
Il fera donné le premier
de May prochain
, àceluy
donc le sistême sur la cause
des variations du Barometre
fera le plus probable.
Les Dissertations peuvent
estre en Françoisou en Latin,
& elles ne serontreçûës que
jusqu'au premier de Marsprochain
inclusivement.
, Au bas des Dissertations
il y aura une Sentence sans
le nom de l'Auteur;& dans
un Billet cacheté, l'Auteur
mettra ,avec la même Sentence,
son nom, ou une
adresse quelconque, pour se
faire connoistre. Le tout
affranchide port,àl'adresse
du sieur Brun, Imprimeur
de l'Academie de Bordeaux,
ruë S. Jâmes.
Je suis fort redevableà M.
D. L. 5. des Lettres pleines
d'érudition,&des bons conseilsqu'il
m'envoye, si j'avois
l'honneur de le connoistre
J je le remercierois particulièrement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La manière d'")nc
il deffend la memoire de feu
M. Devizécontre le fiel de
M. de la Bruyere
, est pleine
d'équité,de gout & d'esprit.
Onpeut mettre ,
dit il,au nombre
desgasconades, c'est-à dire
des hyperboles outrées ce que M.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant
>
qu'il étoit immédiatement
au-dessous du Rien, la
pensée n'est pas juste & elle doit
estré miseau nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours danssa maniere
de bien penser.Aufonds cela est
faux : ontrouvoitdansleMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
familles,ceux qui venoient au
monde & ceux qui ensortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant ce qui se passoit
dans la Republique des Lettres j & l'histoire du siecle courant.
Comptet on cela pour rien?
on vit dansle monde ilest bon
de sçavoir ce qui s'y passé ; cela
vaut mieux que de rétablir
une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un passagecorrompu.
M. Deviné écrivoit poliment
& agréablement ,sonstile
estoit chastié& correcte
, on le
lisoit avec plaisir. M. de ta
Bruyere écrivoit durement,son
flUe estoit negligé ; C9; on sent
en lisantsesouvrages que l'auteur
estoit chagrin&arrabilaire,
& toûjours en colete contre le
genre humain:son stile estpoëtique
, & montésurdes échasses:
il tient bienplus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fondsdes choses; maisseulement
dela maniere dontilmetsespensées
en oeuvres.
M. D. L. 5.qui continue
ces remarques avec beaucoup
de discermement & d'étudition,
en fait dans sa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Médaillés &
&aux Sçavants quis'y con-
Boissent Je vis ,dit-il ,ces
jours passez
,
le Portrait dll
Roy gravé par Lincks d'aprés
le fleur de la Haye , c- dans
l'enfoncement une Montagne
sur laquelle estoit un Chitfttatl
tout en feu , &au bas de l'Estampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inaceessis consisas rapibus
arces . Miraris!per Rhenum bic sibi
secititer.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que L OÛH
Prenneune Place inaccessible
Son bras n'est-ilpas invincible,
Et le Rein n'a-t-il pas fait un
passege aux Lis.
Jedoutay
,
ajoûte-t-il
, que
vincere arcem,eut esté employé
souvent dans le temps J'AHgUftC
pour dire prendre une Ville;
maisjesoutins que consisas
estoit un barbarisme : le Poëte
aura crû que de consido
, considi,
venoit consisum; mais
c'est consessum. Je fuis trop
du sentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire, je rendray
,
si cela luy fait plaisir
,
sa ré
ponsepublique. -
Mais à propos de Remarques,&
de Litterature,jeme
souviensquon m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux:ilen
tombe heureufemcnt un fous
ma main
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre,
Les Festes du Cours: on ne
laisse pas d'y rire;maisle Parterre
indulgent à son ordinaire
avouë qu'il ny comprend
rien , & c'est asseurement
grand dommage,car il y a
dans cette Piece un certain
Cynoedor qui est le genie dlJl
Bat,quise tourmentecomme
un Diable, depuis le commencement
de la Comedie
jusqu'a la fin, pour venir àt
bout de demêler une chaine
d'inconvenients, oùl'ona la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage cr* cil
tres- françois; il est même
orné de Sentences magnifiques
sur l'esprit, sur le coeur
& sur les moeurs:& on soûtient
que FAuteur a fort bien
fait de se dedommager de
l'obscurité de l'intrigue
, par
la clarté decertains endroits
de ses Chansons:Un Avocat
s'yfait cocu luymême , & l'on
ne sçait ce que tant d'autres
gens y sont; en un mot ce
qu'il y a de vray ,
c'est que les
termes y font si joliment
enveloppez, que l'esprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire, auditoremrapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être, il me semble que
l'on a raison d'être content
des marques, des danses
, &
même de quelques chansons
que Cynoedor & Chorcda
chantent à, merveille. 'e
-Il y a un si grandnombre:
d'honnestes gens dans lesProvinces
qui m'ont recommandé
de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage danslesPieces
nouvelles qui se representent
icy,que je croi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
conrenter, que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux, toutes les chansons
de cette Comedie :Ceux qui
en voudront la Musiquen'auront
qu'à me la demander,
j'auray soin de la leur envoïer.
Je me flatte qu'on ne me reprocherapoint
d'avoir employé
cet Article pour grossie
mon Livre,puisque je l'ay
augmenté de 80.pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere.
PROLOGUE
DES FES.TES
DUCOURS.
CHOREDA.
73 RE'Sde laplussuperbe VUh
Quecouvrelavoute des
cieux,
D4ftS unséjour délicieux
Zaebaigne une eaupure & tranquile,
Lieu charmant &dignedesDieux
Ilamour4 chofïifina%ilt*
CYNOEDOR.
Tandis que l'horreur de la Guerre
Mettoit enfeu toute la Terre,
Cesont ces beaux Lieux que laPaix
Avoitchoisipourson Palais,
ENSEMBLE.
Les soins du plus grand Roi du
monde
Ont mis Bellone dans les sers
Et parsasagesse profonde
La Paix poursonséjouràlevaste
Univers ,
ENSEMBLE.
Les Ris, les Jeux, viennent¡rt..
dulaplace>
Qu'elle occupoitdans ces heureux
Climats,
Favoris du Dieu de la Thrace,
Venez, volez, accourezsur leurs
ipcasi, le trlaijir vous délase
De la fatig ue des Combats;
Etque l'Amourluymêmeenchasse
Tout ce qui ne luy convientpas.
CHOREDA.
Venus vousappelle
Dans ce beau réduit,
pleind'ardeur pour elle
Le Dieu Mars la fuit j
Et prés de vos belles
L'Amourvous conduit,
Son Flambeau vous luit;
Discrets &sideIIes
Venet-ysans bruit.
CYNOEDOR.
CYNOEDOR.
V enus en colere
A dità £Amour, el) certain mystere
On craintle grand jour; JadisàCythere
Enflagrant délit
Phoebus lasurprit,
L'Amourpourluyplaire
Prend ici la nuit.
GHOREDA.
Ici Venus veille
Pour ces Favoris,
LeDieu de latreille
Endort les Maris,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leursecours
Au Dieu des Amours,
pour ceux, qu'il assemble
Cette fJMilaN- Cours. ENU
t..,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leursecours
Au Dieu des Amours.
Pour ceux ilassemble
Cette nuitau Cours.
Fin du Prologue,
DIVERTISSEMENT.
DES MASQUES.
AIR.
f0V'Mn Bal au Courssous fè
c feüillage
Mfttwaimableamusement :
LaCoquette,• & laplussage
Tviennent également
Ecouter le doux langage
1>'linjeune & nouvelAmant.
Jgjfun Bal au Cours,&c
Il IltJI dansaucun bocage i
tGoifietau, de qui le ramage plus doux &plus charmant s
Que le séduisant langage
D'un jeune & nouvel Amant.
Qu'un Bal au Cours ,&c.
La libertéregne en ces lieux,
On n'y craint point la médisance
Les Jaloux &les ennuyeux
Ysontdupez, parl'apparence.
DesArgus les plus curieux,
Onytrompe la vigilance.
Jolispropos,discoursjoyeux
S'y débitent sansconsequence.
L'Amour pourycomblernos væNJ:
Est avec nous d'intelligence.
Telyveut trop ouvrirlesyeux
Jgui voit fmvcntpins qu'il ne
pense.
AIR,
7our faire au Cours des conquêtes
nouvelles
L'Amour attire tout Paris;
Au clair de laLune les Belles
Changentsouvent de Favoris,
Et nesontgueresplusfidelles
A leurs Amans qu'à leurs Maris.
AIR.
cJfeunes Fillettes Dijjimulez,
Lesardeurssecrettes.
Dont vous brûlez;
guandfous,foa Empire
Le Dieu des Amours
A ff»' vousréduire;
Cachez bientoûjours
Ce qu'il vous in/jjrt.
Ousisonmartire
Vousforce àle dire,
Laissezvousconduire
Aux Fêtes du Cours.
AIR.
BEautez qui moulezqu'on veut.
aime,
Pourquoi vousdéfendre d'aimer;
il est mal aisé d'allumer
Les Feux d'amoursans en hrûle,
soi-même.
Branles en Contre-danse.
vcorff aprés la danse
l!/1 f0ur les tendres Amans*
il estsans consequence
XÏAgrUbUsmmtis
L'Amourpour écarter tout ce qui
les traverse
Amuse les Mamans
Long-tems; ilendortlesMaris
Rigris,
Et le Diable les bérce.
Au Bal du Cours les Dames
Dans la belle Saison r
Dusuccés de leursflâmes
Causoientsur le gazon,
Entr'elles les Amours troquerent
leur chaussure.
Et ce changement -là
Abon Prouva. nombred'Epoux Jaloux,
JÇuelU étoitleurCoëffure.
Ici maint agréable
Tout rempli de Bachus,
Vient ausortir de table
Faireinsuite à Venus.
L'Amour toujours au guetprompt
à vangersa mere,
Aprés deux au trois tours
De Cours
Leur décochant un trait
Les fait
Tomber dans quelqu'orniere
Persecuteurs des Dames
Jaloux tropcurieux,
Laissezenlesames
Dans ces aimab es lieux:
De soins & desoucisdégageant
nos pensées,
Sansnouspriverdujour
L'Amour
L'Amour
Nous rend comme les Dieux
Heureux
Dans les Champs Elifléeçfl
Assisprésdesafemme
UnAvocatau Cours,
Méconnoissant la Dame
Lui contases amours;
Elle pour profiter de son erreur
extrême
En tira de l'argent,
Comptant,
Et le pauvre Avocat
Bien fat
Sefit cocu lui-même.
Unejeune coquette
Femme d'un Orlogeur,
A certaine amourette
Ayant livréfin coeur,
Tandisàtravailler chez* luj
l'Epoux demeure,
La Belle &son Galant
-- Souvent
S'en vont ai* Gwr^xxftm
Aufrais
Du BergerIfN.fJtf'JhCÀrt¡.
Amans dans les Ruëlles
Ne pdfflz plus vos jours,
Il est des nuits plusbelles
Pour vous aux Bals, du Cours,
L'Amour vous offreici desconquêtes
aisées,
Enfaveur de la Paix
Ses Traits
Neforment que des noeuds
Heureux
, &a&sUsChamps Elisées.-
D'uneaimableGrisette,
Certain vieux Brocanteur,
Par contrat fit emplette
Sans s'assurer du coeur
L'exemple d'un Epoux dont tOHtâ
lafortune,
Venoit de trafiquer
Troquer,
Fit qu'elletrafiqua
Troqua.
Au Cours, au clair de Lune.
Une fillesçavante
En l'art de Cupidon ,
Deses droitsjoüissante
En usioit bien dit-on, '-
Mal instruit desesfeus, unTuteur
mal
habile
La crût au Cours la nuit
Etprit
SaFemme&fin Rival
Au Bal p
do lieu de sa Pupille.
Le Démon de la Dance
Pour flaterses désirs,
De toutefiapuijfancç
Travaille à vosplairsirs; Desesempressemens. il ne veut
pour salaire
Que l'honneur de pouvoir
Vous voir
Enfouleicitémoins
Des soins
Qu'il prendra pour vous plaire.
Voilà ce qu'il y a de plus
comique dans la Piece. Mais
ce qu'il y a de meilleur àla
tête de cet Ouvrage c'est une
Epître en grands & petits vers
dediée au Prince Royal &
Electoral de Saxe.
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois-cy un détail
peut être agreable des grandes
sestes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Commercy
à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves, si l'Auteur du Journal
de Verdun (à l'exemple
des Princes &Princesses à
l'honneurdesquels ces sestes
se celebroient) ne s'étoit pas
luy-même *faitsfait & remply
d'admiration de la majestueuse
depense que M. le Prince (y
Madamela Princessede Vaudemont
avoientfaites en leur faveur
; encoredu plus grand coeur
£7* des belles manieres dont le
tout futaccompagné : Mais helas
! que lesplaisirs de la vie,même
ceux des Princes sontcourts
&sujets à bien des traverses!
Les plaisirs, continuë cet
illustreAuteur
,
qui s'étoient
* Ces paroles font tirées mot pour
mot du Journal de Septembre.
comme donnezun rendez-vous A
Commercy, s'évanoüirent presqueaussitôt
que les Testes Couronnéesenfurentparties.
Ensuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la morr de Madame la Princesse
de Vaudemont, dont il
est aussi vray quetoutel'éloquence
des hommes exprimeroit
a peine le caractere & les
vertus, qu'il est seur que l'Au
teur du Journal de Verdun
qui se parc des dépoüilles dt4
Mercureestun mauvais Orateur.
NIils sur tout ses raisonnements
politiques & decisifs
me paroissent fort bicp trouvez.
Ily a lieu de croire
,
dit-il,
que lesJuges çy Arbitres de la
paix compenseront la plûpart des
Articles de dédommagement, £7*
que leur principale attention roulerasur
la restitution à faire des
Villes& Provincesoccupéespendant
le cours d'une guerrelongue
&sanglante
,
commencée avecsi
peu de necessité& defondement.
Carsilemotifd'une riche succession
disputée entre deux puissants
concurrents , a allumé la
guerred'Espagne,on n'apperçoit
aucun légitime prétexte qui ait
pû faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Jariste porte ses
veuës bien loin ! que sera-til
maintenant que laPaix est
faite ? si l'on me permec
cependant de raifonncr contre
luy
,
l'éemulation rendra
re,lul-ctirc nos ouvrages meil
leurs. b -
Je n'ossense personne Messieurs, , je le repêce encore
; mais je croy qu'il est naturel
d'attaquer des esprits
qui se reposent
assezsur
la
bonne opinion qu'ils ont de
leurétude pour nous donner
des balivernes de leur imagination
pour des productions
solides ; qu'on ne se prévienne
en un mot ny pour eux 9
ny pour moy;mais que de
banne foy,lesgens éclairez
mettent dans la balance, d'un
côté le droit usurpé que les
uns ont de raisonner comme
bon leursemble, & de
l'autre, l'obligation où je fuis
de me taire, jusqu'àce qu'on
m'accorde la libertédem'étendre
d'avantage,& qu'ilsnous
jugenr. Je vais en artendant
battre la campagne, & promener
d'abord jusqu'à Chinon;
les lecteurs qui voudront
m'y accompagner, ils y apprendront
le succés d'une des
plus splendides & des plus
galantes festes qu'aucun particulier
ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dresser le
douze du mois passé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terrasse
vis-àvis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüissance se
trouva ainsi heureusement
situé sur le haut d'une Montagne
qui commande à la
Ville & à le Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
servirentà illuminer le Convent
dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grandnombre de pots de
fer & de terre pleins de gaudron
& d'autres feux, une
quantité prodigieuse de Afées&
de ger bes semeslerent
au bruit des Tambours,
des Trompettes,des Hautbois,
&des Violons, dont
le dcfordrc agréable fut interrompu
par plusieurs décharges
de six pieces de canon
qu'on avoit rangées sur la
Terrasse ,& qui tirerent jusqu'à
ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut consommé.
Toute la Ville deChinon
sur lesRemparts
,
sur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feste par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfinles illuminations furent
si nombreuses &si grandes,
que bien des gens assurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë
,
à la faveurde leur lumiere,
câpres de trois lieuës
à la ronde, toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüissance
,
qui fut suivie
d'un repas dont la propreté,
l'abondance & la delicatesse
firent les honneurs à plus de
quatre-vingt personnes.
Pour changer de theatre
& de matiere, je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie jusqu'à, Venife
,
où je vais en encrant
offrirà leurs yeux lafidelle
peinture d'une Histoire si
veritable, & si fraîche, qu'elle
fait encore à present tout le
bruit decetteVille.
'," Le vingt trois du mois
passé
,
onmit en prison
, par
ordre des lnquisiteurs de l'Etat,
le Curé de la Paroissede
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans, accusé d'entretenir correfpondancc
en France. Son
Accusateur avoit contrefait le
caractere de son écriture, &
avoit composé une Lettre,
dans laquelle il disoit que le
Senateur bien connu, n'ayant
pû aller au * Pregadi
,
n'avoit
pu l'informer de ce qui s'y
étoit passé. Ce pauvre Curé a
* Conseil des dix.
été mis à la question plusieurs
fois., & a soufferttous les
tourmens imaginables; mais
loin de Confesser un crime
qu'il n'avoir point commis,il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il éroit innocent. Cependant
on fut prêt à le condamner
à la mort; maiscomme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
,
sans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable, on le condamna à
une prison perpetuelle
,
dans
l'espoir qu'avec le temps il denonceroit
nonceroic le Senateur.
Le même Accusateuratenté
de joüer un pareil tour au
Curé de Saint Jean, & est atte
chez luy
,
luy dire, qu'illuy
étoit tombé entre les mains
une de ses Lettres pleine de
matieres d'Etat, & que s'il ne
luy donnoit cent sequins illa
porteroit aux Inquisiteurs de
l'Etat. Le Curé sur pris de voir
une Lettre de son carctere,
quoyqu'il sçût bien ne l'avoir
pas écrire, luy dit qu'il luy
donneroit les cent sequins
,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accusateur s'en contenta ,
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent, & qu'illuy remettroitalors
ladite Lettre. Le
Curé fut aussitôt trouver un
Avocat pour consulter cette
affaire. L'A vocat luy dit, Si
CVOUS
estescoupable
, pez , Ë7
tache% de r'avoir cette Lettre,
sinon allez rendrecompte auxInquisiteurs
de ce qui se passe. Le
Curé prit cc dernier parti, il
fut les trouver, & leur dit
qu'une personne inconnuë
étoit venue luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat, qu'elle paroiffoit
être de son caractere ,
mais qu'il asseuroit ne l'avoir
pas ectîcc; qu'il avoit promis
à ce faussaire de luy donner
cent sequins, & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquisiteurs se souvenant
du Curé de S Mnhias,~ se
figurant que se pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaisoit
routes lesécritures,
dirent au Curé de S. Jeanque
le jour que devoit venir cet
Accusateur
,
le Capitaine
, ou
le Grand Prevôt se trouveroic
dans son Eglise avec ses Archers
,
& que pour faite connoître
ledit Accusateur lorsqu'illuy
parleroit, il n'avoit
qu'à se moucher plusieurs
fois. L'Accusateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent sequins,
& fut le chercher dans son
Eglise où il confessoit. Le
Curé l'aborda, se moucha,
& aussitost les Archers du Prevôt
se sasirent de sa personne
, & le conduisent en prison
,où il fut applrqué àla
question , & où il confessa
tous ses crimes.
Le Curé de S. Marhias fut
reconnu innocent & mis en
liberté avec une joye extraordinaire
de tout le peuple,&
TAccusateur a été étranglé,&
attaché ensuite à une potence
1 sur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquisiteurs d'Etat, différente
du Conseil des Dix, qui
fait mourir les criminels en public.
Ce Curé a donné dans cette
horribleextrémité une preuve
de la constance & dela fermeté
d'unverirable Chrétien.
Il a soussert toutes les tortures
sans jamais s'en plaindre,
& prcfcré son devoit à sa vie.
Peu de jours aprés ion emprisonnement
,
son Accusateur
fut se consesser au Curé de
S. Cassan, & luy dit avoir accusé
injustement le Curé de
S. Mathras & qu'il pouvoic
luy confier la Confession,ce
qu'ilfit ; mais connoissant
parcemoyen sonAccusateur,
il ci ûc que sa Religion luy
di ffendoit absolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il soit
forti de prison il y a huit jours,
il n'est retourné chez luy qu'-
hier
, pour éviter la grande
quancué de peuple qui meurt
d'envi de le vou;»
Cet Accusateur étoit Ferrarois,
& avoit titécinquante
pistoles en plusieurs fois du
grand Chancelier deffunt,par
des Lettrescontrefaites de son
caractere. Il a joüélemême
tour à plusieurs autres personnes.
Bien m'en prend de n'avoit
pas ce moiscy un seul Mariage
à annoncer au Public.Cet
Article de moins mépargnera
la façon d'une liaison
,
& la
peine de me justifier sur ce
chapitre de plusieurs fautes
que d'honnestes gens prétendent
avoir remarquées dans
lesGenealogies du mois passé.
Je diray cependant pour mon
exeu se, qu'elles ne m'appartiennent
pas routes, & qu'ellesnaissentautant
des noms
propres qui font défigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye
, que de ma negligence
à prier mon Genealogiste
de les vérifier,&de corriger
mes épreuves:Mais j'auray
doresnavantune si grande
attention làdessus, que j'espere
qu'on ne me reprochera
plus cet Inconvenient. L'Article
suivant va faire preuve
demonexactitude.
Le
Le P. Louis de Saniecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S, Augustin
,
Prieur de
Charnay pZJrés Dreux, connu
par ses Ouvrages de Poësie
P
mourut ensonPrieuré le14.
Juillet 1714.
Dom N. Pouderoux
Abbé de S. Martin de Canigoux,
mourut le 28. Aoust
1714.
Madame la Princesse de
Vaudemont Anne Elisabeth
de Lorraine
, mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aoust
,
dans le Chasteau de
Commercy, elle estoitneé
Je Aoust 1642. & elle
avoit esté mariée17. Avril
1669 à Charles Henrylégitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemontdepuis Grand
d'Espagnedelapremiereclasse
,Chevalier de la Toison
d'Or & Gouverneur du Milanez
; dece mariage estoit
né Charles Thomas de Lorraine,
dit le Prince Thomas de
Vaudemonr fils unique, Chevalier
de la Toison d'Or
Commandant , en Chefl'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fièvre maligne
à Ostigliaen Italie, le 12.
May de la même année,sans
alliance.
Madame laPrincesse de
Vaudemont qui vient de
mourir estoitfillede Charles
de Lorraine troisiéme du
nom Duc d'ElbeufPair de
France,Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
,
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elisabeth de Lannoy
sa premiere femme, morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'àpresent
estfils dumêmeDuc.,&d'Elisabeth
de la Tour en Auvergne
sa seconde femme, seuë
Madame la Duchessede Mantouë
estoit aussi sa fille, & de
Françoise de Montault Navailles
sa derniere femme.
M. le Prince de Vaudemont&
Madame la Princesse
de l'Islebonne sa soeur sont
nez de Charles Duc de Lorraine
troisiéme du nom &
de Beatrix de Cufancc Princesse
de Cantecroix
,
qu'il
avoit épousé du vivant de
Nicole Duchesse de Lorraine
sa femme;ce qui donna lieu
aux Sentences données à Rome
par le Tribunal de la
Rotte les 18Février1658,
15.Janvier 1653. & 2.3.
Mars 1654. par lesquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeur de la Maison
de Lorraine est si connuë
qu'il n'est pas necessaireicy
d'encrer dans la discussîonde
son origine;on remarquera
feu lement qu'elle est la plus
ancienne des Maisons Ducales
Souveraines qui subsistent
à present, & qu'ellea toûjours
esté considerée comme une
des plus illustres entre les
Souveraines de l'Europe depais
Gerard Comte d'Alsace
quil'an 1048 futinvesti par
l'Empereur Henry III.son
coufin du Duché de Mozelàne
, que l'onappelloitalors
le Duché de la Haute Lorraine.
Messire Paul Duc de Beauvillier,
Pair de France, Grand
d'Espagne
,
Chevalier des
Ordres du Roy, Premier
Gentilhomme de sa Chambre
,Chef duConseilRoyal
des Finances, Ministred'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la.
Ville & Citadelle du Havre-
de Grace, du Chasteau ~de
Loches
,
& de Beaulieu ,
mourut le 31 Aoust 1714.
en sa 66e. annéeIlestoit fils
de François de Beauvillier Duc
de S. Aignan, Pair de France
,Chevalier des Ordres du
Roy
,
Lieutenant General de
ses Armées,Conseiller cm
ses Conseils
,
Premier Gentilhomme
de sa Chambre
Gouverneur de Tourtaine ,
& des Villes & Chasteaux de
Loches, de Beaulieu & du
Havre de Grace, mort le16.
Juin 1687. & de Dame Antoinette
Servient sa premiere
femme; il avoit épousé en
1671.Loüise HenrietteColbert
fille de Mre Jean Baptiste
Colbert Marquis de Seignelay
Mettre & Secretaired'Etat,
Commandeur &Grand Trcsorier
des Ordres du Roy
& de plusieurs enfans nez de
ce Mariage il n'est resté dans
le monde que Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Décembre1703. avec
Loüisde Rochechoüart Duc
de Morremar Pair de France
son coufin germain, Premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy par la demission de
son beau pere. M. le Duc de
Beauvillier se voyant sans
cnfans mâles s'estoit demis
depuis quelques années de son
Duché de S. ~Aignan en faveur
de Paul de Beauvilher son frere
, dit le Chevalier de S Aignan
, né du second mariage
de feu M.le Duc de S. ~Argnan
avec Françoise Géré de Luce.
M le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie- Anne de Montlezun
fille , & heritiere de feu M. le
Marquis de Befmaux, dontil
a des cnfans. La Maison de
Beauvilliet, l'une des plus anciennes
du Royaume, a pris
son nom du lieu de Beauvillier
en-Beausse
,
Bourg situéà
cinq heuës de Charircecllo
s'est alliée aux Maisons d'Estouteville
,d'Illiers, d Estampes,
de ClermontTonnerre,
- de Beauveau ,de Rohan, du
Bec,de la Grange Montigny,
du Châtelet, &c.
Dame Marie Heron, veuve
deMessire Abel de Sainte-
Marthe, Seigneur de Cor beville
,
DoyendesConseillers
de la Cour des Aydes, mourut
le premier Septemb 1714.
Feu M. de Sainte Marthe son
mary étoit neveu des celebres
Gaucher, dit ~Sevolede Sainte-
Marthe
,
& Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux, Historiographes
de France, Auteurs
de l'Histoire Genealogique
delaMaison de France sortis d'une famille , ancienne
qui a donné de tout tem ps des
per sonnes recommendables
par leur esprit & leur probité.
Messire Germain Christophe
de Thumery, Chevalier
Seigneur de Boissise
,
le vé$,
&c.Conseiller du Royen ses
Conseils, Président en la seconde
Chambre des Enquestes
, mourut subitement le 1.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Christophe
de Thumery
, Seigneur de
Boissise,morten1657.&de
MagdelaineleCoigneux,morteen
1687. Ilavoirétéreceu
Conseiller au Parlement en
1673. & Présidentaux Enquestes
en 1682. Il avoit
épouséMagdelaine le Tellier
de même famille que Messieurs
de Courtenvaux, & de
Souvré
,
& sile de René le
Telliersieur de Morfan & de
Neuvy,Conseiller cn laCour
des Aydcs
,
& de Françoise
Briçonet ; il en a laissé René
de Thumery
,
Conseiller au
Parlement de Metz, quia l'agrément
de la ChargedeMonsieur
son pere ; Adrien de
Thumery,Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariéeen1695.àJean-
Baptiste de Flexelles, Comte
de Bregy; & Valentine de
Thumery non mariée. La famillede
Thumery estune des
plus anciennes familles de Paris
; il y a plus de 300. ans
qu'elle est en possession de la
Terre déboute, &elles'est
alliée aux meilleurs familles de laRobe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat,veuve de Messire
Henry de Fourcy
,
Comte de
Chessy ,Conseiller d'Etat ordinaire,&
ancien Prevost des
Marchands, mourur le trois
Septembre1714. Elle étoit
~fillede feu Messire Loüis Boucherat
,Chevalier Comte de
Compans, more Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoise Marchand
sa premiere femme.
Feu M. de Fourcy étoit neveu
de Dame Marie de Fourcy,
femme de Messire Antoine
~Coiffié, ditRuzé
,
Marquis
dESiC Maréchal de France,
Chevalier desOrdresduRoy,
&Sur-Intendant des Finances,&
fils de Henry de Fourcy
,
Seigneur de Chessy, Présidentde
la Chambre des
Comptes de Paris,Sur-Inten-
-
dant des Bastiments, & Conseiller
d'Etat, & petit fils de
Jean de Fourcy
,
Seigneur de
Chessy en Brie,successivement
Secretaire du Roy, Tresorier
de France à Paris
,
Président
des Comptes, Sur-Intendant
des Bastimens & Conseiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Messire Henry-
Loüis de Fourcy, Maistre des
Requestes ; OlivierFrançois
de Fourcy, Chanoine de Paris,
Abbé Commendataire de S.
* Ambroise de Bourges, cy devant
Conseiller au Par lement;
Balthazar-Henry de Fourcy,
reccu Chevalier de Malte sur
ses preuves admises le 25.
Janvier 1673. depuis Chanoine
de Nostre-Dame,Abbé
Commendataire de S. Vandrille
,Docteur de Sorbonne;
AchillcsAchillesBalthazar
de Fourcy,
receu Conseiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriettede
Fourcy ,mariéele31.
Mars 1689. avec Paul deFleubet
, Seigneur de Reveillon,
Conseillerau Parlement,puis
Maistre des Requestes.
Il n'estpresqueriendeplus
seur pour soutenir le titre &
le merite de ce Livre,que d'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
science de cet ouvrage ne consiste
pas tant à sçavoir passer
delicatement d'une matiereà
une autre, qu a sçavoir leremplir
d'une infinité de choses
qui amusent ou qui surprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but,il faut qu'on
me les donne, que je les ramasse
, ou que je les invente.
J'ay mauvaise opimon de ce
que j'invente
, cc que j'ay ramassé
ce mois cy ,
où tout le
monde est en vendange, ne
vaut pas grande chose, & ce
qu'on m'a donne ne restemble
pas mal à ce que j'ay ramassé.
Se souleve qui voudra
contre cette plainte, je vou
drois n'avoir pas raison de la
faire:mais je suis seur queles
plus rebelles admiretoient ma
constance
,
s'ils étoient témoins
demonattention à lire
à choisir, ou à mettre au
rebut touslesMemoiresqu'on
m'envoïe.J'en fuis fâché,
CUTS
,
c'ea vôtrefaute
)
&cestvous mêmequimeréduisez
à la necessité de suppléer
à ce défaut ; mais heureusement
on m'apporre une
- Lettre qui va peut être servir
à m'en épargner laî pene. éln
doute
,
& ellesemble iuHe
ment faite en consequence de
cfe que js vrens de dire .,.
Voi encore des Vers,Monfleur,
Cmdes Vers de ma façon;
mais en verité je ne vous les donne
que pour l'acquit de ma conscience
seulement, & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne fuis pas Poëte
&vous taVf:{ bien veuiaujji
n'est ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité
, je voudrois la meriter
je m'en ferois honneur;mais je
ne la mente pas; paurquoy donc
me direz vous ,vous mêler de
faire desVers? c'estparcomplaiffaemmcmeyeisdlaepris
en gréà quelques
ma cormoijfancc ,
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'assez mauvais
3
de s'imaginer que j'étoiscapable
d'enfaire de bons, & il a fallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure; e
luy envoyer ce qu'on vouloit que
je fisse. QuandMonsieur du
Fresny devroit m'accuserd'ingratitude
,je ne puis m'empescher
de dire
, en passant
, que
j'ay souvent estésurpris de ce
que ,
luy
,
qui a infiniment d'esprit
& degout
, a toûjours emplo<
yéceque je l;uy envoyois ; je
ne fuis pourtant pointredevable
ésacomplaisance de l'honneur
qu'il ma fait, il nk.,
mais je n'avois garde d,> paroî-
Ire à visage découvertensimauvaiséqupage
, outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
lieguifois encore mon caractere
£*r je prenois toutes les precautions
necssatres pour empecher
qu'il sçeut de quelle partmes
LeWes luy venoient ; toutêtoit
cependant donnéau Public quelque
fois ave les corrections
qu'il prenoitlapeine de faire
,
gvr quelque fois en faisant des
ffponfsparodiées. Son indu'gence
peut bien avoir favorisé Id
déiadence d'un livre àlaquelle
sansdoute t/.:J.u l'honneur de
contribuerpour ma part,
Vous voyez,Monsieur
,
que je n'ay pas plus de vanité
quej'en dois avoir;& comme
jen'ay pastrop bonne opinion de
ce que jefats onne me fait
aucun chagrin de me pel{uadet"
que j'ay raison
,
cependant les
Dames dontje viens de parler
consi mées dans leur erreurpar
laréüssite de ces bagatelles,faites
toû11jours à'1la hhAâte,& avec nt.
glagence
, sont revenuës à 14
chargeavec le nouveau M{'rCUft.';
j'ayresistéaux premieres attaques
maisj'ay en beauleur dire que
vous if/lt'{ trop circonspect &
trop difficile il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fitilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de ** la maniere dont
elles s'y sont prises pour deviner
celle en question m'adonné en même
tempsoccasion de me venger
de leur persecution.Au reste ,
Monsieur,sije ne prens pas avec
'l)OU4 les mêmes précautions dont
je me jut's servy avec M. du
Fresny
,
c'ejl après vous avoir
fait connoître l'indifference que
j'ay pour le fort de ces amusemens,
mens, auxquelsmes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Je cesserois pourtant
de les regarder avec la même
negligences'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous assurer
de l'estime avec laquelle j'ai
l'honneurd'estre,Monsieur,
Vostre,&c.
