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1713, 12 (Google)
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MERCURE
GALAN T.
DECEMBRE 17131
UN
NCV
NI
M
A PARIS ,
M. DCCXIII
Avec Privilege du Roy.
E
70
QUE
LYON
DE
LA
VILLE
#
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Du F ***
Mois
'de Decembre
1713 .
Le prix eft 30. fols relié en veau , &
25. fols , broché.
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais.
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguftins .
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la rue
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques.
AvecAprobation,& Privilege duRoi,
MERCURE
DELA
VILLE
GALAN T
LYON
1093
ETRENES
N donne au Public
en étrenes un
renouvellemet de
foins pour le Mercure ,
ou plutôt un Mercure
nouveau , celui de l'an
Dec.
1713. Aij
4
MERCURE
paffé ayant beaucoup
langui , parce que l'auteur
, par des raiſons
qu'il a dites les mois derniers
, n'a pas pu s'y appliquer,
& n'a pu être
reconnu pour auteur
que parce que le privilege
eft en fon nom .
Il a chargé du foin du
Mercure en general un
affocié , qui contentera
le Public autant que le
Public peut être contenté
, c'eſt à dire tantôt
GALANT.
oui , tantôt non , & autant
que le peut permet
tre un livre qui ne ſçauroit
jamais contenter
tout le monde : ce qui
eft , comme on ſçait , la
definition du Mercure .
L'auteur tâchera d'y
placer toujours quelque
petit morceau de lui ,
vaille que vaille. Il n'a
pu y mettre que fort peu
de chofe ce mois- ci , &
prie les lecteurs de ne
lui rien attribuer que
A iij
6. MERCURE
quand
il
y meetra
fon
nom
ou fa marque
, qui
-fera D. F. Il a fes raifons
pour donner cet avis .
Au refte , il lui paroît
qu'excepté l'exactitude
& quelques memoires
recherchez qu'-
on aura dans la fuite ,
ce Mercure- ci eft paflable,
au degré qu'un Mercure
doit l'être . C'eft au
Public à en juger.
GALANT.
III*\*XXXX
ERUDITION SUR LES
Etrenes .
Par M. l'Abbé Rof * **
LEs anciens auteurs ne
font pas d'accord entre
eux de l'origine du nom
d'étrenes . Les uns appellent
étrenes ce qu'on
donne dans un jour confacré
pour fouhaiter
quelque bonheur , & la
fuperftition des autres

Aiiij
MERCURE
!
1
tire ce bonheur de la fuperftition
des nombres.
Quelques- uns ne fouhaitoient
d'heureux que le
troifiéme jour , & ce
nombre de trois comprenoit
, felon eux , tous
les jours fuivans . Ainfi
étrenes , felon eux , c'eſt
troifiémes, comme fitous
les jours de l'année dépendoient
du troifiéme.
Ainfi troifiémes c'eſt trena
, auquel mot ajoûtant
la lettre S , felon un ufaGALANT
.
9
ge ancien , cela fait ftre
no.
D'autres font deriver
ce mot de la Déeffe Stretinie
ou Strenuë . De la
forêt confacrée à cette
Déeffe font venuës les
vervenes qui fervoient
de préfages à la nouvelle
année . Plufieurs auteurs
doutent que cette vervene
fût la même chofe
que le gui chez nos Gaulois
, appellé le gui - l'anneuf.
P
10 MERCURE
'Les Gentils ont fait
cette Déeffe , qu'on a
adorée enfuite à Rome
fous le nom de Strenna ,
aprés luy avoir élevé un
Temple dans la voye facrée
, vers le quatrième
quartier de la ville , qui
regardoit la citadelle ,
c'eſt à dire à peu prés où
font fituez à preſent les
Carmes , affez proche de
l'Amphiteatre Flavien
& du Temple de Vefta
, à côté de la coline
GALANT. 11
.
du Mont Palatin .
On invoquoit Strenna
pour rendre la jeuneffe
Romaine courageufe
; comme la Déeſſe
Agenorie
pour l'exciter
à agir , & Stimule pour
lui inſpirer la ruſe &
l'adreffe : & en même
temps ils bannirent
hors
de la ville la Déeffe du
repos , de peur qu'elle
n'inſpirât la pareſſe aux
habitans .
Ils
appelloient ceux
12
MERCURE
qui donnent des étrenes
muneraires , comme
ceux qui faifoient reprefenter
& donnoient
des fpectacles aux peup'es.
Quintilien fait Augufte
auteur de ce mot.
Les muneraires s'appelloient
avant lui les maîtres
des Jeux.
Ce qui diftingue furtout
les preſens confacrez
à Strenna , & qui
leur rend propre le nom
d'étrenes
, c'eft quand on
GALANT. 13
fe fait
reciproquement
ces prefens : cependant
on fe donnoit en quelques
autres temps de
l'année des preſens de
part & d'autre.
Ces étrenes
commencerent
fous l'Empire des
Rois & des Confuls Romains.
Rome leur a donné
l'origine
; & l'on donne
mal à propos le nom
d'étrenes
aux dons des
Indiens , des Mages , des
Xemis , des Grecs , &c;
14
MERCURE
On a donné dans tous
les temps mais l'idée
d'étrenes a commencé
chez les Romains .
En Perfe on appelle
les prefens qu'on faifoit
aux Grands ,faluts , parce
qu'en allant au devant
des Rois on leur
portoit de l'argent à pleines
mains . On honoroit
les Princes à force d'argent
en Judée , en Egypte
, & c. & on leur en
portoit auſſi à la naifGALANT.
15
fance de leurs enfans ,
fans que cela portât l'idée
d'étrenes.
Polidore écrit , parlant
des Romains
& des
Italiens , que les grands
Seigneurs
ont coûtume
de donner au menu peuple
, les Papes aux Princes
, aux Cardinaux
&
aux Evefques. Peculus
Marius témoigne
que
dans toutes les villes de
l'Italie , le premier de
Janvier les jeunes gens
16 MERCURE
faifoient de petits ouvrages
d'efprit par émulation
, comme nos écoliers
, à la louange de
leurs parens , maîtres ,
protecteurs , & c. & leur
fouhaitant la bonne année
en recevoient des
prefens.
Marcellien , Donatus ,
& d'autres auteurs parlant
de Ferdinand Roy
de Sicile & de Naples ,
dit qu'il difpenfa au peuple
, aux jeunes étudians
&
'GALANT. 17
pre-
& aux apprentifs les mefmes
étrenes que fes
deceffeurs donnoient &
aux Princes & aux
Grands de la Cour , &
que par cette nouvelle
maniere de diftribuer les
étrenes il s'acquit l'amitié
de ſes peuples , qui
auparavant
étoient
furchargez
par les exactions
qu'on levoit fur
eux , pour donner
des
étrenes magnifiques aux
grands Seigneurs .
Dec. 1713. B
+18 MERCURE
Fabrice de Padouë ,
Philofophe & Medecin ,
rapporte auffi que tous
les Italiens donnoient
les étrenes à leurs enfans
, les Medecins à
leurs malades , les Maîtres
à leurs écoliers , &
tous à leurs domeftiques,
en leur fouhaitant la
bonne année , & qu'il y
avoit une autre forte de
prefens qui s'appelloient
la mancia i d'où eft venu
peut - eftre ce que
GALANT.
19
nous appellons donner
la
mance.
Popinia parlant des
Suiffes dit qu'ils donnent
pour étrenes à leurs
enfans des gâteaux &
des pains molets , qu'ils
appellent helfetton &
helffeggen , & que les
Paroiffiens en font à
leurs Paſteurs qu'ils appellent
leftuchin.
En Allemagne les fuperieurs
donnent les étrenes
à leurs inferieurs,
Bij
20 MERCURE
les inferieurs aux fuperieurs
, & les égaux à
leurs égaux , & ils ont
entr'eux en ce temps- là
un grand commerce de
liberalitez & de reconnoiffances
. Le peuple
fait ces fortes de prefens
d'ordinaire precilément
au premier jour de l'an .
Au fecond ce font les
Magiftrats , les Princes ,
les Pafteurs , les Precepteurs
qui donnent les
étrenes aux parens de
[GALANT . 21
ceux qu'ils élevent .
Au troifiéme jour ce
font les collegues qui
donnent à leurs collegnes
les étrenes , les époux
les donnent à leurs
épouses , les amis à leurs
amis ; & il femble qu'ils
faffent attention à l'excellence
du troifiéme
jour , qui fondoit la ſuperſtition
ancienne ſur
les étrenes , pour le celebrer
par les étrenes du
coeur marquées dans les
22 MERCURE
focietez , le mariage &
l'amitié.
La folemnité des étrenes
étoit commune aux
grands , aux moyens &
aux petits mais la naturé
des dons étoit differente
par rapport à la
difference des perfonnes
& à celle des temps . Elles
confiſtoient en quelques
fruits & herbages ,
comme Emmach nousle
montre dans fon dixiéme
livre , où il eft dit
GALANT. 23
que T. Tabruz en donna
aux braves Romains
& Sabins ; & c'étoit
alors une fimple branche
de verveine
, qui fe
donnoient d'abord comme
herbages fimples ,
& qui devinrent un fymbole
de la valeur & de
la victoire. Enfuite on
fit fucceder aux fruits
cruds les friandifes &
fruits confits ; ce qui fubfifta
long - temps aprés fa
premiere inftitution : &
24 MERCURE
quand ils joignirent à
cela des palmes & du
miel , ils les donnoient
comme un fymbole de
la paix publique & de
la paix , pour ainfi dire ,
privée , marquant
par
le miel la douceur des
moeurs , qui eſt le plus
grand prefent que les
Dieux nous puiffent faire
pour la focieté.
L'ufage de l'or & de
l'argent , qui a fuccedé
à mesure que l'avarice
&
GALANT.
25
& l'ambition a gagné le
coeur des hommes , a
duré jufqu'à nous. Cette
coûtume commence à
s'abolir parmi nous, non
pas par la diminution
de ces deux paffions ,
mais par la negligence'
& la pareffe où nous
fommes tombez fur tous .
les devoirs gênans ; & ce
ceremonial de la focicté
en devient à la verité
plus aifé , plus commode
, mais auffi moins
Dec.
1713.
C
26 MERCURE
affectueux & moins
tendre ; car ces petits ,
prefens ne laiffoient pas.
de faire fouvenir de l'amitié
, du reſpect & de
l'attention que les hommes
doivent avoir les
uns pour les autres .
Article des
Enigmes .
Parodie de la premiere
Enigme , dont le mot
eft le Soufflet.
En agitant une de mes
oreilles
GALANT 27 :
Soufflet contre le chaud
pourroitfaire merveilles..
Soufflets au dos , au nez ,
fous le vent , à côté, ☺.
Pourroient rafraîchir en
été.
Contre le froid je fuisutile
auffi
Soufflant le feu vous
l'entendez ainfi
D'un fleau des humains
je donne en racourci
Une idée affeznaturelle.
Le vent c'est ce fleau ,
Cij
28 MERCURE
Des mer's c'eft le bourom
reau.botene
Et ce qui de mon nom
s'appelle,
Le foufflet fur la jouë a
caufé maint querelle
,
A maint brave a causé
la mort.s
Si dans certain métal je
fais un jufte effort ,
Ceft foufflet d'orgue ,
où je me rrompe fort ,
C'est quelquefois
pour
jouer piece
GALANT. 29
A Notre - Dame de ·
Lieffe ,
Afaint Eustache, àfaint
Gervais ,
Et Dieu fait le bruit
que j'y fais.
Parodie de la feconde
Enigme , dont le mot.
eft la Mouchette.
Dans une espece de cercueil
,
Porte- mouchette peut
être agreable à l'oeil ,
C iij
30 MERCURE
Fe fuis le plus fouvent
couchée :
Mais lorsque j'en fuis
detachée ,
Mes bras croife
tendant
,
en s'é-
Et tot aprés en fe joignant,
A l'obfcurité font la
guerre.
Je pince , je mors & je
ferre
Et quoique la mouchette
étreigne en badinant
,
:
GALANT.
31
Sa morfure en noirceur
fe tourne incontinent.
ENIGM E.
J'ai la couleur d'un diable
, ail defeu ,front
cornu ,
Pied griffe , corps velu,
Fe trouble le fommeil ,
je bleffe la pensée ,
. Par moy comme le corps
l'ame étant offensée ,
Tel qui porte mon nom
vendit mainte forçat ,
Ciiij
32
MERCURE
Et fait trembler le fcelerat.
Telle portant mon nom
prendle nom d'affaf
fine.
Faffaffineparfois lorfque
je me mutine ;
Je bois parfois en trahifon
Quand un fer m'ouvre
ma prifon :
Là je fais mal fans en
avoir l'envies
Là cependant je perds
la vie.
GALANT.
33
Fhabite parfois les fo-
·rêts ,
Comme firentjadis Philofophes
abftraits ,
Et là je me
conftruis
une caverne
fombre ,
Où meditant à l'ombre,
Je fais des ouvrages divins
Pour illuminer les bu
mains.
34
MERCURE
1.
Autre
Enigme.
Au fond d'un bois j'ai
pris mon origine s
Gens groffiers d'efprit &
de mine
Entre deux bois encore
ont travailléfur
moy
Pour lefujet & pour le
Roy.
Claire comme un miroir,
l'eau claire , tranf
parente
GALANT.
35
M'embelit & me reprefente.
Je fais plaifir quand je
m'étens ;
Chez les mortels je porte
en même temps
L'argent , l'aliment ,
lumiere ,
la
Et tout ce qui conduit
maint homme dans
la biere ,
Et le glaive fatal aux
morts
Quifouillentquelquefois
més bords :
36
MERCURE
Mais le rivage m'eft
propice ,
Où la femelle , au lieu
d'y pêcher l'écrevice
,
Chanté
parfois en m'af
fommant de coups ,
Et parfois
devant moy
s'incline à deux
genoux ,
Puis me portant dans
fa taniere,
Me
donne forme à fa
maniere .
D'un fcelerat mourant
GALANT.
37
j'ai fouvent le
deftin ;
Avec les mains on me
farde le tein ,
Puis me
courbant fur
moy l'on meredreffe
enfuite.
Allez pour deviner où
l'on me met enfin
La gent devinereffe à
prefent eft inftruite .

38 MERCURE
失火:爽爽爽爽央央央
PARAPHRASE
d'un fragment de
Poëfies Greques .
PAr-delà le fleuvefatal
Qui porte les morts fur
fon onde
Etqui roulefon noircrif
tal
Dans les plaines de l'autre
monde ;
GALANT.
39
Dans une forêt de cyprés
Sont des routes froides
#fombres,
Faites par la nature exprés
Pour la promenade des
ombres.
Là , malgré la rigueur du
fort,
Les plus vieux rajeunis
vont fe conter fleurettess
Et font revivre aprés
SONOCL
40
MERCURE
leur
mort
Leurs amours & leurs
amourettes..
Arrivé dans ce bas fejour
,
Comme vivant j'eus le
coeur tendre ,
Je refolus d'abord d'apprendre
Comment on yfaifoit l'amour.
Fallai dans cette forêt
fombre, Avoty
Douce
GALANT . 41
Douce retraite des amans
,
Et j'en
apperçus un
grand nombre
Quipouffoient les beaux
fentimens.
Les uns gais chantoient
leurs maîtreffes
,
Les autres étoient aux
abois .
Auprés de leurs fieres tigreffes
,
Et mouroient encore une
Dec.
1713.
