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MERCURE
GALANT.
AOUST
LYON.
1893
1701.
DE
LA!
W
www
UNI
ACV
IN
AN
NIN
A
PARIS ,
M. DCCXI.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Du F ***
Mois
d' Acust
1711,
Le prix eft 30. fols relié en veau , &
25. fols, brochez
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la ruč
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques ,
MERCUR
GALANT.
I. PARTIE
THEORE
LYON
LITTERATURE
Extrait ou Argument
de l'Iliade en forme
de Tables
Et Extrait a efté
fait avec tant d'exactitude
, d'ordre
, & de jugement ,
Aoust 1711. A ij
DELA VILLE
4 MERCURE
qu'il peut fuffire pour
donner une idée generale
de l'Iliade d'Homere à
ceux qui ne l'ont jamais
leue , il peut eftre utile
en mefme temps à ceux
qui poffedent parfaitement
leur Homere, puiſque
c'eft un tableau en
-3
racourci, ou pluſtoſt une
efquice dont le trait peut
quelquefois reveiller
leurs idées , & leur aider
à jouir plus facilement
de ces peintures poëti-
HA
I. PARTIE.
5
ques qui occupent , &
qui flattent fi agreablement
leur imagination ;
ceux qui craignent de
perdre de veuë la charmante
Iliade , me doivent
fçavoir bon gré de
leur
donner en
mignature
le portrait de leur maiftreffe
, c'eft leur prouver
affez que je ne blafme
point leur attachement.
J'auray peut- eftre dans
la fuite la mefme atten-
Ι A iij
6 MERCURE
tion pour ceux qui font
amoureux de Rabelais
cela dépendra du loifir
de mes amis , c'eſt à la
complaifance de l'un
d'eux que j'ay obligation
de cet Extrait , qui
a deu eftre auffi ennuyeux
à faire , que je
le crois utile au Public.
Les chiffres qui font à
la fin de chaque article ,
marquent la place & l'é-
Stendue des matieres. Par
•exemple 1. 5. c'est-à-dire,
1. PARTI E. 7
que l'invocation pour
chanter la colere d'A
chille
commence au 1 .
・vers & finit au 5.
ARGUMENT
du premier Livre.
Le Poëte invoque la
Mufe pour chanter les effets
pernicieux de la colere
d'Achille. Vers 1. 5.
Sujet de la colere d'Achille.
vers 6. TI.
Chryfes Preftre d'Apollon
vient au camp des
Grecs chargé de prefens
A iiij
8
MERCURE
pour racheter fa filleChry
feis qui eftoit eſclave d'Agamemnon.
vers 11. 15.
Sa harangue aux Grecs
à ce fujet. vers 16. 20 .
Confentement des Grecs .
Refus d'Agamemnon. 11
menace Chryfes .
Ce
vieillard intimidé fe retire.
Sa priere à Apollon.
Exaucée fur le champ.
Apollon pendant neuf
jours frappe toute l'armée
des Grecs de traits empoifonnez
& y répand la
*pelte.
vers 21. 52 .
Achille
convoque une
I. PARTIE.
affemblée. Il dit à Agamemnon
qu'il faut confulter
quelque Devin pour
fçavoir le fujet de la cruelle
colere d'Apollon , vers
13.66
.
Calchas fils de Theſtor
fe leve & fe met en devoir
de l'expliquer. Il n'ofe le
faire à moins qu'Achille
ne luy promette de le proteger
contre ceux à qui fa
declaration pourroit deplaire.
vers 67. 82 .
Achille le luy
promet.
Le Devin parle. Dit qu'il
faut renvoyer
Chryfeis
to MERCURE
fans rançon, avec une Hecatombe
pour calmer Apollon.
vers 83, 99.
Agamemnon fe faſche
contre le Devin. Tefmoigne
la repugnance qu'il a
de renvoyer Chryfeis
Declare qu'il la prefere
mefme à la Reine Clytemneftre
fa femme
, & pourquoy.
Prend neanmoins
la refolution
de la renvoyer
pour le falut de fon
peuple. Demande qu'on
le dedommage
. vers 100 .
19.
Achille
prend la paroI.
PARTIE. IF
le. Agamemnon luy ref
pond avec hauteur , & dit
qu'il pourroit bien luy enlever
à luy- mefme fa captive
Brifeis . vers 120. 146.
Achille s'emporte & éclatte
en injures contre
Agamemnon.
170.
vers 147.
Agamemnon refpond
avec aigreur & reitere les
menaces qu'il a faites à
Achille de luy enlever Brifeis.
vers 171. 186 .
Achille entre en fureur.
Delibere s'il tuëra Agamemnon.
Son épée eſt à
Iz MERCURE
demi tirée . Mais Miner
ve defcenduë par l'ordre
de Junon , s'arrefte derriere
Achille , le retient
par les Cheveux , & ne fe
rend viſible qu'à luy. Achille
fe retourne. La reconnoift.
Luy demande
avec colere ce qu'elle
vient faire là . Pallas luy
reſpond qu'elle vient le
calmer. Luy permet le
reproche , & luy confeille .
de ne point paffer aux voyes
de fait. Achille enfonce
fon épée dans le
fourreau . Minerve s'en
I. PARTIE. 137
retourne. vers 187. 221.
Achille continuë de
s'emporter contre Agamemnon
& luy dit des
injures atroces, Il jure
par fon Sceptre que jamais
les Grecs n'auront de
luy aucun fecours . vers
222.243.245
.
Agamemnon
qui ne
peut plus tenir contre les
invectives d'Achille . eft
preft à fe porter à quel
que violente extremité.
Mais le vieux Neftor fe
leve , & fe fait entendre
à ces deux Chefs irritez.
0
>
14 MERCURE
1 Il leur parle avec l'authorité
& le caractere que
luy donnent fon grand âge
& fa longue experience.
vers 246. 283.
Agamemnon refpond
Neftor qu'Achille eſt un
homme qui veut toutemporter
par hauteur , mais
qu'il n'eft pas d'humeur à
luy ceder. Achille replique.
Aprés quoy ces deux
Chefs fe levent & rompent
l'affemblée . Achille
fe retire dans fon quartier
avec Patrocle. Agamemnon
fait mettre en mer un
I. PARTIE.
de fes navires aprés l'avoir
pourveu de victimes pour
I'Hecatombe. Il mene luymeſme
Chryfeis au Vaiffeau
& l'y fait monter.
Ulyffe eft choisi pour la
conduite, Le Vaiffeau
part. vers 284. 31L
L'armée d'Agamemnon
fe purifie. Hecatombes
offertes à Apollon fur
le rivage meſme. vers 312.
316.
Agamemnon
ordonne
à Talthybius & à Euribate
fes deux Herauts , d'aller
à la tente d'Achille
16 MERCURE
}
prendre Brifeis & l'amener.
Que fi Achille la
refufe il ira la prendre luymefme
bien accompagné
.
vers 317. 324.
Les deux Herauts arrivent
à la tente d'Achille ,
& n'ofent luy addreffer la
parole. Achille qui voit
leur peine les prévient &
leur dit , qu'ils font innocens
de l'affront qu'on luy
fait. Qu'il ne fe plaint
d'Agamemnon qui
envoye chercher Briféis.
En mefme temps il dit à
Patrocle de la luy amener ,
que
&
1. PARTIE. 17.
& de la remettre entre les
mains des Herauts. A.
chille reitere en leur prefence
la menace qu'il a
faite à Agamemnon , de
ne jamais fecourir les
Grecs.
Brifeis.
Patrocle amene
Elle s'en va avec
les deux Herauts. vers 326.
347...`.
-
Achille va au bord de
la mer , & verfant des
larmes , addreffe fa plainte
à Thetis. La Déeffe
fort des eaux , & luy demande
le fujet de fon af
fiction . Achille luy en
Aouft 1711, 1
I B
18 MERCURE
dit la caufe. La prie de
venger l'affront qu'il a receu
. De voir Jupiter. De
l'engager ( pour punir Agamemnon
de luy faire
reconnoiftre fa faure à
fecourir les Troyens , &
feur donner l'avantage fur
les Grecs... Il fait reffou
venir Thetis en cet endroit
d'un fervice important
qu'elle rendit autrel
fois à Jupiter , au moyen
de quoyil ne luy doit rien
refufer.
Thetis
promet
à Achille qu'elle fera ce
qu'il luydemande , & qu
I. PARTIE. 19
auffi -tôt que Jupiter , qui
eft allé à un feftin dont les
Ethiopiens l'ont prié , fera
retourné au Ciel , elle ira
le voir & luy parler . Thetis
difparoift , & elle laiffe
fon fils tres affligé de la
perte de Brifeis. vers 347.
429.
Ulyffe qui conduifoit
THecatombe
pour Apollon
, arrive dans le port de
Chryfa . Defcription de la
manoeuvre d'un Vaiffeau
arrivé au port. Ulyffe
parle à Chryfes , & luy
prefente fa fille. vers 429″
446.
Bij
20 MERCURE
Sacrifice . Priere de
Chryſes à Apollon. Exaucée
dans le moment.
Feftin. Libations.
446. 470.
vers
Les Grecs fe retirent ,
& paſſent la nuit fur leur
Vaiffeau. Le lendemain
ils retournent au Camp ,
aydez d'un vent favorable
qu'Apollon leur en
Ils fe diftribuent
voye.
dans leurs tentes . vers 471.
483.
Achille fe tient tousjours.
dans fon quartier. Ne va
point aux affemblées. S'aI.
PARTIE. 21
bandonne entierement à
fon chagrin. vers 484.491 .
Le douzième jour Jupiter
eftant revenu d'Ethiopie
, Thetis va le trouver
à l'écart au plus haut
fommet de l'Olympe.
Priere de Thetis à Jupiter.
Jupiter ne refpond rien.
Thetis le preffe.
luy promet ce qu'elle de-
Jupiter
mande , & confirme fa
promeffe par un figne de
tefte , dont tout l'Olympe
eft ébranlé
. vers 492. 529.
Thetis s'en va . Jupiter
retourne dans fon Palais .
I В iij
22 MERCURE
Les Dieux vont au devant
de luy. Il fe place fur fon
Throne. Junon qui n'ignore
pas fon deffein , parce
qu'elle l'a veu avec
Thetis , luy reproche d'un
ton aigre le myftere qu'il
luy en fait. Jupiter luy
refpond d'abord avec moderation
. Junon continuë
de luy parler avec >
hauteur. Jupiter la me
nace. Elle fe tait. Vulcain
prend la parole , &
repreſente à la mere qu'il
faut ménager Jupiter. Il
prefente une coupe à Ju
I. PARTIE. 20
non. Il raconte la plaifante
hiftoire de fa cheute.
11 verfe à boire aux Dieux.
Son empreffement à les
fervir , fait rire toute l'af
femblée ( parce qu'il boite.
) Aprés un repas tresjoyeux
chaque Dieu va fe
coucher dans fon Appar
tement. Junon couche
auprés de Jupiter.
24 MERCURE
ARGUMENT
du fecond Livre.
Jupiter pour executer
la promeffe qu'il a faite
à Thetis de relever la
gloire d'Achille , & de
rendre les Troyens victorieux
, appelle le Sange ,
luy commande d'aller
trouver Agamemnon , &
de dire à ce Prince , qu'il
faffe armertous les Grecs ,
qu'il mette toute fon armée
en bataille . Qu'il
luy faffe entendre que le
jour
I.
PARTIE
25
jour eſt veuu qu'il va fe
rendre maistre de la Ville
de Troyes Le Songe part.
Prend la forme de Neftor .
Se place fur la tefte d'Agamemnon
. Luy redit les
paroles de Jupiter , & ſe
retire.I vers 135.
Agamemnon fe leve.
S'habille. Donne ordre
du grand matin à fes Herauts
de faire affembler
tous les Grecs . Pendant
ce temps- là il tient confeil
avec les principaux
Chefs dans le Vaiffeau de
Neftor. Leur dit les pa-
Aoust 1711 .
I C
26 MERCURE
roles du Songe. Leur fait
part du deffein qu'il a de
fonderollemcourage des
Grecs Je vais , dit- il , leur
ordonner de s'enfuir fur leurs
Vaiffeaux , Vouse, de voſtre
cofté vous les retiendrez par
de douces paroles . Neftor
reprefente qu'il faut adjoufter
foy au Songe d'A
gamemnon , parce qu'il
ne faut pas douter que Jupiter
ne l'ait envoyé. Dic
qu'il faut executer le pro
jet du Roy, and vers:35. 84.
Les Troupes arrivent.
L'armée comparée à des
I
IPARTIE 27
Legions d'abeilles vers 86 .
96. Hup nichtab ob 176q
25 NeufHecauts font faire
filence dans l'armée. Le
Roy feleve tenant olen
main fon Sceptre . Hiftoire
de Sceptre d'Agamem
nom overs 96. 109.
Agamemnon parle aux
Grecs. Il leur repreſente
que depuis neuf années
leur armée fe confume à
attendre vainement l'effet
des promeffes de Jupiter,
qui ne s'accompliffent
point. Qu'il faut prendre
le party de s'en retourner .
*
I Cij
28 MERCURE
( Ce difcours eft plein d'ar
tifice ; & ne tend qu'à perfuader
abxyGrecs tout le
contraire de ce qu'on leur
propofe y mais les paroles
du Royfont prifes à la let
tre par la multitude qui
ne penetre pas fon deffein.
Emotion de l'armée com
parée à celle des flors , &
des moiffons agitées par le
vent. Les Soldats coul
rent à leurs Vaiffeaux pour
les mettre en eftat. vers
100. 154 .
Dans ce moment le retour
des Grecs eftoit con
1. PARTIET
club fisJunon ne fe fuſt
addreflecta Minerve . Elle
buy parlo Loy dit d'aller
dans le Camp des Grecs ,
de parcourir leur armée ,
de les retenir , & de les
empefcher de mettre leurs
Vaiffeaux en mer. Miner
trouve ve obeit . Elle
Ulyffe qui ne donnoit aucuns
ordres pour ſes Vaiffeaux
.
L'encourage à retenir
les Grecs par de douces
paroles, vers 155. 181.
Ulyffe parcourt l'armée
avee diligence . Rencontre
fur fon chemin Aga-
I C iij
30 MERCURE
memnon dont ilprend le
Sceptre. Ce qu'il dit aux
Rois qu'il rencontre. De
quelle maniere il parle aux
Soldats feditieux quand il
en trouve. vers 1821.0206.
Les difcours d'Ulyſſe
font un puiffant effet lur
toute l'armée. Les Soldats
fortent de leurs, Vaiffeaux
pour une feconde affemblée.
Leur bruit comparé
au mugiffement des flots
irritez. LesGrecs s'afleient
dans un profond filence .
Le feul Therfite fait un
bruit horrible. Portrait
1. PARTIE. Gr
hideux de Therfitem Sa
raille. Som caractere befpric.
Il parle infolemment
d'Agamemnon en falpre
fence. Veuthjuftifierele
reffentiment d'Achille.
Eit d'avis que les Grecs
retournent dans leur patrie.
Ulyffe luy refpond.
Le traite ignominieufe
ment. Le frappe du Scepere
d'Agamemnon Les
épaules de Therfite ten
font marquez. Therfite
pleure & fextait, Les
Grecs tout affligez qu'ils
font , ne peuvent s'emper
I C iiij
32 MERCURE
cher d'en rire. Ce qu'ils
fe difent les uns aux autres
„à ce sujet. vers 207, 277.
Ulylle s'avance au milieu
de l'affemblée … Mi.
nerve eft auprés de luy
fous la forme d'un Heraut,
& fait faire filence , afin
l'on entende les confeils
d'Ulyffe . Ulyffe parle
à Agamemnon. Luy reprefente
que les Grecs
veulent le couvrir de confufion
par le deffein qu'ils
ont de retourner.chez eux .
Luy rappelle la propherie
de Calchas au fujet d'un
que
IMPARTIE.
prodige qui preſageoir la
aprifos de Troye apres helf
ans,figurez par le nombre
de hair paffereaux & de
leur mere devorez par un
dragon. Conclut que les
Grecs doivent demeurer
jufqu'à ce que la Ville de
Priam foit faccagée. vers
278.332.
(Tubelist
-Les Grecs applaudiffent
par de grands cris aux dif
cours d'Ulyffe . Neftor fe
leve. Dit qu'il n'y a point
de temps à perdre . Eft
d'avis que l'armée ſoit
rangée par Nations , afin
34 MERCURE
que l'on reconnoiſſe ceux
qui auront combattu avec
courage , & ceux qui n'auront
pas fait leur devoir.
vers 333. 368. anal ench
Agamemnon approuve
& loue le difcours de Né
ftor. Convient du mauvais
effet de fa querelle avec
Achille. Advoue qu'il s'eft
emporté le premier. Dit
que la perte des Troyens
eft affeurée s'il eft jamais
d'accord avec Achille .
Commande
aux troupes
de prendre de la nourritu
re pour ſe diſpoſer au com
I PARTIE, ”
b
bat. Leur annoncé une
grande & fanglante journéén
Menace de morc tous
ceux qui demeureront
dans leurs Vaiffeaux loin
du combat. Les Grecs font
des cris de joye. Le retentiffement
de l'air comparé
à celuy des flots irritez.
vers 369. 399.
Les Soldats fe levent.
Se difperfent dans leurs
tentes . Prennent leur repas
. Chacun fait des facrifices
au Dieu qu'il ado.
re pour fe le rendre favo
rable. Agamemnon im
36 MERCURE
Ju
mole un taureau Mene
las fon frere fe trouvesà
ce facrifice. Priere { d´Aə
gamemnon à Jupiter, Fus
piter reçoit fon Sacrifice
fans avoir deffein d'exau!
cer fes voeux. Deſcription
du Sacrifice , comme au
premier Livre. ) Neftor
dit qu'il faut profiter du
temps . Ranger l'armée
en bataille , & donner enfuite
le fignal du combat .
vers 400. 440.
Les Grecs s'affemblent,
& prennent leur rang.
Minerve eft au milieu
I. PARTIE. 37
d'eux qui les remplit d'ardear
& d'impatience . L'énoteclau
des armes compare a
celuy duqfdu qui Tavass
ravage
une vafte foreſt . ? Batail
lons & Efcadrons comparezandes
25
rez à des troupes nombreufes
d'oifeaux . Nombre
des Soldats comparé
à celuy des fleurs , des
feuilles , & des mouches
qui s'aſſemblent autour
d'une bergerie à l'heure
qu'on remplir les vaiffeaux
de lait. Les Chefs
rangent leurs Troupes &
les reconnoiffent avec
38 MERCURE
aurant de facilité que les
Pafteursol ireconnoiffent
leurs troupeaux de Chel
vres qui fe font meflées
dans les pafturages. Aga
memnon brille ce jour- là
d'une majefté éclatante.
Reffemble à Jupiter , à
Mars , & à Neptune. Eft
comparé enfuite à un fier
taureau. vers 441. 483.
Denombrement
des
Troupes Grecques & dé
leurs Vaiffeaux , Précedé
d'une invocation aux Mufes,
vers 484 681.
Denombrement parti1.
PARTIEM 39
culier des Troupes Thef
faliennes , qui font celles
d'Achille.x Précedé d'une
autre invocation à la Mu
ferA 2906 vers 681. 760 .
Si Quatriéme invocation
à la Mufe. Pour fçavoir
qui eftoit le plus vaillant
des Princes qui fuivirent
Agamemnon. Et quels
eftoient les meilleurs che ,
yaux Eumelus Roy de
Phéres pouvoit fe vanter
d'avoir les deux meilleures
cavalles de l'armée . Ajax
eftoit le plus vaillant de
Lousales Princes! aprés A
200
40 MERCURE
chille, & les chevaux d'Achille
eftoient meilleurs
que ceux d'Eumelus . Mais
Achille ne fortoit point de
fes Vaiffeaux à caufe de
fon reffentiment
SesTroufe
divertiffoient
fur le
rivage , & les Chefs des
Troupes Theffaliennes
ſe
promenoient
pes
dans le
Camp fort triftes de ce
que leur General ne les
menoit point au combat.
vers 761. 779.
L'armée des Grecs s'a
vance en ordre de batail
lé. L'éclat de leurs ar
mes
I. PARTIEA
mes comparé à celuy d'u
ne plaine embrafée . » La
terre qui retentit fous leurs
pieds , fait le mefme bruit
que le tonnerre qui gronde.
vers 780. 785.
Iris la meffagere des
Dieux , prend la forme de
Polites un des fils de
Priam ) qui eftoit en fen
tinelle hors des portes de
la Ville , pour obferve
quand les Grecs s'avant
ceroient. Elle averti
Priam que les Grecs viennent
l'attaquer. Luy con
feille de ranger fes Trou-
Aoust 1711. 11 D
42 MERCURE
pes fous leurs Chefs par
Nations & par lignées.
vers 786. 806.9
On court aux armes.
Dans un moment toute la
Cavalerie & l'Infanterie
fort de la Ville & s'affem
ble fous une colline à quelque
diftance des portes.
Noms des Chefs Troyens.
Etat de leurs Troupes.
wers 807.877.
I. PARTIE.
ARG UM EINST
du troifiéme Liore. It's
$7
. Les Troyens s'avancent
avec un bruit confus , &
des cris perçans. Compatez
à des loiſeaux & des
grues. Les Grecs mar
chent en filence: La pouf
fiere que les deux armées
font leveren marchant ,
Comparée au brouillards
Les armées font en prefen
ce. Pâris s'avance à la
tefte des Troyens. Commenril
eft armé. Menelas
•
I Dij
44 MERCURE
de fon coſté s'avance à
grands pas. left compa
ré à un Lion affamé qui
i
eſt tombé fur un Cerf.
Paris le voyant s'enfuit .
Pâris comparé à un Voyageur
qui apperçoit un Serpent
dans le fond d'une
foreft. 25. vers. 1. 37.
Hector reproche à Pâ.
ris fa lâcheté vers 38. 57.
Pâtis refpond modef
tement à Hector , dont il
compare le courage sau
fer d'une hache qui ine.fe
rebrouffe jamais.Ib reprend
courage. Eft refolu
I
LIPARTIE.
de fe battre avec Menelas
en combat fingulier. A
ices conditions qu'Helene
& toutes fes richeffes
appartiendront au vainqueur
; que les Troyens ,
aprés avoit fait alliance
avec les Grecs , demeureront
paifibles dans leur
Ville , & que les Grecs s'en
retourneront. Hector j
plein de joye de la refolucion
de Paris , s'avance
Là la tefte des deux armées
pour en informer les Troyens
& les Grecs. Ceux-
Bicy qui ignorent fon def
D iij
46 MERCURE
fein , font pleuvoir fur luy
une grefle de traits . Aga
memnon leur dit d'arref
ter. Qu'Hector a quel
que chofe à leur dire. Lest
Grecs ceffent de tirer.
Hector parle & repere ce
que Pâris luy a dit . Mes
nelas refpond . Declare
qu'il confent à ce que Pâ
ris propofe , ravi de pou
voir terminer feul une
longue guerre qui n'a efté
entreprife que pour luy
Veut que ce foit Priam
luy - mefme qui jure l'al
liance que les Gregs dois
1.
PARTIE. 47
vent faire avec les Troyens.
Et pourquoy. Que
pour fcéeller cet accord
il foit immolé trois age
neaux , deux de la part des
Troyens , & un de la part
des Grecs.vers 58. 110.
Cette propofition eſt
receue avec joye des deux
armées. Les Grecs & les
Troyens mettent bas leurs
armes & rangent leurs
chevaux par file. Hector
envoye
deux Herauts
à
Troye pour faire venir
Priam , & pour apporter
deux agneaux. Agamem48
MERCURE
non donne ordre à Talthybius
d'aller aux Vaiffeaux
des Grecs , & d'en
apporter un troifiéme.
Iris prend la forme de
Laodice une des filles de
Priam , & va avertir Helene
de tout ce qui ſe paſſe.
Elle trouve Helene occue
bro
pée à un ouvrage
derie. Elle reprefentoit
fur un voile les combats .
que les Grecs & les Tro
yens livroient pour elle.
Iris luy dit de venir voir
des chofes furprenantes
.
Que Pâris & Menelas
vont
1. PARTIE. 49
vont combattre feuls , &
qu'elle doit eftre le prix
du vainqueur. La Déeſſe
inſpire dans ce moment
à Helene un tres - grand
defir de retourner à Lacedemone
avec fon premier
mari . vers 111. 140 .
Helene ſe' met en chemin
avec deux de fes fem
mes. Elles arrivent aux
portes de Scées , où elles
trouvent plufieurs vieillards
affis fur le haut d'une
tour , qui deliberoient entr'eux
fur les moyens de
faire ceffer les malheurs
Aouſt 1711 . 1 Ë
50 MERCURE
de Troye . Ces vieillards
comparez à des cigales.
Ils font frappez d'admiration
en voyant Helene .
Ce qu'ils fe difent à ce fujet.
Priam qui eftoit parmi
eux l'appelle . L'a fait
affeoir auprés de luy , &
voyant tous les Chefs de
l'armée Grecque , luy en
montre un d'abord , & luy
demande qui il eft . Hele ·
ne refpond que c'eft Aga.
memnon. Il luy en fait
voir un autre , & le compare
à un beliér dans un
grand troupeau de brebis
I. PARTI Ε. St
qui le reconnoiffent pour
leur Roy. Helene dit que
c'est le prudent Ulyffe.
Antenor, un des vieillards ,
prend la parole , & dit à
Helene qu'il fe fouvient
d'Ulyffe & de Menelas ,
lorfqu'ils vinrent en qualité
d'Ambaffadeurs envoyez
par les Grecs pour
la redemander. Et prend
de là occafion de dire de
quelle maniere ils parloient
l'un & l'autre dans
les aſſemblées , & quelle
eftoit leur contenance .
Priam voit un autre Guer-
I
E ij
32 MERCURE
Fier , & demande à Helene
qui il eft. Elle dit que
c'eft Ajax. Elle montre
Idomenée à Agamemnon
.
Dit qu'el'e reconnoift tous
les Chefs. Eft furpriſe de
ne point voir parmi eux ſes
deux freres Caftor & Pollux
. Croit qu'ils n'ont pas
daigné prendre les armes
pour elle . Elle ignore en
effet qu'ils font tous deux
morts à Lacedemone , vers
142.244.
Cependant les Herauts
traverſent
la Ville portant
les Victimes , avec un OuI
PARTIE.
tre d'excellent vin. Ideus
eſtant arrivé prés de Priam
le preffè de partir , luy di
fant
que les
Generaux
Grecs
&
Troyens
le prient
de
venir
dans
la
plaine
,
( où
fon
fils
Pâris
doit
combattre
avec
Menelas
)
pour
y jurer
la paix
entre
les
deux
partis
. Le
Vieil
lard
tout
tremblant
mon
te
fur
fon
char
avec
Antenor
. Ils
arrivent
& s'avancent
entre
les
deux
ar
mées
.
Premiere
ceremo
nie
pour
le facrifice
. Prie
re
d'Agamemnon
. Il re
E iij
54 MERCURE
nouvelle & repete les con
ditions du Traité, qui font:
que fi Menelas tue Pâris ,
( ces termes font remarquables
) il emmenera Helene
avec toutes fes richeffes
; au contraire Helene
demeurera à Pâris s'il tuë
Menelas . Victimes égorgées.
Priere à Jupiter dans
les deux armées ( non éxaucée.
) vers, 245. 302.
Les libations achevées ,
Priam prend congé des
deux armées , difant qu'il
n'a pas la force de voir
combattre fon fils avec
I.
PARTIE. ss.
Menelas . Il remonte fur
fon Char , emporte avec
luy les deux agneaux . vers
303. 313.2
,
Hector & Ulyffe mefu
rent le champ de bataille .
Ils mettent les forts dans
un cafque & les meflent
pour les tirer, & pour voir
lequel de Menelas ou de
Pâris doit le premier lancer
le javelot. Priere addreffée
aux Dieux par les Grecs
& les Troyens & Hector
mefle les forts. Celuy de
Pâris fort le premier . På
ris & Menelas s'arment.
Ι E iiij
2
$6 MERCURE
De quelle maniere Pâris
eft armé. Ils fe mefurent
l'un l'autre. Pâris le premier
lance un javelor . El
atteint le bouclier de Me-
*
nelas fans le percer. Menelas
leve fon dard. Addreffe
fa priere à Jupiter.
Lance fon javelot qui va
percer le bouclier de Pâris
auffi bien que la cuiraffe ,
& dechire la tunique prés
du flanc fans bleffer Pâris.
Menelas tire fon épée &
en décharge un grand
coup fur le cafque de fon
ennemy. L'épée le rompt
*
1. PARTIE. 57
& luy tombe de la main .
Menelas s'en prend à Ju
piter , & luy addreffe la
parole avec colere. Se jer
te fur Pâris , le prend par
le cafque & le tire du cofté
des Grecs. La courroye fe
caffe , & le cafque luy de
meure dans la main. Il le
jette loin de luy du coſté
des Grecs. Il veut encore
felancer fur Pâris pour luy
ofter la vie. Mais Venus
couvre Pâris d'un nuage,
Le dérobe aux yeux &
la fureur de Menelas . Le
porte dans une Chambre
38 MERCURE
1
du Palais de Priam toute
parfumée . Elle l'y laiffe.
Elle prend la forme d'une
vieille femme qu'Helene
avoit auprés d'elle à Lace
demone , & qu'elle aimoit
tendrement . Elle va trou
ver cette Princeffe . La
prie de venir voir Pâris
qui l'attend dans le Palais ,
plein d'amour & d'imparience.
Helene reconnoist
Venus malgré fon dégui
fement. Luy fait des res
proches de ce qu'elle veut
la tromper. La renvoyé
à Pâris avec mépris . Luy
I. PARTIE .
59
declare qu'elle n'ira point
le trouver , que cette démarche
la deshonoreroit.
1
Venus la menace de l'abandonner
fi elle ne luy
obeit . Helene intimidée
fe couvre de fon voile pour
n'eftre point veuë , & fe
laiffe conduire par la
Déeffe . vers 314. 420.
Eftant arrivées au Palais
de Pâris , Venus prend
un fiege pour Helene , &
le met vis- à - vis de Pâris..
Helene s'y place , & fans
le regarder luy fait de fanglants
reproches de fon
60 MERCURE
peu de courage. Pâris ref
pond qu'un autre jour les
Dieux
le
protegeront
comme ils ont protegé
cette fois- cy Menclas qui
doit la victoire au fecours
de Minerve. ll excite He
lene à ne plus fonger qui
aux plaifirs. Il luy declare
qu'il ne l'a jamais aimée
avec tant de paffion qu'au
moment qu'il luy parle.
Il fe leve & paffe dans une
autre chambre. Helene
Je fuit. Vers 421 447 .
Pendant ce temps - là
Menelas
cherche par tout
I. PARTIE. 61
fon ennemy qui luy eftoit
échappé , & qui , pour fon
bonheur , n'avoit efté veu
par aucun des Grecs ni des
Troyens : car les Troyens
eux -mefmes le haïffoient
& l'auroient livré à Mene
las. Enfin Agamemnon
hauffant la voix demande
aux Troyens le prix de la
victoire de Menelas , fuivant
les conditions du trai
té. Tous les Grecs applau
diffent à fa demande.
2 .
42 MERCURE
ACADEMIES.
J'Ay promis il y a quelques
mois de parler des
obfervations qui feroient
faites fur des monuments
d'antiquité ou bas- reliefs ,
trouvez en creufant les
fondations de l'Autel magnifique
où l'on travaille
actuellement par l'ordre
du Roy , pour accomplir
un vou fait par. Louis
XIII.
Voicy quelques - unes
des remarques qu'a faites
I. PARTIE . 63 )
fur ces pierres antiques
MrM.D.M.On en donnera
enfuite quelques autres
faites par Mr B. ces deux
Meffieurs font de l'Académie
Royale des Infcriptions
& Medailles.
Extrait de quelques reflexions
par Mr M. D. M.
Pour juger du
merite & de l'antiquité de
ces monuments , il faut
diftinguer deux temps, celuy
où ces pierres ont efté
pofées pour fervir de fon64
MERCURE
dations à un gros mur , &
celuy auquel l'infcription
& les bas-reliefs ont eſté
fats.
Le Roy Robert.... qui
fucceda à Hugues - Caper
fon pere en 996 ...,.commença
l'Eglife de Noftre
Dame ....
Avant le Roy Robert
il y avoit eu une autre ancienne
Eglife fur les démo
litions de laquelle on avoit
élevé la nouvelle ; l'on peut
prouver que les pierres
nouvellement découvertes
ont , par rapport à l'en
droit
I. PARTIE . 65
droit où elles avoient eſté
pofées , une époque beaucoup
plus reculée que celle
du Roy Robert.
En effet du temps de
Chilperic Roy de Soiffons
& de Paris , en 595. Fredegonde
fa veuve fe tranfporta
dans cette Eglife
avec les threfors qu'elle
avoit , & fut reçue par Ra
gnemond Evefque de Pa-
Fis fucceffeur de faint Germain
, dont il eſt parlé dans
faint Gregoire de Tours.
Il n'y avoit qu'un fiecle
que nos Rois eftoient en
Aouſt. 1711. 1 F
66 MERCURE
poffeffion de Paris lorfque
ce Prélat écrivit fon hif
toire .
On fçait d'ailleurs que
quand les premiers Chreftiens
eurent obtenu des
Empereurs le libre exerci
ce de leur Religion , les
Parifiens firent baftir à la
pointe orientale de l'lfle ,
qui compofe aujourd'huy
la Cité , une Chapelle dédiée
à la Vierge , à faint
Eftienne , & àfaint Denys,
& l'on prétend que c'eft
celle de faint Denys du
Pas ....
I. PARTIE. 67
Ce ne feroit donc que
dans la fuite qu'il y auroit
euune feconde Eglife baftie
par Childebert .....
vers l'an 522 ..... & c'eft
du temps de cette conſtruction
que l'on pourroit
conclure que les pierres
dont il s'agit auroient fervi
de fondement ....
Ces pierres provenues,
fans doute de quelques dés
bris d'Autels , ou aurres
monuments du paganif
me , marquent en mefme
temps la deftruction de
Idolatrie dans Paris , &
Fij
68 MERCURE
le progrez que la Religion
y avoit fait depuis que
faint Denys y avoit pref
ché l'Evangile ....& faine
Denys fut envoyé dans les
Gaules l'an 250. la premie
re du regne de Trajan
Dece , fous le Pontificat
de faint Fabien 21. Pape
Le Paganiſme ne fut
aboli qu'en 312. aprés la
converfion de Conftantin
le Grand .... !
Les peuples au delà du
Rhin depuis appellez
François , entrerent dans
les Gaules en 419... &
I. PARTIE 69
Merouée , aprés la mort
d'Etius General des Ro
mains , fe rendit maiftre
de Paris , d'Orleans , Sens
& autres Villes vers l'an
455.
du o
+
Enfuite les François qui
la plufpart eftoient Payens
idolatres , cefferent de
l'eftre aprés la converfion
grand Clovis , qui fut
baptisé en 496. & enfin
tout ce qui reftoit de Temples
& de monuments
du
Paganisme
fut détruit l'an
$5.4. par un Edit de Childebert
, ainfi ce feroit par
Fiij
70 MERCURE
reconnoiffance pour la
memoire de ce Prince , à
qui on attribue la fondation
de cette feconde Eglife
, qu'on avoit placé
fon effigie la premiere de
nos vingt - huit répreſentées
fur le frontispice de
Noftre- Dame..
Cette premiere Epoque
du temps où les pierres
en question ont efté pofées
dans l'endroit où nous
les trouvons , nous con
duit à celle du temps de
Tibere, marquée par l'inf
cription qui eft fur l'une de
I. PARTIE. 71
cespierres,dont voicy l'explication.
Sous le Regne de Tibere
Cefar Augufte les Bateliers
Parifiens ont confacré publi
quement cet Autel à Fupiter
tres-bon tres -grand
Sur les trois autres faces
de la mefme pierre on
voit en bas -relief des demi
figures , dont quelques
unes font mutilées , d'hommes
veftus d'une espece
de tunique. Il y en a trois
dont chacun tient une
lance avec un bouclier ,
fur l'un des coftez on lit
72 MERCURE
SENANI. Sur un autre
on lit EVRISES : & fur
un autre on lit SENANI.
V .... ILOM ..... les autres
lettres font effacées .
Par l'affemblage qu'on
a fait de deux autres pierres
qui fe rapportent l'une
à l'autre , & qui forment
une espece de cipe ou de
pilaftre quarré prefque
entier , de la hauteur de
trois pieds quatre pouces ,
& de la largeur de deux
pieds & demi. Il y a fur
l'une des faces de ces deux
pierres qui n'en font qu'
une
I. PARTIE . 73
une la figure de Vulcain ,
au deffus on lit VOLCANV
S. Sur une autre face
on voit une figure de Jupiter
debout , au deſſus on
lit Iovis . Sur la face qui
fuit eft la figure de profil
d'un homme qui , ayant le
bras droit élevé , tient de
la main droite une hache
dont il paroift vouloir abbattre
les branches d'un
arbre qui eft devant luy.
On lit au deffus E svs , &
fur la quatriéme face on
voit entre des feuillages
trois oiſeaux , dont l'un eft
Aoust. 1711 .
i Ģ
74 MERCURE
pofé fur la tefte, & les deux
autres fur le corps d'un
taureau , au deffus on lit :
TARVOS TRIGARANVS.
La troifiéme pierre qui
a deux pieds trois pouces
de largeur , & un pied &.
demi de hauteur , a d'un
cofté un homme de face ,
on lit CASTOR . Lecofté
qui fuit reprefente une figure
à peu prés femblable,
qui ne peut eftre que POLLVX.
Sur une autre face eſt un
vieillard avec de grandes
cornes , dans chacune def
I. PARTIE 75
quelles eft paffé un gros
anneau , on lit au deſſus ,
Sur la CERNVNNOS.
derniere face eft la figure
d'un jeune homme tenant
de fa main gauche une
maffuë, dont il menace un
Serpent qui paroiſt s'élever
contre luy ; au deffus
font quelques lettres fugitives
, dont on ne découvre
qué SI ... R. le refte
eft effacé .
વે
Il y a une quatriéme
pierre , ayant à chaque
cofté deux demi figures
deffinées d'un bon gouft ,
I Gij
76 MERCURE
& fans infcription : elles
repreſentent un homme
couvert d'une cuirafle à la
Romaine , tenant une lance
de la main droite , &
à cofté une femme coef
fée & veftuë comme nos
plus belles figures antiques
avec un braffelet au
bras droit qui eft nud .
Avant de faire quelques
obfervations fur ces
antiquitez qui font toutes
à peu prés du temps de
Tibere, qui a regné vingttrois
ans , & eft mort l'an
de falut 37. Ileft neceffaiI.
PARTIE.
77
re de rappeller fuccinctement
le temps qui a précedé
le regne de cet Empereur
, par rapport aux
Parifiens & à leur Ville .
Les Romains avoient
desja conquis la Gaule
Narbonnoiſe & receu
dans leur alliance quelques
autres Provinces de
la Celtique lorsqu'ils envoyerent
une armée au
delà des Alpes fous la conduite
de Jules Cefar , tant
pour fecourir leurs Alliez ,
que pour foumettre le refte
des Gaules. La petite
I Giij
78 MERGURE
ville de Lutece eftoit pour
lors capitale des Parifiens ,
lefquels faifoient partie
des foixante & quatre peuples
feparez en Citez differentes,
qui compofoient
la Nation Gauloife avant
les conqueſtes
de Cefar .
Lutece , ainfi qu'il eſt
rapporté dans fes Commentaires,
futfoumise aux
Romains , aprés avoir refifté
deux fois à leur armée
commandée
par Labienus
un des Lieutenants
de Cefar.
Ce grand Capitaine
en avoit trouvé le fejour fi
I. PARTIE. 79
commode , qu'il y avoit
transferé les Eftats Generaux.
Aprés qu'il fe fut
rendu maiſtre des Gaules ,
la plus grande partie , ainfi
la Ville de Lutece ,
que
demeura fous la domina
tion des Romains pendant
environ 5oo. ans , car ce
ne fut fous le regne
de Clovis , comme je l'ay
desja remarqué , que nos
Anceftres s'affranchirent
entierement de l'Empire
Romain .
que
Or les Gaulois eftant
alors , ainfi
que
les Ro-
I G iiij
80 MERCURE
mains , engagez dans les
erreurs du Paganiſme , adoroient
prefque les mef
mes Divinitez , fous des
noms differens , Jupiter ,
Apollon , Mars & Mercure.
C'eftoit chez les Gaulois ,
Tharan , Mitra , Hefus , &
Theutates. Ces monuments
que nous venons de décrire
,
marquent que fous
le regne de Tibere , ils
avoient confervé d'autres
Dieux
particuliers ,
2
tels
que pouvoient eftre TARVOS
, TIGARANVS , & Ce
vieillard
à deux cornes ,
ce
I. PARTIE.
*
qui a pour infcription
CERNVNNO S' , comme
pour dire cornutus ; car cer
en langue Celtique , veut
dire corne , & c .
Mr M. D. M. fonde
ainfi fçavamment plufieurs
conjectures tresvrai
-femblables , fur les
infcriptions de ces pierres
antiques ; mais la
neceffité d'abreger m'a
fait préferer les traits
hiſtoriques qui font à la .
portée de tout le monde,
à ces Explications , qui
82 MERCURE
perdent beaucoup de
leur merite auprés de
ceux qui ne font pas fçavants
dans l'antiquité.
Cette mefme neceffité
d'abreger m'empefche
auffi de m'eftendre autant
que je le voudrois
fur la Differtation fuivante,
dont j'aurois peuteftre
deu parler d'abord,
parce qu'elle a efté
prononcée
à l'Académie ,
mais elle n'eft tombée
entre mes mains
que
la
I. PARTIE. 83
derniere , & d'ailleurs
ces deux fçavants Académiciens
ont une reputation
qui les met au
deffus de la ceremonie .
Il n'y a point de primauté
dans mon Mercure ,
j'y place les pieces comme
elles me viennent ,
& non pas felon la diftinction
du merite ni des
perfonnes , & j'y placerois
fans fcrupule le
mariage d'un Duc aprés
celuy d'un Bourgeois .
$4 MERCURE
Le hafard, & les fujetions
décident fouvent de l'ordre
d'un volume qui
s'imprime tousjours im
promptu
, & où l'Autheur
ne peut avoir le
loifir de faire fur un article
mille reflexions ,
comme celuy qui n'a
que cet article en tefte ,
parce qu'il ne prend intereft
qu'à celuy-là .
I. PARTIE.
Extrait de la Differtation
de Mr B.
• L'on trouve
entre les Oeuvres de Fortunat
un Poëme confacré
à l'éloge de cette Eglife ,
commencée par Childebert
, le Poëte dit :
Hac prius egregio Rex Chil
debertus amore
·Dona fuo populo non moritura
dedit .
Il adjoufte enfuite :
Melchifedec nofter merito Rex
atque Sacerdos ,
86 MERCURE
Complevit laicus Religionis
opus.
Par ce Melchifedec il ne
peut entendre que Cherebert
qui fucceda à Childebert
fon oncle.
Par un Edit de Childe
bert publié en 554. il`eſt
ordonné Que quiconque ne
rejetteroit de fon champ les fi
mulacres ... les Idoles ., .. dé
diées au Demon par les hommes...
feroit traité comme
facrilege , &c. Ce font apparemment
quelques uns
de ces débris d'Autels &
d'Idoles brifées qu'on emI.
PARTIE . 87
ploya aux fondements de
cette Eglife , & c.
-
Il y avoit un port voi.
fin ... Cet endroit eftoit
plein d'arbres………. & c'eſtoit
dans les bois que les
anciens Gaulois exerçoient
leurs ceremonies
religieufes ; ils cofacroient
à leurs Dieux , ou des ar
bres , ou des Autels plus
communément
depuis
leur commerce avec les
Romains , & ....
La figure ifolée & termi
née des pierres antiques
qu'on a trouvées , fait
38 MERCURE
voir qu'elles fervoient
d'Autels ...
Les noms Celtes de
quelques-unes des Inſcriptions
, mais avec une terminaifon
latine , prouvent
qu'elles ont eſté érigées
par les Gaulois , forcez
par la politique Ro
maine d'adopter les couftumes
& la langue du
vainqueur.
