Fichier
Nom du fichier
1711, 10 (Google)
Taille
11.90 Mo
Format
Nombre de pages
401
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
-4612 290 ROHINI ECS
GALAN T.
NT
OCTOB710
1803
UNI
NOV
NIK
A PARIS ,
M. DCCXI.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALAN
Par le Sieur Du F ***
A Moist M
d'Octobre.
TAA LAD
1711.
Le prix eft 30. fols relié en veau , &
25. fols brochez
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis ,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la rue
du foin , du côté de la ruč
Saint Jecques.
MERCURE
GALAN T.
I. PARTIE LYON
Octobre 1711.
**********************
LITTERATURE.
L
Varieté
eſt
un
agrément
de fondation
dans le Mercure ,
ainfi la neceffité de varier
Octob. 1711. 1 Aij
4 MERCURE
les fujets doit l'emporter
fur celle d'y continuer
ceux qu'on a commencé
d'y traiter ? mais en difcontinuant
icy l'abregé
de l'Iliade , & le Paralelle
, on promet de les don-
&
ner
achevez
perfec
tionnez dans un petit
volume feparé , comme
Supplément du Mercu
re & cela au premier
loifir qu'aura l'Autheur
de l'abregé , car le paralelle
eft deja tout preft.
PARTIE.
Il n'eft pas furprenane
que le Public aime la va
rieté , puifque, fon gouft
eft fi varié & fi variable :
mais il feroit cftonnant
qu'un Livre feul peuft
C
eftré auſſi varié que le
gout du public quoy
qu'il pouſſe ſouvent ſes
deurs au delà du poffible
, je n'en eſtime pas ol
moins fon gouft , mais
je le prie de ne pas juger
du mien par les chofes
que je luy donneray feu-
A iij
MERCURE
lement pour varier. \\*!
La faifon des vins nouveaux
me fournit une ſimilitude
qui convient à
la tefte du Mercure des
vendanges , ceux qui
veulent changer de vin
tous les jours , épuifent
bientoft les bons , il n'y
a pas tant de bons terroirs
: s'ils veulent pouffer
plus loin la varieté ,
ils doivent fe refoudre à
la guinguette-
Je donneray dans ce
1. PARTIE.
volume - cy/ un carticle de
guinguette , mais fi peu
frelatée & fi verte qu'elle
fera fecouer les oreilles
aux bons gourmets. Les
cofteaux de l'ancienne
Rome , les Petrones &
les Luculles, banniſſoient
de leurs petits repas voluptueux
les viandes
communes & gróffieres,
mais quand Luculle donnoit
des repas publics , il
s'attachoit moins à la delicateffe
qu'à la varieté &
MERCURE /
à la profufion des viandes
, le Mercure eſt un
repas public , on y ad-
'met les bons morceaux
les mediocres & meſme
les mauvais , il faut
bien que tout le monde
vive.
EXTRAIT
SMRAHA #
EXTRAIT
d'un manufcrit de voyage
entrepris parquel .
ques François, dont on
n'avoit encore eu aucunes
nouvelles , parce
qu'il ne s'en fauva que
deux , qui ne font arrivez
a Breft que depuis
quelques mois.
Il y a quelques années
que dix François eſcortez
de deux Sauvages , eſtant
partis de Montreal , & s'ef
Octobre 1711. I B
14 MERCURE
tant arreſtez dans le pays
des Illinois , & fur le bord
de la rivière de Mififfipy
its eurent envie d'aller à la
découverte. Ils prirent
trois Canots d'écorce pour
remonter Mififfipy , fur
Jefquels ayant fait cent
cinquante lieuës , ils trouverent
un fault qui les obligea
à faire pendant fix
lienes un portage , aprés
lequel ils fe rembarquerent
fur le mefme fleuve ,
& remonterent encore
quarante lieuës fans trouver
aucune Nation. Als
1. PARTIE
Is
chafferentah pendant un
mois & demy , & tenterent
quelque nouvelle décou
verte enfin ils trouverent
unem riviere a quatorze
lieues de là qui couroit au
Sud Sud Oueſt ce qui
leur fit croire qu'elle alloir
fe rendre dans la mer du
Sud , ayant fon cours op
posé à celles qui vont fe
rendre dans la mer du
Nord. Ils refolurent de
porter leurs Canots , pour
y naviger, Dans ce trajet
ils trouverent des lions,
des leopards , des tigres ,
5
Bij
15 MERCURE
?
qui ne leur firent aucun
mal. Eftante entrez dans
cette riviere , & eftant defcendus
environ cent cin
quante lieues , ils trouverent
une grande Nation ,
qu'on appelle Efcaaniba
qui occupe pour le moins
deux cens lieues de pays ,
dans lequel ils trouverent
plufieurs villes , villages.
forts, dont les maifons font
bafties de bois & d'écor
ces. Ils ont un Roy qui
fe dit Defcendant de Montezuma
, & qui eft ordinairement
habillé de peaux
.
*
I. PARTIE 17
d'hommes , qui font communes
en ces pays - là , les
peuples meſme s'en habil
lent auffi.vas ank nije
Ils font policés en leurs
manieres , Idolatres , leurs
Idoles font affreufes & d'u
ne grandeur énorme , lef
quelles font dans le Palais
du Roy. Il y en a deux ent
tre autres , dont l'une eft de
figure humaine , armée de
lances & de traits , tenant
un pied en terre , & l'autre
en l'air , avec la main fur
une figure de cheval , com
me s'il vouloit le monter
Biij
18 MERGURE
Ils difent que c'eft la ftatue
d'un de leurs Roys qui
qui a efté grand conquerant.
Cette ftatue a dans
la bouche une eſcarboucle
de forme quarrée, & groffe
comme un oeuf d'houtar
de , qui brille & éclaire
pendant la nuit comme
un feu. L'autre de ces Idoles
eft une femme , qui eft
une Reine montée en felle
fur une figure de Licorne
à coté de quatre grands
chiens. Ces figures font
d'or fin maffif, & tres- malfaites
. Elles font placées
I. PARTIE
fur une eftrade qui cft auffi
d'or, & de trente pieds en
quarré. Entre les deux fla
tuës on entre dans l'appar
tement du Roy par unve
ftibule magnifique , c'eft
là où fe tient la garde du
Roy composée de deux
cens hommes.
•
Le Palais du Roy eft
tres grand , & a trois étages
, les murailles de
huit pieds , font d'or maffif
en carreaux rangez l'un
fur l'autre comme des briques
, avec des crampons
& des barres de melme
I
Biiij
20 MERCURE
métal , le reſte eft de charpente
couverte de bois
le Roy y demeure feul avec
fes femmesallero sh duh
Ces peuples font un
grand commerce d'or , on
n'a pu deviner avec quel
le Nation , fi ce n'eft la Japonnoife
; car ils le tranf
portent fort loin par caravannes
, & ils dirent à nos
François , qu'il y avoit fix
Lunes de chemin jufqu'à
cette Nation . Nos avan ~
turiers virent partir une
de ces caravannes dans le
temps de leur fejour , comI.
PARTIE. ~
posée de plus de troiscens
boeufs tous chargez d'ort
cfcortez d'un pareil nom
bre de cavaliers armez de
lances & de fléches , avec
une espece de poignards
la Nation leur donne en
troc du fer , de l'acier , &
des armes blanches. Ils
n'ont point l'ufage de lef
criture , ils ont une espece
d'écorce appreftée comme
du papier , fur laquelle ils
marquent la quantité d'or
dont le conducteur eft
chargé , & dont il doit
compter à fon , retqur.95
22 MERGURE
W
Le Roy s'appelle Agauzan
, qui veut dire en leur
langage , le Grand Roy ;
il n'a
aucune guerre
cependant il a tousjours
cent mille hommes tant
&
Cavalerie
qu'Infanterie.
Leurs trompettes · font
droites & d'or, dont ils fon
nent fort mal , & des ef
peces de tambours portez
par des boeufs , faits comme
des chaudrons d'or ,
couverts de peaux de cerfs ;
les troupes s'exercent une
fois la
femaine en prefen
ce du Roy.
1. PARTIE. 23
Ces peuples ſont baſanez
, hideux , la tefte lon
gue & eftroite, parce qu'on
leur ferre la tefte eftant
jeunes avec du bois ; les
femmes y font belles &
blanches comme en Eu
rope ; elles ont auffi bien
que les hommes
de grandes
oreilles qu'ils eftiment
une beauté , & qu'ils chargent
d'anneaux
d'or ; ils
ont auffi les ongles fort
grands , & cela eft une diftinction
, les hommes les
plus velus y font les plus
beaux.
244 MERCURE
La poligamie y eft en
uſage , & ils ſe mettent peu
en peine de la conduite
des filles , pourveu qu'elles
ne foient point engagées.
Ils aiment la joye & la
danfe ,mangent beaucoup,
font du vin de palme , &
ont d'autres boiffons
grands fumeurs , le tabic
y eft bon , & vient fans
eftre cultivé ; ils receurent
parfaitement bien lesFrançois
qui eftoient les premiers
Européens qu'ils euf
fent veus.
な
Le Roy voulut les reteI.
PARTIE. 25
nir , & les marier , & il
leur fit promettre de reve
nir.Ells eftoient furpris de
l'effet des fufils , & les
craignoient fr fort qu'ils
n'oferent en approcher.
Le pays eft fort tempe
ré , on y vit juſqu'à une extrême
vieilleffe , & les peu
ples ne font fujets à aucu
ne maladie.
On y trouve toutes fortés
de fruits tant d'Europe
que des Indes. Il y a du
bled d'Inde , & de la folle
avoine auffi bonne & auffi
blanche que le ris ; ils font
* MERCURE
du pain de l'un & de l'autre
, on n'y cultive que le
bled d'Indes, des plaines y
font belles , les paturages
excellents , & remplis de
toutes fortes d'animaux
les rivieres poiffonneuſes ,
& les terres & les bois remplis
d'oifeaux
, de perroquets
, de finges , & d'animaux
finguliers. La ville
capitale eft efloignée d'environ
fix lieuës de la riviere
de Miffi , qui veut dire
Riviere d'or onyl , was
Nos François, aprésavoir
pris congé du Roy , proI.
PARTIE
27
mirent de revenir dans
trente fix Lunes , & d'apporter
du corail, des naf.
fades & d'autres marchan
difes du Canada
, pour tro
quer contre de l'or. Ils en
font fi peu de cas que le
Roy leur dit d'en prendre
à leur difcretion
, de maniere
qu'ils s'en chargerent
& prirent chacun
foixante barres d'environ
une palme de long , & du
poids de quatre livres.
Deux de nos avanturiers
eurent la curiofité d'aller
voir l'endroit d'où l'on tire
23 MERCURE
cet or, ils rapporterent que
les mines eftoient dans le
creux des , montagnes , &
que dans les debordemens
les eaux les entraifnoient ,
& que la feichereffe eftant
venue on en trouvoit de
gros monceaux fur le lit
des terres qui demeurent
à fec quatre mois de l'an .
née. A
}
La plufpart de nos François
furent maffacrez dans
leur retour aux embou
chures du fleuve faint Lau
rent , par un forban An
glois ; il n'y en a que deux
qui
1. PARTIE. 29
qui fe foient échappez , &
qui aprés une longue captivité
en differentes bayes
aux Indes orientales , occidentales
, & à la Chine ,
fefont enfin rendus à Breft,
ils affeurent fur leur tefte,
que fi l'on veut les condui
re à Mififfipy ils retrouveront
aiſément le chemin
qu'ils ont fait , & condui
ront à cenouveau Perou.
al vous klipp
znolike
Octob. 1711. I C
30 MERCURE
420691 5. 100 % WRES -
mous Livre nouveau.
ON vient de me mettre
entre les mains un Manuf
crit tout neuf , dont j'efpere
vous donner un Extrait
quand je l'auray parcouru
à loifir . Comme
il y a dans ce Livre quelque
chofe de tres intereffant
pour la navigation ,
j'ay eu impatience de
l'annoncer. Quoyque ce
foit un fujet ferieux , &
on n'a pas
important
laiffé d'y mefler du badi1.
PARTIE . 3.1
nage pour le rendre plus
à la portée de tout le monde.
Voicy par exemple
le
titre
SuLe
Le Chemin des gens d'efprit,
Dialogue enjoué ferieux
entre Mr Du petit & Mr
Au grand , vol. in 12 .
Contenant plufieurs Hiftoriettes
, & autres petites
pieces curieufes ; une Reformation
des Syfteſmes
du Monde des Anciens &
des Modernes ; & un
Moyen pour trouver les
Longitudes , avec autant
de précision qu'on trouve
I Cij
32 MERCURE
les Latitudes.i eng printi
ParaR. MAUNY
En attendant qu'on vous:
en donne un ample Extrait
, en voicy- une idée
qui m'a efté communiquée
par un des amis de l'Auteur
car il eft jufte de:
-vous donner , autant, qu'-
on pourra , des nouveautez
avant meſme qu'elles
paroiffent, pour vous dédommager
de l'ancienneté
de quelques morceaux
qu'on donne fim.
plement , parce qu'ils font
bons , ou parce que n'e
T. PARTIE.
35
ftant pas imprimez , ils
peuvent eltre nouveaux
pour beaucoup de perfon .
nes.olqins, nú sungh ca
→ Le titre de ce Livre convient
à la maniere dont les
fujets y font traitez : on y
commence d'abord par les
fujets les plus petits , qui
conduiſent infenfiblement
-aux plus grands , & c'eft la
route que fuivent ordinat
rement les gens d'efprit.
Le commencement eft
un badinage qui conduit
infenfiblement , par le re
cit deplufieurs hiftoriettes..
34 MERCURE
à la morale la plus ferieufe.
Il donne enfuite un petit
Syfteme du Monde , figuré
, qui donne occafion
de détruire les opinions de
Prolemée , de Copernic ,
de Tichobrahé & de Def
cartes , fur la fituation &
fur les mouvements du Soleil
& de la Terre , & particulierement
celle de Copernic
qu'il combat en differens
endroits par des raifons
tres fimples & tres naturelles.
Voicy l'opinion
du nouvel Auteur , & dans
fes propres termes.
1. PARTIE. 35
Je fuppofe que la Ter
re eft directement dans le«
milieu du Monde , com-t.
me l'ont fuppofé Prole
mée & Tichobrahé , mais
qu'au lieu d'y être immo. «
bile elle s'y meut fur fon
Axe , que cet Axe ou plu
ftoft la Ligne que l'on a
imaginée paffer d'un Pole «
à l'autre , eftinclinée vers«<
le Septentrion , ainfi que «
le marquent les Globes «
ordinaires ; que la Terre «
tourne deffus du mefme ..
coſté que tourne le Soleil «
dans fon Ciel ; qu'elle ne «
36 MERCURE
fait fon tour qu'en un an ,
& que le Soleil n'a qu'un
» mouvement qu'il fait autour
de fon Ciel en 2 4 .
,, heures ou un jour naturel
.
Voicy ce qu'il dit enfui
te pour faire connoiftte
que ces mouvements
de la
Terre & du Soleil peuvent
affez bien fe rapporter
pour operer l'accroiffement
& la diminution des
jours & des nuits avec le
changement
des Saifons.
,, Pour le bien comprendre
, imaginez
- vous que
nous
1. PARTIE. 37
nous fommes au 22.Juin "
qui eft le plus long jour
de l'année ; que ce jourlà
la partie de la furface «
de la Terre que nous ha- "
bitons , eft le plus prés "
du Cercle où tourne le "
Soleil qu'elle puiffe en "
approcher ; que le Cer . "
cle où tourne le Soleil "
eſt fixe , & non cet Aftre ;
que la partie de la furfa
ce de la Terre que nous
habitons , s'efloigne du
Cercle où tourne le Soleil
jufqu'au 22. Decem "
bre qui eft le plus court "
Octob
. 1711. 1711.
1 D
CC
38 MERCURE
و د
و و
>>
,, jour de l'année , & que
,, depuis le 22. Decembre
», juſqu'au 22. Juin de l'année
fuivante , cette mef
me partie de la furface
,, de la Terre , s'approche
,, du Cercle où tourne le
Soleil. Il me femble que
cela eft aisé à concevoir ,
en fuppofant que la Terre
fait fon tour en un an
de la maniere que je vous
l'ay expliqué , & que c'est
ce mouvement de la Terre
qui fait les Equinoxes
& les Solftices , & non
le Soleil , qui ne monte
د ر
>>
و ر
و د
و د
و ر
›
1. PARTIE . 39
& ne baiffe pas plus dans "
un temps que dans un au- «<
tre,& qui ne tourne point "
en biaifant comme une Ce
écharpe , mais bien la "
Terre ,
cc
Mon opinion à cet é. "
gard eft fondée fur une
experience que vous pou
vezfaire facilement. Pre- "
nez un cercle de demi- "
muid , divifez -le en quatre
parties égales avec "
un compas ; marquez.y "
les points de divifion "
dans le milieu de la lar. "6
geur en dedans ; atta-
GC
's
I
Dij
40 MERCURE
و و
و ر
و ر
"
"
chez -le fur une table ou
fur une planche avec une
,, pointe que vous ferez
paffer dans un de ces
points de divifion , en
obfervant que ce cercle
n'incline d'aucun cofté ;
c'eft à- dire , qu'il foit fi
droit , que le point d'enhaut
foit à plomb fur celuy
d'enbas ; faites deux
, petites mortoifes fur la
table ou la planche dont
le milieu foit vis -à-vis la
tefte de la pointe , & qui
foient efloignées de cette
,, pointe , chacune de trois
و ز
و د
د ر
"
و د
و ر
"
ر د
">
I. PARTIE. 41
pouces , afin qu'il y ait un
efpace de fix bons pou-
(c
cr
CC
ces entre ces deux mortoifes
, dans lefquelles
vous ferez entrer un peu
à force deux petites regles
affez hautes pour "
deborder d'un pouce aut
deffus du cercle ; cela "
vous donnera la facilité "
de les clouer aux bouts
d'une petite barre qui "
aura auffi fix bons pou-.
ces de longueur , que "
vous attacherez en travers
fur le haut du Cercle
vis - à - vis du point "
D iij L
દર
42 MERCURE
و د ر ا
"
و و
39
و د
"
», que vous y aurez mar
qué . Lorfque ces regless
auront efté affermies de
cette maniere,vous mar-
» querez dans le milieu de
,,leur hauteur & de leur
largeur , le point centrali
du Cercle : ce point central
eftant marqué , vous
, prendrez avec un com-
,,pas environ la troifiéme
partie du demi diametre
de ce Cercle que vous
,, marquerez fur l'une des
Regles au deffus du point
central , & fur l'autre au.
deffous de ce mefme
و و
I. PARTIE.
43
point central;aprés quoy "
vous percerez les deux "
Regles avec une fort
fort pe-
CC:
tite vrille , à l'endroit où "
Vous aurez fait ces deux "
marques , afin qu'en paf
fant dans les deux trous
un morceau de fil d'ar. "
chal bien droit , il fe trou- "
ve en ligne diagonale .
Prenez enfuite une boule "
dont le diametre n'exce- "
CC
c
Co
de pas l'espace qu'il y aura
entre les deux Regles ;
percez lá de part en part, «
enforte que l'épaiffeur fe "
trouve égale tout à l'en- "
D iiij
I
44 MERCURE
و ر
و د
و د
ر و
tour du trou ; placez la
entrevos deux Regles où
Vous la ferez tenir par le
,, moyen de voſtre broche
de fil d'archal , de laquel-
,, le vous courberez un peu
,, le bout qui fera en haut,
,, afin de l'empefcher de
gliffer en bas. Cette bou
le eftant ainfi placée ,
vous marquerez quatre
points deffus , directe
ment vis -à- vis des quatre
و د
و د
,, que vous aurez marquez
وو
و د
fur le Cercle. Vous fup
poferez que ce Cercle
fera celuy où tournera le
1. PARTIE. 45
*
σε
Soleil , & que cette bou- "
le fera la Terre ; que le
point d'enhaut & celuy
d'en bas , marquez fur la "
boule , feront les points "
des deux Solſtices, & que "
ceux des deux coftez le- «
ront les deux points des "
Equinoxes ; vous fuppoferez
auffi que le Soleil "
fait le tour de fon Cercle "
en 24. heures , ou un jour
naturel , & que la Terre "
ne fait le fien qu'en une
année.Cela fupposé,vous .“
verrez qu'en faisant tour-"
ner la boule tousjours du
46 MERCURE
ay
"
,, mefme cofté , les points
des Solſtices s'éloigne-
„ ront pendant fix mois du
Cercle où tourne le So-
,, leil , & s'en raprocheront
pendant fix autres mois ,
& que les points des Equinoxes
pafferont tous les
fix mois d'un cofté de ce
cercle à l'autre .
33
ر د
De cette experience artificielle
, on paffe à une
nouvelle définition du flus:
& reflus de la Mer , qui eft
auffi tres fenfible , & enfuite
au moyen de pouvoir
I. PARTIE.
4.7
trouver les Longitudes
dans tous les points du
Monde , avec autant de
précifion qu'on trouve les
Latitudes. L'Autheur die
en un endroit :
7
CG:
«
Je crois que la Terre «
fe meut de la maniere &
dont je l'ay expliqué ; que «
le Soleilpaffe vis - à vis les
douze Signes du Zodiaque
en 24. heures ou un
jour naturel ; que la partie
du premier Meridien &
qui eft dans la Zone Torride
, paffe vis - à - vis de
ces douze Signes dans le «
48 MERCURE
cours d'une année ; que
» comme dans toutes les
» obfervations aftronomi-
י נ כ
و و
و د
وو
20
ques que l'on a faites jufqu'à
prefent , l'on a tous-
» jours fupposé que le Globe
de la Terre eftoit immobile
, ou qu'il ſe mou-
» voit autrement qu'il fe
meut , c'est ce qui doit
avoir empefché que l'on
» n'ait encore pû fçavoir
le veritable & le plus feur
» moyen de trouver les
Longitudes dans tous les
points du Monde ; & que
» fi l'on fixoit un point dans
1. PARTIE.
49
le Zodiaque vis - à vis du- «
quel le premier Meri- «
dien fe trouveroit le pre- «
mier jour de l'an , ou un «
autre jour remarquable , «
on connoiftroit dans quel «
point il feroit tous les au- «<
tres jours de l'année , & «
par le mefme moyen les «
Longitudes dans tous les «<
points du Monde , avec «
plus de précifion quel'on «
n'a encore fair , parce que «
pour connoiftre préciſement
en quel lieu on fe- «
roit , on n'auroit qu'à ob- «
ferver vis - à- vis de quel «
yo MERCURE
point du Zodiaque on fe
❤ trouveroit , &
compter
553
» enfuite combien il y auroit
de degrez , depuis ce
point du Zodiaque juf
» qu'à celuy vis - à - vis duquel
le premier Meridien
devroit fe trouver.
Il dit dans un autre endroit
:
Vous comprenez bien
qu'il fera auffi facile de
trouver le Degré du premier
Meridien , qu'il a
efté facile jufqu'à prefent
de trouver le Degré du
Soleil , ea fuppofant qu'il
I.
SI
PARTIE.
avoit un cours annuel ,
& que j'attribuë à la partie
du premier Meridien «
qui eft entre les Cércles «
des Tropiques , ce que
Ptolemée & Tichobrahé «
ont attribué au Soleil.
Сс
.
CE
Dans un autre , en parlant
de l'obfervation qu'on
devroit faire pour connoifre
dans quel Degré de
tel Signe fe trouveroit le
premier Meridien un certain
jour de l'année , il dit :
Mais en difant un cer- «
tain jour de l'année , je «
ne dis pas qu'on ne de52
MERCURE
"
vroit faire cette obſervation
qu'un feul jour` ; je
veux dire qu'aprés l'avoir
faite pendant un an , &
marqué chaque jour visà
-vis de quel Degré de.
tel Signe fe trouveroit le
و ر
premier Meridien , on
choifiroit un jour remar
quable dans l'année , d'où
,, l'on comenceroit à compter
le Degré du premier
Meridien ; & j'ajoufte
» que pour que cette obfer-
„ vation fuft jufte , il faudroit
la faire de deffus
,, la pointe occidentale de
35
l'ifle
I. PARTIE.
53
l'ifle où l'on fait paffer "
le premier Meridien.
Ces endroits , ainſi que
tous les autres , font entremeflez
de contradictions.
& de repliques qui y donnent
encore plus de force ;
mais cependant l'Autheur
finit en difant qu'il n'a
point affez de fagacité ny
de présomption pour croire
pouvoir donner au public
un ouvrage parfait , &
que s'il le publie , c'eft
particulierement dans le
deffein que fi les Sçavants
trouvent fon opinion fur le
Octobr. 17111 E
$4 MERCURE
mouvement du Soleil , &
fur celuy de la Terre , digne
de leur attention , ils
travailleront
aux moyens.
de la rendre utile à la ma
rine..
De l'excellence de la mu→
fique , fon utilité.
ON fait tort à la Mufia !
que en luy donnant le nom
d'art ou de fcience. Le premier
eft trop fimple & trop
borné , & le fecond , quoy
que plus noble & plus eftendu,
ne fatisfait pas affez,
I. PARTIE.
55
concevons une plus haute
idée de l'harmonie , qui
s'empare , pour ainfi dire ,
de toutes les facultez de
noftre ame , & qui fufpend
tous les autres fentiments
dans le moment que nous
en fommes charmez .
Examinons en quoy cha
que fcience ou chaque art
pourroient difputer quel +
que p éference , ou aller
de pair avec elle . Sila Lo
gique nous fait valoir l'invention
de fes fillogifmess
la fugue dans la Mufique
n'eft elle pas auffi inge-
E ijs
56 MERCURE
nieufe ? Et fi l'art de trou
ver la définition d'un probleme
eft renfermé en cel
le - là , celle - cy ne definit'elle
pas , pour ainfi dire ,
par des expreffions & des
modulationsdiftinctestou.
tes les differentes paffions-
La Phylique qui nous developpe
tous les fecrets de
la nature , & qui les employe
fi heureufement à la
guerifon de nos maladies ,
n'a point d'effer plus furprenant
que celuy de la
Mufique , qui guerit le venin
de la Tarentole , cen
I
PARTIE. $ 7
animal fi dangereux . Cette
guerifon n'eft que. le fim.
ple effet d'un air gay qu’-
un Simphoniſte aura joué
fur un violon ; ce n'eft point
un conte , une choſe fi extraordinaire
fe voit tres-
Louvent au Royaume de
Naples . Paffons à la Morale
par qui les vertus &
les vices font fi bien défi
nis. Elle nous apprend l'art
de faire un portrait ou un
caractere mais elle n'a
pas la vertu d'émouvoir
ce degré de perfection
appartient qu'à la Mufin
}
85 MERCURE
que c'eft elle qui nous é
meut , qui nous adoucit ,,
qui nous charme , & qui
nous confole , la fable luy
a donné du pouvoir für
toutes les Divinitez ; less
Parques , les Furies & Pluton
mefme ne luy refuſent
rien . Voyons ce que les
autres fciencesont de com .
mun avec elle . L'Arithme
tique a des rapports tres--
connus avec les accords :
harmoniques. Les Mathe
matiques ont un objec
commun avec elle, la grandeur
, & la quantité conI.
PARTIE
59.
tinue & difcrette, les tems ,,
les proportions : les raifons
& les habitudes font également
de leur reffort. La
Peinture & l'Architecture ,,
ces arts fil cheris & tant
eſtimez , vont de compa
gnie avec la Mufique . Le
premier nous la reprefente
actuellement , & le fe
cond luy eſt toujours dans
une parfaite correfpondance
, la Mufique eft ress
profunda , & felon Theo
phile , magnus etiamque the
Jaurus. Son pouvoir eft divin
& le Demon eft con
60 MERCURE
traint de lui ceder , Mufisa
fugatur Diabolus , & qui
juxta fententiam Job fagittas .
reputat quah paleas & lapides
funda velut ftipulas fpernit
deridet etiam vibrantem
haſtam , & duriſſimos maleos
pro nihilo pendit ad cithare
fonitum tremefactus recedit, &
quem nulla vis fuperat „ſuperat
harmonia . Les Anciens ,
felon Plutarque, mettoient
une lyre dans les mains de
l'amour , avec l'arc & le
carquois à fes pieds , pour
montrer le rang que
tient la Mufique fur toutes
nos
1 PARTIE. 61
nos paffions ; & les Gentils
avoient de couftume
de reprefenter leurs Divinitez
dans une attitude
harmonieufe. Prifci mufica
inftrumenta in manus Deorum
imaginibus pofuerunt, nonfanè
quòd eo lyra , aut cythara ludere
putarent , fed quod nullum
Deo opus convenientius
effe judicaverant quam confonantiam
& harmoniam. Au
fentiment de faint Thomas
, elle elleve noſtre efprit
à la contemplation des
chofes celeftes. Cantus falubriter
fit in Ecclefia ad de-
Octob. 1711. 1 F
62 MERCURE
votionem excitandam . Auffi
Platon nous exhorte de
l'apprendre pendant noftre
jeuneffe par ces paroles
: Nonne Princeps , & primaria
illa mufica educatio ;
quæ in modulorum concentuum
rationibus verfatur , efficaciffi
mè in ipfa anima interiora in
fluit , & venuftate quadam
animum vebementiffimum tangit
, cmmque adeo venuftatis
decore afficit, fi in ea accuratè
elaboret , & à teneris annis
inftituatur. Il ne faut pas
douter que ces grands
hommes n'ayent compris
I. PARTIE .
63
parfaitement l'excellence
de la Mufique , & par l'eftime
qu'ils en ont fait
nous devons conclure de
fon utilité & de fon avan-.
tage . On remarque que
Socrate s'en inftruifit à foixante
& dix ans , & ce qui
arriva à Themistocles
, doit
fervir d'exemple à bien du
monde. Ce Capitaine
pour avoir refufé une lyre
qui luy fut prefentée à propos
, & dans une heure de
recreation , demeura exposé
le refte de fa vie à la
raillerie & au mépris.
I Fij
64 MERCURE
EXTRAIT
de la Lettre de Madame
la Marquiſe de
faint Bl ..... du 31.
Aouft 1711.
IL eft arrivé lafemaine
passée un grand prodige
dans la nature. Une fem
me d'Abbeville d'un pauvre
menuifier , tante de
noftre meufnier de Petitport
, eftant languiffante
"depuis deux ans , a esté
trouver Mr le Marquis
1. PARTIE. G
de Mailly a'Ocourt pour
le prier par charite de la
fecourir , qu'on luy avois
dit qu ilfaifoit de grandes
charitez par les remedes
qu'il donnoit pour le fort
qu'elle fe croyoit enforcellee
au lieu d'eftre groffe
comme elle l'avoit crew
d'abord , fentant depuis
deux ans fauter & remuer
comme fi elle eftoit
veritablementgroffe, mais
que deux années entieres
pendant lesquelles elle a-
Fij
MERCURE
voit creu dix fois accoucker
, luy faifoient connoifre
qu'il y avoit en elle
des chofes qu'elle ne pouvoit
comprendre Mr le
Marquis d'Ocourt luy a
donne fon remede , des la
nuit mefme elle s'est trou
vée en estat d'accoucher
5 fiprefsée que son mary.
n'a cu le temps que de
courir à une voifine , la-,
quelle en la fecourant a
veu tomber trois paquets
enveloppez de tais. Le
I. PARTIE. 67
mary s'eftecrie, mon Dieu,
cela remuë , la voifine a
commencé à en développer
Ceun
, cela s'eft mis à courir,
le chat de la maifon šest
jetté deffus & la mange
La voifine effrayée , mal
éclairée , n'avoit pas le
temps de voir ce que
ftoit , & a crié que c'eftoit
un enfant mangé. Elle a
envoye le mary courir au
Chirurgien , cependant a
mis les deux autres pacquets
tousjours remuans
68 MERCURE
en feureté. Le Chirur
gien arrivé a developpé
les autres paquets , & a
trouvé deux beftes au lieu
d'enfans ; je ne vous diray
pas qu'on m'a dit , car je
je les ay veus , cela a vefcu
kuit keures , ccla eft
gros comme une fouris fans
poil , a quatre pieds qui
reffemblent à des mains
5 des ongles , a une queuë
& un petit ongle ou corne
au bout qui ne tient
qu'à un filet. La queuë
*
I. PARTI E. 69
eft bien attackee , longue
comme celle d'une
fouris , la tefte groffe &
ronde comme celle d'un
enfant par le haut , les
yeux ronds & noirs , un
cercle noir autour , une
, gueule ouverte && tres
grande, a la langue
d'un enfant , les oreil
les de mefme qu'un enfant.
Voilaun prodige furprenant
, bien veritable,
& qu'on apeine à croire
fans avoir veu , c'eftpour
70 MERCURE
quay jay voulu voir , le
Chirurgien
me les a apportez
, ilfera part de cela
, à ce qu'il m'a dit , à
Meffieurs
de l'Ecole de
1
Medecine de Paris , pour
voir ce qu'ils
pourroient,"
juger d'un effet fi prodigieux
dans toutes fes circonftances
, d'avoir efté
groffe deux ans , la connoiffance
& les remedes
de Monfieur de Mailly.
Tout eft furprenant
5
bien veritable
, la me1.
PARTIE. 71
re eft dans un efiat pitoya
ble , tout fon corps n'est
qu'une galle depuis cette
affreuse
couche.
Ce qui paroift fi ſurprenant
dans ce genre ,
n'eft au fond qu'un fimple
jeu de la nature , ou
pour parler plus juſte, un
jeu de l'imagination ;
cette faculté de l'ame plus
active & plus à craindre
en general dans les femmes
que dans les hommes,
nous manifefte tous
72 MERCURE
les jours la force de fes
impreffions par les effets
bifares & extraordinaires
qu'elle produit afſez frequemment
. Les humeurs
coulant en abondance
dans certaine partie durant
le temps de la groffeffe
, doivent augmenter
le mouvement des efprits.
Ceux - cy précipitez
, pour ainſi dire , fur
des organes fufceptibles
des moindres impreffions
par leur extréme delicateſſe
,
JAVOARM 3-
I. PARTIE. 73
teffe , les font obeir aux
differens ébranlements
ils y caufent , & file
trouble & l'agitation furviennent
à la veuë imqu'ils
préveuë d'un objet ou
defagreable ou effrayant,
l'ordre naturel des parties
de l'embryon fe renverfe
fur le champ , elles
fouffrent affez vio- une
lente
revolution pour
que leur premier arrangement
foit alteré , &
qu'il en fuccede un nou-
Octobre 1711. I G
74 MERCURE
veau qui refpond toust
jours invariablement à la
nature du fujet qui fur
prend, qui émeut , & qui
le plus fouvent effrayed
Quant à cette groffeffer
dont le terme a efté de
deux ans , c'eft un effet.
du peu d'accroiffement
des petits monftres , àqui
le peu de nourriture qu'
ils recevoient oftoit leb
poids neceffaire & ordie )
naire pour l'emporter furn
le reffort de la partie qui
I PARTIE 75
les enveloppoit ; & c'eſt
ce poids que leur a dont
né le remede en determi
mant par fa violence les
efprits à fe porter de co
able
cofté-làp 97155 kinant
obAflieu de s'eftonner
de ces derangements de
la nature comme de prodiges
, il faut s'eftonner
au contraire que la forme
des enfans dépendant fi
fortde l'imagination de la
mere , il vienne au mondes
tant d'enfants par76
MERCURE
fait , c'eſt une preuve
que l'imagination
des
Daines eft plus reglée
que les hommes ne le
difent.
MERCURE,
II PARTIE.
AMUSEMENS.
exetex
LANONYME
d'Auxerre .
F
TE prens plaifir, Monfieur,
a m'informer de tout ce
quife paffe dans ma Province,
fai un amy à
2 A
Oct.
1711.
2 MERCURE,
Paris , qui me fournit quelques
Memoires , rarement
de chofes importantes , parce
que les grands évenemens
fant rares , mais d'une infinite
de minuties , qui toutes
raffemblées , ne laiffent pas
d'amufer la curiofité , fi elles
ne la contentent; fi je pouvois
me donner la peine de bien
écrire, je ferois vôtre Anonyme
pour une Lettre cha.
que mois : voyezfi mon ſtyle
negligé & imparfait vous
convient , carje ne pais vous
rendre ce fervice qu'à plume
courante, & quand je vous
II. PARTIE.
ห ม
promets un ftyle negligé , ne
vous attendez pas
negligé étudié , je ne veẞemble
point à ces Coquettes ,
qui affectent certains negtigez
qui conviennent à leur
taille , à leur air , à leur vifage
, qui font Jouvent
&
en def-habillé , parce que les
habits parez ne leur fiéent
point , vous aurez icy un nemode
glige de bonne foy , vray neglige
d'un parelleux , qui ne
feroit pas une rature pour
corriger une faute de conf
Je
truction , ni peut- être même
ane faute de bon fens ; dolla
2 A ij
MERCURE,
un
aßez de verbiage pour u
pareßeux. Commençons
à
vous tenir parole par une
petite avanture de vendangeurs
qui convient au Mercure
du mois d'Octobre , d'eft
auprés d'une petite ville de
Bourgogne que je ne nomme
point, parce que c'est une
avanture galante , & qu'en
nommant une petite ville
dans les Provinces on connoit
bientôt les
les perfonnespar
l'avanture
, pour peu qu'elle
fait veritable
circonftan
ciée , celle- cy eft arrivée naturellement
, comme je vais
II. PARTIE.
Vous la raconter.
DESENLYSEDEDI SESIODENSEDE
LES DEUX
WENDANGEURS.
allim
૧ -
૧,૨૭૨૩૪૬૬૭
SORCIERS
Rés d'une
PRES
d'une petite Ville
où l'on croit encore
aux Sorciers, il arriva deux
jeunes Vendangeurs qu'on
ne connoiffoit point dans
le Pays , l'un de ces deux
jeunes Payfans avoit un
vilage bazanné , petits
yeux enfoncez , & grands
2 -A iij
6
MERCURE
,
fourcils blonds- rouffatres,
en un mot , la phyfionomie
un peu enforcelante
comme l'ont témoigné
quelques
du Village.
vendangeuſes
Il y avoit dans ce Village
une Maiſon Bourgeoife
, où deux voiſines
faifoient vendanger quelques
vignes qui étoient
autour de leur Maiſon. Ce
fut dances vignes qu'une
jeune perfonne , fille de
l'une de ces deux Bourgeoifes
, vint avec fa mere
fe promener & voir venII.
PARTIE.
鳖
danger ; cette jeune fille
fut tentée d'une grappe
de raifin , tres appétiffan
te , qui pendoit à unfep de
vigne , au pied duquel l'un
de ces jeunes payfans ven
dangeurs avoit pofé fon
pannier , il portoit déja fa
ferpette à la grappe defirée
lorsque la jeune fille la
lui demanda , il ſe tourna
galamment vers elle, pour
la lui prefenter Mais
effet furprenant de forcellerie
, dés qu'elle en eut
mangé deux grains elle fit
un cri terrible , & fa mere
2 A iiij
& MERCURE,
qui l'accompagnoit
, en
fut fi furpriſe qu'elle vou
lut en fçavoir la caufe
mais la fille , au lieu de répondre
, fit un cri moins
fort , mais
usa
reux , & s'évanouit
dans le
moment , on la porta à la
Maiſon. Un moment .
aprés une de fes compagnes
, fille auffi jeune &
auffi jolie que l'autre,vint à
la vigne avec ſa femme de
chambre , elle alla par hazard
prendre quelque gra,
de raifin dans le canton
des deux vendangeurs
pe
HAPARTIE
Sorciers , elle fit un ery
comme la premiere &
qui fut fuivi d'un évanouil
fement à peu prés pareil ;
quelques vendangeufes
saffembloient déja à l'endroit
des évanoüiſſemens,
les deux vendangeurs ,
jeunes , gaillards & un peu
évaporez dirent qu'il ne
falloit pas s'étonner de ce
qu'on avoit vû , & qu'ils
avoient des ferpetes magi .
ques , qui donnoient au
raifin qu'elles coupoient
la vertu de faire évanouir
les filles qui en man10
MERCURE
*
geoient , fuppofé qu'elles
fuffent fages , & demanderent
excufe,difant qu'ils
n'avoient pas crû qu'il y
eût dans ce village-là tant
de filles à qui leur ferpette
pût nuire. Quelques - unes
des vendangeufes prirent
la choſe en plaiſantant
:
mais quelques autres cru
rent le fortilege , & ju
rerent qu'elles avoient
bien deviné à la mine des
vendangeurs que c'étoit
des forciers , & qu'elles s'y
connoiffoient bien : Pen--
dant ce temps - là les deux
II. PARTIE.
Sorciers fe glifferent derriere
une haye , & l'on a
dit depuis qu'ils avoient
difparu en l'air , leurs panniers
refterent, & ils étoient
pleins de ce raiſin enſorcelé
, on en fit manger aux
vendangeufes mariées
& effectivement elles ne
s'évanouirent point ; c'eft,
tout ce qu'on put faire,
alors pour verifier le fortilege
, car aucune des filles
n'en voulut manger,
difant qu'elles étoient,
fages mais qu'elles né
vouloient point être enforcelées.
:
12 MERCURE ,
Pendant que cecy fe paffoit
dans les vignes il y eut
une grande difpute entre
33
les deux meres des deux
jeunes évanotiies,l'une des
deux étoit pénétrante , &
plus foupçonneufeque cre
dule, l'autre étoit bonne &
bête au - delà de l'imagina
tion : La premiere alleguoit
avec beaucoup d'efprit, de
bonnes raifons contre l'e
xiftance des forciers , mais
la fuperftitieufe alleguoit
des faits de fa connoif
fance , & à des faits dont
on a été témoin , il n'y a
TI. PARTIE. 13
rien à repliquer. La fille de
chambre rufée pelerine
,
foutenoit qu'elle avoit vu
un forcier en la vie , &
mena les deux meres à la
vigne , difant qu'elle vouloit
éprouver le raifin
elles trouverent encor les
panniers pleins, & les vendangeufes
autour , la fille
de chambre
au premier
grain de railin fit trois
cris pour un , & fe deme
na comme une poſſedée ,
la mere credule fe déchaina
fur l'autre,lui foutenant
que leurs filles eftoient
14 MERCURE ,
ཐཱཔཏི
tres- fages , & l'autre en
convint par prudence ; car
elle n'avoit fuivi la fille de
chambre dans la vigne
que pour voir fi les ven-
7
dangeurs y étoient encor
Dés
que la fuivante
eut
fini la fcene de poffedée ,
elle affura qu'elle n'avoit
gueres fouffert , & les vendangeufes
fe piquant
d'honneur voulurent toutes
manger du raifin pour
prouver leur fageffe aux
dépens de quelques contörfions
At cela fit une efpece
de danfe de bac
b
·
II. PARTIE.
10
cantes , qui celebrerent
les vendanges affez plaifamment
: quelques jours
aprés la mere prudente
jugea que l'air du Convent
pourroit defenforceler fa
fille , & la mere credule
s'étant apperçue , je ne
fçay comment , que fa
fille avoit mangé du
raifin magique quatre
ou cinq mois avant les
vendanges , fut confeillée
de la marier à l'un des
vendangeurs qui la fou
haittoit parce qu'elle
étoit plus riche que luy.
16 MERCURE ,
Il n'eft pas befoin de
ous dire que ces deux
vendangeurs étoient deux
amans de ces deux jeunes
filles , qui s'étoient ainfi
déguifez pour tromper la
mere furveillante à qui
appartenoit la maifón.
Le premier effet de la
grappe fut naturel , car la
jeune fille , qui ne fçavoit
point fon amant en ce
Pays- là , fut fi furpriſe en
le reconnoiffant qu'elle fit
un grand cry , elle feignit
enfuite de fe trouver mal
pour juftifier le cri qu'elle
avoit
II. PARTIE 17
stems
avoit fait , enfuite fa compagne
fut furpriſe comme
elle , & la fille de chambre
qui avoit déja reconnu les
vendangeurs, courut à celle
cy, & lui dit à l'oreille de
s'évanouir , imaginant en
ce moment de tromper
par l'idée d'enforcelle
ment la mere credule , &
quelques vendageufes qui
avoient été témoins des
deux furprifes , la matoife
donna le mot aux vendangeurs
, pour appuyer cette
idée , ils s'évaderent enfuite
, & voila la magie na
How Oct. 1711. 2 B
18 MERCURE ,
turelle qui a donné lieu
aux fortileges des deux
vendangeurs forciers.
LE CORRESPONDANT
DE LA
GUINGUETTE.
LEsEs vendanges ont été
fi abondantes cette année:
qu'un payfan d'Argenteuil
a recueilli dans un feul demy
arpent de vignes quatorze
muids de vin , la
Pofterité biberonne aimera
mieux voir cette remarII.
PARTIE. 19
que dans nos regiſtres, que
l'époque du grand hyver,
& des débordemens d'eau.
Le vin ne vaut plus que
trois fols à la guinguette ,
& cette abandance me
fournira des memoirespour
les articles burlef
ques du Mercure,il ne me
fuffit pas d'avoir des Correfpondans
dans les pays
étrangers , & dans les Provinces
; j'en ai un tres affidu
les fêtes & Dimanches
affemblées de la
Courtille , Pentin , Vaugirard
& autres pays de la
aux
2 Bij
20 MERCURE ,
Banlieue:on y aprend nonfeulement
l'interieur des
familles bourgeoifes, mais
encore ce qui le paſſe dans
les grandes maiſons.
Baccus toujours fincere &
quelquefois malin ,
Se plait à publier le long d'un
grand chemin
Le foir au retour des Guinguettes
Les intrigues les plus fecretes
De l'artifan , du bas bourgeois
Il médit même quelquefois
De la plus haute bourgeoisie ,
II. PARTIE. ZA
Sa temeraire freneſter
Des plus qualifiez revele
les fecrets
.
#
Nefait-il pas parlerfervantes
valets ,
Des bijoutiers , des Reven-
Brandenfes
,let canal
des Ac-
Des Tailleurs
pa biga coucheuſes ?
9
Une Revendeufe , &
le valet d'un vieux Medecin
buvoient enſemble à
la grande pinte la revendeufe
fe réjouiffoit de ce
que la petite verole eſt
prefque finie dans Paris ,
22 MERCURE,
& le valet du Medecin s'en
affligeoit pour fon maître,
la revendeufe lui racontoit
à cetteoccafion les erreurs
de la plupart des femmes
fur tout ce qui peut apporter
dans une maifon l'air
de la petite verole , & cela
lui avoit fait grand tort ,
difoit- elle , car les Dames
croyoient trouver la petite.
verole jufques dans les
dentelles que je leur
portois. Cela n'eft pas fi
mal fondé , lui difoit le
car le mauvais air
4 +
valet ;
ſe met
dans
le linge
, dans
II. PARTIE. 23
les habits , dans les perru
ques , & voici ce qui eft
arrivé à mon maître .
:
Une bourgeoife jeune
& jolie craignant la
petite verole , comme
de raifon mais un peu
plus qu'une femme raifonnable
ne la doit
craindre , prenoit pour
petite verole la moindre
émotion , la moindre
vapeur , elle croyoit
à chaque inftant ſentir
la fiévre , & l'avoit
24 * MERCURE ,
peut-être de peur , elle
croyoit être prife, Son
mouvement premier
fut d'envoyer vîte au
Medecin : mais faifant
reflexion que les Medecins
portent avec eux ›
l'air de la petite verole,
elle refolut de fe paffer
de Medecin , on en fit
pourtant venir un, on le
conduifit d'abord dans
la chambre d'une fer
vante malade , en attendant
qu'on difpofe-.
roit
II. PARTIE. 25
roit la maitreffe à le
voir , & elle ne vou
lut abfolument point le
recevoir qu'il n'eût ôté
fa peruque & fes habits,
mais , lui dit- on , un
vieux Medecin depouil
lé vous fera encore plus
de peur que la petite
verole. Il eft vray , repondit-
elle , mais qu'il
prenne quelque
habit
dans la maifon . Il ne fe
trouva point d'habit
vacant ; le Medecin é-
Oct.
1711. 2 C
26 MERCURE ,
toit preffe ; on le travef
tit de ce qui fe preſenta
dans la chambre de la
fervante , de fa jupe , de
fon manteau & de fes
cornettes , dont on le
coeffa comme on put.
Dans cet equipage il
fut reçu de la bourgeoife
, & s'affit auprés
de fon lit pour lui tâter
le
pouls .
Il faut fçavoir que la
fervante étoit au lit de
fon côté pour avoir été
II. PARTIE . 27
excedée de coups par la
belle- mere de la bourgeoife
. Cette belle- mere
étoit une grand'femme
feiche, bilieuſe, accariatre
& brutale , qui affommoit
ſes valets pour
le moindre fujet , & elle
en avoit eu un effentiel
de battre la fervante :
auffi lui avoit- elle juré
qu'elle la mettroit fur
le grabat pour un mois ,
& lui avoit deffendu
d'entrer dans la cham-
2 Cij
28 MERCURE ,
bre de la bru . Quelle fut
fa colere en y entrant?
quand elle crut , trompée
par l'habit , voir
cette fervante affife au
chevet du lit ? Aveuglée
de rage elle court fur le
Medecin , qui ſe ſentit
prendre à la gorge , avant
que de fçavoir par
qui. Il fe debaraffa à
coups de poings de cette
enragée , & l'avanture
finit comme la fcene
d'Arlequin Lingere ,par
II. PARTIE . 29
un detignonement reciproque
de la belle- mere
& du Medecin. brea
Comme le Valet du Medecin
achevoit de conter.
l'avanture de fon Maître ,
arrive un bon
compagnon :
paye-nous bouteille ,lui dit
celui- ci. Non, dit l'autre ,
je fuis ruiné depuis que le
vin eft à bon marché , j'a
vois plus d'argent quand.
il eftoit cher , car je ne
buvois que de l'eau . Ce
propos de Guinguette fut
fuivi d'une érudition de la
2 Ciij
30 MERCURE
,
Chine , car c'étoit un garçon
qui avoit fort voyagé ,
& qui leur dit , à propos
de petite vérole , qu'elle fe
gagne par la refpiration ,
& cita là - deffus les Medecins
Chinois .