D
42 MERCURE
Là des beautez triffes
ε5 pâles
Maudiffant
leurs feux
violens ,
Murmuroitcontre leurs
galans ,
Et médifoient de leurs
rivales
Parmi tant d'objets amoureux
Je vis une ame defolées
"Elle s'arrachoit les cheveux
Dans le fond d'unefomGALANT.
43
bre allée.
Mille foupirs qu'elle
pouBoit
Montroient qu'elle étoit
amoureufe :
Cependant elle paroif
Auffibelle
foir
que
reuse.
malheu
Tout le monde difoit :
Voila
Cette ame trifte & miferable
Dij
44 MERCURE
Et
quoy qu'elle fût fort
aimable
,
Tout le monde la laif
foit là.
Ombre pleureuſe , ombre
crieufe
Helas ! lui dis -je en l'accoftants
Ame tragique & declameuſe
,
Qu'est- ce qui te fourmente
tant ?
Chez les morts fans ce
GALANT 45
remonie
On fe parle ainfi brufquement
,
Et l'on renonce au compliment
Dés que l'on fort de cette
vie.
Qui que tufois , dit-elle,
belas!
Tu vois une ame malbeureufe
Furieufement amoureufe,
Et qui n'aime que des
46 MERCURE
ingrats.
Dans l'autre monde j'étois
belle jo
Mais rien ne pouvoit
me toucher;
F'étois fiere , j'étois
cruelle ,
Et j'avois un coeur de
rocher.
F'étois pefte , j'étois rieufe
Je traitois & bruns
blondins
GALANT . 47
D'impertinens & de ba
dins ,
Et je faifois la précieuse
.
Je rendois leur fort déplorable
Lors qu'ils fe rangeoient
fous ma loy
Et dés qu'ils fe donnoient
à moy
Je les donnois d'abord
au diable.
C'étoit en wain qu'ils
48 MERCURE
s'enflâmoient.
Maintenant les Dieux
me puniffent's
Je bailfois ceux qui m'aimoient
,
Et j'aime ceux qui me
baïffent.
En vain Je foupire 5.
jegronde's
Les deftins le veulent
ainfi ,
Les prudes de ce premier
monde
Sant lesfolles de celui- ci.
GALANT. 49
MORT.
le
Le Comte d'Adhemar ,
un des fix Seigneurs que
Roy nomma en 1680. pour
être auprés de Monfeigneur
le Dauphin , mourut le
Novembre , âgé de foixante-
trois ans.
15.
Il étoit frere du Comte
de Grignan , Chevalier des
Ordres de Roy , Commandant
en Provence .
Dec.
1713.
XX
E
so MERCURE
Erudition fur le vin.
Que le vin foit l'appast
le plus douxde la vie , 1
Quil banniffe l'ennui ,
diffipe le chagrin , 2
3 Enchante les efprits ,
charme le coeur
humain ,
Enleve tous les fens, rende
l'ame ravie ;
Qu'il fourniffe au bûveur
du coeur & de
l'eſprit , 4
GALANT.
SL
Non eft vivere ,fed
valere vita. Martial.
2 Date vinum his qui
amarofunt animo . Prov.
C. 31 .
Ex bono vino pluf
quam ex alio quocumque
potu generantur
& multiplicantur
fpiritus tenues.
Avicen .
4- Ingenium acuit. Scola
Saler .
E ij
sa MERCURE
Qu'il épanche l'odeur du
plus fin ambre- gris , 5
6 Qu'il infpire la joye ,
augmente le courage
, 7
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge , 8
Qu'il foit de tous les
GALANT.
53
s Vinum priufquam
deguftetur quintá parte
fui nectaris proceſſus mamillares
jam imbuit.
Thef. Rem .
6 Vinum & mufica
latificant cor hominis-
Eccl . 40 .
7 Vina parant animos.
Ovid. Addit cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur
prifci
Catonis fape mero caluiffe
virtus. Idem .
E iij
34
MERCURE
dons que Dieu fait
aux mortels
Le plus precieux , le plus
digne 9
Que par une faveur infigne
Il deſtine pour les autels
:
la C'eft une veritć que
Sageffe même .
Nous a laiffée emprein
te en fes divins écrits .
Un homme de bon fens ,
de bon goût & d'ef
prit
7
GALANT 55 .
9 Natura nihil quicquam
èfuo penu largita
eft praftantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
E iiij
36
MERCURE
Peut-il la recevoir comme
un nouveau problême
?
C'eft nier de fens froid
un principe arrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité ,
Comme de la fçavante
Grece.
C'eft l'aimable lien de
la focieté , II
Charmant auteur de l'allegreffe
;
Il fournit les bons mots ,
GALANT.
57
10 Ire contra omnes infanire
eft.
11 Non habet amaritudinem
converfatio illius,
nec tadium convictus illius,
fedlatitiam & gau58
MERCURE
le fel , l'urbanité ;
C'est le grand ſceau des
mariages ,
C'est l'ame des feftins ,
des bals , des comtoperages
, 12
L'ennemi du divorce &
des divifions ,
L'arc-boutant des reünions
;
Agreable tyran , puiffant
moteur de l'ame ,
Qui d'un vieillard ufé
ſçait ranimer la
flame
. 13
GALANT
59
dium . Sap. c.8.
12 Revera voluptas
menfarum atque delitia
femper habitus eft vini
potus , ex cujus fuavitate
convivii feftivitas
omnis elegantia venit
eftimanda. Gunter.
*3 Vino fublato non
60 MERCURE
Voulez- vous diffiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obfedent jour
& nuit ,
Et mettre fin à vos difgraces
, 14
Bûvez du vin à pleines
taffes.
Infortuné client , qui
crains que ce procés
Ne te faffe dans peu tomber
en decadence
,
D'un vin delicieux tâte
fans faire exces , is
GALANT. 61
eft venus. Eurip.
4
14 Diffipat cujus curas
edales . Horat. Finire
memento triftitiam
molli mero . Idem .
15 Huic calix mulfi
62 MERCURE
Et laiffe agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
fuccés .
Languiffante
beauté ,
dont l'humeur hifterique
,
Indigefte , melancolique
16
Agite
un
petit
corps
à
chaque
lunaiſon
,
Laiffez poudre , eau , bolus
& fel diuretique
,
Je vous promets du vin
GALANT
63
impingendus eft, ut plorare
definat. Cic . Tufc .
3 .
16 Vis vini pracipua
ad craffos humores , ad
obftructiones
, ad morbos
frigidos , ac diuturnos ,
ad que quovis fyrupo
vel medicato liquore pre-
• ftantius . Fernel . Me64
MERCURE
entiere
guerifon ;
Contre les douleurs de
colique ,
D'un rhumatiſme affreux
ou goutte fciatique
,
Il vaut mieux que les
eaux ni d'Aix ni de
Bourbon :
Car pour brifer l'acide il
eft feur , il eft bon .
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle
;
thod .
GALANT GAL
65
.
thod . lib . 4. C. II .
17 Tenue vinum cienda
urina magis idoneum
capiti nullam infert no-
Dec.
1713.
F
66 MERCURE
C'est un doux vehicule
, actif, infinuant
, 18
A qui cedent Aix , Spa ,
Plombiere & faint
Amand.
Pauvre convalefcent ,
veux- tu que l'on rabatte
Par un moyen facile &
doux
Les groffieres vapeurs
du foye & de la ratte ,
Qui frapant le cerveau
y
font fentir leurs
coups ,
GALANT. 67
xam. Galen. lib . 1. de
euchym .
18 Quum vinum fit
natura jucundum acfamiliare
, per omnia fefe
infinuans vires in finabilitiffimas
gulas
corporis partes diffundit
atque impertit , eftque
optimum medicina vinculum.
Fernel ibid .
Fij
68 MERCURE
Congedie à prefent Galien
, Hippocrate ,
19 Avicene & Fernel ; le
bon vin mieux qu'eux
tous ,
Sitôt qu'il a changé ſa
nature de moût ,
Sçaura defopiler , bannir
l'humeur ingrate
.
Vous qui devenus languiffans
Par l'effort imprévu d'une
paralyfie ,
20 Ne goutez qu'à demi
les plaifirs de la vie ,
GALANT. 69
19 Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus vulgi
, eò quòd vino morbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
zo Vis vini pracipua
ad morbos frigidos . Fernel.
70
MERCURE
Le vin ranimera tous
les nerfs impuiffans.
21 Beau fexe , rejettez
ces boiffons meur-
2008
trieres ,
Qui changeant vôtre
teint , retranchent le
beau cours
Du printemps fleuri de
vos jours ;
Brifez taffes & caffetie--
res ,
22 Et d'un vin petillant
empliſſez vos aiguie-
...
res
:
GALANT . 71
Vina omnia vires roborant.
Gal .
21 Gentis ociofa nugamenta.
22 Bibat vinum in jucunditate
. Judith c . 12 .
72 MERCURE
H accroîtra le feu de vos
vives
paupieres ,
13 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours .
Il purge les humeurs que
dans la folitude
24 Contractent les hommes
d'étude ,
Et d'un flegme importun
fçait les débaraffer
:
Avecque fon fecours ils.
fçavent retracer
Tant de traits enchassez
23 Son
GALANT. 73
23 Son jus pris par
compas redonne la couleur.
Dubartois . dal 24
24 Munite adhibe vim
fapientia. Hor.
Sapientium curas fugat.
Idem.
hall
os
Dec.
17131 G
I
74
MERCURE
·
dans leur vafte memoire
Et de politique & d'hifroire.
25 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux
?
26 Et fi nous en
croyons
Horace ,
Lut-on jamais fur le Parnaffe
GALANT. 75
15 Nam fi bono vino
moderatè utantur , longè
feipfis & ad excogitandum
acutiores , & adexplicandum
orandumque
uberiores , & ad memoriam
denique firmiores
evadunt. Moreau .
26 Carmina vino ingenium
faciente canunt.
Ovid,
Gij
76
MERCURE
27 Des vers faits pár un
bûveur d'eau
Qui valuffent ceux de
Boileau ?
28 Nos zelez Orateurs
<tonnent mieux dans
les chaires ,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion ,
Qui boivent par compas
& fans affection ,
29 Gardant les voeux les
GALANT.
77
27 Sanè magnus equeis
lepidofunt vina Poëta.
28 Facundi calices non
fecere difertum. Horat.
29 Severioris eft vir-
G iij
+-78 MERCURE
plus aufteres
A faint Thierry , faint
Bâle , Hautvillers &
Cumieres ,
Sentent croître la voix ,
la force & 30' l'on-
&
tion
,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient fur leurs
terres.
Les
Dames en
beguin
de Reims & d'Avenayo
c
GALANT. 29
tutis calcar & ftimulus
vinum. Thef. Rem.
30 Potafti nos vino
compunctionis
. Pl . 59 .
Non ille , quan- 3 i
quam Socraticis
madet
fermonibus
, te negligit
horridus
. Horat.
Giiij
80 MERCURE
32 Sentent ceder d'abord
à la liqueur divine
Qui croît fur leurs côteaux
ou bien à Verzenay
,
Foibleffe d'eftomach ;
foibleffe de poitrine
,
33 Qui les tourmente fi
fouvent ,
Et qui leur interdit le
vent.
Enfin quiconque veut ,"
dans l'extreme vieilleffe
,
GALANT.
32 Stomachi tadia dif
cutit. Thef. Rem .
33
Vinum in ventriculo
perfufum ciborum coctio
nem & diftributionem
juvat.
Lacfenum.
$2 MERCURE
Libre d'efprit & fain de
corps
34 Braver les horreurs de
la mort ,
Et feconferver en lieffe ,
Qu'il ait en fon cellier
un foudre de fin vin ,
C'eſt un recipé tout divin
.
35 Avecque lui le pauvre
oublie ſes difgraces
;
( Quatre rafades les ef
facent )
L'artïſan ſon travail , le
GALANT. 183
34 Vinum remedium
adversus fenectutis duritiem.
Plato de leg.
35 Bibant & oblivif
cantur egeftatis fux. LCclef.
84
MERCURE
foldat tous fes
maux , 36
Le pelerin fes pas , le galant
fes rivaux ,
L'homme convalefcent
la douleur fi cruelle
Que lui caufa l'effort d'une
fievre rebelle , 37
Le prude fourcilleux les
rides de fon front , 38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'eſt le tombeau
de toutes les miſeres ,
Des chagrins , des ennuis
qu'ici nous defefperent
;
GALANT.
85
36 Vinum laborum
pharmacum eft. Euripid,
in Troad .
37 Et doloris fui non
recordenturampliùs . Ec
clef.
38 Pracellens eft an
tipharmacum ; fiquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitfuave clarumque
vinum . Rhodig .
86 MERCURE
C'eſt l'ame des plus doux
defirs ,
Et l'innocent objet des
folides plaifirs . 39
Sur ce pied je foûtiens,
& contre la Sorbonne
,
Que le vin fut toûjours
une chofe trésbonne.
40
Le vin , me direz - vous ,
eft
l'auteur des querelles.
Oui , quand il s'introduit
dans de foibles
cervelles ,
GALANT. 87
39 Triftisfobrietas eft
removenda . Senec .
40 Tantum vino creditur
attribuiße Æfcu
lapius , ut aquâ id cum
numinibus lance ftatue
rit. Rhodig.
88 MERCURE
Qu'il rencontre un bûveur
chagrin ou rioteux
, 41
Ou quelque jeune furieux
, 42
Qui boit avec excés &
fe plaît à l'yvreffe ,
Que le moindre mot
choque & bleffe . 43
44 Quoy ? parce que
Noëenyvra
fa raifon,
Le vin paffera pour poifon
?
41
Fel
GALANT. 89
41 Fel draconum vinum
eorum. Deuter .
42 Vinum multum
meracum infania caufa.
Hippoc.
43 Natis in ufum latitia
fapphis pugnare
Thracum eft. Horat.
44 Vinum in jucunditatem
creatum eft, non
in ebrietatem ab initio ,
De6, 1713.
H
90
MERCURE
Sur ce principe vain la
beauté , les at-
-
traits ;
Les charmes de l'efprit ,
le feu de l'éloquence
,
L'érudition , la fcien-
CC
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais
.
Point de prefent du Cicl
dont le méchant n'a-
My buſe
La prudence en lui de-
NG
GALANT.
91
vient rufe
Pour furprendre les in-
1 114.71 nocens j
L'éloquence mondaine
avec fes doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le menanplafonge
;
La politique prend la ve
rité pour fonge:
Avecque fes atours cette
femme au
filet
Prend
l'homme comma
Hij
92 MERCURE
on fait un timide
oiſelet ,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
eftime
Lui fervent d'échelons
au crime.aci
Faudra - t - il pour cela
profcrire ces talens
Qui font les hommes
excellens ? tx
03
GALANT.
DIXDRTIIKK
L'ISLE
DES PESCHEURS.
Hiftoriette traduite de l'Italien
par M. de Pré ***
Une femme trés- fenfible
à l'ambition , & encore
plus à l'amour , venoit
de perdre fon mari ,
qu'elle aimoit , & qui
étoit Gouverneur
l'Ifle des Pefcheurs.
de
Elle fe retira dans le
94 MERCURE
creux d'un rocher , dont
elle ne fortoit que pour
aller pleurer fur le bord
de la mer.
*
Un pefcheur melancolique
, & qui pour
peſcher ſeul s'écartoit
toûjours des autres , alla
un, jour pefcher de bon
matin , & fe plaça fur
le bout d'un rocher , proche
de celui qu'habitoit
Zauraa. ( c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis fon veuvage elle
GALANT.