A l'égard de la figure
des lettres ... il eft conf
tant que les plus anciennes
lettres latines eftoient
preſque ſemblables aux
i
plus
I. PARTIE. 89
1
plus anciens caracteres
grecs ...
L'infcription TIB. CESARE
AVG. &c ... marque
non feulement la deflination
de cet Autel
mais le temps de ſon érection
, car il faut l'interpreter
ainſi. Tibere Cefar
ayant accepté ou pris le nom
d'Auguſte , &c ...
Ce, monument peut avoir
efté érigé fur la fin
de la premiere année du
Regne de Tibere , lorf
que dans les Gaules on
apprit qu'il admettoit le
Aoust 17. H
1
14
90 MERCURE
nom d'Augufte , qu'il n'avoit
pas voulu d'abord
qu'on luy décernaft , & c ...
Je prouve cela par une
autre infcription du mefme
temps érigée par une
Communauté
qu'on appelloit
les Freres Arvaux ,
pour rendre graces à Jupiter
de ce que Tibere-
Claude Cefar avoit efté
appellé Auguſte , &c ...
A l'égard de ceux qui
ont érigé l'Autel , & qui
fe difent Nauta dans l'infcription
, & qu'on a traduit
Bateliers. Je prétends
I. PARTIE. 91
que ce pouvoit eftre des
commerçants
riches &
celebres , ou des Commis
& fermiers
publics
, gens
de confideration
, puilque
des Chevaliers
en eftoient
fouvent, comme vous pouvez
voir par les preuves
fuivantes
, & c .
·
A l'égard des figures
qui fe fuivent dans quelques
uns de ces bas- reliefs
, leur attitude & leur
fituation paroiſt marquer
une efpece de proceffion
ou ceremonie fuivant le
rit Gaulois , elles font tou-
1 Hij
92 MERCURE
tes tournées du coſté gauche
, & c'eftoit la couftume
de nos Gaulois dans
leurs ceremonies de Religion.
Les
Explications que
fait Mr B. du refte des
figures & des infcriptions
, font tres curieufes;
& fi elles
n'eftoient pas
imprimées
, je franchirois
les bornes eftroites
d'un Extrait , pour n'en
pas obmettre la moindre
circonftance
.
1 93 1. PARTIE.
L'Abbregé de la Sphere
du monde , felon l'hipothefe
de Copernic , dé
dié à Mr L. B. fe vend
Paris , chez la Veuve Nolin,
Quay de l'Horloge. Et chez
le fieur Langlois Graveur ,
fur le Petit Pont. Mr Lauthomate
qui en eft l'Autheur
fera bientoft imprimer un petit
Traitéfur le Sifteme de Co
pernic.
Le Sisteme de Ptolomee
n'eſt à preſent pas
plus en credit que la
Filofofie d'Ariftote. Ces
I H iij
94 MERCURE
deux Anciens ont efté
contraints de ceder aux
Modernes ; mais ce n'a
pas efte fans peine . Il ne
faut pas moins que des.
demonſtrations fifiques
ou geometriques pour
detruire les préventions
inveterées : matiere de
differtation qui
pourra
bien entrer dans quelques-
unes des miennes.
1.
PARTIE. 95
Livre nouveau.
Traduction en vers
François , de l'Art Poëtique
d'Horace , &c. Une
Differtation fur les Auteurs
anciens & modernes
, & un Traité de la
Verfification Françoife.
Gros volume in 12.
Ce Livre vaut bien la
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, fe vend à Paris
Chez Guillaume - Nicolas
Aubert, Quay des Auguſtins,
56 MERCURE
du cofté du Pont S. Michel
àfaint Nicolas. Les Libraires
pourront s'addreſſer à
l'Auteur mefme , vis à vis
le College de la Marche , ruë
de la Montagne fainte Geneviéve.
DE
LAVILLA
LYON
*1893
MERCURE
11 PARTIES
HEQUE
LYON
AMUSEMENS *
梁榮鮮冰冰—
SUITE
DE L'HISTOIRE
I
ESPAGNOLE.
EONORE arriva
bien- toft dans l'Ifle
de Gade fans eftre retardée
, ni par l'inconftance
de la Mer , ni par aucun
autre accident , quand les
Août 1711. 2 A
DE
2
MERCURE ,
amans trouvent des obftacles
, ce n'eft pas d'ordinaire
dans ces occafions.
Le Duc d'Andalouſie ,
non content de la douleur
que luy cauſoit l'ab.
fence du Prince , la confia
à fa foeur , il crut ne pouvoir
mieux punir fa fille
de la paffion qu'elle avoit
pour le Prince , qu'en luy
oppofant de longs difcours
que cette vieille foeur faifoit
fans ceffe contre l'amour
; Leonore en eftoit
perpetuellement obſedée ,
elle eftoit à tous momens
II. PARTIE.
3
forcée d'effuyer les chagrins
de fa tante contre
les moeurs d'un fiecle dont
elle n'eftoit plus , & fi l'on
ajoûte à tant de fujets de
trifteffe , le peu d'efperance
qui luy reftoit de voir
fon cher Prince , je m'af
fure qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps affez confide
rable s'eftoit écoulé fans
qu'elle cuft encor vû dans
cette malheureuſe Iſle que
fon Pere & fon ennuyeuſe
Tante , toûjours livrée à
l'un ou à l'autre ; à peine
2 A ij
4 MERCURE
,
pouvoit - elle paffer quel
ques momens feule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoit
battre de fes flots ,
fpectacle dont Leonore
n'avoit pas beſoin pour
exciter fa rêverie : Un
pour
jour plus fortuné
elle que tant d'autres qu '
elle avoit trouvez
fi longs,
elle ſe promenoit
dans ce
Jardin , heureuſe
de pouvoir
fentir en liberté tous
fes malheurs , elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée , une perſonne
qui
II. PARTIE .
paroiffoit triſte , & dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante ; la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
fe voir de plus prés , & elles
furent bien - tôt à portée
de fe demander
par quelle
avanture elles fe trouvoient
ainfi dans le même
lieu Leonore qui fe
croyoit la plus malheureufe
, avoit droit de ſe plaindre
la premiere
, & cependat
elle fe fit violence pour
cacher une partie de fa
trifteffe : Je ne m'attendois.
2 A iij
:
6 MERCURE ,
pas , Madame , dit - elle , à
l'inconnuë , de trouver ici
une des plus belles perſonnes
du monde , moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andaloufie & fa
foeur eftoient les feuls habitans
de cette Ile.
Ma furprife , Madame ,
répondit l'inconnuë , eft
mieux fondée que la vô
tre ; je trouve ici plus de
beauté que vous n'y en
pouvez trouver , & j'ay
fans doute plus de raiſons
de n'y fuppofer perfonne :
Je ne doute pas , reprit
"
II. PARTIE.
7
Leonore , que de grandes
raifons ne vous réduiſent à
vous cacher dans une folitude
, j'ai crû voir fur vôtre
vifage des marques de
la plus vive douleur , vous
eftes fans doute malheureuſe
, cette raiſon me fuffit
pour vous plaindre : l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des difcours de civilité ,
l'habitude qu'elle avoit
priſe de parler feule ,& fans
témoins , contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à fe
2 A iiij
8 MERCURE ,
plaindre , mais fon air myfterieux
ne faifoit qu'irriter
la curiofité de Leonore
, qui eftoit impatiente
de comparer fes malheurs
à ceux de l'inconnuë
: quoique j'aye pû aiſément
remarquer que vôtre
fituation n'eft pas heureuſe
, continua Leonore ,
je ne puis comprendre.
comment la fortune vous
a conduite dans l'Ile de
Gade , je me croyois la
feule qu'elle y cuft tranſportée
, & je vous avouë
que je fuis bien impatienII.
PARTIE.
9
te d'en penetrer le myſte
re ; fi vous connciffiez
l'habitude où je fuis de
plaindre les malheureux ,
& l'inclination qui déja
m'intereffe pour vous, vous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter , Madame
, répondit l'inconnuë
, que vous ne foyiez
Leonore , & c'eft , tant
parce que je vous trouve
dans cette Ifle , dont le
Duc d'Andaloufie eft Souverain
, que parce que je
10 MERCURE ,
remarque dés ce moment
en vous tout ce que la renommée
en public , je ne
pouvois d'abord me perfuader
que la fortune
, fi
cruelle d'ailleurs pour moi,
"
voulût icy me
procurer
une de fes plus grandes faveurs
, mais maintenant
fûre que je vais parler à la
Princeffe du monde la plus
accomplie
, je n'aurai plus
rien de fecret pour elle ,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuſer
à des malheurs , qui ne
font pas communs , aura
II. PARTIE. 11
fans doute le pouvoir de
les foulager.
Je m'appelle Elvire ,
mon Pere iffu des anciens
Ducs de Grenade , vivoit
avec diftinction fujet du
Duc de Grenade , fans envier
fes Etats injuftement
fortis de fa Maifon , il mourut
, formant pour moy
d'heureux projets d'établiffement
; un Prince digne
de mon eftime , & qui
auroit honoré fon Allian
ce , m'aimoit , je l'aimois
auffi , mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bon1-
2 MERCURE
,
heur , l'amitié qu'il avoit
pour moy luy rendoit cet
te raiſon fuffifante : les
chofes eftoient fi avancées
que je goutois fans inquiétude
le plaifir d'eſtre deftinée
à ce Prince , mais
helas mon Pere mourut ,
& fa mort nous laiffa tous
dans l'impuiſſance de finir
une affaire fi importante
pour moy ! fa famille fut
long-temps accablée de la
douleur de cette perte :
enfin Don Pedre , qui eft
mon Frere , voulut relever
mes efperances auffi - bien
IL
PARTIE. 13
que celles de mon amant
qu'il aimoit prefque autant
que moy , lors que
Dom Garcie, homme tout
puiffant à la Cour du Duc
de Grenade , & qui y regnoit
plus que luy , me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-même : ce
coup imprévû accabla toute
noftre famille , j'eftois
fans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere , qui
haïffoit perfonnellement
Dom Garcie , & qui avoit
de grandes raifons pour le
hair , fut celuy qui réſiſta
14 MERCURE ,
7
plus vivement ; il repre-
Tenta au Duc que ma famille
avoit pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre , & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naiſſance : il le fit reffouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous , & le Duc
naturellement équitable ,
fe rendit aux raifons de
mon Frere , & luy permit
d'achever noftre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieux , Madame ,
quelle fut ma joye , qu'en
II. PARTIE.
la comparant à la douleur
que j'ai reffentie depuis, &
qui fucceda bien-toſt à
mes tranſports : le jourmême
qui devoit affurer
mon bonheur , le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empreffemens de
mon amant , & me rendit
la plus malheureuſe perfonne
du monde , il me
conduifit dans des lieux
où perfonne ne pouvoit
me fecourir : j'y fus livrée
à fes violences , le fourbe
employoit tour-à -tour l'artifice
& la force , & com16
MERCURE ,
me l'un & l'autre eſtoient
également
inutiles
à fon
execrable deffein , il devenoit
chaque jour plus dangereux
; combien de fois
me ferois-je donné la mort ,
fi l'efperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toûjours foûtenue !
croyez , Madame , que j'ai
plus fouffert que je ne puis
vous le dire , le Ciel vous
preferve
de connoître
jamais
la rigueur d'un pareil
tourment : enfin ne pouvant
plus y réſiſter , je pris
le feul party qui me reftoit ,
l'occaII.
PARTIE M7
l'occaſion ſe prefenta favorable
, j'ofai me ſouftraire
aux violences de ce fcelerat
, réfolue de me donner
la mort , s'il venoit à me
découvrir ; je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monftre
malgré la foibleffe de
mon fexe ; mais enfin j'échapai
de fes mains : incertaine
des chemins que je
devois prendre , & des
lieux où je devois arriver ,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
Aoust 1711 2 B
18 MERCURE
,
de mon amant.
T
Elvire racontoit ſes malheurs
avec d'autant plus
de plaifir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroitre
à mesure qu'elle
continuoit fon recit : chaque
malheur d'Elvire faifoit
dans fon coeur une impreffion
qui paroiffoit d'abord
fur fon vifage . Quand
ce recit fut fini , elle eſperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit , ou qu'elle
auroit oublié quelque circonſtance
; mais quel fàcheux
contre-temps , Leo-
1
II. PARTIE. 19
nore apperçoit la vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle : Ah, ma chere
Elvire , s'écria t- elle , que
je fuis malheureuſe , on
vient m'ôter tous mes
plaiſirs , il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'intereffe davantage
, vous avez encor
mille chofes à me raconter
, je ne fçay point le
nom de vôtre amant ni
ce qu'il a fait pour me.
riter ce que vous fouffrez
pour luy , hâtez- vous de
m'apprendre ce que je ne
>
2 Bij
20 MERCURE ,
ſçai point encore : Je ne
fçai rien de mon Amant ;
reprit Elvire , avec precipitation
", fans' doute' il
n'a pû découvrir les lieux
où je fuis , peut-être a- til
pris le party du defefpoir
, peut-être ignorant
ce que mon amour arofé
pour me conſerver à luy ,
mefoupçonne-t-il d'inconftance
, peut-être eſt- il inconftant
luy-même : Voila
, Madame , ce que je
fçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
II PARTIE
cry , & tomba peu aprés
évanouie dans les bras d'Elvire
Quelle fut la ſurpri
fe de cette tante quand el
le trouva Leonore dans ce
triſte état, & une inconnuë
dans un trouble extrême :
Elle fit conduire Leonore
a fon appartement , en att
tendant qu'elle pût fçavoir
un myftere que le hazard
offroit heureuſement à
fon infatiable' curiofité.:
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abfent de Leonore ,
les mêmes raifons qui l'a
22 MERCURE ,
voient obligé de quitter
l'Andaloufie fi prompte.
ment , l'empêchoient d'y
revenir: mais enfin l'amour
l'emporta fur la prudence ,
& il partit pour Seville ,
refolu de fe cacher le
mieux qu'il pourroit : A
peine fut -il dans l'Andaloufie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'lfle de
Gade , la diftance qui eftoit
entre luy & fa Princeffe
le fit fremir ; plus un
amant eft cloigné de ce
qu'il aime , & plus il eft
malheureux : il arrive enII.
PARTIE.
23
fin fur le bord de la mer
qu'il falloit paffer pour aller
à Gade , il fut longtemps
fur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelle
il pût la traverſer ;
& enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur , à
qui elle appartenoit , de l'y
recevoir , il aperçut un
homme bien fait , qui fembloit
d'abord vouloir fe
&
qui
cacher à fes
yeux ,
infenfiblement
s'aprochoit
pourtant
de luy. Le Prince
24
MERCURE ,
qui n'avoit pas moins d'interêt
à être inconnu dans
un pays fi voifin de l'ifle
de Gade , loin de fuir cet
étranger , alloit au devant
de luy , comme fi un inf
tinct fecret eût en ce moment
conduit
fes pas , &
comme ſi le merite fuperieur
avoit quelque marque
particuliere
à laquelle
ils fe fuffent d'abord reconnus
Seigneur , dit l'inconnu
au Prince de Murcie , j'attens
depuis long - temps
l'occafion favorable qui fe
préII.
PARTIE . 25
:
prefente cependant , fi
vos raifons étoient plus
fortes que les miennes , je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondit le Prince
, vous ne fçauriez être
plus preffé de vous embarquer
que je le fuis , & je
Vous cede cette barque
d'auffi bon coeur , & aux
mêmes conditions que
vous me la cedez , je confens
avec plaifir à la mutuelle
confidence que vous
me propoſez ; heureux de
pouvoir m'intereffer au
fort d'un homme tel que
Août
1711.
2 C.
6 MERCURE ,
vous. Seigneur , répondit
l'inconnu, il ne s'agit point
icy des interêts perfonnels
du malheureux Dom Pe
dre , mais de ceux de mon
Souverain , qui me font
mille fois plus chers : Le
Duc de Grenade eft mort,
un fujet perfide eft prêt à
fe faire proclamer fon fucceffeur
contre les droits de
Dom Juan qu'une mauvaiſe
fortune éloigne de
puis long - temps de fes
Eftats. Comme Dom Garcie
étoit le canal unique
graces du Duc , ils eft de's
II. PARTIE . 27
adroitement rendu maî.
tre de tous les efprits ; fi
l'on ne s'oppoſe promptement
à les tyranniques
projets , Dom Juan fera
bien -tôt dépouillé de fes
Eftats Son abſence , la
peu
mort du Duc fon pere
& l'addreffe du traiftre
D. Garcie luy laiſſent
de fujets fidelles : J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez , Seigneur , fi les
raifons de mon embarquement
font preffantes. Oui ,
Seigneur répondit le >
3 Cij
28 MERCURE ,
mais non pas
Prince ,
feulement
pour vous les
>
interêts de Dom Juan
me font auffi chers que
les miens ; c'eft un
Prince digne de vôtre affection
& de la mienne :
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante
, je vais m'unir àvous
dans un deffein fi genereux
& fi legitime ; je
fuis le Prince de Murcie
je dépeuplerai s'il le faut
Murcie d'habitans pour
chaffer cet indigne ufurII.
PARTIE.
29
pateur , ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas : mais
qu'à fon retour il trouve
Grenade tranquille : Allons
purger fes Eftats d'un
monftre digne du plus
horrible fupplice
.
Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnerent une fi
grande joye à Dom Pedre
qu'il feroit impoffible
de l'exprimer : la fortune
qui fembloit avoir abandonné
fon party lui offroit
2 C iij
30 MERCURE ,
en ce moment les plus
grands fecours qu'il pût
efperer , plein d'un projet
dont l'execution devoit lui
t
paroiftre impoffible s'il
avoit eu moins de zele ,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puiffant protecteur
& un illuftre
amy.
>
Ils partent enſemble ;
& le Prince de Murcie ne
pouvant ſe perfuader que
les habitans de Grenade
fuffent fincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit fi marquée ,
1
II. PARTIE. 31
crut par fa feule prefence
& quelques meſures ſecretes,
pouvoir les remettre
dans l'obéïffance de
leur legitime Souverain.
Ils arriverent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé ; ils entrerent
fecretement pendant
la nuit dans la ville :
Dom Pedre fut furpris de
trouver les plus honeftes
gens difpofez à fuivre les
loix d'un ufurpateur , tout
eftoit feduit , & le mal lui
parut d'abord fans reme-
2 C iiij
32 MERCURE ,
de : mais le Prince , dont
la feule prefence infpiroit
l'honneur & le courage par
la force & la fageffe de fes
difcours , fçut les ramener
à de plus juftes maximes .
Les plus braves fe
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoit fait
fortir,bientôt la plus grande
partie de la ville declarée
contre le Tyran
parce qu'il n'étoit plus à
craindre demanda fa
>
II. PARTIE.
33
mort : On conduifit le
Prince de Murcie dans
le Palais mais le bruit
le
:
•
qui arrive neceffairement
dans les revolutions fauva
tyran & le fit échapper
à la jufte punition qu'on
lui preparoit ; il s'enfuit
avec quelques domeſtiques
aufquels il pouvoit
Confier le falut de fa perfonne
: le Prince de Murcie
voulut inutilement le
fuivre , Dom Garcie avoit
choifi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus & fe hâtoit
>
34
MERCURE
,
d'arriver au bord de la`
mer pour le mettre en fû.
reté dans un vaiffeau : cependant
Dom Juan , averti
de la mort de fon Pere,
étoit parti pour Grenade.
Tout à coup Dom Garcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut fa furpriſe, quand il reconnut
D. Juan le perfide
, exercé depuis longtemps
dans l'art de feindre
, prit à l'inftant le parti
d'éloigner D. Juan , pour
des raifons qu'on verr.
II. PARTIE. 35
dans la fuite ; il ſe jette à
fes pieds , & luy dit avec
les marques d'un zéle déf
efperé : Seigneur , n'allez
point à Grenade , vous y
trouverez voſtre perte, un
indigne voiſin s'en eſt emparé
, vos fujets font maintenant
vos ennemis , nous
fommes les feuls qui nous
foyons fouftraits à la tyrannie
, & tout Grenade
fuit les Loix du Prince de
Murcie :du Prince de Murcie
s'écria Dom Juan, ah
Ciel que me dites-vous ?
le Prince de Murcie eft
36 MERCURE ,
mon ennemi , le Prince
de Murcie eft un ufurpateur
! non Dom Garcie il
n'eſt pas poſſible ……….. Ah
Seigneur , reprit D. Garcie
, il n'eft que trop vray,
la confternation de vos fidels
fujets que vous voyez
icy , ne vous l'affure que
trop.
En vain D. Juan voulut
douter , les larmes perfides
de Dom Garcie le perfuaderent
enfin . Oh Ciel ,
dit ce credule Prince ,
fur quoy faut- il deformais
compter le Prince de
II .
PARTIE.
37
Murcie m'eft infidele , le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats : Ah ! perfide
, tu me trahis ? Je vais
foûlever contre toy toute
l'Eſpagne : mais je fçai un
autre moyen de me yan
ger , Leonore indignée de
ton lâche procedé, &confufe
d'avoir eu pour toy
de l'amour , me vangera
par la haine que je vais luj
inſpirer contre toy : Al,
lons , dit-il , fidele Dom
Garcie , courons nous vanger
: le Duc d'Andaloufie
fut toûjours mon prote38
MERCURE ,
&teur & mon ami ; c'eſt
chez luy que je trouverai
de fûrs moyens pour punir
nôtre ennemi commun ;
Il eſt maintenant dans l'iſle
de Gade , hâtons -nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
; le Duc d'Andaloufie
devoit reprendre le
chemin de Seville ; il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner fes fujets , pour
les perdre fi long-temps de
vûë. Déja le jour du départ
de la Princeffe qui devoit
II.
PARTIE. 39
s'embarquer la premiere ,
étoit arrêté ; Dom Juan
l'ignoroit , mais il n'avoit
pas beſoin de le ſçavoir
pour ſe hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princeffe. Il s'em.
barqua avec le traître
Dom Garcie : mais à peine
furent-ils en mer , que les
vents y exciterent une horrible
tempête , qui mena
çoit fon vaiffeau d'un pro
chain naufrage. Il n'aimoit
pas affez la vie pour craindre
de la perdre en cette
occafion , & il confideroit
40 MERCURE ,
affez tranquillement les
autres vaiffeaux qui fembloient
devoir être à tous
momens ſubmergez : tout
à coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faifoient entendre des cris
horribles . Une des perfon
nes qui étoient dans ce
vaiffeau frappa d'abord ſa
vûë ; il voulut la confiderer
plus attentivement :
mais quelle fut fa furprife !
lorfque parmi un affez
grand nombre de femmes
éplorées , il reconnut Leonore
, feule tranquile dans
ce
II. PARTIE. 41
ce peril éminent : O Ciel !
s'écria-t-il , Leonore eft
prête à perir. A peine ces
mots furent prononcez
,
que ce vaiffeau fut ſubmergé
, & Leonore difparut
avec toute fa fuite. Il fe
jette dans la mer , reſolu
de perir , ou de la fauver
pendant que fes fujets confternez
defefperoient de
fon falut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tranfporté , & fauve
Août
1711. 2 D
42 MERCURE ,
enfin cette illuftre Princeffe
dans fon vaiffeau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long- temps
de Leonore , n'a pu encore
fe raprocher d'elle , prêt
d'arriver à l'ifle de Gade ,
où elle étoit , une affaire
imprévûë l'en éloigne plus
que jamais : pendant qu'il
fignale fa generoſité , un
credule ami , aux intérêts
duquel il facrifie les fiens ,
l'accufe de perfidie ; Dom
Juan , dont il délivre les
II.
PARTIE.
43
Etats , medite contre luy
une vangeance terrible ;
la fortune fe range de fon
parti , & lui procure l'occafion
la plus favorable
pour le vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime , il efpere
s'en faire aimer comme
il efpere de faire haïr
fon rival en le peignant
des plus vives couleurs .
Telles étoient les efperances
de D. Juan lorfque
Leonore reprit fes forces
& fes efprits : à peine cutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui , pro-
2 Dij
44 MERCURE ,
fterné à fes pieds , fembloït
par cet important ſervice
avoir acquis le droit de
foûpirer pour elle , auquel
il avoit autrefois renoncé,
Quoy, Seigneur , lui ditelle
, c'est à vous que Leomore
doit la vie , à vous qui
lui devez tous vos malheurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur fi
genereux, envers qui la plus
forte reconnoiffance ne peut
jamais m'acquitter. Ah , répondit
Dom Juan ! pou
vois -je esperer un fi grand
bonheur , aprés avoir été fi
II. PARTIE.
45
long temps loin de vous, de ne
vous revoir que pour vous
donner la vie ? Ah , belle
Leonore ! vous connoîtrez
dans peu que fi vous meriteZ
un coeur fidele , le mien feul
eft digne de vous être offert.
Ce difcours de Dom
Juan allarma plus la Princeffe
que le danger auquel
elle venoit d'échaper. Depuis
la fatale renconrre
avec Elvire , elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes
; Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie
, Leonore ne pouvoit
46 MERCURE ,
calmer fes foupçons qu'en
efperant qu'Elvire fe feroit
méprife.
La hardieffe de Dom
Juan à luy parler de fon
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de fon coeur , redouble
fes foupçons & la trouble
, cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez , celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la bleffe , elle veut
la lui faire fentir adroitement
: Seigneur , dit -elle à
Dom Juan , vous ne me parII.
PARTIE.
47
leZpoint du Prince de Murcie
, cet ami qui vous eft fi
cher, pour qui vous fçavez
que je m'intereße. Fe
vous entens , Madame , répondit
Dom Juan , vous
oppofez aux transports qui
viennent de m'échapper , le
Jouvenir d'un Prince que
vous croyez encore mon ami :
mais , Madame, rendeZ- moy
plus de juftice ; je nefuis pas
infidele au Prince de Murcie
, c'eft luy qui me trahit ,
qui m'enleve mes Etats , &)
qui fe rend en même temps
indigne de vôtre amour
48 MERCURE ,
de mon amitie. Ciel ! reprit
Leonore, que me dites võus ,
DomJuan? .. Non il n'eft pas
poffible ; le Prince de Murcie
n'est point un ufurpateur , &
vôtre crédulité luy fait un
·affront que rien ne peut reparer.
C'est à regret , Madame
, ajoûta Dom Juan
que je vous apprens une nouvelle
fi trifte pour vous
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nefoit un perfide ;
il nous a trompez l'un &
l'autre par les faufles apparences
de la vertu laplus héroïque.
*
II. PARTIE.
49
roïque. Arreftez, Dom Tuan,
dit imperieufement Leonore
, cette verité ne m'eſt
pas aßez connue pour fouf.
frir des difcours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie
, & aux fentimens que
j'ay pour luy ; c'est m'accabler
de traitter ainfi ce
que
Heros , vous devieZplûtôt
me laifferpérir... Quoy ?
reprit Dom Juan , vous
croiriez que j'invente une
fable pour le noircir à vos
yeux ? Non , Madame , vous
Papprendrez par d'autres.
bouches , cinquante de mes
Août
1711 .
2 E
So
MERCURE
,
fujets , à la tête de quels
eft le sujet le plus fidele
que le Prince,
vous diront
de concert avec le perfide D.
Pedre , a féduit les habitans
de Grenade, s'eft emparé
de cette Duché. Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur , & ne pouvant
plus foûtenir une
converfation fi delicate
pour fon amour ,
elle pria
Dom Juan de la laiffer
feule.
Ce fut pour lors que
revenue à foy- même du
trouble où les derniers
II. PARTIE.
SI
mots de Dom Juan l'adit
, &
voient jettée , elle s'abandonna
à ſa jufte douleur
grand Dieu , dit- elle , il
eft done vray ? le Prince
de Murcie eſt un perfide ,
ce qu'Elvire m'a dit ,
ce que m'a raconté Dom
Juan n'eſt que trop cònfirmé
le fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laiffe
plus douter , Dom Pedre
aura trahi fon Maître en
faveur de fon amy , le
Prince amoureux d'Elvire
fe fera fait Duc de Grenade
pour s'en affurer la
2 E ij
52 MERCURE
,
poffeffion ; & moy victi
me de l'amour le plus
tendre & le plus conſtant,
confuſe & defefperée d'a .
voir tant aimé un ingrat ,
un traître , je vais mourir ,
déteſtant également tous
les hommes , & où trouver
de la probité , de la
foy , puiſque le Prince de
Murcie eft un perfide ?
Mais quoy , dois -je fi-tôt
le condamner ? peut- être
ce Prince , ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour , gemit dans l'impoffibilité
où il eft de me
II. PARTIE. $3
ce
voir . Ah ! quelle apparenc'eft
en vain que je
voudrois le juftifier , Elvire
, Dom Pedre , Dom
Juan , vos funeftes dif
cours ne le rendent que
trop coupable. C'eft ainfi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit fon amant
malgré elle , & retractoit
fa
condamnation malgré
les apparences de fa perfidie.
Cependant le vaiſſeau
approchoit du bord , &
déja Leonore apperçoit
2 E iij
54 MERCURE ,
fur le rivage le Duc d'Andaloufie
, que la tempête
avoit extrêmemeut allar,
mé pour fa vie : il la reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle fuccedoit , mais il fut
tranſporté quand il vit ſon
liberateur ; il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoiffance qui
ſe joignoit à l'amitié qu'il
avoit toûjours eue pour
luy , ce qui augmenta fes
efperances , & le defefpoir
de Leonore. ལ ི
Dom Juan ne tarda
II. PARTIE. 55
pas à inftruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie , & D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit : le Duc
fut furpris de la déteſtable
action qu'on luy racontoit
, & fenfible aux
malheurs de Dom Juan ,
il jura de le remettre dans
fon Duché , & luy promit
Leonore
. Plein d'un projet
fi vivement conçu , il
va trouver cette Princeffe
& luy dit : Ma fille , vous
fçavez la perfidie du Prince
de Murcie , apprenez
2 E iiij
56 MERCURE ,
par ce dernier trait à ne
vous pas laiffer furprendre
la fauffe vertu ,
par
gueriſſez -vous d'une paſfion
que vous ne pouvez
plus reffentir fans honte ,
& preparez -vous à époufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours deſtiné.
Leonore frappée comme
d'un coup de foudre ,
ne put répondre à fon
Pere , mais il crut voir
dans fa contenance refpe-
Atueufe une fille preparée
à obéir , il la laiſſe feule ,
& courut affurer D. Juan
II. PARTIE.
57
de l'obéiffance de fa fille :
ce Prince fe crut dés ce
moment vangé de fon rival
, il commença à regarder
Leonore comme fon
époufe , & il ne ceffoit de
luy parler de fon amour ,
& de fon bonheur , Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir
, elle luy devoit la
vie , fon Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
fon époux, & d'ailleurs
il luy importoit de cacher
18 MERCURE ,
l'amour qu'elle confervoit
au Prince.
Enfin le Duc fûr du
confentement de fa fille ,
hâta extrêmement ce mariage
, & le jour fut arrêté
: la joye de cette nouvelle
fe répandit dans l'Iſle
de Gade tout le monde'
beniffoit le bonheur des
deux époux , tandis que
Leonore fuivoit , trifte vitime
du devoir & de la
fortune , les ordres d'un
Pere toûjours contraires à
ſon penchant. Eh ! quel
party pouvoit -elle prenII.
PARTIE. 59
dre il falloit , ou fe donner
la mort , ou épouſer
Dom Juan fa vie étoit
trop mal-heureuſe pour
qu'elle eût envie de la
;:
conferver en cette occa-
"
fion , mais mourir fidelle
à un fcelerat , à un tyran,
n'eſt pas un fort digne.
d'une grande Princeffe :
Enfin elle ne pouvoit def
obéir à fon Pere , fans révolter
contr'elle tout l'Univers
, à qui elle devoit
compte de cette action , &
devant lequel elle ne pouvoit
être bien juftifiée.
60 MERCURE ,
Elle va donc fubir fon
malheureux fort , déjà tout
fe difpofe à le confirmer.
Mais laiffons cet appareil ,
qui tout fuperbe qu'il étoit
ne pourroit que nous at
trifter ; revenons au Prin
ce de Murcie .
Il étoit bien jufte qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generofité
aux dépens
même de fon amour, cette
paffion qui dominoit
dans
fon coeur , eût enfin fon
tour. Il donna les ordres
neceffaires à la tranquilité
du Duché de Grenade , &
II. PARTIE. 61
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des fujets naturellement
inconftans ; enfuite
il retourne à l'ifle de
Gade , traverfe la mer , &
fe trouve dans une gran
de forêt : il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il étoit encore
bien loin de Gade ; enfin
il
apperçut un homme rêveur
, en qui le fejour de
la folitude laiffoit voir de
la nobleffe
& de la majefté
:
il s'approche de lui , & lui
dit : Seigneur
, puis-je efpe
62 MERCURE ,
rer que vous m'apprendrez
les lieux où jefuis ? Seigneur,
répondit le Solitaire , vous
érés dans l'ifle de Gade , pof.
fedée par le Duc d' Andalou
fie , il est venu depuis peu y
établir fon fejour avec Leonore
ja fille , que la renommée
met audeßus de ce qui
parut jamais de plus accom
pli. Cette Ifle , reprit le
Prince , eft fans doute le cen
tre de la galanterie , puifque
Leonore eft fi parfaite , &fa
Cour doit être bien brillante ?
Il eſt aifé de le conjecturer ,
répondit le Solitaire : Je
II. PARTIE. 63
la
n'enfuis pas d'ailleurs mieux
informé que vous , je fçai
fenlement , & fi cette avanture
avait fait moins de bruit
je ne la fçaurois pas , je fçai
que Leonore retournant à Seville
, fut furprise par
tempête , & que prête à perir
dans les flots , Dom Juan
Prince de Grenade la delivra
de ce peril. Dom Juan , reprit
vivement le Prince ,
afauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en peril ? Oui , Seigneur ,
repondit le Solitaire , l'ifle
de Gade retentit encore de
64 MERCURE ,
la reconnoiffance de cette
Princeffe depuis huit jours
elle a donné la main à Dom
Juan. Ab Ciel ! s'écria le
Prince de Murcie , & en
même temps il tomba aux
pieds du Solitaire , fans
force & fans couleur.
Avec
II. PARTIE . 65
Avec la fuite de cette hif
toire Espagnole , j'ai promis
le Mois dernier de donner ,
aprés la piece ferieuſe une
petite farce , vous allez
avoir des Contes de Rabelais
dans l'article fuivant.
110
t
ARTICLE
burleſque amer
Suite du Paralelle d'Hode
Rabelais . mere
Sans
interrompre le
paralelle d'Homere
&
de Rabelais , je puis in-
Août
1711.
2 F
66 MERCURE ,
terrompre
les refle-'
xions comiques
& ſerieufes
que j'ai commencées
fur ces deux
Auteurs . Trop de re-
Hexions de fuite feroient
une differtation
ennuyeuſe , fur tout
pour les Dames ', dont
j'ambitionne les ſuffrages
; elles ont le goût
plus delicat & plus vrai
que les hommes , dont
la plufpart fe piquant
de critique profonde ,
II. PARTIE . 67
font toûjours en garde
contre ce qui plaît , qui
ont , pour ainfi dire ,
émouffé leur goût naturel
à force de ſcience
& de préjugez ; en un
mot , qui jugent moins
par ce qu'ils fentent ,
que par ce qu'ils fçavent
.
Plufieurs Dames af
fez contentes de quelques
endroits de mes
differtations , fe font
plaint que les autres
2 Fij
68 MERCURE ,
n'étoient pas affez intelligibles
pour elles ,
qui ne font pas obligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais
: il est vrai que
le Poëte Grec eft à prefent
traduit en bon françois
mais Rabelais eft
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
d'eclaircir & de purifier
quelques morceaux de
Rabelais , pour les rendre
moins
ennuyeux
aux Dames .
II. PARTIE 69
Ces extraits épurez
feront plaifir à celles
qui , curieufes
de lire
Rabelais , n'ont jamais
voulu contenter leur
curiofité aux dépens de
leur modeftie .
En donnant ce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais , je fixerai là .
curiofité de celles qui
en faveur du bon , auroient
riſqué de lire le
mauvais.
Et s'il y en a quel70
MERCURE ,
qu'une qui n'ait pû refifter
à la tentation de a
tout lire , elle pourra
citer Maître François à
l'abry de mes extraits ,
fans être
foupçonnée
d'auoir lû
l'original .
Dans la derniere differtation
j'ai oppofé à
une harangue du fage
Neftor , une lettre écrite
à
Gargantua par
Grandgoufier fon pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'eft mélé du feII.
PARTIE. 371
rieux ; Homere fe méle
auffi quelquefois du
burlesque , autre fujet
de paralelle . Vous aurez
ici un conte heroïcomi-
•que de l'Odiffée , mais
commençons par un
conte de Rabelais ; je ne
prétens qu'oppoſer le
premier coup d'oeil de
ces deux contes , & non
pas les comparer exa-
&tement : j'en trouverai
dans la fuite quelquesans
plus propres à être
QXJ
72 MERCURE ,
comparez enfemble .
Voici celui de Rabelais ,
dont j'ai feulement confervé
le fond , en ajoûtant
& retranchant
tout ce que j'ai crû pouvoir
le rendre plus
agréable , & plus intelligible
aux Dames .
2017
org and , and
LES
II. PARTIE. - 97
LES MOUTONS
de Dindenaut.
En une Naufou Navire
eftoit le taciturnien ,
fonge- creux , & malignement
intentionné Panurge
: en ce même Navire
eftoit un Marchand de
moutons nommé Dindenaut,
homme gaillard,
raillard , grand ribleur ,
& dégoiſeur de gauffeties
, lequel voyoit Pa-
Aoust 1711. 2. G
98 MERCURE
nurge tout débiffé de mine
, & mal en point d'a
couftrement
, déhoufillé
de chevelure
, vefte
délabrée
, éguilletres
rompuës , boutons intermitans
, chauffes
pendantes
, & lunettes pendues
au bonnet, Le Marchant
donc s'émancipa
en gaufferies fur chaque
piece d'iceluy accouſtrement,
mais fpecialement
fur fes lunettes : luy difant
avoir fçu par tradiLYON
DELA
VILLE
1893***
IL
PARTIE.
tion
vulgaire que tout
homme arborant lunettes
fut toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipende decla
fienne
domeftique , fur
defquels
pronostics apof
trophant Panurge en fon
honneur ,
l'appella je ne
fçay comment , id eft ,
d'un nom qui réveilla
Panurge de la léthargie
-rêveuſe¹; car rêvoit juſte
ence moment aux inconveniens
à venir de fon
2. Gij
100 MERCURE
futur mariage. Holà ,
holà , mon bon Marr
chand ; dit d'abord Par
nurge d'un air niais &
bonnaffe , holà, vous disje
, car onc ne fus , ny ne
puis maintenant eftre ce
que nul n'eft que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut , que marié
ou non marié , c'eſt tour
un ; car fruits de Cors
nuaille font fruits précoces
& m'eft avis que
pour porter tels fruits
II. PARTIE for
êtes fait & moulé comme
de cire : ouy , cette
plante mordra fur vôrre
chef comme chiendent
fur terre graffe.
Ho , ho , ho , reprit
bonnement Panurge
quartier , quartier , car
par la vertu boeuf ou
afne que je fuis , ne puis
avoir efprit d'Aigle perçant
les nuës , par quoy
gaudiffez- vous de moy ,
fi c'eft voftre plaifir
mais rien ne repliqueray
2. Giij.
102 MERCURE
faute de replique : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand , comme
à tant d'autres. Patience
eft vertu maritale .
07
Patience foit interrompit
Panurge , mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux mou
tons , m'en vendriez-vous
bien un par avanture.
Ole vaillant acheteur
de moutons , dit le Marchand
. Feriez volontiers
II. PARTIE. 103
plus
convenablement
vous acheter un bon habit
pour quand vous ferez
marié , habit de mé
nage , habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode , &
panache de cerf.
Patience , dit Panurge,
& vendez - moy feulement
un de vos mouton
.
Tubleu , dit le Mar
chand , ce feroit fortune
pour vous qu'un de ces
2.
G iij
104 MERCURE
beliers. Vendriez ſa fine
laine pour faire draps , fa
liffe peau pour faire cuir s
fa chair friande pour
nourrir Princes , & fi
petite-oye pieds & tefte
vous reſteroient , & cornes
encore fur le marché.
Patience , dit Panurge ,
tout ce que dites de cor
nerie a efté corné aux
oreilles tant & tant de
fois , laiffons ces vieilleties
; fottifes nouvelles,
font plus de mife,
EH
PARTIE 10's
Ah qu'il dit bien ! re
sprit le Marchand , il merite
que mouton je luy
vende , il eft bon homme
: ç'a parlons d'affaiere
.
Bon , dit Panurge en
joye , vous venez au but,
& n'auray plus beſoin de
patience.
C'a , dit le Marchand,
écoutez - mey. J'écoute
dit Panurge
.
LE M. Approchez cette
oreille droite . P. Qu'eſtfo
MERCURE
ce. LE M. Et la gauche.
P. Hé bien. Le M. Et
fautre encore . P. N'en ay
que ces deux. LEM . Ou
vrez - les donc toutes
grandes. P. A vôtre commanderent.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois ? P.Ouy . LE
M. Voir le monde ? P.
Certes. LE M. Joyeuſement
? P. Voire . Le M.
Sans vous facher P. N'en
ay d'envie . LE M. Vous
avez nom Robin . P: Si
II
PARTIE . 107
Vous voulez. LE MARC,
Voyez-vous ce Mouton?
P. Vous me l'allez vendre,
LE M. Ila nom Robin
comme vous. Ha ,
ha , ha... Vons allez au
pays des Lanternois voir
le monde , joyeuſement,
fans vous fâcher, ne vous
fi fâchez - donc guere
Robin mouton n'eſt pas
pour vous. Bez , bez
bez ; & continua ainfi
bez , bez , aux oreilles du
pauvre Panurge , en ſe
108 MERCURE
mocquant
de fa lourde
rie.
Oh , patience , patien
ce , reprit Panurge , baiffant
épaules & tefte en
toute humilité , à bon
befoin de patience qui
moutons veut avoir de
Dindenaut ; mais je vois
que vous me lanternifibolifez
ainfi pource
que
me croyez pauvre he
re , voulant acheter fans
payer , ou payer fans ar
gent, & en ce vous trom
11. PARTIE 109
pez à la mine , car voicy
dequoy faire emplette :
difant cela Panurge tire
ample & longue bourfe ,
que par cas fortuit , con
tre fon naturel avoit plei
ne de Ducatons , de la
quelle opulence le Mar
chand fut ébahi , & incontinent
gaufferie ceffa
à l'aspect d'objet tant refpectable
comme eſt argent.
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
o MERCURE
quatre , cinq , fix fois
plus que ne valloit le
mouton
; à quoy Panurge
fit comme
riche enfant
de Paris , le prit au
mot , de peur que mouton
ne luy échapa , &
tirant de fa bourfe le prix
exorbitant , fans autre
mot dire que patience ,
patience , mit les deniers
és mains du Marchand ,
& choifit à même le
7
troupeau un grand &
beau maiftre mouton
JI PARTIE: I
qu'il emporta brandi
fous fon bras , car de
force autant que de malin
vouloir avoit , cependant
le mouton cryoit
bêloit , & en confequan
ce naturelle
, oyant ce
luy- cy beler , bêloient
enfemblement les autres
moutons , comme difant
en leur langage moutonnois
, ou menez- vous
noſtre compagnon , de
même difoient mais en
langage plus articulé les
112 MERCURE
affiftants à Panurge ou
diantre menez - vous ce
mouton , & qu'en allez-
• ré- vous faire , à quoy
pond Panurge le mou
ton n'eft- il n'eft
- il pas
à moy
,
l'ay bien payé & chacun
de fon bien fait felon
qu'il s'avife , ce nouton
s'appelle Robin comme
moy , Dindenaut l'a dit . ?
Robin moutonfçait bien
nager , je le vois à fa
mine , & ce difant fubi
tement jetta fon mouron
II.
PARTIE.