ENVOY
sur le mot de la derniere
Enigme du mois passé.
A Quelques Dames a14
-
quartier
Je lus hier leMercure dernier
L'Enigme vint; les Dames
assemblées
De devinerlemotsefirent
un honneur;
Et toutes s'empressant de
dire leurs pt!'jICi,
Firent naître à l'envyl'éclatante
rumeur
De tant de voixentrecoupées,
Quependantquelquetems,
jecrus
Que l'on allait deviner en
chorus.
Mes Dames ,sans tirer.
leurdis-je ,àconsequence
> Accordez-moydegrace,un
moment d'audiance:
Oprodige étonnant, le beau
sexeécouta
Fort bien repris-je alors *
le mot se trouvera
Dans le silence.
Le mot de la premiereétoit
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont deviné
sont, Lespetitsyeux de
Souris, les beaux yeux de Catin
,
l'oyseau bleu
,
Cabrico
let, la jeune veuve ,laPrécieuse
,
les deux Tourterelles, &
le veritable Amphitrion.
L'Auteur de l'Enigme fuivante
dit, que pour établir sa
réputation
,
il est bien aise
qu'onsçache que c'est luy qui
l'a faitc.
ENIGME.
Bien
des gens se passent
de moy >
Cependantjesuis necessaire.
Ceux qui vous diront le
contraire
Ne sont pas gens de grand
alloy.
Je ne plais guere àla jeunffi
A la bien-élever, lorsque
l'on s9intercjfe>
On la reprend souvent à
mon sujet.
Selon l'occasion,j'ay lagauche,
ou la droite
9 - C'en est assez,
,
j'ay fini
mon projet
Si vous me devinez; vous
serezbien adroite.
L'Auteur de celle- cy dit
qu'il est si jaloux de sa réputation,
qu'il est bien aise qu'on
ne sçache pas que c'estluy qui
l'a faite.
ENIGME.
JEsuis
un enfant de la
terre
Que l'onformeàcoups de
marteau,
On me politsous le ciseau
Et je fais à l'acierune 9 immortelleguerre.
Promethée ou Deucalion o.
M'arracherent jadis du
sein de la matiere,
Et tirerent de moy ,
dit-on,
L'origine de la lumiere.
Je nesçayguère à quoy ressemble
ma couleur:
Mon pere est un brutal
dont la main me dechire,
Et ccjt de mon être qu'on
tire
L'experience, l'art,l'éclat
& la chaleur.
Un prélude pour annoncer
une Chanson faite sur une
coquette doit-il être bien serieux.
Non: Il n'en faut pas
même là dessus
,
disent les
connoisseurs ; comme les coquettes
ne gardent aucune
mesureavec leurs Amants, il
ne faut ni scrupule
,
ni ceremonic
pour les chanter.
CHANSON
dont les paroles font de..
& la Musique de M Dubreiiil
de Vignancourt.
LEchangement, Iris,
vous estsi doux
y Quelorjqu'on cft bienavec
vous,
On nose s'en donner la
gloire:
Celuy qui sçait vous arrester
Asipeu de tempspour le
croire,
Qu'iln'en a paspours'en 1
venter.
Voicy bien d'autres nouvelles
, Messieurs-
Sçavants contre Sçavants ,
Lecteurs
contre Lecteurs
Combattent à l'envy pour le
choix des Autheurs.
Et quoyque je ne fois nullement
interessé dans leurs querelles,
si par hazard j'annonce
quelquechose pour ou contre
les uns & les autres, on me
rend garant de ce que je ne
debite toutau plus, que comme
de froides nouvelles. Un
parti seformepourmoy
J
sans
que jesçache seulement sij'ay
des partisans ; une autre sçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les esprits, & de l autre
je me vois exposéau ressentiment
de plusieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes ,qu'elle les ensevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois passé
,
& que j'ay mis
dans le dernier Mercure
,
m'a
attiré cette fâcheuse affaire:
mais sil'onme tient parole, je
repareray ce coupautant qu'il
est reparable, en donnant à
son tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vra y moyen de mefairedes
ennemis des deuxcostez. Mais
ce qui me console
,
c'est que
les gens desinteressez conviendront
de ma bonne foy
, &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde, celle de
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois,est justement
celle dont je m'embarasse le
moins. Je ne songe en un mot
qu'à divertir mes Lecteurs sans
entrer dans le détail des reflexions
qu'on fait sur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire, bien
de quoy scandaliser des gens
éclairez qui sçavent presque
aussi bien que moy (qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre) le cas qu'on fait
du Mercure Galant:&je soutiens
qu'il n'y a presque personne
dans aucune Académie
du Royaume qui ne se crût
deshonoré, sion l'accusoit de
l'avoir lû. Que cette aversion
:pour mes Ancestres & pour
moy, soit bien ou mal fondée
, c'est de quoy ,par exemple,
je ne me soucie gutre encore
Il y aura toûjours parmi
les esprits lesplus subtils &
les plus delicats ,de sagesIsraëlites
qui s'amuseront de la
lecture de mes contes & de
mes chansons,&je mettray,
si je peux, tant d'enjoüement
dans mon Livre, uniquement
pour plaire aux Dames, que
leur suffrage mededommagera
de indifference des hommes
Quel projet ! me dit un
Druide, au maintien vcncrable
,
& dont la contenance cil
si graves&si composée,qu'on
diroit qu'il a toute sa vie assisté
au banquet des sept Sages,
quel projet!Jeunehomme
,
continuë t il
, on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce sera,
luy dis je, un grand malheur
pour le Public
,
& beaucoup
de peineépargnéepourmoy;
mais vousverrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
comme d'abus, & qu'elles
interposeront l'autoritéde
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raisons, malgré
vous, malgré moy , & peutêtre
à la fin
,
malgré ellesmêmes.
Mais je ne songe pas que
le Mercure s'avance,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon! qu'-
importe
,
c'est un article que
personne ne lit. Outre le Journal
de Verdun,il y a tant de
Gazettes & deManuscrits toutes
les semaines, dont les circonstances
sont si interessantes,&
dont le stile est si beau,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles du Mercure.
Cependant il en fautabsolument
solument debiter, & ceChapitre
est aussi necessaire que
celuy des Enigmes. Ainsiafin
de commencer à en donner
quelques-unes par ordre, je
vais debuter par une Liste de
tous les Deputez qui se sont
assemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être signée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
,
& par M. le Maréchal
de Villats pour le Roy.
NOMS
de Messieurs les Plenipotentiaires
& EfJ'Voyez. qui se
sont trouvez au Congre de
la Paix à Bade
,
commencé
le cinquiémeJuin 1 7 14.
De lapartde l'Empereur.
M Jean Pierre de Goës,
Comte du Saint Empire Romain,
Baron de Carlesbergà
Monbourg
,
Seigneur à Razzenegg,
Ebentalbach, Porhnstein,
&Liebenfels,&c.Conseiller
deSaMajestéImperiale
& Catholique
,
Gouverneur
du Duché de Carinthie,Ambossadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade.
M Jean Friderich, Comte
de Scilern
,
&c. Conseiller &
Assesseur delaChancelleriede
Cour , & Ambassadeur Extraordinaire
de Sa Majesté lm.
periale au Congrez de la Paix
à Bade.
Du Roy de France.
M. François Charles deVinthimille
,
des Comtes de Marseille
,
Comte du Luc
,
Marquis
de la Mart he, Lieutenant
du Royen Provence, Commandeur
de l'Ordre de Saint
Louis, Gouverneur des Isles
Porquerolles, Ambassadeur
ordinaire de Sa Majesté aux
Ligues Suisses & Grisons &
son Ambassadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M Bar berie
,
Seigneur de
saint Conreft
,
Conseiller du
Royen tous ses Conseils,
Mastre des Requestes ordinaire
de son Hostel, Intendant
de Justice,Police & Finances
des trots Evêchez de
Metz, Toul, & Verdun au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambassadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majesté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son ~jdltejfe Monsieur.
Le Prince Henry d'Auvergne
,Grand Prcvoft de Strafbourg.
B
De stElecteur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
Ministre & Conseiiler d'Etat
de son A. E. de Bavière.
De fIEvesque de Basle.
M Hàoft,EvefquedeDomitiopolis
,
Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Basle.
Des PrincesdeBirkenfeld.
M. Simon, Conseiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargdc Bebenbourg,
Grand Chancelier
& Premier Ministredeson A.
E. Abbé du Montde saint
Michel en Normandie.
Son Alteffi.
M. l'Abbé de Gonzague
,
Prince de Castillon ,&c.
De Madame la PrincesseJ veuve
de M. le Prince de Condé.
M.l'Abbé duBos.
*
D
Du Marquis de Bade-Dourlach.
M. Stadelman.
E
De Madame la Duchesse
d'Elbeuf,
M. le Comte Cremone,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M.le Duc de Mantouë.
F
De lapart des Etats Généraux
des Provinces-Unies.
M. Jean- Louis Ronchel,
leur Secrctaire , Resident en
Suisse,
G
-
G
Du Duc de Guaastalla.
M. le Comte Louis Canta--
ni,Chambellan & Confciller
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guastalla
& Sabionnette &c.
-
De Gennes.
M. de Sorba, Ministre d'E.
tat & Residentordinaire à
Paris.
H
Du Landgravede Hesse-Cassel.
M. le Baron de Malsbourg
Ministre & Conseiller Prive
deM. le-Landgravede.Hesse-
Calfd.
- Du Landgravede Heffe-
;' Darmstat. ,
M. de Mascowsky,Conseiller
Privé& en même rems
aussi Envoyé &Ministre Plenipotentiaire
de S. A. S. Je,
Duc de Saxe Got ha
,
& des
Princes & Etats Protestans du
Cercle du HautRhin,&c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Hesse-Rhtnf-cls.
Des ChapitrerdeHildesbeim>
~&SPire;
r-:
M. le Baron de Twikel
~cPfîàvixbek,Cbânôine des
~CarhedrafesJd'Hiideshfm &
Spire,Archidracre' à: Goslar :Conseillerd'Etat de l'Evêché,
~d'Hildesherm, Seigneurde
Meubourg.
DuPrinced'Isenghein,
M. Sansot, Conseiller££
Intendant dudit Prince.
DuDucdeLorraine. » M. le Begue Seigneur de
Germini, & de Lhelod de
Chantreine,&c.Conseiller &
Secrecaire d'Etat, Garde des
Sceaux de S.A. R. de Lor- raine. 8& "-
,. -" (. ','
Du Chapitre de Liège.
d#- M.leBaron de Vansoui
Abbé , de Damas, Chanoine,
du Chapitre de Liege.*
De M. le Prince de Ligne.
M. Merode.
- '- M-, ? ,;.;i.
De Modene.
M. le Comte JeanFrançois
Bergomy
,
Gentilhomme
de la Chambre,Conseiller
d'Etat,Gouverneur de laProvince
de Garffagnane.
Ml'Abbe Giardini, Conseiller
& Ministre d'Erat de
son A. S. le Duc de Modene*
Du Dus de UMirmloic*
M RegnaultDulioli
i
Noble
de Bologne; Professeur
public dans lesUniversitezda.
Bolognc&-Padouë.-
; Du Prince ~deÀfontbeliard.
, :. # # :.. "Ir 4 1..
M-CharlesLeppold Leffff*
rance, Baron de Sandeesleben.,
M.Julien-Guillaume .Qc..
Siegman, Conseiller.
, M. Jacques ,C{lliaopc..
CuvierConseiller
N
2H, le Prince de Nassau Sighert. "-
M Rivage.
O Du Cardinal Ottoboni ,'
II P.Ludovico Maria Mauro
de ~Ghiciici Regolari minori
, p
Du Pape.
MleComtePassiones.Hcverendaire
de l'une & l'autre
signature,Prelat domestique
& Camerier secret de la Sain
teté,&c.
DuRoydePrusse.
M. le.Comte, de Metternicht
chambellan de sa Majesté
Royale de Prusse
,
Envoyé
à la Dicte de l'Empireà
Aufbourg.
Du Duc de Parme.
Mle Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon, Comte
d'Oza, Gentilhomme dela
Chambre de S. A. S.le Duc
de Parme.
François
-
Marie Spinola{
Duc de saint Pierre; Prince
de Molseta, &c. Grand d'Espagne,
Gentlhomme de la
Chambre de S. M.C. & Grand
Maistre de la Maison de la
Reine Douairière, &c.
S ;,
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede, Ministre
d'Etat de S. M. Sicilienne,
PremierPrésident de la Chambre
des Comptes de Turin.
De Spire.
M. Drirshe, Conseiller Ati-*
lique & Directeur delaChambre
des Finances de S. A
Monficur l'Evêque & Prince
de Spire.
Tr
De l'Electeur de Trever.
M. deUmbscheinden,Con
feillcrPrivétTEtac de S. A. E.
de Treves.
Du Grand-Maistre de l'Ordre
Teutonique,
M. le Baron de Waldecker
Commandeur de Virnsberg.
& Wissembourg.
M. Veringen Conseiller
deS.A.S. l, W Du Duc de Wirtcmberg.
M. de Hespen
,
Miniftrc
d'Etat intimede SonA. S.
Monseigneur le Duc RegDCc
de Wirtemberg
Des -MarquisÀtaUjfinA dï
MuU^o&Madfigntno.
M. l'Abbé Jean-Baptisse
Cioli.
NOU VE LLES
de ce quise passe dans Barcelone,
& la disposition des
Troupes.
Du21.Aoust
IlyadanscettePlace 2000.
hommes deTroupes reglées
tantInfanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villarcüel
le second c'estoit Poantôn
Lieutenant General, ilest
descrié, & son u cmploy est
encore vacant.
Ilya un MalotGeneral de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy quicommande la
Cavalerie est le Chevalier
Romana ,leCommandant de
l'Artillerie est Bases qui ca
aussi Ingenieur en
chef;Bruno
Tornerest Capitaine de
Bombardiers, & Pacheras en
Capitaine des Mineurs.
-
Le Regiment de la Colonelle
est composé de six Bataillons
de 500. hommes.
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes & qui
fontactuellement le Service
var à 3000. hommes qui sont
parmy les Troupes reglées,
,& leRégimentdela Canelle.
Les Placesd'Armessont
aunombre detrois ; lapremiere
s'étend depuisSainte
Catherine jtrfqtf'à la Chapelle
de Marcos
,
la seconde vasà
Palais
, & la troisiémeàlâ
Merced.
Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve,
ont actuellementun Renfort
à saint Pierre & au Jardin de
,;cc Convent.
Le renfort de la brescheest
à la placede saintPierre.Ceux
qui gardent la Demi-Lune de
sainteClaire ont le leurà la
place de Lluy.
Celuy de la garde duBas,
tion du Levant ift à l'Aucara.
Dans l'écuriede l'Aucata,
il ya toûjours centchevaux
de Piquet.
• Dans leJardindeGury,ily
a aussi cens chevaux dePiquet
hors la Ville le long de laMer.
Le signalpourl'allarmec'est
le toquefin
,
lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes, & ceux. qui refu
sent de marcher sont pris &
mis en prison.
Lacopure quiest derrière
la bisschependdepuis U
porreneuve jusqu'aux Potences
l'on a abattu toutes les
Eglises & misonsdepuis saint
rAiuegusst-in.jusqu'auxBouche- r'aux Bouchc-w
'.ci" Cette coupureest dans sa
perfection ; il y a une grande,
placed'armes, avecun grand;
fossé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille en de pierre & de
terre d'argile; l'on y a jTiis
cinq pièces de canon sur les
deux costez chargées à cartouche.
, II
Il y a dans la Place un Confcil
de guerre qu'on appelle
Jxita magna, où assistent le
Gouverneur de laProvince appéelléTorrelias,
qui estant fort a pour Lieutenans Don
FranciscoSayol, Don Joseph
de Pinot, le Comte de Poflonos,
le Comte de Plazencia,
le M rquis de Scrmanat, Don
F-an¡fco Sivaller
,
& Don
Emmanuel Ferrer.
C-eux quiont foin de faire
payer lesTroupes, fonr Salva
aor Felice,Jean Llmas, Citoyen
, Christople Llado, le
J:>oaur M~,Medecin
Francisco Moscaro, Marçhapd;(
aussi-biçnjcjijc Joseph
Durand,Mutiano Drand,
Comallas ,
Ji^anAlbârct,
le nommé Fer. L'argent se
prenflpar.CQiifçiU/ftnfçaic
qu'ilyen a de gié oudeforce,&
ceux quirefusent, de le
dQijcç sont ,pr.mjç
prison. ; Lenombredes blessez 4cff
puis qu'on &4Ç ,btçf4wj(
peuraller.)00 hpRvgips^
Le 14. A°ûr lç Oomte,
jjtôfijs>(eph Mita, Otoneu.
Ipç ïUbcr*
,
Don Magrrf N.
not, Don Franciscode kV<H
ga, & Lefilsdu JageSalvador
furent tuez; le fils aîné deBerardo
avec deux fils de Llinas
furent blessez.
Il y eût dans l'action du
même jour 500. hommes tuez
ou blessez.
A Gironne le 8, Septembre.
Parles Lettres duquatre,
Monsieur, que je viens de
recevoir; du Camp devant
Barcelone, j'apprend que les
nouvelles batteries continuotent
à tirer vrvemenf pour
ouvrirlesNouvelles brèchess,
&.qu'elles estoient prclqueen
estat âussi bien queles Mmes. : L'on me mande que M. le
Matêchal de
-
Berwick avoit
fait sommer le 3. les Barcelohoispour
ta première &
derniere fois; ilsrépondirent
qu'ilsalloient aflcmbler leurs
Cônseils que cela fcroir un
peu long, mais qu'ils fcroienc
leurs réponses Le 4 au foir
elle n'estoit pa« encore venue.
Jfon continuecependant de
tirer de part & d'autre &l'on
roit qu'ils ne fc presseront
pas de la ffaaiiire, parce quele
desordre que les eaux ont
',fait à la tranchée & dans les
Mines leur adonné de nouvellescfperanccs&
relevéleur
coura c;ilcil certainque la
f,ànilne est dans cettePlacer
beaucoup de gens.voudroicnt
sen fornr", mais M. liMaiê^
hal de Berwick veut que
l l'on les y tasse rentrer & cela
3s'exécute régulièrement. Le3.
plus de roo performes enrre
le(quellesily aVOIr beaucoup
defemmes
, parurent hors de
la Ville pour sortir,enemplo-.
rantlamisericorde du Roy&
criant vive Philippe* V mais
nn les obligeaàrentrer.,
Il fait un temps ii aflfeutf
depuis 10. ou 12. jours que
toutes les tranchées ont esté
inondées, & qu'il est entré
beaucoup d'eau dans les Mines,
ce qui retardera encore
le Siege quelque lenips.
Par des Lettres du 6 que
je viens de recevoir de Mataro,
l'on memande qu'un
Ensegne ayantdefest de la--
Place avec six soldats,.aVOlt'
dit que le Conseil estoitencore
assemblé;que l'on disoit
que trois per sonnesavoientf
ellenommées pour allerpar-
1er à Monsieurle Maréchald£
BerWIkj à içavoir le General
de Bataille Jpfepec, le Marquis
dî Tamarit,&le Gomcc
de Placeria. Que Iton ne fçavpitpas
quel jour ce feioitj
maisque s'il yavoic quelque
retardement ce n'estoït qu'à
cause dudésordre que l'on
savoit que les eaux avoient
iic duis la r.t:aDb pe & dan,
les Mines, e qui leur avoi; rjplcvéleçouragç.
'ns; -ans;
le:P-ifSdUcoua.e',dela cinDe,tet
illage de Saint ifele a elle
illé&entièrement rûlé
paLr.kdccdcbMncnc e Mon-
-. j..
sieurdeVallouse quiestoit
à Tordera & deux autres
des Troupes d'Espagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
se sont approhez après;
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils scûrent que 1on
marchoit de ce cotte là , ils
sirent la même manoeuvre, ainsï la choie fat faite sans
îéifftancf.
C'cft unVillage (jruédans
un piys tres dfficile présde
la Mer qui servoit de retraite
& le magasin aux KebcUcs"
donr ils faisoientcontinuellement
porter des vivresa
Saine
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monsieur de Vallouse a
aussi fait brûler à son retour
sept Barques de Barcelone
avec leurs agrès qu'il trouva
à Canet & à Saine Paul.
Pour ce qui est de la Montagne
,Monsieur de Rauchop
est toûjoursavecundérachçment
du costé de Ripoüille,
& Meragas
,
s'est retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui cil: à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y estoient
assemblez pour faire de nouveausoulever
le pays ; mais
comme l'on n'a sçû depuis
qu'ils avoient marché du côtéde
Manresa
,
Monsieur do
Bracamonté profite.de co
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia ouil yaun
autre corps de Rebelles Monsieur
le Comte de Prenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich, pour le
favori fer dans son expedition
c'estun endroit dans le Mousigny
qui est continuellement
fous les armes & qui sert de
rRetraiete b& dee lmalgeasinsau.x
Le deuxde ce moisaumatin
troisOfficiers de Cavalerie
de la Ville vinrent au Camp
comme deserteurs. M.le Maréchal
de Berwicklesinterro- a,
lesfit garderà veuë
,
&
ensuite embarquer pour Pe-
.niscola.
Le mesme jour deux unCarpitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deserta, &
eut une longue conférence
avec Mle Mareschal qui le fit
rester chez luy ;l'on croit qu'il
doit aller joindrequelqu-undes
Camps volans detachezde l'Armée contre ces Rebelles.1
,Ii Les nouvellesbrunes &
les mines vont, parfaitement
bien, mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie delu tranchée
, & sur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelquepartie:s'est
éboulée :on travaille à reparerles
dommages, cependant
ces orages réietrercausen du
retardement. , Les Assiegez
prétendent avoir eventé la
mine des Espagnolsquifest
sous la courtine prés l'angle
rentrant du Bastiondela porte
neuve. Miis on dit qu'elle
n'est point endommagée x
d'autant plus que l'on a poufré
un rameau d'un autre côré;
d'ailleurs on asseure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours, & qui
quand cette mine n'y seroit
pas feront encore 6.attaques,
feront encore plus que suffisantes,
& tout se dispose pour
lesdites attaques. Les Dragons
en auront une. M le Marcfchal
fait faire des échelles ,"'&
l'on en a déjà porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux déposts que l'on
a. formez prés les débouchezr
mar quez, pour l'attaque .ckSl. breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire sommer hier 3 à10
heures du matin avant de:1er
exposer àun assaut gêneral ,.
ils répondirentqu'ils: assebleroient
leur conseil : une
heure après ils demandèrentÛ
l'on CouLlairoitpourôIagcsJ
des hommes: de guerre ou de
Magistrature
,
aj-oûtancqu'il»
nepouvoiencçeflTerde.tirerr
de manièrequelefeuatoujours.
conutinué de part ô&
d'autre;&quoyqu'ilyait pris*
de 36. heures, il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponseL'onasseure
neanmoins
qu'il est venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres du
sieurVillaroël quiont fait
éveiller Monsieur le Mareschal
; mais comme il a dit à
roue le monde que cen'estoit
que des deserteurts ,ona jugé
qu'il vouloir qu'on ignorast
le reste.
Le pain est tres rare & fort
cher dans Barcelone ,d'où
lesfemmesviennent en grand
nombre sur le boid de nos lignes
pour tâcherd'en féteir1*
mais M. le Maréchaladonné
ordre par tout de les faire rentrer
par force dans laVille.
M. de Sardini Montriel
* Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine, homme
tres estimé de routes les manières
a eu cematin une jambe
emportée d'un coup de canon
,
& l'autre trèsendommage
en descendant la tranchée.
Enfin après trois jours entiers
pendant lesquels lesBarcelonois
ont fait pluficurs
assemblées generales lesquelles
auroient dûnaturellement
finir pourenvoyer les trois
Députez qu'ils àvoient nommez
dés le premier jour: le
résultat du tout a esté que le
nommé Jozepet: General de
Bataille dans cette Villeayant
demandé hier à par ler à Monsieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui estoit de tranchée, luy
rendit pour réponse que la
Ville ne vouloir écouter aucunes
propositions&luy demanda
ensuite s'il vouloir
quelque chose de plus; cela
fini illuy conseilla de se retirer
promptement,& l'on recommença
à tirer de part & d'au.
trcs ; l'extravagance de cette
réponse étant encore ttrietMl
marquée en Espagnol con-ïlliellea
esté faite,on en joint
une copie à la presente.
La nuit du quatre au cinq:
les Assiegez firent une sortie
par deux endroits du chemin
couvert qui est prés de la
Redoute de la Mer
,
ilstombèrent
sur les deux Compas
gnies des Grenadiers du Regiment
dAuvergne qui les
chassrent & leur tuerent
treize hommes;mais des
Officiers de ces deux Compat
gnies ,
il yen eut deux de blesfez
, deux morts & vingt-*
un Grenadierstuezoublessez.
Lanuitducinqausixilfis
une si grande pluye que ces,
inondations réitéréesobligerenc
d'abandonner la Mine
des Espagnols,celle du sieus
de Lorme pouvant estre ptus
facilement réparée, on compte
qu'elle fera en état au plus
tard leneuf.
: Il entraencore avant hier
aprèsmidy dans Barcelone
deux grosses Barques chargées
de provisions à la veuê
de toute l'Armée ; on parle
d'enarmer vingt cinq ou t{;cn:.a
te pour s'opposer à tous les
petits Bastmens qu'ils font
entrer de cette maniéré dans
la Place.
Les Rebelles-delaMonta-.
gne s'estant rassemblezdevant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ontattaqué &même
blessé à mort le Gouverneur
; mais les détachemtns
qui sont toujours en campagne
s'estantréunis les en ont
chassez.
Monsieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Régiment
de la Marine est mort des
blessures dont on a parlé.
R spucta ~baporla ciudadde
Barcelona dapalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Masjed el dra 6. Setiembre
1714. segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a resvelto lo ifguitnte.
La ctudad noquiere admittir
proportion aluna quiete V. E.
algoMas? .< -
- Le 7. de ce mois les B a-rcelonois
firent la réponse fuivante
à la sommation qui leur
avoit été faite deuxjours
avant. - Un Officier vint sur la brehe)
& demanda à parlerà
l'Officier General commendant
la tranchée,qui étoit M.
le Chevalier d'Hasfeld
,
illuy
lut la réponse,contenantque
la Députation de Barcelone
faisoit sçavoir à M le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propositionàfaire
ni à recevoir.
Le n. onadonné l'assaut
général sans avoirpû se
servir des Mines qui se trouvoienttoutesnoyées
, & on
s'est emparé de tous les trois
Bastions attaquez,& des retranchemens
;les Barcelonois
estoient retranchez dans les
maisons, & dans les ruës, &
avoient demandé àcapituler,
sur quoy Monsieur le Mareschal
de BerwicK leurfit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre chose que
d'estre pris à discretion.
On en étoit là lors que M.
le Duc de Mortemart est party.
Onattend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
M. de la Villemenu
,
Colonel
d'Orléans a un coup de
fusil au travers du corps.,
M. de Tailieran la cuisse
coupée.
M. d Houdetot un coup
de fusil dans l'aîné.
- JOU V RNA L
de ce qui s'est passé à Fontaibleau
jusques au 21. Septembre
1714.
Le Roy partit le 29. Aoust
de Versailles pour aller coucher
à Petit bourg. Madame
la Duchesse Je Berry estoit à
son côté dans le fonds du
carosse. Madame la Duchesse,
& Madame la Princesse de
Conti estoient sur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Peutbourg
,
Petitbourg
,
ni de la grande
chere que Monsieur le Duc
d'Antin fie au Roy, & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorsque
Sa Majesté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Messe, & avoir diné.
Sa Majesté fut escortée pendant
le voyage ,
parles Gardes
duCorps
,
les Gendarmes
,les Moufquctaires
,
&
Chevaux
- Legers
,
jusqu'à
Fontainebleau ,où S. M.arriva
le 30. à cinq heures du soir.
Le Vendredy 31. le Roy
allaàlachasseduCerf. Tous
les Seigneurs,& Dames dela
Cour portoient J'habit du
Cerf. Les Djmesveftue$eit
Amazones à cheval ,&celles
qui estoient en caléche, habillées
en Siamoises.S. M. (1(-
vint de bonne heure, & prit,
après avoir change de linge
une
cariolepourallervificeP
LeSamedy premier St"-p'"
rembre, il yeutaprès la Messe
Conseil de conscience ',,'
où le R. P. le Tellier aiBfta
[Gai, lx, l'apresdînée s..;M,.
alla tirer. Ce même jour ojâ
apprit la mort du Duc de
Btauvillieï.
.Ü Lc^ Dimanche2. il y eût
Conseild'Etat
,
l'apresdinée
promenade Royalele longdu
Canal
,
sur lequel on voyait
quatre Gondolessculptées&
dorées que des Matelots vestus
de damas bleu ,garni de
galons, & franges d'or ,
faU
soient monter & déscendre,
à ffiertire- que la caléche du
Roymontoit & descendoit :
cette caléche estoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & suivie de
pusieurs carosses à 8. & à 6.
chevaux. Celuy de Madame
la Princesse de Conty fille du
Roy, de Monsieur le Cardinal
de Rohan, & de Monsieur
le Nonce étoient du nombre.
Il y eûtaussipeschedes Cormorans
; & au retour de la
promenade, S. M. apprit à
M.le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la place de Président
du Conseil des Finances
à M.le Maréchal de Villeroy
son pere Lemesme jourMonsieur
le Duc d Orléans arriva
à cinq heures de Paris,&soupa
avec le Roy qui a toûjours
à sa droite Madame la Duchesse
de Berry, à sa gauche
Madame. Monsieur le Duc
d'Orleans à costéde Madame
laDuchesse de Berry, & Madame
la Duchesse d'Orléans à
costé de Madame.
Le Lundy troisiéme, il
yeutConseil d'Etat, & on
vit ce jour-là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habic du Cerf; ainsi que les
Princesses
,
& Dames vestuës
en Amazones. S. M, alla
l'apresdînée à la chasse du
Cerf ,d'où Elle revint fort
lard, parce qu'on en courut
deux
;
M. l'Ambassadeur, de
Sicile, M. le Nonce, M. le
Cardinal de Rohatvyaltèrent
aussi. M. le Cardinal del Giudicearriva
ce soir de Paris.
Le Mardyquatrièmeil y
eut Conseil des Finances Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent presentez
au Roy&à MadamelaDuchesse
de Berry pendant sa
toilette. LeRoy augmentace
jour-là lesGardes .dtfl.(;orpj
de cette Princesse dedouze:
cettetroupe estune des plus
belles qu'on puiilé»Afaûr. lié
sontvertus dedrapnoir avfcd
desBrandebourgsd'un glojJ,
velouté
, & une Bandoliere
brodée d'argent avecunCeinturon
couvert d'un galon
d'argent, ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudicc
qui avoitreceu ordre du
Royson Maistre de retourner
en Espagne
,
eût unelongue
conférence avec le Roydans
le cabinet; ensuite il y eût
ConseildesFinances. Le Roy
alla tirer l'apresdinée :ce soirlà
au soupé du Roy il y eût
lès24. violons,qui joints avec
lesbasses de viole, les hautsbois
,flutesdouces
,
&bassons
firent une tresbelle (ynw
phonic à cause de la veille de
la naissance de S. M. M. le
Cardinal del Gludices'y trouva,
qui voulut embrasser les
genoux du Roy, lorsqu'il se
leva de table ; mais S. M. le
releva, & l'embrassa. Cette
Envnenceétoit allée prendre
congé de Madame la Duchcffede
Berry, & de Madame
l'apresdinée
,
devant partir le
lendemainmatin enchasse de
poste pour Madrid.