95
In'eût été capable de
prendre aucun plaifir ,
elle trouva que celui de
la pefche étoit fi melancolique
, qu'il convenoit
à une perfonne affligée :
elle regarda la peſche un
peu de temps , & enfuite
elle regarda le pefcheur.
Il avoit auffi l'air
melancolique
; c'eſt
ce qui luy plut d'abord :
elle s'approcha de luy,
& fe mit à pleurer. Le
peſcheur , qui ne fçavoit
fort
96 MERCURE
que lui dire , fe mit à
pleurer auffi , & ce fut
toute la converfation
de
cette premiere entrevue.
Zauraa rentra dans fon
rocher, & le pêcheur s'en
retourna dans fa cabane .
Toute la nuit Zauraa
penfa à fon défunt mari
, & par malheur pour
elle elle n'y peut penfer
fans pleurer , ni pleurer
fans fe fouvenir de celui
qui avoit pleuré de com
pagnie avec elle : elle
jugea
GALANT.
97
jugea que deux pleureurs
valent mieux qu'
un , & font plus d'hon
neur au défunt . Elle retourna
à l'endroit de la
peſche pour y rencon
trer fon fecond . Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
car il avoit refolu de confoler
la veuve . D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils les avoient laiſſez
la veille ; enfuite le pefcheur
, qui étoit homme
Dec.
1713.
I
98
MERCURE
de bon efprit , & qui
fçavoit que le meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de fa douleur, c'eft
d'y entrer d'abord avec
lui , fe mit à parler ainfi
En verité , Madame ,
vous avez bien raiſon de
pleurer Monfieur vôtre
mari ' ; car c'étoit le
meilleur & le plus honnête
homme du monde
. Comment donc , dit
la veuve , eft- ce que vous
le connoiffiez
? Non pas ,
LYON
GALANT.
Madame
répondit le
pefcheur : mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez . Aprés plu
fieurs autres difcours de
la même éfpece , en fin le
pefcheur la confola de fi
bonne grace , qu'elle beniffoit
prefque le fujet
d'affliction qui luy avoit
attiré un tel confolateur,
Elle l'aima pendant quelque
temps fans s'en appercevoir
; car fiere comme
elle l'étoit , elle au-
I ij
100 MERCURE
roit rompu d'abord tout
commerce. Le peſcheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord , avoit fait confidence
de la bonne fortune
à la fuivante de la
veuve , à qui il promit
tout fi elle conduiſoit la
chofe jufqu'à un bon
mariage.
Cette fuivante étoit
une espece de magicienne
, c'est à dire une efde
fourbe qui avoit
la des livres de magie ,
pece
GALANT. 101
d'Aftrologie , de Chiromancie
, & autres de pareille
trempe. Un foir ,
que fa maîtreffe rêvoit
profondément au pefcheur
, elle lui prit la
main en badinant , &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
fa main , elle devina qu'-
elle étoit deftinée à ſe
remarier . Ce mot de remarier
l'irrita fi fort ,
que la fuivante eût voulu
le retenir , & n'en
I iij
102 MERCURE
parla plus de la journée.
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à fon
ordinaire pefcher le pef
cheur , fe furprit dans un
mouvement de tendreffe
fi fort , qu'elle ne pouvoit
plus le méconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur , qu'elle fut
prête à fe precipiter dans
la mer on dit même qu'-
elle s'y precipita , & qüe
le pefcheur la repeſcha
GALANT. ´ 103
auffitôt. Quoy qu'il en
foit , elle refolut de ne
le plus voir , & elle n'eût
jamais cru pouvoir tenir
fa refolution ; elle la tint
pourtant mais quels
combats n'éprouva - t - elle
point ? Tantôt elle rehorreur
gardoit avec
l'objet de fa foibleffe ;
tantôt elle prenoit plaifir
à penser à lui malgré
elle : en certains momens
elle vouloit mourir , en
d'autres momens elle fe
I iiij
104 MERCURE
fentoit de la difpofition
à vivre . Enfin la Magicienne,
qui devinoit tout
ce qu'elle ne vouloit
point lui dire , fit en forte
, avec le temps & l'amour
, que la veuve confentit
à être prefente à
une pefche merveilleufe
que la Magicienne lui
propofa , & qui ſe paſſa
en cette forte .
Entre les herbes qu'-
elle connoiffoit , il y en
avoit une pour laquelle
GALANT.
105
les poiffons avoient tant
d'antipatie , qu'elle les
faifoit fuir du plus loin
qu'ils la fentoient . Du
jus de cette herbe le pef
cheur alloit toutes les
nuits froter les filets de
fes camarades , en forte
que pendant huit jours
on ne put prendre aucun
poiffon dans toute l'Ifle.
Les voila defolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pefche , c'étoit tout
leur commerce.
106 MERCURE
On cut recours à l'oracle
feur & trés-feur ;
car l'oracle dépendoit du
Sacrificateur , & le Sacrificateur
dépendoit de
la Magicienne . En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poiffon ne
viendroit point ſe prendre
fi la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pefcheur
en queftion . Aprés
cela l'oracle fit une belle
genealogie au pefcheur ,
GALANT. 107
pour le rendre plus digne
de commander : en
fuite fur la foy de l'oracle
on deputa vers la
veuve , qui refufa , autant
qu'il en fut befoin
pour perfuader qu'elle
ne fe fût jamais mariée
fans la neceffité abfoluë
qu'il y a d'obeïr aux oracles.
Enfin l'hiſtoire dit qu'
elle fe maria pour le bien
public ; que l'amour du
bien public lui fit pren108
MERCURE
dre fon mariage en patience
auffi bien qu'à fon
mari , qui pour ne jamais
oublier fa baffe extraction
, fit élever un monument
magnifique , avec
un trophée fuperbe , où
il appendit fon habit ruftique
, fa ligne , fes filets,
& toute la dépouille
de pefcheur , & fit graver
ces vers au -deffous.
Ruftiques ornemens de
ma pauvre famille ,
GALANT. 109
Filets , guetres , fabots ,
barette mandille
,
Je n'ai pas de regret de
vous avoirquitte :
Maisje veux vous garder
dans mes antiquitez,
Pour me fervir un jour
contre la vaine
gloire.
C'est par vous que je
veuxcommencermon
hiftoire
A ceux qui curieux de
ΠΟ 110 MERCURE
mes illuftres faits ,
Me croiroient volontiers
defcendu des fafets.
Lorsque vous me verrez
unjour par avanture
Succombantfous lepoids
d'une injufte dorure ,
Bouffe dans mon Jabot
comme un pigeon
patu ,
Paites-moy fouvenirque
Vous m'avez vêtu.
Si quelque fat payé pour
illuftrer ma race s
GALANT 111
Retranche à mes
ayeux
le filet 5 la naffe ,
Pour me paffer fur le
rapé
D'une antique Principauté,
Pour lors , mes chers habits
, contre cette impofture
Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
112 MERCURE
A
AAAAAAA:AR
CHANSON
en étrennes .
Par M. D. L. T.
Avec un petit More d'argent émaillé
de noir.
AMadame la Comteße de...
Į E viens des lointains
climats
Exprés , je vous jure ,
Pour m'attacher à vos
pasi
Ne merefufez doncpas.
La bonne avanture au
gué,
La
GALANT . 113
4
La bonne avanture.
Si l'ardent flambeau des
cieux
Noircit ma figure ,
Faimerois
mafoy mieux
Brûler au feu de vos
・yeux.
La bonne avanture , €5° c.
D'un équipage brillant
Je fais la parure ;
Je fais bien un compliment
,
Etje dis fortjoliment :
Dec.
1713.
K
114 MERCURE
La bonne avanture, & c..
Je vous prédis aujourd'hui
,
Prédiction eft fure ,'
Que maint amoureux
L tranfi
Vous dira tout cet an- ci ,
La bonne avanture , &c.
Je ne vous coûterai rien
Pour la nourriture's
Vous voir eft l'unique
bien
Qu'ilfaut pour mon en
I tretien.
GALANT. 115
La bonne avanture, Sc.
Chez nous onfait de vos
traits
La blanche peinture's
Je viens pour voir de
plus prés
Si blanc vaut noir en attraits.
La bonne aonnture, c.
Un blanc amant vous
vient voirs
of
fen pefte j'enjures
Change
donc du blanc
Kij
116 MERCURE
au noir ,
Si de moy voulez avoir
La bonne
avanture au
gué,
La bonne
avanture .
A LA BELLE
inhumaine.
Par le pale galant de la Foire
faint Germain.
Avec un homme de pain d'épice.
1
D'Un
tendre amant
recevez le portrait
Dans cet hommedepain
GALANT . 117
d'épices
Il eft pâle , doux & dif
cret ,
De fon martyre il four
pire en fecret,
Le pauvre homme en a
la jauniſſe.
A LA BELLE JOUEUSE
3
d'Hombre.
Avec les deux as noirs-
AU commencement de
l'année
Voici , Philis , les deux
118 MERCURE
as noirs ,
Qui pour vous rendre
fortunée
Viennent vous rendre
leurs devoirs.
Que la manille les fen
conde
,
Al'hombre vous en jouërez
mieux :
Unis ils vaincront tout
le monde
Comme le vainquent vos
beaux yeux.
an zale
GALANT.`119
Philis , fi de leur foin
fidelle
Vos beaux yeux font toûjours
témoins is:
S'ils touchent cette
fidelle ,
main
Ils ferontpayez de leurs
foins cha
Qu'un tiers toûjours infatigable
Quittant brelan 5 lanf
quenet,
Ne quitte jamais vôtre
table
,
120 MERCURE
Etfe pique jufqu'au binet.
Voila ce que pour vos
étrennes
Unamant vous offre en
ce jours
Iris , faites que pour les
fiennes
Il devienne heureux en
amour.
*x*
GALANT. 121
A MONSEIGNEUR
DESMARETZ ,
Miniftre d'Etat , Controlleur
General des
Finances.
O D E.
Quel fort flatte mon
efperance?
Quels chants beureuxfra
pent les airs ?
Le Ciel fait triompher la
France,
Decembre 1713
122 MERCURE
Le Ciel vent calmer l'Univers
Landau fe rend , Fribourg
fuccombe,
La difcorde aux enfers retombe,
Elle y va gemir à jamais.
Quel bonheur , quel comble
de gloire
?
Sur les ailes de la Victoire
LOUIS fait defcendre
la Paix.
Je vois Villars , je vois
Eugene
GALANT. 123
Fameux par cent travaux
guerriers ,
Malgré l'ardeur qui les
entraîne
Preferer l'Olive aux Law
riers
Le Rhin fur fon Urne repoſe
Du bonheur des lieux qu'il
arrofe
Il fe plaift à voir les a
prifts
Son Onde fe fait violence ;
Et l'on diroit que fon filence
- Lij
124 MERCURE
Respecte d'auguftesfecrets.
Defmaretz , Miniftre
fidelle
Du Heros qui comble nos
voeux ,
Souffre un moment que je
rapelle
L'Image d'un tems moins
heureux.
Queltems ? en vain contre
l'orage
La France excitoit fon
s-courage ,
Tout fembloit trahir fes
efforts ;
GALANT. 125
Rivaux , fiers de noftre
difgrace
Combien r'anima voftre
audace
L'épuisement de nos tre-
· fors?
Ton nom feul calma
nos alarmes
LOUIS le plus fage des
Rois.
Rendit l'efperance à nos
こarmes
Par la justice defon choix
Que dis-je, projets inutiles
Liij
126 MERCURE
Sur nos champs toûjours
fi fertiles
L'Hiver exercefafureur ;
Le Ciel contre nous fe déclare
;
Tout perit; la nature a-
Vare
Trompe l'espoir du laboureur.
Quelfort ? quel exés de
mifere ?
Il en fallut fubir la loy ;
LOUIS la fentit com-
Pere
GALANT. 127
ا ذ
Et la foulage a comme Roy.
Tu connus toute sa tendresse
,
Et de la plus haute fa-
· geffe
Les trefors en lui réunis ;
Il commitfon peuple à ton
zele
Tout prit une face nouvelle
;
Mais nos maux n'eftoient
pasfinis.
L'or, l'argent devenus
Prothées
Liiij
128 MERCURE
Se déroboient à tous nos
fains,
Et fous des formes em
pruntées
Augmentoient encore nos
befoins
L'Ufure monftre plus avi
de ,
Que l'Hydre qu'abatit Alcide
,
Jufqu'à cejour t'avoit bravé;
Mais en vain fa rufe fatale
S'envelopoit
dans un dedale
GALANT. 129
Le fil t'en eftoit refervé.
De nos maux tú connus
la fource ,
Et par un travail affidu
Tu fçûs arrefter dans fa
courſe
Un torrentpartout répandu.
Par ton fçavoir , par ta
prudence,
Tu rétablis la confiance ;
Pour réuffir il faut ofer ;
Rien n'étonne un Min f.
tre habile;
130 MERCURE
Et plus le temps eft difficile
Plus ilfçait s'imortalizer.
Le fort où tu nous faits
atteindre
Paſſe tous nos voeux &
les tiens ;
Nous n'avons plus de
maux à craindre
Et nous efperons mille
biens.
Les flots des plus fieres
tempeftes
Qui fembloient menacer
nos teftes
GALANT. 131
A nos pieds viennent ſe
brifer;
De LOUIS nos deftins
dépendent
Et nos ennemis lui demandent
Ce qu'ils ofoient nous refufer.
C'est la Paix , que ce
grand ouvrage
Comblera les voeux de ton
Roy.
Il vient de t'en donner un
gage
32 MERGURE
Dans l'éclat qu'il répand
fur toy
Nous la
verrons
bien-toft
defcendre
;
Que ne devons nous pas
attendre
Du zele qui brûle ton
coeur ?
Pourfuts , confacre ta memoire
;
Tu ne peus augmenter ta
gloire
Sans
augmenter noftre
bonheur.
- [ GALANT. 133
NOUVELLES.
le
Les Lettres de Warfovic
portent que les Troupes Mol
covites forties de Pomeranie
marchent en trois Corps par
trois routes differentes ; dont
l'un cft commandé par
Prince Dolherou ; l'aurre par
le Prince Repuin , & le troifiéme
par le General Baver.
Ils font accompagnez par des
Commiffaires pour empêcher
les defordres.
On mande de Moldavie ,
que le Roy de Suede , le Roy
134 MERCURE
Stanillas , & tous ceux de leur
parti , eftoient tres bien traitez
, & que les Ambaſſadeurs
du Czar avoient efté renvoyez
à Conftantinople , que
l'Armée Ottomane eftoit toûjours
campée auprés de Choczin
, que les Tartares ſe ſont
éloignez feulement de fix
lieuës , pour la commodité
des fourages , qu'on travaille
toûjours en diligence aux Fortifications
de cette Place , &
même à conſtruire des barraques
pour y faire hiverner
une partie de l'Armée , & le
refte en Moldavic , en WalaGALANT.
135
quie , & au voisinage du Danube.
Les Lettres de Turquie venuës
par la voye de Walaquie
portent que le Grand Vizir
avoit declaré aux Ambaſſadeurs
Mofcovites & Polonois
, qu'il n'y auroit point
de Paix jufqu'à ce que le Czar
eut confenti à payer par an
quatre vingt mille florins au
Kam des Tartares , outre les
arrerages du tribut qu'il prétend
luy eſtre dûs , que la Pologne
ne cede une partie de la
baffe Podolie , avec ſept territoires
de l'Ukraine , où les
136 MERCURE
Colaques qui ont pris le parti
du Roy de Suede vivoient
paifiblement , que le Roy Staniflas
rentrera dans fes biens
& dignitez , & que la
Republique
promettra que s'il furvit
au Roy Augufte , elle ne
prendra point d'autre Roy
que luy. Enfin qu'on laiffera
paffer librement le Roy de
Suede
par la Pologne , avec
une eſcorte de fix mille Turcs.