113
en pleine mer , criant na
ge Robin , nâge mon mis
gnon : or Robin mouton
allant à l'eau , criant
bêlant ; tous les autres
moutons crians bêlans
en pareille intonation
commencerent foyjetter
aprés & fauter en mer à
la file , fi que le debat entr'eux
eftoit à qui fuivroit
le premier ſon compagnon
dans l'eau , car
nature a fait de tous animaux
mouton le plus
Aoust 17.11 . 2. H¹
14 MERCURE
fot, & à fuivre mauvais
exemple le plus enclin ,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ſtupefait
& tout effrayé ,
s'efforçant à retenir fes
moutons de tout fon:
pouvoir , pendant quoy
Panurge en fon fang
froid rancunier , luy difoit
, patience Dindenaut
, patience , & ne
vous bougez , ny tourmentez
, Robin mouton
IL PARTIE. S
reviendra à nâge & fes
compagnons le reſuivront
; venez Robin , venez
mon fils , & enfuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut , comme avoit
par Dindenaut eſté
crié aux fiennes en figne
de moquerie , bez , bez ,
FinablementDindenaut
voyant perir tous fes
moutons en prit un grād
& fort par la toifon , cuidant
ainfi luy retenant
retenir le refte , mais ce
2. Hij
116 MERCURE
mouton puiſſant entraî
na Dindenaut luy - mê
me , en l'eau , & ce fut
lors que Panurge redoubla
de crier , nâge Robin
, nâge Dindenaut
bez , bez , bez , tant que
par noyement , des moutons
& du Marchand fut
cette avanture finie,dont
dont Panurge ne rioit
que fous barbe , parce
que jamais on ne le vic
rire en plein , que je fçache.
IL
PARTIE. 17
Je croirois bien que le
caractere de Panurge a
fervi de modele pour celuy
de la Rancune. Mo
liere a pris de ce feul Conte-
cy deux ou trois Jeux
de Theatre , & la Fontai
ne plufieurs bons mots.
Enfin nos meilleurs Au
theurs ont puifé dans Ra
belais leur excellent co
mique , & les Poëtes du
Pont - neuf en ont tiré
leursplates boufonneries .
Les Euripides & les Se
118 MERCURE
I
neques ont pris dans Homere
le fublime
de leur
Poëfie , & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
de peau-d'afne , leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche , font def
cendus en ligne droite du
Cyclope dont vous allez
voir le Conte.
Voiladonc Homere &
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
II. PARTIE. 19
›
ordre. Homere & Rabe
lais occupent les beaux
eſprits ; mais ils amuſent
les petits enfants ; humi
liez-vous grands Auteurs
vous , eftes hommes
l'homme a du petit &
du grand , du haut & du
bas ; c'eſt fon partage ,
& fi quelqu'un de nos
Sçavants s'obftine à
trouver tout grand dans
un Ancien , petiteſſe
dans ce Moderne quel
que grand qu'il foit d'ail
120 MERCURE
leurs il prouve ce que j'a
vance , qu'il ya du petit
& du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons
, diroit Rabelais
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut , fi
faut-il trouver auffi moutons
en oeuvres d'Homere
, puiſque és miens
moutons y a , ou ne fe
point mefler ny ingerer
de le mettre en paralelle
à
l'encontre
de moy.
Ouy:
II.
PARTIE. 97
Ouy dea , repliquerai
je , on trouvera prou
de moutons dans l'oeuvre
grec , & hardiment
les paralelliferai avec
les vôtres , Maître François
; car avez dit ,
ou vous , ou quelqu'un
de vôtre école , que
chou pour chou Aubervilliers
vaut bien Paris ;
& dirai de même , que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bien Ho--
mere : or a- t- on déja vû
Aoust 1711.
2 I
98 MERCURE,
comme par malignite
Panurgienne moutons
de Dindenaut fauterent
en mer ; voyons donc
comme par aftuce Ulyf
fienne moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe , en fortant de fa
caverne .
LES MOUTONS
DU CYCLOPE.
l'ifle des Cyclo-
Dpes où j'avois prister-
1
II. PARTIE. 99
re , je defcendis avec les plus
vaillans hommes de mon Vaif
feau , je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Cyclope qui l'habitoit étoit
aux champs , où il avoit mené
paître les troupeaux. Toute
fa caverne étoit dans un or
dre que nous admirions. Les
agneaux feparez d'un côté ,
les chevreaux d'un autre
&c... On voyoit là de grands
pots à conferver le lait , ici
des paniers de jonc , dans lef
quels il faifoit des fromages
& c....
Nous avions aporté du vin,
pr's chez les Ciconiens , & c..
Nous buvions de ce vin , &
mangions les fromages du Cyclope
, lors qu'il arriva .
2 Iij
100 MERCURE ,
Je fus effrayé en le voyant
C'étoit un vafte corps comme
corps.comme
celui d'une montagne ; il n'y
eut jamais un monftre plus
épouvantable : il portoit fur
fes épaules une charge de bois
fec ; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne , retentit fi fort , que
tous mes compagnons failis de
crainte , fe cacherent en dif
ferens endroits de cette terrible
demeure .
Il fait entrer toutes les brebis
; il ferme fa caverne , pouf
fant une roche fi haute & fi
forte , qu'il auroit été impoffible
de la mouvoir à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fon
II. PARTIE. 101
>
>
ménage , tantôt tirer le lait
de fes brebis , & ... Enfin il
allume fon feu , & comme
l'obfcurité qui nous avoit cachez
fut diffipée par cette
clarté , il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc , nous dit - il
d'un ton menaçant ? des Pirates
, qui pour piller & faire
perir les autres hommes , ne
craignez pas vous- même de
vous expofer fur la mer ?
Quoy des Marchands que
l'avarice fait paffer d'un bout
de l'Univers
à l'autre pour
s'enrichir , entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes- vous des
vagabons qui courez les mers
par
arla vaine curiofité d'apprendre
ce qui fe paffe chez
autruy...
2 1 iij
102 MERCURE ,
Je pris la parole , & luy dis
que nous étions de l'armée.
d'Agamemnon , que je le
priois de nous traiter avec
l'hofpitalité que Jupiter à
commandée , & de fe fouvenir:
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux ,
& que l'on doit craindre de
les offenfer.
Tu es bien temeraire , me
dit- il fierement , de venir de
fi loin me difcourir fur la
crainte & fur l'obeïffance
que tu dis que je dois aux
Dieux : apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux pour
n'avoir été nouris d'une che--
vre, ils ne s'eftiment: pas moins
heureux , je verray ce que je
II. PARTIE 103
dois faire de toy , je n'iray
points confulter l'Oracle là
deffus , c'est mon affaire de
fçavoir ce queje veux , & c...
lui parlai encor pour
cher de l'adoucir : mais dédaignant
de me répondre , il
nous regardoit avec fon oeil
terribles ( car les Cyclopes
n'en ont qu'un . ) Enfin il ſe
faifit tout d'un coup de deux
de mes compagnons , & aprés
des avoir élevez bien haut , il
les abbatit avec violence , &
leur écrafa la tête : il les met
bientôt en pieces , la terre eft
couverte de leur fang , il eft
enfanglanté lui- même : ce monftre
, ce cruel monftre les
mange , les devore : Jugez en
quel état nous étions ?
2 I iiij
104 MER.CURE ,
t
,
Aprés s'être raffafié de cer
te abominable maniere
but plufieurs cruches de lait ,
& s'étendit pour dormir au
milieu de fes troupeaux. Combien
de fois eus - je deffein de
plonger mon épée dans fon
corps ? & c....mais il auroit falu
perir dans cette caverne ;
car il étoit impoffible d'ôter
la pierre quila fermoit : il falloit
donc attendre ce que fa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il fe prépara un déjeuner
auffi funefte que que le repas du
foir précedent ; deux de mes
camarades furent dévorez de
même , aprés quoy il fit fortir
au pâturage fes troupeaux , &
་
II.
PARTIE. 105
nous laiffa enfermez dans la
caverne , en repouffant la pe
fante roche qui lui fervoit de
porte.
Je cherchois dans mon efprit
quelque moyen de punir
ce barbare , & de nous délivrery
avoit à l'entrée
de fa caverne une maffuë auffi
longue que le mats d'un navire
; nous en coupâmes de quoi
faire une autre maffuë , que
nous aiguifâmes pour execu- >
ter mon projet quand l'occafion
feroit venuë.
Le Cyclope rentra , & recommença
un autre repas auffi
funefte à deux autres de mes
Compagnons , que ceux que
je vous ay racontez ; je m'approchai
de lui portant en main
706 MERCURE ,
un vaſe de ce vin admirable
que nous avions. Buvez, lui
dis-je, peut- être mefçaurez- vous
gré du prefent que je vous offre ,
....Il prit la coupe , la but ,
& y ayant pris un extrême
plaifir , il voulut fçavoir mon
nom , & promit de metraiter
avec hofpitalité.
Je remplis fa coupe une autre
fois, il l'avale avec plaifir ,
il ne paroiffoit plus avoir cette
cruauté qui nous effrayoit,.
je careffois ce monſtre , & je
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles , il
revenoit toûjours à me demander
mon nom .
}
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommois Perfonne ; alors pour
II. PARTIE. 107
récompenfe de mes careffes
& de mon vin , il me dit :
Eh bien , Perfonne , tous tes
camarades pafferont devant
toy, je te referve pour être
le dernier que je mangeray
.
Il s'étendit à terre on me
prononçant ces terribles paroles
, le vin & le fommeil
l'accablerent..... & c'étoit
ce que j'attendois ; j'allay.
prendre ma Maffuë , j'allu
may la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres , nous approchons
du Cyclope , pendant que
quatre de mes compagnons.
enfoncent ce bois & ce feu
dans fon oeil , j'aidois à le
déraciner , & c. ….…….
Aprés l'avoir aveuglé de
108 MERCURE ,
cette maniere nous nous étions
retirez loin de luy , & nous
attendions quel feroit l'effet
de fa rage & de ſes cris . Un
grand nombre de Cyclopes ,
qui avoient entendu fes heurlemens
accoururent à fa
porte
, & luy demandoient : qui
eft - ce qui peut vous avoir, attaqué
dans votre Maiſon ?
Comme celui- cy s'étoit perfuadé
que je me nommois
Perfonne , il ne pouvoit leur
faire comprendre qu'il y avoir
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittė , ils entendoiết
qu'il n'avoit été bleffé de per
fonne.... ainfi par cet équi
voque les Cyclopes fe reti
rérent , en difant : c'eſt done
une affliction que Jupiter t'enII.
PARTIE. 109
voye , il faut plier fous les
coups de fa colere .... at
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes fe retiroient :
cependant celui -cy , outré de
rage , alloit de côté & d'autre
dans fa Caverne , étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aifé que de luy échapper ,
l'efpace étoit grand , & il ne
voyoit goutte , & c.......
Il prit enfin le party d'ou
vrir à demy fa Caverne , de
forte qu'il n'y avoit de place
que pour fortir trois ou quatre
enfemble , il crut qu'il nous
arrêteroit au paffage : il fe met
au milieu , qu'il occupoit
étendant les bras & les jambes
, & faifoit fortir fes Mou110
MERCURE ,
tons , qu'il tâtoit les uns aprés
les autres nous ne donnâmes
pas dans un piége fi groffier
; cependant il falloit fortir
ou perir ; je repaffois en
mon eſprit une infinité dè
ftratagêmes ; Enfin ayant
choifi neuf des plus forts Beliers
, je les attachay trois à
trois , je lay fous leur ventre
mes neuf compagnons reftez,
qui pafferent de cette forte
fans être reconnus , je tentay
le même hazard pour moy
il y avoit un Belier plus grand
que tous les autres , je me ca
che auffi fous fon ventre , le
Cyclope le reconnoît à l'épaiffeur
de fa laine , le caref
fe & le retient ; comment
difoit-il , tu n'es pas aujourII.
PARTIE. IN
. d'huy le premier au pâturage
2 tu es touché de l'affliction
de ton Maître , tu ne vois plus
cet oeil qui te conduifoit &
que tu connoiffois , un traître
me l'a arraché, tu me montrerois
ce traître fi tu pouvois
m'exprimer ta fidelité , fi jele
tenois ce fcelerat, &c..... Enfin
ce monftre occupé de fa
rage & de fa vengeance, laiffe
paffer le Belier que je tenois
embraffé par la laine de fon
col , & c'eft ainfi que nous
voyant tous en liberté , nous
refpirâmes avec plaifir.
J'ai choifi de bonne foi
pour oppofer aux contes
de Rabelais , un des meil
112 MERCURE ,
leurs de l'Odiffée ; car
mon but principal eft
d'orner mon paralelle , &
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poëfie excellente dans
les endroits même où il
manque de juſteſſe & de
bon fens.. quel mot m'eſt
échappé mais je me dédiray
quand on voudra ,
& à force de raifonnemens
d'interpretations , je
trouveray par tout du
bon fens n'en fût- il point.
On n'aura pas de peine
à en trouver beaucoup
&
?
dans
II. PARTIE.
-
113
*
#
dans les difcours que le
Cyclope tient à Ulyffe ;
le premier contient une
morale admirable . Qui
êtes- vous ? luy-dit- il , des
Pirates , & c. I joint dans
le fecond à une noble fierté
contre Jupiter , une
raillerie fine & delicate
Fenirai point confulter
Oracle , &c. Ce Cyclope
, ce monftre eft un
Aigle pour l'efprit : mais
tout à coup , avant même
que d'avoir bû , il devint
ftupide comme un boeuf,
il fe couche & s'endort
Août
1711 . 2 K
4 MERCURE
,
tranquillement
au milieu
de fes ennemis armez , a
prés avoir dévoré deux de
leurs compagnons
. Sub-
Ce Cyclope . eftablit
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoiffentoni ne
craignent point Jupiter ,.
ni les autres Dieux : & ces
mêmes Cyclopes un moment
aprés , trompezpar
Féquivoque & mauvaiſe
turlupinade du mot de
Perfonne , croyent pieufement
que les heurlemens
du monftre font une jufte
punition des Dieux , &
II.
PARTIE . 15
femblent même par une
credulité refpectueufe n'o.
fer entrer dans la caverne
du Cyclope , pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la diſſertation
dans ce paralelle
- cy
nous trouverons affez
d'autres occafions de cri
tique dans Homere , &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finiflons par un petit
conte de ce dernier.
2 Kij
116 MERCURE ,
.
LA FEMME
MUETE.
Dans un certain Pays
barbare & non police en
moeurs , y avoit aucuns
maris bourus , & à chef
mal tymbré , ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parifiens , dont
grande partie , ou tous
pour le moins , font merveilleufement
raiſonnans ,
& raisonnables ; auffi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni malefice entre
II. PARTIE . n7
maris & femmes .
Or en ce Pays -là , tant
different de celui- ci nôtre,
y avoit un mary fi pervers
d'entendement , qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant foy guerir de
cet ennuy , & elle de fa
mueterie , le bon & inconfideré
mary
voulut qu'-
elle parlât , & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetir lui inciferent
& biftouriſerent un
enciliglote adherāt au filet¸
118 MERCURE,
bref, elle recouvra fanté
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oyfi
veté paffée, elle parla tant,
tant & tant , que c'eftoit
benediction , fi ne
fi ne laiffa
pourtant le mary bouru
de fe laffer de fi plantheureufe
parlerie : il recourut
au Medecin , le priant &
conjurant , qu'autant il
avoit mis de fcience en oeu
vre , pour faire caqueter fa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin con
feffant que limité eft le fea
H. PARTIE . 119
voir medicinal ,lui dit qu'il
avoit bien pouvoir de faire
parler femme , mais que
faudroit art bien plus puiffant
pour la faire taire. Ce
nonobftant le mari fuplia ,
preffa , infifta , perſiſta , fi
que le fçavantiffime doc
teur découvrit en un coin
des regiſtres de fon cerveau
remede unique , &
fpecifique contre iceluy
interminable parlement
de femme , & ce remede.
c'eft furdité du mary. Qui
dà , fort bien , dit le mari
mais de ces deux maux
120 MERCURE,
voyons quel fera le pire, ou
entendre fa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout : Le cas eft fuſpenſif,
& pendant que ce mari
là - deffus en fufpens eftoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter
, par
provifion , fauf à confulter
par aprés.
Bref par certain charme
de fortilege medicinal
le pauvre mari fe trouva
fourd avant qu'il eût achevé
de déliberer s'il confentiroit
à furdité Ly voila
donc , & il s'y tient faute
de
II. PARTIE. 121
de mieux , & c'est comme
il
faudroit agir en operations
de medecine. Qu'arriva-
t-il écoutez & vous
le fçaurez .
Le Medecin à fin de be
fogne demandoit force
argent : mais c'eſt à
quoy
ce mary ne peut enten
dre;car il eft fourd comme
voyez , le Medecin pourtant
par beaux fignes &
geftes fignificatifs argent
demandoit & redem doit
juſqu'à s'irriter & colerier :
mais en pareil cas geftes
ne font entendus , à peine
Août
1711. 2 L
+
122 MERCURE ,
entent on paroles bien articulées
, ou écritures atteſtées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc fe vit contraint
de rendre l'oüie au fourd ,
afin qu'il entendît à payement
, & le mary de rire ,
entendant qu'il entendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
dés qu'il entendroit parler
fa femme. Or , de tout ceci
refulte conclufion
moralement morale , qui
dit , qu'en cas de maladie
II. PARTIE . 123
& de femmes épouſées ,
le mieux eft de fe tenir
comme on eft de peur de
pis.
Bouquet à Madame B ..
envoyé de Paris à la
Campagne.
FAcile tribut de ma vejne ,
Mes vers à L *** allez trouver
Climene
Dans ces Vallons fleuris , ces
détours & ces bois ,
Toujours ornez des jeux qu'y forme
l'Onde
•
Lieux faits pour oublier tout le
refte du monde ,
Elle penfe à moy quelquefois.
Allife au pied des cafcades
2 Lij
124 MERCURE
,
い
Peut-être en ce moment elle mêle
fes chants
Au bruit confus des Nayades :
Et c'est la que fes airs m'ont para
fi touchants.
Ne l'interrompez point, mes vers,
il faut attendre
Qu'elle ait ceffe de chanter :
Vous rifqueriez d'irriter
Des Dieux avides de l'entendre .
Prenez le temps , le lieu propre à
vous prefenter ,
Conduifez la dans l'Ifle * folitaire
,
Azyle que l'amour fit faire
Contre tout témoin indifcret.
Soyez-y comme amans reçus avec
myftere ,
Foüiffez-y d'un triomphe fecret.
Vous n'ètesfaits que pour elle ,
* Bofquer entouré d'eau.
II.
PARTIE. 125
Ne recherchez que fes yeux.
Vouloir paroiftre ingenieux
A quelqu'autre qu'à fa belle ,
C'est être prefque infidelle.
Tous les ans je dois luy donner
Une guirlande nouvelle :
Lavecplaifir j'irois lafaçoner !
Mais ou de l'Helicon les annales
font vaines
Ou les vers autrefois , par des
charmes vainqueurs
Déplaçoyent les ormeaux , faifoient
mouvoir les chènes ,
En coutera- t-ilplus de commander
aux fleurs ?
O mes vers , depoüillezces parterres
fertiles :
Que Climene s'approche & vous
tende la main
Elle verra les lis & les aillets
dociles,
a L iij
126 MERCURE ,
Courir , fe placerfurfonfein.
Les Airs de M. Marais font fi
gracieux & fi chantans ,
qu'on a choifi une Sarabande
du 3 ° Livre qu'il
donne au Public , pou y
ajoûter des paroles Bachiques
; on a cru inutile d'en
donner icy la Note : ſitôt
que les Livres de cet excellent
Auteur paroiffent
au jour , ils font bien -tôt
entre les mains de tout le
monde.
CHANSON
à boire.
AHque l'amour dans mon coeur
eft extrême ,
II. PARTIE. 127
C'est le difcours d'un amant langoureux
,
Parle autrement fi tu veux que
je t'aime
Charge Baccus de m'addreffer
tes veux
Fais - moy boire un coup ou deux ,
Peut êtretu feras heureux,
2. Couplet.
Ne parle plus de ton cruel martyre
,
Larmes ,foupirs , amourenfe langucur
M'affligent trop , je veux aimer
pour rire,
Le vin feulfera ton bonheur
Demande à cette liqueur ,
Quel eft le chemin de mon coeur ?
128 MERCURE ,
Le Livre de Monfieur Marais
ſe vend chez Ribou, Quay
des Auguſtins.
ENIGMES.
TANCREDI , FELICIANE ,
J'ay deviné les Yeux .
MARGOT LA TULIPE,
un aveugle y mordroit .
Les trois graces maigres.
Hola beaux yeux pencrace.
La poupée des bons enfans.
Roque-taillade.
Oculi chaffiacirubicondi .
Envoy , fur l'Air Belle &
charmante brune pour qui
je meurs.
SI
doux de leur
nature ,
Si
gracieux ;
II.
PARTIE. 129
Eft- il Enigme obfcure
Qui trompe mieux ;
Ils m'ont trompé , Filis , ce
font vos yeux.
Point de queftions pour ce
mois cy , ni d'autres
menuailles
mercuriales , j'en fuis fâché
pour ceux qui les aiment,
& je feray fâché pour ceux
qui les méprifent
, fi l'on m'en
envoye beaucoup le mois prochain
.
ENIGME.
L'autre jour un Berger
charmant
#30 MERCURE ,
Auprés d'un bois me vit
couchée ,
Il s'approcha de moy ,
bien-tôt j'en fus
touchée ;
Expliquez ce mot (agement
,
Car icy ma vertu nefut
point offensée ,
Au contraire elle fut
d'autant plus augmentée
,
Qu'il me preßa plus fortement
,
Comment s'y prit ce tenII.
PARTIE . 131
dre
amant
Il avoit une voix forte ,
douce & flexible,
D'abordfans m'ébranler
il chanta fon amour ,
Mais enfin ilfit tant que
j'y parus fenfible.
Il m'entendit chanter
tendrement à mon tour,
Déja d'accordtous deux,
o! cruelle avanture ,
Je ne fçay quel démon ,
contraire à fon defir ,
Rompit des noeuds : belas!
aprés cette rupture ,
132 MERCURE ,
Adun tendreffe , adieu
plaifir.
MERCURE
DE
LA
III PARTI
REQUE
PIECES FUGITIVE
LYON
PIECES QUI ONT
remporté les Prix du Poëme
& de l'Idille par le Jugement
de l'Academie des Jeux Floraux
, en l'année 1711. par
M. l'Abbé ASSELIN .
POEME
SUR LA
GRACE,
A
MONSEIGNEUR
LE
き
A
DAUPHIN.
Estt--ce une Loi du Ciel
de nos forfaits, vangeur
Août
1711. 3 A
2 MERCURE
, -
Que l'Homme ignore ici
le repos & la paix ?
Miferable jouet de fon
defordre extrême ,
Contre lui chaque jour il
s'irrite lui-même :
S'il combat fon penchant,
quels penibles efforts :
S'il ofe lui ceder , quels
effrayans remors :
A ces maux condamné
même avant que de
naître ,
Il commence à fouffrir dés
qu'il peut fe connoître.
Faut-il que malgré lui ,
coupable infortuné ,
III. PARTIE.
3
Il expie en vivant le crime
d'être né !
Helas ! lorfqu'il fe perd
dans les routes du vice ,
Tremblant , il fent qu'il
xmarche au bord du
précipice :
Pour raffurer fon coeur ,
n'a -t- il point de fecours ?
O raifon , de fes maux
viens terminer le cours.
Mais quoi ! loin de calmer
la frayeur qui le
trouble ,
Son defefpoir s'aigrit , &
fa crainte redouble ,
Lorfqu'à fes triftes yeux
3 A ij
4 MERCURË ,
que tu viens éclairer
Tu montres des périls
qu'il voudroit ignorer .
Ainfi quand fur les Mers
où fondent
les nuages
,
Luttent contre les Eaux
les Vents & les Orages
,
Que les flots à grand bruit
s'élancent
dans les Airs ,
Et du poids de leur chûte
ébranlent
les Enfers ;
Si dans le Ciel obſcur , où
tout fuit à fa vûë.
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nue ;
Ce feu , qui fend la nuit
fur les flors en fureur
III. PARTIE.
S
ན་
Eclairant le péril , en augmente
l'horreur
.
Quoi
? tel que ce Nocher
qui voifin
du naufrage
,
Aprés
de vains efforts
s'abandonne
à
l'orage ,
Faut-il que l'Homme
foible
, & las de reſiſter
,
S'abandonne
aux
périls
qu'il ne peut éviter
?
Grand
DIEU , pour fon
falut ta main eſt toûjours
prête ,
•
Tu fais trouver le calme
au ſein de la tempête :
Heureux , qui de Toi feul
attend tout fon fecours !
3 A iij
6. MERCURE ,
L'innocence & la paix ac
compagnent les jours .
Exempt des foins cruels
dont l'impie eft la
proye ,
Rien ne fçauroit tarir la
fource de fa joye ;
Son coeur ne forme point
d'inutiles defirs ,
a
Et jamais le remords ne
corrompt fes plaifirs .
Un refte du penchant qui
l'attache à la Terre ,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre :
Mais fans chercher ici des
jours pleins & contens ,
III. PARTIE.
7
Comme un point inſenſible
il regarde le tems .
Affuré du repos que fon
exil differe ,
Son coeur joüit déja du
bonheur qu'il efpere ,
Et loin de fuir l'inftant
qui doit finir les jours ,
De l'avenir trop lent fes
voeux hâtent le cours .
Douce & charmante paix
qu'infpire l'innocence ,
Des travaux les plus longs
trop chere recompenfe ,
A l'Homme impatient
coûtez-vous tant d'ef
forts ?
; A iij
3 MERCURE ,
Peut -il à vos douceurs
préferer fes remords ?
Mais de mon coeur , dit- il,
je ne fuis point le
maître :
Dans ce coeur
corrompu
la Vertu ne peut naître :
C'eſt un champ inutile en
fon aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidité.
Vaine excufe ! attend tout
de ce champ fi fterile ;
Le Ciel y verfe encor une
grace
fertile.
Lorfqu'un Soleil ardent a
brûlé les
côteaux ,
III. PARTIE.
9'
A feché les moiſſons ,
fait tarir les eaux ;
a
Si dans l'aride foif de la
Terre embrasée ,
J
Le Ciel répand fur elle
une tendre rofée ,
On voit en même temps,
où tout fembloit :
mourir ,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir ,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure ,
Et partout dans les chaps
renaître la Nature.
Ainfi fe répandant fur un
coeur deffeché ,
10
MERCURE
,
La Grace éteint les feux
qu'y
porta le peché :
Et dans ce champ fécond
fa divine influence.
Fait germer les Vertus &
fleurir l'innocence.
Par cet heureux fecours
qu'il accorde aux
Humains
,
Mortel , le Ciel a mis ton
Salut dans tes mains.
Mais , ô funefte effet d'une
indigne moleſſe !
En vain pour ton bonheur
fa bonté l'intereffe :
A ta foibleffe en vain il
prête fon appui ;
III. PARTIE.
Quand il fait tout pour
toi , tu ne fais rien
pour lui,
Que fervent les remors de
ton Ame infidelle ?
Rien ne sçauroit fléchir
ta volonté rebelle.
Si par la verité confondu
quelquefois ,
Tu rentres dans la route
.
où t'appelle ſa voix ,
Là , quoique détrompé
du monde & de fa
gloire ,
L'objet qui t'a féduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir auftere
IZ MERCURE ,
& l'amour des plaifirs
Ton coeur flotte incertain
de fes propres
defirs.
Facile à ton penchant ,
fidele à la Juſtice,
Tu voudrois allier l'innocence
& le vice ,
Er toûjours partagé dans
tes voeux impuiffans ,
Contenter à la fois ta raifon
& tes fens.
Vainement , aveuglé par
l'erreur qui t'abuſe ,
Tu crois fur ta foibleffe
appuyer
ton excuſe
.
Tu fens tes paffions , qui
III. PARTIE. 15
t'entraînent toûjours ;
Mais te fens- tu forcé de
ceder à leur cours ?
Quel que foit le pouvoir
d'une pente fi forte ,
Refifte , & tu vaincras le
penchant qui t'emporte.
Au fein des paffions ,
l'Homme voluptueux
Eft un nageur que porte
un fleuve impetueux :
S'il oppofe au courant fa
force & fon courage ,
Malgré l'effort des eaux ,
il aborde au rivage ;
A fes bras languiffans s'il
le repos ,
permet
14 MERCURE ,
Il cede au cours de l'onde ,
centraîné par les flots.
En faveur de mon Zele excufe
mon audace ,!
PRINCE , à tes yeux
ma plume ofe peindre
la Grace.
Heureux ! fi , te traçant fes
mouvemens divers ,
Tels qu'ils font dans ton
coeur , tu les fens dans
mes Vers.
III. PARTIE. IS
LA MORT
DE PALE'MON ,
I DILL EV
TIRSIS , LI CIDAS.
D
LICIDAS.
Ans ces Valons
fleuris , fous de
fombres feuillages ,!
Tout preſente à nos yeux
de riantes images
:
Affis fur le gazon au pied
de ces côteaux ,
16 MERCURE ,
·
Nous entendons , Tirfis ,
le doux bruit des
ruiffeaux.
Jamais plus vivement de
l'Aurore naiffante
Ne brilla dans les eaux la
lumiere tremblante ;
Flore fur leur paffage étade
les tréfors ,
La fraîcheur des Zéphirs
fe répand fur leurs bords .
Mais quoy ?dans ces beaux
lieux , où chacun fous
les Hêtres
Vient goûter des plaiſirs
innocens & champêtres,
Του
III. PARTIE. 17
Toûjours feul , toûjours
plein du trouble où
je te voy ,
Tout paroît à tes yeux
auffi trifte que toy.
Faut-il qu'un noir chagrin
t'arrache à tant
de charmes ?
Les Dieux ne rendront
point Palémon à tes
larmes.
Epargne , cher Tirfis , des
regrets fuperflus ,
Et ceffe enfin de plaindre
un Berger qui n'eſt
plus.
Août 1711. 3 B
18 MERCURE ,
TIRSIS.
Permets un libre cours à
ma douleur extrême ;
Du fort de Palémon je ne
plains que moy-même :
De mes juftes regrets tu
demeures furpris ,
Du bien que j'ai perdu
connoiffois- tu le prix ?
LICIDAS.
Palemon eut pour toy l'a
mitié la plus tendre ;
Je fçai , pour te former ,
III.
PARTIE . 19
les foins qu'il voulut
prendre :
A toy feul , quel Berger
n'en parut point jaloux ?
toy feul il fit part de fes
chants les plus doux.
A
TIRSIS.
Ila plus fait pour moy , tu
l'as vû fans envie ,
C'eſt à lui que je dois le
calme de ma vie :
A de trop doux tranfports
m'arrachant fans retour
,
C'est lui qui m'a fauvé
3 Bij
20 MERCURE ,
t
des écueils de l'amour.
Efclave d'un penchant qui
ne peut que nous nuire ,
Helas ! à quelle erreur me
laiffois -je féduire ?
Je croyois , prévenu par
de tendres defirs ,
Qu'en vivant fans amour
on vivoit fans plaiſirs :
Un coeur , qui n'aimoit
point , me fembloit
inutile.
Mais enfin j'ai connu le
prix d'un fort tranquile
;
Et dégage des fers qui
m'avoient arrêté ,
III. PARTIE . 21
Au rang des plus grands
biens j'ai mis ma liberté.
LICIDA S.
Par quel charme fecret ,
Palémon dans ton
ame ,
S
Tirfis , a- t-il éteint une
innocente flâme ?
Lui-même toûjours prêt
d'applaudir à tes feux ,
T'en parloit comme eût
fait un Berger
amoureux.
TIRSIS.
Palémon dans les noeuds
22 MERCURE ,
de la plus douce
Chaîne
Vit à regret Tirfis retenu
par Ifmene :
Mais comment dégager
un captiffi content ?
Des caprices d'Ifmene il
attendoit l'inftant .
Cependant
dans mon
coeur , qu'abuſoit l'efperance
,
Ses difcours par degrez
portoient l'indifference.
Heureux, me difoit- il, qui
fage en fes plaifirs
Dans fa feule raifon a pui
fé fes defirs.
III.
PARTIE. 23
Il goûte dans la paix , que
l'innocence infpire ,
Un
bonheur auffi pur que
le jour qu'il refpire :
Indépendant
de tout , fans
foins & fans ennui ,
C'eft affez qu'en fecret il
foit content de lui :
Il trouve tous les biens
dans la vertu qu'il
aime ,
Et vivant pour lui feul , ſe.
fuffit à lui- même. a
LICIDAS.
Inftruit par les confeils
24 MERCURE ,
d'un fi fage Berger ,
Quel coeur eût pû , Tirfis ,
ne fe pas dégager ?
Avec lui la vertu n'avoit
rien de fauvage :
De nos plus doux plaifirs
il permettoit l'ufage.
Lui - même aimoit nos
jeux. Avec toy dans
nos bois
Souvent à nos concerts il
a mêlé fa voix .
Quelle voix chantoit
mieux Ariane
abuſée ,
Atteftant les fermens du
parjure Thefée ?
Je
III. PARTIE. 25
Je crois l'entendre encor.
Les amoureux Zéphirs
Dans les Forêts alors retenoient
leurs foupirs :
De leur Palais humide , à
fes chants attentives ,
Les Nayades en foule accouroient
fur les rives :
Les flors qu'il fufpendoit
craignoient de s'agiter ;
Les Echos écoutoient &
n'ofoient répéter.
TIRSIS.
Si-tôt que dans ces lieux ,
au retour de l'Aurore ,
Дойг 1711 . 3 C
26 MERCURE ,
Tous les Prez deployoient
les richeffes de Flore ,
Au fond des bois obfcurs ,
azile du repos ,
Nous allions par nos
chants réveiller les >
Echos.
Là , tandis qu'à leur gré,
fur le bord des fontaines
,
Les Zephirs agitoient les
ombres incertaines ,
Tandis que les Oifeaux
animoient leurs
concerts ,
Que les fleurs exhaloient
leurs parfums dans
les airs ,
III.
PARTIE . 27
Couchez prés du criſtal
d'une onde vive &
pure ,
Nous n'étions jamais las
d'admirer la Nature.49
Momens , que m'offre encor
un tendre fouvenir,
Eftes-vous écoulez pour
ne plus revenir.
LICIDAS .
D'un Berger fi cheri fi les
Dieux te féparent ,
Oublie un trifte fort quand
les Dieux le réparent.
Dans ces lieux , qu'ont
3 Cij
F
28 MERCURE ,
charmé les chants de
Palémon ,
Succede à ce Berger l'aimacle
Philémon :
Philémon , qu'en fes Vers
Apollon même inſpire ,
A qui ce Dieu fouvent a
confié fa Lyre.
Ses accens font pour moy
ce qu'eft für les
côteaux
Pour un Berger rêveur le
murmure
des eaux :
Ou pour un Voyageur
échauffé dans fa courfe
Un ruiffeau pur & frais
qui jaillit de fa fource.
III. PARTIE . 寺
29
TIRSIS.
Je connois Philémon , fi
vanté dans nos bois ,
Et je fçai ce qu'ont pû les
charmes de fa voix :
Ce Berger , que guidoit
une charmante Fée ,
Defcendit aux Enfers fur
les traces d'Orphée . *
Heureux ! s'il m'apprenoit
par quels charmans
accords
Sa voix fe fit entendre aux
rivages des Morts.
* La Defcente aux Enfers , Ode de M, de
La Motte.
3 Ciij
3.0 MERCURE
,
Palémon , en dépit de la -
Parque févére ,
Je
fléchirois Charon , j'enchanterois
Cerbére :
Et j'irois , des Deftins for
çant la dure Loi ,
Te rendre la lumiere , óu
la perdre avec Toi.
III PARTIE.
31
LE DON
DE LA NAYADE ,
PIECE NOUVELLE .
B
Radamante
d'Aimon
fille
Fut vaillante & pleine de
charmes ;
Sa beauté , fon adreſſe aux
armes >
Lui donnerent un grand
renom .
L'hiftoire fit jadis recit de
Les proüeffes :
3 C iiij
32 MERCURE ,
Elle occit des Géans , conquit
des Fortereffes ;
Défit l'Oft des payens , fit
mille autres exploits.
L'Auteur debite toutefois
Une Avanture dont la
belle ,
Malgré fon extreme valeur
.
Ne
put
fortir à fon honneur
;
Lemoindre Chevalier s'en
fut
mieux tiré
qu'elle .
Il falloit , & j'euffe voulu
Que le cas eut été conté
par la Fontaine
:
S'il s'en étoit donné la
peine ,
ILI. PARTIE. 33
Le conte en auroit mieux
·
.valu.
Mais fans uſer d'un plus
ample prélude ,
Venons à nôtre hiftoire .
Au fond d'un bois épais
Bradamante un beau jour
vint pour prendre le frais,
pour chercher la foli-
Ou
tude.
Lobfcurité du lieu l'invi
tant au repos ,
Elle ôta fon armet , s'affit
fur l'herbe tendre ,
Et ne put long- temps ſe
défendre
Des charmes de Morphée.
Or il eft à propos
34 MERCURE
,
Qu'on
fache
que
Marcile ,
le
Roy
Dans un château non loin
de cet endroit ,
Avoit une fille nubile ,
Qui Fleur- d'efpine ſe nommoit.
En chaffant ce jour- là , de
hazard elle paffe
Auprés du fauvage réduit ,
Où la Guerriere fe délaffe.
L'Infante fans fuite & fans
bruit
Aproche , & voit la riche
armure .
N'agueres certaine bleſfure
,
III. PARTIE.
35
Que fur le chef Bradamante
reçut ,
L'obligea de couper fa
longue chevelure.
C'est justement ce qui
deçut
Nôtre imprudente chaffereffe
.
Elle admire fes traits , fa
grace , fa jeuneffe ,
Sa taille , fon air fier , même
au fein du repos :
Ah ! que mon fort ſeroit
digne d'envie ,
Si je plaifois , dit- elle , à ce
jeune Heros.
Mais fans vouloir ici faire
36 MERCURE ,
la renchérie ,
Ni la prude mal-à-propos,
Eveillons - le ; voyons ce
que le fort m'apprête.
Elle l'éveille : en un inftant
Les yeux de Bradamante
achevent fa conquête.
Je ne puis refifter au juſte
empreffement
De vous entretenir : c'eſt
trop de hardieffe ;
Mais , Seigneur , excuſez
une jeune Princeffe
Dont. l'Amour vous rend
le Vainqueur
.
Oui , mon beau Chevalier,
malgré moy je vous aime,
III. PARTIE.
37
Et je ne fçai quelle force
fuprême
Yous a fi- tôt rendu le
maître de mon coeur.
C'eſt l'effet de la ſympathie.
Fille qui refifte trop peu ,
Ou qui fe rendfans qu'on
Met
la
prie ,
ordinairement
la fympathie
en jeu.
L'Amour me fait paſſer les
bornes ordinaires :
Mais quoy ? c'eſt le deſtin
de celles de mon rang ,
De fe déclarer les premieres
:
38 MERCURE ,
D'ailleurs vous êtes trop
charmant ,
Pour qu'un coeur avec
vous samuſe aux bienféances
:
Les plus feveres d'entre
nous
Ne balanceroient point à
faire des avances ,
Si tous lesCavaliers étoient
faits comme vous.
A'ce difcours Bradamante
replique :
Les Dames , je crois , rarement
Leur donneroient de la
pratique
III.
PARTIE. 39
S'ils n'étoient
pas
trement.
faits
au-
Treve de modeftie , interrompit
l'Infante !
Ne perdons point en vains
difcours
Un temps qui nous eſt
cher , & qu'on n'a pas
toûjours.
La Scene étoit affez plaifante
Pour la faire durer : Bradamante
pourtant
Ne voulut pas
pouffer la
feinte plus avant ;
Soit crainte de nourrir de
folles
efperances ,
40 MERCURE ,
Qui ne pouvoient finir
trop tôt ;
Ou de paffer pour un nigaut
,
Negligeant de telles avances
.
Elle declara donc & fon
fexe & fon nom
Pour arrefter l'effet de l'amoureux
poiſon.
Quelle furpriſe pour l'Infante
,
Quelle douleur ! Elle fai
foit pitié.
Enfin ne pouvant être amante
,
Elle prend le parti d'une
tenFII.
PARTIE.
tendre amitié ,
Venez vous repoſer , dit .
elle à la guerriere ,
Dans un Château voiſin
que tient le Roy mon
pere ;
On fera de fon mieux pour
vous y regaler ,
Auffi bien eft- il tard , où
pourriez - vous aller ?
Vous ne rencontrerez aucune
hôtellerie.
Aux offres qu'elle fait Bradamante
fe rend
Par complaiſance ſeulement
;
Août
1711 . ; D
42 MERCURE,
Et toutes deux de compagnie
,
Aprés avoir rejoint les
chiens & les chaffeurs ,
S'en vont droit au Château.
Là prés des connoiffeurs
,
Bradamante parut une
beauté divine.
La prévoyante Fleur- d’eſpine
Avoit eu foin de mettre
en arrivant
Sa compagne en habit
décent
Précaution affez utile ;
Les gens étant là , comme
III. PARTIE. 43
Sailleurs ,
Fort médifans & grands
glofeurs.
Quand on eft fage au
fonds , c'eft le plus difficile
,
Il ne faut à credit donner
prife aux cenfeurs .
Que fur ce point chacun à
cfa mode raifonne ;
Le fcandale à mon fens eft
le plus grand péché :
J'aimerois mieux encor un
yice bien caché
Qu'une vertu que l'on
foupçonne
L'auteur ne conte point fi
3 D ij
44 MERCURE ,
la chere fut bonne ,
Cela fe préfuppofe
; ainfi
je n'en dis rien .
Le fouper fait, aprés quel
que entretien ,
On fe coucha. La belle
Hôteffe
Donna belle chambre &
bon lit
A
Bradamante , qui dor.
mit
Juſqu'au matin tout d'une
piece.
L'autre repofa peu ; l'Amour
l'en empêcha :
Elle fe plaignit , foûpira .
La nuit s'étant ainfi paffée,
III. PARTIE. 4
Aprés mille tendres a
dieux ,
Bradamante partit , non
fans être preffée
De s'arrêter encor quel
que temps dans ces
lieux.
Elle fe rend en
diligence
A Montauban , où le bon
Duc Aymon
L'attendoit plein d'impatience.
Nôtre vieillard en fa maifon
Soupoit en l'attendant
il fe leve
braffe ,
il l'em46
MERCURE ,
A fes côtez galamment
vous la place :
Mais aprés le repas il lui
fait un Sermon.
Pour s'excufer , l'adroite
Paladine
De fes exploits guerriers
ayant fait le recit ,
La rencontre de Fleurd'efpine
Vint à fon tour : Dieu ſçait
comme on en rit !
L'hiſtoire en parut excellente
;
Et tant qu'elle dura pas
un ne s'endormit.
Certain cadet de Brada,
· mante
III. PARTIE. 47
Refolut à part-foy d'en
faire fon profit.
Les cadets de ces lieux
ont toûjours de l'efprit .
Celui - ci connoiffoit l'Infante
A Saragoffe il l'avoit vûë
un jour ,
Et pour elle déflors il eût
parlé d'amour ,
S'il eût crû reüffir en fi
haute entrepriſe :
Mais il furmonta fon
penchant ,
N'étant pas homme à
faire la fottife ,
D'aimer pour aimer feulement.
48 MERCURE ,
Je laiffe à penfer file Sire ,
De l'humeur que je viens
de dire ,
N'ayant encore barbe au
menton',
Rioit ſous cape : en voicy
la raifon.
Richardet , c'eft le nom
qu'avoit le bon Apôtre,
Reffembloit à fa foeur :mais
fi parfaitement ,
Que le bon-homme Aymon
ſouvent
Luy-même s'y trompoit ,
& prenoit l'un pour
l'autre.
Sur ce pied- là le drôle crut
Qu'il
III.
PARTIE. 49
Qu'il viendroit fans peine
à fon but ,
Au moyen de la reffemblance
.
Plein de cette douce ef
perance
Le Galant dés la même
nuit ,
"
Pendant que fa foeur dort ,
que tout cft en filence
Lui vole armes , cheval ,
& tout ce qui s'enfuit.
Equipé de la forte il s'en
va fans
trompette : T
Il fe rend chez l'Infante
avant la fin du jour.
C'eut été pour tout autre
Août 1711 . 3 E
so MERCURE ,
une trop longue traite
Mais que
que ne fait- on point
animé par l'amour
Les parens à l'afpect de la
feinte pucellent !!
Donnent dans le paneau
fans fe douter du tour.