Le Mercredy5. il y eut
Conseild' Etat, & l'apresdnée
promenade Royale le long
du Canal. Monsieur le Duc
d'Orleaons
d'Orleansétoit à cheval à côté
dela caléche du Roy,ainsi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y eut grand nombre
deCarosses à 8. & à6. chevaux
tant desPrincesses que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & descendirentsur
le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une trèsbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudysixieme il y eut
Conseil d Etat, & l'apresdinée
Sa Majesté alla à la chaste du
Cerf, Madame, Monsieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois, Madame la
¥JrqILé" de Maillebois
erç«-
rent place dans le Carosse ,:d
RoyMadamela D~c~
Berry,alla .'Y:l ce jpuf.i4(fç>
ptoipenerda^s"1^Fore(ly^llc,
fit entrer dans f^rvj Garqflc-
Mesdamesles MaWlfg de
Mouchi, de P.,erabcrei4 ¡ Pons;elle étoit escortée de,
ses Gardes du Corps. Cette
Princesse n'assiste àaucun spectacle
public à cause du duëil.
Il
Le Vendredy septiéme il yi
eut Conseil de conscience. Le
même jour M. le Nonce,
& Mossieurs les Ambassadeurs
deSicile & dHoHandeattcrcnc
à la toilette de Madame la
Duchessede Berry
,
où le cercle
fut très beau. L'apresdméc
Sa Majesté alla tirer, & il y eut
chisse du Cerfavec l'équipage
de Mr le DucdEnguien.
Le Samedy huitième jour de
la Nativité de laVierge,Monsieur
l'Ambassadeur d'Hollande,
& Mademoiselle sa
fille allerent à la toilette de
Madame la Duchesse deBerry.
Monsieur le Marquis de la
Vrilliere, & Monficur le
Comte de Pontchartrain y
allerent aussi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
se rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame laDuchésse de
Berry; de Madame
, & de
Monsieur le Duc d'Orleans
ppur y entendre les Vespres
qui furent chantées par la
musique. Le Roy s'affit sur un
fauteüil. Madame la Duchesse
de Berry étoit assise auprès de
S.M. ensuite Madame &
Monsieur le Duc d'Orleans
estoient de l'autre costé.Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y estre assis. Sur la
droite du Roy estoientassis
M. le Cardinal de Rohan,
Grand Aumônier, M. l'Abbé
deChoiseul,M.l'Abbéd'EntraguesAumôniers
du Roy
*
&le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient assis M. l'Abbéde
Castres, M.l'Abbéde
Rouget, & M. l'AbbéDavejan
,
Aumôniers de Madame
la Duchesse deBcrry. M.l'Abbé
de Magnas, M. l'Abbéde
Verthamont, Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monsieur le Duc d'orleans.
Derriere le faureüil du
Roy estoit assis M. le Duc de
Villeroy
,
Capitaine des Gar
des. Derrière Madame la Dii.
chosse de Berry M. le Marquis
de Coëtenfo son Cheva
lier d honneur, Madame la
Duchesse de S. Simon la Damed
honntur, & Madame la
Marquise de la Vieuville re
Damed'atours. DerriereMadame
estoitassise Madame de
Châteautieri; & derriereMonsieur
le Ducdd'Orleans, M.le
Marquisd'Estampes son Capitaine
des Gardes. Madame
la Duchesse, Madame la Princesse
de Conty
,
& Mademoiselle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le nja.
me jour S. M. entenditleSalut
à six heures du soir.
,
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conseil d'Erat. Madame
l'Ambassadrice d'Hollande,
& Mademoiselle sa fille
allerent à la toilette de Madame
la Duchesse de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eue cc
jour-là promenadeRoyale; il
y avoit plus de 100.carosses
à 8. ou à 6 chevaux. Ceux de
Madame la Princesse de Conti
fille du Roy, de Monsieur lé
Nonce, deMonsieur le Cardinal
de Rohan; ceux de
M. l'Ambassadeur d'Hollande,
dans l'un desquels il étoit
avec Madame l'A mbassadrice,
& Mademoisellesafille aînée,
& dans l'autre lereste de sa famille.
Celuy de l'Ambassadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet, rien n'est plus
grand que de voir de dessus le
Tibre
,
le Roy descendre le
long du Canal avec toute sa
Cour. Il n'est point de plus
beau coup d'oeil que cette varieté
: d'un costé sur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent; & de l'autre ce mélange
de Seigneurs à cheval , de carosses, &de peuple. L'ElecteurdeBaviere
arriva à neuf
heures du soir.
Le Lundydix l'Electeur entendit
la Messe du Roy;il y
eut cematin Conseil des Depêches,
& l'apresdinée pour
la premiere fois Conseil des-
Pat ties. S. M. alla après le diné
à la chasse: du Cerf.Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf; de
même que les Princesses, ôc
les Dames~Vvfines tri Aln<)
nes, & à cheval. L Electeur,
M. le PrinceRagotzi
,
M. k
Nonce, M leCardinal d-eRo
han, de même que tous les
Ambassadeurs y allerent aussi
avec un nombre infini détrangers
: il y avoir plus de
1000 chevaux, dont il yen
avoir zoo. de main qui sont
au Roy,que des Palefreniers
menoient, qui étoient couverrs
de caparassonstout brodez
d'or ; il y avoir aussi plus
de deux cent carosses ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
Conseil des Finances après la
Messedu Roy
,
& l'apresdinée
Conselt d Etat Les PrincesallerentavecplusieursSeigneurs
à la chasse du Sanglier
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc, fils de M. le
Comte du Luc, Ambassadeur
en Suisse, arriva à huit heures
du matin de Bade, & portala
nouvelle de la signature de la
Paix generale. Ce Seigneur
après le levé du Roy, fut presenté
par M. le Marquis de
Torcy, & entra avec S. M.
dans le ca binet;il-y eut enfuirc
Conseil d'Etat:lemême
jour M.le Duc d Enguien alla
avec plusîeurs Seigneurs à la
chasse du Cerf
,
&le Roy alla tirerlapresdinée..
Le Jeudy treize on chanta
à la Messe du Roy un motet
de la composition de M. Dubuisson
,il y eut Conseil d'Etat,
& symphonie audiné du
Roy, quialla immédiatement
après à la charteduCerf:Ma
dame, Monsieur Je Duc d'Orleans,
Mademoiselle deCharollois,
MesdamesdeMaillebois
, de Rupelnionde
,
& de
S. Germain étoient dans le carosse
de S. M. Tous les Princes,
& Seigneurs de la Cour
y allerent aussi ; lesPrincesses
ôc Dames vestuës en Amazonesà
cheval
,
&celles qui
étoient en caléches en Siamoises.
L'Electeur, M.le Cardinalde
Rohan, M. le Prince
Ragotzi,M le Nonce, tous
les Ambassadeurs&Envoyez
estoient du nombre.Il yavoit
plus de 1000. chevaux,sans
compter les carosses, caléches,
brelincs
,
phaëcons, & guinguettes
ou chaises, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté Il y avoitplus de300.
chevaux de main du Roy avec
des caparassons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs Au
retour on fit la curée à huit
heures & demie devint S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
sonnoient, & que 1 80 chiens
estoient après le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux , j
tout cela à la lueur de 100.
flambeaux portez par des Palefreniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vcndredy quatorze ily
eut Conseil de Conscience.
M. le Cardinal de Rohan
y M le Prince de Rohan
,
M.
le Prince d'Espinoy, & M. le
Prince de Soubite allerentàla
toilette de Madame la DuçhessedeBerry
luy presenter
àsigner leContrat de Mariage
de M.le Prince de Soubise
avecM ademoiselle d Espinoy,
qjx cette Princesse signa: M,
le Duc d' Enguien alla ce jourlà
à la çhasse du Sanglier; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apresdinée.
Le Samedy dix huitily
eut Conseil des Finances.M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouse allerent à la chasse
du Cerf L'apresdinée S. M
travailla avec M. Voisin.
Le Dimanche seize ily eut
Conseil dEtat. M. le Cardw
.nal de Polignac, M. l'Archevêque
de Lyon, M.le Duc
de la Tremoille
,
M. lAMbassadeur
de Malthe
,
allèrent
à latoilettede Madame lapu.
chesse de Berry, où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conseil d'Etat
J'apresdinée.
Le Lundy dix Centième le
Roy prit medecine. M le
Duc d'Enguienalla à lachaflè
duSanglier,il en prit deux
,
H y eut ce jour là Conseil des
Parties le matin; & l'apres
-
dinée,
dinée Contcil d Etat.
Le Marrlydix huitiémeil
y eut Confcil des Finances
& l'aprcfiinée chasse du
Cerf.Tous les Princes, Princesses,
l'Elc(^cur, les Ambassadeurs
y allèrent aussî; & au
retour on fie la curée en prefcnce
du Roy,de l'Elcatur,
de M.le Duc d'Enguien tde
M. leComte deCharolloisjÔÉ
de tous les Seigneurs de la
Cour.
", Le Mercredy dix neuvième
on chanta àla M~(Te du Roy.
un Motet de la composition;
4cM.la Louerte :il y cur Conseil
d'Etat, & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
&Ministràe. Le Roy allatirer son déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade,àqui S. M.
demanda ;sitout estoitfini, ouy
Sire réponditce Maréchal-,
laPaix Generale estifgnee; ~y
le Prince Eugene m'a ajjuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtième ily eut
Conleil d'Etat Une très bdle
tymphonic au dîné du Roy,
qui alla à la chasse du Cerf,
de même <jaerElcÛeur ¡.t9vf
resPrinces,Seigneurs&Dames
de la Cour.
- Onjoue un très-grosjeu
tou lés jours chez l'Elcaur. ,,AVIS.
o On a faitcourirst bruità Parts
)^ueAf ctetVoolhouJt'(jtntiU
homme £r Oculiste Anglois,
estoit mort depuis deux mois ,
tarif a,causequila!change de
quartierquasaused'unemaladie
darigereufe
,
dont M. Geoffroy
roffu'" s en Medecine
,
la en.
tièrement. guéri;maiscebruit
estmalfondeiit avertit lé
Public qu'ila demeuré cy devant
pendant bien des années au Fauxbourg
Saint Germain; & qu'il
demeurepresentement auCollege
de l'Ave- Mariavis à visle
petit Portail de Saint Eftirnne
du Adont;prés Sainte Gcntviéve.
Ilpratique,trentetrois différentes,
Opérationsmanuellessur
lesyeux :&ilremédiépardes
medicamens, doux,prompts 04
furs,à tous les autres mauxguefïjfablesdé
Uveùëjentrelèscens'
joixante&treize maladies JiffiJ
rentes, qui peuvent attaquer ,
toeil. Il donnera une lifte des personnesqu'ilaguerià
P~y~ à
tous ceux. qui lajoahaltèrent^
AUTRE AVIS
de grande confequcnce.
Le sieur Godeheult le fils , MarchandTailleur, demeurant
rue Tirechappe, du côté de la rue
Betizi, il'Enfeignedu Point dtt
jour yquartier de la rue de la
Monnaye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutesfortes
d'habits &surtoutstantbroi^.
que gallone ey unis: il habille
Aegimens Livréesil troque
toute forte de Gardérobé
q,
&enfin
il. habille à l'année de toutes
fafoils, proprement,magnfiiquement
& à justeprix.
Onaimprimédepuis peu
à Paris deuxLivresNouveaux,,
dont l'un a pour rirre ItHiC.
toire des quatre Cicerons, ôc:
l'autre l'Histoire des Campagnes
de S. A. S. Monsèigneur
le Duc de Vendosme. Je
donneray le mois prochain
Un extrait de ces deux Livres^
Ils se vendentauPalaischez
Pierre Huet, sur le second
Perron de la SainteChapelle
au Soleillevant.
Voicyunepetite Piecequ
jeviens de rècevoir de la mâiô*
d'unde mes' amis, il m'asseure
qu'ellen'estpoint a-ïicie^
ne ,
cependant elle ne m'a
pointdu tout l'air moderne:
quelque âge quelle ait, ceux
quinel'ont point vcuë feront
bien aise de la voir, & ceux
qui l'ont leuë, ne feront pas
fâchez.de la relireencore.
Nmijjeattmendbr*
moit en tombant dans
la Seiney
JMiitteaiseauxrnerueil-*
loient & ranimoient
maveine 9 ; Uneaurore naissante éclai-
.,.' it unchemin )
DlIoù le Zcphire & flore
avecleur douce haleine
Fal/oient, neigersur moy
la rosè; &. lejasmin.
J'oepperçus teut à coup la
beaut quej'adore.
J'oubliai les ruisseaux,
Je ne vis plus d'oiseaux
Je > ne vu plus d aurore;
De roses, de jasmins,de
Zephire,ny de Flore.
)'al
J'ay vû l'heure que j'allois
estre obligé de donner ce
mois-cy un Mercure dcfiguré.
L'article des Mariages qui
estle plus beau & le meilleur
du Livre a pensé n'y pas estre,
par la négligence de mon Genealogiste.
Je fuis si piqué
contre luy
, que je ne peux
m'empescher de vous l'annoncer,
Meilleurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde:c'est en
un mot un vray Democrite
qui se moque de tout, de ses
Genealogies,de sa propre personne
,
de mon Mercure ôc
de moy. Jugez s'il a tort, &,
lisez à bon compte Thistoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon, Secrétaire
du Roy
,
fils deM. Papillon
,
épousa le 30Aoust
Daraoiselle Renée-Françoise
Feydeau
,
fille de feu Messire
Charles Feydeau
,
Capitaine
au Regiment de Champagne,
& de Dame Marie Anne du
Plcffis
,
petite fille de Pierre
Feydeau, Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy, Receveur
general des Gabellesà
Paris
, & de Catherine Vivien,
& arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conseiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Ester Baillis-
Ledit Antoine Feydeau, fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. &enterré
& saint Medericoù se voit son
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de se marier, avoit
fait ses preuves pour l'Ordre
de Malthe, & elles avoient
esté admises.Cette famille s'est
alliée à celles de Mesmes.
d'Hennequin,le Camus,Maupeou,
Montholon, le Febvre
d'Eaubonne, Voisin, Roüillé
de Meslay, de Machault, & à
la Maison de Daillon du Lude.
MessireeJean-Auguste le
Rebours, Conseiller au Parlement,
fils de MessireClaude
le Rebours, Seigneur de faine
Mars,Conseiller d'honneur
au Parlement,& de Dame
JeannePantin de la Guerre
, épousale trois Septembre MarieLoüise
Chuberé
,
fille de
Pietre Chuberé
,
Avocatau
Parlement, Banquier Expéditionnaire
enCourde Rome,&
Secretaire du Roy, & deMarie
Regnault sa seconde femme.
M.le Rebours est cousin
germain de M. Alexandre le
-
Rebours Intendant des Finances,
& de Dame Elizabeth-
Therese le Rebours, femme
deMessireMichelChamillart,
cy devant Ministre & Secrétaire
d'Etat, Controlleur General
des Finances, Commandeur
& Grand- Tresorier des
Ordres du Roy, & ils font
tous trois petirs cnfans d'Alexandre
le Rebours,Seigneur
de Bettherandfosse,Président
de laCour des Aides fils de
Guillaume le Rebours, Seigneur
de Bertherandfosse.Président
de la Cour des Aides, u
Conseiller d'Etat, lequel étoit
fils de Germain le Rebours,
Seigneur de Bertherandfosse,
l'un des pluscelebresAvocats
du Par lement de Paris, & le
plus employé de sontemps.
M. le Comte de Roucy,
Mettre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie, épousa le
4. Septembre Damoiselle.
Huguet, fille d'Alphonse Denis
Huguet,ConseillerauParlement,
& de Marguerite de
Turmenyes, & petite fillede
Simon Huguet mortSecretaire
du Roy en 1631. sorty d'une
famille de la Ville d'Orleans,
où elle subsiste encore
à present. M. le Comte de
Roucy est fils de Messire François
de la Rochefoucaudde
Roye,Comte de Roucy )Ljeu.
tenant General des Armées du
Roy, cy devant Capitaine-
Lieutenant - des Gendarmes
Ecossois, & de Dame CatherineFrançoised'Arpajon,
fille
de feu M. le Duc dArpajon,
petit fils de Frederic-Charles
de la Rochefoucaud de Roye,
Comte de Roye & de Roucy,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France, Maréchal
de Camp General des
Troupes du RoydeDannemarck
,
& Chevalier de son
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Isabelle deDurforc-
Duras, arriere petit fils de-
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
dela Tour en Auvergne.
Ledit Prançois de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye,
Comte de Roucy; & de Claude
de Gontheau de Biron,&
petit fils de François de la Rochcfoucaud
troifiémc du nom
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marsillac,Chevalier
de l'Odre du Roy, Capitaine
de 50. Hommes d'Armes de
ses Ordonnances;&de Charlotte
de Roye sa seconde femmeComtesse
de Roucy
,
soeur
puisnée d'Elconore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maison
de la Rochefoucaud
,
l'une
des plus illustres du Royaume
,
descend de Foucaud Seigneur
du Chasteau de la Roche
en Angoumois
,
dit depuis
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. &.' elle
s'esttoûjours alliéeauxplus
grandes Maisons. Voyez la
Genealogie decette Maison
dans l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne. t.
M lePrince deSoubizefils
de M le Prince de Rohan
a, Lieutenant General des Armées
du Roy, Capiraine Lieutenant
des Gendarmes. de
sa Garde
,
Gouverneur de
Champagne,& de Brie ; &
de Dame Marie-Anne- Geneviéve
de Levis de Vantadour,
a épouséMidemoiselle de
l'Espinoy,fille de feu Messire
Louis de Melun
,
Princede
l'Espinoy
,
& de Dame Elisabeth
de Lorraine Lisbonne.
La Maison de Rohanest une
des plus illustres de laProvincc
de Bretagne; & elleest connuë
depuis l'an 11 00. que vivoit
Alin premier du nomVicomte
de Rohan.. M.le Prince de
Guimenéenest l'aîné,&ila
# # pour cadets Messieurs les
Princes de Soubize :les Seigneurs
du Poulduc dans 1 Evêché
de Vannes.subistant
encore à present en Bretagne
font aussi de cetre Maison,
comme on le peut voir à la fin
de rt-Moirc du Maréchal de
Guebrian par le sieur le LaM
boureur; voyez aussi pour
cette genealogie la nouvelle
édition de l'Histoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France; de même
que pour la genealogie de la
Maison de Melun qui ca aussi
une des plus illustres&des
plus anciennes du Royaume.
Messire Mathieu de Montholon
Conseiller au Grand
Conseil ;fils de Messire Mathieu
de Montholon Conseiller
au Chastélet; & de Marie
Ravier, a épousele SeptembreDamoiselleClotilde
le Doux de Melleville,fiile
de feu Claude le Doux, Seigneur
deMelleville,Conseiller
au Parlement; & de François
se Nau
,
petite .fille de Claude
le Doux Seigneur de Metleville
, mort Gonseiller au
Parlement en 1 6j 2. & arrière
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maistre
des Requestes ordinaire de
l'Hôteldu Royen 1617. lequel
estoitfils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville
,
Prefident
,
Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
d'Evreuxd'où cette famille est
originaire.M;de Montholon
estfrere puisné de Messire
François de Montholon Inspecteur
General de la Marine
'.& des Galeres
,
marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion,
fille deM. le President
de il a pour trisayeul
Messire François de
Montholon Seigneur du Vivier
& d'AubervilliersfaitGarde
des Sceaux deFrance l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneurd'AubcrviIlkrs,aussi
Garde des Sceaux de France
en 1588.Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
est originaire de la Ville dAutun
,
l'HistoiredesGrands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Messire. de Lataignant,
Conseillerau Parlement, fils
& petit fils de Messieurs de
Lataignant Conseiller auParlement,
a épousé Mademoiselle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier duConseil.
MORT.
François Bernard
,
Seigneur
d'Aigresain
, mourut le i Septembre,laissant des enfans
de Dame Pujol safemme
qu'il avoir épousé depuis peu
d'années, fille de Jacques Pujol
Avocat au Conseil
,
&
d'Elisabeth Charon de Monceaux.
Ilestoitfils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigresain
& duChemin enBrie,Sccretaire
duRoyen1659.&favory
de M. Fouquet SurIntendant
des Finances, &petit fils de
Louis
Louis Bernard sieur Duchémin
Secrétaire de la Chambie
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin
, morten
1623.&enterré dans l'Eglise
de NeumoustierenBric.
APOSTILLE.1
La Ville de Barcelone est
enfin prise
,
& rendue à difcretton.
J donneray le mois
prochain un Journal hisiorique
de tous les grands éveneTABLE.
desGrecs &disRomainspour
celebrer la naissanes de leurs
Rois. 83
Discours sir l'origine du tmts,
87
Acrostiche de Loüis le Grand,
&c. l,
Traité des Acéphales ,des
hommessans tête. 98
SiS.Aubuin en a vû. 103,
tablé;
Enfants.néssans tête. iog
Par ou l'enfantse nourrit avant
que d'êtrené.115
ArticlequePersonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre singuliers
écrite du Pardo le 15. jdoujf.
112,
Nouvelles. 115
Discours des Deputez de la Province
deLanguedoc au Roy.
133
AMonseigneurleDauphin.141
Version paraphrasée de la 2. 9e.
Ode du 3
e. Livre d'Horace
adressée à Mécénat
,
qui commence
par TynhenaRegumprogenies.
147
TABLE.
Avis utile aux Mathématiciens.
169
Paralelle de M. Devise& de
M.delaBruyere.173
Critique d'un distique de Centeüil
à l'occasion du Portrait
»
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le seiur de la Haye.
175
Remarque d'hasardsur la petite
Comeaie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre. 177
Article pour la. Province qui
contient lePrologue&les Diverrissement
des Festes du
Cours. 18^
T A B L E.
Chapitre où enattendant les con.
clusions de la Paixgénérale * l'AuteurduMercure declare
laguerrea l'Auteurdujournal
JeVerdun. 15>7
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
delaPaix. 103
Etrange avanture arrivée à fonist
au Curé de S Mathias
accuséd'entretenir des correspondancescriminelles
en France
,
&sajudtification. 107
Article des Morts. 117
Reflexions inutiles,133
lettre de M. P. à l'Auteur.
2,36
T A BLE.
Envoysur le mot de la derniere
Enigmedumoispassé.241 Enigmes.244
Chanson. 249
Trés-beau rayonnementde l'Auteur.
1jo
Liste des noms de Messieurs les
Plenipotentiaires dPe.mblt'{ à
Bade pour le Congrez de la
Paixgenerale.258
Nouvellesdece quise passe dans
Barcelone, & de la disposition
des Troupes depuisle 11,
Aoust juscqu'àpresent. 276
Journal de ce qui s'est passéà
Fontainebleau j/,/[qu'/Ul.2.0..
Septembre. 304
T
-
A BLE.
Avis pour placer la Figure.
L'air doit regarder la page
248
MERCURE
GALANT.
APARIS,
M.DCCXIV.
AvecPrmUge du 9ty.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur L.F.
Mois deSeptembre
1714.
te prix est 3 o. sols reliéen veau, &
1 5. sols, broche.
A PARIS,
Chez DANIEL JOLLET, au Livre
Royal, au bout du PonsS.Michel
du côté du Palais.
PIERRE RIBOU,à l'Image S. Louis,
sur le Quay des Augustins.
Au Palais, PIERRE HUET, surle
second Perron de la Sainte Chapelle,
au Soleil Levant.
AvecAprobation,&PrivilègeàuRùi
MERCURE
1
NOUVEAU.
Es intentions ne
prévalent point à
l'égard des lecteurs
qui veulent de nous
lexecution des choies dont
ilstirent les raisons qui leur
fervent à nous louer quelquefois
, & le plus souvent
a.' nous blâmer; cependant
j'aicontrariéavec eux un
engagement qui doit dissiper
ma frayeur. Leur indulgence
m'a mis jusqu'à
present en possession de
m'exposer hardiment tous
les mois à leurs yeux. Si les
visites fréquentes que je
leur rends ne sont pas reglementornées
de l'éclat
d'une belle suite, c'est que
je les croy trop justes pour
ne pas me dispenser genereusement
des frais du cérémonial.
Ainsi je vais me
servir
,
à propos ou non,
de la liberté qu'ils me donnent,
pour leur faire part
du dernier projet quej'ai
forme sur un article dont
je n'ai point encore parlé.
Lorsque j'aurai quelque
extrait de Litrerarure, de
Philosophie, de Morale,
ou de Physique à donner,
je m'atracherai toujours à
debiter les opinions que je
croirai les plus sûres, & je
m'éloignerai autant que je
le pourrai de celles qui me
paroîtront trop rigoureuses
outrop relâchées; cependant
comme il n'est
rien de moins infaillible
que mon jugement, je ne
hasarderai jamais de rien
mettre sur le tapis qui ne
foit accompagné au moins
d'un abrégé des réponses &
des objections qu'on aura,
faites aux questions que je
proposerai Ces précautions
sontassurément bellesmais
avec tout cela je ne fuis
point sur de plaire à tous
mes lecteurs. Je suis, graces
à Dieu, trop sage pour
m'en desesperer, & je ne
fuis pas assez novice pour
ignorer qu'heureusement
personne n'a encore trouvé
le secret de contenter tout
le monde. C'est un chefd'oeuvre
qui passe le pouvoir
des hommes, & selon
le sentiment des Poëtes,
celui même des Dieux.
* Que le ciel soit serain, ou
"—que Jruj piter tonne,
Qtfil envoyé aux mortels la
pluye ou le beau temps,
Ils murmurent toujours de tout
ce qu'il leur donne,
Etjamais ils nesontcontens.
Pour moy ,
traitéavec
*.Tksognii PoëteGrec.
indulgence, ou approuvé
des honnêtes gens pour
qui j'écris, & de qui je veux
m'efforcerde meriter les
suffrages
,
j'irai toûjours
mon train; & pour commencer
à les entretenir,
comme ceux qui voudront
prendre leur part de l'amusement
que je leur offre,
je vais conter l'histoire
de Sainte Colombe.
HISTOIRE.
BEl exemple à qui veut le
suivre !
Le François qui croit tout
charmer
S'imagine aisément qu'il doit
tout enflâmer;
Deses doux attraits il s3triyvre.
:
Mais il trouveen chemin gens r prompts à l'affimmer,
Et qui lui montrent mieux
que dans lemeilleur livre,
Commeon guérit chez eux de
la rage d'aimer.
Sainte Colombe, Lieutenant
de dragons dans Fimarconcroit
un jeune Gentilhomme
des plus braves,
& des mieux faits que le
Roy eût dans son armée
d'Italie la premiere année
de cette guerre. Son efpric
& son courage l'auroient
vraisemblablementmené
fort loin, si un malheureux
amour n'avoit pas détruit
les esperances que tout le
monde avoit conçues de
sa valeur.
Se promenant un jour sur
le glacis de Mantouë, ( où
son regiment etoit alors)
avec Meilleurs de Thuis ôc
de Ramboüillet) Lieutenans
comme lui dans Fimarcon
: J'ai bien des choses
à vous conter, mes amis,
leur dit-il, entrons dans ma
tente. Fontenay ( parlant
de moy) fera des nôtres,
& Severac fera nôtre cinquiéme.
J'ai un bon alloyeau
à la braize, des salames
,des langues de France,
d'excellent vin de Vienne,&
le plus beau fruit du
monde à vous donner. J'ai
fait faire dans la terre un
trou qui a prés de cinq
pieds de profondeur, deux
douzaines de bouteilles
de vin y sont enterrées. sur
un lit de paille, que j'ai fait
couvrirde quinze ou vingt
livres de glace, sur lesquelles
reposent & se rafraîchissent
à present les melons
,le fruit & les anchois,
que nous allons manger.
Il était environ neuf
heures du matin, lorsque
cette belle proposition fut
faite à ces Messieurs, que
nous attendions depuis plus
d'une demi heure dans la
tente de Sainte Colombe.
Dés qu'ils y furent entrez
, nous nous mîmes a
table. Nos premiers momens
furent employez à
boire fort po iment à la
fanté les uns des autres:
mais de sance en santé nos
timbres s'échaufferent si
bien, que nous nous faisîmes
d'un coffre qui nous
servit de buffet & de gardemanger.
Nous congédiâmes
les valets, & nous nous
tnîmes à dire de nôtre prochain
tout ce que nousen
sçavions, & tout ce que
nous n'en sçavions pas. - Messieurs, nous dit alors
Ramboüillet, si vous vou.
lez que nous ayons ici le
plaisir de nous entendre,
parlons chacun à nôtre
tour, & contons,nous de
bonne foy toutes les affaires
galantes que nous avons
euës depuis que nous sommes
en Italie. Tirons au
billet à qui parlera le premier
; nous recommencerons
à tirer jusqu'à ce que
nous n'ayons plus rien à
dire; & à chaque pose que
fera le raconteur, nous boirons
une razade : mais il
faut qu'il mesure son discours
de façon que nous
puissions tous cinq faire
nôtre ronde, pendant qu'il
nous contera son histoire.
Cet expedient fut trouvé si
joli, que nous topâmes tous
à la proposition.
Si l'on faisoit difficulté d'ajoûter
foy à ce que je vais
dire, je citerois desgens desi
grande autorité, que j'en serois
assurément crû sur leur
parole: mais je pense qu'ilseroit
injuste, & qu'il est inutile
d'appeller de tels noms en
témoignage sur nos extrava.
gances. - Nous fîmes quatre billets
blancs & un noir, nous
les mîmes dans un chapeau,
& nous tirâmes. Le fort
tomba sur Ramboüiller,
qui, après une petite ceremonie
bachique, commença
son histoire à peu
prés en ces termes.
Je fuis, comme vous
voyez,Messieurs, grand,
-
bien fait, & passablement
aimable.
-
Je n'entreprends
point
point d'affaires de - coeur
pour mes,amis, ou pour
moy que je n'en vienne à
bout. En voici lapreuve.
- - Il y a prés de six semaines
que M. de C** Brigadier
des armées du Roy,
devint à Guastalla,amou.
reux à la folie de la belle
Olympe. Un jour nous promenant
ensemble après le
dîner : Ramboüillet, me
.dit -il, comment vont tes
amours ici? Si bien, lui répondis-
je, que je ne changerois
pas ma maîtresse
pour la plus belle filleda
monde. Son nom?Rosa.Où
demeure-t-elle? A côté de
la grande Eglise) vis à vis
le Palais Serenissime. Corbleu,
reprit-il en m'embrassant
,Olympe est sa voisine
; je ne sçai pas même
si elles ne logent pas ensemble.
Quelle est cette
Olympe? C'est, me dit-il
avec chaleur, une grande
fille vive, brune, blanche
& belle, s'il en fut jamais.
Vertu de mavie, lui dis-je,
où avez-vousdeterré cette
poulette? Si je n'adorois pas
ma divine Rosa, qui est sa
bonne amie, je ne sçai pas
si un Brigadier d'armée
comme vous, ne se repentiroit
pas bientôt d'avoir
fait une pareille confidence
à un Lieutenant de dragons
comme moy : mais je vous
aime,&je veux vous faire
moissonner ici plus de mirthe,
que vous n'avez de
vôtre vie moissonné de lauriers.
Cependantoùen êtesvous
avec elle? quelle langüe
lui parlezvous ? elle ne
sçait pas un mot, de François
, & vous ne sçavez pas
un mot d'Italien. Bon, me
dit-il,voila une belleaffaire
! J'ai trouvé ici un
grand Negre, dont la femme
estseche & blanche;
ces deux creatures en sçaventautantque
le diabie,
pour faire reüssir les avantures
les plus difficiles. Le
Negre écrit pour moy , &
il m'assure qu'on me répond
regulierement les plus
obligeantes chosesdu monde.
J'ai déjà même été deux
où trois fois la nuit à lajalousie
,
où j'ai baisé avec
transport une fort belle
main. La peste, Monsieur
le Brigadier, lui dis- je, vous
en sçavez bien long. Je
fuis sûr qu'il vous en a déja.
coûté plus de dix pistoles
pour baiser la main d'une
servante, & qu'Olympe ne
sçait pas un mot de vôtre
amoureux martyre. Vous
commandez ici, faiteschasfer
le Negre & sa femme,
qui se moquent de vous ,&
laissez
- moy le foin de vos
affaires. J'y consens
, me
dit-il : mais, de grâces, ne
t'expose point mal à propos
ni pour toy, ni pour moy.
Allez, lui répondis je, tranquilisez-
vous sur mon compte,
& regardez-moy comme
le plus sot dragon de
l'armée, si dans huit jours
au plus tard nous n'escaladons
le mont Olympe. Va,
cher ami, me dit- il, oùl'amour
& la gloire t'appel
lent.
,
* L'infamie est pareille, &
fuit également
Le guerrier sans courage, &
le timide amant.
J'attendis que la nuit fût
venuë pour mettre ( com-
*DuCid.
me j'avois coûtume de le
faire) deux dragons en
faction autour de la porte
de Rosa. Mes mesures prises
, une jeune fille qui la
servoit vint m'avertir qu'il
étoit temps d'entrer dans la
maison,& qu'elle alloit
m'attendre à la porte du
jardin.Je ne manquai pas
de m'y rendre aussitôt, ôc
d'y trouver cette fille, qui
me mena dans un petit cabinetde
verdure, où mon
incomparable Rose chantoit
avec une langueur inexprimabledesairs
tendres,
qu'elle marioit-admirablement
avec les doux accords
de son luth. Aussitôt me
sentant à ses genoux : Avezvous,
me dit-elle, autant
d'amour pour moy, que
j'ai de bontez pour vous
Ah ! divine Rose
,
luirépondis-
je que vous avez
lieu d'être contentedemoy,
si tout l'amour dont je brûle
pour vous peut être d'un
prix proportionnéàl'excés
de vos bontez.Mon cher
bien, reprit-elle,sij'en crois
vos lettres, vos sermens ôc
vos transports, que nous
allons
allons être heureux ; nous
n'avons point de jaloux à
craindre,&nul mortel dans
l'univers ne peut nous disputer
maintenant la felicité
la plus parfaite. Figurezvous
mes amis, que de
charmes ! que d'heureux
momens iquel bonheur
pour moy Si je voulois
vous tracer ici une foible
ébauche de mes avantures,
jevous representerois
cette incomparable nuit de
Petrone *: mais cette fidelle
peinture de mon bonheur
*, Qualisnox suitilla,c.
vous rendroit;trop: jaloux
demafélicité. Un petit soupéfin
& un media nox delicat
furent les intermedes
de nos plaisirs enfin elle
fit insensiblementsuppléer
à mes plustendres soinsla
douceur d'une conversation
charmante. Ce fut alorsque
je me souvins des
intérêts de M. de C ** Je
lui demandai comment elle
vivoir avec Olympe. Elle
est, me ditelle, ma meilleureamie,
& jç VQUS assure
quejene crois pas q;'jl
y ai aumondepte ai.
aimable fille qu'elle. Procurez-
moy, belle Rose,lui
dis- je, l'occasion de l'entretenir
un moment de l'amour
dontnôtre Commandant
brûle pour elle; je lui
ai promis de mettre tout en
usage pour le servir, con-
« ,.. tribuez detout vôtre pouvoir
à l'execution de ma
promesse. Je ne veux pas,
me répondit-elle,vous faire
trop valoir un si petit fervice:
amenez-le seulement
ce foir ici avec vous, des
que la nuit fera venuë, &
noussouperons tous quatre
ensemble La pointe du jour
commence à paroître, il est
temps, mon cher,que nous
nous separions; forcez, allez
vous reposer, & promet
tez àvostreCommandant
tout ce que je vous promets
de faire aujourd'hui pour
lui. Enfin je la quittai plein
de mon amour, &du desir
de la revoir incessamment.
Je fus dîner chez M. de
C ** ,je lui contai en particulier
le succés de manegociation.
Il m'embrassade
joye, & dans l'impatience
de voir bientôt le Soleilse
coucher, il se pressa de donrièr
une demi douzaine
d'ordres inutiles, qui penserent
détruire tout l'arrangement
de nôtre partie.
Cependant je le menai chez
Rose, où je lui servis honnêtement
d'interpretemais
pource jour là
,
Olympe
rutaussi peu sensible à mes
discours qu'au langage de
ses yeux; je me contentai
feulement de mettre ses af- J
faires en assez bon train
pour lui procurer d'autres
rendez - vous. Quelques
joursaprès ilnousvint un
ordre cruel de sortir de
Guastalle, & de nous rendre
ici. La necessité de ce
départ fut pour moy un
vrai coup de foudre. J'écrivis
là dessus à Rosa un billet,
dont voici les propres
termes.
La mort me seroit moinsfuneste,
divineRose, quelemalheur
qui m'accable. Je ne peux
envisager rien de plus affreux
que l'inflant quiva nousseparer.
Mon devoir m'arrache a
monamour,&dans laconsternation
où jesuis, je ne vois
que mondesespoir qui pùijJo
m'affranchir desmaux où me
livrela douleur de vousperdre.
1
Cette aimable fille réponditcesmotsàmonbillet.
Ne me parlez, cruel, de def
espoir ni de mort: mais sivous
m'aimez autant queje le croy,
consentez seulement quemon
amourm'arrache à mon devoir.
Je ne vois ni gloire, ni vertu
à se resoudreà soffrir des
peines mortelles loin de ce que
l'on aime. Rien enfin ne peut
me retenir où vous ne serez
pas ; C74 sous le pretextede
chercher un asyleplus sur à
Mantouë,je vais m'abandonner
toute entiere a mon amour,
&* m'y rendre incessamment
survospas.
Elle me tint en effet parole,
& le surlendemain, à
la pointe du jour, elle pria
nôtre Colonel de lui permettre
de profiter de l'occasson
du départ de son
regiment, pour se rendre
plus sûrement ici, où elle
est
, grace à Dieu, maintenant
chez une Dame de ses
parentes, quiestla, plus
raisonnable &la plusaimableveuve
du monde.
C'est là, mes chersamis,
où j'ai tranquilement &
commodement lebonheur
de la voir tous les jours.
BUFONS:
Nous recommençâmes
alors la ceremonie du chapeau;
le fort tomba sur
moy, & je ne me tirai pas
mal d'affaire:mais je prends
la liberté de me dispenser
de conterici mes avantures.
Quoique bien des honnêtes
gens,& sur tout mon Colonel
;r qui est un grand
,
Seigneur,& qui mefait
l'honneur de me lire tous
les mois, puissent assurer
qu'elles ne font pas des
moins rares; mamodestie
cependant souffriroit de
l'étalage de mes folies.
Dés que mon tour fut
passé, le billet noir échut
à de Thuy, qui nous dit
sans préambule que nous
sçavions bien qu'il étoitun
vieux Rêtre ; que depuis
plus de vingt ans il n'avait
eu de bonnes fortunes que
dans le camp, ou aux environs
; que les périls qu'il
avoit courus en amour,
étoient differens de ceux
ausquels nous nous exposions
tous les jours; qu'il
n'avoir jamais apprehendé
ni poignard ni poison, 8c
qu'en un mot nous n'aurions
aucun plaisir à entendre
des avantures dont
les heroïnes avoient ordinairement
passé par les
mains du Prevôt de l'armée
;
qu'aureste il ne s'excusoit
point de nous conter
sesproüesses, pour s'exempter
de boire les cinq rasades
stipulées dans lau(taftvention;
qu'ilavoitl'hônneur
d'êtreChevalier de la
table ronde, & qu'il étoit
trop instruit desdroits de
la Chevalerie pour cofl^
mettre telle selonie;que
cependant il nous prioit de
le laisser boire dun trait ]-te
cinq rasadesdont il e'tUX.
question. Cette affaire examinée,
& decidée serieusement
dans nôtre petit
conseil
, nous lui abandonnâmesune
bouteille de vin,
qu'il avala comme une cerise.
Allez, mesenfans,
nousdit-il aprèscetexploit,
&tenant toujours sa bouteille
entre les bras, vous
ferez les plus heureux mortels
du monde, si vous n'avezjamais
de plus mauvaise
fortune que celle-ci. Dans
la belle jeunesse où vous
êtes, ne vous imaginez pas
qu'il foit plus glorieux de
sacrifier à l'Amour qu'au
Dieu du vin. J'ai passé par
vôtre âge,j'ai de l'experience
& de la lecture
,
&
je me regarde au milieu de
vous quatre, qui êtes les
plus étourdisjeunes gens
de l'armée, comme l'indifferent
Eumolpe dans le navire
du malheureux Lycas.
Un orage épouvantable
saisit de crainte&d'horreur
tous les libertins qui étoient
sur ce vaisseau ; ils ont recours
à la clemence des
Dieux qu'ilsimplorent, ils
font des voeux: mais àpeine
echapez du naufrage , ils
ne se souviennent plus du
péril.Passato il pericolo,gabbatoilsanto.
Prenez garde
à vous, mes chers amis,
songez quevous n'êtes
1 point dans un pays Q. la
galanterieFrançoise foit
obligeammentreçûë des
peres, des freres,ni des maris;
&si vous m'en croyez,
traitez de fadaifçs & de fo.
sises les belles merveilles
que je viens dentendre, &
celles que vous m'allez
conter. Ce beau sermon fut
suivi d'un éclat de rire dont
nous le remerciâmes
,
&
sur le champ nous remplîmes
chacun nos verres pour
boire à la fanté de nôtre
Pedagogue, Il prit la chose
e merveille, & l'effetqu'il
vit que son difeours avoir
fait sur nous, le rendit de
la plus plailànte humeur
du monde. Hé bien, dir. ily
mes enfans, achevons donc
nôtre tâche, & que Sainti
Colombe6c Severac tirent ail
doigt moüillé à qui parlera
le premier.
Puisque le fort en décidé,
c'est donc à moy maintenant,
Meilleurs, nous die
Sainte Colombe, à vous conter
mes dernieres avantures.
Les voici.
Il y a environ cinq mois
que je fis un voyage à
Montpellier, où je promis
à
à une belle fille, dontj'étois
éperdument amoureuxdepuis
plus de trois ans, de
ne cesser jamais de brûler
pour, elle. L'inconstance,
quiest l'appanage de la
jeunesse, n'avoit donné aucune
atteinte à ma fidélité
pendant tout le temps que
mon devoir nous avoit Ceparez
lun de l'autrei&
dans cette derniere entrevûë,
où.je renouvellai encore
cent fois à ses pieds
tous les sermens d'un amour
éternel, je lui jurai, si son
coeur étoit toujours d'accord
avec le itiieri^/ d'unir
ma destinée à la tienne, ôc
de faire consentir mes parens
à cetre union à la fin
de cette campagne.Rempli
de la douceur decedèssein,
jeVis avecindifférence
toutes les bêautez du Dauphiné
je fisvoeu., avant de
paflferlesAljtes, de ne';rÎèn
aimet en Italie. Suze,Turin,
Valence,Pavie, Cremone,
Plaisance & Milan,
n'offrirent à mes yeux que
des objets qu'ils regarderent
avec toure la négligencedumonde:
mais une
miserablebicoque devoit
triompher demes sermens,
demesvoeux,&dema fidélité.
Je fus detaché vers la fin
du mois de Juin dernier,
avec une croupe de dragons
; on m'envoya à Alexandrie
de la Paille, où le
Maire de la ville me logea
cbezun pauvre Boulanger.
Jerestai deux.ou trois jours
dans cette maison sans voir
mon hôte: mais ce bon
honme fut si content de lamaniere dont jevivois
chez lui, &demon attention
à conserver le peu qu'il
avoir, qu'il Ce determinaun
matin à entrer dans, ma
chambre pour m'en mar.
quer sa reconnoissance.AiSi
tous lesFrançoi&y mendieil
en entrant,en-usoienavec
nous comme vous, Mori,
sieurynous n'aurionsjamais
quedçlaubannf^roloniaM
de, lacendrelffe,pour eux:
maisils n'ont pasplutôtmis
lespieds dans une maison,
'qu'jlsjen chafferoientjs'ils
pouvaient, lemaître la
maîtresse,ou du moinsils
les ruinent.
-
Pourvous
Monsieur
,
quine leur ressèmblezpoint'
,je' fuis fî
charméde vôtre douceur,
& si prévenu que vous êtes
un honnête homme, que
jei neveux'' rien avoirde
caché pourvous. Je possede
environ pour tout bien-,
cent-Sequins * d'or, & deux
centPhilippesen argent.
Siyousavezbesoin de quelque
chose
,
n'épargnez ni
ma bourre, ni ma personne.
le^vpusXuisbien obligé,lifi
-n. *o- untrSeeejuinn viaout ewnviroan saixyfranecs.doi
**lephilippevautunÉca, -.
dis je, de l'offrequevous
metaicesydesappoincer
mens que je reçois du Roy,
& mon bien suifisent pour
remplir. tous mes.bdfbins.
Au reste défaite-vous,si
vous pouvezyde la mauvaiose
opinion que vous avez
des François, & coiaippez surmoy tant que je ferai
chez vous. J'ai encore autre
chosèà vous dire, Monsieur,
ajoûta-t-il, & c'est
ce qui me tient davantage
,
au coeur. Vousjugez jfez
a ma figure que jeis
pas jeune: mais vous Ne
devineriez pas que je fuis
marié depuis deux ans avec
une jeune femme, qui est
une dés plus belles personnes
de l'Italie. Vous devineriez
encore moins que
je fuis le pere dunejeune
fille de quinze ans, qui est
belle comme le jour ;' & en
un mot; vous ne sçauriez
pointsi jene vous l'apprenois,
que ces deux infortunées
creatures font
enfermées jour & nuit dans
un petit trou, où la lumiere
n'entre qu'avec peine ;elles
restentlà feules à s'affliger,
pendant que je fuis à mon
travail, & dés que la nuit
est venue, je vais les consoler.
Vôtre femme.&vôtre
fille, lui dis-je fechement,
vous appartiennent,
&il vous est permis d'en
faire ce qu'il vous plaît.
Pour moy ,
je vous jure
qu'il m'importe peu que
vous les teniez enfermées,
ou que vous leur donniez
la liberté. Cependant si je
vous fuis propre à quelque
chose, je vous assure que
je vous rendrai volontiers
service. Hémon Qjp, me
dit
dit ce bon homme en pieufant
je1 voudrois forcir de
cette ville, & allerm'éta
blir)i ajMantouç avec
1
ma
famille. Lavilleest belle ôc
grande, j'ytrouverai une
maison à louer,où je pourrai
loger plus commodément
ma femme ëe ma
fille; l'art ici un c heval,
&-.,,.un petit chariot où*je
les .embarquerai lorfql/e
Vous en sorcirez ,afin de
profiter de vôrre elcorte-,
jusquace que nous en trouvions
une autre par vôtre
moyen pour nous y conduire
,
supposé que vouf
nalliez point jusqua cette
ville,quoique vôtre regiment
y doive être à present,
comme je l'ai entendu dire '1 J a vos valets. Mais je ne sçai
pas, lui répondis-je, quan4
je forciraid'ici;si j'en reçois
l'ordre bientôt, vousgour*
rez à la bonne heure,pro*
siser dje cette oçcasionpour
me suivre. Alors le bon
homme me quitta, aussi
etonne de ma modération
que content de mesré
ponses.
;
Je laissai passer deuxon
trois jours sans lui parler
de sa famille:mais le troisiéme,
se croyant appa->
remment pleinement persuadéde
masagesse, il vint àma chambre me prier de
descendredans une fallc
baffe, oùil avoit fait apporterdes
viandes qu'un
Guisinier François qui étoic
à Alexandrie avoir accommodées
fort proprement.
Il avoit dressé unpetit buffet,
qu'ilavoit approché de
la place qu'il s'étoit deitinée,
pour être plus à por-'
tée de me verser à boire.
-Unmoment iprçsque-jô
fusentré danscet|ç fallçj
sa femme & si fille y.enr
trerentpar une autre porter
Lespremiersciyilitçzreaj
1Ù1 de part 4êl>d'ftutrjU
elles s'alfireeter^rç Iui:
moy---tukr?)
Unelampea|JttmÇG:fiir3&
cheminée, ?!:.bWl"
surlatable'i qupjqv-ensyjj
fassionsen plein jour,notif:
servirent a éclairer,lç
où pOU*Cïjonj< ',';, ».-» ji-f
ir-. Je vousproteste,sans
exaggeracion,que de vieje ma. aavoiskv4 rica de ij
bcecasudc, iriiïe^n#dre^ifiicp$avfLlfkafmiqou»edestie
,
l'innocence &; la
pudeur, quiétalotencrom
vê%leursg^£8ôes.ifi^4i<ai£i
vîfâges^ étoientà mfes yëuk litiornemerrrquirelcvoient
infinimentl'éclat
iIe. JeùÊ beauté. Je n'ccôis %-redcCa
desattaits si simples& si
naturels. Les objets qui
tmavciêt même piqué dapvaanrutargeentadviafnfotcremuexs-;
c&i, me
en
comparant mamaîtressede
llloncpellieràcrsbclksinconnuës,
je mçsentis forcé
..d'ayoüct' en moy-même
iqu'elle avoit presque toûjours
emprunté de l'étude
éti'da l'art les graces que
celles-ci devoient uniquement
àla natures En un
mot elle suroubliée dans
uninstant, &: rien depuis
nel'aidéfenduëdansmon coeur.
Cependantje ne sçai par
quellefatalitéjefussi frapé,
ou plutôt,siétourdi du
premiercoupd'oeildela
femme de mon hôte, que
sa fille ( quoique belle par
excellence)ne mele parut
que foiblement à côté de sa
belle-mere. Je ne fus dans
cette occasion
, où j'cm
besoin de toute ja prudence,
ni indisret niFrançois;
jee plaignis point
Jeur esclavage,& je loüi
oins leur beauté, que là
bone chere ôc>fo belle
humeur de mon hôte. (fn*
tM' Neanmoins je profitai àmerveille de tous* les
momens où son commerce
l'appella,ailleurs; pour
dire àces deux belles Ipei
sonnesles plusobligeantes
chosesdumonde.
jflrLa çonJriQtç¡er.elle
oùvivent les femmes de ce
paysleurinspiredesresolutionssi
promptes sur tout
ce cjuiigeut- lWJJerVll J.
-
vangerdu poids chaî-
.lies donton les accable,
qu'elles acceptantsouvent
b+i+.qçer-LjçterfPl
moyenxqu'on leurenoffre
Jem'apperçus avecplaisir
que la mere ôcÀ la fillen'avoient
dansle fçndAulljp
tendresse pource tyran de
qleuuerébcelaautqtéu,&'ilqenupeû,taqrureil--
ver, ellesne souhaitoient
quel'occasion des'affranchir
du joug qu'il leur imposoit.
Son épouse sur tout
lançoit detemps en temps u, moydelongsregards,
dont lalangueur melée de
flâme me penetroit jusques
aufond du coeur: mais dés
quel'époux reparoissoit,
res&yeux^fe renfermoient
eneux-mêmes, leur éclat
s'envelopoit dans ses paupieres1
, & leur silenceme
contoitavecuneéloquence
admirable l'excés de sa douleur.
Enfin après avoir resté
plus de quatre heures dans
cettesalle,où je seroisencore
si j'en avois été le maître
, je jugeai à propos de
prendre congésde mon
hôte. Jesaluaisafemme&
safille avec tant de liberté,
& je le remerciai d'un air
si naturel,qu'il me prit
alors ( comme je~I~~d
depuis) pour le plus infen
sible de tous, les hommes
Le lendemain jeluidemandaien
passant des nouvelles
de sa famille, mais si
froidement, qu'il eut peur
que la proposition qu'il
m'avoit faite de partir d'Alexandrie
fous mon escorte,
ne me fût point agreable;
& le soir même, en me
rétirant pour me coucher,
j'entendis une voix qui me
dit: Lisez, Monsieur,un
billet que vous trouverez
sous le tapis de vôtretable.
l^^mfpcay^ufficot à ma
chambre,je cherchai ce
papier, je letrouvai, &' j'y s-ce-s,-Ii£rnee, JJ. -vonisbijîbnBf^
On nous accujè de ne iions,
avoir pas fait aeez d'honnêtlte)
vous sçavez sic'est un
crime,dontmousfwàrntictm
poss;&(UQHS-XQdoHteççpam^
qu'iln'apastenu à nousde
i'V;osfÈenofaire=dtiw&:nt:age=.Te-z
.O!lass 1'PPi&:.I<JJi.s e
sacrifices que vous xir,'<!,WDJf{rts}WP.d
',' ¡" ;d
:', Je me crusalors le plu
heureux de tous les bpmmes,&
jelefus en
bientôt. Trois jours aprés,
avoirreçû ce precieux biU
let, ilmevint un ordre de
merendre ici. Je ne perdis
pas un moment detemps
pour me disposer à partir
avec mon hôte & mes hôtesses
;
&le lendemain,
après leur avoir donne le
meilleurchevalde mon
équipagepour l'atteler à
leurchariot,je les fis partir àlaporteouvrante, avec
huit demes dragons& mon
Maréchal deslogis. Je les
suivisdeprés,& enfin je
les joignisàune lieuëd'Alexandrie.
Nousfûmes obligez
d'alonger de beaucoup
nôtre chemin,&de faire
une infinité de détours pour
éviter les partisdu Prince
Eugene,qui de tous les côtez
battoientlacampagnes
Nous arrivâmes aucamp
de Goito,cinqheuresaprés
qu'il en fut décampé,&le
lendemain à Mantouë,où
mon hôte,chezqui jeloge
encore à present,lorsqueje
couche à la ville, trouva
bientôt une maison commode,
où sa femme,sa
fille &luisontentierement
fous ma protection.
Que Severac parle maintenant,
ajoûta t-W; &vous
jugerez enfLiitr,,,notre-cheir,
précepteur(ndreflant la-j
parole à de Thuy) lequel
de lui, de Fontenay
,
de
Rambouillet oude moy
*9 icile plus heureux dans
les amours. -',.. :- -..
; Commençons, dit alors
Severac, par compterjuf
qu'au peut aller le vin que
nous avons. Buvons-cri,
d'abord un coup chacun.
& voyons si ce qui nousen
reste nous ~menera jusqu"à
la fin de mon histoire. Nous
nous en trouvâmes encore
quatre bouteilles, quenous
ménageâmescomme xiw
prunelle denosyeux,aprés
néanmoins avoir fort re-1
grètte celle que de Thuy
nousavoir soufflée. VQI8e':Í
lJepritncort mefois 'i
Lefteu?dè ne"fomtprtndrA
pour des conteste;r.
flaiftrni ce qttil£t(l-y*uLc&r
siilva lire.JefkiftityMxê.>
ferment'que*si n'ai fm cetta;
htfloire que le droit ¡¡JarrAnitJt
'des motsy pour lui dire lave?,
rite des chosesidu
Je suis,comme bienle
sçavez,Messieurs^noiis dit
fS«Yeract natif de la ville
d'Orillac enAuvergne.J'ai
trente ans.Ilyen a quinze
que je fers le Roy dans ses
dragons , & je ~ferois certainement
plusavancéquej|
ne suis,
si
les étourderiesde
ma jeunesse ne rnbÀvoie-nt
pas écarté duchemin qu
ont fait mes camarades,J-ç
jm'aarii,aqgueipda.susneep^ofçupru^.n'etqduesi
joliesfemmes de Eta.)
causédansla suitetous les
malheurs de ma vie. VPL
hommed'une grandenaissance
devint amoureux
d'elle, elle delui,L'envie
d'être l'époused'un homme
de cette qualitésemitsi
avant dans sa tête, qu'iln'y
eut pas moyen de lui faire
entendre raison,qu'ellene
fût sûre éfàxc safemme.
Cette alliance danslefond
m'étoit, assez indifferente,
quelque honneur qui ea
rejaillit &r^^a^&i^iHe:
mais, à vrai dire,mon beau*
frere pretendù s'en soucioit
encore moins quemoy.
Enfin elle eut tant he peur
que ce mariage, quelle souhaitoitavec
la derniere passion,
ne fc fît point, qu'elle
mittout,larmes,tièi&
promesses enusage,pour
m'obliger à ydonnerles
mains. Sa douleur & ses in-
-quietudes continuellesme
rendirent sensible àsesdesirs;
enun mot,messoins
4c mesattentions comble-
:roerLfe" voeux,&cemariage
se fitconfortese font
tousles mariages. Jevous
avouë queje m'étois flaté
de l'espoir de trouver dela
douceur lx: de l'amitiédans
le coeurd'unesoeur qui m'avoit
l'obligation d'avoir fait
pourelle, contrelegré de
bien des gens,& peut-être
même contrele gré de son
mari, tout ce qu'elle avoit
voulu.Mais l'entêtement , les plaisirs,l'orgüeil, la vanité,&
leméprisdessiens
vinrentenfouleàl'appui
d'un nouveaunom,&je
mc>iroiivai^enfinlaidupé
detoutes mes esperances
Monesprits'estsentidepuis
jusqu'à present du poidsde
mes chagrins,&les plaisirs
n'ontservidans la fuite que
de- masque àma douleur;
Jugez maintenant, mes
chers amis , de quellenature
peuventêtreceux dont
jvotis allez entendrelerecir/
fc^lbiip ~o tU01 fri£m
Nouslui fîmes boire alors
uneIrasadedeavin pour
noyersonchagrin ;& nous
enbûmesautant pouravalerle
souvenirdu ton douloureu0x1surlequelil
avoit
commence 2£011 histoire,
qu'ilcontinuaences ter- mes. 1nîlq £'upîu§ Un Sergent du regiment
deGâtinoisépousa à Pignerolle,
je nesçaidansquelle
année de l'autre guerre,une
vivandieredeBriançon.Il
eQtfd'(tmarjagotmtffilit)
quiest a prcfefit[)ôlleC&tïime
le jour.Samerel'a fait
éleverdanslesmontagnes
de Cisteron, chez unCuré
donteiseestftfftiee^Ônm
parloit,lorsquejepassai
dansce pays, quede rt'fptit
&de la beautédeciicpfiltefc
Jefurcurkiiftdôfofoft*-, je
la vis,&j'en devins àttâtcoç
eperdûment amoureux. Je fisconnoissanceavec fÕtl
ondeau boutdequelquesjours,
je luiavoüai ledesseinquej'avoisd'époufer
sa niece. Il eut beaume
dJQtq\¡u separti ,¡wJjmecoaveiK>
icvrjm$jet) lui -ré*
pondis que je n'avois point
de parensqui eussent aucune
dtoiçfuit! maconduite, M,
que j'étoismaître dé-mesb
actions. Si cela est, me ditilj
vous êtes honnête hommç
ayezencore pendant
unanpourmaniece,
fcntiiftcnsnjqusç>vous,jnleasi
marqueïigujwd'hui POU;, cll, ô$ jçycmaflurcqaa4
IOJ.:'NPu.tfCfreimon neveu.
L' p .) Il Uanne'e^eftiaeheve'er, JC-f
cris tous les ordinaires à ce
pauvreCuré, & je nereçois
aucune de ses nouvel-,.
les. J'ai cependant depuis
deux ou crois jours des présentimens
qui m'accablenrf
je croy avoir vû hier.
avant-hier cette fille à UDÎ
jalousie dans f Mantouë ;
toute cette nuit même son
image m'a persecuté en
songe. Je ne Cçm en un mot
cequi doit m'arrivermais
je souffre des peines mor- telles. mes yeux se ferment.
ma langue sattache
à mon palais. donner
moy à boire, mes amis.
adieu, mes chers amis. je
vous
Vous dis un éternel adieu.
Et surle champil mourut.
Il est plus aiséd'imaginer
la conternation dont cette
mort imprévue nous frapa
qu'iln'estfacile de l'exprimer.
Enun moment nôtre
table, noscoffres, & tout
l'appareildenôtre débauche
furentrenvesez. Nous
appellâmes au secours de
tous lescôtez. Rolland Chirurgien
major du regiment
de Sourches, se trouva assez
à propospour ouvrir
lesveines de ce malheureux
:mais il n'en sortit pas
une goutte de sang. Enfin,
1}Ps.J'¡ll(lls un manteau
sur sonvisage,& nous Ëmes
mettreson corps sur
une paillasse, en attendant
laceremonie deson enterrç
roeçt.,:
- Cependant nous sortîmes.
de la tente,de Thuy,Sainte
Colombe,Rambouillet ôc
moy, nous entrâmes dans
la ville sans sçavoir où nous.
allions,& sans nous parler.
Nous nousdispersâmes en
un instant
, & nous fûmes
chacun dans les lieux où
nous crûmespouvoir arracher
plus aisément de nôtre
idée l'image de cette mort.
C'est dans le sein d'une
maîtresse que l'on confie
plus volontiers ses peines &
les plaisirs, & l'amour est
ordinairement le depositaire
des plus interessantes
circonstances de nôtre vie.
Je fus auparloiroùj'avois
coûtume d'aller,Rambouillet
alla chez Rose
,
&
Sainte Colombechez lui,
où il entra malheureusement
en homme trouble de
vin,d'amour & de douleur.
Il passa jusques dans une
salle, où iltrouva sa maîtresse
seule, occupée à quelque
ouvrage de son ménage.
Il se jetta à ses genoux,
il lui conta ce qui venoit
de nous arriver ; & aprés
avoir soulagé soncoeur du
poids decetteavanture, il
recommençaàl'entretenir
À, son amour :mais laten-
~~-imprudence de cet
amanss'etoit simalprecaufgiopt^
nocecponxtreÏla fureur êna>(i,dg
sa ma|Erefle vitàtraversles
fentes d'une porte quin'etoit
point fergiéç Içs caresses
que ce miserable amant
faisoit à son épouse.
Unbaiser pris,oureçû sur
lajouë ,ou surla main de
sa femme, passa à ses yeux
pour une preuve du plus
grand crime ; il ne douta
plus de da trahison, & plein
de desespoir& de rage il
entra sans bruit dans un
petit cabinet,où il trouva
un fusilchargé - de trois
bales ,qu'il vint tirerà
bout portant dans les reins
de l'infortuné Sainte Co.
lombe. ncP
Ce malheureux se sentant
btcïÏc morcellement , eut
encore la force de se lever,
de mettre l'épée à la main,
& de courir après, son asfassin,
qui se sauvoit : mais
il ne put-faire que cinq ou
six pas, &ilalla tomber sur
le scüil de la porte de son
inconsolablemaîcresse,qui
sur le champen criantau
secours, prit deux coussins
qui se trouverent fous ses
mains, ôtf lesmit fous les
reins de son amant, dontle
fang couloità gros boüillons.
Elle fit en vain tous ses
efforts pour l'arrêter,& sa
douleur morcelle épuisant
[al force &son courage, elle
s'évanoüità ses pieds. Cependant
sa belle-fille, les
voisins, ôc toutela ville,
arriverent autour d'eux,&
s'empresserentàles secou-
Tir : mais le malheureux
Sainte Golomben'étoitdéja
plus. ;.c).:.,",
Ce fut alors que tout le
monde vit deux des plus
bellespersonnes quifussent
«n Italie,&nquijusqueslà
avoient étéinconnuës dans
Mantouë.
Lebruit decemalheurse
répandit bientôt sur laplace,
&delaplaceaucamp,
eu étoit le regiment de Fimarcon,
dont les dragons
entrerent 'arz dans la
ville pour vanger lamort
d'un Officier qui leur étoit
fî cher.Ils coururentde tous
cotez pour s'emparer du
meurtrier quivenoit de lui
ravir le jour;& après avoir
bien cherche, on leur dit
qu'il s'étoit sauvé dans le
Conventdes Capucins. Ils
y entrerent commedes furieux,
ils en arracherent ce
miserable , ils l'emmenerent
dans leur camp,oùils
lui firent souffrir des supplices
cruels.; pendant que
l'Archevêque de son côté
le donnoit mille foins pour
presser M. leComte de
Vaubecourt,qui comman- doitalorsàMantouë, de
leur envoyer endiligence
un Officier qui eûtassez
d'autorité pourdéroberà
leur fureur cette affreuse
victime, qu'ils lui rendirent
enfintoute sanglante; -Nous apprîmes quatre
oucinq jours apres cette
horrible avancée, que cc
malheureux n'avoit pas
pcortérloiinmla puneitio.n de Enfin pour rendre un
compte exactdetous les
acteurs de cette histoire,
Ramboüillet surmalheureusement
assassiné dans les
Sevenes par les Fanatiques,
du temps que M. leMaréchal
de Montrevel y commandoit.