Ces Lettres ajoûtent qu'encore
que la difpofition des affaires
paroiffe tres favorable
pour le Roy de Suede , ce
Prince fouhaite fortement de
-
GALANT: 137
retourner dans fes Etats , &
qu'il fe mettra en chemin
auffi toft qu'il le pourra faire -
avec feureté.
On mande de Hambourg
que la mortalité diminuë de
plus en plus en plus . Néanmoins
les Troupes Danoifes
occupent encore le Pofte de la
Montagne prés de cette Ville ,
pour empêcher toute communication
avec le pays de
Holftein, & le Duc de Hanover
adenouveauinterdit tout cocom-
C merce avec les Erats ,que le Ba-
C ron de Knrtzvoch , Refident
de la Cour deVienne , fit fçae
Decembre 1713. M
138 MERCURE
&
voir au Comte de Welling ,
que cette Cour avoit fixé au
15. Decembre le jour qu'on
devoit tenir à Brunſwick une
Affemblée pour terminer à
l'amiable les affaires du Nord,
& que les Suedois pourroient
y envoyer un Miniftre ,
que la Ville de Tonningen
eftoit réduite à une extrême
neceffité , faute de vivres :
mais on affure quele Roy de
Dannemarck eftoit difpofé à
y laiffer entrer quelques provifions
, qu'il avoit écrit au
Roy de Pruffe qu'il conſentiroit
à lever le Blocus & à
GALANT. 139
retirer les Troupes , pourvû
qu'il demeurât en poffeffion
de tout le Duché de Slefwick ,
jufqu'à la fin de le Negocia
tion.
On écrit de Stokholm du 8 .
Novembre que les deux mille
Moscovites qui eftoient dans
la Ville d'Abo s'étoient retirez
à l'approche du Contre-
Amiral Taube avec des Galeres
, craignant qu'il ne mit des
Vaiffeaux pour les couper , &
qu'aprés avoir vifité Abo , il
eftoit allé joindre la Flotte
Suedoife , qui croifoit de ce
colté-là , qu'un renfort de
Mij
140 MERCURE
Troupes n'attendoit qu'un
vent favorable pour faire voile
vers la Finlande , qu'elles
feront commandées avec celles
qui y font déja , par le General
Taube , ayant fous luy
les Majors Generaux Schommer
& Lieben que le General
Lubecker qui commandoit
ci- devant en Finlande
, avoir cité rappellé à
Stokolm , où il eftoit arrivé ,
& qu'on vouloit luy faire
rendre compte de la conduite
qu'il avoit tenuë à la premiere
defcente que les Mofcovites
avoient faite en Finlande. has
GALANT 148
C
S
Les Lettres de Vienne portent
que les Etats de la Baffe
Autriche s'eftant affemblez
en certe Ville , le Comte de
Zanzendorff, Chancelier de la
Cour , aprés leur avoir fait un
difcours , leur demanda un
fubfide de fix cent mille florins
, avec une recruë de trois
mille trois cent Fantaffins , &
une autre de quatre cent foi- 1
xante - quatre Cavaliers , &
une de deux cent trente - trois
Dragons , pour rendre complets
les Regiments de leur
répartition , qu'on avoit envoyéordre
au Prince Eugene
142 MERCURE
d'entrer en conference avec
le Maréchal de Villars .
Celles de Palerme portent.
que le Roy & la Reine de Sicile
avoient reçû les foumiffions
& les compliments de toutes
lesVilles & des Principaux Scigneurs
Siciliens qu'ils avoient
Ieçû avec beaucoup de bonté,
de forte que la Nobleffe & les
Peuples eftoient également
fatisfaits , & que le Roy de .
Sicile commençoit à s'informer
de l'état des Finances
pour les remettre en meilleur
érat & réformer plufieurs
abus , qu'il travailloit Davçey
GALANT. 143
une application extraordinaire
à rétablir le bon ordre
dans le
Gouvernement
, ayant
déja ordonné qu'on payât à
plufieurs perfonnes les fommes
qui leur eftoient deûes
par des Seigneurs qui refufoient
de les fatisfaire , qu'il a
voit recommandé aux Barons>
de ne pas donner retraite dans
leurs Terres à des bandis &
àdes fcelerats qui commertoient
plufieurs defordres
fous peine d'en eftre refponfables
.
On écrit de Londres que la
Reine avoit donné le Regi
144 MERCURE
ment de Cava erie du Lieutenant
General Langsdor au
Brigadier Joceline celuy
d'Infanterie du Colonel Du-
1elau Brigadier Hams Hamilton
, & celuy de ce dernier
au Colonel Chudleigh :
que les Regiments de Popper,
d'Evans ; & autres qui eſtoient
à la paye d'Angleterre ,
avoient efté réduits à la paye
d'Irlande , le Regiment de
Cavalerie de Mylord Windfor
a efté caffé, mais il a encore
le Regiment de Cavalerie du
feu General Wood qui eft en
Fiandres & qui avec celuy du
General
GALANT. 145
General Lumley & celuy des
Gardes du Comte de Peterborough
, font les feuls Regimens
de Cavalerie qui doivent
eſtre conſervez à la paye Angloife
outre les Gardes du
Corps , qu'on avoit établi
cinq Commiffaires , qui font
le Chevalier Guillaume Giffard
, les Sieurs Samuel Hunter
, Nicolas Roop , Thomas
Coleby , & Thomas Leyton ,
pour caffer les Regiments de
Marine. La Compagnie de la
Mer du Sud à quatre Vaffeaux
chargez de toutes fortest
J de Marchandiſes & prêts à
Decembre 1713. N
146 MERCURE
faire voile pour aller prendre
des Negres fur la cofte d'Affrique
& les transporter à l'Amerique
Espagnole , fuivant
le Contract d'Affiento fait
avec l'Espagne.
On mande de Hollande
qu'on travaille à terminer les
difficultez qui empêchent la
conclufion de la Paix d'Eſpaavec
le Portugal & cet Etat ,
& que les Miniftres de Sa
Majefté Catholique ont cû
fur ce fujet deux conferences
à Roſendal avec l'Evêquè de
Londres , que le fieur de Goflinga
revint de Frife le s . DeGALANT.
147
cembre , à la Haye , il fe prépare
à partir dans peu de
jours avec le fieur Buys , pour
leur Ambaffade à la Cour de
France.
On écrit de
Bruxelles que
les Regiments
de Cavalerie
de Vander Nath & de Borle
cy- devant Walef qui eftoient
à la folde Angloife , eftoient
entrez au Service du Roy de
Pruffe .
On
mande de
Cologne que
les partis
François
faifoient
des
courfes en ce pays lef
quels
avoient
enlevé
plufieurs
Marchands
de
Cologne qui
Nij
148 MERCURE
7
revenoient de la foire de Bonne
avec leurs Marchandifes.
Les Lettres de Strasbourg
portent , que le Maréchal de
Villars en eftoit parti le 25 .
Novembre pour aller au
Fort Louis,d'où il partit le 29.
pour ſe rendre au Chaſteau
de Raftat dans le Marquifat
de Bade , où il arriva à trois
heures aprés midy , pour y
traiter de la Paix Generale
avec le Prince Eugene de Savoye
, lequel y arriva le même
jour Le Maréchal de Villars
alla le recevoir vers le haut
de l'efcalier , où ils ſe preſenGALANT.
149
terent mutuellement les Seigneurs
qui les accompagnent,
& enfuite il le conduifit dans
fon appartement , d'où aprés
un quart d'heure d'entretien
le Prince Eugene conduifit à
fon tour le Maréchal de
Villars dans fon appartement.
Les Conferences devoient
commencer dans peu , s'étant
déja de part & d'autre
communiqué leurs Pleinspouvoirs
, que les Troupes du
3 Roy , & celles des Ennemis
eftoient en marche pour aller
prendre leurs quartiers d'hyver.
Niij
150 MERCURE
Nouvelles
d'Espagne.
de
Le Roy a donné l'Ordre
de la Toifon au Marquis de
Brancas Ambaffadeur
France , qui le même jour
traita magnifiquement tous
les autres Chevaliers de la
Toilon , & plufieurs autres
perfonnes de diftinction . Sa
Majeſté a donné le Collier du
même Ordre , au Comte de
Montijo. Elle a auffi donné
la Regence du Royaume de
de Navarre , à Don Carlos
Gutierrez de la Penna , l'un
GALANT. 151
ן מ
des Alcades de fa Maiſon &
Cour. On a publié un Decret
par lequel le Roy a reglé le
nombre de ceux qui compoferont
fes Confcils . Le
Confeil de Caftille fera compofé
de cinq Prefidents , de
vingt quatre Confeillers , qui
prendront féance felon leur
ancienneté , d'un Fifcal ou
d'un Procureur General , dc
deux Avocats Generaux , &
de quatre Secretaires.
Le Confeil des Indes fera
composé de trois Prefidens ,
dix Confeillers de Robe , de
dix Confeillers d'Epée , d'un
Niiij
152
MERCURE
Procureur
General , de deux
Avocats
Generaux , & de trois
Secretaires .
Le
Confeil des
Ordres , de
deux
Preſidents , de dix Confeillers
de
Robe , d'un Procureur
General , d'un
Avocat
General , & d'un
Secretaire .
Le
Confeil des
Finances ,
d'un
Controlleur
General , de
quatre
Preſidents
, de dixhuit
Confeillers de
Robe , de
dix-huit
Confeillers
d'Epée ,
de deux
Procureurs
Generaux ,
de deux
Avocats
Generaux ,
de cinq
Secretaires
& de cinq
Rapporteurs
de
Comptes .
GALANT. 153
La Salle ou Tribunal des
Alcaldes , ou Prevoſts de
Cour , fera compofé de trois
Prefidents , de deux Avocats
Generaux , de quatre Secretaires
, & de dix huit Lieutenans
des Alcaldes : on affure que
dans peu on reglera les autres
Tribunaux inferieurs.
Sa Majesté a donné la
Charge de Secretaire des Finances
des Indes à Don Geronimo
de Uſtariz : celle d'Intendant
de la Province de Seville
, au Marquis de Miraflo
res de los Angeles : celle de
Soria à Don Jofeph Pedrajas :
154 MERCURE
3
celle de Valladolid , à Don Nicolas
de Hinijofa : celle de
Murcie à Don Louis de Mergelina
, & celle de la Province
de Cuença , à Don Bartholomé
Antonio Badaran de Oftnaldé.
Les Lettres de Catalogne
portent qu'on acheve les Lignes
de contrevallation devant
Barcelone pour l'affieger
dans les formes : qu'on atten.
doit de jour en jour l'Eſcadre
de Cadiz , que le Chasteau de
Cardonne étoit bloqué : que
les Sommetans ou Milices de
Catalogne , pourſuivoient les
GALANT. 155
Volontaires & les Miquelets ;
afin de rétablir la Paix dans
cette Principauté , & quoiqu'il
fut entré quelques provifions
dans Barcelonne , il y
manquoit encore beaucoup
de chofes neceffaires ; celles
de Cadiz du 19. Novembre
portent que l'Escadre commandée
par le Vice - Amiral
Pintado , avoit fait voile le
même jour de ce Port - là. avec
un vent favorable , elle
cft compofée de dix Vaiſſeaux
de
guerre
& de fix Belandres.
ou Barques armées , elle eſt
destinée pour le Siege de Bar156
MERCURE
celone auffi bien que le Mar
quis de Valdecannas , & les
Troupes qui y font embarquées
avec une grande quantité
de vivres , de munitions,
& d'autres preparatifs de
guerre .
XX#### @X @X* #*
EXTRAIT
de la Gazette de Cithere,
le 4.
Decembre 1713.
Un Envoyé du brillant
Hymenée
Paré defleurs út audiance
icy ,
GALANT . 157
Venus étant des Ris environnée
Ilfut admis à leur parler
ainfi.
Depuis l'Hymen de celle
dont la
coupe
Fait
l'engouement de la
table des Dieux ;
Pour cas pareil, fi jamais
voftre troupe
Sçût animer les Plaifirs &
LesFeux,
Qu'elle y travaille avec
unfoin extreme ;
1.
158 MERCURE
Un jeune objet dans nos
rets eft tombé,
Aux yeux d'Hercule il
paroiftroit Hebé ,
Et je l'ay pris pour
Jeuneſſe même;
la
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l'Aurore en ouvrant
Ja Cariere ,
Beauté naißante & reçuë
au berceau
En
furvivance aux appas
de fa Mere:
Sa Mere fçut l'art de perpetuer
GALANT 159
Ses traits charmans dans
fa belle famille,
Lorfqu'ellefit bonne part à
Safille
De fes attraits fans les
diminuer:
Ainfi des mois l'inégale
Courriere
Et de fes feux , les autres
feux témoins
Du blond Phabus emprunte
la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hymenée
engage
·
160 MERCURE
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez fefoient
un doux partage
De cent trefors dont il eft
enricki';
Il eft lui feul plus maistre
en l'art de plaire
Que vos trois Soeurs , les
Muſes toutes neuf,
Pour dire plus, c'eft trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait c'est la jeune
Pleneuf
Ditfur le champ la Reine
D'Amathonte,
GALANT . 161
C'eft fe moquer, c'est avant
la faifon
Aller unir les jeux à la
raifon ,
Et l'Hymenée en devroit
avoir honte ;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'il eft, que je
ne le querelle ;
Ravir fi-toft à .... mais
il me fouvient
Qu'encor fa Mere étoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour fon
Decembre
1713. O
162 MERCURE
contrat fut figné ,
Contrat fi bon au bien de
nos affaires.
Qu'à cet Hymen , ma famille
a gagné
Une recrue && defoeurs &
de freres ,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins ;
Cherche Amour, qu'il
s'aime qu'il s'apprête
A relever l'Hymen de
tous les foins ,
Qu'il aille feul fe mêler de
La feste ,
GALANT. 163
Sur-tout au cas que la premiere
nuit
Le même toit mere &
fille raffemble;
Au grand raport qu'ont
leurs attraits enfemble.
L'Hymen pourroit fe méprendre
de lit;
Il passeroit pour d'autant
moins coupable
,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en plein midy du Soleil
le plus beau
Qui la feroit , feroit fort
O ij
164
MERCURE
pardonable;
On ne
devroit
qu'aprés.
mûr
examen
Marierfille
ayant fijeune
mere
Et
fans le
foin que je
prend du
miftere
Quel qui pro quo
pouroit
faire
l'Hymen.
Allez ,
mon fils ,
reglez
bien
toutes
chofes ,
Dit
Citherée à
l'enfant amoureux
,
Venez,
cüeillir fur mes levres
de rofes
GALANT. 165
Un doux baifer pour ces
époux heureux ; i
Que ce baifer les rempliffe
de flame,
Qu'il foit fuivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jusqu'au
fond de leur ame
Il y demeure & n'en forte
jamais ;
Et vous, Seigneur, dites à
l'Hymenee
Que s'il formoit toûjours
de pareils noeuds
Sa place ici luiferoit defi
gnée
166 MERCURE
Avecles Ris , les Graces &
Lesfeux.
LE GAZETIER
à la jeune Mariée .
J'aurois jadis mieux
badiné peut- eftre ,
Quand on est jeune , il
fied bien d'eftre fou
Mais , par malheur , Iris
mon fort est d'estre
Vieux GaZetier comme
l'Abbé Bernou ;
Hebé la jeune immortelle
GALANT . 167
Et voftre inferieure enjeu
neffe , en appas
A fes Nôces fçut bien rajeunir
Iolas ,
Daignez faire fur moi ce
miracle comme elle ,
Je
voudrois
prolonger mon
Cours
Pour redoubler tous les
jours
Le tendre
attachement que
j'ai pour voftre race,
Pourquoy , ne puis-je rajeunir.
Pour ne voir pas fitoft la
fin qui le menace
168 MERCURE
J
Puifqu'il n'est que ma
mort, quipuifje lefinir.
ENVOY.
Ces Vers partent du
coeur , l'amitié les inf
pire
Ils n'ont pas ces merveilleux
traits
Des Pindares nouveaux
dont on vante la Lyre,
Mais les fentimens en
font vrais.
Par M. Palaprat
GALANT . 169
MARIAGE.
Le Marquis de Prie , Aide
de Camp de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne
en 1702.
& 1703. Colonel d'un Regiment
de Dragons , nommé
en 1713. Ambaſſadeur pour
le Roy auprés du Roy de Sicile
, épousa le 28. Decembre
Agnés Berthelor , fille d'Etienne
Berthelot , Ecuyer , Scigneur
de Pleneuf , & c . Confeiller
du Roy en fes Confeils ,
Directeur General de l'Artillerie
de France , & d'Agnés
Decembre 1713 . P
170 MERCURE
Rioult Doüilly. Etienne Berthelot
de Pleneuf, eft fils de
François Berthelot , Confeillet
d'Etat & Secretaire des
Commandemens de feuë Madame
la Dauphine , qui cut
neuf enfans , fix garçons :
N Berthelot de Joy , Secretaire
des Commandemens
en furvivance ; Etienne Berthelot
de Pleneuf, pere de la
Marquise de Prie ; Jean -Baptifte
Berthelot de Duchy ; N..
Berthelot de S. Alban , morr
Capitaine au Regiment du
Roy ; N... Berthelot de Rebourfeau
, Brigadier & ColoGALANT
. 171
nel du Regiment de Breragne ;
& N... Berthelot de S. Laurent
. Trois filles : la premiere
époufa M Dombreval , Avocat
General de la Cour des
Aides ; la feconde , le Maréchal
de Matignon ; la troifiéme
, M' le Prefidenr de Novion
, Prefident à Mortier au
Parlement de Paris.
La Maiſon de Prie eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres du Royaume : elle a
produit de grands Hommes ,
& divers Officiers de la Couronne
. Jean de Prie 1. du
nom , Seigneur de Buzancois
Pij
172 MERGURE
& de Moulins en Berry , vivoit
en 1265. Philippes de
Prie , Seigneur de Buzancois
& de Montpoupon , Sénéchal
de Beaucaire & de Nifmes
, fervit au Siege d'Ypres
Fan 1328. & en d'autres Sieges.
Il avoit épousé Iſabeau
de Sainte Maure , de laquelle
il cut plufieurs enfans , entr’-
autres Jean de Prie , Seigneur
de Buzancois , & Capitaine de
la Rochelle quifervit dans les
Armées des Rois Philippes de
Valois , & Jean, & fe fignalà
au Siege de la Charité , &
à la bataille d'Auray en 1364 .
GALANT. 173
Il eut Philippes Courault , fa
femme, Jean de Prie , Seigeur
de Bulancois & de Mou
lins , qui pric alliance avec Iſabeau
de Chanac , dont il eut
Jean de Prie , Seigneur de Buzançois
, grand Pannetier de
France , & Capitaine de la
groffe Tour de Bourges , qui
fut tué l'an 1427. en defen
dant cette Place contre les
Anglois ; Antoine de Prie ,
Chevalier Seigneur de Bufancois
, de Montpoupon & de
Moulins , étoit grand Queux
de France , l'an 1431. Il épou-
La Madeleine d'Amboife ,
Piij
174 MERCURE
fille d'Hugues d'Amboife , Sergneur
de Chaumont , & c.
dont il cut Louis de Prye ,
René Cardinal , & Aimar ,
Radegonde , Religieufe à
Poiffy , morte en 1501. Charlotte
, Mariée à Geofroy de
Chabannes , Seigneur de la
Paliffe , & Catherine , femme
de Louis du Puy , Seincur du
Coudray en Berry.
Louis de Prye , Seigneur de
Buzancois , Chambellan du
Roy & grand Queux de France,
épou fa Jeanne de Salafart,
dont il eut Aimoin de Prye .
Aimar de Prye , Seigneur
GALANT : 175
de Montpoupon & de la
Mothe , alla à la Conqueſte
de Naples avec le Roy Charles
VIII . en 1495. & le trouva
à la prife de Capouë en 1501 .
& au fecours de Therouanne
en 1513. il fut Confeiller &
Chambellan du Roy , Grand
Maistre des Arbaleftriers de
France en 1523. & Gouverneur
du faint Efprit . Ce Seigneur
époufa en premieres
nôces Claude de Traves , fille
de Thibaud Seigneur de Draci
, & en feconde Claudinede
la Baume , fille de Marc
Comte de Montrevel , def-
Piiij
176
MERCURE
quelles il a eu plufieurs enfans..
René de Prie Cardinal Evê
que de Bayeux , Abbé de
Bourgueil ; foutenu du credit
de fon coufin germain , le
Cardinal d'Amboife , il s'éleva
aux Dignitez de grand Archi- ,
diacre de Bourges , d'Abbé
de Bourg- Dieu , de la Prée ,
d'Evêque de Laictoure , de
Limoges , de Bayeux , & enfin
à celle de Cardinal qu'il obtine
du Pape Jules II . en 1507.
deux ans aprés le Cardinal de
Pric alla à Rome & s'y trouva
avec le Cardinal de Clermont
, lorfque le Pape Jules.
GALANT. 177
II. prit les armes contre le
Roy Louis XII. ce Pontife
fi arrêter le Cardinal de Clermont
, & deffendit au Cardi
nal de Prie de fortir de Rome
fous peine d'être privé de fes-
Benefices ; mais ces précautions
furent inutiles. Les
Cardinaux de Prie , de Carvaïal,
de faint Severin & quelqu'autres
fe retirerent à Gennes
, d'où ils vinrent à Pife
tenir leur Concile ; ce coup
irrita
furieuſement le Pape ,
qui les priva du Cardinalat
mais ils furent rétablis fous.
Leon X. Le Cardinal de Prie
178 MERCURE
mourut en France le 9. Septembre
15 16. & fut enterré à
l'Abbaye de la Prée , où l'on
voit fon Tombeau .
Aymar de Prie II du nom
Marquis de Coucy , Baron de
Montpoupon époufa le 23 .
Mars 1593. Lou fe de du
Hautaner , fille de Guillaume
Seigneur de Fervaques Maréchal
de France , dont il eut
Aymar de Prie tué au ſervice
du Roy au Siege de Montauban
, en 1621. Louis & François
de Prie Baron de Plannas
de qui Marie Brochart fille de
Pierre Seigneur de Marigny , a
GALANT. 179
laiffé N.de Pre qui a des enfans.
Louis de Pric , Marquis de
Toucy époula Françoiſe de
faint Gelais fille d'Artus , Seigneur
de Lanzac & de
Françoiſe de Souvré , morte
le 29. Avril 1693. dont il a
eu Charlotte de Prie mariée le
27. Fevrier 1639. à Noël de
Bullion , Marquis de Gallardon
, Seigneur de Bonnelles
Confeiller d'honneur au Parlement
de Paris & Commandeur
des Ordres du Roy
morte lele 14 . Novembre
1700. âgée 78. & Loüife de
Prie Marquife de Toucy
180 MERCURE
Gouvernante des Enfans de
France , & Surintendante de
leurs Maifons , alliée le 22.
Novembre 16 50. à Philippe
de la Mothe- Houdancourt
Duc de Cardonne Maréchal
de France, morte le 6. Janvier
1709. âgée 85. ans .
François de Prie Baron de
Plannas , aprés la mort de
Louis de Prie fon aîné
demeura le Chefde la maiſon .
Il époufa Marie Brochard fille
de Pierre Brochard Seigneur
de Marigny, Maistre des Requeftes
de l'Hôtel de la Ville .
Il eut pour enfans Aymar
C
GALANT. 181
Antoine , Edme , & Jean de
Pric.
Aymar Antoine de Prie ,
âiné de la Maifon , Baron de
Plannas & c. Maréchal de
Camp , époufa Jaqueline de
Ferrésfille unique de N. Ferrés
dont il eut Leonor & Louis
de Prie , qui a époufé Mile
de Pleneuf.
Roland Aymar de Pric
Abbé du Papat , & Leonor
de Pric Capitaine de Cavaferie.
Madame la Princeffe de
Tingry , acoucha
le 30, Novembre
d'un fils , que l'on
182 MERGURE
nomme le Comte de Luxe ,
Elle cft femme de Meffire
Chriſtian Louis de Montmorency
-Luxembourg , comme
cy devant fous le nom de
Chevalier de Luxembourg ,
& depuis fon mariage fous le
nom de Prince de Tingry. Il
eft fils de feu Mr le Maréchal
de Luxembourg , & frere
de Mr le Duc de Luxembourg
, Gouverneur de Normandie
, premier de Mr le
Duc de Chaftillon & de Madame
la Princeffe de Neuf.
chaftel ; je ne puis étendre
davantage l'Eloge de la MaiGALANT.
183
fon de
Montmorency que
celle que je vous ay donnée
cy devant dans le Mercure
du mois de Decembre 1711 .
lorfque je vous ay parlé du
mariage de Mondit Seigneur
le Prince de Tingry où je
renvoye le Lecteur . Quand à
la famille de Madame la Princeffe
de Tingry , elle fe nomme
Marie Louiſe de Harlay ;
elle eft fille de Meffire Achiles
de Harlay 4 du nom , Comre
de Beaumont , Confeiller
d'Etat , & de Dame Anne
Renée du Louer , fille du Marquis
de Coetjanval
, Doyen
C
184 MERCURE
C
du Parlement de Bretagne ,
& petite fille de Achiles de
Harlay 3 du nom , Comte
de Beaumont , premier Prefident
au Parlement de Paris ,
qui a rempli cette haute dignité
avec tant d'integrité & de
gloire pendant l'efpace de 18.
ans . Cette famille de Harlay
defcend de Gautier de Harlay,
Sergent d'armes du Roy , qui
vivoit en 1397. & depuis luy
Madame la Princeffe de Tingry
eft
au
onzième
degré
. Cette
famille
a donné
de tres- grands
hommes
, Robert
de Harlay
, Baron
de
Monglac
GALANT. 185
a cfté grand Louvetier de
France ; Jean de Harlay a
efté Chevalier du Guet ,
Paris en 1461. Chriftophe de
Harlay , fut Prefident à Mortier
à Paris en 1555. Achiles
de Harlay fut Prefident à mor
tier , Confeiller d'Etat , puis
Premier Prefident. Achiles de
Harlay 2 du nom fut Confeiller
au Parlement , Maiſtre
des Requeftes, Confeiller d'Etat
, puis Procureur General
en 1661. pere
d'Achiles
3
du nom , dont j'ay parlé cydeffus
& qui fut Confeiller au
Parlement , Procureur Gene
Decembre 1713.
186 MERCURE
ral , enfin premier Preſident ,
qui étoit l'Aycul de Madame
la Princeffe de Tingry.
Cette famille s'eft divifée
en plufieurs branches dans lef.
quelles il s'eft rencontré
quan
tité d'hommes tres illuftres ,
& des alliances tres confiderables
; entr'autres Nicolas
Augufte de Harlay , Maiftre
'des Requeftes , qui a eſté un
tres grand Negotiateur comme
il a paru dans fes Ambaffades
, ayant efté Plenipotentiaire
à Francfort en 1681 .
S pour la Paix generale à Rifvick
en 1697.
GALANT. 187
L'Eglife a eu des Prelats de
diftinction de cette famille
dans la branche de Chamvalon
, entr'autres François de
Harlay , Abbé de S. Victor ,
premier Archevefque
Roüen ,
& François de Harlay , fon
Neveu , & fon fucceffeur à
l'Archevefché
de Rouen , puis
Archevefque
de Paris , Duc
de S. Clou , en faveur de qui
le Roy Louis XIV . érigea
la Terre de S Clou en Duché
Pairie , & pour luy & fes
fucceffeurs , Archevelques
de
Paris , le Roy le fit auffi Commandeur
des fes Ordres en
Qij
188 MERCURE
2664. & le nomma au Care
dinalat en 1690. pour la premiere
Promotion qui fe feroit
enfaveur des Couronnes : mais
la mort l'empêcha en 1695.
de recevoir cet honneur..
MORTS.
Dame Helene de Besançon ,
époufe de Louis - Charles
Prince de Courtenay, & auparavant
de Meffire Jean le
Brun , Maistre des Requeftes.
& Prefident au Grand Confeil
, mourut le 30 , Novem
bre.
GALANT. 189
Edme Baugier , Seigneur
de Voiſe & de
Montrouge ,
l'un des Fermiers Generaux
de Sa Majefté , mourut le 30.
Novembre
Dame Maric- Madelaine:
Guerapin de Vaurcal , veuve
de Meffire Louis Sevin , Marquis
de Bandeville , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie ,
mort en 1674. des bleffures
qu'il reçût à la bataille d'Einf
heim , mourut fans laiffer
pofterité le 3. Decembre
1713. en fa foixante- quatriéme
année.
Dame Maric le Bel , veuve
1
190 MERCURE
de Jean de la Baune , Confeiller
, Secretaire du Roy , &
Greffier en Chef au Criminel
du Parlement , mourut le 9.
Decembre
Meffire Gabriel Choart ,
Chevalier, Seigneur du Tremblay
Surintendant de la Maifon
de feuë Madame la Dauphine
; mourut le 16. Decembre
.
ELECTIONS.
Le 23. de ce mois , le
fieur de la Monnoye fut reçû
à la place vacante dans l'Academic
Françoiſe , par le decés
de l'Abbé Regnier des
GALANT. 191
Marais , & l'Abbé d'Estrées ,
Chevalier de la Compagnie ,
répondit à fon difcours avec
beaucoup d'éloquence. Quelques
jours auparavant le fieur
Dacier avoit efté élû Secretaire
perpetuel à la place de
l'Abbé Regnier , qui l'avoit
exercé depuis la mort du fieur
Mezeray, fucceffeur du ſicur
Conrart.
Le Reverend Pere Feuillée ,
Religieux Minime , Mathematitien
de Sa Majeſté , que
Monfeigneur le Comte de
Pontchartrain avoit envoyé
par ordre du Roy en 1707 .
192 MERCURE
aux Indes Occidentales pour
travailler à la perfection des
Sciences & des Arts , a prefenté
à ſa Majeſté une partie de
fes ouvrages , qui les a reçûs
avec beaucoup d'agrément.
On trouve chez, Rondet
Imprimeur , ruë de la
Harpe , vis-à- vis la ruë
du Foin , la fuite de l'Almanach
Hiſtorique ; annoncé
dans le Mercure de
Decembre
1712.
GALANT. 193
EXTRAIT
du Difcours de Monfieur de
Reaumurfur la prodigieufe
ductilité de diverfes matieres
, leu dans l'affemblée publique
de l'Académie Rayale
des Sciences , Novembre.
le
15.