Heureux qui peut de ſon
retour
su
Porter la premiere nou-
Isveddoo velle !
t
Tant on eft fûr par là de
bien faire fa Cour.
Je ne dirai point les tenali
dreffes
, dreffes a
lif
Embraffades , bailers , ca-
50s
relles
६ AITI HO
III PARTIE. SI
Que l'Infante lui fit dans
fa reception ;
Suffit qu'on ne fçauroit en
faire davantage .
Mais quoique le Galant
dans cette occafion
S'écartât de fon perſonnage
L'Infante jufqu'au bout fut
dans la bonne foy,
Puis quand elle eût fçü
tout; étoit- ce là dequoy
Lui faire plus mauvais vifage
?
On defarma le Pelerin ;
Point d'Ecuyers , l'Infante
iden en fit l'office ,
3 E ij
52 MERCURE ,
N'ayant voulu que ce
fervice
Lui fut rendu d'une autre
main.
On lui mit juppes & cornettes
Mouchoirs , rubans , enfin
tout l'attirail galant
Dent aujourd'huy fe fervent
nos Coquettes ,
Il n'y manquoit que du
rouge & du blanc ;
On le laiffoit en ce temps
aux Grifettes.
Le fouper fut fervi ; mais
durant
le repas
Richarder , dont l'habit
III. PARTIE. $3
relevoit les appas
Fit plus d'une jalouſe , &
plus d'une infidelle.
Cependant la fauffe Donchbeh
zelle
Affecte certain air honmokos
meteux ,
Certaine pudeur virgina-
-2000 9134le
Vous euffiez dit une Veftale
,
mord
Si bien fçait gouverner &
fon gefte & fes yeux.
Enfin l'heure tant defirée
Arriva pour nôtre galant :
Tête à tête avec luy l'Infante
étoit reftée ,
2 E iij
54 MERCURE
ر ه
La voyant confufe , affligée
,
Il luy parla : Voicy com-
Plus
ment :
que vous je fus defolée
,
Luy dit- elle , le jour qu'en
méloignant de vous
Je meritay vôtre courroux
:
Mais loin de foulager nôtre
commun martire ,
Un plus long féjour en
ces lieux
Eut rendu le mal: encor
pires
pand 3307
Ainfi je vous
quittay , ne
III. PARTIE 557
pouvant faire mieux . {
Je plaignois la rigueur de
nôtre deſtinée ,
Lors qu'un peu loin de
mon chemin ,
J'entens comme la voix
d'une Femme effrayée.
J'y cours ; au bord d'un
Lac j'apperçois un
Silvain ,
Qui perdant tout refpect
pourſuivoit une Dame :
Je vole , l'épée à la main ,
Et d'un revers que je dom
ne à l'infame
Je le mets hors d'état d'ac
complir fon deffein :
36 MERCURE ,
La Dame échappa donc :
Chevalier , me dit - elle ,
Il ne fera pas dit que vous
cbm'aurez en vain I
Donné fecours Scachez
que je fuis immortelle.
J'habite fous ces eaux , &
j'ay plus de pouvoir
Que routes les Nymphes
enfemble
;
Vous pouvez demander
tout ce que bon vous
femble
Sans crainte de refus . Parlez
; vous allez voir ,
Si ma jufte reconnoiſſance
,
III. PARTIE. ST
Pour mon liberateur fera
bien fon devoir
Je n'exigeay de fa puif
fance
Ni Sceptre , ni Trefors ,
voulant un plus grand
bien
,
Je ne luy demanday pour
toute récompenfe ,
Que de vouloir changer
vôtre fexe ou le
mien.
A peine avois-je expoféma
Requête ,
Que la Deeffe l'accorda ,
Dans le Lac elle me plongea
58 MERCURE ,
Depuis les pieds juſqu'à
la tête .
Admirez de ces eaux lef
fet prodigieux ;
En homme au même inftant
je me vois tranf
formée ,
Jugez combien je fus
charmée ,
Difons
charmé pour par
ler mieux.
A ce mot d'abord l'Infante
fut fâchée ,
Croyant que d'elle on fe
mocquoit ,
Et plus Bradamante affirmoit
,
III. PARTIE.
59
Et moins l'autre la vouloit
croire ,
Celle- ci proteftoit , juroit.
Jurer n'eft pas
prouver ,
finiffons là l'hiſtoire ,
Mais je pourrois
pourtant
la compter
juſqu'au
bout
Oui , tout peut être écrit
par une plume fage ,
Tout avoit en cecy , pour
but le mariage
:
Et mariage couvre tout.
T
OTHEAVE
DE
LA
VILLE
MERCURE
GALAN T.
IV. PARTIE.
Nouvelles d'Espagne.
椒
Lettre de Saragoffe du 12
Fuiller.
Le Roy, la Reine & le
Princefont toujours à Corella ,
&l'on affure qu'ilsy resteront
jufqués aprés les grandes cha-
Aouft 1711.
4. A
2 MERCURE
leurs , qu'ils retourneront
Madrid.
On a transporté ici cent
mille mesures de bled & de
farine qui étoient en reſerve à
Zafaglia dans la Navarre , on
va les conduire à Lerida. On a
auffi fait transporter à Pampelune
les Armes & les Munitions
qu'on a apportées de
France.
B
44
Monfieur le Comte de
Muret qui commande les Troupes
Françoifes qui ont passé
en Espagne a attaqué un Corps
de Troupes des ennemis qui
s'eftoit retranché fur la Segre ,
7
IV . PARIE. 3
les à forcez dans leurs retranchements
, en afait cinq cens
prifonniers , en a tué un grand
nombre , pris tous leurs
Bagages.
Un Party de Miquelets
s'eftantjoint à un grand
nombre
de Volontaires marcherent
à Mongon , où le Regiment
de Chaftillon Cavalerie
eftoit en quartier , à deffein de
le furprendre de l'enlever ;
mais les Officiers de ce Regiment
en ayant eu avis fe preparerent
à les combattre. Ils
les reçurent avec une fi bonne
contenance qu'ils les rompirent
4. Aij
4 MERCURE
firent en tuerent beaucoup ,
quatre- vingt prifonniers dont
plufieurs furent auffi - teft
pendus.
D'autres Lettres portent
que le Regiment
d'Infan
terie de Monfieur
de Vendofme
citoit compler , qu'il
cftoir composé
de fix cens
hommes tous vieux Soldats.
Deferreurs
; qu'il en avoit
envoyé trois cens à Huefca
où commande
Mr le Marquis
de Villa Alegré avec
fon Regiment
de Cavalerie ;
furnommé de la Mort , que
IV PARIE.
à
ce Marquis avoit depuis,
défait plufieurs Troupes
de Miquelets au Volontai
res dans le Royaume d'Arragon
, & entr'autres une
de cent Cavaliers & de cent
cinquante Fantaffins ,
Santa - Olalla , qu'il avait
enfuite fait piller & bruler
pour punir les Habitans de
leur avoir donné retraite ;
que Don Feliciano de Bra
camonte avoir furpris le
refte de cette Troupe prês
de Quifona , qu'il en avoit
rué cinquante & pris dixbuit
qu'il fit pendre.
Aiij 4.
MERCURE
EXTRAIT
d'une
autre. Lettre
de
Sarragofle
du 24. Juiller.
me
Monfieur de Vendofm
ayant efté informé qu'un Corps
de Rebelles de Catalans &
autres refugiez à Barcelone ,
devoit s'y embarquer pour aller
faire une defcente dans le
Royaume de Valence afin de
tâcher d'y exciter une revolte ,
il depefcha un Courier à Don
Francifco Gaetano Lieutenant
General qui y conmmande
pour l'avertir de fe tenir fur
IV . PAR IE.
fes gardes. Ces rebelles s’attendoient
que dés qu'ils paroitroient
; ils feroient joints
par plus de cing cens Bandits
avec lesquels ils avoient eu
correſpondance ; mais ils ne
fçavoient
pas qu'ils avoient
déja efté prefque tous tuez , ou
pendus , en forte qu'ils furent
tres - furpris lors qu'ayant debarqué
à l'embouchure
du
Xucar
, au lieu d'y eftre joints
•par d'autres
Rebelles
, ils furent
inveftis
par des fujers fidelles
,
de maniere
qu'ils furent
tous
tuez on pris.Trois freres
de la
Maifon
Ibañez
fefont diftin
4.
A iiij
MERCURE
guez dans cette action ainfi
qu'ils avoient déja fait en
plufieurs autres. Ils promettent
de maintenir le Royaume en
paix avce, les troupes qui y
font , le Regiment qu'ils
levent.
3
• Les Troupes de Catalogne
occupent toujours les mefmes
poftes . On a conftruit desfours
à Puel- Pech afin de pouvoir
leur fournir plus promptement.
lepain.
On a eu la confirmation des
troubles qui font à Barcelone ,
où l'Archiduc a fait rentrer
deux Regiments Allemans.
C# A
IV. PARIE.
pourfa feuroté.
Il y a des Lettres de Salamanque
qui portent que
quelques détachements de
1 Armée d'Eftramadure s'étoient
emparez de Montenaro
& de deux autres Châ
reaux prés de Bragance ou
on a trouvé beaucoup
d'armes & de munitions de
guerre & de bouche ; que
la plus grande partie de la
Cavalerie Portugaife eftoit
dans la Province de Beyra
qui eft un Pays plus frais
que les autres ; & que Mr le
Marquis de Bay faifoit .
10 MERCURE
cantonner fes Troupes par
tie dans l'Eftramadure &
partie dans la vieille Caftille.
Lettre de Corella du 24 .
Juiller.
Les Miquelets ou Volon
taires quifaifoient des courfes
jufques à cinq ou fix lieues
d'icy , ont enfin efté contraints
d'abandonner la Plaine & de
fe retirer dans les Monta
gnes , le Regiment de Courtebonne
en a furpris un Corps
qui s'étoit joint à deux cens
hommes de Troupes reglées
&
IV . PARTIE. If
dans la ville d'Arens , & qui
étoient commandez par le General
Shovel. Il y en a eu un
grand nombre de tuez & de
prisce General s'eftfauvé
dans le Chafteau avec environ
quatre- vingt hommes ; on les a
invefti , Monfieur le Marquis
d'Arpajon eftparti de Balaguer
avec un Corps de Troupes
Françoifes pour faire le fiége
de ce Chasteau , celles qui font
venues du Lampourdan font
en quartier entre les deux
Noguera & la Cinca , excepté
deux Bataillons qu'on a ens
voyez à Cervera pour renfor
12 MERCURE
cer le Corps que Monfieur
le Marquis de Valdecañas y
commande. Les ennemis ont
que
poſté un pelit Corps au col de
Monblanc & un autre au col
de Balaguer , à moitié chemin
de Tortofe à Farragonne. On
aeu nouvelle de Barcelone
les troubles qui y regnent ont
efté caufez par un Livre qui
eft contraire aux Loix & aux
Priviléges du Pays , &que les
peuples demandent
theurfait puni feverement, le
bruit court qu'il y eft arrivé
ordre d'Angleterre d'executerle
maité que Monfieur de Vendô
que
l'AuIV.
PARTIE.
13
me avoit arreſté pour l'échangé
des prifonniers , que le General
Staremberg n'avoitpas veulu
ratifier. Le Roy , la Reine
le Prince font en parfaite
fanté, Monfieur de Bergberk
eft arrivé icy , ila efté tres
bien reçu de leurs Majeftez.
Le Roy a donné le Gouverne→
ment de la Province de Guipufcoa
à Don Auguftin de
Robles cy- devant Gouverneur
de Cadiz.
Il y a des Lettres de Sarragoffe
qui portent que Mon.
fieur de Vendofme ayant
attiré au fervice de fa Ma14
MERCURE,
jefté Catholique un Colonel
de Miquelets , il avoit formé
une Compagnie franche
de cent hommes deferteurs
de fon Regiment avec lefquels
il fait de frequentes
courſes , & qu'à la premiere
qu'il a faite il a battu un
gros Parti de fon propre
Regiment dont il prit un
Capitaine & vingt - cinq
hommes qu'il fit pendre .
-
IV. PARTIE. S
NOUVELLES
du Nord & d'Allemagne.
On continue de publier
en Pologne & en Saxe que
les Mofcovites s'eftant ap-.
prochez de Bender le Roy
de Suede s'en eftoit retiré,
avec toutes les Troupes qui
y estoient pour aller au devant
du Grand Vizir ; mais
celles de Dantzick & de
Stetin au contraire , continuent
d'affurer que Sa
Majefté Suédoife les a entierement
défaits . Cette
16 MERCURE
nouvelle eft trop importante
pour en pouvoir parler
avant d'en avoir une entiere
confirmation .
Il y a des Lettres de
Vienne qui portent qu'il y
cftoit arrivé un Officier de
la garde du Roy de Suede' ,
chargé de Lettres pour le
General Craflaw Il dit que
l'Armée des Turcs , fans
compter les Tartares ny
l'Armée qui affiegoir Alaf,
mille hommes
confiftoit en cent foixante
eftoit en marche , ayant le
Grand Vizir à fa telte ; que:
qu'elle
IV. PARTE, 17
ce même Officier avoit apporté
à Mr Sternock Secretaire
de l'Ambaffade à
Vienne , la réponſe que le
Roy fon Maitre fait au
Memoire qui luy a efté
prefenté par Mr Jeffreys
Miniftre de la Grande Bres
tagne ; cette réponſe porte
que S. M. S. ne fera aucune
Paix avec les Mofcovites
qu'en y comprenant la Por
to Ottomane ; que puifque
la convention au fujet de
la Neutralité faite à la
Haye a efté arreftée fans fa
connoiffance ny fon cons
Aoust 1711 . 4.
B&
18 MERCURE
fentement , que cette convention
luy eftoit autant
defavantageufe qu'elle étoit
avantageuſe à fes ennemis
, Elle avoit fait déclarer
plufieurs fois fes
par
Miniftres , qu'Elle ne pou
voit ny ne vouloit y eftre
tenuë ; qu'à l'égard de la
Navigation & le libre commerce
de la Mer Baltique ,
w
particulierement
dans les
Places prifes par les Mofcos
tes , Elle ne vouloit point
y entendre parce que cela
eftoit contraire au Traité
de Commerce & à l'ufage a
IV. PARTIE. 19
que des Amis ont coutume
d'obferver.
Les Lettres de Drefden ,
portent que le Roy Auguſte
en eftoit parti en pofte le
26. Juillet , pour fe rendre
en Pologne , aprés avoir
reçû un Courrier qui luy
avoit efté depêché , que le
Prince Electoral fon fils
eftoit allé à Bareith d'où il
devoit paffer à Francfort
pour affifter incognito à l'Election
d'un Empereur .
D'autres Lettres difeng
que le Roy de Dannemarck
affembloit fon Armée dans
20 MERCURE
la Plaine de Saxe Lavem →
bourg ;
que fa Flore
avoit
enfin mis à la voile &
qu'elle
faifoit
route
vers
la Mer
Baltique
, que quelques
Vaif
feaux
Suedois
qui
croifoient
prés de
Bornholm
,
s'eftoient
retitez
à Carelfcroon
; que ces Vaiffeaux
en avoit pris dix ou douze
Hollandois qui alloient à
Riga ; mais qu'ils les avoient
relâchez à condition qu'ils
iroient à Dantzick ou dans ·
quelques autres Ports qui
n'eftoient pas occupez par
les Mofcovites que les
IV. ARTIE. 241
Troupes Suedoifes s'étoient
emparées du Pont de
Schwet fur l'Oder à l'entrée
de la Marche de Brandebourg
, & qu'elles l'avoient
rompu pour empê
cher le paffage des Danois.
EXTRAIT
d'une Lettre du Fort - Louis
du 3. Aouft.
Les Baillages de Landau ,
de Spire , & de Gumersheim
font à contribution. Mr le
Maréchal d'Harcourt eft allé
avec, donze cens chevaux re12
MERCURE
connoiftre le terrain au - delà
du Rhin pour y marquer un
Camp , ce qui inquiete fort
les ennemis qui font toujours
dans leurs mefmes poftes , il eft
parti de Strasbourg un gros
arain d'Artillerie & une
grande quantité de munitions
deguerre , & on a retiré toutes
les Troupes qu'on avoit mifes
dans les Chafteaux des environs
de Landau.
NOUVELLES
de Flandre.
La nuit du 4. aus . Aouſt
IV.
PARTIE.. 23
le
les Ennemis quitterent leut
Camp de Betonfart , & décamperent
fans tambours
ny trompettes . Milord
Marlborough fit filer fon
Armée par derriere le Mont
faint Eloy , pendant que
Gouverneur de Douay avec
un Corps de fix mille hom
mes eftoit allé occuper le
paffage de la Senfée , & aprés
avoir traverfé la Plaine de
Lens ils pafferent la Scarpe
prés de Vitry , & la Senfée
à Aubigny , &
camperent
leur droite au Ruiffeau de
Marquion , & leur gauche
*4 MERCURE
à Thun l'Evêque. Mr le
Maréchal de Villars ayant
eftéinformé de la route que
les Ennemis avoient prife ,
fit battre la Generale , &
marcha à deux heures du
matin & fit tant de diligence
avec la tefte de l'Armée
qu'il arriva prés de Cambray
; où il fit camper les
Troupes à mesure qu'elles
arriverent dans une Plaine
Toute découverte à la vûe
des ennemis , qui au lieu de
venir l'attaquer , décampcrent
la nuit du 6. au 7. &
pafferent l'Escaut fur hair
"
"
Ponts
IV .
PARTIE 25
S
t
t
Ponts . Ils mirent leur droite
Hapre fur la Selle , &
leur gauche à Hordain appuyée
à l'Eſcaut . Mr le
Marêchal de Villars s'étendit
vers Cambray , & mit
fa gauche à Vane fur la Senfée
à trois quarts de lieue de
Bouchain , & dans cette
difpofition l'Armée eftoit
paralelle à la gauche des
ennemis. Mr de
Broglio
avoit marché avec la referve
à Denain entre Valenciennes
&
Bouchain pour
couper aux ennemis la communication
avec Douay
Aoust 1711. 4. C
>
26 MERCURE
& eut ordre de jetter cinq
cens Grenadiers dans cette
derniere Place . Mr le Chevalier
de Luxembourg eftoic
entré dans la premiere avec
deux Regimens de Dragons .
Une partie des Garnifons de
Saint Omer & d'Ipres devoir
joindre l'Armée avec Mr le
Comte de Villars & Mt le
Marquis de Goëbriant.
4
IV.
PARTIE. 27
NOUVELLES
de Dauphiné.
Lettre de Grenoble du 9.
Aouft. wall
Les Armées font en preſence
depuis quinze jours ; mais
dans une inaction furprenante.
Il eſt affez difficile de penetrer
les deffeins de Monfieur de
Duc de Savoye. Il a porté
-depuis quelques jours fon
Camp depuis S. Piere d'Albigny
jufqu'à la plaine de
Montmeillan fon quartier :
4. Cij
28 MERCURE
eft au Chafteau des Marches
où il paßefon temps à nous. obferver
tranquilement. Et Mr
le Maréchal de Bervick
à fe retrancher entre le Fort
Barreau & Chapareillan ; de
maniere que ce pofte eft abfolument
hors d'infulte. Monfieur
de Silly ne l'eft pas moins
au Pas de la Croite & des
Echelles , & l'on craint peu
ou pour mieux dire point du
tout pour ces deux entrées. Il
y en auroit une autre plus ouverte
er moins bien gardée ,
du cofté de S. Genis où l'on
n'a pú poſter que des Milices,
IV. PARTIE. 29
Cependant les Houffards n'ont
pas encore ofé les attaquers :
comme la Saifon s'avance e
qu'il nous doit arriver des
Troupes de differents endroits
il y a lieu de croire que Monfeur
de Savoye je retirera
bien - tôt , d'autant plus qu'il
ne fubfifte dans fon Camp
qu'avec une peine & une dépenfe
infinie. Les Convois ne
peuvent venir que par le petit
Saint Bernard dont les chemins
doivent être bien rompus àcauſe
des pluges continuelles depuis
quinze jours. Sa Cavallerie
a bien de la peine à trouver
4. Ciij
30 MERCURE
affez defourage dans la Savoye
pouryfubfifter. Le Pain vaut
dix fols la livre dans fon
Camp. Le prix du Foin &
de l'Avoine à augmenté icy;
mais les autres denrées ont
baiffé à caufe de la grande
quantité qu'on y en apporte.
Monfieur Dilon eft toûjours
en Maurienne campé fur les
bords de l'Arc & de l'Ifere
qu'il agarnis de canon dans les
endroits guéables. Si la pluye
continue encore quelques jours
aes deux Rivieres ne le feront
en aucun endroit pendant le
refte de l'année. Monfieur de
IV PARTIE. 3t
Medavi mande qu'il eſt ſt
tranquile dans fon Camp qu'il
y fair faire un Jardin. On
amena bier icy un Ingenieur
que l'on furpris en levant le
Plan du Camp de Barreau.
Nous fommes ici auſſi tran..
quiles que fi nous étions en
temps de Paix ; mais on a eu
plufieurs allarmes du cofté de
S. Genis e du Pont de Beauvoifin;
cependant les Houffards.
n'ont encore ofe paffer la Ri
viere de Guiers qui fepare la
Savoye du Dauphiné.
D'autres Lettres portent que
Monfieur de Cadrien eft
4. C iiij
32. MERGURE
campé à l'entrée d'une gorge
par o l'on pouroit venir du
cofté de la grande Chartreuse ,
tomberfur Mont Fleury
&que Monfieur le Maréchal
de Bervick faifoit accommoder
des paffages qui conduifent de
fon Camp à Briançon afin de
pouvoir s'y porter plus promp
tement en cas de befoin , que
Monfieur le Duc de Savoye eft
malade ; qu'il avoit commencé
à tomber des neiges au petit
S. Bernard ; qu'il étoit déja
arrivé 8.
Bataillons & 4. Efcadrons
de renfort au Camp de
Barreau que Monfieur le Duc
IV . PARTIE. 33
de Savoye marchoit du côté de
du Col de Galibier
, & que
Monfieur le Maréchal de
Bervick s'avançoit pour luy
en difputer le paffage.
NOUVELLES
de divers endroits.
On a appris par les Lettres
de Cadix du ro. Juiller
que Mr l'Aigle aprés y avoir
amené plufieurs Prifes , en
eftoit party le quatre pour
aller croifer vers le Détroit.
que le lendemain il avoit
attaqué une Fregate Hollan34
MERCURE
doife de 36. canons com
mandée par le Capitaine
Jean Hopener ; que le combat
avoit duré plus de deux
heures , & qu'enfin cette
Fregate avoit cfté coulée à
fond; mais que Mr l'Aigle
ý avoit été tué , ainfi que
plufieurs Officiers & Soldats
de fon équipage . Son Corps
a efté enterré à Malaga avec
tous les honneurs dûs à un
homme qui s'étoit diftingué
en plufieurs occafions
cependant le cours de cette
guerre.
Le 30. Juillet il parut à
IV. PARTIE. 35
la hauteur de Bayonne une
Efcadre de 12. Vaiffeaux
de guerre Anglois revenant
de Lifbonne & retournant
dans les Ports
d'Angleterre.
Une heure aprés qu'elle eur
fait voileune de nos Fregates
amena deux Prifes , dont
l'une eftoit un Baftiment
Hollandois
qui alloit à
Ebonne chargé de Vins.
Des Lettres de Lisbonne
du 17. Juin portent que
Navire Noftra Señora de
Torfo , qui marquoit que
la Flotte de Pernambuco
avoit cfté pris le 4. Avril à
le
36 MERCURE
15. lieües du Tage par un
Vaiffeau de guerre François
de l'Eſcadre de Mr du Caffe
qui avoit mis l'équipage à
terre à l'Ile de Madere ;
que ce Navire eftoit charge
de 450. caifles de Sucre ,
de 400. rolles de Tabac ,
de Cuirs , de bois de Brefil ,
& de 40. mille Crufades
tant en argent monnoyć
qu'en poudre d'or ; que le
Vaiffeau qui l'avoit pris ,
felon le rapport de l'équi
page , eftoit parti de Breſt
avec fept ou huit autres
dont il avoit cfté feparé , &
IV. PARTIE. 37
qu'il devoit aller à la Martinique.
Je n'ay pû vous parler
plutoft de la mort de Don
Antonio Martin Alvarez
de Tolede & Beaumont.
Enriquez , de Rivera , Fernandez
, Manrique , Duc
d'Albe & de Huefcari,
Comte de Lerin , de Salva
tierra , &c. Marquis de Coria
, &c. Conneftable &
Grand Chancellier de Navarre
, Sommellier de Corps
du Roy d'Espagne & fon
Ambaffadeur en France ,
qui mourut icy le 28. May
*
38 MERCURE
en la 41. année de fon âge.
Sa maladie a efté des plus
longues , & elle ne luy a
jamais fervy de raifon ny de
pretexte pour le difpenfer
d'aucuns de fes devoirs , &
cegrand Miniftre a toûjours
foutenu d'une égale force
Je poids d'une Ambaſſade -
aufli importante & auffi
laborieufe. Il y a fuccombé
à la fin , & la mort de
Monfeigneur a achevé de
l'accabler ; l'intereft vif &
fincere qu'il y prenoit le fit
paroiftre encore plus fenfible
à cette perte qu'il ne
a
IV.
PARTIE. 39
l'avoit paru à celle de Mr
le Conneftable de Navarre
fon fils unique qui donnoit
déja de fi grandes efperances
, & qu'il perdit malheu
reufement à fa 19 année .
Comme toute la vie de
Mr le Duc d'Albe avoit
efté une préparation à la
mort on n'eut pas de peine
à l'y difpofer. Sa réfignation
avoit cité plus prompte
que le premier avis qu'on
cut pû luy en donner. Quelques
heures avant la mort
il fic prier un de nos plus
grands Miniftres de vouloir
40 MERGURE
bien luy rendre encore une
vifite , & de venir recevoir
fes derniers adieux . Cet
entretien fut touchant de
part & d'autre ; le mourant
parla affez long - temps de
chofes importantes avec le
même efprit, la même force
1 & la même grandeur d'ame
qu'il avoit fait dans fa meilleure
fanté. Enfin il ſouhaita
de recevoir la Benediction
de Mr le Cardinal de Noailles
Archevêque de Paris .
Son Eminence s'y tranf
porta fur l'heure.
Madame la Ducheffe
IV. PARTIE. 41
-
d'Albe n'a pu avoir dans
une douleur auffi accablante
que Dieu pour confolation.
Elle fe retira fur l'heureau
Val de Grace . Elle fe
tient toujours dans cette
retraite fi conforme à fa
fituation. Elle a efté le mo
delle des femmes mariées ;
ellè l'eft des veuves de fon
rang.
Le Roy d'Espagne luy a
fait l'honneur de luy écrire
de fa main en langue Efpignole
la Lettre du monde
la plus confolante. La Reine
luy a écrit de même . S. M.-
Aoust 1711. 4. D
42 MERCURE
C. a joint aux honneurs
qu'elle a fait à cette illuftre
veuve des liberalitez qui
honorent en elle la memoire
du deffunt. Elle eft de la
grande Maifon de Poncé de
Leon , fille de l'illuftre Me
la Ducheffe d'Aveiro , &
foeur de Mr le Duc d'Arcos
& de Mr le Duc de Baños
tous deux Grands d'Efpa
gno
Mr le Duc d'Albe qui
n'a rien oublié en mourant
a laiffé par un écrit de fa
main le foin & la conduite
des Affaires d'Eſpagne en
IV. PARTIE . 43
France à Mr Don Feliz-
Cornejo fon Secretaire
d'Ambaffade . S. M. C. a
confirmé ce choix dans l'interim
jufqu'à ce qu'il vienne
icy de fa part un nouvel
Ambaffadeur. Le Portrait
en vers de Mr le Duc d'Albe
eft dansla partie des Pieces
Fugitives de ce moiscy.
Charlotte Armande d'Argouges
de Rannes époufe
de Guillaume Alexandre
Marquis de Vieuxpont
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouver
4 Dijs
44 MERCURE
neur de la Ville de Beauvais
& du Beauvoifis , mourut
le 28. Juin âgée de 36 .
ans . Elle eftoit fille unique
de Nicolas d'Argouges
Marquis de Rannes , Lieutenant
General des Armées
du Roy , Colonel General
des Dragons , & de Charlotte
de Beautru - Nogent
qui époufa en feconde noces
Jean Baptifte Armand de
Rohan Prince de Montauban
, dont elle eft veuve .
姿
•
MEN. Chabert Chevalier
de Saint Louis , Chef
d'Efcadre des Armées Na-
1
IV. PARTIE. 45
རྞ
vales du Roy , fils du grand
Chabert , eft mort à Toulon.
Il avoit donné dans
toutes les occafions des
preuves de fon courage &
de fa capacité. Il avoit rame
né du Sud une Flote d'argent
des plus riches qui
foient jamais venues de
ccs Mers. Il arriva heureufement
à Rochefort fur la
fin du mois de Mars de
l'année 1709. aprés avoir
évité par fon habileté quatre
Efcadres des ennemis
qui l'attendoient für fa rou
te en quatre endroits diffe--
46 MERGURE
rens. Le Vaiffeau du Roy
le Trident qu'il Commandoit
cft le premier Vaiffeau
de guerre qu'on ait vû à la
Rade de Lima depuis la découverte
de ce Continent.
Maric Louis Chevalier
Marquis de Sourdeilles
Baron de Feiffac , &c. Lieu
tenant de Roy au Gouver
nement de Limofin & de
la Marche , eft mort dans
fon Chafteau de la Ganne
âgé de 44 ans. Ila cfté fort
regretté , & particulieres
ment des Pauvres.
I avoit épousé Marie fille
IV.
PARTIE, 47
de Robert Marquis de Ligherac
Comte de Saint Chamant
d'une des plus illuftres
& de plus anciennes maiſons
d'Auvergne.
Sa mere eftoit de celle
des Vicomtes de Sediere ;
alliée à celles de Noailles
de Gimel , &c. & fa grandemere
eftoit de celle d'Aut
buffon la Feürllade .
2.Mr le Marquis de Sour
deilles avoit d'abord pris le
party des Armes , mais la
mort de fon pere dont il
eftoit fils unique , l'obligea
de quitter le Service.
48 MERCURE
Catherine de Ribeyre ".
époyfe d'Yves Marie de la
Bourdonnaye Seigneur de
Cotoyon , Maistre des Requeftes
& Intendant à Orleans
, mourut aux eaux de
Bourbon le 24. Juin âgée
ans laiffant pofterité.
de
44 .
Elle eftoit fille de Mr de
Ribeyre Confeiller d'Etat ,
& de Catherine Potier fille
de Mr de Novion premier
Prefident.
Jean Guillaume Frifon ,
Prince de Naffau Stathou
der de Frife , fut noyé le 14.
Juillet avec le Brigadier
Wilkes..
IV.
PARTIE. 49
Wilkes. Il eftoit party de
l'Armée de
Flandre pour
aller
travailler à l'Affaire de
la
fucceffion du feu Prince
d'Orange qu'il avoit contre
l'Electeur de
Brandebourg
qui eftoit venu en Hollande
pour la
terminer. Il s'em .
barqua
pour traverser
lei
paffage de Moerdick , &
eftant
demeuré dans fon
Caroffe à cause de la pluye
avec le Brigadier
Wilkes
un coup de vent qui ſurvine
renverfa le
ponton . On ne
trouva leurs corps que quel
ques jours aprés..
Aouſt 1711 . 4 E
so MERCURE
Ce Prince eftoit fils
Henry Cafimir Prince de
Naffau & Stathouder de
Frife mort le 15. Mars
1686. & d'Amelie fille de
Jean Georges Prince d'Anhalt
Deffau.
Ileftoit né le 4. Aouft
1687. & avoit épousé le 26 .
Avril 1709. Marie Loüife
fille de Charles Landgrave
de Heffe Caffel , & de Marie
Amelie fille Jacques Duc de
Curlande . Il a laiffé une
Princeffe née au mois de
Septembre 1710. & fa
veuve enceinte .
IV PARIE.
Les Etats Generaux ont
fait un accommodement
provifionnel entre l'Elecreur
de Brandebourg & les
heritiers de ce Prince, qui ne
doit prejudicier en aucune
maniere aux droits des Parties
; il porte que S. A. E.
jouira par provifion de la
Maifon de la vieille Cour à
la Haye , de la Maiſon du
Bois , de Honflardick , de
Dieren & de quelques Terres
qui valent fix mille
Aorins de rente à quoy on
en ajoutera vingt - quatre
mille pour faire la fomme
4. Eij
5 MERCURE
de cinquante mille florins
par an ; fur lesquels on en
retiendra
dix mille pour
l'entretien
de ces Maifons ,
& cela outre les biens dont
il joüit déja ; que la Princeſfe
veuve , en qualité de Mere
& de Tutrice de fon enfant
ou enfans , jouira de la
Maifon de Loo ; de la fomme
de cinquante mille florins
par an , qui fera prife
fur les biens de la fucceffion,
& une fomme de cinquante.
mille florins une fois payée ;
& que
fix mois aprés l'accouchement
de cette PrinIV.
PARTIE. $ 3
ceffe elle envoyera des Plenipotentiaires
pour terminer
les pretentions de part
& d'autre.
Madame la Ducheffe de
Berry cftant accouchée
avant terme le 21. Juillet
d'une Princeffe qui mourut
en même temps , on porta
fon corps à Saint Denis le
23. Il y fut accompagné par
Me la Ducheffe de Beauvillier
& par M la Marquife
de Chaſtillon , & il fut inhumé
par Mr l'Evêque de
Séez premier Aumônier de
4 E iij
4.
14 •
MERCURE
Monfeigneur le Duc de
Berry.
Charles Claude Sire
& Comte de Breauté , Marquis
du Hotot , &c. Maiftret
de la Garderobbe de S. A. R.
Philippe petit fils de France
Duc d'Orleans , mourut le
22. Juillet en fa 46. année .
Anne Genevieve Charrier
époufe de Charles Cefar
Lefcalopier Maistre des
Requeſtes , & Intendant du
Commerce & de la Generalité
de Châlons , mourut
le 24. Juillet.
Anne le Maiſtre , épouſe
IV . ARTIE.
de Marc Anne Goiflard Seigneur
de Montfabert , Baron
de Toureil , &c. Confeiller
au Parlement , mourut
le 26. Juillet.
Michel François de Bethune
Comte de Charoft mourut
le 26. Juillet dans fa
feifiéme année. Il eftoit fils
d'Armand de Bethune Duc
de Charoft & de Catherine
de Lamet fa feconde femme.
Jean Baptifte Jacques
Ollier Marquis de Verneuil ,
Seigneur de Preau Maiſtre
de la Garderobbe de feuë
4 Eiiij .
156 MERGURE
S.. A. R. Monfieur Frere
unique du Roy , mourut le
27. Juillet âgé de so. ans . Il
eftoit Gouverneur de Dom.
font.
Henry Charles Arnauld
Comte de Pomponne
,
mourut le 27. Juillet âgé
de 14. ans 7. mois . Il eftoit
fils de Nicolas Simon Arnaud
Marquis de Pomponne
, Sire Baron de Ferrieres ,
Chambrois Auquiville
Marquis de Paloiſeau , &c.
Brigadier des Armées du
Roy ; Lieutenant General
&
Commandant
pour Sa
IV. PARTIE.
ST
A
Majefté aux Provinces de
..l'Ile de France & Soiffonnois
; & de Conftance de
Harville Paloiſeau .
Le Pere Jean de la Roche
, Preftre de l'Oratoire
fameux Predicateur , mourut
le 28 Juillet .
François d'Anglure de
Bourlaymont , Docteur en
Theologie de la Faculté de
Paris , qui avoit été nommé
à l'Evêché de Pamiers
en 1681. qui s'en étoit démis
en 1685. fans avoir efté
Sacré , & qui fut nommé à
lors Abbé de Saint Florent
8 MERCURE
de Saumur , mourut le 27.
Juillet . Il étoit fils de Nicolas
Marquis de Bourlaymont
, Gouverneur de Stenay.
Gafpart - Claude Noler ,
Docteur en Thologie de la
Faculté de Paris & Chanoine
de Noftre Dame , mou
rut le premier Aouft âgé de
53.
ans .
M' le Cardinal de Noail
les , a donné fon Canonicat
à Mr l'Abbé Vivant , fon
Grand Vicaire & Penitentier
de l'Eglife de Paris , ci - devant
Curé de S. Leu ; fon meriteeft
IV. PARTIE. 59
connu de tout le monde.
Alfonce de Bonne de
Crequi Duc de Leſdiguiéres
, Paire de France , mourut
le
5. Aouſt âgé de 85 .
ans . Son Corps a efté porté
aux Carmelites de S. Denis
en France , où a efté inhumée
Anne du Roure fa
mere , qui mourut le 18 .
Février 1686. & qui étoit
veuve de Charles Sire de
Crequi & de Canaples ,
Meftre de Camp du Regiment
des Gardes ; mort de
la bleffure qu'il reçut au
fiege de Chambery la nuit
60 MERCURE
du 14. au 15. May 1630.
& qui étoit fecond fils de
Charles Sire de Crequi Duc
de Lefdiguiéres Maréchal
de France. Celuy qui vient
de mourir avoit époufé à
l'âge de 75. ans le 12 Septembre
1702. Gabrielle
Victoire de Rochechouart
fille de Louis Duc de Vivonne
Pair & Maréchal de France
& d'Antoinette de
Meſmes , dont il n'a point
cû d'enfans .
Marie Anne Picques
époufe de Louis Gabriel
Portail , Chevalier Seigneur.
IV. PARTIE. 61%
de
Frefneau , & au
paravant
veuve de François
Pajor
Seigneur de Cordon , mourut
le 6. Aouft âgée de quarante
- fix ans , fans laiffer
de pofterité
de fes deux alliances.
Florent de
Maſparault ,
Marquis
du même licu
mourut le 7. Août.
Nicolle Miron , veuve
de Daniel Jacquinot
Seigneur des Preffoirs
mourut le 9. Aouſtâgée de
85. ans.
Claude le Pelletier.
Confeiller d'Etat ordinai32
MERCURE
re ; Prefident Honoraire
du Parlement , Miniftre
d'Etat , cy - devant Prevoft
des Marchands , Contrôlleur
General des Finances ,
& fur - Intendant des poftes
mourut le 10. Aouft en fa
8 I. année. Il y avoit déja
long - temps qu'il s'étoit
retiré du Monde ; & qu'il
ne s'ocupoit qu'à des oeeuvres
de Pieté , & particulie
rement à foulager les Pauvres.
·
> Monfieur de Canaples ,
ancien Commandant de la
Ville de Lyon dont on vient
IV. PARTIE. 63.
de parler , avoit pris le nom
de Lefdiguiéres , & c'eft luy
qui étoit le dernier de cette
Maiſon . Il avoit douze
mille livres de penfion de
la Ville de Lyon ; comme
Commandant , dont il s'en
eftoit refervé neuf mille
lors qu'il fe démit de ce
Commandement en faveur
de M' de Rochebonne cn
luy laiffant les trois autres
mille livres. Depuis la mort
de M' de Canaples la penfion
de neuf mille livres
qu'il s'étoit refervée fur
celle de douze que fait la
64 MERGURE
Ville au Commandant ; a
elté donnée à Monfieur le
Duc de Villeroy.
Depuis la mort de Monfeigneur
, le Roy a acordé
à Madame la Dauphine , la
Nef, le Cadenas , le Bâton
de Maiftre d'Horel & la
Mufique. Elle mangea pour
la premiere fois à fon grand
Couvert comme Dauphine
le 8. Aouft , & elle fut fervie
par Monfieur le Marquis de
Vilacerffon premier Maître
d'Hoftel ; & le 10. elle fut
fervie aufli à fon grand.
Couvert par Mr de la Croix
.
IV. PARTIE. 65
fon Maître d'Hoftel. Il fe
rendit à la bouche avec fes
Officiers , lava fes mains ; le
Contrôlleur & le Gentilhomme
fervant les lavetent
enfuite ; l'Ecuyer ordinaire
de la Bouche luy preſenta
une Affiette fur laquelle il
y avoit des Mouillettes de
pain ; il en prit deux avec
lefquelles il toucha tous les
Mers les uns aprés les autres ;
il en donna une à manger à
l'Ecuyer de la Bouche , enfuite
il prit fon Bafton des
mains de l'Huifier du Bu
reau qui l'y avoit apporté ,
Aouſt 1711 4. F
$
66 MERCURE
puis la marche commença
en cet ordre. Un Garde du
Corps du Roy ayant la
Carabine fur l'épaule ; un
Huiffier de Salle & un
Huiffier du Bureau , Mr de
la Croix marchoit derriere
eux , ayant fon Baſton de
Maiftre d'Hoftel à la main.
Uu Gentil - homme fervant
& le
Contrôlleur portant
chacun un Plat , l'Ecuyer de
la Bouche & les autres
Officiers de la Bouche en
portant auffi chacun un ,
marchoient enfuite . Lors
qu'ils furent arrivez à la Salle
:
IV. PARTIE. 67
où eftoit le preft , Mr de la
Croix vit mettre tous les
Plats fur la Table , où un
Gentil - homme fervant qui
étoit de Garde au preft , fit
un nouvel effai de chaque
-Plat : & donna la Moüillette
dont il avoit fait l'éffai à
chacun de ceux qui avoient
porté les Plats , aprés quoy'
Mr de la Croix les vit metterfur
la Table par les Gentils-
hommes fervants.
Il alla enfuite , ayant fon
Bafton à la main , avertir
Monfeigneur le Dauphin
& Madame la Dauphine , '
4 Fij
68 MERCURE
puis il revint à la Table ou
il attendit Monfeigneur
le
Dauphin . Dés qu'il parut
il mit fon Chapeau & fon
Bafton entre les mains du
Chef de Gobelet
, & prefenta
à ce Prince une ferviette
mouillée qui étoit
entre deux Affiettes d'or
pour fe laver les mains ; il
prit enfuite une autre ferviette
mouillée auffi entre
deux Affiettes d'or qu'il
prefenta de mefme à Madame
la Dauphine. Un
Gentilhomme fervant prefenta
une autre ferviette
IV. PARTIE . '65
mouillée auffi entre deux
affiettes , à Madame , qui
mangea pour la premiere
fois avec Madame la Dauphine
à fon grand couverc
Alors Mr de la Croix
reprit fon Bâton & fon Chapeau
, & retourna à la bouche
precedé feulement d'un
Garde du Corps & des deux
Huiffiers, L'effay du ſecond
fervice ne fe fit point à la
bouche ; mais au preft ou
eftoit la Nef. Ilfe plaça enfuite
au cofté droit du Fau--
teuil de Monfeigneur le
Dauphin où il refta pendant
70 MERGURE
tout le repas ayant toûjours
fon Bâton à la main ; les
Gentilhommes fervants firent
le Service de même que
chez le Roy.
Il y avoit à ce repas une
tres grande Affemblée de
Dames ; il y en avoit treize
qui avoient le Tabourer ,
les autres eftoient debout .
Monfeigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine tinrent
enfuite un Cercle de
Dames comme chez le Roy
aprés fon foupé ; Ceremo
nie qui fe fait pour les remercier.
IV. PARTIE
Morts , dont on ne vient
que d'eftre informé , & dont on
parlera le mois prochain.
J. B. le Févre de la Barre. Me
la Princeffe de Fürftemberg.
J. G.de Courchamp J. Phê .
lyppeaux. Mr de Flavacourt.
Mr le Maréchal de Boufflers.
Mlle de Neufchaftel .
BENEFICES. A
Le Roy a donné l'Evêché
de Rennes à Mr l'Abbé
de Sanzay. L'Abbaye de
Saint Florent à Mr l'Evêque
de Vence. L'Abbaye de la
Creſte à Mr l'Evêque de
Limoges . L'Abbaye des
72 MERGURE
l'Abbaye de Montier framey,
à Mr l'Abbé d'Antin .
l'Abbaye de Theuley , à Mr
l'Abbé de Trudenne . l'Abbaye
de Laumonne , à Mr
l'Abbé Martinau de Princé.
l'Abbaye de Bonnevaux , à
Mr l'Abbé Carpinel. l'Abbaye
de la Vernuffe , à Mr
l'Abbé Berjavel . l'Abbayc
de Saint Loup , à Me de
Chaftillon .
On parlera plus amplement
de ces Benefices le
mois prochain.
GALANT.
AOUST
LYON.
1893
1701.
DE
LA!