; On m'a assuré depuispeu
queM.de Thuyétoitmort.
Je souhaite que cette nouvelle
soit fausse;&je reste
heureueement, comme les
lecteurs peuvent aisément
s'enappercevoir, en assez
bonne santé, pour leur donner
chaque mois un livre
quejevais rempliràmon
ordinaire, de tource que
celui-ci pourra mefournir
de circonstances utiles&
agreables pour les en entretenir.
Les Grecs & les Romains
celebroient autrefoisavec
toute lamagnificenceimaginable
la naissance de ces
grandshommes qui avoient
reçû lejour dans
leur Empire. Ils tenoient
cette maxime des Perfes &
des Assyriens, qui lavoient
prise des loix, ou des coûtumesde
l'Egypte. Les Espagnolsontreligieusement
conservéjusqu'a present cet
usage, dont lesceremonies
font fort raisonnables.
Le dix-neufde Decembre,
qui est lejourde la
naissance de leur Roy, tous
les Courtisans & les Grands
de cetteCour ontl'honneur
de baiserla main de J&ur'
Maître ; & pendant cette
journée, au Palais & dans
la ville, on ne rencontre
que des gens quise complimentent
avec affection sur
lesannées de leur Souverain.
Le soir toutes les maisonsfont
illuminées, & c'est
par une infinité de feux
d'artifice que le peuple acheved'exprimer
tous les
Pourquoycette fête n'est;
elle pas établie en France
comme en Espagne?)Jz,1 Auguste Cesaront eu
desmois qui. leur
z
ontété
consacrez,& dont on changea
lesnomspourleur donner
ceux de ces Empereurs.
L'usage de ces changemens
cft maintenant aboli ; &
quand il subsisteroit encore,
nos Rois n'en ont pas befoin
pours'assurer l'immortalité
qui leur est dûë. Mais
du moins les François,pour
qui le cinq de Septembre
est le plus heureux jour de
l'année, devroient ce jourlà
même, qui est celui de
la naissance du Roy, renouveller
avec tendresse ,
avec éclat les voeux qu'ils
font sanscesse pour la conservation
de Sa
-
Majesté.
Néanmoinss'ils négligent:
cette fête,fasse le Ciel qu'ils
ne s'avisent de commencer.
àla celebrer que dans trente
ans à l'honneur du Roy.
Le mois de Septembre est
le septiéme mois de l'année
àcompter depuis l'équinoxe
du printemps, & le neuviéme
à commencer depuis
Janvier. On vendange ordinaircme.
nt en Septembre;
de là vient que lesyvrognes
appellent le vin la purée ou
le j s de Septembre;
Il est enfin pour nous le mois
leplusillustre,
Il remplit nos tonneaux, nos
fermes, nosguerets; Et LOUIS commençantJOn
,gf-,rixie'me lustre,
Nous fait l'heureux prejent
d'uneconstantepaix.
Voiciunouvragedonc *je ne connois encore ni le
merite ni l'usage c'est peut- :
êtrefaute d'habitude: mais
tout ce quej'en peux dire
- maintenant
,
c'etqu'il a
étépresenté au Roypaç1VÏ.
deMessanges qui
est
vraiment
nn homme dCfËrir
Qç d'érudition.
D~
Discourts sur l'Acrostiche.
Ce n'est pas seulement en
France, ni feulement dans
ces derniers tempsque la
Poësie, naturellement fertile
enconstructions galantes
,a trouvé l'art de celebrer
le merite &la vertu
paarrralnesgteomuresnisnfgiégnuieruexzd,.<&t,cJ
par les artifices gracieux
des expressions façonnées.
Les Grecs quifontencore
aujourd'hui,commeils ont
été dansles Gestesanciens.
lemodele de lapolitesse;
& laregle du bel eeprir,
font des premiers qui nous
ont fourni les exemples de
cette delicatesse. Nous avonsencoredeleurs
Poësies
, ou les sujetsfontrexprimez
non seulement par
la significationdes paroles,
maisaussiparlafigure même
queleursvers tracent
sur le papier. 'ïCes morceaux se font
trouvez tellementdugoût
de toutes lesnations & de
sto'js^ les temps, qu'ils ont
bravé l'injure de deux mil
années,&sesont conservez
jusqu'à nosjours,comme
de precieux monumens de
lapolitesse de ces peuples.
-k Lamajestémêmce del'Ecriturer
sainten'a pas mépriséces
jeux; elles'en est
mêmeservied'ornemens de
ses principalespieces. Les
retours&les répétitions afsectées
dans chaque vers
non seulementdu même
mot, mais encore de la mêmephrase,
ensont les preuves;
& les saints ouvrages
où le trouventces affectations
heureuses, loin d'être
rendus ennuyeux par cesredires
fréquentes,n'en font
trouvez que plustouchans/
a!\'
Nous n'avonsrien dans
touteretendue de UBo&»
sie Françoiseoùces jeu*
soientemployez, plusà propos
quedans lapiece que
l'on appelle;5Acrpftiche,
dans laquelle.,par une dit
poficion.4tu4#*Ç&pre-' erelettreHcchaquever*
étant prisesepare'mem^pour
être eiï{uitevreiiniçs«tourcs^
ensembleparunejeâurc ir
part,forme à dessèinuaom
plusieurs mors
1
quione rap- ï
porc au sujet,& fait le nom
même de la personne ou
de lachose dont on y parle
C'est donc à tort-que des
personnes peu verséesdans
lediscernement du V(lit
blegoûtdela Poesie,tâchent
de diminuer aujour
d'hui, pardes jugemens in*
jurieux,lemeritedece
genred'écirrepleindindustrie
3; d'Grnement,nediftinguant
pas ledéfaut de la
pieced'àvè^etetdesauteurs;
PUrare
de rencontrer en cegenre
une pièce supportable, ne
s'entrouvant presque au-"
cune dont les vers soient
naturels., mais toujours si
forcez & si peu sensez,qu'à
peine peuton lesentendre,
ce n'est pas le défaut de l'Acrostiche
,
qui, lorsqu'elle
est naturelle&bien sensée,
peut passer pour un chefd'oeuvre
à cause de son extreme
difficulté ; mais c'est
la faute des ouvriers., qui
nes'étant pas assezconsultez
eux-mêmes sur ce sujet,
entreprennent ces difficiles
ouvrages sans avoir la force
d'y reüssir;ouvrages qu'on
ne doit point avilir, ni mépriser
pour n'avoir pas l'adresse
de les faire. ,¡
' L'Acrostiche de LOUIS LE GRAND, où le surnom
de Grand setrouve dans
chaque vers.
- -
Leplus grand des Guerriers
& leplusgrand des Rois
Offreaux
-yeux un grand
SPaiontdlaintisqunugeran,dd
Ungrand zele pour Dieu
dans une ame heroique:
Il est dans un grand homC."
me un grand appui
'<
desloix;
Son grand coeur est élément.
son bras est pacifique,
:
L, e,(plusgr;.a.nd des m::.o' rtels,
&, le plus merveilleux,
Est humble,autant que
grand, &confond l'or- ," güeilleux.
Grand de corps , grand
d'esprit, grand parses
faits sublimes,
,. Rendu grand ici-bas par
dessoinsmagnanimes,
.!o. Aux
Aux ieux plus grand un
jour par les routes qu'il
prend.
Nest ce pas à bon droit
qu'il est surnommé
GRAND?
Digne & grand nom
, re-
- gnez partoutcomme
en ses rimes. MESSANGES.
Je croy qu'aprés avoir
donné une Acrostiche quelque belle qu'elle puisset
être, il n'est pas tout à fait
hors de propos de donner
sans .préambule un memoire
littéraire, dont voici
le titre.
Traitédes Acephales,ou des
hommessans tête.
1
Le seul titre de ce trâité
prévient d'abord en la faveur,
& la matiere même
dont il parle ne laisse pref-,
que pas douter qu'il ne doive
être des plus curieux. La
Preface qu'on trouveau devant
nous apprendl'occasion
qui l'a fait naître. M.
M. Professeur en Medecine
à Strasbourg , ayant soûtenu
dans une de ses leçons,
que les enfans dans le ventre
de leur mere ne se nourrissoient
pas moins par le
nombril que par la bouche,
avoit aleégué pour
preuve de cette ancienne
opinion l'exetnple desAcephales,
c'est à dire des ensans
qui viennentau monde
sans tête: mais cette preuve
avoit besoin d'être appuyée
de quelque chose de
plus sur que tout ce que les
histoires nous racontent sur
ce sujet. Deux accouchemens
extraordinaires lui
fournirent bientôt tout ce
qui lui était necessaire pour
la rendre incontestable.
Une pauvre femme auprés
de laquelle il avoit étéappellé,
ayant fait, au mois
de Janvier de l'année derniere
,un enfantabsolu-
ment sanstête ;&uneautre
en ayant mis au monde,
deuxmois aprés, un - qui
n'avait que la moitié du
corps, depuis environ la
ceinture en bas: ce fut ce
qui lui suggera le dessein
dece traité, qu'il divise en
deux parties. Dans la premiere
il examine ce que
l'on a dit de certainspeuples,
qu'on a pretendu qui
eussent tous cette figure
monstrueuse. Et dans la seconde
il parledeceuxqui
naissent ainsi parmi les nations
qui oiz constamment
ljaificgurreheum.a'inne touute esn-
&Quoique les auteurs qui
ont parlé des peuplesAcephales,
ou sans tête, soient,
desplus considerables, ..du:-
lugelle,Pline,Soln,Pomponius,
Mela &JaintAuguflin*•
M,M.nelaisse pasd'être
fort persuadé que tout ce
qu'ils en ont, dit est extremement
fabuleux. Car outre
que les Historiens font
présque toussujets à aimer
un peu l'extraordinaire &
le merveilleux dans leurs
narrations, ce qui a fait
qu'il y en a eu tantqui ont
rempli leurs histoires de
monstres & de prodiges
les Auteurs même dont il
s'agir ont presque tousasfez
marqué quilsne pr-e
tendoient nous donner ce qu'ilsontrapportélàdessus
que pour des -cm- dire
fort incertains,quelquesuns
même que pour des
contes.Il est vrai que G
l'on en croit un Sermon attribué
à saint Augustin, ce
Pere en avoit vû luimême
unfortgrand nombre en Ethiopie,
de l'un & de l'autresexe,
qui avoient même parmi
eux des Prêtres de leur esece.,
d'une si grande vertu ,
a ce qu'il nous dit, é!J'
d'une si rare continence, qu'
encore qu'ils fussent mariez ¡J ilsn'approchoient pourtant de
leurs femmes qu'une fois l'année,
Circonstance qu'il a
crû sans doute, qui neferoit
point de tort au reste
du merveilleux. Mais pour
ruïner tout ce qu on appuyé
d'une si grande autorité
,
il suffit de dire que
tout le monde sçait aujourd'hui
que ce Sermon est
supposé, comme le Cardinal
Baronius l'a remarqué
dans ses Annales*, & André
Rivet après luidans sa
Critiquesacrée**. En effet
quelle apparenceya-t-il
que les voyageurs Espa-
* Tom. iv. pag 40CU
** Lib. iv. cap. 16. ju
gnols, Portugais,Anglois,
Hollandois,quiontparcouru
toute la terre, & visité
tous les endroits où l'on
diloit qu'etoient ces peuples
monstrueux, n'en eut
sent pas dé,couvert du'r
moins quelques traces&
quelques vvcfeiicsretsiges? ? ,<
Il faut pourtant que ces
fables, toutes fables qu'elles
sont,ayenteu quelque
fondement,puisque tant
d'Auteurs graves ne lesont
pas crûindignes d'être rapporcees,
& qu'on en voit
encoreaujourd'hui des Sgures
representées dans les
vieilles Cartes géographiques.
Comme M. M. ne
croit pas qu'on puisse rien
dire de bien certain làdessus,
il se contente de rapporter
les conjectures de
quelquesAuteurs célébrés.
La première est celle de
Thomas Bartbotin, qui tourne
la chose du côté de la
metaphore
,
& croit que
ces Acephales étoient des
peuples sauvages,que l'on
disoit qui etoientsans tête,
parce qu'ils navoient ni
Roy pour les gouverner,
ni prudence pour se conduire.
La seconde est celle
de M. Guillaume Boreel, excellent
frere de l'illustre
M. Boreel, qui a autrefois
si glorieusement soûtenu la
charge d'Ambassadeur des
Provinces Unies en Francee
& rempli si dignement
celle de grand Officier de
la ville d'Amsterdam. Cet
habile voyageur, que la
curiosité a portéàparcourirtous
les pays du monde,
a remarque dans ses
longuescourses,qu'ilyen
avoit,quelques uns où les
hommes avaient le coû si
1 -;J:t- - court, & levoient si haut les
épaules,qu'il ne leur étoit
pas difficile d'y ensevelir
leurs têtes: de sorteque,
comme d'ailleurs ils portoient
les cheveux, fore
longs,il se trouvoit queleur
tête étoit tellementconfony-
e,c lutpaules"q'.
on lesauroitfacilement
pris pour n'en avoir point
du tout. La troisième conjectureest
celle ducelebreM.
Olearius, qui croit queceux
qu'on a nommezAcephales,
pouvoientavoir passé
être sans têté, àcause de
leurmaniere particulière
de se vêtir; ce qu'il applique
aux Samojetes, qui sont
prés dela nouvelle Zemble,
& vers l'embouchure du
fleuveOby.
De ces Acephales fabuleux,
M.M. passe aux véritables
,
c'est à dire à ceux
qu'on voitquelquefois naître
veritablement tels parmi
nous, & il en fait de
deuxespeces;les uns qu'on
ne peut pas appellerainsi
: tout à fait à la rigueur; les
autres qui le sont à la let:
tre,&dans la plus rigoureIulsesignification
du mot. comprend dans le premier
ordre tous ces enfans
monstrueux qui n'ont¡.la
tête qui demi formée
f
* comme ceux à quiiln'en
paroît point lors qu'ils font
couchez sur le dos, parce
quece qu'ils en ontest enfoncé
vers le côté que cette
situation dérobe à la vûë ;
de forte qu'il n'est point
surprenantqu'on ne l'y découvrepas.
Il y comprend
encore ceux à qui le front
manque, ou le haut de la
tête, ou le derriere, ou le
crâne & le cerveau , ou
quelqu'autre partie considerable
comme aussi ceux
qui ont au lieude la tête
une masse de chair informe
, & ceux qui ont la tête
enfoncée dans le corps
d'un autre enfant, avec
lequelils sontnez. Il rapporte
diversexemples de
ces diverses conformations
monstrueuses, & sur tout de la derniere, qui se diversisie
encoreen cent façonsdifferentes.
Pour ce
qui est des Acephales pris
à la rigueur, & proprement
dits, il ne met en ce nombre
que ceux qui nont
point du tout de tête, ni
rien qui en tienne la place;
& il nous apprend que le
premier de cette forte donc
l'histoire ait passé jusqua
nous ,
c'est celui qui nâquit
de Roxane, donc parle
CrefiasGnidien, au rapport
de Photius. Il en nâ-.
quit un de même en Saxe,
l'an 1525. un autre arVtlk*
franche en Gascogne , en
1562. un autre près de Boulogne,
l'an 1431. & un autre
dans
dans le même territoire,
l'an 1624. qui avoit au coû
qbuleelque chosede semblaà
une bouche, àun nez,
lSl,' à des yeux. Il arrive
même de semblables accidens
parmi les bêtes,&
M. M. en rapporte ici un
exemple.
,
Mais comme il n'yen
avoir point dont il pût si
bien,parler que de deux
qu'ilavoit vus, il en donne
une description aussi
exacte qu'il l'a pû; le pere
du premier n'ayant jamais
voulu souffrir qu'on l'ouvrît
, ôc n'ayant consenti
quavec peine qu'on lui Se
une petite incision à l'endroit
oùdevoit être la tête,
d'où ilsortir de leaugluante.
-
Pour l'autre, qui n'avoit
que la moitié inferieure
du corps, il en put
examiner exactement toutes
les"parties,doift^faît
en peu de motsladescription.
Il donne deux figurés
du premier ; l'unequi
le represente par devant,
l'autre qui le fait voirpar
derriere. Il donne aussi la
figure du second , & de
quelques-unesdeses parties
separées yte il finit par
une épilogue, où il reprend
la question
,
delamaniere
dontl'enfantsenourrit,dont
il avoit parlédanssa Preface.
o - ;
Il n'est pas de l'avis de
ceux qui veulent que,lorsquel'enfant
ne peut recevoir
de nourriture par la
bouche, il en reçoive par
l'anus, ou qu'iltire un suc
nourrissant du chorion &de
l'amnios ; car outre que ce
sucpretendu ne paroît point
dans cesmembranes, il ne
sauroit 'dericnfervl'r%a
ces enfans qui font sans te*
te, & qui par consequent
aussi n'ont point de bouche
pour le succer. Il conclut
donc que la voye la
plusordinaire par oùpasle
la - nourriture de
1enfant,
c'est le nombril,quoy qu'il
soit incontestable qu'il se
nourrit aussi par la bouche,
comme ille prouve
par deux enfans; dont l'un
nâquit à Montargisen 1673.
avec le nombril fermé,&
l'autre à la Haye en JZ.
absolument sans nombril
Car puis qu'ils n'ont pu se
nourrir par cet endroitlà,
il faut necessairement qu'ils
se soientnourris par la bouche,
le seul canal qui leur
restoit pour recevoir de
l'aliment.On a joint àce traité une autre dissertation,
dont nous ferons aussi
un article. u- r
Allez1 ne nous parlezpas davantage
du Public ni devous,Cesparoles
sont tirées d'une sça
vante lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conseil autrement
queje fais, ni ce que
veulent dire positivement
cesmots,Alleznotre train.
Vais-je trop vîte, ou trop
lentement?veut-on me
mettre au pas ou au galop?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent?
veut-onm'ôter la
liberté de parler à personne
? en un mot ne veut-on
m'accorder pourobjet que
la particule On? De quelle
utilité cela est-ilpour le
Public, & de quelle consequence
pourmoy ?On
veut me donner des principes
, on veut me priver de
mes caprices, qui font tout lemerite demon ouvrage;
enfin on veut me rendre
auceurdanslesformes,&
je neveuxpas l'être à ce
prix là Je suis en droit de
parler,d'écrire, & de répondre
avec bienseance à
tout le monde, & je peux
prendre,quand il me plaît,
pour objet Monseigneur,
Monsieur, Madame, ou
monami.C'est enconsequence
de cettelicence
dont r on ne doit (je croy )
pas me disputer l'usage
, que je prends la liberté de
vous écrire, Monsieur, que
je ne sçai pas ce que vous
me voulez dire par ces cetmes,
Allez vôtre train; à
moins que vous ne pretendiez
(comme je m'en doute)
que je sois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre, à l'exemple
de l'auteurdu Journal
de Verdun, d'une douzaine
de vieilles nouvelles, Cf.
cortées de l'attirail de ses
resrereflexions
politiques qui
ennuyent tout le monde,
& qu'il ne me soit pas permis
de faire des digressions
amusantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
de moyl'attention que,j'ai
à leur repondre. Je reçois
avec beaucoup de soûmission
& d'envie d'en profiter
, les autres conseils que
vous me donnez.Vôtre lertre
est pleine de science &
d'esprit, & vous verrez
dans la fuite de ce Journall'usage
que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez
Je vais, en attendant que
vous vous retrouviezaux,
endroits, qui vous, appartiennent,
faire partau Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos,
ou qu'il ne lira pas.
Copie, d'une lettre écrite du
Pardo le15.Août.
Le mariage du Roy fut
déclaré hier aprés dîné,&
j'eus l'honneur de» baiser
la main à Sa Majesté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princesse montra
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demandèrent
à le voir: elle paroît
belle & bien faite. On étoic
en peine comment le dire à Monseigneur le Prince
des Asturies, & il fut décidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy aussi. Il se mit à
rire, disant à M. de Figueroa,
qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaisantconte, & que cela
ne pouvoir pas être, qu'il
entendoit bien ce qu'on
Vouloit lui dire. On-lui demanda
ce qu'il entendoit;il
ne voulue point s'expliqua
& il forcit de son appartej
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
passagero,C'est à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
son soupé il ne parla d'autre
chose, & il appella M. de
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy salloit
marier, puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes,ôc
pourquoy Papa en prenoit
encore une;disant toujours
ouilpensoit autre chose
sans vouloirs'expliquer: ôc
laissant cet article à part,
quon ne vouloit pas pouffer
plus loin, il parla de son mariage
,
& demanda pourquoy
on vouloit le marier si
jeune. On lui répondit que
ce n'étoit encore qu'une parole
donnée de part & d'autre,&
que quand il seroit en
âge il se marierait,que cela
se pratiquoit envers lesPrinces.
Il demanda ensuite si sa
femme prétendue étoit belle;
on lui dit qu'oui.Hé bien,
repondit-il,
sielleme
plaît,
elle sera trés-heureuse avec
moy;par je compte qu'elle
fera juste: je lui laisserai faire
tout ce qu'elle voudra, je la
ferai bien danser, & quand
nous irons en carosse,j'or,.
donnerai qu'il n'aille pas vîte,
peur de faire mal à là
grossesse.
Aprés avoir un peu réfléchi,
il commençaàdirequ'il
avoit bien des choses à penser
pour son mariage; qu'il
vouloit commander des habits
magnifiques,&sur tout
un bien brodé, parce qu'il
en devoit avoir un de même
,
des beaux carofles, des
pierreries, & bien d'autres
choses,qu'il ne lui donneroit
que les unes après les
autres, parce que s'il donnoir
tout en une fois, il la
lasseroit
, & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaisir.
Un moment après il dit
qu'il étoit bien obligé à Madame
la Princesse de le vouloir
marier, & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grand plaisir:mais qu'il jugeoit
bien que çe ne seroit
pas litôt,n'ayant encore que
sept ans,& qu'on ne marioit
pas avant quatorze,que
cependant si on le marioit
dans huit jours, il seroit ma""
rié fort bien.M. deFigueroa
charmé dç tous cesdiscours
,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être.
presens, lui fit une question,
& lui demanda,si le jour de
son mariage il y avoir bal,
comme on pouvoir le croire
,
qui il prendroit la premiere
pour danser,oulaRei
ne, ou la Princesse des Asturies
; ilréponditqu'il
droit la Reine, & ensuite
sa chere petitefetnftie. ;':':
Un peuaprès il ditàMadamela
Marquise de Salzcdo:
Marquise,je veuxpenser
aussi à vous;&commevous
m'avez bien servi, que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de laPrincesse
des Asturies. A cette
pensée elle ne pur retenir ses
larmes &sa joye. Aprèssou.
pé on le mena chez Madame
la Princesse pour voir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouva beau,& demanda
à voir aussile portrait
de laPrincesse des Asturies.
On lui dit qu'il viendront
incessamment.
Il alla ensuite promener,
& au retour il dit à M. de Figueroa
qu'ilavoittoujours
pensé au mariage duRoy,&-
qu'il sçavoit bien pourquoy
il se marioit. Nevoulant pas
en dire davantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
tour bas. A lors il s'expliqua;
& lui dit qu'ilsçavoit bien
que sa chere Maman étoit
morte, & qu'il prioit Dieu
pour elle. A ce mot on le
lui avoüa, disant qu'elle
étoit bienheureuse, parce
qu'elle étoit en Paradis.
Les lettres de Londres du
7. de ce mois, portent que
le4onlut la2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuëReine joüissoit,
& on resolut d'y.ajourer 2.
clauses
: l'une, pour donner
pouvoir au grand Tresorier
de payer 65000. liv. sterlin
d'arréragés dûsaux troupes
de Hanovre qui ont servi en
Flandres en 1712l'autre pour
payer1000000 livres sterlin
à differens particuliers. Le
même jour les Communes
s'érant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordre des
Regens,leChancelierdit en
leurs noms aux deux Chambres,
qu'ils avaient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretres
faxisfait de la fidélité
que ses sujets avotent fait
raroître, & qu'il viendroit
au plutôt pour travailler à Ce
mettre dans un état heureux
ôc florissat. Ensuite leChancelierdéclaraquela
loterie
aeseremplissoitpasàcauseque
les intérêts étoient trop bas.
Les Communess'étant retirées,
refolurenc le 5. de donner cinq
pourcentd'intérêtaulieu de4.
Le 6. cette resolution fut ap-t
prouvée Le Comte de Bercley'
areçu ordre de faire voile avec
la flote
,
composee de 10. vaiffeaux
& de six fregares, pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy. #
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
Roy Georges.
Discours des Deputezde la Province
du Zoenguedoc au Roy.
SIRE,
Nous venons aux pieds du
Trône de Vôtre Maj.luirendre
le tribut annuel de nôtre
obeïssance & de nos hômages. ) La Province qui nous depute
ne vantera pas son inviolable si.
délité;c'est une qualité qui lui
est commune avec tous ceux
qui ont le bonheur d'être (oûJ
mis à vôtre Empire, & ce n'est
pas un merite d'être fidele au
plus grand & au meilleur de
tous les Rois. Ce qui la flate &
la distingue, est le zele ardent
qu'elle a toûjours témoignée
pour la Personne facrce de V.
M. pour son service & pour sa
gloire; zele qui dans les temps
les plus difficiles ne ie-a jamais
démenti, qui lui a fait oublier
ses propres besoins pour ne penfer
qu'a ceux de l'Etat; & qui
empruntant de nouvelles forces
des difficultez &desobstacles,
lui a fait tirer du fond de
son amour des resources que la
nature lui refusoit. Il étoit bien
juste, Sire, que par des efforts
jùsques là inconnus, elle contribuât
aux frais immenses d'une
guerre que vous ne soûteniez
qu'à regret, & qui devenuë indispensable
& necessaire par
les vastes projets de l'ambition
de vos ennemis, n'eut jamais
d'autre objet dans les intentions
de V. M. que la paix de
l'Europe &la felicité publique.
,,. Pourrons-nous jamais oublier
, & les siecles à venir le
pourront-ils croire, tout ce que
vôtre tendresse pour les peuples
a voulu sacrifier à leur repos?
mais graces immortelles
en soient renduës au Dieu des
armées, ila arrêté le bras d'Abraham
prêt à immoler ce qu'il
avoit de plus cher; content d'un
si noble& si glorieux sacrifice
il n'a j pas permis qu'il s'accomplît,
parles succés les plus éclatans
il a maintenu V:M dans
lapossession de fairenaître la
paix du sein de ses victoires.
Quel Princedans des conjonctures
si favorabl es & siglorieuses
auroit pu se réfuser à la flateuse
douceur de se venger de
ses ennemis, & de porter plus
loin les conquêtes ? Mais la sagesse
de V. M. toûjours Supérieure
à toutes passions, ne lui
permet pas de perdre un moment
de vûë la paix si desirée,
& ne la rend sensible aux derniers
niers progrés de ses armes,qu'-
autant qu'elle les regarde comme
le seul moyen qui lui restoit
pour y arriver.
C'est pourprocurer à l'Espagne
le même repos dont nous
jottissons que V. M. vient de
prêterauRoy son petit-fils ses
troupes victorieuses à qui rien
ne peutresister, & qui prêtes à
fercer jusques dans ses derniers
retranchemens la plus opiniâtre
rebellion,ferontrentrerdas
le devoir des peuples ennemis
d'eux-mêmes, & leur feront
goûter malgréeux les douceurs
de la paix dont l'Europe vous
est redevable.
Quels biens ne promet pas au
monde une paix si heureu se, a ppuyéesur
les fondemenssolides
de la plus équitable moderationi
? Elle nous fait entrevoir
une longue fuite de beaux jours
que rien ne fera capable de
troubler. Aprés avoir goûté si
long-temps la gloire de vivre
sous l'Empired'unRoyconquerant,
nous goureronsdans un
long reposla douceur de vivre
fous les loix d'un Roy pacifique,
& la providence favorable
reunira dans le seulregnede V.
M. les différentesgloires des 2.
plusbeauxregnesd'Israël.C'est
dumoinsce que nousosonspresumer
desdivinesmisericordes.
Lesvoeux ardens & unanimes
de tous les sujets de V.M.la perfedion
qu'elledonne à l'Eglise,
son zele pour la sainte doctrine,
sonamour pour l'unité
,
sa.
piété,ses vertus,tout enestpour
nous un gagepresque certain,
-r C'est sous ce regne pacifique
que nousallons voir lemiel&le
lait couler de nos montagnes,&
leseauxvives se répandre dans
tous les vaisseaux de Juda. La
justice & la paix le sont embrassées,
&par cette heureuse alliance
les loix reprennent leur
vigueur
; l'ordre & ladiscipline
se rétablirent,l'équité&labonne
foy rentrent dans le commerce,
l'usure devenuë timide
n'oseplusse montrer. Déjà le laboureurtranquile
recueille
sans troubles &sans obstacles
ses,fertilesmoissons,&flaté de la
douceesperance de joüir du
fruit de ses mains, il se ranime
au travail, & nous promet de
son industrie une continuelle
abondance.
Maisla sourcelà plus assurée
du bonheur que nous Attendes
est dans le coeurde V. M.Cette
bonté paternelle,quis'est sisouvent
& si tendrementexpliquée
sur lesmaux inévitables que
traîneaprés foy une longue
guerre,ne fera desormais occupée
que du soin d'y remedier-
Les difficultez s'aplaniront entre
ses-mains,lesmoyensse multiplirôtparlesconseils
de la sagesse,
chaquejourseradistingué
pardes bienfaits,pardes graces,
&les fruits dela paix,toujours
amers dans leur primeur,
parviendrontenfinpardegrez
à la plus heureusematurité.
C'est dans cetteconfiance que
la Province de Languedoc épargnera
àV. M.l'inutile recit
deses prodigieuxépuisemens,
des dettes immenses qu'elle a
contractées pour son service,de
la desolationde plusieurs contrées
que la famine& les maladies
ont renduës incultes& desertes.
Bientôt, fous les regards
-favorables de V.M. elle reprendra
son premieréclat, & il ne
lui restera d'autre desir à former,
que devoir prolonger au
delà des bornes preferites une
vie precieuse
,
de qui seule dépend
nôtre commune félicité.
A MonseigneurleDauphin.
MONSEIGNEUR,
La Province de Languedoc
vient par de respectueux homimages
reconnoître envous
l'heritierpresomptifdela premiere
Couronnedu monde.
Le sentiment naturel qui nous
interesse au bonheur de nos neveux,
nous fait goûter par avance
toure la gloire qu'ils aurôt de
vous obeïr, & nous leur servons
d'interpretes pour vous prêter
en leur nom le serment anticipé
d'une fidélité inviolable.
Quelle consolation pour
nous,de voir dans un Prince déja
si parfait revivre sonauguste
pere , & découvrirdansson
heureux naturelle fond de ces
grandes vertus que nous avons
si amerementregrettées.
Qu'ilest glorieux, Monseigneur
, pour l'illustre Dame à
qui la sagesse du Roy a confié
wtkrc éducation, de voir germer
avec tant de succés la se
mence de lesnobles vertus qu'-
elle a ri sagement cultivée, d'en
recüeillir déja les fruits,& de
vous voir dans un âge si peu avancénon
seulementl'objet de
la tendresse,maismême de l'admirationdetousceux
qui ont
l'honneur devous approcher.
Que fera-ce donc., Monseigneur,
lorsqu'appelle auprès
du Roy vôtre bisayeul,vousaurez
de plus prés ce grand modele
devant vos yeux, & qu'instruitlong-
temps par ses leçons
dans le grand art de regner,
vous parragerez le poids desaffaires,
& concourrez avec lui
par vôtre sagesse & vôtre zele
ànôtre commune félicité?
C'estce que nous promer le
; autour heureux des misericordesdu
Seigneur.Ce grand Dieu
fléchi par tant d'illustres victimes
qu'il s'est immolées dans sa
colere,nous fait enfin connoître
par la paixglorieuse qu'il
vient de nousdonner, qu'il aime
toûjours Israël ; & nous avons
lieu d'augurer de ce dernier
bienfait qu'il fera suivi d'un
plus grand;qu'il conservera,
pour la consolation du bisayeul,
un jeune Prince qui fait ses esperances
& ses delices
,
& qu'il
conservera, pour le bonheur de
l'arriere-petit-fils,ungrandRoy
qui est sonappui .& sa gloire.
C'est ce qui fait,Monseigneur
nôtre plus douce esperance, 6c
c'est aussi l'unique objet de nos
^jLix-Side nosdesirs.
J'ay attendu longtemps ce
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie; mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
present. Lindiffcrence des
Auteurs m'a decerminéàparcourir
tous mes papiers pour y
chercher quelque chose qui
pût faire plaisir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une version
paraphraféc de la 1$.
Ode du troiséme Livre d'Horace
qui n'a jamais étéimprimée
, le l'ay lûë & examinée
av c beaucoup d'attention. Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
petite choie prés, en ont
trouvé la Poësie,& les pensées
belles. Leur temoignage
m'a determiné à la donner, &
je fuis persuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
VER S I O N
paraphrasée de la 2.c.Ode
du 3e. Livre d'Horace a
dressée à Mecenas
,
qui
commence par Tjrrbena
Reum. 'prognis è:7.
c.
-'¡
GRand&fameux neveti
de ces illustres Rois , Quautrefois la Toscaneà
reconnu pourmaistres
Noble &digne. heritier de
ces nobles ancestres -
Dont un peuplepuissant a
revereles loix,
Quitte pouraujourd'huy
ces éclatantesmarques
Et cet tlp'tlretlg!o"ieu'
Qui fait bien connoistre à
;. nnoosys'eeuuxx'
Qtte%mforsausongdes
Monarques,
Et viens sçavoirpar mon
moyen, -
Jusqu'oùvontlesplaisirs
d'un simpleCitoyen.
CecharmantTivoly dont
les superbes eaux
Baignent de flots d'argent
cent bassins de Porphyre;
Cesjardinssomptueux,où
l'oelsurfris admire
D'un art entreprenant les
prodiges nouveaux,
Cespalaisenchantez
,
Ws
pompeuxédifices
Ont assezoccupé tessens.
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delicess:
Tu n'es pas plus grand
MApollony
Qui fait bien cet bonneur
àmon humble vallon.
Tu trouveras mon vin
sur mon buffetplacé,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée, Quepourtoyseulementmes
soinsontreservée?
JE-f que j'ay fait garder
dansunautreglaçé:,.
Tu verras sur mon linge
unemoissonderoses,
Ettu trouveras,situveux,
Pourl'usage de tes cheveux
De bien plus excellentes
choses;
Carj'ai de ces parfumssi
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diversitéquisoutientleplaisir;
Le trop de bonne cbere en
fait perdre l'envie,
D'un degoustinfaillible elle
est toujours suivie,
Et l'excés du bien mêmeen
oste le desir.
Sans or & sans azur,
sans pourpre &sans
., peinture
Vn repas serviproprement
Dans un lieu qui n'a d'ornement,
Que des beautez, de la
nature,
Sfait bien mieux charmer
lesfouets
9 Que ces pompeux festins,
où les Rois sont assis.
Quitte doncpourcesoir le
tumulte&lebruit; -
Laissede trop de biens l'a*
bondance importune;
Laisse dans ton palais ta
gloire&tafortune; •'
Etsoisabsent de Rome au
moins pour une nuit.
Cesse de contempler dans
sagrandeursublime
Cette Reine de l'univers,
Qui sur tant de peuples
divers
Leveson orgueilleuse cime,
Et qui par ses *vafte*
projets
Dans tousles Potentatsne
- voit que dessujets.
lJij" la canicule élance. ': son ardeur, -
Des feux dufier Lion la
force estassemblée;
Dugrandastre dujour la
flamme eftredoublée j Et l'air cft allumé parsa vivesplendeur.
Le berger entouré de brebis
languissantes9
Va chercher le secours des
eaux; Où ces arbres , dont les
rameaux
Font des ombres rafrail
cbissantes,
MAit qui dans cet embrasement
Nesont pas agitez, d'un
zephirseulement.
Elevé cependantausuprême
pouvoir
> Et maigré ce haut rang
étouffé dans lapresse
D'un amas defâcheux qui
lassiegentsans cesse ,
Etqui viennent te rendre
un importun devoir,
Tutrouvele reposindigne
d'ungrand homme: * LEtlft occupe tous tel
soins,
Ettasantétetouche moins;
Q.u,e nefait l'interest de Rome,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes révoltez ou
des peuplesdu Nom
Mais de grâce dy moy , quesertd'entretenir
Deceéevenemenslacrainte
anticipée,
Si cette crainte est vaine,
<y peut-êtretrompée,
Puisque c'estàDieuseul
deRavoirl'avenir,
Ces succés .elonet¡OUi
une nuit obscure,
Parsa prudence sont CAchez,,
Et loisqu'il nous voit empêcheZ
A craindre une perte pture,
Il rit des chosesd'icy bas
Où telpleure unmalheur
-' qu'ilnesentirapas.
Cardons bien noflreIrit
de s'échappersiloin,
Bornons tous nosfoucù*
lachosepresènte, ',: Et croyons que sans fruit
1 notre coeurse tourmenta, Tourunfauxavenir, dun
véritablesoin;
Aille comme. il pourra,le
temps quinous doitsuivre,
Ces chagrinssontpour nos.
neveux,
Et les maux qui viendront
sureux,
Quand nous aurons cesse
devivre En rien nesero,ienta, moindris
s, Par la compassion de nos
coeurs attendris.
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos,
Dormir comme un étang
dans l'enclos desesrives,
Puis tout à coup lassé de
voirses eaux captives,
-S'élever,s'elargir, &poussermilleflots:
Ilparoist une mer, &son
ravageétrange
Entraîne troupeaux &
tnaifcns
Demême en changeantes
saison
Le temps fait qu'un état
sechange,
Et mêle
1
en sesdivers ef-
',.
sets
Le tumulte au repos & la
1 guerrealapaix.
Ce
Ce changement de temps
peuttroubler nosplaisirs ;
Mais celuylà sansdoute,
en éprouveun extrême,
Qui tout autant qu'il peut
se renfermeensoy-même
Etquidece quiltientcony*
tentesesdesirs.
Le beau temps d.auJ};ur
d'huycomble toutesa .: "", joye; ,-
Que demain le CielJoit
changé
Q,pte de noirs nuages char. -" [l,
Il éclate, il tonne,ilfoudroye
;
I^hg*ignoréce malkfu^j
Etjusqu'àce quilsouffire,
I.
épargnésa douleur.
ÏBien moiqss4Vi[{-t»pa*.
desprissupertus
Qc rappeller asoyla disi
Bienmoins occupe-t il fort
-
coeur&sapensée
,
-x A luy rendre presents des
mauxquinesont plus,
> Ilsçait qu'unsiecle entlfr
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort,
Ilsçait que les arrests du
sort
S'executent malgrénos larmes,
Et que même une Deité
Ne peut pasempecher qu'«
un malheurr n'ait esté.
Lafortunèseplaîtafrapper
degrands coups, , Enfiinjeuxinsolensfelle est
opiniâtre ;
Elle estsouvent Contraire
à quiplus l'idolâtre,
Etsonrisage est traître ,
alors qu'ilsemble doux:
Ellefait degrands dons,
mais leur peu de durée
Afflige nostre ambition;
Biensouvent la possession
En estcourte& mal asseurée
;
Et ce que je
0
tiens desa
-
main
Vn autre le tiendrapeutestre
dés demain.
Je nesuispointingratdes
biensquelle m'afaits,
Je vante ses faveurs
, je
l'enaime, &l'en loué,
Sur tout quandàmaporte
ellefixesarouey
Etsemble vouloir rire au grédemessouhaits.
Maissitost quejesens qd.
clIc ébramefan aisle,
Pourvoler en d'autres
.', quartiers,
Jeme dispose volontiers
Adlu'yerenldlreece qui vient
Et nedemeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre *uertu+
Quand je ferois privéde
tout autreflutien
Jamais la pauvreté nétanneroit
mon ame,
Et je n) cannois rien qui
Joùdignedeblâme,-i
Quand«$n-ef peur *vdntir+
qu'onejthommede bien:
\J:e,rilpah:teiejfnessploreisnetraaibnlee^aux: - Qui viennentJ^es bords
estrangers
Qu'on , cherche avec tant de
dangers
Par des routes si peu cer- taines
Oùl'on reclamesisouvent
L'indulgence desflots&la
-
faveur du el1t..
Armez donçqjosfyoeurs^
contrel'air(e Useat^c,
Aquilons inhumains ,siers
Auteurs desnaufrages,
'-.; Vous ri) , Ó' aurez tout loisir de
former vos orages,
Avantque d'abimer ny
moy ny mes VaiJJeauxx
Quandjem'embarqueraj
sur lefameux Egee
Zephire les caressera,
Luyseulmesvoilesenfleray
MaBarquesera chargée
Toutsera calme aux environs,
EtPollux CaJFortien*
dront mes avirons.
jivis
Avis utileauxMathématiciens.
M. le Duc de la Force Protecteur
de l'Académie des
belles Lettres, Sciences&
Arts de Bordeaux; ayant
dessein de proposer un Prix
à tous les Sçavans de L'Europe
, a laissé le choix du sujet
&la decision à cette Compagnie
,
qui a choisi l'explication
des effets du Barométre.
Le Prix fera une Medaille
d'orde la valeur de 300. liv.
au moins, ayanr d'un costé,
les Armes de M. le Duc de
la Force,&de l'autrela devifc
de l'Académie.
Il fera donné le premier
de May prochain
, àceluy
donc le sistême sur la cause
des variations du Barometre
fera le plus probable.
Les Dissertations peuvent
estre en Françoisou en Latin,
& elles ne serontreçûës que
jusqu'au premier de Marsprochain
inclusivement.
, Au bas des Dissertations
il y aura une Sentence sans
le nom de l'Auteur;& dans
un Billet cacheté, l'Auteur
mettra ,avec la même Sentence,
son nom, ou une
adresse quelconque, pour se
faire connoistre. Le tout
affranchide port,àl'adresse
du sieur Brun, Imprimeur
de l'Academie de Bordeaux,
ruë S. Jâmes.
Je suis fort redevableà M.
D. L. 5. des Lettres pleines
d'érudition,&des bons conseilsqu'il
m'envoye, si j'avois
l'honneur de le connoistre
J je le remercierois particulièrement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La manière d'")nc
il deffend la memoire de feu
M. Devizécontre le fiel de
M. de la Bruyere
, est pleine
d'équité,de gout & d'esprit.
Onpeut mettre ,
dit il,au nombre
desgasconades, c'est-à dire
des hyperboles outrées ce que M.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant
>
qu'il étoit immédiatement
au-dessous du Rien, la
pensée n'est pas juste & elle doit
estré miseau nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours danssa maniere
de bien penser.Aufonds cela est
faux : ontrouvoitdansleMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
familles,ceux qui venoient au
monde & ceux qui ensortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant ce qui se passoit
dans la Republique des Lettres j & l'histoire du siecle courant.
Comptet on cela pour rien?
on vit dansle monde ilest bon
de sçavoir ce qui s'y passé ; cela
vaut mieux que de rétablir
une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un passagecorrompu.
M. Deviné écrivoit poliment
& agréablement ,sonstile
estoit chastié& correcte
, on le
lisoit avec plaisir. M. de ta
Bruyere écrivoit durement,son
flUe estoit negligé ; C9; on sent
en lisantsesouvrages que l'auteur
estoit chagrin&arrabilaire,
& toûjours en colete contre le
genre humain:son stile estpoëtique
, & montésurdes échasses:
il tient bienplus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fondsdes choses; maisseulement
dela maniere dontilmetsespensées
en oeuvres.
M. D. L. 5.qui continue
ces remarques avec beaucoup
de discermement & d'étudition,
en fait dans sa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Médaillés &
&aux Sçavants quis'y con-
Boissent Je vis ,dit-il ,ces
jours passez
,
le Portrait dll
Roy gravé par Lincks d'aprés
le fleur de la Haye , c- dans
l'enfoncement une Montagne
sur laquelle estoit un Chitfttatl
tout en feu , &au bas de l'Estampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inaceessis consisas rapibus
arces . Miraris!per Rhenum bic sibi
secititer.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que L OÛH
Prenneune Place inaccessible
Son bras n'est-ilpas invincible,
Et le Rein n'a-t-il pas fait un
passege aux Lis.
Jedoutay
,
ajoûte-t-il
, que
vincere arcem,eut esté employé
souvent dans le temps J'AHgUftC
pour dire prendre une Ville;
maisjesoutins que consisas
estoit un barbarisme : le Poëte
aura crû que de consido
, considi,
venoit consisum; mais
c'est consessum. Je fuis trop
du sentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire, je rendray
,
si cela luy fait plaisir
,
sa ré
ponsepublique. -
Mais à propos de Remarques,&
de Litterature,jeme
souviensquon m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux:ilen
tombe heureufemcnt un fous
ma main
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre,
Les Festes du Cours: on ne
laisse pas d'y rire;maisle Parterre
indulgent à son ordinaire
avouë qu'il ny comprend
rien , & c'est asseurement
grand dommage,car il y a
dans cette Piece un certain
Cynoedor qui est le genie dlJl
Bat,quise tourmentecomme
un Diable, depuis le commencement
de la Comedie
jusqu'a la fin, pour venir àt
bout de demêler une chaine
d'inconvenients, oùl'ona la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage cr* cil
tres- françois; il est même
orné de Sentences magnifiques
sur l'esprit, sur le coeur
& sur les moeurs:& on soûtient
que FAuteur a fort bien
fait de se dedommager de
l'obscurité de l'intrigue
, par
la clarté decertains endroits
de ses Chansons:Un Avocat
s'yfait cocu luymême , & l'on
ne sçait ce que tant d'autres
gens y sont; en un mot ce
qu'il y a de vray ,
c'est que les
termes y font si joliment
enveloppez, que l'esprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire, auditoremrapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être, il me semble que
l'on a raison d'être content
des marques, des danses
, &
même de quelques chansons
que Cynoedor & Chorcda
chantent à, merveille. 'e
-Il y a un si grandnombre:
d'honnestes gens dans lesProvinces
qui m'ont recommandé
de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage danslesPieces
nouvelles qui se representent
icy,que je croi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
conrenter, que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux, toutes les chansons
de cette Comedie :Ceux qui
en voudront la Musiquen'auront
qu'à me la demander,
j'auray soin de la leur envoïer.
Je me flatte qu'on ne me reprocherapoint
d'avoir employé
cet Article pour grossie
mon Livre,puisque je l'ay
augmenté de 80.pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere.
PROLOGUE
DES FES.TES
DUCOURS.
CHOREDA.
73 RE'Sde laplussuperbe VUh
Quecouvrelavoute des
cieux,
D4ftS unséjour délicieux
Zaebaigne une eaupure & tranquile,
Lieu charmant &dignedesDieux
Ilamour4 chofïifina%ilt*
CYNOEDOR.
Tandis que l'horreur de la Guerre
Mettoit enfeu toute la Terre,
Cesont ces beaux Lieux que laPaix
Avoitchoisipourson Palais,
ENSEMBLE.
Les soins du plus grand Roi du
monde
Ont mis Bellone dans les sers
Et parsasagesse profonde
La Paix poursonséjouràlevaste
Univers ,
ENSEMBLE.
Les Ris, les Jeux, viennent¡rt..
dulaplace>
Qu'elle occupoitdans ces heureux
Climats,
Favoris du Dieu de la Thrace,
Venez, volez, accourezsur leurs
ipcasi, le trlaijir vous délase
De la fatig ue des Combats;
Etque l'Amourluymêmeenchasse
Tout ce qui ne luy convientpas.
CHOREDA.
Venus vousappelle
Dans ce beau réduit,
pleind'ardeur pour elle
Le Dieu Mars la fuit j
Et prés de vos belles
L'Amourvous conduit,
Son Flambeau vous luit;
Discrets &sideIIes
Venet-ysans bruit.
CYNOEDOR.
CYNOEDOR.
V enus en colere
A dità £Amour, el) certain mystere
On craintle grand jour; JadisàCythere
Enflagrant délit
Phoebus lasurprit,
L'Amourpourluyplaire
Prend ici la nuit.
GHOREDA.
Ici Venus veille
Pour ces Favoris,
LeDieu de latreille
Endort les Maris,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leursecours
Au Dieu des Amours,
pour ceux, qu'il assemble
Cette fJMilaN- Cours. ENU
t..,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leursecours
Au Dieu des Amours.
Pour ceux ilassemble
Cette nuitau Cours.
Fin du Prologue,
DIVERTISSEMENT.
DES MASQUES.
AIR.
f0V'Mn Bal au Courssous fè
c feüillage
Mfttwaimableamusement :
LaCoquette,• & laplussage
Tviennent également
Ecouter le doux langage
1>'linjeune & nouvelAmant.
Jgjfun Bal au Cours,&c
Il IltJI dansaucun bocage i
tGoifietau, de qui le ramage plus doux &plus charmant s
Que le séduisant langage
D'un jeune & nouvel Amant.
Qu'un Bal au Cours ,&c.
La libertéregne en ces lieux,
On n'y craint point la médisance
Les Jaloux &les ennuyeux
Ysontdupez, parl'apparence.
DesArgus les plus curieux,
Onytrompe la vigilance.
Jolispropos,discoursjoyeux
S'y débitent sansconsequence.
L'Amour pourycomblernos væNJ:
Est avec nous d'intelligence.
Telyveut trop ouvrirlesyeux
Jgui voit fmvcntpins qu'il ne
pense.
AIR,
7our faire au Cours des conquêtes
nouvelles
L'Amour attire tout Paris;
Au clair de laLune les Belles
Changentsouvent de Favoris,
Et nesontgueresplusfidelles
A leurs Amans qu'à leurs Maris.
AIR.
cJfeunes Fillettes Dijjimulez,
Lesardeurssecrettes.
Dont vous brûlez;
guandfous,foa Empire
Le Dieu des Amours
A ff»' vousréduire;
Cachez bientoûjours
Ce qu'il vous in/jjrt.
Ousisonmartire
Vousforce àle dire,
Laissezvousconduire
Aux Fêtes du Cours.
AIR.
BEautez qui moulezqu'on veut.
aime,
Pourquoi vousdéfendre d'aimer;
il est mal aisé d'allumer
Les Feux d'amoursans en hrûle,
soi-même.
Branles en Contre-danse.
vcorff aprés la danse
l!/1 f0ur les tendres Amans*
il estsans consequence
XÏAgrUbUsmmtis
L'Amourpour écarter tout ce qui
les traverse
Amuse les Mamans
Long-tems; ilendortlesMaris
Rigris,
Et le Diable les bérce.
Au Bal du Cours les Dames
Dans la belle Saison r
Dusuccés de leursflâmes
Causoientsur le gazon,
Entr'elles les Amours troquerent
leur chaussure.
Et ce changement -là
Abon Prouva. nombred'Epoux Jaloux,
JÇuelU étoitleurCoëffure.
Ici maint agréable
Tout rempli de Bachus,
Vient ausortir de table
Faireinsuite à Venus.
L'Amour toujours au guetprompt
à vangersa mere,
Aprés deux au trois tours
De Cours
Leur décochant un trait
Les fait
Tomber dans quelqu'orniere
Persecuteurs des Dames
Jaloux tropcurieux,
Laissezenlesames
Dans ces aimab es lieux:
De soins & desoucisdégageant
nos pensées,
Sansnouspriverdujour
L'Amour
L'Amour
Nous rend comme les Dieux
Heureux
Dans les Champs Elifléeçfl
Assisprésdesafemme
UnAvocatau Cours,
Méconnoissant la Dame
Lui contases amours;
Elle pour profiter de son erreur
extrême
En tira de l'argent,
Comptant,
Et le pauvre Avocat
Bien fat
Sefit cocu lui-même.
Unejeune coquette
Femme d'un Orlogeur,
A certaine amourette
Ayant livréfin coeur,
Tandisàtravailler chez* luj
l'Epoux demeure,
La Belle &son Galant
-- Souvent
S'en vont ai* Gwr^xxftm
Aufrais
Du BergerIfN.fJtf'JhCÀrt¡.
Amans dans les Ruëlles
Ne pdfflz plus vos jours,
Il est des nuits plusbelles
Pour vous aux Bals, du Cours,
L'Amour vous offreici desconquêtes
aisées,
Enfaveur de la Paix
Ses Traits
Neforment que des noeuds
Heureux
, &a&sUsChamps Elisées.-
D'uneaimableGrisette,
Certain vieux Brocanteur,
Par contrat fit emplette
Sans s'assurer du coeur
L'exemple d'un Epoux dont tOHtâ
lafortune,
Venoit de trafiquer
Troquer,
Fit qu'elletrafiqua
Troqua.
Au Cours, au clair de Lune.
Une fillesçavante
En l'art de Cupidon ,
Deses droitsjoüissante
En usioit bien dit-on, '-
Mal instruit desesfeus, unTuteur
mal
habile
La crût au Cours la nuit
Etprit
SaFemme&fin Rival
Au Bal p
do lieu de sa Pupille.
Le Démon de la Dance
Pour flaterses désirs,
De toutefiapuijfancç
Travaille à vosplairsirs; Desesempressemens. il ne veut
pour salaire
Que l'honneur de pouvoir
Vous voir
Enfouleicitémoins
Des soins
Qu'il prendra pour vous plaire.
Voilà ce qu'il y a de plus
comique dans la Piece. Mais
ce qu'il y a de meilleur àla
tête de cet Ouvrage c'est une
Epître en grands & petits vers
dediée au Prince Royal &
Electoral de Saxe.
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois-cy un détail
peut être agreable des grandes
sestes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Commercy
à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves, si l'Auteur du Journal
de Verdun (à l'exemple
des Princes &Princesses à
l'honneurdesquels ces sestes
se celebroient) ne s'étoit pas
luy-même *faitsfait & remply
d'admiration de la majestueuse
depense que M. le Prince (y
Madamela Princessede Vaudemont
avoientfaites en leur faveur
; encoredu plus grand coeur
£7* des belles manieres dont le
tout futaccompagné : Mais helas
! que lesplaisirs de la vie,même
ceux des Princes sontcourts
&sujets à bien des traverses!
Les plaisirs, continuë cet
illustreAuteur
,
qui s'étoient
* Ces paroles font tirées mot pour
mot du Journal de Septembre.
comme donnezun rendez-vous A
Commercy, s'évanoüirent presqueaussitôt
que les Testes Couronnéesenfurentparties.
Ensuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la morr de Madame la Princesse
de Vaudemont, dont il
est aussi vray quetoutel'éloquence
des hommes exprimeroit
a peine le caractere & les
vertus, qu'il est seur que l'Au
teur du Journal de Verdun
qui se parc des dépoüilles dt4
Mercureestun mauvais Orateur.
NIils sur tout ses raisonnements
politiques & decisifs
me paroissent fort bicp trouvez.
Ily a lieu de croire
,
dit-il,
que lesJuges çy Arbitres de la
paix compenseront la plûpart des
Articles de dédommagement, £7*
que leur principale attention roulerasur
la restitution à faire des
Villes& Provincesoccupéespendant
le cours d'une guerrelongue
&sanglante
,
commencée avecsi
peu de necessité& defondement.
Carsilemotifd'une riche succession
disputée entre deux puissants
concurrents , a allumé la
guerred'Espagne,on n'apperçoit
aucun légitime prétexte qui ait
pû faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Jariste porte ses
veuës bien loin ! que sera-til
maintenant que laPaix est
faite ? si l'on me permec
cependant de raifonncr contre
luy
,
l'éemulation rendra
re,lul-ctirc nos ouvrages meil
leurs. b -
Je n'ossense personne Messieurs, , je le repêce encore
; mais je croy qu'il est naturel
d'attaquer des esprits
qui se reposent
assezsur
la
bonne opinion qu'ils ont de
leurétude pour nous donner
des balivernes de leur imagination
pour des productions
solides ; qu'on ne se prévienne
en un mot ny pour eux 9
ny pour moy;mais que de
banne foy,lesgens éclairez
mettent dans la balance, d'un
côté le droit usurpé que les
uns ont de raisonner comme
bon leursemble, & de
l'autre, l'obligation où je fuis
de me taire, jusqu'àce qu'on
m'accorde la libertédem'étendre
d'avantage,& qu'ilsnous
jugenr. Je vais en artendant
battre la campagne, & promener
d'abord jusqu'à Chinon;
les lecteurs qui voudront
m'y accompagner, ils y apprendront
le succés d'une des
plus splendides & des plus
galantes festes qu'aucun particulier
ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dresser le
douze du mois passé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terrasse
vis-àvis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüissance se
trouva ainsi heureusement
situé sur le haut d'une Montagne
qui commande à la
Ville & à le Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
servirentà illuminer le Convent
dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grandnombre de pots de
fer & de terre pleins de gaudron
& d'autres feux, une
quantité prodigieuse de Afées&
de ger bes semeslerent
au bruit des Tambours,
des Trompettes,des Hautbois,
&des Violons, dont
le dcfordrc agréable fut interrompu
par plusieurs décharges
de six pieces de canon
qu'on avoit rangées sur la
Terrasse ,& qui tirerent jusqu'à
ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut consommé.
Toute la Ville deChinon
sur lesRemparts
,
sur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feste par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfinles illuminations furent
si nombreuses &si grandes,
que bien des gens assurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë
,
à la faveurde leur lumiere,
câpres de trois lieuës
à la ronde, toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüissance
,
qui fut suivie
d'un repas dont la propreté,
l'abondance & la delicatesse
firent les honneurs à plus de
quatre-vingt personnes.
Pour changer de theatre
& de matiere, je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie jusqu'à, Venife
,
où je vais en encrant
offrirà leurs yeux lafidelle
peinture d'une Histoire si
veritable, & si fraîche, qu'elle
fait encore à present tout le
bruit decetteVille.
'," Le vingt trois du mois
passé
,
onmit en prison
, par
ordre des lnquisiteurs de l'Etat,
le Curé de la Paroissede
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans, accusé d'entretenir correfpondancc
en France. Son
Accusateur avoit contrefait le
caractere de son écriture, &
avoit composé une Lettre,
dans laquelle il disoit que le
Senateur bien connu, n'ayant
pû aller au * Pregadi
,
n'avoit
pu l'informer de ce qui s'y
étoit passé. Ce pauvre Curé a
* Conseil des dix.
été mis à la question plusieurs
fois., & a soufferttous les
tourmens imaginables; mais
loin de Confesser un crime
qu'il n'avoir point commis,il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il éroit innocent. Cependant
on fut prêt à le condamner
à la mort; maiscomme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
,
sans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable, on le condamna à
une prison perpetuelle
,
dans
l'espoir qu'avec le temps il denonceroit
nonceroic le Senateur.
Le même Accusateuratenté
de joüer un pareil tour au
Curé de Saint Jean, & est atte
chez luy
,
luy dire, qu'illuy
étoit tombé entre les mains
une de ses Lettres pleine de
matieres d'Etat, & que s'il ne
luy donnoit cent sequins illa
porteroit aux Inquisiteurs de
l'Etat. Le Curé sur pris de voir
une Lettre de son carctere,
quoyqu'il sçût bien ne l'avoir
pas écrire, luy dit qu'il luy
donneroit les cent sequins
,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accusateur s'en contenta ,
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent, & qu'illuy remettroitalors
ladite Lettre. Le
Curé fut aussitôt trouver un
Avocat pour consulter cette
affaire. L'A vocat luy dit, Si
CVOUS
estescoupable
, pez , Ë7
tache% de r'avoir cette Lettre,
sinon allez rendrecompte auxInquisiteurs
de ce qui se passe. Le
Curé prit cc dernier parti, il
fut les trouver, & leur dit
qu'une personne inconnuë
étoit venue luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat, qu'elle paroiffoit
être de son caractere ,
mais qu'il asseuroit ne l'avoir
pas ectîcc; qu'il avoit promis
à ce faussaire de luy donner
cent sequins, & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquisiteurs se souvenant
du Curé de S Mnhias,~ se
figurant que se pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaisoit
routes lesécritures,
dirent au Curé de S. Jeanque
le jour que devoit venir cet
Accusateur
,
le Capitaine
, ou
le Grand Prevôt se trouveroic
dans son Eglise avec ses Archers
,
& que pour faite connoître
ledit Accusateur lorsqu'illuy
parleroit, il n'avoit
qu'à se moucher plusieurs
fois. L'Accusateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent sequins,
& fut le chercher dans son
Eglise où il confessoit. Le
Curé l'aborda, se moucha,
& aussitost les Archers du Prevôt
se sasirent de sa personne
, & le conduisent en prison
,où il fut applrqué àla
question , & où il confessa
tous ses crimes.
Le Curé de S. Marhias fut
reconnu innocent & mis en
liberté avec une joye extraordinaire
de tout le peuple,&
TAccusateur a été étranglé,&
attaché ensuite à une potence
1 sur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquisiteurs d'Etat, différente
du Conseil des Dix, qui
fait mourir les criminels en public.
Ce Curé a donné dans cette
horribleextrémité une preuve
de la constance & dela fermeté
d'unverirable Chrétien.
Il a soussert toutes les tortures
sans jamais s'en plaindre,
& prcfcré son devoit à sa vie.
Peu de jours aprés ion emprisonnement
,
son Accusateur
fut se consesser au Curé de
S. Cassan, & luy dit avoir accusé
injustement le Curé de
S. Mathras & qu'il pouvoic
luy confier la Confession,ce
qu'ilfit ; mais connoissant
parcemoyen sonAccusateur,
il ci ûc que sa Religion luy
di ffendoit absolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il soit
forti de prison il y a huit jours,
il n'est retourné chez luy qu'-
hier
, pour éviter la grande
quancué de peuple qui meurt
d'envi de le vou;»
Cet Accusateur étoit Ferrarois,
& avoit titécinquante
pistoles en plusieurs fois du
grand Chancelier deffunt,par
des Lettrescontrefaites de son
caractere. Il a joüélemême
tour à plusieurs autres personnes.
Bien m'en prend de n'avoit
pas ce moiscy un seul Mariage
à annoncer au Public.Cet
Article de moins mépargnera
la façon d'une liaison
,
& la
peine de me justifier sur ce
chapitre de plusieurs fautes
que d'honnestes gens prétendent
avoir remarquées dans
lesGenealogies du mois passé.
Je diray cependant pour mon
exeu se, qu'elles ne m'appartiennent
pas routes, & qu'ellesnaissentautant
des noms
propres qui font défigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye
, que de ma negligence
à prier mon Genealogiste
de les vérifier,&de corriger
mes épreuves:Mais j'auray
doresnavantune si grande
attention làdessus, que j'espere
qu'on ne me reprochera
plus cet Inconvenient. L'Article
suivant va faire preuve
demonexactitude.
Le
Le P. Louis de Saniecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S, Augustin
,
Prieur de
Charnay pZJrés Dreux, connu
par ses Ouvrages de Poësie
P
mourut ensonPrieuré le14.
Juillet 1714.
Dom N. Pouderoux
Abbé de S. Martin de Canigoux,
mourut le 28. Aoust
1714.
Madame la Princesse de
Vaudemont Anne Elisabeth
de Lorraine
, mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aoust
,
dans le Chasteau de
Commercy, elle estoitneé
Je Aoust 1642. & elle
avoit esté mariée17. Avril
1669 à Charles Henrylégitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemontdepuis Grand
d'Espagnedelapremiereclasse
,Chevalier de la Toison
d'Or & Gouverneur du Milanez
; dece mariage estoit
né Charles Thomas de Lorraine,
dit le Prince Thomas de
Vaudemonr fils unique, Chevalier
de la Toison d'Or
Commandant , en Chefl'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fièvre maligne
à Ostigliaen Italie, le 12.
May de la même année,sans
alliance.
Madame laPrincesse de
Vaudemont qui vient de
mourir estoitfillede Charles
de Lorraine troisiéme du
nom Duc d'ElbeufPair de
France,Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
,
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elisabeth de Lannoy
sa premiere femme, morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'àpresent
estfils dumêmeDuc.,&d'Elisabeth
de la Tour en Auvergne
sa seconde femme, seuë
Madame la Duchessede Mantouë
estoit aussi sa fille, & de
Françoise de Montault Navailles
sa derniere femme.
M. le Prince de Vaudemont&
Madame la Princesse
de l'Islebonne sa soeur sont
nez de Charles Duc de Lorraine
troisiéme du nom &
de Beatrix de Cufancc Princesse
de Cantecroix
,
qu'il
avoit épousé du vivant de
Nicole Duchesse de Lorraine
sa femme;ce qui donna lieu
aux Sentences données à Rome
par le Tribunal de la
Rotte les 18Février1658,
15.Janvier 1653. & 2.3.
Mars 1654. par lesquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeur de la Maison
de Lorraine est si connuë
qu'il n'est pas necessaireicy
d'encrer dans la discussîonde
son origine;on remarquera
feu lement qu'elle est la plus
ancienne des Maisons Ducales
Souveraines qui subsistent
à present, & qu'ellea toûjours
esté considerée comme une
des plus illustres entre les
Souveraines de l'Europe depais
Gerard Comte d'Alsace
quil'an 1048 futinvesti par
l'Empereur Henry III.son
coufin du Duché de Mozelàne
, que l'onappelloitalors
le Duché de la Haute Lorraine.
Messire Paul Duc de Beauvillier,
Pair de France, Grand
d'Espagne
,
Chevalier des
Ordres du Roy, Premier
Gentilhomme de sa Chambre
,Chef duConseilRoyal
des Finances, Ministred'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la.
Ville & Citadelle du Havre-
de Grace, du Chasteau ~de
Loches
,
& de Beaulieu ,
mourut le 31 Aoust 1714.
en sa 66e. annéeIlestoit fils
de François de Beauvillier Duc
de S. Aignan, Pair de France
,Chevalier des Ordres du
Roy
,
Lieutenant General de
ses Armées,Conseiller cm
ses Conseils
,
Premier Gentilhomme
de sa Chambre
Gouverneur de Tourtaine ,
& des Villes & Chasteaux de
Loches, de Beaulieu & du
Havre de Grace, mort le16.
Juin 1687. & de Dame Antoinette
Servient sa premiere
femme; il avoit épousé en
1671.Loüise HenrietteColbert
fille de Mre Jean Baptiste
Colbert Marquis de Seignelay
Mettre & Secretaired'Etat,
Commandeur &Grand Trcsorier
des Ordres du Roy
& de plusieurs enfans nez de
ce Mariage il n'est resté dans
le monde que Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Décembre1703. avec
Loüisde Rochechoüart Duc
de Morremar Pair de France
son coufin germain, Premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy par la demission de
son beau pere. M. le Duc de
Beauvillier se voyant sans
cnfans mâles s'estoit demis
depuis quelques années de son
Duché de S. ~Aignan en faveur
de Paul de Beauvilher son frere
, dit le Chevalier de S Aignan
, né du second mariage
de feu M.le Duc de S. ~Argnan
avec Françoise Géré de Luce.
M le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie- Anne de Montlezun
fille , & heritiere de feu M. le
Marquis de Befmaux, dontil
a des cnfans. La Maison de
Beauvilliet, l'une des plus anciennes
du Royaume, a pris
son nom du lieu de Beauvillier
en-Beausse
,
Bourg situéà
cinq heuës de Charircecllo
s'est alliée aux Maisons d'Estouteville
,d'Illiers, d Estampes,
de ClermontTonnerre,
- de Beauveau ,de Rohan, du
Bec,de la Grange Montigny,
du Châtelet, &c.
Dame Marie Heron, veuve
deMessire Abel de Sainte-
Marthe, Seigneur de Cor beville
,
DoyendesConseillers
de la Cour des Aydes, mourut
le premier Septemb 1714.
Feu M. de Sainte Marthe son
mary étoit neveu des celebres
Gaucher, dit ~Sevolede Sainte-
Marthe
,
& Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux, Historiographes
de France, Auteurs
de l'Histoire Genealogique
delaMaison de France sortis d'une famille , ancienne
qui a donné de tout tem ps des
per sonnes recommendables
par leur esprit & leur probité.
Messire Germain Christophe
de Thumery, Chevalier
Seigneur de Boissise
,
le vé$,
&c.Conseiller du Royen ses
Conseils, Président en la seconde
Chambre des Enquestes
, mourut subitement le 1.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Christophe
de Thumery
, Seigneur de
Boissise,morten1657.&de
MagdelaineleCoigneux,morteen
1687. Ilavoirétéreceu
Conseiller au Parlement en
1673. & Présidentaux Enquestes
en 1682. Il avoit
épouséMagdelaine le Tellier
de même famille que Messieurs
de Courtenvaux, & de
Souvré
,
& sile de René le
Telliersieur de Morfan & de
Neuvy,Conseiller cn laCour
des Aydcs
,
& de Françoise
Briçonet ; il en a laissé René
de Thumery
,
Conseiller au
Parlement de Metz, quia l'agrément
de la ChargedeMonsieur
son pere ; Adrien de
Thumery,Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariéeen1695.àJean-
Baptiste de Flexelles, Comte
de Bregy; & Valentine de
Thumery non mariée. La famillede
Thumery estune des
plus anciennes familles de Paris
; il y a plus de 300. ans
qu'elle est en possession de la
Terre déboute, &elles'est
alliée aux meilleurs familles de laRobe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat,veuve de Messire
Henry de Fourcy
,
Comte de
Chessy ,Conseiller d'Etat ordinaire,&
ancien Prevost des
Marchands, mourur le trois
Septembre1714. Elle étoit
~fillede feu Messire Loüis Boucherat
,Chevalier Comte de
Compans, more Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoise Marchand
sa premiere femme.
Feu M. de Fourcy étoit neveu
de Dame Marie de Fourcy,
femme de Messire Antoine
~Coiffié, ditRuzé
,
Marquis
dESiC Maréchal de France,
Chevalier desOrdresduRoy,
&Sur-Intendant des Finances,&
fils de Henry de Fourcy
,
Seigneur de Chessy, Présidentde
la Chambre des
Comptes de Paris,Sur-Inten-
-
dant des Bastiments, & Conseiller
d'Etat, & petit fils de
Jean de Fourcy
,
Seigneur de
Chessy en Brie,successivement
Secretaire du Roy, Tresorier
de France à Paris
,
Président
des Comptes, Sur-Intendant
des Bastimens & Conseiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Messire Henry-
Loüis de Fourcy, Maistre des
Requestes ; OlivierFrançois
de Fourcy, Chanoine de Paris,
Abbé Commendataire de S.
* Ambroise de Bourges, cy devant
Conseiller au Par lement;
Balthazar-Henry de Fourcy,
reccu Chevalier de Malte sur
ses preuves admises le 25.
Janvier 1673. depuis Chanoine
de Nostre-Dame,Abbé
Commendataire de S. Vandrille
,Docteur de Sorbonne;
AchillcsAchillesBalthazar
de Fourcy,
receu Conseiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriettede
Fourcy ,mariéele31.
Mars 1689. avec Paul deFleubet
, Seigneur de Reveillon,
Conseillerau Parlement,puis
Maistre des Requestes.
Il n'estpresqueriendeplus
seur pour soutenir le titre &
le merite de ce Livre,que d'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
science de cet ouvrage ne consiste
pas tant à sçavoir passer
delicatement d'une matiereà
une autre, qu a sçavoir leremplir
d'une infinité de choses
qui amusent ou qui surprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but,il faut qu'on
me les donne, que je les ramasse
, ou que je les invente.
J'ay mauvaise opimon de ce
que j'invente
, cc que j'ay ramassé
ce mois cy ,
où tout le
monde est en vendange, ne
vaut pas grande chose, & ce
qu'on m'a donne ne restemble
pas mal à ce que j'ay ramassé.
Se souleve qui voudra
contre cette plainte, je vou
drois n'avoir pas raison de la
faire:mais je suis seur queles
plus rebelles admiretoient ma
constance
,
s'ils étoient témoins
demonattention à lire
à choisir, ou à mettre au
rebut touslesMemoiresqu'on
m'envoïe.J'en fuis fâché,
CUTS
,
c'ea vôtrefaute
)
&cestvous mêmequimeréduisez
à la necessité de suppléer
à ce défaut ; mais heureusement
on m'apporre une
- Lettre qui va peut être servir
à m'en épargner laî pene. éln
doute
,
& ellesemble iuHe
ment faite en consequence de
cfe que js vrens de dire .,.
Voi encore des Vers,Monfleur,
Cmdes Vers de ma façon;
mais en verité je ne vous les donne
que pour l'acquit de ma conscience
seulement, & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne fuis pas Poëte
&vous taVf:{ bien veuiaujji
n'est ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité
, je voudrois la meriter
je m'en ferois honneur;mais je
ne la mente pas; paurquoy donc
me direz vous ,vous mêler de
faire desVers? c'estparcomplaiffaemmcmeyeisdlaepris
en gréà quelques
ma cormoijfancc ,
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'assez mauvais
3
de s'imaginer que j'étoiscapable
d'enfaire de bons, & il a fallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure; e
luy envoyer ce qu'on vouloit que
je fisse. QuandMonsieur du
Fresny devroit m'accuserd'ingratitude
,je ne puis m'empescher
de dire
, en passant
, que
j'ay souvent estésurpris de ce
que ,
luy
,
qui a infiniment d'esprit
& degout
, a toûjours emplo<
yéceque je l;uy envoyois ; je
ne fuis pourtant pointredevable
ésacomplaisance de l'honneur
qu'il ma fait, il nk.,
mais je n'avois garde d,> paroî-
Ire à visage découvertensimauvaiséqupage
, outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
lieguifois encore mon caractere
£*r je prenois toutes les precautions
necssatres pour empecher
qu'il sçeut de quelle partmes
LeWes luy venoient ; toutêtoit
cependant donnéau Public quelque
fois ave les corrections
qu'il prenoitlapeine de faire
,
gvr quelque fois en faisant des
ffponfsparodiées. Son indu'gence
peut bien avoir favorisé Id
déiadence d'un livre àlaquelle
sansdoute t/.:J.u l'honneur de
contribuerpour ma part,
Vous voyez,Monsieur
,
que je n'ay pas plus de vanité
quej'en dois avoir;& comme
jen'ay pastrop bonne opinion de
ce que jefats onne me fait
aucun chagrin de me pel{uadet"
que j'ay raison
,
cependant les
Dames dontje viens de parler
consi mées dans leur erreurpar
laréüssite de ces bagatelles,faites
toû11jours à'1la hhAâte,& avec nt.
glagence
, sont revenuës à 14
chargeavec le nouveau M{'rCUft.';
j'ayresistéaux premieres attaques
maisj'ay en beauleur dire que
vous if/lt'{ trop circonspect &
trop difficile il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fitilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de ** la maniere dont
elles s'y sont prises pour deviner
celle en question m'adonné en même
tempsoccasion de me venger
de leur persecution.Au reste ,
Monsieur,sije ne prens pas avec
'l)OU4 les mêmes précautions dont
je me jut's servy avec M. du
Fresny
,
c'ejl après vous avoir
fait connoître l'indifference que
j'ay pour le fort de ces amusemens,
mens, auxquelsmes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Je cesserois pourtant
de les regarder avec la même
negligences'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous assurer
de l'estime avec laquelle j'ai
l'honneurd'estre,Monsieur,
Vostre,&c.
ENVOY
sur le mot de la derniere
Enigme du mois passé.
A Quelques Dames a14
-
quartier
Je lus hier leMercure dernier
L'Enigme vint; les Dames
assemblées
De devinerlemotsefirent
un honneur;
Et toutes s'empressant de
dire leurs pt!'jICi,
Firent naître à l'envyl'éclatante
rumeur
De tant de voixentrecoupées,
Quependantquelquetems,
jecrus
Que l'on allait deviner en
chorus.
Mes Dames ,sans tirer.
leurdis-je ,àconsequence
> Accordez-moydegrace,un
moment d'audiance:
Oprodige étonnant, le beau
sexeécouta
Fort bien repris-je alors *
le mot se trouvera
Dans le silence.
Le mot de la premiereétoit
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont deviné
sont, Lespetitsyeux de
Souris, les beaux yeux de Catin
,
l'oyseau bleu
,
Cabrico
let, la jeune veuve ,laPrécieuse
,
les deux Tourterelles, &
le veritable Amphitrion.
L'Auteur de l'Enigme fuivante
dit, que pour établir sa
réputation
,
il est bien aise
qu'onsçache que c'est luy qui
l'a faitc.
ENIGME.
Bien
des gens se passent
de moy >
Cependantjesuis necessaire.
Ceux qui vous diront le
contraire
Ne sont pas gens de grand
alloy.
Je ne plais guere àla jeunffi
A la bien-élever, lorsque
l'on s9intercjfe>
On la reprend souvent à
mon sujet.
Selon l'occasion,j'ay lagauche,
ou la droite
9 - C'en est assez,
,
j'ay fini
mon projet
Si vous me devinez; vous
serezbien adroite.
L'Auteur de celle- cy dit
qu'il est si jaloux de sa réputation,
qu'il est bien aise qu'on
ne sçache pas que c'estluy qui
l'a faite.
ENIGME.
JEsuis
un enfant de la
terre
Que l'onformeàcoups de
marteau,
On me politsous le ciseau
Et je fais à l'acierune 9 immortelleguerre.
Promethée ou Deucalion o.
M'arracherent jadis du
sein de la matiere,
Et tirerent de moy ,
dit-on,
L'origine de la lumiere.
Je nesçayguère à quoy ressemble
ma couleur:
Mon pere est un brutal
dont la main me dechire,
Et ccjt de mon être qu'on
tire
L'experience, l'art,l'éclat
& la chaleur.
Un prélude pour annoncer
une Chanson faite sur une
coquette doit-il être bien serieux.
Non: Il n'en faut pas
même là dessus
,
disent les
connoisseurs ; comme les coquettes
ne gardent aucune
mesureavec leurs Amants, il
ne faut ni scrupule
,
ni ceremonic
pour les chanter.
CHANSON
dont les paroles font de..
& la Musique de M Dubreiiil
de Vignancourt.
LEchangement, Iris,
vous estsi doux
y Quelorjqu'on cft bienavec
vous,
On nose s'en donner la
gloire:
Celuy qui sçait vous arrester
Asipeu de tempspour le
croire,
Qu'iln'en a paspours'en 1
venter.
Voicy bien d'autres nouvelles
, Messieurs-
Sçavants contre Sçavants ,
Lecteurs
contre Lecteurs
Combattent à l'envy pour le
choix des Autheurs.
Et quoyque je ne fois nullement
interessé dans leurs querelles,
si par hazard j'annonce
quelquechose pour ou contre
les uns & les autres, on me
rend garant de ce que je ne
debite toutau plus, que comme
de froides nouvelles. Un
parti seformepourmoy
J
sans
que jesçache seulement sij'ay
des partisans ; une autre sçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les esprits, & de l autre
je me vois exposéau ressentiment
de plusieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes ,qu'elle les ensevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois passé
,
& que j'ay mis
dans le dernier Mercure
,
m'a
attiré cette fâcheuse affaire:
mais sil'onme tient parole, je
repareray ce coupautant qu'il
est reparable, en donnant à
son tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vra y moyen de mefairedes
ennemis des deuxcostez. Mais
ce qui me console
,
c'est que
les gens desinteressez conviendront
de ma bonne foy
, &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde, celle de
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois,est justement
celle dont je m'embarasse le
moins. Je ne songe en un mot
qu'à divertir mes Lecteurs sans
entrer dans le détail des reflexions
qu'on fait sur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire, bien
de quoy scandaliser des gens
éclairez qui sçavent presque
aussi bien que moy (qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre) le cas qu'on fait
du Mercure Galant:&je soutiens
qu'il n'y a presque personne
dans aucune Académie
du Royaume qui ne se crût
deshonoré, sion l'accusoit de
l'avoir lû. Que cette aversion
:pour mes Ancestres & pour
moy, soit bien ou mal fondée
, c'est de quoy ,par exemple,
je ne me soucie gutre encore
Il y aura toûjours parmi
les esprits lesplus subtils &
les plus delicats ,de sagesIsraëlites
qui s'amuseront de la
lecture de mes contes & de
mes chansons,&je mettray,
si je peux, tant d'enjoüement
dans mon Livre, uniquement
pour plaire aux Dames, que
leur suffrage mededommagera
de indifference des hommes
Quel projet ! me dit un
Druide, au maintien vcncrable
,
& dont la contenance cil
si graves&si composée,qu'on
diroit qu'il a toute sa vie assisté
au banquet des sept Sages,
quel projet!Jeunehomme
,
continuë t il
, on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce sera,
luy dis je, un grand malheur
pour le Public
,
& beaucoup
de peineépargnéepourmoy;
mais vousverrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
comme d'abus, & qu'elles
interposeront l'autoritéde
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raisons, malgré
vous, malgré moy , & peutêtre
à la fin
,
malgré ellesmêmes.
Mais je ne songe pas que
le Mercure s'avance,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon! qu'-
importe
,
c'est un article que
personne ne lit. Outre le Journal
de Verdun,il y a tant de
Gazettes & deManuscrits toutes
les semaines, dont les circonstances
sont si interessantes,&
dont le stile est si beau,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles du Mercure.
Cependant il en fautabsolument
solument debiter, & ceChapitre
est aussi necessaire que
celuy des Enigmes. Ainsiafin
de commencer à en donner
quelques-unes par ordre, je
vais debuter par une Liste de
tous les Deputez qui se sont
assemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être signée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
,
& par M. le Maréchal
de Villats pour le Roy.
NOMS
de Messieurs les Plenipotentiaires
& EfJ'Voyez. qui se
sont trouvez au Congre de
la Paix à Bade
,
commencé
le cinquiémeJuin 1 7 14.
De lapartde l'Empereur.
M Jean Pierre de Goës,
Comte du Saint Empire Romain,
Baron de Carlesbergà
Monbourg
,
Seigneur à Razzenegg,
Ebentalbach, Porhnstein,
&Liebenfels,&c.Conseiller
deSaMajestéImperiale
& Catholique
,
Gouverneur
du Duché de Carinthie,Ambossadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade.
M Jean Friderich, Comte
de Scilern
,
&c. Conseiller &
Assesseur delaChancelleriede
Cour , & Ambassadeur Extraordinaire
de Sa Majesté lm.
periale au Congrez de la Paix
à Bade.
Du Roy de France.
M. François Charles deVinthimille
,
des Comtes de Marseille
,
Comte du Luc
,
Marquis
de la Mart he, Lieutenant
du Royen Provence, Commandeur
de l'Ordre de Saint
Louis, Gouverneur des Isles
Porquerolles, Ambassadeur
ordinaire de Sa Majesté aux
Ligues Suisses & Grisons &
son Ambassadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M Bar berie
,
Seigneur de
saint Conreft
,
Conseiller du
Royen tous ses Conseils,
Mastre des Requestes ordinaire
de son Hostel, Intendant
de Justice,Police & Finances
des trots Evêchez de
Metz, Toul, & Verdun au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambassadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majesté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son ~jdltejfe Monsieur.
Le Prince Henry d'Auvergne
,Grand Prcvoft de Strafbourg.
B
De stElecteur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
Ministre & Conseiiler d'Etat
de son A. E. de Bavière.
De fIEvesque de Basle.
M Hàoft,EvefquedeDomitiopolis
,
Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Basle.
Des PrincesdeBirkenfeld.
M. Simon, Conseiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargdc Bebenbourg,
Grand Chancelier
& Premier Ministredeson A.
E. Abbé du Montde saint
Michel en Normandie.
Son Alteffi.
M. l'Abbé de Gonzague
,
Prince de Castillon ,&c.
De Madame la PrincesseJ veuve
de M. le Prince de Condé.
M.l'Abbé duBos.
*
D
Du Marquis de Bade-Dourlach.
M. Stadelman.
E
De Madame la Duchesse
d'Elbeuf,
M. le Comte Cremone,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M.le Duc de Mantouë.
F
De lapart des Etats Généraux
des Provinces-Unies.
M. Jean- Louis Ronchel,
leur Secrctaire , Resident en
Suisse,
G
-
G
Du Duc de Guaastalla.
M. le Comte Louis Canta--
ni,Chambellan & Confciller
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guastalla
& Sabionnette &c.
-
De Gennes.
M. de Sorba, Ministre d'E.
tat & Residentordinaire à
Paris.
H
Du Landgravede Hesse-Cassel.
M. le Baron de Malsbourg
Ministre & Conseiller Prive
deM. le-Landgravede.Hesse-
Calfd.
- Du Landgravede Heffe-
;' Darmstat. ,
M. de Mascowsky,Conseiller
Privé& en même rems
aussi Envoyé &Ministre Plenipotentiaire
de S. A. S. Je,
Duc de Saxe Got ha
,
& des
Princes & Etats Protestans du
Cercle du HautRhin,&c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Hesse-Rhtnf-cls.
Des ChapitrerdeHildesbeim>
~&SPire;
r-:
M. le Baron de Twikel
~cPfîàvixbek,Cbânôine des
~CarhedrafesJd'Hiideshfm &
Spire,Archidracre' à: Goslar :Conseillerd'Etat de l'Evêché,
~d'Hildesherm, Seigneurde
Meubourg.
DuPrinced'Isenghein,
M. Sansot, Conseiller££
Intendant dudit Prince.
DuDucdeLorraine. » M. le Begue Seigneur de
Germini, & de Lhelod de
Chantreine,&c.Conseiller &
Secrecaire d'Etat, Garde des
Sceaux de S.A. R. de Lor- raine. 8& "-
,. -" (. ','
Du Chapitre de Liège.
d#- M.leBaron de Vansoui
Abbé , de Damas, Chanoine,
du Chapitre de Liege.*
De M. le Prince de Ligne.
M. Merode.
- '- M-, ? ,;.;i.
De Modene.
M. le Comte JeanFrançois
Bergomy
,
Gentilhomme
de la Chambre,Conseiller
d'Etat,Gouverneur de laProvince
de Garffagnane.
Ml'Abbe Giardini, Conseiller
& Ministre d'Erat de
son A. S. le Duc de Modene*
Du Dus de UMirmloic*
M RegnaultDulioli
i
Noble
de Bologne; Professeur
public dans lesUniversitezda.
Bolognc&-Padouë.-
; Du Prince ~deÀfontbeliard.
, :. # # :.. "Ir 4 1..
M-CharlesLeppold Leffff*
rance, Baron de Sandeesleben.,
M.Julien-Guillaume .Qc..
Siegman, Conseiller.
, M. Jacques ,C{lliaopc..
CuvierConseiller
N
2H, le Prince de Nassau Sighert. "-
M Rivage.
O Du Cardinal Ottoboni ,'
II P.Ludovico Maria Mauro
de ~Ghiciici Regolari minori
, p
Du Pape.
MleComtePassiones.Hcverendaire
de l'une & l'autre
signature,Prelat domestique
& Camerier secret de la Sain
teté,&c.
DuRoydePrusse.
M. le.Comte, de Metternicht
chambellan de sa Majesté
Royale de Prusse
,
Envoyé
à la Dicte de l'Empireà
Aufbourg.
Du Duc de Parme.
Mle Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon, Comte
d'Oza, Gentilhomme dela
Chambre de S. A. S.le Duc
de Parme.
François
-
Marie Spinola{
Duc de saint Pierre; Prince
de Molseta, &c. Grand d'Espagne,
Gentlhomme de la
Chambre de S. M.C. & Grand
Maistre de la Maison de la
Reine Douairière, &c.
S ;,
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede, Ministre
d'Etat de S. M. Sicilienne,
PremierPrésident de la Chambre
des Comptes de Turin.
De Spire.
M. Drirshe, Conseiller Ati-*
lique & Directeur delaChambre
des Finances de S. A
Monficur l'Evêque & Prince
de Spire.
Tr
De l'Electeur de Trever.
M. deUmbscheinden,Con
feillcrPrivétTEtac de S. A. E.
de Treves.
Du Grand-Maistre de l'Ordre
Teutonique,
M. le Baron de Waldecker
Commandeur de Virnsberg.
& Wissembourg.
M. Veringen Conseiller
deS.A.S. l, W Du Duc de Wirtcmberg.
M. de Hespen
,
Miniftrc
d'Etat intimede SonA. S.
Monseigneur le Duc RegDCc
de Wirtemberg
Des -MarquisÀtaUjfinA dï
MuU^o&Madfigntno.
M. l'Abbé Jean-Baptisse
Cioli.
NOU VE LLES
de ce quise passe dans Barcelone,
& la disposition des
Troupes.
Du21.Aoust
IlyadanscettePlace 2000.
hommes deTroupes reglées
tantInfanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villarcüel
le second c'estoit Poantôn
Lieutenant General, ilest
descrié, & son u cmploy est
encore vacant.
Ilya un MalotGeneral de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy quicommande la
Cavalerie est le Chevalier
Romana ,leCommandant de
l'Artillerie est Bases qui ca
aussi Ingenieur en
chef;Bruno
Tornerest Capitaine de
Bombardiers, & Pacheras en
Capitaine des Mineurs.
-
Le Regiment de la Colonelle
est composé de six Bataillons
de 500. hommes.
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes & qui
fontactuellement le Service
var à 3000. hommes qui sont
parmy les Troupes reglées,
,& leRégimentdela Canelle.
Les Placesd'Armessont
aunombre detrois ; lapremiere
s'étend depuisSainte
Catherine jtrfqtf'à la Chapelle
de Marcos
,
la seconde vasà
Palais
, & la troisiémeàlâ
Merced.
Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve,
ont actuellementun Renfort
à saint Pierre & au Jardin de
,;cc Convent.
Le renfort de la brescheest
à la placede saintPierre.Ceux
qui gardent la Demi-Lune de
sainteClaire ont le leurà la
place de Lluy.
Celuy de la garde duBas,
tion du Levant ift à l'Aucara.
Dans l'écuriede l'Aucata,
il ya toûjours centchevaux
de Piquet.
• Dans leJardindeGury,ily
a aussi cens chevaux dePiquet
hors la Ville le long de laMer.
Le signalpourl'allarmec'est
le toquefin
,
lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes, & ceux. qui refu
sent de marcher sont pris &
mis en prison.
Lacopure quiest derrière
la bisschependdepuis U
porreneuve jusqu'aux Potences
l'on a abattu toutes les
Eglises & misonsdepuis saint
rAiuegusst-in.jusqu'auxBouche- r'aux Bouchc-w
'.ci" Cette coupureest dans sa
perfection ; il y a une grande,
placed'armes, avecun grand;
fossé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille en de pierre & de
terre d'argile; l'on y a jTiis
cinq pièces de canon sur les
deux costez chargées à cartouche.
, II
Il y a dans la Place un Confcil
de guerre qu'on appelle
Jxita magna, où assistent le
Gouverneur de laProvince appéelléTorrelias,
qui estant fort a pour Lieutenans Don
FranciscoSayol, Don Joseph
de Pinot, le Comte de Poflonos,
le Comte de Plazencia,
le M rquis de Scrmanat, Don
F-an¡fco Sivaller
,
& Don
Emmanuel Ferrer.
C-eux quiont foin de faire
payer lesTroupes, fonr Salva
aor Felice,Jean Llmas, Citoyen
, Christople Llado, le
J:>oaur M~,Medecin
Francisco Moscaro, Marçhapd;(
aussi-biçnjcjijc Joseph
Durand,Mutiano Drand,
Comallas ,
Ji^anAlbârct,
le nommé Fer. L'argent se
prenflpar.CQiifçiU/ftnfçaic
qu'ilyen a de gié oudeforce,&
ceux quirefusent, de le
dQijcç sont ,pr.mjç
prison. ; Lenombredes blessez 4cff
puis qu'on &4Ç ,btçf4wj(
peuraller.)00 hpRvgips^
Le 14. A°ûr lç Oomte,
jjtôfijs>(eph Mita, Otoneu.
Ipç ïUbcr*
,
Don Magrrf N.
not, Don Franciscode kV<H
ga, & Lefilsdu JageSalvador
furent tuez; le fils aîné deBerardo
avec deux fils de Llinas
furent blessez.
Il y eût dans l'action du
même jour 500. hommes tuez
ou blessez.
A Gironne le 8, Septembre.
Parles Lettres duquatre,
Monsieur, que je viens de
recevoir; du Camp devant
Barcelone, j'apprend que les
nouvelles batteries continuotent
à tirer vrvemenf pour
ouvrirlesNouvelles brèchess,
&.qu'elles estoient prclqueen
estat âussi bien queles Mmes. : L'on me mande que M. le
Matêchal de
-
Berwick avoit
fait sommer le 3. les Barcelohoispour
ta première &
derniere fois; ilsrépondirent
qu'ilsalloient aflcmbler leurs
Cônseils que cela fcroir un
peu long, mais qu'ils fcroienc
leurs réponses Le 4 au foir
elle n'estoit pa« encore venue.
Jfon continuecependant de
tirer de part & d'autre &l'on
roit qu'ils ne fc presseront
pas de la ffaaiiire, parce quele
desordre que les eaux ont
',fait à la tranchée & dans les
Mines leur adonné de nouvellescfperanccs&
relevéleur
coura c;ilcil certainque la
f,ànilne est dans cettePlacer
beaucoup de gens.voudroicnt
sen fornr", mais M. liMaiê^
hal de Berwick veut que
l l'on les y tasse rentrer & cela
3s'exécute régulièrement. Le3.
plus de roo performes enrre
le(quellesily aVOIr beaucoup
defemmes
, parurent hors de
la Ville pour sortir,enemplo-.
rantlamisericorde du Roy&
criant vive Philippe* V mais
nn les obligeaàrentrer.,
Il fait un temps ii aflfeutf
depuis 10. ou 12. jours que
toutes les tranchées ont esté
inondées, & qu'il est entré
beaucoup d'eau dans les Mines,
ce qui retardera encore
le Siege quelque lenips.
Par des Lettres du 6 que
je viens de recevoir de Mataro,
l'on memande qu'un
Ensegne ayantdefest de la--
Place avec six soldats,.aVOlt'
dit que le Conseil estoitencore
assemblé;que l'on disoit
que trois per sonnesavoientf
ellenommées pour allerpar-
1er à Monsieurle Maréchald£
BerWIkj à içavoir le General
de Bataille Jpfepec, le Marquis
dî Tamarit,&le Gomcc
de Placeria. Que Iton ne fçavpitpas
quel jour ce feioitj
maisque s'il yavoic quelque
retardement ce n'estoït qu'à
cause dudésordre que l'on
savoit que les eaux avoient
iic duis la r.t:aDb pe & dan,
les Mines, e qui leur avoi; rjplcvéleçouragç.
'ns; -ans;
le:P-ifSdUcoua.e',dela cinDe,tet
illage de Saint ifele a elle
illé&entièrement rûlé
paLr.kdccdcbMncnc e Mon-
-. j..
sieurdeVallouse quiestoit
à Tordera & deux autres
des Troupes d'Espagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
se sont approhez après;
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils scûrent que 1on
marchoit de ce cotte là , ils
sirent la même manoeuvre, ainsï la choie fat faite sans
îéifftancf.
C'cft unVillage (jruédans
un piys tres dfficile présde
la Mer qui servoit de retraite
& le magasin aux KebcUcs"
donr ils faisoientcontinuellement
porter des vivresa
Saine
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monsieur de Vallouse a
aussi fait brûler à son retour
sept Barques de Barcelone
avec leurs agrès qu'il trouva
à Canet & à Saine Paul.
Pour ce qui est de la Montagne
,Monsieur de Rauchop
est toûjoursavecundérachçment
du costé de Ripoüille,
& Meragas
,
s'est retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui cil: à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y estoient
assemblez pour faire de nouveausoulever
le pays ; mais
comme l'on n'a sçû depuis
qu'ils avoient marché du côtéde
Manresa
,
Monsieur do
Bracamonté profite.de co
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia ouil yaun
autre corps de Rebelles Monsieur
le Comte de Prenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich, pour le
favori fer dans son expedition
c'estun endroit dans le Mousigny
qui est continuellement
fous les armes & qui sert de
rRetraiete b& dee lmalgeasinsau.x
Le deuxde ce moisaumatin
troisOfficiers de Cavalerie
de la Ville vinrent au Camp
comme deserteurs. M.le Maréchal
de Berwicklesinterro- a,
lesfit garderà veuë
,
&
ensuite embarquer pour Pe-
.niscola.