Il y a à la Chine des
Medecins plus habiles à
donner la petite vérole ,
que les nostres à la guérir
; ce n'eft point une
plaifanterie. Conime elle
eft mortelle
en ce païslà
aprés certains âges ,
II. PARTIE . 31
on va trouver le Medecin
pour la faire venir
pas
quand elle ne vient
naturellement
; & voici
comment les Medecins
la donnent : Ils recueillent
foigneufement
& en certains momens
de cette maladie
la fueur des malades
avec du coton ; ils enferment
enſuite ce coton
moüillé dans de petites
boëtes d'or , & le
confervent avec certai-
2 Ciiij
32 MERCURE ,
ne préparation , & l'on
met enfuite ce coton
dans les narines de ceux
qui veulent avoir cette
maladie , & l'effet en eft
fûr. Nos Dames craindroient
beaucoup ces
Medecins- là, car ils por
tent à coup fûr la petite
vérole dans leur poche.
Apres le voyageur un
autheur du Pont- neufvint
boire auec ces Meffieurscy
, & donna un plat de
fon métier.
II. PARTIE
33
Air original de la Guin-
Cguette , fur l'air , As
ه ت ف گ ه ب
reguingue.
VNOfficier à fon retour
S'en vint pour me parler d'a
mour:
Je me mis d'abord en defense,
Avance , avance , avance ,
avance
Avecton habit d'ordonnance.
Je fuis, dit il , jeune &
bien-fait ,
&
Fai de l'esprit du caquet ,
En amour la belle éloquence ,
Avance , avance , avance
avance
34
MERCURE
,
Avec ton habit d'ordonnance.
Je lui dis: Voftre beauparler
Ici vous fera reculer ;
Prés de may lafeulefinance
Avance , avance , avance
avance
Avecton habit d'ordonnance.
Il me dit : Je t'épouferai ,
Mille écus je te donnerai.
Je lui dis, Payez- les d'avance .
Avance , avance , avance ,
avance
Avec ton babit d'ordonnance .
Il n'a point d'argent le matois
:
II .
PARTIE. 35
Mais Ja bouche vers mon
minois
Malgréma bonne contenance
Avance , avance , avance
avance
Avec ton habit d'ordonnance.
Mon grand frere arrive
Joudain,
Qui tient une épée àfa main
Dont la pointe droit vers fa
panfe
Avance , avance , avance
avance
Avecton habit d'ordonnance.
Ce brave ne recule pas
36 MERCURE
Mais au contraire à trés
grands pas
Du côté de la porte avance
Avance , avance , avance
avance
Avecton habit d'ordonnance .
A propos d'air de
Pont- neuf, dit un garçon
Marchand
qui fe
trouva là , les Airs de
Lambert font charmans
, j'ai un de mes
amis qui en eft fou ; Il
chante des chanfons de
Lambert toute la journée
, la nuit même en
H. PARTIE . 37
rêvant, c'eft fa paffion .
Il eft dameret , galant ,
pincé,la perruque blonde
, les gands blancs ,
la cravatte à glans de
fayence ; nous l'enyvrâmes
à Chaillot Dimanche
dernier , il fe perdit
en chemin , & aprés l'along-
voir cherché
temps , nous l'entendimes
chanter ; nous courûmes
à la voix . Il étoit
tombé dans l'égoût :
mais il s'y trouvoit à fon
38 MERCURE ,
aife comme dans fon lit:
tout couvert d'ordure ,
fa perruque roide de
crotte , il reffembloit à
un fleuve noir : il s'étoit
accoté fur un tas d'immondices
qui formoit
en cet endroit de l'égout
une caſcade de boue liquide
, & là preſque
yvre-mort il s'egofilloit
de chanter.
Coule , murmurez
clairs ruißeaux ,
II. PARTIE. 39
Allez dire à Climenes
L'état où m'a mis l'Inbumaine.
Comme nous n'ofions
le toucher pour le
relever , tant il eftoit
boueux , nous luy paffâmes
deux perches
fous le ventre , & nous
l'enlevâmes tout brandi
pour le porter à ſon inhumaine
, qui étoit avec
fa famille au cabaret
prochain : L'un des
40 MERCURE ,
deux qui le portoient
étoit fon rival , & luy
joüoit ce tour pour en
dégoûter la maîtreffe ,
qui haiffoit les yvrognes
. C'étoit une fimple
bourgeoiſe qui ne connoiffoit
pas affez le
grand monde de Paris ,
elle croyoit que l'yvrognerie
étoit haïffable
dans un jeune homme ;
& comme elle étoit en
terme de fe marier avec
celui-ci , elle fut fort
affliII.
PARTIE. 41
affligée de le voir en cet
état ; la mere s'écria en
le voyant paroître , aht
je ne veux pas donner
ma fille à un homme
qui a fi peu de raiſon .
Il faut lui pardonner
, dit le pere , grand
difeur de bons mots
bourgeois , & qui aimoit
auffi à boire
quand le vin eft commun
la raifon eft rare ,
il n'eft deffendu qu'aux
femmes de boire , parce
Oct. 1711. 2 D
42 MERCURE ,
que quand elles ont une
fois perdu la raifon elles
ne la retrouvent jamais,
il faut qu'un homme
fage s'enyvre un moins
une fois en fa vie pour
fçavoir quel vin il a .
Aprés une tirade de
raifons auffi bonnes que
celles- là , il conclut que
le jeune homme yvre
feroit fon gendre , la
mere s'emporta fort ,
difant que fa fille étoit
plus à elle qu'à luy , &
IL PARTIE. 4 ;
qu'elle ne vouloit point
la donner à cet homme-
là ; toute la famille
prefente propofa un accommodement
entre le
mari & la femme , & on
convint que la fille qu'-
on fçavoit être trés cenfée
decideroit fur ce
mariage, & qu'elle choifiroit
des deux rivaux.
Le rival triomphoit
déja auprés de cette fage
fille , & n'avoit rien
oublié pour augmenter
2 Dij
44 MERCURE ,
l'horreur qu'elle avoit
pour l'yvrogneric : mais
elle en avoit encor plus
pour la mauvaiſe foy
elle fçavoit que celui-ci
étoit ami de fon amant,
& voyant qu'il l'avoit
trahi en l'amenant yvre
devant elle , elle fuppofa
qu'il l'avoit enyvré
exprés , & fe tour -a
nant vers lui , elle luy
dit tout haut en pleine
affemblée : Monfieur
j'aime encore mieux un
II. PARTIE.45
homme qui s'enyvre ,
qu'un homme qui trahit
fon ami. nov.
Le pere qui étoit bon
& franc comme le vin
de fa cave , loua fort la
décifion de fa prudente
fille , il éxagera la noirceur
d'ame d'un homme
qui fe fert du vin pour
faire tort à
quelqu'un ,
cela , difoit- il , eft contre
le droit des buveurs,
plus facré que le droit
des gens ; c'eſt pis que
46 MERCURE ,
de voler fur le grand
chemin car fi j'avois
confié la clef de mon
cabinet à un ami , &
qu'il me volât , quel
crime feroit- ce? & n'eſtce
pas donner la clef
de fon coeur à quelqu'-
un , que de s'enyvrer
avec luy?Celuiavec qui
je m'enyvre m'eft plus.
cher que femme & enfans
, entendez vous ,
ma femme , & voyez la
punition que je meriteII.
PARTIE . 47
rois fi je vous avois
trahi.Cela eft vrai, mon
mari , répondit la fem
me. Je conclus donc, repliqua
le mari , qu'on
me donne à boire , & je
boirai à la fanté du pau
vre enyvré , à qui je
donne ma fille pour pu
nir l'autre.
C'est à condition ;
reprit la fille , qu'il ne
s'enyvrera de fa vie.
Bien entendu , reprit le
mari , il fera comme
48 MERCURE ,
moy,plus je bois moins
je m'enyvre, buvons encorece
coup-ci, & qu'on
m'aille querir le Notaire
, je veux que ce repas-
cyfoit le commencement
de la nôce , &
qu'elle dure huit jours.
5
DE
LA
VILLE
LYON
1893
BIBLIO
THEEE
Unefaveur Lisette m'a proie ton amour ,Sur celle de Sil
Au son dema musette Tu dansois l'autre jour :
3.
vandre Tu
ne danserois pas Mais tudài .
XX
6 *
3
b
-gne l'entendre Non
tune m'aime
53
pas .Mais
pas
3′
1
OTHEQUE
BIBLIO
DEA
THE LA VILLE
YON
1893
•
PARTIE. 49
OUPLETS
en forme de Dialogue
fur le mefme chant
icy noté.
TIRSIS.
Une faveur , Lifette,
Ma prouvé ton amour :
Au fon de ma mufette
Tu danfois l'autre jour.
Sur celle de Silvandre
Tu ne
danferois pas :
Mais tu daignes l'entendre
,
Non : tu ne m'aime pas.
Octobre
1711. 2 E
so MERCURE
LISETTE.
Si j'entens fa mufette ,
C'est que fes airsfontguais.
Pour une chanfonnette ,
Quel vacarme tu fais !
Aforce de te plaindre
Tu me chagrineras :
Situ veux mecontraindre
Non , je ne t'aimepas
TIRSIS.
Pardon , belle Lifette,`
Fembraffe tes genoux ,
Mon humeur inquiette
Merite ton couroux.
II. PARTIE.
SI
1
Eft - ce à moy de me
plaindre ,
Fais ce que tu voudras ,
Si j'ay pû te contraindre,
Non je ne t'aime pas.
LISETTE.
Qu'un berger eft aimable
Qui fe foumet ainſi !
Te voyant raisonnable
Je le deviens auffi.
Je laiffe de Silvandre
La mufette & la voix ,
Je ne veux plus l'entedre,
Viens me mener au bois .
E ij
52 MERCURE
LES VENDANGES.
Sur le mefme air.
I. Couplet.
Dans la vigne àGlaudine
Vendangeurs y vont, Les
On choifit à la mine
Ceux qui vendangeront
.
Aux Vendangeurs qui
brillent
On y donne le pas :
Les autres ygrapillent ,
Maisn'yvendangentpas.
II. PARTIE.
$3
II.
Couplet.
Sur la fin de l'Automne
Vint un joli vieillard ,
Si la vendange eft bonne
J'en veux avoir ma part.
Cette prudente fille
Luy refpondit tout bas ,
Vieux Vendangeur
grapille
,
Mais ne
vendange pas .
Aux vignes de Citkere ,
Parmy les raifins doux ,
Eft mainte grape amere ,
2 E iij
54 MERCURE
N'en cueillez point pour
vous.
Ce choix pour une fille
Eft un grand embarras ,
La plus fage grapille
Mais ne vendange pas..
II. PARTIE. ss
Article
burlefque.
LE mot eft lafché , il
faut remplir mon titre ,
& fi je ne dis rien de
plaifant , il faut icy du
moins faire une petite reflexion
fur ce qu'on appelle
plaifanterie.
Un Philofophe qui a
eftabli fon Sisteme par
des arguments inconteſ
tables , ou par des demonftrations
geometriques
pcut à bon droit accufer
2 E iiij
56 MERCURE
de fauſſeté d'eſprit , ou
d'opiniaftreté celuy qui
ne fe rendra point à fes
raiſons : mais un autheur,
dont le Sisteme eft de
faire rire , aura- t'il droit
'de blafmer ceux qui n'en
riront point , non fans:
doute.
Un bon efprit fe feroit
tort s'il diſoit , après une
demonſtration claire , cela
n'eſt point prouvé ;
mais un bon efprit, après
avoir écouté de fangIL
PARTIE. ST
froid, les meilleures plaifanteries
, en fera quitte
pour dire en redoublant
fon flegme , cela ne me
paroift point plaiſant ;
cette refponfe feroit pourtant
bien piquante pour
ces faiſeurs de contes qui
vous difent d'abord je
vais bien vous faire rire.
A mon égard je vous
dis par avance vous ne
rirez point d'un conte
que je vais vous faire ,
car en effet je ne vous
$8 MERCURE
le donne point pour plaiſant
, & je prévois meſme
qu'il ennuiera ceux
qui ne font point dans le
gouft du ftile figuré , &
des fimilitudes orientales
.
Conte Arabe..
LE Calife Arbroun fut
comparé par les Poëtes
de fon temps à un arbre
prodigieufement grand ,
qui eftoit près de fon
chateau ; fes profondes.
II. PARTIE.
& vaftes racines, c'eftoit ,
difoient-ils , la puiffance'
du Calife folidement eftablie
; la tige eſlevée de
cet arbre portoit juſqu'-
aux nues une tefte fuperbe
, le Calife avoit
l'efprit fublime ; la teſte
de cet arbre étoit ornée
de fleurs & de fruits , ce
Calife eftoit gracieux &
bienfaifant , en un mot il
n'avoit de deffaut qu'une
noire melancolie , qui
obfcurciffoit le brillant:
60 MERCURE
de fon efprit , mais pour
diffiper ces nuages melancoliques
il avoit fait
fon amy d'un Filoſofe
qui fçavoit égayer la Filofofie
par des morales
réjoüiffantes
, & par des
folies censées ..
و د
Le Calife Arbroun difoit
que l'efprit de l'homme
eftant encore plus
maladif que fon corps ,
un bon Filofofe eftoit
auffi neceffaire auprès.
d'un Prince qu'un bon
11. PARTIE. 61
Medecin. Un jour eſtant
feul avec le Medecin de
fa melancolie , après une
réverie profonde , & regardant
l'arbre qu'on luy
comparoit , il s'écria tout
à coup : Arbroun , Arbroun
, tu attriſte tes
amis par ta melancolie ,
comme cet arbre toufu
attrifte en les ombrageant
les arbres qui l'en
vironnent , puis fe tournant
vers le Filofofe :
Ecoute, amy , luy dit- il ,
62 MERCURE
je te promets une bague
chaque fois que tu pourras
me faire rire . Bon ,
reprit le Filofofe en ſecoüant
la tefte , je ne gagnerois
pas avec vous en
dix ans dequoy orner un
de mes doigts , j'auray
beau plaifanter , vous ne
rirez jamais; ce ſera quelquefois
ma faute, & quelquefois
la voftre , mais
vous jugerez de mes bons
mots felon voftre mauvaife
humeur, & je n'auII.
PARTIE. 63
ray point de bague .
Hé bien , reprit le Calife
, toutes les fois que
tu pourras me prouver
que c'eft ma faute de n'avoir
pas ry de tes plaifanteries
, je te les paieray
comme bonnes , mais il
faudra me
prouver par
raifon
que j'aurois
deu
rire. Vous me reduifez
à l'impoffible
, dit le Filofofe
, je puis bien prouver
par raiſon qu'un bon
mot eft raifonnable
, mais
64 MERCURE
quand on pourroit prouver
qu'ileft rifible , on ne
prouvera point à un homme
qu'il a tort de n'en
pas rire. Voyons pourtant
, continua le Filofofe
, fi vous rirez de ce que
ma conté ce matin la fille
de chambre de cette
veuve , dont le mary
mourut hier, c'eſt la veuve
de voftre maiſtre
d'Hoftel. Vous fçavez
qu'elle fe picquoit d'eftre
la plus tendre épouſe du
pays ,
II. PARTI E. 65
pays , & par confequent
elle va fe picquer d'eftre
la plus affligée veuve qui
fut jamais. Hier après
avoir , en preſence de fa
fille de chambre , épuisé
fes larmes & fa douleur,
elle s'enferma feule pour
pouvoir en liberté laiffer
repoſer ſon affliction &
eftudier le role d'affligée
- qu'elle a refolu de fouftenir
. Elle cherche dans
fon miroir tous les airs.
& les changements de
Octobr
.
1711. 2 F
66 MERCURE
viſage qui peuvent convenir
aux larmes qu'elle
répandra ; car elle compte
que les larmes ne luy
manqueront pas . De toutes
ces grimaces d'affliction
qu'elle eſtudioit au
miroir , une entre autres .
luy parut fi plaifante à
elle- mefine , qu'elle ne
put s'empefcher d'en rire
: après avoir un peu
ri elle recommença fon
eftude, autre grimace qui
luy parut encore plus
II. PARTIE . 67
plaifainte, il luy prit alors
des éclats de rire fi violents
& fi continus que
je croy qu'elle rira tant
qu'elle fera veuve .
Ce recit accompagné
des grimaces de la veuve
que contrefit le Filone
fit pas feulefofe
,
ment
fourciller
le
Calife..
Le Filofofe bilieux.
& colere eft picqué au
vif, il redouble de bons
mots , on n'en rit point ,
il plaifante de rage , &
2 Fij
68 MERCURE
*
par de vives fecouffes il
veut ébranler le Calife
comme un voyageur
altré
qui voudroit atraper
une poire , s'efforce
d'ébranler à fecouffes reiterées
le poirier dont il
defire ardemment
le
fruit ; mais le Calife eft
inebranlable , le Filofofe
eft outré , & cette colere
outrée dans un Filofofe
qui veut faire rire, devoit
avoir fon effet , mais le
Calife en fourit à peine,
1. PARTIE. 69
& faire fourire ne fuffiſoit
pas pour gagner la
bague. Dans le moment
une volée ou pluftoft une
épaiffe nuée de corneilles
vint fe repofer fur ce
grand arbre à qui nous
avons comparé le Calife .
Je vis hier ces meſmes
corneilles
, dit impromptu
le Filofofe , elles penſe
rent defefperer un brutal
diftrait, qui voyant cette
nuée de triftes oiſeaux
noircir les fruits & les
Fiij
70 MERCURE
fleurs d'un fi bel arbre ,
s'irrita d'abord , & oubliant
que cette tige eft:
groffe comme une tour ,
voulut dans fon premier
mouvement fecouer ce
gros arbre comme un
jeune poirier .
Imaginez - vous cet extravagant
occupé du defir
de faire envoler ces .
corneilles , tranfporté de
colere contre elles il
redoubloit fes fecouffes:
en fe meurtriffant le dos
II. PARTIE. 70
contrele tronc de l'arbre,
comme nous voyons les
petits enfans en colere ,
frapper du poing la muraille
qui leur a fait une
boffe au front ; le recit
pas
que je vous fais n'eſt
rifible , mais je ne pûs jamais
m'empefcher
de rire
en voyant la chofe en
original
. Je croy que j'en:
eufle ri comme toy , dit:
le Calife
, fi je l'euffe veu..
Vous deviez donc rire
en me voyant en colere ,
72 MERCURE
vouloir par des fecouffes.
de plaifanteries reiterées.
chaffer de voftre tefte les.
noires corneilles , c'eſt-àdire
, les foucis & les chagrins
qui vous offufquent.
Je t'entens , dit le
Calife , en tirant de fon.
doigt une bague , tu me
prouve que je devois rire.
en voyant ta colere , ainſi
tu as gagné la bague..
C'eft de ce conte qu'eft
venu le Proverbe Arabe
qui dit à propos desgrands.
II. PARTIE. 73
grands Seigneurs , que .
leur grandeur & leurs
foucis accablent de melancolie
, Ils ont une vclée
de corneilles dans la
tefte.
On meredemande des
queſtions il faut en redonner.
QUESTION.
Si l'on peut en mefme
temps aimer & n'aimer
pas..
Cette Queſtion bizare
peut donner lieu à des
diftinctions captieuſes ,
Octobre 1711 2 G
74 MERCURE
& dans le gouft des pensées
Italiennes qu'on ap
pelle concetti , & que les
efprits naturels méprifent
, comme Lully méprifoit
les fonates bizares
qui faifoient de fon temps .
les delices de la Mufique
Italienne .
Lorfque
les chants
fimples & naturels ont
efté épuiſez par la quan
tité des Compofiteurs
dont la France fourmille,
on a eu recours aux caprices
, cantates , fonaIE
PARTIE . 75
a
tes , & c . qui contiennent
toutes finon , des
beautez , au moins de la
nouveauté , & c'eft tousjours
quelque chofe.
On pourroit dire en un
fens que les ouvrages
d'efprit font à preſent à
peu près au degré où la
Mufique eftoit du temps
de Lully , les grands deffeins
, les beaux fujets
les caracteres naturels ,
& les pensées fimples ,
tout a efté fi rebattu , fr
retourné , qu'on en eftoit
J
2 G ij
76 MERCURE
las dès ce temps- là , on
en eſt encore plus las à
preſent ; on- lit les meilleures
pieces , comme on
écoute les meilleurs concerts
, fans attention &
fans plaifir , c'eſt- à- dire
fans ce plaifir vif que
donnoient les beaux morceaux
quand ils eftoient
plus rares.
Jamais on n'a mieux
écrit ny mieux chanté ,
& jamais on n'a efté
moins piqué , moins remué
par les beautez des
II. PARTIE . 77
ouvrages d'efprit & de
la Muſique , c'eſt l'effet
naturel de la fatieté , l'abondance
degoufte , mais
on veut pourtant de l'abondance
par habitude ,
par vanité , on ne laiſſe
pas de fouhaiter ce qu'on
goufte mal , mais on ne
le defire point
.
Cette diftinction entre
fouhaiter & defirer
me fournit , par paren,
thefe , une autre queftion
.
24 G iij
78 MERCURE
QUESTION.
Quelle difference y a - t'il
entre Jouhaitter &
defirer.
Revenons à noftre mufique
, il eſt conſtant que
le gouſt Italien meſlé au
gouft François , l'a rendu
plus vif & plus picquant.
Peut - eftre auffi qu'une
petite dofe de concetti
Italiens, rechaufferoit nos
ouvrages d'efprit , qui
auroient paru froids fans
doute aux Arioftes , &
aux Bocaces , la difficulII.
PARTIE. 79.
té feroit de ménager ce
fel picquant avec prudence
fans fortir des bornes
que nous preſcrit la
belle nature ; mais les
connoiffons - nous .ces
bornes , chacun prend
pour elles les bornes de
fon efprit, & tel qui n'eft
capable que d'une fimplicité
baffe & bornée ,
croit que tout ce qui s'éleve
au deffus , n'eft pas
dans la nature ; cecy me
fournit encore une autrequeftion
.
2 G iiij
80 MERCURE .
QUESTION.
Qu'est - ce que c'est qu'une
penfee naturelle.
ΕΡΙSTRE
chagrine.
Sur le mot de l'Enigme
qui eft le MELON .
Es Melons ne valent
rien fur la fin de l'Autom
ne , à peine puis je les fouffrir
en plein Efté : que je
fuis ndigné de le voir comparé
au vin : le vin eft le
fymbole de la fincerité , le
melon eit le fymbole de la
tromperie , le vin donne du
II. PARTIE . 8t
courage , le melon ne donne
que de la crainte .
Quand il grefle quelle frayeur
A-t- on pourfon palais de verre :
Quand on l'achette on a bien peur
De ne trouver en luy qu'unfade
gouft de terre.
Dans un eftomac rapporteur ,
Des nez il devient la terreur :
Quand onle mange on a la crainte
D'eftre tourmenté d'une épraintes
Toujours crainte, terreur,frayeur,
Dans cefruit pefant & trompeur,
Eny révant tantoft je craignois
la migraine :
Maudit foit le fruit & lagraine,
L'autheur de l'Enigme & le nom
De mon ennemi le Melon.
82 MERCURE
L'APOLOGIE
du Melon contre le vin .
Au Melon doit ceder lab ae
chique liqueur,
Plus delicieux qu'ambrofie ,
Jamais on ne le falfifie ,
Jamais Melon fumeux n'entefta
fon mangeur.
En nous rafraifchiffant il guerit
la migraine:
Beni foit le fruit & la graine ,
L'autheur de Enigme , & le
nom
Demon cher amy le Melon..
11. PARTIE
83
ENIGM E.
MAfroideur eft fans borne
avec mes ennemis ,
Fay de l'ardeurpour mes amis,
C'est pour eux feuls que je refpire
,
Je les entretiensfans rien dire ,
j'èfoulage leurs maux, je calme
leurs ennuis ,
Je m'eftonne qu'eftant auffi peu
que je fuis ,
Foccupe tant de bonnes teftes ;
Tel qui fit de grandes conqueftes
Dins l'efprit qui m'anime a
puiséfon confeil;
84 MERCURE
la
cer-
Tel
s'endort avec moy
velle troublée ,
Qu'on trouve fage à ſon reveil
,
Et tel dans certaine affemblée ,
Sur table me voyant doublée
& quadruplée ,
Pour me mieux deviner me
touchant de la main ,
Reve à moy jufqu'au lendemain.
THEQUE
ELA
VILLE
DE
MERCURYON
III PARTIE.
1893
*
PIECES FUGITIVÉS.
****************
LETTRE A DEUX
Dames pareßeufes,parfeu
Monfieur P....
J
E fçai , Madame , avec
quelle aufterité vous
pratiquez la Regle de vôtre
Bienheureuſe Parcffe ;
& que pour tous les biens
3 A
Oct.
1711.
MERCURE ,
du monde vous ne vou
driez violer le voeu de
pas
faineantife que vous avez
fait entre mes mains, auffi
n'eft- ce pas pour vous le
faire rompre que je vous
donne la fatigue de lire
celle- ci , mais feulement
pour vous délivrer
de
quelques fcrupules , dans
lefquels une pareffe fuperftitieufe
comme la vôtre,
pourroit nous faire tomber.
Quoiqu'une bonne pareffeufe
Ne connoiffe point d'autre
bien
IIE PARTIE .
Capable de la rendre beushy
www absreuſe
, abreuſe , baga
Que celui de ne faire rien ,
Elle peut toutefois étant bien
582re ason wife ,
Gifant dans une bonne chaiſe,
Ou la tête fur fon Chever,
Permetre qu'un Galand la
the cajolle & la baife ,
Pourvû que le baiſer foit
modeste diferet ,
Et que le cajoleur lui plaife.
Quoique l'indolence &
la faineantife foient les
principales vertus de vôtre
tranquille profefſion ,
3 A ij
MERCURE ,
neanmoins en toute fûre
té de pareffe vous pouvez
recevoir des Billets doux
avec plaifir , les lire avec
attention , les ferrer avec
foin , pourvû que vous n'y
répondiez que rarement ,
fi ce n'eft lors que leftile
vous plaît.
ร
/ 30D
Quoyque l'employ foit aßez
doux ,
C'est fans doute trop entreprendre
Que de donner un rendezvous
,
Et fe charger encor dufoncy
ITI PARTIE.
de s'y rendre cutou
Mais fi l'occaſion vous vient
sub estaſter lespouxcvboat
Innocemment s'entend , c'eft
3996furife entre nous
v
De ne fe pas donner la peine,
2019 desla prendre, pobr
Sinusi sup zaol ha
Car je crois, Mcfdames,
que vous fçavez que de
toutes les occafions qui
font au monde , il n'y a
que celles de l'amour qui
ne font point chauves , &
que cela fut ainfi ordonné
l'amour même en faveur
de la pareffe fon
3 A iij
par
6 MERCURE ,
ayeule maternelle , de peurs
qu'elle & les fiens ne fuffent
privez du plaifir de
ces fortes d'occafions , s'il
y avoit tant de peine à les
prendre..
Aller au devant d'un amant
Contrefaire la langoureuſe ,
Et minauder à tout moment
Pour paroître plus gratieuſe ,
C'est un métier assurément
Indigne d'une pareffeufe :
Mais refifter obftinément à
Aux douceurs d'une ame
amoureuſe ,
Et ne vouloir pas feulement
III PARTIE. 7
Confentir qu'on vous rende
heureuſes
Aimer mieux éternellement )
Eftrefeule trifte & rêveuſe ,
Que fuivre la pente joyeu
fe
Defon propre temperament ,
Cette vie à mon jugement
Eftôt ou tard bien ennuyeuſe
Et troppenible affarements
Pour une jeune pareſſeuſe.
J'avoue que dans les
ftatuts de la pure nonchalance
il eſt expreſſement
défendu àtoutes celles
qui comme vous veu-
3 A iiij
8 MERCURE ,
lent vivre & mourir fous
les douces loix d'une rigoureuſe
pareffe , de quelque
taille,beauté & condition
qu'elles puiffent être,
d'avoir jamais dans tout le
cours de leur vie aucun
foin de leur ménage pattache
pour leurs maris ou
inquietude pour leurs enfans
, femblablement de
faire en quelque temps
que ce foit des vifites de
devoir , de ceremonie ou
de parenté , bref de ſe mêler
d'autre chofe dans le
mõde que de ce qui ſe fera
III. PARTIE. 9
entre les murailles de leur
chambre ; cela n'empêche
pas toutefois qu'une veritable
faineante
, fans enfreindre
fon obfervance ,
ne puiffe fe fervir du privilege
accordés de tout
temps à la moleffe de fon
fexearen
moi !
ciaba col con
Si quelqu'un diafon gré
vient luy faire la
cour ,
Rien ne Loblige alors d'être
fort rigoureuſe.sh
Quand on ne fait rien que
l'amour
10 MERCURE ,
On n'en est pas moins paref
jeuſe.
Voila , Mefdames , les
fcrupules qui auroient pû
affurément vous faire de
la peine , étant auſſi pareſfeuſes
, auffi jeunes & auffi
faines que vous l'êtes , fi
la charité que l'on doit
avoir pour ceux de fa fe
&te ne m'avoit fait fortir
de la profonde oyfivetél
où je fuis
fuis pour accommoder
, fuivant la veritable
explication des maximes ,
les plaifirs de vôtre âge
III.
PARTIE .
& les devoirs de vôtre
profeffion. Adieu , je m'endors,
ors,aaiinnffii ffooiitt de vous.
JLA LIBERTE.
Cantate nouvelle..
DE l'Or & de l'Argent le
charme infurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté : !!
Mais je pretens chanter un
bien plus eftimable ,
C'eſt l'innocente Liberté.
12 MERCURE ,
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde à mes de
rs
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaifirs .
O douce liberté, qui peut
goûter tes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de fon ardeur ,
Son coeur n'eft point touché
du foin de la grandeur
Il fçait en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler ſon
III. PARTIE. 13
bonheur ,
Jamais en difputant un
chimerique honneur
16
Un rival préferé ne fit
couler fes larmes.
O douce liberté, qui peut
in goûter tes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de fon ardeur.
Dans un état toûjours
tranquile
Il voit , fans fe livrer à leurs
indignes fers ,
La baffe flatterie , & la
crainte fervile
Prendre foin d'avilir les
14 MERCURE,
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers ofte
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile,
Nous prefenter fes bords
de naufrages couverts ,
Et fon indépendance eft
comme unfûr azile
Quile met à l'abri des plus
fameux revers
.
C'eſt ce qu'en nos bois
l'oyfeau chante
En fuyant la captivité ,
Liberté , liberté.
III. PARTIE. is
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeur est toujours agité.
Eft- ce le bien qui nous
contente ,
Et vaut-il tous les foins
2010 dont il eft acheté ?
Liberté , liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyfeau chante.
3
Jufqu'où la liberté portet
-elle fes droits ?
A table qui fuit d'autres
loix
Languira dans le plaifir
même ,
Quoiqu'on trouve à s'y
16 MERCURE
,
voir une douceur extrême
,
Un repas
n'a rien de char-
"
mant
Quand
on s'y contraint
un moment.
Fuyez
, fuyez
tendre
ef
calclavage
;
Pour mieux reffentir
l'a .
vantage
De fe trouver
en liberté .
Il faut être échapé du funefte
naufrage
Que l'on fait en fuivant
une ingrate
beauté .
Ma
III. PARTIE. 17
Mais ô prefent du Ciel ,
que même l'innocence
Ne peut nous affûrer dans
la jeune faifon !
Tout t'attaque à la fois ,
le fçavoir, l'ignorance ,
Les moeurs , les préjugez
les fens & la raiſon ,
Tout s'empreffe à l'envy
de nous donner un
Maître ,
Si le faux honneur ne peut
l'être,
Le plaifirs nous foûmet
par
de
trop
traits ;
forts at
Si le plaifir manque d'a-
3 B
Oct.
1711.
18 MERCURE ,
morce , roje
L'intereft avec plus de
force
Affervit nos coeurs pour
jamais.2003 ob I
203100
1
La liberté qui nous appelle
Ne s'offre point fans les
plaifirs :
Mais on n'y peut courir
fans elle
Qu'ils n'échappent à nos
defirs .
Sous le nom du devoir que
d'égards fur la terre
Nous rendent l'un de l'auIII.
PARTIE. 19
tre efclaves malheu
*** reux !
L'opinion nous livre une
éternelle guerre
,
Et de tous nos liens c'eft
le plus rigoureux.
Que d'écueils , que de naufrages
Menacent la liberté !
Mais regagnons les riva
ges
Laiffons gronder les orages,
Dont je me vis agité
Que les autres rendus fagestos
Par ce bien que j'ai chanté
3 B ij
20 MERCURE,
1
Connoiffent les avantages
D'en jouir en fûreté.
*****
LE PHENIX,
VAIRODE 201
Nouvelle Elegie.
JE
290 N
E ne puis refifter à mon
ardeur extrême ,
Souffrez donc belle Iris ,
fouffrez que je vous
aime ,
Si d'un amant trop.vieux
yous mépriſez l'ardeur,
Il faut me preparer à mou
brir de douleur
IHS PARTIE. 21
Je mourrai , volontiers , il
ne m'eft pas poffible ,
Avant que de mourir , de
vous rendre fenfible
Trop heureux ! moy , qui
fuis un Phenix en
amour ,
Si de ma cendre auffi je
renaiffois un jour o
Et plus jeune & plus beau,
faurois lieu de prenov
Sustendre fold
A mon tour , belle Iris
de vous voir le accur
tendre on znal
Vous ne me verriez pas
2 inconftant & legerg 20
22 MERCURE , )
Et je ne fongerois jamais
4 à vous changer.skup
Que de douceur pour
yous , de marques de
v tendreffe ; op 20
Que de plaifir , pour moi ,
de revoir ma Maîtreffe ,
Etc lui trouver un coeur é
tout plein d'un nouveau
modo feu,
feugi
Vous m'en feriez , Iris
bien-tôt un tendre
chi olibaveunez neut
Je vous appellerois des A
deux noms , que fugprotingeret
gere
stop
Ce perip Dieu des coeurs ,
III PARTIE
232
que partout on revere ,
Quelquefois mes foupirs.
vous apprendroient
ab tout bas
Ce qu'en l'âge où je fuis ,
je ne vous dirois
louispas.
Ah ! que nous menerions
une agreable vie :
Mais mon bonheur helas !
feroit digne d'envie
Si comblé de plaifirs &
content de mon fort ,
A ſoixante ans paſſez en
Phenix eftant mort ,
Une feconde fois je renaiffois
encore ,
24: MERCURE
,
Beau , jeune , & digne
enfin de celle que.
j'adore .
[
II . PARTIE. 25.
PIECE NOUVELLE
fur un coup d'Hombre
extraordinaire.
A LA FORTUNES
Reproche.
Hparbleu c'en eft trop,
Fortune ,
Tu me pouſſes trop vivement
:
s'e-
Quoy j'effuyrai par tout
ta pourfuite importune ?
Tes caprices fur moy
xerceant conftamment ,
Je fouffrirai dans le filence?
3 C Oct. 1711.
26 MERCURE,
Non, non, c'eft trop longtemps
me faire vioshannolence,
Je veux de tes rigueurs me
plaindre hautement ;
Ce n'eft pas toutefois qu'-
3 un indifcret murmure
Veuillez reveler tous tes
coups :
Non je n'éclaterai dans
mon jufte corroux
Que fur ma derniere avanture.
Hier au fortir d'un dîné ,
Point prévû , point ima
7
giné,
III.
PARTIE. 27
Et par la même encor plus
Solv agreable ,aqmnaa
Oùpar d'excellens mets &
du vin delectable ,
Mon débile eftomac fe
kap a crût affaffiné , Chipa o
Des convivessjoyeux , les
tas têtes affoiblies ,
Par de bon caffé rétablies,
On vint me porter un
Avevocartel
200
Pour un de ces combats
inconnus à nos peres ,
Dont
aujourd'huy
l'ufage
eft tels, truc
Qu'il oppofe fouvent, frere
à fours , foeurs à frere ;
3 C ij
28 MERCURE ,
Une repriſe d'Hombre enfin
Pour fortir de l'allegorie.
J'acceptai le défi , bientôt
le fort malin m
Sur mon jeu s'abandonne
avec tant de furie !!
Que j'en perdois dix mille
¿^ au quatorziéme tour ,
De pareils accidens éprouvez
chaque jour ,
Depuis long-temps món
ame eft peu furpriſe ,
Jufqu'au vingtiéme coup
nous pouffons la repriſe.
Je concevois alors quelque
}
III
PARTIE 29
efpoir de retour :
Mais trois bêtes confiderables.
com
Queje vis échapper à mon
preffentiment
M'infpiroient contre l'Hō
bre un tel reffentiment
Que je donnai le jeu cent
fois à tous les diables.
Ce fut bien pis au dernier
coup ,
Il étoit gros & je perdois
beaucoup ,
Double raiſon qui rend les
as noirs defirables :
Mais helas on a beau ,
quand on eft en malheur,
3 Ciij:
30 MERCURE ,
D'unyou fecret redoubler
la ferveur ,
Mêler , pefter , jurer, ou ſe ·
2 mettre en priere ,
La feule patience eft alors
de faifon .
Le Ciel d'un malheureux
adoucit la mifere :
Mais il eft fourd avec raifon
Aux cris d'un Martyr volontaire.
Je reviens au fujet qui caufe
ma colere.
J'avois à ma droite un
joüeur
En projets férieux , toûjours
plein de bonheur :
III. PARTIE. 31
2.
Mais je ne fçavois pas que
pour lui fi fidelle ,
Dame fortune en fa faveur
S'amufat à la bagatelle .
Je l'éprouvai le tiers , le
jouant en premier ,
Fait une bête de trois mille ,
Il donne enfuite , Iris , des
im trois la moins habile ,
Veut jouer , j'y confens :
mais nôtre heureux
dernier
Se fait affez long- temps
attendre ,
Hefite , rêve , enfin force
Iris au fans prendre ,
Iris lui cede,il nome coeur ,
3 Ciiij
32 MERCURE ,
Je portois de cette couleur
Manille quatrième
par
Roy , Dame & le
cinq,
Iris m'en laiffe juftement
Cinq , que je prens de fa
main même :
Mon port étoit tout fait ,
ainfi dans le moment
Je le jette fur ma rentrée .
Mais du talon à peine Iris
l'a féparée
Qu'elle court la reprendre
, & veut m'en
laiffer fix ,
Le tiers , avec raiſon , dit
que j'ay déja pris ,
III PARTIE. 33
Qu'il n'eft plus temps , Iris
convient de fa mépriſe ,
S'appelle de cent noms
s'accufe de bêtife
Enfin , aprés un peu de
bruit pape
Iris n'en prend que fept des
huit ,
Et dans lécart met la derniere
,
J'ay déja dit qu'Iris étoit
premiere ,
Elle joue un bas pique , &
me dit , j'ay le Roy.
J'ouvre ma rentrée & j'y
voy
Un trefle , un fix de coeur ,
34 MERCURE ,
qui faifoit le cinquiéme ,
Et Dame de pique troifiéname
; & mal
Je l'employe , elle paffe , &
le tiers en pâlit
fl
Alors voyant l'Hombre en
cheville M
Je fais à tout du plus petit
En fupofant qu'Iris avoit
Baſte , ou Spadille :
De cette fuppofition
Avec un peu d'attention ,
La raifon à trouver n'eft
www.pas fort difficile ,
Et même l'examen n'en eſt
pas inutile.
Iris qui la premiere avoit
voulu joüer
III. PARTIE. 35
En ayant perdu l'efpebilan
sugrance SAMA, KE
N'en avoit pris que ſept :
s or cette circonftance
(J'en appelle aux Joueurs
£ x qui voudront l'avoüer ) ›
Ne laiffoit - elle pas au
moins quelque appa.
rence
Qu'Iris avoit un Matador ?
Sur mon bas coeur joüé ,
l'Hombre force du
ape Ponte ,
Iris jette du trefle , & j'en
crois mieux encor
Qu'elle a Spadille , ainfi je
compte ,
36 MERCURE ,
Bafte cinquiéme à l'Hombre
, avec un Roy gardé ,
Et l'éclairciffement n'en
fut pas retardé ,
C'étoit le Roy de trefle
il le joue , il luy paffe ,
Il en rejoue encore le fix ,
Moy je coupe du cinq , &
crois le coup remis ,
F
5
Je fais à tout du Roy , le
Baſte fort de place ,
Iris gagne , le tiers fait à
tout du Valet ,
J'y mets la Dame , & felon.
mon fouhait
Je me vois quatre mains ,
( car aucune avanture
III PARTIE. 37
1
Ne fçauroit m'enlever une
Manille fûre )
L'Hombre a déja trois
mains , & tient entre les
doigts
Le quatre , le deux & le
trois ,
Je joue un pique, il prend ,
fait à tout Iris gagne ,
Je prends de la Manille ,
& nous montrons
nos jeux ,
L'Hombre étale fon humble
deux ,
Moy, le quatre de pique ,
& d'une main profane
Iris montre un Roy de
38 MERCURE , I
carreau.LL
Qui me confond , me gla-
2 ce.... oui l'aſpect d'une
Bourreaust
Surprend moins l'innocent
, que la brigue
moon condamne ,
Que je ne fus frappé d'un
malheur fi nouveau
:
Spadille quelquefois zuſel
trouve la treizième ,
Mais peut -on du talon détacher
la huitiéme ?
Non ce bizarre coup pour
moyfeul refervé
N'étoit point encore arrivé
,
IIL PARTIE.
39
De la faute d'Iris , complice
trop certaine ,
pour toûjours fois
fûre de ma haine ;
C'eſt trop long - temps
Fortune
exercer contre moy
Des rigueurs que mon
coeur fupporteroit à
peines
D'un Dieu plus aveugle
que toy.
40 MERCURE,
|
A MADAME DE..
pour Dodo fa Doguine.
Cette chere Dodo , cette
aimable
Doguine ,
L'objet de vos plus doux
transports , C
N'eſt point , Iris , une machine
,
Comme Deſcartes l'imagine
,
Dont l'inftinct feulement
fait mouvoir les
refforts ;
EcouIII.
PARTIE. 4t41
Ecoutez un récit fidele
De tout ce que mes yeux
ont vû ,
Un tel fpectacle eut con
fondu
Le Philofophe & fa fequelle
,
En vôtre abſence ce matin
Je faifois à Dodo mille &
mille careffes ,
Et paffant fur la tête une
flatteuſe main ,
Je joignois ce difcours à
toutes mes tendreffes :
Dodo , que vôtre ſort eſt
doux !
3 D Oct.
1711.
42
MERCURE
,
Le plus charmant objet
qui foit dans la nature ,
Iris , pour qui nous brûlons
tous
D'une ardeur fi tendre &
fi
11 pure ,
Iris n'a
d'amour que pour
vous ,
Vous plaiſez à fes yeux ,
vous la voyez fans
ceffe ,
Et fans redouter fon cour
roux
Vous luy marquez vôtre
tendreſſe
,
Quel mortel & quel Dieu
n'en feroit point jaloux ?
III. PARTIE. 43
Ha ! fi ce Jupiter que nous
vante la Fable ,
Eftoit un immortel & le
Maître des Dieux
Il feroit defcendu des cieux
Pour jouir d'un deſtin ſemblable
,
Ce puiffant Dieu de l'univers
,
Qui fouvent pour quelques
mortelles
Prit tant de changemens.
divers ,
Se fût fait Doguine pour
31
elle ;
Qu'il eut vêcu content
dans de fi beaux liens ,
3 D ij
44 MERCURE ,
Mais fans raifonnement le
Ciel vous a fait naître ,
Et vous a prodigué des
biens
Que vous ne pouvez pas
connoître ,
En prononçant ces mots
je demeurai furpris
D'une metamorphofe étrange
Qui me coupa la voix &
troubla mes efprits ,
Dodo s'enfle , s'éleve & fa
figure change ,
Un éclat merveilleux brille
mobo de toutes parts,
Dodo n'eft plus une doIIL
PARTIE. !
f
-
45
mavooguine , MM
Elle paroît à mes regards
Sous les charmans appas
d'une beauté divine.
Arrête, me dit- elle , & connois
mon pouvoir ,
Je fuis Fée , & l'on fçait
quelles font nos merveilles
,
On fçait par tout que mes
pareilles ,
Sous des déguiſemens foùvent
fe laiffent voir :
Je préfide aux appas , c'eſt
mon foin ordinaire
De difpenfer le done de
plaire son
46 MERCURE ,
Heureux à qui je le dépars .
C'eft moy qui fçut rendre
fi belles
Les S*** & les V** ¸
Qui de tous les humains
enchantent les regards,
Parmi les beaux objets en
qui de ma puiffance,
Brillent les merveilleux effets
,
Iris eft un des plus parfaits,
Je fus prefente à fa naiffance
Ma main prit foin de luy
former
Tous les traits d'un charmantvillage
,
III. PARTIE. 47
Efprit , douceur , preſent
qu'on doit plus eftimer :
Enfin elle reçût un parfait
* affemblage
De tout ce qui peut faire
aimer ;
Ah ! fi le Ciel avoit fecondé
mon
ouvrage
Ill'auroit
élevée aux fuprêmes
grandeurs
:
Mais l'Amour qui la fuit
repare cet outrage
Par l'empire de tous les
coeurs. y
Avec elle toûjours j'ai pris
plaifir à vivre ,
J'y paffe mes plus doux
48 MERCURE
,
momens ,
Er fous divers déguiſemens
Je fuis empreffée à la fuiivre.
c
Lorfque dans la retraite
elle alla s'enfermer ,
D'y marcher fur fes pas
je me crus trop heureufe,
Eft-il quelque demeure
it affreufe
Qu'elle ne puiffe faire ai-
Somer ?
J'y goutois à la voir mille
douceurs fecretes
,
Avec un amufant caquet
Je pris pour réjouir de
cau
III. PARTIE.
49
caufeufes nonnettes
La figure d'un
perroquet,
Aujourd'huy
tu me vois
paroître t
Sous un nouveau déguiſe .
..ment ,
Et ce n'eſt qu'à toy ſeulement
Que je puis me faire connoître
.
A ces mots elle entend du
bruit ,
On vient , dit - elle,un jour
tu pourras être inftruit
Du bonheur que je luy
deftine ;
Oct.
1711. 3 E
30 MERCURE ,
Je rentre dans ma peau,
c'eſt un arreft des
Cieux ,
Je puis être Fée à tes yeux,
Pour toute autre je fuis
doguine.
Voila quel eftfon fort, voila
, charmante Iris ,
D'où naiffent ces appas
dont nous fommes
épris ;
En vous voyant briller de
cent beautez parfaites ,
Je me doutois toûjours de
quelque enchantement.
III. PARTI E. st
On n'eft point naturelle.
ment
Auffi charmante que vous
l'êtes .
CHANSON NOUVELLE.
L'Aveugle Enfant
pour exercer fa rage
Un jour lança mille
traits dans mon fein :
Ah ! fi j'en meurs , Filis ,
c'eft vôtre ouvrage ;
Car j'apperçus qu'avec
un ris malin
3 E ij
52 MERCURE
Du petit Dieu vous
conduifiez la
main.
Réponse fur les mêmes
Rimes.
L'aveugle Enfant n'exerce
point fa rage
En vous lançant mille
traits dans le fein ,
Si vous mourrez , Tirfis ,
c'eſt vôtre ouvrage 3
Car contre moy du petit
Dieu malin'
Sans y penfer je conduifois
la main.
III. PARTIE. 53
J
STANCES.
BAnniffez la melancolie
Où vôtre ame eſt enſeve
lie
,
Donnez , mon cher Daphnis
, un terme à vos
douleurs ,
Vos foupirs , vos regrets ,
vos plaintes & vos
larmes
Ne ranimeront point les
charmes
De l'adorable objet qui
fait couler mes pleurs.
3. E iij.
54 MERCURE ,
Envain dans fa douleurextrême
Un amant , s'oubliant foymême,
A des reftes éteints s'immole
tous les jours ;
Nos feux ne percent point
jufques en ces lieux :
fombres
,
Deftinez au féjour des
ombres.
Le moment du trépas en
limite le cours .
Les biens dont l'Amour
nous couronne
III. PARTIE 55
Reffemblent aux fleurs
dont l'Autonne ,
Au fortir de l'été vient pa
rer nos jardins ,
Par les fiers Aquillons de
leur tige arrachées ,
On les voit triftement
couchées ,
Terminer en naiffant leurs
fragiles deſtins .
Son Empire inconſtant
muable,
N'eut jamais de bonheur
durable ,
Toûjours quelques hivers
entroublent les Printemps..
56 MERCURE ,
Poffeder feul un coeur
égal , tendre , fincere,
Qui ne s'occupoit qu'à
vous plaire ,
Vous étiez trop heureux
pour l'être plus longtemps
.
Ah ! dans l'ennuy qui vous
devore ,
Au moins ce bien vous
refte encore ,
Que vous fûtes aimé juf
qu'au dernier moment,
Et vôtre peine, helas ! peutêtre
eft moins cruelle
Que la peine d'un coeur
fidelle,
III PARTIE. $7
Qui fe voit immoler aux
voeux d'un autre
Amant.
Cent rares vertus embel
lirent
Celle à qui les deſtins
commirent
D'unir des mêmes noeuds
vôtre coeur & le fien ;
Je fçai qu'elle ne fut legere,
ni volage' :
Mais enfin l'amant le plus
fage ,
Croyez- moy , c'eft l'amant
qui ne compte fur
rien.
$8 MERCURE ,
Ces temps où regnoient
l'innocence ,
La fidelité , l'inconftance.
Inutiles regrets ! que fontils
devenus ?
Les noeuds les plus facrez ,
les fermens , les promeffes
Sont de vaines delicatef
fes
,
Dont même en nos hameaux
on ne fe pique
plus .
Gueriffez - vous , s'il eft
poffible,
III. PARTIE.
59
Du
malheur d'être trop
fenfible ,
Que vos maux , cher
Daphnis , puiffent
bien-tôt finir.
Rappellez l'heureux tems
de vôtre indifference ,
Et fage par experience ,
Banniffez de l'amour juf
ques au fouvenir.
60 MERCURE ,
CHANSON
NOUVELLE ,
Sur l'air de JoCONDE,
MII fept cent neuf, mil
cafept cent dix ,
Le coeur plein de foibleſſe,
A ma Carin , à ma Philis
J'exprimois ma tendreſſe.
Adieu Philis , adieu Catin ,
Pendant mil fept cent onze
Nous allons avoir de bon
- vin
J'auray le coeur de bronze .
THEOUS
DE
LYON
1893
VILLE
MERCURE
GALAN T.
IV. PARTIE.
NOUVELLES .
Nouvelles d'Espagne .
Au Camp devant Venafque
le 18. Septembre.
Mr. le Marquis d'Arpajon
Octobre 1711. 4. A
MERCURE
ayant fait ouvrir la tranchée
la nuit du 11. au 12. ellefut
pouſſée juſqu'à
une hauteur
où
l'on établit une batterie
le lendemain
, qui commença
à tirer
le jour mefme , & qui continua
le 14. & le 15. enforte
que
l'on fit une bréche large de cing
toifes. Neanmoins
Mr le
Marquis
d'Arpajon
ne jugea
pas à propos
que les troupes
entrepriffent d'y monter , parce
qu'outre qu'elle étoit trop ef
carpée , ily avoit derriere , un
retranchement formé de facqs
remplis de laine , foutenus par
des poutres devant derriere,
3
IV. PARTIE..
dont celle de devant étoient
en pointe vis - à - vis de la
bréche. Cet inconvenient fit
prendre la refolution de tirer à
boulets rouges dans le Chafteau,
afin d'y mettre le feu , ce qui
réuffit dés le premier coup qui
fut tiré le boulet mit le feu
la paille des Cafernes qui fe
communiqua incontinent à la
charpente & caufa un fort
grand enbrazement qui fir
fendre le mur de la Cifterne.
Le Gouverneur fit auffi - toft
battre la Chamade & la Ca·
pitulation fut, qu'ilferoit prifonnier
de guerre avec les
4 . A ij
4 MERCURE
troupes reglées de fa garnison,
montant à trois cens hommes,
les Miquelets à direction ;
parmi les trois cens hommes il
y en avoit cent du Regiment
de Showel dont cinquante
prirent parti dans les troupes
du Roy d'Espagne. Le refte
parmi lesquels ily avoit dixbuit
Officiers,dont deux étoient
Lieutenants Colonels , demanderent
à eftre conduits en
France & le Gouverneur ,
en Arragon. La prise de ce
Chasteau eft tres- importante ,
parce qu'elle nous ouvre une
communication libre avec la
2
IV. PARTIE.
Gascogne par le pays de
Comminge c'eftoit la prin=
cipale retraite des Miquelets
de ce cofté là. Ils avoient lieu
de s'y croire en feureté , car la
fituation en eft fi avantageu,
fe , qu'un tres - petit nombre
d'hommes qui në manqueroient
ni de vivres ni de Munitions ',
pourroient y tenir fort longtemps
contre une puiſſante
armée.
2. Les letres du 25. portent
que Mr le Marquis de Fol
leville qui avoit apporté la
confirmation
de la prife de
A iij
1
6 MERCURE
ba
ce Chasteau , loüoit beaucoup
Mr de Matamoros ,
Capitaine d'Artillerie
l'induftrie duquel on devoit
la reduction de ce poſte important
; que le Prince de
Santo- Buono , cy - devant
Ambaffadeur d'Espagne , à
Venife , avoit cu la Viceroyauté
du Perou , pour le
recompenfer de fes fervices
& de la fidelité qu'il a toûjours
gardée à fon legitime
Souverain , nonobftant les
grands biens qu'il poffedoit
au Royaume de Naples , &
qui ont efté confifquez .
1
ÍV. PARTIE. †
Celles du Camp de Calaf
difent que le 16 .
du
19.
Mr de Vendofme partit de
Cervera avec les troupes
Eſpagnoles pour aller cam-
Tarofa & ocuper le per
pofte de Calaf; que le même
jour les troupes Françoifes
qui étoient à Agramunt ,
commandées par Monfieur
le Marquis de Guerchy
arriverent à une lieuë du
Camp ; que le lendemain
17. Mr de Vendofme fit
partir tous les Dragons à la
pointe du jour & qu'il les
fuivit vers les fept heures
4. A iiij.
• MERGURE
avec la Cavalerie ; que Mr
le Chevalier de Croix qui
les commandoit , étant arrivé
aux hauteurs de Saint
Martin , envoya avertir ce
Prince que l'Armée ennemie
paroiffoit fortit des dé
filez de Capons ; qu'il partie
incontinent pour l'aller join
dre aprés avoir envoyé ordre
à Mr le Marquis de Laver
qui étoit à la tefte de la
colonne de l'Infanterie Ef
pagnole d'avancer -en
grande diligence , & à la
Cavalerie de marcher demefme.
Mais que dés que
IV. PARTIE. 3''
les ennemis s'aperceurent
que l'on marchoit à eux , ils
reculerent , & aprés avoirpaffe
le ruiffeau de Pratz del
Rey, ils mirent leur droite
au Bourg du même nom
qui eft fermé de bonnes mut
railles , & leur gauche au
Moulin de Montferrat , en
touré auffi d'une muraille
fort épaiffe , & le gros de
leur Armée de l'autre côté
de la hauteur.
Que Monfieur de Vendofme
mit la droite de la
fienne fur la hauteur du
Moulin, & la gauche fur cel
10 MERCURE
le de Prats del Rey . Qu'il fit
enfuite dreffer des Batteries
qui incommoderent beaucoup
les Ennemis , & fit
avancer les Troupes pour
chaffer ceux qui bordoient
le ruiffeau , & dont plus de
cinq cens furent tuez ; que
le 18. les ennemis tenterent
de s'emparer du ruiffeau ;
que pour cet effet ils firent
avancer quatre Bataillons
Anglois contre deux Compagnies
des Gardes Walones
qui le gardoient , & qui
tinrent ferme , jufqu'à ce
que Monfieur de VendofIV.
PARTIE . It
me ayant fait marcher la
Brigade entiere , les ennemis
furent obligez de fe retirer
en defordre aprés avoir
perdu plus de cent hommes;
que les ennemis eftoient fort
incommodez fur les hau
teurs qu'ils occupoient ,
n'ayant point d'Artillerie
pour oppoſer à celle de
Monfieur de Vendofme ,
la difficulté des Montagnes
ne leur permettant pas d'y
en conduire , & parce que
Monfieur de Vendofme occupant
le pofte de Calaf où
il a établi fon Quartier , ils
12 MERCURE
ne peuvent
plus tirer des
Montagnes
les provifions
qu'ils en tiroient.put
Les Lettres de Cadiz confirment
que la charge des
quatorze Navires Anglois
& Hollandois qui y ont
efté conduits par fix Armateurs
François , eſt eſtimée
plus de trois millions ;
que ces Prifes ont efté faites
prés de l'embouchure
du Tage fur une Flotte de
cinquante -deux Vaiſſeaux ,
& que les autres s'eftant
écartez avoient donné à
la Gofte , où ils eftoient
IV . PARTIE. 15
péris avec leurs Charges ;
qu'il y en avoit plufieurs
chargez de bled , qui eft à
un prix exceffif en Portugal;
& que le bruit qui avoit
couru que toutes les Troupes
Angloifes qui font dans
ce Royaume paffoient en
Catalogne , ne s'eftoit
pas
trouvé veritable , n'y ayant
eu que deux Bataillons fort
foibles qui s'eftoient embarquez
pour aller remplacer
les Troupes de la Garnifon
de Gibraltar qui avoient
deferté.
14 MERGURÉ
TRADUCTION
de la Lettre écrite par
l'Archiduc à la Dépude
Catalogne.
LE ROY.
Illuftres , Venerables',
Excellens , Nobles , Ma
gnifiques , & nos AmeZ
& tres-fidelles Députez ,
& Auditeurs des Comtes
dela Generalité de cette
Principauté de Catalogne.
IV.
PARTIE 15
La prompte & imprêvûë
mort de
l'Empereur
Jofeph , mon Frere , qui a
laiße le Trone Imperial
vaccant , me fit d'abord
penser que ma prefence
eftoit neceffaire en Allemagne
pour m'y oppoſer
aux pernicieux deffeins
des Ennemis qui ne man.
querontpas dans cettefatale
conjoncture d'effayer
à troubler
le repos de mes
Royaumes & Pays hereditaires
, & à brouiller
16 MERCURE
toute l' All magne ; mais
la confideration du cha
grin que vous auroit caufé
mon abfence , m'afait
fufpendrejufques icy cette
jufte & convenable r folution.
Cependant comme
ma prefence eft abfolu
ment neceffaire dans mes
Domaines & Etats hereditairespoury
établir la
feureté
;
principalement
poury travailler
au
bien de noftrefainte Religion
, & en particulier
IV. PARTIE. 17
pour vous yprépareravec
toute la diligence poffible
des Troupes & desfubfi
des pour la deffenfe de
cette tres -fidelle Pricipau
té, &pourfinir cetteguer
re ; confiderations qui ont
obligé les Princes d' Allemagne
de folliciter mon
départ pour prévenir les
grands préjudices que
•pourroient caufer les pernicieux
deffeins des Ennemis.
Tout cela m'a dé
terminé à paſſer pour un
Octobre 1711.4. B
18 MERCURE
peu de temps en Allemagne
; & quoy qu'il fuft
tresconvenable
pour moy
& pour tous mes bons
vaffaux de ne me point
Separer de la Reine mon
Epoufe , je veux pourtant
vous donner la plus
grande marque de cet
amour que vous avez
merité de moy par votre
conftance en vous laiffant
&confiant à votrefidelité
ce que j'ay de plus
cher & de plus précieux ;
cette feparation me fera
IV . PARTIE. 19
tres-fenfible , mais elle eft
adoucie parla penfee que
je travaille par là à vôtre
plus grande, confolation.
C'eftfur l'experience
quej'ay euë de votrefidelité
queje me fonde dans
la refolution queje prens ;
le glorieux facrifice que
vous m'avez fait dans
les temps les plusfâcheux
me raffure donc , & me
fait efperer que dans toutes
les occafions qui feprefenteront
, vous dinnere
Bij
20 MERCURE
•
tous les fecours neceffaires
à la Reine mon Epouse ,
·ce quifeul eft capable de
me confoler pendant mon
abfence qui ne fera pas
longue ,& durant laquel
le je vous affure que je
feray les derniers efforts
pour finir une guerre qui
vous afflige tant ,&pour·
vous délivrerpar laforce
dés Armes de tout ce que
vous avez fouffert avec
tant de conftance de la
part de mes Ennemis. Je
IV PARTIE . 21
vous recommande de nou
veau leprecieux gage que·
je vous laiffe. Et comme
vous trouverezvotre con
folation en elle , elle trou
vera auffi lafienne dans :
votre conftante fidelité..
Vous devez cela à l'amour
paternel que j'ay
pour vous , & dont je·
vais travailler à vous
donner encore de plus
grandes marques par la
réduction entiere de la
Monarchie d'Espagne ,
&
11 MERCURE
ce qui rele -vera extrêmement
le luftre de la Nation
Catalanne
, & quoy
que Mrs les Prefidents
ayent merité d'entendre
de ma bouche ces expreffions
de matendreffe , &
qu'ils vous les ayent redites
en particulier , j'ay
crû devoirencore vous les
repeter afin de vous faire
mieux connoiftrecombien
eft grande ma tendreffe
pour vous , &pour vous
engager par là à conIV.
PARTIE . 23
tinuer la voftre pour le
Service
de la Reine mon
Epoufe , & à pourvoir
par votrefecours & votre
application
à tous les befoins
indifpenfables dans
les conjonctures prefentes
pour le bien de cette Principaute,
en attendant que
je revienne moy - même
vous y animer pour vôtre
plus grande confolation .
De Barcelone le 6. Sept. 17111
MOY LE ROY.
Don Raymond de Villanée
de Perlas .
24 MERCURE
&
ཨཏྠཱངས …ཝཱ ས
NOUVELLES
du Nord & d'Allemagne.
EXTRAIT
De la Relation de ce qui s'eft
paffé entre l'Armée du
24Grand Seigneur & celle
du Czar , depuis le 18
Juillet jufqu'au 23. écrite
par un Officier General
de l'Armée Mofcovite.
Le Czar ayant eu avis que
le Grand Vizir eftoit en mar
che pour l'aller attaquer , tint
Confeil,de guerre dans lequel
plufieurs
IV PARTIE . 25
plufieurs Generaux opinerent
qu'il étoit tres - important de
ne point s'éloigner du Nieſter
l'armée fuft toûjours
afin
que
à portée
de tirer
des
vivres
de
la
Pologne
par le
moyen
de
cette
Riviere
, &
que
fi on
alloit
au
devant
des
Turcs
, il
pourroit
arriver
de grands
inconveniens
de
s'engager
dans
un
pays
où l'on
n'étoit
pas
affuré
de trouver
defubjiftance
.
Čet
avis
ne fut
pas
fuivi
; on
marcha vers la riviere de Prut
que l'on paffa , & aprés s'être
avancé jusqu'à la hauteur de
Falczin , le 18. Fuillet , le
Octobre 1711. 4, C
26 MERCURE
GeneralJanusfut détaché avec
la plus grande partie de la
Cavalerie , & le reste de
l'armée le fuivit. Mais ayant
reconnu que les Turcs avoient
paffé le Danube , & qu'il y
en avoit un gros Corps qui
s'avançoit pour le couper, en
informa le Czar qui envoya
le General Infberg avec un
autre détachement avec ordre
de rejoindre le gros de l'armée.
qui s'avançoit en même- temps
Cependant cette jonction ne pût
fe faire fans que le General
Fanus ne fuft inquietté, de maniere
qu'il futobligé deformer
IV. PARTIE. 27
un Corps quarré de toute fa
Cavalerie de faire mettre
pied à terre aux Dragons qu'il
mit dans le centre avec les é
quipages ,
:
marcha en cet
ordre pendant que les Cofaqués
& les Valaques Mofcovites
défiloientpar les hauteurs. Ce
= furent eux qui fouffrirent le
plus , les Tartares , & plus de
quarante mille Turcs les ayant
pourfuivis ainfi que le General
Janus qui ne rejoignit le Czar
que le 19. le 19. à deux heures , aprés
avoirperdu beaucoup d'hommes
de chevaux dans les continuelles
efcarmouches . On tint
4- Cij
28 MERCURE
enfuite Confeil de guerre dans
Lequel ilfut refolu de marcher
toute la nuit pourfe raprocher
du Prut, de bruler tous les
Chariots les moins neceßaires ,
ce qui fut executé avant de fe
mettre en marche. On forma
plufieurs Corps quarrez de
toute l'armée, & on mit tous
les équipages & bagages dans
le centre de chaque Corps les
quatre coftez étant bordez par
des chevaux de frife que des
foldats portoientfurleurs épau
les , on marcha en cet ordre,
Le 20. à la pointe du jour ,
la Cavalerie du grand Vıfır 。
IV . PARTIE. 29
qui avoitfuivi les Mofcovites
pendant la nuit chargea leur
arriere garde lespourfuivit
jufqu'à la riviere de Prut , où
ils firent halte. Les Turcs s'arrefterent
auffipour attendre leur
Infanterie & leur Artillerie
qui arriverent à quatre heures
aprés midy. Alors les Turcsfirent
un grandfeu de canon qui
durajufqu'à la nuit ,pendant la«
quelle lesMofcovitesfe couvri
rent par de bons retranchemens.
by Le 21 , dés le grand matin,
les Turcs , qui avoient presque
entierement
inveſti leur
Camp , recommencerent leur
4. Ciij
30 MERCURE
canonnade avec beancoup plus
d'ordre defurie , enforte que
les Mofcovites perdirent beaucoup
de monde , ayant eu même
&
plufieurs Generaux tuez ou
blaffez , entr'autres le General
Wittemant , tué; & les Generaux
Oftein , Braffey , Hallard
, avoient efte bleffez la
veille. Il y eut enfuite une
que
le
fufpenfion d'armes,
grand Vifir acorda fur une
lettre que le Czar luy écrivit,
le 23. onapprit quela Paix
avoit efté concluë.
Le reste de la Relation eft
conforme à ce qui a eſté rapporté
dans celle qu'on a
IV PARTIE. 31
donnée le mois dernier .
D'autres Lettres portent
que le Czar avoit quitté fon
Armée , & avoit paffé à Carelfbade
en Boheme , où le
Prince de Mofcovie fon fils
devoit l'aller joindre ; que
le Grand Vifit avoit ordon.
né à Haffan Bacha , Gouver
neur de Romelie d'eſcorter
le Roy de Suede avec plus
de quarante mille hommes ,
non -feulement jufqu'en Pologne
, mais jufqu'en Pomez
ranie en cas de beſoin , &
cela fans compter un grand
nombre de Tartares , les
C iiij
*
4 .
32 MERGURE
Troupes du Palatin de Kiovie
, & celles de Sa Majesté
Suedoife ; que ce Prince
eftoit parti de Bender avec
cette puiffante Elcorte ; que
l'Ambaffadeur de Hollande
avoit remontré au Kiaïa du
grand Vizir , que l'Armée
deftinée à maintenir la neutralité
du Nord de l'Allemagne
s'y oppoferoit ainfi
que les Polonois , les Mofcovites
& les Saxons ; mais
que cer Officier luy avoit
répondu que l'on verroit
qui auroit la hardieffe de
difputer le paffage aux Trou
IV. PARTIE. 33
pes Otomanes , & qu'en cas
de refiftance , Haffan Bacha
avoit ordre exprés de l'ou
vrir à force d'armes.
Par celles de Mofcou du
3.on apprend qu'on y avoit
fait trois décharges de canon
en réjouiffance de la
conclufion de la Paix perpetuelle
avec les Turcs.
Celles de Warfovie du
29. difent que le Czar eftoit
arrivé le 19. à Zolkiew à
trois lieues de Limberg ;
qu'il devoit arriver à Warfovie
le 31. pour ſe rendre
en Pruffe & en Pomeranie ;
34 MERCURE
que le Roy de Suede eftoit
en chemin pour retourner
dans fes Etats , prenant
fa
route par la Hongrie , mais
que cette derniere nouvelle
meritoit confirmation
.
Voici la Copie du traité
de Paix conclu entre les
Turcs & les Mofcovites ,
que l'on a reçue à Vienne .
I.
Qu'Afaph fera rendu aux
Turcs dans l'état où il eftoit
lors que le Czar s'en eftemparé.
II. ::
Que Taignaron, Kamenk ,
IV. PARTIE. 35
& les Fortereffes nouvellement
conftruites fur la riviere
de Saman feront rafées .
III.
Que le Czar ne fe meflera
en aucune maniere des Polonois
ny Cofaques Barabais
& Potkali , & qu'il fortira
de leur Pays avec toutes
Les forces .
IV.
Que les Marchands avec
leurs Marchandiſes pourront
venir fur les Frontieres
des Turcs , & que le
Czar ne pourra avoir d'Ambaſſadeur
ny d'Envoyé à la
Porte.
36 MERGURE
V.
Que tous les Turcs faits
prifonniers
par les Moſco
vites , feront remis en liberté.
VI.
Que le Roy de Suede fera
renvoyé dans les Etats libroment
& fans empêchement
de la partdes Mofcovites.
VII.
Que tout Acte d'hoftilité
ceffera de part & d'autre ;
& que pour feureté de ce
Traité le Czar donnera pour
ôtages le Chancelier Schaf
IV. PARTIE 37
firof, & le Prince Czeremetof;
moyennant quoy l'on
permettroit aux Moſcovites
de fe retirer dans leur
pays. Les Turcs leur ont
donné du pain pour onze
jours , & une Eſcorte de
douze mille hommes pour
les garentir des infultes des
Tartares.
VIII.
Que le Czar n'aura aucuns
Vaiffeaux fur la Mer noire ,
& qu'il payera au Cham des
Tartares le tribut de vingt
mille Ducats qu'il luy payoiț
autrefois.
38 MERCURE
IX .
Que S. M. Czarienne livrera
aux Turcs lé Prince de
Moldavie.
Les mêmes Lettres de
Vienne difent que ce Traité
ayant cfté envoyé à Conftantinople
il avoit efté ratifié
par le Grand Seigneur le
4. Aouft , & renvoyé au
grand Vifir ; mais que fur
les remontrances du Minif
tre de Suedé à la Porte , l'on
avoit envoyé ordre au grand
Vifir d'entreren negociation
avec le Czar au fujet du Roy
de Suede avant d'échanger
IV . PARTIE. 39
laratification .
D'autres Lettres portent
que le grand Seigneura nommé
des
Commiffaires pour
travailler à la Paix avec la Po
logne ; que la Republique
doit envoyer des Députez
pour conferer avec eux ; que
les Tartares
continuoient
leurs courfes le long du
Niefter , ne voulant point
eftre compris dans le Traité
de Paix conclu par le grand
Vilir.
¡ Que le Czar refufoit de
l'executer , quant à la reftitution
d'Afaph & à la dé40
MERCURE
molition de fes nouvelles
Fortereffes fur la Mer noire ,
juſqu'à ce que le Roy de
Suede fuft forti des Etats
du Grand Seigneur , ſe plaignant
d'ailleurs
que l'efcorte
qu'on prétendoit donner
à Sa Majesté Suedoiſe alloit
beaucoup au - delà de ce
qu'on cftoit convenu ; voicy
ce que portent celles de
Warfovie du 21. Septembrc.
Les Tartares ont faccagé
un grand nombre de Villages
au delà du Bog , & emmené
en esclavage tous les
IV.PARTIE. 47
Mofcovites & les Cofaqnes
de leur parti qu'ils y ont
trouvez , & continuënt leurs
hoftilitez le long du Nicfter.
Une partie de l'Armée
Ottomane eft encore le
long du Prut , & le reſte du
cofté de Bender . Un Ambaffadeur
du Grand Seigneur
eft arrivé fur les Frontieres
du Royaume;ila envoyé demander
des Paffeports pour
venir conferer avec quelques
Senateurs touchant le
renouvellement de la Tréve
concluë à Carlowitz & d'af
fermir la Paix avec la Repu
Octobre1711 4. D
42 MERCURE
blique . Cet Ambaſſadeur
eſt accompagné de deux Députez
; l'un du Roy de Suede
, & l'autre du Palatin de
Kiovic. Ce dernier a fait publier
des Lettres circulaires
par lesquelles il declare qu'il
travaille à faire fortir tous
les Mofcovites de la Pologne
, à procurer une Paix
avantageufe à la Republique
, & entr'autre à luy faire
reftituer toute l'Ukraine.
On doit nommer plufieurs
perfonnes diftinguées , pour
aller conferer avec cet Am--
baffadeur qui eft auffi charIV.
PARTIE. 43
2
?
gé de s'informer du nombre
de Mofcovites qui ont
repaffé le Niefter , & s'ils
avoient évacué la Pologne
fuivant le Traité conclu
avec le Czar , & dont l'Armée
du Grand Seigneur attendoit
l'execution , Néanmoins
les Mofcovites , ont
pris des Quartiers dans la
Volbinic. Le General Szeremetoff
a établi le fien à
à Oftrog ; le Prince Galiczen
à Dubno ; le General
Weifbach à Brody ; le.General
Bonne à Sokal fur le
Boug , Frontiere du Palati-
4.
Dij
44 MERCURE
cfté
nat de Belz , & le General Baver
en Lithuanic . Toutes ces
particularitez donnent lieu
de croire qu'on n'a pas
-bien informé des conditions
du Traité conclu entre
le Czar & le grand Vizir
, ou que fi elles font
telles qu'on l'a publié
la Paix ne fera pas de longue
durée ,
durée , à moins l'e
grand Vizir n'oblige les
Mofcovites à executer le
Traité.
que
>
IV . PARTIE. 45
EXTRAIT
d'une Lettre de Vienne le
26. Septembre.
Le 21. il partit d'icy cin
guante Caléches de pofte ,
chacune de quatre chevaux qui
prirent la route du Tirol pour
eftre partagées en differents
endroitsfur la route de Milan
en cette ville , pour le ſervice
de l'Archiduc de fa fuite.
Mr le Comte de Paar General
des Poftes des Pays hereditaires
partit le lendemain pour allerétablir
ces relais , & futfuivi
46 MERCURE
le 23. & le 24. par Mr le
Comte de Vratiflau , & par
Mr le Comte de Vratislau
Vice- Chancellier de l'Empire.
Il est arrivé un Courier du
Roy Augustepour donner avis
à l'Imperatrice Regente que le
Czar étoit arrivé à Carelſbade
en Boheme , &pour la
prier de trouver bon qu'il envoyaft
une Garde de deux cens
hommes à ce Prince. L'Imperatrice
répondit qu'elle ne pouvoit
pas permettre à des Troupes
étrangeres d'entrer dans les
Pays hereditaires ; que le Czar
étoit en feureté à Carelſbade ;
IV .
PARTIE . 47
mais
que
le
neanmoins elle avoit
envoyé ordre au Commandant
de Prague de luy envoyer
nombre de Troupes qu'ilfonbaiteroit
pour luy fervir de Garde.
MrWitwort Envoyé d'Angleterre
eftparty pourse rendre auprés
de ce Prince ; plufieurs autres
perfonnes de confideration
de cette ville , de la Cour de
Berlin , & decelle d'Hanover ,
s'y font auffi renduës pour le
complimenter. On a étably icy
des Prieres de quarente beures
pour
l'heureux retour de l'Archiducfur
ce qu'il a mandé que
les Catalans ne vouloient pas
48 MERCURE
confentir que l'Archiducheffe
s'embarquaft avec luy onparle
d'envoyer àfa place l'Archidu
cheffe foeur aînée de ce Prince ,
dés qu'il fera arrivé.
Les Lettres de Berlin portent
que les Suedois ayant
affemblé des Troupes &
des Baftimens à Malmoé ,
pour aller tenter une defcenre
dans l'Ifle de Zeeland , le
Comte du Guldenlew
,
· Commandant
de la Flotte
Danoife , eftoit allé les attaquer
avec vingt Vaiffeaux
de guerre ; qu'il avoir pris
vingt- cinq
TV. PARTIE . , 49
vingt - cinq de leurs Baftimens
, & fait échoüer plufieurs
autres, enfuite dequoy
il avoit voulu bombarder
Malmoé ; mais fans avoir
pû y caufer aucun dommage
, à caufe du trop grand
éloignement ; que le Gencral
Lewendal qui marchoit
vers Bahus , avoit reculé
fe retrancher dans un
Pofte avantageux
, ayant cu
avis que le Comte de Steinbook
s'avançoit avec dix à
douze mille hommes pour
le combattre.
pour
Celles de Pomeranie du
Octobre 1711. 4. E
so MERCURE
15 Septembre , ditent que
les troupes Danoiſes , Saxos
nes , & Mofcovites n'avoient
encore rien entrepris fur
Stralzund
, Weymar , &
l'Ile de Rugen ; que le Roy
Augufte & le Roy de Dannemark
avoient fouvent des
Conferences , & que leurs
Troupes fouffroient beaucoup
faute de fubſiſtance ,
parce que les habitans de la
Campagne avoient retiré
leurs grains & leurs beftiaux
dans les Places fortes , ce
qui caufoit une grande defertion
; que les Suedois
IV. PARTIE.
st
avoient brûlé les Fauxbourgs
de Stralzund ; que
le 12. ils eftoient fortis de
la Ville au nombre de cing
cent Cavaliers ou Dragons ,
& qu'ils enleverent plus de
cent chevaux , & plufieurs
Chariots chargez de foucould
one mopoitte'b
rage.
Que le 17. avant le jour
la Garnifon de Wifmar for
tit avec de l'Artillerie & canonna
pendant plus de deux
heures le Camp des Danois ,
& la nuit du 18. au 19.
fortit avec des Mortiers
& bombarda le Camp de
4 . Eij
12 MERCURE
maniere que les Danois fu
rent contraints de s'éloi
gner ,fans ofer marcher aux
Suedois de crainte de tomber
dans quelque embuf
cade.
Par les Lettres du 21 , on
a appris que la refolution
d'afficger cette Place avoit
efté changée dans une conference
que le Roy de Dan
nemark avoit que avec le
Roy Augufte , & qu'on devoit
entreprendre celuy de
Seralzund , parce que los
fortifications étoient moins
bonnes que celles de Wife
IV. PARTIE.
53
>
mar , & d'attaquer aupara
vant l'Iſle de Rugen , qui
'n'eſt ſeparée de la premiere
de ces Places que par un
petit bras de Mer ; que néanmoins
on trouvoit de
grandes dificultez dans l'è-
911 ?
xecution de ce projet , le
Camp retranché de devant
Stralzund ne pouvant eſtre
force fans avoir de groffe
Artillerie qui n'etoit point
encore arrivée acaufe des
mauvais chemins , & qu'il
n'y avoit plus de fourages
aux environs du Camp ,
inconvenient d'autant plus
Eiij
$4 MERCURE
confiderable
le que la plus
part des Troupes Saxonnes
& Mofcovites
confiftoit en
Cavalleric.
Que cependant on devoit
attaquer cette place dés
que la groffe Artillerie feroit
arrivée ; que pour cet effet le
Roy de Dannemark avoir
retire l'Infanterie
gni étoit
SUD VAI
devant Wilmar
BED STOLOR
20
à l'exep-
REVOSHE
tion de deux Bataillons , à
la Place de laquelle il avoit
envoyé la "La Cavallerie , afin
de continuer le blocus de
cette Place ; qu'il avoit aufli
rapelle les Troupes qu'il
I
IV.
PARTIE 50
avoit mites dans les Villes
de Damgarten , Roſtoky,
Demmin , Anclam , &
autres que les Suedois
avoient abandonnées acaufe
que ces Places ne font pas
en état de foutenir un Siege :
que la Flotte Danoiſe , au
nombre de trente Vaifeaux
de guerre s'eroit approchée
de l'ile de Rugen , afin
d'empecher les Sucdois d'em
tirer aucunes commoditez.
Coll:Les lettres de Vienne du
12. Septembre portent que
la foudre étant tombée à
Weiffembourg en Tranfyl
4. Eij
$6 MERCURE
7
vanie fur un Magafin à
poudre , l'avoit fait fauter
avec deux autres où le feu
s'etoit communiqué , ce qui
avoit renversé une partic
des murailles de la Ville , &
prés de cent cinquante
Maifons.
"
Et par celles du 19. on
apprend que le Comte
Charles Maximilien de
Thurn , giand Maiſtre de la
Maifon de L'imperatrice
Regente partit de certe Ville
pour aller en qualité de
Commiffaire , affifter à l'Election
d'un nouvel Evêque
IV. PARTIE. 57
*
d'Olmutz à la place du
Prince Charles de Lorrai
ne , qui s'eft démis de cet
Evefché , depuis qu'il a efté
reveftu de la dignité d'Electeur
de Treves ; que
l'Election a efté faite en
faveur du Comte de Schrottenbach
Doyen de la Ca
果
thedrale de Faltzbourg, &
Chanoine d'Olmutz ; que
le 14. il y eut une grande
reforme parmi les bas
Officiers du feu Empereur ,.
& particulierement
de
Muficiens & de Chaffeurs ..
& qu'on retrancha encore
58 MERCURE
un grand nombre de penfions
, mefme de celles qui
ont lefté confirmées par
L'imperatrice Regente ; que
le's Troupes qui font en
Tranfylvanie & qui avoient
eu ordre de venir fur le
Rhin avoient reçu un contre
ordre , pour refter en ce
Pays là jufqu'à ce qu'on cuft
fça qu'elles feroient les fuites
du Traité de Paix couclu
entre les Turcs : & les
Mofcovites.
r
IV. PARTIE 5.9
EXTRAITS
d'une Lettre du Camp de
Salmbach en Alface ,
du 1 ' . Octobre.b
or Jap
Nous ocupons, toujours le méme
Camper lesEnnemis occu-
•pent auffi encore le leur ; mais
avec cette difference , que nous
fubfiftons fort commodement;
• que noftre Armée est en
คนuffi bon état qu'elle étoit à
Louverture
de la Campagne ,
& que colle des Ennemis
foufre beaucoup , particulierement
la Cavalerie , faute de
60 MERCURE
Fourage. Le Prince Eugene'
à écrit aux Cercles Voifins que
s'ils ne faifoient fournir des
Fourages fecs , ils ne pouroit
empécher les Troupes de fourager
à leur gré, & qu'il ne
repondroit pas des defordres que
cette licence cauferoit. La
mortalité regne dans leur
Armée parmi les Troupes , &
parmi les chevaux. Il eſtparti
un détachement de la noftrepour
aller fur la Saar ou Mr de
Quad Lieutenant General
affemble un Camp volant.
IV . PARTIE 61
NOUVELLES
de Dauphiné.
Extrait d'une Lettre de Gre
noble du 26. Ooctobre.
Monfieur le Duc de Savoye
eft parti de Conflans & pour
retourner à Turin , aprés avoir
Laiffe des ordres à fes Troupes
defairefauterle Fort d'Exiles
de repaffer promptement les
Monts , ce qu'elles ont executé
aprés en avoir retiré l'Artil
lerie e les Munitions qui ont
efté conduites à Suze, Mr.de
62 MERGURE
Berwick en ayant eu avis a
commandé divers détachemens
pour harceler les Ennemis ,
dont un leur a enlevé des
Farines , & un autre a fort
maltraité quatre Bataillons.
sau
D'autres Lettres
portent
que Mr de Berwick étoit
arrivé le 25 au Camp de
Jouvenceau
dans la Vallée
d'Oulx avec une partie de
F'Armée ; que le 29. il avoit
eftendu fa droite juſqu'à
Villars d'Amont
dans la
Vallée de Pragelas ou les
fourages
étoient abon-
*
IV . PARTIE 63
dants; qu'il y avoit des dérachemens
de l'Armée des
Ennemis poftez à Saint
Colomban , à Jaillon , &
au - deffus de Fenestrelles ,
pendant que le refte des
Troupes défiloit par la Val
d'Aouft , & par le petit S
Bernard ; & d'autres qui
font pofterieures , que Mb
le Duc de Savoye qui étoit
arrivé à Turin , avoit encore
eu quelques accés de fievres
que toute fon Armée avoit
repaffe les Alpes , & que celle
du Roy continuoit de confommer
les fourages dans
64 MERCURE
les Vallées d'Oulx & de
Pragelas .
#
NOUVELLES
de Flandre.
Les Lettres d'Arras du r
Octobre , portent que les
Ennemis avoient fait conduire
le refte de leur groffe
Artillerie à Tournay ; qu'il
avoit efté refolu dans un
Confeil de guerre de tenir
la Campagne le plus longtemps
qu'il ſeroit poffible
à caufe de la proximité de
l'Armée de France , & que
IV. PARTIE. 65
A
pour cet effet on donneroit
les ordres neceffaires pour
amener à leur Camp du
Foin & de l'Avoine , dont
on manquoit abfolument .
stma ah mojimuda) al suo gimim
Extrait d'une¼Lettre
du
Camp de Paillancourt
J -sila du 8. Octobre, poza
so stablo2 nasibule to snow
Nous occupons encore nos
mêmes poftes ; & nous avons
toujours nos Ponts fur l'Efcant
&fur le Senfet. Il dient prefque
tous les jours des Deferteurs
ennemis qui rapportent
que des maladies continuent
que
Octobre
1711. 4.
66 MERCURE
dans leur Camp . Ceux qui
vinrent bier ons dit que Mylord
Marlborough , avoir envoyé
une heure avant le jour
fourager du cofté de Condé ,
mais que la Garnifon de cette
Place étant tombée fur les
fourageurs fur l'escorte
avoit enlevé quatre cent chevaux
& plufieurs Soldats ou
Cavalliers
La Garnifon d'Ipres à défait
unngros parti Ennemi &pris
cent chevaux.sjon2 of th
?
D'autres Lettres portent
que les Ennemis font élever
T Isidoro
IV. PARTIE. 67
;
un Fort dans le Marais de
Bouchain , à la pointe qui
eft entre l'Escaut & le Senfet
, afin d'établir une communication
feure entre ces
deux Places , & pour en
rendre l'inveſtiſſement plus
difficile que leur Armée
feroit déja retirée à caufe de
la difette des fourages &
des incommoditez que les
Troupes fouffrent , s'il n'etoit
abfolument neceffaire
de reparer les bréches de
Bouchain avant qu'elles fe
feparent ; que les Provinces.
de Brabant , de Flandre , &
4i Fij
68 MERCURE
de Haynaut avoient efté
taxées pour fournir du foin
de la paille , & de l'avoine ,
& mefme la Chaftellenic de
Lille , quoy que fes fourages
ayent efté confommez pendant
la Campagne
; qu'on
étoit convenu
dé part &
d'autre de fournir dès grains
aux Payfans pour enfemencer
leurs terres , de leur
rendre leurs Beftiaux , & de
deffendre aux foldats fous
peine de la vie de les leur
enlever : Que le Partifan du
Moulin , étant forti de Namur
, avec déux mille hom
IV. PARTIE 699
mes , avoit tráver fé tout le
Brabant , & s'etoit avancé
jufqu'au prés de Heuſden ,
où il avoit furpris & pillé
le Chafteau de Mouwen
& plufieurs autres lieux de
la Province d'Holande
d'ou il s'etoit enfuite retiré
fans aucune perte , avec un
grand nombre d'Oftages ;
& que Mi le Marechal de
Villars avoit accordé congé
fur leur parole au Comte
d'Erbach , & au Major de
Wafnaer , que Mr le Comte
deCoignies avoit fait priſonniers
dans un fourage présMERCURE
de Landrecies , de- mefine
qu'au General Major Bork,
& au Comte de Denhof,
pris à l'attaque de Hordain.
NOUVELLES
1. de divers endroits.
de Venife.
Le Maiftre d'un Navire
Venitien , arrivé de Tripoly
de Barbaric , a raporté que
la Milice du Pays s'etoit
revoltée contre les Deis ;
qu'elle en avoit maffacré
trois qu'un autre qui s
IV. PARTIE. 71
s'ctant fauvé étoit allé à
Conftantinople en avoit
raporté des ordres pour fon
retabliffement ; Mais que
Join que les Peuples y
vouluffent confentir , les
troubles étoient beaucoup
augmentez
depuis fon
retour. Et le 25 Septembre
il arriva une Marfiliane , qui
avoit raporté que ce Dei
avoit aufli efté malfacré par
la Milice & par le Peuple,
& que les autres s'etoient
fauvez avec beaucoup
de
peine. y za hak
♫ MERCURE
De Rome.
Le 18. Septembre on
celebra à Rome dans l'Eglife
Nationale de S. Louis , un
Service folemnel pour le
repos de l'Ame de feu
Monfeigneur le Dauphin ,
・
avec un appareil tres - magnifique
du deffein de Mr
Le Gros fameux Sculpteur
François. Mr le Cardinal
de la Tremoille s'y rendit
avec un Cortege de plus de
foixante Prelats , & les
Cardinaux y affifterent en
Corps.
de
IV.
PARTIE 73
de Madrid.
Le 26. du mefme mois
on fit auffi les obfeques de
ce Prince à Madrid, avec une
grande magnificence dans
l'Eglife du Monaftere Royal
des Religieufes de l'Incarnation.
Tous les Grands &
Confeils y
affifterent , avec
un nombre
extraordinaire:
de Peuple. La
premiere
grande Meffe fut celebréez
pontificalement par l'Evef
que d'Urgel , la feconde par
Evefque de Lerida , la troi-t
Octobre 1711. 4. G
74 MERCURE
fiéme par le Patriarche
des
Indes , & l'Oraifon
Funcbre
fut prononcée
par le
Pere Auguftin
de Cattejon
Jefuite.
Le 27. & le 28. les Religieufes
du mefme Monaſtere
firent auffi faire un
Service folemnel
pour le
repos del Ame de ce Prince .
La quatrième
iéme Meffe fut
celebrée
pontificalement
par le Pere Alonzo Pimen-.
tel Dominiquain
.
*
Les mefmes joats 27. &
28. le . Co ps de Ville fit
faire les melmes obfeques
1
ป
IV.
PARTIE. 75
dans l'Eghfe du Monaftere
Royal des Dominiquains !
L'Evefque de Lerida y
officia pontificalement , &
Dom Juan de las Heras
prononça l'Oraifon Fuhebre.
in r
* ༣
I
Le 19. & le 30. Septembre
, & le 1 Octobre
les mefmes
obfeques
furent
faites dans le
Monafteré
Royal des Carmelites Defchauffées.
La Meffe fut celebrée
pontificalement par
l'Evefque de Gironne , &
l'Oraifon
Funebre fut pro
noncée par le Pere Pierre
4 .
Gij
76 MERCURE
de la Conception , Carme
Defchauffé.
De Holande.
Les Etats Generaux ayant
accepté dêtre Parrains du
jeune Prince de Naffaw ,
fils du feu Prince de Naffaw
Stathouder hereditaire de
Frife , luy ont fait prefent
d'une obligation de quatre
mille florins de rence qui luy
devoit cftre envoyée dans
une Boëte d'or , avec une
fomme pour les Domeftiques
de la Chambre de la
IV.
PARTIE. 77
Princeffe fa mere . Les Etats
d'Holande ont aufli fait prefent
à ce Prince d'une obli
gation de deux mille cinq
cens florins de rente dans
une Boëte d'or ; & la Province
de Frife luy a confervé
toutes les Charges du
feu Prince fon pere , avec
les Regiments des Gardes
de Cavallerie & d'Infanterie
, & une penſion de cinq
mille florins;
·De Bayonne le 25. Octobre.
Une Fregate du Roy de
G iij 4 .
78 MERCURE
.
rrente canons , commandée
par Mr de la Mothe a attaqué
un Vaiffeau Anglois de
foixante canons & l'ayant
abordé après trois heures
de combat , elle alloit s'en
emparer lors qu'il fauta en
l'air avec tout l'équipage
par le feu qui prit à la Sainte
Barbe où étoient les Pou
dres ; & cela fans que la
Fregate ait reçu d'autre
dommage que fes voiles
brulées.
Deux autres Fregates y
ont amené le 2. un Navire
Anglois chargé de Soyes ,
IV . PARTIE. 79
5
de Cotton, de Noix , deraifins
fecs , de beaucoup d'autres
drogues propres à la
Teinture , le tout eftimé
deux cens mille livres .
Un Armateur y amena
auffi un Baftiment de la
mefme Nation , chargé de
Sucre.
A
· De Toulon.
Il arriva icy le 4. un
Navire tout demafté qui
étoit remorqué
par deux
Armateurs . C'eſt un Vaiffeau
Portugais chargé de
Ciiij 4.
80 MERCURE
Sucre , de Tabac , & de
Cuir , le tout eftimé cent
cinquante mille écus .
Le mefme jour il arriva
auffi un Vaiffeau Catalan ,
chargé de Vins & d'autres
proviſions pour Barcelone .
De Dublin.
La populace , au nombre
de quatre a cinq mille perfonnes
, a fait de grands
defordres , enlevant les
Toiles peintes des Boutiques
& dechirant les habits
des femmes qui en étoient
·
IV . PARTIE 81
veftues , à caufe du grand
prejudice que ces Toiles
caufoient aux Manufactures
de Laine ; mais ce
defordre fut appaifé par une
proclamation qui fut publiée
.
De Lifbone le 26. Septembre.
La mifere eft extreme
dans ce Royaume ; les vivres
n'y ont prefque plus
de prix. Le Roy à de nou .
veau envoyé trente Baftimens
en Barbarie pour y
acheter des grains .; Mais
82 MERCURE
comme ils ne font escortez
que par quatre Vaiffeaux de
guerre, on craint qu'ils ne
foient encore enlevez par
les Vaiffeaux François qui
croifent vers le Détroit . Sur
des avis qu'on a eus de la
Frontiere que les Troupes
Efpagnoles avoient reçu
toutes leurs Recruës , leurs
remontes , & un mois de
paye , tous les Officiers qui
étoient icy fon partis pour
fe rendre à leurs Corps ,
Mais nôtre Armée n'a point
de Magafins. Un de nos
Vaiffeaux de 54. canons &
IV. PARTIE. 83
de 150. hommes d'équipage
ayant donné fur un Banc,
en entrant dans la Riviere ,
eft peri ; mais tout l'équipas'eft
fauve , à l'exception
de dix huit perfonnes qui
ont efté noyées.
ge
De Lerida le 22..
Il parsit dicy un grand
Convoy de vivres avec dix
pieces de canon de 24. livres
de balle & plufieurs Mortiers
pour aller joindte
l'Armée. Mr de Vendofme
a ordonné de luy envoyer
84 MERCURE
encore quelque pieces de
canon du mefme calibre.
De Sarragoße le 7. Octobre
置
Le 23. Septembre il
partit d'icy un Convoy de
cent trente Chariots & de
deux cent Mulets chargez
de grains que l'on fait
moudre à Fraga & à Lerida
d'où on les tranſporte à
l'Armée.
d'Alicante.
Deux Galliores de l'Ifle
IV. PARTIE 85
d'Ivica ayant attaqué un
Navire François par le travers
de Denia , les Galleres
d'Espagne qui étoient dans
ce Port en fortirent , prirent
une de ces Galliotes qui
étoit montée de quatrevingt
dix hommes . Trente
furent tuez dans le combar ,
& les foixante reftant furent
mis à la Rame.
D.
Vigo.
Le 24. Septembre , la
Fregate la Sufanne amena
une prife Hollandoiſe de
86 MERCURE
trois cens tonneaux chargée
de Seigle .
>
La Fregate le Grifon , de
Saint Jean de Luz , y amena
le mefme jour quatre prifes ,
dont deux de cent tonneaux
chacune étoient chargées de
froment , une de Seigle ,
d'Orge , & de plufieurs
Ballots de Marchandifes
, &
la quatrième du port de
trois cens tonneaux , étoit
chargée d'Acier , de Draps
fins , & d'autres riches Marchandifes
. Cette Fregate ;
avec quelques autres Armateurs
a amené dans ce Port
IV. PARTIE 87
en fort peu de temps vingtcinq
prifes,
De
Dunkerque.
Le Chevalier Bart , & le
Comte Philippe ont amené
une prife chargée de Vins
de Teinte , d'Oranges & de
Citrons ; la Fregate la Mutine
a amené un Navire
Anglois chargé de Charbon
de terre , & deux Rançons
de quatre mille trois cens
florins ; & la Fregatre la
Sorciere a amené deux Baft -
mens Hollandois chargez
de Moruë.
88 MERCURE
De Dauphiné.
L'armée de Mr le Duc
de Savoye ayant repaffé les
Alpes ; & de celle du Roy
confommé les fourages:
dans les Vallées d'Oulx &.
de Pragelas , Mr de Berwick
ramené les troupes par la
Vallée de Maurienne , pour
les diftribuer en quartier
d'hiver.
De Rome le 26. Septembre.
Le 21. on tint une troiIV.
PARTIE. 89
4
fiéme Congregation touchant
l'immunité Eclefiaftique
en prefence du Pape ,
où il fe trouva dix Cardinaux
avec les Prelats . Le
foir meſme , un des Expeditionnaires
d'Espagne fuc
arrefté dans fa maifon parce
qu'il avoit fervi de temoin
à la fignification que Mr
de Molines avoit fait faire
à l'Agent des Eglifes de ce
mefme Royaume , pour luy
ordonner d'aller rendre
compte de fa conduite , avec
deffence de s'ingerer dans
les affaires des Eglifes d'Ef-
Ooctobre 1711. 4. H
60 MERCURE
pagne parce qu'elles avoient
revoqué leurs procurations
dont il étoit chargé
cydevant.
L'autre Expedi-
餐
tionnaire ayant efté averty
fe retira en lieu de feureté.
Le lendemain le Cardinal
Pauluccy , Secretaire d'Etat ,
écrivit un billet de la part
du Pape àMr Molines où il
il luy marquoit de s'abſtenir
de toutes fes fonctions
de Doyen de la Rote , ainfi
que de fes autres emplois.
Le as. il reçut un autre
billet par lequel le Cardinal
Vicaire luy fignifioit que le
2
IV. PARTIE. 24
Pape l'avoit fufpendu de
fes Ordres facrez .
De Varfovie du 25.
Septembre.
L'Envoyé du grand Seigneur
, les Députez du Roy
de Suede , ceux du Kan des
Tartares ; & ceux du Palatin
de Kiowie ont eû une Conference
à Jaflowiecz , à l'entrée
de la haute Podolie avec
plufieurs Senateurs Polonois,
qui ayant déclaré qu'ils
étoient Députez de la part
du Roy Augufte , & de
Hij
92 MERCURE
la Republique de Pologne ,
l'envoyé Turc a refufé
de traiter avec eux , & de
leur délivrer les Lettres
dont le Grand Vizir l'avoit
chargé , s'excuſant ſur
ce qu'il ne reconnoiffoit pas
pour Reprefentans de la Republique
, ceux qui venoient
de la part du Roy Augufte
; que le Grand Seigneur
ne reconnoiffoit pas Roy
de Pologne , ajoutant qu'il
avoit ordre de faire des Propoſitions
avantageuſes à la
Pologne , qu'il ne pouvoit
leur expliquer ; mais que le
IV .
PARTIE. 93
grand Vifir efperoit que la
Republique favoriferoit le
paffage du Roy de Suede ,
les Mofcovites for-
&
que
tiroient des Etats de Pologne
>
conformement au
Traité conclu avec le Czar,
enfuite dequoy ils fe font
retirez .
De Carelbade , en Boheme.
Le Czaria declaré que
par le Traité conclu avec le
grand Vifir , il avoir promis
de ne fe plus mofler des
Affaires de Pologne
, pour94
MERCURE
vû que le Roy de Suede ne
s'en mêlaft pas non plus , &
que fi Sa Majesté Suedoife
s'en mêloit ; il affilteroit le
Roy Augufte fon Allié , de
toutes fes forces ; qu'à l'égard
de la reftitution d'Afaph
, il ne l'executeroit
qu'aprés que le Roy de
Suede feroit party avec une
Eſcorte de cinq mille hommes
ſeulement , pour retourner
dans fes états , &
fi cette Eſcorte étoit
plus forte il s'opoſeroit
à
fon paffage.
que
IV.
PARTIE. 95
De Francfort le 13. Octobre.
Le 11. on fit fortir d'icy
tous les Etrangers , excepté
ceux de la fuite des Elec
teurs & des Ambaſſadeurs ,
& le lendemain 12. l'Archiduc
fut élû Empreur par les
Electeurs des Tréves , de
Mayence , & Palatin , prcfents
: & les Ambaffadeurs
des Electeurs de Saxe , de
Brandebourg , & du Duc
d'Hanover , nonobftant les
Proteftations de nullité des
Electeurs de Cologne &
44
de Bavieradlo sb not
96 MERCURE
De Luneville le 16.
Madame la Ducheffe de
Lorraine , eft acouchée lanuit
derniere d'une Princeffe
; & il eft arrivé aujourd'huy
un Courrier dépeché
par l'Electeur de Tréves
qui a rapporté que
duc avoit été élû Empereur
le 12 , d'une voix unanime.
2.
L'Archi-
Ich verBold sob
De Cadix le 6 Octobre. 1.
e Ileft venu ce matin trente
fix Defefteurs de la Gar
nifon de Gilbraltar , pármy
lefquels
IV. PARTIE. 97
lefquels il y a deux Lieutenants
. Ils fe plaigent de n'a
voir touché aucun preft de
puis fix mois ; & on dit que
les deux Bataillons qu'on y
a amenez de Portugal ne
montoient qu'à trois cens
hommes ; dont plus de la
moitié eftoient malades , &
que deux Fregates chargées
de vivres , étoient peries en
entrant dans la Baye.
1
De Francfort le 15.
On ne doute point que
beaucoup de Puiffances ne
Octobre 1711. 4. I
MERCURE
proteſtent contre l'Election
précipitée d'un Empereur
en faveur de l'Archiduc ,
la Capitulation perpetuelle
'n'étant pas encore reglée ni
les griefs de l'Empire
touchant les trois Religions
tolerées en Alemagne
; les
purgez
Tribunaux de Juſtice , &
l'évaluation des Monnoyes ;
M Albano , a déja reprefenté
, que cette élection ne
pouvoit être canonique fans
la prefence des Electeurs
de Cologne , & de Baviere :
On n'y a point parlé du neuviéme
Electorat ny de
貝
防
R
IV. PARTIE.
l'érection de la Pruffen
Royaume.
De Strasbourg le 18 .
YON
1893
Le Prince Eugene , a fait
faire de grandes réjouillances
dans fon Camp pour
l'Election du nouvel Empereur
; deux jours aprés il envoya
reconnoître nos lignes
par des Ingenieurs eſcortez
de deux cens Chevaux ; mais
nos Troupes étant forties
fur eux , il y en eut dix neuf
tuez , & quatorze de pris
avec un des Ingenieurs.
4 . I ij
DELE
VILLE,
100 MERCURE
Un party de vingt cinq
de nos Houffards , ayant
pénetré dans le derriere de
leur Armée ; mit le feu à
un amas de fourages , & coupa
à coups de fabre environ
mille facs de farine , aprés
quoy ce party fe retira avec
trente neuf Chevaux des
ennemis , fans avoir perdu
un feul homme , quoy qu'il
cuft été pourſuivy pendant
plus de quatre heures,
De Cambray.
>
Les Infpecteurs d'Infan❤
IV. PARTIE ror
terie ont commencé au
jourd'huy à faire leur revue ,
aprés laquelle les Troupes
marcheront dans les Quar
tiers qui leur fon defignez.
Mr d'Albergothi a fait faire
devant les Retranchements
deVauvrechain , des Redoutes
& des Fortins où l'on a
placé de l'Artillerie .
L'infanterie Ennemie eft
encore prés de Bouchain , &
on luy a envoyé de Tournay
, quatre cens Chariots
chargez de vivres . La Garnifon
de Condé , qui a efté
confiderablement augmen
4i. I iij.
102 MERCURE
tée , à brulé des Fourages ,
& enlevé douze cens Sacs
d'Avoine
4
De Dunkerque.
Deux de nos Fregates ont
amené deux Baftimens Hollandois
chargez d'Huile de
Baleine , & un Anglois fur
lequel on a trouvé quinze
mille livres fterlin en Guinées
, & environ pour cent
mille livres de Marchan
difesti
Mride Benac à fait deux
autres prifes , eftimées cinIV.
PARTIE 103
quante mille écus chacune .
MORTS.
Charles Marie Maillard
de Tournon , Cardinal Picmontois
, Legat dans l'Empire
de la Chine , mourut
à Macao le 18. Juin 1710.
Il étoit l'un des Cameriers
d'honneur du Pape Clement
XI. qui le nomma
Patriarche d'Antioche le
5.
Decembre 1701. & declara
en mefme temps qu'il l'avoit
deftiné pour l'envoyer
à la Chine en qualité de
I iiij
4 .
104 MERCURE
Vifiteur Apoftolique , avec
les facultez de Legar à
Latere pour y porter les
Decrets & les Reglemens
neceffaires pour la conduite
des Chrêtieus de ce Païs - là .
Le 21. du mefme mois let
Pape fit dans le Choeur de
l'Eglife de S. Pierre la ceremonie
de le facrer Patriarche
, affifté des Cardinaux
Acciajoli & Carpegna , fonction
que les Papes n'avoient
point faite pendant tout le
cours du fiecle precedent
depuis Clement VIII . Sa
Sainteté le nomma Cardi
IV.
PARTIE. 105
mal le ' . Aouft 1707. on
1
a recu à Rome un Proces
verbal contenant les circonftances
de fa mort.
Maria Gabrieli Giovanni,
Cardinal , mourut à Caprola
dans fa cinquante
huitiéme année. Il y étoit
allé pour prendre l'air afın
de s'y rétablir d'une grande
maladie qu'il avoit eue auparavant.
Il avoit efté Ge
neral des Feuillants , & fait
Cardinal par le Pape Innocent
XII. à la promotion
du 14. Novembre. Il vacque
par ces deux Morts ,
106 MERCURE
dix fept places dans le Sacré
College.
Le Chevalier Richard
de Bulstrode , Anglois
mourut à S. Germain en
Laye le 3. Octobre agé
de cent cinq ans. Il avoit
fervy fous cinq Rois d'Angleterre.
Il avoit eſté Commiffaire
General de l'Armée
du Roy Charles I. puis Envoyé
Extraordinaire à la
Cour de Bruxelles fous les
Rois Henry II. & Jacques
H. Il a laiffe dix - fept enfans
de deux lits , dont trois,
font Moufquetaires ; l'aîné
IV.
PARTIE . 107
de fes fils , ett agé de foixante
& douze ans , & le
plus jeune de treize.
René Seguin , Capitaine
du Château du Louvre ,
mourut le 4. Octobre agé
de 66 ans aprés une longue
maladie. Il étoit le
dernier de fa famille , qui
a poffedé cette Charge de
pere en fils , pendant quatre-
vingt ans.
Antoine François Picard,
Seigneur de Mauny , Confeiller
au Parlement , mourut
fans alliance le 11. Octobre
agé de trente ans.
108 MERCURE
Bonaventure Frotier
Marquis de la Meffeliere
Marechal des Camps & Armées
du Roy , mourut le
14. Septembre dans fa
Terre de la Meffeliere en
Poitou. Il avoit efté Gouverneur
de Maftrick.
Anne Thibeuf mourut
le 15. Octobre . Elle avoit
épousé en premiere Noces
Claude d'Aleffo , Confeiller
au Parlement , & en
feconde-noces Pierre Lalle
mant de Leftrée Vicomte
de Villeneuve & c. Gouverneur
des Villes & CitaIV.
PARTIE. 109
delle de Donchery & d'Auxerre.
Antoinette Françoife
Robineau de Fortelles feconde
femme de Cefar
Hurault Comte du Marais,
mourut le 16. Octobre ,
agée de 33. ans.
Marie- Anne Rolandépouſe
de Claude Jacques
du Noyer , Seigneur de
Touches , Maistre des Requeftes
, mourut en couches
le 18. Octobre , s
Jean Angelique de Frezeau
, Marquis de la Frefeliere
Lieutenant General ,
10 MERGURE
des Armées du Roy , &
Premier Lieutenant General
de l'Artillerie de France ,
mourut le 16. Octobre en
fon Château de la Chauf
fée , agé de 39. ans. Son
Corps a cfté apporté à
Saint Paul où il a efté in,
humé.
Les Services que Mr de
Fontanicu a rendus dans la
charge de Treforier general
de la Marine qu'il a poffedée
pendant plufieurs années ,
Jui procurerent au com
mencement de 1710, nla
IV . PARTIE. In
"DirectionGeneralle du
Commerce ; La maniere
dont il l'a exercée luy ayant
de plus en plus attiré la
confiance , le Roy l'a choifi
pour remplir la Charge
d'Intendant & Controlleur
General des Meubles de la
Couronne,
Plufieurs Lettres d'Anjou ,
& de Normandie portent
qu'on a reffenty plufieurs
fecouffes ou tremblemens
de Terre dans ces deux Provinces
; qu'il y a eu des lieux
où les habitans étoient for112
MERCURE
tis de leurs maiſons pour
eviter d'être écrafez par les
ruines : Et entr'autres les
Religieufes de l'Abbaye de
Frontevaux qui furent pendant
vingt quatre heures
dans leur jardin , où elles
entendirent de grands
bruits fouterrains.Quél
ques unes de ces Lettres
difent qu'il y a eu quelques
Eglifes , & quelques
Chasteaux endommagez,
pro-
On en parlera le mois
chain fi on en eft mieux
informé,
IV. PARTIE . 113
GRAND ACCIDENT
ARRIVE A LYON.
L'Accident arrivé à
Lyon le onze Octobre
eft fi extraordinaire
,
que l'on a crû en devoir
donner le récit
dans les mêmes termes
qu'il a efté envoyé par
un témoin oculaire.
Oct.
1711. 4 I
114 MERCURE ,
De Lyon le 2. Octobre.
Hier Dimanche , onze
de ce mois , entre fix &
fept heures du foir, cing
cent perfonnes furent
tuées ou bleffées fur le
Pont du Rhône de la
Guillotiere en voici le
fujet. Tous les ans lepéuple
de Lyon va en devotion
à une Eglife en Dau
phiné , à une lieuë de la
Ville , fous l'invocation
de faint Denis , dans la
IV .
PARTIE.s
Paroiße de Bron , & le
jour de la dévotion eft
toujours le Dimanche qui
fuit le jour de la fêtede
de ce Saint . Tout le peuple
revenoit enfoule, &
Si preffé , que depuis le
bout de la Guillotiere juf
&quos à la porte de la Ville
tout estoit plein & ferré
à l'excez. Lepont du
Rhône , comme vousfçavez,
a une defcente affez
rapide auprés de la porte
qui vient en Bellecourt :
4 Iij
116 MERCURE ,
1
cette foule de peuple à
l'endroit de cette defcente
fut renversée& culbutée
de maniere que les dernierspouffant
lespremiers
ceux- ci fe monterent les
unsfur les autresjuſques
alabauteur d'un premier
étage,& s'écrasoient tous
impitoyablement , enforte
qu'on tiralescorpsétouf
felfous lapreffe au nombre
de deux cent dix-huit
perfonnes quej'ay vûês étendues
le long du ramIV.
PARTIE. 117
part les autres furent
emportez chez eux par
tie mourans , & expirerent
peu de temps aprés
yeftre arrivez plufieurs
vinrent finir leur vie
à l'Hôtel- Dieu , & plufieurs
enfin ont efté blef
fez , meurtris on eftropiez
: des familles entien
resy ontperi , peres , meres
enfans. Des maris
3 ont vu mourir leurs
femmes , des femmes y
ont vûs écrafer leurs ma-
4.Iiij
118 MERCURE
ris : Jugez combien
de
veuves , d'orphelins
, en
un mot quelle defolation
termina une journée qui
jufques-la avoit esté ſi
belle, & où on s'eftoit bien
diverti . Vous eftes en peine
de fçavoir comment
arriva un accidentfifu
neste & fi inoui ; vous
allezl'apprendre.
Comme la nuit tombois
les foldats des portes
voulant rançonner les
gens qui fe trouveroient
IV . PARTIE. 119
fermez, bars de la Ville ,
tirerent la barriere de la
porte, lesfaifoient compofer
pour entrer les uns
aprésles autres : cette ceremonie
donnale temps à
La foule du monde à fe
preßer encore davantage
à l'endroit du corps de
garde qui eft entre les
deuxportes joint à ce qu'
onfonnoit la retraitepour
faire avancer à grands
pas ceux qui estoient encore
au fauxbourg, & le
4 I iiij
120 MERCURE
long des chemins : Voila
donc une populace entaf
fée au devant de cette
barriere attendez un
moment , vous la verrez
déboucher de la manière
du monde la plus furprenante.
Un caroße venant
de Bellecour fe prefenta
à cette barriere pourfor
tir la Ville ; les foldats
font obligez de leur donner
paßage , & pour cela
d'ouvrir ladite barriere ;
tout auffitôt le peuple qui
IV. PARTIE . 127
eft un animal fe jetta
avec tant d'impetuofité
pour profiter de cette ouverture
, & entrer plus.
vifte que les chevaux,
qui ne pouvant (ouftenir
Beffort de la foule furent
renverfez dans le même
temps ; tout ce peuple enfemblefe
jetta attravers
des
chevaux , & en un
inftant tout fut confondu ,
hommes & femmes , enfans,
chevaux & caroffe,
tout fut écrasé. Vous no
122 MERCURE,
terez qu'au - dedans de
cette barriere étoientdeux
chaifesroulantes, des hom
mes à cheval , des chaifes
à porteurs , & que le tor
rent de la foule qui pouf
foit toûjours de deffus le
Pont , joint à l'avantage
que luy donnoit la def
cente, que neceffairement
les premiers furent obligez
à fe monter les uns
fur les autres à la hauteur
que je vous ay dit ,
les chaifes furent mouIV.
PARTIE 123
luës , les chevaux étouf
fez avec les gens , non
fans avoir mordu &
rue de grands coups de
pieds , qui faifoient encore
plus tomber ceux qui eftoient
contraints de s'en
approcher. Je vous laiſſe
à juger quel défordre ,
quels burlemens , quels
banniffemens , & quel
deuil a fuivi cette trifte,
fcene.
Mais ce que vous admirerez
encore davanta
124 MERCURE, I
1
ge est que ma foeur avec
une femme de chambre,
qui étoient allées à la
Guillotierre à pied pour
voirentrer tout ce monde,
eurent le bonheur defe
trouver prés de la barriere
lorfqu'on l'ouvrit pour
Laißerpaßerle caroffe , &
qu'elles n'eurent que le
tems de fegliffer à côté du
caroße , d'entrer dans la
Ville , lorsqu'un inftant
aprés ce même caroße fut
renversé , & que tout le
IV. PARTIE 125
fracas arriva la Maitreffe
du caroße eft Madame
de Servien, &fut
trainée par deux foldats
de la porte dans le Corps
de Garde mais elle eut
le chagrin de voir perir
fon cocher , fes deux chevaux,
&fon caroffe tout
fracaffé.
•Des Chirurgiens acconrurent
à cet évenement ,
comme à la fin d'une bataille
; & entre autres
operations qu'ils eurent à
126 MERCURE ,
faire , celle d'ouvrir les
femmes enceintes pou
en tirer les enfans , ne
fut pasla moindre , parmy
tous ces morts il y a eu
de bons Bourgeois
, des
Marchands , des perfonnes
aifées , des artifans ,
des valets & des fer
vantes.
Mr. le Prévost des
Marchands , Mr. de
Vallorge Major de la
Ville , Mr. le Procureur
General , y accouIV
PARTIE. 127
rurent , ils y ont paßé
toute la nuit àfaire ranger
les corps morts , à les
numeroterfur le front &
les marquer d'un cachet,
en même temps ils faifoient
faire un pacquet de
leurs effets & de tout
ce qui étoit fur eux
mar fujet àfe perdre ,
quoient ce pacquet du même
numero & du même
cachet , afin que les Parens
puffent recevoir tout
ce qui pouvoit leur ap128
MERCURE ,
partenir-smok
Le lendemain chacun
alla reconnoître les fiens,
& ces Cadavres furent
•emportez chacun en fa
-Paroifle , pour y être enterrez
deforte qu'aprés
Les Vefpres l'on ne voyoit
par toute la Ville , que
-des Enterremens & des
lamentations.
D'autres Lettres portent
que la principale
caufe de ce grand accident
,
IV . PARTIE. 129
dent , fut que les gens
qui étoient les plus éloignez
de la barriere , entendant
le grand bruit
qu'on y faifoit , au lieu
de s'écarter pour don
ner aux autres la facilité
d'ouvrir le paffage,
s'avancerent tout à
coup , foit par la curiofité
de fçavoir
ce que
c'étoit
foit par la
crainte qu'ils avoient
de ne pouvoir rentrer
dans la ville , enforte
Oct. 1711.
4.K
130 MERCURE ,
que ceux qui fe trouvoient
à la tête de cette
longue file , ne pouvant
avancer furent renverfez;
que ceux qui étoient
les plus prés d'eux furent
en même temps
culbutez fureux , & fur
ceux-cy , ceux qui les
joignoient , ne pouvant
faire autre chofe quede
monter fur ceux qui
étoient devant eux , par
l'impoffibilité de réfi
fter au poids qui les
IV . PARTIE . 131
preffoit par derriere ;
qu'un Lieutenant Coloneloqui
avoit mis le
piftolet à la main pour
fe faire faire jour au tra
vers de la foule avoit
auffi été étouffé de même
que fon cheval , &
que l'on avoit trouvé
dans la riviere une lieuë
au- deffous duPont , plufieurs
perfonnes qui s'y
étoient jettées plûcoft
que de fe laiffer écrafer
contre le parapet .
4 Kij
132 MERCURE ,
Le Pont de la Guillotiere
, fur le Rhofne ,
eft bafti de groffes pier
res de taille : il a cent
cinquante pas de longueur
fur dix - neuf
grandes arches : Ily a
dans le milieu de ce
Pont une forte Tour
que l'on dit faire la féparation
du Lyonnois
& du Dauphiné , quoyque
le Faux- bourg de
la Guillotiere , qui eft
au bout de ce Pont ,
IV . PARTIE. 133
precende eftre du Lyonnois
. On garde ordinairement
les portes de
la Ville de Lyon : mais
principalement
celle
du Rhofne comme
étant la plus proche des
Terres Etrangeres.
DEDICA CE
dune Eglife.
L'Eglife que M. l'Abbé
le Moyne , Docteur de
Sorbonne , & Seigneur de
Belle - Ifle , y a fait bâtir ,
134 MERCURE ,
étant achevée , M. l'Evêque
de Châlons fit la ceremonie
de la Dédicace le
6. Septembre. Ce Prélat
pour s'y préparer jeûna la
veille , ainfi que tous les
habitans , aufquels il fit le
jour même un diſcours pa
ftoralfur le Sacrement de
Confirmation , qu'il admi
niftra enfuite pour faire al
lufion de la confecration
desTemples vivans , à celle
d'un Temple materiel .
Le foir on fit la Tranfla
tion de S. Peregrin , premier
Evêque d'Auxerre ,
IV. PARTIE. 135
de S.Euftache & de S. Sim
plicie , Martyrs , donnez
par les Religieux de Saint
Denis. 20
Le Dimanche dés le point
du jour , M. l'Evêque alla à
Eglife d'où l'on avoit ôté
tous les bancs. Il y fit al
humer les 12 cierges qui é
toient devant les 12 croix
des piliers , une à chacun ,
aprés quoiil y laiffa un Diacre
feul , qui en ferma les
portes. Il continua enfuite
laCeremonie par plufieurs
Proceffions au dehors &
au dedans , par plufieurs
136 MERCURE ,
2
encenfemens, par le chant
de plufieurs hymnes , de
cantiques , de Pleaumes,
par differens Exorciſmes,
des Benedictions , des Luftrations
, des Onctions
d'eau Gregorienne , d'huîle
des Cathecumenés , de
S.Crême,des Proftrations,
par les feel des tombeaux
des Martyrs , par la formar
tion des Alphabets grec &
latin fur la cendre étendue
en forme de Croix de S.
André,par l'Eloge duF ondateur
, les devoirs des pa
roiffiens , & par une Meffe
folemnelleTHELUE
DE
LYON
1883*
ELA
VILLE
TABLE.
I. PARTIE.
Litterature ,
13
Extrait d'un Manufcrit de
Voyage,
Extrait d'un autre Manufcrit, 30
De l'excellence de la Mufique, 54
Extrait de la Lettre de Madame
la Marquise de S. BL *** 64
II. PARTIES WII
Amuſemens ,
Anonyme d'Auxerre
Les deux Kendangeurs Sor
cers ,
Le Correspondant
de la Guinquette,
18
L
TABLE.
Couplets en forme de Dialogue,
49
Les Vendanges
Article burlesque ,
52
SS
Conte Arabe,
58
Questions ,
78
Article des Enigmes
81
III. PARTIE.
Piecesfugitives,
Lettre à deux Dames, pareſſeufes,
I
La Liberté , Cantate nouvelle , 1
Le Phenix, Nouvelle Elegie, 20
Piece nouvelle fur un coup
d'Hombre extraordinaire 25
A Madame de ... pour
pour Dodo ;
fa Doguine , 40
TABLE.
IV . PARTIE .
Nouvelles
Nouvelles d'Espagne ,
Traduction de la Lettre écrite
par l'Archiduc , 14
Nouvelles du Nord & d'Allema
gne ,
24
Nouvelles de Dauphiné ,
613
Nouvelles de Flandre , 64
Nouvelles de divers endroits, 70
Morts, 105
Tremblement de Terre , III.
Accident arrivé à Lyon , 112
PRIVILEGE DU ROY.
OUIS par la
de Dieu , Roy de
LFrance
& de Navarre : 4 nos amez
& feaux Confeillers
des gens tenants nos
Cours de Parlements
, Ma ftre des Requêtes
ordinaires
de nôtre Hôtel , Grand:
Confeil , Prevoft de Paris , Baillifs , Sénéchaux
, leurs Lieutenant
Civils & autres
nos Jufticiers & Officiers qu'il appartiendra
, SALUT. Ayant choifi nôtre trescher
, & bien amé CHARLES
DU.FRESNY
,
Sieur de Riviere , Nôtre Valet de Chambre
ordinaire
; pour continuer
de faire le
Recueil de plufieurs
nouvelles , Relations,
& Hiftoires
; & le faire imprimer
fous le
titre de Mercure
Galant ; il nous a treshumblement
fait fupplier delui vouloir ac
corder nos Lettres de Privilege
fur ce néceffaires
. A CES CAUSES Nous lui avons
permis & permettons
, par ces Prefentes
,
de faire imprimer
le Livre intitulé
La
MERCURE
GALANT
Contenant
plufieurs
Nouvelles
, Relations
Hiftores &
generalement
tout ce qui dépend dudit Livre,
& qu'on a coutume d'y mettre depuis trente
ans , en telle forme , marge , caractere
, &
autant de fois que bon lui femblera
, par tel
Imprimeur
& Libraire qu'il voudra choifir
>
de de le faire vendre & débiter par tour
nôtre Royanme , pendant le temps de trois
années confecutives à compter du jour de
la datte des Preſentes ; faiſons déffenſes à
toutes fortes de perfonnes de quelque qua
lité & condition qu'elles foient d'en intro
duire d'Impreffions Etrangeres en aucunlieu
de nôtre obéiffance, & à tous Imprimeurs ,,
Libra res & Colporteurs , & tous autres
de faire imprimer , vendre , & débiter , &
contrefaire ledit Livre , ni graver aucu
nes Planches fervant à l'ornement d'icelui,
ni même de le donner à lire pendant ledit
temps , fous quelque pretexte que ce foit,
fans la permiffion expreffe , & par écrit
dudit Expofant , ou de ceux qui auront
droit de lui , à peine de confifcation des
Exemplaires contrefaits ; de fix mil livres
d'amende contre chacun des contrevenants,
dont un tiers à l'Hôtel Dieu de Paris , un
tiers au Denonciateur, & l'autre tiers audir-
Expofant , & de tous dépens dommages &
intereſts à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiftre
de la Communauté des Imprimeurs
& Libraires de Paris , & ce dans trois mois
du jour & dître d'icelles , que l'impreffion
dudit Livre fera faite dans nôtre Royaume,
& non ailleurs , & ce conformement aux
Reglemens de la librairie ; & qu'avant de /
l'expofer en vente, il enfera mis deux Exem
plaires dans notre Bibliotheque publique,
un dans celle de nôtre Château du Louvre,
& un dans celle de nôtre tres cher & féal
Chevalier Chancelier de France , le Sieur
PHELIPEAUX, Comte de Ponchar
train, Commandeur de nos Ordres , le tour
à peine de nullité defdittes prefentes , du
contenu defquelles , Vous MANDONS , &
enjoignons de faire jouir & ufer ledit fieur
Expofant , ou les ayant caufe , pleinement
& paifiblement fans fouffrir qu'il leur foit
caufé aucun trouble , ou empêchement.
Voulons qu'à la Copie des prefentes qui
fera imprimée au commencement , ou à la
fin dudit Livre , foit tenue pour bien , &
duement fignifiée , & qu'aux Copies collationnées
par l'un de nos amez & féaux
Confeillers & Secretaires foy foit ajoûtée
comme à l'original. Commandons au Premier
nôtre Huiffier ou Sergent de fair pour
l'execution des Prefentes tous Actes requis,
& neceffaires fans autres permiffions " nonobftant
Clameur de Haro , Chartre Normande
, & Lettres à ce contraires : CAR
tel eft nôtre plaifir. DONNE ' à Versailles
le trente uniéme jour d'Aouft , l'an de
grace mil fept cens dix , & de nôtre Regne
le foixante huit , Par le Roy en fon Confeil.
Signe , DE VANOLLE'S.
Regiftré fur le Regiftre num. 3. de le
Communauté des Imprimeurs & Libraires
de Paris , page 63 num. 36. conformement
aux Reglements , & notamment à l'Arreft
du 13. Aoust 1703. A Paris , ce 2 Septembre
1710. Signé , P. DE LAUNAY,
Sindic.
患患患無患患患康
88888888888
CATALOGUE
DES LIVRES NOUVEAUX ,
Imprimez chez PIERRE RIBOU , à la
Defcente du Pont Neuf, à l'Image
faint Louis.
Des R R. P P. Benedictins , de la Congregation
de faint Maur .
San
Antti Auguftini Hipponenfis Epifcopi Opera ,
denuò caftigata & illuftrata , cum Indicibus &
Vita ejufdem fancti Auguftini , fol . 8 vol .
Petit pap. veau ,
Moyen papier ,
Grand papier ,
144 liv.
224 liv.
320 liva
- Eorumdem Operum Indices , cum vita fančti
Auguftini , fol. ſeparément , petit pap. 18 I.
Moyen papier , 24 liv.
Grand papier ,
Les Volumes fe vendent
40 liv.
petit papier .
feparément , en
18 liv
Moyen papier , 24 liv.
Grand papier , 40 liv.
Vita S. Auguftini , fol . feparément , 6 1.
Sancti Hilarii Epifcopi Pictavienfis Opera , emendata
& illuftrata , fol . petit papier , 18 liv.
Moyen papier ,
Grand papier ,
24 liv.
40 liv.
A
Hi Gregorii Epifcopi Turonenfis Opera , caftigata
& editaftudio Domini Theodorici Ruinart ,
Monachi Ordinis fanéti Benedicti , Congregationis
fancti Mauri , folio , Is liv.
Hiftoire de Bretagne , compofée fur les Titres
& les Auteurs originaux , par Dom Guy Alexis
Lobineau , Benedictin de la Congrega
tion de faint Maur , avec les Preuves : & enrichie
de Portraits , deTombeaux ,de Sceaux ,
& autres Monumens gravez en taille-douce ,
fol. 2 vol . 17:07. 60 liv.
Meditations pour tous les jours de l'Année ,
tirées des Evangiles qui fe lifent à la Meſſe ,
& pour les Fêtes principales des Saints , avec
leurs Octaves , par le R. P. Rainffant , Benedictin
de la Congregation de faint Maur , în
4°,quatrième édition , 1707. 6 liv .
Domini Edmundi Martene Benedictini Congregationis
fancti Mauri Commentarius in Regulam
fancti Benedicti litteralis , moralis , hiftoricus ,
in 4° , 7 liv. 10 f
Ouvrages de M. Baluze ,
Is liv.
24 liv.
Conciliorum nova Collectio , in qua continentur plurima
Concilia , nunc primùm in lucem edita ex
antiquis Codicibus : Seu Supplementum ad collectionem
Conciliorum Labbai , fol . 1707. petit
papier ,
Grand papier ,
Concilia Gallia Narbonenfis , nunc primùm edita
cum Notis , in 8 ° ,
4 liv.
alluftr. Domini P. de Marca Archiepifcopi Parifienfis
Dißertationes de concordia Sacerdotii Imperii :
Seu de libertatibus Ecclefia Gallicana . Noviffima
editio auctius illuftrata , fol . petit pap. 15 liv.
Grand papier , 24 liv.
Ejufdem de Marca Hiſpanica , fivo limes
Hifpanicus , hoc eft , Geographica & Hiftor
Defcriptio Catalonia & Rufcinonis : acceffere gefta
veterum Comitum Barcinonenfium , Nicolai
Specialis res Sicula , &c. omnia nunc primùm
edita, fol. petit papier ,
Grand papier ,
Ejufdem Differtationes tres , cum
Appendice actorum veterum , in 8 ° ,
Is liv.
24 liv .
notis &
3 liv.
Ejufdem Opufcula , nunc primùm in lucem
edita , in 8 , 3 liv .
Vita Paparum Avenionenfium , hoc eft , Hiftoria
Pontificum Romanorum qui in Gallia federunt ab.
anno 1305. ad annum 1394. fcripta ab auctoribus
coetaneis , cum Notis , in 4° 2 vol. 14 liv.
Sancti Agobardi Archiepifcopi Lugdunenfis Opera ,
necnon Leidradi Amulonis Archiepifcoporum
Lugdunenfium Epiftola & opufcula , cum Notis,
in 8º , 2 vol . 6 liv .
Sancti Cafarii Epifcopi Arelatenfis Homilia , nunquam
antehac edita , cum Notis , in 8 ° , 1 1. 10 f.
Marii Mercatoris Opera , cum Notis , in 8 ° , 3 liv.
-Reginonis Abbatis Peumienfis Libri duo de Ecclefiafticis
difciplinis & Religione chriſtiana , &c. cum
Notis , in 8 °, 4 liv.
Salviani Maffilienfis , Vincentii Lirinenfis Opera,
cum Notis uberioribus , in 8 ° „ tertia edit. 3 liv.
Vita Petri Caftellani , Magni Francia Eleemofynarii
, à Petro Gallandio fcripta , cum Notis , in
div.10 f.
Miſcellaneorum Libri quinque , hoc eft , Collectio
veterum Monumentorum , in 8º 5 vol . 15 liv.
Les volumes fe vendent feparément liv.
Ouvrages de feu Mre ARMAND LE BOUTHILLIER
DE RANGE' , Abbé de la Trappe.
8
De la Sainteté & des devoirs de la vie Monaftique
, avec les éclairciffemens fur les diffi-
A ij
cultez furvenuës au fujet de ce Livre ,
4° , 3 vol.
Les mêmes in 12. 3 vol .
in
17 liv.
8 liv.
Les Eclairciffemens
,in 4", feparément
, 6 1.
Les mêmes
in 12. feparément
, 2 liv. 10 f.
Cinq
Chapitres
tirez
du Livre
de la Vie Monaftique
; fçavoir
, de l'amour
de Dieu
, de la
Priere
, de la Mort
, des Jugemens
de Dieu
,
& de la Componction
, in 12. I liv. Difcours
de la pureté d'Intention
, & des moyens
I liv. 10 f.
pour y arriver , in 12 .
Carte de la Vifite de M. l'Abbé de la Trape & l'Abbaye
des Clairets , avec une Inſtruction fur la mort de Dom Muce', in 12. 1 liv . Inftructions
de faint Dorothée
, Pere de l'Eglife
Creque , traduites
du Grec en François , avec la Vie de ce faint Pere , in 8 °. 2 l . 5 l. Inftructions
fur les principaux
fujets de la Pieté & de la Morale Chretienne
, in 12. 1 1. 10 f.
Lettres de Pieté choifies & écrites à differentes
perfonnes
, in 12 , 2 vol . 4 liv. Meditations
fur la Regle de faint Benoît , troi- fiéme édition, augmentée
de la veritable
pre- paration
à la mort , in 12 . 2 liv. De la veritable
preparation
à la mort , in 12 . feparément
,
Réponses
au Traité des Etudes Monaftiques
de Dom Jean Mabillon
, in 4" , 6 liv. Le Texte de la Regle de S. Benoît, trad.in 12.11. La Regle de faint Benoît , traduite & expliquée felon fon veritable
efprit , in 49 , 2 vol. 12 l. La même in 12. 2 vol.
s liv . Reflexions
morales
fur les quatres Evangiles
, in 12.4 vol.
4º ,
I liv.
7 liv. 4 f.
Reglemens generaux de l'Abbaye de la Trappe,
in 12. 2 vol. " 3 liv. 12 f.
Relation de la mort de Dom Abraham Beugnier
, in 12. brochure , 8 f.
Relation de quelques circonftances de la mort
de M. l'Abbé de la Trappe , in 12. brochu
re ,
8 f.
Traité abregé des Obligations des Chrétiens ,
in 12. 1 liv. 16 f.
Du R. R. Dom LE NAIN, Sous- Prieur del'Abbays
de la Trappe.
Homelies fur le Prophete Jeremie , in 8 , 2.
vol.
7 liv. 12 f.
Hiftoire de l'Ordre de Cîteaux , ou Vies des
Saints de cet Ordre , in 12.9 vol . 16 liv . 4 f.
De Noffeigneurs du Clergé de France.
Procés verbal de l'Affemblée de 1690. fol . 61 .
De l'Affemblée de 1693. & 1695. fol. 10 l.
De l'Affemblée de 1701. & 1702. fol . 6. I.
Relation des Affemblées de MM. les Prelats,
pour la condamnation du Livre de M. l'Archevêque
de Cambray , in 4 ° , 4 liv.
Recueil concernant l'établiffement de deux Seminaires
dans le Diocefe de Reims , in 4º , 6 I.
Du R. P. DUBOIS , de l'Oratoire.
Hiftoria Ecclefia Parifienfis , fol . 2 vol . 30 liv.
Le Tome fecond feparement ,
A
Is liv. Du R. P. A MELOTTE
, de l'Oratoire
.
Le Nouveau Teftament traduit fur la Vulgate
, ave des Notes , & des Cartes de la Terre
>
Sainte , in a
4 2 vol.
Le même in 18.
12 liv.
1 liv.
Du R. P. HARDOUIN , de la Compagnie
de Fefus .
Antirrheticus de nummis antiquis Coloniarum &
Municipiorum ad Joannem Vaillant , in 4º , 3 I.
Sancti Joannis Chryfoftomi Epiftola ad Cafarium
Monachum , Gr. & Lat. cum Joannis Harduini
Dißertatione de Sacramento Altaris , Notis ,
in 4 .
De differens Auteurs.
in 12.
4 liv.
Compendium InftitutionumJuftiniani , feu compen■
diofa earum tractatio ,
I liv.
Coeur affectif de faint François de Sales , tiré
de ce qu'il y a de plus touchant dans fes
Ecrits , pour la confolation des ames devo
tes , par M. Gambard , in 12. I liv. 12 f.
Diurnale Ciftercienfe , ad ufum Fulienfium , rubronigrum
, in 24. maroquin , 3 1 .
Difcours de faint Bernard , compofez à la priere
de fa foeur la Religieufe , où font contenus
tous les principaux points du Chriftianifme
nouvelle traduction , in 16. I liv. 10 f.
Exercice Journalier , à l'ufage des Religieufes
de la Congregation de N. D. in 16.
1 liv.
Maniere de bien entendre la Meffe de Paroiffe,
par Meffire François de Harlay , Archevêque
de Rouen , imprimée par l'ordre de feu
M. l'Archevêque de Paris , in 12.
Ordonnances du Roy pour le fait de la Guerre,
in 12. 15 vol.
1 liv.
45 liv Les volumes
fe vendent
feparément
, 3 I.
Reglement
pour
le Regiment
des Gardes
, in
12 .
7 liv.
Prieres
Chrétiennes
recueillies
par
ordre
de
feu M. l'Archevêque
de Paris
, en Latin
& en
François
avec
une
Inftruction
pour
la Confeffion
& Communion
, & une
Conduite
pour
bien
gagner
le Jubilé
, in 12. troifiéme
édi
tion
,
I liv.
Tradition
de l'Eglife
fur le Silence
Chrétien
&
Monaftique , contre l'intemperance de la langue
, & les paroles inutiles en general , & en
particulier contre la trop grande frequentation
des Parloirs des Religieufes , par M.
Hermant , in 12. 1 liv. 16 f.
Traité du Cancer , & des moyens de le guerir,
par M. Alliot , in 12 . I liv.10 f.
Traité des Ecoles Epifcopales , par feu M. Joly ,
Chantre & Chanoine de l'Eglife de Paris
in 12.
>
>
2 liv.
Vie de la Mere Eugenie de Fontaine , Religieufe
de la Vifitation, morte en 1694. in 12. 1 I. 10 f.
De l'ufage de celebrer le Service Divin, en langue
non vulgaire , par le R. P. Caponnel
Chanoine Regulier , in 12 . I liv. s f.
Imitation de Jefus- Chrift en vers , avec figures,
par M. de Corneille , Bruxelles. in 8 °, 4 I.
Hiftoire du Concile de Trente , par Frapaolo ,
in 41
"
8 liv .
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , fol .
2 vol.
18 liv .
Les mêmes , in 4* , 6 vol . 36 liv.
L'art de Tourner ou de faire en perfection
toutes fortes d'ouvrages au Tour : ouvrage
tres- curieux & tres-neceffaire à ceux qui s'exercent
au Tour , fol . Latin & Fr. Is liv.
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon , par
M. de la Foffe , feconde édition , augmentéé
de deux Odes , l'une de Pindare , & l'autre
d'Horace , in 12 . 2 liv. 10 f.
Nouvelle Grammaire Eſpagnole , par M. Perger
, in 12. 2 liv. ..
Nouvelle Traduction de Juftin , avec des Remarques
, in 12. 2 vol .
Conquête du Mexique , in 12. 2 vol.
3 liv. 10 f.
s liv. Conquête du Perou , in 12. 2 vol . 4 liv . 10 f.
Voyage d'Alep à Jerufalem , in 12. 2 liv .
Nouvelle & parfaite Grammaire Françoife da
Pere Chifflet , in 12. avec un abregé d'Ortographe
,
i liv. to f.
De la Connoiffance de Dieu , par M. Ferrand
in 12.
>
2 liv. io f
1 liv . 16 f.
vol.3 1.10 f.
I liv . 16 f.
Novum Teftamentum Gracum , in 18 .
L'Ifprit de l'Ecriture Sainte, in 12. 2
Le Comte de Cardone , in 12 .
Les Avantures Galantes du Chevalier de The
micourt , par Madame D... in 12. 1 l . 16 f.
Furteriana , ou les bons mots de M. Furetiere
in 12.
2. liv.
Avantures galantes de France & d'Espagne ,
in 12. 2 liv.
2 liv.
Traduction nouvelle de Miguelles Cervantes ,
in 12.
é liv.
Biblia facra , in 4
Amuſemens ferieux & comiques , par M. du
Freny , in 12 .
1 liv. 10 f.
Grammaire Allemande , de Pérger , in 12. 1 1 .
Effais de litterature pour la connoiffance des
bons Livres ; & fupplément des Effais , in 12.
4 vol. 8 liv .
Le Jeu de l'Hombre , augmenté des Decifions
Nouvelles , in 12 . i liv. 10 f.
Les Campagnes du Roy de Suede , in 12. 3
vol. 6 liv .
La Vie de M. de Moliere , in 12 . 2 liv.
Traité du Recitatif dans la Compofition , dans
la Declamation , la Lecture & l'Action publique
, in 12 .
1 liv . 10 f.
Hiftoire de la Virginie , contenant celle de lon
établiffement & de fon gouvernement jufqu'à
prefent , les productions naturelles du
Païs , la Religion , les Loix & les Coûtumes
des Indiens naturels , par un Auteur natif &
habitant de ce Païs-là , in 12. enrichie de figures
12.
9
›
gures en taille-douce , 2 liv. s . f.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche , qui enfeigné
les devoirs du Maître d'Hôtel & du
Sommelier , la maniere de faire les Confitures
feches & liquides , les Liqueurs , les
Eaux , les Parfums , la Cuifine , à découper
les viandes , & à faire la pâtifferie ; huitiéme
édition , corrigée & augmentée des pâtes , des
Liqueurs nouvelles & des nouveaux Ragouts
qu'on fert aujourd'hui : Avec des modeles
pour dreffer les Services de Table , in
2 liv . s f.
Abregé de la Sainte Bible , en forme de Quef
tions & Réponses familieres , tirées de dif
ferens Auteurs ; divifé en deux parties , l'ancien
& le nouveau Teftament, par le R. P.
Guerard , de la Congregation de faint Maur ,
feconde édition , in 12. 2 liv.
Les Delices de l'Italie , contenant une defcription
exacte du Païs , des principales Villes ,
de toutes les Antiquitez , & de toutes les Raretez
qui s'y trouvent ; ouvrage enrichi d'un
tres-grand nombre de figures en taille douce ,
in 12. 4 vol.
12 liv.
Traité des Jardinages , par M. de la Quintinië , in 4 2 vol.
Le Prince Grec , in 12 .
12 liv.
2 liv.
Hiftoire de D. Quixotte , in 12. 3 vol. 12 l . 10 f.
Les Fables de la Fontaine ,"in 12. S vol . 10 liv.
La Princeffe
de Cleves
, in 12.
2 liv. 10 f.
L'Arithmetique
de Legendre
, in 12. 2 liv. 10 f.
La Vie de Cromvvel
, de Gregorio
Leti ,
in 12 .
2 vol.
s liv.
Les Oeuvres de S. Evremond , in 12.5 vol . 10 1 .
Juvenal, de la traduction du P. Tarteron , in
12.
Zayde , in 12. 2 vol.
2 liv . 10 f.
4. liv
B
3
liv.
Style du Confeil , par M. Gauret , in 4 " , s liv :
Code de la Marine , in 4° ,
Traité hiftorique des Monnoyes de France , par
M. le Blanc. in 4 .
2 liv .
8 L.
9. liv.
Dialogues
entre
le Diable
Boiteux
& le Diable
Borgne
, par M. le Noble
, in 12.
Traité
de la Parole
, in 12. brochure
,
Lucien
d'Ablancourt
, nouvelle
édition
, augmentée
de Notes
, in 12. 3 vol.
6 liv.
Numifmata
area Imperatorum
Auguftorum
& Cafarum
in Coloniis
, Municipiis
& Urbibus
Jure
Latio
donatis
, ex omni
modulo
percußa
, autore
Joanne
Foy-Vaillant
, in fol . 2 vol.. 36 liv.
L'Hiftoire
reduire
à fes principes
, dediée
à
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, in 12.
2 vol.
3 liv. 10 f.
Contes
des Fées , ou les Chevaliers
Errans
, &
le Genie
Familier
, par M. D... in 12. 11. 15 f.
D. Guzman
d'Alfarache
, in 12. 3 vol. 7 1. 10 f.
Traduction
en vers François
des Epigrammes
d'Ovven
, in 12.
I liv. 10 f.
Les Amours de Pfiché , în fi.
La Mufe Moufquetaire , in 12.
Virgile , de Martignac , in 12.3 vol.
2 liv .
2 liv .
6 liv .
>
Lucrece , de la nature des choſes , avec des rcmarques
fur les endroits les plus difficiles
traduction nouvelle , in 12. 2 vol . 4 1. 10 f.
L'Ambiguë d'Auteuil , ou varietez hiftoriques ,
compofées du Joueur , du Nouvelifte , du Financier
, du Critique , de l'Inconnu , du Sincere
, du Subtil , de l'Hypocrite , & de plufieurs
autres perfonnages de differens carac-
L. teres , in 12 . I liv. S.
Les Avantures d'Appollonius de Tyr , livre rempli
d'évenemens , & écrit dans le même ſtyle
que Telemaque
,› par M. le B ... in 12. 2 liv.
Le Prince Eraftus , fils de l'Empereur Diocle
11
tian , in 12 . 2 liv. s. f.
Abregé de Geographie , & de tout ce qu'il y
a de plus remarquable dans chacune des quatre
grandes parties de la Terre , particulièrement
dans l'Europe & dans le Royaume de
France : le tout mis en ordre pour pouvoir
être appris & retenu facilement par coeur ,
avec les routes des Poftes de France & d'Efpagne
, dedié à S. A. S. Monfeigneur le Prince
de Dombes , par M. Poncein , in 12. 1 liv. 5 f.
Hiftoire fecretede Bourgogne , in 12. 2 vol. 3 l.
Vaſconiana , ou Recueil des bons mots , des penfées
les plus plaifantes , & des rencontres les
plus vives des Gafcons ,feconde édition , augmentée
, in 12. 2.liv. sf.
Les Metamorphofes d'Ovide , traduites par M.
Durier , derniere édition , in 12. 3 vol . 6 liv.
Les mêmes en Rondeaux , avec figures , de
Bencerade, imprimées à Bruxelles , in 8º, 4 l .
Les Metamorphofes , ou l'Afne d'or d'Apulée ,
Philofophe Platonicien avec le Demon de
Socrate , traduction en François , avec des
Remarques , in 12. 2 yol. `s liv.
Les Fables d'Elope Phrygien , avec celles de
Philiclphe , traduction nouvelle , enrichie de
Difcours moraux & hiftoriques , & de Quatrains
à la fin de chaque difcours , avec figures
. On a ajouté à cette nouvelle tradution
les Contes d'Efope , les Fables diverfes
d'Abrias & d'Avienus , in 12. 2 vol. 4 1. 10 f.
Les Memoires de la Vie du Comte D ... avant fa
retraite , contenant diverfes avantures qui
peuvent fervir d'inftruction à ceux qui ontLas
vivre dans le grand monde ; redigez par M. de M.de
S. Evremont , in 12. 2 vol. 4 liv . 10 f.
Les Memoire de Meffire Roger Rabutin , Comte
de Buffy, in 12. 3 vol . 7 liv. to f
Bij
IO 1.
1.10 f.
Idem , Ses Lettres , nouv . édit . in 12. 4 vol . 8 , I.
Les Oeuvres d'Homere , traduites en François
par M. D.... enrichies de figures en tailledouce
, divifées en 4 vol . in 12.
Quinte- Curce , de la traduct . de M. de Vaugelas,
avec le Latin à côté , 2 vol . in 12 .
Oeuvres d'Horace en Latin & en François , avec
des Remarques critiques & hiftoriques , de M.
Dacier , troifiéme édition , revûë , corrigée
& augmentée confiderablement par l'Auteur ,
in 12. 10 vol . 20 liv.
Hiftoire de France , P. Marcelle , in 124 vol.8 1.
Lexicon Buxtorfi , in 8 ", 4 liv . 10 f.
Idem Lexicon Paforis , Greco- Lat. in 8 , 4 1. 10 f.
Corpus Juris Canonici , à Petro Pithoco , cum appendice
fu Canonici , continens Librum feptimum
Decretalium, & Fo . Pauli Lancelotti inftitutiones
Juris Canonici , in fol. 2 vol.. to liv.
Les Oeuvres de Maître Guy Coquille , Sieur de
Romaney , 17.03 2 vol .
liv.
Recueil de bons mots des Anciens & des Mpdernes
, in 12.1 C
恳
2oliv.
THEATRE DE MESSIEURS
Corneille, in 12.10 vol.40 liv
Racine , 2 vol. uniqinit6 liv.
Campiftros , nouy , éd. augmentée d'une Tragedie
& d'une Comedie , & ornée de figures , 4 1 .
De la Foffe , avec fes Poëfies , 2 volens liv.
Legrand ,
Stol Rabian Palive 10 f.
Crébillon ,
Pradon 2
23
2
7
I liv Io f
shades
liv .
De la Grange
,
2 liv, 10 f.
Moliere
, 8 vol. nouvelle
édition
, augmentée
de fa Vie , avec
de nouvelles
Remarques
, 15, 1 .
Dancourt
, 7 vol . nouvelle
édition
, augmentée
de plufieurs
Pieces
qui n'avoient
point
été
imprimées
dans
les éditions
precedentes
,avec
"
14 live
Sliv
.
3 liv.
2 liv. 10 f.
figures & Mufique ,
Regnard , 2 vol.
Poiffon , 2 vol.
De Hauteroche , M
Palaprat , 2. éd. augmentée de plufieurs Comedies
qui n'ont pas encore efté imprimées , &
d'un Recueil de Pieces en Vers , 2 vol. 41. 1of.
Baron ,
De Riviere oha
De la Thuillerie , zuruvil
Boindin
De Champ- mêlé ,
De Montfleury , 2 vol .
Bourfault , 2 volk 2008/9
15h 13 liv.
liv . 10 f.
a liv.
liv.
2 liv.
moms 201 seamos kaiv.
s liv.
2 liv . 10 f.
2 liv. 10 f.
as liv.
De Mademoiſelle Barbier , ..
Quinaut ,
Theatre François , 6 vol.
Idomenée ,
Aftrée ,
Electre ,
Rhadamifthe & Zenobie ,
Cyrus ,
Les Tyndarydes
Saül ,
Herode ,
Polydore ,
La Mort d'Ulyffe ,
Muſtapha ,
Agrippa , ou le faux Tiberinus
Le Curieux Impertinent ,
Les Agioteurs ,
L'Amour Charlatan ,
Le Naufrage ,
Danać ,
Turcaret ,
Crifpin Rival
Le Jaloux défabulé ,
Tragedies
Comedics.
}
Les Airs notez des Comedies Françoifes , par
M. Gillier , in 4 ,
Cantates & Arietes de M. le B. fol.
Le quatrieme Livre des Motets de
pra ,
Lo Mercure Galant ,
Et broché ,
7 liv.
liv . 10 f.
M. Camliv.
11. 1. f.
S
I l. 5 f.
Recueil de Pieces en Vers , adreffées à S. A.S.
Monfeigneur le Duc de Vendôme , & plufieurs
Effais de Poëfies diverſes , par Monfieur de
Palaprat , 1. vol. in 12. 1 1.10 f
Et toutes les autres Pieces de Theatre , tays
anciennes que nouvelles,"
-4612 290 ROHINI ECS
GALAN T.
NT
OCTOB710
1803
UNI
NOV
NIK
A PARIS ,
M. DCCXI.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALAN
Par le Sieur Du F ***
A Moist M
d'Octobre.
TAA LAD
1711.
Le prix eft 30. fols relié en veau , &
25. fols brochez
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis ,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la rue
du foin , du côté de la ruč
Saint Jecques.
MERCURE
GALAN T.
I. PARTIE LYON
Octobre 1711.
**********************
LITTERATURE.
L
Varieté
eſt
un
agrément
de fondation
dans le Mercure ,
ainfi la neceffité de varier
Octob. 1711. 1 Aij
4 MERCURE
les fujets doit l'emporter
fur celle d'y continuer
ceux qu'on a commencé
d'y traiter ? mais en difcontinuant
icy l'abregé
de l'Iliade , & le Paralelle
, on promet de les don-
&
ner
achevez
perfec
tionnez dans un petit
volume feparé , comme
Supplément du Mercu
re & cela au premier
loifir qu'aura l'Autheur
de l'abregé , car le paralelle
eft deja tout preft.
PARTIE.
Il n'eft pas furprenane
que le Public aime la va
rieté , puifque, fon gouft
eft fi varié & fi variable :
mais il feroit cftonnant
qu'un Livre feul peuft
C
eftré auſſi varié que le
gout du public quoy
qu'il pouſſe ſouvent ſes
deurs au delà du poffible
, je n'en eſtime pas ol
moins fon gouft , mais
je le prie de ne pas juger
du mien par les chofes
que je luy donneray feu-
A iij
MERCURE
lement pour varier. \\*!
La faifon des vins nouveaux
me fournit une ſimilitude
qui convient à
la tefte du Mercure des
vendanges , ceux qui
veulent changer de vin
tous les jours , épuifent
bientoft les bons , il n'y
a pas tant de bons terroirs
: s'ils veulent pouffer
plus loin la varieté ,
ils doivent fe refoudre à
la guinguette-
Je donneray dans ce
1. PARTIE.
volume - cy/ un carticle de
guinguette , mais fi peu
frelatée & fi verte qu'elle
fera fecouer les oreilles
aux bons gourmets. Les
cofteaux de l'ancienne
Rome , les Petrones &
les Luculles, banniſſoient
de leurs petits repas voluptueux
les viandes
communes & gróffieres,
mais quand Luculle donnoit
des repas publics , il
s'attachoit moins à la delicateffe
qu'à la varieté &
MERCURE /
à la profufion des viandes
, le Mercure eſt un
repas public , on y ad-
'met les bons morceaux
les mediocres & meſme
les mauvais , il faut
bien que tout le monde
vive.
EXTRAIT
SMRAHA #
EXTRAIT
d'un manufcrit de voyage
entrepris parquel .
ques François, dont on
n'avoit encore eu aucunes
nouvelles , parce
qu'il ne s'en fauva que
deux , qui ne font arrivez
a Breft que depuis
quelques mois.
Il y a quelques années
que dix François eſcortez
de deux Sauvages , eſtant
partis de Montreal , & s'ef
Octobre 1711. I B
14 MERCURE
tant arreſtez dans le pays
des Illinois , & fur le bord
de la rivière de Mififfipy
its eurent envie d'aller à la
découverte. Ils prirent
trois Canots d'écorce pour
remonter Mififfipy , fur
Jefquels ayant fait cent
cinquante lieuës , ils trouverent
un fault qui les obligea
à faire pendant fix
lienes un portage , aprés
lequel ils fe rembarquerent
fur le mefme fleuve ,
& remonterent encore
quarante lieuës fans trouver
aucune Nation. Als
1. PARTIE
Is
chafferentah pendant un
mois & demy , & tenterent
quelque nouvelle décou
verte enfin ils trouverent
unem riviere a quatorze
lieues de là qui couroit au
Sud Sud Oueſt ce qui
leur fit croire qu'elle alloir
fe rendre dans la mer du
Sud , ayant fon cours op
posé à celles qui vont fe
rendre dans la mer du
Nord. Ils refolurent de
porter leurs Canots , pour
y naviger, Dans ce trajet
ils trouverent des lions,
des leopards , des tigres ,
5
Bij
15 MERCURE
?
qui ne leur firent aucun
mal. Eftante entrez dans
cette riviere , & eftant defcendus
environ cent cin
quante lieues , ils trouverent
une grande Nation ,
qu'on appelle Efcaaniba
qui occupe pour le moins
deux cens lieues de pays ,
dans lequel ils trouverent
plufieurs villes , villages.
forts, dont les maifons font
bafties de bois & d'écor
ces. Ils ont un Roy qui
fe dit Defcendant de Montezuma
, & qui eft ordinairement
habillé de peaux
.
*
I. PARTIE 17
d'hommes , qui font communes
en ces pays - là , les
peuples meſme s'en habil
lent auffi.vas ank nije
Ils font policés en leurs
manieres , Idolatres , leurs
Idoles font affreufes & d'u
ne grandeur énorme , lef
quelles font dans le Palais
du Roy. Il y en a deux ent
tre autres , dont l'une eft de
figure humaine , armée de
lances & de traits , tenant
un pied en terre , & l'autre
en l'air , avec la main fur
une figure de cheval , com
me s'il vouloit le monter
Biij
18 MERGURE
Ils difent que c'eft la ftatue
d'un de leurs Roys qui
qui a efté grand conquerant.
Cette ftatue a dans
la bouche une eſcarboucle
de forme quarrée, & groffe
comme un oeuf d'houtar
de , qui brille & éclaire
pendant la nuit comme
un feu. L'autre de ces Idoles
eft une femme , qui eft
une Reine montée en felle
fur une figure de Licorne
à coté de quatre grands
chiens. Ces figures font
d'or fin maffif, & tres- malfaites
. Elles font placées
I. PARTIE
fur une eftrade qui cft auffi
d'or, & de trente pieds en
quarré. Entre les deux fla
tuës on entre dans l'appar
tement du Roy par unve
ftibule magnifique , c'eft
là où fe tient la garde du
Roy composée de deux
cens hommes.
•
Le Palais du Roy eft
tres grand , & a trois étages
, les murailles de
huit pieds , font d'or maffif
en carreaux rangez l'un
fur l'autre comme des briques
, avec des crampons
& des barres de melme
I
Biiij
20 MERCURE
métal , le reſte eft de charpente
couverte de bois
le Roy y demeure feul avec
fes femmesallero sh duh
Ces peuples font un
grand commerce d'or , on
n'a pu deviner avec quel
le Nation , fi ce n'eft la Japonnoife
; car ils le tranf
portent fort loin par caravannes
, & ils dirent à nos
François , qu'il y avoit fix
Lunes de chemin jufqu'à
cette Nation . Nos avan ~
turiers virent partir une
de ces caravannes dans le
temps de leur fejour , comI.
PARTIE. ~
posée de plus de troiscens
boeufs tous chargez d'ort
cfcortez d'un pareil nom
bre de cavaliers armez de
lances & de fléches , avec
une espece de poignards
la Nation leur donne en
troc du fer , de l'acier , &
des armes blanches. Ils
n'ont point l'ufage de lef
criture , ils ont une espece
d'écorce appreftée comme
du papier , fur laquelle ils
marquent la quantité d'or
dont le conducteur eft
chargé , & dont il doit
compter à fon , retqur.95
22 MERGURE
W
Le Roy s'appelle Agauzan
, qui veut dire en leur
langage , le Grand Roy ;
il n'a
aucune guerre
cependant il a tousjours
cent mille hommes tant
&
Cavalerie
qu'Infanterie.
Leurs trompettes · font
droites & d'or, dont ils fon
nent fort mal , & des ef
peces de tambours portez
par des boeufs , faits comme
des chaudrons d'or ,
couverts de peaux de cerfs ;
les troupes s'exercent une
fois la
femaine en prefen
ce du Roy.
1. PARTIE. 23
Ces peuples ſont baſanez
, hideux , la tefte lon
gue & eftroite, parce qu'on
leur ferre la tefte eftant
jeunes avec du bois ; les
femmes y font belles &
blanches comme en Eu
rope ; elles ont auffi bien
que les hommes
de grandes
oreilles qu'ils eftiment
une beauté , & qu'ils chargent
d'anneaux
d'or ; ils
ont auffi les ongles fort
grands , & cela eft une diftinction
, les hommes les
plus velus y font les plus
beaux.
244 MERCURE
La poligamie y eft en
uſage , & ils ſe mettent peu
en peine de la conduite
des filles , pourveu qu'elles
ne foient point engagées.
Ils aiment la joye & la
danfe ,mangent beaucoup,
font du vin de palme , &
ont d'autres boiffons
grands fumeurs , le tabic
y eft bon , & vient fans
eftre cultivé ; ils receurent
parfaitement bien lesFrançois
qui eftoient les premiers
Européens qu'ils euf
fent veus.
な
Le Roy voulut les reteI.
PARTIE. 25
nir , & les marier , & il
leur fit promettre de reve
nir.Ells eftoient furpris de
l'effet des fufils , & les
craignoient fr fort qu'ils
n'oferent en approcher.
Le pays eft fort tempe
ré , on y vit juſqu'à une extrême
vieilleffe , & les peu
ples ne font fujets à aucu
ne maladie.
On y trouve toutes fortés
de fruits tant d'Europe
que des Indes. Il y a du
bled d'Inde , & de la folle
avoine auffi bonne & auffi
blanche que le ris ; ils font
* MERCURE
du pain de l'un & de l'autre
, on n'y cultive que le
bled d'Indes, des plaines y
font belles , les paturages
excellents , & remplis de
toutes fortes d'animaux
les rivieres poiffonneuſes ,
& les terres & les bois remplis
d'oifeaux
, de perroquets
, de finges , & d'animaux
finguliers. La ville
capitale eft efloignée d'environ
fix lieuës de la riviere
de Miffi , qui veut dire
Riviere d'or onyl , was
Nos François, aprésavoir
pris congé du Roy , proI.
PARTIE
27
mirent de revenir dans
trente fix Lunes , & d'apporter
du corail, des naf.
fades & d'autres marchan
difes du Canada
, pour tro
quer contre de l'or. Ils en
font fi peu de cas que le
Roy leur dit d'en prendre
à leur difcretion
, de maniere
qu'ils s'en chargerent
& prirent chacun
foixante barres d'environ
une palme de long , & du
poids de quatre livres.
Deux de nos avanturiers
eurent la curiofité d'aller
voir l'endroit d'où l'on tire
23 MERCURE
cet or, ils rapporterent que
les mines eftoient dans le
creux des , montagnes , &
que dans les debordemens
les eaux les entraifnoient ,
& que la feichereffe eftant
venue on en trouvoit de
gros monceaux fur le lit
des terres qui demeurent
à fec quatre mois de l'an .
née. A
}
La plufpart de nos François
furent maffacrez dans
leur retour aux embou
chures du fleuve faint Lau
rent , par un forban An
glois ; il n'y en a que deux
qui
1. PARTIE. 29
qui fe foient échappez , &
qui aprés une longue captivité
en differentes bayes
aux Indes orientales , occidentales
, & à la Chine ,
fefont enfin rendus à Breft,
ils affeurent fur leur tefte,
que fi l'on veut les condui
re à Mififfipy ils retrouveront
aiſément le chemin
qu'ils ont fait , & condui
ront à cenouveau Perou.
al vous klipp
znolike
Octob. 1711. I C
30 MERCURE
420691 5. 100 % WRES -
mous Livre nouveau.
ON vient de me mettre
entre les mains un Manuf
crit tout neuf , dont j'efpere
vous donner un Extrait
quand je l'auray parcouru
à loifir . Comme
il y a dans ce Livre quelque
chofe de tres intereffant
pour la navigation ,
j'ay eu impatience de
l'annoncer. Quoyque ce
foit un fujet ferieux , &
on n'a pas
important
laiffé d'y mefler du badi1.
PARTIE . 3.1
nage pour le rendre plus
à la portée de tout le monde.
Voicy par exemple
le
titre
SuLe
Le Chemin des gens d'efprit,
Dialogue enjoué ferieux
entre Mr Du petit & Mr
Au grand , vol. in 12 .
Contenant plufieurs Hiftoriettes
, & autres petites
pieces curieufes ; une Reformation
des Syfteſmes
du Monde des Anciens &
des Modernes ; & un
Moyen pour trouver les
Longitudes , avec autant
de précision qu'on trouve
I Cij
32 MERCURE
les Latitudes.i eng printi
ParaR. MAUNY
En attendant qu'on vous:
en donne un ample Extrait
, en voicy- une idée
qui m'a efté communiquée
par un des amis de l'Auteur
car il eft jufte de:
-vous donner , autant, qu'-
on pourra , des nouveautez
avant meſme qu'elles
paroiffent, pour vous dédommager
de l'ancienneté
de quelques morceaux
qu'on donne fim.
plement , parce qu'ils font
bons , ou parce que n'e
T. PARTIE.
35
ftant pas imprimez , ils
peuvent eltre nouveaux
pour beaucoup de perfon .
nes.olqins, nú sungh ca
→ Le titre de ce Livre convient
à la maniere dont les
fujets y font traitez : on y
commence d'abord par les
fujets les plus petits , qui
conduiſent infenfiblement
-aux plus grands , & c'eft la
route que fuivent ordinat
rement les gens d'efprit.
Le commencement eft
un badinage qui conduit
infenfiblement , par le re
cit deplufieurs hiftoriettes..
34 MERCURE
à la morale la plus ferieufe.
Il donne enfuite un petit
Syfteme du Monde , figuré
, qui donne occafion
de détruire les opinions de
Prolemée , de Copernic ,
de Tichobrahé & de Def
cartes , fur la fituation &
fur les mouvements du Soleil
& de la Terre , & particulierement
celle de Copernic
qu'il combat en differens
endroits par des raifons
tres fimples & tres naturelles.
Voicy l'opinion
du nouvel Auteur , & dans
fes propres termes.
1. PARTIE. 35
Je fuppofe que la Ter
re eft directement dans le«
milieu du Monde , com-t.
me l'ont fuppofé Prole
mée & Tichobrahé , mais
qu'au lieu d'y être immo. «
bile elle s'y meut fur fon
Axe , que cet Axe ou plu
ftoft la Ligne que l'on a
imaginée paffer d'un Pole «
à l'autre , eftinclinée vers«<
le Septentrion , ainfi que «
le marquent les Globes «
ordinaires ; que la Terre «
tourne deffus du mefme ..
coſté que tourne le Soleil «
dans fon Ciel ; qu'elle ne «
36 MERCURE
fait fon tour qu'en un an ,
& que le Soleil n'a qu'un
» mouvement qu'il fait autour
de fon Ciel en 2 4 .
,, heures ou un jour naturel
.
Voicy ce qu'il dit enfui
te pour faire connoiftte
que ces mouvements
de la
Terre & du Soleil peuvent
affez bien fe rapporter
pour operer l'accroiffement
& la diminution des
jours & des nuits avec le
changement
des Saifons.
,, Pour le bien comprendre
, imaginez
- vous que
nous
1. PARTIE. 37
nous fommes au 22.Juin "
qui eft le plus long jour
de l'année ; que ce jourlà
la partie de la furface «
de la Terre que nous ha- "
bitons , eft le plus prés "
du Cercle où tourne le "
Soleil qu'elle puiffe en "
approcher ; que le Cer . "
cle où tourne le Soleil "
eſt fixe , & non cet Aftre ;
que la partie de la furfa
ce de la Terre que nous
habitons , s'efloigne du
Cercle où tourne le Soleil
jufqu'au 22. Decem "
bre qui eft le plus court "
Octob
. 1711. 1711.
1 D
CC
38 MERCURE
و د
و و
>>
,, jour de l'année , & que
,, depuis le 22. Decembre
», juſqu'au 22. Juin de l'année
fuivante , cette mef
me partie de la furface
,, de la Terre , s'approche
,, du Cercle où tourne le
Soleil. Il me femble que
cela eft aisé à concevoir ,
en fuppofant que la Terre
fait fon tour en un an
de la maniere que je vous
l'ay expliqué , & que c'est
ce mouvement de la Terre
qui fait les Equinoxes
& les Solftices , & non
le Soleil , qui ne monte
د ر
>>
و ر
و د
و د
و ر
›
1. PARTIE . 39
& ne baiffe pas plus dans "
un temps que dans un au- «<
tre,& qui ne tourne point "
en biaifant comme une Ce
écharpe , mais bien la "
Terre ,
cc
Mon opinion à cet é. "
gard eft fondée fur une
experience que vous pou
vezfaire facilement. Pre- "
nez un cercle de demi- "
muid , divifez -le en quatre
parties égales avec "
un compas ; marquez.y "
les points de divifion "
dans le milieu de la lar. "6
geur en dedans ; atta-
GC
's
I
Dij
40 MERCURE
و و
و ر
و ر
"
"
chez -le fur une table ou
fur une planche avec une
,, pointe que vous ferez
paffer dans un de ces
points de divifion , en
obfervant que ce cercle
n'incline d'aucun cofté ;
c'eft à- dire , qu'il foit fi
droit , que le point d'enhaut
foit à plomb fur celuy
d'enbas ; faites deux
, petites mortoifes fur la
table ou la planche dont
le milieu foit vis -à-vis la
tefte de la pointe , & qui
foient efloignées de cette
,, pointe , chacune de trois
و ز
و د
د ر
"
و د
و ر
"
ر د
">
I. PARTIE. 41
pouces , afin qu'il y ait un
efpace de fix bons pou-
(c
cr
CC
ces entre ces deux mortoifes
, dans lefquelles
vous ferez entrer un peu
à force deux petites regles
affez hautes pour "
deborder d'un pouce aut
deffus du cercle ; cela "
vous donnera la facilité "
de les clouer aux bouts
d'une petite barre qui "
aura auffi fix bons pou-.
ces de longueur , que "
vous attacherez en travers
fur le haut du Cercle
vis - à - vis du point "
D iij L
દર
42 MERCURE
و د ر ا
"
و و
39
و د
"
», que vous y aurez mar
qué . Lorfque ces regless
auront efté affermies de
cette maniere,vous mar-
» querez dans le milieu de
,,leur hauteur & de leur
largeur , le point centrali
du Cercle : ce point central
eftant marqué , vous
, prendrez avec un com-
,,pas environ la troifiéme
partie du demi diametre
de ce Cercle que vous
,, marquerez fur l'une des
Regles au deffus du point
central , & fur l'autre au.
deffous de ce mefme
و و
I. PARTIE.
43
point central;aprés quoy "
vous percerez les deux "
Regles avec une fort
fort pe-
CC:
tite vrille , à l'endroit où "
Vous aurez fait ces deux "
marques , afin qu'en paf
fant dans les deux trous
un morceau de fil d'ar. "
chal bien droit , il fe trou- "
ve en ligne diagonale .
Prenez enfuite une boule "
dont le diametre n'exce- "
CC
c
Co
de pas l'espace qu'il y aura
entre les deux Regles ;
percez lá de part en part, «
enforte que l'épaiffeur fe "
trouve égale tout à l'en- "
D iiij
I
44 MERCURE
و ر
و د
و د
ر و
tour du trou ; placez la
entrevos deux Regles où
Vous la ferez tenir par le
,, moyen de voſtre broche
de fil d'archal , de laquel-
,, le vous courberez un peu
,, le bout qui fera en haut,
,, afin de l'empefcher de
gliffer en bas. Cette bou
le eftant ainfi placée ,
vous marquerez quatre
points deffus , directe
ment vis -à- vis des quatre
و د
و د
,, que vous aurez marquez
وو
و د
fur le Cercle. Vous fup
poferez que ce Cercle
fera celuy où tournera le
1. PARTIE. 45
*
σε
Soleil , & que cette bou- "
le fera la Terre ; que le
point d'enhaut & celuy
d'en bas , marquez fur la "
boule , feront les points "
des deux Solſtices, & que "
ceux des deux coftez le- «
ront les deux points des "
Equinoxes ; vous fuppoferez
auffi que le Soleil "
fait le tour de fon Cercle "
en 24. heures , ou un jour
naturel , & que la Terre "
ne fait le fien qu'en une
année.Cela fupposé,vous .“
verrez qu'en faisant tour-"
ner la boule tousjours du
46 MERCURE
ay
"
,, mefme cofté , les points
des Solſtices s'éloigne-
„ ront pendant fix mois du
Cercle où tourne le So-
,, leil , & s'en raprocheront
pendant fix autres mois ,
& que les points des Equinoxes
pafferont tous les
fix mois d'un cofté de ce
cercle à l'autre .
33
ر د
De cette experience artificielle
, on paffe à une
nouvelle définition du flus:
& reflus de la Mer , qui eft
auffi tres fenfible , & enfuite
au moyen de pouvoir
I. PARTIE.
4.7
trouver les Longitudes
dans tous les points du
Monde , avec autant de
précifion qu'on trouve les
Latitudes. L'Autheur die
en un endroit :
7
CG:
«
Je crois que la Terre «
fe meut de la maniere &
dont je l'ay expliqué ; que «
le Soleilpaffe vis - à vis les
douze Signes du Zodiaque
en 24. heures ou un
jour naturel ; que la partie
du premier Meridien &
qui eft dans la Zone Torride
, paffe vis - à - vis de
ces douze Signes dans le «
48 MERCURE
cours d'une année ; que
» comme dans toutes les
» obfervations aftronomi-
י נ כ
و و
و د
وو
20
ques que l'on a faites jufqu'à
prefent , l'on a tous-
» jours fupposé que le Globe
de la Terre eftoit immobile
, ou qu'il ſe mou-
» voit autrement qu'il fe
meut , c'est ce qui doit
avoir empefché que l'on
» n'ait encore pû fçavoir
le veritable & le plus feur
» moyen de trouver les
Longitudes dans tous les
points du Monde ; & que
» fi l'on fixoit un point dans
1. PARTIE.
49
le Zodiaque vis - à vis du- «
quel le premier Meri- «
dien fe trouveroit le pre- «
mier jour de l'an , ou un «
autre jour remarquable , «
on connoiftroit dans quel «
point il feroit tous les au- «<
tres jours de l'année , & «
par le mefme moyen les «
Longitudes dans tous les «<
points du Monde , avec «
plus de précifion quel'on «
n'a encore fair , parce que «
pour connoiftre préciſement
en quel lieu on fe- «
roit , on n'auroit qu'à ob- «
ferver vis - à- vis de quel «
yo MERCURE
point du Zodiaque on fe
❤ trouveroit , &
compter
553
» enfuite combien il y auroit
de degrez , depuis ce
point du Zodiaque juf
» qu'à celuy vis - à - vis duquel
le premier Meridien
devroit fe trouver.
Il dit dans un autre endroit
:
Vous comprenez bien
qu'il fera auffi facile de
trouver le Degré du premier
Meridien , qu'il a
efté facile jufqu'à prefent
de trouver le Degré du
Soleil , ea fuppofant qu'il
I.
SI
PARTIE.
avoit un cours annuel ,
& que j'attribuë à la partie
du premier Meridien «
qui eft entre les Cércles «
des Tropiques , ce que
Ptolemée & Tichobrahé «
ont attribué au Soleil.
Сс
.
CE
Dans un autre , en parlant
de l'obfervation qu'on
devroit faire pour connoifre
dans quel Degré de
tel Signe fe trouveroit le
premier Meridien un certain
jour de l'année , il dit :
Mais en difant un cer- «
tain jour de l'année , je «
ne dis pas qu'on ne de52
MERCURE
"
vroit faire cette obſervation
qu'un feul jour` ; je
veux dire qu'aprés l'avoir
faite pendant un an , &
marqué chaque jour visà
-vis de quel Degré de.
tel Signe fe trouveroit le
و ر
premier Meridien , on
choifiroit un jour remar
quable dans l'année , d'où
,, l'on comenceroit à compter
le Degré du premier
Meridien ; & j'ajoufte
» que pour que cette obfer-
„ vation fuft jufte , il faudroit
la faire de deffus
,, la pointe occidentale de
35
l'ifle
I. PARTIE.
53
l'ifle où l'on fait paffer "
le premier Meridien.
Ces endroits , ainſi que
tous les autres , font entremeflez
de contradictions.
& de repliques qui y donnent
encore plus de force ;
mais cependant l'Autheur
finit en difant qu'il n'a
point affez de fagacité ny
de présomption pour croire
pouvoir donner au public
un ouvrage parfait , &
que s'il le publie , c'eft
particulierement dans le
deffein que fi les Sçavants
trouvent fon opinion fur le
Octobr. 17111 E
$4 MERCURE
mouvement du Soleil , &
fur celuy de la Terre , digne
de leur attention , ils
travailleront
aux moyens.
de la rendre utile à la ma
rine..
De l'excellence de la mu→
fique , fon utilité.
ON fait tort à la Mufia !
que en luy donnant le nom
d'art ou de fcience. Le premier
eft trop fimple & trop
borné , & le fecond , quoy
que plus noble & plus eftendu,
ne fatisfait pas affez,
I. PARTIE.
55
concevons une plus haute
idée de l'harmonie , qui
s'empare , pour ainfi dire ,
de toutes les facultez de
noftre ame , & qui fufpend
tous les autres fentiments
dans le moment que nous
en fommes charmez .
Examinons en quoy cha
que fcience ou chaque art
pourroient difputer quel +
que p éference , ou aller
de pair avec elle . Sila Lo
gique nous fait valoir l'invention
de fes fillogifmess
la fugue dans la Mufique
n'eft elle pas auffi inge-
E ijs
56 MERCURE
nieufe ? Et fi l'art de trou
ver la définition d'un probleme
eft renfermé en cel
le - là , celle - cy ne definit'elle
pas , pour ainfi dire ,
par des expreffions & des
modulationsdiftinctestou.
tes les differentes paffions-
La Phylique qui nous developpe
tous les fecrets de
la nature , & qui les employe
fi heureufement à la
guerifon de nos maladies ,
n'a point d'effer plus furprenant
que celuy de la
Mufique , qui guerit le venin
de la Tarentole , cen
I
PARTIE. $ 7
animal fi dangereux . Cette
guerifon n'eft que. le fim.
ple effet d'un air gay qu’-
un Simphoniſte aura joué
fur un violon ; ce n'eft point
un conte , une choſe fi extraordinaire
fe voit tres-
Louvent au Royaume de
Naples . Paffons à la Morale
par qui les vertus &
les vices font fi bien défi
nis. Elle nous apprend l'art
de faire un portrait ou un
caractere mais elle n'a
pas la vertu d'émouvoir
ce degré de perfection
appartient qu'à la Mufin
}
85 MERCURE
que c'eft elle qui nous é
meut , qui nous adoucit ,,
qui nous charme , & qui
nous confole , la fable luy
a donné du pouvoir für
toutes les Divinitez ; less
Parques , les Furies & Pluton
mefme ne luy refuſent
rien . Voyons ce que les
autres fciencesont de com .
mun avec elle . L'Arithme
tique a des rapports tres--
connus avec les accords :
harmoniques. Les Mathe
matiques ont un objec
commun avec elle, la grandeur
, & la quantité conI.
PARTIE
59.
tinue & difcrette, les tems ,,
les proportions : les raifons
& les habitudes font également
de leur reffort. La
Peinture & l'Architecture ,,
ces arts fil cheris & tant
eſtimez , vont de compa
gnie avec la Mufique . Le
premier nous la reprefente
actuellement , & le fe
cond luy eſt toujours dans
une parfaite correfpondance
, la Mufique eft ress
profunda , & felon Theo
phile , magnus etiamque the
Jaurus. Son pouvoir eft divin
& le Demon eft con
60 MERCURE
traint de lui ceder , Mufisa
fugatur Diabolus , & qui
juxta fententiam Job fagittas .
reputat quah paleas & lapides
funda velut ftipulas fpernit
deridet etiam vibrantem
haſtam , & duriſſimos maleos
pro nihilo pendit ad cithare
fonitum tremefactus recedit, &
quem nulla vis fuperat „ſuperat
harmonia . Les Anciens ,
felon Plutarque, mettoient
une lyre dans les mains de
l'amour , avec l'arc & le
carquois à fes pieds , pour
montrer le rang que
tient la Mufique fur toutes
nos
1 PARTIE. 61
nos paffions ; & les Gentils
avoient de couftume
de reprefenter leurs Divinitez
dans une attitude
harmonieufe. Prifci mufica
inftrumenta in manus Deorum
imaginibus pofuerunt, nonfanè
quòd eo lyra , aut cythara ludere
putarent , fed quod nullum
Deo opus convenientius
effe judicaverant quam confonantiam
& harmoniam. Au
fentiment de faint Thomas
, elle elleve noſtre efprit
à la contemplation des
chofes celeftes. Cantus falubriter
fit in Ecclefia ad de-
Octob. 1711. 1 F
62 MERCURE
votionem excitandam . Auffi
Platon nous exhorte de
l'apprendre pendant noftre
jeuneffe par ces paroles
: Nonne Princeps , & primaria
illa mufica educatio ;
quæ in modulorum concentuum
rationibus verfatur , efficaciffi
mè in ipfa anima interiora in
fluit , & venuftate quadam
animum vebementiffimum tangit
, cmmque adeo venuftatis
decore afficit, fi in ea accuratè
elaboret , & à teneris annis
inftituatur. Il ne faut pas
douter que ces grands
hommes n'ayent compris
I. PARTIE .
63
parfaitement l'excellence
de la Mufique , & par l'eftime
qu'ils en ont fait
nous devons conclure de
fon utilité & de fon avan-.
tage . On remarque que
Socrate s'en inftruifit à foixante
& dix ans , & ce qui
arriva à Themistocles
, doit
fervir d'exemple à bien du
monde. Ce Capitaine
pour avoir refufé une lyre
qui luy fut prefentée à propos
, & dans une heure de
recreation , demeura exposé
le refte de fa vie à la
raillerie & au mépris.
I Fij
64 MERCURE
EXTRAIT
de la Lettre de Madame
la Marquiſe de
faint Bl ..... du 31.
Aouft 1711.
IL eft arrivé lafemaine
passée un grand prodige
dans la nature. Une fem
me d'Abbeville d'un pauvre
menuifier , tante de
noftre meufnier de Petitport
, eftant languiffante
"depuis deux ans , a esté
trouver Mr le Marquis
1. PARTIE. G
de Mailly a'Ocourt pour
le prier par charite de la
fecourir , qu'on luy avois
dit qu ilfaifoit de grandes
charitez par les remedes
qu'il donnoit pour le fort
qu'elle fe croyoit enforcellee
au lieu d'eftre groffe
comme elle l'avoit crew
d'abord , fentant depuis
deux ans fauter & remuer
comme fi elle eftoit
veritablementgroffe, mais
que deux années entieres
pendant lesquelles elle a-
Fij
MERCURE
voit creu dix fois accoucker
, luy faifoient connoifre
qu'il y avoit en elle
des chofes qu'elle ne pouvoit
comprendre Mr le
Marquis d'Ocourt luy a
donne fon remede , des la
nuit mefme elle s'est trou
vée en estat d'accoucher
5 fiprefsée que son mary.
n'a cu le temps que de
courir à une voifine , la-,
quelle en la fecourant a
veu tomber trois paquets
enveloppez de tais. Le
I. PARTIE. 67
mary s'eftecrie, mon Dieu,
cela remuë , la voifine a
commencé à en développer
Ceun
, cela s'eft mis à courir,
le chat de la maifon šest
jetté deffus & la mange
La voifine effrayée , mal
éclairée , n'avoit pas le
temps de voir ce que
ftoit , & a crié que c'eftoit
un enfant mangé. Elle a
envoye le mary courir au
Chirurgien , cependant a
mis les deux autres pacquets
tousjours remuans
68 MERCURE
en feureté. Le Chirur
gien arrivé a developpé
les autres paquets , & a
trouvé deux beftes au lieu
d'enfans ; je ne vous diray
pas qu'on m'a dit , car je
je les ay veus , cela a vefcu
kuit keures , ccla eft
gros comme une fouris fans
poil , a quatre pieds qui
reffemblent à des mains
5 des ongles , a une queuë
& un petit ongle ou corne
au bout qui ne tient
qu'à un filet. La queuë
*
I. PARTI E. 69
eft bien attackee , longue
comme celle d'une
fouris , la tefte groffe &
ronde comme celle d'un
enfant par le haut , les
yeux ronds & noirs , un
cercle noir autour , une
, gueule ouverte && tres
grande, a la langue
d'un enfant , les oreil
les de mefme qu'un enfant.
Voilaun prodige furprenant
, bien veritable,
& qu'on apeine à croire
fans avoir veu , c'eftpour
70 MERCURE
quay jay voulu voir , le
Chirurgien
me les a apportez
, ilfera part de cela
, à ce qu'il m'a dit , à
Meffieurs
de l'Ecole de
1
Medecine de Paris , pour
voir ce qu'ils
pourroient,"
juger d'un effet fi prodigieux
dans toutes fes circonftances
, d'avoir efté
groffe deux ans , la connoiffance
& les remedes
de Monfieur de Mailly.
Tout eft furprenant
5
bien veritable
, la me1.
PARTIE. 71
re eft dans un efiat pitoya
ble , tout fon corps n'est
qu'une galle depuis cette
affreuse
couche.
Ce qui paroift fi ſurprenant
dans ce genre ,
n'eft au fond qu'un fimple
jeu de la nature , ou
pour parler plus juſte, un
jeu de l'imagination ;
cette faculté de l'ame plus
active & plus à craindre
en general dans les femmes
que dans les hommes,
nous manifefte tous
72 MERCURE
les jours la force de fes
impreffions par les effets
bifares & extraordinaires
qu'elle produit afſez frequemment
. Les humeurs
coulant en abondance
dans certaine partie durant
le temps de la groffeffe
, doivent augmenter
le mouvement des efprits.
Ceux - cy précipitez
, pour ainſi dire , fur
des organes fufceptibles
des moindres impreffions
par leur extréme delicateſſe
,
JAVOARM 3-
I. PARTIE. 73
teffe , les font obeir aux
differens ébranlements
ils y caufent , & file
trouble & l'agitation furviennent
à la veuë imqu'ils
préveuë d'un objet ou
defagreable ou effrayant,
l'ordre naturel des parties
de l'embryon fe renverfe
fur le champ , elles
fouffrent affez vio- une
lente
revolution pour
que leur premier arrangement
foit alteré , &
qu'il en fuccede un nou-
Octobre 1711. I G
74 MERCURE
veau qui refpond toust
jours invariablement à la
nature du fujet qui fur
prend, qui émeut , & qui
le plus fouvent effrayed
Quant à cette groffeffer
dont le terme a efté de
deux ans , c'eft un effet.
du peu d'accroiffement
des petits monftres , àqui
le peu de nourriture qu'
ils recevoient oftoit leb
poids neceffaire & ordie )
naire pour l'emporter furn
le reffort de la partie qui
I PARTIE 75
les enveloppoit ; & c'eſt
ce poids que leur a dont
né le remede en determi
mant par fa violence les
efprits à fe porter de co
able
cofté-làp 97155 kinant
obAflieu de s'eftonner
de ces derangements de
la nature comme de prodiges
, il faut s'eftonner
au contraire que la forme
des enfans dépendant fi
fortde l'imagination de la
mere , il vienne au mondes
tant d'enfants par76
MERCURE
fait , c'eſt une preuve
que l'imagination
des
Daines eft plus reglée
que les hommes ne le
difent.
MERCURE,
II PARTIE.
AMUSEMENS.
exetex
LANONYME
d'Auxerre .
F
TE prens plaifir, Monfieur,
a m'informer de tout ce
quife paffe dans ma Province,
fai un amy à
2 A
Oct.
1711.
2 MERCURE,
Paris , qui me fournit quelques
Memoires , rarement
de chofes importantes , parce
que les grands évenemens
fant rares , mais d'une infinite
de minuties , qui toutes
raffemblées , ne laiffent pas
d'amufer la curiofité , fi elles
ne la contentent; fi je pouvois
me donner la peine de bien
écrire, je ferois vôtre Anonyme
pour une Lettre cha.
que mois : voyezfi mon ſtyle
negligé & imparfait vous
convient , carje ne pais vous
rendre ce fervice qu'à plume
courante, & quand je vous
II. PARTIE.
ห ม
promets un ftyle negligé , ne
vous attendez pas
negligé étudié , je ne veẞemble
point à ces Coquettes ,
qui affectent certains negtigez
qui conviennent à leur
taille , à leur air , à leur vifage
, qui font Jouvent
&
en def-habillé , parce que les
habits parez ne leur fiéent
point , vous aurez icy un nemode
glige de bonne foy , vray neglige
d'un parelleux , qui ne
feroit pas une rature pour
corriger une faute de conf
Je
truction , ni peut- être même
ane faute de bon fens ; dolla
2 A ij
MERCURE,
un
aßez de verbiage pour u
pareßeux. Commençons
à
vous tenir parole par une
petite avanture de vendangeurs
qui convient au Mercure
du mois d'Octobre , d'eft
auprés d'une petite ville de
Bourgogne que je ne nomme
point, parce que c'est une
avanture galante , & qu'en
nommant une petite ville
dans les Provinces on connoit
bientôt les
les perfonnespar
l'avanture
, pour peu qu'elle
fait veritable
circonftan
ciée , celle- cy eft arrivée naturellement
, comme je vais
II. PARTIE.
Vous la raconter.
DESENLYSEDEDI SESIODENSEDE
LES DEUX
WENDANGEURS.
allim
૧ -
૧,૨૭૨૩૪૬૬૭
SORCIERS
Rés d'une
PRES
d'une petite Ville
où l'on croit encore
aux Sorciers, il arriva deux
jeunes Vendangeurs qu'on
ne connoiffoit point dans
le Pays , l'un de ces deux
jeunes Payfans avoit un
vilage bazanné , petits
yeux enfoncez , & grands
2 -A iij
6
MERCURE
,
fourcils blonds- rouffatres,
en un mot , la phyfionomie
un peu enforcelante
comme l'ont témoigné
quelques
du Village.
vendangeuſes
Il y avoit dans ce Village
une Maiſon Bourgeoife
, où deux voiſines
faifoient vendanger quelques
vignes qui étoient
autour de leur Maiſon. Ce
fut dances vignes qu'une
jeune perfonne , fille de
l'une de ces deux Bourgeoifes
, vint avec fa mere
fe promener & voir venII.
PARTIE.
鳖
danger ; cette jeune fille
fut tentée d'une grappe
de raifin , tres appétiffan
te , qui pendoit à unfep de
vigne , au pied duquel l'un
de ces jeunes payfans ven
dangeurs avoit pofé fon
pannier , il portoit déja fa
ferpette à la grappe defirée
lorsque la jeune fille la
lui demanda , il ſe tourna
galamment vers elle, pour
la lui prefenter Mais
effet furprenant de forcellerie
, dés qu'elle en eut
mangé deux grains elle fit
un cri terrible , & fa mere
2 A iiij
& MERCURE,
qui l'accompagnoit
, en
fut fi furpriſe qu'elle vou
lut en fçavoir la caufe
mais la fille , au lieu de répondre
, fit un cri moins
fort , mais
usa
reux , & s'évanouit
dans le
moment , on la porta à la
Maiſon. Un moment .
aprés une de fes compagnes
, fille auffi jeune &
auffi jolie que l'autre,vint à
la vigne avec ſa femme de
chambre , elle alla par hazard
prendre quelque gra,
de raifin dans le canton
des deux vendangeurs
pe
HAPARTIE
Sorciers , elle fit un ery
comme la premiere &
qui fut fuivi d'un évanouil
fement à peu prés pareil ;
quelques vendangeufes
saffembloient déja à l'endroit
des évanoüiſſemens,
les deux vendangeurs ,
jeunes , gaillards & un peu
évaporez dirent qu'il ne
falloit pas s'étonner de ce
qu'on avoit vû , & qu'ils
avoient des ferpetes magi .
ques , qui donnoient au
raifin qu'elles coupoient
la vertu de faire évanouir
les filles qui en man10
MERCURE
*
geoient , fuppofé qu'elles
fuffent fages , & demanderent
excufe,difant qu'ils
n'avoient pas crû qu'il y
eût dans ce village-là tant
de filles à qui leur ferpette
pût nuire. Quelques - unes
des vendangeufes prirent
la choſe en plaiſantant
:
mais quelques autres cru
rent le fortilege , & ju
rerent qu'elles avoient
bien deviné à la mine des
vendangeurs que c'étoit
des forciers , & qu'elles s'y
connoiffoient bien : Pen--
dant ce temps - là les deux
II. PARTIE.
Sorciers fe glifferent derriere
une haye , & l'on a
dit depuis qu'ils avoient
difparu en l'air , leurs panniers
refterent, & ils étoient
pleins de ce raiſin enſorcelé
, on en fit manger aux
vendangeufes mariées
& effectivement elles ne
s'évanouirent point ; c'eft,
tout ce qu'on put faire,
alors pour verifier le fortilege
, car aucune des filles
n'en voulut manger,
difant qu'elles étoient,
fages mais qu'elles né
vouloient point être enforcelées.
:
12 MERCURE ,
Pendant que cecy fe paffoit
dans les vignes il y eut
une grande difpute entre
33
les deux meres des deux
jeunes évanotiies,l'une des
deux étoit pénétrante , &
plus foupçonneufeque cre
dule, l'autre étoit bonne &
bête au - delà de l'imagina
tion : La premiere alleguoit
avec beaucoup d'efprit, de
bonnes raifons contre l'e
xiftance des forciers , mais
la fuperftitieufe alleguoit
des faits de fa connoif
fance , & à des faits dont
on a été témoin , il n'y a
TI. PARTIE. 13
rien à repliquer. La fille de
chambre rufée pelerine
,
foutenoit qu'elle avoit vu
un forcier en la vie , &
mena les deux meres à la
vigne , difant qu'elle vouloit
éprouver le raifin
elles trouverent encor les
panniers pleins, & les vendangeufes
autour , la fille
de chambre
au premier
grain de railin fit trois
cris pour un , & fe deme
na comme une poſſedée ,
la mere credule fe déchaina
fur l'autre,lui foutenant
que leurs filles eftoient
14 MERCURE ,
ཐཱཔཏི
tres- fages , & l'autre en
convint par prudence ; car
elle n'avoit fuivi la fille de
chambre dans la vigne
que pour voir fi les ven-
7
dangeurs y étoient encor
Dés
que la fuivante
eut
fini la fcene de poffedée ,
elle affura qu'elle n'avoit
gueres fouffert , & les vendangeufes
fe piquant
d'honneur voulurent toutes
manger du raifin pour
prouver leur fageffe aux
dépens de quelques contörfions
At cela fit une efpece
de danfe de bac
b
·
II. PARTIE.
10
cantes , qui celebrerent
les vendanges affez plaifamment
: quelques jours
aprés la mere prudente
jugea que l'air du Convent
pourroit defenforceler fa
fille , & la mere credule
s'étant apperçue , je ne
fçay comment , que fa
fille avoit mangé du
raifin magique quatre
ou cinq mois avant les
vendanges , fut confeillée
de la marier à l'un des
vendangeurs qui la fou
haittoit parce qu'elle
étoit plus riche que luy.
16 MERCURE ,
Il n'eft pas befoin de
ous dire que ces deux
vendangeurs étoient deux
amans de ces deux jeunes
filles , qui s'étoient ainfi
déguifez pour tromper la
mere furveillante à qui
appartenoit la maifón.
Le premier effet de la
grappe fut naturel , car la
jeune fille , qui ne fçavoit
point fon amant en ce
Pays- là , fut fi furpriſe en
le reconnoiffant qu'elle fit
un grand cry , elle feignit
enfuite de fe trouver mal
pour juftifier le cri qu'elle
avoit
II. PARTIE 17
stems
avoit fait , enfuite fa compagne
fut furpriſe comme
elle , & la fille de chambre
qui avoit déja reconnu les
vendangeurs, courut à celle
cy, & lui dit à l'oreille de
s'évanouir , imaginant en
ce moment de tromper
par l'idée d'enforcelle
ment la mere credule , &
quelques vendageufes qui
avoient été témoins des
deux furprifes , la matoife
donna le mot aux vendangeurs
, pour appuyer cette
idée , ils s'évaderent enfuite
, & voila la magie na
How Oct. 1711. 2 B
18 MERCURE ,
turelle qui a donné lieu
aux fortileges des deux
vendangeurs forciers.
LE CORRESPONDANT
DE LA
GUINGUETTE.
LEsEs vendanges ont été
fi abondantes cette année:
qu'un payfan d'Argenteuil
a recueilli dans un feul demy
arpent de vignes quatorze
muids de vin , la
Pofterité biberonne aimera
mieux voir cette remarII.
PARTIE. 19
que dans nos regiſtres, que
l'époque du grand hyver,
& des débordemens d'eau.
Le vin ne vaut plus que
trois fols à la guinguette ,
& cette abandance me
fournira des memoirespour
les articles burlef
ques du Mercure,il ne me
fuffit pas d'avoir des Correfpondans
dans les pays
étrangers , & dans les Provinces
; j'en ai un tres affidu
les fêtes & Dimanches
affemblées de la
Courtille , Pentin , Vaugirard
& autres pays de la
aux
2 Bij
20 MERCURE ,
Banlieue:on y aprend nonfeulement
l'interieur des
familles bourgeoifes, mais
encore ce qui le paſſe dans
les grandes maiſons.
Baccus toujours fincere &
quelquefois malin ,
Se plait à publier le long d'un
grand chemin
Le foir au retour des Guinguettes
Les intrigues les plus fecretes
De l'artifan , du bas bourgeois
Il médit même quelquefois
De la plus haute bourgeoisie ,
II. PARTIE. ZA
Sa temeraire freneſter
Des plus qualifiez revele
les fecrets
.
#
Nefait-il pas parlerfervantes
valets ,
Des bijoutiers , des Reven-
Brandenfes
,let canal
des Ac-
Des Tailleurs
pa biga coucheuſes ?
9
Une Revendeufe , &
le valet d'un vieux Medecin
buvoient enſemble à
la grande pinte la revendeufe
fe réjouiffoit de ce
que la petite verole eſt
prefque finie dans Paris ,
22 MERCURE,
& le valet du Medecin s'en
affligeoit pour fon maître,
la revendeufe lui racontoit
à cetteoccafion les erreurs
de la plupart des femmes
fur tout ce qui peut apporter
dans une maifon l'air
de la petite verole , & cela
lui avoit fait grand tort ,
difoit- elle , car les Dames
croyoient trouver la petite.
verole jufques dans les
dentelles que je leur
portois. Cela n'eft pas fi
mal fondé , lui difoit le
car le mauvais air
4 +
valet ;
ſe met
dans
le linge
, dans
II. PARTIE. 23
les habits , dans les perru
ques , & voici ce qui eft
arrivé à mon maître .
:
Une bourgeoife jeune
& jolie craignant la
petite verole , comme
de raifon mais un peu
plus qu'une femme raifonnable
ne la doit
craindre , prenoit pour
petite verole la moindre
émotion , la moindre
vapeur , elle croyoit
à chaque inftant ſentir
la fiévre , & l'avoit
24 * MERCURE ,
peut-être de peur , elle
croyoit être prife, Son
mouvement premier
fut d'envoyer vîte au
Medecin : mais faifant
reflexion que les Medecins
portent avec eux ›
l'air de la petite verole,
elle refolut de fe paffer
de Medecin , on en fit
pourtant venir un, on le
conduifit d'abord dans
la chambre d'une fer
vante malade , en attendant
qu'on difpofe-.
roit
II. PARTIE. 25
roit la maitreffe à le
voir , & elle ne vou
lut abfolument point le
recevoir qu'il n'eût ôté
fa peruque & fes habits,
mais , lui dit- on , un
vieux Medecin depouil
lé vous fera encore plus
de peur que la petite
verole. Il eft vray , repondit-
elle , mais qu'il
prenne quelque
habit
dans la maifon . Il ne fe
trouva point d'habit
vacant ; le Medecin é-
Oct.
1711. 2 C
26 MERCURE ,
toit preffe ; on le travef
tit de ce qui fe preſenta
dans la chambre de la
fervante , de fa jupe , de
fon manteau & de fes
cornettes , dont on le
coeffa comme on put.
Dans cet equipage il
fut reçu de la bourgeoife
, & s'affit auprés
de fon lit pour lui tâter
le
pouls .
Il faut fçavoir que la
fervante étoit au lit de
fon côté pour avoir été
II. PARTIE . 27
excedée de coups par la
belle- mere de la bourgeoife
. Cette belle- mere
étoit une grand'femme
feiche, bilieuſe, accariatre
& brutale , qui affommoit
ſes valets pour
le moindre fujet , & elle
en avoit eu un effentiel
de battre la fervante :
auffi lui avoit- elle juré
qu'elle la mettroit fur
le grabat pour un mois ,
& lui avoit deffendu
d'entrer dans la cham-
2 Cij
28 MERCURE ,
bre de la bru . Quelle fut
fa colere en y entrant?
quand elle crut , trompée
par l'habit , voir
cette fervante affife au
chevet du lit ? Aveuglée
de rage elle court fur le
Medecin , qui ſe ſentit
prendre à la gorge , avant
que de fçavoir par
qui. Il fe debaraffa à
coups de poings de cette
enragée , & l'avanture
finit comme la fcene
d'Arlequin Lingere ,par
II. PARTIE . 29
un detignonement reciproque
de la belle- mere
& du Medecin. brea
Comme le Valet du Medecin
achevoit de conter.
l'avanture de fon Maître ,
arrive un bon
compagnon :
paye-nous bouteille ,lui dit
celui- ci. Non, dit l'autre ,
je fuis ruiné depuis que le
vin eft à bon marché , j'a
vois plus d'argent quand.
il eftoit cher , car je ne
buvois que de l'eau . Ce
propos de Guinguette fut
fuivi d'une érudition de la
2 Ciij
30 MERCURE
,
Chine , car c'étoit un garçon
qui avoit fort voyagé ,
& qui leur dit , à propos
de petite vérole , qu'elle fe
gagne par la refpiration ,
& cita là - deffus les Medecins
Chinois .
Il y a à la Chine des
Medecins plus habiles à
donner la petite vérole ,
que les nostres à la guérir
; ce n'eft point une
plaifanterie. Conime elle
eft mortelle
en ce païslà
aprés certains âges ,
II. PARTIE . 31
on va trouver le Medecin
pour la faire venir
pas
quand elle ne vient
naturellement
; & voici
comment les Medecins
la donnent : Ils recueillent
foigneufement
& en certains momens
de cette maladie
la fueur des malades
avec du coton ; ils enferment
enſuite ce coton
moüillé dans de petites
boëtes d'or , & le
confervent avec certai-
2 Ciiij
32 MERCURE ,
ne préparation , & l'on
met enfuite ce coton
dans les narines de ceux
qui veulent avoir cette
maladie , & l'effet en eft
fûr. Nos Dames craindroient
beaucoup ces
Medecins- là, car ils por
tent à coup fûr la petite
vérole dans leur poche.
Apres le voyageur un
autheur du Pont- neufvint
boire auec ces Meffieurscy
, & donna un plat de
fon métier.
II. PARTIE
33
Air original de la Guin-
Cguette , fur l'air , As
ه ت ف گ ه ب
reguingue.
VNOfficier à fon retour
S'en vint pour me parler d'a
mour:
Je me mis d'abord en defense,
Avance , avance , avance ,
avance
Avecton habit d'ordonnance.
Je fuis, dit il , jeune &
bien-fait ,
&
Fai de l'esprit du caquet ,
En amour la belle éloquence ,
Avance , avance , avance
avance
34
MERCURE
,
Avec ton habit d'ordonnance.
Je lui dis: Voftre beauparler
Ici vous fera reculer ;
Prés de may lafeulefinance
Avance , avance , avance
avance
Avecton habit d'ordonnance.
Il me dit : Je t'épouferai ,
Mille écus je te donnerai.
Je lui dis, Payez- les d'avance .
Avance , avance , avance ,
avance
Avec ton babit d'ordonnance .
Il n'a point d'argent le matois
:
II .
PARTIE. 35
Mais Ja bouche vers mon
minois
Malgréma bonne contenance
Avance , avance , avance
avance
Avec ton habit d'ordonnance.
Mon grand frere arrive
Joudain,
Qui tient une épée àfa main
Dont la pointe droit vers fa
panfe
Avance , avance , avance
avance
Avecton habit d'ordonnance.
Ce brave ne recule pas
36 MERCURE
Mais au contraire à trés
grands pas
Du côté de la porte avance
Avance , avance , avance
avance
Avecton habit d'ordonnance .
A propos d'air de
Pont- neuf, dit un garçon
Marchand
qui fe
trouva là , les Airs de
Lambert font charmans
, j'ai un de mes
amis qui en eft fou ; Il
chante des chanfons de
Lambert toute la journée
, la nuit même en
H. PARTIE . 37
rêvant, c'eft fa paffion .
Il eft dameret , galant ,
pincé,la perruque blonde
, les gands blancs ,
la cravatte à glans de
fayence ; nous l'enyvrâmes
à Chaillot Dimanche
dernier , il fe perdit
en chemin , & aprés l'along-
voir cherché
temps , nous l'entendimes
chanter ; nous courûmes
à la voix . Il étoit
tombé dans l'égoût :
mais il s'y trouvoit à fon
38 MERCURE ,
aife comme dans fon lit:
tout couvert d'ordure ,
fa perruque roide de
crotte , il reffembloit à
un fleuve noir : il s'étoit
accoté fur un tas d'immondices
qui formoit
en cet endroit de l'égout
une caſcade de boue liquide
, & là preſque
yvre-mort il s'egofilloit
de chanter.
Coule , murmurez
clairs ruißeaux ,
II. PARTIE. 39
Allez dire à Climenes
L'état où m'a mis l'Inbumaine.
Comme nous n'ofions
le toucher pour le
relever , tant il eftoit
boueux , nous luy paffâmes
deux perches
fous le ventre , & nous
l'enlevâmes tout brandi
pour le porter à ſon inhumaine
, qui étoit avec
fa famille au cabaret
prochain : L'un des
40 MERCURE ,
deux qui le portoient
étoit fon rival , & luy
joüoit ce tour pour en
dégoûter la maîtreffe ,
qui haiffoit les yvrognes
. C'étoit une fimple
bourgeoiſe qui ne connoiffoit
pas affez le
grand monde de Paris ,
elle croyoit que l'yvrognerie
étoit haïffable
dans un jeune homme ;
& comme elle étoit en
terme de fe marier avec
celui-ci , elle fut fort
affliII.
PARTIE. 41
affligée de le voir en cet
état ; la mere s'écria en
le voyant paroître , aht
je ne veux pas donner
ma fille à un homme
qui a fi peu de raiſon .
Il faut lui pardonner
, dit le pere , grand
difeur de bons mots
bourgeois , & qui aimoit
auffi à boire
quand le vin eft commun
la raifon eft rare ,
il n'eft deffendu qu'aux
femmes de boire , parce
Oct. 1711. 2 D
42 MERCURE ,
que quand elles ont une
fois perdu la raifon elles
ne la retrouvent jamais,
il faut qu'un homme
fage s'enyvre un moins
une fois en fa vie pour
fçavoir quel vin il a .
Aprés une tirade de
raifons auffi bonnes que
celles- là , il conclut que
le jeune homme yvre
feroit fon gendre , la
mere s'emporta fort ,
difant que fa fille étoit
plus à elle qu'à luy , &
IL PARTIE. 4 ;
qu'elle ne vouloit point
la donner à cet homme-
là ; toute la famille
prefente propofa un accommodement
entre le
mari & la femme , & on
convint que la fille qu'-
on fçavoit être trés cenfée
decideroit fur ce
mariage, & qu'elle choifiroit
des deux rivaux.
Le rival triomphoit
déja auprés de cette fage
fille , & n'avoit rien
oublié pour augmenter
2 Dij
44 MERCURE ,
l'horreur qu'elle avoit
pour l'yvrogneric : mais
elle en avoit encor plus
pour la mauvaiſe foy
elle fçavoit que celui-ci
étoit ami de fon amant,
& voyant qu'il l'avoit
trahi en l'amenant yvre
devant elle , elle fuppofa
qu'il l'avoit enyvré
exprés , & fe tour -a
nant vers lui , elle luy
dit tout haut en pleine
affemblée : Monfieur
j'aime encore mieux un
II. PARTIE.45
homme qui s'enyvre ,
qu'un homme qui trahit
fon ami. nov.
Le pere qui étoit bon
& franc comme le vin
de fa cave , loua fort la
décifion de fa prudente
fille , il éxagera la noirceur
d'ame d'un homme
qui fe fert du vin pour
faire tort à
quelqu'un ,
cela , difoit- il , eft contre
le droit des buveurs,
plus facré que le droit
des gens ; c'eſt pis que
46 MERCURE ,
de voler fur le grand
chemin car fi j'avois
confié la clef de mon
cabinet à un ami , &
qu'il me volât , quel
crime feroit- ce? & n'eſtce
pas donner la clef
de fon coeur à quelqu'-
un , que de s'enyvrer
avec luy?Celuiavec qui
je m'enyvre m'eft plus.
cher que femme & enfans
, entendez vous ,
ma femme , & voyez la
punition que je meriteII.
PARTIE . 47
rois fi je vous avois
trahi.Cela eft vrai, mon
mari , répondit la fem
me. Je conclus donc, repliqua
le mari , qu'on
me donne à boire , & je
boirai à la fanté du pau
vre enyvré , à qui je
donne ma fille pour pu
nir l'autre.
C'est à condition ;
reprit la fille , qu'il ne
s'enyvrera de fa vie.
Bien entendu , reprit le
mari , il fera comme
48 MERCURE ,
moy,plus je bois moins
je m'enyvre, buvons encorece
coup-ci, & qu'on
m'aille querir le Notaire
, je veux que ce repas-
cyfoit le commencement
de la nôce , &
qu'elle dure huit jours.
5
DE
LA
VILLE
LYON
1893
BIBLIO
THEEE
Unefaveur Lisette m'a proie ton amour ,Sur celle de Sil
Au son dema musette Tu dansois l'autre jour :
3.
vandre Tu
ne danserois pas Mais tudài .
XX
6 *
3
b
-gne l'entendre Non
tune m'aime
53
pas .Mais
pas
3′
1
OTHEQUE
BIBLIO
DEA
THE LA VILLE
YON
1893
•
PARTIE. 49
OUPLETS
en forme de Dialogue
fur le mefme chant
icy noté.
TIRSIS.
Une faveur , Lifette,
Ma prouvé ton amour :
Au fon de ma mufette
Tu danfois l'autre jour.
Sur celle de Silvandre
Tu ne
danferois pas :
Mais tu daignes l'entendre
,
Non : tu ne m'aime pas.
Octobre
1711. 2 E
so MERCURE
LISETTE.
Si j'entens fa mufette ,
C'est que fes airsfontguais.
Pour une chanfonnette ,
Quel vacarme tu fais !
Aforce de te plaindre
Tu me chagrineras :
Situ veux mecontraindre
Non , je ne t'aimepas
TIRSIS.
Pardon , belle Lifette,`
Fembraffe tes genoux ,
Mon humeur inquiette
Merite ton couroux.
II. PARTIE.
SI
1
Eft - ce à moy de me
plaindre ,
Fais ce que tu voudras ,
Si j'ay pû te contraindre,
Non je ne t'aime pas.
LISETTE.
Qu'un berger eft aimable
Qui fe foumet ainſi !
Te voyant raisonnable
Je le deviens auffi.
Je laiffe de Silvandre
La mufette & la voix ,
Je ne veux plus l'entedre,
Viens me mener au bois .
E ij
52 MERCURE
LES VENDANGES.
Sur le mefme air.
I. Couplet.
Dans la vigne àGlaudine
Vendangeurs y vont, Les
On choifit à la mine
Ceux qui vendangeront
.
Aux Vendangeurs qui
brillent
On y donne le pas :
Les autres ygrapillent ,
Maisn'yvendangentpas.
II. PARTIE.
$3
II.
Couplet.
Sur la fin de l'Automne
Vint un joli vieillard ,
Si la vendange eft bonne
J'en veux avoir ma part.
Cette prudente fille
Luy refpondit tout bas ,
Vieux Vendangeur
grapille
,
Mais ne
vendange pas .
Aux vignes de Citkere ,
Parmy les raifins doux ,
Eft mainte grape amere ,
2 E iij
54 MERCURE
N'en cueillez point pour
vous.
Ce choix pour une fille
Eft un grand embarras ,
La plus fage grapille
Mais ne vendange pas..
II. PARTIE. ss
Article
burlefque.
LE mot eft lafché , il
faut remplir mon titre ,
& fi je ne dis rien de
plaifant , il faut icy du
moins faire une petite reflexion
fur ce qu'on appelle
plaifanterie.
Un Philofophe qui a
eftabli fon Sisteme par
des arguments inconteſ
tables , ou par des demonftrations
geometriques
pcut à bon droit accufer
2 E iiij
56 MERCURE
de fauſſeté d'eſprit , ou
d'opiniaftreté celuy qui
ne fe rendra point à fes
raiſons : mais un autheur,
dont le Sisteme eft de
faire rire , aura- t'il droit
'de blafmer ceux qui n'en
riront point , non fans:
doute.
Un bon efprit fe feroit
tort s'il diſoit , après une
demonſtration claire , cela
n'eſt point prouvé ;
mais un bon efprit, après
avoir écouté de fangIL
PARTIE. ST
froid, les meilleures plaifanteries
, en fera quitte
pour dire en redoublant
fon flegme , cela ne me
paroift point plaiſant ;
cette refponfe feroit pourtant
bien piquante pour
ces faiſeurs de contes qui
vous difent d'abord je
vais bien vous faire rire.
A mon égard je vous
dis par avance vous ne
rirez point d'un conte
que je vais vous faire ,
car en effet je ne vous
$8 MERCURE
le donne point pour plaiſant
, & je prévois meſme
qu'il ennuiera ceux
qui ne font point dans le
gouft du ftile figuré , &
des fimilitudes orientales
.
Conte Arabe..
LE Calife Arbroun fut
comparé par les Poëtes
de fon temps à un arbre
prodigieufement grand ,
qui eftoit près de fon
chateau ; fes profondes.
II. PARTIE.
& vaftes racines, c'eftoit ,
difoient-ils , la puiffance'
du Calife folidement eftablie
; la tige eſlevée de
cet arbre portoit juſqu'-
aux nues une tefte fuperbe
, le Calife avoit
l'efprit fublime ; la teſte
de cet arbre étoit ornée
de fleurs & de fruits , ce
Calife eftoit gracieux &
bienfaifant , en un mot il
n'avoit de deffaut qu'une
noire melancolie , qui
obfcurciffoit le brillant:
60 MERCURE
de fon efprit , mais pour
diffiper ces nuages melancoliques
il avoit fait
fon amy d'un Filoſofe
qui fçavoit égayer la Filofofie
par des morales
réjoüiffantes
, & par des
folies censées ..
و د
Le Calife Arbroun difoit
que l'efprit de l'homme
eftant encore plus
maladif que fon corps ,
un bon Filofofe eftoit
auffi neceffaire auprès.
d'un Prince qu'un bon
11. PARTIE. 61
Medecin. Un jour eſtant
feul avec le Medecin de
fa melancolie , après une
réverie profonde , & regardant
l'arbre qu'on luy
comparoit , il s'écria tout
à coup : Arbroun , Arbroun
, tu attriſte tes
amis par ta melancolie ,
comme cet arbre toufu
attrifte en les ombrageant
les arbres qui l'en
vironnent , puis fe tournant
vers le Filofofe :
Ecoute, amy , luy dit- il ,
62 MERCURE
je te promets une bague
chaque fois que tu pourras
me faire rire . Bon ,
reprit le Filofofe en ſecoüant
la tefte , je ne gagnerois
pas avec vous en
dix ans dequoy orner un
de mes doigts , j'auray
beau plaifanter , vous ne
rirez jamais; ce ſera quelquefois
ma faute, & quelquefois
la voftre , mais
vous jugerez de mes bons
mots felon voftre mauvaife
humeur, & je n'auII.
PARTIE. 63
ray point de bague .
Hé bien , reprit le Calife
, toutes les fois que
tu pourras me prouver
que c'eft ma faute de n'avoir
pas ry de tes plaifanteries
, je te les paieray
comme bonnes , mais il
faudra me
prouver par
raifon
que j'aurois
deu
rire. Vous me reduifez
à l'impoffible
, dit le Filofofe
, je puis bien prouver
par raiſon qu'un bon
mot eft raifonnable
, mais
64 MERCURE
quand on pourroit prouver
qu'ileft rifible , on ne
prouvera point à un homme
qu'il a tort de n'en
pas rire. Voyons pourtant
, continua le Filofofe
, fi vous rirez de ce que
ma conté ce matin la fille
de chambre de cette
veuve , dont le mary
mourut hier, c'eſt la veuve
de voftre maiſtre
d'Hoftel. Vous fçavez
qu'elle fe picquoit d'eftre
la plus tendre épouſe du
pays ,
II. PARTI E. 65
pays , & par confequent
elle va fe picquer d'eftre
la plus affligée veuve qui
fut jamais. Hier après
avoir , en preſence de fa
fille de chambre , épuisé
fes larmes & fa douleur,
elle s'enferma feule pour
pouvoir en liberté laiffer
repoſer ſon affliction &
eftudier le role d'affligée
- qu'elle a refolu de fouftenir
. Elle cherche dans
fon miroir tous les airs.
& les changements de
Octobr
.
1711. 2 F
66 MERCURE
viſage qui peuvent convenir
aux larmes qu'elle
répandra ; car elle compte
que les larmes ne luy
manqueront pas . De toutes
ces grimaces d'affliction
qu'elle eſtudioit au
miroir , une entre autres .
luy parut fi plaifante à
elle- mefine , qu'elle ne
put s'empefcher d'en rire
: après avoir un peu
ri elle recommença fon
eftude, autre grimace qui
luy parut encore plus
II. PARTIE . 67
plaifainte, il luy prit alors
des éclats de rire fi violents
& fi continus que
je croy qu'elle rira tant
qu'elle fera veuve .
Ce recit accompagné
des grimaces de la veuve
que contrefit le Filone
fit pas feulefofe
,
ment
fourciller
le
Calife..
Le Filofofe bilieux.
& colere eft picqué au
vif, il redouble de bons
mots , on n'en rit point ,
il plaifante de rage , &
2 Fij
68 MERCURE
*
par de vives fecouffes il
veut ébranler le Calife
comme un voyageur
altré
qui voudroit atraper
une poire , s'efforce
d'ébranler à fecouffes reiterées
le poirier dont il
defire ardemment
le
fruit ; mais le Calife eft
inebranlable , le Filofofe
eft outré , & cette colere
outrée dans un Filofofe
qui veut faire rire, devoit
avoir fon effet , mais le
Calife en fourit à peine,
1. PARTIE. 69
& faire fourire ne fuffiſoit
pas pour gagner la
bague. Dans le moment
une volée ou pluftoft une
épaiffe nuée de corneilles
vint fe repofer fur ce
grand arbre à qui nous
avons comparé le Calife .
Je vis hier ces meſmes
corneilles
, dit impromptu
le Filofofe , elles penſe
rent defefperer un brutal
diftrait, qui voyant cette
nuée de triftes oiſeaux
noircir les fruits & les
Fiij
70 MERCURE
fleurs d'un fi bel arbre ,
s'irrita d'abord , & oubliant
que cette tige eft:
groffe comme une tour ,
voulut dans fon premier
mouvement fecouer ce
gros arbre comme un
jeune poirier .
Imaginez - vous cet extravagant
occupé du defir
de faire envoler ces .
corneilles , tranfporté de
colere contre elles il
redoubloit fes fecouffes:
en fe meurtriffant le dos
II. PARTIE. 70
contrele tronc de l'arbre,
comme nous voyons les
petits enfans en colere ,
frapper du poing la muraille
qui leur a fait une
boffe au front ; le recit
pas
que je vous fais n'eſt
rifible , mais je ne pûs jamais
m'empefcher
de rire
en voyant la chofe en
original
. Je croy que j'en:
eufle ri comme toy , dit:
le Calife
, fi je l'euffe veu..
Vous deviez donc rire
en me voyant en colere ,
72 MERCURE
vouloir par des fecouffes.
de plaifanteries reiterées.
chaffer de voftre tefte les.
noires corneilles , c'eſt-àdire
, les foucis & les chagrins
qui vous offufquent.
Je t'entens , dit le
Calife , en tirant de fon.
doigt une bague , tu me
prouve que je devois rire.
en voyant ta colere , ainſi
tu as gagné la bague..
C'eft de ce conte qu'eft
venu le Proverbe Arabe
qui dit à propos desgrands.
II. PARTIE. 73
grands Seigneurs , que .
leur grandeur & leurs
foucis accablent de melancolie
, Ils ont une vclée
de corneilles dans la
tefte.
On meredemande des
queſtions il faut en redonner.
QUESTION.
Si l'on peut en mefme
temps aimer & n'aimer
pas..
Cette Queſtion bizare
peut donner lieu à des
diftinctions captieuſes ,
Octobre 1711 2 G
74 MERCURE
& dans le gouft des pensées
Italiennes qu'on ap
pelle concetti , & que les
efprits naturels méprifent
, comme Lully méprifoit
les fonates bizares
qui faifoient de fon temps .
les delices de la Mufique
Italienne .
Lorfque
les chants
fimples & naturels ont
efté épuiſez par la quan
tité des Compofiteurs
dont la France fourmille,
on a eu recours aux caprices
, cantates , fonaIE
PARTIE . 75
a
tes , & c . qui contiennent
toutes finon , des
beautez , au moins de la
nouveauté , & c'eft tousjours
quelque chofe.
On pourroit dire en un
fens que les ouvrages
d'efprit font à preſent à
peu près au degré où la
Mufique eftoit du temps
de Lully , les grands deffeins
, les beaux fujets
les caracteres naturels ,
& les pensées fimples ,
tout a efté fi rebattu , fr
retourné , qu'on en eftoit
J
2 G ij
76 MERCURE
las dès ce temps- là , on
en eſt encore plus las à
preſent ; on- lit les meilleures
pieces , comme on
écoute les meilleurs concerts
, fans attention &
fans plaifir , c'eſt- à- dire
fans ce plaifir vif que
donnoient les beaux morceaux
quand ils eftoient
plus rares.
Jamais on n'a mieux
écrit ny mieux chanté ,
& jamais on n'a efté
moins piqué , moins remué
par les beautez des
II. PARTIE . 77
ouvrages d'efprit & de
la Muſique , c'eſt l'effet
naturel de la fatieté , l'abondance
degoufte , mais
on veut pourtant de l'abondance
par habitude ,
par vanité , on ne laiſſe
pas de fouhaiter ce qu'on
goufte mal , mais on ne
le defire point
.
Cette diftinction entre
fouhaiter & defirer
me fournit , par paren,
thefe , une autre queftion
.
24 G iij
78 MERCURE
QUESTION.
Quelle difference y a - t'il
entre Jouhaitter &
defirer.
Revenons à noftre mufique
, il eſt conſtant que
le gouſt Italien meſlé au
gouft François , l'a rendu
plus vif & plus picquant.
Peut - eftre auffi qu'une
petite dofe de concetti
Italiens, rechaufferoit nos
ouvrages d'efprit , qui
auroient paru froids fans
doute aux Arioftes , &
aux Bocaces , la difficulII.
PARTIE. 79.
té feroit de ménager ce
fel picquant avec prudence
fans fortir des bornes
que nous preſcrit la
belle nature ; mais les
connoiffons - nous .ces
bornes , chacun prend
pour elles les bornes de
fon efprit, & tel qui n'eft
capable que d'une fimplicité
baffe & bornée ,
croit que tout ce qui s'éleve
au deffus , n'eft pas
dans la nature ; cecy me
fournit encore une autrequeftion
.
2 G iiij
80 MERCURE .
QUESTION.
Qu'est - ce que c'est qu'une
penfee naturelle.
ΕΡΙSTRE
chagrine.
Sur le mot de l'Enigme
qui eft le MELON .
Es Melons ne valent
rien fur la fin de l'Autom
ne , à peine puis je les fouffrir
en plein Efté : que je
fuis ndigné de le voir comparé
au vin : le vin eft le
fymbole de la fincerité , le
melon eit le fymbole de la
tromperie , le vin donne du
II. PARTIE . 8t
courage , le melon ne donne
que de la crainte .
Quand il grefle quelle frayeur
A-t- on pourfon palais de verre :
Quand on l'achette on a bien peur
De ne trouver en luy qu'unfade
gouft de terre.
Dans un eftomac rapporteur ,
Des nez il devient la terreur :
Quand onle mange on a la crainte
D'eftre tourmenté d'une épraintes
Toujours crainte, terreur,frayeur,
Dans cefruit pefant & trompeur,
Eny révant tantoft je craignois
la migraine :
Maudit foit le fruit & lagraine,
L'autheur de l'Enigme & le nom
De mon ennemi le Melon.
82 MERCURE
L'APOLOGIE
du Melon contre le vin .
Au Melon doit ceder lab ae
chique liqueur,
Plus delicieux qu'ambrofie ,
Jamais on ne le falfifie ,
Jamais Melon fumeux n'entefta
fon mangeur.
En nous rafraifchiffant il guerit
la migraine:
Beni foit le fruit & la graine ,
L'autheur de Enigme , & le
nom
Demon cher amy le Melon..
11. PARTIE
83
ENIGM E.
MAfroideur eft fans borne
avec mes ennemis ,
Fay de l'ardeurpour mes amis,
C'est pour eux feuls que je refpire
,
Je les entretiensfans rien dire ,
j'èfoulage leurs maux, je calme
leurs ennuis ,
Je m'eftonne qu'eftant auffi peu
que je fuis ,
Foccupe tant de bonnes teftes ;
Tel qui fit de grandes conqueftes
Dins l'efprit qui m'anime a
puiséfon confeil;
84 MERCURE
la
cer-
Tel
s'endort avec moy
velle troublée ,
Qu'on trouve fage à ſon reveil
,
Et tel dans certaine affemblée ,
Sur table me voyant doublée
& quadruplée ,
Pour me mieux deviner me
touchant de la main ,
Reve à moy jufqu'au lendemain.
THEQUE
ELA
VILLE
DE
MERCURYON
III PARTIE.
1893
*
PIECES FUGITIVÉS.
****************
LETTRE A DEUX
Dames pareßeufes,parfeu
Monfieur P....
J
E fçai , Madame , avec
quelle aufterité vous
pratiquez la Regle de vôtre
Bienheureuſe Parcffe ;
& que pour tous les biens
3 A
Oct.
1711.
MERCURE ,
du monde vous ne vou
driez violer le voeu de
pas
faineantife que vous avez
fait entre mes mains, auffi
n'eft- ce pas pour vous le
faire rompre que je vous
donne la fatigue de lire
celle- ci , mais feulement
pour vous délivrer
de
quelques fcrupules , dans
lefquels une pareffe fuperftitieufe
comme la vôtre,
pourroit nous faire tomber.
Quoiqu'une bonne pareffeufe
Ne connoiffe point d'autre
bien
IIE PARTIE .
Capable de la rendre beushy
www absreuſe
, abreuſe , baga
Que celui de ne faire rien ,
Elle peut toutefois étant bien
582re ason wife ,
Gifant dans une bonne chaiſe,
Ou la tête fur fon Chever,
Permetre qu'un Galand la
the cajolle & la baife ,
Pourvû que le baiſer foit
modeste diferet ,
Et que le cajoleur lui plaife.
Quoique l'indolence &
la faineantife foient les
principales vertus de vôtre
tranquille profefſion ,
3 A ij
MERCURE ,
neanmoins en toute fûre
té de pareffe vous pouvez
recevoir des Billets doux
avec plaifir , les lire avec
attention , les ferrer avec
foin , pourvû que vous n'y
répondiez que rarement ,
fi ce n'eft lors que leftile
vous plaît.
ร
/ 30D
Quoyque l'employ foit aßez
doux ,
C'est fans doute trop entreprendre
Que de donner un rendezvous
,
Et fe charger encor dufoncy
ITI PARTIE.
de s'y rendre cutou
Mais fi l'occaſion vous vient
sub estaſter lespouxcvboat
Innocemment s'entend , c'eft
3996furife entre nous
v
De ne fe pas donner la peine,
2019 desla prendre, pobr
Sinusi sup zaol ha
Car je crois, Mcfdames,
que vous fçavez que de
toutes les occafions qui
font au monde , il n'y a
que celles de l'amour qui
ne font point chauves , &
que cela fut ainfi ordonné
l'amour même en faveur
de la pareffe fon
3 A iij
par
6 MERCURE ,
ayeule maternelle , de peurs
qu'elle & les fiens ne fuffent
privez du plaifir de
ces fortes d'occafions , s'il
y avoit tant de peine à les
prendre..
Aller au devant d'un amant
Contrefaire la langoureuſe ,
Et minauder à tout moment
Pour paroître plus gratieuſe ,
C'est un métier assurément
Indigne d'une pareffeufe :
Mais refifter obftinément à
Aux douceurs d'une ame
amoureuſe ,
Et ne vouloir pas feulement
III PARTIE. 7
Confentir qu'on vous rende
heureuſes
Aimer mieux éternellement )
Eftrefeule trifte & rêveuſe ,
Que fuivre la pente joyeu
fe
Defon propre temperament ,
Cette vie à mon jugement
Eftôt ou tard bien ennuyeuſe
Et troppenible affarements
Pour une jeune pareſſeuſe.
J'avoue que dans les
ftatuts de la pure nonchalance
il eſt expreſſement
défendu àtoutes celles
qui comme vous veu-
3 A iiij
8 MERCURE ,
lent vivre & mourir fous
les douces loix d'une rigoureuſe
pareffe , de quelque
taille,beauté & condition
qu'elles puiffent être,
d'avoir jamais dans tout le
cours de leur vie aucun
foin de leur ménage pattache
pour leurs maris ou
inquietude pour leurs enfans
, femblablement de
faire en quelque temps
que ce foit des vifites de
devoir , de ceremonie ou
de parenté , bref de ſe mêler
d'autre chofe dans le
mõde que de ce qui ſe fera
III. PARTIE. 9
entre les murailles de leur
chambre ; cela n'empêche
pas toutefois qu'une veritable
faineante
, fans enfreindre
fon obfervance ,
ne puiffe fe fervir du privilege
accordés de tout
temps à la moleffe de fon
fexearen
moi !
ciaba col con
Si quelqu'un diafon gré
vient luy faire la
cour ,
Rien ne Loblige alors d'être
fort rigoureuſe.sh
Quand on ne fait rien que
l'amour
10 MERCURE ,
On n'en est pas moins paref
jeuſe.
Voila , Mefdames , les
fcrupules qui auroient pû
affurément vous faire de
la peine , étant auſſi pareſfeuſes
, auffi jeunes & auffi
faines que vous l'êtes , fi
la charité que l'on doit
avoir pour ceux de fa fe
&te ne m'avoit fait fortir
de la profonde oyfivetél
où je fuis
fuis pour accommoder
, fuivant la veritable
explication des maximes ,
les plaifirs de vôtre âge
III.
PARTIE .
& les devoirs de vôtre
profeffion. Adieu , je m'endors,
ors,aaiinnffii ffooiitt de vous.
JLA LIBERTE.
Cantate nouvelle..
DE l'Or & de l'Argent le
charme infurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté : !!
Mais je pretens chanter un
bien plus eftimable ,
C'eſt l'innocente Liberté.
12 MERCURE ,
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde à mes de
rs
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaifirs .
O douce liberté, qui peut
goûter tes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de fon ardeur ,
Son coeur n'eft point touché
du foin de la grandeur
Il fçait en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler ſon
III. PARTIE. 13
bonheur ,
Jamais en difputant un
chimerique honneur
16
Un rival préferé ne fit
couler fes larmes.
O douce liberté, qui peut
in goûter tes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de fon ardeur.
Dans un état toûjours
tranquile
Il voit , fans fe livrer à leurs
indignes fers ,
La baffe flatterie , & la
crainte fervile
Prendre foin d'avilir les
14 MERCURE,
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers ofte
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile,
Nous prefenter fes bords
de naufrages couverts ,
Et fon indépendance eft
comme unfûr azile
Quile met à l'abri des plus
fameux revers
.
C'eſt ce qu'en nos bois
l'oyfeau chante
En fuyant la captivité ,
Liberté , liberté.
III. PARTIE. is
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeur est toujours agité.
Eft- ce le bien qui nous
contente ,
Et vaut-il tous les foins
2010 dont il eft acheté ?
Liberté , liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyfeau chante.
3
Jufqu'où la liberté portet
-elle fes droits ?
A table qui fuit d'autres
loix
Languira dans le plaifir
même ,
Quoiqu'on trouve à s'y
16 MERCURE
,
voir une douceur extrême
,
Un repas
n'a rien de char-
"
mant
Quand
on s'y contraint
un moment.
Fuyez
, fuyez
tendre
ef
calclavage
;
Pour mieux reffentir
l'a .
vantage
De fe trouver
en liberté .
Il faut être échapé du funefte
naufrage
Que l'on fait en fuivant
une ingrate
beauté .
Ma
III. PARTIE. 17
Mais ô prefent du Ciel ,
que même l'innocence
Ne peut nous affûrer dans
la jeune faifon !
Tout t'attaque à la fois ,
le fçavoir, l'ignorance ,
Les moeurs , les préjugez
les fens & la raiſon ,
Tout s'empreffe à l'envy
de nous donner un
Maître ,
Si le faux honneur ne peut
l'être,
Le plaifirs nous foûmet
par
de
trop
traits ;
forts at
Si le plaifir manque d'a-
3 B
Oct.
1711.
18 MERCURE ,
morce , roje
L'intereft avec plus de
force
Affervit nos coeurs pour
jamais.2003 ob I
203100
1
La liberté qui nous appelle
Ne s'offre point fans les
plaifirs :
Mais on n'y peut courir
fans elle
Qu'ils n'échappent à nos
defirs .
Sous le nom du devoir que
d'égards fur la terre
Nous rendent l'un de l'auIII.
PARTIE. 19
tre efclaves malheu
*** reux !
L'opinion nous livre une
éternelle guerre
,
Et de tous nos liens c'eft
le plus rigoureux.
Que d'écueils , que de naufrages
Menacent la liberté !
Mais regagnons les riva
ges
Laiffons gronder les orages,
Dont je me vis agité
Que les autres rendus fagestos
Par ce bien que j'ai chanté
3 B ij
20 MERCURE,
1
Connoiffent les avantages
D'en jouir en fûreté.
*****
LE PHENIX,
VAIRODE 201
Nouvelle Elegie.
JE
290 N
E ne puis refifter à mon
ardeur extrême ,
Souffrez donc belle Iris ,
fouffrez que je vous
aime ,
Si d'un amant trop.vieux
yous mépriſez l'ardeur,
Il faut me preparer à mou
brir de douleur
IHS PARTIE. 21
Je mourrai , volontiers , il
ne m'eft pas poffible ,
Avant que de mourir , de
vous rendre fenfible
Trop heureux ! moy , qui
fuis un Phenix en
amour ,
Si de ma cendre auffi je
renaiffois un jour o
Et plus jeune & plus beau,
faurois lieu de prenov
Sustendre fold
A mon tour , belle Iris
de vous voir le accur
tendre on znal
Vous ne me verriez pas
2 inconftant & legerg 20
22 MERCURE , )
Et je ne fongerois jamais
4 à vous changer.skup
Que de douceur pour
yous , de marques de
v tendreffe ; op 20
Que de plaifir , pour moi ,
de revoir ma Maîtreffe ,
Etc lui trouver un coeur é
tout plein d'un nouveau
modo feu,
feugi
Vous m'en feriez , Iris
bien-tôt un tendre
chi olibaveunez neut
Je vous appellerois des A
deux noms , que fugprotingeret
gere
stop
Ce perip Dieu des coeurs ,
III PARTIE
232
que partout on revere ,
Quelquefois mes foupirs.
vous apprendroient
ab tout bas
Ce qu'en l'âge où je fuis ,
je ne vous dirois
louispas.
Ah ! que nous menerions
une agreable vie :
Mais mon bonheur helas !
feroit digne d'envie
Si comblé de plaifirs &
content de mon fort ,
A ſoixante ans paſſez en
Phenix eftant mort ,
Une feconde fois je renaiffois
encore ,
24: MERCURE
,
Beau , jeune , & digne
enfin de celle que.
j'adore .
[
II . PARTIE. 25.
PIECE NOUVELLE
fur un coup d'Hombre
extraordinaire.
A LA FORTUNES
Reproche.
Hparbleu c'en eft trop,
Fortune ,
Tu me pouſſes trop vivement
:
s'e-
Quoy j'effuyrai par tout
ta pourfuite importune ?
Tes caprices fur moy
xerceant conftamment ,
Je fouffrirai dans le filence?
3 C Oct. 1711.
26 MERCURE,
Non, non, c'eft trop longtemps
me faire vioshannolence,
Je veux de tes rigueurs me
plaindre hautement ;
Ce n'eft pas toutefois qu'-
3 un indifcret murmure
Veuillez reveler tous tes
coups :
Non je n'éclaterai dans
mon jufte corroux
Que fur ma derniere avanture.
Hier au fortir d'un dîné ,
Point prévû , point ima
7
giné,
III.
PARTIE. 27
Et par la même encor plus
Solv agreable ,aqmnaa
Oùpar d'excellens mets &
du vin delectable ,
Mon débile eftomac fe
kap a crût affaffiné , Chipa o
Des convivessjoyeux , les
tas têtes affoiblies ,
Par de bon caffé rétablies,
On vint me porter un
Avevocartel
200
Pour un de ces combats
inconnus à nos peres ,
Dont
aujourd'huy
l'ufage
eft tels, truc
Qu'il oppofe fouvent, frere
à fours , foeurs à frere ;
3 C ij
28 MERCURE ,
Une repriſe d'Hombre enfin
Pour fortir de l'allegorie.
J'acceptai le défi , bientôt
le fort malin m
Sur mon jeu s'abandonne
avec tant de furie !!
Que j'en perdois dix mille
¿^ au quatorziéme tour ,
De pareils accidens éprouvez
chaque jour ,
Depuis long-temps món
ame eft peu furpriſe ,
Jufqu'au vingtiéme coup
nous pouffons la repriſe.
Je concevois alors quelque
}
III
PARTIE 29
efpoir de retour :
Mais trois bêtes confiderables.
com
Queje vis échapper à mon
preffentiment
M'infpiroient contre l'Hō
bre un tel reffentiment
Que je donnai le jeu cent
fois à tous les diables.
Ce fut bien pis au dernier
coup ,
Il étoit gros & je perdois
beaucoup ,
Double raiſon qui rend les
as noirs defirables :
Mais helas on a beau ,
quand on eft en malheur,
3 Ciij:
30 MERCURE ,
D'unyou fecret redoubler
la ferveur ,
Mêler , pefter , jurer, ou ſe ·
2 mettre en priere ,
La feule patience eft alors
de faifon .
Le Ciel d'un malheureux
adoucit la mifere :
Mais il eft fourd avec raifon
Aux cris d'un Martyr volontaire.
Je reviens au fujet qui caufe
ma colere.
J'avois à ma droite un
joüeur
En projets férieux , toûjours
plein de bonheur :
III. PARTIE. 31
2.
Mais je ne fçavois pas que
pour lui fi fidelle ,
Dame fortune en fa faveur
S'amufat à la bagatelle .
Je l'éprouvai le tiers , le
jouant en premier ,
Fait une bête de trois mille ,
Il donne enfuite , Iris , des
im trois la moins habile ,
Veut jouer , j'y confens :
mais nôtre heureux
dernier
Se fait affez long- temps
attendre ,
Hefite , rêve , enfin force
Iris au fans prendre ,
Iris lui cede,il nome coeur ,
3 Ciiij
32 MERCURE ,
Je portois de cette couleur
Manille quatrième
par
Roy , Dame & le
cinq,
Iris m'en laiffe juftement
Cinq , que je prens de fa
main même :
Mon port étoit tout fait ,
ainfi dans le moment
Je le jette fur ma rentrée .
Mais du talon à peine Iris
l'a féparée
Qu'elle court la reprendre
, & veut m'en
laiffer fix ,
Le tiers , avec raiſon , dit
que j'ay déja pris ,
III PARTIE. 33
Qu'il n'eft plus temps , Iris
convient de fa mépriſe ,
S'appelle de cent noms
s'accufe de bêtife
Enfin , aprés un peu de
bruit pape
Iris n'en prend que fept des
huit ,
Et dans lécart met la derniere
,
J'ay déja dit qu'Iris étoit
premiere ,
Elle joue un bas pique , &
me dit , j'ay le Roy.
J'ouvre ma rentrée & j'y
voy
Un trefle , un fix de coeur ,
34 MERCURE ,
qui faifoit le cinquiéme ,
Et Dame de pique troifiéname
; & mal
Je l'employe , elle paffe , &
le tiers en pâlit
fl
Alors voyant l'Hombre en
cheville M
Je fais à tout du plus petit
En fupofant qu'Iris avoit
Baſte , ou Spadille :
De cette fuppofition
Avec un peu d'attention ,
La raifon à trouver n'eft
www.pas fort difficile ,
Et même l'examen n'en eſt
pas inutile.
Iris qui la premiere avoit
voulu joüer
III. PARTIE. 35
En ayant perdu l'efpebilan
sugrance SAMA, KE
N'en avoit pris que ſept :
s or cette circonftance
(J'en appelle aux Joueurs
£ x qui voudront l'avoüer ) ›
Ne laiffoit - elle pas au
moins quelque appa.
rence
Qu'Iris avoit un Matador ?
Sur mon bas coeur joüé ,
l'Hombre force du
ape Ponte ,
Iris jette du trefle , & j'en
crois mieux encor
Qu'elle a Spadille , ainfi je
compte ,
36 MERCURE ,
Bafte cinquiéme à l'Hombre
, avec un Roy gardé ,
Et l'éclairciffement n'en
fut pas retardé ,
C'étoit le Roy de trefle
il le joue , il luy paffe ,
Il en rejoue encore le fix ,
Moy je coupe du cinq , &
crois le coup remis ,
F
5
Je fais à tout du Roy , le
Baſte fort de place ,
Iris gagne , le tiers fait à
tout du Valet ,
J'y mets la Dame , & felon.
mon fouhait
Je me vois quatre mains ,
( car aucune avanture
III PARTIE. 37
1
Ne fçauroit m'enlever une
Manille fûre )
L'Hombre a déja trois
mains , & tient entre les
doigts
Le quatre , le deux & le
trois ,
Je joue un pique, il prend ,
fait à tout Iris gagne ,
Je prends de la Manille ,
& nous montrons
nos jeux ,
L'Hombre étale fon humble
deux ,
Moy, le quatre de pique ,
& d'une main profane
Iris montre un Roy de
38 MERCURE , I
carreau.LL
Qui me confond , me gla-
2 ce.... oui l'aſpect d'une
Bourreaust
Surprend moins l'innocent
, que la brigue
moon condamne ,
Que je ne fus frappé d'un
malheur fi nouveau
:
Spadille quelquefois zuſel
trouve la treizième ,
Mais peut -on du talon détacher
la huitiéme ?
Non ce bizarre coup pour
moyfeul refervé
N'étoit point encore arrivé
,
IIL PARTIE.
39
De la faute d'Iris , complice
trop certaine ,
pour toûjours fois
fûre de ma haine ;
C'eſt trop long - temps
Fortune
exercer contre moy
Des rigueurs que mon
coeur fupporteroit à
peines
D'un Dieu plus aveugle
que toy.
40 MERCURE,
|
A MADAME DE..
pour Dodo fa Doguine.
Cette chere Dodo , cette
aimable
Doguine ,
L'objet de vos plus doux
transports , C
N'eſt point , Iris , une machine
,
Comme Deſcartes l'imagine
,
Dont l'inftinct feulement
fait mouvoir les
refforts ;
EcouIII.
PARTIE. 4t41
Ecoutez un récit fidele
De tout ce que mes yeux
ont vû ,
Un tel fpectacle eut con
fondu
Le Philofophe & fa fequelle
,
En vôtre abſence ce matin
Je faifois à Dodo mille &
mille careffes ,
Et paffant fur la tête une
flatteuſe main ,
Je joignois ce difcours à
toutes mes tendreffes :
Dodo , que vôtre ſort eſt
doux !
3 D Oct.
1711.
42
MERCURE
,
Le plus charmant objet
qui foit dans la nature ,
Iris , pour qui nous brûlons
tous
D'une ardeur fi tendre &
fi
11 pure ,
Iris n'a
d'amour que pour
vous ,
Vous plaiſez à fes yeux ,
vous la voyez fans
ceffe ,
Et fans redouter fon cour
roux
Vous luy marquez vôtre
tendreſſe
,
Quel mortel & quel Dieu
n'en feroit point jaloux ?
III. PARTIE. 43
Ha ! fi ce Jupiter que nous
vante la Fable ,
Eftoit un immortel & le
Maître des Dieux
Il feroit defcendu des cieux
Pour jouir d'un deſtin ſemblable
,
Ce puiffant Dieu de l'univers
,
Qui fouvent pour quelques
mortelles
Prit tant de changemens.
divers ,
Se fût fait Doguine pour
31
elle ;
Qu'il eut vêcu content
dans de fi beaux liens ,
3 D ij
44 MERCURE ,
Mais fans raifonnement le
Ciel vous a fait naître ,
Et vous a prodigué des
biens
Que vous ne pouvez pas
connoître ,
En prononçant ces mots
je demeurai furpris
D'une metamorphofe étrange
Qui me coupa la voix &
troubla mes efprits ,
Dodo s'enfle , s'éleve & fa
figure change ,
Un éclat merveilleux brille
mobo de toutes parts,
Dodo n'eft plus une doIIL
PARTIE. !
f
-
45
mavooguine , MM
Elle paroît à mes regards
Sous les charmans appas
d'une beauté divine.
Arrête, me dit- elle , & connois
mon pouvoir ,
Je fuis Fée , & l'on fçait
quelles font nos merveilles
,
On fçait par tout que mes
pareilles ,
Sous des déguiſemens foùvent
fe laiffent voir :
Je préfide aux appas , c'eſt
mon foin ordinaire
De difpenfer le done de
plaire son
46 MERCURE ,
Heureux à qui je le dépars .
C'eft moy qui fçut rendre
fi belles
Les S*** & les V** ¸
Qui de tous les humains
enchantent les regards,
Parmi les beaux objets en
qui de ma puiffance,
Brillent les merveilleux effets
,
Iris eft un des plus parfaits,
Je fus prefente à fa naiffance
Ma main prit foin de luy
former
Tous les traits d'un charmantvillage
,
III. PARTIE. 47
Efprit , douceur , preſent
qu'on doit plus eftimer :
Enfin elle reçût un parfait
* affemblage
De tout ce qui peut faire
aimer ;
Ah ! fi le Ciel avoit fecondé
mon
ouvrage
Ill'auroit
élevée aux fuprêmes
grandeurs
:
Mais l'Amour qui la fuit
repare cet outrage
Par l'empire de tous les
coeurs. y
Avec elle toûjours j'ai pris
plaifir à vivre ,
J'y paffe mes plus doux
48 MERCURE
,
momens ,
Er fous divers déguiſemens
Je fuis empreffée à la fuiivre.
c
Lorfque dans la retraite
elle alla s'enfermer ,
D'y marcher fur fes pas
je me crus trop heureufe,
Eft-il quelque demeure
it affreufe
Qu'elle ne puiffe faire ai-
Somer ?
J'y goutois à la voir mille
douceurs fecretes
,
Avec un amufant caquet
Je pris pour réjouir de
cau
III. PARTIE.
49
caufeufes nonnettes
La figure d'un
perroquet,
Aujourd'huy
tu me vois
paroître t
Sous un nouveau déguiſe .
..ment ,
Et ce n'eſt qu'à toy ſeulement
Que je puis me faire connoître
.
A ces mots elle entend du
bruit ,
On vient , dit - elle,un jour
tu pourras être inftruit
Du bonheur que je luy
deftine ;
Oct.
1711. 3 E
30 MERCURE ,
Je rentre dans ma peau,
c'eſt un arreft des
Cieux ,
Je puis être Fée à tes yeux,
Pour toute autre je fuis
doguine.
Voila quel eftfon fort, voila
, charmante Iris ,
D'où naiffent ces appas
dont nous fommes
épris ;
En vous voyant briller de
cent beautez parfaites ,
Je me doutois toûjours de
quelque enchantement.
III. PARTI E. st
On n'eft point naturelle.
ment
Auffi charmante que vous
l'êtes .
CHANSON NOUVELLE.
L'Aveugle Enfant
pour exercer fa rage
Un jour lança mille
traits dans mon fein :
Ah ! fi j'en meurs , Filis ,
c'eft vôtre ouvrage ;
Car j'apperçus qu'avec
un ris malin
3 E ij
52 MERCURE
Du petit Dieu vous
conduifiez la
main.
Réponse fur les mêmes
Rimes.
L'aveugle Enfant n'exerce
point fa rage
En vous lançant mille
traits dans le fein ,
Si vous mourrez , Tirfis ,
c'eſt vôtre ouvrage 3
Car contre moy du petit
Dieu malin'
Sans y penfer je conduifois
la main.
III. PARTIE. 53
J
STANCES.
BAnniffez la melancolie
Où vôtre ame eſt enſeve
lie
,
Donnez , mon cher Daphnis
, un terme à vos
douleurs ,
Vos foupirs , vos regrets ,
vos plaintes & vos
larmes
Ne ranimeront point les
charmes
De l'adorable objet qui
fait couler mes pleurs.
3. E iij.
54 MERCURE ,
Envain dans fa douleurextrême
Un amant , s'oubliant foymême,
A des reftes éteints s'immole
tous les jours ;
Nos feux ne percent point
jufques en ces lieux :
fombres
,
Deftinez au féjour des
ombres.
Le moment du trépas en
limite le cours .
Les biens dont l'Amour
nous couronne
III. PARTIE 55
Reffemblent aux fleurs
dont l'Autonne ,
Au fortir de l'été vient pa
rer nos jardins ,
Par les fiers Aquillons de
leur tige arrachées ,
On les voit triftement
couchées ,
Terminer en naiffant leurs
fragiles deſtins .
Son Empire inconſtant
muable,
N'eut jamais de bonheur
durable ,
Toûjours quelques hivers
entroublent les Printemps..
56 MERCURE ,
Poffeder feul un coeur
égal , tendre , fincere,
Qui ne s'occupoit qu'à
vous plaire ,
Vous étiez trop heureux
pour l'être plus longtemps
.
Ah ! dans l'ennuy qui vous
devore ,
Au moins ce bien vous
refte encore ,
Que vous fûtes aimé juf
qu'au dernier moment,
Et vôtre peine, helas ! peutêtre
eft moins cruelle
Que la peine d'un coeur
fidelle,
III PARTIE. $7
Qui fe voit immoler aux
voeux d'un autre
Amant.
Cent rares vertus embel
lirent
Celle à qui les deſtins
commirent
D'unir des mêmes noeuds
vôtre coeur & le fien ;
Je fçai qu'elle ne fut legere,
ni volage' :
Mais enfin l'amant le plus
fage ,
Croyez- moy , c'eft l'amant
qui ne compte fur
rien.
$8 MERCURE ,
Ces temps où regnoient
l'innocence ,
La fidelité , l'inconftance.
Inutiles regrets ! que fontils
devenus ?
Les noeuds les plus facrez ,
les fermens , les promeffes
Sont de vaines delicatef
fes
,
Dont même en nos hameaux
on ne fe pique
plus .
Gueriffez - vous , s'il eft
poffible,
III. PARTIE.
59
Du
malheur d'être trop
fenfible ,
Que vos maux , cher
Daphnis , puiffent
bien-tôt finir.
Rappellez l'heureux tems
de vôtre indifference ,
Et fage par experience ,
Banniffez de l'amour juf
ques au fouvenir.
60 MERCURE ,
CHANSON
NOUVELLE ,
Sur l'air de JoCONDE,
MII fept cent neuf, mil
cafept cent dix ,
Le coeur plein de foibleſſe,
A ma Carin , à ma Philis
J'exprimois ma tendreſſe.
Adieu Philis , adieu Catin ,
Pendant mil fept cent onze
Nous allons avoir de bon
- vin
J'auray le coeur de bronze .
THEOUS
DE
LYON
1893
VILLE
MERCURE
GALAN T.
IV. PARTIE.
NOUVELLES .
Nouvelles d'Espagne .
Au Camp devant Venafque
le 18. Septembre.
Mr. le Marquis d'Arpajon
Octobre 1711. 4. A
MERCURE
ayant fait ouvrir la tranchée
la nuit du 11. au 12. ellefut
pouſſée juſqu'à
une hauteur
où
l'on établit une batterie
le lendemain
, qui commença
à tirer
le jour mefme , & qui continua
le 14. & le 15. enforte
que
l'on fit une bréche large de cing
toifes. Neanmoins
Mr le
Marquis
d'Arpajon
ne jugea
pas à propos
que les troupes
entrepriffent d'y monter , parce
qu'outre qu'elle étoit trop ef
carpée , ily avoit derriere , un
retranchement formé de facqs
remplis de laine , foutenus par
des poutres devant derriere,
3
IV. PARTIE..
dont celle de devant étoient
en pointe vis - à - vis de la
bréche. Cet inconvenient fit
prendre la refolution de tirer à
boulets rouges dans le Chafteau,
afin d'y mettre le feu , ce qui
réuffit dés le premier coup qui
fut tiré le boulet mit le feu
la paille des Cafernes qui fe
communiqua incontinent à la
charpente & caufa un fort
grand enbrazement qui fir
fendre le mur de la Cifterne.
Le Gouverneur fit auffi - toft
battre la Chamade & la Ca·
pitulation fut, qu'ilferoit prifonnier
de guerre avec les
4 . A ij
4 MERCURE
troupes reglées de fa garnison,
montant à trois cens hommes,
les Miquelets à direction ;
parmi les trois cens hommes il
y en avoit cent du Regiment
de Showel dont cinquante
prirent parti dans les troupes
du Roy d'Espagne. Le refte
parmi lesquels ily avoit dixbuit
Officiers,dont deux étoient
Lieutenants Colonels , demanderent
à eftre conduits en
France & le Gouverneur ,
en Arragon. La prise de ce
Chasteau eft tres- importante ,
parce qu'elle nous ouvre une
communication libre avec la
2
IV. PARTIE.
Gascogne par le pays de
Comminge c'eftoit la prin=
cipale retraite des Miquelets
de ce cofté là. Ils avoient lieu
de s'y croire en feureté , car la
fituation en eft fi avantageu,
fe , qu'un tres - petit nombre
d'hommes qui në manqueroient
ni de vivres ni de Munitions ',
pourroient y tenir fort longtemps
contre une puiſſante
armée.
2. Les letres du 25. portent
que Mr le Marquis de Fol
leville qui avoit apporté la
confirmation
de la prife de
A iij
1
6 MERCURE
ba
ce Chasteau , loüoit beaucoup
Mr de Matamoros ,
Capitaine d'Artillerie
l'induftrie duquel on devoit
la reduction de ce poſte important
; que le Prince de
Santo- Buono , cy - devant
Ambaffadeur d'Espagne , à
Venife , avoit cu la Viceroyauté
du Perou , pour le
recompenfer de fes fervices
& de la fidelité qu'il a toûjours
gardée à fon legitime
Souverain , nonobftant les
grands biens qu'il poffedoit
au Royaume de Naples , &
qui ont efté confifquez .
1
ÍV. PARTIE. †
Celles du Camp de Calaf
difent que le 16 .
du
19.
Mr de Vendofme partit de
Cervera avec les troupes
Eſpagnoles pour aller cam-
Tarofa & ocuper le per
pofte de Calaf; que le même
jour les troupes Françoifes
qui étoient à Agramunt ,
commandées par Monfieur
le Marquis de Guerchy
arriverent à une lieuë du
Camp ; que le lendemain
17. Mr de Vendofme fit
partir tous les Dragons à la
pointe du jour & qu'il les
fuivit vers les fept heures
4. A iiij.
• MERGURE
avec la Cavalerie ; que Mr
le Chevalier de Croix qui
les commandoit , étant arrivé
aux hauteurs de Saint
Martin , envoya avertir ce
Prince que l'Armée ennemie
paroiffoit fortit des dé
filez de Capons ; qu'il partie
incontinent pour l'aller join
dre aprés avoir envoyé ordre
à Mr le Marquis de Laver
qui étoit à la tefte de la
colonne de l'Infanterie Ef
pagnole d'avancer -en
grande diligence , & à la
Cavalerie de marcher demefme.
Mais que dés que
IV. PARTIE. 3''
les ennemis s'aperceurent
que l'on marchoit à eux , ils
reculerent , & aprés avoirpaffe
le ruiffeau de Pratz del
Rey, ils mirent leur droite
au Bourg du même nom
qui eft fermé de bonnes mut
railles , & leur gauche au
Moulin de Montferrat , en
touré auffi d'une muraille
fort épaiffe , & le gros de
leur Armée de l'autre côté
de la hauteur.
Que Monfieur de Vendofme
mit la droite de la
fienne fur la hauteur du
Moulin, & la gauche fur cel
10 MERCURE
le de Prats del Rey . Qu'il fit
enfuite dreffer des Batteries
qui incommoderent beaucoup
les Ennemis , & fit
avancer les Troupes pour
chaffer ceux qui bordoient
le ruiffeau , & dont plus de
cinq cens furent tuez ; que
le 18. les ennemis tenterent
de s'emparer du ruiffeau ;
que pour cet effet ils firent
avancer quatre Bataillons
Anglois contre deux Compagnies
des Gardes Walones
qui le gardoient , & qui
tinrent ferme , jufqu'à ce
que Monfieur de VendofIV.
PARTIE . It
me ayant fait marcher la
Brigade entiere , les ennemis
furent obligez de fe retirer
en defordre aprés avoir
perdu plus de cent hommes;
que les ennemis eftoient fort
incommodez fur les hau
teurs qu'ils occupoient ,
n'ayant point d'Artillerie
pour oppoſer à celle de
Monfieur de Vendofme ,
la difficulté des Montagnes
ne leur permettant pas d'y
en conduire , & parce que
Monfieur de Vendofme occupant
le pofte de Calaf où
il a établi fon Quartier , ils
12 MERCURE
ne peuvent
plus tirer des
Montagnes
les provifions
qu'ils en tiroient.put
Les Lettres de Cadiz confirment
que la charge des
quatorze Navires Anglois
& Hollandois qui y ont
efté conduits par fix Armateurs
François , eſt eſtimée
plus de trois millions ;
que ces Prifes ont efté faites
prés de l'embouchure
du Tage fur une Flotte de
cinquante -deux Vaiſſeaux ,
& que les autres s'eftant
écartez avoient donné à
la Gofte , où ils eftoient
IV . PARTIE. 15
péris avec leurs Charges ;
qu'il y en avoit plufieurs
chargez de bled , qui eft à
un prix exceffif en Portugal;
& que le bruit qui avoit
couru que toutes les Troupes
Angloifes qui font dans
ce Royaume paffoient en
Catalogne , ne s'eftoit
pas
trouvé veritable , n'y ayant
eu que deux Bataillons fort
foibles qui s'eftoient embarquez
pour aller remplacer
les Troupes de la Garnifon
de Gibraltar qui avoient
deferté.
14 MERGURÉ
TRADUCTION
de la Lettre écrite par
l'Archiduc à la Dépude
Catalogne.
LE ROY.
Illuftres , Venerables',
Excellens , Nobles , Ma
gnifiques , & nos AmeZ
& tres-fidelles Députez ,
& Auditeurs des Comtes
dela Generalité de cette
Principauté de Catalogne.
IV.
PARTIE 15
La prompte & imprêvûë
mort de
l'Empereur
Jofeph , mon Frere , qui a
laiße le Trone Imperial
vaccant , me fit d'abord
penser que ma prefence
eftoit neceffaire en Allemagne
pour m'y oppoſer
aux pernicieux deffeins
des Ennemis qui ne man.
querontpas dans cettefatale
conjoncture d'effayer
à troubler
le repos de mes
Royaumes & Pays hereditaires
, & à brouiller
16 MERCURE
toute l' All magne ; mais
la confideration du cha
grin que vous auroit caufé
mon abfence , m'afait
fufpendrejufques icy cette
jufte & convenable r folution.
Cependant comme
ma prefence eft abfolu
ment neceffaire dans mes
Domaines & Etats hereditairespoury
établir la
feureté
;
principalement
poury travailler
au
bien de noftrefainte Religion
, & en particulier
IV. PARTIE. 17
pour vous yprépareravec
toute la diligence poffible
des Troupes & desfubfi
des pour la deffenfe de
cette tres -fidelle Pricipau
té, &pourfinir cetteguer
re ; confiderations qui ont
obligé les Princes d' Allemagne
de folliciter mon
départ pour prévenir les
grands préjudices que
•pourroient caufer les pernicieux
deffeins des Ennemis.
Tout cela m'a dé
terminé à paſſer pour un
Octobre 1711.4. B
18 MERCURE
peu de temps en Allemagne
; & quoy qu'il fuft
tresconvenable
pour moy
& pour tous mes bons
vaffaux de ne me point
Separer de la Reine mon
Epoufe , je veux pourtant
vous donner la plus
grande marque de cet
amour que vous avez
merité de moy par votre
conftance en vous laiffant
&confiant à votrefidelité
ce que j'ay de plus
cher & de plus précieux ;
cette feparation me fera
IV . PARTIE. 19
tres-fenfible , mais elle eft
adoucie parla penfee que
je travaille par là à vôtre
plus grande, confolation.
C'eftfur l'experience
quej'ay euë de votrefidelité
queje me fonde dans
la refolution queje prens ;
le glorieux facrifice que
vous m'avez fait dans
les temps les plusfâcheux
me raffure donc , & me
fait efperer que dans toutes
les occafions qui feprefenteront
, vous dinnere
Bij
20 MERCURE
•
tous les fecours neceffaires
à la Reine mon Epouse ,
·ce quifeul eft capable de
me confoler pendant mon
abfence qui ne fera pas
longue ,& durant laquel
le je vous affure que je
feray les derniers efforts
pour finir une guerre qui
vous afflige tant ,&pour·
vous délivrerpar laforce
dés Armes de tout ce que
vous avez fouffert avec
tant de conftance de la
part de mes Ennemis. Je
IV PARTIE . 21
vous recommande de nou
veau leprecieux gage que·
je vous laiffe. Et comme
vous trouverezvotre con
folation en elle , elle trou
vera auffi lafienne dans :
votre conftante fidelité..
Vous devez cela à l'amour
paternel que j'ay
pour vous , & dont je·
vais travailler à vous
donner encore de plus
grandes marques par la
réduction entiere de la
Monarchie d'Espagne ,
&
11 MERCURE
ce qui rele -vera extrêmement
le luftre de la Nation
Catalanne
, & quoy
que Mrs les Prefidents
ayent merité d'entendre
de ma bouche ces expreffions
de matendreffe , &
qu'ils vous les ayent redites
en particulier , j'ay
crû devoirencore vous les
repeter afin de vous faire
mieux connoiftrecombien
eft grande ma tendreffe
pour vous , &pour vous
engager par là à conIV.
PARTIE . 23
tinuer la voftre pour le
Service
de la Reine mon
Epoufe , & à pourvoir
par votrefecours & votre
application
à tous les befoins
indifpenfables dans
les conjonctures prefentes
pour le bien de cette Principaute,
en attendant que
je revienne moy - même
vous y animer pour vôtre
plus grande confolation .
De Barcelone le 6. Sept. 17111
MOY LE ROY.
Don Raymond de Villanée
de Perlas .
24 MERCURE
&
ཨཏྠཱངས …ཝཱ ས
NOUVELLES
du Nord & d'Allemagne.
EXTRAIT
De la Relation de ce qui s'eft
paffé entre l'Armée du
24Grand Seigneur & celle
du Czar , depuis le 18
Juillet jufqu'au 23. écrite
par un Officier General
de l'Armée Mofcovite.
Le Czar ayant eu avis que
le Grand Vizir eftoit en mar
che pour l'aller attaquer , tint
Confeil,de guerre dans lequel
plufieurs
IV PARTIE . 25
plufieurs Generaux opinerent
qu'il étoit tres - important de
ne point s'éloigner du Nieſter
l'armée fuft toûjours
afin
que
à portée
de tirer
des
vivres
de
la
Pologne
par le
moyen
de
cette
Riviere
, &
que
fi on
alloit
au
devant
des
Turcs
, il
pourroit
arriver
de grands
inconveniens
de
s'engager
dans
un
pays
où l'on
n'étoit
pas
affuré
de trouver
defubjiftance
.
Čet
avis
ne fut
pas
fuivi
; on
marcha vers la riviere de Prut
que l'on paffa , & aprés s'être
avancé jusqu'à la hauteur de
Falczin , le 18. Fuillet , le
Octobre 1711. 4, C
26 MERCURE
GeneralJanusfut détaché avec
la plus grande partie de la
Cavalerie , & le reste de
l'armée le fuivit. Mais ayant
reconnu que les Turcs avoient
paffé le Danube , & qu'il y
en avoit un gros Corps qui
s'avançoit pour le couper, en
informa le Czar qui envoya
le General Infberg avec un
autre détachement avec ordre
de rejoindre le gros de l'armée.
qui s'avançoit en même- temps
Cependant cette jonction ne pût
fe faire fans que le General
Fanus ne fuft inquietté, de maniere
qu'il futobligé deformer
IV. PARTIE. 27
un Corps quarré de toute fa
Cavalerie de faire mettre
pied à terre aux Dragons qu'il
mit dans le centre avec les é
quipages ,
:
marcha en cet
ordre pendant que les Cofaqués
& les Valaques Mofcovites
défiloientpar les hauteurs. Ce
= furent eux qui fouffrirent le
plus , les Tartares , & plus de
quarante mille Turcs les ayant
pourfuivis ainfi que le General
Janus qui ne rejoignit le Czar
que le 19. le 19. à deux heures , aprés
avoirperdu beaucoup d'hommes
de chevaux dans les continuelles
efcarmouches . On tint
4- Cij
28 MERCURE
enfuite Confeil de guerre dans
Lequel ilfut refolu de marcher
toute la nuit pourfe raprocher
du Prut, de bruler tous les
Chariots les moins neceßaires ,
ce qui fut executé avant de fe
mettre en marche. On forma
plufieurs Corps quarrez de
toute l'armée, & on mit tous
les équipages & bagages dans
le centre de chaque Corps les
quatre coftez étant bordez par
des chevaux de frife que des
foldats portoientfurleurs épau
les , on marcha en cet ordre,
Le 20. à la pointe du jour ,
la Cavalerie du grand Vıfır 。
IV . PARTIE. 29
qui avoitfuivi les Mofcovites
pendant la nuit chargea leur
arriere garde lespourfuivit
jufqu'à la riviere de Prut , où
ils firent halte. Les Turcs s'arrefterent
auffipour attendre leur
Infanterie & leur Artillerie
qui arriverent à quatre heures
aprés midy. Alors les Turcsfirent
un grandfeu de canon qui
durajufqu'à la nuit ,pendant la«
quelle lesMofcovitesfe couvri
rent par de bons retranchemens.
by Le 21 , dés le grand matin,
les Turcs , qui avoient presque
entierement
inveſti leur
Camp , recommencerent leur
4. Ciij
30 MERCURE
canonnade avec beancoup plus
d'ordre defurie , enforte que
les Mofcovites perdirent beaucoup
de monde , ayant eu même
&
plufieurs Generaux tuez ou
blaffez , entr'autres le General
Wittemant , tué; & les Generaux
Oftein , Braffey , Hallard
, avoient efte bleffez la
veille. Il y eut enfuite une
que
le
fufpenfion d'armes,
grand Vifir acorda fur une
lettre que le Czar luy écrivit,
le 23. onapprit quela Paix
avoit efté concluë.
Le reste de la Relation eft
conforme à ce qui a eſté rapporté
dans celle qu'on a
IV PARTIE. 31
donnée le mois dernier .
D'autres Lettres portent
que le Czar avoit quitté fon
Armée , & avoit paffé à Carelfbade
en Boheme , où le
Prince de Mofcovie fon fils
devoit l'aller joindre ; que
le Grand Vifit avoit ordon.
né à Haffan Bacha , Gouver
neur de Romelie d'eſcorter
le Roy de Suede avec plus
de quarante mille hommes ,
non -feulement jufqu'en Pologne
, mais jufqu'en Pomez
ranie en cas de beſoin , &
cela fans compter un grand
nombre de Tartares , les
C iiij
*
4 .
32 MERGURE
Troupes du Palatin de Kiovie
, & celles de Sa Majesté
Suedoife ; que ce Prince
eftoit parti de Bender avec
cette puiffante Elcorte ; que
l'Ambaffadeur de Hollande
avoit remontré au Kiaïa du
grand Vizir , que l'Armée
deftinée à maintenir la neutralité
du Nord de l'Allemagne
s'y oppoferoit ainfi
que les Polonois , les Mofcovites
& les Saxons ; mais
que cer Officier luy avoit
répondu que l'on verroit
qui auroit la hardieffe de
difputer le paffage aux Trou
IV. PARTIE. 33
pes Otomanes , & qu'en cas
de refiftance , Haffan Bacha
avoit ordre exprés de l'ou
vrir à force d'armes.
Par celles de Mofcou du
3.on apprend qu'on y avoit
fait trois décharges de canon
en réjouiffance de la
conclufion de la Paix perpetuelle
avec les Turcs.
Celles de Warfovie du
29. difent que le Czar eftoit
arrivé le 19. à Zolkiew à
trois lieues de Limberg ;
qu'il devoit arriver à Warfovie
le 31. pour ſe rendre
en Pruffe & en Pomeranie ;
34 MERCURE
que le Roy de Suede eftoit
en chemin pour retourner
dans fes Etats , prenant
fa
route par la Hongrie , mais
que cette derniere nouvelle
meritoit confirmation
.
Voici la Copie du traité
de Paix conclu entre les
Turcs & les Mofcovites ,
que l'on a reçue à Vienne .
I.
Qu'Afaph fera rendu aux
Turcs dans l'état où il eftoit
lors que le Czar s'en eftemparé.
II. ::
Que Taignaron, Kamenk ,
IV. PARTIE. 35
& les Fortereffes nouvellement
conftruites fur la riviere
de Saman feront rafées .
III.
Que le Czar ne fe meflera
en aucune maniere des Polonois
ny Cofaques Barabais
& Potkali , & qu'il fortira
de leur Pays avec toutes
Les forces .
IV.
Que les Marchands avec
leurs Marchandiſes pourront
venir fur les Frontieres
des Turcs , & que le
Czar ne pourra avoir d'Ambaſſadeur
ny d'Envoyé à la
Porte.
36 MERGURE
V.
Que tous les Turcs faits
prifonniers
par les Moſco
vites , feront remis en liberté.
VI.
Que le Roy de Suede fera
renvoyé dans les Etats libroment
& fans empêchement
de la partdes Mofcovites.
VII.
Que tout Acte d'hoftilité
ceffera de part & d'autre ;
& que pour feureté de ce
Traité le Czar donnera pour
ôtages le Chancelier Schaf
IV. PARTIE 37
firof, & le Prince Czeremetof;
moyennant quoy l'on
permettroit aux Moſcovites
de fe retirer dans leur
pays. Les Turcs leur ont
donné du pain pour onze
jours , & une Eſcorte de
douze mille hommes pour
les garentir des infultes des
Tartares.
VIII.
Que le Czar n'aura aucuns
Vaiffeaux fur la Mer noire ,
& qu'il payera au Cham des
Tartares le tribut de vingt
mille Ducats qu'il luy payoiț
autrefois.
38 MERCURE
IX .
Que S. M. Czarienne livrera
aux Turcs lé Prince de
Moldavie.
Les mêmes Lettres de
Vienne difent que ce Traité
ayant cfté envoyé à Conftantinople
il avoit efté ratifié
par le Grand Seigneur le
4. Aouft , & renvoyé au
grand Vifir ; mais que fur
les remontrances du Minif
tre de Suedé à la Porte , l'on
avoit envoyé ordre au grand
Vifir d'entreren negociation
avec le Czar au fujet du Roy
de Suede avant d'échanger
IV . PARTIE. 39
laratification .
D'autres Lettres portent
que le grand Seigneura nommé
des
Commiffaires pour
travailler à la Paix avec la Po
logne ; que la Republique
doit envoyer des Députez
pour conferer avec eux ; que
les Tartares
continuoient
leurs courfes le long du
Niefter , ne voulant point
eftre compris dans le Traité
de Paix conclu par le grand
Vilir.
¡ Que le Czar refufoit de
l'executer , quant à la reftitution
d'Afaph & à la dé40
MERCURE
molition de fes nouvelles
Fortereffes fur la Mer noire ,
juſqu'à ce que le Roy de
Suede fuft forti des Etats
du Grand Seigneur , ſe plaignant
d'ailleurs
que l'efcorte
qu'on prétendoit donner
à Sa Majesté Suedoiſe alloit
beaucoup au - delà de ce
qu'on cftoit convenu ; voicy
ce que portent celles de
Warfovie du 21. Septembrc.
Les Tartares ont faccagé
un grand nombre de Villages
au delà du Bog , & emmené
en esclavage tous les
IV.PARTIE. 47
Mofcovites & les Cofaqnes
de leur parti qu'ils y ont
trouvez , & continuënt leurs
hoftilitez le long du Nicfter.
Une partie de l'Armée
Ottomane eft encore le
long du Prut , & le reſte du
cofté de Bender . Un Ambaffadeur
du Grand Seigneur
eft arrivé fur les Frontieres
du Royaume;ila envoyé demander
des Paffeports pour
venir conferer avec quelques
Senateurs touchant le
renouvellement de la Tréve
concluë à Carlowitz & d'af
fermir la Paix avec la Repu
Octobre1711 4. D
42 MERCURE
blique . Cet Ambaſſadeur
eſt accompagné de deux Députez
; l'un du Roy de Suede
, & l'autre du Palatin de
Kiovic. Ce dernier a fait publier
des Lettres circulaires
par lesquelles il declare qu'il
travaille à faire fortir tous
les Mofcovites de la Pologne
, à procurer une Paix
avantageufe à la Republique
, & entr'autre à luy faire
reftituer toute l'Ukraine.
On doit nommer plufieurs
perfonnes diftinguées , pour
aller conferer avec cet Am--
baffadeur qui eft auffi charIV.
PARTIE. 43
2
?
gé de s'informer du nombre
de Mofcovites qui ont
repaffé le Niefter , & s'ils
avoient évacué la Pologne
fuivant le Traité conclu
avec le Czar , & dont l'Armée
du Grand Seigneur attendoit
l'execution , Néanmoins
les Mofcovites , ont
pris des Quartiers dans la
Volbinic. Le General Szeremetoff
a établi le fien à
à Oftrog ; le Prince Galiczen
à Dubno ; le General
Weifbach à Brody ; le.General
Bonne à Sokal fur le
Boug , Frontiere du Palati-
4.
Dij
44 MERCURE
cfté
nat de Belz , & le General Baver
en Lithuanic . Toutes ces
particularitez donnent lieu
de croire qu'on n'a pas
-bien informé des conditions
du Traité conclu entre
le Czar & le grand Vizir
, ou que fi elles font
telles qu'on l'a publié
la Paix ne fera pas de longue
durée ,
durée , à moins l'e
grand Vizir n'oblige les
Mofcovites à executer le
Traité.
que
>
IV . PARTIE. 45
EXTRAIT
d'une Lettre de Vienne le
26. Septembre.
Le 21. il partit d'icy cin
guante Caléches de pofte ,
chacune de quatre chevaux qui
prirent la route du Tirol pour
eftre partagées en differents
endroitsfur la route de Milan
en cette ville , pour le ſervice
de l'Archiduc de fa fuite.
Mr le Comte de Paar General
des Poftes des Pays hereditaires
partit le lendemain pour allerétablir
ces relais , & futfuivi
46 MERCURE
le 23. & le 24. par Mr le
Comte de Vratiflau , & par
Mr le Comte de Vratislau
Vice- Chancellier de l'Empire.
Il est arrivé un Courier du
Roy Augustepour donner avis
à l'Imperatrice Regente que le
Czar étoit arrivé à Carelſbade
en Boheme , &pour la
prier de trouver bon qu'il envoyaft
une Garde de deux cens
hommes à ce Prince. L'Imperatrice
répondit qu'elle ne pouvoit
pas permettre à des Troupes
étrangeres d'entrer dans les
Pays hereditaires ; que le Czar
étoit en feureté à Carelſbade ;
IV .
PARTIE . 47
mais
que
le
neanmoins elle avoit
envoyé ordre au Commandant
de Prague de luy envoyer
nombre de Troupes qu'ilfonbaiteroit
pour luy fervir de Garde.
MrWitwort Envoyé d'Angleterre
eftparty pourse rendre auprés
de ce Prince ; plufieurs autres
perfonnes de confideration
de cette ville , de la Cour de
Berlin , & decelle d'Hanover ,
s'y font auffi renduës pour le
complimenter. On a étably icy
des Prieres de quarente beures
pour
l'heureux retour de l'Archiducfur
ce qu'il a mandé que
les Catalans ne vouloient pas
48 MERCURE
confentir que l'Archiducheffe
s'embarquaft avec luy onparle
d'envoyer àfa place l'Archidu
cheffe foeur aînée de ce Prince ,
dés qu'il fera arrivé.
Les Lettres de Berlin portent
que les Suedois ayant
affemblé des Troupes &
des Baftimens à Malmoé ,
pour aller tenter une defcenre
dans l'Ifle de Zeeland , le
Comte du Guldenlew
,
· Commandant
de la Flotte
Danoife , eftoit allé les attaquer
avec vingt Vaiffeaux
de guerre ; qu'il avoir pris
vingt- cinq
TV. PARTIE . , 49
vingt - cinq de leurs Baftimens
, & fait échoüer plufieurs
autres, enfuite dequoy
il avoit voulu bombarder
Malmoé ; mais fans avoir
pû y caufer aucun dommage
, à caufe du trop grand
éloignement ; que le Gencral
Lewendal qui marchoit
vers Bahus , avoit reculé
fe retrancher dans un
Pofte avantageux
, ayant cu
avis que le Comte de Steinbook
s'avançoit avec dix à
douze mille hommes pour
le combattre.
pour
Celles de Pomeranie du
Octobre 1711. 4. E
so MERCURE
15 Septembre , ditent que
les troupes Danoiſes , Saxos
nes , & Mofcovites n'avoient
encore rien entrepris fur
Stralzund
, Weymar , &
l'Ile de Rugen ; que le Roy
Augufte & le Roy de Dannemark
avoient fouvent des
Conferences , & que leurs
Troupes fouffroient beaucoup
faute de fubſiſtance ,
parce que les habitans de la
Campagne avoient retiré
leurs grains & leurs beftiaux
dans les Places fortes , ce
qui caufoit une grande defertion
; que les Suedois
IV. PARTIE.
st
avoient brûlé les Fauxbourgs
de Stralzund ; que
le 12. ils eftoient fortis de
la Ville au nombre de cing
cent Cavaliers ou Dragons ,
& qu'ils enleverent plus de
cent chevaux , & plufieurs
Chariots chargez de foucould
one mopoitte'b
rage.
Que le 17. avant le jour
la Garnifon de Wifmar for
tit avec de l'Artillerie & canonna
pendant plus de deux
heures le Camp des Danois ,
& la nuit du 18. au 19.
fortit avec des Mortiers
& bombarda le Camp de
4 . Eij
12 MERCURE
maniere que les Danois fu
rent contraints de s'éloi
gner ,fans ofer marcher aux
Suedois de crainte de tomber
dans quelque embuf
cade.
Par les Lettres du 21 , on
a appris que la refolution
d'afficger cette Place avoit
efté changée dans une conference
que le Roy de Dan
nemark avoit que avec le
Roy Augufte , & qu'on devoit
entreprendre celuy de
Seralzund , parce que los
fortifications étoient moins
bonnes que celles de Wife
IV. PARTIE.
53
>
mar , & d'attaquer aupara
vant l'Iſle de Rugen , qui
'n'eſt ſeparée de la premiere
de ces Places que par un
petit bras de Mer ; que néanmoins
on trouvoit de
grandes dificultez dans l'è-
911 ?
xecution de ce projet , le
Camp retranché de devant
Stralzund ne pouvant eſtre
force fans avoir de groffe
Artillerie qui n'etoit point
encore arrivée acaufe des
mauvais chemins , & qu'il
n'y avoit plus de fourages
aux environs du Camp ,
inconvenient d'autant plus
Eiij
$4 MERCURE
confiderable
le que la plus
part des Troupes Saxonnes
& Mofcovites
confiftoit en
Cavalleric.
Que cependant on devoit
attaquer cette place dés
que la groffe Artillerie feroit
arrivée ; que pour cet effet le
Roy de Dannemark avoir
retire l'Infanterie
gni étoit
SUD VAI
devant Wilmar
BED STOLOR
20
à l'exep-
REVOSHE
tion de deux Bataillons , à
la Place de laquelle il avoit
envoyé la "La Cavallerie , afin
de continuer le blocus de
cette Place ; qu'il avoit aufli
rapelle les Troupes qu'il
I
IV.
PARTIE 50
avoit mites dans les Villes
de Damgarten , Roſtoky,
Demmin , Anclam , &
autres que les Suedois
avoient abandonnées acaufe
que ces Places ne font pas
en état de foutenir un Siege :
que la Flotte Danoiſe , au
nombre de trente Vaifeaux
de guerre s'eroit approchée
de l'ile de Rugen , afin
d'empecher les Sucdois d'em
tirer aucunes commoditez.
Coll:Les lettres de Vienne du
12. Septembre portent que
la foudre étant tombée à
Weiffembourg en Tranfyl
4. Eij
$6 MERCURE
7
vanie fur un Magafin à
poudre , l'avoit fait fauter
avec deux autres où le feu
s'etoit communiqué , ce qui
avoit renversé une partic
des murailles de la Ville , &
prés de cent cinquante
Maifons.
"
Et par celles du 19. on
apprend que le Comte
Charles Maximilien de
Thurn , giand Maiſtre de la
Maifon de L'imperatrice
Regente partit de certe Ville
pour aller en qualité de
Commiffaire , affifter à l'Election
d'un nouvel Evêque
IV. PARTIE. 57
*
d'Olmutz à la place du
Prince Charles de Lorrai
ne , qui s'eft démis de cet
Evefché , depuis qu'il a efté
reveftu de la dignité d'Electeur
de Treves ; que
l'Election a efté faite en
faveur du Comte de Schrottenbach
Doyen de la Ca
果
thedrale de Faltzbourg, &
Chanoine d'Olmutz ; que
le 14. il y eut une grande
reforme parmi les bas
Officiers du feu Empereur ,.
& particulierement
de
Muficiens & de Chaffeurs ..
& qu'on retrancha encore
58 MERCURE
un grand nombre de penfions
, mefme de celles qui
ont lefté confirmées par
L'imperatrice Regente ; que
le's Troupes qui font en
Tranfylvanie & qui avoient
eu ordre de venir fur le
Rhin avoient reçu un contre
ordre , pour refter en ce
Pays là jufqu'à ce qu'on cuft
fça qu'elles feroient les fuites
du Traité de Paix couclu
entre les Turcs : & les
Mofcovites.
r
IV. PARTIE 5.9
EXTRAITS
d'une Lettre du Camp de
Salmbach en Alface ,
du 1 ' . Octobre.b
or Jap
Nous ocupons, toujours le méme
Camper lesEnnemis occu-
•pent auffi encore le leur ; mais
avec cette difference , que nous
fubfiftons fort commodement;
• que noftre Armée est en
คนuffi bon état qu'elle étoit à
Louverture
de la Campagne ,
& que colle des Ennemis
foufre beaucoup , particulierement
la Cavalerie , faute de
60 MERCURE
Fourage. Le Prince Eugene'
à écrit aux Cercles Voifins que
s'ils ne faifoient fournir des
Fourages fecs , ils ne pouroit
empécher les Troupes de fourager
à leur gré, & qu'il ne
repondroit pas des defordres que
cette licence cauferoit. La
mortalité regne dans leur
Armée parmi les Troupes , &
parmi les chevaux. Il eſtparti
un détachement de la noftrepour
aller fur la Saar ou Mr de
Quad Lieutenant General
affemble un Camp volant.
IV . PARTIE 61
NOUVELLES
de Dauphiné.
Extrait d'une Lettre de Gre
noble du 26. Ooctobre.
Monfieur le Duc de Savoye
eft parti de Conflans & pour
retourner à Turin , aprés avoir
Laiffe des ordres à fes Troupes
defairefauterle Fort d'Exiles
de repaffer promptement les
Monts , ce qu'elles ont executé
aprés en avoir retiré l'Artil
lerie e les Munitions qui ont
efté conduites à Suze, Mr.de
62 MERGURE
Berwick en ayant eu avis a
commandé divers détachemens
pour harceler les Ennemis ,
dont un leur a enlevé des
Farines , & un autre a fort
maltraité quatre Bataillons.
sau
D'autres Lettres
portent
que Mr de Berwick étoit
arrivé le 25 au Camp de
Jouvenceau
dans la Vallée
d'Oulx avec une partie de
F'Armée ; que le 29. il avoit
eftendu fa droite juſqu'à
Villars d'Amont
dans la
Vallée de Pragelas ou les
fourages
étoient abon-
*
IV . PARTIE 63
dants; qu'il y avoit des dérachemens
de l'Armée des
Ennemis poftez à Saint
Colomban , à Jaillon , &
au - deffus de Fenestrelles ,
pendant que le refte des
Troupes défiloit par la Val
d'Aouft , & par le petit S
Bernard ; & d'autres qui
font pofterieures , que Mb
le Duc de Savoye qui étoit
arrivé à Turin , avoit encore
eu quelques accés de fievres
que toute fon Armée avoit
repaffe les Alpes , & que celle
du Roy continuoit de confommer
les fourages dans
64 MERCURE
les Vallées d'Oulx & de
Pragelas .
#
NOUVELLES
de Flandre.
Les Lettres d'Arras du r
Octobre , portent que les
Ennemis avoient fait conduire
le refte de leur groffe
Artillerie à Tournay ; qu'il
avoit efté refolu dans un
Confeil de guerre de tenir
la Campagne le plus longtemps
qu'il ſeroit poffible
à caufe de la proximité de
l'Armée de France , & que
IV. PARTIE. 65
A
pour cet effet on donneroit
les ordres neceffaires pour
amener à leur Camp du
Foin & de l'Avoine , dont
on manquoit abfolument .
stma ah mojimuda) al suo gimim
Extrait d'une¼Lettre
du
Camp de Paillancourt
J -sila du 8. Octobre, poza
so stablo2 nasibule to snow
Nous occupons encore nos
mêmes poftes ; & nous avons
toujours nos Ponts fur l'Efcant
&fur le Senfet. Il dient prefque
tous les jours des Deferteurs
ennemis qui rapportent
que des maladies continuent
que
Octobre
1711. 4.
66 MERCURE
dans leur Camp . Ceux qui
vinrent bier ons dit que Mylord
Marlborough , avoir envoyé
une heure avant le jour
fourager du cofté de Condé ,
mais que la Garnifon de cette
Place étant tombée fur les
fourageurs fur l'escorte
avoit enlevé quatre cent chevaux
& plufieurs Soldats ou
Cavalliers
La Garnifon d'Ipres à défait
unngros parti Ennemi &pris
cent chevaux.sjon2 of th
?
D'autres Lettres portent
que les Ennemis font élever
T Isidoro
IV. PARTIE. 67
;
un Fort dans le Marais de
Bouchain , à la pointe qui
eft entre l'Escaut & le Senfet
, afin d'établir une communication
feure entre ces
deux Places , & pour en
rendre l'inveſtiſſement plus
difficile que leur Armée
feroit déja retirée à caufe de
la difette des fourages &
des incommoditez que les
Troupes fouffrent , s'il n'etoit
abfolument neceffaire
de reparer les bréches de
Bouchain avant qu'elles fe
feparent ; que les Provinces.
de Brabant , de Flandre , &
4i Fij
68 MERCURE
de Haynaut avoient efté
taxées pour fournir du foin
de la paille , & de l'avoine ,
& mefme la Chaftellenic de
Lille , quoy que fes fourages
ayent efté confommez pendant
la Campagne
; qu'on
étoit convenu
dé part &
d'autre de fournir dès grains
aux Payfans pour enfemencer
leurs terres , de leur
rendre leurs Beftiaux , & de
deffendre aux foldats fous
peine de la vie de les leur
enlever : Que le Partifan du
Moulin , étant forti de Namur
, avec déux mille hom
IV. PARTIE 699
mes , avoit tráver fé tout le
Brabant , & s'etoit avancé
jufqu'au prés de Heuſden ,
où il avoit furpris & pillé
le Chafteau de Mouwen
& plufieurs autres lieux de
la Province d'Holande
d'ou il s'etoit enfuite retiré
fans aucune perte , avec un
grand nombre d'Oftages ;
& que Mi le Marechal de
Villars avoit accordé congé
fur leur parole au Comte
d'Erbach , & au Major de
Wafnaer , que Mr le Comte
deCoignies avoit fait priſonniers
dans un fourage présMERCURE
de Landrecies , de- mefine
qu'au General Major Bork,
& au Comte de Denhof,
pris à l'attaque de Hordain.
NOUVELLES
1. de divers endroits.
de Venife.
Le Maiftre d'un Navire
Venitien , arrivé de Tripoly
de Barbaric , a raporté que
la Milice du Pays s'etoit
revoltée contre les Deis ;
qu'elle en avoit maffacré
trois qu'un autre qui s
IV. PARTIE. 71
s'ctant fauvé étoit allé à
Conftantinople en avoit
raporté des ordres pour fon
retabliffement ; Mais que
Join que les Peuples y
vouluffent confentir , les
troubles étoient beaucoup
augmentez
depuis fon
retour. Et le 25 Septembre
il arriva une Marfiliane , qui
avoit raporté que ce Dei
avoit aufli efté malfacré par
la Milice & par le Peuple,
& que les autres s'etoient
fauvez avec beaucoup
de
peine. y za hak
♫ MERCURE
De Rome.
Le 18. Septembre on
celebra à Rome dans l'Eglife
Nationale de S. Louis , un
Service folemnel pour le
repos de l'Ame de feu
Monfeigneur le Dauphin ,
・
avec un appareil tres - magnifique
du deffein de Mr
Le Gros fameux Sculpteur
François. Mr le Cardinal
de la Tremoille s'y rendit
avec un Cortege de plus de
foixante Prelats , & les
Cardinaux y affifterent en
Corps.
de
IV.
PARTIE 73
de Madrid.
Le 26. du mefme mois
on fit auffi les obfeques de
ce Prince à Madrid, avec une
grande magnificence dans
l'Eglife du Monaftere Royal
des Religieufes de l'Incarnation.
Tous les Grands &
Confeils y
affifterent , avec
un nombre
extraordinaire:
de Peuple. La
premiere
grande Meffe fut celebréez
pontificalement par l'Evef
que d'Urgel , la feconde par
Evefque de Lerida , la troi-t
Octobre 1711. 4. G
74 MERCURE
fiéme par le Patriarche
des
Indes , & l'Oraifon
Funcbre
fut prononcée
par le
Pere Auguftin
de Cattejon
Jefuite.
Le 27. & le 28. les Religieufes
du mefme Monaſtere
firent auffi faire un
Service folemnel
pour le
repos del Ame de ce Prince .
La quatrième
iéme Meffe fut
celebrée
pontificalement
par le Pere Alonzo Pimen-.
tel Dominiquain
.
*
Les mefmes joats 27. &
28. le . Co ps de Ville fit
faire les melmes obfeques
1
ป
IV.
PARTIE. 75
dans l'Eghfe du Monaftere
Royal des Dominiquains !
L'Evefque de Lerida y
officia pontificalement , &
Dom Juan de las Heras
prononça l'Oraifon Fuhebre.
in r
* ༣
I
Le 19. & le 30. Septembre
, & le 1 Octobre
les mefmes
obfeques
furent
faites dans le
Monafteré
Royal des Carmelites Defchauffées.
La Meffe fut celebrée
pontificalement par
l'Evefque de Gironne , &
l'Oraifon
Funebre fut pro
noncée par le Pere Pierre
4 .
Gij
76 MERCURE
de la Conception , Carme
Defchauffé.
De Holande.
Les Etats Generaux ayant
accepté dêtre Parrains du
jeune Prince de Naffaw ,
fils du feu Prince de Naffaw
Stathouder hereditaire de
Frife , luy ont fait prefent
d'une obligation de quatre
mille florins de rence qui luy
devoit cftre envoyée dans
une Boëte d'or , avec une
fomme pour les Domeftiques
de la Chambre de la
IV.
PARTIE. 77
Princeffe fa mere . Les Etats
d'Holande ont aufli fait prefent
à ce Prince d'une obli
gation de deux mille cinq
cens florins de rente dans
une Boëte d'or ; & la Province
de Frife luy a confervé
toutes les Charges du
feu Prince fon pere , avec
les Regiments des Gardes
de Cavallerie & d'Infanterie
, & une penſion de cinq
mille florins;
·De Bayonne le 25. Octobre.
Une Fregate du Roy de
G iij 4 .
78 MERCURE
.
rrente canons , commandée
par Mr de la Mothe a attaqué
un Vaiffeau Anglois de
foixante canons & l'ayant
abordé après trois heures
de combat , elle alloit s'en
emparer lors qu'il fauta en
l'air avec tout l'équipage
par le feu qui prit à la Sainte
Barbe où étoient les Pou
dres ; & cela fans que la
Fregate ait reçu d'autre
dommage que fes voiles
brulées.
Deux autres Fregates y
ont amené le 2. un Navire
Anglois chargé de Soyes ,
IV . PARTIE. 79
5
de Cotton, de Noix , deraifins
fecs , de beaucoup d'autres
drogues propres à la
Teinture , le tout eftimé
deux cens mille livres .
Un Armateur y amena
auffi un Baftiment de la
mefme Nation , chargé de
Sucre.
A
· De Toulon.
Il arriva icy le 4. un
Navire tout demafté qui
étoit remorqué
par deux
Armateurs . C'eſt un Vaiffeau
Portugais chargé de
Ciiij 4.
80 MERCURE
Sucre , de Tabac , & de
Cuir , le tout eftimé cent
cinquante mille écus .
Le mefme jour il arriva
auffi un Vaiffeau Catalan ,
chargé de Vins & d'autres
proviſions pour Barcelone .
De Dublin.
La populace , au nombre
de quatre a cinq mille perfonnes
, a fait de grands
defordres , enlevant les
Toiles peintes des Boutiques
& dechirant les habits
des femmes qui en étoient
·
IV . PARTIE 81
veftues , à caufe du grand
prejudice que ces Toiles
caufoient aux Manufactures
de Laine ; mais ce
defordre fut appaifé par une
proclamation qui fut publiée
.
De Lifbone le 26. Septembre.
La mifere eft extreme
dans ce Royaume ; les vivres
n'y ont prefque plus
de prix. Le Roy à de nou .
veau envoyé trente Baftimens
en Barbarie pour y
acheter des grains .; Mais
82 MERCURE
comme ils ne font escortez
que par quatre Vaiffeaux de
guerre, on craint qu'ils ne
foient encore enlevez par
les Vaiffeaux François qui
croifent vers le Détroit . Sur
des avis qu'on a eus de la
Frontiere que les Troupes
Efpagnoles avoient reçu
toutes leurs Recruës , leurs
remontes , & un mois de
paye , tous les Officiers qui
étoient icy fon partis pour
fe rendre à leurs Corps ,
Mais nôtre Armée n'a point
de Magafins. Un de nos
Vaiffeaux de 54. canons &
IV. PARTIE. 83
de 150. hommes d'équipage
ayant donné fur un Banc,
en entrant dans la Riviere ,
eft peri ; mais tout l'équipas'eft
fauve , à l'exception
de dix huit perfonnes qui
ont efté noyées.
ge
De Lerida le 22..
Il parsit dicy un grand
Convoy de vivres avec dix
pieces de canon de 24. livres
de balle & plufieurs Mortiers
pour aller joindte
l'Armée. Mr de Vendofme
a ordonné de luy envoyer
84 MERCURE
encore quelque pieces de
canon du mefme calibre.
De Sarragoße le 7. Octobre
置
Le 23. Septembre il
partit d'icy un Convoy de
cent trente Chariots & de
deux cent Mulets chargez
de grains que l'on fait
moudre à Fraga & à Lerida
d'où on les tranſporte à
l'Armée.
d'Alicante.
Deux Galliores de l'Ifle
IV. PARTIE 85
d'Ivica ayant attaqué un
Navire François par le travers
de Denia , les Galleres
d'Espagne qui étoient dans
ce Port en fortirent , prirent
une de ces Galliotes qui
étoit montée de quatrevingt
dix hommes . Trente
furent tuez dans le combar ,
& les foixante reftant furent
mis à la Rame.
D.
Vigo.
Le 24. Septembre , la
Fregate la Sufanne amena
une prife Hollandoiſe de
86 MERCURE
trois cens tonneaux chargée
de Seigle .
>
La Fregate le Grifon , de
Saint Jean de Luz , y amena
le mefme jour quatre prifes ,
dont deux de cent tonneaux
chacune étoient chargées de
froment , une de Seigle ,
d'Orge , & de plufieurs
Ballots de Marchandifes
, &
la quatrième du port de
trois cens tonneaux , étoit
chargée d'Acier , de Draps
fins , & d'autres riches Marchandifes
. Cette Fregate ;
avec quelques autres Armateurs
a amené dans ce Port
IV. PARTIE 87
en fort peu de temps vingtcinq
prifes,
De
Dunkerque.
Le Chevalier Bart , & le
Comte Philippe ont amené
une prife chargée de Vins
de Teinte , d'Oranges & de
Citrons ; la Fregate la Mutine
a amené un Navire
Anglois chargé de Charbon
de terre , & deux Rançons
de quatre mille trois cens
florins ; & la Fregatre la
Sorciere a amené deux Baft -
mens Hollandois chargez
de Moruë.
88 MERCURE
De Dauphiné.
L'armée de Mr le Duc
de Savoye ayant repaffé les
Alpes ; & de celle du Roy
confommé les fourages:
dans les Vallées d'Oulx &.
de Pragelas , Mr de Berwick
ramené les troupes par la
Vallée de Maurienne , pour
les diftribuer en quartier
d'hiver.
De Rome le 26. Septembre.
Le 21. on tint une troiIV.
PARTIE. 89
4
fiéme Congregation touchant
l'immunité Eclefiaftique
en prefence du Pape ,
où il fe trouva dix Cardinaux
avec les Prelats . Le
foir meſme , un des Expeditionnaires
d'Espagne fuc
arrefté dans fa maifon parce
qu'il avoit fervi de temoin
à la fignification que Mr
de Molines avoit fait faire
à l'Agent des Eglifes de ce
mefme Royaume , pour luy
ordonner d'aller rendre
compte de fa conduite , avec
deffence de s'ingerer dans
les affaires des Eglifes d'Ef-
Ooctobre 1711. 4. H
60 MERCURE
pagne parce qu'elles avoient
revoqué leurs procurations
dont il étoit chargé
cydevant.
L'autre Expedi-
餐
tionnaire ayant efté averty
fe retira en lieu de feureté.
Le lendemain le Cardinal
Pauluccy , Secretaire d'Etat ,
écrivit un billet de la part
du Pape àMr Molines où il
il luy marquoit de s'abſtenir
de toutes fes fonctions
de Doyen de la Rote , ainfi
que de fes autres emplois.
Le as. il reçut un autre
billet par lequel le Cardinal
Vicaire luy fignifioit que le
2
IV. PARTIE. 24
Pape l'avoit fufpendu de
fes Ordres facrez .
De Varfovie du 25.
Septembre.
L'Envoyé du grand Seigneur
, les Députez du Roy
de Suede , ceux du Kan des
Tartares ; & ceux du Palatin
de Kiowie ont eû une Conference
à Jaflowiecz , à l'entrée
de la haute Podolie avec
plufieurs Senateurs Polonois,
qui ayant déclaré qu'ils
étoient Députez de la part
du Roy Augufte , & de
Hij
92 MERCURE
la Republique de Pologne ,
l'envoyé Turc a refufé
de traiter avec eux , & de
leur délivrer les Lettres
dont le Grand Vizir l'avoit
chargé , s'excuſant ſur
ce qu'il ne reconnoiffoit pas
pour Reprefentans de la Republique
, ceux qui venoient
de la part du Roy Augufte
; que le Grand Seigneur
ne reconnoiffoit pas Roy
de Pologne , ajoutant qu'il
avoit ordre de faire des Propoſitions
avantageuſes à la
Pologne , qu'il ne pouvoit
leur expliquer ; mais que le
IV .
PARTIE. 93
grand Vifir efperoit que la
Republique favoriferoit le
paffage du Roy de Suede ,
les Mofcovites for-
&
que
tiroient des Etats de Pologne
>
conformement au
Traité conclu avec le Czar,
enfuite dequoy ils fe font
retirez .
De Carelbade , en Boheme.
Le Czaria declaré que
par le Traité conclu avec le
grand Vifir , il avoir promis
de ne fe plus mofler des
Affaires de Pologne
, pour94
MERCURE
vû que le Roy de Suede ne
s'en mêlaft pas non plus , &
que fi Sa Majesté Suedoife
s'en mêloit ; il affilteroit le
Roy Augufte fon Allié , de
toutes fes forces ; qu'à l'égard
de la reftitution d'Afaph
, il ne l'executeroit
qu'aprés que le Roy de
Suede feroit party avec une
Eſcorte de cinq mille hommes
ſeulement , pour retourner
dans fes états , &
fi cette Eſcorte étoit
plus forte il s'opoſeroit
à
fon paffage.
que
IV.
PARTIE. 95
De Francfort le 13. Octobre.
Le 11. on fit fortir d'icy
tous les Etrangers , excepté
ceux de la fuite des Elec
teurs & des Ambaſſadeurs ,
& le lendemain 12. l'Archiduc
fut élû Empreur par les
Electeurs des Tréves , de
Mayence , & Palatin , prcfents
: & les Ambaffadeurs
des Electeurs de Saxe , de
Brandebourg , & du Duc
d'Hanover , nonobftant les
Proteftations de nullité des
Electeurs de Cologne &
44
de Bavieradlo sb not
96 MERCURE
De Luneville le 16.
Madame la Ducheffe de
Lorraine , eft acouchée lanuit
derniere d'une Princeffe
; & il eft arrivé aujourd'huy
un Courrier dépeché
par l'Electeur de Tréves
qui a rapporté que
duc avoit été élû Empereur
le 12 , d'une voix unanime.
2.
L'Archi-
Ich verBold sob
De Cadix le 6 Octobre. 1.
e Ileft venu ce matin trente
fix Defefteurs de la Gar
nifon de Gilbraltar , pármy
lefquels
IV. PARTIE. 97
lefquels il y a deux Lieutenants
. Ils fe plaigent de n'a
voir touché aucun preft de
puis fix mois ; & on dit que
les deux Bataillons qu'on y
a amenez de Portugal ne
montoient qu'à trois cens
hommes ; dont plus de la
moitié eftoient malades , &
que deux Fregates chargées
de vivres , étoient peries en
entrant dans la Baye.
1
De Francfort le 15.
On ne doute point que
beaucoup de Puiffances ne
Octobre 1711. 4. I
MERCURE
proteſtent contre l'Election
précipitée d'un Empereur
en faveur de l'Archiduc ,
la Capitulation perpetuelle
'n'étant pas encore reglée ni
les griefs de l'Empire
touchant les trois Religions
tolerées en Alemagne
; les
purgez
Tribunaux de Juſtice , &
l'évaluation des Monnoyes ;
M Albano , a déja reprefenté
, que cette élection ne
pouvoit être canonique fans
la prefence des Electeurs
de Cologne , & de Baviere :
On n'y a point parlé du neuviéme
Electorat ny de
貝
防
R
IV. PARTIE.
l'érection de la Pruffen
Royaume.
De Strasbourg le 18 .
YON
1893
Le Prince Eugene , a fait
faire de grandes réjouillances
dans fon Camp pour
l'Election du nouvel Empereur
; deux jours aprés il envoya
reconnoître nos lignes
par des Ingenieurs eſcortez
de deux cens Chevaux ; mais
nos Troupes étant forties
fur eux , il y en eut dix neuf
tuez , & quatorze de pris
avec un des Ingenieurs.
4 . I ij
DELE
VILLE,
100 MERCURE
Un party de vingt cinq
de nos Houffards , ayant
pénetré dans le derriere de
leur Armée ; mit le feu à
un amas de fourages , & coupa
à coups de fabre environ
mille facs de farine , aprés
quoy ce party fe retira avec
trente neuf Chevaux des
ennemis , fans avoir perdu
un feul homme , quoy qu'il
cuft été pourſuivy pendant
plus de quatre heures,
De Cambray.
>
Les Infpecteurs d'Infan❤
IV. PARTIE ror
terie ont commencé au
jourd'huy à faire leur revue ,
aprés laquelle les Troupes
marcheront dans les Quar
tiers qui leur fon defignez.
Mr d'Albergothi a fait faire
devant les Retranchements
deVauvrechain , des Redoutes
& des Fortins où l'on a
placé de l'Artillerie .
L'infanterie Ennemie eft
encore prés de Bouchain , &
on luy a envoyé de Tournay
, quatre cens Chariots
chargez de vivres . La Garnifon
de Condé , qui a efté
confiderablement augmen
4i. I iij.
102 MERCURE
tée , à brulé des Fourages ,
& enlevé douze cens Sacs
d'Avoine
4
De Dunkerque.
Deux de nos Fregates ont
amené deux Baftimens Hollandois
chargez d'Huile de
Baleine , & un Anglois fur
lequel on a trouvé quinze
mille livres fterlin en Guinées
, & environ pour cent
mille livres de Marchan
difesti
Mride Benac à fait deux
autres prifes , eftimées cinIV.
PARTIE 103
quante mille écus chacune .
MORTS.
Charles Marie Maillard
de Tournon , Cardinal Picmontois
, Legat dans l'Empire
de la Chine , mourut
à Macao le 18. Juin 1710.
Il étoit l'un des Cameriers
d'honneur du Pape Clement
XI. qui le nomma
Patriarche d'Antioche le
5.
Decembre 1701. & declara
en mefme temps qu'il l'avoit
deftiné pour l'envoyer
à la Chine en qualité de
I iiij
4 .
104 MERCURE
Vifiteur Apoftolique , avec
les facultez de Legar à
Latere pour y porter les
Decrets & les Reglemens
neceffaires pour la conduite
des Chrêtieus de ce Païs - là .
Le 21. du mefme mois let
Pape fit dans le Choeur de
l'Eglife de S. Pierre la ceremonie
de le facrer Patriarche
, affifté des Cardinaux
Acciajoli & Carpegna , fonction
que les Papes n'avoient
point faite pendant tout le
cours du fiecle precedent
depuis Clement VIII . Sa
Sainteté le nomma Cardi
IV.
PARTIE. 105
mal le ' . Aouft 1707. on
1
a recu à Rome un Proces
verbal contenant les circonftances
de fa mort.
Maria Gabrieli Giovanni,
Cardinal , mourut à Caprola
dans fa cinquante
huitiéme année. Il y étoit
allé pour prendre l'air afın
de s'y rétablir d'une grande
maladie qu'il avoit eue auparavant.
Il avoit efté Ge
neral des Feuillants , & fait
Cardinal par le Pape Innocent
XII. à la promotion
du 14. Novembre. Il vacque
par ces deux Morts ,
106 MERCURE
dix fept places dans le Sacré
College.
Le Chevalier Richard
de Bulstrode , Anglois
mourut à S. Germain en
Laye le 3. Octobre agé
de cent cinq ans. Il avoit
fervy fous cinq Rois d'Angleterre.
Il avoit eſté Commiffaire
General de l'Armée
du Roy Charles I. puis Envoyé
Extraordinaire à la
Cour de Bruxelles fous les
Rois Henry II. & Jacques
H. Il a laiffe dix - fept enfans
de deux lits , dont trois,
font Moufquetaires ; l'aîné
IV.
PARTIE . 107
de fes fils , ett agé de foixante
& douze ans , & le
plus jeune de treize.
René Seguin , Capitaine
du Château du Louvre ,
mourut le 4. Octobre agé
de 66 ans aprés une longue
maladie. Il étoit le
dernier de fa famille , qui
a poffedé cette Charge de
pere en fils , pendant quatre-
vingt ans.
Antoine François Picard,
Seigneur de Mauny , Confeiller
au Parlement , mourut
fans alliance le 11. Octobre
agé de trente ans.
108 MERCURE
Bonaventure Frotier
Marquis de la Meffeliere
Marechal des Camps & Armées
du Roy , mourut le
14. Septembre dans fa
Terre de la Meffeliere en
Poitou. Il avoit efté Gouverneur
de Maftrick.
Anne Thibeuf mourut
le 15. Octobre . Elle avoit
épousé en premiere Noces
Claude d'Aleffo , Confeiller
au Parlement , & en
feconde-noces Pierre Lalle
mant de Leftrée Vicomte
de Villeneuve & c. Gouverneur
des Villes & CitaIV.
PARTIE. 109
delle de Donchery & d'Auxerre.
Antoinette Françoife
Robineau de Fortelles feconde
femme de Cefar
Hurault Comte du Marais,
mourut le 16. Octobre ,
agée de 33. ans.
Marie- Anne Rolandépouſe
de Claude Jacques
du Noyer , Seigneur de
Touches , Maistre des Requeftes
, mourut en couches
le 18. Octobre , s
Jean Angelique de Frezeau
, Marquis de la Frefeliere
Lieutenant General ,
10 MERGURE
des Armées du Roy , &
Premier Lieutenant General
de l'Artillerie de France ,
mourut le 16. Octobre en
fon Château de la Chauf
fée , agé de 39. ans. Son
Corps a cfté apporté à
Saint Paul où il a efté in,
humé.
Les Services que Mr de
Fontanicu a rendus dans la
charge de Treforier general
de la Marine qu'il a poffedée
pendant plufieurs années ,
Jui procurerent au com
mencement de 1710, nla
IV . PARTIE. In
"DirectionGeneralle du
Commerce ; La maniere
dont il l'a exercée luy ayant
de plus en plus attiré la
confiance , le Roy l'a choifi
pour remplir la Charge
d'Intendant & Controlleur
General des Meubles de la
Couronne,
Plufieurs Lettres d'Anjou ,
& de Normandie portent
qu'on a reffenty plufieurs
fecouffes ou tremblemens
de Terre dans ces deux Provinces
; qu'il y a eu des lieux
où les habitans étoient for112
MERCURE
tis de leurs maiſons pour
eviter d'être écrafez par les
ruines : Et entr'autres les
Religieufes de l'Abbaye de
Frontevaux qui furent pendant
vingt quatre heures
dans leur jardin , où elles
entendirent de grands
bruits fouterrains.Quél
ques unes de ces Lettres
difent qu'il y a eu quelques
Eglifes , & quelques
Chasteaux endommagez,
pro-
On en parlera le mois
chain fi on en eft mieux
informé,
IV. PARTIE . 113
GRAND ACCIDENT
ARRIVE A LYON.
L'Accident arrivé à
Lyon le onze Octobre
eft fi extraordinaire
,
que l'on a crû en devoir
donner le récit
dans les mêmes termes
qu'il a efté envoyé par
un témoin oculaire.
Oct.
1711. 4 I
114 MERCURE ,
De Lyon le 2. Octobre.
Hier Dimanche , onze
de ce mois , entre fix &
fept heures du foir, cing
cent perfonnes furent
tuées ou bleffées fur le
Pont du Rhône de la
Guillotiere en voici le
fujet. Tous les ans lepéuple
de Lyon va en devotion
à une Eglife en Dau
phiné , à une lieuë de la
Ville , fous l'invocation
de faint Denis , dans la
IV .
PARTIE.s
Paroiße de Bron , & le
jour de la dévotion eft
toujours le Dimanche qui
fuit le jour de la fêtede
de ce Saint . Tout le peuple
revenoit enfoule, &
Si preffé , que depuis le
bout de la Guillotiere juf
&quos à la porte de la Ville
tout estoit plein & ferré
à l'excez. Lepont du
Rhône , comme vousfçavez,
a une defcente affez
rapide auprés de la porte
qui vient en Bellecourt :
4 Iij
116 MERCURE ,
1
cette foule de peuple à
l'endroit de cette defcente
fut renversée& culbutée
de maniere que les dernierspouffant
lespremiers
ceux- ci fe monterent les
unsfur les autresjuſques
alabauteur d'un premier
étage,& s'écrasoient tous
impitoyablement , enforte
qu'on tiralescorpsétouf
felfous lapreffe au nombre
de deux cent dix-huit
perfonnes quej'ay vûês étendues
le long du ramIV.
PARTIE. 117
part les autres furent
emportez chez eux par
tie mourans , & expirerent
peu de temps aprés
yeftre arrivez plufieurs
vinrent finir leur vie
à l'Hôtel- Dieu , & plufieurs
enfin ont efté blef
fez , meurtris on eftropiez
: des familles entien
resy ontperi , peres , meres
enfans. Des maris
3 ont vu mourir leurs
femmes , des femmes y
ont vûs écrafer leurs ma-
4.Iiij
118 MERCURE
ris : Jugez combien
de
veuves , d'orphelins
, en
un mot quelle defolation
termina une journée qui
jufques-la avoit esté ſi
belle, & où on s'eftoit bien
diverti . Vous eftes en peine
de fçavoir comment
arriva un accidentfifu
neste & fi inoui ; vous
allezl'apprendre.
Comme la nuit tombois
les foldats des portes
voulant rançonner les
gens qui fe trouveroient
IV . PARTIE. 119
fermez, bars de la Ville ,
tirerent la barriere de la
porte, lesfaifoient compofer
pour entrer les uns
aprésles autres : cette ceremonie
donnale temps à
La foule du monde à fe
preßer encore davantage
à l'endroit du corps de
garde qui eft entre les
deuxportes joint à ce qu'
onfonnoit la retraitepour
faire avancer à grands
pas ceux qui estoient encore
au fauxbourg, & le
4 I iiij
120 MERCURE
long des chemins : Voila
donc une populace entaf
fée au devant de cette
barriere attendez un
moment , vous la verrez
déboucher de la manière
du monde la plus furprenante.
Un caroße venant
de Bellecour fe prefenta
à cette barriere pourfor
tir la Ville ; les foldats
font obligez de leur donner
paßage , & pour cela
d'ouvrir ladite barriere ;
tout auffitôt le peuple qui
IV. PARTIE . 127
eft un animal fe jetta
avec tant d'impetuofité
pour profiter de cette ouverture
, & entrer plus.
vifte que les chevaux,
qui ne pouvant (ouftenir
Beffort de la foule furent
renverfez dans le même
temps ; tout ce peuple enfemblefe
jetta attravers
des
chevaux , & en un
inftant tout fut confondu ,
hommes & femmes , enfans,
chevaux & caroffe,
tout fut écrasé. Vous no
122 MERCURE,
terez qu'au - dedans de
cette barriere étoientdeux
chaifesroulantes, des hom
mes à cheval , des chaifes
à porteurs , & que le tor
rent de la foule qui pouf
foit toûjours de deffus le
Pont , joint à l'avantage
que luy donnoit la def
cente, que neceffairement
les premiers furent obligez
à fe monter les uns
fur les autres à la hauteur
que je vous ay dit ,
les chaifes furent mouIV.
PARTIE 123
luës , les chevaux étouf
fez avec les gens , non
fans avoir mordu &
rue de grands coups de
pieds , qui faifoient encore
plus tomber ceux qui eftoient
contraints de s'en
approcher. Je vous laiſſe
à juger quel défordre ,
quels burlemens , quels
banniffemens , & quel
deuil a fuivi cette trifte,
fcene.
Mais ce que vous admirerez
encore davanta
124 MERCURE, I
1
ge est que ma foeur avec
une femme de chambre,
qui étoient allées à la
Guillotierre à pied pour
voirentrer tout ce monde,
eurent le bonheur defe
trouver prés de la barriere
lorfqu'on l'ouvrit pour
Laißerpaßerle caroffe , &
qu'elles n'eurent que le
tems de fegliffer à côté du
caroße , d'entrer dans la
Ville , lorsqu'un inftant
aprés ce même caroße fut
renversé , & que tout le
IV. PARTIE 125
fracas arriva la Maitreffe
du caroße eft Madame
de Servien, &fut
trainée par deux foldats
de la porte dans le Corps
de Garde mais elle eut
le chagrin de voir perir
fon cocher , fes deux chevaux,
&fon caroffe tout
fracaffé.
•Des Chirurgiens acconrurent
à cet évenement ,
comme à la fin d'une bataille
; & entre autres
operations qu'ils eurent à
126 MERCURE ,
faire , celle d'ouvrir les
femmes enceintes pou
en tirer les enfans , ne
fut pasla moindre , parmy
tous ces morts il y a eu
de bons Bourgeois
, des
Marchands , des perfonnes
aifées , des artifans ,
des valets & des fer
vantes.
Mr. le Prévost des
Marchands , Mr. de
Vallorge Major de la
Ville , Mr. le Procureur
General , y accouIV
PARTIE. 127
rurent , ils y ont paßé
toute la nuit àfaire ranger
les corps morts , à les
numeroterfur le front &
les marquer d'un cachet,
en même temps ils faifoient
faire un pacquet de
leurs effets & de tout
ce qui étoit fur eux
mar fujet àfe perdre ,
quoient ce pacquet du même
numero & du même
cachet , afin que les Parens
puffent recevoir tout
ce qui pouvoit leur ap128
MERCURE ,
partenir-smok
Le lendemain chacun
alla reconnoître les fiens,
& ces Cadavres furent
•emportez chacun en fa
-Paroifle , pour y être enterrez
deforte qu'aprés
Les Vefpres l'on ne voyoit
par toute la Ville , que
-des Enterremens & des
lamentations.
D'autres Lettres portent
que la principale
caufe de ce grand accident
,
IV . PARTIE. 129
dent , fut que les gens
qui étoient les plus éloignez
de la barriere , entendant
le grand bruit
qu'on y faifoit , au lieu
de s'écarter pour don
ner aux autres la facilité
d'ouvrir le paffage,
s'avancerent tout à
coup , foit par la curiofité
de fçavoir
ce que
c'étoit
foit par la
crainte qu'ils avoient
de ne pouvoir rentrer
dans la ville , enforte
Oct. 1711.
4.K
130 MERCURE ,
que ceux qui fe trouvoient
à la tête de cette
longue file , ne pouvant
avancer furent renverfez;
que ceux qui étoient
les plus prés d'eux furent
en même temps
culbutez fureux , & fur
ceux-cy , ceux qui les
joignoient , ne pouvant
faire autre chofe quede
monter fur ceux qui
étoient devant eux , par
l'impoffibilité de réfi
fter au poids qui les
IV . PARTIE . 131
preffoit par derriere ;
qu'un Lieutenant Coloneloqui
avoit mis le
piftolet à la main pour
fe faire faire jour au tra
vers de la foule avoit
auffi été étouffé de même
que fon cheval , &
que l'on avoit trouvé
dans la riviere une lieuë
au- deffous duPont , plufieurs
perfonnes qui s'y
étoient jettées plûcoft
que de fe laiffer écrafer
contre le parapet .
4 Kij
132 MERCURE ,
Le Pont de la Guillotiere
, fur le Rhofne ,
eft bafti de groffes pier
res de taille : il a cent
cinquante pas de longueur
fur dix - neuf
grandes arches : Ily a
dans le milieu de ce
Pont une forte Tour
que l'on dit faire la féparation
du Lyonnois
& du Dauphiné , quoyque
le Faux- bourg de
la Guillotiere , qui eft
au bout de ce Pont ,
IV . PARTIE. 133
precende eftre du Lyonnois
. On garde ordinairement
les portes de
la Ville de Lyon : mais
principalement
celle
du Rhofne comme
étant la plus proche des
Terres Etrangeres.
DEDICA CE
dune Eglife.
L'Eglife que M. l'Abbé
le Moyne , Docteur de
Sorbonne , & Seigneur de
Belle - Ifle , y a fait bâtir ,
134 MERCURE ,
étant achevée , M. l'Evêque
de Châlons fit la ceremonie
de la Dédicace le
6. Septembre. Ce Prélat
pour s'y préparer jeûna la
veille , ainfi que tous les
habitans , aufquels il fit le
jour même un diſcours pa
ftoralfur le Sacrement de
Confirmation , qu'il admi
niftra enfuite pour faire al
lufion de la confecration
desTemples vivans , à celle
d'un Temple materiel .
Le foir on fit la Tranfla
tion de S. Peregrin , premier
Evêque d'Auxerre ,
IV. PARTIE. 135
de S.Euftache & de S. Sim
plicie , Martyrs , donnez
par les Religieux de Saint
Denis. 20
Le Dimanche dés le point
du jour , M. l'Evêque alla à
Eglife d'où l'on avoit ôté
tous les bancs. Il y fit al
humer les 12 cierges qui é
toient devant les 12 croix
des piliers , une à chacun ,
aprés quoiil y laiffa un Diacre
feul , qui en ferma les
portes. Il continua enfuite
laCeremonie par plufieurs
Proceffions au dehors &
au dedans , par plufieurs
136 MERCURE ,
2
encenfemens, par le chant
de plufieurs hymnes , de
cantiques , de Pleaumes,
par differens Exorciſmes,
des Benedictions , des Luftrations
, des Onctions
d'eau Gregorienne , d'huîle
des Cathecumenés , de
S.Crême,des Proftrations,
par les feel des tombeaux
des Martyrs , par la formar
tion des Alphabets grec &
latin fur la cendre étendue
en forme de Croix de S.
André,par l'Eloge duF ondateur
, les devoirs des pa
roiffiens , & par une Meffe
folemnelleTHELUE
DE
LYON
1883*
ELA
VILLE
TABLE.
I. PARTIE.
Litterature ,
13
Extrait d'un Manufcrit de
Voyage,
Extrait d'un autre Manufcrit, 30
De l'excellence de la Mufique, 54
Extrait de la Lettre de Madame
la Marquise de S. BL *** 64
II. PARTIES WII
Amuſemens ,
Anonyme d'Auxerre
Les deux Kendangeurs Sor
cers ,
Le Correspondant
de la Guinquette,
18
L
TABLE.
Couplets en forme de Dialogue,
49
Les Vendanges
Article burlesque ,
52
SS
Conte Arabe,
58
Questions ,
78
Article des Enigmes
81
III. PARTIE.
Piecesfugitives,
Lettre à deux Dames, pareſſeufes,
I
La Liberté , Cantate nouvelle , 1
Le Phenix, Nouvelle Elegie, 20
Piece nouvelle fur un coup
d'Hombre extraordinaire 25
A Madame de ... pour
pour Dodo ;
fa Doguine , 40
TABLE.
IV . PARTIE .
Nouvelles
Nouvelles d'Espagne ,
Traduction de la Lettre écrite
par l'Archiduc , 14
Nouvelles du Nord & d'Allema
gne ,
24
Nouvelles de Dauphiné ,
613
Nouvelles de Flandre , 64
Nouvelles de divers endroits, 70
Morts, 105
Tremblement de Terre , III.
Accident arrivé à Lyon , 112
PRIVILEGE DU ROY.
OUIS par la
de Dieu , Roy de
LFrance
& de Navarre : 4 nos amez
& feaux Confeillers
des gens tenants nos
Cours de Parlements
, Ma ftre des Requêtes
ordinaires
de nôtre Hôtel , Grand:
Confeil , Prevoft de Paris , Baillifs , Sénéchaux
, leurs Lieutenant
Civils & autres
nos Jufticiers & Officiers qu'il appartiendra
, SALUT. Ayant choifi nôtre trescher
, & bien amé CHARLES
DU.FRESNY
,
Sieur de Riviere , Nôtre Valet de Chambre
ordinaire
; pour continuer
de faire le
Recueil de plufieurs
nouvelles , Relations,
& Hiftoires
; & le faire imprimer
fous le
titre de Mercure
Galant ; il nous a treshumblement
fait fupplier delui vouloir ac
corder nos Lettres de Privilege
fur ce néceffaires
. A CES CAUSES Nous lui avons
permis & permettons
, par ces Prefentes
,
de faire imprimer
le Livre intitulé
La
MERCURE
GALANT
Contenant
plufieurs
Nouvelles
, Relations
Hiftores &
generalement
tout ce qui dépend dudit Livre,
& qu'on a coutume d'y mettre depuis trente
ans , en telle forme , marge , caractere
, &
autant de fois que bon lui femblera
, par tel
Imprimeur
& Libraire qu'il voudra choifir
>
de de le faire vendre & débiter par tour
nôtre Royanme , pendant le temps de trois
années confecutives à compter du jour de
la datte des Preſentes ; faiſons déffenſes à
toutes fortes de perfonnes de quelque qua
lité & condition qu'elles foient d'en intro
duire d'Impreffions Etrangeres en aucunlieu
de nôtre obéiffance, & à tous Imprimeurs ,,
Libra res & Colporteurs , & tous autres
de faire imprimer , vendre , & débiter , &
contrefaire ledit Livre , ni graver aucu
nes Planches fervant à l'ornement d'icelui,
ni même de le donner à lire pendant ledit
temps , fous quelque pretexte que ce foit,
fans la permiffion expreffe , & par écrit
dudit Expofant , ou de ceux qui auront
droit de lui , à peine de confifcation des
Exemplaires contrefaits ; de fix mil livres
d'amende contre chacun des contrevenants,
dont un tiers à l'Hôtel Dieu de Paris , un
tiers au Denonciateur, & l'autre tiers audir-
Expofant , & de tous dépens dommages &
intereſts à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiftre
de la Communauté des Imprimeurs
& Libraires de Paris , & ce dans trois mois
du jour & dître d'icelles , que l'impreffion
dudit Livre fera faite dans nôtre Royaume,
& non ailleurs , & ce conformement aux
Reglemens de la librairie ; & qu'avant de /
l'expofer en vente, il enfera mis deux Exem
plaires dans notre Bibliotheque publique,
un dans celle de nôtre Château du Louvre,
& un dans celle de nôtre tres cher & féal
Chevalier Chancelier de France , le Sieur
PHELIPEAUX, Comte de Ponchar
train, Commandeur de nos Ordres , le tour
à peine de nullité defdittes prefentes , du
contenu defquelles , Vous MANDONS , &
enjoignons de faire jouir & ufer ledit fieur
Expofant , ou les ayant caufe , pleinement
& paifiblement fans fouffrir qu'il leur foit
caufé aucun trouble , ou empêchement.
Voulons qu'à la Copie des prefentes qui
fera imprimée au commencement , ou à la
fin dudit Livre , foit tenue pour bien , &
duement fignifiée , & qu'aux Copies collationnées
par l'un de nos amez & féaux
Confeillers & Secretaires foy foit ajoûtée
comme à l'original. Commandons au Premier
nôtre Huiffier ou Sergent de fair pour
l'execution des Prefentes tous Actes requis,
& neceffaires fans autres permiffions " nonobftant
Clameur de Haro , Chartre Normande
, & Lettres à ce contraires : CAR
tel eft nôtre plaifir. DONNE ' à Versailles
le trente uniéme jour d'Aouft , l'an de
grace mil fept cens dix , & de nôtre Regne
le foixante huit , Par le Roy en fon Confeil.
Signe , DE VANOLLE'S.
Regiftré fur le Regiftre num. 3. de le
Communauté des Imprimeurs & Libraires
de Paris , page 63 num. 36. conformement
aux Reglements , & notamment à l'Arreft
du 13. Aoust 1703. A Paris , ce 2 Septembre
1710. Signé , P. DE LAUNAY,
Sindic.
患患患無患患患康
88888888888
CATALOGUE
DES LIVRES NOUVEAUX ,
Imprimez chez PIERRE RIBOU , à la
Defcente du Pont Neuf, à l'Image
faint Louis.
Des R R. P P. Benedictins , de la Congregation
de faint Maur .
San
Antti Auguftini Hipponenfis Epifcopi Opera ,
denuò caftigata & illuftrata , cum Indicibus &
Vita ejufdem fancti Auguftini , fol . 8 vol .
Petit pap. veau ,
Moyen papier ,
Grand papier ,
144 liv.
224 liv.
320 liva
- Eorumdem Operum Indices , cum vita fančti
Auguftini , fol. ſeparément , petit pap. 18 I.
Moyen papier , 24 liv.
Grand papier ,
Les Volumes fe vendent
40 liv.
petit papier .
feparément , en
18 liv
Moyen papier , 24 liv.
Grand papier , 40 liv.
Vita S. Auguftini , fol . feparément , 6 1.
Sancti Hilarii Epifcopi Pictavienfis Opera , emendata
& illuftrata , fol . petit papier , 18 liv.
Moyen papier ,
Grand papier ,
24 liv.
40 liv.
A
Hi Gregorii Epifcopi Turonenfis Opera , caftigata
& editaftudio Domini Theodorici Ruinart ,
Monachi Ordinis fanéti Benedicti , Congregationis
fancti Mauri , folio , Is liv.
Hiftoire de Bretagne , compofée fur les Titres
& les Auteurs originaux , par Dom Guy Alexis
Lobineau , Benedictin de la Congrega
tion de faint Maur , avec les Preuves : & enrichie
de Portraits , deTombeaux ,de Sceaux ,
& autres Monumens gravez en taille-douce ,
fol. 2 vol . 17:07. 60 liv.
Meditations pour tous les jours de l'Année ,
tirées des Evangiles qui fe lifent à la Meſſe ,
& pour les Fêtes principales des Saints , avec
leurs Octaves , par le R. P. Rainffant , Benedictin
de la Congregation de faint Maur , în
4°,quatrième édition , 1707. 6 liv .
Domini Edmundi Martene Benedictini Congregationis
fancti Mauri Commentarius in Regulam
fancti Benedicti litteralis , moralis , hiftoricus ,
in 4° , 7 liv. 10 f
Ouvrages de M. Baluze ,
Is liv.
24 liv.
Conciliorum nova Collectio , in qua continentur plurima
Concilia , nunc primùm in lucem edita ex
antiquis Codicibus : Seu Supplementum ad collectionem
Conciliorum Labbai , fol . 1707. petit
papier ,
Grand papier ,
Concilia Gallia Narbonenfis , nunc primùm edita
cum Notis , in 8 ° ,
4 liv.
alluftr. Domini P. de Marca Archiepifcopi Parifienfis
Dißertationes de concordia Sacerdotii Imperii :
Seu de libertatibus Ecclefia Gallicana . Noviffima
editio auctius illuftrata , fol . petit pap. 15 liv.
Grand papier , 24 liv.
Ejufdem de Marca Hiſpanica , fivo limes
Hifpanicus , hoc eft , Geographica & Hiftor
Defcriptio Catalonia & Rufcinonis : acceffere gefta
veterum Comitum Barcinonenfium , Nicolai
Specialis res Sicula , &c. omnia nunc primùm
edita, fol. petit papier ,
Grand papier ,
Ejufdem Differtationes tres , cum
Appendice actorum veterum , in 8 ° ,
Is liv.
24 liv .
notis &
3 liv.
Ejufdem Opufcula , nunc primùm in lucem
edita , in 8 , 3 liv .
Vita Paparum Avenionenfium , hoc eft , Hiftoria
Pontificum Romanorum qui in Gallia federunt ab.
anno 1305. ad annum 1394. fcripta ab auctoribus
coetaneis , cum Notis , in 4° 2 vol. 14 liv.
Sancti Agobardi Archiepifcopi Lugdunenfis Opera ,
necnon Leidradi Amulonis Archiepifcoporum
Lugdunenfium Epiftola & opufcula , cum Notis,
in 8º , 2 vol . 6 liv .
Sancti Cafarii Epifcopi Arelatenfis Homilia , nunquam
antehac edita , cum Notis , in 8 ° , 1 1. 10 f.
Marii Mercatoris Opera , cum Notis , in 8 ° , 3 liv.
-Reginonis Abbatis Peumienfis Libri duo de Ecclefiafticis
difciplinis & Religione chriſtiana , &c. cum
Notis , in 8 °, 4 liv.
Salviani Maffilienfis , Vincentii Lirinenfis Opera,
cum Notis uberioribus , in 8 ° „ tertia edit. 3 liv.
Vita Petri Caftellani , Magni Francia Eleemofynarii
, à Petro Gallandio fcripta , cum Notis , in
div.10 f.
Miſcellaneorum Libri quinque , hoc eft , Collectio
veterum Monumentorum , in 8º 5 vol . 15 liv.
Les volumes fe vendent feparément liv.
Ouvrages de feu Mre ARMAND LE BOUTHILLIER
DE RANGE' , Abbé de la Trappe.
8
De la Sainteté & des devoirs de la vie Monaftique
, avec les éclairciffemens fur les diffi-
A ij
cultez furvenuës au fujet de ce Livre ,
4° , 3 vol.
Les mêmes in 12. 3 vol .
in
17 liv.
8 liv.
Les Eclairciffemens
,in 4", feparément
, 6 1.
Les mêmes
in 12. feparément
, 2 liv. 10 f.
Cinq
Chapitres
tirez
du Livre
de la Vie Monaftique
; fçavoir
, de l'amour
de Dieu
, de la
Priere
, de la Mort
, des Jugemens
de Dieu
,
& de la Componction
, in 12. I liv. Difcours
de la pureté d'Intention
, & des moyens
I liv. 10 f.
pour y arriver , in 12 .
Carte de la Vifite de M. l'Abbé de la Trape & l'Abbaye
des Clairets , avec une Inſtruction fur la mort de Dom Muce', in 12. 1 liv . Inftructions
de faint Dorothée
, Pere de l'Eglife
Creque , traduites
du Grec en François , avec la Vie de ce faint Pere , in 8 °. 2 l . 5 l. Inftructions
fur les principaux
fujets de la Pieté & de la Morale Chretienne
, in 12. 1 1. 10 f.
Lettres de Pieté choifies & écrites à differentes
perfonnes
, in 12 , 2 vol . 4 liv. Meditations
fur la Regle de faint Benoît , troi- fiéme édition, augmentée
de la veritable
pre- paration
à la mort , in 12 . 2 liv. De la veritable
preparation
à la mort , in 12 . feparément
,
Réponses
au Traité des Etudes Monaftiques
de Dom Jean Mabillon
, in 4" , 6 liv. Le Texte de la Regle de S. Benoît, trad.in 12.11. La Regle de faint Benoît , traduite & expliquée felon fon veritable
efprit , in 49 , 2 vol. 12 l. La même in 12. 2 vol.
s liv . Reflexions
morales
fur les quatres Evangiles
, in 12.4 vol.
4º ,
I liv.
7 liv. 4 f.
Reglemens generaux de l'Abbaye de la Trappe,
in 12. 2 vol. " 3 liv. 12 f.
Relation de la mort de Dom Abraham Beugnier
, in 12. brochure , 8 f.
Relation de quelques circonftances de la mort
de M. l'Abbé de la Trappe , in 12. brochu
re ,
8 f.
Traité abregé des Obligations des Chrétiens ,
in 12. 1 liv. 16 f.
Du R. R. Dom LE NAIN, Sous- Prieur del'Abbays
de la Trappe.
Homelies fur le Prophete Jeremie , in 8 , 2.
vol.
7 liv. 12 f.
Hiftoire de l'Ordre de Cîteaux , ou Vies des
Saints de cet Ordre , in 12.9 vol . 16 liv . 4 f.
De Noffeigneurs du Clergé de France.
Procés verbal de l'Affemblée de 1690. fol . 61 .
De l'Affemblée de 1693. & 1695. fol. 10 l.
De l'Affemblée de 1701. & 1702. fol . 6. I.
Relation des Affemblées de MM. les Prelats,
pour la condamnation du Livre de M. l'Archevêque
de Cambray , in 4 ° , 4 liv.
Recueil concernant l'établiffement de deux Seminaires
dans le Diocefe de Reims , in 4º , 6 I.
Du R. P. DUBOIS , de l'Oratoire.
Hiftoria Ecclefia Parifienfis , fol . 2 vol . 30 liv.
Le Tome fecond feparement ,
A
Is liv. Du R. P. A MELOTTE
, de l'Oratoire
.
Le Nouveau Teftament traduit fur la Vulgate
, ave des Notes , & des Cartes de la Terre
>
Sainte , in a
4 2 vol.
Le même in 18.
12 liv.
1 liv.
Du R. P. HARDOUIN , de la Compagnie
de Fefus .
Antirrheticus de nummis antiquis Coloniarum &
Municipiorum ad Joannem Vaillant , in 4º , 3 I.
Sancti Joannis Chryfoftomi Epiftola ad Cafarium
Monachum , Gr. & Lat. cum Joannis Harduini
Dißertatione de Sacramento Altaris , Notis ,
in 4 .
De differens Auteurs.
in 12.
4 liv.
Compendium InftitutionumJuftiniani , feu compen■
diofa earum tractatio ,
I liv.
Coeur affectif de faint François de Sales , tiré
de ce qu'il y a de plus touchant dans fes
Ecrits , pour la confolation des ames devo
tes , par M. Gambard , in 12. I liv. 12 f.
Diurnale Ciftercienfe , ad ufum Fulienfium , rubronigrum
, in 24. maroquin , 3 1 .
Difcours de faint Bernard , compofez à la priere
de fa foeur la Religieufe , où font contenus
tous les principaux points du Chriftianifme
nouvelle traduction , in 16. I liv. 10 f.
Exercice Journalier , à l'ufage des Religieufes
de la Congregation de N. D. in 16.
1 liv.
Maniere de bien entendre la Meffe de Paroiffe,
par Meffire François de Harlay , Archevêque
de Rouen , imprimée par l'ordre de feu
M. l'Archevêque de Paris , in 12.
Ordonnances du Roy pour le fait de la Guerre,
in 12. 15 vol.
1 liv.
45 liv Les volumes
fe vendent
feparément
, 3 I.
Reglement
pour
le Regiment
des Gardes
, in
12 .
7 liv.
Prieres
Chrétiennes
recueillies
par
ordre
de
feu M. l'Archevêque
de Paris
, en Latin
& en
François
avec
une
Inftruction
pour
la Confeffion
& Communion
, & une
Conduite
pour
bien
gagner
le Jubilé
, in 12. troifiéme
édi
tion
,
I liv.
Tradition
de l'Eglife
fur le Silence
Chrétien
&
Monaftique , contre l'intemperance de la langue
, & les paroles inutiles en general , & en
particulier contre la trop grande frequentation
des Parloirs des Religieufes , par M.
Hermant , in 12. 1 liv. 16 f.
Traité du Cancer , & des moyens de le guerir,
par M. Alliot , in 12 . I liv.10 f.
Traité des Ecoles Epifcopales , par feu M. Joly ,
Chantre & Chanoine de l'Eglife de Paris
in 12.
>
>
2 liv.
Vie de la Mere Eugenie de Fontaine , Religieufe
de la Vifitation, morte en 1694. in 12. 1 I. 10 f.
De l'ufage de celebrer le Service Divin, en langue
non vulgaire , par le R. P. Caponnel
Chanoine Regulier , in 12 . I liv. s f.
Imitation de Jefus- Chrift en vers , avec figures,
par M. de Corneille , Bruxelles. in 8 °, 4 I.
Hiftoire du Concile de Trente , par Frapaolo ,
in 41
"
8 liv .
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , fol .
2 vol.
18 liv .
Les mêmes , in 4* , 6 vol . 36 liv.
L'art de Tourner ou de faire en perfection
toutes fortes d'ouvrages au Tour : ouvrage
tres- curieux & tres-neceffaire à ceux qui s'exercent
au Tour , fol . Latin & Fr. Is liv.
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon , par
M. de la Foffe , feconde édition , augmentéé
de deux Odes , l'une de Pindare , & l'autre
d'Horace , in 12 . 2 liv. 10 f.
Nouvelle Grammaire Eſpagnole , par M. Perger
, in 12. 2 liv. ..
Nouvelle Traduction de Juftin , avec des Remarques
, in 12. 2 vol .
Conquête du Mexique , in 12. 2 vol.
3 liv. 10 f.
s liv. Conquête du Perou , in 12. 2 vol . 4 liv . 10 f.
Voyage d'Alep à Jerufalem , in 12. 2 liv .
Nouvelle & parfaite Grammaire Françoife da
Pere Chifflet , in 12. avec un abregé d'Ortographe
,
i liv. to f.
De la Connoiffance de Dieu , par M. Ferrand
in 12.
>
2 liv. io f
1 liv . 16 f.
vol.3 1.10 f.
I liv . 16 f.
Novum Teftamentum Gracum , in 18 .
L'Ifprit de l'Ecriture Sainte, in 12. 2
Le Comte de Cardone , in 12 .
Les Avantures Galantes du Chevalier de The
micourt , par Madame D... in 12. 1 l . 16 f.
Furteriana , ou les bons mots de M. Furetiere
in 12.
2. liv.
Avantures galantes de France & d'Espagne ,
in 12. 2 liv.
2 liv.
Traduction nouvelle de Miguelles Cervantes ,
in 12.
é liv.
Biblia facra , in 4
Amuſemens ferieux & comiques , par M. du
Freny , in 12 .
1 liv. 10 f.
Grammaire Allemande , de Pérger , in 12. 1 1 .
Effais de litterature pour la connoiffance des
bons Livres ; & fupplément des Effais , in 12.
4 vol. 8 liv .
Le Jeu de l'Hombre , augmenté des Decifions
Nouvelles , in 12 . i liv. 10 f.
Les Campagnes du Roy de Suede , in 12. 3
vol. 6 liv .
La Vie de M. de Moliere , in 12 . 2 liv.
Traité du Recitatif dans la Compofition , dans
la Declamation , la Lecture & l'Action publique
, in 12 .
1 liv . 10 f.
Hiftoire de la Virginie , contenant celle de lon
établiffement & de fon gouvernement jufqu'à
prefent , les productions naturelles du
Païs , la Religion , les Loix & les Coûtumes
des Indiens naturels , par un Auteur natif &
habitant de ce Païs-là , in 12. enrichie de figures
12.
9
›
gures en taille-douce , 2 liv. s . f.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche , qui enfeigné
les devoirs du Maître d'Hôtel & du
Sommelier , la maniere de faire les Confitures
feches & liquides , les Liqueurs , les
Eaux , les Parfums , la Cuifine , à découper
les viandes , & à faire la pâtifferie ; huitiéme
édition , corrigée & augmentée des pâtes , des
Liqueurs nouvelles & des nouveaux Ragouts
qu'on fert aujourd'hui : Avec des modeles
pour dreffer les Services de Table , in
2 liv . s f.
Abregé de la Sainte Bible , en forme de Quef
tions & Réponses familieres , tirées de dif
ferens Auteurs ; divifé en deux parties , l'ancien
& le nouveau Teftament, par le R. P.
Guerard , de la Congregation de faint Maur ,
feconde édition , in 12. 2 liv.
Les Delices de l'Italie , contenant une defcription
exacte du Païs , des principales Villes ,
de toutes les Antiquitez , & de toutes les Raretez
qui s'y trouvent ; ouvrage enrichi d'un
tres-grand nombre de figures en taille douce ,
in 12. 4 vol.
12 liv.
Traité des Jardinages , par M. de la Quintinië , in 4 2 vol.
Le Prince Grec , in 12 .
12 liv.
2 liv.
Hiftoire de D. Quixotte , in 12. 3 vol. 12 l . 10 f.
Les Fables de la Fontaine ,"in 12. S vol . 10 liv.
La Princeffe
de Cleves
, in 12.
2 liv. 10 f.
L'Arithmetique
de Legendre
, in 12. 2 liv. 10 f.
La Vie de Cromvvel
, de Gregorio
Leti ,
in 12 .
2 vol.
s liv.
Les Oeuvres de S. Evremond , in 12.5 vol . 10 1 .
Juvenal, de la traduction du P. Tarteron , in
12.
Zayde , in 12. 2 vol.
2 liv . 10 f.
4. liv
B
3
liv.
Style du Confeil , par M. Gauret , in 4 " , s liv :
Code de la Marine , in 4° ,
Traité hiftorique des Monnoyes de France , par
M. le Blanc. in 4 .
2 liv .
8 L.
9. liv.
Dialogues
entre
le Diable
Boiteux
& le Diable
Borgne
, par M. le Noble
, in 12.
Traité
de la Parole
, in 12. brochure
,
Lucien
d'Ablancourt
, nouvelle
édition
, augmentée
de Notes
, in 12. 3 vol.
6 liv.
Numifmata
area Imperatorum
Auguftorum
& Cafarum
in Coloniis
, Municipiis
& Urbibus
Jure
Latio
donatis
, ex omni
modulo
percußa
, autore
Joanne
Foy-Vaillant
, in fol . 2 vol.. 36 liv.
L'Hiftoire
reduire
à fes principes
, dediée
à
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, in 12.
2 vol.
3 liv. 10 f.
Contes
des Fées , ou les Chevaliers
Errans
, &
le Genie
Familier
, par M. D... in 12. 11. 15 f.
D. Guzman
d'Alfarache
, in 12. 3 vol. 7 1. 10 f.
Traduction
en vers François
des Epigrammes
d'Ovven
, in 12.
I liv. 10 f.
Les Amours de Pfiché , în fi.
La Mufe Moufquetaire , in 12.
Virgile , de Martignac , in 12.3 vol.
2 liv .
2 liv .
6 liv .
>
Lucrece , de la nature des choſes , avec des rcmarques
fur les endroits les plus difficiles
traduction nouvelle , in 12. 2 vol . 4 1. 10 f.
L'Ambiguë d'Auteuil , ou varietez hiftoriques ,
compofées du Joueur , du Nouvelifte , du Financier
, du Critique , de l'Inconnu , du Sincere
, du Subtil , de l'Hypocrite , & de plufieurs
autres perfonnages de differens carac-
L. teres , in 12 . I liv. S.
Les Avantures d'Appollonius de Tyr , livre rempli
d'évenemens , & écrit dans le même ſtyle
que Telemaque
,› par M. le B ... in 12. 2 liv.
Le Prince Eraftus , fils de l'Empereur Diocle
11
tian , in 12 . 2 liv. s. f.
Abregé de Geographie , & de tout ce qu'il y
a de plus remarquable dans chacune des quatre
grandes parties de la Terre , particulièrement
dans l'Europe & dans le Royaume de
France : le tout mis en ordre pour pouvoir
être appris & retenu facilement par coeur ,
avec les routes des Poftes de France & d'Efpagne
, dedié à S. A. S. Monfeigneur le Prince
de Dombes , par M. Poncein , in 12. 1 liv. 5 f.
Hiftoire fecretede Bourgogne , in 12. 2 vol. 3 l.
Vaſconiana , ou Recueil des bons mots , des penfées
les plus plaifantes , & des rencontres les
plus vives des Gafcons ,feconde édition , augmentée
, in 12. 2.liv. sf.
Les Metamorphofes d'Ovide , traduites par M.
Durier , derniere édition , in 12. 3 vol . 6 liv.
Les mêmes en Rondeaux , avec figures , de
Bencerade, imprimées à Bruxelles , in 8º, 4 l .
Les Metamorphofes , ou l'Afne d'or d'Apulée ,
Philofophe Platonicien avec le Demon de
Socrate , traduction en François , avec des
Remarques , in 12. 2 yol. `s liv.
Les Fables d'Elope Phrygien , avec celles de
Philiclphe , traduction nouvelle , enrichie de
Difcours moraux & hiftoriques , & de Quatrains
à la fin de chaque difcours , avec figures
. On a ajouté à cette nouvelle tradution
les Contes d'Efope , les Fables diverfes
d'Abrias & d'Avienus , in 12. 2 vol. 4 1. 10 f.
Les Memoires de la Vie du Comte D ... avant fa
retraite , contenant diverfes avantures qui
peuvent fervir d'inftruction à ceux qui ontLas
vivre dans le grand monde ; redigez par M. de M.de
S. Evremont , in 12. 2 vol. 4 liv . 10 f.
Les Memoire de Meffire Roger Rabutin , Comte
de Buffy, in 12. 3 vol . 7 liv. to f
Bij
IO 1.
1.10 f.
Idem , Ses Lettres , nouv . édit . in 12. 4 vol . 8 , I.
Les Oeuvres d'Homere , traduites en François
par M. D.... enrichies de figures en tailledouce
, divifées en 4 vol . in 12.
Quinte- Curce , de la traduct . de M. de Vaugelas,
avec le Latin à côté , 2 vol . in 12 .
Oeuvres d'Horace en Latin & en François , avec
des Remarques critiques & hiftoriques , de M.
Dacier , troifiéme édition , revûë , corrigée
& augmentée confiderablement par l'Auteur ,
in 12. 10 vol . 20 liv.
Hiftoire de France , P. Marcelle , in 124 vol.8 1.
Lexicon Buxtorfi , in 8 ", 4 liv . 10 f.
Idem Lexicon Paforis , Greco- Lat. in 8 , 4 1. 10 f.
Corpus Juris Canonici , à Petro Pithoco , cum appendice
fu Canonici , continens Librum feptimum
Decretalium, & Fo . Pauli Lancelotti inftitutiones
Juris Canonici , in fol. 2 vol.. to liv.
Les Oeuvres de Maître Guy Coquille , Sieur de
Romaney , 17.03 2 vol .
liv.
Recueil de bons mots des Anciens & des Mpdernes
, in 12.1 C
恳
2oliv.
THEATRE DE MESSIEURS
Corneille, in 12.10 vol.40 liv
Racine , 2 vol. uniqinit6 liv.
Campiftros , nouy , éd. augmentée d'une Tragedie
& d'une Comedie , & ornée de figures , 4 1 .
De la Foffe , avec fes Poëfies , 2 volens liv.
Legrand ,
Stol Rabian Palive 10 f.
Crébillon ,
Pradon 2
23
2
7
I liv Io f
shades
liv .
De la Grange
,
2 liv, 10 f.
Moliere
, 8 vol. nouvelle
édition
, augmentée
de fa Vie , avec
de nouvelles
Remarques
, 15, 1 .
Dancourt
, 7 vol . nouvelle
édition
, augmentée
de plufieurs
Pieces
qui n'avoient
point
été
imprimées
dans
les éditions
precedentes
,avec
"
14 live
Sliv
.
3 liv.
2 liv. 10 f.
figures & Mufique ,
Regnard , 2 vol.
Poiffon , 2 vol.
De Hauteroche , M
Palaprat , 2. éd. augmentée de plufieurs Comedies
qui n'ont pas encore efté imprimées , &
d'un Recueil de Pieces en Vers , 2 vol. 41. 1of.
Baron ,
De Riviere oha
De la Thuillerie , zuruvil
Boindin
De Champ- mêlé ,
De Montfleury , 2 vol .
Bourfault , 2 volk 2008/9
15h 13 liv.
liv . 10 f.
a liv.
liv.
2 liv.
moms 201 seamos kaiv.
s liv.
2 liv . 10 f.
2 liv. 10 f.
as liv.
De Mademoiſelle Barbier , ..
Quinaut ,
Theatre François , 6 vol.
Idomenée ,
Aftrée ,
Electre ,
Rhadamifthe & Zenobie ,
Cyrus ,
Les Tyndarydes
Saül ,
Herode ,
Polydore ,
La Mort d'Ulyffe ,
Muſtapha ,
Agrippa , ou le faux Tiberinus
Le Curieux Impertinent ,
Les Agioteurs ,
L'Amour Charlatan ,
Le Naufrage ,
Danać ,
Turcaret ,
Crifpin Rival
Le Jaloux défabulé ,
Tragedies
Comedics.
}
Les Airs notez des Comedies Françoifes , par
M. Gillier , in 4 ,
Cantates & Arietes de M. le B. fol.
Le quatrieme Livre des Motets de
pra ,
Lo Mercure Galant ,
Et broché ,
7 liv.
liv . 10 f.
M. Camliv.
11. 1. f.
S
I l. 5 f.
Recueil de Pieces en Vers , adreffées à S. A.S.
Monfeigneur le Duc de Vendôme , & plufieurs
Effais de Poëfies diverſes , par Monfieur de
Palaprat , 1. vol. in 12. 1 1.10 f
Et toutes les autres Pieces de Theatre , tays
anciennes que nouvelles,"
Qualité de la reconnaissance optique de caractères