W
www
UNI
ACV
IN
AN
NIN
A
PARIS ,
M. DCCXI.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Du F ***
Mois
d' Acust
1711,
Le prix eft 30. fols relié en veau , &
25. fols, brochez
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côté du Palais .
PIERRE RIBOU , à l'Image S. Louis,
fur le Quay des Auguftins.
GILLES LAMESLE, à l'entrée de la ruč
du Foin , du côté de la ruë
Saint Jacques ,
MERCUR
GALANT.
I. PARTIE
THEORE
LYON
LITTERATURE
Extrait ou Argument
de l'Iliade en forme
de Tables
Et Extrait a efté
fait avec tant d'exactitude
, d'ordre
, & de jugement ,
Aoust 1711. A ij
DELA VILLE
4 MERCURE
qu'il peut fuffire pour
donner une idée generale
de l'Iliade d'Homere à
ceux qui ne l'ont jamais
leue , il peut eftre utile
en mefme temps à ceux
qui poffedent parfaitement
leur Homere, puiſque
c'eft un tableau en
-3
racourci, ou pluſtoſt une
efquice dont le trait peut
quelquefois reveiller
leurs idées , & leur aider
à jouir plus facilement
de ces peintures poëti-
HA
I. PARTIE.
5
ques qui occupent , &
qui flattent fi agreablement
leur imagination ;
ceux qui craignent de
perdre de veuë la charmante
Iliade , me doivent
fçavoir bon gré de
leur
donner en
mignature
le portrait de leur maiftreffe
, c'eft leur prouver
affez que je ne blafme
point leur attachement.
J'auray peut- eftre dans
la fuite la mefme atten-
Ι A iij
6 MERCURE
tion pour ceux qui font
amoureux de Rabelais
cela dépendra du loifir
de mes amis , c'eſt à la
complaifance de l'un
d'eux que j'ay obligation
de cet Extrait , qui
a deu eftre auffi ennuyeux
à faire , que je
le crois utile au Public.
Les chiffres qui font à
la fin de chaque article ,
marquent la place & l'é-
Stendue des matieres. Par
•exemple 1. 5. c'est-à-dire,
1. PARTI E. 7
que l'invocation pour
chanter la colere d'A
chille
commence au 1 .
・vers & finit au 5.
ARGUMENT
du premier Livre.
Le Poëte invoque la
Mufe pour chanter les effets
pernicieux de la colere
d'Achille. Vers 1. 5.
Sujet de la colere d'Achille.
vers 6. TI.
Chryfes Preftre d'Apollon
vient au camp des
Grecs chargé de prefens
A iiij
8
MERCURE
pour racheter fa filleChry
feis qui eftoit eſclave d'Agamemnon.
vers 11. 15.
Sa harangue aux Grecs
à ce fujet. vers 16. 20 .
Confentement des Grecs .
Refus d'Agamemnon. 11
menace Chryfes .
Ce
vieillard intimidé fe retire.
Sa priere à Apollon.
Exaucée fur le champ.
Apollon pendant neuf
jours frappe toute l'armée
des Grecs de traits empoifonnez
& y répand la
*pelte.
vers 21. 52 .
Achille
convoque une
I. PARTIE.
affemblée. Il dit à Agamemnon
qu'il faut confulter
quelque Devin pour
fçavoir le fujet de la cruelle
colere d'Apollon , vers
13.66
.
Calchas fils de Theſtor
fe leve & fe met en devoir
de l'expliquer. Il n'ofe le
faire à moins qu'Achille
ne luy promette de le proteger
contre ceux à qui fa
declaration pourroit deplaire.
vers 67. 82 .
Achille le luy
promet.
Le Devin parle. Dit qu'il
faut renvoyer
Chryfeis
to MERCURE
fans rançon, avec une Hecatombe
pour calmer Apollon.
vers 83, 99.
Agamemnon fe faſche
contre le Devin. Tefmoigne
la repugnance qu'il a
de renvoyer Chryfeis
Declare qu'il la prefere
mefme à la Reine Clytemneftre
fa femme
, & pourquoy.
Prend neanmoins
la refolution
de la renvoyer
pour le falut de fon
peuple. Demande qu'on
le dedommage
. vers 100 .
19.
Achille
prend la paroI.
PARTIE. IF
le. Agamemnon luy ref
pond avec hauteur , & dit
qu'il pourroit bien luy enlever
à luy- mefme fa captive
Brifeis . vers 120. 146.
Achille s'emporte & éclatte
en injures contre
Agamemnon.
170.
vers 147.
Agamemnon refpond
avec aigreur & reitere les
menaces qu'il a faites à
Achille de luy enlever Brifeis.
vers 171. 186 .
Achille entre en fureur.
Delibere s'il tuëra Agamemnon.
Son épée eſt à
Iz MERCURE
demi tirée . Mais Miner
ve defcenduë par l'ordre
de Junon , s'arrefte derriere
Achille , le retient
par les Cheveux , & ne fe
rend viſible qu'à luy. Achille
fe retourne. La reconnoift.
Luy demande
avec colere ce qu'elle
vient faire là . Pallas luy
reſpond qu'elle vient le
calmer. Luy permet le
reproche , & luy confeille .
de ne point paffer aux voyes
de fait. Achille enfonce
fon épée dans le
fourreau . Minerve s'en
I. PARTIE. 137
retourne. vers 187. 221.
Achille continuë de
s'emporter contre Agamemnon
& luy dit des
injures atroces, Il jure
par fon Sceptre que jamais
les Grecs n'auront de
luy aucun fecours . vers
222.243.245
.
Agamemnon
qui ne
peut plus tenir contre les
invectives d'Achille . eft
preft à fe porter à quel
que violente extremité.
Mais le vieux Neftor fe
leve , & fe fait entendre
à ces deux Chefs irritez.
0
>
14 MERCURE
1 Il leur parle avec l'authorité
& le caractere que
luy donnent fon grand âge
& fa longue experience.
vers 246. 283.
Agamemnon refpond
Neftor qu'Achille eſt un
homme qui veut toutemporter
par hauteur , mais
qu'il n'eft pas d'humeur à
luy ceder. Achille replique.
Aprés quoy ces deux
Chefs fe levent & rompent
l'affemblée . Achille
fe retire dans fon quartier
avec Patrocle. Agamemnon
fait mettre en mer un
I. PARTIE.
de fes navires aprés l'avoir
pourveu de victimes pour
I'Hecatombe. Il mene luymeſme
Chryfeis au Vaiffeau
& l'y fait monter.
Ulyffe eft choisi pour la
conduite, Le Vaiffeau
part. vers 284. 31L
L'armée d'Agamemnon
fe purifie. Hecatombes
offertes à Apollon fur
le rivage meſme. vers 312.
316.
Agamemnon
ordonne
à Talthybius & à Euribate
fes deux Herauts , d'aller
à la tente d'Achille
16 MERCURE
}
prendre Brifeis & l'amener.
Que fi Achille la
refufe il ira la prendre luymefme
bien accompagné
.
vers 317. 324.
Les deux Herauts arrivent
à la tente d'Achille ,
& n'ofent luy addreffer la
parole. Achille qui voit
leur peine les prévient &
leur dit , qu'ils font innocens
de l'affront qu'on luy
fait. Qu'il ne fe plaint
d'Agamemnon qui
envoye chercher Briféis.
En mefme temps il dit à
Patrocle de la luy amener ,
que
&
1. PARTIE. 17.
& de la remettre entre les
mains des Herauts. A.
chille reitere en leur prefence
la menace qu'il a
faite à Agamemnon , de
ne jamais fecourir les
Grecs.
Brifeis.
Patrocle amene
Elle s'en va avec
les deux Herauts. vers 326.
347...`.
-
Achille va au bord de
la mer , & verfant des
larmes , addreffe fa plainte
à Thetis. La Déeffe
fort des eaux , & luy demande
le fujet de fon af
fiction . Achille luy en
Aouft 1711, 1
I B
18 MERCURE
dit la caufe. La prie de
venger l'affront qu'il a receu
. De voir Jupiter. De
l'engager ( pour punir Agamemnon
de luy faire
reconnoiftre fa faure à
fecourir les Troyens , &
feur donner l'avantage fur
les Grecs... Il fait reffou
venir Thetis en cet endroit
d'un fervice important
qu'elle rendit autrel
fois à Jupiter , au moyen
de quoyil ne luy doit rien
refufer.
Thetis
promet
à Achille qu'elle fera ce
qu'il luydemande , & qu
I. PARTIE. 19
auffi -tôt que Jupiter , qui
eft allé à un feftin dont les
Ethiopiens l'ont prié , fera
retourné au Ciel , elle ira
le voir & luy parler . Thetis
difparoift , & elle laiffe
fon fils tres affligé de la
perte de Brifeis. vers 347.
429.
Ulyffe qui conduifoit
THecatombe
pour Apollon
, arrive dans le port de
Chryfa . Defcription de la
manoeuvre d'un Vaiffeau
arrivé au port. Ulyffe
parle à Chryfes , & luy
prefente fa fille. vers 429″
446.
Bij
20 MERCURE
Sacrifice . Priere de
Chryſes à Apollon. Exaucée
dans le moment.
Feftin. Libations.
446. 470.
vers
Les Grecs fe retirent ,
& paſſent la nuit fur leur
Vaiffeau. Le lendemain
ils retournent au Camp ,
aydez d'un vent favorable
qu'Apollon leur en
Ils fe diftribuent
voye.
dans leurs tentes . vers 471.
483.
Achille fe tient tousjours.
dans fon quartier. Ne va
point aux affemblées. S'aI.
PARTIE. 21
bandonne entierement à
fon chagrin. vers 484.491 .
Le douzième jour Jupiter
eftant revenu d'Ethiopie
, Thetis va le trouver
à l'écart au plus haut
fommet de l'Olympe.
Priere de Thetis à Jupiter.
Jupiter ne refpond rien.
Thetis le preffe.
luy promet ce qu'elle de-
Jupiter
mande , & confirme fa
promeffe par un figne de
tefte , dont tout l'Olympe
eft ébranlé
. vers 492. 529.
Thetis s'en va . Jupiter
retourne dans fon Palais .
I В iij
22 MERCURE
Les Dieux vont au devant
de luy. Il fe place fur fon
Throne. Junon qui n'ignore
pas fon deffein , parce
qu'elle l'a veu avec
Thetis , luy reproche d'un
ton aigre le myftere qu'il
luy en fait. Jupiter luy
refpond d'abord avec moderation
. Junon continuë
de luy parler avec >
hauteur. Jupiter la me
nace. Elle fe tait. Vulcain
prend la parole , &
repreſente à la mere qu'il
faut ménager Jupiter. Il
prefente une coupe à Ju
I. PARTIE. 20
non. Il raconte la plaifante
hiftoire de fa cheute.
11 verfe à boire aux Dieux.
Son empreffement à les
fervir , fait rire toute l'af
femblée ( parce qu'il boite.
) Aprés un repas tresjoyeux
chaque Dieu va fe
coucher dans fon Appar
tement. Junon couche
auprés de Jupiter.
24 MERCURE
ARGUMENT
du fecond Livre.
Jupiter pour executer
la promeffe qu'il a faite
à Thetis de relever la
gloire d'Achille , & de
rendre les Troyens victorieux
, appelle le Sange ,
luy commande d'aller
trouver Agamemnon , &
de dire à ce Prince , qu'il
faffe armertous les Grecs ,
qu'il mette toute fon armée
en bataille . Qu'il
luy faffe entendre que le
jour
I.
PARTIE
25
jour eſt veuu qu'il va fe
rendre maistre de la Ville
de Troyes Le Songe part.
Prend la forme de Neftor .
Se place fur la tefte d'Agamemnon
. Luy redit les
paroles de Jupiter , & ſe
retire.I vers 135.
Agamemnon fe leve.
S'habille. Donne ordre
du grand matin à fes Herauts
de faire affembler
tous les Grecs . Pendant
ce temps- là il tient confeil
avec les principaux
Chefs dans le Vaiffeau de
Neftor. Leur dit les pa-
Aoust 1711 .
I C
26 MERCURE
roles du Songe. Leur fait
part du deffein qu'il a de
fonderollemcourage des
Grecs Je vais , dit- il , leur
ordonner de s'enfuir fur leurs
Vaiffeaux , Vouse, de voſtre
cofté vous les retiendrez par
de douces paroles . Neftor
reprefente qu'il faut adjoufter
foy au Songe d'A
gamemnon , parce qu'il
ne faut pas douter que Jupiter
ne l'ait envoyé. Dic
qu'il faut executer le pro
jet du Roy, and vers:35. 84.
Les Troupes arrivent.
L'armée comparée à des
I
IPARTIE 27
Legions d'abeilles vers 86 .
96. Hup nichtab ob 176q
25 NeufHecauts font faire
filence dans l'armée. Le
Roy feleve tenant olen
main fon Sceptre . Hiftoire
de Sceptre d'Agamem
nom overs 96. 109.
Agamemnon parle aux
Grecs. Il leur repreſente
que depuis neuf années
leur armée fe confume à
attendre vainement l'effet
des promeffes de Jupiter,
qui ne s'accompliffent
point. Qu'il faut prendre
le party de s'en retourner .
*
I Cij
28 MERCURE
( Ce difcours eft plein d'ar
tifice ; & ne tend qu'à perfuader
abxyGrecs tout le
contraire de ce qu'on leur
propofe y mais les paroles
du Royfont prifes à la let
tre par la multitude qui
ne penetre pas fon deffein.
Emotion de l'armée com
parée à celle des flors , &
des moiffons agitées par le
vent. Les Soldats coul
rent à leurs Vaiffeaux pour
les mettre en eftat. vers
100. 154 .
Dans ce moment le retour
des Grecs eftoit con
1. PARTIET
club fisJunon ne fe fuſt
addreflecta Minerve . Elle
buy parlo Loy dit d'aller
dans le Camp des Grecs ,
de parcourir leur armée ,
de les retenir , & de les
empefcher de mettre leurs
Vaiffeaux en mer. Miner
trouve ve obeit . Elle
Ulyffe qui ne donnoit aucuns
ordres pour ſes Vaiffeaux
.
L'encourage à retenir
les Grecs par de douces
paroles, vers 155. 181.
Ulyffe parcourt l'armée
avee diligence . Rencontre
fur fon chemin Aga-
I C iij
30 MERCURE
memnon dont ilprend le
Sceptre. Ce qu'il dit aux
Rois qu'il rencontre. De
quelle maniere il parle aux
Soldats feditieux quand il
en trouve. vers 1821.0206.
Les difcours d'Ulyſſe
font un puiffant effet lur
toute l'armée. Les Soldats
fortent de leurs, Vaiffeaux
pour une feconde affemblée.
Leur bruit comparé
au mugiffement des flots
irritez. LesGrecs s'afleient
dans un profond filence .
Le feul Therfite fait un
bruit horrible. Portrait
1. PARTIE. Gr
hideux de Therfitem Sa
raille. Som caractere befpric.
Il parle infolemment
d'Agamemnon en falpre
fence. Veuthjuftifierele
reffentiment d'Achille.
Eit d'avis que les Grecs
retournent dans leur patrie.
Ulyffe luy refpond.
Le traite ignominieufe
ment. Le frappe du Scepere
d'Agamemnon Les
épaules de Therfite ten
font marquez. Therfite
pleure & fextait, Les
Grecs tout affligez qu'ils
font , ne peuvent s'emper
I C iiij
32 MERCURE
cher d'en rire. Ce qu'ils
fe difent les uns aux autres
„à ce sujet. vers 207, 277.
Ulylle s'avance au milieu
de l'affemblée … Mi.
nerve eft auprés de luy
fous la forme d'un Heraut,
& fait faire filence , afin
l'on entende les confeils
d'Ulyffe . Ulyffe parle
à Agamemnon. Luy reprefente
que les Grecs
veulent le couvrir de confufion
par le deffein qu'ils
ont de retourner.chez eux .
Luy rappelle la propherie
de Calchas au fujet d'un
que
IMPARTIE.
prodige qui preſageoir la
aprifos de Troye apres helf
ans,figurez par le nombre
de hair paffereaux & de
leur mere devorez par un
dragon. Conclut que les
Grecs doivent demeurer
jufqu'à ce que la Ville de
Priam foit faccagée. vers
278.332.
(Tubelist
-Les Grecs applaudiffent
par de grands cris aux dif
cours d'Ulyffe . Neftor fe
leve. Dit qu'il n'y a point
de temps à perdre . Eft
d'avis que l'armée ſoit
rangée par Nations , afin
34 MERCURE
que l'on reconnoiſſe ceux
qui auront combattu avec
courage , & ceux qui n'auront
pas fait leur devoir.
vers 333. 368. anal ench
Agamemnon approuve
& loue le difcours de Né
ftor. Convient du mauvais
effet de fa querelle avec
Achille. Advoue qu'il s'eft
emporté le premier. Dit
que la perte des Troyens
eft affeurée s'il eft jamais
d'accord avec Achille .
Commande
aux troupes
de prendre de la nourritu
re pour ſe diſpoſer au com
I PARTIE, ”
b
bat. Leur annoncé une
grande & fanglante journéén
Menace de morc tous
ceux qui demeureront
dans leurs Vaiffeaux loin
du combat. Les Grecs font
des cris de joye. Le retentiffement
de l'air comparé
à celuy des flots irritez.
vers 369. 399.
Les Soldats fe levent.
Se difperfent dans leurs
tentes . Prennent leur repas
. Chacun fait des facrifices
au Dieu qu'il ado.
re pour fe le rendre favo
rable. Agamemnon im
36 MERCURE
Ju
mole un taureau Mene
las fon frere fe trouvesà
ce facrifice. Priere { d´Aə
gamemnon à Jupiter, Fus
piter reçoit fon Sacrifice
fans avoir deffein d'exau!
cer fes voeux. Deſcription
du Sacrifice , comme au
premier Livre. ) Neftor
dit qu'il faut profiter du
temps . Ranger l'armée
en bataille , & donner enfuite
le fignal du combat .
vers 400. 440.
Les Grecs s'affemblent,
& prennent leur rang.
Minerve eft au milieu
I. PARTIE. 37
d'eux qui les remplit d'ardear
& d'impatience . L'énoteclau
des armes compare a
celuy duqfdu qui Tavass
ravage
une vafte foreſt . ? Batail
lons & Efcadrons comparezandes
25
rez à des troupes nombreufes
d'oifeaux . Nombre
des Soldats comparé
à celuy des fleurs , des
feuilles , & des mouches
qui s'aſſemblent autour
d'une bergerie à l'heure
qu'on remplir les vaiffeaux
de lait. Les Chefs
rangent leurs Troupes &
les reconnoiffent avec
38 MERCURE
aurant de facilité que les
Pafteursol ireconnoiffent
leurs troupeaux de Chel
vres qui fe font meflées
dans les pafturages. Aga
memnon brille ce jour- là
d'une majefté éclatante.
Reffemble à Jupiter , à
Mars , & à Neptune. Eft
comparé enfuite à un fier
taureau. vers 441. 483.
Denombrement
des
Troupes Grecques & dé
leurs Vaiffeaux , Précedé
d'une invocation aux Mufes,
vers 484 681.
Denombrement parti1.
PARTIEM 39
culier des Troupes Thef
faliennes , qui font celles
d'Achille.x Précedé d'une
autre invocation à la Mu
ferA 2906 vers 681. 760 .
Si Quatriéme invocation
à la Mufe. Pour fçavoir
qui eftoit le plus vaillant
des Princes qui fuivirent
Agamemnon. Et quels
eftoient les meilleurs che ,
yaux Eumelus Roy de
Phéres pouvoit fe vanter
d'avoir les deux meilleures
cavalles de l'armée . Ajax
eftoit le plus vaillant de
Lousales Princes! aprés A
200
40 MERCURE
chille, & les chevaux d'Achille
eftoient meilleurs
que ceux d'Eumelus . Mais
Achille ne fortoit point de
fes Vaiffeaux à caufe de
fon reffentiment
SesTroufe
divertiffoient
fur le
rivage , & les Chefs des
Troupes Theffaliennes
ſe
promenoient
pes
dans le
Camp fort triftes de ce
que leur General ne les
menoit point au combat.
vers 761. 779.
L'armée des Grecs s'a
vance en ordre de batail
lé. L'éclat de leurs ar
mes
I. PARTIEA
mes comparé à celuy d'u
ne plaine embrafée . » La
terre qui retentit fous leurs
pieds , fait le mefme bruit
que le tonnerre qui gronde.
vers 780. 785.
Iris la meffagere des
Dieux , prend la forme de
Polites un des fils de
Priam ) qui eftoit en fen
tinelle hors des portes de
la Ville , pour obferve
quand les Grecs s'avant
ceroient. Elle averti
Priam que les Grecs viennent
l'attaquer. Luy con
feille de ranger fes Trou-
Aoust 1711. 11 D
42 MERCURE
pes fous leurs Chefs par
Nations & par lignées.
vers 786. 806.9
On court aux armes.
Dans un moment toute la
Cavalerie & l'Infanterie
fort de la Ville & s'affem
ble fous une colline à quelque
diftance des portes.
Noms des Chefs Troyens.
Etat de leurs Troupes.
wers 807.877.
I. PARTIE.
ARG UM EINST
du troifiéme Liore. It's
$7
. Les Troyens s'avancent
avec un bruit confus , &
des cris perçans. Compatez
à des loiſeaux & des
grues. Les Grecs mar
chent en filence: La pouf
fiere que les deux armées
font leveren marchant ,
Comparée au brouillards
Les armées font en prefen
ce. Pâris s'avance à la
tefte des Troyens. Commenril
eft armé. Menelas
•
I Dij
44 MERCURE
de fon coſté s'avance à
grands pas. left compa
ré à un Lion affamé qui
i
eſt tombé fur un Cerf.
Paris le voyant s'enfuit .
Pâris comparé à un Voyageur
qui apperçoit un Serpent
dans le fond d'une
foreft. 25. vers. 1. 37.
Hector reproche à Pâ.
ris fa lâcheté vers 38. 57.
Pâtis refpond modef
tement à Hector , dont il
compare le courage sau
fer d'une hache qui ine.fe
rebrouffe jamais.Ib reprend
courage. Eft refolu
I
LIPARTIE.
de fe battre avec Menelas
en combat fingulier. A
ices conditions qu'Helene
& toutes fes richeffes
appartiendront au vainqueur
; que les Troyens ,
aprés avoit fait alliance
avec les Grecs , demeureront
paifibles dans leur
Ville , & que les Grecs s'en
retourneront. Hector j
plein de joye de la refolucion
de Paris , s'avance
Là la tefte des deux armées
pour en informer les Troyens
& les Grecs. Ceux-
Bicy qui ignorent fon def
D iij
46 MERCURE
fein , font pleuvoir fur luy
une grefle de traits . Aga
memnon leur dit d'arref
ter. Qu'Hector a quel
que chofe à leur dire. Lest
Grecs ceffent de tirer.
Hector parle & repere ce
que Pâris luy a dit . Mes
nelas refpond . Declare
qu'il confent à ce que Pâ
ris propofe , ravi de pou
voir terminer feul une
longue guerre qui n'a efté
entreprife que pour luy
Veut que ce foit Priam
luy - mefme qui jure l'al
liance que les Gregs dois
1.
PARTIE. 47
vent faire avec les Troyens.
Et pourquoy. Que
pour fcéeller cet accord
il foit immolé trois age
neaux , deux de la part des
Troyens , & un de la part
des Grecs.vers 58. 110.
Cette propofition eſt
receue avec joye des deux
armées. Les Grecs & les
Troyens mettent bas leurs
armes & rangent leurs
chevaux par file. Hector
envoye
deux Herauts
à
Troye pour faire venir
Priam , & pour apporter
deux agneaux. Agamem48
MERCURE
non donne ordre à Talthybius
d'aller aux Vaiffeaux
des Grecs , & d'en
apporter un troifiéme.
Iris prend la forme de
Laodice une des filles de
Priam , & va avertir Helene
de tout ce qui ſe paſſe.
Elle trouve Helene occue
bro
pée à un ouvrage
derie. Elle reprefentoit
fur un voile les combats .
que les Grecs & les Tro
yens livroient pour elle.
Iris luy dit de venir voir
des chofes furprenantes
.
Que Pâris & Menelas
vont
1. PARTIE. 49
vont combattre feuls , &
qu'elle doit eftre le prix
du vainqueur. La Déeſſe
inſpire dans ce moment
à Helene un tres - grand
defir de retourner à Lacedemone
avec fon premier
mari . vers 111. 140 .
Helene ſe' met en chemin
avec deux de fes fem
mes. Elles arrivent aux
portes de Scées , où elles
trouvent plufieurs vieillards
affis fur le haut d'une
tour , qui deliberoient entr'eux
fur les moyens de
faire ceffer les malheurs
Aouſt 1711 . 1 Ë
50 MERCURE
de Troye . Ces vieillards
comparez à des cigales.
Ils font frappez d'admiration
en voyant Helene .
Ce qu'ils fe difent à ce fujet.
Priam qui eftoit parmi
eux l'appelle . L'a fait
affeoir auprés de luy , &
voyant tous les Chefs de
l'armée Grecque , luy en
montre un d'abord , & luy
demande qui il eft . Hele ·
ne refpond que c'eft Aga.
memnon. Il luy en fait
voir un autre , & le compare
à un beliér dans un
grand troupeau de brebis
I. PARTI Ε. St
qui le reconnoiffent pour
leur Roy. Helene dit que
c'est le prudent Ulyffe.
Antenor, un des vieillards ,
prend la parole , & dit à
Helene qu'il fe fouvient
d'Ulyffe & de Menelas ,
lorfqu'ils vinrent en qualité
d'Ambaffadeurs envoyez
par les Grecs pour
la redemander. Et prend
de là occafion de dire de
quelle maniere ils parloient
l'un & l'autre dans
les aſſemblées , & quelle
eftoit leur contenance .
Priam voit un autre Guer-
I
E ij
32 MERCURE
Fier , & demande à Helene
qui il eft. Elle dit que
c'eft Ajax. Elle montre
Idomenée à Agamemnon
.
Dit qu'el'e reconnoift tous
les Chefs. Eft furpriſe de
ne point voir parmi eux ſes
deux freres Caftor & Pollux
. Croit qu'ils n'ont pas
daigné prendre les armes
pour elle . Elle ignore en
effet qu'ils font tous deux
morts à Lacedemone , vers
142.244.
Cependant les Herauts
traverſent
la Ville portant
les Victimes , avec un OuI
PARTIE.
tre d'excellent vin. Ideus
eſtant arrivé prés de Priam
le preffè de partir , luy di
fant
que les
Generaux
Grecs
&
Troyens
le prient
de
venir
dans
la
plaine
,
( où
fon
fils
Pâris
doit
combattre
avec
Menelas
)
pour
y jurer
la paix
entre
les
deux
partis
. Le
Vieil
lard
tout
tremblant
mon
te
fur
fon
char
avec
Antenor
. Ils
arrivent
& s'avancent
entre
les
deux
ar
mées
.
Premiere
ceremo
nie
pour
le facrifice
. Prie
re
d'Agamemnon
. Il re
E iij
54 MERCURE
nouvelle & repete les con
ditions du Traité, qui font:
que fi Menelas tue Pâris ,
( ces termes font remarquables
) il emmenera Helene
avec toutes fes richeffes
; au contraire Helene
demeurera à Pâris s'il tuë
Menelas . Victimes égorgées.
Priere à Jupiter dans
les deux armées ( non éxaucée.
) vers, 245. 302.
Les libations achevées ,
Priam prend congé des
deux armées , difant qu'il
n'a pas la force de voir
combattre fon fils avec
I.
PARTIE. ss.
Menelas . Il remonte fur
fon Char , emporte avec
luy les deux agneaux . vers
303. 313.2
,
Hector & Ulyffe mefu
rent le champ de bataille .
Ils mettent les forts dans
un cafque & les meflent
pour les tirer, & pour voir
lequel de Menelas ou de
Pâris doit le premier lancer
le javelot. Priere addreffée
aux Dieux par les Grecs
& les Troyens & Hector
mefle les forts. Celuy de
Pâris fort le premier . På
ris & Menelas s'arment.
Ι E iiij
2
$6 MERCURE
De quelle maniere Pâris
eft armé. Ils fe mefurent
l'un l'autre. Pâris le premier
lance un javelor . El
atteint le bouclier de Me-
*
nelas fans le percer. Menelas
leve fon dard. Addreffe
fa priere à Jupiter.
Lance fon javelot qui va
percer le bouclier de Pâris
auffi bien que la cuiraffe ,
& dechire la tunique prés
du flanc fans bleffer Pâris.
Menelas tire fon épée &
en décharge un grand
coup fur le cafque de fon
ennemy. L'épée le rompt
*
1. PARTIE. 57
& luy tombe de la main .
Menelas s'en prend à Ju
piter , & luy addreffe la
parole avec colere. Se jer
te fur Pâris , le prend par
le cafque & le tire du cofté
des Grecs. La courroye fe
caffe , & le cafque luy de
meure dans la main. Il le
jette loin de luy du coſté
des Grecs. Il veut encore
felancer fur Pâris pour luy
ofter la vie. Mais Venus
couvre Pâris d'un nuage,
Le dérobe aux yeux &
la fureur de Menelas . Le
porte dans une Chambre
38 MERCURE
1
du Palais de Priam toute
parfumée . Elle l'y laiffe.
Elle prend la forme d'une
vieille femme qu'Helene
avoit auprés d'elle à Lace
demone , & qu'elle aimoit
tendrement . Elle va trou
ver cette Princeffe . La
prie de venir voir Pâris
qui l'attend dans le Palais ,
plein d'amour & d'imparience.
Helene reconnoist
Venus malgré fon dégui
fement. Luy fait des res
proches de ce qu'elle veut
la tromper. La renvoyé
à Pâris avec mépris . Luy
I. PARTIE .
59
declare qu'elle n'ira point
le trouver , que cette démarche
la deshonoreroit.
1
Venus la menace de l'abandonner
fi elle ne luy
obeit . Helene intimidée
fe couvre de fon voile pour
n'eftre point veuë , & fe
laiffe conduire par la
Déeffe . vers 314. 420.
Eftant arrivées au Palais
de Pâris , Venus prend
un fiege pour Helene , &
le met vis- à - vis de Pâris..
Helene s'y place , & fans
le regarder luy fait de fanglants
reproches de fon
60 MERCURE
peu de courage. Pâris ref
pond qu'un autre jour les
Dieux
le
protegeront
comme ils ont protegé
cette fois- cy Menclas qui
doit la victoire au fecours
de Minerve. ll excite He
lene à ne plus fonger qui
aux plaifirs. Il luy declare
qu'il ne l'a jamais aimée
avec tant de paffion qu'au
moment qu'il luy parle.
Il fe leve & paffe dans une
autre chambre. Helene
Je fuit. Vers 421 447 .
Pendant ce temps - là
Menelas
cherche par tout
I. PARTIE. 61
fon ennemy qui luy eftoit
échappé , & qui , pour fon
bonheur , n'avoit efté veu
par aucun des Grecs ni des
Troyens : car les Troyens
eux -mefmes le haïffoient
& l'auroient livré à Mene
las. Enfin Agamemnon
hauffant la voix demande
aux Troyens le prix de la
victoire de Menelas , fuivant
les conditions du trai
té. Tous les Grecs applau
diffent à fa demande.
2 .
42 MERCURE
ACADEMIES.
J'Ay promis il y a quelques
mois de parler des
obfervations qui feroient
faites fur des monuments
d'antiquité ou bas- reliefs ,
trouvez en creufant les
fondations de l'Autel magnifique
où l'on travaille
actuellement par l'ordre
du Roy , pour accomplir
un vou fait par. Louis
XIII.
Voicy quelques - unes
des remarques qu'a faites
I. PARTIE . 63 )
fur ces pierres antiques
MrM.D.M.On en donnera
enfuite quelques autres
faites par Mr B. ces deux
Meffieurs font de l'Académie
Royale des Infcriptions
& Medailles.
Extrait de quelques reflexions
par Mr M. D. M.
Pour juger du
merite & de l'antiquité de
ces monuments , il faut
diftinguer deux temps, celuy
où ces pierres ont efté
pofées pour fervir de fon64
MERCURE
dations à un gros mur , &
celuy auquel l'infcription
& les bas-reliefs ont eſté
fats.
Le Roy Robert.... qui
fucceda à Hugues - Caper
fon pere en 996 ...,.commença
l'Eglife de Noftre
Dame ....
Avant le Roy Robert
il y avoit eu une autre ancienne
Eglife fur les démo
litions de laquelle on avoit
élevé la nouvelle ; l'on peut
prouver que les pierres
nouvellement découvertes
ont , par rapport à l'en
droit
I. PARTIE . 65
droit où elles avoient eſté
pofées , une époque beaucoup
plus reculée que celle
du Roy Robert.
En effet du temps de
Chilperic Roy de Soiffons
& de Paris , en 595. Fredegonde
fa veuve fe tranfporta
dans cette Eglife
avec les threfors qu'elle
avoit , & fut reçue par Ra
gnemond Evefque de Pa-
Fis fucceffeur de faint Germain
, dont il eſt parlé dans
faint Gregoire de Tours.
Il n'y avoit qu'un fiecle
que nos Rois eftoient en
Aouſt. 1711. 1 F
66 MERCURE
poffeffion de Paris lorfque
ce Prélat écrivit fon hif
toire .
On fçait d'ailleurs que
quand les premiers Chreftiens
eurent obtenu des
Empereurs le libre exerci
ce de leur Religion , les
Parifiens firent baftir à la
pointe orientale de l'lfle ,
qui compofe aujourd'huy
la Cité , une Chapelle dédiée
à la Vierge , à faint
Eftienne , & àfaint Denys,
& l'on prétend que c'eft
celle de faint Denys du
Pas ....
I. PARTIE. 67
Ce ne feroit donc que
dans la fuite qu'il y auroit
euune feconde Eglife baftie
par Childebert .....
vers l'an 522 ..... & c'eft
du temps de cette conſtruction
que l'on pourroit
conclure que les pierres
dont il s'agit auroient fervi
de fondement ....
Ces pierres provenues,
fans doute de quelques dés
bris d'Autels , ou aurres
monuments du paganif
me , marquent en mefme
temps la deftruction de
Idolatrie dans Paris , &
Fij
68 MERCURE
le progrez que la Religion
y avoit fait depuis que
faint Denys y avoit pref
ché l'Evangile ....& faine
Denys fut envoyé dans les
Gaules l'an 250. la premie
re du regne de Trajan
Dece , fous le Pontificat
de faint Fabien 21. Pape
Le Paganiſme ne fut
aboli qu'en 312. aprés la
converfion de Conftantin
le Grand .... !
Les peuples au delà du
Rhin depuis appellez
François , entrerent dans
les Gaules en 419... &
I. PARTIE 69
Merouée , aprés la mort
d'Etius General des Ro
mains , fe rendit maiftre
de Paris , d'Orleans , Sens
& autres Villes vers l'an
455.
du o
+
Enfuite les François qui
la plufpart eftoient Payens
idolatres , cefferent de
l'eftre aprés la converfion
grand Clovis , qui fut
baptisé en 496. & enfin
tout ce qui reftoit de Temples
& de monuments
du
Paganisme
fut détruit l'an
$5.4. par un Edit de Childebert
, ainfi ce feroit par
Fiij
70 MERCURE
reconnoiffance pour la
memoire de ce Prince , à
qui on attribue la fondation
de cette feconde Eglife
, qu'on avoit placé
fon effigie la premiere de
nos vingt - huit répreſentées
fur le frontispice de
Noftre- Dame..
Cette premiere Epoque
du temps où les pierres
en question ont efté pofées
dans l'endroit où nous
les trouvons , nous con
duit à celle du temps de
Tibere, marquée par l'inf
cription qui eft fur l'une de
I. PARTIE. 71
cespierres,dont voicy l'explication.
Sous le Regne de Tibere
Cefar Augufte les Bateliers
Parifiens ont confacré publi
quement cet Autel à Fupiter
tres-bon tres -grand
Sur les trois autres faces
de la mefme pierre on
voit en bas -relief des demi
figures , dont quelques
unes font mutilées , d'hommes
veftus d'une espece
de tunique. Il y en a trois
dont chacun tient une
lance avec un bouclier ,
fur l'un des coftez on lit
72 MERCURE
SENANI. Sur un autre
on lit EVRISES : & fur
un autre on lit SENANI.
V .... ILOM ..... les autres
lettres font effacées .
Par l'affemblage qu'on
a fait de deux autres pierres
qui fe rapportent l'une
à l'autre , & qui forment
une espece de cipe ou de
pilaftre quarré prefque
entier , de la hauteur de
trois pieds quatre pouces ,
& de la largeur de deux
pieds & demi. Il y a fur
l'une des faces de ces deux
pierres qui n'en font qu'
une
I. PARTIE . 73
une la figure de Vulcain ,
au deffus on lit VOLCANV
S. Sur une autre face
on voit une figure de Jupiter
debout , au deſſus on
lit Iovis . Sur la face qui
fuit eft la figure de profil
d'un homme qui , ayant le
bras droit élevé , tient de
la main droite une hache
dont il paroift vouloir abbattre
les branches d'un
arbre qui eft devant luy.
On lit au deffus E svs , &
fur la quatriéme face on
voit entre des feuillages
trois oiſeaux , dont l'un eft
Aoust. 1711 .
i Ģ
74 MERCURE
pofé fur la tefte, & les deux
autres fur le corps d'un
taureau , au deffus on lit :
TARVOS TRIGARANVS.
La troifiéme pierre qui
a deux pieds trois pouces
de largeur , & un pied &.
demi de hauteur , a d'un
cofté un homme de face ,
on lit CASTOR . Lecofté
qui fuit reprefente une figure
à peu prés femblable,
qui ne peut eftre que POLLVX.
Sur une autre face eſt un
vieillard avec de grandes
cornes , dans chacune def
I. PARTIE 75
quelles eft paffé un gros
anneau , on lit au deſſus ,
Sur la CERNVNNOS.
derniere face eft la figure
d'un jeune homme tenant
de fa main gauche une
maffuë, dont il menace un
Serpent qui paroiſt s'élever
contre luy ; au deffus
font quelques lettres fugitives
, dont on ne découvre
qué SI ... R. le refte
eft effacé .
વે
Il y a une quatriéme
pierre , ayant à chaque
cofté deux demi figures
deffinées d'un bon gouft ,
I Gij
76 MERCURE
& fans infcription : elles
repreſentent un homme
couvert d'une cuirafle à la
Romaine , tenant une lance
de la main droite , &
à cofté une femme coef
fée & veftuë comme nos
plus belles figures antiques
avec un braffelet au
bras droit qui eft nud .
Avant de faire quelques
obfervations fur ces
antiquitez qui font toutes
à peu prés du temps de
Tibere, qui a regné vingttrois
ans , & eft mort l'an
de falut 37. Ileft neceffaiI.
PARTIE.
77
re de rappeller fuccinctement
le temps qui a précedé
le regne de cet Empereur
, par rapport aux
Parifiens & à leur Ville .
Les Romains avoient
desja conquis la Gaule
Narbonnoiſe & receu
dans leur alliance quelques
autres Provinces de
la Celtique lorsqu'ils envoyerent
une armée au
delà des Alpes fous la conduite
de Jules Cefar , tant
pour fecourir leurs Alliez ,
que pour foumettre le refte
des Gaules. La petite
I Giij
78 MERGURE
ville de Lutece eftoit pour
lors capitale des Parifiens ,
lefquels faifoient partie
des foixante & quatre peuples
feparez en Citez differentes,
qui compofoient
la Nation Gauloife avant
les conqueſtes
de Cefar .
Lutece , ainfi qu'il eſt
rapporté dans fes Commentaires,
futfoumise aux
Romains , aprés avoir refifté
deux fois à leur armée
commandée
par Labienus
un des Lieutenants
de Cefar.
Ce grand Capitaine
en avoit trouvé le fejour fi
I. PARTIE. 79
commode , qu'il y avoit
transferé les Eftats Generaux.
Aprés qu'il fe fut
rendu maiſtre des Gaules ,
la plus grande partie , ainfi
la Ville de Lutece ,
que
demeura fous la domina
tion des Romains pendant
environ 5oo. ans , car ce
ne fut fous le regne
de Clovis , comme je l'ay
desja remarqué , que nos
Anceftres s'affranchirent
entierement de l'Empire
Romain .
que
Or les Gaulois eftant
alors , ainfi
que
les Ro-
I G iiij
80 MERCURE
mains , engagez dans les
erreurs du Paganiſme , adoroient
prefque les mef
mes Divinitez , fous des
noms differens , Jupiter ,
Apollon , Mars & Mercure.
C'eftoit chez les Gaulois ,
Tharan , Mitra , Hefus , &
Theutates. Ces monuments
que nous venons de décrire
,
marquent que fous
le regne de Tibere , ils
avoient confervé d'autres
Dieux
particuliers ,
2
tels
que pouvoient eftre TARVOS
, TIGARANVS , & Ce
vieillard
à deux cornes ,
ce
I. PARTIE.
*
qui a pour infcription
CERNVNNO S' , comme
pour dire cornutus ; car cer
en langue Celtique , veut
dire corne , & c .
Mr M. D. M. fonde
ainfi fçavamment plufieurs
conjectures tresvrai
-femblables , fur les
infcriptions de ces pierres
antiques ; mais la
neceffité d'abreger m'a
fait préferer les traits
hiſtoriques qui font à la .
portée de tout le monde,
à ces Explications , qui
82 MERCURE
perdent beaucoup de
leur merite auprés de
ceux qui ne font pas fçavants
dans l'antiquité.
Cette mefme neceffité
d'abreger m'empefche
auffi de m'eftendre autant
que je le voudrois
fur la Differtation fuivante,
dont j'aurois peuteftre
deu parler d'abord,
parce qu'elle a efté
prononcée
à l'Académie ,
mais elle n'eft tombée
entre mes mains
que
la
I. PARTIE. 83
derniere , & d'ailleurs
ces deux fçavants Académiciens
ont une reputation
qui les met au
deffus de la ceremonie .
Il n'y a point de primauté
dans mon Mercure ,
j'y place les pieces comme
elles me viennent ,
& non pas felon la diftinction
du merite ni des
perfonnes , & j'y placerois
fans fcrupule le
mariage d'un Duc aprés
celuy d'un Bourgeois .
$4 MERCURE
Le hafard, & les fujetions
décident fouvent de l'ordre
d'un volume qui
s'imprime tousjours im
promptu
, & où l'Autheur
ne peut avoir le
loifir de faire fur un article
mille reflexions ,
comme celuy qui n'a
que cet article en tefte ,
parce qu'il ne prend intereft
qu'à celuy-là .
I. PARTIE.
Extrait de la Differtation
de Mr B.
• L'on trouve
entre les Oeuvres de Fortunat
un Poëme confacré
à l'éloge de cette Eglife ,
commencée par Childebert
, le Poëte dit :
Hac prius egregio Rex Chil
debertus amore
·Dona fuo populo non moritura
dedit .
Il adjoufte enfuite :
Melchifedec nofter merito Rex
atque Sacerdos ,
86 MERCURE
Complevit laicus Religionis
opus.
Par ce Melchifedec il ne
peut entendre que Cherebert
qui fucceda à Childebert
fon oncle.
Par un Edit de Childe
bert publié en 554. il`eſt
ordonné Que quiconque ne
rejetteroit de fon champ les fi
mulacres ... les Idoles ., .. dé
diées au Demon par les hommes...
feroit traité comme
facrilege , &c. Ce font apparemment
quelques uns
de ces débris d'Autels &
d'Idoles brifées qu'on emI.
PARTIE . 87
ploya aux fondements de
cette Eglife , & c.
-
Il y avoit un port voi.
fin ... Cet endroit eftoit
plein d'arbres………. & c'eſtoit
dans les bois que les
anciens Gaulois exerçoient
leurs ceremonies
religieufes ; ils cofacroient
à leurs Dieux , ou des ar
bres , ou des Autels plus
communément
depuis
leur commerce avec les
Romains , & ....
La figure ifolée & termi
née des pierres antiques
qu'on a trouvées , fait
38 MERCURE
voir qu'elles fervoient
d'Autels ...
Les noms Celtes de
quelques-unes des Inſcriptions
, mais avec une terminaifon
latine , prouvent
qu'elles ont eſté érigées
par les Gaulois , forcez
par la politique Ro
maine d'adopter les couftumes
& la langue du
vainqueur.