DAns le Mercure dernier
nous nous contentafmes
de faire connoiftre le
fujet de cette differtation ,
d'indiquer les matieres curieufes
qui y font examinées
; nous avertiſmes auffi
qu'elle eftoit remplie d'un
Decembre
1713. R
194 MERCURE
grand nombre d'obfervations
fingulieres , écrites
d'une maniere qui feule eftoit
capable de les faire recevoir
agreablement
, on
nous fçauroit mauvais gré
fi nous en eftions reftez là ,
nous allons taſcher d'en
donner une idée plus complette.
Pour embraffer tout ce
qui regarde la merveilleufe
ductilité de divers corps,
M. de Reaumur divifa les
corps ductiles en deux
claffes ; dont la premiere
comprend les corps qu'il
GALANT. 195
nomma ductiles durs , &
la fecondebles ductiles
mous. Les metaux qui s'eftendent
fans marteau , ou
en paffant par la filiere ,
luy fournirent des exemples
de la premiere eſpece
de ductilité . Le Pere Merfenne
, Furtiere , Rohault ,
& divers Sçavans , que M.
de Reaumur eut foin de
citer , ont fait des calculs
pour montrer jufques où
les batteurs d'or eftendent
for en feuilles , & jufques
où les tireurs d'or eftendent
les lingots dorez , dont ils
Rij
196 MERCURE
forment les fils que nous
employons dans une infinité
d'ouvrages . Mr de
Reaumur qui a décrit les
arts du batteur d'or & du
tireur d'or pourfervir l'hiſtoire
generale des arts , a
trouvé pouffé la ductilité
des metaux bien plus loin
que les Anciens ne l'avoient
dit. Les arts fe perfectionnerent
, nous nous
contenterons de rapporter
qu'ilfit voir par des expe-
S
riences exactes que l'on ef
tend un lingot ou une ef
pece de cylindre d'argent
ія
GALANT. 197
doré d'environ vingt deux
pouces de long, & de quinze
lignes de diametre , qu'-
on eftend , dis - je , ce cylindre
jufqu'à ce que fa longueur
parvienne à celle de
cent onze lieuës . Le calcul
qu'il donna de l'épaiffeur
de la couche d'or qui
couvre les lames d'argent
doré dans lesquels eſt reduit
ce lingot , eft encore
plus furprenant. Cette couche
d'or n'a pas fouvent
d'épaiffeur la 300000. partie
d'une ligne ; Mr de
Reaumur a mefme fait des
R iij`
198 MERCURE
experiences où il la reduire
à n'en avoir que la millionniéme
partie aprés avoir
examiné les ductiles
durs , Mr de Reaumur paffa
aux ductiles mous Entre
les corps il donna le premier
rang au verre ; il avertit
au refte qu'on ne devoit
pas eftre furpris de ce qu'il
donnoit cette place à la
plus caffante , & à la plus
roide de toutes les matieres
Lorſque le feu l'a penetrée
on la peut travailler
comme une cire molle . Il
expliqua comment avec le
DE
L
SID
THEATE
GALANT. ON
verre on forme des fils
délicz que les cheveux , &
qui fe plient de mefme au
gré du vent. Enfin il montra
qu'on pouvoit rendre
flexibles ces fils à un point
eftonnant ; & que fi nous
en fçavions faire d'auffi déliées
que le font ceux dont
les araignées
forment les
coques qui enveloppent
leurs oeufs ; que
probablement
ils feroient propres à
entrer dans des tiffus. De
forte , s'il eft vray de dire
que le verre n'eſt pas malleable
, qu'il n'eft pas feur
R iiij
200 MERCURE
de dire qu'il n'eft pas tex
tible. Il raconta auffi la maniere
dont il avoit tiré de
pareils fils beaucoup plus
déliez que ceux que les ouvriers
filent , & plus fins
meſme que les fils des vers
à foye.
Aprés tout Mr de Reaumur
avoüa que nous eftions
peu habiles à travailler
les corps ductiles mous,
mais qu'heureuſement là
nature nous a dédommagé
de ce que nous ignorons
de ce cofté- là , il dit qu'elle
inftruit une infinité d'ani
GALANT. 101
maux à les eftendre pour
nous ; nous n'avons qu'à
mettre en oeuvre les fils
qu'ils nous préparent . Les
Vers à foye font ces animaux.
Ils tirent leurs fils
d'une matiere visqueuſe
contenue dans leurs corps.
A mesure que cette matiere
s'eftend elle prend de
la confiftance , elle devient
foye. Pour faire voir neanmoins
jufques où la nature
fçait eftendre une matiere
molle , Mr de Reaumur ne
crut pas devoir s'arreſter à
la foye des Vers . Les Araizoz
MERCURE
gnées luy en fournirent de
meilleures preuves. Mais
avant de faire voir quelle
eſt la prodigieuſe fineſſe
des fils de certaines efpeces
d'Araignées , il décrivit la
belle mecanique que la nature
employe pour former
ces fils , il entra dans le détail
de toutes les parties
deftinées à cet uſage . Dans
le corps d'un fi vilain animal
il y a un appareil furprenant
prés du derriere
de l'Araignée ; on voit fix
mamelons , le bout de chaque
mamelon examiné au
GALANT . 203
microſcope , paroift percé
d'un nombre de trous prodigieux
, Mr de Reaumur
crut,trop dire en affeurant
qu'il n'y avoit pas un de ces
boutsqui n'euft plus de mille
trous . Chaque trou donne
paffage à un fil séparé.
L'Araignée ayant , fix mamelons
peut donc faire fortir
de fon corps plus de fix
mille fils à la fois , ou pluftoft
ces fix mille fils séparez
font actuellement formez
dans fon
corps. Tout
déliez qu'ils font , ils ont
chacun leur tuyau particu
204 MERCURE
lier qui les conduit jufques
aux reſervoirs où eſt contenuë
la liqueur dont ils font
formez. A la fortie du mamelon
plufieurs de ces fils
fe réüniffent enſemble , &
en composent un , tel que
font ceux dont les araignées
font leurs coques.
Mais quelle eft la prodigieufe
fineffe de ces fils
dont l'affemblage ne compoſe
qu'un fil plus delié
que tout ce que nous connoiffons.
Enfin fi au lieu de
confiderer ces 6000. fils
dans les groffes Araignées
GALANT . 205
on les confidere dans certaines
Araignées naiffantes,
qui ne peuvent preſque eftre
apperçuës elles - mêmes
qu'avec le Microfcope , on
aura bien de quoy admirer
les ouvrages de la nature.
Nous ajouterons icy
une chofe , dont nous oubliâmes
à parler dans le
dernier Mercure , qui ne
doit pas eftre indifferente
cau Public . C'eft que le Pere
Gouye , aprés avoir fait un
Extrait trés - exact des Dif
cours précedens , annonça
au Public que M. de Reau206
MERCURE
mur s'eftoit chargé en partie
de l'execution du projet
que l'Académie a formé de
donner des deſcriptions de
tous les Arts & Metiers ,
de tous leurs procedez , de
tous leurs inftrumens, leurs
machines , &c . Ce projet
dans
l'execution a efté generalement
fouhaitté , foit
dans leRoyaume , foit dans
les Pays eſtrangers , comme
trés-utile , foit pour le
progrez , foit pour la confervation
des Arts. Le Pere
Gouye annonça en même
temps que M. de Reaumur
GALANT : 207
avoit desja décrit un grand
nombre d'Arts des plus curieux
, dont il donneroit
bientoft un gros volume.
·PourM. le Dauphin , aufujet
d'une avanture entre luy
& le petit Marquis de
Brancas.
Mufes ,
prenez vos plus
brillans atours ,
Vos patins neufs , vos habits
des bons jours ,
Vos beaux pendants, foyez
1
208 MERCURE
proprettes
& blanches
,
Telle qu'un jour de Feste
ou de Dimanche
.
Il faut partir dés demain
la Cour
,
pour
Un jeune Prince auffi beau
que l'amour
,
Enfant des Dieux , par fes
graces , exige
De tous les coeurs un jufte
hommage-lige ;
Chacun s'emprelle
rendre le fien ,
à luy
Portez luy vifte & le vostre
& le mien.
C'eft ce Dauphin , ſeul
gage
GALANT. 209
gage
qui nous refte ,
helas
! que
D'un
pere
courroux
celefte
le
Malgré les cris des peuples
gemiffans ,
Nous enleva dans la fleur

de fes ans.
Faffe le Ciel , appaifant fa
colere,
Qu'un jour le fils nous remplace
le pere ,
Nous ne pouvons fouhaitter
aujourd'huy
M
Rien de plus doux ny pour
nous , ny pour luy...
Mais arreſté , que vois-je
icy ma Mufe
Decembre 1713 .
S
210 MERCURE
"
Vous qui d'abord eftonnée
& confuſe ,
Et dans le coeur
murmurant
contre moy ,
Vous
deffendiez
d'accepter
cet employ
Au tendre nom du Dau
phin de la France ,
Vous reprenez toute voftre
affurance
Et femblez mefme à vôtre
air vif & gay ,
i
Ne
demander qu'à partir
fans délay.
Je vois le point , & je crois
- Vous
entendre ,
Pour un enfant dans l'âge
GALANT. 211
le plus tendre ,
Et qui ne compte encore
que trois moiffons ,
Me dites- vous , faut- il tant
de façons ?
Mufe , tout doux , qui vous
laifferoit faire
Vous me feriez à la Cour
quelque affaire ;
Je crois vous voir prompte
à vous oublier ,
D'un pas leger & d'un air
familier
Vers le Dauphin pour debut
d'ambaſſade ,
Les bras ouverts courir à
l'embraflade.
S ij
212 MERCURE
Autant en fit dans un fem
blable cas
Jeune Marquis que vous ne
valez pas.
Autant en fit & compta
fans fon hofte ,
Retenez en Muſe , & n'y
faites faute ,
Toute l'Hiftoire. AuPrince
certain jour
Ce jeune enfant alloit faire
fa cour.
Sa cour , que dis- je , helas !
c'estun langage
Dont à trois ans on ignore
l'ufage.
Sans tant tourner difons
GALANT. 213
qu'il l'alloit voir
Plus par inftinct mefme
que par devoir .
Le coeur qui fut fon guide
& fon genie
Ne connoift point tant de
ceremonie.
Depuis long temps flaté
de ce plaifir ,
Le pauvre enfant brufloit
vray defir d'un
De voir le Prince , & difoit
à toute heure ,
? Quand le verrai - je il fe
tourmente , il pleure ,
Il veut le voir ; foyez fage
& demain ,
214 MERCURE
Luy difoit on , vous le verrez
foudain .
Il s'appaifoit , une telle promeffe
Plus le touchoit que bonbons
ny carreffe.
Arrive enfin ce jour tant
fouhaitté ,
Long-temps promis &
fouvent acheté ,
D'attendre au moins un
moment qu'on l'inftruiſe :
Point de nouvelle , il faut
qu'on l'y conduife.
Sans differer ,
enfin
pour
faire
court ,
On l'y conduit , ou plûtôt
GALANT. 215
il
y court.
En le voyant il ne fe fent
pas
d'aife
,
Il vole à luy , faute à fon
col , le baiſe
De tout fon coeur ; qui n'en
feroit autant ?
Si l'on ofoit, n'en faites rien
pour tant ,
Un tel debut
quoyqu'affez
pardonnable
,
Mufe , n'eut pas un fuccez
favorable.
Bientoft le Prince eftant
debarraffé
Des petits bras qui l'avoient
embraffé ,
216 MERCURE
Sur l'embraffeur jette une
oeillade fiere
Et reculant quatre pas en
arriere ,
Son petit coeur , mais noble
& qui fe fent ,
Eft tout émû de ce trait
indecent.
Que fera- t ile il s'agite , il
'fecouë .
Avec depit ce baiſer de fa
jouë ;
Et de fa main il femble
s'efforcer
S'il eft poffible au moins
de l'effacer.
A tous ces traits d'un courroux
GALANT. 217
roux refpectable ï
Que dit , que fit , que devint
le coupable ,
Coupable , ouy qu'il foit
ainfi nommé ,
Mais feulement pour avoir
trop aimé.
Le pauvre enfant dans une
allarme extreme vã
Se fit d'abord fon procez
à luy meſme ,
Ses yeux baiffez,immobile,
interdit ,
Il reconnut fa faute , il en
rougit ,
Son repentir repara fon
audace ,
Decembre 1713. T
218 MERCURE
Par fon refpect il merite ſa
Et
grace ,
s'approchant humblement
du Dauphin .
Il fit fa paix en luy bailant
la main :
De tout cecy vous paroifenfez
furprise ,
Et voftre efprit raiſonnant
à fa guife,
Se dit tout bas , Prince tant
foit it grand›
Si jeune encor envieroit- il
fon rang ;
Dés fon berceau touchant
à la Couronne ,
Diſtingue «deil Féclat qui
GALANT. 219
l'environne ,
Et de Louis
préfomptif
fucceffeur
De fon deftin comme il a
la grandeur ;
Mufe , illa fent, s'il ne fçait
la connoiftre ,
Dans les Heros que pour
regner
fit naiftre
Des grands Bourbons la
Royalle Maiſon ,
Le fang infpire & prévient
la raiſon ,
Le noble inftinct qui dans
leur coeur domine ,
Rappelle en eux leur celef
te origine ,
Tij
220 MERCURE
Et de ce fang receu de tant
de Roys
La majefté reclame tous
Efes droits.
இது
Allez donc , Muſes , & deformais
inftruite
Sur ces leçons reglez vofoqotre
conduite ,
De ce foleil fous l'enfance
éclipse,
N'approchez point d'un air
trop empreffé ,
Sans affecter des airs de
confiance ,
Qu'une modefte & naïve
affeurance
Gagne le Prince & puiſſe
GALANT . 231
de fa
part
Vous attirer quelque tendre
regard :
mais
Haranguez peu ,
voltre viſage ,
que
De voftre coeur exprime
le langage ,
Je ne dis pas qu'un petit
compliment
Affaifonné du fel de l'enjoüement
,
N'euft fon merite & mefme
ne puft plaire ;
Mais l'embarras , Mufe, eft
de le bien faire ,
Le tout defpend des momens
& du tour
T iij
222 MERCURE
Vous l'apprendrez des
Rheteurs de la Cour ;
Point ne connois pour l'art
de la parole
C
De plus adroite & plus
fubtile école.
Le beau parler vint au
monde en ce lieu
Et Compliment eft leur
Croix de ParDicu.
L'air du pays qui de luymefme
inſpire ,
Vous dictera ce que vous
devez dire.
Si cependant vous doutez
du fuccez ,
Retranchez vous à faire
GALANT. 223
des fouhaits ;
C'est un encens qui fur
toujours de mife ,
Mais faites - les en Muſe
I. bien appriſe ,
Vous trouverez de quoy
dans le Dauphin ,
Et fur fon compte on en
feroit fans fin .
Souhaitez luy les vertus
de fon Pere ,
Adjouftez y les graces de
fa Mere,
lak
L'ame & le coeur du Dauphin
fon ayeul ,
De Louis tout , il comprend
tout luy feul.
#
T iiij
224 MERCURE
Luy fouhaitter qu'à Louis
il
reffemble , fut
C'eſt le doüer, de tous les
dons enſemble..
S'il
demandoit comme il
faut tout
prévoirs
Pourquoy ne fuis - je moymefme
allé le voir ?
Vous luy direz à l'oreille ,
mon Prince
Je croi qu'il a quelque affaire
en province ,
Mais en tout cas à luy ne
tiendra point
Que ne foyez obëi fur ce
point.
GALANT. 225
LABELLE LAIDE
ou la Duperie de Bretagne
, Avanture de
Pan passé
.
EN une Ville de baſſe
Bretagne brilloit , malgré
fa laideur , une fille
de condition , c'eftoit un
prodige ; car avec des
traits , dont la defcription
auroit donné l'idée
d'une trés- laide perſonne
, elle avoit desja fait
de tres - fortes paffions.
1
126 MERCURE
Elle avoit les yeux petits,
le front étroit , le nez
court & relevé , la bouche
fort grandé, mais de
belles dents , un rire agréable
, un air de vivacité
répandu dans tous
fes traits , la rendoient la
plus piquante perfonne
du la Province , en forte
qu'on la nommoit par
fingularité la belle laide.
Un Marquis paffionnément
amoureux d'elle ,
mais qui n'avoit pas affez
GALANT. 227
de bien pour l'époufer ,
elle qui n'en avoit point
du tout , fit une campagne
dans la marine, &
rencontra en plufieurs
endroits un Baron nego¬
ciant qui avoit fait plufieurs
voyages fur mer
moitié guerre , moitió
marchandiſe , & n'avoit
réüſſi ny à l'un ny à l'autre
, eſtant trés- peſant de
genic. Ayant fort peu de
fens & de hardieffe il perdit
par avarice beaucoup
228 MERCURE
d'occaſions de gagner . Il
avoit mis fur un vaiffeau
quelque argent , ce vaiffeau
ayant peri , il ſe dégoufta
du negoce , & refolut
de revenir fur fon
pallier où il vivoit dans
une de fes terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Baron
devenu trés- mal aifé, pria
fes amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vicille , belle ou laide ,
vertueuse ou non , pour
GALANT. 229
vû qu'elle luy apportaft
de l'argent comptant. H
ne luy importoit , cette
efpece d'avis circulaire
qu'il donnoit à la Province
du befoin qu'il avoit
de fe marier , vint aux
oreilles du Marquis , qui
trouva dans la bourfe de
fes amis dix mille écus
d'argent comptant , avec
lefquels il medita de faire
la fortune de fa belle laide
& la fienne en la mâniere
que vous allez voir,
230 MERCURE
& à l'occafion d'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps - là .
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron , & qui eftoit
alors à Cadis où un
ancien affocié du Baron
eftoit en peine de fçavoir
ce qu'il eftoit devenu ,
écrivit au Marquis de
luy faire fçavoir fi le Baron
eftoit en Bretagne ,
& luy manda par occafion
que c'eftoit pour luy
GALANT. 231
donner avis que fon ancien
affocié avoit recou
vert depuis peu fur les
debris de ce Vaiſſeau qui
avoit pery , plufieurs effets
, qui pour la part du
Baron fe montoient à peu
prés à cinquante mille
écus. Sur cette Lettre d'avis
, ce Marquis qui eût
efté affez paffablement
honnefte homme s'il eût
efté riche , & s'il n'eût
point efté amoureux, oublia
en ce moment l'exa232
MERCURE
&te probité pour ſe rendre
legitime maiſtre de
cescinquante mille écus ,
en profitant de la betiſe
& de la pareffe du Baron .
Voicy ce qu'il fit de concert
avec fa belle laide .
Une fille plus vieille
que jeune , & réellement
trés - laide , les feconda
dans cette intrigue : elle
alla trouver un Magiſtrat
de la Ville de .... homme
aifé à tromper , parce
qu'il eftoit bon & charitable
,
GALANT: 233
table , elle luy dit qu'ef
tant de famille delicate'
fur l'honneur , elle feroit
affomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit
, fi elle ne fe marioit
au plus vifte , parce que,
difoit - elle , pour fauver
fon honneur elle n'avoit
point de temps à perdre ;
& pour faire croire qu'elle
avoit raiſon de fe pref
fer , elle avoit un peu outré
fon deshabillé &
garni fon corfet . Le Ma-
Decembre 1713 . V
234 MERCURE
giftrat eut peine à eſtre
defabufé de la fageffe de
la fille , parce qu'elle eftoit
d'une laideur à refter
fage toute fa vie malgré
qu'elle en euft. Enfin le
Magiftrat luy promit de
propofer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit ,
& de difpofer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus ;
& il fut refolu , qu'on
addrefferoit leBaron chez
GALANT. 255
une Dame avec qui elle
logcoit , & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelque prétexte ,
pour voir fi la laideur ne
le
rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baron alla de la part du
Magiſtrat chez l'hoſteſſe
intrigante de cette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur finguliere
de la fille à marier
,luy difant qu'elle ne
laiffoit pas d'avoir quel-
Vij
236 MERCURE
que agrément. Enfin , elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide
: d'abord le Baron en
fut charmé , & il en devint
paffionnément
amoureux.
A la feconde
vifite il fit confidence de
fon amour au Magiftrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide , & qui eftant un
bon homme fort retiré ,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
GALANT . 237
ne pouvoit pourtant
s'empefcher d'admirer
comment le Baron en eftoit
devenu amoureux
;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux ,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magiftrat n'ayant
nul intereſt d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo , luy dit , que
puifqu'il eftoit content
il n'avoit qu'à convenir
de fes faits , & qu'il iroit
238 MERCURE
figner le contrat , mais
que puifqu'il s'eftoit entremis
pour ce mariage ,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal- à - propos , & à ne
luy point faire de reproches
dans la fuite ; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. Le Baron protefta
qu'il eftoit dans une im
patience extrême , & que
dés le lendemain on termineroit.
GALANT . 239
Le Magiftrat qui s'ef
toit informé à quelqu'un
qui eftoit la belle laide ,
avoit cfté inftruit qu'un
Marquis en eftoit devenu
fort amoureux ; & fans:
fortir de fon erreur l'a
crut tousjours la meſme
qui l'eftoit venu trouver..
Le jour fut pris enfin
pour le lendemain , &
en prenant ce dernier ren
dez vous la laide belle
qui avoit tousjours imité
le deshabiller dont l'autre
240 MERCURE
avoit dit la cauſe au Magiftrat,
affecta fur tout ce
jour-là de l'eftaller encore
davantage , en meſme
temps que fes charmes
achevoient de déterminer
le Baron à fupporter les
malheurs qu'on luy avoit
fait preffentir , & qu'il
avoit à demy preveu ,
comme nous l'avons dit.
Il eftoit donc paffionnément
amoureux , & n'avoit
fur l'amour qu'une
delicateſſe baffeBretonne .
Vous
GALANT. 241
Vous avez veu que le
Magiftrat de bonne foy
qui la donnoit au Baron
avoit efté trompé luymefine
par le manege de
la laide , & qu'il ne s'étoit
point trouvé aux entrevues
de la belle laide
& du Baron , ce qui caufa
ce qui pro quo que
vous verrez dans la fuite.
La belle laide crue enceinte
par le Baron, figna
la premiere une promeffe
de mariage ſous ſein pri-
Decembre 1713. X
242 MERCURE
vé , & feignant aprés
avoir écrit fon nom , une
honte fubite & un remors
d'avoir à fe reprocher
de ne pas avoüer
franchement à fon époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf , le tira à
quartier dans un coin de
la chambre , & luy avoüa
les yeux en pleurs , qu'il
feroit obligé de faire dans
trois mois la dépenſe d'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
GALANT. 243
la fincerité de fa nouvelle
épouſe , pleura auſſi de
fon coſté , & enfuite vint
figner la promeffe qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
, difoit on , le Magiftrat
qui devoit figner
comme témoin . Dans
cette impatience l'épouſe
monta en carroffe pour
aller au devant de luy , &
quelque temps aprés on
vit revenir avec le Magiftrat
la laide laide , qui
X ij
244 MERCURE
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embraffer
comme époux . M. le Baron
voyant cet épouvantail
, s’eſtonna , ſetroubla,
& jura bas Breton que ce
n'eftoit point la celle qui
avoit figné : ceux qui eftoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit ,
& le Magiftrat qui n'avoit
jamais veu que celle-
là , le crut réellement
extravagant, quandil luy
jura que celle à qui il s'é
GALANT . 245
toit marié eftoit charmante.
Voicy commenton la
voit efcamotée pour luy
fubftituer la laide affreufe.
La belle aprés avoir
figné un papier , avoit
occupé les yeux & le
coeur du Baron , pendant
qu'on fubftitua un
autre papier où celle cy
avoit réellement figné ,
& c'eftoit ce dernier que
le Baron avoit figné auffi,
enforte qu'il eftoit marié
avec la laide qui luy ap-
X iij
246 MERCURE
portoit à ce qu'il crut un
enfanten mariage. D'ail-
. leurs les dix mille écus eftoient
réellement fur table
, & c'eft ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on propofa que fi ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoit annuller
l'affaire. Comme on
vit qu'il ne pouvoit ſe refoudre
ny à laſcher les
trente mille francs ny à ſe
charger de la laide enceinte
, le Marquis qui
GALANT . 247
eftoit prefent luy fit une
propofition en ces termes
:
Rien n'eft plus vray ,
Monfieur , que tout ce
qu'on vous a dit , & je
fuis
paffionnément
amoureux
de cette belle
laide , & fi amoureux
que j'avois deffein de
l'emmener à Cadis . Vous
avez eu autrefois quelque
action furun vaiffeau qui
a pery, fi vous voulez me
ceder la part que vous y
X iiij
248 MERCURE
aviez , j'iray demeſler làbas
ce qu'on pourroit en
avoir fauvé, & à tout hazard
je vous laiffe ces dix
mille écus d'argent comptant
, & je me charge
du contrat. Le traité fut
conclu , & ce que le Baron
ceda au Marquis fe
trouva affez confiderable
pour fervir de dot à fa
belle maiftreffe qui n'avoit
jamais commis aucune
faute contre fon
honneur , mais bien conGALANT
. 249
tre la fincerité en trompant
le Magiſtrat & le
Baron ,
DONS DU ROY,
LE 24.
Decembre veille
de Noël fa Majefté donna
l'Abbaye de Landevenech
Ordre de Saint Benoist ,
Diocéfe de Quimpercorentin
à l'Abbé de Varennes
, Chapelain du Roy.
Landevenech , eit un
Bourg de France dans la
Bretagne , en latin Landevenceum.
Il eſt ſitué fur la
250 MERCURE
Baye de Breft , de l'autre
cofté & vis - à - vis de laVille
de ce nom dont il eft éloigné
de trois lieux , on dit
que l'Abbaye de Landevenech
a efté fondée par
Grallon Roy de Bretagne
.
L'Abbaye d'Herivaux à
l'Abbé de Puifmartin .
L'Abbaye de Sully , Ordre
de Saint Benoiſt , Diocéfe
de Bourges , à l'Abbé
du Vallon .
L'Abbaye de la Trappe
Ordre de Cîteaux Diocéfe
de Séez , à Don Ifidore
Dannetier , Religieux du
mefme Ordre.
GALANT 25F
.
La Trappe , ou Noftre-
Dame de la Maiſon - Dieu ,
eft fituée vers les Confins
de la Normandie , dans le
Perche , entre les Villes
de Seez , Mortagne , &
Laigle. Elle eft dans un
grand Vallon , les Collines
& la Foreft qui l'environnent
font difpofées
de telle forte qu'elles femblent
la vouloir cacher au
refte de la terre. Elles enferment
des terres labourables
, des plants d'Arbres
fruitiers
, des paturages
, & neuf Eftangs qui
1
252 MERCURE
>
font autour de l'Abbaye.
Elle fut fondée l'an 1140 .
par Rotrou Comte du
Perche , & confacrée fous
le nom de la Sainte Vierge
l'an 1214. par Robert
Archevefque de Roüen
Raoul Evefque d'Evreux ,
& Silveftre Evefque de
Séez . Le relafchement ou
elle eftoit tombé depuis
un grand nombre d'annés
, porta Meſſire Armand
Jean Bouthilier de
Rancé , qui en eftoit
Abbé Commandataire , &
qui fe fentoit vivement
GALANT. 253
touché de l'amour de Dieu,
à exhorter les Religieux de
demander eux - meſmes
qu'elle fuft miſe entre les
mains de l'eftroite Obfervance
de l'Ordre de Cîteaux
pour y reftablir la
premiere & la veritable
pratique de la Regle , ce
qui fut fait par un Concordat
paffé avec l'Abbé
& les Anciens Religieux
de la Trappe le 17. d'Aouft
1662. Ce fut en vertu de
ce Concordat
, que ceux
de l'eftroite Obfervance
entrerent dans ce Monal
254 MERCURE
#
tere & en prirent poffeffion.
Lorsqu'ils commençoient
à y faire revivre le
premier efprit des Peres
& des Saints qui en ont
eftéles Fondateurs , l'Abbé
de Rancé qui s'eftoit retiré
du monde depuis quelque
tems , obtint du Roy
la permiffion de tenir cette
Abbaye en Regle , &
prit l'Habit Regulier en
1663. dans le Convent de
Noftre - Dame de Perfeigne
, où il fut admis au
Noviciat , & où il fit Profeffion
le 26 Juin 1664 .
GALANT. 255
Lorfqu'il eut receu de la
Cour de Rome fes Expeditions
pour tenir l'Abbaye
de la Trappe en Re
gle , il s'y rendit le 14 .
Juillet fuivant , & ne fon-
4
gea plus qu'à infpirer par
fon exemple aux Religieux
dont il eftoit devenu
le Pere & le Paſteur
le defir de reprendre toutes
les auſteritez & les pe
nitences qui estoient en
ufage dans l'eftabliſſement
de cette Sainte Regle . Il
n'y eut aucun des Religieux
qui ne voulut imiter

256 MERCURE
la conduite toute édifian
te de ce Saint Abbé , &
ne voulut s'abftenir comme
lui de boire du vin
de manger des oeufs &
du poiffon , ajoûtant à cela
le travail des mains
chaque jour pendant trois
heures. Toutes les actions
de ces faints Anachorettes
font des prieres
continuelles à Dieu en
Efté ils fe couchent à huit
heures , & en Hyver à ſept:
ils fe levent la nuit à deux
heures pour aller a Matines
qui durent jufqu'à
:
quatre
GALANT . 257
:
quatre heures & demie
ils difent outre ce grand
Office celuy de la Vierge ,
les jours où l'Egliſe ne ſolemnife
la Fefte d'aucun'
Saint ils recitent encore
l'Office des Morts , au fortir
de Matines , fi c'eſt en
Efté , ils peuvent s'aller repoſer
dans leurs Cellules
jufqu'à Prime , l'Hyver ils
vont dans une Chambre
Commune proche du
Chauffoir où chacun lit
en particulier , les Preftres
prennent d'ordinaire ce
tems là pour dire la Meffe :
Decembre 1713 . Y
258 MERCURE
à cinq heures & demie ils
difent Prime & vont enfuite
au Chapitre où ils
entendent les predications
que leur fait l'Abbé ou le
Prieur: fur les fept heures
ils vont travailler , ils fe
mettent les uns à labourer
la terre , les autres à la cribler
, d'autres à porter des
pierres , chacun recevant
fa tâche fans choisir ce
travail L'Abbé luy- mefme
eft le premier au travail
& s'employe fouvent à ce
qu'il y a de plus abject.
Quand le tems ne permet
GALANT. 259
pas de fortir , ils nettoyent
Ï'Eglife balayent les
Cloiftres , écurent la vaif.
felle , font des leffives ;
fouvent ils font plufieurs
affis contre terre les uns
aupres des autres à ratiffer
des racines fans jamais
parler enſemble , plufieurs
travaillent
à des ouvrages
de menuiſerie
, d'autres à
tourner , n'y ayant guere
de chofes neceffaires
à la
Maifon , & à leur ufage
qu'ils ne faflent eux- mefmes
, aprés quoy ils retournent
à l'Office : vers les
Yij
260 •
MERCURE
onze heures ils entrent au
Refectoire qui eft fort
grand , où il y a un long
rang de Tables de chaque
côté ; celle de l'Abbé eft
en face au milieu des autres
, & contient les places
de fix ou fept perfonnes.
Il fe met à un bout , ayant
à fa gauche le Prieur ,
à fa droite les Etrangers ;
lorſqu'il y en a qui mangent
au Refectoire , ce
qui arrive trés rarement.
Ces tables font nuës &
fans nappes ; mais fort
2 11
propres . Chaque Reli
&
GALANT . 261

(
gieux a fa ferviette , ſa taffe
de faïence , fon coufteau ,
fa cuëillere , & fa fourchette
de buis. Ils ont devant
eux du pain plus qu'ils
n'en peuvent manger , un
pot d'eau , un autre pot
d'environ chopine de Paris
plein de cidre. Leur pain
eft fort bis & grus , à cauſe
qu'on ne faffe point la farine
, & qu'elle eft feulement
paffée par le crible. On leur
fert un potage quelquefois
aux herbes , d'autres fois
aux pois & aux lentilles ,
& ainfi differemment
262 MERCURE
d'herbes & de legumes ,
mais tousjours fans beurre
& fans huile , avec deux
petit plats de legumes , ou
de boulie , ou de gruau , felon
la faifon. Leurs fauces
ordinaires font faites avec
du fel & de l'eau épaiffie
avec un peu de gruau , &
quelquefois un peu de lait.
A une heure ils retournent
au travail qui dure encore
une heure & demie ; aprés
le travail ils font quelques
meditations ou lecture
fpirituelle jufqu'à Vêpres
qu'ils chantent à quatre
GALANT . 263
heures. Les jours qu'ils ne
jeûnent pas on leur donne
pour leur fouper un peu de
cidre , une portion de raci
nes , & du pain comme à
diner avec quelque pomme
ou poire pour deffert :
pour les jeûnes de la Regle
on leur donne quatre onces
de pain , un peu de cidre ,
avec deux pommes ou poires
; mais pour les jeûnes
de l'Eglife ils n'ont que
deux onces de pain & une
fois à boire. Les mets ordinaires
pour les Etrangers
font un potage , deux ou
264 MERCURE
trois plats de legumes ; on
ne leur fert point de poiffon
quoique les étangs en
foient remplis. Ils ont un
appartement particulier
& n'entrent dans les Cloif
tres que pour aller à l'Eglife
aux heures de l'Office.
Cette Eglife n'a rien
de confiderable que la fainteté
du lieu . Elle eſt baſtie
d'une maniere Gothique
& le bout du cofté du
Choeur femble repreſenter
la pouppe d'un vaiffeau.
Tout l'ouvrage en eft groffier
, & mefme contre les
regles
GALANT. 265
regles de l'Architecture . Sa
grandeur eft de vingt- deux
toifes de long , fur neuf de
large ou environ.
Le nombre de fes Solitaires
s'eft tellement augmenté
depuis la Reforme
, que la réputation de
leur fainteté ayant inſpiré
auGrand Duc de Tolcanne
l'envie d'eftablir une Maifon
de cette mefme Reforme
dans l'Abbaye de
Buon Solaffo , qui eft dans
fes Etats , & qui luy a efté
accordé par le Pape , il
fait demander au Roy dix
Decembre 1713. Ꮓ
DIL
a
266 MERCURE
huit Religieux de la Trappe
, qui en partirent au
mois de Février 1705. avec
la permiffion de Sa Majefté
pour fe rendre en Italie.
Un de ces Religieux connu
dans le monde fous le nom
du Comte d'Aria Piëmontois
de nailfance , & qui a
fait autrefois une grande
figure à la Cour de Savoye ,
a efté nommé Abbé de
cette Miffion . Le frere Arfene
, frere aîné du Marquis
de Janfon & de l'Abbé
de fanfon , & qui a porré
dans le monde le nom
GALANT. 267
de Comte de
Rofemberg ,
eft du nombre des dix huit
Religieux .
L'Abbaye d'Epagne à la
Dame Lambert de Torigny.
L'Abbaye de Laval , Ordre
de S. Benoift , Diocéfe
du Mans , à la Dame de
Boffofel. Laval eftune Vil
lé de France dans le Bas
Mayne. Elle eft fituée fur
la riviere de Mayenne
fix lieuës de la Ville de ce
nom. Cette Ville que l'on
appelle autrement Laval
Guyon , a titre de Comté
à
Z ij
268 MERCURE
Pairie , & s'eft renduë recommandable
par le grand
trafic de toilles que l'on y
fait . On y voit un College ,
deux Eglifes Paroiffjales
,
qui font la Trinité & S. Venerand
, & deux Collegiales.
La premiere qui eft
auffi Paroiffiale eft dediće
à Saint Thugal & l'autre à
S. Michel. La ville de Laval
appartient
aux Seigneurs
de la Tremoille . Il
y a une Chambre des Comptes
pour les Terres dé
pendantes de ce Comté ;
un Siege Royal ; Siege des
GALANT. 269
Traitez , Election ; Grenier
à Sel , & Département de
Gabelles.
L'Abbaye de Noftre-
Dame de Meaux , Ordre
de S. Auguftin , Diocéle
de Meaux , à la Dame le
Pilleur , Prieure du Prieuré
d'Andely. Meaux , Ville de
France , Capitale de la
Brie , avec Evêché Suffragant
de Paris , eft fituée
fur la Riviere de Marne.
L'Eglife Cathedrale
dediée
à S. Etienne
eft magnifique
dans fes ornemens
& dans fa ftructure
. Cet
Z iij
170 MERCURE
édifice paffoit pour un ou
vage achevé avant que
Les Anglois euffent ruiné
l'une de fes Tours. Cellequi
eft demeurée en fon
entier eft admirable dans
fa groffeur , & dans les miniatures
dont elle eft embellie.
Le Chapitre de cette
Eglife , qui compte faint
Santin parmi fes Evêques ,
eft composé d'un Doyen
d'un Grand Archidiacre
d'un Chantre , d'un Threforier
, de l'Archidiacre de
Brie , & de vingt quatre
Chanoines. Le Dioceſe n'a
GALANT. 271
que 210. Paroiffes . Il comprend
quatre Abbayes
d'hommes , & quatre de
filles. Ily a Bailliage , Juge
Prefidial , Prevolté , Marechauffée
, Election , & Grenier
à Sel. Elle a titre de
Comté , & un affez grand
nombre d'habitans.
SUPPLEMENT
aux Nouvelles.
Les Lettres de Stokholm
du 15. Novembre
portent , que fuivant les
ordres du Roy de Suede ,
Z iiij
272 MERCURE
1
la Princeffe Ulrique fa
foeur s'eftoit chargée de la
Regence durant fon abfence
, & qu'elle en avoit
pris poffeffion le 10. s'ef
tant trouvée ce jour- là pour
la premiere fois au Confeil ;
qu'il y avoit efté refolu de
convoquer une Diete generale
des Etats du Royaume,
& qu'on avoit expedié
pour cette convocation
des
Lettres circulaires , dans
Fefquelles on marque qu'on
y delibereroit fur les remedes
qu'on pouvoit apporter
au mauvais état où le
GALANT. 273
Royaume fe trouvoit ; fur
les mefures les plus convenables
pour traiter & conclurre
la Paix avec les ennemis
; & enfin pour envoyer
une Députation folemnelle
au Roy de Suede
en Turquie , luy repreſenter
le veritable état de fon
Royaume , & recevoir ſes
ordres ; qu'on avoit receu
une Relation de Peterf
bourg de ce qui s'eftoit
paffé en Finlande jufqu'au
8. Octobre , três differente
de celle qu'on publioir . Elle
porte que le premier Octo274
MERCURE
bre l'Amiral Apraxin avoit
marché avec l'Armée vers
Trawafthus , que les Suedois
avoient abandonné ,
aprés avoir jetté leurs Canons
dans la Riviere , &
ils s'eftoient retirez au-delà
de la riviere de Pelken ,
qui s'eflargit en forme de
Lac , où ils fe retrancherent
& jetterent des batteries
. Les Mofcovites les fuivirent
, & camperent vis- àvis
durant quatre jours . Ils
firent auffi des Batteries ,
& preparerent des Ponpons
, fur lefquels le Prince
GALANT. 275
7. metde
Galliezen s'embarqua
avec fix cens hommes
choifis , & il alla le
tre pied à terre à demie
lieuë de là , à la gauche des
Suedois. Ils fe deffendirent
courageufement , neanmoins
aprés un combat de
trois heures , ils furent obligez
de ceder au nombre
fuperieur des Mofcovites :
les Suedois perdirent dans
cette action cinq cens foixante
hommes , & deux
cens quarante faits Priſonniers
, fept gros Canons ,
d'autres plus petits , & plu278
MERCURE
fieurs Drapeaux ; que les
Mofcovites avoient perdu
cent vingt hommes , &
plus de cinq cens bleffez .
On mande de Pomeranie
que les Troupes Saxonnes
qui en font forties , ont fait
dans leur marche de fi
grands defordres , qu'un
Officier du Roy de Pruffe
en a fait arreſter fix - vingt
hommes , afin d'obtenir latisfaction
des dommages
qu'elles ont caufez.
Les Lettres de Berlin du
12. portent que le Sieur
Golovkin Ambaffadeur du
GALANT. 277
-
1
Czar prés du Roy de Pruffe
, luy avoit preſenté un
Memoire par lequel le Czar
s'excufe de ratifier le Traité
conclu avec le PrinceMenzikow
, touchant le fequeftre
de la Pomeranie , à
moins qu'on ne change
trois Articles duTraité con
clu entre le Roy de Pruffe
& le Prince Adminiftrateur
de Holltein Gottorp
qu'il prétend luy eftre préjudiciables
, & à fes Alliez.
On écrit de Vienne que
les Etats de la Baffe Autriche
continuent leurs Déli ,
278 MERCURE
berations fur le fubfide
d'un million & demi d'écus
qu'on leur demande ,
& qu'on ne croit pas qu'ils
puiffent fournir ;qu'on voit
en cette Ville la copie d'une
Lettre que l'Archiduc
écrivit au Czar le 4. Novembre.
Elle contient des
plaintes de ce que le Prince
Menzikow avoit fans aucun
droit exigé deux cens
mille écus de la Ville de
Hambourg, trois cens trente
trois mille trois cens
trente trois écus de celle dé
Lubex , outre un preſent
GALANT 279
de cinq mille ducats , & de
ce qu'il avoit obligé par
execution militaire, les peuples
du païs de Meckelbourg
à porter des vivres à
fon Camp devant Stetin ,
ce que la petite Ville de
Male ayant refuſée , elle
avoit efté priſe d'affaut &
pillée ; qu'il n'avoit pû ſe
difpenfer comme Chef de
l'Empire , de luy en porter
fes plaintes , & d'emploier
fes bons offices pour faire
reftituer à ces Villes & à
ces peuples ce qui leur a
efté enlevé ; que la cons
280 MERCURE
noiſſance qu'il avoit de la
juſtice & de la grandeur
d'ame du Czar ne luy permettoit
pas de douter qu'il
ne fit faire cette reftitution
, & qu'il n'empeſchât
à l'avenir de pareilles violences.
On mande de Madrid
que le Roy a donné le Gouvernement
de Rofes dans
le Lampourdan
, à DonAntonio
Marin de Guerrea ,
Marêchalde
Camp ; que le
Marquis de Morous Ambaffadeur
du Roy de Sicile
y eftoit arrivé. Les Lettres
de
GALANT. 281
de
Catalogne
portent que
les Troupes
Efpagnolles
qui
fervoient
auxPaïs Bas commençoient
à arriver dans
cette Principautés qu'on
préparoit toutes choſes
pour faire le fiege de Barcelone,
& que plufieurs des
principaux habitans ayant
appris qu'on équipoit à Cadis
une Efcadre pour l'affieger
auffi par Mer , & ne
voulant pas pyi demeurer
enfermez , s'eftoient embarquez
fecrettement , &
-s'eftoient retirez à Gennes .
D'autres avis de Catalogne
Decembre
1713. A a
282 MERCURE
portent que les habitans
de Barcelone
manquoient
de viande
, & qu'ils commençoient
à avoir difette
de pain , ce qui avoit caufé
une émotion
du peuple
,
dans laquelle quelques
perfonnes
avoient efté tuées ;
qu'on continuoit dans le
Camp les préparatifs neceffaires
pour le fiege de
cette ville- là , & que l'on
n'attendoit que la jonction
des Troupes d'Eltramadure
, dont la plus grande partie
étoit encore fur la frontiere
de Catalogne , & l'arGALANT.
28 ;
1
rivée de l'Efcadre , qui outre
les vivres & les munitions
dont elle eft chargée ,
a encore embarquée des
Troupes à Cadis , à Cartagene
, & fur les coftes du
Royaume de Valence .
On mande de la Haye
que le Duc d'Offonne y avoit
envoyé le Comte de
Pinto fon frere pour, vifiter
le Palais d'Efpagne & le
faire reparer , que le Traité
de Commerce entre l'Ef
pagne & l'Angleterre avoit
efté figné le 9. de ce mois ;
qu'on n'attendoit que le re-
H
A a ij
284 MERCURE
tour des Couriers de Ma
drid & de Liſbonne pour
conclurre les Traitez entre
l'Espagne & le Portugal , &
entre l'Espagne & cet Etat.
On écrit de Bruxelles
les Etats de Brabant ,
de Flandres, & de Haynaut
eftoient fur le point de terminer
leurs differens avec
le Roy de Pruffe pour les
quatre - vingt mille écus
qu'il leur demande.
que
On a appris de Dunkerque
que le premier de ce
y avoit fait fauter mois on
les deux Rifbans, - Dar
BIBLIO
DE
LYON
$++++++++
TABLE
ETrennes.
Articles des Enigmes.
3
26
Paraphrafe d'un fragment de
Poefies Grecques , par
le Fleuve fatal.
Mort du Comte d'Aldhemar.
Erudition fur le Vin.
de là 1
38
49
So
L'Ifle des Pecheurs. Hiftoriette
traduite de l'Italien par
M. de Pre...
93
TABLE.
Chanfon en Etrennes de .. 112
A la belle inhumaine de .. 116
A la belle Foüeufe d'hombre
avec les deux as noirs . 117
A Monfeigneur Defmarets ,
Miniftre d'Etat , & Controlleur
General des Finances.
Ode
.
Nouvelles
Nouvelles d'Espagne.
121
133
150
Extrait de la Gazette de Cithere
, &c. 156
Le Gazetier à lajeune Mariée.
166
Envoy.
168
·Mariage .
169
Morts.
188
TABLE .
Elections.
190
Extrait du Difcours de Mon-
193
fieur de Reaumur
, fur la
prodigieufe
ductilité
de diverfes
matieres
.
Pour M. le Dauphin , auſujet
d'une Avanture entre
luy & le petit Marquis de
Brancas . 207
La belle Laide , ou la Duperie
de Bretagne
, Avanture
de
l'an paffé.
Dons du Roy.
225
249
271
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le