Le mesme jour deux unCarpitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deserta, &
eut une longue conférence
avec Mle Mareschal qui le fit
rester chez luy ;l'on croit qu'il
doit aller joindrequelqu-undes
Camps volans detachezde l'Armée contre ces Rebelles.1
,Ii Les nouvellesbrunes &
les mines vont, parfaitement
bien, mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie delu tranchée
, & sur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelquepartie:s'est
éboulée :on travaille à reparerles
dommages, cependant
ces orages réietrercausen du
retardement. , Les Assiegez
prétendent avoir eventé la
mine des Espagnolsquifest
sous la courtine prés l'angle
rentrant du Bastiondela porte
neuve. Miis on dit qu'elle
n'est point endommagée x
d'autant plus que l'on a poufré
un rameau d'un autre côré;
d'ailleurs on asseure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours, & qui
quand cette mine n'y seroit
pas feront encore 6.attaques,
feront encore plus que suffisantes,
& tout se dispose pour
lesdites attaques. Les Dragons
en auront une. M le Marcfchal
fait faire des échelles ,"'&
l'on en a déjà porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux déposts que l'on
a. formez prés les débouchezr
mar quez, pour l'attaque .ckSl. breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire sommer hier 3 à10
heures du matin avant de:1er
exposer àun assaut gêneral ,.
ils répondirentqu'ils: assebleroient
leur conseil : une
heure après ils demandèrentÛ
l'on CouLlairoitpourôIagcsJ
des hommes: de guerre ou de
Magistrature
,
aj-oûtancqu'il»
nepouvoiencçeflTerde.tirerr
de manièrequelefeuatoujours.
conutinué de part ô&
d'autre;&quoyqu'ilyait pris*
de 36. heures, il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponseL'onasseure
neanmoins
qu'il est venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres du
sieurVillaroël quiont fait
éveiller Monsieur le Mareschal
; mais comme il a dit à
roue le monde que cen'estoit
que des deserteurts ,ona jugé
qu'il vouloir qu'on ignorast
le reste.
Le pain est tres rare & fort
cher dans Barcelone ,d'où
lesfemmesviennent en grand
nombre sur le boid de nos lignes
pour tâcherd'en féteir1*
mais M. le Maréchaladonné
ordre par tout de les faire rentrer
par force dans laVille.
M. de Sardini Montriel
* Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine, homme
tres estimé de routes les manières
a eu cematin une jambe
emportée d'un coup de canon
,
& l'autre trèsendommage
en descendant la tranchée.
Enfin après trois jours entiers
pendant lesquels lesBarcelonois
ont fait pluficurs
assemblées generales lesquelles
auroient dûnaturellement
finir pourenvoyer les trois
Députez qu'ils àvoient nommez
dés le premier jour: le
résultat du tout a esté que le
nommé Jozepet: General de
Bataille dans cette Villeayant
demandé hier à par ler à Monsieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui estoit de tranchée, luy
rendit pour réponse que la
Ville ne vouloir écouter aucunes
propositions&luy demanda
ensuite s'il vouloir
quelque chose de plus; cela
fini illuy conseilla de se retirer
promptement,& l'on recommença
à tirer de part & d'au.
trcs ; l'extravagance de cette
réponse étant encore ttrietMl
marquée en Espagnol con-ïlliellea
esté faite,on en joint
une copie à la presente.
La nuit du quatre au cinq:
les Assiegez firent une sortie
par deux endroits du chemin
couvert qui est prés de la
Redoute de la Mer
,
ilstombèrent
sur les deux Compas
gnies des Grenadiers du Regiment
dAuvergne qui les
chassrent & leur tuerent
treize hommes;mais des
Officiers de ces deux Compat
gnies ,
il yen eut deux de blesfez
, deux morts & vingt-*
un Grenadierstuezoublessez.
Lanuitducinqausixilfis
une si grande pluye que ces,
inondations réitéréesobligerenc
d'abandonner la Mine
des Espagnols,celle du sieus
de Lorme pouvant estre ptus
facilement réparée, on compte
qu'elle fera en état au plus
tard leneuf.
: Il entraencore avant hier
aprèsmidy dans Barcelone
deux grosses Barques chargées
de provisions à la veuê
de toute l'Armée ; on parle
d'enarmer vingt cinq ou t{;cn:.a
te pour s'opposer à tous les
petits Bastmens qu'ils font
entrer de cette maniéré dans
la Place.
Les Rebelles-delaMonta-.
gne s'estant rassemblezdevant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ontattaqué &même
blessé à mort le Gouverneur
; mais les détachemtns
qui sont toujours en campagne
s'estantréunis les en ont
chassez.
Monsieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Régiment
de la Marine est mort des
blessures dont on a parlé.
R spucta ~baporla ciudadde
Barcelona dapalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Masjed el dra 6. Setiembre
1714. segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a resvelto lo ifguitnte.
La ctudad noquiere admittir
proportion aluna quiete V. E.
algoMas? .< -
- Le 7. de ce mois les B a-rcelonois
firent la réponse fuivante
à la sommation qui leur
avoit été faite deuxjours
avant. - Un Officier vint sur la brehe)
& demanda à parlerà
l'Officier General commendant
la tranchée,qui étoit M.
le Chevalier d'Hasfeld
,
illuy
lut la réponse,contenantque
la Députation de Barcelone
faisoit sçavoir à M le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propositionàfaire
ni à recevoir.
Le n. onadonné l'assaut
général sans avoirpû se
servir des Mines qui se trouvoienttoutesnoyées
, & on
s'est emparé de tous les trois
Bastions attaquez,& des retranchemens
;les Barcelonois
estoient retranchez dans les
maisons, & dans les ruës, &
avoient demandé àcapituler,
sur quoy Monsieur le Mareschal
de BerwicK leurfit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre chose que
d'estre pris à discretion.
On en étoit là lors que M.
le Duc de Mortemart est party.
Onattend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
M. de la Villemenu
,
Colonel
d'Orléans a un coup de
fusil au travers du corps.,
M. de Tailieran la cuisse
coupée.
M. d Houdetot un coup
de fusil dans l'aîné.
- JOU V RNA L
de ce qui s'est passé à Fontaibleau
jusques au 21. Septembre
1714.
Le Roy partit le 29. Aoust
de Versailles pour aller coucher
à Petit bourg. Madame
la Duchesse Je Berry estoit à
son côté dans le fonds du
carosse. Madame la Duchesse,
& Madame la Princesse de
Conti estoient sur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Peutbourg
,
Petitbourg
,
ni de la grande
chere que Monsieur le Duc
d'Antin fie au Roy, & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorsque
Sa Majesté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Messe, & avoir diné.
Sa Majesté fut escortée pendant
le voyage ,
parles Gardes
duCorps
,
les Gendarmes
,les Moufquctaires
,
&
Chevaux
- Legers
,
jusqu'à
Fontainebleau ,où S. M.arriva
le 30. à cinq heures du soir.
Le Vendredy 31. le Roy
allaàlachasseduCerf. Tous
les Seigneurs,& Dames dela
Cour portoient J'habit du
Cerf. Les Djmesveftue$eit
Amazones à cheval ,&celles
qui estoient en caléche, habillées
en Siamoises.S. M. (1(-
vint de bonne heure, & prit,
après avoir change de linge
une
cariolepourallervificeP
LeSamedy premier St"-p'"
rembre, il yeutaprès la Messe
Conseil de conscience ',,'
où le R. P. le Tellier aiBfta
[Gai, lx, l'apresdînée s..;M,.
alla tirer. Ce même jour ojâ
apprit la mort du Duc de
Btauvillieï.
.Ü Lc^ Dimanche2. il y eût
Conseild'Etat
,
l'apresdinée
promenade Royalele longdu
Canal
,
sur lequel on voyait
quatre Gondolessculptées&
dorées que des Matelots vestus
de damas bleu ,garni de
galons, & franges d'or ,
faU
soient monter & déscendre,
à ffiertire- que la caléche du
Roymontoit & descendoit :
cette caléche estoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & suivie de
pusieurs carosses à 8. & à 6.
chevaux. Celuy de Madame
la Princesse de Conty fille du
Roy, de Monsieur le Cardinal
de Rohan, & de Monsieur
le Nonce étoient du nombre.
Il y eûtaussipeschedes Cormorans
; & au retour de la
promenade, S. M. apprit à
M.le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la place de Président
du Conseil des Finances
à M.le Maréchal de Villeroy
son pere Lemesme jourMonsieur
le Duc d Orléans arriva
à cinq heures de Paris,&soupa
avec le Roy qui a toûjours
à sa droite Madame la Duchesse
de Berry, à sa gauche
Madame. Monsieur le Duc
d'Orleans à costéde Madame
laDuchesse de Berry, & Madame
la Duchesse d'Orléans à
costé de Madame.
Le Lundy troisiéme, il
yeutConseil d'Etat, & on
vit ce jour-là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habic du Cerf; ainsi que les
Princesses
,
& Dames vestuës
en Amazones. S. M, alla
l'apresdînée à la chasse du
Cerf ,d'où Elle revint fort
lard, parce qu'on en courut
deux
;
M. l'Ambassadeur, de
Sicile, M. le Nonce, M. le
Cardinal de Rohatvyaltèrent
aussi. M. le Cardinal del Giudicearriva
ce soir de Paris.
Le Mardyquatrièmeil y
eut Conseil des Finances Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent presentez
au Roy&à MadamelaDuchesse
de Berry pendant sa
toilette. LeRoy augmentace
jour-là lesGardes .dtfl.(;orpj
de cette Princesse dedouze:
cettetroupe estune des plus
belles qu'on puiilé»Afaûr. lié
sontvertus dedrapnoir avfcd
desBrandebourgsd'un glojJ,
velouté
, & une Bandoliere
brodée d'argent avecunCeinturon
couvert d'un galon
d'argent, ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudicc
qui avoitreceu ordre du
Royson Maistre de retourner
en Espagne
,
eût unelongue
conférence avec le Roydans
le cabinet; ensuite il y eût
ConseildesFinances. Le Roy
alla tirer l'apresdinée :ce soirlà
au soupé du Roy il y eût
lès24. violons,qui joints avec
lesbasses de viole, les hautsbois
,flutesdouces
,
&bassons
firent une tresbelle (ynw
phonic à cause de la veille de
la naissance de S. M. M. le
Cardinal del Gludices'y trouva,
qui voulut embrasser les
genoux du Roy, lorsqu'il se
leva de table ; mais S. M. le
releva, & l'embrassa. Cette
Envnenceétoit allée prendre
congé de Madame la Duchcffede
Berry, & de Madame
l'apresdinée
,
devant partir le
lendemainmatin enchasse de
poste pour Madrid.
Le Mercredy5. il y eut
Conseild' Etat, & l'apresdnée
promenade Royale le long
du Canal. Monsieur le Duc
d'Orleaons
d'Orleansétoit à cheval à côté
dela caléche du Roy,ainsi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y eut grand nombre
deCarosses à 8. & à6. chevaux
tant desPrincesses que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & descendirentsur
le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une trèsbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudysixieme il y eut
Conseil d Etat, & l'apresdinée
Sa Majesté alla à la chaste du
Cerf, Madame, Monsieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois, Madame la
¥JrqILé" de Maillebois
erç«-
rent place dans le Carosse ,:d
RoyMadamela D~c~
Berry,alla .'Y:l ce jpuf.i4(fç>
ptoipenerda^s"1^Fore(ly^llc,
fit entrer dans f^rvj Garqflc-
Mesdamesles MaWlfg de
Mouchi, de P.,erabcrei4 ¡ Pons;elle étoit escortée de,
ses Gardes du Corps. Cette
Princesse n'assiste àaucun spectacle
public à cause du duëil.
Il
Le Vendredy septiéme il yi
eut Conseil de conscience. Le
même jour M. le Nonce,
& Mossieurs les Ambassadeurs
deSicile & dHoHandeattcrcnc
à la toilette de Madame la
Duchessede Berry
,
où le cercle
fut très beau. L'apresdméc
Sa Majesté alla tirer, & il y eut
chisse du Cerfavec l'équipage
de Mr le DucdEnguien.
Le Samedy huitième jour de
la Nativité de laVierge,Monsieur
l'Ambassadeur d'Hollande,
& Mademoiselle sa
fille allerent à la toilette de
Madame la Duchesse deBerry.
Monsieur le Marquis de la
Vrilliere, & Monficur le
Comte de Pontchartrain y
allerent aussi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
se rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame laDuchésse de
Berry; de Madame
, & de
Monsieur le Duc d'Orleans
ppur y entendre les Vespres
qui furent chantées par la
musique. Le Roy s'affit sur un
fauteüil. Madame la Duchesse
de Berry étoit assise auprès de
S.M. ensuite Madame &
Monsieur le Duc d'Orleans
estoient de l'autre costé.Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y estre assis. Sur la
droite du Roy estoientassis
M. le Cardinal de Rohan,
Grand Aumônier, M. l'Abbé
deChoiseul,M.l'Abbéd'EntraguesAumôniers
du Roy
*
&le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient assis M. l'Abbéde
Castres, M.l'Abbéde
Rouget, & M. l'AbbéDavejan
,
Aumôniers de Madame
la Duchesse deBcrry. M.l'Abbé
de Magnas, M. l'Abbéde
Verthamont, Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monsieur le Duc d'orleans.
Derriere le faureüil du
Roy estoit assis M. le Duc de
Villeroy
,
Capitaine des Gar
des. Derrière Madame la Dii.
chosse de Berry M. le Marquis
de Coëtenfo son Cheva
lier d honneur, Madame la
Duchesse de S. Simon la Damed
honntur, & Madame la
Marquise de la Vieuville re
Damed'atours. DerriereMadame
estoitassise Madame de
Châteautieri; & derriereMonsieur
le Ducdd'Orleans, M.le
Marquisd'Estampes son Capitaine
des Gardes. Madame
la Duchesse, Madame la Princesse
de Conty
,
& Mademoiselle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le nja.
me jour S. M. entenditleSalut
à six heures du soir.
,
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conseil d'Erat. Madame
l'Ambassadrice d'Hollande,
& Mademoiselle sa fille
allerent à la toilette de Madame
la Duchesse de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eue cc
jour-là promenadeRoyale; il
y avoit plus de 100.carosses
à 8. ou à 6 chevaux. Ceux de
Madame la Princesse de Conti
fille du Roy, de Monsieur lé
Nonce, deMonsieur le Cardinal
de Rohan; ceux de
M. l'Ambassadeur d'Hollande,
dans l'un desquels il étoit
avec Madame l'A mbassadrice,
& Mademoisellesafille aînée,
& dans l'autre lereste de sa famille.
Celuy de l'Ambassadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet, rien n'est plus
grand que de voir de dessus le
Tibre
,
le Roy descendre le
long du Canal avec toute sa
Cour. Il n'est point de plus
beau coup d'oeil que cette varieté
: d'un costé sur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent; & de l'autre ce mélange
de Seigneurs à cheval , de carosses, &de peuple. L'ElecteurdeBaviere
arriva à neuf
heures du soir.
Le Lundydix l'Electeur entendit
la Messe du Roy;il y
eut cematin Conseil des Depêches,
& l'apresdinée pour
la premiere fois Conseil des-
Pat ties. S. M. alla après le diné
à la chasse: du Cerf.Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf; de
même que les Princesses, ôc
les Dames~Vvfines tri Aln<)
nes, & à cheval. L Electeur,
M. le PrinceRagotzi
,
M. k
Nonce, M leCardinal d-eRo
han, de même que tous les
Ambassadeurs y allerent aussi
avec un nombre infini détrangers
: il y avoir plus de
1000 chevaux, dont il yen
avoir zoo. de main qui sont
au Roy,que des Palefreniers
menoient, qui étoient couverrs
de caparassonstout brodez
d'or ; il y avoir aussi plus
de deux cent carosses ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
Conseil des Finances après la
Messedu Roy
,
& l'apresdinée
Conselt d Etat Les PrincesallerentavecplusieursSeigneurs
à la chasse du Sanglier
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc, fils de M. le
Comte du Luc, Ambassadeur
en Suisse, arriva à huit heures
du matin de Bade, & portala
nouvelle de la signature de la
Paix generale. Ce Seigneur
après le levé du Roy, fut presenté
par M. le Marquis de
Torcy, & entra avec S. M.
dans le ca binet;il-y eut enfuirc
Conseil d'Etat:lemême
jour M.le Duc d Enguien alla
avec plusîeurs Seigneurs à la
chasse du Cerf
,
&le Roy alla tirerlapresdinée..
Le Jeudy treize on chanta
à la Messe du Roy un motet
de la composition de M. Dubuisson
,il y eut Conseil d'Etat,
& symphonie audiné du
Roy, quialla immédiatement
après à la charteduCerf:Ma
dame, Monsieur Je Duc d'Orleans,
Mademoiselle deCharollois,
MesdamesdeMaillebois
, de Rupelnionde
,
& de
S. Germain étoient dans le carosse
de S. M. Tous les Princes,
& Seigneurs de la Cour
y allerent aussi ; lesPrincesses
ôc Dames vestuës en Amazonesà
cheval
,
&celles qui
étoient en caléches en Siamoises.
L'Electeur, M.le Cardinalde
Rohan, M. le Prince
Ragotzi,M le Nonce, tous
les Ambassadeurs&Envoyez
estoient du nombre.Il yavoit
plus de 1000. chevaux,sans
compter les carosses, caléches,
brelincs
,
phaëcons, & guinguettes
ou chaises, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté Il y avoitplus de300.
chevaux de main du Roy avec
des caparassons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs Au
retour on fit la curée à huit
heures & demie devint S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
sonnoient, & que 1 80 chiens
estoient après le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux , j
tout cela à la lueur de 100.
flambeaux portez par des Palefreniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vcndredy quatorze ily
eut Conseil de Conscience.
M. le Cardinal de Rohan
y M le Prince de Rohan
,
M.
le Prince d'Espinoy, & M. le
Prince de Soubite allerentàla
toilette de Madame la DuçhessedeBerry
luy presenter
àsigner leContrat de Mariage
de M.le Prince de Soubise
avecM ademoiselle d Espinoy,
qjx cette Princesse signa: M,
le Duc d' Enguien alla ce jourlà
à la çhasse du Sanglier; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apresdinée.
Le Samedy dix huitily
eut Conseil des Finances.M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouse allerent à la chasse
du Cerf L'apresdinée S. M
travailla avec M. Voisin.
Le Dimanche seize ily eut
Conseil dEtat. M. le Cardw
.nal de Polignac, M. l'Archevêque
de Lyon, M.le Duc
de la Tremoille
,
M. lAMbassadeur
de Malthe
,
allèrent
à latoilettede Madame lapu.
chesse de Berry, où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conseil d'Etat
J'apresdinée.
Le Lundy dix Centième le
Roy prit medecine. M le
Duc d'Enguienalla à lachaflè
duSanglier,il en prit deux
,
H y eut ce jour là Conseil des
Parties le matin; & l'apres
-
dinée,
dinée Contcil d Etat.
Le Marrlydix huitiémeil
y eut Confcil des Finances
& l'aprcfiinée chasse du
Cerf.Tous les Princes, Princesses,
l'Elc(^cur, les Ambassadeurs
y allèrent aussî; & au
retour on fie la curée en prefcnce
du Roy,de l'Elcatur,
de M.le Duc d'Enguien tde
M. leComte deCharolloisjÔÉ
de tous les Seigneurs de la
Cour.
", Le Mercredy dix neuvième
on chanta àla M~(Te du Roy.
un Motet de la composition;
4cM.la Louerte :il y cur Conseil
d'Etat, & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
&Ministràe. Le Roy allatirer son déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade,àqui S. M.
demanda ;sitout estoitfini, ouy
Sire réponditce Maréchal-,
laPaix Generale estifgnee; ~y
le Prince Eugene m'a ajjuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtième ily eut
Conleil d'Etat Une très bdle
tymphonic au dîné du Roy,
qui alla à la chasse du Cerf,
de même <jaerElcÛeur ¡.t9vf
resPrinces,Seigneurs&Dames
de la Cour.
- Onjoue un très-grosjeu
tou lés jours chez l'Elcaur. ,,AVIS.
o On a faitcourirst bruità Parts
)^ueAf ctetVoolhouJt'(jtntiU
homme £r Oculiste Anglois,
estoit mort depuis deux mois ,
tarif a,causequila!change de
quartierquasaused'unemaladie
darigereufe
,
dont M. Geoffroy
roffu'" s en Medecine
,
la en.
tièrement. guéri;maiscebruit
estmalfondeiit avertit lé
Public qu'ila demeuré cy devant
pendant bien des années au Fauxbourg
Saint Germain; & qu'il
demeurepresentement auCollege
de l'Ave- Mariavis à visle
petit Portail de Saint Eftirnne
du Adont;prés Sainte Gcntviéve.
Ilpratique,trentetrois différentes,
Opérationsmanuellessur
lesyeux :&ilremédiépardes
medicamens, doux,prompts 04
furs,à tous les autres mauxguefïjfablesdé
Uveùëjentrelèscens'
joixante&treize maladies JiffiJ
rentes, qui peuvent attaquer ,
toeil. Il donnera une lifte des personnesqu'ilaguerià
P~y~ à
tous ceux. qui lajoahaltèrent^
AUTRE AVIS
de grande confequcnce.
Le sieur Godeheult le fils , MarchandTailleur, demeurant
rue Tirechappe, du côté de la rue
Betizi, il'Enfeignedu Point dtt
jour yquartier de la rue de la
Monnaye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutesfortes
d'habits &surtoutstantbroi^.
que gallone ey unis: il habille
Aegimens Livréesil troque
toute forte de Gardérobé
q,
&enfin
il. habille à l'année de toutes
fafoils, proprement,magnfiiquement
& à justeprix.
Onaimprimédepuis peu
à Paris deuxLivresNouveaux,,
dont l'un a pour rirre ItHiC.
toire des quatre Cicerons, ôc:
l'autre l'Histoire des Campagnes
de S. A. S. Monsèigneur
le Duc de Vendosme. Je
donneray le mois prochain
Un extrait de ces deux Livres^
Ils se vendentauPalaischez
Pierre Huet, sur le second
Perron de la SainteChapelle
au Soleillevant.
Voicyunepetite Piecequ
jeviens de rècevoir de la mâiô*
d'unde mes' amis, il m'asseure
qu'ellen'estpoint a-ïicie^
ne ,
cependant elle ne m'a
pointdu tout l'air moderne:
quelque âge quelle ait, ceux
quinel'ont point vcuë feront
bien aise de la voir, & ceux
qui l'ont leuë, ne feront pas
fâchez.de la relireencore.
Nmijjeattmendbr*
moit en tombant dans
la Seiney
JMiitteaiseauxrnerueil-*
loient & ranimoient
maveine 9 ; Uneaurore naissante éclai-
.,.' it unchemin )
DlIoù le Zcphire & flore
avecleur douce haleine
Fal/oient, neigersur moy
la rosè; &. lejasmin.
J'oepperçus teut à coup la
beaut quej'adore.
J'oubliai les ruisseaux,
Je ne vis plus d'oiseaux
Je > ne vu plus d aurore;
De roses, de jasmins,de
Zephire,ny de Flore.
)'al
J'ay vû l'heure que j'allois
estre obligé de donner ce
mois-cy un Mercure dcfiguré.
L'article des Mariages qui
estle plus beau & le meilleur
du Livre a pensé n'y pas estre,
par la négligence de mon Genealogiste.
Je fuis si piqué
contre luy
, que je ne peux
m'empescher de vous l'annoncer,
Meilleurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde:c'est en
un mot un vray Democrite
qui se moque de tout, de ses
Genealogies,de sa propre personne
,
de mon Mercure ôc
de moy. Jugez s'il a tort, &,
lisez à bon compte Thistoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon, Secrétaire
du Roy
,
fils deM. Papillon
,
épousa le 30Aoust
Daraoiselle Renée-Françoise
Feydeau
,
fille de feu Messire
Charles Feydeau
,
Capitaine
au Regiment de Champagne,
& de Dame Marie Anne du
Plcffis
,
petite fille de Pierre
Feydeau, Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy, Receveur
general des Gabellesà
Paris
, & de Catherine Vivien,
& arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conseiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Ester Baillis-
Ledit Antoine Feydeau, fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. &enterré
& saint Medericoù se voit son
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de se marier, avoit
fait ses preuves pour l'Ordre
de Malthe, & elles avoient
esté admises.Cette famille s'est
alliée à celles de Mesmes.
d'Hennequin,le Camus,Maupeou,
Montholon, le Febvre
d'Eaubonne, Voisin, Roüillé
de Meslay, de Machault, & à
la Maison de Daillon du Lude.
MessireeJean-Auguste le
Rebours, Conseiller au Parlement,
fils de MessireClaude
le Rebours, Seigneur de faine
Mars,Conseiller d'honneur
au Parlement,& de Dame
JeannePantin de la Guerre
, épousale trois Septembre MarieLoüise
Chuberé
,
fille de
Pietre Chuberé
,
Avocatau
Parlement, Banquier Expéditionnaire
enCourde Rome,&
Secretaire du Roy, & deMarie
Regnault sa seconde femme.
M.le Rebours est cousin
germain de M. Alexandre le
-
Rebours Intendant des Finances,
& de Dame Elizabeth-
Therese le Rebours, femme
deMessireMichelChamillart,
cy devant Ministre & Secrétaire
d'Etat, Controlleur General
des Finances, Commandeur
& Grand- Tresorier des
Ordres du Roy, & ils font
tous trois petirs cnfans d'Alexandre
le Rebours,Seigneur
de Bettherandfosse,Président
de laCour des Aides fils de
Guillaume le Rebours, Seigneur
de Bertherandfosse.Président
de la Cour des Aides, u
Conseiller d'Etat, lequel étoit
fils de Germain le Rebours,
Seigneur de Bertherandfosse,
l'un des pluscelebresAvocats
du Par lement de Paris, & le
plus employé de sontemps.
M. le Comte de Roucy,
Mettre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie, épousa le
4. Septembre Damoiselle.
Huguet, fille d'Alphonse Denis
Huguet,ConseillerauParlement,
& de Marguerite de
Turmenyes, & petite fillede
Simon Huguet mortSecretaire
du Roy en 1631. sorty d'une
famille de la Ville d'Orleans,
où elle subsiste encore
à present. M. le Comte de
Roucy est fils de Messire François
de la Rochefoucaudde
Roye,Comte de Roucy )Ljeu.
tenant General des Armées du
Roy, cy devant Capitaine-
Lieutenant - des Gendarmes
Ecossois, & de Dame CatherineFrançoised'Arpajon,
fille
de feu M. le Duc dArpajon,
petit fils de Frederic-Charles
de la Rochefoucaud de Roye,
Comte de Roye & de Roucy,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France, Maréchal
de Camp General des
Troupes du RoydeDannemarck
,
& Chevalier de son
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Isabelle deDurforc-
Duras, arriere petit fils de-
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
dela Tour en Auvergne.
Ledit Prançois de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye,
Comte de Roucy; & de Claude
de Gontheau de Biron,&
petit fils de François de la Rochcfoucaud
troifiémc du nom
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marsillac,Chevalier
de l'Odre du Roy, Capitaine
de 50. Hommes d'Armes de
ses Ordonnances;&de Charlotte
de Roye sa seconde femmeComtesse
de Roucy
,
soeur
puisnée d'Elconore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maison
de la Rochefoucaud
,
l'une
des plus illustres du Royaume
,
descend de Foucaud Seigneur
du Chasteau de la Roche
en Angoumois
,
dit depuis
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. &.' elle
s'esttoûjours alliéeauxplus
grandes Maisons. Voyez la
Genealogie decette Maison
dans l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne. t.
M lePrince deSoubizefils
de M le Prince de Rohan
a, Lieutenant General des Armées
du Roy, Capiraine Lieutenant
des Gendarmes. de
sa Garde
,
Gouverneur de
Champagne,& de Brie ; &
de Dame Marie-Anne- Geneviéve
de Levis de Vantadour,
a épouséMidemoiselle de
l'Espinoy,fille de feu Messire
Louis de Melun
,
Princede
l'Espinoy
,
& de Dame Elisabeth
de Lorraine Lisbonne.
La Maison de Rohanest une
des plus illustres de laProvincc
de Bretagne; & elleest connuë
depuis l'an 11 00. que vivoit
Alin premier du nomVicomte
de Rohan.. M.le Prince de
Guimenéenest l'aîné,&ila
# # pour cadets Messieurs les
Princes de Soubize :les Seigneurs
du Poulduc dans 1 Evêché
de Vannes.subistant
encore à present en Bretagne
font aussi de cetre Maison,
comme on le peut voir à la fin
de rt-Moirc du Maréchal de
Guebrian par le sieur le LaM
boureur; voyez aussi pour
cette genealogie la nouvelle
édition de l'Histoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France; de même
que pour la genealogie de la
Maison de Melun qui ca aussi
une des plus illustres&des
plus anciennes du Royaume.
Messire Mathieu de Montholon
Conseiller au Grand
Conseil ;fils de Messire Mathieu
de Montholon Conseiller
au Chastélet; & de Marie
Ravier, a épousele SeptembreDamoiselleClotilde
le Doux de Melleville,fiile
de feu Claude le Doux, Seigneur
deMelleville,Conseiller
au Parlement; & de François
se Nau
,
petite .fille de Claude
le Doux Seigneur de Metleville
, mort Gonseiller au
Parlement en 1 6j 2. & arrière
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maistre
des Requestes ordinaire de
l'Hôteldu Royen 1617. lequel
estoitfils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville
,
Prefident
,
Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
d'Evreuxd'où cette famille est
originaire.M;de Montholon
estfrere puisné de Messire
François de Montholon Inspecteur
General de la Marine
'.& des Galeres
,
marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion,
fille deM. le President
de il a pour trisayeul
Messire François de
Montholon Seigneur du Vivier
& d'AubervilliersfaitGarde
des Sceaux deFrance l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneurd'AubcrviIlkrs,aussi
Garde des Sceaux de France
en 1588.Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
est originaire de la Ville dAutun
,
l'HistoiredesGrands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Messire. de Lataignant,
Conseillerau Parlement, fils
& petit fils de Messieurs de
Lataignant Conseiller auParlement,
a épousé Mademoiselle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier duConseil.
MORT.
François Bernard
,
Seigneur
d'Aigresain
, mourut le i Septembre,laissant des enfans
de Dame Pujol safemme
qu'il avoir épousé depuis peu
d'années, fille de Jacques Pujol
Avocat au Conseil
,
&
d'Elisabeth Charon de Monceaux.
Ilestoitfils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigresain
& duChemin enBrie,Sccretaire
duRoyen1659.&favory
de M. Fouquet SurIntendant
des Finances, &petit fils de
Louis
Louis Bernard sieur Duchémin
Secrétaire de la Chambie
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin
, morten
1623.&enterré dans l'Eglise
de NeumoustierenBric.
APOSTILLE.1
La Ville de Barcelone est
enfin prise
,
& rendue à difcretton.
J donneray le mois
prochain un Journal hisiorique
de tous les grands éveneTABLE.
desGrecs &disRomainspour
celebrer la naissanes de leurs
Rois. 83
Discours sir l'origine du tmts,
87
Acrostiche de Loüis le Grand,
&c. l,
Traité des Acéphales ,des
hommessans tête. 98
SiS.Aubuin en a vû. 103,
tablé;
Enfants.néssans tête. iog
Par ou l'enfantse nourrit avant
que d'êtrené.115
ArticlequePersonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre singuliers
écrite du Pardo le 15. jdoujf.
112,
Nouvelles. 115
Discours des Deputez de la Province
deLanguedoc au Roy.
133
AMonseigneurleDauphin.141
Version paraphrasée de la 2. 9e.
Ode du 3
e. Livre d'Horace
adressée à Mécénat
,
qui commence
par TynhenaRegumprogenies.
147
TABLE.
Avis utile aux Mathématiciens.
169
Paralelle de M. Devise& de
M.delaBruyere.173
Critique d'un distique de Centeüil
à l'occasion du Portrait
»
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le seiur de la Haye.
175
Remarque d'hasardsur la petite
Comeaie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre. 177
Article pour la. Province qui
contient lePrologue&les Diverrissement
des Festes du
Cours. 18^
T A B L E.
Chapitre où enattendant les con.
clusions de la Paixgénérale * l'AuteurduMercure declare
laguerrea l'Auteurdujournal
JeVerdun. 15>7
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
delaPaix. 103
Etrange avanture arrivée à fonist
au Curé de S Mathias
accuséd'entretenir des correspondancescriminelles
en France
,
&sajudtification. 107
Article des Morts. 117
Reflexions inutiles,133
lettre de M. P. à l'Auteur.
2,36
T A BLE.
Envoysur le mot de la derniere
Enigmedumoispassé.241 Enigmes.244
Chanson. 249
Trés-beau rayonnementde l'Auteur.
1jo
Liste des noms de Messieurs les
Plenipotentiaires dPe.mblt'{ à
Bade pour le Congrez de la
Paixgenerale.258
Nouvellesdece quise passe dans
Barcelone, & de la disposition
des Troupes depuisle 11,
Aoust juscqu'àpresent. 276
Journal de ce qui s'est passéà
Fontainebleau j/,/[qu'/Ul.2.0..
Septembre. 304
T
-
A BLE.
Avis pour placer la Figure.
L'air doit regarder la page
248
Qualité de la reconnaissance optique de caractères