A l'égard de la figure
des lettres ... il eft conf
tant que les plus anciennes
lettres latines eftoient
preſque ſemblables aux
i
plus
I. PARTIE. 89
1
plus anciens caracteres
grecs ...
L'infcription TIB. CESARE
AVG. &c ... marque
non feulement la deflination
de cet Autel
mais le temps de ſon érection
, car il faut l'interpreter
ainſi. Tibere Cefar
ayant accepté ou pris le nom
d'Auguſte , &c ...
Ce, monument peut avoir
efté érigé fur la fin
de la premiere année du
Regne de Tibere , lorf
que dans les Gaules on
apprit qu'il admettoit le
Aoust 17. H
1
14
90 MERCURE
nom d'Augufte , qu'il n'avoit
pas voulu d'abord
qu'on luy décernaft , & c ...
Je prouve cela par une
autre infcription du mefme
temps érigée par une
Communauté
qu'on appelloit
les Freres Arvaux ,
pour rendre graces à Jupiter
de ce que Tibere-
Claude Cefar avoit efté
appellé Auguſte , &c ...
A l'égard de ceux qui
ont érigé l'Autel , & qui
fe difent Nauta dans l'infcription
, & qu'on a traduit
Bateliers. Je prétends
I. PARTIE. 91
que ce pouvoit eftre des
commerçants
riches &
celebres , ou des Commis
& fermiers
publics
, gens
de confideration
, puilque
des Chevaliers
en eftoient
fouvent, comme vous pouvez
voir par les preuves
fuivantes
, & c .
·
A l'égard des figures
qui fe fuivent dans quelques
uns de ces bas- reliefs
, leur attitude & leur
fituation paroiſt marquer
une efpece de proceffion
ou ceremonie fuivant le
rit Gaulois , elles font tou-
1 Hij
92 MERCURE
tes tournées du coſté gauche
, & c'eftoit la couftume
de nos Gaulois dans
leurs ceremonies de Religion.
Les
Explications que
fait Mr B. du refte des
figures & des infcriptions
, font tres curieufes;
& fi elles
n'eftoient pas
imprimées
, je franchirois
les bornes eftroites
d'un Extrait , pour n'en
pas obmettre la moindre
circonftance
.
1 93 1. PARTIE.
L'Abbregé de la Sphere
du monde , felon l'hipothefe
de Copernic , dé
dié à Mr L. B. fe vend
Paris , chez la Veuve Nolin,
Quay de l'Horloge. Et chez
le fieur Langlois Graveur ,
fur le Petit Pont. Mr Lauthomate
qui en eft l'Autheur
fera bientoft imprimer un petit
Traitéfur le Sifteme de Co
pernic.
Le Sisteme de Ptolomee
n'eſt à preſent pas
plus en credit que la
Filofofie d'Ariftote. Ces
I H iij
94 MERCURE
deux Anciens ont efté
contraints de ceder aux
Modernes ; mais ce n'a
pas efte fans peine . Il ne
faut pas moins que des.
demonſtrations fifiques
ou geometriques pour
detruire les préventions
inveterées : matiere de
differtation qui
pourra
bien entrer dans quelques-
unes des miennes.
1.
PARTIE. 95
Livre nouveau.
Traduction en vers
François , de l'Art Poëtique
d'Horace , &c. Une
Differtation fur les Auteurs
anciens & modernes
, & un Traité de la
Verfification Françoife.
Gros volume in 12.
Ce Livre vaut bien la
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, fe vend à Paris
Chez Guillaume - Nicolas
Aubert, Quay des Auguſtins,
56 MERCURE
du cofté du Pont S. Michel
àfaint Nicolas. Les Libraires
pourront s'addreſſer à
l'Auteur mefme , vis à vis
le College de la Marche , ruë
de la Montagne fainte Geneviéve.
DE
LAVILLA
LYON
*1893
MERCURE
11 PARTIES
HEQUE
LYON
AMUSEMENS *
梁榮鮮冰冰—
SUITE
DE L'HISTOIRE
I
ESPAGNOLE.
EONORE arriva
bien- toft dans l'Ifle
de Gade fans eftre retardée
, ni par l'inconftance
de la Mer , ni par aucun
autre accident , quand les
Août 1711. 2 A
DE
2
MERCURE ,
amans trouvent des obftacles
, ce n'eft pas d'ordinaire
dans ces occafions.
Le Duc d'Andalouſie ,
non content de la douleur
que luy cauſoit l'ab.
fence du Prince , la confia
à fa foeur , il crut ne pouvoir
mieux punir fa fille
de la paffion qu'elle avoit
pour le Prince , qu'en luy
oppofant de longs difcours
que cette vieille foeur faifoit
fans ceffe contre l'amour
; Leonore en eftoit
perpetuellement obſedée ,
elle eftoit à tous momens
II. PARTIE.
3
forcée d'effuyer les chagrins
de fa tante contre
les moeurs d'un fiecle dont
elle n'eftoit plus , & fi l'on
ajoûte à tant de fujets de
trifteffe , le peu d'efperance
qui luy reftoit de voir
fon cher Prince , je m'af
fure qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps affez confide
rable s'eftoit écoulé fans
qu'elle cuft encor vû dans
cette malheureuſe Iſle que
fon Pere & fon ennuyeuſe
Tante , toûjours livrée à
l'un ou à l'autre ; à peine
2 A ij
4 MERCURE
,
pouvoit - elle paffer quel
ques momens feule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoit
battre de fes flots ,
fpectacle dont Leonore
n'avoit pas beſoin pour
exciter fa rêverie : Un
pour
jour plus fortuné
elle que tant d'autres qu '
elle avoit trouvez
fi longs,
elle ſe promenoit
dans ce
Jardin , heureuſe
de pouvoir
fentir en liberté tous
fes malheurs , elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée , une perſonne
qui
II. PARTIE .
paroiffoit triſte , & dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante ; la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
fe voir de plus prés , & elles
furent bien - tôt à portée
de fe demander
par quelle
avanture elles fe trouvoient
ainfi dans le même
lieu Leonore qui fe
croyoit la plus malheureufe
, avoit droit de ſe plaindre
la premiere
, & cependat
elle fe fit violence pour
cacher une partie de fa
trifteffe : Je ne m'attendois.
2 A iij
:
6 MERCURE ,
pas , Madame , dit - elle , à
l'inconnuë , de trouver ici
une des plus belles perſonnes
du monde , moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andaloufie & fa
foeur eftoient les feuls habitans
de cette Ile.
Ma furprife , Madame ,
répondit l'inconnuë , eft
mieux fondée que la vô
tre ; je trouve ici plus de
beauté que vous n'y en
pouvez trouver , & j'ay
fans doute plus de raiſons
de n'y fuppofer perfonne :
Je ne doute pas , reprit
"
II. PARTIE.
7
Leonore , que de grandes
raifons ne vous réduiſent à
vous cacher dans une folitude
, j'ai crû voir fur vôtre
vifage des marques de
la plus vive douleur , vous
eftes fans doute malheureuſe
, cette raiſon me fuffit
pour vous plaindre : l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des difcours de civilité ,
l'habitude qu'elle avoit
priſe de parler feule ,& fans
témoins , contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à fe
2 A iiij
8 MERCURE ,
plaindre , mais fon air myfterieux
ne faifoit qu'irriter
la curiofité de Leonore
, qui eftoit impatiente
de comparer fes malheurs
à ceux de l'inconnuë
: quoique j'aye pû aiſément
remarquer que vôtre
fituation n'eft pas heureuſe
, continua Leonore ,
je ne puis comprendre.
comment la fortune vous
a conduite dans l'Ile de
Gade , je me croyois la
feule qu'elle y cuft tranſportée
, & je vous avouë
que je fuis bien impatienII.
PARTIE.
9
te d'en penetrer le myſte
re ; fi vous connciffiez
l'habitude où je fuis de
plaindre les malheureux ,
& l'inclination qui déja
m'intereffe pour vous, vous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter , Madame
, répondit l'inconnuë
, que vous ne foyiez
Leonore , & c'eft , tant
parce que je vous trouve
dans cette Ifle , dont le
Duc d'Andaloufie eft Souverain
, que parce que je
10 MERCURE ,
remarque dés ce moment
en vous tout ce que la renommée
en public , je ne
pouvois d'abord me perfuader
que la fortune
, fi
cruelle d'ailleurs pour moi,
"
voulût icy me
procurer
une de fes plus grandes faveurs
, mais maintenant
fûre que je vais parler à la
Princeffe du monde la plus
accomplie
, je n'aurai plus
rien de fecret pour elle ,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuſer
à des malheurs , qui ne
font pas communs , aura
II. PARTIE. 11
fans doute le pouvoir de
les foulager.
Je m'appelle Elvire ,
mon Pere iffu des anciens
Ducs de Grenade , vivoit
avec diftinction fujet du
Duc de Grenade , fans envier
fes Etats injuftement
fortis de fa Maifon , il mourut
, formant pour moy
d'heureux projets d'établiffement
; un Prince digne
de mon eftime , & qui
auroit honoré fon Allian
ce , m'aimoit , je l'aimois
auffi , mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bon1-
2 MERCURE
,
heur , l'amitié qu'il avoit
pour moy luy rendoit cet
te raiſon fuffifante : les
chofes eftoient fi avancées
que je goutois fans inquiétude
le plaifir d'eſtre deftinée
à ce Prince , mais
helas mon Pere mourut ,
& fa mort nous laiffa tous
dans l'impuiſſance de finir
une affaire fi importante
pour moy ! fa famille fut
long-temps accablée de la
douleur de cette perte :
enfin Don Pedre , qui eft
mon Frere , voulut relever
mes efperances auffi - bien
IL
PARTIE. 13
que celles de mon amant
qu'il aimoit prefque autant
que moy , lors que
Dom Garcie, homme tout
puiffant à la Cour du Duc
de Grenade , & qui y regnoit
plus que luy , me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-même : ce
coup imprévû accabla toute
noftre famille , j'eftois
fans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere , qui
haïffoit perfonnellement
Dom Garcie , & qui avoit
de grandes raifons pour le
hair , fut celuy qui réſiſta
14 MERCURE ,
7
plus vivement ; il repre-
Tenta au Duc que ma famille
avoit pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre , & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naiſſance : il le fit reffouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous , & le Duc
naturellement équitable ,
fe rendit aux raifons de
mon Frere , & luy permit
d'achever noftre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieux , Madame ,
quelle fut ma joye , qu'en
II. PARTIE.
la comparant à la douleur
que j'ai reffentie depuis, &
qui fucceda bien-toſt à
mes tranſports : le jourmême
qui devoit affurer
mon bonheur , le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empreffemens de
mon amant , & me rendit
la plus malheureuſe perfonne
du monde , il me
conduifit dans des lieux
où perfonne ne pouvoit
me fecourir : j'y fus livrée
à fes violences , le fourbe
employoit tour-à -tour l'artifice
& la force , & com16
MERCURE ,
me l'un & l'autre eſtoient
également
inutiles
à fon
execrable deffein , il devenoit
chaque jour plus dangereux
; combien de fois
me ferois-je donné la mort ,
fi l'efperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toûjours foûtenue !
croyez , Madame , que j'ai
plus fouffert que je ne puis
vous le dire , le Ciel vous
preferve
de connoître
jamais
la rigueur d'un pareil
tourment : enfin ne pouvant
plus y réſiſter , je pris
le feul party qui me reftoit ,
l'occaII.
PARTIE M7
l'occaſion ſe prefenta favorable
, j'ofai me ſouftraire
aux violences de ce fcelerat
, réfolue de me donner
la mort , s'il venoit à me
découvrir ; je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monftre
malgré la foibleffe de
mon fexe ; mais enfin j'échapai
de fes mains : incertaine
des chemins que je
devois prendre , & des
lieux où je devois arriver ,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
Aoust 1711 2 B
18 MERCURE
,
de mon amant.
T
Elvire racontoit ſes malheurs
avec d'autant plus
de plaifir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroitre
à mesure qu'elle
continuoit fon recit : chaque
malheur d'Elvire faifoit
dans fon coeur une impreffion
qui paroiffoit d'abord
fur fon vifage . Quand
ce recit fut fini , elle eſperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit , ou qu'elle
auroit oublié quelque circonſtance
; mais quel fàcheux
contre-temps , Leo-
1
II. PARTIE. 19
nore apperçoit la vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle : Ah, ma chere
Elvire , s'écria t- elle , que
je fuis malheureuſe , on
vient m'ôter tous mes
plaiſirs , il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'intereffe davantage
, vous avez encor
mille chofes à me raconter
, je ne fçay point le
nom de vôtre amant ni
ce qu'il a fait pour me.
riter ce que vous fouffrez
pour luy , hâtez- vous de
m'apprendre ce que je ne
>
2 Bij
20 MERCURE ,
ſçai point encore : Je ne
fçai rien de mon Amant ;
reprit Elvire , avec precipitation
", fans' doute' il
n'a pû découvrir les lieux
où je fuis , peut-être a- til
pris le party du defefpoir
, peut-être ignorant
ce que mon amour arofé
pour me conſerver à luy ,
mefoupçonne-t-il d'inconftance
, peut-être eſt- il inconftant
luy-même : Voila
, Madame , ce que je
fçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
II PARTIE
cry , & tomba peu aprés
évanouie dans les bras d'Elvire
Quelle fut la ſurpri
fe de cette tante quand el
le trouva Leonore dans ce
triſte état, & une inconnuë
dans un trouble extrême :
Elle fit conduire Leonore
a fon appartement , en att
tendant qu'elle pût fçavoir
un myftere que le hazard
offroit heureuſement à
fon infatiable' curiofité.:
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abfent de Leonore ,
les mêmes raifons qui l'a
22 MERCURE ,
voient obligé de quitter
l'Andaloufie fi prompte.
ment , l'empêchoient d'y
revenir: mais enfin l'amour
l'emporta fur la prudence ,
& il partit pour Seville ,
refolu de fe cacher le
mieux qu'il pourroit : A
peine fut -il dans l'Andaloufie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'lfle de
Gade , la diftance qui eftoit
entre luy & fa Princeffe
le fit fremir ; plus un
amant eft cloigné de ce
qu'il aime , & plus il eft
malheureux : il arrive enII.
PARTIE.
23
fin fur le bord de la mer
qu'il falloit paffer pour aller
à Gade , il fut longtemps
fur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelle
il pût la traverſer ;
& enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur , à
qui elle appartenoit , de l'y
recevoir , il aperçut un
homme bien fait , qui fembloit
d'abord vouloir fe
&
qui
cacher à fes
yeux ,
infenfiblement
s'aprochoit
pourtant
de luy. Le Prince
24
MERCURE ,
qui n'avoit pas moins d'interêt
à être inconnu dans
un pays fi voifin de l'ifle
de Gade , loin de fuir cet
étranger , alloit au devant
de luy , comme fi un inf
tinct fecret eût en ce moment
conduit
fes pas , &
comme ſi le merite fuperieur
avoit quelque marque
particuliere
à laquelle
ils fe fuffent d'abord reconnus
Seigneur , dit l'inconnu
au Prince de Murcie , j'attens
depuis long - temps
l'occafion favorable qui fe
préII.
PARTIE . 25
:
prefente cependant , fi
vos raifons étoient plus
fortes que les miennes , je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondit le Prince
, vous ne fçauriez être
plus preffé de vous embarquer
que je le fuis , & je
Vous cede cette barque
d'auffi bon coeur , & aux
mêmes conditions que
vous me la cedez , je confens
avec plaifir à la mutuelle
confidence que vous
me propoſez ; heureux de
pouvoir m'intereffer au
fort d'un homme tel que
Août
1711.
2 C.
6 MERCURE ,
vous. Seigneur , répondit
l'inconnu, il ne s'agit point
icy des interêts perfonnels
du malheureux Dom Pe
dre , mais de ceux de mon
Souverain , qui me font
mille fois plus chers : Le
Duc de Grenade eft mort,
un fujet perfide eft prêt à
fe faire proclamer fon fucceffeur
contre les droits de
Dom Juan qu'une mauvaiſe
fortune éloigne de
puis long - temps de fes
Eftats. Comme Dom Garcie
étoit le canal unique
graces du Duc , ils eft de's
II. PARTIE . 27
adroitement rendu maî.
tre de tous les efprits ; fi
l'on ne s'oppoſe promptement
à les tyranniques
projets , Dom Juan fera
bien -tôt dépouillé de fes
Eftats Son abſence , la
peu
mort du Duc fon pere
& l'addreffe du traiftre
D. Garcie luy laiſſent
de fujets fidelles : J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez , Seigneur , fi les
raifons de mon embarquement
font preffantes. Oui ,
Seigneur répondit le >
3 Cij
28 MERCURE ,
mais non pas
Prince ,
feulement
pour vous les
>
interêts de Dom Juan
me font auffi chers que
les miens ; c'eft un
Prince digne de vôtre affection
& de la mienne :
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante
, je vais m'unir àvous
dans un deffein fi genereux
& fi legitime ; je
fuis le Prince de Murcie
je dépeuplerai s'il le faut
Murcie d'habitans pour
chaffer cet indigne ufurII.
PARTIE.
29
pateur , ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas : mais
qu'à fon retour il trouve
Grenade tranquille : Allons
purger fes Eftats d'un
monftre digne du plus
horrible fupplice
.
Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnerent une fi
grande joye à Dom Pedre
qu'il feroit impoffible
de l'exprimer : la fortune
qui fembloit avoir abandonné
fon party lui offroit
2 C iij
30 MERCURE ,
en ce moment les plus
grands fecours qu'il pût
efperer , plein d'un projet
dont l'execution devoit lui
t
paroiftre impoffible s'il
avoit eu moins de zele ,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puiffant protecteur
& un illuftre
amy.
>
Ils partent enſemble ;
& le Prince de Murcie ne
pouvant ſe perfuader que
les habitans de Grenade
fuffent fincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit fi marquée ,
1
II. PARTIE. 31
crut par fa feule prefence
& quelques meſures ſecretes,
pouvoir les remettre
dans l'obéïffance de
leur legitime Souverain.
Ils arriverent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé ; ils entrerent
fecretement pendant
la nuit dans la ville :
Dom Pedre fut furpris de
trouver les plus honeftes
gens difpofez à fuivre les
loix d'un ufurpateur , tout
eftoit feduit , & le mal lui
parut d'abord fans reme-
2 C iiij
32 MERCURE ,
de : mais le Prince , dont
la feule prefence infpiroit
l'honneur & le courage par
la force & la fageffe de fes
difcours , fçut les ramener
à de plus juftes maximes .
Les plus braves fe
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoit fait
fortir,bientôt la plus grande
partie de la ville declarée
contre le Tyran
parce qu'il n'étoit plus à
craindre demanda fa
>
II. PARTIE.
33
mort : On conduifit le
Prince de Murcie dans
le Palais mais le bruit
le
:
•
qui arrive neceffairement
dans les revolutions fauva
tyran & le fit échapper
à la jufte punition qu'on
lui preparoit ; il s'enfuit
avec quelques domeſtiques
aufquels il pouvoit
Confier le falut de fa perfonne
: le Prince de Murcie
voulut inutilement le
fuivre , Dom Garcie avoit
choifi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus & fe hâtoit
>
34
MERCURE
,
d'arriver au bord de la`
mer pour le mettre en fû.
reté dans un vaiffeau : cependant
Dom Juan , averti
de la mort de fon Pere,
étoit parti pour Grenade.
Tout à coup Dom Garcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut fa furpriſe, quand il reconnut
D. Juan le perfide
, exercé depuis longtemps
dans l'art de feindre
, prit à l'inftant le parti
d'éloigner D. Juan , pour
des raifons qu'on verr.
II. PARTIE. 35
dans la fuite ; il ſe jette à
fes pieds , & luy dit avec
les marques d'un zéle déf
efperé : Seigneur , n'allez
point à Grenade , vous y
trouverez voſtre perte, un
indigne voiſin s'en eſt emparé
, vos fujets font maintenant
vos ennemis , nous
fommes les feuls qui nous
foyons fouftraits à la tyrannie
, & tout Grenade
fuit les Loix du Prince de
Murcie :du Prince de Murcie
s'écria Dom Juan, ah
Ciel que me dites-vous ?
le Prince de Murcie eft
36 MERCURE ,
mon ennemi , le Prince
de Murcie eft un ufurpateur
! non Dom Garcie il
n'eſt pas poſſible ……….. Ah
Seigneur , reprit D. Garcie
, il n'eft que trop vray,
la confternation de vos fidels
fujets que vous voyez
icy , ne vous l'affure que
trop.
En vain D. Juan voulut
douter , les larmes perfides
de Dom Garcie le perfuaderent
enfin . Oh Ciel ,
dit ce credule Prince ,
fur quoy faut- il deformais
compter le Prince de
II .
PARTIE.
37
Murcie m'eft infidele , le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats : Ah ! perfide
, tu me trahis ? Je vais
foûlever contre toy toute
l'Eſpagne : mais je fçai un
autre moyen de me yan
ger , Leonore indignée de
ton lâche procedé, &confufe
d'avoir eu pour toy
de l'amour , me vangera
par la haine que je vais luj
inſpirer contre toy : Al,
lons , dit-il , fidele Dom
Garcie , courons nous vanger
: le Duc d'Andaloufie
fut toûjours mon prote38
MERCURE ,
&teur & mon ami ; c'eſt
chez luy que je trouverai
de fûrs moyens pour punir
nôtre ennemi commun ;
Il eſt maintenant dans l'iſle
de Gade , hâtons -nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
; le Duc d'Andaloufie
devoit reprendre le
chemin de Seville ; il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner fes fujets , pour
les perdre fi long-temps de
vûë. Déja le jour du départ
de la Princeffe qui devoit
II.
PARTIE. 39
s'embarquer la premiere ,
étoit arrêté ; Dom Juan
l'ignoroit , mais il n'avoit
pas beſoin de le ſçavoir
pour ſe hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princeffe. Il s'em.
barqua avec le traître
Dom Garcie : mais à peine
furent-ils en mer , que les
vents y exciterent une horrible
tempête , qui mena
çoit fon vaiffeau d'un pro
chain naufrage. Il n'aimoit
pas affez la vie pour craindre
de la perdre en cette
occafion , & il confideroit
40 MERCURE ,
affez tranquillement les
autres vaiffeaux qui fembloient
devoir être à tous
momens ſubmergez : tout
à coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faifoient entendre des cris
horribles . Une des perfon
nes qui étoient dans ce
vaiffeau frappa d'abord ſa
vûë ; il voulut la confiderer
plus attentivement :
mais quelle fut fa furprife !
lorfque parmi un affez
grand nombre de femmes
éplorées , il reconnut Leonore
, feule tranquile dans
ce
II. PARTIE. 41
ce peril éminent : O Ciel !
s'écria-t-il , Leonore eft
prête à perir. A peine ces
mots furent prononcez
,
que ce vaiffeau fut ſubmergé
, & Leonore difparut
avec toute fa fuite. Il fe
jette dans la mer , reſolu
de perir , ou de la fauver
pendant que fes fujets confternez
defefperoient de
fon falut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tranfporté , & fauve
Août
1711. 2 D
42 MERCURE ,
enfin cette illuftre Princeffe
dans fon vaiffeau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long- temps
de Leonore , n'a pu encore
fe raprocher d'elle , prêt
d'arriver à l'ifle de Gade ,
où elle étoit , une affaire
imprévûë l'en éloigne plus
que jamais : pendant qu'il
fignale fa generoſité , un
credule ami , aux intérêts
duquel il facrifie les fiens ,
l'accufe de perfidie ; Dom
Juan , dont il délivre les
II.
PARTIE.
43
Etats , medite contre luy
une vangeance terrible ;
la fortune fe range de fon
parti , & lui procure l'occafion
la plus favorable
pour le vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime , il efpere
s'en faire aimer comme
il efpere de faire haïr
fon rival en le peignant
des plus vives couleurs .
Telles étoient les efperances
de D. Juan lorfque
Leonore reprit fes forces
& fes efprits : à peine cutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui , pro-
2 Dij
44 MERCURE ,
fterné à fes pieds , fembloït
par cet important ſervice
avoir acquis le droit de
foûpirer pour elle , auquel
il avoit autrefois renoncé,
Quoy, Seigneur , lui ditelle
, c'est à vous que Leomore
doit la vie , à vous qui
lui devez tous vos malheurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur fi
genereux, envers qui la plus
forte reconnoiffance ne peut
jamais m'acquitter. Ah , répondit
Dom Juan ! pou
vois -je esperer un fi grand
bonheur , aprés avoir été fi
II. PARTIE.
45
long temps loin de vous, de ne
vous revoir que pour vous
donner la vie ? Ah , belle
Leonore ! vous connoîtrez
dans peu que fi vous meriteZ
un coeur fidele , le mien feul
eft digne de vous être offert.
Ce difcours de Dom
Juan allarma plus la Princeffe
que le danger auquel
elle venoit d'échaper. Depuis
la fatale renconrre
avec Elvire , elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes
; Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie
, Leonore ne pouvoit
46 MERCURE ,
calmer fes foupçons qu'en
efperant qu'Elvire fe feroit
méprife.
La hardieffe de Dom
Juan à luy parler de fon
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de fon coeur , redouble
fes foupçons & la trouble
, cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez , celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la bleffe , elle veut
la lui faire fentir adroitement
: Seigneur , dit -elle à
Dom Juan , vous ne me parII.
PARTIE.
47
leZpoint du Prince de Murcie
, cet ami qui vous eft fi
cher, pour qui vous fçavez
que je m'intereße. Fe
vous entens , Madame , répondit
Dom Juan , vous
oppofez aux transports qui
viennent de m'échapper , le
Jouvenir d'un Prince que
vous croyez encore mon ami :
mais , Madame, rendeZ- moy
plus de juftice ; je nefuis pas
infidele au Prince de Murcie
, c'eft luy qui me trahit ,
qui m'enleve mes Etats , &)
qui fe rend en même temps
indigne de vôtre amour
48 MERCURE ,
de mon amitie. Ciel ! reprit
Leonore, que me dites võus ,
DomJuan? .. Non il n'eft pas
poffible ; le Prince de Murcie
n'est point un ufurpateur , &
vôtre crédulité luy fait un
·affront que rien ne peut reparer.
C'est à regret , Madame
, ajoûta Dom Juan
que je vous apprens une nouvelle
fi trifte pour vous
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nefoit un perfide ;
il nous a trompez l'un &
l'autre par les faufles apparences
de la vertu laplus héroïque.
*
II. PARTIE.
49
roïque. Arreftez, Dom Tuan,
dit imperieufement Leonore
, cette verité ne m'eſt
pas aßez connue pour fouf.
frir des difcours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie
, & aux fentimens que
j'ay pour luy ; c'est m'accabler
de traitter ainfi ce
que
Heros , vous devieZplûtôt
me laifferpérir... Quoy ?
reprit Dom Juan , vous
croiriez que j'invente une
fable pour le noircir à vos
yeux ? Non , Madame , vous
Papprendrez par d'autres.
bouches , cinquante de mes
Août
1711 .
2 E
So
MERCURE
,
fujets , à la tête de quels
eft le sujet le plus fidele
que le Prince,
vous diront
de concert avec le perfide D.
Pedre , a féduit les habitans
de Grenade, s'eft emparé
de cette Duché. Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur , & ne pouvant
plus foûtenir une
converfation fi delicate
pour fon amour ,
elle pria
Dom Juan de la laiffer
feule.
Ce fut pour lors que
revenue à foy- même du
trouble où les derniers
II. PARTIE.
SI
mots de Dom Juan l'adit
, &
voient jettée , elle s'abandonna
à ſa jufte douleur
grand Dieu , dit- elle , il
eft done vray ? le Prince
de Murcie eſt un perfide ,
ce qu'Elvire m'a dit ,
ce que m'a raconté Dom
Juan n'eſt que trop cònfirmé
le fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laiffe
plus douter , Dom Pedre
aura trahi fon Maître en
faveur de fon amy , le
Prince amoureux d'Elvire
fe fera fait Duc de Grenade
pour s'en affurer la
2 E ij
52 MERCURE
,
poffeffion ; & moy victi
me de l'amour le plus
tendre & le plus conſtant,
confuſe & defefperée d'a .
voir tant aimé un ingrat ,
un traître , je vais mourir ,
déteſtant également tous
les hommes , & où trouver
de la probité , de la
foy , puiſque le Prince de
Murcie eft un perfide ?
Mais quoy , dois -je fi-tôt
le condamner ? peut- être
ce Prince , ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour , gemit dans l'impoffibilité
où il eft de me
II. PARTIE. $3
ce
voir . Ah ! quelle apparenc'eft
en vain que je
voudrois le juftifier , Elvire
, Dom Pedre , Dom
Juan , vos funeftes dif
cours ne le rendent que
trop coupable. C'eft ainfi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit fon amant
malgré elle , & retractoit
fa
condamnation malgré
les apparences de fa perfidie.
Cependant le vaiſſeau
approchoit du bord , &
déja Leonore apperçoit
2 E iij
54 MERCURE ,
fur le rivage le Duc d'Andaloufie
, que la tempête
avoit extrêmemeut allar,
mé pour fa vie : il la reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle fuccedoit , mais il fut
tranſporté quand il vit ſon
liberateur ; il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoiffance qui
ſe joignoit à l'amitié qu'il
avoit toûjours eue pour
luy , ce qui augmenta fes
efperances , & le defefpoir
de Leonore. ལ ི
Dom Juan ne tarda
II. PARTIE. 55
pas à inftruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie , & D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit : le Duc
fut furpris de la déteſtable
action qu'on luy racontoit
, & fenfible aux
malheurs de Dom Juan ,
il jura de le remettre dans
fon Duché , & luy promit
Leonore
. Plein d'un projet
fi vivement conçu , il
va trouver cette Princeffe
& luy dit : Ma fille , vous
fçavez la perfidie du Prince
de Murcie , apprenez
2 E iiij
56 MERCURE ,
par ce dernier trait à ne
vous pas laiffer furprendre
la fauffe vertu ,
par
gueriſſez -vous d'une paſfion
que vous ne pouvez
plus reffentir fans honte ,
& preparez -vous à époufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours deſtiné.
Leonore frappée comme
d'un coup de foudre ,
ne put répondre à fon
Pere , mais il crut voir
dans fa contenance refpe-
Atueufe une fille preparée
à obéir , il la laiſſe feule ,
& courut affurer D. Juan
II. PARTIE.
57
de l'obéiffance de fa fille :
ce Prince fe crut dés ce
moment vangé de fon rival
, il commença à regarder
Leonore comme fon
époufe , & il ne ceffoit de
luy parler de fon amour ,
& de fon bonheur , Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir
, elle luy devoit la
vie , fon Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
fon époux, & d'ailleurs
il luy importoit de cacher
18 MERCURE ,
l'amour qu'elle confervoit
au Prince.
Enfin le Duc fûr du
confentement de fa fille ,
hâta extrêmement ce mariage
, & le jour fut arrêté
: la joye de cette nouvelle
fe répandit dans l'Iſle
de Gade tout le monde'
beniffoit le bonheur des
deux époux , tandis que
Leonore fuivoit , trifte vitime
du devoir & de la
fortune , les ordres d'un
Pere toûjours contraires à
ſon penchant. Eh ! quel
party pouvoit -elle prenII.
PARTIE. 59
dre il falloit , ou fe donner
la mort , ou épouſer
Dom Juan fa vie étoit
trop mal-heureuſe pour
qu'elle eût envie de la
;:
conferver en cette occa-
"
fion , mais mourir fidelle
à un fcelerat , à un tyran,
n'eſt pas un fort digne.
d'une grande Princeffe :
Enfin elle ne pouvoit def
obéir à fon Pere , fans révolter
contr'elle tout l'Univers
, à qui elle devoit
compte de cette action , &
devant lequel elle ne pouvoit
être bien juftifiée.
60 MERCURE ,
Elle va donc fubir fon
malheureux fort , déjà tout
fe difpofe à le confirmer.
Mais laiffons cet appareil ,
qui tout fuperbe qu'il étoit
ne pourroit que nous at
trifter ; revenons au Prin
ce de Murcie .
Il étoit bien jufte qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generofité
aux dépens
même de fon amour, cette
paffion qui dominoit
dans
fon coeur , eût enfin fon
tour. Il donna les ordres
neceffaires à la tranquilité
du Duché de Grenade , &
II. PARTIE. 61
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des fujets naturellement
inconftans ; enfuite
il retourne à l'ifle de
Gade , traverfe la mer , &
fe trouve dans une gran
de forêt : il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il étoit encore
bien loin de Gade ; enfin
il
apperçut un homme rêveur
, en qui le fejour de
la folitude laiffoit voir de
la nobleffe
& de la majefté
:
il s'approche de lui , & lui
dit : Seigneur
, puis-je efpe
62 MERCURE ,
rer que vous m'apprendrez
les lieux où jefuis ? Seigneur,
répondit le Solitaire , vous
érés dans l'ifle de Gade , pof.
fedée par le Duc d' Andalou
fie , il est venu depuis peu y
établir fon fejour avec Leonore
ja fille , que la renommée
met audeßus de ce qui
parut jamais de plus accom
pli. Cette Ifle , reprit le
Prince , eft fans doute le cen
tre de la galanterie , puifque
Leonore eft fi parfaite , &fa
Cour doit être bien brillante ?
Il eſt aifé de le conjecturer ,
répondit le Solitaire : Je
II. PARTIE. 63
la
n'enfuis pas d'ailleurs mieux
informé que vous , je fçai
fenlement , & fi cette avanture
avait fait moins de bruit
je ne la fçaurois pas , je fçai
que Leonore retournant à Seville
, fut furprise par
tempête , & que prête à perir
dans les flots , Dom Juan
Prince de Grenade la delivra
de ce peril. Dom Juan , reprit
vivement le Prince ,
afauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en peril ? Oui , Seigneur ,
repondit le Solitaire , l'ifle
de Gade retentit encore de
64 MERCURE ,
la reconnoiffance de cette
Princeffe depuis huit jours
elle a donné la main à Dom
Juan. Ab Ciel ! s'écria le
Prince de Murcie , & en
même temps il tomba aux
pieds du Solitaire , fans
force & fans couleur.
Avec
II. PARTIE . 65
Avec la fuite de cette hif
toire Espagnole , j'ai promis
le Mois dernier de donner ,
aprés la piece ferieuſe une
petite farce , vous allez
avoir des Contes de Rabelais
dans l'article fuivant.
110
t
ARTICLE
burleſque amer
Suite du Paralelle d'Hode
Rabelais . mere
Sans
interrompre le
paralelle d'Homere
&
de Rabelais , je puis in-
Août
1711.
2 F
66 MERCURE ,
terrompre
les refle-'
xions comiques
& ſerieufes
que j'ai commencées
fur ces deux
Auteurs . Trop de re-
Hexions de fuite feroient
une differtation
ennuyeuſe , fur tout
pour les Dames ', dont
j'ambitionne les ſuffrages
; elles ont le goût
plus delicat & plus vrai
que les hommes , dont
la plufpart fe piquant
de critique profonde ,
II. PARTIE . 67
font toûjours en garde
contre ce qui plaît , qui
ont , pour ainfi dire ,
émouffé leur goût naturel
à force de ſcience
& de préjugez ; en un
mot , qui jugent moins
par ce qu'ils fentent ,
que par ce qu'ils fçavent
.
Plufieurs Dames af
fez contentes de quelques
endroits de mes
differtations , fe font
plaint que les autres
2 Fij
68 MERCURE ,
n'étoient pas affez intelligibles
pour elles ,
qui ne font pas obligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais
: il est vrai que
le Poëte Grec eft à prefent
traduit en bon françois
mais Rabelais eft
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
d'eclaircir & de purifier
quelques morceaux de
Rabelais , pour les rendre
moins
ennuyeux
aux Dames .
II. PARTIE 69
Ces extraits épurez
feront plaifir à celles
qui , curieufes
de lire
Rabelais , n'ont jamais
voulu contenter leur
curiofité aux dépens de
leur modeftie .
En donnant ce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais , je fixerai là .
curiofité de celles qui
en faveur du bon , auroient
riſqué de lire le
mauvais.
Et s'il y en a quel70
MERCURE ,
qu'une qui n'ait pû refifter
à la tentation de a
tout lire , elle pourra
citer Maître François à
l'abry de mes extraits ,
fans être
foupçonnée
d'auoir lû
l'original .
Dans la derniere differtation
j'ai oppofé à
une harangue du fage
Neftor , une lettre écrite
à
Gargantua par
Grandgoufier fon pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'eft mélé du feII.
PARTIE. 371
rieux ; Homere fe méle
auffi quelquefois du
burlesque , autre fujet
de paralelle . Vous aurez
ici un conte heroïcomi-
•que de l'Odiffée , mais
commençons par un
conte de Rabelais ; je ne
prétens qu'oppoſer le
premier coup d'oeil de
ces deux contes , & non
pas les comparer exa-
&tement : j'en trouverai
dans la fuite quelquesans
plus propres à être
QXJ
72 MERCURE ,
comparez enfemble .
Voici celui de Rabelais ,
dont j'ai feulement confervé
le fond , en ajoûtant
& retranchant
tout ce que j'ai crû pouvoir
le rendre plus
agréable , & plus intelligible
aux Dames .
2017
org and , and
LES
II. PARTIE. - 97
LES MOUTONS
de Dindenaut.
En une Naufou Navire
eftoit le taciturnien ,
fonge- creux , & malignement
intentionné Panurge
: en ce même Navire
eftoit un Marchand de
moutons nommé Dindenaut,
homme gaillard,
raillard , grand ribleur ,
& dégoiſeur de gauffeties
, lequel voyoit Pa-
Aoust 1711. 2. G
98 MERCURE
nurge tout débiffé de mine
, & mal en point d'a
couftrement
, déhoufillé
de chevelure
, vefte
délabrée
, éguilletres
rompuës , boutons intermitans
, chauffes
pendantes
, & lunettes pendues
au bonnet, Le Marchant
donc s'émancipa
en gaufferies fur chaque
piece d'iceluy accouſtrement,
mais fpecialement
fur fes lunettes : luy difant
avoir fçu par tradiLYON
DELA
VILLE
1893***
IL
PARTIE.
tion
vulgaire que tout
homme arborant lunettes
fut toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipende decla
fienne
domeftique , fur
defquels
pronostics apof
trophant Panurge en fon
honneur ,
l'appella je ne
fçay comment , id eft ,
d'un nom qui réveilla
Panurge de la léthargie
-rêveuſe¹; car rêvoit juſte
ence moment aux inconveniens
à venir de fon
2. Gij
100 MERCURE
futur mariage. Holà ,
holà , mon bon Marr
chand ; dit d'abord Par
nurge d'un air niais &
bonnaffe , holà, vous disje
, car onc ne fus , ny ne
puis maintenant eftre ce
que nul n'eft que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut , que marié
ou non marié , c'eſt tour
un ; car fruits de Cors
nuaille font fruits précoces
& m'eft avis que
pour porter tels fruits
II. PARTIE for
êtes fait & moulé comme
de cire : ouy , cette
plante mordra fur vôrre
chef comme chiendent
fur terre graffe.
Ho , ho , ho , reprit
bonnement Panurge
quartier , quartier , car
par la vertu boeuf ou
afne que je fuis , ne puis
avoir efprit d'Aigle perçant
les nuës , par quoy
gaudiffez- vous de moy ,
fi c'eft voftre plaifir
mais rien ne repliqueray
2. Giij.
102 MERCURE
faute de replique : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand , comme
à tant d'autres. Patience
eft vertu maritale .
07
Patience foit interrompit
Panurge , mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux mou
tons , m'en vendriez-vous
bien un par avanture.
Ole vaillant acheteur
de moutons , dit le Marchand
. Feriez volontiers
II. PARTIE. 103
plus
convenablement
vous acheter un bon habit
pour quand vous ferez
marié , habit de mé
nage , habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode , &
panache de cerf.
Patience , dit Panurge,
& vendez - moy feulement
un de vos mouton
.
Tubleu , dit le Mar
chand , ce feroit fortune
pour vous qu'un de ces
2.
G iij
104 MERCURE
beliers. Vendriez ſa fine
laine pour faire draps , fa
liffe peau pour faire cuir s
fa chair friande pour
nourrir Princes , & fi
petite-oye pieds & tefte
vous reſteroient , & cornes
encore fur le marché.
Patience , dit Panurge ,
tout ce que dites de cor
nerie a efté corné aux
oreilles tant & tant de
fois , laiffons ces vieilleties
; fottifes nouvelles,
font plus de mife,
EH
PARTIE 10's
Ah qu'il dit bien ! re
sprit le Marchand , il merite
que mouton je luy
vende , il eft bon homme
: ç'a parlons d'affaiere
.
Bon , dit Panurge en
joye , vous venez au but,
& n'auray plus beſoin de
patience.
C'a , dit le Marchand,
écoutez - mey. J'écoute
dit Panurge
.
LE M. Approchez cette
oreille droite . P. Qu'eſtfo
MERCURE
ce. LE M. Et la gauche.
P. Hé bien. Le M. Et
fautre encore . P. N'en ay
que ces deux. LEM . Ou
vrez - les donc toutes
grandes. P. A vôtre commanderent.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois ? P.Ouy . LE
M. Voir le monde ? P.
Certes. LE M. Joyeuſement
? P. Voire . Le M.
Sans vous facher P. N'en
ay d'envie . LE M. Vous
avez nom Robin . P: Si
II
PARTIE . 107
Vous voulez. LE MARC,
Voyez-vous ce Mouton?
P. Vous me l'allez vendre,
LE M. Ila nom Robin
comme vous. Ha ,
ha , ha... Vons allez au
pays des Lanternois voir
le monde , joyeuſement,
fans vous fâcher, ne vous
fi fâchez - donc guere
Robin mouton n'eſt pas
pour vous. Bez , bez
bez ; & continua ainfi
bez , bez , aux oreilles du
pauvre Panurge , en ſe
108 MERCURE
mocquant
de fa lourde
rie.
Oh , patience , patien
ce , reprit Panurge , baiffant
épaules & tefte en
toute humilité , à bon
befoin de patience qui
moutons veut avoir de
Dindenaut ; mais je vois
que vous me lanternifibolifez
ainfi pource
que
me croyez pauvre he
re , voulant acheter fans
payer , ou payer fans ar
gent, & en ce vous trom
11. PARTIE 109
pez à la mine , car voicy
dequoy faire emplette :
difant cela Panurge tire
ample & longue bourfe ,
que par cas fortuit , con
tre fon naturel avoit plei
ne de Ducatons , de la
quelle opulence le Mar
chand fut ébahi , & incontinent
gaufferie ceffa
à l'aspect d'objet tant refpectable
comme eſt argent.
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
o MERCURE
quatre , cinq , fix fois
plus que ne valloit le
mouton
; à quoy Panurge
fit comme
riche enfant
de Paris , le prit au
mot , de peur que mouton
ne luy échapa , &
tirant de fa bourfe le prix
exorbitant , fans autre
mot dire que patience ,
patience , mit les deniers
és mains du Marchand ,
& choifit à même le
7
troupeau un grand &
beau maiftre mouton
JI PARTIE: I
qu'il emporta brandi
fous fon bras , car de
force autant que de malin
vouloir avoit , cependant
le mouton cryoit
bêloit , & en confequan
ce naturelle
, oyant ce
luy- cy beler , bêloient
enfemblement les autres
moutons , comme difant
en leur langage moutonnois
, ou menez- vous
noſtre compagnon , de
même difoient mais en
langage plus articulé les
112 MERCURE
affiftants à Panurge ou
diantre menez - vous ce
mouton , & qu'en allez-
• ré- vous faire , à quoy
pond Panurge le mou
ton n'eft- il n'eft
- il pas
à moy
,
l'ay bien payé & chacun
de fon bien fait felon
qu'il s'avife , ce nouton
s'appelle Robin comme
moy , Dindenaut l'a dit . ?
Robin moutonfçait bien
nager , je le vois à fa
mine , & ce difant fubi
tement jetta fon mouron
II.
PARTIE.
113
en pleine mer , criant na
ge Robin , nâge mon mis
gnon : or Robin mouton
allant à l'eau , criant
bêlant ; tous les autres
moutons crians bêlans
en pareille intonation
commencerent foyjetter
aprés & fauter en mer à
la file , fi que le debat entr'eux
eftoit à qui fuivroit
le premier ſon compagnon
dans l'eau , car
nature a fait de tous animaux
mouton le plus
Aoust 17.11 . 2. H¹
14 MERCURE
fot, & à fuivre mauvais
exemple le plus enclin ,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ſtupefait
& tout effrayé ,
s'efforçant à retenir fes
moutons de tout fon:
pouvoir , pendant quoy
Panurge en fon fang
froid rancunier , luy difoit
, patience Dindenaut
, patience , & ne
vous bougez , ny tourmentez
, Robin mouton
IL PARTIE. S
reviendra à nâge & fes
compagnons le reſuivront
; venez Robin , venez
mon fils , & enfuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut , comme avoit
par Dindenaut eſté
crié aux fiennes en figne
de moquerie , bez , bez ,
FinablementDindenaut
voyant perir tous fes
moutons en prit un grād
& fort par la toifon , cuidant
ainfi luy retenant
retenir le refte , mais ce
2. Hij
116 MERCURE
mouton puiſſant entraî
na Dindenaut luy - mê
me , en l'eau , & ce fut
lors que Panurge redoubla
de crier , nâge Robin
, nâge Dindenaut
bez , bez , bez , tant que
par noyement , des moutons
& du Marchand fut
cette avanture finie,dont
dont Panurge ne rioit
que fous barbe , parce
que jamais on ne le vic
rire en plein , que je fçache.
IL
PARTIE. 17
Je croirois bien que le
caractere de Panurge a
fervi de modele pour celuy
de la Rancune. Mo
liere a pris de ce feul Conte-
cy deux ou trois Jeux
de Theatre , & la Fontai
ne plufieurs bons mots.
Enfin nos meilleurs Au
theurs ont puifé dans Ra
belais leur excellent co
mique , & les Poëtes du
Pont - neuf en ont tiré
leursplates boufonneries .
Les Euripides & les Se
118 MERCURE
I
neques ont pris dans Homere
le fublime
de leur
Poëfie , & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
de peau-d'afne , leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche , font def
cendus en ligne droite du
Cyclope dont vous allez
voir le Conte.
Voiladonc Homere &
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
II. PARTIE. 19
›
ordre. Homere & Rabe
lais occupent les beaux
eſprits ; mais ils amuſent
les petits enfants ; humi
liez-vous grands Auteurs
vous , eftes hommes
l'homme a du petit &
du grand , du haut & du
bas ; c'eſt fon partage ,
& fi quelqu'un de nos
Sçavants s'obftine à
trouver tout grand dans
un Ancien , petiteſſe
dans ce Moderne quel
que grand qu'il foit d'ail
120 MERCURE
leurs il prouve ce que j'a
vance , qu'il ya du petit
& du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons
, diroit Rabelais
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut , fi
faut-il trouver auffi moutons
en oeuvres d'Homere
, puiſque és miens
moutons y a , ou ne fe
point mefler ny ingerer
de le mettre en paralelle
à
l'encontre
de moy.
Ouy:
II.
PARTIE. 97
Ouy dea , repliquerai
je , on trouvera prou
de moutons dans l'oeuvre
grec , & hardiment
les paralelliferai avec
les vôtres , Maître François
; car avez dit ,
ou vous , ou quelqu'un
de vôtre école , que
chou pour chou Aubervilliers
vaut bien Paris ;
& dirai de même , que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bien Ho--
mere : or a- t- on déja vû
Aoust 1711.
2 I
98 MERCURE,
comme par malignite
Panurgienne moutons
de Dindenaut fauterent
en mer ; voyons donc
comme par aftuce Ulyf
fienne moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe , en fortant de fa
caverne .
LES MOUTONS
DU CYCLOPE.
l'ifle des Cyclo-
Dpes où j'avois prister-
1
II. PARTIE. 99
re , je defcendis avec les plus
vaillans hommes de mon Vaif
feau , je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Cyclope qui l'habitoit étoit
aux champs , où il avoit mené
paître les troupeaux. Toute
fa caverne étoit dans un or
dre que nous admirions. Les
agneaux feparez d'un côté ,
les chevreaux d'un autre
&c... On voyoit là de grands
pots à conferver le lait , ici
des paniers de jonc , dans lef
quels il faifoit des fromages
& c....
Nous avions aporté du vin,
pr's chez les Ciconiens , & c..
Nous buvions de ce vin , &
mangions les fromages du Cyclope
, lors qu'il arriva .
2 Iij
100 MERCURE ,
Je fus effrayé en le voyant
C'étoit un vafte corps comme
corps.comme
celui d'une montagne ; il n'y
eut jamais un monftre plus
épouvantable : il portoit fur
fes épaules une charge de bois
fec ; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne , retentit fi fort , que
tous mes compagnons failis de
crainte , fe cacherent en dif
ferens endroits de cette terrible
demeure .
Il fait entrer toutes les brebis
; il ferme fa caverne , pouf
fant une roche fi haute & fi
forte , qu'il auroit été impoffible
de la mouvoir à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fon
II. PARTIE. 101
>
>
ménage , tantôt tirer le lait
de fes brebis , & ... Enfin il
allume fon feu , & comme
l'obfcurité qui nous avoit cachez
fut diffipée par cette
clarté , il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc , nous dit - il
d'un ton menaçant ? des Pirates
, qui pour piller & faire
perir les autres hommes , ne
craignez pas vous- même de
vous expofer fur la mer ?
Quoy des Marchands que
l'avarice fait paffer d'un bout
de l'Univers
à l'autre pour
s'enrichir , entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes- vous des
vagabons qui courez les mers
par
arla vaine curiofité d'apprendre
ce qui fe paffe chez
autruy...
2 1 iij
102 MERCURE ,
Je pris la parole , & luy dis
que nous étions de l'armée.
d'Agamemnon , que je le
priois de nous traiter avec
l'hofpitalité que Jupiter à
commandée , & de fe fouvenir:
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux ,
& que l'on doit craindre de
les offenfer.
Tu es bien temeraire , me
dit- il fierement , de venir de
fi loin me difcourir fur la
crainte & fur l'obeïffance
que tu dis que je dois aux
Dieux : apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux pour
n'avoir été nouris d'une che--
vre, ils ne s'eftiment: pas moins
heureux , je verray ce que je
II. PARTIE 103
dois faire de toy , je n'iray
points confulter l'Oracle là
deffus , c'est mon affaire de
fçavoir ce queje veux , & c...
lui parlai encor pour
cher de l'adoucir : mais dédaignant
de me répondre , il
nous regardoit avec fon oeil
terribles ( car les Cyclopes
n'en ont qu'un . ) Enfin il ſe
faifit tout d'un coup de deux
de mes compagnons , & aprés
des avoir élevez bien haut , il
les abbatit avec violence , &
leur écrafa la tête : il les met
bientôt en pieces , la terre eft
couverte de leur fang , il eft
enfanglanté lui- même : ce monftre
, ce cruel monftre les
mange , les devore : Jugez en
quel état nous étions ?
2 I iiij
104 MER.CURE ,
t
,
Aprés s'être raffafié de cer
te abominable maniere
but plufieurs cruches de lait ,
& s'étendit pour dormir au
milieu de fes troupeaux. Combien
de fois eus - je deffein de
plonger mon épée dans fon
corps ? & c....mais il auroit falu
perir dans cette caverne ;
car il étoit impoffible d'ôter
la pierre quila fermoit : il falloit
donc attendre ce que fa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il fe prépara un déjeuner
auffi funefte que que le repas du
foir précedent ; deux de mes
camarades furent dévorez de
même , aprés quoy il fit fortir
au pâturage fes troupeaux , &
་
II.
PARTIE. 105
nous laiffa enfermez dans la
caverne , en repouffant la pe
fante roche qui lui fervoit de
porte.
Je cherchois dans mon efprit
quelque moyen de punir
ce barbare , & de nous délivrery
avoit à l'entrée
de fa caverne une maffuë auffi
longue que le mats d'un navire
; nous en coupâmes de quoi
faire une autre maffuë , que
nous aiguifâmes pour execu- >
ter mon projet quand l'occafion
feroit venuë.
Le Cyclope rentra , & recommença
un autre repas auffi
funefte à deux autres de mes
Compagnons , que ceux que
je vous ay racontez ; je m'approchai
de lui portant en main
706 MERCURE ,
un vaſe de ce vin admirable
que nous avions. Buvez, lui
dis-je, peut- être mefçaurez- vous
gré du prefent que je vous offre ,
....Il prit la coupe , la but ,
& y ayant pris un extrême
plaifir , il voulut fçavoir mon
nom , & promit de metraiter
avec hofpitalité.
Je remplis fa coupe une autre
fois, il l'avale avec plaifir ,
il ne paroiffoit plus avoir cette
cruauté qui nous effrayoit,.
je careffois ce monſtre , & je
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles , il
revenoit toûjours à me demander
mon nom .
}
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommois Perfonne ; alors pour
II. PARTIE. 107
récompenfe de mes careffes
& de mon vin , il me dit :
Eh bien , Perfonne , tous tes
camarades pafferont devant
toy, je te referve pour être
le dernier que je mangeray
.
Il s'étendit à terre on me
prononçant ces terribles paroles
, le vin & le fommeil
l'accablerent..... & c'étoit
ce que j'attendois ; j'allay.
prendre ma Maffuë , j'allu
may la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres , nous approchons
du Cyclope , pendant que
quatre de mes compagnons.
enfoncent ce bois & ce feu
dans fon oeil , j'aidois à le
déraciner , & c. ….…….
Aprés l'avoir aveuglé de
108 MERCURE ,
cette maniere nous nous étions
retirez loin de luy , & nous
attendions quel feroit l'effet
de fa rage & de ſes cris . Un
grand nombre de Cyclopes ,
qui avoient entendu fes heurlemens
accoururent à fa
porte
, & luy demandoient : qui
eft - ce qui peut vous avoir, attaqué
dans votre Maiſon ?
Comme celui- cy s'étoit perfuadé
que je me nommois
Perfonne , il ne pouvoit leur
faire comprendre qu'il y avoir
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittė , ils entendoiết
qu'il n'avoit été bleffé de per
fonne.... ainfi par cet équi
voque les Cyclopes fe reti
rérent , en difant : c'eſt done
une affliction que Jupiter t'enII.
PARTIE. 109
voye , il faut plier fous les
coups de fa colere .... at
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes fe retiroient :
cependant celui -cy , outré de
rage , alloit de côté & d'autre
dans fa Caverne , étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aifé que de luy échapper ,
l'efpace étoit grand , & il ne
voyoit goutte , & c.......
Il prit enfin le party d'ou
vrir à demy fa Caverne , de
forte qu'il n'y avoit de place
que pour fortir trois ou quatre
enfemble , il crut qu'il nous
arrêteroit au paffage : il fe met
au milieu , qu'il occupoit
étendant les bras & les jambes
, & faifoit fortir fes Mou110
MERCURE ,
tons , qu'il tâtoit les uns aprés
les autres nous ne donnâmes
pas dans un piége fi groffier
; cependant il falloit fortir
ou perir ; je repaffois en
mon eſprit une infinité dè
ftratagêmes ; Enfin ayant
choifi neuf des plus forts Beliers
, je les attachay trois à
trois , je lay fous leur ventre
mes neuf compagnons reftez,
qui pafferent de cette forte
fans être reconnus , je tentay
le même hazard pour moy
il y avoit un Belier plus grand
que tous les autres , je me ca
che auffi fous fon ventre , le
Cyclope le reconnoît à l'épaiffeur
de fa laine , le caref
fe & le retient ; comment
difoit-il , tu n'es pas aujourII.
PARTIE. IN
. d'huy le premier au pâturage
2 tu es touché de l'affliction
de ton Maître , tu ne vois plus
cet oeil qui te conduifoit &
que tu connoiffois , un traître
me l'a arraché, tu me montrerois
ce traître fi tu pouvois
m'exprimer ta fidelité , fi jele
tenois ce fcelerat, &c..... Enfin
ce monftre occupé de fa
rage & de fa vengeance, laiffe
paffer le Belier que je tenois
embraffé par la laine de fon
col , & c'eft ainfi que nous
voyant tous en liberté , nous
refpirâmes avec plaifir.
J'ai choifi de bonne foi
pour oppofer aux contes
de Rabelais , un des meil
112 MERCURE ,
leurs de l'Odiffée ; car
mon but principal eft
d'orner mon paralelle , &
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poëfie excellente dans
les endroits même où il
manque de juſteſſe & de
bon fens.. quel mot m'eſt
échappé mais je me dédiray
quand on voudra ,
& à force de raifonnemens
d'interpretations , je
trouveray par tout du
bon fens n'en fût- il point.
On n'aura pas de peine
à en trouver beaucoup
&
?
dans
II. PARTIE.
-
113
*
#
dans les difcours que le
Cyclope tient à Ulyffe ;
le premier contient une
morale admirable . Qui
êtes- vous ? luy-dit- il , des
Pirates , & c. I joint dans
le fecond à une noble fierté
contre Jupiter , une
raillerie fine & delicate
Fenirai point confulter
Oracle , &c. Ce Cyclope
, ce monftre eft un
Aigle pour l'efprit : mais
tout à coup , avant même
que d'avoir bû , il devint
ftupide comme un boeuf,
il fe couche & s'endort
Août
1711 . 2 K
4 MERCURE
,
tranquillement
au milieu
de fes ennemis armez , a
prés avoir dévoré deux de
leurs compagnons
. Sub-
Ce Cyclope . eftablit
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoiffentoni ne
craignent point Jupiter ,.
ni les autres Dieux : & ces
mêmes Cyclopes un moment
aprés , trompezpar
Féquivoque & mauvaiſe
turlupinade du mot de
Perfonne , croyent pieufement
que les heurlemens
du monftre font une jufte
punition des Dieux , &
II.
PARTIE . 15
femblent même par une
credulité refpectueufe n'o.
fer entrer dans la caverne
du Cyclope , pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la diſſertation
dans ce paralelle
- cy
nous trouverons affez
d'autres occafions de cri
tique dans Homere , &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finiflons par un petit
conte de ce dernier.
2 Kij
116 MERCURE ,
.
LA FEMME
MUETE.
Dans un certain Pays
barbare & non police en
moeurs , y avoit aucuns
maris bourus , & à chef
mal tymbré , ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parifiens , dont
grande partie , ou tous
pour le moins , font merveilleufement
raiſonnans ,
& raisonnables ; auffi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni malefice entre
II. PARTIE . n7
maris & femmes .
Or en ce Pays -là , tant
different de celui- ci nôtre,
y avoit un mary fi pervers
d'entendement , qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant foy guerir de
cet ennuy , & elle de fa
mueterie , le bon & inconfideré
mary
voulut qu'-
elle parlât , & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetir lui inciferent
& biftouriſerent un
enciliglote adherāt au filet¸
118 MERCURE,
bref, elle recouvra fanté
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oyfi
veté paffée, elle parla tant,
tant & tant , que c'eftoit
benediction , fi ne
fi ne laiffa
pourtant le mary bouru
de fe laffer de fi plantheureufe
parlerie : il recourut
au Medecin , le priant &
conjurant , qu'autant il
avoit mis de fcience en oeu
vre , pour faire caqueter fa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin con
feffant que limité eft le fea
H. PARTIE . 119
voir medicinal ,lui dit qu'il
avoit bien pouvoir de faire
parler femme , mais que
faudroit art bien plus puiffant
pour la faire taire. Ce
nonobftant le mari fuplia ,
preffa , infifta , perſiſta , fi
que le fçavantiffime doc
teur découvrit en un coin
des regiſtres de fon cerveau
remede unique , &
fpecifique contre iceluy
interminable parlement
de femme , & ce remede.
c'eft furdité du mary. Qui
dà , fort bien , dit le mari
mais de ces deux maux
120 MERCURE,
voyons quel fera le pire, ou
entendre fa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout : Le cas eft fuſpenſif,
& pendant que ce mari
là - deffus en fufpens eftoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter
, par
provifion , fauf à confulter
par aprés.
Bref par certain charme
de fortilege medicinal
le pauvre mari fe trouva
fourd avant qu'il eût achevé
de déliberer s'il confentiroit
à furdité Ly voila
donc , & il s'y tient faute
de
II. PARTIE. 121
de mieux , & c'est comme
il
faudroit agir en operations
de medecine. Qu'arriva-
t-il écoutez & vous
le fçaurez .
Le Medecin à fin de be
fogne demandoit force
argent : mais c'eſt à
quoy
ce mary ne peut enten
dre;car il eft fourd comme
voyez , le Medecin pourtant
par beaux fignes &
geftes fignificatifs argent
demandoit & redem doit
juſqu'à s'irriter & colerier :
mais en pareil cas geftes
ne font entendus , à peine
Août
1711. 2 L
+
122 MERCURE ,
entent on paroles bien articulées
, ou écritures atteſtées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc fe vit contraint
de rendre l'oüie au fourd ,
afin qu'il entendît à payement
, & le mary de rire ,
entendant qu'il entendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
dés qu'il entendroit parler
fa femme. Or , de tout ceci
refulte conclufion
moralement morale , qui
dit , qu'en cas de maladie
II. PARTIE . 123
& de femmes épouſées ,
le mieux eft de fe tenir
comme on eft de peur de
pis.
Bouquet à Madame B ..
envoyé de Paris à la
Campagne.
FAcile tribut de ma vejne ,
Mes vers à L *** allez trouver
Climene
Dans ces Vallons fleuris , ces
détours & ces bois ,
Toujours ornez des jeux qu'y forme
l'Onde
•
Lieux faits pour oublier tout le
refte du monde ,
Elle penfe à moy quelquefois.
Allife au pied des cafcades
2 Lij
124 MERCURE
,
い
Peut-être en ce moment elle mêle
fes chants
Au bruit confus des Nayades :
Et c'est la que fes airs m'ont para
fi touchants.
Ne l'interrompez point, mes vers,
il faut attendre
Qu'elle ait ceffe de chanter :
Vous rifqueriez d'irriter
Des Dieux avides de l'entendre .
Prenez le temps , le lieu propre à
vous prefenter ,
Conduifez la dans l'Ifle * folitaire
,
Azyle que l'amour fit faire
Contre tout témoin indifcret.
Soyez-y comme amans reçus avec
myftere ,
Foüiffez-y d'un triomphe fecret.
Vous n'ètesfaits que pour elle ,
* Bofquer entouré d'eau.
II.
PARTIE. 125
Ne recherchez que fes yeux.
Vouloir paroiftre ingenieux
A quelqu'autre qu'à fa belle ,
C'est être prefque infidelle.
Tous les ans je dois luy donner
Une guirlande nouvelle :
Lavecplaifir j'irois lafaçoner !
Mais ou de l'Helicon les annales
font vaines
Ou les vers autrefois , par des
charmes vainqueurs
Déplaçoyent les ormeaux , faifoient
mouvoir les chènes ,
En coutera- t-ilplus de commander
aux fleurs ?
O mes vers , depoüillezces parterres
fertiles :
Que Climene s'approche & vous
tende la main
Elle verra les lis & les aillets
dociles,
a L iij
126 MERCURE ,
Courir , fe placerfurfonfein.
Les Airs de M. Marais font fi
gracieux & fi chantans ,
qu'on a choifi une Sarabande
du 3 ° Livre qu'il
donne au Public , pou y
ajoûter des paroles Bachiques
; on a cru inutile d'en
donner icy la Note : ſitôt
que les Livres de cet excellent
Auteur paroiffent
au jour , ils font bien -tôt
entre les mains de tout le
monde.
CHANSON
à boire.
AHque l'amour dans mon coeur
eft extrême ,
II. PARTIE. 127
C'est le difcours d'un amant langoureux
,
Parle autrement fi tu veux que
je t'aime
Charge Baccus de m'addreffer
tes veux
Fais - moy boire un coup ou deux ,
Peut êtretu feras heureux,
2. Couplet.
Ne parle plus de ton cruel martyre
,
Larmes ,foupirs , amourenfe langucur
M'affligent trop , je veux aimer
pour rire,
Le vin feulfera ton bonheur
Demande à cette liqueur ,
Quel eft le chemin de mon coeur ?
128 MERCURE ,
Le Livre de Monfieur Marais
ſe vend chez Ribou, Quay
des Auguſtins.
ENIGMES.
TANCREDI , FELICIANE ,
J'ay deviné les Yeux .
MARGOT LA TULIPE,
un aveugle y mordroit .
Les trois graces maigres.
Hola beaux yeux pencrace.
La poupée des bons enfans.
Roque-taillade.
Oculi chaffiacirubicondi .
Envoy , fur l'Air Belle &
charmante brune pour qui
je meurs.
SI
doux de leur
nature ,
Si
gracieux ;
II.
PARTIE. 129
Eft- il Enigme obfcure
Qui trompe mieux ;
Ils m'ont trompé , Filis , ce
font vos yeux.
Point de queftions pour ce
mois cy , ni d'autres
menuailles
mercuriales , j'en fuis fâché
pour ceux qui les aiment,
& je feray fâché pour ceux
qui les méprifent
, fi l'on m'en
envoye beaucoup le mois prochain
.
ENIGME.
L'autre jour un Berger
charmant
#30 MERCURE ,
Auprés d'un bois me vit
couchée ,
Il s'approcha de moy ,
bien-tôt j'en fus
touchée ;
Expliquez ce mot (agement
,
Car icy ma vertu nefut
point offensée ,
Au contraire elle fut
d'autant plus augmentée
,
Qu'il me preßa plus fortement
,
Comment s'y prit ce tenII.
PARTIE . 131
dre
amant
Il avoit une voix forte ,
douce & flexible,
D'abordfans m'ébranler
il chanta fon amour ,
Mais enfin ilfit tant que
j'y parus fenfible.
Il m'entendit chanter
tendrement à mon tour,
Déja d'accordtous deux,
o! cruelle avanture ,
Je ne fçay quel démon ,
contraire à fon defir ,
Rompit des noeuds : belas!
aprés cette rupture ,
132 MERCURE ,
Adun tendreffe , adieu
plaifir.
MERCURE
DE
LA
III PARTI
REQUE
PIECES FUGITIVE
LYON
PIECES QUI ONT
remporté les Prix du Poëme
& de l'Idille par le Jugement
de l'Academie des Jeux Floraux
, en l'année 1711. par
M. l'Abbé ASSELIN .
POEME
SUR LA
GRACE,
A
MONSEIGNEUR
LE
き
A
DAUPHIN.
Estt--ce une Loi du Ciel
de nos forfaits, vangeur
Août
1711. 3 A
2 MERCURE
, -
Que l'Homme ignore ici
le repos & la paix ?
Miferable jouet de fon
defordre extrême ,
Contre lui chaque jour il
s'irrite lui-même :
S'il combat fon penchant,
quels penibles efforts :
S'il ofe lui ceder , quels
effrayans remors :
A ces maux condamné
même avant que de
naître ,
Il commence à fouffrir dés
qu'il peut fe connoître.
Faut-il que malgré lui ,
coupable infortuné ,
III. PARTIE.
3
Il expie en vivant le crime
d'être né !
Helas ! lorfqu'il fe perd
dans les routes du vice ,
Tremblant , il fent qu'il
xmarche au bord du
précipice :
Pour raffurer fon coeur ,
n'a -t- il point de fecours ?
O raifon , de fes maux
viens terminer le cours.
Mais quoi ! loin de calmer
la frayeur qui le
trouble ,
Son defefpoir s'aigrit , &
fa crainte redouble ,
Lorfqu'à fes triftes yeux
3 A ij
4 MERCURË ,
que tu viens éclairer
Tu montres des périls
qu'il voudroit ignorer .
Ainfi quand fur les Mers
où fondent
les nuages
,
Luttent contre les Eaux
les Vents & les Orages
,
Que les flots à grand bruit
s'élancent
dans les Airs ,
Et du poids de leur chûte
ébranlent
les Enfers ;
Si dans le Ciel obſcur , où
tout fuit à fa vûë.
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nue ;
Ce feu , qui fend la nuit
fur les flors en fureur
III. PARTIE.
S
ན་
Eclairant le péril , en augmente
l'horreur
.
Quoi
? tel que ce Nocher
qui voifin
du naufrage
,
Aprés
de vains efforts
s'abandonne
à
l'orage ,
Faut-il que l'Homme
foible
, & las de reſiſter
,
S'abandonne
aux
périls
qu'il ne peut éviter
?
Grand
DIEU , pour fon
falut ta main eſt toûjours
prête ,
•
Tu fais trouver le calme
au ſein de la tempête :
Heureux , qui de Toi feul
attend tout fon fecours !
3 A iij
6. MERCURE ,
L'innocence & la paix ac
compagnent les jours .
Exempt des foins cruels
dont l'impie eft la
proye ,
Rien ne fçauroit tarir la
fource de fa joye ;
Son coeur ne forme point
d'inutiles defirs ,
a
Et jamais le remords ne
corrompt fes plaifirs .
Un refte du penchant qui
l'attache à la Terre ,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre :
Mais fans chercher ici des
jours pleins & contens ,
III. PARTIE.
7
Comme un point inſenſible
il regarde le tems .
Affuré du repos que fon
exil differe ,
Son coeur joüit déja du
bonheur qu'il efpere ,
Et loin de fuir l'inftant
qui doit finir les jours ,
De l'avenir trop lent fes
voeux hâtent le cours .
Douce & charmante paix
qu'infpire l'innocence ,
Des travaux les plus longs
trop chere recompenfe ,
A l'Homme impatient
coûtez-vous tant d'ef
forts ?
; A iij
3 MERCURE ,
Peut -il à vos douceurs
préferer fes remords ?
Mais de mon coeur , dit- il,
je ne fuis point le
maître :
Dans ce coeur
corrompu
la Vertu ne peut naître :
C'eſt un champ inutile en
fon aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidité.
Vaine excufe ! attend tout
de ce champ fi fterile ;
Le Ciel y verfe encor une
grace
fertile.
Lorfqu'un Soleil ardent a
brûlé les
côteaux ,
III. PARTIE.
9'
A feché les moiſſons ,
fait tarir les eaux ;
a
Si dans l'aride foif de la
Terre embrasée ,
J
Le Ciel répand fur elle
une tendre rofée ,
On voit en même temps,
où tout fembloit :
mourir ,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir ,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure ,
Et partout dans les chaps
renaître la Nature.
Ainfi fe répandant fur un
coeur deffeché ,
10
MERCURE
,
La Grace éteint les feux
qu'y
porta le peché :
Et dans ce champ fécond
fa divine influence.
Fait germer les Vertus &
fleurir l'innocence.
Par cet heureux fecours
qu'il accorde aux
Humains
,
Mortel , le Ciel a mis ton
Salut dans tes mains.
Mais , ô funefte effet d'une
indigne moleſſe !
En vain pour ton bonheur
fa bonté l'intereffe :
A ta foibleffe en vain il
prête fon appui ;
III. PARTIE.
Quand il fait tout pour
toi , tu ne fais rien
pour lui,
Que fervent les remors de
ton Ame infidelle ?
Rien ne sçauroit fléchir
ta volonté rebelle.
Si par la verité confondu
quelquefois ,
Tu rentres dans la route
.
où t'appelle ſa voix ,
Là , quoique détrompé
du monde & de fa
gloire ,
L'objet qui t'a féduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir auftere
IZ MERCURE ,
& l'amour des plaifirs
Ton coeur flotte incertain
de fes propres
defirs.
Facile à ton penchant ,
fidele à la Juſtice,
Tu voudrois allier l'innocence
& le vice ,
Er toûjours partagé dans
tes voeux impuiffans ,
Contenter à la fois ta raifon
& tes fens.
Vainement , aveuglé par
l'erreur qui t'abuſe ,
Tu crois fur ta foibleffe
appuyer
ton excuſe
.
Tu fens tes paffions , qui
III. PARTIE. 15
t'entraînent toûjours ;
Mais te fens- tu forcé de
ceder à leur cours ?
Quel que foit le pouvoir
d'une pente fi forte ,
Refifte , & tu vaincras le
penchant qui t'emporte.
Au fein des paffions ,
l'Homme voluptueux
Eft un nageur que porte
un fleuve impetueux :
S'il oppofe au courant fa
force & fon courage ,
Malgré l'effort des eaux ,
il aborde au rivage ;
A fes bras languiffans s'il
le repos ,
permet
14 MERCURE ,
Il cede au cours de l'onde ,
centraîné par les flots.
En faveur de mon Zele excufe
mon audace ,!
PRINCE , à tes yeux
ma plume ofe peindre
la Grace.
Heureux ! fi , te traçant fes
mouvemens divers ,
Tels qu'ils font dans ton
coeur , tu les fens dans
mes Vers.
III. PARTIE. IS
LA MORT
DE PALE'MON ,
I DILL EV
TIRSIS , LI CIDAS.
D
LICIDAS.
Ans ces Valons
fleuris , fous de
fombres feuillages ,!
Tout preſente à nos yeux
de riantes images
:
Affis fur le gazon au pied
de ces côteaux ,
16 MERCURE ,
·
Nous entendons , Tirfis ,
le doux bruit des
ruiffeaux.
Jamais plus vivement de
l'Aurore naiffante
Ne brilla dans les eaux la
lumiere tremblante ;
Flore fur leur paffage étade
les tréfors ,
La fraîcheur des Zéphirs
fe répand fur leurs bords .
Mais quoy ?dans ces beaux
lieux , où chacun fous
les Hêtres
Vient goûter des plaiſirs
innocens & champêtres,
Του
III. PARTIE. 17
Toûjours feul , toûjours
plein du trouble où
je te voy ,
Tout paroît à tes yeux
auffi trifte que toy.
Faut-il qu'un noir chagrin
t'arrache à tant
de charmes ?
Les Dieux ne rendront
point Palémon à tes
larmes.
Epargne , cher Tirfis , des
regrets fuperflus ,
Et ceffe enfin de plaindre
un Berger qui n'eſt
plus.
Août 1711. 3 B
18 MERCURE ,
TIRSIS.
Permets un libre cours à
ma douleur extrême ;
Du fort de Palémon je ne
plains que moy-même :
De mes juftes regrets tu
demeures furpris ,
Du bien que j'ai perdu
connoiffois- tu le prix ?
LICIDAS.
Palemon eut pour toy l'a
mitié la plus tendre ;
Je fçai , pour te former ,
III.
PARTIE . 19
les foins qu'il voulut
prendre :
A toy feul , quel Berger
n'en parut point jaloux ?
toy feul il fit part de fes
chants les plus doux.
A
TIRSIS.
Ila plus fait pour moy , tu
l'as vû fans envie ,
C'eſt à lui que je dois le
calme de ma vie :
A de trop doux tranfports
m'arrachant fans retour
,
C'est lui qui m'a fauvé
3 Bij
20 MERCURE ,
t
des écueils de l'amour.
Efclave d'un penchant qui
ne peut que nous nuire ,
Helas ! à quelle erreur me
laiffois -je féduire ?
Je croyois , prévenu par
de tendres defirs ,
Qu'en vivant fans amour
on vivoit fans plaiſirs :
Un coeur , qui n'aimoit
point , me fembloit
inutile.
Mais enfin j'ai connu le
prix d'un fort tranquile
;
Et dégage des fers qui
m'avoient arrêté ,
III. PARTIE . 21
Au rang des plus grands
biens j'ai mis ma liberté.
LICIDA S.
Par quel charme fecret ,
Palémon dans ton
ame ,
S
Tirfis , a- t-il éteint une
innocente flâme ?
Lui-même toûjours prêt
d'applaudir à tes feux ,
T'en parloit comme eût
fait un Berger
amoureux.
TIRSIS.
Palémon dans les noeuds
22 MERCURE ,
de la plus douce
Chaîne
Vit à regret Tirfis retenu
par Ifmene :
Mais comment dégager
un captiffi content ?
Des caprices d'Ifmene il
attendoit l'inftant .
Cependant
dans mon
coeur , qu'abuſoit l'efperance
,
Ses difcours par degrez
portoient l'indifference.
Heureux, me difoit- il, qui
fage en fes plaifirs
Dans fa feule raifon a pui
fé fes defirs.
III.
PARTIE. 23
Il goûte dans la paix , que
l'innocence infpire ,
Un
bonheur auffi pur que
le jour qu'il refpire :
Indépendant
de tout , fans
foins & fans ennui ,
C'eft affez qu'en fecret il
foit content de lui :
Il trouve tous les biens
dans la vertu qu'il
aime ,
Et vivant pour lui feul , ſe.
fuffit à lui- même. a
LICIDAS.
Inftruit par les confeils
24 MERCURE ,
d'un fi fage Berger ,
Quel coeur eût pû , Tirfis ,
ne fe pas dégager ?
Avec lui la vertu n'avoit
rien de fauvage :
De nos plus doux plaifirs
il permettoit l'ufage.
Lui - même aimoit nos
jeux. Avec toy dans
nos bois
Souvent à nos concerts il
a mêlé fa voix .
Quelle voix chantoit
mieux Ariane
abuſée ,
Atteftant les fermens du
parjure Thefée ?
Je
III. PARTIE. 25
Je crois l'entendre encor.
Les amoureux Zéphirs
Dans les Forêts alors retenoient
leurs foupirs :
De leur Palais humide , à
fes chants attentives ,
Les Nayades en foule accouroient
fur les rives :
Les flors qu'il fufpendoit
craignoient de s'agiter ;
Les Echos écoutoient &
n'ofoient répéter.
TIRSIS.
Si-tôt que dans ces lieux ,
au retour de l'Aurore ,
Дойг 1711 . 3 C
26 MERCURE ,
Tous les Prez deployoient
les richeffes de Flore ,
Au fond des bois obfcurs ,
azile du repos ,
Nous allions par nos
chants réveiller les >
Echos.
Là , tandis qu'à leur gré,
fur le bord des fontaines
,
Les Zephirs agitoient les
ombres incertaines ,
Tandis que les Oifeaux
animoient leurs
concerts ,
Que les fleurs exhaloient
leurs parfums dans
les airs ,
III.
PARTIE . 27
Couchez prés du criſtal
d'une onde vive &
pure ,
Nous n'étions jamais las
d'admirer la Nature.49
Momens , que m'offre encor
un tendre fouvenir,
Eftes-vous écoulez pour
ne plus revenir.
LICIDAS .
D'un Berger fi cheri fi les
Dieux te féparent ,
Oublie un trifte fort quand
les Dieux le réparent.
Dans ces lieux , qu'ont
3 Cij
F
28 MERCURE ,
charmé les chants de
Palémon ,
Succede à ce Berger l'aimacle
Philémon :
Philémon , qu'en fes Vers
Apollon même inſpire ,
A qui ce Dieu fouvent a
confié fa Lyre.
Ses accens font pour moy
ce qu'eft für les
côteaux
Pour un Berger rêveur le
murmure
des eaux :
Ou pour un Voyageur
échauffé dans fa courfe
Un ruiffeau pur & frais
qui jaillit de fa fource.
III. PARTIE . 寺
29
TIRSIS.
Je connois Philémon , fi
vanté dans nos bois ,
Et je fçai ce qu'ont pû les
charmes de fa voix :
Ce Berger , que guidoit
une charmante Fée ,
Defcendit aux Enfers fur
les traces d'Orphée . *
Heureux ! s'il m'apprenoit
par quels charmans
accords
Sa voix fe fit entendre aux
rivages des Morts.
* La Defcente aux Enfers , Ode de M, de
La Motte.
3 Ciij
3.0 MERCURE
,
Palémon , en dépit de la -
Parque févére ,
Je
fléchirois Charon , j'enchanterois
Cerbére :
Et j'irois , des Deftins for
çant la dure Loi ,
Te rendre la lumiere , óu
la perdre avec Toi.
III PARTIE.
31
LE DON
DE LA NAYADE ,
PIECE NOUVELLE .
B
Radamante
d'Aimon
fille
Fut vaillante & pleine de
charmes ;
Sa beauté , fon adreſſe aux
armes >
Lui donnerent un grand
renom .
L'hiftoire fit jadis recit de
Les proüeffes :
3 C iiij
32 MERCURE ,
Elle occit des Géans , conquit
des Fortereffes ;
Défit l'Oft des payens , fit
mille autres exploits.
L'Auteur debite toutefois
Une Avanture dont la
belle ,
Malgré fon extreme valeur
.
Ne
put
fortir à fon honneur
;
Lemoindre Chevalier s'en
fut
mieux tiré
qu'elle .
Il falloit , & j'euffe voulu
Que le cas eut été conté
par la Fontaine
:
S'il s'en étoit donné la
peine ,
ILI. PARTIE. 33
Le conte en auroit mieux
·
.valu.
Mais fans uſer d'un plus
ample prélude ,
Venons à nôtre hiftoire .
Au fond d'un bois épais
Bradamante un beau jour
vint pour prendre le frais,
pour chercher la foli-
Ou
tude.
Lobfcurité du lieu l'invi
tant au repos ,
Elle ôta fon armet , s'affit
fur l'herbe tendre ,
Et ne put long- temps ſe
défendre
Des charmes de Morphée.
Or il eft à propos
34 MERCURE
,
Qu'on
fache
que
Marcile ,
le
Roy
Dans un château non loin
de cet endroit ,
Avoit une fille nubile ,
Qui Fleur- d'efpine ſe nommoit.
En chaffant ce jour- là , de
hazard elle paffe
Auprés du fauvage réduit ,
Où la Guerriere fe délaffe.
L'Infante fans fuite & fans
bruit
Aproche , & voit la riche
armure .
N'agueres certaine bleſfure
,
III. PARTIE.
35
Que fur le chef Bradamante
reçut ,
L'obligea de couper fa
longue chevelure.
C'est justement ce qui
deçut
Nôtre imprudente chaffereffe
.
Elle admire fes traits , fa
grace , fa jeuneffe ,
Sa taille , fon air fier , même
au fein du repos :
Ah ! que mon fort ſeroit
digne d'envie ,
Si je plaifois , dit- elle , à ce
jeune Heros.
Mais fans vouloir ici faire
36 MERCURE ,
la renchérie ,
Ni la prude mal-à-propos,
Eveillons - le ; voyons ce
que le fort m'apprête.
Elle l'éveille : en un inftant
Les yeux de Bradamante
achevent fa conquête.
Je ne puis refifter au juſte
empreffement
De vous entretenir : c'eſt
trop de hardieffe ;
Mais , Seigneur , excuſez
une jeune Princeffe
Dont. l'Amour vous rend
le Vainqueur
.
Oui , mon beau Chevalier,
malgré moy je vous aime,
III. PARTIE.
37
Et je ne fçai quelle force
fuprême
Yous a fi- tôt rendu le
maître de mon coeur.
C'eſt l'effet de la ſympathie.
Fille qui refifte trop peu ,
Ou qui fe rendfans qu'on
Met
la
prie ,
ordinairement
la fympathie
en jeu.
L'Amour me fait paſſer les
bornes ordinaires :
Mais quoy ? c'eſt le deſtin
de celles de mon rang ,
De fe déclarer les premieres
:
38 MERCURE ,
D'ailleurs vous êtes trop
charmant ,
Pour qu'un coeur avec
vous samuſe aux bienféances
:
Les plus feveres d'entre
nous
Ne balanceroient point à
faire des avances ,
Si tous lesCavaliers étoient
faits comme vous.
A'ce difcours Bradamante
replique :
Les Dames , je crois , rarement
Leur donneroient de la
pratique
III.
PARTIE. 39
S'ils n'étoient
pas
trement.
faits
au-
Treve de modeftie , interrompit
l'Infante !
Ne perdons point en vains
difcours
Un temps qui nous eſt
cher , & qu'on n'a pas
toûjours.
La Scene étoit affez plaifante
Pour la faire durer : Bradamante
pourtant
Ne voulut pas
pouffer la
feinte plus avant ;
Soit crainte de nourrir de
folles
efperances ,
40 MERCURE ,
Qui ne pouvoient finir
trop tôt ;
Ou de paffer pour un nigaut
,
Negligeant de telles avances
.
Elle declara donc & fon
fexe & fon nom
Pour arrefter l'effet de l'amoureux
poiſon.
Quelle furpriſe pour l'Infante
,
Quelle douleur ! Elle fai
foit pitié.
Enfin ne pouvant être amante
,
Elle prend le parti d'une
tenFII.
PARTIE.
tendre amitié ,
Venez vous repoſer , dit .
elle à la guerriere ,
Dans un Château voiſin
que tient le Roy mon
pere ;
On fera de fon mieux pour
vous y regaler ,
Auffi bien eft- il tard , où
pourriez - vous aller ?
Vous ne rencontrerez aucune
hôtellerie.
Aux offres qu'elle fait Bradamante
fe rend
Par complaiſance ſeulement
;
Août
1711 . ; D
42 MERCURE,
Et toutes deux de compagnie
,
Aprés avoir rejoint les
chiens & les chaffeurs ,
S'en vont droit au Château.
Là prés des connoiffeurs
,
Bradamante parut une
beauté divine.
La prévoyante Fleur- d’eſpine
Avoit eu foin de mettre
en arrivant
Sa compagne en habit
décent
Précaution affez utile ;
Les gens étant là , comme
III. PARTIE. 43
Sailleurs ,
Fort médifans & grands
glofeurs.
Quand on eft fage au
fonds , c'eft le plus difficile
,
Il ne faut à credit donner
prife aux cenfeurs .
Que fur ce point chacun à
cfa mode raifonne ;
Le fcandale à mon fens eft
le plus grand péché :
J'aimerois mieux encor un
yice bien caché
Qu'une vertu que l'on
foupçonne
L'auteur ne conte point fi
3 D ij
44 MERCURE ,
la chere fut bonne ,
Cela fe préfuppofe
; ainfi
je n'en dis rien .
Le fouper fait, aprés quel
que entretien ,
On fe coucha. La belle
Hôteffe
Donna belle chambre &
bon lit
A
Bradamante , qui dor.
mit
Juſqu'au matin tout d'une
piece.
L'autre repofa peu ; l'Amour
l'en empêcha :
Elle fe plaignit , foûpira .
La nuit s'étant ainfi paffée,
III. PARTIE. 4
Aprés mille tendres a
dieux ,
Bradamante partit , non
fans être preffée
De s'arrêter encor quel
que temps dans ces
lieux.
Elle fe rend en
diligence
A Montauban , où le bon
Duc Aymon
L'attendoit plein d'impatience.
Nôtre vieillard en fa maifon
Soupoit en l'attendant
il fe leve
braffe ,
il l'em46
MERCURE ,
A fes côtez galamment
vous la place :
Mais aprés le repas il lui
fait un Sermon.
Pour s'excufer , l'adroite
Paladine
De fes exploits guerriers
ayant fait le recit ,
La rencontre de Fleurd'efpine
Vint à fon tour : Dieu ſçait
comme on en rit !
L'hiſtoire en parut excellente
;
Et tant qu'elle dura pas
un ne s'endormit.
Certain cadet de Brada,
· mante
III. PARTIE. 47
Refolut à part-foy d'en
faire fon profit.
Les cadets de ces lieux
ont toûjours de l'efprit .
Celui - ci connoiffoit l'Infante
A Saragoffe il l'avoit vûë
un jour ,
Et pour elle déflors il eût
parlé d'amour ,
S'il eût crû reüffir en fi
haute entrepriſe :
Mais il furmonta fon
penchant ,
N'étant pas homme à
faire la fottife ,
D'aimer pour aimer feulement.
48 MERCURE ,
Je laiffe à penfer file Sire ,
De l'humeur que je viens
de dire ,
N'ayant encore barbe au
menton',
Rioit ſous cape : en voicy
la raifon.
Richardet , c'eft le nom
qu'avoit le bon Apôtre,
Reffembloit à fa foeur :mais
fi parfaitement ,
Que le bon-homme Aymon
ſouvent
Luy-même s'y trompoit ,
& prenoit l'un pour
l'autre.
Sur ce pied- là le drôle crut
Qu'il
III.
PARTIE. 49
Qu'il viendroit fans peine
à fon but ,
Au moyen de la reffemblance
.
Plein de cette douce ef
perance
Le Galant dés la même
nuit ,
"
Pendant que fa foeur dort ,
que tout cft en filence
Lui vole armes , cheval ,
& tout ce qui s'enfuit.
Equipé de la forte il s'en
va fans
trompette : T
Il fe rend chez l'Infante
avant la fin du jour.
C'eut été pour tout autre
Août 1711 . 3 E
so MERCURE ,
une trop longue traite
Mais que
que ne fait- on point
animé par l'amour
Les parens à l'afpect de la
feinte pucellent !!
Donnent dans le paneau
fans fe douter du tour.
Heureux qui peut de ſon
retour
su
Porter la premiere nou-
Isveddoo velle !
t
Tant on eft fûr par là de
bien faire fa Cour.
Je ne dirai point les tenali
dreffes
, dreffes a
lif
Embraffades , bailers , ca-
50s
relles
६ AITI HO
III PARTIE. SI
Que l'Infante lui fit dans
fa reception ;
Suffit qu'on ne fçauroit en
faire davantage .
Mais quoique le Galant
dans cette occafion
S'écartât de fon perſonnage
L'Infante jufqu'au bout fut
dans la bonne foy,
Puis quand elle eût fçü
tout; étoit- ce là dequoy
Lui faire plus mauvais vifage
?
On defarma le Pelerin ;
Point d'Ecuyers , l'Infante
iden en fit l'office ,
3 E ij
52 MERCURE ,
N'ayant voulu que ce
fervice
Lui fut rendu d'une autre
main.
On lui mit juppes & cornettes
Mouchoirs , rubans , enfin
tout l'attirail galant
Dent aujourd'huy fe fervent
nos Coquettes ,
Il n'y manquoit que du
rouge & du blanc ;
On le laiffoit en ce temps
aux Grifettes.
Le fouper fut fervi ; mais
durant
le repas
Richarder , dont l'habit
III. PARTIE. $3
relevoit les appas
Fit plus d'une jalouſe , &
plus d'une infidelle.
Cependant la fauffe Donchbeh
zelle
Affecte certain air honmokos
meteux ,
Certaine pudeur virgina-
-2000 9134le
Vous euffiez dit une Veftale
,
mord
Si bien fçait gouverner &
fon gefte & fes yeux.
Enfin l'heure tant defirée
Arriva pour nôtre galant :
Tête à tête avec luy l'Infante
étoit reftée ,
2 E iij
54 MERCURE
ر ه
La voyant confufe , affligée
,
Il luy parla : Voicy com-
Plus
ment :
que vous je fus defolée
,
Luy dit- elle , le jour qu'en
méloignant de vous
Je meritay vôtre courroux
:
Mais loin de foulager nôtre
commun martire ,
Un plus long féjour en
ces lieux
Eut rendu le mal: encor
pires
pand 3307
Ainfi je vous
quittay , ne
III. PARTIE 557
pouvant faire mieux . {
Je plaignois la rigueur de
nôtre deſtinée ,
Lors qu'un peu loin de
mon chemin ,
J'entens comme la voix
d'une Femme effrayée.
J'y cours ; au bord d'un
Lac j'apperçois un
Silvain ,
Qui perdant tout refpect
pourſuivoit une Dame :
Je vole , l'épée à la main ,
Et d'un revers que je dom
ne à l'infame
Je le mets hors d'état d'ac
complir fon deffein :
36 MERCURE ,
La Dame échappa donc :
Chevalier , me dit - elle ,
Il ne fera pas dit que vous
cbm'aurez en vain I
Donné fecours Scachez
que je fuis immortelle.
J'habite fous ces eaux , &
j'ay plus de pouvoir
Que routes les Nymphes
enfemble
;
Vous pouvez demander
tout ce que bon vous
femble
Sans crainte de refus . Parlez
; vous allez voir ,
Si ma jufte reconnoiſſance
,
III. PARTIE. ST
Pour mon liberateur fera
bien fon devoir
Je n'exigeay de fa puif
fance
Ni Sceptre , ni Trefors ,
voulant un plus grand
bien
,
Je ne luy demanday pour
toute récompenfe ,
Que de vouloir changer
vôtre fexe ou le
mien.
A peine avois-je expoféma
Requête ,
Que la Deeffe l'accorda ,
Dans le Lac elle me plongea
58 MERCURE ,
Depuis les pieds juſqu'à
la tête .
Admirez de ces eaux lef
fet prodigieux ;
En homme au même inftant
je me vois tranf
formée ,
Jugez combien je fus
charmée ,
Difons
charmé pour par
ler mieux.
A ce mot d'abord l'Infante
fut fâchée ,
Croyant que d'elle on fe
mocquoit ,
Et plus Bradamante affirmoit
,
III. PARTIE.
59
Et moins l'autre la vouloit
croire ,
Celle- ci proteftoit , juroit.
Jurer n'eft pas
prouver ,
finiffons là l'hiſtoire ,
Mais je pourrois
pourtant
la compter
juſqu'au
bout
Oui , tout peut être écrit
par une plume fage ,
Tout avoit en cecy , pour
but le mariage
:
Et mariage couvre tout.
T
OTHEAVE
DE
LA
VILLE
MERCURE
GALAN T.
IV. PARTIE.
Nouvelles d'Espagne.
椒
Lettre de Saragoffe du 12
Fuiller.
Le Roy, la Reine & le
Princefont toujours à Corella ,
&l'on affure qu'ilsy resteront
jufqués aprés les grandes cha-
Aouft 1711.
4. A
2 MERCURE
leurs , qu'ils retourneront
Madrid.
On a transporté ici cent
mille mesures de bled & de
farine qui étoient en reſerve à
Zafaglia dans la Navarre , on
va les conduire à Lerida. On a
auffi fait transporter à Pampelune
les Armes & les Munitions
qu'on a apportées de
France.
B
44
Monfieur le Comte de
Muret qui commande les Troupes
Françoifes qui ont passé
en Espagne a attaqué un Corps
de Troupes des ennemis qui
s'eftoit retranché fur la Segre ,
7
IV . PARIE. 3
les à forcez dans leurs retranchements
, en afait cinq cens
prifonniers , en a tué un grand
nombre , pris tous leurs
Bagages.
Un Party de Miquelets
s'eftantjoint à un grand
nombre
de Volontaires marcherent
à Mongon , où le Regiment
de Chaftillon Cavalerie
eftoit en quartier , à deffein de
le furprendre de l'enlever ;
mais les Officiers de ce Regiment
en ayant eu avis fe preparerent
à les combattre. Ils
les reçurent avec une fi bonne
contenance qu'ils les rompirent
4. Aij
4 MERCURE
firent en tuerent beaucoup ,
quatre- vingt prifonniers dont
plufieurs furent auffi - teft
pendus.
D'autres Lettres portent
que le Regiment
d'Infan
terie de Monfieur
de Vendofme
citoit compler , qu'il
cftoir composé
de fix cens
hommes tous vieux Soldats.
Deferreurs
; qu'il en avoit
envoyé trois cens à Huefca
où commande
Mr le Marquis
de Villa Alegré avec
fon Regiment
de Cavalerie ;
furnommé de la Mort , que
IV PARIE.
à
ce Marquis avoit depuis,
défait plufieurs Troupes
de Miquelets au Volontai
res dans le Royaume d'Arragon
, & entr'autres une
de cent Cavaliers & de cent
cinquante Fantaffins ,
Santa - Olalla , qu'il avait
enfuite fait piller & bruler
pour punir les Habitans de
leur avoir donné retraite ;
que Don Feliciano de Bra
camonte avoir furpris le
refte de cette Troupe prês
de Quifona , qu'il en avoit
rué cinquante & pris dixbuit
qu'il fit pendre.
Aiij 4.
MERCURE
EXTRAIT
d'une
autre. Lettre
de
Sarragofle
du 24. Juiller.
me
Monfieur de Vendofm
ayant efté informé qu'un Corps
de Rebelles de Catalans &
autres refugiez à Barcelone ,
devoit s'y embarquer pour aller
faire une defcente dans le
Royaume de Valence afin de
tâcher d'y exciter une revolte ,
il depefcha un Courier à Don
Francifco Gaetano Lieutenant
General qui y conmmande
pour l'avertir de fe tenir fur
IV . PAR IE.
fes gardes. Ces rebelles s’attendoient
que dés qu'ils paroitroient
; ils feroient joints
par plus de cing cens Bandits
avec lesquels ils avoient eu
correſpondance ; mais ils ne
fçavoient
pas qu'ils avoient
déja efté prefque tous tuez , ou
pendus , en forte qu'ils furent
tres - furpris lors qu'ayant debarqué
à l'embouchure
du
Xucar
, au lieu d'y eftre joints
•par d'autres
Rebelles
, ils furent
inveftis
par des fujers fidelles
,
de maniere
qu'ils furent
tous
tuez on pris.Trois freres
de la
Maifon
Ibañez
fefont diftin
4.
A iiij
MERCURE
guez dans cette action ainfi
qu'ils avoient déja fait en
plufieurs autres. Ils promettent
de maintenir le Royaume en
paix avce, les troupes qui y
font , le Regiment qu'ils
levent.
3
• Les Troupes de Catalogne
occupent toujours les mefmes
poftes . On a conftruit desfours
à Puel- Pech afin de pouvoir
leur fournir plus promptement.
lepain.
On a eu la confirmation des
troubles qui font à Barcelone ,
où l'Archiduc a fait rentrer
deux Regiments Allemans.
C# A
IV. PARIE.
pourfa feuroté.
Il y a des Lettres de Salamanque
qui portent que
quelques détachements de
1 Armée d'Eftramadure s'étoient
emparez de Montenaro
& de deux autres Châ
reaux prés de Bragance ou
on a trouvé beaucoup
d'armes & de munitions de
guerre & de bouche ; que
la plus grande partie de la
Cavalerie Portugaife eftoit
dans la Province de Beyra
qui eft un Pays plus frais
que les autres ; & que Mr le
Marquis de Bay faifoit .
10 MERCURE
cantonner fes Troupes par
tie dans l'Eftramadure &
partie dans la vieille Caftille.
Lettre de Corella du 24 .
Juiller.
Les Miquelets ou Volon
taires quifaifoient des courfes
jufques à cinq ou fix lieues
d'icy , ont enfin efté contraints
d'abandonner la Plaine & de
fe retirer dans les Monta
gnes , le Regiment de Courtebonne
en a furpris un Corps
qui s'étoit joint à deux cens
hommes de Troupes reglées
&
IV . PARTIE. If
dans la ville d'Arens , & qui
étoient commandez par le General
Shovel. Il y en a eu un
grand nombre de tuez & de
prisce General s'eftfauvé
dans le Chafteau avec environ
quatre- vingt hommes ; on les a
invefti , Monfieur le Marquis
d'Arpajon eftparti de Balaguer
avec un Corps de Troupes
Françoifes pour faire le fiége
de ce Chasteau , celles qui font
venues du Lampourdan font
en quartier entre les deux
Noguera & la Cinca , excepté
deux Bataillons qu'on a ens
voyez à Cervera pour renfor
12 MERCURE
cer le Corps que Monfieur
le Marquis de Valdecañas y
commande. Les ennemis ont
que
poſté un pelit Corps au col de
Monblanc & un autre au col
de Balaguer , à moitié chemin
de Tortofe à Farragonne. On
aeu nouvelle de Barcelone
les troubles qui y regnent ont
efté caufez par un Livre qui
eft contraire aux Loix & aux
Priviléges du Pays , &que les
peuples demandent
theurfait puni feverement, le
bruit court qu'il y eft arrivé
ordre d'Angleterre d'executerle
maité que Monfieur de Vendô
que
l'AuIV.
PARTIE.
13
me avoit arreſté pour l'échangé
des prifonniers , que le General
Staremberg n'avoitpas veulu
ratifier. Le Roy , la Reine
le Prince font en parfaite
fanté, Monfieur de Bergberk
eft arrivé icy , ila efté tres
bien reçu de leurs Majeftez.
Le Roy a donné le Gouverne→
ment de la Province de Guipufcoa
à Don Auguftin de
Robles cy- devant Gouverneur
de Cadiz.
Il y a des Lettres de Sarragoffe
qui portent que Mon.
fieur de Vendofme ayant
attiré au fervice de fa Ma14
MERCURE,
jefté Catholique un Colonel
de Miquelets , il avoit formé
une Compagnie franche
de cent hommes deferteurs
de fon Regiment avec lefquels
il fait de frequentes
courſes , & qu'à la premiere
qu'il a faite il a battu un
gros Parti de fon propre
Regiment dont il prit un
Capitaine & vingt - cinq
hommes qu'il fit pendre .
-
IV. PARTIE. S
NOUVELLES
du Nord & d'Allemagne.
On continue de publier
en Pologne & en Saxe que
les Mofcovites s'eftant ap-.
prochez de Bender le Roy
de Suede s'en eftoit retiré,
avec toutes les Troupes qui
y estoient pour aller au devant
du Grand Vizir ; mais
celles de Dantzick & de
Stetin au contraire , continuent
d'affurer que Sa
Majefté Suédoife les a entierement
défaits . Cette
16 MERCURE
nouvelle eft trop importante
pour en pouvoir parler
avant d'en avoir une entiere
confirmation .
Il y a des Lettres de
Vienne qui portent qu'il y
cftoit arrivé un Officier de
la garde du Roy de Suede' ,
chargé de Lettres pour le
General Craflaw Il dit que
l'Armée des Turcs , fans
compter les Tartares ny
l'Armée qui affiegoir Alaf,
mille hommes
confiftoit en cent foixante
eftoit en marche , ayant le
Grand Vizir à fa telte ; que:
qu'elle
IV. PARTE, 17
ce même Officier avoit apporté
à Mr Sternock Secretaire
de l'Ambaffade à
Vienne , la réponſe que le
Roy fon Maitre fait au
Memoire qui luy a efté
prefenté par Mr Jeffreys
Miniftre de la Grande Bres
tagne ; cette réponſe porte
que S. M. S. ne fera aucune
Paix avec les Mofcovites
qu'en y comprenant la Por
to Ottomane ; que puifque
la convention au fujet de
la Neutralité faite à la
Haye a efté arreftée fans fa
connoiffance ny fon cons
Aoust 1711 . 4.
B&
18 MERCURE
fentement , que cette convention
luy eftoit autant
defavantageufe qu'elle étoit
avantageuſe à fes ennemis
, Elle avoit fait déclarer
plufieurs fois fes
par
Miniftres , qu'Elle ne pou
voit ny ne vouloit y eftre
tenuë ; qu'à l'égard de la
Navigation & le libre commerce
de la Mer Baltique ,
w
particulierement
dans les
Places prifes par les Mofcos
tes , Elle ne vouloit point
y entendre parce que cela
eftoit contraire au Traité
de Commerce & à l'ufage a
IV. PARTIE. 19
que des Amis ont coutume
d'obferver.
Les Lettres de Drefden ,
portent que le Roy Auguſte
en eftoit parti en pofte le
26. Juillet , pour fe rendre
en Pologne , aprés avoir
reçû un Courrier qui luy
avoit efté depêché , que le
Prince Electoral fon fils
eftoit allé à Bareith d'où il
devoit paffer à Francfort
pour affifter incognito à l'Election
d'un Empereur .
D'autres Lettres difeng
que le Roy de Dannemarck
affembloit fon Armée dans
20 MERCURE
la Plaine de Saxe Lavem →
bourg ;
que fa Flore
avoit
enfin mis à la voile &
qu'elle
faifoit
route
vers
la Mer
Baltique
, que quelques
Vaif
feaux
Suedois
qui
croifoient
prés de
Bornholm
,
s'eftoient
retitez
à Carelfcroon
; que ces Vaiffeaux
en avoit pris dix ou douze
Hollandois qui alloient à
Riga ; mais qu'ils les avoient
relâchez à condition qu'ils
iroient à Dantzick ou dans ·
quelques autres Ports qui
n'eftoient pas occupez par
les Mofcovites que les
IV. ARTIE. 241
Troupes Suedoifes s'étoient
emparées du Pont de
Schwet fur l'Oder à l'entrée
de la Marche de Brandebourg
, & qu'elles l'avoient
rompu pour empê
cher le paffage des Danois.
EXTRAIT
d'une Lettre du Fort - Louis
du 3. Aouft.
Les Baillages de Landau ,
de Spire , & de Gumersheim
font à contribution. Mr le
Maréchal d'Harcourt eft allé
avec, donze cens chevaux re12
MERCURE
connoiftre le terrain au - delà
du Rhin pour y marquer un
Camp , ce qui inquiete fort
les ennemis qui font toujours
dans leurs mefmes poftes , il eft
parti de Strasbourg un gros
arain d'Artillerie & une
grande quantité de munitions
deguerre , & on a retiré toutes
les Troupes qu'on avoit mifes
dans les Chafteaux des environs
de Landau.
NOUVELLES
de Flandre.
La nuit du 4. aus . Aouſt
IV.
PARTIE.. 23
le
les Ennemis quitterent leut
Camp de Betonfart , & décamperent
fans tambours
ny trompettes . Milord
Marlborough fit filer fon
Armée par derriere le Mont
faint Eloy , pendant que
Gouverneur de Douay avec
un Corps de fix mille hom
mes eftoit allé occuper le
paffage de la Senfée , & aprés
avoir traverfé la Plaine de
Lens ils pafferent la Scarpe
prés de Vitry , & la Senfée
à Aubigny , &
camperent
leur droite au Ruiffeau de
Marquion , & leur gauche
*4 MERCURE
à Thun l'Evêque. Mr le
Maréchal de Villars ayant
eftéinformé de la route que
les Ennemis avoient prife ,
fit battre la Generale , &
marcha à deux heures du
matin & fit tant de diligence
avec la tefte de l'Armée
qu'il arriva prés de Cambray
; où il fit camper les
Troupes à mesure qu'elles
arriverent dans une Plaine
Toute découverte à la vûe
des ennemis , qui au lieu de
venir l'attaquer , décampcrent
la nuit du 6. au 7. &
pafferent l'Escaut fur hair
"
"
Ponts
IV .
PARTIE 25
S
t
t
Ponts . Ils mirent leur droite
Hapre fur la Selle , &
leur gauche à Hordain appuyée
à l'Eſcaut . Mr le
Marêchal de Villars s'étendit
vers Cambray , & mit
fa gauche à Vane fur la Senfée
à trois quarts de lieue de
Bouchain , & dans cette
difpofition l'Armée eftoit
paralelle à la gauche des
ennemis. Mr de
Broglio
avoit marché avec la referve
à Denain entre Valenciennes
&
Bouchain pour
couper aux ennemis la communication
avec Douay
Aoust 1711. 4. C
>
26 MERCURE
& eut ordre de jetter cinq
cens Grenadiers dans cette
derniere Place . Mr le Chevalier
de Luxembourg eftoic
entré dans la premiere avec
deux Regimens de Dragons .
Une partie des Garnifons de
Saint Omer & d'Ipres devoir
joindre l'Armée avec Mr le
Comte de Villars & Mt le
Marquis de Goëbriant.
4
IV.
PARTIE. 27
NOUVELLES
de Dauphiné.
Lettre de Grenoble du 9.
Aouft. wall
Les Armées font en preſence
depuis quinze jours ; mais
dans une inaction furprenante.
Il eſt affez difficile de penetrer
les deffeins de Monfieur de
Duc de Savoye. Il a porté
-depuis quelques jours fon
Camp depuis S. Piere d'Albigny
jufqu'à la plaine de
Montmeillan fon quartier :
4. Cij
28 MERCURE
eft au Chafteau des Marches
où il paßefon temps à nous. obferver
tranquilement. Et Mr
le Maréchal de Bervick
à fe retrancher entre le Fort
Barreau & Chapareillan ; de
maniere que ce pofte eft abfolument
hors d'infulte. Monfieur
de Silly ne l'eft pas moins
au Pas de la Croite & des
Echelles , & l'on craint peu
ou pour mieux dire point du
tout pour ces deux entrées. Il
y en auroit une autre plus ouverte
er moins bien gardée ,
du cofté de S. Genis où l'on
n'a pú poſter que des Milices,
IV. PARTIE. 29
Cependant les Houffards n'ont
pas encore ofé les attaquers :
comme la Saifon s'avance e
qu'il nous doit arriver des
Troupes de differents endroits
il y a lieu de croire que Monfeur
de Savoye je retirera
bien - tôt , d'autant plus qu'il
ne fubfifte dans fon Camp
qu'avec une peine & une dépenfe
infinie. Les Convois ne
peuvent venir que par le petit
Saint Bernard dont les chemins
doivent être bien rompus àcauſe
des pluges continuelles depuis
quinze jours. Sa Cavallerie
a bien de la peine à trouver
4. Ciij
30 MERCURE
affez defourage dans la Savoye
pouryfubfifter. Le Pain vaut
dix fols la livre dans fon
Camp. Le prix du Foin &
de l'Avoine à augmenté icy;
mais les autres denrées ont
baiffé à caufe de la grande
quantité qu'on y en apporte.
Monfieur Dilon eft toûjours
en Maurienne campé fur les
bords de l'Arc & de l'Ifere
qu'il agarnis de canon dans les
endroits guéables. Si la pluye
continue encore quelques jours
aes deux Rivieres ne le feront
en aucun endroit pendant le
refte de l'année. Monfieur de
IV PARTIE. 3t
Medavi mande qu'il eſt ſt
tranquile dans fon Camp qu'il
y fair faire un Jardin. On
amena bier icy un Ingenieur
que l'on furpris en levant le
Plan du Camp de Barreau.
Nous fommes ici auſſi tran..
quiles que fi nous étions en
temps de Paix ; mais on a eu
plufieurs allarmes du cofté de
S. Genis e du Pont de Beauvoifin;
cependant les Houffards.
n'ont encore ofe paffer la Ri
viere de Guiers qui fepare la
Savoye du Dauphiné.
D'autres Lettres portent que
Monfieur de Cadrien eft
4. C iiij
32. MERGURE
campé à l'entrée d'une gorge
par o l'on pouroit venir du
cofté de la grande Chartreuse ,
tomberfur Mont Fleury
&que Monfieur le Maréchal
de Bervick faifoit accommoder
des paffages qui conduifent de
fon Camp à Briançon afin de
pouvoir s'y porter plus promp
tement en cas de befoin , que
Monfieur le Duc de Savoye eft
malade ; qu'il avoit commencé
à tomber des neiges au petit
S. Bernard ; qu'il étoit déja
arrivé 8.
Bataillons & 4. Efcadrons
de renfort au Camp de
Barreau que Monfieur le Duc
IV . PARTIE. 33
de Savoye marchoit du côté de
du Col de Galibier
, & que
Monfieur le Maréchal de
Bervick s'avançoit pour luy
en difputer le paffage.
NOUVELLES
de divers endroits.
On a appris par les Lettres
de Cadix du ro. Juiller
que Mr l'Aigle aprés y avoir
amené plufieurs Prifes , en
eftoit party le quatre pour
aller croifer vers le Détroit.
que le lendemain il avoit
attaqué une Fregate Hollan34
MERCURE
doife de 36. canons com
mandée par le Capitaine
Jean Hopener ; que le combat
avoit duré plus de deux
heures , & qu'enfin cette
Fregate avoit cfté coulée à
fond; mais que Mr l'Aigle
ý avoit été tué , ainfi que
plufieurs Officiers & Soldats
de fon équipage . Son Corps
a efté enterré à Malaga avec
tous les honneurs dûs à un
homme qui s'étoit diftingué
en plufieurs occafions
cependant le cours de cette
guerre.
Le 30. Juillet il parut à
IV. PARTIE. 35
la hauteur de Bayonne une
Efcadre de 12. Vaiffeaux
de guerre Anglois revenant
de Lifbonne & retournant
dans les Ports
d'Angleterre.
Une heure aprés qu'elle eur
fait voileune de nos Fregates
amena deux Prifes , dont
l'une eftoit un Baftiment
Hollandois
qui alloit à
Ebonne chargé de Vins.
Des Lettres de Lisbonne
du 17. Juin portent que
Navire Noftra Señora de
Torfo , qui marquoit que
la Flotte de Pernambuco
avoit cfté pris le 4. Avril à
le
36 MERCURE
15. lieües du Tage par un
Vaiffeau de guerre François
de l'Eſcadre de Mr du Caffe
qui avoit mis l'équipage à
terre à l'Ile de Madere ;
que ce Navire eftoit charge
de 450. caifles de Sucre ,
de 400. rolles de Tabac ,
de Cuirs , de bois de Brefil ,
& de 40. mille Crufades
tant en argent monnoyć
qu'en poudre d'or ; que le
Vaiffeau qui l'avoit pris ,
felon le rapport de l'équi
page , eftoit parti de Breſt
avec fept ou huit autres
dont il avoit cfté feparé , &
IV. PARTIE. 37
qu'il devoit aller à la Martinique.
Je n'ay pû vous parler
plutoft de la mort de Don
Antonio Martin Alvarez
de Tolede & Beaumont.
Enriquez , de Rivera , Fernandez
, Manrique , Duc
d'Albe & de Huefcari,
Comte de Lerin , de Salva
tierra , &c. Marquis de Coria
, &c. Conneftable &
Grand Chancellier de Navarre
, Sommellier de Corps
du Roy d'Espagne & fon
Ambaffadeur en France ,
qui mourut icy le 28. May
*
38 MERCURE
en la 41. année de fon âge.
Sa maladie a efté des plus
longues , & elle ne luy a
jamais fervy de raifon ny de
pretexte pour le difpenfer
d'aucuns de fes devoirs , &
cegrand Miniftre a toûjours
foutenu d'une égale force
Je poids d'une Ambaſſade -
aufli importante & auffi
laborieufe. Il y a fuccombé
à la fin , & la mort de
Monfeigneur a achevé de
l'accabler ; l'intereft vif &
fincere qu'il y prenoit le fit
paroiftre encore plus fenfible
à cette perte qu'il ne
a
IV.
PARTIE. 39
l'avoit paru à celle de Mr
le Conneftable de Navarre
fon fils unique qui donnoit
déja de fi grandes efperances
, & qu'il perdit malheu
reufement à fa 19 année .
Comme toute la vie de
Mr le Duc d'Albe avoit
efté une préparation à la
mort on n'eut pas de peine
à l'y difpofer. Sa réfignation
avoit cité plus prompte
que le premier avis qu'on
cut pû luy en donner. Quelques
heures avant la mort
il fic prier un de nos plus
grands Miniftres de vouloir
40 MERGURE
bien luy rendre encore une
vifite , & de venir recevoir
fes derniers adieux . Cet
entretien fut touchant de
part & d'autre ; le mourant
parla affez long - temps de
chofes importantes avec le
même efprit, la même force
1 & la même grandeur d'ame
qu'il avoit fait dans fa meilleure
fanté. Enfin il ſouhaita
de recevoir la Benediction
de Mr le Cardinal de Noailles
Archevêque de Paris .
Son Eminence s'y tranf
porta fur l'heure.
Madame la Ducheffe
IV. PARTIE. 41
-
d'Albe n'a pu avoir dans
une douleur auffi accablante
que Dieu pour confolation.
Elle fe retira fur l'heureau
Val de Grace . Elle fe
tient toujours dans cette
retraite fi conforme à fa
fituation. Elle a efté le mo
delle des femmes mariées ;
ellè l'eft des veuves de fon
rang.
Le Roy d'Espagne luy a
fait l'honneur de luy écrire
de fa main en langue Efpignole
la Lettre du monde
la plus confolante. La Reine
luy a écrit de même . S. M.-
Aoust 1711. 4. D
42 MERCURE
C. a joint aux honneurs
qu'elle a fait à cette illuftre
veuve des liberalitez qui
honorent en elle la memoire
du deffunt. Elle eft de la
grande Maifon de Poncé de
Leon , fille de l'illuftre Me
la Ducheffe d'Aveiro , &
foeur de Mr le Duc d'Arcos
& de Mr le Duc de Baños
tous deux Grands d'Efpa
gno
Mr le Duc d'Albe qui
n'a rien oublié en mourant
a laiffé par un écrit de fa
main le foin & la conduite
des Affaires d'Eſpagne en
IV. PARTIE . 43
France à Mr Don Feliz-
Cornejo fon Secretaire
d'Ambaffade . S. M. C. a
confirmé ce choix dans l'interim
jufqu'à ce qu'il vienne
icy de fa part un nouvel
Ambaffadeur. Le Portrait
en vers de Mr le Duc d'Albe
eft dansla partie des Pieces
Fugitives de ce moiscy.
Charlotte Armande d'Argouges
de Rannes époufe
de Guillaume Alexandre
Marquis de Vieuxpont
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouver
4 Dijs
44 MERCURE
neur de la Ville de Beauvais
& du Beauvoifis , mourut
le 28. Juin âgée de 36 .
ans . Elle eftoit fille unique
de Nicolas d'Argouges
Marquis de Rannes , Lieutenant
General des Armées
du Roy , Colonel General
des Dragons , & de Charlotte
de Beautru - Nogent
qui époufa en feconde noces
Jean Baptifte Armand de
Rohan Prince de Montauban
, dont elle eft veuve .
姿
•
MEN. Chabert Chevalier
de Saint Louis , Chef
d'Efcadre des Armées Na-
1
IV. PARTIE. 45
རྞ
vales du Roy , fils du grand
Chabert , eft mort à Toulon.
Il avoit donné dans
toutes les occafions des
preuves de fon courage &
de fa capacité. Il avoit rame
né du Sud une Flote d'argent
des plus riches qui
foient jamais venues de
ccs Mers. Il arriva heureufement
à Rochefort fur la
fin du mois de Mars de
l'année 1709. aprés avoir
évité par fon habileté quatre
Efcadres des ennemis
qui l'attendoient für fa rou
te en quatre endroits diffe--
46 MERGURE
rens. Le Vaiffeau du Roy
le Trident qu'il Commandoit
cft le premier Vaiffeau
de guerre qu'on ait vû à la
Rade de Lima depuis la découverte
de ce Continent.
Maric Louis Chevalier
Marquis de Sourdeilles
Baron de Feiffac , &c. Lieu
tenant de Roy au Gouver
nement de Limofin & de
la Marche , eft mort dans
fon Chafteau de la Ganne
âgé de 44 ans. Ila cfté fort
regretté , & particulieres
ment des Pauvres.
I avoit épousé Marie fille
IV.
PARTIE, 47
de Robert Marquis de Ligherac
Comte de Saint Chamant
d'une des plus illuftres
& de plus anciennes maiſons
d'Auvergne.
Sa mere eftoit de celle
des Vicomtes de Sediere ;
alliée à celles de Noailles
de Gimel , &c. & fa grandemere
eftoit de celle d'Aut
buffon la Feürllade .
2.Mr le Marquis de Sour
deilles avoit d'abord pris le
party des Armes , mais la
mort de fon pere dont il
eftoit fils unique , l'obligea
de quitter le Service.
48 MERCURE
Catherine de Ribeyre ".
époyfe d'Yves Marie de la
Bourdonnaye Seigneur de
Cotoyon , Maistre des Requeftes
& Intendant à Orleans
, mourut aux eaux de
Bourbon le 24. Juin âgée
ans laiffant pofterité.
de
44 .
Elle eftoit fille de Mr de
Ribeyre Confeiller d'Etat ,
& de Catherine Potier fille
de Mr de Novion premier
Prefident.
Jean Guillaume Frifon ,
Prince de Naffau Stathou
der de Frife , fut noyé le 14.
Juillet avec le Brigadier
Wilkes..
IV.
PARTIE. 49
Wilkes. Il eftoit party de
l'Armée de
Flandre pour
aller
travailler à l'Affaire de
la
fucceffion du feu Prince
d'Orange qu'il avoit contre
l'Electeur de
Brandebourg
qui eftoit venu en Hollande
pour la
terminer. Il s'em .
barqua
pour traverser
lei
paffage de Moerdick , &
eftant
demeuré dans fon
Caroffe à cause de la pluye
avec le Brigadier
Wilkes
un coup de vent qui ſurvine
renverfa le
ponton . On ne
trouva leurs corps que quel
ques jours aprés..
Aouſt 1711 . 4 E
so MERCURE
Ce Prince eftoit fils
Henry Cafimir Prince de
Naffau & Stathouder de
Frife mort le 15. Mars
1686. & d'Amelie fille de
Jean Georges Prince d'Anhalt
Deffau.
Ileftoit né le 4. Aouft
1687. & avoit épousé le 26 .
Avril 1709. Marie Loüife
fille de Charles Landgrave
de Heffe Caffel , & de Marie
Amelie fille Jacques Duc de
Curlande . Il a laiffé une
Princeffe née au mois de
Septembre 1710. & fa
veuve enceinte .
IV PARIE.
Les Etats Generaux ont
fait un accommodement
provifionnel entre l'Elecreur
de Brandebourg & les
heritiers de ce Prince, qui ne
doit prejudicier en aucune
maniere aux droits des Parties
; il porte que S. A. E.
jouira par provifion de la
Maifon de la vieille Cour à
la Haye , de la Maiſon du
Bois , de Honflardick , de
Dieren & de quelques Terres
qui valent fix mille
Aorins de rente à quoy on
en ajoutera vingt - quatre
mille pour faire la fomme
4. Eij
5 MERCURE
de cinquante mille florins
par an ; fur lesquels on en
retiendra
dix mille pour
l'entretien
de ces Maifons ,
& cela outre les biens dont
il joüit déja ; que la Princeſfe
veuve , en qualité de Mere
& de Tutrice de fon enfant
ou enfans , jouira de la
Maifon de Loo ; de la fomme
de cinquante mille florins
par an , qui fera prife
fur les biens de la fucceffion,
& une fomme de cinquante.
mille florins une fois payée ;
& que
fix mois aprés l'accouchement
de cette PrinIV.
PARTIE. $ 3
ceffe elle envoyera des Plenipotentiaires
pour terminer
les pretentions de part
& d'autre.
Madame la Ducheffe de
Berry cftant accouchée
avant terme le 21. Juillet
d'une Princeffe qui mourut
en même temps , on porta
fon corps à Saint Denis le
23. Il y fut accompagné par
Me la Ducheffe de Beauvillier
& par M la Marquife
de Chaſtillon , & il fut inhumé
par Mr l'Evêque de
Séez premier Aumônier de
4 E iij
4.
14 •
MERCURE
Monfeigneur le Duc de
Berry.
Charles Claude Sire
& Comte de Breauté , Marquis
du Hotot , &c. Maiftret
de la Garderobbe de S. A. R.
Philippe petit fils de France
Duc d'Orleans , mourut le
22. Juillet en fa 46. année .
Anne Genevieve Charrier
époufe de Charles Cefar
Lefcalopier Maistre des
Requeſtes , & Intendant du
Commerce & de la Generalité
de Châlons , mourut
le 24. Juillet.
Anne le Maiſtre , épouſe
IV . ARTIE.
de Marc Anne Goiflard Seigneur
de Montfabert , Baron
de Toureil , &c. Confeiller
au Parlement , mourut
le 26. Juillet.
Michel François de Bethune
Comte de Charoft mourut
le 26. Juillet dans fa
feifiéme année. Il eftoit fils
d'Armand de Bethune Duc
de Charoft & de Catherine
de Lamet fa feconde femme.
Jean Baptifte Jacques
Ollier Marquis de Verneuil ,
Seigneur de Preau Maiſtre
de la Garderobbe de feuë
4 Eiiij .
156 MERGURE
S.. A. R. Monfieur Frere
unique du Roy , mourut le
27. Juillet âgé de so. ans . Il
eftoit Gouverneur de Dom.
font.
Henry Charles Arnauld
Comte de Pomponne
,
mourut le 27. Juillet âgé
de 14. ans 7. mois . Il eftoit
fils de Nicolas Simon Arnaud
Marquis de Pomponne
, Sire Baron de Ferrieres ,
Chambrois Auquiville
Marquis de Paloiſeau , &c.
Brigadier des Armées du
Roy ; Lieutenant General
&
Commandant
pour Sa
IV. PARTIE.
ST
A
Majefté aux Provinces de
..l'Ile de France & Soiffonnois
; & de Conftance de
Harville Paloiſeau .
Le Pere Jean de la Roche
, Preftre de l'Oratoire
fameux Predicateur , mourut
le 28 Juillet .
François d'Anglure de
Bourlaymont , Docteur en
Theologie de la Faculté de
Paris , qui avoit été nommé
à l'Evêché de Pamiers
en 1681. qui s'en étoit démis
en 1685. fans avoir efté
Sacré , & qui fut nommé à
lors Abbé de Saint Florent
8 MERCURE
de Saumur , mourut le 27.
Juillet . Il étoit fils de Nicolas
Marquis de Bourlaymont
, Gouverneur de Stenay.
Gafpart - Claude Noler ,
Docteur en Thologie de la
Faculté de Paris & Chanoine
de Noftre Dame , mou
rut le premier Aouft âgé de
53.
ans .
M' le Cardinal de Noail
les , a donné fon Canonicat
à Mr l'Abbé Vivant , fon
Grand Vicaire & Penitentier
de l'Eglife de Paris , ci - devant
Curé de S. Leu ; fon meriteeft
IV. PARTIE. 59
connu de tout le monde.
Alfonce de Bonne de
Crequi Duc de Leſdiguiéres
, Paire de France , mourut
le
5. Aouſt âgé de 85 .
ans . Son Corps a efté porté
aux Carmelites de S. Denis
en France , où a efté inhumée
Anne du Roure fa
mere , qui mourut le 18 .
Février 1686. & qui étoit
veuve de Charles Sire de
Crequi & de Canaples ,
Meftre de Camp du Regiment
des Gardes ; mort de
la bleffure qu'il reçut au
fiege de Chambery la nuit
60 MERCURE
du 14. au 15. May 1630.
& qui étoit fecond fils de
Charles Sire de Crequi Duc
de Lefdiguiéres Maréchal
de France. Celuy qui vient
de mourir avoit époufé à
l'âge de 75. ans le 12 Septembre
1702. Gabrielle
Victoire de Rochechouart
fille de Louis Duc de Vivonne
Pair & Maréchal de France
& d'Antoinette de
Meſmes , dont il n'a point
cû d'enfans .
Marie Anne Picques
époufe de Louis Gabriel
Portail , Chevalier Seigneur.
IV. PARTIE. 61%
de
Frefneau , & au
paravant
veuve de François
Pajor
Seigneur de Cordon , mourut
le 6. Aouft âgée de quarante
- fix ans , fans laiffer
de pofterité
de fes deux alliances.
Florent de
Maſparault ,
Marquis
du même licu
mourut le 7. Août.
Nicolle Miron , veuve
de Daniel Jacquinot
Seigneur des Preffoirs
mourut le 9. Aouſtâgée de
85. ans.
Claude le Pelletier.
Confeiller d'Etat ordinai32
MERCURE
re ; Prefident Honoraire
du Parlement , Miniftre
d'Etat , cy - devant Prevoft
des Marchands , Contrôlleur
General des Finances ,
& fur - Intendant des poftes
mourut le 10. Aouft en fa
8 I. année. Il y avoit déja
long - temps qu'il s'étoit
retiré du Monde ; & qu'il
ne s'ocupoit qu'à des oeeuvres
de Pieté , & particulie
rement à foulager les Pauvres.
·
> Monfieur de Canaples ,
ancien Commandant de la
Ville de Lyon dont on vient
IV. PARTIE. 63.
de parler , avoit pris le nom
de Lefdiguiéres , & c'eft luy
qui étoit le dernier de cette
Maiſon . Il avoit douze
mille livres de penfion de
la Ville de Lyon ; comme
Commandant , dont il s'en
eftoit refervé neuf mille
lors qu'il fe démit de ce
Commandement en faveur
de M' de Rochebonne cn
luy laiffant les trois autres
mille livres. Depuis la mort
de M' de Canaples la penfion
de neuf mille livres
qu'il s'étoit refervée fur
celle de douze que fait la
64 MERGURE
Ville au Commandant ; a
elté donnée à Monfieur le
Duc de Villeroy.
Depuis la mort de Monfeigneur
, le Roy a acordé
à Madame la Dauphine , la
Nef, le Cadenas , le Bâton
de Maiftre d'Horel & la
Mufique. Elle mangea pour
la premiere fois à fon grand
Couvert comme Dauphine
le 8. Aouft , & elle fut fervie
par Monfieur le Marquis de
Vilacerffon premier Maître
d'Hoftel ; & le 10. elle fut
fervie aufli à fon grand.
Couvert par Mr de la Croix
.
IV. PARTIE. 65
fon Maître d'Hoftel. Il fe
rendit à la bouche avec fes
Officiers , lava fes mains ; le
Contrôlleur & le Gentilhomme
fervant les lavetent
enfuite ; l'Ecuyer ordinaire
de la Bouche luy preſenta
une Affiette fur laquelle il
y avoit des Mouillettes de
pain ; il en prit deux avec
lefquelles il toucha tous les
Mers les uns aprés les autres ;
il en donna une à manger à
l'Ecuyer de la Bouche , enfuite
il prit fon Bafton des
mains de l'Huifier du Bu
reau qui l'y avoit apporté ,
Aouſt 1711 4. F
$
66 MERCURE
puis la marche commença
en cet ordre. Un Garde du
Corps du Roy ayant la
Carabine fur l'épaule ; un
Huiffier de Salle & un
Huiffier du Bureau , Mr de
la Croix marchoit derriere
eux , ayant fon Baſton de
Maiftre d'Hoftel à la main.
Uu Gentil - homme fervant
& le
Contrôlleur portant
chacun un Plat , l'Ecuyer de
la Bouche & les autres
Officiers de la Bouche en
portant auffi chacun un ,
marchoient enfuite . Lors
qu'ils furent arrivez à la Salle
:
IV. PARTIE. 67
où eftoit le preft , Mr de la
Croix vit mettre tous les
Plats fur la Table , où un
Gentil - homme fervant qui
étoit de Garde au preft , fit
un nouvel effai de chaque
-Plat : & donna la Moüillette
dont il avoit fait l'éffai à
chacun de ceux qui avoient
porté les Plats , aprés quoy'
Mr de la Croix les vit metterfur
la Table par les Gentils-
hommes fervants.
Il alla enfuite , ayant fon
Bafton à la main , avertir
Monfeigneur le Dauphin
& Madame la Dauphine , '
4 Fij
68 MERCURE
puis il revint à la Table ou
il attendit Monfeigneur
le
Dauphin . Dés qu'il parut
il mit fon Chapeau & fon
Bafton entre les mains du
Chef de Gobelet
, & prefenta
à ce Prince une ferviette
mouillée qui étoit
entre deux Affiettes d'or
pour fe laver les mains ; il
prit enfuite une autre ferviette
mouillée auffi entre
deux Affiettes d'or qu'il
prefenta de mefme à Madame
la Dauphine. Un
Gentilhomme fervant prefenta
une autre ferviette
IV. PARTIE . '65
mouillée auffi entre deux
affiettes , à Madame , qui
mangea pour la premiere
fois avec Madame la Dauphine
à fon grand couverc
Alors Mr de la Croix
reprit fon Bâton & fon Chapeau
, & retourna à la bouche
precedé feulement d'un
Garde du Corps & des deux
Huiffiers, L'effay du ſecond
fervice ne fe fit point à la
bouche ; mais au preft ou
eftoit la Nef. Ilfe plaça enfuite
au cofté droit du Fau--
teuil de Monfeigneur le
Dauphin où il refta pendant
70 MERGURE
tout le repas ayant toûjours
fon Bâton à la main ; les
Gentilhommes fervants firent
le Service de même que
chez le Roy.
Il y avoit à ce repas une
tres grande Affemblée de
Dames ; il y en avoit treize
qui avoient le Tabourer ,
les autres eftoient debout .
Monfeigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine tinrent
enfuite un Cercle de
Dames comme chez le Roy
aprés fon foupé ; Ceremo
nie qui fe fait pour les remercier.
IV. PARTIE
Morts , dont on ne vient
que d'eftre informé , & dont on
parlera le mois prochain.
J. B. le Févre de la Barre. Me
la Princeffe de Fürftemberg.
J. G.de Courchamp J. Phê .
lyppeaux. Mr de Flavacourt.
Mr le Maréchal de Boufflers.
Mlle de Neufchaftel .
BENEFICES. A
Le Roy a donné l'Evêché
de Rennes à Mr l'Abbé
de Sanzay. L'Abbaye de
Saint Florent à Mr l'Evêque
de Vence. L'Abbaye de la
Creſte à Mr l'Evêque de
Limoges . L'Abbaye des
72 MERGURE
l'Abbaye de Montier framey,
à Mr l'Abbé d'Antin .
l'Abbaye de Theuley , à Mr
l'Abbé de Trudenne . l'Abbaye
de Laumonne , à Mr
l'Abbé Martinau de Princé.
l'Abbaye de Bonnevaux , à
Mr l'Abbé Carpinel. l'Abbaye
de la Vernuffe , à Mr
l'Abbé Berjavel . l'Abbayc
de Saint Loup , à Me de
Chaftillon .
On parlera plus amplement
de ces Benefices le
mois prochain.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères