→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1713, 01
Taille
6.93 Mo
Format
Nombre de pages
307
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
GALAN T.
JANVIER
17
THEQUE
www
NI
N
LYON
A PARIS ,
M. DCCXIIL
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALANT .
Par le Sieur Du F **
Mois
de Fanvier
1713.
Le prix eft 30. fols relié en veau , &
25. fols , broché .
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE , à l'entrée de la rue
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques.
Avec Approbation,& Privilege du Roi.
DE
LA
VILLE
MERCURE
01
GALANT
LYON
7893
Relation de la bataille de Ga
debufch , gagnée par les
Suedois fur les Danois &
Saxons le 20. Dec. 1712 .
E Maréchal Comte
des Steenbock
voyant les Danois
s'approcher de plus en plus
Janv. 1713.
A ij
4
MERCURE
pour ſe joindre aux Saxons
& Mofcovites , & ceux - ci
faifant auffi tout ce qu'ils
pouvoient pour avancer
cette jonction , & enfermer
enfuite les Suedois entierement
, il décampa de Sivan
le 15. Decembre
; pour
mieux couvrir fes derrieres
& fes flancs pendant la marche
, il fit rompre tous les
ponts fur la Varnes & prés
de Rostock : aprés quoy
l'armée dirigea fa marche
fans starrêter la nuit , par
une infinité de marais , de
chemins creux & de défis
TA
GALANT
lez , tout droit vers les Danois
campez prés de Ga
debufch .
Le 19. elle arriva à un dé
filé trés- difficile nommé
Vlenftrug ; & comme on
croyoit que les Danois en
difputeroient le paffage , le
Lieutenant Colonel Levenhaupt
fut commandé avec
trois cent chevaux , pour
foûtenir l'avant- garde , qui
étoit compofée de deux regimens
de dragons de
Stromfelt & de Marfcha?
lek. Ceux- ci furent fuivis
du Major Taube , avec deux,
A iij
6 MERCURE
cent pionniers du Lieutenant
Colonel Bohm , avec
cinq cent grenadiers du
Lieutenant Colonel Cronftedt
, avec huit pieces
de canon. Aprés marcha
le General Major Schomers
avec trois bataillons
Allemans commandez par
les Colonels Jegez & Sivanlod.
Enfuite le refte de
l'armée fur cinq colonnes ,
deux de cavalerie , deux
*
d'infanterie , & l'artillerie
avec les bagages au milieu .
Mais le Lieutenant ge
neral Ducker , qui com-
Bu A
GALANT
7
mandoit l'avant - garde ,
ayant fait fçavoir que l'ennemi
, au lieu de défendre
ce défilé , fe retiroit avec
precipitation , l'on continua
la marche , & on s'approcha
d'une demi - lieuë
plus prés de l'ennemi , jufqu'aux
endroits nommez
Grothen & Lutkenbiztz ,
où , à caufe de la nuit qui
furvint , l'armée fut obligée
de faire alte & de fe repofer.
Par des efpions & lettres
interceptées l'on apprit
que les Saxons étoient en
pleine marche avec huit
A iiij
8 MERCURE
mille chevaux , foit pour fe
joindre aux Danois , foir
pour inquieter nos derrieres
; auffi la nuit les Danois
tirerent trois coups de canon
: mais fans s'alarmer le
foldat paffa la nuit fur les
armes.
Le 20. à la pointe du jour ,
le Colonel Baffevitz fut envoyé
avec deux cent che
vaux pour reconnoître le
camp des ennemis , & l'ar
mée le fuivit fur cinq colonnes
comme le jour precedent.
Ledit Colonel tomp
ba fur une des gardes avan
GALANT.
*
cées de l'ennemi , qui ſe
retira. Il rapporta que les
Danois étoient poftez fur
une hauteur derriere un marais
, leur gauche appuyée
fur la riviere de Gadebufch ,
& la droite fur une forêt.
Monfieur le Maréchal de
Stenbock , bien qu'incommodé
d'une espece de ne
phretique depuis quinze
jours , monta à cheval pour
voir lui - même la difpofition
des ennemis , & les
trouva fi avantageufement
poſtez , qu'il n'y avoit pas.
moyen d'en approcher ni
30 MERCURE
par la droite , ni par la
gauche.: il n'y avoit qu'une
petite ouverture de la largeur
de mille pas environ ,
par laquelle feule on pouvoit
aller à eux en défilant
vis-à-vis le milieu de leur
ligne. Le bord de la forêt
& l'extremité de la droite
de l'ennemi étoient fi bien
garnis de moufqueterie ,
Loûtenue de cavalerie, qu'il
étoit impoffible de percer
par là . Cela obligea M. le
Maréchal de faire com
mencer fur le midi par une
canonade de douze pieces,
GALANT.
durant laquelle l'armée s'a
vançoit encore davantage ;
& Monfieur le Maréchal
fit les difpofitions fuivantes.
Le Lieutenant Colonel
Cronstedt & le Major Stiernhof,
Officiers d'artillerie ,
eurent ordre de marcher
les premiers avec trente
pieces de canon , lefquel
les , par une invention du
dit Lieutenant Colonel , tiroient
en chemin faiſant
d'une viteffe incroyable.
L'artillerie fut foûtenue par
un bataillon d'Eckeblad
12 MERCURE
commandé par le Colonel
Jeger , fuivi de fix bataillons
du centre de nôtre premiere
ligne ; à fçavoir ,
Un d'Eckeblad .
Un de Schultz,
Un de Nercke.
>
Un de Vvermeland , &
deux de Veſmanlan , commandez
par les Majors Generaux
Schomers , de la
Gardie , Satkul & Eckeblad
; & à la tête des bataillons
les Colonels fuivans .
Adlerfeltz , Falckemberg ,
le Lieutenant Colonel Groning
, les Majors Uſedom ,
GALANT,
13
Staren , Flycht , & Brunian,
Enfuite fix autres bataillons
de la droite , deux d'Ef
fiborg, & d'Oft goths , Licutenant
Colonel , Lillie , &
les Majors Spalding & Modée
. De la gauche deux bataillons
Vveftgoths
, & un
d'Alecarle , Colonel Palm
felt ,
Lieutenant Colonel
Mentzer , Majors Didron
&
Levenhaupt. De plus ,
nos flancs du côté du bois
& de la
cavalerie de la gau,
che des
ennemis ,
furent
couverts chacun par une
colonne la
droite par le
;
14 MERCURE
&
regiment de Sudermanne
,
Colonel Schlipenbachk
,
& un bataillon d'Oftgoths ,
Lieutenant
Colonel Stier
nerantz : la gauche par un
bataillon d'Alecarle , Lieutenant
Colonel Fucks
deux bataillons Helfingues
,
Colonel Horn , Lieutenant
Colonel Bohm . Toutes ces
troupes eurent ordre de s'érendre
à droite & à gauche
au fortir de la trouée , &
de former une ligne en
marchant .
La cavalerie de la droite
marchoit fous les ordres des
GALANT
Majors Generaux Marskalek
& Mellin , compofée
des dragons de Stromfelt
& Levenftern , Lieutenans
Colonels Plat & Buchet ,
& les Majors Bremer &
Valdaw , des Vveftgoths
cavalerie , Colonels Vvolfiat
& Frolich , Lieutenant
Colonel Keuler , & Major
Lageverantz , de la cavalerie
de Bremen , Colonel
Ferfen , Lieutenant Colonel
Tettenborn , & Major
Kula , & des dragons de
Baffevitz , Golonel Baffevitzi
, & Lieutenant Colonel
Revehel.
16 MERCURE
La gauche des Majors
Generaux Afchenberg &
Marderfelt , les dragons de
Marefchalk, Colonel Marf
kalek , Lieutenant Colonel
Levenhaupt , & Major
Briel ; le regiment d'Afchenberg,
Lieutenant
Colonel
Ferſen , & Major Megerhielm
; la cavalerie
de
Pomeranie , Colonel Roos,
Lieutenant Colonel Brunner
, & Major Veichel , &
les dragons de Mardelfelt
,
Lieutenant
Colonel
Oppenbuſch
& Major Haring.
La cavalerie avoit or-
Acdovi Aldre
GALANT.
dre de fuivre l'infanterie à
droite & à gauche , & de
tâcher de paffer un marais
fur une ou deux colonnes ,
& aprés de s'étendre für les
deux aîles.
Dans cet ordre , & avec
le mot de l'aide de Dieu
de Jefus , l'armée avança
contre l'ennemi en toute
diligence , à la faveur de
nôtre artillerie bien fervie,
à laquelle celle des ennemis
répondoit vivement :
mais nonobftant le ravage
qu'elle faifoit dans nos
sangs, notre infanterie con
Janv. 1713,
A
B
18 MERCURE
tinua de s'avancer le mouf
quet fur l'épaule.
L'ennemi fit le premier
fes décharges : mais les nôtres
ne tirerent qu'à dix ou
quinze pas ; ce qui fit un fi
grand effet , que tout ce
qui fe trouva devant eux
plia. Cependant la cavale
rie de nôtre droite avançoit
avec tant de fuccés ,
qu'elle renverfa à pluſieurs
repriſes tout ce qui s'oppofoit
à elle , des troupes fraî
ches fuccedant toûjours à
celles qui étoient battuës.
La gauche gagna pareilleGALANT.
19.
ment fon terrain , malgré
le feu qu'en paffant elle effuyoit
du bois ; & quoique
quelques efcadrons. fuffent
pouffez par le nombre des
ennemis une fois ou deux ,
ils fe rallioient auffitôt , &
foûtenus par nôtre infante,
rie , rompirent totalement
ceux des ennemis.
2
Durant l'action la cavalerie
ennemie tenta à di
verfes repriſes de percer
nôtre infanterie : mais elle
s'en retourna toûjours avec
perte. L'infanterie. ennemie
fe rallia plufieurs fois : mais
Bij
20 MERCURE
fut auffi obligée de plier de
nouveau. Un bataillon de
grenadiers Danois s'étoit
faifi du village de Vvackenfteen
. Le General Ma
jor Patkul , & fous lui le
Colonel Schlippenback ,
avec le regiment de Suder
manne , & le Lieutenant
Colonel Stiernerants , avec
les Oftgoths , furent com
mandez pour les attaquer.
Dans un inftant le village
fut emporté , & tout ce qui
ne fut pas paffé au fil de
l'épée fut fait prifonnier.i
Il faut avouer que l'in-
*
GALANT
fanterie Danoife a fait tous
devoirs de bons "foldats
s'étant ralliée plufieurs fois,
& ayant tenu ferme juſqu'à
ce qu'on l'ait forcée , la
bayonnette au bout du fu
fil , de fe rendre priſonniere.
Plufieurs Officiers fe
font battus en combat fin
gulier pendant l'action , &
entretuez.
Les Suedois acharnez
pendant un certain temps ,
ont enfin fait quartier à
ceux qui en demandoient ,
étant las de tuer. Les fuyars
ont été pourſuivis l'épée
22. MERCURE
ou
dans les reins jufqu'à un
lieu nommé Radegafe , où
la nuit & les penibles défilez
qui fe trouvent au- delà
de ce village , ont entièrement
mis fin à cette action.
Les ennemis étoient forts
de dix-huit bataillons Das
nois & quatre Saxons , de
quarante - fept efcadrons.
Danois , & trente - deux Saxons
, qui fe joignirent aux
Danois une heure avant le
combat fous le General *
Fleming ; en forte qu'ils
étoient loixante & dix - neuf
efcadrons & vingt - deux
GALANT 23
bataillons. Les Suedois é
toient forts de dix- neufbau
?
taillons & cinquante - deux
eſcadrons : mais il faut re
marquer qu'à caufe des ma
lades , des traîneurs , & du
détachement gardant les
bagages , il s'en eft falu 200 .
à 250. hommes , que les ba
taillons n'ayent été complets
, & qu'ainfi l'ennemi
a été deux fois plus fort ,
fans parler de fon terrain &
du vent qu'il avoit fur nous.
Mais nonobftant tout cela ,
il a été forcé d'abandonner
fon artillerie & tout fon
24
MERCURE
camp , aprés un combat de
deux heures , d'où il avoit
enlevé tout le meilleur de
fon bagage , & mis en lieu
de fûreté avant l'action .
On ne sçauroit encore
donner une lifte exacte dest
bleffez , tuez ou prifonniers
de côté & d'autre ; mais des
nôtres il n'y a eu de bleſſez
que le Lieutenant
General
Ducker , deux Colonels
quelques
Officiers
fubalternes
, & trois cent foldats.
Des tuez il n'y a eu que
deux Majors , quelques bas
Officiers , & 200. foldats.
>
Du
ג
GALANT.
23
Du côté de l'ennemi il y
a plufieurs Generaux, Colonels
, & autres Officiers , &
plus de deux mille morts &
quatre mille prifonniers ,
parmi lesquels il y a plufieurs
Generaux , Colonels,
& autres Officiers de diftinction.
C'eſt ainfi qu'une poignée
de monde, faiſant partie
feulement de l'armée
Suedoife , qui n'a pû être
embarquée entierement
à
caufe de la faifon , & qui
manquoit par confequent
de mille
chofes, a
remporté
Janv.1713.
C
26 MERCURE
par la grace de Dieu une
victoire fignalée fur des ennemis
fort fuperieurs en
nombre , & ayant abondance
de toutes chofes.
XXXIII
STANCES.
SI j'entre dans ta route ,
6 Suprême Sageße
L'amour propre m'arrête,
&me rappelle à foy ;
Et pour un vain objet de
joye ou de trifteffe,
GALANT.
27
Infensé je te laiffe ,
Et je mets en oubli ta loy.
Si dans les vains tranf
ports dont l'ardeur nous,
poffede
Je veux de la raifon emprunter
du fecours ,
'Ils
s'enflament encor par
ce foible remede ,
Tout obftacle leur cede ;
C'efl un torrent qui croît
toûjours.
Je pense affezSouvent à
Cij
28 MERCURE
Pordre falutaire
Qui borne nos defirs par
un jufte compas :
Mais ce penfer , femblable
à la flâme legere
Qu'on voit quand il éclaire
,
Me luit & ne m'échauffe
pas.
Quand j'écoute ta voix ,
elle me perfuade ,
Et je veux t'obeïr en cet
heureux moment :
Mais ce vouloir n'eft rien
1
GALANT. 29
qu'un fouhait de malade
,
Qui trouve amer ou fade
Le plus agreable aliment.
Le vice plein d'amorce ,
ainfi qu'une Syrene ,
Qui chante , qui nous flate
, & qui furprend
nos fens ,
Par fes appas trompeurs
en fes gouffres m'entraîne
Avec fi peu de peine ,
Queje l'écoute je conses.
C iij
30 MERCURE
Loy de la providence ! hé
quepouvoit- on dire ?
Helas!un Dieu cachéconduit
tous ces reffors.
La meilleure partie eft
foumise à lapire,
Et loin d'avoir l'empire ;
Notre esprit obeït au corps.
Mais , ô Mufe , tout
beau , tu te rends eriminelle
En fondant des fecrets que
cache un Dieu jaloux ;
Confeffe & reconnois fa
GALANT .
31
bonté
paternelle ,
Tous nos biens viennent
d'elle ,
Et tous nos maux viennent
de nous.
Que fi l'on s'attachoit à
cet Estre fuprême
De qui vient notre force
tout notre pouvoir
,
Et fuivant les confeils
d'une ferveur extrême
On fe quittoit foy- même ,
Sans peine on feroit fon
devoir.
Ciiij
32 MERCURE
Nos esprits éclairez, d'u
ne vive lumiere ,
Sans nul empêchement
voyant la verité,
Mépriferoient alors comme
vile pouffiere
Ce qui fert de matiere
A nos voeux pleins de
vanité.
Mais l'homme quittant
Dieu , par qui tout
eft facile ,
Par qui contre l'erreur,
l'esprit eft affermi,
GALANT.. 33.
En vain pour s'en garder
fe croit affez , habile ;
Car comme il eft fragile ,
Lui-même il eft fon ennemi.
L'homme s'aime , il eft
vrai,mais d'un amour
perfide
i
Qui le mene au trépaspar
un
chemin trompeur
Et lorsqueton esprit ne lui
fert pas de guide,
Comme il est trop avide
,
34 MERCURE
Il court lui-même à for
malheur.
Défens- moy done de moy ,
munis-moy de ta grace ,
Ne te laße jamais , Seigneur,
de m'affifter;
Regle mes paffions , repri
me leur audace :
Quelque effort queje falſe ,
Sans toyje n'ypuis refifter.
Puis-je regler le cours de
ma nef vagabonde ,
Des vagues & des vents
GALANT 39
foutenir les combats ;
Eviter les rochers qui font
cachez fous l'onde
Dans une nuit profonde ,
Si ta main ne me guide
pas ?
La mer de cette vie est fi
pleine d'orage ,
Quefi l'on ne craintpoint,
on n'a point de raiſon ;
Et quoique d'un béau tems;
on tire un bon prefage ,
On faitfouvent naufrage.
En la plus tranquille faifon.
36 MERCURE
Parmi tant de périls notre
unique reßource
Eft d'avoir toujours l'oeil
deßus ta volonté ,
Semblables au nocher qui
fe regle en fa courfe
Sur l'étoile de l'ourfe ,
Et fe rend au port fou
haité.
Afin qu'à l'avenir je vogue
en affurance ,
Eclaire - moy ,
Seigneur
du flambeau de la
foy,
GALANT. 37
Donne- moy de l'amour ,
remplis-moy d'esperance
,
Et fais qu'avec constance
Je m'attache à ta fainte
loy.
La volonté de l'homme eft
toûjours chancelante ,
Il croit , ildoute , il craint,
il veut & ne veut pas ,
Le préfent lui déplait, &
fon ame inconstante
Voit dans la chofe abfente,
Ou croit voir les plus doux
appas.
38 MERCURE
Il fuit toute fa vie une
vaine chimere ,
Un lumineux fantome ,
un néant précieux ;
De fes plaifirs paẞez la
douceur eft amere ,
Et le bien qu'il espere
Bientoft fe dérobe à fes
yeux.
Ta conftance , Seigneur ,
toute conftance efface ,
Ton vouloir par le temps
n'est jamais limité ;
Qui le fuit eft heureux ,
GALANT .
39
il jouit de ta grace ,
Et nul mal ne
menace
De
troubler(a félicité.
Il est toujours content , il
nage dans la joye ,
Il ne craint ni n'efpere ,
épris d'un vaiu défir ;
Et quand mefme du mal
il femble être la
proye ,
Scachant que Dieu l'envoye
Il n'en fent aucun déplaifir.
40 MERCURE
Si cet hymnefacré te plaift
comme il me touche ,
Doux & charmant objet
de nos pieux concerts ,
Fais , quandjefuis debout
ou gifant dans ma
couche ,
Que d'une pure bouche
Je chante inceffamment
ces vers.
Heureux quidu pechépeut
fortir de la fange ,
Dans une paix profonde il
voit couler fes jours ,
En
GALANT. 41
En tout temps , en tous
lieux il chante ta
loйange ,
Et par un beureux change
S'il meurt , c'est pour vivre
toujours
.
Mais malheureux celui
qui , plongé dans le
vice ,
De remords douloureux
voit punir fes forfaits,
Et qui par la terreur qu'-
imprime ta justice ,
Janv. 1713.
D
42 MERCURE
Sent déja le fupplice
Qu'il doit endurer à jamais
.
On a envoyé un memoire
d'un mariage d'un
parent du Czar : mais .
ce memoire s'eft trouvé
fi mal écrit , & les noms.
fi défigurez, qu'on n'a pû
le rifquer. Mais comme
à propos de ce mariage:
on y avoit joint quelques
particularitez ſur
les mariages des MoſcoGALANT.
43
vites , qui ont paru affez
curieufes , on a crû pouvoir
les donner détachées
du memoire , qui
ne reviendra peut - être
que dans quelques mois.
$$ &&&&&&&&&&&
MARIAGES
des Mofcovites.
LA volonté du grand
Duc de Mofcovie eft la
regle de celle de tous fes
fujets , & fon pouvoir
Dij
44 MERCURE
abfolu eft fondé fur trois
maximes . La premiere ,
c'eſt que les Czards n'épouſent
jamais que leurs
fujettes , afin de prévenir
les changemens qui
n'arrivent que trop fouvent
dans les Etats par
les
alliances
étrangeres.
La feconde
, qu'il eft défendu
aux
Mofcovites
,
fous peine de la vie , de
fortir du pays
fans permiffion
, qu'on
ne donne
ordinairement
qu'à
GALANT. 45
quelque Marchand , qu'-
on envoye en Ambaffade
, cette dignité étant
rarement conferée à la
Nobleffe ; & ces Marchands
ne l'obtiennent
qu'à
condition de partager
avec le grand Duc
les profits qu'ils font
dans ces fortes de voyages.
La troifiéme maxime
fe tire de l'ignorance
des Mofcovites ,
ne leur étant pas permis
d'apprendre aucune
46 MERCURE
ſcience , & les plus ha
biles d'entr'eux fçachant
à peine lire & écrire.
Cette mauvaiſe éducation
cauſe la dépravation
de la jeuneffe , qui
vit dans un déreglement
continuel. Cette ignorance
des loix humaines
& divines leur fait
commettre, ou du moins
leur faifoit commettre
autrefois toutes fortes
de crimes dans leurs.
maiſons , croyant que
GALANT. 47
Dieu n'y étoit point
offenfé ,
pourveu qu'
on eût la précaution
de couvrir les images.
qui font dans la cham
bre , & de détacher
la croix que les filles .
ou les femmes portent
au col depuis leur baptême.
Le jour qu'on
a connu une femme ou
une fille en legitime mariage
ou autrement , on
ne doit pas entrer dans.
les Eglifes , qu'on ne fe
48 MERCURE
foit lavé & purifié , &
qu'on n'ait changé d'habit.
Les Prêtres ne
peuvent pas ce jour - là
approcher de l'autel
pour y faire leurs fonctions
; & fi cette action
fe commet en Carême
, leur fufpenfion
dure toute l'année. Les
femmes Mofcovites ne
laiffent téter leurs enfans
que pendant deux
mois , afin de les accoûtumer
de leur jeuneſſe à
la
GALANT. 49
la fatigue. L'uſage du
tabac eft défendu en
Mofcovie depuis l'année
1634. ceux qui en
fument font punis de
fouet , & l'on fend les
narines à ceux qui en
prennent en poudre . Les
Mofcovites comptent les
heures du jour depuis le
Soleil levé jufqu'à ce
qu'il fe couche , & celles
de la nuit depuis le
Soleil couché jufqu'à ce
qu'il paroiffe fur l'hori-
Janv. 1713.
E
50 MERCURE
zon . Les querelles de
particulier à particulier
y font meurtrieres : mais
elles nefont pas fanglantes
, puifque les Boyards
ouGentilshommes ne s'y
battent qu'à coups de
fouet , & le commun
peuple à coups de pied.
La Religion Greque eft
celle des Mofcovites ,
quoique beaucoup corrompue.
Lears Prêtres
fe marient une feule fois,
& ne peuvent épouser
GALANT.
JI
qu'une vierge , à moins
de renoncer à la Prétrife.
Ils fe fondent pour
cela fur ce que faint
Paul écrivant à Timothée
dit , que l'Evêque ne
doit époufer qu'une feule
femme, & que leursfemmes
foient chaftes . Les
ceremonies des mariages
& des funerailles des
Moſcovites font fi oppoſées
aux nôtres , que
j'ai crû devoir en marquer
ici quelques
parti
E ij
52 MERCURE
cularitez . Les perſonnes
de qualité n'époufent
que la nuit ; les fiancez
ne le voyent point , à
cauſe que les filles font
toûjours voilées , & renfermées
dans les maifons.
Ils foupent enſemble avant
d'aller à l'Egliſe :
mais deux jeunes hommes
tiennent un tafetas
rouge - cramoifi qui ſepare
les nouveaux mariez
tout le temps qu'ils
font à table. Aprés le reGALANT
. $ 3
pas on va à l'Egliſe ; les
domeftiques & les efclaves
les y accompagnent
,
chantant mille fotifes &
impertinences . On of
fre trois pains du feſtin
au Preftre ; un de poiffon
, un de friture , & le
troifiéme de pâtiſſerie
.
Le Preftre leur ayant
demandé s'ils s'époufent .
volontairement, s'ils s'aimeront
bien , & fait promettre
au mari qu'il ne
foüettera point fa fem-
E iij
$4 MERCURE
me , leur fait faire quelques
tours , danfant &
fautant avec eux . Il fait
enfuite quelques prieres
, & prononce à haute
voix : Allez , croiße
multiplie . On apporte
du vin clairet au Preftre,
qui en ayant bû trois
verres , en preſente auffi
aux nouveaux mariez ,
& au dernier coup l'époux
jette le verre par *
terre & le foulant
conjointement ſous les
,
GALANT. 55
A
pieds , ils chantent les
paroles du Pfeaume 128 .
qu'on a traduites en notre
langue de cette maniere.
Ceux qui nous declarent la
guerre
Seront brifez comme du verre
;
Ils feront de crainte éperdus ,
Et par une vengeance prompte
Nous les verrons pris avec
bonte
Aux pieges qu'ils nous ont
tendus.
E iiij
16 MERCURE
Aprés la ceremonic
finie , l'épouse
, pour
marquer ſa ſoûmiſſion à
fon époux , fe profterne
devant lui , frapant de
fa tefte fur fes fouliers :
& l'un & l'autre ayant
reçû les felicitations des
parens , on les conduit
dans la maifon de l'époux.
Les femmes menent
l'épousée dans la
chambre nuptiale , où
le lit eft dreffé fur quarante
gerbes de feigle ,
GALANT . 57
& la chambre entourée
de plufieurs tonneaux
remplis d'orge , de froment
& d'autres grains ,
qui denotent la fertilité
du mariage. Lorſque la
mariée eft couchée , l'on
avertit l'époux , qui accompagné
de fix de fes
amis , chacun un flambeau
allumé à la main ,
va trouver fon épouſe.
Cette eſcorte plante les
flambeaux dans les tonneaux
dont je viens de
58 MERCURE
parler , & s'étant retirez
, on ferme la porte
de la chambre
, proche
de laquelle refte un domeftique
, qui de temps.
à autre demande aux
mariez fi la premiere entrevûë
eft faite ; & lors
qu'ils répondent conjointement
qu'oui , on
fait un bruit épouvantable
avec des trompettes
, tambours , & autres.
inftrumens , qui ne finiſfent
que lorfque les maGALANT.
59
riez felevent pour aller
aux bains qu'on leur a
preparez : & c'eft pour
lors que l'époux voit
pour la premiere fois le
vifage de fon épouſe , &
trouve trés-fouvent une
Lia au lieu d'une Rachel
. Les ceremonies de
leurs funerailles ne font
pas moins ridicules que
celles de leurs mariages ;
en voici quelques preuves.
Lors qu'un Mofcovite
eft mort , les parens
60 MERCURE
font obligez de l'allet
pleurer dans fa maiſon ,
quelque peu d'envie qu'-
ils en ayent . Les amis
du défunt s'approchant
du corps , lui demandent
pourquoy il eſt
mort , s'il manquoit de
k
quelque
chofe , fi fa femme
lui a donné les armes
d'Acteon , fi fes parens
ou fes domestiques
n'en ont pas bien agi à
fon égard , & plufieurs
autres pareilles extravaGALANT.
61
gances ; & fur ce que le
mort ne répond rien ,
les cris & les hurlemens
redoublent dans la
chambre
. Ce corps eft
mis en dépôt pendant
huit jours dans l'Eglife ,
aprés lefquels les parens
s'affemblent pour affifter
à la fepulture : mais ce
n'eſt qu'après avoir découvert
le cercüeil &
baiſé le mort , quelque
puant qu'il foit ; & fi
quelqu'un y manquoit ,
62 MERCURE
on le regarderoit comme
indigne de la parenté.
Aprés les derniers adieux
on met entre les
mains du défunt un paffeport
, figné de l'Evêque
, ou du Prêtre qui
avoit la direction de fa
conſcience ; en voici les
termes.
Je fouffigné, Evêque , on
Prêtre de N. reconnois & cer-
N. porteur de ces lettifie
que
tres
, a toûjours
vêcu
parmi
nous
en bon Chrétien
, faiſant
GALANT .
163
profeffion de la Religion Gre
que ; quoy qu'il ait quelquefois
peché , il s'en eft confeßé
, en a reçu l'abfolution &
la communion , en remiffion
de fes pechez ; il a honoré
Dieu & fes Saints ; il ajeûné
prié aux heures &faifons
ordonnées par l'Eglife ; il
s'eft fort bien gouverné avec
moy qui fuis fon Confeffeur :
en forte que je n'ai point fait
difficulté de l'abfoudre de fes
pechez, & n'ai pas fujet de
me plaindre de lui . En témoin
lui avons expedié le
de
quoy
prefent
Certificat
, afin
que
64 MERCURE
Saint Pierre le voyant , lui
ouvre
la porte
de la joye éternelle.
KA:AAAAA:AA
AVANTURE
galante.
-ê-
Vous
croyez peut-ê
tre que les amans
ne
veulent
mourir
qu'en
vers , & qu'on n'en voit
point qui prennent
cette
refolution
fi ce n'eft dans
une fable . Il eſt aifé
de vous détromper
, en
Vous
GALANT. 65
vous aprenant une avanture
que des perſonnes
trés- dignes de foy vous
affureront être veritable.
Un jeune Marquis ,
à qui fa naiffance & fes
belles qualitez donnoient
entrée chez les
perfonnes les plus confiderables
du beau fexe ,
voyoit la plupart de celles
qui paffoient
pour
être aimables
, fans aucun
peril pour fa liberté
. Il étoit fort delicat
Janv. 1713.
F
66 MERCURE
fur le vrai merite ; &
comme en examinant
toutes les belles , il leur
trouvoit des défauts dont
il ne pouvoit s'accommoder
, quelques frequentes
attaques qui lui
fuffent faites , il fe gas
rantiffoit fans peine des.
ſurpriſes de l'amour. Aprés
que fon coeur cut
été long- temps oifif , le
moment vint où il trou
va de quoy l'occuper.
Un homme de qualité
GALANT.
67
faifant à la Cour fort
bonne figure , alla ſe marier
en Province à une
riche heritiere d'une
Maiſon trés- connuë , &
un mois aprés il l'amena
à Paris . Elle n'étoit point
de ces beautez regulicres
dont la nature femble
avoir pris peine à finir
les traits : mais elle
avoit un air fi piquant ,
& tant d'agrément étoit
répandu dans fa perfonne
& dans fes manieres ,
Fij
68 MERCURE
qu'il étoit prefque impoffible
de n'en être pas
touché . Elle ne fut pas
fitôt arrivée que l'on
s'empreffa de tous côtez
à l'aller feliciter fur fon
mariage. Le jeune Marquis
fut un des premiers
dont elle receut les complimens.
Il alla chez elle,
plein de cette confiance
qui lui avoit toujours fi
bien reüffi ; & quoy qu'il
fuft frapé en la voyant,
& qu'il fentît tout à
GALANT.
69
coup ce trouble fecret ,
qui eft le prefage d'une
grande paffion , il crut
avoir effuyé des occafions
plus dangereuſes
,
& qu'aprés un moment
de reflexion
, & un examen
un peu ferieux , ſa
raifon le maintiendroit
dans l'indépendance

il s'étoit toujours
confervé
. Il s'attacha donc
à étudier cette charmante
perfonne mais foit
que fon coeur trop préMERCURE
venu lui cachât en elle
ce qu'il voyoit dans les
autres ; foit que l'habitude
qu'on prend en Province
d'une vie plus retirée
, lui cuft acquis une
droiture d'efprit qui lui
laiffat ignorer ce que
c'eſt
fauffeté & que
que
tromperie , plus il voulut
la connoître , plus il
lui découvrit un merite
fans défaut : elle parloit
jufte , donnoit un tour
ſi agreable à tout ce qu'
1
GALANT..
71
elle difoit , & avoit des
manieres fi polies & fi
attirantes , qu'il ne faut
pas s'étonner fi en peu de
temps elle fe fir une
groffe Cour. Le jeune
Marquis , qui alloit fouvent
chez elle , ne fut
pas fâché d'y trouver la
foule elle empêchoit
qu'on ne remarquât trop
fon empreffement , & il
efpera d'ailleurs qu'ayatl'efprit
fin & delicat , il
brilleroit davantage par
72 MERCURE
mi un nombre de gens
ordinaires , qui ne debitant
que des lieux communs
, étoient incontinent
épuifez. L'impreffion
que fit fur fon coeur
le merite de la Dame ,
lui fit
connoître en peu
de temps que ce qu'il
fentoit pour elle étoit de
l'amour: mais ce merite
avoit un charme ſi attirant
,qu'il étoit contraint
d'applaudir
lui- meſme
à fa paffion : & quand il
n'eût
GALANT. 73
n'eût pas voulu s'y abandonner
, il étoit de fa
deſtinée de s'y foùmet-
>
tre , & tous les efforts
qu'il eût pu faire pour
s'en garantir auroient été
Cependant
,
inutiles.
pour ne negliger aucun
remede dans la naiffance
du mal , il ſe priva quelques
jours du plaifir de
voir la Dame , & la longueur
de ces jours lui fut
fi infupportable
, que
tous les plaifirs fem-
Janv . 1713 .
G
74 MERCURE
bloient être morts pour
lui . La Dame , qui eftimoit
ſon eſprit , & qui
s'étoit
apperçuë
que les
dernieres
converſations
qu'elle avoit euës avec
ceux qui la voyoient ordinairement
n'avoient
pas été fi vives , parce
qu'il avoit manqué de
s'y trouver, lui reprocha
fa deſertion en le revoyant
; & ce reproche ,
qu'elle lui fit d'une maniere
fine & fpirituelle ,
GALANT .
75
acheva de le refoudre à
luidonner tous fes foins .
Ce n'eft pas qu'en s'attachant
à l'aimer, il n'envifageât
la temerité de fon
entreprife . Illa connoiffoit
d'une vertu delicate ,
que les moindres chofes
pouvoient effrayer , &
dans les fcrupules où il
la voyoit fur l'interêt de
fa gloire , il avoit peine à
comprendre comment il
pourroit lui parler de fa
paffion : mais quoy qu'il
Gij
76 MERCURE
ouvrit les yeux fur le
peril du naufrage , il ne
laiffa pas de s'embarquer,
L'amour diffipoit fes
craintes , & les miracles
qu'il fait tous les jours
fur les coeurs les moins
fenfibles lui en faifoient
attendre un pareil . Pour
moins hazarder il crus
à propos de prendre un
air libre , qui l'autorisât
à expliquer un jour à la
Dame fes plus fecrets
fentimens. Il lui difoit
GALANT . 77
quelquefois d'une maniere
galante qu'elle ne
connoiffoit pas la moitié
de fon merite ; quelquefois
il s'avifoit de lui
trouver de nouveaux
brillans qui le faifoient
récrier fur fa beauté : &
en lui difant devant tout
le monde qu'on hazardoit
beaucoup à la voir ,
il croyoit l'accoutumer
infenfiblement
à lui permettre
de faire en particulier
l'application de
G iij
78 MERCURE
ce qu'il fembloit n'avoir
dit qu'en general . Un
jour qu'il étoit feul avec
elle , aprés avoir plaifanté
fur une avanture
de gens qu'elle connoiffoit
, il lui dit avec cet
air libre & enjoüé dont
il s'étoit fait une habitude
, qu'il s'étonnoit
qu'il pût s'aimer affez
peu pour venir toujours
fe perdre en la regardant
. La Dame d'abord
ne repouffa la douceur
GALANT . 79
qu'en lui répondant qu'il
rêvoit mais il ajouta
tant d'autres chofes , qui
faifoient entendre plus
qu'on ne vouloit
, & il
jura tant de fois , quoique
toujours
en riant ,
qu'il ne difoit rien que
de veritable , qu'elle fut
enfin forcée de prendre
fon ferieux , & de lui
dire qu'il ne pouvoit être
de fes amis s'il ne changeoit
de fentimens . Le
Marquis lui repliqua
Giiij
80. MERCURE
que la qualité de fon
ami lui feroit trés- glorieufe
, qu'il fçavoit trop
la connoître
, & fe connoître
lui - mefme
, pour
en fouhaiter
une autre :
mais qu'il étoit impoffible
qu'il vécût content ,
fi elle ne lui faifoit la
grace de le recevoir pour
fon ami de diftinction .
fa vertu
La
Dame , que
rendoit
très- peu diſtinguante
, répondit
d'un
ton fort fier qu'elle ne
GALANT . S
croyoit devoit diftinguer
les gens que par
leur refpect & leur fageffe
, & que quand il
n'oublieroit
pas ce qu'il
lui devoit peut -être
voudroit - elle bien fe
fouvenir qu'il n'étoit pas
fans merite. Cette ré-
>
ponſe , qu'elle accompa
gna d'un regard ſevere ,
déconcerta le jeune Marquis.
Il vint du monde ;
& quoy qu'il pût faire
pour ſe remettre l'efprit
$2 MERCURE
dans un embarras qui
l'obligea de fe retirer ,
les reflexions qu'il fit
furent cruelles : il avoit
le coeur prévenu du plus
violent amour ; & loin
que la fierté de la Dame
lui aidat à l'affoiblir , il
entroit dans les raifons
qui l'avoient portée à
lui ôter toute efperance .
Cette conduite redoubloit
l'eftime qu'il avoit
pour elle ; & plein d'admiration
pour fa vertu
GALANT . 83
ne pouvant
la condamner
, quoy
qu'elle
fût
caufe
de toutes
les peines
, il fe trouvoit comme
affujetti à la paffion
qui le tourmentoit
. La
neceffité d'aimer , & la
douleur de fçavoir qu'il
déplaifoit
en aimant , le
firent tomber dans une
humeur fombre , qui fut
bien-tôt remarquée de
tous ceux qui le voyoiết ,
Ce n'étoit plus cet homme
enjoüé qui tant de
84 MERCURE
fois avoit été l'ame des
plus agreables converfa
tions ; le trouble & l'inquietude
étoient peints:
fur fon viſage , il rêvoit
à tous momens , & il y
avoit des jours où l'on
avoit peine à l'obliger
de parler. Ce changement
ayant furpris tout
le monde , chacun cherchoit
à en penetrer la
cauſe , & il apportoit de
fauffes raiſons pour empêcher
qu'on ne devinât
GALANT. 85
la veritable. Il n'y avoit
que la Dame, qui fe gardoit
bien de lui demander
ce qu'elle étoit fâchée
de favoir ; & quand
quelquefois on le preffoit
devant elle d'employer
quelque remede
contre le chagrin qui le
dominoit, elle difoit que
s'il fuivoit fes confeils ,
il iroit faire quelque
voyage; qu'en changeant
de lieux , on changeoit
fouvent d'humeur , &
86 MERCURE
que rien n'étoit plus propre
à guerir de certains
maux , que de promener
fes yeux fur des objets
étrangers , qui par leur
diverfité ayant de quoy
occuper l'efprit , en banniffoient
peu à peu les
*
triftes images qui le jettoient
dans l'abattement.
Il n'entendoit que
trop bien ce qu'elle vouloit
lui dire : & il s'eftimoit
d'autant plus infortuné
, qu'en lui conGALANT
. 87
feillant
l'éloignement ,
elle lui faifoit paroître
que fon abfence la toucheroit
peu . Il n'oſoit
pourtant s'en plaindre ,
parce qu'il n'euft pû le
faire fans parler de fon
amour , & que la crainte
de l'irriter tout à fait étoit
un puiſſant motif
pour le condamner
au
filence. Enfin aprés avoir
bien fouffert , & s'être
long - temps contraint à
fe taire , il lui dit que la
88 MERCURE
raifon l'avoit remis dans
l'état où elle pouvoit le
fouhaiter : que bien loin
d'exiger d'elle aucune
amitié de preference ,
comme il avoit eu le
malheur de lui déplaire ,
il ſe croyoit moins en
droit que tous les autres
amis de pretendre à ſon
eftime ; & qu'afin de reparer
une faute , qu'il
avoit peine lui-meſme à
fe pardonner , il lui pro - `
reftoit qu'il n'attendroit,
jamais
GALANT . 89-
jamais d'elle aucun ſentiment
dont il puſt tirer
quelque avantage . La
Dame lui témoigna quelle
étoit ravie qu'en
changeant de fentiment,
il vouluft bien ne la
reduire à le bannir de
chez elle : mais elle fut
pas
fort furpriſe quand ,
aprés l'avoir affurée tout
de nouveau qu'il n'afpiroit
plus à eftre aimé ,
la conjura de lui accorder
un foulagement
Fanv . 1713 .
H
il
90 MERCURE
qui ne pouvant intereſ
fer fa vertu , pouvoit au
moins lui rendre la vie
plus fupportable. Ce foulagement
étoit d'ofer lut
dire, fans qu'elle s'en offensât
, qu'il avoit pour
elle la plus violente paffion
, & que faifant confifter
tout fon bonheur
dans le plaifir de la voir ,
il lui confacroit le plus
fincere & le plus refpe-
Atueux attachement qu'-
elle pouvoit attendre
GALANT . 91
d'un homme , qui ne
confervant aucune pretention
, l'aimoit feulement
parce qu'elle avoit
mille qualitez aimables .
La Dame ayant repris
fon ferieux , lui dit qu'-
on ne lui avoit jamais
appris à mettre de difference
entre fouffrir d'être
aimée , & avoir deffein
d'aimer ; & qu'étant
fort éloignée de fentir
de pareils mouyemens
, elle fe verroit
Hij
92 MERCURE
contrainte de rompre avec
lui entierement
, s'il
s'obſtinoit à nourrir un
folamour , que mille raifons
avoient dû lui faire
éteindre . Il fit ce qu'il
put pour la fléchir , il
la trouva inexorable ; il
lui parla de la même
forte en deux ou trois occafions
, il reçut encore
les mêmes réponſes . Enfin
la Dame lui défendit
fi abfolument de lui parler
jamais de fa paffion ,
GALANT. 93
qu'il lui répondit avec
les marques d'un vrai
defefpoir , qu'il lui feroit
plus aiſé de renoncer
à la vie squ'il en fçavoit
les moyens ; & que
quand le mal feroit fans
remede , elle auroit peutêtre
quelque déplaifir
d'en avoir été la caufe .
La Dame lui repliqua -
froidement que fi la joye
de mourir avoit de
le toucher , il pouvoit fe
fatisfaire, & qu'elle étoit
quoy
94 MERCURE
laffe de lui donner d'utiles
confeils. Il fortit
outré de ces dernieres
paroles , & fe mit en
tefte de lui arracher
au moins en mourant
ane fenfibilité dont tout
fon amour n'avoit pû
le rendre digne . Il s'encouragea
le mieux qu'il
put ; & fe fentant de
la fermeté autant qu'il
crut en avoir befoin , il
fe rendit deux jours aprés
chez la Dame , à
GALANT . 95
onze heures du matin ;
il choifit ce temps pour
la trouver feule ; & dans
la crainte qu'elle ne le
renvoyât s'il la faifoit
avertir , il monta tout
droit à fon appartement
.
Il n'y rencontra que la
fuivante , qui lui dit que
fa maîtreffe n'y étoit pas ,
qu'elle reviendroit incontinent
, & qu'il pouvoit
choisir de l'attendre
, ou de l'aller trouver
dans la maiſon où
96 MERCURE
elle étoit . Il refolut de
l'attendre ; & commençant
à marcher avec l'action
d'un homme qui
meditoit quelque chofe
, il s'attira les regards
de cette fuivante , qui'
remarqua dans fes yeux
de l'égarement. Elle fortit
de la chambre , & fe
mit en lieu commode
pour obferver ce qu'il
feroit. Aprés qu'il eut
encore marché quelque
temps , il s'arrefta tout
d'un
GALANT . 97
d'un coup , tenant fa
main fur fon front , &
révant profondément.
Enfuite elle lui vit tirer
un poignard , & le mettre
fous fa toilette ; la
frayeur qu'elle eut penfa
l'obligea à faire un cri :
mais fçachant la chofe ,
elle demeura perſuadée
qu'il n'en pouvoit arriver
de mal , & il lui parut
qu'il valoit mieux ne
rien dire . Dans ce mefme
inftant on entendit
Fanv . 1713 .
I
98 MERCURE
rentrer le caroffe , & auf
fitôt elle vint dire au
Marquis que fa maîtreſſe
arrivoit. Le Marquis étant
allé au - devant d'elle
, pour lui prefenter la
main fur l'efcalier , la
fuivante prit ce temps
pour fe faifir du poignard
, & par je ne ſçai
quel mouvement trouvant
un éventail
fur la
table , elle la mit fous la
toilette , au meſme endroit
où le poignard
a-
BEL
YON
THÈQUE
GALANT.99
voit été caché . La
me entra dans fa chambre
, & entretint le Marquis
de quelques nouvelles
. Il eut la force de
lui déguiſer fon trouble ;
& la fuivante étant fortie
fur quelque ordre de
fa maîtreffe , il fe mit à
fes genoux , la conjurant
de nouveau pour la derniere
fois de ne point
pouffer fon defefpoir aux
extremitez où il craignoit
qu'il n'allât . La
DE
Π
I ij
100 MERCURE
Dame aprehendant qu '
on ne le furprît dans
cette poſture , le fit relever
d'autorité abfoluë ;
& quand il vit que, fans
s'émouvoir de ce qu'il
lui proteftoit qu'il étoit
capable de fe tuer , elle
apelloit ſa ſuivante pour
interrompre fes plaintes
, tout hors de luimefme
, ne fe poffedant
plus , il courut à la toi
lette, prit l'éventail qu'il
y trouva , & s'en donna
GALANT . 101
un coup de toute la force
, fans s'appercevoir
que fon poignard étoit
metamorphofe
. La Dame
furpriſe de ce coup
d'éventail , ne fçavoit
que croire d'un tranfport
fi ridicule ; cependant
elle le vit tomber
à fes pieds. Son imagination
frapée vivement
du deffein de fe tuer
avoit remué tous fes ef
prits ; & ne doutant
point qu'il ne fe fût fait
44
I iij
102 MERCURE
une bleffure mortelle , il
perdit connoiffance
, &
refta long - temps éva
noüi. La fuivante entra
dans ce moment , & ne
fe put empêcher de rire ,
de voir le Marquis dans
l'état où il étoit . La Da
me ne fongea qu'à l'en
tirer , & ne voulut ap
peller perfonne , afin d'é
touffer la choſe , dont
on eûtpû faire des contes
fâcheux . Enfin une bou
teille d'eau de la Reine
GALANT. 103
de Hongrie ranima fes
fens , & le fit revenir à
lui . Il pria d'abord qu'on
le laiffat mourir fans fecours
: fur quoy la Da
me lui dit qu'il aimoit
la vie plus qu'il ne penfoit
, & qu'il pouvoit
s'affurer de n'en fortir de
long - temps , s'il ne vou
loit employer qu'un éventail
pour fe délivrer
de fes malheurs . Il crut
que laDame, pour mieux
l'infulter , affectoit la
I iiij
104 MERCURE
raillerie , & chercha à
terre le fang qu'il devoit
avoir verfé. Il n'en
trouva point , & moins
encore de bleffure. Il

s'étoit donné le coup de
fi bonne foy , qu'il ne
pouvoit revenir de fa
furprife. Il demanda par
quel charme on l'avoit
fauvé de fon defeſpoir
;
& la Dame , qui étoit
bien éloignée de comprendre
qu'il eût voulu
fe tuer effectivement , lui
GALANT. 105
ayant marqué qu'elle
n'aimoit point de pareilles
ſcenes , la fuivante ne
lui voulut pas ôter la
gloire de fa courageufe
refolution de tourner
fon bras contre lui-même
; elle montra le poignard,
& raconta ce qu²-
elle avoit fait. Le Marquis
fut fi honteux de
l'avanture de l'éventail ,
qu'étant d'ailleurs accablé
par les reproches que
lui fit la Dame d'un em106
MERCURE
portement fi extravagant
, il fe retira chez
lui fitôt qu'il fut en état
de s'y conduire. La neceffité
où il étoit de ne
la plus voir lui fit prendre
le deffein de s'en éloigner
; & pour en tirer
quelque merite , il
reſolut à voyager , afin
qu'elle pût connoître
que , même en ſe banniffant
, il s'attachoit à
fuivre fes ordres..
GALANT 107
3
IBXCXCX3C
Parodie de Enigme , dont
le mot eft la Cloche.
JE fuis tantôt Guillaume
, & tantôt Madelaine
,
Dit la Cloche , qui n'eſt
ni fille ni garçon
;
Car en les baptifant on
leur donne unfurnom.
Aux Dames quelquefois
je caufe la migraine ,
Sonnant un aigre caril
lon
is
F08 MERCURE
Quelquefois aux vieillards
je donne le
friffon ,
Enfonnant pourles morts,
qui ne peuvent m'entendre.
Je ne marche que fur
mes bras :
Braspourpivots fondeurs
ont coûtumede prendre.
Corde me pend au col
pour me faire chanter.
Cloche quifonne
GALANT . 109
L'heure gloutonne
Maintes gourmans fçait
contenter.
Je defefpere aucuns qui
font à table , a
En les forçant de la quit
ter ;
Et j'ai le talent admirable
De donner quelquefois
des confeils trésprudens
,
Sans avoir raiſon ni bon
fens ,
Puifque
la cloche
10 MERCURE
Aux coeurs de roche
Confeille fouvent de prier,
Et le travail à l'ouvrier.
ENIGM E.
Mon nom eft måle en general
,
En détail mon nom eft
femelle ;
En plus petit détail d'un
nom måle on m'appelle
Fe rends plus d'un homme
brutal,
GALANT. In
Et fi je fuis la douceur
même.
J'ai le tein vif, ou le tein
blême ;
Monpere n'eft pas laid ,
·_quoiquefec& boſſu, a
Et nous avons tous deux
une mere commune.
1
Tel doit fon vice à ma
vertu ,
Et celui que j'irrite eft
Souvent fans rancune.
112 MERCURE
Autre .
Nos habitans troublent
notre repos
,
Nous veulent pefans ou
difpos ,
Selon qu'à leurs deßeins
nous fommes necef
faires,
Deffeins ou glorieux , ou
fols , on neceffaires.
C'est pour nous mettre en
liberté
Qu'aucuns nous mettent
à la chaine ;
A nos nerfs ils donnent la
gène ,
Et
GALANT. H13
Et ne nous veulent point
de mal;
Et nôtre
gouverneur , qui
Souvent
eft brutal ,
En fou fe démenant autour
de fa cabane ,
Perd rarement la tramontane
.
Le Duc de Shrewsbury
arriva à Paris le 12. Janvier
1713. il eut le 17. à Marly
audience particuliere du
Roy.
Charles Duc de Shrewsbury
, Ambaffadeur de Sa
Janu, 1713.
K
114 MERCURE
Majefté la Reine de la Grande
Bretagne en France , a
été Secretaire d'Eftat de
Guillaume troifiéme , Roy
de la Grande Bretagne. Il
defcend d'une des plus anciennes
& des plus illuftres
familles du pays de Caux
en Normandie , des Barons ,
de Cleuville , qui avoient
feance à la Cour de l'Echiquier
. Ils ont toûjours été
en trés grande veneration
depuis leur paffage en Angleterre
, & ont rendu de
grands fervices à leurs Princes
; auffi en ont - ils reçû
GALANT. 15
de grandes faveurs . Geoffroy
de Talbot embraſſa le
parti de l'Imperatrice Ma
haud , legitime heritiere
de la Couronne d'Angleterre
, contre le Roy Etienne.
Richard Talbot , troifiéme
du nom , fon arrie
re- petit - fils , fervit en la
guerre de Cambridge le
Roy Edouard premier ; &
fon fils Gilbert Talbot , fecond
du nom , ſe fit diftinguer
fous le regne d'Edouard
fecond. Le Roy
Edouard troifiéme le fit fon
Chambellan , & le combla
Kij
116 MERCURE
de bienfaits . Richard quatriéme
fon fils , auffi - bien
que Gilbert troifiéme fon
pere , ont toûjours été reconnus
avec la qualité de
Pairs du Royaume , & ont
affifté en cette qualité à
tous les Parlemens convoquez
par le Roy.
Le premier qui a porté
la qualité de Comte de
Shrevvfbury , a été Jean
Talbot , fils de Richard cinquiéme
du nom , Seigneur
de Gaderich ; lequel Jean
Talbot , Comte de Shrevvfbury
, & de Vvaterford en
GALANT. 117
w
t
The
Irlande , fut Maréchal de
France vers l'an 1441. pour
le Roy d'Angleterre Henry
VI. Ce Prince lui donna
pour recompenfe de fes
grands fervices le Comté
de Shrevvfbury , que fes
defcendans ont toûjours
poffedé depuis avec honneur
, étant le fecond Comté
d'Angleterre. Il fut plufieurs
fois Ambaffadeur
pour fon Prince , fut Gouverneur
d'Irlande , & Sénéchal
du Royaume. Il commanda
en Guyenné en qualité
de Gouverneur & de
118 MERCURE
Lieutenant general , prit
Bordeaux , remit beaucoup
de places de cette Province
à l'obeïffance des Anglois :
mais en fecourant Câtillon ,
il fut tué d'un coup de canon
avec un de fes fils en
1456. ce qui ruïna les affaires
des Anglois dans la
Guyenne , enfuite de quoy
ils furent chaffez de Fran
ce.
Jean Talbot , fecond du
nom , fon fils , fit la
guerre
en France , & le Roy Hen--
ry VI. le fit Chevalier en
1426. Chancelier d'Irlan
GALANT .
119
de , & grand Treforier du
Royaume. Georges fon pe
tit-fils fut Chevalier de la
Jarretiere. François Talbot,
Comte de Shrevvſbury
fils de Georges , fut auffi
Chevalier de la Jarretiere.
Georges fecond , fils de
François , fut Chevalier de
la Jarretiere , Comte ,
Maréchal d'Angleterre ,
dans laquelle qualité il fe
fit fort diftinguer. La Reine
Elifabeth envoya en France
en qualité d'Ambaffadeur
fon fils Gilbert , Comte
de Shrevvſbury en 1596.
82
120 MERCURE
Il ne laiſſa que
des filles de
fon mariage avec Marie de
Cavendich ; ainfi finit cette
branche .

La branche d'où deſcend
M. le Duc de Shrevvíbury
d'à -prefent , Ambaffadeur
de la Grande Bretagne
vient de Gilbert Talbot
troifiéme fils de Jean fecond
, Comte de Shrevvfbury
, & par confequent
petit-fils du Maréchal Talbot
, Jean premier du nom.
M. l'Ambaffadeur eſt le
douziéme Comte de ce
nom en ligne droite .
GALANT. 121
RONDEAU X
ON eft trop heureux
d'eftre en commerce avec
des Dames aimables y
fpirituelles , & polies ,
fi elles pardonnent moins
que les autres les fautes
groffieres , elles excuſent
auffi aiſement ce qui ne
part que de la vivacité de
leurs amis ; le premier des
trois Rondeaux fuivans
en eft une preuve incon-
Fanvier 1713 .
L
122 MERCURE
teſtable , la Dame qui la
compofé le jour meſme
qu'un Officier Suiffe luy
avoit un peu chiffoné fa
manchette ne put ſe refoudre
à le laiffer le lendemain
de fa correction
dans la peine où il avoit
paru en la quittant; l'Officier
qui fentit dans le
Rondeau la fine raillerie
de la Dame
, la paya galamment
quatre heures
aprés qu'il l'eut reçû par
le Rondeau qui refpond
GALANT. 123
ger
au premier ; dans le troifiéme
Rondeau la Dame
convaincuë
de la politef
fe & du merite de l'Of
ficier , trouve à propos
dans fon envoy de chande
Texte
, & de parler
pluftoft de la perte
d'un oiſeau , que de l'impreffion
que luy avoit
fait une refponfe digne
des plus aimables cavaliers
qui foient en Fran-
´ce ; les Etrennes qui font
aprés les trois Rondeaux
Lij
124 MERCURE
font de la meſme Dame
pour fon qui les a faites
Epoux , à qui elle ne fait
que rendre l'eftime &
l'amour qu'il a pour elle,
Dans fes tranfports il n'eft
refpectueux ,
En fes devis trop fouvent
cauteleux ,
Et malgré tout ne laiffe
d'eftre aimable ;
Si fon ardeur pourtant
efioit durable
Bien fcauroit - il allumer
GALANT . 125
de
vrais
feux.
Mais de fon coeur le chemin
eft douteux ,
Il jurera qu'il aime plus
- que deux,
;
Rien n'en croyez il debite
une fable
Dans fes tranfports.
Fort eft difert , careſſant,
point fafcheux,
Tant bien fcait-t'il termes
doux , langoureux
Difcoursfont beaux , rien
Liij
126 MERCURE
n'en eft veritable ,
Fit- t'il ferment, fe donnaft
t'il au Diable
Ne l'ecoute , il feroit
dangereux
Dans fes tranfports.
RESPONSE
de l'Officier Suiffe .
Point ne le puis de mon
chef helvetique
Tirer un metre en langue
marotique ,
Je , qui ne fcai profer tant
feulement ,
GALANT. 127
Que tu rirois avec maif
tre Clement
De voir un Suiffe ourdir
telle fabrique.
Partant fera ton ordre
defpotique
Loin éconduit de fon vouloir
comique ¿
En ce metier fuis lourd
tres lourdement.
Point ne le puis.
Ainfi tu n'es , car ton
chant
harmonique ,
Liiij
128 MERCURE
Note affez clair , que
Source kipocrenique
Ta de fon eau difpenfe
largement.
Or grand mercy de ton
rondeau charmant
Los t'en foit fait par la
lyre delphique
Point ne le puis.
E N VOY
pour
la meſme
.
Pour te donner los condignes
de Toy ,
Certes te duit meilleur
GALANT . 129
Poëte
que
moy
Mefme
Marot
n'eft
pour
ce trop habile
;
Carpour
louer
ta Muſe
fi gentille
,
Tant de merite , un esprit
tout charmant ,
Meffer Phoebus le peut
feul dignement.
RESPONSE.
Du bon Marot je tarirois
le dire ,
Du blond Phoebus j'épuiferois
la lyre.
130 MERCURE
1
Si prétendois répondre
doctement
Aux vers qu'avez envoyé
galament
Lorfque les miens à peine
aviez pu lire
De part S. Leu or dites
moy
beau Sire
Où tant puizés gente façon
d'ecrire ,
Gratieux tours badinages
charmans
.
Du bon Marot .
Moy qui ne fçai termes
GALANT. 131
qu'on doit élire
Du double mont ilfaudra
m'éconduire
Mais fi pouvez m'ap
prendre acortement
Comme dictez le tout
élegament
Bien chanterai cyl qui
mefceut inftruire
Du bon Marot.
ENVO Y.
Plutoft aurois pour vous
cotoïé le
Permeffe ,
J'ay differé par un af132
MERCURE
freux malheur,
Un innocent fouet poffedant
ma tendreſſe
Vient d'éprouver d'un
chat l'ame dure &
traitreſſes
Je ne vous dis plus rien ,
vous connoiffez mon
coeur ,
Fe cheriffois l'oyfeau , jugez
de ma douleur.
E TRENE S.
Je vous defire un nouvel
an
GALANT. 133
Plus de gloire qu'à Tamerlan
,
Du vin au gré de vôtre
envie
Une vive & douce Silvie
i
Chaque jour un nouve au
plaifir.
Que pouviez- vous encor
prétendre ?
Je vous defire un coeur
plus tendre ,
Je ne fçai d'où naift ce
defir.
134 MERCURE
EXTRAIT
d'une Lettre de Conf
tantinople du 5. Novembre
1712. écrite par
le Treforier de la Compagnie
Angloife à M.
l'Envoyé Extraordinaire
Flveflel , qui eft
à Hambourg , recue le
24. Decembre.
Depuis ma
précedente
le Grand Vifir a été deposé
& banni ; le Grand
Seigneur
a declaré la
GALANT. ISS
guerre au Czar & enfermé
fes Ambaffadeurs
avec
les Otages
aux 7. Tours.
Il a auffi donné ordre
pour faire arrêter le Palatin
de Mafure
à Andrinople
, & le General
Goltz
Envoyé
Extraordinaire
du
Roi Augufte
y fera mené
d'icy pour luy tenir compagnie
.
Le Sultan ira luy- mefme
avec 300. mille hommes
obliger le Czar à
l'évacuation de la Polopeut
le
gne , & forcer
s'il
Roi Augufte
à en faire }
136 MERCURE
autant. Il prefte à Sa Majefté
Suedoife 600. mille
'
écus
, & envoye effectivement
cet argent à Bender
, le Grand Vifir a
preſent Solyman
Baſſa eſt
auffi grand Partiſan de
l'intereft Suedois , que le
précedent
l'a été de Mofcovite.
Le General Poniatouſki
, a eu une part confiderable
à ce changement
, dont il eut les affurances
il y a quelque tems
ce qui fe verifie maintenant.
Aujourd'huy on publie
les
GALANT . 137
les ordres par tout l'Empire
afin que les Troupes
fe rendent à Ifaachy
fur le Danube au mois de
Mars prochain ; Le Tartare
Han , ayant ordre
de faire fes courſes dans
la Moſcovie , dont vous
aurez bien- toft des nouvelles.
Les Lettres de Conftantinople
du 23. Novembre
confirment avec plus de
détail que l'Aga envoyé
en Pologne , avoit rapporté
que les Troupes
Fanvier 1713.
M
138 MERCURE
Moscovites n'eftoient pas
forties de Pologne , & que
dans le temps que les Ambaffadeurs
du Czar affuroient
qu'elles en étoient
forties ; elles y faifoient
le mefme defordre qu'auparavant
, & quelles achevoient
de ruiner le Royaume
par des logemens &
par des contributions exceffives
, que le Czar fourniffoit
de grands fecours
aux Ennemis du Roy de
Suede , leur envoyant des
Troupes , des munitions
de l'artillerie & des vivres.
GALANT. 139
Sur ce rapport il fut reſolu
aprés avoir aſſemblé le Divan
de declarer la guerre
au Czar , comme un frac
teur du traité favorable
la Porte lui avoit accordé
aprés la defaite de
Les troupes
, & que fes
que
Ambaffadeurs feroient remis
aux fept Tours , qu'on
y avoit auffi arrêté l'Envoyé
du Roi Augufte.
D'autres lettres portent
que l'Ambaffadeur Polonois
arrivé depuis peu de
la part de ce Prince &
des Senateurs de fon parti
Mij
140 MERCURE
craignoit d'efttre traité de
mefme que l'envoyé
, que
les queues de Cheval
avoient été exposées , &
que les ordres avoient été
envoyés dans toutes les
Provinces de l'Empire
Othoman , pour faire de
nouvelles levées & faire
mettre celles qui font fur
pied en eftat de marcher .
Que le Grand Seigneur
devoit partir dans peu
pour aller à Andrinople
& fe rendre à la principale
armée qu'il commandera
en perfonne , & qui doit
GALANT. 141
entrer enMofcovie ; que le
Roy de Suede commandera
l'autre pour agir contre
la Pologne , & obliger
les Polonois à reconnoiftre
le Roy Staniſlas pour
leur Souverain. Que le
Grand Seigneur avoit envoyé
douze cent bourſes
au Roy de Suede , afin
qu'il puft augmenter fes
troupes par de nouvelles
levées , & qu'on avoit depeſchéun
Courier au Kan
des Tartares , avec ordre
de tenir les troupes preftes
pour entrer en Moſcovie.
M iij
142 MERCURE
Ces mefmes lettres aflurent
que le Grand Vifir
avoit été convaincu d'avoir
eu plus d'efgard aux
interefts du Czar qu'à
l'honneur de l'Empire Othoman
& qu'il avoit été
relegué dans une Ile de
l'Archipel.
NOUVELLES
de Vifmar.
Les Lettres de Wilmar
portent qu'aprés la défaite
des Troupes Danoifes &
Saxones , le General Stenbock
laiffa rafraifchir fon
GALANT . 143
>
armée aux environs de
Gadebusch , & qu'enfuite il
eftoit venu à Vilmar pour
donner quelques ordres ;
il y a laiffé une garniſon
de trois mille hommes
quelques jours aprés il retourna
à fon armée qu'il
fit marcher vers la Trave,
qu'il avoit appris que trois
mille Dragons demontés
du renfort qu'il attendoit
de Suede , eftoient arrivés
aux environs de Vifmar , &
avoit envoyé des Pilotes
pour les amener à Travenunde
où ils ont debar144
MERCURE
quez ; d'autres lettres portent
qu'ils ont joint l'armée
, & qu'ils feront remontez
dans peu dans le
païs de Holſtein qui eft
fort abondant en Chevaux
. On mande de Roftock
du 2. Janvier que le
Lecours arrivé de Suede
confifte en cinq mille Cavaliers
tous Dragons , &
en deux mille Fantaffins .
Le General Steinbock a
envoyé ordre à quatre Regimens
qui eftoient cantonnés
prés de Stetin & à
un Bataillon Suedois qui
eftoit
GALANT . 145
eftoit à Tormingen dans
le Holften Ducal , de venir
joindre fon armée . La
nuit du premier au ſecond
de Janvier ce General fit
paffer la Trave à toute fon
armée , avec douze pieces
de Canon des Pontons &
tous les materiaux neceffaires
pour conftruire des
Ponts fur les rivieres du
Païs de Holſtein . Le deux
il fit avancer fon armée
vers Segeberg , Odeſlo &
Steinhors où l'on fit une
décharge general de l'artillerie
& de la Moufque-
Fanvier 1713 .
N
146 MERCURE
terie pour celebrer la Victoire
de Gadebuch : il
avoit fait un détachement
>
& qui pris les devants
s'empara des Magafins de
Segeberg & OldeЛlo , dont
une partie avoit été amenée
à l'armée avec le
Sieur Gericken Commiffaire
du Roi de Dannemarck
.
Danoife Sa Majefté
ayant appris que l'armée
Suedoife avoit paffé la
Trave , continua fa route
vers Copenhague & envoya
ordre aux troupes
1
GALANT. 147
du Païs de Jutland & du
refte du Royaume de Dannemarck
de fe mettre en
marche pour renforcer
fon armée , avec cinq mille
hommes qu'il a ordonné
de faire revenir de
Norwege.
Le General Steinbock
a envoyé de tous coſtez
des détachemens pour ef
tablir les contributions :
il a fait declarer au peuples
du Holftein que ne
pouvant fe difpenfer d'y
entrer fuivant les loix de
guerre , il les exhorte à la
Nij
148 MERCURE
fe tenir tranquilles , les affurant
qu'il aura foin d'empefcher
qu'on n'exerce
contre eux aucune hoftilité
, pourvu qu'ils payent
les contributions . On écrit
du Holftein que ce General
fait obferver à fes
troupes une exacte difcipline
, & qu'il a fait demander
au Holſtein -Danois
un million de Florins
de contributions
, quatrecent
vingt mille Florins au
Holftein Ducal , & trois
cens mille à cette Ville.
On efcrit de BrunfGALANT.
149
wich qu'il s'y eft tenu plufieurs
conferences entre
les Miniftres de l'Electeur
de Brandebourg , du Duc
de wolfenbutel , du Duc
d'Hanover & du Landgrave
de Heffe. Caffel pour
chercher les moyens de
terminer les troubles de
la baffe Allemagne . Que le
bruit court qu'ils ont refolu
de former une armée
de trente à quarante mille
hommes , qui fera employée
contre ceux qui
refuferont de confentir à la
Paix à des conditions rai
N iij
150 MERCURE
fonnables; qu'ils fe font feparés
à la referve du Comte
de Schonborn Miniftre
de l'Archiduc qui eft
refté icy , que les autres
font allé rendre compte
à
leurs Maiftres de ce qui
s'eft paffé aux Conferences.
Les Lettres de Berlin
du trois Janvier portent
que le Comte Flemming
General des troupes Saxones
, y eftoit arrivé ce jour
là du Holftein & qu'il
avoit eu audience de l'Electeur
de Brandebourg.
On mande de Dreide
GALANT . 151
que le Comte dewirzthumb
eftoit arrivé le 27. Decembre
; qu'il avoit quitté
le Roy Augufte fur la
Frontiere de Pologne , &
qu'il avoit ordre de faire
travailler aux recruês des
troupes Saxones principalement
de celles qui fe
font trouvées à la Bataille
de Gadebuch , & qui font
retournées en Pomeranie .
On efcrit de Varfovie du
21. Decembre qu'on y attendoit
le Roy Augufte le
26. où le 27. qu'on y avoit
publié depuis quelques
Niiij
152 MERCURE
jours par ordre de ce
Prince un Decret par lequel
le Roi Staniſlas ci devant
Palatin de Pofnanie ,
le Palatin de Kiovie , le
Prince Michel Vviefnowiefki
, le Prince Sapieha
Starofte de Bobruis , les Generaux
Grudzinski &
en
Smiegies xi , & plus de
cinquante autres nommés
dans ce Decret , fon cités
à comparoiſtre
perfonne à la Diete generale
dans fix femaines à
peine d'être declarez rebelles
, & de la confifcation
de leurs biens.
GALANT. 15's
EXTRAIT
d'un
Difcours lu par
Monfieur
de Reaumur
dans la derniere
Affemblée publique de
Academie Royale
des Sciences fur les diverfesreproductions
qui
fe font dans lesEcrevif
fes,lesCrabes, les Omares,
c.5 entre autres,
bes,
furcelles de leurs jamde
leurs écailles.
Nous ne donnaſmes
qu'une idée fort fuperfi
154 MERCURE
,
cielle de ce Difcours dans
le Mercure du mois de
Novembre , mais nous en
promifmes un extrait plus
détaillé. Nous tenons tard
noftre promeffe , n'ayant
pas été en eftat de la tênir
pluftoft , les obfervations
fingulieres que contient
ce Diſcours , & les
applaudiffemens avec lefquels
elles furent reçues
nous affurent qu'on nous
fçaura gré de ce que nous
la tenons.
Monfieur de Reaumur
commença par faire reGALANT.
155
marquer que les Scavants
font autant en garde contre le
merveilleux que le vulgaire
lui donne volontiers croiance' ;
& que de là il arrive quelquefois
qu'ils nient les
faits furprenans
, comme
le Peuple les admet
fans les avoir examiné
d'affez prés. Les faits dont
il s'agit dans la fuite du
memoire
en font une
preuve , le peuple qui frequente
les bords des rivieres
, ou de la mer affure
que lorfque les Ecre-
-viffes , les Crabes , les O-
3
156 MERCURE
mars ont perdu une de
leurs groffes jambes ; qu'en
la place de la jambe perdue
il en renaiſt un autre ,
parce qu'ils ont vû divers
deces animaux qui avoient
une jambe plus petite que
l'autre. Les Sçavans au
contraire ont mis ce fait
au nombre des fables . La
reproduction d'un bras
& d'une jambe , ne leur a
pas paru plus facile , que
la formation de l'animal
entiere , & la nature
n'ayant rien difposé à l'origine
des jambes desEcreGALANT.
157
viffes qui reffemble au
grand appareil qu'elle employe
pour la formation de
l'animal , ils ont conclu de
leur là reproduction
que
>
eftoit impoffible .
Malgré la vraisemblance
de ce raifonnement
Monfieur de Reaumur ,
ayant eu occafion d'en
peſcher d'autres coſtez où
l'on rencontre beaucoup
de Crabes il ne puft
s'empefcher de foupçonner
que les Scavants
avoient tort fur cet article,
& que le peuple avoit rai158
MERCURE
fon. Mais avant de prendre
parti , il eut recours à
une efperance decifives ,
aprés avoir coupé des jambes
, ou des parties de jambes
à diverfes Ecreviffes ,
il renferma les Ecreviffes
dans un de ces batteaux
couverts où les peſcheurs
gardent le poiffon , & alla
enfuite de tems en tems obferver
les Ecreviffes pour
voir les changemens qui
leur arrivoient
au bout
d'un mois , ou 3. femaines
il vit de nouvelles
jambes
qui occupoient
la placeGALANT.
159
des anciennes , & lorsqu'il
n'avoit ofté à une Ecreviffe
qu'une partie de
jambe il vit de meſme une
nouvelle partie de jambe
qui s'étoit reproduite à la
grandeur prés la partie reproduite
eftoit femblable
à celle qui avoit eſté enlevé
à l'animal .
Cette partie ne paroift
aujour , ou ne n'aift comme
le foetus ,› pour ainfi
parler , que lorfqu'elle eſt
entierement formée . Au
bout de quelques jours
Monfieur de Reaumur
160 MERCURE
obferva qu'une membrane
recouvroit la playe qu'il
avoit faite à l'animal , cette
membrane platte alors
prit aprés une figure un
peu convexe , enfuite elle
s'allongea , & devint une
efpece de core , long de
quelques lignes ; on auroit
pris ce petit core pour une
fimple carnofité , il eftoit
pourtant la jambe naiffante
mais envelloppée comme
le foetus par d'épaiffes
membranes qui la deroboient
à la vue. Cette carnoſite
devenant plus grande
GALANT . 116
2.
de , les membranes dont
elle eft recouverte deviennent
plus minces , & deviennent
enfin minces à tel
point qu'elles fe briſent
& la jambe fortie de fon
fourreau paroift au jour :
elle eft molle alors , mais
au bout de quelques tems
elle eft recouverte d'une
écaille auffi dure que le
refte de l'écreviffe.
Au reste , c'eſt une circonftance
tres digne d'ef
tre remarqué , que ces
jambes naiffent plus ou
moins vite , dans certaines
O
Fanvier 1713 .
162 MERCURE
a
faifons que dans d'autres ,
une jambe qui ayant été
coupée en efté fe repare
au bout de trois ſemaines,
feroit à fe reparer plus de
cinq à fix mois fi on la
coupoit dans l'hyver. C'eſt
dequoy Monfieur de Reaumur
rendit une fort bonne
raiſon . Il fit obferver
que les Ecreviffes ne
mangent ny pendant l'hyver
, ny pendant quelques
autres mois de Fannée
alors elles ne doivent pas
avoir aflez de fucs nouri.
ciers pour fournir à de
.
GALANT . 163
nouvelles reproductions.
Mais fi il eft aisé de
rendre raison de cette circonſtance
du fait , rien ne
l'eft moins que d'expliquer
le fait lui-mefme. Mon.
fieur de Reaumur avoue
qu'on ne pouvoit qu'hazarder
des conjectures , &
qu'on ne devoit faire aucun
fond fur des conjectųres
lorfqu'il s'agiffoit de
rendre raifon d'une chofe
que des raifonnemens
clairs fembloient prouver
impoffible. Nous eufmes
tort de luy attribuer dans
O ij
164 MERCURE
le dernier Mercure , une
de ces conjectures , comme
fi elle eut efté fon veritable
ſentiment , car quoi
'qu'il eut dit qu'elle fourniffoit
en apparence une
explication affez commode
, il eut grand foin de
rapporter toutes les difficultez
qu'elle engageroit
à digerer.
Non feulement ces jambes
fe reproduifent plus
vifte lorfqu'elles ont efté
caffées en certaines faifons
, que lorfqu'elles ont
efté caffées dans d'autres :
GALANT. 165
mais auffi elles fe reproduifent
plus vifte felon l'endroit
où elles ont efté caffées.
Si on caffe une jambe
à la quatriéme jointure,
on prend pour la premiere
la plus proche des ferres
de l'écreviffe , elle revient
beaucoup
plus vifte que fi
elle avoit efté. rompue à
la cinquième
ou à la fixiéme
jointure. Mais fi on la
caffe à la troifiéme , on la
repete , & qu'on retourne
quelques jours aprés obferver
cette écreviffe , an
trouve cette jambe rom-
2
166 MERCURE
puëà la quatriéme jointure
, ce qui eft une chofe
fort finguliere , il ſemble
que les écreviffes inftrui- ,
tes que leurs jambes reviennent
plus vifte lorfqu'elles
font rompuës là
qu'ailleurs , prennent ſoin
de les y caffer.
Enfin , Monfieur de
Reaumur raconta un
grand nombre d'autres
faits tres curieux : il ex-
& plique en quel tems
comment les écreviffes
changent d'écaille. Il rapporta
que la nouvelle
GALANT. 167
écaille qui n'eft qu'une
efpece de membrane tres
molle , acquiert en deux
ou trois jours la confiftance
de la plus vieille écaille.
Mais tous ces faits feront
détaillés plus au long dans
les Memoires l'Académic
.
168 MERCURE
HISTOIRE.
ON m'a conté une Avanture
du Carnaval , qui
vous fera voir que le
ve
ritable amour n'eft point
volontaire . Une Veuve
tres - bien faite , n'ayant
point d'Enfans , & eftant
encore dans ſes plus belles
années , joüiffoit avec
plaifir de la liberté que
luy donnoit le Veuvage.
Parmy ceux qui la voyoient
, un Cavalier d'un
fort
GALANT. 169
fort grand mérite , luy
rendoit des foins affez
affidus . Il avoit beaucoup
d'efprit , & fortoit d'une
Maiſon qu'une ancienne
Nobleffe égaloit aux plus
illuftres. La Dame , à qui
fon attachement eftoit
gloricùx , ſe fit un honneur
d'entreprendre fa
conquefte ; & pour ne la
manquer pas , elle cut
pour luy des manieres
engageantes
, qui luy firent
prendre un com-
Fanvier 1713 .
P
170 MERCURE
mencement d'amour. Il
luy conta des douceurs ,
luy dit cent fois qu'elle
eftoit aimable ; & le plaifir
de la voir luy eſtant :
fenfible , il crut l'aimer
tout de bon , & fans prendre
foin de bien connoiftre
fon coeur , il l'abandonna
à un penchant indifcret
qui l'obligea enfin
de fe déclarer. Cette
déclaration
fut receue
avec plaifir. On la fouhaittoit
depuis longGALANT
. 171 :
temps , & le Cavalier
plaiſant
à la Dame , l'affaire
euft efté prompte-
:
ment concluë
, fans l'obftacle
d'un vieil Oncle
dont il heritoit , & qui
s'eftoit mis en tefte de le
marier à fa fantaiſie. Cet
Oncle eftoit un Gentilhomme
d'Anjou , qui
pour retenir le Cavalier.
dans fon voifinage , taf
choit de luy ménager un
Party fort riche . La Demoiſelle
qu'il euft bien :
A
P ij
172 MERCURE
voulu luy faire époufer ,
n'avoit pas encore treize
ans. Elle eftoit laide
donnoit peu de marques
d'avoir un jour de l'efprit
, & tout fon mérite
eftant dans fon Bien , ce
feul avantage ne pouvoit
fuffire au Cavalier ,
pour qui la beauté eſtoit
un grand charme. Il dit
à la Dame qu'elle devoit
peu s'inquiéter d'une recherche
que l'on faifoit
malgré luy , & dans laGALANT.
73
quelle quantité de Concurrens
le traverſoient.
Il fut réfolu
, que pour
empefcher qu'elle n'euft
des fuites , il fe rendroit
auprés du vieil Oncle, &
que fans luy découvrir
qu'il cuft de l'engagement
, il le prieroit de le
laiffer libre dans le choix
d'une Maiftreffe . Il fit ce
voyage , & négocia fi
bien , que les Parens de
la Demoiſelle diférant
toûjours à s'expliquer
Piij
174 MERCURE
afin d'avoir à choisir entre
plus de Prétendans ,
le vieil Oncle luy permit
de fe marier felon
fon coeur. Il le quitta ,
fort ravi de ce fuccés:
fans luy avoir parlé de
la Dame , & à fon retour
il alla coucher chez un
Gentilhomme de fes
Amis , qui faifoit ſon ordinaire
fejour dans une
fort belle Terre à dix ou
douze lieues de Paris. Le
Gentilhomme le retint le
GALANT. 175
lendemain , & pour l'obliger
à ne point partir ,
il le pria d'un Soupé qu'il
donnoit ce jour - là mẹfme
à une fort belle Compagnie
, l'affurant qu'il
verroit des Dames d'un
affez bon air , & entr'autres
une tres aimable Parifienne
, en faveur de qui
il ne vouloit point le prévenir.
L'Aſſemblée eftoit
de dix ou douze Perfonnes
, de l'un & de l'autre
fexe . La Belle , dont
Piiij
176 MERCURE
le
Gentilhomme luy
avoit parlé , s'y trouva
avec fa Mere. C'eftoit
une grande Brune , dont
tous les traits eftoient
animez , & qui brilloit
d'un éclat que les plus indifferens
ne
fouftenoient
qu'avec
peine . Son ef
prit refpondoit
à ſa beauté.
Elle l'avoit délicat
& vif , & tant d'agrément
eftoit joint à fes
manieres , qu'elle ne difoit
ni ne faifoit rien qui
GALANT. 177
ne donnaft lieu de l'admirer.
Le Cavalier qui
avoit beaucoup d'uſage
du monde , trouva mo
yen d'entrer avec elle
dans une maniere de
converfation galante ; &
fi fa perfonne luy avoit
d'abord paru toute aimable
, il fut charmé de
fon entretien . Elle parloit
finement , & ſes reponfes
à ce qu'on luy
difoit d'obligeant , ef
toient accompagnées de
178 MERCURE
certains
regards qui pe
nétroient
juſqu'au
coeur,
Tant que dura le Soupé
, il eut les yeux attachez
fur elle ; & quand
il fut ſeul avec ſon Amy,
il ne luy put parler d'autre
choſe. Comme
il
il avoit fçu fon nom , il
luy demanda
dans quel
Quartier elle logeoit à
Paris ; fi elle y feroit
bientoft de retour , & fi
fa Famille eftoit fort confidérable.
Son Amy qui
GALANT . 179
remarqua fon empreffement
à s'informer d'elle ,
luy dit en riant
prift garde à luy , que la
Demoiſelle
eftoit dangereufe
, & qu'il devoit
› qu'il
bien fe confulter avant
que chercher à la mieux
connoiftre . Il adjouſta
qu'elle paffoit ordinairement
tout l'Eté à la
Campagne , qu'elle ef
toit d'une Maiſon plus
noble que riche › que
s'il l'alloit voir on le re180
MERCURE
cevroit la premiere fois
avec beaucoup de civilité
, mais qu'aſſurément
on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
fa Mere vivant dans
la plus exacte régularité ,
& s'alarmant auffi- tost
de la veuë d'un Homme
, qui rendoit des foins
fans parler de Mariage .
Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut
plus fçavoir où logeoit
la Belle. Il partit le jour
GALANT: 181
fuivant , & quoy qu'il
puft faire pour bannir
l'image qu'il en conſervoit
, il n'en fceut venir
à bout. Cette charmante
Perfonne luy eftoit toufjours
préfente , & il rêntra
à Paris l'efprit remply
d'elle. La Dame
pour qui il avoit fait
ce voyage , fçavoit à peu
prés jour de fon arriv
ée , & comme en le
revoyant elle avoit lieu
d'attendre de luy de
182 MERCURE
grandes marques de
joye , il fe trouvoit fort
embaraſſé de ne pouvoir
fe montrer à elle qu'avec
un eſprit diftrait . Il alla
la voir fi toft qu'il fut de .
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy
,
cacha qu'il eut gagné
le vieil Oncle , & fe contenta
de dire qu'ayant
commencé de l'ébranler,
il avoit laiffé auprés de
luy des Gens qui feroient
le refte. Il gagnoit du
il
luy
GALANT . 183
temps par là , & fi quelquefois
il luy efchapoit
quelque refverie , il s'en
excufoit fur les nouvelles
qu'il difoit avoir receues
moins favorables
que fa paffion ne ſe les
eftoit promifes. Cependant
par la maniere dont
fon coeur eftoit touché ,
pour avoir veu une ſeule
fois la belle Brune , il
ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit
pris pour la Dame , &
184 MERCURE
ne fentant point pour
elle la force de ce panchant
, qui l'entraifnoit
malgré luy vers l'autre
il commença
de trembler
de l'engagement où
il s'eſtoit mis . La Dam
qui s'ennuyoit du retardement
, luy dit plufieurs
fois qu'elle avoit
du Bien pour lui , &
elle , & que l'intéreſt
n'ayant point de
part à fon amour , elle
eftoit preſte à lui en donpour
elle
ner
GALANT. 185 .
ner des preuves fenfibles,
en l'époufant fans l'aveu
de l'Oncle. Le Cavalier
oppofoit tousjours que
ce feroit renoncer à une
importante Succeffion ,
& qu'il valoit mieux fe
contraindre encore pendant
quelque temps , que
de s'expoſer
à faire une
pertè fi confiderable
. La
belle faifon finit , & le
Cavalier , guéry enfin
par le temps d'une idée
flateufe qui l'avoit trop
Tanvier
1713. Q
186 MERCURE
occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon
amour n'avoit plus d'obftacle
, lors qu'eftantvenu
un matin chez elle , il vit
entrer tout d'un coup
une Perfonne affez né
gligée , qui la courant
embraffer , en fut embraffée
de mefme avec
de fort tendres marques
d'une amitié réciproque
.
C'eftoit juſtement la bel
le Brune , qui eftant arrivée
de la Campagne
le
GALANT. 187
föir précedent , avoit
voulu la furprendre fans
luy faire faire aucun meſfage.
Elle demeuroit dans
fa mefme rue , & ce voi,
finage avoit donné lieu à
leur amitié. Jugez de l'étonnement
du Cavalier ,
quifrappéencore plus vi
vement par cette feconde
yeuë , eut de la peine à
cacher fon trouble. Il fit
compliment à cette belle
Perfonne ; & de la maniere
qu'il le fit, la Dame
Q ij
188 MERCURE
connut que ce n'eftoit
pas la premiere fois qu'ils
fe voyoient. Elle apprit
la rencontre du Soupé ,
& dit au Cavalier en
riant , que comme il verroit
ſouvent fon Amie
chez elle , c'eſtoit à luy à
ſe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes .
On plaifanta là - deffus
& la converfation devint
tres- fpirituelle . Le Cavalier
qui reprit foudain
fon premier feu , réfolur
GALANT. 189
plus que jamais de faire
valoir l'obftacle de l'Oncle.
Rompre avec la Da
me , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une
fans ſe la voir diſputer
par l'autre, c'eſtoient des
chofes qui luy paroif
foient comme impoffi
bles ; mais il aimoit }
& quelques difficultez
qu'on ait à combatre , il
pour
fe
fuffit qu'on aime
mettre en tefte que l'on
peut furmonter tout!
190 MERCURE
L'affiduité qu'il avoit de
puis long - temps auprés
de la Dame , luy donnoit
occafion de fe rencontrer
chez elle dans les heures
que la Belle choififfoit
pour la venir voir . Il en
manqua peu , & s'obfer
va avec tant de foin , que
s'il tâchoit de luy paroiftre
agreable , c'eftoitfeu
lement par un enjoüe→
ment d'efprit , auquel il
fembloit que le coeur
n'euft point de part. L
GALANT . 191
faifoit des Vers . La Belle
en faifoit auffi d'affez naturels
; & comme il luy
en donnoit devant la
Dame , qui marquoient
avec des expreſſions trespaſſionnées
, combien il
tiroit de gloire du choix
qu'il avoit fait pour ai
mer , elle ne faifoit aucune
façon d'en apporter
d'autres quelques jours
aprés , qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui meri192
MERCURE
toit le mieux d'eftre aimée.
Tous les Vers du
Cavalier eftant faits d'u
ne maniere qui les faiſoit
appliquer à l'engagement
qu'il avoit avec la
Dame , elle n'eut aucun
foupçon de cejeu d'efprit
qui fe pratiquoit ouvertement
, & qui paroiffoit
tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint
à bout de fon deffein . Un
jour que la Dame l'avoit
laiffé
GALANT. 193
>
laiffé feul avec la Belle
il luy dit , en luy jettant
des regards tout pleins
d'amour,qu'il faifoit parfaitement
, ce que fes
Vers luy faifoient connoiftre
qu'elle fouhaitoit
qu'il fit ; c'eſt- à dire qu'il
aimoit
tousjours de plus
en plus la belle Perfonne
pour qui les fiens eftoient
faits. La Belle luy répondit
que fon Amie eftoit
trop aimable
pour n'inf
pirer pas la plus forte
Fanvier 1713. R
194 MERCURE
paffion ; & fur ce qu'il
adjouſta qu'il ne ſe tiendroit
heureux , que quand
fes Vers luy plairoient ,
faits pour une autre que
fon Amie , elle rougit,
demeura embaraſſée,
& quelque effort qu'elle
pour
fit
pour
cacher fon trouble
en détournant
le difcours
, il s'aperceut
aiſément
qu'elle eftoit entrée
dans ce qu'il avoit voulu
luy faire entendre , &
eut grande joye d'avoir
GALANT . 195
fait ce
premier pas. La
Dame rentra , & le Cavalier
demeura fort enjoüé.
Il fit d'autres Vers.
La Belley répondit à fon
ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmentet
tousjours ſa paſfion
, luy faiſant croire
qu'elle confentoit à eſtre
aimée , il réfolut de fe déclarer
fans aucun détour,
& profita pour cela des
moindres
occafions qu'il
cut de luy parler feul,
Rij
196 MERCURE
La Belle le traita d'extravagant
; mais quoy qu'elle
fit des plaifanteries de
tout ce qu'il luy diſoit de
paffionné , elle l'écoutoit
quoy qu'il vouluſt dire ';
ou fi quelquefois la bienféance
l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit
la honte que fon infidelité
luy attireroit , la
douceur de fes regards
l'invitoit fecretement à
eftre infidelle, Comme
GALANT. 197
des
jamais il n'avoit
momens
à l'entretenir
, il
que
ne pouvoit s'expliquer
affez pour luy ofter ſes
fcrupules ; mais c'eftoit
tousjours beaucoup pour
fuy , qu'elle connuſt les
fentimens de fon coeur.
& qu'elle en fift un ſecret
à fon Amie. Tandis
que fa paffion prenoit
d'agreables efpérances
il arriva une choſe qui
luy fit croire que tout
confpiroit à le rendre
,
R iij
198 MERCURE
20
9: heureux. Un Financier ,
Favory de la Fortune ,
& qui fans aucun mérite
eftoit parvenu à de
grands Biens , ayant veu
la Dame en quelque lieu ,
fe laiffa piquer de fon
agrément , & ne doutant
point que le brillant de
fon or n'euft dequoy
charmer les plus délicates
, il la vint voir dés le
lendemain , & débuta
par le mariage. Il n'aimoit
point à languir , &
THEQUE
BEE
GALANT. 12
prompte déclar
une fi
tion luy épargnoit des
cerémonies d'Amant qui
YON
DE
LA
VILLE
n'eftoient point de fon
caractere.Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre
ébloüye par le
Bien , elle crût que fes
affaires n'en iroient que
mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre ;
& dans cette veuë , elle
répondit avec beaucoup
de reconnoiffance à la déclaration
du Financier ,
R iiij
100
MERCURE
& le pria feulement de
luy accorder un mois ,
pendant lequel ils fe connoiftroient
l'un l'autre.
Leterme eftoit long pour
luy . Il vouloit conclure ;
& fi la Dame l'euft crû ,
deux jours auroient terminé
la chofe . Il falut
pourtant qu'il s'accommodaft
du retardement
.
Elle conta l'avanture au
Cavalier , & la crainte
qu'il devoit avoir d'un
Rival fi
redoutable , ne
GALANT. 201
luy donna point plus
d'empreffement pour l'époufer.
Il dit à la Dame,
que plus la Fortune la
favorifoit , plus il fe
croyoit indigne qu'elle y
renonçaft pour luy , s'il
ne s'affuroit la Succeffion
de l'Oncle ; que cet Oncle
refuſoit tousjours de
s'expliquer , & qu'il falloit
attendre fa mort , qui
ne pouvoit qu'eftre proche
ou que fes Amis
euffent obtenu le confen
402 MERCURE
tement qu'il luy faifoit
demander. Il cruft la rebuter
par cette réponſe ,
& elle de fon cofté demeura
perfuadée qu'en
voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux
, & que craignant
qu'elle ne changeaft ,
égards
il cefferoit d'avoir les
qui
choient de conclure Ainfi
elle fit tousjours bon
vifage au Financier
quoy que fes manieres
>
l'empefGALANT.
203
luy dépluffent ; & le Cavalier
par politique , luy
témoignoit quelquefois
qu'il en eftoit alarmé.
Elle répondoit qu'il avoit
fujet de l'eftre , que les
Femmes n'eftoient pas
tousjours conftantes , &
qu'un Financier qui offroit
toute forte d'avantages
, eftoit un Rival à
craindre. Le Cavalier ñe
fouhaitant rien plus ardemment
que de le voir
infidelle , luy diſoit en
204 MERCURE
ſoûpirant , que s'il arrivoit
que fon Rival fuft
heureux , il ne ſe plaindroitque
de fon malheur.
Pendant ce temps , le Financier
vit la belle Bru
ne. Comme elle plaifoit
à tout le monde , il ne
faut pas s'eftonner fi elle
luy plut. Il apprit qui
elle eftoit , & dit à la
Dame fort naïvement
qu'il eftoit fafché de ne
l'avoir pas connuë avant
elle ; qu'ayant tres - peu
GALANT. 205
de fortune , elle auroit
fur l'heure conſenti à l'efpoufer
, & n'euft pas mis
fon amour à une filongue
efpreuve. Cela luy
donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame,
qui aprés pluſieurs remifes
eftoit fort embaraffée
de fe voir enfin dans les
derniers jours du Carnaval.
Le Financier prenoit
pour affront qu'elle prétendit
le faire encore attendre
aprés Pafques ; &
206 MERCURE
comme le temps qu'il
avoit efté contraint de
luy accorder , étoit expiré
depuis plus de quinze
jours , il vouloit abfolument
terminer ou
rompre
. Les chofes
eftoient
en cet eftat, quand
le Cavalier flaté des marques
d'estime qu'il rece,
voit de la belle Brune ,
crut qu'il y alloit de tout
fon bonheur de s'expliquer
avec elle plus pré:
cifément qu'il n'avoit
GALANT . 207
fait . Il l'attendit à l'Egli .
fe, d'où il revint plufieurs
fois fans luy parler , parce
qu'elle accompagnoit
fa Mere ; & enfin l'ayant
un jour trouvée feule , il
l'arrefta dans le temps
qu'elle en fortoit. La
Belle , à qui les occafions
de l'efcouter n'eftoient
pas tousjours préfentes ,
receut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit
de fon amour ; & commeil
la preffoit de ſe dé208
MERCURE
clarer , elle répondit que
lors qu'il feroit fans engagement,
il n'auroit pas
lieu de fe plaindre d'elle.
L'inquiétude qu'elle fit
paroiftre d'eftre dans un
Lieu où elle pouvoit eſtre
obfervée , l'obligea de la
prier de luy en marquer
un autre , où il puſt en
liberté luy faire connoiftre
qu'elle n'avoit rien à
craindre d'un engagement
qui eftoit preſt de
finir. Elle ne luy fit aucune
GALANT . 209
cune réponſe , ſon Amie
ayant paru dans le mefme
temps. Elle venoit à
l'Eglife , & les avoit apperceus
de loin. L'action
avec laquelle
ils parloient
, luy ayant eſté
fufpecte , elle fut furpri
fe , quand elle aborda
la Belle , de la voir embaraffée.
Elle feignit de
ne le point remarquer ,
& aprés quelques paroles
des plus obligeantes ,
elle la quitta , & donna
Fanvier 1-13.
S
210 MERCURE
la main au Cavalier. Ils
entrerent à l'Eglife , &
la Belle alla chez elle . La
Dame eut déslors quelque
foupçon de l'amour
du Cavalier , & l'impatience
de s'en éclaircir ne
luy coufta pas de longues
peines , puifque le
hazard la fatisfit dés le
lendemain
. Elle régaloit
le foir une belle Compagnie
; & le Cavalier
qui s'eftoit rendu chez
elle avant tous les autres ,
,
GALANT. 211
laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deſſus
fans qu'il y prift garde ,
& fe baiffantcomme pour
remedier à un Soulier
qui l'incommodoit , elle
s'en faifit adroitement.
& l'alla lire fi-toft qu'il
fut venu d'autre monde,
Elle reconnut foudain
l'écriture de la Belle. Le
Billet portoit , que s'il
vouloit continuer la converfation
dans laquelle
ils avoient efté interrom-
S ij
212 MERCURE
pus le jour précedent , il
pouvoit fe rendre fur les
onze heures du foir chez
Madame la Marquiſe de..
à qui on donnoit le Bal ;
que cette Maiſon eſtant
tres- voifine , elle y viendroit
en Egyptienne , &
qu'il pourroit luy faire
connoiftre s'il eftoit vray
que fa bonne fortune dépendiſt
d'elle. La lecture
de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
GALANT . 213
Amie. Pour mieux fçavoir
jufqu'où elle alloit ,
elle fongea auffi - toſt à
prendre la place , ne dou
tant point que l'amourne
rendift le Cavalier dili
gent , & qu'elle ne puft
prévenir la Belle , en ve
nant au lieu marqué avant
l'heure qu'elle luy a
voit donné. Elles eftoient
toutes deux de la mefme
taille , & fous un mafque
, elle pouvoit déguifer
fa voix. Ce deffein ef
214 MERCURE
tant formé , elle donna
ordre à fa Suivante , de
luy tenir preſt un Habit
d'Egyptienne , & vint
retrouver la Compagnie
dans un enjoüement qui
ne pouvoit mieux cacher
qu'elle euft quelque chofe
en tefte . On foupa , &
incontinent aprés , elle
propofa diverfes tables de
Jeu. Elle fe mit d'une partie
d'Hombre; & leCavalier
qui avoit prié qu'on
le difpenfaft d'en eftre ,
1
GALANT . 215
fe retira dans le mefme
temps qu'il luy vit tenir
des Cartes. La Dame n'en
perdit point. Elle obligea
une Amie de prendre fon
Jeu pendant une heure ,
& eftant montée dans
fon Cabinet , elle s'habilla
fort
promptement
, &
courut au rendez - vous .
Elle eut bien- toft apperçeu
le Cavalier , qui
dans fon impatience obfervoit
tous les Maſques
qui entroient , & qui
216 MERCURE
voyant une Egyptienne ,
fut aifément trompé par
fa taille. Elle luy dit , en
le tirant un peu à l'écart ,
que fa ponctualité luy
devoit faire connoiftre
combien elle avoit trou
vé de charmes dans la
converfation qu'elle venoit
luy donner moyen
de pourfuivre. Les remercimens
du Cavalier furent
meflez de mille affurances
du plus tendre amour
, & aprés qu'il en
eur
GALANT. 217
cut exageré toute la force
, il luy dit qu'elle devoit
avoit l'efprit en repos
fur les reproches qui
lui
paroiffoient à craindre
du cofté de fon .
Amie ; qu'eftant réfolu
de ne
l'efpoufer jamais ,
il s'en
défendoit depuis
plus de quatre mois , fur
le prétendu obftacle d'un
Oncle qui ne lui cauſoit
aucun
embarras ; que rebutée
des
longueurs de
cet obftacle
Fanvier 1713 .
elle avoit
T
418 MERCURE
prefté l'oreille à un Financier
, dont le grand
Bien commençoit
à l'ébloüir
qu'il fe conduiroit
de fortequ'il l'obligeroit
enfin à ne pas laiffer
efchaper une fi grande
fortune ; & que quand
le Financier l'auroit efpoufée
, rien ne s'oppo
fant à leur amour , il leur
feroit fort aifé de le faire
réuffir , fans que l'un ny
l'autre en receuffent aus
cun blâme. La Dame
GALANT. (-119
feignit d'eftre fort contente
, & dit que pour
veu qu'il fuft conftant ,
elle voyoit tout à efperers
mais qu'il prift bien garde...
Il ne fouffrit point
"
qu'elle achevaft , & mille
fermens qui luy firent
voir la plus violente paffion
, furent la fin de cet
entretien
. La Dame parlant
tousjours au nom de
la Belle , témoigna craindre
que fa Mere qu'elle
-diſoit avoir laiffée endor-
Tij
240 MERCURE
mie , ne la demandaſt fi
elle venoit à s'éveiller ,
& elle fe hafta de fortir
fous ce prétexte. Le Ca-
-valier voulut la condui
re ; mais elle ufa d'une
autorité fi abfoluë pour
le faire demeurer , qu'il
fut contraint de luy
obeïr. Il refta peu dans
cette Aflemblée , & alla
chez luy refver en repos
à fon bonheur. La Belle
n'eftant venue qu'à minuit
, parce que fa Mere
GALANT. 12 #
s'eftoit couchée tard , l'at
tendit jufqu'à une heure,
& s'en retourna pleine
de dépit qu'il euft fäit ſi
peu de cas du feul rendez-
vous qu'il avoit eu
d'elle. Ce que je viens de
yous dire arriva le Jeudy
gras. Le lendemain , le
foin de la Dame fut d'e

xécuter ce qu'elle avoit
médité toute la nuit . Le
Financier vint la voir ; &
la preffa , comme il avoit
déja fait plus d'une fois ,
Tiij
22 MERCURE
de luy déclarer détermi
nement ce qu'elle avoit
réfolu de faire. Quelque
Bien qu'il euft , elle ne
balançoit point à demeurer
tousjours Veuve
plutoft que de faire un
choix qui gefnaft ſon
coeur , mais le Financier
luy eftoit utile pour la
yangeance qu'elle s'eſtoit
propolée. Elle connoiffoit
fon foible , & le
.
yoyant
dans l'enteſte
..
ment de ſe marier
avant
GALANT. 223
le Carefme , elle affecta
une bonne foy dont il
n'avoit aucun intéreſt à
développer
la caufe,
Aprés lui avoir marqué
grande paffion de le voit
tousjours de fes Amis
elle luy dit qu'elle avoit
tafché de rompre un engagement
fecret que le
Cavalier & elle avoient
pris enfemble , & què
n'en pouvant
venir à
4
bout , elle le prioit , puis
qu'il eftoit impoffible
Tiiij
124 MERCURE
qu'elle fe donnaft à lui ;.
de vouloir bien eſpouſer
une autre elle- mefme ;
qu'il connoiffoit fon Ame
; qu'elle eftoit tresbelle
, avoit mille bonnes
qualitez , & qu'en failant
la fortune d'une Fille de
naiffance , il trouvoit &
moyen de fe rendre heu
reux. Le Financier , dont
les yeux régloient l'amour
, n'eut aucune per
ne à confentir à l'échange.
Il répondit que la.
GALANT. 223
a
Demoiſelle luy plaifoit
affez , mais qu'il ne vou
doit donner aucune paro
le , à moins qu'on ne
Faffuraft que le Mariage
fe feroit en vingt- quatre
heures. La Dame qui ne
fouhaitoit rien tant que
la promptitude , fe chargea
du foin de cette affaire
, & luy demanda
le refte du jour pour la
propofer à la Mere de la
Belle. Jamais propofition
ne pouvoit donner plus :
226 MERCURE
de joye à cette Meré . II
fut arrefté qu'on garderoit
le fecret , & que 122
Fille elle mefme n'apren--
droit rien de ce Mariage
,
que dans le moment qu'il
faudroit qu'elle fignaft.
Le jour fuivant , qui ef
toit le Samedi , la Dame
amena le Financier chez
la Mere. Il l'entretint en
particuliers Le Notaire :
vint , & l'on fit alors fçavoir
à la Belle pourquoy
onl'avoit mandé . Le ton
GALANT . 227
abfolu dont fa Mere luy
parla , la haute fortune
que lui affuroit ce Maria!
ge , & le fujet qu'elle
croyoit avoir de fe plain
dre des mépris du Cava
lier , tout cela lui fit une
impreffion fi forte , qu'el
le figna comme on le
voulut. Le Financier
plein de joie , alla donner
ordre aux Bans , &
en fit publier un le lendemain
à la grande Mef
fe , aprés laquelle on les
28 MERCURE
maria . La Cerémonie ver
noit d'eftre faite , quand
le Cavalier entra dans
l'Eglife . Il connut bientoft
par l'empreffement
des Curieux , qu'il y
avoit une Mariće ; & en
tendant dire qu'elle eftoit
de qualité , il s'avança
pour la voir. Quel coup
de foudre quand il remarqua
la Belle ! Il fit
un cry qui furprit tous
ceux qui l'entendirent .
La Dame , qui eftoit du
n..
GALANT. 229
Mariage , tourna la teſte
vers luy , & fe fépara de
la Compagnie
, pour fe
donner le plaifir d'aller
infulter à fa douleur.
Ah , Madame , qu'ay-je
veu , lui dit- il tout conf-
-terné ? Sa réponſe fut
qu'elle eftoit contente ,
puis que le chagrin où il
eſtoit luy faifoit connoiftre
que rien ne manquoit
-à fa vangeance. Alors
elle luy parla du Billet
trouvé , de fon Perfon-
*
250 MERCURE
#
nage d'Egyptienne , du
bonheur qu'elle avoit eu
de marier promptement
la Belle ; & aprés luy
avoir dit qu'il pouvoit
donner fon coeur fans
appréhender qu'elle y
miſt obſtacle , elle le quita
, en luy défendant de
la voir jamais. Il demeura
abîmé dans fa douleur,
& le defefpoir d'avoir
perdu par fon imprudence
la feule perfonne qu'il
fe fentoit capable d'aiGALANT
. 431
mer , le rendant i confolable
, il abandonna Paris
, pour cacher à ſes
Amis l'accablement où
il fe trouvoit. On ne m'a
point dit fila fierté de la
Dame l'a guérie de fon
amour. Je fçay ſeulement
que le Financier
adore la Belle , & que
l'abondance où elle eft
de toutes chofes ne
luy laiffe aucun fujet de
regreter ce qu'elle a perdu.
!!
232 MERCURE
Definition d'un Poëte
Arabefur laJustice.
i La Juftice eft la fille
aifnée de la raison . Le Genie
Protecteur des Empi
res , & la main qui tient
enchaifnée
la profperité
des Royaumes & la gloire
des Potentats .
AVANTURE
d'un Sultan fur la
Justice.
Sous le regne de Mahmoud
il arriva qu'un Turc
de
GALANT. 238
de fes Troupes entrant par
force fur le minuit dans
la
maifon d'un
pauvre
homme , le tourmenta fi
fort , qu'il l'obligea à quits
ter fon logis , & abandon
ner fa femme & fes enfans.
Cer homme outré
de douleur s'en alla au
Palais porter fes plaintes
au Sultan qu'il trouva
eveillé , & lui ayant res
prefenté fa difgrace , il
en fut efcouté fi favorablement
qu'il eut tout fu
jer de fe confoler , & pour
conclufion
le Sultan li
V
Janvier 1713.
234 MERCURE
dit , fi ce Turc retournechez
vous venez m'avertirincontinent.
Le Turc ne :
manqua pas d'y retourner
trois jours aprés , de quoy
Mahmoud ayant eu avis ,
ilfortit auffi-toft avec une
petite Troupe de fes gens
pour fe rendre en ce lieu ,
ou d'abord qu'il fut entré
il fit éteindre la lumiere
& tailleren pieces cet infolent.
*
Apres cette éxecution lé
Salcan voulut à la clarté
d'un Flambeau
qu'ils fic
állumeri feconnoiltre
de
GALANT. 235
vifage de celui qu'il venoit
de faire tuer ; & auffi - toft
qu'il l'eut reconnu il fe
profterna par terre & rendit
graces à Dieu . Enfuite
il demanda au maiſtre du
logis qu'il lui apportat
quelque chofe à manger,
Cet homme qui vivoit
dans une extreme pauvreté
ne put lui prefenter que
du pain d'orge & du vin
pouffé , donc le Sultan fe
contenta & en prit fa res
fection. Mais comme il
alloit fortir pour retourner
a fon Palais , cet hom
Vij
236 MERCURE
me à qui il avoit fait unefi
bonne juſtice , ſe jetta
fes genoux & le pria tres
humblement de lui dire
pourquoi d'abord en entrant
il avoit fait éteindre
la lumiere ; pourquoi oil
s'eftoit profterné aprés la
mort du Turc , & enfin :
comment il avoit pû fe re
foudre à prendre un fr
mauvais repas ? Le Sultan
lui répondit fort humaines
ment : Depuis , dit- il , que
vous m'avez porté voſtre
plainte , j'ay tousjours cu
dans l'efprit que ce nepour
GALANT 237
voit eftre qu'un de mes enfans
qui avoit efté hardi
pour commetre une telle
infolences
Gefpourquoy
ayant pris la refolution de
m'en venger , je n'ay pas
voulu eftre attendri par fa
vuë, & j'avois fait éteindre
la lumiere pour cet effet ; ,
mais ayant enfin reconnu
que ce n'eftoit aucun de
mes enfans ; j'en ay loüé
Dieu comme vous avez
vâ , & je vous ay demandé
à manger , parce que le
chagrin que j'avois de
l'outrage qui vous tavoit
?
+18? MERCURE
efté fait , m'avoit ofté le
repos & empefché de
manger.
NOUVELLES
de Catalogne..
Les Lettres de Tortofe
dur. Janvier portent que·
le meſmer jour l'armée
compofée de vingt - fix =
Bataillons & de trente
deux Eſcadrons avoit pafsé
de l'autre cofté de l'E
bro où elle eftoit campée
fur une ligne , qu'elle de
voit le lendemain fe met.
tre en marche vers le Col
GALANT. 239
de Balaquer pour entrer
dans la Campagne de Tar
ragone où il y a une gar
nifon de deux mille home
mes commandée par le
General Frankenberg Cel
les de Vifnaros portent
qu'il y a une quantité
fuffifante de Barques pres
parées pour transporter
à Cambril au deffus de
Tarragone des vivres &
de l'orge , pour la fubfiftance
de l'armée. On
mande que le General Staremberg
ayant attaqué le
Fort rouge & celui des
140´ MERCURE
Capucins prés de Girønne :
avoit efté repouffé avec :
perte , qu'il avoit fait fau
ter le pont Mayor pour
rendre plus difficile le pafs
fage du Ter au Marefcháb
de Bervike qui s'avançoit
au fecours de la place avec
quarante cinq Bataillons ,
& trente deux Eſcadrons .

GALANT 241
Nouvelles d'Angleterre .
La Reine a donné le Re
giment Royal de Cavalerie
du feu Comte Rivers au
Comte de Peterborough.
Et le Regiment de feu
Brigadier Durel , Comman
dant de Dunkerque, au
fieur Hamilton , Gentilhomme
Irlandois .
Sa Majesté a changé onze
Juges de Paix , du Comté
de Midefex & des libertez
de Whitheal , dont on n'écoit
pas content .
Fanvier 1713 .
X
242 MERCURE
Le fieur Mertins , riche
Banquier , fut choisi pour
eftre l'un des Aldermans de
la Ville de Londres , à la
place de feu Chevalier
Henry Furnefe.
Le 24. Decembre on
publia une proclamation
pour continuer jufqu'au
22. Avril prochain la Sufpenfion
d'Armes par Mer:
& par Terre , conclue avec
la France & l'Espagne.
Le 22. ou le 23. le Colonel
Hamilton devoit cftre
jugé , & on affure que
rapport des Medecins &
lc
GALANT 243
des Chirurgiens qui ont
vifité la bleffure du feu Duc
d'Hamilton, & les armes des
Combatans eft tres conforme
à la dépofition de ce
Colonel , & charge le fieur
Makartney , comme coupable
d'un affaffinat .
Les Lettres de Londres
du 8. Janvier portent . que
le Colonel Hamilton fut
jugé à la Cour de l'Old .
Bayly , & condamné comme
coupable ou complice d'ho
micide , a eftre brûlé d'un
fer chaud à la main , conformement
aux Loix du
X ij
244 MERCURE
Païs , en conſequence de ce
qu'elles appellent le privilege
du Clergé. Le 24. 1l fut
ramené pour l'execution , il
produifit un Pardon ou
grace que la Reine luy avoit
accordé , furquoy il fut dechargé
de la peine & mis
en liberté malgré l'oppofition
de Milord Mohun .
Il est arrivé depuis quelques
jours à Londres une
grande quantité de bagages
& de riches meubles du
Duc d'Aumont qui doit
venir en cette Ville fur le
même Yacht , qui porte le
GALANT. 245
Duc de Shrewſburi , qui
partit le 25. Decembre
avec la Ducheffe fon épouse
& fes domestiques fur une
Berge de la Reine , ils vinrent
s'embarquer à Gravefende
fur un Yacht , pour
aller en France , ils defcendirent
jufqu'à Nargat où
ils furent arreſtez par les
vents contraires.
On écrit de Briſtol du
24. Decembre qu'un furieux
ouragan a caufé de
grands defordres dans l'lfle
de la Jamaïque . Il commenle
8. Septembre vers les
ça
X iij
246 MERCURE
huit heures du foir , & dura
environ fept heures avec
tant de violence que tous
les toits de la maifon du
Port Royal & Kingſton
furent emportez , la plufpart
des Navires qui étoient
dans les Ports de ces
deux Villes coulerent à
fond , & ceux qui refterent,
fort endomagez , auſſi bien
que quelques Vaiffeaux de
guerre qui furent démâtez
plus de deux cent Negres
qui venoient de Guinée fur
deux Vaiffeaux qui furent
noyez avec un grand nom-
,
GALANT. 247
bre de Matelots , toutes les
Cannes de fucre qui étoient
dans cette Ifle ont efté détruites
, ce qui caufe une
perte tres confiderable.
Le Marquis de Monte-
Icon fut receu fur la route
en venant icy ` avec toutes
fortes de diftinction , fur
tout à Cantorbery où il
fut traité par le Maire &
Efchevins de la Maifon de
Ville à deux lieues de Londres.
L'Abbé Gautier & le
fieur Lewis premier Secretaire
de Milord Darmout
allerent à fa rencontre &
X iiij
248 MERCURE
l'accompagnerent jufqu'à la
maifon qu'il avoit fait preparer
où les Secretaires d'Etat
allerent lui rendre vifite .
Il fut vifité par l'Ambaſſadeur
de Venile , par le ficur
Mellarede , Plenipotentiaire
du Duc de Savoye & par
Envoyez de Suede , de Dannemark
, de Lorraine & de
Toſcane & par plufieurs
autres Seigneurs .
les
Il eut fa premiere Audiance
de la Reine le 2 1.
Decembre qui le reçûc
avec beaucoup de bonté
& lui permit de lui preſenter
GALANT. 249
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il rendit vifite
au Duc & à la Ducheffe de
Shrewsburi qui devoient
partir de Londres le 24. ou
le 25. & le Yacht qui les
transportera en France amenera
le Duc d'Aumont en
Angleterre .
MARIAGE.
Le Marquis de Carmarthen
, fils du Duc de Leeds,
épouſa le 26. Decembre , la
fille du Comte d'Oxford ,
grand Treforier.
250 MERCURE
Nouvelles
d'Allemagne.
Le Prince Eugene de Savoye
arriva à Vienne des
Pays - bas le 9 Decembre
aprés avoit falué l'Archiduc,
il alla rendre viſite au Comte
de Wratiflau fon ami , qui
eft reduit à la derniere extremité
par une longue
maladie...
Le Comre de Thaun ,
accompagné du Comte de
Thiersheim , y arriva de
Milan le 19 .
Le 21 le Comte de Gal
GALANT . 25t
-
latch , préta ferment pour
la Charge de grand Mailtre
de la maifon de l'Archiducheffe
Marie Elifabeth ,
four aînée de l'Archiduc.
Le Comte Jean Venceflas.
de Wratiflau , Confeiller
d'Etat & Grand Prieur de
l'Ordre de Malthe , mourut
le 21. Decembre âgé de
quarante ans. Le mefme
jour fon Corps fut mis en
depoft dans l'Eglife Cathedrale
de S. Eftienne pour
eftre tranſporté en Boheme
, & enfeveli dans le
Tombeau de ces Anceftres.
252 MERCURE
"
L'Archiduc a fait écrire
aux Princes de la Bafle Allemagne
d'employer tous
leurs foins pour terminer à
l'amiable la guerie dans la
Baffe Saxe . Le Comte de
Schonborn Vice Chancelier
de l'Empire a reprefenté
fortement au Refident de
Suede
que les contributions
que
les
Suedois
exigeoient
dans
le Duché
de Mekelbourg
étoient
contraires
aux
conſtitutions
de l'Empire
, auffi- bien que le pro
cedé du Comte de Steir
bock, qui avoit declaré qu
GALANT. 253
attaqueroit
les ennemis du
Roy fon Maitre , par
tout où il les trouveroit
, ce
qui pourroit avoir de fâcheufes
fuites. Le Refident
de Suede lui repondit
que
les ennemis du Roy fon
Maiftre , avoient ruiné la
Pomeranie
& occupé le Duché
de Bremen
, au prejudice
des mefmes conftitutions
,
fans que l'Empire fe fut mis
en devoir de l'empefcher
que la deffenſe étoit de
droit naturel , & que fa M.
S. avoit raifon de continuer
la guerre jufqu'à ce qu'on
254 MERCURE
luy cut fait fatisfaction , que
ſes ennemis avoient les premiers
exigé des contributions
du Pays de Mekelbourg
, & avoient contraint
les Suedois par la ruine de
la Pomeranie , à incommoder
leurs voisins qui ne s'y
étoient point oppofez . Les
Lettres de Conftantinople
du mois de Novembre
écrites par les Miniftres
Etrangers portent que le
grand Seigneur a de nouveau
declaré la guerre au Czar ,
que fes Ambaffadeurs ont
cité mis aux fept Tours , &
GALANT . 255
que le grand Vifir a eſté depofé
, ce qui allarme fort la
Cour de Vienne .'
Plufieurs Lettres
portent
que les Tartares
font déja
en marche pour faire une
incurfion
en Mofcovic
&
en Ukraine
On mande
de
Hongrie
que plufieurs
perfonnes
de confideration
y
tramoient
un nouveau
foulevement
, & que quelqu'uns
avoient efté arreltez , ce qui
oblige la Cour de changer
de refolution & de rappeller
de ce Pays - là huit
Regiments pour les envoyer
256 MERCURE
fur le haut Rhin , on a même
envoyé ordre de remplir les
Magafins des places de
Hongrie de vivres & de
munition de guerre , & de
le mettre en état de
deffenſe.
Nouvelles d'Espagne.
On écrit de Perpignan du
15. Decembre que le Maréchal
de Berwick y étoit
arrivé le 9. avec les Troupes
du Dauphiné , qui marchoient
en trois colonnes
avec un grand train d'ArtilGALANT.
257
ferie , qu'il étoit arrivé à
Rofes trente Barques chargées
de toutes fortes de
provifions , & qu'on y en
attendoit encore un plus
grand nombre.
Les Lettres de Navarre
portent qu'un Corps confiderable
de volontaires , de
Miquelets & de Troupes
reglées étoit venu pour
cattaquer la petite , Ville de
-Sanguefla fituée prés de la
-Frontiere & fur la riviere
d'Aragon : mais que les ha¬
bitans quoique furpris s'étoient
defendus avec rant
Janvier 1713 .
Y
258 MERCURE
de valeur qu'ils les avoient
repouffez & contraints à ſe
retirer avec une grande perte.
D'autres Lettres de Sarragoffe
portent que Dom
Patricio Laulés , Lieutenant
General , ayant affemblé des
Troupes , avoit marché vers
la Ville de Venafque
, que les
Miquelets & Volontaires
occupoient , mais qu'ayant
fçu qu'il venoit pour les
attaquer , ils l'avoient abandonné
, qu'il avoit fait plufieurs
détachemens qui les
avoient pourfuivis juf
ques dans les Montagnes
GALANT 259
& en avoient tué un grand
nombre. Que le Prince
Tferclas de Tilly en étoit
parti pour aller fe mettre à la
tefte des Troupes deſtinées
pour entrer en Catalogne
par Tortofe, elles doivent
y eftre affemblées , parce
que Dom Francifco Gaëtano
Lieutenant y étoit arrivé
de Valence depuis quelques
jours avec les Munitionnaires
Generaux pour faire les
difpofitions neceffaires de
vivres , de munitions & de
voitures.
L'armée eft compofée de
Yij
260 MERCURE
deux Regiments des Gardes
Efpagnoles , & de trente
Escadrons.
Un autre Corps de cinq à
fix mille hommes commandé
par le Marquis de Cera
Grimaldi Lieutenant Gencral
, doit en mefme temps
paffer la Segre à Lerida &
s'avancer vers Cervera &
Montblanc. Tous ces mouvemens
donnent de l'inquietude
au Comte de Staremberg,
il a commandé
des milices pour deffendre
les paffages , on affure qu'il
fera obligé d'y envoyer des
GALANT. 261
Troupes reglées , ce qui af
foiblira fon armée.
I
Les Lettres de Madrid du
1 Janvier portent que le
Comte de Staremberg étoit
parti en pofte le 6. Decem
bre de
Barcelonne , pour
aller au blocus de Gironne ,
qu'il avoit fait abandonner
les poftes que les Allemans
occupoient fur la Fluvia ,
qu'il avoit affemblé un
Corps d'environ douze mil
hommes, qu'il faifoit fortifier
les paffages de la riviere
du Ter pour les difputer
aux Troupes Françoiſes qui
&
262 MERCURE
s'affembloient dans le Rouffillon
fous les ordres du
Maréchal de Berwick , &
qu'on avoit publié à Barcclonne
la Sufpenfion d'Armes
conclue entre la France ,
l'Eſpagne & le Portugal.
Nouvelles d'Hollande.
Les Conferences particulieres
fe tiennent fouvent à
la Haye & à Utrecht entre
les Ministres des Alliez , &
mefme avec les Plenipotentiaires
de France & d'Angleterte
, avec efperance
GALANT. 263
le
d'un heureux fuccés , on ne
fçait point encore quand on
tiendra de Conference generale
entre les deux partis .
Les Lettres de Meurs du
3. de Janvier portent que
General Natzmar qui commande
les Troupes de Brandebourg,
avoir fait fortir
de la Ville les fix Compagnies
Hollandoifes qui y
étoient , qu'il n'y reftoit plus
dans la Ville & dans le Château
que des Troupes de
fon Alteffe Electorale .
264 MERCURE
Nouvelles de Flandres.
Un détachement de Trou
au 5
pes Françoifes s'étant approché
de Mons la nuit du 4 .
de Janvier , jetterent
avec des petits Mortiers , des
artifices fur des Magafins de
Foin & d'Avoine L. qui
étoient dans les ouvrages
exterieures , mais ils n'en
brulerent qu'environ vingt
mille rations. Les Lettres
d'Ypres portent , que les
François font de grands
preparatifs fur la Frontiere ,
&
GALANT 265
& qu'un parti de la Garniſon
en a defait un de foixante
& dix hommes de celle
d'Audenarde . Celles de Namur
portent que le fieur
du Moulin étant allé en parti
avoit brulé plufieurs batteaux
chargez de fourages
qui remontoient fur la
Meufe de Mastricht à
Liege . Dautres Lettres plus
récentes
de Namur portent
que depuis le commencement
de Janvier les partis
de la Garnifon avoient fait
plufieurs courſes , & avoient
toûjours amené des prifon,
Fanvier 1713 .

266 MERCURE
niers & du butin , & qu'un
de cinquante Huffars étant
arrivé jufqu'au canal de
Bruxelles , avoient pillé la
Barque & fait vingt - cinq
prifonniers , la plufpart Of
ficiers.
On mande de Dunkerque
du 27. Decembre que
depuis quelques jours , les
Armateurs de ce Port y
avoient amené fix prifes
Hollandoifes , dont il y en
avoit trois chargées de
grains , deux autres d'Oranges,
de Citrons , de Figues,
de raifins fees, & d'autres
GALANT 267
Marchandifes , & que la
fixiéme qui étoit fort riche ,
étoit chargée de fucre & de
cuivre .
Les Lettres de Tournay
du 12 Janvier portent que
le Landgrave de Heffe - Caffel
avoit envoyé ordre à fes
Troupes qui y font en garnifon,
d'en fortit pour tevenir
dans fès Etats , & qu'elles .
pártiroient fitoft qu'elles auroient
des réponfes de la
Haye ; que les Troupes Da
noiſes qui font en diverſes
places avoient reçûs le
mefme ordre. Le bruit
Zij
268 MERCURE
court mefme que celles de
Hanover ont auffi ordre de
s'en retourner.
DONS DU ROY.
T
Le Roy a nommé à l'Evefché
d'Alais l'Abbé de
Henin .
La Ville d'Alais eft dans
le Languedoc , elle fue erigée
en Everché en 1692 par le
Pape Inocent XII. Elle eſt
fcituée au Diocéfe de
Nifmes , & a efté érigée en
Comté de nostre temps ',
ceux de la Maifon de Petel
GALANT. 269
en étoient Maîtres anciennement
; elle a eu pour premier
Evefque , Mellire François
Chevalier du Faux . Le
revenu de ce Diocéle eft de
dix -huit mil livres . Ce
Diocéfe renferme feulement
quatre-vingt onze Paroiffe ,
& a été détaché de celui de
Nifines à caufe du grand
nombre de nouveaux convertis
qui habitent dans les
Montagnes. La Cathedrale
a efté dotée de l'Abbaye
d'Aigues mortes & formée
du College de ce mefme
nom & de celui d'Alais . P
Z iij
270 MERCURE
L'Abbaye de la Luferne ,
Ordre de Premontré Reformez
, Diocéfe d'Avran
ches , au Pere de Noirlerres
Cette Abbaye eft fcituée à
trois lieues de Granville, &
à quatre d'Arras , elle eft
confacrée à la Sainte Tri ,
nité , elle fur fondée en
143. par Halcufe de Sou
lignie . Le village de la Lu
ferne eft un Titre de Ba
ronnie.
L'Abbaye de Boucras
Ordre de Citeaux , Diocéfe
d'Auxerre , à l'Abbé Tiraqueau.
Cette Abbayc cft
GALANT. 271
1
dans le Nivernois , & fcituée
à peu de diſtance de la petite
Ville de Chamlemi , elle fe
nomme en latin bonus radius,
eftfille de Pontigny , elle fut
fondée en 1119 .
L'Abbaye de Bueilly
Ordre de Premontré , Diocéfe
de Laon , au Pere
Trudaine . Ellé eft dans la
Thierache quelques Autheurs
raportent qu'elle
efté autrefois poffedée par
des filles de l'Ordre du Val
des Ecoliers. Cette Abbaye
eft fcituée fur la riviere
d'Aubenton , à deux licuès
Z iiij
272 MERCURE
de la Ville de ce nom , vers
le couchant d'été ; elle a cu
pour fondateurs Elbert
Comte de Vermandois &
Gertrude fa femme.
L'Abbaye de Sauvė , Or
dre de S. Benoist , Diocéfe
de Nifines,à l'Abbé de Me
rez grand Vicaire de Nîmes.
Sauve eſt un bourg de
France , dans le Languedoc ,
il eft fcitué fur la Bidourle,
à trois lieues d'Andufe vers
le couchant .
Saint Louis y établit un
Viguier perpetuel l'An
4236. Cette Abbaye fur
GALANT 273
C
fondée en 1020. par Garfin ,
Pere de Bermont , Seigneur
de cette Ville.
L'Abbaye d'Herivaux ,
Ordre de S. Auguſtin, Diocéfe
de Paris , vacante par la
mort de l'Abbé Deschamps,
Aumônier de Madame la
Princeffe de Condé , à l'Ab.
bé le Févre , Aumônier de
Madame la Princeffe .
L'Abbaye de Marcüil
prés d'Arras , Ordre de S.
Auguftin , Diocéfe d'Arras
au Pere Vanakre , Prieur de
cette Abbaye.
274 MERCURE
1
Le Prieuré du Chaullet ,
à l'Abbé Duplantis.
L'Abbaye du Saunoir
Ordre de Citeaux , Dioceſe
de Laon , à Dame N ... de
Sainte Colombe.
Et le Prieuré des Filles-
Dieu de Chartres , à la Dame
de l'Aigle , à la Prefentation
de Monfieur le Duc d'Orleans
: quelque jours aprés
le Roy nomma à l'Everché
d'Alais , dont nous avons
parlé cy - deffus , & donna
l'Abbaye de la Perrine ,
Ordre de S. Auguftin , Dio .
cefe du Mans , à la Dame
-
GALANT. 27}
d'Aubigny , Religieufe de
ladite Abbaye.
MORTS.
Dame Marie de la Baume
le Blanc , veuve de Meffire
Erard du Chafteler , Maréchal
de Lorraine & Barrois ,
& auparavant veuve de
Meffire Charles Bruneau
Marquis de la Rabateliere ,
mourut le 27. Decembre
1712. âgéc de 88, ans.
Dame Marie - Joſephe
Euphemie Drummont de
Melfort, époufe de Dom176
MERCURE
Joſeph de Rozas , Comte
de Caftelblanco , Chevalier
de l'Ordre d'Alcantara ,
mourut à Paris le 28. Decembre
1712. en fa 20.
année , aprés eftre accouchée
de
deux
garçons,
Dame Jeanne de Geneft ,
feconde femme & veuve de
Meffire Guy de Bar , Lieutenant
General des Armées
du Roy , Gouverneur &
grand Bailly d'Amiens ,
mourut le 30.. Decembre
1712. ayant eu N. de Bar ,
Colonel & Brigadier de Ca
valerie , Gouverneur d'AGALANT.
277
miens , tué à la Bataille de
Ramelis , fans laiffer de pofterité
de Dame Françoife le
Dangereux de Maillé.
Le P. François Chauchemer,
Docteur de Sorbonne,
Prédicateur ordinaire du
'
Roy, Ancien Profeffeur en
Theologie, & Ancien Prieur
des Jacobins de la rue S.
Jacques , y mourut le 6
Fanvier 1713. âgé de 75
ans , en reputation d'un des
plus grands hommes de fon
Ordre.
Meffire Jofeph Camus des
Touches , Controlleur Ge278
MERCURE
neral de l'Artillerie de
France , mourut le
vier
1713.
Jan-
Dame Marie Godefroy
veuve de Nicolas Baillet
S' de la Cour , Mere de Madame
la Ducheffe de Grammont
, mourut le 12. Janvier
1713. âgée de 88. ans.
Meffire François Maf..
cranni , Marquis de Parey ,
Seigneur d'Hermé , &c.
mourut le 1 2. Janvier 1713.
laiffant un fils Confeiller au
grand Confeil
.
Jean- Baptifte Theodon ,
Sculpteur ordinaire du Roy,
GALANT. 279
Profeffeur en fon Academic
Royale de Peinture & Sculp
ture , cy- devant Directeur
de l'Academic que le Roy
entretient à Rome , & Pre
fet de l'Academie Italienne ,
mourut le 18. Janvier 171-3 .
Dame Catherine Hya
cinthe d'Aubuffon , épouſe
de Meffire François de Verthamon
, Seigneur de Villemenon
& de la Ville aux
Clercs , Confeiller de la
grande Chambre du Parle
ment , & auparavant veuve
de Meffire Henry Guillaume
de Razes , Seigneur de Mo280
MERCURE
nimes , mourut le 18. Janvier
1713 .
Dame Genevieve Loys,
veuve de Meffire Nicolas
Hatte , Chevalier , Seigneur
de Chevilly , Montizambert
, & c. Ancien Receveur
General des Finances , mourut
le 19. Janvier 1713 .
laiffant entr'autres enfans
un fils Confeiller de la Cour
des Aydes .
Meffice Michel Saulnier ,
Seigneur du Comté en Brie ,
Prefident de la Cour des
Aydes , mourut le 20. Jah-b
vier âgé de 69. laiffant
pofterité.
$
GALANT. 281
Meffire Henry Louis de
Fourcy , Chevalier , Seigneur
de Cheffi , Chevalier,
Jublins , &c. Maiftte des
Requeftes , mourut le 22 .
Janvier 1713.
Magdelaine le Cas Religieufe
de la Congregation
de Nofte- Dame à Soiffons .

mourut le 3 Janvier , âgée
de cent fept ans .
SUPPLEMENT
aux Nouvelles de Hambourg.
Navalpocit
prgding by
Les Lettres de
Hambourg
du i
Janvier portent que
F.
Fanvier 1713 .
A a
282 MERCURE
l'Armée Suedoife ,
compo
fée de 18. à 19000. hommes
, eftoit venu camper le
6. à Pinnemberg , à 4. lieuës
de Hambourg; que le General
Steinbock avait envoie
dés détachemens de tous côtez
pour exiger des contributions
, à peine d'execution
militaire; qu'il avoit fait aver
tir la Nobleffe & les Peuples
de ne point abandonner
leurs maifons , & qu'il ne
leur feroit aucun tort , pourvû
qu'ils payaffent les contributions
; qu'il avoit envoyé
le 7. buit cens chevaux à la
CALANT: 283
Ville d'Altena pour demander
aux Habitans cent foixante
mille écus de contribution
, payables dansvinge
quatre heures. Ils répondirent
qu'ils ne pouvoient pas
en f peu de temps trouver
unc fomme fi confiderable.
La nuit du 8. au 9' les
Suedois mirent le feu à la
Ville , qui fut confumée en
cendre, à la referve de foixante-
dix maiſons , de quelques
Eglifes , avec de grands
Magafins de marchandifes &
de provifions , tant dans la
Ville que le long de la rivic-
Aa ij
284 MERCURE
re , & plufieurs maifons de
campagne.
Le General Schoftz , Danois,
& le General Flemming , Saxon
, ont fait de grands reproches
de cet incendie au
General Steinbock , qui leur
fic réponſe qu'il rendroit
compte au Public de fa conduite
fur ce fujet. Il fit publier
le 8. Janvier en fon
camp de Pinnemberg un manifeſte
contenant , qu'ayant
efté informé que l'on faifoit
à Altena de grandes provi
fions de pain & de bierre
pour les Troupes MoſcoviGALANT.
285
tes & Saxones qu'on y attendoit
, que même la Ville
en eftoit remplic , il avoit
efté obligé par les loix indifpenfables
de la guerre d'y
faire mettre le feu ; qu'il
avoit donné ordre de conferver
les Eglifes , ce que les
Danois n'avoient pas obfervéen
brûlant la Ville de Staden
, & ruïnant le Pays de
Bremen .
Le General Steinbock écrivit
le 10. au fieur Webe
Confeiller d'Etat du Roy de
Dannemarck ,› par laquelle
il luy marquoit qu'il eftoit
286 MERCURE
fâché que les Loix de la
Guerre l'euffent obligé à imiter
les Ennemis du Roy fon
Maiftre , en mettant le feu
à la Ville d'Altena ; qu'il
croyoit luy devoir recommander
de prendre les mefures
neceffaires pour empêcher
les Troupes du Czar
quand elles fortiront de Pomeranie
de brûler & ravager
comme elles ont fait ailleurs,
qu'autrement il ne pourroit
pas fe difpenfer , quoy que
malgré luy , d'ufer de reprefailles
, & de détruire dans
les Etats de Sa Majeſté Da
GALANT. 287
noife autant de Villes & Vil .
lages que les Mofcovites en
auroient brûlé en Pomeranie.
On écrit que l'Armée
Saxone s'eft mife en marche
le 8. Janvier des environs de
-Swerin ; qu'elle avoit efté
jointe par les Troupes Danoifes
qui eftoient dans le
Pays de Meckelbourg , qu'
elle s'avançoit en diligence ,
qu'elle devoit arriver le 13 .
ou le 14. à Bergerdorf, fur
la frontiere du Pays de Hol
ftein , & que trois Regimens
erde Cavalerie Saxone eftoieng
arrivez dans les Villages de
288 MERCURE
Ham & de Horn. On affure
que cette Armée eft compofée
de vingt- huit mille hommes
, avec cinquante quatre
pieces de Canon de Campagne
, de quatre , de cinq & de
fix livres de bale.
L'Armée Suedoife a quicté
fon Camp de Pinnemberg
pour aller à Elmshorn. On
affure qu'elle continuë fa
marche vers Itzehoé , envoyant
divers Partis pour
exiger les contributions. ? ! ?
Les Lettres de Wilmar du
9. portent , que le renfort
qu'on attendoit de Suede
n'avoit
GALANT. 289
n'avoit pû aborder en Pomeranie
à caufe du vent contraire
, qu'on l'attendoit de
jour en jour , & qu'un grand
nombre de Soldats faits prifonniers
à la Bataille de Gadebufch
prennent parti dans
les Troupes Suedoifes,
Celles de Bender porter
que le Roy de Suede fe préparoit
à fe mettre en Campagne
que l'Electeur de
Brandebourg luy avoit envoyé
le Brigadier Muller
pour luy faire des propofitions
de paix que Sa Ma
jeſté Suedoiſe luy avoit res
Fanvier 1713.
Bb
156 MERCURE
pondu qu'il ne pouvoit confentir
à laiffer le Roy Au
gufte fur le Trône de Pologne.
Les dernieres Lettres de
Conftantinople portent que
le grand Seigneur avoit décré
qu'il avoit refolu de
fite la guerre , non- foulcment
contre le Czar , mais
encore contre tous les Alliez.
Le fieur Dalman Refident
de l'Archiduc avoit à
cette occafion demandé Au
diance au Grand Seigneur
auquel il avoit reprefenté
qu'une pareille declaration
C
GALANT 221
1
eftoit injuſte ; que le Sultan
luy avoit répondu feulement
qu'il vouloit fatisfaire l'in
clination qu'il avoit d'aller à
la guerre , & l'avoit congedié
; qu'enfuite il avoit envoyé
ordre au Kam d'efcorter
le Roy de Suede avec
foixante mille. Tartares , &
de traiter comme ennemis
tous ceux qui voudroient s'y
oppafer.
Nouvelles de Paris.
Meffire Charles François
de Chasteauneuf de Roche
Bb ij
192 MERCURE
bonne , Evêque Comte de:
Noyon , Pair de France , pric :
féance au Parlement le 17.)
Janvier:
Le 26. M le Duc d'Offone!
traita magnifiquement le
Duc de Shrewsburio Am
baffadeur d'Angleterre , &
plufieurs autres Seigneurs &
Dames :
Mi le Duc d'Offonne :
defcend de la Maifon d'Acuña
, qui cft la cinquième
famille dans le Corps de
celle d'Italie & d'Espagne ,
& porte aujourd'huyle
nom de Tellez-Giron , depuis
GALANT 293
I
le mariage de D. Martin
Vafquez d'Acugna avec
Therefe fille & heritiere
Alphonse Tellez - Giron
Seigneur de Frufofe du Gr
ron , à caufe de fa mere , &
ce qui continue encore aujourd'huy
, & fut pere de
Jean Pacheco , & de Pierre
Giron ; le premier eft Chef
de la famille de Jean Pacheco
Ducs d'Efcalogne ; & la fecond
conferva le nom de
Tellez Giron. Ce Pierre Gi
ron a effe Maitre de l'Ordre
de Galatrava , & mourut en
1466. Cefur en la faveur de
*
Bb iij
294 MERCURE
fon arriere - petit- fils que le
Roy Philippe II . créa Offone
Ville d'Andaloufie , en Duché
en 1562. pour les aînez
defcendus de luy , duquel
defcend :
EX
François - Marie Paul Tellez
Giron 6 Duc d'Offone ,
5. Marquis de Penafiel , de
Fromefta & de Caracena, 10
Comte d'Uregan , fils du Duc
Gafpard Tellez Giron , Goaverneur
du Milanez, Confeil
ler d'Etat , & Grand Ecuyer
de la Reine d'Espagne . Il
mourut le 2 Juin 1694. & de
D. Anne- Antoinette de Bic
GALANT 295 .
navides Carillo de Tolede ,
Marquis de Fromeſta & de
Coracena fa feconde femme.
Il époufa au mois de Decem
bre 1694. D. Marie de Velafco
à Benavides , fille unique
de D. Inigo- Fernandez .
de Velafco & Touar dixiéme
Goneftable de Caftille ,
& huitiéme Duc de Frias ,
de laquelle il a des enfans.
Le Duc d'Offonne porte,
fes Armes coupé le chef.
parti de Caftille & de
Leon , & la pointe emmenchée
d'or & de gueules , qui
eft de Giron , mais il doit en296
MERCURE
core porter une bordure
échiquetée d'or & de gueules
de trois trajets chargée de
cinq écuffons de Portugal
qui font à caufe de fon origine
de la Maifon d'Acugna;
ce que nous ne voyons pas
en France qu'il a porté , fe
contentant fimplement des
Armes de Caftille , de Leon ,
& de Giron , comme je l'ay
dit ci- deffuso
4
Jup
- >
DE
LYRN
SASA MASSA
TABLE
RElation
de la Bataille de
Gadebusch
, gagnée par
les Suedois fur les Danois
Saxons le 20. Decembre
1712.
Stances.
3:
26
Mariages des Mofcovites. 43.
Avanture galante.
64
Parodie de l'Enigme du mois
paffe, dont le nom eſt la
Cloche
105
Enigme 108
Genealogie de la Maison du
Duc de Shrewsburi Ambaf.
TABLE
fadeur de Sa Majesté la
Reine de la Grande Bretagne.
Rondeauxfairs au fujet d'une
Manchette chifonnée. 12t
Réponse de l'OfficierSwiße . 126
Envoy pour la mesme.
128
Réponse
129
Eirennes.
332
Extrait d'une Lettre de
Conftantinople.
134
Extrait d'un Difcours , lû par
MonfieurdeReaumur¸ dans
la derniere
affemblée publique
de l'Academie Royale
des Sciences.
Hiftoriette.
153
168
?
TABLE .
Dons du Roy. 268
Morts. 275
Supplement aux Nouvelles de
Hambourg.
287
Nouvelles de Paris,
291
TIL
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le