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"1
60 GRA
Les Farlaines "
S J
CHAN
14
OM
MERCURE
GALAN T.
JUIN 1713 .
UN!
NC
NI
N
A PARIS ,
M. DCCXIII.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALAN T.
Par le Sieur Du F ***
Mois
de fuin
1713.
Le prix eft 30.fols relié en veau ,
25. fols , broché.
A PARIS ,
&
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S.Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE , à l'entrée de la ruë
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques.
Avec Aprobation,& Privilege du Roi.
MERCURE
GALANT.
AVANTURE ,
C
ou Hiftoriette nouvelle.
-LES DEDITS.
Omme il ne faut
jurer de rien , auffi
ne doit- on jamais faire
de dédits
confiderables .
A ij Juin
1713.
4 MERCURE
La volonté des hommes
eft trop changeante, celle
des femmes l'eft encore
plus ; & de toutes les
femmes que j'ai jamais
connues , la plus fujette
à changer , c'eſt certaine
veuve , dont je vais vous
conter l'avanture .
Cette veuve étoit trésvive
dans fes defirs , &
dans les affaires qui dépendoient
de la tête elle
ne laiffoit aucun intervale
entre la volonté &
GALANT. 5
l'execution ; en moins
de rien en elle tout devenoit
paffion , juſqu'à
fes vertus en un mot
elle étoit exceffive en
tout , hors en conftance.
Un jour cette veuve
capricieuſe ſe prit d'amitié
dés la premiere
vûë pour une autre veuve
qu'elle rencontra
chez une perfonne de ſa
connoiffance. Cette feconde
veuve étoit d'une
humeur gaye , enjoüée ,
A iij
6 MERCURE
ne cherchoit qu'à ſe réjoüir
, & l'unique chagrin
qu'elle eût reffenti ,
c'étoit la mort de fon mari
, encore ne dura - t - il
gueres , & n'empêcha
pas qu'elle ne devinſt amoureuſe
d'un jeune
homme aimable. Elle en
fut paffionnément aimée
. Elle l'eût bien voulu
époufer mais elle avoit
fi peu de bien , qu'
elle n'eût pas pû le mettre
à ſon aiſe , lui qui
GALANT.
7
n'avoit rien du tout . Ils
fe plaignoient un jour
l'un à l'autre de l'injuftice
de la fortune , qui
ne leur donnoit pas feulement
de quoy contenter
leurs defirs fages &
reglez , pendant que l'autre
veuve étoit aſſez riche
pour fuivre à grands
frais fes idées les plus extravagantes
. La veuve
enjoüée , mais qui penfoit
ferieuſement au folide
, imagina un moyen
A iiij
8 MERCURE
de mettre à profit les caprices
de la riche veuve.
Puis qu'elle veut lier focieté
avec moy , dit- elle
à fon amant , il faut que
ce foit elle qui nous marie
à fes dépens. Hé comment
cela , répondit le
Cavalier ? felon le portrait
que vous m'en faites
, elle n'eft pas femme
à faire plaifir à perfonne,
que par rapport à fes
fantailies. Ceft pour cela ,
reprit la veuve , que je
1
GALANT. 9
ne ferai pas grand ſcrupule
de tirer parti de fes
caprices. Aprés avoir rêvé
un moment , la veu
ve enjoüée fit un projet,
& voici comment elle
commença
à l'executer.
Premierement
elle reçut
avec beaucoup de
froideur les avances d'amitié
que lui fit l'autre
veuve , que nous nommerons
Belife , pour cacher
fon veritable nom .
Belife donc fit à celle- ci
ΙΟ MERCURE
toutes les avances de l'amitié
la plus tendre .
L'autre veuve reçut fes
offres
d'amitié avec une
indifference , une froideur
qui eût rebuté Belife
, fi elle n'eût pas été
d'un caractere à s'animer
par les difficultez .
Elle fut d'autant plus
empreffée auprés de cette
nouvelle amie , qu’-
elle la trouva infenfible
à fes empreffemens . Enfin
pouffée à bout par
GALANT .
fon indolence affectée ,
elle la conjura de lui dire
pourquoy elle ne répondoit
point , du moins
par politeſſe , aux avances
d'amitié qu'elle lui
faifoit. C'est , lui répon
dit la veuve enjoüée ,
parce que je ne veux point
être de vos amies . L'aveu
eft brufque , lui dit
Belife. Et fincere , repartit
la veuve . Qu'avez
- vous donc trouvé
en moy , repliqua Belife,
12 MERCURE
qui puiffe m'attirer un
pareil mépris ? Loin de
vous méprifer , reprit la
veuve , c'est parce que je
vous estime trop que je
veux rompre avec vous ;
car quand je fais tant
que de m'attacher , c'eſt
pour long-temps. Fe (çai
que vous n'êtes pas capable
d'une amitié durable :
mais fupposé que vous.
vous fixaffiez pour moy ,
il me resteroit encore une
raiſon plus forte de ne me
GALANT . 13
point attacher à vous ;
c'est que vous pensez , diton,
a vous remarier , &
je ne veux point être l'amie
d'une femme mariée.
Ce difcours parut bigearre
à Belife , qui lui
dit qu'elle ne pensoit
point à fe remarier : mais.
que quand elle fe remarieroit
, elle ne compre .
noit pas que cela pût
faire obftacle à leur amitié
. C'en est un invincible
, reprit brusquement
14 MERCURE
la veuve folâtre ; eft - ce
qu'unefemme mariée peut
avoir des amies ? avec une
femme mariéeplus defocieté,
plus dejoye, fon humeur
s'aigrit,fon efprit s'émouf
fe, &fon coeur s'endurcit.
Belife protefta que ja
mais un mari ne la feroit
changer d'humeur , &
qu'elle en avoit déja fait
l'experience
.
Il m'importe , continua
l'autre , pour mon repos
feul à moy je ne veux
GALANT . 15
a
point m'atacher à unefem
me mariée ; il me faudroit
partager avec elle tous les
foins de fon ménage , j'en
aurois la tête pleine , je
ferois prefque auffi mariée
qu'elle ; elle fe prendroit à
moy des brufqueries defon
mari , & fon mari me
rendroit refponfable des
bigearreries de fa femme ;
il me faudroit être confolatrice
perpetuelle de leurs
chagrins , & juge affiduë
de leurs querelles domeftiques
; en voulant
16 MERCURE
les remettre bien l'un avec
l'autre , je me ferois
hair de tous les deux.
Cette veuve continua
ainfi en riant de faire à
l'autre un tableau fi affreux
du mariage , qu'-
elle commença à l'en dégoûter
, & lui donna en
deux ou trois jours tant
d'averfion pour les maris
, qu'elle fe voüa au
yeuvage avec tout le zele
& toute la ferveur
dont elle étoit fufceptia
ble
GALANT . 17
a
ble dans fes
nouveaux
entêtemens . La veuve
rufée feignit d'être de
moitié dans un voeu qui
devoit rendre leur amitié
durable , & propoſa
à l'autre de faire entr'elles
un dédit de trente
mille francs pour celle
qui voudroit rompre un
voeu fi prudent, Le dédit
fut refolu , & elles
choifirent pour dépofitaire
un ami
commun ,
ou plutôt un ami tout
Juin 1713 .
B
18 MERCURE
dévoué à la veuve , &
.qui ne connoiffoit
Belife
que parce que l'autre
lui en avoit ménagé la
connoiffance pour venir
à bout de fes deffeins .
Voila donc le dédit
fait & configné ; il s'agit
à prefent de le faire
payer à Belife , & pour
cela elle trouva moyen
de lui faire voir fon amant
, dont nous avons
déja parlé . C'étoit un
jeune homme aimable ,
&
t
GALANT . 19
infinuant , & capable de
faire tourner la tête à
toutes les veuves qu'il
entreprenoit. Il trouva
la riche Belife digne d'être
dupée mais il avoit
peine à fe refoudre à
tromper. Il refufa d'abord
la commiffion : mais
fon amante lui dit qu'en
un befoin elle lui permettroit
de vouloir ferieuſement
époufer Belife
; qu'il n'avoit qu'à
lui plaire dans cette in-
Bij
20 MERCURE
tention , pour ôter tout
fcrupule. Enfin , fans plus
examiner ce cas de conſcience
, il s'attacha à Belife
; il ne fut pas longtemps
fans la faire repentir
du vou qu'elle
avoit fait de ne fe point
remarier. Elle n'ofa confier
fon amour à fon amie
, jugeant bien qu'
elle feroit fans quartier
fur le dédit : mais enfin
cet amour devint fi violent
, qu'elle pria fon
GALANT . ZI
amie de vouloir bien
compoſer avec elle & la
quitter du dédit pour
moitié. L'amie rufée lui
jura que dans un autre
tems elle n'en auroit pas
rabattu une obole : mais
qu'un procés important ,
pour lequel elle avoit befoin
inceffamment de
vingt mille francs, l'obligeoitàluien
remetre dix.
On marchanda , &
l'on convint enfin que
Belife mettroit vingt
22 MERCURE
mille francs entre les
mains du dépofitaire ,
pour être remis aprés le
mariage dans celles de
l'amie ;
moyennant quoy
Belife prendroit des mefures
avec cet amant
pour le mariage. L'argent
pour le dédit fut
dépofé , fous condition
qu'on le délivreroit dans
huitaine à l'amie , aprés
lequel temps elle vouloit
les dix mille écus
entiers : ce fut la convention
.
GALANT . 23
ri-
Belife ne pouvoit avoir
aucun foupçon fur
le jeune amant : elle fçavoit
qu'il n'étoit pas
che , & ne croyoit pas
feulement qu'il connût
fon amic . Elle fe preffoit
donc de conclure dans la
huitaine preſcrite : mais
l'amant lui faifoit naître
d'un jour à l'autre des fu
jets de retardement fi
vraisemblables , qu'elle
ne pouvoit ſe défier de
lui. Enfin la huitaine é24
MERCURE
tant échuë , le Cavalier
fit paroître un obſtacle
infurmontable , qui differoit
le mariage de quelques
jours. Sur quoy l'amie
feignant d'eftre fort
preffée pour fon procés,
quitta le dédit pour les
vingt mille francs comptant
, & Belife les fit
livrer , dans la certitude
où elle étoit de fon mariage
, pour ne pas donner
les dix mille écus entiers
; & ce fut déja une
partic
GALANT.25
partie de la dot que cette
pauvre veuve deftinoit
à fon jeune amant,'
en cas qu'il ne fuft pas
obligé d'honneur à tenir
parole à Belife : mais on
efperoit qu'elle romproit
la premiere , & ce fut
pour la mettre dans fon
tort qu'on lui tendit un
fecond pancau
.
Dés que la veuve eut
touché l'argent du premier
dédit , elle ne fongea
plus qu'à en tirer
Juin 1713.
C
26 MERCURE
un fecond ; & travaillant
en apparence à preffer le
mariage de fon amie &
de fon amant , elle le retardoit
en effet. Ce procedé
n'étoit pas dans la
regle fevere des bonnes
}
mais l'amour moeurs
& la neceffité relâchent
fouvent la morale. Nos
deux amans juſtifioient
tout ceci par leur intention
; car fuppofé , difoit
l'amant , que Belife perfevere
dans fon amour ,
GALANT . 27
je ne puis en honneur
rompre avec elle , & il
faudra bien l'époufer
. Et
fi au contraire , difoit la
veuve , je fais que Belife
change la premiere ,
il est juste qu'elle paye le
dédit de fon inconstance.
Eft- ce trop exiger d'elle
, difoit l'amant , qu'un
-mois de conſtance ? 11
faut abfolument que je
faffe un voyage en Province
pour mes affaires :
fi vous venez à bout de
Cij
28 MERCURE
T
la faire changer avant
mon retour , merite -telle
que je lui facrifie l'amour
que j'ai pour vous ?
Non vraiment , répondit
la veuve ; voyons
donc fi fa conftance est à
L'épreuve du paneau que
je vais lui tendre.
Aprés qu'ils eurent digeré
leur projet , le Cavalier
alla trouver Belife
, & la fit convenir
de la neceffité de fon
voyage. Quelques jours
I
1
GALANT . 29
aprés l'amie , qui commença
d'être la confidente
de ce mariage
dit au Cavalier , en prefence
de Belife , que puis
qu'il ne pouvoit pas épouſer
avant fon départ ,
il faloit du moins qu'il
lui fignât une promeffe
de mariage , avec un dédit.
La propofition fut
goutée par Belife ; on fit
le dédit de dix mil écus ,
& le Cavalier partit réellement
pour un voyage
C iij
30 MERCURE
neceffaire ; car toute cet →
te intrigue fe traitoit
moitié franchiſe, & moitié
tromperie de la part
des amans . Le Cavalier
vouloit de bonne foy
s'engager par ce dédit à
époufer Belife , fi elle
perfiftoit dans le deffein
de recevoir fa main . C'étoit
donc ici une veritable
criſe pour nos amans
; car la jeune veuve
fe voyoit dans la neceffité
de rendre Be
*
GALANT JE
life inconftante dans un
mois , ou de lui voir
épouſer fon amant.
La jeune veuve avoit
été recherchée par ún
jeune Confeiller trés- aimable
, mais qu'elle n'avoit
jamais pû aimer.
Ce Confeiller étoit affez
mal dans fes affaires ,
pour fouhaiter de les rétablir
par un riche mariage.
Elle lui fit confidence
de tout ce qui s'étoit
paffe , & lui dit que
C iiij
32 MERCURE
s'il vouloit fonger ferieuſement
à fe faire aimer
de Belife , elle pourroit
bien la lui faire époufer.
Le Confeiller ,
dont l'amour étoit fort
ralenti , confentit à tout
ce que lui prefcrivit celle
qu'il avoit fort aimée ,
& voici le jeu qu'ils
joüerent.
Un jour la jeune veuve
parut accablée de chagrin
; & Belife lui en de ,
mandant le fujet , elle lui
GALANT. 33
dit , que quelque force
d'efprit & quelque gayeté
qu'elle cuft toujours
affecté d'avoir , elle ne
pouvoit furmonter une
forte paffion qu'elle aun
voit
encore pour
homme
dont l'indifference
la defoloit
; que
cet homme
n'avoit jamais
rien aimé vivement
, & n'étoit capable
que d'une amitié contante
qu'il avoit encore
pour elle, mais qui ne fuf
34 MERCURE
fifoit pas pour un coeur
fenfible à l'amour. Ce qui
m'afflige depuis quelques
jours continua - t - elle , c'eft:
qu'il penfe à s'établir , g
qu'il épouse une femme bigearre,
avec qui jene paurai
jamais avoir aucune
haifon ; il faudra que je
rompe avec cet ami folide.
Enfuite cette adroite
veuve fit un ſi beau portrait
du Confeiller à Belife
, qu'elle lui donna en
vie de le voir. Elle ne
GALANT . 35
l'eut pas vû deux fois ,
qu'il lui parut plus aimable
que l'abfent . Il s'attacha
à elle de meilleure a
grace que l'autre , qui
tout occupé de fon amour
pour fa veuve, n'avoit
pour Belife qu'une
politeffe forcée. En un
mot le Confeiller fut ai--
mé, & par conſequent le
Cavalier abfent fut haï ;
car la vivacité de Belife
la faifoit toûjours paffer
d'une extremité à
36 MERCURE
l'autre . La voila donc
entêtée du Confeiller ,
& fort embaraffée de
l'abſent, qui arriva juſte
ment pour le faire haïr
encore plus , en preſſant
ce mariage. Alors Belife
ne penfa plus qu'aux
moyens de s'exempter
du dédit : elle confulta
fon amie , qui feignit
d'abord de croire la chofe
impoffible. Ce jeune
homme- là , lui dit- elle, ne
s'eft attaché à vous que
GALANT . 37
&
par interêt vous jugez
bien qu'il profitera de vótre
inconftance pour gagner
dix mille écus , en se
débarafant d'un mariage
qui lui eût été à charge .
Ilm'en a fait une fois confidence
, je n'ofe pas
vous dire mes fentimens
fur la folie que vous faites
; car vous êtes trop
occupée de vos entêtemens,
vous rompriez avec moy.
Mais , continua - t - elle ,
ily a bien plus ; c'est que
38 MERCURE
depuis fon retour il m'a
paru prendre beaucoup de
plaifir à me confier fes
chagrins , & je me trompe
fort s'il n'a un peu de
goût pour moy. Oh pluſt
au Ciel , reprit vivement
Belife , pluſt au
Ciel qu'il fuft amoureux
de vous 3. ce feroit
un moyen de l'obliger à
fe dédire le premier , &
nous romprions
but à
but.
Mais , repliqua la
GALANT.
39
veuve , faites- vous, attention
qu'il n'eft pas affez
riche pour avoir veritablement
envie de vous
quitter pour moy ? que
gagneroit - il en perdant
vos dix mil écus ? Cette
converſation ne fut pas
pouffée plus loin , & la
jeune veuve fe contenta
de difpofer infenfible-
Sment: Belife à payer le
dédit avec moins de peine.
Le Confeiller redoubla
fes
empreffemens
40 MERCURE
pour elle ; & l'autre en
la preffant d'executer fa
promeffe , lui dit qu'il
croyoit être engagé
d'honneur à lui declarer
qu'il étoit amoureux de
la jeune veuve ; qu'il ne
vouloit pas la tromper
là- deffus: mais qu'en même
temps il lui declaroit
qu'il étoit tout prêt à ſigner
un contrat malgré
- cét amour. Les chofes
refterent quelque temps
dans cet état : mais enfin
Belife
GALANT 41
Belife
impatiente ſe refolut
à donner un air de
generofité à la démarche
qu'il lui faloit faire : elle
alla trouver fon amie ,
& lui dit que fi de bonne
foy elle étoit refolue
d'époufer celui qui étoit
fi paffionné pour elle ,
elle donneroit volontiers
les dix mil écus , non pas
comme un dédit , mais
comme un prefent de
noce à celle qui lui avoit
procuré la connoiffance
"Juin 1713.
D
42 MERCURE
de fon cher Confeiller.
Cette propofition ôta
tout fcrupule à nos amans
, parce qu'en effet
ces deux mariages
étant
faits , Belife fut fi contente
des procedez de
fon époux , qu'elle no
regretta
jamais les cinquante
mil francs qu'il
lui coûta pour avoir le
plaifir de fe dédire deux
fois.
GALANT.
43
Réjouiffances faites au fujer
de la paix,
Parmi les empreſſemens
des peuples à faire éclater
leur joye aux publications
qui fe font faites de la paix
dans toutes les principales
villes du Royaume , par les
actions de graces qu'ils en
ont rendues à Dieu , & par
les réjouiffances publiques
qui ont été faites , les habitans
de la ville de Chartres
fe font fort ſignalez , fur .
tout les Juges - Confuls &
Dij
44 MERCURE
Corps des Marchands
.
Le 11. de May ils affemblerent
tous les Membres
qui compofent
les Corps
de la Jurifdiction
Confulaire
, des Marchands
, &
Communautéz
de la ville!
Aprés une diſtribution d'aumônes
, qui fut faite à plus
de trois mille pauvres en
l'Eglife où fut chanté le Te
Deum par le Doyen de la
Cathedrale , enfuite duquel
ils allerent
à la place publique
, où étoit dreffe un
feu d'artifice , lequel für
allumé par le grand Juge
GALANT. 45 43
en Charge des Confuls ,
avec des frequentes acclamations
de joye , & de
voeux pour la fanté du Roy
& de toute la Famille
Royale.
DON DU ROY.
Le Roy a donné la Charge
de Grand Aumônier de
France au Cardinal de Rohan.
Le grand Aumônier de
France eft le premier des
Officiers Ecclefiaftiques
de
la Maiſon du Roy ; il eſt
46 MERCURE
confideré comme l'Evêque
de la Cour. Il eft Commandeur
de l'Ordre du
Saint Efprit dés qu'il eft
nommé à la Charge de
Grand Aumônier , & ne
ceffe point de l'être tant
qu'il en eft revêtu . C'eſt un
honneur attaché à fa dignité
par l'inftitution
de
l'Ordre en 1578. article 10. Il
fait à preſent ſerment de fi ,
delité entre les mains du
Roy , reçoit celui des Offçiers
de la Chapelle , & donne
des certificats de ceux
que font les Prelats entre
GALANT.
47
les mains de Sa Majesté étant
à l'Eglife . Il difpofe des
fonds deſtinez pour les of
frandes & aumônes , a l'in
tendance & adminiftration
des Hôpitaux des quinze
vingt aveugles de Paris , &
des huit vingt de Chartres ,
dont il donne les places, &
joüit de plufieurs autres prérogatives.
Il donnoit an
ciennement les proviſions
de la plus grande partie des
Maladeries de France , avant
leur reünion aux Hôpitaux
des lieux. Geofroy de
Pompadour eft le premier
48 MERCURE
qui a été qualifié grand Aumonier
du Roy en 1486.fous
le regne de Charles VIII .
Ses fucceffeurs en cette
Charge ont continué à
prendre la même qualité
jufqu'à Antoine Sanguin , dit
le Cardinal de Meudon, qui
en fut pourvû par le Roy
François I. en 1543. fous le titre
de grand Aumônier de
France ; ce qui a été fuivi
par tous ceux qui en ont
été revêtus aprés lui.
On a fi fouvent parlé de la Maiſon
de Soubize, qu'on renvoye le lecteur a
ce qu'on en a dit dans les Mercures
precedens.
GALANT. 49
asswas awa
On a donné dans le dernier
Mercure les Extraits des
Traitez de Paix avec l'Angleterre
& la Hollande :
Voici un Extrait de celuiqu'on
a publié entre la
France & la Pruffe , conclu
à Utrecht le 11. Avril
1713 .
Au nom de la tres- Sainte
Trinité.
Oit notoire à tous , &c.
Sque pendant le cours
Juin 1713. E
Jo MERCURE
d'une guerre longue & fanglante
, dont l'Europe a été
afl gée pendant plufieurs an
nées ; il a plû à la Divine
Providence de préparer à la
Chrétienté la fin de les maux
en confervant un ardent dé
fir de la Paix dans les coeurs
de Trés- Haut Trés - Excellent
& Trés - Puiffant Prince
LOUIS XIV. par la Grace
de Dieu , Roy de France &
de Navarre , & c. & de
Trés- Haut Trés Excellent
& Trés- Puiffant Prince
FREDERIC GUILLAUME ,
Par la Grace de Dieu , Roy
**
T
GALANT s
de Pruffe , Margrave de Bran
debourg, Archi Chambelan,
& Prince Electeur du Saint
Empire , Prince Souverain
d'Orange , &c .
ARTICE I.
Ceffation de tous Actes
d'hoftilité , & promeffes de
fe garantir reciproquement
de tout dommage , & de fe
procurer toutes fortes d'avantages.
II.
t.
Promeffe
par
le Roy de
E ij
52 MERCURE
Pruffe de retirer de bonne
foy toutes fes Troupes
tant des Pays -bas que d'ailleurs
, & de ne les faire fervir
durant la prefente guerre
contre le Roy Trés -Chrétien
, fous quelque pretexte
que ce foit , au delà du contingent
qu'il eft obligé de
fournir en qualité de membre
de
l'Empire.
III. & IV. 7
Oubli & amnistic reciproque
pour les Vaffaux & Sujcts
.
GALANT. 53
V.
Prifonniers de guerre delivrez
fans
rançon de part
& d'autre.
VI.
Continuation & execution
du Traité de Veftphalic
tant pour le fpirituel que
pour le temporel , &c.
VII.
Gueldres, Espagnoles que
E iij
34 MERCURE
poffede le Roy de Pruffe &
tous droits , &c . cedée à perpetuité
par Sa Majeſté trés-
Chrétienne , en vertu du
pouvoir qu'elle en a du Roy
Catholique , cette ceffion
avec la clauſe expreſſe
que l'Etat de la Reliligion
Catholique ſubſiſtera
dans lefdits lieux cedez tel
qu'il étoit avant leur occupation
, & fous la domination
des Roys d'Espagne
fans qu'on y puifle rien
changer.
VIII.
Le Roy de France cede
GALANT. ss
à perpetuité au Roy de
Pruffe dans le haut quartier
de Gueldres , le Pays de Keffel
, & le bailliage de Krie-
Kenbech : avec appartenances
& dépendances , &c. à
condition que l'Etat de la religion
Catholique fubfiftera
dans lefdits pays & baillage ,
& c. comme dans l'Article
ci - deffus , Sa Majesté Trés-
Chrétienne promet de faire
fournir la ratification du Roy
Catholique de cet Article &
du feptième qui le precede ,
& de la délivrer dans deux
mois .
E iiij
56 MERCURE
IX.
Le Roy Trés Chrétien reconnoistra
le Roy de Pruffe
pour fouverain de la Principauté
de Neufchâtel & Valengen
, &c. & en laiffera
jour les habitans , dans tout
le Royaume de France & desmeſmes
immunitez , privileges
, &c. dont jouiffent ceux
des autres Pays de la Suiffe ,
&c.
X.
En équivalent defdites
GALANT. 57
ceffions cy deffus le Roy de
Pruffe renonce par le prefent
Article tant pour luy que
pour les fucceffeurs & à perpetuité
, en faveur du Roy
trés-Chrétien & de fes fucceffeurs
, à tout droit fur la
Principauté
d'Orange & fur
les Seigneuries
& lieux de la
fucceffion
de Châalons
&
de Chattelbelin
, fituées on
France dans la Comté de
Bourgogne
, avec les charges
auffi bien qu'avec les émolumens
prefens & futurs fans
rien referver , & c. Et pour
plus grande validité de ladite
SS MERCURE
renonciation , le Roy de
Pruffe fe charge de fatisfaire
les heritiers du feu Prince de
Naffeau Frife au fujet de leur
prétention fur ladite principauté
& lefdits biens énoncez
cy deffus moyenant un
équivalent ; & au furplus
il fera libre au Roy de Pruffe
de revêtir du nom de Principauté
d'Orange , la partie
de Gueldres qui luy eft cedée
par le Traité fait aujourd'huy
& d'en retenir le Titre
& les Armes .
GALANT . 59
XI.
Le Roy de France & le
Roy de Pruffe confentent
que la Reine de la Grande
Bretagne qui a tant contrila
conclufion de la bué
Paix , & tous autres Potentats
ou Princes qui voudront
entrer dans de pareils enga
gemens, puiffent donner au
Roy de France & au Roy de
Pruffe leurs promeſſes & obligations
de garantie de
l'execution & obfervation
de tout le contenu du pre-
1
fent Traité .
60 MERCURE
XII.
Tous les treize Cantons
Suiffes avec tous leurs Alliez
nommément la
Principauté
de
Neufchâtel &
Valengen,
la République & Cité de
Genêve , & c. les Villes de S.
Gal & de Mulhaufen & c. les
trois lignes Grifes , dépendances
, & c. feront compris
dans le prefent Traité.
XIII.
Cette Paix ainfi concluë,
GALANT. 61
les fouffignez Ambaſſadeurs
Extraordinaires
& Plenipotentiaires
, promettent de la
faire ratifier pour fa Majefté
trés-Chrétienne & par Sa
Majefté Pruffienne , & d'en
fournir & faire échanger ict
les Actes de ratification
dans l'efpace de quatre femaines
, ou pluftolt fi faire
fe
peur.
4
En foy dequoy & pour
plus grande force , lefdits
Ambaffadeurs
Extraordinaires
& Plenipotentiaires
ont foufcrit de leurs mains
propres , le prefent Traité ,
62 MERCURE
& fait appofer leurs cachets.
Fait à Utrecht le onzième
jour d'A ril , l'an de Grace
mil fept cent treize.
Signé,
L. S. HUXELLES .
L. S. MESNAGER.
L. S. O. M. DE DONHOFF.
L. S. J. A. MARSCHALCH .
DE
BIEBERSTEIN.
Article féparé.
Le Roy de France ayant
reconnu
le Roy de Pruffe &
lui voulant bien accorder,
tous les honneurs
attachez
GALANT. 63)
à la dignité Royale , &c.
promet tant pour luy que
pour les fucceffeurs & de la
part de Philippe V. Roy
d'Eſpagne & Succeffeurs
ayant pouvoir de Sa Ma !
jefté Catholique , & c. Ils
donneront déformais à perpetuité
au Roy de Pruffe &
fucceffeurs , & c. le titre.de
Majefté , & feront rendre
à leurs Miniftres du premier
& fecond ordre les mefmes
honneurs , anciens & nouveaux,
qu'on rend aux autres
Miniftres des teftes couronnécselgál
. ab eis.l bol toq
64 MERCURE
Autre Articleféparé.
Que le Roy de Pruffe évacuera
la Ville de Rhimberg
aprés la conclufion de
la Paix prochaine del'Empire
fans préjudice des prétentions
, moyennant
liquidation
& fatisfaction à Sai
Majefté Pruffienne .
› Nouvelle
d'Angleterre.
On mande de Londres
que les difficultez formées
par les Etats de Zelande au
GALANT. 65
fujet de l'Electeur de Baviere
ont été levées, que les Communes
avoient préſenté deux
adreffes à la Reine ; l'une
pour la prier de faire remettre
devant la Chambre une
eſtimation des fommes neceffaires
pour l'entretien des
Troupes durant les fix premiers
mois de cette année ,
& l'autre pour l'Artillerie
qu'on a accordé , que le 15.
May le Chevalier Robert
Davers preſenta un projet
d'Acte pour fufpendre pendant
l'espace de deux mois ,
l'impoſt de 20. liv ſterlin pat
Juin 1713 .
F
66 MERCURE
1
ap.
tonneau de vin de France ;
que les Seigneurs avoient
prouvé le projet d'Acte de la
taxe fur les Terres ; que le
même jour on avoit fait la
plublication de la Paix entre
la France & l'Angleterre , au
bruit des Trompettes , des
Timbales, des décharges réïterées
de l'Artillerie , & aux
acclamations d'un nombre
infini de peuple. Le foir il y
eut par toute la Ville des réjoü:
flances & des feux de
joye. Que les Communes
avoient prefenté une adreffe
à la Reine pour la prier de
GALANT. 67
faire communiquer à la
Chambre le Traité fait avec
les Etats Generaux , touchant
la barriere & la garantie de
la fucceffion à la Couronne
, avec la copie des inftructions
& des ordres donnez
à ceux qui l'ont conclu . Que
le 19. la Chambre avoit refolu
d'accorder à Sa Majesté
fix cent trente fix mille huit
Scent quatre - vingt huit livres
fterlin pour l'entretien des
Troupes de terre durant les
fix premiers mois de cette
année . Que le 20. le Vi.
comte de Bullingbrok Secre-
E ij
68 MERGURE
taire d'Etat , avoit delivré
aux Seigneurs un meſſage de
la Reine qui contenoit que
fuivant la prérogative indubitable
de la Couronne , de
la Paix & la guerre , elle avoit
ratifié les Traitez de Paix &
de Commerce faits par lon
ordre avec la France , &
qu'elle avoit ordonné de les
leur communiquer.
Le 18. de May le Duc
d'Aumont donna en réjouiffance
de la Publication de la
Paix une fête magnifique à
tous les Seigneurs & Dames
de la Maifon de la Reine .
GALANT.. 69
La Comteffe de Rochester ,
Dame d'honneur de Sa Maparente
,
jefté dont elle eſt
fut priée de faire les
honneurs . Il y eut trois
tables de vingt , de trente &
quarante couverts avec
Concert & Bal ; la nuit il y
entra un tres- grand nombre
de Mafques , à qui on diſtribua
des rafraîchiffemens en
abondance ; on donna au
peuple & aux foldats du vin
& de la biere ; tout a cfté fi
bien reglé , qu'il n'y a eu aucun
defordre. On a fait dans
les Villes & les Bourgs des
70 MERCURE
Provinces de grandes réjoüiffances
, le peuple temoigne
·par tout une joye extraordi
naire.
Nouvelles d'Utrecht.
Les Lettres d'Utrecht
portent que le Duc d'Offone
avoit cu plufieurs conferences
avec les Miniftres des
Alliez , & qu'il attendoit de
jour en jour d'Angleterre
le Marquis de Monteleon
pour terminer fa negotiations
que le Baron de
Kirchner troifiéme PleniGALANT.
11
potentiare de l'Archiduc en
partit le 17. May , avec le
Secretaire de l'Ambaffade
pour aller à Duffeldorp , &
delà à Vienne , & que les bagages
du Comte de Sinzendorf
avoit dejà pris la même
route ; qu'il y avoit peu d'apparence
que la Cour de
Vienne voulut accepter les
conditions qui luy ont été
les Miniftres
1
offertes.
Obi
des Princes dont les Troupes
ont été congediées par les
Etats Generaux , avoient
prefenté des memoires pour
les faire payer des arrerages
C ..
72 MERCURE
quileur font dûs; que la pluf
part marchoient vers le Rhin
joindre l'armée de l'Empire ,
que les Etats du Pays de
Liege avoient fait fignifier à
l'Affemblée d'Utrecht , une
proteftation contre le 26°
Article du Traité de Paix
fait avec cet Etat ; par lequel
on confent qu'ils mettent
garnifon dans la Ville & le
Chasteau de Huy , & dans
la Citadelle de Liege . On
mande de Namur du 6. Juin
que les Troupes Hollan
doifes étoient entrées dans
la Ville , & dans le Chateau
le
GALANT. 73
le 29. May , & qu'en même
tems celles de France étoient
entrées dans Bethune & dans
Saint Venant , & qu'on del
voit
continuer jufqu'à l'en
tiere
évacuation des places
cedées de part & d'autre.
2 .
Nouvelles
d'Espagne.
Les Lettres de Madrid
portent qu'un Commiffaire
Portugais y étoit arrivé avec
trente mille écus en lettres
de change pour payer les
provifions qui ont efté four.
nies aux
Tronpes Portugai
P
Juin
1713 .
G
74 MERGURE
fis fur leur route en jefoutnant
par terre de Catalogne
en Portugal, Que Sa Ma
jefté avoit accordé divers Pri
vileges à des particuliers qui
ont établi à Valdemors , qui
n'eft éloigné que de quatre
lieues de Madrid , des Manufactures
de Draps fins .
On mande de Lerida, que les
Troupes des Royaumes
d'Arragon
& de Valence
s'avançerent
vers cette Ville ;
que le Duc de Popoli qui cft
nommé pour les commander
, devoit partir dans peu
avec Don Jofeph Patinno
GALANTE 75
quiétoit ci-devant Intendant
de l'armée
d'Eftremadure
On écrit de
Balaguer, que le
Marquis de Cera - Grimaldi
avoit fait entrer dans le Châ
teau d'Ager un grand con
voy, efcorté par le Colonel
Don -Dionifio Martinez de
la Urga, avec ſept Compa
gnies de Grenadiers & foixante
chevaux :
qu'enfuite le
même Colonel avoit chaffe
les Miquelets du Pont de
Montfort fur la
Noguera
Kilo Gorçana : qu'il l'avoir
fait brûler , & rafer le Fort
qui le couvroit. Les der-
Gij
76 MERCURE
nieres Lettres de Madrid
portent que le Duc de Popolien
étoit parti le 18. May
pour aller en Catalogne , où
il doit à fon arrivée trouver
toutes les Troupes affemblées
au rendez vous marqué
; celles de Barcelone
portent que le General Staremberg
étoit fort occupé à
contenir & appaifer les peuples
irritez des defordres que
commettent les Troupes Allemandes
, d'autant plus
qu'elles ne font pas payées ,
& qu'elles manquent même
de pain ; qu'il attendoit le
.
2 GALANT. 77
Vice- Amiral Jennings avec
1'Efcadre Angloife qu'il commande
, & les Baftimens de
transport , pour faire embarquer
& tranfporter en
Italie toutes les Troupes Allemandes
qui font en Catalogne
: qu'il tenoit toûjours
en arreft le Commandant
des Troupes qui campoient
aux environs de Tarragone ,
& le General Raphaël Nebot
avec quelques autres Officiers
pour leurs concuffions .
Nouvelles
d'Allemagne.
L'Archiduc continue de
G iij
78 MERCURE
faire fon féjour à Laxembourg
où l'on tient ſouvent
des Confeils , aufquels le
Prince Eugene & les autres
Miniftres afſiſtent , pour deliberer
fur les affaires prefentes.
On affure qu'il a efté
réfolu de
continuer la guerre
contre la France ; jufqu'à co
qu'elle eut accordé à cette
Cour des conditions plus avantageufes
: qu'outre les
trois Regimens qui ont ordre
de venir de Hongrie , on
fera encore venir deux autres
bataillons de Baviere : qu'on
en attend deux autres d'Italie.
GALANT. 79
Les Lettres de Vienne
du 20. May portent que le
Prince Eugene ayant pris
congé de l'Archiduc & de
l'Imperatrice Eleonor partit
le 18. pour aller commander
en chef les Armées de l'Empire
& de l'Archiduc.
Entrée de Milord : Duc de
Shrewsbury Ambaſſadeur
Extraordinaire de la Reine
de la Grande Bretagne.
Mylord Duc Shrewsbury,
Ambaffadeur Extraordi-
G iiij
80 MERCURE
naire , & Grand Chambellan
de la Maifon de la Reine de
la Grande Bretagne , fit fon
Entrée publique en cette
Ville le 11 May.
Le Maréchal d'Eftrées &
le Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaffadeurs,
furent le prendre dans
les Caroffes du Roy , à la
Raquette.
Ordre de la Marche...
Le Caroffe de l'Introducteur.
Le Garoffe du Maréchal
GALANT. 8r
d'Eftrées , precedé de fes
Ecuyers & de quatre Pages
à cheval.
Deux Couriers de la Reine
de la Grande Bretagne à
cheval.
Vingt- quatre Valets do
pieds de l'Ambaffadeur.
Son Efcuyer , & fix Pages
à cheval.
Le Caroffe du Roy, dans le
quel étoient l'Ambaſſadeur ,
le Maréchal d'Eftrées & le
Chevalier de Sainctor.
Celuy de Monfeigneur le
Duc de Berry.
Celuy de Madame la
82 MERCURE
暴
Duchefle de Berry.
Celuy de Madame.
Ceux de Monfieur le
Duc d'Orleans & de Madame
la Ducheffe d'Orleans.
Celuy de la Princeffe de
Condé.
Le Caroffe de la Ducheffe
de Bourbon.
Celuy de la Princeffe de
Conti Douairiere,
f
T
Ceux de la Princeffe de
Conti & du Prince de Conti.
Ceux du Duc du Mayne
& de la Ducheffe du Mayne
Celuy de la Ducheffe de
Vendôme.
GALANT. 83
Celuy du Comte de Touloufe.
Enfuite fuivoient les Catoffes
de l'Ambaſſadeur qui
étoient des plus magnifiques ,
fuivis de ceux de plufieuts
Seigneurs Anglois , & de
celuy du fieur Prior , Plenipotentiaire
de la Reine de la
Grande Bretagne.
Sitoft qu'il fut arrivé à
l'Hoftel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires , il fut complimenté
de la part du Roy
par le Duc de la Tremoille,
premier Gentil -homme de la
Chambre de Sa Majeſté.
84 MERCURE
De la part de Monseigneur
le Duc de Berry par le Marquis
de Bethune premier
Gentil- homme de fa Chambre...
De la part de Madame
la Ducheffe
de Berry par le
Comte de Saumery fon premier
Maiftre d'Hoftel .
De la part de Madame ,
par le Marquis de Mortagne
fon premier Ecuyer.
8
De la part de Monfieur le
Duc d'Orleans par le Marquis
de Simianne fon premier
Gentil - homme de la
Chambre.
GALANT. 85
De la part de Madame la
Ducheffe d'Orleans
, par le
Marquis de Saint Pierre fon
premier Elcuyer.
Le 13. le Prince Charles
de Lorraine , & le Chevalier
de Sainctot , allerent pren.
dre Mylord Duc de Shrew
bury à l'Hostel des Ambal
fadeurs Extraordinaires
dans
le Caroffe du Roy , & le conduifirent
à Verſailles
à fa premiere
Audiance publique.
Il trouva à fon arrivéelles
compagnies des Gardes Françoifes
& Suiffes fous les armes
, & les Gardes de la
86 MERCURE
porte & ceux de la Prevoſté.
Il fut reçû par le Marquis
de Dreux Grand Mailtre
des Cérémonies
& par le
fieur des Granges Maistre des
Cérémonies
,
1 Les Cent - Suiffes étoient
en habit de cérémonic , la
Hallebarde à la main , & par
le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes du Corps qui
étoient en haye & fous les
armes , à la porte & en dedans
de la Salle des Gardes. I
Aprés quoy il fut conduit
aux Audiances de Monfcigneur
le Dauphin, de MonGALANT
. 87
feigneur le Duc de Berry , de
Madame la Ducheffe de Berty
, de Madame , & de Monfieur
& Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
Il fut traité
magnifiquement
avec tous les Seigneurs
& Gentils- hommes de fa
fuite, par les Officiers du
Roy, & reconduit à l'Hoſtel
des Ambaffadeurs
Extraor
dinaires par le Chevalier de
Sainctot , dans le Caroffe de
Sa Majefté.
105
88 MERCURE
5252255525222552
Parodie de l'Enigme ,
dont le mot eſt
le Fleuve.
7
Un Fleuve dansfon lit
couchefans couverture ;
Ne dort que rarement :
Sans eftre vif il eſt toujours
en mouvement :
Et n'aimant point le vin
en boit par avanture.
Malgré le Champenois
dont la lourde voiture
GALANT &
Met , pour parler figurement
,
Le dos du Fleuve à la
torture.
Le Fleuve , boit le vin
répandu par malheur,
Tel qui dans un Bateau
s'expofe à la fureur :
A deux doits de la mort
fubite
Sur
toute autre -chofe
medite ,
En luy confiant fes
Trefors.
LeFleuve changeantd'eau,
Juin 1713.
H
90 MERCURE
change vrayment de
Corps;
Il eft pourtant toûjours
le niême.
A quelque baigneuse qui
l'aime
Il prête innocement ſes
bras .
Bras de Fleuve fe dit, ne
le critiquez, pas.
Baigneufe , entrant dans
l'eau, le tein pâle &
l'oeil bas ,
Voit le brillant du Fleuve
avec indifference :
GALANT. 91
Et fans chagrin aufli foûfre
fon inconftance
.
Elle s'oppoſe à ſon penchant
:
Il la fuit , il la cherche
& même en la cherchant
Ufurpe fes faveurs mais
avec non-chalance :
Car honny foit qui inal
y penſe.
Hij
92 MERCURE
****************
ENIGM E.
Quand de
fubftance
humaine on m'a formé
le
corps,
On dit que les forciers
avec moy font bien
i forts.
Le Lougaron fait m'a
prefence :
Le Filourdy fait mon effence:
Car fans luy mon corps
abatu
GALANT . 93
N'auroit pas la haute
vertu,
Qui fait qu'avec reſpect
par fois on me contemple.
fefuis femelle au Bal , &
jefuis male auTemple.
L'économe m'enferme un
temps dansla maison,
Et me donne la vie en
m'otant de prifon.
Tant que je fuis on me
mutile ,
Excepté quand je fers la
Bas
Kille
94 MERGURE
La tefte chaude & lepied
froid,
Je fuis chauffé fort à l'étroit
Et lors qu'on me promene
avec mes cama-
·rades ,
Le timide Bourgeois a de
triftes aubades
Mais il rit bien auffi ,
dans l'endroit où nous
pent.
Celuy qui nous monte ,&
defcend
Là nous mouronsfouvent
GALANT. 95
de ce dernier fuplice ,
Pour avoir au public rendu
trop defervice.
Parodie de l'Enigme ,
dont le Rafoir eft le
mot , par Madame
de
Laun
, & c.
Le Rafé ne dit mot
&fait lefacquemard.
Pour peu que le Rafoir
fur la chair faße é
cart,
Le patient eft aufuplice ,
96 MERCURE
le baffin luy fert de car
can ,
Le Barbier met for cuir
au tan
Par moy le vieux avare
enfin fe martirife ;
·Luy- même de luy- même
il devient l'écorcheur ,
Etfur fa peau me donne
prife.
Pour frustrer de fes droits
Jon adroitgouverneur
,
Rajeuniẞant les vieux ,
Rafoir leurfait honneur:
Le vieillard frais rafé
croit
GALANT. 97
croit eftre enfon jeune
âge
Rafoir d'un aẞaffin ,
Fadis fervit la rage
Et quelque Chirurgien ,
Jen fervit par pitié
Rafoir coupant les corps
prend l'homme par le
pied
Leur fait faire laide grimace
Tant
mieux pour qui
Rafoir coule
légerement
Dans
la
route
qu'un
Rafoir trace
Juin
1713.
I
98 MERCURE
Nul ne l'arrefte impunément.
SA SASA SA SE SE SE NASE
ENIGM
E.
Je réuffisfouvent fans
éducation
A
m'élever
pourtant
maint homme oifif
s'empreſſe
Pour contenter fa paffion
On m'enchaîne dans ma
jeuneffe.
Quand d'un Compagnon,
jeune & mort
GALANT . 99
On vient à doubler ma
figure.
Malgréluyje prend mon
effort
Un vilain fans pitié me
met à la torture
Je vis & nerefpire pas
Mais je brille aprés mon
trépas
Aprés avoir brille ma
Carriere eft finie
Serviteur à la
Compagnie
Quoyque j'aye bon pied
bon oeil
I ij
100 MERCURE
Mourant d'un iraître
coup, on met au
Cerceüil.
LA BRAVOURE
prudente.
Trait d'Hftoire Arabe.
A
Bucre
Bd
Bdolema étant à la
guerre dans le Pays
Coraffan , fous le General
Rouché , Heros de
la race de Molhab. Un
brave de l'armée enneGALANT
101
mie fortit des rangs pour
défier en combat
fingulier
le plus vaillant
de
l'armée de
Rouché ; &
les deux armées
convinrent
de ceder à celuy qui
vaincroit
pour fon parti ,
un certain
poſte qui eut
faité gorger
beaucoup
de
foldats .
Ce brave dit à celuy
qui vint combatre contre
luy , dis moy eft tu le plus
vaillant homme de ton
Pays , carfi tu ne l'eftpas
I iij
102 MERCURE
je ne daigneray me battre
contre toy. Je ne ſçais fi
je le fuis , répondit l'autre,
c'eſt à toy d'en faire l'épreuve
pour me l'aprendre
, le combat fut rude
& le Coraffien
ne tua
fon homme qu'au dépens
de plufieurs bleſſures qu'il
en receut..
le
Enfuite il fit feulement
bander fes playes , & dit
qu'il s'étoit aperçû que
pied avoit manqué par
malheur à celui qu'il aGALANT.
103
voit tué , & que ne
croyant pas fa victoire
legitime il vouloit combatre
un fecond adverfaire
: tu as tort , la partie
ne fera plus égale , luy
dit quelqu'un de fon parti
, car te voila plus foible
& plus fatigué que tu
n'étois ; mais auffi reprit
le brave, n'auray- je à faire
qu'à un homme moins
redoutable , car le premier
en vaillance étoit
celui qui s'eft prefenté
I iiij
104 MERCURE
d'abord , & pour le ſe
cond , je n'ay pas beſoin
de tant de force, ce fecond
vint , & il l'abatit à fes
pieds ; mais le voyant
mort , il trouva encore
quelque raifon de fcrupule
fur la victoire , & foûttenant
qu'il ne l'avoit pas
vaincu de bon jeu ; il en
voulut voir un troifiéme.
Son General ayant apris
fes deux combats , lui
envoya dire qu'il luy defendoit
d'en tenter un
GALANT. 105
troifiéme , comment donc
répondit - il fierement ',
mon General ne m'eftime
gueres , ou bien il eſt
trembleur defon
temperament,
& ainfi il ne me
rite pas de m'avoir à ſon
Service ; aprés avoir dit
fierement ces paroles , il
demanda obſtinement un
Champion , alors Rouché
commenda à Aboudoulema
de fe preſenter pour
combatre le fier à bras ,
qui les infultoit , Abou106
MERCURE
doulema s'excufant
prudament
, Rouché en le
preffant
, lui dit fur le
champ ces vers , VOS
Ayeuls ne vous out- ils
beridonc
pas laiffe pour
tage, l'amour & le defir
de mourirpour moy , nonpas
répondit Aboudou-
Tema , carj'ay renoncé à
leur fucceffion ; cependane
reprit Rouché , je tay vû
brave en mille occafions ,
ouï répondit Aboudoulema
; mais ma vie eft
GALANT. 107
Y
pleine d'actions temeraires
, je fuis âgé & je veux
laiffer dans mes ans un
*
peu de place pour les
actions de prudence ;
mais reprit brufquement
Rouché , ceffe donc de
prétendre à la gloire &
à la paye de ton Prince ,
pour la gloire elle a déja
volé d'Orient juſqu'en
Occident , elle est deja
trop loin pour revenirfur
fespas, àl'égard de la paye
je la reçois pour combatre
108 MERCURE
mais non - pas p ur eftre
tué , ce vilain Caraffiien
ne me traitera pas mieux
qu'il a fait les autres ;
mais dit Rouché, je n'ay
rien de meilleur que vous
là luy opoſer , le voilà qui
s'impatiente , & je vais
vous ; livrer à lui malgré
vous , puifqu'ainfi eft , répondit
Aboudouſema
ilfaut partir , mais le
voyage de l'autremondeeft
grand,il mefaut pour l'entreprendre,
une bonne &
GALANT. 109
friande provifion de vins
& de vivres ; auffi - toft
Rouché chargea un Eclave
de
gafteaux , de
viandes , de fruits & de
vins exquis , enfuite Aboudoulema
fuivi des
proviſions , tira ſon épée
, marcha vers fon
ennemi , & quant il en
fut affez prés pour lui
parler , il lui dit brave
"Coraffienfçavezvous par
avanturequi eft Aboudoulema
, ouï dit le Coraffien
110 MERCURE
& fi vous l'eftes vous
eftes digne de me combatre,
je le fuis repliqua
Aboudoulema,&fi vous
me croyez digne de vous,
vous devez croire que je
ne veux point me battre
avec avantage ; vous
avez perdu vosforces en
tuant deux hommes , il
faut les réparer en bu
vant & mangeant avec
may , je crois que cela eſt
prudent , repris le Coraffien
feroce , buvons
GALANT . 111
donc enſemble enſemble avang
que
de nous égorger enfemble
,
égorger foit reprit
Abdoulema ;
mais je
veux que ma victime foit A
refaite & en bon point ,
pour mériter d'eftre immolée
par moy ; ainfi pour
repaitre en repos , je vais
feindre de fuir devant
vous , & vous me fuivre
afin de nous dérober
à la vue des deux armées
&la coupe à la main je
vous chanteray une petite
112 MERCURE
chanfon Arabe de mafaçon
: tout cela fut executé
fur le champ , & comme
Aboudoulema étoit
éloquent fur tout à table ,
il profita de quelques
plaintes que lui fit le Coraffien
fur ce que fon
General luy avoit defendu
ce troifiéme combat ;
il acheva de luy perſuader
que ce General ne meritoit
pas qu'il portât les
armes pour lui , & qu'au
contraire Rouché eftiGALANT.
113
moit tant les braves gens
& étoit fi brave lui-mefme
, qu'il meritoit un
ami comme le Coraſſien ,
enfin Aboudoulema , à
force d'eloquence & de
bon vin , piqua au jeu le
Coraffien , le mena à
Rouché au galop , Rouché
fut furpris de les voir
revenir enſemble , Aboudoulema
lui dit, Seigneur ,
voici un camarade que
j'ay gagné pour vous ,
Vous vouliez que nous
·Juin 1713:
K
14 MERCURE
nous égorgeaffions , nous
avons employé ce temps
à boire à voftre fanté,
n'avons nous pas mieux
fait ; Rouché , fans rien
répondre tira fon épée
nuë, elle étoit garnis de
pierres précieufes d'un
grand prix , il la donna
au Coraffien lui difant
fi pour avoir bien combatu
moy contre je te fait
ce prefent , juge de ceux
que je te feray quand tu
auras combatu pour moy
GALANT. 115
le Coraffien lui dit ,
Seigneur c'eft affez de
mon épée pour te ſervir ,
garde la tienne , celle
de mon General eft beaucoup
plus riche , c'eſt
celle- là que je veux gagner
, car il m'a mépriſé ;
tu as raifon , dit Rouché,
mais c'eft à faire à moy
à la luy oſter pour te la
donner ; cela dit , Rouché:
fe mit à la tefte de fon arméé
ayant à ſes coftez le
Coraffien & Aboudou-
Kij
16 MERCURE
ma , ils marcherent aux
ennemis & firent tous
trois des actions fi extraordinaires
, qu'ils gaguerent
une victoire
complette : Rouché joignit
le General , le combatit,
le bleffa, le defarma ,
& fit prefen tauCoraffien .
de l'épée qu'il defiroit.
donnala fienne à Aboudoulema
, il leur donna
deux des premieres.
places de fon armée qu'aucun
ne leur envia , ayant
GALANT. r17
été témoins de leurs hauts
faits d'armes.
MOR T S
Meffire Antoinele Févre ,
Chevalier , Seigneur de la
Malmaiſon & de Billy , Confeiller
& Doyen de la Cour
des Aydes , âgé de 80- ans
moins deux mois , mourut
le 29 May, il avoit efté reçûr
Confeiller de la Cour des
Aydes le 29 May 1656. il
avoit épousé le 30. Juillet.
1665. Dame Anne Marguerite
Auzanet dont il a laiffe
quatre enfans , fçavoir , Fran.
18 MERCURE
çoile le Févre de la Malmai
fon , Confeiller au Parle
ment , & Commiffaire aux-
Requestes du Palais ; Antoine
le Févre de la Malmaiſon reçû
Chevalier de Malte le 17.
Janvier 1688 Anne le Févre
de la Malmaiſon , Religieufe
Profeffe en l'Abbaye de Lonchamps
, & Catherine le Févre
de la Malmaiſon , veuve
de N. de Bonneüd ,, Introducteur
des Ambaffadeurs ,
dont elle a deux enfans.
Melfire Antoine Portail ,
Chevalier , Confeiller hono--
raire de la grande Chambre ,
GALANT . 119
30.
mourut le 9 Juin 1713. il é
toit Pere du Prefident Portail.
Meffire Charles Marquis
de Gaucourt , Lieutenant de
Roy en Berry , mourut le
May , laiffant d Albertine
Brigide de laBaume fa feconde
femme un fils qui lui fuccede
en fa Charge de Lieutenant
de Roy.
DONS DUROY.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Germer , Ordre de
S. Benoit , Diocéle de Beauvais
à l'Abbé Begon , Doyen
de la Rochelle.
L'Abbaye de l'Etoile , Or
120 MERCURE
dre de Citeaux , Diocéfe de
Poitiers à Don Jean Benoist.
L'Abbaye de S Sauveur ,
Ordre de S. Benoift , Dioceſe
de Chaalons fur Marne à
'Abbé de Valcroiff nt .
Le Prieuré de Veffeaux à
l'Abbé de Conflant ; grand
Vicaire de Soiffons .
L'Abbaye de Grofbois ,
Ordre de Cîteaux , Diocéfe
d'Angouleme à l'Abbé Quenel
, Aumofnier de Monfcigneur
le Duc de Berty.
L'Abbaye de Nôtre - Dame
des Anges , Ord . de S. Benoift
Diocefe de Coutance, a da
Dame de Flers..
GALANT. 128
SUITE DU III. MEMOIRE
de la Melodie.
De la Quinte , Complement
& Répliques.
6. SI l'on fait fonner en
même temps deux cordes
égales en groffeur
& en
tenfion , dont l'une ne foit
que les de l'autre , un
peu
moins
on entendra
encoreuneconfonance trésharmonieuſe
, que l'on nom.
me quinte , du nombre des
fons qu'elle comprend
comme ( UT , re , mi , fa ,
Juin 1713.
L
122 MERCURE
fol .)Les deux fons quila forment
font à la verité moins
unis entr'eux , que ceux de
l'uniffon & de l'octave, comme
on l'a dit ci - devant:mais
leur harmonie eft plus releyée
& plus piquante. On
peut donc encore affurer ,
comme des precedentes ,
que cette harmonic lui
vient de fa ritmique(2,1 , 1,2 , )
ou de fes expofans
qu , felon le befoin , quel
que chofe d'auffi parfait &
d'aufli agreable à l'efprit ne
pouvant proceder que d'u
ne cauſe trés- fimple & trés- >
144
ou
108
7:
parfaite.
fly win
GALANT 123
Le complément de la
quinte eft la quarte , parce
que leurs intervales pris de
fuite renferment tous les
fonsque l'octave comprend.
La quarte tient fon nom des
4fons qu'elle contient,comme
(fol,la,fi,ut. ) On la trou
ve en faiſant fonner en mê
me temps deux cordes égales
en longueur & en tenfion,
dót l'une n'eft que les
de l'autre , un peu moins.
Elle n'a gueres moins d'harmonic
que la quinte , étant
oüie feule ; c'eft pourquoy
on a raifon de conclure
Lij
124 MERCURE
96
T
auffi que cette perfection
lui convient de fa ritmique
( 3 , 1 , 2 , 2 , 1 , 3 ) ou de fes
expofans , par les raifons
rapportées. On peut auffi
prendre pour fes expofans
, ou , felon le befoin
Au refte la quarte s'employe
avec beaucoup de
fuccés dans la melopée ,
foit en commençant , ſoit
dans le progrés du chant
ou dans fa fin , & même
plus frequemment que les
quintes , fixtes & octaves ,
parce qu'elle eft plus aiféc
à entonner , & qu'elle eſt
moins luave que l'octave &
1
GALANT. 125
la quinte , & davantage que
les fextes.C'eft pour celaque
les Grecs & les peuples Afiatiques
en ont fait le fondement
de leur mufique ,
n'aïant pas eu de conoiſlance
de la compofition . Elle
fertà tempererla tropgrande
douceur des uniffons , des
octaves & des quintes , en
empêchant qu'elles n'affadiffent.
la
26 , Les repliques de la quinte
font la 12 , là 19 ,
dont les noms fe trouvent
toûjours , en ajoûtant continuellement
7 au nombre
Liij
126 MERCURE
S dela quinte ; leurs expofans
font ( ,, ) qui fe
forment aifément aifément avec
ceux de la quinte , com
me il eſt évident . Pour entendre
ces repliques , il faut
faire fonner à la fois deux
cordes égales en tenfion &
en groffeur , dont l'une foit
le , ou , ou de l'autre.
On connoît alors que la
douzième ne cede en rien
à la quinte , & que peut être
elle la furpaffe en douceur
, les autres allant toû
jours en diminuant de beauté
, à meſure qu'elles s'éloiGALANT
. 127
gnent de celles- ci. Et l'on
doit bien remarquer
que la
douziéme eſt encore fi nanaturelle
, que non - feulement
elle fe forme comme
d'elle- même dans les inftrumens
à vent , en ſoufflant
de plus fort en plus fort ,
ainfi que l'octave : mais mê
me on l'entend prefque
toûjours dans le fon des
grands corps mêlée avec
Toctave , ce qui nous fait
connoître que les corpsſuffifamment
longs ne ſe divilent
pas feulement en
deux & en quatre parties ,
Liiij
128 MERCURE
par la vertu de leur reffort
& par le choq de l'air : mais
encore en trois parties égales
& plus , comme on va
le voir , A l'égard des ritmiques
de ces repliques , on
voit bien que ce ne font que
des unites , fçavoir
, IH ;
IIIIII , &c.
Enfin les repliques de la
quarte font l'ii , la 18 , la 25,
qui tirent toûjours leurs
noms du nombre des fons
qu'on y conçoit , lefquels fe
trouvent en ajoûtant continuellement
7 à 4. Leurs expofans
font ,
16 32
qu'il eft
GALANT. 129
aifé de former avec ceux de
la quarte ; & pour avoir
ces repliques , il faut faire
fonner en même temps
deux cordes égales en groffeur
& tenfion , dont l'une
foir , ou ou de l'autre ,
alors on entendra de nouvelles
confonances , qui
vont continuellement en
diminuant de beauté , à mefure
qu'on s'éloigne de la
quarte. Les momens ou
temps de leurs ritmiques
font , ( 3 , 3 , 2 , 1 , 3. 3 , 1 , 2,
3 , 3 ) ( 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 1 , 2 , 3 , 3.
3, 3 , 2 , 1, 3 , 3 , 3 , 3 , 3 ) &c. I
130 MERCURE
Au refte on peut regarder
la quarte comme une confonance
neutre , de même
que l'octave , & leurs repliques
, en ce qu'elles entrent
dans toutes fortes de
paffions.
De la Tierce majeure , complement
, & repliques.
7.
Si l'on fait fonner enſemble
deux cordes égales
en groffeur & en tenſion ,
dont l'une foit les de l'au-
44
tre , un peu moins , on entendra
une confonance un
peu moins fuave que les preGALANT.
131
cedentes , c'eft à dire un
peu plus piquante , que l'on
peut aappeller aigre - douce
, & que l'on nomme tierce
majeure , à caufe qu'elle
renferme trois fons fans
demi-ton , comme ( ut , re,
mi ; fa , fol , la ) &c . d'où
l'on peut conclure que cette
douceur , que plufieurs
preferent même à celle de
quarte , ne lui vient encore
que de la perfection
de fes expofans ( .. ) On en
peut juger auffi par
la
fa ritmique
( 4,1,3,2.2 , 1,3,4 )
qui eft mediocrement va132
MERCURE
120
96
riée , fans confufion , & qui
produit un effet trés agreablé
à l'oreille . On peut pren
dre auffi pour fes- expofans
,-ou , felon l'occafion:
Son aigre- doux a fait que
l'on a été prés de sooo ans
à la recevoir pour confonance
mais il y avoit encore
d'autres raifons qui
combattoient contrielle .
que l'on verra ci- aprés . Du
refte elle a toûjours la preference
dans les paflions
vives , auffi - bien que la
quinte , & leurs repliques ,
comme on le dira en for
lieu.
GALANT. 133
Son complement eft la
fixte mineure , ainſi nommée
à caufe des fix fons
qu'elle renferme , qui contiennent
deux demi-tons ,
comme ( mi , fa , fol , la , fi ,
ut. ) Pour l'entendre il faut
faire fonner deux cordes
égales en tenſion & groffeur
, dont l'une foit prefque
les de l'au re ; alors
on a une nouvelle confo
nance moins gracieuſe que
la precedente , & pour ainſi
dire la moindre de toutes
les confonances reçûës vulgairement
, dont l'expofant
134 MERCURE
eft , comme on n'en pèut
douter par les raiſons cideffus
; & par confequent
auffi fa ritmique eft ( 5 , 3 ,
2 , 5, I , 4. 4,
-k
› 4. 4 , ¹ , S , 2 , 3 , 5 )
laquelle commence à être
confufe , comme il eft évident.
Auffi ne fait- elle pas
tant de plaiſir à l'oreille que
celle de la tierce majeure.
On peut prendre encore
pour fes expofans 90
me il eft manifefte .
com-
Au
refte cette confonance eft
une de celles qui ont été
rejettées par les anciens ,
comme on l'a dit ci- devant.
GALANT. 135
Les repliques de la tierce
majeure font la 10 , la 17,
la 24 , qui tirent toûjours ,
leurs noms du nombre de
leurs fons > comme
il eſt
aifé de le voir. On trouve
ces repliques en faiſant fonner
enſemble deux cordes
égales en tenfion & en
groffeur , dont la moindre
eft prefque ( ,, 1 ) de la
plus longue . Et on remar
que que la dixiéme eſt un
peu plus gracieufe que la
tierce majeure , la 17 eſt
encore plus douce , mais
auffi plus fade , & la 24 plusi
136
MERCURE
fade & plus confuſe. Les
rapports de ces repliques
font donc ( ,, ) par les
raiſons tant rebattues &
leurs ritmiques font par
21
conſequent ( 2,2 , 1. 1 , 2 , 2 }
(11111 ) & c. D'où l'on ne
peut douter qu'elles n'em-'
pruntent
toute leur dou-
17
ceur. A quoy il faut ajoûter
que
la eft encore fi
naturelle , qu'elle fe forme
non -feulement dans les
trompettes, & autres inftrumens
à vent , en foufflant
par degrez , de même que
l'octave , la 12 ° & la 1se : mais
même
GALANT. 137
même on l'entend encore.
曾
dans les fons des grands
corps mêlée avec ces trois
dernieres confonances . Ce
qui ne laiffe point à douter
que les grands corps ne
fe fubdivifent encore en
cinq parties égales , tant par
L'action de leur reffort, que
par la refiftance de l'air.
Au reste ces divifions naturelles
ne doivent pas être
regardées comme imagi
naires , puis qu'on les apperçoit
à la vûë même dans
les tremblemens des longues
cordes renduës, & des
Juin 1713.
M
138 MERCURE
longues tringues de fer retenuës
par un bout fous un
valet de menuifier , ou dans
un étau de ferrurier , le
refte demeurant en l'air.
Enfin il eft difficile de com- .
prendre juſqu'où a été l'entêtement
& la prévention`
des anciens , de n'avoir pas
voulu reconnoître
ces repliques
pour des confonances
, veu qu'elles ne cedent
preſque en rien à la quinte
& à la quarte , & que la 17
a même une prérogative
que la nature n'a pas accordée
à ces dernieres. C'eſt
GALANT.
139
ainfi que fouvent,pour vou
loir trop philofopher , on
gâte tout. Mais paffons outrebalonchit
Les repliques de la fixte
mineure font la 13 , la 20 ,
la 27 mineures , qui tirent
toujours leurs noms du
nombre de leurs fons . Pour
les ,
entendre il faut agiter
enſemble deux cordes éga
les en groffeur & en terf
fion , dont la plus court
foit prefque ( 1 , 2 ) de la
plus longue , & on verra
qu'elles diminuent fucceffivement
de grace ; à pro
64
A
Mij
140 MERCURE
portion qu'elles s'éloignent
de la fixte mineure , à commencer
à cette derniere.
On ne peut donc pas douter
que les expofans de
leurs vibrations ne foient
( ,, ) par les raifons rap
portées , lefquels expofans
fe tirent ailément de ;;
leurs ritmiques font ( 5 , 5 ,
;
32
S , 1 , 4 , 5, 5 , 2 , 3 , 5 · S , 3 ,
2, 5 , 5 , 4, 4, 5 , 5 , 5 ) & c.
d'où elles empruntent tout
ce qu'elles ont d'agrément ,
puiſque c'est tout ce qui
conftitue leur être. Ces con
fonances font encore de
GALANT. 149
celles qui ont été rejettées
par les anciens , & ils n'ont
pas eu en cela grand tort ,
puis qu'ils ignoroient da
compofition , & qu'elles ne
fçauroient presque entrer
dans la melopée qu'en relations.
De la Tierce mineure , complement
, repliques .
8. Si l'on fait fonner en
même temps deux cordes
égales en groffeur & en
tenfion , & dont la plus
courte foit prefque les de
la plus longue , on aura en142
MERCURE
core une confonance , qui
prend toûjours fon nom du
nombre de fes fons , com
me ( mi , fa , fol , ) & dont
le rapport des vibrations
fera par les raiſons tant
repetées , & par confequent
fa ritmique fera ( 5 , 1
1,4
2 , 3. 3 , 2 , 4 , 1 , 5 ) qui eſt
un peu moins confule que
;
celle de la fixte mineure cideffus
auffi cette confo
nance eft- elle un peu plus
gracieufe : mais elle l'eft cependant
bien moins que la
tierce majeure . On ne peut
donc auffi douter que cet
GALANT .
143
96
108
୨୦
agrément ne procede de
cette ritmique , ou , ce qui
eft le même , du rapport des
vibrations
, que T'on peut
encore exprimer ainfi (
6,144 ) felon le befoin. Au
refte cette confonance
jointe avec la tiërce majeure
( 2 ) compoſent la
quinte , ou , comme on
le voit en ( UT , mi , fol , )
& la même tierce mineure
144
14.
108
90
10
jointe avec la
quarte ,
compofent
la fixte mineure
comme
on le voit en
( MI, fol , ut. ) Cette tierce a
eu la même
infortune
que
144 MERCURE
les confonaces rejettées par
les anciens , & generalement
par tous les peuples
Orientaux.: mais elle en eft
recompenfée par le privilege
qu'elle a d'exprimer
la compaffion & la tendreffe
, en un mot les paffions
languiffantes , aufſibien
que la fexte mineure ,
& leurs repliques , comme
on le dira dans fon lieu.
Le complement de la
tierce mineure eft la fixte
majeure , qui tient-fon nom
des fix fons qu'elle renferme,
entre lefquels il ne fe
trou(
145
GALANT
.
trouve qu'un demi - ton ,
comme dans ( UT , re , mi ,
fa , fol , la. ) On forme cette
confonance en touchant
en même temps deux cordes
, dont l'une eft preſque
les de l'autre. Aprés quoy
l'on ne peut douter que le
rapport de ſes vibrations ne
foit , ou , & fa ritmique
( 3 , 2 , 1. 3. 1 , 2 , 3 , ) qui peut
aller de pair avec celles
la tierce majeure . Auffi cette
confonance ne lui cede-
-elle point en douceur ,
étant même un peu plus fade:
mais la grandeur de fon
Juin 1713.
.
N
146 MERCURE
C
intervale la rend peu pro-
96
la dif. pre à la melodie ,, par
ficulté qu'il y a de l'entonner
; ainfi elle n'y entre qu
en relation . Au refte elle
eft composée de la tierce
majeure , & de la quarte
, jointes enſemble , comme
on le voit en ( UT , fa ,
la. ) Les anciens & tous les
Orientaux n'ont donc pas
eu tant de tort de rejetter
cette belle confonance
,puis
qu'ils n'en fçavoient faire
aucun ufage , & qu'ils ne
connoiffoient pas même les
relations.. J
GALANT. 147
Les repliques de la tierce
mineure font la 10 , la 17º,
la 24 mineures , qui tirent
toutes leurs noms du nombre
des fons qu'elles renferment.
On entend ces repliques
lors qu'on fait fonner
deux cordes , dont l'une
eft ( ,, ; ) de l'autre , un
peu moins ; & on trouve
qu'elles diminuent continuellement
de beauté , à
mefure qu'elles s'éloignent
de la tierce mineure, à commencer
à celle - ci . On ne
peut pas cependant douter
que les expofans de leurs
Nij
148 MERCURE
48
5
vibrations ne foient ( 7 ,
, ) par les raifons rapportées
lefquels expofans fe
tirent aisément de ceux de
la tierce mineure ( , ) &
que leur agrément ne procede
de leurs ritmiques ( 5 ,
5,2,3 , 5 , 4 , 1 , 5. S , 1 , 4 , 5,
3 , 2 , 5 , 5 ) & c.
Enfin les repliques de la
fexte majeure ſont la 13º ,
la 20º¸ la 27º majeures , qui
tirent toûjours leurs noms
du nombre de leurs fons.
On les entend en faifant
fonner enſemble deux cordes
égales d'ailleurs en tour
GALANT . 149
ر
40 dont l'une eft ( ,, A ) de
l'autre en longueur , & on
trouve qu'elles vont toutes
en diminuant de
encore
beauté , à mesure qu'elles
s'éloignent de la fexte majeure
, à commencer à celle-
ci. Les expofans de leurs
vibrations font donc ( ,,
f ) qui fe tirent aifément de
, & leurs ritmiques font
( 3 , 3 , 3 , 1 , 2 , 3. 3 , 2 , 1 , 3 ,
3 , 3 , ) ( 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 2 , 1 ,
3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 1 , 4 , 3 , 3 , 3 , 3 ,
40
3,3 , ) & c . d'où l'on ne peut
douter qu'elles n'empruntent
ce qu'elles ont de beau-
Niij
150 MERCURE
té , puifque c'est là tout ce
qui les conftituë.
Des confonances qu'on peut
ajouter aux precedentes.
9.
Il est évident
que
les
confonances confiderées
ainfi par complemens &
repliques , fe reduiſent au
nombre de cinq fondamentales
, tant anciennes que
modernes , majeures & mineures
; fçavoir , l'uniſſon ,
l'octave , la quinte , la
tierce majeure , & la tierce
mineure ; ce qui donne
une grande facilité pour les
GALANT. Ist
retrouver toutes & les
comparer
entr'elles
. Suivant
cela l'octave
come
prend
huit confonances
en
tout , en ajoûtant
aux precedentes
la quatre
, complement
de la quinte
; la
fixte mineure
, complement
de la tierce majeure
;
& la fixte majeure
, complement
de la tierce
mineure.
Aufquelles
confonances
fi l'on ajoûte
trois
repliques
pour
chacune
( l'uniffon
excepté
) on aura
vingt- neuf confonances
en
tout : mais en même
temps
>
Niiij
152
MERCURE
on trouve plufieurs autres
rapports tirez des precedens
, ( & qu'on peut par
confequent nommer muſi-
15 I
** 1 2
18
32
୨
caux ) lefquels font auffi
fimples que plufieurs de
ceux - là . Ces rapports font
les onze fuivans , ( ; , ; ,,
DX, Y : F , H , W :, ) dont
les ritmiques égalent en
fimplicité , en fymetrie , &
en varieté plufieurs de celles
des confonances
reçûës;
ces ritmiques font ( 5 , 4 , 15
S, 3 , 2 , §. 2 , 3 , 5, 1 , 4, 5 ) ( 4 , 4 ,
1,3, 4, 22, 4,3 , 1 , 4 , 4 ) ( 2 , 2 ,
2, 2, 1. 1, 2, 2 , 2, 2) & C. ( 4,4 ,
I
GALANT .
153
4, 3, 4, 4, 4, 4 , 2. 2 , 4, 4 , 4, 1 ,
3, 4 , 4 , 4 ) &c . (5 , §‚§ , 3 , 2 , 5,
ƒ, Si 1 , 4, 5. 5 , 4 , 1 , § , § , 5 , 2, 3 ,
5 , 5 , 5 ) & c . & ( 3 , 3 , 3 , 3 , 3 ,
3 , 3 , 3 , 1 , 2 , 3 , 3 , 3. 3. 3 , 3 ,
3 , 2 , 1 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3. )
& c. Si l'on veut donc fe
donner la peine d'accoûtumer
l'oreille à ces nouveaux
intervales , comme on a
fait à la tierce , à la fexte
mineures , & à leurs repli .
ques , on aura une nouvelle
confonance dans l'octave
, dont la replique eft ,
& en tout quarante confo--
nances . On verra ci- aprés
a
154 MERCURE
d'où ces onze nouvelles
confonances font tirées ;
car elles tiennent leur origine
des diffonances , dont
on va parler incontinent ,
quoique les intervales ( ? , ? ,
,,, ) n'en retiennent
preſque rien du tout
'ne
cedant en rien aux confonances
reçûës ; ce qui pourroit
même paffer pour un
3º paradoxe en mufique.
Mais ce qui doit certainement
paffer pour un quatriéme
paradoxe en cette
fcience , c'eft que les intervales
( 1,1,4 , t , i , 7 ,
11 ->
GALANT . 155
•
} }, 5, 5, 7÷ 1, ¦ ) &c. qui
renferment
dans leurs expofans
d'autres
nombres
premiers
que ( 2 , 3 , 5 ) ſoient
des diffonances
, quoique
ces expofans
foient
auffi
fimples
, & leurs ritmiques
aufſi ſymetriſées
& auſſi variées
que les precedentes
comme
on peut le voir ici.
( 111 , & c ) ( 2 , 2 , 2 ,
2,2,2
) ( 3 , 3 , 1 , 2. 3. 2 , 1 ,
1
I. Is
3 , 3 ) ( 4 , 3 , ¹ , 4 , 2. 2 , 4 ,
1 , 3 , 4 ) & c . ( 141 ,
& c. ) ( 2 ,
2,2,2,2 ,
I.Is 2 2
, 2,2 , #
2 ) :( 3 , 3 , 3 , 2 , 1 , 3. 3. 3 , 1 , 2 ,
3 , 3 , 3 ) ( 4 , 4 , 3 , 1 , 4 , 4 a
156
MERCURE
$
**
2. 2 , 4 , 4 , 1 , 3 , 4 , 4 ) &c .
D'ailleurs
ces ritmiques
font autant de plaifir à l'oreille
, étant deftituées de
fon , que les precedentes ,
comme chacun peut l'éprouver
foy- même . D'où
peut donc venir cette difference
, qui femble renverfer
toute la theorie des fons
& des vibrations
? pour
quoy faut- il que les expofans
des confonances
ne
foient point compoſez
d'au
tres nombres
premiers
que
des trois ( 2 , 3 , 5 ? ) & quel
privilege
ont ces trois fur
GALANT.
157
tous les autres 7 , 11 , 13 , &c.
qui font en nombre infini ?
Certes ce privilege ne peut
venir que de la conformation
de nôtre organe , qui
ne peut admettre d'autres
nombres premiers que ces
trois plus fimples. De même
que ccee qquuiifait que tous
les peuples de cet ancien
continent comptent feulesment
jufqu'à dix , & non
pas jufqu'à douze, cela vient
certainement de ce que la
nature ne nous a donné que
sdix doigts , puis qu'il feroit
bien plus commode de
158 MERCURE
compter jufqu'à douze , par
exemple. Il faut donc neceffairement
rappeller ici
la ftructure de l'oreille humaine
, que nous avons expliquée
exprés affez en détail
dans le premier memoire
de nôtre Melodie ,
où nous avons remarqué
que les trois canaux ſemicirculaires
du labyrinthe
s'abouchent dans fa cavité
par cinq embouchures feulement
, & non pas par fix ,
comme ils le devroient naturellement
, fi la nature
cn'avoit rien affecté ici de
GALANT.
159
particulier , deux de ces ca.
naux ayant une embou
chure commune ; & cela
non feulement dans tous les
hommes , mais même dans
la plupart des animaux qui
ont le labyrinthe , comme
on trouve cinq doigts aux
pieds de plufieurs animaux,
de même qu'aux mains &
aux pieds de l'homme. Ce
qui fait affez connoître que
cette structure fi finguliere
n'eft point un effet ou du
hazard , ou d'aucun dérangement.
Au contraire elle
eft faite telle, pour être pro.
160 MERCURE
$
pre à recevoir les cinq branches
du nerf auditif, ſçavoir
de la partie de ce nerf
qui aprés avoir quitté la
bafe du limaçon, entre dans
la voûte , où elle fe divife.
en cinq rameaux , ( de même
que la main en cinq
doigts ) dont chacun entre
en chacune des cinq embouchures
de ces trois canaux
, pour ſe diftribuer , &
fe perdre enfuite dans leur
periofte. Il refte donc maintenant
d'expliquer comment
toutes les confonances
precedentes peuvent
帮
s'ex1
GALANT . 161
s'exprimer fur ces cinq rameaux
comme fur les cinq
cordes d'un violon , & d'où
vient qu'ils n'admettent
point d'autres intervales.
Pour entendre ceci , il faut
fe fouvenir de ce que nous
avons établi en parlant de
l'oreille , article 15 ; fçavoir ,
que quoique fes differens
chaffis ne foient en aucune
confonance prochaine avec
le fon qui les frape , ils ne
laiffent pas de trembler ,
mais d'un tremblement
forcé , & qui ne dure qu'autant
que dure le fon qui les
Juin 1713.
162 MERCURE
meut ; au lieu que quand le
chaffis exterieur a été mis
en confonance prochaine
avec le fon de dehors par
fes muſcles , il en reçoit
alors les vibrations avec facilité
, & les conferve même
aprés que le fon n'agit
plus deffus. Il en eſt de même
des cinq rameaux du
nerf auditif que je diſtingue
en premier , fecond ,
troifiéme, quatriéme & cin
quiéme , en fuppofant que
le premier par fa grandeur,
& par la nature des efprits
qu'il contient , étant dans
GALANT 163
fon état naturel , eft difpofé
à faire cinq vibrations contre
le fecond fix , auffi dans
fon état naturel ; ainfi ces
deux rameaux font naturellement
entr'eux en tier .
ce mineure que le même
premier rameau eft de mê
me avec le troifiéme , auffi
dans fon état naturel , en
tierce majeure ; c'eſt à dire
qu'il fait quatre vibrations
contre celui - ci cinq ; qu'il
eft avec le quatrième , aufſi
dans fon état naturel , en
quinte de forte qu'il fait
deux tremblemens contre
<
O ij
164 MERCURE
celui- ci trois. Enfin que le
même premier rameau eft
en octave avec le cinquié
me , ou fait un tremble
ment contre le cinquième
deux. Ce quifervira à recti
fier ce qui n'eft qu'ébauché
dans l'article 17. du memoire
cité.
Ceci étant ſuppoſé , on
voit déja comme on peut
exprimer les fons ( UT
mi , fol , ut ) fur le premier,
le troifiéme , le quatrième
& cinquiéme rameaux du
nerf auditif , puifque pour
cet effet il fuffit que l'ame
GALANTA 169
"
le
les mette chacun à l'unif
fon des vibrations de ces
quatre fons , en accelerant
ou retardant le mouvement
des efprits qu'ils contiennent.
Pour y exprimer enfuite
un fa , qui fait la quasté
avec UT , il fuffic que
premier rameau UT fe fub
divife en quatre parties égales
par le choq de l'air , afin
que trois de ces parties enfemble
en puiffent recevoir
les tremblemens . De même
le fon la s'exprimera fur
le troifiéme rameau , qui
fait mi , avec lequel il fai
166 MERCURE
auffi la quarte. Le fi s'exprimera
fur le fol , avec lequel
il fait la tierce majeure
; & pour cela il ſuffic
que le rameau fol fe fubdiviſe
en cinq parties égales
par le choq de l'air , afin
que quatre de ces parties
faffent enſemble le fi : mais
le même ſi s'exprimera encore
mieux fur le mi , quand
le la ne fonnera pas ; car
puis qu'il fait la quinte avec
le mi , il fuffira que
meau mi fe divife en trois
parties égales,afin que deux
de ces parties enſemble faſ
le ra-
#
GALANT 167
fent le fi ; au lieu
lieu que fi le
la fonnoit en même temps ,
il faudroit que le choq de
l'air pût obliger ce rameau
de fe fubdivifer
en douze
neuf
parties égales,afin que
de ces parties enſemble
rendiffent le la , & huit le
fi ; ce qui n'eft peut - être
pas fort difficile. Enfin pour
le re , il ne peut mieux s'exprimer
que fur le fol : mais
comme il eft plus bas que
ce fol , il faut pour
cet effet
que le fol lui - même def
cende à fon octave , & fe
diviſe en fix parties égales ,
168 MERCURE
afin que chaque moitiérende
le fol naturel , & que
quatre enfemble puiffent
fonner le re defiré.
Les repliques baffes s'ex.
primeront de même ſur les
mêmes filets relâchez
à propos
: mais pour les repliques
hautes
il fuffira
, que
l'air
par
du labyrinthe divife les cinq
rameaux muficaux
exemple la replique haute
du fa divifera le cinquiéme
rameau , de même que les
fa bas divife le premier,
Pour la replique du la , l'air
divifera le troifiéme rameau
GALANT 169
meau mi en 8 , afin
enfemble rendent le la , &
trois enſemble fa replique.
Pour le fi il y aura deux parties
du quatriéme rameau
fol , divifé en cinq comme
que fix
ci-deffus , qui fremiflant
enfemble rendront fa replique
. Le mi fe diviſera auffi
entrois parties égales, dont
chacune à part fonnera fi
replique , lorfque le la ne
fonnera point ; & fi le la s'y
trouve , alors le mi étant divilé
en douze , comme cideffus
, quatre rendront la
repliqu : du fi , deux fa du
Juin 1713.
P
170 MERCURE
plique , & fa triplique :
le tout felon les principes
de la divifion des cordes
expliquez ci -devant.
Des confonances composées ,
où accords.
10. A l'égard des confonances
compofées nommées
accords, comme (UT,
mi , fol , ut ) ( LA , ut , mi ,
la ) & c.je n'en traiterai point
exprés, ce fujet appartenant
plûtôt à la compofition . Je
dirai feulement qu'ayant
trouvé leurs expofans
( 4
St, 6 , 8 ) ( 10 , 12 , 15 , 20 )
GALANT. 171
&c. on pourra fe reprefenter
les ritmiques de ces accords
, en divifant d'abord
une ligne droite en quatre
parties égales , puis en cinq,
en fix , & en huit ; ou d'abord
en dix , puis en douze,
en quinze , & en vingt , &c.
Ce qui fe fait en divifant la
premiere en 120 parties égales
, & la feconde en 60 feulement
, & pour les autres à
proportion, & obfervant les
points où deux ou plus de
fons fe rencontrent à fraper
enfemble : ce que je marque
par des points ainſi
Pij
172 MERCURE
"
( 15,5 , 4, 6:16 , 533 T128 12,
3 , 5 , 10 : 6 , 4 , 5 , 15 :) ( 3 ,
1
1 , 1 , 1 : 2 , 1 , 1 , 2 & 3 : 1 , 2 2 : 3 : 1 , 2 :
·2001 , 30:41 , 29, 1, 2 $ 2,11,2,
*
193,1828251 : 38 2,1,1 ,
2 : I 2
, 1 , 1 , 3 ) & de même
pour toutes
les autresi
ritmiques
plus fimples
, ou
plus compofees
indéfini
ment
;où il faut remarquer
que quoique
ces deux - ci
paroiffent
plus compofées
!
qu'aucunes
des confonan
ces precedentes
,cependant
elles le font moins
en un
fens , en ce qu'elles
font diftinguées
en plufieurs
ritmi
GALANT. 173
ques particulieres par differentes
chûtes de coups
forts , ce qui les rend intelligibles.
De la maniere dont les bêtes
goûtent la musique.
-20 3L
1
1. Il refteroit de dire
quelque chofe fur la maniere
dont les bêtes apperçoivent
les confonances ,
puifque l'experience nous
apprend que plufieurs font
trés fenfibles a la muſique ,
comme nous nous l'avons déja
remarqué dans le premier
memoire . Or les confonan-
P iij
174 MERCURE
ces s'apperçoivent en deux
manieres : la premiere , par
le plus ou le moins d'ébran
lement qu'elles cauſent fur
les filets du nerf auditif ,
comme nous avons dit cidevant,
qu'une corde ébranlée
en meut une autre qui
eft avec elle en quelque
conſonance prochaine. La
feconde , par leur ritmique .
Mais on ne fçauroit penfer
que la ritmique des confonances
caufe en elles le plaifir
de l'harmonie , fans leur
donner en même tempsune
ame toute femblable à la
GALANT.
175
nôtre. D'ailleurs on ne remarque
point que les ritmiques
deftituées de fon leur
cauſent aucun plaifir,ni qu'-
elles en marquent aucune
dans leurs cris ou dans leurs
chants , ce qui nous doit
convaincre que leur ame
fenfitive eft purement materielle
, & qu'elle n'apperçoit
les confonances que de
la premiere maniere, & nullement
par leurs ritmiques.
aula
Des Diffonances. IT
. Il y a de deux eſpeces
de diffonances : fçavoir , les
Piiij
176 MERCURE
premieres , qu'on peut appeller
muficales , puis qu'-
elles font tirées des confo
nances reçûës ou anciennes,
& qu'elles ne font compolées
que des trois mêmes.
nombres premiers ( 2,3,5 )
qu'elles. Les autres font é
trangeres , ne pouvant être
tirées en aucune façon de
ces confonances
, parce qu'-
elles renferment d'autres
nombres premiers , comme
( 7 , 11 , 13 , &c. ) Les diffonances
muficales les plus
communes font le ton majeur
, qui eft la difference
GALANT. 177
8
de la quarte à la quinte
, comme fa fol , difference
de UT fa à UT fol ; fon
complement eft la feptiéme
mineure , fol fa; &
fes repliques la ge majeure
, la 16 majeure , la 236
majeure , dont on a fait
de nouvelles confonances :
le ton mineur , difference,
de la quinte , à la fixte
majeure , comme fol la ,
difference de UT ſol à UT
la fon complement eft la
7e moyenne , ou la fól¸
& fa replique la 9º moyenne
, qu'on a miles avec
178 MERCURE
100
la
15
15
les mêmes confonances : le
femi-ton majeur difference
de la tierce majeure , à
quarte , comme mi fa ,
difference de Ut mi à UT
fa ; fon complement eſt la
emineure fa mi , qui a
pour repliques les nouvelles
confonances
( ,, ; )
& fes repliques font la ge
mineure , la 16 mineure
, &c. le femi-ton mineur
ou dieze moderne difference
de la tierce majeure
à la tierce mineure
comme mib mi , fib fi ; fon
complement eft la 7ª cro-
I
20
GALANT. 179
que
la
matique mi mib , fi fib ,
& fes repliques font la 9
cromatique , la 16 cro
matique , la 23e cromatique
, qu'on a miſe encore
au rang des nouvelles confonances
, auffi - bien
26 fuperfluë . Outre ces
diffonances , il y a encore
les fauffes confonances
; fçavoir
, la fauffe quinte , qui
eft compofée de la quarte
, & du femi- ton majeur ,
comme fi fa , compofée de
fi mi , & de mi fa , ou en
core de deux tierces mineures
fi re , re fa , & dont le
45
180 MERCURE
128
complement eft la fauffe
quarte appellée triton { , &
les repliques la fauffe 12 ,
& c. la quinte , diminuée
d'un comma ) dont 8 font
le ton majeur ) qui eft la difference
de la fixte au ton
majeur , comme re la , en
failant UT re , ton majeur;
fon complement eft la quar
te forte d'un comma lare ,
fes repliques , & c . & la tierce
mineure foible d'un comma
, qui eft la difference
de la quarte au ton ma
jeur , comme re fa , en fai
fant toûjours UT reton ma-
32
GALANT. 181
jeur. Son complement eſtla
fixte majeure forte d'un
comma ; & leurs repli
ques font , #, &c. 7, 7, 7)
&c dont la derniere pourroit
encore dans un befoin
fervir de nouvelle confo .
nance : ou fi l'on fait UT rel
ton mineur ,alors la quintet
foible d'un comma eft fol
re , & fon complement la
quarte fortere fol : la tierce
mineure foible d'un com
ma eft fi re , & la fixte majeure
forte re fi . · rimen
Si l'on veut entendre la
diffonance , qui eft une
182 MERCURE
10
mineure foible d'un
comma , il ne faudra qu'accorder
quatre cordes d'une
viole de quarte en quarte ;
alors la première & la derniere
touchées enſemble
rendront cette 10 ° ; & fi
l'on fouhaite oüir la diffonance
, qui eft une 13º majeure
forte d'un comma
on accordera les 4 cordes
d'un violon de quinte en
quinte , & on touchera feulement
la premiere & la
derniere à la fois , qui rendront
cette 13. Au refte
toutes ces diffonances font.
>
GALANT . 183
d'autant plus dures , que
leurs expofans font plus
compofez , ou leurs ritmiques
plus confuſes ; ce qu'il
feroit trop long d'examiner
ici.Quant à la maniere dont
les diffonances s'apperçoi
vent, il faut remarquer qu'
elles fe prefentent de deux
manieres ; fçavoir , comme
fommes ou differences des
confonances ou de leurs répliques
, comme quand on
fonne à la fois les huit fons
(UT , re , mi, fa , fol , la , fi,
ut , ou bien feules ; dans le
premier cas elles font exe
184 MERCURE
primées
fur les s rameaux
du nerf auditif ; dans le fecond
chacun de leurs fons
tend à ébranler
chacun de
ces rameaux
, & ne le pou
vant tous à la fois , parce
que ces rameaux
font trop
courts pour une fi grande
divifion , on fent alors une
efpece de combat fort defagreable
, qu'on appelle diffonance
, à caufe
que
la divifion
que chaque fon à
part y produit eft auffitor
détruite par celle d'un autre.
C'est pour cela qué les
intervales qui renferment
d'auGALANTA
185
autres nombres premiers
que les muficaux 2 , 3 , S´ɔ
font
nt tous diffonanans , parce
qu'ils ne fe prefentent ja
mais de la premiere maniere
, mais feulement de la feconde,
pour laquelle le nerf
auditif n'a point de filets
convenables falará
de
de
Errata pour le commencement
ce Memoire dans le
Mercure d'Avril, M
Lopri slingumoI
M.2
ode
Page 94. ligne 16. vibrations
s'accordent
. P. 96. I.
6 trois coups , contre. P.
1:16 . confuſion
, auffi cft.
Fuin 1713.
P.98.
Q
186 MERCURE
le
P.99 1.14 . chacun par une.
P.103.19 de nombres dont .
P. 113. l . 10. de ce que
coup. P. 114. l. 6. jamais
mieux , que. P. 116. l, dern.
font ,
Extrait du Traité de Paix entre
la France & le Portug 1 , conclu
à Utrecht le 11. Avril, Ə
Article premier.
Paix perpetuelle entre S.
M.Trés Chrétienne, & S.M.
Portugaife, fucceffeurs , heritiers
, & c.Etats &fujets, & c.
Art. 2.
Oubli & amniftie entre les
fujets de part & d'autre, &c.
GALANT.
187
Art. 3.
Prifonniers de guerre mis
en liberté fans rançon not
Art. 4. llanga
Si dans les Colonies ou
autres &Domaines de leurs
Majeftez on a pris quelque
place , fort ou pofte , le tout
fera rendu au premier pof
feffeur, en l'état où on l'aura
trouvé au temps de la publication
de la paix.
Slang Art.5. & 6.195
Dans le continent deFrâne
cé & de Portugal le commerce
rétabli comme avat
la guerre , chacune des parsh
Qij
188 MERCURE
ties fe refervant la liberté de
regler les conditions du
commerce par un traité particulier
qu'on pourra faire à
ce ſujer , avec mêmes privileges
& exemptions reci
proquement accordez aux
fujets l'un de l'autre , com
me aux fiens propres 1191
7, ProArt. 7. ms ,u59H
Entrée reciproque des
vaiſſeaux de marchandife &
de guerre , comme par le
paffé , pourvû que deux-ċi
n'excedent tous enfemble le
nombre de fix,à l'égard des
ports d'une plus grando cas!
GALANT. 189
pacité , & de trois dans les
moindres
: & pour un plus
grand nombre demande-
Font une permiffion aux
Gouverneurs ouMagiſtrats,
ainfi que pour le temps du
féjour , quand leurs vaiffeaux
y auront été portez
par le gros temps ou autre
neceffité preffante , &c.
Art . 8. 9. 10. & 11..
Et pour l'union & concorde
des deux nations , Sa M.
Trés - Chrétienne fe defifte
de toutes pretentions fur les
terres duCap du Nort, entre
la riviere des Amafones &
190 MERCURE
celles de Japol , ou de Vincent
Pinſon , & en confequence
S.M. Portug.pourra
faire rebâtir les forts d'Arguais
& de Camau , ou Maf
fapa , & les autres démolis
par le traité de Liſbonne le
4.
Mars
1700
1700. & reconnoît
S. M. Trés - Chrét
que les
deux bords de la riviere
des
Amafones
,domaine
, fouveraineté
& navigation
apartiennent
au Roy de Portugal.
Art. 12.
i A l'égard du commerce
que les habitans de Cayenne
pourroient entreprendre
GALANT. 191
dans le Maragnan , & dans
l'embouchure de la riviere
des Amafones , défenſe de
part & d'autre de paffer la
riviere de Vincent Pinſon
pour negocier , acheter des
elclaves dans les terres du
Cap du Nort , & aux Portugais
d'aller commercer à
Cayenne .
Art. 13. & 14.
S.M.Trés Chrét . empêchera
qu'il n'y ait dans lefdites terres
des Miffionnaires François , & c.
en laiffant les miffions aux Mif
fionnaires Portugais.
Art. 15.
En cas de rupture entre les
François & lesPortugais ce qu'a
192
MERCURE
Dieu ne plaife, fix mois de part
& d'autre pour tranſporter les
effets.
Art. 16.07.18 & 19 67
.. Et parce que la Reine de la
Grande Bretagne offre d'être
garante de l'execution de ce
traité ,le Roy de France & celui
de Portugal acceptent cette
garantie , & que tous les Rois ,
Princes & Républiques qui vou.
dront entrer dans la mêm egarantie
, puiffent donner leurs
promeffes, obligatios , & c. Tous
les art , ci - deflus paffez entre les
Ambaffadeurs Plenipotentiaires,&
c. & ratifications données
de part & d'autre, &c . & ont figné
à Utrecht le 11. Avril 1713 .
SHuxel. LS.J.C.de Tarouca .
LS.Menag, LS.D.L.de Cunha.
GALANT. 193
TRAITE CONCLU
le 11. Avril 1713. à Utrech
entre le Roy de France &
le Duc de Savoye.
Ce Traité eft composé
de dix - neuf Articles , qui
contiennent en ſubſtance
ce qui fuit.
Les deux premiers.
Qu'il y aura une bonne
& inviolable Paix entre le
Roy Tres Chreftien & Son
Alteffe Royale de Savoye ,
leurs heritiers , fucceffeurs
& Eftats , avec ceffation de
toutes hoftilitez , & un ou-
Juin 1713 .
R
194 MERCURE
bli & amniftie de tout ce
qui s'eft paffé durant la
prefente guerre.
Le 3. & 4.
Que le Roy immediatement
aprés la ratification
du prefent Traité , reſtituëra
à Son Alteffe Royale
le Duché de Savoye , le
Comté de Nice , avec leurs
appartenances , & dependances
en l'eftat où ils fe
trouvent. Sa Majefté luy
cede de plus la Vallée de
Pragela , avec les Forts d'Exilles
& de Feneftrelles
, les
Vallées d'Oulx, de Sezane,
GALANT . 195
de Bardonache & de Chaf
teau - Dauphin , & tout ce
qui eft à l'eau pendante
des Alpes vers le Piémont :
Son Alteffe Royale cede reciproquement
à Sa Majefté
la Vallée de Barcelonete
& fes dépendances , de maniere
que les Sommets des
Alpes ferviront à l'avenir
de limites entre la France ,
le Piémont & le Comté de
Nice , & les Plaines qui
font deffus feront partagées
de mefme , felon le
cours des eaux.
Rij
196 MERCURE
Le 5. Article .
Qu'il eft dit que comme
ila efté convenu entre leurs
Majeſtez Tres- Chreftienne
& Catholique d'une
part , & Sa Majefté Britannique
de l'autre, que le Roy
Catholique ayant cedé à
Son Alteffe Royale le Royaume
de Sicile & les Illes
qui en dépendent , Sa Majefté
Tres Chreftienne
confent & veut que cette
ceffion faffe partie du prefent
Traité, & promet pour
elle & fes fucceffeurs de ne
s'oppoſer ny faire aucune
-
GALANT . 197
chofe contraire à ladite ceffion
, promettant toute aide
& fecours pour ſon exécution
, & pour maintenir
envers & contre tous Son
Alteffe Royale en poffeffion
de ce Royaume .
Article 6 .
Que le Roy confent que
la declaration du Roy d'Ef
pagne , qui au défaut de
fes defcendants , affure la
fucceffion de la Couronne
d'Eſpagne & des Indes à
Son Alteffe Royale & aux
Princes de Savoye , ainfi
- qu'à leurs defcendants mâ-
R iij
198 MERCURE
ge ,
les , nez en legitime Mariafoit
tenu pour une partie
effentielle de ce Traité,
conformément à l'Acte
fait par le Roy d'Efpagne
les . Novembre 1712. à celuy
des Eftats ou Cortés du
7. Novembre 1712. & aux
renonciations de Monfcigneur
le Duc de Berry &
de Monfieur le Duc d'Or-
Novemleans
des 19. & 24 .
bre 1712. promettant
d'employer
fes forces
envers
&
contre
tous , pour l'exécu
tion de cet article.
GALANT . 199
Article 7.
Qu'il a efté convenu que
les ceffions faites par le feu
Empereur Leopold à Son
AlteffeRoyale
dans le Traité
fait entre eux le 8. Novembre
1703. de la partie
du Duché de Montferrat
que poffedoit le feu Duc de
Mantouë , des Provinces
d'Alexandrie & de Valence
, avec toutes les terres
entre le Po & le Tanaro ,
de la Lomelline , de la Vallée
de Sefia , du droit ou
exercice de droit fur les
Fiefs des Langhes , & le
R iiij
200 MERCURE
Vigevanafque ou fon équi
valent , refteront dans leur
force & vigueur , & auront
leur effet , fans que Son ALteffe
Royale y puiffe eftre
troublée , mefme par les
prétendants au Duché de
Montferrat,lefquels feront
indemnifez conformé.
ment audit Traité du 8.
Novembre 1703. promettant
d'employer conjointement
avec la Reine de la
Grande Bretagne , fes offices
& fes forces pour le
maintien & la garantie du
contenu au prefent Arti
GALANT . 201
cle comme auffi :: que la
Sentence Arbitrale du 27 .
Janvier 1712. demeurera
dans fa force & vigueur , &
que dans fix mois , les mefures
feront prifes par l'Arbitrage
des Puiffances garantes
du Traité de 1703 .
pour le payement des
creances de Son Alteffe
Royale.
Article 8.
Que Son Alteffe pourra
fortifier fes frontieres &
les lieux qui luy ont efté
cedez de part & d'autre.
202 MERCURE
Article 9 .
Que fa prétention que
le Prince de Monacho doit
prendre inveftiture d'elle
pour les Fiefs de Menton
& de Roccabruna , fera reglée
dans fix mois par l'Arbitrage
de leurs Majeſtez
Tres- Chreftienne & Britannique.
Les dix autres Articles
concernent le reftabliffement
du Commerce & des
droits comme ils eftoient
au temps du Duc Charles .
Emmanuel: la liberté à Son
Alteffe de vendre les biens,
GALANT . 203
terres & effets qu'elle a en
France : la main levée de
ce qui a efté confifqué de
part & d'autre à l'occafion
de la guerre , à la reſerve
des jugements legitimement
rendus . Ce que les
fujets de part & d'autre ont
fourni , leur fera payé. Les
prifonniers de guerre &
autres feront mis en liberté.
Les quatre derniers ne
contiennent que les formalitez
ordinaires des
Traitez , & ne meritent
point un Sommaire.
204 MERCURE
NOUVELLES
d'Andrinople.
LEs Lettres d'Andrinople
portent que le grand
Vifir a efté deposé , & que
le Capitan Bacha avoit efté
mis en fa place : que le Seraskier
de Bender avoit
auffi efté déposé , & que
le Kan des Tartares eftoit
arrivé à Andrinople , où il
avoit efté bien receu ; que
le Roy de Suede avoit eu
une longue conference
avec le Sultan , qui faifoit
punir rigoureufement tous
GALANT, 205
ceux qui avoient eu part
à l'infulte faite à ce Prince
, & que l'on continuoit
de travailler aux préparatifs
de la guerre contre les
Mofcovites. Qu'on avoit
appris par des Lettres de
Podolie qu'un détachement
des Troupes du Palatin
de Kiovie commandé
par le fieur Valikowf
Ki , avoit enlevé un parti
de cavalerie Polonoife , &
qu'un corps de Tartares
avoit furpris prés de Bafilow
en Ukraine , une gar
de avancée des Mofcovi206
MERCURE
tes dont une partie avoit
efté tuée , & le refte emmené
priſonnier.
Celles de Conftantinople
affurent les changements
arrivez à la Porte
Ottomane par la dépofition
du grand Vifir & d'autres
principaux Officiers ,
& la Relegation du Kan
des Tartares à l'lfle de
Rhodes. Elles portent auſſi
que ces changements ont
efté faits fur le foupçon
d'une confpiration pour
déposer le GrandSeigneur;
que les queues de Cheval
GALANT . 207
eftoient toujours expofées.
prés d'Andrinople , où l'armée
eftoit campée , que
les Troupes y arrivoient de
tous coftez , & qu'on employoit
un grand nombre
de Baſtiments pour tranſporter
des vivres & des
munitions par la Mer noire
à Afaf & aux autres Places
, ce qui donnoit lieu de
croire que le Grand Seigneur
eftoit tousjours dans
la refolution de faire la
guerre aux Moſcovites ,
que les Ambaffadeurs du
Czar eftoient tousjours au
208 MERCURE
fept Tours enfermez ; mais
que les oftages avoient eu
quelques conferences avec
les Miniftres ; que le Roy
de Suede eftoit encore au
Serrail de Haffan Bacha
près d'Andrinople , traité
magnifiquement par ordre
du Sultan , & qu'il n'y
avoit encore rien de certain
fur fon départ.
Les dernieres Lettres
d'Andrinople portent que
le nouveau grand Vifir
Ibrahim avoit efté déposé
& eftranglé , qu'on efperoit
qu'Yuph Bacha , qui
a
GALANT. 209
ge
a desja poffedé cette Charferoit
mis en fa place ,
& qu'il avoit eſté refolu de
faire conduire le Roy de
Suede dans fes Eftats par
la Pologne , avec une puiffante
eſcorte , qui auroit
ordre de n'exercer aucune
hoftilité contre les Mofcovites
, jufqu'à ce qu'on cuft
veu quel fuccez auroient
les negociations qu'on eftoit
fur le point de renouër
avec eux.
Les Lettres de Hambourg
du 23. May portent
que le Roy de Dannemarc
Juin 1713.
S
210 MERCURE
s'eſtant defifté de fes prétentions
fur Tonningen
le Traité avoit efté figné le
16. par les Commiffaires
des deux parties , & approuvé
à Tonningen par
le Comte de Steinbock.
Ce Traité eft composé de
plufieurs Articles , fçavoir:
Que l'armée Suedoife ,
reduite à fix mille hommes
, & environ deux mille
malades , fe rendroit prifonniere
de guerre pour
eftre efchangée avec les
prifonniers des Princes
Confederez , & le furplus
GALANT . 211
1
obligé à payer rançon conformément
au cartel .
Que tous les Generaux
& hauts Officiers conferveront
armes & bagages
les archives , la caiffe militaire
, & tout ce qui en dépend
fans eftre vifitez .
Que les Officiers fubalternes
& les foldats auront
feulement leurs épées ,
leurs bagages & leurs hardes.
Que les canons , les armes
à feu , les chevaux des
Cavaliers , des Dragons
& ceux de l'artillerie , avec
S ij
212 MERCURE
les Drapeaux , Eftendarts ,
Timbales & Tambours
feront remis aux Confederez.
Que l'évacuation de la
place commencera trois
jours aprés la fignature du
Traité , & fera achevée
dans huit jours.
Que les Troupes ſeront
conduites vers Kiell , Ec-
Kenford , &c. d'où elles ne
pourront eftre tranfportées
qu'en Suede , fe fourniffant
à leurs dépens de
vivres & de Baftimens auf
quels le Roy de Danne-
*
GALANT. 213
marc fournira des paffeports
, & une eſcorte de
trois Fregates fitoft que les
troupes auront effé eſchangées
& leur rançon payée.
Que les Prifonniers faits
fur les Confederez , feront
retenus , ainſi que les Deferteurs
qui obtiendront
leur pardon en rentrant
dans leurs Regiments
;
qu'on ne pourra obliger
aucun foldat ou autre des
Troupes Suedoiſes , à prendre
parti dans celles des
Confederés.
Que les Troupes man
214 MERCURE
cheront tousjours & fejourneront
le quatrième
jour , & qu'on fournira des
chariots à ceux qui tomberont
malades .
Que les malades qui font
à Tonningen ,feront tranfportez
au pays voiſin , où
ils feront traitez à leurs
dépens , &c .
Que la ville de Tonningen
fera remiſe au Prince
adminiftrateur de Holſtein
Gottorp.
Que le Roy de Dannemarc
retiendra le Duché
de Slefwick jufques à la
GALANT. 215
conclufion de la Paix .
Que Sa Majesté Danoiſe
ne fera pas bombarder
Tonningen cette année
, qu'elle s'oblige d'exécuter
ce Traité en tous fes
points , & d'y faire confentir
les Chefs des armées de
fes Alliez .
La principale raifon qui
a engagé le Comte de
Steinbock à accepter ce
Traité avec les Confede
rez , eft qu'il manquoit de
vivres , & ne voyoit aucune
apparence de fecours,
Il fe rendit le 20. May avec
216 MERCURE
quelques - uns de ſes principaux
Officiers au camp
des Confederez , où le Roy
de Dannemare eftoit . Il
baifa la main à Sa Majesté
& mit à fes pieds fon épée
qu'elle luy rendit fur le
champ , & le retint à difner
avec les Generaux des
Confederez
, aprés quoy
il retourna à Tonningen
pour faire executer le Trai
té. Le 24. Tonningen &
les retranchements furent
entierement évacuez . Les
Troupes ont efté diftribuées
en quartier dans le
Duché
GALANT . 217
Duché de Slefwich , elles
confiftent en cinq cens
quatre - vingt neuf Officiers.
Six mille fix cens quatrevingt
douze Cavaliers &
Fantaffins , & deux mille
-cinq cens quatre - vingt
cinq malades. Ils ont laiffé
aux Confederez douze petites
pieces de canon de
bronze de trois livres de
bale , & fix de fer , foixante
trois eftendarts , foixante
fept drapeaux , huit paires
de timbales avec leurs
trompettes & tambours.
Fuin 1713 .
T
* 218 MERCURE
La plufpart feront efchangez
contre les Priſonniers
qui font entre les mains
des Suedois , & le reſte fuivant
le cartel fera mis en
liberté pour la fomme de
quarante mille écus. On
écrit que les Mofcovites &
les Saxons ont commencé
à fe mettre en marche vers
la Pomeranic.
GALANT. 219
4
LETTRE DE L'ARMÉE
au Camp de Spire le s . de
Juin 17.13 . au C. de L.
par &c.
L'armée du Roy vient
d'executer un projet bien
difficile , & dont l'utilité
ſera grande ; il ne pouvoit
reüffie que par une extréme
diligence & un profond
fecret ; & pour y parvenir
Monfieur le Marefchal
de Villars ayant refpandu
dans tout le
pays
qui eft entre Haguena
& Lauterbourg les troupes
Tij
220 MERCURE
qu'il a trouvées en Alſace ,
a donné fes ordres de maniere
que dans la meſme
nuit l'armée s'eft affemblée
,formée en marchant,
& tel bataillon a fait feize
lieues en vingt heures.Cette
diligence prodigieufe a
tellement furpris les Ennemis
,, qquuee la tefte de l'armée
compofée de vingtdeux
Efcadrons & cent
cinquante fix Bataillons &
millegrenadiers commandez
par Mr le Comte de
Broglio , Mr de Montpou
Marefchal de Camp , &
GALANT. 221
Mr de Chaſtenet Brigadiers
; & arrivez fur la digue
de Philifbourg à onze
heures du foir , cela a occupé
toutes les troupes de
l'Empereur eftant campées
fous Philifbourg , où
le Prince Eugene eſt arrivé
le vingt-quatre du mois
paffé. Mr le Marefchal
partit de Strasbourg le trois
à neuf heures du matin ,
vint en pofte auFort Louis.
Il avoit fait trouver Mr le
Chevalier d'Asfelds avec
un corps de Cavalerie
d'Infanterie & du canon à
T iij
222 MERCURE
la tefte de l'Ile de Selingue
. Mr le Marefchal
fe promena jufqu'à l'entrée
de la nuit fur le che
min de Raftat , & on n'oublia
rien de tout ce qui
pouvoit perfuader aux Ennemis
que l'on vouloit
marcher à leurs lignes
d'Eftinguen.
Dès le mefme foir Mr
le Marefchal s'en alla en
poſte à Lauterbourg , fe
mit à la tefte des troupes
avec les Comtes du Bourg,
de faint Fremont , Albergoti
, Vivans , Coigny ,
GALANT . 228
22
Montperoux , & le Marquis
de Broglio , de Guerchoir
Marefchaux de
Camp , & l'on marcha
tousjours fans faire d'autre
alte qu'une de trois heures.
Les foldats fouſtenants
avec un courage furprenant
une fatigue auffi violente
, Mr le Marefchal les
confolant en marchant
leur difant que l'on ne pouvoit
reüffir que par de telles
peines. L'on ne peut.
affez louer leurs refponfes
& leur bonne volonté ; il
eft vray qu'ils fe font un
;
Tiiij
224 MERCURE
peu defalterez ce matin le
pays eftant plein de vin ,
ils l'ont bien merité , il feroit
difficile de leur en faire
diftribuer par ordre , & un
petit defordre de quelques
heures eft pardonnable
dans de certaines occafions
. Voila l'armée du
Roy dans le milieu du
Palatinat & des Electorats
de Treves & de Mayence
en eftat de faire le fiege de
Landau , & dans une abondance
de fourrage , qui
fourniroit à quatre cens
Eſcadrons pendant toute
GALANT . 225
la Campagne fi on veut
les envoyer dans ce pays ,
l'armée des Ennemis eftant
affemblée dès le vingt qua
tre , & ils avoient près de
cent Escadrons plus que
nous. Mr le Marefchal
ayant préferé la diligence
au nombre de troupes , &
n'ayant que foixante Efde
Vivans a amenées .
Mr
cadrons. Il n'eft arrivé des
troupes de l'armée de la
Mofelle que celles que
226 MERCURE
HARANGUE
faite au Roy , & prononcée
par Monfeigneur le Cardinal
DE POLIGNAC ,
députéde l'Académie Françoife
, au fujet de la Paix ,
le 17.Juin 1713.
L'Académie Françoile
ne parut jamais avec tant
de joye aux pieds de Voftre
Majefté qu'elle fait en
ce jour , conduite par fon
zele ordinaire , & l'intereſt
fingulier qu'elle prend à la
Paix . Les Mufes dans tous
les temps ont aimé le repos
GALANT . 227
& la tranquillité. Si quelquefois
elles chantent les
combats pour celebrer la
vertu des Heros , bien- toft
aprés elles deplorent le tumulte
des armes qui fait
languir les beaux arts . Mais
quand la Paix revient ſur
la terre avec tout l'éclat &
tous les avantages de la Vitoire
, c'eft alors qu'elles
font au comble de leurs defirs
. Qui l'auroit cru , SIRE?
qu'après neuf ans de malheurs
où jufqu'à la Nature
tout fembloit avoir conjuré
voftre perte,vous deuf228
MERCURE
fiez en fortir plus glorieux ,
& reftablir dans vos Estats
le calme qu'on leur avoit
fi long temps refusé , conferver
vos plus belles conqueftes
, affermir des Couronnes
fur la tefte de vos
Enfants en donner meſme
à vos Alliez effet prodigieux
de courage & d'une
prudence dont l'Antiquité
ne nous avoit point laiffé ,
d'exemple ; il nous l'avoit
bien promis le Dieu de juftice
& de mifericorde qu'il
abbaifferoit le fuperbe , &
qu'il éleveroit l'humble de
GALANT. 229
L
coeur. Nous l'avons veu
tout d'un coup faire fucceder
le jour le plus brillant
à la nuit la plus tenebreufe
, changer les coeurs qu'il
tenoit en fa main , les foumettre
par degrez aux loix
de la raiſon , rejetter ceux
qui vouloient la guerre , &
confondre leurs vains projers
pendant que Voltre
Majefté tousjours attenti
ve mais inebranlable , foutenoit
avec fermeté les
épreuves de la Providence,
& nebreflechiffoit fur les
maux que pour les reparer,
230 MERCURE
plus feconde en reffources
que la fortune en difgraces
, preft à s'expofer aux
plus grands perils pluftoft
que de s'abandonner à de
foibles confeils , & ne cherchant
le retour de fes anciennes
profperitez que
pour hafter le foulagement
de fes peuples.
Qu'il me foit permis de
reveler aujourd'huy les miracles
de voſtre fageffe &
de voſtre
magnanimité
dont j'ay eu le bonheur.
d'eftre témoin , & de voir
infenfiblement
croistre &
GALANT. 231
meurir les fruits précieux.
Eh ne faut - il pas qu'un fi
fameux évenement foit
tranſmis par nous à la poſ
terité ! Superieur aux forces
de l'éloquence , aux ornemens
de la Poëfie , au
moins il paffera dans la
fimplicité de l'hiftoire jul
qu'à vos Defcendants pour
leur fervir de modele , &
pour leur apprendre l'uſage
qu'on doit faire des adverfitez
& des fuccez ; car
c'eft ainfi que vous avez
confommé ce grand ouvrage
, les Princes de l'Eu232
MERCURE
rope deſabuſez par voſtre
conftance
, ramenez par
voftre bonne foy , defarmez
par voftrc moderation
, ceffent enfin de vous
combattre.Ils ne l'auroient
jamais entrepris fi la grandeur
de votre puiffance
leur avoit laiffé connoiftre
& goufter toutes vos vertus
; quelques -uns ont encore
peine à fe rendre ,
mais on les verra bientoft
revenir de leurs enchantements
& tous ceux qui
n'ont admiré jufques icy
V.M.qu'avec crainte l'admireront
GALANT. 233
mireront deformais comme
nous avec amour.
LES SERINS.
par Mr le M. de……….
LAffé des amoureux
commerces
Où tous mes defirs eftoient
vains ,
J'avois donné dans les Serins
,
Mais je n'ay pas moins de
traverſes ,
Et je ne fçay quels font
mes plus cruels chagrins
Dans mes infortunes diverſes.
Juin 1713.
V
234 MERCURE
Tout fembloit refpondre à
mes voeux
Tous mes Serins avoient
des oeufs ,
J'attendois de petits une
heureuſe abondance ,
Mais helas ainſi qu'en !
amour
Je me flattois d'une vaine
eſperance.
Quelques- uns n'ont point
veu le jour ,
Et les autres font morts au
point de leur naiſſance ;
D'autres par un plus rude
fort ,
Bien beuvants , bien menGALANT.
235
geants , drus comme pere
& mere ,
N'ont pû s'exempter de la
mort ,
Et c'eft ce qui me defefpere.
Helas ! qui pourroit fupporter
La rigueur d'un fort ſi contraire
?
Je vois d'un feul coup emporter
Une famille toute entiere
Sans fçavoir qui peut me
l'ofter.
Ma douleur eftoit fans égale
Vij
236 MERCURE
Quandje voyois cette troupe
voler
D'un bout à l'autre de ma
falle ,
Et commencer à gazoüiller
,
Des autres j'oubliois la difgrace
fatale.
Ce qui redouble mes cha
grins ,
Dans de fi funeftes outrages
C'eft de voir femblables :
Serins
De l'heureux Licidas remplir
toutes les cages ..
Helas ! ce qui détruit les
GALANT. 237
miens
Ne porte aucune atteinte
aux fiens ;
Ils viennent tous au gré de
fon envie :
On diroit à les voir qu'il
leur foufle la vie.
Voila mon fort fur les oiſeaux
;
C'est ainsi qu'en amour je
voyois mes rivaux
Heureux & contents dans
leurt chaifnes ,
Lorfque je reffentois
les
plus cruelles peines.
Quand je vois du fameux
Damon
238 MERCURE
Les vollieres prefque defertes
;
Je devrois trouver dans fes
pertes
Quelque
fujet de conlolation
,
Il en fait tousjours de nou.
velles ,
Et quand je perds des Serins
gris ,
Je vois perir fes blancs ,
fes blonds , fes ifabelles ,
Dont la rareté fait le
prix .
Mais par un long appren.
tiffage ,
Damon dans les Serins
GALANT . 239
préfumant tout fçavoir ,
Fait & rompt chaque mariage
,
Selon que dans fa tefte il
fe forme l'espoir
De reüffir dans ce concubinage.
Les oifeaux veulent fe
pourvoir ,
Il faut
que
l'amour les engage
,
Autrement comme nous
ils font mauvais ménage,
S'il tafchoit moins d'en
plus avoir ,
Il en auroit peut- eftre da
vantage ,
240 MERCURE
Je laiffe aux miens les tendres
foins ,
Ils fçavent mieux fe fatisfaire
,
Et je ne touche à leur voliere
Que pour leur donner
leurs befoins.
Dans mes malheurs que
faut- il faire ?
·
Trouverai je Iris moins
fevere ?
Retournerai -fous fes loix ?
Non fon coeur à mes voeux
fera tousjours contraire ,
Je ne l'ay veu que trop d
fois .
de
Poursuivons
GALANT. 241
Pourfuivons noftre deftinée
,
Il ne faut pas dans un commencement
Se rebuter d'une mauvaiſe
année ,
Dans la fuite j'auray plus
de contentement ;
Mais quand rien ne devroit
reſpondre à mon envie
J'aimerois encor mieux
me voir toute ma vie
Malheureux oifeleur que
malheureux amanti
Juin 1713.
X
242 MERCURE
Monfieur Defaniere fit
l'ouverture de l'Académie
Royale des Medailles &
Infcriptions , comme nous
l'avons annoncé dans le
1
Mercure précedent, par un
Difcours fort curieux fur
l'usage des feux & des illuminations
dans les Festes facrées
& prophanes.
9
Il fit voir d'abord que
cet uſage a efté ſi ſolemnel
dans l'antiquité , qu'il s'eft
confervé fi religieuſement
parmi toutes les Nations ,
& qu'il en eft parlé ſi ſouvent
dans les Auteurs faGALANT
. 243
dire
crez & prophanes , tant
Hiftoriens , Poëtes , qu'Orateurs
, que l'on
l'on peut
que c'eft un des points qui
merite le plus les recherches
des Sçavants . Cette
matiere n'avoit point encore
efté traittée à fond ,
& elle eftoit fi eftenduë &
fi vafte, qu'il eftoit comme
impoffible de l'épuiſer , &
tjes-difficile de bien ranger
le grand nombre de faits
qu'elle comprend.
Pour y mettre quelque
ordre Monfieur Defaniere
a divisé fon difcours fur ce
X ij
144 MERCURE
fujer en deux parties. La
premiere comprend les
faits qui regardent l'ufage
des feux & des illuminations
par rapport à la Religion
& la feconde , ce
mefme ufage en tant qu'il
eft employé dans les rejoüiffances
publiques &
particulieres . Mais comme
le temps ne luy permit pas
de faire la lecture de cette
dernière partie , il ſe borná
feulement à la premiere
qu'il divifa en trois articles.
Le premier regardoit l'u
fage que les Juifs en ont
GALANT . 249
fait pour le culte du veritable
Dieu , ufage que Dieu
avoit non feulement orainfi
didonné
, mais pour
re confacré
luy meſme.
Le fecond
traitoit
des
abus que les Payens en ont
fait pour honorer
les faux.
Dieux.
Le troifiéme enfin eftoit
employé à examiner flufage
que les Chreftiens
ont pu faire du feu & des
illuminations dans leurs
feftes & dans leurs ceremonies
a fait & fait enco
re partie de leur culte re-
1 :
X iij
246 MERCURE
Mr Defaniere commence
l'article des Juifs par
une reflexion generale avant
d'en venir aux preuves
particulieres . Il remarque
que Dieu fuivant les
divines Ecritures, avoit fait
un choix particulier du
feu pour eftre le ſymbole
de les principaux attributs
; que par une bonté
finguliere pour ce peuple ,
il avoit employé le feu
pour luy donner quelque
legere idée de fon adorable
Divinité par des fignes
qui luy fuffent proportionGALANT
247
nez. Mais il fallut encore
que les recompenfes & les
chaftiments en fuffent infeparables.
Faut- il s'eftonner
après cela fi le feu chez
ce peuple tenoit le premier
rang dans les plus auguftes
ceremonies de leur Religion
, fi leurs facrifices &
leurs feftes en recevoient
tout leur éclat & leur peri
fection , & fi unfi précieux
gage eftoit fi religieufement
confervé dans leur
Temple ?
Mais pour faire voir une
efpece de confecration
X iiij
248 MERCURE
plus particuliere de cet
élement , il fit voir que
Dieu s'eft repreſenté plu
fieurs fois luy mefme fous
la forme du feu , les exemples
que les Livres facrez
Juy ont fourni pour prouver
fa propofition , l'ont
porté à en eftablir une autre
tirée neceffairement de
la premiere , qu'il ne faut
pas aprés cela s'eftonner
que
le culte fouverain de
Dieu fe foit fait par le feu :
il trouve également de
quoy eftablir cette derniere
propofition dans pluGALANT
. 249
fieurs endroits de l'Ecriture
où l'on voit le culte
que Dieu veut qu'il luy foit
rendu par les facrifices &
les holocauftes . Le feu fur
tout faifoit l'accompliffement
& la perfection de
fes facrifices par la confomption
qui s'y faifoit de
certaines parties des victi
mes ou de toute la victime
dans le facrifice de
l'holocaufte, lequel à caufe
de cela eftoit confideré
comme le plus excellent.
Mr Defaniere fit voir enfuite
que Dieu s'eft ſervidu
250 MERCURE
les
feu pour marquer que
facrifices luy eftoient agréables
, en faifant tomber
le feu du Ciel fur la
victime pour la confumer.
Il allegue l'exemple
du facrifice d'Abel , celuy
fait pour la confecration
d'Aaron , celuy de Gedeon ,
de David , de Salomon ,
d'Helie , & celuy de Nehemie
, ll fit remarquer
fi le feu eftoit un fymbole
fi defirable aux adorateurs
de la Divinité, qu'il
n'eftoit pas moins formidable
aux tranfgreffeurs
que
GALANT . 251
de la loy divine ; que fi
la bonté de ce fouverain
maiſtre du monde fe manifeftoit
ainfi , ſa vengeance
n'en éclattoit pas moins
contre ceux qui estoient
rebelles à fes ordres. Les
preuves qu'il tire de l'Ecriture
pour appuyer ce qu'il
avance dans cet endroit ,
font affez voir que le feu
eft l'inftrument le plus or
dinaire dont Dieu s'eft fervi
pour la punition des impies
& des infidelles , &
que c'eſt par le feu qu'il
punit & qu'il punira ceux
252 MERCURE
qu'il a condamnez par la
juſtice à eftre tourmentez
éternellement pour leurs
crimes. Après avoir fait
voir l'ufage que Dieu a fait
de cet élement à l'égard,
des hommes , Mr Defaniere
paffe à l'ufage que les ,
hommes en ont fait pour
honorer Dieu
Chez les Juifs la plus
grande marque d'adoration
du Dieu fouverain
eftoit le feu continuel qu'-
on entretenoit fur l'Autel
& dont le foin eftoit commis
aux Preftres , & qui
GALANT. 253
eftoit tellement lié avec le
Sacerdoce du Grand Pref
tre, qu'il s'efteignit dés que
Jafon fe fut emparé de cette
dignité par de mauvaifes
voyes. Il s'eftoit conſervé
auparavant tousjours
allumé & fans alteration ,
caché dans un endroit du
Temple pendant les foixante
& dix années de la
captivité de Babylone . Il
ne fut efteint précisément
que dans le temps de l'extinction
du Sacerdoce
, prérogative
qui fait connoiftre
que le principal culte
254 MERCURE
exterieur de Dieu , confiftoit
dans ce feu facré.
Mr Defanïere n'a garde
de paffer fous filence les
feftes particulieres desJuifs
dans lesquelles les illuminations
faifoient tousjours
la principale partie de leurs
devotions & de leurs réjoüiffances
, non feulement
par rapport aux facrifices
qui avoient coutume d'y
eftre offerts , & que le feu
confumoit , mais encore
par rapport aux differentes
illuminations
qu'on y adjouftoit
pour rendre ces
GALANT. 255
feftes plus auguftes.
Il y avoit la feſte appellée
accenfio lucernarum à caufe
de la quantité des lampes
qu'on allumoit en ce
jour ; la fefte appellée combuftio
vulpium , en laquelle
en brufloit des renards en
memoire de l'hiftoire de
Sanfon , & generalement
la fin de toutes leurs grandes
folemnitez , eftoit accompagnée
de feux & d'illuminations
en figne de
réj üiffance ; au contraire
les jours de jeûne , c'eſt à
dire , dans lefquels ils fai256
MERCURE
foient memoire de quelques
évenemens funeftes
à leur Nation , eftoient lugubres
& tenebreux ; ils
faifoient mefme un jeûne
particulier le 18. du mois
d'Ab à caufe que la lampe
de la branche occidentale
du chandelier d'or qui eftoit
dans le Temple , fut
efteinte fous le regne du
Roy Akas , regardant cet
accident comme un malheur
confiderable qui alloit
porter un grand préjudice
au culte qu'ils rendoient
à Dieu .
A
GALANT , 257
A l'égard du fecond
article qui regarde l'ufage
des feux & des illuminations
parmy les Payens.
Mr Defaniere prouva fort
folidement que cet ufage
a efté un des points les plus
effentiels de leur Religion ,
il allegue l'Auteur du Livre
de la Sageffe pour faire
voir que ces peuples abandonnez
à leurs égaremens
fe porterent à rendre un
culte fouverain à cet éle
ment ; ils luy drefferent des
Autels , luy firent conf
truire des Temples , luy
Juin 1713 .
Y
258 MERCURE
inftituerent des Sacrifices,
& luy eftablirent des Pref
tres. S. Auguftin cherchant
les motifs de ce culte
parmy les Nations en
foupçonne deux principaux
, le premier , la connoiffance
que ces peuples
avoient que plufieurs victimes
avoient ofté confumez
par un feu defcendu
du Ciel , ce qui les portoit
à croire que ce ne
pouvoit eftre qu'un Dieu
caché fous cette forme legere
, l'autre motif , l'experience
qu'ils avoient du
GALANT 259 .
mouvement continuel du
feu qui monte tousjours
en haut , ils s'imaginoient
peut eftre que le feu eft
une portion de la Divinité
qui eft auCiel vers laquelle
il tend à fe réunir en enlevant
avec foi les victi.
mes delà vient qu'ils
eftoient perfuadez
que
plus il avoit paru d'activi.
té & de clarté dans les
facrifices , plus la victime
eftoit receue favorablement
. Mais Ciceron four
nit une raiſon plus plauſi
ble , lorfqu'il dit que la
;
Y ij
260 MERCURE
neceffité & l'utilité ont
porté les hommes à qualifier
du nom de Dieu les
chofes qui leur eftoient
d'un plus grand fecours &
dont ils avoient le plus de
befoin , c'eft auffi ce qui
les engagea à avoir pour
le feu ce mefme efgard &
à le confiderer comme un
veritable Dieu .
Le Soleil d'abord , fut
F'objet de leurs adorations ,
& peu de tems aprés le
feu qui en eftoit une éma,
nation felon leur Theolo
gie , merita qu'on lui renGALANT.
161
dift le mefme honneur.
Les Egyptiens furent les
premiers qui lui rendirent
le culte fouverain , & toutes
les nations les ont fuivies
fur cette croyance.
L'on apprend par les Auteurs
facrez & prophanes,
que ce culte eftoit répandu
generalement parmy
les Chaldéens , les Affyriens
, les Medes , les Babyloniens
, les Perfest, les
Lybiens , les Grecs , les
Romains , les Germains
& parmy les Celtes. Mr
Defaniere fit obferver que
264 MERCURE
durée de leurs Empires, I
y avoit des Preftres deftinez
uniquement à cette
fonction ; les Chaldéens
les Affyriens , les Medes ,
les Babyloniens & les Perfes
, commettoient ce foin
à des Mages nommez à
caufe de cela Pyrettes .
Parmi les Grecs la confervation
du feu facré eftoit
confiée à des Veuves , &
chez les Romains à des
Vierges que l'on appelloit
Veftales . L'on avoit attaché
à ce miniftere des prérogatives
fiugulieres & excellentes
,
GALANT. 265
cellentes ; mais auffi la negligence
de ceux qui en
faifoient les fonctions eftoit
punie avec la derniere
rigueur. Quand il arrivoit
par malheur que ce feu
s'efteignoit , il n'eftoit pas
permis de le rallumer avec
du feu ordinaire , on fe fervoit
des rayons du Soleil
que l'on réuniffoit avec un
inftrumét qui formoit une
cavité triangulaire , qui par
fa forme raffembloit les
rayons au point de fon centre
, afin de leur donner la
force d'enflammer la ma-
"
•
Juin 17130
Ꮓ
266 MERCURE
tiere fur laquelle on dirigeoit
ce foyer de rayons.
Le Temple baftien l'honneur
de Veſta par Numa
Pompilius , n'eftoit pas
le
feul à Rome où l'on confervoit
un feu facré , l'on
en confervoit encore dans
les Temples des Dieux anciens
. Le feu eftant reconnu
pour une Divinité parmy
toutes les Nations , on
luy offroit par une confequence
neceffaire des facrifices
, mais les victimes
n'estoient pas les meſmes
par tout. Les uns fe fervoiét
GALANT. 267
d'animaux , & les autres de
victimes humaines ; on ne
les égorgeoit point , mais
on les affommoit à grands
coups de maffuë de bois,
Ces facrifices fe faifoient
toujours avec grande ceremonie
& grandes dépenfes
, les Preftres en tiroient
ordinairement quantité de
préfages ; fi leurs divinations
ou augures fe prenoient
du cofté de la fumée
qu'ils y obfervoient ,
ils les appelloient
Capromanties
, s'ils les tiroient
du feu mefme ils les nom-
Z ij
268 MERCURE
moient Pyromanties . 11
n'eftoit pas permis de fe.
fervir d'autre feu pour confumer
la victime que de ce
feu facré , celuy qui auroit
efté affez hardy pour vouloir
l'efteindre avec de
l'eau , auroit paffé dans l'efprit
du peuple pour un
athée , & auroit cfté puni
fur le champ .
L'entrée des Temples où
l'on confervoit le feu facré
eftoit fermé pendant la
nuit à tout le monde , &
pendant le jour les hommes
avoient liberté feule,
.
GALANT . 269 .
ment d'entrer dans celuy
auquel les Preftres eftoient
prépofez , & les femmes
dans celuy dont les Pref
treffes avoient la garde .
de toucher ou regarder ce
feu paffoit pour un facrilege,
il en coufta la privation
de la veuë à Metellus
pour l'avoir voulu fauver
de l'embrafement duTemple
de Veſta ; c'est ce qui
a porté plufieursNations à
ne point fe fervir du feu
pour bruler les corps des
morts . Diofcoride rappor
te qu'un certain Perfan
1
Z iij
270 MERCURE
nommé Euphrates deffendit
par cette raifon de bruler
fon corps aprés fa mort,
dans la crainte où il étoit,
que fon attouchement ne
caufaft quelque foüilleure
à une chofe fi fainte & fi
reſpectable .
Deux accidens fâcheux
pour le Dieu du feu luy
firent beaucoup perdre de
fon credit parmy les peuples
, l'un arriva par l'artifice
des Preftres de Canope
Dieu des Egyptiens
qui demeura victorieux du
Dieu des Perfes aprés un
GALANT. 2710
défi folemnel fait entre ces
deux Nations fur le pouvoir
de ces deux Divinitez ;
le fecond lorfque l'Empereur
Heraclius ravagea
toute la Capadoce & la
Perfe & en abolit le culte
dans plufieurs Provinces
de ce pays où il étoit
eftabli .
Paffons prefentement à
ce qui fe pratiquoit dans
les Temples de ces Dieux.
Mr Defaniere fe fert du
témoignage de Strabon ,
par lequel l'on apprend
que parmi les Orientaux
Z iiij
272 MERCURE
au milieu de ces Temples
eftoit un Autel , fur lequel
il y avoit de la cendre
pour couvrir ce feu qui
ne devoit jamais s'éteindre
, les Pyrettes leurs Mages
entroient tous les jours
dans ce Temple pour y
chanter pendant l'espace
d'une heure , ſe tenant
profternez devant ce Dieu ,
ayant en leur main un
faiffeau de verges , & fur
le tefte une thiare de laine
qui leur couvroit la plus
grande partie du viſage ;
& afin de fe rendre plus
GALANT. 273
refpectables quand ils for
toient de ces Temples ,
ils avoient coutume de
porter une branche de
laurier dans une main , &
de l'autre un flambeau allumé.
L'antiquité Romaine
nous apprend que dans
le Temple de Vefta , il
n'y avoit aucun fimulacre.
de Divinitez , que le feu
facré y eftoit confervé.
dans une Urne de terre
fufpendue en l'air , que
les Veftales veilloient jour
& nuit fucceffivement &
que le grand Pontife les
274 MERCURE
vifitoit de tems en tems .
Tous les actes des Payens
eftoient tousjours accompagnez
de lumiéres , vouloient
- ils addreffer des
voeux à quelques - uns de
leurs Dieux ou les remercier
de quelque grace ou
bienfait qu'ils croyoient
en avoir receus ; ils allumoient
une grande quantité
de lampes devant leurs
Images & fur tout devant
celles des Dieux Lares &
des Dieux Penates ; s'ils
faifoient des alliances &
des fermens ils en preGALANT.
275
noient le feu pour témoin ,
en un mot leurs foyers
eftoient regardez comme
une chofe fainte qu'ils y
faifoient préfider des Divinitez
particuliéres , ils
fe fervoient encore du feu
pour
découvrir les
coupables
quand leurs crimes.
n'eftoient pas bien averez
d'ailleurs , on les faifoit
approcher de l'Autel de ce
Dieu , on leur ordonnoit
>
enfuite de pofer la main
deffus le feu , & s'il arrivoit
qu'ils ne teſmoignafſent
aucune émotion , on
276 MERCURE
les jugeoit innocens , &
on les renvoyoit abfous.
Cette pratique pourroit
bien avoir donné lieu à
pareil ufage introduit parmy
les Chreftiens d'Occident
dans le huit & neuviéme
fiécle , à l'efgard
de l'eſpreuve du fer chaud
pour découvrir les crimi
nels . Mr Defaniere obferve
que plufieurs Divinitez
avoient befoin avant que
d'eftre admiſes au rang
des Dieux , d'eftre purifiez
par le feu , tels que les
Empereurs & autres parti
GALANT . 277
culiers pour lefquels on
faifoit des confecrations
publiques ; les Roys , les
Magiftrats , les Preftres
parmy plufieurs peuples
ne pouvoient faire les premieres
fonctions de leur
employ fans eftre auffi purifiés
par le feu , afin de
rendre leurs actions dans
la fuite plus pures & plus
juftes . C'eſt pour cela auffi
que l'on voyoit à Arſene
au milieu de l'endroit où
l'Areopage fe tenoit une
Statue de Vefta , & que
l'on plaçoit auffi dans le
278 MERCURE
Veſtibule des Palais des
Rois la Statuë de cette
Déefle afin de leurs apprendre
aux uns & aux
autres qu'elle feroit témoin
de leurs Ordonnances &
de leur conduite.
Les Payens avoient auffi
plufieurs Feftes eſtablies
en l'honneur de plufieurs
Divinitez où l'ufage des
feux & des illuminations
contribuoit à les rendre
plus auguftes & plus éclatantes.
Mr Defaniere s'eft
borné aux Egyptiens
, aux
Grecs & aux Romains , il
GALANT. 279
parcourt toutes les principales
Feftes de ces peuples,
& il fait un détail de toutes
les réjouiſſances & des
feltins qui avoient toufjours
couftume d'accompagner
ces fortes de folemnitez
.
Je ne puis rien vous dire
fur le troifiéme article .
qui regarde l'ufage des
feux & des illuminations
par rapport à la Religion ,
parmy les Chrétiens . Mr
Defaniere fe trouva borné
par l'heure & ne put achever
la lecture de ce troi
fiéme article.
280 MERCURE
INFANTERIE
devant Landau.
BATAILLONS.
Navarre
3
La Marinne
Poitou
Tallart
Dauphin
Saillans
La Chenelay
Orleans
Vermandois
Rouergue
Sourche
3
2
M m N. 2
3
2
2.2
2
2
2
2 Medoc
Provence 2
Toulouſe
GALANT. 281
Toulouſe 2
Flandres 2
Perigord
Xaintonge
I
Beaujolois
Perry
Auxerrois
Royal Baviere
Dillon
Lagervelais
Bourbon
Alface
Villars
Brendelé
Royal
Artilleric
Bombardiers
I
I
2
4
3
3
2
Total.
60 E
Juin 1713.
A a
282 MERCURE
CAVALERIE.
ESCADRONS.
Royal
Cuiraffiers
Dauphin
Chartres
Dutronc
Villeroy
Hudicourt
Bonzol
Aubuffon
Rennepont
Saint Germain
Marcillac
Saint
Pouanges
Biffon,
3
3
MMM
3.
GALANT. 283
Roye
Fontaine
Σ
Total
38
DRAGON S.
Meftre de Camp 3
Dauphin
3 Foix
Le Chevalier de Belleifle 3
Total 12
Par le Courier arrivé le
20. de ce mois la Tranchée
doit s'ouvrir le 24 .
La nouvelle Edition des
Effais & Recherches de
Mathematique & dePhyfi
A ij
284 MERCURE
que
de Mr Parent , contenant
deux anciens volumes
fort augmentez , & un
troifiéme tout nouveau , fe
vend actuellement chez
J. Nully , ruë faint Jacques,
& C. Jombert , attenant les
grands Auguftins , fix liv.
reliée en veau .
TABLE.
Avanture ou Hiftoriette
nouvelle , Les dedits , p 3
Rejoüiffances faites au sujet
de la Paix ,
Don du Roy
43 .
45
Extrait du Traité de Paix
entre la France & la
Pruffe , conclu à Utrecht
le 11. Avril ,
Nouvelles d'Angleterre , 64
Nouvelles d'Utrecht,
Nouvelles d'Espagne,
49
70
736
Nouvelles d'Allemagne,. 77
TABLE
Entrée de Milord Duc de
Shrevvfbury, Ambaſſadeur
Extraordinaire de la Reine
de la grande Bretagne, 79
Parodie de l'Enigme dont le
mot eft le fleuve ,
Enigme ,
88
92
Parodie de l'Enigme dont le
rafoir eft le mot par Madame
de L....
Enigme
95
98
La Bravoure prudente , trait
d'histoire Arabe ,
Morts ,
Dons du Roy,
100
117
Suitte du troifiéme Memoire
de la melodie , de la quinte,
TABLE
complement repliques ,
121
Extrait du Traité de Paix ,
entre la France & le Portugal
conclu à Utrecht le
186
11. Avril,
Traité conclu le 11. Avril 1
1713 .
à Utrecht entre le Roy de
France & le Duc de Savoye
, 193
Nouvelles
d'Andrinople , 204
Lettre de l'Armée , au Camp
219
de Spire le &c.
Harangue faite au Roy , &
prononcée par Monfeigneur
le Cardinal de Polignac
226
TABLE
Les Serins par Mr le M. de ..
233
Difcours de Monfieur Defa
niere fur l'ufage des feux
des illuminations dans
les Festes facrées & prophanes
, 242
Lifte des Troupes qui font
devant Landau ,
Fin de la Table.
BIBLIOTHÈQUE
"1
60 GRA
Les Farlaines "
S J
CHAN
14
OM
MERCURE
GALAN T.
JUIN 1713 .
UN!
NC
NI
N
A PARIS ,
M. DCCXIII.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALAN T.
Par le Sieur Du F ***
Mois
de fuin
1713.
Le prix eft 30.fols relié en veau ,
25. fols , broché.
A PARIS ,
&
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S.Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE , à l'entrée de la ruë
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques.
Avec Aprobation,& Privilege du Roi.
MERCURE
GALANT.
AVANTURE ,
C
ou Hiftoriette nouvelle.
-LES DEDITS.
Omme il ne faut
jurer de rien , auffi
ne doit- on jamais faire
de dédits
confiderables .
A ij Juin
1713.
4 MERCURE
La volonté des hommes
eft trop changeante, celle
des femmes l'eft encore
plus ; & de toutes les
femmes que j'ai jamais
connues , la plus fujette
à changer , c'eſt certaine
veuve , dont je vais vous
conter l'avanture .
Cette veuve étoit trésvive
dans fes defirs , &
dans les affaires qui dépendoient
de la tête elle
ne laiffoit aucun intervale
entre la volonté &
GALANT. 5
l'execution ; en moins
de rien en elle tout devenoit
paffion , juſqu'à
fes vertus en un mot
elle étoit exceffive en
tout , hors en conftance.
Un jour cette veuve
capricieuſe ſe prit d'amitié
dés la premiere
vûë pour une autre veuve
qu'elle rencontra
chez une perfonne de ſa
connoiffance. Cette feconde
veuve étoit d'une
humeur gaye , enjoüée ,
A iij
6 MERCURE
ne cherchoit qu'à ſe réjoüir
, & l'unique chagrin
qu'elle eût reffenti ,
c'étoit la mort de fon mari
, encore ne dura - t - il
gueres , & n'empêcha
pas qu'elle ne devinſt amoureuſe
d'un jeune
homme aimable. Elle en
fut paffionnément aimée
. Elle l'eût bien voulu
époufer mais elle avoit
fi peu de bien , qu'
elle n'eût pas pû le mettre
à ſon aiſe , lui qui
GALANT.
7
n'avoit rien du tout . Ils
fe plaignoient un jour
l'un à l'autre de l'injuftice
de la fortune , qui
ne leur donnoit pas feulement
de quoy contenter
leurs defirs fages &
reglez , pendant que l'autre
veuve étoit aſſez riche
pour fuivre à grands
frais fes idées les plus extravagantes
. La veuve
enjoüée , mais qui penfoit
ferieuſement au folide
, imagina un moyen
A iiij
8 MERCURE
de mettre à profit les caprices
de la riche veuve.
Puis qu'elle veut lier focieté
avec moy , dit- elle
à fon amant , il faut que
ce foit elle qui nous marie
à fes dépens. Hé comment
cela , répondit le
Cavalier ? felon le portrait
que vous m'en faites
, elle n'eft pas femme
à faire plaifir à perfonne,
que par rapport à fes
fantailies. Ceft pour cela ,
reprit la veuve , que je
1
GALANT. 9
ne ferai pas grand ſcrupule
de tirer parti de fes
caprices. Aprés avoir rêvé
un moment , la veu
ve enjoüée fit un projet,
& voici comment elle
commença
à l'executer.
Premierement
elle reçut
avec beaucoup de
froideur les avances d'amitié
que lui fit l'autre
veuve , que nous nommerons
Belife , pour cacher
fon veritable nom .
Belife donc fit à celle- ci
ΙΟ MERCURE
toutes les avances de l'amitié
la plus tendre .
L'autre veuve reçut fes
offres
d'amitié avec une
indifference , une froideur
qui eût rebuté Belife
, fi elle n'eût pas été
d'un caractere à s'animer
par les difficultez .
Elle fut d'autant plus
empreffée auprés de cette
nouvelle amie , qu’-
elle la trouva infenfible
à fes empreffemens . Enfin
pouffée à bout par
GALANT .
fon indolence affectée ,
elle la conjura de lui dire
pourquoy elle ne répondoit
point , du moins
par politeſſe , aux avances
d'amitié qu'elle lui
faifoit. C'est , lui répon
dit la veuve enjoüée ,
parce que je ne veux point
être de vos amies . L'aveu
eft brufque , lui dit
Belife. Et fincere , repartit
la veuve . Qu'avez
- vous donc trouvé
en moy , repliqua Belife,
12 MERCURE
qui puiffe m'attirer un
pareil mépris ? Loin de
vous méprifer , reprit la
veuve , c'est parce que je
vous estime trop que je
veux rompre avec vous ;
car quand je fais tant
que de m'attacher , c'eſt
pour long-temps. Fe (çai
que vous n'êtes pas capable
d'une amitié durable :
mais fupposé que vous.
vous fixaffiez pour moy ,
il me resteroit encore une
raiſon plus forte de ne me
GALANT . 13
point attacher à vous ;
c'est que vous pensez , diton,
a vous remarier , &
je ne veux point être l'amie
d'une femme mariée.
Ce difcours parut bigearre
à Belife , qui lui
dit qu'elle ne pensoit
point à fe remarier : mais.
que quand elle fe remarieroit
, elle ne compre .
noit pas que cela pût
faire obftacle à leur amitié
. C'en est un invincible
, reprit brusquement
14 MERCURE
la veuve folâtre ; eft - ce
qu'unefemme mariée peut
avoir des amies ? avec une
femme mariéeplus defocieté,
plus dejoye, fon humeur
s'aigrit,fon efprit s'émouf
fe, &fon coeur s'endurcit.
Belife protefta que ja
mais un mari ne la feroit
changer d'humeur , &
qu'elle en avoit déja fait
l'experience
.
Il m'importe , continua
l'autre , pour mon repos
feul à moy je ne veux
GALANT . 15
a
point m'atacher à unefem
me mariée ; il me faudroit
partager avec elle tous les
foins de fon ménage , j'en
aurois la tête pleine , je
ferois prefque auffi mariée
qu'elle ; elle fe prendroit à
moy des brufqueries defon
mari , & fon mari me
rendroit refponfable des
bigearreries de fa femme ;
il me faudroit être confolatrice
perpetuelle de leurs
chagrins , & juge affiduë
de leurs querelles domeftiques
; en voulant
16 MERCURE
les remettre bien l'un avec
l'autre , je me ferois
hair de tous les deux.
Cette veuve continua
ainfi en riant de faire à
l'autre un tableau fi affreux
du mariage , qu'-
elle commença à l'en dégoûter
, & lui donna en
deux ou trois jours tant
d'averfion pour les maris
, qu'elle fe voüa au
yeuvage avec tout le zele
& toute la ferveur
dont elle étoit fufceptia
ble
GALANT . 17
a
ble dans fes
nouveaux
entêtemens . La veuve
rufée feignit d'être de
moitié dans un voeu qui
devoit rendre leur amitié
durable , & propoſa
à l'autre de faire entr'elles
un dédit de trente
mille francs pour celle
qui voudroit rompre un
voeu fi prudent, Le dédit
fut refolu , & elles
choifirent pour dépofitaire
un ami
commun ,
ou plutôt un ami tout
Juin 1713 .
B
18 MERCURE
dévoué à la veuve , &
.qui ne connoiffoit
Belife
que parce que l'autre
lui en avoit ménagé la
connoiffance pour venir
à bout de fes deffeins .
Voila donc le dédit
fait & configné ; il s'agit
à prefent de le faire
payer à Belife , & pour
cela elle trouva moyen
de lui faire voir fon amant
, dont nous avons
déja parlé . C'étoit un
jeune homme aimable ,
&
t
GALANT . 19
infinuant , & capable de
faire tourner la tête à
toutes les veuves qu'il
entreprenoit. Il trouva
la riche Belife digne d'être
dupée mais il avoit
peine à fe refoudre à
tromper. Il refufa d'abord
la commiffion : mais
fon amante lui dit qu'en
un befoin elle lui permettroit
de vouloir ferieuſement
époufer Belife
; qu'il n'avoit qu'à
lui plaire dans cette in-
Bij
20 MERCURE
tention , pour ôter tout
fcrupule. Enfin , fans plus
examiner ce cas de conſcience
, il s'attacha à Belife
; il ne fut pas longtemps
fans la faire repentir
du vou qu'elle
avoit fait de ne fe point
remarier. Elle n'ofa confier
fon amour à fon amie
, jugeant bien qu'
elle feroit fans quartier
fur le dédit : mais enfin
cet amour devint fi violent
, qu'elle pria fon
GALANT . ZI
amie de vouloir bien
compoſer avec elle & la
quitter du dédit pour
moitié. L'amie rufée lui
jura que dans un autre
tems elle n'en auroit pas
rabattu une obole : mais
qu'un procés important ,
pour lequel elle avoit befoin
inceffamment de
vingt mille francs, l'obligeoitàluien
remetre dix.
On marchanda , &
l'on convint enfin que
Belife mettroit vingt
22 MERCURE
mille francs entre les
mains du dépofitaire ,
pour être remis aprés le
mariage dans celles de
l'amie ;
moyennant quoy
Belife prendroit des mefures
avec cet amant
pour le mariage. L'argent
pour le dédit fut
dépofé , fous condition
qu'on le délivreroit dans
huitaine à l'amie , aprés
lequel temps elle vouloit
les dix mille écus
entiers : ce fut la convention
.
GALANT . 23
ri-
Belife ne pouvoit avoir
aucun foupçon fur
le jeune amant : elle fçavoit
qu'il n'étoit pas
che , & ne croyoit pas
feulement qu'il connût
fon amic . Elle fe preffoit
donc de conclure dans la
huitaine preſcrite : mais
l'amant lui faifoit naître
d'un jour à l'autre des fu
jets de retardement fi
vraisemblables , qu'elle
ne pouvoit ſe défier de
lui. Enfin la huitaine é24
MERCURE
tant échuë , le Cavalier
fit paroître un obſtacle
infurmontable , qui differoit
le mariage de quelques
jours. Sur quoy l'amie
feignant d'eftre fort
preffée pour fon procés,
quitta le dédit pour les
vingt mille francs comptant
, & Belife les fit
livrer , dans la certitude
où elle étoit de fon mariage
, pour ne pas donner
les dix mille écus entiers
; & ce fut déja une
partic
GALANT.25
partie de la dot que cette
pauvre veuve deftinoit
à fon jeune amant,'
en cas qu'il ne fuft pas
obligé d'honneur à tenir
parole à Belife : mais on
efperoit qu'elle romproit
la premiere , & ce fut
pour la mettre dans fon
tort qu'on lui tendit un
fecond pancau
.
Dés que la veuve eut
touché l'argent du premier
dédit , elle ne fongea
plus qu'à en tirer
Juin 1713.
C
26 MERCURE
un fecond ; & travaillant
en apparence à preffer le
mariage de fon amie &
de fon amant , elle le retardoit
en effet. Ce procedé
n'étoit pas dans la
regle fevere des bonnes
}
mais l'amour moeurs
& la neceffité relâchent
fouvent la morale. Nos
deux amans juſtifioient
tout ceci par leur intention
; car fuppofé , difoit
l'amant , que Belife perfevere
dans fon amour ,
GALANT . 27
je ne puis en honneur
rompre avec elle , & il
faudra bien l'époufer
. Et
fi au contraire , difoit la
veuve , je fais que Belife
change la premiere ,
il est juste qu'elle paye le
dédit de fon inconstance.
Eft- ce trop exiger d'elle
, difoit l'amant , qu'un
-mois de conſtance ? 11
faut abfolument que je
faffe un voyage en Province
pour mes affaires :
fi vous venez à bout de
Cij
28 MERCURE
T
la faire changer avant
mon retour , merite -telle
que je lui facrifie l'amour
que j'ai pour vous ?
Non vraiment , répondit
la veuve ; voyons
donc fi fa conftance est à
L'épreuve du paneau que
je vais lui tendre.
Aprés qu'ils eurent digeré
leur projet , le Cavalier
alla trouver Belife
, & la fit convenir
de la neceffité de fon
voyage. Quelques jours
I
1
GALANT . 29
aprés l'amie , qui commença
d'être la confidente
de ce mariage
dit au Cavalier , en prefence
de Belife , que puis
qu'il ne pouvoit pas épouſer
avant fon départ ,
il faloit du moins qu'il
lui fignât une promeffe
de mariage , avec un dédit.
La propofition fut
goutée par Belife ; on fit
le dédit de dix mil écus ,
& le Cavalier partit réellement
pour un voyage
C iij
30 MERCURE
neceffaire ; car toute cet →
te intrigue fe traitoit
moitié franchiſe, & moitié
tromperie de la part
des amans . Le Cavalier
vouloit de bonne foy
s'engager par ce dédit à
époufer Belife , fi elle
perfiftoit dans le deffein
de recevoir fa main . C'étoit
donc ici une veritable
criſe pour nos amans
; car la jeune veuve
fe voyoit dans la neceffité
de rendre Be
*
GALANT JE
life inconftante dans un
mois , ou de lui voir
épouſer fon amant.
La jeune veuve avoit
été recherchée par ún
jeune Confeiller trés- aimable
, mais qu'elle n'avoit
jamais pû aimer.
Ce Confeiller étoit affez
mal dans fes affaires ,
pour fouhaiter de les rétablir
par un riche mariage.
Elle lui fit confidence
de tout ce qui s'étoit
paffe , & lui dit que
C iiij
32 MERCURE
s'il vouloit fonger ferieuſement
à fe faire aimer
de Belife , elle pourroit
bien la lui faire époufer.
Le Confeiller ,
dont l'amour étoit fort
ralenti , confentit à tout
ce que lui prefcrivit celle
qu'il avoit fort aimée ,
& voici le jeu qu'ils
joüerent.
Un jour la jeune veuve
parut accablée de chagrin
; & Belife lui en de ,
mandant le fujet , elle lui
GALANT. 33
dit , que quelque force
d'efprit & quelque gayeté
qu'elle cuft toujours
affecté d'avoir , elle ne
pouvoit furmonter une
forte paffion qu'elle aun
voit
encore pour
homme
dont l'indifference
la defoloit
; que
cet homme
n'avoit jamais
rien aimé vivement
, & n'étoit capable
que d'une amitié contante
qu'il avoit encore
pour elle, mais qui ne fuf
34 MERCURE
fifoit pas pour un coeur
fenfible à l'amour. Ce qui
m'afflige depuis quelques
jours continua - t - elle , c'eft:
qu'il penfe à s'établir , g
qu'il épouse une femme bigearre,
avec qui jene paurai
jamais avoir aucune
haifon ; il faudra que je
rompe avec cet ami folide.
Enfuite cette adroite
veuve fit un ſi beau portrait
du Confeiller à Belife
, qu'elle lui donna en
vie de le voir. Elle ne
GALANT . 35
l'eut pas vû deux fois ,
qu'il lui parut plus aimable
que l'abfent . Il s'attacha
à elle de meilleure a
grace que l'autre , qui
tout occupé de fon amour
pour fa veuve, n'avoit
pour Belife qu'une
politeffe forcée. En un
mot le Confeiller fut ai--
mé, & par conſequent le
Cavalier abfent fut haï ;
car la vivacité de Belife
la faifoit toûjours paffer
d'une extremité à
36 MERCURE
l'autre . La voila donc
entêtée du Confeiller ,
& fort embaraffée de
l'abſent, qui arriva juſte
ment pour le faire haïr
encore plus , en preſſant
ce mariage. Alors Belife
ne penfa plus qu'aux
moyens de s'exempter
du dédit : elle confulta
fon amie , qui feignit
d'abord de croire la chofe
impoffible. Ce jeune
homme- là , lui dit- elle, ne
s'eft attaché à vous que
GALANT . 37
&
par interêt vous jugez
bien qu'il profitera de vótre
inconftance pour gagner
dix mille écus , en se
débarafant d'un mariage
qui lui eût été à charge .
Ilm'en a fait une fois confidence
, je n'ofe pas
vous dire mes fentimens
fur la folie que vous faites
; car vous êtes trop
occupée de vos entêtemens,
vous rompriez avec moy.
Mais , continua - t - elle ,
ily a bien plus ; c'est que
38 MERCURE
depuis fon retour il m'a
paru prendre beaucoup de
plaifir à me confier fes
chagrins , & je me trompe
fort s'il n'a un peu de
goût pour moy. Oh pluſt
au Ciel , reprit vivement
Belife , pluſt au
Ciel qu'il fuft amoureux
de vous 3. ce feroit
un moyen de l'obliger à
fe dédire le premier , &
nous romprions
but à
but.
Mais , repliqua la
GALANT.
39
veuve , faites- vous, attention
qu'il n'eft pas affez
riche pour avoir veritablement
envie de vous
quitter pour moy ? que
gagneroit - il en perdant
vos dix mil écus ? Cette
converſation ne fut pas
pouffée plus loin , & la
jeune veuve fe contenta
de difpofer infenfible-
Sment: Belife à payer le
dédit avec moins de peine.
Le Confeiller redoubla
fes
empreffemens
40 MERCURE
pour elle ; & l'autre en
la preffant d'executer fa
promeffe , lui dit qu'il
croyoit être engagé
d'honneur à lui declarer
qu'il étoit amoureux de
la jeune veuve ; qu'il ne
vouloit pas la tromper
là- deffus: mais qu'en même
temps il lui declaroit
qu'il étoit tout prêt à ſigner
un contrat malgré
- cét amour. Les chofes
refterent quelque temps
dans cet état : mais enfin
Belife
GALANT 41
Belife
impatiente ſe refolut
à donner un air de
generofité à la démarche
qu'il lui faloit faire : elle
alla trouver fon amie ,
& lui dit que fi de bonne
foy elle étoit refolue
d'époufer celui qui étoit
fi paffionné pour elle ,
elle donneroit volontiers
les dix mil écus , non pas
comme un dédit , mais
comme un prefent de
noce à celle qui lui avoit
procuré la connoiffance
"Juin 1713.
D
42 MERCURE
de fon cher Confeiller.
Cette propofition ôta
tout fcrupule à nos amans
, parce qu'en effet
ces deux mariages
étant
faits , Belife fut fi contente
des procedez de
fon époux , qu'elle no
regretta
jamais les cinquante
mil francs qu'il
lui coûta pour avoir le
plaifir de fe dédire deux
fois.
GALANT.
43
Réjouiffances faites au fujer
de la paix,
Parmi les empreſſemens
des peuples à faire éclater
leur joye aux publications
qui fe font faites de la paix
dans toutes les principales
villes du Royaume , par les
actions de graces qu'ils en
ont rendues à Dieu , & par
les réjouiffances publiques
qui ont été faites , les habitans
de la ville de Chartres
fe font fort ſignalez , fur .
tout les Juges - Confuls &
Dij
44 MERCURE
Corps des Marchands
.
Le 11. de May ils affemblerent
tous les Membres
qui compofent
les Corps
de la Jurifdiction
Confulaire
, des Marchands
, &
Communautéz
de la ville!
Aprés une diſtribution d'aumônes
, qui fut faite à plus
de trois mille pauvres en
l'Eglife où fut chanté le Te
Deum par le Doyen de la
Cathedrale , enfuite duquel
ils allerent
à la place publique
, où étoit dreffe un
feu d'artifice , lequel für
allumé par le grand Juge
GALANT. 45 43
en Charge des Confuls ,
avec des frequentes acclamations
de joye , & de
voeux pour la fanté du Roy
& de toute la Famille
Royale.
DON DU ROY.
Le Roy a donné la Charge
de Grand Aumônier de
France au Cardinal de Rohan.
Le grand Aumônier de
France eft le premier des
Officiers Ecclefiaftiques
de
la Maiſon du Roy ; il eſt
46 MERCURE
confideré comme l'Evêque
de la Cour. Il eft Commandeur
de l'Ordre du
Saint Efprit dés qu'il eft
nommé à la Charge de
Grand Aumônier , & ne
ceffe point de l'être tant
qu'il en eft revêtu . C'eſt un
honneur attaché à fa dignité
par l'inftitution
de
l'Ordre en 1578. article 10. Il
fait à preſent ſerment de fi ,
delité entre les mains du
Roy , reçoit celui des Offçiers
de la Chapelle , & donne
des certificats de ceux
que font les Prelats entre
GALANT.
47
les mains de Sa Majesté étant
à l'Eglife . Il difpofe des
fonds deſtinez pour les of
frandes & aumônes , a l'in
tendance & adminiftration
des Hôpitaux des quinze
vingt aveugles de Paris , &
des huit vingt de Chartres ,
dont il donne les places, &
joüit de plufieurs autres prérogatives.
Il donnoit an
ciennement les proviſions
de la plus grande partie des
Maladeries de France , avant
leur reünion aux Hôpitaux
des lieux. Geofroy de
Pompadour eft le premier
48 MERCURE
qui a été qualifié grand Aumonier
du Roy en 1486.fous
le regne de Charles VIII .
Ses fucceffeurs en cette
Charge ont continué à
prendre la même qualité
jufqu'à Antoine Sanguin , dit
le Cardinal de Meudon, qui
en fut pourvû par le Roy
François I. en 1543. fous le titre
de grand Aumônier de
France ; ce qui a été fuivi
par tous ceux qui en ont
été revêtus aprés lui.
On a fi fouvent parlé de la Maiſon
de Soubize, qu'on renvoye le lecteur a
ce qu'on en a dit dans les Mercures
precedens.
GALANT. 49
asswas awa
On a donné dans le dernier
Mercure les Extraits des
Traitez de Paix avec l'Angleterre
& la Hollande :
Voici un Extrait de celuiqu'on
a publié entre la
France & la Pruffe , conclu
à Utrecht le 11. Avril
1713 .
Au nom de la tres- Sainte
Trinité.
Oit notoire à tous , &c.
Sque pendant le cours
Juin 1713. E
Jo MERCURE
d'une guerre longue & fanglante
, dont l'Europe a été
afl gée pendant plufieurs an
nées ; il a plû à la Divine
Providence de préparer à la
Chrétienté la fin de les maux
en confervant un ardent dé
fir de la Paix dans les coeurs
de Trés- Haut Trés - Excellent
& Trés - Puiffant Prince
LOUIS XIV. par la Grace
de Dieu , Roy de France &
de Navarre , & c. & de
Trés- Haut Trés Excellent
& Trés- Puiffant Prince
FREDERIC GUILLAUME ,
Par la Grace de Dieu , Roy
**
T
GALANT s
de Pruffe , Margrave de Bran
debourg, Archi Chambelan,
& Prince Electeur du Saint
Empire , Prince Souverain
d'Orange , &c .
ARTICE I.
Ceffation de tous Actes
d'hoftilité , & promeffes de
fe garantir reciproquement
de tout dommage , & de fe
procurer toutes fortes d'avantages.
II.
t.
Promeffe
par
le Roy de
E ij
52 MERCURE
Pruffe de retirer de bonne
foy toutes fes Troupes
tant des Pays -bas que d'ailleurs
, & de ne les faire fervir
durant la prefente guerre
contre le Roy Trés -Chrétien
, fous quelque pretexte
que ce foit , au delà du contingent
qu'il eft obligé de
fournir en qualité de membre
de
l'Empire.
III. & IV. 7
Oubli & amnistic reciproque
pour les Vaffaux & Sujcts
.
GALANT. 53
V.
Prifonniers de guerre delivrez
fans
rançon de part
& d'autre.
VI.
Continuation & execution
du Traité de Veftphalic
tant pour le fpirituel que
pour le temporel , &c.
VII.
Gueldres, Espagnoles que
E iij
34 MERCURE
poffede le Roy de Pruffe &
tous droits , &c . cedée à perpetuité
par Sa Majeſté trés-
Chrétienne , en vertu du
pouvoir qu'elle en a du Roy
Catholique , cette ceffion
avec la clauſe expreſſe
que l'Etat de la Reliligion
Catholique ſubſiſtera
dans lefdits lieux cedez tel
qu'il étoit avant leur occupation
, & fous la domination
des Roys d'Espagne
fans qu'on y puifle rien
changer.
VIII.
Le Roy de France cede
GALANT. ss
à perpetuité au Roy de
Pruffe dans le haut quartier
de Gueldres , le Pays de Keffel
, & le bailliage de Krie-
Kenbech : avec appartenances
& dépendances , &c. à
condition que l'Etat de la religion
Catholique fubfiftera
dans lefdits pays & baillage ,
& c. comme dans l'Article
ci - deffus , Sa Majesté Trés-
Chrétienne promet de faire
fournir la ratification du Roy
Catholique de cet Article &
du feptième qui le precede ,
& de la délivrer dans deux
mois .
E iiij
56 MERCURE
IX.
Le Roy Trés Chrétien reconnoistra
le Roy de Pruffe
pour fouverain de la Principauté
de Neufchâtel & Valengen
, &c. & en laiffera
jour les habitans , dans tout
le Royaume de France & desmeſmes
immunitez , privileges
, &c. dont jouiffent ceux
des autres Pays de la Suiffe ,
&c.
X.
En équivalent defdites
GALANT. 57
ceffions cy deffus le Roy de
Pruffe renonce par le prefent
Article tant pour luy que
pour les fucceffeurs & à perpetuité
, en faveur du Roy
trés-Chrétien & de fes fucceffeurs
, à tout droit fur la
Principauté
d'Orange & fur
les Seigneuries
& lieux de la
fucceffion
de Châalons
&
de Chattelbelin
, fituées on
France dans la Comté de
Bourgogne
, avec les charges
auffi bien qu'avec les émolumens
prefens & futurs fans
rien referver , & c. Et pour
plus grande validité de ladite
SS MERCURE
renonciation , le Roy de
Pruffe fe charge de fatisfaire
les heritiers du feu Prince de
Naffeau Frife au fujet de leur
prétention fur ladite principauté
& lefdits biens énoncez
cy deffus moyenant un
équivalent ; & au furplus
il fera libre au Roy de Pruffe
de revêtir du nom de Principauté
d'Orange , la partie
de Gueldres qui luy eft cedée
par le Traité fait aujourd'huy
& d'en retenir le Titre
& les Armes .
GALANT . 59
XI.
Le Roy de France & le
Roy de Pruffe confentent
que la Reine de la Grande
Bretagne qui a tant contrila
conclufion de la bué
Paix , & tous autres Potentats
ou Princes qui voudront
entrer dans de pareils enga
gemens, puiffent donner au
Roy de France & au Roy de
Pruffe leurs promeſſes & obligations
de garantie de
l'execution & obfervation
de tout le contenu du pre-
1
fent Traité .
60 MERCURE
XII.
Tous les treize Cantons
Suiffes avec tous leurs Alliez
nommément la
Principauté
de
Neufchâtel &
Valengen,
la République & Cité de
Genêve , & c. les Villes de S.
Gal & de Mulhaufen & c. les
trois lignes Grifes , dépendances
, & c. feront compris
dans le prefent Traité.
XIII.
Cette Paix ainfi concluë,
GALANT. 61
les fouffignez Ambaſſadeurs
Extraordinaires
& Plenipotentiaires
, promettent de la
faire ratifier pour fa Majefté
trés-Chrétienne & par Sa
Majefté Pruffienne , & d'en
fournir & faire échanger ict
les Actes de ratification
dans l'efpace de quatre femaines
, ou pluftolt fi faire
fe
peur.
4
En foy dequoy & pour
plus grande force , lefdits
Ambaffadeurs
Extraordinaires
& Plenipotentiaires
ont foufcrit de leurs mains
propres , le prefent Traité ,
62 MERCURE
& fait appofer leurs cachets.
Fait à Utrecht le onzième
jour d'A ril , l'an de Grace
mil fept cent treize.
Signé,
L. S. HUXELLES .
L. S. MESNAGER.
L. S. O. M. DE DONHOFF.
L. S. J. A. MARSCHALCH .
DE
BIEBERSTEIN.
Article féparé.
Le Roy de France ayant
reconnu
le Roy de Pruffe &
lui voulant bien accorder,
tous les honneurs
attachez
GALANT. 63)
à la dignité Royale , &c.
promet tant pour luy que
pour les fucceffeurs & de la
part de Philippe V. Roy
d'Eſpagne & Succeffeurs
ayant pouvoir de Sa Ma !
jefté Catholique , & c. Ils
donneront déformais à perpetuité
au Roy de Pruffe &
fucceffeurs , & c. le titre.de
Majefté , & feront rendre
à leurs Miniftres du premier
& fecond ordre les mefmes
honneurs , anciens & nouveaux,
qu'on rend aux autres
Miniftres des teftes couronnécselgál
. ab eis.l bol toq
64 MERCURE
Autre Articleféparé.
Que le Roy de Pruffe évacuera
la Ville de Rhimberg
aprés la conclufion de
la Paix prochaine del'Empire
fans préjudice des prétentions
, moyennant
liquidation
& fatisfaction à Sai
Majefté Pruffienne .
› Nouvelle
d'Angleterre.
On mande de Londres
que les difficultez formées
par les Etats de Zelande au
GALANT. 65
fujet de l'Electeur de Baviere
ont été levées, que les Communes
avoient préſenté deux
adreffes à la Reine ; l'une
pour la prier de faire remettre
devant la Chambre une
eſtimation des fommes neceffaires
pour l'entretien des
Troupes durant les fix premiers
mois de cette année ,
& l'autre pour l'Artillerie
qu'on a accordé , que le 15.
May le Chevalier Robert
Davers preſenta un projet
d'Acte pour fufpendre pendant
l'espace de deux mois ,
l'impoſt de 20. liv ſterlin pat
Juin 1713 .
F
66 MERCURE
1
ap.
tonneau de vin de France ;
que les Seigneurs avoient
prouvé le projet d'Acte de la
taxe fur les Terres ; que le
même jour on avoit fait la
plublication de la Paix entre
la France & l'Angleterre , au
bruit des Trompettes , des
Timbales, des décharges réïterées
de l'Artillerie , & aux
acclamations d'un nombre
infini de peuple. Le foir il y
eut par toute la Ville des réjoü:
flances & des feux de
joye. Que les Communes
avoient prefenté une adreffe
à la Reine pour la prier de
GALANT. 67
faire communiquer à la
Chambre le Traité fait avec
les Etats Generaux , touchant
la barriere & la garantie de
la fucceffion à la Couronne
, avec la copie des inftructions
& des ordres donnez
à ceux qui l'ont conclu . Que
le 19. la Chambre avoit refolu
d'accorder à Sa Majesté
fix cent trente fix mille huit
Scent quatre - vingt huit livres
fterlin pour l'entretien des
Troupes de terre durant les
fix premiers mois de cette
année . Que le 20. le Vi.
comte de Bullingbrok Secre-
E ij
68 MERGURE
taire d'Etat , avoit delivré
aux Seigneurs un meſſage de
la Reine qui contenoit que
fuivant la prérogative indubitable
de la Couronne , de
la Paix & la guerre , elle avoit
ratifié les Traitez de Paix &
de Commerce faits par lon
ordre avec la France , &
qu'elle avoit ordonné de les
leur communiquer.
Le 18. de May le Duc
d'Aumont donna en réjouiffance
de la Publication de la
Paix une fête magnifique à
tous les Seigneurs & Dames
de la Maifon de la Reine .
GALANT.. 69
La Comteffe de Rochester ,
Dame d'honneur de Sa Maparente
,
jefté dont elle eſt
fut priée de faire les
honneurs . Il y eut trois
tables de vingt , de trente &
quarante couverts avec
Concert & Bal ; la nuit il y
entra un tres- grand nombre
de Mafques , à qui on diſtribua
des rafraîchiffemens en
abondance ; on donna au
peuple & aux foldats du vin
& de la biere ; tout a cfté fi
bien reglé , qu'il n'y a eu aucun
defordre. On a fait dans
les Villes & les Bourgs des
70 MERCURE
Provinces de grandes réjoüiffances
, le peuple temoigne
·par tout une joye extraordi
naire.
Nouvelles d'Utrecht.
Les Lettres d'Utrecht
portent que le Duc d'Offone
avoit cu plufieurs conferences
avec les Miniftres des
Alliez , & qu'il attendoit de
jour en jour d'Angleterre
le Marquis de Monteleon
pour terminer fa negotiations
que le Baron de
Kirchner troifiéme PleniGALANT.
11
potentiare de l'Archiduc en
partit le 17. May , avec le
Secretaire de l'Ambaffade
pour aller à Duffeldorp , &
delà à Vienne , & que les bagages
du Comte de Sinzendorf
avoit dejà pris la même
route ; qu'il y avoit peu d'apparence
que la Cour de
Vienne voulut accepter les
conditions qui luy ont été
les Miniftres
1
offertes.
Obi
des Princes dont les Troupes
ont été congediées par les
Etats Generaux , avoient
prefenté des memoires pour
les faire payer des arrerages
C ..
72 MERCURE
quileur font dûs; que la pluf
part marchoient vers le Rhin
joindre l'armée de l'Empire ,
que les Etats du Pays de
Liege avoient fait fignifier à
l'Affemblée d'Utrecht , une
proteftation contre le 26°
Article du Traité de Paix
fait avec cet Etat ; par lequel
on confent qu'ils mettent
garnifon dans la Ville & le
Chasteau de Huy , & dans
la Citadelle de Liege . On
mande de Namur du 6. Juin
que les Troupes Hollan
doifes étoient entrées dans
la Ville , & dans le Chateau
le
GALANT. 73
le 29. May , & qu'en même
tems celles de France étoient
entrées dans Bethune & dans
Saint Venant , & qu'on del
voit
continuer jufqu'à l'en
tiere
évacuation des places
cedées de part & d'autre.
2 .
Nouvelles
d'Espagne.
Les Lettres de Madrid
portent qu'un Commiffaire
Portugais y étoit arrivé avec
trente mille écus en lettres
de change pour payer les
provifions qui ont efté four.
nies aux
Tronpes Portugai
P
Juin
1713 .
G
74 MERGURE
fis fur leur route en jefoutnant
par terre de Catalogne
en Portugal, Que Sa Ma
jefté avoit accordé divers Pri
vileges à des particuliers qui
ont établi à Valdemors , qui
n'eft éloigné que de quatre
lieues de Madrid , des Manufactures
de Draps fins .
On mande de Lerida, que les
Troupes des Royaumes
d'Arragon
& de Valence
s'avançerent
vers cette Ville ;
que le Duc de Popoli qui cft
nommé pour les commander
, devoit partir dans peu
avec Don Jofeph Patinno
GALANTE 75
quiétoit ci-devant Intendant
de l'armée
d'Eftremadure
On écrit de
Balaguer, que le
Marquis de Cera - Grimaldi
avoit fait entrer dans le Châ
teau d'Ager un grand con
voy, efcorté par le Colonel
Don -Dionifio Martinez de
la Urga, avec ſept Compa
gnies de Grenadiers & foixante
chevaux :
qu'enfuite le
même Colonel avoit chaffe
les Miquelets du Pont de
Montfort fur la
Noguera
Kilo Gorçana : qu'il l'avoir
fait brûler , & rafer le Fort
qui le couvroit. Les der-
Gij
76 MERCURE
nieres Lettres de Madrid
portent que le Duc de Popolien
étoit parti le 18. May
pour aller en Catalogne , où
il doit à fon arrivée trouver
toutes les Troupes affemblées
au rendez vous marqué
; celles de Barcelone
portent que le General Staremberg
étoit fort occupé à
contenir & appaifer les peuples
irritez des defordres que
commettent les Troupes Allemandes
, d'autant plus
qu'elles ne font pas payées ,
& qu'elles manquent même
de pain ; qu'il attendoit le
.
2 GALANT. 77
Vice- Amiral Jennings avec
1'Efcadre Angloife qu'il commande
, & les Baftimens de
transport , pour faire embarquer
& tranfporter en
Italie toutes les Troupes Allemandes
qui font en Catalogne
: qu'il tenoit toûjours
en arreft le Commandant
des Troupes qui campoient
aux environs de Tarragone ,
& le General Raphaël Nebot
avec quelques autres Officiers
pour leurs concuffions .
Nouvelles
d'Allemagne.
L'Archiduc continue de
G iij
78 MERCURE
faire fon féjour à Laxembourg
où l'on tient ſouvent
des Confeils , aufquels le
Prince Eugene & les autres
Miniftres afſiſtent , pour deliberer
fur les affaires prefentes.
On affure qu'il a efté
réfolu de
continuer la guerre
contre la France ; jufqu'à co
qu'elle eut accordé à cette
Cour des conditions plus avantageufes
: qu'outre les
trois Regimens qui ont ordre
de venir de Hongrie , on
fera encore venir deux autres
bataillons de Baviere : qu'on
en attend deux autres d'Italie.
GALANT. 79
Les Lettres de Vienne
du 20. May portent que le
Prince Eugene ayant pris
congé de l'Archiduc & de
l'Imperatrice Eleonor partit
le 18. pour aller commander
en chef les Armées de l'Empire
& de l'Archiduc.
Entrée de Milord : Duc de
Shrewsbury Ambaſſadeur
Extraordinaire de la Reine
de la Grande Bretagne.
Mylord Duc Shrewsbury,
Ambaffadeur Extraordi-
G iiij
80 MERCURE
naire , & Grand Chambellan
de la Maifon de la Reine de
la Grande Bretagne , fit fon
Entrée publique en cette
Ville le 11 May.
Le Maréchal d'Eftrées &
le Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaffadeurs,
furent le prendre dans
les Caroffes du Roy , à la
Raquette.
Ordre de la Marche...
Le Caroffe de l'Introducteur.
Le Garoffe du Maréchal
GALANT. 8r
d'Eftrées , precedé de fes
Ecuyers & de quatre Pages
à cheval.
Deux Couriers de la Reine
de la Grande Bretagne à
cheval.
Vingt- quatre Valets do
pieds de l'Ambaffadeur.
Son Efcuyer , & fix Pages
à cheval.
Le Caroffe du Roy, dans le
quel étoient l'Ambaſſadeur ,
le Maréchal d'Eftrées & le
Chevalier de Sainctor.
Celuy de Monfeigneur le
Duc de Berry.
Celuy de Madame la
82 MERCURE
暴
Duchefle de Berry.
Celuy de Madame.
Ceux de Monfieur le
Duc d'Orleans & de Madame
la Ducheffe d'Orleans.
Celuy de la Princeffe de
Condé.
Le Caroffe de la Ducheffe
de Bourbon.
Celuy de la Princeffe de
Conti Douairiere,
f
T
Ceux de la Princeffe de
Conti & du Prince de Conti.
Ceux du Duc du Mayne
& de la Ducheffe du Mayne
Celuy de la Ducheffe de
Vendôme.
GALANT. 83
Celuy du Comte de Touloufe.
Enfuite fuivoient les Catoffes
de l'Ambaſſadeur qui
étoient des plus magnifiques ,
fuivis de ceux de plufieuts
Seigneurs Anglois , & de
celuy du fieur Prior , Plenipotentiaire
de la Reine de la
Grande Bretagne.
Sitoft qu'il fut arrivé à
l'Hoftel des Ambaſſadeurs
Extraordinaires , il fut complimenté
de la part du Roy
par le Duc de la Tremoille,
premier Gentil -homme de la
Chambre de Sa Majeſté.
84 MERCURE
De la part de Monseigneur
le Duc de Berry par le Marquis
de Bethune premier
Gentil- homme de fa Chambre...
De la part de Madame
la Ducheffe
de Berry par le
Comte de Saumery fon premier
Maiftre d'Hoftel .
De la part de Madame ,
par le Marquis de Mortagne
fon premier Ecuyer.
8
De la part de Monfieur le
Duc d'Orleans par le Marquis
de Simianne fon premier
Gentil - homme de la
Chambre.
GALANT. 85
De la part de Madame la
Ducheffe d'Orleans
, par le
Marquis de Saint Pierre fon
premier Elcuyer.
Le 13. le Prince Charles
de Lorraine , & le Chevalier
de Sainctot , allerent pren.
dre Mylord Duc de Shrew
bury à l'Hostel des Ambal
fadeurs Extraordinaires
dans
le Caroffe du Roy , & le conduifirent
à Verſailles
à fa premiere
Audiance publique.
Il trouva à fon arrivéelles
compagnies des Gardes Françoifes
& Suiffes fous les armes
, & les Gardes de la
86 MERCURE
porte & ceux de la Prevoſté.
Il fut reçû par le Marquis
de Dreux Grand Mailtre
des Cérémonies
& par le
fieur des Granges Maistre des
Cérémonies
,
1 Les Cent - Suiffes étoient
en habit de cérémonic , la
Hallebarde à la main , & par
le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes du Corps qui
étoient en haye & fous les
armes , à la porte & en dedans
de la Salle des Gardes. I
Aprés quoy il fut conduit
aux Audiances de Monfcigneur
le Dauphin, de MonGALANT
. 87
feigneur le Duc de Berry , de
Madame la Ducheffe de Berty
, de Madame , & de Monfieur
& Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
Il fut traité
magnifiquement
avec tous les Seigneurs
& Gentils- hommes de fa
fuite, par les Officiers du
Roy, & reconduit à l'Hoſtel
des Ambaffadeurs
Extraor
dinaires par le Chevalier de
Sainctot , dans le Caroffe de
Sa Majefté.
105
88 MERCURE
5252255525222552
Parodie de l'Enigme ,
dont le mot eſt
le Fleuve.
7
Un Fleuve dansfon lit
couchefans couverture ;
Ne dort que rarement :
Sans eftre vif il eſt toujours
en mouvement :
Et n'aimant point le vin
en boit par avanture.
Malgré le Champenois
dont la lourde voiture
GALANT &
Met , pour parler figurement
,
Le dos du Fleuve à la
torture.
Le Fleuve , boit le vin
répandu par malheur,
Tel qui dans un Bateau
s'expofe à la fureur :
A deux doits de la mort
fubite
Sur
toute autre -chofe
medite ,
En luy confiant fes
Trefors.
LeFleuve changeantd'eau,
Juin 1713.
H
90 MERCURE
change vrayment de
Corps;
Il eft pourtant toûjours
le niême.
A quelque baigneuse qui
l'aime
Il prête innocement ſes
bras .
Bras de Fleuve fe dit, ne
le critiquez, pas.
Baigneufe , entrant dans
l'eau, le tein pâle &
l'oeil bas ,
Voit le brillant du Fleuve
avec indifference :
GALANT. 91
Et fans chagrin aufli foûfre
fon inconftance
.
Elle s'oppoſe à ſon penchant
:
Il la fuit , il la cherche
& même en la cherchant
Ufurpe fes faveurs mais
avec non-chalance :
Car honny foit qui inal
y penſe.
Hij
92 MERCURE
****************
ENIGM E.
Quand de
fubftance
humaine on m'a formé
le
corps,
On dit que les forciers
avec moy font bien
i forts.
Le Lougaron fait m'a
prefence :
Le Filourdy fait mon effence:
Car fans luy mon corps
abatu
GALANT . 93
N'auroit pas la haute
vertu,
Qui fait qu'avec reſpect
par fois on me contemple.
fefuis femelle au Bal , &
jefuis male auTemple.
L'économe m'enferme un
temps dansla maison,
Et me donne la vie en
m'otant de prifon.
Tant que je fuis on me
mutile ,
Excepté quand je fers la
Bas
Kille
94 MERGURE
La tefte chaude & lepied
froid,
Je fuis chauffé fort à l'étroit
Et lors qu'on me promene
avec mes cama-
·rades ,
Le timide Bourgeois a de
triftes aubades
Mais il rit bien auffi ,
dans l'endroit où nous
pent.
Celuy qui nous monte ,&
defcend
Là nous mouronsfouvent
GALANT. 95
de ce dernier fuplice ,
Pour avoir au public rendu
trop defervice.
Parodie de l'Enigme ,
dont le Rafoir eft le
mot , par Madame
de
Laun
, & c.
Le Rafé ne dit mot
&fait lefacquemard.
Pour peu que le Rafoir
fur la chair faße é
cart,
Le patient eft aufuplice ,
96 MERCURE
le baffin luy fert de car
can ,
Le Barbier met for cuir
au tan
Par moy le vieux avare
enfin fe martirife ;
·Luy- même de luy- même
il devient l'écorcheur ,
Etfur fa peau me donne
prife.
Pour frustrer de fes droits
Jon adroitgouverneur
,
Rajeuniẞant les vieux ,
Rafoir leurfait honneur:
Le vieillard frais rafé
croit
GALANT. 97
croit eftre enfon jeune
âge
Rafoir d'un aẞaffin ,
Fadis fervit la rage
Et quelque Chirurgien ,
Jen fervit par pitié
Rafoir coupant les corps
prend l'homme par le
pied
Leur fait faire laide grimace
Tant
mieux pour qui
Rafoir coule
légerement
Dans
la
route
qu'un
Rafoir trace
Juin
1713.
I
98 MERCURE
Nul ne l'arrefte impunément.
SA SASA SA SE SE SE NASE
ENIGM
E.
Je réuffisfouvent fans
éducation
A
m'élever
pourtant
maint homme oifif
s'empreſſe
Pour contenter fa paffion
On m'enchaîne dans ma
jeuneffe.
Quand d'un Compagnon,
jeune & mort
GALANT . 99
On vient à doubler ma
figure.
Malgréluyje prend mon
effort
Un vilain fans pitié me
met à la torture
Je vis & nerefpire pas
Mais je brille aprés mon
trépas
Aprés avoir brille ma
Carriere eft finie
Serviteur à la
Compagnie
Quoyque j'aye bon pied
bon oeil
I ij
100 MERCURE
Mourant d'un iraître
coup, on met au
Cerceüil.
LA BRAVOURE
prudente.
Trait d'Hftoire Arabe.
A
Bucre
Bd
Bdolema étant à la
guerre dans le Pays
Coraffan , fous le General
Rouché , Heros de
la race de Molhab. Un
brave de l'armée enneGALANT
101
mie fortit des rangs pour
défier en combat
fingulier
le plus vaillant
de
l'armée de
Rouché ; &
les deux armées
convinrent
de ceder à celuy qui
vaincroit
pour fon parti ,
un certain
poſte qui eut
faité gorger
beaucoup
de
foldats .
Ce brave dit à celuy
qui vint combatre contre
luy , dis moy eft tu le plus
vaillant homme de ton
Pays , carfi tu ne l'eftpas
I iij
102 MERCURE
je ne daigneray me battre
contre toy. Je ne ſçais fi
je le fuis , répondit l'autre,
c'eſt à toy d'en faire l'épreuve
pour me l'aprendre
, le combat fut rude
& le Coraffien
ne tua
fon homme qu'au dépens
de plufieurs bleſſures qu'il
en receut..
le
Enfuite il fit feulement
bander fes playes , & dit
qu'il s'étoit aperçû que
pied avoit manqué par
malheur à celui qu'il aGALANT.
103
voit tué , & que ne
croyant pas fa victoire
legitime il vouloit combatre
un fecond adverfaire
: tu as tort , la partie
ne fera plus égale , luy
dit quelqu'un de fon parti
, car te voila plus foible
& plus fatigué que tu
n'étois ; mais auffi reprit
le brave, n'auray- je à faire
qu'à un homme moins
redoutable , car le premier
en vaillance étoit
celui qui s'eft prefenté
I iiij
104 MERCURE
d'abord , & pour le ſe
cond , je n'ay pas beſoin
de tant de force, ce fecond
vint , & il l'abatit à fes
pieds ; mais le voyant
mort , il trouva encore
quelque raifon de fcrupule
fur la victoire , & foûttenant
qu'il ne l'avoit pas
vaincu de bon jeu ; il en
voulut voir un troifiéme.
Son General ayant apris
fes deux combats , lui
envoya dire qu'il luy defendoit
d'en tenter un
GALANT. 105
troifiéme , comment donc
répondit - il fierement ',
mon General ne m'eftime
gueres , ou bien il eſt
trembleur defon
temperament,
& ainfi il ne me
rite pas de m'avoir à ſon
Service ; aprés avoir dit
fierement ces paroles , il
demanda obſtinement un
Champion , alors Rouché
commenda à Aboudoulema
de fe preſenter pour
combatre le fier à bras ,
qui les infultoit , Abou106
MERCURE
doulema s'excufant
prudament
, Rouché en le
preffant
, lui dit fur le
champ ces vers , VOS
Ayeuls ne vous out- ils
beridonc
pas laiffe pour
tage, l'amour & le defir
de mourirpour moy , nonpas
répondit Aboudou-
Tema , carj'ay renoncé à
leur fucceffion ; cependane
reprit Rouché , je tay vû
brave en mille occafions ,
ouï répondit Aboudoulema
; mais ma vie eft
GALANT. 107
Y
pleine d'actions temeraires
, je fuis âgé & je veux
laiffer dans mes ans un
*
peu de place pour les
actions de prudence ;
mais reprit brufquement
Rouché , ceffe donc de
prétendre à la gloire &
à la paye de ton Prince ,
pour la gloire elle a déja
volé d'Orient juſqu'en
Occident , elle est deja
trop loin pour revenirfur
fespas, àl'égard de la paye
je la reçois pour combatre
108 MERCURE
mais non - pas p ur eftre
tué , ce vilain Caraffiien
ne me traitera pas mieux
qu'il a fait les autres ;
mais dit Rouché, je n'ay
rien de meilleur que vous
là luy opoſer , le voilà qui
s'impatiente , & je vais
vous ; livrer à lui malgré
vous , puifqu'ainfi eft , répondit
Aboudouſema
ilfaut partir , mais le
voyage de l'autremondeeft
grand,il mefaut pour l'entreprendre,
une bonne &
GALANT. 109
friande provifion de vins
& de vivres ; auffi - toft
Rouché chargea un Eclave
de
gafteaux , de
viandes , de fruits & de
vins exquis , enfuite Aboudoulema
fuivi des
proviſions , tira ſon épée
, marcha vers fon
ennemi , & quant il en
fut affez prés pour lui
parler , il lui dit brave
"Coraffienfçavezvous par
avanturequi eft Aboudoulema
, ouï dit le Coraffien
110 MERCURE
& fi vous l'eftes vous
eftes digne de me combatre,
je le fuis repliqua
Aboudoulema,&fi vous
me croyez digne de vous,
vous devez croire que je
ne veux point me battre
avec avantage ; vous
avez perdu vosforces en
tuant deux hommes , il
faut les réparer en bu
vant & mangeant avec
may , je crois que cela eſt
prudent , repris le Coraffien
feroce , buvons
GALANT . 111
donc enſemble enſemble avang
que
de nous égorger enfemble
,
égorger foit reprit
Abdoulema ;
mais je
veux que ma victime foit A
refaite & en bon point ,
pour mériter d'eftre immolée
par moy ; ainfi pour
repaitre en repos , je vais
feindre de fuir devant
vous , & vous me fuivre
afin de nous dérober
à la vue des deux armées
&la coupe à la main je
vous chanteray une petite
112 MERCURE
chanfon Arabe de mafaçon
: tout cela fut executé
fur le champ , & comme
Aboudoulema étoit
éloquent fur tout à table ,
il profita de quelques
plaintes que lui fit le Coraffien
fur ce que fon
General luy avoit defendu
ce troifiéme combat ;
il acheva de luy perſuader
que ce General ne meritoit
pas qu'il portât les
armes pour lui , & qu'au
contraire Rouché eftiGALANT.
113
moit tant les braves gens
& étoit fi brave lui-mefme
, qu'il meritoit un
ami comme le Coraſſien ,
enfin Aboudoulema , à
force d'eloquence & de
bon vin , piqua au jeu le
Coraffien , le mena à
Rouché au galop , Rouché
fut furpris de les voir
revenir enſemble , Aboudoulema
lui dit, Seigneur ,
voici un camarade que
j'ay gagné pour vous ,
Vous vouliez que nous
·Juin 1713:
K
14 MERCURE
nous égorgeaffions , nous
avons employé ce temps
à boire à voftre fanté,
n'avons nous pas mieux
fait ; Rouché , fans rien
répondre tira fon épée
nuë, elle étoit garnis de
pierres précieufes d'un
grand prix , il la donna
au Coraffien lui difant
fi pour avoir bien combatu
moy contre je te fait
ce prefent , juge de ceux
que je te feray quand tu
auras combatu pour moy
GALANT. 115
le Coraffien lui dit ,
Seigneur c'eft affez de
mon épée pour te ſervir ,
garde la tienne , celle
de mon General eft beaucoup
plus riche , c'eſt
celle- là que je veux gagner
, car il m'a mépriſé ;
tu as raifon , dit Rouché,
mais c'eft à faire à moy
à la luy oſter pour te la
donner ; cela dit , Rouché:
fe mit à la tefte de fon arméé
ayant à ſes coftez le
Coraffien & Aboudou-
Kij
16 MERCURE
ma , ils marcherent aux
ennemis & firent tous
trois des actions fi extraordinaires
, qu'ils gaguerent
une victoire
complette : Rouché joignit
le General , le combatit,
le bleffa, le defarma ,
& fit prefen tauCoraffien .
de l'épée qu'il defiroit.
donnala fienne à Aboudoulema
, il leur donna
deux des premieres.
places de fon armée qu'aucun
ne leur envia , ayant
GALANT. r17
été témoins de leurs hauts
faits d'armes.
MOR T S
Meffire Antoinele Févre ,
Chevalier , Seigneur de la
Malmaiſon & de Billy , Confeiller
& Doyen de la Cour
des Aydes , âgé de 80- ans
moins deux mois , mourut
le 29 May, il avoit efté reçûr
Confeiller de la Cour des
Aydes le 29 May 1656. il
avoit épousé le 30. Juillet.
1665. Dame Anne Marguerite
Auzanet dont il a laiffe
quatre enfans , fçavoir , Fran.
18 MERCURE
çoile le Févre de la Malmai
fon , Confeiller au Parle
ment , & Commiffaire aux-
Requestes du Palais ; Antoine
le Févre de la Malmaiſon reçû
Chevalier de Malte le 17.
Janvier 1688 Anne le Févre
de la Malmaiſon , Religieufe
Profeffe en l'Abbaye de Lonchamps
, & Catherine le Févre
de la Malmaiſon , veuve
de N. de Bonneüd ,, Introducteur
des Ambaffadeurs ,
dont elle a deux enfans.
Melfire Antoine Portail ,
Chevalier , Confeiller hono--
raire de la grande Chambre ,
GALANT . 119
30.
mourut le 9 Juin 1713. il é
toit Pere du Prefident Portail.
Meffire Charles Marquis
de Gaucourt , Lieutenant de
Roy en Berry , mourut le
May , laiffant d Albertine
Brigide de laBaume fa feconde
femme un fils qui lui fuccede
en fa Charge de Lieutenant
de Roy.
DONS DUROY.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Germer , Ordre de
S. Benoit , Diocéle de Beauvais
à l'Abbé Begon , Doyen
de la Rochelle.
L'Abbaye de l'Etoile , Or
120 MERCURE
dre de Citeaux , Diocéfe de
Poitiers à Don Jean Benoist.
L'Abbaye de S Sauveur ,
Ordre de S. Benoift , Dioceſe
de Chaalons fur Marne à
'Abbé de Valcroiff nt .
Le Prieuré de Veffeaux à
l'Abbé de Conflant ; grand
Vicaire de Soiffons .
L'Abbaye de Grofbois ,
Ordre de Cîteaux , Diocéfe
d'Angouleme à l'Abbé Quenel
, Aumofnier de Monfcigneur
le Duc de Berty.
L'Abbaye de Nôtre - Dame
des Anges , Ord . de S. Benoift
Diocefe de Coutance, a da
Dame de Flers..
GALANT. 128
SUITE DU III. MEMOIRE
de la Melodie.
De la Quinte , Complement
& Répliques.
6. SI l'on fait fonner en
même temps deux cordes
égales en groffeur
& en
tenfion , dont l'une ne foit
que les de l'autre , un
peu
moins
on entendra
encoreuneconfonance trésharmonieuſe
, que l'on nom.
me quinte , du nombre des
fons qu'elle comprend
comme ( UT , re , mi , fa ,
Juin 1713.
L
122 MERCURE
fol .)Les deux fons quila forment
font à la verité moins
unis entr'eux , que ceux de
l'uniffon & de l'octave, comme
on l'a dit ci - devant:mais
leur harmonie eft plus releyée
& plus piquante. On
peut donc encore affurer ,
comme des precedentes ,
que cette harmonic lui
vient de fa ritmique(2,1 , 1,2 , )
ou de fes expofans
qu , felon le befoin , quel
que chofe d'auffi parfait &
d'aufli agreable à l'efprit ne
pouvant proceder que d'u
ne cauſe trés- fimple & trés- >
144
ou
108
7:
parfaite.
fly win
GALANT 123
Le complément de la
quinte eft la quarte , parce
que leurs intervales pris de
fuite renferment tous les
fonsque l'octave comprend.
La quarte tient fon nom des
4fons qu'elle contient,comme
(fol,la,fi,ut. ) On la trou
ve en faiſant fonner en mê
me temps deux cordes égales
en longueur & en tenfion,
dót l'une n'eft que les
de l'autre , un peu moins.
Elle n'a gueres moins d'harmonic
que la quinte , étant
oüie feule ; c'eft pourquoy
on a raifon de conclure
Lij
124 MERCURE
96
T
auffi que cette perfection
lui convient de fa ritmique
( 3 , 1 , 2 , 2 , 1 , 3 ) ou de fes
expofans , par les raifons
rapportées. On peut auffi
prendre pour fes expofans
, ou , felon le befoin
Au refte la quarte s'employe
avec beaucoup de
fuccés dans la melopée ,
foit en commençant , ſoit
dans le progrés du chant
ou dans fa fin , & même
plus frequemment que les
quintes , fixtes & octaves ,
parce qu'elle eft plus aiféc
à entonner , & qu'elle eſt
moins luave que l'octave &
1
GALANT. 125
la quinte , & davantage que
les fextes.C'eft pour celaque
les Grecs & les peuples Afiatiques
en ont fait le fondement
de leur mufique ,
n'aïant pas eu de conoiſlance
de la compofition . Elle
fertà tempererla tropgrande
douceur des uniffons , des
octaves & des quintes , en
empêchant qu'elles n'affadiffent.
la
26 , Les repliques de la quinte
font la 12 , là 19 ,
dont les noms fe trouvent
toûjours , en ajoûtant continuellement
7 au nombre
Liij
126 MERCURE
S dela quinte ; leurs expofans
font ( ,, ) qui fe
forment aifément aifément avec
ceux de la quinte , com
me il eſt évident . Pour entendre
ces repliques , il faut
faire fonner à la fois deux
cordes égales en tenfion &
en groffeur , dont l'une foit
le , ou , ou de l'autre.
On connoît alors que la
douzième ne cede en rien
à la quinte , & que peut être
elle la furpaffe en douceur
, les autres allant toû
jours en diminuant de beauté
, à meſure qu'elles s'éloiGALANT
. 127
gnent de celles- ci. Et l'on
doit bien remarquer
que la
douziéme eſt encore fi nanaturelle
, que non - feulement
elle fe forme comme
d'elle- même dans les inftrumens
à vent , en ſoufflant
de plus fort en plus fort ,
ainfi que l'octave : mais mê
me on l'entend prefque
toûjours dans le fon des
grands corps mêlée avec
Toctave , ce qui nous fait
connoître que les corpsſuffifamment
longs ne ſe divilent
pas feulement en
deux & en quatre parties ,
Liiij
128 MERCURE
par la vertu de leur reffort
& par le choq de l'air : mais
encore en trois parties égales
& plus , comme on va
le voir , A l'égard des ritmiques
de ces repliques , on
voit bien que ce ne font que
des unites , fçavoir
, IH ;
IIIIII , &c.
Enfin les repliques de la
quarte font l'ii , la 18 , la 25,
qui tirent toûjours leurs
noms du nombre des fons
qu'on y conçoit , lefquels fe
trouvent en ajoûtant continuellement
7 à 4. Leurs expofans
font ,
16 32
qu'il eft
GALANT. 129
aifé de former avec ceux de
la quarte ; & pour avoir
ces repliques , il faut faire
fonner en même temps
deux cordes égales en groffeur
& tenfion , dont l'une
foir , ou ou de l'autre ,
alors on entendra de nouvelles
confonances , qui
vont continuellement en
diminuant de beauté , à mefure
qu'on s'éloigne de la
quarte. Les momens ou
temps de leurs ritmiques
font , ( 3 , 3 , 2 , 1 , 3. 3 , 1 , 2,
3 , 3 ) ( 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 1 , 2 , 3 , 3.
3, 3 , 2 , 1, 3 , 3 , 3 , 3 , 3 ) &c. I
130 MERCURE
Au refte on peut regarder
la quarte comme une confonance
neutre , de même
que l'octave , & leurs repliques
, en ce qu'elles entrent
dans toutes fortes de
paffions.
De la Tierce majeure , complement
, & repliques.
7.
Si l'on fait fonner enſemble
deux cordes égales
en groffeur & en tenſion ,
dont l'une foit les de l'au-
44
tre , un peu moins , on entendra
une confonance un
peu moins fuave que les preGALANT.
131
cedentes , c'eft à dire un
peu plus piquante , que l'on
peut aappeller aigre - douce
, & que l'on nomme tierce
majeure , à caufe qu'elle
renferme trois fons fans
demi-ton , comme ( ut , re,
mi ; fa , fol , la ) &c . d'où
l'on peut conclure que cette
douceur , que plufieurs
preferent même à celle de
quarte , ne lui vient encore
que de la perfection
de fes expofans ( .. ) On en
peut juger auffi par
la
fa ritmique
( 4,1,3,2.2 , 1,3,4 )
qui eft mediocrement va132
MERCURE
120
96
riée , fans confufion , & qui
produit un effet trés agreablé
à l'oreille . On peut pren
dre auffi pour fes- expofans
,-ou , felon l'occafion:
Son aigre- doux a fait que
l'on a été prés de sooo ans
à la recevoir pour confonance
mais il y avoit encore
d'autres raifons qui
combattoient contrielle .
que l'on verra ci- aprés . Du
refte elle a toûjours la preference
dans les paflions
vives , auffi - bien que la
quinte , & leurs repliques ,
comme on le dira en for
lieu.
GALANT. 133
Son complement eft la
fixte mineure , ainſi nommée
à caufe des fix fons
qu'elle renferme , qui contiennent
deux demi-tons ,
comme ( mi , fa , fol , la , fi ,
ut. ) Pour l'entendre il faut
faire fonner deux cordes
égales en tenſion & groffeur
, dont l'une foit prefque
les de l'au re ; alors
on a une nouvelle confo
nance moins gracieuſe que
la precedente , & pour ainſi
dire la moindre de toutes
les confonances reçûës vulgairement
, dont l'expofant
134 MERCURE
eft , comme on n'en pèut
douter par les raiſons cideffus
; & par confequent
auffi fa ritmique eft ( 5 , 3 ,
2 , 5, I , 4. 4,
-k
› 4. 4 , ¹ , S , 2 , 3 , 5 )
laquelle commence à être
confufe , comme il eft évident.
Auffi ne fait- elle pas
tant de plaiſir à l'oreille que
celle de la tierce majeure.
On peut prendre encore
pour fes expofans 90
me il eft manifefte .
com-
Au
refte cette confonance eft
une de celles qui ont été
rejettées par les anciens ,
comme on l'a dit ci- devant.
GALANT. 135
Les repliques de la tierce
majeure font la 10 , la 17,
la 24 , qui tirent toûjours ,
leurs noms du nombre de
leurs fons > comme
il eſt
aifé de le voir. On trouve
ces repliques en faiſant fonner
enſemble deux cordes
égales en tenfion & en
groffeur , dont la moindre
eft prefque ( ,, 1 ) de la
plus longue . Et on remar
que que la dixiéme eſt un
peu plus gracieufe que la
tierce majeure , la 17 eſt
encore plus douce , mais
auffi plus fade , & la 24 plusi
136
MERCURE
fade & plus confuſe. Les
rapports de ces repliques
font donc ( ,, ) par les
raiſons tant rebattues &
leurs ritmiques font par
21
conſequent ( 2,2 , 1. 1 , 2 , 2 }
(11111 ) & c. D'où l'on ne
peut douter qu'elles n'em-'
pruntent
toute leur dou-
17
ceur. A quoy il faut ajoûter
que
la eft encore fi
naturelle , qu'elle fe forme
non -feulement dans les
trompettes, & autres inftrumens
à vent , en foufflant
par degrez , de même que
l'octave , la 12 ° & la 1se : mais
même
GALANT. 137
même on l'entend encore.
曾
dans les fons des grands
corps mêlée avec ces trois
dernieres confonances . Ce
qui ne laiffe point à douter
que les grands corps ne
fe fubdivifent encore en
cinq parties égales , tant par
L'action de leur reffort, que
par la refiftance de l'air.
Au reste ces divifions naturelles
ne doivent pas être
regardées comme imagi
naires , puis qu'on les apperçoit
à la vûë même dans
les tremblemens des longues
cordes renduës, & des
Juin 1713.
M
138 MERCURE
longues tringues de fer retenuës
par un bout fous un
valet de menuifier , ou dans
un étau de ferrurier , le
refte demeurant en l'air.
Enfin il eft difficile de com- .
prendre juſqu'où a été l'entêtement
& la prévention`
des anciens , de n'avoir pas
voulu reconnoître
ces repliques
pour des confonances
, veu qu'elles ne cedent
preſque en rien à la quinte
& à la quarte , & que la 17
a même une prérogative
que la nature n'a pas accordée
à ces dernieres. C'eſt
GALANT.
139
ainfi que fouvent,pour vou
loir trop philofopher , on
gâte tout. Mais paffons outrebalonchit
Les repliques de la fixte
mineure font la 13 , la 20 ,
la 27 mineures , qui tirent
toujours leurs noms du
nombre de leurs fons . Pour
les ,
entendre il faut agiter
enſemble deux cordes éga
les en groffeur & en terf
fion , dont la plus court
foit prefque ( 1 , 2 ) de la
plus longue , & on verra
qu'elles diminuent fucceffivement
de grace ; à pro
64
A
Mij
140 MERCURE
portion qu'elles s'éloignent
de la fixte mineure , à commencer
à cette derniere.
On ne peut donc pas douter
que les expofans de
leurs vibrations ne foient
( ,, ) par les raifons rap
portées , lefquels expofans
fe tirent ailément de ;;
leurs ritmiques font ( 5 , 5 ,
;
32
S , 1 , 4 , 5, 5 , 2 , 3 , 5 · S , 3 ,
2, 5 , 5 , 4, 4, 5 , 5 , 5 ) & c.
d'où elles empruntent tout
ce qu'elles ont d'agrément ,
puiſque c'est tout ce qui
conftitue leur être. Ces con
fonances font encore de
GALANT. 149
celles qui ont été rejettées
par les anciens , & ils n'ont
pas eu en cela grand tort ,
puis qu'ils ignoroient da
compofition , & qu'elles ne
fçauroient presque entrer
dans la melopée qu'en relations.
De la Tierce mineure , complement
, repliques .
8. Si l'on fait fonner en
même temps deux cordes
égales en groffeur & en
tenfion , & dont la plus
courte foit prefque les de
la plus longue , on aura en142
MERCURE
core une confonance , qui
prend toûjours fon nom du
nombre de fes fons , com
me ( mi , fa , fol , ) & dont
le rapport des vibrations
fera par les raiſons tant
repetées , & par confequent
fa ritmique fera ( 5 , 1
1,4
2 , 3. 3 , 2 , 4 , 1 , 5 ) qui eſt
un peu moins confule que
;
celle de la fixte mineure cideffus
auffi cette confo
nance eft- elle un peu plus
gracieufe : mais elle l'eft cependant
bien moins que la
tierce majeure . On ne peut
donc auffi douter que cet
GALANT .
143
96
108
୨୦
agrément ne procede de
cette ritmique , ou , ce qui
eft le même , du rapport des
vibrations
, que T'on peut
encore exprimer ainfi (
6,144 ) felon le befoin. Au
refte cette confonance
jointe avec la tiërce majeure
( 2 ) compoſent la
quinte , ou , comme on
le voit en ( UT , mi , fol , )
& la même tierce mineure
144
14.
108
90
10
jointe avec la
quarte ,
compofent
la fixte mineure
comme
on le voit en
( MI, fol , ut. ) Cette tierce a
eu la même
infortune
que
144 MERCURE
les confonaces rejettées par
les anciens , & generalement
par tous les peuples
Orientaux.: mais elle en eft
recompenfée par le privilege
qu'elle a d'exprimer
la compaffion & la tendreffe
, en un mot les paffions
languiffantes , aufſibien
que la fexte mineure ,
& leurs repliques , comme
on le dira dans fon lieu.
Le complement de la
tierce mineure eft la fixte
majeure , qui tient-fon nom
des fix fons qu'elle renferme,
entre lefquels il ne fe
trou(
145
GALANT
.
trouve qu'un demi - ton ,
comme dans ( UT , re , mi ,
fa , fol , la. ) On forme cette
confonance en touchant
en même temps deux cordes
, dont l'une eft preſque
les de l'autre. Aprés quoy
l'on ne peut douter que le
rapport de ſes vibrations ne
foit , ou , & fa ritmique
( 3 , 2 , 1. 3. 1 , 2 , 3 , ) qui peut
aller de pair avec celles
la tierce majeure . Auffi cette
confonance ne lui cede-
-elle point en douceur ,
étant même un peu plus fade:
mais la grandeur de fon
Juin 1713.
.
N
146 MERCURE
C
intervale la rend peu pro-
96
la dif. pre à la melodie ,, par
ficulté qu'il y a de l'entonner
; ainfi elle n'y entre qu
en relation . Au refte elle
eft composée de la tierce
majeure , & de la quarte
, jointes enſemble , comme
on le voit en ( UT , fa ,
la. ) Les anciens & tous les
Orientaux n'ont donc pas
eu tant de tort de rejetter
cette belle confonance
,puis
qu'ils n'en fçavoient faire
aucun ufage , & qu'ils ne
connoiffoient pas même les
relations.. J
GALANT. 147
Les repliques de la tierce
mineure font la 10 , la 17º,
la 24 mineures , qui tirent
toutes leurs noms du nombre
des fons qu'elles renferment.
On entend ces repliques
lors qu'on fait fonner
deux cordes , dont l'une
eft ( ,, ; ) de l'autre , un
peu moins ; & on trouve
qu'elles diminuent continuellement
de beauté , à
mefure qu'elles s'éloignent
de la tierce mineure, à commencer
à celle - ci . On ne
peut pas cependant douter
que les expofans de leurs
Nij
148 MERCURE
48
5
vibrations ne foient ( 7 ,
, ) par les raifons rapportées
lefquels expofans fe
tirent aisément de ceux de
la tierce mineure ( , ) &
que leur agrément ne procede
de leurs ritmiques ( 5 ,
5,2,3 , 5 , 4 , 1 , 5. S , 1 , 4 , 5,
3 , 2 , 5 , 5 ) & c.
Enfin les repliques de la
fexte majeure ſont la 13º ,
la 20º¸ la 27º majeures , qui
tirent toûjours leurs noms
du nombre de leurs fons.
On les entend en faifant
fonner enſemble deux cordes
égales d'ailleurs en tour
GALANT . 149
ر
40 dont l'une eft ( ,, A ) de
l'autre en longueur , & on
trouve qu'elles vont toutes
en diminuant de
encore
beauté , à mesure qu'elles
s'éloignent de la fexte majeure
, à commencer à celle-
ci. Les expofans de leurs
vibrations font donc ( ,,
f ) qui fe tirent aifément de
, & leurs ritmiques font
( 3 , 3 , 3 , 1 , 2 , 3. 3 , 2 , 1 , 3 ,
3 , 3 , ) ( 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 2 , 1 ,
3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 1 , 4 , 3 , 3 , 3 , 3 ,
40
3,3 , ) & c . d'où l'on ne peut
douter qu'elles n'empruntent
ce qu'elles ont de beau-
Niij
150 MERCURE
té , puifque c'est là tout ce
qui les conftituë.
Des confonances qu'on peut
ajouter aux precedentes.
9.
Il est évident
que
les
confonances confiderées
ainfi par complemens &
repliques , fe reduiſent au
nombre de cinq fondamentales
, tant anciennes que
modernes , majeures & mineures
; fçavoir , l'uniſſon ,
l'octave , la quinte , la
tierce majeure , & la tierce
mineure ; ce qui donne
une grande facilité pour les
GALANT. Ist
retrouver toutes & les
comparer
entr'elles
. Suivant
cela l'octave
come
prend
huit confonances
en
tout , en ajoûtant
aux precedentes
la quatre
, complement
de la quinte
; la
fixte mineure
, complement
de la tierce majeure
;
& la fixte majeure
, complement
de la tierce
mineure.
Aufquelles
confonances
fi l'on ajoûte
trois
repliques
pour
chacune
( l'uniffon
excepté
) on aura
vingt- neuf confonances
en
tout : mais en même
temps
>
Niiij
152
MERCURE
on trouve plufieurs autres
rapports tirez des precedens
, ( & qu'on peut par
confequent nommer muſi-
15 I
** 1 2
18
32
୨
caux ) lefquels font auffi
fimples que plufieurs de
ceux - là . Ces rapports font
les onze fuivans , ( ; , ; ,,
DX, Y : F , H , W :, ) dont
les ritmiques égalent en
fimplicité , en fymetrie , &
en varieté plufieurs de celles
des confonances
reçûës;
ces ritmiques font ( 5 , 4 , 15
S, 3 , 2 , §. 2 , 3 , 5, 1 , 4, 5 ) ( 4 , 4 ,
1,3, 4, 22, 4,3 , 1 , 4 , 4 ) ( 2 , 2 ,
2, 2, 1. 1, 2, 2 , 2, 2) & C. ( 4,4 ,
I
GALANT .
153
4, 3, 4, 4, 4, 4 , 2. 2 , 4, 4 , 4, 1 ,
3, 4 , 4 , 4 ) &c . (5 , §‚§ , 3 , 2 , 5,
ƒ, Si 1 , 4, 5. 5 , 4 , 1 , § , § , 5 , 2, 3 ,
5 , 5 , 5 ) & c . & ( 3 , 3 , 3 , 3 , 3 ,
3 , 3 , 3 , 1 , 2 , 3 , 3 , 3. 3. 3 , 3 ,
3 , 2 , 1 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3 , 3. )
& c. Si l'on veut donc fe
donner la peine d'accoûtumer
l'oreille à ces nouveaux
intervales , comme on a
fait à la tierce , à la fexte
mineures , & à leurs repli .
ques , on aura une nouvelle
confonance dans l'octave
, dont la replique eft ,
& en tout quarante confo--
nances . On verra ci- aprés
a
154 MERCURE
d'où ces onze nouvelles
confonances font tirées ;
car elles tiennent leur origine
des diffonances , dont
on va parler incontinent ,
quoique les intervales ( ? , ? ,
,,, ) n'en retiennent
preſque rien du tout
'ne
cedant en rien aux confonances
reçûës ; ce qui pourroit
même paffer pour un
3º paradoxe en mufique.
Mais ce qui doit certainement
paffer pour un quatriéme
paradoxe en cette
fcience , c'eft que les intervales
( 1,1,4 , t , i , 7 ,
11 ->
GALANT . 155
•
} }, 5, 5, 7÷ 1, ¦ ) &c. qui
renferment
dans leurs expofans
d'autres
nombres
premiers
que ( 2 , 3 , 5 ) ſoient
des diffonances
, quoique
ces expofans
foient
auffi
fimples
, & leurs ritmiques
aufſi ſymetriſées
& auſſi variées
que les precedentes
comme
on peut le voir ici.
( 111 , & c ) ( 2 , 2 , 2 ,
2,2,2
) ( 3 , 3 , 1 , 2. 3. 2 , 1 ,
1
I. Is
3 , 3 ) ( 4 , 3 , ¹ , 4 , 2. 2 , 4 ,
1 , 3 , 4 ) & c . ( 141 ,
& c. ) ( 2 ,
2,2,2,2 ,
I.Is 2 2
, 2,2 , #
2 ) :( 3 , 3 , 3 , 2 , 1 , 3. 3. 3 , 1 , 2 ,
3 , 3 , 3 ) ( 4 , 4 , 3 , 1 , 4 , 4 a
156
MERCURE
$
**
2. 2 , 4 , 4 , 1 , 3 , 4 , 4 ) &c .
D'ailleurs
ces ritmiques
font autant de plaifir à l'oreille
, étant deftituées de
fon , que les precedentes ,
comme chacun peut l'éprouver
foy- même . D'où
peut donc venir cette difference
, qui femble renverfer
toute la theorie des fons
& des vibrations
? pour
quoy faut- il que les expofans
des confonances
ne
foient point compoſez
d'au
tres nombres
premiers
que
des trois ( 2 , 3 , 5 ? ) & quel
privilege
ont ces trois fur
GALANT.
157
tous les autres 7 , 11 , 13 , &c.
qui font en nombre infini ?
Certes ce privilege ne peut
venir que de la conformation
de nôtre organe , qui
ne peut admettre d'autres
nombres premiers que ces
trois plus fimples. De même
que ccee qquuiifait que tous
les peuples de cet ancien
continent comptent feulesment
jufqu'à dix , & non
pas jufqu'à douze, cela vient
certainement de ce que la
nature ne nous a donné que
sdix doigts , puis qu'il feroit
bien plus commode de
158 MERCURE
compter jufqu'à douze , par
exemple. Il faut donc neceffairement
rappeller ici
la ftructure de l'oreille humaine
, que nous avons expliquée
exprés affez en détail
dans le premier memoire
de nôtre Melodie ,
où nous avons remarqué
que les trois canaux ſemicirculaires
du labyrinthe
s'abouchent dans fa cavité
par cinq embouchures feulement
, & non pas par fix ,
comme ils le devroient naturellement
, fi la nature
cn'avoit rien affecté ici de
GALANT.
159
particulier , deux de ces ca.
naux ayant une embou
chure commune ; & cela
non feulement dans tous les
hommes , mais même dans
la plupart des animaux qui
ont le labyrinthe , comme
on trouve cinq doigts aux
pieds de plufieurs animaux,
de même qu'aux mains &
aux pieds de l'homme. Ce
qui fait affez connoître que
cette structure fi finguliere
n'eft point un effet ou du
hazard , ou d'aucun dérangement.
Au contraire elle
eft faite telle, pour être pro.
160 MERCURE
$
pre à recevoir les cinq branches
du nerf auditif, ſçavoir
de la partie de ce nerf
qui aprés avoir quitté la
bafe du limaçon, entre dans
la voûte , où elle fe divife.
en cinq rameaux , ( de même
que la main en cinq
doigts ) dont chacun entre
en chacune des cinq embouchures
de ces trois canaux
, pour ſe diftribuer , &
fe perdre enfuite dans leur
periofte. Il refte donc maintenant
d'expliquer comment
toutes les confonances
precedentes peuvent
帮
s'ex1
GALANT . 161
s'exprimer fur ces cinq rameaux
comme fur les cinq
cordes d'un violon , & d'où
vient qu'ils n'admettent
point d'autres intervales.
Pour entendre ceci , il faut
fe fouvenir de ce que nous
avons établi en parlant de
l'oreille , article 15 ; fçavoir ,
que quoique fes differens
chaffis ne foient en aucune
confonance prochaine avec
le fon qui les frape , ils ne
laiffent pas de trembler ,
mais d'un tremblement
forcé , & qui ne dure qu'autant
que dure le fon qui les
Juin 1713.
162 MERCURE
meut ; au lieu que quand le
chaffis exterieur a été mis
en confonance prochaine
avec le fon de dehors par
fes muſcles , il en reçoit
alors les vibrations avec facilité
, & les conferve même
aprés que le fon n'agit
plus deffus. Il en eſt de même
des cinq rameaux du
nerf auditif que je diſtingue
en premier , fecond ,
troifiéme, quatriéme & cin
quiéme , en fuppofant que
le premier par fa grandeur,
& par la nature des efprits
qu'il contient , étant dans
GALANT 163
fon état naturel , eft difpofé
à faire cinq vibrations contre
le fecond fix , auffi dans
fon état naturel ; ainfi ces
deux rameaux font naturellement
entr'eux en tier .
ce mineure que le même
premier rameau eft de mê
me avec le troifiéme , auffi
dans fon état naturel , en
tierce majeure ; c'eſt à dire
qu'il fait quatre vibrations
contre celui - ci cinq ; qu'il
eft avec le quatrième , aufſi
dans fon état naturel , en
quinte de forte qu'il fait
deux tremblemens contre
<
O ij
164 MERCURE
celui- ci trois. Enfin que le
même premier rameau eft
en octave avec le cinquié
me , ou fait un tremble
ment contre le cinquième
deux. Ce quifervira à recti
fier ce qui n'eft qu'ébauché
dans l'article 17. du memoire
cité.
Ceci étant ſuppoſé , on
voit déja comme on peut
exprimer les fons ( UT
mi , fol , ut ) fur le premier,
le troifiéme , le quatrième
& cinquiéme rameaux du
nerf auditif , puifque pour
cet effet il fuffit que l'ame
GALANTA 169
"
le
les mette chacun à l'unif
fon des vibrations de ces
quatre fons , en accelerant
ou retardant le mouvement
des efprits qu'ils contiennent.
Pour y exprimer enfuite
un fa , qui fait la quasté
avec UT , il fuffic que
premier rameau UT fe fub
divife en quatre parties égales
par le choq de l'air , afin
que trois de ces parties enfemble
en puiffent recevoir
les tremblemens . De même
le fon la s'exprimera fur
le troifiéme rameau , qui
fait mi , avec lequel il fai
166 MERCURE
auffi la quarte. Le fi s'exprimera
fur le fol , avec lequel
il fait la tierce majeure
; & pour cela il ſuffic
que le rameau fol fe fubdiviſe
en cinq parties égales
par le choq de l'air , afin
que quatre de ces parties
faffent enſemble le fi : mais
le même ſi s'exprimera encore
mieux fur le mi , quand
le la ne fonnera pas ; car
puis qu'il fait la quinte avec
le mi , il fuffira que
meau mi fe divife en trois
parties égales,afin que deux
de ces parties enſemble faſ
le ra-
#
GALANT 167
fent le fi ; au lieu
lieu que fi le
la fonnoit en même temps ,
il faudroit que le choq de
l'air pût obliger ce rameau
de fe fubdivifer
en douze
neuf
parties égales,afin que
de ces parties enſemble
rendiffent le la , & huit le
fi ; ce qui n'eft peut - être
pas fort difficile. Enfin pour
le re , il ne peut mieux s'exprimer
que fur le fol : mais
comme il eft plus bas que
ce fol , il faut pour
cet effet
que le fol lui - même def
cende à fon octave , & fe
diviſe en fix parties égales ,
168 MERCURE
afin que chaque moitiérende
le fol naturel , & que
quatre enfemble puiffent
fonner le re defiré.
Les repliques baffes s'ex.
primeront de même ſur les
mêmes filets relâchez
à propos
: mais pour les repliques
hautes
il fuffira
, que
l'air
par
du labyrinthe divife les cinq
rameaux muficaux
exemple la replique haute
du fa divifera le cinquiéme
rameau , de même que les
fa bas divife le premier,
Pour la replique du la , l'air
divifera le troifiéme rameau
GALANT 169
meau mi en 8 , afin
enfemble rendent le la , &
trois enſemble fa replique.
Pour le fi il y aura deux parties
du quatriéme rameau
fol , divifé en cinq comme
que fix
ci-deffus , qui fremiflant
enfemble rendront fa replique
. Le mi fe diviſera auffi
entrois parties égales, dont
chacune à part fonnera fi
replique , lorfque le la ne
fonnera point ; & fi le la s'y
trouve , alors le mi étant divilé
en douze , comme cideffus
, quatre rendront la
repliqu : du fi , deux fa du
Juin 1713.
P
170 MERCURE
plique , & fa triplique :
le tout felon les principes
de la divifion des cordes
expliquez ci -devant.
Des confonances composées ,
où accords.
10. A l'égard des confonances
compofées nommées
accords, comme (UT,
mi , fol , ut ) ( LA , ut , mi ,
la ) & c.je n'en traiterai point
exprés, ce fujet appartenant
plûtôt à la compofition . Je
dirai feulement qu'ayant
trouvé leurs expofans
( 4
St, 6 , 8 ) ( 10 , 12 , 15 , 20 )
GALANT. 171
&c. on pourra fe reprefenter
les ritmiques de ces accords
, en divifant d'abord
une ligne droite en quatre
parties égales , puis en cinq,
en fix , & en huit ; ou d'abord
en dix , puis en douze,
en quinze , & en vingt , &c.
Ce qui fe fait en divifant la
premiere en 120 parties égales
, & la feconde en 60 feulement
, & pour les autres à
proportion, & obfervant les
points où deux ou plus de
fons fe rencontrent à fraper
enfemble : ce que je marque
par des points ainſi
Pij
172 MERCURE
"
( 15,5 , 4, 6:16 , 533 T128 12,
3 , 5 , 10 : 6 , 4 , 5 , 15 :) ( 3 ,
1
1 , 1 , 1 : 2 , 1 , 1 , 2 & 3 : 1 , 2 2 : 3 : 1 , 2 :
·2001 , 30:41 , 29, 1, 2 $ 2,11,2,
*
193,1828251 : 38 2,1,1 ,
2 : I 2
, 1 , 1 , 3 ) & de même
pour toutes
les autresi
ritmiques
plus fimples
, ou
plus compofees
indéfini
ment
;où il faut remarquer
que quoique
ces deux - ci
paroiffent
plus compofées
!
qu'aucunes
des confonan
ces precedentes
,cependant
elles le font moins
en un
fens , en ce qu'elles
font diftinguées
en plufieurs
ritmi
GALANT. 173
ques particulieres par differentes
chûtes de coups
forts , ce qui les rend intelligibles.
De la maniere dont les bêtes
goûtent la musique.
-20 3L
1
1. Il refteroit de dire
quelque chofe fur la maniere
dont les bêtes apperçoivent
les confonances ,
puifque l'experience nous
apprend que plufieurs font
trés fenfibles a la muſique ,
comme nous nous l'avons déja
remarqué dans le premier
memoire . Or les confonan-
P iij
174 MERCURE
ces s'apperçoivent en deux
manieres : la premiere , par
le plus ou le moins d'ébran
lement qu'elles cauſent fur
les filets du nerf auditif ,
comme nous avons dit cidevant,
qu'une corde ébranlée
en meut une autre qui
eft avec elle en quelque
conſonance prochaine. La
feconde , par leur ritmique .
Mais on ne fçauroit penfer
que la ritmique des confonances
caufe en elles le plaifir
de l'harmonie , fans leur
donner en même tempsune
ame toute femblable à la
GALANT.
175
nôtre. D'ailleurs on ne remarque
point que les ritmiques
deftituées de fon leur
cauſent aucun plaifir,ni qu'-
elles en marquent aucune
dans leurs cris ou dans leurs
chants , ce qui nous doit
convaincre que leur ame
fenfitive eft purement materielle
, & qu'elle n'apperçoit
les confonances que de
la premiere maniere, & nullement
par leurs ritmiques.
aula
Des Diffonances. IT
. Il y a de deux eſpeces
de diffonances : fçavoir , les
Piiij
176 MERCURE
premieres , qu'on peut appeller
muficales , puis qu'-
elles font tirées des confo
nances reçûës ou anciennes,
& qu'elles ne font compolées
que des trois mêmes.
nombres premiers ( 2,3,5 )
qu'elles. Les autres font é
trangeres , ne pouvant être
tirées en aucune façon de
ces confonances
, parce qu'-
elles renferment d'autres
nombres premiers , comme
( 7 , 11 , 13 , &c. ) Les diffonances
muficales les plus
communes font le ton majeur
, qui eft la difference
GALANT. 177
8
de la quarte à la quinte
, comme fa fol , difference
de UT fa à UT fol ; fon
complement eft la feptiéme
mineure , fol fa; &
fes repliques la ge majeure
, la 16 majeure , la 236
majeure , dont on a fait
de nouvelles confonances :
le ton mineur , difference,
de la quinte , à la fixte
majeure , comme fol la ,
difference de UT ſol à UT
la fon complement eft la
7e moyenne , ou la fól¸
& fa replique la 9º moyenne
, qu'on a miles avec
178 MERCURE
100
la
15
15
les mêmes confonances : le
femi-ton majeur difference
de la tierce majeure , à
quarte , comme mi fa ,
difference de Ut mi à UT
fa ; fon complement eſt la
emineure fa mi , qui a
pour repliques les nouvelles
confonances
( ,, ; )
& fes repliques font la ge
mineure , la 16 mineure
, &c. le femi-ton mineur
ou dieze moderne difference
de la tierce majeure
à la tierce mineure
comme mib mi , fib fi ; fon
complement eft la 7ª cro-
I
20
GALANT. 179
que
la
matique mi mib , fi fib ,
& fes repliques font la 9
cromatique , la 16 cro
matique , la 23e cromatique
, qu'on a miſe encore
au rang des nouvelles confonances
, auffi - bien
26 fuperfluë . Outre ces
diffonances , il y a encore
les fauffes confonances
; fçavoir
, la fauffe quinte , qui
eft compofée de la quarte
, & du femi- ton majeur ,
comme fi fa , compofée de
fi mi , & de mi fa , ou en
core de deux tierces mineures
fi re , re fa , & dont le
45
180 MERCURE
128
complement eft la fauffe
quarte appellée triton { , &
les repliques la fauffe 12 ,
& c. la quinte , diminuée
d'un comma ) dont 8 font
le ton majeur ) qui eft la difference
de la fixte au ton
majeur , comme re la , en
failant UT re , ton majeur;
fon complement eft la quar
te forte d'un comma lare ,
fes repliques , & c . & la tierce
mineure foible d'un comma
, qui eft la difference
de la quarte au ton ma
jeur , comme re fa , en fai
fant toûjours UT reton ma-
32
GALANT. 181
jeur. Son complement eſtla
fixte majeure forte d'un
comma ; & leurs repli
ques font , #, &c. 7, 7, 7)
&c dont la derniere pourroit
encore dans un befoin
fervir de nouvelle confo .
nance : ou fi l'on fait UT rel
ton mineur ,alors la quintet
foible d'un comma eft fol
re , & fon complement la
quarte fortere fol : la tierce
mineure foible d'un com
ma eft fi re , & la fixte majeure
forte re fi . · rimen
Si l'on veut entendre la
diffonance , qui eft une
182 MERCURE
10
mineure foible d'un
comma , il ne faudra qu'accorder
quatre cordes d'une
viole de quarte en quarte ;
alors la première & la derniere
touchées enſemble
rendront cette 10 ° ; & fi
l'on fouhaite oüir la diffonance
, qui eft une 13º majeure
forte d'un comma
on accordera les 4 cordes
d'un violon de quinte en
quinte , & on touchera feulement
la premiere & la
derniere à la fois , qui rendront
cette 13. Au refte
toutes ces diffonances font.
>
GALANT . 183
d'autant plus dures , que
leurs expofans font plus
compofez , ou leurs ritmiques
plus confuſes ; ce qu'il
feroit trop long d'examiner
ici.Quant à la maniere dont
les diffonances s'apperçoi
vent, il faut remarquer qu'
elles fe prefentent de deux
manieres ; fçavoir , comme
fommes ou differences des
confonances ou de leurs répliques
, comme quand on
fonne à la fois les huit fons
(UT , re , mi, fa , fol , la , fi,
ut , ou bien feules ; dans le
premier cas elles font exe
184 MERCURE
primées
fur les s rameaux
du nerf auditif ; dans le fecond
chacun de leurs fons
tend à ébranler
chacun de
ces rameaux
, & ne le pou
vant tous à la fois , parce
que ces rameaux
font trop
courts pour une fi grande
divifion , on fent alors une
efpece de combat fort defagreable
, qu'on appelle diffonance
, à caufe
que
la divifion
que chaque fon à
part y produit eft auffitor
détruite par celle d'un autre.
C'est pour cela qué les
intervales qui renferment
d'auGALANTA
185
autres nombres premiers
que les muficaux 2 , 3 , S´ɔ
font
nt tous diffonanans , parce
qu'ils ne fe prefentent ja
mais de la premiere maniere
, mais feulement de la feconde,
pour laquelle le nerf
auditif n'a point de filets
convenables falará
de
de
Errata pour le commencement
ce Memoire dans le
Mercure d'Avril, M
Lopri slingumoI
M.2
ode
Page 94. ligne 16. vibrations
s'accordent
. P. 96. I.
6 trois coups , contre. P.
1:16 . confuſion
, auffi cft.
Fuin 1713.
P.98.
Q
186 MERCURE
le
P.99 1.14 . chacun par une.
P.103.19 de nombres dont .
P. 113. l . 10. de ce que
coup. P. 114. l. 6. jamais
mieux , que. P. 116. l, dern.
font ,
Extrait du Traité de Paix entre
la France & le Portug 1 , conclu
à Utrecht le 11. Avril, Ə
Article premier.
Paix perpetuelle entre S.
M.Trés Chrétienne, & S.M.
Portugaife, fucceffeurs , heritiers
, & c.Etats &fujets, & c.
Art. 2.
Oubli & amniftie entre les
fujets de part & d'autre, &c.
GALANT.
187
Art. 3.
Prifonniers de guerre mis
en liberté fans rançon not
Art. 4. llanga
Si dans les Colonies ou
autres &Domaines de leurs
Majeftez on a pris quelque
place , fort ou pofte , le tout
fera rendu au premier pof
feffeur, en l'état où on l'aura
trouvé au temps de la publication
de la paix.
Slang Art.5. & 6.195
Dans le continent deFrâne
cé & de Portugal le commerce
rétabli comme avat
la guerre , chacune des parsh
Qij
188 MERCURE
ties fe refervant la liberté de
regler les conditions du
commerce par un traité particulier
qu'on pourra faire à
ce ſujer , avec mêmes privileges
& exemptions reci
proquement accordez aux
fujets l'un de l'autre , com
me aux fiens propres 1191
7, ProArt. 7. ms ,u59H
Entrée reciproque des
vaiſſeaux de marchandife &
de guerre , comme par le
paffé , pourvû que deux-ċi
n'excedent tous enfemble le
nombre de fix,à l'égard des
ports d'une plus grando cas!
GALANT. 189
pacité , & de trois dans les
moindres
: & pour un plus
grand nombre demande-
Font une permiffion aux
Gouverneurs ouMagiſtrats,
ainfi que pour le temps du
féjour , quand leurs vaiffeaux
y auront été portez
par le gros temps ou autre
neceffité preffante , &c.
Art . 8. 9. 10. & 11..
Et pour l'union & concorde
des deux nations , Sa M.
Trés - Chrétienne fe defifte
de toutes pretentions fur les
terres duCap du Nort, entre
la riviere des Amafones &
190 MERCURE
celles de Japol , ou de Vincent
Pinſon , & en confequence
S.M. Portug.pourra
faire rebâtir les forts d'Arguais
& de Camau , ou Maf
fapa , & les autres démolis
par le traité de Liſbonne le
4.
Mars
1700
1700. & reconnoît
S. M. Trés - Chrét
que les
deux bords de la riviere
des
Amafones
,domaine
, fouveraineté
& navigation
apartiennent
au Roy de Portugal.
Art. 12.
i A l'égard du commerce
que les habitans de Cayenne
pourroient entreprendre
GALANT. 191
dans le Maragnan , & dans
l'embouchure de la riviere
des Amafones , défenſe de
part & d'autre de paffer la
riviere de Vincent Pinſon
pour negocier , acheter des
elclaves dans les terres du
Cap du Nort , & aux Portugais
d'aller commercer à
Cayenne .
Art. 13. & 14.
S.M.Trés Chrét . empêchera
qu'il n'y ait dans lefdites terres
des Miffionnaires François , & c.
en laiffant les miffions aux Mif
fionnaires Portugais.
Art. 15.
En cas de rupture entre les
François & lesPortugais ce qu'a
192
MERCURE
Dieu ne plaife, fix mois de part
& d'autre pour tranſporter les
effets.
Art. 16.07.18 & 19 67
.. Et parce que la Reine de la
Grande Bretagne offre d'être
garante de l'execution de ce
traité ,le Roy de France & celui
de Portugal acceptent cette
garantie , & que tous les Rois ,
Princes & Républiques qui vou.
dront entrer dans la mêm egarantie
, puiffent donner leurs
promeffes, obligatios , & c. Tous
les art , ci - deflus paffez entre les
Ambaffadeurs Plenipotentiaires,&
c. & ratifications données
de part & d'autre, &c . & ont figné
à Utrecht le 11. Avril 1713 .
SHuxel. LS.J.C.de Tarouca .
LS.Menag, LS.D.L.de Cunha.
GALANT. 193
TRAITE CONCLU
le 11. Avril 1713. à Utrech
entre le Roy de France &
le Duc de Savoye.
Ce Traité eft composé
de dix - neuf Articles , qui
contiennent en ſubſtance
ce qui fuit.
Les deux premiers.
Qu'il y aura une bonne
& inviolable Paix entre le
Roy Tres Chreftien & Son
Alteffe Royale de Savoye ,
leurs heritiers , fucceffeurs
& Eftats , avec ceffation de
toutes hoftilitez , & un ou-
Juin 1713 .
R
194 MERCURE
bli & amniftie de tout ce
qui s'eft paffé durant la
prefente guerre.
Le 3. & 4.
Que le Roy immediatement
aprés la ratification
du prefent Traité , reſtituëra
à Son Alteffe Royale
le Duché de Savoye , le
Comté de Nice , avec leurs
appartenances , & dependances
en l'eftat où ils fe
trouvent. Sa Majefté luy
cede de plus la Vallée de
Pragela , avec les Forts d'Exilles
& de Feneftrelles
, les
Vallées d'Oulx, de Sezane,
GALANT . 195
de Bardonache & de Chaf
teau - Dauphin , & tout ce
qui eft à l'eau pendante
des Alpes vers le Piémont :
Son Alteffe Royale cede reciproquement
à Sa Majefté
la Vallée de Barcelonete
& fes dépendances , de maniere
que les Sommets des
Alpes ferviront à l'avenir
de limites entre la France ,
le Piémont & le Comté de
Nice , & les Plaines qui
font deffus feront partagées
de mefme , felon le
cours des eaux.
Rij
196 MERCURE
Le 5. Article .
Qu'il eft dit que comme
ila efté convenu entre leurs
Majeſtez Tres- Chreftienne
& Catholique d'une
part , & Sa Majefté Britannique
de l'autre, que le Roy
Catholique ayant cedé à
Son Alteffe Royale le Royaume
de Sicile & les Illes
qui en dépendent , Sa Majefté
Tres Chreftienne
confent & veut que cette
ceffion faffe partie du prefent
Traité, & promet pour
elle & fes fucceffeurs de ne
s'oppoſer ny faire aucune
-
GALANT . 197
chofe contraire à ladite ceffion
, promettant toute aide
& fecours pour ſon exécution
, & pour maintenir
envers & contre tous Son
Alteffe Royale en poffeffion
de ce Royaume .
Article 6 .
Que le Roy confent que
la declaration du Roy d'Ef
pagne , qui au défaut de
fes defcendants , affure la
fucceffion de la Couronne
d'Eſpagne & des Indes à
Son Alteffe Royale & aux
Princes de Savoye , ainfi
- qu'à leurs defcendants mâ-
R iij
198 MERCURE
ge ,
les , nez en legitime Mariafoit
tenu pour une partie
effentielle de ce Traité,
conformément à l'Acte
fait par le Roy d'Efpagne
les . Novembre 1712. à celuy
des Eftats ou Cortés du
7. Novembre 1712. & aux
renonciations de Monfcigneur
le Duc de Berry &
de Monfieur le Duc d'Or-
Novemleans
des 19. & 24 .
bre 1712. promettant
d'employer
fes forces
envers
&
contre
tous , pour l'exécu
tion de cet article.
GALANT . 199
Article 7.
Qu'il a efté convenu que
les ceffions faites par le feu
Empereur Leopold à Son
AlteffeRoyale
dans le Traité
fait entre eux le 8. Novembre
1703. de la partie
du Duché de Montferrat
que poffedoit le feu Duc de
Mantouë , des Provinces
d'Alexandrie & de Valence
, avec toutes les terres
entre le Po & le Tanaro ,
de la Lomelline , de la Vallée
de Sefia , du droit ou
exercice de droit fur les
Fiefs des Langhes , & le
R iiij
200 MERCURE
Vigevanafque ou fon équi
valent , refteront dans leur
force & vigueur , & auront
leur effet , fans que Son ALteffe
Royale y puiffe eftre
troublée , mefme par les
prétendants au Duché de
Montferrat,lefquels feront
indemnifez conformé.
ment audit Traité du 8.
Novembre 1703. promettant
d'employer conjointement
avec la Reine de la
Grande Bretagne , fes offices
& fes forces pour le
maintien & la garantie du
contenu au prefent Arti
GALANT . 201
cle comme auffi :: que la
Sentence Arbitrale du 27 .
Janvier 1712. demeurera
dans fa force & vigueur , &
que dans fix mois , les mefures
feront prifes par l'Arbitrage
des Puiffances garantes
du Traité de 1703 .
pour le payement des
creances de Son Alteffe
Royale.
Article 8.
Que Son Alteffe pourra
fortifier fes frontieres &
les lieux qui luy ont efté
cedez de part & d'autre.
202 MERCURE
Article 9 .
Que fa prétention que
le Prince de Monacho doit
prendre inveftiture d'elle
pour les Fiefs de Menton
& de Roccabruna , fera reglée
dans fix mois par l'Arbitrage
de leurs Majeſtez
Tres- Chreftienne & Britannique.
Les dix autres Articles
concernent le reftabliffement
du Commerce & des
droits comme ils eftoient
au temps du Duc Charles .
Emmanuel: la liberté à Son
Alteffe de vendre les biens,
GALANT . 203
terres & effets qu'elle a en
France : la main levée de
ce qui a efté confifqué de
part & d'autre à l'occafion
de la guerre , à la reſerve
des jugements legitimement
rendus . Ce que les
fujets de part & d'autre ont
fourni , leur fera payé. Les
prifonniers de guerre &
autres feront mis en liberté.
Les quatre derniers ne
contiennent que les formalitez
ordinaires des
Traitez , & ne meritent
point un Sommaire.
204 MERCURE
NOUVELLES
d'Andrinople.
LEs Lettres d'Andrinople
portent que le grand
Vifir a efté deposé , & que
le Capitan Bacha avoit efté
mis en fa place : que le Seraskier
de Bender avoit
auffi efté déposé , & que
le Kan des Tartares eftoit
arrivé à Andrinople , où il
avoit efté bien receu ; que
le Roy de Suede avoit eu
une longue conference
avec le Sultan , qui faifoit
punir rigoureufement tous
GALANT, 205
ceux qui avoient eu part
à l'infulte faite à ce Prince
, & que l'on continuoit
de travailler aux préparatifs
de la guerre contre les
Mofcovites. Qu'on avoit
appris par des Lettres de
Podolie qu'un détachement
des Troupes du Palatin
de Kiovie commandé
par le fieur Valikowf
Ki , avoit enlevé un parti
de cavalerie Polonoife , &
qu'un corps de Tartares
avoit furpris prés de Bafilow
en Ukraine , une gar
de avancée des Mofcovi206
MERCURE
tes dont une partie avoit
efté tuée , & le refte emmené
priſonnier.
Celles de Conftantinople
affurent les changements
arrivez à la Porte
Ottomane par la dépofition
du grand Vifir & d'autres
principaux Officiers ,
& la Relegation du Kan
des Tartares à l'lfle de
Rhodes. Elles portent auſſi
que ces changements ont
efté faits fur le foupçon
d'une confpiration pour
déposer le GrandSeigneur;
que les queues de Cheval
GALANT . 207
eftoient toujours expofées.
prés d'Andrinople , où l'armée
eftoit campée , que
les Troupes y arrivoient de
tous coftez , & qu'on employoit
un grand nombre
de Baſtiments pour tranſporter
des vivres & des
munitions par la Mer noire
à Afaf & aux autres Places
, ce qui donnoit lieu de
croire que le Grand Seigneur
eftoit tousjours dans
la refolution de faire la
guerre aux Moſcovites ,
que les Ambaffadeurs du
Czar eftoient tousjours au
208 MERCURE
fept Tours enfermez ; mais
que les oftages avoient eu
quelques conferences avec
les Miniftres ; que le Roy
de Suede eftoit encore au
Serrail de Haffan Bacha
près d'Andrinople , traité
magnifiquement par ordre
du Sultan , & qu'il n'y
avoit encore rien de certain
fur fon départ.
Les dernieres Lettres
d'Andrinople portent que
le nouveau grand Vifir
Ibrahim avoit efté déposé
& eftranglé , qu'on efperoit
qu'Yuph Bacha , qui
a
GALANT. 209
ge
a desja poffedé cette Charferoit
mis en fa place ,
& qu'il avoit eſté refolu de
faire conduire le Roy de
Suede dans fes Eftats par
la Pologne , avec une puiffante
eſcorte , qui auroit
ordre de n'exercer aucune
hoftilité contre les Mofcovites
, jufqu'à ce qu'on cuft
veu quel fuccez auroient
les negociations qu'on eftoit
fur le point de renouër
avec eux.
Les Lettres de Hambourg
du 23. May portent
que le Roy de Dannemarc
Juin 1713.
S
210 MERCURE
s'eſtant defifté de fes prétentions
fur Tonningen
le Traité avoit efté figné le
16. par les Commiffaires
des deux parties , & approuvé
à Tonningen par
le Comte de Steinbock.
Ce Traité eft composé de
plufieurs Articles , fçavoir:
Que l'armée Suedoife ,
reduite à fix mille hommes
, & environ deux mille
malades , fe rendroit prifonniere
de guerre pour
eftre efchangée avec les
prifonniers des Princes
Confederez , & le furplus
GALANT . 211
1
obligé à payer rançon conformément
au cartel .
Que tous les Generaux
& hauts Officiers conferveront
armes & bagages
les archives , la caiffe militaire
, & tout ce qui en dépend
fans eftre vifitez .
Que les Officiers fubalternes
& les foldats auront
feulement leurs épées ,
leurs bagages & leurs hardes.
Que les canons , les armes
à feu , les chevaux des
Cavaliers , des Dragons
& ceux de l'artillerie , avec
S ij
212 MERCURE
les Drapeaux , Eftendarts ,
Timbales & Tambours
feront remis aux Confederez.
Que l'évacuation de la
place commencera trois
jours aprés la fignature du
Traité , & fera achevée
dans huit jours.
Que les Troupes ſeront
conduites vers Kiell , Ec-
Kenford , &c. d'où elles ne
pourront eftre tranfportées
qu'en Suede , fe fourniffant
à leurs dépens de
vivres & de Baftimens auf
quels le Roy de Danne-
*
GALANT. 213
marc fournira des paffeports
, & une eſcorte de
trois Fregates fitoft que les
troupes auront effé eſchangées
& leur rançon payée.
Que les Prifonniers faits
fur les Confederez , feront
retenus , ainſi que les Deferteurs
qui obtiendront
leur pardon en rentrant
dans leurs Regiments
;
qu'on ne pourra obliger
aucun foldat ou autre des
Troupes Suedoiſes , à prendre
parti dans celles des
Confederés.
Que les Troupes man
214 MERCURE
cheront tousjours & fejourneront
le quatrième
jour , & qu'on fournira des
chariots à ceux qui tomberont
malades .
Que les malades qui font
à Tonningen ,feront tranfportez
au pays voiſin , où
ils feront traitez à leurs
dépens , &c .
Que la ville de Tonningen
fera remiſe au Prince
adminiftrateur de Holſtein
Gottorp.
Que le Roy de Dannemarc
retiendra le Duché
de Slefwick jufques à la
GALANT. 215
conclufion de la Paix .
Que Sa Majesté Danoiſe
ne fera pas bombarder
Tonningen cette année
, qu'elle s'oblige d'exécuter
ce Traité en tous fes
points , & d'y faire confentir
les Chefs des armées de
fes Alliez .
La principale raifon qui
a engagé le Comte de
Steinbock à accepter ce
Traité avec les Confede
rez , eft qu'il manquoit de
vivres , & ne voyoit aucune
apparence de fecours,
Il fe rendit le 20. May avec
216 MERCURE
quelques - uns de ſes principaux
Officiers au camp
des Confederez , où le Roy
de Dannemare eftoit . Il
baifa la main à Sa Majesté
& mit à fes pieds fon épée
qu'elle luy rendit fur le
champ , & le retint à difner
avec les Generaux des
Confederez
, aprés quoy
il retourna à Tonningen
pour faire executer le Trai
té. Le 24. Tonningen &
les retranchements furent
entierement évacuez . Les
Troupes ont efté diftribuées
en quartier dans le
Duché
GALANT . 217
Duché de Slefwich , elles
confiftent en cinq cens
quatre - vingt neuf Officiers.
Six mille fix cens quatrevingt
douze Cavaliers &
Fantaffins , & deux mille
-cinq cens quatre - vingt
cinq malades. Ils ont laiffé
aux Confederez douze petites
pieces de canon de
bronze de trois livres de
bale , & fix de fer , foixante
trois eftendarts , foixante
fept drapeaux , huit paires
de timbales avec leurs
trompettes & tambours.
Fuin 1713 .
T
* 218 MERCURE
La plufpart feront efchangez
contre les Priſonniers
qui font entre les mains
des Suedois , & le reſte fuivant
le cartel fera mis en
liberté pour la fomme de
quarante mille écus. On
écrit que les Mofcovites &
les Saxons ont commencé
à fe mettre en marche vers
la Pomeranic.
GALANT. 219
4
LETTRE DE L'ARMÉE
au Camp de Spire le s . de
Juin 17.13 . au C. de L.
par &c.
L'armée du Roy vient
d'executer un projet bien
difficile , & dont l'utilité
ſera grande ; il ne pouvoit
reüffie que par une extréme
diligence & un profond
fecret ; & pour y parvenir
Monfieur le Marefchal
de Villars ayant refpandu
dans tout le
pays
qui eft entre Haguena
& Lauterbourg les troupes
Tij
220 MERCURE
qu'il a trouvées en Alſace ,
a donné fes ordres de maniere
que dans la meſme
nuit l'armée s'eft affemblée
,formée en marchant,
& tel bataillon a fait feize
lieues en vingt heures.Cette
diligence prodigieufe a
tellement furpris les Ennemis
,, qquuee la tefte de l'armée
compofée de vingtdeux
Efcadrons & cent
cinquante fix Bataillons &
millegrenadiers commandez
par Mr le Comte de
Broglio , Mr de Montpou
Marefchal de Camp , &
GALANT. 221
Mr de Chaſtenet Brigadiers
; & arrivez fur la digue
de Philifbourg à onze
heures du foir , cela a occupé
toutes les troupes de
l'Empereur eftant campées
fous Philifbourg , où
le Prince Eugene eſt arrivé
le vingt-quatre du mois
paffé. Mr le Marefchal
partit de Strasbourg le trois
à neuf heures du matin ,
vint en pofte auFort Louis.
Il avoit fait trouver Mr le
Chevalier d'Asfelds avec
un corps de Cavalerie
d'Infanterie & du canon à
T iij
222 MERCURE
la tefte de l'Ile de Selingue
. Mr le Marefchal
fe promena jufqu'à l'entrée
de la nuit fur le che
min de Raftat , & on n'oublia
rien de tout ce qui
pouvoit perfuader aux Ennemis
que l'on vouloit
marcher à leurs lignes
d'Eftinguen.
Dès le mefme foir Mr
le Marefchal s'en alla en
poſte à Lauterbourg , fe
mit à la tefte des troupes
avec les Comtes du Bourg,
de faint Fremont , Albergoti
, Vivans , Coigny ,
GALANT . 228
22
Montperoux , & le Marquis
de Broglio , de Guerchoir
Marefchaux de
Camp , & l'on marcha
tousjours fans faire d'autre
alte qu'une de trois heures.
Les foldats fouſtenants
avec un courage furprenant
une fatigue auffi violente
, Mr le Marefchal les
confolant en marchant
leur difant que l'on ne pouvoit
reüffir que par de telles
peines. L'on ne peut.
affez louer leurs refponfes
& leur bonne volonté ; il
eft vray qu'ils fe font un
;
Tiiij
224 MERCURE
peu defalterez ce matin le
pays eftant plein de vin ,
ils l'ont bien merité , il feroit
difficile de leur en faire
diftribuer par ordre , & un
petit defordre de quelques
heures eft pardonnable
dans de certaines occafions
. Voila l'armée du
Roy dans le milieu du
Palatinat & des Electorats
de Treves & de Mayence
en eftat de faire le fiege de
Landau , & dans une abondance
de fourrage , qui
fourniroit à quatre cens
Eſcadrons pendant toute
GALANT . 225
la Campagne fi on veut
les envoyer dans ce pays ,
l'armée des Ennemis eftant
affemblée dès le vingt qua
tre , & ils avoient près de
cent Escadrons plus que
nous. Mr le Marefchal
ayant préferé la diligence
au nombre de troupes , &
n'ayant que foixante Efde
Vivans a amenées .
Mr
cadrons. Il n'eft arrivé des
troupes de l'armée de la
Mofelle que celles que
226 MERCURE
HARANGUE
faite au Roy , & prononcée
par Monfeigneur le Cardinal
DE POLIGNAC ,
députéde l'Académie Françoife
, au fujet de la Paix ,
le 17.Juin 1713.
L'Académie Françoile
ne parut jamais avec tant
de joye aux pieds de Voftre
Majefté qu'elle fait en
ce jour , conduite par fon
zele ordinaire , & l'intereſt
fingulier qu'elle prend à la
Paix . Les Mufes dans tous
les temps ont aimé le repos
GALANT . 227
& la tranquillité. Si quelquefois
elles chantent les
combats pour celebrer la
vertu des Heros , bien- toft
aprés elles deplorent le tumulte
des armes qui fait
languir les beaux arts . Mais
quand la Paix revient ſur
la terre avec tout l'éclat &
tous les avantages de la Vitoire
, c'eft alors qu'elles
font au comble de leurs defirs
. Qui l'auroit cru , SIRE?
qu'après neuf ans de malheurs
où jufqu'à la Nature
tout fembloit avoir conjuré
voftre perte,vous deuf228
MERCURE
fiez en fortir plus glorieux ,
& reftablir dans vos Estats
le calme qu'on leur avoit
fi long temps refusé , conferver
vos plus belles conqueftes
, affermir des Couronnes
fur la tefte de vos
Enfants en donner meſme
à vos Alliez effet prodigieux
de courage & d'une
prudence dont l'Antiquité
ne nous avoit point laiffé ,
d'exemple ; il nous l'avoit
bien promis le Dieu de juftice
& de mifericorde qu'il
abbaifferoit le fuperbe , &
qu'il éleveroit l'humble de
GALANT. 229
L
coeur. Nous l'avons veu
tout d'un coup faire fucceder
le jour le plus brillant
à la nuit la plus tenebreufe
, changer les coeurs qu'il
tenoit en fa main , les foumettre
par degrez aux loix
de la raiſon , rejetter ceux
qui vouloient la guerre , &
confondre leurs vains projers
pendant que Voltre
Majefté tousjours attenti
ve mais inebranlable , foutenoit
avec fermeté les
épreuves de la Providence,
& nebreflechiffoit fur les
maux que pour les reparer,
230 MERCURE
plus feconde en reffources
que la fortune en difgraces
, preft à s'expofer aux
plus grands perils pluftoft
que de s'abandonner à de
foibles confeils , & ne cherchant
le retour de fes anciennes
profperitez que
pour hafter le foulagement
de fes peuples.
Qu'il me foit permis de
reveler aujourd'huy les miracles
de voſtre fageffe &
de voſtre
magnanimité
dont j'ay eu le bonheur.
d'eftre témoin , & de voir
infenfiblement
croistre &
GALANT. 231
meurir les fruits précieux.
Eh ne faut - il pas qu'un fi
fameux évenement foit
tranſmis par nous à la poſ
terité ! Superieur aux forces
de l'éloquence , aux ornemens
de la Poëfie , au
moins il paffera dans la
fimplicité de l'hiftoire jul
qu'à vos Defcendants pour
leur fervir de modele , &
pour leur apprendre l'uſage
qu'on doit faire des adverfitez
& des fuccez ; car
c'eft ainfi que vous avez
confommé ce grand ouvrage
, les Princes de l'Eu232
MERCURE
rope deſabuſez par voſtre
conftance
, ramenez par
voftre bonne foy , defarmez
par voftrc moderation
, ceffent enfin de vous
combattre.Ils ne l'auroient
jamais entrepris fi la grandeur
de votre puiffance
leur avoit laiffé connoiftre
& goufter toutes vos vertus
; quelques -uns ont encore
peine à fe rendre ,
mais on les verra bientoft
revenir de leurs enchantements
& tous ceux qui
n'ont admiré jufques icy
V.M.qu'avec crainte l'admireront
GALANT. 233
mireront deformais comme
nous avec amour.
LES SERINS.
par Mr le M. de……….
LAffé des amoureux
commerces
Où tous mes defirs eftoient
vains ,
J'avois donné dans les Serins
,
Mais je n'ay pas moins de
traverſes ,
Et je ne fçay quels font
mes plus cruels chagrins
Dans mes infortunes diverſes.
Juin 1713.
V
234 MERCURE
Tout fembloit refpondre à
mes voeux
Tous mes Serins avoient
des oeufs ,
J'attendois de petits une
heureuſe abondance ,
Mais helas ainſi qu'en !
amour
Je me flattois d'une vaine
eſperance.
Quelques- uns n'ont point
veu le jour ,
Et les autres font morts au
point de leur naiſſance ;
D'autres par un plus rude
fort ,
Bien beuvants , bien menGALANT.
235
geants , drus comme pere
& mere ,
N'ont pû s'exempter de la
mort ,
Et c'eft ce qui me defefpere.
Helas ! qui pourroit fupporter
La rigueur d'un fort ſi contraire
?
Je vois d'un feul coup emporter
Une famille toute entiere
Sans fçavoir qui peut me
l'ofter.
Ma douleur eftoit fans égale
Vij
236 MERCURE
Quandje voyois cette troupe
voler
D'un bout à l'autre de ma
falle ,
Et commencer à gazoüiller
,
Des autres j'oubliois la difgrace
fatale.
Ce qui redouble mes cha
grins ,
Dans de fi funeftes outrages
C'eft de voir femblables :
Serins
De l'heureux Licidas remplir
toutes les cages ..
Helas ! ce qui détruit les
GALANT. 237
miens
Ne porte aucune atteinte
aux fiens ;
Ils viennent tous au gré de
fon envie :
On diroit à les voir qu'il
leur foufle la vie.
Voila mon fort fur les oiſeaux
;
C'est ainsi qu'en amour je
voyois mes rivaux
Heureux & contents dans
leurt chaifnes ,
Lorfque je reffentois
les
plus cruelles peines.
Quand je vois du fameux
Damon
238 MERCURE
Les vollieres prefque defertes
;
Je devrois trouver dans fes
pertes
Quelque
fujet de conlolation
,
Il en fait tousjours de nou.
velles ,
Et quand je perds des Serins
gris ,
Je vois perir fes blancs ,
fes blonds , fes ifabelles ,
Dont la rareté fait le
prix .
Mais par un long appren.
tiffage ,
Damon dans les Serins
GALANT . 239
préfumant tout fçavoir ,
Fait & rompt chaque mariage
,
Selon que dans fa tefte il
fe forme l'espoir
De reüffir dans ce concubinage.
Les oifeaux veulent fe
pourvoir ,
Il faut
que
l'amour les engage
,
Autrement comme nous
ils font mauvais ménage,
S'il tafchoit moins d'en
plus avoir ,
Il en auroit peut- eftre da
vantage ,
240 MERCURE
Je laiffe aux miens les tendres
foins ,
Ils fçavent mieux fe fatisfaire
,
Et je ne touche à leur voliere
Que pour leur donner
leurs befoins.
Dans mes malheurs que
faut- il faire ?
·
Trouverai je Iris moins
fevere ?
Retournerai -fous fes loix ?
Non fon coeur à mes voeux
fera tousjours contraire ,
Je ne l'ay veu que trop d
fois .
de
Poursuivons
GALANT. 241
Pourfuivons noftre deftinée
,
Il ne faut pas dans un commencement
Se rebuter d'une mauvaiſe
année ,
Dans la fuite j'auray plus
de contentement ;
Mais quand rien ne devroit
reſpondre à mon envie
J'aimerois encor mieux
me voir toute ma vie
Malheureux oifeleur que
malheureux amanti
Juin 1713.
X
242 MERCURE
Monfieur Defaniere fit
l'ouverture de l'Académie
Royale des Medailles &
Infcriptions , comme nous
l'avons annoncé dans le
1
Mercure précedent, par un
Difcours fort curieux fur
l'usage des feux & des illuminations
dans les Festes facrées
& prophanes.
9
Il fit voir d'abord que
cet uſage a efté ſi ſolemnel
dans l'antiquité , qu'il s'eft
confervé fi religieuſement
parmi toutes les Nations ,
& qu'il en eft parlé ſi ſouvent
dans les Auteurs faGALANT
. 243
dire
crez & prophanes , tant
Hiftoriens , Poëtes , qu'Orateurs
, que l'on
l'on peut
que c'eft un des points qui
merite le plus les recherches
des Sçavants . Cette
matiere n'avoit point encore
efté traittée à fond ,
& elle eftoit fi eftenduë &
fi vafte, qu'il eftoit comme
impoffible de l'épuiſer , &
tjes-difficile de bien ranger
le grand nombre de faits
qu'elle comprend.
Pour y mettre quelque
ordre Monfieur Defaniere
a divisé fon difcours fur ce
X ij
144 MERCURE
fujer en deux parties. La
premiere comprend les
faits qui regardent l'ufage
des feux & des illuminations
par rapport à la Religion
& la feconde , ce
mefme ufage en tant qu'il
eft employé dans les rejoüiffances
publiques &
particulieres . Mais comme
le temps ne luy permit pas
de faire la lecture de cette
dernière partie , il ſe borná
feulement à la premiere
qu'il divifa en trois articles.
Le premier regardoit l'u
fage que les Juifs en ont
GALANT . 249
fait pour le culte du veritable
Dieu , ufage que Dieu
avoit non feulement orainfi
didonné
, mais pour
re confacré
luy meſme.
Le fecond
traitoit
des
abus que les Payens en ont
fait pour honorer
les faux.
Dieux.
Le troifiéme enfin eftoit
employé à examiner flufage
que les Chreftiens
ont pu faire du feu & des
illuminations dans leurs
feftes & dans leurs ceremonies
a fait & fait enco
re partie de leur culte re-
1 :
X iij
246 MERCURE
Mr Defaniere commence
l'article des Juifs par
une reflexion generale avant
d'en venir aux preuves
particulieres . Il remarque
que Dieu fuivant les
divines Ecritures, avoit fait
un choix particulier du
feu pour eftre le ſymbole
de les principaux attributs
; que par une bonté
finguliere pour ce peuple ,
il avoit employé le feu
pour luy donner quelque
legere idée de fon adorable
Divinité par des fignes
qui luy fuffent proportionGALANT
247
nez. Mais il fallut encore
que les recompenfes & les
chaftiments en fuffent infeparables.
Faut- il s'eftonner
après cela fi le feu chez
ce peuple tenoit le premier
rang dans les plus auguftes
ceremonies de leur Religion
, fi leurs facrifices &
leurs feftes en recevoient
tout leur éclat & leur peri
fection , & fi unfi précieux
gage eftoit fi religieufement
confervé dans leur
Temple ?
Mais pour faire voir une
efpece de confecration
X iiij
248 MERCURE
plus particuliere de cet
élement , il fit voir que
Dieu s'eft repreſenté plu
fieurs fois luy mefme fous
la forme du feu , les exemples
que les Livres facrez
Juy ont fourni pour prouver
fa propofition , l'ont
porté à en eftablir une autre
tirée neceffairement de
la premiere , qu'il ne faut
pas aprés cela s'eftonner
que
le culte fouverain de
Dieu fe foit fait par le feu :
il trouve également de
quoy eftablir cette derniere
propofition dans pluGALANT
. 249
fieurs endroits de l'Ecriture
où l'on voit le culte
que Dieu veut qu'il luy foit
rendu par les facrifices &
les holocauftes . Le feu fur
tout faifoit l'accompliffement
& la perfection de
fes facrifices par la confomption
qui s'y faifoit de
certaines parties des victi
mes ou de toute la victime
dans le facrifice de
l'holocaufte, lequel à caufe
de cela eftoit confideré
comme le plus excellent.
Mr Defaniere fit voir enfuite
que Dieu s'eft ſervidu
250 MERCURE
les
feu pour marquer que
facrifices luy eftoient agréables
, en faifant tomber
le feu du Ciel fur la
victime pour la confumer.
Il allegue l'exemple
du facrifice d'Abel , celuy
fait pour la confecration
d'Aaron , celuy de Gedeon ,
de David , de Salomon ,
d'Helie , & celuy de Nehemie
, ll fit remarquer
fi le feu eftoit un fymbole
fi defirable aux adorateurs
de la Divinité, qu'il
n'eftoit pas moins formidable
aux tranfgreffeurs
que
GALANT . 251
de la loy divine ; que fi
la bonté de ce fouverain
maiſtre du monde fe manifeftoit
ainfi , ſa vengeance
n'en éclattoit pas moins
contre ceux qui estoient
rebelles à fes ordres. Les
preuves qu'il tire de l'Ecriture
pour appuyer ce qu'il
avance dans cet endroit ,
font affez voir que le feu
eft l'inftrument le plus or
dinaire dont Dieu s'eft fervi
pour la punition des impies
& des infidelles , &
que c'eſt par le feu qu'il
punit & qu'il punira ceux
252 MERCURE
qu'il a condamnez par la
juſtice à eftre tourmentez
éternellement pour leurs
crimes. Après avoir fait
voir l'ufage que Dieu a fait
de cet élement à l'égard,
des hommes , Mr Defaniere
paffe à l'ufage que les ,
hommes en ont fait pour
honorer Dieu
Chez les Juifs la plus
grande marque d'adoration
du Dieu fouverain
eftoit le feu continuel qu'-
on entretenoit fur l'Autel
& dont le foin eftoit commis
aux Preftres , & qui
GALANT. 253
eftoit tellement lié avec le
Sacerdoce du Grand Pref
tre, qu'il s'efteignit dés que
Jafon fe fut emparé de cette
dignité par de mauvaifes
voyes. Il s'eftoit conſervé
auparavant tousjours
allumé & fans alteration ,
caché dans un endroit du
Temple pendant les foixante
& dix années de la
captivité de Babylone . Il
ne fut efteint précisément
que dans le temps de l'extinction
du Sacerdoce
, prérogative
qui fait connoiftre
que le principal culte
254 MERCURE
exterieur de Dieu , confiftoit
dans ce feu facré.
Mr Defanïere n'a garde
de paffer fous filence les
feftes particulieres desJuifs
dans lesquelles les illuminations
faifoient tousjours
la principale partie de leurs
devotions & de leurs réjoüiffances
, non feulement
par rapport aux facrifices
qui avoient coutume d'y
eftre offerts , & que le feu
confumoit , mais encore
par rapport aux differentes
illuminations
qu'on y adjouftoit
pour rendre ces
GALANT. 255
feftes plus auguftes.
Il y avoit la feſte appellée
accenfio lucernarum à caufe
de la quantité des lampes
qu'on allumoit en ce
jour ; la fefte appellée combuftio
vulpium , en laquelle
en brufloit des renards en
memoire de l'hiftoire de
Sanfon , & generalement
la fin de toutes leurs grandes
folemnitez , eftoit accompagnée
de feux & d'illuminations
en figne de
réj üiffance ; au contraire
les jours de jeûne , c'eſt à
dire , dans lefquels ils fai256
MERCURE
foient memoire de quelques
évenemens funeftes
à leur Nation , eftoient lugubres
& tenebreux ; ils
faifoient mefme un jeûne
particulier le 18. du mois
d'Ab à caufe que la lampe
de la branche occidentale
du chandelier d'or qui eftoit
dans le Temple , fut
efteinte fous le regne du
Roy Akas , regardant cet
accident comme un malheur
confiderable qui alloit
porter un grand préjudice
au culte qu'ils rendoient
à Dieu .
A
GALANT , 257
A l'égard du fecond
article qui regarde l'ufage
des feux & des illuminations
parmy les Payens.
Mr Defaniere prouva fort
folidement que cet ufage
a efté un des points les plus
effentiels de leur Religion ,
il allegue l'Auteur du Livre
de la Sageffe pour faire
voir que ces peuples abandonnez
à leurs égaremens
fe porterent à rendre un
culte fouverain à cet éle
ment ; ils luy drefferent des
Autels , luy firent conf
truire des Temples , luy
Juin 1713 .
Y
258 MERCURE
inftituerent des Sacrifices,
& luy eftablirent des Pref
tres. S. Auguftin cherchant
les motifs de ce culte
parmy les Nations en
foupçonne deux principaux
, le premier , la connoiffance
que ces peuples
avoient que plufieurs victimes
avoient ofté confumez
par un feu defcendu
du Ciel , ce qui les portoit
à croire que ce ne
pouvoit eftre qu'un Dieu
caché fous cette forme legere
, l'autre motif , l'experience
qu'ils avoient du
GALANT 259 .
mouvement continuel du
feu qui monte tousjours
en haut , ils s'imaginoient
peut eftre que le feu eft
une portion de la Divinité
qui eft auCiel vers laquelle
il tend à fe réunir en enlevant
avec foi les victi.
mes delà vient qu'ils
eftoient perfuadez
que
plus il avoit paru d'activi.
té & de clarté dans les
facrifices , plus la victime
eftoit receue favorablement
. Mais Ciceron four
nit une raiſon plus plauſi
ble , lorfqu'il dit que la
;
Y ij
260 MERCURE
neceffité & l'utilité ont
porté les hommes à qualifier
du nom de Dieu les
chofes qui leur eftoient
d'un plus grand fecours &
dont ils avoient le plus de
befoin , c'eft auffi ce qui
les engagea à avoir pour
le feu ce mefme efgard &
à le confiderer comme un
veritable Dieu .
Le Soleil d'abord , fut
F'objet de leurs adorations ,
& peu de tems aprés le
feu qui en eftoit une éma,
nation felon leur Theolo
gie , merita qu'on lui renGALANT.
161
dift le mefme honneur.
Les Egyptiens furent les
premiers qui lui rendirent
le culte fouverain , & toutes
les nations les ont fuivies
fur cette croyance.
L'on apprend par les Auteurs
facrez & prophanes,
que ce culte eftoit répandu
generalement parmy
les Chaldéens , les Affyriens
, les Medes , les Babyloniens
, les Perfest, les
Lybiens , les Grecs , les
Romains , les Germains
& parmy les Celtes. Mr
Defaniere fit obferver que
264 MERCURE
durée de leurs Empires, I
y avoit des Preftres deftinez
uniquement à cette
fonction ; les Chaldéens
les Affyriens , les Medes ,
les Babyloniens & les Perfes
, commettoient ce foin
à des Mages nommez à
caufe de cela Pyrettes .
Parmi les Grecs la confervation
du feu facré eftoit
confiée à des Veuves , &
chez les Romains à des
Vierges que l'on appelloit
Veftales . L'on avoit attaché
à ce miniftere des prérogatives
fiugulieres & excellentes
,
GALANT. 265
cellentes ; mais auffi la negligence
de ceux qui en
faifoient les fonctions eftoit
punie avec la derniere
rigueur. Quand il arrivoit
par malheur que ce feu
s'efteignoit , il n'eftoit pas
permis de le rallumer avec
du feu ordinaire , on fe fervoit
des rayons du Soleil
que l'on réuniffoit avec un
inftrumét qui formoit une
cavité triangulaire , qui par
fa forme raffembloit les
rayons au point de fon centre
, afin de leur donner la
force d'enflammer la ma-
"
•
Juin 17130
Ꮓ
266 MERCURE
tiere fur laquelle on dirigeoit
ce foyer de rayons.
Le Temple baftien l'honneur
de Veſta par Numa
Pompilius , n'eftoit pas
le
feul à Rome où l'on confervoit
un feu facré , l'on
en confervoit encore dans
les Temples des Dieux anciens
. Le feu eftant reconnu
pour une Divinité parmy
toutes les Nations , on
luy offroit par une confequence
neceffaire des facrifices
, mais les victimes
n'estoient pas les meſmes
par tout. Les uns fe fervoiét
GALANT. 267
d'animaux , & les autres de
victimes humaines ; on ne
les égorgeoit point , mais
on les affommoit à grands
coups de maffuë de bois,
Ces facrifices fe faifoient
toujours avec grande ceremonie
& grandes dépenfes
, les Preftres en tiroient
ordinairement quantité de
préfages ; fi leurs divinations
ou augures fe prenoient
du cofté de la fumée
qu'ils y obfervoient ,
ils les appelloient
Capromanties
, s'ils les tiroient
du feu mefme ils les nom-
Z ij
268 MERCURE
moient Pyromanties . 11
n'eftoit pas permis de fe.
fervir d'autre feu pour confumer
la victime que de ce
feu facré , celuy qui auroit
efté affez hardy pour vouloir
l'efteindre avec de
l'eau , auroit paffé dans l'efprit
du peuple pour un
athée , & auroit cfté puni
fur le champ .
L'entrée des Temples où
l'on confervoit le feu facré
eftoit fermé pendant la
nuit à tout le monde , &
pendant le jour les hommes
avoient liberté feule,
.
GALANT . 269 .
ment d'entrer dans celuy
auquel les Preftres eftoient
prépofez , & les femmes
dans celuy dont les Pref
treffes avoient la garde .
de toucher ou regarder ce
feu paffoit pour un facrilege,
il en coufta la privation
de la veuë à Metellus
pour l'avoir voulu fauver
de l'embrafement duTemple
de Veſta ; c'est ce qui
a porté plufieursNations à
ne point fe fervir du feu
pour bruler les corps des
morts . Diofcoride rappor
te qu'un certain Perfan
1
Z iij
270 MERCURE
nommé Euphrates deffendit
par cette raifon de bruler
fon corps aprés fa mort,
dans la crainte où il étoit,
que fon attouchement ne
caufaft quelque foüilleure
à une chofe fi fainte & fi
reſpectable .
Deux accidens fâcheux
pour le Dieu du feu luy
firent beaucoup perdre de
fon credit parmy les peuples
, l'un arriva par l'artifice
des Preftres de Canope
Dieu des Egyptiens
qui demeura victorieux du
Dieu des Perfes aprés un
GALANT. 2710
défi folemnel fait entre ces
deux Nations fur le pouvoir
de ces deux Divinitez ;
le fecond lorfque l'Empereur
Heraclius ravagea
toute la Capadoce & la
Perfe & en abolit le culte
dans plufieurs Provinces
de ce pays où il étoit
eftabli .
Paffons prefentement à
ce qui fe pratiquoit dans
les Temples de ces Dieux.
Mr Defaniere fe fert du
témoignage de Strabon ,
par lequel l'on apprend
que parmi les Orientaux
Z iiij
272 MERCURE
au milieu de ces Temples
eftoit un Autel , fur lequel
il y avoit de la cendre
pour couvrir ce feu qui
ne devoit jamais s'éteindre
, les Pyrettes leurs Mages
entroient tous les jours
dans ce Temple pour y
chanter pendant l'espace
d'une heure , ſe tenant
profternez devant ce Dieu ,
ayant en leur main un
faiffeau de verges , & fur
le tefte une thiare de laine
qui leur couvroit la plus
grande partie du viſage ;
& afin de fe rendre plus
GALANT. 273
refpectables quand ils for
toient de ces Temples ,
ils avoient coutume de
porter une branche de
laurier dans une main , &
de l'autre un flambeau allumé.
L'antiquité Romaine
nous apprend que dans
le Temple de Vefta , il
n'y avoit aucun fimulacre.
de Divinitez , que le feu
facré y eftoit confervé.
dans une Urne de terre
fufpendue en l'air , que
les Veftales veilloient jour
& nuit fucceffivement &
que le grand Pontife les
274 MERCURE
vifitoit de tems en tems .
Tous les actes des Payens
eftoient tousjours accompagnez
de lumiéres , vouloient
- ils addreffer des
voeux à quelques - uns de
leurs Dieux ou les remercier
de quelque grace ou
bienfait qu'ils croyoient
en avoir receus ; ils allumoient
une grande quantité
de lampes devant leurs
Images & fur tout devant
celles des Dieux Lares &
des Dieux Penates ; s'ils
faifoient des alliances &
des fermens ils en preGALANT.
275
noient le feu pour témoin ,
en un mot leurs foyers
eftoient regardez comme
une chofe fainte qu'ils y
faifoient préfider des Divinitez
particuliéres , ils
fe fervoient encore du feu
pour
découvrir les
coupables
quand leurs crimes.
n'eftoient pas bien averez
d'ailleurs , on les faifoit
approcher de l'Autel de ce
Dieu , on leur ordonnoit
>
enfuite de pofer la main
deffus le feu , & s'il arrivoit
qu'ils ne teſmoignafſent
aucune émotion , on
276 MERCURE
les jugeoit innocens , &
on les renvoyoit abfous.
Cette pratique pourroit
bien avoir donné lieu à
pareil ufage introduit parmy
les Chreftiens d'Occident
dans le huit & neuviéme
fiécle , à l'efgard
de l'eſpreuve du fer chaud
pour découvrir les crimi
nels . Mr Defaniere obferve
que plufieurs Divinitez
avoient befoin avant que
d'eftre admiſes au rang
des Dieux , d'eftre purifiez
par le feu , tels que les
Empereurs & autres parti
GALANT . 277
culiers pour lefquels on
faifoit des confecrations
publiques ; les Roys , les
Magiftrats , les Preftres
parmy plufieurs peuples
ne pouvoient faire les premieres
fonctions de leur
employ fans eftre auffi purifiés
par le feu , afin de
rendre leurs actions dans
la fuite plus pures & plus
juftes . C'eſt pour cela auffi
que l'on voyoit à Arſene
au milieu de l'endroit où
l'Areopage fe tenoit une
Statue de Vefta , & que
l'on plaçoit auffi dans le
278 MERCURE
Veſtibule des Palais des
Rois la Statuë de cette
Déefle afin de leurs apprendre
aux uns & aux
autres qu'elle feroit témoin
de leurs Ordonnances &
de leur conduite.
Les Payens avoient auffi
plufieurs Feftes eſtablies
en l'honneur de plufieurs
Divinitez où l'ufage des
feux & des illuminations
contribuoit à les rendre
plus auguftes & plus éclatantes.
Mr Defaniere s'eft
borné aux Egyptiens
, aux
Grecs & aux Romains , il
GALANT. 279
parcourt toutes les principales
Feftes de ces peuples,
& il fait un détail de toutes
les réjouiſſances & des
feltins qui avoient toufjours
couftume d'accompagner
ces fortes de folemnitez
.
Je ne puis rien vous dire
fur le troifiéme article .
qui regarde l'ufage des
feux & des illuminations
par rapport à la Religion ,
parmy les Chrétiens . Mr
Defaniere fe trouva borné
par l'heure & ne put achever
la lecture de ce troi
fiéme article.
280 MERCURE
INFANTERIE
devant Landau.
BATAILLONS.
Navarre
3
La Marinne
Poitou
Tallart
Dauphin
Saillans
La Chenelay
Orleans
Vermandois
Rouergue
Sourche
3
2
M m N. 2
3
2
2.2
2
2
2
2 Medoc
Provence 2
Toulouſe
GALANT. 281
Toulouſe 2
Flandres 2
Perigord
Xaintonge
I
Beaujolois
Perry
Auxerrois
Royal Baviere
Dillon
Lagervelais
Bourbon
Alface
Villars
Brendelé
Royal
Artilleric
Bombardiers
I
I
2
4
3
3
2
Total.
60 E
Juin 1713.
A a
282 MERCURE
CAVALERIE.
ESCADRONS.
Royal
Cuiraffiers
Dauphin
Chartres
Dutronc
Villeroy
Hudicourt
Bonzol
Aubuffon
Rennepont
Saint Germain
Marcillac
Saint
Pouanges
Biffon,
3
3
MMM
3.
GALANT. 283
Roye
Fontaine
Σ
Total
38
DRAGON S.
Meftre de Camp 3
Dauphin
3 Foix
Le Chevalier de Belleifle 3
Total 12
Par le Courier arrivé le
20. de ce mois la Tranchée
doit s'ouvrir le 24 .
La nouvelle Edition des
Effais & Recherches de
Mathematique & dePhyfi
A ij
284 MERCURE
que
de Mr Parent , contenant
deux anciens volumes
fort augmentez , & un
troifiéme tout nouveau , fe
vend actuellement chez
J. Nully , ruë faint Jacques,
& C. Jombert , attenant les
grands Auguftins , fix liv.
reliée en veau .
TABLE.
Avanture ou Hiftoriette
nouvelle , Les dedits , p 3
Rejoüiffances faites au sujet
de la Paix ,
Don du Roy
43 .
45
Extrait du Traité de Paix
entre la France & la
Pruffe , conclu à Utrecht
le 11. Avril ,
Nouvelles d'Angleterre , 64
Nouvelles d'Utrecht,
Nouvelles d'Espagne,
49
70
736
Nouvelles d'Allemagne,. 77
TABLE
Entrée de Milord Duc de
Shrevvfbury, Ambaſſadeur
Extraordinaire de la Reine
de la grande Bretagne, 79
Parodie de l'Enigme dont le
mot eft le fleuve ,
Enigme ,
88
92
Parodie de l'Enigme dont le
rafoir eft le mot par Madame
de L....
Enigme
95
98
La Bravoure prudente , trait
d'histoire Arabe ,
Morts ,
Dons du Roy,
100
117
Suitte du troifiéme Memoire
de la melodie , de la quinte,
TABLE
complement repliques ,
121
Extrait du Traité de Paix ,
entre la France & le Portugal
conclu à Utrecht le
186
11. Avril,
Traité conclu le 11. Avril 1
1713 .
à Utrecht entre le Roy de
France & le Duc de Savoye
, 193
Nouvelles
d'Andrinople , 204
Lettre de l'Armée , au Camp
219
de Spire le &c.
Harangue faite au Roy , &
prononcée par Monfeigneur
le Cardinal de Polignac
226
TABLE
Les Serins par Mr le M. de ..
233
Difcours de Monfieur Defa
niere fur l'ufage des feux
des illuminations dans
les Festes facrées & prophanes
, 242
Lifte des Troupes qui font
devant Landau ,
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères